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Full text of "Bulletin du bibliophile et du bibliothécaire .."

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BULLETIN 

DU 

BIBLIOPHILE 

DU BIBLIOTHÉCAIRE 

REVUE MENSUELLE 
foniUt m ISU 

J. TECHENEB 

avec le concours de Charles Nodier, Baron JërAmb Pichor, 

Padl LicRon, G. Pbignot, J. C. Brdmet, etc., etc., 



Directeur : Georges Vicaire 




PARIS 
LIBRAIRIE HENRI LECLERC 

219, RUE SAINT-HONORÉ, 219 
cl 16, nie d'Alger. 

1906 






TROIS DOCUMENTS INÉDITS 



SUR 



URBAIN GRANDIER 



ET UN DOCUMENT PEU CONNU 



SUR 



LE CARDINAL DE RICHELIEU 

(FIN) 



L'évêque de Poitiers, dont il est parlé dans la seconde 
lettre, du 27 avril 1634, était Henry-Louis Chasteignier 
de la Rochepozay. Il était né à Rome pendant que son 
père y était ambassadeur. C'était un prélat d'allures 
toutes féodales. Au début de son épiscopat, il allait par 
son diocèse « cuirassé, et la pique à la main, assisté de 
douze cavaliers avec le pistolet à l'arçon de la 'selle, et 
quelque quarante hommes à pied, ayant chacun la 
carabine sous le manteau ». Plus tard il se calma. Il se 
souvint qu'il était un ancien élève de Joseph Scaliger (1), 

(1) Voir sur Scaliger et les La Roche-Pozay, Joseph Scaliger, dans 
Mark Pattison, Essags^ Oxford, Clarendon Press, 1889, t. I. p. 130, 
et particulièrement p. 139 et suiv. Sainte-Beuve, dans son Port- 
Rogal, t. I, p. 278, 282 et passim^ dit quelques mots des rapports de 
réréque de Poitiers avec Saint-Cyran. 



2 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

et porta sur les études et les discussions théologiques les 
ardeurs de son tempérament. La Gallia christiana de 
Scévole et Louis de Sainte-Marthe lui a consacré une 
notice particulièrement développée et soignée où son 
érudition n'est pas moins louée que sa piété (1). II a 
laissé d'assez nombreux ouvrages. Il est intéressant de 
voir ce prélat si ferme et si éclairé pleurer à chaudes 
larmes aux exorcismes des Ursulines (2). On sait quelles 
étaient les dispositions des esprits à cette époque en 
matière de sorcellerie et de possession, et avec quelle 
consciencieuse conviction on recherchait ces marques ou 
signes insensibles qui comptaient parmi les « indices 
graves » des sorciers (3). 



(1) Cf. Gallia christiana, opus fratrum gemellorum Scaevolae et 
Ludovic! Sammarthanorum..., Lutetiae Parinonim, apud Carolum 
Du Mcsnil, 1656, t. III, p. 904. 

(2) C'était Henry-Louis Ciiasteignier de la Roche-Pozay qui avait 
établi en 1625 à Loudun les Ursulines par la lettre suivante ; 

« Nous, Henry-Louis Chastaigncr de la Roche-Pozay, par misera- 
tion divine évcsque de Poictiers, considérant le grand fruict que 
font les religieuses de l'ordre de Saincte Ursulle es lieux où elles 
sont establics, tant pour la piété et la religion que érudition des 
jeunes filles, pour ces considérations permetons aux [religieuses] du 
dict ordre du couvant de Poictiers de s'establir en la ville deLodun, 
de vivre en ce diocèse et y faire bastir et esriger un couvant et 
monastère dudit ordre pour y exercer touttes fonctions selon l'insti- 
tut et reigle du même ordre ; exortons, aultant qu'il nous est pos- 
sible, tous les habitans catholiques de la ditte ville de les y admet- 
tre et recepvoir et de favoriser leur establissement en tout ce qu'il 
pourra despendre d'eux. 

Donné et faict à Dissay ce dernier jour d'aoust mil six cens vingt- 
cinq. 

f Henry Lois, évesquc de Poictiers. 

Michclet, par mon dict seigneur évesque de Poictiers. (Archives 
dép. de la Vienne, Ursulines de Loudun). — Cf. sur ce document une 
savante note de H.Drouault, dans le Journal de Loudun du 11 sep- 
tembre 1892. 

(3) Cf. une très intéressante étude d'Aristide Déy, Histoire de la 
sorcellerie au comté de Bourgogne, dans les Mémoires de la corn- 



DOCUMENTS SUR URBAIN GRANDIER 3 

Voici le texte de cette seconde lettre : 

Messieurs mes cousins, 

J'ay receu celle qu'il vous a plu m'escrire pour response à 
laquelle je ne manqueray au premier voyage de vous 
informer pleinement ce que c'est du prieuré Saint-Nicolas de 
Moncontour suivant votre mémoire. Cependant je vous 
diray que j'ay appris qu'il ne vault pas plus de soixante 
escuz ou deux cents liures, le service fait et les charges 
acquitées. Pour les bastimens il n'y en a pas de grands et 
ont esté ruinez, mais il y a un très beau jardin et très bon 
où l'eau passe. Il n'est point conventuel et dépend d'une 
abbaye que l'on ne m'a peu nommer, aussi bien que la cure, 
et ainsi je croy que le prieur est le curé primitif. L'aumosnier 
de Monsieur de Poictiers me vient de dire qu'il est très ioly 
et y a un certain petit bénéfice qui en deppend dont il m'a 
promis me donner plus d'esclaircissement, car il est natif de 
Moncontour. Au reste je vous diray que Monsieur de Poictiers 
est venu en cette vUle pour assister aux exorcismes qui se 
font des Ursulines, en présence duquel et du commissaire 
envoyé par le Roy, il est arrivé des choses si merveilleuses 
qu'il n'y a lieu de doubler de la possession. Ces exorcismes 
se font en l'église de Sainte-Croix. J'ay veu trois fois pleurer 
mondit sieur de Poitier à chaudes larmes et, comme je le 
voy tous lesjours, il ne parle d'autre chose que ceste véri- 
table possession. Il arrive icy un grand nombre d'étrangers 
et force noblesse, les marquis deBoisi, Lezay et Rocheposay 
se sont trouvez à quelques uns et dont ils sont sortis gran- 
dement édifiés, aussi bien qu'une infinité d'autres. Les 
huguenots qui y veulent assister, y sont receuz, dont la 
plupart leuent les espaules en sortant. Le diable a dit que le 
magicien accusé estoit marqué et, de fait, visité, il s'est 
trouué des marques. Grand nombre de médecins s'y sont 
trouuez qui ont asseuré que les actions de la prieure, seule 
encore exorcisée, estoient surnaturelz et tiennent tous la 
possession ; ils sont six ou sept. Je vous en escriray plus 



mission archéologique de la Haute-Saône, 1861, 2* livraison, p. 1-122, 
et, en particolier, sur les marques, p. 55 et p. 61 et suiv. 



4 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

amplement au premier voyage. Cependant je demeureray 
toujours, 

Messieurs mes cousins, 

Votre bien humble cousin et serviteur, 

Trincant. 

Monsieurde Poictiers m'a fait voir la lettre qu'il escrivoit 
à Monsieur le Garde des sceaux (1) pour l'assearer de la 
possession. 

Ce 27 avril (2). 

Cette lettre nous fournit quelques noms des person- 
nages présents aux exorcismes. Nous remarquerons 
celui d'Artus Gouffier, marquis de Boisy (3), qui devait 
prendre le titre de duc de Roannez à la mort de son 
grand-père, en septembre 1642 et devint en septembre 1651 
gouverneur des pays de Poitou, Chàtelleraudais et 
Londunais. Il possédait de vastes domaines aux environs 
de Loudun. Ce marquis de Boisy est le fameux ami 
de Pascal, le frère de M"^ de Roannez, par la suite 
duchesse de la Feuillade, à qui Pascal adressa quelques 
lettres de direction (4). 

Les plus célèbres des médecins qui suivaient attenti- 
vement la procédure contre Grandier furent Duncan, 
Quillet et Pidoux. Marc Duncan, Écossais qui était venu 
s'établir à Saumur, s'y était fait une grande réputation. 
Il était en même temps principal du collège et y 
professait la philosophie. Il a fait contre la possession 
des Ursulines de Loudun un Discours fort bien écrit 



(1) Le chancelier Séguier. 

(2) Cf. Dr Gabriel Légué, Urbain Grandier et les possédées de 
Loudun^ Paris, Charpentier, p. 230-231. 

(3) Et non le marquis de Boissy, comme écrit M. Gabriel Légué, 
p. 235. 

(4) Sur QuiUet, voir H. Grimaud, Les Chinonais au procès d'Urbain 
Grandier, dans le Journal de Loudun du 14 septembre 1890. 



DOCUMENTS SUR URBAIN GRANDIER 5 

Claude Quillet,de Chinon, futTauteur d'un poème latin, 
fort goûté au XVII® siècle^ la Callipédie, qui rappelait la 
Pédotrophie de Scévole de Ste-Marthe (1) Pidoux, d'une 
famille distinguée de Poitiers et de Chàtellerault, se 
rattache aux Pidoux de Coulommiers de qui la Fontaine 
descendait par sa mère. (2) 



* 



La troisième lettre est du 18 mai 1634 : 

On continue toujours les exorcismes de la mère prieure. 
Leviatan, Tun des diables qui la possède, a promis de sortir 
samedy, et Âsmodée à la Saint-Jean. On fait icy une proces- 
sion générale ledit jour de samedy. Monsieur le commandeur 
de la Porte étoit hier en cette ville et fut présent aux 
exorcismes qui se feirent ce jour là dont il fust grandement 
satisfait. Il est allé à Saulmur et doibt retourner pour se 
trouver encore aux exorcismes, ledit jour. J'y estois ce matin 
et ay veu qu'au commandement de l'exorciste le diable a fait 
voir le saint sacrement sur la langue de la possédée deux 
heures après la communion, et auparavant plusieurs gentils- 
hommes de qualité comme Messieurs de Tonnay-Charente, 
Londigny [?] et autres luy avoient regardé dans la bouche de 
tous costez pour voir si elle l'y cachoit, et tousiours avec 
figure effroyable. Monsieur de Poictiers qui s'estoit blessé à 
une jambe, commença hier à se trouver aux exorcismes. Je 
lui ay tenu tousiours bonne compaignie pendant qu'il a tenu 

(1) Il s'exprime ainsi sur Sainte-Marthe, au troisième chant de sa 
Callipédie : « Vous qui voulez connaître les maladies de Tenfance et 
préserver d'heureux fruits d'un cruel ravage, lisez et relisez sans 
cesse le poème divin de Sainte-Marthe et tous ses doctes écrit. Il a, 
dans sa Pédotrophie, épuisé toutes les eaux d'Helicon et de Pinde, il 
a connu tous les trésors de la science d'Apollon. » 

(2) G. Hanotaux, Les Pidoux. Note sur la famille maternelle de 
J. de La Fontaine. Extrait du Bulletin de la Société de Vhistoire de 
Paris, janvier-février 1889 et Histoire du cardinal de Richelieu, Paris, 
DIdot. 1893, t. I,. p. 12-13; A. Martineau, le Cardinal de Richelieu, 
Paris-Poitiers, 1866, t. I., p. 68 et 315 ; E. Jovy, Études et recherches 
sur Jacques-Bénigne Bossuet,éuéque de Meaux, Vitry-Ie-François, 
1903, p. 312-313 et 429. 



6 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

le lit. Votre nepveu, Monsieur de Beausse, est l'un de ceux 
qui ont le plus assisté aux exorcismes et de près. Je suis, 

Messieurs mes cousins. 

Votre très humble serviteur et cousin, 

Trincant. 

De Loudun, ce 18 may. 

Nous apprenons encore par cette lettre quelques noms 
des spectateurs de la possession. 

« M. de Tonnay-Charente ï paraît être Gabriel de 
Rochechouart, alors prince de Tonnay-Charente, plus 
tard duc de Mortemart, le père de M"*« de Montespan. 

« M. le Commandeur de la Porte » était Toncle ma- 
ternel de Richelieu. Le grand-pere maternel du car- 
dinal, François de la Porte, seigneur de Lunardières, 
avait été un fort remarquable avocat de Paris. Il avait 
longtemps défendu les intérêts de Tordre de Malte. 
« Il le servit si utilement, dit Saint-Simon, que Tordre 
en reconnaissance reçut de grâce son second fils 
(Amador de la Porte), qui devint un homme d'un 
mérite distingué et commandeur de la Magdelaine, près 
de Parthenay. d Parthenay était le pays d'origine des 
de la Porte (1). 



♦ ♦ 



Il y avait eu jadis un différend entre Urbain Grandier 
et Richelieu qui possédait le prieuré de Coussay, aux 
environs de Loudun. En 1618 une procession avait attiré 
à Loudun une grande multitude. Elle allait sortir de la 
collégiale de Sainte-Croix quand Urbain Grandier 
contesta la place prise par Tévêque de Luçon en sa 
qualité de prieur de Coussay. Il semblait naturel qu'un 



(1) Voy. Hanotaux, Histoire du cardinal de Richelieu^ Paris, 1893, 
t. I, p. 42 ; Martineau, Le cardinal de liichelicu, Poitiers-Paris, 1866, 
t. I,p. 58. 



DOCUMENTS SUR URBAIN GRANDIER 7 

évêque eût le pas sur un curé ; mais Grandier était en 
outre chanoine de la collégiale de Sainte-Croix, et ce 
titre lui donnait le droit de passer devant le prieur de 
Coussay. Il usa de son droit. Richelieu dut longtemps 
garder le souvenir de ce curé si pointilleux sur les 
préséances. 

Entre Urbain Grandier et Richelieu, entre Trincant 
qui dédiait r^n//-A/7(7/o/5, un pamphlet contre les protes- 
tants, à Richelieu, et le cardinal, entre Loudun et le 
prieur de Coussay, il y a des liens historiques évidents. 
Il ne semble pas qu'il y ait grande témérité à passer du 
premier sujet à celui-ci. Richelieu a beaucoup influé sur 
les destinées de Loudun. Il connaissait admirablement 
cette partie de la JPrance dont il était originaire. Il fit 
enfin de fréquents séjours pendant son épiscopat 
de Luçon au prieuré de Coussay dont il avait pris 
possession à la mort de son oncle, Jacques du Plessis, 
avant lui évêque de Luçon. 

« Il se plaisait, dit M. Hanotaux, dans cette région 
montueuse, aux horizons étendus, aux longues pro- 
menades pleines de rêves fouettés par le vent. Un 
joli castel du XVI*^ siècle, muni de tours, environné de 
fossés et de douves protondes aux eaux jaillissantes, lui 
offrit un abri coquet, riant et sûr. Ce château avait été 
construit vers le milieu du siècle précédent par Bohier, 
évêque de Saint-Malo, dans le stjie le plus charmant de 
la Renaissance. Il cachait,et cache encore, dans un repli 
de terrain, les quatre tours coiCFées en poivrières et 
l'élégant donjon qui domine la vallée. Tout à Tentour le 
paysage est vaste, solitaire, plein de repos. Richelieu y 
séjourne ; il s'arrange un promenoir où se perdent ses 
pas méditatifs. Il se renferme dans le cabinet de la tour 
maîtresse, près de la chapelle où il dit la messe, ayant 
sous la main ses livres, l'armoire de sûreté où il cache 



8 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

lès papiers précieux, les notes où se fixent ses premiers 
desseins. C'est son « hermitage » ; il y mène l'existence 
€ d'un pauvre moine réduit à la vente de ses meubles 
et à la vie rustique » (1). 

L'appréciation du récent historien de Richelieu se 
trouve pleinement confirmée par ce que Louis Trincant 
écrit aux Sainte-Marthe dans une autre lettre du mscr. 
fr. nouv. acq. 6209 (2) : 

Depuis que je vous ay envoyé des mémoires de Loudun, 
je me suis aduisé que je devois auoir oublié en parlant du 
prieuré de Coussey qui appartient à M. le cardinal qui y a 
demeuré si longtemps et y a fait les meilleures de ses estudes 
de mettre que ce prieuré est de très antienne fondation. 

Trincant a lui-même reproduit ce jugement dans son 
Abrégé des Antiquitez de Loudun et pais de Loudunois 
dans ces termes (3) : 

Coussay est un beau prieuré dépendant de Tabbaye de 
Cormery de très antienne fondation. Le cardinal Briçonnet 
ou son frère, évêque de Saint-Malo, le fit rebâtir comme il est 
et ériger en droit de chastellenie. Le chaslel est bien basty 
et le lieu plaisant pour les belles fontaines qui y sont et 
tombent dans les fossez faictz à fonds de cuve, mais il a 
beaucoup esté embelli et enrichi par M. le cardinal de Riche- 
lieu qui y a faict longtemps sa demeure et la meilleure partie 
de ses estudes. 

Si l'on encroit le document que nous allons reproduire, 
le Cardinal de Richelieu n*aurait eu en vertu de sa 
constitution physique et de la qualité supérieure de son 
cerveau, aucune peine à faire des études excellentes et 
à devenir un homme d*État de premier ordre. 

(1) Cf. Hanotaux, Histoire du Cardinal de Richelieu, Paris, Didot, 
1893, t. I, p. 117 et 137. — Cf. aussi Aimé Martineau, Le Cardinal de 
Richelieu, Poitiers-Paris, 1866, t. I, p. 53-54. 

(2) F« 75 V' du mscr. fr., nouv. acq., 6209. 

(3) Louis Trincant, Antiquités de Loudun, éd. Roger Drouault, 
page 39. 



DOCUMENTS SUR URBAIN GRANDIER 9 

Un recueil d'arrêts, commencé en 1672 par deux 
célèbres avocats au Parlement de Paris, Claude Blondeau 
et Gabriel Guéret, le Journal du PalaiSy renferme 
d'intéressants commentaires historiques sur les arrêts 
rendus par les cours souveraines de France pendant la 
seconde moitié du XVII» siècle. Le Cardinal de Richelieu, 
par son testament fait à Narbonne le 23 mai 1642, avait 
distribué tous ses biens à sa famille, mais, le partage 
ayant été fait d'une façon inégale et sans tenir compte 
de l'origine des biens donnés, il en résulta une longue 
série de procès. L'un des rédacteurs du Journal du 
Palais a interprété un arrêt rendu le 30 décembre 1694 par 
le Grand Conseil sur les questions suivantes relatives à 
cette succession : 

Si M, de Richelieu, ayant peu de biens propres, pouvait 
disposer comme il a fait de tous ses acquêts en quelques 
coutumes qu'ils soient situés; 

Ou si les acquêts ont été subrogés de droit au défaut 
de propres, particulièrement dans tes coutumes où cette 
subrogation a Heu; 

S'il suffit d avoir des propres sans considérer leur 
quantité pour pouvoir disposer d'acquêts beaucoup plus 
considérables; 

Ou s'il ne faut une quantité proportionnée aux 

acquêts. 

Ce juriste termine sa dissertation par cette curieuse 
notice sur l'autopsie du cardinal de Richelieu et en par 
ticulier sur son cerveau (1) qui a été rééditée dans un 

(1) Journal du Palais ou Recueil des principales décisions de tous 
les Parlements et Cours souveraines de France sur les questions les 
plus importantes de droit civil, de coutume, de matières criminelles 
et bénéficiales et de droit public y par feu Maîtres Claude Blondeau et 
Gabriel Guéret, avocats en Parlement. Quatrième édition, revue, 
corrigée et augmentée, dédiée à Monseigneur le premier président. 
A Paris, quay des Augustins, chez David père, libraire, à la Provl- 



10 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

journal de province, il y a quelques années (1), et risque 
fort de demeurer oubliée ainssi bien dans sa première 
forme que dans sa réédition. 

« Nous pouvons ajouter à réloquent éloge que M. l'avocat 
général Briçonnet a fait de M. le cardinal de Richelieu un 
autre éloge physique que j'ai extrait d'une philosophie 
manuscrite composée par M. de Marigné, excellent philosophe, 
et qui nous doit convaincre que la nature avoit travaillé 
singulièrement à la sublimité de l'esprit et à l'élévation de la 
fortune de ce grand personnage : 

«Les hommes illustres ont presque toujours des singularités 
dans la composition de leur tempérament: nous en avons un 
exemple assez récent dans la personne du grand cardinal de 
Richelieu, premier ministre d'État. 

J'ai appris de son chirurgien ordinaire qu'après sa mort il 
eut ordre d'embaumer son corps, ce qu'il fit en présence de 
plusieurs personnes de distinction et de la plus haute 
qualité. 

Il trouva dans les parties intérieures de son corps une très 
belle conformation répondante à celle des membres et à la 
figure extérieure. 

Lorsqu'il fit l'ouverture de la tête pour en tirer le cerveau, 
il lui parut des singularités toutes extraordinaires. 

Il remarqua d'abord que les deux tables du crâne étoient 
minces et poreuses, et qu'aux endroits les plus épaix, il y 
avoit peu de substance spongieuse et osseuse qu'on appelle 
diploé; en sorte que d'un coup de poing on auroit pu 
facilement enfoncer ce crâne qui estextémement dur et épais 
dans les autres pour résister aux impressions du dehors qui 
ne sont pas trop violentes. 

Ensuite ayant ouvert le cerveau, il le trouva tout grisâtre 
et d'une consistance bien plus ferme qu'à l'ordinaire. Il étoit 
d'une odeur suave et agréable, au lieu qu'il a coutume d'être 
blanchâtre, mol, aqueux et d'une odeur un peu fétide. 

dence et au roi David, MDCCLV, 2 voL grand in-folio, t. II, 
p. 882. - Ce recueil fut publié en 12 vol. in-4o de 1672 à 1700. La 
dernière édition est celle de 1755. 

(1) Publié par M. Roger Drouault dans le Journal de Loudun des 
13 et 20 septembre 1893. 



DOCUMENTS SUR URBAIN GRANDIER 11 

Mais ce qui parut fort' surprenant, est que dans ce cerveau, 
il y avoit le double des ventricules ordinaires, chacun d'eux 
en ayant un autre qui lui étoit supérieur et formoit un double 
étage tant au devant qu'au derrière, et au milieu particulière- 
ment, dans lequel se forment et se perfectionnent les esprits 
le plus purs de la puissance discursive servans aux opérations 
de l'entendement, les ventricules de devant servans à 
l'imagination, et ceux du ventricule de derrière servans au 
mouvement, au sentiment et à la mémoire. 

Cette avantageuse conformation marque l'excellence et la 
vigueur de l'esprit vital et sensitif qui avoient formé ces 
doubles ventricules dans le cerveau l'un au-dessus de l'autre. 
De sorte que, comme il y avoit huit cavités organiques, au lieu 
de quatre accoutumées, il s'y faisoit double quantité d'esprits 
en général ; lesquels outre cela chacun dans leur magasin et 
double ventricule, s'épuroient et se dégageoient tellement de 
la matière, en se communiquant et montant de l'étage 
inférieur au supérieur, qu'ils étoient comme quintessenciés 
et multipliés en vigueur et action, beaucoup au-delà de 
l'ordinaire. » 

Cette description, ne serait-elle pas dans ses termes 
d'une rigoureuse exactitude scientifique, n'en est pas 
moins curieuse. Elle atteste que les médecins avaient re- 
marqué la conformation du cerveau de ce grand homme. 
Avec une organisation cérébrale si prodigieusement 
parfaite, comment pourrait-on s'étonner de ces dons in- 
tellectuels surprenants dont parle son dernier historien, 
M. Hanotaux : a la clarté, la logique, la mesure dans 
l'énergie, une souplesse, une agilité merveilleuse (1) ? » 

E. JovY. 



(1) G. Hanotaux, Le Cardinal de Richelieu, préface, p. VI. 



LES MINIATURISTES 



A L'EXPOSITION 



DES « PRIMITIFS FRANÇAIS 

/FinJ 



J'ai signalé déjà des miniatures retournées, c'est- 
à-dire dans lesquelles tous les mouvements sont faits à 
contresens. Les soldats y combattent en brandissant 
répée de la main gauche et en tenant le bouclier du 
bras droit. C'est de la main gauche que le prêtre bénit et 
tient l'hostie. Les copistes écrivent délibérément de 
droite à gauche, la main droite armée du grattoir et la 
gauche de la plume. Je n'insisterai pas sur ces anoma- 
lies dont j'ai assez longuement parlé plus haut (1); mais 
est-il possible de deviner par suite de quelle opération 
l'enlumineur a été amené à retourner ainsi ses person- 
nages ? Il est naturel de penser qu'il y a eu application 
d'un dessin exécuté sur une autre feuille à l'aide d'une 
matière colorante se détachant facilement. En d'autres 
termes on n'imagine guère cette singularité produite par 
une opération autre que le décalque : ce qui suppose 
incontestablement un dessin primitif dans lequel les 
positions étaient normales. 

Assurément il peut y avoir eu décalque sans que le 

(1) Chapitre VII. 



LES MINIATURISTES 13 

dessin reproduit ait été calqué lui-même ; néanmoins on 
ne peut se défendre de penser que des artistes qui 
avaient dans leurs habitudes de décalquer ont dû songer 
aussi à pratiquer le calque. On verra qu'en effet cette 
opération ne leur était pas inconnue. A vrai dire, on 
n*a jamais signalé jusqu'à présent un seul document du 
moyen âge faisant allusion à un papier ou à une feuille 
quelconque qui permit de calquer. On a bien, dans les 
temps modernes, émis l'hypothèse que le verre de vitre 
aurait joué ce rôle ; mais on n'en a aucune preuve, et l'on 
ne voit pas bien comment le verre aurait pu être utilisé. 
Les papiers du moyen âge, même huilés, n'étaient pas 
assez transparents pour permettre de suivre au travers 
les contours d'une image. Quant au parchemin, sans en 
excepter le vélin le plus délicat, son opacité était telle 
qu'on n'a jamais dû songer à l'employer à cet usage. 
J'ai fait des recherches également pour savoir si l'on 
n'aurait pas utilisé des plaques de corne claires, comme 
celles que nous voyons sur un grand nombre de 
reliures où elles servent à protéger le titre du volume 
écrit sur parchemin ; mais je n'ai trouvé aucune mention 
permettant de supposer qu'on a fait usage de la corne 
transparente. 

Cependant, le moyen âge a, sans aucun doute, su cal- 
quer comme nous ; et les verbes extrahere^ abstrahere 
/tirer, extraire/ ne signifient pas autre chose quand ils 
sont employés par des écrivains traitant de l'art de la 
peinture. Au chapitre IV de ce travail, j'ai montré Jean 
Coste, peintre du roi Jean, calquant dans un manus- 
crit des miniatures qui lui serviront de modèles pour 
décorer les murs d'une salle «... hystorias depictas de 
quodam libro extrahere ». Le moyen âge a connu éga- 
lement les feuilles à calquer, et ces feuilles, chose 
remarquable, différaient à peine du papier-glace de nos 

2 



14 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

graveurs contemporains (1). Je ne connais, il est vrai, 
qu*un seul auteur qui donne des renseignements sur ces 
feuilles à calquer, et c'est encore dans le recueil de Jean 
Le Bègue que j'en ai trouvé l'indication. Bien que 
M*"» Merrifield l'ait imprimée au milieu des autres 
recettes de Jean Le Bègue (2), la description de cette 
feuille, qui est désignée sous le nom de Ccwta lustra, ne 
semble pas avoir été remarquée. C'est pourtant là, à 
mon avis, un document du plus haut intérêt pour l'his- 
toire des arts du dessin et de la gravure. Je donnerai 
donc ici la traduction française de cette précieuse 
formule : 

« Voici, dit Jean Le Bègue, la manière de faire la 
feuille-lustrey à travers laquelle transparait ce qui est 
placé dessous, dessiné et figuré sur d'autres feuilles, ou 
sur du papier ou sur des tableaux, et qui peut par 
conséquent être reporté sur ladite feuille-lustre entière- 
ment et exactement, tel que ce qui est placé dessous, que 
ce soit des dessins, des portraits ou des peintures sur 
lesquels on l'étend. — Vous enduisez légèrement de suif 
de mouton une pierre bien unie et polie, sur une largeur 
et une longueur égales à celles que vous voulez donner à 
votre feuille. Ensuite, avec un pinceau large, vous 
étendez une couche de colle liquide, claire et brillante sur 
cette pierre, et vous laissez sécher. Ensuite, soulevez un 
peu à un angle de la pierre cette couche de colle séchée, 
qui sera mince comme une feuille, mais qui sera trans- 

(1) Il ne semble pas que les artistes desXVI», XVII» et XVIII* siè- 
cles aient utilisé pour la gravure les feuilles de gélatine^ ou du moins 
je n'en ai trouvé aucune mention dans les ouvrages spéciaux. Les 
graveurs ne se seraient servi, pendant cette période, que du papier 
huilé, et c'est seulement au XIX* siècle qu'ils auraient repris le pro- 
cédé des peintres du moyen âge. 

(2) Original treatises.., on the arts of painting,,., by M" Merrifield 
(Londres, 1849,in-8o), t. I", p. 293. 



LES MINIATURISTES 15 

parente, et voyez si elle n'est pas assez grosse et épaisse. 
Si elle est trop mince, ne Tenlevez pas, mais laissez-la 

et mettez encore dessus une couche de la même colle, et 
laissez sécher; et, comme précédemment, essayez si 
elle est assez grosse. Et recommencez cette opération 
autant de fois qu'il est nécessaire pour qu'elle soit d'une 
grosseur suffisante. Ensuite, soulevez-la tout entière de 
la pierre. L'enduit de suif que vous avez mis sur la pierre 
donnera la facilité de soulever ladite feuille, en l'empê- 
chant de s'agglutiner et d'adhérer à la pierre. Et ainsi 
vous aurez une feuille-lustre pour faire ce qui est dit 
ci-dessus i» (1). 

Jean Le Bègue ne donne pas ici la formule de cette 
colle liquide, claire et brillante, qu'il préconise pour 
fabriquer la feuille-lustre (2); mais dans le cours de 

(1) Voici le texte latin de la recette fournie par Jean Le Bègue : 
f Carta lustra, per quam transparent que sub ipsa sunt posita, pro- 
tracta et figurata in aliis cartis vel in papiris aut in tabulis, et possint 
igitor in ipsa carta lustra penitus et recte abstrahi qualia sunt que 
sub ipsa ponuntur, protracta vel protractiones et picture, super quas 
ipsa eztenditur, fit hoc modo. — Perungas subtiliter sepo arletino 
lapidem equalem et politam, latitudinis et longitudinis tante quante 
vis facere cartam. Postea, cum pincello lato, Unies ex cola liquefacta, 
Clara et lucida, lapidem ipsam, et dimitte siccari. Postea, éleva ab 
onoangulo lapidis aliquantulumlinituramillam colle siccate, que erit 
snbtilis ut carta, sed erit lustra, et vide si non sit satis grossa, seu 
spissa; verum, quando sit nimis subtilis, non élevés, sed permittas 
et adhuc linias desuper de eadcm cola, et permitte siccari ; et, ut 
prius, tempta si satis grossa sit, et tociens hoc réitères quod fiât 
sufficienter grossa. Postea, ex toto éleva a lapide, quia suprascripta 
penmctio lapidis ex adipe argentino (sic pro arietino) facta dabit 
facilitatem elevandi ipsam cartam, quam non permiserit lapidi gluti 
nari nec adherere. Et sic habebis cartam lustram ad ea que dicta sunt 
fienda ». (Recueil de Jean Le Bègue, Bibl. nat., ms. lat. 6741,fol.92 *<>.) 

(2) Cette feuille-lustre j c'est-à-dire transparente, brillante et glacée, 
était peut-être dénommée ainsi par analogie avec le lustre des céra- 
mistes, qui n'est autre qu'une glaçure transparente ou vernis consti- 
tué par un enduit vitreux qu'on applique sur les poteries pour les 
rendre imperméables et leur donner un aspect brillant. 



16 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

son recueil il transcrit un certain nombre de recettes de 
colles, dont plusieurs sont dues à un peintre du 
XIV« siècle autour duquel on a fait quelque bruit ces 
temps derniers, à Jacques Cône. Toutes ces formules 
sont à peu près les mêmes : elles indiquent la colle de 
peau, la gomme adragante, la colle de poisson, ces deux 
dernières en petite quantité, enfin un peu d'alun et quel- 
ques gouttes de vinaigre. On peut s'étonner que cette 
feuille à calquer, à peine différente en somme de notre 
gélatine ou papier-glace, n'ait pas encore été signalée au 
moyen âge. Jean Le Bègue est, je pense, le seul qui en 
fasse mention ; mais sa description est suffisamment 
précise, et je serais d'autant moins tenté de douter de 
l'authenticité de sa recette que j'ai eu la bonne fortune 
de découvrir quelques spécimens de ces cartx lastrx. 
J'en ai trouvé onze feuilles. Plusieurs sont devenues 
aujourd'hui assez cassantes, et, en déplaçant les 
volumes qui les renferment , j'ai constaté , sur la 
planchette où ils étaient déposés, la présence de petits 
fragments de ces feuilles, de la largeur de l'ongle. 
Je les ai recueillis, je les ai fait analyser, et l'analyse 
a donné les résultats suivants : huit dixièmes de 
colle de peau, un dixième de gomme adragante, un 
dixième de colle de poisson, des traces d'alun, des 
traces d'un acétate, provenant sans doute de la pré- 
sence du vinaigre, et enfin des traces aussi, très 
légères, de suif (1). Or, c'est là exactement la compo- 
sition de la feuille indiquée par Jean Le Bègue à la fin 
du XIV* siècle. 

Peut-être ces feuilles sont-elles de fabrication relati- 
vement récente, puisqu'elles protègent des miniatures 



(1) Cette dernière substance provient de Tendait qa*on mettait 
lur la pierre pour empêcher la colle d'y adhérer. 



LES MINIATURISTES 17 

de livres d'Heures du XV» siècle (1), qu'elles sont prises 
dans les reliures et que ces reliures ne sont pas anté- 
rieures, Tune au XVI* siècle, l'autre au XVII®. Mais même 
si l'on n'admet pas qu'elles pouvaient se trouver dans 
les volumes avant que ceux-ci aient passé par les mains 
de leurs derniers relieurs, nous pouvons, je crois, les 
considérer comme des spécimens des feuilles-lustres 
dont on a usé pendant le moyen âge : la composition, 
en tout cas, n'en avait pas changé. Toutes les feuilles 
qui ont servi à calquer, puis à décalquer, ont vraisem- 
blablement disparu : à en juger par celles que j'ai eues 
sous les yeux, elles étaient extrêmement fragiles, elles 
n'offraient aux chocs qu'une très faible résistance ; 
puis, le rôle qu'on leur faisait jouer en favorisait singu- 
lièrement la destruction. Heureusement les livres eux- 
mêmes nous en ont conservé quelques-unes, car on les 
a aussi utilisées, dans certains manuscrits, pour préser- 
ver les peintures du frottement des feuillets. Il suffira 
sans doute de signaler l'existence de ces feuilles pour 
qu'on en découvre dans d'autres bibliothèques. Celles 
que j'indique ici sont d'inégale épaisseur; le côté qui 
était appliqué sur la pierre suiffée est beaucoup moins 
brillant que le côté extérieur. Si ces feuilles sont d'une 
transparence parfaite, la fabrication n'en est pourtant 
pas irréprochable : on y remarque de nombreuses bulles 
d'air, et à la surface de certaines d'entre elles on peut 
encore observer les traces imprimées du pinceau qui 
a servi à étendre la couche de suif sur la pierre. 



(1) Ces feuilles se trouvent entre les fol. 34-35, 42-43, 4445, 46-47, 
66-67 et 85-86 du ms. no 416 de la Bibliothèque de l'Arsenal, et les 
fol. 3-4, 8-9, 43-44, 95-96 et 96-99 du ms. n» 1191 de la même Biblio- 
thèque. L'un de ces volumes est fort connu : c'est le livre d'Heures 
de Louis de Roncherolles, qui a appartenu à Roger de Gaigniéres, 
aux armes de qui il est relié. 



18 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

Quel procédé les artistes qui ont usé de ces feuilles 
ont-ils employé pour prendre leur calque ? C'est une 
question à laquelle je ne crois pas qu'il soit possible de 
répondre dans l'état actuel de nos connaissances. Il est 
vraisemblable qu'ils ont dû souvent se servir de l'encre 
et du crayon ; mais on peut admettre aussi qu'ils ont 
opéré autrement. Quand on étudie attentivement ce qui 
concerne non seulement la confection et Tornementation 
des livres au moyen âge, mais aussi les procédés des 
peintres de tableaux, on est frappé du rôle qu'y joue la 
pointe sèche. Dans le haut moyen âge c'est à la pointe 
que se fait la réglure des volumes. C'est également à 
l'aide de la pointe sèche que les peintres de manuscrits 
et les peintres de tableaux décorent leurs fonds d'or 
de dessins géométriques ou de rinceaux. Dans les 
tableaux comme dans les miniatures, les auréoles des 
personnes divines et des saints sont aussi, pen- 
dant des siècles, ornées de dessins à la pointe. D'au- 
tre part, j'ai observé, dès le XIII® siècle, sur les 
marges de certains manuscrits illustrés, de grands 
dessins faits à la pointe sèche et d'une exécution remar- 
quable (1). Enfin, les innombrables scribes ou ouvriers 
de livres qu'on trouve figurés dans les monuments du 
moyen âge tiennent presque toujours la plume d'une 
main et la pointe ou le grattoir à pointe de l'autre. 
C'était donc là un instrument d'un usage courant ; et il 
n'est pas déraisonnable de supposer que certains enlu- 
mineurs, après avoir placé la feuille transparente, la 
carta lustrOy sur l'œuvre à calquer, ont pu en suivre les 
contours avec une pointe. S'ils ont vraiment procédé 

(1) Voir notamment : Bibl. de TArsenal, ms. n* 5220, p. 246 et 247. 
Ce manuscrit, qui contient une traduction française de l'Histoire de 
la guerre sainte de Guillaume de Tyr, est de la seconde moitié du 
XIII* siècle. 



LES MINIATURISTES 19 

de la sorte, ils ont dû obtenir un dessin en creux et en 
emplir les lignes d'une matière colorante. Il n'y avait 
plus alors qu à prendre la feuille ainsi préparée, à 
l'appliquer en la retournant à l'endroit voulu et à presser 
fortement jusqu'à l'écraser sur le parchemin. L'image 
devait être mathématiquement exacte, mais elle était 
retournée : ce qui est, en effet, le cas d'un grand nombre 
de miniatures du moyen âge. 

Ce n'estlà qu'une hypothèse, je tiens à insister particu- 
lièrement sur ce point, hypothèse vraisemblable sans 
doute, mais à laquelle aucun document n'est venu 
jusqu'à présent prêter son appui. Si quelque jour ces 
recherches pouvaient être complétées et si l'on décou- 
vrait une pièce montrant un peintre usant de la pointe 
pour prendre des calques sur les feuilles de gélatine, 
on serait en droit d'en conclure que les artistes du 
moyen âge ont connu et pratiqué une sorte de gravure 
en taille-douce (1) plusieurs siècles avant que fût in- 
ventée la gravure sur bois. 

Nous n'en sommes pas là encore ; mais il m'a semblé 
intéressant néanmoins de signaler dès maintenant ces 
abondantes miniatures faites au moyen de décalques 
et probablement de calques, et aussi les feuilles de géla- 
tine qui ont vraisemblablement servi à les exécuter. 

Enfin, la constatation que le moyen âge a connu des 
images reproduites par un procédé mécanique peut 
encore conduire à d'autres réflexions. Nous voyons bien 
que des miniatures nous présentent tous les mouve- 
ments faits à l'envers; mais sommes-nous bien sûrs 



(1) On sait que nos graveurs modernes, quand ils veulent obtenir 
une épreuve exceptionnelle d'une de leurs œuvres, la font tirer directe- 
ment sur la feuille de gélatine. Le Cabinet des estampes de la 
Bibliothèque nationale possède plusieurs spécimens de gravures 
obtenues par ce moyen. 



20 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

que, parmi celles où les personnages ont des poses nor- 
males, il n'en est pas qui ont été exécutées par le même 
procédé et dont les auteurs, plus soigneux, avaient 
pris soin, sur les originaux, de tracer leurs figures à 
contresens pour les avoir naturelles dans la reproduc- 
tion ? Répondre affirmativement serait plus que témé- 
raire: envisager cette nouvelle hypothèse ne saurait être 
interdit aux curieux de l'histoire de notre art national. 

Ce sont là des questions qui paraîtront peut-être bien 
menues pour retenir l'attention ; mais les minuties, 
négligeables en beaucoup de sujets et souvent si nuisi- 
bles, ne peuvent en aucune façon être dédaignées 
quand il s'agit de recherches sur les peintures des 
manuscrits. Ceux qui se livrent à ces études, tout en 
regardant plus loin et plus haut vers les régions sereines 
de l'art, doivent pourtant, au rebours du préteur 
romain, s'occuper des plus petites choses. C'est, je 
crois, en rapprochant et en groupant un grand nombre 
d'observations, dont chacune prise isolément ne semble 
pas bien importante, qu'on verra son sujet s'élargir et 
naître des idées générales, où n'apparaissaient d'abord, 
quand elles étaient sans cohésion, que de toutes petites 
remarques, la plupart très subtiles. On a pu s'aper- 
cevoir que c'est là, bonne ou mauvaise, la méthode que 
je me suis efforcé de suivre dans la plupart des cha- 
pitres de ce travail. 

Henry Martin. 



UN COUSIN DE BOSSUET 

PIERRE TAISAND, TRÉSORIER DE FRANCE 

(SuileJ 



A MfST Bossuetf évêque de Condom, etc. 

Monseigneur, 

Je fis, il y a sept ou huit mois, l'histoire du droit romain, 
où j'ai fait entrer par occasion les vies des jurisconsultes 
anciens et modernes. Je croyais la faire servir seulement 
comme de préface à la traduction que je fis, il y a environ 
cinq ans, des livres des Lois de Cîcéron^ que j*ai revue depuis 
peu ; mais mes amis, dont la plupart sont personnes habiles, 
m*ont conseillé d'en faire un volume séparé. Je fais état que 
ces deux petits ouvrages se suivront de prés, et je me flatte 
que vous me ferez l'honneur d'être leur protecteur, ainsi que 
M. le Maître des Requêtes Bossuet me l'a fait espérer. C'est pour 
cela que je prends la liberté de vous envoyer l'épitre dédica- 
toire du premier qui verra le jour. Je vous supplie. Mon- 
seigneur, de faire en sorte que je puisse savoir si vous en 
serez content, n'ayant rien plus à cœur que de vous rendre 
satisfait et de vous témoigner qu'on ne peut être avec plus 
de respect que je suis... 

A Dijon, le 24« novembre 1677. 

Au même. 

Monseigneur, 

On doit au premier jour vous présenter de ma part, si cela 
n'est déjà fait, VHistoire du droit romain que j'ai mise sous 
votre protection. Vous verrez. Monseigneur, si vous prenez 
la peine de jeter les yeux dessus, que j'ai tâché de profiter 



22 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

de l'avis que vous m'avez fait la grâce de me donner avec 
votre bonté ordinaire. J'aurais souhaité que vous eussiez pu 
voir l'ouvrage entier avant que de le faire mettre sous la 
presse, car en ce cas je l'aurais abandonné sans crainte à la 
censure publique. Mais je n'ai osé, Monseigneur, vous sup- 
plier d'en prendre la peine, sachant que vous avez des 
occupations infiniment importantes. A ce défaut, plusieurs 
des plus habiles gens de ce pays-ci l'ont vu et en ont paru 
satisfaits. Je ne regrette pas le temps que j'ai employé à 
la composition de ce petit ouvrage si vous ne le négligez 
pas. Quoi qu'il en soit, je vous supplie de le recevoir 
comme une marque du respect sincère avec lequel je suis... 

A Dijon, le 27* mars 1678. 

Au même. 
Monseigneur, 

L'obligeant accueil que vous avez eu la bonté de faire au 
petit ouvrage que j'ai pris la liberté de vous dédier, le 
dessein que j'ai depuis longtemps d'honorer de votre nom la 
traduction que j'ai faite des trois livres des Lois de Cicéron 
et l'agrément qu'il m'a semblé que vous y donniez, m'enga- 
gent à prendre encore cette liberté. Néanmoins, Monseigneur, 
comme je pourrais m'être un peu flatté quand j'ai [compris 
que vous {me faisiez l'honneur de le trouver bon, je vous 
supplie de me faire savoir si je puis exécuter ce dessein. 
J'ai fait voir cette version à d'habiles gens, je l'ai revue et 
corrigée, et je n'attends plus que vos ordres et un voyage 
que je dois faire dans quelque temps à Paris, pour me déter- 
miner à le mettre sous la presse. Je suis avec un extrême 
respect... 

A Dijon, le 18* mai 1678. 

A M, Antoine Bossuet (1). 

Monsieur, 
J'ai pensé depuis quelque temps que la version que j'ai faite 
des livres des Lois de Cicéron conviendrait assez à un 

(1) Deux mois auparavant, Taisand avait adressé ses félicitations à 
Antoine Bossuet institué héritier universel par le président de 
Boyv[aut], qui venait de mourir. (Lettre du 10 juillet 1678). M. de 



UN COUSIN DEBOSSUBT 28 

magistrat qui rend la justice s^lon les lois. C'est pour cela que 
je vous supplie, Monsieur, d'agréer que je puisse avoir l'hon- 
neur de vous la dédier. Vous m'obligerez beaucoup d'obtenir 
pour moi l'agrément de M. de Condom pour pouvoir aussi 
lui dédier dans quelque temps ces matières bénéficiales et 
ecclésiastiques (1) que je lui destine. Je souhaiterais que mes 
productions fassent meilleures afin d'être dignes de vous être 
présentées. Mais quelque médiocres qu'elles soient, je me 
flatte que vous aurez la bonté de les recevoir comme des 
marques du singulier respect avec lequel... 

A Dijon, ce 4* septembre 1678. 

A M. de Condom. 
Monseigneur, 

Les bontés particulières que vous m'avez fait la grâce de 
me témoigner en diverses occasions me font prendre la 
liberté de recourir à vous et de vous demander très humble- 
ment votre protection dans une affaire d'honneur qui se 
présente au sujet d'une charge de Trésorier de France à 
Dijon dont j'ai traité depuis quelques jours. M. le Maître des 
Requêtes (2) vous dira, s'il lui plaît, en quoi consiste la 
dispense dont j'ai besoin, ainsi que je l'en prie. Ce que je puis 
vous dire, Monseigneur, est qu'il s'agit ici de mon établis- 
sement, et que je vous aurai les dernières obligations, si, 
par votre moj'en, je réussis en cette affaire, que je tiens sûre 
pourvu que vous ayez la bonté de dire un mot en ma faveur ; 
c'est la grâce que je vous demande avec très humbles prières, 
et aussi de croire que je suis avec une extrême vénération... 

A Dijon, le 25' juin 1680. 



Boyvaut était parent de Taisand et sans doute aussi des frères Bossuet. 
Il avait pour le jeu une véritable passion. C'était de plus un écrivain 
ridicule. (Voir J. Duraudeau, op. cit., p. 114, 115 et 176.) 

(1) Cet ouvrage n'a pas vu le jour, pas plus d'ailleurs que la traduc- 
tion du traité des Lois de Cicéron. La dédicace à Antoine Bossuet se 
trouve dans le ms. de Dijon, p. 650 (23 février 1679). 

(2) C'est-à-dire Antoine Bossuet, frère de Tévêque. 



24 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

An même. 
Monseigneur, 

J'apprends par l'obligeante lettre dont vous m'avez honoré, 
que vous avez la bonté de prendre soin de mon affaire, et 
que vous voulez bien me faire la grâce d'en parler à Mg»" le 
Chancelier. Je ne puis deviner ce qu'on en jugera à la Cour, 
mais on la croit ici très favorable, parce que M. Taisand, mon 
oncle, qui, en qualité de procureur général au bureau des 
finances, me fait obstacle malgré lui, n'est que requérant et 
n'a pas voix délibérative, et que d'ailleurs MM. les Trésoriers 
de France de Dijon n'ont pas la juridiction contentieuse du 
Domaine. Ainsi, à le bien prendre, il n'y a aucune incompa- 
tibilité entre l'oncle, procureur général du roi au bureau des 
Finances, et le neveu, trésorier de France dans un même siège. 
Mais, Monseigneur, si nonobstant ces raisons qui paraissent 
décisives, la chose pouvait recevoir quelque difficulté, je suis 
persuadé qu'un mot de votre part la lèverait entièrement. 
Vous êtes. Monseigneur, d'un rang et d'un mérite où les 
moindres recommandations font toujours leur effet. C'est en 
quoi mon bonheur est grand, d'être assuré de votre protec- 
tion, non-seulement par Monsieur votre frère, mais par vous- 
même, dans une affaire où il y va de mon honneur et de mon 
intérêt de réussir, de sorte que ma famille et mes amis en 
attendent un heureux succès. Je me fais par avance un 
extrême plaisir de vous en être redevable, et suis avec un 

profond respect... 

A Dijon, le 5« juillet 1680. 

Au même. 

Monseigneur, 

On est bien heureux d'avoir la protection d'un prélat aussi 
puissant et aussi obligeant que vous êtes. Je désespérais 
presque, sur les avis qu'on m'a donnés depuis quelque temps, 
d'obtenir la dispense d'incompatibilité pour l'office de 
Trésorier de France dont j'ai traité, et j'apprends que je 
l'obtiens par votre moyen, et que M&r le Chancelier vous a 
promis de sceller mes provisions. Je vous en rends très 
humbles grâces, Monseigneur, vous suppliant de croire que 
j'aurai toujours dans le cœur la reconnaissance que je dois 



UN COUSIN DE BOSSUET 25 

à VOS bontés, et que je ne cesserai jamais d'être avec un 

profond respect... 

 Dijon, le 10* juillet 1680. 



Au même. 
Monseigneur, 

Grâce à votre bonté et à votre crédit, j*ai obtenu des 
provisions en forme, je veux dire avec la dispense dont 
j'avais besoin. J'eus l'honneur de vous faire mes très humbles 
remerciements lorsque Mi^ le Chancelier vous eut donné de 
bonnes paroles touchant cette affaire. Je vous les fais encore, 
Monseigneur, maintenant qu'elle est consommée et que je 
n'ai plus qu'à me faire installer dans une place honorable 
que je tiendrai de cette même bonté qui m'est toujours favo- 
rable. Je suis avec une extrême vénération... 

A Dijon, le 6* septembre (1) 1680. 

Au même. 

Monseigneur, 

C'est avec une extrême joie que j'apprends les marques de 
distinction et de bienveillance que le roi vous a données 
encore depuis peu en vous nommant à l'évêché de Meaux. 
Sa Majesté, dont le discernement est admirable, connaît 
parfaitement votre zèle pour le service de Dieu et pour 
le sien. Aussi, c'est sur ce fondement qu'elle vous a tou- 
jours donné les emplois et les dignités qu'elle a jugé vous 
être les plus convenables. J'ai même ouï dire qu'elle avait 
assaisonné ce nouveau don d'une espérance à quelque chose 
encore de plus éminent, et comme ce grand roi ne s'explique 
jamais de rien inutilement, je ne doute pas que l'on n'en voie 
bientôt d'autres effets (2). Cependant fasse le Ciel que vous 
jouissiez heureusement et à longues années de la récompense 
qui est si bien due à votre incomparable mérite et à laquelle 
je m'intéresse extrêmement, tant à cause des obligations que 

(1) Le même jour, Taisand remercie aussi Ant. Bossuet. 

(2) C'est-à-dire que Louis XIV n'obtienne pour Bossuet le chapeau 
de cardinal. 



26 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

je VOUS ai y que par rattachement particulier et le profond 
respect que j'aurai pour vous toute ma vie, étant au-delà de 
toute expression, Monseigneur, votre... 

A Dijon, le 18« mai 1681 (1). 

Au même. 

Monseigneur, 

Je me donne l'honneur d'écrire à M. le Maître des Requêtes, 
votre frère, (2) au sujet du voyage du roi en Bourgogne, et de 
lui offrir pour vous et pour lui (ne doutant pas que vous 
n'accompagniez Sa Majesté dans ce voyage si vos emplois 
vous le permettent) un petit appartement qui dépend de 
moi en cette ville. Il vous dira, Monsieur, s'il lui plaît, en 
quoi cela consiste. Je voudrais bien avoir quelque chose à vous 
offrir qui fût digne de vous. Je me ferais la plus grande joie 
du monde de vous en rendre le maître ; mais du moins je 
vous offre de très bon cœur ce qui est à ma disposition et 
c'est tout ce que je puis faire. Je me tiendrai fort honoré si 
vous me faites la grâce d'accepter ce que j'ose vous offrir. Je 
suis avec un très grand respect... 

A Dijon, le 20« avril 1683. 

A M. Bossuet, le Maître des Requêtes. 

Monsieur, 

J'ai lu l'excellente pièce (3) que vous m'avez m'avez fait 
l'honneur de m'envoyer et que M. le conseiller PouGer a pris 
la peine de me remettre de votre part et de celle de M. de 

(1) il y a, du même jour, une lettre de félicitation de Taisand à 
Antoine Bossuet sur l'élévation de son frère. 

(2) A la même date, Taisand écrit à Antoine Bossuet : « Je prends 
la liberté de vous offrir à tous deux un petit appartement qui consiste 
en une salle, deux chambres, un cabinet et une cuisine, qui font la 
meilleure partie de la maison que j'habite en la place de la Sainte- 
Chapelle... Il est tourné au levant et a vue sur la place. » 

(3) L'oraison funèbre de la reine Marie-Thérèse. A la même occa- 
sion, Taisand adressa à l'évêque de Meaux une lettre de remer- 
ciement que je n'ai pas trouvée. — Voir Revue Bossuet y du 25 avril 
1903, p. 85. 



UN COUSIN DE BOSSUET 27 

Meaux. J'y ai remarqué ces grands traits qui distinguent 
toujours avantageusement l'éloquence de ce prélat incompa- 
rable et qui font connaître partout ce génie élevé, fait exprès 
pour parler avec la majesté et la pompe due à l'histoire des 
rois et des reines- Je vous ai beaucoup d'obligation, Monsieur, 
et je vous remercie très humblement de la grâce que vous 
m'avez faite en me faisant ce beau présent. Je le conserverai 
pour le revoir de temps en temps avec les autres ouvrages 
que j'ai de M. votre frère... 

A Dijon, le 18« mai 1684. 

A M, Bossuety conseiller du roi en ses conseils, maître 
des requêtes ordinaire de son hôtel et nommé par 
S. M, à r Intendance de Soissons (1). 

Monsieur, 

Si les souhaits des personnes de cette province avaient 
réussi, il y aurait longtemps que vous y seriez intendant ; 
mais le goût de la Cour ne s'accommode guère avec celui des 
provinces, et quand le roi vous a nommé à l'intendance de 
Soissons, on peut dire que S. M. s'est un peu considérée elle- 
même dans ce choix, et qu'en ne vous éloignant pas de sa 
personne, elle a aussi fait état d'assaisonner son choix d'un 
agrément particulier lorsqu'elle vous a mis dans un poste 
qui, n'étant pas loin d'un frère que tout le monde sait vous 
être fort cher, ne peut manquer de vous plaire encore par 
cet endroit. A ne vous rien celer, MM. les Trésoriers, mes 
confrères, auraient fort souhaité que cet emploi considéra- 
ble, qui est une marque évidente de l'estime que Sa Majesté 
fait de vous et un acheminement à quelque chose encore de 
plus élevé, eût pu, sans vous faire préjudice, être différé de 
quelques mois, car ils se promettaient beaucoup de votre 
justice dans le procès qu'ils ontau Conseil contre M. Coin[tot]; 
mais ils espèrent que si vous n'êtes pas présentement en 
état de leur être utile par vous-même en cette occasion, vous 
aurez la bonté de leur ménager la faveur de vos amis dans 

(1) Je me borne à signaler une lettre adressée au même personnage, 
du 12 mars 1685, relative à un procès soutenu par la Compagnie de 
Trésoriers de France. Elle est trop longue et d'un intérêt trop parti- 
colier pour trouver place ici. 



26 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

je VOUS ai, que par rattachement particulier et le profond 
respect que j'aurai pour vous toute ma vie, étant au-delà de 
toute expression, Monseigneur, votre... 

A Dijon, le 18« mai 1681 (1). 

Au même. 
Monseigneur, 

Je me donne l'honneur d'écrire à M. le Maître des Requêtes, 
votre frère, (2) au sujet du voyage du roi en Bourgogne, et de 
lui offrir pour vous et pour lui (ne doutant pas que vous 
n'accompagniez Sa Majesté dans ce voyage si vos emplois 
vous le permettent) un petit appartement qui dépend de 
moi en cette ville. Il vous dira, Monsieur, s'il lui plaît, en 
quoi cela consiste. Je voudrais bien a voir quelque chose à vous 
ofi&*ir qui fût digne de vous. Je me ferais la plus grande joie 
du monde de vous en rendre le maître ; mais du moins je 
vous offre de très bon cœur ce qui est à ma disposition et 
c'est tout ce que je puis faire. Je me tiendrai fort honoré si 
vous me faites la grâce d'accepter ce que j'ose vous offrir. Je 
suis avec un très grand respect... 

A Dijon, le 20« avril 1683. 

A M, Bossuety le Maître des Requêtes, 

Monsieur, 

J'ai lu l'excellente pièce (3) que vous m'avez m'avez fait 
l'honneur de m'envoyer et que M. le conseiller Poufier a pris 
la peine de me remettre de votre part et de celle de M. de 

(1) Il y a, du mêmejour^ une lettre de félicitation de Taisaud à 
Antoine Bossuet sur rélévation de son frère. 

(2) A la même date, Taisand écrit à Antoine Bossuet : « Je prends 
la liberté de vous offrir à tous deux un petit appartement qui consiste 
en une salle, deux chambres, un cabinet et une cuisine, qui font la 
meilleure partie de la maison que j*habite en la place de la Sainte- 
Chapelle... Il est tourné au levant et a vue sur la place. » 

(3) L'oraison funèbre de la reine Marie-Thérèse. A la même occa- 
sion, Taisand adressa à Tévêque de Meaux une lettre de remer- 
ciement que je n'ai pas trouvée. — Voir Revue Bossuety du 25 avril 
1903, p. 85. 



UN COUSIN DE BOSSUET 27 

Meaux. J'y ai remarqué ces grands traits qui distinguent 
toujours avantageusement l'éloquence de ce prélat incompa- 
rable et qui font connaître partout ce génie élevé, fait exprès 
pour parler avec la majesté et la pompe due à l'histoire des 
rois et des reines. Je vous ai beaucoup d'obligation, Monsieur, 
et je vous remercie très humblement de la grâce que vous 
m'avez faite en me faisant ce beau présent. Je le conserverai 
pour le revoir de temps en temps avec les autres ouvrages 
que j'ai de M. votre frère... 

A Dijon, le 18« mai 1684. 

A M. Bossuety conseiller du roi en ses conseils, maître 
des requêtes ordinaire de son hôtel et nommé par 
S. M, à l'Intendance de Soissons (1). 

Monsieur, 

Si les souhaits des personnes de cette province avaient 
réussi, il y aurait longtemps que vous y seriez intendant; 
mais le goût de la Cour ne s'accommode guère avec celui des 
provinces, et quand le roi vous a nommé à l'intendance de 
Soissons, on peut dire que S. M. s'est un peu considérée elle- 
même dans ce choix, et qu'en ne vous éloignant pas de sa 
personne, elle a aussi fait état d'assaisonner son choix d'un 
agrément particulier lorsqu'elle vous a mis dans un poste 
qui, n'étant pas loin d'un frère que tout le monde sait vous 
être fort cher, ne peut manquer de vous plaire encore par 
cet endroit. A ne vous rien celer, MM. les Trésoriers, mes 
confrères, auraient fort souhaité que cet emploi considéra- 
ble, qui est une marque évidente de l'estime que Sa Majesté 
fait de vous et un acheminement à quelque chose encore de 
plus élevé, eût pu, sans vous faire préjudice, être différé de 
quelques mois, car ils se promettaient beaucoup de votre 
justice dans le procès qu'ils ontau Conseil contre M. Coin[tot]; 
mais ils espèrent que si vous n'êtes pas présentement en 
état de leur être utile par vous-même en cette occasion, vous 
aurez la bonté de leur ménager la faveur de vos amis dans 

(1) Je me borne à signaler une lettre adressée au même personnage, 
du 12 mars 1685, relative à un procès soutenu par la Compagnie de 
Trésoriers de France. Elle est trop longue et d'un intérêt trop parti- 
culier pour trouver place ici. 



28 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

une affaire où toute la bonne foi est de leur côté et toute Tin- 
justice du côté de leur partie adverse. Je me flatte, Monsieur, 
en particulier de cette espérance, et c'est la très humble 
prière que je vous fais. Je vous supplie aussi de croire que 
personne n'est plus sensible à ce qui vous touche et à la dis- 
tinction que le roi fait de votre mérite, que moi, qui suis avec 
respect, Monsieur, votre très humble et très obéissant servi- 
eur. 

A Dijon, le 7« avril 1685. 

(A suivre) Ch. Urbain 



NOTES 



SUR 



CLAUDE DE TRELLON 



/Siii7e; 



Les fuyards et les blessés, dont Trellon, se réfugièrent 
à la Roche-Chalais, où le lendemain, on leur apporta la 
nouvelle de la mort de Joyeuse et d'Aubijoux. « Imagi- 
€ nez -vous quel contentement ces nouvelles apportèrent 
« à Padre Miracle ; il se vouloit enterrer luy-même ; il 
« voulait faire un tombeau de ses larmes, maugréant 
« contre la guerre, les armes, Theure et le jour où il 
<x naquit. Enfin, la raison le domina un peu, et de peur 
« qu'en faisant plus long séjour en ce lieu le chemin 
« pour aller à Angoulème (1) ne luy fut fermé, s*ache- 
« mina vers Aubeterre. Depuis, d'ennuy et aussi de 
« regret, il a esté plus de cent fois en humeur de se 
€ rendre aux capuchins ». 

En réalité après ce coup inattendu qui le privait de son 



(1) C'est sans doute la lecture de ce passage mal interprété par 
Goujet, qui lui a fait assigner cette ville comme lieu de naissance de 
Trellon. Trellon s'en va à Angoulémc tout simplement parce qu'après 
le désastre de Coutras Lavardin y rallia les débris de l'armée. 

3 



30 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

appui, Trellon s'était rapidement retourné. Il célébra 
d'abord en des vers véritablement émus la moi*t de ses 
protecteurs, puis se souvenant que Joyeuse mort, le 
duc d'Epernon demeurait seul dans la faveur royale, il 
se rappella à son souvenir : 

c Monsieur, Coutras m'a mis en si piteux estât, 

« Qu'aux pieds de vos bontés il faut que je me jette : 

< J'ay perdu mon support au plus fort du combat, 

€ Tant plus je pansse à luy, tant plus je le regrette. 
c Que maudit soit Tautheur d'un si triste débat, 
« Ma langue en ce discours ne veut estre muette, 
c Je me voy de secours délaissé tout à plat, 

< Et n'ay pour tout mon bien que le nom de poète, 
c Ah 1 que ne suis je mort, ou bien que ne vis tu, 

« Pauvre Jacques d'Amboise, ores que ta vertu 
« Se rend malgré l'envie à jamais mémorable. 
m Monsieur, prenez pitié du désolé Trellon, 
« Il est desjà nuds pieds et n'a pas un teston, 
« Un grand duc comme vous doit être secourable ». 

Trellon pourtant, ne s'engagea pas dans l'armée du 
duc d'Epernon, qui au moment du désastre de Coutras, 
occupait la Provence. Tous deux d'ailleurs étaient peu 
faits pour s'entendre. Le duc d'Epernon, Gascon rusé et 
ambitieux, tenait à ménager Henry IV, en qui sa 
perspicacité lui faisait reconnaître le seul successeur 
possible de Henry III ; aussi la Ligue lui en voulait-elle 
terriblement, et dans ses pamphlets l'accusait-elle d'être 
le démon du roi. 

Mais l'armée de Joyeuse détruite, et celle de d'Epernon 
écartée, Trellon n'avait pas à choisir s'il voulait repren- 
dre du service. 

Il ne restait en effet en France comme armée 
organisée, que celle de la Ligue, divisée en trois corps 
commandés respectivement par les ducs de Guise, de 



CLAUDE DE TRELLON 31 

Mayenne et de Nemours. C'est pour ce dernier que 
Trellon se décida. 



* 



Il faudrait des volumes pour raconter en détail toutes 
les aventures dont ce prince mal équilibré compliqua sa 
brève existence. Peu soucieux des bienfaits du roi et de 
son hérédité libérale — il était par sa mère petit-fils de 
Renée de Ferrare, la bonne protectrice de Marot — , il se 
jeta à fond dans la Ligue dès 1585, à peine âgé de vingt- 
deux ans. Il y était d'ailleurs fortement sollicité par son 
étroite parenté avec les Guise, qui eux-mêmes comptaient 
beaucoup sur lui, espérant attirer dans le parti son 
cousin le prince de Savoie. 

Après la mort de Henry III, alors que Guise et 
Mayenne hésitaient devant la résolution à prendre, le 
duc de Nemours assuma délibérément la grave respon- 
sabilité que comportait le gouvernement de Paris 
assiégé par Henry IV. Lui et la duchesse de Montpensier 
étaient Tàme de la résistance. Enfin, lorsque la capitula- 
tion fut décidée, il refusa de reconnaître Henry IV et 
s'enfuit dans son gouvernement de Lyonnais pour 
organiser la défense, avec la secrète pensée de s'y tailler 
une principauté indépendante en s'appuyant sur la 
Savoie. 

Trellon, plus ligueur que jamais depuis la mort de 
d'Aubijoux, avait donc trouvé là un maître selon son 
cœur. 

En quelle qualité le suivit-il à Paris ? On peut hésiter 
à croire que ce fut comme simple soldat. Pourtant, les 
récits détaillés des batailles d'Arqués et Ivry ou Trellon 
assista, ne font pas mention de lui, même parmi les 
simples capitaines. Il faudrait donc l'admettre parmi les 
familiers du prince, aides de camp, ou ordonnances, 



32 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

hypothèse qui se trouverait assez justifiée par la façon 
hardie doiitTrellon prit la parole plus tard pour ramener 
son maître au devoir. 

En 1593, en effet, lorsque Nemours revint à Lyon, 
dans sa fièvre d'ambition, il commit de lourdes fautes, 
comme celles de casser injustement la plupart des 
conseillers et secrétaires, de rayer des ordonnances, son 
titre de gouverneur, a soit qu'il le trouva peu sortable 
à ses actions, soit qu*il pensa le convertir en un plus 
grand d, et encore d'enserrer la ville dans une ceinture 
de forteresses; les Lyonnais, très pacifiques d'intentions 
s'alarmèrent. Respectueusement, les bourgeois lui 
rappellèrent leurs droits. Nemours n'en tint nul compte, 
et alla même jusqu'à jetter en prison quelques uns des 
citoyens les plus qualifiés. C'est alors que Trellon, 
devant cette attitude si peu conforme aux intérêts de son 
maître, prit sur lui de le prévenir des dangers qu'il 
courait. Mais avec sa libre franchise de guerrier, il ne 
prit pas la peine d'adoucir ce que sa pensée pouvait 
avoir d'un peu rude pour les oreilles d'un prince 
accoutumé aux flatteries. 

« Toi Prince, toi Prélat, toi Roi, de qui Texemple 

« Doit être vertueux afin qu'on te contemple, 

c Tu es le beau premier qui nous montre le mal ». 

Et plus loin : 

c Si les fautes des grands ne touchaient qu'eux-mesmes, 
« Les maux n'en seroient pas la moytié si extresmes. 
« Mais elles vont causant mille et mille malheurs, 
« Tout le monde en soupire et en porte des peines, 
c II faut donc, au combat, croire les capitaines, 
a Et ne laisser juger l'aveugle des couleurs ». 

c Tu as beau t'acquérir des moyens sur la terre, 
« Tu as beau t'aggrandir par les heurs de la guerre, 
c Tout ce que tu bâtis est sujet à périr ; 



CLAUDE DE TRELLON 33 

« Les domaines des rois changent souvent de maîtres, 
<x n ne faut qu'un seul coup pour te faire mourir ». 

Le duc de Nemours prit fort mal la chose, et avant 
même sans doute d*avoir achevé la lecture des soixante 
stances dans lesquels Trellon avait enveloppé sa semonce, 
il s*assura de sa personne, et sans avoir égard à ses 
services passés l'envoya sous bonne garde en prison à 
Turin, dans les états de son cousin de Savoie. Cette 
dernière mesure était sage ; et c'est à juste titre qu'il se 
défiait de la population de Lyon, fort capable de susciter 
un mouvement en faveur des prisonniers puisque 
quelques jours à peine après le départ de Trellon, une 
émeute éclatait dans la ville, et Nemours à son tour était 
emprisonné au château de Pierre Seize. Les •* stances" 
qui jusqu'alors avaient couru sous le manteau, virent 
le jour, et furent même imprimées à la suite du manifeste 
des révoltés. 

Trellon demeura en prison toute l'année 1594, et 
ne revint vraisemblablement en France qu'après la 
mort du duc, survenue en août 1595. L'exil fut dur 
pour cet affamé de liberté; il en abrégeait les heures en 
célébrant une nouvelle maîtresse, Félice, et c'est à elle 

qu'il adresse ces jolis vers pour la persuader de son 
amour : 

f Vous le saurez un jour, (que je vous aimais) trop tard, 

[à mon dommage], 
<ï Car je seray cassé, tout vieux et tout grison'; 
« Plus propre au coin du feux à garder le tison, 
• Qu*à mallumer aux rais de quelque beau visage » 

Mais surtout, il continuait à affirmer bien haut qu'il 
avait la conscience tranquille : 

c Les affronts qu'en me fait retournent à ma gloire. 

« Un prince a grand pouvoir, un prince a de longs bras; 



3i BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

< Les princes sont exempts de duels, de combats, 
« Et veulent dessus tout remporter la Victoir. 
« En ce quy est de moi, on me le fait bien croire, 
€ Aussy de désespoir moy-mesme je me bats, 
« Ce deuil, ce desplaisir me trouble la mémoire, 
c Et de son amitié la moitié j'en rabats. 
€ Non, je le luy pardonne, il faut qu'un brave cœur 
« Pardonne à ses vaincus alors qu'il est vainqueur. 
« Je suis victorieux, j'ay pour raoy la justice, 
« J'ay chanté sa valeur en mille et mille lieux, 
d Je l'ay mis mille fois jusque dedans les cieux, 
« Et me suis fait haïr à luy faire service. 

Parfois, la nostalgie le prend : 

« O belle et libre France, O sujet de mes pleurs 
« Me faudra t'il mourir en ceste longue absence » 

Lorsqu'il recouvra sa liberté, il profita de son séjour 
à Turin pour voyager en Italie, et le croirait on ? cette 
aima parens que les poètes d'alors abordaient avec 
recueillement, cette Italie toute pleine encore de 
l'ombre du grand Pétrarque, laissa Trellon complètement 
froid, parfois même indigné (1) et c'est avec soulagement 
qu'il quitta cette terre en s'écriant : 

a Sortons de cet enfer, allons revoir la France...» 
C'est que Trellon par ses origines, son éducation^ son 



« (1) A Venize ou l'on voit à l'envye 

« Mille chemins ouverts à la méchante vie, 
« Ou rame aux voluptez salement asservie, 
«f Voit aussitôt que veut, son désir assouvy... 
•• ,.... 

a Vous vous endormez trop sur vos lasches plaisirs, 
« Vous laissez trop sur vous domuier vos désirs 
« Vous adorez l'argent autant que la luxure... » 



CLAUDE DE TRELLON 35 

milieu, n'avait jamais eu dans son existence poétique de 
rapports avec l'Italianisme qui depuis près d'un siècle 
envahissait la France de ses germes corrompus ; et 
tandis que tous les poètes d'alors empruntaient au passé 
les formes de leur art, Trellon, puisait en lui-même 
toutes ses ressources ; au moment où l'afféterie, la 
mignardise affadissaient la langue, il était un des rares 
poètes, avant Régnier, écrivant simplement, sans 
artifices et sans métaphores. Delà ses vingt-trois éflitions 
successives alors que Belleau ou Baïf en obtenaient 
péniblement trois ; leur œuvre n'était guère goûtée que 
d'une élite aristocratique ou littéraire, affirmée par une 
longue hérédité Italienne ; Trellon était lu à Paris, à 
Tours, à Lyon, à Rouen, pour ne citer que les villes où 
furent imprimées ses œuvres ; C'était un poète popu- 
laire. Et il ne faut pas chercher d'autres motifs au 
mutisme de ses contemporains à son égard qui 
dédaignent ou veulent ignorer ce poète aux rudes allures^ 
mal à Taise à la cour, et dont la ** muse guerrière" jure 
si fort avec les bergeries, les soupirs, et les pierres 
précieuses qui encombrent la littérature des dernières 
années du XVI* siècle. Voilà pourquoi aussi, on trouve 
dans Tœuvre de Trellon si peu de pièces dédiées aux 
grands poètes d'alors, contrairement à l'usage si répandu 
à cette époque; à peine quelques sonnets à l'abbé 
d'Elbène, à Duperron, à Bertaut, dans l'édition de 1587 
— supprimées d'ailleurs par la suite — datant par 
conséquent de l'époque où Trellon vécut un peu à la 
cour avec d'Aubijoux. 






Lorsque Trellon revint en France, — et il semble bien 
qu'il ait quitté l'Italie par mer et soit débarqué à Mar- 



36 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

seîlle (1) — le duc de Nemours était mort, d'une de ces 
maladies étranges qui s'abattaient alors sur les races 
épuisées. Comme Trellon avait l'âme haute, il ne lui 
tint pas rancune de son exil, et composa sur son trépas 
une pièce d'une belle envolée. 

« Marcion, Marcion, c'est la fin de tes jours. 

c Qui fait que je me plains en faisant ce discours. 

€ C'est la fin de tes jours qui mes larmes attire ; 

« Car bien qu'à te servir j'aye perdu le temps. 

« Et que nous n'ayons rien de plus cher que nos ans, 

• Ce sujet est trop peu pour causer mon martire. 

a Je t'ay toujours scrvy, je ne t'ay point trahy, 

€ Si tu ne m'as aimé, je ne t'ai point hay. 

« On ne peut m'accuser d'ingratitude aucune ...» 

Si les strophes sont mélancoliques, c'est que l'exil avait 
assagi Trellon ; il revenait d'Italie moins fanfaron, plus 
posé. Pendant un an d'absence, il avait eu le temps de 
méditer sur les folies de sa jeunesse, et peut-être de les 
regretter. Aussi son premier soin fut-il d'émonder ses 
œuvres, « pour obéir au commandement d'un saint reli- 
gieux de Notre-Dame-de-Lorette » à qui il s'était confessé 
jadis, et d'en « rayer mille salles discours. » La Muse 
guerrière^ la Flamme d'Amour furent impitoyablement 
passées au crible ; et jusqu'aux aventures de Padre 
Miracle qui lui rappellaient pourtant de si charmants 
souvenirs. 

(1) « Je vous reviens trouver, je vous avais laissée 
« Au pied de ce rocher sur le bord de la mer... 

(C. P. Am. de Féliee 54). 
« La mer peut séparer les corps non les courages. 

(/cf. 62). 
« Depuis que je me mis sur le dos de Neptune, 
« Je n'ay jamais trouve favorable le sort ». 

(/cf. 80). 

« Marseille ou tout plaisir, toute délice abonde, 
« Tu es le plus beau port de la chrétienté ». 

{Id. 80). 



CLAUDE DE TRELLON 37 

Tandis qu'il faisait ainsi un retour sur lui-même, il 
en vint à se demander pour qui il avait travaillé depuis 
près de dix ans qu'il avait Tépée au poing ; pour la 
Ligue? Elle ne lui en avait été guère reconnaissante et 
après s'être conduit loyalement envers elle, il n'avait 
gagné que l'exil, la prison ; autour de lui, il n'avait ren- 
contré qu'ingratitude. Et c'est alors qu'il composa le 
poème du «Ligueur repenty, r> un des plus beaux mor- 
ceaux — et disons-le aussi, un des plus ignorés — de 
la littérature satirique du XVI« siècle. 

Dans cette œuvre de longue haleine, puisqu'elle com- 
prend près de quinze cents vers, le découragement pro- 
fond de toute la France et la haine générale pour l'Espa- 
gnol, sont peints d'une façon saisissante. Armée, bour- 
geois, peuple, tous étaient lassés de la guerre, et souhai- 
taient ardemment la paix. Et ce que chacun sentait, 
confusément peut-être, Trellon l'exprimait avec une 
précision et une sincérité remarquables. 

« Le prétexte en fut faux dès le commencement 
» Qu'à rencontre du Roy on s'arma vivement 
t De dire que c*cstoit pour conserver TÉglise, 
« Car depuis on a vu saccager les autels ». 

« Sire, pardonnez-nous si trop longtemps ligueurs, 
« Nous vous avons fermé la porte de nos cœurs ; 
« L'ambition des grands joincte à nostre ignorance, 
« En furent le subject, mais or que nous savons 
cr Avoir manqué trestous à ce que nous devons, 
« Recevez les souspirs de nostre reoentance ». 

« La paix, la paix, la paix, la France a trop souffert 
« Le masque de la Ligue est partout découvert 
« Ce n'est qu'ambition, ce n'est que tyrannie, 
« C'est vouloir usurper la couronne à nos rois, 
« C'est vouloir échanger le beau nom de François 
« En celui de marron rempli de félonie ». 



«38 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

De tels accents si simples et si francs trouvaient un 
écho dans tout le peuple, pour qui la Ménippée était 
trop fine, trop parisienne ; et le Ligueur repenty contribua 
largement avec ses trois éditions, à la pacification de la 
France, car la conversion de Trellon était d'autant plus 
remarquée que chaque lecteur savait à quel point il 
avait été forcené ligueur. 

En 1597, Trellon publia une nouvelle édition de 
ses œuvres. A partir de cette date, on perd sa trace. 
De recherches entreprises à Lyon, il résulte qu'un 
Claude de Trellon mourut en 1625, conseiller au 
Parlement de Dombes. Une telle coïncidence de nom et 
de date paraîtrait déjà bien extraordinaire. Et si Ton se 
souvient que la famille de Trellon était dans la magis- 
trature ; que lui-même, nous l'avons vu, était revenu 
d'Italie assez désabusé, en proie à des préoccupations 
politiques et religieuses qui orientaient sa vie vers une 
voie toute différente, si l'on remarque encore que le 
Parlement de Dombes dépendait de Lyon, où l'on avait 
été à même d'apprécier sa conduite énergique en 1593 ; 
el si de tout cela on rapproche enfin cette particularité 
que de 1595 à 1618 toutes les éditions de Trellon — et 
elles sont nombreuses — ont été imprimées à Lyon, on 
voit qu'il y a d'assez fortes présomptions de croire que 
Claude de Trellon, mourut à l'âge de soixante-cinq ans 
environ, dans les graves fonctions de conseiller au 
Parlement de Dombes, après une existence suffi- 
samment agitée pour lui faire apprécier ces occupations 
faciles à leur juste prix. 

(A suivre). Pierre de Lacretelle. 



LÉON SAPIN 



En sa qualité de conservateur adjoint à la Bibliothèque 
de l'Arsenal, Paul Lacroix présidait, tous les mardis 
et vendredis, les séances de la salle des manuscrits ; dans 
cette vaste pièce inondée de lumière et lambrissée de 
panneaux sculptés, dont un stupide badigeon n'a pu 
détruire la grâce, ce beau vieillard au visage glabre, aux 
cheveux blancs roulés, au long gilet de soie brochée 
semblant lui-même un contemporain du marquis de 
Paulmy ou du duc de la Vallière, et s'il eut troqué la 
redingote et le pantalon modernes pour un habit carré 
à la française, une culotte de velours et des bas chinés, 
il n*eut pas paru déguisé le moins du monde; mais Paul 
Lacroix n'avait pas seulement la physionomie d'un 
homme du XVIII® siècle, il en avait aussi la grâce 
souriante, l'urbanité, l'obligeance, et les solliciteurs des 
deux sexes, qui le savaient bien, se succédaient sans 
relâche auprès de la petite table où, constamment inter- 
rompu, il s'efforçait de mettre au courant sa multiple 
correspondance. 

Un jour, quelques années après la guerre, il vit appro- 
cher de cette petite table un inconnu qui, après s'être 
sommairement présenté lui-même, tira de sa poche les 
quatre numéros d'une brochure périodique intitulée : 
Les Papillons noirs du bibliophile Jacob (1840) et lui 
demanda de vouloir bien attester de sa main que la 
collection en était complète. Le bibliophile, comme l'on 
pense, ne se fit pas prier, mais avant de prendre la 



40 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

plume, il voulut savoir ce que faisait et d*où venait celec. 
teur inconnu : « Je suis horloger, répondit celui-ci, et 
j'habite Belleville ». A ces mots le bibliophile tressaillit 
et un peu de Torgueil que Balzac ressentit quand une 
dame de compagnie, en entendant prononcer son nom, 
laissa choir les tasses qu^èlle portait sur un plateau, 
illumina le regard de Taimable et savant homme. Il faut 
ajouter qu'en ces âges reculés Belleville n'avait pas 
l'aspect placide et quasiment provincial qu'il a pris 
depuis ; il justifiait encore le surnom de « Mont-Aventin 
de la démocratie » que lui avait décerné Gambetta et les 
sanglantes exécutions dont Tune de ses rues avait été 
le théâtre en mai 1871 ne semblaient guère favorable, on 
l'avouera, à la « culture des belles-lettres». Après un pre- 
mier moment de flatteuse surprise, le bibliophile pressa 
de questions son interlocuteur et il apprit de lui que, dès 
l'âge le plus tendre, il s'était senti envahi par un goût 
irrésistible pour l'art dramatique, les livres, les journaux 
illustrés, les images, les autographes et qu'il ne négli- 
geait aucune occasion d'enrichir son petit trésor. L'entre- 
tien se prolongea bien au-delà de l'heure réglementaire de 
la fermeture et quand Léon Sapin sortit de l'Arsenal, il 
s'était conquis un ami et un héraut. Le Bibliophile ne 
manqua point en effet de parler de ce singulier visiteur 
à ses collègues, à son neveu Maurice du Seigneur et 
aux camarades de celui-ci et il engagea même l'un 
d'entr'eux à faire à son tour l'ascension de Belleville ; 
ce conseil fut suivi et de cette première entrevue naquit 
une amitié que la mort a pu briser, mais qu'elle n'a pas 
éteinte. 

Jamais peut-être vocation ne fut plus singulière et 
plus tenace que celle de ce faubourien qu'un caprice du 
sort avait fait naître à Bruxelles, le 20 janvier 1839, du- 
rant un voyage d'affaires de ses parents, mais qui res- 



LÉON SAPIN 41 

pira, en ouvrant les yeux au cœur même de Paris, rue 
Montmartre, l'atmosphère dont il devait demeurer impré- 
gné. Parisien, il Tétait jusqu'à la moelle et dans la meil- 
leure acception du mot par la spontanéité de l'intelli- 
gence, la gouaillerie toujours latente et pourtant inof- 
fensive, la passion innée du théâtre et de toutes les 
manifestations littéraires de la pensée. Privé d'études 
classiques, il s'était fait une éducation spéciale très 
complète et son imperturbable mémoire ne le laissait 
jamais au dépourvu dans les chasses qu'il poursuivait 
à travers les étalages des échoppes où, entre deux cour- 
ses pour la maison paternelle, sa flânerie l'arrêtait volon- 
tiers; un numéro dépareillé de journal, une planche 
isolée de quelque série n'étaient pas pour l'embarrasser, 
car il se rappelait à l'instant même si la pièce avait déjà 
passé sous ses yeux et combien il en fallait pour que 
l'exemplaire fût complet. C'est ainsi qu'au petit bonheur 
des trouvailles quotidiennes, il se constitua un en- 
semble vraiment remarquable de documents imprimés et 
manuscrits sur l'histoire littéraire moderne, la « petite 
presse » du règne de Louis-Philippe et du second Empire 
à laquelle les discussions politiques étaient interdites, 
le théâtre français depuis Molière. Parfois la chance le 
servit mieux encore qu'il ne le souhaitait, comme le 
jour où, avisant chez un regrattier un sac à pommes de 
terre rempli de papiers, il mit la main sur la correspon- 
dance de Léon Gozlan et s'en rendit acquéreur pour 
cinq francs I 

Cependant d'apprenti il était devenu patron à son 
tour et le mariage lui avait apporté ses joies et ses char- 
ges. Il se trouvait en relations fréquentes avec les curieux 
adonnés aux mêmes recherches que lui-même et qui 
s'étaient de proche en proche communiqué son adresse ; 
mais la grande rue de Belleville était loin du centre et 



42 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

la loupe commençait à fatiguer ses yeux. Un beau matin 
il prit une grande résolution : il céda directement à 
M. Charles Nuitur, archiviste et bibliothécaire de l'Opéra, 
sa collection de périodiques littéraires et dramatiques 
et de ses autres séries du même ordre il fît deux parts ; 
les deux premières furent inventoriées et livrées aux 
enchères, du 22 février au l®»* mars 1878, par M. Antonin 
Voisin ; Etienne Charavay se chargea de disperser les 
autographes. Grâce à ce sacrifice, Léon Sapin racheta 
d'autres livres, vendit son fond d'horlogerie et ouvrit, 
au n® 3 de la rue Bonaparte, une librairie dont le che- 
min fut promptement connu de tous ses anciens rivaux 
ou de ceux qu'attirait son renom naissant. 

Champfleury et le vicomte de Spoelberch, pour ne 
citer que ceux-là, furent parmi les plus assidus et s'ils 
ne marchandaient pas à Sapin le fruit de leur savoir, ils 
sortaient rarement aussi de chez lui sans avoir appris 
quelque chose. Quand le premier mourut, ce fut Sapin 
qu'il désigna expressément comme le plus apte à tirer 
le meilleur parti de ses livres, de ses estampes, et 
aussi de ses dessins et de ses esquisses ; seuls les auto- 
graphes échurent, d'un commun accord entre MM. Jules 
Troubat et Paul Eudel, à Etienne Charavay. Le succès 
répondit aux peines que prirent les deux experts et les 
catalogues qu'ils ont rédigés sont à bon droit recher- 
chés non seulement pour les illustrations qui les 
ornent, mais encore pour les analyses et renseignements 
qu'ils renferment. 

M. Georges Pochet, l'un des fils de M. Pochet-Deroche 
dont la bibliothèque avait été, de son vivant et après 
sa mort, vendue par le libraire Chossonnery, consacrait 
les loisirs que lui laissaient les affaires, à recueillir des 
livres modernes sur papier de luxe, des journaux litté- 
raires, des estampes rares. Léon Sapin, après avoir été 



LÉON SAPIN 43 

réinule et Tami du père, était Tun des fournisseurs du 
fils et se trouva tout désigné pour présider à la disper- 
sion prématurée de ces richesses. D'autres ventes 
encore, celles de M. Albert Hénin, d'Aglaûs Bouvenne, 
de M. Maurice Clouard, firent de nouveau passer par 
ses mains plus d'une curiosité qui en était précédem- 
ment sortie. 

Par ses apparences à la fois sveltes et robustes Léon 
Sapin semblait appelé à survivre à la plupart des clients 
qui recouraient à son savoir ou se laissaient guider par 
lui dans leurs choix, mais un mal, d'abord lent et sourd 
(une affection du foie), eut raison de cette santé jus- 
qu'alors florissante et après avoir lutté pendant deux 
ans avec une énergie que secondaient les soins les plus 
tendres et les plus dévoués, il succomba le 19 août 1905, 
laissant à son foyer un vide irréparable et aux amis que 
son savoir et sa bonne humeur lui avaient acquis un 
souvenir qui durera autant qu'eux-mêmes. 

Maurice Tourneux. 



REVUE 



DE 



PUBLICATIONS NOUVELLES 



— Chansonnier Normand. Préface de Joseph THopital. 
Table historique de A. Join-Lamberl. Décoration de 
Ad. Giraldon. Paris, aux dépens de la Société Normande 
du livre illustré, 1905, gi. in-S de XLII-112 pp., 1 f., 
20 pp. et 1 f. 



La Normandie est le berceau d'un grand nombre d'écrivains 
célèbres: poètes, auteurs dramatiques, romanciers, sans compter les 
artistes, les érudits et les savants dont elle a le droit d'être fière. Sur 
cette terre riche et fertile, peut-être plus que sur toute autre, a fleuri 
la chanson et les membres de la Société normande du livre 
illustré, chargés par leurs collègues de composer un « Chansonnier i» 
n'ont dû trouver d'embarras que dans l'abondance des matériaux à 
leur disposition. Le choix était délicat, difficile, et il a fallu, pour 
arriver au résultat final, faire preuve d'un goût éclairé et d'un réel 
discernement. S'agit-il de choisir le texte d'une nouvelle ou d'un 
roman, d'un poème ou d'une page d'histoire, on peut, entre plusieurs 
œuvres, hésiter à adopter l'une plutôt que l'autre ; l'embarras est de 
courte durée. Mais, en l'espèce, la besogne était autrement ardue * 
car il y avait à opérer, parmi les œuvres de je ne sais combien 
d'auteurs, une judicieuse sélection et à ne retenir de chacun que les 
pièces les plus typiques et les plus marquantes. MM. Raymond 
Claude- Lafontaine, Joseph l'Hôpital et A. Join- Lambert me 
paraissent avoir gaillardement triomphé de ces difficultés ; ils se sont 
acquittés tout à leur honneur de la lourde tâche qu'ils avaient 
assumée et c'est grâce aux efforts réunis de ces trois bibliophiles 
éprouvés que la Société normande du livre illustré compte à son 
actif une publication, digne des précédentes, qui prendra certai- 
nement place parmi les plus beaux livres modernes. 



REVUE DE PUBLICATIONS NOUVELLES 45 

' 'Le c Chansonnier normand j» ne se recommande pas seulement à 
l'attention des amateurs par la qualité des textes, par la grâce de 
son illustration, par la beauté de sa typographie ; la préface de 
M. J. THopital est encore un des attraits de ce charmant livre. A 
vrai dire, cette préface en douze chapitres est une excellente étude 
sur lii chanson normande, que son auteur étudie depuis les chants 
des trouvères jusqu'à la chanson « rosse » du vingtième siècle. 

Le f Chansonnier normand » est divisé en trois périodes. 
I. Moyen âge et Renaissance, II. De Malherbe à la Bévolution. 
III. XIX* siècle. 

La première de ces périodes va de la Chanson de Roland (fin du 
XI* siècle) jusqu'aux Anneaux de Marianson, chanson anonyme du 
XVI* siècle, et comprend des œuvres de Marie de France, de Richard 
de Semilly, d* Alain Chartier, d'Olivier Basselin, de Jean Marot, de 
Pierre Gringore, de Jean le Houx, de Vauquelin de la Fresnaye, de 
Bertaut, etc„ ainsi que des pièces anonymes comme un Noël anglo- 
normand du Xlir siècle et la Chanson de Jean Renaud. La deuxième 
période commence à Malherbe et continue par Vauquelin des 
Vveteaux, Bois-Robert, Montchrestien, Gaultier-Garguille, Sarasin, 
Pierre et Thomas Corneille, Segrais, Madeleine et Georges de 
Scndéry, Brébeuf, Saint-Amant, Loret, Saint-Évremont, Chaulieu, 
Benserade, Campion, Charleval, Sanadon, Fontenelle, etc. Le 
XIX* siècle débute par Louis du Bois, auteur de la septième strophe 
de \sk Marseillaise. Voici maintenant Chénedollé, Albert Glatigny, 
Louis Bouilhet, Auguste Le Prévost, Frédéric Bérat, Tabbé Houlière, 
Gustave Le Vavasseur, Barbey d'Aurevilly, Charles Canivet, 
W. Challemel, Guy de Maupassant, Charles Frémi ne, Eugène Le 
Mouel, Ch. Th. Féret, Florentin Loriot, Paul Harel, Henri de 
Régnier, Louis Beuve et Jacques Ferny. Je n'ai cité ici que les 
poètes ; mais le recueil contient un grand nombre d'autres chansons 
dont les auteurs sont demeurés inconnus. 

M. A Join - Lambert a fait suivre ce « chansonnier » d'une 
table historique dans laquelle il donne, sur chacun des poètes 
comme sur chacune des chansons anonymes, des renseignements 
biographiques, historiques ou littéraires qui, pour être assez brefs, 
n'en sont pas moins très utiles et très intéressants. 

L'illustration, ou pour être plus exact, la décoration du livre, 
confiée à M. A. Giraldon, dont les bibliophiles ont déjà maintes fois 
apprécié le talent distingué, consiste : l" en trois portraits en couleurs 
de Jehan Marot, Pierre Corneille et Jules Barbey d'Aurevilly ; 2* en 
quinze encadrements variés, tirés en différents tons, dont quatorze 
sont empruntés à la flore et ornés de médaillons de femmes normandes 
à diverses époques. L'ensemble de cette décoration est du plus 
gracieux effet. Si je suis bien renseigné, c'est à M. Raymond Claude- 
Lafontaine qu'a incombé la direction de cette publication qu'il a su 



46 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

faire belle et distinguée. La Société normande du livre ilhistré a le 
droit de s*enorgueillir de sa nouvelle œuvre ; ses précédentes pûbll^ 
cations sont déjà fort recherchées par les bibliophiles ; le Chan$onnier- 
Normandf dont un nombre très restreint d'exemplaires est mis dam^ 
le commerce, ne manquera pas d'être convoité par eux. 

Georges Vigàirb. 



— Histoire généalogique de la maison Tardy de Mon- 
travel, parle vicomte Louis deMontravel, membre des 
sociétés : archéologique de France, Linnéenne deLyon, 
zoologique d'acclimatation de France, d'agriculture et 
des sciences naturelles de TArdèche, des Arts et 
Belles-Lettres de la Loire, archéologique de la Drôme, 
membre honoraire du Conseil héraldique de France 
et de ristituto araldico italiano de Rome. Librairie 
RoaXy H. Lardanchet, éditear, 2, rae Saint-Domi- 
nique, 2, Lyon, s. d. (1905), in-4 de 320-XX pp. 



La maison Tardy de Montra vel, originaire de T Auvergne d*où elle 
s'est répandue, par diverses branches, en France, en Suisse, en 
Amériqi\e et en Afrique, remonte à la plus haute antiquité. D'extrac- 
tion chevaleresque, son nom a été pris du manoir de Montravel^ 
nommé dans les vieux titres : Monte-Rebello, 

M. le vicomte Louis de Montravel, qui vient de publier, à tirage 
très limité, chez Henri Lardanchet, rhlstoire de sa maison, nous 
apprend, dans la première parUe de son beau travail, que, durant 
les troubles et les guerres du moyen âge, nombre de précieux docu- 
ments ont été perdus. Malgré cette perte, il reste encore, tant dans 
la famille que dans des dépôts publics, une assez grande quantité 
de pièces authentiques pour qu'il ait pu dresser une généalogie 
complète, éclaircir certains points obscurs et même rectifier des 
erreurs ; mais la tâche n'a pas toujours été facile, et c'est grâce à son 
activité et à ses recherches que M. de Montravel a pu mener à bien 
son œuvre. 

Les Montravel, fidèles à la religion catholique et aux rois de France, 
ont été souvent soumis à de rudes épreuves ; nombre d'entre eux ont 
laissé leur vie dans les guerres ; d'autres ont glorieusement conquis 
leurs grades sur les champs de bataille des Croisades, Bouvlnesi 
Azincourt, Fleurus, Cérisoles, etc., aux armées deCondé, de Soublse» 
kax États-Unis, en Afrique, en Cochinchine, en Grimée, à Câtftelt- 



REVUE DE PUBLICATIONS NOUVELLES 47 

dardo et en France, pendant la campagne de 1870. La maison de 
Montravel à fourni des cornettes, des commissaires des guerres, des 
Hcotenants et capitaines d'infanterie, d'artillerie et de cavalerie, des 
colonels, maréchaux de camp, officiers du génie, mousquetaires, 
gendarmes de la reine, chevau-légers, gardes du corps, un contre- 
amiral, des chevaliers hospitaliers des ordres de Saint-Lazare et de 
Notre-Dame du Mont-Carmel de Jérusalem, des officiers des ordres 
royaux militaires de Saint- Louis, de la Légion d'honneur, du Lis, etc. , 
des abbés, religieux, religieuses et ecclésiastiques, des ingénieurs, 
magistrats, etc. Jusqu'en 1316, la maison ne formait qu'une seule 
branche ; Guillaume et Aymar furent, à cette époque, les auteurs de 
la première division. 

Actuellement, les Montravel, qui ont possédé un grand nombre des 
terres nobles, possèdent les châteaux de Bobigneux en Forez, de 
Blon, du Gheyla-en-Vivarais et habitent Nîmes, Tarascon, Marseille, 
Bourg-Saint-Andéol, Paris, Annecy, Montpellier, Lyon, Bouira, 
Buenos-Ayres, New- York. etc. Sur le château de Montravel, berceau 
delà famille, M. le vicomte de Montravel donne d'intéressants rensei- 
gnements, accompagnés d'un plan dressé en 1904. 

La deuxième partie comprend la Filiation généalogique et histo- 
rique^ la troisième, des Documents concernant les membres de la 
maison de Montravel, qui n'ont pu être classés dans la filiation ; la 
quatrième, des Notices sur les familles alliées, La cinquième et 
dernière partie contient les Pièces justificatives. Un <* Répertoire des 
noms de personnes et de seigneuries cités dans les quatre premières 
parties ** termine l'ouvrage dans lequel sont reproduits un grand 
nombre de portraits et de blasons. 

M. le vicomte Louis de Montravel a dressé avec science et minutie 
cette importante généalogie de sa famille que M. Henri Lardanchet 
a publié avec un soin tout particulier. Le livre fait le plus grand 
bonnear à celui qui Ta écrit comme à celui qui l'a édité. 

G. V. 



— P.-N. Hervieu. — Une Commune Normande sous 
l'ancien Régime, Paris, Société française dimprimerie 
et de librairie, ancienne librairie Lecène, Oudin et C>% 
15, rue de Clung, 15, s. d. (1905), in-8 de XIX-370 pp, 
et If. 

M. Pierre-Nicolas Hervieu, notaire honoraire à Cormeilles (Eure) 
et ancien juge de paix, s'était donné la tâche d'écrire l'histoire de 
Vieilles, ancienne paroisse supprimée par le culte en 1794, ancienne 



48 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

commune réunie, en 1825, à Beaumont-le-Roger. En reconstituant la 
généalogie de ses ancêtres, M. Hervieu avait été amené à étudier 
l'histoire de cette localité, berceau de sa famille ; il avait recueilli 
une quantité considérable de documents ; son étude était fort 
avancée : il ne lui restait plus qu'à la terminer par une vue d'en- 
semble et peut-être aussi à compléter quelques chapitres. La mort 
ne lui a pas permis d'achever son œuvre et c'est la famille de ce 
chercheur, dévoué à sa petite patrie comme il était à la grande, qui» 
avec le pieux concours d'un ami Adèle et savant, M. Charles 
Malherbe, publie aujourd'hui cette intéressante histoire locale. 

L'ouvrage de M. Hervieu comprend les chapitres suivants : I. Notices 
sommaires. — II. Sur l'origine de Vieilles, étymologie. — III. Origines 
du régime féodal, — IV. Apogée et décadence de la féodalité. — 
V. Invasion des Normands, les ducs de Normandie. — VI. Les 
Seigneurs de Vieilles, après les ducs. — VII. Terre de Vieilles aux 
mains des d'Harcourt, maison de Beaumesnil, et de leurs 
acquéreurs. — VIII. Fief de Vieilles. — IX. Domination anglaise. — 
X. Retour aux Tournebu. — XI. Famille de Lorraine. — 
XII. Maison de Nouant et de Chamilly. — Xlll. Nicolas Blanfuné, 
seigneur de Vieilles. — XIV. De Chambor relève le prestige. — 
XV. Seigneurie de Hom. — XVI. Vieilles à l'état de commun, de 
commune. — XVII. Paroisses, é((lises et chapelles. — XVIII. Insti- 
tutions judiciaires. 

Il ne nous est pas possible, malgré Tintérêt qu'ils présentent, 
d'entrer dans le détail de ces dix-huit chapitres, bourrés de docu- 
ments dus aux patientes et sagaces recherches de l'érudit historio- 
graphe de Vieilles ; mais il est nécessaire de constater l'utilité d'un 
semblable travail, a Qu'on imagine, écrit l'éditeur de Une commune 
normande sous l'ancien Régime^ pour chaque commune |de France^ 
pour chaque coin de terre, fragment de la patrie, un historien 
rompu à toutes les anciennes traditions, qui prendrait la peine 
d'établir l'historique de la glèbe et des gens. Le formidable monu- 
ment ainsi élevé à la gloire du passé constituerait une richesse 
nationale sans précédent pour les générations futures. 

L'ouvrage, très soigné au point de vue typographique, est orné 
d'un portrait de l'auteur ; il faut être reconnaissant à M. P. N. 
Hervieu d'avoir laissé aux amis de l'histoire cette œuvre si sûrement 
documentée ; il faut aussi remercier sa famille et M. Malherbe de 
l'avoir mise au jour. 

G. V. 



CHRONIQUE 



I«'Art français du XVIII« siècle à la Bibliothèque natio- 
nale. — Le succès de rExposition des Primitifs français au pavillon 
de Flore a suggéré à un comité, en grande partie formé par les 
membres du comité de cette exposition, un projet qui vient de 
recevoir l'approbation ofBcielle et que nous verrons se réaliser cet 
été, à la Bibliothèque nationale. 

Il s'agit, dit Le Temps, auquel nous empruntons ce renseignement, 
d'organiser, dans le nouveau corps de bâtiment élevé sur la rue de 
Richelieu, une exposition d'art français du dix-huitième siècle. La 
Bibliothèque nationale y contribuera en puisant, dans sa collection 
d'estampes, les spécimens les plus parfaits qu'elle possède de 
gravures au burin, d'eaux-fortes, de mezzotintes et de gravures en 
couleurs. Le cabinet des médailles fournira, de son côté, des 
pierres gravées. L'œuvre entier de Le Guay, qui fut, comme on sait, 
un des maîtres de Mme de Pompadour, et sous la direction duquel 
la favorite fit ses premiers essais de gravure, sera une des attractions, 
sinon la plus curieuse de l'ensemble. 

A cette réunion de pierres gravées et d'estampes, on joindra une 
réunion de miniatures. Nul n'ignore à quel point cet art charmant 
du portrait en petit a été poussé, sous Louis XV et Louis XVI, par 
les artistes français. Nos collections privées contiennent, dans ce 
genre, des merveilles dont on demandera aux propriétaires de 
vouloir bien, pour un temps, se dessaisir en faveur de cette expo- 
sition. 

L'exposition, selon toute apparence, s'ouvrira dans les premiers 
jours d'avril pour durer jusqu'au mois d'octobre. 

Hommage à M. I«éopold Delisle. — L'Empereur Guillaume 
vient de conférer à M. Léopold Delisle, membre de l'Institut, admi- 
nistrateur général honoraire de la Bibliothèque nationale, l'ordre 
c Pour le mérite », la plus haute distinction allemande accordée aux 
savants et aux artistes. 

Les Cahiers d'un bibliophile. — Nous avons plusieurs fois 
déjà signalé cette intéressante publication de M. Edmond Girard, tirée 
à deux cents exemplaires numérotés. Le onzième fascicule vient de 
paraître, à la «r Maison des poètes j», 32, avenue Félix Faure ; il 



50 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

contient la fin de La mort de Chrispe, tragédie de Tristan L'Hermite, 
et le commencement d'une autre tragédie du même auteur, Osman, 
collationnée avec soin par M. Girard sur l'édition posthume publiée 
par Quinault en 1656. 

« liUi ». — M. John Grand-Carteret a déjà publié un certain 
nombre d'ouvrages humoristiques dans lesquels il reproduit en ré- 
duction les caricatures relatives à des souverains ou à d'autres per- 
sonnages célèbres. Le dernier livre de ce genre qu'il vient, sous le 
titre de « Lui », de faire paraître à la librairie Per Lamm,est relatif 
à Guillaume II. 

A un moment où les relations entre la France et l'Allemagne sont 
extrêmement tendues et où le règlement de la question marocaine, 
soulevée par le monarque allemand, peut entraîner les conséquences 
les plus graves, cette publication manque assurément d'opportunité. 
L'auteur eut fait preuve de plus de sagesse en plaçant devant l'ob- 
jectif tout autre personnage. Cette réserve formulée, il' n'est pas sans 
intérêt de trouver, en un volume à la portée de toutes les bourses, 
un choix de caricatures extraites de journaux allemands, américains, 
anglais, australiens, autrichiens et hongrois, belges, danois, français, 
grecs, hollandais, italiens, portugais et russes. C'est donc comme 
livre documentaire que nous le signalons ici. 

Histoire de M»« Deschaxnps. — L'histoire de M"« Deschamps 
qui fut, au XVIIl* siècle, une des brillantes danseuses de l'Opéra, 
n'avait pas encore été écrite. MM. G. Capon et R. Yve-Plessis vien- 
nent de combler cette lacune. Fille d'opéra, vendeuse d'amour, 
histoire de M^^* Deschamps, tel est le titre de l'ouvrage qu'ils publient 
chez Plessis, libraire, en un élégant volume in-octavo, orné de quatre 
planches en couleur, d'un plan et de deux fac-similé. C'est en lisant 
un manuscrit du nouvelliste Pidanzat de Mairobert que les auteurs 
bien connus des Théâtres clandestins ont conçu le projet de recons- 
tituer, d'après des documents inédits, les aventures de cette courti- 
sane, si fameuse en son temps, aujourd'hui si ignorée. L'existence 
agitée de M'i* Deschamps est un véritable roman ; rien n'y manque., 
pas même les épisodes invraisemblables, tels que son évasion de 
prison dans une malle, évasion que Ton pourrait croire imaginée si 
les pièces d'archives les plus authentiques n'en faisaient foi. 

MM. G. Capon et R. Yve-Plessis ont su donner à leur récit, tout 
en faisant usage de documents puisés aux sources les plus sûres, un 
tour fort agréable et la lecture de leur Histoire de Afi'« Deschamps, 
mérite d'être signalée. 

Ventes de livres. — Du 24 au 26 janvier, à 8 heures du soir, 
salle Silvestre, vente de la bibliothèque de M. Villard, de Lyon. 
Deuxième partie. Livres anciens et modernes, rares et curieux. 
Auteurs grecs, latins, français, espagnols et anglais. Livres illustrés, 



CHRONIQUE 51 

Romantiques, etc. Ouvrages sur le Lyonnais. (MM, Emile Panl et 
fiU et Guillemin, experts), 

— 1^ 25 janvier, à l'Hôtel-Drouot, à 2 lieures, salle n^ 10, vente de 
livres anciens et modernes. Livres illustres du XVIII* siècle. Livres 
modernes illustrés. Beaux-Arts. {M, Henri LeclerCy expert), 

— Le 31 Janvier, à 2 heures, à l'Hôtel-Drouot, salle n« 7, vente de 
beaux livres modernes et de quelques livres anciens. Dessins, aqua- 
relles, gravures, lithographies. (M. A, Durel, expert), 

— Les 22, 23 et 24 février, à l'Hôtel Drouot, à 2 heures, vente de 
livres modernes et anciens provenant de ta librairie de feu M. Léon 
Sapin. Éditions originales d'auteurs contemporains, de pièces de 
théâtre. Ouvrages relatifs au théâtre. Livres illustrés du XIX* siècle. 
Journaux et revues illustrés et non illustrés, etc. {M. Henri Leclerc, 
expert). 

Vente d'autographes. — Le 14 février, à trois heures, à l'Hôtel 
Drouot, salle n^ 8, vente d'une précieuse collection de lettres auto- 
graphes parmi lesquelles des lettres de M'* de Maintenou, Lavoisier, 
Napoléon, Masséna, Léon XIII, Conrart, B. de Saint-Pierre, Chateau- 
briand, Lamartine, H. de Balzac, V. Hugo. G. Sand, Baudelaire, 
Renan, Flaubert, etc., des manuscrits de musique de Lesueur, 
Metadelssohn, Berlioz, Chopin, et une correspondance du général de 
Wimpffen sur la guerre de 1870 (M, Noël Charavag, expert.) 

Nécrologie. — Nous avons le regret d'annoncer la mort de 
M. Émile-Casimir-Jean Fontaine, libraire, décédé le 28 décembre 1905, 
dans sa soixante-septième année. 

M. Émile-Jean Fontaine avait, par sa droiture et ses qualités de 
cœur, su conquérir l'estime de tous ses confrères ; il est vivement 
regretté de tous ceux qui l'ont connu. 



LIVRES NOUVEAUX 



Réimpressions de livres anciens, 
Bibliographie, Autographes, Manuscrits, Imprimerie, 
Reliure, Blason, Généalogie, Chroniques, Ex-libris, etc. 



— Sources de Thistoire d'Épernay, 1»* série. Tome premier. — Archi- 
ves municipales d*Épernay (XVI* siècle), par Raoul Chanuon db 
Briailles et Henri Bbrtal. Paris, Henri Leclerc^ gr. in-8 (16 fr.). 
II a été tiré, en outre, 30 ex. numérotés sur papu de Hollande. 

— Recherches sur l'imprimerie à Montbéliard depuis ses origines 
(1586) jusqu'à la réunion de Montbéliard à la France en 1793, 
suivies d'un catalogue des impressions Montbéliardaises de 1587 à 
1793, par Albert Roux, président de la Société d'émulation de 
Montbéliard. [Avec fac-similé], Montbéliard, Société Montbéliar- 
daise, in-8 (5 fr.) 

— Subject list of works on aerial navigation and meteorology, in the 
library of the patent office. London, printed for his Majesty's 
stationery office by Darling & son, 1905, in-12. 

— Subject list of works of beat and heat-engines (excludlng Marine 
engineering), in the library of the patent office. Ibid. id., 1905, 
in-12. 

Publications diverses 

•— J. de LuBAC. — Les Heures calmes. Sonnets, poésies, mono- 
logues. Paris, L. Leblanc, in-18 (1 fr.) 

— L'abbé P. Feret, docteur en théologie, ancien chapelain de 
Sainte-Geneviève, chanoine honoraire d'Évreux, curé de Saint-Mau- 
rice de Paris. — La Faculté de théologie et ses docteurs les plus 
célèbres. Époque .moderne. Tome quatrième. XVII* siècle. Revue 
littéraire. Paris, Alph. Picard et fils, in-8. 

— Henri Parquez. — Le Vieux Poissy d'après des documents inédits. 
Paris, Henri Leclerc, pet. in-8 (4 fr.). 

— John Grand-Carteret. — Les Célébrités vues par l'image. « Lui » 
devant l'objectif caricatural. 348 images de tous les pays. Paris^ 

. Nilsson, Per Lamm, succ^, in 16 carré (3 fr. 50). 



HEREDIA 

BIBLIOPHILE ET BIBLIOTHÉCAIRE (1) 



Cest à l'École des Chartes que José-Maria de Heredia 
prit le goût et Tamour des beaux livres. Dans sa jeunesse 
él^ante et savante à la fois, il rechercha et recueillit, 
comme un bibelot, le livre ancien, vieilli sous le 
maroquin ou le vélin, patiné par le temps, étincelant 
encore dans Téclat assoupi des dorures. Au moment où 
il préparait Touvrage sur les établissements espagnols 
en Amérique, annoncé dans V Introduction du Bernal 
DiAZ , il acheta quelques vieux livres espagnols et 
italiens ; il se procura des documents dont plusieurs 
rares alors et plus rares aujourd'hui. C'est à ce temps 
que remonte probablement Tacquisition d'un certain 
nombre d'ouvrages précieux qui se retrouvent dans la 
Bibliothèque dont M. Leclerc vient de donner l'intéres- 
sant catalogue, notamment le beau Ercilla, le A. de Solis, 
Histoire de la Conquête du Mexique^ El Conde Lucanor 
en vélin ancien, le Tesoro de Oudin, le Guicciardini, aux 
armes du cardinal de Bourbon, le Herrera en 8 tomes 
in 8<>, et les nombreux ouvrages plus modernes qui se 
rapportent à ces mêmes études (2). 

Heredia recherchait aussi les livres qui avaient gardé 

(1) Ce morceau est extrait d'an volume de Souvenirs personnels sur 
Joêé'Miuia de Heredia, que M . Gabriel Hauotaux doit faire paraître 
proehainement. 

(3) Ces ouvrages figureront dans la seconde partie du catalogue. 



54 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

le reflet des civilisations classiques, des époques où son 
génie cherchait une inspiration traditionnelle, les auteurs 
grecs et latins, les écrivains de la Renaissance italienne 
et française. S'il les rencontrait dans leurs éditions 
originales, dans leur reliure ancienne-révélatrices, — 
aussi de poésie, — alors sa joie était au comble. Sans 
aller jamais jusqu'à ces folles enchères atteintes 
aujourd'hui, il savait trouver les beaux exemplaires, 
parfois même au cours de quelque flânerie le long des 
boutiques et des quais. Avec quel amour il les emportait, 
les caressait, puis les rangeait, en chantonnant, sur les 
planches de la vitrine préférée. 

Voici le Dante, en vélin, de 1564, sur lequel la main du 
poète-bibliophile a écrit cette pieuse mention : « Ce bel 
exemplaire du Dante de Sessa a appartenu à Nicolas 
Moreau, sieur d'Auteuil, bibliophile du XVI® siècle, qui 
était trésorier de France en la généralité de Paris. — Le 
titre porte son ex-libris et un ex-dono, de sa main , à « L'ami 
de son cœur». — Les bois sont fort beaux. — J.-M. de 
Heredia .» Quels nobles souvenirs évoqués désormais 
par cet exemplaire : le Dante de Heredia, avec le double 
témoignage des anciennes amitiés et des récentes 
émotions I 

Voici, le Brunetto Latini, de Venise 1533 (n« 110); 
voici le Térence qui vient de chez De Bure (n° 94) ; voici 
le Pausanias, en veau fauv«, au dos si richement décoré 
(n« 128) ; voici le Philostrate de 1549, recouvert de son 
beau maroquin noir vénitien (n® 129) ; voici Guillaume 
Postel, sous son vélin doré (n« 131) ; voici le Xénophon 
d'Henri Estienne (n» 138), couvert également d'un vélin 
souple et crémeux..., une joie pour l'œil et pour la main; 
voici enfin le Ronsard de 1584 (n° 80) et le Ronsard de 
1623 (n<» 81) ; Ronsard, qu'avec Virgile et André 
Chénier, Heredia saluait pour son maître ! 



IfBREDIA BIBLIOPHILE 55 

Jamais personfie ne traita le beatt livre avec plus de 
respect amoureux que ne fit Heredia : t Les litres $ént, 
comme des êtres vivants, disait-iï : \^êtus de peau, ils 
frémissent sous la caresse ». Tous ceux qui l'ont connu 
savent que ses gestes, quand il maniait ces objets res- 
pectables, étaient pieux et tendres. Il disait que le 
contact de Tépiderme, chair contre chair, peau contre 
peau, les revivifiait et les ranimait. D'abord, de Tinté- 
rieur de sa calotte, il les nettoyait, les frottait, les 
c brillantait ». Puis, avec le pouce, bientôt, avec la 
paume de la main, il les massait longtemps; sa patieiice 
n'avait pas de bornes ; il y revenait aussi souvent et 
aussi longtemps qu'il le fallait. Peu à peu, le cuir 
s'échauffait, s'assouplissait ; les taches, les gerçures, les 
blessures s'atténuaient ou disparaissaient ; la moiteur 
de la chaude caresse ranimait les couleurs fanées ; les 
ors luisaient doucement. C'était, en effet, une vie 
nouvelle, une renaissance, et le poète montrait, à ses 
amis chers, le livre reconquis^ — cet autre « trophée » — , 
avec une joie de triomphateur. 

D'ailleurs, n'a-t-il pas inscrit cette gloire dans le 
recueil même des Trophées^ en burinant le sonnet du 
bibliophile : 

VELIN DORÉ 

Vieux maître relieur, Vor qae tu ciselas 
Aa dos du livre et dans V épaisseur de la tranche^ 
ITa plus, malgré les fers poussés d'une main franche, 
La rutilante ardeur de ses premiers éclats. 

Les chiffres enlacés que liait FenlrelacSf 
S^ effacent chaque Jour de la peau fine et bltntche ; 
A peine si ities yeux peuvent suivre la branche 
De lierre qae tu fis serpenter sur les plats. 



56 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

Mais cet ivoire souple et presque diaphane, 

Marguerite, Marie, ou peut-être Diane, 

De leurs doigts amoureux Vont jadis caressé ; 

Et ce vélin pâli que dora Clovis Eve 
Évoque, je ne sais par quel charme passé, 
Uâme de leur parfum et Vombre de leur rêve. 

Je voudrais, qu*avant la brutale dispersion des 
enchères, on jetât un dernier coup d'œil sur les reliques 
où cette belle main, à son tour, si longuement et si déli- 
catement s'arrêta. 

Parmi ces vieux ouvrages, les plus modestes avaient 
leur part d'attention et de soins. Pour les amateurs 
de l'excellent, il est à peine besoin de signaler le 
La Fontaine de Barbou avec la reliure de Derôme 
(n® 56), les Mémoires du cardinal de Retz, sous la reliure 
aux insignes de Longepierre (n» 132), la grammaire arabe 
avec la superbe reliure de Lefèvre (n° 88), les trente- 
deux volumes des classiques italiens de la collection 
Prault, vêtus du plus frais maroquin (n° 42) et le 
Printemps d'Yver, en vélin doré, qui a été légué à 
Heredia par son ami Edmond BonnafTé (n° 103). 

Dans l'ensemble de cette collection d'anciens livres, 
peu nombreuse, mais d'élite, on remarquera, du moins, 
la pureté du goût de celui qui les réunit et les préféra. 

Aux dernières années de sa vie, Heredia, un peu las et 
dépris, se retirant du monde dont sa surdité croissante 
et les soins d'une santé moins robuste l'écartait, passait 
de longues heures chez les libraires. Tous le connais- 
saient et Taimaient. La simplicité et l'affabilité de son 
abord, la prodigue abondance de sa conversation et de 
sa compétence,et puis, ce charme qui s'exerçait sur les 
plus humbles, lui assuraient partout l'accueil du respect 



HEREDIA BIBLIOPHILE 57 

et de la conOance. Il savait les noms, les choses, les 
histoires ; on écoutait. Sans qu'il forçât aucune porte, 
elles s'ouvraient devant lui ; serviable, il allait au-devant 
de la confidence et du secours. On était de plain pied 
avec cet homme aimable et franc qui n*était guère 
embarrassé de son génie. 

Comme son érudition était très vaste et très précise, 
tout rintéressait. Son œil, vif sous le lorgnon, distinguait 
l'acquisition nouvelle, la pièce intéressante : il la feuil- 
letait en fredonnant. Sa vigilance avertie savait décou- 
vrir, sous la reliure banale d*un recueil factice, la pla- 
quette introuvable ou l'édition originale méconnue. 
Oublierai-jela joie qu'il eut de m'apporter, un jour, pour 
compléter ma collection des Vigny, l'introuvable ifc/cna, 
reliée derrière un pamphlet quelconque : YEpée de 
Napoléon ? 

On ne le consultait jamais en vain. Il savait les dates, 
les pseudonymes, les éditions, les « armes », les prix; il 
connaissait l'exemplaire avec a: l'erratum d et l'exem- 
plaire avec la « faute ». On se demandait où ce rêveur et 
ce distrait avait puisé tant de connaissances précises et 
techniques. Oh ! nos flâneries tardives sur les quais, après 
la séance de l'Académie, quand le soleil de mai prolongeait 
les après-midi plus tièdes I Le cigare aux lèvres, le 
lorgnon sur l'œil, la canne en badine, il jouissait de ces 
simples plaisirs avec une joie d'enfant que l'on mène à 
la promenade. La belle humeur et la grâce souriante le 
précédaient et entraient avant lui : parmi les bons 
libraires de Paris, nul ne me démentira. 

Heredia ne fut pas seulement un amateur, mais un 
maître et un initiateur. Au début de sa vie d'écrivain, 
il avait connu les chefs du romantisme déclinant. 
Il fut présenté à Victor Hugo ; Théophile Gautier le 
loua ; il fréquentait assidûment chez Leconte de Lisle et 



58 BU1.LET1N J>U BIBLIOPHILE 

reçut, de récrivain des Poèmes aniiqueSy la tradition ; 
H connut Tliéodore de Banville, Baudelaire, Gustave 
Flaubert. Bientôt, il devint Tami des honimes qui 
formèrent, avec lui, l'illustre cohorte du Parnasse, 
SuUy-Prudhomme, François Coppée, Glatigny, GatuJJie 
Mendès, Paul Verlaine, Albert Mérat, Léon Dierx ; 
puis des romanciers, des écrivains, des critiques, Emile 
Zola, Alphonse Daudet, Anatole France, André Theuriet, 
Gaston Paris, Albert Sorel ; puis une nouvelle génération, 
encore : Maupassant, Paul Bourget, Jules Lemaitre, 
Brunetière, Richepin, Bouchor. Pour beaucoup de ses 
contemporains, Heredia fut une trompette de renommée 
et de gloire. Vers lui se porta l'élan affectueux de ses 
maÂtres d'abord, puis de ses égaux, puis de ses disciples, 
auvent, il connut les oeuvres avant qu'elles parussei^t: il 
les lisait en manuscrit et donnait, avec un tact incoiitipa- 
.rable, avec le respect scrupuleux de chaque person- 
nalité, les conseils les plus judicieux. Quand l'œuvre 
paraissait, Heredia recevait, souvent, le premier exem- 
plaire avec quelques mots, quelques lignes, où s'inscri- 
vaient la reconnaissance et l'affection. 

Ces exemplaires se sont rangés, l'un auprès de l'autre, 
dans sa bibliothèque et y font comme un musée de la 
littérature, et surtout de la poésie française, depuis près 
d'un demi-siècle. Quel dommage que cette collection, 
toute vibrante d'amitié et de génie, ne soit pas déposée 
en quelque lieu consacré, pour témoigner en faveur du 
poète, — et du temps. Du moins, ce souvenir ne 
sera pas perdu, puisque le plus précieux de ces 
t dédicaces » et de ces t envois i a été recueilli, dans le 
catalogue de la vente, par les soins du libraire éclairé 
qui en est chargé. 

Plus tard, quand la renommée de J.-M. de Heredia se 
fut élargie, qu'il fut reconnu et acclamé a prince des 



HEREDIA BIBLIOPHILE 59 

poètes » et qu'il fut entré à l'Académie française, la 
jeunesse qui l'aimait se pressa autour de lui. Le dimanche 
après-midi, soit dans le salon de la rue Balzac, soit dans 
le cabinet de la Bibliothèque de l'Arsenal, les visages 
juvéniles se groupaient, la fumée emplissait la pièce et 
les conversations expansives et fécondes commen- 
çaient. Heredia était de feu parmi cette jeunesse de 
flamme. Quelle joyeuse éruption unanime vers le 
Beau ! 

Dans le tête-à-tête, le maître était tout attention ; il se 
penchait sur l'inquiète timidité qui l'interrogeait, et qui 
attendait de lui la réponse de l'oracle. Il écoutait, prêtait, 
comme il disait, « la bonne oreille » ; il lisait tout, les 
manuscrits, les épreuves, les livres. Ceux qui avaient 
peur, il les rassurait ; ceux qui étaient gauches, il les 
redressait, ceux qui préjugeaient de leurs forces, il apla- 
nissait leur juvénile orgueil d'un geste si prudent, si 
attentif, si humain que, sans même s'apercevoir qu'ils 
fussent déçus, ils étaient consolés î 

S'il fallait trouver un éditeur, forcer la porte 
d'une revue ou d'un journal, Heredia était là encore. 
Il prenait le jeune confrère sous le bras, l'amenait, le 
présentait ; ou bien, il allait, lui-même, répondait de 
l'homme et de l'œuvre, engageait sa parole et son 
jugement ; et cela paraissait très simple. Or, ce 
jugement était toujours juste, sage et clairvoyant. Il 
annonça et salua, avant l'aurore, le lever des astres ; 
il reconnut, à leurs débuts, presque tous ceux qui 
vinrent après lui ; d'abord, les mieux aimés : Henri de 
Régnier, Pierre Louys, Maurice Maindron, puis 
Maurice Barrés qui devait lui succéder à l'Académie 
française, Charles Cros, Albert Samain, Marcel Prévost, 
E. Haraucourt, Viélé-Griffin, Fernand Gregh, Dorchain, 
Guérin, Dufour. Il fut le parrain et le nautonier de 



60 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

la jeune pléiade. L'écho de ses sonnels sonne dans l'œu- 
vre retentissante des nouveaux € conquérants t. 

Une fois les premiers pas franchis, on le trouvait 
encore. Dans les concours de l'Académie, sa voix forte» sa 
réclamation énergique, passionnée, s'élevait pour la 
défense des jeunes. Il prenait à part ses confrères, il les 
éclairait, les chapitrait, et, d'une conviction communi- 
cative, il emportait leur conviction et leur suffrage. 

Et, plus tard, si l'heure était venue d'ouvrir, aux 
mérites affirmés, les portes même de l'Académie, il 
était le conseiller fidèle et le pilote ingénieux des 
suprêmes récifs. 

Les témoignages de cette activité et de cette fidélité se 
retrouvent dans la bibliothèque du poète. Les étapes 
de bien des vies illustres sont inscrites, sur ces livres, 
avec l'hommage de la gratitude. Tous les poètes du 
siècle nouveau sont là, les illustres et les dédaignés, les 
farouches et les humbles, les violents et les résignés. On 
relira sur le manuscrit autographe, noble page de SuUy- 
Prudhomme, Les Yeux, la lettre de Baudelaire, les 
« envois i» de Leconte de Lisle et d'Alphonse Daudet, et 
l'aimable dédicace de 1' « Adolescent respectueux ». 

II 

Nul ne s*étonna quand le poète et le bibliophile, l'ami 
des livres et des œuvres, José-Maria de Heredia fut 
nommé administrateur de la Bibliothèque de l'Arsenal 
en remplacement de Henri de Bornier. Cette mesure 
prise, le 2 février 1901, par M. Georges Leygues, alors 
ministre de l'Instruction publique, assurait un abri 
convenable aux dernières années du noble écrivain; 
elle donnait, à la Bibliothèque, un chef compétent et 
autorisé. 



HEREDIA BIBLIOPHILE 61 

Heredia avait été élève de l'École des Chartes. La 
connaissance intime qu'il avait des belles choses, son 
goût exquis, le désignaient pour un dépôt où les raretés 
et les hautes curiosités abondent. Le poète, par sa 
renommée, Thomme, par son affabilité, ajoutait un 
lustre et un charme nouveaux à cette antique demeure où 
traine comme un parfum des vieux âges, et qui, depuis 
la duchesse du Maine et le marquis de Paulmy, a vu se 
succéderCharles Nodier et A. Miçkievicz, le bibliophile 
Jacob et Henri de Bornier. 

José-Maria de Heredia quitta l'appartement de la rue 
Balzac et vint nicher sa gloire aux combles du vieux bâti- 
ment qui a vu les canons de Sully. 

La place est étroite, mais le goût sut l'orner. L'appar- 
tement vit se ranger, dans les vitrines noires léguées 
par l'ami cher, Christophe, les bibelots et les livres ; 
rémail de Popelin, représentant Heredia en conquista- 
dor, retrouva sa place au-dessus du bureau d'ébène 
incrusté d'ivoire ; le beau portrait de M™« de Heredia 
illumina le salon de sa magnifique ressemblance. La 
grâce du maître et de la maîtresse du logis firent la nou- 
velle maison souriante et accueillante. Les réunions du 
dimanche recommencèrent. 

Au pied du vieil édifice, un minuscule jardin défend 
mal, contre la poussière du boulevard Morland, la ver- 
dure inquiète de son arbre unique. Le poète, amoureux de 
la nature, fit les cent pas en cet étroit espace. « L'aigle 
antillane », replia ses ailes et abrita dans cet asile, tant 
de souvenirs du monde parcouru, de la vie à demi- 
effacée, les dernières joies, les derniers rêves. 

En remontant un étage, J.-M. de Heredia entrait dans le 
domaine des livres dont il était désormais le gardien. La 
collection de l'Arsenal, depuis qu'elle a été fondée 
par le marquis de Paulmy, est une des plus riches et des 



62 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

plus belles de Paris. Les séries consacrées aux lettres, 
à la poésie, au théâtre, aux curiosités sont sans pareilles. 
Peut - être , pendant quelque temps , avaient - elles 
été un peu négligées ; la parcimonie des budgets avait 
laissé s'accomplir de véritables méfaits : les gouttières 
mal entretenues avaient versé Teau des toits, le long 
des murs, jusque dans les armoires où les plus rares 
documents, les plus riches reliures sont conservés. 
Heredia fit achever certaines réparations commencées, 
accomplit, dans le service matériel, des réformes qu'on 
n'eut pas attendu d'un poète si prodigue, d'ailleurs, de 
touteslesrichesses.il fut un bon et sérieuxadministrateur. 

Dans une maison un peu vieillie et assoupie, il 
apparut comme un homme d'initiative et de mouvement. 
Les appartements du bel étage dont les élégantes dispo- 
sitions, les boiseries anciennes, les beaux meubles 
évoquent les temps de la Régence et la Cour de la 
duchesse du Maine, ces beaux appartements étaient 
encombrés de rayons couverts de livres et, ainsi, 
défigurés. Heredia entreprit de leur rendre leur antique 
honneur. Il eut voulu faire, de ces belles pièces, un 
musée de l'image et du livre. Son insistance sut obtenir 
les ressources qui avaient manqué jusque là. Il plaidait 
si fort et si haut : on ne pouvait pas ne pas l'entendre ; la 
nécessité et l'urgence des travaux devenait si bien la 
chose unique, pendant qu'il parlait, qu'on ne pouvait 
rien lui refuser. Les travaux furent commencés sous sa 
direction et, achevés comme il les a conçus, ils rendent 
à ce coin précieux du vieux Paris et de la vieille 
France, un charme élégant et discret, où le souve- 
nir du poète vivra, comme, sur les boiseries blanches, 
la poudre d'un pastel éteint, dans une délicate harmonie. 

Les collections furent l'objet de ses soins attentifs : 
désormais ses courses chez les libraires furent guidées 



HERËDIA BIBLIOPHILE 63 

par cette préoccupation constante : compléter les séries 
spéciales de la Bibliothèque. On lui doit l'acquisition 
de manuscrits et d'ouvrages qui s'ajoutaient utilement 
aux fonds des lettres, de la poésie, des théâtres. Il 
acheta des manuscrits intéressants provenant de Mira- 
beau. Son influence personnelle, son habile insistance 
obtinrent, pour la Bibliothèque de l'Arsenal, l'offre 
libérale de la collection Bryan, réunion des plus beaux 
exemplaires des œuvres contemporaines, couverts de 
reliures superbes par les maîtres de l'art. 

José-Maria de Heredià fut, à la Bibliothèque de l'Arsenal, 
ce qu'il était partout, la belle humeur et la séduction. 
Ses collaborateurs étaient ses amis. Les écoliers du 
lycée Charlemagne, qui viennent là, entre deux classes, 
pour corriger leurs devoirs, furent d'abord effarouchés 
par la voix tonitruante du maître ; bientôt, ils 
s'apprivoisèrent. Les plus hardis s'approchèrent et 
devinrent familiers ; de cette jeunesse, il voyait naître 
déjà des recrues pour la poésie : les bambins, rassurés, 
commençaient à lui apporter des sonnets. 

Heredia bibliothécaire, Heredia bibliophile, c'est 
surtout et toujours Heredia poète. Poète dans tout ce 
qu'il toucha, dans tout ce qu'il aima, dans tout ce qu'il 
fit. Oui, il était bien la *Myre naturelle". Il y avait en 
lui comme une résonance. Tout s'animait, tout vibrait 
quand il était là. Une splendeur d'être rayonnait 
autour de lui et enveloppait les choses d'un reflet. Il les 
magnifiait. 

Poète, bibliophile, ami, il voyait beau, noble, bon et 
grand. Il s'exaltait, et il exaltait. Son souvenir même est 
lumineux et retentissant. 

Peut-être le trouvera-t-on trop ardent sur ces pages 
froides : mais, où donc le reflet et Técho de cette 



64 BULLETIN OU BIBLIOPHILE 

exaltation seraient-ils excusables, si ce n'est dans le 

tribut de l'amitié. 

Gabriel Hànotàux. 



BIBLIOGRAPHIE 



Cette bibliographie des œuvres de José-Maria de 
Heredia n'a pas la prétention d'être définitive. La 
recherche des écrits de jeunesse, éparpillés dans diverses 
revues dont quelques-unes sont peut-être oubliées 
aujourd'hui, présentait certaines difficultés ; pour déplus 
récentes même, les éléments d'information étaient 
parfois insuffisants. J'espère, cependant, n'avoir point 
commis d'omissions graves. Mais cet essai de biblio- 
graphie des œuvres de l'illustre poète est destiné à être 
prochainement complété et je fais un pressant appel à la 
bonne volonté de ceux qui voudront bien le parcourir 
pour me signaler les erreurs ou les oublis qu'ils y pour- 
raient relever. On verra, plus loin, que, sur les cent 
dix-huit sonnets qui composent les Trophées^ il en est 
seize dont je n'ai pu trouver aucune trace avant leur 
publication dans le volume. Je n'ose croire que ces seize 
sonnets y figurent tous pour la première fois. Toute 
communication bénévole que les lecteurs voudraient 
bien m'adresser serait accueillie avec reconnaissance. Et» 
dès maintenant, j'ai à cœur de remercier tous ceux, 
parents, amis ou admirateurs de José-Maria de Heredia, 
qui, par leurs obligeantes communications, ont contribué 
à rendre ma tâche plus facile. 

Quelques mots d'explication sur l'ordre suivi dans ce 
travail me semblent nécessaires. L'ordre chronologique 
que j'ai cru devoir adopter a l'avantage d'être le plus 
simple et le plus pratique. Toutefois, il pourrait, dans le 



HEREDIA BIBLIOPHILE 65 

cas présent, faire croire à des lacunes qui ne sont qu'appa- 
rentes. Ainsi, il est bon d'avertir le lecteur qu'aucun des 
sonnets des Trophées ne figure à sa date de première 
publication, mais que l'indication de leur origine se 
trouve immédiatement à la suite de la description des 
trois éditions de l'ouvrage. Avant 1893, sont donc seules 
décrites des études en prose ou des poésies que l'auteur 
n'a pas jugé à propos de réimprimer. 

Plusieurs écrits de Heredia, dont l'existence est certaine, 
ont échappé, pour une description exacte, à mes investi- 
gations. Faute de renseignements précis, j'ai dû me 
contenter d'en consigner l'indication à la fin de ce travail. 
Quelque lecteur mieux informé pourra peut-être me 
documenter et me permettre d'élever à la mémoire du 
poète un monument bibliographique digne de son œuvre 

et de lui. 

1861-1863 

1. — L'Héliotrope. 

Sonnet publié dans l'ouvrage suivant : 
^ Conférence La Bruyère. 1861-1862. [Paris], Imprimerie 
de Moquet, rue des Fossés-St-Jacques, 11, in-8, p. 357 
(n. chiffrée). 

Signé : J, de Hérédia (sic). Ce sonnet commence par ce 
vers : 

L'Héliotrope enlr'ouvre à Vorienl sa fleur^ 

et se termine par : 
El, dût-elle en mourir, oh ! uerse^lui ta flamme. 

A paru ensuite dans la Revue de Paris, première année, 
seconde période, 1864, tome VII, p. 311. Non réimprimé 
dans Les Trophées, 

2. — Mer montante. 

Sonnet publié dans l'ouvrage suivant : 
La Conférence La Bruyère. 1862-1863. Paris, imprimerie 
Moquet, rue des Fossés-Saint-Jacques, 11, in-8, p. 411 (1). 

(1) L'ouvrage dont le titre est donné ci-dessus est un recueil de 
prose et de vers publié par les membres de la « Conférence La 



66 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

Signé : J. M. de Hérédia (sic). Ce sonnet commence par 
ce vers : 

La tempête sonnant ses charges triomphales 
et finit par : 
Pour étouffer un cœur qui ne veut pas se taire. 

Ce sonnet, qui porte le même titre qu'un autre publié 
dans Les Trophées, en est tout à fait différent. Il est 
cependant à noter que des fragments de phrases da 
premier ont été utilisés dans le second. 

1863 

3. — Le Triomphe dTacchos. 

Ce sonnet, dédié à Leconte de Lisle, non réimprimé 
dans Les Trophées, a paru dans la Revue Française 
3e année, 31e livraison, 1er mai 1863, tome V, p. 101. 

Il commence par ce vers : 

Evohé, — La cymbale a frappé les échos 
et se termine par: 

Guident le vieux Silène et ses pas chancelants, 

4. — Le Lis. 

Deux sonnets, non réimprimés dans Les Trophées^ 
publiés dans la Revue Française, 3e année, 31e livraison, 
1er mai 1863, tome V, pp. 102 et 103. 

Le premier de ces sonnets commence par ce vers : 

Splendide honneur de mai yf aime le Lis royal 
et finit par : 

Ta pudique noblesse et ta pâle fraîcheur. 
Le second commence par : 

La vierge est comme un lis éclatant de candeur 
et se termine par: 

Le lis sème dans Voir sa poussière dorée. 

Bruyère», association littéraire, historique et philosophique. Georges 
Lafenestre et Sully Prudhomme y ont également publié des vers. 
Joseph de Hérédia {sic) qui demeurait alors 21, rue de Tournon, 
figure sur la liste des membres comme « membre titulaire, section 
du sud ». 



HEREDIA BIBLIOPHILE 67 

5. — Vœu. 

Ce sonnet, différent de celui intitulé Le VœUy publié 
dans Les Trophées^ a paru, dans la Revue Française^ 
3« année, 37e livraison, ler novembre 1863, tome VI, 
p. 387. Il commence par ce vers : 

Taurais dû naître au temps où tes femmes de Grèce 

et se termine par : 

Dans Véternelte Nuit descendront tout entiers. 

Non réimprimé dans Les Trophées. 

1866 

6. — Prométhée. 

Sonnet publié dans Le Parnasse contemporain de 1866, 
p. 16. N*a pas été reimprimé dans Les Trophées, 

7. — Les Scaliger. 

Sonnet publié dans Le Parnasse contemporain de 1866, 
p. 15. Non réimprimé dans Les Trophées, 

1868 

8. — L'Écran. 

Ce sonnet, non réimprimé dans Les Trophées, a paru 
dans U Artiste, revue du X/À'c siècle, 1er trimestre de 
l'année 1868, p. 253. 

