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Full text of "Bulletin du bibliophile et du bibliothécaire"

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BULLETIN 



DU 



BIBLIOPHILE 



ET DU BIBUOTHÉCAIRE 



1891 



BULLETIN 



DU 



BIBLIOPHILE 

ET DU BIBLIOTHÉCAIRE 

(REVUE MENSUELLE) 

Publié par la LIBRAIRIE TE.GHENER 

AVEC LE CONXOURS 

De MM. Baudriixart, de]riiistitut; Gust. Brunet, de Bordeaux; A. Claudin, 
Lauréat de l'Institut ; E. Dblapeace ; Jules Delptt ; Joseph Denais ; 
Victor Dbveult, de la Bibliothèque Sainte-Geneviève ; Ferdinand Denis, 
administrateur à la Bibliothèque Sainte-Geneviève; Dramard, conseiller à 
la Cour de Limoges ; J. Dukas ; Georges Dcplbssis, de la Bibliothèque 
Nationale ; Alfred Dcpré, avocat à la Cour d'appel de Paris ; Dupré-Lasale, 
conseiller à la Cour de cassation ; Du Boys ; Charles Ephrussi ; L'abbé A. 
Fabre; Alfred Franklin, administrateur de la Bibliothèque Mazarine; 
LÉONCE Janmart de Brouillant, de la Société des Bibliophiles de Belgique ; 
LiEUTAUD ; BIarais, de la Bibliothèque Mazarine ; P. Margrt ; F. Morand, de 
Boulogne-sur-Mer; Gaston Paris, de l-Institut ; Léon-Gabriel Pélissier 
Baron Jérôme Pichon , président de la Société des Bibliophiles fi*ançois 
Duc de Rivoli, de la Société des Bibliophiles françois ; Baron de Ruble 
Vicomte de Savignt de Moncorps, de la Société des Bibliophiles françois 
Schwab, de la Bibliothèque Nationale; Alexandre Sorel, président du 
Tribunal civil de Compiègne ; P. Tajozet de Larroque , correspondant de 
l'Institut; abbé Ch. Urbain; Georges Vicaire, etc. 

FONDÉ EN 1834 

FONDATEURS ET ANCIENS COLLABORATEURS 
CjÊtAttiKs. Nodier ; Paul Lacroix (Bibliophile Jacob) ; J% Ch. Brunet ; Leber ; 
G. Peignot ; Paulin Paris ; L. Barbier ; Victor Cousin ; Silvestre de 
Sact; J. de Gaulle; Charles Giraud; Le Roux de Linct; Monmerqué ; 
Ch. Asseuneau ; Comte Clément de Ris ; Marquis de Gaillon ; Rathert ; 
Sadctb-Beuve ; Francis Wet ; Comte de Barthélémy; Meaume; Moulin ; 
Cuvillier-Fleury ; Baron A. Ernouf ; le Comte de Bâillon; Comte de 
Longpérier Grimoard, etc., etc. 



1891 



ON SOUSCRIT A PARIS 
A LA LIBRAIRIE TECHENER 

<H. IXCLDtC n P. COnXUAU) 

219, RUE SAINT-HONORÉ 

<A0 con 01 ut m d'ai4iji> 

1891 



• 






• 



f-. ■ T 



I -\ 



BIBLIOGRAPHIE DTN AMATEUR 



DESCRIPTION ET ANALYSE 

DE LIVRES ANCIENS 

* 

RARES ET CURIEUX 

(SUITE) 



10. — ELEGIE SVR 1 1 LE DESPART DE LA ROYNE 
MARIE retournant II à son royaume jj d'Escosse. 
A Lyon \ \ Par Benoist Rigaud. \ \ 1561. 

In-8o de quatre feuillets non chifiFrés, signature A3; 
imprimé en lettres rondes. 



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» a 



Le titre occupe le recto du premier feuillet, et contient la* marque 
de Benoist Rigaud, reproduite par Sili'estre, sous le-n® 1902. Cette • 
marque porte en exergue : BeiUi omnes quûthnent Dominuri}, et •* 

au centre, au-dessus de deux personnages ; Initiukn \ gapientiœ \ 
timor I Domini* ' ' 

Le verso de ce feuillet est blanc. Après la répétition du titre ci- ^ *!■ 

dessus indiqué, le texte commence par une grande lettre ornée ; il 
est en vers de dix syllabes» Cette première page contient treize vers, 
les trois pages suivantes chacune vingt-quatre et la dernière huit 
Ters, ce qui donne cent seize vers pour la pièce entière. 

Un exemplaire de cette pièce, dans le catalogue de» 
livres de la bibliothèque particulière de M. Léon Teche- 
ner {Troisième partie — n9 103)^ est accompd[gné de la' 
note suivante :*JExè/np/aîre à toutes marges dune pièce ^ 

en vers de la plus grande rareté. On Iç retrouve dans le 

18dl 1 



1 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

Bulletin mensuel de la librairie Morgand [Novembre 
1889 — n« Î74S2J avec cette note : Pièce de vers extrême- 
ment rare qui n'est citée nulle part. Parfaitement écrite, 
cette Elégie sur le départ de la reine Marie Stuart pour 
VEcosse peut être attribuée à Ronsard. On aurait dû 
dire : Cette pièce est de Ronsard, car elle est efFective- 
ment de ce poète, et on peut la lire dans les différentes 
éditions de ses œuvres postérieures à 1561. Ce n'est pas 
la pièce de vers en elle-même, mais Tédition, qui est 
excessivement rare. 

On sait que Marie Stuart, après le décès de François II, 
survenu le 5 décembre 1560, s'embarqua le 14 août 
1561 pour retourner dans son royaume d'Ecosse. L'édi- 
tion de Félégie sur son départ, publiée à Lyon en 1561, 
sans nom d'auteur, est donc une édition originale. Elle 
n'est pas indiquée, dans les diverses nomenclatures des 
pièces de Ronsard imprimées séparément. Son texte 
offre de nombreuses et d'importantes variantes avec 
celui que l'on retrouve dans les œuvres complètes du 
poète. Tout ce qui est relatif à Marie Stuart et tout ce 
qui émane de Ronsard étant, à juste titre, fort recherché, 
je croîs qu'on lira avec plaisir le texte original et 
presque introuvable de celte élégie, qui nous donne la 
pensée de l'auteur telle quelle a jailli de son cœur, 
sous le coup de l'événement qui l'a inspirée ; je le repro- 
duis donc en entier : 



Gomme un beau pré despouillé de ses fleurs, 
Comme un tableau privé de ses couleurs, 
Comme le ciel s'il perdoit ses estoilles, 
La mer ses eaues, le navire ses voiles, 
Comme un beau champ de son bled descouvert, 
Et come un bois perdàt son mâteau verd. 
Et un anneau sa pierre précieuse 
Ainsi perdra la France soucieuse, 
Ses ornemens en perdant la beauté, 
Qui fut sa fleur, sa couleur et clarté. 



BIBLIOGRAPHIE D UN AMATEUR 

Dure fortune, indomptable et félonne, 
Tu es vrayement fille d'une Lyonne, 
Tu vas passant les Tygres en rigueur. 
Et tu n'as point dans l'estoinach de cœur. 
D'ainsi traicter une Roy ne si belle. 

Premièrement, tu l'as des la mammelle, 
Assubiettie a porter le malheur. 
Lorsque sa mère esmeue de douleur 
Dans son girô, craignàt l'armée Angloise 
L'alloit cachant par la terre Escossoise. 
A peine estoit sortie hors du berceau. 
Que tu l'as mise en mer sur un vaisseau. 
Abandonnant le lieu de sa naissance. 
Sceptre et pares pour demeurer en fràce : 
Lors en changeant de courage malin, 
La regardas d'un courage bénin, 
Et d'orpheline ensemble et d'estrangère, 
( Ha que tu es inconstante et legiere ) 
La marias au filz de nostre Roy : 
Qui depuis tint la France dessoubs soy. 
Puis en l'ayant, o Fortune insensée : 
Jusqu'au sômet des gras hôneurs poussée. 
Tu as occis a seize ans son mary, 
Ny plus ny moins qu'en un iardin fleury 
Meurt un beau lys quand la pluye pesante 
Aggrave en bas sa teste languissante. 
Ou, comme au soir, la rose perd couleur, 
Et meurt seichee alors que la chaleur 
Boit son humeur qui la tenoit en vie 
Et feuille a feuille a bas tombe fanie. 

Sa belle espouse attaincte de soucy 
Après sa mort est demeurée ainsi 
Qu'on veoit au bois la vefve Tourterelle, 
Ayant perdu sa compagne fidelle. 
Jamais un'aultre elle ne veult choisir : 
Car par la mort est mort tout son désir : 
Plus ne sied dessus la verde branche 
Plus resonner ell'ne fait sa voix franche, 
Mais se cachant dedens les lieux secrets 
Seulettc au bois raconte ses regrets : 
Se pajst de sable et en grief ve douleur. 
Sur un tronc sec soupire son malheur. 



1 



4 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

Fortune, helas ! ne suffisoit-il pas 
De roCfenser d'un si piteux trespas, 
Sans lui avoir si traistrement sa terre 
Remply d'erreurs, de haine et de guerre. 
Et son Royaume aux armes tant prisé 
Devant qu'il fut par sectes divisé ? 

Si la fureur de tes mains tant cruelles 
A tel pouvoir sur les choses si belles, 
Si la vertu, la bonté, la pitié, 
La douceur ioincte avec la gravité, 
Les sainctes mœurs, la chasteté de vie 
N'ont résisté à ta cruelle envie : 
Espérons nous de nostre humanité. 
Rien ressortir que pure vanité ? 
Le ciel tousiour ne nous rid dun œil doux, 
Ains biê souvêt nous vomit son courroux. 
Ainsi par toy se troublent les liesses 
Et les plaisirs de noz hautes Princesses, 
Qui te devroient forcer et despiter, 
A la douleur ne pouvons résister. 

Encor n'es tu, o Fortune, contente 
De tes meschefs, ta fureur nous tourmête 
En nous voulàt priver de ses beaux yeulx 
Lesquelz fot hôte aux estoilles des cieulx, 
Nous desrobant ceste beauté divine 
Pour la donner aux flots de la marine. 
Puisse la mer la terre devenir. 
Puisse un rocher contre un rocher tenir 
Au bord de l'eau, de peur qu'elle n'êporte 
Ceste vertu que nostre eage conforte. 
Geste beauté l'honneur de nostre temps, 
Qui rend les Roys et les peuples côtens. 

Ha ie vouldrois Escosse que tu peusses 
Tirer ainsi comme elle, et que tu n'eusses 
Fermes les pieds au profond de la mer, 
Ha je vouldrois que tu peusses aller 
Dessus les flots legiere et vagabonde, 
Gôme un plôgeô va legier dessus Funde, 
Pour t'enfuir long espace devant 
Le tard vaisseau, lequel t'ira suivant. 
Sans descharger au bord de ton rivage 
La belle Royne a qui tu dois hommage : 



BffiUOGRAPHIE D'UN AMATEUR 



Puis elle donc, qui te suivroit en vain, 

Retomeroit en France tout soudain 

Pour habiter sa duché de Touraine. 

Lors de châsons i'aurois la bouche plaine : 

Et en mes vers si fort ie la louerois 

Que comme un Cygne en chantant ie mourrois. 

Pour mon obiect i'aurois la beauté d'elle. 

Pour mon subiect sa vertu immortelle. 

Ou maintenant la voyant absenter 

Rien que douleur ie ne scaurois chanter. 

Sus Elégie en noir habit vestue 
Môte au plus hault d'une roche poinctue 
Gerche les bois des hommes séparez 
Fuis t'en aux lieux qui sont plus esgarez 
Et te plaingnant à l'entour des rivières 
Racôte aux vens que i'ay perdu n'agueres 
Une maîtresse, une perle de prix 
L'unique appuy des vertueux esprits. 
Une divine et rare Marguerite 
Qui pour la France en la Savoye habite. 
Et maintenant une Roy ne ie perds 
Qui pour jamais fera pleurer mes vers. 



FIN 



LES 



ORIGINES DE L'IMPRIMERIE 



A HESDIN-EN-ARTOIS 



(1512-1518) 






Quand on étudie Thistoire du développement et des 
progrès de Timprimerie en France, on remarque que 
ce ne sont pas toujours les grandes villes qui se sont 
mises à la tête du mouvement intellectuel. Des localités 
moins considérables, centres d'expansion aujourd'hui 
disparus, les ont plus d'une fois précédées dans cet 
essor. 

L'honneur d'avoir érigé la première imprimerie dans 
la province d'Artois revient à la petite ville d'Hesdin (1), 
qui, plus tard, fut détruite et rasée par Charles-Quint, 
en même temps que Thérouanne, la métropole du pays 
des Morins. 

Hesdin-le- Vieil, comme on l'appelle maintenant dans 
la contrée, n'existe plus. Un misérable village de quelques 



(1) Ce ne fut que seize ans après Hesdin, en 1528, qu'Arras commençai à 
imprimer. Thérouanne n'avait pas d'établissement tj-pographiquc et s'adres- 
sait à Paris et à Rouen pour faire exécuter les diverses éditions de son Missel, 
de son Bréviaire et de ses Heures. Saint-Omer n'eut d'imprimerie que vers 
1600 et Aire-sur-la-Lys en 1684. 



l'imprimerie a hesdin 



maisons à peine occupe une partie de son emplacement; 
la charrue passe aujourd'hui sur ses rues et ses places 
publiques. 

Nunc seges nbi Troja fuit. 



Trois pans de tours ou de murailles de son ancien 
chàteau-fort, sont tout ce qui reste de la fière cité que 
se disputèrent tour à tour les rois de France et les 
princes de la maison de Bourgogne. Voilà pour les ves- 
tiges matériels du passé. 

Des souvenirs d'un ordre plus élevé sont par\'enus 
entiers jusqu'à nous, défiant le temps et bravant en 
quelque sorte la colère d'un conquérant. Trois livres 
imprimés à Hesdin au temps de sa splendeur sufQront 
à faire revivre son nom, en lui assignant une place 
distinguée dans les fastes de la typographie : 

Quod nec Jovis ira, nec edax poternt aholere vetustas. 

Hesdin , dans les premières années du XV^ siècle , 
était une ville industrieuse et fort commerçante. Les 
bourgeois jouissaient de franchises remontant à Philippe- 
Auguste, privilèges qui venaient d'être confirmés par 
Louis XL Son château était le Versailles de l'Artois. 
C'était un séjour délicieux entouré d'un vaste parc. La 
ville proprement dite était divisée en deux parties à peu 
près égales par la ri\dère de Canche. La chàtellenie de 
Hesdin (1), siège d'un bailliage, ressortissait pour la 
justice de la prévôté royale de Montreuil en Picardie. 



(1) Les enclaves de cette chàtellenie sont ainsi indiquées : « En la chastele- 
nye de Hesdin et es mectes (du latin meta^ borne, limite) de la prévosté de 
Monstroeul sont les terres et seignories qui ensieuvent : le château de Contes, 
du Quesnoy, de Fontaines, du Maisnii, de Caumont, de Tortefontaines, de 
Doorier, de Mourier. > (âgrégatoire des Coustcmes, fol. 6, recto). 



8 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

Les gros procès étaient portés devant cette juridiction, qui 
s'étendait assez loin jusqu'à Saint-Omer, Aire-sur-la-Lys 
et Guînes, en Artois. Le code qui régissait cette cour de 
justice, conféré avec les coutumes particulières de chaque 
bailliage, avait été rédigé et homologué ^ deux reprises 
différentes, en 1507 et 1509, puis envoyé à Paris, où il 
fut imprimé peu de temps après. Il parut sous le titre 
d'Agrégatoire de Coustumes, chez le libraire Guillaume 
Eustace, tenant boutique au Palais, au troisième pilier 
de la Grand'Salle. Cette première édition, publiée dans 
le format petit in-8, ne tarda pas à s'épuiser. On songea 
alors à la réimprimer. Un imprimeur fit venir à Hesdin 
un matériel typographique qu'il tira de Paris, selon 
toute probabilité, et se munit d'un privilège, afin d'écar* 
ter les concurrents. 

Il se mit à l'œuvre, et le 15 décembre 1512 (vieux 
style) fut terminé le premier livre imprimé à Hesdin 
sous le titre suivant, que nous reproduisons textuelle- 
ment (1) : 

Agregatoire de coustumes 
contenant ce qui sensuit. 

Les coustumes générales de la 
puoste de Moustroeul : auec les 
vsages et stilz du siège real dudit lieu 
de moustroeul apostiles des côcordan 
ces du droict ciuil et canon. 

Boulenois : 
Les coustumes de la conte de boulenois. 

Guisnes 
Les coustumes de la conte de guisnes. 



(1) Nous avons indiqué par des lettres italiques les lettres ou passages qui 
sont imprimés en rouge dans l'original. 



l'imprimerie a hesdin 



Sainct pol. 
Les coustumes de la conte de sainct pol. 

Sainct orner : 
Les coustumes du bailliage de sainct omer. 

Hesdin : 
Les coustumes du bailliage de hesdin. 

Aire : 
Les coustumes du bailliage daire. 

Therouane 
Les coustuês de la ville cite et regale de theroane 

Artois. 
Les coustumes générales de toute la conte dartois. 

A la dernière page sont indiqués le lieu d'impression, 
le nom de l'imprimeur et la date d'achèvement. Il est 
en outre fait mention expresse du privilège. Ce colophon 
est ainsi libellé : 

IMprime a hesdin par bauldrain dacqn 
auquel est ordone lettre de puilege pour 
imprimer icelles Coustumes par laqlle 
lettre on faict deffense a tous imprimeurs, librai 
res et aultres de non imprimer, vendre, ne distri 
huer lesdictes coustumes sans le consentement 
dud Dacquin dichy a deux ans sur paine et con 
fiscation desd liures Et damêde arbitraire faict 
le XV. iour de Décembre Mil. cincq cens, et xii. 

Le volume forme un petit in-4, divisé en trois parties, 
formant ensemble 78 feuillets ou 156 pages, imprimé en 
caractères gothiques, avec trois ou quatre grandes lettres 



8 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

Les gros procès étaient portés devant cette juridiction, qui 
s'étendait assez loin jusqu'à Saint-Omer, Aire-sur-la-Lys 
et Guines, en Artois. Le code qui régissait cette cour de 
justice, conféré avec les coutumes particulières de chaque 
bailliage, avait été rédigé et homologué ^ deux reprises 
différentes, en 1507 et 1509, puis envoyé à Paris, où il 
fut imprimé peu de temps après. Il parut sous le titre 
d'Agrégatoire de Coustumes, chez le libraire Guillaume 
Eustace, tenant boutique au Palais, au troisième pilier 
de la Grand'Salle. Cette première édition, publiée dans 
le format petit in-8, ne tarda pas à s'épuiser. On songea 
alors à la réimprimer. Un imprimeur fit venir à Hesdin 
un matériel typographique qu'il tira de Paris, selon 
toute probabilité, et se munit d'un privilège, afin d'écar* 
ter les concurrents. 

Il se mit à l'œuvre, et le 15 décembre 1512 (vieux 
style) fut terminé le premier livre imprimé à Hesdin 
sous le titre suivant, que nous reproduisons textuelle- 
ment (1) : 

Agregatoire de coustumes 
contenant ce qui sensuit. 

Les coustumes générales de la 
puoste de Moustroeul : auec les 
vsages et stilz du siège real dudit lieu 
de moustroeul apostiles des côcordan 
ces du droict ciuil et canon. 

Boulenois : 
Les coustumes de la conte de boulenois. 

Guisnes 
Les coustumes de la conte de guisnes. 



(1) Nous avons indiqué par des lettres italiques les lettres ou passages qui 
sont imprimés en rouge dans l'original. 



l'imprimerie a hesdin 



Sainct pol. 
Les coustumes de la conte de sainct pol. . 

Sainct orner : 
Les coustumes du bailliage de sainct orner. 

Hesdin : 
Les coustumes du bailliage de hesdin. 

Aire : 
Les coustumes du bailliage daire. 

Therouane 
Les coustuês de la ville cite et regale de theroane 

Artois. 
Les coustumes générales de toute la conte dartois. 

A la dernière page sont indiqués le lieu d'impression, 
le nom de l'imprimeur et la date d'achèvement. Il est 
en outre fait mention expresse du privilège. Ce colophon 
est ainsi libellé : 



IMprime a hesdin par bauldrain dacqn 
auquel est ordone lettre de puilege pour 
imprimer icelles Coustumes par laqlle 
lettre on faict deffense a tous imprimeurs, librai 
res et aultres de non imprimer, vendre, ne distri 
buer lesdictes coustumes sans le consentement 
dud Dacquin dichy a deux ans sur paine et con 
fiscation desd liures Et damëde arbitraire faict 
le XV. iour de Décembre Mil. cincq cens, et xii. 

Le volume forme un petit in-4, divisé en trois parties, 
formant ensemble 78 feuillets ou 156 pages, imprimé en 
caractères gothiques, avec trois ou quatre grandes lettres 



8 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

Les gros procès étaient portés devant cette juridiction, qui 
s'étendait assez loin jusqu'à Saint-Omer, Aire-sur-la-Lys 
et Guines, en Artois. Le code qui régissait cette cour de 
justice, conféré avec les coutumes particulières de chaque 
bailliage, avait été rédigé et homologué â deux reprises 
différentes, en 1507 et 1509, puis envoyé à Paris, où il 
fut imprimé peu de temps après. Il parut sous le titre 
d'Agrégatoîre de Coustumes, chez le libraire Guillaume 
Eustace, tenant boutique au Palais, au troisième pilier 
de la Grand'Salle. Cette première édition, publiée dans 
le format petit in-8, ne tarda pas à s'épuiser. On songea 
alors à la réimprimer. Un imprimeur fit venir à Hesdin 
un matériel typographique qu'il tira de Paris, selon 
toute probabilité, et se munit d'un privilège, afin d'écar* 
ter les concurrents. 

Il se mit à l'œuvre, et le 15 décembre 1512 (vieux 
style) fut terminé le premier livre imprimé à Hesdin 
sous le titre suivant, que nous reproduisons textuelle- 
ment (1) : 

Agregatoire de coustumes 
contenant ce qui sensuit. 

Les coustumes générales de la 
puoste de Moustroeul : auec les 
vsages et stilz du siège real dudit lieu 
de moustroeul apostiles des côcordan 
ces du droict ciuil et canon. 

Boulenois : 
Les coustumes de la conte de boulenois. 

Guisnes 
Les coustumes de la conte de guisnes. 



(1) Nous avons indiqué par des lettres italiques les lettres ou passages qui 
sont imprimés en rouge dans l'original. 



l'imprimerie a hesdin 9 

Sainct poL 
Les coustumes de la conte de sainct pol. 

Sainct orner : 
Les coustumes du bailliage de sainct omer. 

Hesdin : 
Les coustumes du bailliage de hesdin. 

Aire : 
Les coustumes du bailliage daire. 

Therouane 
Les coustuês de la ville cite et regale de theroane 

Artois, 
Les coustumes générales de toute la conte dartois. 

A la dernière page sont indiqués le lieu d'impression, 
le nom de l'imprimeur et la date d'achèvement. Il est 
en outre fait mention expresse du privilège. Ce colophon 
est ainsi libellé : 



IMprime a hesdin par bauldrain dacqn 
auquel est ordoîie lettre de puilege pour 
imprimer icelles Coustumes par laqlle 
lettre on faict deffense a tous imprimeurs, librai 
res et aultres de non imprimer, vendre, ne distri 
huer lesdictes coustumes sans le consentement 
dud Dacquin dichy a deux ans sur paine et con 
fiscation desd liures Et damêde arbitraire faict 
le XV. iour de Décembre Mil. cincq cens, et xii. 

■ 

Le volume forme un petit in-4, divisé en trois parties, 
formant ensemble 78 feuillets ou 156 pages, imprimé en 
caractères gothiques, avec trois ou quatre grandes lettres 



8 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

Les gros procès étaient portés devant cette juridiction, qui 
s'étendait assez loin jusqu'à Saint-Omer, Aire-sur-la-Lys 
et Guines, en Artois. Le code qui régissait cette cour de 
justice, conféré avec les coutumes particulières de chaque 
bailliage, avait été rédigé et homologué â deux reprises 
différentes, en 1507 et 1509, puis envoyé à Paris, où il 
fut imprimé peu de temps après. Il parut sous le titre 
d'Agrégatoire de Coustumes, chez le libraire Guillaume 
Eustace, tenant boutique au Palais, au troisième pilier 
de la Grand'Salle. Cette première édition, publiée dans 
le format petit in-8, ne tarda pas à s'épuiser. On songea 
alors à la réimprimer. Un imprimeur fit venir à Hesdin 
un matériel typographique qu'il tira de Paris, selon 
toute probabilité, et se munit d'un privilège, afin d'écar- 
ter les concurrents. 

Il se mit à l'œuvre, et le 15 décembre 1512 (vieux 
style) fut terminé le premier livre imprimé à Hesdin 
sous le titre suivant, que nous reproduisons textuelle- 
ment (1) : 

Agregatoire de coustumes 
contenant ce qui sensuit. 

Les coustumes générales de la 
puoste de Moustroeut : auec les 
vsages et stilz du siège real dudit lieu 
de moustroeul apostiles des côcordan 
ces du droict ciuil et canon. 

Boulenois : 
Les coustumes de la conte de boulenois. 

Guisnes 
Les coustumes de la conte de guisnes. 



(1) Nous avons indiqué par des lettres italiques les lettres ou passages qui 
sont imprimés en rouge dans l'original. 



L IMPRIMERIE A HESDIN 9 

Sainct pol. 
Les coustumes de la conte de sainct pol. 

Sainct orner : 
Les coustumes du bailliage de sainct omer. 

Hesdin : 
Les coustumes du bailliage de hesdin. 

Aire : 
Les coustumes du bailliage daire. 

Therouane 
Les coustuês de la ville cite et regale de theroane 

Artois. 
Les coustumes générales de toute la conte dartois. 

A la dernière page sont indiqués le lieu d'impression, 
le nom de l'imprimeur et la date d'achèvement. Il est 
en outre fait mention expresse du privilège. Ce colophon 
est ainsi libellé : 



IMprime a hesdin par bauldrain dacqn 
auquel est ordone lettre de puilege pour 
imprimer icelles Coustumes par laqlle 
lettre on faict deffense a tous imprimeurs, librai 
res et aultres de non imprimer, vendre, ne distri 
buer lesdictes coustumes sans le consentement 
dud Dacquin dichy a deux ans sur paine et con 
fiscation desd Hures Et damêde arbitraire faict 
le XV. iour de Décembre Mil. cincq cens, et xii. 

Le volume forme un petit in-4, divisé en trois parties, 
formant ensemble 78 feuillets ou 156 pages, imprimé en 
caractères gothiques, avec trois ou quatre grandes lettres 



10 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

initiales assez simples. Le texte des coutumes de la 
prévôté de Montreuil est accompagné en marge d'un 
commentaire latin de Nicolas Débours /Burseus/ (1). 

Moins de cinq ans après, une nouvelle édition de 
VAgregatoire des Coustumes devenait nécessaire. Cette 
fois, ce fut un marchand-libraire de Hesdin qui en fit 
les frais. Bauldrain Dacquin, dont le privilège était 
expiré, fut chargé de l'imprimer. Le titre en lettres de 
somme rouges et noires reste le même, la disposition 
typographique,. texte en gothique bâtarde encadré de 
notes en petites lettres de somme, est identique ; sauf 
quelques petites corrections et de légères différences 
dans les abréviations, tout le volume paraît semblable 
au précédent. Le colophon seul est changé. Nous le 
transcrivons littéralement : 

iNl Ouuellement sont imprimées ce // 
stes présentes Coustumes a hesdin p Bauldrain 
dacquin a lymage sainct Jehan leuangeliste en 
la rue sainct martin Pour fremin alexandre de// 
mourant aud lieu a lymage sainct Claude le X. 
iour doctobre an de grâce Mil.ccccc.xvii. 

Nous trouvons dans ces lignes des renseignements 
nouveaux. D'abord le nom du libraire Fremin Alexandre, 
pour le compte duquel cette édition du 10 octobre 1517 



(1) Parmi les curieuses digressions dont ce jurisconsulte a éniaillé son com- 
mentaire, on trouve dans le préambule un éloge de la Musique, puis un peu 
plus loin une violente diatribe contre la femme, qui est représentée comme 
étant la source principale des procès * lites etjurgia continue movens j».Si tu as 
souci de ton repos pendant la nuit et si le jour tu ne veux pas de procès, écarte 
la femme : « Si optes ut tua nox cum sompno sit et sine lite dies, sit a te procul *. 
L'homme marié n'a pas besoin d'horloge; sa femme le tient en éveil à toute 
heure : « Xec uxorato viro opus est horologio,cum uxorem habeat que cum omni 
hora excitet ». (AcRÉGATomE, fol. 12, recto.) 



l'imprimerie a hesdin 11 

de VAgrégatoire fiit imprimée ; ensuite Tindication de la 
demeure et de l'enseigne du typographe hesdinois, qui 
s'était mis sous la protection du patron de l'Imprimerie, 
saint Jean l'Évangéliste, autrement dit saint Jean Porte- 
Latine. La rue Saint-Martin était située au centre de la 
cité, dont elle formait l'artère principale. D'après les 
anciens plans, elle partait du pont Saint-Martin, près la 
Collégiale de ce nom, sur la rive droite de la Canche, 
et aboutissait au château. 

Outre la collégiale de Saint-Martin, dont nous venons 
de parler, Hesdin renfermait dans ses murs des églises, 
des chapelles, des couvents et des maisons hospitalières. 
Dans la campagne, aux alentours, se trouvaient nombre 
d'abbayes : Saint- Georges, Auchy-les-Moines , Blangj^ 
Ruisseauville, Dommartin, Cercamp, etc. 

Jugeant que la clientèle des hommes de loi et des 
plaideurs était suffisamment pour\^e avec les deux 
éditions de l'ouvrage de droit qu'il avait imprimé, le 
nouvel imprimeur songea à s'adresser à un autre public, 
à l'élément religieux, qui se trouvait à sa portée. Dans 
ce but, il s'appliqua à l'impression d'un nouveau livre. 
Le 18 décembre 1518 (vieux style) parut un volume 
ayant pour titre : 

Deuote contemplation : 

sur le mistere de nostre 

rédemption. 

Les caractères de la réimpression de VAgrégatoire 
faite pour le libraire Fremin Alexandre étaient déjà 
quelque peu fatigués, aussi l'impression est-elle moins 
belle que dans l'édition de 1512. Baudrain Dacquin 
paraît avoir renouvelé sa fonte de bâtarde pour exécuter 
la Dépote contemplation. Les grandes initiales sont 
différentes. Elles sont imitées des lettres fleuries à 



12 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

fond criblé qu'on rencontre généralement à cette époque 
dans les imprimeries parisiennes. Deux gravures sur 
bois : une Annonciation placée après le prologue, en 
regard du premier chapitre, et un Christ en croix, avec 
les attributs de la Passion, au milieu du volume, en 
tète du chapitre XIII, occupent toute la page dans leur 
ordre respectif. La première page de titre et la dernière 
contenant l'achevé d'imprimer sont en caractères 
gothiques de forme un peu carrée dits lettres de somme, 
en tout semblables aux pages de commencement et de 
fin des deux éditions de VAgrégatoire. Le format seul 
est diflërent. C'est un petit in-8 de 144 feuillets (288 p.), 
de ^^ngt-deux lignes à la page, très bien imprimé, 
qui peut soutenir la comparaison avec les meilleures 
impressions de l'époque. On peut considérer ce livre 
comme le chef-d'œuvre de Baudrain Dacquin. En 
voici le colophon dans sa forme naïve avec son 
orthographe rappelant la prononciation du français 
dans l'Artois (1) : 

C Chy fine-che présent traictié in// 
titule. Deuote contêplation Nou 
uellement îpresse a Hesdin le xviii 
iour de Decêbre an de grâce. Mil. 
cincq ces xviii. par Bauldrain dac 
quin demourant audit lieu a Ihy// 
mage sainct Jehan leuâgeliste en 
la rue sainct Martin. 

L'année suivante (1519) mourait l'empereur Maximi- 
lien. Son petit-fils, l'archiduc, sous le nom de Charles- 
Quint, fut déclaré son successeur à l'Empire, malgré la 



(1) Le texte de l'ouNTage présente encore d'autres échantillons de cette ortho- 
graphe. Le mot chapitre est imprimé partout CHAPrrLE ; le mot ange, angle ; 
on lit encore ramiau pour rameau, endcrcui pour endurcL 



l'imprbierie a hesdin 13 

puissante et redoutable compétition du roi de France, 
François I®'. Depuis vingt ans, Hesdin était retourné à 
la maison de Bourgogne, en vertu du traité de Senlis, 
sous condition d'hommage à la couronne de France (1). 
Depuis juillet 1499, date de la remise de la place 
d'Hesdin par le maréchal d*Esquerdes, jusqu'à l'époque 
qui nous occupe, c'est-à-dire pendant vingt années 
consécutives, cette ville avait prospéré. Après une longue 
période d'accalmie, l'heure du déclin allait sonner. La 
guerre éclatait entre les deux rivaux. Charles-Quint 
entrait en Champagne, s'emparait de Mouzon et mettait 
le siège devant Mézières, défendu par Bayard, le Che- 
valier sans peur et sans reproche. D'un autre côté, 
l'armée française venait d'envahir la Flandre et battait 
les Impériaux. On était à la fin de l'automne, et Fran- 
çois P*" évacuait le plat pays pour aller prendre ses 
quartiers d'hiver à Doullcns, lorsqu'il apprend que la 
ville d'Hesdin se trouvait sans garnison. 11 résolut 
aussitôt de s'en emparer par un coup de main. Une 
colonne, dirigée par le maréchal de Bourbon, à laquelle 
se joignirent le comte de Vendème , commandant 
l'arrière-garde, et le comte de Saint-Pol, partit d'Adinfer, 
village à trois lieues d'Arras, sans bruit, par une pluie 
froide et battante du mois de novembre et, marchant 
toute la nuit, se porta avec une telle rapidité que ceux 
d'Hesdin ne furent avertis de l'approche des Français 
que lorsqu'ils les virent devant leurs murailles. On 
enfonça une des portes à coups de canon ; les soldats. 



(1) L'hommage féodal, impliquant droit de justice, explique comment les 
bourgeois d'Hesdin et des autres parties de l'Artois avaient leur ressort judi- 
ciaire à Montreuil-en-Picardie. Ils jouissaient du droit de sauf-conduit, en 
Tenant pour leurs affaires litigieuses, sur les terres du roi de France, c Qui- 
conque vient en ladicte ville de Monstroeul pour expédition des causes qu'il 
poeult avoir esdictz sièges soit en demandant ou en deffendant, et sans fraude, 
il n'est artable (arrétable)... et se il est arresté, il doit avoir la main levée.... > 
(AGRÉGAToraB, édit de Hesdin, 1512, article V, 8* feuillet, recto). 



14 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

l'épée à la main, se précipitèrent dans la ville qui fut 
livrée à un pillage effréné. « Et y fust trouvé un mer- 
veilleux butin D, dit Martin du Bellay, <c car la ville 
estoyt fort marchande, parce que de toute antiquité les 
ducs de Bourgogne y a voient fait leur demeure princi- 
pale D. Le feu fiit mis par quelques soudards, « qui fut 
grand dommage, car devant qu'on eust pour\'u à 
Testeindre, il fut bruslé une partie de la ville et 
beaucoup de richesses, d dit encore le même chro- 
niqueur. 

Gentille ville de Hesdin en Artois bien assise, 

Tu soulois estre bourguignonne, mais les Français t'ont prise. 

Tel était le refrain d'une chanson du temps. Hesdin 
souffrit énormément des excès de la soldatesque. Ses 
chartes de franchises et les archives de la ville furent 
anéanties dans l'incendie qui avait été allumé (1). La 
maison où se trouvait l'atelier de Bauldrain Dacquin se 
trouvant dans la rue principale par laquelle entrèrent 
les troupes, n'échappa pas plus que les autres au pillage 
et à la ruine générale. L'essor de l'imprimerie était 
désormais arrêté. 

Nous ne suivrons pas les diverses péripéties des sièges 
qu'Hesdin eut à subir depuis, sans en excepter celui 
auquel assista François l^^ en personne. Pendant les 
trente années qui suivirent, tour à tour prise et reprise 
par les Français et les Impériaux, épuisée par ces luttes 
continuelles, la ville ne put se relever. Nous arrivons au 
dernier siège, le plus mémorable de tous, qui entraîna 
la catastrophe finale. Le duc de Bouillon, ainsi que la 
noblesse française, qui l'avaient héroïquement défendue, 
furent faits prisonniers. Parmi eux se trouvait le célèbre 



(1) Mémoires de Martin du Bellay, seigneur de Langey, édit. de Paris, Mich. 
de Roigny, 1588. In-foL, page 48. 



l'imprimerie a hesdin 15 

Ambroise Paré, chirurgien du roi. Pour punir Hesdin de 
sa résistance, le petit-fils de Charles-le-Téméraire pro- 
nonça contre la malheureuse cité la sentence d'extermi- 
nation dont il avait si cruellement frappé Thérouane 
un mois auparavant ; le château fut détruit de fond en 
comble, la ville fut rasée. Deux couvents de femmes, 
l'un celui des Clarisses et l'autre celui des Sœurs-Grises, 
furent seuls épargnés. 

L'année suivante, au mois de septembre 1551, à une 
lieue en aval de la cité détruite, on commença l'érection 
d'une nouvelle ville qui fut bâtie avec les matériaux de 
l'ancienne. L'emplacement choisi fut celui du Maisnil, 
maison de plaisance de Marie d'Autriche. Autour de ce 
château, qui dans les premiers temps servit de maison 
commune pour l'administration et d'hôtel-de-ville, se 
groupèrent les habitations. C'est ce qui forme la ville 
actuelle d'Hesdin, que l'on baptisa alors du nom 
d'Hesdinfert ou Nouvel-Hesdin. 

Les trois livres que nous venons de citer et que nous 
avons eu la bonne fortune de réunir forment-ils la série 
complète des impressions du Vieil-Hesdin ? Nous ne 
saurions l'affirmer. Des pièces volantes ou des placards 
ont bien pu y être imprimés, mais la trace en est 
perdue ; les archives du Vieil-Hesdin , où elles auraient 
pu se trouver, ayant déjà péri en grande partie, lors 
du pillage et de l'incendie de 1521, ainsi que nous 
l'avons relaté plus haut (1). 



(1) C'est ce qui est attesté par des lettres-patentes de janvier 1541, données 
par François I", à la requête des mayeur et échevins d'Hesdin, par lesquelles 
les privilèges, droits, libertés, exemptions et franchises de la ville sont confir- 
més, n est rappelé dans Tactc que le mois de novembre 1521, ladite ^^lle ayant 
été prise d'assaut, brûlée, pillée et détruite, les chartes et lettres originales des 
susdits privilèges et octrois, ainsi que les autres papiers, livres et enseigne- 
ments appartenant au corps et communauté de la ville furent aussi brûlés. 
(Voir Vicissitudes, heur et malheur du Vieil-Hesdin, par le D' B. Davs'in. Saint- 
Pol, 1866; gr. in-«, pag. 229-230). 



16 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

Arthur Dînaux et le docteur Danvin qui, les premiers, 
ont parlé de Timprimerie d'Hesdin, n'ont connu que 
YAgrégatoire de 1517. Les impressions de 1512 et de 
1518, qui complètent l'exercice de Bauldrain Dacquin, 
leur avaient échappé. Le fait n'a rien de surprenant, 
étant donné l'extrême . rareté de ces volumes, qui ne 
figurent point dans les bibliographies et dont on cher- 
cherait en vain l'indication dans Panzer et dans 
Bnmet (1). Seul, M. Deschamps les a mentionnées dans 
son Dictionnaire de Géographie, d'après des notes com- 
muniquées par M. le baron Dard, et prises en partie sur 
les exemplaires que nous possédons. Il est fort probable 
que Bauldrain Dacquin était originaire d'Hesdin. Les 
bourgeois de cette ville, jaloux de leurs privilèges, 
n'eussent pas toléré l'établissement d'un autre que des 
leurs. Le docteur Danvin suppose qu'il aurait appris son 
art à Abbeville. Nous ferons remarquer que l'imprimerie 
introduite à Abbeville en 1486, par Jean de Pré, typo- 
graphe parisien, cessa de fonctionner après 1489. Il est 
inadmissible que Bauldrain Dacquin soit resté plus de 
vingt années sans songer à tirer parti du métier qu'il 
venait d'apprendre. 

S'il nous était permis d'entrer dans le champ des 
conjectures, nous n'aurions pas à remonter si haut 
pour émettre une opinion plus plausible. Selon nous, ce 



(1) C'est à tort que M. Deschamps dit que la Bibliothèque Nationale ne 
possède pas YAgrégatoire de 1512. Un exemplaire, dans sa reliure du temps, 
fait partie de la Réserve sous la cote F. 985. L'exemplaire de la bibliothèque du 
marquis Le Ver, le seul qui ait jamais passé en vente, est entré dans notre 
collection particulière. L'exemplaire de l'édition de 1517, qui figurait à la 
vente Dinaux, doit être le même que celui qui se trouve dans la collection 
de M. le baron Dard, à Aire-sur-la-Lys. Un autre exemplaire, signalé comme 
ayant passé dans une vente à Boulogne-sur-Mer, est entré dans la biblio- 
tiiéque de M. Hurbiez, à Béthune ; enfin nous en possédons un troisième 
exemplaire. — Quant à la Dévote contemplation dont M. Deschamps attribue 
sans preuve la rédaction à Jean de Lacu, théologien de Lilla, nous n'en con- 
naissons pas d'autre exemplaire que le nôtre. 



l'imprimerie a hesdin 17 

serait plutôt avec Nicolas Le Caron, son compatriote, 
originaire d'Auxi-le-Chàteau (1), qui avait déjà imprimé 
à Amiens, vers 1508, les Coutumes des bailliages 
d'Amiens et de Montreuil, que Bauldrain Dacquin aurait 
été initié aux secrets de l'imprimerie. Peut-être ont-ils 
travaillé tous deux à Paris chez Henri Estienne, premier 
du nom, qui parait avoir eu des relations avec des 
littérateurs de la région, car nous voyons ce dernier 
imprimer les œuvres de Charles de Bouvelles et celles 
de Jacques Lefevre, d'Étaples. 

A. CLAUDIN. 



(1) Cestau savant M. Léopold Delisle que nous devons le renseignement 
sur le lieo de naissance du premier imprimeur d'Amiens (voir le Cabinet 
historique de V Artois et de la Picardie, Abbeville, 18S6, in-8*, n* 1, pag. 3-5). Dans 
un Tolunie in*fol. contenant divers traités de Ch. de Bouvelles, publiés sous le 
patronage de Tévêque d'Amiens et achevés d'imprimer en 1511, à Paris, chez 
Haori Estienne I", od remarque une pièce de vers latins : Nicolcd Caronis 
Asuiaeeneishectasticon ad librtun. Auxi-le-Château /^Auxiacu/n^ est aujourd'hui 
dans le département du Pas-de-Calais, à 30 kilom. de Saint-Pol. 

Un inqHrimeur dn nom de Pierre le Caron se trouvait à Paris, dés 1489, 
mais comme il a disparu en 1500, il n'est guère probable que Nie. le Caron 
ait afypris chez lui Fart typographique. Tout au plus, peut-on lui supposer un 
Ben de parenté, à cause de la similitude des noms. La marque de Pierre le 
Garoa représente un parc enceint de hautes murailles crénelées. Au bas, on 
lit dans une banderolle l'incription : Franboys, que La Caille dans son Histoire 
de rimprimaie, page 61, interprète par franc-bois, ou bois-clos ; serait-ce une 
•iiw«i#>ti an parc d'Hesdin ? 



1891 



MARIE PUECH DE CALAGES 

FEMME POÈTE TOULOUSAINE DU XVII* SIÈCLE 



LA VÉRITÉ 



SUR SON POEME RARISSIME DE « JUDITH 3> 

ou 

LA DÉLIVRANCE DE BÉTHULIE 



En faisant des recherches dans le Journal de 
l'Empire, (Débats) de Tannée 1814, nous avons été 
arrêté, dans le numéro du 6 mars par un article 
intitulé : « Variétés. Sur un article de la Biographie 
universelle, i> 

La dernière édition de la Biographie Michaud, 
n'ayant en rien profité de ce précieux article qui. 
donne cette fois la vérité sur le poème de Judith ou 
la Délivrance de Béthuliè de Marie Puech de Calages 
(Fauteur avait sous les yeux cette œuvre rarissime, 
que la Bibliothèque nationale ne possède pas), 
d'autre part la Nouvelle Biographie générale ne 
l'ayant pas connu, car son article n'est presque que 
la reproduction des erreurs de la Biographie 
Michaud, sauf la dédicace vraie à Marie-Thérèse 
d'Autriche et non à Anne d'Autriche, il devenait 
évident pour nous que la réimpression de cet 
important article s'imposait. Aussi sommes-nous 
heureux de la donner aujourd'hui à l'un de nos plus 
anciens recueils littéraires. 