Il commence par ce vers : 

C'est un écran bizarre au parfum exotique 
et se termine par : 

A ux longs yeux retroussés avivés par V émail. 

9. — Note [adressée à M. Anatole France, contenant des 
détails bibliographiques sur la première édition des 
poésies d'Alfred de Vigny]. 

Cette note, signée: José-Maria de Heredia, occupe les 
pp. 147 à 152 de l'ouvrage suivant : 

Anatole France — Alfred de Vigny, élude. Eau-forte par 
G. Staai. Paris, librairie Bachelin^Deflorenne, 3, quai Mata- 
quais, 3y MDÇccLXvm (1868), in-16. 



68 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

1873 

10. — Monument. 

Ttrta rima insérées p. 84 de Touvrage suivant: 

Le Tombeau de Théophile Gautier. Paris, Alphonse 

Lemerre^ éditeur, 27-29, passage Choiseul,27'29, UDCCCLXxni 

(1873), in-4. 

1877 

11. — Véridique histoire de la conquête de la Nouvelle- 
Bspagne,par le capitaine Bernai Diaz del Castillo, l'un 
des conquérants, traduite de Tespagnol, avec une intro- 
duction et des notes par José-Maria de Heredîa. Paris, 
Alphonse Lemerre^ éditeur, 27-31, passage Choiseul, 
27-31 (Impr. A. Quantin), 1877-1887, 4 vol. in-12, couv. 
impr. 

Tome / ; 2 ff. (faux-titre et litre) ; lxvm pp. (avertisse- 
ment et notices) ; 293 pp. ; et 2 ff. n. ch. (table et achevé 
d'imprimer). 

Tome // : 2 ff. (faux-litre et titre) ; 447 pp. ; et 2 ff. n. 
ch. (achevé d'imprimer). 

Tome III : 2 ff. (faux-titre et titre) ; 418 pp. ; et 2 ff. n. 
ch. (table et nom de l'imprimeur). 

Tome IV:2ÏÏ. (faux-titre et titre) ; 451 pp. ; et 2 ff. n 
ch. (table et achevé d'imprimer). 

1 planche de fac-similé. 

Édition originale de cette traduction. Publié à 7 fr. 50 
le vol. Il a été tiré, en outre, 25 ex. sur papier de Chine 
(25 fr. le vol.). 

Fait partie de la c Bibliothèque d'un Curieux ». 

1879 

12. — La Fête de Paris-Murcie. 

Vers inédits de José-Maria de Heredia. Encadrement 
de Raymond Madrazo. Huit strophes en vers octosylla- 
biques, publiées dans La Vie Moderne, Journal hebdoma- 
daire illustré, littéraire et artistique. Première année. 1879. 
Paris, Georges Charpentier, 1880, in-fol., p. 206. 



HEREDIÀ BIBLIOPHILE 69 

A pris place ensuite sous le titre de Redondilla^, dans 
l'ouvrage suivant : 

L'Obole de la Vie moderne. Aux inondés de Murcie. 
S. L (Paris), s. d. (1879), pet. in-fol. 

Cette publication, tirée à 100 exemplaires, est enregis- 
trée dans la Bibliographie de la France du 3 janvier 
1880. 

La poésie de José-Maria de Heredia (3» page du 
recueil) y est reproduite en fac-similé de l'autographe 
du poète. 

1885 

13. — Juan Soldado, conte andalou (librement traduit 
d'un des Cuentos populares publiés par F. Caballero). 

- * 4 

Feuilleton (Ire et 2e pages) du Journal des Débats, 
1er janvier 1885. Signé : José-Maria de Heredia. 

1886 

14. — La Fleur des belles épées. 

Article sur Fleurs des belles épées. Notices par Edouard 
de Beaumont. Paris, Boussod, Valadon et Oe, 1885, in-fol., 
publié dans Les Lettres et les Arts^ livraison du 1er jan- 
vier 1886, tome I, pp. 135 et 136. 

15. — Lettres d'Espagne. 

Journal des Débats^ 4 janvier 1886, l'e et 2e pages. Cette 
lettre contient : La Noche buena, datée du 2ô décembre 
[1885]. — Visite aux Casernes^ datée du 26 décembre. — 
Une Messe militaire à CarabancheU datée du 27 décembre. 

V. Farticle suivant : 

16. — Lettres d'Espagne. 

Journal des Débats, 10 janvier 1886, 2^ page. Cette let- 
tre contient : Im Prestation du Serment, datée du 30 dé- 
cembre. -— Une Convention politique, 

Y. l'article suivant : 

17. — Lettres d'Espagne. 

Journal des Débats, 26 janvier 1886, 2e page. Cette lettre 

6 



70 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

contient : Essai de nomenclature des partis politiques^ daté 
du 22 janvier. 
Ces trois lettres sont anonymes. 

18. — Ernest Christophe. 

Notice sur le statuaire Ernest Christophe, publiée dans 
Les Lettres et les Arts, livraison du 1*^»" août 1886, tohie 3, 
pp. 198 à 204. 

Cette notice est accompagnée : 1© d'un portrait de 
E. Christophe eau-forte par Ed. Hédouin (en tête); 
2o de « La Fatalité », statue de E. Christophe, eau-forte de 
Boilvin (hors texte) ; S» d'une illustration par Claudius 
Popelin (dans le texte). 

1887 

19. — Le Meuble en France au seizième siècle^ par 

Edmond Bonnaffé, J. Rouam, éditeury 29j cité dAntiiiy 

Paris. 

Compte-rendu bibliographique, dans le Journal des 
Débats, 20 mai 1887, 3e page, 6e colonne. Signé : /. M. H. 

20. — Le Scorpion, par Marcel Prévost, 1 vol. in'î2 de 
346 pages. Chez A. Lemerre, 

Compte-rendu bibliographique dans le Journal des 
Débats, 6 juin 1887, 3« page, 4e colonne. Signé : ^ M. H. 

21. — Louis Becq de Fouquières. 

Notice nécrologique, où il est surtout question des 
éditions d'André Chénier, dans le Journal des Débats^ 
5 novembre 1887, 3e page, U^et 2® colonnes. Signé : José- 
Maria de Heredia. 

1888 

22. — Amours et haines, par Edouard Pailleron. {Un vol. 

in-IS chez Calmann Lévy). 

Compte-rendu bibliographique dans le Journal des 
Débats, C décembre 1888, 3e page, 2® colonne. Signé : José- 
Maria de Heredia. 

1892 

23. — Le Combat. 

Sonnet publié dans la dernière livraison de La Wallonie, 



■i 

i 



HEREDIA BIBLIOPHILE 71 

portaot la date de décembre 1892, mais qui, en réalité, ne 
parut qu'en 1893, après la publication des Trophées ; ce 
retard explique la mention imprimée au bas de la page : 
Sonnet retranché des Trophées. 
Le Combat commence par ce vers : 

L'ane sur Vautre leurs faces se sont ruées 
et finit par : 

Bat le ciel sulfureux de ses ailes d'argent 

1893 

24. — Les Trophées^ par José-Maria de Heredia. A Paris, 
chez Alphonse Lemerre (Impr. A. Lemerre), 1893, in-8, 
Gouv. impr. 

2 fif. (faux-titre et titre rouge et noir, avec une épigraphe 
empruntée à Pierre de Ronsard) ; iv pp. (Dédicace portant : 
Manibvs carissimse et amantissimse Matris ftlius memor. 
J.M.H.) ; 214 pp. ; et 1 f. n. ch. (achevé d'imprimer. 

Édition originale. Publié à 10 fr. Il a été tiré, en outre, 
100 ex. sur pap. de Hollande (20 fr.> ; 25 ex. sur pap. de 
Chine (30 fr.) ; 25 ex. sur pap. Wathman (25 fr.) ; et 50 ex. 
sur pap. du Japon (50 fr.). 

La note manuscrite suivante de José-Maria de Heredia 
indique qu'en plus du tinige ci-dessus annoncé, il a été 
tiré 10 ex. spéciaux pour l'Académie française, a Un des 
10 ex. tirés avec titre noir pour l'Académie française 
(Concours Archon), pour Leconte de Lisle, Taine, &c. 
Ces dix ex. ont été tirés un mois plus tôt que le reste de 
l'édition. Très rare. J. M, de Heredia ». 

V. l'article suivant: 

24 A. — Les Trophées, par José-Maria de Heredia. Paris, 
Alphonse Lemerre, éditeur, 23-31, passage Choiseul, 
23-31 (Impr. A. Lemerre) mdcccxciii (1893), in-18, couv. 

impr. 

2 ff. (faux-titre et titre); iv pp. (même dédicace que 
dans l'édition précédente et a A Leconte de Lisle ») ; 
218 pp. ; et 1 f . n. ch. (achevé d'imprimer). 

Première édition in-18. Publié à 3 fr. Il a été tiré, en 



72 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

outre, 50 ex. sur papier de Hollande et 25 ex. sur papier 
de Chine, nnmérotés et paraphés par l'éditeur. 
V. l'article suivant : 

24 B. — Œuvres de José-Maria de Heredia. Les Trophées. 
Paris, Alphonse Lemerre, éditeur, 23-31, passage 
Choiseul, 23-31 (impr. A. Lemerre), mdccg^cv (1895), 
pet. in-12, couv. impr. 

2 ff. (faux-titre et titre rouge et noir) ; rv pp. (même 
dédicace que dans la précédente édition et « A Leconte 
de Liste ») ; 218 pp. ; et 1 f. n. ch. (achevé d'imprimer). 

Portrait de José-Maria de Heredia, gravé à l'eau-forte 
par R. de Los Rios. 

Première édition petit in-12, faisant partie de la t Petite 
bibliothèque littéraire i, auteurs contemporains, réim- 
primée depuis sans date. Publié à 6 fr. Il a été tiré, en 
outre, 25 ex. sur papier de Hollande (10 fr.), 20 ex. sur 
papier de Chine (25 fr,), et 10 ex. sur papier du Japon, 
numérotés et paraphés par Téditeur. 

Dans les ex. sur Chine et sur Japon, le portrait est en 
double épreuve (en noir et en sanguine). 

V. l'article suivant : 

24 G. —José-Maria de Heredia. — Les Trophées. Aqua- 
relles originales par Ernest Millard. Exemplaire unique 
imprimé pour Paul Hébert (A la fin : Achevé cTimprimer 
le vingt-cinq mai mil huit cent quatre-vingt-dix-huit par 
Alphonse Lemerre, 6', rue des Bergers, 6, à Paris, pour 
Paul Hébert), in-fol. 

La disposition t3*pographique de cet exemplaire unique, 
non paginé, qui contient un sonnet par page, est faite en 
vue de l'illustration. Il contient, en plus des Trophées, 
l'ode intitulée : Salut à F Empereur, qui figure à la table 
des matières. 

Décrit d'après un exemplaire d'épreuves contenant, en 
outre, un essai de titre, imprimé en noir, dont voici le 
libellé : 

— Les Trophées, par José-Maria de Heredia. Exem- 
plaire unique imprimé pour M. Paul Hébert. 



HEREDIA BIBLIOPHILE 73 

Au-dessous du nom de Tauteur, épigraphe empruntée 
à Pierre de Ronsard . 

Les sonnets qui composent le volume des Trophées ont, 
pour le plus grand nombre, paru primitivement soit dans 
des revues, soit dans des recueils collectifs, soit comme 
préface ou hommage, en tête d'ouvrages d'autres auteurs. 

J*ai pensé qu'il était intéressant de rechercher l'édition 
primitive de ces sonnets et de l'indiquer ici, en suivant 
Tordre où ils sont imprimés dans Les Trophées, Les 
titres sont immédiatement suivis du nom de la revue ou 
de l'ouvrage où, sauf erreur, ils ont été publiés pour la 
première fois. 

Malgré mes recherches, l'origine de seize sonnets 
m'est demeurée inconnue ; ce chiffre de seize pourrait 
toutefois être réduit, car il est vraisemblable d'admettre 
que plusieurs pièces se trouvent en édition originale dans 
Les Trophées 

LA GRÈCE ET LA SICILE 
L'Oubli. 

La République des lettres, 2« série, 2* livraison, 16 juillet 1876, 
tome I, p. 40^ sous le titre de En Campante, 

Hercule et les Centaures 
Némée. 

La Jeune France, juillet 1884, tome VII, p. 110. Réimprimé 
dans la Revue des Deux-Mondes, 15 juillet 1888, p. 429. V. Antho- 
logie des poètes français du XIX' siècle. 

Stymphale. 

Revue des Deux-Mondes, 15 juillet 1888, p, 430. 

Nessus. 

Revue des Deux-Mondes, 15 juillet 1888, p. 430. 

La Centauresse. 

Revue des Deux- Mondes, 15 juillet 1888, p. 431. 
Centaures et Lapithes. 

Revue des Deux-Mondes, 15 juillet 1888, p. 431. 

Fuite de Centaures. 

Revue des Deux-Mondes, 15 juillet 1888, p. 432. V. Anthologie 
des poètes français du XIX'> siècle. 



74 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

La Naissance d'Aphrodite. 

L'édition primitive de ce sonnet m*est inconnue. 

Jason et Médée. 

La Renaissance littéraire et artistique^ !'« année, n® 23, 28 sep- 
tembre 1872, p. 181, V. Le Parnasse contemporain, 1876. 

Le Thermodon. 

La Nouvelle Revue, 15 février 1893, p. 783. Ne figure pas dans 
la première édition des Trophées. Imprimé dans l'édition de 1895. 

La publication de ce sonnet dans la Nouvelle Revue est accom- 
pagnée de la note suivante : « M. José-Maria de Heredia nous 
cause une joie longtemps convoitée et nous fait grand honneur en 
nous envoyant un sonnet qu'il vient d'achever : Le Thermodon, 
et en ajoutant à cet envoi cinq des sonnets admirables qui font 
partie des Trophées, si avidement attendus. Le livre de vers des 
Trophées paraît à la librairie Lemerre le 16 février ». Pour les 
cinq autres sonnets, voir ci-dessous. 

Artémis et les Nymphes 
Artémis. 

Le Parnasse contemporain, 1866, p. 14. 

La Chasse. 

Le Parnasse contemporain, 1866, p. 274. 

Nymphée. 

La Vie moderne, 1^* année, 1879. Paris, Georges Charpentier, 
1880, in-fol., p. 206. 

Pan. 

Revue Française, 3' année, 31« livraison, l»"" mai 1863, tome V, 
p. 102. Dans cette revue, le sonnet commence par : 

Le Printemps rit au ciel, les antiques forêts 

et finit par : 

VEcho vibre et les bois retombent au silence. 

Réimprimé, avec quelques variantes, dans la Renaissance litté- 
raire et artistique, V année, n« 23, 28 septembre 1872. V. le 
Parnasse contemporain, 1876. 

Le Bain des Nymphes. 

Revue des Deux-Mondes, 15 mai 1890, p. 461, sous le titre de 
Nymphée. 11 existe un autre sonnet sous ce même titre de Ngm- 
phée. V. ci-dessous La Source, 



HEREDIA BIBLIOPHILE 75 

Le Vase. 

U Artiste, 1" trimestre de 1868, p. 254. V. Le Parnasse contem- 
porain y 1876. 

Ariane. 

Le Parnasse contemporain, 1876, p. 174. 
Bacchanale. 

Le Parnasse contemporain^ 1876, p. 173. 
Le Réveil d'un dieu. 

A paru pour la première fois dans l'ouvrage suivant : 

Le Livre des sonnets. Dix dizains de sonnets choisis. Paris, 

Alphonse f^merre, éditeur , 27-29, passa f^e Choiseuly 27-29y 

MDCCCLXXiv (1874), pet. in-8, p. 98. 

V. Le Parnasse contemporain, 1876, et Anthologie des poètes fran- 
çais du XHi* siècle, 

La Magicienne. 

Le Parnasse contemporain, 1876, p. 177. 

Marsyas. 

La Revue libre, n^ 117, mai 1588,2» série de La Jeune France» 
11* année, tome XI, p. 49. Réimprimé dans la Revue des Deux- 
Mondes, 15 mai 1890, p. 462. 

Persée et Andromède 
Andromède au monstre. 

Revue des Deux-Mondes, 15 mai 1885, p. 451. 
Persée et Andromède. 

Revue de^ Deux-Mondes, 15 mai 1885, p. 452. 
Le Ravissement d'Andromède. 

Revue des Deux-Mondes, 15 mai 1885, p. 453. 

Epigrammes et Bucoliques. 
Le Chevrier. 

Revue des Deux-Mondes, l»"- janvier 1888, p. 208. V. Anthologie 
des poètes français du XIX* siècle. 

Les Bergers. 

Revue des Deux-Mondes, 1«' janvier 1888, p. 209. 



76 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

Épigramme votive. 

Revue des Deux-Mondes^ 1" janvier 1888, p. 209. 

Épigramme funéraire. 

Revue des Deux-Mondes^ 1*^ janvier 1888, p. 210. V, Anthologie 
des poètes français du XIX* siècle. 

Le Naufragé. 

L'édition primitive de ce sonnet m'est inconnue. 

La Prière du mort. 

Revue des Deux-Mondes^ 15 mai 1890, p. 462. 

L'Esclave. 

La Nouvelle Revue^ 15 février 1893, p. 784. 

Le Laboureur. 

Revue des Deux-Mondes^ 15 mai 1890, p. 463. 

A Hermès Criophore. 

L'édition primitive de ce sonnet m'est inconnue. L'auteur l'avait, 
primitivement, intitulé : Le Sacrifice, 

La Jeune morte. 

L'édition primitive de ce sonnet m'est inconnue. 

Regilla. 

Revue des Deux-Mondes, 1" février 1893, p. 658. 

Le Coureur. 

Revue des Deux-Mondes^ 15 mai 1890, p. 463. 

Le Cocher. 

L'édition primitive de ce sonnet m'est inconnue. 

Sur l'Olhrys. 

Ce sonnet a paru, pour la première fois, dans Le Temps du 
8 septembre 1889 ; il se trouve inséré dans un des « Billets du 
matin », de Jules Lemaître, daté de Paris, 7 septembre 1889, 
2« p., 2« colonne. Il a été réimprimé, en 1892, dans Les Contem- 
porains, études et portraits littéraires, cinquième série, de Jules 
Lemaître, p. 285, et dans la 3* édition du Lti;re des sonneiê, 
Paris, A. Lemerre, 1893, pet. in-12, p. 130. 

ROME ET LES BARBARES 
Pour le vaisseau de Virgile. 

Revue des Deux-Mondes, 1*^ janvier 1888, p. 211. 



HEREDIA BIBLIOPHILE 77 

Villula. :: : . 

Revue des Deux-Mondes, 15 mai 1890, p. 464. - J 

La Flûte, . 

Revue des Deux-Mondes, 15 mai 1890, p. 464. ' •' ^ 

A Sextius. :' .'. "î 

Revue des Deux-Mondesi !•' Janvier 1888, p% àll . ' ^ 

<r j - - 

Hortorum Deus 

I. N* approche pas ! Va Ven ! 

L'édition primitive de ce sonnet m*est inconnue. 

II. Respecte j 6 Voyageur... 

Afcrcurc de France» février 1892, tome IV, p. 105. 

III. Holà^ maudits enfants ! 

Mercure de France, février 1892, tome IV, p. 106. . 
VI. Entre donc. Mes piliers.., . . \ 

Mercure de France, février 1892, tome IV, p. 106. • : :[ 

V. Quel froid ! le givre brille. 

Mercure de France^ février 1892, tome IV, p. 107. Un sixième sonnet 
de cette série a paru, en 1905,xlans la jRevue des Deux'-Mondes, 

V. ci-dessous. . r 

. . < . . • I 



. Le Tepidarium. 

Le Parnasse contemporain t 1876, p. 179. 
Tranquillus. 

La Nouvelle Revue^ 15 février 1893, p. 784. 
Lupercus. 

L'édition primitive de ce sonnet m'est inconnue. 
La Trebbia . 

Revue des Deux-Mondes ^ 15 mai 1890, p. 465. 

Après Cannes. 

Revue des Deux-Mondes, 15 mai 1890, p. 465. 
A un Triomphateur. 

Revue des Deux- Mondes, 15 mai 1890, p. 466. 



78 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

Antoine et Cléopâtre 
Le Cydnus. 

Anthologie des poètes français du XIX' siècle, tome III, 30* livrai- 
son, p. 39. 

Soir de bataille. 

Anthologie des poètes français du XIX' siècle, tome III, 30« livrai- 
son, p. 39. 

Antoine et Cléopâtre. 

Anthologie de poètes français du XIX' siècle, tome III, 30« livrai- 
son, p. 40. 

Sonnets épigraphiques 
Le Vœu. 

Les Lettres et les Arts, 1" mars 1886, tome I, p. 314. Daté de : 
BagnèreS'de-Luchon, septembre 188., Un autre sonnet sous le 
titre de Fc0U,aparu dans la Revue française, en 1863. V. ci-dessus. 

La Source. 

La Jeune France, n« 5, l'i* novembre 1882, tome V, p, 432. Ce 
sonnet n'avait pour titre, dans cette revue, que l'épigraphe : N|fm? 
phis, Avg, Sacrom, de l'édition des Trophées, 11 a été réimprimé 
sous le titre de Ngmphée, dans Les Lettres et les Arts, du 
l«r mars 1886, tome i, p. 311. 

Le dieu Hêtre. 

Les Lettres et les Arts, l«r mars 1886, tome I, p. 312. Daté de : 
Bagnères-de-Luchon, ^epten^bre 188.. 

Aux montagnes divines. 

Revue des Deux-Uondes, 1*' février 1893, p. 659. 

L'Exilée. 

Les Lettres et les Arts, 1*^ mars 1886, tome 1» p. 313. Daté de 
Bagnères-de-Luchon, septembre 188.. V. Anthologie des poètes 
français du XIX' siècle. 

LE MOYEN AGE ET LA RENAISSANCE 

Vitrail. 

L'édition primitive de ce sonnet m'est inconnue. 

Epiphanie. 

Même observation. 



HEREDIA BIBLIOPHILE 78 

Le Huchier de Nazareth. 

Ce sonnet, daté d'avril t887, a para» pour la première foU, dans 
l'ouvrage suivant : 

Edmond Bonnaffé. — Le Meuble en France au XVI* siècle. 
Ouvrage orné de cent vingt dessins. Paris, J. Aonam, 1887, iii-4» 
Il occupe, avec Le Lit, les pages qui suivent le titre. 

Médaille, 

La Nouvelle Beuut, 15 février 1893, p. 785. 

L'Estoc. 

Revue des Deux-Mondes, V février 1893, p. 659. 

Suivant Pétrarque. 

L'édition primitive de ce sonnet m'est inconnue. 
Sur le livre des Amours de Pierre de Ronsard. 

La Jeune France, V septembre 1883, tome VI, p. 309. 

La BeUe Viole. 

Revue des Deux-Mondes, !«* février 1893, p. 660. 

Epîtaphe. 

Revue des Deux-Mondes, V Xénrrier 1893, p. 660. 

Vélin doré. 

Revue des Deux-Mondes, V février 1893, p. 661. 

La Dogaresse. 

Revue des lettres et des Arts, \^ année, n* 3, 27 octobre ^867, 
p. 68. V. Le Parnasse contemporain^ 1876. 

Sur le Pont-Vieux. 

A paru pour la première fois dans l'ouvrage suivant : 
Le Livre des sonnets. Quatorze dizains de sonnets choisis. 
Paris, Alphonse Lemerre, 1875, pet. in-12, p. 183. 
V. Le Parnasse contemporain, 1876. 

Le Vieil orfèvre. 

Paris-Moderne^ 2« année, l*' avril 1882, n« 27, p, 41. V. Antholo- 
gie des poètes français du XIX* siècle, 

L'Épée. 

La République des lettres, 2* série, 4* livraison (chiffrée troi- 
sième, par erreur), 14 janvier 1877, tome 111, p. 97. 



80 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 



•* •• * 



A Claudius Popelin. 

.?.' .Ce sonnet a paru, pour la première fois, dans VArtiste, 
!•' trimestre de 1868, p. 252; il a été réimprimé dans l'ouvrage 
. suivani : 

.•i'.u ^s yi^^ ^i*^s du feu, par Claudius Popelin. Paris, Alphonse 
Lemerre, éditeur ^ 47, passage Choiseuly 47, mdcgclxix (1869) 
in-S. 

Il occupe la p. xi n. chiffrée ; il a pour pour titre, comme dans 

VArtiste : A Claudius Popelin, maître émailleur ; il a figuré ensuite 

sous le même titre, p. 46, dans cet autre ouvrage du même 

auteur : 

MDCCCLXxv. — Cinq octaves de sonnets, par Claudius Popelin. 

Paris, Alphonse Lemerre, passage Choiseul, Si, in-8. 
V. Le Parnasse contemporain, 1876. 

Émail. 

Hevue de Paris et de Saint-Pétersbourg, 15 mai 1888, p. 149. 
Manuscrit de Fauteur reproduit en fac-similé. V. Anthologie des 
poètes français du XIX' siècle. 

Rêves d'émail. 

La Nouvelle Revue, 15 février 1893, p. 785. 

Les Conquérants 
Les Conquérants. 

Ce sonnet a paru, accompagné d'une eau-forte de Claudius 
Popelin, dans l'ouvrage suivant : 

Sonnets et eaux-fortes, mdcgclxix. Alphonse Lemerrtt 
. ' PariSt in-fol. ' 

V. Le Livre des sonnets, 1875, et Anthologie des poètes français du 
XIX' siècle. 

Jouvence. 

Le Parnasse contemporain, 1876, p. 185. 

Le Tombeau du Conquérant. 

La Conque, 3* livraison, 1" mai, p. xvii (n. chiffrée). * 

Carolo quinto impcrante. 

Le Parnasse contemporain, 1876, p. 182. 

L'Ancêtre. 

La Renaissance littéraire et artistique, T année, n<> 29, 24 août 
1873, p, 229. V. Le Parnasse contemporain, 1876. 



HEREDIA BIBLIOPHILE 81 

A un Fondateur de ville. '1 

Le Parnasse contemporain ^ 1876, p. 186. 

Au même. 

.... . . • 

L'édition primitive de ce sonnet m'est inconnue. 

A une ville morte. ''■•' 

Anthologie des poètes français du XIX* siècle ^ioixie 111, 30* livrai- 
son, p. 42. 

• - - 1 

Les Conquérants ont «té traduits en anglais. V. ci-dessous le 0^25. 

L ORIENT ET LES TROPIQUES. 

La Vision de Khèm 
\, Midi. V air brùle... 
IL La lune sur le Nil.. ^ 

in. El la foule grandit... 

'. • ^ 

La Vision de Khèm, qui ne comprend que trois sonnets dans 

Les Trophées, a paru, dans la Revue du Monde nouveau^ littéraire, 

artistique, scientifique, V* année, 1874, tome I, p. 83-87, sous le 

titre de La Terre de Khèmi (6 sonnets). 

Les sonnets publiés dans Les Trophées sont les 2*, 5* et 6* de 
La Terre de Khèmi. Les l**^, 3" et 4* sonnets n'ont pas été réimpri- 
més. , 

Le premier sonnet commence par ce vers : 

Dans son lit de roseaux le Nil sommeille encor^ «^ 

et finit par : 

Qest la voix de Memnon saluant le soleil. 
Le troisième commence par : 

Par la rizière immense et le désert torride, 

t 

et finit par : 

S'égrène en frais éclats le rire étincelant. 

Le quatrième commence par : 

Superbe, effarouchant dans leurs nids les oiseaux, 
et finit par : 

S'élance, enveloppant VÉgypte d'un coup d'aile. 

Le Prisonnier. 

L'Artiste, revue du XIX' siècle, 1" trimestre de 1868, p. 254. 
V. Le Parnasse contemporain^ 1876. 



82 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

Le Samouraï. 

A paru pour la première fois, dans Touvrage suivant : 
1884. Étrennes aux dames. Charavag frètes, éditeurs^ in-32. 
pp. 86^. 
V. Anthologie des poètes français du XIX* siècle. 

Le Daîmio. 

L'édition primitive de ce sonnet m'est inconnue. 
Fleurs de feu. 

Le Parnasse contemporain, 1866, p. 13. 
Fleur séculaire. 

Le Parnasse contemporain, 1876, p. 192. 
Le Récif de corail. 

Antliologie des poètes français du XIX' siècle, tomelllfdO^ livrai- 
son, p. 44. 

LA NA TURE ET LE RÊVE 

Médaille antique. 

Revue des Deux-Mondes, 1*^ Janvier 1888, p. 212. 

Les Funérailles. 

L Artiste, revue du XIX* siècle, 1* trimestre de 1868, p. 255. 
V. Le Parnasse contemporain, 1876. 

Vendange* 

La Renaissance littéraire et artistique, 1" année, n* 28, 28 sep- 
tembre 1872, p. 181. V. Le Parnasse contemporain, 1876. 

La Sieste. 

Le Parnasse contemporain, 1876, p. 191. 

La Mer de Bretagne 
Un Peintre. 

L'édition primitive de ce sonnet m*est inconnue. Le peintre 
est Emmanuel Lansyer. 

Bretagne. 

La Vie moderne, 9* année, 1887, p. 476. Sous le titre de Arvor. 

Floridum mare. 

L'édition primitive de ce sonnet m'est inconniie. 



HEREDIA BIBLIOPHILE 83 

Soleil couchant. 

L'Artiste, nouvelle période, 1874. tome 11, p. 47, V. Le Parnasse 
contemporair^r 1876, 

Maris Stella. 

Le Semeur, 10 mars 1888, p. 124. 

Le Bain. 

Reoue félibréenne, n»* 1 et 2, janvier-février 1888* tome IV, 
p. 15. 

Blason céleste. 

Le Parnasse contemporain, 1876, p. 188. 

Armor. 

V Artiste, revue du XIX* siècle, 1*>- trimestre de 1868, p. 252. 
V. Le Parnasse contemporain, 1876. 

Mer montante. 

Revue de Paris, T* année» seconde période, 1864, tome VII, 
p. 345. V. ci-dessus le n» 2. 

Brise marine. 

L'édition primitive de ce sonnet m'est inconnue. 

La Conque. 

Le Parnasse contemporain, 1866, p. 14. 

Le Lit. 

Ce sonnet, daté d'avril 1887, a paru, pour la première fois, dans 
Le Meuble en France au XVP siècle, par Edmond Bonnaffé. V. 
ci-dessus Le Huchier de Nùzaretii, V. Anthologie des poètes fran- 
çais du XIX' siècle. 

La Mort de l'aigle. 

Revue de Paris, V* année, seconde période, 1864, t. VII, p. 346. 

Plus ultra. 

Le Parnasse contemporain, 1876, p. 194. 

La Vie des morts. 

Le Parnasse contemporain, 1876, p. 193. 

Au tragédien E. Bossi. 

L'édition primitive de ce sonnet m'est inconnnue. 



84 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

Michel-Ange. 

Revue des Deux-Mondes, 1*^ février 1893, p. 661. 

Sur un marbre brisé. 

Revue félibréenne, n»» 3 et 4, mars-avril 1888, tome IV, p. 90. V. 
Anthologie des poêles français du XIX' siècle, 

ROMANCERO 

Lt Serrement de mains. 

La Revanche de Diego Laynez. 

Le Triomphe du Cid. 

Revue des Deux-Mondes, 1*^ décembre 1885, pp. 673 à 680. 
LES CONQUÉRANTS DE UOR 

TLcs Conquérants de For. 

Le Parnasse contemporain, 1871, pp. 369-395. 

Cette pièce, traduite en prose espagnole, a paru sous le titre de 
t '. Los Conquistadores del oro, porJosé-Ma ria Heredia /sic^, (Iraducido 
por E. Posada) dans El Repertorio Colombiano^ revista mensual, 
vol. XV. mayo 1897, num. 6», pp. 436-451. 

24D.— Sonnets of José-Maria de Heredia done into english 
by Edward Robeson Taylor. San Francisco : William 
Doxeg, ai the sign of the Larky mdcccxcvii (1897), 
pet. in-4, cari. pap. gris, dos et coins vélin. 

XJii pp. (titre rouge et noir, dédicace, préface et «table 
of contents »); 1 f. (épigraphes); 177 pp.; 1 f. (achevé 
d'imprimer et justification du tirage). 

Édition originale de cette traduction. Tiré à 550 exem- 
plaires. 

V. l'article suivant. 

24E.— Sonnets of José-Maria de Heredia done into english 
by Edward Robeson Taylor. San Francisco : William 
Doxeg, ai the sign of the Lark, mdcccxcviii (1898), 
in-8, cartonné toile verte. 

XIV pp. (titre rouge et noir, dédicace, a Prefatory note » 
et c table of contents •) ; If. (épigraphes) ; 182 pp. ; et 
1 f. n. ch. (justification du tirage). 

Tiré à 550 exemplaires. 



HEREDIA BIBLIOPHILE 85 

24 F. — The Trophées, sonnets by José-MariadeHeredia, 
translated by Frank Sewall. Boston, Small^ Maynard 
& Company, mcm (1900), in-8 carré, cartonné. 

XV pp. (faux-titre, titre noir et bistre, « Contents » et 
« Introductory ») ; 133 pp. ; et 1 f. blanc. 
Bordures et initiales par Bertram Grosvenor Goodhue. 
Tiré à 750 exemplaires. 

25. — The Conquerors, translated from « Les Trophées» 
of José-Mariade Heredia by Edward Robeson Taylor. 
(A la fin :Done in San Francisco ai printing shop ofthe 
E. D. Taylor Company, in the month of december and 
year eighteen handred and nineiy-sixly (1896) in-8, 
couv. impr. 

2 ff. (faux-titre et titre) ; et 8 ff. n. ch. imprimés au r® 
seulement (sonnets et achevé d'imprimer). 

Contient les sonnets suivants: The Conquerors,— Youth, 
— The tomb ofthe Conquerors. —In the time of Charles flfi h 
emperor. — The Ancestor, ^ To a founder of a city, — To 
the same. ^ To a dead city. 

26. — [Toast]. 

Toast porté par J. M. de Heredia. président du 10'n<? 
banquet de La Plume. 
La Plume, n» 109, 1er novembre 1893, p. 467, 1^» colonne, 

V. l'article suivant : 

27. — [Lettre au directeur de La Plume], 

Lettre dans laquelle José-Maria de Heredia le remercie 
de ** l'accueil charmant que lui a fait cette jeunesse si 
joyeuse, si enthousiaste et en même temps si polie ", au 
banquet qu'il a présidé. 

La Plume, 1er novembre 1893, p. 467, 2me colonne. 

1894 

28. — La Nonne Alferez. 

Edition primitive de cette traduction de l'espagnol de 



86 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

Catalîna de Erauso, dans la Bevae des Deux-Mondes^ 
livraison du l^ mars 1894, pp. 121 à 161. 
V. l'article suivant : 

28 A. — José-Maria de Heredia. — La Nonne Alferez. Illus- 
trations de Daniel Vierge, gravées par Privât-Richard. 
Paris, Alphonse Lemerre, 23-31, passage ChoisenU 23-31 
(Impr. A. Lemerre), 1894, in-32, couv. illustr. 

2 ff. (faux-titre et titre); vu pp. (préface); 1 p. 
(vignette); 175pp.; 1 f. n. eh. (achevé d'imprimer); et 
1 f. blanc. 

Édition originale. Publié à 2 fr. Il a été tiré, en outre, 
50 ex. sur pap. de Chine (12 fr.) et 50 ex. sur pap. du 
Japon (20 fr.). Il a été tiré également 30 suites des gra- 
vures de Daniel Vierge sur pap. de Chine, numérotées 
par l'éditeur (40 fr.). 

De la < Collection Lemerre illustrée ». 

29. — Airs de flûte. 

Article sur les ''Flûtes d'avril et de septembre " de 
M. Henri de Régnier, dans le Journal des Débats du 6 juil- 
let 1894, Ire page, 3« colonne, sous la rubrique '' Au jour 
le jour". Signé: José-Maria de Heredia. 

Les Fiâtes d'avril et de septembre ont paru dans la 
Revue Blanche. 

30. -—Institut de France. —Académie française. — Funé- 
railles de M. Leconte deLisle, membre de l'Académie, le 
samedi 21 juillet 1894.(A la fin: Paris, — Typographie de 
Firmin-Didot et O^^ imprimeur s de r Institut, rue Jacob, 
56, s. d. (1894), in-4, couv. impr. 

8 pp. y compris le titre (titre de départ). 

Pp. 1 à 5, Discours de M. Gaston Boissier, directeur 
de TAcadémie française ; pp. 7 et 8, Discours de M. de 
Heredia. 

Édition originale. Non mis dans le commerce. 

31. — Institut deFrance. — Académie française. —Inaugu- 
ration de la statue de Joachim du Bellay à Ancenis, le 



j 



HEREDIA BIBLipPHILE 87 

dimanche 2 septembre 1894. Paris, typographie de 
Firmin-Didot e/C»®, imprimeurs de V Institut de France, 
rue Jacoby 56, mdcccxciv (1894), in-4, couv. impr. 

26 pp. y compris le titre ; et 1 f . blanc. 
Pp. 3 à 8, Discours de M. de Heredia ; pp. 9 à 26, Dis- 
cours de M. Brunetière. 
Édition originale. Non mis dans le commerce. 
V. l'article suivant : 

31 A. — Institut de France.— Académie française. — Inau- 
guration de la statue de Joachim du Bellay à Ancenis, le 
dimanche 2 septembre 1894. Discours de M. de Here- 
dia, membre de l'Académie française. Paris, typogra- 
phie de Firmin-Didoi et C'«, imprimeurs de l'Institut de 
France, rue Jacob, 56, mdcccxciv (1894), in-4, couv. 
impr. 

8 pp. y compris le titre. 

Première édition séparée. Tirage à part de l'édition 
précédente. Non mis dans le commerce. 

32. — Lettre. 

Lettre adressée à l'auteur de l'ouvrage suivant : 
Comte de Landemont. — Fêtes bretonnes, Du Bellay. 
Congrès, précédées de lettres de MM. José-Maria de 
Hérédia (sic) et Ferdinand Brunetière, de l'Académie 
française. Illustrations de MM. J. Corabœuf, J. Pohier, 
L. Bouille. Ancenis, — Impr, D, Longin, s. d. (1894), in-4. 
La lettre de José-Maria de Heredia, reproduite en fac- 
similé, occupe la p. 6 n. chiffrée. 

1895 

33. — Leconte de Liste. — Derniers poèmes. L'Apol- 
lonide. — La Passion. — Poètes contemporains. — 
Discours sur Victor Hugo. Paris, Alphonse Lemerre, 
éditeur, 23-31, passage Choiseul, 23-13 (Impr. 
A. Lemerre), mdcccxcv (1895), in-8, couv. impr. 

If. blanc ; 1 f, (faux-titre ; auv^, justification du tirage de 
luxe); If. (titre), If. portaqt cette note ''Leconte de Lisle 



88 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

ayant manifesté le désir que la publication de ses 
œuvres posthumes nous fût confiée, nous y avons 
apporté le soin pieux que devaient à sa chère et illustre mé- 
moire notre reconnaissance et notre admiration. Jo5^-Afaria 
de Heredia — Le V»® de Guerne ") ; 305 pp. ; 1 f. n. ch. 
(achevé imprimer); et 2 ff. blancs. 

Édition originale. Publié à 7 fr. 50. D a été tiré, en outre, 
50 ex. sur papier de Hollande (20 fr.), 5 ex. sur papier de 
Chine (40 fr.) et 2 ex. sur papier Whatman, numérotés et 
paraphés par l'éditeur. 

A pris place, en 1899, dans la « Petite Bibliothèque lit- 
téraire », Auteurs contemporains. 

34. — Institut de France. — Académie française. — Dis- 
cours prononcés dans la séance publique tenue par 
l'Académie française pour la réception de M. José- 
Maria de Heredia, le jeudi 30 mai 1895. Paris, typogra- 
phie de Firmin-Didoi et C*e, imprimeurs de V Institut de 
France, rue Jacob, 56, mdcccxcv (1895), in-4, couv. 
impr. 

51 pp. y compris le titre. 

Pp. 3 à 27, Discours de J.-M. de Heredia; pp. 29 à 51, 
Discours de François Coppée. 
Édition originale. Non mis dans le commerce. 
V. l'article suivant : 

34 A. — Institut de France. — Académie française. — Dis- 
cours prononcé dans la séance publique tenue par l'Aca- 
démie française pour la réception de M. José-Maria 
de Heredia, le jeudi 30 mai 1895. Paris, typographie de 
Firmin-Didot et C>«, imprimeurs de F Institut de France, 
rue Jacob, 56, mdcccxcv (1895), in-4, couv. impr. 

27 pp. y compris le titre. 

Première édition séparée. Tirage à part de la précé- 
dente édition. Non mis dans le commerce. 
V. l'article suivant : 

34B. — José-Maria de Heredia. — Discours de réception à 
l'Académie française, prononcé le 30 mai 1895. Paris, 



1 

1 



HEREDIA BIBLIOPHILE 89 

Alphonse LemerrCy éditeur, 23-31, passage Choiseul^ 
23-31 (Impr. A. Lemerre), mdcccxcv (1895), in-8, 
couv. impr. 

1 f. (faux-titre ; au v», justification du tirage de luxe) ; 
1 f. (titre) ; 26 pp. ; et 1 f. n. eh. (achevé d'imprimer). 

Première édition en librairie. Publié à 1 fr. Il a été 
tiré, en outre, 10 ex. sur papier de Hollande et 10 ex. 
sur papier du Japon, numérotés et paraphés par l'édi- 
teur. 

35. — Daniel Vierge. 

Préface à l'ouvrage suivant : 

Saint-Juirs. — Le Cabaret des trois vertus. — Illustra- 
tions de Daniel Vierge gravées par Clément Bellenger. 
Librairie Ch. Tallandier, 197, boulevard Saint-Germain, 
Paris, s. d. (1895), in-4. 

Cette préface, accompagnée de dessins à la plume, 
extraits de Don Pablo de Ségovie, occupe, après les faux- 
titre, titre et portrait de Daniel Vierge par lui-même, 
deux feuillets. 

36. — Sur ce livre. 

Avant-propos de iv pp. pour l'ouvrage suivant : 
Comte Robert de Montesquiou-Fezensac. — Troisième 
ouvrage carminal. Le Parcours du rêve au souvenir. 
Avec un avant-propos de José-Maria de Heredia, de 
l'Académie française. Paris, Bibliothèque-Charpentier, 5, 
G. Charpentier et E. Fasquelle, éditeurs, 11, rue de Gre- 
nelle, 11, 1895, in-18. 

1896 

37. — [Lettre au directeur de La Plume], 

José-Maria de Heredia fait un appel aux poètes en 
faveur du monument à ériger à Leconte de Liste et 
demande au directeur de cette revue d'ouvrir une 
souscription dans ses colonnes. 

La Plume, n» 170, 1er juin i896, p. 385, 2' colonne, sous 
la rubrique « Tribune libre ». 



90 BULLETIN DU BtBLIOt>lHILE 

38. — La Messe noire. 

Sonnet dédié à Félicien Rops. publié dans La Plame, 
no 171, 15 juin 1896, page 472, l^e colonne. 

39.— Institut de France. — Académie française. — Séance 
du mercredi 7 octobre 1896 tenue en présence de Leurs 
Majestés l'Empereur et Tlmpéralrice de Russie. Paris, 
typographie de Firmin-Didotet C'®, imprimeurs de Pins- 
titut de France, rue Jacob, 56, mdcccxcvi (1896), 
couv. impr. 

53 pp. y compris le titre. 

Pp. 43 à 46, Salut à P Empereur, stances de M. de 
Heredia. 
Édition originale. Non mis dans le commerce. 

39 A. — José-Maria de Heredia. — Salut à l'Empereur, stan- 
ces dites par M. Paul Mounet, de la Comédie française, à 
la cérémonie de la pose de la première pierre du pont 
Alexandre III devant Leurs Majestés Impériales de 
Russie, le 7 octobre 1896. Paris, Alphonse Lemerre, 
éditeur, 23-31, passage Choiseul, (23-31 Impr. A. 
Lemerre), mdcccxcvi (1896), in-4, couv. impr. 

1 f. blanc ; 2 ff. (faux-titre et titre); 4 pp. ; et 1 f. blanc. 
La couverture porte : José-Maria de Heredia. Salut à 

l'Empereur. Stances héroïques dites... 

Première édition en librairie. Il a été tiré, en plus des 
ex. sur pap. ordinaire, 25 ex. sur pap. du Japon. 

39 B.— José-Maria de Heredia. Salut à l'Empereur, stan- 
ces dites par M. Paul Mounet, de la Comédie française, à 
la cérémonie de la pose de la première pierre du pont 
Alexandre III, devant Leurs Majestés Impériales de 
Russie, le 7 octobre 1896. Paris, Alphonse Lemerre, 
éditeur, 23-31, passage Choiseul, 23-31 (Impr. A. 
Lemerre), mdcccxcvi (1896), in-18, couv. impr. 

2 ff. (faux-titre et titre) ; et 4 pp. 
Première édition in-18. Publié à 50 cent. 



HEREDIA BIBLIOPHILE 91 

Salut à VEmperear ! fac simile autographique de TOde 
à LL. MM. l'Empereur et Tlmpératrice de Russie, par 
José-Maria de Heredia » a paru en tête du tome II du 
Centaure, recueil trimestriel dont voici le titre : 

— Le Centavre, rédigé par MM. Henri Albert, André 
Gide, A. Ferdinand Herold, André Lebey, Pierre Louys, 
Henri de Régnier, Jean de Tinan, P. V. Avec la collabo- 
ration artistique, pour ce volume, de MM. Albert Bes- 
nard, Henri Heran, Charles Léandre, Charles Maurin, 
Armand Point, Paul Ranson, et un autographe de 
M. José-Maria de Heredia. Paris, 9, rue des Beaux-Arts, 9, 
MDCccxcvi (1896), pet. in-4, cartonné. 

40.— Lettre. 

Cette lettre, adressée à M. Maxime Formont, occupe 
les pp. 5 et 6 de Touvrage suivant : 

— Maxime Formont. — Triomphe de la Rose. Avec 
une lettre de José Maria de Heredia, de l'Académie fran- 
çaise. Paris, Alphonse Lemerre, éditeur, 23-31, passage 
Choiseul, mdcccxcvi (1896), in-18. 

1897 

41. — Lettre. 

Lettre de deux pages, servant de préface à l'ouvrage 
suivant : 

— Philippe Dufour. — Poèmes légendaires. L'Amour. 
Le Glaive. Le Songe. Avec une lettre de José Maria de 
Heredia, de l'Académie française. Paris, Alphonse 
Lemerre, édi leur, 23-31 , passage Choiseul, 23-31,mdcccxcvii 
(1897), in-18. 

1898 

42. — Institut de France. Académie française. Inaugura- 
lion du monument élevé à la mémoire de Leconte de 
Lisie à Paris le 10 juillet 1898. Paris, typographie de 
Firmin-Didot et C**, imprimeurs de V Institut de France, 
rue Jacob, ô6y mdcccxcviii (1898), in-4, couv. impr. 

9 pp. y compris le titre qui porte dans le bas : 
Institut 1898-16 ; et 3 pp. blanches. 

Le titre de départ porte en plus : Discours de M. de 
Heredia, directeur de l* Académie française. 



92 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

1900 

43. — Guy de Maupassant. 

Discours prononcé par José-Marîa de Heredia, désigné 
par rAcadéraie française pour la représenter à la céré- 
monie d'inauguration du monument de Guy de Maupas- 
sant à Rouen, publié pour la première fois, dans Le 
Journal du lundi 28 mai 1900, l»^», 2© et 3© colonnes de la 
première page. 

Une partie de cette étude sur Maupassant a été repro- 
duite dans L'ÉloilCy revue sociale et littéraire, première 
année, n» 4, 15 mars 1904, pp. 124 à 128 ; elle y est 
accompagnée d'un portrait de José-Maria de Heredia, 
gracieusement communiqué par Le Journal. 

44. — En Patagonie. 

Préface publiée, le 23 novembre 1900, dans Le Journal, 
!»••, 2«, 3c et 4e colonne de la première page, et destinée à 
l'ouvrage suivant : 

— Comte Henry de La Vaulx — Voyage en Patagonie, 
ouvrage contenant quarante illustrations d'après les 
photographies de l'auteur et une carte hors texte, préface 
de M. José-Maria de Hérédia (sic) de l'Académie fran- 
çaise. Librairie Hachette et C»', Paris, 79, boulevard 
Saint-Germain, 1901, in-18. 

Cette préface, qui porte comme titre : A Henry de la 
Vau/x, occupe xvi pages, après les faux-tilre et titre. 

1901 

45. — M. le duc de Broglie. 

Article paru dans Le Journal, 21 janvier 1901, 1«"»' et 2« 
colonnes de la première page. 

46. — A Sa Majesté Tlmpératrice de Russie. La France 

en fleurs. 

Six strophes en vers alexandrins, publiées dans 
Le Journal, 18 septembre 1901, Ire page. 

1902 

47. — Malaguena. 

Sept strophes en vers de huit pieds, publiées dans 



HEREDIA BIBLIOPHILE 93 

Iaï Renaissance latine. Ire année, n» 1, 15 mai 1902, 
pp. 8 et 9. 

48. — Pégase, fragment d'un poème à la gloire de Victor 
Hugo. 

Publié dans l'ouvrage suivant : 

Centenaire de Victor Hugo. La Couronne poétique de 
Victor Hugo. Poésies de Lamartine, A. de Musset, Sainte- 
Beuve, Al. Dumas, T. Gautier, A. Vacquerie, Th. de 
Banville, F. Coppée, Leconte de Lisle, Sully Pru- 
d'homme, C. Mendès, J.-M. de Heredia, Tennyson, Swin- 
burne, Austin, Carducci, G. d'Annunzio, Verlaine, 
E. Verhaeren, L. Dierx, H. de Régnier, Edmond Rostand, 
etc., etc. Paris f Bibliothèque-Charpentier, Eugène Fas- 
quelle, éditeur, 11, rue de Grenelle, 11, 1902, in-18. 

P. 237, un vers de Heredia, (le dernier vers du sonnet 
Jouvence), déjà publié dans les « Autographes du G/7 
Blas » le 27 février 1885 ; pp. 275-276, Pégase 

Ce fragment de poème (34 vers alexandrins) a paru le 
jour de la mise en vente du volume, dans Le Journal du 
7 juin 1902, Iro page, 4e colonne ; il a été publié à 
nouveau dans le Figaro du 9 juin 1902, U^ page, 
6« colonne. 

49. — InstitutdeFrance. — Académie française.— Discours 
prononcés dans la séance publique tenue par TAca- 
démie française pour la réception de M. le Marquis 
de Vogué, le 12 juin 1902. Paris, typographie de 
Firmin-Didot et C'^, imprimeurs de V Institut de France, 
rue Jacob, 56, mdccccii (1902), in-4, couv. impr. 

61 pp. y compris le titre ; et 1 f. blanc. 

Pp. 3 à 36, Discours de M. le Marquis de Vogué ; pp. 37 
à 61, Réponse de M. de Heredia. 

Edition originale. Non mis dans le commerce. V. l'ar- 
ticle suivant : 

49 A. — Institut de France. — Académie française. — 
Réponse de M. de Heredia, membre de TAcadémie, au 
discours de M. le Marquis de Vogué, prononcé dans 



94 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

la séance du 12 juin 1902. PariSy typographie Firmin- 
Didot et C»«, imprimeurs de V Institut de France, rue 
Jacob, 56y MDCCccii (1902), in-4, couv. impr. 

29 pp. y compris 2 pp. blanches et le titre ; et t f . 
blanc. 

Première édition séparée. Tirage à part de la précé- 
dente édition. Non mis dans le commerce. 

50. — Jules Breton. Delphine Bernard. 

Étude relative à ce livre de Jules Breton, publiée dans 
Le Journal, 15 juillet 1902, 1^ 2® et 3® colonnes de la pre- 
mière page. 

1903 

51. — La Mort du taureau. 

Treize strophes de quatre vers chacune, publiées dans 
Minerva, revue des lettres et des arts, deuxième année, 
l^r janvier 1903, tome sixième, pp. 5 à 8. 

1904 

52.— Manuscrit inédit d'André Chénier. 

Demande de renseignements, signée: José-Maria de 
Heredia, à la Bibliothèque de F Arsenal, î, rue de Sully, 
insérée dans U Intermédiaire des chercheurs et curieux, 
10 septembre 1904, no 1051, col. 329. 

1905 

53.— André Chénier. — Les Bucoliques, publiées d*après 
le manuscrit original dans un ordre nouveau par José- 
Maria de Heredia, de TAcadémie française. PariSy 
imprimé pour Charles Meunier, « Maison du Livre » 
(Impr. Philippe Renouard), 1905, gr. in-8. 

1 f. (faux-titre) ; 1 f. (justification du tirage) ; 1 f. (litre 
rouge et noir) ; 1 f. (noms des collaborateurs) ; 1 f. (A la 
mémoire de mon ami Becq de Fovqvières povr Tamovr 
d'André Chénier. j. m. h.) ; xxxii pp. (Le manuscri 



HEDEDIA BIBLIOPHILE IK 

des Bucoliques, par José Maria de Heredia) ; 278 pp. et 
1 f. n. ch. (achevé d'imprimer.) 

13 lithographies hors texte de Fantin-Latour. 
[En-têtes et culs-de-lampe par M. deFonséca. 

Cette édition a été tirée à 177 exemplaires savoir : 
12 ex. sur pap. du Japon (n»» 1 à 12), renfermant trois 
états des lithographies et un dessin inédit de Fantin- 
Latour, reliés en maroquin plein, gardes en soie, avec, 
encastrée sur le premier plat, une plaquette en argent 
frappé figurant le projet du monument: La Muse de Ché- 
nier, par M. Denys Puech (2.500 fr.), nom de chaque 
souscripteur imprimé sur le faux-titre ; 150 ex. sur pap. 
vélin teinté du Marais (nos 13 à 162), comprenant trois 
états des lithographies de Fantin-Latour, relié en veau 
racine rouge feu et portant, sur le premier plat, encastrée 
dans le cartonnage, la même plaquette en bronze, de 
Denys Puech, nom de chaque souscripteur imprimé sur 
le faux-tilre (400 fr.) ; et 15 ex. de collaborateurs {n^^ 163 à 
177), paraphés par l'éditeur. 

" Le Manuscrit des Bucoliques ", préface de l'ouvrage 
ci-dessus décrit, a été publié dans la Revue des Deux- 
Mondes, 1er novembre 1905, pp. 146-167. 

54. — L'Enlèvement d'Antiope [sonnet]. 

Revue des Deux-Mondes, 1er décembre 1905, p. 682. 

55. — La Vision d'Ajax [sonnet]. 

Revue des Deux-Mondes, 1er décembre 1905, p. 683. 

56. — Le Krater [sonnet]. 

Revue des Deux-Mondes, 1er décembre 1905, p. 683. 

57.— La Pileuse [sonnet]. 

Revue des Deux-Mondes, 1er décembre 1905, p. 684. 
58. — Les Fleuves d'ombre [sonnet]. 

Revue des Deux-Mondes, 1er décembre 1905, p. 684. 
59. — Les Rostres [sonnet]. 

Revue des Deux-Mondes, 1er décembre 1905, p. 685. 



96 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

Ce sonnet, dit une note, était destiné à une édition 
monumentale des Trophées que prépare actuellement 
M. Descamps-Scrive, de Lille, avec des illustrations 
d'Olivier Merson. 

60. — Hortorum deus [sonnet]. 

Reuue des Deux-Mondes, 1er décembre 1905, p. 686. 

61. — Sur un buste de Psyché [sonnet]. 

Reuue des Deux-Mondes, l*^"* décembre 1905, p. 686. 

62.— A un poète. 

Ecrit le 16 février, jour anniversaire de la naissance de 
Victor Hugo. Reuue des Deux-Mondes, !«•• décembre 
1905, p. 687. 

63. — [Lettre à M. André Michel, conservateur de la 
sculpture du moyen âge, au Musée du Louvre.] 

Cette lettre, accompagnée du sonnet intitulé Médaille, 
a paru dans Le Temps, 17 décembre 1905, p. 2, 5« colonne 
rdansLa ** Vie littéraire ", par Gaston Descharaps). 

Les nos 53 à 63 n'ont été publiés qu'après la mort de 
l'auteur. 

Certaines indications m'ont été fournies qu'il . m'a été 
impossible, faute de renseignements, de préciser. Je les 
consigne sommairement ici. Vers 1902, José-Maria de Heredia 
a collaboré à un journal de Buenos-Ayrcs, intitulé El Paîs ; 
il lui a donné plusieurs articles, écrits par lui en français, 
traduits ensuite et publiés en espagnol. La collaboration est 
certaine ; mais, en dépit de mes efforts, je n'ai pu déterminer 
le nombre d'articles envoyés, la date exacte de leur insertion, 
non plus que les sujets traités. 

Heredia aurait aussi écrit une ou plusieurs notices en tête 
de catalogues d'exposition ou de ventes de tableaux pour 
le peintre Emile (ou Henri?) Lévy, notamment; mais ce sont 
des renseignements qui m'ont été donnés sans être précisés 
et je n'ai pu parvenir à les contrôler. 

Le nom de J.-M. de Heredia figure sur la liste des collabo- 
rateurs de quelques revues parmi lesquelles je citerai Le 
Passant et Pan ; je n'ai trouvé aucune œuvre du poète dans 



HEREDIA BIBLIOPHILE 97 

ces recueils dont, à vrai dire, il ne m'a pas été donné de 
voir la collection complète. 

Je donne donc ici, pour mémoire, toutes ces indications 
dans l'espoir qu'elles me pourront valoir quelques utiles 
communications 

Et maintenant, pour terminerce petit travail bibliographique, 
j'indique, à titre de document, et par ordre d'ancienneté, les 
trois principaux recueils de poésies dans lesquels Heredia a 
publié un certain nombre de ses sonnets : 

— Le Parnasse contemporain, recueil de vers nou- 
veaux (1866). Paris, Alphonse Lemerre, 1866, in-8. 

Pp. 13 à 16 : Fleurs de feu, La Conque, Artémis, Les 
Scaliger, Proméihée, 

V. l'article suivant. 

— Le Parnasse contemporain, recueil de vers nouveaux 
(1869). Ibid., id., 1871, in-8. 

Pp. 369 à 395 : La Détresse d'Athuallpa, Prologue, Les 
Conquérants de Vor. 

V. l'article suivant. 

— Le Parnasse contemporain, recueil de vers nouveaux 
fl876). Ibid, id., in-8. 

Pp. 190 à 194 : Les Funérailles, Jason et Médée, Pan, 
Bacchanale, Ariane, Vendange, Le Vase, La Magicienne, 
Le Réueil d'un dieu. Le Tepidarium, La Dogaresse, Sur le 
Pont-Vieux, Carolo quinto imperante, A Claudius Popelin, 
maître émailleur, U Ancêtre, Jouvence, A un fondateur de 
ville. Le Prisonnier, Blason céleste. Soleil coucha nt, A r-mor, 
La Sieste, Fleur séculaire, La Vie des morts, Plus ultra. 

— Le Livre des sonnets. Dix dizains de sonnets choisis. 
Paris, Alphonse Lemerre, 1874, pet. in-8. 

Pp. 97 et 98 : Les Conquérants.— Le Réueil d'un dieu. 
V. l'article suivant. 



98 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

— Le Livre des sonnets. Quatorze dizains de sonnets 
choisis. PariSy Alphonse Lemerre^ 1875, pet. in-12. 

Pp. 132 à 134 : Les Conquérants, — Sur le Pont-Vieux. — 
Le Réveil d*un dieu, 

V. Tarticle suivant: 

— Le Livre des sonnets. Seize dizains de sonnets 
choisis. PariSy Alphonse Lemerre, 1893, pet in-12. 

Pp. 129 à 135 : Fuite de Centaures, — Sur VOthrys. — 
Villulq, — Les Conquérants, — Émail, — Le Samouraï. — 
Récif de corail. 

— Anthologie des poètes français du XIX® siècle. Paris, 
Alphonse Lemerre, s. d. (1887-1888), 4 vol. in-8. 

Tome III, pp. 35 à 46 : Némée^ Fuite de Centaures, Le 
Réveil dun dieu. Le Chevrier, Épigramme funéraire, 
Antoine etCléopâtre : (I. Le Cydnus. II. Soir de bataille. 
III. Antoine et Cléopâtré), U Exilée, Les Conquérants, A 
une ville morte, Le Vieil orféure. Émail, Le Récif de 
corail, Le Samouraï, Le Lit, Sur un marbre brisé. 

Enfin, j'extrais d'une lettre que m'a adressée M. Emile 
Elément, le passage suivant : 

«... Comme curiosité, je vous signale un très curieux 
sonnet pastiche de Paul Verlaine, signé par lui: José-Maria 
deHeredia, et dont j'ai publié le fac-similé, avec une lettre 
de Verlaine à moi adressée de Fampoux, dans le numéro 
de la Revue du Nord du 1er février 1896. Ce fac-similé a, 
je crois, été reproduit plus tard par ï Artiste avec des 
lettres que Verlaine m'a écrites d'Angleterre, je vous en 
donne copie ci-incluse...» 

C'est dans une lettre, datée du jeudi 13 juillet [1871] que 

Paul Verlaine a envoyé à M. Emile Blémont le sonnet en 

question, intitulé : Retour de Naples ! qui commence par ce 

vers : 

Don Luis Maria Juan José Benito 

et finit par : 

D*une Napolitaine au bon rire effronté. 

i Ci-joint, écrit Verlaine, un sonnet façon Heredia, un de 



HEREDIA BIBLIOPHILE 99 

ces jours très bientôt y j'écrirai à Valade et lui enverrai deux 
dizains façon Coppée ». 

Le fac-similé du « sonnet façon Heredia » occupe la page 84 
de la Revue du Nord, livraison du 1er février 1896. Verlaine a 
non seulement pastiché la facture, mais même l'écriture de 
Heredia ; c'est une petite supercherie innocente, mais pour 
éviter des confusions, il était bon de la signaler. 

Dans le même ordre d'idées, je citerai un opuscule dont 
voici la description : 

Quelques souvenirs. José-Maria de Heredia. Marseille, 
imprimerie F. Quinson, 1897, petit in-12 de 1 f. et 87 pp. 

La couverture imprimée sert de titre. 

C'est un recueil de courtes poésies espagnoles. L'auteur de 
cette plaquette n'a de commun avec le poète des Trophées 
que le nom. 

Georges Vicaire. 



UN COUSIN DE BOSSUET 

PIERRE TAISAND. TRÉSORIER DE FRANCE 

fFinJ 

m 

A M. Dubois, écuger, mon beau- frère (1). 

Monsieur, 

Je suis fort aise que vous soyez content de la lettre de 
change que je vous ai envoyée. Je prendrai toujours beaucoup 
de plaisir à faire les choses où vous aurez quelque intérêt et 
qui vous concerneront de près ou de loin. 

Pour nouvelles de Dijon, je n'en ai aucune à vous mander 
à présent, sinon une qui est bien fâcheuse. Voici en quoi elle 
consiste. Mardi dernier, deuxième de ce mois, le tonnerre 
tomba à onze heures du matin sur le clocher de Féglise Saint- 
Etienne ; il passa ensuite par la porte du cloitre, qu'il rompit, 
(c'est la porte qui est près de celle par où Ton monte au clo- 
cher) et il tua le pauvre Monsieur Pérard, (2) M^ des Comptes, 
qui étoit à genoux auprès de cette porte et qui entendait la 
messe à Tautel de la Vierge. J'étais aux fenêtres de ma salle, 
quand ce malheur arriva, et je vis tomber la foudre sur le 
clocher : cela fit un feu et un bruit épouvantable. Ce fut, à 
proprement parler, le premier coup de tonnerre qui donna, 
car avant cela le tonnerre avait fort peu grondé ; ce coup fit 
tomber, depuis environ le milieu du clocher jusqu'au bas de 
la flèche, quatre ou cinq milliers d'ardoises confusément 
avec quantité de lattes, et fit de grandes ouvertures au clocher, 
ayant rompu de longues pièces de bois sur lesquelles les 
lattes étaient clouées. On croyait en être quitte pour cette 
perte, qui n'était déjà que trop grande, lorsque environ une 

(1) Dégâts causés par la foudre dans Téglise de Saint-Étienne. 

(2) Pierre Pérard était maître des Comptes depuis le 11 mai 1684; 
il avait tout (rabord été correcteur depuis 1670. Il fut inhumé à 
Saint-Michel dans la sépulture de sa famille (Cf. J. d'Arbaumont, 
Armoriai de la Chambre des comptes de Dijon, 1881, in-8, p. 251), 



UN COUSIN DB BOSSUBT 101 

émi-heare après» on vH sortir de la fumée dans le haut du 
elodiêr an-dessous de la croix. On tâcha d'y apporter du 
f g mède ; maïs H n'était plus temps, car le feu s'étant attaché 
en est endroit, la croix et le poulet (1) tombèrent dans l'espace 
d'une demi-heure, et sur les quatre heures après midi, il ne 
resta que la maçonnerie posée sur la voûte de l'église, qui 
servait de base au clocher, la flèche ayant été entièrement 
brûlée et réduite en cendres ; la grosse cloche tomba par le 
trou de la voûte (c'est l'endroit que les peintres appellent la 
gloire (2), sur le pavé de l'église devant le grand autel, et se 
cassa en tombant. Les autres furent fondues au-dessus de 
la voûte, n'ayant point trouvé d'issue, parce que la voûte ne 
creva pas ; on voyait partout couler le métal de ces cloches 
éfBL iwnt de la voûte, sur le pavé de l'église par un trou qui 
aervoit à passer la corde de la cloche dont on sonnait les 
messes. Je vous raconte ce détail, en ayant été le triste 
afKCtateur. M. l'abbé de Saint-Étienne, M. Fyot(3), faillit être 

(1) C'est-à-dire le eoq du clocher. 

(2) Gloire^ ciel ouvert et lumineux avec des anges, dans une voûte 
ou an tableau. Molière a célébré en beaux vers la Gloire du dôme 
du Val-ée-Gràeê (166S) peint par Mignard. 

(S) Dom Beaugendre, historien de Bénigne Joly, raconte de son 
héros le trait suivant : « Ce fut le second Jour de Juillet de Tannée 
N8S, qae, ooaune II célébrait la sainte messe avec sa dévotion ordi- 
flaire éans l'église Saint-Étienne, il s'éleva un orage si furieux que le 
tonnerre tombant sur le clocher et du clocher dans Téglise, tua 
pumqut i ses côtés an maître des comptes qui y assistait. L'église 
Csote en feu retentissait du bruit effroyable des coups de tonnerre 
redovblés qat ébranlèrent les murailles Jusqu'aux fondements ; et 
toas les assistants épouvantés au point qu'on peut s'imaginer, se 
virent en danger d'être sous les ruines de rette église, que M. Fyot 
et MM. les fkbriciens de la paroisse de Saint-Médard, qui y est trans- 
IMe, venaient de rebâtir Jusqu'à neuf. Cliacun dans cette confusion 
ne pensait qu'à s'enfuir, pour éviter le péril imminent où l'on se 
troovait. M. Joly seul n'en parut aucunement troublé. Il se contenta 
de se BMttre tranquillement à genoux pour implorer le secours du 
CM, en prononçant plusieurs fois, comme faisait autrefois saint 
d'Aquin en pareille occasion, le verset de saint Jean Et Ver- 
ean factum et/, etc., et après avoir rassuré les assistants par 
paroles et par son exemple, il acheva paisiblement le saint sacri- 
sans avoir rien perdu de sa tranquillité ni de son application à 
Dieu ». (Fie de MeiMre Bénigne Joly, Paris, 1700, in-8, p. 283). 

8 



102 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

étouffé dans la foule, en portant le Saint-Sacrement qu'il ôtà 

de l'église pour ne pas le laisser dans le péril; ses habits 

furent en partie déchirés en se démêlant comme il put de 

la multitude qui l'accablait pendant qu'il sauvait le sacré 

ciboire. Le feu a duré plus de quarante heures, et on n'est 

pas même encore bien assuré s'il n'y en a pas dans- la 

charpente des ailes de-l'église, qui sont fort endommagées, 

aussi bien que trois ou quatre maisons voisines qu'on a 

découvertes et presque ruinées, pour en garantir d'autres plus 

éloignées, de crainte que le vent y ayant porté le feu, il ne se, 

communiquât ailleurs et ne fît un plus grand ravage. La 

maison de M. le Conseiller Espiard de Saulx, père de votre 

ami, en a souffert, et on m'a dit qu'il avait perdu quelques 

meubles en les voulant mettre en sûreté. Pour abréger :ce 

récit, qui n'est déjà que trop long, c'est une si grande déso* 

lation de voir cette église dans l'état où elle est à présent, 

qu'on n'en a guère vu de pareille. Joignez à cela, outre la mort 

cruelle de M. Pérard, qui était un honnête homme, plusieurs 

personnes blessées, et le tumulte général de toute la ville 

troublée d'un si funeste accident (1). 

Je suis, Monsieur, etc. 

A Dljou, le 4' juillet 1686. 

A ma belle-sœur, la Carmélite. 

« .... Ma sœur mit ces jours passés ma fille (2) en pension 
au Refuge en cette ville, sans nous le dire, ni à ma femme ni 

(1) Signalons aux érudits bourguignons quelques autres lettres dans 
lesquelles Taisand relate des particularités concernant sa ville 
natale : à M"^' Gauti [ ]> sa cousine, ursuline à Clialon, descrip- 
tion des ccrcmonies à l'occasion de la mort du grand Condé (lettre 
du 27 février 1687) ; à la supérieure des Carmélites de Beaune, rela- 
tion de l'assemblée des États de Bourgogne (lettre du 10 juin 1688); 
sur une accusation de sorcellerie portée contre des personnalités 
notables de Dijon (lettre du 14 juin 1688). 

(2) Taisand ne désigne pas cette enfant autrement que par le sur- 
nom de Binbin. Elle avait alors douze ans. La supérieure des 
(Carmélites de Beaune aurait voulu l'avoir auprès d'elle. Lorsque 
Tenfant fut dans sa quatorzième année, sa tante la demanda, à 
condition qu'elle voulût dans la suite prendre le voile. Taisand revient 
à plusieurs reprises dans ses lettres sur ce sujet et insiste pour que 
ses enfants aient le temps de réfléchir avant d'entrer en religion. 
iVoir» par exemple, ses lettres du 7 juin et du 7 juillet 1688). . 



UN COUSIN DE BOSSUET 103 

à moi. Il est vrai qu*elle nous y avait disposés quelque 
temps auparavant, sur ce que le Supérieur de cette maison, 
qui est un grand homme de bien, est directeur de ma fille, et 
qu'ainsi elle ne perdra pas le fruit de ses instructions. Nous 
avons pris cette raison pour bonne, et de plus, nous avons 
cru, votre sœur (1) et moi, que ma sœur en voulant faire la 
dépense, il était assez juste de lui laisser le choix de la 
Maison. D'ailleurs, nous avons au Refuge trois ou quatre 
parentes (parmi lesquelles est la Supérieure), qui toutes ont 
promis d'en avoir un soin particulier. Si elle avait eu l'âge 
prescrit par votre régie (2), nous vous aurions priée de 
vouloir bien vous en charger ; mais sa jeunesse, si avanta- 
geuse en mille autres rencontres, lui a porté ce préjudice... 

A Mlle Du BoiSy ma belle-sœur (3), 

Je comptais, M^e ma Sœur, que la Saint-Martin vous 
ramènerait comme beaucoup d'autres ; mais j'entends dire 
que vous ne reviendrez pas encore si tôt. Néanmoins il y a 
ici des choses admirables, et qui doivent, ce semble, vous 
engager à un prompt retour. On y voit des beautés, des 
merveilles, et c'est tout vous dire, ma petite Sœur, que nous 
avons à Dijon la foire de Saint-Martin. Tout ce que vous 
pouvez vous imaginer de rare et de curieux s'y rencontre. 
Hier on en fit l'ouverture au Jeu de paume de la Poissonnerie, 
en présence de M. le Maire ; toutes nos plus belles dames s'y 
trouvèrent en même temps, si pourtant on en excepte une 
qui vous ressemble fort, mon aimable petite Sœur, et qui 

(1) M»* Taisand allait être mère pour la onzième fols. Quelques 
jours après cet événement, son mari écrivait : « Je ne vous demandais 
pas des compliments, ma belle demoiselle, sur l'accouchement de 
votre sœur. Il y a si longtemps que j'en reçois sur ces sortes 
d'affaires, que je puis désormais m'en passer aisément, et j'en 
tiens quitte volontiers tous ceux et celles qui croient m'en devoir faire 
par honnêteté.,, » 

(2) Quatorze ans pour être mise à Tépreuve, car on ne peut faire 
profession chez les Carmélites avant dix-sept ans. {Noie de 
Taisand ). 

(3) Les lettres adressées par Taisand â sa belle-sœur sont assez 
nombreuses et intéressantes par les faits divers qu'elles relatent. Mais 
devant me borner, je donne seulement celle-ci. 

8. 



104 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

aurait effacé toutes les autres si elle y avait été. Ces beftOtés 
vivantes et animées, à qui l'on s'attacha prhicipaleilietit, 
firent un peu de tort à l'éclat des tableaux, des miroirs, d'une 
infinité de dorures, des porcelaines, des tables et' gnéHdoas; 
des bureaux, des girandoles, des lustres et autres Beautés 
inanimées, dont je ne vous ferai pas un plus long détail, afin 
que vous veniez, ma petite Sœur, prendre part à ce briRanf 
spectacle. Outre ce bel étalage, la foire ordinaire de la Sâiiit* 
Martin est plus belle (aussi bien que vous ) qii*eHen*a jamais 
été, et la Lyonnaise a apporté toutes sortes de lieFfeset rtcties 
étoffes, de manière qu'elle a tout ce qu'il faut pour contenter 
les curieux et les belles dames comme vous. Je vous mets, 
ma chère, au rang des dames, car si vous ne Tèfes pas 
encore, j'ai un secret pressentiment que vous ne tarderez 
guère à l'être (1), et vous êtes du tmis dont on les fait ; cela 
soit dit eu passant, reprenons le fil de notre récit II y a ici 
de petits comédiens qui représentent en figures les comédies 
de Molière et autres; les acteurs sont des pygmées. C'est bien 
la plus jolie chose du monde à voir que ces petites figures. 
Mais je n'ai garde, ma belle petite Sœur, de vous en décrire 
l'agrément, car si je l'avais fait, peut-être les tiendriez-vous 
pour rêves ; et je prétends, à vous dire le vrai, piquer votre 
curiosité, et vous attirer ici par quelque endroit. Nous avons 
outre tout cela cent petits bijoux à vous faire voir, encore 
plus jolis que tout ce que je vous ai dit. Mais vous ne les 
verrez qu'à votre arrivée. Venez donc vite, ma chère petite 
Sœur, nous régaler de votre aimable présence, qui nous 
vaudra mieux et qui nous donnera mille fois plus de plaisir 
que toutes ces choses, et croyez bien que personne, sans 
exception, n*est plus véritablement que je suis, etc. (2). 

P. S. Votre sœur vous embrasse de tout son cœur ; elle a 
beaucoup d'impatience de vous revoir. Ramenez, s'il vous 
plaît, Miu«i Du Bois, votre helle-sœnr, quand vous viendvee, 
ou qti>'elle vous ramène, car il n'imii^rte pas qui raièna 
l'autre, pourvu que vous reveniez toutes deexi et tm atlMi^ 

(1) Nous savons par une autre lettre que RI*** Du Bois épousa 
Tur [ ], trésorier de France comme Taisand. 

(2) Une lettre du 24 octobre 1086 nous apprend que M"* Du Bois 
avait couru de grands dangers en descendant en bateau jmqn'l 
Lyon. 



UN COUSIN DE BOSSUET 105 

dant qu'elle retourne, embrassez-la pour ma femme et pour 
moi. 

A Dijon, ce 12* novembrs 1688. 

A M, VÉvéque de Meaux (1). 

Monseigneur, 

J'ai la avec admiration la belle et savante censure que vous 
avez faite d'un livre nouveau dont le venin est d'autant plus 
dangereux qu'il est plus subtil que celui qui s'est glissé dans 
la plupart des livres qu'on avait vus jusqu'à présent sur des 
matières de religion. Cet emploi est digne d'un prélat qui est 
l'une des plus grandes lumières de l'Église, et Ton ne peut 
assez applaudir à vos saints et doctes écrits. J'apprends même 
avec joie. Monseigneur, qu'on doit bientôt examiner de près 
à Rome ce livre que vous combattez par tant de raisons 
solides, et je ne doute pas que sa juste condamnation ne soit 
le triomphe du vôtre. Je prends tout l'intérêt que je dois à la 
bonne cause que vous soutenez avec un zèle vraiment chré- 
tien et sans aucun ménagement politique pour le caraclère 
épiscopal. Par là, Monseigneur, vous renouvelez l'ancienne 
vigueur des Apôtres et des saints Pères, sur les traces des- 
quels vous marchez si noblement, et vous défendez généreu- 
sement la majesté et la pureté de l'Église romaine contre ceux 
qui ont la témérité de l'attaquer. Ce sont les sentiments sin- 
cères que j'ai de l'excellent livre dont vous m'avez honoré 
et dont je vous fais mes très humbles remerciements. 

Je suis avec un profond respect, Monseigneur, votre etc.. 



(1) A la différence des lettres qui précédent, celle-ci est tirée du 
Ms. 538, f* 1, de la Bibliothèque de Dijon. Elle doit se rapporter à 
rannée 1697, où parut VInstruction sur États d'oraison, dirigée 
contre VExpUcation des maximes des saints^ de Fénelon. 

Ch. Urbain. 



CHRONIQUE 



Légion d'honneur. — Nous relevons dans la liste des décorations 
décernées par le Ministre de Tlnstruction publique, à Toccasion du 
l" janvier, les noms de MM. Emile Picot, membre de Tlnstitut, 
professeur à TÉcole des langues orientales vivantes, Frantz Funck- 
Brentano, sous-bibliothécaire à la Bibliothèque de TArsenal, nommés 
chevaliers de la Légion d'honneur. 

Palmesacadémiquea.— Ontétc nommés: Officiers de V instruction 
publique : MM. Eugène Capet, bibliothécaire à Sainte-Geneviève, 
Henri Clouzot, publiciste; Eugène Godin, Emile Laloy, bibliothé- 
caires à la Bibliothèque nationale. Officiers d'académie : MM. Chevreux» 
administrateur de la bibliothèque populaire de Saint-Omer ; Dela- 
mare, conservateur de la bibliothèque et des collections de l'École 
régionale d'architecture à Rouen ; Romain Giacobbi, bibliothécaire, 
archiviste-adjoint au Ministère de la marine, MaximilienLefeuvre, chef 
de Tatelier de reliure des Archives nationales ; Lenoir, chef de l'ate- 
lier de reliure à la Bibliothèque nationale, etc, etc. 

Bibliothèque de la ville de Paris.— M. Marcel Poète, conser- 
vateur-adjoint de la Bibliothèque de la ville de Paris, vient d'être 
nommé inspecteur des travaux historiques et conservateur de cette 
bibliothèque, en remplacement de M. P. Le Vayer; qui a demandé sa 
retraite à laquelle il sera admis le l*** octobre prochain. 

Puisque nous parlons de notre excellent confrère M. Marcel Poète, 
signalons quMl a repris son très intéressant cours d'Introduction à 
l'histoire de Paris et que sa leçon de réouverture, publiée d'abord 
dans la « Revue politique et littéraire », vient d'être tirée à part sous 
le titre de Les Sources de l'histoire de Paris et les Historiens de Paris. 

Imprimerie nationale. — Par décret en date du 20 février, 
M. Victor Dupré, directeur du personnel au Ministère de la Justice, 
est nommé directeur de l'Imprimerie nationale, en remplacement de 
M. A. Christian, admis à faire valoir ses droits à la retraite, 

Bibliothèque nationale. — Au cours de la séance de TAcadémie 
des inscriptions et belles-lettres du 23 février, M. Léopold Delisle a 
annoncé que la Bibliothèque nationale allait, grâce à la munificence 
du roi d'Angleterre, être enrichie du second volume de la traduction 
française de I' « Histoire des antiquités juives », de Flavius Josèphe, 
dont cet établissement possède déjà le premier volume. 

La Chronique des arts complète ainsi cette nouvelle : « M. Yates 



CHRONIQUE 107 

Thompson, membre de la Société des Arts, avait découvert, il y a 
trois ans, chez un bouquiniste de Londres, le second volume de cette 
traduction, ayant appartenu au duc de Berry, frère de Charles V, 
puis à Jacques d'Armagnac, qui fut décapité sous Louis XI. Le volume 
était orné d'une belle enluminure ; mais il lui manquait une douzaine 
de pages. Après plusieurs années de recherches, M. Thompson 
apprit que dix de ces pages se trouvaient dans la bibliothèque du roi 
9 Windsor, et il demanda à Edouard VII de les rendre. Le roi y 
consentit de grand cœur et le volume ainsi restauré sera offert à la 
Bibliothèque nationale de Paris ». 

— La Bibliothèque nationale vient de prendre possession des ma- 
nuscrits de Victor Hugo restés jusqu'à présent entre les mains de 
M. Paul Meurice, récemment décédé, héritier et exécuteur testamen- 
taire de rillustre poète. 

Bibliothèque Mazarine. — Le 24 janvier dernier, les bibliothé- 
caires de la Bibliothèque Mazarine auxquels s'étaient joints les 
gardiens, se sont réunis, après la séance, pour donner à leur 
collègue, M. Jean Mehl, admis à faire valoir ses droits à la retraite, 
un témoignage de leur sympathie et lui remettre un souvenir. Cette 
réunion, toute intime, a eu un caractère vraiment touchant. 
M. Armand d'Artois, conservateur de la Mazarine, avait prié M. Paul 
Marais, conservateur-adjoint et trésorier, de lire la petite allocution 
suivante qu'il aurait prononcée lui-même si une indisposition ne 
Ten avait empêché. 

« Mon cher Mehl, 

t Obligé de garder la chambre, je ne puis, à mon grand regret, 
assister à la petite cérémonie familiale dont vous êtes aujourd'hui 
le héros. Je prie mon collègue et ami Paul Marais de vouloir bien me 
suppléer. 

« Au moment où l'inflexible loi de la retraite vous enlève à cette chère 
Bibliothèque Mazarine que vous avez servie, pendant près de 
quarante années, avec tant de zèle, de fidélité et de dévouement, 
et que vous avez, en des heures tragiques, contribué à préserver d'une 
destruction imminente, tous vos collègues tiennent à vous apporter, 
par la voix de leur doyen, le très sincère témoignage de leur estime 
et de leur sympathie, en même temps qu'à vous exprimer tous leurs 
regrets de cette séparation. 

« Ils vous prient de vouloir bien accepter ce souvenir amical 
dont 1 intention surtout fait la plus grande valeur. Puissiez- 
vous éprouver en le recevant le même plaisir que nous avons à 
vous l'ofiFrir î... 

« Nous ne vous disons pas : adieu ! mon cher Mehl, puisque vous 
continuerez d'habiter parmi nous, nous vous disons simplement 
ce que nous espérons bien vous dire encore longtemps : Au revoir ! » 

11 est bon de rappeler ici que c'est à M. Jean Mehl, aidé de deux 



108 BULLETIN DU «VLIOPHILE 

de ses oamaradep, que le Palais de rinstitut doit d'avoir, à deux 
reprises, é^é sauvé de Tincendie pendant la Commune. Une première 
fpis, ces trois courageux citoyens tinrent éner^iquement tête aux 
fédérés qui voulaient mettre le feu au palais et s'opposèrent par la 
force à la réalisation de leur projet incendiaire. Une autre foii|« 
pendant les dernières convulsions de la Commune* un obus, lancé la 
nuit par ies batteries du Père-Lachaise, pénétra dans les combles 
de la Bibliothèque Mazarine, endommageant un certain nombre de 
volumes et déterminant un commencement d'incendie qui put être 
éteint grâce à la vigilance et aux efforts de M. Mehl et de ses oojopipa^ 
gnons. 

M. Jean Mehl prend aujourd'hui le légitime repos auquel lui 
donnent droit quarante années de bons et loyaux services ; sea 
collègues n'ont pas voulu le laisser quitter la Bibliothèque sans Jni 
exprimer leur amicale sympathie. 

Une ABsociation de bibliothécaires. — A l'exemple de leurs 
confrères étrangers, notamment des Américains, nos bibliothécaipes 
veulent se grouper. On nous annonce qu'une Association des bibUo- 
thécaires français est en voie de formation. Cette association aura 
pour but de donner plus d'efficacité aux efforts des bibliot^écairea 
pour rendre leur travail professionnel plus aisé et plus £écond en 
résultats utiles, ponr faire de plus en plus de nos bibliothèques de 
véritables rouages de la vie moderne. La constitution définitive de 
cette association, dont le comité provisoire a son siège 6, place du 
Panthéon, aura lieu vers Pâques, dans une assemblée générale à 
laquelle seront convoqués les bibliothécaires. Nous ne pouvons que 
lui souhaiter bon succès. 

Bibliothèque de Carpentrcus. — M. l'abbé Requin, correspon- 
dant du ministère de l'Instruction publique, a récemment introduit 
au Conseil d'État un pourvoi tendant à l'annulation, pour excès de 
pouvoir, de l'arrêté par lequel le maire de Carpentras a appelé aux 
fonctions de conservateur de la bibliothèque de cette ville, biblio- 
thèque classée, un titulaire ne justifiant pas des titres exigés par le 
décret du 1*^ Juillet 1897. On constate avec plaisir que les « ouvriers » 
d'archives et de bibliothèques sont de plus en plus résolus à défen- 
dre les droits qulls tiennent de leur travail et que la loi leurgarantit. 

Société des Bibliophiles françois. — La Société des Biblio- 
philes françois vient de faire imprimer, pour ses membres, un nouvel 
annuaire; il n'en avait pas été publié depuis 1898. Ce volume 
contient : l» une notice nécrologique sur M. le vicomte Frédéric de 
Janzé, ornée de son portrait, et sur M. le baron de Claye ; 2* des 
notés sur la Société, extraites d'un manuscrit de M. le marquis de 
Fortia d'Urban ; 3° les statuts de fondation de la Société ; i^ la 
liste par ordre d'ancienneté des membres actuels de la Société et la 
composition du bureau ; 5" la liste, par ordre successif, de9 membres 



CHRONIQUE 109 

anciens et actuels de la Société ; G'* ses statuts actuels, et 7» la liste 
par ordre chronologique de ses publications et des ouvrages en 
préparation. 

Lies notes de M. de Foftia d*Urban, prises au jour le jour, renfer- 
ment d'intéressants renseignements sur les travaux de la Compagnie 
de 1821 à 1837. 

Cet annuaire, non mis dans le commerce, a été rédigé et mis à 
Jour par les soins de M. le comte de Laborde» laimable et dévoué 
secrétaire de la Société des Bibliophiles françois. 

En librairie. — Nous avons enregistré, dans notre dernière 
livraison, la mort de M. E. Jean-Fontaine, libraire ; nous sommes 
heureux d*annoncer que le regretté défunt a désigné pour lui succéder, 
M. J. Meynial, qui fut son digne élève et son fidèle collaborateur 
p eiMfa Mrt vingt chiq ans. Dorénavant, la maison portera le nom de son 
fondateor : Librairie Jean^^Fontaine» J. Meynial, successeur. 

▼«nies de lirrtts. - Les 26, 27, 28, 29 et 30 mars à TH^el 
Drouot, salle n<> 10, à 2 heures, vente de livres modernes et livres 
anciens provenant de la bibliothèque de feu M. José-Maria de 
Heredia, de TAcadémie française, administrateur de la Bibliothèque 
de TArsenaL Première partie (M. Henri Leclerc, expert). 

Venta d'estampes. — Les 19, 20 et 21 mars, à l'Hôtel Drouof, 
salle n« 10, à 2 heures, vente d'estampes anciennes et modernes, 
dessins et livres sur les beaux-arts, composant la collection de 
MVt. H. de R. et V^ de K. (M. Loys DelteiU expert). 

Nécrologie. — Au moment de mettre sous presse, une doulou- 
reuse nouvelle nous parvient. Notre collaborateur, M. Anatole Claudln, 
libraire-expert, lauréat de l'Institut, chevalier de la Légion d^honneur, 
est décédé le 25 février, à Tâge de 72 ans. 

Nous ne pouvons aujouid'hui qu'enregistrer la mort du savant 
historien des origines de l'imprimerie en France et adresser à sa 
famille Texpression de nos profonds ei sincères regrets; mais dans 
nne de ces prochaines livraisons, le Bulletin du Bibliophile se fera un 
pieux devoir d'honorer la mémoire d'Anatole Qaudin, qui fut Tun 
de ses plus assidus et plus dévoués collaborateurs. 



LIVRES NOUVEAUX 



Réimpressions de livres anciens, 
Bibliographie, Autographes, Manuscrits, Imprimerie, 
Reliure, Blason, Généalogie, Chroniques, Ex-libris, etc. 



— Manuel de bibliographie biographique et d'iconographie des 
femmes célèbres contenant : Un dictionnaire des femmes qui se 
sont fait remarquer à un titre quelconque dans tous les siècles et 
dans tous les pays ; les dates de leur naissance et de leur 
mort... par un vieux bibliophile. Second et dernier supplément. 
— Paris^ Honoré Champion, gr. in-8. 

Tiré à 500 ex. numérotés, savoir : N** 1 à 20. sur papier de cuve, titre 
rouge et noir, à 35 fr. et n** 2t à 500, sur papier fort, à 25 fr. 

— A. Delpy. — Essai d'une bibliographie spéciale des livres perdus, 
ignorés ou connus à Tétat d'exemplaire unique. Premier volume. 
Lettre A â lettre G. Tirage à cent exemplaires, tous numérotés. 
Paris, A Durel, gr. in-8. 

50 ex. seulement sont mis en vente (5 fr.)- 

— Library of Congress. — List of the Benjamin Franklin papers in the 
library of Congress. Compiled under the direction of Worthington 
Chauncey Ford, chief division of manuscripts. Washington, 
Government printing office y gr. in-8. 

— Library of Congress. — Report of the librarian of Congress and 
report of the superintendant of the library building and grounds 
for the fiscal year ending june 30, 1905, Ibid., id„ in-8. 

— Rcvista de bibliografia catalana. Catalunya-Balears-Rossellô- 
Valencia. Any tercer. 1903. Barcelona, impremta i llibreria 
« UAvenc », pet. in-8 (10 fr.). 

Publications de luxe 
Chez Henri Leclerc, 
J-F. Bastide. — La Petite Maison. —Préface (i*Abel Patoux. Seize 
aquarelles dessinées et gravées en couleurspar Ad. Lalauze, 
Pet. in-4. 

Tiré à 150 ex. numérotés, savoir : N« 1, ex. contenant les seize 
aquarelles du livre, un premier état des planches et un tirage 



LIVRES NOUVEAUX 111 

hors texte des planches terminées {oendu) ; n*'» 2 à 15, ex. ornés 
d'une aquarelle de Ad. Lalauze, contenant un premier état des 
planches et un tirage hors texte des planches terminées (500 fr.)» et 
n^ 16 à 150, ex. contenant les planches dans le texte seulement 
(250 fr.) 

Publications diverses 

— Pierre LouYS. — Archipel. Paris, Eugène Fasquelle^ in-18 (3 fr. 50), 

Il a été tiré, en outre, 50 ex. numérotés sur papier de Hollande (10 fr.)) 
15 ex sur papier du Japon (15 fr.) et 10 ex. sur papier Watman (15 fr. 
tous souscrits. 

— Louis MoRiN, typographe, correspondant du Ministère de Tins- 
truction publique. — Groupe d'excursions troyennes. — La Forte- 
resse de Montaigu-en-Othe. Documents et fouilles. [4 planches 
hors texte]. Grande imprimerie de Troges, gr. in-8. 

— Vicomte de Grouchy et Paul Cottin. — Journal inédit du duc de 

Croy 1718-1784. Ouvrage orné des portraits de l'auteur et de sa 

femme, née Harcourt, d'un fac-similé du manuscrit, d'une vue de 

l'hôtel de Croy à Paris. Paris, Ernest Flammarion, 2 vol, in-8 
(15 fr.) 

— Henri Clouzot. — Le Véritahle nom du seigneur de Saint- Ayl. 

— Extrait de la *' Revue des études rabelaisiennes ", 3' année, 
4* fascicule. Paris, Honoré Champion, in-8 (5 fr.) 

Non mis dans le commerce. 

— Léon Bloy. — Le Salut par les Juifs. — Édition nouvelle, revue 
et modifiée par lauteur. Paris, Joseph Victorion et C'«, in-8 (5 fr,). 

Il a été tiré, en outre, 20 ex. sur papier de Hollande et 4 ex. sur papier 
du Japon. 

— RiVAROL. — Littérature : Universalité de la langue française ; 
Voltaire et Fontenelle ; Petit almanach de nos grands hommes ; 
M»« de Staël ; Le Génie et le talent. Politique : Journal 
politique national ; Actes des apôtres ; Petit dictionnaire de la 
Révolution. Philosophie : Lettres à M. Necker ; Discours prélimi- 
naire à un Dictionnaire de la langue française. Fragments et 
pensées littéraires, politiques et philosophiques. Lettres. Riva- 
roliana. Appendice : Documents ; bibliographie. Avec une notice et 
un portrait. Paris, Société du Mercure de France, in-18 (3 fr.50). 

De la « Collection des plus belles pages ». Il a été tiré, en outre, 7 ex. 
numérotés à la presse sur pap. de Hollande. 

— Léon SÉCHÉ. — Études d'histoire romantique. — Lamartine 
de 1816 à 1830. Elvire et les '* Méditations ' (Documents inédits). 
Avec un portrait d'Elvire en héliogravure. Paris, Société du Mercure 
de France, in-18 (3 fr. 50). 



112 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

— Thomas CaUlylb. — Pamphlets do dernier |o«r. -^ Le temps pré- 
sent. — Piisoos-modéles. — Le Gouvemement moderne. -* D'an 
gouvernement nonveau. — Eloquence politieienne.— Parlements.— 
Statuomanie. — Jésuitisme. — Traduit de Tanglals avec une intro- 
duction et des notes par Edouard Barthélémy. — ParUy SoeiHé 
dv Mercure de France, in-lK (3 fr.50). 

— Alfred de Vigny. — Correspondance. 1816-1836, recueillie et 
publiée par Emma Sakellaridbs. Paris, Calmann-Léug, in-l^, 
(3 fr. 50). 

— Les Étapes de Georges Bangofsky, officier lorrain. Pmffmeirts 
de son journal de campagnes (1797-181^), recueillis par son petit- 
neveu Alexandre de Roche du Teilloy. Avec son portrait. Paréf et 
Nancy, Berger-Leorault et C'% in-8. 

Tiré à 300 ex. sur papier de Hollande. 

— Pierre Bliaad.-- Le Ck)nventionnel Prieur de la Marne en raisaion 
dans l'Ouest (1793-1794), d'après des documents inédits. Paris, 
Émile-Paul, in-8 (5 fr.). 

— Comte Flburt. — Les Dernières années du marquis et de la 
marquise de Bombelles d'après des documents inédits. OàTrage 
orné d'un portrait en héliogravure, Paris, ÉmilC'PauU in-8 (& fr.). 

— Hugues Vaoanav. — Vocabnlaire français du XVI* siècle. Deux 
mille adverbes en-ment de Rabelais k Montaigne. Bxtrttit de la 
Revue des études rabelaisiennes. Paris, gr. in-8. 

— Vocabulaire français du XVI» siècle, — Deux mille mots peu 
connus. Extrait de la Zeitschrift fur Romanische philologie, tomes 
XXVIII et XXIX. Halle à S,, gr. in-8. 

— Marins- Ary Leblond. — Leçon te de Lisle d'après des doeuHRots 
nouveaux. La Vie. — La Jeunesse républicaine et sentimentale. — 
L'Art et l'action. — L'Action publique. — L'Art, forme imperson- 
nelle de l'action. — L'Antichristianisme. — Le Pessimiste socia- 
liste. — L'Hellénisme républicain. — L'Idéal primifiviste. — 
Le Patriotisme colonial. — L'Ile natale et le génie aryen. Paris t 
Société do Mercure de France, in-18 (3 ft-. 50). 

— Renée Vivien. — Une femme m'apparut... Nouvelle édition. Par/i, 
Alptionse Lemerre, in-18 (3 fr. 50), 

— C.-A. Saintb-Bbuvb, de l'Académie française. — Livre d'amour. 
Préface par Jules Troubat. Paris, Société du Mercure de France, 
in-18 (3 fr. 50). 



LETTRES 



DE 



DIVERS ÉCRIVAINS FRANÇAIS 



On trouvera ci-après, groupées dans le simple ordre 
chronologique, des lettres de savants et d'écrivains fran- 
çais. Elles ont toutes, à divers degrés, de l'intérêt pour 
l'histoire littéraire. Elles ont été copiées presque toutes 
en Italie, et, pour la majeure partie, proviennent de 
la collection Cossilla, de Turin, dont j'ai déjà signalé 
l'importance dans une note du Bibliographe moderne^ 
t. II, p. 42. Il est fâcheux sans doute de ne publier que 
quelques pièces de cette belle collection, de la déflo- 
rer par ce prélèvement arbitraire, et je ne le fais qu'à 
regret. La raison en est que l'étude de ces autographes, 
autrefois si incommode et presque impossible au Museo 
Civico de Turin, n'est pas devenue plus facile, contrai- 
rement à l'espoir qu'avait inspiré leur transfert, à la 
Biblioteca Civica. Je me suis heurté, quand j'ai copié 
ceux que je donne ici, à une réglementation, légitimée 
par des abus regrettables (1), mais très sévère et très com- 

(1) Certaines publications de documents italiens, d'ordre privé et 
de date trop récente, avaient donné lieu, parait-il, à des plaintes des 
Ciiinilles intéressées. — Faisons observer que pareil inconvénient ne 
pourrait guère se produire au sujet des pièces françaises antérieures 
à 1850. 

9 



114 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

pliquée : il a même fallu toute Textrême courtoisie de 
M. l'adjoint Usseglio et la confraternelle obligeance de 
M. le prof. Renier pour me permettre de faire ces quelques 
copies dans le peu de temps dont je disposais alors. 
L'on m'assure que la sévérité de ces règlements s*est 
encore accrue depuis 1902 : peut-être deviendra-t-il (Di 
omen avertant !) de moins en moins facile de continuer 
l'exhumation de ces documents français, et faudra-t'il 
attendre longtemps pour que les autographes de Montes- 
quieu, de Condorcet, de M™« de Staël, de Lamartine, de 
Mérimée, de Sainte-Beuve et autres, puissent être joints 
à ceux qu'on lira ci-dessous de Voltaire, de Bayle, de 
Beaumarchais. L'intérêt de ceux-ci ne diminuera pas à 
être présentés isolément, et mieux vaut une publication 
partielle, faite, qu'une publication plus complète qui ne 
sera peut être jamais faisable. 

L. G. Pélissier. 



LETTRES DE BALUZE (1) 



I 

A Vérndii anglais Thomas Gale (2) 
(Paris, 21 février 1687) 

SuscRiPTiON : Clarissimo viro Thomae Galeo Stephanus BalaziuB 

Tutelensis S, P. D. 

Intérim dum expecto occasiones ad te scribendi, vir 
clarissime, dies mensesque effluunt. Nunc tandem ofHcio 
meo satisfacio, gratiasque ago pro fragmento epistolse 
Joannis Sarisberiensis (3) ad me misso. Corpus epistolarum 

(1) Turin, Biblioteca CAvica, Raccolta Cossilla. 

(2) Philologue et historica anglais, éditeur des Histotim Britcmnicm 
Scriptores, collecti a Th. G. (Londres, 2 vol. in-fol.. 1687-1691). 

(3) Jaen de Salisbury, dont Baluze préparait alors le Carteggio» 



LETTRES DE DIVERS ÉCRIVAINS FRANÇAIS 115 

ejus praelo paravi ; annotationes in eas sane laboriosissimas, 
sed, ut puto, utilissimas coraposui. Cum primura typographe 
meo licebit per alias occupationes quibus nunc detinetur, 
huic edilioni insudabitur ; quam spero vobis Ânglis non 
displicituram. Explicavi cnim admodum multa quœ antea 
obscura erant. De Arriani Naamachicis quod scribis, erudi- 
tissime vir, falso rumore deceptus es: non habentur enira in 
Bibliotheca Regia. Vale, vir clarissime, et me semper ama, 
Lutetiae Parisiorum. IX a. Kal. Martias MDCGXXXVII. 



II 
Au Cardinal de Bouillon 

(Paris, 10 novembre 1705) 
{Sans suscription) 

A Paris, 10 novembre 1705 

Pour respondre nettement et avec quelqu'ordre aux letres 
et aux mémoires que M. de Seste (1) m'a porté de votre part, 
Monseigneur, j'auray premièrement l'honeur de vous dire 
que, vous ayant rendu compte par ma letre du vendredy 
30 octobre de l'acte de 1149, qui contient, à ce qu'on prétend, 
la fondation de l'abbaye Saint-André-lez-Clairmont, il ne me 
reste plus rien à dire à V. A. sur ce sujet. Je vous envoyé 
néanmoins. Monseigneur, ce que j'ay projette là dessus. 

A l'esgard de l'addition queV.A. me propose. Monseigneur, 
de faire au project que je luy avois envoyé (2) pour servir 
par abondant de response aux objections qu'on a faites 
contre les lettres de Saint Louis, données pour confirmer 



(1) Un des plus intimes familiers d'Emmanuel de Bouillon. 11 fut 
l'un de ses conclavistes, en 1689 (pour régler la succession d'Inno- 
cent XI, mort le 12 août). 

(2) Il est inutile de commenter ici cette lettre, véritable disserta- 
tion de diplomatique et d'histoire médiévale qu'il faudrait replacer 
dans la série dont elle a été détachée. Elle a surtout l'intérêt de 
montrer par quelques détails précis comment Baluze préparait 
son Histoire de la maison d'Auvergne. Il faut attendre pour porter 
désormais un jugement définitif au sujet de Baluze Touvrage que lui 
consacre M. de Boislisle. La bonne renommée de Térudit Tullois en 
sortira, assure-t-on, fort amoindrie. 



116 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

l'élection du prévost de Brioude, j'auray l'honeur de vous 
dire que les raisons alléguées dans ce project sont bonnes 
et hors de réplique, et que par conséquent, il n'y a pas de 
nécessité de recourir à l'expédient de dire qu'elles sont de 
Louis VIII, père de Saint Louis : ce que d'ailleurs je ne 
pourrais pas dire, n'en ayant d'autre preuve que la conjec- 
ture bien foible que, par une erreur bien aysée à commettre, 
celuy qui a copié ces lettres dans le petit cartulaire de 
Brioude a fait une transposition dans le chififre, — laquelle 
a donné lieu de penser qu'elles estoient de Saint Louis, au 
lieu qu'elles sont de Louis VIII son père, — ayant mal à pro- 
pos, par une légère transposition de chififre, mis dans la date 
MCCXXVI au lieu de MCCXXIV, ainsy que V. A. estime qu'U 
y avoit dans l'original. Il faudroit que j'eusse veucet original 
ou quelqu'autre chose extrêmement semblable, pour avancer 
un fait de cette nature; et si je le faisois sans autre preuve, 
on ne manqueroit pas de me bien relever; d'autant plus qu'il 
n'y a pas MCCXXVI dans ce cartulaire, mais MCCXX sexto^ 
ce qui fait un grand obstacle à la conjecture de celuy qui 
vous a fait cette ouverture. Le mesme critique, pour faire 
voir que cette transposition de chiffres est ay sée à commettre, 
vous allègue un exemple qui semble décisif, tiré des frag- 
ments imprimez des tables d'un ancien Cartulaire de Brioude, 
où il prétend que le copiste a manqué par inadvertence en 
quelques chiffres, où il a adjousté une petite barre, laquelle 
fait addition d'un numéro et par conséquent change le chififre. 
A cela on peut très pertinemment respondre qu'il est 
beaucoup plus aysé de commettre quelque erreur dans un 
grand nombre de chiffres consécutifs, que dans la copie d'une 
charte où il n'y a qu'une date à copier. Mais sans recourir 
à cette response, nous devons présumer que ces chififres 
estoient les mesmes dans le Cartulaire auquel ces tables se 
rapportoient. Cette response ne peut pas estre éludée, 
puisqu'à la page 6 de ces fragments, en l'endroit mesme que 
ce critique reprend, il est certain qu'il n'y a point de faute, 
le numéro CGCCXVIIII qui y est doublé se trouvant aussy 
doublé dans le Cartulaire qui subsiste encore ; le premier 
CCCCXVIIII contenant la donation de Clais et le second la 
donation de Casoled (?) comme dans les fragments. Ce 
critique adjousté que, dans la mesme page 6 des fragments. 



LETTRES DE DIVERS ÉCRIVAINS FRANÇAIS 117 

le copiste a mal escrit CCCCXVIll au lieu de CCCXVII, et 
cependant il y a CCCCXVIll dans le Cartulaire qui subsiste, 
en l'endroit où ce titre est copié. Ce qui nous doit convaincre 
que ce qui paroit estre des fautes ne Test pas, et que ces 
erreurs estoient dans le Cartulaire auquel ces tables se 
rapportoient. A quoy on doit d'autant plus prendre garde que, 
si on accusoit ces tables d'erreur ou de fausseté, on 
donneroit atteinte à ce que nous avons observé en 
l'année 1695 dans notre avis sur les feuillets destachés 
(page 19 et 20), dans ma lettre imprimée (page 15-16), où 
Doas avions marqué que nous estimions qu'il y avoit an- 
ciennement pour le moins deux Cartulaires à Brioude et que 
cette diversité de chiffres le monstroit. 

Le mariage de Jeanne de Bouillon avec un homme d'une 
condition beaucoup inférieure à la sienne, ne doit pas faire 
de peine (A) (1) à Votre Altesse, y ayant dans l'antiquité 
one grande quantité d'exemples semblables ; mesme dans la 
famille des Bourbons, où nous trouvons une Béatrice de 
Bourbon, petite fille du roy Saint-Louis, (laquelle fut mariée 
à Jean, roy de Bohême, fils de l'empereur Henri VII et père 
de Charles IV, aussi empereur), se marier, après la mort du 
roy son mary, au seigneur de Grancy, sans qu'il paroisse 
qu'aucun escrivain l'ait blasmée de s'estre mariée avec un 
simple gentihomme après avoir esté femme de Roy. Néant- 
moins, pour faire au suject de Jeanne quelque chose qui peut 
être agréable à Votre Altesse, je m'estois donné beaucoup de 
peine pour faire le préambule que je vous ay envoyé, lequel 
me paroissoit bien pensé, et lequel M. l'abbé de Caumartin, 
à qui je Tavois montré auparavant de vous l'envoyer, 



(1) Cette lettre a été annotée en deux endroits par le cardinal de 
Bouillon. En regard du passage marqué A, il a écrit en marge* 
c Je n'ay jamays eu aucune peine sur ce mariage, mais je croy qu'on 
ne doit donner à jeune jeune (sic) gentilhomme que les qualités que 
lui et son père prenent dans le contrat de mariage, et pour cela je 
ne prétens pas donner aucune atteinte à la réputation de M, du Tillet 
en disant que dans son contrat de (sic), ni lui ni son père ne prenent 
pas la qualité de baron que M. du TilIet lui donne ». Et en regard 
du passage marqué B, il a mis dans l'interligne : « Aussi ne le 
prétens-je pas x>. 



118 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

m'avoit paru approuver. Mais puisque Votre Altesse est 
d'un autre avis, je le supprime. 

Votre Altesse me permettra, s'il luy plaît, Monseigneur, 
de lui représenter qu'il ne m'est pas permis de donner 
atteinte à la réputation de M. Du Tillet. C'est un nom res- 
pectable dans la République des lettres. Je me fairois 
moquer de moy (B) si je disois qu'il a avancé une fausseté 
dans un titre qu'il cite où le troisième mary de Jeanne de 

Bouillon est appelle baron de (1) 

tant voir l'inégalité que ce que je dis du mariage de 
Blanche de Gimel. Ce qui s'insinuera d'autant plus facile- 
ment dans l'esprit des lecteurs que cela est rapporté sans 
art, naïfvcment et sans aucune restricion. Un plus long 
discours pourroit exciter des brouilleries et renouveller une 
querelle que V. A. ne veut pas renouveller. 

Reste à vous parler. Monseigneur, des titres qu'il faudra 
imprimer dans le volume des preuves. Sur quoy je puis 
assurer Votre Altesse que dans le choix que j'en fairay, je 
n'en obmectray aucun des nécessaires, soit pour la descente (2), 
soit pour le lustre. J'en ay tant fait imprimer dans ma 
vie, sans que personne m'ait aydé à en faire le choix, que 
j'ay lieu de présumer que Votre Altesse croira facilement que 
l'expérience m'en a assez appris pour n'avoir pas besoin de 
secours. Mais s'il y en a quelques-uns où il se rencontre 
quelque difficulté, je prendray les avis des personnes que 
Votre Altesse m'a fait l'honeur de me marquer. 

Puisque Votre Altesse le trouve bon, Monseigneur, je ne 
manquerai pas d'adjoustcr l'article des grandes sommes de 
deniers preslées au Roy et autres par le pape Clément VI et 
par de comte de Bcaufort son frère. 

La lettre qu'on a cscrite contre moy ne m'a aucunement 
altéré, ny inquiété, si ce n'est tout autant que cela peut avoir 
fait de la peine à Votre Altesse pour l'amour de moy. Cela 
ne m'empêchera pas d'aller mon chemin ny de mettre parmy 
les preuves les titres que l'on a tant pris du soin de 
descrier. Je vous assure, Monseigneur, qu'il viendra un 



(1) Lacune. Il manque ici au moins un feuillet. 

(2) La filiation généalogique. 



LETTRES DE DIVERS ÉCRIVAINS FRANÇAIS 119 

temps qui ne sera pas si malin et que ceux qui viendront 
après nous et qui liront ces titres, me sçauront bon gré de 

les avoir fait imprimer. C'est de quoy j'ose estre garant 
envers Votre Altesse. 

Nous avons examiné les tombeaux gravés dans VHistoire 
de Saooge et dans celle de Courtenay ; et avons trouvé que 
ceux de Courtenay sont beaucoup mieux gravés que ceux 
de Savoye. Ainsy, il y a apparence que Votre Altesse agréera 
qu'on imite la graveure qui est dans l'histoire de Cour- 
tenay. 

J'adjousteray icy, Monseigneur, que samedy dernier, 
M. l'abbé Galloys me monstra un billet que lui avait escrit 
M. Riccard, advocat au Conseil, par lequel il le priait de le 
vouloir ayder en la composition d'un factum qu'il faisoit 
pour vos moines contre Votre Altesse. A quoy M. l'abbé 
Galloys respondit qu'il estait, il y a longtems, dévoué au ser- 
vice de Votre Altesse et que bien loin de vouloir se mesler 
d'escrire contre vos intérests, il en prendroit toujours la 
défense lorsque l'occasion s'en présenteroit. 

Lorsque j'ay proposé à Votre Altesse le voyage de Dom 
Guillaume de Saint-Laurens à Oliergues, j'ai eu l'honneur de 
vous escrire, Monseigneur, que je croyois qu'outre les titres 
dont nous avons besoin, il faudrait le charger de m'envoyer 
tous les titres curieux et qui peuvent servir à l'histoire, qui 
sont à Oliergues et à Joze, et que, de ceux-là avec ceux que 
j'ay déjà, j'en fairois un bon inventaire pour envoyer ensuite 
le tout à Turenne. Depuis il m'est venu en pensée qu'il ne 
seroit peut-estre pas inutile de luy donner la peine de faire 
un voyage à Limeuil, où il se pourroit bien faire qu'il 
trouveroit plusieurs choses curieuses pour les maisons de la 
Tour et de Beaufort. 11 se pourroit raesme faire, après 
l'impression achevée, qu'il se trouveroit à Limeuil quelque 
pièce qu'on serait marry d'avoir négligée. Votre Altesse 
examinera, s'il luy plaist, ce que j'ay l'honeur de luy en 
escrire. 

J'envoye à Votre Altesse le mémoire de quelques titres 
qu'il est à propos de faire chercher et copier à Dijon (1). 



(1) Ce mémoire n'est pas resté annexé à la lettre. 



120 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

Je suis toujours avec toute sorte de respect, de dévotion et 
de reconnoissance, Monseigneur, 
Votre très humble et très obéissant serviteur, 

Baluze. 

III 
Au même 

A Paris, le 19 mars 1707 

L'homme propose, Monseigneur, et Dieu dispose. Comme 
Votre Altesse me fît Thoneur de me Tescrire le cinquiesme 
jour du mois d'octobre dernier, Votre Altesse s'estoit proposée 
de voir M. l'abbé Galloys (1) à ce mois de may : mais Dieu 
en dispose autrement, et veut, ce semble, l'appeller à lui, 
l'ayant affligé d*une maladie qu'on croit mortelle. S'il en 
meurt, comme les médecins le pensent, il mourra d'espuise- 
ment, comme ils en conviennent aussy tous. C'est une 
grande perle pour le public et pour ses amys, et principale- 
ment pour moy, qui avois depuis longtemps le bonheur 
d'estre aymé de luy par préférence à tous autres. Il faut, 
monseigneur, se résoudre à ce qu'il plaira à Dieu d'en 
ordonner. 

Mes amys me disent de prendre exemple sur luy et de 
modérer mon travail. Je vois bien. Monseigneur, qu'il m'est 
très important de profiler de cet avis, et je souhaite de tout 
mon cœur de pouvoir en profiter. Il dépend de Votre 
Altesse de m'en donner le moyen, soit en faisant continuer et 
achever au plustost l'impression de l'ouvrage que j'ai entre- 
pris pour sa maison, soit en le supprimant entièrement, si 
elle a de la répugnance de le voir achever. Car je vous 
avoue. Monseigneur, que celte surséance d'un an, principa- 
lement après onze années entiers d'un travail assidu sur cette 
matière est une chose très incommode et très préjudiciable à 
un homme de mon aage (2). Ce que je prens la liberté de vous 
dire peut estre un peu trop librement. Monseigneur, parce 
que je suis assuré que si V. A. concevoit seulement la 

(1) Baluze avait alors quatre-vingt-deux ans. 

(2) L'abbé Gallois, de TAcadémie française. 



A^rV 



LETTRES DE DIVERS ÉCRIVAINS FRANÇAIS 121 

centiesme partie de la peine que ce long et pénible travail 
ni*a donnée. Elle ne se seroit jamais avisée d'en sursoir 
l'impression et n'auroit pas déféré à l'avis des choses inutiles 
imprimées qui a donné lieu à cette surséance. Elle auroit 
mesme facilement préjugé sur ce suject en ma faveur, soit à 
cause de Ja bonté qu'elle a pour moy, soit en réfléchissant 
sur l'estime que les escrivains de toutes les nations de 
l'Europe font de mon bon sens et de mon discernement. 
J'espère que ces mesmes motifs porteront Votre Altesse à 
donner une fin à cet ouvrage pour me donner le repos dont 
j'ay besoin. J'attends cette faveur de Votre Altesse et celle 
de me croire toujours avec ma dévotion ordinaire. Mon- 
seigneur, votre très humble et très obéissant seVviteur. 

Baluze. 

On me dit hier au soir que M . l'abbé Galloys etoit mort. 



LETTRES DE PIERRE BA YLE (1) 



I 

A Vabbé Nicaise 

(Rotterdam, 26 février 1699/ 

SuscRiPTiON : A Monsieur / Monsieur Vabbé Niçoise /à Dijon (2). 

A Rotterdam, le 26 février 1699. 

C'est, Monsieur, la première fois que j'ai l'honneur de vous 
écrire depuis le commencement de cette année, mais 
je n'ay pas attendu si longtemps à vous la souhaiter 
très heureuse. Je m'aquittai in petto de ce devoir 
aussi promptement qu'il se put et je vous en fais aujourd'hui 

(1) Pierre Bayle, le philosophe érudit, auleur du célèbre Diction- 
tionnaire et du Discours sur les comèteSy né à Foix le 18 novembre 
1647, mort à Rotterdam le 28 décembre 1706. La publication de sa 
Correspondance générale est un des plus vifs desiderata de Thistoire 
littéraire. Ce serait assurément la meilleure façon de célébrer son 
centenaire. 

(2) Turin. Biblioteca Civica, Raccolta Cossilla, 



122 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

par écrit la réitération. 'J'ai reçu par M. de Witt (1) la lettre 
que vous aviez mise sous son couvert ; j'ai reçu aussi votre 
dernière dépêche et ai fait tenir aussitôt à M . Grœvius (2) et 
Cuper (3) celles qui y étoient pour eux. Quant à ce qce vous 
souhaitiez, monsieur, que je priasse M. de Beauval (4) 
d'envoier à M. Le Clerc (5) la lettre du P. Pagi (6) pour être 
insérée toute entière dans quelque journal, je n*ai pu vous 
satisfaire, car M. Le Clerc ne se raéle plus d'aucun journal 
depuis cinq ou six ans. M. Leers (7) qui vous salue, m'a dit 
qu'il n'avait plus aucun exemplaire de Junius qui ne fût 
complet, et qu'ainsi il lui est impossible de vous renvoier ce 
qui manque à votre exemplaire. Il vous Ta fait tenir une 
ou deux fots, à ce qu'il m'a dit, par M. Ânisson, de 
qui vous devez le redemander. Je l'ai fort exhorté à écrire 
au père de Vitri, louchant le paquet que M. Grœvius vous 
avoit envoie; il m'a promis de le faire, mais il y a eu tant 
de brouilleries et tant de calios dans les afaires que ce père 
et M. Leers ont eues ensemble qu'on n'y voit goûte, et il s'est 
passé un si long lems depuis l'envoi des livres à Dimkerque 
que je n'espère point qu'on en puisse jamais avoir raison. 
J'y suis intéressé plus que vous à cause de quelques paquets 
de présent que j'avois mis dans la balle de Dunkerque. 
Je suis bien aise que vous aïez enfin reçu mon Dictio- 



(1) Jean de Witt, fils du grand pensionnaire (1662-1701), un des 
correspondants de Nicaise et autres savants. 

(li) .T. -G. Greffe (Graevius), (1632-1703), professeur et archéologue 
érudit, historiographe de Guillaume III d'Angleterre, commença la 
publication du Thésaurus Antiquitainm. 

(3) (]uper (ou Cuypert), archéologue hollandais (1644-1716). 

(4) Hasnagc de Beauval, (1656-1710), ministre réfugié en Hollande, 
érudit et critique, rédigea de 1687 à 1709 une Histoire des ouvrages 
des savanlSy en continuation des Nouvelles de la République des 
Lettres de Bayle. 

(5) Jean Le (^lerc, érudit et critique, né à Genève en 1657, mort à 
Amsterdam en 1736, un des principaux directeurs de revues et biblio- 
graphes de la fin du xvnp siècle. 

(6) Pagi (Antoine), capucin, 1624-1699, archéologue et historien, a 
publié une criUquc des Annales Ecclesiastici de Baronius. 

(7) Reinier Leers, l'éditeur ordinaire de Bayle, héritier d'une partie 
de ses manuscrits. 



LETTRES DE DIVERS ÉCRIVAINS FRANÇAIS 123 

naire. Je vous suis infiniment obligé de vos nouvelles litté- 
raires et du mémoire de M. de la Monnoye (1) du premier de 
février, où j*ai vu que depuis trois semaines il vous en avoit 
fait tenir un autre, où il traitait amplement du Mosca, poète 
italien du dernier siècle. Je n*ai point reçu cela. Monsieur, et 
c'est pourquoi je vous suplie très humblement de m*ap- 
prendre ce que cela a pu devenir, car je souhaite passioné- 
ment de le recouvrer. Je vous rens mille grâces de la faveur 
particulière et insigne que vous me faites de m*envoier par 
M. Chêne (2) (que je salue) les vies de (illisible) et de Philan- 
der et d'avoir écrit à Rome pour VHisloria délia Volgar poesia, 
Cest ainsi que vous soutenez sans vous relâcher Téloge que 
M. Grœvius vous donne de mortalium omnium offtciosissimus. 
Tous les auteurs, toute la République des lettres en général, 
est intéressée à vous souhaiter une longue vie, accompagnée 
de bonne santé. Nos nouveautés littéraires ne sont pas grand 
chose. Les Mémoires de Ludloii), l'un des juges de Charles I, 
roi d'Angleterre, sont estimés. On en a publié une traduction 
Françoise, de laquelle M. Bernard a parlé fort amplement 
dans ses Nouvelles de la République des Lelives du mois de 
février 1699 et M. de Beauval aussi dans son dernier quartier 
de 1698. Je ne sai si Ton traduira de Tanglois les Mémoires de 
Mylor Barklai qui ont été publiés à Londres peu après ceux 
de Ludlow. Ce mylord éloit du parti roialiste. On a traduit 
du flamand en François la relation d'une ambassade du sieur 
Istrand à la cour de la Chine de la part du Czar. On y trouve 
des choses assez curieuses. Les inscriptions grecques que 
des voiageurs anglais ont trouvées dans les ruines de l'an- 
cienne ville de Palmyre, de quoi il a paru une relation en 
anglois, se voient depuis peu dans un ouvrage latin avec les 
notes de M. Smith, et d'un professeur d'OxFord nommé Ber- 
nard (3). Elles servent d'appendice à la nouvelle édition de 

(1) Bernard de La Monnoye, poète bourguignon, (1644-1728), ami 
de Nicaise et l'un de ses principaux fournisseurs de vers et de com- 
pliments rimes. 

(2) Ce personnage m'est inconnu. 

(3) Edward Bernard, crudit anglais, mort à O.xford le 12 janvier 
1696. Le recueil ici mentionné parut après sa mort sous le titre Ins- 
criptiones Grœcœ Palmyrenorum ciiin scoliiset annoiationibus (Vin- 
cent, 161)8). Thomas Smith, érudit anglais (1638-1175). 



124 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

la lettre du même Smith De statu hodierno ecclesiœ grœcœ. 
Nous avons une nouvelle édition du traité de veritate religio^ 
/ïMc/irM//an« qu'un juif converti nommé Rittangelius avoit 
autrefois publié en Allemagne. M. Van der Vayen, professeur 
en théologie à Franeker, qui Ta procuré, y a joint une pré- 
face où il réplique à un écrit de M. Limborck, collègue de 
M. Leclerc dans le collège des Arméniens d'Amsterdam. Il 
avoit déjà fait imprimer au même lieu, c. a. d. à Franeker, 
deux autres traités du même juif converti, et réfuté M. Le 
Clerc dans une longue préface sur le sens du mot X^yocx 
au premier chapitre de Saint Jean. On a rimprimé à Leydele 
traitté deCasaubon,qu'onne trouvait p\\is,desatiricaveterum 
poesi avec quelques autres petits traittés du même ou d'autres, 
et la version des Cyclopes d'Euripide par Florence Chrétien, 
le tout accompagné de remarques. C'est par les soins de 
M. Crenius d), qui s'occupe beaucoup à faire revivre des 
traittés fugitifs et dont les exemplaires ne sont plus à achet- 
ter. 11 nous promet une nouvelle édition de quelques 
ouvrages de Saumaise, qui contiennent l'explication de 
quelques vieilles inscriptions. M. Leydecker (2), professeur 
en théologie à Utrecht,a traduit en latin (et y a joint plusieurs 
notes) le traitté de Regibus ludœ et prœsertim de Messia du 
fameux rabin Maimonides (3). Je vous prie. Monsieur, de 
jetter les yeux sur l'article Bégat dans mon Dictionnaire, 
Vous trouverez, je m'assure, qu'on y peut ajouter bien des 
choses que vous me pourrez fournir, car c'étoit un illustre 
conseiller de votre Parlement au siècle passé. Je suis votre 
très humble serviteur. 

Bayle. 

Aies la bonté, je vous en conjure, d'envoier le billet ci-joint 
à M. de La Monnoie. Je n'ai pas manqué d'avertir M. Leers 
de ce que vous m'avez fait savoir qu'on donneroit une nou- 
velle édition fort augmentée du Dictionaire de Richelet. 

(1) Th. Crussius (dit Creaius), né à Brandebourg 1648, mort 
à Leyde 1778, philologue érudit publia de 1695 à 1723, dix-hnit 
volumes d'Anitn adversiones. 

(2) Melchior Leydecker, théologien hollandais (1642-1721), profes- 
seur de théologie à Utrecht. 

(3) Le grand philosophe juif Moïse Maimonidt. 



LETTRES DE DIVERS ÉCRIVAINS FRANÇAIS 125 

M. Leers a eu intérêt de savoir cela, car on lui ofre le manus- 
crit de Richelet touchant le dictionaire, et on lui demande 
une grosse somme. Il n*acceple point le parti ; car il craint 
qu'après avoir bien paie ce manuscrit, d'autres qui en 
peuvent avoir une copie ne le fassent imprimer inséré dans 
une nouvelle édition du Dictionnaire de Richelet. Un certain 
Hannemanus, allemand, a publié une dissertation latine pour 
montrer que ce qu'on conte de l'inscription mystérieuse de la 
couronne papale est une fable. 

Au reste je ne receus que par la poste de mardi dernier 
24 du courant votre paquet du 5. C'est ce qui fait que je vous 
écri à droiture. 



II 

Au conseiller de Thomassin Mazaugues (1). 

(Rotterdam, 3 août 1691). 

SiTSCRiPTiON : A Monsieur / Monsieur Thomassin de Mazaugues/ 
conseiller au Parlement d'Aix / A Aix [fol. 2 v»] 

[fol. 1.) Monsieur, 

L'honneur que vous m avez fait de m écrire une lettre si 
obligeante m'a été si sensible que vous auriez reçu depuis 
longtemps mes très humbles actions de grâces, si M. Ville, qui 
me la donna, ne m'eût témoigné ' qu il souhaitait d'être le 
porteur de ma réponse. Les afaires qu'il a négociées pour 
son commerce tant en Angleterre qu'en ce païs-ci l'ont 
retenu plus longtemps qu'il n'avoit pensé. Il ne part pour 
s'en retourner en France qu'au commencement d'août et 
votre lettre, monsieur, est datée du 4 de février. J'ai été bien 
aise de faire connoissance avec un si honnête homme et je 
me suis fait un très-grand plaisir de lui rendre quelque 
service, tant à cause de lui-même qu'à cause de l'intérêt que 

(1) Conseiller au Parlement de Provence, érudit et collectionneur, 
neveu et héritier de Peiresc, il songea longtemps à procurer l'édition 
des lettres de son grand oncle. Mais il ne put réaliser cette noble 
ambition. 

(2) Carpentras. Bibliothèque Inguimbert, Cod. 435, fol. 1. Original 
autographe. 



126 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

VOUS prenez à lui. Je n'avais garde, Monsieur, de priver mon 
dictionaire de l'honneur que je lui pouvois prouver en y 
insérant votre nom illustre [fol . 2] et ainsi vous ne deviez 
pas laisser agir votre honnêteté par des remercimens à cet 
égard. Je vous suis le plus obligé du monde des ofres qu'il 
vous plait de me faire, et je prendrai, avec votre permission, 
la liberté de m'en prévaloir. Vous vous intéressez, monsieur, 
à l'avantage de la République des Lettres avec tant d'affection 
et d'ardeur que je suis persuadé que la peine que les éclair- 
cissemens que je vous demanderai vous causeront ne vous 
rebutera point. Jecom[/nence)(l) dès aujourd'hui à me rendre 
un peu importun en vo[h.s) demandant des nouvelles d'un 
évéque de Glandéve [du] siècle passé, auteur de quelques 
écrits sur le k'd\en\drier] qu on vouloit réformer et qu'on 
réforma en eff[e/] [et] de quelques notes sur Horace, Ausone, 
etc. Il [s^apelle] Marcellius et, si je me trompe, il ctoit 
Italien. 

J'ai appris avec beaucoup de chagrin la mort du P. Pagi et, 
comme je ne pense pas que dans le nouvc[au] Moréri de Paris, 
on ait eu le tems de parler de [lui, ce] me sera un nouvel 
engagement de lui consacrer [un] article dans la suite de 
mon ouvrage. 

Les [Nouvelles] de la République des Lettres ,qui ont été 
recom[mencées à] Amsterdam au mois de janvier dernier 
sont [f. 1 vo) d'un ministre réfugié, nommé M. Bernard, fort 
habile homme et qui avoit fait pendant quelques années la 
Bibliothèque Universelle. Vous m'avez fait un plaisir infini, 
monsieur, en m'aprenant le détail des papiers de feu 
M. de Peiresc qui vous sont tombés entre les mains, et dont 
avec tant de patience et de diligence vous voulez faire un si 
bon usage au profit de la République des Lettres. La nouvelle 
que vous y avez ajoutée me comble et me ravit de joie, 
cher monsieur, que vous avez un fils si digne de vous, et qui 
promet de représenter au monde l'illustre et l'incomparable 
M. de Peiresc, dont il est parent et du coté paternel et du côté 
maternel. Je fais mille vœux pour sa conservation et pour la 
votre et vous suplie d être très persuadé du profond respect 



(1) Les mots en itaUques entre [ ] manquent sur l'autographe par 
suite de déchirures. 



LETTRES DE DIVERS ÉCRIVAINS FRANÇAIS 127 

qui accompagne la passion avec laquelle je suis, mon- 
sieur. 

Votre très humble et obéissant serviteur, 



Bayle. 



A Rotterdam, le 3 d'août 1699. 



III 



Dans la collection Cossilla figure parmi les lettres de Bayle 
la pièce suivante : lettre inachevée, non signée et adressée à 
un correspondant inconnu. Une main inconnue a mis au bas 
du dernier folio « De Pierre Bayle ». Il est aisé de voir, par la 
date, Paris, 16 janvier 1684, — évidemment certaine, comme 
le prouvent les détails donnés dans la lettre, — que cette 
attribution est fausse : Bayle, en 1684, était depuis trois ans 
professeur à Rotterdam ; après la suppression en 1681 de 
l'académie de Sedan, il avait été nommé professeur d'histoire 
et philosophie à Y École illustre, où il avait fait sa leçon 
d'ouverture le 5 décembre 1681. L'attribution ne se trompe 
pourtant que d'un prénom : Bayle avait, on le sait, deux 
frères (1); l'un aîné, Jacob, qui fut collègue de son père 
comme ministre au Cariât, et mourut prisonnier comme lui 
au Château-Trompette à Bordeaux (2); l'autre puîné, Joseph, 
qui commença ses études de théologie à Puylaurens, les ter- 
mina à Genève en 1682, alla à Paris pour être gouverneur du 
jeune M. d'Usson, fils du marquis de Bonac, et y mourut (3) 



(1) Pour ces détails biographiques, voir surtout Desmaizeaux, Vie 
de Bayle. 

(2) Le père mourut au Cliateau Trompette le 31 mars 1685, Jacob, 
le 12 novembre 1685. 

(3) Bayle apprit la mort de son frère le 16 mai, pendant qu'il 
délibérait sur la vocation de Franeker [(Desmaizeaux, toc. laud). Il 
avait commencé, deux mois auparavant, à travailler à son journal 
(21 mars) et dès le 4 avril était entré en pourparlers avec Desbordes 
pour l'impression. 



128 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

le 9 mai 1684. Ce troisième frère Bayle, c jeune homme de 
beaucoup d'esprit, de pénétration, de modestie et de piété ># 
selon Desmaizeaux, avait pris le nom de Du Peyrat *^ d'un 
bien qui appartenait à sa famille *\ La lettre ci-dessous 
publiée est donc de Joseph Bayle Du Peyrat. C'est même 
peut-être une des dernières qu'il ait écrites, vu la date, si 
rapprochée de celle de sa mort prématurée. Le nom du des- 
tinataire manque, mais, à en juger par le caractère intimedes 
nouvelles données ici, elle s'adresse vraisemblablement à une 
personne de sa famille. 



Joseph Bayle à un correspondant anonyme (l) 

Paris, 16 janvier 1684. 

Paris, le 16 de l'an 1684. 

Je receus hier seulement votre lettre du 30 du passé et 
celle de M. de Lav... pour M. Daiilé et pour moy. Je connois 
déjà ce monsieur comme vous l'aurés veu par ma dernière, de 
même que quantité d'autres gens. Vous pourrés dire à ma 
tante de Ros (2) qu'elle ne ne se mette pas en peine de 
m'escrire. J'auray un soin particulier de son affaire. Je n'ay 
pas peu voir M. de Baluze, mais je le verray incessament. 
J'ay veu M. Salvat qui m'a fait cent amitiés ; c'est un des 
plus galants hommes du monde. Il m'a promis de faire 
escrire Monsieur et Madame la Mareschalle de Duras pour 
mon cousin Gaston, qui aura infailliblement une lieutenance 
ou une compagnie au plutôt. Mais il faudra pour celal'ayder. 
Il s'employera aussi Mr de Montfort (sic) pour l'affaire de ma 
tante de Ros. Il m'a assuré que M. de Saint- Valentin est mort 
à Ârgenteuil, fort aymé et estimé de M. de Lorge. Il n'avoit 

(1) Turin, Biblioteca Civica, Raccolta Cossilla. Original non signé 
et sans suscription. La fin manque. Au bas du dernier folio, d'une 
main étrangère : « De Pierre Bayle ». 

(2) La femme de M. Ros de Bruguiére, frère de la mère de Bayle 

Elle était a une demoiselle catholique ». [Vie de Bayle, I. p. 11). 
Il est vraisemblable que le cousin Gaston dont il est question plus 
loin était son fils, et qu'il avait suivi la religion catholique, à en 
juger par ce fait qu'il embrassait en 1684 la carrière militaire. 



LETTRES DE DIVERS ÉCRIVAINS FRANÇAIS 129 

pas un sol : c'est l'ordinaire des gardes du corps. Mr de 
Saint-Germain est sur le même pied, mais il a un patron qui 
le poussera un jour ; c'est M. le marquis de Loumagne, qui 
est extrêmement bien en cour, et un seigneur fort sage et du 
premier mérite. Je n'ay pas peu lui faire la révérence encore, 
mais je le fcray sans faute. J'ay, inter no5, assés détalent pour 
faire des connoissances (1). J'en ay d*un et d'autre sexe, 
d'une et d'autre religion, des plus considérables. M. Salvat 
s'étonne de ce que M. de Laboulbène et de Ros n'ont rien 
fait que s'accoquiner au pays, et surtout les premiers qui 
sont fort misérables. Celui qui fut tué avec M. Dalmanny 
estoit un fort galand homme, fort aymé des généraux, et qui 
estoit en passe de faire fortune. M. de Laferté de 
Miramon est icy. M. de Montfort lui a fait trouver en Angle- 
terre un establissemenl fort considérable. Il s'y en va. 
n n'a point voulu changer de religion, et M. de Montfort 
l'en estime mille fois plus. Il est vrai qu'elle est un obstacle 
à la fortune; mais si on résiste, on en est plus considéré des 
gens de premier air (2). Je vous envoyé la condamnation de 
la C.G.D.C. (3), afin qu'elle soit dans n[ot]ref[amille] pour un 
monument éternel. J'en ay envoyé à M. le C. de D. et autres 
curieux. J'ay pris les six derniers exempl[airesj. On assure la 
mort du pape (4). J'ay esté aux conférences de M. Ménage (5) 
et autres, et en ay receu cent honnêtetés. 

Je m'appelle Dupeyrat : adressés ainsi vos lettres, tantôt à 
M. de Beseuille, tantôt à Madame Goulon, au bout du Poni- 
Ncu/, SUT le qaay de VEcholle, proche la Samaritaine. C'est 



(1) L'énumération précédente prouve que J. Bayle ne se flattait 
pas en parlant ainsi. 

(2) Observation intéressante pour Thistoire de l'opinion publiqrue. 

(3) Ces initiales désignent la Critique Générale de l'Histoire du 
Calvinisme de M. Maimbourg, [par P. Bayle], à Villefranche 
[Amsterdam] chez Pierre le Blanc [Abs V^olfgang] MDCLXXXII. 
Maimbourg obtint du Roi Tordre au lieutenant général de police de 
faire brûler cet ouvrage. La Beynie obéit d'assez mauvaise grâce, et il fit 
imprimer cette sentence contre la critique à trois mille exemplaires 
C*est un exemplaire de cette sentence que J. B. envoie à sa famille. 

(4) Nouvelle inexacte. 

(5) La réunion de gens de lettres qui continuait à se tenir chez 
Ménage. 

10 



130 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

une jeune vefve de grand mérite et de grand esprit, chez qui 
mes échos sont et ont été toujours. La Lettre des C. (1) me 
fut confisquée à Lyon. Il y a trois ans que je vous l'envt)yoi; 
celle de la 2^ édition est icy en deux volumes. Je crains que 
mes livres et mes hardes auront été confisqués à Lyon. Je n'en 
ay point des nouvelles ; dès que j'en auray, je prierai S. E. 
d'écrire à M. l'Archfevêquel pour cela. M. le Burggrave a eu 
en présent, de M. l'électeur de Br[andcbourg], après son retour 
de Hongrie, son portrait enrichy de diamens ; c'est un 
homme de beaucoup de piété et de grand mérite. C'est ce 
qu'on... présent de gêner... {sic) (2). 



LETTRES DE VOLTAIRE 



La collection Cossilla comprend plusieurs autographes de 
Voltaire. Les plus importants sont ceux de lettres déjà connues 
et imprimées. Us fournissent cependant quelques additions et 
variantes qu'on peut relever. 

Voltaire (Œuvres, éd. Garnier T. xxxi), Correspondance^ 
Tome IV, p. 490. Lettre n» 1865, à M. le comte Algarotti. — 
Le texte imprimé supprime quatre vers au début de la lettre: 

Enfant du Pinde et de Citère, 

Brillant et sage Algaroti, 

A qui le ciel a départi 

L'art d'aimer, d'écrire et de plaire. 

Vous que le ciel en sa bonté, etc. 

L'autographe donne encore au lieu de : se fate loro mai ronore 
dimandarle = se le fate l'onore di mandarlemai;aa//eude: 

(1) « Lettre à M. L. A, D. C, docteur de Sorbonne, où il est prouvé 
par plusieurs raisons tirées de la philosophie et de la théologie qœ 
les comètes ne sont présages d'aucuns malheurs. A Cologne, chei 
P. du Marteau, MDCLXXXII. » Le permis d'imprimer de la seconde 
édition est du 2 fév. 1683. L'ouvrage parut sous le titre '' Pensées 
diverses écrites à un D^ de Sorbonne à l'occasion de la comète qui 
parut au mois de décembre 1680. A Rotterdam, chez Reinier Leers 
MDCLXXXIII. 

(2) La fin de cette lettre manque. 