MARIE PUECH DE CALAGES 19' 

L'article que nous reproduisons est signé seule- 
ment, ainsi qu'une foule d'autres des mêmes Débats 
à la même époque, de la lettre T. Il émane donc de 
la plume savante de Tour Zef (1758-1836), cet estimable 
critique auquel la Biographie Michaud a consacré 
une notice bien intéressante, mais que la Nouvelle 
Biographie générale (nous regrettons que les 
circonstances coïncident pour nous forcer à avoir 
Tair de la prendre à partie), n'a pas jugé à propos 
de faire figurer dans ses colonnes. La Biographie 
Universelle nous dit en effet que Tourlet fournit de 
nombreux articles à toutes les feuilles périodiques 
de son temps. Elle ajoute dans son jugement sur le 
critique : « En général le bon sens et le goût, le 
jugement et la fidélité aux saines doctrines, un style 
plus clair qu'élégant, un grand fonds de naïveté qui 
n'était pas sans originalité,,. y> Nous avons souligné 
ce dernier trait, car nous en avons un exemple dans 
l'article même de Tourlet que nous reproduisons. 
Le critique dit avec sa bonhomie ordinaire : a: C'est 
elle (W^^ de Calages) qui, dans une épître signée de 
son nom, dédia son ouvrage à la reine Marie- 
Thérèse d'Autriche, en la complimentant sur son 
mariage avec Louis XIV, lequel venait d'avoir lieu 
précisément dans cette même année 1660. Si l'on; 
avait eu sous les yeux et pris la peine de lire l'épître 
dédicatoire, on eût bien vu qu'elle ne s'adressait pas 
à Anne d'Autriche ; car il n'y a pas d'apparence que 
l'auteur l'eût félicitée d'avoir épousé son fils. i> 

Emile Du Boys. 



20 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

Voici Farticle des Débats : 

Journal de l'Empire (Débats) du 6 mars 1814. — 
Variétés. — Sur un article de la Biographie 
universelle. 

En parcourant ces jours derniers un volume de la 
Biographie Universellej mes regards s'arrêtèrent sur 
Tarticle de M"® Marie de Puech de Calages, toulou- 
saine, auteur d'un poëme intitulé Judith ou la 
Délivrance de Béthulie^ publié en 1660. L'article 
contient deux passages du poëme, chacun d'une 
vingtaine de vers à peu près. Mon étonnement fut 
grand, je l'avoue, en lisant ces vers, tous très bien 
tournés, et où il n'y a pas une seule de ces 
expressions surannées qui se trouvent fréquemment 
dans les meilleurs poètes de cette époque. Je possède 
depuis longtemps le poëme de Judith : j'en avois lu 
quelque chose autrefois, et je ne me souvenois pas 
d'y avoir rien vu qui ressemblât aux deux passages 
cités. Je recourus à l'ouvrage, et ma première 
surprise fit place À une autre plus grande encore, 
lorsque je vis que, des deux morceaux, le premier 
étoit entièrement supposé, et le second altéré de 
manière à n'être pas reconnoissable. Le premier 
représente Judith échangeant ses habits de veuve 
contre ceux qu'elle portoit le jour de son mariage : 

Elle touche et cent fois eUe arrose de larmes 
L'habit dont son époux voulut parer ses charmes, 
Quand, aux yeux des Hébreux, s'avançant à Tautel, 
Tous deux se sont jurés un amour éternel. 
Qu'un soin bien diflTérent l'agite et la dévore ! 
Ah 1 ce n'est pas pour plaire à l'objet qu'elle adore 
Que Judith a recours à ces vains ornemens ! 



MARIE PUECH DE CALAGES 21 

Elle entend tout à coup de longs gémissemens : 

Son bras, avec effroi, comme enchaîné s'arrête ; 

Elle frémit, soupire, et détourne la tête. 

D'un nuage confus son œil est obscurci ; 

D'un tremblement soudain tout son corps est saisi. 

A la pâle lueur d'une sombre lumière. 

Un fantôme effrayant vient frapper sa paupière ; 

C'est Manassès qui s'offre à son cœur attendri 

Tel que ses yeux l'ont vu quand cet époux chéri 

Exhala dans ses bras son âme fugitive. 

Pas un vers, pas un mot de tout cela dans le 
poëme ; à la place de cette peinture touchante c'est 
un long et ridicule procès-verbal où toutes les 
pièces qui composent la parure de Judith sont 
décrites une à une ; du reste cette parure, où il n'y 
a pas trace du costume hébreu, est celle d'une 
duchesse de la cour d'Anne d'Autriche. Quant à 
l'ombre de Manassès, elle n'apparoît point ; Judith 
ne la voit ni ne la croit voir : seulement elle 
l'apostrophe, elle lui parle. 

Le second passage est le dénoûment de l'action, la 
catastrophe du poëme : c'est l'instant où l'on voit 
ce pauvre Holopherne si méchamment mis à mort 
par Judith : 

Son courage redouble, un feu divin l'embrase. 
Ce n'est plus cet objet dont le charme vainqueur 
Du farouche Holopherne avoit séduit le cœur ; 
Sa démarche et ses traits n'ont rien d'une mortelle, 
Une sombre fureur dans ses yeux étincelle ; 
Ses cheveux sur son front semblent se hérisser, 
Un pouvoir inconnu la force d'avancer. 
Elle voit sur le lit la redoutable épée. 
Qui dans le sang hébreu devoit être trempée ; 
Elle hâte ses pas, et prend entre ses mains 
Ce fer victorieux, la terreur des humains ; 
Observe avec horreur ce conquérant du monde ; 



20 BULLETIN DU BmLIOPHILE 

Voici Tarticle des Débats : 

Journal de l'Empire (Débats) du 6 mars 1814. — 
Variétés. — Sur un article de la Biographie 
universelle. 

En parcourant ces jours derniers un volume de la 
Biographie Universelle^ mes regards s'arrêtèrent sur 
l'article de M"® Marie de Puech de Calages, toulou- 
saine, auteur d'un poème intitulé Judith ou la 
Délivrance de BéthuliCy publié en 1660. L'article 
contient deux passages du poème, chacun d'une 
vingtaine de vers à peu près. Mon étonnement fut 
grand, je l'avoue, en lisant ces vers, tous très bien 
tournés, et où il n'y a pas une seule de ces 
expressions surannées qui se trouvent fréquemment 
dans les meilleurs poètes de cette époque. Je possède 
depuis longtemps le poème de Judith : j'en avois lu 
quelque chose autrefois, et je ne me souvenois pas 
d'y avoir rien vu qui ressemblât aux deux passages 
cités. Je recourus à l'ouvrage, et ma première 
surprise fit place ià une autre plus grande encore, 
lorsque je vis que, des deux morceaux, le premier 
étoit entièrement supposé, et le second altéré de 
manière à n'être pas reconnoissable. Le premier 
représente Judith échangeant ses habits de veuve 
contre ceux qu'elle portoit le jour de son mariage : 

Elle touche et cent fois elle arrose de larmes 
L'habit dont son époux voulut parer ses charmes, 
Quand, aux yeux des Hébreux, s'avançant à Tautel, 
Tous deux se sont jurés un amour éternel. 
Qu'un soin bien différent l'agite et la dévore ! 
Ah ! ce n'est pas pour plaire à l'objet qu'elle adore 
Que Judith a recours à ces vains ornemens ! 



MARIE PUECH DE CALAGES 21 

Elle entend tout à coup de longs gémissemens : 

Son bras, avec effroi, comme enchaîné s'arrête ; 

Elle frémit, soupire, et détourne la tête. 

D'un nuage confus son œil est obscurci ; 

D'un tremblement soudain tout son corps est saisi. 

A la pâle lueur d'une sombre lumière, 

Un fantôme effrayant vient frapper sa paupière ; 

C'est Manassès qui s'offre à son cœur attendri 

Tel que ses yeux l'ont vu quand cet époux chéri 

Exhala dans ses bras son âme fugitive. 

Pas un vers, pas un mot de tout cela dans le 
poëme ; à la place de cette peinture touchante c'est 
un long et ridicule procès-verbal où toutes les 
pièces qui composent la parure de Judith sont 
décrites une à une ; du reste cette parure, où il n'y 
a pas trace du costume hébreu, est celle d'une 
duchesse de la cour d'Anne d'Autriche. Quant à 
r ombre de Manassès, elle n'apparoît point ; Judith 
ne la voit ni ne la croit voir : seulement elle 
l'apostrophe, elle lui parle. 

Le second passage est le dénoûment de l'action, la 
catastrophe du poëme : c'est l'instant où l'on voit 
ce pauvre Holopherne si méchamment mis à mort 
par Judith : 

Son courage redouble, un feu divin l'embrase. 

Ce n'est plus cet objet dont le charme vainqueur 

Du farouche Holopherne avoit séduit le cœur ; 

Sa démarche et ses traits n'ont rien d'une mortelle, . 

Une sombre fureur dans ses yeux étincelle ; 

Ses cheveux sur son front semblent se hérisser, 

Un pouvoir inconnu la force d'avancer. 

Elle voit sur le lit la redoutable épée, 

Qui dans le sang hébreu devoit être trempée ; 

Elle hâte ses pas, et prend entre ses mains 

Ce fer victorieux, la terreur des humains ; 

Observe avec horreur ce conquérant du monde ; 



MARIE PUECH DE CALAGES 

FEMME POÈTE TOULOUSAINE DU XVII* SIÈCLE 



LA VÉRITÉ 



SUR SON POEME RARISSIME DE « JUDITH 3> 

ou 

LA DÉUVRANCE DE BÉTHULIE 



En faisant des recherches dans le Journal de 
l'Empire, (Débats) de Tannée 1814, nous avons été 
arrêté, dans le numéro du 6 mars par un article 
intitulé : « Variétés. Sur un article de la Biographie 
universelle, » 

La dernière édition de la Biographie Michaud, 
n'ayant en rien profité de ce précieux article qui 
donne cette fois la vérité sur le poème de Judith ou 
la Délivrance de Béthulie de Marie Puech de Calages 
(Fauteur avait sous les yeux cette œuvre rarissime 
que la Bibliothèque nationale ne possède pas), 
d'autre part la Nouvelle Biographie générale ne 
rayant pas connu, car son article n'est presque que 
la reproduction des erreurs de la Biographie 
Michaud, sauf la dédicace vraie à Marie-Thérèse 
d'Autriche et non à Anne d'Autriche, il devenait 
évident pour nous que la réimpression de cet 
important article s'imposait. Aussi sommes-nous 
heureux de la donner aujourd'hui à Fun de nos plus 
anciens recueils littéraires. 



MARIE PUECH DE CALAGES 19 

L'article que nous reproduisons est signé seule- 
ment, ainsi qu'une foule d'autres des mêmes Débats 
à la même époque, de la lettre T. Il émane donc de 
la plume savante de rour/ef (1758-1836), cet estimable 
critique auquel la Biographie Michaud a consacré 
une notice bien intéressante, mais que la Nouvelle 
Biographie générale (nous regrettons que les 
circonstances coïncident pour nous forcer à avoir 
Tair de la prendre à partie), n'a pas jugé à propos 
de faire figurer dans ses colonnes. La Biographie 
Universelle nous dit en effet que Tourlet fournit de 
nombreux articles à toutes les feuilles périodiques 
de son temps. Elle ajoute dans son jugement sur le 
critique : a En général le bon sens et le goût, le 
jugement et la fidélité aux saines doctrines, un style 
plus clair qu'élégant, un grand fonds de naïveté qui 
n'était pas sans originalité,,. » Nous avons souligné 
ce dernier trait, car nous en avons un exemple dans 
l'article même de Tourlet que nous reproduisons. 
Le critique dit avec sa bonhomie ordinaire : « C'est 
elle (Mlle (Je Calages) qui, dans une épitre signée de 
son nom, dédia son ouvrage à la reine Marie- 
Thérèse d'Autriche, en la compUmentant sur son 
mariage avec Louis XIV, lequel venait d'avoir lieu 
précisément dans cette même année 1660. Si l'on 
avait eu sous les yeux et pris la peine de lire l'épître 
dédicatoire, on eût bien vu qu'elle ne s'adressait pas 
à Anne d'Autriche ; car il n'y a pas d'apparence que 
l'auteur l'eût félicitée d'avoir épousé son fils, i> 

Emile Du Boys. 



20 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

Voici Tarticle des Débats : 

Journal de l'Empire (Débats) du 6 mars 1814. — 
Variétés. — Sur un article de la Biographie 
universelle. 

En parcourant ces jours derniers un volume de la 
Biographie Universelle^ mes regards s'arrêtèrent sur 
l'article de M^i^ Marie de Puech de Calages, toulou- 
saine, auteur d'un poëme intitulé Judith ou la 
Délivrance de Béthulie^ publié en 1660. L'article 
contient deux passages du poëme, chacun d'une 
vingtaine de vers à peu près. Mon étonnement fut 
grand, je l'avoue, en lisant ces vers, tous très bien 
tournés, et où il n'y a pas une seule de ces 
expressions surannées qui se trouvent fréquemment 
dans les meilleurs poètes de cette époque. Je possède 
depuis longtemps le poëme de Judith : j'en a vois lu 
quelque chose autrefois, et je ne me souvenois pas 
d'y avoir rien vu qui ressemblât aux deux passages 
cités. Je recourus à l'ouvrage, et ma première 
surprise fît place À une autre plus grande encore, 
lorsque je vis que, des deux morceaux, le premier 
étoit entièrement supposé, et le second altéré de 
manière à n'être pas reconnoissable. Le premier 
représente Judith échangeant ses habits de veuve 
contre ceux qu'elle portoit le jour de son mariage : 

Elle touche et cent fois eUe arrose de larmes 
L'habit dont son époux voulut parer ses charmes, 
Quand, aux yeux des Hébreux, s'avançant à l'autel, 
Tous deux se sont jurés un amour éternel. 
Qu'un soin bien différent l'agite et la dévore ! 
Ah ! ce n'est pas pour plaire à l'objet qu'elle adore 
Que Judith a recours à ces vains ornemens ! 



BfARIE PUECH DE CALAGES 21 

Elle entend tout à coup de longs gémissemens : 

Son bras, avec effroi, comme enchaîné s'arrête ; 

Elle frémit, soupire, et détourne la tête. 

D'un nuage confus son œil est obscurci ; 

D'un tremblement soudain tout son corps est saisi. 

A la pâle lueur d'une sombre lumière. 

Un fantôme effrayant vient frapper sa paupière ; 

C'est Manassès qui s'offre à son cœur attendri 

Tel que ses yeux l'ont vu quand cet époux chéri 

Exhala dans ses bras son âme fugitive. 

Pas un vers, pas un mot de tout cela dans le 
poème ; à la place de cette peinture touchante c'est 
un long et ridicule procès-verbal où toutes les 
pièces qui composent la parure de Judith sont 
décrites une à une ; du reste cette parure, où il n'y 
a pas trace du costume hébreu, est celle d'une 
duchesse de la cour d'Anne d'Autriche. Quant à 
l'ombre de Manassès, elle n'apparoît point ; Judith 
ne la voit ni ne la croit voir : seulement elle 
l'apostrophe, elle lui parle. 

Le second passage est le dénoûment de l'action, la 
catastrophe du poème : c'est l'instant où l'on voit 
ce pauvre Holopherne si méchamment mis à mort 
par Judith : 



Son courage redouble, un feu divin l'embrase. 
Ce n'est plus cet objet dont le charme vainqueur 
Du farouche Holopherne avoit séduit le cœur ; 
Sa démarche et ses traits n'ont rien d'une mortelle, 
Une sombre fureur dans ses yeux étincelle ; 
Ses cheveux sur son front seiâblent se hérisser, 
Un pouvoir inconnu la force d'avancer. 
Elle voit sur le lit la redoutable épée. 
Qui dans le sang hébreu devoit être trempée ; 
Elle hâte ses pas, et prend entre ses mains 
Ce fer victorieux, la terreur des humains ; 
Observe avec horreur ce conquérant du monde ; 



22 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

S'applaudit en voyant son ivresse profonde ; 

Puis soulève le fer, rarrache du fourreau. 

Et le cœur enflammé par un transport nouveau, 

Croit entendre la voix du ciel iqui Tencourage : 

ce Tu le veux, Dieu puissant, achève ton ouvrage. » 

Elle dit, et d'un bras par Dieu même affermi. 

Frappe, d'un fer tranchant, son superbe ennemi. 

La première citation n'ayant nul rapport avec le 
véritable texte, il me vint un moment dans Fesprit 
que Fauteur Favoit peut-être tirée de quelque autre 
poème de Judith qu'il auroit pris pour celui de M"® 
de Calages ; mais ce doute s'est dissipé quand j'ai 
comparé la seconde citation avec le passage qui en 
tient la place dans le poëme. J'ai été convaincu 
alors qu'il s'agissoit bien du même ouvrage, et que 
quelqu'un s'étoit amusé, ici, à raccommoder les vers 
de M^^e de Calages ; là, à lui en faire de tout neufs. 

Dans le dernier passage que je viens de tran- 
scrire, les sept premiers vers n'ayant absolument 
rien de commun ni pour la pensée ni pour 
Fexpression avec les vers du poëme, je prends ceux-ci 
à l'endroit où commence la ressemblance : 

Elle voit sur le lit la redoutable épée 

Qui, dans le sang hébreu devoit être trempée ; 

Je vois, je vois, dit-elle, arbitre des humains, 

Ce que tu me promis de mettre dans mes m,ains. 

Puis, observant de près, ce conquérant du monde, 

Et le voyant dormir d'une ivresse profonde. 

Elle saisit t;e fer, et le mettant à nu. 

Se sent grossir le cœur d'un transport inconnu ; 

« Dieu d'Israël, dit-elle, achève ton ouvrage. » 

Là, d'un robuste bras et d'un mâle courage. 

Elle enleva la tête à ce prince pervers. 

J'ai souligné très exactement dans les vers de M}^^ 
de Calages tout ce qu'on y a pris pour fabriquer 



MARIE PUECH DE CALAGES 23 

ceux dont on a voulu lui faire honneur ; un coup- 
d'œil suffit pour faire juger combien la citation est 
fidèle. 

L'auteur de l'article a mis moins d'exactitude 
encore, s'il est possible, dans le peu de faits qui 
concernent M^J^ de Calages et son poème. Il prétend 
que ce poème, composé dans la jeunesse de l'auteur, 
ne fut publié qu'après sa mort (1), et le fut par M^e 
Lhéritier de Villandon, qui, en 1660, le dédia à la 
jeine Anne d'Autriche, alors régente. Autant 
d'erreurs que de mots. Le poème parut véritable- 
ment en 1660, mais M^e de Calages vivoît encore à 
cette époque et elle fut elle-même son éditeur. C'est 
elle qui, dans une épître signée de son nom, dédia 
son ouvrage à la reine Marie-Thérèse d'Autriche, en 
la complimentant sur son mariage avec Louis XIV, 
lequel venoit d'avoir lieu précisément dans cette 
même année 1660. Si l'on avoit eu sous les yeux et 
pris la peine de lire l'épître dédicatoire, on eût bien 
vu qu'elle ne s'adressoit pas à Anne d'Autriche ; car 
il n'y a pas d'apparence que Fauteur Teùt félicitée 
d'avoir épousé son fils. D'un autre côté cette Anne 
d'Autriche qu'on fait régente alors (en 1660), ne 
Tétait plus depuis 1651, époque où le roi avoit 
déclaré sa majorité. 

• 

(1) Noos saisissons cette occasion de faire remarquer combien il est 
regr^table que des recueils, auxquels on ne peut, dans Tensemblc, refuser 
une certaine valeur comme la Nouvelle Biographie générale, Tcnlermenl des ar- 
ticles rédigés avec une aussi grande inattention précisément que celui sur Marie 
de Calages. Se donnant un bon point sur sa concurrente Michaud en établis- 
sant la vraie dédicace de Judith non à Anne d'Autriche, mais à Marie-Thérèse 
dtAatriehe, reine de France, la Souoelle Biographie nous dit : c Calages {Mariç 
Pueeh de) née en 1632, aux environs d'Ancenis, et morte à Mirepoix le 8 octobre 
1661. > Puis elle ajoute quelques lignes plus bas : c Judith, publiée en 1660, 
après la mort de M'** de Calages. » 



24 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

L'auteur de cet article où j'ai relevé, à regret, 
tant d'inexactitudes, est cependant une femme qui, 
célèbre dès son enfance, par de fort jolis vers, en 
a fait de fort beaux dans un autre âge, en dépit de 
cette grande précocité qui inspire ordinairement 
plus de craintes qu'elle ne fait concevoir d'espérances 
pour l'avenir. A ces traits, qui n'a point reconnu 
Mme de Vannoz (1)? M^^ de Vannoz, je me hâte de 
le déclarer, n'est point coupable des fausses-citations 
et des faux détails qu'elle a insérés dans son article. 
M^ne de Genlis, qui, avant elle, en avoit fait usage 
dans son Influence littéraire des femmes (2), ne les 

(1) Sur M"' de Vannoz, qu'on chercherait en vain dans la plupart de nos 
Biographies, il faut voir la France littéraire de Guérard, 1. 10, p. 48. 

M"' de Sivry, dame de Vannoz, poète, membre de l'Académie des Arcades 
de Rome et de Goritz, en Frioul, et de celle de Lyon, naquit en 1775. Elle 
donna un nombre assez considérable de. biographies de femmes célèbres à la 
Biographie Universelle. 

(2) Voici ce que dit M"' de Genlis sur M"' de Calages, Influence littéraire des 
femmes, p. 57 : « Parmi les auteurs de ce temps (milieu du XVII* siècle), on 
doit distinguer une personne dont le nom est tout à fait inconnu, et qui 
cependant devroit avoir une grande célébrité ; ce fut M'** de Calages, poète 
toulousaine ; elle composa un poème de Judith, dédié à Anne d'Autriche, et 
rempli de très beaux vers. Voici quelques citations qui feront juger de son 
talent » 

Nous ne reproduirons pas les citations dont Tourlet fait justice. Nous 
donnerons seulement la fin du passage de M"* de Genlis que notre critique 
réfute avec tant de talent, de délicatesse et de raison : < Il est bien extraor- 
dinaire, dit-elle en terminant, que de tels vers soient restés dans le plus 
profond oubli, qu'on ne sache pas même qu'il ait existé un poème de Judith, 
et qu'on se souvienne encore des mauvais poèmes d'Alaric, de Clovis, etc. 
Tout favorise la réputation littéraire des hommes ; celle des femmes se forme 
beaucoup plus difficilement. Il est convenu que, même en prenant des 
passages de leurs ouvrages, on ne doit jamais les citer, et que, poiu* Yintérét 
des bonnes mœurs, on doit encore moins les encourager, afin de les rendre 
aux travaux du ménage ; car onjsent combien il seroit avantageux à la société 
de décider une femme qui auroit fait un beau poème, à tricoter le reste de sa 
vie, au lieu d'écrire. Ainsi l'injustice à leur égard dans ce genre, n'est jamais 
qu'une [louablel austérité de principes ;. c'est pourquoi le nom de M"* de 
jCalages est resté dans une telle obscurité. Si un homme eût fait ce poème de 
Judith, il seroit certainement très connu. > 



MAJRSE PUECH DE CALAGES 25 

a pas inyentés non plus cerfainement. Ces deux 
dames les auront puisés, je n'en fais nul doute, dans 
quelque compilation infidèle, où un plaisant se sera 
diverti à révéler ton prétendu phénomène ignoré et 
à fabriques^ une gloire posthume. Bien qu'il fût très 
peu vraisemble qu'une femme vivant en province 
vers le milieu du XYII^ siècle, eût fait des vers tels 
que fort peu d'hommes en faisoient de semblables à 
Paris, dans ce temps-là, c'est un assez léger tort que 
d'y avoir cru, et des femmes doivent s'y laisser 
prendre plus facilement que d'autres. Il est seule- 
ment fâcheux que M™e de Genlis, trop dupe de 
la mystification, ait fait sonner si haut pour l'hon- 
neur de son sexe, la découverte du prétendu 
chef-d'œuvre de la muse toulousaine, qu'elle s'en 
soit prise à la jalousie des hommes du profond 
oubli dans lequel ce chef-d'œuvre étoit resté enseveli 
si longtemps, et qu'enfin elle se soit écriée avec 
amertume : « Si * un homme eût fait ce poëme de 
Judith, il seroit certainement très connu. » 

D ne faut pas que le public soit trompé. D'ailleurs, 
les éditeurs de la Biographie universelle s'étant 
montrés fort jaloux du perfectionnement de leur 
estimable ouvrage, c'est les obliger que de leur faire 
counoitre à la fois les erreurs qui ont pu s'y glisser, 
et les vérités qui doivent prendre la place de ces 
erreurs. Voilà ce qui m'a déterminé à critiquer 
rarticlesiu* M"e de Calages, et ce qui m'engage à 
donner une courte notice de son poëme. 

Rien de plus ridicule que la conduite de l'ouvrage : 
nulle imagination, nulle connoissance des règles. 
Pour faire de l'histoire de Judith huit chants qu'elle 
appelle parties, l'auteur Va grossie (ce sont ses 






26 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

propres expressions) par le narré du sacrifice 
d'Abraham et d'une partie de Thistoire de David, 
qu'elle confesse elle-même n'avoir aucun rapport 
avec le sujet principal ; elle auroit dû pousser la 
franchise jusqu'à dire qu'elle les y a liées fort mala- 
droitement. La manière dont elle amène et place, 
non-seulement ces deux énormes récits, mais plu- 
sieurs autres encore, est tout à fait risible. Le danger 
de Béthulie est au comble ; ses habitans meurent de 
soif, et elle est menacée d'un assaut pour le lende- 
main. Judith conçoit alors la résolution que chacun ' 
sait, et fait prier Osias, le chef de la cité, de lui 
envoyer deux prêtres à qui elle puisse confier son 
projet. Un étranger, présent à l'arrivée de son mes^ 
sage, témoigne une extrême envie de savoir qui est 
celte Judith ; et la servante, au lieu d'aller rendre 
réponse à sa maîtresse qui l'attend avec impatience, 
se met à raconter, durant deux chants, toute l'his- 
toire de sa Dame. Ce n'est pas tout : le bon Osias^ 
qui sait cette histoire par cœur, reste là pour 
avoir le plaisir de l'entendre encore une fois, au lieu 
d'envoyer à Judith ces deux prêtres qu'elle demande 
cependant; ces deux prêtres arrivent chez Osias 
sans avoir été avertis, ils sont, comme tous les 
Béthuliens, pressés d'une soif horrible, et ils viennent 

Avec le doux espoir 

De trouver un peu d'eau dans quelque réservoir. 

Osias devine ce qui les amène ; mais lui qui avoit 
perdu deux heures des plus précieuses à écouter un 
récit dont il n'avoit que faire, s'en venge sur les 
deux prêtres mourans de soif, en leur disant d'aller 



MARIE PUECH DE CALAGES 27 

bien vite chez Judith qui les demande et qui leur 
donnera de quoi boire à leur retour. Resté seul 
avec l'étranger, il lui raconte en détail, pour passer 
le temps, l'histoire du sacrifice d'Abraham, dont il 
avoit été question incidemment dans le récit de la 
servante. Une autre histoire amenée assez plaisam- 
ment aussi, c'est celle de Sémiramis et de Ninus. 
Holopheme, impatient de revoir Judith, va la 
trouver dans une riche tente qu'il avoit affectée à 
son usage. Judith, qui fait avec lui la coquette, lui 
dit que pour charmer ses ennuis en l'attendant, elle 
s'étoit mise à considérer les beautés d'une tapisserie, 
dont elle désiroit connoître le sujet ; et tout de suite, 
le galant Holopherne lui explique ce sujet, qui est 
Sémiramis faisant égorger son mari devant elle, 
pour toucher le cœur d'un amant que ses charmes 
n'avoient pu rendre sensible. 

En général, l'exécution du poëme répond assez 
au mérite de l'invention. On y trouve souvent des 
hiatus, des fausses rimes, des c muets non élidés 
dans les mots tels que vie, joie, etc. ; toutes fautes 
que les poètes de la capitale ne commettoient plus 
depuis un demi-siècle au moins. Il y faut joindre les 
gasconismes que la poétesse toulousaine n'épargne 
pas comme de raison ; elle en a beaucoup de la 
force de celui-ci : 

1\ lui demande d*eau pour éteindre ses feux. 

Il y auroit toutefois de l'injustice à ne pas recon- 
noître par intervalle quelques vers isolés et même 
de suite, dont la pensée est heureuse et l'expression 
assez élégante : il y a presque toujours du naturel 



28 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

dans les sentimens et dans le style; et, sî Ton 
considère qu'à cette époque TafiFectation qui com- 
mençoit à disparoitre des cercles et des écrits de la 
capitale, exerçoit encore tout son empire sur les 
esprits de la province, on saura gré à Fauteur de 
s'être préservée de ce fléau contagieux. Voici la 
meilleure tirade de tout le volume que j'ai eu la 
patience de lire d'un bout à l'autre ; elle est tirée 
d'un discours adressé à Holopherne : 

Songe à ta sûreté, laisse-là les Hébreux. 

Oui, nous y périrons, s'ils ont leur Dieu pour eux ; 

S'il veut ici la paix n'y faisons plus la guerre. 

C'est le Dieu d'Israël qui lance le tonnerre ; 

D'invisibles soldats marchent à ses côtés, 

Prompts pour exécuter toutes ses volontés. 

C'est le puissant moteur de tout ce vaste monde ; 

H fait tout ce qu'il veut sans qu'aucun le seconde : 

Il créa l'univers par sa féconde voix, 

Et l'être et le néant sont sujets à ses loîx. 

n a dessus les rois la puissance suprême ; 

Nabuchodonosor lui doit son diadème ; 

C'est de lui que dépend et la vie et la mort, 

La force, la valeur, la fortune et le sort. 

Dubartas a fait aussi un poëme de Judith en six 
livres. Il dépeint, de cette manière, Holopherne se 
déshabillant pour aller attendre au Ut la belle Béthu- 
Uenne : 

,0r, il se déboutonne, ore ii ôte ses bas ; 
Mais son ardeur lui nuit, sa hâte le retarde ; 
Et d'amour aveuglé ne se donne pas garde. 
Que cuidant dénouer de ses tremblotans doigts 
La subtile aiguillette, il la noue trois fois, 
Jusqu'à tant que vaincu, tant de désir que d'ire, 
Il coupe ses liens, ses habits il déchire 
Et nu se met au lit. 



MARIE PUECH DE CALAGES 29 

Ce Dubartas étoit le plus grotesquement barbare 
de tous les poètes de son temps, et ce n'est pas peu 
dire. 

Ronsard, auprès de lui, a un style presque 
racinien. 



T. (TOURLET.) 



ETUDE 



SUR LES 



LIVRES A FIGURES VÉNITIENS 

DE LA PIN DU XV« SIÈCLE ET DU COMMENCEMENT DU XVI« 

(Suite.) 



1512 

Opéra Nona del Fecûdissimo Giouene Pietro Pictore 
Arretino zoe Strombotti Sonetti Capitali Epistole Bar- 
zellete et una Desperata. 

In-12, lettres rondes. Au-dessous du titre, bois ombré, 
très médiocre, un homme à genoux devant un person- 
nage assis qui lui pose une couronne sur la tête ; au 
second plan, quatre personnages debout, Tun d'eux joue 
de la guitare. A la fin : Impresso in Venetia per Nicolo 
Zopino. Nel M.CCCCC.XIL Adi, XXIL De Zenaro. (Mar- 
ciana). 

1512 

Le Lande spirituali, 

In-4, lettres rondes, 8 ff. par cahier ; paginé à partir du 
3® feuillet, premier feuillet a.; 58 jolis petits bois au trait 
d'une composition simple ; parfois les terrains sont noirs. 
Page 122, à la fin : Stampata in Venetia per Georgio de 
Rusconi a instantia de Nicolo dicto Zopino, M,D,Xii, adi. 
an, Marzo, (Marciana, i6,840J. 



LIVRES A FIGURES VÉNITIENS 31 

1512 

Manfredî (Hîeron.). Opéra noua intitulata il Perche 
utilissima ad intendere la cagione di moite cose : et 
maximamente alla conseruatione délia sanita. Noua- 
mente stampada. 

In-4o gothique à deux colonnes, en vers. Au-dessous du 
titre, le Saint-Georges, avec F. V. A la fin : Stampato in 
Venetia ad instantia de Zorzi di Rusconi Milanese. Nel 
cmno.,., 1512. Adi. 8. aprile. (Brunet, t. III, col. 1323 ; 
Arsenal, 3951, B. L.). 

1514. — Libro de Vhomo in lingua materna com- 
pilato per misser Hieronimo di Manfredi da Bologna 
ad utilità et delectatione del génère humano ecc, ecc. 
ditto vulgarmente Perché, 

In-4o ; caract. goth., figure anatomique au titre. Venetia 
per Simon de Luer, 151i, 

1512 

Epistole e euàgelii volgari hystoriade : cum vna 
tabula : che insegna a trouare facilmente tutte le 
Epistole : e Euangelij scritti nella sequête opéra : 
secundo lordine de la corte Romana : Cô alcune 
Epistole : e euangelij nô piu tradutti. 

In-folio ; 88 feuillets paginés depuis le titre qui est 
entouré d'un encadrement ombré, assez médiocre, que 
nous rencontrons souvent dans les volumes de cette 
époque ; au-dessus du titre, la marque du Christ VHS sur 
fond noir ; la même que dans le Legendario de 1518 ; 
toutes les pages sont entourées de petits encadrements 
variés. Un premier bois, au verso 4, V Incrédulité de Saint 
Thomas, signé M. A. F. 



32 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

La page 5 commence par un bois représentant le Christ 
assis sur les nuages tenant la croix de la main droite, un 
ange à chaque coin de la gravure sonnant de la trom- 
pette; derrière, quatre anges portant les instruments de la 
Passion : la lance, Téchelle, la colonne et la balance ; 
cette page est entourée d'un encadrement très légèrement 
ombré, formé de feuilles, d'arabesques, de puiti et de 
7 médaillons; ceux du haut contiennent à gauche le soleil, 
à droite la lune ; feuillet 9 : in la mesa grande el di de 
Natale, la Nativité : bois ombré d'un joli style, de forme 
ronde, inscrit dans un carré portant un ornement dans 
l'intérieur de chaque angle (bois du Legendario de 1518). 
Page 13 : Dominica V dopo la epiphania, bois de la même 
grandeur, ombré ; au premier plan un homme à terre 
soutenu par un autre tandis qu'un troisième se penche 
vers lui ; derrière eux une table servie, et deux groupes : 
à gauche deux personnages derrière, deux femmes qui se 
parlent ; page 17 : Feria seconda in qvadragesima ; un 
religieux tenant un livre de la main gauche, et montrant 
de la droite le Christ dans sa gloire ; trois anges à droite, 
deux à gauche ; sur le volume du religieux, sur la page 
gauche: timete devm et date illi onorë, et qvia venit hora 
ivdicii eivs sur la page droite. Page 21 : feria qvarta in 
qvadragesima : Jésus suivi de ses disciples rencontre la 
mère des fils de Zébédée. Page 25 : feria quàrta in qva- 
dragesima : deux aveugles marchant, celui de devant 
portant un bâton [Ciecho guida il CiechoJ, Page 29 : 
feria qvarta in qvadragesima : Jésus suivi d'un des 
apôtres a délivré du démon un homme couché à terre 
devant lui. Page 33 feria qvarta in qvadragesima : saint 
Jean, assis sur les nuages, avec Taigle, écrit sur des ta- 
blettes qu'il tient de la main gauche. Page 37, Crucifixion ; 
la Vierge, saint Jean et Marie-Madeleine; au-dessous 
Passio domini nostri Jesu Christi, entourée de l'encadre- 
ment ombré du titre ; ce bois est, sans doute, d'une autre 



LIVRES A FIGURES VÉNITIENS 33 

main, car il est très inférieur comme dessin et comme 
taille. Page 42 zobia (pour Giovedi) sancta: un grand 
calice dans lequel se trouve, vu à mi-corps, Fenfant Jésus 
tenant le monde dans la main gauche ; il est nu; de chaque 
côté un ange à genoux ; ici les ornements des coins sont 
sur fond noir. Page 45, sabbato sancto: saint-Marc vu 
de face, la droite sur un livre ouvert sur son bureau, la 
gauche sur un livre placé sur un pupitre; le lion à droite 
en bas ; des livres, le chapeau de cardinal à gauche ; orne- 
ments à fond noir. Page 49 el zorno de pascha, la résur- 
rection, le Christ près du bord du tombeau, tenant la ban- 
nière de la main gauche, la droite levée; à terre deux sol- 
dats dormant, à gauche un troisièmejla main droite levée 
à hauteur de ses yeux; une ville dans le fond à gauche ; 
ornements sur fond noir. Page 53 : Dominica v, dopo 
pascha in le letania : saint Luc, assis sur les nuages, de 
profil tourné vers la gauche, un li\Te dans ses mains et 
devant lui le bœuf dont on ne voit que la tête ; ornement 
à fond blanc, Sabbato di qvatro] temporali : Page 57, 
Hiervsalé à droite dont on voit la porte au premier plan, 
l'enfant Jésus assis au sommet; à gauche un roi, nu, à 
genoux les mains jointes tenant une petite croix ; derrière, 
deux chevaliers, l'un à cheval, Tautre à pied ; ornement 
à fond blanc : Page 61, dominica. XL et XIL dopopenthe- 
coste : à gauche un ange conduisant par la main un 
moine nimbé et semblant le faire sortir d'une prison 
(peut-être saint Pierre); devant lui deux chevaliers à 
genoux, les mains jointes une épée à terre ; ornement à 
fond blanc. Page 65: Domenica XIX et XX; dopo la 
pentecoste : Saint Mathieu, assis sur les nuages, tourné à 
droite avec Fange ; ornement à fond blanc. Page 69 in la 
festa de la cathedra de sancto pietro : un pape assis, la 
main gauche tenant une bannière avec les clefs, bénissant 
de la droite ; à genoux devant lui, Saint-Marc, le dragon 
enroulé autour de ses pieds, tient des deux mains la 

1891 3 



34 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

hampe de la bannière ; de chaque côté un ange souf- 
flant dans une trompette ; sur une bande horizontale : 
tv. es, petrvs, et, svper, hanc. petrà ediftcaia eclexia. 
mea. est, ; au-dessus, Dieu le Père bénissant des deux 
mains ; plus bas, le Christ et la Vierge, tenant la tiare 
sur la tête de saint Pierre ; tout à fait à droite David, et 
saint Jean-Baptiste à gauche ; au-dessus de la tète de Dieu : 
ecce misterivs magnvs. Page 73, in el di de sancto iacomo 
apostolo: Saint-Jacques, le bâton de pèlerin dans la 
main droite, tient de la gauche un livre appuyé contre 
sa poitrine ; à droite, dans le fond la décollation du 
^aint ; à gauche, il est traîné la corde au cou ; paysage 
dans le fond ; ornement à fond blanc. Page 77, in el di 
de ognisancti: la Vierge assise entourée des apôtres ; dans 
le haut. Dieu le Père ; le Saint-Esprit au-dessus de la tête 
de la Vierge : Page 81, in la festa de piv sancti martgri : 
quatre moines à genoux les mains jointes ; un d'eux 
regarde sous la pierre d'un tombeau dans lequel on aper- 
çoit un squelette, une branche de lys entre les dents ; 
fort beau bois, un des meilleurs du volume, têtes très 
belles et pleines d'expression ; ornement à fond noir. 
Page 85, In la festa de la Vergene : la Vierge debout 
couronnée et nimbée, un livre dans la main gauche et une 
palme dans la droite; à droite et à gauche, à genoux, 
des vierges dont la première tient la bannière avec la 
croix ; ornement à fond noir. Quelques bois assez mé- 
diocres dans le texte ; à la fin, au-dessous du registre : 
Stampata in Venetiaper Zuane Antonio e fradeli da Sabio 
ad instantia de Nicolo e Domenego dal lesus fradeli nel 
anno del signore, M.D.X.IL Del mese de zugno, (B. Natio- 
nale. Cabinet des Estampes E. 6. 5. d. réserve). 

Ces bois ombrés, de grande dimension, ressemblent à 
ceux du Legendario de 1518, et n'ont aucun rapport de 
dessin ou de facture avec la gravure signée M. A. F.. La 
taille en est sèche et anguleuse, et peut faire dire avec 



LIVRES A FIGURES VÉNITIENS 35 

quelque raison à Passavant qu'ils trahissent plutôt le 
cuivre que le bois. Ils sont très difTérents de qualité et 
sans qu'aucun soit mauvais, il y en a de médiocres ; les 
apôtres sont très beaux. Ces bois, publiés par le même 
imprimeur que ceux du Legendario de 1518, ne sont pas 
signés comme deux de ceux-ci de la lettre G. 

Nous complétons la description de cet important recueil 
par les réflexions suivantes de M. Georges Duplessis : 

€ Le troisième ouvrage légué par M. E. Piot au Départe- 
ment des Estampes est un livre de la plus haute valeur. 
Il a pour titre : Epistole et evangelii volgari hystoriade 
Venise 1512, Bien qu'on en signale deux autres exem- 
plaires, Tun à Londres, dans la collection de M. Henri 
Huth, l'autre à Florence, dans la bibliothèque Marucel- 
liana, celui-ci est le seul que, jusqu'à ce jour, il ait été 
donné aux curieux de consulter. C'est un in-folio de 
88 feuillets, contenant un grand nombre de figures en 
bois, de provenances diverses et de valeur très diverse 
aussi, mais en renfermant une, en tète, qui a, pour 
l'histoire de l'art, une importance capitale : Elle 
représente V Incrédulité de saint Thomas, et porte à la 
droite du bas, sur une pierre, le monogramme de Marc- 
Antoine. Dans l'œuvre du maître, cette planche apparaît 
à l'état unique ; Marc- Antoine qui, pendant son séjour 
à V^enise, copia sur métal les estampes en bois qu'Albert 
Durer avait dessinées pour la Vie de la Vierge et pour la 
Passion, voulut-il se rendre compte des difficultés qu'au- 
rait à vaincre un graveur sur métal pour tailler le bois ? 
Voulut-il simplement faire un essai qu'un éditeur mit à 
profit ? Jamais on ne le saura, si un document écrit ne 
vient à être exhumé un jour des archives de Venise; 
mais ce qu'il est possible, dès à présent, de constater, 
c'est que cette planche est digne, pour la gravure du 
moins, d'être attribuée avec certitude au grand artiste 
bolonais. Nous croyons qu'il serait imprudent de regarder 



36 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

ces figures, qui portent le caractère bien accusé des 
œuvres vénitiennes de cette époque, comme ayant été 
dessinées par Marc- Antoine ; dès lors, la marque du maître, 
qui ne peut être contestée, se rapporte uniquement à la 
gravure, et Tœuvre du maître à la Bibliothèque nationale, 
grâce à la générosité de M. Eug. Piot, se trouve ainsi 
augmentée d'une planche qui pourra désormais être 
mise sous les yeux des artistes, tous les jours plus 
nombreux, qui s'intéressent aux admirables productions 
de Marc-Antoine. » [Bulletin des Musées], 

Nous relevons dans un catalogue Quaritch l'ouvrage 
suivant : Epistole e Lectione Evangelii i quali si legono 
in tutto Vanno alla messa seconda fuso de la sancta 
chiesa Romana, qui semble être malgré la difTérence des 
titres une réédition du volume que nous venons de 
décrire. 

1512 

Pratica musicae vtriusqz càtus excellétis frà \ chini 
gaffori laudësis. Quattuor libris modula \ tissima : 
Sùmaqz diligétia novissime [pressa. 

Petit in-folio, caractères romains, 82 fF. registres de A-K 
y compris le frontispice gravé et la table ; huit ff. par 
cahier, sauf le K qui en a 10. Titre noir gothique ; au- 
dessous un très grand bois occupant toute la page et 
représentant des moines, novices et enfants de chœur 
chantant devant un porte-lutrin sur lequel un choral 
ouvert où on voit sur les deux pages des notes de 
musique et des paroles. Appuyé contre le pupitre, un 
enfant ; à droite, un autre dans le coin ; sur un banc, 
un garçonnet assis devant un livre ouvert ; deux autres 
sur le banc à côté de lui ; dans le coin, la lettre L. 