LETTRE^ D£ Q|V£RS ÉCRIVAINS FRANÇAIS 131 

Lg Reynière, = La Reinière ; a^ lieu de : ope walHs at i^ight = 
W^sl*^ 9. sigh ; au lieu de : honprato = oqorato ; au lieu cjfe ; 
QÎ fiam) usato = hanno. Le corp^ de la lettre finit bien à • 
I shoqldbe inextasy. m Elle pst sigpée a V. 2 avril 1747», avec 
ce posteriptpm « Scrivo af signQr marchese des U^ars » . Il n'y 
a pas de suscription. En tête du folio, d'une n^ain inconni;^ : 
« npXIII 9. La lettre annoncée à M. des Issars ne se retrouve 
pas dans la Correspondance, au moins à cette date ou aux 
environs. 

Voltaire, (Œuvres, id, 39), Correspondance t. vu, p. 326. 
Lettre no 34S5, à M. le comte d'Argental. — L'autographe 
est conforme au texte imprimé. Il ne manque à celui-ci que 
la suscription : f A monsieur/ Monsieur d'Argcntal conseil- 
ler / d'honneur du Parlement, rue de la Sourdière, Paris ». 

Voltaire, (Œuvres, id, 48), Correspondance, t. xvi, pp. 603, 
B« 9089. A Frédéric II roi de Prusse (26 avril 1774). Le texte 
imprimé est absolument conforme à l'autographe, qui ne 
porte aucune suscription. Au haut du premier folio, une main 
postérieure a écrit : et Au roi de Prusse n» 42 ». 

Voltaire, Œuvres, id, 41, Correspondance, t. ix,p. 496-497 
n« 4.724. — L'autographe de la collection Cossilla n*a ni date 
d'année, ni suscription, ni signature. Il est simplement daté 
dn 28 octobre. Il prouve que la correspondance de Voltaire 
n'a pas été publiée honnêtement, qu'elle a dû subir des 
remaniements, des amalgames de pièces différentes et 
autres tripatouillages. Cet autographe donne un paragraphe 
qui manque à la lettre 4.724 : 

c Je supplie mes anges gardiens de vouloir bien envoyer 
cette lettre à M. Du Clos, après avoir eu la bonté de la lire. 
Je serais bien curieux de voir la scène que ce vieux fou de 
Graillon a faitte au Droit du Seigneur ». 

(La lettre ici annoncée à Duclos est le n» 4.722 de la Corres- 
pondance, ibid., p. 494 ; du 26 octobre 1761). 

La suite du document original à partir de « Tailule mémoire 
historique, » etc., correspond exactement à la fin de la 
lettre 472 1, jusqu'à l'apostrophe finale : a Pardon, o anges ». 
n est visible que les imprimeurs ou éditeurs antérieurs ont 
réuni deux pièces en une seule. 

Trois lettres de Voltaire conservées dans la même collec- 
tion paraissent inédites : une seule est datée complètement» 



132 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

mais n'est qu'une lettre de politesse toute pleine des formules 
ordinaires à Voltaire; une autre, adressée aux frères Grammer, 
^es éditeurs genevois, n'est pas datée ; enfin la troisième, qui 
est une lettre d'affaires, n'a ni date ni suscription. Voici le 
texte de ces trois billets qui sont probablement inédits, sans 
que j'ose l'affirmer. 

I 

Au comte de Jounouviel 
(Ferney, 28 octobre 1773) 

28 octobre 1773, au château de Ferney (1) 

Monsieur, 

Un vieillard de quatre-vingt ans, à peine échappé de la 
mort, revoit (sic) pour remercier monsieur le comte de 
Jounouviel. 

Il n*a pas la force d'écrire, mais, dans le triste état où il est, 
son cœur et son esprit n'en sont pas moins sensibles aux 
bontés et aux beaux vers dont monsieur le '.*omte Ta honoré 
et qu'il n'a reçu que depuis peu de jours. Sa faiblesse ne lui 
permet pas de donner ici beaucoup d'étendue à tous les 
sentimens que sa lettre venue de Turin (2) lui a inspirés. Il 
ne peut que présenter ses remerciemens, son estime et son 
respect à l'auteur. Il mourra son très humble et très obéissant 
serviteur. 

De Voltaire. 

(1) Sans suscription. La Correspondance Générale contient, du même 
jour, une lettre à Frédéric II (n" 8963, Ed. Moland, tome 48, p. 487). 

(2) Lettre non conservée. 

(A suivre,) 



NOTES 



SUR 



CLAUDE DE TRELLON 



BIBLIOGRAPHIE 



(Fini 

I. — La Muse / guerrière / dédiée à monsieur le comte 
d'Aubijoux / capitaine de cinquâte homes d'armes. / 
A Paris J pour Abel VAngelier au pre/mier pillier de la 
grand' salle / du Palais / MDLXXXVII (1587) / avec 
privilège du Roy. / Petit in-8 de 142 ff. plus 2 ff. non 
chiffrés (titre et pièces liminaires). Privilège du 
15 juin 1587). 

Contient : la muse guerrière livres I et II, THermitage, et 
des poésies diverses. 

II. — La Muse / guerrière / dédiée à monsieur le 
conte/ d'Aubijoux / A Paris, j pour Abel VAngelier, au 
premier / pillier de la grand' salle / du Palais / 
MDLXXXIX (1589) / Aveg (sic) privilège du Roy /.- 
(Imprimé à Lyon par Pierre Ferdelat 1589), Petit in-8 
de 142 ff. plus 2 ff. non chiffrés (titre et pièces limi- 
naires). 

Même édition que la précédente, avec quelques différences 
typographiques . 



134 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

III. — Le /premier livre /de la flamme / d'amour / 
dédiée à monseigneur le duc de Nemours. / A Paris^ / 
chez Abel VAngelier^ au premier pillier de / la grand*' 
Salle du Palais / MDXCI / (1591) avec privilège du Rog\. 
Petit in-8 de 115 ff. plus 4 ff. non chiffrés (titre, dédi- 
cace, extrait du privilège et pièces liminaires). Privi- 
lège du 21 Novembre 1591). 

Contient : la Flamme d*Amour, Thistoire de Padre Miracle 
et de l'Amant fortuné (en prose) et diverses poésies. 

IV. — Le / premier livre / de la flamme/ d'amour dédiée 
à Monseigneur le duc de Nemours. A LyoUy par Jean 
Veyrat, MDXCII (1592) Avec permission. In-8 de 96 flf. 
plus 4 ff. non chiffrés (titre et pièces liminaires. 

V. —La Muse guerrière. Tours, chez Claude de MontrœiU 
1593, in-12. 

Cité d'après Brunet qui ne décrit par autrement l'édition. 

VI. — L'Heimitage. Lgon, Thibaud Ancelin^ 1593. 
Id. ibid. 

VII. — Discours /en forme de/ déclaration/ sur les 
causes des mouvements arrivez / à Lyon. / Avec la 
response servant / d'advertissement. Ensemble des 
stances du sieur de Trelon. / A Lyon / MDXCIII / 
apec permission /. Petit in-8 (pièce). 

L'exemplaire décrit est incomplet des stances de Trellon. 

Ces stances intercalées dans une pièce religieuse font partie 
des œuvres de Trellon à partir de 1595. Elles ont été insérées 
également au tome IV des mémoires de la Ligue (Paris, 1740, 
in-4o. 

VIII.— Les / ŒUVRES / poétiques du sieur de trellon. / 
Nouvellement reveues et corrigées. / A Lyon / poar 
Claude Michel, libraire de Tournon / MDXCI V /. Petit 
in-12 de 448 p. p. y compris le titre et la table alphabé- 
tique. 
Cette édition, publiée durant rcmprisonnement 4e TYêlIdtt 



CLAUDE DE TRELLON 135 

à Turin est en partie apocryphe, et Tauteur par la suite pro- 
testa énergiquement contre sa publication: c quel<|ues indis- 
crets et ignorants libraires b, dit-il, dans la préface de l'édition 
de 1595, « sans m'en demander licence les ont plusieurs fois fait 
imprimer (ses œuvres), mettans (menteurs et impudens) a 
tiltre de corrigées, pour vendre plus tôt le second livre de 
la flamme d'Amour, comme si je l'avais fait. Il a été dédié 
à monseigneur le duc de Guise et ne sçay qui en est l'an- 
theur, ni ne me veux point autrement informer de son nom ». 

D'autre part, dans la préface de cette seconde partie 
datée « d'Orléans le dernier jour d'aoust 1592 », l'auteur ano- 
nyme contre lequel Trellon s'indigne si fort n'essaye nulle- 
ment de faire passer son œuvre sous le nom de Trellon puisque 
dit-il, • ce second livre la Flame d'amour se debvoit nommer 
le premier, luy ayant donné ce tiltre il y a longtemps ; mais 
le sieur de Trellon ayant mis son Lénocrite en lumière avec 
autres siennes œuvres amoureuses soubs le tiltre de premier 
livre^ je n*ay peu de moins que de faire marcher cestuy au 
second rang ». 

Aucun doute ne peut donc subsister ; et cette seconde partie 
intitulée « les amours de Coraline n'est pas l'œuvre de notre 
poète. 

Contient : la muse guerrière, la Flamme d'Amour, l'histoire 
de Lénocrite (qui reproduit avec quelques variantes et sous 
nn nouveau titre les aventures de Padre Miracle), et des 
poésies religieuses. 

IX. — Les œuvres / du sieur de / trellon / divisées 
en quatre livres / reveues et corrigées de nouveau par 
Tau / theur, et augmentées du Pèlerin, des / amours de 
Félice et du ligueur repenty. / Le contenu se voit en la 
page suivante. / A Lyon / par Thibaud Ancelin / Impri- 
meur du Roy I à renseigne de la vie et de la mort / 
MDXCV (1595)/. Avec privilège de sa Majesté, Petit 
in-12 de 245 ff. privilège du 20 septembre 1595. 

Édition considérablement remaniée. L'auteur y a supprimé 
Padre Miracle, et une grande partie des pièces qui compo- 
saient la Muse guerrière et la flamme d'Amour ; pour les 
autres il a adopté un classement nouveau. 



136 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

Contient : Les amours de Sylvie, les amours de Félïce 
(partie originale) et des poésies religieuses. 

Il existe une autre sorte d'exemplaires de cette édition, 
dont voici la description : ^ 

X. — Les œuvres / du sieur de / trellon / divisées en 
quatre livres / reveues et corrigées de nouveau par 
Tau / theur et augmentées du Pèlerin, des / amours de 
Félice et autres poésies. / A Lyon, / par Thibaad 
Ancelin / Imprimeur du Roy / à renseigne de la vie et de 
la mort / MDXCV (1595) /. Petit in-12 de 245 ff. 

Comme on le voit, il n'est pas fait mention, sur le titre de 
cette sorte d'exemplaire, du « Ligueur repenti », qui d'ailleurs, 

bien qu'annoncé sur le titre du premier exemplaire décrit pos- 
sède sa pagination et son titre à part : 

XL — Le ligueur / repenty du / sieur / de trellon /. 
A Lyon j par Thibaud Ancelin j Imprimeur du rou 
MDXCV (1595). Avec privilège du Roy. Petit in-12 
de44ff. 

XII. — Le ligueur / repenty du / sieur de trellon. / 
A Lyon par Thibaud Ancelin j imprimeur du rog. 
MDXCV (1595). Petit in-8 de 60 ff. 

XIIL — La muse /guerrière / dédiée à monsieur le comte 
d'Aubijoux / A Rouen chez Thomas Afollard / près le 
palais à Vhomme armé / MDXCV (1595). / In-12 de 
129 ff. plus 4 ff. non chiffrés (titres et pièces limi- 
naires). 

L'exemplaire de l'Arsenal présente une particularité 
curieuse : le verso du feuillet 127 est non imprimé, et on y a 
transcrit, d'une écriture de l'époque une pièce • Etrene 
donnée ù madame de Vilacour • malheureusement illisible 
en partie, car Tex. a été fortement rogné. 

XIV. — Le ligueur / repenty du / sieur de trellon / 
A Paris j pour Anihoine du Breuil libraire demeurunt 



CLAUDE DE TRELLON 137 

aa bout du pont / Sainct-Michèl au marché / neuf près 
la Boucherie / MDXCVI (1596). Petit in.l2 de 52 fif. 

XV. — La MUSE / SAINCTE DES DI / VINES INSPIRATIONS / 

du sieur de Trellon / le contenu se voit en la page 
suyvante / A Paris parj Gilles Robinet demeurant / rue 
S. Jean de Latran à Varbre sec : et en / sa boutique au 
Palais, en la gallerie allant à la Chancellerie! 
MDXCVI (1596). / Avec privilège du Roy /. Petit in-8 
de 84 fif. Privilège du 7 Novembre 1595. 

Contient les poésies religieuses de Trellon. 

XVI. — Le / CAVALIER / PARFAIT, DÉDIÉ A / monseigneuT 
le /duc de Guyse / divisé en quatre livres / Ou sont 
comprises les Amours de Sylvie, les / Amours de 
Félice, les Meslanges / et l'Hermitage / A Lyon, / par 
Thibaud Ancelin ( Imprimeur du Roy/ à renseigne de la 
Vie et de la Mort / MDXCVII (1597) / Avec privilège de 
sa Majesté /. Petit in-12 de 296 ff. plus 1 f. non chiffré 
(titre). 

Edition augmentée d'une partie nouvelle : le Cavalier 
Parfait, et d'une préface. 

XVII. — La Muse guerrière Rouen Manassès de Préaulx, 
in.l2. 

Cité d'après Brunet qui ne décrit pas autrement l'édition. 

XVIII. — Le / CAVALIER / PARFAIT, DU SIEUR / DE TRELLON / 

OU sont comprinses toutes ses œuvres / divisées en 
quatre livres, /le tout dédié à monseigneur le duc de 
Guyse / A Lyon / par Thibaud Ancelin / imprimeur du 
roy / M D X C I X / avec privilège de sa majesté/. Petit 
in-12 de 295 ff. y compris le titre. 

XIX. — La Muse guerrière dédiée à monsieur le comte 
d'Aubijoux. A Rouen chez Romain de Beauvais, libraire 



138 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

tenant sa boutiqat devant Ventrée Notre-Dame 1604. 
Petit în-8. 

Cité d'après Brunet qui ne décrit pas autrement l'exem- 
plaire. 

XX. — Le / CAVALIER / PARFAIT DU SIEUR / dc Trellon [ 
ou sont comprinses toutes ses œuvres / divisées en 
quatre livres / le tout dédié à monseigneur le / duc de 
Guyse / A Lyon / par Thibaud Ancelin / imprimeur 
ordinaire du Roy / MDCV (1605) / Aœc privilège 
de sa majesté /. Petit in-12 de 296 ff. plus 1 f. non 
chiffré (titre). 

XXI. — La MUSE / GUERRIÈRE / Dédîéc à monsieur le 

comte / d*Aubijoux / A Lyon par Barthélémy Ancelin f 
Imprimeur ordinaire du Roy / MDCXI (1611). Avec 

privilège de sa majesté /. Petit in-12 de 178 ff. plus 

2 ff. non chiffrés (titre et pièces liminaires). 

XXII. — Le cavalier / parfait, du / sieur de Trellon / 
où sont comprinses toutes ses œuvres / divisées en 
quatre livres / le tout dédié à monseigneur le duc de 
Guise. A Lyon, / chez Pierre Rigaud, rue mercière au 
coing / de rue Ferrandière, à l'Enseigne de la Fortune/ 
MDCXIIII / (1614). Petit in-12 de 296 ff. plus un f. 
non chiffré (titre). 

XXIII. — La muse guerrière, / dédiée à monsieur le 
comte / d* Aubijoux / A Lyon / chez Jacques du Creux 
dict Mollard / MDCXVIII (1618) / Petit in-12 de 178 ff. 
plus 2 ff. non chiffrés (titre et pièces liminaires). 

M. Lachèvre (tome llde la Bibliogr. des recueils collectifs de 
poésie), signale 6 pièces de Claude de Trellon insérées dans 
« Diverses poésies nouvelles » (1597), •< les Muses ralliées • 
(1599), c le € Parnasse «(1607) et le « Recueil d'épitaphes i (1648). 

Pierre de Lacretelle. 



SUR UN EXEMPLAIRE 



DE PAUL ET VIRGINIE 



Lorsqu'on aime les livres, non pas seulement pour ce 
qu'ils contiennent, mais aussi pour leur maintien, leur 
habit, leur origine, il en est qui prennent alors, à nos 
yeux, une beauté grave ou légère : ils ont une vie réelle ; 
s'ils sont dorés sur tranche et doublés de maroquin 
précieux, c'est parfait, mais ceci n'est qu'un costume de 
fête, presque d'apparat, et leur âme n'est pas à l'aise au 
milieu de ce luxe. Elle se replie, et tous les hommes ne 
peuvent découvrir son secret aussi facilement que, pour 
lire dans le livre, ils en découpent les pages. La vie 
d'un livre, c'est sa provenance humble ou glorieuse, 
c'est le parfum que lui ont laissé, pour longtemps, des 
doigts de femmes, ou c'est l'animation discrète que lui 
donnent les lignes écrites sur ses marges et inspirées par 
lui. Sans doute, il est enfantin d'attacher quelque 
importance à ces vétilles ; malgré tout, un mauvais livre 
reste un livre mauvais. Rien n'y fait, je le veux ainsi. 
Mais, La Bruyère qui nota, avec un soin scrupuleux, les 
ridicules des hommes, eût bien fait de signaler encore 
celui-là, qui ne saurait disparaître avant que la science 
ait fait de nous des étres-machines, sans sentiment et 
sans amour. 

Dans un des rayons de ma bibliothèque, je garde 



140 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

Texemplaire de Paul et Virginie (1), qui appartint à 
Bernardin de Saint-Pierre. En maroquin bleu, il est 
doublé de maroquin grenat. Sur les plats extérieurs est 
frappé en or le chiffre d'Aimé Martin, second mari de 
M"® Bernardin de Saint-Pierre. Sur un feuillet de garde, 
on lit ceci : * Tiré des archives de mon mari, et donné 
à M. de Lamartine, comme au plus digne appréciateur de 
ce bel ouvrage. D. Aimé-Martin, née de Pellepore », 
puis : « Généalogie bibliographique de ce livre : cet 
exemplaire a appartenu à Bernardin de Saint-Pierre 
puis à sa veuve, qui le plaça dans ma bibliothèque après 
l'avoir enrichi de plusieurs suites de vignettes, et de 
deux précieux autographes ; maintenant il appartient à 
mon ami M. de Lamartine. L. Aimé Martin i». et enfin : 
« Ce livre est, selon moi, le plus admirable fragment 
du génie poétique et pathétique des siècles modernes; 
il a été, dès mon enfance, l'évangile de mon imagination. 
Al. de Lamartine. Paris 1848 ». Les deux autographes 
qui suivent, sont quatre pages du café de Surate, et quatre 
pages du premier essai du voyage en Silésie. Ils sont 
abondamment chargés de ratures, et souvent la ligne 
est barrée avec tant de vigueur, qu'on a peine à 
déchiffrer l'idée première. L'écriture est nette, bien 
formée ; tout indique dans l'ordre même et l'éco- 
nomie du manuscrit, la précision et le travail du style. 
Sur le métier, sans cesse, il a poli et repoli l'ouvrage. 
Ce n'est pas inulilc de le constater ; la tenue littéraire, 
n'est pas, en vérité, ce qui arrête le lecteur de Bernardin, 
lorsqu'il tache à définir sa sensation. Des négligences, cet 
écrivain en découvre puis en supprime un grand nombre, 
mais il en laisse demeurer d'autres, qui peut-être ne lui 
semblent pas telles ; et celles-ci nous offusquent les jolis 

(1) Édition de 1806. 



UN EXEMPLAIRE DE PAUL ET VIRGINIE 141 

coins d'ombre ou de lumière qu'il éclaire avec un soin 
jaloux : des tons orientaux, éclatants, ou bien au 
contraire, des couleurs pâles, des blancheurs presque 
ternes, des clairs obscurs antiques, mais parfois une 
bavure qui noie et confond les tonalités distinctes. Et 
d'ailleurs, le texte définitif, ne laisse pas d'être parfois 
plus lourd et plus indécis que le passage transparent sous 
la rature (1) i». 

Bernardin fut, avant toutes choses, un peintre. La . 
nature, le cadre, le décor, furent pour lui, comme pour 
Rousseau, la source intarissable d'émotions joyeuses 
ou tristes. Pour autant, Lamartine l'aima et fut en 
quelque manière son disciple. Tous deux, ils jugèrent 
cette nature, belle et bonne, déformée par les hommes. 
Tous deux, ils eurent au cœur des élans virgiliens. Ils 
n'estimèrent pas que l'idylle fût un genre poétique 
aussi bien que l'ode ou l'églogue : l'idylle, ce fut la vie 
même, voluptueuse et tendre, qu'ils désirèrent vivre, en 
l'animant au gré de leurs sentimentales rêveries. 
Romantiques tous deux et panthéistes, ils frappèrent 
d'une baguette enchantée les êtres inanimés. Le mois 
de mai, c'était, pour Bernardin, comme « un enfant qui 
veut toujours téter » : il l'écrit à Désirée de Pellepore. 



(1) P. 1 : « Vous reconnaisses vous-même la réprobation des juifs 
à leur humiliation», remplaçant. ce Vous cités vous-même Thmiliation 
des juifs comme une preuve de leur réprobation »; — p. 3 : « Le soleil 
ne luit point seulement pour une montagne, une île, un horison, 
une mer ni même pour la terre > remplaçant : a Mais il est au centre 
de l'univers d'où il éclaire non seulement la terre » ; — p. 5 : c Un 
baron autrichien souriant dédaigneusement », remplaçant : < se mit 
à sourire dédaigneusement ; « oh la belle vue » remplaçant : « oh le 
beau paysage » ; — p. 6 : « je voudrois avec toi être dissous par le 
tems >, remplaçant : t je voudrois que le tems pût me dissoudre avec 
toi « ; — les phrases poétiques font défaut dans le ms. et nous le 
regrettons. 



142 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

Les spectacles trop saisissants les frappent, et leurs 
regards se détournent. Les grands malheurs et les 
horreurs humaines, ils les voilent. Les nuanoea qui 
estompent et éloignent les contours, plaisent à leur vue. 
Ils aiment le demi^jour, et une harmonie bienfaisante 
doit triompher des désaccords momentanés. Us ont de 
l'univers une idée naturaliste et mystique ; partout, ils 
veulent voir une parcelle de bonté. La bonté, n*est-oe 
. pas le rayon qui doit rendre moins sombre et moins 
dangereuse, l'obscurité ? 

Lamartine et B. de Saint-Pierre font songer à Virgile» 
parfois, nous le disions tout à Theure ; c'est qu'ils ont, 
comme leur ancêtre, le don divin des larmes, et qu'il y 
a dans leurs tableaux mélancoliques et peuplés de grâces, 
un peu de la douceur et de la monotonie riante de 
l'ombrie argentée. S'ils avaient observé « un certain 
goût sévère » qui leur est inconnu, ils nous rappelle- 
raient la classique tendresse de Racine. On a dit que 
ft Lamartine, c'est tout ce que Racine avait dans le 
cœur)) ; c'est une formule que Ton serait tenté de répéter 
lorsqu'on lit Paul et Virginie, Mais comme Monime et 
Bérénice se livrent moins à nous, et comme leurs discrets 
propos nous attirent à elles davantage, et nous laissent 
dans une incertitude plus curieuse, parce qu'elles sont 
femmes, et parce qu'elles sont, avec une pudeur raffinée 
les esclaves de leur amour I 

On comprend tout l'intérêt de la brève confession de 
Lamartine; ce que nous eussions pu supposer, avec 
quelque vraisemblance, lui-même nous l'avoue, et le 
mot important il l'écrit : Paul et Virginie fut l'évangile 
de son imagination. Sainte-Beuve n'eut pas tort de 
rapprocher les deux écrivains, car, à son avis, non seu- 
lement les deux esprits furent parents, celui qui conçut 
Raphaël et Grazellia et celui qui s'attacha aux tendresses 



UN EXEMPLAIRE DE PAUL ET VIRGINIE 143 

des deux créoles, mais encore, Lamartine « dans sa 
prose, revint à Bernardin qui semble plus directement 
son maître ; il reprend volontiers ce même train des 
épithètes un peu molles et faciles (1). » 

Nous sommes heureux d'avoir, par un document 
inédit confirmé ce jugement. 

Charles Oulmont. 



(1> Sainte-Beuve (Causeries du Lundi, VI, 366). 



OBSÈQUES 



DE 



M. ANATOLE CLAUDIN 



Les obsèques de notre regretté collaborateur, M. Anatole 
Claudin, ont été célébrées le jeudi l'i* mars 1006, à deux 
heures, au Temple protestant de Charenton. Malgré un 
temps épouvantable, l'assistance était des plus nombreuses. 
La librairie, dont Â. Claudin fut le doyen vénéré, était au 
grand complet ; nombre d'érudits et d'amis avaient tenu 
à accompagner jusqu'à sa dernière demeure le savant histo- 
rien des origines de l'imprimerie en France. Après le service 
funèbre, avant le départ pour le cimetière de Charenton, 
deux discours ont été prononcés devant le cercueil de 
Claudin, l'un par M. Léopold Delisle, membre de rinstitut, 
administrateur général honoraire de la Bibliothèque natio- 
nale, l'autre par M. Edouard Rahir, au nom des libraires. 
Nous remercions MM. Léopold Delisle et Rahir d'avoir bien 
voulu nous autoriser à reproduire in extenso ces paroles 
éloquentes et émues : 

DISCOURS DE M. LÉOPOLD DELISLE 

En qualité d'ancien bibliothécaire, je me suis cru 
obligé de dire un dernier adieu à cet excellent Claudin, 
qui ne fut pas seulement Thonneurde la corporation des 
libraires. J'ai tenu à rappeler dans cette triste cérémo- 
nie les titres qu'il s'est acquis à la plus haute estime des 
vrais amis des livres et la valeur des travaux qu'il a 
consacrés à l'histoire ancienne de l'imprimerie fran- 
çaise. 



OBSÈQUES DE M. ANATOLE CLAUDIN 145 

Au cours de sa longue carrière, moins soucieux des 
intérêts de sa maison de librairie que des recherches à 
faire sur Torigine, le fonctionnement et les produits des 
ateliers typographiques du XV® et du XVI* siècle, il vou- 
lut se mettre au courant des méthodes qui ont renou- 
velé de nos jours ce genre d'études. Il y était prédisposé 
par ses connaissances techniques, par la sûreté de sa 
mémoire, par la perspicacité de sa critique et par une 
étonnante aptitude à saisir les particularités caractéris- 
tiques des types employés dans les différentes imprime- 
ries. Il finit par être l'arbitre auquel on recourait de 
toutes parts pour avoir un avis autorisé sur des questions 
litigieuses. Les découvertes qu'il a faites dans les biblio- 
thèques étrangères, aussi bien qu'en France, ont singu- 
lièrement augmenté nos connaissances sur l'origine de 
beaucoup de livres dépourvus de dates, de noms de lieu, 
d'imprimeur et de libraire. Avant même que la photo- 
graphie eût multiplié les exemples pouvant servir d'ins- 
truments de comparaison, il avait emmagasiné dans sa 
mémoire l'image des traits et des agencements propres 
à certains ateliers, à ceux surtout dont le pays d'origine 
n'était que vaguement connu. Il savait découvrir dans 
de longues préfaces, et dans des vers alambiqués,lemot 
qui le mettait sur une voie, lui faisait entrevoir une 
piste, lui suggérait d'ingénieux rapprochements et par- 
fois l'amenait à une solution indiscutable. C'est dans le 

• 

champ des antiquités typographiques de la France qu'il 
a surtout poursuivi ses investigations. Les découvertes 
qu'il y a faites sont aussi nombreuses qu'importantes. 
Que de lacunes il a comblées dans les annales des plus 
illustres ateliers, à commencer par ceux de Paris I Com- 
bien d'ateliers, récemment encore à peine connus, jouis- 
sent aujourd'hui, grâce à lui, d'une véritable célébrité I 
Sa passion pour l'étude lui fit plus d'une fois négliger 

11 



146 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

son assiduité dans ses magasins plus que modestes, où 
se sont rencontrés tant de bibliothécaires et de biblio- 
philes, rue Guénégaud et rue Dauphine. 

Ce n'est pas sans raison que sur le titre de ses cata- 
logues il se qualifiait de libraire paléographe. De bonne 
heure, en effet, il s'était aperçu que, pour approfondir 
l'histoire de l'imprimerie et celle des imprimeurs ou 
libraires, il ne suffit pas de procéder à l'anatomie des 
livres eux-mêmes; rien ne peut tenir lieu des révélations 
qu'on peut demander aux pièces d'archives. Claudin le 
comprit et se mit en état de déchiffrer les écritures du 
XV® siècle, de façon à pouvoir parcourir couramment 
les registres d'impositions, les comptes, les matricules 
d'universités et surtout les minutes notariales, si riches 
en informations sur toutes les classes de la société. 

Sa réputation était si rapidement établie que, le jour 
où, à l'occasion de l'Exposition de 1900, l'Imprimerie 
nationale résolut de publier un somptueux ouvrage sur 
les origines et les premiers développements de l'impri- 
merie en France, son nom s'imposa au choix du Direc- 
teur, et que rien ne fut épargné pour donner à son 
ouvrage toute l'étendue, et, disons-le, tout l'éclat que 
comporte le sujet. De là ces quatre grands et magni- 
fiques volumes in-folio, dans lesquels les annales de 
l'imprimerie parisienne et de limprimcrie lyonnaise 
sont traitées à fond, de main de maître, avec un luxe 
de détails dont aucun n'est superflu et dont plusieurs, 
tout à fait nouveaux, touchent de très près à l'histoire 
politique et littéraire de la France. L'abondance de l'illus- 
tration n'est à comparer qu'avec le discernement qui a 
présidé au choix des morceaux à reproduire en fac- 
similé et à la perfection des alphabets disposés pour 
faciliter les identifications des types d'impression. 

Dans ces quatre volumes, dont le dernier n'est pas 



OBSÈQUES DE M. ANATOLE CLAUDIN 147 

encore tiré, il n'est question que des produits bibliogra- 
phiques de Paris et de Lyon. Il reste à passer en revue 
une quantité considérable de livres exécutés dans une 
quarantaine de localités françaises où l'art typographique 
a été exercé en France au courant de la seconde moitié 
du XV* siècle. Claudin les connaissait bien ; la plupart 
étaient passés par ses mains ; il était parfaitement 
préparé à les présenter au public, en exposant les 
circonstances dans lesquelles ils avaient vu le jour, en 
déterminant la patrie des imprimeurs qui avaient 
propagé le nouvel art dans nos provinces, en suivant 
leurs migrations, en analysant les illustrations des livres, 
en caractérisant le talent des artistes qui ont été chargés 
de la décoration des volumes, en mettant en relief les 
grandioses opérations de certains libraires, et Tinfluence 
des protecteurs ecclésiastiques et laïques qui favori- 
sèrent les débuts, si souvent difficiles, des adeptes d'un 
art jusqu'alors inconnu. 

La tâche qui reste à accomplir est considérable ; mais, 
grâce à Claudin, nous avons des exemples qui doivent 
servir de modèles et les jalons d'une grande partie de la 
route qui reste à parcourir ont été posés par lui. Il y a 
même plusieurs chapitres dont il a publié une ébauche 
ou une première rédaction, et auxquels il n'y aura rien 
d'essentiel à ajouter. En un mot, c'est à Claudin que 
nous sommes redevables de l'histoire de l'ancienne 
imprimerie française. Il en a été et il en restera l'histo- 
riographe. Comme tel, il a reçu du gouvernement la 
décoration de la Légion d'honneur, il a été chargé par la 
Société bibliographique de Londres d'une des plus 
difficiles et curieuses publications de cette Société, et il 
a vu ses ouvrages récompensés à deux reprises par les 
plus hautes récompenses de l'Académie des inscriptions 
et belles lettres. 



148 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

Ces grands travaux ne constituent pas les seuls titres 
que Claudin se soit assurés à la reconnaissance des 
amis des livres. Â qui n'a-t-ii pas prodigué conseils et 
communications quand il s'agissait de favoriser des 
recherches ayant trait aux antiquités typographiques? 

Pour finir, Tancien administrateur de la Bibliothèque 
remplit un devoir en mentionnant aussi les services de 
tout genre qiie Claudin a rendus à nos deux départements 
des imprimés et des manuscrits. De combien de bonnes 
occasions nous a-t-il fait profiler, sans vouloir se 
réserver le gain normal auquel il pouvait prétendre 
avoir droit ! 

J'avais entière confiance en sa délicatesse et sa 
loyauté comme en son expérience bibliographique ; 
jamais je n'ai regretté d'avoir écouté ses conseils quand 
j'ai cru devoir prendre son avis sur l'importance, la 
valeur vénale et la rareté de certains livres anciens. 
Les rapports que moi et mes collègues Thierry-Poux, 
Désiré Blanchet et Marchai, nous avions avec lui, 
ressemblaient assez à ceux que Van Praet entretenait 
jadis avec les frères de Bure, et qui ont été si fructueux 
pour l'accroissement des collections nationales. 

Mes adieux s'adressent donc àlaini delà Bibliothèque 
nationale autant qu'à un ami personnel. 

Puisse la famille du regretté libraire trouver quelque 
consolation à son malheur dans la pensée que le sou- 
venir du chef qu'elle a perdu restera longtemps honoré 
dans la mémoire de ceux qui ont pu apprécier son 
caractère, profiter de son expérience et jouir de son 
amitié. 

DISCOURS DE M. EDOUARD RAHIR 

Depuis quelque temps, des vides cruels se produisent 
parmi les libraires parisiens. Aujourd'hui la mort vient 



. OBSÈQUES DE M. ANATOLE CLAUDIN 149 

de frapper M. Claudin, notre vénéré doyen et l'honneur 
de notre corporation. 

Peu de pertes pouvaient nous être plus sensibles. 

On vient de louer comme il convenait les œuvres de 
M. Claudin. Qu'il me soit permis de vanter le libraire 
que nous regrettons. Car M. Claudin fut avant tout un 
libraire et un grand libraire. 

Amoureux dévoué de sa profession, il lui resta fidèle 
jusqu'au bout et quelle qu'ait été l'importance de ses 
travaux bibliographiques, la nécessité d'achever un 
volume commencé, il abandonnait tout lorsqu'il s'agis- 
sait de se consacrer à quelque affaire concernant son 
métier. 

Il nous donnait là un bel exemple de l'attachement 
qu'éprouvent pour notre carrière ceux qui l'aiment et la 
pratiquent sincèrement. 

C'est que, pour M. Claudin, le plaisir de chercher ces 
beaux livres auxquels il arracha tant de secrets était si 
grand qu'il ne put jamais s'en priver. Que de voyages 
entrepris à travers la France et l'étranger pour trouver 
un de ces volumes qui faisaient sa joie, et cela jusqu'aux 
derniers mois de son existence. 

Et, que l'on ne suppose pas qu'il était soutenu dans 
ces recherches, souvent pénibles, par l'amour du gain 
et l'espérance d'un gros bénéfice I Peu de libraires furent 
plus désintéressés que M. Claudin. Combien de biblio- 
thèques, de travailleurs, d'amateurs, profitèrent à bon 
compte de ses nombreuses et précieuses découvertes? 
Il se trouvait suffisamment récompensé de ses peines 
par le plaisir d'avoir tiré de l'oubli et préservé de la 
destruction le livre qu'il avait eu le bonheur de ren- 
contrer. 

Les connaissances de M. Claudin en matière de 
librairie étaient des plus étendues. Ses confrères ne 



150 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

rignoraient pas et souvent ils firent appel à ses lumières; 
il est rare qu*il n'ait pas répondu à ce qu'ils attendaient 
de lui. Mais il était particulièrement obligeant pour 
ceux qui partageaient âon amour des vieux livres; il les 
aidait de ses avis et de ses conseils, s'entretenant volon- 
tiers avec eux de ses travaux, les initiant à ses décou- 
vertes, heureux d'encourager ceux qu'il croyait capables 
d'honorer une professsion qui lui était chère. 

Ces relations si bienveillantes et si cordiales lui 
avaient attiré l'affection de tous ses confrères et Ton se 
souvient avec quelle joie ils accueillirent, il y a trois 
ans, la distinction si justement accordée à M. Claudin, 
pour ses beaux travaux 

Depuis quelques années, la santé de M. Claudin était 
gravement compromise. La vigueur de sa constitution 
et les soins affectueux dont il était entouré pouvaient 
donner l'espérance de le voir triompher du mal qui 
l'accablait. Mais la mort Ta emporté sans lui laisser le 
temps d'achever son œuvre, augmentant encore les 
regrets que nous cause sa disparition. Ils seront diffi- 
ciles à apaiser et longtemps le souvenir de cet excellent 
homme restera vivace et fidèle dans la mémoire de ceux 
d'entre nous qui l'ont connu et apprécié. Sa carrière 
demeurera un bel exemple pour ceux qui se consacre- 
ront à la librairie. 

Au nom des libraires qui vous ont aimé, je vous 
adresse, cher M. Claudin, un suprême et dernier adieu. 

Nous avons annoncé qu'une notice serait consacrée, dans 
le Bulletin du Bibliophile, à celui qui fut Tun de ses amis les 
plus dévoués et de ses collaborateurs les plus fidèles, nous 
sommes heureux de dire que cette notice sera écrite par l'un 
des hommes les plus compétents en matière d'histoire de 
rimprimeric, M. Philippe Renouard. G. V. 



REVUE 

DE 

PUBLICATIONS NOUVELLES 



— Gustave Flaubert. — Madame Bovary. Compositions de 
Alfred de Richemont gravées à Teau-torle par C. Chessa. 
Préface par Léon Hennique. Paris, librairie des Ama- 
tears, A. Ferroud, F, Ferroud successeur, 127, boulevard 
Saint-Germain, 127, 1905, in-8° jésus de 4 ff. IV-334 pp. 
et 1 f . 



La publication de Madame Bovary, dans la Revue de Paris, attira 
sur Gustave Flaubert les foudres delà justice. Défendu par M«Senard, 
Flaubert fut acquitté et du coup devint célèbre. M. Léon Hennique 
a réimprimé en tête de la luxueuse édition que vient de publier 
M. François Ferroud, les attendu de ce jugement qui ne manquent 
pas d'une douce gai té. « Bravo ! Joseph Prudhomme ». telle est la 
conclusion de M. Hennique. Ces trois mots sont significatifs. Mais 
que diraient les magistrats du procès Bovary, s'ils avaient à se pro- 
noncer aujourd'hui sur tant d'oeuvres librement mises en vente et 
qui n'ont, le plus souvent, pour tout mérite que leur intention 
voulue d'être malsaines et pornographiques. S'ils voulaient exercer 
leurs rigueurs, les tribunaux ne chômeraient guère ; mais ce n'est 
pas ici le lieu de disserter sur ce sujet et j'en reviens au majestueux 
monument érigé à la mémoire de Gustave Flaubert par le sympa- 
thique éditeur du boulevard Saint-Germain. 

« A l'heure actuelle, dans notre pays seul, écrit M. Hennique, 
trois cents éditions, Lévy, Charpentier, Lemerre, Quantin, trois 
cent mille volumes témoignent de la gloire de Gustave Flaubert ; 
jusqu'à présent la quantité avait primé la qualité. L'édition récente 
de M. François Ferroud se recommande tout particulièrement à 
l'attention des admirateurs du célèbre romancier et des bibliophiles 
par les magnifiques illustrations dont elle est ornée. 

L'illustration de Madame Bovary se compose d'un frontispice: 



152 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

d'un fleuron de titre, de trois en-tête, de trois culs-de-lampe et de 
dix-neuf planches hors texte. 

M. A. de Richemont est un peintre de grand talent, que les habi- 
tués du Salon des Champs-Elysées connaissent et apprécient de 
vieille date ; mais c'est, si je ne me trompe, la première fois qu'il 
met son pinceau noble et distingué au service de Tillustration d'un 
livre. M. Ferroud peut être fier d'avoir fait choix de cet artiste, car 
les compositions qu'il a exécutées pour Madame Booary sont en par- 
faite harmonie avec le texte de Flaubert qu'elles traduisent aussi 
fidèlement qu'on le pouvait souhaiter. Suivant l'exemple, fâcheux 
du reste, de quelques illustrateurs, il aurait pu se contenter de 
grouper des modèles en son atelier, sans tenir compte de mille 
petits détails de précision qui ont une extrême valeur. M. Hennique, 
bibliophile éclairé autant qu'amateur délicat, nous dit toute la cons- 
cience apportée par l'artiste dans la tâche qu'il a assumée et il le dit 
trop bien pour que je ne cède pas à la tentation de lui passer la 
plume : « Mais non ! Il est allé à Rouen. Le tombeau de Louis de 
Brézé, dans la cathédrale, son portail de droite l'indiquent et aussi des 
coins de rues, maintes perspectives, le balcon de pierre, les hôtels 
de province, leur mobilier triste, leur parure frigide. Puis il s'est 
rendu au bourg que Flaubert nomme Yonville, y a visité, croqué 
l'ancienne pharmacie d'Homais, où son successeur le pilota; y a 
visité réglise, église curieuse, avec son porche renaissance, son 
porche en bois sculpté. Comme la boutique d'Homais, ce porche a 
servi pour Tillustration, et j'y examine de plus, dernière planche du 
volume, la chambre mortuaire de Madame Bovary, la pièce véritable 
où les racontars locaux disent l'empoisonnement de l'héroïne vraie.» 

M. de Richemont n'a épargné ni temps ni peine, mais il trouve sa 
légitime récompense dans la faveur qui a accueilli son œuvre ; il 
serait injuste de ne pas associer au grand succès qu'il vient de rem- 
porter l'artiste, non moins consciencieux que lui, Texcellent graveur 
M. C. Chessa, qui a interprété les compositions du peintre avec la 
robustesse et la dextérité dont il est coutumier. 

M. Ferroud, le metteur en scène, ne saurait être oublié non plus; car si 
un livre de luxe vaut par la qualité de son texte, la beauté de sonillus-« 
tration, le soin de sa typographie, il faut autre chose encore pour 
(lu'il soit irréprochable et cette autre chose, c'est le goût de l'éditeur 
et son habileté à régler l'ordonnance générale du volume. L'impo- 
sante édition de Madame Bovary fait le plus grand honneur à tous 
ceux qui y ont collaboré. 

Gkorges Vicaire. 



REVUE DE PUBLICATIONS NOUVELLES 153 

- Dictionnaire historique des arts, métiers et pro- 
fessions exercés dans Paris depuis le treizième siècle, 
par Alfred Franklin, administrateur de la Bibliothèque 
Mazarine. Avec une préface de M. E. Levasseur, 
membre de l'Institut, administrateur du Collège de 
France et professeur au Conservatoire national des 
arts et métiers. Paris, H. Velier. éditeur, librairie 
universitaire française et étrangère, 4, rue Bernard- 
Palissg, 4. Leipzig, Salomonst russe, 16, gr. in-8 de XXVI 
pp., 1 f. et 856 pp. 



« L'auteur, écrit M. Levasseur, dans la belle préface du livre de 
M. A. Franklin, aurait pu donner pour titre à son ouvrage Les Archives 
curieuses du peuple de Paris. On fait, en lisant les articles de son 
Dictionnaire^ un voyage à travers les âges dans la vie intime du 
peuple parisien, pénétrant successivement d'article en article dans 
les détails de son organisation professionnelle, de son travail, de son 
ménage, de sa condition sociale, et on le fait sous la conduite d'un 
savant d'une érudition vaste et rare, doublé d'un aimable conteur, 
qui est depuis longtemps un des maîtres les plus autorisés de This- 
toire économique de la vieille France». 

Ces quelques lignes donnent une idée claire et précise de ce qu'est 
le gros dictionnaire de M. Franklin ; elles font ressortir, avant même 
qu'on ait ouvert le livre, l'intérêt et la multiplicité des rensei- 
gnements que Ton doit y trouver. L'auteur de la Vie privée d^au- 
trefois — ouvrage aujourd'hui presque classique et qui, résumé, 
amendé et mis à la portée des élèves des écoles et lycées, leur serait 
une excellente source d'instruction — l'auteur, dis-je, a étudié jusque 
dans les moindres détails tous les arts, métiers et professions pari- 
siens, depuis le treizième siècle. On aurait peine à imaginer l'exis- 
tence d'un aussi grand nombre de métiers si M. Franklin ne nous en 
fournissait une preuve irréfutable en les faisant défiler un à un sous 
nos yeux. 11 en est de disparus aujourd'hui, de foii: peu connus ; 
l'auteur s'est principalement efforcé de recueillir et de noter sur ces 
dernier^ les renseignements les plus circonstanciés ; pour d'autres 
qu'il a pris soin de terminer par un astérisque, il prévient qu'il ne 
leur a pas donné plus de développements parce qu'ils se trouvent en 
partie tirés des volumes de la Vie privée d autrefois^ publiés de 1887 
à 1902 à la librairie Pion ; il se borne à y renvoyer le lecteur, pour 
surplus de détails. 

Le Dictionnaire de M. Franklin, d'un intérêt général pour l'étude 
de la vie sociale à Paris, offre aux bibliophiles un intérêt particulier : 



154 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

ils trouveront, en effet, traités très copieusement tous les métiers, 
arts ou professions qui touchent au livre, à Timprimerie ou à la 
librairie : bouquinistes, brocheurs, censeurs, chrysographes, colpor- 
teurs, compositeurs, conscience (ouvriers en), copistes, correcteurs, 
doreurs de livres, écrivains, éditeurs, enlumineurs, fondeurs en 
caractères, graveurs sur bois, graveurs en caractères pour la 
musique, graveurs de musique, graveurs en taille douce, impri- 
meurs, imprimeurs-lithographes, imprimeurs de musique, impri- 
meurs en taille douce, libraires, margeurs, metteurs en pages, 
papetiers, papiers (marchands de vieux), parcheminiers, pressiers, 
protes, ratureurs de parchemin, relieurs de livres, trempeurs, etc. 
A noter aussi le long article relatif aux bibliothécaires. 

Pour mener à bien un travail aussi considérable, il fallait toute 
la science et toute l'activité de M. Franklin, les efforts du savant 
auteur du Dictionnaire historique des artSj métiers et professions^ ont 
été couronnés de succès et il peut être assuré que son œuvre, d'une 
lecture agréable et instructive à la fois, rendra aux travailleurs les 
services les plus marqués. 

G. V. 



CHRONIQUE 



Bibliothèque de l'Arsenal. — Par décret du Président de la 
République, M. Henry Martin, conservateur de la Bibliothèque de 
TArsenal, vient d'être nommé administrateur de cette même biblio- 
thèque, en remplacement de feu M. José-Maria de Heredia, de 
FAcadémie française. 

Les titres de M. Henry Martin, auteur du Catalogue des manuS" 
crits de la Bibliothèque de F Arsenal et de tant d'autres travaux d'éru- 
dition, son ancienneté dans la carrière, son expérience et son goût 
le désignaient pour occuper le poste qui vient de lui être attribué; 
Tous ses collègues, tous ses amis se réjouissent de cette nomination ; 
le Bulletin du Bibliophile et son directeur en sont particulièrement 
heureux; ils adressent à leur savant collaborateur leurs félicitations 
bien vives et bien sincères. 

Les Cent Bibliophiles viennent de publier leur annuaire pour 
1906. Comme les précédents, il contient les statuts de la Société, son 
règlement intérieur, le compte rendu de l'assemblée générale du 
12 décembre 1905, les comptes de l'archiviste-trésorier, la liste des 
sociétaires au 1"^ janvier 1906 et la liste des publications faites par la 
Société. 

Le Livre contemporain a tenu son assemblée générale, le 10 
mars dernier, chez Marguery. 

Après examen et approbation des travaux et des comptes de 
l'exercice écoulé, il a été procédé à l'élection d'un nouveau sociétaire, 
M. Raymond Poincaré, puis à la vente des originaux de M. Richard 
Ranft pour « le Crépuscule des Dieux, » d'Elemir Bourges, la der- 
nière publication de cette société de bibliophiles. 

Les Heures de Blanche de France. — Au mois d'août 1905, 
le savant professeur de Goettingue, M. Wilhelm Meyer, signalait à 
M. Léopold Delisle la présence d'un livre d'heures précieux dans la 
bibliothèque de S. A. le prince Chrétien-Ernest de Stolberg-Werni 



156 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

gerode, dont le bibliothécaire est le Di* Ed. Jacobs. L'ancien adminis- 
trateur général de la Bibliothèque nationale, éprouvant un vif désir 
de connaître ce manuscrit, pria M. Jacobs de lui en faire photographier 
une douzaine de feuillets. Les photographies furent exécutées et 
envoyées aussitôt. M. Delisle remercia son correspondant joutant : 
«r Si la vue des photographies m'a donné pleine satisfaction, elle 
m'a fait vivement regretter de n'être plus assez jeune pour aller 
étudier sur place le manuscrit Z à 48 de Wernigerode ». Le D' Jacobs 
fit part au prince des regrets de M. Léopold Delisle et le prince,fidèle 
aux traditions de ses ancêtres, qui avaient ouvert dès 1570 la biblio- 
thèque de Wernigerode aux travailleurs, donna Tordre d'envoyer 
aussitôt en communication à Téminent membre de l'Institut le 
précieux livre d'heures. 

Et c'est grâce à la libéralité du prince de Stolberg-Wernigerode 
que nous devons d'avoir aujourd'hui l'identification de ce psautier 
exécuté, dans des ateliers parisiens, pour Blanche de France, 
duchesse d'Orléans, née en 1328, décédée en 1392. M. Léopold Delisle 
a d'abord recherché l'origine du livre, puis, cette origine établie, il 
en a fait une description savante et détaillée. Cette étude a paru 
dans la « Bibliothèque de l'École des Chartes «, tome LXVl, pp. 489 
à 539 ; il en a été fait un tirage à part, orné de quatre planches 
reproduisant en fac-simile quatre pages du manuscrit avec lettres 
ornées et miniaturées. Dans une Addition à la Notice sur les Heures 
de Blanche, duchesse d'Orléans^ M. Delisle a complété, d'après deux 
notes de M. Vidier, de la Bibliothèque nationale, les renseignements 
donnés sur cette princesse. 

Bernard Prost. — M. Maurice Perrod a consacré à notre très 
regretté collaborateur Bernard Prost une notice émue, dans laquelle 
il a retracé sa vie toute d'honneur et de travail. Cet hommage 
suprême, publié dans la Revue viticole de Franche -Comté et de Bour- 
gogne, est suivi d'une bibliographie des œuvres de l'ancien inspec- 
teur général des bibliothèques et des archives; il en a été fait un 
tirage à part, orné d'un portrait très ressemblant de Bernard Prost, 

Recueil collectif de poésies publiés de 1597 à 1700. — 

M. Frédéric Lachèvre vient de mettre VExegi monumentum à cette 
admirable bibliographie, dont nous avons plusieurs fois entretenu 
les lecteurs du Bulletin du Bibliophile, Voilà donc cet important 
ouvrage, si précieux pour l'histoire poétique du XVll' siècle, complè- 
tement achevé par l'apparition du tome IV. Ce volume de supplément 
contient les additions, les corrections et les tables générales. Nous 
sommes heureux de féliciter ici notre érudit et infatigable collabo- 
rateur qui, par un labeur ardu et minutieux, s'est acquis de justes 
titres à la reconnaissance des bibliophiles et des lettrés. 



CHRONIQUE 157 

Livres perdus, ignorés ou uniques. — M. A. Delpy vient de 
publier, à cent exemplaires numérotés, à la librairie A. Durel, le 
premier tom.e d'un Essai de bibliographie spéciale des livres perdus, 
ignorés ou connus à Vétat d'exemplaire unique (gr. in-8 de 1 f. blanc, 
3 ff. et 156 pp.)- Ce volume comprend 1028 articles et va' de la lettre 
A à la lettre G. Nous signalons, dès maintenant, cette bibliographie 
intéressante par le sujet qu'elle traite, nous réservant d'en parler 
plus en détail lorsqu'elle sera complètement achevée. Ajoutons que 
cinquante exemplaires seulement sont mis dans le commerce. 

Elvire et les « Méditations », — Après Sainte-Beuve, c'est à 
Lamartine que M. Léon Séché consacre une importante étude sous 
le titre de Lamartine de 1816 à 1830. Elvire et les Méditations, (Paris, 
Mercvre de France, in-18). Le volume, orné d'un portrait d'Elvire 
en héliogravure, comprend les six chapitres suivants, précédés d'une 
introduction, suivis d'un appendice et d'une table des noms cités : 
L La mère de Lamartine. II. Julie Bouchaud des Hérettes, III. Elvire. 
IV. Les Sources littéraires des « Méditations. » V. Les manuscrits de 
Lamartine. VI. Lamartine et l'École romantique. 

Cette étude, écrite par M. Léon Séché d'après des documents iné- 
dits puisés à bonne source et très consciencieusement traitée, est 
une importante contribution à l'histoire de l'illustre poète et du 
romantisme. 

Ije Vieux Poissy. — Tel est le titre d'une plaquette que vient de 
publier à la librairie Henri Leclerc, un bibliophile distingué, 
M. Henri Parguez. L'auteur, qui a écrit cette intéressante notice 
locale d'après des documents inédits, y étudie tour à tour les origines 
de la Mairie, la Rue des Dames en 1792, le Trésor de l'Église, ses reli- 
ques et reliquaires, « Depuis quand la grand'messe se dit au chœur «, 
le porche et les statues des portails, Marie-Jeanne et Marie-Margue- 
rite, les cloches de l'Eglise, baptisées l'une en 1710, l'autre en 1754, 
le tombeau, le chœur, 1 aspect des rues d'autrefois, les petites écoles, 
écoles de charité. Un chapitre est conracré aux d'Artagnan à Poissy. 
L'auteur a également publié, dans son travail, l'adresse de la com- 
mune de Poissy à la Convention nationale à propos de la chute de 
Robespierre. 

Le Vieux Poissy, est orné d'une planche représentant l'église 
d'après un dessin de 1823. 

Georges Bangolsky, lorrain» d'origine polonaise, soldatfranc, sin- 
cère, loyal, a laissé le journal manuscrit de ses campagnes, aujourd'hui 
pieusement conservé dans sa famille. Le brillant ofOcier de hussards 
y a consigné, sans forfanterie mais aussi sans modestie affectée, tout 
ce qu'il a vu, tout ce qu'il a fait dans les rangs de l'armée française 
de 1797 à 1815. M. le capitaine de frégate Georges Dubois, petit-fils 



158 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

de Bangofsky, possesseur du manuserit, a confié à son beau-frère, 
M. Alexandre de Roche du Teilloy, membre de l'Académie de Sta- 
nislas, le soin de le publier. 

L'éditeur a dû se résoudre à faire quelques coupures dans ce 
journal, y resserrer les récits, et supprimer des archaïsmes, des 
fantaisies, des étourderies d'orthographe, etc. Mais ces coupures et 
ces corrections n'enlèvent rien à l'intérêt du manuscrit laissé par 
Georges Bangofsky. M. A. de Roche du Teilloy a placé en tête de ce 
curieux ouvrage un joli portrait de son grand oncle d'après une 
toile peinte, en Poméranie, en janvier 1812. Les Étapes de Georges 
Bangofsky, officier lorrain, — tel est le titre de ce journal — ont été 
tirées à 10 ex. sur pap. de Hollande et à 290 ex. sur pap. vélin, tous 
numérotés. 

Revue des arts graphiques. — Depuis quatorze ans, Tinté- 
ressante revue que dirige M. Paul Bluysen publie, à l'occasion du 
jour de l'an, un numéro spécial dans lequel notre sympathique con- 
frère passe en revue les principales publications de luxe des grandes 
maisons d'édition. Le numéro des étrennes de 1906 est particulière- 
ment attrayant; les gravures de tous genres, en noir et en couleurs, 
y ont été multipliées; c'est un régal pour les yeux de regarder les 
planches de cet album, comme c'est un plaisir de lire le texte qui 
les accompagne. Tous nos compliments à M. Paul Bluysen. 

Le marquis et la marquise de Bombelles. — 11 y a quel- 
ques mois, M. le comte Fleury consacrait un charmant volume à 
Angélique de Mackau, marquise de Bombelles, qui eut un grand suc- 
cès. Après la Cour de Madame Elisabeth voici, dans le second 
volume, les Dernières années du marquis et de la marquise de Bom- 
belles (Paris, Emile-Paul, in-8). En ces pages très vivantes, remplies 
d'anecdotes et présentées avec clarté et élégance, le comte Fleury 
nous fait d'abord assister, dans le cadre d'une Cour finissante, aux 
premiers chapitres de la Révolution, puis- il nous conte des épisodes 
absolument nouveaux de l'histoire de TÉmigration. On suit Tamie de 
Madame Elisabeth jusqu'à sa dernière heure, son mari entré dans 
les ordres et mort évéque d'Amiens. Le volume se termine avec 
l'aventure de leur troisième fils Charles, qu'un étrange hasard fit 
devenir le troisième mari de Marie-Louise. Livre fort agréable à 
lire et qui peut être mis dans toutes les mains. 

Le Conventionnel Prieur de la Marne. — Les études sur la 
Révolution se multiplient de toutes parts. Cette terrible époque, eu 
effet, est plus que toute autre, riche en faits tragiques encore insuf- 
fisamment étudiés, féconde en bouleversements capables d'intéresser 
les plus indifférents et d'émouvoir les plus froids. L'ouvrage de 
M. P. Bliard vient donc à son heure. 



CHRONIQUE 159 

A l'aide de documents officiels, la plupart inédits, tirés des divers 
dépôts d'archives de Paris et de la province, il nous fait pénétrer 
dans la vie de l'un des plus fameux proconsuls de ce temps. Il nous 
le montre introduisant la Révolution dans une contrée qui n'en vou- 
lait pas, courbant les têtes sous son autorité despotique et sangui- 
naire, imposant silence aux répugnances les plus vives, multipliant 
les emprisonnements et les massacres. 

On devine tout ce qu'un tel tableau présente d'instructif et de 
tristement attrayant. 

Toutefois, le récit devient plus palpitant encore lorsque l'auteur 
nous fait assister à la destruction de la Vendée, aux tueries que le 
membre du Comité de Salut Public commande ou approuve. Trop 
souvent jusqu'ici, en lisant les ouvrages écrits sur ce lamentable 
drame, quelques-uns se sentaient pointés à une sorte d'incrédulité 
devant les forfaits racontés, tant ils étaient horribles. Effectivement, 
c'étaient ordinairement les cris des victimes qu'on nous faisait 
entendre, leur témoignage qu'on alléguait, leurs relations qu'on 
exploitait, leurs récits qu'on reproduisait. M. Bliard, lui, pour 
couper court à tout doute, n'appellent à témoigner que les ennemis 
de la Vendée. Ce sont leurs lettres, leurs arrêtés qu'il évoque, leurs 
paroles qu'il répète, leurs jugements qu'il signale, les faits avoués 
par eux qu'il expose. Impossible donc de demeurer sceptique devant 
les détails qu'il relate, de passer en secouant dédaigneusement la 
tête, comme si tout cela n'était qu'élucubrations grossies ou ima- 
^nées à plaisir. 

Si les hommes de la Terreur, et notamment Prieur de la Marne, ne 
sortent pas grandis de ces pages, la vérité du moins y reprend tous 
SCS droits, appuyée qu'elle est sur une sereine impartialité et une 
érudition large et solide. 

Le Conventionnel Prieur de la Marne en mission dans VOuest, un vol. 
in-8», est édité par la librairie Emile-Paul, 100, faubourg S^Honoré. 

Ventes de livres. — Les 11 et 12 avril, à l'Hôtel Drouot, salle 
N« 7, à 2 heures, vente de très beaux livres modernes recouverts de 
reliures d'art par Mercier, Marins Michel, Gruel, Lortic, P. Ruban 
René Kieffer, R. Chambolle, Bretault, Canapé, Noulhac, Ch. Meunier, 
A. Cozin, Carayon, composant la collection de. M. A. Romagnol, 
éditeur et graveur. (M, A. Durel, expert). 

Nécrologie. — Nous apprenons avec regret la mort de M. Paul 
Desbois, libraire, décédé le 22 février, à la suite d'une cruelle ma- 
ladie. 

M. Paul Desbois n'était âgé que de 45 ans. 






LIVRES NOUVEAUX 



Réimpressions de livras «nolens, 
Bibliographie, Autographes, Manuscrits, ImprimM 
Reliure, Blason, Généalogie, Chroniques, Ex-llbriSi 



— Louis Thomas. — I.es Dernières Icfons de Marcel S 
Frauçois Villo'u. Avec ud fac similc d'une page du n 
Stockholm. Para, Éditions de Psgché, Si, rue de Pa*s% 

— Loya Deltkil. ~ Le Peintre-graveur illustré (XIX" cl ' 
Torac premier. J.-F. MilleL — Th. Rousseau. — Jules 
J. Barthuld Jongkiiid. [Avec reproduction de gravures]. 
l'auteur, '23, rue des Bons-Enfants, in-4. 

Tiré A 23 ex. de luxe A 3a fr. ul A 300 ex. sur pap. ordinaire A 10 

— Library of Congrcss. — Llsl of Cartularies (priiicipally 
rccently addcd lo the Library of C.ungress, with somc 
accessions. Compilcd under tiie direction or Appleton P 
Clark Griffin, chief liibliographer. Washington, Gooer- 
prinling office, pet. in-1. 

.— Bibliographie des travaux historiques et archéologiques, p' 
par les Sociétés savantes de la Prancc, par ]{. de LastetC 
ViDiBB. Tome V, 1" livraison. Paris, Ernest Leroivr. in-4> (4 : 

— Des noms et des dates. Les Rois et les gouvernements de la F 
de Hugues Capet à l'année 1906, par Alfred Fha.nkun, admin 
leur de la Dililiuthéque Mazarine. Deuxième édition entière 
refondue. Parit. H. Wetter, in-18 



PublicaUoi 



I dlTersi 



— Henri Hkinb. — l'oésie : Intermezzo ; le Ketour ; Lieds ; Vi 
dans le Harz ; la Mer du Nord ; Alla Troll ; Gcrroania ; La 
Prose : Le Tambour Legrand ; Les Dieux en exil ; LcIlablndeBi 
rach ; Nuits Florentines ; Pensées ; Quelques lettres. — A| 
dice : Documents et bibliographie. Avec une notice et an pari 
Parit, Société do Mereore de France, in-î8 (3 fi-. 50). 

- Henri de ItKQ.sien. - La Sandale ailée. 1903-1905. ParU. Si 
do Mercorede France., in-18 (3 fr. ftO). 



lia 



c llollnudc m- IJ à 



■>) et .1 ei 




et qa. 

(Statnh 
de «16, 
dire tout 
honore pa. 



(I) Article sur 
tembrc 1903. 



r 



4' 



IN BOIS VÉNITIEN INÉDIT 



DU XVe SIECLE 



M. Jacques Rosenthal, libraire antiquaire à Munich, 
vient d*acquérir un bois du XV*' siècle, — un Saint 
Sébastien — entièrement inédit, du moins à notre 
connaissance, et qu'il a bien voulu mettre à notre dispo- 
sition, au moment où nous sommes en train de revoir 
les premières épreuves de notre Bibliographie des livres 
à figures vénitiens. 

Celle superbe planche, qui, sans nul doute, fut gravée 

à Venise vers 1490, a dû servir au tirage, sur feuilles 

volantes, d'une de ces images de piété qu'on distribuait 

aux fidèles pendant certaines messes, à l'offertoire, ou 

qui étaient imprimées spécialement pour les membres 

de quelque confrérie. Nous avons eu l'occasion, il y a 

trois ans, de reproduire dans la Gazettedes Beaux- Arts (\)y 

une miniature représentant le Martyre de Saint Sébastien ^ 

et qui sert de frontispice à une Mariegola dei Verrieri 

(Statuts de |la corporation des verriers), manuscrit 

de 1346, conservé à YArchiviode Venise. Nous ne saurions 

dire toutefois si Saint Sébastien était particulièrement 

honoré par les verriers vénitiens ; il serait même difficile 

(1) Article sur Le premier livre xylographique italien ^ 1»^ sep- 
tembre 1903. 

12 



162 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

d'établir une relation quelconque entre la carrière et la 
mort de l'ancien officier des gardes de Dioclétien et le 
métier des artisans qui travaillaient le verre dans les 
célèbres ateliers de Venise et des îles de la lagune. D'autre 
part, Saint Sébastien était un des patrons invoqués, 
comme Saint Roch, contre la peste ; d'après une tradi- 
tion où l'on pourrait voir une réminiscence de l'anti- 
quité grecque, les flèches qui criblaient le corps du 
martyr symbolisaient les atteintes mortelles du fléau qui 
fit tant de ravages en Europe jusqu'aux temps 
modernes. A ce titre, la représentation de son supplice 
devait cire une des plus populaires entre toutes ces 
imagesqueles imprimeurs de Venise {Stampatori di santi) 
fournissaient par quantités aux églises et aux Scuole^ et 
dont la Bibliothèque de Ravenne possède une si intéres- 
sante collection. 

Le bois acheté par M. Jacques Rosenthal est moins 
ancien que la plupart des images de Ravenne ; mais 
l'élégance du dessin et Thabileté de la taille le classent 
parmi les productions les plus importantes des maîtres 
graveurs qui firent école à la fin du XV*^ siècle. Il est du 
même style que cette belle figure de chevalier qui fut 
gravée pour le Guerrino de 1493, et employée Tannée 
suivante (avec substitution d'une tète de femme au chef 
cascjué de Guerrino) dans le Libro délia regina Ancroia; 
ou que cet autre personnage, couvert aussid'unearmure, 
exécuté par la même main pour VAltobello de 1499. Il y 
a même entre la tète du Saint Sébastien et celle de 
l'Ancroia une ressemblance qui n'est pas due seulement 
à la pureté du contour et à la disposition des boucles de 
cheveux tombant sur le cou et encadrant le visage; elle 
se remarque surtout dans le regard, dans ces yeux levés 
vers le ciel, et dont l'expression — mélancolie rêveuse 
chez la guerrière, soufl'rance résignée chez le martyr — 



UN BOIS VÉNITIEN INÉDIT DU XV^ SIÈCLE 163 

donne aux deux physionomies un caractère presque 
identique. On peut rapprocher encore du Saint Sébastien 
un Saint Michel terrassant le démon, que nous avons 
reproduit dans notre étude sur Les Missels vénitiens, 
d'après le Missale ord. CamalduL, imprimé en 1503 par 
Antonio Zanchi. Ce dernier bois, il est vrai, est discrète- 
ment ombré, au lieu d'être au simple trait, et le terrain 
y est traité en noir, à la manière florentine ; mais le 
graveur — dont le monogramme : b. M se détache en 
blanc au bas de l'encadrement à fond noir — est bien de 
cette école d'artistes de premier ordre à qui sont dus les 
chefs-d'œuvre que nous venons de citer. C'est la même 
science du dessin, unie à la même maitrise dans le 
maniement de l'outil qui attaque le bois à longs traits 
hardis et déliés ; et la physionomie féminine de l'archange, 
avec ses longs cheveux bouclés, ses grands yeux aux 
paupières un peu lourdes — tels qu'on en voit à cer- 
taines Madones de Bellini, — semble n'être qu'une autre 
réplique, à peine modifiée, de ce type de noblesse exquise 
et de grâce juvénile, répété antérieurement dans 
l'Ancroia de 1494 et l'Altobello de 1499, comme en des 
personnages issus d'une même famille. Il convient de 
remarquer que ces diverses figures, exécutées tout exprès 
pour illustrer des ouvrages d'un certain prix, sont supé- 
rieures au Saint Sébastien par le fini des détails : les 
extrémités y sont plus soignées, le visage plus régulier, 
la chevelure plus finement traitée. Ces défectuosités ne 
font que confirmer l'opinion que nous avons avancée 
plus haut quant à la destination de l'image qui nous 
occupe ; elles ne diminuent en rien le mérite du graveur 
qui fut chargé de la tailler. Comme dans certaines 
esquisses crayonnées hâtivement par un grand artiste, 
la dépense du talent est moindre, si l'on veut ; mais on 
reconnaît quand même la main d'un maître. 



164 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

La planche du Saint Sébastien^ malgré des trous de 
vers et quelques cassures qui n'endommagent en rien 
les parties principales, est dans un état de conservation 
dont on pourra juger par la reproduction, d'exacte 
grandeur, que nous donnons ici. Nous remercions vive- 
ment M. Jacques Rosenllial de nous avoir permis 
d'admirer à loisir cette précieuse pièce, digne de figurer 
dans les vitrines de quelque grand musée, à côté des plus 
beaux spécimens de l'art italien à l'époque de la Renais- 
sance. 

Prince d'Esslino. 



QUELQUES LETTRES INEDITES 

DE LA MARQUISE DU CHATELET 

ET 

DE LA DUCHESSE DE CHOISEUL 

(1745-1775) 



Le P. François Jacquier, né à Vilry-le-François, 
le 7 juin 1711 et mort à Rome le 3 juillet 1788, apparte- 
nait à Tordre des Minimes. Après sa profession 
religieuse, il occupa dans cette ville diverses chaires. 
Il résidait à la Trinité du Mont Pincio où les Minimes 
français, établis par Charles VIII, enrichis par tous les 
rois de France, possédaient une église du litre cardina- 
lice, un vaste couvent, des ornements sacerdotaux d*une 
richesse incomparable, des tableaux de maîtres, des 
biens qui rapportaient environ 100,000 livres tour- 
nois (1). 

François Jacquier fut Tun des plus grands mathémati- 
ciens du XVIIIû siècle et, avec son ami le P. Le Seur (2), le 
plus ardent propagateur comme le plus habile commen- 
tateur des doctrines de Newton. Les Minimes paraissent, 
d'ailleurs, avoir cultivé les mathématiques avec prédi- 
lection. Ils avaient produit, dans le siècle précédent, le 

(1) Frédéric Masson, Le Cardinal de Bernis depuis son ministère 
(1758-179^), Paris, Ollendorff, 1903, p. 138 ; Valéry, Voyages histo- 
riques et littéraires en Italie^ Paris, Vve Lenormant, t. IV, 
p. 113-114. 

(2) L*abbé Boulliot, Biographie ardennaise, Paris, 1830, t. Il, p. 93. 
Le P. Le Seur était de Rethel. 



166 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

P. Mersenne, « Tun des hommes en France qui a le plus 
contribué aux progrès des hautes sciences » (1). Chargés 
de renseignement à l'école militaire de Brienne, ils 
devaient compter parmi leurs élèves le jeune Bona- 
parte (2). L'érudition du P. Jacquier était universelle. 
Nous n'avons pas Tintention d'insister en ce moment 
sur la biographie, pourtant trop peu connue, de cet 
illustre religieux qui était véritablement un « encyclo- 
pédiste », au sens le meilleur et le plus élevé du mot. 

Nous rappellerons seulement qu'il se fit estimer de ce 
grand railleur de Vol luire, que Gœlhc (3) lui fit visite à 
Rome, qu'il fut aimé el admiré de tout le monde érudit 
et savant de celte époque (4), et nous ne rapporterons 
qu'un seul témoignage de cette universelle admiration 
qu'il excita pendant toute sa carrière. Le Président de 
Brosses, pendant son séjour en Italie en 1739 et 1740, 
rencontra le P. Jacquier à la Trinité du Mont : « J'y ai 
trouvé, dit-il, un P. Jacquier, très habile géomètre qui 
travaille avec un sien compagnon à. un commentaire 
en quatre volumes in-4" sur la philosophie de Newton. 
Les premiers volumes s'impriment actuellement à 
Genève. J'ai ouï dire beaucoup de bien de cet ouvrage. 



(1) De la Chapelle, Traité des sections coniques et autres courbes 
anciennes, Paris, Quillau, 1750, p. 329. 

(2) Voy. sur ce point le livre si brillant et si fortement documenté 
de M. Arthur (^Iiuquet, La jeunesse de Napoléon. Brienne. Paris, 
CoHn, 18i)7, p. 110 et 128.— Parmi les mathématiciens illustres des 
Minimes on peut encore citer le P. Magnan ; dans les sciences natu- 
relles ils ont eu les PP. Feuillée et Plumier. 

OU (i(L'the, Voijatjc en Suisse et en Italie^ trad. par Jacques Porchat, 
Paris. Hachette, 1«()2, p. 217, et Sàmmtliclic WerkCy Paris, Baudry, 1840. 
p. 51)5, à la date du 25 janvier 1787. 

(4) Il était l'ami de lahhé Barthélémy, de Caylus et de Paciaudi. 
Cf. Correspondance inédite du comte de Caijlus avec le P. Paciaudi, 
tliéatin, (17C)7-1765J, publiée par Charles Nisard, Paris, Imprimerie 
nationale, 1877, p. 161 et passim. 



QUELQUES LETTRES INÉDITES 167 

Vous savez ce que disait Malebranche, que Newton était 
monté au plus haut de la tour, et avait tiré Téchelle 
après lui. Le P. Jacquier fabrique une nouvelle échelle' 
pour l'atteindre » (1). 

L'excès de travail avait affaibli la santé du P. Jacquier 
qui occupait depuis longtemps la chaire de physique 
expérimentale au collège de la Propagande, et était en 
train de terminer son célèbre commentaire, en latin, des 
Principes maihémaiiques de philosophie naturelle de 
Newton (2). On lui conseilla d'aller respirer l'air natal. 

11 passa une année en France où Louis XV lui accorda 
une pension de cinq cents livres. Il vint à Paris. Il parut 
dans le monde de la science et des académies. Le 13 oc- 
tobre 1744, alors qu'il était déjà revenu en Italie, le géo- 
mètre Clairaut lui écrivait que les savants parisiens 
avaient trouvé cette apparition bien courte : « David a 
été un peu fâché de vous voir emporter votre calcul inté- 
gral et d'Alembert, que j'ai rencontré l'autre jour à la 
Comédie, m'a paru un peu étonné de votre départ préci- 
pité ». C'est pendant ce voyage, au mois de juillet 1744, 
(jue le P. Jacquier alla à Cirey (3) où il passa quelque 

(1) Le Président de Brosses en Italie. Lettres familières écrites 
d'Italie en 1739 et en Î7W, éditées par H. Colomb. Paris, Didier, 1858, 
t. II, p. 41. 

(2) Philosophiœ natiiralis principia matliematica, auctore Isaac 
Xewtono, Equité Anrato, perpetiiis commentariis iZ/iis/ra/a, com- 
mun i studio PP. Tlwniœ Le Seur et Francisci Jacquier ^ ex gallicana 
Minimorum familia, Matliescos Professorum, t. I, Geiievîe, 1739. — 
Le secoiici volume parut eu 1740, le troisième en 1742. Le quatrième 
u élnil que la tonii Icrliicontinuatio, continens lunœ tlieoriam newto- 
niananiy et ne porte pas de date. 

(3) Desnoiresterres, Voltaire et la société au XVIIP siècle. Voltaire 
à Circij. Paris, 1868, p. 423. Le président Hénault,dans ses Mémoires, 
Dentu, 1855, p. 159, èerit : « Je les trouvai [Voltaire et M»"' du Châte- 
let.à Cirey] seuls,et un Père Minime en tiers, grand géomètre et pro 
fesseur de philosophie à Home. » Héuault passa à Cirey la journéc- 
du 7 juillet 1744. 



168 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

temps auprès de Voltaire qui avait publié en 1738 des 
Éléments de la Philosophie de Newton, et de la marquise 
du Chàtelet qui préparait une traduction française des 
célèbres Pr/nc/pes de Tillustre mathématicien anglais (1). 
M™*^ du Chàlelct, infiniment instruite, versée dans les 
lettres, elle savait parfaitement le latin, et dans les 
sciences, se plongeait, pour se reposer de la vivacité de 
ses sentiments, dans les éludes abstraites. Elle s'était 
lancée dans les travaux algébriques, dans les spécula- 
tions astronomiques les plus ardues. Elle s'y adonnait 
avec passion. A la fois docte et frivole, elle vint à cette 
époque (1745) à Paris avec Voltaire. Avec lui elle alla à 
Sceaux chez la duchesse du Maine. Elle fréquenta d'Ar- 
genson, M. de la Vallière, Richelieu. Elle étudia avec 
Clairaut les problèmes des mathématiques les plus trans- 
cendantes et, dit-on, quelques questions moins abstrai- 
tes. Pendant les dernières années de sa vie, elle fit divers 
séjours, toujours avec Voltaire, à l^aris, àCirey, à Luné- 
ville. Elle ne cessa dans ses diverses résidences, de 
travailler à sa traduction de Newton (2). Lorsqu'il lui 
survint, en 1749, à Lunéville, des œuvres de Saint- Lam- 

(1) « L'influence que cette femme supérieure exerça sur Tauteur 
de la HcnriadCy fut considérable : les années de Circy sont peut-être 
les plus fécondes de la vie de Voltaire. » Ainsi s'exprime réminent 
professeur de la Sorbonne, M. Gazier, dans sa Petite histoire de la 
littérature française (Paris, Colin, 1895, p. 470), si sulistantielle. 

(2) M™' de Staal, trop railleuse, sans aucun doute, écrit d'Anet 
le 20 août 1747 : « Madame du Châtclet... fait actuellement la revue 
de ses Principes; c'est un exercice qu'elle réitère chaque année, sans 
quoi ils pourraient s'échapper, et peut-être, s'en aller si loin qu'elle 
n'en retrouverait pas un seul. Je crois bien quesa tcte est pour eux 
une maison de force, et non pas le lieu de leur naissance : c'est le 
cas de veiller soigneusement à leur garde, bile préfère le bon air de 
cette occupation à tout amusement, et persiste à ne se montrer qu'à 
la nuit close {Correspondance complète de la marquise du Deffand 
avec ses amis le Président Hénault, etc., publiée par M. de Lescure, 
Paris, Pion, 1865, t. I, p. 93). 



QUELQUES LETTRES INÉDITES 169 

bert, un enfant, on le déposa sur un gros livre de géo- 
métrie pendant qu*on couchait la mère. « M'^^ du Châ- 
lelet, — écrit Voltaire à d*Argental, — cette nuit, en 
griffonnant son Newton, s'est senti un petit besoin ; elle 
a appelé une femme de chambre qui n'a eu que le temps 
de tendre son tablier et de recevoir une petite fille qu'on 
a portée dans son berceau. La mère a arrangé ses 
papiers, s*est remise au lit, et tout cela dort comme un 
liron (1) à l'heure que je vous parle... » Quelques jours 
après, M'"« du Chàtelet mourait, emportée par une fièvre 
de lait, sans avoir pu terminer son travail sur Newton 
que Clairaut devait publier en 1759. C'est pendant ces 
dernières années de sa vie, si remplies par ses études 
scientifiques, que la marquise écrivait au P. Jacquier 
les quatre lettres suivantes. Nous les détachons, avec 
une lettre de la duchesse de Choiseul, d'un dossier de 
lettres adressées à ce religieux que possède la Biblio- 
thèque municipale de Vilry-le-François, et que nous 
nous proposons de publier entièrement par la suite : 



I 



On ne peut être plus sensible que ie le suis, Monsieur, à 
rattcnlion que vous aués eu de nicnuoier de la poudre de 
Ouakaka, véritablement il faut qu'elle soit bien rare, car celle 
là n*est point encore conie celle que i'ay eu autrefois. Je ne 
vous en suis pas moins obligé, je vous assure. Ma fille aura 
été bien aise de vous voir à Naplcs, car, quoiqu'elle demeure 
ù Capodîmonte, icspere que vous aurés été l'y chercher. 
Vous Taures trouué prête d'aeoucher. Je me flatte que vous 
m'cscrirés de ce payis là, et que vous me marquerés cornent 
vous l'aurés Irouuée. 

Les Éléments d'algèbre de M. Cleraut vont paroître. C'est 

(1) Nom vulgaire du lérot. 



170 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

à mon gré un des livres le plus utile et où le génie supérieur 
à sa matière se fait le plus sentir. On imprime aussi la 
traduction de Keills (l)de Monier(2). Cest son traite d'astro- 
nomie. Cet ouvrage m'a fait suspendre celui que vous saués 
que ie méditois sur cette matière. Je le lis actuellement, il me 
Ta prêté en feuilles, quoiqu'il ne paroisse pas encore. Jay 
grande impatience que vous le lisiés pour que vous me 
mandiès ce que vous pensés de la traduction, car pour 
l'ouvrage de Keills, il me semble qu'il est iugé et qu'on 
l'estime avec justice. Mais ce qu'il faut lire, c'est la Vénus 
phisique(3) de Maupertuis, ou la seconde partie de son Nègre 
blanc (4), mais il est très rare; et ic ne sais pas si vous l'aurés. 
J'aimerois mieux encore qu'il fit de petits Maupertuis à 
M"»« Debork [?] que de tels liurcs, mais,ie vous prie, ne dites 
sur cela mon sentiment i\ personne, car son amour-propre ne 
pardonne pas aisément. Le mien sera très flatté d'être agrégée 
à l'institut et de deuoir cette distinction à votre amitié. J'en 
espère la nouvelle inccssament. Vous ne serés pas étonné 
que ie ne vous aie rien envoie de ma façon depuis votre 
départ quand vous saurés que ie mène la vie du monde la 
plus désordonnée, que ie passe ma vie dans l'antichambre du 
ministre de la guerre pour obtenir un régiment pour mon 
fils que ie me couche i\ 4 et 5 heures du matin et que ie trauaille 
quand j'ay du tems à une traduction de Newton (5). Si i'auois 

(1) Jean Keill, professeur d'astronomie à Oxford, mort en 1721. Il a 
écrit en latin une Introduction à la physique et à Y astronomie, 
Leyde, 1739, in-4, dont Le Monnicr fils a traduit en français la 
partie astronomique, Paris, 1746, in-4». 

(2) Pierre-Charles Le Monnier, né à Paris en 1715, mort à Hérils. 
près de Bayeux, en 1799, fut l'un des astronomes les plus remar- 
quables de son siècle. Il fut associé à Maupertuis, Clairaut et Camus 
dans leur mission au pôle Nord et devint professeur au Collège de 
France. Il fut l'astronome privilégié de Louis XV et le premier 
maître de Lalande. 

(3) Maupertuis, Vénus physique, 1745, in-Ti. 

(4) Maupertuis, />/sscr/a/io/i /}/iys/r/nc à l occasion d un nègre blanc, 
Leyde, 1744, in-8*. 

(5) Le fils de M™» du Châtelet, né à Semur le 10 novembre 1727, 
obtint tout jeune un régiment. 11 fut colonel à seize ans. Il devint 



QUELQUES LETTRES INÉDITES 171 

plus de tems, Tau rois entrepris celle de votre beau comen- 
taire. Mais ie me contenterai d'en donner q uelques proposi- 
tions, parce que ie crains infiniment d'être prévenue dans 
mon travail qui est presque fini, et qui est cependant encore 
un secret que ie vous recomande. Je serai rauie de pouvoir 
mettre à la tête, de VInslUul de Boulogne (1). J'espère que vous 
m'enuerés le journal quand il paroîtra. Je vous serois aussi 
bien obligée si vous pouuës me procurer la dissertation de 
votre ami sur les forces viues. Vous me promettes quelques 
nouuelles littéraires depuis longtems. J'espère que vous 
acquitterés incessament celte dette. Après la confidence que 
ie viens de vous faire, vous deués sentir auec combien 
d'impatience j'attens la suite de votre Newton (2) que vous 
me promettes. On attend votre calcul intégral avec toute 



mcnin du Dauphin, chevalier de Saint-Louis, ambassadeur à Londres, 
après M. deGucrch3',en 1767.11 fut fait duc en 1777, promu lieutenant- 
général, gouverneur général de Toul et du paj's Toulois (M. de Rous- 
sel, État militaire de France pour Vannée 1785, 27' édition, Paris, 
Onfroy, 1785, p. 53) et nommé colonel des gardes françaises a la 
mort du maréchal de Biron. Il est souvent mentionne dans la Cor- 
respondance complète de Af"« du Defjand avec la duchesse de Choi- 
seuU Vabbc Barthélémy et M. Craufurt, Paris, Calmann Lévy, 1877, 
3 vol. in-8». Le 16 mars 1789, il fut élu député de la noblesse par le 
bailliage de Bar-le-Duc. Dés cette époque, il était désigné par le parti 
révolutionnaire comme un « ennemi de la patrie x>, et odieux aux 
gardes-françaises (Taine, Les origines de la France contemporaine ^ 
Paris, Hachette, 1899, t. III, p. 52 et 59). Il fut enfermé à la Concier- 
gerie (Dauban, Les prisons de Paris sous la Révolution, Paris, Pion, 
1870, p. 195, 197, 201), condamné à mort par le tribunal révolution- 
naire (Tainc, eodem libro, t. VIII, p. 77-78), et exécuté à Paris le 
13 décembre 1793 (H. Wallon, Le tribunal révolutionnaire jPans,P\ony 
1899, t. I. p. 285). L'auteur du Glaive vengeur (p. 151), cité par 
M. Wallon, écrit : u Du Châtelct, au supplice, avait la figure couverte 
de houe. On voulut sans doute que dans ses derniers moments, elle 
devint l'image de son âme. » Quelle fin singulière pour cette sorte de 
beau-fils de Voltaire ! — Cf. Robinet, Dictionnaire historique et bio- 
graphique de la Révolution et de l'Empire, Paris, s. d., p. 389. 

(1) Bologne. 

(2) On attendait encore à cette date le quatrième volume. 



172 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

l'impatience que votre mérite inspire (1). Je vous enuerai 

mon portrait gravé en France quand ie vous saurai de retour 

à Rome, parce que, comme ie ne le veux pas plier, cela fera 

un grand paquet que ie veux vous enuoier sans port. Vous saués 

toutes les faueurs du pape pour M. de Voltaire (2), il en a 

reçu une lettre charmante. Il me charge de vous faire mille 

tendres complimens. Il est fort occupé de l'histoire des 

campagnes du roi à laquelle il travaille (3). Soies persuadé. 

Monsieur, que personne ne sera iamais avec plus d'estime 

et d'amitié que moi, votre très humble et très obéissante 

servante, 

Breteuil du Chastellet. 
A Paris, rue trauersière (4). 

ce 12 novembre 1745. 
[Adresse] : Italie 

Au Révérend 
Reuerend père Jacquier minime 
Professeur de mathématique et 
d*astronomie au collège de la Sapience 

à Rome (b) 

(1) Ce livre ne parut que bien plus tard : Eléments du calcul 
intégraly par les PP. Le Seur et Jacquier delà Société Royale de 
Londres, de l'Académie de Berlin, de Tlnstitut de Boulogne et 
correspondant de l'Académie royale des Sciences, Parme, chez les 
héritiers Monti, imprimeurs, par privilège, de son Altesse Royale, 
1768, avec approbation, en deux parties. La première partie est 
dédiée « A son Altesse royale l'Infant duc de Parme, de Plaisance, 
etc. ». 

(2) Benoit XIV avait, le 19 septembre 1745, remercié Voltaire de 
lui avoir dédié son Mahomet^ par une lettre de la plus gracieuse 
familiarité (Dcsnoircslcrres, Voltaire et la socicté au XVIIP siècle. 
Voltaire à Cirey, 2' édition, Paris, Didier, 18G8, p. 460-461). 

(3) Voltaire avait reçu le titre et la pension d'historiographe de 
France par brevet du 1" avril 1745. 

(4) M™' du Ghàtelet avait son hôtel rue Traversière, au faubourg 
Saint-Antoine. Elle « y avait offert un logement à Voltaire. M. du 
Cliâtclcl, consulté, trouva cet arrangement convenable, et le monde 
ne se montra pas plus exigeant que son mari. » (Gaston Maugras» 
La Cour de Lunéville au XVIII' siècle, Paris, Pion, 1904, p. 98). 

(5) Sur cette adresse il y a un timbre postal : De Paris. 



QUELQUES LETTRES INÉDITES 173 

II 

Je ne sais, Monsieur, où celte lettre vous prendra, mais ie 
ne veux pas vous laisser auoir par d'autres que par moi les 
parolles du ballet que M. de Voltaire a composé pour le roi 
au retour de ses conquêtes. L'auteur vous fait mille com- 
plimens bien tendres. Mandés-moi si vous avez vu ma fille à 
Naples, si vous en aués été content. Je la crois accouchée à 
présent. Je n'ai pu encore entendre parler de Boulogne (1). 
J'ymagine que ce sera pour votre retour à Rome. On n'a pas 
encore comencé l'impression de mon Newton. On grave les 
figures. Ce sera une affaire de six mois avant qu'il puisse 
paraître. Je voudrois bien être à portée de vous consulter et 
de vous dire vraiment l'estime et l'amitié avec lesquelles ie 
suis, Monsieur, votre très humble et très obéissante servante. 

Breteuil du Chastelet. 

A Versailles, le 17 décembre 1745. 

[Adresse] ; Au Révérend 

Révérend Père Jaquier, Minime, 
professeur de géométrie et d'astronomie 
au Collège de la Sapience, 

à Rome (2) 

III 

Je vous assure que c'est une misère que l'irrégularité des 
postes. Monsieur, car M. Cléraut me marque que vous vous 
plaignes de ne point receuoir de mes nouuelles, et moi 
i'étois en peine de ne point receuoir de réponse à la dernière 
lettre que ie vous ai escrit. Je suis dans le même cas auec 
ma fille. C'est un des inconueniens de la guerre et, quoique 
ce ne soit pas le plus grand, ie le suporte avec bien de 

(1) Bologne. 

(2) Avec cachet en cire rouge aux armes des du Chatelet et des 
Le Tonnelier de Breteuil. 



174 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

rimpatience quand il me priue de vos lettres et qu'il vous 
fait doutter de mon amitié. Je suis toujours fort occupée 
à mon Newton. On Timprime actuellement. Je reuois 
les épreuves, ce qui est fort ennuieux, et ie travaille au 
comentaire, ce qui est fort dificilc. Votre excellent ouurage 
m'est d*un grand secours, et si i'auois eu le courage d'entre- 
prendre un comentaire perpétuel, ie n'aurois pas hésité à 
traduire le vôtre. Je suis bien fâchée que nous soions priués 
si longtemps de votre ouurage sur le calcul intégral. Je vou- 
drois bien savoir ce qui le retarde. Je n'ai iamais reçu ce 
journal italien où vous avés eu la bonté de faire mettre ma 
réponse à Juria[?[. C'est M. Crammer(l) qui est ici et que ieme 
fais un grand plaisir de voir, par tout ce que vous m'en aués 
dit, qui m'y fait penser. Je vous fais mon compliment auec 
grand plaisir sur la faneur de votre cousine, M^e du Hausay, 
que M. Cléraut m'a apris (2). Si vous lui escriués, mandés lui, 
ie vous prie, que ie serois bien aise qu'elle vint me voir 

(1) Gabriel Cramer (1704-1752), de Genève, se fit un nom dans toute 
TEurope par son habileté dans les sciences exactes. Il édita les Ele- 
menla universœ matheseos de Christian Wolf, Genève, 1732 et 1741 
5 vol. in-4', les œuvres de Jacques et Jean Bernouilli, 1743, 6 vol 
in-4o, \eLeibnilii ctJohannis Bernouilli commerciitm philosophicum et 
mathematicum, Lausannae, 1745, 2 vol. iu-8o, et une Introduction à la 
théorie des lignes courbes, Genève, 1750, in-4<». 

(2) Clairaut écrivait, le 24 juin 1747, au P. Jacquier : « Je me suis 
beaucoup entretenu de vous depuis peu avec votre cousine M"' du 
Haussay qui vous aime toujours beaucoup malgré votre oubli. » 
Mme du Hausset dont la biographie parait assez mal connue, serait 
née vers 1720, morte vers 1780 : elle aurait été la veuve d'un pauvre 
gentilhomme. La misère la força d'accepter la place que M"» de 
Pompadour lui fit offrir, de sa première femme de chambre. Après 
la mort de la marquise, elle se serait retirée dans sa province avec 
un peu d'aisance. Ce qui est certain, c^est qu'elle a laissé des 
Mémoires que Sénac de Meilhan avait conservés et que Craufurd pu- 
blia en 1809, in-4", dans ses Mélanges d'iiistoire cl de littérature, c'est 
qu'elle était la cousine du P. Jacquier et que nous possédons person- 
nellement quelques lettres adressées à l'un de ses oncles* Collot, mar 
chand tanneur, à Vitry-le-François, où il est parlé d'elle et de ses 
enfants, et ce qui paraît très probable, c'est qu'elle était de Cham 
pagne et peut-être de Vitry-le-François. 



QUELQUES LETTRES INÉDITES 175 

quand ie suis à Versailles, où eïle est toujours, parce que 
j*aurois le plaisir de parler de vous avec elle et que ie lui 
parlerois d*un seruice essentiel qu'elle peut rendre à M. Clé- 
raut et que ie crois qu'il a de la peine à lui en parler lui- 
même. Je vous prie même, quand vous escrirés à M. Cléraut 
de ne lui point parler de ce que ie vous mande sur cet 
article. 

J'ay été hier à la rentrée de l'Académie où M. de Buffon 
nous a lu un mémoire sur la manière de brûler par réflexion 
à de très grandes distances par le moien de plusieurs 
miroirs plans mobiles dont on réunit les images du soleil au 
même foier. Il a brCdé à 150 pieds et son raisonement con- 
duit à prouuer qu'aucc un plus grand nombre de miroirs on 
brûleroit à six ou sept cents pieds, ce qui justifie Archimède 
contre Descartes ; le mémoire de M. de Bufibn est bien escrit et 
très instructif. Vous aués vu ma fille à Naples. Ainsi vous 
vous intéressés à elle, et vous serés bien aise d'aprendre 
qu'elle a été nomée dame du palais de la reine de Naples, ce 
qu'elle désiroit fort. M. de Voltaire vous fait mille tendres 
complimcns, cl nioi,ic vous réitère. Monsieur, les assurances 
d'une amitié qui durera autant que la vie de votre très 
humble et très obéissante semante. 

Breteuil du Chastelet. 
A Paris, le 13 aiiril 1747 (1). 

IV 

A Paris, ce 1'' juillet 1747. 

(Si vous voulés que l'envoie mes lettres pour vous quelque 
part pour être reçues plus sûrement, mandez-le moi]. 
Votre lettre m'a fait un plaisir infini, Monsieur, car je 

(1) Ces diverses lettres sont écrites sur de petites feuilles de papier 
de notre format anglais actuel. La troisième est bordée d'un petit 
filet rose. D'après (iaston Maugras, La Cour du Lunéville au XVIII* 
siècle, Paris, Pion, 1904, p. 291, les premiers billets de M""» du Châ- 
telet à Saint- Lambert étaient « sur de petits papiers microscopiques 
à bordure dentelée avec un petit filet rose ou bleu ». La quatrième 
est sur un papier de couleur vert clair. 



176 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

m'ennuioU d'être fii longtems sans reccuoirde vos nouvelles. 
Jo êuïn, Je vous Tavouê, fortoccupéc de mon Newton (1), mais 
11 ni n point de dluersion plus agréable que celle de vous 
cscrlrc, cl si vous nuiés le tems de faire vos lettres un peu 
plus longues, le ne pourrois pas auoirde meilleures instruc- 
tions. Le premier livre est presque tout imprimé, il y aura 
ctuclquc comcntaire, mais il ne sera pas perpétuel. Il sera dans 
le second volume à la suite du troisième Hure, et ne roulera 
que sur le sistéme du monde et les propositions du premier 
Hure qui y ont raport. Je voudrois bien que vous m'envoias' 
siés vos leçons de phisique et ce que vous me prometés sur 
les maxima et les minima. Plus vous m'enuerés de choses 
de votre façon, et plus io serai contente. Je n*ai pu voir encore 
le miroir de M. de Hulfon î\ cause dos mauvais tems, et de 
son départ pour la campagne, mais iay entendu le mémoire 
qu'il n lu sur cela à la rentrée, et cela m'a paru très curieux, 
cl sera très utile, pour la chimie surtout. Je ne vous en fais 
point le détail, parce que ic ne doulte pas que vos amis de 
TAcadémlc ne vous l'aient fait. M. ('.léraul et M. d'Alembert 
sont après le sistéme du monde, ils ne veulent pas avec 
raison se laisser preuenir par les pièces des prix. Mon com- 
mcnlalro sera principalement un extrait du mémoire de 
M. Cléraut sur cela, et alors il est sûr qu'il sera de quelque 
utiUté, car vous savés que l'Académie Hut attendre bien 
longtoms ses mén^oires, Saués vous que M. de Fouché (?) a 
pHs femme? C'est une mademoiselle Desportes qu'on dit fort 
mlsonahlc et assés aimable, il a grand besoin de compagnie 

(l) C.liiiraul, dans uwc IcUre inédite au P. Jacquier, du 
^1\ mars174(>, sVxprimc ;iinsi : * M""* du Chàlclcl a travaillé comme 
un fx\i^At toute Tâunéc dernière et une partie de celle-ci à la 
tr^duetion de Newton» Il n'a j>as laisse que de refluer beaucoup de 
travail sur moi, et j'ai actuellement sa traduction â revoir. Elle est 
dans rintentiondV joindre un commentaire à la fin. Mais il n est pas^ 
À wms dire vrA>\ encore fait ; lorsqu'elle en sera là, je lui ferai lire 
le moree^aw qxïe vous m^'ax-ès envoyé sur la pTx>po5itîoD du centre de 
f(ra\itè, et Je compte qu'elle en Urera de p-ands secours. Jeremeltrai 
moi~mème à oc tems la qui n'est pas loin dlci. â ie lire, afin de 
raxv^lr plws (V'ais loTJiqtt'il faodra leline avec elle. » 



'1 






QUELQUES LETTRES INÉDITES 177 

à rObseruatoire. Vous saués, Monsieur, combien ie vous 
aime véritablement. 






Au moment où le célèbre comte de Stainville qui fut 
plus tard le fameux duc de Choiseul était ambassadeur 
de France à Rome (1754-1757), le P. Jacquier entra en 
relations suivies avec le comte et la comtesse de Stain- 
ville dont il devint le protégé et Fami. 

Ces relations amicales durèrent malgré Téloignement. 
Le duc de Choiseul fut nommé ambassadeur du Roi à la 
Cour devienne. Le 1*^'* novembre 1758, il devenait secré- 
taire d^État des aflaires étrangères à la place du cardinal 
de Berdis. Le P. Jacquier et son ami le P. Le Seur, 
s'empressent de le féliciter, et le duc leur répond ainsi : 

A Versailles, le 29 décembre 1758. 

Je suis bien reconnoissanl, mes révérends Pères, de la 
part que vous avez bien voulu prendre de ce qui me 
regarde, et des complimcns que vous me faites sur les grâces 
dont le Roy m*a lionoré. J'espère que vous ne doutés pas de 
Tenvie que j'ai de pouvoir vous marquer la sincérité des 
sentiments avec lesquels je suis, mes révérends Pères, votre 
très humble cl très obéissant serviteur, 

Le duc de Choiseul. 
Les R. P, Jacquier et Le Seur, 

L'ordre des Minimes a-t-il besoin de quelque bon 
office de la cour de France, Texcellent religieux s'adresse 
sans hésiter au brillant ministre dont il ne trouve point 
la bienveillance en défaut, ainsi que l'atteste la lettre 
suivante : 

A Versailles, le 25 décembre 1759. 

J'annonce, Mon Révérend Père, à votre Rév^ Père Général 
la permission que le Roy a bien voulu luy accorder de venir 

i3 



178 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

en France pour y faire la visite des maisons de son ordre. 
Je suis fort aise que vous m'aycs donné à cette occasion un 
nouveau témoignage de vos sentimens pour moy. Vous 
connoisscs depuis longtems ceux que vous m'avés inspirés 
pour vous et avec lesquels je suis très parfaitement, mon 
Révérend Père, entièrement à vous, 

Lk duc de Choiseul. 

An Réir^ Père Jacquier, Minime, à Rome, 

Le 22 août 1760, la charge de surintendant des postes 
de F'rance, vacante par la démission de M. de Rouillé, 
est donnée par Sa Majesté au duc de Choiseul. Le 
P. Jacquier adresse aussitôt ses félicitations au ministre 
qui Ten remercie de cette façon : 

A Versailles, le 14 septembre 1760. 

Je vous remercie, Mon Révérend Père, du compliment que 
vous me faittes sur la grâce qu'il a plu au Roy de m'accorder, 
et je vous prie de croire qu'on ne peut être plus véritablement 
que je le suis, Mon Révérend Père, votre très humble et très 
obéissant serviteur. 

Le duc de Choiseul. 

M'n« de Choiseul vous fait mille complimens ainsi qu*au 
Père Le Seure, et je me joins i\ elle pour qu'il se ressouvienne 
de moy. 

Le R. P. Jacquier, 

A la mort du maréchal duc de Belle-Isle, ministre et 
secrétaire d'Etat au département de la guerre, le duc de 
Choiseul, déjà secrétaire d'État des affaires étrangères^ 
fut encore chargé, le 26 janvier 1761, de ce ministère. 
Les deux mathématiciens du Pincio ne tardent pas à 
congratuler le nouveau ministre de la guerre dont voici 
la réponse : 



QUELQUES LETTRES INÉDITES 179 

A Versailles, le 6 mars 1761. 

Uecevez, Mes Révérends Pères, mes remerciemens de la 
Ï3art que vous avés bien voulu prendre à la nouvelle 
marque de confiance dont le Roy m'a honoré, et soyés 
Ï3ersuadés que je serois fort aise d'avoir occasion de vous 
prouver combien je suis, Mes Révérends Pères, votre très 
humble et très obéissant serviteur, 

-Le duc de CnoiSKUL. 

Les RR. PP. Le Seiir et Jacquier (1). 

Aussi bien, au moment où le duc et la duchesse de 
Choiseul vivaient exilés à Chanteloup, la duchesse se 
souvenait encore du très bon et très savant religieux, 
alors professeur de mathématiques au Collège romain, 
et lui adressait la lettre autographe suivante : 

A Chanteloup, le 15 septembre 1775. 

Kn faveur de l'ancienne connaissance, je m'adresse à vous, 
mon Révérend Père, dons la confiance que m'inspire l'amitié 
que nous avons toujours eue pour vous, et vous ne trnhircz 
pas cette confiance ; h ce sentiment je joins celui de l'eslinie 
la plus profonde; accoutumée toute ma vie à vous regarder 
comme le plus honnête du monde, c'est i\ votre probité que 
je confie nîon secret, c'est h votre amitié que je demande des 
services; songez que vous ne pourriez paslrahir mon secret 
sans trahir à la foi l'honneur et l'amitié et qu'il n'i a point de 
circonstances, d'engagements, de motifs, de liaisons, de sen- 
timents étrangers (|ui pût alors justifier à vos propres yeux 
Pinfidélité que vous auriez fait à la confiance d'une honnête 
femme ; vous pouvez refuser de la servir, mais vous ne pou- 
vez pas la trahir. Ce secret consiste à ne jamais dire ni con- 
venir que je vous aie écrit, à ne jamais laisser deviner que 
j'aie le moindre intérêt à l'objet dont je vous écrit, ni même 

(1) Dans ces quatre lettres la signature seule et le post-scriptura 
de la troisième sont autographes. 



180 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

que j'en aie la moindre connaissance, à ne jamais laisser 
soupçonner même que Ton vous en ait écrit de France, voilà 
la foi que votre probité ne peut pas me refuser, voicy le 
service que je demande à votre amitié. 

M. Digne et son beau-père dont j'ignore les facultez, 
M. d'Astier, Consul de France à Naples qui n'a pas grand 
chose, un nommé Joubertoux, pauvre chirurgien inoculateur 
à Paris et plusieurs autres peut-clre encore que je ne con- 
nais pas et sans doute aussi pécunieux, ont formez le projet 
d'une compagnie pour dessécher les Marais Ponlins à leur 
profit, ils ont formez ce projet sur un mémoire du père 
Boscovich (1) dont ils se sont échauffez la tête ; je l'ai lue, ce 
mémoire, le plus mauvais de tous les mémoires, et d'après 
lequel il est impossible de faire une bonne opération ; quand 
ils travaillcroient sur de meilleurs principes, ils ne reuçi- 
roicnt pas encore parce qu'ils n'ont pas les fonds sufîsants, 
pour ouvrir et pour terminer rcntreprise, et quand ils au- 
roient les fonds sufisanls, ils ne réuçiroicnt pas encore parce 
qu'ils n'auroicnt pas le crédit sufisant pour la protéger eficas- 
semcnt, mais quand ils reuniroient le triple avantage de 
faire conduire leurs opérations par les gens les plus éclairez, 
d'avoir les fonds sufisants et le crédit prépondérant, ils ne 
rcuçiroient pas encore par cette seule raison qu'ils sont 
compagnie, et qu'une compagnie, sur tout avec des Français, 
à commencer depuis la compagnie des Indes (2) jusqu'à celle 

(1) Boscovich (Roger-Joseph), éminent mathématicien et astro- 
nome, de l'ordre des jésuites (1711-1787;. L'excellent poète latin, 
Benoît Stay.dans ses Philosophiœ rccentioris vcsrsihus tradiiœlibri X, 
Homie, Palearini, 1755, où il chante la philosophie de Newton, 
avait demande à Boscovich, son compatriote, — ils étaient tous deux 
de Uaguse, — de joindre à son poème quelques annotations et éclair- 
cissements scientifiques. 

(2) La Compagnie des Indes que Colbert avait créée et que Law 
avait relevée, a subsisté longtemps après eux. L'administration de 
cette Compagnie passa à Crozat, Samuel lîernard, les frères Paris et 
(luelques autres riches financiers ou négociants. Ils obtinrent en 1725 
«leux édits <hi roi, Tun portant confirmation des privilèges accordés 
à la Compagnie des Indes, l'autre pour la décharge et libération de 



QUELQUES LETTRES INÉDITES 181 

des Ramoneurs, n*a jamais reuçie et ne réueira jamais, par 
ce que la parité d'intérêts est précisément ce qui cause la 
diversité d'opinions, et que, pour conduire à ses lins une telle 
entreprise, la première des conditions est l'unanimité ou 
l'unité encore plus sûre, parce qu'elle est indivisible. Cepen- 
dant j'apprend, mon Révérend Père, que vous venez de faire 
un mémoire sur le dessèchement des Marais Pontins (1). Je ne 
doute pas que ce ne soit les moteurs de cette compagnie qui 
n'ayent eus recours à vos lumières et en cela je reconnais la 
seule démarche sage qu'ils ayent encore faite, je sens que 



ladite Compagnie. Elle eut son siège à Saint-Malo jusqu'en 1770 où 
son monopole fut supprimé. C'est à cette suppression que fait allu- 
sion la duchesse de Choiseul. Un privilège commercial fut de nou- 
veau conféré à une nouvelle Compagnie des Indes qui s'établit à 
Lorient. La Révolution la fit disparaître. (La vicomtesse Alix de 
Janzé, Les Financiers d'autrefois^ Paris, Ollendorff, 1886, p. 54-55 ; 
Journal historique ou fastes du règne de Louis XV , Paris, Prault et 
Saillant, 1766, l"" partie, p. 59, et 2" partie, p. 199; Wallon, Le 
tribunal révolutionnaire^ Paris, Pion, 1899, t. II, p. 12 et suiv). 

(1) Le P. Jacquier s'est particulièrement occupé des questions 
d'hydraulique. Ses travaux et ses connaissances lui avaient mérité 
la protection du cardinal Albéroni qu'il accompagna dans sa légation 
de la Romagne où il fut charge d'examiner l'état des travaux li^'drau- 
liques commencés par Manfredipour garantir cette province des inon- 
dations. Clément Xlll lui soumit encore en 1763 l'examen de divers 
projets sur les canaux du 13oIognèse et de la Romagne. Nous n'avons 
cependant rencontré aucun ouvrage ou mémoire de lui qui se rap- 
porte directement à la question des Marais Pontins. Voici ce qui 
paraît se rapprocher de ce sujet : Discorso sopra la malaria e le 
malattie chc cagiona principalmentein varie piaggie d'Italia in tempo 
di estalCy Roma, 1743, in-4« ; — Parère de due matematici [Le Seu 
et Jacquier] sopra divcrsi projeiti intorno al rigolamento délie Acque 
délie tre Provincic di Bologna^ Ferrara e Romagna,.., Roma, 1764 
(reproduit dans Cardinali {F.),Raccolla d'nulori italiani che trattono 
del moto dell acque, 1821, in-4% t. IX. Arnaud et Suard ont puhlié 
dans leurs Variétés littéraires^ Paris, Lacombe, 1769, t. IV, p. 45, une 
Lettre du R.P, Jacquier en réponse à celle d'un voyageur sur la tem- 
pérature de Vair et de la ville et de la campagne de Rome pendant 
les chaleurs de l'été. Ce mémoire sur le dessèchement des Marais 
Pontins se trouve peut-être dans la Raccolta di Dissertazioni mate- 
rna tico-idrostatiche de cclebri Padri Ruggiero, Giuseppe Boscovich, 



182 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

votre zèle patriotique (1) a dû vous cxiter à servir vos com- 
patriotes et peut-être vos amis de toutes les connaissances par 
lesquelles vous pouvez mieux que personne diriger leurs opé- 
rations, mais permettez-moi de vous représenter que ce zèle 
si louable ne peut par toutes les raisons que je viens de 
déduire que nuire à votre réputation, aux compatriotes et 
aux amis que vous voulez servir, parce qu'il suflroit qu'une 
seule des conditions dont leur succès dépend manqua, pour 
que l'entreprise échoua et que les particuliers qui la font 
fussent ruinez, alors le public toujours injuste s'en prendroit 
aux talents si longtemps reconnus de l'homme célèbre qui 
auroit dirigé des opérations auxquelles il n'auroit manquer 
que d'être terminez pour en sentir l'exelence. 

Si vous voulez, mon Révérend Père, servir votre Patrie et 
vos compatriotes, je puis vous en donner un moyen qui ne 
vous exposera à aucun de ces dangers, par lequel vous 
acquérerez une gloire plus solide et qui vous procurera une 
reconnaissance plus certaine, plus efficasse et plus utile. 
Le meilleur de mes amis, l'homme du monde auquel je doisle 
plus, celui pour lequel je suis pénétrée de la plus profonde 
vénération, celui dont l'existence et le personnel (2) lui assu- 

Jacquier. Le Seure... con aggiunte e noie idroslatiche e archilteloniche 
iii Serafino (lalandri, Homa, per il Barnabo e Lazzarini^ 1769» in-4* 
(Cf. VcrmiglioH, Scn7/ori Perugini^ l.l. p. 255 ; Backer et Sommervo- 
gel. Bibliothèque lie la Compagnie de Jésus, sub verbo : Bosco\ich). 

il^ On considère ce mot : pairioiique comme de récente formation, 
ainsi que pairioUsme. * Patriotisme a été créé et s est répanda dans 
la seconde moitié du XV 111* siècle») F. Gohin, Les transformations 
de la langue française pendant la seconde moitié du XTIIP siècle 
,I740-/7HÎ>\ Paris. IMin. liHi3. p. 268 et 29S . En réalité, patriotique 
est philologiqucment tK'^s ancien. Patrioticus se trouve, à diverses 
reprises, dans les lettres de Cassiodore (Quicherat, Addenda 
latinis^ Parisiis, 1S62, p. 2i)l>. Ce mot est lui-même calqué sur le 
::xt;uot:xÔc. employé \xir Arislote. On trouve dans les lettres de 
Saint Cirvgoire ^8.37 < le mot patriota, mais avec le sens de coEmpm" 
triote v^oy. Quicherat. ^od^/n loco' . 

Ç2\ Personnel signifie ici : « l'ensemble des sentiments et des idées 
d une persi>nne » Cf. F. Gohin. Les transformations de la langue 
frMnçaise pendant la deuxième moitié du XVIH- siècle 17^0-1789), 



QUELQUES LETTKES INÉDITES 183 

rera infailliblement la protection la plus forte et la plus sou- 
tenue de plusieurs cours vis à vis de celle de Rome,et infini- 
ment supérieure à celles que pourroit avoir M. le Cardinal de 
Bernis même, s'il étoit dans Tentreprise, cet homme, dis-je» 
en a conçu le projet pour lui-même et pour lui seul, ses fonds 
sont déjù près, et il ne manquera d*aucun des moyens de tous 
genres qui peuvent assurer son succès. Sans tous ces avan- 
tages, je dirois, il réucira par cela même qu'il est seul ; avec 
tous ces avantages dont les prétendus entrepreneurs sont 
privez, je dirois, ils ne réuciront pas, par cela même qu'ils 
sont plusieurs. Choisissez donc, mon Révérend Père, entre 
la gloire et les dégoûts, la ruine certaine de vos amis ou la 
fortune d'un homme auquel, si je vous le nommois, vous ne 
vous consolleriez pas de l'avoir fait manquer, et souvenez 
[vous] toujours qu'en me refusant, vous ne ferai tort qu'à 
ceux que vous voudrez servir de préférence à lui, car je 
vous le repetle et je ne vous trompe pas, ils échouerons, et 
vous ne receuillerez pour fruit de votre zèle et de vos 
travaux que des dégoûts et des chagrins, mais si, au lieu de 
cela, vous consentez à obliger l'ami que je vous recommende, 
qui en est si digne et que je vous répond que vous 
seriez si aise d'avoir obligé de préférence à tout, quand 
il vous sera nommé, je vous prie de commencer par 
m'envoyer votre exélent mémoire, de ne plus communiquer 
qu'à moi seule toutes vos lumières sur cet objet, de sçavoir 
adroitement si M. le Cardinal de Berois prêtent à être dans 
l'entreprise et de me mender ce que vous en aurez 
découvert, enfin de rendre à ceux qui vous ont consultez le 



Paris, I3cliu, 1903, p. 299. Cette expression paraît avoir été familière à 
la (lucliesse de Choiseul. Le marquis de Bouille publia en 1797, à 
Londres, ses Mémoires sur la Révolution française où le duc de 
Choiseul était quelque peu malmené. La duchesse fut indignée. Elle 
fit demandera M. de Bouille une rétractation qu'il refusa. «Je ne puis 
trop m'ctouner, écrit-elle le 20 septembre 1800, que M. de Bouille 
prétende n'avoir pas attaqué le personnel de M. de Choiseul. «. » 
(G. Maugras, La disgrâce du duc et de la duchesse de Choiseul, Paris» 
Pion, 1903, p. 514). 



184 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

très important service de les détourner d'un projet qui est 
pour eux une folie et qui ne peut être sage que pour celui 
qui réunit tous les moyens, mais de les détourner de manière à 
ce qu'ils ne puissent pas s'appercevoir que vous en ayez étez 
sollicitez ; je vous prie de repondre exactement à tous les 
articles de ma lettre, mais comme je crains Tinconvénient 
des maisons clostrallcs pour la sûreté des papiers,je vous prie 
d'en transcrire de votre main les articles auxquels vous devez 
répondre, et de la remettre ensuite toute cachetée et sans 
adresse à M. l'avocat Orlandy auquel je ne suis pas nommée et 
qui me la fera rendre par la même voix que j'emploie pour 
la lui faire parvenir, aincy que votre réponse que vous 
aurez la bonté de lui remettre aussi sans adresse, mais 
quoique je ne veuille pas encore être nommée à M. l'avocat 
Orlandy, il est cependant nécessaire, si vous consentez à 
m'obliger, que vous veuillez bien lui communiquer aussi 
toutes les lumières que vous pourrez avoir tant sur le dessè- 
chement des marais que sur les moteurs de cette entreprise et 
les gens qui y sont intéressez, parce que M. l'avocat Orlandy 
est le correspondant pour cet objet de la personne qui veut 
bien s'i employer pour moi. 

Il ne me reste plus qu'à vous renouveller, mon révérend 
père, les assurances de tous les sentiments d'estime et de 
considération avec lesquels j'ai l'honneur d'être votre très 
humble et très obéissante servante, 

La Duchesse de Choiseul. 



A répoque où la duchesse de Choiseul écrivait cette 
longue lettre, la fortune des Choiseul était fort compro- 
mise. Le duc, dépouillé de toutes ses charges, avait, 
en 1772, vendu sa collection de tableaux. La duchesse avait 
dû se défaire de presque tous ses diamants et d'une par- 
tie de sa vaisselle. Ils avaient songé à vendre leur hôtel 
de Paris, et la duchesse, dans le désir de se procurer de 



Jdà 



QUELQUES LETTRES INÉDITES 185 

l'argent, cherchait de toutes manières à se créer des res- 
sources. Elle allait jusqu*à songer à vendre un magni- 
fique bureau dont, après tout, elle pouvait fort bien se 
passer, et elle suppliait, vainement d'ailleurs, M™® du 
Deffandde la débarrasser de ce meuble inutile en le ven- 
dant à ses amis d'Angleterre (1). Elle avait demandé et 
obtenu la séparation de ses biens qui fut prononcée, par 
sentence du Chàtelet de Paris, le 21 mars 1772. Cette 
situation devait devenir de plus en plus précairejusqu'à 
la mort du duc (2). 

La lettre adressée par la duchesse au P. François Jac- 
quier nous la montre très préoccupée, je crois, de recons- 
tituer la fortune de son mari qu'elle aimait tant et à qui 
elle apporta « tant de consolation dans son exil (3) ». 
Elle cherche quelque combinaison heureuse dans le des- 
sèchement des Marais Pontins et dans la vente avanta- 
geuse des terrains mis en valeur par des travaux hydrau- 
liques bien entendus. L'ami qu'elle recommande, le 
personnage qui s'intéresse à ce dessèchement et dont 
elle parle avec tant de feu et tant d'intérêt, nous parait 
être évidemment le duc de Choiseul dont elle n'ose 
avouer en termes plus précis la détresse profonde. Sans 
aucun doute les fauteurs de l'entreprise qu'elle combat- 
tait, n'essayèrent même pas d'exécuter leurs projets. Le 
duc ne fit probablement que songer un instant à cette 
idée. Elle était d'une difficile réalisation. Les papes Clé- 
ment XIV et surtout Pie VI, Napoléon P*", n'ont pu par- 



(1) Correspondance complète de M"' du Dcffand avec la duchesse 
de Choiseul, Vabbé Barthélémy et M. Craufurty publiée par M. de 
Saint-Aulairc, Paris, Calmann Lévy, 1877, t. 11, p. 113, 115 et 116. 

(2) Gaston Maugras, La disgrâce du duc et de la duchesse de 
Choiseul, Paris, Pion, 1903, p. 177 et 391. 

(3) Edmond et Jules de Goncourt, La femme au XVIII' sièclCf Paris» 
Charpentier, 1887, p. 273. 



186 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

venir à aménager cette plaine marécageuse et à détruire 
ce foyer permanent de malaria (1). 

E. JOVY. 



(1) J. Dumesuil, Voyageurs français en Italie, Paris, Jules Rcnouard, 
18()5, p. 289 et suiv. Dei bonificamenti délie terre Pontine, lib. IV, 
Rome, 1800, gr. in-folio ; de Prony, Des marais pontins^ Paris, de 
rimprimerie royale, 1818, in-8o ; Valéry, Voyages historiques et 
littéraires en Italie, Paris, 1832, t. 111, 430-431 ; Artaud de Monter. 
Histoire des souverains pontifes romains, Paris, Didot, 1849, t. VII, 
p. 205-206, et t. VIII, p. 109 et suiv. 



MÉDAILLONS DE RELIURE 



RELIURE DE NICOLAS EVE (1) 



Ce maroquin (lexible aux leinles orangées 
Fut verdi par le temps el bronzé par l'oubli. 
Comme un buste d'Amour que Tàge ensevelit, 
Sous la mousse olivâtre et les herbes Ifrangées. 

Innombrable semis héraldique et doré, 
Les lys à trois fleurons et les flammes trémières 
Alternent sur les plats en lignes régulières, 
Sans feuillage inutile ou volute azuré 

Les angles, ennoblis de couronnes royales, 
Se rehaussent d'un chifl're et s'ornent d'un collier, 
Où se meurt, en son vol à jamais prisonnier, 
La colombe divine aux ailes cruciales. 

Et maintenant dans la vitrine sans écho. 
Un double ruban bleu de soie effilochée 
Engourdit de silence et crispe en sa jonchée, 
Ce livre qui fut jeune et qui n'est plus qu'un mot. 



(1) Sur le Livre des Statuts et Ordonnances de V Ordre du Saint- 
Esprit. 



188 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 



PSAUTIER GOTHIQUE 

en velours rouge 



Drapé de velours rouge et clos de deux fermoirs, 
C'est un psautier gothique orné d'enluminures 
Qui sommeille en Tétui de basane à marbrures 
Où le titre s'incruste en des entrelacs noirs. 

Sur les plats adoucis dont Tincarnat se fane 
En teintes de camée et de roses sainfoins 
Se greffe»et s'entrelace, à chaque angle des coins, 
La double fleur de lys vermeille et diaphane. 

Mais sur la tranche à vif dorée aux petits fers, 
Se courbe Tare d'azur de deux initiales, 
Que fleurit la guirlande antiquée en spirales 
Des bourgeons assombris et des feuillages clairs. 

Tandis que, blasonnant les marges et la tranche, 
Les longs signets de soie inégaux et passés 
Évoquent les traits doux, amoureux et lassés 
D'une vierge au missel qui prie et qui se penche (1) 

Jean Bonnerot. 



(1) Ces deux pièces sont extraites d'un volume de poésie, de 
M. Jean Bonnerot, qui doit paraître prochainement sous le titre de: 
Le Livre des Livres. 



CHRONIQUE 



Académie des inscriptions et belles-lettres. — M. Ledos 
vient de dresser la table des comptes rendus des séances de TAca- 
demie des inscriptions et belles-lettres contenus dans les quarante- 
quatre volumes publiés de 1857 à 1900. Cette table, très soigneusement 
rédigée, est précédée d'un avant-propos où est retracée en quelques 
pages l'histoire de cette Compagnie ; on y trouvera également un 
tableau de ses membres depuis l'organisation de Tan XI (1803) avec 
les noms des anciens académiciens de 1663 à 1793, la liste de ses pré- 
sidents et de ses secrétaires perpétuels. 

La table dressée par G. Ledos est en vente à la librairie Alphonse 
Picardct fils. 

Prix Osiris. — L'Institut de France, a, dans sa séance trimes- 
trielle du 4 avril, décerné le prix Osiris. 

Ce prix triennal, de la valeur de cent mille francs^ est, aux termes 
de l'acte de fondation, « destiné à récompenser la découverte ou 
l'œuvre la plus remarquable dans les sciences, dans les lettres, dans 
les arts, dans l'industrie, et généralement dans tout ce qui touche à 
rintérct public ». Dû à la générosité de M. Osiris, il a été attribué 
pour la première fois, il y a trois ans, au docteur Roux, directeur de 
l'intitut Pasteur. 

L'Institut, à la presque unanimité des suffrages, par 73 voix contre 
11 abstentions ou bulletins blancs^ ratifiant le rapport du comte 
d'Haussonville ,a décerné le prix, cette année^ à M. Albert Sorel, de 
l'Académie française. 

Bibliothèque de Troyes. — M. Louis Morin, typographe, cor 
respondant du Ministère de Tlnstruction publique et des Beaux-Arts, 
vient d'être nommé bibliothécaire-adjoint de la Bibliothèque de 
Troyes. 

Nous adressons à notre érudit collaborateur nos bien sincères 
félicitations. 

Bibliophiles lyonnais. — La Société des Bibliophiles lyonnais 



190 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

a procédé, le mercredi 28 mars, au cours de son'asscmblce générale 
annuelle, au renouvellement de son bureau : 

M. Léon Galle, a été élu président et remplacé dans ses fonctions 
de trésorier-archiviste par M. Jean Hayssac. M. Marcel Flachaire de 
Roustan a été nommé secrétaire. 

La Commission de publication a ensuite rendu compte des travaux 
en cours et fourni d'intéressants renseignements sur un Armoriai 
des Bibliophiles du Lyonnais^ du Forez, du Beaujolais et des Dombes, 
actuellement sous presse. Cet rc Armoriai», le plus important et le 
plus complet qui ait été publié sur les provinces de France, se com- 
posera de deux volumes de format in-quarto, ornés de plus de mille 
reproductions d'ex-libris, fers armoriés et reliures historiques. Cha- 
cun des ex-libris reproduit sera accompagné d'une notice relative à 
son possesseur. On trouvera également, dans ce recueil, un grand nom- 
bre de documents inédits sur les anciennes familles lyonnaises, leur 
généalogie et la description des grandes bibliothèques aujourd'hui 
dispersées. 

Le travail considérable entrepris par la Société des Bibliophiles 
lyonnais rendra les plus grands services aux amateurs et aux éru- 
dits ; nous ne manquerons pas, quand paraîtra V Armoriai des biblio- 
philes lyonnais, d'en signaler aussitôt l'apparition. 

La Société des Bibliophiles lyonnais, fondée en avril 1885 par 
M. Léon Galle, atteint aujourd'hui sa vingt-et-unième année d'exis- 
tence; le Bulletin du Bibliophile a publié, en 1900, une notice dans 
laquelle sont décrites les publications de cette compagnie d'élite. 
Félicitons aujourd'hui son fondateur distingué de la présidence qui 
vient de lui échoir. 

Vocabulaire français du XVI» siècle. — Nous recevons de 
M. Hugues Vaganay deux très intéressants ouvrages philologiques. 
Le premier est un tirage à part de la Revue des études rabelai- 
siennes, que dirige avec tant de compétence notre collaborateur, 
M. Abel Lefranc, professeur au Collège de France ; il a pour titre : 
Deux mille adverbes en-ment de Rabelais à Montaigne ; le second, 
extrait de la Zeitschrift fur romanische philologiey est intitulé : Deux 
mille mots peu connus. 

M. Hugues Vaganay fait remarquer, avec raison, que si le Diction' 
naire de V ancienne langue française, de Godefroy,nous renseigne sur 
les mots dont on a quelque emploi antérieur à 1501, il n'est pas de 
dictionnaire qui nous donne les mots créés de 1501 à 1000. Celui de 
Cotgrave est de IGll. Les deux mille mots relevés par M. Hugues 
Vaganay ne s'y trouvent pas ; notre érudit confrère invile les cher- 
cheurs à lire tous les livres français du seizième siècle afin de combler 
la lacune qui existe dans nos dictionnaires entre le moyen Age et le 
dix-septième siècle ; il a prêché d'exemple, car le travail qu'il vient 
de publier est une utile contribution à cette recherche. 



CHRONIQUE 191 

Le peintre-graveur illustré. — Le tome premier des Cata- 
logues raisonnes que M. Loys Delteil a entrepris de nous donner de 
certains peintres-graveurs français et étrangers des XIX« et XX» siè- 
cle, vient d'être mis en vente. En les publiant accompagnés de fac- 
similé, M. Delteil a eu pour but : !« de faciliter les recherches des 
amateurs d'estampes ; 2* de mettre à la portée de tous, par la modi- 
cité du prix, des travaux exclusivement envisagés au point de vue 
documentaire. Le premier volume donne l'œuvre gravé de Millet, 
Rousseau, Dupré et Jongking ; le second contiendra celui de Charles 
Méiyon. 

Un des attraits de la publication de M. Loys Delteil est que la 
reproduction de chaque estampe citée accompagne la minutieuse des- 
cription qui en est donnée. L'auteur prévient toutefois qu'il pourra 
se produire parfois, mais rarement, une impossibilité matérielle de 
reproduire telle ou telle planche. Nous n'avons pas à insister sur l'exac 
titude descriptive de M. Delteil ; on sait quel soin apporte cet expert 
— doublé d'un artiste — dans la rédaction de ses notices. Son 
Peintre-graveur illustré est appelé à rendre grand service aux col- 
lectionneurs comme aux marchands d'estampes modernes. Saluons 
donc l'apparition de cette très utile publication et souhaitons à son 
auteur tout le succès que lui méritent et ses efforts et son talent. 

Le Prestige. — Les romans ne sont pas de la compétence du 
Bulletin du Bibliophile ; si nous faisons une exception en signalant 
celui que vient de publier M. le comte Rouillé d'Orfeuil,à la librairie 
des Saints-Pères, sous le titre : Le Prestige, c'est que son auteur, 
écrivain et bibiophile distingué, y traite un sujet que l'ouverture de 
la période électorale rend tout d'actualité. Ce sont, en effet, des scè- 
nes de la vie politique où francs-maçons, délégués, antimilitaristes, 
délateurs, jouent, comme dans la vie réelle, leurs tristes rôles qu'a 
peintes avec une cruelle fidélité M. le comte Rouillé d'Orfeuil. 



LIVRES NOUVEAUX 



Réimpressions de livres anciens, 

Bibliographie, Autographes, Manuscrits, Imprimerie, 

Reliure, Blason, Généalogie, Chroniques, Ex-libris, etc 



— Académie des inscriptions et belles-lettres.— Comptes rendus des 
séances. Table des années 1857-1900 dressée par M, G. Lbdos. Par», 

Alphonse Picard et fils, in-8 (12 fr.) 

— Raymond Claudb-Lafontaine — Essai de bibliographie des poésies 

de Leconte de Lisle. Paris, extrait de l'Annuaire des Amis des 

livres, in-12. 

Tiré à 30 exemplaires. 

— Raoul Renault — Débuts de l'imprimerie. Québec, imprimé pour 
Vauteur (avec planches) in-4, 

Tiré à 300 exemplaires. 

Publications de luxe 

Librairie de la (nCollection des dix » (A Romagnol) : 

— Paul Margueritte. — A la mer. Illustrations de Henri A. 
Zo, gravées sur bois par Gaspé, Piscili, etc. In-8. 

11 a été tiré 350 ex. numérotés, savoir : format in 8 Jésus, n" 1 à 20, sur 
papier du Japon ou Chine, avec 3 états des gravures sur bois (sur Japon 
pelure, tirage fait à la main par le graveur, état avant el avec la lettre) à 
100 fr. ; format in 8 soleil, n" 21 à 150, sur pap. de Chine ou velin de cuve, 
avec 2 états des gravures, à 50 fr. ; el n" 151 à 350, sur pap. vélin de cuve, 
avec un seul état, à 25 fr. 

Publications diverses 

— Ct' Rouillé dORFEUiL — Le Prestige, scènes de la vie politique. 
Paris, librairie des Saints-Pères, in-î8 (3 fr. 50). 

— Eugène Griselle, docteur ès-lcttres, lauréat de l'Académie fran- 
çaise — Le Ton de la prédication avant Bourdaloue. Paris Gabriel 
de Beauchesne et 0\ in-8. 

Extrait de la Reoue des sciences ecclésiastiques. 

— Emile Blémont — L'Ame étoilée [poésies]. Paris, A. Lemerre, 
in-18 (3 fr.) 



SUR MÉRIMÉE 



A PROPOS D'OUVRAGES RECENTS 



Voici un homme qui écrivait en amateur et comme 
pour s'amuser, et dès maintenant on peut être sûr que 
Taine (1) avait raison en promettant à sa mémoire 
Tattention de la postérité ; et déjà nous le voyons salué 
comme un « classique » par la jeune littérature, que 
n'enchaîne pas, d'habitude, le respect des réputations 
établies (2). Et, d'autre part, voici un homme qui ne 
parlait jamais de lui, qui a poussé la discrétion 
jusqu'au culte du mystère, et je ne sais si le public 
d'aujourd'hui, dont ce n'est que trop la tendance à propos 
de tous les écrivains du siècle dernier, ne demanderait 
pas surtout à entendre discuter tel problème resté plus ou 
moins obscur dans la vie sentimentale de Mérimée. 

J'aimai, je fus aimé, c'est assez pour ma tombe ; 
Qu'on y grave ces mots... 

C'est là une épitaphe dont Mérimée n'aurait jamais 
voulu, pour plus d'une raison, et non pas seulement 
parce qu' a il abhorrait les vers (3) ». Et combien de lec- 
teurs (qui, pour les œuvres, s'en tiendraient à Colomba) 
voudraient qu'on leur parlât de l'Inconnue ! Sur la biogra- 
phie et les amours, auparavant et surtout sur les œuvres, 

(1) Tainc, « Prosper Mérimée », en tête des Lettres à une Inconnue, 

(2) G. Le Cardonnel et Ch. Vellay, La Littérature contemporaine. 
Opinions des écrivains de ce temps, Paris, 1905, in- 16, (éd. de la 
Société du Mercure de France), p. 130 ; opinion de M. Marius-Ary 
Leblond. 

(3) Lettres à une Inconnue^ t. I, p. 108. 



194 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

nous désirons présenter quelques observations, non 
certes avec la prétention, qui ne serait pas justifiée, 
d'apporter du nouveau, mais avec le désir de rappeler, 
en les rapprochant, d'excellents ouvrages publiés sur 
Mérimée depuis les années qui ont suivi sa mort 
jusqu'à répoque récente du centenaire de sa naissance, 
et encore après. 

I 

La bibliographie des œuvres de Mérimée a été faite 
plusieurs fois et n*est pas finie ; ou plutôt des travaux 
successifs ont comme préparé les matériaux d'une biblio- 
graphie définitive, qui reste à faire. Mais tout ce qu'on 
publiera sur ce sujet ne fera jamais qu'améliorer le 
premier en date de ces travaux, dû à M. Maurice Tour- 
neux : Prosper Mérimée, sa bibliographie (ornée d'un 
portrait gravé à Veau-forte par M. Frédéric Regameg 
daprès une photographie donnée par Mérimée à Sainte- 
Beuve), Paris, J. Baur, 1876, pet. in-8, 32 pp. Tiré à petit 
nombre. La photographie, communiquée par M. Jules 
Troubat, représente Mérimée à Tàge de soixante-cinq 
ans. M. Tourneux classe les œuvres en quatre séries : 
L Livres, brochures, tirages à part dans Vordre de leur 
publication, 1825-1875; liste des éditions, quelquefois 
avec un bref commentaire ; — II. Publications collectives^ 
dans lesquelles Tauteur signale des parties qui sont dues 
à la plume de Mérimée, rapports, notices, etc. — 
III. Préfaces, notes et introductions non réimprimées. Par 
exemple, Isi Revue des Deux-Mondes donnait, les l®*" et 
15 avril 1839, deux articles sur Le Salon de 1839, signés 
de trois étoiles et accompagnés d'une note du directeur 
de la Revue les représentant comme les réflexions d'un 
peintre anglais à qui de fréquents voyages à Paris 



SUR MÉRIMÉE 195 

avaient rendu notre langue familière. Or, sur les Tables 
générales de 1856 et 1875, ils sont portés au nom de 
Mérimée, sans aucune mention de Tanonyme. Les voilà 
donc restitués à qui de droit. 

Il y a douze ans, M. Augustin Filon publia Mérimée et 
ses amis (1), suivi, peu d*années après, de Mérimée (2) , 
dont le texte est différent, ce qui représente, comme on 
Ta dit, un joli tour de force. (La première étude contient 
plus de biographie, la seconde plus de critique littéraire). 
Ce sont livres de valeur à divers titres ; l'auteur est 
écrivain de race ; il a connu Mérimée et son entourage ; 
il a pu puiser à des sources inexplorées, dont la seconde 
tout au moins, et la plus abondante, n'eût sans doute 
pas été montrée à un autre que lui : la correspondance 
de Mérimée avec Albert Stapfer (1»25-1870) et la corres- 
pondance avec la comtesse de Montijo, mère de 
S. M. l'impératrice Eugénie (1839-1870) (3). Ce sont livres 
après lesquels on est un peu honteux de parler encore de 
Mérimée. Je m'y référerai plus d'une fois ; pour le 
moment, je ne veux en retenir qu'une chose, c'est que 
Mérimée et ses amis était accompagné d une Bibliographie 
des œuvres complètes de Mérimée par le vicomte de 
Spœlberch de Lovenjoul (4). A la différence de la 



(1) Augustin Filon, Mérimée et ses amis. Avec une Bibliographie 
des œuvres complètes de Mérimée par le y'« de Spœlberch de Luven- 
joulf Paris, Hachette, 1894, in-16. Avait paru en grande partie dans 
la Revue des Deux-Mondes (le"" avril, l""^ mai, 1*^ et 15 juin 1893) sous 
ce titre significatif: Prosper Mérimée d'après des souvenirs personnels 
et des documents inédits. 

(2) Augustin Filon, Mérimée ;' dans la Collection des Grands 
Écrivains Français, Paris, Hachette, 1898, in-16. (Avec un portrait 
d'après la rarissime lithographie de Devéria, 1829). 

(3) Sans parler des lettres à M">« de Beaulaincourt, fille du maré- 
chal de Castellane, déjà utilisées par le O* d'Haussonville. 

(4) Pp. 367-386. Réimprimée, avec quelqes corrections et additions 
dans Bibliographie et Littérature {Trouvailles d'un Bibliophile)^ par 
le V^ de Spœlberch de Lovenjoul, Paris, Daragon, 1903, in-18, pp. 
33-64. Tirage à petit nombre. 



196 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

précédente, cette bibliographie énumère chronologi- 
quement toutes les productions, quelles qu'elles soient; 
elle n'entre pas dans le détail des différentes éditions, 
pour lequel l'auteur renvoie à M Maurice Tourneux ; 
elle fait justice, dans une note finale, d'attributions 
erronées et omet volontairement les nombreuses lettres 
de Mérimée exhumées ici ou là. Son originalité est d'être 
beaucoup plus complète que sa devancière dans le 
relevé d'opuscula arrachés à un oubli plus ou moins 
certain : rapports administratifs, réunis par M. E. du 
Sommerard en un volume imprimé à l'Imprimerie 
Nationale en 1876 et non mis dans le commerce; — 
traduction d'une nouvelle de Tourgueneff, donnée sans 
nom d'auteur par la Revue des Deux - Mondes le 
1" mars 1870 (1), et qui se trouve signée, en quelque 
sorte, par un passage d'une lettre à l'Inconnue (2) ; — 
enfin articles, notices ou comptes rendus qui se 
cachaient encore dans des revues ou journaux. Aux dix 
revues ou journaux dont M. Maurice Tourneux avait fait 
le dépouillement, M. de Lovenjoul ajoute une bonne 
douzaine de publications, quelques-unes fort oubliées , 
d'autres dans lesquelles la participation de Mérimée 
risquait de rester inaperçue, comme le Magasin Pitto- 
resque, où il a fallu discerner la paternité de fragments 
qui ne sont pas signés, suivant l'usage de la maison. 
Enfin, lî^ même où M. Maurice Tourneux avait passé» 
M. de Lovenjoul a encore trouvé quelque chose. C'est 
ainsi qu'il relève dans le Moniteur trois discours et un 
rapport de Mérimée au Sénat, souvenirs intéressants de 

(1) Étrange /iis/o/re, réimprimée dans Étranges liisioires de Tour- 
gueneff, Paris, Hclzel et C'« (1873), in-12. 