L'intérieur est une belle salle voûtée, dallée de marbre 
blanc et noir ; dans le fond, une porte de face surmontée 



UVRES A FIGURES VÉNITIENS 37 

d'une sorte de coquille, sur laquelle vient se poser, \u en 
perspective, le plafond en verrière, formé de fonds de 
bouteilles. La porte est \aie à travers une arcade, encadrée 
comme la porte elle-même, de mosaïques de marbre ou 
de bois, blanc sur fond noir. La bordure qui entoure la 
scène, à fond noir aussi, contribue à l'aspect florentin de 
l'ensemble ; cependant les figures sont de style milanais. 
Le verso du titre blanc. A II: Descriptio miisîcae Actionis 
franchini Gaffori Laudensis ; au verso Prohaemivm, qui 
continue au recto A III. Puis les 4 livres jusqu'au dernier 
feuillet 82, dont le verso est blanc. Quatre grandes lettres 
ornées et beaucoup de petites. A la fin, après le registre : 
Musicae Franchini Laudensis : cantoris solemnissimi 
pratica quattiior libris compraehësa explicit. Impressa 
novissime Venetiis : multisqz erroribus expurgaia per 
Augusiinum de Zannis de Portesio bibliopolam occura- 
tissimiim. Anno dominicae incarnationis. MDXII. Die. 
XXVIII. lidii (Librairie Rosenthal). 

M. Weale (page 132) cite une autre édition vénitienne 
de 1522. • 



1512 



Quintilianus (Marc. Fabius). Oraiorar iuminstituiio- 
num. Una cù annoiaiionïbus Raphaelis Regii in 
deprauationes eiusdem... 

In-folio, 4 feuillets préliminaires et CXCIX numérotés. 
Au-dessous du titre, le saint Georges avec la signature 
F. V. La page est entourée d'un encadrement dont le haut 
est ombré et le reste à fond noir ; la partie inférieure est 
empruntée au Supplemenium chronicarum de 1503, avec 
les deux dauphins soutenant une sorte de coupe (170 *"/™ 
sur 75 de haut.) Au dernier feuillet : Impressum venetiis ope 
et impensa Georgii de Rusconibus Anno dûi. M.CCCCC. 



38 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

XIL Die. XIIIL Augusti,.. Au verso, ]a marque noire avec 
les lettres G. R. M. (Marciana 57958). 

1512 

Junius Juuenalis, Opus quidé diuinum anlea im^ 
pressorum vitio : tetrum : mancum : & inutile nunc 
autem a viro bene dodo recognitum, etc. 

In-folio ; au-dessous du titre gothique et rond, le Saint- 
Jean-Baptiste, marque deTridino, 6 ff. prélimin, pour 
le titre, la dédicace du commentateur Joannes Britannus, 
les préfaces, la table et la vie de Juvénal; 126 ff. chiffrés. 
Un bois en tête de chacune des seize satjTes. Le premier, 
montrant Juvénal entouré d'un nombreux auditoire, est 
signé L. Tous ces bois ombrés, de taille assez grossière, 
ont trait, comme Tindique une légende, placée dans le 
haut, au sujet de la satyre qu'ils précèdent. Lettres 
ornées. A la fin, après le registre : Habes lector aureum 
luiiena. Opus.,. : Impressum Venetiis per loannenf^Tacui- 
num de Tridino Anna Domini. M. D. XIL Die. XVIII. 
Augusti. (Librairie Tecliener). 

1515. — Junius Juuenalis, 

In-folio ; titre gothique. Sous le titre le saint Georges 
avec F. V. ; bois ombrés médiocres ; un par satyre. A la 

fin : Habes Impressum Venetiis per Georgiû de jRhs- 

conibu Mediolan Anna Domini. M.D. XV. Die X. Decem- 
bris. (Marciana 42563). 

1520. — jy. IVVENALIS aqvinatis satyrographi 
opus. 

In-folio; encadrement ombré; au-dessous du titre, un 
petit bois légèrement ombré, Ecce agnus, représentant le 
Christ et Tagneau. 6 ff. prélimin.; au septième, chiffré 1, 
bois ombré représentant Ivvenalis entretenant un nom- 



LIVRES A FIGURES VÉNITIENS 39 

breux auditoire, signé L, probablement le même que 
celui de Tédition de 1512. Une gravure par satire. Ces 
bois sont fort mauvais. A la fin : Venetiis In Casis Ber- 
nardini de Vianis de Lexona Vercelésis Anno Circûcisio- 
nis. M.D. XX. Die. XV. Decembris... — Suit le registre. 
(Marciana). 

1522. — IV. IVVENALIS aquinatis satyrographi 
opus. 

In-folio ; 6 feuill. prélimin. et 162 chiffrés ; au-dessous 
du titre, rouge et noir, petit bois légèrement ombré : Ecce 
agnus. Seize bois, un par satire, ceux de Tédition de 
1512, du même Tridino. A la fin : Venetiis Ex Aedibus 
loannis Tacuini de Tridino. M. D. XXII. Die. XXII. Ocio- 
bris... — Le registre suit. (Marciana 42571). 

1513 

Opéra C. Crispi Salustij diuini. 

In-folio ; titre gothique rouge. 12 bois, dont quelques- 
uns au trait tirés du Tite-Live. A la fin : C. Crispi Salus- 
tii... Venetiis per Bartholomeum de Zannis de Portesio. 
Anno Domini. M. D. XIII. Die tertio Mensis Februarii. 



1513 

Chronica sacri Casinensis coenobii nvper impresso- 
riae arti tradita... 

Ih-4o ; lettres rondes. Au-dessous du titre, grand bois 
ombré d'un bon dessin et d'une exécution soignée ; au 
milieu S. Benedetto (saint Benoit), à droite S. Mauro 
(saint Maur), à gauche S. Piaci (sic), les trois fonda- 
teurs des Bénédictins ; Tun d'eux. Saint Maur, modifia 
les règles primitives et fonda les Camaldules ; des pères 



40 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

agenouillés, parlent à saint Benoit, Tun d'eux lui offre 
un livre. Au verso, un bois ombré, d'une exécution très 
inférieure et d'une autre main : la Vierge, tenant l'enfant 
Jésus sur ses genoux, un personnage à droite, une reli- 
gieuse à gauche. A la fin : Impressum Venetiis per Laza- 
rum de Soardis Die. XIL Martii. M. D. XIII.,. — Suit le 
registre et la marque. (Museo Civicoe Correr., G. 191). 



1513 

Eleutherij Leoniceni vicenti \ ni Cano. ReguL 
Carmen in \ funere dni nostri lesu-Chri \ sti : in 
Assumptione e Annùtiatione Virginis Marie : ac in \ 
honore Sancti Joannis Baptiste. 

Petit in-8o ; titre gothique ; texte en lettres rondes. Au- 
dessous du titre, une Crucifixion, peut-être sur métal en 
relief, et trahissant une origine française ; sans doute tirée 
d'un livre d'heures : le Christ en croix (57"»"» sur 78"°» de 
hauteur), très nombreux personnages, ombrés, d'une 
allure très archaïque ; feuillet h-6 : Venetiis \ Ex officina 
Simonis de Luere. xvii. Martii. M.D.Xiii. Le texte continue 
et la page 5 du verso finit par un avis ad ïectorem. — 
Nous ignorons si le volume se termine là. (Marciana, 372.) 

1513 

Expositio In psalterium Reuerendissimi B. loànis 
Yspani de Turre Cremata. 

In-8o gothique à deux colonnes ; ccciiij feuillets. Au- 
dessous du titre bois ombré (75 sur 103'»™ de hauteur) ; 
l'auteur, de face, écrivant à son pupitre, une plume dans 
la main droite, un grattoir de la gauche, assis dans son 
fauteuil, coiffé du chapeau cardinalice ; cette vignette, 
d'une assez jolie exécution, est entourée d'un encadrement 



LIVRES A FIGURES VÉNITIENS 41 

autraitde9°>™. Alafîn : Venetiisp, Lazarum de Soardis,... 
die xxvij Aprilis M.CCCCCXiij. Au-dessous la marque 
de Soardis avec L. S. O. à fond noir. 



1513 



Epistola del potentissimo et \ Inuictissimo Hema- 
nuel Re de Portogallo et de al \ garbii etc.. De le 
uictorie hauute in India et Ma \ lâcha : al S. In 
Christo Padre et signor no \ stro signor Leone décima 
Pontifi I ce Maximo. 

In-4o de 2 feuillets ; lettres rondes ; au-dessous du titre, 
un bois représentant une ville au bord de la mer ; cette 
vignette est au trait et absolument identique pour la fac- 
ture aux \'ues représentées dans le Supplementum Chro- 
nicarum ; les caractères nous paraissent aussi vénitiens. 
Cest pour ces raisons que nous attribuons cette très rare 
plaquette aux presses de Venise. A la fin : Data nela cita 
nra de Vlixbona adi, vi, de lunio nel anno del signore. 
M.D.xiii. 

Brunet cite trois éditions de cet opuscule, mais n'a pas 
connu celle que nous décrivons (vol. 2, col. 969.) (Mar- 
ciana. — Opuscali Geografici, 3, vol. 1. Dalla Mise., 1257, 
no 3.) 



1513 



Libro chiamato Infantia sal \ uatoris : in loquale 
se contiene la \ vita e li miracoli & passione \ de. 
JesU'Christi. E la cre \ atione de Adamo : & \ moite 
altre cose : le qle lezèdo si pote \ rano ïtëdere, 

In-4o à deux colonnes, de 56 ff. non chiffrés, signés 
A-O. dont le dernier blanc. Caract. ronds ; 40 jolis bois. 



42 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

En outre, sur le titre en grandes gothiques, un beau bois 
dans un très riche encadrement à fond noir. 

Petit poème en octaves ; les dix derniers feuil. contien- 
nent il Pianto de la Virgine Maria en terza rima. A la fin : 
Stampaio in Veneiia per Joanne Tacuin da Trin de Cereto 
MDXIII. Adi XXVII de Zugno, 

Brunet ne cite qu'une édition populaire, petit in-S®, en 
caract. gothiques, publiée trente ans après celle-ci par 
Rofflncllo. 

1513 

Legeiida de la Gloriosa Verzene Sancta Clara. 

In-4o ; goth. titre rouge. Au-dessous, grand bois ombré 
représentant la sainte debout , un livre dans la main 
droite et une croix dans la gauche ; bois médiocre, lourd 
de taille et de dessin. A la fin : In Venetia (nela Côlrala 
de Sancio CassianoJ per Simone de Luere. Adi VIL Luio 
M.D.XIIL Au-dessous la marque et le registre. 

1513 

Prediche de le fesie che correno per làno del 
Reuerendo padre fraie Hierongmo Sauonarola da 
Ferara. 

In-4« à deux col. 2 feuillets préliminaires, clxi numérotés ; 
texte en lettres rondes, au-dessous du litre, goth., bois au 
trait médiocre : Savonarole, assis écrivant à une table (1) ; 



(1) Tous ces Salvanarole écrivant sont des copies de bois florentins, dont le 
prototype semble être le Savanarole deVEpistola in libros de simplicitatechriS' 
tianœ i;ifcp imprimé à Florence, chez Pacini,le 5 septembre 1496, où le fougueux 
prédicateur est \i\ tourné à droite, un crucifix devant lui; dans le fond quatre 
volumes et un vêtement noir. (V. Gruyer, Illustrations des ouvrages de Jérôme 
Savanarole, 1879, p. 36, et dans VArte délia Stampa, mai 1873, l'article de 
M. Jacopo Bernardi intitulé Cenno bibliogra/ico intorno ad alcune edizioni 
Venete délie prediche di frate Girolamo Sauonarola). 



LIVRES A FIGURES VÉNITIENS 43 

il regarde à droite tel qu'il est représenté dans les ExposU 
tiones in psalmos de 1505 ; il est ici d'une gravure rude 
qui laisse à désirer ; les détails sont peu soignés dans le 
visage et les mains. Cette composition, comme le fait fort 
bien remarquer M. Gruyer, /Illustrations des ouvrages 
de Savonarole, page 165), se rencontre très fréquem- 
ment dans les livres vénitiens et florentins ; nous pour- 
rions en citer beaucoup d'exemples, tels que saint Jérôme 
dans la Bible de Mallermi, et le Boccace dans le Déca- 
méron de 1492. La page est entourée d'un encadrement à 
fond noir, le Christ, dans le haut, une sirène de chaque 
côté ; dans le bas, au milieu un écusson avec les lettres L 
à gauche, A à droite et deux jouZ/z ailés, chevauchant deux 
animaux fantastiques se tournant le dos ; cet encadrement 
reparaît, en 1514, dans la TheoricaetPraticade Fanti; au 
verso Crucifixion du Pungy lingua; un ange de chaque côté 
reçoit le sang qui s'échappe des plaies du Christ ; dans le 
bas, à gauche, la Vierge est soutenue par deux saintes 
femmes ; Tune étreint le pied de la croix ; trois person- 
nages à droite, dont saint Jean, un d'eux, tient une feuille 
de papier qu'il lit ; encadrement ombré qui semble pos- 
térieur au bois (cette gravure est reproduite dans le 
Savonarole de M. G. Gruyer, p. 38); deux feuillets pour le 
titre et le feuillet suivant. La pagination commence 
à A. et va jusqu'à la fin 161 ; au verso: Finisse,., In 
Venetia per lazaro di Soardi nel anno del Signore. 
Af. CCCCCXIIL Adi, XL Luio.,, Au-dessous, le registre et 
la marque à fond noir de Soardis L. S. 0. (Marciana 
16717, Bibl. Nationale, réserve D. 5581). 

1513. T- Prediche per anno, 

In-4o ; gothique à deux colonnes de clxxxvi feuillets 
chifl*rés ; au-dessous du titre, Savonarole tourné à droite ; 
encadrement au trait d'une taille fine et élégante, copié 
fidèlement sur celui que nous avons décrit à propos de 



44 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

la Vita de la preciosa Vergine Maria de 1492, reproduit 
plus tard dans le Lucidario ; autour de la figure : Cons- 
cripsit Sermones rectissimos e veritate plenos, EccIesiasticL 
xii. Capitulo, Cuz gratia et primlegio. Recto clxxxvi : 
Finisse In Venetia per Lazaro di Soardi nel anno, 1513. 
adi, 11, Luio ; au-dessous, le registre et la marque noire 
avec L. S. 0. (Arsenal, T. 6671). 

1515. — Expositions e Prediche sopra Lexodo : e 
ad altri diuersi ppositi : ultimamète composte e pre- 
dicate. 

In-4o ; lettres rondes, 2 colonnes, 144 feuillets chiffrés. 
Savonarole écrivant tourné à droite ; encadrement des 
Prediche per anno dei 11 Laie 1513, de Lazaro di Soardi. 
A la fin : Finisse.,, In la inclyta cipta di Venetia per Lazaro 
di Soardi stampate nellanno M, D, XV, Adi. 4 Genaio. 
(Arsenal, T. 6670). 

1515. — Prediche facte in diuersi tempi. 

In-4o ; 2 feuillets préliminaires et 100 chififrés ; carac- 
tères gothiques à 2 colonnes, encadrement et bois des 
Prediclie per anno de 1513 ; un petit bloc entre la gravure 
et Tencadrement, afin de remplir le blanc qui séparait 
ces deux bois. Init. fleuronnées. A la fin : In Venetia per 
Lazaro di Soardi, nelanno. M, D, XV. Adi. vxj N6- 
vembrio. (Bibliothèque Landau, communication de 
M. Rœdiger, et Arsenal, T. 6671). 

1517. — Tabula sopra le prediche del Reuerëdo. 

P. fraie Hieromjmo Sauonarola da ferrara sopra 

diuersi Psalmi e Euangelii,.., 

In-4o ; bois de l'édition des Prediche de 1513 ; l'enca- 
drement est le même ; deux feuillets préliminaires, le 3* 
feuillet A, paginé 1. A la fin, feuillet 108, le registre et 



LIVRES A FIGURES VÉNITIENS 45 

Stampata in Venetia per Bernardino Benalio, Neïïanno 
del Signore, M, CCCCCXVIL Adi, XIL Di Febraro. (Mar- 
ciana 16716). 

1517. — Prediche utilissime per la quadragesima 
del reverèdo padre fraie hierongmo Sauonarola da 
Ferrara., eic, eic. 

In-4o ; 12 feuillets préliminaires, 152 numérotés, 2 col., 
lettres rondes, encadrement à fond noir des Prediche 
de 1513. Sous le titre, bois légèrement ombré : Savonarole 
écrivant à son bureau, regardant à gauche, beaucoup 
meilleur et beaucoup plus fin d'exécution que le bois 
de 1513, plus ombré avec plus de détails ; une tête de 
lion sur son siège, deux fenêtres grillées au lieu d'une 
seule. A la fin : Stampata in Venetia per Bernardino 
Nellanno del Signore M. CCCCCXVIL Adi. X, Decembris. 
(Bibliothèque Nationale, Réserve, D. 9805). 

1519. — Prediche de fra hierongmo \ per quadra- 
gesima, 

In-4o; titre gothique ; 4 feuillets prél. et cclii numérotés, 
le texte en lettres rondes à deux col.; sous le titre, bois 
ombré représentant Savonarole faisant brûler à Florence 
tous les livres et choses d'art considérés par lui comme 
impies : à droite, une nombreuse assistance d'hommes et 
de femmes ; à gauche Savonarole surveille l'œuvre exé- 
cutée par le bourreau et tient une banderole portant ces 
mots : Aligatvm verbvm. Dei. no, est; à droite une chaire 
vide ; taille peu soignée. « On n'y rencontre, dit avec 
raison M. Gruyer (p. 176), aucune réminiscence du 
tableau, faussement attribué à Antonio Pallaiuolo, dans 
lequel sont retracés les détails du supplice de Savana- 
role et dont il existe plusieurs répétitions à Florence, 
notanmient au palais Corsini et au couvent de Saint- 
Marc. 1» Â la fin : Finisse,., stampata in Venetia... per 



46 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

Cesaro arriuabeno uenitiào nelli anni del nostro signore^ 
1519. adi. uinti auosto ; au-dessous le registre et la 
marque avec les lettres A. G. (Bibl. Nat. Rés. D. 5271. 
D. 5582. Arsenal, T. 6674.) 

1520. — Prediche de fra hieronymo per tutto 
lanno. Prediche ulilissime. 

In-4« ; lettres rondes à deux colonnes, 4 feuillets préli- 
minaires, cxcv numérotés. Sur le titre le Savonarole 
écrivant tourné à gauche ; bois de la Tabula sopra le 
prediche de 1517 ; page cxciii le colophon : Finisse.,, 
nouamente reuiste con molli anlichi exemplari : e reposlo 
ai suoi lochi le cose truncade per la impression de lazaro 
fada del. 1513. Stampate in Venetia per Cesaro arriua- 
beno uenetiano nelli anni del nostro signore. 1520. a di 
sie aprile. Suit le registre ; la marque noire avec A. G. se 
trouve au verso du feuillet cxcv. (Arsenal, 6672, T.) 

1513 

Legèda de Sancto Bernardine. 

Au-dessous du titre, copie, retournée, du S* Bernardin 
du Dante, de 1512, bois d*une jolie exécution. A la fin : 
Finisse. In Venetia Stampata per Simone de Luere nela 
contrata de Sancto Cassiano. Adi. xvi Luio M.D.XIII : 
au-dessous, marque et registre. 

1513 

Justiniano (Agostino). Precatio pietatis pie \ na ad 
devm omnipoten \ tem composita ex due \ bus et sep- 
ivaginia \ nominïbvs divinis \ hebraïcis et la \ tinis 
vnà cum \ interprète \ commenta \ riolo. 

In-8«, en lettres rondes, de 17 feuillets non chiffrés, le 
verso de Tavant-dernier et le dernier sont blancs. Sur le 



LIVRES A FIGURES VÉNITIENS 47 

verso de Aiiij et au recto du feuillet suivant un grand 
bois ; au recto de B, une page d'hébreu. Le texte, im- 
primé en un caractère bizarre, ressemblant à du romain 
mêlé de semi-gothique, commence ainsi : Augvstinus Jvs- 
tinianvs genvensis, predicatorii ordinis, Stephano Savlo 
salutem, Bononia Callen. Aug, M,D,XIIL (Biblioteca 
Colombina.) Selon Quétif et Echard, Scriptoro ord.prœ- 
dic.^ II, 98, cette pièce aurait été imprimée à Venise par 
Alessandro Paganino di Paganini, en 1513. (Harrisse. 
Excerpia Colombiniana, page 209.) 

1513 

^Eneas Sylvius. Epistole de due amâti Côposte 
dala felice memoria di Papa Pio : traducte î vulgar. 

In-4o goth. ; au-dessous du litre, grand bois, ombré, 
avec des noirs très accusés : au premier plan, le Pape, 
coiffe de la tiare ; derrière lui, assis, les cardinaux, et 
au-dessus de sa tête, le Christ en croix ; bois mal dessiné 
et taillé sans soin ; au-dessous, la marque de Sessa. A la 
fin : Impresse in Venetia per Merchio Sessa adi xxxi, 
Septé. M.D.XIIL (Celle édition, qui nous avait échappé, 
se place après celle de 1504, décrite par nous à, sa date.) 



1513 



Savonarole. Opéra singulare del doctissimo Padre 
F... côtra Lastrologia diuinatrice in corroboratione 
de le refutatione astrologice del. S. côte Jo. Pico de 
la Mirâdola. 

In-8o goth., 36 ff*. num. ; au-dessous du titre, le Savo- 
narole, écrivant, tourné à droite. A la fin : Finisse... In 
Uinetia per Lazaro de Soardi nel anno. 1513. adi, 
6 Ociubrio. Marque noire L-S- 0. (Col. E. Piot.) 



48 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

1513 

Drusiano dal Leone Elquale tracta de le Bataglie 
dapoi la morte \ di Paladini, Et de moite t infinité 
bataglie scriuendo \ damore t di moite cose hellissime. 

Iii-4 de 40 ff. à 2 col. de 48 lig., caract. rom. 15 chances 
en stances de 8 vers, avec fig. en bois. Au titre un 
bois représentant un chevalier armé. Au recto du 
dernier f. : Finito el libre de drusiano dal leone disce \ sa 
data nobel schiata de bouo nelqual \ libre si centiene 
diuerse e mirabile bataglie \ sotte breuita : & corne esso 
Drusiano con \ quisto tutto el monde Impresse in Ve \ netia 
nel Anne, M, ccccc, xiii Octubrie. (Brunet, vol. 2», col. 843. 
Hain 6410 ; — Melzi et Tosi, page 142, Bibliegrafia dei 
Romanzi di Cavalleria). — Cette édition, très rare, est la 
plus ancienne que Ton connaisse de ce poème. Hain la 
décrit en la plaçant au XV® siècle, tout en faisant obser- 
ver que les chiffres de la date peuvent indiquer 1513, ce 
qui est possible. 

1513 

Cantorinus Compendium musice, Jésus. In hoc 
uolumine continentur infrascripti tractatus. Primo 
deuotissimus trialogus beati Antonini archiepi floren- 
Uni ordinis predicatorum super euàgelio de duobus 
discipulis euntibus in emaus, Secùdo.,.. Au recto 17 : 
Câtorinus Romani cantus vtilissimù côpèdiolû... 

In-12, titre en lettres gothiques rouges ; 8 feuillets par 
cahier ; pages numérotées jusqu'à 120. — Au-dessous du 
titre, la marque rouge de Giunta. Au verso 2, une main 
harmonique couverte d'indications musicales. — Verso 
f. 16, Y Arche d'alliance y avec le chien, signée à droite 



LIVRES A FIGURES VÉNITIENS 49 

petit L, copie de Via gothique, bois ombré. Verso f. 71 : 
une Annonciation, avec le petit chien et la signature L 
dans le bas, à gauche. Ces deux bois avaient déjà paru 
àsLiïsle Breviarium monasticû de 1511 de Giunta. — Recto 
t 97 : petit bois au trait pour rOflice des morts : un prêtre 
jetant de l'eau bénite sur une agonisante étendue sur un 
lit; cette gra\'ure, de la grandeur des jolies vignettes du 
Processionale de 1494, se retrouve dans une nouvelle 
édition du Processionale d'août 1513, page 31. (1) 

Page 120 : Finis Cantorini Romani : impressi Venetijs 
p dnm Lucantoniû de Giunta Florentinuz : Anno dhi 
millesimo qngentesimo tertiodecimo die vo tertio decëbris» 
— Le registre et la marque rouge de Giunta (Librairie 
Rosenthal et Bibliothèque de M. de Landau). 

Dans une édition très postérieure (1549), publiée par 
Petrus Liechtenstein, la gra\'ure du frontispice de 1513 a 
disparu; le chien de V Arche d'alliance et celui de 
V Annonciation ainsi que la signature L, ont été supprimés. 
Enfin, on a substitué à VOffice des Morts une Résurreom 
tion des Morts, 



1513 



CorNois (Andréas). Liber de Chiromantia, Venetiis, 
Aug. de Zannis, 1513. 

Petit in-8. a Ce livre rare contient plus de 150 gravures 
sur bois, de la grandeur des pages, le titre se trouve au 
verso du premier feuillet, le recto est occupé par une 
gravure, où Ton voit trois hommes, dont l'un est sans 
doute l'auteur du livre. » (Deschamps, colonne 322.) Nous 



( 1 ) Processionale Romaxvz cum officio mortuor | m. etc. — Verso f. 4 : Pro- 
cession de rédition de 1494, lettres ornées ; p« 9 : bois [au trait ; p. 31 : bois 
dté : p. 65 : bois ombré, p. 184 : Venetiis p Lucantoniû d Giùia Floren anno 
Cluisti 1513 die Vo.xxiij Augusti (en lettres gothiques rouges et noires). 

1891 4 



50 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

ne connaissons pas cette édition, mais d'après les indica- 
tions de Deschamps, le bois aux trois personnages 
semble être le même que celui de Tédition suivante. La 
justification est différente. 

1519. — Opéra noua de Maestro Andréa coruo da 
Carpi habita alla Mirandola traita delà Chiromantia 
stàpata con gracia. 

In-12, lettres rondes, 11 feuillets préliminaires sur l'art 
de la chiromancie ; au-dessous du titre, un corbeau noir 
dans un octogone à double trait, une étoile dans le haut 
à gauche, à la hauteur de la tête de Toiseau. Au verso, un 
ornement à fond noir fait d'un ruban blanc et formant 
une croix avec les lettres V H S ; le recto suivant , une 
main au trait avec les indications chiromanciques; verso 
de ce feuillet, trois personnages debout ; celui du milieu 
montre sa main à celui de droite qui lui dit sa bonne 
aventure ; celui de gauche est appuyé sur son épaule; dans 
le haut, à droite, uiiécusson suspendu à un arbre, portant 
le corbeau noir; grand bois ombré d'une exécution peu 
remarquable ; à partir du verso D toutes les pages sont 
occupées par une main avec l'indication des lignes et de 
ce qu'elles promettent. Le dernier feuil. contient le même 
ornement à fond noir que le verso du premier feuillet, 
avec un grand X surmonté d'une petite croix ; dans le 
triangle supérieur de l'X les deux lettres ND ; dans celui 
de dessous FS ; au - dessous , en lettres noires , sur fond 
blanc, SOLI - DEO - ONOR - ET • GLORIA. Dans 
le bas de la page : Stampata In Marzaria Alla libraria 
dal lesus Appresso San Ziilian ad instantia de Nicolo Et 
Dominicho Fradeh. MDXIX Adi Xiiii Zener. (Marciana.) 

(( De cet auteur et de cet ouvrage de chiromancie il existe 
une édition indiquée ainsi dans le catalogue de la biblio- 
thèque de Christiano Gattlieb Schartz : Excellentissimi et 
singularis viri in chiromantia exercitatissimi magistri 



LIVRES A FIGURES VÉNITIENS 51 

Andreœ Corui mirandulensis libellas chiromanticus cum 
fig. In-8o ; il n'y a ni date ni indication de lieu, mais 
Fouvrage est dédié au marquis de Mantoue Gianfrancesco 
Gonzaga, ce qui nous indique qu'il fut imprimé vers la 
moitié du XV« siècle. Une édition italienne de ce même 
livre est indiquée par M. Jacopo Morelli sous ce 
titre : Opéra... Je ne saurais dire si c'est une traduction 
du li\Te latin ou si dans le catalogue il est décrit d'une 
façon exacte. » — {Biblioteca Modenese, par Girolamo 
Tiraboschi. — Modena 1782, tome 11, page 191.) 



1513 



C. Plinii. Secimdi \ Cheronensis his \ toriœ naturalis 
Libri \ XXXVII . aptissimis figu \ ris exculti ab Aie \ 
xàdro Benedi \ cto Ve. phg | sico emen \ datiores 
redditi. 

In-fol. 14 ff. prél. et 219 CF. chiff. fig. sur bois. A la fin : 
Explicii. C. Plinius Secundus de naiurali hystoria nunc 
primum diligentissime ab Alexandre benedicto phisico reco- 
gnitus cunciisqz erroribus expurgatus. Impressus Venitiis 
summa diligentia per Melchiorem Sessam Anno reconci- 
liate naiiviiatis. M.D.XIIL 

A la suite se trouve : Casiigaiiones Plinii Hermolai Bar- 
bari, 160 CF. divisé en 2 parties. 

. 1516. — Historia naturale di Caio Plinio seconda 
di lingua latina in fiorentina tradocta per il doctis- 
simo homo Misser Christophoro Landino fiorentino 
nonamente cor recta. 

In-folio, lettres rondes, 2 colonnes, 14 feuillets préli- 
minaires, 259 numérotés ; 37 bois de diCFérentes mains, 
ombrés, mais assez médiocres ; grandes initiales. In Ve- 



52 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

netia per Marchio Sessa et Piero di rauani bersano corn-' 
pagni, 1516. Adi, H, de Agosto. (Bibl. Nat. Rés. S. 24.) 
Au-dessous le registre. 

1525. — C. Plinii secundi, naturalis hystoriae Libri 
XXXVII e castigationibus Hermolai Barbari ac 
codicis in alemania impressi et emendatissime editiy 
addite indice et copiosissimo, figurisque ad singulO" 
rum librorum materiam aptissimis. 

In-folio de 119 feuillets numérotés; caract. rom. 
Registre aa-bb-a-R-A. Frontispice avec marque typo- 
graphique. Grand encadrement légèrement ombré, avec 
sujets et ornements variés : dans la partie supérieure, 
les portraits de Diogène, Platon, Aristote et Thémistius, 
chacun dans une niche. Au bas de la page, un sphinx 
ailé ; à sa droite, Mucius Scévola ; à sa gauche, une 
femme évanouie entre les bras d'hommes qui la sou- 
tiennent. Les côtés sont ornés de petites compositions 
relatives à des faits de l'histoire romaine. Nombreuses 
vignettes dans le texte; deux petites cartes géographi- 
ques. Lettres ornées. 

A la fin : Explicit, C. Plinii secundi de naiurali 
historia elegantissimum opus, novissime collatis tant 
antiquissimis exemplaribus quia est, et in Alemania et 
ubi vis impressis, diligentissime post Alexandri benedicti 
physici recognitionem, cunctis erroribus expurgatum, et 
ubi duplex lectio erat annotatum in margine. Addita est 
tabula vel index et vis copiosissimus loannis Camertis. 
Impressum Venetiis summa diligentia per Melchiorem 
Sessam, et Petrum Serenae, socios, anno reconciliate nati'» 
vitatis MDXXV, Die XXIIII Mariiis (Bibliothèque natio- 
nale de Florence). 



LIVRES A FIGURES VÉNITIENS 53 

1514 

Opa dilecteuole & nuoua délia Cortesia Gratitudine 
& Liberalita. C Composta in parlare elegantissimo 
dalla Eximio Philosopha Maestro Bernardo Hylicini 
ciptadino Senese, 

In-4o à 2 col. de 24 CF. (a-f, par 4). Lettres rom. Au- 
dessous du litre, un bois représentant Fauteur étudiant 
dans sa bibliothèque, avec la légende : BERNARDO 
HYLICINIO ; init. gravées. A la fin : Stâpata in Venetia 
per Géorgie di Rusconi Milanese ad instantia di Nice (sic) 
Zopino & Vicenzo compagni, A di. vi. Marzo del 
MCCCCC.XIIIL Régnante Lynclito Principe Leonardo 
Lauredano. (Catalogue de M. de Landau, tome 2, page 
328 ; communication de M. Roediger). 

Une autre édition du 6 juin 1515 du même imprimeur 
pour les mêmes libraires doit contenir les mêmes bois. 
(Brunet, t. III, col. 406.) 

1514 

Gràmatica Georgii \ Vallae \ Placentini. 

In-4o ; 8 feuillets par cahier; au-dessous du titre, le pro- 
fesseur dans sa chaire entouré d'élèves, emprunté au 
Crescentius. A la fin : Venetiis arte Simonis de Luere : 
Samptibus uero Laurentii Orii de Portesio Anna,., 
M.D.XIIII. Mensis Mariii. Au-dessous le registre. (Mar- 
ciana, 1375.) 

1514 

Recetario de Galieno Optimo e probato a lutte le 
infirmita che achadono a Homini & a Dône de dentro 



54 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

& di fuora li corpi. Tradutto in Vulgare Per Maestro 
Zuane Saracino Medico Excellentissimo Ad Instantia 
De lo Imperatore. Cum Gratia & Priuilegio. 

In-4o de 31 ff. ch. Bois au frontispice, représentant à 
gauche un apothicaire préparant des médicaments, à 
droite un médecin (?) écrivant avec trois autres person- 
nages. Cette figure est ombrée. Au recto du f. 7, l'homme 
anatomique ; au verso du même f. la table de la lune, 
Init. fleuronnées et la marque de l'imprimeur. A la fin : 
Stâpato in Venetia p Georgio druscôi Milanese adi, 15 de 
Aprile. i5ii. 

1524. — Recettario di Galieno Optimo e probato a 
iiiite le infirmita che achadono à Huomini et a Done 

di dentro et di fuori li corpi. Et Tradutto in vul" 

gare per maestro Zuane Saracino Medico Excellentis^ 
simo ad instantia de lo Imperatore. 

, In-8o ; caractères gothiques à deux colonnes. Au-des- 
sous du titre, un bois représentant un malade avec trois 
médecins. A la fin : In Uenetia per loane, tachuino de 
Trino. Anna dni D.M.xxiiij a di 16. nouebrio, (Molini... 
Opérette... p. 164.) 

1514 

Dati (Juliano). Incomincia la passione de Christo 

» 

hystoriata in rima vulgare secundo che recita e repré- 
senta de parolla a parolla la dignissima compagnia 
de lo confallone de lalma citta de Roma lo venerdi 
sancto in lo amphitheatro fabricato da Tito et Domi- 
tiano Imperatori il quai loco hoggi di se chiama 
Colloseo. 

In-8" de 32 fl*. non chiffrés registres de A. à H. ; caractères 
romains. Au frontispice un petit bois tiré en rouge ; au 



LIVRES A FIGURES VÉNITIENS 55 

verso une Crucifixion occupant toute la page : les Marie 
au pied de la croix pleurent la mort du Sauveur. 31 petites 
vignettes rappelant divers épisodes de la vie et de la 
mort du Christ. A la fin. Finita la representatione délia 
passione composta per miser Iuliano Dati Florentino e 
per miser Bernardo di maistro Antonio Romano e per 
miser Mariano particappa. Impressa Venetia per Zorzi 
rii Rusconi milanese ne lanno del nostro signor mille e 
cinquecento e quatordeci. A di jj de zugno. (Bibliothèque 
Nationale de Florence ; C. Battines, page 20). 

1519. — Incomincia la passione de Chrisio Hisio^ 
riaia in rima vulgare secundo che recita e représenta 
de parole a parola la dignissima compagnia delà 
confallo ne Roma Venerdi sancto in lo loco dicta 
Coliseo. 

Petit in-8, signatures A-Diiii, lettres rondes, figures sur 
bois. A la fin : Finita la representatione delta passione 
cdposta per Misser Iuliano Dati Florentino e p Misser 
Bernardo di maestro Antonia Romano e per misser Me- 
riano Particappa... Impressa in Venetia per Alexandro di 
Bindoni, 1519, adi 1 agosto. (Brunet, vol. II, col. 530. Cat. 
Soleinne, dernière partie n® 356). 

1525. — Rappresentazione délia passione di Icsu 
Xpo. 

Petit in-8 signature A-F 4 ; avec figures. Cette édition 
se termine par Resurrettione di Christo historiata in 
rima vulgari. Le colophon porte: Vineggia per Francesco 
di Alex. Bindoni et Mapheo Pasyni. 1525. [Bihliografia 
de C. Battines, page 2i.) — Brunet T. II col. 530. — Cat 
Soleinne T. IV, n^ 4020). 



56 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 



1514 



Incomincia il libro vulgar dicto la Spagna in qua- 
ranta caniare diuiso doue se traita le battaglie che 
fece Carlo magno in la prouincia de Spagna. 

In-4% de 96 ff. (a-m, par 8). Car. goth. à 2 col. Au- 
dessous du titre, une figure sur bois, représentant Charle- 
magne chevauchant à la tête de son armée ; au fond, une 
forteresse. Ce bois, est légèrement ombré, tandis que les 
51 autres, intercalés dans le texte, sont à simples contours. 
Le dessin de ces gravures est fort raide. A la fin : Finito 
il libre cbiamato la Spagna Impresso i Venetia per Guielmo 
da Fontane. Nel M.CCCCC, Xiiij. adi, ix. de setembrio. 
(Bibliothèque de M. de Landau). 

La Bibliothèque Nationale (Rés. Y 3539) possède un 
exemplaire de ce livre in-4, en caractères ronds, Questa 
sie la Spagna Historiata, Au-dessous du titre bois ombré, 
avec des noirs très accusés, qui ne semble pas vénitien : 
des guerriers à cheval, qu'une rivière sépare d'un chef 
assis sur un trône ; dans le fond la mer ; au 2* feuil. bois 
au trait : un prince sur son trône entouré de chevaliers. 
Dans le texte, nombreux petits bois dont plusieurs em- 
pruntés aux publications vénitiennes, entre autres au 
Tite Live. Le colophon et la fin manquent. Au dernier 
feuillet : Questa sie gano traditore (V. Brunet t. V, coL 
471. Tosi page 277). 

1514 

Sola virtus fior de cose no \ bilissime e degne de 
di I uersi Auctori cioe So \ netti : Capituli : Epi \ 
stole : Egloghe : Dispe \ rate : e vna côtra dispera \ 
ta : Strôbotti e Barzelette. 



LIVRES A FIGURES VÉNITIENS 57 

Petit in-8*, 48 feuillets, lettres goth. Au-dessous du titre 
un bois légèrement ombré, trois personnages donnant une 
sérénade à une dame que Ton aperçoit à sa fenêtre à 
droite ; vignette médiocre. A la fin, page 48, Impressa in 
Venetia per Simone de Luere. M. D. XIIII. Adi. XIIIL 
Octobrio, (Marciana 2429). 



1514 



Caracciolo de Litio (Frate Roberto). Prediche de 
frate Roberto uulgare noua \ mente hystoriate et 
corepte secundo \ li Euangelii che se contengono \ in le 
ditte prediche. 

In-4*, de 120 fF. sig. a-p (par 8 fiF.). Au-dessous du titre 
gotb. mauvais bois ombré, de la largeur de la page : le 
Christ apparaissant à cinq personnages, deux à gauche et 
trois à droite ; 48 petits bois, qui presque tous sont tirés 
de la Bible de Mallermi ; un cependant est emprunté au 
Legendario de 1494 ; les autres que nous croyons origi- 
naux, sont ombrés et traités à la manière florentine, avec 
des noirs très accusés, dans les terrains et les coiffures 
surtout. Verso du dernier feuillet : Finisse il quadragesi- 
maie del nouello Paulo frate Roberto fado ad complacëtia 
etc., — Impresso in Venetia per Augustino de Zanni da 
portese. Adi. Viii. Nouëbrio. M. D. XIIIL 

1524. — Prediche de Fra Ruberto Vul \ gare 
Nouamente Hystoria | te e correcte secondo li | Euan- 
gelii che se cô \ gono in le dicte \ Prediche. 

In-4®, 8 feuillets par cahier ; sous le titre, bois ombré de 
forme circulaire, représentant Caracciolo écrivant à son 
pupitre ; la circonférence est inscrite dans im carré, et 
l'espace compris entre elle et les angles du carré est au 
pointillé noir avec un petit ornement blanc ; la page est 



58 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

entourée d'un ornement à fond noir avec les deux lions 
dos à dos dans la partie inférieure . 48 petites vignettes sans 
valeur artistique, de la même main que le bois du titre ; 
la taille est épaisse et sans finesse. A la fin : Impresso in 
Venetia p loâne Tacuino da Trino, Nel. M,D.XXIIIL AdL 
VIII de Agosto. Suit le registre. (Marciana 1407.) 

1514 

Marci Valerij Martialis epigrammata. 

ïn-folio ; au-dessous du titre, le Saint Georges perçant 
le dragon de sa lance, avec la signature F. V. Encadre- 
ment composé de petits blocs, rinceaux, puttiy etc. -^ 
Après la table, feuillet ÏV, Amphiiheatrum Caesaris, bois 
ombré médiocre, répété au verso ; verso du feuillet VII, 
bois rectangulaire, ombré : un personnage (Martial ?), 
ofire son livre à un autre personnage (l'Empereur?), 
portant une couronne de lauriers sur la tête et assis sur 
une estrade ; nombreux personnages ; au-dessus et au- 
dessous de cette gravure, un grand bois à fond noir avec 
ornements blancs; dans la partie supérieure, une sirène; 
dans la bande inférieure des dauphins ; emprunté au 
Supplementiim chronicarum de 1506. 14 bois très médio- 
cres, dont quelques-uns imités de la Bible de Mallermi ou 
du Tite-Live, Impressum Venetiis per Georgium de Rusca- 
nibus Mediolan. Anno dni. M. D. XIIIL Die V Decëbris. 
Puis le registre. 

1521. — il/. Val. Martialis Epigrammation. 

In-folio ; encadrement ombré; feuillet VII, mauvais bois 
de la largeur de la page : dans un bosquet, Martial, assis, 
couronné par une Muse ; 14 petits bois, ceux de l'édition 
de 1514. Verso 136, Venetiis per Guilielmum de Fontaneto 
Montis ferrati, Anno Domini. M. D. XXI. Die V Nouem- 
bris... Suit le registre. 



LIVRES A FIGURES VÉNITIENS 59 

1514 

Jacopone da Todi. — Laude de lo coniemplathio 
e extatico \ B. F. lacopone de lo ordine de lo \ Sera- 
phico S. Francesco. 

In-4o ; 8 feuillets préliminaires, 128 chiffrés ; figures sur 
bois. Â la fin : Venetiis per Bernardinum Benalium Ber- 
gomensem, Anna Dni. 15ii. Die quinte Mensis Decembris. 
(Cat. de M. de Landau, p. 263). 

1514 

Theorica et Pratica perspicacissimi Sigismnndi 
de Fantis Ferrariensis in artem mathematice profes-^ 
sorts de modo scribendi fabricandique omnes littera- 
rum species, Cum Gratia & Priuilegio. 

In-4o ; 8 fF. lim. et 68 fF. sign. A, J. (par 8, à Texception 
de C qui est en 4 fF.) Car. rom. Bois au-dessous du titre 
(la manière de tenir la plume). Une gravure pareille se 
trouve au verso du 8® f. et est répétée au recto de B 2» 
Belle bordure à fond noir, des Prediche délie Feste de 
Savonarole (1513), et grande initiale gravée au verso du 
2« f. préliminaire, répétée au r. de A 1, au verso de D 1, 
au V. de F2, et au v. de H i. Verso du 8^ f. un torse avec 
les mains. Tune écrivant, l'autre tenant le papier. A 6 v : 
bois représentant le nécessaire du copiste, qui se compose 
d'une plume, d'un encrier (en forme de calice), d'un 
couteau, d'une paire de ciseaux, d'un compas et d'une 
règle. A la suite, des figures géométriques, un alphabet 
de lettres ce modernes y> (goth. minuscules), un autre de 
lettres françaises [littera gallica, minuscules), et un troi- 
sième de majuscules ce antiques d (majuscules romaines). 
Vers la fin, une gravure représentant la manière de 
1 doubler » les lettres. Initiales fleuronnées. A la fin : 



60 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

Impressum Venetiis per loannem Rubeum Yercellésem, 
Anno Domini, M, CCCCC, xiiii. Kalen. Decembris, (Biblio- 
thèque Landau et Bibl. Nat. Rés. V. 1457). 

1514. — Sigismundi de Fantis prœclarissimus liber 
elcmentorum litterarum. 

In-4" ; ouvrage écrit en italien quoique sous un titre 
latin. Les pages sont entourées de bordures et donnent la 
proportion mathématique des lettres. Â la fin : Venetiis, 
per Joannem Rubeum, 1514. (Brunet, t. II, col. 1178). 

1514 

K. C. M. H. Eremita, S, D, Au dessous : Inspiritto 
Diueta Humilita e mansuetudine pace e salute a noi 
sia sempre nel Signore figliola mia in Christo lesu 
obseruandissima. 