(2) Lettres à une InconnuBy t. II, p. 362 : « Je viens de traduire pour 
la Heiyiie une nouvelle dcTourguenief cjui paraîtra le mois prochain »• 



SUR MÉRIMÉE 197 

sa vie parlementaire : 4 mars 1861, discours sur les 
encouragements à donner aux aris {Moniteur du 5 mars); 
— 10 juin 1861, discours sur la pétition de M™* Libri 
(Moniteur du 11 juin); — 7 juillet 1865, rapport sur le 
projet de loi relatif aux instruments de musique méca- 
niques (Moniteur du 8 juillet) ; — 8 mai 1866, discours 
sur ce projet de loi {Moniteur du 9 mai), devenu la loi des 
16-25 mai 1866, relative aux instruments de musique 
mécaniques (1). 

La Bihliograpliie commet une très légère erreur en 
disant : « 1865. Discours au Sénat et lecture du rapport sur 
les instruments de musique mécaniques. — 1866. Dis- 
cours au Sénat... » En 1865, Mérimée ne prononça pas 
de discours et se borna à donner lecture de son rapport. 
Le premier des deux discours de 1861, assez court, 
n*avait qu'un intérêt d'actualité ; le second a été lu (2) ; 
celui de 1866 paraît avoir été appris par cœur (3). Le 
Sénat avait ordonné l'impression du rapport de 1865, 
« vu la gravité des conclusions auxquelles il aboutissait ». 
Il en a donc été fait un tirage à part dans le petit format 
qui était alors usité pour ce genre de publication. J'en 
ai cherché vainement un exemplaire à la bibliothèque 
du Sénat. J'ajoute qu'on peut aussi lire ce rapport, très 
soigné comme tout ce qu'écrivait Mérimée, dans un 
ouvrage où l'on ne songerait pas à chercher une page 
de littérature, le recueil de jurisprudence de Dalloz (4), 

(1) Cf. Procès-verbaux des séances du Sénat, 1861, t. I, pp. 468-477 ; 
t. IV, pp. 475-490; 1865, t. V, pp. 402-408; 1866, t. III, pp. 118-133. 

(2) Lettre à Panizzi du 9 juin 1861 (t. I, p. 211): «le discours que 
je lirai demain ». 

(3) Lettres à Panizzi, t. II, p. 188. 

(4) Dalloz, Jurisprudence générale, recueil périodique et critique 
de jurisprudence, de législation et de doctrine..,, 1866, 4* partie, pp. 49- 
50 (en note). 



198 BULLETIN OU BIBLIOPHILE 

OU le Dalloz, comme on dit communément au Palais. 

II 

Mais ici il faut que j'ouvre une parenthèse, parce que 
cette intervention de Mérimée au Sénat a fait parler d'elle 
récemment dans des circonstances assez inattendues. 

Il existe une loi de la Convention, des 19-24 juillet 1793, 
qui garantit à tout auteur d'une œuvre littéraire, musi- 
cale ou plastique, la propriété de son œuvre. On ne 
peut pas éditer son œuvre en dehors de lui ; une telle 
édition serait une contrefaçon et créerait à son profit 
un droit à une réparation. Cette loi, qui avait pour but 
d'émanciper les écrivains et les artistes en leur permet- 
tant de vivre de leur art et en les affranchissant de la 
tutelle des grands seigneurs et des financiers, cette loi 
était une des conquêtes de l'esprit moderne, et, comme 
rappelait emphatiquement Lakanal, « la Déclaration des 
droits du génie d. En 1865, comme on cherchait à plaire 
à la Suisse pour en obtenir des avantages économiques, 
on voulut soustraire à l'application de l'a loi de 1793 les 
instruments de musique mécaniques, qui sont ou 
étaient alors un grand objet d'exportation pour la 
Suisse, et on fit voter par le Corps législatif une loi 
d'après laquelle les serinettes, orgues de Barbarie, 
pianos mécaniques, etc., pourraient reproduire des airs 
de musique sans le consentement des auteurs. 

Rapporteur devant le Sénat de la Commission chargée 
d'étudier le projet, Mérimée combattit celui-ci et prit 
en main la défense des a pauvres auteurs », en faveur 
desquels il prononça encore un discours l'année sui- 
vante pour soutenir les conclusions de son rapport. Et 
il fallait que la question lui tint à cœur, car l'on sait à 
quel point il avait horreur de parler en public. Il 
échoua, et la loi fut votée. Avec sa claire intelligence, il 



SUR MÉRIMÉE 199 

avait \'U, lui qui n'était pas légiste, qu'elle allait cons- 
tituer assurément une atteinte au droit de propriété 
consacré en 1793. Et cette atteinte, il estimait qu'elle 
deviendrait plus grande encore avec le temps. 
* Messieurs les sénateurs, s'écriait-il en 1865, croyez 
qu'avec les progrès incessants des arts mécaniques, qu'avec 
la décadence du goût moderne, les orgues de Barbarie 
n'ont pas dit leur dernier mot, et qu'ils tendent à rem- 
placer les artistes au grand préjudice des auteurs, des 
éditeurs et des amateurs ». 

Paroles prophétiques, en vérité ; et si les collègues de 
l'orateur eussent été aussi prévoyants que lui, peut-être 
leurs dispositions eussent-elles changé. On sait le succès 
obtenu de nos jours par le phonographe, charme non 
plus seulement des seuls rois nègres, comme Mérimée 
le disait des serinettes, mais de bien d'autres encore ! 
Alarmés du tort que leur causaient, à l'abri de la loi 
de 1866, le phonographe et les appareils du même 
genre, un certain nombre d'éditeurs ont intenté un 
procès, dans ces derniers temps, aux fabricants de ces 
appareils, pour faire juger cette question : Les rouleaux 
ou cylindres des phonographes ou gramophones doi- 
vent-ils bénéficier de la loi de 1866 ? Ne constituent- 
ils pas de véritables éditions, comme des volumes ou 
des partitions, et ne sont-ils pas, comme tels, soumis à 
la loi de 1793, et leur fabrication et leur mise en vente 
ne sont-elles pas subordonnées au consentement des 
auteurs, ou des éditeurs, leurs cessionnaires ? 

Devant le Tribunal civil de la Seine, les éditeurs 
perdirent leur procès (jugement du 6 mars 1903). Mais, 
devant la Cour d'appel, ils le gagnèrent en partie (arrêt 
du 1^"^ février 1905). La Cour décida que lorsqu'il s'agît 
de musique seule, il y a lieu d'appliquer l'exemption 



200 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

édictée par la loi de 1866 ; car comment appeler un pho- 
nographe, si on ne l'appelle pas un instrument de musi- 
que mécanique ? Mais elle décida d*autre part qu'il faut 
le consentement des auteurs pour la reproduction de 
paroles, soit seules, soit accompagnées de chant : la 
loi de 1866 a été faite pour la musique, non pour les 
paroles. Devant le Tribunal et devant la Cour, nous 
avons entendu discuter dans tous ses termes le rapport 
de Mérimée. 

Personne n'a parlé de son discours. Même au point de 

vue juridique, on a peut-être eu tort: c'est un bon 

commentaire du rapport. Quant à la critique littéraire, 

elle s'est désintéressée de ces trois grandes colonnes du 

Moniteur^ pages véritablement inconnues d'un auteur si 

étudié. Pages agréables d'ailleurs ; Mérimée s'y retrouve 

avec sa finesse un peu apprêtée, sa verve gauloise, son 

goût de l'historiette, ce En 1660, dit-il, Molière a fait 

jouer une pièce que, par égard pour les demoiselles qui 

lisent le Moniteur à leurs grands-parents, je ne 

nommerai pas (Sourires). . . » On n'est pas plus moral. 

Il invoquait même la morale, en s'excusant : « Enfin» 

Messieurs, j'en demande pardon, mais la Commission 

pouvait aussi invoquer la morale, car la justice distri- 

butive fait partie de la morale, et je crois qu'il est 

injuste, du moins à mon avis, de prendre à un pauvre 

musicien un air pour en faire cadeau à un fabricant 

d'orgues ipécaniques ». Et quel triste vulgarisation ces 

orgues n'amèneront-elles pas ! « Messieurs, on ne se fait 

pas d'idée de toutes les inventions dont s'avisent les gens 

qui, n'ayant aucune propriété intellectuelle, s'emparent 

de celle des autres. Si vous voulez me le permettre, je 

vous raconterai une anecdote qui n'est peut-être pas 

digne de la gravité du Sénat, mais qui cependant a son 

importance dans la question. Notre honorable collègue 



SUR MÉRIMÉE 201 

M. Lebrun nous Ta contée dans une des séances de 
notre Commission. Il la tenait de Ducis. Je regrette de 
ne pas pouvoir la raconter dans les termes dont 
M. Lebrun s'est servi lui-même. Ducis se promenant 
près de Chevreuse rencontra un homme qui conduisait 
une charrette sur laquelle se lisait cet écriteau : Théâtre 
des chiens tragiques (Hilariié), L'homme jouait Iphigénie 
en Aulide, c'est-à-dire récitait la tragédie, et les chiens 
jouaient habillés en héros grecs. Le directeur du théâtre 
dit à Ducis : Vous voyez bien cette levrette ; c'est un 
sujet de premier ordre ; elle va débuter dans Œdipe à 
Colone, dans le rôle d'Antigone, où elle fera fureur 
(Nouvelle hilarité) ». 

III 

Lorsque parut le tome V du Manuel de l'Amateur de 
Livres de M. Georges Vicaire(l), l'article Mérimée apporta 
à rétude de notre sujet une nouvelle et très importante 
contribution. Sont décrites, cette fois, — je ne dis pas 
notées, mais décrites — toutes les éditions et rééditions, 
tous les tirages spéciaux, même les plus introuvables, 
toutes les traductions, imitations, contrefaçons, et avec 
la minutie et la précision qui font de cet ouvrage un 
instrument de travail de toute sûreté. C'est une suite de 
petites dissertations. Chemin faisant, l'auteur ndte ce 
qui a trait au théâtre Le « théâtre de Mérimée », l'expres- 
sion peut sembler étrange. Une saynète de Clara Gazul, 
le Carrosse du Saint -Sacrement y jouée six fois à la 
Comédie Française (2), et sifflée, voilà, du moins on Ta 
toujours cru, ce qui compose la carrière dramatique de 

(1) Georges Vicaire, Manuel de V Amateur de livres du XIX* siècle 
{i801-lS93)y Paris, in 8, en cours ; t. V, 1904, col. 700-762. 

(2) Sous le titre : Le Carrosse (1850). 



202 BULLETIN DU- BIBLIOPHILE 

Mérimée. Est-ce tout? Sur le Catalogue général des 
Œuvres dramatiques Trî lyriques faisant partie du Réper- 
toire de la Société des Auteurs et Compositeurs drama- 
tiques (Paris, 1863, in-S»), M, Georges Vicaire a trouvé 
la mention de deux vaudevilles en un acte, intitulés, 
l'un : A quelque chose malheur est bon, Tautre : Pour 
éviter Clichy, par Duriez et Mérimée. Qui sont ce Duriez 
et ce Mérimée? On l'ignore, aucun prénom n'accompa- 
gnant leurs noms. S'agit-il de Prosper Mérimée ou de 
son cousin Henri Mérimée, qui a publié, en 1847, Une 
année en Russie, — Lettres à Saint-Marc Girardin? Ces 
deux vaudevilles ont -ils été imprimés? M. Georges 
Vicaire établit qu'ils n'ont pu être joués que de 1826 au 
31 décembre 1859 (1). Mais où? A Rouen, bien proba- 
blement, d'après les « chercheurs » auxquels M. Jules 
Couét, archiviste-adjoint de la Comédie - Française , 
avait soumis la question (2). Par malencontre, les jour- 
naux rouennais, le Journal de Rouen et le Nouvelliste de 
RoueUy qui nous auraient peut-être renseignés, manquent 
à la Bibliothèque nationale pour la période de 1853 à 
1859, et le problème est resté en l'état. C'est peut-être de 
Rouen que viendra la lumière. Mais franchement on ne 
se figure pas bien l'auteur de Colomba écrivant des vau- 
devilles. 

Le Manuel signale les pièces de théâtre inspirées par 
des œuvres de Mérimée. Ces pièces sont : L'Espionne 
(1829), la Périchole (1835), tirées de Clara Gazul, la pre- 
mière par Darlois et Dupeuty ( musique d'Adolphe 
Adam), la seconde par Théaulon et Deforges ; — une 
Chambre bleue de La Rounat (1873) ; — Carmen, bien 

(1) Georges Vicaire, Prosper Mérimée a-l-il été vaudevilliste f dans 

le Bulletin du Bibliophile, juin 1903, pp. 330-335. 

(2) Intermédiaire des Chercheurs et Curieux, 10 août 1903, col. 171 

et 30 août 1903, col. 2%-297. 



SUR MÉRIMÉE 203 

entendu, Texcellent livret fourni à Bizet par Meilhac let 
Halévy (1875); — la Fleur de Tlemcen, pour laquelle 
Legouvé a mis à contribution Les Deux Héritages (1876). 
Pour le détail, je renvoie au ManueL Si M. Georges 
Vicaire s'était occupé non de bibliographie, mais de 
critique littéraire, il aurait dû rechercher quelle part 
d'inspiration revient à la Chronique du règne de 
Charles IX dans le livret du Pré- aux -Clercs (1832) et 
dans celui des Huguenots (1836). Pour le premier, Pla- 
nard doit à Mérimée les personnages de Mergy et de 
Comminges et la scène du duel. Scribe a dû prendre 
d'autres noms, mais le fameux duo de Raoul et de 
Valentine est la mise en scène du chapitre de la Chro- 
nique intitulé : Dernier effort. Et la Périchole ! On nous 
parle d'une Périchole de 1835, dont les auteurs décla- 
raient eux-mêmes n'avoir fait qu'arranger le Carrosse 
du Saint-Sacrement. Mais peut-on passer sous silence la 
Périchole que nous connaissons tous, celle qui a fourni 
à Offenbach le sujet d'une partition classique en son 
genre (1868) ? Je sais bien qu'entre les folles inventions 
de Meilhac et Halévy et la saynète de Mérimée, il n'y a 
analogie ni dans la forme, ni quant au fond : du car- 
rosse lui-même, plus et un mot, et les situations sont 
toutes différentes. Mais nous retrouvons Périchole, et 
don Andrès de Ribeira, vice-roi du Pérou, et la scène 
est à Lima ! Et ce nom seul de la Périchole constitue 
pour Mérimée une sorte de propriété morale qui ne doit 
pas être méconnue. Combien peu s'en doutent, même 
parmi ceux qui souriront toujours à un passé lointain 
en entendant la lettre à Piquillo ; mon cher amant, je 
te jure,., et le finale : // grandira, car il est Espagnol!.., 
Et combien ont salué, dans une scène du jRoi Càndaule 
des mêmes auteurs, un ressouvenir de ce même Carrosse 
du Saint Sacrement? Pour finir, j'ai la satisfaction de 



206 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

M. Félix Chambon. Examinons-les successivement. 

M. Félix Chambon, bibliothécaire de l'Université de 
Paris, en faisant des recherches, à la Bibliothèque de 
rUniversité, dans les papiers de Boissonade, mit la main 
sur dix lettres adressées à ce dernier par Mérimée. Puis, 
en faisant des recherches à la Bibliothèque Victor 
Cousin, il découvrit soixante lettres écrites au philosophe 
par Mérimée, et trois lettres à Barthélémy Saint-Hilaire. 
L'idée lui vint de publier ce trésor, auqueFs'adj oignirent, 
nous allons voir comment, des lettres à Thiers, à Requien 
et à Panizzi, et c'est ainsi que les amateurs de livres 
rares virent paraître les Lettres inédites de Prosper 
Mérimée, s. 1., 1900 (Moulins, impr. Crepin-Leblond), 
in-8, CXXIX-251 pp. Introduction signée Félix Chambon. 
On lit au v° du faux-titre : « Le présent ouvrage a été 
privately printed strictement à 42 exemplaires ». Vingt 
exemplaires furent souscrits par la librairie Dorbon, 
qui les mit en vente au prix respectable de 200 francs. 

Deux parties dans l'ouvrage : une longue Introduction 
(pp. I-CXXIX), les Lettres inédites (pp. 1-251). Dans la 
première, l'auteur, en se défendant d'écrire à nouveau 
la vie de Mérimée, vise seulement à en établir quelques 
points à l'aide de documents d'archives, de témoignages 
contemporains diligemment recueillis, enfîn de lettres 
autographes qui ont passé en vente publique, et qui 
constituent, comme on le fait remarquer avec grande 
raison, une source d'informations jusqu'alors dédaignée 
par les biographes. Nous suivons ainsi [Mérimée depuis 
le lycée, où nous savons les nominations qu'il obtint 
(il ne fut pas élève-phénomène), depuis]récole"de droit, 
où nous assistons à ses examens (M. Chambon ne se 
console pas de n'avoir pas retrouvé sa thèse de licence), 
et nous le suivons quelquefois dans sa vie mondaine au 



SUR MÉHIMÉE 207 

point de savoir qn'il a dîné tel jour avec telles personnes 
et le lendemain avec telles autres. Un tableau de sa 
correspondance (1) complétera celui de M. Maurice 
Tourneux. Puis on nous parle de ses rapports avec ses 
correspondants, Boissonade, Cousin et Thiers. Car 
M^'^ Dosne a communiqué à M. Chambon des lettres à 
Thiers, presque toutes relatives à YHistoire du Consulat 
et de r Empire, que M. Chambon, je ne sais pourquoi , a 
utilisées dans cette Introduction au lieu de les réunir 
aux autres Lettres inédites. A propos des événements de 
1870 et du rôle joué par Thiers et par Mérimée dans 
Tagonie de l'Empire, M. Chambon et M. Filon sont en 
désaccord sur l'heure exacte à laquelle on connut aux 
Tuileries le désastre de Sedan. Je doute que cette ques- 
tion passionne les Mériméistes, mais elle peut avoir 
de l'intérêt ponr d'autres, et je la signale. Un dernier 
paragaphe sur Mérimée diaprés sa correspondance est un 
éloge sans réserves du caractère de l'écrivain. (Des ré- 
serves, je pense qu'il y en aurait bien quelques unes 
à faire dans une étude d'ensemble sur Mérimée. Mais 
il ne faut pas dire du mal de Mérimée à M. Chambon. 
Il est incroyable à quel point Mérimée a été aimé de cri- 
tiques qui ne l'ont pas connu. Les contemporains 
étaient moins enthousiastes, ou, si Ton veut une expres- 
sion plus juste, moins unanimes dans l'enthou- 
siasme). — Enfin viennent les lettres. 

J'ai indiqué la provenance de celles qui sont écrites à 
Boissonade [10 lettres], à Victor Cousin [60] et à Barthé- 
lémy Saint-Hilaire [3]. Reste les lettres à Requien [4] età 
Panizzi [2] On connaît les lettres scabreuses de Mérimée 
à Requien, conservées au musée Calvet, à Avignon, qui 
n'en autorise la communication qu'avec toutes sortes de 

(l)Pp. LIII-LVI. 



208 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

pudiques difficultés. M. Chambon a trouvé une copie de 
quatre de ces lettres (sur quatre-vingt-trois), lesquelles, 
par une heureuse fortune, ne faisaient pas partie des 
vingt-quatre qui ont paru dans la Revue de Paris (1). Quant 
aux lettres à Pan izzi, elles méritent une explication. On 
savait que ces lettres, éditées par M. Louis Fagan (2), 
héritier de Panizzi, avaientétéarrangées. On savait qu'im- 
primées d'abord intégralement, ou peu s'en fallait, elles 
avaient été émondées sur les placards, et que, par con- 
séquent, le texte que nous pouvons tous lire n'est pas le 
vrai texte. Et Ton croyait que quatre personnes seule- 
ment étaient mieux renseignées que nous, parce que ces 
quatre heureux mortels (parmi lesquels, bien entendu, 
le vicomte de Spoelberch de Lovenjoul) possèdent 
chacun un exemplaire desdites lettres à l'état 
d'épreuves (3). Mais ce qu'on ne savait pas, c'est qu'un 
bibliophile avait acheté, il y a quelques années, non un 
volume d'épreuves, mais un exemplaire complété à la 
main, d'après la version primitive. Il l'a prêté à 
M. Chambon, amené ainsi à insérer dans son recueil 
deux lettres qui n'existent pas dans l'édition Calmann- 
Lévy (4). Quoi I dira-t-on, deux lettres seulement? Oui, 
parce que l'exemplaire complété ne l'était pas complète- 
ment, et qu'il ne contenait que ces deux copies. Mais 
M. Chambon a eu plus tard la curiosité de le comparer 
à un des exemplaires d'épreuves, et, cette fois, les deux 
textes apparaissaient comme très dissemblables. V In- 
termédiaire (5) ne s'était pas trompé en parlant d'un 

(1) Revue de Paris, 15 mai 1898, pp. 225-256. 

(2) Prosper Mérimée, Lettres à M. Panizzi (1850-1870), publiées imr 
M. Louih Fagan, du Cabinet des Estampes au British Muséum, Paris, 
Calmann-Lévy, 1881, 2 vol. in-8. 

(3) Cf. G. Vicaire, op. cit., col. 745. 

(4) Lettres inédites de Prosper Mérimée, pp. 56 et 58. 

(5) Ibid., p. 216. 



SUR MÉRIMÉE 209 

déchet d'un tiers ; les suppressions soit de lettres totales 
soit de parties de lettres, nous ont bien privés d'un 
troisième volume, égal en étendue aux deux volumes 
publiés (on ne trouvera dans le livre de M. Chambon 
qu'un certain nombre des passages retranchés) (1). Et 
cette réduction d'un tiers, dans quel esprit a-t-elJe 
été faite ? J'admets très volontiers comme légitimes, 
tous les retranchements dictés par le respect des per- 
sonnes, même si, par l'effet du temps, certains scru- 
pules de cet ordre peuvent sembler un peu futiles. Légi- 
time aussi le sacrifice de tout ce qui nous apprendrait, 
si nous le savions déjà, le goût de Mérimée pour l'obscé- 
cénité. Pour le reste, il faut bien le dire, la suppression 
évidemment arbitraire de passages qui ne pourraient 
choquer personne prouve qu'aucune critique, au moins 
en ce qui concerne ces passages — et ils sont nombreux 
— n'a présidé à la sélection. (Les originaux des lettres à 
Panizzi sont au British Muséum, où on les communique 
au public). 

Si à ces diverses lettres (en y comprenant les lettres 
à Tlîiers) on ajoute quelques billets tirés des bibliothè- 
ques départementales et deux lettres au président de la 
Real Academia de la Hisioria, on arrive bien à un total 
de près de cent lettres inédites, comme il est dit dans 
l'Introduction. 

(1) Ibid., pp. 227-243. 

(A suivre) Lucien Pinvert. 



16 



ANTOINE JACQUARD 



ET LES 



GRAVEURS POITEVINS 

AU XVII- SIÈCLE 



Le rayonnement de la Renaissance ne s'éteignit pas 
avec le siècle finissant. Il avait illuminé la France d'un 
trop magnifique éclat pour ne pas laisser après lui, 
même dans les provinces les plus réfractaires à l'art, des 
petits foyers encore vivaces : le Poitou, notamment, 
garda pendant tout le règne de Louis XIII un reflet de ce 
passé prestigieux. 

C'est répoque où vécut Antoine Jacquard, graveur 
ornemaniste original et primesautier, qui traça sur le 
cuivre des motifs d'une fantaisie charmante dans la 
manière d'Etienne Delaulne et de Théodore de Brv. 
Chose curieuse ! Les érudits locaux ne savent presque 
rien de cet artiste de mérite dont les moindres œuvres 
s'enlèvent à prix d'or dans les ventes (1) et dont le 
Cabinet des Estampes lui-même ne possède qu'un petit 
nombre de pièces. Si l'on connaît son pays d'origine, 
c'est uniquement parce qu'il a pris soin de prendre le 

(1) En 1846 à la vente Reynard on pouvait avoir pour 3 ou 4 francs 
plusieurs pièces de Jacquard. (Cinquante ans plus tard, à la vente 
Destailleurs, un album de 24 pièces a été adjugé 1100 francs. Les 
Divers portraits des habitans du nouveau monde ont fait 650 fr. 



ANTOINE JACQUARD 211 

titre de Poitevin (1) sur le frontispice d'une de ses suites 
d'ornements ; les registres paroissiaux de Poitiers 
ne portent aucun graveur de son nom. 

Je le reconnaîtrais pourtant volontiers dans cet 
Antoine Jacquard, époux de Marie Joubert, dont les 
enfants furent baptisés à Saint-Didier les 9 mars 1622, 
12 novembre 1624, 22 avril 1627, 17 juillet 1629, et qui fut 
enterré dans la même église le 11 juillet 1652. Il est 
qualifié à vrai dire de t M® arpenteur et appréciateur » ; 
mais cette charge n'était pas incompatible avec le métier 
de graveur. Bien au contraire, on choisissait de préfé- 
rence un artiste pour exercer des fonctions qui 
exigeaient une connaissance sérieuse du dessin (2). Si 
Jacquard, ce que nous ignorons, a rempli la charge 
d'arpenteur, il est tout naturel qu'il s'en soit prévalu sur 
des pièces officielles : son titre de graveur ne l'eût pas 
distingué d'un simple artisan (3). 

Sait-on d'ailleurs d'une façon précise quelle était sa 
profession? L'histoire du travail en Poitou n'enregistre 
pas de corporation spéciale de graveurs sur métaux. 
Jacquard comme ses confrères, devait exercer un 
état plus lucratif, et ne se livrer à l'art du cuivre 
qu'à ses moments de loisir. Peut-être, comme Paul 
Demoges, un de ses successeurs à Poitiers, vivait-il de 
l'orfèvrerie, métier qui demandait une si parfaite 
possession du burin qu'il fallait pour l'exercer un 

(1) Il n'est pas absolument certain que Jacquard soit né en Poitou. 
La consonuance de son nom ferait plutôt songer à la Lorraine, où 
d'ailleurs il y avait à cette époque une école de graveurs renommés. 

(2> A Niort, à la même époque les fonctions d'arpenteur étaient 
remplies par deux peintres verriers Antoine Hay et son confrère 
Loyseau (Min. du notaire Sabourin, étude Mousnier à Niort). 

(3) La Boura //ère (de). L'imprimerie etia librairie à Poitiers pendant 
les XVIIe et XVIll*» siècles. (Mémoires de la Société des Antiquaires 
de rOuest. Tome XXVIII, 2« série, p. 169). 



212 BULLETIN DU BIBUQPHILE 

apprentissage de huit années, juste le double de celui 
des peintres. Mais je verrais plutôt en Jacquard un 
maître arquebusier en m'appuyant sur le frontispice qui 
figure en tête de cette étude où deux personnages four- 
bissent un canon d*arquebuse. L*un d'eux, qui tourne 
complaisamment son visage de face, ne peut repré- 
senter que le graveur lui-même (1). 

Quoi qu'il en soit, Antoine Jacquard était un habile 
homme, et ne semble guère à sa place à Poitiers, où l'art 
ne fut jamais fort en honneur. Mais à cette époque 
heureuse de décentralisation, le génie souffle où il veut. 
On voit surgir des artistes de talent dans des petites 
villes où rien ne paraît justifier leur présence. Pour 
ne parler que des graveurs, Mathurin Jousse,à la Flèche, 
J. Toutin, à Châteaudun, Jean Vauquer, à Blois, rivalisent 
avec les maîtres parisiens les plus renommés. 

Si la vie de Jacquard était mieux connue, peut-être 
trouverait-on pour expliquer l'heureux développement 
de son talent les encouragements d'un grand personnage 
ou d'un amateur éclairé. Le maître a dédié une de ses 
suites à Jean le Roy de la Boissière, qui comptait parmi 
ses ancêtres deux maires de Poitiers. Les imprimeurs 
Mesnier et Thoreau, qui l'employaient à illustrer les 
ouvrages sortis de leurs presses, n'étaient pas non plus 
les premiers venus. Enfin Poitiers avait pour gouverneur 
le duc de Roannez, de cette illustre famille des Gouffier, 
qui avaient fait de leur château d'Oiron une véritable 
galerie d'art. Mais si l'intervention d'un Mécène a véri- 
tablement influé sur la carrière de Jacquard, je ne serais 
pas étonné que ce protecteur eût été l'évêque même de 

(1) La tête de guerrier qui fait le motif principal de la planche 
semble représenter Geoffroy de Lusignan dit la Grand'dent (Comparer 
avec le portrait apocryphe de Cl. Vignon au Cabinet des Estampes). 
Une telle enseigne convenait à merveille à un atelier d'arquebusier. 



ANTOINE JACQCARt) 213 

Poitiers, Henri-Louis Chasteigner de la Rochepozay, 
grand seigneur érudit et ami des lettres, dont le maître a 
gravé un fort joli portrait. 

J'arrête là mes conjectures sur la vie de Tartiste, et 
j'arrive à l'œuvre. 

La première pièce datée, qui porte la signature de 
Jacquard, un frontispice de grand format (1), figure en 
tête d'un livre imprimé en 1613 : la dernière, une 
planche d'armoiries, décore un titre de 1640. Mais il 
faut peut-être faire remonter les débuts de Jacquard 
quelques années plus haut, vers 1609, et lui attribuer 
plusieurs titres gravés, sans signature, qui ornent des 
impressions poitevines (2). 

Je me hâte de dire que toutes ces planches de librairie, 
très utiles pour fixer les dates extrêmes de la carrière 
du maître, ne lui font pas autrement honneur. S'il 
n'avait d'autres titres à l'admiration de la postérité, il 
est probable qu'il serait resté tout à fait inconnu et que 
ni Le Blant dans son Dictionnaire, ni Guilmard dans 
ses Maîtres ornemanistes n'auraient songé à lui donner 
une place. Jacquard était un attardé de la Renaissance. 
La fantaisie de son burin s'accommodait mal d'un 
travail de commande. Je ne vois guère à citer que le 
frontispice du Violier des Muses (1614) qu'il n'a pas signé 
pour laisser l'auteur du livre Gabriel Robert, sieur du 
Colombier, mettre au bas de la planche ccauthor invenit», 



(1) C'est M. de la Bouraliére (loc. cit. p. 159-160) qui a signalé le 
premier les travaux exécutés par Jacquard pour les imprimeurs 
poitevins. 

(2) Citons notamment les Très rares discours à prescher du 
P.-F. Murillo (1609) ; le Jardin et cabinet poétique de Paul Contant 
(1609) avec 10 planches ; Pétri Rat in Pictonum leges glossemctia 
(1609) ; les Justes grandeurs de l'Église, par le P. Silvestre de Laval 
(1611) ; Coutume du Poitou (1610) ; Sacra Ludovico XIII Rhemensia 
(1611) avec un port, de Louis XIII, etc. Cf. La Bouï*alière, op. cit. 



214 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

et celui des Œuvres poétiques de Bernier de la Brousse (1618) 
vraiment gracieux avec ses figures d'Apollon et Mercure, 
conducteurs des muses, ses berger et bergère symbo- 
lisant les églogues du poète. 

Les portraits valent déjà mieux. Si celui du président 
de Nesmond, exécuté après décès, sur un original 
sans doute médiocre, garde une raideur déplaisante, 
celui de M^*^ de la Rochepozay, dans des proportions 
réduites, est expressif et d'une finesse de gravure 
charmante. Ces deux planches sont pourtant de quelques 
années antérieures à une bizarre composition allégo- 
rique dont le sujet a dérouté les bibliographes et où je 
n'hésite pas, pour ma part, à reconnaître les portraits 
des Jésuites de Poitiers, bien qu'il ne soit guère dans 
rhabitude d'un artiste de figurer ses modèles avec un 
seul œil ouvert. 

Le sujet le voulait ainsi. On venait de canoniser, le 
12 mars 1622, saint Ignace de Loyola et saint François 
Xavier, les deux patrons de la Compagnie de Jésus. Les 
pères de Poitiers célébrèrent cette solemnité par une 
grande fête, et, pour en consacrer le souvenir, comman- 
dèrent à Jacquard une planche commémorative. En 
haut, dans les nues, rayonne l'image du Christ. Un peu 
plus bas saint Ignace et saint François, les deux 
nouveaux saints, se font pendant avec cette inscription : 
A primo geminata parelia sole. Sur terre, quatorze 
docteurs, fermant un œil pour mieux voir, contemplent 
ces astres naissants avec tous les instruments d'optique 
connus : lunette, sextant, astrolabe, prisme, miroir. Pour 
qu'on ne puisse se méprendre sur leurs personnes, le 
paysage du fond représente un château et une ville 
ceinte de murailles. En bonne place se dresse la chapelle 
que les Jésuites venaient tout récemment de faire 



ANTOINE JACQUARD 215 

Poitiers avec ses deux tours surmontées de clochers à 
coupole (1): Observant meteora sophi. 

De telles compositions ne présentent qu'un intérêt de 
curiosité. On entre dans le domaine de Tart avec les 
Divers povrt raids et figures faites sur les meurs des habitans 
du Nouveau Monde. Rien de plus gracieux que ces douze 
petites planches de format allongé, renfermant 
chacune quatre sujets dans des arcades. Des enfants, 
des femmes, des hommes sauvages, figurent dans les 
attitudes les plus diverses du combat, de la chasse, des 
danses, des jeux, el même du cannibalisme. Les poses 
des petits personnages, très finement gravées, sont un 
peu conventionnelles — on les appellerait aujourd'hui 
des « académies », — mais les accessoires, fruits 
exotiques, poissons, oiseaux, fauves du Nouveau-Monde, 
armes de guerre et de chasse, coiffures, costumes, 
dépassent en exactitude toutes les planches de voyage 
d'alors. Impossible que le graveur n'ait eu les objets 
sous les veux. 

On serait cependant bien embarrassé pour expliquer 
comment Jacquard aurait pu trouver de semblables 
documents à Poitiers, s'il n'avait pris soin lui même de 
nous indiquer le collectionneur qui lui avait fourni ses 
modèles. Jean le Roy, sieur de la Boissière, le gentil- 
homme poitevin à qui sont. dédiés les Divers pourtraicts, 
méritait non seulement le titre de « chérisseur des 
muses )) que lui décerne Jacquard, mais aussi celui de 
curieux dans toute l'acception moderne du mot. 

Il possédait un de ces cabinets d'histoire naturelle et 
d'objets rares, comme Poitiers en comptait plusieurs à 
cette époque, mélange disparate de plantes et de fruits, 



"(1) L'édifice existe toujours et sert de chapelle au lycée de 
Poitiers. 



216 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

(le coquilles et de phénomènes anatomiques, d'animaux 
empaillés, d'antiquités et de médaillés, qui faisaient 
l'admiration des contemporains, et jouissaient même 
d'une réputation qui dépassait les limites de la province. 
Les touristes savants les visitaient. Ils en faisaient l'éloge 
dans leurs guides et leurs itinéraires. Un des plus 
fameux, appartenant à l'apothicaire Paul Contant, avait 
même eu l'honneur d'une publication spéciale (1) et 
d'un éloge en vers, composé il est vrai par son posses- 
seur, mais illustré de dix planches sur cuivre où je 
reconnaîtrais assez volontiers la main de Jacquard à 
ses débuts (1609). 

Dans la tâche ingrate de reproduire des animaux 
empaillés et des phénomènes tératologiques, certains 
sujets, des poissons entre autres, révèlent une habileté 
et une finesse de pointe très méritantes. Le grand cuivre, 
qui groupe en un seul bouquet plus de cinquante plantes 
différentes sans qu'il y manque une feuille ni un pétale, 
peut même passer pour un tour de force. 

Jean le Roy figure dans le Cabinet poétique en recon- 
naisance d'une assez laide curiosité qu'il avait offerte à 
Paul Contant, un chien à huit pattes et à quatre oreilles. 
L'apothicaire poète, par gratitude, lui délivra un brevet 
d'inventeur et d'artiste en le sacrant 

Archite Poitevin 

Timanthe sans esgal dont la dexte sçavante 
Faict tout ce que nature à nostre œil représente. 

Que le libéral ami de Contant et de Jacquard ait marché 



(1) Le Jardin et cabinet poétique de Paul Contant, apoticaire de 
Poitiers... Poitiers, 1609, petit in-4«, titre gravé et 10 pi. dont une in- 
fol 



ANTOINE JACQUARD 217 

sur les traces du mathématicien Archytas, on peut à la 
rigueur y consentir; mais qu'il ait jamais mérité d'être 
comparé à Timanthe ou à Apelle, voilà ce qu'un témoi- 
gnage irrécusable nous défend d'admettre. On possède 
en effet un album de fleurs de la propre main du sieur 
de la Boissière, recueilli par le plus grand des hasards à 
la bibliothèque du Muséum, où on peut le feuilleter tout 
à loisir. Il nous édifie sur les talents en peinture de son 
auteur (1). 

On y voit de belles variétés de tulipes, d'iris, de crocus, 
d'oeillets, de roses, de cerises et même de fraises. Sou- 
vent des scarabées, des papillons diurnes ou nocturnes, 
des chenilles, des libellules, viennent animer les fleurs. 
On y trouve un martin-pêcheur, dans sa brillante livrée 
jaune et bleue, et un toucan, oiseau encore fort rare. 
Mais que l'exécution de ces quarante quatre gouaches 
est inégale ! Comme ces fleurs sont raides, sans 
légèreté, sans vie I On dirait un herbier pour une 
démonstration botanique. Bien que dans sa dédicace à 
son ami l'apothicaire Thomas Garnier, — Jean Le Roy 
aimait décidément les apothicaires, — l'auteur ait eu 
soin de i'avertir qu'il relevait de maladie et qu'il avait 
ébauché ses planches manu diuturno morbo tremula, j'ai 
peine à croire qu'il ait jamais été capable de faire 
mieux. S'il se rencontre dans l'album quelques sujets 
admirablement achevés, comme la planche d'oeillets 
et le beau papillon de nuit égarés parmi ces médiocres 
peintures (2), je n'hésite pas à les attribuer à une autre 

(1) C'est M. Hamy^ l'éminent professeur au Muséum, qui a le pre» 
mier signalé cet album et en a donné une élégante description (Nou- 
velles archives du Muséum, IV* série, tome 111). Tirage à part. 

(2) M . Hamy ne serait pas éloigné d'y reconnaître la main de Daniel 
Rabel. 



218 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

main. Les premières ne s'élevaient pas au delà du talent 
d'un amateur: celles-là révèlent un maître. 

Les vélins du a Timanthe sans esgal » sont datés de 
1610. Je crois les Divers portraits du Nouveau Monde pos- 
térieurs de plusieurs années. Il y eut en 1614 une expé- 
dition en Amérique, à l'île de Maragnan, où s'engagèrent 
plusieurs Poitevins (1). Ce serait faire une supposition 
absolument gratuite que de ranger Jean Le Roy au 
nombre des explorateurs, mais il est très probable que 
les armes, les costumes et les autres objets gravés par 
Jacquard provenaient de ce voyage. Le sieur de la Bois- 
sière, qui en avait enrichi son cabinet, en désira les dessins. 
Ce qu'on sait de son talent permet de réduire son rôle à 
celui d'inspirateur : c'était peut-être déjà trop. 

Heureusement, dans les pièces de Jacquard qu'il nous 
reste à voir, le maître ne va plus prendre pour guide 
que sa fantaisie. A part une suite de six planches, les 
Cinq sens de nature (1624), où de chaque côté d'un médail- 
lon mythologique deux amours symbolisent la vue, 
l'ouïe, l'odorat, le toucher, le goût avec une gauloiserie 
qui n'effarouchait pas les contemporains de Mathurin 
Régnier, nous n'aurons plus devant nous que les des- 
sins d'ornements destinés à servir de modèles aux 
orfèvres, aux serruriers et aux arquebusiers. 

Ici l'artiste est sur son véritable terrain. Son burin se 
joue du cuivre en arabesques, en rinceaux, en petites 
figures gracieuses ou grotesques, en motifs de décoration 
d'une variété et d'une délicatesse incomparables. C'est 
le goût français dans ce qu'il a de plus pur, et l'on ne 
sait ce que l'on doit le plus admirer, de l'artiste qui 

(1) Claude d*AbeviUe (le P.). Histoire de la mission des pères capu 
cins en Tisle de Maragnon. Paris, 1614, p» 8», fig. — Les objets des- 
sinés par Jacquard sur ses planches sont très nettement originaires 
du Brésil. 



ANTOINE JACQUARD 219 

inventait d'aussi charmants ornements, ou de l'artisan 
qui les incisait dans Tor, l'argent ou le fer. 

Pour Jacquard les deux ne font qu'un. Sa manière 
est celle d'un orfèvre. Gardes d'épée ou cadrans de 
montre, il trace son sujet à la pointe, dans les propor- 
tions minuscules de î'objet qu'il doit décorer. Puis, pour 
faire ressortir les figures ou les rinceaux, il garnit les 
fonds de hachures croisées qui donnent l'impression du 
noir. Ce n'est plus de la gravure, c'est presque du 
niellage. 

Mais quel esprit dans toutes ces petites compositions 
mythologiques : jugement de Paris, chute d'Icare, 
enlèvement de Ganymède, histoire d'Adonis ou d'Enée I 
Quelle fertilité charmante d'invention ! Prenez deux 
pièces similaires dans une même série I De loin l'aspect 
est le même, de près pas un détail ne se ressemble. On 
sent que ces motifs si variés venaient d'eux - mêmes 
se présenter sous son burin, et qu'il composait en se 
jouant tous ces dessins d'ornements, dont il n'a gravé 
qu'une infime partie pour servir de modèles à 
ses confrères. 

Et voyez comme ces ouvriers d'autrefois faisaient 
d'admirables artistes ! Il se trouve que ces travaux pro- 
fessionnels laissent bien loin en arrière les portraits ou 
les compositions allégoriques de Jacquard, et que dès 
les premiers pas — les différents portraits pour les serru- 
riers sont de 1615, — le maître atteint la perfection. 

Naturellement une telle variété de motifs décoratifs 
peut convenir à bien des corps de métier. Mais Jacquard 
semble n'avoir travaillé que pour trois d'entre eux et 
sans doute successivement. Au début de sa carrière il 
grave trois suites pour les serruriers ; puis il passe à 



220 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

l'arquebuserie (1) avec la belle suite qui porte son 
portrait, et arrive enfin à l'orfèvrerie où il se spécialise 
dans les boitiers de montres, dont il compose quatre 
suites au moins. Avec les pièces non signées ou douteu- 
ses, cela fait une centaine de planches à l'actif du maître 
On voit qu'il possédait aussi cette belle qualité des 
artistes de la Renaissance : la fécondité du talent. 

Malheureusement, pas plus que beaucoup de ces maî- 
tres, il ne laissa d'élèves. Comme le mystérieux potier 
de St-Porchaire ou Bernard Palissy, il n'eut ni émules 
ni successeurs. Il resta une exception, une anomalie, 
une fleur rare dans un jardin inculte. Déjà, de son 
vivant, les imprimeurs poitevins s'adressaient, concur- 
remment à lui, à des graveurs parisiens tels que B. Lan- 
glois, Gaspard Isaac, Pierre Firens (2). Après lui c'est 
la capitale qui fournit exclusivement les presses 
poitevines d'armoiries gravées, de portraits et de fron- 
tispices, jusqu'au moment où les libraires, abandonnant 
les belles traditions d'art et d'amour-propre profession- 
nel de leurs ancêtres, jugèrent plus commode de suppri- 
mer tout ornement superflu. En 1765 quand Mgr Beau- 
poil de Saint-Aulaire voudra publier les livres litur- 
giques de son diocèse, c'est à Gravelot qu'il demandera 
le frontispice de son Bréviaire : il n'y aura plus alors 
de graveurs à Poitiers, 

Avant d'en arriver là, on trouve encore dans le cours 
du XVII* siècle quelques artistes du crû, d'assez mince 
valeur, mais qu'il n'est pas inutile de citer, ne serait-ce 

(1) La corporation des serruriers était très florissante à Poitiers au 
XVII* siècle. Elle finit par absorber celle des armuriers qui lui fût 
réunie en 1631. 

(2) On trouve aussi quelques planches, des portraits surtout 
signés G. Clocche. J'ignore s'il s'agit d'un graveur parisien. 



ANTOINE JACQUARD 221 

que pour montrer ce qu'était devenue la gravure après 
Jacquard. 

Le plus intéressant est Pierre Demoges ou Demauges, 
dont le nom figure dans la réédition du Jardin poétique 

de Paul Contant, augmentée des œuvres de son fils 

(1628) (1). 

Il ne manquait pas d'une certaine habileté de main, 
et se tirait assez proprement d'une planche d'armoiries. 
Mais quand il lui fallait aborder la figure humaine ou 
le moindre sujet exigeant du dessin, son travail devenait 
d'une médiocrité désespérante. Il a signé cinq cuivres : 
la vignette du titre, le frontispice général, le titre du 
Second Eden et le Cabinet de P. Le Coq, ces trois der- 
nières planches de la composition d'un des Contant. 

Une seule d'entre elles présente quelque intérêt, mais 
ce n'est ni le mérite du graveur, ni l'invention de l'ama- 
teur qui lui donnent son prix. La planche est d'un gris 
désolant et la composition imaginée par Contant d'une 
puérilité parfaite. Ce qui recommande le Second Eden 
à notre attention, c'est qu'il est gravé d'après le tableau 
d'un peintre local à qui le maître apothicaire avait 
confié ses idées. Le cuivre, en effet, à côté de Contant 
inventor, porte Pinson pinxit, 

Henri Clouzot 
(A suivre) 



(1) Les œuvres de Jacques et Paul Contant père et fils.,., divisée 
en cinq traictez... Avec les figures des plantes en taille douce. Poi- 
tiers, 1628, in-fol., armoiries sur le titre et 8 pi. 

L'ouvrage a reparu en 1640 avec les mêmes planches. 



LETTRES 



DE 



DIVERS ÉCRIVAINS FRANÇAIS 



LETTRES DE VOLTAIRE 

(suite) 

II 

Au libraire Crammer, de Genève 

(Sans date) 

SuscRiPTiON : A Monsieur j Monsieur Crammery libraire ^ grande rue, 

à Genève 

Chers frères. 

Je vous prie de m'envoier par la poste avec le titre libri 
ces rogatons si funestes. J'ay bien peur que votre pays ne 
soit pas celui qu'il nous fallait. Si vous pouvez débiter en 
France tout ce grand fatras, vous retirerez quelque cho.^e de 
vos frais. Sinon je ne sçai pas comment vous ferez. 

Vous aurez Louis XIV incessament : je me hâterai pour 
vous. 

S'il y a quelque murmure, vous feriez un coup de partie 
de faire courir les dernier vers de Lisbonne. 

Je jette mon bonnet par dessus les moulins 

III 

A un correspondant anonyme 

(Sans suscription. Sans date) 

Madame Denis et moi, Monsieur, nous vous suplions de 
vouloir bien ajouter à vos bontés celle de faire donner par 
un sergent ce nouveau protêt. Nous avons découvert toute la 
friponerie et nous sommes à la poursuitte. On dit que pour 
mettre les choses encor plus en règle, il faut que nous vous 
fassions signifier à vous même copie de la protestation, avec 
prière de ne vous point désaisir jusqu'à ce qu'il y ait arrêt. 



LETTRES DE DIVERS ÉCRIVAINS FRANÇAIS 223 

Je joins, Monsieur, mes très humbles remerciemens à ceux 
de Madame Denis, et je vous suplie d'être persuadé de tous 
les sentimens avec lesquels j*ai l'honneur d'être, Monsieur, 
votre très humble et très obéissant serviteur. 

Voltaire, 

Gentilhomme ordinaire de la chambre du Roy 
IV 

A Vabbé Audra (1) 
(30 août 1769) 

SuscRiPTiON : A Monsieur/Monsieur V abbé Audrajbaron de Saint-Juis, 
professeur/en histoire^ etc. Place Mage, à Toulouse 

A Monsieur l'abbé Audra 

(30 Auguste 1769) 

Mon cher Professeur en histoire (2), il faudra mettre un jour 
dans l'histoire de votre vie la protection que vous avez 
donnée à Sirven (3). 

Mandez-moi, je vous prie, s'il est remis en prison à Castre 
ou à Mazamel (4), si son afiaire traînera encor longtems, et à 
qu'il faudra s'adresser quand on pourra lui faire tenir quelque 
argent. 

M. de la Croix (5) pourrait m'envoier son Mémoire en 

( 1 ) Milan, Biblioteca Braide nse {Brera). Raccolia Aulografi. Velrina 
Lettre non insérée dans la correspondance générale. Sans signature. 

(2) Il l'appelle dans d'autres lettres, d'un joli synonyme, professeur 
en incertitude. 

(3) Sur le concoui^ que l'abbé Audra donna à Voltaire pour 
défendre Sirven, cfles lettres 7442, 7499, 7527,7549, 7574, etc., de 
Voltaire (Edit. Moland, t. xlvi). 

(4) Le 4 sept. (ibid. t. xlvi, p. 455) Voltaire demande au même 
Audra pourquoi Sirven se hâte si fort de se remettre en prison à 
Mazamet , et il dit : « 11 doit avoir encore assez d'argent, et il n'en 
manquera pas. » 

(5) Avocat de Toulouse, défenseur de Sirven. 

(6) J. Vasselier, né à Rocroy eu 1735, mort en 1798, un des corres 
dondants de Voltaire. 



224 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

l'adressant à M. Vasselier, premier commis des postes de 
Lyon (1) ; il n'y aurait qu'à mettre sur la première page : 
« M. Vasselier est prié de faire parvenir ce mémoire à M. de 
Voltaire quand il Vaura lu ». 

Mais il faudrait en prévenir le directeur de la poste de 
Toulouse, sans quoi on taxerait le paquet pour M. Vasselier 
comme celui d'un autre. 

M. le Prince de Beauvau me fait l'honneur de me mander 
que l'affaire de Sirven est en très bon train (2), qu'il Ta 
fortement recommandée et qu il en espère beaucoup. 

Dès quil y aura quelque chose de nouveau, je ne manquerai 

pas de l'adresser à M. votre cousin (3). Notre ami l'abbé 

Morelet (4) a donc écrasé la Compagnie des Indes, mais cette 

compagnie a fait couper le cou à Lally, qui à mon gré ne le 

méritait pas. Il y avoit quelques gens emploies aux Indes qui 

méritaient mieux une pareille catastrophe. C'est ainsi que va 

le monde. Tout ira bien dans la Jérusalem céleste. Je vous 

donne ma bénédiction en vous embrassant de tout mon 

coeur. 

30 Auguste 1769 



LETTRE DE BUFFON (5). 



A Madame Allut, 

SuscRiPTioN : A Madame / Madame Allut, à l'hôtel de la Manufac- 
ture des Glaces, à Dijon. 

J'ai reçu, mon aimable et chère dame, mes six trumeaux 

(1) Il avait écrit au Procureur Général du Parlement de Toulouse 
(cfibid., t.xLVi, p. 436). 

(2) Probablement M. Audra de Maljulieu, cité dans la lettre du 
14 novembre 1768 (cf ibid,, t. xlvi, p. 168). 

(3) Voltaire a reproduit textuellement cet alinéa eu post-scriptum 
dans sa lettre du 4 septembre 1769 au même Audra, jusqu'aux mots 
Jérusalem céleste, (cf. ibid., t. xlvii, p. 437). 

(4) Le Mémoire sur la situation actuelle de la Compagnie des Indes 
(1769, in-4). 

(5) Lettre conservée dans la collection d'autographes de J. Ca- 
nonge, aujourd'hui à la Bibliothèque de Nimes, cod. 492. M. Léonce 
Couture, qui avait été chargé de classer cette correspondance, 
publia au sujet de cette collection deux articles dans un journal 
toulousain, le Conservateur, Il y a inséré cette lettre dans le 
premier article, le 31 août 1870. 



LETTRES DE DIVERS ÉCRIVAINS FRANÇAIS 225 

de glace en bon état, et je viens de les faire placer. Je vous 
en fait tous mes remerciements et je vous prie de m'envoyer 
la notte du prix, et à qui vous désirés que le payement en 
soit fait. J'espère bien que vous viendrés embellir ces glaces 
de votre charmante petite personne. Le prince de Gonzague, 
qui est ici, a bien regardé la sienne, en me disant qu'il avoit 
beaucoup de regrets de n'avoir pas su que vous étiés à 
Dijon lorsqu'il va passé, et qu'il n'auroit pas manqué de vous 
rendre visite. Recevés toujours avec la même bonté les as- 
surances du tendre et respectueux attachement avec lequel 
j'ai l'honneur d'être, madame, votre très humble et très 
obéissant serviteur. 

Montbard, ce 26 janvier 1778. 

BUFFON. 



LETTRE DE CONDORCET (1) 



Au comte de Viri 

Ambassadeur du roi de Sardaigne à Paris, 

Rue de Louis le Grand 

La caisse que le marquis de Condorcet prend la liberté de 
faire porter chez M. le comte de Viri contient une boête 
garnie telle que celles que la ville de Paris a fait placer dans 
plusieurs corps de garde pour le secours des noies. Monsieur 
le comte de Viri est supplié de vouloir bien l'adresser à 
Monsieur le marquis d'Aigueblanche pour M. le comte de 
Saluées, qui est celui qui a demandé la boête. Le Marquis de 
Condorcet n'aurait pas osé s'adresser ainsi à Monsieur le 
comte dr Viri, s'il n'était pas question d'un objet d'utilité 
publique, et s'il n'était pas important que laboète ne fut ni 
ouverte ni arrêtée à la frontière : or cette boète contient 
deux bouteilles d'eau de vie camphrée animée de sel ammoniac 
liqueur dont on frotte les noies. 

Le marquis de Condorcet a l'honneur de présenter à M. le 

(1) Sans suscription. Turin. Biblioteca Ciuica, Raccolta Gossilla 
Autographe 

16 



226 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

comte de Viri ses excuses et son respect, et le supplie de 
vouloir bien lui faire faire un mot de réponse afin qu'il 
puisse annoncer à M. le comte de Saluées l'arrivée de la 
boète. 

LETTRE DE MORELLET (1) 



A M, le eomte dWlbaret 

SuscRiPTiON : ^1 Monsieur^ Monsieur le comte d'Albaret, rue des 

des Bons-Enfants à Paris 

Monsieur et très cher comte, votre musique d'aujourd'hui 
a tué la mienne, mais n'aurés vous pas la complaisance de 
la résusciter pour Mercredy ? Prêtés moi le cher Dondini 
pour ce jour là, et honorés aussi mon concert de votre pré- 
sence. Je ne prétens pas élever autel contre autel. Je ne 
vivrai que des miettes tombées de la table de vos festins, et 
vous êtes trop bon pour (2) ne pas me permettre de les 
recueuillir. Nous aurons M. de Fontenet, Provaire, Cana- 
vas, Righel, les Chabanons et peut être Gavinies (3). J'irai 
vous en prier encore ce soir en entendant votre musique, 
mais je vous prie de répondre à mon commissionaire, afin 
que j'aie l'esprit tranquille. Je vous salue très humblement 
et de tout mon cœur. 

Votre très humble serviteur. 

L'abbé Morellet. 

Lundi. 



LETTRES DU MARQUIS DE MIRABEAU 

(Lami des hommes) 



J'ai publié dans un petit mémoire sur Mirabeau en Savoie 

(1) Turin, Ibid., id.. Autographe. 

^2) 11 avait écrit et a effacé : ne pas vivre. 

(3) Musiciens et amateurs célèbres du temps de Louis XVI. 



LETTRES DE DIVERS ÉCRIVAINS FRANÇAIS 227 

et le gouvernement sarde en 1176, (Annales du Midi, tome iv, 
1892), d*après une copie conservée à VArchivio di Stato de 
Turin, une lettre du marquis de Mirabeau à l'ambassadeur 
sarde en France, le comte de Viry, pour réclamer une fois 
de plus l'arrestation de son fils Honoré-Gabriel. L'original de 
cette lettre se trouve dans la Haccolta Cossilla ; il m'avait été 
impossible alors de l'y voir au Museo Civico de Turin; j'ai pu 
la collation ner à la Biblioteca Civica avec mon texte imprimé 
d'après la copie de VArchivio. Celle-ci présente quelques 
menues erreurs ; ainsi, lig. 4 de l'imprimé, au lieu de aquoiqu'il 
eût sans cesse rodé», lire «quoiqu'il ait slig-6, «quantaux»,//re, 
quand aux (sic). Sur l'autographe a été inscrite par un ministre 
du roi de Sardaigne, la note suivante : « S. M. mi ha coman- 
dato de rinovare gli ordini già dati et di comunicare a li 
governatori e comandanti délie piazze i connotati del M. Mira- 
beau e délia Dama, che si trovano uniti alla présente 
memoria statalli questa mane rimessa. » 

On peut citer encore deux billets fort courts du marquis de 
Mirabeau qui montrent son intimité avec M. Duchesne. La 
Raccolta Cossilla les attribue à Honoré-Gabriel, mais la confron- 
tation des dates prouve qu'il faut les restituer à son père. 

A Monsieur Duchesne (1) 
Sl'scription : A Monsieur / Monsieur Duchesne, /à Paris. 

Ce 2 février 1776. 

Homo magnœ fîdeiy je m'en raporte à vous et je vous 
remercie d'autant plus qu'en bonne foy le tout vous apartient. 
Je vous veux mal toutefois de votre peu de confiance de 
l'autre jour, et vous prie de réparer cela le premier jour le 
moins gênant pour vous. Je vous salue de tout mon cœur. 

Mirabeau. 

A Monsieur / Monsieur Du Chesne à l'hôtel de Tallard, Rue des 
Francsbourgeois, au Marais. 

Le 23 juin 1777 

Haines et tribulations m'ont empêché d'être le maître ny 
de moy ny de mon temps. Toutefois je me suis souvent 
souvenu de Monsieur Duchesne. Je le prie de venir dîner 



228 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

avec ses amis demain mardy, car Me de Pally {l),qui est de 
retour d'un voyage de près de deux mois à la campagne, y 
dînera aussi et désire fort de le voir. Je salue et honore de 
tout mon cœur monsieur Duchesne. 

Mirabeau. 
LETTRES DE MIRABEAU (2) 



I 

Au capitaine baron de Maltzem. 

(Mirabeau 30 juillet 1770). 

SuscRiPTiON : A Monsieur, Monsieur le baron de Maltzem, ma- 
jor d'infanterie y c[a]p[i]t[ain\e aide major d*infanterie de la 
Légion de Lorraine ("3^, en garnison au S[ain\t- Esprit en 
Languedoc, Au Saint-Esprit. 

[cachet]. 

Mirabeau 30 juillet 1770. 

Comme je suis, mon cher ami, ù Mirabeau (4) depuis le len- 
demain de mon départ, les courriers sont fort retardés et je 
n'ai reçu qu'avant-hier vos lettres : d'ailleurs ils sont arrêtés 
de partout, vu je crois l'assemblée du Parlement indiquée à 
aujourd'hui, qui doit battre le briquet. Je n'ai, dans le moment 
d'arrivée de mon père que des momens à moi (sic). J'écris à 
M. de Villereau (5) pour de l'argent qu'on va lui faire passer 

(1) Madame de Pailly (Marie de Malvieux de Martines), d'origine 
suisse et protestante, connaissait le marquis de Mirabeau depviis 1765 
et était sa maîtresse depuis 1762 probablement. 

(2) Turin, Biblioteca civica, Raccolta Cossilla. 

(3) Mirabeau, après son emprisonnement militaire à llle de Ré, 
avait été attaché comme sous-lieutenant à la suite à la légion de 
Lorraine, et avait fait en cette qualité In campagne de Corse en 1769. 
C'est là qu'il connut M. de Maltzem. 

(4) Mirabeau, arrivé à Aix le 14 mai, avait demandé à son oncle le 
bailli, de séjourner à Mirabeau avec lui. pendant que son régiment 
serait en garnison au Saint-Esprit. Le marquis y avait autorisé son 
61s, à condition uquMl n'y serait pas à son arrivée». 

(5) Le chevalier de Villereau, major de la légion de Lorraine. 



LETTRES DE DIVERS ÉCRIVAINS FRANÇAIS 229 

et VOUS en aurez subito autant que vous en demanderez. 
Adieu, mon cher Maltzem, n'oubliez pas de m'écrire tout de 
suite où VOUS avez adressé mes malles qui n'arrivent point. 
Je vous embrasse de tout mon cœur. Je vous donnerai des 
nouvelles le courrier prochain. J'embrasse Mauroi (1). 

Mirabeau. 
II 

A M. Dumolard 

(Manosque, 8 août 1774.) 

SuscRiPTiON : A Monsieur du Molard, rue des Deux-Portes- 

S. -Se vérin, à Paris. 

Je ne reçois qu'aujourd'hui, monsieur, la lettre que vous 
avez pris la peine de m'écrire en date du 26 juillet, et je vous 
remercie sincèrement de l'attention que vous avez eue de me 
prévenir de la commission dont vous devez être chargé. 

Si M. de Maltzàn (2) n'avoit pas des raisons de feindre 
de ne pas recevoir de lettres de moi, il n'en auroit pas 
non plus d'ignorer qu'étant interdit à la requête de mes 
parens (3), je n'ai pas plus le droit que la faculté de prendre 
aucun arrangement pécuniaire. Ayez la bonté de lui dire, 
monsieur, puisque vous avez eu celle de me représenter la 
justice de sa demande, qu'il s'adresse à mes curateurs (4). 
Pour moi, je ne puis rien, et n'ai plus d'envie de répondre à 
ses lettres singulières. 

Recevez encore une fois, monsieur, les assurances de ma 
gratitude et de la considération très parfaite avec laquelle 

(1) Probablement un camarade de son régiment. 

(2) Est-ce le baron alsacien, banquier, dont parle Loménie {Les 
Mirabeau, II, ad finem) sous le couvert d'une pudique initiale? 
Et quelle relation y a-t-il entre lui et le capitaine-major du régiment 
de Lorraine, M. de Maltzem ? 

(3) L'interdiction fut prononcée le 8 juin 1774 par le lieutenant 
civil au Chàtelet de Paris : « Nous le verrons dans certaines circons- 
tances invoquer sa qualité d'interdit judiciaire pour se soustraire à 
lacquittement de dettes nouvelles ». (Loménie, Les Mirabeau, III, 
107). Cette lettre en est un exemple. 

(4) Le marquis de Mirabeau, curateur honoraire, et son fidèle ser- 
viteur, Garçon, curateur onéraire. 



230 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

j*ai l'honneur d'être, monsieur, votre très humble et très 
obéissant serviteur. 

Mirabeau fils. 

A Manosque, 8 aoust 1774. 

III 

A M, Michaux 
procureur du roi à Pontarlier (1). 

Château de Jeux, 18 juillet 1775. 

A Monsieur / Monsieur Michaux, /procureur du roi à Pontarlier. 

J'écrivis hier au comte comme nous en étions convenu, 
mon cher ami; il me fit répondre verbalement que, n'étant 
pas chez lui et ne pouvant pas m'écrire, il me verroit mer- 
credi avant de partir pour Rufec (2). C'est donc demain que 
nous lui donnons à dîner; si vous avez de l'amitié pour moi, 
s'il est vrai que vous voulez me consoler du chagrin que me 
donna mon dernier voyage à Pontarlier et que vous désiriez 
me revoir, vous m'en offrirez cette occasion. Venez donc 
demain, nous vous traiterons avec la simplicité de Philémon 
et Baucis, mais aussi avec leur zèle et leur amitié. Celle que 
je vous ai vouée est éternelle et inaltérable. 

7. Mirabeau fils. 

Je vous donne l'exemple de la cordialité en bannissant 
d'absurdes et bannales formules qui ne sont assurément pas 
le langage du cœur. 

18 juillet 1775, au château de Joux. 

IV 

Notes de Mirabeau pour M. Boucher. 

(Juillet 1779). 

Prière de dire à M. Boucher combien je l'aime et le remer- 
cie. Savoir s'il a vu D. P. et s'il me verra bientôt? — Il n* est 
pas encore de retour, 

(1) Procureur du roi au bailliage, dont Mirabeau avait courtisé la 
sœur en arrivant à Pontarlier. (C'est elle qui sous le nom de 
Bélinde figure dans les fameux dialogues.) 

(2) Rufifey. 



A 



% 



LETTRES DE DIVERS ÉCRIVAINS FRANÇAIS 231 

Si la lettre au Bailli et celle au M»» (sic) sont parties (1) 
Tatlends la réponse ou la \isile de D. P. 

Je le prie de ne pas faire copier les Baisers de Jean Se- 
cond que Sophie a déjà. Il voudrj bien les renvoj^er et 
•surtout faire refaire le titre de Tibulle, où Ton effacera seu- 
lement : suivies des Baisers de Jean Second. — Au premier Jour 
je parlerai clair. 

Réponse sur le prix du Tibulle, dont je diminue les rôles 
au moyen de cette soustraction (2). Idem, 

Je n'ai point le journal de ce mois. 

La suite de la souscription de VHisloire de VHomme ne 
vient point. 

Des nouvelles de ses enfants. 

Tai le tout dans mon bureau. 

Engagez M. de H. à le faire prendre. 

Mes enfans vont tout au mieux et M. Fontelliau vous en dira 
des nouvelles positives. Bonjour, mon bon ami. 

27 juillet 1779 (3). 
Au même (4). 

20 septembre 1779 (5). 

Mon ami, je ne reçois qu'aujourd'hui 20, à midi, votre paquet 
du 16. Quelle cruelle négligence dans le Rougemont! (6) 
Il a découche deux nuits; ne pouvoit-il donc pas ordonner à 
Yallagc d'expédier mes paquets? Je garde votre lettre pour 
y répondre demain avec détails, et je vous envoie un simple 

(1) Le marquis de Mirabeau père. M. avait écrit d'abord : est 
partie. 

(2) 11 avait écrit d'abord correction ; il veut dire en supprimant la 
copie de Jean Second. 

(3) Ce feuillet, sans suscription ni signature, est d'une authenti- 
cité non douteuse. Sous les demandes de Mirabeau, Boucher a écrit 
dans les interlignes les réponses et il renvoyé le tout à Mirabeau le 
27 juillet. - Les réponses de Boucher sont imprimées ici enitalique. 

(4) Sans suscription. Une main postérieure a mis la mention : A 
monsieur Boucher. 

(5) Mirabeau est alors prisonnier à Vincennes (Cf. Loménie, Le 
Mirabeau, 111. Une négociation épineuse). 

(6) Commandant du donjon de Vincennes. 



X'fl hi;llktin du bibliophile 

biJlH |H)ijr I). V. (1), que je vous supplie de faire partir par 
Va poM<; la plus prochaine. C'est, je crois, demain. Âdieu, 
\\\im ln*s bon ami. Ne trouvez- vous pas qu'avec ses forl 
hfUfH phrases I). P. fait bien peu de ctiemin? Sophie l'a bien 
juf(/*. JV*vit4> toute discussion avec lui pour ne pas prolonger 
lc*f( délais. Je ne |)arle que de reconnaissance, et je justifie 
Sophie des basses imputations du chfevalijer. Adieu, mon 
Nmî. Je vous embrasse bien. A demain. 

Mirabeau fils. 



A Monsieur de La Garde^ libraire, 
(18 février 1786). 
Stisr.iiiPTioN : Monsieur de La Garde. 

Le comte de Mirabeau vient de recevoir le prospectus, très 
incorrect et tri^s dèil^uré, d'un journal dont il est probable 
qu'il sera le rédacteur ^2) Il trouve dans la liste des noms 
des libraires chf/ qui l'on peut souscrire M. F. de La Garde. 
Il le prie de vouloir bien lui faire dire s'il a reçu de ces pros- 
pectus et en ce cas d'en suspendre la publication, parce qu'il 
va le faire réimprimer tel qu'il doit être. Il salue Monsieur de 
l.n (îanle. 

18 février 1786. 

{V C>5 uûtisilos. dans cette lettre et la note précédente désignen 

nrt^l^Mcmcnt Hii Pont ^de Nemours ). quoique Mirabeau écrive à 

ronl)n.inY son nom en un seul mot. 
^)> U s'Agit SAns doute de ce recueil périodique, historique et Utté- 

miiT. qu'il avait eu dès Vincennes Tidéede rédiger et qull proposa à 

INinoWouoWc en 1786. . Cf l.omenie. op. laud. 111, Mirabeau pMEhU- 

tùtt\. 

vl 5uiVricV L.-G. Peussibe 



CHRONIQUE 



Académie des Inscriptions et Belles-Lettres. — Parmi 
les lauréats des prix que vient de décerner l'Académie des Inscrip- 
tions et Belles-Lettres nous relevons les noms de plusieurs de nos 
collaborateurs ou amis. 

M. Pierre Champion, auteur d'une très intéressante étude sur 
Guillaume de Flavy, capitaine de Compiègne, reçoit une partie du 
prix Bordin (400 fr.)- 

Le prix dit des Antiquités de la France est partagé entre M. Léon 
Mirot pour son étude habelle de France, reine d'Angleterre (médaille 
de 1500 fr.) ; M. Ph. Lauer (médaille de 1000 fr.) ; M. Serbat pour son 
travail Les Assemblées du Clergé de 1561 à 1615 (médaille de 500 fr.) 
et M. Heurj»^ D'Allemagne pour son important ouvrage Les Cartes à 
jouer du XIV* au XX* siècle. 

Le grand prix Gobert (9000 fr.) est décerné à M. Ernest Petit, de 
Vausse, pour son Histoire des ducs de Bourgogne, de la race capétienne 

Le prix Brunet est partagé entre M. Frédéric Lachèvre pour son 
admirable Bibliograptiie des recueils collectifs de poésies, publiés de 
1597 à 1700 (2000 fr.), et MM. A. de la Bouralière et Pierre-Paul Plan, 
qui reçoivent chacun 500 francs. 

Association des Bibliothécaires Français. — Le 22 avril 
dernier, les bibliothécaires se sont réunis au Musée social sous la 
présidence de M. Deniker, bibliothécaire du Muséum d'Histoire 
Naturelle, pour constituer une Association des Bibliothécaires 
français. 

Des statuts votés par cette assemblée constitutive, nous extrayons 
les articles suivants : 

Art. I. — Il est formé entre les membres adhérents aux présents 
statuts, conformément à la loi du l«r juillet 1901 (art. 5), une associa- 
tion sous le titre de Association des bibliothécaires français. Son siège 
social est à Paris, 6, place du Panthéon. 

Art. II. — L association des bibliothécaires français a pour but de 
s'occuper de toutes les questions concernant les intérêts des biblio- 
thèques et des bibliothécaires. 



234 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

Art. III. — Peuvent faire partie de TAssociation : 1« les personnes 
ayant exercé, exerçant ou susceptibles d'exercer, d'après les lois et 
règlements en vigueur, la profession de bibliothécaire, 2« les 
personnes s'intéressant aux bibliothèques. L'admission est prononcée 
par le Comité, à la majorité des voix, sur présentation de deux 
membres de l'Association. 

Art. IV. — La cotisation annuelle, payable en une fois, est de 
cinq francs ; elle pourra être rachetée par le paiement d'une somme 
d'au moins cent francs. Le titre de membres fondateurs est accordé 
aux personnes payant une cotisation d'au moins vingt francs. 

Art. V. — L'Association est administrée par un comité composé 
de vingt membres élus par l'Assemblée générale, à la majorité des 
suffrages. Le vote par correspondance est admis. Le comité est 
renouvelable annuellement par quart ; les membres sortants sont 
rééligibles. 

Les membres du comité, élus à cette première assemblée, se sont 
réunis quelques jours après pour procéder à l'élection du bureau de 
l'Association. Ont été élus pour 1906 : 

Président : M. Deniker. — Vice-Présidents : MM. Michel, 
conservateur de la Bibliothèque municipale d'Amiens, et Martin, 
administrateur delà Bibliothèque de l'Arsenal. — Secrétaire-Général : 
Sustrac, sous-bibliothécaire à la Bibliothèque Sainte-Geneviève. — 
Secrétaire-Adjoint : Gautier, sous-bibliothécaire à la Faculté de 
Droit de Paris. — Trésorier : Poirée, conservateur-adjoint à la 
Bibliothèque Sainte-Geneviève. 

Le Comité, dans sa dernière séance, a jugé qu'il y avait lieu de 
procéder, avant tout autre examen, à une étude sur la situation des 
bibliothèques de tout ordre de Paris et de Province. Un question- 
naire sera dressé à cet eflFct et envoyé à tous les membres de l'Asso- 
ciation. 

Ému de l'ignorance dans laquelle sont laissés les bibliothécaires 
en ce qui concerne les créations, vacances ou changements d'emploi 
et, en général les renseignements divers d'ordre professionnel, le 
Comité a décidé aussi d'examiner la création d'un ofGce de rensei- 
gnements à l'usage de tous les bibliothécaires. 

Société française de bibliographie. — Le vendredi 27 avril 
s'est tenue, au Cercle de la Librairie, l'assemblée constitutive de la 
Société française de bibliographie. Quarante personnes environ étaient 
présentes; ou remarquait dans l'assistance des professeurs de l'Uni- 
versité, des éditeurs, des bibliographes, des bibliothécaires. Les 
statuts ont été votés. Le titre de président d'honneur a été décerné à 
M. Darboux, secrétaire perpétuel de l'Académie des sciences, 
président de la Commission internationale de bibliographie scienti- 
fique, et à M. Léopold Delisle, membre de l'Académie des Inscrip* 



CHRONIQUE 235 

tions et Belles-Lettres, administrateur général honoraire de la 
Bibliothèque nationale. 

Le bureau de la Société, pour Tannée 1906, a été ainsi constitué : 
M. Maurice Tourneux, président ;M. Emmanuel Margerie, vice-prési- 
dent ; M. Henri Stein, secrétaire ; M. G. Brière, secrétaire- adjoint ; 
M. Gauthier-Villars, éditeur, trésorier. Ont été, en outre, nommés 
membres de diverses commissions : MM. E. Bourgeois, Caron, Henri 
Cordier, Delalain, Deniker, Jordell, Lacombe, Lelong, Mainguet, 
G. Marcel, A. Picard fils, Simiand, Vidier. 

Comme son titre Tindique, la Société se propose de grouper les 
peisonnes qui s'intéressent aux études bibliographiques : d'amé- 
liorer les instruments bibliographiques existants ; d'entreprendre 
ou de faciliter la rédaction et la publication des recueils bibliogra- 
phiques qui font actuellement défaut ; d'uniformiser les méthodes et 
d'établir des régies définitives. Quelques projets sont d'ores et déjà 
mis à rétude. 

La nouvelle société a son siège au Cercle de la Librairie. 

Troisième centenaire de Corneille. — Le 17 avril, a été 
inaugurée, dans la salle dite du Parnasse, à la Bibliothèque natio- 
nale, en présence des membres du Comité du troisième centenaire 
de Corneille, l'exposition des souvenirs du grand poète. 

L'Exposition sera ouverte deux jours par semaine, le lundi et le 
jeudi. 

La ville de l\ouen se prépare également à célébrer le troisième 
centenaire de la naissance de Pierre Corneille. A cette occasion, 
l'Académie des sciences, belles-lettres et arts de Rouen et la société 
libre d'émulation du commerce et de l'industrie de la Seine-Inférieure 
ont pris l'initiative d'une Exposition Cornélienne qui se tiendra dans 
le Palais des Consuls, du \" au 20 juin 1906. 

Cette exposition comprendra tous manuscrits, volumes, tableaux, 
gravures, documents et objets quelconques concernant Pierre 
Corneille, ses œuvres et leurs représentations, sa vie et sa famille. 

Miniatures et gravures du dix-huitième siècle. — Le 

14 mai. a eu lieu, à la Bibliothèque nationale, l'inauguration de l'ex- 
position des miniatures et des gravures françaises et anglaises du 
dix-huitième siècle, qui restera ouverte jusqu'au 15 octobre. 

Un grand nombre de collectionneurs ont répondu à Tappel des 
organisateurs de cette merveilleuse exposition, installée dans les 
nouvelles salles de la Bibliothèque que M. Pascal vient de terminer 
sur la rue Vivicnne et dont l'ensemble est la reconstitution exacte 
avec ses boiseries sculptées et ses panneaux peints par Boucher, de 
l'ancien « cabinet du roy ». 



236 BULLETIN OU BIBLIOPHILE 

La première salle, dans laquelle furent exposés les manuscrits de 
l'exposition des Primitifs, a donné asile aux miniatures ; la seconde, 
aux estampes en couleurs, gouaches, médailles et pierres fines ; la 
troisième, aux estampes anglaises en mezzo-teinte et aux biscuits de 
Sèvres. 

MM. le prince d'Essling, le comte de Mimerel, de Coincy, Bernard 
Franck, Doisteau, Schlichting. M°>«* Roll, la comtesse Edmond de 
Pourtalès, Achille Fould ont envoyé les plus belles miniatures de 
leurs collections ; M. Fenaille a prêté quelques estampes en couleurs 
et gouaches tout à fait rares que ne possédait pas notre cabinet 
d'estampes. 

Chroniques de Gargantua. — M. Fécamp, bibliothécaire de 
l'Université de Montpellier, a signalé à l'Académie des Inscriptions et 
Belles-Lettres un exemplaire d'une ancienne édition gothique, sans 
date, des " Chroniques de Gargantua '\ 

M. Henri Omont, dans la notice qu'il a consacrée à cette commu- 
nication, pense quMl s'agit probablement de l'unique exemplaire 
actuellement connu de la première édition parisienne de ces chro- 
niques, imprimée en l'année 1533. 

Mateo Falcone. — M. Maurice Tourneux, vient d'écrire pour 
une édition illustrée de Matéo Falcone, de Prosper Mérimée, une 
préface très documentée que nous nous empressons de signaler à 
nos lecteurs. Un tirage à part de ce petit bijou bibliographique a été 
fait à quinze exemplaires non mis dans le commerce. 

Pour la langue française. — La presse européenne tout entière 
s'est occupée avec insistance du Congrès international pour la culture 
et l'extension de la langue française, qui, en septembre 1905, avait 
attiré à Liège des savants, des pédagogues et des littérateurs français 
en grand nombre, sans parler des sociologues et philologues étran- 
gers, comme M. Novicow d'Odessa, M. Van Hamel de Groningue, 
M. Wahlund d'Upsal, etc, etc. Tous les amis de la langue française 
étaient là, et, pour la première fois, sur l'initiative d'un professeur 
liégeois. M. Wilmotte, qui présida ces assises, ils examinèrent en 
commun les meilleures méthodes à préconiser pour assurer le 
maintien de cette langue, pour lui conserver ses caractères propres 
et pour aider à sa plus grande diffusion. 

Quarante rapports et mémoires furent lus ou déposés sur le 
bureau du congrès. Parmi eux, il en est dont Timportance scienti- 
fique est de premier ordre ; d'autres nous renseignent sur la situa- 
tion actuelle du français en Suisse, en Belgique, dans le Grand-Duché 
de Luxembourg et jusqu'au Canada et dans le sud de l'Amérique. 



CHRONIQUE 237 

Un compte rendu détaillé des séances du congrès complète et 
précise les données des rapports» qui furent discutés pendant ces 
cinq jours à Liège. On y trouvera, notamment, un résumé de la 
question de la réforme orthographique par M. Paul Meyer, de 
Vlnstitut. Le tout forme un beau volume de plus de 500 pages in-8*>, 
que vient d'éditer la librairie Champion, 5, quai Malaquais, à Paris. 

Imprimerie. — M. Albert Houx, président de la Société d'émulation 
de Montbéliard, a publié dans les « Mémoires » de cette So'^iété, une 
très intéressante étude sur l'imprimerie Mv.ntbéliardaise. Cette étude 
a été tirée à part sous le titre de Recherches sur V imprimerie à Mont- 
béliard depuis ses origines {1586} jusqu'à la réunion de Montbéliard à 
la France en 1793, suivies d'un catalogue des impressions montbéliar- 
daises de i787 à il9S (Montbéliard, Société anonyme d'imprimerie 
montbéliardaise, 1905, in-8). Elle complète les essais déjà publiés sur 
ce sujet par MM. Ch. Duvernay et Tuefferd. Le catalogue dressé par 
M. Albert Roux comprend 394 articles, non compris les nombreuses 
ordonnances imprimées à Montbéliard dont une liste séparée est 
donnée avant l'appendice et la table des noms de personnes citées 
dans le catalogue. 

Le travail de l'érudit président de la Société d'émulation de Mont- 
béliard est accompagné de plusieurs fac-similé dans le texte et hors 
texte. 

— Signalons également une autre étude qui nous arrive du Canada 
intitulée : Débuts de l'imprimerie (Québec, imprimé pour l'auteur, 
1905. petit in-4) et dont l'auteur est M. Haoul Renault. Cette pla- 
quette, ornée de nombreux portraits et fac-similé, est tirée à 300 
exemplaires. 

François Villon. — Sous ce titre : Les Dernières leçons de Mar- 
cel Schwob sur François Villon (Paris, éditions de Psyché, 1906, 
petit, in-8). M. Louis Thomas donne lanalyse de deux publications 
posthumes de Marcel Schwob : Le Parnasse satyrique du XV* siècle 
et le Petit et le Grand Testament de François Villon. Cette analyse, 
accompugnce du fac-similc d'une page du manuscrit de Stockholm, 
forme une jolie et intéressante plaquette, tirée à 500 exemplaires. 

Les Célébrités d'aujourd'hui. — Nous avons déjà signalé, à 
plusieurs reprises, celte publication entreprise parla librairie Sansot 
et C". Une nouvelle bio-bibliographie vient de prendre place dans 
cette collection, celle de M. Henry Houssaye, de l'Académie Fran- 
çaise. L'auteur est M. Louis Sonolet. La plaquette est ornée d'un 
portrait et d'un autographe, reproduit en fac-similé, de l'éminent 
académicien ; on y trouvera, en plus de sa biographie, une liste très 
complète de ses publications, livres ou études parues dans despério- 



238 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

diques. un certain nombre d'opinions les concernant et une liste des 
ouvrages ou articles à consulter sur Fauteur de 1815 et ses écrits. 

Nécrologie. — Nous apprenons avec regret la mort de M. Louis- 
Gustave \'apereau, ancien préfet, inspecteur général honoraire de 
l'Instruction publique, chevalier de la Légion d'honneur, décédé à 
Paris, le 17 avril 1906, dans sa quatre-vingt-huitième année. 

Nous citerons parmi les ouvrages de Gustave Vapereau : 

L'Année littéraire et dramatique (Paris, Hachette et C'«, 1858-1869, 
11 vol. in 12); Dictionnaire universel des contemporains (Ibid. id., 
gr. in-8) dont la première édition parut en 1858 et la 6« et dernière 
en 1893 ; Monsieur About et la jeunesse des écoles^ par un voisin de 
VOdéon (Paris, Dentu, 1862, in-8) ; Dictionnaire universel des 
littératures (Paris, Hachette et C'", 1876, grand in-8) ; Esquisse d^his- 
toire de la littérature française (Ibid., id. 1882, in-12) ; Éléments 
dhistoire de la littérature française (Ibid, id. 1883-1885, 2 vol. in-12) ; 
L'Homme et la viCj notes et impressions (Ibid, id. 1896, in-16), etc 
On doit également à Gustave Vapereau une édition du Discours de 
la Méthode^ de Descartes, du Bourgeois gentilhomme^ et des Femmes 
savantes, de Molière; il est aussi l'auteur de Pensées, publiées dans 
V Illustration, sous le pseudonyme de Valtour. 

Gustave Vapereau était le beau-père de M. Maurice Tourneux. 
Nous prions notre collaborateur et sa famille de vouloir bien trouver 
ici l'expression de notre douloureuse sympathie et de nos bien sincères 
condoléances. 



HEVUE 



DE 



PUBLICATIONS NOUVELLES 



— Albert Cim, bibliothécaire du Sou s- Secrétariat des 
Postes et des Télégraphes. — Le Livre — Historique 
— Fabrication — Achat — Classement — Usage et 
Entretien... Paris, Ernest Flammarion, éditeur, 26, rue 
Racine, 26, 1905, 2 vol. in-16 de 2 ff , VII-328 pp. et 1 f . 
blanc, et de 3 ff., 374 pp. et l f. 



On n'a pas oublié l'excellent livre, Une Bibliothèque, publié, 
en 1902, par M. Albert Cira. Le BuUetin du Bibliophile, en signalant 
cet ouvrage à l'rttention de ses lecteurs, a dit tout le bien qu'il en 
pensait. I/auteur, élargissant aujourd'hui son cadre, vient d'entre- 
prendre une véritable encyclopédie du Kvre qui comprendra 
cinq volumes. Les deux premiers ont paru depuis quelque temps 
déjà. Je suis bien en retard avec mon sympathique confrère et je 
m'en excuse ; il me pardonnera d'autant mieux ce retard que sa 
nouvelle œuvre n'est pas œuvre d'actualité, qu'elle est de celles qui 
demeurent et que Ton aura toujours profit à consulter. 

M. Albert Cim est un passionné du livre ; véritable bibliophile, le 
contenu d'un volume l'intéresse autant, sinon plus, que la forme 
sous laquelle il lui est présenté. Bibliographe consciencieux, il ne se 
contente pas d'à peu près, on en pourra juger par les copieuses réfé- 
rences qu'il a eu bien soin de placer en bas de pages. Écrivain élégant, 
il a su donner à cet ouvrage didactique un attrait tout particu- 
lier, joignant aux renseignements techniques quantité d'anecdotes 
curieuses. Les encyclopédies, en général, se consultent ; celle de 
M. Cim se lit, et se lit avec plaisir. 

Le sujet que se propose de traiter l'auteur est, comme l'indique 
son titre, fort étendu ; aussi nous serait-il difficile, même pour les 
deux volumes parus, de les analyser en détail. Ce serait risquer d'en 
déflorer le charme. Toutefois, il est indispensable de dire au public 
ce qu'il peut demander et trouver dans ces deux in-seize ; je vais 



240 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

donc indiquer ici le contenu de la table de chacun des tomes. 
Ces deux volumes traitent de l'histoire du livre : 

Tome I. — l.L Amour des livres' et de la lecture : 1" Antiquité. 
2» Moyen âge. 3o Depuis linvention de l'imprimerie jusqu'à l'avène- 
ment de Louis XIV. 4» De l'avènement de Louis XIV au xix' siècle. 
5* Epoque contemporaine. — ÎI. Prédilections particulières et au- 
teurs préférés : l*» Prédilections particulières pour certains livres et 
certains auteurs. 2» Contre-partie du chapitre précédent, H%Tes et 
auteurs préférés. — Tome II : III Variétés bibliographiques et litté- 
raires. V La religion des lettres ; le grand diocèse. 2® Premières lec- 
tures. 3® Diverses façons de lire ; l'art de parcourir ; extraits, notes 
et résumés de lecture ; annotations manuscrites sur les livres. 4* 
Dénombrement des livres — Beaucoup de livres ou peu ? Choix des 
livres. — Lire beaucoup ou beaucoup relire ? — Relectures. 5® Livres 
de luxe et bouquins. 6® Livres anciens et livres nouveaux. 7® Théra- 
peutique bibliographique. 8° Le Calendrier des livres. 9» Les Ro- 
mans. IQo Les Journaux. 11* Bihliomanes et bibliolâtres. 12* Biblio- 
clastes et bibliophobes ; les femmes et les livres et IS» Du prêt des 
livres. 

Chacun de ces deux volumes est terminé par un index alphabéti- 
que très détaillé, permettant d y recourir comme à un dictionnaire. 
Les tomes suivants traiteront de la fabrication du livre : papier, im- 
pression, reliure, de l'achat des livres, de leur classement, de leur 
entretien, du nettoyage des meubles de bibliothèque, etc. 

M. Albert Cim qui, entre temps, écrit de charmants livres pour la 
jeunesse, tels ses Quatre fils Hemon, parus Tan dernier, vient, en pu- 
bliant cette histoire du livre de rendre un signalé ser\'ice, non seule- 
ment aux bibliophiles, aux amateurs, mais encore à tous ceux qui 
lisent ou étudient. Son premier ouvrage de bibliophilie, ine biblio- 
thèque, a été épuisé rapidement ; il est à présumer que l'encyclopé- 
die en cours d'exécution aura le même succès et, comme on dit au 
Palais, ce serait justice. 

Georges Vicaire. 



Documents relatifs à l'histoire de Tarchitecture fran- 
çaise. — Inventaire des papiers manuscrits du cabinet 
de Robert de Cotte, premier architecte du roi (1656- 
1735) et de Jules-Robert de Cotte (1683-1 767) conservés 
à la Bibliothèque nationale, par Pierre Marcel. Paris, 



REVUE DE PUBLICATIONS NOUVELLES 241 

Honoré Champion, libraire-éditeur, 5, quai Malaquais, 
1906, iii-8 de XXX pp., 1 f. et 268 pp. 



Cet inventaire des papiers manuscrits du cabinet de Robert de 
Cotte, conservés à la Bibliothèque Nationale, apporte une contribu- 
tion importante à Thistoire de l'architecture française au début 
du xvin* siècle. Robert de Cotte tient, en effet, une place capitale 
parmi les artistes de cette époque, tant par les postes qu'il occupa 
que par les édifices qu'il construisit. On lui doit plusieurs des hôte Is 
bâtis à Paris au xviii* siècle, les hôtels de Bourbon-Condé, par 
exemple, d'Estrée, de Lude,de Meulan, etc. Mais c'est en province et 
à l'étranger surtout qu'il travailla. Il construisit ou transforma des 
châteaux dans les environs de Paris, restaura des églises à Maintenon , 
Poissy, Saint-Denis, Versailles, Fontainebleau, Vincennes. Entre 
autres travaux à Lyon, il collabora à la place Bellecour, donna des 
plans pour les églises Bonne-Nouvelle et Sainte-Croix d'Orléans, pour 
le palais des États, les églises Saint-Etienne et Saint-Jean à Dijon, 
pourl'évêché deChâlons, l'évêché de Verdun, l'évêché de Strasbourg, 
Je château de Frescati, près Metz, et celui de Saverne. De Rennes, de 
Besançon, de Domfront, de Bordeaux on lui demandait des plans, 
des conseils, des indications. Les princes étrangers l'occupèrent sans 
cesse. 11 dirigea toutes les constructions que l'électeur de Cologne, 
Joseph Clément, fit entreprendre à Bonn au début du xviii« siècle, 
fut employé par le prince de La Tour et Taxis à son hôtel de 
Ffancfort, par le comte de Zinzendorf à Vienne, l'électeur de Bavière 
à Munich, et le duc de Savoie aux châteaux de Rivoli et de la Vénerie 
Du temps de la princesse des Ursins, il joua en fait, sinon en titre, le 
rôle de premier architecte de la cour d'Espagne. 

Grâce à la publication, très consciencieusement traitée par 
M. Pierre Marcel, de l'inventaire des papiers du cabinet de Robert 
de Cotte, conservés à la Bibliothèque Nationale, les documents rela- 
tifs à sa vie et à son œuvre qui se trouvent dans les archives de 
toutes les villes où il a travaillé prennent une valeur toute nouvelle 
et peuvent être à leur tour mis à profit. 

Un grand nombre de notes, d'indications biographiques et biblio- 
graphiques accompagnent cette publication, et une table alphabé. 
tique, placée à la fin, permet de retrouver sans peine tous les noms 
de personnes et de lieux. 



LIVRES NOUVEAUX 



Réimpressions de livres anciens, 
Bibliographie, Autographes, Manuscrits, Imprimerie, 
Reliure, Blason, Généalogie, Chroniques, Ex-librls, etc 



— Documents relatifs à Thistoirc de rarchitecture française. — 
Inventaire des papiers manuscrits du cabinet de Robert de Cotte 
premier architecte du roi (1656-1735) et de Jules Robert de Cotte 
(1683-1767) conser\'és à la Bibliothèque nationale par Pierre Marcel. 
Paris, Honoré Champion, in-8 (10 fr.) 

— Mademoiselle Dosne, 1824-1906 [par Félix Chambon]. Paris, in-8 
[Avec un portrait]. 

— Comte Emile de Budan — Bibliographie des Ex-libris. Seconde 
édition revue et augmentée. Avec 34 reproductions d'ex-libri^ 
Leipzig, Karl W. Hicrscmann pet. in-4. 

200 exemplaires numérotés mis en venle h 19 francs. 

— Librarj' of Congress. — List of works on the tariffs of Foreign 
Countrics. General ; Continental tariflf union ; France; Germany- 
Switzerland ; Italy ; Russia ; Canada. Compiled under the direction 
of Applkton prentiss Clark Griffin, Chief bibliographcr. Was- 
hington, Gouvernment printing office gr. in-8. 

— Dictionnaire des sculpteurs de TÉcole française sous le régne de 
Louis XIV, par Stanislas Lami, statuaire, Paris, Honoré Cham- 
pion^ gr. in-8 (15 francs). 

— Poètes d'autrefois. — Oeuvres poétiques du sieur de Dalibray 
publiées sur les éditions originales de " la Musette " de 1647 et des 
"Oeuvres poétiques" de 1653. Avec une notice sur un poète 
de cabaret au XVI 1* siècle, des notes historiques et critiques 
et des pièces justificatives par Ad. Van Bevcr. PariSj E. Sansot et 
O; in-18 (3 fr. 50). 

Il a été tiré, en outre» 15 exemplaires numérotés sur papier de Hollande* 



LIVRES NOUVEAUX 243 

— John Siberch. Bibliographical notes 1886-1905, by Robert BowBS 
and G. J.Gray. With facsimiles of title-pages, colophons, ornaments, 
initial letters, woodeuts, etc, used by John Siberch. Cambridge 
Macmillan and Bowes, pet. in-4. 

Tiré à 150 ex. (9 fr. 35 ) 

Publications de luxe 

Chez Eugène Dété : 

— Armand Dayot — Le Vertige de la beauté. Soixante-douze 
compositions de Charles Jouas, gravées sur bois par 
Eugène Dété, douze hors texte en camaïeu. In-8. 

Tiré à 151 exemplaires numérotés, savoir : N*' 1 à 10, sur papier de Chine, 
avec deux suites de toutes les compositions en noir et en couleurs, sur 
Chine et Japon, et une aquarelle (400 fr.); n" 11 A 30. sur pap. de Chine 
avec une suite de toutes les compositions en noir et en couleurs (250 fr. 
n** 31 à 50, sur papier du Japon, même suite (250 fr.) ; n** 51 à 150, sur 
papier velin de cuve (100 fr.) ; et n* 151, ex. unique sur papier du Japon 
avec tous les dessins aquarelles, les fu mes du graveur en deux états 
deux suites sur Chine et Japon en noir et en couleurs, texte réimposé. 

Chez François Ferroud (Librairie des Amateurs) : 

— Anatole France, de TAcadémie française. — Sainte 
Euphrosine. Avec les illustrations et encadrements de 
Louis-Edouard Fournier, les eaux-fortes de E. Pennequin 
et les gravures sur bois de L. Marie. Pet. in-4. 

Tiré à 225 ex. savoir : n®* 1 à 15, de format petit in-4 carré, sur papier du 
Japon ancien ou papier vélin du Marais, contenant trois états des eaux 
fortes, la suite des encadrements et un dessin ou aquarelle de L-E. Four- 
nier (300 fr.) ; n'» 16 à 40, pet. in-4 carré sur papier du Japon ancien ou- 
pap. velin du Marais, trois états des eaux-fortes et suite des encadre- 
ments (200 Ir.) ; n" 41 à 80, petit in-4 carré, sur pap. du Japon ancien ou 
pap. velin du Marais deux états des eaux-fortes et suite des encadre 
ments (120 fr.) ; et n" 81 à 225, sur pap. velin du Marais, eaux-fortes avec 
la lettre (60 fr.). 

Chez A. Romagnol. (Librairie de la ** Collection des dix'*) 

— Rolla, par Alfred de Musset. Illustré d'environ 24 compo- 
sitions de Georges Desvallières reproduites en couleurs 
par Fortier-Marotte. In-8 jésus. 

Tiré à 300 ex. numérotés à la presse, savoir : 20 ex. sur pap. du 
Japon contenant quatre états des illustrations hors texte et trois des 
vignettes (400 fr.) ; 40 ex. sur. pap. de Chine ou pap. velin de cuve, 
mêmes états (350 fr.) ; 45 ex. sur pap. velin de cuve, trois états des illus- 
trations hors texte et deux des vignettes (250 fr.) ; 20 ex. sur pap. velin 



244 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

de cuve deux états des illustrations hors texte (125 fr.) ; et 175 ez. sur 
pap. velin de cuve, un état des illustrations (50 fr.) ; plus un exemplaire 
contenant les dessins originaux de l'artiste, les états de reproduction 
et les bons à tirer (d souscrire). 
Ce volume termine la série de la " Collection des Dix ". 

Publications diverses 

— André Fontainas — Histoire de la peinture française au XIX' siè- 
cle (1801-1900). Paris, Société du Mercure de France, in-18 (3 fr. 50), 

— Congrès international pour Textension et la culture de la langue 
française. Première session. Liège 10-14 septembre 1905. Paru, 
Honoré Champion, gr. in-8 (10 fr.) 

— Francis Vielé-Griffin — Plus loin, poèmes. La Partenza. In. 
Memoriam Stéphane Mallarmé. L'Amour sacré. Paris^ Société du 
Mercure de France, in-18 (3 fr. 50) 

n a été tiré, en outre, 10 ex. numérotés sur papier de Hollande. 

- Gustave Cohen — Histoire de la mise en scène dans le théatr. 
religieux français au moyen âge. Paris, Honoré Champion, in-8 
(7 fr. 50) 

— Renée Vivien — A Theure des mains jointes. Paris, A. Lemerrûf 
in-18 (3 fr. 50). 

— Paris sous Louis XV. Rapports des inspecteurs de police au Roi 
publiés et annotés par Camille Piton. Paris, société du Mercure de 
France, in-18, (3 fr. 50). 

[De la " Nouvelle Collection documentaire '*] 



SUR MÉRIMÉE 



A PROPOS D'OUVRAGES RECENTS 

(FIN) 



En éditant ce curieux volume, M. Chambon ne se 
doutait pas qu'il deviendrait pour lui Toccasion d'appro- 
fondir une question de droit et de jurisprudence, ce qui 
signifie qu'il lui a attiré un procès. Ce procès est très 
intéressant pour le monde littéraire, parce qu'il a sou- 
levé des questions d'une portée générale et fort délicates. 

Une lettre écrite à quelqu'un lui appartient et ne lui 
appartient pas. Il en a la propriété matérielle, non la 
propriété intellectuelle. Il peut la détruire, il ne peut pas 
la publier. Pour la publier, il lui faut le consentement 
de l'auteur ou de ses héritiers, et, bien entendu, il sera 
loisible à ceux-ci ou à celui-là de mettre à prix leur 
agrément. Et cela précisément en vertu de cette loi de 
1793 dont nous parlions tout à l'heure, loi « relative aux 
droits de propriété des auteurs d'écrits en tout genre...», 
qui a voulu que l'écrivain tirât profit de ses écrits, le 
musicien de ses partitions, le peintre de ses tableaux. (La 
loi, par une singulière omission, ne disait pas : et le 

17 



246 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

sculpteur de ses statues. Mais la jurisprudence Ta dit 
pour elle). L'artiste doit vivre de ses œuvres, une lettre 
missive est une œuvre : voilà le principe. La dérogation 
à ce principe est une contrefaçon et le contrefacteur est 
passible de peines correctionnelles : voilà la sanction. 
Et voilà pourquoi M. Félix Chambon se vit citer devant 
le tribunal correctionnel de la Seine par une dame 
veuve H. et par la maison Calmann-Lévy. 

Chose curieuse : on lui faisait grief d'avoir méconnu, 
à propos de Mérimée, celle même loi de 1793 à laquelle 
nous avons vu que Mérimée s'opposait à ce qu'on portât 
atteinte. 

La dame H. lui disait : Mérimée, mort le 23 septembre 
1870, a instilué légataires universelles de ses biens, aux 
termes d'un testament du -30 mai 1869, deux dames 
anglaises qui étaient ses amies d'enfance (deux vieilles 
amies de sa mère (1), les deux governess^ comme les 
appelle malignement le Journal des Concourt (2) : Miss 
Lagden et sa sœur, Mrs Ewers^. Je suis moi-même l'hé- 
ritière de ces personnes. Je représente donc la succes- 
sion Mérimée. Je vous reproche d'avoir imprimé sans 
mon autorisation des lettres de Mérimée (à Boissonade, 
Cousin, etc). 

La maison Calmann-Lévy lui disait : J'ai acheté de 
M. Louis Fagan, héritier de Paiiizzi, le droit de publier 
les lettres de Mérimée à celui-ci, et je les ai publiées 
presque intégralement. En ayant eu le texte en mains, 
vous avez publié ce que j'avais retranché. Je vous repro- 
che d'avoir fait une édition partielle d'une œuvre dont le 
droit de reproduction m'avait été cédé. (Cette cession 
n'était pas critiquée par la dame H., parce que la dame 

(1) Lettres à Piinizzi, t. I, p. IG. 

(2) Journal des Goncourt, t. 111, p. 276. 



SUR MÉRIMÉE 247 

H. était d'accord au procès avec Calmann-Lévy, et elle 
n'aurait pas pu être critiquée par elle, parce qu'elle avait 
eu lieu à l'époque où Mrs Ewers représentait la succes- 
sion Mérimée, et que celle-ci l'avait donc autorisée, au 
moins tacitement). 

Héritière et librairie, toutes deux perdirent leur pro- 
cès (jugement du 17 décembre 1900) (1). 

A la dame H., le Tribunal disait : D'abord, ce droit de 
propriété, consacré par la loi de 1793, l'auteur peut y 
renoncer, expressément ou tacitement, et, dans l'espèce, 
il semble bien que Mérimée y ait renoncé tacitement. 
Ensuite (et ce motif du jugement nous intéresse davan- 
tage parce qu il s'agit non plus d'une appréciation de 
fait, mais d'une raison de droit), M. Chambon a publié 
des lettres de Mérimée trouvées dans des bibliothèques 
publiques. Eh bien, la succession de Mérimée n'a plus 
aucun droit sur ces lettres, parce qu'il y a un décret du 
20 février 1809 d'après lequel « les manuscrits... des 
bibliothèques impériales... sont la propriété de l'Etat. » 
En entrant dans une bibliothèque de l'Etat, les manus- 
crits sont tombés dans le domaine public : ce qui est à 
l'État est à tout le monde. 

A Calmann-Lévy, le Tribunal disait : M. Chambon est 
un lettré qui a voulu faire œuvre non de spéculation, 
mais de « critique complète, consciencieuse et docu- 
mentée », et il n'a pas « excédé les droits qui sont uni- 
versellement reconnus en faveur de la critique et qui 
sont d'autant plus grands que sont plus éloignés les 
événements sur lesquels elle porte et que remonte à une 
date plus ancienne la mort des personnages dont elle 
s'empare ». 

(1) L'Amateur d autographes, n° du 15 janvier 1901, pp. 19-27 
Gazette des Tribunaux^ n" du 22 décembre 1900. 



248 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

La dame H. et la maison Calmann-Lévy ne se tinrent 
pas pour battues ; elles firent appel, et la Cour, infirmant 
le jugement (arrêt du 15 juin 1901) (1), condamna 
M. Chambon à une amende très légère avec sursis et à 
des dommages-intérêts dérisoires, et ordonna la confis- 
cation des exemplaires saisis. 

Dans cet arrêt, beaucoup plus court que le jugement 
et où Ton eût aimé peut-être à trouver quelques mots 
qui rendissent hommage à la haute honorabilité de 
M. Félix Chambon et à son désintéressement (au lieu 
d*y trouver simplement cette constatation qu'il n'avait 
pas, paraît-il, d'antécédents judiciaires), comment sont 
résolues les questions soulevées devant les premiers 
juges ? 

Sur les lettres à Panizzi, la Cour dit : Non, il n'y a pas 
eu critique, il n'y a pas eu étude littéraire ; il y a eu bel 
et bien édition partielle et, par conséquent, contrefaçon. 

C'est là une appréciation de fait, et les tribunaux et 
cours d'appel ont sur les questions de fait un pouvoir 
d'appréciation souverain. 

Mais que dit la Cour sur la raison de droit tirée du 
décret de 1809 ? 

Hélas I elle n'en dit rien et nous le regrettons. Nous 

aurions aimé à connaître son opinion, nous dirons 
pourquoi tout à l'heure. Mais la Cour ne s'en occupe 
pas. Sur les lettres autres que celles à Panizzi, elle dit 
que M. Chambon s'est muni, pour les publier, d'autori- 
sations administratives qui suffisent à prouver sa bonne 
foi de ce chef, et que, s'il a été de bonne foi, il n'y a pas 
eu de contrefaçon : la contrefaçon est un délit et il ne 
peut exister de délit sans mauvaise foi. 
Je ne discuterai pas cet arrêt dans ce qu'il peut avoir 

(1) L'Amateur d'autographes, n» du 15 mars 1902, pp. 57-63. 



SUR MÉRIMÉE 249 

de fâcheux pour les intérêts particuliers de M. Cham- 
bon, ni dans ses appréciations de tait (ce qui revient au 
même). Y avait-il édition partielle ? peut-il y avoir 
édition partielle quand celle qu'on qualifie ainsi ne fait 
pas double emploi avec Tautre ; quand, par hypothèse, 
pas un mot ne s y trouve de ce qui est dans Tautre ? 
peut-il y avoir édition partielle en l'absence de toute 
intention mercantile ? Inversement, une édition par- 
tielle, même sans intention mercantile, ne nuira-t-elle 
pas à l'éditeur originaire? Une œuvre a paru, moins les 
gravelures. Vous éditez les gravelures. 11 y a des gens 
qui n'achèteront pas l'œuvre parce que ce que vous 
éditez leur suffira. Mais alors, dit M. Chambon (1), le 
droit de citation est supprimé, car où fmit la citation, 
où commence l'édition partielle ? Une citation, plusieurs 
citations, beaucoup de citations, c'est une édition 
partielle ! Je réponds : question de fait. Lorsque les 
éditeurs Calmann-Lévy, déjà nommés, et la veuve de 
Maurice Sand firent à M. Paul Mariéton exactement le 
même procès à l'occasion de son Histoire d'amour, ils le 
perdirent, parce que le tribunal ne vit dans les citations 
de M. Mariéton que des citations (jugement du 11 mars 
1897). Laissons toutes ces questions de fait ; elles varie- 
ront suivant les procès et seront diversement interpré- 
tées par les juges. Je dis qu'il est fâcheux que Tarrêt ne 
se soit pas prononcé sur le décret de 1809. 

Pourquoi ? demandera-t-on peut-être. Pourquoi fal- 
lait-il que la Cour en définît la portée ? Les manuscrits 
des bibliothèques publiques « sont la propriété de 
l'État j>. Est-ce que cela n'est pas formel ? 

Oui et non. Ces jurisconsultes sont terribles avec 
leurs distinctions. Il y en a qui soutiennent (par des 

(1) Ibid., p. 64. 



250 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

raisons que je iii'abslicns de rapporter) que ce texte ne 
vise que les manuscrits faits par des agents de FEtat 
dans Vexe/'cice de leurs fonctions. Et il faut bien dire 
qu'il y a une jurisprudence en ce sens, et imposante : 
la Cour de Cassation a jugé que le manuscrit des 
Mémoires du duc de Saint-Simon, déposé aux Archives 
des Affaires étrangères, n'avait pas cessé de ce fait d'être 
la propriété des héritiers (arrêt du 31 mars 1855). Encore 
est-il qu'il s'agissait d'un cas particulier : le dépôt 
n'avait pas été volontaire. Même en cas de dépôt volon- 
taire, il peut exister telle circonstance de la cause qui 
prouve que l'auteur n'a pas entendu se dépouiller ni 
dépouiller ses représentants du droit de i)ropriété. 
George Sand a ordonné pur testament le dépôt à la 
Bibliothèque nationale de sa correspondance avec 
Alfred de Musset, et il a été établi (dans le procès 
ci-dessus mentionné de M. Paul Mariéton) que ce dépôt 
n'impliquait pas l'abandon des droits d'auteur. Enfin, 
en l'absence de toute circonstance spéciale, la question 
de rinterprélalion qui pourrait être donnée, le cas 
échéant, au décret de 1(S()9 reste douteuse. 

Cela suffit pour (jue nous de\ions crier aux travail- 
leurs ; prenez garde ! On met en vos mains des trésors ; 
usez-en avec précaution, car ni votre bonne foi ne s'in- 
duira nécessairement de ce que vous aurez obtenu les 
autorisations administratives (ce serait trop commode !), 
ni le décret de 1809 ne vous fournit, dans l'état actuel de 
la jurisprudence, une sauvegarde de tout repos. Lisez, 
comi)ulsez, copiez, mais ne publiez pas sans vous préoc- 
cui)er (les règles restrictives du droit de reproduction, 
et ne les maudissez pas, car elles sont bienfaisantes à 
d'autres égards, ces règles qui limitent le domaine 
public comme la haie de mon jardin est un obstacle 
pour le promeneur. 



SUR MÉRIMÉE 251 

Mais alors, disent encore M. Chambon et de brillants 
chroniqueurs (1), il n'y a plus de critique littéraire pos- 
sible ! Je réponds trois choses : 

D'abord, la nécessité d'une autorisation à obtenir de 
l'auteur ou de ses héritiers se résout pratiquement en la 
nécessité de leur payer une somme à débattre. II arri- 
vera peut-être qu'ils ne seront pas intraitables et que 
l'on pourra s'entendre. 

Si on ne peut s'entendre, il faudra attendre. Le droit 
d'auteur n'est pas perpétuel. D'après la loi de 1793, il 
durait dix ans après la mort de l'auteur. D'après la 
législation actuelle, il dure cinquante ans. Dans qua- 
torze ans, Mérimée n'appartiendra plus à Mme H. ; il 
appartiendra à tout le monde, à ce Tout-le-Monde qui 
a plus d'esprit que Voltaire... et que Mérimée. On 
m'objectera sans doute que ce serait un vrai malheur 
que d'attendre encore quatorze ans (et plus peut-être, 
s'il s'agit d'autres auteurs) des travaux comme ceux de 
M. Félix Chambon. Cela, j'en conviens. 

Enfin le salut pourrait venir des juges chargés d'ap- 
pliquer la loi. La conciliation des principes juridiques 
et des intérêts de l'étude littéraire pourrait se trouver, 
pour la question spéciale des lettres missives, dans une 
jurisprudence libérale et favorable aux droits de la cri- 
tique en ce qui concerne la volonté présumée chez l'au- 
teur d'abandonner le droit de reproduction. Et, en 
vérité, je pense qu'une telle jurisprudence ne serait 
qu'équitable et conforme à la réalité des faits, et je crois 
avoir montré que je ne suis pas animé dans celte dis- 
cussion de sentiments révolutionnaires. L'auteur d'une 

(1) \'oir le Français du 22 juin 1901, Un Procès ridicule ; l'ÉcZair, 
du 1) juillet; le Français du lô août (article de M. Lucien Descaves, 
Au détriment des morts); le Figaro du 7 janvier 1905 (article de 
M. Georges Claretic, Peut-on publier 9) 



252 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

lettre missive ne s'est-il pas tacitement dépouillé de son 
droit de propriété intellectuelle, comme il s'est dépouillé 
de son droit de propriété matérielle ? Tout est là. Dans 
le procès Chambon, le tribunal avait estimé que Méri- 
mée avait fait cet abandon. La Cour, en accordant à 
M. Chambon le bénéfice de la bonne foi, s'est dispensée 
de trancher cette question, comme elle s'est dispensée 
de trancher la question du décret de 1809. C'est le point 
que le juge devra toujours examiner. Et notez que cet 
abandon pourra toujours s'induire des circonstances; 
ainsi en a-t-il été décidé à propos de manuscrits de 
Sainle-Beuve (jugement du 20 juin 1883). Et, je le 
répète, est-ce que neuf fois sur dix, sinon plus, cet 
abandon n'est pas probable quand il s'agit de lettres ? 
est-ce que l'auteur, en écrivant des lettres intimes, a 
pensé à leur publication éventuelle et a vu dans l'avenir 
un traité à leur sujet entre un éditeur et lui ou entre un 
éditeur et ses héritiers ? est-ce qu'il n'y a pas d'autant 
moins pensé que les lettres étaient plus intimes et qu'il 
y a peut-être en plus d'indiscrétion à les mettre au jour? 
Et spécialement quand il s'agit de lettres de Mérimée à 
Cousin et qu'on se rappelle que c'est Mérimée qui a 
décidé Cousin à léguera l'État ses livres et ses papiers..* 
Mais respectons la chose jugée. 



VI 



En tout cas, M. Félix Chambon conservait le bénéfice 
d'une disposition du juji^ement non contredite par l'ar- 
rêt de la Cour, celle qui lui disait : vous n'encourez 
aucun reproche pour les lettres par vous trouvées dans 
des archives publiques ; décret de 1809. 

C'est à l'abri de cette consultation judiciaire qu'il 



SUR MÉRIMÉE 253 

donna son second ouvrage : Notes sur Prosper Mérimée, 
Paris, aux frais de l'auteur, 1902, in-8, XVIII — 498 pp. 
(100 exemplaires seulement ont été mis dans le com- 
merce par la librairie Dorbon Aîné, au prix de 15 francs. 
Il a été imprimé une seconde couverture portant la date 
1903). 

Ouvrage composé sur des documents d'archives. 
L'auteur a eu communication notamment : 1" des Rap- 
ports de Mérimée comme Inspecteur généial des monu- 
ments historiques ; 2»^ des lettres à Lenormant, c'est-à- 
dire de ces lettres dont un certain nombre, — vingt sur 
quatre-vingt un, — ont été publiées (assez inexactement, 
semble-t-il) dans la Revue de Paris du 15 novembre 
1895 ; 3^ enfin et surtout, d'une partie seulement 
(malheureusement) des volumineux papiers du poète 
Pierre Lebrun, déposés à la Bibliothèque Mazarine : 
quarante cartons qui n'ont pu être ouverts qu'en 1900, 
de par la volonté expresse de Madame Lebrun, et encore 
semble-t-il que l'accès de cette mine abondante ne soit 
pas facile à obtenir. Cette fois, M. Chambon avait trouvé 
trop de lettres de Mérimée : il les a utilisées sans les 
publier intégralement. 

Ces Notes ne visent pas à être une biographie défini- 
tive; l'auteur s'en défend soigneusement. Ce sont, dit-il, 
des matériaux. Soit, puisqu'il reste encore beaucoup à 
découvrir. Mais certains points au moins semblent trai- 
tés d'une manière définitive, par exemple la carrière 
administrative de Mérimée, et, cette fois, la bibliographie 
éparse, celle que j'appelais la bibliographie externe, est 
amenée à un dernier degré de perfection. L'auteur a 
même retrouvé (pp. 330-sqq. et 367) un discours et un 
fragment imprimés, qui avaient échappé à MM. Tour- 
neuxel de Lovenjoul. A noter aussi (pp. XIII-XV) une 
bibliographie des lettres écrites à Mérimée. 



254 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

Six parties : la Jeunesse ; — Tournées (Tinspection ; — 
Y Institut ; — les Désillusions ; — la Fortune ; — la Fin. 
Chaque parlie est divisée en chapitres portant chacun 
un titre particulier. 

Tout ce long exposé est à lire pour un mériméiste. 
J'en signale seulement quelques endroits particulière- 
ment curieux. Voici (pp. 18-19) Musset soumettant à 
l'intéressé les vers où il le nomme dans la dédicace de 
La coupe et les lèvres : 

L'un, comme Calderon et comme Mérimée... 

Voici (pp. 25-28) Tanalyse de la plaquette priuately 
printed — à vingt-cinq exemplaires — parles soins de 
M. C. Slryienski : Sept lettres de Mérimée à Stendhal (1)^ 
Voici (pp. 40-44) des renseignenionls sur la liaison avec 
George Sand. Et voici (pp. 120-130) une lettre de Co- 
lomba à Mérimée. Elle a été communiquée par M. Bixio, 
dont le père l'avait reçue en don du destinataire. Oui, 
Colomba a existé (nous la retrouverons tout à Theure), 
et elle s'appelait bien Colomba. Le 12 juin 1858, Colomba 
B. écrivait d'Olmeto h Mérimée ; elle sollicitait pour un 
de ses gendres, à qui elle voulait faire donner un emploi 
sur le continent pour le soustraire à une vendetta, 
« Dans ce but, très illustre sénateur, je viens instam- 
ment vous supplier de vouloir bien exaucer les prières 
d'une vieille que vous avez daigné écouter autrefois... » 
Un tel document n'est-il pas exquis V Pourvu que les 
héritiers de Colomba ne fassent pas un procès à 
M. Chambon î 



(1) Rotterdam, aux frais de la Compaj^nie, 1898, pet. in-8, ô.") pp. — 
Incomplètement reproduite dans la Revue de Paris, 15 juillet 1898, 
pp. 411-4:fô. 



SUR MÉRIMÉE 255 

Je passe sur Taffaire Libri (pp. 294-311) et sur maint 
autre épisode de la vie publique ou intime. Le livre se 
termine par un curieux essai de reconstitution de la 
bibliothèque de Mérimée, détruite, avec tout ce que 
Tappartement de l'écrivain contenait de précieux, dans 
rincendie allumé par la Commune, le 23 mai 1871. 



VII 



Lorsque Mérimée et ses compagnons de voyage arri- 
vèrent à Athènes en 1840, ils recurent le meilleur accueil 
de notre ministre résident, M. de Lagrené. 

Né à Amiens en 1800, ami, dans sa jeunesse, de Lamar- 
tine, dont il fut un des premiers admirateurs (1), et du 
duc de Rohan (2), Théodose de Lagrené était entré à 
vingt ans dans la diplomatie. De Grèce, il fut envoyé 
en Chine, puis revint à Paris et fut fait pair de France. 
Il se lia avec Mérimée. Il avait épousé en Russie une 
femme d'une grande distinction d'esprit et d'une instruc- 
tion supérieure. C'est M""^ de Lagrené qui initia Mérimée 
à la littérature russe, et, pour commencer, à la 
grammaire russe, tâche ardue, à en croire ceux qui 
ont passé par là, mais que devait faciliter l'application de 
rélève, ravi de rencontrer deux choses qu'il appréciait 
entre toutes, une étude minutieuse et précise et 
surtout l'amitié d'une femme charmante. De plus, il se 
prit crafTection pour M^"'' Olga de Lagrené. Il écrivait 
tantôt au père ou à la mère, tantôt à leur fille, qui fut 
évidemment une de ses correspondantes préférées, et 
ceci est encore bien de lui, qui aimait la femme jusque 
dans l'enfant et savait être l'ami d'une fillette. 

(1) Léon Séché, Éludes d'histoire romantique : Lamartine de Î8Î6 
à 18S0, Paris, lOOO (éd. de la Société du Mercure de France), p. 236. 

(2) //)/(/., p. 3G5. 



256 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

Telles sont les lettres que vient d'éditer un membre 
de la famille Lagrené, sous ce titre : Lettres de Prosper 
Mérimée aux Lagrené, Paris, 1904, in-8, LXIV-149 pp. 

(au V^ du faux-titre : tiré à 75 exemplaires) (1). Par consé- 
quent, en annonçant plus haut un troisième ouvrage 
de M. Chambon, je m'exprimais assez inexactement, 
puisqu'il n'est dans celui-ci que Fauteur des liminaires, 
où je relève les points suivants. 

Dans l'Introduction, il indique (p. VII) un certain 
nombre de lettres de Mérimée qui ont paru depuis son 
précédent volume. Il avait utilisé des lettres à Ampère, 
Bixio, Lenormant, Royer-Collard, Vitetetde Witte. Et 
Ton a encore livré au public des lettres à VioIIet-Ie- 
Duc (2), au comte de Gobineau (3), à M. de Lavergne(4), et à 
d'autres. Plus loin (pp. XX-XXII,note), liste des articles 
consacrés au Centenaire de Mérimée en France et à 
l'étranger. Saluons au passage (p. XXXII, note) les 
curieux travaux en allemand de M. Max Kultner sur la 
véritable Colomba, puisque nous savons qu'il y a eu une 
véritable Colomba. Plus loin, voici (pp. XXXV-LXII) 
une longue Bibliographie des travaux de Mérimée sur la 
Russie, chapitre tout nouveau pour la bibliographie 
générale et résultat de la plus diligente investigation. 
Enfin je signale (pp. LXIII-LXIV) un relevé des traduc- 

(1) Compte rendu par M. Georges Vicaire dans le Bulletin du 
Bibliophile, 11M)5, pp. 198-200. 

(2) Eug. Viollet-lc-I)iic, Lettres inédites de Viollet-le-Duc, Paris 
Quanti n, 1902, in-8. 

(3) Revue des Deux-Mondes des 15 octobre et 1" novembre 1902, 
Une correspondance incdile de Prosper Mérimée. Trente-quatre lettres 
adressées à Gobincuu entre ISôl et 1870, publiées par M. A. Scbemann, 
professeur à Fribourg-en-Brisgau. On a remplacé par des lignes de 
points les passages qu'il était impossible de reproduire. 

(4) Revue des Deux-Mondes, 15 avril 1904, Eru. Cartier, Léonce de 
LauergnCf souvenirs personnels et documents inédits, pp. 834-839, 
840-843. 



SUR MÉRIMÉE 257 

tions russes des ouvrages de Mérimée, et aussi des 
travaux en russe qui lui sont consacrés. Se serait-on 
douté qu^il eût fait Tobjet d'une dissertation en finnois? 
Quant aux lettres, elles éclairent la biographie eu plus 
d'une circonstance. Elles nous montrent que Mérimée 
n'était pas en peine d'écrire coup sur coup trois relations 
différentes, concordantes d'ailleurs, des journées de 
juin (1). C'est pour les filles de M. de Lagrené, Gabrielle 
et Olga, pour Olga surtout, que Mérimée chargeait Jenny 
Dacquin d'acheter des livres au l^r janvier (2). Une note 
de M^^c Olga de Lagrené nous apprend ce qu'étaient ces 
livres : a Macaulay, Augustin Thierry, de Maistre, 
Tennyson, Milton, les Ducs de Bourgogne de M. de 
Barante, etc. » Le donateur, qui voulait de la «littérature 
morale d, était servi selon ses intentions. Au reste, toutes 
ces lettres sont charmantes. Je n'en dis pas plus, non 
dans la crainte d'épuiser le droit de citation : M. Cham- 
bon, qui vient d'être mulcté à son sujet, demanderait 
pour moi l'indulgence. Mais il faut laisser aux lecteurs 
quelque plaisir de découverte. Seulement les lecteurs ne 
se procureront pas facilement le livre : il en a été déposé 
huit exemplaires seulement à la librairie Dorbon Aîné, 
qui les a mis en vente au prix de 300 francs chacun. Les 

(1) A M"* de Lagrené, (op. cit., pp. 17-18); à M"» de Montijo, (Filon, 
Mérimée et ses amis ^ pp. 197-201); à Jenny Dacquin, {Lettres à une 
Inconnue, t. I, pp. 288-290). M. Filon a reproduit une lettre à la 
comtesse de Montijo qui est, dit-il, un précis de la Révolution de 
février. On peut comparer le récit de la soirée du 23 février, émouvant 
dans sa simplicité {op, cit., p. 184 : « les rues étaient pleines de 
monde... etc. ») à un autre récit, trop vivant pour n'être pas d'un 
témoin, celui par lequel Flaubert termine la II™« partie de L'Éducation 
sentimentale (p. 34.5 dans Téd. in-16 : « Tout le monde était en joie; 
des promeneurs circulaient... etc. » ) Il est curieux de rapprocher 
Mérimée d'un écrivain qu'il ne pouvait pas souffrir. 

(2) Lettres à une Inconnue, t. II, pp. 34, 77 et 148. 



258 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

ouvrages de M . Chambon ou présentés par lui ne ris- 
quent pas d'écliouer dans les boites des bouquinistes. 

J*allais oublier les illustrations. Elles sont intéres- 
santes. Deux portraits de Mérimée, savoir : la reproduc- 
tion d'un buste d'Iselin (1874) qui est au musée d'Ajaccio, 
et la reproduction d'un dessin inédit du prince Gabrielli, 
dessin qui appartenait à S. A. I. la princesse Mathilde 
et qui a été communiqué par le comte Primoli. (Ce dessin 
parait bien peu ressemblant ! Le buste semble avoir été 
fait d'après un portrait sur acier qui lut publié dans 
r Artiste en 1868, « document de seconde main et de 
médiocre valeur (1) » ). — Portraits de M. et de M»"* de 
Lagrené et de leur fille Olga. — Divers fac-similés : une 
lettre inédite de Jcnny Dacquin, des lettres inédites de 
Mérimée à Damas-Hinard, à M"»»^ de Lagrené (en russe, 
avec des corrections de M'"^* de Lagrené), à M*^« Olga de 
Lagrené (il luienvoieun croquis représentant la comtesse 
de Castiglione, dont la coifïurelui avait causé de Tétonne- 
mcnt). On nous donne même le fac-similé d'une aqua- 
relle de Mérimée représentant son chat, personnage 
d'importance, on le sait, dans la correspondance. 

M. de Lagrené mourut en 1842, sa fille en 1897, sa 
veuve, à un âge avancé, en 1901. 

VIII 

Reste à réunir les quelques renseignements, — peu 
nombreuxetpeu importants, — qu'on peut encore glaner 
après ces divers ouvrages. 

I. Editions 

Il a paru trois éditions de luxe, dont une toute 
récente, depuis celle qu'indiquait le Manuel de 
M. Georges Vicaire. 

(1) Maurice Tourncux, Prosper Mérimi'c^ ses portraits..., p. 34. 



SUR MÉRIMÉE 259 

La Double Méprise. — Aquarelles originales par Bertrand, 
imprimées en couleurs, tirage à la poupée. Paris, L. Conquet, 
L. Carlcrct et C'^^ successeurs, 1902, gr. in-8, 116 pp. 

Tiré à 150 exemplaires sur vélin. Prix : 500 francs. 

Colomba. — 63 compositions originales de Daniel Vierge, 
gravées sur bois par Xocl et Paillard ; préface de M. Maurice 
Tourneux. Paris, mêmes éditeurs, 1904, in-8, VIII-298 pp. 
Couverture imprimée en couleiirs.(l) 

Tiré à 200 exemplaires sur vélin au prix de 150 francs. Deux tira- 
ges de grand luxe, 50 exemplaires sur Japon ancien à la forme (225 
francs ) et 50 exemplaires sur Japon ancien à la forme avec le tirage 
à part de tous les bois (300 fr.) 

Mateo Falcone. — Compositions d'Alexandre Lunois gra- 
vées sur bois ; préface de M. Maurice Tourneux. Paris, mêmes 
éditeurs, 1906, in-8, XI-41 pp. 

Tiré à 200 exemplaires sur vélin. Prix : 50 francs. 50 exemplaires 
sur Japon avec les épreuves d'artiste (150 fr.). 

Signalons aussi une édition américaine de Colomba 
à l'usage des classes, analogue et postérieure aux édi- 
tions scolaires anglaises que M. Georges Vicaire a notées 
dans le Manuel : 

Colomba, with introduction and notes by J. A. Fontaine..., 
Boston, D. C. Heath and Co, 1902, in-16 (Heath's modem 
language séries), VII pp. (introduction), et 234 pp. (1-16, texte 
français, 167-187, notes; 189-234, lexique). 

II. CoiiRESPONDANCE 

Maurice Tourneux, Un plaidoyer de Mérimée en faveur 
d'Augusle Marieite, dans V A moteur d'Autographes., ., 15 mai 
1905, pp. 105-106. 

Lettre du 20 décembre 1854, à un ministre (Fortoul ?). 



(1) V. compte-rendu par M. Georges Vicaire dans le Bulletin du 
Bibliophile, 1904, pp. 560-5G1 



260 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

Ad. van Bever, Essai de bibliographie d' Agrippa d'Aubigné, 
suivi de cinq lettres inédites de Prosper Mérimée, dans le Bulle- 
tin de la Société de r Histoire du Protestantisme français, mai- 
juin 1905, pp. 226-261 (tirage à part, Paris, Agence générale 
de la Société, 1905). 

Pp. 258-261, Lettres de Prosper Mérimée. 

M. van Bever, en préparant une édition d^ Œuvres poétiques choisies 
d'Agrippa d'Aubigné, a trouvé dans les papiers de Ch. Rcad cinq 
lettres adressées à ce dernier par Mérimée. Elles n'ont pas toutes le 
même objet. La première (l^^juiHet 1854) est une demande de renseigne- 
ments pour l'édition des Aventures du baron de Faeneste, qui allait 
paraître en 1855. Les quatre suivantes (14 et 21 septembre, 28 octo- 
bre [1869], 10 février [1870]) ont trait à l'édition des Tra^igues à laquelle 
Mérimée travaillait dans les derniers temps de sa vie (1). Il y expose 
esdiffjcultés qu'il éprouve à obtenir communication des originaux de 
d'Aubigné, conservés par la famille Tronchin au château de Bessinges, 
près de Genève. 



III. Sur Mérimée 

René Doumic, Les Lettres de Mérimée, dans la Revue des 
Deux-Mondes, 15 octobre Ï897. 

Louis Maigron, Le Roman historique à F époque romantique, 
essai sur Uinfluence de W, Scott, Paris, Hachette, 1898. in-8. 

Ch. IV (pp. 306-332), La Chronique du rcgne de Charles IX, « La 
Chronique, avec tous ses d;'Mauts, ses lacunes et ses faiblesses, 
demeure le chef d'œuvre du roman historique fran(^*ais à cette période » 
(p. 308). 

L'ouvrage est une thèse pour le doctorat ès-lettres. Mérimée, en 
Sorbonne, traité comme un classique, la chose valait la peine d'être 
signalée. 

Remy de Gourmont, Promenades littéraires, Paris, 1904, in-16 
(éd. de la Société du Mercure de France) ; pp. 111-118 : Un 
célèbre amateur, Prosper Mérimée. 

Fait d'après l'ouvrage anecdoticiue de Hugues Rebell, les Inspira- 
trices de Balzac, Stendhal, Mérimée, Paris, 1902, in-lG. 

(1) Maurice Tourneux, ProsperMérimée, ses poWraiïs..., pp. 104-105. 



SUR MÉRIMÉE 261 

Gabriel Ferry, Prosper Mérimée collaborateur de Napoléon III, 
dans la Nouvelle Revue, 1er février 1904. 

Alb. Lumbroso, Pagine Veneziane, Rome, Forzani, éd., 
1900-1905, in-fol. 167 pp. 

Ouvrage contenant dix études, dont une ( pp. 9-11) consacrée aux 
rapports de Mérimée et de Panizzi à Venise en 1858. {Prosper Mérimée 
ed il Panizzi a Venezia nel 1858. A paru d'abord dans la Gazetta di 
Venezia, 14 avril 1901). 

Casimir Stryienski, Soirées du Stendhal-Club ; documents 
inédits, Paris, 1905, in- 16 (éd. de la Société du Mercure de 
France). 

Pp. 177-196, Correspondance avec Mérimée. 

Description d'un exemplaire de la Jacquerie (appartenant 
au comte Joseph Primoli), donné par Mérimée à Beyle et portant 
des notes et appréciations manuscrites de cedernier. — Billet inédit de 
Mérimée (18G2). — Le reste est fait avec les sept lettres de Mérimée 
à Stendhal, publiées par M. C. Stryienski en 1898. 

IV. DESSINS 

Le catalogue des dessins connus de Mérimée n'a 
jamais été présenté d'ensemble. 11 faudrait rapprocher 
Maurice Tourneux, Prosper Mérimée, ses portraits, ses 
dessins..., pp. 39-64 et 159; — Ptosper Mérimée comédienne 
espagnole et chanteur illyrien, dans la 5® livraison de 
VAge du Romantisme, Paris, Monnier et Çie, 1888, gr. 
in-8, pp. 7, 9 et peut-être 12; — Aug. Filon, Mérimée et 
ses amis, pp. 110-111 et 163 ; — Chambon, Lettres iné- 
dites, pp. XIII et XIV; — Notes sur Prosper Mérimée, 
pp. 3 (note 3), 19, 214 (note) et 353 (note 2) ; — Stryienski, 
op, ci/., pp. 158-161. (A paru dans la Revue Universelle, 
1901, pp. 341-343). De nombreux dessins se trouvent en- 
core dans des collections particulières. 

Les dessins reproduits dans le Gaulois du Dimanche du 
26-27 septembre 1903 (R. de Montreux, Le Centenaire de 
Mérimée), sont empruntés à Y Age du Romantisme. 

18 



262 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

Le profil de Victor Hugo écrivant, ^ue M. Maurice 
Tourneux signale comme reproduit h petit nombre (1), 
se voit au Musée Victor Hugo de la place des Vosges. Il 
porte cette mention : « Victor Hugo, par Prosper Méri- 
mée. — Aglaûs Bouvenne fac-sim. — Tiré à 12 exem- 
plaires. — Imp. Lemercier et Cie, Paris ». (2). 

V. PORTRAITS 

Même en réunissant les renseignements fournis par 
MM. Tourneux (3) et Chambon (4), on n'aurait pas une 
iconographie complète. Il reste un certain nombre de 
documents à indiquer : 

1* On reconnail Mérimée sur un tableau du peintre 
Biard, intitulé : Une Soirée an Louvre en 1855, chez M. le 
Comte de Nieuwerkerke, Surintendant des Beaux-Arts 
(Collection de M. Firniin Rainbcaux). Il est au premier 
plan, assis, vu de profil, la main gauche sur Tépaule 
d'Isabey, à qui il parle à roreille. 

2** Il est un autre tableau où Mérimée figure parmi de 
nombreux personnages. C'est le tableau de Gérôme, qui 
se trouve au Musée de Versailles, représentant la Récep- 
tion de t Ambassade Siamoise au Palais de Fontainebleau 
(1865) (5). Mérimée est peint de face, debout, le haut du 
corps seul visible. C'est, je crois, le seul portrait qu*on 
connaisse de lui en habit de sénateur. Excellent com- 
mentaire du croquis à la plume tracé par Taine : 
« C'était un homme grand, droit, pâle... En cérémonie 
surtout, sa physionmie était impassible (6). » 

(1) Ibid., p. 50. 

(2) Gustave Simon» VisUe à la maison de Victor Hugo, Paris, 
Ollendorff. 1904, p. 74. 

(3) Maurice Tourneux, Prosper Mérimée, ses /;or/ra/7s...,pp. 17-36. 

(4) Félix Chambon, Notes sur Prosper Mérimée, pp. X-XI et X 
(note 2.) 

(5) Cf. Lettres à une Inconnue, t. II, pp. 162-165. 

(6) Taine, « Prosper Mérimée », en tête des Lettres à une Inconnue, 



SUR MÉRIMÉE 263 

30 Dans Le Second Empire de M. Armand Dayot 
(Paris, Flammarion, s. d., gr. in-4 oblong, p. 288), repro- 
duction d'une photographie faite en 1864, communiquée 
par M. Paul Mirabaud. 

i^ On n'a pas indiqué une effigie de Mérimée qu'il 
n'est pas difficile de voir, et qui n'a jamais été repro- 
duite jusqu'à ce jour : c'est le buste en marbre, par Paul 
Aube, qui se trouve au secrétariat de l'Institut. Il est très 
beau. Il a eu des infortunes dont on a parlé au public : 
a II paraît que les membres de l'Institut frottent volon- 
tiers leurs allumettes sur Mérimée, sur un buste de 
Mérimée, en marbre, qni décore les environs du secré- 
tariat. Et l'on assure que le grain de cette pierre est 
extrêmement favorable à l'inflammation du phos- 
phore (1). » Le sternum porte en efi'et la trace de ces 
outrages. Mais je doute qu'ils aient pour auteurs des 
t membres de l'Institut ». 

5° Enfin M. de Spoelberch de Lovenjoul possède une 
caricature de Mérimée dans le fameux c Album de 
Venise », rempli de dessins de la main de Musset et 
signé Mussaillon P% une des plus précieuses merveilles 
parmi tous les trésors de M. de Spoelberch de Lovenjoul. 
Musset a dessiné là un Mérimée bourru avec cette lé- 
gende savoureuse : Curvajal renfonçant une expansion (2). 

IX 

Et les amours? Rien de nouveau sur cette question, 
autour de laquelle je crois que les ténèbres ne feront que 
s'épaissir avec le temps. Résignons-nous à ne rien savoir 
ou à ne savoir que peu de chose. 

Nous savons qui était l'Inconnue : Jenny Dacquin. 

(1> Journal des Débats, 7 juin 1905. 

(2) Joseph Ageorges, Le Vicomte de Spoelberch de Louenjoul ; les 
Archives littéraires du XIX siècle, dans la Revue Latine^ 25 février 1906 
p. 121. 



264 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

Personne, je croîs, n'a pris la peine de réfuter la 
singulière insinuation de ce pince-sans-rire de Blaze de 
Bury (1), d'après qui M*'"*' Dacquin aurait été une 
personne non pas fictive, très réelle au contraire, mais 
choisie pour donner le change et masquer la vraie* 
Inconnue, laquelle finalement serait restée inconnue. 
« Je serais bien étonné, disait-il, si la personne qu'on 
prend généralement pour l'Inconnue était la vraie. » II 
donnait à entendre que, pour percer le mystère, il fau- 
drait savoir à qui Mérimée avait légué une certaine 
bague. On le sait aujourd'hui : à Madame deMontijo(2), 
et l'on ne voit pas comment accorder ce fait certain avec 
une hypothèse romanesque. Et d'où seraient venues à 
Blaze de Bury des lumières particulières sur la question? 
Et quelle singulière coïncidence : la vraie destinataire des 
lettres aurait eu le même prénom que la destinataire 
apparente I (3). Ne nous arrêtons pas plus qu'il ne con- 
vient à une timide tentative de mystification. 

Jeanne-Françoise Dacquin, fille de Julien Dacquin, 
notaire, vint au monde à Boulogne-sur-Mer, le 25 novem- 
bre 1811. La tradition locale nous la représente « haute 
en taille, avec de grands yeux d'un noir d'enfer, d'une 
expression toute particulière (4) ». Elle survécut un 
quart de siècle à son ami, étant morte à Paris, rue Ja- 
cob, n« 37, le 25 mars 1895, âgée de 84 ans. « Un témoin » 
de sa vie qui, deux ans auparavant, signalait aux a cher- 



(1) Avant-propos des Lettres à une autre Inconnue. 

(2) Félix Chambon, Notes sur Mérimée, p. 445. 

(3) Lettres à une Inconnue, t. II, p. 83 : « Votre patron est-il Tévan- 
géliste ou le baptiste ? ». 

(4) Ern. Deseille, L'année boulonnaisCy éphémérides historiques 
intéressant le pays boulonnais, Boulogne-sur-Mer, 1885-1886; deuxiè- 
me semestre, pp. 047-649. L'auteur dit (juil pourrait noter dans le- 
Letlres à VInconnue « plus de vingt allusions reconnaissables » au 
pays natal de M"''» Dacquin J'avoue qu'elles m'ont échappé, faute 
sans doute d'une compétence suffisante. 