Pet. in-8o de 10 fiF. Au recto du premier feuillet, charmant 
petit bois au trait, du style b : saint Jérôme à genoux au 
pied de la croix; à droite le lion; dans le fond une biche 
et une église ; recto du 10^ feuillet : Venetiis, per Simonem 
de Luere. M. D. XIIII. Cet imprimeur Simon de Luere 
employait encore de 1510 à 1514, des graveurs au trait 
fort habiles, comme nous l'avons vu à propos du Trac- 
tatulus ualde utilis de 1510. (Marciana 70992). 



1514 



Régule de la vita Spirituale et Sécréta \ Theologica : 
Compilate per el iî^° Pa \ tre Dom Pietro da Luca 
Canoni \ co, 

In-4o ; titre gothique, texte en lettres rondes, 31 feuillets 
numérotés ; au-dessous du titre, une Crucifixion, déjà 
citée à propos de Eleutherii Leoniceni vicentini CanOm 



LIVRES A FIGURES VÉNITIENS 61 

Regul. Carmen in funere dhi nostri Jesu Christi, de 1513, 
du même imprimeur. Au verso du 31^ feuillet : In Venetia 
per Simone de Luere, M. CCCCC. XIIIL Le registre suit. 
(Marciana 2595). 



1515 

Stanze bellissime et ornatissime intitulate le Selue 
damore Composte dal Magnifico Lorenzo di Piero di 
Cosimo de Medici, opéra nuoua. 

Petit in-8«, titres encadrés de vignettes sur bois ; une 
figure sur bois au bas de Tavant-dernier feuillet. Stampata 
in Venetia per Georgio di Rusconi Milanese, ad instantia 
di Nicolo Zopino e Vicenzo compagni, a di xiiii Marzo 
MCCCCCXV. Cette édition ne contient que la seconde 
partie commençant ainsi : Dopo tanti sospiri. (Catalogue 
Yemeniz, page 335. Brunet, T III. col. 1570). 

1515 

Lotharius. — Opéra nouamente composta del dîs- 
preza \ mèto del mondo in terza rima: e hystoriata, \ 
Partita in capitulL xxxii. e uno ternale de \ la nostra 
dona del unico Aretino. Au verso du titre : Questo 

libro reducto di latino in vulgare î terza rima p 

me Frate Augustino da Colona d' lordine di sco 
Augustino. 

Petit in-8o ; au-dessous du titre, bois ombré : quatre 
personnages, les pieds sur la terre et la tête touchant les 
nuages : un vilain, un empereur, un pape et un noble, 
ayant leurs qualités indiquées par leur coiffure, respecti- 
vement placée à leurs pieds; au verso, au-dessus du 
texte, la marque de Zopino avec S. N.. 33 jolies petites 
vignettes légèrement ombrées ; elles sont toutes de la 



62 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

même main et un grand nombre signées C. Les feuillets 
D.iii verso et recto portent sur un coffre les deux lettres 
/. C. séparées par une sorte de balustre que nous avons 
déjà vues dans le Dante de 1512 et le Pétrarque de 1513, 
l'un et Tautre de Stagnino. Tous ces bois étant du même 
dessinateur, il est évident que les diverses signatures 
que nous venons de relever sont celles du tailleur sur 
bois. A la fin, après la table : Stampata in Venetia per 
Georgio de Rusconi Milanese ad instantia de Nicolo Zopinb 
e Vicenzo compagni Nel. M. D, XV. Adi. XII de Zugno. 
(Marciana 2417.) 

Brunet, vol 3, col. 1180, ne cite pas cette édition; il ne 
parle que de celles de 1517 et 1520 avec fig. sur bois. 

1517. — Lotharius. — Opéra nouamente composta 
del disprezamento del mondo in terza rima et hysto- 
riata...etc... Au verso du titre : Questo libro,... 
reducto î. terza rima p, me Fraie Augustino da 
Colona, d' lordine di Sancto Augustino. El ç'* libro 
gia sece (pro fece) Innocètio Papa tertio.... 

In-8o, figures sur bois. A la fin : in Venetia p. Gregorio 
de Rusconi Milanese ad instâtia de Nicolo Zopino et Vicenzo 
côpagni. Nel M. D. XVII. Adi v. de Magio. (Molini..* 
Opérette p. 161. Brunet, T. III, col. 1180). 

1520. — Opéra nouamente composta del dispreza- 
mento del mondo in terza rima e hystoriata. 

Petit în-8«, fig. sur bois. A la fin : Venetia, Nie. Zopino 
e Vincentio compagne, 1520. (Brunet, vol. 3, col. 1180). Il 
est très vraisemblable que ces deux dernières éditions 
t)nt les mêmes bois que la précédente. 

1524. — Opéra nouamente composta del Despreza- 
mento del mondo in terza rima : et hystoriata... 



LIVRES A FIGURES VÉNITIENS 63 

In-8o figures sur bois. Stampata nella inclita citta di 
Venetia per Nicolo Zopino e Vicentio compagno nel 
ilDXXIIII, a di X Nouembrio, (Catalogue Yemeniz, 
page 336). 

S. L. N. D. — Opéra novamente composta del 
disprezamento del mondo in terza rima et hystoriata. 

Ce livre de Colonna n'est que la traduction de Touvrage 
de Lotharius intitulé Liber de miseria humanœ Côdicionis. 

M. Barrisse : Excerpta Colombinianes, page 198, cite 
une édition qui paraît conforme à cette dernière, quoique 
le titre ne soit pas identique. 



1515 



Opéra noua del magnifico caualiero misser Antonio 
Phileremo fregoso î titulata Cerua Biancha, 

Petit in-8« ; titre gothique, le texte en caractères ronds. 
Au-dessous du titre, bois ombré médiocre, représentant 
une biche à côté d'une pièce d'eau ; dans le fond un 
rocher de chaque côté, et un arbre au milieu. A la fin : 
Stampata in Venetia per Alexandre di Bindoni, M, D, XV. 
Adi, xi, Octub. (Marciana 2418). 

Brunet ne cite pas cette édition. La première qu'il 
signale à Venise est de M. Sessa, 1516. Il n'indique pas 
si le bois s'y trouve (vol. 2, col. 1388). 

1521. — Opéra nova... Intitulata Cerva biancha. 

Petit in-8o ; lettres cursives. Au-dessous du titre, bois 
ombré : un chasseur avec deux chiens, Pensier et Desio^ 
poursuit la Cerua Biancha; dans le fond une forêt. A la 
fin : Stampata in Venetia per Nicolo Zopino e Vincétio 
côpagno... Nel. M. D. XX. I. Adi. xvii. del mese di Agosto. 
(Marciana 2166). 



64 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

1525. — Opéra nova del magnifico cavaliero messer 
Antonio Philaremo Fregoso intitolata Cerva biancha, 
Corretta novamente. 

In-4o de 40 ff. non chiffrés ; caract. cursifs ; registres de 
Aii-Kii. Au frontispice, une gravure ombrée, représentant 
la chasse, de l'édition précédente. A la fin : Stampato 
nella inclyta Citta di Venetia per Nicole Zopino de Aristo^ 
tile de Ferrara, Del MCCCCCXXV. Adi XXII de marzo. 
Régnante lo inclyto Principe messer Andréa Gritti. (Biblio- 
thèque Nationale de Florence). 

1515 

Postula Giiillermi super epi \ stolas et euàgelia : de 
tépore : \ et de sanctis : et pro defunctis. De passiôe 
domi I ni nostri lesu christi : \ et de planetu Bea \ te 
Marie vir \ ginis. 

In-4o; go th., 2 tomes en 1 vol. de 106 et 89 feuillets 
chiffrés, gra\'ures ombrées. Les 40 vignettes de ce livre^ 
d'une très petite dimension, ne sont pas marquées du 
cachet de l'école italienne, mais elles sont très fines et très 
naïves. On pourrait même supposer qu'elles sont gravées 
en relief sur cuivre. Quelques-unes se répètent. A la fin : 
Cum diligentia reuisa : ac impensis dni Lace antonii de 
giunta florentini : Per magistrum lacobum pentium de 
Leuco : in florentissima Uenetiarum urbe impressa sah 
annis Dni MD V die Vi Novembris. (Didot. Cat. raisonné, 
col. cxxj). 

1515 

Opéra noua de Zoan Francesco Straparola da Ca-- 
rauazo nouamente stampata, 

. In-8o ; sous le titre, mauvais bois ombré : au premier 
plan, l'auteur à genoux, couronné par une femme assise;. 



LIVRES A FIGURES VÉNITIENS 65 

derrière eux quatre personnages, dont un joue de la gui- 
tare ; bois emprunté au frontispice de V Opéra Notm del 
Fecûdissimi G, Pietro Pictore Arretino du 22 Janvier 1512 
et qui reparaîtra au titre du Compedio de Cose noue de 
Vicenzo Calmeta, publié par Rusconi, en janvier 1516. A 
la fin : Stampata in Venetia per Alexandre di Bindonû 
M, D, XV, AdL XV, Novembris, (Marciana 2432). 

1515 

Doctrina del ben morire composta per el R. P. 
Dam Petro da Lucha ; con moite utile resolutione de 
alchuni belli dubij Theologici. 

In-4o ; 9 bois, dont dont un sur le titre ; 2 sont relatifs à 
YArs Morinedi. Venetia^ Simone de Luere^ 1515. (Tross, 
1876, p. 80, no 739). 

1515 

Savonarola (Mich.) Libretto de lo excellentissimo 
physico maistro,,.: de tutte le Cose che se manzano 
comunamente pin che comune ;... 

In-4 ; Crucifixion au verso du titre. Venetia, per Ber- 
nardine Benalio 1515. (Libri, 1859, page 328. Brunet, 
tV,col. 173.) 

1515 

San Pedro (Diego de). Carcer damore traducto dal 
magnifîco mi \ ser Lelio et Manfredi ferrarese de 
idioma \ spagnolo inlingua materna : novamen \ te 
slampato. Cum Gratia. 

In-8o, au-dessous du titre, un bois ombré d*une exécu- 
assez médiocre : le poète assis, de face, la main gauche 

1891 5 



66 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

jsur un livre, parait inspiré ; un ange, planant au-dessus- 
de lui, soutient une couronne au-dessus de sa tête. A la 
fin : Stâpata î Venetia, 1515. 

1521. — Carcer d'amor. 

. Petit in-8o ; Venet,, Bernardino de Viano, 1521. 

Réimprimé à Venise, en 1525 (Cette édition n'a ni 
figures ni marque d'imprimeur, elle est de Gregorius de 
GregoriisJ, 1530, 1533, 1537, 1546, 1553, etc., pet. in-8o. 
Plusieurs de ces éditions ont des gravures sur bois. 
Brunet, vol. 5, col. 112.) 

1515 

Bonaventura de Bria (Fr.). Régula musice plcme. 

Pet. in-8o, lett. rondes, fig. sur bois au titre et musique 
notée. Impresso in Venetia, per Georgio de Rusconi Mila- 
nese, Nelli anni M. D. XV, 

L'édition de Brescia 1500, que donne Brunet comme 
la première de ce rare opuscule, est un pet. in-4o, goth., 
de 16 fl*. (Deschamps, vol. 2, col. 990.) 

1524. — Régula musice plane uenerabi \ lis fratris 
Bonauenture de Brixia ordinis Minorum. 

' Petit in-S», de 32 ff. , lettres rondes, cahiers de 8 feuillets ; 
au-dessous du titre, bois ombré réprésentant huit chantres 
devant un pupitre, où se trouve un livre de musique ; 
bois médiocre, de taille un peu commune et manquant 
de finesse; verso Aiiii, main harmonique, avec les lettres 
F. B. en monogramme ; lettres ornées à fond noir ; musi- 
que ; au dernier feuillet : Impressa in Venetia per lo. 
Francisco et lo. Antonio de Rusconi Fratelli. Nelli anni 
del signore. M. D. XXIIII. adi, x^Octobrio.., Au-dessous^ 
le registre ; au verso, petit bois ombré, représentant saint 
Georges tuant le dragon ; au-dessous, la marque noire 



LIVRES A FIGURES VÉNITIENS 67 

en forme de circonférence avec les lettres F. & A, k 
gauche du rayon vertical, R. à droite, M. au-dessous du 
diamètre horizontal. (Librairie Rosenthal.) 



1515 



Arcadia del dignissimo homo Messer lacomo San-' 
nazar,., nouamente stampata; et diligentemente cor- 
recta. 

Petit in-4o . sur \q titre, un bois ombré médiocre, repré- 
sentant dans une forêt un faune portant une statuette de 
femme nue dans la main droite et un bouclier dans la 
gauche ; de chaque côté, un personnage ; ce bois se 
retrouve en tète de Opéra noua de Callenutio de 1517. A 
la fin : Venetia ad instantia de Gregorio de Riisconi mila- 
nese Nel. M, D. XV. (Molini, Opérette, p. 160 et Brunet vol. 
5, col. 129). 

1521. — Arcadia del dignissimo homo messer 
lacobo Sannazaro gentihvomo napolitano. 

Pet. in-8o, titre encadré d'un ornement ombré ; au 
verso, bois ombré de 1515. A la fin : Stampata in Venetia 
per Nicolo Zopino e Vincentio compagno nel M. D. xxi adi 
xix, de Decembrio. Sur le recto suivant, marque de 
Zopino. (Marciana 6410). 

1522. — Arcadia del dignissimo homo Messer 
lacomo Sannazaro Gentilhuomo Napolitano. Noua- 
mente stampata et dilgentemcnte Cor recta. 

In-8o, caractères gothiques avec registre A-I. Sur le 
frontispice, une gravure sur bois. A la fin : Impresso in 
Venetia per Zoanne Francisco et Antonio fratello di Rus- 
coni nel Anno del Signore M. ccccc. xxij die xx Zugno. 
X Molini... Opérette... p. 164). 



68 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

1524. — Arcadia del dignissimo homo messer 
lacobo sannazaro gentilhuomo napolitano. 

In-8o ; signatures A. I. 8 feuillets par cahier, sauf 1 qui 
en a 12 ; lettres rondes ; titre encadré d'un joli entou- 
rage légèrement ombré, avec deux putti, aux extrémités 
de la partie inférieure ; nous le retrouvons dans le 
Laberinto d'amore de Boccace de 1525 ; au verso du titre, 
bois décrit à propos de l'édition de 1515. A la fin la 
marque de Zopino, avec la femme à genoux et au-des- 
sous le colophon : Stampata nella inclita Citta di Venetia 
per Nicolo Zopino e Vicentio compagno. M, D. xxiiiL 
AdL X de Settébrio, (Bibl. de l'Arsenal 4187. B. d.). 

1515-1516 

« 

Apocalipsis iesu christi. Hoc est reuelatione fatta a 
sancto giohanni eiiangelista, ciim novo expositione: 
in lingua volgare coposta per el reuerendo theologo 
ed angelico spirito frate Federico veneto Ordinis pre- 
dicatorum. 

In-folio ; titre rouge et noir gothique, entouré d'un 
ornement fait d'entrelacs affectant en quelque sorte le 
style arabe, sur fond noir pointillé ; nombreuses lettres 
ornées du même style ; 2 feuillets préliminaires en petits 
caractères Paganini ; XCI feuillets (de 8 fF. par cahier) 
pour la première partie en plus gros caractères Paganini ; * 
16 feuillets pour la seconde partie, dont le texte est go- 
thique ; le verso du dernier feuillet de la première partie 
porte un colophon : Qui finisse la expositione del reue» 
rendo theologo frate Federico veneto nelle prophétie : ouer 
reuelationi de S. Giouanne ditte Apochalypsis nouamen" 
ie deducte in luce per Alexandro Paganino in Venetia déU 
M.D,XV, Adi, VIL de Aprile ; le registre suit. Laseconde par- 
tie commptice par APOCHA | lypsis ihesv \ christij au- 



LIVRES A FIGURES VÉNITIENS 69 

dessus d'une g^a^^l^e représentant Jésus dans la barque 
signée, z. a.; avec cette légende en lettres rondes, 
FLVCTV^A I bitsednonde \ mergetur ; au xerso commence 
le texte gothique : Incipit prologus in Apocalypsim.., Les 
rectos des feuillets suivants sont occupés par les grands 
bois, le texte latin gothique occupant les versos des pages ; 
au verso de la quatorzième g^a^'u^e, à la fin du chapitre 
XXII : Impressa per Alex, Pag. Anno a natiui, domini. 
M,D,XVL Le verso du quinzième bois est blanc. Voici la 
description de ces célèbres copies empruntées en partie à 
Y Albert Durer de Thausing, traduit par M. G. Gruyer 
(p. 186 et s.) : l^^"* bois. Martyre de saint Jean Vévangé- 
liste, auquel assistent l'empereur Domitien et au dernier 
plan de nombreux spectateurs ; saint Jean est à gauche, 
Domitien, tenant son sceptre, adroite ; signé dans le bas 
à droite, r. A\ D. Copie retournée d'après Albert Durer. 
2« Vocation de saint Jean, sans signature ; ici Dieu le Père 
tenant une clef, de la main gauche, au Heu d'un livre, est 
debout, au lieu d'être assis, et saint Jean couché dans les 
nuages regardant Dieu, au lieu d'être à genoux, les mains 
jointes et la tête baissée. 3^ Portes ouvertes de la voûte 
céleste. Même sujet que dans Durer, mais retourné. Le 
trône de Dieu dans une mandorla entouré des vingt- 
quatre vieillards ; l'agneau qui doit ouvir le livre aux sept 
sceaux placé sur les genoux de Dieu est tourné à gauche ; 
le paysage du bas est mal copié. Signé en bas à gauche 
/. A, 4* Les quatre cavaliers apocalyptiques. Copie retour- 
née des plus médiocres ; au lieu du trident le 4^ cavalier, 
la Mort, tient une faux. 5® Louverture du cinquième et du 
sixième sceau ; retournée : 6^ les quatres anges qui re- 
tiennent les vents et l'apposition de la croix sur le front 
des cent quarante-quatre mille saints. 7^^ Distribution des 
trompettes aux sept anges, et des plaies dont les cinq pre- 
mières firappent le monde. Copie retournée. 8<^ Les quatre 
anges tuant la troisième partie de V Humanité ; dans le 



70 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

haut Dieu le Père tenant des trompettes ; copie retournée; 
dans le bas à droite /. A.d^ Lange tend à Saint Jean le 
livre pour qu'il le dévore ; copie retournée. lO Debout 
sur le croissant de la lune, la femme revêtue du soleil et 
couronnée d'étoiles, tandisque le dragon aux sept têtes 
ornées de couronnes menace Tenfant qu'elle vient de 
mettre au monde ; deux petits anges emportent vers Dieu 
l'enfant nouveau-né ; copie retournée médiocre ; dans le 
coin à droite en bas. ZOVA. AD/?fî:A. 11^ Combat de 
l'archange Michel et de trois autres anges contre Satan et 
ses dragons qui sont précipités sur la terre ; copie retour- 
née, en bas à droite /. A. 12® Adoration des deux monstres 
sortis de la mer ; en haut le fils de l'homme assis sur un 
trône et armé d'une faucille ainsi que l'ange de gauche 
prêt à commencer la moisson sanglante ; copie retour- 
née ; à droite en bas /. A. IS^' Triomphe des élus : un 
apôtre agenouillé au sommet de la montagne de Sion, 
près de l'agneau qu'entourent les 4 animaux, 24 vieil- 
lards et les 144 élus ; copie retournée ; à droite en bas 
/. A. \¥ Babylone, la grande prostituée, au moment où 
elle va recevoir la punition de ses crimes ; elle est assise 
sur la bête aux 7 têtes, symbole des 7 collines, et lè^e 
de la main droite une coupe à bossettes; devant elle un. 
groupe d'hommes qui lui témoignent peu de respect. 
Copie retournée ; à gauche en bas /. A. 15^ LAnge 
enfermant pour mille ans, au fond de Vabime le dragon 
diabolique. Copie retournée, signée en bas; à gauche/. A. 
Derrière ce bois, qui est le dernier, se trouve le colophon. 
Ces copies doivent leur célébrité aux originaux de 
Durer qu'elles n'interprètent que faiblement, à leur 
dimension même, à l'important ensemble qu'elles for- 
ment, enfin à la signature complète Zova Adrea que 
porte l'une d'elles. Le tailleur, impuissant à rendre la 
forte expression de Durer, a italianisé et par suite affai- 
bli ses modèles ; mais malgré tout, le souffle du maître 






LIVRES A FIGURES VÉNITIENS 71 

anime encore ces infidèles traductions. Quant à la gra- 
\'ure du titre, Jésus dans la barque, comme elle n'est point 
taillée d'après Durer, elle semble au premier abord d'un 
autre graveur. Toutefois un examen plus attentif permet 
de reconnaître la manière un peu lourde et ronde de 
manœuvrer le couteau à travers le bois qui est ordinaire 
à Zoan Andréa. Nous nous proposons du reste de con- 
sacrer à cet artiste, ou plutôt aux divers Zoan Andréa, 
une étude spéciale qui déterminera, avec quelque préci- 
sion, le rôle du graveur des copies de V Apocalypse. 



Duc DE Rivoli. 



(A suivre.! 



REVUE CRITIQUE 



DE 



PUBLICATIONS NOUVELLES 



Nouvel Armorial du Bibliophile, guide de l'amateur 
des livres armoriés par Joannis Guigard. Paris, 
Emile Rondeau, 1890, 2 vol. gr. in-8 de XVII-390 
et 494 pp. (Prix : 50 fr.) 

Les livres de provenance sont aujourd'hui, plus qu'ils ne Font 
jamais été, recherchés par les amateurs et les bibliophiles. Un 
ouvrage, si médiocre qu'en soit le texte, si vulgaire qu'en puisse 
être la composition typographique, leur devient aussitôt dési- 
rable quand il a figuré dans la collection de quelque person- 
nage célèbre et quand sa reliure en porte, frappés sur les plats, 
les armes ou les insignes. Un exemplaire aux armes authen- 
tiques de François 1er, de Charles IX, de de Thou, du comte 
d'Hoym, ou aux insignes de Grolier et de Longepierre vaut 
son pesant d'or. Et, si à l'habit, qui ne fait pourtant pas le moine , 
à en croire le proverbe, s'ajoute un intérêt réel, l'élégance du 
style ou la curiosité du livre par exemple, l'objet alors n'a plus 
de prix, et on le voit atteindre dans les ventes des sommes litté- 
ralement fabuleuses. On se le dispute avec un acharnement 
féroce, et l'heureux vainqueur dans cette lutte à coups d'en- 
chères emporte amoureusement l'oiseau rare, guetté depuis 
combien d'années, pour l'installer avec un soin jaloux dans le 



REVUE CRITIQUE DE PUBLICATIONS NOUVELLES 13 

nid qu'il lui a préparé sur le meilleur rayon de sa bibliothèque^ 
Et il y restera sans doute, impitoyablement caché aux regards 
indiscrets, ou peut-être, au contraire, visiblement exposé, exci- 
tant la convoitise des concurrents malheureux. Mais on sait où 
il est ; c'est une consolation presque ; il repassera certainement 
sur la table verte de THôtel un jour ou l'autre et, dès l'iqstant, 
plus d'un le guigne en secret, allant peut-être même jusqu'à 
souhaiter la ruine sinon la mort de son détenteur actuel. Car 
le bibliophile est implacable; il est cruel. Mais ne faut-il pas lui 
pardonner sa cruauté en raison même de sa passion pour les 
livres? 

Mais ce n'est pas tout non plus que d'aimer les beaux livres, 
il faut encore les connaître ; et si un goût instinctif, un flair 
naturel vous servent à souhait, il est cependant des choses qu'il 
est nécessaire d'apprendre, la science héraldique notamment. Les 
armes et les insignes que l'on rencontre frappés sur le veau 
ou le maroquin sont si variés qu'il faudrait être feu d'Hozier lui- 
même pour pouvoir, sur un simple examen, en déterminer les 
possesseurs. 

M. Joannis Guigard, pour mettre les collectionneurs et les 
néo-bibliophiles en mesure de se guider à travers ce dédale, 
avait déjà publié, en 1873, un Armoriai dans lequel il avait 
reproduit et décrit un grand nombre d'armoiries ; mais ce volume, 
fort incomplet, ne répondait plus aux exigences des amateurs et 
l'auteur vient de faire paraître un autre ouvrage, conçu sur une 
base beaucoup plus large et dont l'économie nouvelle sera, es- 
pére-t-il, à la hauteur de la bibliophilie moderne. Ce sont, en 
effet, deux intéressants volumes que son Nouvel Armoriai, 
indispensable à quiconque recherche les livres de provenance 
royale, princière ou illustre. Ce travail qui a dû coûter à son 
auteur bien des peines comprend l'explication et l'attribution de 
tous les symboles qu'il a rencontrés et signalés et, de plus, il 
renferme des notices sur les amateurs et sur leurs bibliothè- 
ques. 

Pour faciliter les recherches, M. Joannis Guigard a divisé les 
bibliophiles en quatre groupes répondant chacun à un mode 
particulier de l'état social et parfaitement distincts : 1» Maisons 
souveraines françaises et étrangères ; 2» Femmes bibliophiles ; 
3® Amateurs ecclésiastiques ; Ao Amateurs particuliers. Il a aussi 
fait précéder son œuvre d'un traité succint du blason, accom- 
pagné d'un vocabulaire des principaux termes usités en cette 
science compliquée. Enfin, à la fin de chaque tome, on a établi. 



74 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

pour les différentes parties de l'ouvrage, une table héraldique 
des meubles mentionnés. 

■ M. Guigard qui a eu la bonne forlune de se voir coininuniquer 
par les plus fameux bibliophiles de France et de l'étranger des pièces 
curieuses et rarissimes a pu, grûce à cet obligeant concours, nous 
en donner la reproduction, à côté Je tant d'autres plus ordinaire- 
ment connues. 



'Voici, par exemple, le fac-similé de la reliure d'un livre, appar- 
tenant à M. Ernest Petit, un Vilruvc de 1523, qui porte sur 
chaque plal un semis de 9 couronnés avec cette légende au 
milieu : Dovlce. Plais.^nte. D. qu'on doit traduire par Doutée 
, El M. Guigard se demande si ces 9 couronnés 
SlSÎSSft ne formeraient pas le corps d'une devise dont les 

IX seraient Vôme. Quant a la légende, il incline à 
^ rd avec Brunel, qu'elle s'appliquerait à sa maiiresse, 

Marie Touchct. 

Cet autre fer provionl encore de Charles IX dont les i-elieui's furent 
Nicolas Eve et Claude de Picqucs. 



REVUE CRITIQUE DE PUBLICATIONS NOUVELLES 



MenlîoDnons aussi, parmi les reproduclions du Nouvel Aitnorûd 
une Ùgure emblématique très rare qui se trouve sur les plats d'un 
volume intitulé : Ordonnances royaux sur te faict de la justice. 
Paris, Galliot du pré et Jehan André, 1539, in-8. C'est l'exemplaire 
à\i roi François II et de Marie Stuart ; il fail actuellement partie de 
b magnifii^e bibliothèque de M. le baron Double qui le décrit 
ainsi dans son Cabinet d'iii. 



76' BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

« Sur les plats, deux Dauphins, frappés avec leur fei- habituel dit 
de François II, souliennent la couronne royale (leurdelisée ; au- 
dessous de la couronne, encadiê par les deux Dauphins, le chardon 
d'Écosae. Les plais sont enlourOs de compartiments de linceaux avec 
angles fleuronnés, o 

Nous donnons ici le fer de François II, roi de France. Ce fer est 



Nos riches collections publiques ont fourni, comme on pieut le 
croire, de 1res importants documents à M. Guigard. Relevons 
(toniel, p. 2) une reliure de Louis XII(Bibl. de l'Arsenal) ; (L 1, p. 4) 
une reliure de Louis XII et d'Anne de BreLigne (Bibl. Mazarine) ; 
(t. I, p. 10), une reliure d'Henri II et de Diane. (Bibl. Nationale). 
La bibliothèque d'Abbeville possède également une curieuse reliure 
aux armes de Louis XII et d'Anne de Bretagne, reproduite dans le 
Nouvel Arniorial. Enfin les collections particulières de Mgr le duc 
de Chartres, de M. le baron J. Piclion, du comte de LigneroUes, de 
M. Guyot de Villeneuve, etc. , ont aussi donné leur contingent. 

Dans un travail du genre de celui qu'a entrepris M. Guigard, U est 
bien difficile, pour ne pas dire impossible, d'éviter qu'il se glisse des 
erreurs ; les éloges que nous venons de distribuer â l'auteur du 
Nouvel Annorial nous mettent plus à l'aise pour en relever quelques 
unes assez importantes. 



REVUE CRITIQUE DE PUBLICATIONS NOUVELLES 77 

Ouvrons le torae I, à la page C7 ; après avoir décrit l'ornementatioii 
des deux plats d'un livre fi'appé à l'efli^ic de Charles-Quint (recto) et 
aui armes du Sainl-Empire (verso), M. Guigard ajoute: « Ces 
omemeats figurent sur un elzÉDier qui nous a été communiqué 
par M. Jules Tuchmann, un bibliophile de goût >. Il est difficile 
d'admettre cette assertion, par la bonne raison que Charles -Quint 
est mort en 1538 et que le noui des Elsevier, celui de Louis !•', n'a 
paru, pour la première fois, au bas d'un livre qu'en 1383 (i ). Ce 
qui est possible, et même vraisemblable, c'esl que la reliure a d& être 
remboîtée sur l'Elsevier en question. 

Même tome, p. £i. Le Ter (n» 3) que M. Guigard reproduit 
comme étant celui de Louis XIV, non majeur, est celui de Louis de 
France, duc de Bourgogne, mort en 1712. Nous avons vu (Bi&iio- 
poliana, n" 3119), un manuscrit de dédicace à ce prince portant le 
même fer. On peut, du reste, page 102, voir les armes de la duchesse 
de Bour^gne accolées à celles de son mari. Ces dernières sont 
celles que l'auteur de V Armoriai attribue à Louis XIV. 

On peut de même s'en réiérer au\ monnaies frappées pendant les 
premières années du Roi-Soleil et sur iesqnolles on voit la couronne 
fermée, en dépit de sa minorité. 

Même tome, p. 269. Au nombre des amateurs ecclésiastiques, figure 
Kir Double, évèque de Tarbes, archevêque in partibta, décédé en 
iS44. M. Guigard lui attribue des armes qui ne sont pas les siennes, 
ainsi que l'on peut en juger par le fer que nou.i communique obli- 
geamment le neveudu vénérable prélat, M. le baron Double : 



(1) DHUtn<J.) Ebratcarum qussUoDum, sivc qua»lionuiii ac respon^onum 
ilbri doo, vldeUcel secundus ac lerUus In Academia LugduaensI, 1583, pet. 
Iii4 de 126 pp. 

Ces» après la page US de cet ouvrage que se trouve, imprimée sur un feuillet 
.noncoté, la mention «ulvonle ; VeneunI Lagd. Balauurum, apud Ludoulcum 
•Bieairium, i reçione Scholir nova: M. C.h. t'it-lL'rs soupçonne que ce feuillet a 
été ajouté après coup et que son addition scnit postérieur* au l- mai 1587. 



78 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

Il est aisé de voir que les armes reproduites dans le Nouvel 
armoriai sont les armes d'un cardinal (cinq pendants) et non celles 
d'un archevêque ou d'un évêque. 

Même tome, p. 243. « Tous les livres de ce grand bibliophile (le 
cardinal de Bourbon), f^crit M. J. Guigani, étaient reliés en maro- 
quin rouge ». C'est là une erreur qu'il convient de relever. La plu- 
part des exemplaires qui ont passé en vente depuis plusieurs amiées, 
aux armes de ce prince que les Ligueurs avaient proclamé roi sous 
le nom de Charles X, sont reliés en maroquin vert (voir Cat. Yemeniz 
nos 1898, 2915 et 3899; cat. Léon Tcchener, ire partie, not 10 et 
222; id, 2e part, no 38. ) Au Cat. Didot, juin 1878, sous le no 702^ 
figure un exemplaire des Mémoires de Mess, Martin Du BèUay^ 
seigneur de Lancjey... Paris, P. L'Huillier, 1571, in-8o. Celui-là^ 
également aux armes du cardinal de Bourbon, est relié ea 
veau fauve, compart. en or et en mosaïque. Nous pourrions citer 
encore d'autres exemples. Il est vrai qu'au cat. du baron J. Pi- 
chon, nous trouvons (no 902) un livre provenant de la bibliothèque- 
de (Parles de Bourbon, relié en [maroq. rouge. Mais c'est une 
exception. 

Tome II, p. 260. L'auteur du Nouvel Armoriai, en parlant de 
Charles-Henry comte d'Hoym, avance que le célèbre bibliophile 
« est peu connu dans sa vie privée et dans sa vie politique ». M» 
Guigard n'a pas dû chercher bien avidement à se renseigner sur 
l'ambassadeur de Saxe-Pologne, car il lui eût été facile de trouver 
des détails forts complets sur sa vie, dans les deux in-octavo que lui 
a consacrés le baron Jérôme Pichon. (1) M. Guigard reproduit 
néanmoins l'insinuation lancée par un auteur contre le comte d'Hoym, 
qui aurait, à l'en croire, livré à la manufacture de Sèvres le secret 
de la porcelaine de Saxe. M. le baron Pichon, avec documents à 
l'appui, a fait justice de ces racontars perfides. Il ne faut pas oublier 
d'ailleurs que les premiers essais de notre manufacture, établie à 
Vincennes avant d'être transportée à Sèvres, n'eurent lieu qu'ea 
1740, c'est-à-dire quatre ans après la mort du comte d'Hoym^ 
décédé en 1736, ce qui n'a pas empêché d'autres écrivains, moins 
scrupuleux encore, de raconter que c'était à Mme de Pompadour 
(donc, après 1745) qu'Hoym avait révélé le fameux secret de la 
porcelaine. 



(1) Vie de Charles-Henry Comte d'Hoym, ambassadeur de Saxe-Pologne tsa 
France et célèbre amateur de livres, 1694-1736, publiée pour la Société des 
Bibliophiles françois. Paris, chez Techener, libraire de la Société des BiMIo» 
philes, 2 vol. in-8*. 



REVUE CRITIQUE DE PUBLICATIONS NOUVELLES 79 

M. Guigard ne nous en voudra certainement pas de loi avoir 
signalé ces quelques erreurs qu'il pourra faire disparaître dans la 
seconde édition que le succès de son important ouvrage rendra 
bientôt nécessaire. 

Georges Vicaire. 



L'Événement de Varennes (avec un plan et une autogra- 
phie), par Victor Fournel. Paris, H. Champion y 
1890, in-8o de 404 pp. (Prix : 10 fr.) 

On avait déjà beaucoup écrit, depuis près d'un siècle, sur la fuite 
de Louis XYI et de la famille royale ; son arrestation à Varennes 
avait fourni soit à des acteurs, soit à des témoins de ce drame dont 
le dénoùment fatal eut lieu, le 21 janvier 1793, sur la place de la 
Révolution, matière à d'innombrables récits. Beaucoup même, sur 
des données purement fantaisistes, ont échafaudé des scènes touchant 
plus au roman qu a l'histoire. La besogne, au reste, n'était guère 
aisée, les mémoires rédigés par les contemporains se contredisant 
tous autant qu'il est possible. Les uns racontent d'une façon, les 
autres d'une autre, les péripéties terribles du voyage qui devait 
aboutir à la journée du 21 juin, de sorte que jusqu'à présent, si 
les faits étaient connus dans leur ensemble, les détails de l'affaire 
étaient demeurés embrouillés et confus. 

M. Victor Fournel, écrivain délicat autant qu'érudit profond, vient 
de reconstituer, avec pièces authentiques à l'appui, l'événement de 
Varennes jusque dans ses moindres détails. Après avoir tout natu- 
rellement fait des emprunts, emprunts indispensables aux récits 
déjà publiés, M. Fournel a recueilli, de son côté, de nombreux et 
nouveaux renseignements sur les incidents qui ont marqué le 
voyage royal. Nul historien n'était d'ailleurs mieux à même que lui 
d'écrire ce livre ; sa famille paternelle est originaire de Varennes 
où elle était fixée depuis longtemps déjà au moment de l'arrestation 
de Louis XVI ; lui-même, né dans un village tout voisin, transporté 
dans cette ville aussitôt après sa naissance, a grandi au milieu des 
témoins de l'événement qui vivaient encore dans son enfance et il 
a même pu connaître l'un de ses acteurs parvenu alors à l'extrême 
vieillesse. 

M. Fournel, qui a déjà publié sur le sujet qu'il vient de traiter 
à fond avec tant de compétence et d'autorité de substantielles études 
iJans le Correspondant et la Revue des questions historiques, ne 



80 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

pouvait donc manquer de livrer au public un ouvrage doublement 
intéressant, par son style et par les documents précieux sur lesquels 
il a basé son remarquable travail . Tantôt fouillant dans les archives 
municipales de Varennes, tantôt interrogeant la tradition orale, 
cette grande et modeste historienne, éminemment utile pour qui 
sait en débrouiller les éléments si divers, placé sur les lieux, et 
par conséquent, à portée de vérifier l'exactitude des faits recueillis, 
M. Fournel a contrôlé avec la plus scrupuleuse minutie tous ses 
matériaux avant de les mettre en œuvre. Et de ses recherches labo- 
rieuses est sorti un livre d'un intérêt capital et qui fixe irrévocable 
ment les détails ignorés d'un grave événement historique. 

Analyser ce gros volume dont chaque page contient, pour ainsi 
dire, un renseignement inédit, est chose absolument impossible ; 
ce serait en diminuer l'intérêt; il faudrait pouvoir citer des passages, 
et le cadre du Bulletin est malheureusement trop restreint. Ce qu'U 
nous est toutefois permis de dire, c'est que Fauteur a su dégager, 
avec beaucoup d'habileté, des récits précédemment mis au jour, les 
points essentiels de l'événement de Varennes et, grâce à ses pré- 
cieuses trouvailles, rétablir d'une façon nette et précise, la vérité 
sur le drame qui a commencé le martyre de la royale famille. 

L'ouvrage est divisé en trois parties : la période préliminaire qui 
comprend les projets de départ examinés dès le 14 juillet 1789 ; 
l'événement lui-même, le voyage dans la fameuse berline, l'arresta- 
tion, le retour à Paris et la période postérieure, c'est-à-dire les 
projets d'évasion du roi après la fuite de Varennes. Ajoutons qu'un 
copieux appendice contient de très importantes pièces inédites et une 
sorte de bibliographie des brochures et des caricatures que fit naître 

l'arrestation de Louis XVI. 

G. V. 



Documents sur la Révolution française. La Révolution 

DANS LE DÉPARTEMENT DE lToNNE. 1788-1800. EsSSà 

bibliographique par M. Henri Monceaux, conser- 
vateur au Musée d'Auxerre. Ouvrage illustré de 
230 vignettes gravées sur bois et tirées la plupart 
sur les originaux. Paris, A Claudin, 1890, gr. in-8 
de 734 pp. 

11 n'est peut-être pas, à part le Moyen-Age, de période de notre 
histoire qui ait été plus étudiée que celle de la Révolution firan* 



REVUE CRITIQUE DE PUBLICATIONS NOUVELLES 81 

çaise. Dans le courant de Tannée dernière, M. Maurice Tourneux 
donnait le premier volume de son importante Bibliographie de 
^Histoire de Paris pendant la Révolution ; voici que M. Henri 
Monceaux, l'érudit conservateur du Musée d'Auxerre, dresse le 
catalogrue des ouvrages de tous genres, imprimés dans l'Yonne 
depuis 1788 jusqu'à 1800. Le mot catalogue » est pris ici dans son 
sens le meilleur et le plus large ; carie livre que M. Henri Monceaux 
désigne trop modestement sous le titre d'Essai bibliographique est 
mieux et plus que cela ; c'est une savante bibliographie, appelée à 
rendre les plus réels services à tous ceux qui, à un point de vue 
quelconque, s'occupent des événements multiples survenus à cette 
époque troublée dans les départements. 

Le bibliographe auxerrois a limité son travail aux faits relatifs à 
sa province ; il serait à souhaiter, qu'imitant son exemple, d'autres 
veuillent bien faire, pour leurs contrées, ce qui vient d'être fait avec 
SQocès pour le département de T Yonne. Les exigences, légitimes 
d'ailleurs, des chercheurs et des travailleurs, sont devenues telles au- 
jourd'hui qu'il est absolument impossible de satisfaire leur besoin 
de documents par des bibliographies générales. C'est donc aux 
bibliographies spéciales, et par cela même infiniment plus complètes, 
qa*il faut avoir recours. M. Henri Monceaux l'a bien compris ainsi 
et l'œuvre qu'il vient de publier ajoute, comme il le dit lui-même, 
€ une pierre à l'édifice dont l'ensemble formera l'histoire définitive 
de la Révolution française. r> 

L'auteur, dans une intéressante préface, explique avec beaucoup 
de clarté le plan de son ouvrage, et nous ne saurions donner une 
idée plus juste de son beau livre qu'en le laissant parler lui-même : 



t Afin de donner la physionomie exacte, la gamme réelle du mouvement 
c intellectuel et de Topinion publique dans notre contrée, nous avons pensé 
c qu'il ne fallait établir aucune division factice dans notre bibliographie de 
c répoque révolutionnaire. C'est ainsi que nous avons enregistré tout ce 
f qui est parvenu à notre connaissance et nous n'avons point négligé de 
c mentionner les pièces de minime importance, même firivoles ou futiles 
c en apparence. La nomenclature chronologique, aussi rigoureuse que pos- 
c sible, nous a paru la meilleure. On ne devra donc pas s'étonner de trou- 
f Ter, mentionnés à la suite les uns des autres, les écrits les plus divers. 
c Cest la seule manière de prendre sur le vif les préoccupations actuelles 
c de chaque centre plus ou moins important, i 



Le seul classement que s'est permis M. Monceaux, c'est celui des 
districts et des arrondissements, dont les chefs-lieux conservèrent 
longtemps leur vie propre, ce qui l'a amené à grouper les pièces 
sorties d'un même lieu, émanant, pour la plupart, des mêmes 

1891 6 



82 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

presses, apportant ainsi un contingent important à l'histoire des 
inprinieurs de cette époque. 

Pour éviter un écueil où viennent trop souvent échouer bien des 
bibliographes, c'est-à-dire la sécheresse et l'aridité, M. H. Monceaux, 
lorsqu'il l'a jugé utile, a fait suivre les titres des ouvrages cités de 
notes et d'indications. On comprendra qu'il ne les ait pas généra- 
lisées, si nous disons que la Révolution dans le département de 
V Yonne ne contient pas moins de 3000 numéros. L'auteur a égale- 
ment eu l'heureuse idée de reproduire un grand nombre de vignet- 
tes et de bois gravés, à emblèmes divers, la plupart employés par 
les presses locales ; il s'en trouve môme de fort curieux, obligeam- 
ment prêtés par M. Albert Gallot, et remontant au XVIe siècle, à. 
l'époque de la fondation de la vieille imprimerie auxerroise de Pierre 
Vatard. 

M. Monceaux, comme on l'a vu plus haut, prémunit le lecteur 
contre l'étonnement que pourrait lui causer le rapprochement des 
écrits les plus disparates. Il est, en effet, singulier de trouver côte 
à côte des « Heures nouvelles » et des « Hymnes à l'Être suprême », 
des jugements des tribunaux révolutionnaires et des mandements 
épiscopaux. Mais cela n'a rien de choquant. On trouve aussi dans la 
longue nomenclature des ouvrages imprimés dans l'Yonne des col- 
lections curieuses de journaux, des pièces bien originales qu'il serait, 
à l'heure présente, très difficile de rencontrer, tant elles sont rares. 

M. H. Monceaux n'a pas manqué, dans son Essai bibliographiqtie^ 
de citer les sources auxquelles il a dû puiser pour mener à bien sa 
longue et minutieuse entreprise ; il a fait appel à la bonne volonté 
de plus d'un collectionneur et si sa bibliothèque personnelle lui a 
fourni déjà de nombreux éléments, il a aussi consciencieusement 
exploré les archives du département et la bibliothèque publique 
d'Auxerre qui renferme les riches collections de Bastard et Tarbé. 

Il n'est pas inutile de dire ici que des tables soigneusement éta- 
blies, table des vignettes, des noms de lieux, des noms de personnes 
et enlin une table générale rendent très facile au lecteur les recher- 
ches qu'il veut faire. , 

Grâce à ses notes copieuses et bien rédigées, grâce aussi aux 
vignettes dont elle est ornée, la bibliographie de M. H. Monceaux 
peut, contrairement à tant d'autres ouvrages analogues, se lire page 
par page ; elle est éminemment instructive et sa place est dores et 
déjà marquée à côté des instruments de travail les plus précieux. 

G. V. 



REVUE CRITIQUE DE PUBUCATIONS NOUVELLES 83 

Gustave Brunet. — Études sur la reliure des livres et 
sur les collections de bibliophiles célèbres. Bordeaux, 
Y^ Moquet, 18m, in-8o de VI-173 pp. 

M. Gustave Brunet qui prépare, en ce moment, une histoire com- 
plète de Tart du relieur et dont je transmets bien volontiers l'appel 
aux bibliophiles et aux bibliothécaires qui pourraient lui fournir des 
documents pour son travail (1) vient, en attendant que son œuvre 
voie le jour, de nous donner une seconde édition de ses Études sur 
la reliure des livides. Favorablement accueilli par les amateurs, lors 
de sa publication en 1873, cet ouvrage reparait aujourd'hui avec des 
additions considérables. Le savant bibliophile y a réuni des notes 
recueillies depuis longtemps, fruit de ses persévérantes recherches 
dans les catalogues anciens et modernes. On peut dire qu'il a fait, 
dans des proportions évidemment plus modestes, ce qu'a fait 
M- Quentin-Bauchart dans ses deux gros in-quarto : Les Femmes 
bibliophiles. Il a extrait d'un grand nombre de catalogues, rarement 
consultés et difficiles à se procurer, ou quelquefois d'un prix inabor- 
dable, des~détails qui se trouveront réunis pour la première fois. 

Les Études de M. G. Brunet sont divisées en huit chapitres ; 
après avoir mentionné dans le premier un certain nombre des ouvrages 
relatifs à la reliure, il consacre entièrement le second à la reliure 
avant l'an 1500 ; dans les trois suivants, il s'occupe des livres aux 
armes de bibliophiles célèbres comme de Thou, Longepierre, le 
comte d'Hoym, etc. et, ce qui constitue un réel intérêt c'est la com- 
paraison qu'il établit entre les prix de vente de certains livres 
au XVIII® siècle et à notre époque. On verra, par exemple, que 
l'édition originale des troisième et quatrième livres .de Rabelais qui 
a été adjugée à la vente du comte d'Hoym, en 1738, pour la modique 
somme de 18 livres, a atteint, il y a une douzaine d'années, 14.500 ir. 
à la vente du marquis de Ganay. Des notes sur les relieurs fameux 
depuis Nicolas Eve jusqu'à Trautz-Bauzonnet et Guzin, font l'objet 
dti chapitre VI. Les deux derniers traitent du goût de la reliure 
chez quelques bibliophiles et des ornements se rattachant à cet art 
essentiellement français. 

II a été tiré de cette seconde édition 25 exemplaires sur 
papier de Hollande et 225 sur papier vergé à la forme. 

G. V. 

<1) Bordeaux, 18, rue Victoire-Américaiue. 



84 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

Jean Meschinot. — Les Lunettes des Princes publiées 
avec préface, notes et glossaire par Olivier de Gour- 
cuflF. Paris, librairie des Bibliophiles (Jouaust, impri- 
meur), 1890, in-16 de XI-155 pp. (prix : 8 fr.) 

La collection du Cabinet du bibliophile est connue depuis long- 
temps des amateurs ; elle se compose de pièces rares ou inédites et 
surtout de poésies peu connues des XVe, XV!» et XVIIe siècles. 
Dans cette intéressante collection viennent d'entrer Les Lunettes des 
Princes de Jean Meschinot, <r escuier, en son viuant grant maistre 
dhostel de la royne de fràce », mort le 12 septembre 1491. Brunet^ 
dans son Manuel, cite 22 éditions de Tœuvre de ce poète nantais, 
que Tabbé Groujet semble avoir jugé avec une excessive sévérité. Les 
nombreuses réimpressions des Lunettes — et encore la liste de 
Brunet est-elle incomplète, puisqu'il ne mentionne ni l'édition 
d'Estienne Larchier, 1494, ni celle donnée à Genève, par Loys 
Cntse dit Garbin — ces nombreuses réimpressions, dis-je, prouvent 
que l'œuvre 'de Jehan Meschinot eut une grande vogue jusque dans 
les premières années du XVI® siècle. Ces éditions sont toutes pres- 
que introuvables aujourd'hui. Les rares exemplaires qui en existent 
demeurent précieusement conservés dans les bibliothèques où ils se 
trouvent et c'est un événement, dans le monde des amateurs, lorsqu'il 
en paraît un sur le tapis vert de la salle des ventes. En exhumant 
cet ouvrage, sorte de manuel de gouvernement à l'usage des princes^ 
d'une forme tout à fait originale, et qui n'avait pas été réimprimé 
depuis plus de trois siècles, M. Olivier de Gourcuff a rendu un véri- 
table service aux bibliophiles et à tous ceux qui s'intéressent à l'étude 
de notre langue. 

Les Lunettes des Princes, très soigneusement imprimées par M. 
Jouaust, forment le XXXVe volume du Cabinet du bibliophile; elles 
n'ont été tirées qu'à 280 exemplaires, dont 15 sur papier de chine 
(nos 1 à 15), 15 sur papier Whatman (nos 16 à 30) et 250 sur papier 
de Hollande (n»» 31 à 280). 

G. V. 



NOUVELLES & VARIÉTÉS 



M. Féchot, éditeur de M. G. Brunet, auteur du sup^ 
plément aux Supercheries littéraires de Quérard, publié 
en 1889, nous prie d'annoncer que c'est par suite d'une 
erreur regrettable que Ton a attribué dans ce recueil à 
M. Malapert VHistoire des deux Conspirations du général 
Malet, de M. Ernest Hamel, publiée en 1873 par la 
Librairie de la Société des gens de lettres, après avoir 
paru dans le XIX^ Siècle. 

M. Xavier Marmier, membre de l'Académie française, 
vient d'écrire au maire de Pontarlier qu'il avait l'inten- 
tion de léguer à la ville de Pontarlier toute sa biblio- 
thèque, qui se compose de plusieurs grands ouvrages 
avec gravures, de plusieurs milliers de volumes de 
différents genres : voyages, histoire, linguistique, litté- 
rature en français, italien, espagnol, anglais, hollandais, 
allemand, danois, suédois, irlandais, russe. Tous ces 
livres sont reliés et en très bon état ; un certain nombre, 
fort rares. 

M. Marmier demande seulement que cette collection 
soit classée dans une salle spéciale où l'on pourra la 
consulter et qu'elle soit gérée par le bibliothécaire de 
la ville. 

4' 

Le musée Carnavalet vient d'acquérir toute une col- 
lection de manuscrits fort intéressants pour les amateurs 
de documents. 



86 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

C'est Tensemble de toutes les factures payées au nom 
du duc Louis d'Orléans, fils du régent, par Poinsinet^ 
son intendant des menus plaisirs, pendant une période 
de trente années. 

Les journaux allemands signalent deux trouvailles 
qui intéresseront vivement le monde des savants, spé- 
cialement de ceux qui cultivent l'histoire de la philoso-. 
plîie. La première est une lettre de Descartes, découverte 
par le professeur Stein, dans les papiers de Leibnitz 
que possède la bibliothèque de Zurich ; elle est adressée 
à un nommé Dozem et traite d'un problème de mathé- 
ipatique. La seconde, plus intéressante encore, consiste 
en autographes de Giordano Bruno. Ce sont des 
commentaires sur Aristote. Ils ont été trouvés à la 
bibliothèque d'Erlanger par le professeur Stolzle de 
Wurtsbourg. 

4- 

• La bibliothèque musicale d'Adolphe Adam a été 
acquise par le ministère de l'instruction publique, qui 
en a fait don au Conservatoire. Cette bibliothèque se 
compose de 116 volumes; il y en avait une trentaine 
de plus qui ont été offerts à l'Opéra. 

Environ deux années avant sa mort, M«><^ Adolphe 
Adam avait donné à la bibliothèque du Conservatoire les 
partitions manuscrites qui lui restaient de son mari, 
opéras et ballets. Ces volumes autographes sont au 
nombre de trente-sept ; il y a parmi eux l'opéra de 
Lambert Simnel, dont la première moitié est de la main 
de Monpou et l'autre moitié de celle d'Adolphe Adam. 
Giralda, une des plus jolies partitions d'Adam, s*y 
trouve, ainsi que la plupart des ballets du maître ; 
presque aucune de ces partitions de ballets n'a été 
éditée. 



CATALOGUE DESCRIPTIF 



DE 



LIVRES ET PIÈCES RARES 



EN VENTE AUX PRIX MARQUÉS A LA LIBRAIRIE TECHENER 



Reprenant un vieil usage du Bulletin, nous don- 
nerons désormais, à la fin de chaque livraison, un 
catalogue descriptif de livres, intéressants à divers 
titres, en vente aux prix marqués à la librairie 
Techener, 219, rue Saint-Honoré. Tous les exem- 
plaires ainsi catalogués seront , sauf indications 
contraires, complets et en bonne condition. 

i. — Souverain remède. | | avec les saignées et dyettes 
contre les mala||dies qui régneront en ceste pré- 
sente année mil | j cinq centz quarante-quatre. Selon 
la pro 1 1 gnosticalion de maistre Jehan Tliybault 
me||decin ordinaire du Roy nostre sire. || — Spes 
mea Deus. — A la fin : Imprime par Jehan le prest 
\\ demeurant a la rue des Telliers. Pet. in-8<> goth. 
de quatre feuillets sans chiffres et sans signatures, 
dem.-rel. dos et coins de maroquin vert. 80 fr. 

Exemplaire du docteur Desbarreaux-Bernard. 

Ce petit volume, très bien conservé, est fort rare et fort curieux. 

D'après Maistre Jehan Thybault, les maladies qui régneront en 
1544 : « Seront peste mort subite flux de sang par le m'z et autres 
f conduictz apostumes mal desyeulx : et autres maladies de sang : 
f dont les unes adviendront par replexion fumeuse de sang. » 
L'auteur ajoutant : « ...Veu que iceulx temps sont prochains et que 
• la description doibt précéder leffect dicelle. . . » il faut en conclure 



88 BULLELIN DU BIBLIOPHILE 

que cet opuscule a été imprimé dans les premiers mois de l'année 
1544. Pour pouvoir soigner utilement une maladie à son début, il 
faut en bien connaître les symptômes ; l'auteur indique alors, quels 
sont ceux des maladies de replexion et fumosite, c'est-à-dire ; des 
fièvres continues; du flux de sang autrement dict flux désinteriq; 
du flux de sang par le nez ; du mal des yeux; puis il donne le 
traitement à suivre pour ebacune de ces maladies. Saignées, clys- 
tères et boissons rafraîcbissantcs sont ses principaux agents théra- 
peutiques. Pour ceux qui seraient curieux de savoir comment on 
rafraîchissait les entrailles malades, en Tan de grâce 1544, voici 
l'ordonnance d'un clistaire laxatif, administré en cas de flux desin^ 
tet^iq, après un premier clistaire scuptic et resttnnctif selon Philotne 
dont on donne également la recette. « Prenez quatre moyaulx de 
œufz et les cuisez en vinaigre avec tus de jJlantain de buglose et de 
verge a pasteur : egallement de chacun demi quarteron, de huille 
rosart nng quarteron et autant deau rose : troyes onces de terre 
darguille gomme arahic une dragme et demie. Et autant de itis 
de prunelle et de sain de dragon : et soit faict le tout mis et batu 
ensemble et en soit faict clistaire. » 

Jehan Thybault recommande entre autres choses : « Le saffran 
m,esle au laict de femme, » à ceux qui ont mal aux yeux ; cet on- 
guent (( oste la résine ou les larmes diceulx. » Quant à la peste, 
« cela est a dcscripre pour le temps de Authonne, car cest le temps 
ou />/i/s communément adviennent pestes et apostumes. » Cette 
terrible maladie a donc sans doute fait l'objet d'un autre opuscule. 
On indique toutefois que pour la traiter, il vaut mieux, ainsi que 
le dit Galien, n'employer qu'une médecine faite d'une seule espèce 
ou de peu de simples, cela contrariera la maladie et aidera a nature, 
plutôt que si elle était faite de plusieurs espèces ou de grande accu- 
mulation de simples. 



2. — C La Grande | Prophétie | Aultrefoys Prophetizee | 
par ung Roy de perse Prîce de saîcte | vie. Et comëce 
depuis lan mil cinq | centz xxi. & dure iusqs a lan : 
m. d. liiii | Et fut lad pphetie trouuee en la li — | 
brairie de Cambray. s, l. n. d. (Rouen) ; pet. în-8, 
goth. de 8 ff. non chifT. 280 fr. 

Joli exemplaire à toutes marges d'une pièce des plus curieuses sur 
le règne de François I^r ; elle n'est pas citée par Bnmet. 



CATALOGUE DE LIVRES ET PIÈCES RARES 89 

La prophétie du a roi de Perse » se divise en deux parties bien 
distinctes. Dans la première, le prophète annonce avec une rare pré- 
cision les événements les plus importants des années 1521-1526 on 
37 ; notamment : 

La trahison de Bourbon : « sortira lung de ses plus gros princes 
de son Royaulme par le moyen duquel viendront grandz maulx à la 
couronne de France. » 

L'insuccès de Tinvasion de Bourbon en Provence : « Icelluy prince 
viendra en Fràce avec grosse gendarmerie, lequel sera vertueuse- 
ment rebouté du Roy et poursuyuy de ses gens de guerre. » 

Le sac de Rome par Bourbon et ses lansquenets : « Les Ytalles 
italiens) auront fort à souffrir et principalement les Rommains. i> 

La mort de Bourbon, tué à l'assaut : c Toutesfoys le prince qui se 
sera party de France mourra malheureusement en la ville de 
Romme. » 

H n'est parlé ni de la journée de Pavie ni de la captivité de Fran- 
çois I««". 

A partir de 1527-28, les pronostics deviennent ou très vagues ou 
étrangement fantaisistes. 

Après de nombreuses vicissitudes, le roi de France triomphera 
partout ; il li\Tera < trois grosses batailles de trois ces mille hommes 
ou environ ; » il « subiuguera Henault. Flâdres, Zélandes et Artois ; » 
fl aura de grands honneurs à Burgues (Burgos) et a la plus part 
d'Espaigne se rendra à luy » ; le roy de Portugal « envoira grande 
cheuance dor et dargent pour avoir son alliance» ; il entrera à Rome 
avec toute sa chevalerie et le Saint-Siège sera transporté de Rome à 
Jérusalem ; enfin François I^»" « se fera corofier roy en ung royaulme 
de Grèce et conquestera Gonstantinople et Hierusalem ». 

Un seul fait historique se rencontre au milieu de ces chimériques 
hypothèses : « Le même an (1543 ou 44), le grand seigneur Soluman 
roy de Turquie, demâde alliance au roy de France et lui dofiera 
secours et ayde ctre ses ennemis et en tous aultres affaires. » La 
netteté de cette prédiction pourrait faire croire que la pièce (non 
datée) est de 1543 ou 4, ou au moins postérieure au premier traité 
avoué de François 1er avec Soliman,]c'est-à-dire à 1534. Mais il faut 
remarquer que, longtemps avant la reconnaissance officielle d'une 
aUîance qui devait choquer le monde chrétien, François I^i* avait 
entamé avec la Porte des négociations secrètes, remontant au moins 
jusqu'à la date du siège de Vienne (1529). 

La conclusion qui s'impose, en présence de la distinction si mar- 
quée entre les prédictions accomplies et les prophéties gratuites, est 
que cette pièce a dû être composée dans les années 1529 ou 1530. 



90 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

A noter encore, dans cette très curieuse plaquette, les conseils que 
le prophète croit devoir donner pour que Tissue des « grosses batail- 
les » tourne à souhait : « La chose se portera assez bien, pourveu 
que le roy ne s'y trouve point en personne et qu'il se garde de soy 
servir de gens estrangiers. » Il est évident que le Nostradamus. 
persan se rappelle la journée de Pavie où François h*»", pour son 
malheur, se trouvait « en personne » et que ce souvenir lui laisse 
des doutes sur Futilité de la présence du roi à. la tète des armées. 
Quant à la défiance à Tendroit des a gens estrangiers, lo elle nous 
semble une allusion à la défection d'André Doria, qui fît perdre à 
François I^r le royaume de Naples. 

Le prophète engage aussi le bon peuple à contribuer largement 
aux dépenses des guerres, a Pour aquoy fornir, il conviendra que le 
commun fornisse la tierce partie de son bien pour une foys : mais 
ce sera de son bon voulloir et consentement. » Cet appel au patrie* 
tisme fut entendu et on sait avec quelle abnégation le « commun » 
accepta tous les sacrifices demandes par la royauté. 

Quoique le feuillet complémentaire se termine par un calendrier 
pour Tannée 1544, la prophétie dépasse cette date et va jusqu'à 
Tannée 1552, où « le roy de France recouvrera Gonstantinople et 
toute la terre saincte. » 

. Point de nom d'imprimeur ; mais le caractère particulier de cer- 
taines lettres initiales et l'aspect général permettent de croire que 
cette prophétie a été imprimée à Rouen, sans doute par ou pour 
Jehan Lhommc. 



3. — MuTUS LIBER, in quo tamen tola philosophia her- 
metica, figuris hieroglyphicis depingitur, ter optimo 
maximo Deo misericordi consecratus, solisque filiis 
artis dedicatus, authore cujus nomen est Âltus. 
Rupellœ, Petriis savouret, 1677 ; in-fol. de 17 pp., 
fig., cart. 50 fr. 

Livre d'alchimie très rare et curieux. Le titre, gravé au milieu de 
figures et de chiffres énigraatiques, forme la première planche du 
volume. Le second feuillet contient un avis au lecteur, en dix lignes, 
dans lequel l'imprimeur déclare que cet ouvrage est admirable ; et 
que d'après les savants, c'est le plus beau livre qui ait été imprimé 
sur ce sujet, y ayant là des choses qui n'ont jamais esté dites par 
I)ersonnc. Il ne faut questre un véritable enfant de Vart, pour le 



CATALOGUE DE LIVRES ET PIÈCES RARES 91 

connoitre d'abord. Les 14 feuillets suivants sont couverts sur le 
recto de nombreuses figures hiéroglyphiques, sans autre texte que 
ce précepte inscrit sur la 14^ planche : Ora, legc, l^ge, Icge, relege, 
labora et invenies; et les chiffres iOO^ i .000, iO.OOO, etc., répétés 
deux fois sur la 13«^ planche (qui est transposée). 

Le 17« et dernier feuillet renferme le Privilège du Roi, accordé 
le 23 novembre 1676, à Jacob Saulat sieur des Marez. — Quelques 
bibliographes ont attribué ce recueil de figures alchimiques au 
médecin Tollé ; mais on considère généralement comme leur auteur 
Jacob Saulat, quoiqu'il dise dans le Privilège que ce livre de la 
haute chimie dlio^mès lui est tombé entre les mains. Cette opinion 
poos parait probable, non-seulement à cause du privilège où il est 
nommé, et de la cession de ses droits au libraire P. Savouret, sui-. 
vant V accord fait entre eiix, mais encore parce qu'il nous semble 
que le mot Alttis inscrit sur le titre, représente Tanagramme de 
Saulat ; car on y trouve exactement Sidat et même Saulat, si l'on 
veut compter TA majuscule pour deux a. 

On lit sur les gardes du volume, un extrait du Journal des Sa^ 
rants du 16 août 1677, où l'on cherche à déchiffrer quelques-unes 
des figures du Mutas liber. 



4. — Assertio septem sacramentorum adversus Martinum 
Luherum, aeclita ab inuictissimo Angliae et Franciae 
Rege, et Do Hyberniae Henrico ejus nominis octauo. 
In-4, de 96 feuillets, le dernier blanc ; titre encadré. 
— A la fin : Apud inclytam iirbem Antuerpiam in 
œdihus Michaelis Hillenij. Anno M. D. XXII. Kalen, 
Aprilis. In-4, vélin. 75 fr. 

Le livre commence par une dédicace Sanctissimo domino nos- 

tro domino Leoni X. pont, ma^ Le royal écrivain, rappelant 

que sa jeunesse a été plutôt consacrée aux travaux de la guerre et 
de la politique qu'à l'étude de la théologie, s'excuse de prendre en 
main la cause de la vraie religion contre l'hérésie; il a été déter- 
miné à cette entreprise, opus tam pium, tam utile, tam neccssanum, 
par les progrès sans cesse croissants de l'impiété ; du reste, il se 
soumet d'avance aux censures du Saint-Père ; .si rpdd est a nohis 
erratum corrigendum offerimus. 

Malgré ce début modeste et presque timide, Henri VIII fait preuve 
d'un luxe de pieuse érudition que lui envierait un théologien ; il 



92 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

cite avec une rare sûreté les livres saints, les docteurs de TÉglise, 
saint Ambroise, saint Jérôme, saint Augustin, saint Bernard, et 
autres de moindre importance. Après avoir examiné quelques-unes 
des propositions hétérodoxes du réformateur, il défend tour â tour 
contre lui les sept sacrements ; son argumentafion, qui ne manque 
ni de vivacité ni de logique, est semée de grosses injures à l'adresse 
de l'adversaire : ce « petit frère », fraterculus, a suppuratum ac 
putriduyn cor ; il faut se garder de lui comme d'une couleuvre ; 
ses paroles ne sont qu'un monceau de faussetés et d'absurdités, non 
paruum hahent et falsitatis et absurditatis aceruum ; les accumu- 
lations cicéroniennes viennent en leur lieu : Luther veut tout boulever- 
ser, ftrccra6iii mente, spurcissima lingua, scelerato contactu, resctn- 
dere, temerare, polluere. 

Dans une péroraison quelque peu déclamatoire, l'auteur exhorte 
tous les fidèles chrétiens à détourner leurs oreilles des paroles im- 
pies, à ne pas encourager les schismes, neque schismata foveant, 
à se liguer contre l'ennemi commun, plus nuisible à lui seul que 
tous les Turcs et Sarrasins : consistant adversus unum istunij 
uiribv^ imhecillum, sed animo, turchis omnibus, omnibus sara^ 
cenis, omfiibiis usquam infidelibus 7iocentiorem fraterculum. Quelle 
énergique indignation contre les fauteurs de schisme, de la part 
d*un prince qui, quelques années plus tard, devait séparer si brus- 
quement l'Angleterre de l'Eglise romaine ! 

On peut consulter utilement, sur cet ouvrage du roi théologien, 
une très intéressante note du catalogue Yéméniz, p. 93. 

Notre exemplaire, imprimé en très belles lettres rondes, est d'une 
conservation parfaite. 

La première édition avait paru en 1521 à Londres, in œdibus 
Pynsonianis ; la copie anversoise semble être une reproduction 
exacte de cet original ; elle est ornée, comme lui, du frontispice de 
Hans Holbein, emprunté aux Epigrammata de Thomas Morus de 
1518 ; comme lui, elle paraît sortir de l'ateher de Froben. Une fois 
enga gé dans le schisme, Henri VIII fit rechercher et détruire les 
exemplaires de VAssertio, qui sont devenus presque introuvables. 

5 — Hulderichi ab Hutten, equitis Germ., Invectivae très 
in hier. Aleandrum et Marin. Caracciolum, Leonis X 
oratores in Germania, et in cardinales, episcopos et 
sacerdotes, Lutlierum Vuormaciae in concilio impu- 
gnanles. Item, ad Carolum imperatorem pro Luthero 
exhortatio ; alque litteraî ad Albrechtum Brandebur- 



CATALOGUE DE LIVRES ET PIÈCES RARES 93 

gensem cardinalem et ad Bilibaldum Pirckeymer, 
senatorem Nuremberg. Sans lieu (1521); in-4o de 32 
ff. non chiffr., signât. A-H., front, gr., cartonné. 32 fr. 

Le recto du premier feuillet est entièrement occupé par le portrait 
à mi-corps de Fauteur, encadré dans une fenêtre. Hutten est repré- 
senté la tête nue et couronné de lauriers. Il est revêtu d'une cui- 
rasse et de brassards, et il tire son cpée du fourreau. On lit au- 
dessous, verte. Le titre est imprimé sur le verso ; sous le titre, ces 
mots signiûcatifs : Jacia est aléa. 

Ces invectives et ces lettres sont en effet d'un homme décidé à 
rompre sans retour avec l'Église catholique, ou plutôt avec le clergé 
romain. Écrites, ce qui augmente leur intérêt, pendant la diète de 
Worms où comparaissait Luther, elles constituent en faveur de la 
Réforme un plaidoyer, remarquable tantôt par la violente indépen- 
dance du langage, tantôt par une discussion conduite avec 1 art d'un 
polémiste consommé. La première victime de Hutten est le légat 
Jérôme Aleander, auquel il reproche d'avoir accepté une mission 
%tbi veritati lociis non sit, mentiri omnia oporteat^ de devoir tout 
aux lettres et de les persécuter ; les injures pleuvent : Slupidissime 
otnniurn ,,.Omni improhitate affectum hominem, omni imbutum 
scelere et sacrilegio. Marino Garacciolo n'est pas plus ménagé ; il est 
accusé de trafics honteux : contra leges aurum et argentum accipis; 
nefario instituto a pauperibus nostris pecuniam exprimis. Mêmes 
invectives contre les cardinaux, évêques et abbés qui combattent en 
ce moment même à Worms « la cause de la vérité et de la liberté. » 
Hutten attaque les désordres de leur vie, leur rapacité, leur luxe 
impudent : Pecuniam Ecclesiœy qiiam egentibus distribui decety in 
popinationibus et nequissimis nequitiis profunditis et dilapi- 
dcUis, 

Le fougueux écrivain change un peu de ton en s'adressant à 
l'empereur : il s'exprime cependant avec la plus grande liberté sur 
la politique qu'il conseille au jeune prince ; rappelant que Maximilien, 
peu de temps avant sa mort, déclarait qu'aucun des pontifes 
romains n'avait tenu ses promesses envers lui, Hutten invite 
Charles-Quint à secouer la tutelle du clergé, apagesis hominum 
genus perversissimiim^ et à se rapprocher des partisans de Luther^ 
quos habere potes fidos periculorum tuorum comités. Craignant^ 
malgré sa modération relative, d'avoir dépassé la mesure, il s'excuse, 
dans une seconde épitre à l'empereur, des intempérances de langage 
qui ont pu lui échapper ; il reconnaît que sa première lettre était 
duriusciUay mais il proteste qu'il l'a écrite avec les intentions les plus 



94 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

droites ; oro te et obtestor ut veniam des pietatis errori ; il termine 
«n souhaitant à Charles-Quint un règne long et heureux. 

Deux autres lettres sont adressées Tune à Albert de Brandedourg, 
archevêque de Mayence, que Hutten exhorte à quitter l'église des 
malintentionnés et à ne pas siéger plus longtemps avec les impies, 
l'autre au savant humaniste Pirckheimer, grand ami de Durer et, 
comme lui, inclinant vers les doctrines luthériennes. 

On comprend qu'un livre aussi hardi ait paru sans nom d'impri- 
meur; les caractères rappellent beaucoup ceux de Froben qui mit 
peut-être ses presses, alors en pleine activité, au service du redou- 
lable jouteur. Quoi qu'il en soit, ce recueil de factums, qui dut être 
poursuivi à outrance par les catholiques, est d'une extrême rareté ; 
Brunet, qui parle longuement des autres ouvrages de Hutten, n'a 
l)as connu ce très intéressant opuscule. 



6. — La rencontre de Henry le Grand au Roy, pendant le 
voyage d'Espagne, s./., 1615 ; pet. in-8 del6pag., 
d.-rel.,dos et coins mar. r., tr. dor. 

Libelle de la plus grande violence contre ceux qui conseillaient le 
mariage de Louis XIII avec l'infante d'Espagne, contre une grande 
partie des seigneurs de la Cour, contre Concini et la reine-mèfe, 
contre les dilapidateurs du trésor amassé à la Bastille par Sully, et 
enfin contre les auteurs de l'assassinat de Henri IV, au nombre 
desquels le duc d'Épernon est spécialement cité. Cette pièce a été 
écrite par un zélé partisan des princes mécontents, dont il fait de 
grands éloges. 

On a relié dans le volume, deux autres pièces : 

lo La Rencontre de M. de Vendôme avec un paysan. S,L n. d. ; 
pet. in-8 de 7 feuillets. — Cet opuscule, non daté, est du temps où 
le duc de Vendôme était prisonnier au château d'Amboise, ou à 
Vincennes (1626-1630) . Il n'a d'autre rapport que l'analogie du titre 
Xiyechi Rencontre de Henri IV. Pendant l'heure accordée pour se 
promener dans le jardin du château, le duc de Vendôme rencontre 
un jardinier, avec lequel il s'entretient philosophiquement sur la 
difiTérence de leur condition. La conversation est interrompue par 
les gardes, qui disent au duc : ce Monsieur, il est temps de se re- 
tirer. Voilà l'heure passée ; vous retardez un autre qui doit sortir 
à cette heure, pour prendre l'air de la promenade à son tour. » 

2® Lettre de Guillaume sans peur aux deshandez de la Cour 
S. l,y 1615; pet. in-8 de 14 pag. — C'est la contre-partie de la 



CATALOGUE DE LIVRES ET PIÈCES RARES 95 

Bencantre de Henri IV. Guillaume sans peur remontre aux princeè 
•qu'ils ont tort de s'opposer au mariage du Roi, qu'ils devraient au 
contraire Taider de tout leur pouvoir en cette circonstance ; car 
ralliance avec TEspagne assurera à la France une paix durable. 



7. — Annotations plaisantes sur la Gazette de France, 
composée par le cardinal de Richelieu. Jouxte la 
copie imprimée, 1638 ; in-4o de4ff., vign. sur le titre, 
cart. 20 fr. 

Critique facétieuse de plusieurs passages de la Gazette de Fratice^ 
relatifs à des événements de la guerre en 1638. — La vignette, 
gravée sur le titre, est allégorique et singulière ; mais l'auteur a 
négligé d*en donner l'explication. 

Le maréchal de Chàtillon avait été obligé de lever le siège de 
Saint-Omer, le 15 juillet 1638 ; le maréchal de la Force, qui mar- 
chait pour le soutenir, avait été battu, le 8, par le prince Thomas 
de Savoie. Enfin, le marquis de Léganez s'était emparé de Verceil 
vers le mois de juin. 

Or, comme le peuple Français commençait à se plaindre de la 
longue durée de la guerre, Richelieu chercha, par des articles de la 
Gazette habilement rédigés, à pallier les défaites de nos généraux. 
L'auteur de la critique avait beau jeu pour réfuter ces relations 
mensongères. Il a divisé son opuscule en cinq chapitres. Dans le 
premier, intitulé dcsein de Richelieu^ auteur des Gazettes, on lit : 
€ Le Roy du Roy de France, assez cognu pour son riche nom, 
désespère encore ceste année pouvoir estre Roy des Roys. Mais 
▼oyant que les playes mortelles du royaume par luy gouverné 
s'alloient ouvrir aux yeux de toute la France, a creu les pouvoir 
encore couvrir par un emplaslre de papier de Gazettes, touchant le 
siège levé de Saint-Omer. Vous voirez par le suivant discours, 
quelles sont les sonnettes qu'il luy donne en main, et sçaurez aussi 
quels sont les amusoirs ordinaires de ces badauds de France. » 

Dans les autres chapitres, l'auteur relève, par de plaisantes anno- 
tations, les faits dénaturés par la Gazette. Ainsi, Richelieu a fait écrire 
dans son journal : a Le maréchal de la Force, ayant advis que les 
ennemis avoient résolu de le venir attaquer, alla au-devant d'eux 
qui le receurent avec quatre mille chevaux, où la charge fut si 
furieuse que les ennemis y perdirent plus de huict cens hommes, 
eX plus de deux mille chevaux, outre près de mille du mesme party 




96 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

qui se noyèrent dans les marests. » — Annotation : « Que de gens 
assomez d'un petit coup de plume ! etc. » — Quant au siège de Saint- 
Omer, la Gazette rapporte que « par suite de la prise du fort du 
Bac, nos armées changèrent de poste le 15 juillet. » — Annotation : 
« Où tu vois, lecteur, que changer de poste, signifie la même chose 
que lever le siège. » — « Faut-il aussi donner à entendre que 
Verceil s'est rendu à l'Espagne, la Gazette dit : On n'a rien de 
Vercelles, qu'un hruit sans auteur de sa reddition. » Etc., etc. 

Voici la dernière phrase de cette pièce : « Ma Gazette Françoise, 
pour ceste fois te voilà annotée ; mais si on te trouve encore par 
deçà avec pareilles estoffes, tu seras confisquée. » 



ETUDE 



SUR LES 



LIVRES A FIGURES VÉNITIENS 

DE LA FDV DU XV* SIÈCLE ET DU COMMENCEMENT DU XVI* 

(Suite.) 



1516 

Opéra moralissima di diversi auctori... Fioretto de 
cose noue nobilissime et de diversi auctori nouiter 
stàpate. cioe. Sonetti, Egloghe... 

In-8o ; caractères romains, registre A-M ; sur le frontis- 
pice, une figure et ces mots : Sala Virtus. A la fin : Impresso 
in Venetia per Georgio de Ruschoi. Milanese, Ne li ani, del 
Nro. Signer. M. CCCCC. XVI. Adi U. Zenaro, (Molini... 
Opérette^ p. 204). Brunet (t. II, col. 1266) cite plusieurs 
éditions de cet ouvrage, sans indiquer s'il s*y trouve des 
bois ; sans doute, elles contiennent ceux dont nous par- 
lons. D cite une édition in-8o de 1510, de Giorgio Rusconi, 
une autre de 1521, in-8o, de Nicolo deito Zoppino; enfin 
une per Zoanne Francisco e Antonio, fratelli de Rusconi, 
de 1522. 

1516. — Opéra moralissima de diuersi Auctori 
Homini dignissimi e de eloquètia pspicaci. . . 

In-8o ; la première ligne est gothique, les autres 
sont en caractères ronds; au-dessous du titre , grand 

1891 7 



98 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

bois ombré , représentant une nombreuse réunion 
d'hommes et de femmes faisant de la musique, avec 
divers instruments, autour d'une pièce d'eau bordant une 
forêt ; à droite, un poète couronné de lauriers ; à gauche, 
un jeune homme joue de la flûte; au-dessous de lui, dans 
le coin z. a. Tirage fatigué. A la fin : Stampata in Venetia 
per Georglo di Riischoni ad instantia di Nicolo Zopino e 
Vicêtio côpagni. Nel. M. CCCCC. XVL adi, xxviii. Nouem- 
bre. (Marciana 2429). 

1518. — Opéra moralissima de diuersi Auctori 
Homini Dignissimi e de eloquêiia pspicaci, 

ln-8'^, en vers; caractères ronds, la première ligne du 
titre gothique ; signatures A-E ; 8 feuillets par cahier. Au 
titre, le bois de l'édition précédente. A la fin : Stâpata in 

Venetia per Nicolo Zcpino : e Vincétio compagni 

M. CCCCC, xviii. Adi. iiii del mese de Septébre. 

1524. — Opéra Moralissima de diuersi auttori 
Huomini dignissimi et de eloquentia perspicuL.. 

In-8o j litre entièrement gothique ; édition analogue aux 
précédentes. Marque de Zopino , S. Nicolas , avec la 
.femme agenouillée. A la fin : Stampata nella inclita Citta 
di Venetia p Nicolo Zopino e Vicentio compagno. Nel 
M. Z). XXIIII. Adi XVIII de Nouembrio. Régnante lo 
inclito Principe messer Andréa Gritti, (Bibl. de l'Arsenal, 
4242, B. L.). 

S. D. — Opéra Moralissima de diuersi Auttori 
Huomini dignissimi e de eloquentia perspicaci, 

In-8o ; au-dessous du titre, la gra\'ure de novembre 1516. 
Ce volume sort des presses de Zopino, comme l'indique 
la marque au recto du dernier feuillet, S. Nicolas et 
une femme agenouillée à sa droite. Cet ouvrage n'est pas 
cité. A la fin : FINIS, s. 1. n. d. (Marciana 2429). 



LIVRES A FIGURES VÉNITIENS 99 

1516 

Conipëdio de cosc noue de Vincézo Calmeta et altri 
auctori cioe sonelli Capitoli Epistole Eglogue pasto- 
raie Strambotti Barzelette Et una Predica damore. 

In-8® ; au-dessous du titre, une femme assise couronne 
des deux mains un poète à genoux ; quatre personnes 
derrière ; une d'elle joue de la mandoline ; gravure em- 
pruntée à VOpera noua de! Fecûdissimo G. Pietro Pictore 
Arretino, de 1512. A la fin : Impresso in Venetia, per 
Georgio di Ruschôi Milanese Ne li âni del nro Signor, 
M. CCCCC. XVI. Adi. 2L Zenaro, Suivent les Strambotti 
de Paulo Dauza, occupant une page, et FINIS, (Marciana 
2409). 

1516 

Somnia Salomonis Dauid re \ gis filij vna cum 
Danielis pro \ phete somnio cû interpréta \ tione,.. 

In-4*> ; 4 fî. par cahier, titre gothique, texte en lettres 
rondes ; au-dessous du titre, bois ombré représentant au 
centre un personnage assis, la main gauche levée, un 
livre dans la main droite ; de chaque côté, au dernier 
plan, un personnage couché et dormant. Cette vignette 
(120 sur 110"»™ de haut) a des noirs très accusés : les par- 
quets, les fonds, la coiffure et toutes les parties devant 
être très ombrées sont noires ; encadrement à fond noir. 
Elle est du style florentin et sans doute du tailleur dont 
nous nous sommes déjà occupés à propos des impres- 
sions de Sessa, de 1502 à 1505 ; toutefois, ce bois est infé- 
rieur aux autres; nombreuses lettres ornées; quelques-unes 
au trait. A la fin : Impressaqz Venetiis exactissima cura p 
MelMoré Sessam et Petrû di Rauanis socios. Anno dni. 
M. CCCCC. xvi, die. prJo lanu. Au-dessous, la marque 
avec .M. S. (Marciana 11072). 



100 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

1516 

Aiolpho del Barbicone disceso délia nobile stirpe 
de Rainaldo ; el quale tracta délie battaglie dapoi la 
morte de Carlo magno: et corne fu capitanio de Vene- 
tiani : & corne côquisto Candia Sz moite altre cittade : 
& come Mirabello suo figliolo fu facto imperatore de 
Constantinopoli : Sz cetera, 

In-4o de 80 ff. à 2 col. ; caractères ronds ; les pages ne 
sont pas numérotées ; les chants commencent par des 
majuscules; signatures A-K. Au-dessous du titre, gra- 
vure représentant Aiolfo en pied avec sa lance et son 
bouclier ; le verso est blanc ; 16 petits bois, dont 
plusieurs répétés ; au recto du feuillet aii^ à la première 
colonne , au-dessous d'un argument en prose, le pre- 
mier chant commence par : Céleste padre ouero \ eterno 
idio I felice almadogni \ ... — La lettre initiale est une 
grande majuscule ornée. Au recto du sixième feuillet de 
K finit le chaniXII: Carlo Martello si domanda questo | ... 
presto, I FINIS \ Qui finisse ellibro de Aiolpho.,, Stampato 
ne la inclita cita de Venetia per Marchio sessa nel anno. 
M, D, XVI. a di VIII. de Luio. Au verso de ce feuillet 
commence una Laude a Maria Vergine^ qui finit au recto 
suivant, dont le verso est blanc (1). Un exemplaire se 
trouve à la Trivulziana (Melzi, p. 293; Bibliothèque de 
M. de Landau). 

1516 

lustînianus. — Instituta novîssime recognita ap-^ 
tissimisqz figuris exculta, adjunctisqz pluribus in mar- 
gine additionibus... 

(1) L'édition de 1516 est la plus ancienne connue, mais il doit en exister une 
antérieure a l'année 1506, puisqu'à la fin de V Aiolpho l'auteur promet un 
GuvTage sous le titre de Carlo Martello, et que ce dernier poème a été imprimé 
en 1506. (Brunet, t. I, col. 120). 



LIVRES A FIGURES VÉNITIENS 101 

In-8o . goth. de 215 ff. en tout, avec vignettes. Titre 
imprimé en rouge, et portant la fleur de lis. Au verso de 
Tavant-dernier f. : Impressa Venetiis per lucantonium de 
giûta florentinum : A/i/io... 1516, die 19 Nouembris ; le 
dernier feuil. contient la table des rubriques. Le texte est 
entouré de commentaires; à2 col.(Bnmet, vol. 3, col. 612.) 

1516 

Rituum Ecclesiasticorum siue Sacraruwi Ceremo- 
niarum. S, S, Romance Ecclesiœ. Lïbri très non ante 

impressi Est et in fronts operis Reuerendissimi.,.. 

Corcyrensis Archiepiscopi Christophori Marcelli ad 
Sanctissimum D. N, Leonem X Epistola cum indice. 

In-folio ; 6 feuillets préliminaires et 143 numérotés et 
registres, caractères romains, 3 bois ombrés; Fun, au 
commencement du premier livre : le pape sur un trône 
au milieu de 4 cardinaux assis, recevant Thommage de 
l'auteur à genoux ; 9 personnages debout derrière eux ; 
l'autre, au commencement du second livre, f. LXIX : le 
Pape célébrant la messe en présence de cardinaux et de 
prélats; le troisième f. CXX : un évêque préchant; 
devant lui, le Pape assis ; à sa gauche, au premier plan, 
un personnage couronné, vêtu d'hermine et recevant 
l'encens d'un évêque ; cardinaux et prélats écoutant le 
prédicateur. Ces trois bois sont d'une taille un peu 
raide, ce qui nuit à l'ensemble, quoique certains détails 
en soient rendus avec soin. A la fin, verso 143 : Gregorii 
de Gregoriis Excusere Leonardo Lauredano Principe 
Optimo, Venetiis, M. D. XVI, Die, XXL Mensis Nouembris, 
Deus faueat. (Bibl. Nat. Inventaire B. 106, B. 406 ; Bibl. 
Nat. de Florence). 

Le véritable auteur de ce ceremoniale était Augustinus 
Patricius Piccolomineus, Episcopus Pientinus, qui le fit 
d'après les ordres du pape Innocent VIII, comme on peut 



102 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

le voir par sa lettre datée de 1488, publiée par Mabillon, dans 
son Muséum italicnm, II, page 584-586. Marcellus, évéque dé 
Corcyra (Corfou), supprima le véritable nom de Tauteur 
et fit éditer l'ouvrage comme étant de lui ; ce procédé 
offensa gravement Paris de Crassis qui, dans son Diarium, 
à la date du 11 mars 1517, exprime son chagrin que des 
exemplaires fussent vendus. Il dit ensuite comment il 
notifia ce fait aux cardinaux qui furent scandalisés de 
voir leurs sacrés mystères divulgués. Le pape Léon X lui 
donna la commission de coUationner avec Toriginal 
toutes les éditions imprimées et d'arrêter la publication. 
Crassis, dans une longue lettre, lui indique toutes les 
falsifications introduites dans ce livre. Le Pape déclare 
que l'on doit brûler le livre ou bien le faire juger par 
trois cardinaux, dont l'un était le frère de Crassis. Le 
livre fut brûlé et l'évêque Marcellus fut mandé à Rome 
pour être puni ; mais comme Crassis est muet à ce sujet, 
nous pensons que l'on trouva que la perte de l'ouvrage 
était une punition suffisante. (Libri, 1850, page 63.) 



1516 



Tractato della Superbia de Vno chiamato Senso : 
il qiiale fugiiia la Morte : Cosa dellecteuole da inten- 
dere, 

In-8o ; sous le titre, un grand bois, formé de six petits, 
compris dans le même cadre ; premier à gauche : Senso 
à cheval, en fuyant la mort, rencontre un vieillard 
(DiroUo), à la longue barbe blanche; second : Senso à 
cheval et Dirollo assis, qui causent ensemble ; troisième : 
Dirollo explique à Senso qu'il est certain de ne pas 
mourir en demeurant dans cette forêt, tant qu'il y restera 
un arbre vert ou sec, que l'oiseau pourra piquer de son 
bec; quatrième : il rencontre un autre vieillard avec 
lequel il s'entretient ; dans les deux derniers : Senso ren- 



LIVRES A FIGURES VÉNITIENS 103 

contre un paysan qui le prie de Taider à pousser son 
char, ceci fait, il monte dans le char et le paysan lui dit 
qu'il est la Mort. Ces bois sont ombrés et médiocres de 
style; ils sont signés dans le coin à gauche en bas B. A la 
fin : Stampaia in Veneiiaper Giorgio di Riisconi Milanese : 
ad insiâtia de Nicolo dicio Zopino e Vincétio côpagni Nel 
M. D. XVL adi XX. de Decébre. (Marciana, 2423;. 