I 

À 



SUR MÉRIMÉE 265 

cheurs » qu'elle était a vivante et bien vivante, saine de 
corps et d'esprit (1), » a publié dans V Intermédiaire la 
lettre de faire-part de son décès (2), et M. Chambon a 
retrouvé sa tombe au cimetière du Père-Lachaise (3) ; 
voilà, ou il n'y en a pas, de la documentation conscien- 
cieuse ! 
Comment se fait-il que, par ce temps d'indiscrétion et 

de reportage littéraire, on n'ait pas été lui arracher 
quelques souvenirs? On a peut-être perdu là l'occasion 
d'une interview intéressante. Est-il vrai qu'elle ait été 
quelque peu femme de lettres, ayant publié deux nou- 
velles, signées Léona, dans les Annales romantiques 
(1829-1832)(4)? Bientôt nous allons être très renseignés sur 
Jenny Dacquin, j'entends sur sa personne, car sur Jenny 
Dacquin amie de Mérimée, je crois qu'on ne saura 
jamais grand'chose. En tout cas, ce qu'on nous annonce 
sera très curieux. On lisait, l'an passé, dans Vlntermé- 
diaire, sous la signature « Le Chercheur de B[oulogne] », 
la note suivante : a Je possède le portrait de Made- 
moiselle Jenny Dacquin; il va être reproduit dans une 
étude très documentée et fort complète sur la célèbre 
Inconnue de Prosper Mérimée, dont je suis l'auteur et 
que je compte faire éditer très prochainement à Paris. 
On trouvera dans cet ouvrage la généalogie de sa famille, 
sa biographie, ses œuvres de jeunesse, sa correspon- 
dance (125 lettres, s'étendanl de 1854 à 1889) et une réfu- 
tation des lettres apocryphes qui lui ont été attribuées. 
Plusieurs planches serviront d'illustrations au volu- 
me » (5). Attendons. 
Jusqu'à présent, tout ce que nous savions d'elle, c'est 

(1) L'Intermédiaire des Chercheurs et Curieux, 20 mai 1893, col. 1)31. 

(2) Ibid., 30 avril 18%, col. 494. 

(3) Lettres de Prosper Mérimée aux Lagrenéy p. XXI (note 2). 

(4) LI Intermédiaire y 20 janvier 1892, col. 54. 

(5) Ibid., 20 mai 1905, col. 752. 



266 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

ce qu'il en apparaît dans les lettres que son ami lui a 
écrites. Elle les a publiées en 1874. Je n'ai pas à faire la 
critique littéraire des Lettres à une Inconnue, Ont-elles 

été arrangées ? Pas beaucoup, je pense ; elles ne devaient 
pas contenir des choses très intimes. Tronquées ? Plutôt ; 
elles présentent une lacune d'un an et demi, de fin 1854 
à juillet 1850. Mais brouillées quant aux dates, cela, on 
le sait, fantastiquement. Et pourquoi? Cherchaît-on à 
garder du mystère au roman V On aurait pu ne rien révé- 
ler; on avait bien le droit de ne révéler que ce qu'on 
voulait. Mais en (juoi de fausses dates servaient-elles un 
scrupule respectable ? 

Quant aux réponses, elles étaient sans doute conser- 
vées dans l'appartement de la rue de Lille, et la Com- 
mune, en brûlant la maison de Mérimée, a assuré l'exé- 
cution de la promesse faite par celui-ci à son amie, que 
les souvenirs de leur liaison ne lui survivraient pas. 

En 1874, il parut une brochure anonyme. Lettres de 
Vïnconnue (Paris, Alph. Lemerre, iii-8, VIII-84 pp.)> 
vingt lettres ou fragments de lettres qu'on disait échap- 
pées miraculeusement à Tincendie ; supercherie litté- 
raire qui avait peur auteur soit J.-M. Cournier, soit 
Jules Claye ou le docteur Cazin, et qui ne trompa 
personne. 

En 1889, nouvelle supercherie : Lettres de l'Inconnue. 
La passion d*un Auteur. Réponse à Vrosper Mérimée (Pa- 
ris, OllendoriT, in-16, XVI-306 pp.). Le même ouvrage 
paraissait en même temps, en anglais, à New- York et à 
Londres. Il n'est pas difficile de voir qu'il a été d'abord 
pensé en anglais. L'auteur s'y présente comme anglaise, 
ce qui est un non sens, étant donné la connaissance que 
ces lettres révèlent de celles de Mérimée, qu'elles suivent 
pas à pas. C'est un long chef-d'œuvre de préciosité et de 
pédantisme, avec, ça et là, quelques jolies choses. M. Fi- 



SUR MÉRIMÉE 267 

Ion a jugé d'un mol cette prétendue Réponse : « Si Méri- 
mée avait reçu ces lettres-là, il n'aurait pas aimé aussi 
longtemps.» L'auteur était, parait-il, une Américaine, qui, 
par un prodige d'imagination, était presque arrivée à se 
persuader qu'elle était l'Inconnue Un jour, on la trouva 
tout en larmes, on l'interrogea, et elle dit en sanglotant: 
a Mérimée vient de mourir ! » (1). 

M. Emile Faguet a consacré une étude étendue à Méri- 
mée amoureux (2). Malheureusement, l'éminent écrivain 
a cru à l'authenticité des lettres apocryphes, et il a lon- 
guement analysé les élucubrationsde l'Américaine. Mais 
sa critique reste intéressante pour la psychologie de Mé- 
rimée, et même pour la psychologie de sa correspon- 
dante, en tant que celle-ci se laisse saisir dans les lettres 
de Mérimée. M. Faguet aboutit à une double conclu- 
sion. La première, c'est qu'ils n'ont pas été amants. Je 
crois que personne n'en a jamais douté, et que cela ré- 
sulte suffisamment de la lecture des Lettres à une Incon- 
nue. {VA, pour établir ce point, M. Faguet invoque un 
argument de texte, assez fragile en lui-même, et em- 
prunté aux lettres controuvées ; n'en parlons pas.) La 
seconde conchision, c'est qu'ils n'étaient jamais en- 
semble et que « leur histoire est celle d'une très longue 
et très belle séparation amoureuse ». Mérimée déplorait 
lui-même qu'ils fussent oc comme Castor et Pollux, qui 
ne peuvent apparaître sur le même horizon ! (3) ». 

J'irai plus loin. L'idée que laisse surtout la lecture de 
ces lettres, c'est quelle a été pour lui plus qu'il n'a été 
pour elle. C'est toujours lui qui fait les avances. Elle 
paraît avoir délaissé sa vieillesse. Un an avant de mpu- 

(1) Aug. Filon, Mérimée, p. 60 et note. 

(2) Hevue Latine, 25 juin 1904, pp. 329-367. 

(3) Lettres à une Inconnue, t. II, p. 296. 



268 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

rir. il revient de Cannes à Paris, brisé par la souf- 
france. Sitôt arrivé, billet haletant pour la supplier de 
venir le voir. Et, le surlendemain, il lui écrit : « Je suis 
désolé que vous n'ayez pas attendu deux minutes. Vous 
n'avez pas voulu qu'on me prévînt, vous vous êtes bor- 
née à remettre mon livre, et vous appelez cela une visite 
à un malade !... (1)» Je voudrais bien qu'on nous expli- 
quât pourquoi, après une si longue amitié, témoignée 
par un si long commerce épistolaire, et une amitié où il 
entra souvent de part et d'autre de la tendresse, pour- 
quoi, libres tous deux, il n'a pas pu s'arranger pour 
vivre davantage avec elle ou auprès d'elle, et pourquoi 
elle l'a laissé mourir seul, — ou avec ses vieilles An- 
glaises. 

Il eut d'autres femmes pour amies, et des femmes ex- 
quises. Il vécut entouré de femmes. Il fut en même temps 
ou successivement le familier ou le correspondant de 
Madame de Monlijo, de Madame de Lagrené, de Madame 
deLaRochejacquelcin,de Madame Przezdzieçka (l'Autre 
Inconnue), de Madame de Heaulaincourl, d'autres en- 
core, sans parler de la plus gracieuse des souveraines. Il 
avait toujours aimé les femmes, et elles lui rendaient sa 
sympathie avec cet instinct qui leur fait deviner qui les 
aime. Il cherchait à plaire, et, malgré des traits de carac- 
tère bien ingrats, il y réussissait. Il doit être envié 
d'avoir connu cette chose rare et délicieuse : l'amitié 
féminine. Et ses biographes se demandent encore : fut- 
il heureux? parce que dans cette vie d'enfant gâté, on 
sent je ne sais quoi d'incomplet et de vide, je ne sais 
quelle inquiétude épargnée aux félicités bourgeoises, et 
peut-être aussi la douleur persistante d'une blessure an- 
cienne et jamais guérie, comme si toutes ces amitiés 
brillantes et celle même de Jenny Dacquin n'avaient été 

(1) Ibid.,p. 345. 



SUR MÉRIMÉE 269 

pour lui que la monnaie d'un amour déçu. (Je n'ai pas 
parlé de la liaison et de la rupture avec Madame D. 
parce qu'il n'en a rien été dit de nouveau, et de cela je 
crois qu'il ne sera jamais rien dit, et il n'importe). 

Les conquêtes de son âge miir ne devaient pas le con- 
soler. C'étaient des victoires sans grand prix, qu'on 
devine dans la correspondance avec Panizzi, « misé- 
rables bonnes fortunes d'un homme à cheveux gris », 
s'écrie son biographe (1), qui paraît rigoureux sur la 
limite d'âge de la carrière sentimentale. « Un mystère 
profond, dit encore M. Filon, plane sur son suprême 
roman. Il ne s'agit pas de cette jolie femme [l'Autre In- 
connue] qui se fit un jeu, dans son innocente cruauté, 
de flirter avec un agonisant, mais d'une jeune fille qu'il 
faillit épouser entre cinquante et soixante ans. Je l'ai 
entrevue au déclin de sa jeunesse, mais je ne sais ce 
qu'elle est devenue. Vit-elle encore? Lira-t-elle ceci ? Est- 
elle rentrée, son rêve fini, dans ce chemin des honnêtes 
platitudes où nous nous traînons tous et toutes? Quel- 
quefois je me figure, dans un château de province sur 
lequel pèse un lourd silence, une vieille dame aux traits 
flétris mais toujours intelligents et fins, qui s'approche 
lentement d'un meuble ancien, ouvre un tiroir d'une 
main tremblante, en tire un paquet de lettres attaché 
avec un ruban fané... Elle les relit... Les lirons-nous 
après elle?... Mérimée a connu le supplice exquis d'être 
aimé trop tard (2)... » 

Mélancolique idylle d'arrière-saison, et peut-être der- 
nier sourire pour lui de la faveur féminine. Sa destinée, 
comme celle de tant d'hommes qui ont aimé les femmes, 
devait être de vieillir et de mourir sans femme. 

Lucien Pinvert. 

(1) Aug. Filon, Mérimée et ses amis, p. 259. 

(2) Aug. Filon, Le Centenaire de Mérimée, dans le Gaulois, 19 sep- 
tembre 1903. 



ANTOINE JACQUARD 



i:t les 



GRAVEURS POITEVINS 



AU XVII^ SIECLE 



(hmj. 



Certes on ne se douterait pas, à considérer cette 
bizarre composition, ((u'elle est l'œuvre d'un artiste de 
talent. Mais trahi par le graveur, gêné par le programme 
de l'amateur, est-il étonnant que Nicolas Pinson (1) n'ait 
rien tiré de bon du sujet imposé ? Le Second Eden, c'est le 
paradis que l'homme s'est refait lui-même par son tra- 
vail. En haut de la planche, Jehovah entre le soleil et la 
lune, semble présider à la création. Les oiseaux, les 
poissons, les quadrupèdes naissent à la vie. Plus bas, 

(1) Nicolas Pinson était marié avant le 12 octobre 1600 à Cathe- 
rine Mervache, d'une famille poitevine d'orfèvres et de peintres 
renommés. A cette lignée appartiennent Pierre Mervache, peintre, 
ami de Jehan Houchct (1505, 1537) : André Mervache, surnomme 
TApelle Poitevin (14i)7-1577> ; Jacques Gaultier, peintre à Bor- 
deaux, Jacques de Jax, peintre à Poitiers et Nicolas Pinson, tous 
trois mariés à des filles Mervache. Je tiens plusieurs de ces curieux 
renseignements d'un trop modeste chercheur, qui a fait, il y a plu- 
sieurs années, des recherches dans le minuticr du notaire Bourheau, 
étude de M« Bodin, à Poitiers. 



ANTOINE JACQUARD 271 

Adam et Eve cultivent un parterre de fleurs, se désaltè- 
rent à un ruisseau, font du feu pour se préserver des 
bêtes sauvages. Au premier plan tourné de face, un 
Adam, où je verrais aisément une intention de portrait, 
sarcle un jardin poétiquement planté de tulipes, d'ané- 
mones et de fleurs rares. 

Combien je préfère le grand tableau de la Résurrection, 
dans la cathédrale de Poitiers, que N. Pinson avait peint 
en 1598 pour le chantre Toussaint Johanet ! Le petit 
groupe des enfants de chœur en soutanes rouges et en 
surplis, chantant ensemble en suivant la note sur un 
cahier, vaut à lui seul toutes les inventions saugrenues 
du Second Eden, 

Paul Demoges (1) ne nous a pas laissé d'autre échan- 
tillon de son savoir-faire. Il était mort en 1635 et sa 
veuve devait 89 livres à la succession de Paul Contant (2). 
C'était peut-être des avances consenties au graveur par 
son client. 

Quelque médiocres qu'elles nous paraissent, les 
planches de Demoges sont des chefs-d'œuvre auprès des 
illustrations des Annales d'Aquitaine, publiées par 
Abraham Mounin en 1644 (3). Seules les armoiries du 
titre font preuve de quelque talent. Le portrait de Sainte- 
Radegonde et celui du duc de La Rochefoucauld signé 
Bachellier fecit sont à faire peur. L'auteur pouvait-être 
un ciseleur habile, — la sûreté des tailles semble le 



(1) Les descendants de Demoges continuèrent à exercer le métier 
d'orfèvre-graveur jusqu'à la révolution. En 1778 Pierre- Louis Demoges 
se fait recevoir graveur à la monnaie de Poitiers. (Arch. départ, de la 
Vienne, B.7.) 

(2) Rambaiid. Les sculpteurs poitevins au XVn« siècle. Caen» 1905, 
in-8^ p. 11. 

(3) Les Annales d'Aquitaine, par Jean Bouchet, augmentées de plu- 
sieurs pièces. Poitiers, 1644, in-foL, 1 front., 2 port, et 1 planche. 



272 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

prouver, — mais il n'avail pas de grandes connaissances 
en gravure ni on dessin. 

Je ne crois pas qu'on puisse refuser au Poitou Thon- 
neur de compter Bachellier parmi ses « artistes », car si 
Mounin avait fait exécuter ses planches au dehors, il 
est probable qu'elles eussent été moins médiocres. Dans 
tous les cas, on trouve quelques années plus tard un 
graveur que des documents précis permettent de ratta- 
cher à la patrie de Jacquard, et qui va nous renseigner 
sur le genre de travaux que lui et ses pareils exécutaient 
au milieu du XVII*' siècle. 

Jean Delanoue, qui s'intitule imprimeur et libraire, 
exerçait surtout la gravure, car on ne connaît pas le 
moindre livre portant son nom. Il était pourtant en 1661 
adjoint au syndic dans la communauté des imprimeurs ; 
mais il utilisait de préférence son titre de graveur de 
rUniversité, charge fort productive, si j'en juge par la 
quantité d'armoiries qui décorent les thèses de cette 
époque. Il habita d'abord la paroisse de Saint-Por- 
chaire, puis celle de Notre-Dame la Petite, où de 1649 à 
1661, il fit baptiser plusieurs enfants issus de son 
mariage avec Marie Desforges. Il était mort avant le 
18 janvier 1671(1). 

Je ne connais qu'un cuivre de sa main. Il représente 
les armes de Denis Talon, avocat général, et ligure sur 
le titre du Responsa de Boiceau de la Borderie et de Cons- 
tant de Cheseaux, imprimé, en 1659 (2). Mais un assez 
curieux document nous apprend qu'il gravait aussi sur 
bois. 

Le 31 juillet 16()5, un peintre, Jérôme Quermelin, lui 

(1) La Bouralièrc, op. cit., p. 325. 

(2) Responsa lo. Bossclli Borclerii. . . et lo. Coiistantii. . . ad varias 
quœstiones in (^onsiietidinem Pictonum. Poitiers, 1659, in-foL, 
port, gravé par G. Clocclie. 



ANTOINE JACQUARD 273 

réclame quatre tableaux qu'il retenait indûment pour 
se payer de « la façon de deux planches gravées sur bois 
pour faire escussons et desseings d'armes, Tune 
pour homme, Tautre pour femme trespassés ». Quer- 
melin avait fourni les bois et les dessins. 

A la fin du siècle, les graveurs poitevins ne savent 
même plus tailler ces modestes planches d armoiries. 
L'écusson qui figure sur l'oraison funèbre de l'abbesse 
Montant de Na vailles, en 1696, est tout ce qu'il y a de plus 
informe (1). Un apprenti ferait mieux. Quand par hasard 
un imprimeur ne peut se passer d'une taille douce, il 
s'adresse au dehors et les derniers graveurs de Poitiers 
meurent de faim. En 1706, Dominique Leroy reconnaît 
par acte notarié que sa fille le nourrit depuis longtemps 
et le fait subsister par son travail. Il est toujours alité 
et ne peut plus exercer son art à cause de son grand 
âge (2). 

HENm Clouzot. 



ŒUVRE GRAVÉ 



PIECES DATEES 

1. — Frontispice de : La | Philosophie | des Espritz. — 
Troisiesme \ edUion, \ reuiie corigée | et augmentée. | A Poic- 
TiERS, I par Anthoine Mesnier, \ Imprimeur du Roy, \ et de 

(1) Oraison funèbre de Charlotte-Françoise Radegonde de Montant 
de Navailles, abbesse de Sainte-Croix, par le P. Simon de la Vierge, 
Poitiers. 1()96, in-4«. 

(2) Rambaud. op. cit., p. 12. 



274 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

Vuniversité. In 80, s. d. (1612). Signé : A. Jacquard seculpteur 
auec priuillege du Roy. — H. 0. 150 X L. 0. 093. 

BibL de Poitiers, D, P. 676. 

Le titre imprimé donne le nom de l'auteur, René du Pont, et du traduc- 
teur, F. Math. Le Heurt. Le frontispice représente en haut Dieu le père ; 
à g., Adam et Eve au pied de l'arbre de la science ; à dr., Adam et Ere 
chassés du Paradis terrestre ; en bas, les tourments des réprourés en 
enfer. 

2. — Titre gravé de : Operis | Chronologici | rervm 
PER Vniveu — I sum orbem gestarum sedem, \ hreuem que à 
Christo j ad annum vsque | M.D.C. XIII , | compleciens 
narrationem, \ avctore | Iacobo Gordono | Lesmoreo Socie- 
tatis Iesv I Doctore Theologo. \ Reliqua dat sequens pagina, 
— AvGVSTORiTi PicTONVM, | Ex officlna Antonii \ Mesnerii 
Régis | et Academise \ Typographi, 1613, In foL Signé : A. 
lacquard scalp. Cum priuitegio. — H. 0. 313 X L. G. 202. 

BibL nat., G. 1846. 

Bibl. de Niort. — Bibl. de Bordeaux, 

A gauche la Religion, à droite la Foi. Sur le fronton, et au pied du i>orti- 
que, des anges tiennent des fleurs, des fruits et des attributs allégori- 
ques : livre, plume, flambeau, trompette. 

L'imprimeur a utilisé ce titre pour un autre ouvrage du même auteur : 
Opus chronologie uni annoruni seriem,.. paru en 1617, 2 vol. in-fol. (Bibl. 
de Poitiers A. P. 25). La lettre n'a pas été changée sur le cuivre : on s'est 
contente de coller le nouveau litre imprimé sur celui de 1(513. 

3. — Titre gravé de : Le | Violier des Muses | par | Ga- 
briel Robert | Sieur du Colombier \ Angoumoisin. | A | Poic- 
tiers par Charles Pignon \ et \ Catherin Courtoys, \ 1614, — 
In-12. Non signé. — H. 0.127 X L. 0.72. 

Bibl, de F Arsenal, B. L, 671S. 

La lettre est gravée sur la panse d'un vase d'ornement soutenu par deux 
Muses et garni de fleurs variées. En haut Pégase fait jaillir la source sa- 
crée dont l'eau s'écoule dans le vase. Au bas on lit : Author inuenit avec 
privilège du roi. 

4 à 9. — Différents Portraitz pour les | Serruriers 
NouuELLEMENT | INUENTEZ 1615. Suitc de 6 piéces représen- 



ANTOINE JACQUARD 275 

tant des modèles de serrure, numérotées 1 à 6. Sur la pre- 
mière on lit : ^. Jacquard I. F, — H. 0. 147 x L 0. 80. 

Musée de Berliriy no 7H, 

Bibl. royale de Bruxelles, 

Cal. de la vente Destailleurs ^ 45:/ F/-5. 

10 à 15. — Suite de 6 pièces représentant des motifs de 
couronnements et des têtes de clefs, numérotées 1 à 6. Si- 
gné sur la première : A. Jacquard In. Fecit. — H. 0.117 X L. 

0. 95. 

Musée de Berlin, m 7H. 

Bibl. royale de Bruxelles. 

Quatre couronnements et quatre clefs sur six planches. Le Cabinet des 
Estampes, à Paris, possède une copie médiocre signée : lac. Honeruogt 

cxcudit. (Le 23) 

16 à 21. — Suite de G pièces représentant des serrures, de 
forme rectangulaire, dessinées au trait. 

Nous ne connaissons cette suite que par une seule pièce reproduite par 
Destailleurs dans son Recueil d'estampes relatives à l'ornementatton des 
appartements... Paris, Rapilly, 1863, 2 vol. in-fol.. II. pi. 18. 

22. — Titre gravé de : Discovrs | Theologiqves | Des 
grandeurs et prero- \ gatives de nostre Seig^ \ lesus-Christ. | 
Composez en Espagnol par \ R. P. F. François Tamayo de 
l'ordre des | Minimes. \ Tradvicts en fraçois. Par 
M. F. SizÉ. 1 G. D. G.— A Poictiers, | par Anthoine Mesnier, 
16Pf. 2 vol. in-8o. Signé : A. Jacquard fecit. Avec privilège du 
Roy. — H. 0. 155 X L 0. 95. 

Bibl. Nat., Estampes y AA î 

Bibl. de Poitiers. — Bibl. de Niort. 

En haut la Résurrection ; à dr. et à g. quatre petits médaillons : la Nati- 
vité. l'Adoration des Mages, l'Ascension, la Crucifixion. 

23. — Portrait de Henri-Louis Ghasteigner de la Roche- 
pozay, évêque de Poitiers. In-8o à mi corps, 3/4 à dr., dans 
un méd. ovale. Signé : A. Jacquard/. — H. G. 155 X L. G. 91. 

Bibl. Nat. y Estampes, Le 23. 
— Imprimés L^ K 501. 



276 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

Sur la bordure du médaillon on lit : Hbnry-Lgvts-Chastaigner de la 
RocHE-PozAY, EVESQUE DE PoiCTiERs JEt . 38. 1615. — Sur la tablette, 
quatre vers: 

Piclonici vullus, Heroa que Prœsulis ora 

Et Castaneo slemmate digna vides 
Sed tantum ora vides, famae monumenta perennis 

Scriptis, et factis condidit ipse suis. 

Ce portrait accompagne V Apologie pour messire Henry Lougs Chastaigner de 
la Rocheposag... [par Duverger de Hauranne.] — S. 1., (Niort ?) 1615. 
In-8'. 



24. — Portrait de André de Nesmond, premier président 
au parlement de Bordeaux, \n-io en buste, de 3/4 à g., dans 
un méd. ovale. Signé : A. Jacquard scup. — H. 0. 170xL. 0. 122. 

Bibl. Nat.y Estampes, A A i 

— Imprimés, L. f *^' 100. 
Bibl. de Poitiers. — Coll. A, Labbé. 

Sur la bordure du médaillon, on lit : Andréas Nemondvs senatvs aqui 
TANici PRiNCEPS vixiT ANNos Lxiii oBiiT 4 Ian. m.d.c. XV. Sur la tablette 
deux vers latins, en quatre lignes : 

Hos voluit moriens Nemondvs vivere | 

Ubros. 
Privatus merito careat Ne Mvndvs | 

honore. 

Ce portrait, dont le cuivre original est conservé à Niort, collection 
Charreyron, figure dans Remontrances, ouvertures de palais et arrêts pro- 
noncez... par André de Nesmond... Poitiers, 1617, In-4'. 11 est accompagné 
dans l'ouvrage d'un titre gravé, non signé, qui avait déjà servi po'ur Pétri 
Rat... in Pictonvm leges... glossemata, imprimé parMesnier en 1309. L'attri- 
bution de cette dernière planche à Jacquard est douteuse. 

25. — Titre gravé de : Les \ Œvvres | Pœtiques | dv sieur | 
Dernier \ de la \ Brovsse. | — A Poictiers \ Par Julian | 
Thoreau : Imprimeur \ Du Roy et de | rUniuersité \ 1618. 
In-12, Signé : A. I. fec. Aucc Piivilège du Roy. — H. 0. 118 X 
L. 0. 67. 

Bibl.Nat.^rés. Ye 2108. 

Bibl. de V Arsenal, B. L. 6726. 

A. g. Apollon, à dr., Mercure. En haut, sur le fronton, un berger et une 
bergère rappelant les Bergeries de l'auteur. 

26. — Allégorie sur la canonisation de Saint Ignace de 



AXTOINK JACQUARD 277 

Loyola et de Saint François Xavier. Signé : Jacquard Fecit 
1622. - H. 0. 253 X L. 0. 215. 

Bibl. Nat.y Estampes^ Le 23. 

Cette planche, où Lcblant a vu, peut-être à tort, une allégorie contre les 
Jansénistes, est une allusion à la canonisation de saint Ignace de Loyola 
cl de saint François Xavier, le 12 mars 1G22, solennellement célébrée à 
Poitiers la même année. La ville, ceinte de murailles, qui fait le fond de 
la composition à g., représente la capitale du Poitou, et l'église à deux 
tours à la chapelle des Jésuites. 

L'image du Christ rayonne dans les nues au haut de la planche : au- 
dessous, les deux patrons de la Société de Jésus avec la devise : A primo 
UEMiNATA PARELIA SOLE. Au bas quatorzc docteurs contemplent les deux 
astres nouveaux avec tous les instruments d'optique et d'astronomie 
connus : Observant meteora sopiii. 



27 à 32. — Les \ Cinq Sens | de Natvre i La Veve, Lovye, 
I J^ODORER, Le Tov- I CHER, Lc GovsTER. | A. Jacquard Fecit 
162^. Suite de 6 pièces, y compris le titre, numérotées 
1 à6. - L. 0. 143 X H. 0. 70. 

Bibl. Nal., Estampes, Le 23. 

Au centre de la composition, uu médaillon ovale renferme un sujet mytho- 
logique ; de chaque côté, des amours symbolisent les opérations des 
sens, souvent très gauloisement. 

33. — Titre gravé de : L'Amovr | divin | Du P. Charles | 
Scribani, \ De la compagnie de Jésus \ Traduit de latin \ en 
François et \ augmenté de deux \ Traictés par le P. Jean Olive 
de I la mesnie | compagnie L H. S. — A Poictiers, par la ve- 
fue d'Antoine Mesnier, 1631. In 12. Signé Jacquart F. — H. 0. 
131 X L. 0. 07t^. 

Bibl. de Poitiers^ D. P. 1032. 

Composition très compliquée de petits sujets symboliques, avec légendes. 
En haut un Christ ailé, et deux femmes à genoux au pied de la croix, 
l'une en costume de reine, l'autre en habit religieux. A g., un ange, tenant 
un ostensoir à face humaine, terrasse un monstre ; à dr. , un autre ange 
écrase à ses pieds l'amour humain, etc. 

34. — Armoiries de Henri-Louis Chasteigner de la Roche- 
posay, evêque de Poitiers. Signé : Jacquard F. — H. 0. 124 X 
L. 0. 130. 

BibL de Poitiers, B. P. 75. 

19 



2/8 BULLETIN nu HttlLlOPHILE 

C^ttc planche: liguic sur le lilrc de : Heiirici LoJooki Caslaruii d 
(>o:oB, . . tjrtrcilallonts lu oarios bibliorum libros. . . PoiUers. 1 
L'ouvrage contienl égalemenl un portrait du prflat pur J. Picorl el fiilj 
planclie ries nrmoiries dp la mnlson de Chnsteigner par le mfnie s 



l'IKCES NON DATKlvS 

35 à 47. — Les | divers povrtraicts i et figures l'aitlos ; 
les meurs | Des habitans du Nouveau Monde | Dédit | a Jean 
le Roy escuyer sieur de lii [ I3ois!ii6re gentilhonuue poic 
vin, I Cherisseur des muses. Suite lie 13 pièces numérotée 
1 à 13. Les Ti'* '2 et 9 portent seuls la marque du ma!t« 
A.I.F. L. 0, u:i X H. II. m. 

Bibl. Xal., Estampes, Le 23. 

Cnl. lie la venle Deslailleurs. n- Ml. 



■lanchRii en ft.rme de rrlse> 


1 rrii 


friniaiil ri 


incime qunli 


nrcDdes : s Lps dessins de 






slallleurs. oi 


exécalfs tVapri-s des dncii 


meni 


s origliiHu 


X .lune pnri 



48 à 53. — Suite de 6 pièces reprêsenlant des p»i[inées t 
des gardes d'épées, des pommeaux, des bouterolJcs, décoN 
de rinceaux entremêlés de petites figures, et gravées a 
sur fond noir. Elles sont numérotées 2 à 7, et portent i 
initiales A. J. Fe.,A. J. Fecil, A. J. I. F., A. J. F., A. J. \ 
le n" 4, on Ut : A. Jacquard lu. Fecil. — H. 0. 172 -, L. 0. ! 

Bibl. Xal., Eslampes, Le 2!l. 

Bibl. royale de Bruxelles. 

Cal. de la venle Reynard w 35S. 

Cal. de la vente Deslailteurs, w i31, 17/-5 

54. — Enseigne de l'artiste, représentant l'image d'uj 
rier |GeofTroj- la Grand'dent '?j duns un médaillon ova 
la bordure on lit : Anthoine Iacqvard I fN|vENrRv|R 
poir.TEViN. — H. 0. 172 X L. 0. 128 

Bibl. Kat., Estampes, Le ?3. . 

Bibl. Royale de Bru.rellex. 



ANTOINK JACQUARD 279 

Au bas de la planche deux arquebusiers fourbissent un canon d'arque- 
buse ; l'un d'eux, le visage tourné de face, semble représenter l'artiste 
lui-même. Cette pièce se joint à la suite précédente. 

55 à 60. — Suite de G pièces pour boîtiers et cadrans de 
montre, représentant des sujets mythologiques, tantôt seuls, 
tantôt entourés de bordures d'ornements avec figures sur 
tond noir. Dans le haut et le bas des planches, deux bordures 
à sujets destinées à former les côtés. Numérotées 1 à 6 et 
signées A. J. L F. Sur le n^ 2 on lit : A. lacqvavd In. Fecit, 
— H. 0. 99 X L.O. 75. 

Bibl. Nat., Estampes y Le 23. 

Cat. de la vente Reynard, n» 360. 

Cat. de la vente Destailleurs, w* 1^¥). 

Les sujets mythologiques représentent Enée emportant son père, l'enlève- 
ment de (ianymède. le Ravissement d'Hélène, Acléon, etc. 

60 à 65. — Suite de 6 pièces pour boitiers et cadrans de 
montres, de même genre et de même dimensions que les 
précédentes, dont elles se distinguent par un astérisque au- 
dessus du sujet. Numérotées 1 à 6 et signées A. J. I. F. Sur 
le n«j 1 on lit : A. Jacquard In. Fecit. — H. 0.99 x L. 0.75. 

Bibl. Nat., Estampes, Le 23. 

Cat. de la vente Reynard, n» 360. 

Cat. de la vente Destailleurs, n» iW). 

Musée de Berlin, m 512. 

Les sujets sont Icare, Amphion, le .lugement de Paris, l'Enlèvement d'Eu- 
rope, etc. 

67 à 74. — Suite de 8 pièces pour boitiers de montres, re- 
présentant l'Histoire d'Adonis, dans des bordures entremêlées 
de rinceaux et de figures sur fond noirs. Numérotées 1 à 8. 
Non signées. — H. 0. 69 X L. 0. 56. 

Bibl. Nat., Estampes, Le 23. 

Cat. de la vente Reynard, n» 359. 

Musée de Berlin, m 512. 

75 ù 80. — Suite des 6 pièces pour boitiers de montres, re- 



280 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

présentant des sujets mythologiques dans des bordures entre- 
mêlées de rinceaux et de figures sur fond noir. Chaque 
pièce est encadrée d'un filet rectangulaire avec des insectes 
dans les angles. Sans numéros ni signatures. — H. 0. 54 X L. 
0. 42. 

Bibl. Nat.y Estampes, Le 23, 

Les sujets sont Daphné, Syrinx, Europe, Persée et Andromède, etc. 

81 à 90. — Suite de 10 pièces pour boitiers de montres, re- 
présentant des enfants jouant parmi de jolis rinceaux sur 
fond noir. Chaque pièce est dans un cadre rectangulaire, 
Tentourage est grisé de tailles horizontales. Numérotées 1 à 10 
Non signées. — H. 0. 70 > L. 0. 56. 

Blbl. Nat., Estampes, Le 23, 
Cat, de la vente Reynard, m 362. 
Cat. de la vente Destailleurs, m iH2, 
Musée de Berlin, /t" 5i2. 

\" État. Avant les numéros. 

2" — Celui qui est décrit, épreuves plus grises. 



LETTRES 



DE 



DIVERS ÉCRIVAINS FRANÇAIS 

(suite) 



LETTRE DE BEAUMARCHAIS (1). 



A M. de Vergennes, ministre des affaires étrangères. 

(Paris, 8 mai 1777). 

SuscRiPTiON : M. le comte de Vergennes. 

Paris, ce 8 mai 1777. 
Monsieur le comte, 

Pour raffermir mes souvenirs et vous les exposer claire- 
ment sur TafTaire de Lord Ferrers (2), j'ai relu tout ce qui a 

(1) Turin y Biblioieca Civica, Raccolta Cossilla. Sur 1 affaire à 
laquelle se rapporte cette lettre, cf. Loménie, Beaumarchais et son 
temps, 1, pp. 405-441 (Beaumarchais et le chevalier d'Éon). M. de 
Loménie ne paraît pas avoir connu cette lettre à laquelle il ne fait 
aucune allusion, et elle est vraisemblablement inédite. Hom- 
berget Jousselin, LeClievalier d'Éon^ n'y font aucune allusion. Lin- 
tilhac, Bcaumarcliais et ses œuvres, n'en parle pas davantage, 

(2) Lord Ferrers, amiral, avait déjà été mêlé à l'affaire Beaumar- 
chais-D'Éon, comme détenteur prétendu des papiers relatifs à la 
paix franco-anglaise de 1763, que Beaumarchais voulait racheter pour 
le compte du gouvernement français. 



282 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

été dit, écrit et fait par eux et par moi dans le tems (1) à 
Londres. J'en ai extrait la déclaration cy-jointe (2) sur la- 
quelle vous pouvés compter comme sur mon honneur. 

Si vous voulés en garder Toriginal et leur en envoyer une 
copie, cela servira de réponse à la demande et produira le 
bien de ne pas engager entre eux et vous une question qui 
deviendrait interminable et qu'on ne cherche à vous rendre 
personnelle qu'afm de pouvoir prostituer votre nom dans 
leurs écrits, et parvenir ù vous nuire, ce qui est le fin mot 
de toutes ces marauderies. 

Quand il n'y aura que moi d'engagé ou d'insulté, s'ils vont 
trop loin dans leurs injures je saurai bien avec la permission 
du Roi et la votre leur faire rentrer les paroles dans la 
poitrine. Il ne s'agiroil donc que d'écrire au Lord qye sa 
lettre m'a été communiquée, et que j'y ai fait cette réponse, à 
laquelle vous vous tenés jusqu'après mon premier voyage en 
Angleterre. Kt vous voilà dehors. 

Si vous préférés, Monsieur le comte, de répondre positive- 
ment, vous pouvés en faisant l'extrait de mon extrait, lui 
mander que j'ai eu l'honneur de vous remettre dans le tems 
la déclaration de la main de Déon (3) d'une dette de 5»000 
livres sterling à lui Lord P'errers ; que j'avois reçu dans le 
mesme tems les reproches que je méritois pour avoir outre- 
passé mes pouvoirs en payant de mon chef ces 5000 
livres sterling (4), parce qu'il vous est bien prouvé par 
l'examen des états de répétition de la Demoiselle (5), 
envoyés tant à M. de (^hoiseui qu'à vous mesme qu'en 
la traitant le plus favorablement du monde, il s'en fallait 
de beaucoup qu'il lui lût dû cette somme; qu'à l'égard 
de l'augmentation de cette dette, portée depuis la déclara- 
tion à 5333 livres sterling, il peut s'en prévaloir sur sa débi- 
trice ; que quant à l'escompte à 5 •»/'• supportée par lui sur 

(1) Depuis l'année 1775. 

(2) Cette déclaration n'est pas restée jointe à Tautographe dans la 
collection Cossilla. 

(3) Beaumarchais, qui parle ici de lui au masculin, avait été d'abord 
complètement mystilié par d'Éon. 

(4) Kn nantissement de laquelle d'Kon lui avait remis le précieux 
coffre de j)apiers. 

(5) Ofliciellement d*lM)n restait femme. \'oir dans Loménie, loc- 
laiid., 1. p. 414, un spécimen de ces états de répétition 



LETTRES DE DIVERS ÉCRIVAINS FRANÇAIS 283 

des eflets à un cl deux ans, vous voyés par la remise qu'il 
nî*a faite des 5000 livres sterling de billets d*Eon, quittances 
[)ar lui, qu'il a été content alors des valeurs que je lui ai don- 
nées en échange, et que vous avés à Tappuy mes lettres et 
mes comptes-rendus qui atestent ce fait. 

La première façon de répondre me paraît plus tranchante 
et abnégalive. Vous pourries y ajouter qu'il doit conseiller à 
son débiteur d'être plus sage (1), parce que s'il imprime la 
moindre chose contre ses promesses on est prêt à mettre 
sous presse tous ses cspionages et délations anglaises, ce qui 
lui ferait mal passer son tems h Londres. 

La lettre du Lord est faite par d'Éon : mais que m'importe 
à moi d'être odieux aux ministres anglais? Ces messieurs ne 
font pas à beaucoup de gens l'honneur de les haïr. Leur mé- 
thode est de mépriser les Français, mais si cette préférence, 
si cette marque d'estime particulière qu'il me donnent a l'ef- 
fet d'augmenter celle du ministère de France et si vous me 
continués votre bienveillance, je n'aurai que des remercie- 
mens à leur faire. 

Cependant, si je suis odieux aux ministres anglais, en 
revanche ils me le sont bien davantage eux mesmes devenir 
bloquer nos ports et se planter si près de nos côtes que cette 
insolence indigne tout le monde. En vérité! les rires qu'on 
fait à Londres de notre molesse ù ce sujet sont les nouvelles 
les plus affligeantes qu'un français puisse recevoir de ce 
[)ays. Ils viennent tout fraîchement de prendre un navire 
américain si près de nos côtes que le vaisseau anglais a man- 
qué de se briser sur les roches de la France. Et nous souf- 
frons cela! Ah! Dieux! monsieur le comte, ah! Dieux! où en 
sommes-nous ? 

P. S. Cy joint les deux lettres de samedi passé. 

La nouvelle de l'arrivée de mes deux vaisseaux à Charles- 
town vient d'être contredite par la certitude que la Seine a 
relâché à la Martinique (2). 

(Ij D'Éoii écrivait à M. de Vcrgennes les factiims les plus violents 
et les plus grossiers. Il comparait Beaumarchais à Olivier le Daim, 
« barbier, non de Séville, mais de Louis XI «(Loménie, ibid., p. 434). 

(2) Sur la marine de Beaumarchais, ou plutôt, pour lui laisser sous 
son nom officiel, de « la maison Hortalez et G»« », cf. Loménie, loc. 
laudj II, 83 sqq. 



; 



284 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

LETTRES DE MADAME DU BOCCAGE (1) 



I 

Au Comte Algarotti (2) 

(2 janvier 1750) 

Mando a V. S. M»'*' i primi frutti délia mia scieDza nella 
lingua italiana ; non domandera ella che abbiano nella pri- 
maveralamaturità autonnale(.s/c),ma mi metteranno in istato 
di sperar il dono delle sue dottissime opère (3), corne ella mi 
fa l'honore di chiederini le mie : non le credevo tanlo felice 
d'essere capilatc nelle mani del prcncipe di Prussia(4). Essa 
ne fara Tuso che credcra piîi vantagioso alla mia fama, gliene 
mandero un' escmplare col mezzo del mylord Tirconel, che 
va per ambasciator di Francia a Berlin. Bramerei esser 
comensale di queslo signorc ])er vcder d'appresso un R« 
guerricro, legishilor, pocla e lilosofo, cioè piii grandi uoniini 
in un solo. Non sono lanlo felice perche questo viaggio sîa 
nella mia speranza, ma mi sara lecito d'andar nel mese d'aprile 
in Inghilterra ed in llollanda per poter dir d'aver veduti allri 
che Francesi, e ripalriandomi diro senza dubio : « gli uomini 
simili sono in ogni luogo, non hanno altra differenza che la 
maschera, ma un piccol numéro, quaî ella è, prova che ve ne 
sono dei superiori in mcrito ed in genlilczza. » Il che spero 
cavare dai vostri gratissimi et dotlissimi auttori che sto 

11) Turin, Bibliotcca Civiva, raccolta Cossilla. Os trois lettres sont 
entrées dans la collection, à en croire une indication placée en tète 
de la première par un don : *• Dono di M. lioccaj^e '. Les deux pre- 
mières, quoique dépourvues de suscription, sont adressées au comte 
Algarotti, comme lexplique une longue notice biographique sur Tau- 
teur. jointe à ces lettres. La première, en italien, est une épitre d'ap- 
parat plutôt qu une lettre ordinaire. Elle contient pourtant quelques 
intéressants détails biographic|ues. M"" du Boccage, célèbre poé- 
tesse normande née à Houen le 22 octobre 1710. est morte en 1802. 

(2) Le vénitien Algarotti, littérateur et savant (17r2-17()4), vulgari- 
sateur de la i)liiloso])liie de Newton, ami de Voltaire et favori de 
Frédéric II, qui lui lit élever un tombeau au ('ani])o santo de Pisc. 

(3) Sa principale ceuvre était à ce moment le ^'o/7(/ rés de Cyihùrc^ déjà 
traduit deux fois en français. M™« Du Hoccage avait déjà publié des 
imitations du Paradis perdu et de la Mort d'Atyet. et en 1749 une 
Cotomlnade. 

(4) Frédéric 11. 



LETTRES DE DIVERS ÉCRIVAINS FRANÇAIS 285 

leggendocongranpiacere, e far transcorere qualche scintilla 
ciel loro foco ne' miei versi: avrei dovuto prima d*hora arri- 
chirli d'un tal pregio. La negligenza m'a fatto differire d'im- 
parar una lingua che non ho avuto gran pena a capire, sapendo 
1 latino, ma che credo dificile a bene scrivere; onde le chiedo 
grazia per i miei gallicismi, e la merito per la perfetta consi- 
deratione colla quale mi dichiaro. 
Di V. S. illma. 

Uni™" ed ob»«''i serva Duboccage. 

Parigi, 2 1750. (1) 

Non trattengo V. S. 111™» di nove literarie di quà, perche so 
che segli mandano lutte le novità; ma gli desidero ogni sorte 
di prospérité in questo novo anno e nella série di molti altri 

à Paris ce 20«^ avril (2) 

Je n'ai pu persuader aux pères jésuites, Monsieur, qu'ils 
ne dévoient point me refuser d'insérer dans leur journal la 
lettre que vous m'avez envolée : le mot de Cythère les a effa- 
rouchez. Il ne leur convient point, à ce qu'ils prétendent. J'ai 
eu recours au Mercure, qu'il (sic) l'imprime actuellement. La 
pièce aura plus de publicité en France. Je ne sçai si elle en 
aura autant dans les pais étrangers. Je voudrois qu'il m'ut 
été possible de remplir plus exactement ce que vous me 
faisiez l'honneur de me demender. 

Ne peut-on plus espérer de vous voir dans ce païs-cy, 
monsieur, et Berlin a-t-il entièrement efacé Paris dans votre 
esprit? Je sens bien qu'il est dificile de s'éloigner d'un roy 
aussi aimable homme de lettre que grand homme d'état, 
mais du moins ici si vous étiez privé du plaisir de l'entendre 
pour quelque tems, vous entendriez souvent vanter sa prose, 
ses vers et son gouvernement. Je ne suis point étonnée qu'il 
eût désiré de vous attacher à sa personne. Ne le soiez point 
non plus que les gens qui ont eu votre compagnie pendant 

(1) Lire 2« jour de l'an 1750 ; 2 janvier. 

(2) Il est impossible de préciser la date de cette lettre. Le mot 
de Cylhèrc peut faire penser qu'elle est relative au Congrès de 
Cythère. et à quelque demande de compte-rendu ou d'annonce 
bibliographique dans les Mémoires de Trévoux. 



286 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

votre séjour en France souhaite (1) vous y revoir. J'ai 
l'honneur d*estre monsieur, 

Votre très humble et très obéissante servante. 

DUBOCCAGE 

11 

A un correspondant anonyme (2) 

Vous, Monsieur l'abbè, protecteur distingué des belles 
lettres et des beaux arts, daignerez-vous Têtre de M. de 
Mongolfier, l'inventeur des balons qui a un procès dans 
votre superbe ville où tous les talents sont accueillis? Il a 
le premier guidé les humains dans le chemin des airs; aurez- 
vous la bonté de le guider dans les sentiers de la justice (3) 
qu'il va réclamer. La bienveillance que vous avez bien voulu 
me marquer me donne la confiance de vous recommander 
cet homme célèbre et l'occasion de vous renouveller que j'ai 
l'honneur d'être à jamais avec la considération la plus distin- 
guée pour votre personne et vos talents, 

Monsieurl'abbé, 

Votre très humble et très obéissante servante 

Le Page Duboccage. 
Paris ce 10 juillet 1787. 



LETTRE DE MARMONTEL (4). 



A l'abbé Maury. 

(Paris, 7 octobre 1783). 
SuscRiPTioN : A Monsieur / Monsieur Vabbé Maury^ prédicateur du 
RoiJ à la Magdelaine par VernonJ Normandie. 

(1) Elle avait écrit d'abord « désire de vous y revoir •>. 

(2) Il est impossible de déterminer le nom de cet abbé '* protecteur 
des lettres et des arts ". On ne peut pas même assurer qu'il est 
piémontais et que la *' superbe ville " dont il s'agit soit Turin, 
bien que ce qualificatif soit une cpithcte classique pour la caracté- 
riser, dés le XVI II" siècle. 

CA) Les sentiers de la justice paraissent mener tout droit au « ina- 
(juis de la procédure ». 

(4) Paris, Bibl. Nat. F. France. Nouv. Acq., 3533, fol. 293. Original 
autographe. Sur les relations de Marmontel et de Maury, cf les Afc- 
inoires de Marmontel (éd. Barrière-Didot, p. 418 et passim ; son por- 
trait, pp. 423-424). 



LETTRES DE DIVERS ÉCRIVAINS FRANÇAIS 287 

Nous partons, mon cher ami, ma femme (4) et moi, pour Fon- 
tainebleau dimanche matin à huit heures. Elle est occupée à 
faire ses emplettes et ses paquets. C'est vous dire que vous 
ne recevrez pas sitôt réponse à votre aimable lettre. On joue 
Didon (1) le 16 à Fontainebleau, et vraisemblablement la lettre 
de ma femme ser^ à la poste !e 17 pour vous en donner des 
nouvelles. L'intérêt que vous voulez bien prendre à ma santé 
et au succès de mes ouvrages, cet intérêt touchant dont votre 
lettre est remplie, ne m'a point surpris. J'y ay des droits et je 
n'en suis pas moins reconnaissant. Voila ma seconde conva- 
lescence mieuxaffermie que la première (2). Mais je suis foible 
encore, et, quand je voudrois m'appliqucr au travail, ma tète 
ne le soutiendroit pas. Je suis même bien résolu à ne plus 
m'y livrer comme j'ay fait longtems, et mon projet de tempé- 
rance s'étendra, je l'espère, jusqu'à l'usage de la pensée. Tout 
ce que je voudrais, avant que mon imagination s'éteigneetque 
ma {^93 v.] sensibilité perde son énergie, ce seroit de mettre 
toutes mes pièces de théâtre au ton de Cléopatre et de Niimi' 
tord de faire à neuf celle dont le sujet me tourmente depuis 
longtems (3). Mais avant d'}' penser, il faut donner à la nature le 
tems de remonter la montre poétique et d'en raffermir le 
ressort. 

Four vous, mon cher ami, qui jouissez d'une santé ferme 
et en qui l'arc de l'éloquence est vigoureusement bandé, 
profitez de votre jeunesse et de toutes vos forces, pour déco- 
cher contre les vices qui dégradent l'homme et contre les 
passions qui le dénaturent des traits perçants et déchirants. 
Votre carquois en est plein. Votre gloire vous* vengera et for- 
cera L. .. d' A. .. (s/c) à être j uste ou couvert de honte. En attendant 
vous serez vexé par vos moines, mais honoré de la nation 

(1) Nièce de Morellet, que Marmontel avait épousé étant âgé de 
de cinquante quatre ans. 

(2) Opéra de Marmontel, musique de Picciui, composé par ordre 
du maréchal de Duras pour être joué devant Marie-Antoinette. Le 
rôle de Didon fut chanté par M""' Saint-Huberty. Cf. Mémoires de 
Marmontel, Ibid. 

(3) Marmontel fut deux fois, à peu d'intervalle, atteint de fièvres 
malignes dont le guérit le célèbre médecin Bouvart. «Quand vint le 
moment de me rendre à Fontainebleau, je n'étais pas encore bien 
rétabli, et ma femme inquiète sur ma convalescence, voulut m'ac- 
compaj^ner. »» (Ibid. p. 416). 

(4) Probablement Pénélope, qui lui fut inspirée, dit-il, «parle spec- 
tacle de lamour maternel et de la tendresse conjugale ». 



288 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

entière. Il vaut mieux, croyez -moi, mon cher ami, aller à pié 
à côté de Bossuct qu'en carossc à côté de M. de M.f. (sic). 
Adieu, mon cher ami, Tabbé Morellet arrive du 9 au 11 de ce 
mois. Dalcmbcrt est en mauvais état. (1) Tout notre petit ménage 
se porte bien, et comme moi il vous embrasse bien tendre- 
ment. 

Marmontel. 

Ce 8 octol)re 178;{. 



LETTRE DE BERNARDIN DE SAINT-PIERRE 



A son ami Diiigc 

(21 sepltmbre 1794) 

SuscRiPTiox : An citoyen Dingé chez le citoyen Pichard^ libraire 
qiiay de Voltaire^ à Paris. Timbre de la poste : 72. Essonnes (2). 

Je suis inquiet, mon ami de votre silence. Il y a à peu près 
un mois que le citoyen Didot remit pour vous chez le citoyen 
Pichard un paquet ([ue je vous adrcssois, renfermant quel- 
ques commissions, entre autres pour un commis de la 
liquidation. Serics-vous malade ? Ce serait un sujet d'inquié- 
tude de plus de pour moi. J'avois espéré que nous nous ver- 
rions aux Sans Culotidcs, mais on ne fête que la dernière. 
D'ailleurs je ne peux vous offrir encore un lit (3). Il n'y a 
d'habitation chez moi que la chambre que j'occupe ; ma 
femme (4) couche encore à la papeterie (5), et j'ai encore 
beaucoup de pièces qui n'ont ni portes ni fenêtres. L'hiver 
s'approche et je n'ai d'autres menuisier qu'un ouvrier en 
réquisition qui ne travaille chez moi que la nuit et les jours de 
décade. Au milieu de tous ces embarras, plus grands que je 

(1) Dalcmberl mouriil cette même année. Murmontel, malade de 
SOS fièvres au moment de la mort de Dalembert, hii succéda comme 
secrétaire perpétuel à rAeadéniie française. 

(2) Turin, Bibltoteca Civica^ RaccoHn Co^silla. Au dessous de l'a- 
dresse se lisent les indications suivantes, d'une écriture inconnue : 
« Historiens. Arulenus Husticus, Herennius Seneca. 

(.'J) Dans la maison que lîernardin-de-Saint-Pierre s'était fait cons> 
truirc à Essonnes et « qui pouvait, disait-il, suffire au bonheur d'une 
famille ». (('f Souriau, liernnniin-de-Saint-Pivrre, p. 280) 

(4) Félicité Didot, (fu'il avait épousée le 27 octobre 1793 

(5) A la papeterie de Didot, a Essonnes, où M. Didot avait en- 
voyé sa femme et sa fille dès le 18 août 1792. les jugeant plus en 
sûreté là qu'à Paris (Souriau, ibid., p. 278) 



LETTRES DE DIVERS ÉCRIVAINS FRANÇAIS 289 

ne peux vous le dire, je m'occupe de débrouiller les maté- 
riaux considérables de l'ouvrage que j'ai projette sur l'édu- 
cation nationale ; (1) et l'espoir d'en venir à bout avec le 
temps me console de toutes mes sollicitudes. J'y dois joindre 
sans doute l'amitié de ma femme et celle de mes amis, dont 
vous êtes un des plus anciens. Ne négligez donc pas de me 
donner de vos nouvelles. Salut et fraternité 

De Saint-Pierre 

A Essonnes, le V vendémiaire, l'an II (2) de la Rép. une et 
indivisible. Bien des amitiés aux citoyens François, 
Toscan et à la famille Thouin. 



LETTRE DE DUCIS{S^ 



Au citoyen Mury 

(1801) 

SuscRiPTioN : Au citoyen Mury, rue du Croissant y hôtel du Crois- 
sant, près la rue Montmartre, à Paris. 

A Paris, le 25 Floréal, an 8 delà République, 

C'est, mon cher compatriote et très bon ami, pour le 27 de 
cette décade, c'est-à-dire après demain, que je ferai une 
lecture de ma Sibérie (4) chez le citoj^en Dugazon (5), à onze 

(1) Dés 1790, un professeur de rhétorique àAuch, l'abbé Frenqualye 
l'exhortait à donner au pays un plan d'éducation nationale. "Vous 
avez donné là-dessus, disait-il, des idées générales "d ans 1 es £/Hcfcs; cf. 
(Souriau, ibid. p. 312). Bernardin n'écrivit pas cet ouvrage, mais il en 
professa une partie dans son cours de morale à l'Ecole Normale, et les 
idées s'en retrouvent dans les Harmonies de la Nature. 

(2) Bernardin-de-Saint-Pierre a bien écrit an II, mais il y a là un 
lapsus évident, ou un mauvais emploi du calendrier républicain. En 
vendémiaire an 11 il n'était pas encore marié : il faut lire sans aucun 
doute : an III. 

(3) Turin, Biblioteca Civica, raccolta Cossilla, — Ducis, né à Ver- 
sailles d un père savoyard, le 22 août 1733, mort à Versailles le 
31 mars 1816. Il succéda à Voltaire à l'Académie française en 1778. 

(4) « Phédor et Waldamir ou la famille de Sibérie », où Ducis 
essaya de donner un pendant à Abufar ou la famille Arabe^ n'eut 
aucun succès au théâtre, et fut le dernier ouvrage dramatique du 
vieux p'jète. 

(5) Le Marseillais Dugazon (1743-1809), sociétaire de la Comédie 
française, que ses idées philosophiques et républicaines rappro- 
chaient de Ducis. 



290 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

heures du malin. Il demeure quai Voltaire, à riiôtel de 
bouillon; le portier vous indiquera son logement. Ma femme 
doit y être avec son fils et sa bru. Adrien, de Fopéra, sera 
aussi un de mes auditeurs. Je souhaite, mon cher ami, que 
vous soyés content, muis je suis bien sûr que vous me dires 
sincèrement l'impression que vous aura faite mon ouvrage. 
Je connais votre cœur bon et droit, et c'est de tout le mien 
que je vous embrasse. 

Ducis, de rinstitut. 

(à suivre.) L. G. Pelissier. 



i 



LE DOCTEUR 

RICHARD GARNETT 



Il y a près de trente ans — c'était le vendredi 18 août 1876 
— qu'armé d'une lettre de mon vieil ami, Ferdinand 
Denis, administrateur de la Bibliothèque Sainte-Gene- 
viève, pour Richard Henry Major, historien du Prince 
Henri le Navigateur, alors conservateur du Département 
géographique, je pénétrai dans ceBritish Muséum où je 
devais passer de si nombreuses et si heureuses heures de 
ma vie. Major me fit inscrire comme lecteur, me conduisit 
dans l'immense rotonde construite par Panizzi, qui sert 
de salle de lecture, et me confia aux bons soins d'un 
homme à l'aspect bienveillant debout au milieu : c'était 
le Docteur Richard Garnett, depuis un an surintendant 
de la salle de lecture du British Muséum. 

Depuis cette époque jusqu'à sa mort cette année, mes 
relations n'ont jamais cessé avec Garnett qui joignait a 
la science du bibliothécaire, à la courtoisie du vrai 
savant, une connaissance approfondie de la littérature 
de son pays et de celle de l'Italie. Il n'est pas un étranger 
ayant connu Garnett qui n'ait partagé les sentiments 
d'affectueuse estime que j'avais pour ce modeste et rare 
esprit. 

On peut dire qu'au British Muséum, Garnett était 
véritablement l'enfant de la maison dont il a été si long- 
temps le fidèle serviteur en même temps qu'un des plus 
brillants ornements. 

Richard Garnett, comme Samuel Johnson, naquit 
le 27 février 1835 à Lichfield où son père était vicaire de 



292 BULLKTIN DU BIBLIOPHILK 

la cathédrale ; mais à la mort de Cary, le traducteur de 
Dante, qui était conservateur-adjoint au Département 
des Imprimés du British Muséum, Garnett le Père le 
remplaça dans ce poste, et en 1851, le fils entra à son 
tour dans la grande bibliothèque de Great Russell Street 
en qualité d'assistant. Nomme Surintendant de la Salle de 
Lecture en 1875, le Docteur Garnett fut promu en 1890, 
au poste de Conservateur des Imprimés qu'il garda jus- 
qu'en 1899, époque à laquelle un règlement inexorable le 
fit mettre prématurément à la retraite, malgré sa grande 
activité. 

Pendant cette période, Garnett qui a aidé plus d'un 
travailleur de ses précieux conseils, a poussé avec 
vigueur l'impression du Catalogue des Imprimés de son 
Département, mais les devoirs multiples de sa charge ne 
lui faisaient pas négliger la littérature. Dès 1858, il 
donnait un volume de poésies ; Primula^ a Book of 
Lyrics ; poète lui-même, il consacrait à Milton, à 
Dryden et surtout à Shelley des ouvrages remarqués ; 
depuis sa retraite, il a écrit une histoire de la Littérature 
anglaise, et une série de travaux qu'il serait trop long 
d'énumérer ici. 

Richard Garnetl a succombé à une hémorragie interne 
dans la calme retraite, 27 TanzaRoad, qu'il avait choisie, 
à ParliamentHill,sur les hauteurs aérées deHampstead, 
au nord de Londres. 

■( Yet leaving hère a naine, Itruts, 
« Which will net perish in the dusl. » 

Hknri Cordieu 



L'ART ET LES RHÉTORICIENS FLAMANDS 



Nous avons, dans des éludes antérieures, essayé de 
démontrer qu'au moyen-âge, Tart flamand dans toutes 
ses manifestations, marcha toujours de front avec les 
représentations religieuses et les mystères (1). Nous en 
avons trouvé des preuves nombreuses, non seulement 
dans les miniatures primitives de nos manuscrits, mais 
même dans les chefs d'oeuvre des écoles de Van Eyck et 
de Van der Weyden. 

M. G. Cohen dans un bel ouvrage fort bien docu- 
menté, qui vient de paraître (2), première étude complète 
et scientifique sur la mise en scène dans le théâtre 
religieux au moyen-àge, vient de nous offrir des preuves 
nouvelles et bien choisies de ces influences qui ne 
peuvent plus être niées. Notamment celle tout à fais irré- 
futable, tirée du frontispice du Sacrum Horae, repro- 
duite pci^c 116, (pi vi) oii nous voyons une Adoration 
(lt*s Bergers dont les personnages champêtres sont accom- 
pagnés chacun de leur nom profane qui correspont à 
celui indiqué dans une Nativité manuscrite du temps 
conservée à Chantilly. Comme le constate l'auteur, la 
plupart des grands artistes médiévaux étaient de pauvres 
lettrés. Malgré leur talent, disons leur génie ; leur 
bagage historique et scientifique était mince et ils 

iX) Le Genre satirique dans ta peinture flamande. (Mém. Cour, ou 
autres mém.). Académie royale de Belgique. Chap. III, les Mystères, 
les dèmonsy etc., 1902. (Publié en 1903, épuisé;. Une nouvelle édition 
est sous presse chez M. G. van Œst, Bruxelles (revue, corrigée et 
augmentée). 

(2) Gustave CoHHN, Histoire de la mise en scène dans le Théâtre 
religieux français au moyen âge, chap. III, Art et mystère, p.p. 104- 
141. Champion, Paris, 1906. 

20 



294 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

auraient été incapables, d'exécuter leurs œuvres d'art 
sans l'assistance des clercs qui, tout en «r buvant avec eux, 
le vin» (1) leur fournissaient le livret oral ou écrit, qu'ils 
se contentaient de suivre scrupuleusement. 

Or ces clercs, ces chapelains, ces docteurs qui dictaient 
leur besogne étaient aussi les auteurs et les organisateurs 
des mystères, qu'ils montaient avec l'aide de ces artistes, 
soit à réglise, soit sur la grand' place. On imagine 
facilement dit M. Cohen un dialogue semblable s'échan- 
geant entre le chanoine et le peintre ou l'imagier : 
« Vous souvenez-vous, dit le premier, d'avoir vu à Noël 
dernier, à la |)rocession des prophètes du Christ, Moïse 
les tables à la main, des cornes au front et la barbe 
longue ; vous rappelez-vous Aaron qui portait une 
mitre et Habacuc et Balaam, et Daniel qui était tout 
jeune ; puis la sibylle en vêtements de femme et couron- 
née de lieri^e ? » Et l'artiste de répondre : c<c Oui, maitre. 
je me souviens et je ferai selon votre volonté pour que 
tous aient bien mine de venir témoigner de la naissance 
de Notre-Seigneur, qui nous prenne avec lui en sa gloire. 
Kt pour montrer comment notre divin Sauveur est venu 
délivrer les Pères des mains de l'horrible Sathan, je 
tracerai une large gueule vomissant des flammes, 
comme celle que j'ai dii faire pour le grand et beau 
mystère que vous aviez composé pour être joué sur la 
Grand' Place, et où il y avait tant de monde, venu de 
partout ». Est-ce faire injure aux grands artistes médié- 
vaux (\UQ de révéler ainsi leur peu d'initiative ? Non 
pas, dirons-nous avec l'auteur; d'autant plus que l'on 
trouvera une ample compensation dans l'action inverse 
que l'on peut aussi constater. Car certainement l'art 

(1) Voir (iiiiGNART, Mémoires fournis uiix /wintrcs pour une tapis- 
serie de Sninl-Ursin de Troyes. CAiô par Makk, h* licnonncllemenl de 
V Art par les mystères (G* des Heaux-Arts, 1U04;, p. 437. 



l'art et les rhétoriciens flamands 295 

exerça à son lour une influence incontestable sur le 
drame religieux. On sait qu'à Paris, un mystère mimé 
s'attacha à reproduire les sculptures du chœur de Notre- 
Dame (1), que cette représentation eut lieu en 1420, rue 
de la Calende, sur un échafaud de 100 pas de long a Ung 
moult piteux mistère de la Passion de Nostre-Seigneur 
au vif selon que elle est figurée autour du cueur de 
Noslre-Dame d comme le dit un écrit du temps. M. Cohen, 
chose plus curieuse, nous rappelle en outre, d'après 
M. Huet que « les rhétoriciens de Gand essaièrent 
d'imiter la célèbre Adoration de V agneau de Van 
Eyck » au quinzième siècle (2). 

Ce passage trop succint nous a donné le désir d'en 
savoir plus long et peut-être nos lecteurs nous sauront-ils 
gré de leur donner ici quelques détails au sujet de cette 
représentation religieuse extraordinaire. 

C'est un dimanche, le XXIII*^ jour d'avril de Fan 1458, 
à l'occasion de la Joyeuse Entrée à Gand de Philippe-le- 
Bon, après l'heureuse issue de la bataille de Gavere que 
ce mystère fut joué. Une vieille chronique flamande, qui 
s'arrête à l'année 1467, le décrit minutieusement (3). 

Il était intitulé : Chorum heatorum in sacrificium agni 
pascalis. Les rhétoriciens gantois avaient établi pour le 
représenter dignement, un échafaud à trois étages, qui 
avait cinquante pieds de long et vingt huit pieds de large. 
Toutes les boiseries étaient couvertes de drap bleu et les 
divers compartiments, correspondant aux panneaux du 
célèbre retable des frères van Eyck, pouvaient se fermer 
à l'aide de courtines blanches. 



(1) G. Cohen, Op. cit. p. 133. 

(2) G. CoHKN, Op. cit. p. 133. 

(3) De Kronycke van Vlaenderen van 580 tôt 1^67. Cette chronique 
anonyme n'a pas encore été traduite. Nous en résumons ici, pour 
la première fois croyous-nous, quelques passages. 



296 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

Comme sur notre chef-d'œuvre de la peinture flamande, 
on y voyait à l'étage supérieur, un trône doré et super- 
bement orné, sur lequel était assis un personnage 
richement vêtu représentant Dieu le Père, Il portait la 
couronne impériale et tenait un sceptre étincelant ; ses 
pieds foulaient une autre couronne. A sa droite se trou- 
vait la Vierge Marie en robe bleue finement brodée et un 
peu plus bas, un chœur d'anges jouant de l'orgue ainsi 
que de divers autres instruments de musique. A sa 
gauche, Saint-Jean-Baptiste et à côté, un second chœur 
d anges, ceux-ci chantant. Et même, ajoute la chronique 
lorsque le rideau les cachait, on entendait encore leur 
musique et leurs chants mélodieux. Les rhétoriciens, 
selon l'usage avaient ajouté à chaque personnage ou 
groupe, de copieuses inscriptions et devises latines que 
nous supprimons pour ne pas allonger démesurément 
ce résumé. 

A l'étage un peu plus bas, au centre d'une vaste 
composition, se voyait un bel autel soigneusement dressé 
et paré sur lequel on lisait en lellres d'or Ecce agnus dei^ 
etc. De la poitrine de l'agneau jaillissait du sang, qui 
remplissait un calice. Il était éclairé par un des rayons 
émanant de la figure de Dieu le Père et dans cette gloire 
volait un « beau » pigeon blanc le Saint-Esprit tenant 
une banderole également avec devise. Tout autour, sur 
le même étage, et aussi disposés plus bas, étaient groupés 
en magnifique costume, «Item VI confesseurs habillés 
comme évoques... Item VI patriarches et prophètes à 
longues barbes... Item VI chevaliers chrélieiis, portant 
leurs étendards et couverts d'armures magnifiques. 
C'étaient saint Georges, saint Victor, saint Maurice, 
saint Sébastien et saint Qniérin. » Puis venaient les 
Juges intègres ; les confesseurs; de belles jeunes filles 
aux cheveux dénoués; les apôtres; les (mmhîIcs ayant par 
mieux Marie-Madeleine et Marie l'Egyptienne, etc., etc. 



l'art et les rhétoriciens flamands 297 

Devant ce théâtre qui était placé au a Poul » place du 
Marais, se trouvait une belle fontaine de Vie en marbre 
vert qui avait 25 pieds de haut et donnait du vin sans 
s'arrêter... 

Ce mystère ne fut pas exécuté seul ; à tous les coins 
des rues ; aux portes, aux places, aux ponts, se jouaient 
ou se mimaient d'autres sujets et jusqu'aux armoiries 
du Duc et ainsi que celles de sa suite. Sur un échafaud 
somptueusement orné de tapisseries a intérieurement et 
extérieurement » dit le chroniqueur, fut représentée (au 
a Torre poorte » ou porte des tours), l histoire de David 
et dWbigdil. Les nombreux personnages qui y figu- 
raient portaient également des costumes et des armures 
de la plus grande richesse. Les armes « à la mode juive 
étaient singulières et étranges cifaltes d'après peintures ». 
Le coup d'oeil devait être superbe lorsque la femme de 
Nabal en robe d'apparat et accompagnées de ses sui- 
vantes s'agenouillait devant David, somptueusement vêtu 
et portant en tête c( une sallade » ornée d'une couronne 
d'or enrichie de pierreries. 

Rappelons ici, que ce même sujet fut peint par Hugo 
van der Goes, dans une maison de Meulestede près de 
Gand, pour le père d'une jeune fille qu'il aimait. Van 
Mander, dans son livre des peintres considérait cette 
peinture, qui a nialheureusenicnt disparu, comme son 
chef-d'œuvre. Notre grand peintre gantois étant né 
en 1435, avait donc 23 ans lors de la représentation de 
cette " histoire " et si on ne peut affirmer avec certi- 
tude qu'il avait fait alors déjà son tableau, il y a tout 
lieu d'admettre qu'il travailla avec les autres artistes 
de sa ville natale aux décors et à la mise en scène de 
l'épisode de la vie de David, sujet qui devait contribuer 
à le rendre célèbre. 

On sait d'ailleurs qu'il peignit avec Doret, le supposé 



298 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

maître de Hémalle, et nombre d'autres artistes flamands 
aux a entremetz » des banquets donnés à Bruges en 1468» 
à l'occasion du mariage de Charles-le-Téméraire avec 
Marguerite d'York, ainsi qu'aux décors de divers autres 
fêtes données à Gand entre 1468 et 1474. 

Nous ne pouvons passer ici en revue les autres 
preuves d'échanges que nous avons pu découvrir récem- 
ment entre les exécutions de mystères et les œuvres 
d'art analogues du xv siècle. (1) Signalons cependant 
un triptyque du musée de Gand datant du xvi« siècle, 
représentant le Christ prêchant les huit Béatitudes que 
nous avons pu restituer à Cari van Mander, un rhéto- 
ricien lauréat dans bien des concours de poésies, et qui 
était aussi un metteur en scène habile de mystères et de 
moralités « Spelen van Zinne » dont il composait les 
poèmes et peignait les décors. Dans son exellent tra- 
vail signalé plus haut, M. Cohen nous rappelle à ce su- 
jet une plaisante aventure qui advint au même van 
Mander lorsqu'il fit représenter à Meulebeke, près de 
Courlrai, le Déluge ou « Zondvloed » qu'il peignit avec 
un tel réalisme, que le public, frappé de terreur s'enfuit 
en hâte, et cela d'autant plus rapidement que sa réserve 
d'eau, hissé à grand'peinee dans les cintres, s'écroula 
sur les acteurs, les (mouillant juscju'aux os, ainsi que 
nombre de spectateurs. (2) 

L. Maeterlinck. 



(1) Voir notre étude : VArt et les mystères flamands (Revue de 
l'Art ancien et moderne, lîK)(i. N" d'Avril. 

(1) Gustave ConKN, Op. cit. p.p. 155, 156. 



CHRONIQUE 



Académie française. — Dans sa séance du 12 juillet, l'Aca- 
démie française a partagé également le» prix Botta (3.000 fr.) entre 
MM. Georges Vicaire, pour son Manuel de V amateur de livres du 
XIX" siècle, et M. Hené Boylcsve, le distingue romancier. 

Ce prix, pour lequel les auteurs ne posent pas leur candidature et 
ne présentent pas leurs ouvrages, est spontanément attribué par 
l'Académie. 

Exposition Cornélienne à Rouen. — Sur Tinitiative du co- 
mité rouennais des fêtes du centenaire, la ville natale de notre poète 
a voulu avoir, après Paris, son exposition Cornélienne. 

Une semaine durant, quatre ou cinq de ses amateurs les plus distin- 
gués ont rivalisé d'efforts et d'habileté à composer le grandiose jeu de 
patience qui traduisît dignement leur admiration. Et, comme pour que 
rien ne manquât à cette généreuse entreprise, le cadre où ils opé- 
raient n'était autre qu'une majestueuse salle du Palais des Consuls, 
mise à leur disposition par la Chambre de commerce. 

Jamais peut-être on n'aura pu si bien apprécier la place incompa- 
rable qu'occupe Corneille dans la littérature, non de la France seule, 
mais du monde entier. Une dissertation russe accompagne des réim- 
pressions polonaises et américaines de ses vers. C'est qu'aussi une 
soixantaine de collections privées et publiques, françaises et étrau- 
gères, se sont, pour trois semaines, dessaisies de leurs joyaux les 
plus précieux et les plus rares. 

Une seule vitrine renferme environ deux cents numéros, en sorte 
qu'il ne semble pas téméraire d'évaluer à deux milliers le nombre des 
pièces non moins variées qu'attachantes qui ont passé sous les yeux 
éblouis des visiteurs. 

Et chacun d'eux emportait un souvenir durable dans ce feuillet 

itinéraire qui classe méthodiquement les vingt et quelques sections 

de cette splendide manifestation, dont un catalogue complet est 
annoncé. 

A. T. 



300 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

Les Manuscrits d'Octave Feuillet. — U^^ Octave Feuillet a 
légué, par testament, à la ville de Saint-Lô, les manuscrits et livres 
de son mari ; elle a également fait don à cette ville des tableaux ayant 
appartenu au célèbre écrivain. 

Poètes d'autrefois. — M. Ad. van Bever, très épris de la poésie 
des XVr et XVll» siècles, vient de réimprimer les œuvres de Charles 
de Vion, sieur de Dalibray, La Musette et Œuvres poétiques, en un 
élégant in-dix-huit, édité par la Bibliothèque internationale d'édition 
Sausot et Cie. 

M. Ad. van Bever, à qui nous sommes déjà redevables de travaux 
analogues, apporte, dans le collationnement des textes qull publie, 
un soin méticuleux et Ton peut être assuré que les réimpressions qu*il 
donne sont scrupuleusement fidèles aux originaux. Notre confrère 
ne se borne, du reste, pas à réimprimer purement et simplement nos 
poètes d'autrefois ; il les biographie minutieusement, aussi minu- 
tieusement que possible, car les documents sur des personnages de 
second plan sont parfois peu nombreux et il arrive que, malgré de 
patientes recberches dans les archives publiques ou privées, il ne 
puisse recueillir que peu de renseignements. M. Ad. van Bever ne 
manque i)as non plus d'ajouter à la biographie de ses personnages 
une bibliographie détaillée de leurs œuvres. En somme, il met entre 
les mains des travailleurs des œuvres intéressantes, difficiles à ren- 
contrer en édition originale et la plupart du temps fort chères, si on 
a la bonne fortune de les trouver dans le commerce. On nous saura 
donc gré de signaler cette réimpression des poésies du sieur de Da- 
librav. 

Mademoiselle Dosne. — M. Félix (^bambou, bibliothécaire à la 
Sorbonnc, vient de consacrer à Mademoiselle Dosne une notice nécro- 
logique très détaillée, dans laquelle, outre son inépuisable charité, il 
nous révèle la sœur de M. Tbiers bibliophile et bibliophile éclairée. 
Celle notice, ornée d'un beau portrait de Mademoiselle Dosne, tirée 
à un nombre restreint d'exemplaires, n'a pas été mise dans le com- 
merce. 

Victor Hugo. — Le Bulletin du Bibliophile a signalé, en son 
temps, un excellent ouvrage de M. Fldmond Muguet, professeur à la 
Faculté des lettres de ('aen, intitulé : Le sens de la forme dans les 
métaphores de Victor Ifugo. (Paris, Hacbelte et Cie. 1904, in-8.) 
M. Kdmond Huguet vient de publier, cliez les mêmes éditeurs, un 
second volume intitulé : La couleur, la lumière et l'ombre dans les 
métaphores de Victor Hugo. 



CHRONIQUE 301 

Ce volume, comme le précédent, est fait — c'est l'auteur qui parle 
— pour être consulté et non pour être lu. Ce n'est pas une étude 
littéraire, c'est une sorte de dictionnaire méthodique, un répertoire 
philologique, un instrument de travail. M. Huguet a du renoncer, à 
regret, à tenir compte de la chronologie, les œuvres de Victor Hugo, 
non datées, étant nombreuses ; il devenait donc difâcile d'arriver à 
des conclusions tout à fait sûres et cest pour cette raison qu'il s'est 
résigné à un classement purement analogique. Cependant, ajoute 
M. Huguet, il n'est peut-être pas impossible, si l'on choisit avec soin 
certaines catégories de métaphores, et certaines œuvres datées, de 
voir comment s'est transformé le génie du poète, et cette étude pourra 
plus tard être l'objet d'un des livres consacrés aux métaphores de 
Victor Hugo. 
Nous ne pouvons que souhaiter la réalisation de ce dernier projet. 
Bourdaloue. — M. l'abbé Eugène Griselle continue, avec une 
infatigable activité, ses études sur Bourdaloue. Le dernier travail 
qu'il vient de faire paraître, chez Gabriel Beauchesne et Cie, est inti- 
tulé : Le ton de la prédication avant Bourdaloue (in-8 de 326 pp.). 
La savante étude de notre dévoué collaborateur a paru, pour la pre- 
mière fois, dans la Revue des sciences ecclésiastiques. 

Léon Glouzot et ses éditions. — Le libraire-éditeur niortais, 
Léon (Glouzot, décédé le 4 février 1905, a occupé, dans la librairie, 
une place des plus importantes que justifiaient son goût éclairé et sa 
grande érudition. La « Bibliographie des livres, revues et périodi- 
ques », édités par ses soins, que vient de publier M. Alphonse Fa- 
rault, permet de juger de l'activité qu'il a déployée et du rôle pré- 
pondérant qu'il a tenu dans la librairie provinciale. Cette bibliogra- 
phie, dressée avec une conscience et une méthode parfaites, com- 
prend, en effet, cinq cent quarante-cinq numéros, sans compter les 
prospectus rédigés par Léon Clouzot et ses fils pour leurs éditions, 
et qui sont de véritables notices littéraires. 

M. Maurice Tourneux, qui avait jadis entretenu avec le regretté 
défunt une correspondance active, a bien voulu se charger d'écrire, 
en tcte de cette « Bibliographie » une notice dans laquelle il retrace, 
avec son habituelle précision la vie de ce grand libraire. C'est un 
juste hommage rendu à sa mémoire qui, ainsi que l'écrit M. Tour- 
neux, restera chère à tous ceux qui avaient pu apprécier ses quali- 
tés privées. Son nom, ajoute notre collaborateur, est désormais uni 
à ceux des éruditsqui ont défriché ou agrandi le domaine de l'archéo- 
logir et de l'histoire dans toute la région du Sud-Ouest. 



302 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

Le beau volume de M. Farault est orné d'un portrait de Léon Clou- 
zot, d'après le médaillon de P.-M. Poisson. 

Vente de livres. — Les 21, 22 et 23 juin, à huit heures du soir, 
salle Silvestrc, n» 1, vente de bons livres anciens et modernes, beaux- 
arts, archéologie, archives, bibliothèques, provenant de la biblio- 
thèque de feu M. Bernard Prost, inspecteur général des bibliothèques 
et des archives (M. Charles Foulard, expert.). 

— Les 25,26 et 27 juin, à huit heures du soir, 28, rue des Bons-En- 
fants, salle n» 3, vente de livres modernes et de livres anciens pro- 
venant de la bibliothèque de feu M. José-Maria de Heredia, de 
l'Académie française, administrateur de la bibliothèque de l'Arse- 
nal. Deuxième partie (M. Henri Leclcre, expert.). 

— Du 25 au 30 juin, à deux heures, à l'Hôtel Drouot, salle n* 8, vente 
de la bibliothèque de M. Alexandre V. Odero, livres sur la topogra- 
phie, les voyages et les mœurs, estampes historiques et cérémo- 
nies officielles, recueils de costumes civils et militaires, ouvrages 
sur les sports et les jeux {M. Edouard liahir, expert.). 

Société des Bibliophiles lyonnais. — La Société des Biblio- 
philes l^^ounais, que préside notre sympathique confrère, M. Léon 
Galle, vient de publier son Annuaire, dans un élégant petit format 
in-16. On y trouve d abord la liste des anciens présidents de cette 
Compagnie, des membres du bureau pour 1900, des sociétaires au 
nombre de vingt, des anciens sociétaires démissionnaires ou décédés 
et les statuts. Une bibliographie des publications faite par la Société 
des Bibliophiles lyonnais depuis sa fondation en 188ô termine cette 
petite brochure documentaire. 

Nécrologie. — Au moment de mettre sous presse, nous appre- 
nons la mort de l'un de nos collaborateurs les plus érudits et les 
plus dévoués, le R. P. Henri Chérot, de la Compagnie de Jésus, décédé 
en Suisse (Valais), à l'ûge de cinquante ans. 

Nous ne pouvons qu'exprimer hâtivement aujourd'hui les profonds 
regrets que nous cause cette mort prématurée. Dans la prochaine 
livraison, M. l'abbé Eug«''ne (irise lie a bien voulu se charger de consa- 
crer une notice à la mémoire du P. C'hérot. 



REVUE 

DE 

PUBLICATIONS NOUVELLES 



•H. Le Cordier. — Le Pont l'Evesque, poème précédé 
d'une notice par P. Le Verdier. Rouen, imprimerie 
Léon Gij, MDCCCCVI, pet. in-4 de 1 f. blanc, xxj-108 pp. 



On ne connaît actuellement que quatre exemplaires de ce rarissime 
poème, écrit en 1662 par un médecin normand, Hélie Le Cordier. La 
Bibliothèque de Dieppe possède Lexemplaire de dédicace à la Grande 
Mademoiselle ; la Bibliothèque de l'Arsenal conserve celui de Denys 
Secousse ; un troisième exemplaire, acquis à la dernière vente des 
livres du baron Jérôme Pichon par M. de la Germonicre, est aujour- 
d'hui dans la bibliothèque du château du Vast. Le quatrième enfin 
appartenait, il y a quelques années, à M"^^ veuve Isabelle, de Pont- 
l'Evcsquo. J'ignore ce qu'il est devenu. 

Hélie Le Cordier fut un poète très médiocre. Son poème, est néan- 
moins curieux et, comme on voit, fort rare. C'est une œuvre locale 
qui mV'ritait, à ce titre, d'être tirée de l'oubli. La Société des Biblio- 
philes normands a donc estimé, avec juste raison, qu'il était 
intéressant de réimprimer le Pont VEvcsquc et elle a confié le soin 
de cette réimjjression à M. Pierre Le Verdier. 

Les renseignements biographiques sur Hélie Le Cordier ne sont 
pas abondants ; car si l'acte d'inhumation, conservé aux archives de 
Pont l'Evesque, donne exactement la date de sa mort, le 18 février 1684, 
celle (le sa naissance à Sainl-Julien-sur-Calonne, le 7 octobre 1615, 
indiquée jKir MM. Boisard et Frère, n'est prouvée par aucun document 
authentique. Malgré cette pénurie, M. P. Le Verdier a trouvé le 
moyen de faire précéder le poème de Le Cordier d'une notice très 
judicieuse et très galamment troussée. Pour établir son texte, l'édi- 
teur du Pont VEvesque a choisi l'exemplaire de la Bibliothèque de 
Dieppe, qui, présentant certaines différences bibliographiques avec 
les trois autres, dans le titre notamment, lui a semblé être le véritable 
original, mais cet exemplaire ne contenant ni le Remercimentt ni le 
Privilège, il en a pris copie sur l'exemplaire du château du Vast. Ces 
deux pièces n'ont pu encore être imprimées, mais elles seront distri- 
buées aux membres delà Société en décembre 1906 et prendront place 
à la fin du volume 

Je n'ai pas besoin d'ajouter que la réimpression du Pont VEvesque, 
tirée à soixante exemplaires seulement, est, comme toutes les publi- 
cations qui portent le nom de la Société des Bibliophiles normands, 
très joliment présentée. Nous devons donc savoir gré à cette savante 
compagnie d'avoir entrepris l'exhumation de l'œuvre d'Hélie 



304 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

Le Cordicr ; nous devons la féliciter également d'avoir choisi pour 
racconiplissement de cette tâche délicate l'un de ses membres les 
plus érudits. 

Georges Vicaire. 

— Manuel de bibliographie biographique et d'icono- 
graphie des femmes célèl)res, par un vieux bibliophile 
Second et dernier supplément, 1905. Rome-Turin, Roux 
S: Viarengo ; Paris, Honoré Champion ; Leipzig, Otto 
Harrassoivitz ; London, Sampson Loiu, d* C" L/d., in-8 
de XIII pp., 1 r. et 370 pp. 

Le Bulletin du BibUophile a signalé à ses lecteurs, lors de leur 
apparition, chacun des i\Qu\ volumes de ce Manuel, excellent ouvrage 
bien souvent consulté et dans le(|uel on trouve des renseignements 
que l'on ne trouverait groupés nulle i)art ailleurs. Le « Vieux Biblio- 
phile », un érudit italien dont je ne me crois pas permis d'écrire 
ici le nom, bien qu'il soit, je crois, très connu, a constaté dans son 
travail, un certain nombre de lacunes, voire même quelques erreurs 
et pour les combler ou les rectifier, il a résolu de publier un troisième 
et dernier volume; ce volume d'ailleurs ne contient pas que des recti- 
fications ; depuis la publication des deux autres, l'auteur a recueilli 
des matériaux nouveaux qui, tout naturellement ont trouvé place 
dans ce supplément qui sera, si nous en croyons le titre, le dernier. 
Peut-être le « Vieux Bibliophile » se ravisera-t-il quelque jour et 
tiendra-t-il au courant, au fur et à mesure, sa précieuse bio-bibliogra- 
phie; telle n'est pas actuellement son intention, puisque, dans le but 
de faciliter les recherches dans les trois volumes, il a fait suivre ce 
dernier d'un index alphabétique où l'on trouvera plusieurs noms 
nouveaux et d'un répertoire général des noms des femmes (jui sont 
cités dans tout l'ouvrage. 

Il n'est pas inutile de rappeler ici, en quelques lignes, les renseigne- 
ments que ceux (jui consulteront le .l/o/HieZf/e bibliographie biogra- 
phique des femmes célèbres sont en droit de lui demander. Ce manuel 
contient; un dictionnaire des femmes qui se sont fait remarquer à un 
titre quelconque dans tous les siècles et dans tous les pays; les dates 
de leur naissance et de leur mort ; la liste de toutes îes monographies 
biographiques relatives à chaque femme, avec la mention des traduc- 
tions ; l'indication des portraits joints aux ouvrages cités et de ceux 
gravés séparément, avec les noms des graveurs ; les prix auxquels 
les livres, les portraits et les autographes ont été portés dans les 
veilles ou dans les catalogues ; un répertoire de biographies générales, 
nationales et locales et d'ouvrages concernant les portraits et les 
autographes, etc. 

Le « Vieux Bibliophile w, dans son avant-propos, s'excuse de 
n'avoir pas publié, en une .seule fois, ses trois volumes ; un pareil 



REVUE DE PUBLICATIONS NOUVELLES 305 

travail ne s'exécute pas aussi rapidement et nul ne songera à lui 
adresser un reproche à ce sujet. On ne peut, au contraire, que lui être 
reconnaissant d'avoir doté la bibliographie et la biographie fémi- 
nine d'un ouvraj^e dont Tutilité n'échappe à personne et dont les 
services qu'il a déjà rendus, avant sont achèvement, ne pourront que 
devenir plus grands, maintenant qu'il est terminé. 

Georges Vicaire. 

Comte Emile de Budan. — Bibliographie des ex-libris. 
Seconde édition revue et augmentée. Avec 34 repro- 
ductions d'ex-libris. — Leipzig, Karl W. Hiersemann, 
1906, pet. in-4p de 2 fT. 61 pp. et 7 pp. n. ch. 



La seconde édition de la bibliographie que M. le comte de Budan 
vient de publier se présente sous une forme très agréable ; imprimée 
en bleu et orange, dans un joli format, elle est tout à fait séduisante. 
Lauteur, collectionneur passionné, a noté depuis des années tous 
les renseignements qu'il a pu recueillir sur son sujet favori et c'est 
grâce à sa patience et à ses connaissances spéciales que nous avons 
aujourd'hui la bonne fortune de posséder cette intéressante biblio- 
graphie, dédiée à un autre amateur d'ex-libris, M. Juaquimo de 
Araujo, consul de Portugal. 

M. le comte de Budan a adopte l'ordre alphabétique des noms 
d'auteur, y intercalant à leur place les titres des ouvrages anonymes. 
Au verso de chacune des pages, il a reproduit divers ex-libris, tirés en 
bleu, comme le texte. Le travail n'est peut-être pas définitif ; mais 
voilà deux éditions parues à quelques années d'intervalle ; la pre- 
mière na pas été mise dans le commerce ; de la présente édition 
deux cents exemplaires seulement ont été mis en vente. C'est peu 
pour satisfaire tous les collectionneurs d'ex-libris qui ne sauraient 
manquer de placer ce livre de références dans leur bibliothèque. 

Persuadé qu'une troisième édition deviendra bientôt nécessaire, 
M. le comte de Budan me permettra de lui signaler les quelques 
additions suivantes à son curieux travail : 

A propos d'ex-libris (recette pour les décoller) par le docteur 
Ludovic Bouland, dans le Bulletin du Bibliophile de 1892, p. 591 ; — 
A j)rop()s d'un ex-libris français du temps de François l'^'", par 
L. Delisle. Puris, Henri Leclerc, 1900, in-8 [Tirage à part d'un article 
publié dans le Bulletin du Bibliophile de 1900, pp. 121-134, avec la 
rcjiroduction de l'ex-libris du Périgourdin Jean Bertaud] — Rapport 
de M. Léopold Delisle sur une communication de M. Dujarric-Des- 
comhcs [au sujet de l'ex-libris précédent] dans le Bulletin historique 
et phîloloiiiijue de 1900, p. 83. — Les ex-libris de la bibliothèque 
l)ul)lique tic Besançon, article anonyme du Bulletin du Bibliophile 
de 1890, p. 342. — De la possession du livre, par le marquis de 
(iranges de Surgères, membre de la Société des Bibliophiles contem- 
porains. Anvers, août 1890, pet. in-12. — Les ex-libris français à 
l'époque de la Terreur révolutionnaire, par Léon Gruel. Extrait des 



306 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

Archives de la Société française des collectionneurs d'ex-libris. Maçon 
Protai frères, imprimeurs^ 1901, gr. in-8. [Avec planches hors texte]. 

— Essai de catalogue descriptif des cx-libris et fers de reliure 
français anonymes et non héraldiques, par J.-G. Wiggishoff. Paris, 
Henri Leclerc, 1904, gr. in-8 [Tirage à part à 100 ex. avec planches 
hors texte des Archives de la Société française des collectionneurs 
d'ex-libris\. 

M. de Budan ne mentionne des Ex-libris français, d'A. Poulet- 
Malassis, que la première édition, celle de 1874 ; la seconde, de 1875, 
« revue et très augmentée » mériterait d'être mentionnée, car elle est 
ornée de vingt quatre planches. 

Tout en reconnaissant le réel intérêt que présente la Bibliographie 
des fx-Zi&Ws, j'exprimerai le regret que son auteur se soit contente 
de donner des titres un peu sommaires parfois ; il y aurait ajouté le 
nombre de pages de chacun des livres ou brochures cités, ainsi que 
l'adresse complète des éditeurs que son travail eût considérablement 
gagné à ce petit supplément d'information. M. le comte de Budan 
quand il réunprimera son ouvrage, tiendra certainement à se 
confirmer aux régies bibliographiques actuellement en usage et sa. 
publication utile et pratique telle qu'elle est aujourd'hui, deviendra, 
pour les collectionneurs, un instrument tout à fait précieux. 

Georges Vicairk. 

— Journal inédit du duc de Croy — 1718-1784 — publié 
d'après le manuscrit autographe conservé à la Biblio- 
thèque de l'Institut, avec introduction, notes et index 
par le V*«' de Grouchy et Paul Cottin. Paris, Ernest 
Flammarion, éditeur, 26, rue Racine, 26*, 1906, 2 vol. 
in-8 de lxiv - 528 pp. et de 2 ff. 527 pp. 



Le Journal du duc de Croy, conservé à la Bibliothèque de Tlnstitut, 
et dont M. le vicomte de Grouchy a publié divers fragments, dans la 
Nouvelle revue rétrospective (\), dirigée par M. Paul Cottin, se 
compose de quarante et un volumes in-quarto. Outre le récit de 
Texistence du duc de Cro}' à Versailles et à Paris, on trouve 
dans ce précieux journal, le compte-rendu de ses campagnes, de 
ses commandements en province, de ses séjours dans sa terre de 
THermitage, prés Condé-sur-l'Escaut, des vues sur Tétat politique 
en Kurope, des pages arrachées à des numéros de gazettes et inter- 
calées dans le manuscrit, à titre de pièces justificatives, etc., etc. 

C'est à M. le vicomte de (irouchy, grand déterreur de documents 
intéressants et inédits, que l'on doit la découverte de ces mémoires 

(1) Mémoires du maréchal-duc de Croy-Solre fl74r)-17r)l), Pans, 
bureau de la Nouvelle Revue rétrospective (1894), in-12. — Mémoires 
du duc de Croy sur les Cours de Louis XV et de Louis XVI. 
Ibid., id. (1896), in-12. 



N 



REVUE DE PUBLICATIONS NOUVELLES 307 

pIciQs d'informations sur les mœurs comme sur les événements de 
l'époque. Aujourd'hui, avec la collaboration de notre érudit collègue 
de la Bihliotliè(iuc de l'Arsenal, M. Paul Crottin, notre érudit collabo- 
rateur a entrepris la publication d'une grande partie du Journal du 
duc de Cro5'. Notre cadre ne nous a permis de reproduire, écrivent 
les deux éditeurs, que la partie relative à \'ersailles et à Paris, mais 
nous l'avons donnée in-extenso (sans corriger le style, et en nous 
bornant à rectifier l'orthographe et la ponctuation), persuadés que» 
dans une pareille publication, tout jusqu'à certaines répétitions, a sa 
valeur. Nous n'avons donc omis aucun des détails dans lesquels 
l'auteur entre à titre personnel, les considérant comme d'excellenis 
matériaux pour l'histoire du dix-huitième siècle. C'est d'ailleurs ce 
caractère intime et familial qui fait l'originalité de l'œuvre de 
M. de Croy et la rend si vivante, qu'en fermant le livre, on a l'im- 
pression d'avoir vécu de son temps. 

Le duc de Croy fut allié à tout ce que, non seulement les Cours 
de Louis XV et de Louis XVI, mais encore la plupart des Cours 
d'Europe comptèrent d'illustre, au wiii» siècle. Toutefois, étant de 
ceux qui pensent que « Noblesse oblige », incité, en conséquence 
par le désir légitime de soutenir l'éclat de sa Maison, M. de Croy 
entreprit de s'élever, non par la faveur ni par l'intrigue, mais par la 
puissance du travail, l'énergie du caractère, la dignité de la vie. Le 
travail développa chez lui, tant au point de vue militaire qu'au 
point de vue scientifique, des talents distingués qui le mirent en rela- 
tions avec la plupart des hommes célèbres de son temps, et, sur le 
déclin de ses jours, il fut créé maréchal de France. 

Si nombreuses que fussent ses occupations à la ville,, elles cédaient 
le pas à ses devoirs de Cour. Kstimé des deux rois sous lesquels il 
vécut, il fut admis dans leur intimité. M"»» de Pompadour, au sujet 
de lacpielle il entre dans des détails qui éclairent d'un jour nouveau 
cette figure si discutée, l'apprécia et Taida. Marie-Antoinette lui 
donna des preuves touchantes de sa sympathie. 

L'authenticité du Journal intime du duc de Croy, rédigé pendant 
une i)ériode de soixante-six ans, ne saurait être mise en doute, 
puisque MM. de (irouchy et Cottin l'ont publié d'après le manuscrit 
original, déposé le 8 octobre 1798 à la Bibliothèque de l'Institut. Les 
portraits d'Angélique-Adéla'ide Harcoui*t, princesse de Croy et 
d'Kmmanuel, prince, ensuite duc de Cro}', reproduits d'après des 
tableaux conservés au château de Dulnien, ainsi que le fac-similé 
d'une demi-page du manuscrit de M. de Croy, accompagnent ces 
mémoires qui peuvent être classés parmi les plus intéressants du 
dix-huitième siècle. Un troisième volume ne tardera sans doute pas 
à paraître. 

11 faut donc savoir gré, dès maintenant, à M. le vicomte de Grouchy 
et à M. Paul (Cottin d'avoir publié ce Journal, précédé d'une introduc- 
tion très documentée et enrichie de nombreuses notes qui complètent 
heureusement le texte de l'auteur. 

G. V. 



LIVRES NOUVEAUX 



Réimpressions de livres anciens, 
Bibliographie, Autographes, Manuscrits, Imprimerie, 
Reliure, Blason, Généalogie, Chroniques, Ex-libris, etc 



— H. Le Cordier. — Le Pont l'Evesque, poème, précédé d'une notice 
par P. Le Verdier. Rouen, imprimerie Léon Gy^ pet. in-4 

Publication de la Société des Bibliophiles Normands. Tiré à 60 cxem- 
plaires. 

— Essai de bibliographie pratique. — Aide-Mémoire du libraire 
et de l'amateur de livres. — Répertoire d'ouvrages rares ou curieux 
en tous genres, anciens et modernes : éditions originales, livres à 
gravures des xvi«, xvii^, xviii» et xix' siècles, impressions rares, etc,avec 
l'indication de leur valeur dans le commerce. par un ancien lirraire. 
Première partie [A. LAL]. Pans, i9, rue des Fossés Saint-Jacques^ 
gr. in-8 (10 fr.) 

La seconde et dernière partie est annoncée pour paraître en novembre. 
(10 fr.) 

— Quelques mots peu connus, par Hugues Vaganav, à Lyon. Junge 
et So/i/i, Erlangen, in-8. 

— Hugues Vaganay. — L'Espagne en Italie. — IL Flxtrait de la Revue 
hispanique, tome X. — 111 et IV. Extrait de la Revue hispanique 
tomes XI et XII, 2 vol. in-8. 

Publications diverses 

— Henri Mazkl. — Ce qu'il faut lire dans sa vie. Paris, Société du 
Mercure de France, in-lS (3 fr. 50). 

— Fernand Cleugkt. — Littérateurs et artistes. Emile Blémont. 
(Avec portraits] Pans, Bibliothèque de V Association, in-18(3 fr.50.) 



PETITS MÉTIERS 



ET 



CRIS DE PARIS 



{Supplément) (*) 



Les petits métiers et cris de Paris ont toujours fait 
partie du domaine de l'actualité et si, après les Crieries 
de Paris, de Guillaume de la Villeneuve, au xiiF siècle, 
certains poètes du xvi*' composaient sur le même sujet 
des chansons telles que celle qui se chante sur Tair de 
la Volte de Provence, à la fin du xix^ siècle J.-B. Rozier 
mettait aussi en vers les cris des marchands ambulants 
que Ton entendait dans les rues en 1868. 

Quel bruit assourdissant vient frapper mon oreille I 

Quel tapage, bon dieu, quand Paris se réveille ! 

D'abord c'est Tauvergnat, dont j'entends la clameur 

Se répandant au loin : Voilà le rétameur! 

Puis vient son compagnon, criant à perdre haleine : 

Faites raccommoder robinets et fontaines ! 

Un autre sur un ton qu'il cherche à varier, 

Pousse, les yeux en l'air, son cri de vitrier ! 

Tout cela me plait fort... Si vous voulez m'en croire, 

Nous allons en citer quelques-uns pour mémoire. 

^1) Voir le Bulletin du Bibliophile, livraisons des 15 novembre et 
15 décembre 1904. 

21 



310 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

Quoique n'atteignant pas au même diapason, 

Ils nous charment toujours annonçant la saison 

Qu'en son cours régulier le temps fait reparaître. 

Pour combien n'est-ce pas le plus sûr chronomètre ! 

Et quand, tremblants, transis, nous soufflons dans nos doigts» 

Faites-nous, disent-ils, un grand feu sous les toits! 

Écoutez cet augure affublé d'une hotte. 

Il annonce tout haut: Au bon poussier de motte ! 

Et cette bonne vieille au coin du carrefour, 

S'enroHant à crier: poires cuites au four ! 

Voyez-vous les bambins entourant la marchande 

Et convoitant de Toeil une part si friande ? 

Voici le repasseur hurlant : couteaux, ciseaux ! 

Un autre : du mourron pour les petits oiseaux ! 

Ce dernier qui fend l'air d'une voix forte et rauque, 

Vient nous offrir des œufs : à la coque, à la coque ! 

On voit poindre plus loin le grand opérateur, 

// tond les chiens frisés dont il est la frayeur ! 

Voici la poissonnière et si franche et si vive 

Avec son éventaire : // arrive, il arrive ! 

Quelle fraîcheur, voyez ! aussitôt les chalands 

S'empressent d'acheter et soles et merlans. 

Mais voici du printemps la brise parfumée : 

Tout renaît, tout sourit I la nature embaumée 

Commence à vous offrir ses plus vertes primeurs... 

Aussi quelle gaieté I quelle folie rumeur!... 

Écoutez ce normand bien connu des concierges : 

Des pois verts au boisseau ! grosses bottes d'asperges ! 

Il marche à pas comptés en poussant son brancard. 

Puis sa voix s'affaiblit et se perd à l'écart. 

Vous subissez encore une autre roucoulade : 

Navets, les bons navets ! artichauts et salades ! 

Il s'échappe dans l'air un autre cri plus doux : 

Cent la Montmorency ! la livre à quatre sous ! 

Il passe une voiture : à la fraise, à la fraise.,. 

Tout près vous entendez : au choix, tout est à treize ? 

Mais je crains d'abuser de votre attention. 

Si je m'arrête ici c'est par discrétion. 

Dépeindre tous ces cris serait acte arbitraire : 

A ce point qui voudrait se montrer téméraire ? 

Pourtant qui ne connaît le marchand de ballons ! 



PETITS MÉTIERS ET CRIS DE PARIS 311 

Peaux de lapins, ferraille, habits neufs, vieux galons ! 
Du garçon de café le boum épouvantable 
Et du restaurateur le voilà formidable ! 
Sans oublier: prenez, Mesdames, du plaisir! 
Et les petits gâteaux: Messieurs, venez choisir! 
Le marchand de cerneaux, la robuste écaillère. 
Puis au milieu des fleurs, la jeune bouquetière : 
Fleurissez vos amours ! à cet appel charmant 
Qui pourrait résister ? j'approche hardiment 
Et je choisis soudain, parmi ces fleurs nouvelles, 
Celles qui m'ont paru de toutes les plus belles... 
A tous les assistants mon cœur veut les offrir, 
Comme elles puissions-nous voir nos ans refleurir. 

Mais ce sont surtout des quatrains qui servent de 
légendes aux estampes représentant les petits métiers. 
Dans une récente étude, publiée en 1904, j'en avais fait 
connaître deux du recueil O A 79 Réserve, Cabinet des 
estampes de la Bibliothèque nationale. Les autres, qui 
n'ont jamais été cités nulle part, sont assez curieux, 
assez typiques, pour avoir leur place dans ce petit sup- 
plément bibliographique où sont énumérés, à leurs 
dates respectives, de nouveaux documents en livres et 
en estampes. 

LE BARBIER 

Vous qui voulez la barbe avoir 
Faicte à la mode de la cour. 
Venez, car j'entens bien le tour 
Et y feray bien mon devoir. 

LE COUSTURIER 

Âpportez-moi de la besongne, 
Je suis habille cousturier, 
Qui seait bien Testoffe employer 
Aucun qu'autre de la Bourgongne. 



312 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

OUISTRE A L'ESCAILLE 

Je crie ouistre à Tescaille, escaille, vive escaille, 
Pour faire desjeuner ceux qui jeusnent la nuit : 
Et si ma marchandise aux mauvais jeusneurs nuit 
Et surtout à ceux-là pour de l'argent j'en baille. 

VIEUX CHAPEAUX GRAS 

Les chapeaux je dégraisse et ne puis m'engraisser 
Pour ce qu'en les cherchant, je marche sans cesse: 
Si de mon eau la graisse aux vieux chapeaux gras j'osle 
Les gras peuvent oster la leur en courant la poste. 

LE PATISSIER 

Qui veut manger pastez chaud. 
De bons gâteaux, bonnes saucisses, 
Friscandeaux, bons pains d'épices. 
Je les enfourne droit céans. 

LE SERRURIER 

Je suis serrurier bien expert 
Pour fort bien limer une clef. 
Ce me serait un grand meschef 
Si abusant suis découvert. 

LE MENUISIER 

Un menuisier est nécessaire 
Pour bien orner une maison, 
L'on a besoin en la saison 
De meubles pour y satisfaire. 

LE TOURNEUR 

Après le menuisier travaille le tourneur 
Pour enfin arrondir toute menuiserie 
S'enrichissant si bien pour son gentil labeur 
Que les plus grands seigneurs de l'avoir ont envie. 



PETITS MÉTIERS ET CRIS DE PARIS 3lâ 

LA LYE 

Les bons biberons sont en grand* mélancholie 
Alors qu'il demeure en muid beaucoup de lye : 
Mais je ne suis pas tel et tant plus il y en a 
C'est mon plus grand profit et j'aime bien cela. 

FOIRRE NOUVEAU FOIRRE 

Je ne suis pas marchand pour aller à la foire 
Par Paris je vais vendre et non donner mon foirre, 
A pleine gorge on m'oid foirre nouveau crier, 
J'en baille pour argent sans m'en faire prier. 

LE CORDONNIER 

Je suis un cordonnier excellent et subtil 
Pour faire des souliers à la Vénitienne : 
Mulles et escarpins pourtant autant gentil : 
Les autres ne sont rien qu'à la mode ancienne. 

LE TAILLANDIER 

Pour différents eslats forge le taillandier, 
Et quand le fer est chaud, il le bat et tenaille, 
Ainsi en tout affaire il faut s'estudier, 
A ce que chaudement on y soigne et travaille. 

LE TAILLEUR DE PIERRES 

S'il faut bastir un superbe édifice 

Où soit besoin de mon corps et mestier 

Il n'y a pas plus subtil ouvrier 

Pour escarrer pierres, ny plus propice. 

Tous ces quatrains datent environ de 1572. 

LIVRES ET ESTAMPES 

Les Rues de Paris avec les cris que Ton entend journelle- 
ment dans les rues de la ville et la chanson des dits cris, 
suivi d'un état de la dépense qui se peut faire en cette ville 
chaque jour et aussi ce que chaque personne peut dépen- 



314 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

ser. Ensemble les églises, chapelles et rues, hôtels des 
princes, princesses et grands seigneurs et antiquités de la 
ville, cité et université de Paris, avec les noms des portes 
et fauxbourgs de la ville. A Troyes, chez Garnier le jeunes 
imprimeur, rue du Temple, Avec permission (1724). In-32. 

Obligeante communication de Monsieur le Duc de Fezensac, d*après 
son exemplaire. 

— Les Plaisirs de la ville et de la campagne, nouvel aima- 
nach dédié aux deux sexes. A. P. et P. D. R., A Paris, chés 
(sic) Boulanger y rue du Petit Pont, /non de M. Dufrêne, mar- 
chand mercier, 1111, In-32. 

Douze délicieuses figures dessinées par Queverdo, parmi lesquelles, 
pour le mois de juin : La Jolie Bouquetière^ pour le mois de 
novembre, La Marchande de marrons, 

— Almanach galant, moral et critique en vaudevilles orné 
de gravures, A. P. D. R. A Paris, chez Boulanger, rue du 
Petit Pont, maison de M. Dufrêne, marchand mercier, 1779. 
In-32. 

Le frontispice dessiné par Berthaut, gravé par Queverdo, repré- 
sentant une boutique de libraire. 

Mais il y avait aussi les libraires ambulants et le sué- 
dois Georges Wallin, dans son ouvrage de : Lutetia Pa- 
RisiORUM ERUDiTA. Norinbcrger anno MDCCXXII, in-li, 
en parle ainsi: «Lorsque j'arrivai à Paris, il y avait en- 
core une quatrième espèce de libraires assez plaisans et 
qui ne manquent jamais d'acheteurs. Sur des tables, sur 
des planches placées dans la rue, étaient étalés des livres 
de toute espèce et le marchand invitait à haute voix les 
passants à les voir et à les acheter. J'ai encore dans les 
oreilles ces mots que j'ai entendus répéter si souvent : 
bon marché ! à quatre sols, cinq sols la pièce ! allons ! vite I 
toutes sortes de livres curieux ! » 

Ces mots sont en français dans le texte. 

— Le Trésor des Almanachs, étrennes nationales, curieuses, 
nécessaires et instructives, nouvelle édition considérable- 



PETITS MÉTIERS ET CRIS DE PARIS 315 

ment augmentée pour Tannée 1786 (Louis XVI régnant). 
A Paris, chez CaiUeau, imprimeur-libraire, rue Gallante, 
n9 04 y avec approbalion et privilège du Roi. In-32. 

Douze vignettes, gravées sur bois, avec légendes et explications 
pour chaque mois. Avril, la foire aux jambons; Septembre, la parade 
des boulevards ; Décembre, les marchands de marrons et de saucis- 
sons au Palais-Royal. « On tire à Paris parti de tout. Un particu- 
lier s'est imaginé de faire un commerce de marrons et de saucis- 
sons de Lyon et, avec la permission du prince, il s*est établi à la 
porte du jardin du Palais-Royal où, depuis Thiver de 1784, il débite 
considérablement. » 

— Les Soirées de Célie, ou recueil de chansons en vaude- 
villes et ariettes, orné de jolies gravures. A Paris^ chez 
Jane l y successeur du s«" Jubert, rue S, Jacques, vis-à-vis les 
Malhurins. In-32. 

La deuxième figure représente un charlatan Mirlimimizacataca 
offrant sa marchandise aux passants attroupés. 

MIRLIMIMI ZACATACA 

Possesseur des eaux sans pareilles, 

Veut à vos yeux, à vos oreilles. 

Offrir ses cures et ccetera. 

Accourez à moi, jeunes filles, 

Pour conserver votre pudeur. 

Je vends un élixir flatteur 

Qui masque les secrets du cœur 

Et, en plus, cache aux amants les vétilles. 

Le monde n'a jamais manqué de charlatans, disait 
La Fontaine, livre vi, fable xix, et Florian, livre v, fable 
XVII, nous en fait un charmant tableau. 

Sur le Pont-Neuf, entouré de badauds 

Un charlatan criait à pleine tête : 

Venez, messieurs, accourez faire emplette 

Du grand remède à tous les maux. 

C'est une poudre admirable 

Qui donne de Tesprit aux sots. 

De Thonneur aux fripons, l'innocence aux coupables, 

Aux vieilles femmes des amants. 

Au vieillard amoureux une jeune maîtresse, 



316 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

Aux fous le prix de la sagesse, 
Et la science aux ignorants. 



Vite je m'approchai pour voir ce beau trésor, 
Celait un peu de poudre d*or. 

Le Ponl-Neuf élail généralement remplacement choisi 
par les charlatans pour y débiter leurs boniments cl, 
sous Louis XV, l'un d'eux élail parliculièrement connu. 
C'était le grand Thomas, empirique dont une estampe 
du temps nous donne le portrait sur un char très élevé 
au-dessus de la foule, dans un costume à grand effet, le 
chapeau tricorne orné d'un panache d'immenses plumés. 

— La Ravaudcusc. Estampe en couleurs gravée au pointillé, 
sans nom de dessinateur ni de graveur, à Paris, chez 
Boidard, m*^ d*cstampes, 8^f, rue St-Marliiiy 18 de hauteur 
sur 16 de largeur. 

Pour le sujet, jolie jeune feiniiie assise dans un cuvicr cl ravau- 
dant des bas; pour légende, le quatrain suivant : 

D'puis que chacun est remis à sa place 
On n'entend plus d'politiques débats. 
Chez soi chacun sait mieux c'qui s'passe 
Et moi j'ravaude mieux mes bas. 

Costume du commencement du premier Empire. 

— La Marchande de beurre, dessinée par Desrais, gravée par 
M'"« Monlalan. A Paris, chez Basset, m^ d'estampes, rue 
St-Jacqucs, m 6'i. 

— La Bouquetière, C. Dubrusse del. Augrand sculpt. A Paris 
chez Tessari et 0^\ quai des Augustins, /i" ^5. 

— La Ménagère. Soinard pinxit. P. Tassaert sculpt. 

Dans ces trois estampes gravées au pointillé 0, 3() sur 0, 20, les 
personnages sont à mi-corps. Elles n'ont pas de légendes, les deux 
premières ont été déposées à la nibliothêquc impériale. 

— Une Image oblongue intitulée ** Cris de Paris ". A Paris, chez 
Jean, rue St, Jean de Beauvais, m 10, 

Huit types coloriés, bien dessinés, commencement de l'Empire 



PETITS MÉTIERS ET CKIS DE PARIS 317 

Cerises à In livre, A la fraîche, qui veut boire ? Carpe laitéc, carpes 
Fromage de Marolles, Parapluie, parasol, Gâteaux de Nanterre, 
Ciseaux à repasser, A la barque. 

— Caricatures parisiennes. — Fabrique de Pellerin, imprimeur 
libraire, Épinal. 

Légendes en français et en allemand. Un feuillet faisant partie d'un 
album, dit de voyage, dont les figures sont imprimées au recto et au 
verso pour diminuer l'épaisseur de l'album. 40 types, vingt au recto 
et vingt au verso, dont vingt-trois des petits métiers et cris de 
Paris : L'arracheur de (/en/s, la grimacière, le marchand de coco, 
la dduscusc, lu tourneuse perpétuelle, le chien qui fde, le troubadour 
parisien, la jeune bouquetière, la crémière, le joueur d'orgue, le petit 
bateleur, les petites marionnettes, Paillasse, le chaudronnier, à la 
fraîche, qui veut boire? le marchand de marrons, le marchand d'ha- 
bits, Fanfan le batoniste, le marchand de saucisses, la marchande de 
plaisirs, le marchand de balais, la marchande de braudevin,Vécaillcre. 

Costumes de la Restauration. 

— Recueil de types des rues de Paris par Louis Boilly. Paris, 
lithographie de Delpech. S. d, In-4o. 

Suite complète de douze lithograpbies coloriées : la chiffonnière, 
les tailleurs de pierres, le mendiant, la vielleuse, etc. 

— Cbansons de P. J. de Béranger, anciennes, nouvelles et iné- 
dites, avec des vignettes de Deveria et des dessins colories 
d'Henri Monnier, suivies des procès intentés à Fauteur. 
J^aris, Baudouin fréreSy éditeurs, rue de Vaugirard, no 17, 
1828, 2 vol. in-8. 

— Vieux habits! vieux galons! ou réflexions morales et poli- 
tiques d'un marcband d'babits de la Capitale, 9ijrf 1814, 
avec un dessin d'Henri Monnier, litbo. rue Notre-Dame 
de la Victoire n»^ 16, coloriée. 

— A new picture of Paris : or tbe strangers guide to the 
Frencli metropolis. London, 1831. In-12, avec de nombreuses 

planclics. 

Dans ce volume, se trouvent 29 planches de costumes parisiens 
gravées et coloriées par Th. Landseer, 27 reproductions des figures 
des Cris de Paris de Joly (1814) et deux nouvelles, le marchand de 
fouets et le marchand de chiens sous le titre de : Costume of the lower 
orders in Paris. 



318 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

— Le Musée pour rire, dessins par tous les caricaturistes 
de Paris; texte par MM. Maurice Alhoy, Louis Huart et 
Ch. Philipon. PariSy chez Anbert, éditeur des Cent et an 
Robert Macaire, Galerie Yéro-Dodaty 18W, 3 voL in-4». 

Tome 11. — N» 70. L'Homme canard, dessin de Benjamin, texte de 
Louis Huart, très amusante physiologie avec légende placée sous la 
lithograpliie : « Voilà le grrrrrand arrêt de mort qui vient d'être 
rendu par la cour d'assises de la Seine en faveur d'un particulier 
bien connu dans Paris. Ça ne se vend qu'un sou. » 

Tome III. - N» 143. Le Marchand de cantiques, lithographie de 
Vernier, texte de M. Alhoy. — N" 144. La parade, dessin de Victor 
Adam, texte de Maurico Alhoy : « les derniers beaux jours de la 
parade se sont évanouis quand Hobèchc est rentré dans la vie pri- 
vée. Bobèche avait une verve, une originalité dont personne n'a 
pris la succession ; les habitués du boulevard du Temple se rappel- 
lent encore la parade de la carte du dincr : 

— Mon ami, disait le maître de maison à Bobèche, qui faisaitle cuisi- 
nier, combien as-tu dépensé pour le superbe diner que tu m'as fait 
hier. 

— Pas beaucoup, mon maître, voici le détail exact..., lisons 
ensemble la petite note... il tirait du dessous du théâtre une planche 
étroite qui avait onze pieds de long et il ajoutait : article premier... 
potage... neuf sous. 

— Comment pour onze personnes, neuf sous, c'est pour rien. 

— ... Je n'écorche jamais mes maîtres... continuons... poulet. 

— Oh il était bien beau, tu as du payer cela six francs ? 

— Fi donc, monsieur ! j'ai payé cet animal 22 sous tout plumé... 

— Bobèche, tu fais des extravagances, mon garçon, je parie que tu 
y mets du tien... par amour propre. 

— Non, monsieur, les poulets sont à bon compte. 

— Tu es un homme rare, Bobèche. [A part) : Je pleure d'émotion. 
Bobèche, on ne trouve pas ton pareil dans les fournitures, conti- 
nuons... 

— Salade... quinze cents francs. 

— Hein ? 

— Je vous dis, monsieur, salade... quinze cents francs... 

— ?^s-tu fou. Bobèche, mais à ce prix là, on aurait tous les potagers 
delà basse et haute Normandie, tu es un brigand^ un infâme... il y 
a pour 8 sous d'huile et de vinaigre. 

— Oui, monsieur, mais le sel est hors de prix, il n'y a plus qu'un 
boutiquier qui en vende. 

Ce trait faisait toujours battre des mains parce qu'il était une 
allusion à une disposition législative qui donnait le monopole du se 1 
au gouvernement 

— Paris au xix« siècle. Recueil de scènes de la vie pari- 
sienne dessinées d'après nature par Victor Adam, Gavami 



PETITS MÉTIERS ET CRIS DE PARIS 319 

Daumier, Bouchot, Bourdet, Cicéri, Pruche, Le Poitevin, 
Provost, Lorentz, Riga [sic) Célestin Nanteuil, Devéria, 
Traviés, etc., 48 dessins et 200 vignettes sur bois, avec un 
texte explicatif par Albéric Second, Burat de Gurgy, Jaime, 
Emile Pages, Roger de Beauvoir, etc. Paris, Bauger et Comp^^, 
16, rue du Croissant, hôtel Colbert, 1839. In-folio. 

A noter, parmi les 48 planches hors texte lithographiées : Le pâtis- 
sier à la mode; Le marchand de beignets, Les balayeurs, Le dégrais- 
seur, Le café en plein vent, Les chiffonniers, 

11 a été fait un nouveau tirage, chez les mêmes éditeurs, en 1841. 

— Chants et chansons populaires de la France. Première 
[deuxième et troisième] série 1843. H, L, Delloye, éditeur, 
librairie de Garnier frères, Palais-Royal, galerie vitrée 
péristyle Montpensier, 3 vol. gr. in-8o. 

Dans la première série, Tableau de Paris à cinq heures du matin, 
par Désaugiers, chanson précédée d'une notice par Ourry, membre 
du Caveau Moderne, musique de H. Colet et accompagnée de dessins 
de Trimolet, gravés par Nargeot et Torlet. 



De la Villette 
Dans sa charrette 
Suzon brouette 
Des fleurs sur le quai, 
Et de Vincenne 
Gros Pierre amène 
Des fruits que traine 
Un âne efflanqué. 



J'entends Javotte 
Portant sa hotte 
Crier : Carotte 
Panais et chou fleur ! 
Perçante et grêle 
Sa voix se mêle 
A la voix frélej 
Du noir ramoneur. 

- Les Petits Français. Paris, librairie pittoresque de la jeu- 
nesse, rue de Seine no 10. 1842. Pet. in-8o. 

Frontispice : Petits français peints par les grands. Vingt-trois 
grandes figures sur bois, vignettes dans le texte, joli volume très bien 



320 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

illustré, représentant les petits métiers des enfants de Paris et de la 
province (rare) : le Petit saltimbanque, le Ramoneur, le Petit indus^ 
triel, la Vielleuse, etc. 

Le texte est de MM°»«s Eugénie Foa, Th. Midy; de MM. A. Achard, 
J. Caboche Demerville, L. Couailliac, Félix Deriége. Jacquet 
Delahaye, Franz de Licnhart, Ch. Rouget. Les illustrations sont de 
Gavarni, Géniolc, nmile Wattier, Loubon, nmeric, Henry Monnier, 
H. Daumier, Célestin Nanteuil. 

— Physiologie des saltimbanques et du peuple. Paris, chez 
tous les libraires, 1845. In-12. 

— Un dessin de Bertall grave par Midlerigh pour illustrer 
les Guêpes d'Alphonse Karr, édition in-8" composée seule- 
ment de quelques numéros. 

1848 (demandeurs n» I). La Marchande des Quatre-Saisons, avec la 
légende suivante : Tiens ! eh bien moi aussi, j'vasy aller à c't'amour 
de gouvernement provisoire et je lui z'y demanderai qu'y ait huit 
saisons au lieu de quatre, liistoire de faire aller le commerce. 

— Les Petits Paris, par les auteurs des Mémoires de Bilbo- 
quet, 50 centimes. Paris, 1854 [et 1855], librairie d^ Alphonse 
Taride, galerie de VOdéon, 25 vol. in-18, couv. illustrée. 

N<' 8 : Paris Gagne-Petit — N" 16, Paris-Saltimbanque . D'après 
Barbier, les auteurs de ces petites études sont MM. Taxile Delord 
Arnould Frémy et Edmond Tcxier. 

— Paris en chansons, sous la direction de Conte, musique de 
MM.Anccssy aîné, A.Artus, Beck, Llaunet,Majelti,Peuchot, 
Sabardcill, Cassaing, Conte et autres, illustré de 14 gra- 
vures sur acier, ducs au burin et dessins de nos meilleurs 
artistes. Paris, P. H. Krabbe, libraire-éditeur ^ V2, rue de 
Savoie, 1855. Gr. in-8, couv. illustrée. 

A paru en 21 livraisons. La 19<^ livraison contient une chanson 
intitulée : Ferraille à vendre ! Chiffons ! accompagnée d'une planche 
hors texte de Traviès. 

— Paris et les Parisiens au xix^ siècle. Mœurs, arts et monu- 
ments. Texte par MM. Alexandre Dumas, Théophile Gautier, 
Arsène Houssaye, Paul de Musset, Louis Enault etdu Fayl. 
Illustrations par MM. Eugène Lami, Gavarni et Bouargue. 
Paris, Morizot, libraire-éditeur, rue Pavée-Saint- André, 3, 
1856. Gr. in-8, couv. illustrée. 

On trouve dans cet ouvrage : Marchande de bouquets, avec 



PETITS MÉTIERS ET CRIS DE PARIS 321 

pîanclie de Gavarni, gravée par Rouargue ; Marchande de pommes. 
Marchande de la halle, Marchand de cocOf avec planches du même, 
gravées par le même. 

— Les Oubl leurs d'autrefois. (Extrait du journal Le Courrier 
de Bourges). S. l. (Bourges, imprimerie veuve Ménagé, rue 
Paradis, 16), s. d. (1856). In-8. 

Signé, p. 16 : Hippolytc Boyer, 

— Les Petits métiers réunis. Image d'Épinal non coloriée de 
la fabrique de Pellerin S. d. (1860). 

Après avoir exercé successivement toutes les professions suivantes : 
1. Joueur d'orgue de Barbarie. 11. Fabricant de frites. 111. Rémouleur. 
IV. Merlan, ou si vous voulez, artiste capillaire. V. Scieur de bois. 
VI. Cireur de bottes. Vil. Aboyeur de journaux. VIII. Bijoutier sur 
le genou, vulgairement savetier. IX. Marchand de coco (chacune de 
ces professions représentée par un dessin caricatural) et s'être avisé 
qu'aucune, pratiquée séparément, ne nourrissait son homme; le père 
Kadlage-ujote s'est imaginé de réunir en une seule combinaison, la 
mise en œuvre de ces différentes industries. C'est ainsi que l'orgue, 
sans rien perdre de sa destination harmonique, est transformé en 
fourneau, avec adaptation de poulies et transmissions, sans parler des 
organes divers attachés à la personne de l'opérateur de façon que, 
tandis que rissolent les pommes de terre, que les ciseau.x et cou- 
teaux se repassent, que les cheveux tombent (et parfois les oreilles), 
les mélodies les plus suaves se font entendre, cependant qu'en outre 
les bottes se cirent, les souliers se clouent, les bûches se scient, le 
coco se distille, etc., etc. 

En somme, la réalisation du rêve industriel et commercial de notre 
temps : Maxiinnin de production et de vente, au minimum de frais 
généraux et de patentes. 

Le dessin central représente le père Kadlage-ujote dans l'exercice 
de ses neuf fonctions. 

— Paul Lacroix (bibliophile Jacob), xvii'ne siècle. Institutions, 
usages et costumes. France, 1590-1700. Ouvrage illustré de 
16 chromolithographies et de 300 gravures sur bois (dont 
20 tirées hors texte) d'après les monuments de Fart de 
l'époque. Paris, librairie de Firmin Didot & C>c, imprimeurs 
de iinstilutf rue Jacoby 56, 1880. In-4o, couv. illustrée. 

Contient les cris de la rue, reproductions d'estampes, d'après 
Lauron et Hoitard : Les chanteurs de chansons, couteaux et ciseaux 
ù moudrcy bon vinaigre, à ma bonne mère, chevaux pour les enfants, 
A mes bons biscuits d'Hollande, ayez souvenance de ^ pauvres pri' 
sonniers, couteaux, peignes, écritoires, vieilles ferrailles, le charla- 
tan, cire d'Espagne et oublies, aux allumettes, A mes beaux oiseaux 



322 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

qui chantent y le violon, acheter des trompettes de Verre, oaeê 
d'optique, maquereaux, quatre pour six sols. 

Après avoir fait des recherches avec M .Haffet.au Cabinet des estampes, 
et avec le très érudit libraire M. E. Rahir, il nous a été impossible 
de découvrir les noms de Lauron (1) et Boitard ni parmi des dessi- 
nateurs, ni parmi des graveurs. 

Il y a également dans le volume la marchande d'images faisant 
partie des types parisiens d'après Callot et le crieur public diaprés 
Humbelot. 

— Revue de l'exposition universelle de 1889. F. G. Dumas, 
directeur. L. de Fourcaud, rédacteur en chef. Paris, 
Motteroz , administrateur , librairie des imprimeries réunies, 
13, rue Bonaparte, Ludovic Baschet, éditeur, libraire d'art, 
12, rue de V Abbaye, 2 vol. gr. in-4. 

Splendide publication ornée de belles gravures, entr'autres des 
magnifiques bois d'Auguste Lepère qui peuvent se classer parmi 
les plus beaux de l'incomparable maître. 

Ce bel ouvrage se termine par un aperçu général de rexposition 
par L. de Fourcaud, avec les illustrations suivantes : 

Camelot autour du Champ-de-Mars : Achetez des tickets, achetez 
des coupons, dessin de J.-J. HafTuelIi. 

La marchande de billets de tombola : Je vends des billets de tom- 
bola, vingt mille à gagner. 

La marchande de médailles commémoratives : Achetez des mé- 
dailles commémorativcs de 89! 

La marchande de guides à Texposition : Achetez des guides à Vex- 
position, dessin d'Auguste Lepère. 

La marchande de vues : Achetez les principales vues de V exposi- 
tion. 

La marchande de tours Eiffel et le vendeur d'eau : Achetez la 
Tour Eiffel de poche! — A la fraîche! limonade à la glace! par 
J.-J. Haffaelli. 

— La Vie des boulevards. Madeleine-Bastille. Texte par 
Georges Montorgueil. 200 dessins en couleurs par Pierre 
Vidal. Paris y ancienne maison Quanti n, librairies-imprime- 
ries réunies, May et Motteroz, directeurs, 7, rue St-BenoU, 
1896. Gr. in-8o. 

100 exemplaires sur japon tirés pour L. Conquet. De la page 49 à 
la page 60, notice très humoristique sur le Camelot, avec onze illus- 
trations. 

(1) J'ai a])pris, depuis lors, que Lauron vivait au xvni* siècle, puisqu'en 
1731 il dessinait, d'après nature. 74 planches gravées par Savage pour les 
cris de Londres publiés chez U. Overton. 



PETITS MÉTIERS ET CRIS DE PARIS 323 

— La Parisienne peinte par elle-même. Vingt et une pointes 
sèches tirées hors texte et quarante-et-une compositions de 
Henry Somm. Paris, librairie Conquel, 5, rue Drouot, 1897 
Gr. in-8o. 

Texte par Georges Montorgueil. Page 175, La bonquetièrCy 1 planche 
hors texte, 1 vignette, 1 cul-de- lampe. 

« La bouquetière pour tant de fleurs, où n'est-elle pas ? elle s'in- 
sinue, errante, où Tamour met sans façon ses coudes sur la table et 
ses pieds sur les genoux. Elle court les bals et les cabarets de nuit, 
se poste aux angles des boulevards, se glisse dans la cohue des ter- 
rasses, se précipite aux portières, etc., etc. » 

— Paysages et Coins de rues, par Jean Richepin. Illustra- 
tions en couleurs dessinées et gravées sur bois par Auguste 
Lepère. Préface de Georges Vicaire. Paris, librairie de la 
Collection des dix, 10, rue de Condé, 10, 1900. In-8. 

A la page 131 : — Voilà Vrétameur ! « A la cantilène de l'ouvrier 
nomade, les ménagères quittent leur baquet et apportent des casse- 
roles, des cafetières, de vénérables Dubelloir ; il en a déjà sa 
charge, le chineur! car c'est un chineur celui-là. Non pas un de ces 
rétameurs qui raccolent des besognes pour un patron et qui tra- 
vaillent en boutique; mais un errant qui campe au fond de ce ter- 
rain vague, que vous voyez d'ici, après le tournant de la rue. 

« Fraisons comme les goussepains qui lui servent d'escorte ; sui- 
vons-le, il arrive, jette ses cuivraillcs jaunes à terre, allume son 
réchaud, compose lui-même son alliage^ y ajoute du soufre, de Tétain, 
souffle les charbons. Un cercle de marmots l'admire. 11 chante une 
chauson de son pa^'s et songe au jour où il retournera se payer un 
lopin de bien avec une vigne au soleil, après avoir si longtemps 
rafistolé les vieilles casseroles, après avoir crié si longtemps par les 
rues : Voilà l'rétameur ! 

— L'Exposition de Paris 1900, publiée avec la collaboration 
d'écrivains spéciaux et des meilleurs artistes. — Paris, 
librairie illustrée, Montgredien et C»*", éditeurs, 8, rue 
Sl-Joseph. 3 vol. in-folio en six parties, couverture illus- 
trée. 

Dans la 5* partie commençant le 3 vol., p. 73, il y a un article de 
Edgar Troimaux, intitulé : Les camelots de V exposition, m^^ de tic- 
kets, de plans, de guides, de journaux, etc.^ etc. 

L'exposition n'a pas créé les camelots nouveaux, mais elle a ouvert 
aux anciens une nouvelle branche de commerce : Qui n'a pas son 
entrée? Qui n'a pas son ticket? 0,65 aujourd'hui, etc., etc. 

Cet article est illustré des sept compositions suivantes de P. KaufT- 
mann : 



324 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

Les camelots de TExposition sous les arjbres des Champs-Elysées, 
aux environs de la Porte Monumentale, — Le marché des tickets 
devant la Bourse. — A posé le père éternel dans les ateliers de ptin^ 
turc, — Le plan officiel de V Exposition : demandez le plan de Paris 
et la collection des monuments. — Le négociateur de tickets. — Un 
tout petit marchand de cartes postales illustrées. 

— Figaro illustré, juin 1905, 23c année, n» 183. 

Dans a La réclame, son présent, son passée son avenir » se trouvent 
comme illustrations des reproductions des cris de Paris (1819) tirée» 
du Cabinet des estampes : parapluies, marchand d'habits, la fleuriste, 
vieux chiffons, marchand d'encre ; d'autres du recueil de TArsenal : 
argent mi duict, gaigne petit, qui veut du bon lai ? beaux ABC, 
belles heures : ma belle poirée, mes beaux épinars et le chapitre 
<( publicité de rannoncc orale » est orné de cris de Paris par Martinet 
(Joly) le marchand de chansons, tireuse de cartes, tondeur de chiens, 
marchand d'allumettes, marchand de tisonne, marchande de papiers 
peints. 

-— Les Lectures pour tous, Paris, Hachette, 79, boulevard 
Saint-Germain, numéro de Noël 1905. 

Article des plus intéressants — De chaque pavé sort un camelot f 
avec 16 illustrations d'après les clichés photo-argus, la dégraisseuse, 
le marchand de pâtes à rasoirs sans rivale «je ne la vends pas, je la 
donne !» le dessinateur en plein vent, la meilleure des pâtes dentifrices 
etc., etc. 

L'auteur passe successivement en revue les différents types du 
camelot, celui du «papelard» (journaux), le goua/eur (complaintes), 
le chineur (marchandises défraîchies), le prostijatcur qui loue à 
la journée une boutique vacante ou opère en plein air avec boniment 
pour allumer les acheteurs, faire le piostige suppose qu'on a la 
langue bien pendue et tout un répertoire de lazzis, le baveux (savoir 
dégraisser), enfin le simple camelot qui vend les nouveautés du jour 
de Tan ; il a vendu, cette année, le nid d'oiseaux, le cambrioleur 
malheureux, la boule mystérieuse, \sl jolie nageuse miss Kellermann, 
etc. 

Quelles surprises nous ménagera Tannée 1906? 

Le camelot est entre dans nos mœurs ; il n'est pas 
simple légion, il est toute une armée (il a été reçu à la 
Préfecture de police, en 1905, 121.500 inscriptions). Son 
existence fait désormais partie de la vie de nos rues et 
constitue un des plus curieux chapitres de Paris 
moderne. 

Parmi les chevaliers du Papelard^ il y en a qui s'égo- 



PETITS MÉTIERS ET CRIS ÉTRANGERS 325 

sillent à crier le « Complet des courses » ; puis-je à ceux 
qui voudront bien lire ce travail, annoncer le « Com- 
plet des cris de Paris »? je ne le crois pas ; je crains; 
hélas ! le contraire, et pour confirmer ce doute voici 
le n» 7 de la huitième année de ces mêmes Lectures pour 
tous, dans lequel je trouve la petite marchande de vior 
letteSy figure en couleurs, composition de Georges Scott, 
illustrant une charmante poésie de Jean Richepin, dont 
la dernière strophe est celle-ci : 

Fleurissez-vous, les beaux messieurs I 
Mes bouquets sont couleur des cicux. 
Mesdames, levez vos voilettes, 
Fleurez-moi çà, comme c'est doux ! 
Fleurez-moi ça, fleurissez vous. 
Achetez mes belles violettes. 



PETITS MÉTIERS ET CRIS ÉTRANGERS 



Loin de moi la pensée d'énumérer complètement les 
cris et petits métiers publiés à l'étranger ; mais en don- 
nant quelques titres des livres illustrés relatifs au sujet 
qui nous occupe, livres similaires à peu, de choses près, 
à ceux que Ton imprimait en France, j'aurai constaté 
qu'à toutes les époques et dans tous les pays, écrivains 
et artistes étaient séduits par le côté pittoresque des 
marchands ambulants, leur façon d'olTrir aux passants 
les objets de leur petit commerce et voulaient trans- 
mettre aux générations futures leurs études prises sur le 
bas peuple, 

« Les cris de chaque ville ont leur caractère propre et 

22 



326 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

sont Texpression fidèle de sa vie. Non seulement par 
leur nombre et leur variété, ils donnent approximative* 
ment la mesure de son importance et de ses ressources, 
mais encore ils fournissent des détails précieux sur son 
système d'alimentation quotidienne, sur la nature des 
produits de son territoire, ainsi que sur les mœurs, les 
usages et la langue des habitants. » 

Voilà ce qu'écrivait Georges Kastner au chapitre VII 
de son très remarquable ouvrage Les Voix de Paris. 

Ceux qui seraient désireux de faire la comparaison 
des cris de Paris avec les cris de l'étranger trouveront à 
satisfaire leur curiosité dans les recueils suivants : 

CRIS DE LONDRES 

— The Cryes of the city of London. — Les cris de la ville de 
Londres. Dessîgnez après la nature. London, H. Overton^ 
1731. In 40. 

Suite complète de 74 planches dessinées par M. Lauron et gravées 
par Savage. Ces planclies par leur exécution rappellent celles des 
Bonnart et des Saint-Jean. 

— Douze des cris de Londres, dessignez d'après nature et 
gravez à Teau forte par Paul Sandby. Londres, F. Viuarez, 
1760. In-40. 

— The Cries of London as Ihay are daily cxhibited in the 
streets; with an epigram in verse, adapted to each, embel- 
lishcd with sixty-two élégants cuts, to which is added, a 
description of the metropolis in verse. London, printed for 
F. Neivberg al the corner of Saint-Paul Church-yard, 1775. 
In-32 (price six pence). 

Les figures sont gravées sur bois. 

— Crics of London, by T. Wheatly. London, s. d. (vers 17U5), 
In-folio. 

Suite de douze planches dessinées par Wheally, gravées par A. Bo- 
nato et A. Gabrielli. 



PETITS MÉTIERS ET CRIS ÉTRANGERS 327 

— Les Cris de Londres, par M. Thomas Smith. London, 1819. 
In-4o. 

Vingt-cinq planches gravées à l'eau forte et coloriées représentant 
les petits métiers de Londres. 

— Costume of the lower orders of Ihe metropolis. 

Vingt-quatre planches coloriées, gravées par Landscer, format in-12, 
représentant les petits métiers de Londres. Cette suite a été publiée 
dans un volume intitulé ; Leigh's new picture of London ; or a wicw 
of the political, religious, médical, litterary, municipal, commercial 
and moral state of the bristish metropolis, London, 1819. 