M. d'Ancona, dans son savant travail Poemetti Popolari 
italiani (Bologne 1889, page 101), ne cite que cette édition 
vénitienne, et cela d'après l'indication du catalogue 
Libri (1847). II mentionne une édition antérieure, non 
vénitienne, in-4o, avec une gravure sous le titre : la Mort 
invitant Senso à monter sur le char ; près du cadre de 
la gravure, en haut à droite, on voit les initiales Z.D. B. ; 
puis une éditition de 1518 de Pérouse avec des gravures 
dans le texte et au frontispice. 



1516 



Le case Yulgare de Missere Colantonio Carmignano 
gentilhomo Neapolitcmo Morale e Spirituale Noua- 
mente Impresse. 

In-8o; au-dessous du titre, Fauteur debout joue du 
violon ; de chaque côté, des femmes assises qui l'accom- 
pagnent avec divers instruments. Vignette d'un assez 
beau dessin, mais d'une taille un peu lourde. A la fin des 
sonnets, bois ombré assez mauvais : six bergers s'entre- 
tiennent pendant que leurs troupeaux paissent ; sur le 
premier plan, à droite, deux béliers courent l'un sur 
l'autre, tète baissée. Feuillet SSiii, petit bois; feuillet 
suivant, petit bois : la Mort assise efiraie quatre jeunes 
enfants ; feuillet TTii, bois médiocre, prenant en hauteur 
la moitié de la page : Crucifixion, A la fin : Stampaia in 

Venetia per Georgio di Rusconi Milanese M. D. XVL 

Adi. xxiii. De. Décembre. (Marciana 2432). 



104 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 



1516 



Opéra nova chiamata Epulario, quale tracta il 
modo de cucignare ogni carne, ucelli, pesci d'ogni 
sorte. Et fare sapori, torte, pastelli, al modo de 
tutte le provincie, composta per maestro Giovanne de 
Rosselli. 

Petit in-8o . ayec une figure sur bois au titre. In Venetia, 
per Agostino Zanni da Portese, 1516. a Édition rare et la 
plus ancienne que l'on connaisse de cet ouvrage d'autant 
plus curieux pour nous qu'il est d'un français » (Bnmet, 
vol. IV, col. 1393). 

1517. — Opéra noua chiamata Epulario. Quale 
tracta il modo di cucinare ogni carne — ucelli — 
pesci — de ogni sorte. Et fare sapori — torte.... 
Coposta. p. Maestro douane, de roselli. 

Petit in-4o ; caractères semi-gothiques. Sur le titre, un 
bois représentant six personnes préparant des mets dans 
une cuisine. A la fin : in Uenetia per industria e spesa de 
Nicolo Zopino et Uincenzo compagni in la chasa de Maistro 
Jacomo Pend da Lecho Impressore acuratissimo. Nel 
M. D. xvii. adi iij del Mese de Aprile. (Molini... Opérette 
p. 161.) 

1517. — Opéra nova chiamata Epulario, quale 
tracta il modo di cucinare ogni carne, ucelli, pesci 
d'ogni sorte, far sapori, torte, pastelli coposta, p 
maestro douane, Rosselli frâcese. 

Petit in-8o ; goth. à 2 col., contenant 45 ff., y compris 
la table. Au recto du dernier feuil : Stampato in Venetia^ 
per Nie. Zopino et Vincenzo compagni, Nel M. D. XVII. 
a di XX de Agosto. 



LIVRES A FIGURES VÉNITIENS 105 

1521. — Même titre rouge et noir que le précédent. 

Petit in-40 à 2 col. de 37 flf., chiffrés et 3 ff. non 
chiffrés. Caract. goth., fig. en bois. A la fin : Stampato 
in Venettia per Alessandro de Bindoni Nel anno del 
nostro signore MCCCCC XXI Adi xxiii agosto. (Cat. de 
M. de Landau, t. II, page 248). 

1517 

Prouerbii de Salomone \ molto vtilissimi a \ ciaS" 
cuno. 

In-8o en lettres rondes, de 4 feuillets. Le titre est en 
caractères gothiques, et porte un bois avec quatre per- 
sonnages. A la fin : Stampato in Venetia ne lano \ del 
Signore M. D. XVII \ Adi III di Zenaro (Rubrique 10537. 
Biblioteca Colombina, Recueil G, 37-30. Harrisse. Exe. 
Colombiniana, page 233). 

1517 

Montalboddo (Fr. de). Paesi nouamente ritrouati 
per I la Nauigatione di Spagna in Calicut. Et da 
Alber | tutio Vesputio Fiorentino intitulato Mon \ do 
Nouo : Nouamente Impressa. 

Petit in-S® à 2 colonnes, 124 feuillets non chiffrés, 
signés A. Qiiii ; chaque cahier de 8 feuillets, sauf A qui 
n'en a que 4 pour la table en gothiques ; texte en lettres 
rondes. Au-dessous du titre, bois ombré prenant toute la 
page et représentant Venetia^ avec quelques indications 
comme : Piacia, Palacio de conseio, magageni, placés 
symétriquement au palacio (où est le palais royal 
actuellement), Pescaria, Rialto. Cette vue est fort jolie 
et très intéressante. A la fin : Stampata in Venetia per 
Zorzi de Rusconi millanese : M, ccccc. xvii, adi. xviii. 
Agosto, (Marciana 56617). 



106 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

1521. — Paesi nouamente ritrouati per la Nauiga- 
zione di Spagna in Caliciit. Et da Albertutio Vesputio 
Fiorentino intitulato Mondo Nouo, Nouamente z/n- 
presso., 

Petit iii-4o ; caract. rora. à deux col.; sur le frontispice, 
un bois représentant une vue de Venise. A la fin : Stam- 
pata in Veneiia per Zorzo de Rusconi Millanese. Nel 
M. D. XXL adi xij deFebraro. (Molini... Opérette, p. 163.) 

Simple réimpression de l'édition de 1517 ; on trouve 
aussi 4 feuillets préliminaires pour le titre, la table et 
répitre à Montalbaddo, éditeur de ce recueil. (Harrisse, 
Bibliotheca americana uetustissima, 1866, p. 184; Brunet, 
t. V. col. 1159). 



1517 



• • 



Opéra noua de miser Antonio Cornazano in terza 
rima : Laql traita De modo Regédi : De motu For- 
tune : De integritate rei Militaris : t qui in re militari 
imperatores excelluerint. Nouamente impressa t Hgsto- 
riata. 

Petit in-8o de 72 fî. en lettres rondes, avec fig. sur 
bois signé z. a. A la fin : Impressa in Venefia per 
Zorzi di Rusconi milanese ad instantia di Nicolo 
dicto Zopino & Vincentio compagnie Nel, Af. D, XVII, 
adi, m, de Marzo. (Brunet, vol. II, col. 276. ) 

1518. — Opéra noua de Miser Anto \ nio Çornaz- 
zano X terza rima : la ql traita \ de modo regedi, . . 

Petit in-8o de 72 feuillets non chiffrés ; signatures 
A-liiij ; le titre en gothique et le reste du volume en 
lettres rondes ; au-dessous du titre, bois ombré repré- 
sentant à gauche un chevalier assis, son casque posé 



LIVRES A FIGURES VÉNITIENS 107 

à côté de lui, et dans une couronne au-dessus de sa 
tète Al I fon \ sus \ Dvx ; à droite, lui faisant face et 
s'entretenant avec lui, un autre chevalier derrière lequel 
est suspendue une couronne contenant An | ioni \ vscor \ 
nac. Dans le coin en bas, à gauche, z. a. Ce bois est 
une copie ; les personnages ont la main gauche levée 
au lieu de la droite, parce que le bois se trouve retourné 
et la marque, en sens inverse, est également une copie 
de z. a. retournée. 18 petits bois ombrés, assez jolis, 
mais qui ne sont pas tous de la même main ; le second 
est signé B, deux autres portent la marque C ; ceux qui 
sont légèrement ombrés sont les meilleurs ; au-dessous 
de la table, au dernier feuillet : Impressa in Venetia per 
Nicolo Zopino e Vincentio compagni Nel Anno.,. M. D, 
XVIII. Adi XIII del mese de Septembre, (Bibl. Nat., 
(Réserve Y -[-3659.) 

1517 

Itinerario de Ludouico de Varthema Bolognese ne lo 
Egypto, ne la Siiria^ ne la Arabia Déserta et Felice, 
ne la Persia, ne la India et ne la Ethiopia. 

Petit in-8o de 92 fî. à deux colonnes; au-dessous du 
titre rouge et noir, un grand bois ombré représentant 
un personnage, coiffé d'une toque, et assis près d'un 
globe terrestre sur lequel il paraît suivre un itinéraire 
avec un instrument qu'il tient de la main droite ; à droite, 
dans le fond, un navire les voiles déployées. Dans le coin 
à gauche, en bas, r. a. retourné. Cette gravure, très 
fortement ombrée, n'est pas d'une bonne exécution ; la 
tête du personnage assez expressive et les vêtements assez 
soignés permettent seuls de reconnaître la taille de z. a. ; 
toutefois, cette vignette est fort intéressante, en raison de 
§a date de 1517, presque contemporaine de V Apocalypse ; 
on y trouve la façon allemande de terminer les 



108 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

traits qui forment les cassures des vêtements ; z. a. 
avait pris, sans doute, cette habitude, en copiant des 
bois de Durer; son style redevient plus italien à 
mesure qu'il s'éloigne de la date de 1516 ; A la fin : 
Stampata in Venetia per Zorzi di Rusconi Milanese : 
Nella incarnatiôe. del nro. Signore lesu xpo Af. D, XVII. 
adi ui. del mese de Marzo. (Molini... Opérette, p. 161.) 
Brunet, (vol. V, col. 1094), dit à propos de l'ouvrage 
ci-dessus : a Nous donnons le titre de cette édition 
d'après Molini, où il y a bien Vathema au lieu de 
Varthema, et pet. in-4o ; ce que nous faisons remarquer, 
parce qu'une édition de 1517, par le même imprimeur, 
petit in-8o de 91 feuillets est sous le nom de Varthema, 
dans le catalogue Walckenaer, n9 3393. » 

Brunet (vol. V, col. 1094) cite une édition milanaise : 
« loanne Angelo Scinzenzeler, XXX aprile Mccccc. xxiij, 
ayant sur le frontispice une grande figure en bois, qui est 
réduite dans les éditions in-S® antérieures à celle-ci : 
elle représente l'auteur inscrivant ses découvertes sur 
un globe terrestre. » Sans doute, il veut dire que la 
gravure a été réduite pour les éditions postérieures et 
non antérieures. Nous citons cette édition, la gravure 
nous paraissant, d'après la description, être une copie 
de l'édition de Venise ; du reste, Scinzenzeler, à Milan, en 
use presque toujours ainsi. Sur ce très intéressant volume, 
voir Deschamps [Supplément du Manuel, vol. II, col. 844), 
et M. Harrisse, qui lui consacre une excellente notice. 

1520. — Itinerario de Ludouico de Varthema BolO" 
gnese neelo (sic) Eggpto ne la Suria ne la Arabia déserta 
et Felice ne la Persia : ne la India : et ne la Ethiopia. 
La fede el uiuere et costùi de le pfate puicie. Et al 
psente. agiotoui alcûe. isole nouamente. ritrouate. 

Petit in-8o, titre rouge et noir, goth. texte à deux col. 
en lettres rondes, sig. A. N. par 4 ; sur le frontispice, la 



LIVRES A FIGURES VÉNITIENS 109 

même figure que dans l'édition de 1517. A la fin, après 
la table : In Venetia, per Zorzi di Rusconi Milanese. 
Nellanno délia incarnatione del nostro Signore lesu Christo 
M. D. XX. adi iii de Marzo. (Molini... Opérette p. 162.) 

c Cette édition est si rare que M. Harrisse n'en parle 
qu'en exprimant quelques doutes sur son existence; 
le seul exempl. connu, d'après lequel Brunet et Graesse 
l'ont signalée, était celui de la vente Hibbert. d Nous en 
avons trouvé un second exemplaire de 1520 à la Bibl. de 
l'Arsenal (586 bis, H). 

c Les XII flF., comprenant l'importante description de 
l'expédition du Yucatan faite par Juan de Grijalva en 
1518 {qui comincia lo Itinerario de lisola de Jucathan.../, 
terminent le volume, d (Deschamps t. II. col. 844). 

1522. — Itinerario de Ludouico de Varthema Bolo- 
gnese ne lo Eggpto ne la Suria ne la Arabia déserta 
e felice ne la Persia ne la India e ne la Ethiopia.., 

In-8o, caractères romains, titre en gothique ; au titre, 
le bois de l'édition de 1517 ; colophon : Stampata in 
Venetia per li heredi de Géorgie di Rusconi Nellano..,. 
Af. D. XXIL adi xuii de Setembrio. Ultinerario com- 
mence au 5^ f. de la signature M. (Harrisse, Bibliotheca 
americana vetustissima , page 194; Deschamps, t. II, 
col. 844). 



1517 



Lo arido dominico povero servo \ di cristo iesv al 
diletto popolo \ cristiano et a tvtti liprincipi et signori. 

In-4o ; 4 feuillets par cahier. Au-dessous du titre, 
grand bois ombré : au milieu, une sorte d'écusson sou- 
tenu par deux anges et divisé en quatre parties ; au- 
dessous de la ligne horizontale MRA, à gauche, et XHS 
à droite, surmontés d'une croix; au-dessous de cette 



110 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

même ligne, les mêmes monogrammes placés inverse- 
ment ; au-dessus, le Saint-Esprit, les ailes éplayées ; au- 
dessous, à gauche, Tagneau, accroupi sur un livre et 
écrivant avec une longue plume ; à droite, le pélican se 
déchirant la poitrine pour nourrir ses petits; il est 
debout sur un livre et semble y tracer des caractères à 
Taide d'une longue plume qu'il soutient de ses ailes ; 
au-dessous, tout à fait dans le bas, des anges tiennent 
des banderoles portant ces mots : celle de gauche 
individvvs, gl \ adivs. mairis, et. filii ; à droite, Patutas, 
ergo. gratia. regnvm. gloria. atq, imperivm ; cette gra- 
vure n'est pas d'une mauvaise exécution, elle est bien 
composée, mais manque peut-être un peu de finesse 
dans la taille ; le verso de ce feuillet est occupé par 
une Crucifixion avec de nombreux personnages que l'on 
rencontre dans les missels in-i® et in-S® de Giunta ; 
ce bois fatigué est entouré d'un encadrement formé 
de très petites vignettes représentant des têtes de per- 
sonnages de l'ancien et du nouveau Testament ; le bas 
est occupé presque entièrement par un grand bois mé- 
diocre. Verso aii, petit bois représentant dans les nuages 
la tête de Dieu le Père et celle de la Sainte- Vierge. 
MAR. V. Ce volume contient en outre 11 petits bois, de 
différentes grandeurs, de difiërentes mains et tirés d'ou- 
vrages parus à la fin du XV*' siècle, ou au commence- 
ment du XVI^ siècle ; ils sont généralement très 
médiocres ; la Crucifixion, Ciij, au trait, est une jolie 
petite vignette. Au-dessous du colophon, un bois assez 
singulier et d'une inspiration française ; il représente 
sans doute la conversion de saint Paul : le saint à 
cheval, se dirigeant de droite à gauche, et se retour- 
nant avec étonnement, les bras étendus, pour regarder 
le Christ tenant la croix, qui lui apparaît dans les 
nuages ; le colophon : Siampatata (sic) in Venetia per 

Bernardin Vinitiâ nel têpo del Serenissimo nel. 

M. CCCCC.XVIL adi xv. Aprile. 



LIVRES A FIGURES VÉNITIENS 111 



1517 



Callenutio (Pandolplio). — Opéra noua composta 

per miser Pandolpho coldonese allô illustrissimo et 

excellentissimo principe Hercule inclito Duca de Fer- 

rara : intitulata Philotimo : interlocutori Berretta et 

Testa. 

Petit in-4o à 2 col. Sur le titre, la fig. de YArcadia de 
Sannazar (1515). A la fin : In Venetia per Géorgie Rusconi 
melanese ad instantia de Nicolo dito Zopino et Vincenzo 
suo compagne : Net anne M, D, XVII, Adi ultime del 
mese di Aprile (Molini, Opérette, p. 161). 

Une édition de Venise, Pintie da Lèche, per N. Zep- 
pine, 1517, in-S®, est citée dans le catalogue du marquis 
Costabilî de Ferrare, n» 2496, où Tauteur est également 
nommé Pandolpho Coldonese. (Brunet, vol. II, col 151). 



1517 



Fratris Hieronymi. \ Sauonarolae.... Triumphus 
crucis.., 

In-8« ; 112 ff. ; au-dessous du titre, le Savonarole écri- 
vant, regardant à gauche, décrit à propos des Prediche. 
A la fin : Finit... Impressumqz Venetiis accurata dili- 

gentia per Lucâ \ elchiensem artium Anne dni 

M. CCCCCXVII. Die uero ectaue mësis lunii. (Mayence). 

1521 . — Fratris Hieronymi Savonarole Ferrariensis 
Ordinis Predicatoruz : Triumphjis crucis de fidei 
veritate... 

In-8o ; titre goth. ; au-dessous du titre, le Savonarole ci- 
dessus. Paginé du titre à la fin, feuillet 107: Finit 

Impressumqz Yenetiisper Alexandrum de Bindonis. Anne 



112 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

dni, M. CCCCC. xxj. Die, xiiij, mensis Nouêbris, Au 
verso, la grande marque de Alex. Bindoni, la Justice, 
assise sur le lion de Saint-Marc, avec les lettres A. B. 
(Marciana 60294). 



1517 



La conuersione de Sancta Maria Magdalena : E la 
Uita de Lazaro e de Martha : in octaua rima hysto- 
riata : côposta pel dignissima poeta maestro Marcha 
Rasilia de Foligno, opéra noua et deuotissima. 

Petit in-8o ; figures sur bois. Venetia, per Gregorio de 
Rusconi,.. NelM. D.XVII. Adiî Septëbrio. (Brunet. vol. IV, 
col. 1119). 

Une édition antérieure (1514) de ce livre avait déjà 
paru sous le même titre à Ancône, avec ce colophon : 
Stâpata in Ancona per Bernardine Guerralda aie spesi di 
Nicole dicto Zopino et Vincentio, compagni. NelM.D. 
XIIIL die XX. del mese de apprile. 

On y trouve le Jésus parlant à un nombreux auditoire 
de l'édition sans lieu ni date, que nous décrirons plus 
loin, mais sans la signature de Vavassore et douze petits 
bois intercalés dans le texte. Toutes ces gravures, quoi- 
que le livre soit imprimé à Ancône, sont évidemment 
d'origine vénitienne. (Cat, de M. de Landau.) 

1518. — La Conuersione de Sàcta Maria Magdalena, 
la Vita de Lazaro et de Martha, in octava rima hgsto^ 
riata, composta per el dignissimo poeta maestro Marcha 
Rasilia da Foligno. 

Petit in-4o ; vélin, figure sur bois. A la fin : Stampata 
in Venetia per loanne Tachuino da tridino net Af. D. 
XVIII, a di an de decembrio. (Catalogue Yéméniz, 1867, 
no 1553). 



LIVRES A FIGURES VÉNITIENS 113 

S. D. — La conversione de Santa Maria Madalena, 
e la uita de Lazaro e di Maria, in oltoua rima hislo- 
riata. Composta per Maestro Marco Rasilia daFoligno, 
opéra deuotissima nuouamète Stapàte. 

In-12 ; au-dessous du titre rouge et noir, bois ombré, 
d'un dessin assez bon, mais d'une gravure peu soignée : 
Jésus parle à un nombreux auditoire d'hommes debout 
et de femmes assises. Dans le coin à gauche, en bas : 
Jovan. Andréa, de. Yavasori. F. Le Christ est bien 
dessiné, et ses draperies sont disposées avec élégance ; 
mais Vavassore reste ici au-dessous de sa tâche. 
11 très petits bois fort mauvais ; un est passable. A la 
fin : FINIS. (Marciana 2385). 



1517 



Lavde devotissime et santissime composte per el 
nobile et magnifico Misser Leonardo Justiniano di 
Venetia. 

In-8o . 120 ff. (a-p, par 8). Car. rom. Voici la liste des 
figures dont ce volume est orné : Une grande gra\aire, 
représentant le Crucifiement (verso du frontisp.), ; Jésus 
debout dans un calice, soutenu par deux anges (v. de a 3) ; 
la Vierge (v. de a 5 ; ce bois est répété au v. de a 8 et 
au r. de 6 7) ; Y Annonciation (r. de 6 2 ; répétée au r. 
de c 8, et avec un encadrement au r. de g^ 1) ; la Cruci- 
fixion y gravure à fond criblé (r. de64); V Adoration des 
Bergers (r. de c 2, et avec un encadrement v. de d 2) ; 
la Mise au tombeau (v. de c 4, et répétée au r. de A: 6 
et au r. de m 3) ; Y Adoration des Rois mages (r. de d 4); 
la Crucifixion (v. de e 2, et répétée au v. de g 2, au v. 
de I 4 et au r. de o 4); la Descente du Saint-Esprit (r. de 
fi); un Prêtre officiant (r. de f 8, répété au v. dek2) ; 
Sainte Madeleine (v. de g 3) ; Saint Jérôme (r. de /i 1) ; 

1891 8 



114 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

Saint Louis (v. de ft 2) ; le Martyre de saint Pierre (v. de 
h 4); Sainte Catherine (v. de /i 5); le Martyre de sainte 
Lucie (r. de /i 7) ; Saint Zacharie (r. de i 7) ; le Martyre 
de saint Jean (r. de fc 1) ; Crucifixion (r. de fc 4) ; Cruci- 
fixion (grav. différente de la précédente, r. de Z 1 ; répétée 
au V. de m 4). Ces gravures, de mains et d'époques 
différentes, quelques-unes d'inspiration française, offrent 
une grande divergence de style et d'exécution. A la fin : 
Stampata in Venetia per Bernardin Venetian di Vidali 
habita in la côtra de san Giulian. Del M. CCCCC. XVIL 
Adi xvi, Septëbrio. (Bibl. Landau ; communiqué par 
M. Rœdiger). 

1517 

Timone Comedia del magnifîco Conte Matheo Maria 
Boyardo Conte de Scandiano traducta de uno dialogo 
de Luciano a copiacètia de lo illustrissimo principe 
signori hercule Estèse duca de Ferrara, &c. 

Petit in-4o ; 40 ff. (A-K, par 4). Car. ronds. Sur le 
frontispice, un encadrement et une petite figure ombrée 
représentant 2 trompettes et 4 autres personnages. Let- 
tres ornées. Au recto / 2 : Qui finisse una comedia dicta 
Timone, Stâpata in Venetia per Zuane Tacuino de Cereto 
da Trin, del M. D, XVIL AdL XX. de Setembrio. L'édi- 
tion de 1513 n'a qu'une bordure sur le titre. (Bibl. de 
M. de Landau ; communiqué par M. Rœdiger). 

1517 

Triomphi Sonetti Canzone Stantie Et Laude de 
Dio e de la gloriosa Vergine [Maria : Composta da 
diuersi Autori Nouamente Stampata, 

In-8o, titre goth.; au-dessous, joli bois représentant une 
procession de sept moines, se dirigeant de gauche à droite : 



LrVRES A FIGURES VÉNITIENS llS 

le premier porte les cierges, le second la bannière, deux 
la discipline, les deux autres lisent ; un couvent à gauche. 
Bon dessin, mais gravure un peu négligée. Au verso 
l'arbre de Jessé que nous avons déjà rencontré. 11 jolies 
petites vignettes. A la fin : Impressa in Venetia per Zorzi 
di Rusconi Milanese : ad instantia diNicolo dicto Zopino 
e Vincétio compagni : nel Anno.., M.D.XVII adi Xii del 
mese di Febraro, (Marciana 2423). 



1524. — Triomphi Sonetti Canzone StantieEt Laude 
de Dio e de la gloriosa Vergine Maria : Composta da 
Diuersi Autori Nouamente Siampata, 

In-8o, 40 ff. (A-E, par 8). Car. rom. Le frontispice est 
orné d'une grande gra\aire sur bois, représentant une pro- 
cession mortuaire, sans doute le bois de 1517; au verso une 
figure qui occupe toute la hauteur de la page : la Vierge 
assise devant la croix et tenant sur les genoux le corps de 
Jésus. Des deux côtés de la croix, grand nombre de spec- 
tateurs. Au recto du f. B. 5, un petit bois, divisé en deux 
compartiments : la Fuite en Egypte et Jésus en croix ; au 
verso du même f. la Résurrection des morts. Au recto du 
f. suivant, la Vierge avec Fenfant et, en face d'elle, un 
homme assis qui écrit ou peint (saint Luc portraitant la 
Vierge?). Au verso de C2, la Gloire des défunts: à gauche 
se voit la Mort tenant une faux. Au recto de C 6, la Vierge 
adorée par une femme. Les autres gravures représentent 
Jésus en Croix, la Mort de la Vierge, V Assomption, le 
Temps (avec la légende : OMNLV TEMPVS HABET), la 
Nativité, la Circoncision et la marque des imprimeurs. 
A la fin : Siampata nella incliia cilla Di Venetia per 
Xicolo Zopino e Vicentio compagno. Nel. M.D.XXiiij. 
Adi. XXX, De Agosto. Régnante lo inclito Principe messer 
Andréa Gritti. (Bibliothèque de M. de Landau ; commu- 
nication de M. Rœdiger). 



116 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 



1517 



Inamoramento de Rinaldo de Monte Albano e di- 
verse ferocissime bataglie le qle fece lardito e francho 
Paladino e corne occise Mâbrino di Leuate e moltis" 
simi forii pagani. 

In-4o, caractères ronds à deux colonnes, 182 feuillets, 
le dernier blanc. Le volume commence par un frontis- 
pice orné d'un bois de forme circulaire, où Ton voit 
Rinaldo à cheval, armé de toutes pièces ; Fécu avec les 
armes et le casque sont accrochés à un arbre à droite. 
Dans le fond, le château de Monf Albano. Ce bois se rap- 
proche par sa forme et par son style de celui qui se 
trouve au titre du livre intitulé : Trojano,.. Venetia, 1509, 
in-4o. Le texte commence par : El libre de le bataglie del 
potête et gagliardo paladîo Rinaldo de Mte Albano de 
casa Chiaramonte, en caractères gothiques; registre de 
A-Z ; tous les cahiers par quatre, sauf Z par deux. Les 
gravures que l'on rencontre dans le texte sont les unes 
grossières, sur fond noir, comme dans tous les romans 
de chevalerie du même temps ; les autres, au trait, d'un 
bon dessin et d'une exécution soignée. A la fin : Finito 
le bataglie... Stampato in Venetia per Joanne Tachuino, 
M. D. XVII. adi VIII Auosto (sic) Laus Deo. {Note bibliogra- 
fiche del fu D. Gaetano Melzi... 1863, page 58 (marquis 
d'Adda). Cet exemplaire est sans doute unique. (Brunet, 
t. IV, col. 1306). 



1518 



Pacifico (Frate). Summa de Confessi | one cogno- 
minata Pacifica : laquale ordinataméte tra \ cta non 
solamète la forma : modo e uia de côfessarse \ ma 



LIVRES A FIGURES VÉNITIENS 117 

etià discorre p tutti li casi che sono côtra consciétia \ 
ne li quali chadaû potria incorrere. 

Petit in-8o, lettres rondes, la première ligne du titre en 
lettres gothiques, CCVIII feuillets numérotés de A à BB, 
8 feuillets par cahier ; au-dessous du titre, bois ombré : 
dans le coin à gauche, un moine assis et un personnage 
la tète découverte, appuyant sa tête sur ses genoux ; 
à droite, entrant dans la cellule, un jeune homme con- 
duit par un ange placé à sa droite, tandis que le diable, 
habillé comme un moine, se tient à sa gauche ; on aper- 
çoit son pied fourchu dépassant son vêtement. En haut, 
au milieu, dans le fond : DE.IVRE. DIVINO. Ce bois 
intéressant, d'un joli dessin et d'une taille assez soignée, 
porte à gauche, dans le coin en bas, le monogramme G 
sur fond noir. Ce n'est pas le même monogramme que 
dans le Legendario de 1518. Nous ne l'avons pas encore 
rencontré. Feuillet LXXXII, grand bois de page ombré, 
représentant Arbor côsanguinitatis, peu important. A la 
fin, au-dessus du registre: Finisse,,, Nouissimamëte stâ- 
pata in uenetia cô summa diligentia da Cesaro arriua- 
beno.,, MDXVIIL adi ultime zener. Au-dessous la marque 
noire et blanche avec les lettres A. G, au-dessous du 
registre. 



1518 



Justini ex trogo pompeio historiae. 

In-fol. Une petite gravure sur le frontispice, avec la 
légende : « ECCE AGN' DEI d et beaucoup d'initiales 
historiées dans le texte. A la fin : <E Impressum Venetiis 
per Georgium de Rusconibus Mediolanêsem. AnnoDomini 
M,D.XVIII, Die. XXII. Maii. (Bibliothèque de M. de 
Landau ; communication de M. Rœdiger.) 



118 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

1523. — lustino historico clarissimo, nelle historié 
di Trogo Pompeio. Nouamente in lingua toscana 
tradotto : z con somma diligentia & cura stampato. 

Petit in-8«; titre goth. noir et rouge entouré d'une bor- 
dure de trophées; dans le haut, des aigles éployés debout 
sur des guirlandes de lauriers ; des deux côtés, des tro- 
phées d'armes portés par des figures d'Hercule ; au bas, 
de chaque côté, trois personnages, et au milieu une figure 
de roi assis, couronné, le sceptre en main. Au verso du 
titre, un avis au lecteur, de Zopino. Cahiers deSflf. régis- 
très. Caractères italiques ; 176 Cf. ; chacun des 44 livres 
commence par une lettre ornée enfermant un buste de 
saint ou de sainte, parue déjà dans les livres liturgiques 
antérieurement publiés. A la lin : Finisse il Libre di lus- 
tino Historico Et stampato nella incîita citta di 

Venetia per Nicolo Zopino et Vicentio compagno del 
M, D. XXIII, Adi X de Nouembrio. Régnante lo inclito 
principe Messer Andréa Gritti, Puis le registre. Dernière 
page blanche. (Librairie Olschki.) 

1524. lusTiNO. Historié di Trogo Pompeio, nuova- 
mente in lingua toscana tradotte, 

In-8o ; frontispice et belles initiales. Venetia, Zoppino, 
152/f. 

1518 

Libro de Abaco nouamente composto per magistro 
Francesco da la zesio ueronese, el quale insegna a 
fare moite rasône merchantille e come respondano li 
preci e monete nouamente stàpato. Au recto du der- 
nier feuillet : Franciscus Felicianus. q, dominici de 
scholaribus de Lazisio Gordesane arithmeticus ac 
geometricus composuit hune Jibellum die decimo 
octauo lulii 1517. 



LIVRES A FIGURES VÉNITIENS 119 

Pet. in-8û de 20 ff. non chiffrés, sig. A-C. Sur le titre, 
la vignette du titre des voyages de Varthema, de 1517. 
Stampato in Venetia, per Nicolo Zopino e Vincentio suo 
compagno del M,D,XVIII, adi 27 Agosio. (Brunet, vol. 2, 
col. 1203.) 

1518 

La Vita e Passione de Christo : Composta per 
Misser Antonio Cornazano in Terza Rima : Noua- 
mente impressa e Hystoriata. 

In-8«, titre gothique rouge et noir ; texte en lettres 
rondes ; signatures de A à H, 8 feuillets par cahier, sauf 
H qui n'en a que 4. Au-dessous du titre, bois de page 
ombré, composé de plusieurs sujets séparés : au milieu, 
le plus grand, représentant Cornazano, revêtu d'une 
armure, assis, ses mains appuyées sur un livre placé 
devant lui ; au-dessus, dans un petit bois, Dieu le Père, 
bénissant ; de chaque côté, deux petits bois ayant trait à 
la vie du Christ, et au-dessous une tête d'ange ailée ; 
dans le bas, prenant toute la largeur de la vignette, un 
bois à fond noir. Dans le texte, 18 jolies petites vignettes, 
de la même main ; quelques-unes sont signées B. La 
table occupe le verso de H m et le recto de H iv ; au- 
dessous : Stampata in Venetia per Nicolo dicto Zopino : 
e Vincentio compagni. Net anno delta incarnatione del 
nostro signore Miser lesu Christo. M.D.XVIIL Adi, V. del 
mese de Septembre, 

1519. — La Vita e Passione de Christo : côposta per 
Misser antonio Cornazano (1). 



(1) Comazzano est le poète que Tiraboschi (VI. 1250) appelle // Cornazzari 
dal Borsetti et doat il cite uae édition donnée par Zoppino en 1317. Panzer 
(XI p. 526) et le catalogue Flânai (n* 2007) décrivent une autre édition du 
même imprimeur, datée de 1518. (Harrisse, Excerpta Colombiniouiaf p. 200). 



120 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

In-8o . 8 ff, par cahier. Signature AA-HH 4. Au-dessous 
du titre, en goth., rouge et noir, bois composé de 
petits bois ombrés, représentant des scènes de la Passion, 
et au milieu, Fauteur revêtu d'une cuirasse, écrivant. 18 
petits bois, légèrement ombrés, assez jolis comme com- 
position ; parfois, la gravure n'a pas été faite avec tout 
le soin désirable ; mais l'ensemble est généralement bon, 
si l'on songe à la difficulté de renfermer une scène à 
plusieurs personnages dans un cadre aussi restreint. 
Plusieurs de ces vignettes sont signées B ; toutes sont de 
la même main. Au verso du titre, un sonnet alla illustre 
madamma Lucretia Borgia duchessa di ferrara, A la fin : 
Stampata î Venetia per Nicolo dicto Zopino : e Vincëtio 
compagni. Nel anno M. D, xix. Adi xxv. del mese de 
Octobre (Marciana 4341). 

1518 

Cola (Jeanne). Viagio da Venetia al Sancto Sepul- 
chro et al mote Senaj più copiosamète descritto de H 
altri con disegni de Paesi : Citade : Porti : et chiese 
et li santi loghi con moite altre Santimonie. 

Petit in-8o, fig. sur bois. Siampato per Nicolo ditto 
Zoppino : e Vincentio compagno, nelV anno 1518, Adi 
XIX desetëbrio. 

1520. — Viagio de Venetia at Sancto Sepulchro et 
al Monte Synai, 

Petit in-8o ; nombreux bois. Venetia, I, Tacuino, 1520. 
(Vente Beckford, 4® partie, page 15.) 

1521. — Viaggio da Venetia al sancto Sepulchro et 
al monte Sijnai. 

Petit in-8o, fig. sur bois. Siampato per Nicolo detto 
Zopino e Vincentio compagno nel anno 1521, (Brunet, 
vol. V, col. 1167.) 



LIVRES A FIGURES VÉNITIENS 121 

1523. — Viazo da Venetia al Sancto Iherusalem et 
al monte Sian Sepolcro de Sancta Chaterina. 

In-S® ; 123 feuillets non chiffrés et figures sur bois. Ve- 
netia loane Tacuino de Trino (appartenant à M. Schefer, 
de l'Institut). 

La première édition de ce curieux livre parut en 1500, 
à Bologne, chez lustiniano da Rubiera (voir Gazette des 
Beaux-Arts, mai 1890). M. Schefer nous écrit qu'à partir 
de 1518, il a été imprimé presque tous les ans une édition 
in-8o de ce voyage, et que les bois, fort grossiers mais 
curieux, de ces nombreux tirages, ont été utilisés jusqu'à 
la fin du XVII« siècle. 

1524. — Viaggio da Venetia al santo sepulchro e al 
monte Synai : con disegni de paesl citta porti chiesie 
e santi luoghi : con additione de genii et animait che 
se trovano da Venetia fino al santo Sepulchro e per 
tutta la Sorla : tratti dal suo naturale : non mai piu 
Stampate. 

In-8o . le titre rouge et noir, au-dessous une \aie de 
de Jérusalem ; plus de 150 bois. Venetia per Nicole Zo- 
pino e Vicentio compagne io2i. (Vente Beckford, 4® par- 
tie, p. 15. ) 

1518 

Operetta Noua De doi Nobilissimi Amàti Philostato 
e Pamphila. Côposta in Tragedia per miser Antonio 
da Pistoia Nouamente Impressa. 

Petit in-8o ; lettres rondes, 8 ff. par cahier. Au-dessous 
du titre goth., petit bois ombré, assez joli dans son en- 
semble, quoique les détails du dessin et de la taille 
soient un peu négligés ; il représente ce sujet si souvent 
reproduit, le professeur dans sa chaire, parlant à six 



122 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

élèves assis à droite et à gauche; mais nous rencontrons, 
au bas, un nouveau monogramme /. C. ; peut-être le 
/. C. que nous avons déjà signalé dans V Opéra nova de 
Colonna de 1515, également de Rusconi. Là surtout 
est rintérét de cette vignette. La page est entourée d'un 
encadrement à fond noir, d'un très joli style. A la fin : 
Stampata in Venetia per Zorzi di Rusconi Milanese. Nel. 
M. CCCCC, XVIIL adi. xx. de Octobre. Regnâte lo inclito 
Principe Leonardo Lauredano. (Marciana 48540) 

1518 

Psalterio ouero Rosario délia \ la Gloriosa Vergine 
Maria : Con li suai mysterii. Nouamente \ Impresso. 

In-8o en lettres rondes, de 24 feuillets, les deux der- 
niers sont blancs; signatures A.-C. Sur le titre, dont la 
première ligne est en caractères gothiques, la Vierge et 
le bambino. Dans le corps du livre, 16 bois curieuse- 
ment gravés. A la fin : Impresso in Venetia per Georgio 
di I Rusconi Milanese : Nel. M. D. \ XVIIL Adi xiiii : del, 
Mese Décembre, (Biblioteca Colombina, recueil G. 37-30. 
Harrisse, Excerpta Colombiniana, page 229.) 

Vers 1520. — Psalterio ouero Rosario de la gloriosa 
vergine Maria, Con gli suoi mysterii, & Indulgétie. 
Nouamente impresso. 

In-8«, de 24 ff. (A-C, par 8). Car. partie goth., partie 
rom. Vignette sur le titre, représentant saint Dominique 
en chaire, prêchant. Au verso du frontispice, une petite 
figure : un moine agenouillé et devant lui, la Vierge 
avec un rosaire. A gauche du moine on lit : a 1460. F. 
Alano » (Alanus de Rupe) et à droite le mot : a Predi- 
caro D. Au recto à\x f. A 7 commence une suite de 15 
gravures, dont voici les sujets : V Annonciation, la Visita- 



LIVRES A FIGURES VÉNITIENS 123 

iion, la Nativité, la Circoncision, Jésus au temple, Jésus 
priant, la Flagellation, Jésus tourmenté, le Portement de 
Croix, Jésus en croix, la Résurrection, Y Ascension, la 
Descente du Saint-Esprit, ï Assomption, le Couronnement 
de la Vierge, Initiales gravées. Quelques-unes de ces 
gravures sont les mêmes que celles dont est ornée F Opéra 
noua contemplativa (Venise, Vavassore), savoir la Nati- 
vité, la Circoncision, Jésus tourmenté, le Portement de 
croix, Jésus en croix, la Descente du Saint-Esprit et le 
Couronnement de la Vierge, Style raide et anguleux. 
A la fin : Stampata in Venetia per Alessandro de Viano, 
Ce livre contient la règle et les privilèges d'une Confré- 
rie appelée la Confraternita del Psalterio, (Bibliothèque 
de M. de Landau ; communication de M. Rœdiger). 



S. d. Premier quart du XYI^. — Psalterio ouero 
RosARio DEL la Gloriosa Vergine Maria : Con li sui 
mysterii. Nouamente Impresso. 

Petit in-8 de 2 cahiers de 8 feuillets, A. et B. ; lettres 
rondes ; sous le titre, un bois ombré, la Vierge à mi- 
corps, tenant le Christ dans ses bras ; fond noir avec 
quelques ornements blancs ; la taille manque de finesse ; 
verso A : Questo e el segno delta Compagnia del Rosario 
délia gloriosissima Vergine Maria : une couronne dans 
laquelle passe un chapelet; au-dessous, ces trois lettres 
R S M ; une couronne de lauriers entourant le tout, sur 
fond noir au pointillé. Recto A,ii: Annonciation, signée 
L ; dans le coin en bas à gauche : la Vierge, à genoux, 
à sa gauche, un livre ouvert sur une sorte de petit banc ; 
à sa droite, Tange debout qui lui parle; près de la tête de 
la Vierge, le Saint-Esprit. Comme on le voit par la des- 
cription, cette Annonciation signée L est différente de 
celle du Brc\daire de Giunta de 1506 ; feuillet fî, même 
Annonciation; verso B, la Vierge visite sainte Elisa- 



124 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

beth ; recto fîii, la Crèche ; verso Bii^ Présentation à 
Siméon au temple. 

Ces bois, non signés, sont de la même main que 
Y Annonciation ; recto Biii, Jésus au milieu des docteurs, 
petit bois au trait, tiré d'un autre ouvrage, amené à 
la dimension voulue à l'aide de petits bois placés sur 
les quatre côtés ; verso Biii, Jésus au jardin des Oli- 
viers, ainsi que les quatre bois suivants, tiré des Médita- 
tions de saint Bonaventure de 1489 ; recto Biiii, La fla- 
gellation ; verso Biiii, Jésus est couronné d'épines ; B V 
Jésus montant au Calvaire; verso B V petite Crucifixion 
avec de petits bois de côté et en bas. Recto B Vi la 
Résurrection avec un petit bois au-dessous ; verso B Vi 
la Résurrection des Méditations de 1489 ; recto B VU 
Descente du Saint-Esprit, bois du graveur L de V An- 
nonciation ; verso B VU, Assomption, mauvaise petite 
vignette ombrée, entourée de petits bois ; recto B Viij, 
Dieu le Père et Jésus dans leur gloire, mauvais bois 
ombré, un petit bois au-dessus et au-dessous ; au verso : 
Seguita la copia in sentëtia uulgarizata delta lettera di 
Maestro Bartholomeo di Bologna Maestro e Générale di 
tutto lordine di Frati predicatori : nella quale si conten- 
gono molti digni priuilegii concessi dalla sua reuerendis- 
sima paternita per la confraternita del Psalterio : ouero 
Rosario délia immaculata e gloriosissima uergine Maria. 

Vers 1518 

Opéra no \ va chiamata Portola \ no la quai 
narra tutte le terre : et parti de le \ uante comi" 
nciando a Venetia andando per \ tutta la Schia- 
uonia fin a Corfu con tutta la \ Grecia la Morea et 
Napoli de Romania \ con tutto Larcipelago : Constan- 
tinopoli Can \ dia Rodi Cipro et tutto il Leuante et 
tutte I le isole : terre cita e castelli et parti et quan | 



LIVRES A FIGURES VÉNITIENS 125 

ti miglia da vna terra a laltra et da vna iso \ la a 
laltra : et tutte stati e porti ualle e col \ phi : scagni : 
fondi : e Sechi dintorno. Nouamente stampato. 

Sur le titre, entouré d'une bordure, un bois avec 
€ Ponge Onge » et la marque tj'pographîque. 40 flF. à 
2 col. 

A la fin : Finito lo libro chiamato Portolano composta \ 
per vno gentilhuomo Veneiiano loqual ha uedn \ to tutte 
queste parte antescritte le quale sono vti \ lissimi per tutti 
I nauighanti che voleno se \ curamente nauighar con lor 
nauilii \ in diuerse parte del mondo.. \ Laus deo Amen. \ 
Stampatoin Vineggia per Domenigo \ ZioetfratelliVeneti. 

Ou^Tage attribué à Louis de Mosto, plus connu sous le 
nom de Cadamosto (voyez Vespucci) ou à un certain 
Coppo (dans le cat. Hanrott). (Librairie Rosenthal.) 

1519 

Opéra del preclarissimo poeta Miser Pamphilo Sasso 
Modenese .Soneiti, CCCCvij. CapitulixxxuiijEgloghe. V. 

In-4o ; 80 ff., dont le dernier bl. (a-k, par 8). Car. rom. 
Sur le titre, une bordure noire et une figure représentant 
un professeur dans une chaire et, des deux côtés, sept 
élèves. A la fin : Veneliis per Guilielmum de Fontaneto de 
Monferrato. M.CCCCC.xix, Adi primo febraro. (Biblio- 
thèque de M. de Landau ; Arsenal A. 4453. B. L.) 

1519 

De humilitate et gloria Christi Marci Marvli opus. 

In-8o de 8 feuillets par cahier ; au-dessous du titre, un 
chevalier tenant une épée levée de la main droite, à 
cheval sur un bœuf, marchant de droite à gauche ; de sa 
main gauche, il tient une des cornes de l'animal. Ce très 
petit bois, carré, est légèrement ombré et porte une lettre 



126 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

à chaque coin ; Z en haut à gauche, M en haut à droite, 
B en bas à gauche et à droite ; au verso, la Crucifixion 
du Specchio de la croce de 1497 ; lettres ornées au trait ; 
au verso du feuillet qui précède les deux feuillets de la 
table, la souscription : Impressit Venetijs Bernardinus de 
VitaliU Venetus, Anno Dni. M, D, XIX. Die. xx. lulij. 
Au-dessous, bois ombré : saint Marc et son lion ailé 
avec les deux lettres B. V. de Fimprimeur. 

1519 

Opéra noua del preclarissimo Messer Bernardo 
Accolti Aretino. 

In-8o, en lettres rondes, en vers, titre encadré avec 
une figure : un moine en prière sur le front duquel un 
ange vient déposer une couronne. A la fin : Stampata in 
VenetiaAdi. xii. Nouébre M.CCCCC.XIX. p Nicolo zopino 
e Vincëtio côpagno. Brunet, vol. I, col. 34, cite une autre 
édition de 1530 de 55 feuillets chiffrés plus un dernier 
avec une gravure, de Nicolo di Aristotile ditto Zoppino 
(Arsenal, 6107, A. B. L.) 

1519 

Augusti Vatis odae. 

In-4o ; au-dessous du titre, un encadrement ombré, 
composé d'animaux, d'entrelacs et d'êtres fantastiques ; 
au milieu, un médaillon à fond noir pointillé, Aa- 
gvslvs Vates, de profil, couronné de lauriers, les che- 
veux tombant jusqu'aux épaules ; au trait et d'un très 
bon style, et rappelant les médaillons du XV^ siècle ; 
Aiigvstvs au-dessus et Vates au-dessous. Son vrai nom 
est Augustinus de Hieronymus Udinensis, professeur à 
Udine, mort en 1529. Ce bois semble une copie de la 
médaille de ce poète. Venetiis impésis Marciantonii moreti 



LIVRES A FIGURES VÉNITIENS 127 

xii, cal. Augusti M.DXXIX, (Bibl. communale d'Udine 
21457 ; catalogue des médailles, recueil Giovanelli. 
Cicogna, n® 585). 

1519 

Celestina. — Tragicomedia de Calisto e Melibea, 

In-8o, paginé à partir de a-i jusqu'à la fin ; au-dessous 
du titre, bois ombrés médiocres : une vieille femme parle 
avec animation à une jeune femme dans une chambre à 
coucher ; au-dessus de leurs têtes : vetvla cavda scor- 
piONis ; deux bois ombrés représentent chacun une scène 
à plusieurs personnages ; ils sont répétés seize fois ; 
ces gravures sont médiocres. A la fin, feuillet cxxviii : 
Finisse Impressa cô grân diligentia in uenetia per Cesaro 
arriuabeno ueniiiano nelli anni del nostro signore mille 
cinquecento e disinaoue a di dixe decembrio. Puis le 
registre et la marque à fond noir avec les lettres A. G. 

1519 

Caii CAECiLij Junioris Nouocomensis Plinij Secondi 
Veronensis Nepotis, 

In-folio, 4 feuillets préliminaires et 247 feuillets numé- 
rotés. Titre encadré d'une bordure ombrée avec un mau- 
vais bois ombré représentant Pline, dans une chambre, 
écrivant. Ce bois est plusieurs fois répété dans le volume, 
et c'est le seul qu'il contienne. Au feuillet 247 : Venetiisper 
loannem Riibeum Vercellésem. Anno Dni, M.CCCCCXIX. 
Die. XV, Decembris, 

1519 
Al Lamenio délia Femena di Pre Agustino. 

Petit in-8o de 4 feuillets en vers. Au-dessus du titre, un 
bois au trait représentant le campanile et l'indication de 
l'endroit où les condamnés subissaient leur peine. 



128 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

Cette peine était celle de la gabbia ou chebba à laquelle 
on condamnait les ecclésiastiques coupables d'homicide, 
de faux, de blasphème, etc. Les coupables, exposés 
d'abord au pi/ori entre deux colonnes de la Piazzetta, 
coiffés d'une couronne en papier, étaient ensuite enfer- 
més dans une cage en bois placée à mi-hauteur du cam- 
panile de Saint-Marc ; ils y restaient exposés à toutes les 
intempéries et recevaient leur nourriture par le moyen 
d'une corde qu'ils tiraient à eux. Le dernier auquel ce 
supplice fut infligé (mars 1519) fut le prêtre Agustino 
da S. Cassiano (Marciana, 2231). 

1519 

PoGGio FiORENTiNO (F. Bracciolini). Facétie. 

In-S'» de 48 fî. chiffrés. Au frontispice, un bois légère- 
ment ombré : à droite, trois personnages, dont un tient 
un sac ouvert ; à gauche, un homme jetant dans ce sac 
quelques billets ; à ses pieds, un panier plein de papier. 
En haut, cette devise : Dio ie la mandi bona. Venetia, 
Cesare Arrivabene, 1519. (Brunet, t. IV, col. 769). 

1523. — Poggij florétini oratoris facundissimi face- 
liarù aureus libellas, 

In-8o de 71 ff. numérotés; caractères goth. Registre 
a-i; frontispice de l'édition 1519. A la fin : Finit facetiarû 
Poggi florentini apostolici secretarii, lepidissimus libellas 
et Impressus autem Veneiiis samma diligentia per Bette- 
dictum et Augustinum de Bindonis anno Domini Millesimo 
quingentesimo Vigesimo tertio^ die vero uliimo septembris. 
Au verso du dernier feuillet, la marque A. B. (Bibl. Nat. 
de Florence). 



Duc DE Rivoli. 



(A suivre.) 



COUP D'ŒIL 



SUR 



LES ALMANACHS ILLUSTRÉS DU XVIIl' SIÈCLE 



Les almanachs illustrés du XVIII^ siècle ont plus 
d'une fois déjà attiré l'attention des bibliographes, et 
MM. Victor Champier, dans les Anciens Almanachs 
illustrés (in-folio, Paris, Franzine, 4886), et Cohen, dans 
son remarquable guide, dont la cinquième édition a été 
revue, corrigée et considérablement augmentée par un 
de nos savants bibliophiles, le baron Roger Portalis 
(in-8o, Paris, Rouquette, 1887), ont donné la nomencla- 
ture et quelquefois la description de ces charmants petits 
livres dont la vogue s'accroît chaque jour et qui, dans 
les ventes publiques, atteignent des prix souvent fort 
élevés. 

Cette vogue s'explique par des titres bizarres et 
amusants, des figures finement gravées, des reUures 
originales, élégantes et d'un caractère tout particulier. 

D'Orfeuil, dans VEsprit des Almanachs (in-42, Paris, 
V^« Duchesne, 1783) fait allusion à ces titres : 

« La multiplicité des titres seule est dans le cas de 
« plaire ; le philosophe même peut s'en amuser ; toute 
« frivole qu'est cette matière, il ne la dédaignera pas, 
« s'il veut considérer les différents ressorts de l'esprit 
a humain, la variété des faits et sous combien de 

1891 9 



130 BULLELIN DU BIBLIOPHILE 

a formes il peut se reproduire. L'homme léger rencon- 
a trera de quoi satisfaire son goût, il voltigera sur un 
« parterre émaillé de fleurs et il recueillera le suc de 
a celles qui lui seront le plus analogues. » 

La Bibliothèque Nationale possède dans Toeuvre de 
Dambrun neuf suites d'eaux-fortes et de figures avant la 
lettre, qui donnent une idée de la perfection avec 
laquelle étaient interprétées les minuscules estampes 
dessinées par Oueverdo (1)^ 

De très grands maîtres, Cochin, Eisen, Gravelot, 
Moreau, et des artistes de beaucoup de valeur, Binet, 
Choffard, Desrais, Dorgez, Marillier, Monnet, secondés 
par d'habiles graveurs. Gaucher, de Ghent, Lemire 
Longueil, Née, Poncet, ne dédaignaient pas de s'adonner 
à l'illustration des almanachs (2). 



(1) En suivant Tordre dans lequel Cohen (dans la 2* édition de son guide) 
donne la description de ces neuf suites, les séries, de douze figures chacune, 
appartiennent : 1* à YAlmanach des étrennes galantes des promenades et amuse- 
ments de Paris, Boulanger, 1780; 2* à l'Itinéraire descriptif de Paris, avec indi» 
cations quotidiennes, débit à Paris des comestibles les plus abondants et les 
plus recherchés de chaque saison 1780, et aussi à YAlmanach des marchés de 
Paris, étrennes curieuses et comiques avec des chansons intéressantes, dédié 
à M"* Barbe, fruitière^rangère, Boulanger, 1782; 3* à YAlmanach galant, moral 
et critique, en vaudevilles, Boulanger, 1783 ; 4* Almanach de l'amour, des ris et 
des jeux, Boulanger, 1786 ; 5* Almanach de la vie pastorale, Boulanger, 1787 ; 
6* Almanach des délices du Palais-Royal, id., 1790; 7* Almanach de la comédie de 
Figaro, id., 1786; 8* Almanach de VcLmour parmi les jeux, id., 1786 ; 9* Étrennes 
du sentiment, dédiées aux Ames bienfaisantes, id., 1784. 

(2) Nous devons à Cochin huit années de YAlmanach iconologique, des 
flronti^ices pour les étrennes mignonnes, et les étrennes lyriques anacréon- 
tiques, etc. 

A Eisen, des vignettes pour YAlmanach poétique et énigmatique 1756, pour 
YAlmanach des Héroîdes 1773, des figures pour YAlmanach des théâtres, etc. 

A Gravelot, 90 fig. pour YAlmanach utile et agréable de la loterie de l'École 
royale militaire, iTSd; les neuf premières années de FAZina/iach iconologique, 
les figures pour le parfait modèle, 1778, front, pour les étrennes chrono^ 
métriques de Pierre Leroy, célèbre horloger, 1760, etc. 

A Moreau, les fig. pour YAlmanach de la Révolution 1792 et un frontispice, 
pour Tannée 1784, des étrennes lyriques, etc. 



ALMANACHS DU XVIII« SIÈCX,E 131 

Quant à leurs reliures, les curieux en ont pu voir les 
plus charmants spécimens à l'exposition rétrospective 
des Arts libéraux (1889). 

Ce qui ajoute encore à la valeur de ces almanachs, 
c'est qu'ils sont d'une extrême rareté et presque tous 
remplis d'intérêt ; ils peignent bien l'époque à laquelle 
ils appartiennent ; certains d'entr'eux nous renseignent 
sur les choses du jour (expositions) (1), plaisirs de chaque 
saison (2), prix des denrées (3), prix des caricatures (4), 
les découvertes de l'année (filage de l'huile pour les 
bateaux en cas de grosse mer) (5), aérostation (6), fusil à 
répétition (7), salon de Curtius (8), baquet de Mesmer (9), 

A Binet, les Suppositions de l'enjouement 1787, le Microscope des visionnaireSy 
1780 ; l'Optimisme de nouDcautés, 1788 ; le Trottoir de Permesse, 1788, etc. 

Choffard, frontispice pour VAlmanach du duuseur, 1773. 

Desrais, figures pour les Almanachs de modes et costumes. 

Dorgez, les Intrigues de la capitale, 1790; TEsprit\da siècle 1790; les Per» 
fidies supposées, 1793 ; les Colifichets Igrico-galanis, 1787 ; le Trésor des divi» 
nations, 1791 ; le Jardin des âmes sensibles, 1793 ; le Panthéon des philan» 
tropes, 1792 ; etc., etc. 

Marinier, dans VAlmanach des eêcapades de Vamour, un front, et huit 
figures charmantes : la vue. Fouie, le toucher, l'odorat, le goût, etc., frontis- 
pice pour les étrennes d'Apollon, 1757. 

Monnet, frontispices pour les étrennes Igriques, dernières années, et YAlmŒ» 
nach des grâces, 1784. 

(1) Délices de Cérès Pomone et Flore, 1774. 

(2) Almanach de l'amour des ris et des jeux, 1786. 

(3) Almanach du comestible, VUS» 

(4) Quelle folie ou galerie des caricatures vers 1798, almanach rarissime, 
orné de douze réductions très finement gravées, des caricatures de Carie 
Vemet : les Incroyables, l'Anglomane, ma Chevelure s'en va, etc. 

(5) Almanach de Gotha, 1786. 

(6) Almanach des Folies modernes, 1781 ; le Trésor des almanachs, 1783 ; 
Colifichets Igrico-galants, 1790. 

(7) Étrennes mignonnes, curieuses et utiles pour l'année bissextile 1776. 
Le S' de Fasting, colonel, de Berghen en Norwi^ge, a ihventé une arme à feu 
avec laquelle on peut tirer 10 à 20 coups dans* une minute ; Tarme n'est pas 
plus pesante qu'un fusil ordinaire, et il s'occupe actuellement d'une autre 
machine à peu près semblable, avec laquelle on pourra tirer 30 coups dans 
mie minute. 

(8) Aven ures parisiennes, 1784. 

(9) Almanach des Folies modernes. 



432 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

machine à engraisser les volailles (1), recettes nom- 
brueses (2), etc., etc.), nous racontent de piquantes 
anecdotes ou nous donnent les couplets à la mode, les 
chansons nouvelles, les ariettes et vaudevilles les plus 
en vogue. 

D'autres, tels que les Halles et Marchés, les belles Mar- 
chaudes de Paris , les Promenades et amusements de 
Paris, les Délices du Palais-Royal, la Fête des bonnes 
gens, 1787, etc., nous montrent dans leurs délicieuses 
gravures, des scènes prises sur le vif, avec tout un petit 
monde sémillant et gracieux, et nous donnent Tidée de 
ce qu'étaient alors les grands boulevards, les Champs- 
Elysées, l'assemblée à Longchamps, le Palais-Royal, la 
foire Saint-Germain, la fête de Sceaux, la sortie de 
l'Opéra, le Louvre, etc.. les intérieurs de boutiques, 
les représentations théâtrales, les jeux innocents, les 
mœurs champêtres, etc. 

D'autres encore nous fournissent de précieux détails 
sur les modes et les costumes (3), les coiffures, les fêtes 
données à Paris en l'honneur du mariage du Dauphin, 
celles données à l'occasion de l'heureux accouchement 
de la reine, 1782 ; celui intitulé le JByou de la reine, 1778, 
contient très finement gravés les portraits de la famille 
royale ; tous nous révèlent le caractère de l'époque, et à 
ce titre, nous sont des documents utiles pour connaître 
mieux encore la fin du XVIII® siècle. 

Tous ces almanachs avaient des éditeurs particuliers, 
Desnos, Boulanger, Jubert, Janet, Tiger, Marçilly, qui, 
en leur qualité de relieurs-doreurs, faisaient coquette- 



Ci) Almanach de poche Liège^ 1764. 

<2) Éirennes de Minerve ^ 171 A^ 

(3) Recueil général de costumes et de modes, Paris, Desnos, 1781. 

Almanach galant des costumes français les plus à la mode, Boulanger, 1782. 

Souvenir à l'anglaise (Coiffures), 1788. 

Nouveau chansonnier (Coiffures), 1787. 

Les Fantaisies aimables, 1783. 



ALMANACHS DU XYIII® SIÈCLE 133 

ment habiller ces livres tous mignons, destinés aux petites 
maîtresses, aux gens d'affaires, voyageurs, militaires, 
joueurs, etc. Les uns étaient reliés en maroquin rouge 
ou vert, souvent ornés sur les plats d'attributs tels que : 
Colombes se becquetant, instruments de musique, car- 
quois garnis de flèches, cœurs enflammés avec le flam- 
beau allumé de Fhymen, accompagnés de devises : je 
brûle pour vous, Tamour les couronne, agréable à 
tous, etc. 

Les autres, recouverts de soie peinte à la gouache, 
brodée de soie et d'or ou garnie de paillettes étincelantes; 
d'autres, plus riches encore, avec un médaillon conte- 
nant une délicieuse miniature, le tout protégé par un 
étui de maroquin doublé de tabis vert ou bleu. 

Ceux-là, sans doute, étaient destinés à être offerts en 
présent à Céphise, Doris ou Cydalise. 

Vous souhaitez, Philis, un almanach nouveau ; 

De Paris, voilà le plus beau. 

S'il vous est souvent nécessaire. 
Ah ! du moins en rouvrant, souvenez-vous toigours. 

Qu'il n'est point de mois, point de jours 
Où je ne pense à vous et n'aspire à vous plaire. ( 1 ) 

a Puissent, Iris, ces petites étrennes, 
« Vous engager à me donner les miennes. » (2) 

Les acheteurs trouvaient à leur gré dans ce choix 
varié, presque pittoresque, et chacun emportait avec lui 
son secrétaire pour l'année; bien heureux celui qui 
n'avait à remplir que la colonne du gain. Car, dans ces 
almanachs, après le calendrier, viennent 24 pages, deux 
par mois, avec colonnes, perte et gain, suivies des 



(1) Almanach nouveau, sans lieu ni date, composé de 24 pages gravées^ 
avec une vignette à chaque page, que ron peut attribuer à Gravelot, servant 
à illustrer un conte eu vers légèrement badin* 

(2) Le don du sentiment, étrennes expressives du cœur, 1782» 



134 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

tablettes économiques, pour servir, à Taide d'un stylet 
minéral, à déposer comme dans le sein d'un ami fidèle, 
les secrets et sentiments du cœur, a Ces tablettes sont, en 
effet, le confident assuré de nos pensées. Si les dames 
n'en avaient pas d'autres, elles craindraient moins les 
indiscrétions. » 

A partir du petit almanach de Paris^ augmenté pour 
4733, à Paris, chez Papillon, graveur en bois, et l'un des 
premiers à contenir de jolies gravures, les mois de 
l'année, les almanaclis du XVIl^ siècle sont nombreux, 
trop nombreux même pour arriver en une fois à faire un 
travail complet; mais si chacun apporte une pierre à 
l'édifice, ce travail peut être achevé quelque jour. 

En 1732, avec privilège du roi, donné à François 
Jouenne, commence la série des Etrennes mignonnes et 
utiles, 

« Elles vous offrent un cœur constant tendre et fidèle, 
Ardent, sincère et plein de zèle. » 

a Elles sont mignonnes, curieuses et utiles. Elles vous 
« apprennent à penser à bien des choses nécessaires dans 
dt le cours de la vie. Elles font ressouvenir des choses 
« passées et donnent envie d'en apprendre plus. Elles 
a contiennent un calendrier exact des jours de l'année, 
« augmenté du lever de la lune ; la création du monde, 
n son antiquité , la composition du monde , son 
a mouvement perpétuel, la variété de la vie des 
a hommes. Noms des mort^ dans un âge avancé depuis 
a un an. Généalogie des maisons régnantes. Idée gêné- 
d raie de la France ; ses provinces, villes capitales et 
a rivières. Chronologie des rois. Les 39 gouvernements 
« généraux. Les 30 intendances et généralités. Intendance 
« de marine et des colonies étrangères. Les officiers de 
« justice, les officiers généraux d'armée sur terre , sur 
« mer et d'artillerie, les ordres de chevalerie, le détail 
« de Paris^ les archevêchés et évéchés, l'établissement 



ALMANACHS DU XVÏII® SIÈCLE 135 

€ des ordres monastiques et religieux. Origine des curio- 
€ sites ecclésiastiques. Origine des curiosités naturelles, 
€ origine des différents arts, des différents usages, curio- 
€ sites diverses. Chronologie des choses remarquables. "» 

Tel est le plan adopté pour la publication de ces 
étrennes, ornées seulement d'un frontispice gravé et 
d'une carte de France. Comme ces figures, dit Jombert 
dans Tœuvre de Cochin, devaient se tirer à quarante 
ou cinquante mille exemplaires, Cochin gravait quatre 
fois sur la même planche les mêmes sujets. Cette publi- 
cation se fait toujours en 1790, année dans laquelle on 
donne la description du costume des membres des États- 
généraux, noblesse, clergé, tiers-ordre, et encore en 
1829(1). 

En 1745, un almanach de tout petit format est imprimé 
à Amsterdam, avec douze charmantes vignettes à mi- 
page, au-dessous desquelles se lit un quatrain. 

Pour le mois de décembre : 

Le monde est une mer orageuse, implacable, 
La vie est un vaisseau fragile au moindre effort, 
La mort est un écueil terrible, inévitable 
Et ce funeste écueil est notre dernier port. 

En 1759 paraît l'un des plus jolis et des plus rares 
almanachs du XVIII** siècle, V Almanach utile et agréable 
de la loterie de l Ecole Royale militaire^ où Ton voit son 
origine, son progrès, son établissement en France et la 
façon de placer le plus avantageusement sa mise, enri- 
chi de 90 fig. en taille-douce, qui pourront servir de 
devises, chaque figure accompagnée d'un quatrain rimé 



(1) La grand'mère de M. le baron Pichon, l'aimable autant que savant (et ce 
n est pas peu dire) président de la Société des Bibliophiles Français, faisait 
acheter chaque année chezTigerles Étrennes Mignonnes. Elle mourut en cette 
année 1829. 



136 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

par Gravelot et représentant de gracieuses scènes enfan- 
tines. 

1764 est la première année des almanachs Gotha, qui 
se suivent sans interruption, la plupart ornés de jolies 
figures de Chodowiecki. 

En 1765 et pendant les seize années qui suivent, Gra- 
velot et Ck)cliin nous donnent VAlmanach iconologiqaey 
orné de figures avec explication, recueil précieux et 
difficile à rencontrer en reliure uniforme, surtout en 
maroquin. 

Eîn cette même année Sautereau de Marsy fait paraître 
la première des quarante et une années de VAlmanach 
des muses. Un frontispice gravé pour chaque volume. 

En 1766, Desnos met en vente VAlmanach de Vindica-- 
leur fidèlCy orné de cartes routières de France et d'un 
frontispice représentant les différentes manières de 
voyager, à cheval, en carrosse, en bateau ou en coche 
d'eau. 

En 1768, il donne une nouvelle édition ou plutôt 
remet en vente avec un nouveau titre l'édition non 
épuisée des Etrennes Françaises, dédiées à la ville de 
Paris, parues pour la première fois en 1766, chez Pierre- 
Guillaume Simon, avec deux planches d'armoiries, cinq 
jolies vignettes gravées par Saint-Aubin, et une sixième 
par Gravelot. 

En 1771, il dédie à Madame la Dauphine les Etrennes 
des Saisons ou extrait des plus beaux poèmes sur les 
saisons, avec un très joli portrait de Madame la Dau- 
phine et quatre figures, le printemps, l'été, l'automne et 
l'hiver. 

Enfin, arrive le déluge des almanachs et il nous sem- 
ble assez curieux de reproduire les annonces suivantes 
faites par Desnos, Laporie, Boulanger, Jubert et Janet. 

« Le sieur Desnos annonce qu'il vient de mettre en 
« vente, pour l'année 1774, la plus jolie coUectioa 



ALMANACHS DU XVin« SIÈCX£ 137 

d'almanachs, bijoux d'étrennes et les plus rares que 
l'on puisse désirer. Ck)mme le nombre en est grand, 
nous n'en désignons qu'une vingtaine des plus inté- 
ressants, i^ Almanach géographique ou petit atlas 
élémentaire, dédié au roi de Danemarck. 2o L'idée de 
la géographie ou de l'histoire moderne. 3^ L'indicateur 
fidèle qui enseigne généralement toutes les routes de 
France, utile aux commerçants et aux voyageurs. 
49 L'iconologie historique et généalogique des rois de 
France, avec leurs portraits en médaillon. En tête est 
celui de Louis XV, supérieurement gravé. 5® Les anec- 
dotes de Louis le bien-aimé. 6^ Les souvenirs immor- 
tels ou tableaux poétiques du roi et des princes du 
sang, présentés à sa Majesté. ?<> Les quatre saisons et 
les quatre heures du jour, en tête est le portrait de 
Madame la Dauphine. S^Les délices de Gérés, Pomone 
et Flore ou la campagne utile et agréable, orné de 
douze estampes relatives aux amusements de chaque 
mois de Tannée. 9° Opuscules poétiques, petit recueil 
de pièces fugitives de M. de Voltaire. 40> Le petit 
Rameau ou principes courts et faciles pour apprendre 
soi-même la musique, avec de nouvelles ariettes et 
estampes relatives, avec le portrait de l'auteur. 11® Le 
courtisan sans art ou les complimens sans fard. 12o 
L'almanach des trois fortunes. 13® L'oniroscopie ou 
application des songes aux n®« de la loterie de l'École 
Royale militaire. 14® Le secrétaire des dames, avec 
les promenades des environs de Paris. 15® Le 
secrétaire économique des messieurs. 16® Le néces- 
saire aux militaires, négocians, gens d'affaires et 
voyageurs. 17® Le mémorial des gens d'esprit. 18® Les 
« Étrennes des saisons avec un poème connu sur les 
« saisons. 19® Les Etrennes de l'amour et celles du 
« sentiment. 20® Les Etrennes de Minerve aux artistes, 
€ encyclopédie économique ou l'Alexis moderne, conte- 



138 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

« nant huit cents difiPérents secrets sur l'agriculture, les 
a arts et métiers, extraits de plus de mille auteurs et 
« des meilleures recettes en 4 vol. in-24, brochés 4 livres, 
« le calendrier perpétuel avec Texplication de ses usages. 
« Toutes ces étrennes réunissent le nécessaire etFagréable. 
a Elles méritent encore Taccueil le plus favorable, à cause 
« des tablettes avec perte et gain et du papier nouveau, 
<L de la composition du sieur Desnos, qui réunit tous les 
« avantages de celui d'Hollande {sicj et qui peut être em- 
a ployé à toutes sortes d'usages, pour écrire et dessiner 
« au moyen d'un stylet minéral sans fin, enjolivé de 
« toutes les façons, adapté à ces tablettes, qui tient lieu 
« de plume, d'encre et de crayon et qui sert longtemps 
a sans qu'on soit obligé de tailler la pointe. Le sieur 
a Desnos, qui n'a d'autre but que la satisfaction du 
« public, a décoré ces almanachs de reliures les plus 
« élégantes, en maroquin veau et carton, avec ferme- 
d tures, de manière à ne pas s'ouvrir dans la poche. 
a Ces almanachs sont enrichis d'estampes, qui les distin- 
« guent des autres et sont de différentes grandeurs et 
« de prix différents depuis 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9, 10 et 
« 12 livres, suivant les reliures. 

« La notice des almanachs du sieur Desnos (1), petite 
<L brochure d'environ cent pages, où l'on donne une 
« idée de chacun pour déterminer le choix du public, 
« se distribuera gratuitement aux personnes qui feront 
a l'acquisition de quelque exemplaire. Autrement, elle 
« se vendra une livre quatre sols. Le catalogue général 
a desdits almanachs se distribuera aussi gratis et indis- 
« tinctement à ceux qui désireront en prendre connaîs- 
(L sance. » 



( 1 ) Ces almanachs étaient connus sous le nom des Desnos. Ceux dont les 
figures étaient enluminées se vendaient plus cher : 6 livres au lieu de 4 livres 
10 sols. 



ALMANACHS DU XVHI® SIÈCLE 139 

Heureux, trois fois heureux I le bibliophile qui décou- 
vrira ce rarissime catalogue. Il pourra se vanter de 
n'avoir pas perdu sa journée ! 

Desnos portait au plus haut degré Tart de la réclame. 
Dans la préface du Mémorial des gens d' esprit ^ 1775, 
intitulée les rêveries d'un homme tout éveillé, pensées 
badines, l'éditeur explique le titre, le but et l'utilité de 
cet almanach, composé seulement de feuillets blancs du 
papier de son invention. 

a Que d'auteurs ne font que barbouiller du papier, 
« semblables à ces chenilles qui gâtent les feuilles des 
« arbres sur lesquelles elles rampent ! Que de gros livres 
« qui sont moins que de petites brochures ! que de petites 
« brochures qui sont moins que rien ! Au milieu de tant 
c de célibataires ou de gens bons à rien, car c'est la même 
« chose, au milieu de tant de volumes et d'écrits en tous 
« genres, notre almanach aura seul la gloire d'être utile. 
« C'est ce que nous allons prouver du mieux qu'il sera 
« possible. 

« Ce petit livre ne saurait manquer d'abord d'être moins 
c rempli de fautes que les divers ouvrages de littérature 
« dont nous sommes inondés tous les jours, puisque les 
« trois quarts de ses feuilles sont en blanc. Que les 
c libraires s'avisent aussi de ne donner au public que 
« des volumes en blanc et nous défions la critique d'y 
« trouver à mordre. Que d'auteurs passeraient encore 
« pour des gens d'esprit s'ils avaient connu l'expédient 
« dont nous parlons ici... etc.. etc.... 

a La conversation de tant de gens serait-elle si souvent 
« ennuyeuse, s'ils avaient coutume d'écrire les jolies 
« choses, les traits saillants qu'ils entendent dire, afin de 
« les apprendre par cœur et de les débiter ensuite dans 
« le monde comme s'ils étaient d'eux-mêmes etc. etc.. ï> 

Dans un autre almanach de Desnos, le Babillard ins- 
truit, 1787, contenant un choix de choses qu'il est le plus 



140 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

important de ne pas ignorer, avec des anecdotes et des 
observations intéressantes sur les mœurs et le génie des 
dififérents peuples, notamment des Français, des Anglais, 
des Espagnols, terminé par quelques anecdotes de la 
jeunesse de feu M. de Voltaire, c'est le recueil qui a 
rhonneur de se présenter en public : 

a Oui, lecteur judicieux, voici le plus original et le 
« plus piquant des recueils de mon genre. N'allez point 
a vous aviser de croire qu'avec son apparence de légè- 
re reté,il ne soit point très grave, très moral, très penseur, 
a très raisonnable. Je suis tout cela, mon cher lecteur ; 
« car c'est moi-même qui ai l'honneur de parler à 
« vous. 

a Les critiques de mauvaise humeur (et il n'y en a guère 
« que de cette espèce) vous diront peut-être que j'ai un 
« air de famille. Ne les croyez point, ami lecteur. Com- 
cc mencez par me lire et vous finirez par suivre l'avis 
« que je prends la liberté de vous donner et je vous jure,. 
« foi d'almanach de bonne compagnie, que je serai tou- 
« jours assez vengé du dédain que ces messieurs affectent 
a ordinairement, je ne sais trop pourquoi, pour, les pro- 
« ductions de mon espèce. 

« Mais cela ne suffit pas, Mesdames ; car c'est princi- 
« paiement à vous que j'aime à avoir affaire. J'ai ma 
« forme comme un autre almanach et je me flatte néan- 
a moins dans mon petit volume de vous laisser peu de 
« choses à désirer, d'abord sur l'agrément qu'il faut 
a toujours avoir soin de faire marcher le premier avec 
a vous, en deuxième lieu sur l'utilité qu'on doit toujours 
« faire venir à la suite. C'est, ce me semble, un assez 
« grand mérite pour une espèce de hasard du coin du 
« feu, tel que je suis..., etc., etc. 

a A l'égard de vous. Messieurs, vous pourrez vous 
a apercevoir du reste que mon rédacteur n'a eu garde 
a de vous oublier, puisqu'il a eu la bonté de pousser 



ALMANACHS DU XVin® SIÈCLE 141 

4 rérudition en ma faveur au point de me mettre à 
« même de pouvoir vous offrir tout ce qui peut servir à 
« rendre les hommes meilleurs et plus dignes d'eux- 
a mêmes, et encore une fois, Messieurs, ce n'est pas un 
« petit service que celui-là. 

^ J'ai dit, Messieurs et Mesdames; je finis en me 
« remettant sous vos mains, et je suis toujours, quoi ? 

« Un Almanach. » 

En 1779, un libraire, relieur*doreur, Laporte, rue des 
Noyers, publiait un avis que l'on peut lire dans Falma- 
nach, V Amour à répreuve ou le bijou bien gardé. 

d L'accueil favorable que le public a toujours fait à 
« cette espèce d'almanach, avec de petites gravures dont 
« le lecteur sait le sujet, aussitôt qu'il a lu la chanson, 
€ engage le libraire à en faire paraître un tous les ans, 
« de même format avec des sujets différents, pour que 
« ceux à qui ils plairont puissent en faire une collection 
« qui leur deviendra par la suite aussi précieuse qu'a- 
« gréable. d 

En 1789 également. Boulanger, relieur doreur, dans 
l'almanach galant moral et critique en vaudevilles, fait, à 
la dernière page, une annonce d'un style presqu'incom- 
préhensible, mais trop intéressante pour ne pas être 
reproduite exactement, 

« Boulanger, relieur et doreur, vend différents alma- 
c nachs pour les berloques de montres en papier et en 
« rubans, et des vues d'optique, almanachs pour les étuis 
« à ressorts, les pyramides et pour les tableaux, aima- 
« nachs pour les caves, des nécessaires et pour tous 
« autres bijoux de poche, Almanachs de cabinet de toutes 
e grandeurs avec figures gravées par d'habiles artistes 
« le tout encadré sous glaces. 



142 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

« On trouvera aussi chez Fauteur dès plans et cartes 
« géographiques et divers sujets avec figures et paysages, 
« le tout enluminé et peint avec tout l'art possible pour 
« orner dififérentes tabatières et propres à être encadré 
a séparément pour les cabinets. Almanachs de poche 
« depuis six lignes jusqu'à quatre pouces de hauteur, 
a avec figures, chansons et musique, vend aussi des 
a lettres de change et billets à ordres gravés en taille 
« douce. L'auteur vient de mettre au jour deux almanachs 
c nouveaux ornés chacun de douze estampes galantes 
d morales et critiques, et analogues aux plaisirs de la 
« ville et de la campagne pour chaque mois, avec mu- 
d sique, perte et gain et chansons relatives aux sujets, 
« il fait et vend toutes sortes de couvertures pour les 
«c almanachs. d 

En 1781, Boulanger s'intitule doreur sur cuir et sur 
soie (1) et vend : 

a L'almanach galant avec figures et chansons, celui des 
a plaisirs de la ville et de la campagne aussi avec figures 
«c et chansons. L'almanach des coiffures et costumes, douze 
« figures de femmes et six d'hommes en pied avec chansons» 
« L'almanach a^BC douze figures sur l'heureux accouche- 
a ment de la reine, les réjouissances qui l'ont suivi et sur 
«c l'entrée de leurs majestés dans la capitale. Il s'encadre 
d par un deux ou trois mois. On le vend aussi relié en 
a maroquin avec glace et sans glace, et des vers pour la 
a reine . L'almanach des quatre saisons et des quatre heures 
« du jour avec jolies figures analogues, laquel s'encadre 
« et se relie comme le précédent. L'almanach des amuse- 



(1) Boulanger ne se contente pas d'être éditeur, relieur, doreur, doreur sur 
cuir et sur soie ; il est encore auteur : ainsi que le témoigne le privilège du 
roi qui lui est accordé pour faire imprimer et douer au public un ouvrage de 
sa composition intitulé almanach galant, moral et critique ou vaudevilles, 
orné de gravures. • 



ALMANACHS DU XYIII® SIÈCLE 143 

€ ments et promenades de Paris, et de ses environs avec 
« douze estampes et chansons relatives au sujet. Toutes 
« ces figures sont dessinées et gravées par M. Queverdo, 
€ dont les talents sont connus. On trouve chez Boulanger 
« différents almanachs pour les breloques, 

« Il fait et vend toutes sortes de jolies couvertures or fin^ 
« ou en commun pour les almanachs exécutés dans le plus 
« bon goût soit en maroquin et mouton ou en bazane, 
« et dans les grandeurs convenables à tous les almanachs, 
« couvertures peintes et miniatures dans le dernier goût* 
c Ck)uvertures brochées supérieurement, on garantit la 
« broderie. » 

En 1786, à la dernière page d'un de ses plus char* 
mants almanachs, les délices du Palais-Royal^ Boulan- 
ger donne le catalogue de ceux qu'il met en vente : 

« Almanachs grandeur d'étrennes ornés de douze fig* 
« chacun : 1° du Palais-Royal ; 2® de la Comédie de 
« Figaro ; 3® de l'amour parmi les jeux ; 4fi des prome- 
« nades de Paris ; 5® des marchés de Paris ; 6<> des 
« costumes des deux sexes ; 7® galant moral et critique ; 
« 8o étrennes du sentiment ; 9° étrennes anacréontiques ; 
« IQo de l'amour, du ris et des jeux. 

«L'on trouvera chez' lui, bijoux relatifs et toutes 
« sortes de couvertures, d 

Dans un almanach, les Intrigues dé^la Capitale, pu- 
blié en 1782, chez Jubert, à Paris, nre Saint-Jacques, 
la porte cochère vis-à-vis les Mathurins, est imprimé 
l'avis suivant : 

« Jubert, successeur dfe M. Boimare, doreur sur cuir, 
« fait et tient magasin de toutes sortes de jolies couver- 
« tures d'almanachs, maroquin de toute couleur, avec 
< glaces et sans glaces, petits brillants et beaux brillants 
« avec jolis médaillons $t cercles d'or et d'argent, à la 



144 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

a provençale, brodés de toute façon avec médaillons, 
« peintures et cercles, il tient tout ce qu'il y a de plus 
<i nouveau en ce genre et de mieux fait en dedans, le 
<i tout avec glaces et petit gousset, petit almanach à la 
a Dauphine (1) avec de jolies gravures et glaces pour les 
<c dames, il pose toutes les armes et chiffres que l'on 
<c désire, des jolis médaillons et toutes sortes d'inscrip- 
« tions sur les portes-feuilles et registres, il fait tout ce 
a que Ton peut demander dans ce genre, il fait aussi les 
a envois pour la province et les pays étrangers. » 

Plus tard, Janet, successeur de Jubert, annonce dans 
V Apologie de la tendresse ou le pouvoir de Vamitié ±791 y 
quelques almanachs nouveaux qui se trouvent chez lui 
et qui se vendent ainsi que beaucoup d'autres brochés ou 
brodés avec couvertures de maroquin, mouton etc., avec 
étuis, glaces et sans glaces. 

En 1793, la veuve Tiger, au Pilier Littéraire, place de 
Cambrai, publie des almanachs et tient pour eux, ma- 
nufacture de couvertures* 

En 1795, Demoraine, imprimeur- libraire, rue du Petit- 
Pont, annonce dans le Chasseur et la Meunière, alma- 
nach chantant, qu'il tient une spécialité d'almanachs 
connus sous le nom d'Étrennes. 

D'autres libraires, Lattre, Duchesne, Lesclapart, Va- 
lade, Langlois, Cailleau, Levacher, GuefBer, Ouvrier, 
Esnault et Rapilly, Bailly, Ardoin, etc., impriment et 
répandent à profusion toutes sortes d'almanachs illustrés. 

Il y en a d'historiques, d'anecdotiques, de géogra- 
phiques, de chronométriques, de lyriques, d'anacréon- 
tiques ; il y en a qui sont tout cela, comme le Petit 



(1) Sans donte l'almanach en forme de carnet oblong, contenant le calen- 
drier avec petites figures en tête de chaque mois et des feuillets blancs pour y 
écrire avec le stylet minéral ; la reUure en maroquin, avec ^ace sur l'un des 
plats. Sur l'autre plat, un dauphin couronné. 



ALMANACHS DU XYim SIÈCLE 145 

théâtre de V Univers, étrennes naturelles précieuses, ins- 
tructives et amusantes, 1784 ; il y a même celui qui nous 
est pas un, le Babillard instruit, 1787. 

Il y en a pour la cuisine, VAlmanach du comestible; 
nécessaire aux personnes de bon goût et de bon appétit, 
1778 ; pour le jardinage, les Délices de Cérès^ Pomone et 
Flore, 1774 ; pour les voyageurs, V Indicateur fidèle, 1766. 

La danse a VAlmanach dansant, 1770 ; la chasse. 
VAlmanach du chasseur, 1773 ; la religion, VAlmanach 
théocratique, 1797 ; les fables ont le leur : les Étrennes 
d Esope aux Français. 

Les Métamorphoses di Ovide en chansons et le Petit 
Manuel mythologique sont ceux de la mythologie. 

Et même I les maris infortunés ont le leur : VAlmanach 
des C...S, 1740. 

Les enfants ne sont pas oubliés ; le Devoir des enfants, 
1793, par Silvàin Maréchal, a été écrit et illustré pour eux. 

En regard d'une figure représentant une scène enfan- 
tine, le nouvel an, l'école, les vacances, la bonne fête, 
les oreilles d'âne, la danse, etc... une page de texte gravé 
relatif au sujet et commençant par ces mots : ^ Mes 
petits amis > (pour l'école). « Mes petits amis, le jeune 
arbre qui prend une croissance irrégulière ne regarde 
pas de mauvais œil le jardinier sage qui le redresse. 
Imitez ce jeune arbre, un jour vous nous remercierez 
des rigueurs de nos leçons, etc., etc. d 

Il y en a de microscopiques Paul et Virginie, 1793; 
le Télescope des clairvoyans, 1791, etc., que l'on met dans 
des médaillons servant de breloques ou que le confiseur 
Chervain, au grand Mazarin, place dans les bonbons à 
surprise qu'il vend à ses nombreux clients. 

M. le baron Pichon a la bonne fortune d'en posséder 
plusieurs dans sa précieuse collection ; l'un surtout très 
remarquable, contenu dans un étui en or (0"» 025 de hau- 
teur, On>02 de largeur), breloque en forme délivre, sur 

1891 10 



144 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

n provençale, brodés de toute façon avec médaillons, 
« peintures et cercles, il tient tout ce qu'il y a de plus 
^ nouveau en ce genre et de mieux fait en dedans, le 
<i tout avec glaces et petit gousset, petit almanach à la 
a Dauphine (1) avec de jolies gravures et glaces pour les 
« dames, il pose toutes les armes et chiffres que l'on 
« désire, des jolis médaillons et toutes sortes d'inscrip- 
« tions sur les portes-feuilles et registres, il fait tout ce 
<i que l'on peut demander dans ce genre, il fait aussi les 
« envois pour la province et les pays étrangers. » 

Plus tard, Janet, successeur de Jubert, annonce dans 
V Apologie de la tendresse ou le pouvoir de V amitié 1797, 
quelques almanachs nouveaux qui se trouvent chez lui 
et qui se vendent ainsi que beaucoup d'autres brochés ou 
brodés avec couvertures de maroquin, mouton etc., avec 
étuis, glaces et sans glaces. 

En 1793, la veuve Tiger, au Pilier Littéraire, place de 
Cambrai, publie des almanachs et tient pour eux, ma- 
nufacture de couvertures» 

En 1795, Demoraine, imprimeur-libraire, rue du Petit- 
Pont, annonce dans le Chasseur et la Meunière, alma- 
nach chantant, qu'il tient une spécialité d'almanachs 
connus sous le nom d'Étrennes. 

D'autres libraires, Lattre, Duchesne, Lesclapart, Va- 
lade, Langlois, Cailleau, Levacher, GuefBer, Ouvrier, 
Esnault et Rapilly, Bailly, Ardoin, etc., impriment et 
répandent à profusion toutes sortes d'almanachs illustrés. 

Il y en a d'historiques, d'anecdotiques, de géogra- 
phiques, de chronométriques, de lyriques, d'anacréon- 
tiques ; il y en a qui sont tout cela, comme le Petit 



(1) Sans donte l'almanach en forme de carnet oblong, contenant le calen- 
drier avec petites figures en tête de chaque mois et des feuillets blancs pour y 
écrire avec le stylet minéral ; la reliure en maroquin, avec glace sur l'un des 
plats. Sur l'autre plat, un dauphin couronné. 



ALMANACHS DU XVim SIÈCLE 145 

théâtre de V Univers, étrennes naturelles précieuses, ins- 
tructives et amusantes, 1784 ; il y a même celui qui nous 
est pas un, le Babillard instruit, 1787. 

Il y en a pour la cuisine, VAlmanach du comestible, 
nécessaire aux personnes de bon goût et de bon appétit, 
1778 ; pour le jardinage, les Délices de Cérès^ Pomone et 
Flore, 1774 ; pour les voyageurs, V Indicateur fidèle, 1766. 

La danse a VAlmanach dansant, 1770 ; la chasse. 
YAlmcaiach du chasseur, 1773 ; la religion, VAlmanach 
théocratique, 1797 ; les fables ont le leur : les Étrennes 
d Esope aux Français. 

Les Métamorphoses d! Ovide en chansons et le Petit 
Manuel mythologique sont ceux de la mythologie. 

Et même I les maris infortunés ont le leur : VAlmanach 
des C...S, 1740. 

Les enfants ne sont pas oubliés ; le Devoir des enfants, 
1793, par Silvàin Maréchal, a été écrit et illustré pour eux. 

En regard d'une figure représentant une scène enfan- 
tine, le nouvel an, l'école, les vacances, la bonne fête, 
les oreilles d'âne, la danse, etc.. une page de texte gravé 
relatif au sujet et commençant par ces mots : ^ Mes 
petits amis > (pour l'école). « Mes petits amis, le jeune 
arbre qui prend une croissance irréguUère ne regarde 
pas de mauvais œil le jardinier sage qui le redresse. 
Imitez ce jeune arbre, un jour vous nous remercierez 
des rigueurs de nos leçons, etc., etc. d 

n y en a de microscopiques Paul et Virginie, 1793; 
le Télescope des clairvoyans, 1791, etc., que l'on met dans 
des médaillons servant de breloques ou que le confiseur 
Chervain, au grand Mazarin, place dans les bonbons à 
surprise qu'il vend à ses nombreux clients. 