— London cries : wilh six charming children printed direct 
from slippled plates in the Bartolozzi style, and about 
40 other illustrations including 10 of Rowlandson's humo- 
rous subjects; examples by b.Cruikskank, J.Crowhall, etc. 
The text by Andrew W. Tuer. London, s. d. (vers 1880). 
rn-4o. 

Nombreuses illustrations en noir et en couleur. Tiré à deux cent 
cinquante exemplaires. 

CRIS D'ITALIE 

— Le Arli che vanno per via nella citta di Vcnczia inventate, 
ed incise da Gaetano Zompini. Venezia, 1785. In-folio. 

Curieuse suite comprenant un titre, un frontispice et 60 planches 
gravées en taille-douce des cris des marchands de Venise. 

— Costumes napolitains. S. /. n. d. (Naples. Lilh. Pergola 
vers 1825). In-4o. 

Six planches, lithographiées et coloriées par Aveta, de petits mar- 
chands ambulants, de Naples. 

-^ Petits métiers de Naples. S. /. (lith. Cuciniello et Blan- 
chi, s. d. (vers 1830). ln-4o. 

Douze lithographies coloriées. 

CRIS DE VIENNE 

— Cris de Vienne. — Etudes prises dans le bas peuple et 
principalement les cris de Vienne. 5./., 1775. In-fol. 

Titre et 40 planches numérotées, dessinées par L. Brand, gravées 
àTeau forte et coloriées par Panheimer, Feigel, L. Brand, Mansfeld, 
etc. 



328 BULLETIN DU lilBLIOPHILK 

CRIS DE RUSSIE 

— Russiaii cries in correct portraiture from dravvings donc 
onthc sport, by G. Orlowski. London, Edward Orme^ 1809*' 
Ia-4«. 

Titre et neuf planches coloriées. 

— Collection de cris et costumes de St-Pétersboui^, dessinés 
d'après nature par divers artistes. S^-Pétershourg, Alex. 
Plucharty 1823. In-4". 

Suite complète comprenant un titre et 16 planches lithographiées 
par Kolomann et autres artistes. 

PETITS MÉTIERS D'ALLEMAGNE 

— Der Ausruf in Hamburg vorgestcllt in ein hunderi und 
zwanzig coloriten blàttcrn gezeïchnet radirt und geiizt von 
professor Suhr. Hanibui'Qy 1808. Pet.-in-8o. 

Titre gravé et 120 planches coloriées des différents petits métiei*s 
et marchands des rues de Hambourg. 

— Costumes de Berlin. S. /. /i. rf. (vers 1825). In-4'>. 

24 planches coloriées, dessinées par W. Henschel et gravées par 
F. Henschel, représentant les costumes des petits marchands àc 
Berlin. 

Cette nomenclature n*est pas longue, il est vrai. 
Cependant après avoir feuilleté cette quinzaine d'ouvra- 
ges, Ton aura pu se faire une idée des habitudes de la • 
vie commerciale ambulante, selon les mœurs et les 
ressources de chaque pays. 

V»** de Savigny de Moncorps. 



LE R. P. HENRI CHÉROT 

DE LA COMPAGNIE DE JÉSUS 



(1856-1906) 



ESSAI BIBLIOGRAPHIQUE 



La vie, trop courte^ bien que si pleine, du R. P. Henri 
Chérot, mort le 23 juin dernier, âgé de cinquante ans, 
se confond avec ses nombreux écrits. Rien ne peut 
mieux honorer sa mémoire qu'une bibliographie exacte, 
et, s il est possible, complète, des œuvres multiples 
qu'il a produites ou préparées. 

Né le 4 février 1856, à Sens, brillant élève des Jésuites 
de Dole, il entra au noviciat de la Compagnie de Jésus de 
la province de Champagne, à Saint-Acheul, le 14 octobre 
1875 . De bonne heure il fut appliqué à écrire ; c'était vrai- 
ment sa vocation, et dès son premier ouvrage, sur le P. 
Le Moyne, paru en 1887, mais préparé par de longues an- 
nées de recherches consciencieuses et fécondes, il péné- 
tra dans le domaine de l'histoire et de rénidilion pour 
s'y établir en maître. 

Sur ce terrain, il avait de qui tenir, et son tempéra- 
ment d*érudit hors ligne, comme aussi son goût pour les 
choses militaires et les « figures de soldats » s'explique 
par l'histoire même de sa famille. Si de son père il 



330 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

reçut un nom connu et estimé dans la ville de Sens» il 
descendait par sa mère d'une des plus anciennes maisons 
de la noblesse tonnerroîse (1). Ses ancêtres s'y distin- 
guèrent au Parlement dès le seizième siècle. Au dix- 
septième, à cette illustration s'ajouta la noblesse mili- 
taire. 

« Trois générations se succédèrent dans la carrière 
des armes, et leurs représenlants méritèrent la croix de 
Saint-Louis : Louis Le Maislre lieutenant du Grand- 
Maître de Tartillerle de Phalsbourg, né en 1652, mort 
en 1730 ; Louis Alexandre, écuyer, commissaire provin- 
cial de l'artillerie, officier commensal de la maison du 
Roi, né en 1695, mort en 1782 ; Adrien Charles-Louis- 
Alexandre, né à Tonnerre, en 1753, capitaine-comman- 
dant de rarlilleric et du génie, mort en 1824, qui avait 
fait toutes les campagnes de la guerre d'Amérique. » Trois 
autres générations devaient imiter ces nobles exemples. 

Henri Chérot tenait de son aïeul, Edme Louis Le 
Maistre, sa passion du travail et de sa vocation pour les 
recherches historiques ; on peut dire de lui ce qu'il 
écrivait ici-même du P. Carlos Sommervogel : « II 
naquit bibliographe (1). « Son grand père avait défriché 
tout le pays tonnerrois, l'avait sillonné en tous sens. 
a II le connaissait à fond, dit un de nos biographes, et 
mettait à jour depuis longtemps chaque année quelque 
fruit de ses recherches qui semblaient devoir être iné- 

(1) Nous lisons dans la Notice biographique sur M. Le Maistre, par 
Max Quantin. Auxerre, impr. de Gustave Perriquet, 1872, in-8, 15 p. 
{Extrait de l'Annuaire de V Yonne, 1871-1872) : « H appartenait à l'une 
des plus anciennes familles du Tonnerrois, dont les fonctions dans 
la magistrature remontent au xvp siècle. On en voit figurer les 
membres dans les registres paroissiaux et dans ceux du tabellion- 
nage de la ville de Tonnerre, avec les titres de nobles et de seigneurs 
du Breuil, de Millery, Luzarclie, Varenne, Merey-lc-Serveux, etc. ». 
VoirAlbrier, Revue de Bourgogne, 1870. Notice sur M. Le Nfaistre. • 

(1) Bulletin du Bibliophile, 15 Juin 1902, p. 263. 



LE R. P. HENRI GHÉROT 331 

puisables(l)».Le P.Chérotfitdemémepourle xvii^siècle» 
mais il y joignit des études de tout genre, sans renoncer 
jamais à ses sujets de prédilection. 

Retracer cette carrière de « publiciste » (2), qu'est-ce 
autre chose qu'énumérer et même chiffrer avec préci- 
sion, au risque d'oublier encore mainte plaquette rare, 
la longue liste de ses travaux ? Il n'est aucun hommage 
mieux mérité par ce travailleur sans reproche, sans autre 
reproche du moins que son acharnement à sa besogne 
d'écrivain, qui la fait s'user trop vite. Tous ceux qui l'ont 
connu déplorent cette mort précoce, car à qui ne s'est-il 
point montré serviable?Nul ne l'a pratiqué sans éprouver 
le charme de son commerce, la sûreté de ses informations, 
son ardeur à la recherchedu vrai, et la largeur d'esprit, la 
loyauté simple et franche qui lui faisait abandonner sans 
arrière-pensée les thèses les plus chères, les positions 
historiques les plus laborieusement conquises, dès qu'un 
fait nettement montré, un document authentique lui 
était opposé. Plus que personne au monde, on me per- 
mettra de le rappeler ici, je perds, par son brusque 
départ, une collaboration véritablement fraternelle et 
dévouée, sûre et informée s'il en fut, et l'œuvre à laquelle 

(1) Max Quantin, 1. c. p. 3. Cf. p. 13-15 le long catalogue des 
Notices, Mémoires^ etc. publiés par M. Le Maistre. Cette bibliogra- 
phie mérite d'être signalée aux lecteurs du Btilletin, A remarquer 
parmi les biographies : Rodolphe Le Maistre, ta vie et ses ctupres^ 
dans la Revue de Bourgogne, 1858. 

(2) C'était le libellé de ses cartes de visite. Vabbé Henri Chérot^ 
publiciste, ou encore : Vabbé Henri Chirot, rédacteur aux Études et à 
la Revue Bourdaloue, Mais en observant scrupulensemeot les pré- 
cautions légales qui lui refusaient de porter son ancien titre, Il tenait, 
avec le P. Dcsbillons, dont il rappela Jadis ce trait : « qu'aucune 
puissance au monde ne pouvait rempêcher d*être religieux... par un 
dévouement et des oratiques dont lui restait le maître » et plus heu- 
reux que cet « ancêtre » il n*avait pas à ajouter que le pape* comme 
avait fait le bref de 1773, eût annulé ses vœux solennels. 

(Voir son compte rendu du livre de Pierre Dubois : teP.Desbaions^ 
1887. Précis /ifsfon^ues Juin 1888, p. 284. Cf. plus bas, n* 13). 



332 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

il m'avait initié et amené, pour ainsi dire malgré moi Cl), 
avait en lui — la liste de ses travaux en témoignera — 
un de ses appuis les plus fermes. Nul n'aura de peine à 
partager mes regrets des nombreux amis auxquels il a 
libéralement accordé même assistance. 

Le P. Chérot s'est, à la lettre, prodigué à tous ceux qui 
recouraient à lui . Un étranger, de passage à Paris, au 
temps où il habitait à la rédaction des Etudes, rue Mon- 
sieur, — vers l'année 1897 — traduisait un jour devant moi 
son impression : « On dirait, répétait-il, que ce Père a 
l'ait le vœu supplémentaire d'obliger tout le monde. » 
Et de fait il ne refusait à personne ce dont il était à 
bon droit le plus avare, son temps, la seule chose dont 
il fut ménager à l'excès, car pour sa peine, il ne 
l'épargnait point et ne se ménageait guère (2). 

11 est mort les armes à la main, car à la veille de ce 
désastreux voyage au terme duquel il croyait trouver 
<lans un sanatorium du Valais (à Montana, près Sierre) 
un soulagement à l'oppression dont il souffrait depuis 
un mois, il envoyait à la Revue des Facultés de VOuest, 

(1) J'ai dit ailleurs Hist. crit. de la Prédication de Bourdaloue^ 
p. XX et 1613, comment il dut, avec l'aide du P. de La Broise, me for- 
cer la main pour m'amencr ù choisir ce sujet que je croyais cpaisé 
par la thèse de A.Feuj^crcet le livre du V, Lauras. Sa collaboration 
y paraît à chaque page. 

(2) (^est ce qu'a fort bien dit Tauteur de la notice nécrologique, 
expressive dans sa brièveté, qui, parue dans La Bourgogne et VÉcho 
du Tonnerrois, figure aussi dans la Semaine religieuse du diocèse de 
Sens et Auxerre (7 juillet 1906. p. 513-514). Klle peint à merveille 
r« historien distingué >-, le *■ ti*availleur » et le « chercheur infati- 
gable » dont elle indique sommairement les principales œuvres, 
mais elle ajoute avec plus de bonheur encore : «A une vaste érudi- 
tion, il alliait une grande bonté de cœur, une âme d'une vaillance 
peu commune et un dévouement sans limite. Tous ceux qui ront 
connu Tont estimé et aimé ; il avait une place privilégiée dans le 
cœur de ses nombreux amis. » (L. c. p. 51.')). Voir aussi Tarticle delà 
Kédaction des Études, 5 juillet 1906, p. 6, les articles du SouoelUste 
de la Somme, 9 et 10 Juillet 1906, de la lVri7é française 10 Août 1906, 
et le w* du mois d'Août de O Salutaris hostia. 



LE R. P. HENRI CHÉROT 333 

son dernier article, un compte-rendu du livre du P. David 
sur les Carmélites de Compiègne. C'était comme l'écri- 
vait un de ses amis, un « bon ouvrier », et il a travaillé 
jusqu'à la fin. Le monde de Térudition ne peut que 

regretter en lui un de ses meilleurs représentants. 
Au Bulletin du Bibliophile^ où il avait sa place depuis 

nombre d'années, il laissera de vifs regrets. Ami des 

livres et bibliographe expert (1), comme en témoignent 

les pages qu'il a publiées ici-même, il méritait que 

sa mémoire y fut conservée. 

Pour dresser la liste de ses écrits, j'ai eu la bonne for- 
tune de rencontrer, grâce à l'entremise de M. Ch. Geof- 
froy de Grandmaison et à l'obligeance de M. Lebrethon, 
les épreuves du tome xxvii du catalogue de la Biblio- 
thèque nationale, actuellement sous presse, où son nom 
doit figurer. Il me sera donc possible d'après cette liste, 
qu'il avait revue près de quinze jours avant son départ 
de Paris, d'indiquer ici les cotes exactes de ses ouvrages. 
Plus d'une plaquette aujourd'hui épuisée manque à 
celle collection, divers ouvrages, antérieurs à son arri- 
vée à Paris, et imprimés en Belgique n'ayant pas été 
déposés à la Bibliothèque nationale. Presque tous, il 
est vrai, sont des tirages à part des Précis historiques de 
Bruxelles, et j'aurai soin, à cause de cela d'en indiquer 
la référence. 

Dans celte énumération des travaux du P. Chérot, il 
faudra nécessairement omettre les articles de pure biblio- 
graphie, en nombre considérable. Toutefois je ferai plu- 
sieurs exceptions, non seulement pour des Mélanges et 
Variétés, publiés à l'occasion de quelque ouvrage parti- 



(1) On peut lui appliquer à lui-même le mot qu'il écrivait en 1962 
du P. Sommcrvogel dans son article nécrologique : « Une fois dans 
les bouquins, il était chez lui ». Bulletin, 15 juin 1902, p. 266. 



334 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

culier, et confinant, par suite, à Tarticlc de fond, mais 
même en faveur de certains comptes-rendus plus impor- 
tants, ceux surtout qui se rapportent au xvii® siècle, son 
domaine véritable, dans lesquels il a eu l'occasion de 
rectifier ou de compléter des travaux de valeur. 

Un « éloge » du P. Chérot est superflu, et pour esquis- 
ser son portrait, nous n'aurons souvent, de tel de ses 
articles, où il décrit à merveille, parce qu'il les comprend, 
la conscience et la patience des historiens analysés par 
lui, qu'à détacher les propres phrases qu'il consacrait à 
leur louange. Il s'est, à plus d'une reprise, véritablement 
dépeint lui-même, et l'application en semblera évidente, 
nous fournissant l'avantage de lui attribuer ses 
« silhouettes d'érudit » et de le faire reconnaître dans ses 
propres œuvres. Ce sera la raison de divers extraits 
typiques que nous ferons de plusieurs de ses articles (1). 

Nous délacherons aussi, pour la même raison, ce qui 
dans SCS divers écrits révèle le mieux le bibliophile 
qu'était le P. Chérot et ces extraits ne seront pas dépla- 
cés dans le Bulletin dont il était le lecteur assidu et le 
collaborateur apprécié (2). 

L'ordre chronologique de publication sera strictement 



(1) C'est ainsi qu'on lui peut retourner Téloge (fu'il décerne, dans 
la notice déjà citée à propos de l'auteur d'un catalogue loue par le 
P. Sommcrvogel : u Tout ce qu'il dit de son ami est applicable 
d'abord à lui-même. Ce bibliographe qu'il a dépeint tel qu'un anato- 
miste devant un cadavre « le scalpel à la main, l'œil à la loupe », dis- 
séquant littéralement volume ou brochure, ne laissant rien échapper, 
frontispice, table, errata, pagination, marques d'imprimeur, erreurs 
typographiques, privilèges, approbations, planches, s'acharnant aux 
pseudonymes, aux anonymes, c'est bien lui. L'exactitude qu'il appe- 
lait, après le libraire Merlin, u la conscience du bibliographe» fut sa 
vertu dominante». Bulletin, 1. c. p. 2(>6. — Impossible de mieux décrire 
ce que fut notre ami. C'est bien là « le P. Chérot peint par lui-même » 
et s'il sentit si vivement ses mérites, c'est que tout son être vibrait 
à l'unisson de ce portrait vivant d'un bibliographe. 

(2) Voir plus bas, par exemple, le n<> 3(), article des ÉtudeSyZl mars 
1891 . 



LE R. P. HENRI CHÉROT 335 

suivi dans cette Bibliographie, les « livres ï et tirés k 
part, y étant imprimés en caractère spécial (1). Des listes 
supplémentaires renvoyant aux numéros de cette énu- 
mération permettront de grouper les articles parus dans 
les diverses Revues auxquelles le fécond écrivain a si 
vaillamment collaboré. Du 16 avril 1882, date de son pre- 
mier article connu, au 20 juillet 1906 (puisqu'un article 
(( posthume » a paru ce jour-là dans les Etudes)^ nous' 
espérons n'omettre que les « comptes-rendus » de détail, 
volontairement laissés dans l'ombre, et qu'un renvoi 
général à la Table des Recueils où ils ont figuré permet- 
tra de retrouver au besoin. 

1. — Dans : Le Propagateur du Nord et du Pas-de-Calais y 
n*' du dimanche 16 avril 1882. La Gravure sur cristal, 

iWt article très court et sans signature, publié par le P. Chérot 
qui préparait alors sa Liccncc-ês-Lcttres à la P'aculté catholique 
de Lille, n'offrirait que l'intérêt d'un « début ». W faillit de plus 
entranicr des conséquences désastreuses pour l'artiste qu'il re- 
commaiulait. Kcrit à propos d'une exposition au Palais Rameau, 
en faveur de la maison .1. \'essiére aîné, graveur sur cristal à 
Haccarat, il émut à tel point les administrateurs de Haccarat 
qu'ils menaçaient de refuser désormais le cristal brut, et de rui- 
ner ainsi l'industrie du pauvre artiste trop loué à leur gré. Une 
rectification qui le dégageait, parut le 25 mai suivant dans le 
même journal. 

2 — Dans : Bibliographie catholique, novembre 1884, p.378- 
381. (Bibl. nat. SoQ 130.)(:ompte-rendudu livre de V. Four- 
nel : De Malherbe à Bossuet (sous le pseudonyme ana- 
gramme : B. Rochcl). 

A noter, pour les réserves très nettes faites à propos du Port- 
Hoyal de Saintc-Heuve, dont le nom « en imposera encore long- 
temps ». (p. 380). 

Les travaux sur le Jansénisme auxquels en cette dernière 
année de sa vie s'appliquait le P. Chérot, roccupaient dès lors 
pour la préparation de sa thèse sur le P. Le Moyne, et attirèrent tou- 
jours son attention. 



(1) Les ouvrages propremcnts dits sont imprimes en petites capi- 
tales, les tirages à part en égyptiennes^ les articles de revue en ità.- 
liqtics, les simples comptes-rendus étant précédés d'un astérisque.' 



336 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

3. — Les plus petits au plus grand. Chansonnette en 10 stro- 
phes (sur le plan du Napoléon de Déranger : Vous Vouez 
connu, grand^mcre), Pour le Jubilé sacerdotal du R.P.Adol- 
phe Pillon célébré à Lille, le dimanche 28 décembre 1884. 
Lille. Lefort. 1885, p. 26-29. 

Les pièces de circonstances étaient un des triomphes du P. Ché- 
rot, excellent versificateur, plein d'humour et d'esprit, « ami de la 
rime opulente •>, d'où il tirait souvent de très heureux effets (1). 

4. — Lettre à un scolastique de Jersey, dans Lettres de Jersey, 

t. IV, 1885, p. 239-45, Gemert, 20 avril 1885. 

Récit d'une translation de reliques, envoj'ées de Saint-Acheul 
au noviciat de Gemert (Hollande). 

5. — ALLOCUTIONS POUR LA 1>RISE d'HABIT AU CAllMEL DE 
SAJNT-GERMAIN-EN-LAYK DE MADEMOISELLE LOUISE CHÉROT, 
EN RELIGION SG2UR JOSEPH-THÉRÈSE- MARIE DE JÉSUS, le 16 

février 1888. Sens, imprimerie de Ch. Duchemin, 1887, 
in-16, 44 p. (par le P. FL Chérot, S. J., p. 1-33 et M. Fabbé 
Km. Olivier, p. 37-44). (Ln 27 52195). 

(Ne figure pas au Journal de la Librairie), 

6. — Dans : Bibliographie catholique, août 1887, Variétés^ 
p. 134-145, (8« Q 130). Un Jésuite homme de lettres aux dix- 
sep tié me siècle, 

A propos de la thèse de George Doncieux. (Paris, Hachette, 
1886) (2), le P. Chérot, ami et ancien condisciple de Tauteur 
auquel il n'a survécu que de deux ans à peine, raconte la soute- 
nance du vendredi 17 juin. 

Recueillons dans ce sj^mpathique compte-rendu un éloge où le 
P. Chérot, comme il arrive parfois aux critiques, s'est dépeint 
lui-même, et dont on peut se servir pour le louer de maint de ses 
ouvrages sur le grand siècle : u M. Doncieux sVst afTectionué à 
son personnage ; il s'est identifié avec lui ; il Ta fait sien, il a 
vécu en esprit dans son milieu, et dans cette fréquentatio» 
intellectuelle de ses idées et de son temps, il a trouvé le secret 
<le le comprendre et de le faire comprendre. Cela n'est pas si 
aisé, et ceux qui cherchent à recomposer pièce par pièce la phy- 
sionomie d'un de ces oubliés d'il y a seulement deux cents ans^ 



(1) La notice déjà citée des Études, Juillet 190G, p. 5, signalait à 
bon droit ce détail. 

(2) Un compte-rendu sans signature du même ouvrage parut auMl 
dans les Précis historiques du mois d'octobre 1887, p. 473-474. 



LE R. P. HENRI CHÉROT 337 

savent à quelle minutie de recherche il faut descendre, quels tré- 
sors de patience et d'investigation doivent être dépensés souvent 
en pure perte » (p. 135). 

7. — ÉTUDE SUR LA VIE ET LES ŒUVRES DU P. LE MOYNE 

(1602-1671) par H. Chérot, Liccncié-ès-Lettres. Thèse pour le 
Doctorat, préscLitée à la Faculté des Lettres de Besançon. 
In-8 de 501 p. 

A la page 501, se lit V Imprimatur : Vu et lu, à Besançon, le 21 juin 
188G, par le Doyen de la Faculté des Lettres H. Tivier. Vu et per- 
mis d'imprimer. Le Recteur de l'Académie de Besançon 
D' L. Micc. 

Peu d'exemplaires, qui sont aujourd'hui des raretés bibliogra- 
phiques, portent ce titre. La thèse n'ayant pas été soutenue, par 
suite d'une de ces iniquités sournoises dont il serait bon de 
publier l'histoire — j'en ai sous les yeux les éléments authen- 
tiques dans une correspondance des plus suggestives, — l'ou- 
vrage fut mis en vente sous le millésime 1887, certainement après 
le 27 juillet. Le Journal de La Librairie ne le signale qu'au 27 avril 
1889, n« 4493. 

8. — ÉTUDES SUR LA VIE ET LES ŒUVRES DU P. LE MOYNK 

(1602-1671), par H. Chérot, S. J. In-8, 569 p. Chartres, impr. 
Durand. Paris, librairie Picard, 1887. (2 ex. à la Bibl. nat. 
Ln 27 83563 et 52170). 

Le remarquable essai bibliographique sur les ouvrages impri- 
més et manuscrits du P. Le Moyne, qui va de la page 503 à la 
p. 547 mérite d'être signalé aux Bibliophiles ; il pourrait êti*c 
édité à nouveau, avec des enrichissements d'un tiers environ, qui 
prouvent avec quelle conscience l'auteur suivait son ouvrage. 
L'exemplaire interfolié qu'il a tenu à jour suppose une véritable 
refonte de tout l'ouvrage. 

9. — Dans : Revue mensuelle du Cœur de Marie (du P. Petita- 
lot. de la Société de Marie), octobre 1887, p. 248-255 (t. iv). 
D 80719. 

La Légende de Notre-Dame de Boulogne (poésie). 
Ibid.. octobre 1888, p. 238-243 (suite) (t. v), cf. N» 14. 

10.— Dans : Études, 15 mars 1888. (Bibl . nat.D33939). ^Documents 
inédits sur Vhistoire de France. — Lettres de Peiresc aux 
frères Dupuis, publiées par Ph. Tamizey de Larrogue 
<p. 470-471^ 

Ce n'est qu'un compte-rendu; mais c'est le premier article signé 
du P. Cliérot dans les Études^ à la rédaction desquelles il n*ap- 



338 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

partint qu'à ]a fin de 1890. Il marque en outre les débuts dHine 
série d'études sur cet crudit dont le P. Chérot devait tracer le 
portrait en 1898, et en attendant, analyser tant de plaquettes. 
Voir plus bas n<^ 31. En outre il eut le mérite de soulever un 
doute» puis de faire effacer les notes des pages 141 et 812, relatives 
à Saint- Amant, qui n'était nullement le « poète », mais Cliarles 
de iMonchal, abbéde Saint-Amand ; c{. Lettres de Peiresc, t, ii. 
p. 672, n. 4, où Tamizey de Larroquc fait hommage au P. Chérot 
de cette rectification. 

11. — ALLOCUTION POUR LA PROFESSION AU CARMEL DE SAINT- 
GERMAIN-EN-LAYE DE MADEMOISELLE LOUISE CHÉROT EN 
RELIGION SŒUR JOSEPH-THÉRÈSE MARIE DE JÉSUS, prOflOncéC, 

par le P. H. Chérot, S. J. le 4 avril 1888. Chartres, impri- 
merie Durand, 1888, 12^ 21 p. Ln 27 38222. 

12. — Dans : Les Précis historiques, juin 1888, p. 281-5. Varié- 
tés littéraires. Le P,Dcsbillons, (A propos du livre de Pierre 
Dubois. Bourges, 1887). (8" Z 10.415.) 

13. — Ibid. juillet 1888, p. 353-7. Un livre nouveau sur la Pré- 
dication. (La Prédication,grandsmaîtreset grandes lois, pai*" 
la R.P. G. Longaye, S. J., 1888). 

Tiré à part : Un livre nouveau sur la Prédication par 

H. Chérot, S. J. Bruxelles, Alfred Vromant, 1888, 8«, 7 p. 

14. — LA LÉGENDE DE NOTRE-DAME DE BOULOGNE, par le H. P. 

H. Chérot, S. J. Paris, Retaux-Bray, 1888, 8« 10 p. (Bpulognc- 
sur-mer, 15 août 1801), 8« Ye pièce 3368. (Cf. no 9.) 

— LA LÉGENDE, ctc. Deuxième édition, revue. Paris, 
V. Retaux et fils, in-18, 35 p. 1894. (8^ Ye pièce 3195). 

— Figure aussi, p. 7-24 en tcte de Vingt-cinq ans. Noire-' 
Dame de Boulogne, album in-4. illustre de 176 pages, achevé 
d'imprimer i^^ décembre 1897 à l'occasion du Jubilé du 
Collège de Notre-Dame de Boulogne. (Absent de la Bibl. nat.) 

15. — Dans : Précis historiques, ocl. 1888. p. 480-90. Variétés 
littéraires, Boileau et la critique moderne. 

Sur le Boileau de Deschasncl. Paris, 1888 et V Art poétique,,, 
commenté par le P. Delaporte. Lille, 3 in-8, 1888. 

Le P. Chérot avait fait paraître sur ce dernier ouvrage, dans 
le Courrier de Bruxelles, samedi 10 août 1888, un mélange inti- 
tulé: VArt poétique de Boileau, 



LE R. P. HENRI CHÉROT 339 

16. — Ibid. nov. 1888, p. 545-7. Sa/n/ Jean Berclimans. Dernier 
jour et dernière heure. Poésie (84 vers). 

Tiré à part, 8' 3 p. 

Réimprimé dans VAnnce des Poètes, t. VII (Paris, 161, rue 
Saint-Jacques) pour 1897, p. 103-5. 

17. — Dans: Précis historiques, avril 1889, p. 164-71. Une 
grande chrétienne an XVII^ siècle. Madame de La Tour- 
Neuvillars (Suzanne de La Pomélie), 

Mélange à prospos de la réimpression de sa vie, par le P. du 
Sault (M'« Anatole de Brémont d'Ars ). Migré, Nantes, 1889. 

18. — Ibid. juin 1889, p. 266-75. Une petite fille de Joseph de 
Maistre, Xavérine de Maistre, Prieuré du Monastère de Vin- 
carnation à Poitiers {1838-1871). 

Mélange sur le livre du P. Mercier, S. J. Poitiers 1888. 

19. — Ibid. nov. 1889, p. 523-6. La Congrégation. Réfutation 
d'une calomnie. 

A propos du livre de M. Ch. Geoffroy de Grandmaison, Paris, 
1889. 

20. — Dans : le Messager du Cœur de Jésus, nov. 1889, p. 546- 
69. — Les amis du Cœur de Jésus : Sœur Marie-Catherine 
(Putigny, religieuse converse du Monastère de la Visitation 
de Mclz). 

21. — Dans: le Prospectus d'une « Société de Saint-Louis de 
Gonzagiit », fondée le 19 mai 1889, au Cercle Notre-Dame 
de la Treille, à Lille, in-16 de 12 p. après l'extrait des sta- 
tuts, p. 9, une cantate de 16 strophes, avec deux refrains, 
signée (par erreur) A. Chérot, intitulée : 

Chant de guerre des zouaves du bon Dieu compose pour 
la Société Saint-Louis de Gonzague. 

22.— Dans: Association des Anciens élèves de Boulogne-sur- 
mer de Notre-Dame. Boulogne -sur-mer. Quinzième compte- 
rendu annuel, année 1888-80 Amiens, Piteux, 1890, p. 12-15. 
Poésie (100 vers) datée: Boulogne, 15 août 1889: Lettre 
d'un Ancien à un Ancien, 

23. — JANSÉNIUS ET LE RAPIN. CONTROVERSES CONTEMPORAI- 
NES, par H. Chérot, S. J. (Extrait des Précis historiques. 



34() BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

année 1890). Bruxelles, Alfred Vromanl, 1890, 80, 70 p. 

Avait paru en février, p. 53-82, avril, p. 77-190, et mal, p. 220-42, 
1890. 

24. — Dans : Etudes, 31 mars 1890. partie bibliogr. p. 190-2. 
' Documents inédits, etc. Lettres de Peiresc aux frères 

Dupuis, t. II, par Tainizej'^ de Larroque. Cf. plus haut, n» 10. 
A relever dans ce simple compte rendu cet éloge de Tamizey 
où le P. Chérot peint à son insu sa propre méthode de travail : 
<( Pour résumer en un mot notre impression de lecture, nous 
dirions que l'auteur de ce parfait commentaire rappelle le grand 
peintre contemporain qui, interrogé sur le secret du fini et du 
charme de ses œuvres, répondit : « Je n'ai rien négligé » (p. 192). 

25. - Ibid, p. 211-3. 

* Le compte rendu du « Chapelain » de Fahbc Fabre, amenait 
sous sa plume cette autre « définition » r.déquate d'un érudft 
idéal : La vérité historique est un horizon qui recule et les 
vrais érudits, ceux qui ne se contentent point de renseigne- 
ments vagues ni de dates approximatives, ceux qu'irritent les 
continuelles contradictions des auteurs réputés les plus sûrs 
et des témoignages en apparence les plus clairs, ceux-là pour- 
suivent, sans jamais se décourager, la solution du moindre pro- 
blème entrevu, etc....» La lecture des divei*s travaux du P. Chérot 
prouve qu'il n'a jusqu'au bout de sa carrière, guère failli à ce 
programme. 

:26. — Dans : Précis historiques, juillet 1890, p. 349-60. 
Un poète scolaire. Le Père Victor Delaporte, 
A propos de Récils et Légendes, Fais ce que dois, etc. 

Tiré à part : Un Poète scolaire, etc., par H. Chérot 
Bruxelles, Alfred Vromant, 1890, 80, 19 p. 

Cf. Études, P. bibl. 15 mars 1890, p. 518-9. C. R. de Récits 
et Légendes. 

27. - Ibid, lei oct. 1890, p. 509-15. 

Variétés scientifiques. Couleurs et coloris. (A propos de 
Touvrage: Répertoire chromatique, etc., par Ch. Lacou- 
lure. Paris, Gauthier-Villars, 1890. 

Tiré à part. Variétés scientifiques. Couleurs et oo* 
loriS) par II. Chérot, S. J. Bruxelles, A. Vromant, 1898, 8», 
11 p. 

28.— Dans Etudes, 31 oct. 1890, P. bibliogr. 

* L'épiscopat provençal au XVIIIfi siècle. Notice sur Mar 



LE R. p. HENRI CHÉROT 341 

de Mesgrigny, év, de Grasse,, ., parle R. P. dora Théophile 
Bérengier. 

A noter, dans ce compte rendu, une théorie qui fut chère au P. 
Chérot et révèle dès ce début de sa carrière de publicistc, les pré- 
occupations historiques qui devaient la couronner : « C'est seule- 
ment lorsque dans chaque région de notre pays un travailleur éru- 
dit et patient comme dom Bérengier aura amassé les matériaux que 
Ton pourra écrire l'histoire vraie et complète du jansénisme 
français au dix-huitième siècle » (p. 748-9). 

Maintes fois il a appelé de ses vœux, plus souvent encore, il a 
encouragé d'un appui plus efQcace et d'une complaisance inépui- 
sable les entreprises et monographies historiques, sans les- 
quelles une histoire générale est fort exposée de s'égarer. 

29. — Dans trois volumes de « Séances littéraires, par le 
R. P. Dalmais, S. J.» In-12. Paris. Poussielgue, 1891: Pelage 
dans les Astaries ; saint Louis en Egypte ; Marie patronne 
de la jeunesse, Préfaces, signées H. C. 

Cf. le compte rendu des Études, P. bibliogr. 30 avril 
1891, p. 295. 

30. — Dans : Etudes, 15 novembre 1890, p. 420-45. Les Char- 
treux et leurs Annales, 

31. — Ibid, p. 516-9. Bibliothèque de la Compagnie de Jésus 
Somraervogel, 1. 1. Cf. plus bas no 37. 

32. — Dans : Etudes, 30 nov. 1890, part. bibl. p. 830-1. Opus- 
cules de Tamizey de Larroque analysés. Cf. n» 10 et 22. 

33. — Ibid., 15 janvier 1891, p. 54-81. Le surintendant Fou- 
quel ami des Livres. 

Dans cet article le P. Chérot, s'est révélé bibliophile dé- 
licat et expert. Cf. plus bas, N» 36. 

34. — Ibid,, 15 février 1891, p. 177-99. Le Biaise Pascal de 
Af. Joseph Bertrand et la critique. 

35. — Ibid,, 15 mars 1891, p. 398-426. — Le cardinal Maury, 
diaprés sa correspondance et ses Mémoires inédits. 

36. - Ibid., 31 mars 1891, P. bibliogr. p. 167. * Étude sur ta 
reliure des Livres, etc., par Gustave Brunet, Bordeaux, 
1891. 

On y rencontre ce passage que goûteront les lecteurs du Bulle- 

23 



342 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

tin du Bibliophile : « M. G. Brunet réédite avec des additions 
considérables son ancien travail de 1883... Les nombreiix 
exemplaires aux armes d'Anne d'Autriche, possédés par la bi- 
bliothèque Mazarine, méritaient d'être signalés. « A propos de cette 
reine bibliophile» puisque M. Brunet déclare qu'il est rare de 
rencontrer des collections particulières où figurent des livres à sa 
marque (p. 79). Nous signalerons l'ouvrage suivant, conservé à 
l'ancien collège d'Enghien (Belgique) : » V Année chrétienne^ parle 
R. P. JeanSuffren, de la Compagnie de Jésus (1640-1-2). Quatre vo- 
lumes in-4. Tous les quatre reliés en maroquin rouge portent gravées 
sur les plats les armoiries de la reine, partie de France et d'Au- 
triche-Espagne ; dans les deux premiers élise sont entourées de 
deux palmes, et dans les deux derniers de la cordelière signe de 
viduité ; le semis de fleurs de lis qui recouvre la reliure du premier 
tout entier ne figure qu'au dos des trois autres ; de plus, le 
quatrième porte aux angles des plats, le monogramme formé 
du double A enlacé et surmonté de la couronne » (p. 167). 

(A suivre] Eugène Griselle. 



DÉFENSE DE PASCAL 



Pascal est-il un faussaire ? 



La Revue de Paris a publié, dans ses numéros des 
l®*" avril, 15 avril et 1^^ mai 1906, trois articles de M. Félix 
Mathieu intitulés : Pascal et VExpérience du Pug-de- 
Dôme. La conclusion finale de cette étude est celle-ci : 
Pascal est un faussaire. « La lettre que Pascal dit avoir 
écrite, le 15 novembre 1647, à son beau-frère Florin 
Périer, pour le prier de monter sur le Puy-de-Dôme, est 
un faux, et ce faux est le couronnement de tout un 
système d'artiiBces par lequel Pascal a tenté de s'appro- 
prier l'hypothèse de la pression atmosphérique... » 

Depuis plus de trois mois que les trois articles de 
M. Mathieu avaient paru, personne n'avait entrepris de 
discuter ce réquisitoire écrasant en apparence, ni de 
laver Pascal de la flétrissure infligée à sa cendre, après 
deux siècles et demi. 

Notre savant collaborateur, M. Abel Lefranc, profes- 
seur de Littérature Française au Collège de France, vient 
d'accomplir cette tâche dans la Revue Bleue des 11, 18 
^ô août et 8 septembre derniers. Sa démonstration, con- 
duite d'après les principes les plus rigoureux de la 
méthode historique, doit être considérée comme déci- 
sive. Nous ne pouvons songer à la résumer ici, préfé- 
ï'^ut renvoyer nos lecteurs aux articles eux-mêmes. Nos 



342 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

tin du Bibliophile : « M. G. Brunet réédite avec des additions 
considérables son ancien travail de 1883... Les nombreux 
exemplaires aux armes d'Anne d'Autriche, possédés par la bi- 
bliothèque Mazarine, méritaient d'être signalés. « A propos de cette 
reine bibliophile» puisque M. Brunet déclare qu'il est rare de 
rencontrer des collections particulières où figurent des livres à sa 
marque (p. 79). Nous signalerons Touvrage suivant, conservé à 
Tancien collège d'Enghien (Belgique):» l'Année chrétienne^ parle 
R. P. JeanSuffren, de la Compagnie de Jésus (1640-1-2). Quatre vo- 
lumes in-4. Tous les quutre reliés en maroquin rouge portent gravées 
sur les plats les armoiries de la reine, partie de France et d*Au- 
triche-Espagne ; dans les deux premiers élise sont entourées de 
deux palmes, et dans les deux derniers de la cordelière signe de 
viduité ; le semis de fleurs de lis qui recouvre la reliure du premier 
tout entier ne figure qu'au dos des trois autres ; de plus, le 
quatrième porte aux angles des plats, le monogramme formé 
du double A enlacé et surmonté de la couronne i> (p. 167). 

(A suivre) Eugène Griselle. 



DÉFENSE DE PASCAL 



Pascal est-il un faussaire ? 



La Revue de Paris a public, dans ses numéros des 
1«»^ avril, 15 avril et 1^^ mai 1906, trois articles de M. Félix 
Mathieu intitulés : Pascal et VExpérience du Puy-de- 
Dôme. La conclusion finale de cette étude est celle-ci : 
Pascal est un faussaire. « La lettre que Pascal dit avoir 
écrite, le 15 novembre 1647, à son beau-frère Florin 
Périer, pour le prier de monter sur le Puy-de-Dôme, est 
un faux, et ce faux est le couronnement de tout un 
système d'artifices par lequel Pascal a tenté de s'appro- 
prier l'hypothèse de la pression atmosphérique... » 

Depuis plus de trois mois que les trois articles de 
M. Mathieu avaient paru, personne n'avait entrepris de 
discuter ce réquisitoire écrasant en apparence, ni de 
laver Pascal de la flétrissure infligée à sa cendre, après 
deux siècles et demi. 

Notre savant collaborateur, M. Abel Lefranc, profes- 
seur de Littérature Française au Collège de France, vient 
d'accomplir cette tâche dans la Revue Bleue des 11, 18 
25 août et 8 septembre derniers. Sa démonstration, con- 
duite diaprés les principes les plus rigoureux de la 
méthode historique, doit être considérée comme déci- 
sive. Nous ne pouvons songer à la résumer ici, préfé- 
rant renvoyer nos lecteurs aux articles eux-mêmes. Nos 



346 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

par le témoignage formel de sa fille. D'après la démons- 
tration que j'ai présentée dans la Revue Bleue, Périer, sa 
mission de Moulins terminée, ne serait pas rentré à 
Clermont, mais aurait directement gagné Paris, où se 
trouvait sa famille, et où un texte certain nous le montre 
en juin 1648. C'est cette absence qu'il explique clairement 
lui-même au début de la lettre où il rend compte à Pascal 
de l'expérience du 19 septembre 1648. Voici ce second 
texte : 2°: a Enfin, j'ay fait rexpcrience que vous avez si 
longtemps souhaittée. Je vous aurois plûtost donné cette 
satisfaction, mais j'en ay esté empesché, autant par les 
employs que j'ay eu en Bourbonnois, qu'à cause que 
depuis mon arrivée, les neiges ou les brouillars ont telle- 
ment couvert la montagne du Puy de Domme, où je la 
devois faire, que mesme en cette saison qui est icy la 
plus belle de l'année, j'ay eu peine de rencontrer un jour 
où Ton put voir le sommet de cette montagne qui se 
trouve d'ordinaire au dedans des nuées, et quelquefois 
au-dessous, quoy qu'au mesme temps il fasse beau dans 
la campagne ; de sorte que je n'ay pu joindre ma com- 
modité avec celle de la saison avant le 19 de ce mois de 
septembre i». 

Donc, Périer revenu à Clermont, très probablement 
avec sa femme Gilberte Pascal, assez tard dans l'été, se 
trouve arrêté par des neiges et des brouillards précoces, 
comme il en survient h la fin de certains étés particuliè- 
rement humides et froids. Il faut songer que rexpérîehce 
était une entreprise compliquée, qui exigeait le transport 
d'instruments fragiles et qui réclamait de plus le concours 
d'un certain nombre de personnes. Le 19, le temps parais- 
sait assez beau sur les cinq heures du matin, et Périer 
se décida» avec ses compagnons, (le Père Bannier, le 
chanoine Mosnier, Messieurs La Ville et Bégon, con- 
seillers en la cour des Aydes, et M. La Porte, docteur en 



DÉFENSE DE PASCAL . 347 

médecine, entre autres), (1) à tenter la réalisation dû 
projet de son beau-frère. La réussite fut complète, on 
le sait, et la science conquit ce samedi-là, une grande 
vérité de plus. 

Il existe encore un troisième texte où Pascal a constaté 
le retard imposé à son projet par des circonstances exté- 
rieures. On le trouve dans sa lettre à M. Le Pailleur, 
datée de juin 1648 par tous les savants qui s*en sont occu- 
pés. J'ai parlé de ce texte dans mon Post-Scriptum à la 
Défense. Voici le passage : 3» : Pascal y traite de l'hypo- 
thèse de la pression atmosphérique, et annonce que cette 
hypothèse sera sans doute assez prochainement vérifiée : 
c Nous en attendons néammoins Tassursince de Texpé-^ 
rience qui doit s*en faire sur une de nos hautes monta-^ 
gnes ; mais je n*espère la recevoir que dans quelque 
temps, parce que sur les lettres que j'en ai écrites il y a 
plus de six mois, on m'a toujours mandé que les 
neiges rendent leurs sommets inaccessibles. » Comme 
Périer était alors à Paris, Pascal ne pouvait espérer que 
l'expérience fût réalisée avant quelque temps. Il est très 
probable, que Périer, après la réception de la lettré 
envoyée à Clermont par son beau-frère,, le 15 novembre 
1647, avait correspondu, de Moulins, avec ses amis de 
Clermont, les Bannier, les Mosnier et autres, ses futurs 
collaborateurs, et qu'il était tombé d'accord avec eux 
pour reconnaître que l'expérience était d'une réalisation 
presque impossible pendant la mauvaise saison. On le 
fit savoir à Pascal, en lui faisant remarquer que les neiges 
rendaient pendant l'hiver le Puy-de-Dôme inaccessible, 



(1) Les Pères Chastin, Minime et de la Mare, de rOratoire, pr^ 
tèrent leur concours pour les observations faites, ce Jour là, au cou- 
vent des Minimes, et, le lendemain au pied et sur le sommet de la 
plus haute tour de N.-D. de Clermont. 



348 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

surtout à des expérimentateurs. De là, la constatation 
faite par le jeune savant dans sa lettre à M. Le Pailleur. 
D'autre part, il est fort possible que Périer, sa mission 
de Moulins accomplie, ait justement renoncé à retourner 
à Clermont pour y accomplir Texpérience, parce qu'il 
savait fort bien ne pouvoir la réussir avant l'arrivée de 
Tété. Il se rendit donc à Paris, où il séjourna quelque 
temps. A son retour en Auvergne, les soucis d'une ins- 
tallation et une température peu favorable contribuent 
encore à retarder sa tentative. Finalement, il se rend 
compte que l'été s'avance et se décide, le 19 septembre, 
voyant le ciel clair au début de la journée, à prévenir 
ses compagnons et à entreprendre l'ascension du Puy- 
de-Dôme (1). 

Rien dans tout cela que de très clair. Les textes et les 
faits concordent. Pascal n'est pas un faussaire. 

Abel Lefranc. 



(1) En rendant compte à son beau-frère des résultats des expériences, 
Périer ajoute que si Pascal trouve « quelques obcurités » dans son 
récit il pourra lui « en eclaircir de vive voix, dans peu dejours, estant 
sur le point de faire un petit voyage à Paris ». 



L'ALMANACH DE MILAN 



Cet ouvrage est-il inconnu ? Les affirmations, tou- 
jours périlleuses en bibliographie, sont particulière- 
ment téméraires quand elles s'adressent aux lecteurs du 
Bulletin, Tout ce qu'il m'est permis d'affirmer, c'est 
que VAlmanach de Milan ne s'est pas rencontré dans 
un certain nombre de catalogues examinés à son sujet; 
et que deux opuscules de ce titre, mais d'un contenu 
bien différent, imprimés à plus de cent vingt ans d'in- 
tervalle, semblent indiquer une durée qui, même à la 
supposer intermittente, mérite une mention. 

Du plus ancien tel est le titre : ALMANACH | de 
MILAN I POUR l'année m.dc.lxxxvi | ov \ LE PESCHEUR 

I FIDELE. I OBSERVATIONS I SUR l' ANNÉE | DE LA CRÉA- 
TION DU MONDE, 5635 I DE L'INCARNATION, 1686 I DE LA 
CORRECTION GRÉGORIENE, 104 | DU RÈGNE DE LOUIS LE 

GRAND, 44 I Traduit de F Italien en François \ Vignette. 
A PARIS I Sur le quai des Augustins, au dessus de la 
I Grand'Porte de l'Église, à la descente | du Pont-Neuf, 
à rimage Saint-Louys. | m.dc.lxxxvi. | Auecpriuilège du 
Roy. ln-12 (88 °>/"»xl48) de 92 pp. et 9 feuillets limi- 
naires dont le premier est blanc et les pp. 2, 3, 4 sont le 
c catalcgue (sic) des livres nouveaux imprimés à l'image 
saint Louis. » 

L' (( Extrait du Privilège du Roy », donné à Saint- 
Germain le 19 décembre 1675, plus explicite que de cou- 
tume, permet au sieur de la Sourbe de publier « un 



350 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

livre intitulé le Pescheur fidèle, en italien il Pescatore 
fidèle, ou Almanach traduit de Vitalien en français, pour 
Vannée 1677 qu'il renouvelle toutes les années, comme il 
renouvelle la présente 1686, durant Tespace de vingt an- 
nées.» De la Sourbe a cédé son droit à Thomas Guillain, 
libraire. 

Le texte proprement dit commence par la « Lettre 
d'une personne de qualité à qui Tauteur écrivait ordi- 
nairement sur les prédictions de Tannée qui se trou- 
vaient véritables, écrite à une autre personne de ses 
amis, contenant des remarques sur les événements de 
Tannée 1685 » ; onze pages datées « De... ce 28 octobre 
1685 », et signées « Le M. D. « Elles n'ont d'autre but 
que de prouver que les prédictions de TAlmanach pour 
1685 se sont accomplies. Il s'ensuivrait donc que le 
volume de 1686 n'est qu'un « pêcheur fidèle » de pro- 
nostications. 

L'esprit profondément chrétien du temps fait conclure 
rinstruction préliminaire par cette restriction remar- 
quable : qu'on « ne doit pas croire que le bien ou le mal 
pronostiqué soit inévitable... Enfin, le Souverain Être 
donne toujours assez de grâce à ceux qui Timplorent 
dans ce rencontre pour vaincre ces mauvaises influen- 
ces ; de même qu'il prive aussi bien souvent ceux qui se 
trouvent sous des aspects heureux, des biens qui leur 
sont promis, quand ils sont assez vains pour Toublier 
et avoir trop de foi en leur horoscope. i> 

Sont énumérés p. 5 les Caractères des Planètes et des 
S/gnes (du Zodiaque). Les trois pages suivantes contien- 
nent la « Règle pour savoir à quelle opération la lune 
est bonne, quand elle se trouve en chacun des signes 
du zodiaque n. Par exemple la lune dans le Lion est 
« très bonne pour contracter..., fondre métaux, travail- 
ler au feu et aux eaux », etc. 



l'almanach de milan 351 

Quinze colonnes (pp. 3 à 13) dressent la a table pour 
connaître sur quels royaumes et villes président les 
signes célestes d. Les principaux États sont classés sous 
plusieurs signes différents, précautions excellentes pour 
que les pronostics se vérifient plus aisément. Les ama- 
teurs de géographie ancienne y rencontreront quelques 
curiosités, telles que Geromans, Gromantie, Loumelline, 
Nosomotide, Tuberin, Zundgavie, etc. 

Le a compost utile à l'Église romaine » est réuni 
(p. 14) aux « Fêtes mobiles d et aux « Quatre-Temps ». 

Le corps même de Touvrage ne commence, à propre- 
ment parler, qu'avec la page 15 pour finir à la page 76 
ne formant ainsi qu'un peu plus de la moitié du volume . 
Au « discours général d succèdent des réflexions sur 
chacune des saisons et sur les éclypses (sic), 

A chaque mois est ensuite affecté un article qui com- 
prend les phases de la lune avec les prévisions atmos- 
phériques, suivie de pronostics et des saints du calen- 
drier sans caractéristique spéciale; en un mot, le 
bagage ordinaire des honnêtes Mathieu Lensberg des 
débuis de ce xx° siècle. 

Enfin les seize dernières pages sont réservées aux 
«jours de naissances de plusieurs princes, princesses 
et seigneurs qui vivent aujourd'hui, et dont l'auteur a 
fait les naissances; avec les jours des vacations, outre 
les dimanches, fonctions du Parlement, cour des Aides, 
présidial, Chàtelet et autres juridictions de Paris ; et de 
toutes les foires de France. » On y voit que le Parlement 
prenait ses vacances du 7 septembre au 11 novembre 
inclusivement. 

11 n'y a guère que par sa première page que le second 
Almanach de Milan ressemble à celui qui vient d'être 
décrit ; et c'est ce qui rend plus piquant le problème de 



352 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

cette similitude de titre. La différence essentielle entre 
ces deux livrets, c'est qu'au lieu des maigres vignettes de 
l'ancien, le plus récent contient une vingtaine de gra- 
vures dont plusieurs à pleine page. Les petites scènes 
(28 "/«»x53) allégoriques mises au calendrier en tête de 
chaque mois pour le symboliser sont particulièrement 
remarquables. 

En regard du frontispice, représentant une femme 
couronnée de sept étoiles et munie d'un compas, 
ou lit : « ALMANACH | de milan, | pour l'an de grâce 
MDCCCXiii I Observations sur l'année, | De la Création 
du Monde, 7813; \ De V Incarnation, 1813; \ De la Correc- 
tion grégorienne, 231 ; \ De VEmpire français, 9. | Vi- 
gnette: un homme sonnant du cor, assis sur un cheval 
au galop. I A LILLE | chez Vanackere, libraire, Grande- 
Place I rang des Cafés. | 1813 ». Pet. in-8« (88«»/™xl32) 
sans pagination ; 46 feuillets (Il en manque au moins un, 
sans doute deux). 

Eclipses, équation de l'horloge, les quatre saisons 
(fig.), signes du zodiaque, articles principaux du calen- 
drier, fêtes, propre du Temps, Quatre-Temps se lisent 
aux pages 2 à 5. Un « avis nécessaire » prévient que les 
phases de la lune ont été relevées sur les éphémé- 
rides (?) de « MM. de l'Académie Impériale des Sciences 
de Paris ». Parmi les « fêtes observées en France », la 
saint Napoléon est unie à l'Assomption (1) ; et le 5 dé- 
cembre se célébrait Y a Anniversaire du couronnement 
de S. M. I. et R. et la bataille d'Austerlitz. » 

Dans le calendrier, le temps probable est marqué à 



(1) L'Église de Rouen, qui avait pour archevêque le frère de Tar- 
chichancelier Cambacérés, ajoutait à son ancien office une dixième 
leçon De sancto Napoleone réimprimée chaque année dans Vordo du 
diocèse. Plus d'un prêtre dut faire un acte méritoire de vertu en 
récitant cette éphémère interpolation. 



l'almanach de milan 353 

chaque phase de la lune : mais si la place manque typo- 
graphiquement, le lecteur se passe de ces prévisions peu 
compromettantes qui annoncent de la rosée en mai, du 
a beau temps et doux » en juin, de la « chaleur exces- 
sive » en août, et du a vent et forte gelée » en décembre. 
Mais des « grêles » le premier de ce mois??? 

Chaque mois est accompagné d'un quatrain. Voici 
celui de février : 

DE L'ESPRIT NATUREL 

Enfant de la nature, incessament il veille ; 
Des feux étincelants brillent sur son chemin. 
Moins rapide est Téclair. L'esprit du lendemain 
N'est pas le même esprit que demandait la veille. 

Les deux personnages en pied, couronnés et portant 
le sceptre qui figurent aux deux pages suivantes, ont 
naturellement la prétention de représenter Napoléon et 
Marie-Louise. Qui le soupçonnerait si ces feuillets étaient 
détachés du volume. 

Huit pages donnent l'état des « Principales Puissances 
de TEurope.» Il va de soi que la famille impériale y est 
au grand complet. Le rédacteur y épargne si peu sa 
peine qu'il nous parle par surcroît des États-Unis et du 
Brésil. 

Seize villes de France battaient alors monnaie, y com- 
pris Bruxelles, Gênes et Turin, qui étaient alors terre 
française, comme Strasbourg, hélas ! 

« Population du Globe terrestre » : un milliard d'indi- 
vidus, sans un de plus ni un de moins. Voilà qui s'ap- 
pelle un calcul d'une précision peu enviable. 

Treize pages rehaussées d'un gravure empruntent un 
douloureux intérêt de comparaison avec l'affreuse catas- 
trophe minière qui vient d'attrister le monde 'ciitîer. 



354 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

C'est la a relation de ce qui s'est passé dans Texploita- 
tion Beaujonc, mine de houille à deux kilomètres de 
Liège ». Le 28 février 1819, une inondation y mettait en 
péril la vie de quatre-vingt-onze travailleurs. Grâce au 
courageux dévouement du maître ouvrier Hubert Gof- 
fin, aidé du jeune Mathieu son fils, âgé de douze ans, 
un récit d'ailleurs assez vague enregistre soixante- 
dix sauvetages. Le 22 mars, le baron de Micaud, préfet 
de rOurthe, remit la croix de la Légion d'honneur à 
H. Goffin, et une gratification de 300 francs à son fils et 
aux trois principaux sauveteurs; après quoi on leur 
offrit un dîner d'honneur à la préfecture. Le soir enfin 
eut lieu une représentation au bénéfice des victimes. 

Le VogageaPy article de sept pages, précède vingt 
lignes sur la Calomnie, empruntées à la Gazette de 
France, et nous amène à des Pensées, Réflexions, c/c, 
dont voici un extrait : 

« Un grain de hardiesse tient lieu d'une grande habi- 
leté. (En poussant les choses à l'extrême, on est allé 
depuis jusqu'à dire : Le génie n'est parfois que du tou- 
pet.) 

« Une personne vaine ressemble à un petit homme, 
qui se baisserait en passant sous de grandes portes. 

« Pour mériter des éloges, il faut les avoir pris assez 
longtemps pour des leçons. » 

Une « Lettre sans o » termine la série des morceaux 
en prose. Cette « niaiserie difficile jd, comme on a juste- 
tement qualifié ces tours de force plus ou moins litté- 
raires, est assez peu édifiante, mais nous apprend qu'à 
cette date encore l'un des services que Ton attendait des 
capucins était celui d'éteindre les incendies. Il y avait 
pourtant déjà une cinquantaine d'années que la cons- 
truction des pompes à incendie avait été mise en hon- 
neur par Thillaye, habile mécanicien de Rouen. 



l'almanach de milan 355 

Suivent une vingtaine de poésies assez courtes pour 
entrer en douze pages : un cantique maçonnique par le 
V.'. F.-. Regnault-Beaucaron, une « ode sur les dérègle- 
ments du carnaval », deux épigrammes, trois logo- 
griphes et trois charades, un acrostiche, etc. Citons le 
quatrain final : 

SUR LES FEMMES 

Par miracle contre nature, 
On a vu le feu sans brûler ; 
Mais une femme sans parler, 
Gela ne s'est vu qu'en peinture. 

Des « Bons Mots » ; etc., nous n'avons qu'un feuillet. 
Cette lacune est d'autant plus fâcheuse, qu'elle nous 
prive du commencement d'une sorte de tableau à l'usage, 
ce semble, des tireurs de carte. 

Au-dessous des deux mots de Fontainebleau qui doivent 
être la fin d'un titre, la mention couleurs^ suivie des 
quatre figures « pique, trèfle, carreau et cœur, » sur- 
monte ces quatre divisions a Grande Misère, Misère des 
quatre as. Petite Misère sur table. Grande Misère sur 
table», chacune accompagnée de levées ei d'honneurs ; 
au pied de ce singulier tableau : « Boston seul » et (éva- 
lué double) « Boston sur table ». 

Et comme pour que rien ne manque à l'étrangeté de 
cet Almanach, ces rêveries cabalistiques font place aux 
deux pages les plus positives du monde : Tableau pro- 
gressif de la Livre tournois en francs, depuis un sol 
jusquà un million, et Barème du franc en livre tour- 
nois. 

De cette dernière, il résulte qu'en disant comme nous 
le faisons d'ordinaire, qu'un million de francs équivaut 



356 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

à un million de livres nous commettons, en déficit, une 
erreur de 12.500 livres. 

Ce rapprochement analytique, si exact qu*il ait pu 
être fait, laisse entière la question posée en commen- 
çant: cet Almanach de Milan est-il une vraie suite du 
vol. de 1677 : ou bien le libraire flamand de Lille s*est-il 
ingénié à faire sa cour à Timpérial roi d'Italie en res- 
suscitant l'antique il Pescatore fidèle ? 

L'Abbé A. TouGARD. 



1 

W 



LETTRES 



DE 



DIVERS ÉCRIVAINS FRANÇAIS 

(suite) 



LETTRES DE BENJAMIN CONSTANT (1) 



I 

Aux citoyens Fontanes 

(28 mai 1795). 

SuscRiPTiON . Aux citoyens Fontanes, rue Caumartin, n» de la sec- 
tion 786. 

Je n'ai plus besoin, citoyens, du service (2) que vous aviez 
bien voulu me rendre. J'ai trouvé à m'arranger comme je le 
désirais, mais je me trouve avoir environ mille livres en 
assignats de 25 livres à face royale. Vous m'obligeriez infi- 
niment de me diriger dans la manière de m'en défaire avec 
le moins de perte possible. Si vous avez des lettres pour 
moi, veuillez les remettre au porteur. Quand vous voudrez 
bien me dire ce que je vous redevrai pour le port (3), je vous 
le remettrai; mais comme d'après la permission que vous 
avez eu la bonté de m'en donner, je continuerai à me faire 

(1) Turin, Biblioleca Cioica, Raccolta Cossilla, 

(2) Un prêt d argent, comme le montre la suite de la lettre. 

(3) Le port était payé par le destinataire, et il était impoli d'affran- 
chir la lettre au départ. 



358 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

adresser chez vous mes lettres, il vaut mieux attendre que 
ces ports forment une somme plus considérable. Recevez, 
citoyens, mes salutations. 

Ce 9 prairial III (1). Benj. Constant. 

II 

A Madame de Staël 

(Sans date) 

SuscRiPTiON : A Mademoiselle / Mademoiselle Randal (2^, rue de 
Bourbon, /i« 76, faubourg Saint-Germain. 

Ce n'est assurément pas moi qui ai renoncé à mes souve- 
nirs, et je voudrais bien en avoir retrouvé chez vous quelque 
trace. Je l'ai cherchée souvent, et je ne me suis jamais retiré 
qu'avec perte et regret. J'espère aller voir Albertine (3) 
aujourd'hui, si la séance (4) n'est pas trop longue. Comme je 
parle, je ne puis m'en aller avant la fin. Si je me vois forcé 
d'y renoncer pour aujourd'hui, ce sera pour demain. Je 
voudrais bien retrouver Albertine bien portante, et votre 

amitié un peu revenue. 

B. Constant. 

III 

A rimprimeur Laguionie 

(Sans date) 

SuscRiPTiON : A Monsieur / Monsieur Laguionie J imprimeur J hôtel 
des Fermes, rue Grenelle-Saint-Honoré, /i« 55. 

Je prie Monsieur Laguionie de remarquer que j'ai encore 
reçu très peu d'exen)plaires de la Consultation, que c'est 

(1) Le verso porte les indications suivantes, d'une autre main : 
« Paris, 9 prairial l'an 3. B«" Constant. Reçue le 9 prairial 28 mai 
rép[ondu] le 10 prairial] 29 mai. 

(2) Bien que la lettre soit officiellement adressée à M"» Randal, 
Tamie-confidente anglaise de M""» de Staël, le ton si net et les fami- 
liarités du style me semblent autoriser à penser que c'est bien à son 
ancienne amie elle-même, et non à une demoiselle de compagnie, 
que s'adresse ici B. Constant. 

(3) Albertine de Staél, duchesse de Broglie. 

(4) A la Chambre des députés. 



.'^1 



LETTRES DE DIVERS ÉCRIVAINS FRANÇAIS 359 

aujourd'hui qu'il faut que je la fasse distribuer à la Chambre, 
et que pour cela il faut que j'aye le tout au plus tard à midi. 
Je le prie de m'envoier tout ce qui est prêt en réponse à ce 
billet. Mille saluts. 

B. Constant. 
Ce mercredi. 



BILLETS DE MADAME DE STAËL (1) 



I 

A Monsieur cTAngennes 

St'scHiPTiON : Pour Monsieur le marquis d Angennes. 

Je ne sais que d'hier, Monsieur, où vous êtes établi; je 
voudrais vous faire parvenir l'expression de mon intérêt. Je 
ne sais si j'aurai le plaisir de vous voir avant votre départ; 
mais jamais je n'oublierai ce mélange heureux et rare de 
vertus et d'agréments qui devoit vous rendre si cher à l'inté- 
ressante personne que vous pleurez. Agréez mes compli- 
ments et mes vœux. 

Ce 1«' j[auvi]er Genève. 

Nr DE Staël. 

U 
A Sismondi 

SuscRiPTiON : Monsieur / Monsieur Sismondi, 

La Vallée de Barcelonelte se donne demain. Dites-le à 
Madame votre mère, cher ami. J'ai une loge au-dessus de 
celle du préfet. Si Madame votre mère voulait y venir, j'en 

(1) Turin, Biblioieca civica^ Raccolla Cossilla, — Bien que ces bil- 
lets ne soient ni datés ni aisément dalables, ils ont quelque intérêt 
pour la biographie de M"" de Staël et pour Tinventaire en quelque 
sorte de ses amis, relations et correspondants. M™* de Staël s'y 
montre, à son ordinaire, expansive et fougueuse dans rexpression de 
ses sentiments. Cf. d'autres billets du même genre et du même tour 
de style dans le Portefeuille de la comtesse d'Albany, pp. 661-664. 



360 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

serais ravie; mais on la dit mauvaise. Savez-vous que je 
vous aime beaucoup, et tous les jours plus, sans que vous 
vous en doutiez? 

III 

A la comtesse du Perron 

SuscRiPTiON : A Madame / Madame la comtesse du Perron / à Turin. 

Coppet, ce 13 septembre. 

Me permettez- vous, Madame, de me rappeler à votre sou- 
venir et de vous recommander M.Biot, membre de l'Institut? 
C'est un mathématicien du premier rang et un français très 
aimable. Il sera heureux de vous voir et d'admirer la belle 
grecque qui vous ressemble. Dites-lui, je vous prie, Madame, 
que vous avez conservé le souvenir de ma reconnaissance 

pour vos bontés. 

Necker Staël de Holstein. 

IV 

A Afrs W. spencer 
SuscRiPTiON : M" W. Spencer, n® 36. Curzon street. May fair. 

Puis-je me flatter que vous viendrez dîner chez moi 
demain, Madame, avec Lord Seymour. Je l'ai espéré toute 
la semaine. Il ne faut pas me désappointer. 

Voudriez-vous le proposer à M»" W. Spencer? Il se pourrait 
que nous réussissions. 

Mille compliments. 

N. DE Staël. 



LETTRE DE CARRION-NISAS (1). 



A Talma et à Madame Talma. 

(19 août 1800). 

Le le»" fructidor de l'an 8«. 

Mes bons amis, n'ètes-vous pas ettonnés et même fâchés de 
n'avoir pas encore reçu de lettres de moi, malgré les pro- 

(1) D'après l'autographe original, signalé dans le Bibliophile du 
Bas-Languedoc (Librairie Lcotard, Clermont-rHérault), maintenant 



■ •^^ 



LETTRES DE DIVERS ÉCRIVAINS FRANÇAIS 361 

messes que je vous en avois faites, et malgré toutes les rai- 
sons que j'avois de les tenir et de vous aimer, sans compter 
rinclination ? Les Italiens allèguent les vents chauds pour 
raison de leur paresse: /a siroco. Cette raison ne me manque- 
roit pas si je voulois l'employer, car il est impossible de 
souffrir une chaleur plus rude que celle dont nous sommes 
accablés. Je me suis retiré à la campagne pour en éviter 
l'influence, et depuis votre départ je n'ai été au théâtre qu'une 
seule fois, à la première représentation des Mœurs du Jour. 
On en a critiqué le peu d'action et loué les détails. En tout la 
pièce a réussi et le méritoit certainement. Je n'ai pas vu le 
Mariage de Figaro, mais tout le monde est d'avis que l'ai- 
mable et douce Caroline (1) auroit bien plus heureusement 
rendu la Comtesse Almaviva que M^e Contât. Pour la tragé- 
die, il n'en faut pas parler, excepté de M»e Fleuri qui a fait 
frissonner dans Gabrielle de Vergi. Vous avez sçu que l'atro- 
cité du spectacle avoit fait baisser la toile avant la fin. Jus- 
ques à quel point le talent influe-t-il dans ces sortes d'effets? 
Vous en jugerés mieux que moi, mes bons amis. Vous me 
tiendrez quitte pour aujourd'huy d'autres nouvelles drama- 
tiques. On donne aujourd'huy Brittanicus (sic). J'y irai cer- 
tainement, et vous conterai comment j'aurai trouvé Lafond 
qui doit jouer Néron. Ce sera entre nous, cela va sans dire : 
Mlle Raucourt et le cher Florence sont à Orléans. Je crois 
aussi Baptiste absent. 

On m'assure que Florence a joué Mahomet avec un grand 
concours de spectateurs de l'Orléanais, du Blaisois et pays 
circonvoisins. Nul n'est prophète dans son pays. J'ai beaucoup 
ouï parler de vos succès à Lyon. Je n'en ai pas été surpris, 
mais en revanche j'ai été bien joyeux, car je vous aime bien 
tous deux : vous pouvez le croire, et même si je n'aime pas 
l'un des deux un peu plus, ce n'est en vérité que de peur de 
déplaire à l'autre. Je voudrais bien que mes affaires me per- 
missent ou de passer par Lyon pour aller chez moi ou de 

dans une collection particulière à Montpellier. Bien que le '^tri- 
bun" marquis de Carrion-Nisas n'ait qu'une mince notoriété 
littéraire, sa lettre me parait curieuse en raison des renseignements 
qu'il donne sur l'état du théâtre pendant la dernière année du 
XVIIIe siècle. 
(1) Madame Talma. 



362 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

VOUS attendre à Paris : j'espère au moins cette dernière ma- 
nière. Voulez-vous des nouvelles politiques? Elles sont cour- 
tes : un camp à Beauvais qui fait déraisonner les spécula- 
teurs et réfléchir les Anglais, Duroc à Vienne ou sur le che- 
min, et vraisemblablement la paix certaine sur le continent, 
Bonaparte bien portant et très travaillant, en dépit du siroco, 
les fonds publics remontant et les bons citoyens très con- 
tents. Voulez- vous les nouvelles phisiques? Le thermomette fs/c) 
avant hier à 32 degrés, les eaux de la Seine si basses qu'elles 
ne sont pas saines (ceci va de droit à W^^ Montansier) et 
quelques maladies produites par Texcès de chaleur et de 
sécheresse. La récolte du blé est belle. Je suis honteux d'une 
chose : c'est de ne pouvoir vous dire si les regains ont été 
beaux à Brunoy. J'avoue à ma honte que je ne m'en suis 
pas informé. 

Après tous ces grands objets, vous parlerai-je de moi? Je 
rapetasse Mont more nci (1). Le duc ne sera condamné qu'au 
cinquième acte et d'Epernon en portera la nouvelle (croyez- 
vous que c'est le changement qui s'opère le plus aisément?) 
Suppression de la déclaration de Richelieu à la reine: je 
tourne la scène autrement, elle sera bien. Enfin je fais une 
scène, qui sera la première du 4© acte, entre Richelieu et 
Montmorenci. Celle là n'est pas encore finie, mais j'espère 
m'en tirer. Je ne perds point de vue Pierre le Grandet je mets 
surtout à profit la séance que nous avons eue chez vous. Je 
fais un nouveau premier acte, tout occupé des détails de la 
conspiration et de l'arrivée du Czarovitz. Je fond en quatre 
actes les cinq actuels. Je supprime le personnage d'Eudoxie, 
celui de Sophie, celui d'Afrofier (?) Il ne reste de femmes que Ca- 
therine, et en hommes Lefort, MuzikofT, le czar, le czarovitz, 
un chef religieux et un chef militaire de la conspiration. La 
pièce sera très simple et très forte d'action. J'ai si bien 
arrangé l'éclipsé qu'elle vous charmera. En voilà assez sur 
mon compte. 

Je n'ose pas vous demander une réponse, par mille raisons: 
le chaud, l'occupalion, peut être votre retour prochain. 
Enfin faites en ce que vous voudrez. Mais comme je 

(1) Malgré ces* 'rapetassages" Monmorency io\ié en 1803, n'eut aucun 
succès. Pierre-le 'Grand joué en 1804 échoua aussi complètement. 



LETTRES DE DIVERS ÉCRIVAINS FRANÇAIS 363 

resterai encore une quinzaine de jours au moins, si vous 
me faites Tamitié de m*écrire, n'oubliez pas ce qui m'intéresse 
le plus, vos santés d'abord, votre bourse ensuite, votre 
gloire et vos succès, (je suis confus de n'avoir pas nommé 
ceci avant la bourse), et enfin l'agrément que vous pouvez 
avoir trouvé dans cette bonne ville de Lyon. J'y ai été au 
collège, et c'est où j'ai fait mes premiers vers. Allez voir la 
Bibliothèque de l'ancien collège des jésuites et de l'Oratoire. 
Elle est fort belle, autant qu'il peut m'en souvenir. Il paroîta 
qu'on ne jouera pas la tragédie de M. Doigni du Ponceaii, 
gentilhomme manceau. C'est grand dommage pour le public, 
mais ces comédiens sont de si méchantes gens, si difficiles à 
vivre, si fâcheux à manier! Il n'y a que moi qui dise le con- 
traire, dont ces messieurs sont fort étonnés : j'en suis fâché 
pour eux, mais je dois être juste et reconnaissant. En vérité, 
je ne serois ni l'un ni l'autre si je ne vous aimois pas tous 
deux tendrement : aussi croyez que je m'acquitte de tout mon 
cœur de ce devoir, que je suis et que je serai toujours autant 
votre ami, votre serviteur, et aussi touché de vos qualités 
personnelles qu'amoureux de vos grands talents et passionné 
pour voire gloire. Recevez mon embrassade tendre avec le 
juste retour que vous devez à ces sentiments. 

Je n'ai point revu Pelé, et c'est un tort et un malheur. J'ai 
vu le bordelais, dont je ne me rappelle pas le nom à présent, 
et Lichtenbcrg. Ils m'ont paru en bonne santé. Soignés la 
votre, charmante Caroline; je pense avec plaisir que l'air de 
Lyon sera bon pour votre poitrine. Adieu. 

Mon cher Talma, ayez bien soin de cet ange. 

H. Carrion Nisas. 



BILLETS DE MADAME DE GENLIS (1) 

I 

A un ministre 
(24 avril 1811) 
Monsieur, 
Je sais par M. de Tréneuil que j'ai obtenu ce que je dési- 
rois. Je le dois aux bontés deV. E. et à l'intérêt qu'elle a bien 

(1) Turin, Bibliotcca Civica, Raccolta Cossilla. 



364 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

voulu mettre à cette petite affaire, et j'en suis bien recon- 
noissante. Je supplie Votre Excellence de mettre le comble à 
sa bonté en faisant expédier cette affaire de manière que je 
puisse quitter l'Arsenal aussitôt que je le désire. Je voudrois 
aller tout de suite à la campagne et donner des ordres pour 
l'arrangement d'un nouveau logement qu'on prépareroit pen- 
dant mon absence. Pardonnés-moi, Monsieur, d'entrer dans 
ces détails : il me semble que votre extrême bonté m'y 
autorise. 
J'ai l'honneur d'être, Monsieur, de Votre Excellence, 

La très humble et très obéissante servante, 

D. Genlis. 

24 avril 1811. 

II 
(Certificat pour une institutrice) 

J'ai déjà rendu la justice qui est due aux qualités d'insti- 
tutrice de Madame Dufour. Je renouvelle avec plaisir ce 
témoignage et je désire qu'il lui soit utile. 

5 oct. 1811. 

D. Genlis. 

III 
A Monsieur Dussault 
14 septembre 1813 
SuscRiPTioN : A Monsieur/ monsieur Dassault, rue de / Seine n*è5 

Vous me devés, Monsieur, une soirée ; sans mon voyage à 
Baville, c'est une dette que j'aurais réclamée il y a longteras, 
car, dans ce genre, vous ne trouvères point de créanciers 
généreux. Casimir (1) aurait eu l'honneur de vous porter ce 
billet, si depuis deux jours, il n'était un peu malade d'une 
transpiration arrêtée. 

Pouvés-vous, Monsieur, venir dîner avec moi, jeudi pro- 
chain ? M. Maradan m'a promis de venir, mais si ce jour ne 
vous convient pas, donnés m'en un autre. Je ne vous dirai 
pas que je serais bien véritablement charmée de passer quel- 

(1) Son fils adoptif. Cf. Les lettres de madame de Genlis à Casimir 
Becker, publiées par M. Lapauze. 



LETTRES DE DIVERS ÉCRIVAINS FRANÇAIS 365 

ques heures avec vous. Un entretien à la fois si instructif, si 
piquant et si naturel, n'est pas un plaisir de touslesjours;et 
quand il seroit moins rare, il n'en seroit pas moins aprécié. 
Je dois vous remercier peut-être de ne m'en pas faire une 
habitude : il est dangereux d'en prendre dont on ne pourroit 
plus se passer. Au lieu d'une mw/a/fofï, voilà une déclaration: 
mais je n'ai point de plan quand j'écris à mes amis. On ne 
sait pas s'arrêter quand on ne craint pas d'aller trop loin. 
Adieu, Monsieur, agréés l'expression des sentiments les plus 
vrais et les mieux fondés, et répondés-moi, si vous pouvés, de 
la manière la plus aimable, en venant jeudi ; nous dinons 
à cinq heures. 

14 sept. 1813 

IV 

A Ladg Acton 

(Non datée) 



Jeudi 



SuscRiPTiON : A Lady Acton. 



M^c de Genlis est doublement fâchée d'être privée de l'hon- 
neur de recevoir Lady Acton, puisque cette privation est cau- 
sée par le dérangement de sa santé. C'est elle qui la supplie 
de l'en dédommager le jour qui lui conviendra, pourvu 
qu'elle en soit prévenue la veille. Elle désire vivement la 
remercier elle-même d'une indulgente bonté qu'elle ne peut 
justifier que par sa reconnaissance. 

V 
A M. Maradaiu 
(Non datée). 
SuscRiPTiON : A Monsieur^ Monsieur Maradan^ 

La lettre que vous m'avés envoyé, mon ami, est d'un nomé 
M. S. Gc niez, de Béziers, qui m'écrit que mes Contes Moraux 
lui ont tant plu qu'il me prie de vous dire de lui envoyer les 
Mères rivales et Les Vœux téméraires par la poste et qu'il 
payera, dit-il. Ecrives lui là^dessus et dites-lui, je vous prie, 
que je ne me charge point de débiter mes ouvrages, que 



366 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

c'està VOUS qu'il faut s'adresser. On réimprime Madame de la 
Vallière: je vous prie avanttout de m'envoyer la feuille de la 
page 310 in-8. Je veux changer quelque chose à cette page et 
ajouter au volume un avertissement à cette nouvelle édition. 
— J*ai lu les lettres de Madame de la Vallière: elles sont admi^ 
râbles; ces deux vies pénitentes sont différentes, et m'en four- 
niront unecharmante: mais je dois vous prévenir, mon ami, 
du prix que je mets à ce volume, qui aura environ 400 pages 
et plus. J'en veux cent louis et je ne vendrai qu'une édition, 
de 4,000 volumes si vous voulés. Je vous prie, mon ami, de 
me répondre là dessus tout de suite, pour que je prenne mes 
arrangemens. Si vous accej)lez, je vous enverrai le titre tout 
de suite. Il est fait et vous commenceré sur le champ si vous 
voulés. Je dois ajouter que, pour les cent louis, je me conten- 
terai de vingt-cinq louis en donnant le manuscrit, et ensuite, 
quand les payemens de M'»*- de la Vallière seront finis, vous 
me donncrés cent écus par mois jusqu'au complément delà 
somme. 

VI 

A un éditeur. 
(Non datée). 

Je reçois les mêmes plaintes, les mêmes réclamations de 
vos abonnés, Monsieur. Cela est bien fatigant : il faut espérer 
que le mois prochain sera mieux servi. Rien ne peut nuire 
comme cette constante inexactitude. Mon travail sera tout 
prêt dans huit jours, et je ne sais encore ni ce que vous avez 
ni ce que vous voulés. 

Envoy^és donc à M. Julien une souscription : il vous en 
envoie une de son Journal d éducation et il fera du votre le 
plus grand éloge dans son journal. Une de mes amies m'as- 
sure que M. le maréchal de Macdonald prendra douze ou 
quinze souscriptions de votre journal pour Saint-Denis. 
J'aurai l'œil à cela. Je vous supplie. Monsieur de me mander 
ce que vous avès de pages pour le mois prochain ; pour 
qive cela aille, il faut que tous soit prêt le U'»* de mars, et que 
les morceaux m'aient été envoj'és d'ici là. 

Mon travail pour le mois d'avril est déjà préparé. J'ai l'hon- 
neur de vous souhaiter le bonsoir. 



LETTRES DE DIVERS ÉCRIVAINS FRANÇAIS 367 



LETTRE DU PHILOSOPHE SAINT-SIMON (1) 



A M, le comte de Rœdern (2) 
(17 mars 1814) 

SiscRiPTiON : A monsieur / monsieur le comte de Rœdern, I rue de 
Grenelle Saint-Honoré, /ancien Hôtel des Fermes. 

J'ose espérer, Monsieur, que dans la circonstance cri- 
tique (3) où je me trouve, vous n'abandonnerez pas un 
homme qui a eu avec vous d^aussi longues relations d'ami- 
tié (4). 

J'ai obtenu de ma famille une pension alimentaire de deux 
mille francs (5). Je n'ai pas au monde d'autre ressource 
pour exister ; les circonstances actuelles arrêtent momen- 
Inncmcnt le payement de mon trimestre échu au 15 mars. 

Je vous prie donc instament d'autoriser M. Rihouet à 
in'avancer de vos denniers les cinq cents francs qui me sont 
dus par ma famille. Je vous le répète, Monsieur, c'est ma 
dernière ressource. 

Saint-Simon. 

Paris, ce 17 mars 1814, rue des Fossés-Saint-Germain, n» 16. 

(1) Cf. dans G. Weill, Saint Simon et son œuvre^ l'histoire de sa 
ruine et des difficultés pécunaircs quotidiennes où il se débattit 
depuis 1S05 jusqu'à sa mort en 1825. 

(2) Ambassadeur de Prusse à Londres, devenu Tami et l'associé de 
Snint-Simon en 1791 pour l'acquisition de biens nationau.\. 

C,3) Ceci, vu la date de cette lettre, semble contredire un peu l'opi- 
nion de Weill sur l'amélioration de la situation de S. S. à ce moment. 

(4) Interrompues par des querelles violentes à propos du règlement 
de leurs affaires. Saint-Simon néglige de rappeler la guerre de mé- 
moires que les deux associés s'était faite. 

5) Ce renseignement précise ce que dit Weill à ce sujet, parlant 
• d'un arrangement et d'une modeste pension ». 



368 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 



LETTRES DE CHATEAUBRIAND 



I 

Au notaire Denijs (1) 
SuscRiPTiON : A monsieur / monsieur DenySj notaire à Paris. 

J'ai rhonncur d'envoyer à Monsieur Denys la note des 
24n»e^'^stc^,àrexception de ceux qui se payent entre mes mains. 

Je le prie d'agréer tous mes remerciemens et complimens 
sincères. 



De Chateaubriand. 



Ce 30 juin 1812. 



Demain 1er juillet est un terme : Monsieur Denys est pleine- 
ment autorisé à donner quittance. Je ferai prendre les fonds 
chez lui à mesure qu'ils rentreront. 

II 

A un ambassadeur (2) 

(Paris 12 avril 1823) 

Le Conseil (3) n'a pas eu lieu hier assez longtemps pour 
que je puisse introduire Taffaire dont m'a parlé Votre Excel- 
lence. Je vais en parler ce matin même et si j'ai une réponse 
positive, j'aurai l'honneur de vous la transmettre. 

Agréez, Monsieur l'Ambassadeur, mes compliments les 
plus empressés. 

Chateaubriand. 

(1) Turin, Biblioteca Ciuica^ Raccolta Cossilla, 

(2) Turin, ibid. Raccolta Cossila. Sans suscription. La date a été 
écrite par une autre main. 

(3) Des ministres. 



LETTRES DE DIVERS ÉCRIVAINS FRANÇAIS 369 

III 

A un collègue (1). 
(Paris, 21 mai 1823) 

Mon cher Collègue, 

Je vous envoie la pétition de Madame Magalon. Son mari 
s'adresse à moi comme à un confrère. En mettant les muses 
à part, je crois qu'il est de bonne politique de faire cesser 
les clabauderies des gens de lettres. Un peu d'indulgence fera 
tomber tout le pathos de ce pauvre Laborde. 

Voilà une lettre de ma sœur qui vous demande une au- 
dience. 

Tout à vous. 

Chateaubriand. 

IV 

A un correspondant anonyme (2) 

Lausanne 13 janvier 1826 (?) 

Mon cher Monsieur, ma femme est partie ce matin pour 
Paris, moi je pars à la fin du mois. Vous n'avez pas voulu 
venir nous voir : c'est bien mal. Nous vous attendrons à 
l'Infirmerie. Je vous prie d'avoir la bonté de faire remettre 
sur le champ cette lettre à M. de Villeneuve. Je vous em- 
brasse et [suis] tout à vous. 

Ch. 

V 

A M. le baron Decazes (3) 

Pans, ce 20 juillet 1828. 

J'ai remis, Monsieur le Baron, la demande de votre frère 
à M. de la Ferronnays en la recommandant fortement. Je ne 

(1) Bibl. Nat. F. Fr. Nouv. Acq.3533 [Coll. Deslys] fol. 111. Original 
autographe. Le nom du destinataire manque. — U faut signaler au 
futur éditeur de la Correspondance générale de Chateaubriand une 
copie d'une lettre de Chateaubriand à M. Hédouin, qui se trouve 
dans le même volume au f. 172. 

(2) Turin, Biblioteca Ciuica, Raccolta Cosilla, Sans adresse. 

(3) Turin, ibid. Race. Cossilla, La lettre n'a point de suscrîptioo 
mais le nom du destinataire est donné dans le texte. 



370 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

puis VOUS dire si elle réussira. Je ne vois pas de mouvement 
probable dans le corps diplomatique. Vous connaissez mon 
dévouement et le désir que j*ai de vous être bon à quelque 
chose. Vous avez, selon moi, très bien fait d'entrer dans la car- 
rière consulaire : elle est plus sûre, moins orageuse, et tout 
aussi honorable que l'autre. Je suivrai vos conseils et je com- 
pléterai ma maison à Livourne, quand je serai arrivée Rome 
et quand j'aurai pris connaissance des lieux. Je ne devais 
quitter Paris <iue vers le 15 septembre, mais je crois que 
mon départ sera avancé d'un mois et que je me mettrai en 
route vers le vingt d'août. M^*^ de Chateaubriand et moi, 
Monsieur le Baron, serons très heureux de vous voir vous et 
M™e de Gazes à Livourne, et surtout à Rome. Je compte éviter 
en allant Turin et Florence, parce que je serois obligé de 
m'arrêter pour faire ma cour, et que les affaires m'appellent 
à mon poste. 

Recevez, monsieur le Baron, l'assurance nouvelle de l'atta- 
chement que je vous ai voué. 

Chateaubriand. 



LETTRES D'HONORÉ DE BALZAC (1) 



I 

A Monsieur Colla, avocat (2). 
(octobre 1837). 

SuscRiPTiON : Monsieur Colla / avocat, Turin, / royaume de Sar- 
daigne. 

Cher maître, nous sommes bien inquiets du procès de Tor- 
tone, et nous nous demandons, si les Italiens ne savent faire 
vite qu'une seule chose. Mais ce petit mot n'a d'autre objet 

(1) Turin. Biblioteca Civica, Raccolta Cossilla. 

(2) Lettre non datée, mais Colla y a mis la mention Ricevuto li il 
ottobre 1837, ce qui permet de la situer approximativement. Non 
recueillie dans la Correspondance Générale de Balzac (Calmann- 
Lévy, 1876). 



\ 



LETTRES DE DIVEBS ÉCRIVAINS FRANÇAIS 371 

que de vous prier de m'adresser vos lettres et avis ainsi : 
€ M. Sarville, rue de Ville^TAurag, Sèorei, Seine-et-OUe ». Au- 
cune lettre qui n'est pas ainsi conçue ne me parviendrait, car 
une horrible loi sur les réfractaires de la garde nationale» (loi 
qui prononce une amende et des mois de prison), m'a forcé à 
fuir sur la limite juste du département voisin, afin d'être à 
Paris corporcUement quand je veux et de n'y pas être légale- 
ment. £t pour éviter d*étre de la garde nationale départe- 
mentale, je ne suis pas sous mon nom. Quand aurez-vous une 
occasion à Paris pour ce que j'ai à vous envoyer de fleurs de 
rhétorique qui ne valent pas celles de vos belles serres, 
oîmé ! 
Mille caressantes choses à votre famille et gardez-^n une 

bonne part. 

Votre dévoué, 

De Balzac. 
Il 

A Af. Chapuy, 
(non datée). 

SuscRiPTioN : Monsieur Chapug, ^^ rue de Grenelle-Saint'Honoré. 
Paris. 

Monsieur, je suis bien reconnaissant de la complaisance 
avec laquelle vous m'aidez dans mes recherches, et de l'em- 
pressement aimable que vous y avez mis. Une chute violente 
m'a empêché d'aller vous voir. Je vais aller pendant quinze 
jours dans un coin tranquille achever mon ouvrage. Per- 
mettez-moi d'avoir recours à vous, si quelque détail m'y for- 
çait, car je serais chagrin de vous importuner. 

Agréez tous mes remerciemens, et croyez que j'aurai le 
soin le plus paternel des deux choses que vous m'ave< con- 
fiées. 

Trouvez ici, Monsieur, l'assurance de mes sentimens dis- 
tingués. 

De Balzac. 

m 

A Urbain Canel. 
(Non datée). 
SusGRipnoN : MotiMiewr Canely me J.-J.-BouMMeau. Paris* 

J'ai dîné hier avec M. Maurice de la Quotidienne. U esl ld> 



372 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

lement bien disposé, mon cher éditeur, que ce serait crime 
à vous de ne pas aller dans les vingt-quatre heures le voir 
avec l'article de Bruxelles. 

Et la Gazette ? 

M. Janin et le Figaro, et le Corsaire et le Constitvdionîiel 
répondront. 

En avant donc I Mille complimens à le miss (sic), 

H. B. 

IV 
Monsieur Chapelain. 
(Non datée). 
SuscRiPTiON : Monsieur Chapelain, 21, rue Poissonnière, Pari» 

Monsieur, 

J'ai l'honneur de vous prier de nous consacrer une consul- 
tation de votre somnambule, (1) pour lundi prochain 24 cou- 
rant, pour M. Auguste Janneson que j'ai eu le plaisir de vous 
amener. Vous nous obligerez, au cas où vous ne pourries pas 
nous donner Theure de midi, de m'en prévenir. 

Agréez, Monsieur, mes complimens empressés et les senti- 
mens distingués avec lesquels j'ai l'honneur d'être. 

Votre dévoué serviteur, 

DE Balzac. 

rue Cassini, I. 



Au libraire Leuavasseur. 
(Non datée) 

SusGRiPTiON : Monsieur A, Leuavasseur / Libraire, galerie des Proam 
Palais Rogal / Paris. 

Je tiendrai beaucoup à voir une épreuve de ma Scène de vil- 
lage, et je la renverrais courrier par courrier. Adressés la moi 

(1) Il serait intéressant, mais il est arbitraire de le supposer, que 
cette visite à la somnambule fût du temps où Balzac préparait Ursule 
MxroÀbt. 



^ 



LETTRES DE DIVERS ÉCRIVAINS FRANÇAIS 373 

SOUS bande, sans manuscrit, comme un journal & « M. de Bal- 
zac j à Sache, par Azé le Rideau (Indre et Loire). » Vous me ferés 
plaisir, et M. Charles donnerait pour moi le bon à tirer. 

M. Canel ne sachant pas mon adresse, si vous le voyés, 
priés-le de m'envoyer ainsi le Dôme des Invalides. XgFéez mes 
compliments et civilités. 

Votre dévoué serviteur, 

deB. 

{A suivre./ L.-G. Pélissier. 



CHRONIQUE 



Bibliothèques. — M. Paul Chevreux, archiviste de la Seine-Infé- 
rieure a été nommé, par décret en date du 21 juillet 1906, inspecteur 
général des bibliothèques et des archives^ en remplacement de 
M. Bernard Prost, décédé. 

Le même décret nomme M. Kohler, administrateur de la Biblio- 
.théque Sainte-Geneviève en remplacement de M. Ruelle, admis à 
faire valoir ses droits à la retraite, et M. Georges de Porto-Riche, 
administrateur de la Hibliothèquc Mazarine, en remplacement de 
M. Alfred Franklin, également admis ù faire valoir ses droits à la 
retraite. 

Les postes d^administrateur de Sainte-Geneviève et de la Mazarine 
étaient vacants depuis le 2 août 1905. Si la nomination de M. Kohler, 
archiviste-paléographe, élève diplômé de TÉcole des Hautes Etudes, 
qui appartient depuis 1883 à la Bibliothèque Sainte-Geneviève, a été 
unanimement saluée par le personnel des bibliothèques, celle du 
successeur de M. Franklin a provoqué, dans les mêmes milieux, une 
légitime émotion. 

Le nouvel administrateur de la Bibliothèque Mazarine n'est pas de 
la carrière et la nomination d'un homme de lettres, pris en dehors 
des cadres, crée non seulement un précédent Xucheux, mais encore 
porte une grave atteinte aux intérêts de toute une catégorie de fonc- 
tionnaires qui, après de longues années de services, étaient en droit 
de prétendre à un avancement normal et régulier. 

Au moment où M. Alfred Franklin quitte la Bibliothèque Mazarine 
à laquelle il appartenait depuis prés de cinquante ans et qu'il admi- 
nistrait depuis 1885, le Bulletin du Bibliophile ne veut pas manquer 
d'apporter à son érudit collaborateur le témoignage de sa cordiale 
et vive sympathie. M. Franklin rentre dans la vie privée. Pouvons- 
nous souhaiter que, débarrassé des soucis de Tadministration, il 
reprenne, dans notre revue, une collaboration interrompue depuis 
trop longtemps et qu'il lui donne encore une série d'articles aussi 
documentés que ceux qu'il y a jadis signes ? Ce serait, pour nos lec- 
teurs comme pour nous, une véritable bonne fortune. 

Bibliographie agenaise. — M. Ernest Labadie a publié dans 
la Revue de VAgenais et fait tirer à part à cinquante exemplaires 
une intéressante étude intitulée : Additions et rectification» à la 
bibliographie de quelques écrivains agenais (Florimond de Raymond, 



k 



CHRONIQUE 375 

Biaise de Aîontluc^ Antoine de la Pujade et Cortète de Prades), ornée 
d'un portrait de Florimond de Raymond et de huit fac-similés. Cest 
à la Bibliographie agcnaise de Jules Andrieux que le bibliophile 
bordelais apporte aujourd'hui quelques corrections, « c'est surtout, 
écrit-il, pour avoir l'occasion de rendre hommage à cet érudit qui 
nous a laissé une œuvre considérable et d'une utilité incontestable ». 
Le travail de M. Labadie est consciencieusement traité; mais 
nous ne pouvons partager Tavis de l'auteur lorsque, dans son avant- 
propos, il écrit que « les recherches bibliographiques sont des plus 
pénibles dans nos bibliothèques publiques en France » et fait, en 
quelques lignes, la critique de leurs catalogues. Le jugement de 
M. Labadie nous paraît d'une sévérité qui, pour de rares excep- 
tions, peut être justifiée mais ne Test certainement pas pour la géné- 
ralité des répertoires de nos bibliothèques. 

La première édition de Virgile imprimée à Paris. -^ 
Dans la liste des vingt-deux volumes imprimés, dans le* collège de 
Sorbonne, par Ulric Gering, Michel Friburger et Martin Crantz, de 
1470 au premier mois de 1473, figure une édition de Virgile, dont le 
seul exemplaire signalé jusqu'ici ne contient que les Bucoliques et 
les Géorgiques. La question s'était posée de savoir si les trois typo- 
graphes allemands, appelés à Paris par Jean Heyniin et Guillaume 
Fichet, n'avaient pas aussi imprimé le principal poème de Virgile, 
ïEnéide : aucun bibliographe n'avait encore pu résoudre cette ques- 
tion. 

M. Ch. Mortet vient d'avoir la bonne fortune de l'élucider et de 
publier à ce sujet dans le Bibliographe moderne^ une très intéres- 
sante étude dont j'extrais les passages suivants : a En examinant, 
il y a quelques mois, une édition incunable de Virgile sur la date 
et la provenance typographique de laquelle j'avais été consulté, j'ai 
eu la surprise de constater que j'étais en présence d'un exemplaire 
de l'édition imprimée avec les caractères de la Sorbonne, qui conte- 
nait non seulement le texte des Bucoliques et des Géorgiques abso- 
lument conforme à celui qu'avaient décrit J. Philippe et A. Claudin, 
mais aussi le texte entier de l'Enéide. Le propriétaire de ce rarissime 
incunable tient à le conserver dans sa famille et ne paraît nullement 
décide à le céder à une bibliothèque publique. Mais il a bien voulu 
m'autoriser à en faire connaître l'existence et à en reproduire quel- 
ques pages par la photographie. 

Le savant conservateur de la Bibliothèque Sainte-Geneviève, après 
avoir examiné minutieusement les caractères de cette précieuse édi- 
tion« a constaté qu'ils étaient identiques aux caractères ronds qui ont 
servi de 1470 à 1472 pour l'impression des Gasparini Epistolae et 
des autres volumes sortis des presses de Gering et de ses associés, et 
qui ne furent plus employés par eux lorsqu'ils s'installèrent rue 
Saint- Jacques en 1473. M. Ch. Mortet, recherchant la date à laquelle 
été public ce Virgile, serait porté à croire que sa publication peut 
être approximativement datée des premiers mois de 1472. 

L'étude de notre confrère intitulée: La première édition de Virgile 
imprimée à Paris H70'Pû2, a été tirée à part à un petit nombre 
d'exemplaires ; elle est accompagnée de trois planches en phototypie 



376 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

reproduisant en fac-similé les pages de Tincunable correspondant 
au début de la première Églogue (folio 1, r^ ), au début du premier 
livre de TEnéide (fol. 52, r*), à la fin du douzième livre et aux pièces 
qui suivent (fol. 207, r»). 

Lettres à l'Étrangère. — On sait qu'un nouveau volume des 
Lettres à VÉtrangère, d'Honoré de Balzac, vient de paraître et c'est 
une opinon généralement répandue que cette publication doit être 
attribuée à M. le vicomte de Spoelberch de Lovenjoul. Il suffirait pour- 
tant de lire cet ouvrage, qui contient tant de lacunes et de maladresses, 
pour se convaincre aussitôt que le grand balzacien n'est pour rien 
dans cette édition. L auteur de Un Roman dC amour a eu l>cau pro- 
tester, ni dénégations, ni explications de sa part et pas même cer- 
taine protestation imprimée à Londres dan The Âcaidemy n*ont pu 
détruire la légende contraire. Un écrivain belge, M. Eugène Gilliert a 
interrogé M. de Lovenjoul et acquis la conviction qu'il était abso- 
lument étranger à la mise au jour actuelle des Lettresà VÉirangère. 
Voici ce qu'à ce sujet écrit M. Gilbert dans une jolie étude intitulée: 
Balzac peint par lui-même, étude parue dans la Revue Générale de 
juin 1906 : v Le rôle de M. de Lovenjoul à propos de ces lettres dont 
il possède les autographes, s'est uniquement borné à les copier inté- 
gralement, puis à fournir cette copie à l'éditeur, il y a précisément 
vingt ans depuis cette année. Après quoi — pour les deux volumes 
parus, qui font la moitié de l'ouvrage — il a revu leur première 
épreuve de façon à l'établir conforme aux originaux. Telles sont les 
seules parts qu'il ait prises à la publication de ces Lettres, 11 n'est donc 
pour rien dans l'inconcevable retard mis à faire paraître un ouvrage 
de cette importance, dont il faudra vraisemblablement attendre vingt 
ans encore l'achèvement, c'est-à-dire l'apparition des deux derniers 
^ volumes prêts en manuscrits depuis 18^ ! Il n'a pas davantage par- 
ticipé en rien à aucune des modifications ou des suppressions opérées 
dans le texte, pas plus qu'au maintien de certains fâcheux détails 
d'intimité, qu'à son avis il était indispensable d'en enlever. Enfin, ni 
les notes des deux volumes parus et dont quelques-unes sont défec- 
tueuses, ni les crochets placés par lui dans le texte, en cas d'adjonc- 
tions forcées relativement au sens ou à propos de mots oubliés, 
n'ont été imprimés tels qu'il les avait indiqués. On peut Juger, dès 
lors, combien TaHirmation que l'ouvrage est publié par M. de Loven- 
joul mérite crédit ! » 

Correspondance d'Alfred de Vigny. — Une fervente admira- 
trice d'Alfred de Vigny, Mlle Emma Sakellaridès, vient de publier chez 
Calmann-Lévy, en un volume in-18, la Correspondance du grand 
poète, de 1816 à 1863. Cette correspondance est marquée de toutes les 
qualités de 1 écrivain, qualités d'observation, de jugement, de senti- 
ment. Ce qui en fait surtout le charme, c'est la réserve discrète avec 
laquelle Vigny parle toujours de lui-même ; et, comme l'écrit très 
justement l'éditeur littérairede ces lettres, <fla physionomie de Vigny 
telle que la reflète sa correspondance, ne fera que gagner en expres- 
sion de beauté y>. 

Ce premier volume de correspondance, outre une trentaine de let- 



CHRONIQUE 377 

très inédites, comprend des lettres déjà publiées dans divers ouvra- 
ges, journaux ou revues : lettres à la vicomtesse du Plessis, à Busooi, 
au docteur Montalembert, au Père Gratry, à Eusèbe Castaigne, à 
Marie Dorval, à F. Bungener, à M. et Mme Jules de Saint-Maur, etc. 
etc.. Nombre de lettres sont restées en souffrance et Mlle Sakellaridès 
espère bien pouvoir quelque jour les réunir en un volume complé- 
mentaire. Aussi bien, croyons-nous lui être utile en reproduisant 
textuellement ici l'appel qu'elle adresse à tous ceux qui possèdent 
des lettres inédites d*AIfred de Vigny ou pourraient simplement lui 
en révéler l'existence : « Nous serons très obligée aux personnes qui 
possèdent des lettres d'Alfred de Vigny et qui voudront nous les com- 
muniquer pour un volume complémentaire comprenant les lettres 
qui n'ont pas trouvé place dans le présent recueil et notamment 
celles à Auguste Barbier, publiées récemment dans la Revue poli^ 
tique et littéraire par M. Alfred Rebelliau. » 

Guillaume de Flavy. — En retraçant Texistence et la fin 
tragique de Guillaume de Flavy, écuyer picard, capitaine de gens 
d armes et de trait^ à Compiègne, au temps du roi Charles VII, 
M. Pierre Champion, archiviste-paléographe, a apporté une sérieuse 
contribution au tableau de la société féodale, dans la première partie 
du quinzième siècle. Le Bulletin du B/^Ziop/iiVe a signalé bibliographi- 
quemeut cette intéressante publication à ses lecteurs ; il convient 
aujourd'hui de donner quelques détails au sujet de ce livre. 

Plusieurs auteurs se sont déjà occupés de Guillaume de Flavy, 
mais aucun d'eux n'a reconstitué aussi minutieusement que M. Pierre 
Champion la vie de ce capitaine qui commandait la place de Com- 
piègne lorsque Jeanne d'Arc tomba, devant cette ville, aux mains de 
l'ennemi. A laide de documents d'archives et en particulier de pièces 
de procédure, le jeune archiviste-paléographe est arrivé à éclairer 
la physionomie de ce rude soldat qui fut en même temps, selon l'ex- 
pression de l'auteur, un exécrable pillard. L'important travail de 
M. Pierre Champion, qui, si je ne me trompe, est la thèse qu'il a soute- 
nue à rÉcole des Chartes, comprend, outre une copieuse introduction, 
quatre chapitres, des pièces justificatives et trois appendices. Voici 
l'indication des diverses parties de cet ouvrage : Chapitre P': La Jeu- 
nesse, la famille.— Chapitre II: La carrière militaire de Guillaume de 
Flavy; la campagne d'Argonne (1427-1428); Campagne de l'Oise ( 1429- 
1430).— C/iapi/rc/// : La tyrannie de Guillaume de Flavy.— Chapi7re/F: 
Guillaume de Flavy et Blanche d*Overbreuc. Les appendices sont 
ainsi composés : I. Examen des sources relatives à la trahison de 
Jeanne d'Arc par Guillaume de Flavy. II. Ordre de la succession de 
Gu3'ot La Personne. III. Tableau généalogique. 

Le vol unie, très soigneusement édité par la librairie Honoré Cham- 
pion, est orné de trois planches reproduisant des quittances et signa- 
tures autograplics de Guillaume de Flavy et de Pierre de Louvain, en 
fac-similé, et une vue du donjon deNesles,près de Fère-en-Tardenois. 

Le Premier imprimeur de Cambridge. — Sous ce titre : 
John Siberch. Bibliographical noteSy 1886-1905, MM. Robert Bowes et 
G.-J. Gray viennent de publier, à la librairie Macmillan et Bowes, 



378 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

un intéressant spécimen contenant des fac-similé de titres, colo- 
phons, ornements, initiales et vignettes sur bois de livres sortant 
des presses de John Siberch. 

Les deux éditeurs s'étaient autrefois proposé de publier en fac- 
similé les huit ouvrages imprimés à Cambridge par John Siberch, 
de 1521 à 1522. En 1881, ils mirent au jour le De tempe ramentis, de 
Galien, traduit en latin par Linacre, avec un portrait du traducteur 
et une introduction du docteur J. Payne. Cette publication fut sui- 
vie, en 1888, par trois autres ouvrages, Bullock, AugusUne et Papy- 
rus geminus. Le « Bullock » était accompagné de Tintroduction de 
feu Henry Bradshaw et de notes par le docteur J.-H. Jenkinson. 

Restaient quatre ouvrages à publier ; le nombre des souscripteurs 
n'étant pas suffisant, les éditeurs renoncèrent à leur publication, et 
c'est pourquoi ils se bornent aujourd'hui à reproduire eu fac-simile 
les titres et colophons de ces impressions de John Siberch, ainsi que 
deux feuillets inconnus jusqu'à présent de l'ouvrage de Galien et 
une page de la Grammaire latine d'Erasme, la seule connue, avec les 
ornements et lettres ornées dont Siberch faisait usage. 

Ce spécimen curieux, publié au prix de 9 fr. 35, ji'est tiré qu'à 
150 exemplaires. 

Nécrologie. — La Société des Bibliophiles françois est cruelle- 
ment éprouvée depuis quelque temps; hier, c'était Madame la 
comtesse de la Fcrronnays, sa doyenne, aujourd'hui c'est M. le duc de 
Broglie qui disparait, enlevé en pleine force à l'affection de sa famille 
et de ses collègues. 

Louis-Alphonse-Victor, duc de Broglie est décédé le 27 août der- 
nier, en son cliâteau de Broglie (Eure), à l'âge de soixante ans. Il 
était fils du duc de Broglie, l'éminent homme d'Etat, membre de 
rAcadémic française. Après avoir fait la campagne de 1870 comme 
officier de mobiles, le duc de Broglie était entré dans la diplomatie. 
Secrétaire d'ambassade ù Londres, il fut sous-chef de cabinet du 
du duc Decazes; après la démission du maréchal de Mac-Mahon, il 
rentra dans la vie privée. Élu, en 1893, député de l'arrondissement 
de Château-Gonthicr, dans la Mayenne, il avait été, depuis cette 
époque, réélu à chaque renouvellement de la Chambre. 

M. le duc de Broglie avait été élu membre de la Société des Biblio- 
philes françois le 14 mai 1884. Tous ceux qui l'ont connu ont pu 
apprécier ses qualités de cœur et d'esprit, son affabilité, sa bonté. 
C'est avec un profond regret que nous enregistrons la mort pré- 
maturée de ce bibliophile distingué et nous prions la famille du 
regretté défunt de vouloir bien trouver ici Texpression de nos condo- 
léances les plus sincères et les plus attristées. 



LIVRES NOUVEAUX 



Réimpressions de livres anciens, 

Bibliographie, Autographes, Manuscrits, Imprimerie, 

Reliure, Blason, Généalogie, Chroniques, Ex-libris, etc. 



- Répertoire historique et biographique de la Gazette de France 
depuis l'origine jusqu'à la Révolution, 1631-1790, par M. le marquis 
de Granges de Surgbres, Tome quatrième. Quadt-Zurlauben. 
Paris, Henri Lcclerc, in-4. 

Publication terminée. 

- Catalogue général de la librairie française, continuation de Tou* 
vrage d'Otto Lorenz(pcriodedel840àl885: 11 volumes),Tomedix-sep- 
tième (table des matières des tomes xiv et xv, 1891-1899) rédigé par 
D. Jordell. Premier fascicule : L — Poésies. Paris, Per Lamm, 
gr. in-8. 

Prix des tomes xvi et xvji, 75 fr. 

- Additions et rectifîcations à la bibliographie de quelques écrivains 
agenais (Florimond de Raymond, Biaise de Montluc, Antoine de la 
Pujade et Coiiète de Prades),par Ernest Labadie, bibliophile bor- 
delais. Avec un portrait de Florimond de Raymond et huit fac- 
similés. Agen, imprimerie moderne j gr. in-8. 

Extrait de la Revue de l'Agenais (1906). Tiré n 50 ex. 

- Library of Congress — List of works relating to Government 
régulation of insurance. United states and foreign countries. Com- 
piled undcr the direction of Appleton Prentiss Clark Griffin, chief 
bibliographer. Washington, Government printing office, gr. in-8. 

- La première édition de Virgile imprimée à Paris, 1470-1472, par 
M. Ch. MoRTET, conservateur à la Bibliothèque Sainte-Genevièvt . 
(Extrait du Bibliographe moderne, 1906, no«l-2. [Avec planches hors 
texte], Besançon, tgp. et lith. Jacqiiin, ir\'8. 



380 LIVRES NOUVEAUX 



Publications diverseB 

— Pierrre de Lacretelle, — Le Maréchal Jourdan à Besançon en 
1815. PariSj bureau de la « Grande Revue », gr. in-8. 

Edilion de la Grande Reuue. 

— Michel Salomon — L'Esprit du Temps. Paris, Perrin et C«*, in-8 
(3 fr. 50). 

— Jean Saint- Yves — Sur les côtes de Meuse. Paris, éditions de 
« Patria », in-18 (3 fr. 50). 

— Tei-San — Notes sur l'art japonais. La Sculpture et la Ciselure. 
Paris, Société dv Mercure de France, in-18 {W fr. 50). 

Il a été tiré, en outre, 7 ex. sur pap. de Hollande (n** 1 à 7). 

— Les Trouvères arméniens — Nahabcd Koutchack — • Hovhannés 
BIouz — Constantin d'Erzenga — Frik — Arakel de Baghèche — 
Mgrditch Naghache — Kéropé — Ohannès — Sargavak de Berdak — 
Hovhannés de Telgouran — Grégoire d'Akhtamar — Ghazar de 
Sébaste — Nersés l'archimandrite — Yérémia Keumurdjian — 
Naghache Hovnathan — Saïat — Nova — Lounkianos — Djivani — 
Traduction française avec une introduction par Archag Tchoba- 
NiAN. Paris, Société dv Mcrcvre de France^ in-18 (3 fr. 50). 

Bibliothèque Arménienne. Il a été tiré, en outre, 7 ex. sur pap. de Hol- 
lande (n** 1 ù 7). 

— Léon BocQUET — Les C^'gnes noirs, poèmes, 1899-1903. Paris, 
Société dv Mercure de France, in-18 (3 fr. 50). 

Il a élé tiré, en oulre, 3 ex. sur pap. du Japon (n** 1 à 3) et 12 ex%surpap, 
de Hollande (n** 4 à 15). 

— Balzac peint par lui-même, par Eugène Gilbert. (Extrait de la 
Revue générale, juin 1906), Bruxelles, J. Goemaere, in-8. 

— Aljel BERTiEn — Notice biographique sur Hégésippe Moreau. 
PariSy Félix Juuen, gr. in-8. 

— Louis Thomas — Les Flûtes vaincs. Paris, éditions de Psyché, ln-8. 
— Les Cris du Solitaire. Paris, éditions de Psyché, in-8. 

— Edouard Mavnial. — La Vie et l'Œuvre de Guy de Maapassant. 
Paris, Société du Mercure de France, in-18 (3 fr. 60). 



PASCAL ET DALIBRAY 



Un article publié par M. Michaut dans la Revue latine 
du 25 septembre 1906 attire l'attention sur deux poésies 
de Charles Vion, sieur de Dalibray adressées à « Mon- 
sieur Pascal le fils. » La première célèbre la machine 
arithmétique de Pascal ; la seconde, la « claire expé- 
rience où le vuide se treuve », du même. Il est évident 
que cette dernière pièce fait allusion à l'expérience du 
Puy-de-Dôme. Quand un auteur du xvii* ou du xvin* siècle 
parle de ce Texpérience » de Pascal, sans préciser davan- 
tage, c'est toujours celle du Puy-de-Dôme qu'il entend 
citer. 

Je puis signaler, à propos de cette seconde pièce, un 
rapprochement ignoré que je crois tout a fait curieux et 
qui a le mérite de mettre mieux en relief la signification 
véritable de la poésie de Dalibray. J'ai constaté, en effet, 
récemment, et non sans surprise, que ce poète de cabaret 
assistait au mémorable entretien que Descartes eut avec 
Pascal, le lundi 23 septembre 1647. On sait que les 
deux conversations tenues le dimanche 22 et le lundi 
23 septembre 1647 entre ces deux grands hommes 
tiennent une place considérable, et toujours assez mys- 
térieuse, dans la controverse récemment reprise sur la 
priorité de l'idée de l'expérience du Puy-de-Dôme. Ce 
serait, en effet, au cours de ces deux séances que 
Descartes, si on l'en croit, aurait donné à Pascal le con- 
seil de réaliser l'expérience qui fut accomplie un an 
plus tard, le 19 septembre 1648, par Périer, à la demande 
de son beau- frère (voy. Revue Bleue, 1906, t. II, pp. 202 et 

26 



382 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

234). Il est tout a fait piquant de savoir que Dalibray, à 
qui est dû le bel éloge de cette découverte sur le Vide, 
qu*on rencontre dans ses Œuvres poétiques (vers hé- 
roïques, éd. de 1653, p. 32), assistait précisément au 
second de ces entretiens. Un texte précieux nous rensei- 
gne à cet égard : il s'agit de la lettre de Jacqueline Pascal 
à Madame Péricr, en date du mercredi 25 septembre 
1647 (1), qui est, du reste, le seul document parvenu 
jusqu'à nous touchant les célèbres visites de l'auteur du 
Discours de la Méthode au futur auteur des Provinciales 
et des Pensées. Voici ce que nous apprend ce texte. 
Le premier jour, c'est-à-dire le dimanche matin, Descar- 
tes quitta la demeure de Pascal vers midi. Il dinait au 
faubourg Saint-Germain et M. de Roberval aussi. Il 
enmena donc ce dernier dans un carrosse où ils étaient 
tous deux seuls, « et là ils se chantèrent goguettes, mais 
un peu plus fort que jeu, à ce que nous dit M. de Rober- 
val, qui revint ici l'après-dinée, on il trompa M. Dalibray. » 
Donc, Dalibray, évidemment un familier de la maison, 
se trouve en visite chez Pascal le dimanche 22 septem- 
bre, dans l'après-midi. 

Mais Jacqueline poursuit son récit : « J'avais oublié à 
te dire que M. Descartes, fâché d'avoir si peu été céans, 
promit à mon frère de le venir revoir le lendemain à 
huit heures. M. Dalibray, à qui on lavait dit le soir, s'y 
voulut trouver, et fil ce qu'il put pour y mener M. Lepailleur^ 
que mon frère (Biaise) avait prié d'avertir de sa part : mais 
il fut trop paresseux pour y venir; ils devaient diner, 
M. Dalibray et lui, assez proche dici. M. Descartes 
venait ici en partie pour consulter le mal de mon frère 
sur quoi il ne lui dit pas pourtant grand'chose; seule- 

(1) Faugcre, Lettres, opuscules et mémoires de Madame Périeret de 
Jacqueliue Pascal. H'> (1845) p. 310-311. 



PASCAL ET DALIBRAY 383 

ment il lui conseilla de se tenir tous les jours au lit 
jusques à ce qu'il fût las d'y être, et de prendre force 
bouillons. Ils parlèrent de bien d'autres choses, car il y fut 
jusques à onze heures; mais je ne saurais qu'en dire, car 
pour hier je n'y étais pas, et je ne le pus savoir, car nous 
fûmes embarrassés toute la journée à lui faire prendre 
son premier bain. Il trouva que cela lui faisait un peu 
mal à la tête, mais c'est qu'il le prit trop chaud. Je crois 
que sa saignée au pied le dimanche au soir lui fit du 
bien, car lundi il parla fort toute la journée, le matin à 
M. Descartes, et l'après-dinée à M. de Roberval contre 
qui il disputa longtemps, touchant beaucoup de choses 
qui appartiennent autant à la théologie qu'à la physique ; 
et cependant il n'en eut point d'autre mal que de suer 
assez la nuit et de fort peu dormir ; mais il n'en eut point 
les maux de tête que j'attendais après cet effort... d 

Dalibray fut donc le témoin de cette controverse du 
lundi matin avec Descartes. Il avait voulu amener avec 
lui M. Le Pailleur, son ami intime autant que celui de la 
famille Pascal, mais ce dernier, nonchalant et paresseux, 
s'abstint. Dalibray et lui se retrouvèrent ensuite chez 
l'ami qui les avait invités tous deux à dîner. La poésie 
de Dalibrav : Sur le Vuide, reçoit de tous ces faits une 
importance et une signification particulières. Elle 
n'est pas le compliment banal d'un poète heureux de 
trouver un beau motif d'enfler la voix. Elle nous appa- 
raît désormais comme l'expression d'une admiration 
sincère et raisonnée, basée sur des souvenirs précis. 

A-t-on recours aux sens ? Ce n'est plus qu'imposture 
Que cette autorité dont la grandeur obscure 
Dans un muet respect retcnoit les mortels, 
Kt ces temples percez d'une vive lumière 
N'ont qu'ordure et poussière 
Sur leurs plus saints Autels.... 



384 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

Quand Dalibray s'élève, dans ces vers, avec force, et 
non sans éloquence, contre le joug des Anciens, contre 
Tabus des autorités livresques, quand il célèbre les 
« moyens puissants » qui lui donnent le droit de dire en 
terminant : 

, Insensé qui se fie 

 la Philosophie 

Sans le secours des sens, 

il nous apporte un écho véridique et touchant des 
conversations inoubliables entendues naguère dans la 
chambre de Biaise Pascal. Voilà encore un auteur qui 
ne croit pas au « faux ». Et c'est un témoin qui parle, 
un témoin d'une des deux conversations tenues entre 
Descartes et Pascal. Ajoutons que Dalibray s'intéressait 
vivement aux questions scientifiques. Ses quarante 
sonnets : Sur le mouvement de la Terre, adressés à son 
ami Le Pailleur, et où il cile « le subtil Galilée », en font 
foi, malgré quelques allusions bacchiques (1). 

Abel Lefranc. 



(1) M. van Bever vient de donner un recueil d'Œuvres poétiques de 
Dalibray, chez Sansot (in-18). 



BIBLIOPHILES ft RELIEURS 



Les quelques notes que nous publions aujourd'hui sont 
cxlrailcs des papiers de feu M. le baron Jérôme Pichon. Elles 
ont élê écrites par Téminent et regretté bibliophile entre les 
années 183G et 1839 ; elles sont peu nombreuses, presque à 
l'état d'ébauche, et étaient destinées à être complétées. Elles 
oiFrent néanmoins un réel intérêt, tant par les souvenirs per- 
sonnels qui y sont relatés que par les anecdotes ou appré- 
ciations qu'elles contiennent sur divers bibliophiles ou 
relieurs. 

Nous avons donc pensé que ces notes, jetées sans aucune 
prétention sur le papier, méritaient d*être conservées et 
pourraient, peut-être, quelque jour, servir aux historiens 
futurs de la reliure et de la bibliophilie. 

G. V. 



BIBLIOPHILES 

LE MARQUIS DE BRUYÈRES-CHALABRE 

Le marquis de Bruyères-Chalabre a commencé très 
tard à acheter des livres et des autographes. Je crois 
qu'il achetait déjà cependant lors de la vente de Duriez. 
Il avait pour les livres et pour les autographes une 
furieuse ardeur qui a bien été exploitée par quelques 
personnes. 

Il ne regardait pas à payer ce qu'il désirait et était fort 
généreux pour les ouvriers surtout. Quand on lui apporta 
une bible reliée par Thouvenin, avec étui, et qui a ap- 



386 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

partenu depuis à M. de Lambert, il donna à Touvrier 
quarante ou soixante francs pour boire. Celui-ci, jaloux 
de conserver à cet argent sa destination, s'enivra si 
loyalement qu'il en mourut. 

Sur la fin de sa vie, il avait pris Thouvenin en haine. 
Voici pourquoi : Il lui donna, un jour, un exemplaire du 
comte d'Hoyin à réparer. Quand on le lui rapporta, il le 
regarda et s'écria : « Rapportez ce livre à M. Thouvenin, 
ce n'est pas celui que je lui ai donné. Ce fer a été mis 
hier, ce n'est pas celui du comte d'Hoym ». Il arrive chez 
Thouvenin en même temps que l'ouvrier. — Où est mon 
comte d'Hoj^m, s'écrie-t-il, rendez-moi mon cher comte 
d'Hoym I je le veux ! — Thouvenin a beau lui jurer que 
c'est bien son exemplaire qu'on lui a rendu, il n'en veut 
rien croire et se retire furieux. Il était persuadé que 
Thouvenin avait fait graver le fer de l'illustre amateur 
et lui avait changé son exemplaire. 11 n'en était rien, le 
volume avait été seulement nettoyé et poli (peut-être 
Thouvenin avait-il mis du vernis et, dans ce cas, j'ap- 
prouve la colère de M. de Chalabre). Quoiqu'il en soit, 
il prit Thouvenin et le livre arrangé en grippe et on 
retrouva, après sa mort, le livre enveloppé tel que 
Thouvenin le lui avait renvoyé ; il n'avait plus voulu le 
voir. 

Un jour, il rencontra Thouvenin chez Techener. 
Thouvenin essaya de lui parler pour préparer une 
réconciliation. M. de Chalabre, le regardant d'un air 
féroce et épouvanté tout ensemble, se recula pas à pas 
jusqu'à la porte et sortit sans acheter aucun des livres 
que Techener lui présentait. 

Si MM. Debure avaient voulu, ils lui auraient vendu 
une foule de livres et très cher, mais ils évitaient presque 
de lui vendre à cause de la réputation qu'il avait d'a- 
cheter à tout prix et dans la crainte qu'ils éprouvaient 



BIBLIOPHILES ET RELIEURS 387 

de paraître Texploiter. Il aoffertàM.Brunetmille francs 
de son Corpus jiiris cwilis elsevier. Si le prix des an- 
ciennes reliures continue à s'élever, ce prix qui parut 
alors exorbitant pourra bien devenir possible. 

M. de Chalabre avait aclieté à la vente de M. Charles 
Nodier qu'il aimait et estimait beaucoup. Un jour, il le 
renconlra chez Techener. Il lui fit cent saints plus respec- 
tueux Tun que Tautre — Oh! Monsieur, que je suis 
heureux de vous voir ! Mon Dieu, Monsieur, si vous 
aviez besoin de vingt mille francs, que je serais heureux 
de vous les prêter I — M. Nodier le remercia sans accepter. 
M. Nodier, cette fois ou une autre, lui raconta qu'il avait 
donné des elseviers brochés à relier à Purgold et que ce 
relieur les avait rognés. — Dieu ! Monsieur I le « Philippe 
deCommines » y était-il ? — Oui, Monsieur, il y était^je 
crois que M . Nodier se trompait) — L'avez-vous tué, Mon- 
sieur, cet homme ? — Mon Dieu non, mais j'ai jeté tous 
mes elseviers par la fenêtre, les uns après les autres. — 
Comment, Monsieur, le <x Philippe de Commines » y 
était et vous ne l'avez pas tué ! Mais, moi, je n'au- 
rais pas pu m'empêcher de le tuer ! 

M. de Chalabre était très bon. Un enfant lui demandant 
un jour l'aumône, il lui donna une pièce d'or. La mère 
de cet enfant lui dit d'aller la reporter parce que la per- 
sonne qui la lui avait donnée s'était, sans doute, trompée. 
M. de Chalabre donna trois ou quatre autres pièces d'or à 
l'enfant et l'engagea à venir le voir le lendemain matin 
avec sa mère. Le lendemain, les pauvres gens arrivent. 
Vn déjciiner splendide était servi. Après déjeuner, il 
conduit la pauvre famille chez son notaire et lui assure 
1 .■)()() francs de rente après son décès. 

Il devint amoureux de M*'« Mars et l'invita à venir un 
jour souper avec lui. Elle accepta. M. de Chalabre était 
dans l'enthousiasme ; à la fin du souper, il tire de sa 



388 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

poche une somme assez forte en billets et la supplie > 
d'accepter ; elle refuse en disant qu'elle était venue sou- 
per avec lui à la vérité, mais que rien n'était plus simple 
et qu'elle ne pouvait rien recevoir de lui. L'enthousiasme 
de M. de Chalabre allait toujours croissant; il lui donna, 
quelques jours après, une très belle maison de campagne 
à Sceaux et lui laissa, comme on sait, toute sa fortune 
par testament. 

M. de Chalabre aimait beaucoup les autographes. Son 
catalogue en est assez riche. L'année même de sa mort, 
il eut un violent désir d'avoir une lettre de la femme 
du grand Condé, Clémence de Maillé. Il avait des auto- 
graphes de toute la famille de ce grand homme, celui-là 
seul lui manquait. Une lettre de cette princesse était 
entre les mains d'un anglais, M. Moore, qui faisait ici 
les commissions du libraire Thorpe. 

Techener alla voir M. Moore, par l'ordre de M. de 
Chalabre et lui demanda de lui vendre la pièce en 
question. Moore savait que c'était pour M. de Chalabre, 
il le dit aussitôt à Techener, puis il ajoula^qu'il ne voulait 
pas vendre la pièce seule, mais qu'il vendrait un lot d'auto- 
graphes cinq cents francs. Or, le tout ne valait pas cent 
francs. Techener refusa et dit à M. de Chalabre qu'il 
valait mieux s'en passer. Il eut l'air d'accepter l'avis, 
mais, le soir même, une femme apportait à Techener une 
lettre contenant un billet de cinq cents francs et dans 
laquelle il lui disait qu'il ne pouvait se passer de 
Clémence de Maillé, qu'il la lui fallait à tout prix, etc. 
Techener fit savoir qu'il ne pourrait aller chez M. Moore 
le soir même, mais que M. de Chalabre aurait son auto- 
graphe le lendemain. La femme parut fort inquiète de 
ne pouvoir rapporter à son maître ce qu'il désirait ; ce- 
pendant, il fallut se résigner. Le lendemain, Techener 
apporta l'autographe. M. de Chalabre était au lit : il le 



.K.i 



BIBLIOPHILES ET RELIEURS 389 

regarda avec tendresse, le mit dans le carton qu'il lui 
avait fait préparer et mourut le jour même ouïe lende- 
main. 

Il avait offert, m'a-t-on dit, vingt ou trente mille francs 
aux éditeurs de V Isographie, s'ils avaient voulu retirer 
tous les exemplaires des fac-similé de la charmante lettre 
de Henri IV à la marquise de Verneuil, qui était à sa 
vente, mais les exemplaires étaient distribués quand il 
fit cette offre. 

Le marquis de Chalabrc demeurait rue de la Chaussée- 
d'Antin, n« 22. Après sa mort, on trouva des billets de 
banque dans ses cartons et un peu partout dans des livres. 
Il avait mangé presque toute sa fortune quand il est 
mort. Dans sa dernière maladie, il avait une fort jolie 
lectrice qu'il payait vingt francs par heure. 



GOUTTARD 

M. Gouttard,dont on a vendu la bibliothèque en 1780, 
était un amateur ardent. Il n'avait d'abord qu'une pen- 
sion de six à huit mille Irancs que lui faisait son père, 
homme assez avare. Cependant, avec ce revenu modique, 
il était parvenu à réunir une fort belle collection de livres 
lorsque la mort de son père le rendit possesseur de 
60.000 livres de rente. 

M. Debure, le père, qui faisait ses commissions, était 
très lié avec lui. M. Gouttard lui disait de mettre le der- 
nier sur les livres qu'il désirait avoir. — Mais, Monsieur, 
si je rencontrais quelqu'un d'aussi fou que vous ? — 
Cela m'est égal, mettez toujours le dernier. 

Il ne poussait pas ses livres lui-même, mais il assistait 
luTscjne toujours à la vente. Quand un livre qu'il avait 
conimissionné montait, il devenait un peu pâle et souriait. 



390 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

M. Debure lui en demandait la raison. — Je ris, disait-il, 
parce que je sais que celui qui me le pousse ne Taura 
pas. 

Un jour, il avait chargé M. Debure de lui acheter un 
exemplaire d'un ouvrage du comte de Caylus qui n'a été 
tiré qu'à dix-huit exemplaires et qui était relié en peau 
de truie, reliure qu'affectionnait M. Gouttard. 

Il n'avait pas assisté à la vente parce qu'il était malade 
et avait pris médecine. Le lendemain matin, M. Debure 
lui porte le livre qu'il avait acheté. Quand M. Gouttard 
le vit entrer avec le volume, il sauta au bas de son lit et, 
courant à lui en chemise, il l'embrassa en s'écriant : Ah 
vous l'avez ! Le voilà donc enfin ! — Il fallut que M. 
Debure le forçât de se recoucher. 

Il avait économisé deux cent mille francs en or pour 
acheter à la vente du duc de La Vallière. Il avait son 
magot dans une armoire à côté de sa cheminée. Quand 
M. Debure venait le voir, il lui disait quelquefois : — J'ai 
là de quoi faire payer les livres à la vente du duc. — Mais 
ses espérances furent trompées, puisque le duc de La 
Vallière lui survécut au contraire trois ans. 



D'HANGARD 

M. d'Hangard était très lié avec M. Debure. Il avait 
acheté le cabinet de Naigeon (depuis, cet amateur en 
forma un autre qu'il vendit à M. Firmin-Didot). Le jour 
où il avait conclu le marché, il devait venir souper, 
comme presque toujours, chez M. Debure. Il mit dans 
son mouchoir quelques-uns des plus beaux volumes 
(Un Corneille elsevier, le Plante de M'^^ Dacier, 3 vol. 
in -8", grand papier, maroquin bleu) et les emporta afin 
de les faire voir. Avant d'entrer, craignant d'être inter- 



d 



BIBLIOPHILES ET RELIEURS 391 

rompu dans son exhibition, il voulut satisfaire le plus 
petit et le plus incommode des besoins naturels. Tout à 
coup, on entend des cris lamentables : — Au secours ! de 
la lumière ! à moi, vite à moi ! — On sort, on se préci- 
pite et on trouve le fatal mouchoir dénoué et les livres 
par terre. Heureusement, ils n'étaient pas tachés et 
M. d'Hangard en fut quitte pour cette affreuse émotion. 



LE BARON D'HEISS 

M. d'Heiss, seigneur de Maffliers, près Pontoise, était 
officier dans les Gardes Suisses. Cétait un excellent 
homme, prodigue s'il en fut, amateur déclaré des livres 
et du beau sexe. 

Il a vendu ses livres en plusieurs fois. Son premier et 
plus gros catalogue fut vendu en 1782, pour le compte 
du marquis de Paulmy, qui avait acheté la bibliothèque 
en bloc et qui la fit revendre à l'enchère après en avoir 
distrait quelques articles. Son second catalogue fut 
vendu en 1785. Le petit supplément de ce second cata- 
logue contenait des livres appartenant à un nommé 
Basan, marchand d'estampes rue Serpente ; enfin, il y a 
un troisième petit catalogue. 

M.MillyDebure,lejeune, m'a raconté hier (11 juin 1836) 
qu'allant chez M, d'Heiss travailler au catalogue de sa 
vente, en 1785, par conséquent, il vit sur une ottomane 
uneéléganteetfraîcherobede tulle. Négligeant cet indice, 
il allait traverser la chambre à coucher du baron pour 
arriver à la bibliothèque, quand celui-ci vint à lui et, 
lui rra})i)ant légèrement sur l'épaule : Doucement, dit-il, 
j'ai un oiseau là-dedans. — C'était l'oiseau qui avait laissé 
son pliunage sur le sopha. 

Il avait épousé une femme fort riche, mais il était resté 



392 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

veuf encore jeune. Lamy a raconté à Crozet que M. 
d'Heiss lui avait acheté, un jour, une charretée de livres 
sur l'inspection de cinq ou six des volumes qu'elle 
contenait, mais Lamy n'était pas toujours véridique. 



JEAN-BAPTISTE HUZARD 

M. Huzard m'a dit, à la fin de Tannée dernière ou au 
commencement de cette année (1837), qu'il avait quatre 
vingt-deux-ans. Il est gras, a la tclc un peu courbée, 
mais lit sans lunettes et est d'une admirable santé. 11 
se lève tous les jours à cinq heures du matin et se cou- 
che à dix, le soir. 

Quand il était à l'École vétérinaire, Bourgelat, qui 
était son professeur, ne laissait entre les mains de ses 
élèves aucun autre ouvrage que les siens. M. Huzard, 
quand il sortit de l'école, se proposa de réunir les an- 
ciens auteurs vétérinaires ; il croyait alors n'avoir que 
quelques volumes à acquérir. Il trouva, un jour, chez 
M*"® Vallat-Lachapelle, mère de M™^ Huzard, une quin- 
zaine d'ouvrages de ce genre qui lui étaient presque 
tous inconnus ; il les acheta ; l'un en appela un autre 
et ainsi de suite. Il n'a acheté des livres de chasse 
que comme appendice à l'art vétérinaire. 

Mais c'est surtout dans les premières années de la 
révolution de 1790, 1791, 1792 qu'il jeta les fondements 
de sa bibliothèque. Obligé, à cette malheureuse époque, 
de faire des travaux divers, il faisait souvent des ventes 
de livres et là il choisissait ceux qui lui convenaient et 
les achetait. 

Il m'a dit qu'il connaissait sa femme dej)uis fort long- 
temps et qu'il l'avait vue revenir de nourrice. 

11 a trouvé aussi beaucoup de livres en Italie. Si ma 



M 



BIBLIOPHILES ET RELIEURS 393 

collection était à refaire, me disait-t-il, hier (21 fé- 
vrier 1837), je ne la referais pas. C'est trop cher quand 
on est père de famille et qu'on a, comme moi, quinze 
enfants ; c'est un capital trop considérable à laisser 
dormir. Mon fils aîné ne sera pas assez riche pour 
Tacheter. J'ignore toutefois ce qu'il a et je le crois plus 
riche que moi. 

J. B. Huzard a l'esprit de collection, mais il n'est pas 
amateur éclairé et délicat. Il ne se connaît nullement en 
reliures. 

MOTTELEY 

M. Motleley est peut-être le plus bizarre de nos biblio- 
philes. Il demeure rue du Faubourg-Poissonnière, n** 7, 
au troisième étage. Quand on entre chez lui, on voit 
d'abord des livres assez ordinaires, fort mal rangés ; on 
entre à droite dans une grande pièce (son salon) qui 
contient trois corps de bibliothèque et trois armoires. 
Ça et là, sur la cheminée et au dessus des armoires, sont 
de belles reliures anciennes montrant le plat. Il a la 
coutume de ranger de cette manière quelques exemplai- 
res du comte d'Hoym, de de Thou, de Longepierre et 
autres en dedans de ses armoires ; ses plus belles choses 
sont dans une petite armoire qui est dans sa chambre à 
coucher, dans son secrétaire et dans sa commode. C'est 
là que sont le Virgile, le Tacite et l'Horace elsevier d'Hoym, 
PHorace de Longepierre, etc.. 

M.Motteley m'a dit que sa mère était une riche fermière 
ou paysanne de Normandie. Toujours est-il qu'il est nor- 
mand et cela ne m'étonne pas. Il faisait ses études sous 
la République ; élève distingué, il avait beaucoup de 
prix. Dans ce temps, dit-il, on nous donnait une 
quantité d'ouvrages et quand ma mère me voyait revenir 



394 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

chargé de prix, elle me faisait présent d'autres livres 
encore. C'est là l'origine de ma bibliothèque et de mon 
goût pour les livres. 

M. Motteley a une bibliothèque fort nombreuse et de 
belles choses, quoiqu'en disent ses ennemis. Il a fait 
une belle vente en 1824. Il en avait fait commencer une 
autre par Merlin; ilTinlerrompit deux jours après qu'elle 
était commencée et eut un procès avec le libraire pour 
ce fait. Il fait en ce moment un catalogue de théologie, 
je le vois à moitié imprimé depuis plus de deux ans, je 
ne sais s'il se décidera à en faire la vente. 

Il répète sans cesse qu'il veut vendre tous ses livres. 
Je crois qu'il le ferait, mais il faudrait qu'ils lui fussent 
payés au poids de l'or. 

Personne n'attache une valeur aussi absurdement 
exagérée à ses livres. Il a un manuscrit du dernier siècle, 
un missel de S*® Geneviève dont les miniatures sont, il est 
vrai, fort belles ; il parle de douze, quinze ou vingt mille 
francs, quand il montre ce livre dont il n'aurait pas 
deux mille francs en vente. Il a acheté, il y a deux ou 
trois années, un recueil de pièces gothiques véritable- 
ment fort curieux. Il l'estimait alors cinq cents francs 
et l'aurait peut-être laissé pour quatre cents ; aujourd'hui 
il l'estime douze cents francs. Se promenant avec 
M. Giraud sur le boulevard, devant les Bains chinois, il 
disait : Tenez, Monsieur, les bains chinois ne paieraient 
pas ce volume. 

C'est un rusé matois, il ne parle ainsi avec exagéra- 
tion de la valeur de ses livres que dans le but d'en 
laisser une idée plus avantageuse. Il en a vendu plu- 
sieurs à M. de Chalabre,tels que le Claudien elsevier de 
Duriez, aujourd'hui chez M. Giraud, le Régnier broché 
et autres. Il a dû tirer un fameux parti de la passion de 
M. de Chalabre pour les livres. 



j 



BIBLIOPHILES ET IIELIKVBS 39.') 

Oii serait fort malvenu, quand oii va cliez M. Motieley, 
de (lire qu'on connaît quelque chose de supérieur à ce 
qu'il a. 11 a pris en grippe M. Giraud qui a prétendu, et 
cela est, avoir de plus belles reliures de Bauzonnet que 
lui. 11 me dit dernièrementun mot bien caractéristique 
Je lui parlais du beau Psallerhim elsevier d'Hoym que 
possède M. Brunet. — Ouï, il es! bien, dil-il, mais il 
l'a laissé tomber il y a quelques années I 

C'est l'homme des elseviers par excellence. Il a une 
armoire qui est pleine de ces livres reliés en velin et il en 
a plusieurs brocliés. mais non des meilleurs, dans les 
tiroirs de son sccrutaire. 11 a eu de belles occasions. H 
a beaucoup vovii^t- eu Hollande. Là, un individu lui a, 
dit-on, laissé choisir des livres à 10 sous le volume 
dans un grenier qui en renfermait de bons. Le Brantôme 
broché de 1740 serait du nombre. 11 a voyagé en Italie, 
en Allemagne. 11 dit avoir trouvé beaucoup de choses 
en Danemark. Je n'aflirmerais pas tout cela, car il est 
assez exagéré dans ses récils. 

Il se dit très gêné et dit vivre du produit de ventes 
successives de mauvais bouquins qu'il fait passer en 
province et aussi de cartulaires, chartes, etc. 

PersonnellenienI, je n'ai jamais eu i\\ih me louer de lui. 
Il prétend que, quand il vendra ses livres, il veut que ce 
soit moi qui ail le Virgile et l'Horace d'Hoym, dftl-il, 
après l'adjudicalion, me faire un rabais de cent ou deux 
cents francs. Je ne m'y fierais pas. 

Il avait fait engager le duc de Bivoli à voir ses livres. 
— Ah ! il veut me vendre ses livres I qu'il vienne, moi 
je lui vendrai les miens. — Telle fut la réponse. Aussi, 
il y a quelque temps, lors de l'apparition du cata- 
logue de la vente du duc de Rivoli, Motteley dil 
confidenlielleRicnl à moi et à quelques autres que 
les elseviers de celte vente n'étaient pas beaux, que la 




396 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

plupart étaient des rebuts, que ceux qui étaient brochés 
avaient été ouverts avec les doigts et que les marges 
supérieures étaient fort altérées, etc. Il ajoutait prudem- 
ment qu'il fallait garder sur ce un silence absolu (1). 
M. Motteley avait légué sa bibliothèque à celle du 
Louvre, brûlée par la Commune en 1871. Ainsi ont péri 
le délicieux Virgile elsevier 1636 du comte d'Hoym, ma- 
roquin bleu doublé de maroquin citron, avec papier 
d'or, presqu'aussi frais et aussi beau que mon Roman 
de la rose et THorace (le deuxième vol. était plus grand 
et sans doublure). Ont été brûlés aussi les Historiae 
augustœ scriptores, maroquin bleu, de Longepierre, un 
Ronsardi, in-16, reliure à compartiments du xvi« siècle, 
et un très beau volume aux armes peintes de Cathe- 
rine de Médicis. 

PATIT DE MELLO 

M. Patu de Mello était un fort petit homme, marié à 
une fort belle femme. Il possédait la terre de Mello en 
Beauvoisis, qui est très considérable. Le village de Mello 
et celui de Sire, se touchent et on dit communément, en 
Picardie, qu'entre Sire et Mello il n'y a pas de quoi 
planter un chou. C'est de ce village qu'étaient seigneurs 
les fameux Mello dont il y a eu un connétable. 

La préface du catalogue des livres de Mello, qui est 
assez pédantesquement rédigé du reste, donne quelques 
notions sur lui et sur sa bibliothèque. Il y est dit que sa 
bibliothèque paraissait avoir été plus nombreuse autre- 
fois, surtout dans la classe des belles-lettres. Quand 
Labitte fit, en 1834, place de la Bourse, la vente où se 
trouvaient les Heures du cardinal de Dormans, le Don 

(1) Les notes sur Motteley ont été écrites en 1838; le dernier para- 
graphe a été ajouté à cette notice le 2 juin 1871. 



BIBLIOPHILES ET RELIEURS 397 

Quichotte en maroquin citron du comte d'Hoym et le 
Bourdaloue — Bonnemet — La Vallière — La Bedoyère — 
Cigongne, le bruit courut, parmi les amateurs, que les 
plus beaux de ces livres avaient appartenu à M. de Mello 
et avaient été soustraits après sa mort par un de ses 
amis. 

Un membre de ma famille a eu des relations avec cet 
amateur distingué. Ma tante, depuis M™« de Dampierre, 
avait épousé en premières noces un sieur Naval de 
S^ Aubin, fils du conseiller au Parlement. 

Ma tante se rappelle avoir vu chez Patu de Mello 
beaucoup de belles pendules et aussi sa bibliothèque. Il 
était très économe, m'a-t-elle dit, pour tout ce qui n'était 
pas ou livre, ou instrument de précision, ou meuble très 
bien fait et soigné. 

Il était en relation avec Girardot de Préfond. Je vois 
sur le catalogue manuscrit de ce dernier que je possède : 
Les vies des SS, PP. des déserts, 1744. 4 vol, in-8°, maro- 
quin bleu. Préfond a écrit au crayon à la suite de cet 
article : cédé a Patu; et cet ouvrage se retrouve effective- 
inent n° 1634 du catalogue de Patu, vendu 32 fr. 

Je vois, dans le dictionnaire héraldique de Chevillard, 
les écussons des deux Patu, tous deux secrétaires du roi> 
mais ils diffèrent entre eux et je ne sais lequel est celui 
du père de Tamateur. 

M. Patu de Mello avait un extérieur fort commun. Il 
taisait beaucoup de bien dans le village dont il était sei- 
gneur; il habillait tous les pauvres habitants et y était 
adoré. Il aimait à aller aux marchés des environs pour 
se promener. Un samedi, il avait été au marché de 
Mouy ; en revenant, il soupa avec un de ses amis assez 
copieusement. Le lendemain matin, comme on ne le 
voyait pas sortir de son appartement, on enfonça la 
porte, on le trouva mort sur son lit. Il était tout noir : 

27 



399 BUï-tpTiN DU mnhiomiLn 

c'était donc apparemment d'un coup d^ sang qu'il é^it 
mort. Il est enterré dans le cimetière de Sire et les hf^^i- 
tants ont eu longtemps soin de sa tombe. Le château de 
Mello est sur une éminence fort élevée ; on m'a dit qu'jl 
était bâti en pierres et briques. 



(à suivre,) Baron Jérôme Pigeon 



^ 



LETTRES 



DE 



DIVERS ÉCRIVAINS FRANÇAIS 

(fin) 



LETTRES D'EMILE DESCHAMPS (1) 



I 

A Victor Hago 

(Sans date. Sans suscription) 
Mon cher Victor, 

J'attendais toujours de représentation en représentation 
qu'il m'arrivât pour Don Juan (2) quelques billets décents. 
Hélas, le temps fuit, et TOpéra ne m'envoie jamais que des 
parterres et des quatrièmes. Mon malheur va jusqu'à l'op- 
probre et toutes les places présentables sont louées et rete- 
nues d'avance. 

Comment oser offrir à madame Victor et à sa famille 
les quatre places que voici !... Pour demain mercredi I Ma femme 
était là aux quatrièmes vendredi dernier, mais c'est ma 
femme, et il y a dévouement conjugal. 

Plaignez-moi. Au surplus, en étant à 6 h. 1/4 à l'Opéra 
on sera très bien placé, soit au parterre, soit aux quatrièmes. 
Il faudra monter aux quatrièmes à droite. Je serai là et 
l'ouvreuse conservera deux bonnes places devant si on arrive 
de bonne heure. Mais en vérité ce que j'en dis, ce que j'en 
fais c'est pour donner signe de vie aux amis que nous aimons 

(Il Turin. Riblioteca Civica, raccolta Cossilla. 
(2) C est le Don Juan de Mozart dont il avait composé les paroles 
trançaiscs avec Henri Blaze, et qui fat joué en 18K à l'Opéra. 



400 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

le plus. Vous n'êtes obligé à rien qu'à nous aimer et à nous 
déplorer. 

Encore une gloire pour vous, mon cher Victor, une gloire 
en deux volumes! Que je suis orgueilleux de tout le bien et 
de toute l'admiration que vous faites! Voyez-vous, j'ai dans 
le cœur un écho pour tous les bruits de votre gloire. 

Encore pardon, et je baise le bas de la robe de madame 
Victor. 

Votre confrère ami . 

Emile. 

II 

A un rédacteur de la Quotidienne 

(8 janvier 1828). 

Monsieur, 

Vous serait-il possible (je ne demande pas si vous le vou- 
lez) de faire insérer dans la Quotidienne l'article que voici 
sur les Tableaux poétiques de M. le comte de Rességuier. 
Quoiqu'il soit de moi je tiens beaucoup à le voir imprimé tel 
qu'il est, et je tiens beaucoup surtout à vous devoir ce nou- 
veau service. Vous ferez plaisir ù deux hommes qui vous 
aiment et vous apprécient comme vous le méritez. 

J'aurais encore un grand service à vous demander : ce 
serait que vous vinssiez demain mercredi sur les huit heures 
et demie passer la soirée chez moi. Ma femme serait ravie 
d'avoir l'honneur devons recevoir et vous 5' trouverez plu- 
sieurs de vos amis qui sont les miens, J'espcre dans votre 
complaisante aflection, et je suis sûr d'en être toujours très 
reconnaissant. 

Votre tout dévoué, 

Emile Deschamps. 

rue delà ville l'Évéque, n*» 10 ^»«. 

Ce mardi 8 janvier 1828. 

P. S.— Une légère blessure que je me suis faite me retient 
à la maison. Je suis donc obligé de vous prier par pétition 
au lieu d'aller vous solliciter moi-même. (1). 

(1) Sans Suscription. 



LETTRES DE DIVERS ÉCRIVAINS FRANÇAIS 401 

III 

A Castn Blaze (\) 

(8 avril 1831). 

SuscRiPTiON : A Monsieur / Monsieur Castil-Blaze / rue BriffauU / n' 13/ 
Paris. 

Monsieur, 

Pcrnieltcz-moi de vous féliciter bien vivement sur le suc- 
cès iVEurianthe. Personne n'en a été plus heureux que moi. 
J'avais beau en être sûr d'avance, je n'en ai pas été moins 
charmer que je n'eusse été d'une délicieuse surprise. 

Permettez-moi aussi de joindre une prière à mes félicita - 
lions. Je Us demain samedi à 8 h. 1/2 du soir chez moi une 
traduction en vers du Macbeth (2) de Shakespeare. Je serais 
bien heureux de vous avoir pour auditeur ainsi que M. votre 
fils et Mme Deschamps serait ravie d'avoir l'honneur de vous 
recevoir. 

Consultez-vous tous deux. Je ne vous prends pas en traître 
comme vous voyez. En tout cas j'espère que votre amitié 
pour mon frère et ma confraternité poétique avec monsieur 
votre fils vous expliqueront assez ma démarche. 

Agréez, Monsieur, l'expression des sentiments les plus 
distingués de votre tout dévoué serviteur. 

Emile Deschamps. 
Rue Ville l'Évêque n® 10 i>«s. 
Vendredi 8 avril (1). 

LETTRE DE MADAME AMABLE TASTU (3) 

A Mélanie Waldor 
(4 septembre 1833). 

Slsckiption : Madame / Madame Mélanie Waldor^ rue de Yaugi- 
rard, n" ^'a. 

Si j'étais en situation, Madame, de changer d'avis sur mon 
portrait, je ne me serais pas tant fait prier : j'aurais dit oui 

(1) Le critique, librettiste et musicographe, qui eut quelque célé- 
brité sous Louis-Philippe. Il s'agit de Topera de Karl Maria de 
Webcr, qu'il avait habillé en paroles françaises, 

(2) Macbclh ne fut imprimé qu'en 1842 et joué qu^en 1848. 

(3) Deschamps n'a pas date complètement sa lettre, mais le timbre 
de la poste w avril. 8. 1831 » y supplée. 



402 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

sur le champ. Mais je ne puis, comme je l'ai déjà expliqué à 
la personne qui a entrepris cet ouvrage, désobliger mes amis 
en faisant céder pour d'autres une répugnance qu'ils n'ont 
pu vaincre. Mon refus ne tient donc ni à la crainte de voir 
mon portrait mal fail(l),— le nom deM.Boilly étant plus que 
suffisant pour me rassurer à cet égard, — ni à l'ennui de don- 
ner séance. Ne me priez donc pas, Madame, afin de ne pas 
me donner le chagrin de vous refuser, mais venez me voir 
quand vous voudrez sans demander permission. Si j'aime 
mieux voir mes amis le lundi parce que je suis plus à eux, 
j'ai toujours un moment au service de ceux que je sais occu- 
pés comme vous, car je sais qu'alors on ne choisit pas ses 
heures de liberté. 

Au revoir, pardonnez-moi ce stupide griffonnage. Je suis 
très souffrante depuis une dizaine de jours, et la tête me fait 
aujourd'hui tant de mal que je ne sais trop ce que je vous 
dis. 

Mille compliments afifectueux, 

Paris, mardi. 

Amable Tastu. 



LETTRES DE SAINTE-BEUVE (2) 



I 

A M. Sicard 
(8 janvier 1834) 

SuscRiPTiON : Monsieur / Monsieur Sicard rédacteur au dépôt de la 

guerre^ rue de Bourgogne n® 21 (3). 

Paris, le 8 janvier (sic) 1834, 

Monsieur Sicard aurait-il la complaisance d'envoyer de 
suite par la petite poste à M. F. Cresson, dont je n'ai pas 

(1) Turin, Biblioteca Civica. Haccolta Cossilla. Lettre non datée, 
sauf par le timbre de la poste. 

(2) Turin, Biblioteca Civica, raccolta Cossilla. 

(3) Cette lettre est écrite sur un papier ayant des en-têtes impri- 
mes a Magasin universel. Bureau de souscription, quai des Augustina^ 
n« 41. Bureaux de rédaction, rue Saint-Gcrmain-des-Près n® 9, et 
qui porte en filigrane (( Chauvin et Monod ». 



LETTRES DE DIVERS ÉCtllVAINS FRANÇAIS 405 

l'adresse et qui est, si je ne me trompe, l'auteur d'un article 
Portrait de Jésus-Christ par Pautus Lentalàs le mot ci-bas 
écrit ? 
Son serviteur très humble, 

Sainte Beuve. 

Nous avons fait composer Particle de M. Cresson intitulé 
Portrait de Jésus-Christ, mais, comme ma mémoire ne me dit 
pas où j'ai vu ce passage, je prie- M. Cresson de vouloir bien 
m'envoyer le plus promptement possible, par la petite poste, 
l'indication de la source à laquelle il a puisé. Ce renseigne- 
ment nous manque et arrête l'impression. 

Son très humble serviteur, 

Sainte-Beuve. 

II 

A Madame Watdor 

(Sans date) 

Ce vendredi soir. 

SuscRiPTioN : Madame, Madame Waldor, me de Vaugirard, 54. 

Madame, 
Je vous exprimerais difficilement combien je suis recon- 
naissant d'un souvenir aussi aimable que le vôtre ; et je suis 
tout d'abord confus d'avoir à y répondre si peu convenable- 
ment. Non, Madame, j'aurai le regret de ne pouvoir être des 
vôtres dimanche ; je ne le pourrai, parce que j'ai un de mes 
amis à dîner chez ma mère ce jour-là ; et je ne le pourrais 
d'ailleurs, malgré tout ce qu'il y a d'attrayant dans ce 
que vous me dites des convives choisis par vous, parce que 
je suis plus que jamais en obligation de travail arriéré et 
presse, en effroi du monde même qu'il y aurait d'ordinaire 
le plus de charmé à rencontrer. Il faut. Madame, que vous 
ayez la bonté de me pardonner cette mauvaise humeur; 
j'aurai l'honneur, un de ces matins, d'aller réclamer de 
vous, de vous qui serez seule, ce pardon que j'ose espérer 
de voire indulgence. Je lirai avec un vif intérêt le volume dé 
Poésies (jue vous voulez bien nous promettre. Quant à ce 
mot sur Tarbe, ce n'étoit que peu de lignes, et j'aime autant 
que vous ne les ayez pas lues, car elles n'en valaient pas la 
peine. 



404 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

Veuillez recevoir, Madame, Thommage de mes sentimens 
respectueux et dévoués. 

Sainte-Beuve. 

III 

A Antony Deschamps 

(Sans date) 

SuscRiPTiON : Monsieur Antony Deschamps, rue Godot-Mauroy, 

n® 3 ou 5, Paris. 

Mon cher Antony, 

M. Carlier, de Versailles, notre ami, si digne d'intérêt, se 
décide à ouvrir à Versailles un cabinet de lecture ; il auroit 
besoin d'un brevet de libraire, et il faudroit l'obtenir de 
Montalivet. Il me dit qu'un de ses amis, M. Blotière, pour- 
rait l'aider en cela : ou lui ou quelque autre. Si vous pou- 
viez le servir, ce seroit une bonne action. Il vous écrira à 
ce sujet, mais je le préviens. 

Adieu. Vous m'aurez excusé de n'être pas allé chez vous 

l'autre soir ; priez Emile de m'excuser aussi ; je voudrais 

m'enfuir au bout de monde. Adieu, de cœur. 

Sainte-Beuve. 
11 décembre. 

IV 

A M. Requin 

(Sans date. Sans suscription) 

Ce samedi. 

Mon cher Requin, 

Voici ce terrible choléra : tu sens bien qui (i) je veux te 
recommander particulièrement ; je le fais, sans qu'il en soit 
besoin. Si par hasard il y avait là quelqu'un de malade, tu 
seras bien bon de m'écrire tout de suite un petit mot pour 
me dire qui est malade, et avec quelle gravité. Si tu as un 



(1) Ces deux qui sont soulignés dans 1 original. II n'est sans doate ' 

pas téméraire de penser que Sainte-Beuve fait allusion ici à la famille ^ 

de Victor Hugo, et à la personne qui lui en était alors la plus chéFe. *^ 






LETTRES DE DIVERS ÉCRIVAINS FRANÇAIS 405 

moment à toi, passcs-y un de ces jours, pour donner tes con- 
seils hygiéniques : on sera content de les avoir. 

Tout à toi de cœur. 

Sainte-Beuve. 

Ecris-moi, ou « à M. Sainte-Beuve, rue N.-D, des Champs, 19 », 
ou « à M. Charles Delormej cour du Commerce^ 2 ». Mais cette 
dernière adresse pour toi seul. 



Au libraire Ladrange 

(Sans date) 

Si'scKiPTiON : Monsieur, Monsieur Ladrange^ libraire, 19, quai des 

Angnstins, Paris. 

J'ai bien tarde, Monsieur, à vous remercier de l'envoi de 
rédition de Millevoye. Je vous la ferai remettre chez vous 
vers le 8 ou 9 du courant. C'est vers ce temps que je compte 
avoir fait la notice, que je mettrai d'abord dans la Revue des 
Deux Mondes. 

Recevez, Monsieur, avec mes remerciemens l'assurance 

de ma parfaite considération. 

Sainte-Beuve. 

VI 

A M. Soulié 
(Sans date. Sans suscription) 

Mon cher Soulié, 

Un de mes amis, M. François, lit samedi à TOdéon une 
comédie en trois actes et en vers, le Député ou les Elections. 
Je le recommande à votre bienveillance, dans le cas où votre 
conscience de juge vous le permettrait. Je pars pour voyager 
demain. Mille amitiés à Nodier. 

Tout à vous de cœur. 

Ce mercredi. Sainte-Beuve. 

VII 

A un proie 
(Sans date. Sans suscription) 

M. Lad vocal, que j'en avois prié, a dû prier à son tour 
Monsieur le proie de m'envoyer l'épreuve de l'article Les 



406 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

Poètes entre eux. C'est une chose arrangée avec M. Ladvocat, 
et je serais charmé d'avoir cette épreuve pour quelques 
corrections que j'ai à y faire. 

Sainte-Beuve. 
rue Notre-Dame-des-Champs, 19. 

VIII 

A M. I^rmide 

(Sans date) 
SuscRiPTiON : Monsieur Lermide, rue de lOdéon^ 39. 

Ce jeudi soir. 

Monsieur, L'histoire de rimprimeur est cclaircie. J'ai reçu 
un mot de M. Buloz qui me dit que la personne qui s'est pré- 
sentée chez vous est M. Auffray, imprimeur de la Revue des 
Deux Mondes et qui seroit en effet un excellent choix. Il 
imprime fort bien. Je serais donc charmé que cela pût s'ar- 
ranger de vous à lui. Je compte que notre affaire se réglera 
lundi sans faute ; plus de retard me contraricroit absolument. 
Recevez je vous prie mes salutations amicales. 

Sainte-Beuve. 



LETTRES DE VICTOR COUSIN 



I 

A M. Mira (1) 

(12 mai 1320) 

Suscription: Monsieur^ monsieur Afira, rue du Faubourg^MonU 

marirey 21 j Paris. 

Je viens, mon cher Mira, me recommander à ton bon sou- 
venir pour avoir quelques billets des Variétés. Tu as eu la 
bonté de m'cnvoyer un jour un billet pour une loge, et tu m'as 
par là si bien gâté que j'ai presque envie de le demander le 
même service. Vois donc si tu ne pourrais pas quelque jour 

(1) Turin, Biblioteca Civica, raccolla Cossilla. Lettre non datée; 
timbres de la poste, mai 12.1820. A 16. A PP. 



LETTRES DE DIVERS ÉCRIVAINS FRANÇAIS 4(l7 

de la semaine prochaine me procurer le plaisir d'une agréable 
soirée. J'aimerai à te la devoir. 
Mille complimens. V. Cousin, 

Rue d*Enfer, 14. 

II 

A M. Pierrot (1) 
(4 janvier 1828) 

Non, mon cher, je n'ai point Tintention d'ouvrir un cours 
chez moi. S'il y a un retour d'esprit constituel, et s'il se fait 
quelques améliorations dans l'Université. Je serai très con- 
tent de trouver place parmi ces améliorations (sic) et de 
reparaître à la Faculté. Sinon, non ; et je travaillerai en 
silence. 

Ne pourriez-vous transporter vos bonnes intentions à 
M. Jouffroy, qui va cet hiver reprendre ses cours particuliers 
de philosophie ? Vos jeunes amis ne peuvent trouver un 
meilleur guide à tous égards. 

Tout à vous de cœur. V. Cousin. 

III 

A M. Buchon (2) 
(10 mars 1828) 

SoscRiPTiON : Monsieur / Monsieur Buchon^ rue Neuve-Saint 
Augustin y 6, Paris. 

J'ai voulu, mon cher Buchon, lire votre Revue trimestrielle 
avant de vous répondre. Elle me paroit excellente, et je vous 
remercie d'avoir pensé à moi pour y contribuer. Je le ferai, 
j'espère, mais pour la prochaine livraison, la chose me serait 
mpossible. On dit, sans que je le sache encore officiellement, 
que je vais reprendre mon cours, et vous concevez que les 
premiers mois seront rudes, si je veux continuer en même 
temps la publication de ma traduction. A défaut d'Herder, je 

(1) Sans suscription ni date, mais l'une et l'autre nous sont don- 
nées par la note, d'une autre main, écrite sur l'autographe. Ce billet 
est du 4 janvier 1828 « adressé à M. L. Pierrot, de l'Université». 
C'est sans doute le célèbre proviseur du lycée Louis-le-Grand, 
M. Pierrot Dcseilligny. 

(2) Turin, ibid.y id. 



408 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

trouverai quelqu'autrc texte. Encore une fois, je vous remer- 
cie et vous prie de compter sur moi. 

Tout à vous, V. Cousin. 

10 mars 1828. 

IV 

A Aimé Martin (1) 

(22 mars 1831) 

SuscRiPTiON ; monsieur j monsieur Aimé Martin y rue des Petits- 
AuguslinSy 15, Paris. 

Merci, mon cher monsieur, de votre Dolet. Non certes, 
nous ne sommes pas brouillés et j'irai au premier jour vous 
le dire moi-même. Tout à vous de cœur, 

V. Cousin. 

Ce 22 mars 1831 . 

V 

Note pour Amédée Peyron (2) 
(Sans date ni suscription.) 

1« On ne peut ajouter de supplémens, l'ouvrage étant déjà 
fort étendu, et le livre doit être court pour se répandre. La 
pré/ace suffira pour imprimer un certain caractère à Fou- 
vrage. 

2o Je consens à retrancher [ce] que MM. Peyron et Goberti 
croiront devoir en retrancher, tout en les priant de considé- 
rer que je n'ai rien voulu écrire ni rien écrit contre la reli- 
gion chrétienne et serois désolé qu'on put croire le contraire. 

3o A tout prix je veux conserver le caractère très libéral 
de l'ouvrage ; car je parle aux libéraux italiens pour les mo- 
difier. Sinon, non. 

4o La question est de savoir si l'on pourroit trouver un 
libraire pour imprimer la traduction à ses frais. 

5o Je livre la chose à mes amis^ sauf à leur envoyer un 
exemplaire corrigé à ma façon pour l'Italie. 

V. Cousin. 

(1) Turin, ibid., id. Papier à cn-tcte du Ministère de V Instruction 
publique et des Cultes. Université de France. 

(2) Turin, ibid., id. La suscription « al cav. Amedeo Peyron, pro- 
f essore di lingue orientaliy Torino », n*est pas de la main de Cousin. 



Jà 



LETTRES DE DIVERS ÉCRIVAINS FRANÇAIS 409 

VI 

Au philosophe Véra (1) 

(non datée) 

SuscRiPTiON : Monsieur / Monsieur Véra, Agrégé de philosophie, / au 
Collège / de Lille (Nord) 

Mon cher Monsieur, je vous remercie de l'article de VEcho 
du Nordy que j'ai reçu hier. L'article vous fait honneur, et 
c'est un service rendu à la philosophie. Vous avez saisi la 
vraie question, le point qu'il faut mettre en une lumière irré- 
sistible, l'identité du principe de la philosophie et du prin- 
cipe de la Révolution française. D'un bout de la France à 
l'autre, l'identité de ces deux principes doit être le thème de 
toutes les publications. Il faut qu'il n'y ait pas un seul homme 
se disant libéral qui ne se proclame l'ami de la philosophie. 
Il faut inspirer pour cette cause le même zèle, le même 
enthousiasme que pour la grande cause de la liberté du 
monde. 

Pour cela, mon cher Véra, il faut élever son langage et sa 
pensée et les tirer de l'enceinte obscure de l'école. Soyons 
clairs, fesons-nous comprendre : laissons-là la terminologie 
systématique de tel ou tel parti, et présentons au public une 
méthode rigoureuse, des vues simples et grandes et des 
résultats précis. Surtout, croyez-moi, évitons les formes ger- 
maniques! Pour ne les avoir pas assez évitées dans ma jeu- 
nesse, quelles accusations n'a-t-on pas portées contre moi I 
Dans vos thèses, en recherchant la profondeur, fuyez l'obs- 
curité ! Car il seroit bon que vos thèses, en vous servant de 
titres auprès de l'Université, vous fissent aussi connaître du 
public et justifiassent les sérieuses espérances que vous avez 
données à l'agrégation l'année dernière. 

A revoir et mille amitiés. 

V. Cousin. 

Ce 7 février. 



(1) Milan, Hihiiotcca Braidense (Brera). Raccolta autografi. Pièce 
exposée dans la oclrina. —Vera fut ensuite et longtemps professeur de 
philosophie à TUniversité de Naples et y enseigna avec éclat la phi- 
losophie de Hegel, dont il a traduit plusieurs œuvres. 



410 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

VII 

A la princesse Belgiojoso (1) 

(non datée) 

Chère princesse, je me vois forcé de renoncer au plaisir 
de dîner aujourd'hui avec vous. J'ai pris hier un rhume qui 
s'est développé cette nuit ; il m'a mis dans le plus piteux 
état. Impossible de songer à braver l'air du jour. Il me faut 
garder le coin de mon feu, ne pas dincr et me coucher de 
très bonne heure. Excusez-moi donc, et à bientôt, j'espère. 
Vous connaissez bien mes sentiments. 

V. Cousin. 

Mercredi. 



LETTRE DE DUVERGIER DE HAURANNE 



A Alexandre Bixio, 
(Turin 26 mars) (2) 

Je ne veux pas quitter Turin, mon cher Bixio, sans vous 
remercier cordialement des lettres que vous m'avez envoyées, 
et sans vous dire eombien je suis touché du bon accueil que 
m'ont fait vos amis. Bien que j'aie passé quatre jours seule- 
ment à Turin, je les ai vus tous, et par eux j'ai vu d'autres 
personnes encore. Partout j'ai trouvé l'accueil le plus ami- 
cal, le plus sympathique ; partout on a tout fait pour rendre 
mon séjour ici agréable. Je dois surtout beaucoup à MM. de 
Santa Roza et Castelli, qui ne m*ont guère quitté et qui se sont 
mis entièrement à ma disposition. M^ Cavour, malgré sa posi- 
tion officielle, a été aussi excellent. Des trois états constitu- 

(1) Milan, ibid., id. Une main inconnue a mis sur Toriginal les 
notes ci-dessous : « 1194, 11 mag. 1858. » 

(2) Chartrier de Kériolet. (Archives du Finistère). La lettre n'est pas 
datée. Elle est postérieure à Temprisonnement de Duvcrgicr de Hau- 
ranne lors du coup d'état et à l'exil qui le suivit. Sur les collections 
d'autographes provenant de Bixio, et conservées au château de 
Kériolet, cf. Borde de la Rogerie. Inventaire analytique du chartrier 
de K., dans la Revue des Bibliothèques^ t. XIII. J'ai publié quelques 
lettres adressées d'Italie à Bixio sous ce titre : Sympathies fran^ 
çaises pour Venise en 18M (Suovo Archivio Veneto, 1906.). 



LETTRES DE DIVERS ÉCRIVAINS FRANÇAIS 411 

tionnels qui restent sur le continent européen (1), le Piémont 
est certainement celui qui me sied le mieux, et je suis satis- 
fait de penser que, si la position actuelle se prolonge, nous 
sommes assurés, soit à Turin, soit sur la côte de Gênes ou de 
Nice, d'un asile sûr et agréable. Déjà je me sens ici tout à fait a/ 
homey et ce n'est pas sans quelque regret que je vais m'éloigner. 

Je dînais hier soir chez Mme Castiglione, qui paraît vous 
porter un vif attachement. Je m'y suis trouvé avec son frère 
le marquis Balbi, avec son gendre M»* Délia Roca, et avec 
Mr et M'ue Salmon. Tout le monde, là et ailleurs, m'a mille 
fois demandé de vos nouvelles et fait raconter le nostre pri- 
gioni. Vous avez dans ce pays de très chauds amis et qui espè- 
rent bien quevous viendrez les voir incessamment. Vous aurez 
une nouvelle connaissance à faire : celle de la comtesse Mar- 
tini, mariée depuis un an seulement au comte Martini^ que vous 
avez vu à Paris. C'est une des plus charmantes femmes que j'ai 
rencontrées, et elle a pour notre cause un vif enthousiasme. 

Je pars demain pour Nice, où toute ma famille arrivera 
en même temps que moi, et de là nous continuerons notre 
voyage jusqu'à Naples, si cela est possible. Mais je me pro- 
mets bien de revenir plus tard au Piémont, et de m'y fixer 
au moins pour une bonne partie de l'hiver. L'hiver sur votre 
belle côte, l'été en Suisse : ce ne serait point un sort trop 
malheureux, si l'on pouvait se borner à une existence toute 
matérielle. Mais comment ne pas s'affliger et souffrir, quand 
on voit la France descendue de la position qu'elle a occupée 
depuis soixante ans et se vautrer bassement dans les fanges 
du despotisme? C'est là une idée qui me poursuit partout, et 
qui trouble fort le plaisir d'un beau voyage. 

Adieu, donnez-moi de vos nouvelles. Je serai à Gênes du 
4 au 7 avril, et à Florence vers le 15. Je désire fort savoir 
qu'en liberté vous vous portez aussi bien qu'en prison. 

M. Malleville est à Paris : serrez-lui cordialement la main 
de ma part, et ne m'oubliez pas auprès de Madame Bixio. 

Je suppose que Barrot a reçu la longue lettre que je lui ai 
écrite de Londres. Dites-lui aussi, ainsi qu'à nos autres amis, 
mille choses de ma part. 

Tout à vous bien sincèrement, 

V(icto]r DUVERGIER. 

L. G. Pelissier. 
(1) Les deux autres étant à son sens la Belgique et la Suisse. 



REVUE 



DE 



PUBLICATIONS NOUVELLES 



— Dictionnaire des sculpteurs de TÉcole française sous 
le règne de Louis XIV, par Stanislas Lami, statuaire. 
Paris, Honoré Champion, libraire -éditeur, 5, quai 
Malaquais, 5, 1906, gr, in. 8 de 1 f. blanc, vi-504 pp. 

M. Stanislas Lami n'est pas seulement le statuaire distingué dont 
tout ami des arts apprécie le talent ; chez lui, Tartistc est doublé d'un 
érudit. Quand il ne modèle pas, dans son atelier, quelqu'une de ces 
belles et élégantes figures qui ont si justement établi sa réputation, 
c'est dans sa bibliothèque, au milieu des livres, qu'on le trouve occupé 
à fixer la vie et à enregistrer l'œuvre de ses prédécesseurs en l'art 
de la statuaire. Le travail qu'il a entrepris est considérable non pas 
seulement par l'étendue du sujet, mais encore par les recherches 
sans nombre, souvent difficiles, auquelles il est obligé de se livrer et 
par la documentation dont, en historien fidèle, il tient à s'en- 
tourer. 

Déjà, on devait à M. S. Lami un Dictionnaire des sculpteurs de Van- 
tiquité jusqu'au VL' siècle de notre ère, un Dictionnaire des sculpteurs 
de V École française du moyen-âge au règne de Louis XIV ; conti- 
nuant l'œuvre commencée, c'est le Dictionnaire des sculpteurs de 
V Ecole française sous le règne de /.oiiis A'/V qu'il nous donne au- 
jourd'hui. 

L'ouvrage que M. S. Lami met entre les mains du public est vrai- 
ment précieux, d'autant plus précieux qu'il est traité avec une 
conscience parfaite, une sûreté de méthode, une précision dont 
pourrait être fier une professionnel de la bibliographie. Comme tout 
bon dictionnaire, celui que vient de mettre en vente la librairie Honoré 
Champion est rédigé par ordre alphabétique. Le nom de chacun des 
sculpteurs qui y figurent est suivi d'une biographie plus ou moins 
étendue, selon l'importance du personnage biographie, et anssi selon 
les documents que, malgré ses actives recherches, l'auteur a pu avoir 
à sa disposition. Vient ensuite Ténumération, par ordre chronolo- 



REVUE DE PUBLICATIONS NOUVELLES 413 

gique, des œuvres de chaque artiste, accompagnée, quand cela a été 
possible, pour chaque sculpture, de renseignements fort utiles, tels 
que l'année où elle a été terminée, le lieu où elle se trouve, les diffé- 
rents emplacements qu'elle a occupés, le prix qu'elle a été pa3'ée, 
les anciennes gravures qui la reproduisent et les musées qui en 
possèdent un moulage. Le tout est suivi de références nombreuses, 
sérieusement contrôlées, dont les travailleurs ne manqueront pas 
d'apprécier l'immense utilité. 

Grâce à M. Stanislas Lami, nous voilà donc à même d'être 
rapidement et sûrement informés sur les gloires de la statuaire 
française comme sur ses plus modestes serviteurs, depuis le moyen- 
âge jusqu'à la fin du règne de Louis XIV. L'auteur de ces excellents 
dictionnaires ne veut, du reste, pas s'arrêter en aussi bon chemin ; 
il projette de taire pour le dix-huitiéme siècle, siècle de grâce et de 
goût, ce qu'il a si bien fait pour les précédents. Il se propose, en 
outre, de parfaire son œuvre en annexant, dans la suite, à chaque 
volume, des albums où seront reproduits les ouvrages de la sculpture 
française qui existent encore et dont les auteurs sont connus. Puisse- 
t-il réaliser le plus tôt possible ce double projet! Les amateurs d'art 
comme les modestes travailleurs lui savent déjà un gré infini des 
instruments mis à leur disposition ; plus grande encore sera leur 
reconnaissance lorsque l'auteur pourra, sans vanité, mettre au bas 
de son œuvre : Exegi mon urne ntum. 

Georges Vicairb. 



— Déclaration des abvs et ignorances des médecins, 
œuvre très utile & profitable à un chacun studieux & 
curieux de sa santé. Composé par Pierre Braillier, 
marchand apothiquaire de Lyon : pour responce 
contre Lisset Benancio, médecin. Nouvelle édition, 
publiée par le D»* Paul Dorveaux, bibliothécaire de 
rÉcole supérieure de pharmacie de l'Université de 
Wu'is. Poitiers, imp. Maurice Bousrez, 4^, rue Saint- 
Porchaire, i, 1906, in-8, vii-46 pp. et 1 f. 

Kn li)01, M. le D"" Paul Dorveaux a réimprimé d*aprés la première 
édition, imprimée à Tours en 1.553 par Mathieu Chercelé, la Decla' 
nilion lies abvz et tromperies que font les apoticaires, composée par 
inaistre Lisset Henancio (Sébastien Colin); pour compléter cette pu- 
blication, notre érudit confrère donne aujourd*hui une réimpression 

29 



414 BULLETIN DU BIBLIOI^HILE 

de la réponse que fît à Lisset Hcnancio un apothicaire lyonnais, 
Pierre Braillier. 

L'existence de Pierre Braillier a été mise en doute par la plupart 
des auteurs qui se sont occupes de ses publications ; on a même 
prétendu que Pierre Braillier n'était qu'un pseudonyme dont se 
serait servi l'illustre potier Bernard Palissy. La Bibliographie lyon- 
naise, de M. Baudrier, a défînitivement tranché la question ; car, à 
la suite de la description de la Déclaration des abus et ignorances 
des médecins, l'auteur de ce remarquable travail a publié un docu- 
ment authentique dans lequel Pierre Braillier institue, le 5 juillet 
1564, Jeanne Darbaron, sa femme, son héritière universelle. 

M. Paul Doi'veaux, en réimprimant à cent exemplaires seulement 
le texte de l'apothicaire lyonnais, avec le soin méticuleux qu*il sait 
apporter dans ses publications, a établi sa nouvelle édition confor- 
mément à la première ; il s'est borné à corriger les fautes d'impres- 
sion et à rectifier la ponctuation absente ou défectueuse; il a, en 
outre, éclairci le texte à Taide d'annotations nombreuses et précises, 
et Ta fait suivre d'un index très utile pour la consultation de cette 
curieuse plaquette. En tète, le nouvel éditeur de Pierre Braillier a 
fait reproduire en fac-similé, les titres de l'édition originale (Lyon, 
Michel Jove) et de celle donnée à Bouen, en 1557, par Thomas Mail- 
lard. 

G. V. 



— J.-F. Bastide. — La Petite Maison. Préface d'Abel 
Patoux. Seize aquarelles dessinées et gravées en cou- 
leurs par Ad. Lalauze. Paris, librairie Henri LecIerCy 
219, rue Saint-Honoré, 21V, 1906, pet. in-4 de viii-52, 
pp. 1 f. et 1 f. blanc. 

M. Adolphe Lalauze est le peintre des élégances du dix-huitième 
siècle ; nul, de nos jours, ne traite avec plus de délicatesse les sujets 
de cette délicieuse époque et ne sait faire mouvoir, en ces cadres 
gracieux, les petits abbés de cour, les accortes soubrettes, les mar- 
quises poudrées et leurs galants seigneurs. Les lambris dorés des 
anciennes demeures, leurs salons aux boiseries blanches finement 
sculptées, les trumeaux, les meubles aux courbes harmonieuses, les 
porcelaines de Sèvres, les bronzes el autres objets qu'il y place, sont 
rendus avec une telle fidélité et une telle grâce que l'on dirait, à les 
voir, que l'artiste a Jadis vécu au milieu de toutes ces merveilles. 

Kst-il donc surprenant que M. Lalauze, ait été séduit par ce petit 
chef-d'œuvre de galanterie, La Petite Maison, où l'auteur, J.-F. Bas- 




REVUE DE PUBLICATIONS NOUVELLES 415 

tidc fait ingénieusement défiler sous les yeux du lecteur cette pha- 
lange d'artistes, architectes, peintres, sculpteurs et autres qui ont, 
vers le milieu du dix-huitième siècle, bâti et décoré les habita- 
tions les plus luxueuses? Boucher, Halle, Pineau, Dandrillon, Huet, 
Pierre, Gilot, Perot, Caffieri, Bachelier, Martin, célèbre par l'inven- 
tion du vernis qui porte son nom, ont, chacun pour leur part, con- 
tribué à rendre merveilleuse la petite maison des bords de la Seii\c 
où le mar(|uis de Trémicour triomphe de Mélite. Il n'est pas un bi- 
bliophile, pas un collectionneur qui n'ait lu cette binette piquante 
qui est, en même temps, presque un document pour l'histoire de 
l art au siècle de Louis XV; il serait donc superflu d'analyser ici 
par le menu, le conte de Bastide. Ce qui doit seulement nous occu- 
per, c'est le charmant parti qu'en a tiré M. Adolphe Lalauze et les 
seize aquarelles qu'il a composées et gravées en couleurs. Ces illus- 
trations, fraîches et pimpantes, sont habilement placées dans le texte 
et si l'édition se présente sous une forme tout à fait séduisante, il 
n'est que juste d'associer au nom de Lalauze celui du libraire qui a 
été le collaborateur éclairé de l'artiste, M. Henri Leclerc. 

Une vue de la « Petite Maison », avec sa grande avenue plantée 
d'arbres, son doux tapis vert, sert de frontispice, un distingué por- 
trait de Mélite, de fleuron au titrç ; laissons les petits amours roses 
qui ornent la jolie préface de M. Abel Patoux, et assistons à l'ar- 
rivée du carrosse qui amène Mélite dans ce temple de l'amour et du 
goût. \'oici d'abord Trémicour et Mélite, dans le vestibule ; puis, 
dans les salons, la chambre à coucher, le boudoir, l'appartement de 
bains, le cabinet de jeu, la salle à manger, le jardin, etc. Que de 
séductions réunies dans ces pièces somptueuses, où tout respire le 
goût le plus exquis, où le luxe étale ses richesses de bon aloi ! Ces 
intérieurs, ces meubles, ces bibelots, M. Lalauze les a traités avec 
un art parfait et c'est un véritable régal pour les yeux que de sui- 
vre le marquis de Trémicour dans cette visite à travers les apparte- 
ments de sa merveilleuse Petite Maison. 

G. V. 



— Anatole France, de rAcadémie française. — Sainte 
1 uiphrosine, avec les illustrations & encadrements de 
Louis-Edouard Fournier, les eaux-fortes de E. Penne- 
quin & les gravures sur bois de L. Marie. Paris, 
librairie des Amateurs F. Ferroudj 127, boulevard St- 
Germain, 1906, pet. in-4, 2 IT., 44 pp. et 2 ff. 

Du temps où il ne s'était pas encore jeté à corps perdu dans la 
mêlée socialiste et antireligieuse, M. Anatole France écrivait de déli- 



416 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

cieuses nouvelles et de ravissants contes. C'est un de ces contes que 
vient (ie publier, en une luxueuse édition, M. François Ferroud. 

Euphrosine, fille unique de Romulus, Tun des plus riches citoyens 
d'Alexandrie, était, pour sa grande beauté, recherchée en mariage 
par le comte Longin; rebelle au mariage, elle souhaitait consacrer sa 
vie à Dieu. Longin, fort épris, soutenu par Romulus, voulait, à toute 
force, épouser la jeune fille et, pour arriver à ses fins, ne craignit 
pas, au cours d'un rendez-vous pris dans la basilique avec Euphro- 
sine, de lui adresser d'elTrayantes menaces. Épouvantée, la jeune 
vierge feint de fixer le jour des fiant^ailles. Rentrée chez elle, elle 
s'enferme dans sa chambre et se coud des iiabits, semblables à ceux 
que portaient les artisans ; le jour des fiançailles approche, elle vét 
ces habits, quitte la maison paternelle, erre à travers le désert et, 
après un jour de marche, arrive à un monastère de moines, le mo- 
nastère de Tabbé Onuphre. — Je me nomme Smaragde, dit-elle en se 
présentant devant l'abbé, et je suis orphelin ; je veux servir Dieu. 
Onuphre consent à recevoir Smaragde, qui revêt bientôt Thabit mo- 
nastique et, après trois ans d'une vie édifiante dans sa cellule, lui 
confie le poste d'ostiaire ou portier. Un jour, un étranger frappe à la 
porte du monastère. C'est Longin qui vient chercher dans la prière 
la consolation de son amour brisé et se fait moine. Un autre jour, 
se présente un mendiant déguenillé; Smaragde le reçoit et reconnaît, 
sous ces haillons, Romulus, son père, qui, ruiné et désolé de la perte 
de sa fille, vient également chercher asile sous le toit du couvent. 
Euphrosine, qui ne s'est pas fait reconnaître par Longin, se jette, au 
contraire, aux genoux de son père. Et tous trois demeurent moines 
au monastère de labbé Onuphre. 

Voilà riiistoire que contait jadis si joliment M. Anatole France, que 
M. Louis-Edouard Fournier vient d'illustrer si gracieusement et que 
M. Ferroud a éditée avec son goût naturel. Les illustrations de Sainte 
Euphrosine sont de deux sortes : les compositions du peintre, fort 
bien gravées à l'eau forte par M. E. Pennequin,et ses encadrements, 
tirés en rouge et noir, gravés sur bois par M. L. Marie. Du même 
format que Les Proscrits^ d'Honoré de Balzac, ce volume prend place 
dans la même série. C'est un livre conçu avec beaucoup d'originalité 
et qui est très bien présenté. 

Avant de quitter la librairie des Amateurs, où Ton ne chôme 
guère, car il y a toujours d'importants ouvrages sur le chantier, je 
signalerai comme devant le plus prochainement paraître : Le Jongleur 
de yotrc-Damey de M. Anatole France, orné d'illustrations en cou- 
leurs de M. Henri Malatesta, traitées dans le genre des anciennes 
miniatures. Puis, suivront probablement d'assez près Les Chansons 
de lUlilis, de Pierre Louys, illustrées par un maître de la peinture 
contemporaine, M. Raphaël Collin ; et, enfin, se prépare, à la librairie 
Ferroud, une magistrale édition de La Tentation de Saint Antoine, 



REVUE DE PUBLICATIONS NOUVELLES 417 

de Gustave Flaubert, dont les compositions sont dues à Georges 
Rochegrosse et la gravure en couleur de ces compositions à 
M. Eugène Decisy. 

G. V. 



— Alfred de Musset. — Rolla, compositions de Georges 
Desvallières, reproduites en couleurs par Portier et 
Marotte. Librairie de la collection des dix^ A. Roma" 
gnol, éditeur, S5, rue de SeinCy Paris, 1906, gr. in-8® 
de 2 ff., 56 pp. et 2 ff . 

Avec Roïla finit la ** Collection des dix ". Commencée en 1894 par 
Emile Testard, continuée par Armand Magnier, c'est M. A. Roma- 
gnol qui, ayant pris la succession de ces deux éditeurs, Ta terminée 
par ce chef d'œuvre d'Alfred de Musset que Ton relira toi^ours avec 
émotion. Alors que cette belle collection prend fin, il n'est pas sans 
intérêt de rappeler comment elle a été conçue, de quels ouvrages 
elle se compose et comment elle a été exécutée. Comme son titre 
l'indique, du reste, elle comprend dix ouvrages de dix auteurs, illus- 
trés par dix artistes différents et selon des procédés divers. L'idée 
était originale et Fentreprise ne pouvait manquer de réussir. S'il y 
a« ce qui est inévitable, certaine inégalité dans le mérite de chacune 
des œuvres publiées, aussi bien au point de vue littéraire qu'artis- 
tique, il faut reconnaître que l'ensemble est d'une fort bonne tenue et 
que la '' Collection des dix "occupe parmi les publications de luxe de 
In fin du XIX* et du commencement du XX« siècle, nne place des 
plus honorables. Je crois donc utile de donner sommairement ici, 
dans Tordre d'apparition, la composition de cette série qui fiait 
honneur aux trois éditeurs qui Font entreprise, continuée et ache- 
vée : 

lo La Mort du duc d'Enghien, de Léon Hennique, compositions de 
Julien Le Blant, gravées à Teau forte par Louis Muller. — 2* La 
Fille Élisa, par Edmond de Goncourt, compositions et eaux-fortes 
originales de Georges Jeanniot. — 3<» Boule de suif, de Guy de Maa- 
passnnt, compositions de François Thévenot, gravées sur bois par 
Romagnol. — 40 Sap/io. d'Alphonse Daudet, compositions d'Àugoste* 
François Gorguet, gravées à l'eau forte par Louis Muller. — S^ Le 
Passant, de François Coppée, illustré par Louis-Edouard Foumier. — 
G*" Servitude et grandeur militaires, d'Alfred de Vigny, compositioiis 
d Albert Dawant, gravées à Teau forte par Louis Muller (tome I) 
compositions de Jean-Paul Laurens, eaux-fortes de CSiampollion et 
Deasy (tome II). — 7» Thaïs, d'Anatole France, compositions de 



41S BULLETIN DU IHBLIOPHILK 

Paul-All)crt Laurens, gravées à l'cau-foiie par Léon Boisson. — 
8<* L Attaque du moulin, d Kmilc Zola, compositions d^^milc Bouti- 
gny, gravées à 1 eau forte en couleurs par Claude Faurc. — 9* Jelta- 
tura^ de Théophile (iautier, compositions et gravures en couleurs de 
François Courboin. — 10«» Holla, d'Alfred de Musset, décrit ci-dessus. 
Cette série était encore en cours de publication que, déjà, M. Roma- 
gnol rêvait d'en créer une nouvelle, conçue sur un autre plan, d'un 
format uniforme et plus petit, la ** Collection de rAcadémie des Gun- 
court ". Je reviendrai sur cette originale collection lorsquelle sera 
terminée, ce qui ne saurait guère tarder à présent, car sept œuvres, 
sur les onze dont elle se doit composer, ont déjà pai*u. Ce sont: Les 
Aventures du jeune baron de Knifaussen, de E. et .1. de Gonct>urt, La 
Comtesse Irma, d'Alphonse Daudet, Le quartier Notre-Iktme^ de J.-K. 
Huysmans, Dans Vanticliaml)re, d'Octave Mirbeau, La Semante. 
de Gustave GefFroy, A la mer, <le Paul Margueriltc et L Enfant qni 
revient, d'Elémir Bourges. I^es quatre ouvrages restant a paraître 
sont: Bérénice de Judée, deJ-H. Hosny, La Chanson de Zemphise^de 
Lucien Descaves, La nuit porte conseil, de Léon Daudet, et Ben- 
jamin Bozes, de Léon Hennicpie. 

G. V. 



— Sources de riiisloirc d'Épernay. P*" série. Tome pre- 
mier. Archives municipales d'Épernay (xvF siècle), 
par Raoul ("uandon de Bbi ailles el Henri Behtal. 
Paris, librairie Henri Leclerc, 2lif, rue Saint- Honoré^ 
219, et 16, rueiVAt(jer, VMS, gr. in-8 de 2 fT. xcvi — 
448 pp., 1 f. et 1 f. blanc. 

L'importante publication locale qu'a entreprise M. le comte Haoul 
Chandon de Briailles. avec la collaboration d'un professeur du col- 
lège d'Epernay, M. Henri Bertal, doit comprendre trois séries : Ar- 
chives municipales, archives ecelésiasticpies et archives seigneu- 
riales, judiciaires et administratives. 

La première de ces séries vient de paraître; elle contient la pu- 
blication des registres des délibérati(»ns de la communauté d'Éi>cr- 
nay. « Plusieurs de ces registres, écrivent MM. Chandon de Briailles 
et Bertal, sont malheureusement perdus et ceux cpii ont été sauves 
ne permettent pas de remonter bien haut dan.s le passé. Le plus 
ancien contient les procès-verbaux des assemblées de ville réunies 
de ir)4() à 1570 ; le deuxième n'a été commencé que le dix-sept 
février KiPJ ; si la rédaction du troisième n'avait pas été interrompue 



UEVUE DE PUBLICATIONS NOUVELLES 419 

de 1()«39 à I()41), nous posséderions tous les comptes-rendus des séan- 
ces de TAssemblée ou du Conseil tenues depuis 1619, jusqu'à nos 
jours. Il y a ainsi deux lacunes d'autant plus regrettables qu'elles 
correspondent aux temps des guerres de religion, de la Guerre de 
Trente ans et de la Fronde, temps durant lesquels la guerre civile 
et la guerre étrangère exercèrent de si terribles ravages que la po- 
pulation de la ville diminua des deux tiers. Nous avons bien 
retrouvé des copies de procès- verbaux rédigés de 1570 à 1619 ou de 
1()!)9 à 1649, mais elles sont en si petit nombre que nous n'espérons 
pas reconstituer les registres perdus. Pour ces périodes troublées, 
nous devons renoncer à connaître dans le détail la vie de la com- 
munauté, c'est-à-dire Tbistoirc de la ville, telle que nous la retrou- 
vons dans ceux qui nous ont été conservés », 

('e premier volume des Sources de l'histoire d'Épernay est précédé 
d'une introduction très documentée dans laquelle les auteurs expo- 
sent en détail le plan de leur intéressant ouvrage ; ils y retracent 
révolution économique d'Épernay depuis le xv« siècle, évolution de 
la propriété et de la culture. Il convient de signaler aussi une très 
bonne étude sur les bistoriens de la ville et tout particulièrement 
sur le président Hertin du Hocberet. De nombreuses pièces justifi- 
catives terminent ce beau volume, orné de plusieurs plancbes bors 
texte. 

MM. le comte Cbandon de Briailles et Henri Bertal, en publiant 
les Sources de l'histoire d^Éperimij^ ont apporté à l'histoire de leur 
ville une contribution des plus importantes; les matériaux qu'ils 
ont colligés et réunis avec un soin méticuleux seront pour les per- 
sonnes qui s'intéressent aux documents historiques d'une grande 
utilité et les deux auteurs, souvent consultés, trouveront ainsi la 
récompense légitime de leur patience, de leur érudition et de leur 
labeur. 

G. V. 



CHRONIQUE 



Vies des Poètes françois de Guillaume GoUetet. — Notre 
sympathique confrère M. Ad. van Bever, à qui l'on doit des réimpres- 
sions de poètes des XVIeetXVII* siècles, entreprend la publication des 
Vies des Poètes françois de Guillaume Colletet. Cet ouvrage qui « pcstî- 
tuera » 212 vies de Poètes du XIII» au XVir sièrle, d'après un manus- 
crit conservé à la Bibliotliè({ue Nationale et diverses versions relevées 
sur les originaux de l'ancienne Bibliothèque du Louvre, sera annoté 
et mis au point selon les ressources de la critique contemporaine. Il 
sera précédé d'une étude sur Guillaume Colletet et suivi : 1" d'une 
bibliographie relative à chaque poète ; 2" de tables alphabétiques et 
chronologiques et 3» d'une carte de la France poétique. Les lignes 
suivantes que nous extrayons du prospectus, actuellement en distri- 
bution, feront connaître amplement le but de cette publication qui 
rendra, croyons-nous, de grands services aux travailleui^s et aux 
curieux : 

« Parmi les manuscrits qui furent détruits, en 1871, lors de Tincen- 
die de la Bibliothèque du Louvre, il en est un dont la disparition fut 
rendue d'autant plus sensible qu'on ne sut exactement mesurer 
rétendue de la perte qu'on en fit : nous voulons parler de l'original 
des Vies des poètes françois par ordre chronologique^ depuis iW9 
jusqu'en 16U7, par Guillaume Colletet, recueil autographe formant 
5 volumes in-4», cotés F. 23ÎW. 

(( Là, a-t-on dit, se trouvaient les biographies d'un grand nombre 
de poètes, ou simplement de personnages ayant commis quelques 
vers dans le cours de leur vie. 

« (^hose singulière, ce manuscrit incessamment feuilleté et qui 
fournit à des historiens de lettres, entre autres Sainte-Beuve, des 
matériaux inestimables, n'avait point été inventorié en détail, 
dépouillé pièce à pièce, si bien qu'on ne cessa pendant longtemps 
d'errer sur sa composition et sur les ressources qu'il avait offertes 
aux chercheurs. II ne fallut rien moins que la perspicacité et la 
patiente érudition de deux critiques, feu Léopold Pan nier et M. Paul 
Bonnefon, pour borner l'étendue du désastre (|ui, en nous privant 



CHRONIQUE 421 

d'un document d'une inappréciable valeur, jetait un manteau d'oubli 
sur les origines de l'histoire poétique française. 

« On sait aujourd'hui que sur 442 biographies composant en 
réalité l'ouvrage de Guillaume Colletct, 212 environ peuvent être 
assez facilement restituées. 

« Bien que ceux qui nous ont conservé, soit sous forme de copie, 
soit en tirages restreints, (juclqucs-uncs de ces pages n'aient point 
toujours obéi à une méthode et poursuivi un but déterminé, il est 
facile de se rendre compte par certaines collations — la version 
imprimée faisant parfois double emploi avec un manuscrit de seconde 
main conservé à la Bibliothèque Nationale — que Ton possède un 
texte à l'abri de tout soupçon. 

« La célébrité dont a joui, au cours de deux siècles, le recueil des 
Vies de Poètes, n'avait point été sans provoquer la curiosité des édi- 
teurs, et, à maintes reprises, le fameux ouvrage dut être imprimé. 
Ce fut chaque fois, un projet que rendirent vain des difficultés sans 
nombre, dont la moindre tint, sans doute, à l'importance de l'entre- 
prise. 

" Néanmoins, des copies partielles circulèrent. 

(' La réunion de tous ces matériaux épars, jointe aux ressources 
otTertes par la copie de la Bibliothèque nationale, signalée plus 
haut, ont permis aux éditeurs de reconstituer une notable partie du 
fameux manuscrit. Aussi imprimeront-ils dans toute leur intégralité, 
les notices qui restent, les corrigeant en ce qu'elles ont de fautif, non 
sans donner les motifs de leur corrections, les éclairant de notes 
précises et les faisant suivre de documents inédits et d'une bibliogra- 
qui trop souvent faisait défaut et rendait le texte peu intelligible. 

« Publié avec soin et digne non seulement d'enrichir la biblio- 
tliè(iue du savant, mais encore le cabinet du bibliophile, cet ouvrage, 
viendra à son heure et provoquera la curiosité de tous ceux qui 
s'intéressent non seulement aux lettres, mais à l'histoire et à la tradi- 
tion nationales. » 

L'ouvrage, actuellement en souscription chez l'éditeur Honoré 
(Champion, sera tiré à 350 exemplaires numérotés sur papier alfa et 
formera 5 volumes grand in-S», lesquels seront mis en vente au prix 
de 1.') fr. le volume (pour les souscripteurs seuls). A dater de janvier 
19()7, le prix total des volumes sera élevé à 100 fr. 

Nécrologie. — Nous avons le profond regret d'annoncer la mort 
de M. Henri Bouchot, membre de l'Institut, conservateur du cabinet 
des estampes à la Bibliothèque Nationale, chevalier de la Légion 
d Honneur, décédé subitement le 10 octobre 1906, à Tâge de 57 ans. 

Nous ne pouvons, au moment de mettre sous presse, qu'enregistrer 
ce douloureux événement. Henri Bouchot, enlevé prématurément à 
l'érudition et à l'afTection de ses amis, avait su, aussi bien par sa 



422 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

science inépuisable que pnr la droiture et la bonhomie de son ca- 
ractère, se concilier la sympathie de tous. Notre collaborateur dévoué, 
M. Henry Martin, administrateur de la Bibliothèque dcTArsenal, dont 
Henri Bouchot était le plus vieux camarade et Tami le plus cher, a 
bien voulu se charger d'écrire, dans le Bulletin du Bibliophile, à la 
mémoire du regretté défunt, une notice bio-bibliographique détaillée. 
Il dira, mieux que nous ce que fut cet homme de bien, cet artiste et 
ce savant; la notice de M. Martin paraîtra dans une de nos prochaines 
livraisons. 

Mais nous n'attendrons pas ce travail pour exprimer à Madame 
Henri Bouchot nos respectueuses condoléances et la prier de trouver 
ici l'expression de nos bien sincères regrets. 

Ventes de livres. — Le lundi 29 octobre, à 2 heures précises, 
à l'Hôtel Drouot, salle n' 10, vente de livres illustrés des xviu* et 
XIX* siècles {M. Henri Lcvlerc, expert). 

— Les 12, 13 et 14 novembre, à THôtel Drouot, vente de livres mo- 
dernes dans tous les genres, provenant de la bibliothèque de M. A.-D 
(M, Henri Leclerc, expert]. 



LIVRES NOUVEAUX 



Bibliographie, Autographes, Manuscrits. Imprimerie, 
Reliure, Blason, Généalogie, Chronique. £x-libris, etc. 

— Déclaration des abvs et ignorances des médecins, œuvre très-utile 
& prufitable à un chacun studieux & curieux de sa santé. Composé 
par Pierre Braillier, marchand apotiquaire de Lyon : pour responce 
contre Lisset Bknancio, médecin. Nouvelle édition publiée par le 
I)"^ Paul Dorveaux, bibliothécaire à l'École supérieure de Phar- 
macie de l'Université de Paris. Poitiers, imprimerie Maurice Bousrez, 
gr. in-8. 

Tiré à 100 exemplaires. 

— Library Association.— Class list of best books 1905-1906. London, 
Siippley C\ in-8. 

— Les Miniaturistes français par Henry Martin, administrateur de 
la bibliothèque de TArsenal. Orné de nombreuses gravures. Paris^ 
Henri Leclerc, in-8. 

Tiré à 200 ex. (25 fr.). 

— Le Livre, par Albert Cim. Historique, fabrication, achat, classe- 
ment, usage et entretien. Tome III. Fabrication, papier, format, 
impression, illustration, reliure. Paris, Ernest Flammarion in-18 

(5 fr.). 

Il a été tiré 10 ex. sur papier de HoUande (10 fr.). 

Publications de luxe 

Chez A. Romagnol : 

— Alfred de Musset. — Rolla, compositions de Georges Des- 
vallières, reproduites en couleurs par Portier et Marotte. 
Gr. in-8. 

Il a été tiré 20 ex. sur pap. du Japon. 4 états des illustrations hors texte 
et ;{ des vignettes (400 fr.) ; 40 ex. sur pap. de Chine ou vélin de cuve, 
mêmes états (350 fr.) ; 45 ex. sur pap. vélin de cuve, 3 états des illustra- 
tions hors te.xte et 2 des vignettes (250 fr.) ; 20 ex. sur pap. vélin de cuve, 
2 états des illustrations hors texte (125 fr.) ; et 175 ex. sur pap. vélin de 
cuve, 1 état des illustrations (50 fr.). 



424 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

Société normande du livre illustré : 

— Gustave Flaubert. — La Légende de S. Julien Thospita- 
lier. Préface d'Octave Join-Lambert. Fac-similé d'un ma- 
nuscrit calligraphié, enluminé et historié par Malatesta. In-4 

Tirage unique à 170 ex. sur pap. du Japon. 100 ex., souscrits par M. L. Car- 
teret, sont mis en vente (200 fr. net). 

Publications diverses 

— Jules Sageret. — Les Grands convertis. M. Paul Bourget-M. J.-K, 
Huysinans-M. Brunetière -M. Coppéc. Paris, Société du Mercore 
de France, in-18 (3 fr. 50). 

— Edmond Bories. — Histoire du Canton de Meulan, comprenant 
l'histoire de ses vingt communes depuis les origines jusqu'à nos 
jours. Ouvrage illustre de quatre cents dessins de l'auteur et accom- 
pagné de trente plans. Paris, Honoré Champion, gr. in-8. 

Publications sous presse 

Chez François Fcrroud : 

— Anatole France, de l'Académie française. — Le Jongleur de Notre- 
Dame. Texte calligraphié et enluminé de 36 compositions en cou- 
leurs et lettres ornées par Henri Malatesta. In-8 carré. 

II sera Uré 225 ex. numérotés, savoir : N** 1 à 12, sur pap . du Japon, avec 
suite des illustrations gravées à l'eau-forte par l'illustrateur, et une 
gouache originale (350 fr.) ; n** 13 à 45, sur pap. du Japon, même suite 
(200 fr.); et n** 4G à 225. sur pap. du Japon (100 fr.). 

Annoncé pour paraître au commencement de novembre ; le jour de la 
mise en vente, les ex. 4G à 225, non souscrits, seront portés de 100 à 125 fr. 



BIBLIOPHILES ft RELIEURS 

(fin) 



RELIEURS 

ANGUERRAN ou ANGUÉRAND 

Une noie, qui est au bas du feuillet a^ du Catalogue de 
M. de Selle, nous apprend qu'Anguerran a relié pour 
labbé de Rothelin (Catal. en 1746), pour M. de Lalande, 
pour M de Boze et pour M. de Selle (1761). Le libraire 
Barrois, rédacteur de ce catalogue, ajoute qu'il existait 
encore en 1761, qu'il était fort connu pour la bonté de ses 
reliures et que MM. des Côtes (szc pour Cotte, sans doute), 
d'Argenson et autres curieux l'employaient encore. 

La reliure de M. de Boze est fort connue. Ses livres 
sont, en général, reliés sans nerfs, surtout avec une den- 
telle fort remarquable sur le plat. J'ai vu plusieurs ou- 
vrages portant sur le dos une roulette pareille à celle qui 
est sur le plat des reliures de M. de Boze. On aurait tort 
de croire, pour cela, que ces reliures sont d'Anguerran. 
Le recueil des ** opéra" de M. de Labédoyère était relié 
de celle manière et portait le nom de Padeloup. 

Dans les statuts des relieurs de 1750, le nom d'An- 
guerran se lit plusieurs fois. On voit d'abord Jacques 
Anguerran, garde de la communauté en 1725. Il était 
mort en 1750 (son nom est écrit Anguérand), puis Pierre 
Anguérand, garde en 1748. Dans la délibération des 
relieurs qui autorise les gardes en charge à obtenir des 
lettres patentes sur leurs statuts de la communauté 

29* 



426 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

(Pierre Anguerand était alors en charge), délibération 
des 14, 15, 16 et 17 janvier 1747, on voit parmi les maî- 
tres qui ont signé, p. 187, un E. Ânguérand. Enfin, la 
délibération du 7 décembre 1750, qui décide qu'un re- 
lieur ne pourra prendre d'apprentis pendant dix ans « y 
ayant (p. 4), près de 300 maîtres et plus de 400 fils de 
maîtres ï, afin de ne pas augmenter le nombre des com- 
pagnons qui ont droit de parvenir à la maîtrise, délibé- 
ration signée de 231 maîtres relieurs et qu'on peut sup- 
poser nous donner, à bien peu de chose près, la liste 
complète des maîtres existant en 1750, cette délibéra- 
tion, dis-je, est signée de trois maîtres^ du nom d' An- 
guérand (pp. 6, 8, 9). Celui qui a signé le premier ajoute 
à son nom ces mots : le fils, Était-iljle fils de l'un des 
deux qui ont signé après lui ou prenait-il cette qualité 
comme fils de Pierre Anguérand? et est-ce Jean Angué- 
rand qui signait ainsi? Je pencherais plutôt pour la 
seconde supposition, car parmi les signataires (peut-être 
au reste seulement parmi les premiers) il paraît régner 
une certaine hiérarchie qui n'aurait pas permis à un fils 
de signer avant son père. 

Quoiqu'il en soit, il me semble que c'est à Jacques 
Anguérand que nous devons attribuer les reliures de 
M. de Boze. Quant aux deux autres Anguérand, ils sont 
probablement les fils de Jacques, les petits-fils de Pierre, 
et il est à supposer qu'ils travaillaient chez lui. 



ANTOINE BAUZONNET 

Antoine Bauzonnet est né à Dôle en 1795. Il fit son 
apprentissage à Poligny, petite ville de Franche- Comté, 
peu éloignée de Dôle, aujourd'hui chef-lieu d'une^ sous- 
préfecture du département du Jura. 



BIBLIOPHILES ET RELIEURS 427 

En 1818, il vint à Paris et entra comme ouvrier chez 
Purgold. Il y resta deux ans ; ayant eu quelque sujet de 
mécontentement, il entra dans Tatelier de Simier père, 
mais il n'y resta pas longtemps, car Purgold vint le 
rechercher. Bauzonnet resta chez lui jusqu'à sa mort 
arrivée au commencement de 1829. Ce fut alors qu'il 
épousa sa veuve et commença à travailler sous son 
nom. 

Il n'était pas alors aussi habile artiste qu'aujourd'hui. 
On pouvait déjà remarquer dans ses reliures cette pré- 
cision admirable, caractère distinctif de son talent, 
mais son maroquin n'était pas alors préparé comme 
celui des anciens relieurs et ses fers (ses roulettes et den- 
telles surtout) ne rappelaient pas, comme aujourd'hui, 
ceux des Du Seuil et des Boyet. 

Il m'a dit qu'en 1831 et 1832 il n'avait presque rien à 
faire et qu'il avait vu quelquefois, dans ces années, 
deux ou trois volumes à relier chez lui. C'est à cette 
époque, ou même en 1830, que M. Giraud lui donna à 
relier le recueil de Chansons gothiques, réimprimées 
par Techener, recueil qui a passé chez moi quand j'ai 
acheté la bibliothèque de cet amateur. Il a tout fait lui- 
même dans ce volume. Dès lors, il mit ses prix à la 
hauteur où nous les voyons, et il m'a assuré que, faute 
d'ouvrage (soit que l'élévation de ses prix éloignât les 
amateurs, soit que la commotion produite par la révo- 
lution de Juillet eût restreint même en ce point toute 
humeur dépensière), il avait été obligé de prendre 4 ou 
5.000 francs sur ses économies ou sur celles de sa 
femme. 

C'est en 1834 ou même 1885 qu'il faut placer le commen- 
cement de son grand talent. Alors le maroquin écrasé, ce 
maroqu in magnifique choisi au milieu des peaux remplaça 
ce maroquin veiné et flasque qui se rapprochait tant de 



428 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

la basane et des peaux employées par les cordonniers et 
les selliers ; alors, ses dos arrondis, ses fers choisis avec 
goût permirent de placer ses reliures à côté de celles de 
ses plus illustres devanciers. En lui commença à renaî- 
tre Tart de la reliure mort en France depuis Derome. 

Bauzonnet a fait ses plus belles reliures pour M. Ci- 
gongne, pour M. Giraud et, peut-être aussi pour M. de 
Soleinne. Il ajoutait un grand prix au petit Rabelais en 
lettres rondes relié en 3 volumes en maroquin rouge 
qui était chez M. Giraud et que Brunet possède 
aujourd'hui. Mais, m'a-t-il dit, sa plus belle reliure est 
celle qu'il fit pour un Méliadus appartenant à Crozel. On 
fut chez lui près d'un mois à relier ce volume. L'ex- 
térieur est simple, mais la doublure est ornée d'un 
dessin à petits fers imité d'une reliure de Grolier. Il 
demanda cinq cents francs à Crozet. Il n'en reçut que 
trois cents parce que l'exemplaire n'était pas assez beau 
pour supporter de pareils frais. L'enthousiasme qu'il 
témoignait pour cette reliure me gagnant, je lui deman- 
dai combien il en ferait payer une pareille. Je m'atten- 
dais à cinq cents francs, mais il me répondit qu'il ne la 
recommencerait pas à moins de sept ou huit cents ; cela 
m'en a fait passer l'envie. 

Il a depuis longtemps déjà un excellent doreur ; je lui 
disais que les amateurs regrettaient qu'il ne fit pas tout 
lui-même. Si j'avais deux mille francs de rentes à moi, 
dit-il, je relierais par plaisir, car j'aime mon art et je 
ferais tout moi-même ; mais il me faut des ouvriers pour 
gagner ma vie. Au reste, depuis que je ne dore plus, j'ai 
beaucoup perfectionné mes reliures. Quand on dore, on 
ne peut s'occuper que de cela, on ne voit pas le reste, 
maintenant je m'occupe de toul, je surveille tout el tout 
n'en va que mieux. 

Il est vrai qu'il apporte une attention minutieuse aux 



BIBLIOPHILES ET RELIEURS 429 

travaux de ses ouvriers. Un jour que je soutenais contre 
lui la cause des anciens relieurs auxquels il reproche 
l'irrégularité de leur manière, il me disait que souvent 
les livres d'ancienne reliure étaient mal plies ; il ajoutait 
qu'un jour, ayant vu chez lui un livre presqu'entière- 
nient terminé et qui avait été mal plié, il l'avait déchiré 
en deux, foulé aux pieds devant l'ouvrier coupable et en 
avait lait acheter un autre exemplaire qu'il avait relié 
de nouveau. Certes, c'est là de la conscience et de 
l'amour de l'art. 

Bauzonnet affirme que les livres anciens lui donnent 
une peine infinie et il est bien rare qu'il en fasse plus 
d'un train par an. Cependant il prend des prix énormes. 
Il est vrai qu'il fait payer la reliure des modernes telle- 
ment cher aussi que je m'étonne qu'il en ait une seule à 
faire. C'est seulement pour asseoir sa réputation qu'il 
relie, dit-il, des livres anciens. 

Il est d'un caractère original. Il arrive presque tou- 
jours qu'il se passionne pour l'un des volumes qu'on lui 
donne à relier et qu'il vous le rend beaucoup plus ma- 
gnifiquement mais aussi plus chèrement habillé qu'on 
ne s'attendait à le voir revenir. Si vous trouvez la re- 
liure trop chère, si vous vous récriez, il vous laisse 
libre de ne lui donner que le prix convenu, mais on 
n'accepte guère son offre, parce qu'on craint de le mécon- 
tenter et aussi parce qu'on est tellement satisfait de son 
ouvrage qu'on ne se sent pas le courage de lui rien 
refuser. 

Certes, si on était sûr qu'il vivra longtemps ou qu'il 
sera remplacé, on ne lui donnerait que peu ou point à 
relier; mais nous avons l'exemple de Thouvenin, mort 
encore assez jeune quand son talent commençait à se 
former, et on craint toujours qu'une maladie, qu'un 
accident, qu'une épidémie ne vienne frapper avant le 



430 BULLETIN DU, BIBLIOPHILE 

temps cette tête précieuse. Je ne sais si c'est par pressen- 
timent qu'il affirme qu'il ne vivra pas vingt ans. 

Il ne faudrait pas, je pense, voir de la finesse et de la 
cupidité dans ce que j'appelle ses bizarreries. Bau- 
zonnet est véritablement un honnête homme et je ne 
connais personne qui se plaigne de lui pour autre chose 
que ces augmentations imprévues de prix, mais aussi 
de travail dont j'ai parlé plus haut, bien différent en 
cela de Simier, de Thompson, et même de Koehler qui 
a plus d'une fois augmenté les prix convenus sans faire 
plus qu'il ne s'était engagé. 

Son caractère est réellement original. Quand je lui 
eus appris que M. Giraud m'avait vendu ses livres, il en 
fut stupéfié. — Je ne l'aurais jamais cru, me dit-il, 
j'ensuis fâché pour lui, je ne voudrais pas le rencontrer. 
— Pourquoi donc? — Oh, c'est que j'avais beaucoup 
d'affection pour lui et que je ne conçois pas qu'on 
vende une chose qu'on paraissait tant aimer. Je ne vou- 
drais pas relier pour lui. — Comment, s'il rachetait des 
livres vous refuseriez ses reliures ? — Non, puisque je 
travaille pour tout le monde, mais cela me contrarierait 
de travailler pour lui . 

En lui parlant de l'élévation de ses prix,je lui citais la 
modicité de ceux des anciens maîtres, Boyet par exem- 
ple. Il me répondait en arguant de la cherté des loyers 
et de la vie en général et aussi du luxe qui a pénétré 
dans toutes les classes. Il y a des relieurs, me disait-il 
qui sont mieux logés que ne l'étaient, il y a cent ans, 
des comtes et des marquis (je crois qu'en cela il exa- 
gère un peu) ; allez donc proposer à un ouvrier de man- 
ger dans sa chambre à coucher. Mes confrères ont tort 
de se loger si grandement. L'atelier de Koehler est trop 
grand, il le tuera. On devrait voir cependant que les 
grands ateliers tendent à se démembrer pour en former 



BIBLIOPHILES ET RELIEURS 431 

beaucoup de petits ; ceux qui ne voient pas cela sont 
aveugles. Je n'en serai pas plus exempt que les 
autres. 

Il prétend que l'esprit démocratique (sic) est porté au 
plus haut point parmi les ouvriers et qu'ils veulent tous 
s'établir sans avoir les moyens pécuniaires et naturels 
suffisants. C'est à cet orgueil qui consiste à vouloir com- 
mander sans avoir presque obéi qu'il attribue cette 
affluence d'exécrables relieurs qui pullule aujourd'hui 
et, en cela, je crois qu'il a raison. 

Bauzonnet est plein d'indulgence et de bonté pour ses 
camarades, si l'on peut appeler de ce nom (sauf Koehler) 
ceux qui prétendent exercer le même art que lui. Il dit 
que, parmi les massacreurs qui végètent sur le pavé de 
Paris, il existe de bons ouvriers mais qui, par paresse 
et faute d'être dirigés et maintenus, faute aussi de ré- 
munération suffisante de la part de ceux qui les em- 
ploient, ne produisent rien de bon. Il parle de Koehler 
avec estime, avec admiration de Thouvenin (1). Il pré- 
tend que ce dernier a fait, sur la fin de sa vie, des reliures 
qui ne seront jamais surpassées, pas même par lui 
Bauzonnet. Comme je ne pouvais me résoudre à lui 
accorder ce point, il m'a répondu qu'à la vérité il y en 
avait fort peu et que c'était seulement chez M. Cigongne 
qu'il en avait vu de ce mérite. 

Lorsque Koehler exposa en 1834 la belle reliure qu'il 
avait faite sur le manuscrit fort ordinaire de M. Mot- 
teley (ms. des Évangiles sur vélin), il y eut différend et 
même querelle entreeux. Koehler voulaitcinq cents francs 
de sa reliure ou le manuscrit pour trois ou quatre cents. 
M. Mottelcy ne voulait pas vendre le manuscrit et ne 



(i) Thouvenin le lui rendait bien ; il appelait Bauzonnet le « Ra- 
phaël du filet ». 



432 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

consentait à payer la reliure que deux ou trois cents 
francs. Bauzonnet fut pris pour arbitre avec Jules Janin 
(on ne voit pas trop ce que ce Monsieur, illustre posses- 
seur d'une bibliothèque de livres en papier de chine 
rose, bleu ou jaune, faisait là). Ils donnèrent raison à 
Koehler contre M. Motteley. 

Bauzonnet est un petit homme d'une physionomie 
douce et spirituelle ; il parait d'une santé délicate. Il a 
d'abord demeuré, rue Cassette, à l'ancien domicile de 
Purgold. Il demeure maintenant rue du Four-Saint-Ger- 
main, n® 17. 

Bauzonnet est encore en progrès cette année 1839. Il a 
cependant perdu un bon ouvrier depuis deux ans dans 
Hippolyte Duru qui faisait chez lui le corps d'ouvrage 
et qui s'est établi. Il se plaint toujours de ses ouvriers, 
il en a dix en comptant les femmes. Je lui demandais 
pourquoi il ne prenait pas des apprentis qu'il formerait 
depuis alpha jusqu'à oméga, et s'il ne pensait pas qu'un 
enfant, formé depuis le commencement par un excellent 
relieur, put devenir meilleur ouvrier qu'un homme mal 
dirigé d'abord qui, pour savoir bien, était d'abord obligé 
d'oublier ce qu'il savait mal. Non, me répondit-il, par 
la raison qui fait que lorsqu'on organise un régiment 
de cavalerie, on choisit les conscrits des départements 
où il y a le plus de chevaux parce qu'ils ont peut-être 
une position vicieuse à cheval, mais qu'au moins ils 
savent s'y tenir. — Il dit que c'est dans les provinces que 
se forment les meilleurs ouvriers et que ceux qui en vien- 
nent sont, du moins, dociles, tandis que les parisiens 
sont indisciplinables. Depuis dix ans, les ouvriers ne 
sont plus reconnaissables. Il n'y a (jue la misère, dit-il, 
qui puisse abattre leur orgueil et la misère viendra. Je 
crains bien qu'il ne soit prophète, mais que la misère 
s'étende non seulement à ceux qui l'ont amenée et 



BIBLIOPHILES ET RELIEURS 433 

l'amèneront par leur turbulence et leur sédition, mais 
encore aux honnêtes gens. 

Il m'a dit, hier 6 décembre, qu'il ne faisait pas plus 
de trois cents volumes anciens par an. Il me rendait 
deux volumes dont j*ai fait changer la doublure et me 
faisait observer que les plats cambraient un peu. Je lui 
dis que j*aimais mieux cela que les plats tendant à 
creuser et à se retrousser. Il me répondit : Vous avez 
raison, ceci est un défaut, mais ce que vous dites là est 
un vice. — Il me rappelait encore combien il avait de mal 
pour faire des reliures soignées. Aujourd'hui, disait-il, 
personne dans son état ne veut se donner de la peine, 
personne ne veut travailler avec délicatesse et goût. Mon 
graveur n'aime pas à graver mes fers et c'est par estime 
pour moi qu'il consent à les faire. Mon batteur ne peut 
pas me faire un volume bien, et je suis obligé de faire 
rebattre ou de rebattre moi-même les volumes précieux. 
Le marbreur, à qui je paie cependant cinq sous de 
plus par volume que les autres relieurs, ne veut pas 
dorer mes tranches comme je les lui envoie. Il donne 
des coups de marteau sur les dos de mes volumes pour 
les aplatir et pour que la gouttière n'étant plus creuse 
prenne plus facilement la marbrure, et quand je lui fais 
des représentations : Qu'est-ce que cela me fait à moi, 
dit-il, pourvu que les livres qu'on m'envoie soientdorés; 
c'est tout ce qu'il me faut; je voudrais pouvoir les dorer 
en ch... dessus. 

Hauzonnet aimerait mieux, me disait-il, mendier son 
pain que de travailler pour M. Motteley. La dernière fois 
qu'il lui a rendu des livres, il le tracassait tellement, s'effor- 
çait tant de déprécier son ouvrage que Bauzonnet lui dit : 
Tenez, Monsieur, finissons-en, donnez-moi ce que vous 
voudrez et restons-en là. — Quand il fut choisi pour arbi- 
tre entre Koehler et Motteley, celui-ci vint cinq ou six 



434 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

fois chez lui pour le gagner, lui promettant des livres, 
etc. 

Il m*a assuré qu'il ne gagnait pas mille écus net par 
an. 

On est venu lui offrir une pratique princière, mais 
il fallait travailler d'abord à vil prix et ensuite faire 
une remise assez considérable au bibliothécaire. Il 
trouve avec raison cette manière d'agir basse et ignoble. 
Purgold travaillait, dansletemps, pour le comte d'Artois, 
mais son bibliothécaire n'agissait pas ainsi, il deman- 
dait seulement que le travail fût bien fait. 

Je lui reprochais de ne pas faire assez de cas des an- 
ciens relieurs, il me dit que Padeloup était celui qu'il 
estimait le plus. Il dit que leurs carions étaient détesta- 
bles et que leurs livres ne devaient leur solidité qu'à 
l'épaisseur des maroquins (les cartons de Boyet sont 
bien excellents cependant) qui eux-mêmes étaient mal 
parés. 



BOYET 

Voici une des plus grandes illustrations de la reliure, 
Boyet ! Quelles sont les reliures qu'on doit attribuer à 
ce grand maître si célèbre parmi nos ancêtres. Voilà ce 
que jusqu'ici personne n'a osé faire. Vous voyez sur 
tous les catalogues modernes les noms de Padeloup 
de de Seuil ou du Seuil distribués souvent avec une rare 
impertinence ; nulle part vous ne trouvez celui de Boyet. 

Boyet a relié pour le comte d'Hoym et aussi pour Du 
Fay ; sans en être aussi sûr pour ce dernier je lesuppose, 
d'abord parce que M. Du Fay était contemporain du 
comte d'Hoym et ensuite parce que j'ai vu des reliures 
de Du Fay qui se rapportent beaucoup à celles que j'at- 



BIBLIOPHILES ET REUEURS 435 

tribue à Boyet, mais il n*était pas le seul relieur de ces 
deux grands amateurs. 

J'ai un catalogue du comte d'Hoym, annoté avec beau- 
coup de soin par un amateur qui parait avoir assisté à 
la vente. On lit à la page 527, au-dessous de la liste des 
auteurs in usum Delphini : 

Tous uniformes en maroquin rouge reliés par Boyer 
(sic) vendus en gros, 1700 1. 

Au feuillet eeee, au-dessous de la liste récapitulative 
des auteurs variorum répandus dans tout le catalogue la 
même main a écrit : 

a Tous les auteurs variorum ci-dessus qui font un 
corps de volumes uniformes reliés par Boyer (sic) en 
maroquin rouge dessus et dedans ont été vendus engros 
1100 1. » 

Dans ravis qui précède le catalogue de la bibliothèque 
Bellanger (1740), Gabriel Martin s'exprime ainsi :c La 
condition des livres en est très belle ; la plupart sont en 
maroquin ou en veau, doré sur tranches, de la reliure 
du célèbre Boyet, relieur du Roi ». 

On annonce bien des reliures de Boyet dans les cata- 
logues de Rothelin (1746), de Selle (1761), etc., mais ces 
reliures ne sont pas annoncées comme ici faire le fond 
de la bibliothèque. 

Si donc on trouvait un volume de la collection des 
auteurs variorum du comte d'Hoym ou un de ces auteurs 
in usum Ddphini ou bien un ouvrage qui provint bien 
sûrement de la bibliothèque Bellanger, on connaîtrait 
les reliures de Boyet. 

Certes, le premier signe distinctif est beaucoup plus 
sûr que le second, car il est presque impossible que 
M. Bellanger n*ait pas acheté un certain nombre de 
livres tout reliés. Cependant, j*ai comparé les catalogues 
Du Fay et d'Hoym à celui de Bellanger et je n'ai trouvé, 



436 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

en parcourant les classes de la poésie française, des 
facéties, deThistoire de France, aucun exemplaire qu*on 
pût supposer acheté à Tune de ces deux belles ventes. Je ne 
prétends pas émettre ici une asscrlion rigoureusement 
exacte, mais il est certain cependant que M. Bellanger, 
s'il acheta h ces deux ventes, y acheta fort peu et, s'il 
acheta peu à ces deux ventes, il est bien probable qu'il 
n'achetait que peu ou point de livres tout habillés dans 
les ventes publiques, mais qu'il se plaisait à faire relier 
ses livres par Boyet selon son goût. 

Je ne retrouve sur aucun catalogue la collection des 
varionim non plus que celle des aulcurs in usam Del- 
phini du comte d'Hoym. Je ne vois que dans le catalo- 
gue Firmin-Didot (1810) deux auteurs /;ar/orHm aujour- 
d'hui chez M. Brunet, le Quinlilien de l()65et les lettres 
de Pline le jeune de 1609 qui proviennent de chez le 
comte d'Hoym Or, il est bien certain que ces deux ou- 
vrages ne sont que des exemplaires doubles (ce qui ne 
les empêche pas d'être fort beaux. On voit souvent d'ail- 
leurs chez le comte d'Hoym un exemplaire double, tri- 
ple ou quadruple se vendre plus cher que l'exemplaire 
catalogué) et n'ont pas fait partie de la collection vendue 
1100 francs. Car, d'abord, le Quintilien n'est pas doublé 
et l'auteur de la note citée nous dit bien positivement 
que tous les auteurs variorum, uniformes de reliure, 
étaient doublés et ensuite le Pline catalogué, celui de la 
collection, était divisé en deux volumes et celui de 
M. Brunet n'en forme qu'un. 

L'existence, chez le comte d'Hoym, d'exemplaires 
doubles de ces deux auteurs est d'ailleurs prouvée par 
mon catalogue de cet amateur dans lequel je lis, p. 172 : 
double du n° 1507 m. r. 16' lO'' (c'est le Quintilien), et 
p. 318 : double du n° 312:5, mar. 15' (c'est le Pline). 

La note de mon catalogue ne s'applique donc pas à 



BIBLIOPHILES ET REUEDRS 437 

ces deux exemplaires, puisque positivement ils n'ont 
pas fait partie de la collection anaoacéereliée par Boyel. 
Si quelqu'un, plus heureuxque moi, voit un jour une de 
ces deux magnifiques collections que tout me fait sup- 
poser exister intactes quelque part, il pourra bien con- 
naître les reliures du maître qui nous occupe actuelle- 
ment. 

Nous sommes présentement réduits à la seule indica- 
tion du catalogue Bellanger. Je connais deux ouvrages 
qui viennent bien sûrement de eette belle bibliottièque. 
L'un est le Rabelais de 1711, 5 vol. en maroquin orange, 
qui appartient aujourd'hui à M. Eugène Lemarant, mon 
ami, l'autre est un petit volume en veau écaille, doré sur 
tranches, qui renferme F Art et Jitffemfnf rfes «otiflcs ei 
Disions nocturnes par M. Anscliuf .luliiin. Lyon, par tes 
héritiers de Benoist Rij^aml, lÔ'Jfi, el les cinq livres 
d'Arteniidore de l'Inlerprètalion des songes. Lyon, Jean 
de Tournes, 1581 ; ce volume est chez moi. 

On lesretrouvedanslecaUilogue Bellanger, If (iremifr 
au n" 2196, le second au iv 1746. Le maroquin orange 
a été employé si rarement par les anciens relieurs 
qu'on peut affirmer que le Rabelais de M. Lemarant 
est bien celui de Bellanger. Quant à mon petit volume 
d'explication des songes, le fait de la réuniun des deux 
ouvrages, et la reliure en veau écaille avec la dorure sur 
tranches (cette dorure accompagnait rarement le veau 
autre que le veau fauve, mais que Gabriel Martin signale 
comme existant sur un grand nombre des livres de 
M. Bellanger) me paraissent siifllsamment prouver que 
ce livre provient de cette belle bibliothèque. 

Les reliures de Boyet se distinguent à la supériorité 
de ses mors sur ceux des relieurs anciens, ils ne sont ni 
trop ouverts ni trop plats comme ceux de Pjideloup le 
jeune, ni trop creux. Ses cartons sont bien coupés, ils 




438 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

ne viennent pas frotter en dedans sur les gardes et dé- 
passent la tranche dans une très juste proportion. Ses 
dos sont arrondis, son endossage excellent ; les livres 
sont très bien battus, le plat bombe assez pour que 'le 
volume ferme très bien, mais pas de manière à ce que le 
carton quitte le volume vers le milieu du plat. Boyetem- 
ployait surtout le maroquin rouge. Presque tous les bords 
de ses livres sont couverts de dentelle et non de filets. Les 
filets sont bien mieux poussés qu'ils ne le sont, en géné- 
ral, dans les anciennes reliures ; la dorure de ses dos est 
souvent riche et toujours imprimée avec une grandeforce. 
Je ne vois que du fort beau papier à aiguilles dans les 
reliures que je lui attribue et jamais du papier marbré. 
Ses nerfs dans les volumes in-octavo sont souvent un 
peu forts, quelquefois un peu de travers ; ils sont toujours 
recouverts d'une dentelle, souvent le bâton rompu. Ses 
reliures sont doublées. 

Une chose fort surprenante, c'est que Boyet, cette 
gloire de la reliure française, n'ait jamais été syndic de 
sa communauté. S'il n'a pas décliné cet honneur, cela 
prouverait au besoin que l'envie a toujours cherché et 
souvent réussi à écarter le talent de la place qui lui était 
due. Il ne figure pas dans la liste des relieurs existant en 
1750 ; ainsi, il était mort à cette époque. 

M. Motteley possède une pièce fort curieuse, c'est un 
mémoire de reliures faites par Boyet. 



JEAN CUSSON 

*^ Jean Cusson, reçu libraire en 1630, a passé pour 
le plus habile relieur de son temps. " Voilà tout ce 
que Lacaille nous apprend de ce relieur (p. 273 de son 
histoire de l'imprimerie). Comment se fait-il que ce 



BIBLIOPHILES ET RELIEURS 439 

célèbre relieur ne soit mentionné nulle part ailleurs 
(nous pourrions, du reste, dire la même chose de Levas- 
seur) et que La Caille dise avec tant d'assurance qu'il 
a passé pour le plus habile relieur de son temps. Ce 
Jean Cusson aurait-il été gascon et désigné plus habituel- 
lement sous le nom de son pays, c'est-à-dire sous celui 
du Gascon? Ce qui me donne cette idée, c'est que j'ai vu 
ou entendu quelque part le nom de Le Gascon ou plutôt 
du Gascon décliné! Du reste, cette conjecture n'est qu'une 
lueur très vague et ce n'est qu'autant que de nouveaux 
indices en ce sens seraient recueillis qu'elle pourrait 
prendre quelque probabilité. 

Si, ce qu'il faut plutôt croire, Cusson et Legascon 
sont deux relieurs différents, on pourrait concilier 
l'assertion ci-dessus de Lacaille avec l'existence de Le 
Gascon comme excellent relieur en 1640 et même 1635 
(car j'ai une traduction de la Physionomie, d'Âdaman- 
tius, de cette année, exemplaire de dédicace au Cardinal 
de Richelieu, qui est évidemment de Legascon) on pour- 
rait dire que Cusson était à l'apogée de son talent en 
1630, quand il se fit recevoir libraire (on serait cependant 
plus disposé à croire qu'il commençait plutôt alors 
qu'il ne finissait d'exercer son art) et qu'il céda ensuite 
la première place au Gascon. Peut-être Cusson est-il 
l'auteur des reliures aux chiffres de Louis XIII et d'Anne 
d'Autriche qu'on attribue à la bibliothèque de cette 
princesse ? 



NICOLAS EVE 

Il n'y a pas d'amateur qui n'ait vu plusieurs fois dans sa 
vie des reliures, ordinairement en maroquin vert et plus 
rarement en maroquin rouge, toutes couvertes de dessins 



440 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

d'une richesse extraordinaire. On y voit souvent des 
branches de feuillage qui viennent remplir les vides 
laissés entre des petits rectangles réunis entre eux par 
des espèces de torsades. 

Ces reliures faites à petits fers sont exécutées avec 
une grande précision et conçues avec une rare hardiesse. 
Les livres que j'ai vus dans ce genre sont : mon recueil 
des 40 tableaux (édition allemande), in-folio oblong, 
exemplaire de Thou, Soubise et Renouard, un livre de 
Preces piœ, exemplaire de de Thou aussi et de Noailles 
(mal conditionné), un Dubartas de 1584 et un Remy 
Belleau de 1578 chez M. de Chalabre, deux exemplaires, 
(l'un chez M. Bignon (n" 231), depuis chez M. Motteley, 
et l'autre qui, aujourd'hui chez M. Leber, doit, passer 
après sa mort à la bibliothèque de Rouen avec tous les 
livres de cet amateur), des Ordonnances royaux sur le 
fait et juridiction de la Prevosté des marchands et esche- 
vinage de Paris, Paris, 1582, in-4"; trois volumes des Odes 
de Ronsard, chez M. Motteley, maroquin vert, aux armes 
de de Thou, un Psalteriiim Davidicum, Parisiis, apud 
Gomaerum Stephanum, 1555, in-16, chez le même ama- 
teur. 

Ces reliures sont évidemment de la fin du xvp siècle. Il 
me semble avoir vu aussi un Desportes de 1600, du même 
relieur, en maroquin vert, mais je n'en suis pas sûr: si cela 
est, cela prouverait que le même artiste exerçait encore 
dans les premières années du xvii*^ siècle, mais il me 
semble constant qu'il vivait au moins en 1582. Car on ne 
peut expliquer cette similitude de reliure sur deux 
exemplaires des « Ordonnances royaux » qu'en supposant 
que ces exemplaires avaient été offerts quand le livre 
parut à deux officiers municipaux de la ville de Paris. 

Peut-être est-ce ce relieur qu'employait de Thou? 



BIBLIOPHILES ET RELIEURS 441 



CLAUDE DE PICQUES 
Relieur du Roi (1) 

M. Marius Michel a consigné dans sa Reliure fran- 
çaise, Paris, Morgand et Fatout, 1830, in-folio, p. 142, le 
* nom de ce relieur que M. Lortic a relevé dans le Traité 
de la peste, de la petite verolle, etc. par Âmbroise Paré, 
Paris, 1568, p. 228. 

Il résulte de cet intéressant passage qu'une petite fille 
de Claude Piqué, relieur des livres du Roy, rue St -Jac- 
ques, âgée de quatre à cinq ans, eut les os du sternum 
et une partie de Tomoplate rongés et détruits par des 
abcès causés par la petite vérole. Cette malheureuse en- 
fant paraît avoir été soignée par Ambroise Paré et Marc 
Myron, médecin du Roy. 

On sait que jusqu'à Tédit du 7 septembre 1686, les 
relieurs faisant partie du corps de la librairie, avaient, 
par conséquent, le titre de libraire et pouvaient éditer 
et vendre des livres. Aussi Claude Picques (à la table 
Claude Picquet) figure-t-il dans cet excellent livre de 
Lacaille à Tannée 1557. n Cette année, dit Lacaille, il fit 
imprimer par Jehan Le Blanc les Pseaumes de David 
en latin, avec des notes françaises qui expliquent 
la vertu des Pseaumes, ce qui rend ce livre assez 
curieux ». 



(1) Cette notice, très postérieure à celles que nous publions, était 
destinée au BnUetin du Bibliophile. Cela résulte d'une lettre que 
M. Hrnest Thoinan écrivait au baron Piclion, en date du 31 mai 1882 
et qu'il terminait ainsi : Quand votre article paraîtra chez Techener, 
prévenez-moi pour que je me le procure, je serai un de vos lecteurs 
les plus intéressés. 

30 



442 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

Lacaille ne donne pas à Claude Picques le titre de 
relieur du Roy, de sorte que nous ne savons pas s'il a 
pris cette qualité sur le titre du Pseautier de 1557, que 
notre auteur avait vu. M. Claudin, libraire, m'a vendu, 
il y a quelques années, un petit pseautier in-16, mal- 
heureusement incomplet de la fin, où ce relieur libraire 
a imprimé son nom Claude de Picques et sa qualité de 
ligatorregius. Voici le litre de ce livre : 

PsALTE II rium Daçidicum \\ cum aliquot \\ canticis || 
eccle I siasticis || 3K || omnia diligent er reposita \\ Parisiis \\ 
Apud Claudium de Pic \\ ques liguatorem reg. \\ in uico 
S. Jacobi, Il sub signo D. Tri \\ nitatis \\ 1559. 

Mon exemplaire s'arrête au feuillet 168; c'est une 
autre édition si ce n'est un ouvrage difTérent de celui 
de 1557, car il n'y a pas de notes françaises, au moins 
dans la partie de volume que je possède. Ce volume, tout 
incomplet qu'il est, est cependant important pour l'his- 
toire de la librairie et de la reliure parisiennes parce 
qu'il nous apprend : 

V Que Claude de Picques s'appelait ainsi et non Claude 
Picqué(l). 

2o Qu'ayant, en 1559, le titre de relieur du Roy, il a été 
le relieur de Henri II et non pas seulement de Charles IX. 

On peut donc lui attribuer quelques-unes de ces 
somptueuses reliures de Henri II, si justement admi- 
rées, je dis quelques-unes et non pas toutes, car il me 
parait bien probable que ce prince, ainsi que Fran- 
çois I^"", avait plusieurs relieurs. 

(1) Ce nom de Claude Piqué ou Picquet a pu être tiré du sien 
comme celui de Colinet du nom de Simon de Colines. Car c*est ains^ 
que Noël du Fail appelle Simon de Colines quand il raconte, dans 
ses Contes dEutrapcU qu'un enfant, n'ayant pas connaissance dn 
prix des choses ni de la valeur de largcnt, pouvait^ sans risque d'être 
trompé, acheter des livres classiques chez ces grands libraires 
Colinet et Estienne. 



BIBLIOPHILES ET RELIEURS .448 

Des circonstances heureuses pour mes goûts m'ont 
fait trouver d'autres renseignements intéressants sur cet 
homme de talent. 

Un acte de vente, passé par lui étant déjà libraire, le 
jeudi 3 novembre 1539, nous apprend qu'il était fils de 
Vincent Picqucs, marchand carrier, et de Philippotte 
Parageau ou Paraigeau, et qu'il avait, dès lors, épousé 
Perrette Mangnié (nom qui pourrait bien être le même 
que Le Manguier, nom très connu de libraire du xvi« siè- 
cle). Il avait une sœur nommée Catherine qui avait 
renoncé à la succession de ses parents. 

A la date citée, Claude de Picques vendit à Nicolas 
Proyart, marchand teinturier en cuir, peut-être son four- 
nisseur de peaux pour les reliures, une pièce de vignes 
de 22 perches, que son père Vincent avait achetée le 
10 septembre 1527, et qui était située sur le grand chemin 
et chaussée tendant de St.-Marcel à Villejuif . Vincent de 
Picques parait avoir exercé sur cette pièce son industrie 
de carrier, car il est dit dans l'acte qu'il y avait sur ce 
terrain un abattis de pierres de carrières, lequel était 
sous chaineau prêt à abattre et qu'il y avait un commen- 
cement de bâtiment. Nicolas Proyart parait l'avoir 
achevé. 

Ces derniers détails ne sont pas relatifs à ce qui nous 
intéresse le plus chez Claude de Picques ou, pour mieux 
dire, à ce qui fait que Claude de Picques nous intéresse, 
mais ils établissent bien son état-civil et valaient la 
peine d'être connus. Un mémoire de Claude de Picques 
aurait assurément été plus curieux, mais ces sortes de 
documents sont bien rares, même pour des époques bien 
plus rapprochées de nous. 

Baron Jérôme Pichon. 



LE R. P. HENRI CHÉROT 

DE LA COMPAGNIE DE JÉSUS 
(1856-1906) 

ESSAI BIBLIOGRAPHIQUE 

Suite (1) 



37. — Dans : Eludes, P. bibliogr., 31 mars 1891, p. 201-204 
C. R. (le la soutenance et du livre Richelieu à Luçon, Paris 

1890. (Abbé Lacroix). 

Nombreuses rectifications de détail, (^f. ibid. p. 163, le compte- 
rendu non moins rigoureux de la tlièse latine du même docteur, 
sur le préceptorat de François Le Vayer. 

38. — Dans : Bulletin de la Sociélé hislorique et archéolo- 
gique de Larujres, (B. X. Lc^' 18); 1" avril 1891, p. 392-101 : 
Une lettre inédite du Père Pierre Le Moijne à Jean Elzévier^ 
avec Jac-simile en photolijpie y publiée et annotée />a/' Henri 
Chérot, S. J., membre correspondant de la Société histo- 
rique et archéologique de Langres. Cf. plus bas, n" 71. 

Tiré à part : Une Lettre inédite, etc., in-8«', p. 15. 
Langres, imprimerie et librairie Rallet-Bideaud, 1891. (B. N. 
Ln^' 52172.) 

39. — Dans : Revue des Questions historiques (U.y^., S'* G. 102), 
l'ï avril 1891, p. 591-GOO. Le surintendant Fouquet. Cf. plus 
haut, n» 33. 

Ce mélange, à propos des deux beaux volumes de M. J. Lair, 
(Paris Pion, 1890), est la première contribution du P. Chérot à la 
Hcvuc des questions historiques^ à laquelle il eoliahora plusieurs 
fois. Le portrait placé en tête de cet essai le l'cpréseiite portant 
en main un numéro de ce Recueil. 

(1) Voir le DuUetin du Bibliophile, 15 aoi\t-scplcmbrc 190G, p. 329- 
342. 



LE R. P. HENRI CHÉROT 445 

40. — Dans : Lettres de Jersey, 1891, mai, t. X, n«> 1, de l'ar- 
ticle intitulé : Trois Docteurs ès-lettres, les pages qui con- 
cernent la soutenance du P. Delaporte. 

Cf. les deux articles bibliographiques consacrés à la thèse 
latine et à la thèse française du même : * Études^ 30 juin 1891, 
p. Bibl. : De historia Galliœ publica, etc., p. 420-421 et 
15 août 1891 ; Du Merveilleux dans la littérature française, 
p. 11 à 14. 

41. — Dans : Études, 15 mai et 15 juin 1891, p. 5-38 et 263-298, 
Saint-Louis de Gonzague étudiant, à propos de son troisième 
centenaire, 

41 bis. — SAINT LOUIS DE C.ONZAGUE ETUDIANT, A PROPOS 

DE SON TROISIÈME CENTENAIRE, 1591-1891, par Ic Pèrc 
II. Chérot, (le la Compagnie de Jésus, in-8o de 94 p. et pi. 
Les pp. 91-94 sont un appendice : Saint- Louis de Gonzague 
a-t-il été chevalier de Saint- Jacques, signé : E. Rivière, S. J. 

{Journal de la Librairie, 19 décembre 1891, no 13305, 
Go mille. (B. N. 8o K 2230). 

Trad. en allemand par M"« Marguerite Englert, en 1896. a Der 
hl. Aloysius von Gonzaga, in Vorbild fur die studierende Jugend. 
Zu seiner dreihundertjâhrigen Gedcnkfeier. Von P. H. Chérot 
K. J. Ans dem Frcnzôzischen ûbersetzt, Munster i. W. Adolph. 
Rnsscl, s. d. (18%) 8«, pp. 71, grav. 

(Saint Louis de Gonzague, modèle de la jeunesse studieuse, 
pour la fête de son troisième centenaire, traduit du français en 
aîlemand, Munster, Adolphe Hussel). 

Cf. *É(udes, partie bibliog. 15 avril 1891, p. 680-1, un compte- 
rendu de la vie de saint Louis de Gonzague, d'après Cepari, par 
le P. Clair, S. J. Firmin-Didot, 1891, et 15 juillet 1891 (p. bibliog. 
'compte- rendu de neuf ouvrages ou plaquettes sur le même 
sujet, p. 476-480). 

42. — Dans : Études, p. bibl., 30 juin 1891 * Nouvel Armo- 
riai du Bibliophile de J. Guigard, p. 409-410. 

(Avec une rectification tirée de Fouquet ami des livres ; cf. 
plus haut, n" 33. 

i3. - Ibid., 31 août 1891. P. h'ihh, p. 530-33,* Philippe V et la 
Cour de France, du P. A. Baudrillard, t. I et II (sur le t. III, 
voir le Bulletin d'Histoire, Etudes 5 février 1899). 

Après rénumcration des nombreuses pièces originales décou- 
vertes et publiées par l'heureux et savant chercheur, l'auteur 
ajoute : « La supériorité de l'histoire ainsi faite etdjêtre défîni- 
nitive ». 

44. — //;/(/., 15 sept. 1801, "à propos des Études sur la 
Chaire et la Société française au xv»-' siècle: Olivier Maillard 
de l'abbé A. Samouillan, p. 163-67. 



446 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

Cf. sur la thèse latine du même auteur De Petro Brunello 
Tolosano. • Études, P. bibl., 31 oct. 1861, p. 688-9. 

Tout ce qui concernait la chaire française, à cause de Bour- 
daloue, intéressait vivement le P. Chérot ; d'où Tampleur de ce 
compte rendu qui complète le livre de Tauteur et dit nettement 
leur fait à ses prédécesseurs : « Ce que Tauteur ne pouvait pas 
dire aussi librement que nous, c'est combien défectueux et mal 
inspirés sont tous les ouvrages antérieurs au sien (sur la même 
matière) : Gérusez, dans son Cours sur l'histoire de Féloquence 
ouvrage incolore, diffus et plein de phrases ennuyeuses, avait 
paru ofire quelque chose de neuf, ce qui était facile à son épo- 
que ; mais rien chez lui que de superficiel... etc. 

Aubertin, t. 11 de VHist. de la langue et de la littérature au 
Moyen âge : v( la science des détails n y répond pas à la droiture 
des intentions, et parfois Tinexactitude s'unit à la bienveillance. » 

Anton^ Meray, Les libres Prêcheurs, « en dépit de son fatras 
d'érudition apparente... a écrit bien souvent de seconde main... 
En ce qui concerne Geiler de Kaisersberg, il en est toujours 
resté à la méchante brochure de Schaeffer, et cela même dans sa 
seconde édition de 1878, prétendue augmentée et sans doute 
corrigée, alors que le Gcilcr de l'abbé Dacheux était paru dès 
1876... il ne paraît guère avoir appris le latin, témoin les coquil- 
les dont fourmillent ses textes (t. I, p. 268, etc.). » 

45. — Ibid., 1801, 15 septembre, p. 369-397; 15 avril, p. 624- 
652 ; 15 mai, p. 105-133. Le premier Jésuite confesseur de 
de Louis XIV, le P. Charles Paulin diaprés sa correspon- 
dance inédite, paru en volume, 1892, cf. n» 60. 

46. — Ibid., 30 septembre 1891, p. 620-22, sur Tamizey de 
Larroque, Billets Languedociens. Correspondants, de Pei- 

resc. François de Galaup Chaslcuil, — Livre de raison de la 
famille Dudrot de Capdebosc. — Un héros ignoré ; le soldat 
Lapierre d*Unet, du régiment de Champagne, 1627. 

(Cf. plus haut n"» 10, 24 et 32, et plus bas, n* 48). 

47. — Ibid., 15 novembre 1891, sur le t. II de la Bibliothèque 
de la Compagnie de Jésus, du P. Sommervogel. Cf. no«31, 
56 et 75. 

« L'article Bourdaloue, un des plus ciselés (1), contient deux 
colonnes serrées uniquement consacrées aux sources de bio- 
graphie et de critique littéraire, et ici encore l'information ne 
s'arrête qu'aux plus récents travaux, ceux de Mgr Hlanpignon 
par exemple ; elle va mî^me jusciu'à comprendre des ouvrages 
restés en portefeuille, tels aue la Correspondance de Bourdaloue 
préparée par le regrette P. Lauraset demeurée parmi ses papiers 
inéaits.^i la bibliographie proprement dite des Provinciales a 
disparu au tome I de l'article Annat, nous retrouvons ici à l'ar- 

(1) Cet article a tellement été fouillé à nouveau par le P. Chérot, que 
les addiUons et rectifications qui constellent son exemplaire de tra- 
vail, appellent une réédition posthume dont il aurait tout Thonneur. 



LE R. P. HENRI CHÉROT '447 

ticle Moïse du Bourç, de curieux renseignements sur les « Petites 
Lettres» extraits des Mélanges de Ant. de Lautenay (l'abbé 
Bertrand, sulpicien), Bordeaux, 1885. » 

48. — Ibid. 29 février 1892, p.bibl. 106-8, *s\iv Correspondance 
de Peiresc avec plusieurs missionnaires capucins^ Tamizey 
de Larroque, cf. no* 10, 29, 32, 49 et 52. 

Cf. sur le même, 31 mars 1892, p. bibl., p. 196, et 30 sept. 1892, 
p. bibl., p. 666, et sur une Notice complémentaire sur Galliot 
du Pré, ae M. Paul Delalain, « un de ces érudits qui ne savent 
s'arrêter à mi-chemin dans la poursuite d'une découverte. » 

Cf. Ibid., 31 octobre 1891, p. 687-0 : Élude sur le libraire pari- 
sien du XIIP au XV' siècle, et 25 déc, p. 828-829, Notice sur 
Galliot du Pré. 

49. — Ibid., p. bibl., 30 avril 1895, page 273-4 •sur : Une Fête 
Bordelaise en 1615, publiée par Tamizey de Larroque. 

On jf rencontre l'indication d'un travail resté inachevé du 
P. Cherot. « M. T. de Larroque en réimprime une (relation) qui 
a le mérite de la sobriété, mais qui lui fournit une occasion trop 
naturelle de prendre à partie le père Garasse, auteur de la 
Réception du Roy Très-Chrétien Lovgs XIII au collège de Bor- 
deaus, ce récit prolixe est d'une verve débordante. Est-ce un 
motif aussi légitime d'attribuer au fomeux jésuite VEpithalame 
Royal de Louis XIII ? 

M. T. de Larroque me provoque aimablement sur ce terrain 
et veut bien apprendre à ses lecteurs que je prépare la monogra- 
phie de Garasse. 11 porte même tant dinterêt à cette publication 
future qu'il ne me laissera bientôt plus rien à découvrir sur le 
régent de Balzac et l'ami du présidfent de Nesmond. C'estpeut- 
ctre le meilleur moyen dem'empêcher de me presser (p. 274). » 

50. — Ibid., p. 274-6 sur les * Lettres du cardinal Le Camus,,. ^ 
publiées par le P. Ingold. 

« Sainte-Beuve, le premier, révéla au public une partie de 
cette correspondance. Quatre-vingt-dix-sept originaux... lui 
avaient été prêtés par les jansénistes de Hollande. Il en tira la 
notice venimeuse oui figure en appendice du tome iv de Port- 
Royal (4« édition). Que sont devenus les autographes à lui confiés ? 
En vain le P. Ingold, persuadé de leur restitution, les a recher- 
chés dans leur ancien dépôt, le séminaire d'Âmersfoort. » Nom- 
breuses rectifications de détail, p. 276. 

51. — Ibid., p. 276-7* sur le R. P. Félix, du P. Jenner, S. J. 

« Bourdaloue n'a point de biographie. Le P. Félix en a-t-il 
une ? Je n'oserais pas l'affirmer, même après avoir lu, ce volume. 
Pour le Conférencier de Notre-Dame au xix* siècle, <Jbmme pour 
le prédicateur de Versailles au xvii* siècle, la vie se confond 
avec l'œuvre.» 

Cf. dans Précis historiques, 1*^ mai 1892, p. 235. un autre 
compte-rendu du même livre, signé H. C. 



448 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

52.— Ibid., 31 mai 1892, p. bibl., p. 326-328, surles Livres lilar- 
giques du diocèse de Langres, de Tabbé Marcel. 

L'article renferme une communication, description d'un livre 
d'Heures absent au catalogue ; on lit de plus cette note manus- 
crite : « Uu supplément a paru en 1899, où cet article est men- 
tionné. » 

53. — Ibid,, 31 mai 1892, p. bibl., p. 397-50 ; 'sur le t. III, des 
Lettres de Pereisc aux frères Dupais, de T. de Larroque, cf. 
plus haut, n« 10 et plus bas no62. 

54. — Ibid.y 15 juin 1892, p. 326-33. Mélange : Mazarin et Col- 
bert, d'après un ouvrage nouveau. (Mazarin et Colbert, par 
le comte de Cosnac). 

55. — Ibid., 15 juillet 1892, p. 507-14. Mélange : Condé pen- 
dant la deuxième Fronde^ d'après son nouvel historien, hW 
le duc dAumale. (Hist. des Pri^nccs de Condé, t. VI). Cf. le 
compte rendu du l. vu dans: Études, 25 déc. 1895, p. bibl., 
p. 909-911. 

56. — Ibid., 31 juillet 1892, p. bibl., p. 534-5, •sur le t. m de 
la Bibliothèque de la Compagnie de Jésus, du P. Sommer- 
vogel, cf., n«s 31 et 47. 

« Pour les manuscrits je pourrais indiquer à Tauteur quelques 
lettres inconnues du P. buncau, l'agent de Mazarin à Rome; du 
P. Diaccto, son généalogiste, et même, a-t-on écrit, son candidat 
à la place de confesseur du jeune roi Louis XIV, du P. François- 
Xavier de Fresneda, prédicateur de la cour de Madrid et corres- 
pondant du grand Condé. Je pourrais lui demander, par contre, 
si une lettre autographe du P. Garasse a vraiment été Jamais 
conservée à la bibliothèque de Vaugirard (p. 534). » 

57. — Dans : Le Monde, lundi 10 octobre 1892 : Un Prêtre à 
Paris sous la Terreur, le P. de Clorivicrc. 

Reproduit par les Précis historiques, 1" sept. 1893, p. 365-393. 

Cf. un compte-rendu de l'ouvrage du P. Jacques Terrien, Hist, 

du P. de Clorivicrc, dans Éludes, p. bibl. 31 août 1892, p. 599-600. 

Dans : Éludes, 15 oct. 1892, pp. 193-2:^, le Père du 



pagnie de Jésus. Paris, inipr , 

1892, in-8« de 43 p. [Journal de la Librairie, 3 déc. 1892, 
no 11816. B. N. Ln*" 41185.) 

De nombreuses additions manuscrites enrichissent les deux 
exemplaires annotés par l'auteur ; ainsi, à propos de Ménorvai 
cité, p. 39, no 2, on lit cette note datée : a II n est guère mieux 



LE R. p. HENRI CHÉROT 449 

informé dans son Bourdalaue ( Paris, Champion 1897), p. 165, 
note 1 , où il ne sait même pas si les originaux sont vraiment à 
Chantilly. Il est également inexact que tous les moulages en 
plâtre soient à St-Nicolas du Chardonnct. Je n'en ai vu que quel- 
ques-uns figurant une partie des bas-reliefs et aucune statue. 
(Voir Ch. V., (lundi 20 sept. 1897). » 

59. — Ibid. 31 oct. 1892, p. bibl., p. 770-2. •Sur De Litteris 
prouincialibus.,, a Wendrockio translatis, thèse latine de 
Albert Le Roy. 

Exécution cruelle de la latinée de cette thèse. Sur la thèse 
française du même Le Gallicanisme du XVIII' siècle, cf. le compte- 
rendu de Revue des Questions hist.^ 1" janv 1893, p. 381-303. 

60. — LA PREMIÈRE JEUNESSE DE LOUIS XIV (1649-1653), d*après 

LA CORRESPONDANCE INÉDITE DU P. CHARLES PAULIN, SON 

PRKMiER CONFESSEUR, par le P. H. Chcrot, de la Compagnie 
de Jésus, illustrée de nombreuses gravures, in-8", 194. 
Société de Saint-Augustin, Desclée, de Brouwer et Cie, 
p. portr. et pi. (1892). Cf. plus haut n» 45. 

Journal de la Librairie, 25 fév. 1893, no 1549. La préface 
est datée du 31 juillet 1892. (B. N. Lb" 5160.) . 

Des annotations surajoutées dans lexemplaire intei^olié de 
l'auteur, il y aurait à distraire mainte contribution intéressante 
qui constituerait une collaboration posthume du P. Chérot au 
Bulletin du Bihlioptxile. Ainsi, deux lettres du P. Paulin au P. 
Louis Gellot, des 9 et 25 sept. 1641, découvertes par le P. Chérot 
le 28 février 190.5 (n. a. lat. 13137-13138) écrites a l'occasion de 
l'afTaire du De Herarctxia du P. Cellot, révèlent a le caractère stu- 
dieux du P. Paulin, ennemi de tout ce qui pouvait troubler ses 
loisirs » (voir La première jeunesse, p. 32). 

Sa Soie sur le Catéchisme de Louis XIV appartient aussi aux 
additions manuscrites de son ouvrage. Le P. Chérot ne cessait 
de suivre et de compléter ses divers écrits ; c'est ainsi qu'il 
renvoie à la Revue des Facultés catholiques de lOuest (1905) pour 
la conférence de M. l'abbé Marchand ; Louis XIV fut-il un igno- 
rant, d'après l'Annuaire Bulletin de la Société de Vhistoire de 
France. 1905, 1" f. p. 62, n» 54, relevé par lui sous la rubrique : 
sources nouvelles. Cf. son Bulletin d'histoire des Études du 
5 nov. 1899, voir, plus bas, n*» 151. 

61. — UN APÔTRE DES HOMMKS DE LA GRAND*ROUTE. L*abbé 

Ilippolyle Clabaut, 1847-1893. Discours prononcé en Véglise 
Saint-Gcrmainy à Amiens, le dimanche 9 avril 1893, par le 
Porc Henri Chérot, S. J., Amiens, imp. Rousscau-Leroy 
(s. d.), in-16<>, 32 p. (B.N. Ln*^ 43066 ) 

Reproduit dans : La Lecture au foyer (4, place Vaudémont, 
Xiincy ), 17 déc. 1898, p. 112 et nos suivants. 

Ce fut pendant le carême prêché à St-Germain-d'Amiens que 
le P. Chérot prononça cette espèce d'oraison funèbre. A part 



450 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

quelques comptes rendus portant surtout sur des livres de piété, 
on trouve peu de choses publiées par lui durant cette année de 
retraite, sa 3* année de Probation, 

62. — Dans Études, 31 oct. 1893. p. bibl., p. 759-61. 'Lettres de 
Peiresc, t. IV, de Tamizey de Larroque. 

A relever cette note où le P. Chérot loue à son insu une de ses 
Qualités maîtresses: ** Ce qui contribue plus que tout le savoir 
du maître crudit à nous inspirer confiance en ses jugements, c*est 
que là où il sait, il est simple et modeste en ses affirmations; là 
où il ignore, il ne craint point d'avouer Tinsuffisance d'informa- 
tion ou le défaut de certitude. " Cf. plus haut n<» 10 et 53. 

63. — Ibid, 15 déc. 1893, p. 701-4. Mélange : Unévéqae sous le 
premier empire. Monseigneur de Miollis, à propos d'un 
ouvrage récent. (Mgr de Miollis, par Mgr Ricard). 

64. — Ibid. 1894, 15 janvier : p. 93-120, 15 février, p. 205-232, 
15 avril, p. 566-595 et 15 mai, p. 75-105. 

L'éducation du grand Condé diaprés des documents inédits, 

l'éducation du grand condé, d'après des documents inédits, 
par le P. Henri Chérot, de la Compagnie de Jésus, Paris, impri- 
merie de D. Dumoulin, 1894, quatre parties en 1 vol. in-8. 

I. Le Collège, Bourges (janvier 1630-octobre 1632). 

II. Le Collège, le lendemain du collège, Bourges (octobre 1632- 
octobre 1635). 

m. L'Entrée dans le monde, Bourges, Paris, Bourgogne (octo- 
bre 1635-octobre 1637). 

IV. Apprentissage du gouvernement et de la guerre. Parts» 
Dijon, Rocroy (janvier 1637-mai 1643). 

(Extrait des Etudes religieuses^ philosor)hiqueSf historiques et 
littéraires f 15 janvier, 15 avril et 15 mai 1894). 

Les 1*% 3« et 4' fascicules sont annoncés au Journal de la Librai- 
rie du 16 juin 1894. N' 5800 ; le 2« : 3 mars 1894, N» 1653. 

En tête du tome iv, se lit cette note manuscrite de l'auteur : 
«( Ce tiré contient 13 pages de texte de plus que l'article para 
dans les Études du 15 mai 1894, pp. 75-105. Il est beaucoup plus 
correct. » (B. N. Ln^? 42203). 

65. — LA LÉGENDE DE NOTRE DAME-DE-BOULOGNE (poème 

en vers); par le P. H. Chérot, S.-J. 2e édition revue, in-18, 
35 p. Lagny, imp. Colin. Paris, libr. Retaux et fils. 
Cf. no 14, (Journal de la libr. 17 fév. 1894, no 1383. B. N., 
8o Y, Pièce 3195). * 

66. — Dans : Études, 31 mars 1894, p. bibl. *Deux livres de 
raison de VAgenais, de T. de Larroque. Ci. no» 10, 24, 32, 
46, 48, 49, 52, 62 et 122, etc. 

Le P. Chérot y loue la consciencieuse Bibliographie des livres 
de raison qui termine Touvrage. Il y relève ce détail sur une des 
héroïnes dont il a écrit la vie. Cf. n* 84: «Nous v avons ren- 



LE R. P. HENRI CHÉROT 451 

contré un document fort intéressant sur une sainte et noble 
femme de la cour de Louis XIII, Anne de Caumont, comtesse de 
Saint-Paul. C'est la saisie de sa terre, opérée par défaut de paie- 
ment d'une misérable rente. Elle n'avait engagé sa fortune que 
pour céder aux exigences de son mari, a bault et puissant prince 
messire François d'Orléans-Lonffueville », avec qui elle est ici 
déclarée séparée de biens (p. Vil et p. 19). » 

67. — Ibid., 31 mai 1894, p. bibl. p. 370-3 :• Trc/zc publications 
récentes de M. Ph, Tamizey de Larroque, correspondant de 
de rinstitat. Cf. no 122. 

68. Un cantique. 

5 strophes de 4 vers, plus un refrain de 4 vers : Il faut des 
saints dans le siècle oh nous sommes :^ Ecole libre de Notre-Dame 
de Boulogne : Les enfants à leur mère, s. d. mais inséré dans 
les Mélanges du P. Chérot, en tête du tome III, portant au dos, 
1<^'' juin 1895. Pourtant la pièce qui suit immédiatement est le 
compte-rendu paru dans la Revue des questions hist. 1*' janvier 
1893, du livre de A. Le R. Roy, cité plus haut, n® 58. 

69. — Dans : Précis historiques. 1894, 1er août, pp. 353-367; 
1er sept. pp. 401-420; Le Fils du grand Condé, Henry-Jules 
de Bourbon, duc d'Enghien. Son éducation en France et en 
Belgique d'après des documents inédits ; l^c partie, 1650-1653. 
Tire à part à cent exemplaires : Le Fils, etc., par le 
P. Henri Chérot de la Compagnie de Jésus. I. Bruxelles, 
Alfred Vromant 1894, in-8, 40 p. 

69 bis. — Ibid 1894, 1er oct., p. 475-492 et 1er novembre, 
p. 497-517. Le fils du grand Condé, etc. Deuxième partie, 
1653-1056. Tiré à part à cent exemplaires, in-8. Ibid., 44 p. 

70. — Dons : Éludes, 30 novembre 1894, p. bibl., p. 824-826. 
Sur: *Jansénius, évêque d*Ypres, étude critique, par des 
membres du Séminaire d*hist. ecclés. de Louvain. 

CR. qui se rattache de près à l'ouvrage cité au n» 23. 

71. — Dans : Bulletin de la Société historique et archéologique 
de Langres, 1er décembre 1894, p. 49-54. Une Lettre auto- 
graphe du Père Pierre Lemoyne, retroumée au Musée de 
Chmiinont. Tirée à cent exemplaires : Une liettre, etc. 
piil)lice et annotée par H. Chérot, s. j. Membre correspon- 
dant (le la Société historique et archéologique de Langres. 
Langres, imprimerie et librairie Rallel-Bideaud, 1894, in-8, 
de 8 p. Absent de la Bibl. nat. Journal de la librairie, 
25 mai 1895, suppl. n^ 4894.) Cf. plus haut, no 38. 

72. — Dans : Précis historiques, 1895, janvier, p. 5-18; février 
p. 89-90 et mars 137-167. Le fils du grand Condé, etc. 



452 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

Cf. no 67. Troisième partie, 1656-1658. Tiré à part à cent 
exemplaires, in-8, 38 p. 

72bis. - Ibid., 1895 avril, pp. 153-167; et mai, p. 256-270. 
Quatrième partie, 1657-1659. Tiré à cent exemplaires 
in-8, 37 p. 

LE FILS DU GRAND CONDÉ, HENRY II DE BOURBON, DUC 
D'eNGHIEN, son ÉDUCATION EN FRANCE ET EN BELGIQUE 

d'après des DOCUMENTS INÉDITS, par le P. Henri Chérot. 
Bruxelles, A. Vromant, 1894-1895. Quatre parties en un vol. 
in-8. (Extrait des Précis historiques. Août 1894, l^rmai 1895). 
(B.N. Ln" 42835). 

73. — Dans : Semaine religieuse du diocèse de Tournai, 
samedi 2 mars 1895, p. 132 à 139 : Un curé de Saint-Jacaues 
de Tournai au xvie siècU\ Jossc CUchloue, d'après une thèse 
récente en Sorbonne, (Mercredi 13 février). 

Ce compte-rendu de la thèse et de la soutenance de M. l'abbé 
Clei'val, sujet de sa thèse, est traite avec d'autant plus de com- 
pétence par le P. Chérot que Jossc Clichtoue était le héros de sa 
thèse latme demeurée eu manuscrit. 

Cf. un autre compte-rendu du livre Études, 31 mars 1895, 
p. bibl., p. 199-201. 

74. — Dans : Revue des Questions historiques, 1er avril 1895, 
p. 533-44. La Société au commencement du XVb siècle^ 
d'après les homélies de Josse Clichtoue (H72-Î543J, 

75. — Dans : Études, 30 avril 1895, p. oibl. p. 290-2. *Sur le 
tome VI de la Bibliothèque de la Compagnie de Jésus, du 
P. Sommervogel, Cf. n» 31, 47 et 50, et puis bas 83. 

Cite parmi les pièces omises à Tarticle Paris, VAmurai joué 
en 1627, où Gondi eut un rôle, d'après la rarissime plaquette de 
Chantilly, « qui a échappé à Chantelauze lui-même » (p. 292). 

76. - Ibid., 15 mai 1895, p. 30-48; 15 juin 1895, p. 314-329, 
15 juillet 1895, p. 464-493. Le petit fils du grand Condé, Louis 
de Bourbon: son éducation au Collège de Louis-le-Grand, 
1676-1684, a après les documents originaux. Cf. plus bas, 
n*> 82. Trois éducations princier es. 

11, — Dans : Revue, des Questions historiques, 1er juillet 18îfô, 
p. 302-3 * sur Étude historique et littéraire : David Riuault 
de Fleur ance et les autres précepteurs de Louis XIII, de 
l*abbé A F Anis 
Cf. Études, 31 juillet 1895, p. bibl., p. 518. 

On y trouve cette réflexion suggestive, à propos de TAcadémie 
fondée par Rivault, vers 1612 : a L'institution de cette Académie 
royale du Louvre a fourni à M. Tabbé Anis des pages aussi neu- 



LE H. P. HENHI CHÉROT 453 

ves quMntéressantes. C'est même le meilleur chapitre de sa 
monographie et il semble au'il y ait là le germe d un ouvrage 
phis vaste entrevu par l'éruait écrivain, d'uue histoire des Aca- 
démies avant Conrart et Richelieu (p. 521).» 

78. — I. Dans : Études^ 15 octobre 1895, p. 177-204. La con- 
version d* Auguste ThierrUj à propos du centenaire de sa 
naissance, 15 novembre 1895, p. 429-458. Augustin Thierry 
IL Ses critiques : Léon Aubineau et F abbé Gorini; ses correc- 
tions. A propos du centenaire (suite et fin), 14 décembre 1895. 
Mélange: La conversion d* Augustin Thierry et la presse. 
Lettre de S, m. le cardinal Perraud, Témoignages de famille, 
p. 623-647. Tiré à part : la conversion d'augustin 

A PROPOS DU CENTENAIRE DE SA NAISSANCE CÉLÉBRÉ 

LE 10 NOVEMBRE 1895 (10 MAI 1795-10 MAI 1895), par le 
P. H. Chérot, de la Compagnie de Jésus. Extrait des Etudes, 
15 octobre et 15 novemore 1895, augmenté de pièces jus- 
tificatives et précédé d'une lettre de Mgr Perraud, evê- 
que d'Autun, membre de l'Académie française. Paris, 
Victor Retaux, libraire-éditeur, 1895, in-8, 77 pages. {Journal 
de la Librairie, 14 déc. 1895, n^ 11835 : B. N. Ln^^ 43671.) 

79. — Ibid. 1896, 14 mars : *Clovis diaprés son nouvel histo- 
rien. (Godefroid Kurlh), p. 353-379 ; 15 avril : Clovis et 
sainte Clotilde, p. 019-49 ; 13 mai. Le baptême de Clovis et 
les évêques de Gaule, p. 62-95. 

Cf. Études 1895 et 30 mai 1896, p. bibl., p. 357-9, et 31 octo- 
bre 1896, p. Bibl. p. 751-4; 20 nov. 1899, p. 570. 

80. — Ibid. 31 juillet 1896, p. bibl. 523-530, sur sept opuscules 
de T. de Larroque. Cf. no67. 

81. — Ibid. y 14 août 1896. A Domremy. Lettres d'un pèlerin, 
daté du 21 juillet 1896, p. 675-91. Cf. Etudes, 5 juin 1897, 
p. 704-5 sur le livre de Tabbé Mourot. Cf. no 92, 94 et 99. 

82. — TROIS ÉDUCATIONS PUIXCIÈRES AU XVIF SIÈCLE. LE 
GRAND CONDÉ, SON FILS, LE DUC D'ENGHIEN ; SON PETIT- FILS LE 
DUC DE BOURBON, 1630-1684, d'après LES DOCUMENTS ORIGI- 
NAUX, par le P. Henri Chérot, S. J. Lille, Desclée, de Brouwer 
et Cie, 1896, gr. in-8 303 p., port, et fig. (Journal de la lib., 
13 juin 1896, no 5179; B. N. : Lm^ 2371). 

Parmi les nombreuses additions et corrections que Tauteur a 
inscrites dans son exemplaire, une des plus curieuses est la mo- 
dification de la légende au-dessous du portrait de la page 118. 
Au lieu de Henri- Jules de Bourbon, duc d'Enghien, etc., il faut 
lire : Henri II de Bourbon, père du grand Condé. Une note 
additionnelle porte : «Voir sur cette méprise, causée par la légende 
erronée gravée sur la planche conservée à la Chalcographie du 
Louvre, Tai-ticle d'André Girodie. intitulé « Une supercherie 



454 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

iconographique, Baldus substitué à Bourdaloue, dans la Revue 
Bourdaloue du !•' septembre 1904, p. 681, n® 2. ». Corrigeant 
magistralement Terreur, le P. Chérot a inséré dans le volume, 
en face du portrait faussement attribué, un excellent exemplaire 
de la gravure de N. de Larmessin (1662) Henry Jules de Bourbon, 
duc d'£nghien, etc. 

La préface est du 25 août 1895,Cf. dans Études^dO mai 1896,p.bibl., 
p. 360-1, un compte-rendu de Tabbé A. Boue et dans la Revue 
Bleue, 4* série, t. IV, p. 301, un article de Ch. Gidel sur ce livre. 

83. —Dans Études, 31 août 1896, p. 548 sur le t. VII, de la Biblio- 
thèqae de la Compagnie de Jésus, du P. Sommervogel. Cf. n®» 
31, 47, 56 et 75, et plus bas no 109. 

84. — Ibid., 15 septembre 1896, p. 53-75 ; 15 octobre, p. 200-23; 
14 novembre, p. 399-427; lo décembre, p. 619-50 : Une 
Grande Chrétienne au XVh siècle, Anne de Canmont, 
comtesse de Saint -Paul, duchesse de Fronsac, 1574-1642. 
«Tiré à cent exemplaires et non mis dans le commerce (1).» 
Une Grande GhrétieiNNe, etc. 1574-1626. fondatrice 

DES FILLES DE SAINT-THOMAS DE PARIS (1629). Extrait dcS 

Éludes, augmenté de pièces justificatives. Paris, imprimerie 
de D. Dumoulin et O*^, 1896. (Le nom d'auteur a été omis 
sur la couverture), in-8o de 159 p. (Journal de la Lib'.^ 
fév. 1897, no 994 : B.N. Ln" 44562). Cf. no 66. 

85. — Dans : Semaine religieuse de Versailles, dimanche, 
1er novembre 1896, p. 219-20. Le P, Henri Demante, de la 
Compagnie de Jésus, mort à Versailles, le 20 octobre 1896^ 
signe G. D. 

86. — Dans Almanach Catholique de France pour Vannée 1897, 
18o année (B.N. Lc^^ 45) (sans pagination) Lille et Paris, 
in-4o, 1897. Un Bouffon à la Cour de Louis XIV, Roquelaure, 
signé H. Chérot, s. j. 

87. — Dans l'Année des Poètes, 1897, huitième volume. Mor- 
ceaux choisis réunis par Charles Fuster (B.N. Ye 2682) 
(Cf. plus haut, no 16, et plus bas, no 125). Le bâton fleuri 
de Saint- Joseph, Légende de Noël. 11 sir. de 4 vers, p. 2^-5. 

88. — Dans : Études, 20 janvier 1897, p. 258-72. Le général 
Trochu d'après ses Mémoires reproduit dans Figures de 
Soldats, p. 237-55. Voir no 178. 

89. - Ibid., 5 février 4897, p. 394-464 ; Questions d'histoire. 

(1) Cette note manuscrite de Tauteur ne concorde pas avec les faits, 
rouvrage étant annoncé au revers du S. Pierre Fourrier. N* 94. 



LE R. P. HENRI CHÉROT 455 

Bulletin sur « Toriginalité » des exercices spirituels de S. Ignace, 
les études de M. Victor Pierre sur la Terreur (cf. Études, 30 juin 
18%, p. bibl. p. 442-6J, Tarmée de Condé pendant la Révolution, 
la polémique de l'abbe Dedouvres avec M. Fagniez sur le P. Joseph 
polémiste (Cf. Etudes, 30 avril 18%, p. bibl. 282-85), etc. 

90. — Ibid., 5 mars 4897. Les Lamoignon, p. 660-72. 

Mélange sur le livre de Louis Vian. Cf. 31 août 18%, p. bibl., 
p. 600. 

91. — Dans: Revue des Questions historiques, 1er avril 1897, 
p. 530-5. Le B, Pierre Canisius (Taprès sa correspondance. 

Mélange sur Tédition de ses lettres par le P. Otto Braunsberger* 
Cf. sur le t. III. Ibid.y 1" juillet 1%1, p. 320. 

92. — Dans : Études, 1897, 5 avril, p. 5-33 20 avril, p. 166 ; 
20 mai, p. 462-90. Une prochaine canonisation. Le Bienheu- 
reux Pierre Fourrier de Mattaincourt (Taprès sa correspon- 
dance. Cf. nos 81, 94, 99 et 115. 

93. — Ibid., 5 mai 1897, p. 384-99. Questions d'histoire, sur 
T. de Larroque, R. des Quest, hist. 1 avril 1897, le B. Pierre 
Fourrier. [Rev. du clergé français, 15 av. L'article de M. Ré- 
belliau. R. de Paris, 1er déc. 1896. Anne de Gonzague, etc. 

94. — SAINT PIERRE FOURRIER DE MATTAINCOURT ([1565-1640), 

d'après sa correspondancepar le P. Henri Chérot, de la 
Compagnie de Jésus, illustré de 8 gravuress Société de 
Saint-August. Desclée, de Brouwer et Oe. Lille, s. d. (1897) 
in-8o de 126 p. {Journal de la lib. 28 août 1897, suppl. no 9219. 
— B. N. Ln2' 44920). 

2e édition revue et augmentée, petit in-8o 125 p. l'appen- 
dice y est daté du 19 mars 1899. 

3e édition, 1901. Ibid,, in-8, 127p. port, et pl.(B.N.Ln" 44920 

A.) La préface est datée du 29 mai 1897. 

95. — Dans : Études, 1897, 5 juin, p. 670-87; 20 juin, p. 756-79. 
Le duc d'Aumale. 

Reproduit dans Figures de Soldats, p. 71-119. V. plus bas, 

no 178. 

96. — Ibid. 20 juin 1897, p. 843-5. •Sur Onze publications ré- 
centes de Ph, Tamizeg de Larroque. (Cf. n® 1222.) 

97. — Ibid., 20 juillet Les Libertins en France aa XVII^ siècle , 
p. 253-62. 

Mélange sur le livre de Perrens. 



456 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

98. — LES QUATORZE STATIONS DU CHEMIN DE CROIX. Alloca- 
tions prononcées par le P, Henri Chéroty de la Compagnie de 
Jésus, à Férection du chemin de croix, au Carmel de 
Saint-Germain-en-Laye, le vendredi 8 août 1897. Paris, 
J. Mersch, imprimeur, 1897, in-16, p. 61. (Journal de lalibr. 

9 oct. 4897, no 10800, déposé le 28 sept.; B. N. D. 84410.) 

99. —Dans : Études, 1897, 5 août ; p. 433-52: 20 août, p. 646-63. 
De Pont-à'Moasson à Grag par Mattaincourt, Lettres d'un 
pèlerin. Cf. plus liaut, n«s 81 et 92. 

100. — Dans : Études, 20 août. Questions d*histoire, sur le duc 
d'Aumale (cf. plus haut, no 95). Th. Froment, Correspon- 

' dant, 25 mai ; G. Syveton, Quinzaine, l©»* juin ; sur Victor 
Pierre, La Consultation royale. Correspondant, 25 mai ; sur 
T. de Larroque, dans Annales du Midi. 

101. — Dans : Études, 20 sept. 1897, p. 826-8, •sur Tarticle de 
l'abbé Léonce Coulure : A propos des épreuves typographi- 
ques des ** Dominicales " de Bourdaloue. [Bulletin de C Institut 
catholique de Toulouse) et le Bourdaloue de E. de Menorval. 

C'est la première contribution publique du P. Chérot à la 
question Bourdaloue. 

102. — Dans ; Y Écho de V Yonne, dimanche 31 octobre 1897. 

Lettre de Paris 23 oct. 1897, sous le titre Nos compatriotes^ 
rectification sur la parenté du baron Fourier avec S. Pierre 
Fourier de Mattaincourt. 

103. — \^^ novembre 1897. Sermon de la Toussaint, prêché à 
la cathédrale d'Amiens. 

Analyse et résume dans Le Dimanche, Semaine religieuse 
du Diocèse d'Amiens, 7 nov. 1897, p. 375-80 (signé H. V.). 
Cf. Chronique Picarde, vendredi 4 nov. 1897. 

104. — Dans : Etudes, 5 nov. 1897. Questions d'Histoire, duc 
dAumale, Ernest Daudet, Correspondant, 10, 25 sept., 

10 oct. Revue de Paris, Auguste Laugel, 1er oct. 

105. — Dans : Revue de Gascogne, Bulletin mensuel de la Société 
historique de Gascogne, t. 38, (B. N. Le''* 2 (ter), 12^ livr. Dé- 
cembre 1897, p. 541-547. Le Béarnais, projesseur de seconde 
de Molière, (Le P. Pierre Salleneuve). 

Cf., t. X du Molière de la Collection des Grands écrivains. 

Article provoqué par Questions et réponses, ibid. 1" janvier 
1897, T. de L[arroque], p. 43 et Nov. 1897, signé L. C. (Léonce 
Couture). 

106. - Dans .Études, 1898, 20 janvier, p. 1G7-194 ; 5 février, 



LE R. P. HENRI CHÉROT 457 

p. 363-84 ; 20 mars, p. 749-76, et 5 avril, p. 88-117. Bourda- 
loiie inconnu. 
Tiré à part à cent cinquante exemplaires, bourdaloue 

INCONNU. PRÉDICATION. CORRESPONDANCE. LETTRE INÉDITE 
AU GRAND CONDÉ. ELOGE FUNÈBRE DE HENRI II DE BOUR- 
BON coNDÉ, par le P. Henri Chérot, de la Compagnie de 
Jésus. Extrait des Etudes, revu et augmenté de pièces 
justificatives, orné d'une héliogravure. Paris. Imprimerie 
de D. Dumoulin et Cie, 1898, in-8o de 164 p. (Journal de la 
Librairie, 7 mai 1898, no5864(dép. le 16 avril), B. N. Ln" 
45577). 

Ce travail, épuisé, un des premiers qui aient ramené sur 
Bourdaloue Tattention assoupie, a été un des plus chers à l'au- 
teur. L'exemplaire iuterfolié. constellé de notes, retouches et 
additions pour une seconde édition est un des plus riches en 
remaniements de ce genre. 

107. — Dans : Almanach catholique, Lille, Desclée, 1898, p.92- 
99. Un cadet de Gascogne à la cour de Louis XIV (Lauzun). 

Reproduit dans Revue de lAgenais, 25' année, janvier-février 
1898, p. 75-85. Cf. n" 86. 

108. — Dans : Études, 19 février 1898. p. 547-562 ? 
Questions d'Histoire sur Victor-Pierre : Le Clergé en Aile- 

magne pendant la Révolution (Rev, des Quest. /i/s/., janv. 1898. 
Le duc dAumale, E. Daudet. Correspondant, 25 oct.-lO dé- 
cembre 1897. 

109. — Ibid, p. 572,* sur Bibliothèque de la Compagnie de 
Jésus, du P. Sommervogel, t. VIII. 

et., nos 31, 47,56, 75 et 83. 

110. — Ibid. 5 avril 1898, p. 821-832. La Réception du comte de 
Mun à r Académie française. 

Traduit dans : Archiva catolico de Barcelone, t. III, p. 146-53; 
178-81. 

111. — Dans : Bulletin de la Société générale d'éducation et 
d^ enseignement, 15 avril 1898. Un réformateur par Vensei^ 
gnemenl au X Vlb siècle, Saint-Pierre Fourier, p. 248-54. 

Mélange sur le livre de Léonce Pingaud, collection Lecoffre 
" Les samts ". 

112. — Dans : Études, 20 avril 1898, p. 230-43. 

La Réception de M. Gabriel Hanotaux à V Académie fran- 
çaise, 

113. — 4 mai 1898. Pour le vingt-cinquième anniversaire du 
Collège Saint-Joseph de Lille, Les survivants de 1880, ou à 
quelque chose malheur est bon (Poésie, 76 vers), 

31 



458 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

114. — Ibid, 5 mai 1898. Questions dliistoire. 

Sur Chantilly (dans Revue de lart ancien et moderne, 10 avril, 
Gustave Maçon. P. de Ségur : La dernière des Condé (/?. des Deux- 
Mondes, 1" et 15 fév. 1898. On y lit cette note : paru en volume 
1900, avec de regrettables additions ; voir mon compte rendu: 
Études 5 mai 1900, p. 401. Cf. plus bas n» 1G4. 

il5. — Ibid. 5 juin. Anniversaire d'une canonisation. Saint- 
Pierre Fourier, p. 666-77. 

Ce sont les comptes-rendus de divers ouvrages ; cf. n* 94. Cf. 
Études, 20 cet. 1897, p. 280-3. 

116. — Dans : Bulletin de la Société générale d'éducation, 
15 août 1898, p. 487-94. 

Mélange sur" V Éducation des Princes dans les maisons de 
Bourbon et d Orléans depuis trois siècles*' de H. Druon. 

Cf. sur le même sujet, avec des critiques plus positives et 
des rectifications intéressantes, à propos du Catéchisme royal, 
l'article bibliographique des Études^ 5 septembre 1898. 

117. — Dans Études, 5 oct. 1898, p. 106-113. François Ar et 
Henri VIII à Boulogne-sur-Mer, d'après un ouvrage récent. 

Mélange sur : Entrevue de François /•"", etc., du P. A. Ilamy, S. J. 
Cf. Revue des Q. hist. 1" janvier 1899, p. 334-5 un autre compte- 
rendu. 

118. - Ibid. 20 oct. 1898, p. 241-44. Le Jubilé de la Fête des 
Morts à Cluny ? 

Mélange sur deux instructions pastorales du card. Perraud. 

119. — BOURDALOUE. SA CORRESPONDANCE ET SES CORRES- 
PONDANTS, par le P. Henri Chérot, de la Compagnie de 
Jésus. Paris, Victor Retaux, lib., 1899, in-8ode251 p. (Jour- 
nal de la Librairie, 12 oct. 1898, no 12201, B. N. Ln'^^ 46077). 

Les compléments, additions et surcharges qui enrichissent ce 
volume, accompagné, outre la photogravure annexée à tous les 
exemplaires, des photographies de chacune des lettres publiées, 
en rendraient une réédition des plus aisées. Elle était, à la lettre, 
préparée au jour le jour par l'auteur. 

120. — Dans : Bulletin de la Société générale d'éducation, 
15 nov. 1898, p. 682-90. Une nouvelle histoire de la liberté 
d'enseignement. 

Mélange sur l'ouvrage de Louis Grimaud. Cf. un compte rendu 
dans R. des quest. hist. l«r oct. 1897, p. 644-6. 

121. — Dans ^Vue/es, 5 novembre 1898, p. 392-405. Questions 
d'histoire , 

Sur: le centenaire de M iche le t{Monod, Revue historique, sept.- 



'"'^^'^^mmmmmmmmÊm 



LE H. P. HENRI CHEROT 459 

oct. 1898', id. /?. des Deux-Mondes, 1894; Meunier, Revue bleue, 
18 juin 1898: Dreyfus, li. politique et parlementaire ; sur \c \Va~ 
terloo de H. Houssaye. 

122. - Dans : Études, 1898, 5 déc, p. 680-93, et 20 déc. 769- 
82. Un Maître de Vénidition française. Philippe Tainizey de 

Lar roque. 

Tiré à part : Un Maître de rérudition, etc.. de Lar- 
roque (1828-1898). L'Homme. L'Érudit, par Henri Ché- 
rot, S. J., Paris, imprimerie de D. Dumoulin et Cie, 1898, 
in-8o de 32 pages. {Journal de la Librairie^ 28 janvier 1899, 
no 877, B. N. Ln^s 46516.) Cf. nos lo, 24, 32, 46, 48, 49, 52, 62, 
66, 67, 96, 100 et 104. 

Ce qui serait plus intéressant encore que les corrections de 
détail apportées par l'auteur à sou œuvre, ce serait la publication 
entière des nombreuses lettres reçues par lui du charmant et 
spirituel érudit que fut T. de Larroque. Il y a là un régal littéraire 
que nous ne désespérons pas de faire partager aux lecteurs du 
Bulletin. 

123. — Dans : le père François comtet (par le P. Camille 
Bernard, S. J.), Dole, 1898, in-8o, 14 p., une longue lettre 
n. s., de la p. 7 à la p. 10. (Souvenirs personnels de l'an- 
cien élève). 

Cf., plus bas, no 172. 

124. — DEUX NOUVELLES LETTRES DE liOURDALOUE, publiées 

et anotées par le P. Henri Chcrot, de la Compagnie de 
Jésus P., Paris, Victor Retaux, 1898, in-8o, 31 p. Journal de 
la Librairie, 14 janv. 1899, no 320, B. N. (au mot Bourdaloue, 
Ln^7 46498). 

L'avertissement est daté du 3 décembre 1898. 

125. — Dans : Année poétique, pour 1899, par Charles Fuster. 
La couche funèbre du moine, p. 310, 2 novembre, 5 strophes 
de 4 vers, signé : H. Rochet. (Cf. no 87). 

126. — Dans : Almanach catholique (Lille, Desclée, 1899), p. 92- 
107. L'Exposition universelle de 1900. (Cf. no» 86 et 107. 

127. — Dans : Le Clergé français, Annuaire, 1899, p. 640-42. 
L'article : Compagnie de Jésus (non signé). 

128. — Dans : Études, 1899, 20 janvier, p. 235-49. Figures de 
soldats. I Un connétable de France au A/Ve siècle, Olivier de 
Clisson (1336-1 W7). 

Reproduit par la Lecture au foyer du 18 février 1899 et suivants 
et p. 9-28 de Figures de soldats, voir plus loin, n° 178. 
Cf. aussi, Études, u^* 133, 136, 143, 146 et 148. 



458 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

114. — Ibid. 5 mai 1898. Questions d'histoire. 

Sur Chantilly (dans Revue de Y art ancien et moderne, 10 avril, 
Gustave Maçon. P. de Scf^ir : La dernière des Condé (R. des Deux- 
Mondes, 1" et 15 fév. 1898. On y lit cette note : paru en volume 
1900, avec de regrettables additions ; voir mon compte rendu: 
Études 5 mai 1900, p. 401. Cf. plus bas n» 164. 

\\b. — Ibid, 5 juin. Anniversaire d*une canonisation. Saint- 
Pierre Fourier, p. 666-77. 

Ce sont les comptes-rendus de divers ouvrages ; cf. n* 94. Cf. 
Études, 20 oct. 1897, p. 280-3. 

116. — Dans : Bulletin de la Société générale d'éducation^ 
15 août 1898, p. 487-94. 

Mélange sur'* VÉducation des Princes dans les maisons de 
Bourbon et d Orléans depuis trois siècles" de H. Druon. 

Cf. sur le même sujet, avec des critiques plus positives et 
des rectifications intéressantes, à propos du Catéchisme royal, 
l'article bibliographique des Études, 5 septembre 1898. 

117. — Dans Études, 5 oct. 1898, p. 106-113. François /er et 
Henri VIII à Boulogne-sur -Mer, d'après un ouvrage récent. 

Mélange sur : Entrevue de François I", etc., du P. A. Hamy, S. J. 
Cf. Revue des Q. hist. 1*' janvier 1899, p. 334-5 un autre compte- 
rendu. 

118. - Ibid. 20 oct. 1898, p. 241-44. Le Jubilé de la Fête des 
Morts à Cluny ? 

Mélange sur deux instructions pastorales du card. Perraud. 

119. — BOURDALOUE. SA CORRESPONDANCE ET SES CORRES- 
PONDANTS, par le P. Henri Chérot, de la Compagnie de 
Jésus. Paris, Victor Retaux, lib., 1899, in-8ode25l p. (Jour- 
nal de la Librairie, 12 oct. 1898, no 12204, B. N. Ln«', 46077). 

Les compléments, additions et surcharges qui enrichissent ce 
volume, accompagné, outre la photogravure annexée à tous les 
exemplaires, des photographies de chacune des lettres publiées» 
en rendraient une réédition des plus aisées. Elle était, à la lettre, 
préparée au jour le jour par Fauteur. 

120. — Dans : Bulletin de la Société générale d*édacation^ 
15 nov. 1898, p. 682-90. Une nouvelle histoire de la liberté 
Renseignement. 

Mélange sur l'ouvrage de Louis Grimaud. Cf. un compte rendu 
dans R. des quest. hist. !•" oct. 1897, p. 644-6. 

121. — Dans Études, 5 novembre 1898, p. 392-405. Questions 
dliistoire . 

Sur : le centenaire de Michelet (Monod, Revue historique, sept.- 



Le h. p. henhi CHÉRot 4S9 

oct. 1898* id. R. des Deux-Mondes, 1894 ; Meunier, Revue bleue, 
18 juin 1898: Dreyfus, R. politique et parlementaire ; sur le Wa- 
terloo de H. Houssaye. 

122. — Dans : Études, 1898, 5 déc, p. 680-93, et 20 déc. 769- 
82. Un Maître de Véradition française, Philippe Tainizey de 

Lar roque. 

Tire à part : Un Maître de rérudition, etc.. de Lar- 
roque (1828-1898). L'Homme. L'Érudit, par Henri Ché- 
rot, S. J., Paris, iniprimerie de D. Dumoulin et Cie, 1898, 
in-8o de 32 pages. (Journal de la Librairie^ 28 janvier 1899, 
no 877, B. N; Ln^^ 46516.) Cf. nos lo, 24, 32, 46, 48, 49, 52, 62, 
66, 67, 96, 100 et 104. 

Ce qui serait plus intéressant encore que les corrections de 
détail apportées par l'auteur à son œuvre, ce serait la publication 
entière acs nomoreuses lettres reçues par lui du charmant et 
spirituel érudit que fut T. de Larroque. II y alàun régal littéraire 
que nous ne désespérons pas de faire partager aux lecteurs du 
Bulletin. 

123. — Dans : le père François comtet (par le P. Camille 
Bernard, S. J.), Dole, 1898, in-8o, 14 p., une longue lettre 
n. s., de la p. 7 à la p. 10. (Souvenirs personnels de Tan- 
cien élève). 

Cf., plus bas, no 172. 

124. — DEUX nouvelles lettres de bourdaloue, publiées 
et anotécs par le P. Henri Chérot, de la Compagnie de 
Jésus P., Paris, Victor Retaux, 1898, in-8o, 31 p. Journal de 
la Librairie, 14 janv. 1899, n» 320, B. N. (au mot Bourdaloue, 
Ln27 46498). 

L'avertissement est daté du 3 décembre 1898. 

125. — Dans : Année poétique, pour 1899, par Charles Fuster. 
La couche funèbre du moine, p. 316, 2 novembre, 5 strophes 
de 4 vers, signé : H. Hochet. (Cf. n» 87). 

126. — Dans : Almanach catholique (Lille, Désolée, 1899), p. 92- 
107. U Exposition universelle de 1900. (Cf. nos 86 et 107. 

127. — Dans : Le Clergé français. Annuaire, 1899, p. 640-42. 
L'article : Compagnie de Jésus (non signé). 

128. — Dans : Études, 1899, 20 janvier, p. 235-49. Figures de 
soldats, l Un connétable de France au XIV^ siècle, Olivier de 
Clisson (1336-1407). 

Reproduit par la Lecture au foyer du 18 février 1899 et suivants 
et p. 9-28 de Figures de soldatSy voir plus loin, n* 178. 
Cf. aussi, Études, n<*> 133, 136, 143, 146 et 148. 



460 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

129. — Ibid. 6 février 1897, Bulletin d'histoire, p. 390-403. 

Sur Empoisonnements sous Louis XIV de Lucien Nass, exécuté 
aussi clans R. des Q. hist. 1^^ janvier 1899, p. 336-7, sur le Gui 
Patin de M. L. Vuilhorgne, le T. 111 du Philippe V du P. Bau- 
driilard, etc. ; sur les Mémoires de Vabbé Baston, dans lesauels 
il signale de *' très fines satires des prédicateurs et des prédica- 
tions, la grande curiosité ecclésiastique de Rouen " ; sur Victor 
Pierre, etc. 

130. — A PROPOS DE LA DISGRACE DU CARDLNAL DE BOUILLON. 
LETTRE INÉDITE DE BOURDALOUE AU CARDINAL, SUlvie dC 

quatrcs lettres extraites des Pensées^ avec un fac-similé 
d'autographe, par le P. Henri Cliérot, de la Compagnie de 
Jésus. Paris, Victor Retaux, 1899, in-8« de 109 p. (Journal 
de la Librairie, 27 mai 1899, n» 5348. B. N. au mot Bourda- 
loue, Ln27, 46559). 

131. — Dans : Bulletin du Bibliophile, 1899, 15 février, p. 49- 
64; 15 mars, p. 119-133. Les Filles de Louis XV à Fonte- 
vrault, lettres inédites du roi et de Mesdames de France. 

Tiré à 75 exemplaires : les filles de louis xv, etc., par 
H. Chérot, S. J. Paris, libr. Técliener, 1899, in-8o de 35 p. 
{Journal de la Librairie, 27 mai 1899, no 5367. B. N.Lb^*, 1795.) 

C'est la première contribution du P. Chérot au Bulletin, 

132. — Dans : Bulletin de la Société générale d'éducation, 
15 mars 1899, p. 187-94. Une création nécessaire. La pre- 
mière École catholique dArts-et-Métiers en France, 

133. — Dans Études, 20 mars 1898, Figures de soldats II, p. 801- 
14. Au service de l'Indépendance et de la Révolution, La 
Fayette. 

Reproduit dans Figures de soldats, p. 31-47. Cf. n» 178. 

134. - Dans : Études, 5 mai 1899, p. 388-98. Bulletin d'Histoire. 
Bossuet a-t-il été Janséniste ? (Cf. n» 151). 

135. — Dans : Bulletin de la Société générale d'éducation, 
15 mai 1899, p. 317-9. 

Comptes rendus sommaires des S. Basile, S. Ambroise, S. Louis, 
Ste Mathilde de la collection Lccolîre ** Les Saints". CL- ibid. ^ 
15 fév. 1900, p. 135 et 15 mars, p. 1U4 sur Sainte Gertrude et Saint 
Antoine de Padoue. 

136. — Dans : Études, 5 juin 1899, p. 601-13. Fiaures de sol- 
dats, III. Un capitaine de grenadiers au XVlIF siècle. La 
Tour d'Auvergne (1743-1800). Cf., no 133. 

Reproduit dans : Le Foyer chrétien (Nancy) 30 septembre 1899, 
p. 608. Dans Figures de soldats (n» 178), p. 50-67. 



LE R. P. HENRI CHÉROT 461 

137. ~ Dans : V Intermédiaire des Chercheurs, 15 juin 1599, 
col. 905. *Senonais et Joviniens (signé : H. Hochet) (1). 

138. — Dans : V Univers du lundi 19 juin 4899. Un nouveau 
critique de saint François de Sales, M. Fortunat Strowski* 
Cf., no 35. 

139. — . Dans : Études, 5 juillet 1899, p. 81-94. saint François 
de Sales et la prédication au XVIh siècle à propos d^un ou- 
vrage récent, (Saint François de Sales, par F. Strowski). 

140.— Intermédiaire, 7 juillet 1899, col. 3. *Qaestionsur le Cata- 
logue de la vente des autographes de Reichel (signé Rochet). 

141. — Dans : Catalogues périodiques (Société belge de librairie), 
Oscar Schepens et Gie, Bruxelles, 15 juillet. 

Le compte rendu général des huit premiers volumes de la 
Bibliothèque de la Compagnie de Jésus, du P. Sommervogel sous 
la signature : les éditeurs. 

142. — Dans : Intermédiaire, du 22 juillet 1899, no 848, col. 120. 
*Mathieu de Morgues, 

143. — Dans : Etudes, 5 août 1899. Figures de soldats, IV. Un 
volontaire algérien, le général Fleuru (18i5'î88^), p. 362-77. 
Cf. no 133. 

Reproduit dans Figures de soldats (n» 178), p. 123-42. 

144. — LETTRE INÉDITE DE BOURDALOUE A FRANÇOIS BOCHART 

DE SARON, évêque de Clermont, 5 sept. 1901, publiée et 
annotée par le P. Henri Chérot, de la Compagnie de Jésus. 
Paris, Victor Retaux, 1899, in-8o de 75 p. (Journal de la 
Librairie, 4 nov. 1899, n» 10991. B. N. au mot Bourdaloue- 
Ln^7 47088). 

L'avertissement est daté du 15 août 1899. 

145. — Dans : Intermédiaire, 30 août 1899, col. 366. *Fran' 
çoise de Cézelli (H. Rochet). 

140. — Dans Études, 5 sept. 1899, p. 606-19 ; 20 sept., p. 748, 
701. Fiqures de soldats, V. Le dernier maréchal de France, 
Canrobert (1809-1895), (Cf. No 133 et 178). 

Reproduit dans Figures de soldats, p. 145-83. 

147. — Dans : Bulletin de la Société générale d*éducation, 
15 sept. 1899, p. 552-556. Initiative et discipline à propos 
d'une publication récente. 

L'initiative au collège, par le P. Emmanuel Barbier. 

(1) Voir la notice consacrée au P. Chérot dans Y Intermédiaire de 

sept. 1906. 



462 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

148. — Dans : Études, 1899, 5 et 20 oct., 39-56 et 213-33. Figa- 
res de soldats VI. Le commandant de la garde . Bourlmki 
(1816-1897). Cf. no 433. 

Reproduit dans Figures de soldatSy p. 187-233. (Cf. n^ 178). 

149. — Dans : Bulletin de la Société générale d'éducation 
15 oct. 1899, p. 619-23. Les Moines bénédictins d'après un 
ouvrage récent (Le Moine bénédictin, par Dom Besse). 

Cf. Études, 6 fcv. 1899, p. 414-5. 

150. — Dans Intermédiaire, 22 oct. 1899, col. 708, no 855. *De 
Caze. Cf. 10 oct. 1901, col. 520. 

151.— Dans: JÉ/urfes, 5 nov. 1899, p. 380-97. Bulletin d'Histoire. 

LouisXIV a-t-il été mal élevé? (Cf. plus haut, n® 60). — L'affaire 
des poisons et le prétendu jésuite Pirot. — Fénelon s'est-il montré 
déloyal? — Bossuet et les Bossuetistes. (Cf. plus haut, n® 134). 

152. — Ibid. 20 nov. 1899, p. 536-50. Lettre de M. Fr, Rabbe, 
à propos d'une soi-disant découverte. Cf. n» 156. 

Tire à part : Lettre à M. Fr. Rabbe, etc., par Henri 
Chérot, S. J., rédacteur aux Etudes ; extrait des Etudes du 
20 nov. 1899, Paris, imprimerie de D. Dumoulin, 1899, in-8o 
de 19 p. (Journal de la Librairie, 16 déc. 1899, no 12403, B. 
N. Ld^8973). 

153. — Dans : Intermédiaire. 

Au 30 nov. 1899, col. 944, Mme de Montmorin, abbesse de Fon~ 
tevrault (signé H. Rochet), 7 déc. col. 995 Famille de Comminges. 
15 déc. col. 1020 Bénédictines de V adoration perpétuelle) redràse 
dans 22 janvier 1900, col. 110 ; 30 déc. Sépulture de Racine 
signé H. R... T.), et ibid. col. 1202. Question posée à propos du 
crucifix de Bourdaloue. Cf. Revue Bourdaloue. 

154. — Dans : Almanach Catholiaue de France^ 1900, Lille, 
Desclée, p. 111-120. A propos d'une canonisation. Les tribu- 
lations de Jean-Baptiste de la Salle à Paris, soas Louis XIV. 
Cf. plus haut, nos 86, 107 et 126. 

155. — Dans : Lettres de Jersey, t. XIX, no , 1er janvier 1900, 
p. 205-208. La chaire de Bourdaloue, tertiaire à MalzéviUe^ 
près Nancy (Lettre en date du 5 septembre 1899). 

156. — Dans : Études, 21 janvier 1900, p. 258-66. 

Encore la soi-disant découverte de M. Fr, Babbe, à propos 
de la note de la ** Revue historique. Cf. Revue historique, 
mars-avril 1900, p. 338. Voir plus haut, no 152 et cf. Études, 
20 ianv. 1901, p. 269-70, le compte-rendu des Annales pu- 
bliées par D. Beauchet-Filleau, et plus bas n» 164. 



LE R. P. HENRI CHEROT 



157. — Ibid. 5 février 1900, p. 289-308. Fisjurea de soldats. 
Le toynl Mac-Mahon (180S't893). 
Reproduit dans Figares de soldais, p. l(îQ-83, \Ct. n° 178). 

'Famille de 

159. — Dans : Études. 5 mars 1900, p. 645-51. Une conlribu- 
lion nouvelle à la carrespondance de Sninl-Françols de Sales. 

Tiré ù part : Correapondance do Saint-François de 
Salea. Contribution nouTelle. (Signé : Henri Chcrot), 
Paris, imprimerie de D. Dumoulin, 11)00, in-8". 9 p. Extrait 
des Etudes du 5 mars 1900. (Journal de la Librairie, 2i mars 
1900, nt. 3153, 1). N. 8" Z. Pièce 1126), 

160. — D:ins : taussehat, ktude généalogique sur les Bourda- 
hue. Paris, l'JOO, Victor Rclaux, 1900, in-8" de 123 p. avec 
divers Appendices, jiar Henri Qiérot, S. J. 

IconticnnGDt : 

;oDSelller intendant du duc de 
Guise, nmiral du Levant (1623-1637); 2" Le poète Ducia, petit- 
neveu de Bourdaloue, ete. 
(Journ<d de la Ubr. '23 mars 1906 (17 tir.) a' 3451 ; B. N. l.m-i 

{Â suivre.) Eugiïne Gbiselle. 



463 ^1 

VU. ™ 




REVUE 



DE 



PUBLICATIONS NOUVELLES 



— Gustave Flauhert. La Légende de S. Julien L'Hos- 
pitalier. Préface d'Octave Join-Lambert. Fac-similé 
d'un manuscrit calligraphié, enluminé et historié par 
Malatesta. Aux dépens de la Société Normande du Hure 
illustré, Paris, 1906, in-4° de 1 f. blanc, 3 1T, 14 pp., 
1 f., LU pp. et 2 ff. 



Lorsqu'en 1877 parut l'édition originale des Trois Contes de Flau- 
bert, Georges Charpentier avait, paraît-il, songé à donner de la 
Légende de Saint-Julien L'Hospitalier une édition de luxe. Je ne 
sais pour quelle raison l'éditeur abandonna bientôt un projet (jue, 
dix-huit ans plus tard, devait réaliser Eerroud. Les sévères et 
grandioses compositions de Luc-Olivier Mcrson, remarquablement 
gravées à Teau-forte par Géry-Hichard, demeurent présentes à la 
mémoire des bibliophiles et resteront comme un chef-d'œuvre parmi les 
livres illustrés du xix<= siècle. Mais si magnifique que soit cette 
illustration, elle ne remplissait pas le désir de lillustre romancier. 
M. Octave Join-Lambert, qui a écrit pour la nouvelle édition de la 
Légende de Saint-Julien, une préface dont je parlerai tout à riieure, 
va nous expliquer pourquoi ; je lui passe ilonc un instant la plume : 
(t Flaubert avait eu aussi une pensée singulière : Je désiriiis mettie 
à la suite de Saint-Julien le vitrail de la cathédrale de Uoucn. Il 
s'agissait de colorier la i)lanche qui se trouve dans le livre de Lan- 
glois — rien de plus — et cette illustration me plaisait précisément, 
parce que ce n'était pas une illustration, mais un document histo- 
rique. En comparant limage au texte, on se serait dit : Je n'y com- 
prends rien. Comment a-t-il tiré ceci de cela .' » (Lettre à G. Charpen- 
tier, février 1879). 11 y a là une boutade et une indication. Dans la 
boutade, Flaubert s'est trompé. Le lecteur sait qu'il n'a pas tiré ceci 



REVUE DE PUBLICATIONS NOUVELLES 465 

de cela, le conte du vitrail . Mais l'idée, à laquelle Flaubert tenait, ^ 
sa correspondance et le journal des Concourt nous le montrent, — 
de publier le vitrail, est une indication précieuse. Ses images simples 
s'accordaient avec le texte mieux que toute illustration trop réaliste. 
Ses teintes plates et transparentes dans leur sertissure de plomb, 
devaient vibrer avec les touches larges et précises, comme cernées 
d'un trait vigoureux, dont Flaubert a peint ses prodigieux tableaux. » 

Le vœu de Flaubert vient d'être exaucé, et c'est à la Société Nor- 
mande du livre illustré qu'il le doit. Un des membres de cette com- 
pagnie d'élite, M. Lucien Claude-Lafontaine, possède, dans sa belle 
bibliothèque, un manuscrit de la Légende de Saint-Julien^ calligraphié, 
enluminé et historié par M. Malatesta, Combien d'amateurs, jaloux 
de leurs richesses , eussent égoïstement gardé pour eux seuls l'inef- 
fable jouissance d'un exemplaire unique ! Préférant suivre la libérale 
devise de Grolier ou de Maîoli, M. Lucien Claude-Lafontaine a géné- 
reusement mis son manuscrit à la disposition de ses collègues qui, 
autorisés à le faire reproduire, s'empressèrent, comme bien on pense, 
d'accepter cette offre gracieuse. Et voil»\ comment les membres de la 
Société normande du livre illustré et une centaine de bibliophiles 
peuvent, aujourd'hui, placer dans leurs vitrines, à côté &Un Cœur 
simple, ce livre curieux et plein d'originalité. 

La nouvelle illustration du conte de Flaubert se compose de 
cinquante-six sujets en couleurs, petits ou grands, la plupart interca- 
lés dans le manuscrit ; à vrai dire, elle tient beaucoup plus du 
vitrail que de la miniature, et c'est par cela même qu'elle réalise 
plus complètement la pensée de l'auteur de Madame Bovary. Ces 
compositions interprètent la légende aussi exactement que possible ; 
je ne puis les énumcrer toutes ici, je signalerai cependant la der- 
nière vignette insérée dans le texte parce qu'elle nous donne un por- 
trait de Flaubert. 

Pour rendre avec toute la fidélité désirable l'aspect du manuscrit 
de M. Malatesta où l'écriture, les initiales rubriquées, les vignettes, 
la réglure font corps ensemble, on ne pouvait avoir recours qu'à un 
procédé photographique. M. Raymond Claude-Lafontaine, dont j'ai 
déjà eu plusieurs fois ici même l'occasion de constater le goût délicat, 
reçut la mission de diriger la publication. La maison Reymond fut 
ciiargée d'exécuter les clichés (sept par page, dont un d'or), le tirage 
fut confié à rimprimcric de MM. Draeger frères et de cette triple* 
collaboration est sorti un livre d'une excellente tenue et d'une par- 
faite exécution tj'pographique. 

Si le livre vaut par le texte de Flaubert, par l'illustration de 
Malalesta et par sa bonne exécution matérielle, il serait injuste de 
ne pas reconnaître que la préface de M. Octave Join-Lambert y 
ajoute un réel intérêt. Cette jolie préface, exempte des banalités qui 
sont trop souvent d'usage en des morceaux de ce genre, est une 



466 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

étude très littéraire et documentée sur la manière dont travaillait 
Flaubert ; M. Join-Lambert a résumé, en quelques pages agréables 
et instructives, la genèse de la légende de saint Julien et ce n'est 
pas là un des moindres attraits de cette belle publication. 

La Société normande du livre illustré en est ainsi à sa huitième publi- 
cation; mais» active et prévoyante, elle songe à l'avenir et je ne crois 
pas commettre d'indiscrétion en signalant les nouvelles œuvres qu'elle 
tient en préparation. Le printemps de 1907 verra paraître, à moins de 
retard imprévu, deux nouvelles de Guy de Maupassant La Ficelle et 
Le Vieux, illustrées de vignettes d'Auguste Lepère, gravées sur bois en 
couleurs par Féminent artiste qui fait imprimer Touvrage sur ses 
presses particulières; puis viendra le tour d'une petite nouvelle écrite 
par Barbey de Aurevilly à Tàge de vingt et un ans et enfin Le Cid, 
illustré de compositions de Aut;. Fr. Gorguet, gravées à l'eau-forte 
par Louis Muller. Ce programme, plein de promesses, est alléchant 
autant que varié et il n'est pas douteux, étant donné la haute compé- 
tence des membres qui composent la commission des livres, que ces 
publications ne soient dignes en tous points de celles portant déjà 
l'estampille d'une société qui, relativement jeune, a su conquérir 
l'un des premiers rangs parmi les compagnies similaires et s'imposer 
à l'attention des bibliophiles. 

Georges Vicaire 



— Edmond Bories. — Histoire du canton de Meulan 
comprenant : l'historique de ses vingt communes 
depuis les origines jusqu'à nos jours... Ouvrage 
illustré de quatre cents dessins de l'auteur et accom- 
pagné de trente plans. Honoré Champion, éditeur , 
PariSy 5, quai MalaquaiSy Paris, 1906,gr. in-8 de 2 ff., et 
763 pp. 

11 y a quelques années, M. Edmond Bories publiait l'histoire 
d'Orgeval et, plus récemment, de Poissy ; ces monographies locales, 
écrites d'après des documents originaux, ont rencontré, dans le 
public, un accueil des plus favorables. Encouragé par ce succès 
l'auteur, qui n'épargne ni temps ni peine pour mener à bien ses 
entreprises, donne aujourd'hui une histoire très détaillée du canton 
de Meulan (Seine-et-Oise). L'ouvrage — un très gros et grand 
in-octavo, de près de huit cents pages, imprimées en texte serré — 
constitue un très important travail qui a nécessité de patientes et . 
intelligentes recherches. La multiplicité des matières qui y sont 



REVUE DE PUBLICATIONS NOUVELLES Wl 

traitées ne me permet pas de domier une analyse, si succincte soit- 
elle, des treize livres, subdivisés eux-mêmes en chapitres, qui 
composent le volume. Je me contenterai simplement d'en indiquer 
les principales divisions : Livre I : Période préhistorique Jusqu^à 
Hugues CapeL — Liv. II : Les Comtes de Menlan. — Liv. III : Meulan 
pendant la guerre de cent ans. — Liv. IV : Ligue du bien public, 
seigneurs apanagistes, — Liv. V : Les Ports de Meulan. — Liv. VI : 
Église et prieuré Saint-Nicaise, — Liv. VII : Églises et couvents. — 
Liv. VIII : Organisation commerciale du xii* au xviii* siècle, — 
Livre IX : Événements qui se sont passés de 1789 à 1815. - Liv. X : 
Mezy, Hardricourt, Gaillon, Tessancourt, Évecquemont, Vaux-sur- 
Seine, — Liv. XI : Les Mureaux, Chapet, Bouafte-en^France, Ecque- 
villy, Aubergenville, Nézel, Flins-sur-Seine. — Liv. XII : Maule. — 
Liv. XIII : Bazemont, Aulnag-sur-Mauldre, MareiUsur-Mauldre, 
Montainville et Herbeville. 

M. Edmond Bories a puisé ses renseignements aux sources les plus 
sûres et les plus autorisées : il a mis à forte contribution les archives 
publiques et privées. Aussi trouve-t-on, dans son Histoire du canton 
de Meulan^ quantité dé pièces telles que chartes, inventaires, aveux, 
procès-verbaux, arrêts du Parlement et autres documents authen- 
tiques. M. Edmond Bories n'est pas seulement un historien; il 
dessine avec beaucoup de grâce et de goût et pour égayer son texte, 
parfois un peu sévère, il y a intercalé un nombre considérable de 
vignettes : monnaies, jetons, monuments, paysages, blasons, pierres 
tumulaires, haches en silex ou en bronze, statuettes, portraits, 
sceaux, inscriptions funéraires, etc., etc. Ces documents graphiques 
accompagnent le texte et servent à l'éclairer. On a plaisir à regarder 
les gracieux et pittoresques croquis, cours de rivières ou vues de 
ponts, semés ça et là dans Touvrage. 

Voilà un livre qui apporte une sérieuse contribution à Thistoire 

du département de Seine-et-Oiae; il faut espérer que M. Edmond 

Bories continuera Tétude des divers cantons de sa région et qu'il ne 

tardera pas à nous donner du canton de Saint-Germain-en-Laye 

une histoire aussi complète que celle qu'il vient de consacrera 

celui de Meulan. 

G. V. 



CHRONIQUE 



Le Livre. — Notre sympathique confrère M, Albert Cim continue 
courageusement la publication de son encyclopédie du livre. Le 
troisième volume de cet ouvrage intéressant et très documenté, qui 
vient de paraître à la librairie Ernest Flammarion, est tout entier 
consacré à la fabrication du livre, c'est-à-dire qu'il étudie d'abord le 
papier, son histoire, son importance, ses multiples procédés de 
fabrication, et toutes ses variétés et espèces, avec les moyens de les 
distinguer et de les contrôler; — puis Timpression, tout ce qui 
concerne la composition, la correction et le tirage des livres, les 
empreintes, clichés, etc. ; — ensuite Tillustration et ses plus récents 
perfectionnements; — enfin la reliure, sous toutes ses formes et 
dans tous ses détails. Le volume, gros de 400 pages, est accompagné 
de nombreuses figures qui mettent sous les yeux du lecteur les 
exemples relatés dans le texte, et il se termine par un index alpha- 
bétique très développé, qui rend les recherches des plus faciles. 
A tous les bibliophiles ou simples amateurs, à tous ceux qui lisent* 
étudient et possèdent des livres, l'ouvrage de M. Albert Cim est 
appelé à rendre de continuels et indispensables services. 

Rappelons que Le Livre sera complet en cinq volumes. 

Guy de Maupassant. — M. Edouard Ma^'nial vient de publier, 
à la Société du Mercure de France, un ouvrage qui ne manquera pas 
d'attirer l'attention des amateui-s de livres modernes : La Vie et VŒuvre 
de Guy de Maupassant. 

L'étude importante de M. Edouard Maynial comprend quatre 
parties: dans la première lauteur raconte les années d'enfance et de 
jeunesse de Tauteur des Contes de la bécasse et de tant d'autres 
romans ou nouvelles, aujourd'hui fort recherchés. La seconde partie 
est consacrée à la préparation de l'œuvre, la troisième à l'œuvre. 
Enfin, dans la troisième, M. Maynial relate en détail la maladie et la 
mort de Guy de Maupassant. Voilà, certes, un livre que devront 
consulter tous ceux qui s'intéressent à la littérature du dix-neuvième 
siècle et tous les bibliophiles qui collectionnent les livres de cette 
époque . 

Ventes de livres. — Les lundi 12 et mardi 13 novembre» à 
l'Hôtel Drouot, à deux heures, salle n» 7, vente de livres modernes et 



CHRONlOUE 469 

de quelques livres anciens, provenant de la bibliothèque de M. Ar- 
naud Détroyat : éditions originales d'auteurs coutempoi^ains, livres 
modernes illustrés, collections (Af. Henri Leclerc^ expert), 

— Le 14 novembre, 28, rue des Bons-Enfants, salle n^ 1, à huit 
heures du soir, vente de livres modernes provenant de la bibliothè- 
que de M. Détroyat. Deuxième partie (M. Henri Leclerc, expert), 

— Le mardi 20 novembre, à l'Hôtel Drouot, salle n» 9, à deux 
heures, vente de livres modernes, romantiques et auteurs contem- 
porains en éditions originales, publications de luxe provenant de la 
bibliothèque de M. Jules Guérin [M. A. Durel, expert), 

— Les 23 et 24 novembre, à l'Hôtel Drouot, salle n" 8, à deux 
heures, vente de livres illustrés des xviir et xix* siècles, ouvrages 
sur la Russie, Napoléon et l'Empire, costumes militaires coloriés 
français et étrangers, gravures et caricatures, etc. (Af . Jules Megnial, 
expert). 

— Le jeudi 29 novembre, àTHôtel Drouot, salle n<> 7, à deux heures, 
vente de très beaux livres modernes, éditions de luxe, reliures d'art, 
provenant de la bibliothèque de M. G. L. {M. A, Durel, expert). 

Ventes d'estampes. — Les 21, 22, 23 et 24 novembre, à THôtel 
Drouot, à deux heures, salle n" 9, vente d'eaux-fortes de Charles 
Merj'on et d'une nombreuse réunion de portraits formant la pre- 
mière partie de la collection de M. Victor Bouvrain, architecte 
(Af. Loys Delteily expert). 

— Le mercredi 28 novembre, à l'Hôtel Drouot, salle n' 7, vente 
d'un important œuvre lithographie de Gavarni et d'œuvres de 
H. Daumier, provenant de la collection de M. J"* (Af. Loys Delteil, 
expert). 

Vente d'autographes. — Le 19 novembre, à l'Hôtel Drouot, 
salle n» 8, à trois heures, vente de lettres autographes et de docu- 
ments historiques sur Paris, composant la. collection de M. Victor 
Bouvrain, parisien (Af. Noël Charaoay, expert). 

Nécrologie. — Nous avons le profond regret d'annoncer la mort 
du peintre-graveur Adolphe Lalauze, décédé dans sa propriété de 
Milly (Seine-et-Oise), le 19 octobre 1906, à l'âge de 68 ans. 

Adolphe Lalauze était chevalier de la Légion d'honneur et vice- 
président de la Société des Amis de l'eau-forte, dont il fut le vérita- 
ble fondateur. 

Tous les bibliophiles connaissent et apprécient l'œuvre considéra- 
ble de ce grand aquafortiste dont le nom restera parmi ceux des 
illustrateurs les plus en renom du dix-neuvième siècle. Lalauze n'était 
pas seulement un artiste délicat et distingué, il était aussi l'homme 
de bien et d'honneur par excellence. Sa droiture, sa loyauté, sa bonté 
étaient proverbiales, et si l'art français est en deuil de l'un de ses 
meilleurs enfants, les amis du regretté défunt voient disparaître, avec 
lui, Tami le plus fidèle, le plus sûr et le plus dévoué. 

Le dernier livre illustré par Lalauze, La Petite Maison, avait tout 
récemment paru, précédé d'une charmante préface de M. Abel 



470 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

Patouz. C'est à M. Abel Patoux, qui vivait dans l'intimité de l'ar- 
tiste, uni à lui par les liens d'une longue et profonde affection, que 
nous avons demandé d'écrire pour le Bulletin du Bibliophile^ la 
notice due à sa chère mémoire. M. Patoux a bien voulu déférer à 
notre désir. Nous l'en remercions. 

Nous nous bornons donc aujourd'hui à enregistrer la douloureuse 
nouvelle d'une mort qui nous a tous ici profondément affligés, et 
nous prions Madame Adolphe Lalauze et ses enfants de vouloir bien 
trouver dans ces lignes l'expression de nos sincères regrets et de nos 
condoléances attristées. 



jâ 



LIVRES NOUVEAUX 



Réimpressions de livres anciens, 

Bibliographie, Autographes, Manuscrits, Imprimerie, 

Reliure, Blason, Généalogie, Chronique. Ex-Ubris, etc. 



— Catalogue général des manuscrits des Bibliothèques publiques de 
France. Départements. Tome XXXIX. Reims, par M. Henri Lori- 
QUET. Tome II. Deuxième partie. Paris, Plon-Nourrit et C'«, in-S». 

— Les Secrets des vieilles reliures, par M. Em. Châtelain, membre 
de l'Institut. Extrait de la ** Revue des Bibliothèques " (juillet- 
août 1906). Paris, Honoré Champion , in- 8°. 

— Les Français italianisants au xvi« siècle, par Emile Picot, membre 
de l'Institut. Paris, Honoré Champion, in-8. (7 fr. 50) 

— Bibliographie des Bénédictins de la Congrégation de France^ par 
les Pères de la même Congrégation. Nouvelle édition entièrement 
refondue, accompagnée des portraits en héliogravure de dom Gué- 
ranger et dom Pitra. Paris, Honoré Champion, gr. in-8. (12 fr.) 

— Library of Congress. — List of works relating to the american 
occupation of the Philippine islands 1898-1903, by Âppleton Prentiss 
Clark Griffin, chief bibliographer. Reprinted from the List of books 
(vvith références to periodicals) on the Philippine islands 1903 with 
some addition to 1905. Washington, Government printing office, 
gr. in-8. 

— Library of Congress. — Classification. Class Q. Science. Prelimi- 
nary, Washington, Government printing office, gr. in-8. 

Publications de luxe 

Chez François Ferroad {Librairie des Amateurs) : 
Anatole France, de rAcadémie française. — Le Jongleur de 
Notre-Dame. Texte calligraphié et enluminé de 36 compo- 
sitions en couleurs et lettres ornées par Henri Malatesta. 
In-8o carré. 

Tiré à 225 ex., savoir : n«> 1 à 12, siu* pap. du Japon, avec suite 
des illustrations gravées à Teau-forte par Tillustrateur, et une 
gouache originale {épuisés) ; n<» 13 à 45, sur pap. du Japon, même 
suite (épuisés) ; et no^ 43 à 225, sur pap. du Japon (125 fr.). 



472 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

Chez A. Romagnol {Librairie de la " Collection des dix *•) : 
J.-H. RosNY. — Bérénice de Judée. Illustrations de Léonce 
de Joncières, gravées à Teau-fortc. In-8o. 

Tiré à 350 ex., savoir : Format in-8<> Jésus ; n" 1 à 20, sur papier 
du Japon ou papier vélin d*Ârches, avec trois états des eaux-fortes 
(100 fr.). Formai i/i-S» soleil ; n»» 21 à 150, sur papier vélin d'Arches, 
avec trois états des eaux-fortes (50 fr.), et n»» 151 à 350, sur papier 
vélin d*Arches, avec un seul état (25 fr.). 

Publications diverses 

— Ch. Urbain, docteur és-lettres. — Bossuct et Mlle de Mauléon. 
Étude critique sur le prétendu mariage de Bossuet. Extrait de la 
" Revue du Clergé Français " (numéros des 15 août, 1*' et 15 sep- 
tembre 1906). Paris, Letouzey et Ané, in-S". 

— Tallemant des Beaux. Avec une notice. Paris, Société du Mercure 
de France, in-18 (3 fr. 50). 

De la « Collection des plus belles pages >. 

— Gaston Schéfer. — Louis XIII. pièce en cinq actes, en vers. Paris, 
Henri Leclerc^ in-16 (4 fr.) 

Il a été tiré, en outre, 10 ex. sur pap. de Hollande dont 5 seulement 
mis dans le commerce (8 fr.). 

— Dostoïevski, — Le Double, roman inédit, traduit du russe par 
J.-W. Bienstock et Léon Werte. Paris, Société du^ Mercure de 
France, in-18 (3 fr. 50). 

— Francis Jammes. — Clairières dans le ciel. 1902-1906, — En Dieu- 
Tristesses — Le Poète et sa femme — Poésies diverses — L*ÉgIise 
habillée de feuilles. PcuriSy Société du Mercure de France, in-18 
(3 fr. 50). 

Il a été tiré, en outre, 12 ex. sur pap. de Hollande (10 fr.). 

— Jean Moréas. — Les Stances. Avec un portrait de Tauteur par 
A. de la Gandara. Paris, Société du Mercure de France, in-18 
(3 fr. 50). 

Il a été tiré, en outre, 12 ex. sur pap. de Hollande. 

— Henri de Régnier. — Sujets et paysages. Paris, Société du Mer- 
cure de France, in-18 (3 fr. 50). 

Il a été tiré, en outre, 15 ex. sur pap. du Japon (n** 1 à 15) à 15 fk*. ; 49 
ex. sur pap. de Hollande (n** 16 à 61). à 10 fr. ; et 3 ex. sur pap. de 
Chine marqués A, H, C. 



.LES 



DERNIERS ÉDITEURS DE MONTAIGNE 



i«^I^^M^>»W»^»M»»%^^»«» 



I 



Il n'est bruit dans le monde lettré que du conflit entre 
la Ville de Bordeaux et rimprimerie Nationale pour une 
nouvelle édition des Essais, de Montaigne. Modeste 
auxiliaire pour ce travail de notre premier établissement 
typographique, injustement et bruyamment attaqué par 
M. Strowsky, professeur à la Faculté des Lettres de 
Bordeaux, qui est chargé de l'édi^on municipale des 
Essais, je vais, en élevant le débat à la hauteur qui loi 
appartient, éclairer le différend. 

Les derniers éditeurs des Essais, pour fiedre œuvre 
utile et se distinguer de leurs devanciers^ ont à accom- 
plir une tâche assez ardue. Us sont dans la nécessité de 
s'imposer une reproduction depuis longtemps souhaitée 
de l'exemplaire de la Biblioth^ue de Bordeaux. Ce pré- 
cieux volume, document de premier ordre, est le texte 
même des Essais de 1S88, corrigé et augmenté de la 
main de Montaigne en vue d'une sixième édition. Tel 
est le compte encore inexpliqué de l'aateur. 

Naigeon a donné, en 18Q2, une réimpression de ee 
double texte typographique et manuscrit ; mais par m» 
bizarre inspiration» il a cru devoir modifier Torthographe 
du manuscrit de la façon la plus systématique. Les 
formes qu'il a adoptées, diflCèrent de la leçon origliiale 



474 BULLETIN DU IHBLIOPIIILE 

de 1588, et présentent^ ainsi que le fonds imprimé du 
texte, des structures de mots vieillies que Ton croirait 
empruntées aux premiers incunables français. L'éditeur 
de 1802 n'a pas arrêté là ses infidélités. Il a substitué à 
quelques termes autographes très clairs des expressions 
inexactes qui sont devenues des éléments d'obscurité. Il 
faut enfin lui reprocher de n'avoir point fait état des 
parties raturées du texte parce que cette omission laisse 
le lecteur dans l'ignorance des divers modes de forma- 
tion de la pensée de Montaigne. 

Toutes les reproductions des Essais, entreprises depuis 
quarante ans, ont mis à la portée de tous, les éditions 
originales de cet ouvrage aux dates successives de leur 
publication, mais nul mieux que la réimpression don- 
née en 1870 par MM. Dezeimeris et Barckhausen. La 
leçon primitive de 1580, si importante, reproduite dans 
toute sa pureté, est accompagnée des variantes de 1582 
auxquelles sont jointes des indications très complètes 
des changements des éditions ultérieures. En outre, des 
astérisques révèlent les endroits précis du texte où 
l'auteur a introduit des intercalalions. Cet ouvrage est 
le guide par excellence de la lecture des Essais. 

De 1872 à 1900, deux réimpressions sur textes origi- 
naux ont été exécutées, celles de Lemerre (1872-1900) et 
Jouaust (1873-1880). Conçues dans un esprit moins ana- 
lytique, elles constituent cependant de scrupuleuses 
reproductions, celle-ci, de la première édition collective 
des trois livres donnés par Montaigne à Paris en 1588 
avec le concours de Pierre de Brach et de M"* de Goumay ; 
l'autre, de l'édition testamentaire publiée par les mêmes 
collaborateurs après la mort de l'auteur. Le volume 
final de cet ouvrage, presque entièrement consacré aux 
variantes des Essais, permet une étude assez appro- 
fondie des remaniements du texte. 



LES DERNIERS ÉDITEURS DE MONTAIGNE 475 

Entre ces deux reprodactions qai semblent épuiser 
une série bien complète de publications, il reste néan- 
moins place pour un travail d'une baute importance, 
la reproduction paléograpbique de Texemplaire annoté 
de la Bibliothèque de Bordeaux. C*est ce travail 
qu'accomplit actuellement l'Imprimerie Nationale, seule 
à même, par la double puissance de son personnel 
d'élite et de son outillage hors de pair, de mener à bien 
une œuvre aussi considérable. Cet incomparable livre 
présente en grand nombre des particularités d'un intérêt 
extraordinaire. Constitué par un exemplaire des EÊÊoii 
de 1588, dont le texte porte en interligne de multiples 
corrections de la main de Montaigne, il offre en outre 
sur beaucoup de ses marges d'importantes additions 
autographes. Le texte est raturé en maints endroita, 
tantôt pour un meilleur choix d'expressions, tantftt pour 
la substitution d'un développement jugé préférable, 
tantôt enfin pour l'abandon d'intercalations estimées 
inutiles ou faisant double emploi. Mais d'autre part le 
volume a subi des dégradations nombreuses. Confié 
après son entrée à la Bibliothèque de Bordeaux à un 
relieur ignorant, il a été rogné si cruellement que le cou- 
teau a, sur les marges verticales» enlevé des moitiés de 
mots et des mots complets et sur les marges supérieures 
et inférieures des demi-lignes et des lignes entières. Les 
retranchements ont été rétablis par Naigeon en 180S» les 
uns avec l'aide directe du texte, les autres au moyen 
d'emprunts à l'édition de 1505. 

Avec l'autorisation de M. le Ministre de la Jostiee qui 
s'est ainsi assuré la gratitude de tous les montaigno- 
philes, rimprimerie Nationale s*est donnée pour tftche 
de reproduire typographiquement» page pour page, 
l'exemplaire de la Bibliothèque de Bordeaux et de plaeer 
sous les yeux des lecteurs, comme par la photognqdiiat 



476 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

le texte des Essais de 1588, les corrections en interligne, 
lés additions en marge, les intercalations abandonnées, 
enfin les coupures du couteau du relieur. Une heureuse 
combinaison groupe synoptiquement tous ces détails 
et les rend facilement saisissables sur toutes les pages 
de verso faisant face au texte de 1588. 

La copie figurée sur laquelle se poursuit la compo*^ 
sition à Tlmprimerie Nationale a été exécutée pour moi 
deux ans environ après que M. Manchon eut terminé 
une transcription analogue pour M. Guillaume Guizot» 
éditeur désigné des Essais pour la maison Hachette, dans 
la collection des grands écrivains. Vers 1895, la cession 
de cette copie me fut demandée par Tadministration de 
4a Bibliothèque de Bordeaux pour épargner à l'exem- 
plaire annoté de Montaigne, la fatigue ^e fréquentes 
communications. Ne pouvant me séparer de cet instru- 
ment de travail, et désireux de m'associer aux vues de 
la Bibliothèque, je lui ofi'ris un exemplaire interfolié de 
l'édition de 1588. Alors que M. Royer et moi mettions la 
dernière main au cinquième volume de Tédition Lemerre, 
en 1898, texte et copie furent dans tous les passages dou- 
teux, revus sur l'exemplaire de la Bibliothèque de Bor- 
deaux, et les résultats principaux de cette vérification 
ont, selon toute convenance, été réunis et signalés sous 
le nom du collaborateur temporaire que nous nous 
étions adjoint. 

Par une coïncidence qui n'est pas rare en matière de 
rééditions d'auteurs en vogue, la municipalité de Bor- 
deaux ayant d'après l'exemplaire de sa bibliothèque 
décidé une réimpression des Essais, et ce travail ayant 
été confie à M. Strowsky, professeur à l'Université de 
cette ville, il est arrivé que le premier volume de l'édi- 
tion, dite municipale, a été mise en vente au moment où 
se répandit le bruit de la publication en cours à l'Impri- 



LES DERNIËAd ÉDITEURS DE MONTAIGNE 47.7. 

merie nationale. Conjoncture plus inattendue, M. Lu- 
chaire présentant à TAcadémie des Sciences morales et 
politiques le premier volume de l'édition bordelaise des 
Essais, annonça la reproduction paléographique avec 
une préface de M. Anatole France. 

Quoiqu'il y eut une dissemblance absolue entre les 
deux éditions, que l'une, celle de l'Imprimerie Natio- 
nale ne fut qu'une réimpression documentaire, réservée 
à un petit nombre de lecteurs, tandis que la seconde 
était une œuvre de professeur, une édition critique des-, 
tinée à l'universalité du public, M. Strowsky se crut^ 
sans autre connaissance de cause, autorisé à se plaindre 
d'une concurrence déloyale, et, pour étayer ses griefs, il 
n'hésita pas à m'attaquer dans les termes les moins 
mesures, accumulant contre moi des imputations volon- 
tairement inexactes. 

Après tous les éclaircissements qui précèdent, ce serait 
faire un mauvais emploi des pages du Bulletin du 
Bibliophile que d'y introduire les procès-verbaux d'une 
polémique où la courtoisie et le bon droit ne se mon- 
trèrent pas du côté de l'agresseur *. Il est préférable 
d'aborder l'examen de la réimpression entreprise pour 
la plus grande gloire de Montaigne par la municipalité* 
de Bordeaux. 

Voyons d'abord le cadre de cet ouvrage. Nous appré-' 
cierons plus tard comment il a été rempli. Il est le même' 
que celui de 1802, avec cette différence cat)itale et instruc- 
tive que les additions manuscrites de l'exemplaire de la 
Bibliothèque de Bordeaux ont été intercalées en italiqilé 
aux endroits du texte désignés par l'auteur. La figuration 

^ Les curieux de ce débat d'un goût nouveau Uront raccnsation, 
dans les deux Girondes des 3 et 4 septembre, et la justification 
dans les mêmes journaux des 16 et 20 du même mois. Ltf Jlemk 
Biblio-Iconographiqiie de novembre a publié l'attaque, mais non la 
réponse. 



478 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

des mots est celle de l'autographe. Il en est de même des 
corrections apportées à la rédaction de 1588. Elles sont 
en italiques et reproduites telles que les a tracées la 
main de Montaigne. Au bas de chaque page se lisent 
deux catégories de notes, les premières en romain 
présentent les mots supprimés dans la rédaction de 1588, 
et les secondes en italique les parties de l'autographe 
primitivement écrites ou finalement biffées. Dans les 
marges en vedette, les lettres A et B indiquent la date de 
provenance des alinéas : 1580-82 et 1588. Les portions de 
mots retranchées par le couteau du relieur sont placées 
entre crochets sinon toutes, au moins nombre d'entre 
elles. 

Le volume in-4<>, d'une élégance un peu aiguë, se 
termine par plusieurs appendices en tête desquels on 
s'étonne de trouver la note à l'imprimeur que Montaigne 
a placée d'original au verso du titre de son exemplaire. 
Le premier est ouvert aux variantes d'orthographe et de 
ponctuation. Le deuxième annexe offre les variantes des 
éditions de 1580 et 1582. Le troisième est consacré aux 
leçons de l'édition de 1595 que suivent une table de 
concordance des pages de l'exemplaire de Bordeaux avec 
celles de l'édition municipale ,enfin la table des matières. 

Une héliogravure et deux phototypies reproduisant le 
titre, une page manuscrite et trois fragments autogra- 
phes, égaient le volume malgré leur aspect sévère et nous 
font pénétrer intimement dans l'œuvre de Montaigne. 

Beaucoup de lecteurs inaccoutumés à cette profusion 
d'éléments d'analyse en goûteront des détails qui nous 
semblent trop sériés, trop hors texte. Un petit nombre 
préférera à ces subdivisions, la vue synoptique de la 
rédaction et de ses remaniements avec le texte de 1588. 
Montaigne s'y montre plus familier et plus confidentiel. 

K. Courbet. 



A PROPOS 



DE 



LETTRES DE H. DE BALZAC 



ruxelles, 18 Octobre 1906. 



Mon CHER Vicaire, 

Je viens de lire avec an bien vif intérêt les cinq lettres 
de Balzac, publiées par M. L.-G. Pélissier» dans le der- 
nier numéro paru du Bulletin du Bibliophile. J'ai retrouvé 

■ 

la date de toutes, et, cbose curieuse, je possède la réponse 
de l'avocat Colla à la missive de l'auteur de la Comédie 
Humaine. Peut-être vous serait-il agréable de la fiedre 
connaître à vos lecteurs ? Je joins donc la copie de cette 
pièce aux renseignements suivants, relatifs aux quatre 
autres lettres de Balzac. 

Celle adressée à M. Chapuy, fut écrite à la fin de Mai 
ou au commencemnet de Juin 1832. L'ouvrage auquel 
elle se rapporte ne vit jamais le jour. Il s'agissait de» 
Souffrances de V Inventeur, une œuvre destinée à termjh 



480 BULLETIN DU BIBUOPHILE 

ner les Nouveaux Contes Philosophiques^ en ce moment 
sous presse chez Gosselin. Bernard de Palissy en devait 
être le héros, et son futur auteur comptait récrire à 
Sache, chez M. de Margonne. Il s*y rendit en effet. Mais, 
de là, ce fut Louis Lambert^ et non les Souffrances de 
rinventeur, qu'il envoya à Gosselin pour compléter son 
livre. 

Ce titre : les Souffrances de rinventeur^ demeuré sans 
emploi, fut utilisé plus tard et devint alors pour toujours 
celui de la troisième et dernière partie des Illusions 
Perdues. On peut lire dans la Correspondance de Balzac, 
une lettre à sa mère, datée de Sache, le 10 juin 1832, où 
il parle de recherches à effectuer pour lui sur Bernard 
de Palissy. La note de la Correspondance^ qui attribue 
cette demande de recherche aux travaux préparatoires 
nécessités par la Recherche de F Absolu, est inexacte. On 
trouvera aussi, dans la Correspondance, quelques détails 
sur la chute dont il est question dans la lettre à 
M. Chapuy. Cest au mois de Mai 1832 que Balzac avait 
été victime de cet accident. 

Le court billet envoyé à Urbain Canel, est de mars 
ou avril 1829, et concerne le service de presse du Dernier 
Chouan /les Chouans), paru en mars 1829. Ceci ne peut 
faire doute, car Jules Janin et Balzac, dont les discordes 
sont demeurées célèbres, ne vécurent en bonnes relations 
qu'au début de leur carrière littéraire, et Janin, dans ce 
billet, est visiblement compté parmi les amis d'Honoré. 
De plus, il est signé H. B., et après les journées de juil- 
let 1830, Balzac modifia sa signature en introduisant le : 
de avant son nom. C'est, je crois, c la miss» qu'il faut 
lire à la dernière ligne. J'ai plusieurs lettres du même 
temps, également adressées par Balzac à Urbain Canel, 
et presque toutes contiennent ainsi un souvenir pour 
la miss, personne sans doute très influente sur cet édi- 



A PROPOS Dfi LBrniES D£ llALZAC 4SÏ 

leur, et qu'il était pradent de ménager. L'écriture de 
Balzac, si souvent presque illisible, explique toutes les 
méprises de lecture. Ainsi, dans les lettres suivantes, 
toutes les fois que j'y lis la terminaison te, c'est et qu'il 
faut lire, je pense, Balzac ayant la déplorable habitude 
de faire ses z d'une telle fiaçon, que le haut de la lettre 
semble l'ccent de Ye qui la précède ! 

Le mot destiné à M. Chapelain est de la mi-juin 1833, 
dont le 24 fut effectivement un lundi. Ainsi qu'on peut 
le voir aussi dans sa Correspondance^ Balzac était entré 
en relations avec M. Chapelain lors de l'invasion du 
choléra, en 1832. Or, le 24 ne se produisit un lundi, cette 
année-là, qu'en septembre, et Balzac était alors à Aix- 
les-Bains, avec M<"« de Castries, tandis qu'il s'agit dans 
la lettre d'une consultation demandée de Paris, et à 
Paris. En 1833, le 24 ne se trouve également tomber 
qu'une seule fois un lundi. C'est au mois de juin, et, à 
ce moment, Balzac était bel et bien à Paris. Vnalê 
Mirouët ayant paru seulement huit ans plus tard (1841), 
cette lettre ne peut se rapporter à ce touchant ouvrage < 

Le billet qui termine ce petit butin balzacien, et qat 
reçut réditeur Levavasseur, date de novembre 1831. Il a 
trait à une œuvre perdue. Balzac réclama longtemps 
cette Scène de Village^ destinée comme le Dame des Inva- 
lides à quelque keepsake. Mais, moins heureuse que 
le Dôme des Invalides, qui parut à la fin de 1831 dans les 
Annales Romantiques pour 1832, la Scène de Village ne 
fut jamais retrouvée. Je possède une sorte de copie 
informe, absolument indéchiffrable, et d'ailleurs incom- 
plète de ces pages disparues. 

Enfin, la réponse de M. Colla rend toute explication 
à peu près inutile relativement à la lettre de Balzac. On 
sait que cette correspondance fîit échangée à propos des 
affaires du comte et de la comtesse Emile Guidoboni- 



482 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

Vîsconli, au sujet desquelles Balzac, muni d*une procu- 
ration en règle, s'était rendu à Turin en juillet 1836. La 
réponse de MM. Colla père et fils, écrite en octobre 1837, 
précise que le procès dont ils rendent compte, est engagé 
depuis bientôt un an. Il avait donc commencé Tannée 
précédente, quelque temps après le retour de Balzac 
en France . 

Mais, à mon tour, je laisse la parole aux avocats pié- 
monlais,et je vous prie d'agréer, mon cher Vicaire, 
l'expression de mes meilleurs sentiments. 

Vicomte de Spoelberch 
de lovenjoul. 

20 novembre 1906. 

P. S. — Je reçois des nouvelles de Turin, qui me four- 
nissent la preuve que les dates données plus haut sont 
exactes. La lettre à M. Colla est du 12 octobre 1837 ; celle 
à M. Chapuy du 4 juin 1832 ; le billet à Urbain Canel 
est bien d'avril 1829 ; le rendez- vous demandé à Chape- 
lain de juin 1833, el le mol à Levavasseur du 17 no- 
vembre 1831. 



Monsieur Surville, 
rue de Ville d'Avray, 

Sèvres. 
Département de Seine-et-Oise (1) 

Rivoli, ce 21 Octobre 1837. 

Monsieur, 

Nous concevons 1res bien vos inquiétudes au sujet du 
procès de Torlone, et, ([uoique au fait des interminables 

(1) L'indication de : Rue cit» ViVc d Aiyntij^ Sèores, a été remplacée 
au dos de la lettre, à rarrivOe, par celle de : Hue des Bataille*, n*" iS, 
à Chaillot, 



A PROPOS DE LETTRES DE BALZAC 483 

lenteurs de notre procédure, nous aurions vivement désire 
de ne pas en voir un exemple aussi frappant dans une affaire 
qui nous intéresse au plus haut point. Une foule de combi- 
naisons semble avoir causé ces retards. D'abord Tincident 
élevé par Maître Montebonno (?), dés le commencement du 
procès, ayant pour objet apparent de forcer son adversaire 
à prêter la caution Me Judicatum solvi, mais dont le vérita- 
ble but n'était que celui de gagner du temps. Grâce aux 
vices de la procédure piémontaise, le résultat n'a déjà que 
trop répondu à cette vue, et voilà bientôt un an que le pro- 
cès est ouvert sans qu'on ai pu obtenir des délibérations dans 
le fond. C'est pourquoi nous avons du prendre le parti de 
faire appointer à décision ce malencontreux incident, et, 
aussitôt le jugement rendu, ce qui peut éprouver encore des 
relards parce qu'il faudra des conclusions de l'avocat fiscal, — 
et les tribunaux sont dans ce moment en vacances, — la cause 
sera portée en appel devant le Sénat de Turin. Ce n'est 
qu'alors que l'affaire, surveillée de près avec toute la sollici- 
tude possible, il nous sera donné de la conduire à bon terme; 
car, nous vous le disons avec regret, la personne qui nous 
avait paru le plus sincèrement intéressée, n'est peut-être pas 
étrangère à quelque dangereuse influence qui fait de beau- 
coup fléchir son zèle. Voilà encore une des raisons, la plus 
puissante peut-être, de ces retards qui se sont groupés autour 
de celle affaire ; mais les choses sont trop avancées mainte- 
nant pour qu'on puisse écarter une coopération que nous 
avions tout lieu de croire sincère. 

Au reste soyez persuadé. Monsieur, que nous mettons trop 
de prix à la bonne réussite d'une affaire qui nous intéresse 
sous tant d'égards, pour que notre sollicitude à en presser 
la solution ne vous .soit pas complètement assurée, ainsi que 
vous d,evez l'être de la haute estime et du sincère attachement 
avec lequel, moi en particulier, j'ai l'honneur d'être, Monsieur, 

Votre tout dévoué serviteur, 
Arnold Colla. 

Occupé à ren serrer (sic) mes plantes, j'ai chargé mon 
Arnold de répondre à votre estimable lettre en ce qu'elle 
concerne l'affaire que vous m'aviez confiée ; il vous a donné 
tous les renseignements y relatifs, et je m'j' rapporte entière- 
ment. 



484 BULLEtiN DU BIBLIOPHILE 

Quoique le service de la garde nationale tienne à une insti- 
tution des plus salutaires dans ma manière de voir, je trouve 
cependant que certaines personnes, qui rendent à la société 
ou aux sciences de grands services, telles que vous, devraient 
y (sic) être exemptées ; vous l'avez fait bon [gré mal gré], ou 
malgré la loi ; tant mieux pour la littérature. 

Quand j'aurai une occasion sûre je vous en donnerai avis 
pour recevoir le don précieux que vous avez eu la bonté de 
m'offrir ; vos fleurs de rhétorique me seront aussi avantageu- 
ses pour faire exalter davantage celles de la nature ; un peu 
de romanticisme (sic) leur donne cet éclat que souvent celle- 
ci leur refuse. 

Mon épouse et toute ma famille me chargent de vous faire 
leurs respects. 

Votre dévoué, 

L[ouis] Colla. 



LE R. P. HENRI CHÉROT 

DE LA COMPAGNIE DE JÉSUS 
(1856-1906) 

ESSAI BIBLIOGRAPHIQUE 

Fin (1) 



161. — Dans : Revue des Q. 7i/s/., 1er avril 1900, p. 682-3 : 'sur Le 
Drame des poisons, de Fr. Funck-Brentano. 3e éd. Cf. Bal- 
letin d'Histoire. Etudes, 5 avril 1904, plus bas, no 290. 

162. — Dans '.Intermédiaire, 22 avril 1900, col. 672. * Vente des 
dessins de M. de Chennevières (Henri Hochet). Questions 
sur Tacquéreur du porirait de Bourdalouc de Jouvenet. 

163. — Dans : Études, 5 mai, p. 427-8, sur les t. viii et ix et sur 
Tensemble de la Bibliothèque de la Compagnie de Jésus, du 
P. Sommervogel. Cf. nos 31,47, 56, 75, 83. 106 et 141. 

164. ^ Ihid. 5 mai, p. 381-403. Bulletin d'histoire. 

Le Mas(}ue de fer: Mattioli ou Molière f — A propos de la 
Compagnie du Saint-Sacrement : deux lettres inédites du baron 
de Ren'tg (Cf. plus haut, n® 156). — Une lettre inédite de saint 
François de Sales —Bossuet. — Pascal, 

165. — Pour le Cinquantenaire du Collège Saint -François- 
Xavier, Vannes, 14-16 mai 1900, Vers (non signés) sur le 
Monument de la Vierge dans le parc, 16 vers ; sur la Statue 
de Saint François Xavier dans la cour d'honneur, 10 vers ; 
A Saint Joseph de Penboch : sur la Vierge au Memorare, 
16 vers. 

En seconde feuille d'une gravure représentant le monument de 
la Ste Vierge, de saint Louis de Gonzague et de saint Stanislas. 
Collège Saint-François-Xavier à Vannes. 

106. — Dans : Bulletin de la Société générale d'éducation et 
d'enseignement, 15 mai 1900, p. 323-6. Un moine franciscain 
au XV/e siècle. Saint Pascal Baglon (1540-1592J, d'après son 
nouveau biographe (Le P. Antoine de Porrentuy). 

ri) Voir Bulletin du BibUophile, 15 août-septembre 19M, p. S9^-Mat et 
15 novembre, p. 444-463. 



48G BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

167. — Dans : Etudes, 20 mai 1900, p. 472-497. La Conspira- 
tion du chevalier de Hohan (1674^), d* après de nouveaux mé- 
moires (du Cause de Nazclle). 

168. — Dans : Intermédiaire y 29 mai 1900, col. 936. «Réponse 
sur Faire sonjuuénat (Signé : Henri Rochet). 

169. — Dans : Etudes, 5 juin 1900, p. 577-94. Deux défenseurs 
de la liberté d* enseignement : Le comte de Mun et M, de 
Lamarzelle, 

170. — Pour nos Campagnes, à-i)ropos en vers dil par M. J. 
Trui'ficT, le 9 juin 1900, à l'Œuvre des Campagnes, publié 
dans le Bulletin de VŒuvre des Campagnes, n^ 7, juillet 1900, 
p. 188-90 (70 vers). 

171. — Dans : Etudes, 20 juin 1900, p. 808-19. Les derniers tra* 
vaux sur Bourdaloue (Paulhe, Tausserat, etc.) 

« 

172. — Dans : Réunion jubilaire de V Ecole libre de N.-D, de 
Mont-Roland, Compte-rendu de la 24e Assemblée générale de 
r Association des anciens élèves du petit séminaire de F Arc et 
de r Ecole libre de Mont-Roland. Cinquantenaire, i*^' juir- 
Ict 1900, Dole, imprimerie Coure-Rouzet, 1900, in-S», 94 p. 

Un triumvirat de professeurs, pièce de vers (102 vers). 

173. — Dans : Etudes, 5 août 1900, p. 349-65. Le Vieux Paris 
de VExposition, décors et souvenirs, 

174. — Ibid,, p. 417-9. Notice sur le P. Victor VanTricht, S. J. 

175. — Ibid., 20 août, p. 538-52. Le Congrès d^ histoire corn- 
parée . 

176. — Ibid,, p. 559-71. Sur VHistoire de la Paroisse Saint-Sul- 
pice ; sur le 1815 de H. Houssaye. (Cf. jplus haut, n» 121, et 
Etudes, 20 juin 1905, p. 892-893); sur Quinze ans de police, 
de Desmarest. 

177. — Ibid., 5 septembre 1905, p. 577-93. Petit Palais. Email- 
lerie et orfèvrerie religieuse. 

178. — FIGURES DE SOLDATS. OUvicr de Clisson, La Fauelle, 
La Tour d* Auvergne, Le duc d*Aumale, Le général Fleuru, 
Canrobert, Bourbaki, Trochu, Mac-Mahon, par le P. H. Chè- 
rot, S. J. Société de Saint-Augustin, Desclée, de Brouwer 
et Cie, Lille, MCM, in-8o, 287 p. {Journal de la Librairie, 
29 sept. 190U, no 10063, B. N. Ln^ 172). Cf. no* 88, 95, 128, 133, 
136, 143, 146, 148, 157 et 254. 



LE R. P. HËNHl CHÉROT 487 

179. - Dans : Etudes, 1900, 5 oct. p. 117-25 Louis XIV et Ver- 
sailles, à propos (Tun ouvrage récent (l'hist. du château de 
V., par P. deNolhac). Cf. Etudes, 5 janvier 1904, p. 123. 

180. — Dsins : Intermédiaire,! ocL 1900, col. 585-6. * Le Cœur de 
Louis XIV. Cf. ibid,, 20 août 1902, et V Eclair, samedi 4 
et mardi 7 nov. 1905. 

181. - Ibid, 5 nov., p. 387-403. Bulletin d'Histoire, 

Récentes études diplomatiques, Histoire de la société française. 
Cf. no 257. 

182. — ICONOGRAPHIE DE BOURDALOUE. LE TYPÉ AUX YEUX FER- 
MÉS. SON HISTOIRE. SON INFLUENCE, par le P. Chérot, de la 
Compagnie de Jésus, avec trois portraits en héliogravure- 
Paris, Victor Retaux, 1900, in-fol., 36 p. 

(Journal de la Librairie, 29 déc. 1900, no 13198. B. N. Ln" 
47906.) Cf. plus bas, n«« 198 et 267. 

L'avertissement est daté du 2 (pour 3) décembre 1900.) 

183.— Dans : Cantiques du R, /'. de Bange, l^p livraison, 
Paris, E. Baudoux et Cic in-32, de 16 p. s. d. 

P. 4. La Passion : Jésus prie à genoux au Jardin d'ago- 
nie (G strophes de 4 vers). 

P. 8. La très sainte communion. Il est en moi le Jésus 
que i*adore (3 strophes de 3 vers). 
P. 10. 

Noël, doux mystère 
Du Dieu fait enfant... 

(4 strophes de 4 vers). 

P. 12. La très Sainte Vierge, Gloire à Marie, à la Vierge 
très pure (3 strophes de 8 vers). 

184. — Dans : Études 1900, 5 déc, pp. 612-633 ; 1901, 5 janvier, 
pp. 45-65; 30 janvier, 201-224. Autour de Bossuet, Le Quié- 
tisme en Bourgogne et à Paris en 1698, d'après des corres- 
pondances inédites. 

Tiré à part : P. Henri Chérot, de la Compagnie de Jésus. 

AUTOUR DE BOSSUET. LE QUIÉTISME EN BOURGOGNE ET A PARIS 
EN 1698, d'après des correspondances INÉDITES AVEC 
LE PANÉGYRIQUE ANTIQUIÉTISTE DE SAINT BERNARD DU P. DE 

LA RUE Paris, Victor Retaux, 1901, in-8«> p. 114. (Journal 
de la Librairie, 2 mars 1901, no 2.140; B. N Ln*' 48010.) 

185. — Dans : Bulletin de saint Pierre Fourrier, 9 déc. 1900, 
pp. 6-9 ; mercredi, 9 janvier 1901 ; pp. 23-27 ; samedi 9 mars, 
pp. 52-55; jeudi 9 mai, pp. 87-94; dimanche 9 juin, pp. 100- 
103; mardi 9 juillet, p. 120-123; mercredi 9 octobre, pp. 



488 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

163-168. Contribution à V Histoire de la pédagogie en 
France. Un promoteur et un législateur de Venseignemeidia 
filles au xyii® siècle : saint Pierre Fourrier de Mattaincaaii 
(1565'î6W) d'après son livre des Constitutions, par Henri 
Chérot. 

186. — Dans : Études, 20 décembre 1900, p. 831-832. La Dimm 
Comédie. 

187. - Calendrier Bourdaloue(k effeuiller pour l'année 1901). 

188. — Dans : Intermédiaire, 15 janvier 1901, col^46 Un por- 

ait attribué à Ph 

Reproduit dans 



trait attribué à Philippe de Champagne (Henri Rochet). 

V Intermédiaire du 7 février 1901, col. 193. 



189. — Dans : V Univers, 28 janvier 4901 .Lettre ouverte à 
M, Georges Trouillot, député, datée du 24 janvier. 

190. — Dans : Études, 20 février 1901, p. 458-73. Nos députes 
à VEcole de saint Louis. 

191. — Ibid., 1901, 20 mars, p. 721-40; 5 avril, p. 50-76 ; 20 mai, 
p. 495-517, et 5 juin, p. 624-44. Bonald, d'après sa correspon- 
dance inédite. 

192. —Ibid, 5 avril, p. 124-126. Un siècle de VÉglisede France, 
par Mgr Baunard. 

193.— Dans : Intermédiaire, 15 avril 1901, col. &32. Noire-Dame 
des Agonisants (Henri Rochet), et col. 620. Mémoires sur le 
règlement des pauvres en Languedoc. 

194. — Dans : Études, 5 mai 1901, p. 397-402. Cent ans de 
VHistoire des Missions, d'après un ouvrage récent (Les Mis- 
sions catholiques françaises au xixe siècle, paru sous la 
direction du P. J. B. Piolet, S. J.). Cf. no 214. 

195. — Ibid., 5 mai 1901, p. 368-89, Bulletin d'histoire. Ver- 
sailles et les deux Trianons. Le P. Jean Suffren, S. J. 
La bâtai tle de La Hogue. Les Mémoires du Chevalier de 
Quincy. 

196.— Dans : Bulletin des anciens élèves des Frères, (juin 1901) 
p. 21-22. Cantique des anciens élèves à saint Jean-Baptiste 
de la Salle (9 strophes et un refrain de 4 vers), signé : an 
ami. 

197.— Dans : Intémédiaire, 15 juin 1901, col. 999. La Bourse 
et les filles Saint-Thomas (H. Rochet). 



LE R. P. HENRI CHÉROT 489 

198. — Iconographie de bourdaloue. le type aux yeux 
FERMES. Deuxième Série. Le Portrait Lequeux, Le Portrait 
Ysabeau, par le P. Henri Chérot de la Compagnie de Jésus, 
avec un portrait en héliogravure. Paris, Victor Retaux, 
1901, in-fo 23 p. (Journal de la Librairie, 31 août 1901, 
no 9093; B.N. Ln" 47906.) Cf. plus haut, no 182, et plus bas, 
no 267. L'avertissement est daté du 16 juin 1901. 

199. — Dans : Études, 20 juin 1901, p. 823-35. Une nouvelle Tra- 
duction française des lettres de sainte Thérèse. 

Tiré à part. Une nouvelle Traduction française des 
lettres de sainte Thérèse, par Henri Chérot, S. J., in-8o, 
16 p. Paris, impr. Dumoulin. Extrait des Etudes {Journal 
de la Librairie, 10 août 1901 (dép. le 24 juillet), no 8248. 
B. N.80Q Pièce 1369.) 

« Tiré à deux cents exemplaires, totalement épuisé i» (note de 
l'auteur). Cf. Études, 20 août 1901, p. 554-5 * sur sainte Thérèse, 
Étude d'âme, par l'abbé Sauvert. 

200. — Ibid,, p. 836-41. Quelques publications récentes sur Bos- 
sue t, Bourdaloue, Fénélon, 

Cf. ibid. 5 sept, 1901, p. 704-708, quatre copieux comptes- 
rendus sur des ouvrages relatits à Bossuet, et 20 nov. 1900, le 
compte rendu du Bossuet de M. Rébelliau, p. 557-60. 

201. -Ibid,, p. 848. Sur le Clouis de M. Godefroid Kurth, 

2^' éd. (1). 

Une note importante du P. FI. Jubaru, ajoutée à ce compte- 
rendu, a été malheureusement défigurée et rendue presque inin- 
telligible par des confusions de noms. Le P. Chérot a corrigé 
soigneusement son exemplaire. Il faut lire en effet, p. 849, ligne 
20 de la note: « ... résoudre une difficulté suscitée par M. Krusch. 
Le critiaue allemand s'est autorisé,etc.»: et non pas, «suscitée par 
M . Kurth, le critique belge, etc. » de même ligne 25 : Kruch et non 
Kurth. 

202. - Dans : Études, 5 juillet 1901, p. 72-84, et 20 juillet, 
p. 191-204. Le Marquis de Vogue, historien à F occasion de 
son élection à r Académie française. Cf. Etudes, 5 juin 1905, 
p. 722-23. 

203. — Ibid,, 20 juillet, p. 224-7. A propos d'une nouvelle Vie 
de Jeanne d'Arc. 

204. —Ibid,, 5 août 1901, p. 363-84. Le trésor de Foulon et le 



(1) Voir plu» haut, n* 79 et, sur la 1" édiUon, Etudes, 25 déc. 1S95, 
p. Bibl.. p. 908-909. 

33 



l 



490 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

jaifZachariaSf d'après des documents inédits. Signé : H. Ville- 
tard (abbé), et Henri Chérot, S. J. 

Tiré à part : Le Trésor de Foulon, ctc, par l'abbé 
H.Villetard et le P. H. Chérot, S. J. (Extrait des Etudes du 
5 août, Paris, Dumoulin, in-S», 24 p. (Journal de la Librairie^ 



in-«o, "-/A p. 
; H. N., Li 



7 septembre 1901, no 9517; H. N., Ln«' 48722). 

205. — Ibid., 20 août 1901, p. 542-62. Marie Pharou. Un petit 
poète romantique inconnu, diaprés des lettres inédHes de 
augo, Lamartine, Chàteaubriant, Sainte-Beuve, etc. 

206. — Ibid,, p. 560-62. *Sur Siège de Sens, défense de F Yonne 
et campagne du général Allix, par Joseph Perrin, Président 
de la Société archéologique de Sens. 

Cf. Etudes 1896, sur un ouvrage du même auteur. {Le Car- 
dinal Loménie de Brienne), 30 oct. 1896, p. bibl., p. 762-65. 

Voir ibid. (sur d'autres œuvres sénonaises), 5 juillet 1901j^. 127-9. 
Hist. du caiéchismCj par Tabbé Hézard ; 5 oct. 1901, p. 588 : Abbé 
Bonneau, Notes pour servir à Vliist, du clergé de t Yonne. QT. 
aussi sur le Cartulaire de Sens, de Tabbé Cnartraire, 5 Juillet 
1905, p. 134-5. 

207. — Préface des sermons inédits de bourdalouk, d'après 
des recueils contemporains publiés et annotés, par le P. Eu- 
gène Griselle, S. j., datée : de Paris, Maison des Etudes, 
7 avril 1901. (B. N. D 84893). 

208. — Dans: L'Univers, samedi 5 août 1901. Une Soutenance 
de doctorat ès-lettres à V Université de Caen, Lettre datée 
de Paris, 31 juillet. 

Le P. Chérot qui était accouru tout d'une traite, après an 
voyage à Munich, de Nancy à Cuen, pour assister à ma soute- 
nance, avait pris force notes durant les deux séances de la ioar- 
née, et avait envoyé tout "chaud", dès le 13 juillet au soir an 
tiès vivant compte-rendu qui fut égaré à la rédaction du jour- 
nal. 11 le regretta beaucoup, n'ayant rien gardé de ses premières 
notes et n'ayant aucun double de son premier envoi. Sa lettre 
du 31 lui semblait trop pâle. 

209. — Dans : Etudes, 5 septembre 1901, p. 679-683. Une Thèse 
sur Bourdaloue. 

210. — Ibid., 20 oct., p. 259-65. Le déclin extérieur et intérieur 
de VEmpire, d'après une publication récente. (Histoire du 
second Empire, par P. de la Gorce, t. V). Cf. no" 274 et 314). 

211. — Ibid., 5 nov. 1901, p. 289-313. Le duc de Broglie his- 
torien. 



LE R. P. HENRI CHÉROT 491 

212. —Ibid., 20 nov. 1901, p. 514-6. Nécrologie. LeR. P.Henri 
Mertian (signé : La Rédaction.) 

213. — (Décembre), Le Programme de la Revue Bourdaloue, 
Signé : Eugène Griselle et Henri Chérot. (La Revue est 
absente de la Bibl. Nationale, indice de la fidélité du dépôt 
légal). 

214. — Dans : Etudes, 5 déc. 1901, p. 701. Missions catholiques 
françaises (sur la France du dehors, t. III.) Cf. plus haut, 
no 194. Voir sur le t. V. Etudes. 20 fév. 1903, p. 567-570. 

215. — Calendrier de Fénelon (à effeuiller) pour l'année 1902, 
Lille, Desclée, de Brouwer et C>e (a paru pour la dernière 
fois en 1905). 

216. — Dans : Almanach catholique de France pour Cannée 
1902, (Voir. plus haut. No 86), p. 108-12. U Musée historique 
de Varmée aux Invalides. 

217.— Dans: Revue Bourdaloue, !<*»• janvier 1902, p. 48-50. Un 
Pèlerinage au portrait de Bourdaloue à Valte Pinacoteck 
de Munich. (Reproduit en Appendice II, p. 45-46, dans llco- 
nographie de Bourdaloue, 3« série). (Voir plus bas, n» 267). 

21H. — Ibid., p;()3-G5. Un nouveau Recueil manuscrit de Ser 
mons de Bourdaloue, Ms. Z. 

219. — Dans : Revue des Q. Hist., lerjanv. 1902. p. 309, * sur 
Jesuiten Fabeln, du P. Bernard Duhr, S. J. 

220 — Dans : Bulletin de la Société générale cTéducation, etc., 
15 janvier 1902, p. 70-72. Mélange sur Allocutions de Col- 
lège, mon Crime, par le P. Emni. Barbier, S. J. 

221. — Dans : Études, 20 janvier 1902, p. 179-97, 5 mars, p. 646- 
73; 5 avril, p. 32-52; 20 mai, p. 443-61 ; 5 juillet, p. 76-90. 
Le général Bertrand en 1S13 et ISH^ diaprés sa correspon- 
dance inédite. 

222. — Dans : Bulletin de VŒuvre des Campagnes, février 1902, 
p. 33-38. Contre le découragement. Souvenir de l'Epiphanie. 

223. — Dans : Études. 5 février 1902, p. 376-95. Bulletin d'his- 
toire. L'E.Tode des Congrégations, des évèques et des prêtres 
sous la Révolution. Le retour de Chàteaubriant. La réorgani- 
sation dun diocèse. 

224. — Prospectus de la Revue : O Salutaris hostia (B. N, 



492 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

D. 72728). Librairie V. Retaux. Signé : Henri Chérot. En note 
manuscrite : « reçu le 26 février 1902 ». 

Reproduit au dos du no des Etudes du 20 mars 1902. 

225. — Dans : Bulletin de la Société générale d'éducationy etc., 
15 février 1902, p. 148-51. Mélange sur La Congrégation^ 
opinions et discours, de Henri Brisson. 

226. — Dans : Le Gaulois, 2 mars 1902. Les petites Cauêes, 
Signé : Memor. 

227. — Dans : Le Monde Catholique Illustré, 15 Mars 1902. 
p. 134-141. Le portrait de Bourdaloue d'après de récentes 
découvertes. 

Tiré à part : Bibliothèque franco-italienne du Monde Ca- 
tholique Illustré et du Comos catholicus, vol. I. Henri 
Chérot. Le Portrait, etc. Paris, Ch. Poussielgue, 1905, 
in-8 de 19 p. 

228.— Dans : Revue des Q. hist., 1er avril 1902, sur *Figuresei 
choses du temps passé, de Léon Charpentier, p. 688. 

229. — Dans : Revue Bourdaloue, 1902, 1er avril, p. 105-15 ; 
1er juillet, p. 223-32; 1er octobre, p. 349-56; 1903, 1er janvier, 
p. 53-62; 1er avril, p. 204-16; Ur juillet, p. 420-436. Corres- 
pondance de Bourdaloue. 1er janv. 1904, p. 157-161. Encore 
ta Correspondance de Bourdaloue, 

— Ibid., 1er avril 1902, p. 141-146. Chronique. 

230. - Ibid,, 1902, 1er avril, p. 128-140; 1er juillet, p. 233-69; 
1er octobre, p. 365-426; 1903, l<'r janvier, p. 107-119; l^r avril, 
p. 263-80. Annotation du manuscrit inédit du P. Gisbert, 
S. J. : Histoire critique de la Chaire Jrançaise depuis Fran" 
çois /«r jusqu'aux derniers prédicateurs imprimés de no$ 
jours, (Le P. Biaise Gisbert est mort en 1731). 

231. — Dans : Etudes, 20 avril 1902, p. 282-84, * sur La Vraie 
Jeanne d* Arc, t. V., La Martyre (compte rendu de l'ouvrage 
du P. AyroUes, S. J.) Cf. sur le Supplément: Etudes, 20 avril 
1903, p. 291-92. 

232. — Ibid,, 1902, 5 mai, p. 372-89; 5 novembre, p. 404- 
15 : Bulletin d'histoire. Le Mouvement biographique sur le 
xviie siècle. 

Sur le Fénélon de Tabbé Cagnac (Cf. Etudes, 5 janvier 1904, 
p. 127); Godeau,i\e Tabbé Cognet ; Le Jansénisme dans tancien 



LE R. P. HENBI CHÉROT 403 

diocèse de Vence^ de Georges Doublet; Choart de Buzeiwal^ 
de M. Jean Gaillard ; Hébert^ èvêque dAgen^ de l'abbé Du- 
renges; Loais XIII enfant (R. de Paris, l^r octobre 1901), de 
L. Batiifol (Cf. le compte rendu sur Au temps de Louis XIII^ 
dans lePolifbiblion); Caiinat^ d'Emoi, de Broglie et d'Hipp. 
Buifenoir (Revue bleue, 15 sept. 1900; I^s Mémoires deman- 
seau, intendant de Saint-Cur; la Bibliographie des Recueils 
collectifs de poésies^ de Fred. Lachévre.t.I, et le Louis XIII 
d'après sa correspondance, du comte de Beauchamp* (Cf 
no 271). 

233. — Dans : Intermédiaire, 10 mai 1902, col. 718-719. Réta- 
blissement du texte et du contexte de la phrase de Bourda- 
loue, sur Forigine des grandes fortunes. Signé : Henri 
Chérot. Cf., sur le même sujet, Imtermédiaire du 30 mai, 
col. 284, signé : C. (Chérot). 

234. — Dans : Etudes, 20 mai 1902, p. 499-512. Nécrologie. Le 
R, P. Carlos Sommervogel (signé : La Rédaction). 

Reproduit dans la i?eime catholique d'Alsace^ Mai 1902, p. 323- 
37. Cf. dans Intermédiaire, 10 mai 1902, col. 728, intitalé yécro- 
logie, sans signature ; dans VAmateur d^aatographes (B. N. 
Q 4515), 15 Juin 1902, p. 135-136. Il est permis de reijretter que 
le P. Chéroc n'ait pas rencontré ce même concours diiommatfes 
nécrologiques. Il nut i^outer toutefois aux Reonn citées plus 
haut, p. 8, n. 2, Tarticle nécrologique du Polgbiblion, août 1906, 
p. 176-177. 

235. — Dans : U Univers, 26 mai 1902: A l'occasion du 26 mai, 
Une poignée de lettres inédites du P. Olivaint. 

236. — Dans : salutaris hosiia, juin 1902, p. 93^. Maximi- 
lien d'Autriche sauvé par rEucharistie (Poésie). 142 vcri. 

237. — Dans : Études, 5 juin 1902, p. 714-715 *sur les Carmé- 
lites de Gisors {1631-1792), de Louis Régnier. 

238. — Ibid., 20 Juin 1902, p. 815-820. Canrobert en Crimée, d'après 
une publication récente^ (de Germain fopst). Cf. Etaée»^ 
20 janvier 1905, p. 274-276. 

239. - Dans : Bulletin du Bibliophile, 15 inin 1902, p. 262-28g. 
Un grand bibliographe du dix-neuvième siècle. Le P. CofIôs 
Sommervogel {Î834'i902). 

Tiré à part à cent exemplaires : Un grand bibliogra- 
phe, etc., par Henri Chérot, Paris, Henri Leclerc, 4902» in-8 
de 11 p. {Journal de la libr., 13 septembre 1902, no 8606; B. N. 
Ln", 49350.) 



494 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

240. — Dans UUnivers,21 juin 1902. Est-ce un pas vers l'Eglise 
nationale? Sur la brochure: La Juridiction épiscopale et 
la mise à exécution de la loi du 27 Juillet 1901, Paris, 
Relaux. Cf. Revue catholique des Institutions et du Droit, 
février 1903 (p. 125) art. d'Emm. Lucien-Brun. 

241. — Dans : Revue Bourdaloue, 1er juillet 1902, p. 147-167. 
Découverte du texte primitif de Voraison funèbre de Condé 
avec corrections autographes de Bourdaloue, 

Ibid., Chronique, p. 270-280, signée H. C. 

242. — Dans : Etudes, 5 juillet 1902, p. 139-140, sur *Statal8 
d'Hôtels-Dieu et de Léproseries, de M. Léon Le Grand, et 
Catalogue des manuscrits de Montpellier, provenant du 
département de r Yonne, de Tabbé L. Villelard. 

243. - Ibid,, 20 juillet 1902. Une lettre inédite de saint Vin- 
cent de Paul, p. 211-214. Signé : Paul Debuchy et Henri 
Chérot. 

Deux rectifications manuscrites, appuyées de pièces authenti- 
ques ajoutent à lintérct de cette lettre. 1" C'est un original et non 
une copie ancienne. 2'* Dans la déclaration citée p. 212, il faut 
lire, au lieu de «Lambert auChasteau, prêtre »(qui a suggéré 
des conjectures assez ),« fragiles. Messire Lambert auxCousteaax, 
prêtre, etc. » Lambert aux Cousteaux, né en 1606. à Fossemanant, 
paroisse de Prouzel, diocèse d'Amiens, entre en 1629, dans 
fa Conjgrégation de la Mission, était en 1644, date de la lettre, 
précisément ** supérieur et curé des Prêtres de la Mission de Ri- 
chelieu ". Il n*y a donc pas de doute sur la nécessité de corriger 
cette lecture. 

244. — Ibid,, 20 août 1902, p. 530-538. Une Congrégation reli- 
gieuse au X/Xo siècle. Les Petites Sœurs des Pauvres, 

Reproduit, sans le bref final, mais avec additions, dans 
Le Carnet, sept. 1902, p. 347-353. Cf. n» 248. 

215. — Préface de Vie des Saints pour chaque Jour de Vcainéep 
à Cusane des Frères des Ecoles chrétiennes, Paris, Procure 
générale, s. d. (1902) p. xiii à xvii, n. s. 

246. — Dans: Notes d'Art et d* Archéologie, Revue de la 
Société de Saint-Jean, août 1902, p. 171-179. La bienheureuse 
Jeanne de Lestonnac [ "^56-1640), Vieux buste et statue nou- 
velle. 

Tiré à part : Henri Chérot La Bienheureuse, etc.. Mou- 
tiers, MCMII, in-« (le 15 p. (B. N. Ln«^ 52194). 



LE R. P. HENRI CHÉROT 495 

247. — Dans : Ballelin du Bibliophile, 1902, 15 août et 15 sep- 
tembre, p. 353-88. A propos du troisième Centenaire au 
P. Pierre Le Moyne (1602-1902). La Carte nouvelle de la 
Cour (1663). 

Tiré à part à 60 exemplaires : A Propos, etc., par Henri 
Chcrot. Paris, Henri Leclerc, 1902, in-8 de 40 p. (Journal de 
la Libr,, 29 nov. 1902, n« 11170; B. N. Ln" 49517.) 

248. — Dans : U Carnet (B. N. 8o Z 15152), oct. 1902, p. 53-66. 
Les Jésuites et la liberté de renseignement sous le second 
Empire. 

249. — Dans : Revue Bourdaloue. 1er oct. 1902, p. 319-24. 
Boardaloue au Château de Beauregard (signé : I abbé Cas- 
taing). 

Dans l'exemplaire de travail du P. Chérot se lit cette note, à 
la suite de la signature: ** C'est moi qui ai rédigé Tarticle sur 
les texte :i que m avait fournis Tabbé Castaing, déjà souffrant et se 
rendant en Belgique aux vacances de 1902, pour y passer un 
mois '\ — En face du second article. !••■ janvier 1903, p. 41-48, le 
P. Chérot a inscrit cette note: « L'abbé Castaing, Tauteur de cet 
article, est mort le 20 décembre 1902, quelques jours avant l'ap- 
parition de cette livraison ; le travail est donc posthume ". 

250. — Ibid,, p. 325-33. Le Cœur de Condé à la Maison pro- 
fesse. Les copies divergentes d*un discours, 

Ibid., p. 427-33. Chronique (H. C). 

251. — Dans : Etudes, 5 décembre 1902, p. 676-97. Le marquis 
de Beaucourt historien. 

252.— Ibid. p. 706-7,* sur La Chevalière d'Eon, de G. Letain- 
turier-Fradin. 

("est un simple compte-rendu, où du reste la bibliographie 
est fort soignée. L'intérêt de cet article est dans le sujet même, 
qu avait étudie déjà de façon spéciale M. Louis - Edme • Louis Le 
Maître, Taïeul maternel du P. Chérot. On lit en effet dans sa 
notice déià citée : «SMl est un sujet aue M. Le Maistre ait affec- 
tionné, c est celui de la Chevalière d Bon. Ce personnage mys- 
térieux a toujours charmé tous ceux qui Tout étudié aussi bien 
que ceux qui Font connu. Letrangetéet le romanesque, ses aven- 
tures, les doutes que son costume féminin avait fait naître sur 
son sexe, et qui ont provoqué en Angleterre des paris fabuleux, 
et fait composer en France des mémoires et des livres plus ou 
moins vériaiq[ues (1), expliquent cet intérêt soutenu qui n est pas 
encore épuise. 

(1) Parmi ces livres, il faut citer les Mémoires de laCheifalière dEon 
par Fr Gaillardet, 1866, in-8, qui, cette fois, paraissent authentiques 
ot contiennent une curieuse confession de Tauteur sur les prétendus 
mémoires qu'il avait publiés dans sa jeunesse sur d'Eon, et qui n'étaient 
({u'un audacieux roman. (Note de Max Quantin). 



496 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

M. Le Maistre, qui avait eu à sa disposition les papiers de la 
Chevalière d*Kon, résolut d'entreprendre d'en raconter rhistoire. 
Cette œuvre de longue haleine est restée manuscrite. Le même 
projet avait bien tenté aussi un autre de nos honorables confrè- 
res, M. le baron Chaillon des Barres; c'eût été pour lui morceau 
de roi ! Sachant que M . le Maistre avait préparé d'énormes 
matériaux et dégrossi le sujet, il aurait bien voulu obtenir 
l'abandon de son manuscrit pour le faire sien, se l'identifier et 
y répandre la finesse et le mordant de son style, s'y livrer à 
toute sa verve et à toute sa fantaisie. Mais ce projet n'eut pas 
de suites. (Max Quantin, op. cit., p. 9-10). 

Il y avait donc là une sorte d'héritage de famille, qui explique 
lattention donnée par Tauteur à cette figure. Outre les documents 
de son grand père qu'il avait en portefeuille, parmi lesquels une 
une curieuse collection de gravures, il avait rassemblé une 
série de pièces sur le Chevalier d'Eon, dont plusieurs inté- 
resseraient les bibliophiles. Notons en particulier un pamphlet 
contre Beaumarchais, publié en 1778, par la prétendue chevalière 
d'Eon, in-l'i de 28 pages, portant quelques corrections autogra- 
phes du fameux chevalier, natif de Tonnerre. On y lit une note 
constatant qu'il fut acquis par le P. Chcrot le 14 octobre 1896. 

253. — Ibid. 20 décembre 1902, p. 843-46. Souvenirs du général 
marquis A mand d *Hautpouî. 

Une note manuscrite porte : " Tue réplique par le Cte de 
Damas a paru dans la Revue des deux mondes . Cf. Études, 
20 janvier 1905, p. 27(i-8. 

254. — Dans: Almanach catholique de France pour Vannée 
1903 Lille, {in-4o, cf. plus haut, n« 86). Figures de soldat : le 
général du Bar rail, p. 27-3i2. 

255. — Dans: Revue Bourdaloue, l'»" janvier 1903, p. 73-91. /?«« 
Bourdaloue et Rue Zola. 

Ibid. p. 120-129. Chronique (H. C). 

256. — Dans : Le Carnet, 1903, janvier, p. 82-94 mai, p. 230- 
243; septembre 317-328. La Campagne de 1880 contre la 
liberté iV enseignement. 

Le 3« article porte pour litre : « La campagne contre la liberté 
d'enseignement en 1880.» 

257. — Dans : Revue des Questions iii.storiquesj l*?'" janvier 1903, 
sur La Société française (xvii<^^ siècle), de V. du Bled, et sur 
La Vie littéraire à Dijon au XVIll^ siècle, de Ta' bé Em. 
Deberre, p. 328-3:^. Cf. plus haut, n» 181 et Revue des 
Questions historiques, Ur janvier 1906, p. 310 et 311. 

258. — Dans : Bourdaloue ^ Lectures spirituelles sur tétai 



LE R. P. HENRI CHÉROT 497 

religieux, disposées par P. Goedert, E. M. Lettre-préface y 
p. ix-xviii, datée : Paris, en la Fête de Noël 1900 (sic). 

« Le livre a paru en février 1903. * (Note manuscrite que ne con- 
firme pas le Journal de la Librairie). 

Cf., sur les divers volumes de cette coWecilon. Études, 20 mars 
1901, p. 839, 5 juin 1902, p. 713; 20 juin 1903, p. 871, et sur le 
dernier livre, Revue Bourdaloue, l«r avril 1903 {Ùlironique, p. 300- 
302) . 

259. - Dans : Éludes, 20 mars 1902, p. 858-872. Un éducateur 
populaire de la Bretagne catholique au XIX^ siècle. Jean- 
Marie de Lamennais, auprès un ouvrage récent (du R.P. La- 
veille, pr. de rOratoire). 

260. — Dans : Revue Bourdaloue, 1er avril 1903, p. 226-236. Un 
Portrait de Bourdaloue à la Bibliothèque de Valenciennes, 
signe : L'auteur de V Iconographie de Bourdaloue, 

La découverte avait été signalée au P. Chérot par M. Louis 
Serbat, auteur de l Architecture gothique des Jésuites au XVI I^ 
siècle. (Voir Études, 5 sept. 1903, p. 609-701). L'article a été repris 
dans la 3« série de V Iconographie. (Voir n» 267 où il figure en 
Appendice I, p. 39-44. 

261. — Ibid., page 2.37-248. Une consultation de Bourdaloue, 
en 1689, d'après une lettre inédite de René de Marillac. 

Ibid:, p. 298-320, Chronique, signée H. C. 

262. — Dans : Éludes, 1903, 5 avril, p. 5-23 ; 20 mai, p. 469- 
492. Le général Ducrot à Strasbourg (1865-1870). Cf. Études, 
20 mai 1906, p. 556-558. 

263. — Dans : L'Univers, 6 avril 1903. * Compte rendu de 
V Abrégé de F Evangile médité, etc. par Tabbé François 
Durand, signé H. C. 

Cf. Etudes, 5 avril, p. 128. 

2()'k - Dans : Études, 20 avril 1903, p. 213-238. Les Fêtes du 
Centenaire de Qui net, 

265. — Ibid,, p. 295-298, * sur Une Nièce de Pascal: Marguerite 
Périer, par Elie Jaloustre. 

266. — Ibid., 5 mai 1903, p. 412-421. Une Thèse en Sorbonne. 
M(f de GondriUj archevêque de Sens, au -YV//« siècle. 

Récit de la soutenance du 3 février 1903, de M. Georges 
Dubois et analyse de Fouvrage. 

2»)7. — ICONOGR.VPHIE DE BoURDALOUE, TROISIÈME SÉRIE. Le 



498 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

TYPE AUX YEUX OUVERTS, par Henri Chérot, avec quatre 
portraits en héliogravure. Paris, Victor Retaux. 1903 in-f», 
in-4o, 62 p. (Journal de la librairie, 30 mai 1903, n*» 5222 
(9 mai); B. N. Ln«' 47.906). 
Cf. plus haut, nos 182 et 198. 

L'avertissement est date (postdaté évidemment) : « Paris, 13 mai 
1903, cent-quatre-vingt-dix-neuvième anniversaire de la mort de 
Bourdaloue. » 

268. — Dans : Etudes, 20 mai !903, p. 564-566. Un grand reli- 
gieux : le P. Picard. 

269. — Dans: La France illustrée, 20 juin, no 1490, p. 31-32. 
Quatre portraits de Bourdaloue, signes Pierre d'Ossone. 

270. — Dans : Revue Bourdaloue, p. 466-470. Un autographe 
de Bourdaloue à Saint-Pétersbourg, l^r juillet 1903. 

Ibid. p. 502-510. Chronique, signée H. C. 

271. — Dans: Etudes, 20 juillet 1903. Louis XIII d après sa 
correspondance avec le cardinal de Richelieu, p. 249-255. 

Cf. Etudes, 5 mai 1901, p. 371, voir plus haut no 232. 

272. — Dans : Bulletin mensuel du Rosaire, Amiens, 8* année, 
août 1903, p. 124-126. Un Livre de piété composé par une prin- 
cesse du XVII*^ siècle, (Réflexions sur les huit béatitudes..., 
Paris, 1085, réédité par M. Rodocanachi). 

Des allusions à cet ouvrage, faites dans Toraison funèbre de 
M«'» de Monpensier, par le P. Féjaca. O. P., ont été rappelées, 
ainsi que Particle du P. Chérot, par M. le chanoine Rohaut, dans 
le même BiiZ/e/in mensfie/, sept. 1905 Un Prédicateur amiénoit, 
le R, P. Féjacq, p. 333. 

273. — Dans: Revue du monde catholique, (B. N., Z 23121), 
1er août 1903, p. 354-373. La <v Sainte-Thérèse t de M. Henri 
Joly. 

Tiré à part, collection Arthur Savaète, à 0.50, n*» 1. La 
Sainte-Thérèse de M. Henri Joly, par Henri Chérot. 
Paris, Arthur Savaète (s d. 1903, in-8o de 40 p. (Journal de la 
libr,, 3 octobre 1903, n« 9484 ; B. N. 8oZ, 16106.) 

274. — Dans : Etudes, 5 août 1903. p. 395-401. La candiuature 
Hohenzollern et l'agonie de VEmpire, d*aprcs an ouvrage 
récent (Hist. du second Empire, de Pierre de la Gorce, 
t. VI. Cf. plus haut, n«> 210, et plus bas, no 314). 

275. — Ibid. 1903, 20 août, p. 477-498; 5 septembre p. 634-661, 
5 octobre p. 22-45; 20 novembre p. 512-512. La Princesse 



LE R. P. HENRI CHÉROT 499 

de Condé en exil et dans le cloître, d'après une correspon- 
dance inédite. 

Tiré à part avec nombreuses additions : henri chérot. 
La Princesse Louise-Adélaïde de Condé en exil et 
dans le cloître, d'après une correspondance inédite 
(1791-1823). Paris, imprimerie de J. Dumoulin MCMIII, 
in-8o de 173 p. (Journal de la libr., 16 janvier 1904, 24 dé- 
cembre 1903, no 336; B. N. Ln*' 50438). 

276. — Dans: Intermédiaire, 20 septembre 1903, col. 405. 
Question sur VHôtel Saint-Paul (Signé H. Hochet), col. 409; 
Réponse sur U A mirai de Guise (même signature). 

277. — Dans: Revue Bourdaloue, 1er octobre 1903 p. 565-582. 
Bourdaloue à Eu (1665-1666), Impressions de voilage. Lettre 
de M. Henri Chérot à M, Eugène Griselle. Eu, lundi 13 
juillet. 

Ibid., p. 268-71, signé H. C. 

278. — Dans : Intermédiaircy 20 octobre 1903, col. 570, sur 
Torthographe de Saint-Paul et Saint-Fol (signé : Henri 
Rochet). 

279. — Dans : Etudes, 5 novembre 1903, p. 407-420. Bulletin 
d* histoire. La controverse actuelle sur la bataille de Sedan, 
Cf. Etudes, 20 mai 1906, p. 556-558 et no 262. 

A noter, dans cette analyse des ouvrages sur la question, Fallu- 
sion au voyage entrepris par Tauteur, c|ui fidèle à sa devise: *'fai 
ifoulu voir, fai pu", s'astreignit à refaire, à pied, par une pluie 
battante, tout IMtinéraire de Tarmée à la journée de Sedan: 
*' Notre rôle sera celui d'un simple rapporteur, et notre excuse.... 
serait le souvenir personnel de maintes excursions faites, plan 
ou livre à la main, du macabre ossuaire de Bazeilles ou de la 
maison dite de la Dernière cartouche, à la petite croix de pierre 
grise du calvaire d'illy, des hauteurs de la Marfée au château de 
i^ellevue, du pont de Donchci^ aux falaises de Montimont, 
au défilé de Saint-Albert, ces Thermopyles meusiennes, qu'à 
1 éternel étonnement de l'histoire, ne aéfendit aucun Léoni- 
das français.» Ceux qui ont connu le P. Chérot dans l'intimité 
le voient revivre dans cette phrase; elle leur rappelle la fougue et 
l'ardeur avec laquelle il se passionnait pour les question militai- 
res. Par suite peut-être de cet atavisme dont nous rappellions 
plus haut l'influence possible (voir Bulletin, 15 août, p. 329), le 
P. Chérot, sans se détacher jamais des études historiques sur le 
XV1I« siècle, s'était épris (ses Figures de soldats en témoignent) 
des mémoires militaires ae toutes les époques. Le relevé de ses 
anal^'ses d'ouvrages militaires serait interminable. Avouons que 
le défaut d'études techniques a pu l'égarer plus d'une fois sur ce 
terrain où il était moins ** maître" qu'en matière de l'histoire 
religieuse du dix-septième siècle. 



500 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

280. — Dans: Intermédiaire, 20 décembre 1903, col. 889. Ques- 
tion sur les papiers de Pontchartrain . (H. Rochet). 

281. -r- Dans: Almanach catholique de France pour Vannée 
1904^ (cf. n« 86), Lille, p. 95-98. Le deuxième centenaire de la 
mort de Bourdaloue, 13 mai 1704-1713, mai 1904. 

282. ' Dans: Revue de Boiirdaloue, i^r janvier 1001, p. 125- 
138. Lf jeton de V éloge funèbre de Henri II de Bourtyon- 
Condé par Bourdaloue et ses successeurs, 

Ibid., p. 178-192. Chronique, signée H. C. 

283. — Ibid. Prospectus encarté dans le numéro de janvier et, 
ai)rcs corrections, dans celui d'avril. Pour le Centenaire de 
Bourdaloue, 13 mai 1904. (Deuxième centenaire de sa mort : 
i3 mai 1104) : signé : La Rédaction, Daté : Paris, l®»" janvier 
1904. 

Reproduit avec quelques retouches dans Bulletin du 
Bibliophile, 15 avril 1904, p. 202-204. n. s. 

284. —.Dans : Eludes, 20 janvier 1904, p. 268-273. Deux ^'Sommes'* 
nouvelles de la prédication catholique. 

285. — Dans : La Vérité Française, 28 janvier 1904. Un nouvel 
ouvrage sur ^ancienne mission du Canada, (Relation par 
lettres de V Amérique septentrionale, années 1109-1110, éditée 
et annotée par le P. Camille de Rochemonleix, S. J. 

Cf. plus bas, no 326. 
Reproduit dans la Vérité de Québec, 

286. — Dans : Bulletin du Bibliophile, 15 mars 1904 , p. Iô6. 
Un prochain Centenaire (n. s.). 

287.— Dans : Études, 20 mars 1904, p. 801-18. Louis XIV et rim- 
maculée Conception en 1657, d'après des documents inédits. 

Cf. Études, 5 déc. 1904, p. 740-41 *sur Le Petit Office de 
rimmaculée Conception, du P. Debuchy, S. J. et 20 déc. 
1904, p. 885-6* sur L Immaculée Conception et V Eglise de 
Paris, de M. l'abbé Lesétrc. 

288. — Dans : Revue Bourdaloue, 1er avril 1904, p. 283-336i. 
Un pèlerinage à la tombe de Bourdaloue. 

Cf. sur ce sujet un article de VEclair, de M. Montorgueil, 
le 19 avril 1904, avec quelques rectifications parues le 
20 avril, à la demande du P. (^liérot. 

Ibid. p. 374-82. Chronique, signée H. C. 



LE; R. P. HENRI CIIÉROT 501 

2S9. ^ Dans : Études^ 5 avril 1904. Commet^ moururent B09* 
saet et Bourdaloue^ p. 5-24. 

En tête de Tarticle je relève cette note manuscrite de Tautear : 
'* Cet article a été vivement attaqué par l'abbé Delmont dans 
son article intitulé Le deuxième Centenaire de Bouuet. (Revue de 
Lille, p. 795 et suiv. Ci-Joint la lettre de Tabbé Delmont» reçue 
le 19 aécembre 1904, en retour de celle que je lui avais adressée 
quelques Jours plus tôt, pour lui dire que son article de Juillet 
venait de tomber alors seulement entre mes mains, et que sans 
m'offenser de ses critiques, mais aussi sans changer d'opinion, 
je me refusais à toute polémique **. Cf. dans Études, 20Jurn 1904, 

S. 895-96, deux comptes rencfos sur Vabbé de Rancé et Bœêuet 
u P. Serrant, et les Études et rechercIieM,,. de M. E. Jovy. Deux 
Sassages où ces articles sont pris à partie dans le n» cité de la 
leoue de Lille, sont simplement transcrits par Tauteur, sans 
aucun commentaire. Le silence est parfois éloquent. 



290. - Ibid., 5 mai 1904, p, 403-415. BuUetin d'histoire. Les 
empoisonneurs de Pancienne France, (Cf. plus haut, no 161). 

A propos du livre du Dr A. Masson : La Sorcellerie et la 
science des poisons, l'auteur ajoute cette note manuscrite : 
« Voir, pour Masson mon autre compte rendu dans le Poly- 
biblion. » Cf. plus bas, n» 311. 

291. — LE DEUXIÈME CENTENAIRE DE LA MORT DE ROUROALOUE 
ET LA PAROISSE SAINT-PAUL-SAINT-LOUIS. PariS, LahurCy 

1904, in-8", 50 p. 

L*averlissement est signé : Un Ami de la Paroisse, Paris, 
It-r mai 1904. 200« anniversaire du dernier sermon de Bour» 
daloue (B. N. Ln«' 50872). 

L*ouvrage fut imprimé très rapidement. La copie n'avait été 
remise que le vendredi 6 mai, et l'auteur corrigeait le 8, la mise en 
page du volume affiché et vendu le 10. J*ai sous les yeux, pour ces 
détails précis, un manuscrit autographe du P. Ghérot, intitulé 
Histoire journal de Vorganisation matéHelle du 2" centenaire de 
la mort de Bourdaloue, 13 mai $90^^ écrite presque entUrtment 
au jour le jour. Ce recueil est accompagné de toutes ses pièces 
justificatives, lettres, télégrammes, factures, etc. Il témoigne 
d'une activité prodigieuse et est la preuve sensible d'une vérité 

Sue me je suis toigours plu à proclamer, que le Centenaire de 
ourdalouea dû son succès au P. Chérot. Rédaction des afflcheaet 
des prospectus, démarches, correspondances, tout fût son oeuTre. 
Maint détail pittoresque serait à recueillir, teUe cette réflexion. 
dans le récit du transport fort laborieux de Touvre d'André 
Besqucut, le buste de marbre (poids : 180 kil.) auquel, le lundi 
21 déc. 1903 (le journal commence au 18 déc.) on cherchait nne 

Slace favorable au presbytère de l'église St-Paul-St^Lonis : c Âprèa 
eux cents ans, le voilà presque rentré chez lui, car on dit que 
ce presbytère était à la maison de retraites, et il dut en donner 
plus d'une, à cette même place, à des hôtes illustres ». An point 
de vue bibliographie matérielle, on y retrouve le date des «ver- 
ses affiches, cartes d'invitation, etc., dont il prit \t sointpoor la 
conférence de l'abbé Coubé, samedi 30 avril» le pantofrurae de 
Mgr Rosier, 12 mai, et la conférence de M. Bmnetiere, » oua tlM. 



504 BULLETIN DU BIBLfOHILE 

309. — Dans : Bulletin trimestriel des anciens Élèves de Saint- 
Sulpice. 15 mai 1905, p. 233-62, Découverte du carême de 
Bourdaloue à Saint-Sulpice en 1678, 

Tiré ù part, Limoges, impr. Pierre Dumoul, 1905, in-S© 
de 32 p. 

310. — ALLOCUTION PRONONCÉE AU MARIAGE DE M. LE DOC- 
TEUR RENÉ JULLY ET DE MADEMOISELLE GENETIÈVE PER- 

RiN, en la cathédrale de Sens, le mardi 27 juin 1905, par 
M. l'abbé Henri Chérot, in-8« de 14 p. Sens, impr. Duene- 
min. 

3H. - Dans : Revue des Q. hist, V^ iuiUet 1005, p. 341-343 
*sur Ambassade en Espagne de Jean Ehrard, 130ti-i:^, par 
Edm. Carié, et La Sorcellerie et ta science des poisons, du 
Dr A. Masson. Cf. plus haut, n^ 290. 

312. -- Dans : Études, 5 juillet 1905, p. 5-27. Les trois bien- 
heureux martyrs de Hongrie (7 sept. 1619 — 15 janvier 1905). 

Réédition posthume dans Figures de martyrs, signalée au n9 903. 

313. — Dans : Dictionnaire de Théologie catholique. Paris, 
Letouzey . 

Les articles François Catrou S. /., Nicolas Caussin S, /. et 
Louis Callot S. J. Fasc. 16 (Journal de la libr., 8 juillet 1905 
(17 juin), no 6506.) 

314. — Dans : Études, 5 sept. 1905, p. 658-64 Comment sombra 
r Empire à Sedan, d'après un ouvrage récent (Hist. du second 
Kmpire, t. VIII, Pierre de la Gorce.^ Cf. no< 210, 274 et 279. 

315. — Dans Intermédiaire, 30 oct. 1905, col. La reliure des 
livres de la Congrégation parisienne des Pères Jésuites aa 
XVII^ siècle (H. Rochei). 

316. — Dans : Bulletin de V Œuvre des campagnes, novem- 
bre 1905, p. 377-381. Retour de Cimetière, signé Henri 
Le Maistre. 

317. — Dans : Études, 20 nov. 1905, p. 506-520. A propos de 
la publication des c Mémoires » du Janséniste Feydau (par 
M. Ern. Jovy). 

318. — Dans : VUnivers, lundi 18 décembre. Le Père Chamr 
bellan S, J., h propos de la publication de ses sermons, 
par G. Sortais. 

319. — Dans : Études, 20 décembre 1905, p. 814-37. Poar 
r « Action populaire » . 



LE K. P. HENRI CHÉKOT 505 

320. - Dans : Intermédiaire, 30 décembre 1905, col. 970-71. 
Claude Quillol et le Quillotisme à Dijon. Signé : H. Rochet. 
Cf. no 184. 

321 . — Dans : Almanach catholique de la France pour Fan- 
née 1906 (Cf. no 86), Lille, in-4o, p. 102-108. Adieux à la 
tombe de Louis XVlI. Datée : Paris, 28 janvier 1905. 

Cf. sur le même sn^et Études, 20 mars 1905. La question Louis 
XVII ^ le cimetière de Sainte-Marguerite^ par Lucien Lambeau, 
secrétaire de la commission municipale du vieux Paris. 

322. — Dans : Archives de la Société des Collectionneurs 
d'cX'libris, février 1906, p. 31. Question sur Vex-libris 
Maurisset. 

323. — Dans : Revue des Questions historiques, 1er avril 1906, 

ÏL 609 * sur Saint François de Borgia, par Pierre Su au (col- 
ection Les Saints (Cf. Études, 20 sept. 1905, p. 32-814-845, 
sur le t. II de VHistoria du P. Astrain, Cf. no 296. 

Ibid.y p. 676-77 *sur Contributions à V histoire de la polit i' 
que française en Allemagne sous Louis XIV, par C. Pages, 
et Le grand Electeur et Louis XIV, du même. 

324. — Dans : Études, 5 mai 1906, p. 396-406. Le Fondateur 
des Pères du Saint-Esprit, Clauae-François Poallart des 
Places (1679-1709) par le R. P. Henri Le Floch, supérieur 
du séminaire français à Rome. 

325. — Dans ; Le Mois littéraire et pittoresque, juin 1906, 
p. 653-668. Les seize Carmélites de Compiègne martyres au 
temps de la Terreur, 

326. — Dans : Études, 20 juillet 1906, p. 350-60. La perte de 
/' a Acadie i> et du € Canada » (sur Les Jésnites et la Nou- 
velle France au vme siècle, par Camille de Rochemonteix). 
Cf. plus haut, no 285. 

Cet article posthume ouvre une série, car les deux numéros 
suivants signalent des articles confiés à la presse depuis la mort 
du P. Chérot, et, des notes préparées par lui pourront renaître, 
comme on Ta dit plus haut, n^ 60, plusieurs contributions utiles 
à l'histoire. 

327. — Dans : Revue des Facultés catholiques de VOuest, 
août 1906, p. 832, *sur Les Carmélites de Compiègne^ par 
Dom David. 

328. — Dans : Notes d*art et d* archéologie, novembre 1906, 
p. 214-6. La statue de Crozatier au Salon. 

34 



506 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

Cet article est, à la lettre, le dernier ga*ait composé le P. Chérot. 
Pour récrire, ne voulant pas, en dépit de la fatigue qu'il n'était 
plus de taille à supporter, se refuser au plaisir d^obliger le sculp- 
teur Besqueut, auquel nous devons le buste de Bourdalone 
exposé à Saint-Paul-Saint-Louis, il se traîna avec lui au salon, le 
dimanche 10 juin, pour se faire expliquer son œuvre, y retourna 
le lendemain pour étudier le sujet, en traça cette esquisse, dont 
uu fragment seulement avait paru, un peu modifié, dans le Jour- 
nal de la Haute-Loire, au Puy, 10 juin 1906. 

On trouvera ici une liste alphabétique des diverses 
publications auxquelles coUaoora le P. Chérot. Les 
numéros renvoient à ceux de la bibliographie. Un 
index des noms propres cités dans cet essai suivra les 
listes des périodiques, renvoyant aussi aux mêmes 
numéros (i) 



0) Les chiffres précédés d'astérique renvoient aux pages, pour la partie qui 
précède rénumératlon des ouvrages. L*exposant qui les accompagne renvoie 
aux notes. 



LISTE ALPHABÉTIQUE 



DES 



FnlilicatioDS ampelles a coUalort le F. H. CUrot 



Almanach catholique de France, 86, 107, 126, 154, 215, 254, 

281, 3a5, 321. 
Amateur d'autographes (L*), 234. 
Année des Poètes (L'), 16, 87, 125. 

Archives de la Société des Collectionneurs d'ex-libris, 322. 
Archivo catolico de Barcelone, 110. 
Association des Anciens hlèves de TFlcole libre de N.-D. de 

Boulogne-sur-Mer, 14, 22. ^ 
Association des Anciens Élèves du Collège St-Joseph de 

Lille, 113. 
Association des Anciens Élèves du Petit Séminaire de l'Arc 

et de N.-D. du Mont-Roland, à Dôle, 172. 
Bibliographie catholique, 2, 6. 
Bulletin de la Société générale d'éducation et d'enseignement. 

Ht, 116, 120, 132, 135, 147, 149, 166, 220, 225. 
Bulletin de la Société historique et archéologique de Lan- 

grès, 38, 71. 
Bulletin de l'Œuvre des Campagnes, 170, 222, 316. 
Bulletin de saint Pierre Fourrier, 185. 
Bulletin des Anciens Élèves des Frères, 196. 
BULLETIN DU BIBLIOPfflLE, 131, 239, 247, 283, 286. 
Bulletin mensuel du Rosaire (Amiens), 272. 
Bulletin trimestriel des Anciens Élèves de Saint-Sulpice, 309, 
Carnet (Le), 244, 248, 256. 

Catalogues périodiques delà Société belge de librairie, 141. 
Clergé français (Le), Annuaire, 1899, 127. 
Courrier de Bruxelles (Le), 15. 
Dictionnaire de théologie catholique, 313. 
Echo de l'Yonne (L*), 102. 



508 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

Etudes, 10, 24 5, 28, 30-7, 41-59, 62-4, 66-7, 70, 73, 75-81, 83-4, 
88-90, 92-3, 95-7, 99-101, 104, 106, 108-110, 112, 114-8, 121-2, 
128-9, 133-4, 136, 139, 143, 146, 1, 148, 151-2, 156-7, 159, 161, 
163-4, 167, 169, 171, 173-7, 179, 181, 184, 186, 190, 190-2, 194, 
199-207, 209-12, 214, 221, 223, 231, 237-8, 242-4, 251-3, 259, 
262, 264-6, 268, 271, 274-5, 279, 284, 287, 289-90, 295, 301, 303, 
306-8, 312,317, 319, 321, 324,326. 
Foyer chrétien : cf. Lecture au foyer, 136. 
France illustrée (La), 269. 
Gaulois (Le), 226. 

Intermédiaire des Chercheurs et Curieux (L')» 136, 140, 142, 
156, 150, 153, 158, 162, 168, 180, 188, 193, 197, 233, 234, 276, 
278, 280, 302, 315, 320. 
Journal de la Marne (Le), 304. 
Lecture au Foyer (La), 61, 128, 136. 
Lettres de Jersey, 4, 40, 155. 
Messager du Cœur de Jésus (Le), 20, 297. 
Mois littéraire et pittoresque (Le), 325. 
Monde (Le), 57. 

Monde (Le) catholique illustré, 227. 
Notes d'art et d'archéologie, 246, 328. 
Nouvelle France (La), 298. 
O Salutaris hostia, 232, 236, 295. 
Polybiblion, 234. 
Précis historiques (Les), 6, 12, 13, 15-9, 23, 26-7, 51, 57, 69, 

69 bis, 72, 72 bis. 
Propagateur du Nord et du Pas-de-Galais (Le), 1. 
Revue Bourdaloue, 217-8, 229-30, 241, 249-50,255, 258, 260-1, 

270, 277, 282-3, 288, 293-4, 299, 300. 
Revue catholique d'Alsace, 234. 
Revue de Gascogne, 105. 
Revue de l'Agenais, 102. 

Revue des Facultés catholiques de l'Ouest, 327. 
Revue des Questions historiques, 39, 59, 74, 77, 91, 93, 106, 

117, 120, 129, 161, 219,228, 257, 296, 311, 323. 
Revue du Monde catholique, 273. 
Revue mensuelle du Cœur de Marie, 9. 
Semaine religieuse de Paris, 292. 
Semaine religieuse du diocèse de Tournai, 73. 
Semaine religieuse... de Versailles, 85. 
Univers (L'), 138, 189, 208, 235, 240, 263, 318. 
Vérité française (La), 285. 
Vérité de Québec (La), 285. 



INDEX ALPHABÉTIQUE w 



ABBEVILLE. 300. 
Académie Iran cal se, 
110. 112. 202, 306. 
ACADIE. 326. 
AGEN. 232. 
AGENAIS, 66. 
ALBRIEB. 6'. 
AU.E!dAGNE. 108, 

ALLIX. (G'i|. 206. 
AMBR01SE(S.), 135. 
AMERSFOORT, 50. 
AMIENS. 22.61, 103, 

243, 272. 
AMURAT, 75. 
ANIS (Abbé), 77. 
Annaht du Midi, 100. 
ANNAT, S. J.. 47. 
ANNE d-AUTHICHE. 

36. 
Anniiaire-BulleUn de 

la Société d'hâtoire 

de France, 50. 
ANTOINE de PA- 

DOUE (St.), 135. 
ARC (Petit sémln. 

de 1'). 172. 
ARS, cf. Dremond. 
ASTRAIN, S. J., 296, 

ASTÛRIES. 29. 
ACBERTIN, 44. 
AUBINEAU (Uon), 



55. 95, 100, 104. 

108, 178. 
Al'TVN, 78. 
AUX (MUSTEAUX 

(Lambert), 243. 
AVXBRBE, -8/». 
AYBOLLES,S.J.,23I. 
■ BACCARAT, I. 



BALDUS. S, J,, 183. 
BALZAC, 49. 
BANGE (de) S.J., 183. 
BAPST (Germain), 

238. 
BARBIER (E^m.), 

147. 220. 
BARRAIL <da) G>', 

254. 
BASILE (SL), 135. 
BASTON (Abbé), 12B. 
BATIFFOL (L.), 232. 
BAUDOUX, 183. 
BAUDRILLARD (Le 

P.). 43, 129. 
BAUN*RD(Mii').192- 
BAYLON(St Pascal), 

166, 
BAZEILLES, 279. 
BEAUCHAMPfCdc) 

232. 
BEAUCHESNE {Ga- 



BEAUœURT(M''de) 

251. 
BEAUMARCHAIS, 



BELLEVUE, 27S. 
Bénédictins. 149. 
BéncdlctiDcs, 153. 
BEBANGER, 3. 
BERENGIER, Dont. 

O S. B.,28. 
BEBCHMANS (St. 

Jean), 16. 
BERNARD(CamlUe}, 

S. J., 123. 



BERTRAND (Abbé), 
cf. Lantenay, 47. 

BERTRAND (G"), 
221. 

BERTRAND (JoscfA) 



291.3; 
BESSE (Dom. O. S. 
B.). 149. 

Bibliothèque MazB- 
rlne. 36. 

Bibliothèque natio- 
nale. 9. 11, 2, 5, 6, 
S-12, U. 2Ù. 38. 39, 
41. 61, 58, 60, 61. 
64, 65, 71, 78. «2. 
84. 86. 87, 94 98, 
106, lia. 122. 124, 
130, 131. 137. 144. 
162, \!i9, 160, 178, 
182, 1M. 198, 199. 
204, 217, 224, 239, 
24(i*, 267, 273. 275, 
291, .'iO.'i, 313. 327. 

BI.AMPKîNON (.Mil'). 
47. 

BOCHART de SA- 
RON, 144. 

BOILEAU, 15. 

BORDEAUX, 47, 49. 

BOSSUET, 2, 13Î, 
151, 164. 184, 200, 
289. 

BOUE (Abbé), 82. 

BONALD, 191. 

BONNEAU (Abbé), 
206. 

BOUHOURS(S. J.>,6. 

BOUILLON (Gard, 
de). 130. 

BOVLOGNB-tar- 



;l> Les Domi de personnes &oii( en capitales droites : les r 
I capitales penchées. L.es indications bibliographiques en 
-s autres, en caractère romain. 



510 



BULLETIN DU BIBLIOPHILE 



MER, 9, 14, 22, 65, 
68, 117. 

BOURBAKI, 148,178. 

BOURBON (Maison 
de), 116. 

BOURBON(HenrilI), 
82, 106, 282. 

BOURBON ( Henri- 
Jules de), 69, 72, 
82. 

BOURBON (Louis 
de), 76, 82. 

BOURDALOUE, *8/\ 
47, 51, 58, 101, 106. 
119, 124. 130, 144, 
15:J, ir)5, 160, 162, 

. 171, 182, 198, 200, 
207, 209, 217-8, 229, 
2:J3. 241. 249, 255, 
258, 261, 267, 269, 
270, 277, 280, 282, 
283, 289, 297, 292, 
294, 295, 297, 299, 
300, 309, 328. 

BOURDALOUE (An- 
toine de), 160. 

BOURGES, 12, 64. 

BOURGOGNE . 64 , 
184. 

Bourqone (La), *S/K 

BRAUNSBERGER, 
(Otto). S. J., 91. 

BREMOND d'ARS , 
17. 

BRI ENNE (Gard. Lo- 
ménie de). 206. 

BREVIU •9/*. 

BRISSON (Henri), 
225. 

BROISE (de la), S. J.. 
8/1. 

BROGLIE (Emm.de), 
232. 

BROGLIE (duc de). 
210. 

BROUWEH (de), cf. 
Desclce, 60, 82, 94, 
178 

BRUNET (Gustave), 
36. 

BRUNETIÈRE (F.), 
291-3. 

BRUXELLES, 9, 13, 
23, 26, 27, 69, 72, 
141. 

BUFFENOIR (Hin), 
232. 

Bulletin de VInslilul 



catholique de Tou- 
louse. 101. 

Bulletin du Biblio- 
/jAii7c,*6/2,9,36,60, 
cf. plus haut, liste 
des périodiques. 

BUNEL (Pierre). 44. 

BUZENVAL (Choart 
de), 2,32. 

CAEN, 208. 

CAGNAC (Abbé), 232. 

CA^iADA, 285, 298, 
324. 

CÀNrsiUS(Bx Pierre) 

91. 
G AN ROBERT, 146, 

178, 238. 
CAPDEBOSC, cf. Du- 

drot, 46. 
GARIÉ (Edm.), 311. 
Carmélites, «9,5, 11, 

98, 237, ,303, 323, 

327. 
CASTAING (Abbé), 

249. 
CATINAT, 232. 
CATROU (François), 

o. «I., olo. 

CAUMONT (Anne 
de), 66, 84. 

CAUMONT. 71. 

CAUSSIN (Nicolas), 
S. J.. 313. 

CAÛzÊ.cf. Du Cause. 

CELLOT(Louis),S.J., 
60, 313. 

CEPARl, S. J., 41. 

CEZELLI (Françoise 
de), 145. 

CHAI LLON des BAR- 
RES (B"n), 252. 

CHAMBELLAND, 

S. J., olo. 

CHAMPAGNE^bM, 

188 
CHAMPION, 58. 
CHANTELAUZE, 75. 
CHANTILLY, 58, 75, 

114. 
CHAPAIS (Thomas), 

298. 
CHAPELAIN, 25. 
CHARPENTI ER 

(Léon), 228. 
C U A R TRAIRE 

(Abbé), 206. 
CHARTRES, S, 11. 



CHARTREUX, 29. 
CHATEAUBRIAND , 

205.223. 
CHENNEVIÈRES 

(M. de), 162. 
CHEROT(M»-Loui8e) 

5, 11. 
CHOART, cf. Buzen- 

val. 
Chronique Picarde 

(La), 103. 
CLABAUT (Hîpp. 

l'abbé), 61. 
CLAIR, S. J., 41. 
CLERVAL(Abbé),75. 
CLICHTOUE (Josse), 

73 74. 
CLISSON(OIivierde), 

128. 178. 
CLORIVIÈRE, S. J., 

mm 

CLOTILDE (Ste), 79. 

CLOVIS, 79, 201. 

CLUNY, 118. 

COLBERT, 54. 

COGNET (Abbé), 232. 

COLIN, 61. 

COM MINCES (Fa- 
mille de), 154 

Compagnie de Jésus, 
cf. Jésuites, *5y 31, 
47, 56. 75, 83, 101, 
109, 127, 141, 163, 
296,323. 

Compagnie du Saint- 
Sacrement, cf. Rab- 
be, 164. 

COMPIEGNE, 9, SOJ. 
325, 327. 

COMTET (François), 
S. J.. 123. 

CONDÉ. 55, 56, 5