M. le baron Pichon a la bonne fortune d'en posséder 
plusieurs dans sa précieuse collection ; l'un surtout très 
remarquable, contenu dans un étui en or (0™ 025 de hau- 
teur, 0»02 de largeur), breloque en forme délivre, sur 

1891 10 



138 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

<c nant huit cents différents secrets sur l'agriculture, les 
ce arts et métiers, extraits de plus de mille auteurs et 
« des meilleures recettes en 4 vol. in-24, brochés 4 livres, 
« le calendrier perpétuel avec Texplication de ses usages. 
« Toutes ces étrennes réunissentle nécessaire et l'agréable, 
a Elles méritent encore l'accueil le plus favorable, à cause 
« des tablettes avec perte et gain et du papier nouveau, 
« de la composition du sieur Desnos, qui réunit tous les 
<L avantages de celui d'Hollande {sicj et qui peut être em- 
« ployé à toutes sortes d'usages, pour écrire et dessiner 
a au moyen d'un stylet minéral sans fin, enjolivé de 
a toutes les façons, adapté à ces tablettes, qui tient lieu 
<c de plume, d'encre et de crayon et qui sert longtemps 
<c sans qu'on soit obligé de tailler la pointe. Le sieur 
<i Desnos, qui n'a d'autre but que la satisfaction du 
<c public, a décoré ces almanachs de reliures les plus 
« élégantes, en maroquin veau et carton, avec ferme- 
ce tures, de manière à ne pas s'ouvrir dans la poche. 
<t Ces almanachs sont enrichis d'estampes, qui les distin- 
ct guent des autres et sont de différentes grandeurs et 
ce de prix différents depuis 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9, 40 et 
« 42 livres, suivant les reliures. 

a La notice des almanachs du sieur Desnos (4), petite 
« brochure d'environ cent pages, où l'on donne une 
ce idée de chacun pour déterminer le choix du public, 
ce se distribuera gratuitement aux personnes qui feront 
ce l'acquisition de quelque exemplaire. Autrement, elle 
« se vendra une livre quatre sols. Le catalogue général 
ce desdits almanachs se distribuera aussi gratis et indis- 
<t tinctement à ceux qui désireront en prendre connais- 
<L sance. » 



( 1 ) Ces almanachs étaient connus sous le nom des Desnos. Ceux dont les 
figures étaient enluminées se vendaient plus cher : 6 li\Tes au lieu de 4 livres 
10 sols. 



ÂLMANACUS DU XVIW SIÈCLE 139 

Heureux, trois fois heureux î le bibliophile qui décou- 
Trira ce rarissime catalogue. Il pourra se vanter de 

n'avoir pas perdu sa journée ! 

Desnos portait au plus haut degré Tart de la réclame. 
Dans la préface du Mémorial des gens desprity 1775, 
intitulée les rêveries d'un homme tout éveillé, pensées 
tmdines, l'éditeur explique le titre, le but et Tutilité de 
cet almanach, composé seulement de feuillets blancs du 
papier de son invention. 

c Que d'auteurs ne font que barbouiller du papier, 
c semblables à ces chenilles qui gâtent k»s feuilles des 
c arbres sur lesquelles elles rampent ! Que de gros livres 
a qui sont moins que de petites brochures î que de petites 
c brochures qui sont moins que rien ! Au milieu de tant 
c de célibataires ou de gens bons à rien, car c'est la même 
c chose, au milieu de tant de volumes et d'écrits en tous 
c genres, notre almanach aura seul la gloire d'être utile. 
« C'est ce que nous allons prouver du mieux qu'il sera 
« possible. 

a Ce petit livre ne saurait manquer d'abord d'être moins 
« rempli de fautes que les divers ouvrages de littérature 
« dont nous sommes inondés tous les jours, puisque les 
a trois quarts de ses feuilles sont en blanc. Que les 
« libraires s'avisent aussi de ne donner au public que 
« des volumes en blanc et nous défions la critique d'y 
« trouver à mordre. Que d'auteurs passeraient encore 
(L pour des gens d'esprit s'ils avaient connu l'expédient 
(L dont nous parlons ici... etc.. etc.... 

« La conversation de tant de gens serait-elle si souvent 
(L ennuyeuse, s'ils avaient coutume d'écrire les jolies 
(L choses, les traits saillants qu'ils entendent dire, afin de 
« les apprendre par cœur et de les débiter ensuite dans 
<( le monde comme s'ils étaient d'eux-mêmes etc. etc.. » 

Dans un autre almanach de Desnos, le Babillard ins' 
trait, 1787, contenant un choix de choses qu'il est le plus 



440 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

important de ne pas ignorer, avec des anecdotes et des 
observations intéressantes sur les mœurs et le génie des 
différents peuples, notamment des Français, des Anglais, 
des Espagnols, terminé par quelques anecdotes de la 
jeunesse de feu M. de Voltaire, c'est le recueil qui a 
Thonneur de se présenter en public : 

« Oui , lecteur judicieux , voici le plus original et le 
« plus piquant des recueils de mon genre. N'allez point 
a vous aviser de croire qu'avec son apparence de légè- 
« reté,il ne soit point très grave, très moral, très penseur, 
« très raisonnable. Je suis tout cela, mon cher lecteur ; 
« car c'est moi-même qui ai l'honneur de parler à 
a vous. 

« Les critiques de mauvaise humeur (et il n'y en a guère 
a que de cette espèce) vous diront peut-être que j'ai un 
a air de famille. Ne les croyez point, ami lecteur. Com- 
« mencez par me lire et vous finirez par suivre l'avis 
a que je prends la liberté de vous donner et je vous jure,, 
a foi d'almanach de bonne compagnie, que je serai tou- 
a jours assez vengé du dédain que ces messieurs affectent 
a ordinairement, je ne sais trop pourquoi, pour les pro- 
« ductions de mon espèce. 

a Mais cela ne suffit pas. Mesdames ; car c'est princi- 
« paiement à vous que j'aime à avoir affaire. J'ai ma 
« forme comme un autre almanach et je me flatte néan- 
« moins dans mon petit volume de vous laisser peu de 
a choses à désirer, d'abord sur l'agrément qu'il faut 
a toujours avoir soin de faire marcher le premier avec 
a vous, en deuxième lieu sur l'utilité qu'on doit toujours 
a faire venir à la suite. C'est, ce me semble, un assez 
a grand mérite pour une espèce de hasard du coin du 
« feu, tel que je suis..., etc., etc. 

(L A l'égard de vous. Messieurs, vous pourrez vous 
a apercevoir du reste que mon rédacteur n'a eu garde 
a de vous oublier, puisqu'il a eu la bonté de pousser 



ALMANACHS DU XVni« SIÈCLE 141 

c rérudition en ma faveur au point de me mettre à 
« même de pouvoir vous offrir tout ce qui peut servir à 
« rendre les hommes meilleurs et plus dignes d'eux- 
€ mêmes, et encore une fois, Messieurs, ce n'est pas un 
« petit ser\4ce que celui-là, 

<t J'ai dit, Messieurs et Mesdames; je finis en me 
« remettant sous vos mains, et je suis toujours, quoi? 

«c Un Almanach. » 

En 1779, im libraire, relieur-doreur, Laporte, rue des 
Noyers, publiait un avis que l'on peut lire dans l'alma- 
nach, V Amour à V épreuve ou le bijou bien gardé. 

« L'accueil favorable que le public a toujours fait à 

€ cette espèce d'almanach, avec de petites gravures dont 

« le lecteur sait le sujet, aussitôt qu'il a lu la chanson, 

€ engage le libraire à en faire paraître un tous les ans, 

« de même format avec des sujets différents, pour que 

c ceux à qui ils plairont puissent en faire une collection 

« qui leur deviendra par la suite aussi précieuse qu'a- 

c gréable. » 

En 1789 également. Boulanger, relieur doreur, dans 
l'almanach galant moral et critique en vaudevilles, fait, à 
la dernière page, une annonce d'im style presqu'incom- 
préhensible, mais trop intéressante pour ne pas être 
reproduite exactement. 

« Boulanger, relieur et doreur, vend différents alma- 
a nachs pour les berloques de montres en papier et en 
c rubans, et des vues d'optique, almanachs pour les étuis 
« à ressorts, les pyramides et pour les tableaux, alma- 
« nachs pour les caves, des nécessaires et pour tous 
a autres bijoux de poche. Almanachs de cabinet de toutes 
a grandeurs avec figures gravées par d'habiles artistes 
« le tout encadré sous glaces* 



142 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

« On trouvera aussi chez Tauteur des plans et cartes 
« géographiques et divers sujets avec figures et paysages, 
« le tout enluminé et peint avec tout l'art possible pour 
« orner différentes tabatières et propres à être encadré 
« séparément pour les cabinets. Almanachs de poche 
c depuis six lignes jusqu'à quatre pouces de hauteur, 
« avec figures, chansons et musique, vend aussi des 
a lettres de change et billets à ordres gravés en taille 
« douce. L'auteur vient de mettre au jour deux almanachs 
c nouveaux ornés chacun de douze estampes galantes 
« morales et critiques, et analogues aux plaisirs de la 
n ville et de la campagne pour chaque mois, avec mu- 
« sique, perte et gain et chansons relatives aux sujets^ 
« il fait et vend toutes sortes de couvertures pour les 
« almanachs. d 

En 1781, Boulanger s'intitule doreur sur cuir et sur 
soie (1) et vend : 

<t L'almanach galant avec figures et chansons, celui des 
« plaisirs de la ville et de la campagne aussi avec figures 
c etchansons. L'almanach des coififiires et costumes, douze 
« figures de femmes et six d'hommes en pied avec chansons, 
a L'almanach a\|BC douze figures sur l'heureux accouche- 
« ment de la reine, les réjouissances qui l'ont suivi et sur 
a l'entrée de leurs majestés dans la capitale. Il s'encadre 
a par un deux ou trois mois. On le vend aussi relié en 
« maroquin avec glace et sans glace, et desverspourla 
« reine . L'almanach des quatre saisons et des quatre heures 
« du jour avec jolies figures analogues, laquel s'encadre 
« et se relie comme le précédent. L'almanach des amuse- 



(1) Boulanger ne se contente pas d'être éditeur, relieur, doreur, doreur sur 
cuir et sur soie ; il est encore auteur : ainsi que le témoigne le privilège du 
roi qui lui est accordé pour faire imprimer et douer au public un ouorage de 
sa composition intitulé almanach galant, moral et critique ou vaudevilles^ 
orné de gravures. • 



ALMANACHS DU XVIII® SIÈCLE 143 

« ments et promenades de Paris, et de ses environs avec 
c douze estampes et chansons relatives au sujet. Toutes 
« ces figures sont dessinées et gravées par M. Queverdo, 
c dont les talents sont connus. On trouve chez Boulanger 
c différents almanachs pour les breloques. 

(L II fait et vend toutes sortes de jolies couvertures or fin, 
c ou en commun pour les almanachs exécutés dans le plus 
<t bon goût soit en maroquin et mouton ou en bazane, 
<t et dans les grandeurs convenables à tous les almanachs, 
a couvertures peintes et miniatures dans le dernier goût* 
c Couvertures brochées supérieurement, on garantit la 
a broderie. » 

En 1786, à la dernière page d'un de ses plus char- 
mants almanachs, les délices du Palais-Royal, Boulan- 
ger donne le catalogue de ceux qu'il met en vente : 

« Almanachs grandeur d'étrennes ornés de douze fig. 
« chacun : 1^ du Palais-Royal ; S® de la Comédie de 
« Figaro ; 3® de l'amour parmi les jeux ; 4® des prome- 
<L nades de Paris ; 5<> des marchés de Paris ; 6» des 
« costumes des deux sexes ; 7» galant moral et critique ; 
« 8® étrennes du sentiment ; 9^ étrennes anacréontiques ; 
« lO de l'amour, du ris et des jeux. 

a L'on trouvera chez lui, bijoux relatifs et toutes 
«[ sortes de couvertures, d 

Dans un almanach, les Intrigues de^la Capitale, pu- 
blié en 1782, chez Jubert, à Paris, nfe Saint-Jacques, 
la porte cochère vis-à-vis les Mathurins, est imprimé 
l'avis suivant : 

« Jubert, successeur dfe M. Boimare, doreur sur cuir, 
« fait et tient magasin de toutes sortes de jolies couver- 
« tures d'almanachs, maroquin de toute couleur, avec 
a glaces et sans glaces, petits brillants et beaux brillants 
a avec jolis médaillons çt cercles d'or et d'argent, à la 



144 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

« provençale, brodés de toute façon avec médaillons, 
« peintures et cercles, il tient tout ce qull y a de plus 
a nouveau en ce genre et de mieux fait en dedans, le 
a tout avec glaces et petit gousset, petit almanach à la 
a Dauphine (1) avec de jolies gravures et glaces pour les 
a dames, il pose toutes les armes et chiffres que Ton 
« désire, des jolis médaillons et toutes sortes d'inscrip- 
a tions sur les portes-feuilles et registres, il fait tout ce 
a que Ton peut demander dans ce genre, il fait aussi les 
a envois pour la province et les pays étrangers. » 

Plus tard, Janet, successeur de Jubert, annonce dans 
V Apologie de la tendresse ou le pouvoir de V amitié 1191 y 
quelques almanachs nouveaux qui se trouvent chez lui 
et qui se vendent ainsi que beaucoup d'autres brochés ou 
brodés avec couvertures de maroquin, mouton etc., avec 
étuis, glaces et sans glaces. 

En 4793, la veuve Tiger, au Pilier Littéraire, place de 
Cambrai, publie des almanachs et tient pour eux, ma- 
nufacture de couvertures» 

En 1795, Demoraine, imprimeur-libraire, rue du Petit- 
Pont, annonce dans le Chasseur et la Meunière, alma- 
nach chantant, qu'il tient une spécialité d'almanachs 
connus sous le nom d'Étrennes. 

D'autres libraires, Lattre, Duchesne, Lesclapart, Va- 
lade, Langlois, Cailleau, Levacher, GuefBer, Ouvrier, 
Esnault et Rapilly, Bailly, Ardoin, etc., impriment et 
répandent à profusion toutes sortes d'almanachs illustrés. 

II y en a d'historiques, d'anecdotiques, de géogra- 
phiques, de chronométriques, de lyriques, d'anacréon- 
tiques ; il y en a qui sont tout cela, comme le Petit 



( 1 ) Sans donte l'almanach en forme de carnet oblong, contenant le calen- 
drier avec petites figures en tête de chaque mois et des feuillets blancs pour y 
écrire avec le stylet minéral ; la reliure en maroquin, avec glace sur l'un des 
plats. Sur l'autre plat, un dauphin couronné. 



ALMANACHS DU XVin« SIÈCLE 445 

théâtre de r Univers, étrennes naturelles précieuses, ins- 
tructives et amusantes, 1784 ; il y a même celui qui nous 
est pas im, le Babillard instruit, 1787, 

n y en a pour la cuisine, VAlmanach du comestible, 
nécessaire aux personnes de bon goût et de bon appétit, 
1778 ; pour le jardinage, les Délices de Cérès^ Pomone et 
Flore, 1774 ; pour les voyageurs, Y Indicateur fidèle, 1766. 

La danse a VAlmanach dansant, 1770 ; la chasse. 
VAlmanach du chasseur, 1773 ; la religion, VAlmanach 
théocraUque, 1797 ; les fables ont le leur : les Étrennes 
(f Esope aux Français, 

Les Métamorphoses d* Ovide en chansons et le Petit 
Manuel mythologique sont ceux de la mythologie. 

Et même ! les maris infortunés ont le leur : VAlmanach 
des C...S, 1740. 

Les enfants ne sont pas oubliés ; le Devoir des enfants, 
1793, par Silvain Maréchal, a été écrit et illustré pour eux. 

En regard d'une figure représentant une scène enfan- 
tine, le nouvel an, Técole, les vacances, la bonne fête, 
les oreilles d'àne, la danse, etc.. une page de texte gravé 
relatif au sujet et commençant par ces mots : c Mes 
petits amis i» (pour l'école), c Mes petits amis, le jeune 
arbre qui prend ime croissance irréguUère ne regarde 
pas de mauvais œil le jardinier sage qui le redresse. 
Imitez ce jeune arbre, un jour vous nous remercierez 
des rigueurs de nos leçons, etc., etc. d 

n y en a de microscopiques Paul et Virginie, 1793; 
le Télescope des clairvoyans, 1791, etc., que l'on met dans 
des médaillons servant de breloques ou que le confiseur 
Chervain, au grand Mazarin, place dans les bonbons à 
surprise qu'il vend à ses nombreux clients. 

M. le baron Pichon a la bonne fortune d'en posséder 
plusieurs dans sa précieuse collection ; l'un surtout très 
remarquable, contenu dans im étui en or (0"» 025 de hau- 
teur, n» 02 de largeur), breloque en forme délivre, sur 

1891 10 



146 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

lequel est gravée une rose entourée de feuillages ; il est 
intitulé : Le | réveil matin | almanach | pour Vannée \ 
1766 I gravé par | Cocquelle | rue du petit | Pont chez 
un I limonadier AP (à Paris?) (1). 

Il y en a d'autres encore d'un format tout particulier ; 
leurs gravures sont combinées de façon à ce qu'en 
les dépliant et repliant de certaine manière suivant le 
caprice du moment, on obtient les mêmes personnages 
dans difierentes poses (les Délices ae Cythère ou Vécole de 
iamour, 1786 ; Vallette, 1 titre front, et quatre figures 
en couleur taisant douze sujets. 

La Révolution a ses almanachs ; ils sont en très grand 
nombre et M. Henry Welshinger a publié sur eux un 
travail des plus intéressants (in-12, Paris, Jouaust, 1884). 
Mais, à l'exception de V Almanach de la Révolution Fran- 
çaise, ornée des figures de Moreau, 1792 ; de celui des 
époques les plus intéressantes des révolutions de Paris ou 
le triomphe de la liberté 1790 ; du Panthéon des 
philantropes, 1791 ; du fanal des patriotes, 1791, et de 
quelques autres illustrés aussi par Dorgez, ils se ressen- 
tent de la décadence de l'art et du goût ; les petites 
estampes de médiocre composition sont moins finement 
gravées ; les reliures n'ont plus les attributs galants qui 
en faisaient le charme. Le bonnet phrygien remplace le 
carquois de l'amour ; le joli chansonnier n'est plus I 

Presque tous les almanachs illustrés du XVIII® siècle, 
étaient, en effet, des chansonniers. 



(1) En voici la description due à Tinépuisable obligeance de Theureux 
possesseur : 

En regard du titre, figure représentant deux laitières dont une sur un âne 
avec deux paniers ; 2* gravure, la marchande d'oranges ; 3*, la marchande de 
melons ; 4% la marchande d'allumettes ; 5*, le marchand de vieux chapeaux ; 
6", la marchande de plaisirs ; 7* la marchande de macra', le calendrier de 
Janvier et février ; les images reprennent : 8«, le porteur d'eau, calendrier 
mars, a\Til, mal, juin ; 9*, le remouleur, juillet et août ; 10*, la Bouquetière, 
septembre et octobre; 11*, le facteur de la petite poste, novembre et décembre. 



ALMANACHS DU XVHI® SIÈCLE 447 

a Notre goût pour les chansons, dit Fauteur de VAlma- 
« nach chantant ou étrennes aux jolies voix, se décèle 
« en quelque sorte malgré nous; nous mettons encore 
a en chansons tous les événements qui nous intéressent 
a et nos malheurs mêmes. C'est à ce goût décidé que Ton 
a consacre chaque année une quantité d'almanachs 
« chantants ; il n'est point de si mince rimeur qui ne 
« fournisse aux libraires sa juste part de chansons nou- 
« velles ; le plus souvent elles sont pitoj'ables ou n'ont 
« que le mérite de la circonstance, ayant été composées 
« pour des fêtes ou dans des sociétés particulières. » 

Cependant, dans ces recueils périodiques, qui comme 
tous les ans, sont meilleurs ou pires et dont les titres 
sont parfois des plus drôles, Valmanach jovial, chantant, 
dansant et même buvant. Il est joli comme un cœur. Il a 
le diable au corps. Le petit fou ou le polisson aimable. 
Loptimisme des nouveautés. Le narcotique des sages ou 
le véhicule de la folie, etc., etc.. on rencontre des vers 
spirituels et bien tournés, a Souvent l'anémone, la rose 
toute brillante qu'elle est se trouvent au milieu des char- 
dons » ; et Voltaire, le cardinal de Bernis, BouÊQers, 
Florian, de Piis, la comtesse de Beauharnais, Marivaux, 
^jme Deshoulicres, s'égarent parmi les plus médiocres 
rimeurs, nous faisant apprécier un genre de littérature 
frivole, il est \Tai, mais ne manquant ni de charme ni 
de grâce. 

Dans Tannée 1789, des Etrennes lyriques et anacréon- 
tiques (1781-1794), une chanson de M. de Piis inspire à 
Cochin un charmant frontispice, très finement gravé par 
Gaucher. Sur le comptoir d'une librairie, une jeime fille 
coupe un livre avec une flèche qui lui a été donnée par 
l'amour libraire, pendant qu'un jeune homme fait discrè- 
tement un signe au dieu malin et admire la jolie cliente. 

Et devinez- vous ce qu'il a dans sa boutique, l'amour? 
Des almanachs chantants ! ! 



148 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 



L'AMOUR LIBRAIRE 

Air : PhUis demande son portratU 



Quels métiers n'a pas fait l'amour 

Depuis qu'il est sur terre ? 
Peintre et médecin, tour à tour, 

Robin et militaire, 
On l'a TU même en capuchon, 

Courir le monde et plaire ; 
Groiriez-vous bien que le fripon 

Est à présent libraire ? 

n yend Sapho, Bion, Moschus, 

Anacréon, Tibulle, 
Horace, Properce, Gallus, 

Jean Second et Catulle, 
n ne tient, à la vérité, 

Qu'un chant de l'Enéide, 
Mais il met sa félicité 

A livrer tout Ovide. 

Voltaire, en face de Chaulieu, 

Près du bon Jean repose ; 
Molière et Racine, au milieu. 

Sont sur du bois de rose. 
Dorât, Pezay, Gesner, Bernard^ 

Bertin, Pamy, Chapelle, 
Imbert, Florian, Léonard, 

Sont rangés sur une aile. 

Chez lui, point de roman bavard. 

De drame léthargique, 
Quinault, Piron, Collé, Favart, 

Décorent sa boutique. 
Du vaudeville, né Français, 

Bravant les froids critiques, 
11 favorise le succès 

Des étrennes lyriques. 



ALMANACHS DU XYIII® SIÈCLE 149 

D'entrer chez ce joli marchand, 

Lise eut hier envie : 
Monsieur, lui dit-elle en tremblant. 

Je n'ai lu de ma vie, 
Pour choisir un livre en ce lieu. 

Le hasard seul m'amène. 
Je vous entends, lui dit le dieu, 

Et voici La Fontaine. 

Ses vieux vers sont toujours nouveaux 

Pour les beautés novices, 
Croyez que des yeux aussi beaux 

Lui doivent leurs prémices; 
Ils y pourront voir à profit, 

Cent histoires gentilles, 
"Et vous saurez comment F esprit 

Vient tout à coup aux filles. 

De ce volume curieux, 

Las ! les feuilles rebelles. 
Quatre par quatre, deux par deux. 

Tiennent encore entre elles. 
Contre l'amour en ce moment. 

Lise tout bas murmure ; 
Sa main va précipitamment 

Diviser la brochure. 

C'est où le malin Cupidon 

Attendait l'innocente. 
Vite, il l'arrête et lui fait don 

D'une flèche tranchante. 
Lise, vos doigts trop indiscrets 

Déchireraient la page. 
C'est de la pointe de mes traits 

Qu'il vous faut faire usage. 

Pauvre Lise, je m'aperçois 

Que ta main n'est pas sûre, 
N'ouvre qu'un feuillet à la fois. 

Pour le lire à mesure. 
Lise veut, dans son ardeur, 

En couper davantage. 
Et le trait va percer son cœur 

En glissant de l'ouvrage. 



450 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

Les plus grandes dames ne dédaignent pas de donner 
une place dans leurs élégants boudoirs à ces petits volu- 
mes de poésies légères ; la reine Marie-Antoinette possé- 
dait un charmant exemplaire à ses armes, reliure de 
maroquin rouge, avec agraflfes d'argent, comprenant les 
huit recueils suivants : (1) 

Les fête^ publiques sur Vavènement de Louis XVI au 
trône, almanach chantant, à Paris, chez la V*' Duchesne. 
Le Monde, comédie. Id., idem. Etrennes de V amitié ou 
nouvel almanach des Francs-Maçons. Mon favori ou les 
jeux lyriques, almanach chantant à Paphos. Tablettes de 
Thalie ou l'amour et la nature, almanach chantant à 
Paphos. Le don du sentiment, etrennes expressives du 
cœur, à Paphos, chez Anacréon. Almanach de table 
chantant ou les plaisirs de Bacchus et l'amour. Les amu- 
sements du bel âge, etrennes chantantes, à Paris, chez 
la V® Duchesne. 

Les almanachs illustrés du XVII^ siècle n'ont pas tous 
la même valeur artistique ; mais un certain nombre 
d'entre eux, en bonne condition de fraîcheur, et les 
gravures en épreuves de l®"* tirage n'est pas indigne de 
figurer dans les collections les mieux choisies. Plus d'un 
bibliophile ouvrirait avec amour l'almanach de Gotha^ 
avec les délicieuses figures de Freudeberg pour le monu- 
ment du costume, celui de la loterie de l'École Royale 
militaire, les délices de Gérés, Pomone et Flore, les 
amusements et promenades de Paris, le bijou de la 
reine, l'amour parmi les jeux, les belles marchandes de 
Paris, les fantaisies aimables, les délices du Palais-Royal > 
l'instant heureux de Gythère, les intrigues de la capitale. 



(1) Ce précieux exemplaire figurait sous le numéro 204, catalogue la Bérau- 
diére, 1883. Vendu 760 fr. M. le baron Pichon possède un recueil du même 
gem'e, contenant 7 almanachs, 1791, sans figures, la reliure est la même ; il a 
aussi une facture de Blaisot, libraire, où l'on voit que ces recueils coûtaient à 
la reine 22 livres 10 sols. 



ALMANACHS DU XVIIIC SIÈCLE 151 

la journée d'une jolie femme, les petits recueils de modes 
et costumes ; d'autres encore, presque tous mis en vente 
par Desnos, Boulanger, Jubert, de 1771 à 1792, et se 
plairait à faire, en compagnie de Tun de ces charmants 
petits livres, un retour vers le XVIII^ siècle, ce siècle de 
toutes les élégances. 

Et maintenant, cher lecteur, « considérant qu'il n'y a 
non plus de livres sans fautes que de printemps sans 
chenilles », comme dit Jean Elzevier dans un volume 
imprimé à Leiden, 1759, soyez indulgent et pardonnez 
les omissions, les erreurs peut-être, qui ont pu se glisser 
dans cette petite notice. 

Vicomte de Savigny de Moncorps. 

Château de Fertot. décembre 1890. 



BIBLIOGRAPHIE DTN AMATEUR 



DESCRIPTION ET ANALYSE 

DE LIVRES ANCIENS 

RARES ET CURIEUX 

(suite) 



11 . — fflSTOIRE 1 1 ANTIQVE 1 1 ET MERVEILLEVSE 
1 1 dv Chasteav de Vi- 1 1 cestre près Paris. 1 1 — Et se 
vendent en la rue S. lacques à 1 1 l'enseigne saint 
Nicolas. — Sans date. 

Pet. in-8o de seize feuillets non chiffrés. Signatures A.B. 
Cahiers de huit feuillets. Réclame au verso du dernier 
feuillet du premier cahier. Imprimé en lettres rondes. 
Figure sur bois sur le titre. 

Le titre occupe le recto du premier feuillet ; il contient une 
figure sur bois représentant un château fort, assiégé par une armée. 
Le verso de ce feuillet ne contient qu*un bois d'ornement en forme 
d'encadrement. Le texte commence, par une lettre ornée, au recto du 
second feuillet et se termine au bas du verso du seizième ; il est divisé 
en neuf chapitres, dont les sommaires sont imprimés en caractères ita- 9 
ligues. < Cette édition sans date, dit Brunet, est celle qu'annonce le 
catalogue d'un amateur par Renouard, III p . 299 comme in-12 et 
imprimée vers 1530; c'est néanmoins un petit in-8o que nous ne croyons 
pas antérieur aux années 1560 ou 1580 et qui aura été imprimé 
par Nicolas Bonfons. » Brunet a raison, quand il affirme que cette 
édition est imprimée en petit in-S». Elle ne peut-être un in-12, les 
pontuseaux étant perpendiculaires, et chaque cahier se composant 



BILLIOGR\PHIE d'UN AMATEUR 453 

de seize pages ; mais il doit se tromper, quand il indique Nicolas 
Bonfons comme Timprimeur. Sa boutique portait bien l'enseigne 
de Saint Nicolas, mais elle était située rue Neuve Notre-Dame. 
Rue Saint Jacques, à cette même enseigne de Saint Nicolas, se 
trouvait la boutique des Jehan Ruelle libraires, le premier de 1541 
à 1571 et le second de 1571 à 1606. Ce qui établit en outre que 
rhistoire antique et merveilleuse du chasteau de Vicestre, sort de 
chez Tun des Jehan Ruelle, c'est que la figure qui se trouve sur le 
titre, est celle qui a servi, dans un ouvrage d'Artus Désiré : Les 
batailles et les victoires du chevalier céleste, imprimé par Jehan 
Ruelle, à renseigne Sainct Nicolas, rue Sainct Jacques, en 1560. 
Cette figure, dans ce dernier ouvrage, est placée au f» 154 où elle 
représente la Cité de Dieu, allégée par les Hérétiques. 

Le roi saint Louis, en 1250, avait acquis d'un nommé 
Le Queux un enclos situé sur la paroisse de Gentilly. Il 
en fit don à des chartreux ; ils y élevèrent un cloître, 
qu'ils abandonnèrent quelques années plus tard. Vers 1285, 
Jean de Pontoise, évêque de Winchester et courtisan de 
Philippe-Auguste^ construisit un château sur l'emplace- 
ment de ce cloître. Confisqué par Philippe le Bel, occupé 
par les Anglais lors des guerres du roi Jean, le château 
de Winchester, vers 1345, entra dans le domaine de la 
maison royale de France. Charles V en fit don à son 
frère le duc de Berry. Sous le règne de Charles VI, ce 
seigneur en augmenta considérablement les constructions 
et en fit une demeure royale. Dans la Fleur des Antiquités 
de Paris, qu'il publia en 1532, Corrozet cite ce château 
parmi les beaux édifices élevés sous le règne du roi 
Charles VI, alors qu'Hugues Aubriot a estait Prévost de 
Paris par la poursuyte duquel furent faictz et ediffiez plu- 
sieurs beaulx et fors édifices. Assavoir est le pont Sainct 
Michel, les murs de devers la Bastille Sainct Antoine, le 
long de la rivière de Seine. Et aussi le petit Chastellet et 
petit Pont qui furent faitz de pierre de la sôme de dix 

huit mille escus 

Séblablement environ ce téps le duc de Berrg fils du rog 
Jehan et oncle de Charles sixiesme fit ediffier Ihostel de 



154 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

Neelle a Paris près la porte sainct Germain et aussi une 
maison de plaisance près Paris quon appelle le chasteau 
de Vicestre, » Le nom primitif de Winchester s'était ainsi 
modifié ; il devait encore se transformer et devenir Bicètre . 
Lors de la lutte des Bourguignons et des Armagnacs, le 
duc de Berry s'y retira avec le duc d'Orléans. Assiégé en 
1411 par les bouchers de Paris, dévoués au duc de Bour- 
gogne, le château fut pillé et incendié. En 1416, le duc de 
Berry en donna les ruines au chapitre de Notre-Dame de 
Paris. Cette donation fut confirmée par Charles VII en 
1441 et par Louis XI en 1464. Les chanoines de Notre- 
Dame ne prirent aucun soin du domaine dont on les 
avait gratifiés, et ses ruines devinrent le refuge des rou- 
tiers, des détrousseurs et des Egyptiens. Dans son Petit 
testament, Villon, qui avait sans doute fréquenté le châ- 
teau de Vicestre avec ses compagnons ordinaires, le légua 
au seigneur de Grigny. 



Item au seigneur de Grigny^ 
Laisse la garde de Nygon, 
Et six chiens plus qu'à Montigny, 
Vicestre, chastel et donjon. 



Dans le cours du XVI^ siècle et au commencement du 
XVII«, la superstition populaire considérait Vicestre 
comme un séjour maudit, hanté de démons. En 1632, il 
rentra dans le domaine de la couronne. Le cardinal de 
Richelieu fit alors raser ce qui restait encore debout de 
ce repaire, et construisit sur son emplacement un hospice 
pour les soldats invalides. Ces bâtiments sont aujourd'hui 
ceux de l'hôpital de Bicètre. Peu après la destruction des 
ruines de l'ancien château, en 1634, on publia à Paris, 
chez J. Brunet, une pièce in-12, intitulée : a La chasse 
donnée aux espouventahles esprits du chasteau de Bicestre 
près la ville de Paris, par la démolition qui en a esté 
faite avec les estranges tintamarres et effroyables apport- 



BIBLIOGRAPHIE D'UN AMATEUR 155 

tions qui s y sont toujours veus, » Elle a été réimprimée 
en fac-similé chez Motteroz, en 1875. 

L histoire antique et merveilleuse du chasteau de 
Vicestre, publiée vers la fin du XVI*^ siècle, par Jehan 
Ruelle, est un conte légendaire, sur les origines de ce châ- 
teau, qu'on peut classer parmi les romans de chevalerie. 

Comme il n'a pas encore été réimprimé, je le transcris 
en entier pour ceux qui s'intéressent aux documents 
relatifs aux environs de Paris. 

UHistoire Merveilleuse du Chasteau de Vicestre. 

Il fut vn Roy d'estrange contrée nommé Fernand, qui eut vn 
beau fils nommé Geson, lequel il fit cheualier en l'aage de vingt 
ans. Et par le conseil que son père luy donna, il eut enuie d'aller 
chercher diuers pays & trouuer nouuelle habitation & pour le con- 
duire luy bailla vingt cheualiers bien montez & en bon ecjuipage. 
Si se partit Geson Se ses vingts cheualiers après auoir prins congé 
de son père, & cheuaucherent tant qu'ils arriuerent a Paris, ou ils 
trouuerent le Roy de Paris qui pour loi's y faisoit sa demeure, & 
après la reuerance par eux faite, le Roy leur demanda ce qu'ils 
cherchoient en son pays, &ilsluy respondirent. Sire nous cherchons 
aduenture, certes dict le Roy il y a assez près de ceste ville vn chas- 
teau nommé vicestre ou on trouue tonsiours grandes aduentures, 
& se vous y vouliez demeurer & le garder ie vous le dône, ce que 
Geson accepta , & le remercia grâdemêt, & vint au chasteau de 
vicestre qu'il trouua fort beau. Alors il demanda a vn Hermite qu'il 
trouua dedans qui auoit faict ce chasteau, & il luy resuondit que 
sçauoit esté vn enchanteur nommé sommas qui auoit enchanté 
ledict chasteau, & qu'il y auoit des grans trésors en la caue diceluy 
ou nul n'osoit y aller. Lors se logèrent Geson & ses cheualiers au 
chasteau & le fit meubler en peu de iours de tout ce qu'il faut a la 
garnison d'vn tel chasteau. Se quàd il eut magniûquement faict 
accoustrer ledict chasteau, il enuoya le plus grand de ses cheualiers 
vers le Roy de Paris luy demander sa fille pour estre sa femme qui 
estoit vne belle & excellente princesse nomme Yolant, laquelle luy 
fut promise, & peu de temps après l'espousa en gràd ioye. Si 
furent les nopces faites audit chasteau ou assistant le Roi de Paris 
couronna Geson Roy du chasteau de Vicestre en présence des che- 
ualiers tant d'vn costé que d'autre, adonc tous les cheualiers de 
plusieurs pays vindrent aux nopces lesquels se donnèrent tous au 



456 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

Roy Geson pour estre ses subiets. Et quâd se vint au disner que les 
deux Roys 8c Roines 8c leurs barons estoient assis 8c mangeoient, 
Sômas renchanteur fondateur de Vicestre s'apparut au milieu de la 
salle auec tonnerres foudres 8c tempestes, 8c estoit ledict Sommas 
vestu a la mode de Turquie lequel commença a dire en présence de 
tous. Geson sçachez cpie ie suis Sommas fondateur de ce chasteau 
lequel te fais a sçauoir que tant que tu viuras en seras Roy paisible : 
mais que tu ne me vienne point troubler en ma caue ou sont mes 
trésors & enchantemens lesquels enchantemens ne seront iamais mis 
afin que par vn cheualier qui descendra de ta lignée 8c ce aduiendra 
quand il y aura eu cent Rois a Paris Se de ce n'en faites nulle doubte. 

Comment après que Sommas Venchanteur fut disparu le Roy 
ordonna des ioustes par l'espace de huict iours et des choses 
qui advindrent. 

Après qu'il eut acheué sa parolle il se disparut 8c s'en ala 8c a 
son retour le chasteau de Vicestre trembla dont les deux Roys en 
furent bien esbahis, & voua le Roy Geson de ne faire aucun em- 
peschement a la caue, 8c se resiouit que de luy deuoit descendre 
celuy qui mettroit la fin aux aduentures du chasteau de Vicestre, 
lors leuerent incontinent les tables, le disner faict, 8c les cheualiers 
nouueaux venus entreprindrent vn tournoy contre ceux que le Roy 
Geson auoit emmenez de son pays, 8c pour se faire il s'en allèrent 
tous armer et bien montez a cheual vindrêt chacun sur les rancs ou 
ils iousterent fort bien. Les deux Roys y iousterent aussi & firent 
des merueilleux faits d'armes abatàs tous les cheualiers qu'ils r'en- 
côtroient iusques a tant que la retraicte fut sonnée pour aller sou- 
per. Aussi dura la feste par l'espace de huit iours en tous esbate- 
mens, durant lequel temps deux cheualiers l'vn nommé Brandis, et 
l'autre Brasdefer vouèrent d'accomplir ce qui s'ensuit pour l'amour 
de la belle Geande qui estoit cousine de la Roine de Vicestre. C'est 
a sçauoir Brandis voua qu'il se tiendroit tout assis sur son ceual 
sans mouuoir par l'espace de deux heures ou il attêdroit tous che- 
ualiers qui voudroient iouster contre luy a lance aceree 8c celuy 
qui Tabbateroit : il auroit vn leurier d'or massif & Bras-defer voua 
qu'il abbateroit tous ceux qu'il trouueroit au tournoy : & que s'il 
failloit a abbatre vn cheualier il luy donneroit vn cerf tout d'or : & 
que iamais en après il ne porteroit armes cy ce n'estoit pour les 
dames. Et encores cpie tous ceux qu'il abbatroit il les enuoieroit 
prisonniers à la belle Geande, ce que les deux cheualiers vouerêt ils 
l'accomplirent en leur grand honneur & gloire, dont depuis ils 
furent bien renommez. 



BIBUOGRAPHIE D'UN ABfATEUR 157 

Comment Helias un des cheualiers du Ray Geson fut victorieux et 
emmena le Cheval Fee nomme passavant^ & comme deux 
Roys vindrent assiéger le chasteau de Yicestre, 

Adonc Helias le principal de toute la cheualerie ayant ouy reciter 
que a cinquante lieue loing de là y avoit vn cheual fee nommé 
passauant qui par l'ëchantement de Sommas estoit gardé en vne 
motagne par deux esprits, se délibéra de Taller conquerre, & pour 
ce faire print c5gé de la court, et cheuaucha tant qu'il vint au 
lieu ou estoit le cheual. Lorscpi'il fut là il s'arma de ses armes 
& Tint contre les deux esprits qui estoient en estât de cheualiers 
tous noirs lesquels fraperent Helias de leurs laces rouge comme 
feu sus son escu : mais Helias en abbatit vn par terre qui ne s*en 
peut releuer, puis après il recouura sur l'autre & luy en fit autant, 
& leur fit créances qu'il auroit le cheual passauant^ & alors les 
esprits luy creancerêt & en outre luy dirent que le cheual serui- 
roit a celuy qui mettroit a fin les aduentures du chasteau de 
\icestre qui descendroit de la lignée du Roy Geson, adonc Helias 
print le cheual fee & le mena au Roy Greson en luy disant ce que 
les esprits luy auoiêt dit, dont il fut moult ioyeux, & adonc le Roy 
de llsle noire & le Roy de la terre saunage qui auoient ouy parler 
des enchantemës de la caue de Yicestre par leur orgueil délibérè- 
rent de mettre à fin les aduentures, & que si on ne les y laissoit 
aller ils destruyroient le Roy Geson, si menerêt leur ost deuant 
Yicestre, et quàt Geson sçeut pourquoy cestoit, il ne les y voulut 
laisser passer : mais les admonesta du danger qui y estoit, ce qui 
ne voulurent croire, parquoy ils assiégèrent le chasteau de Yicestre. 
Le Roy Geson voyant cela fit armer ses cheualiers et manda secours 
au Roy de Paris qui lui en bailla, & sortit tous du chasteau auee 
ses gens, lesquels firent si bien leur deuoir que les deux Rois et 
leurs gens furent desconfits & s'en retournèrent tous confvs. 

Des choses merueilleuses qui advindrent aux canes du chasteau, 
et des esprits qui apparurent a la belle Geande dont elle en 
mourut. 

w 

Âpres que ceste bataille fut aussi faite chacun s'en alla retraire a 
son logis : & aussi comme le Roy disnoit on vit des fiâmes de feu 
ardentes qui cheurent sur le trou de la caue auec grosse têpeste, et lors 
fut ouye vne voix qpii dit aussi. C'est-cy la caue aux merueilles ou 
nul tant soit hardy ne descende s'il ne veut mourir, & quàd la voix 
fut cessée chacun demeura fort esbahy fors d'vn cheualier nommé 



158 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

Branor le Brun qui dit deuant tous que ce n'estoit que mocquerie, 
& qu'il y decendroit pour essaier s'il estoit vray et nôobstant la 
remonstrance qu'on luy fit il s'arma print son espee & descêdit en 
la caue, dont puis ne reuint : car on l'ouit crier iusques a la mort 
& la il fma ses iours. De ces choses fut le Roi Geson bien esbahy, 
& quant on eut disné chacun s'en alla esbatre a son plaisir, & la 
belle Geande accompagnée du cheualier Bataquas s'en alla en sa 
chambre iouer aux esches mais a elle s'apparurét deux esprits qui 
lui semblèrent si hideux qu'elle en mourut la nuit ensuiuât, lors 
Bataquas qui estoit auec elle empoigne son espee, et court sus les 
esprits pour les combatre & tant les poursuit qu'il les contraignit a 
eux en fuir, & les vit-on entrer tout bruyant dedàs la caue : Puis fut 
la belle Geande bruslee selon la coustume ancienne laquelle fut de 
toute la court fort plainte. 



Comme le Roy Geson donna congé à son fils d*aller combatre un 
lyon qui venoit souvent faire dômage a Paris, 

Or auoit le Roy de Vicestre vn fils nommé Cloudœre auquel les 
nouuelles vindrent qu'aux portes de Paris couroit tous les iours vn 
Lion qui emportoit sa proie. Si demanda côgé a son père pour l'aller 
combatre et il luy donna. Lors se vestit de ses armes & monta a 
cheual : & cheuaucha vers Paris, & en son chemin rencontra le 
Lyon qui venoit de quérir proie lequel il assailli de sa lance et le 
naura au costé : puis il se mist a pied, & après plusieurs assaillies 
de l'vn & de lautre le Lyon fut mys à mort lequel fut escorché de 
Cloudoere : & la peau portée au Roy Geson qui en fut moût ioieux. 
De la ioie que le Roy Geson eut de ceste aduenture il voulut aller à 
la chasse. Si fit aprester les cheualliers montèrent a cheual et en- 
trèrent en la forest ou ils leuerent vn cerf qui fut bien chassé et vené 
des chiens. Et si bien coururent le Roy & ses cheualliers que chacun 
s'esgara & demoura le Roy tout seul. Lors pensa de retourner au 
chasteau de "Vicestre ou estoit sa femme. Et en se peser se mist a 
chemin pour retourner : adonc quant il fut a la court du chasteau 
de Vicestre pour se vouloir mettre a pied (car il estoit sus le cheual 
I)assaiiant) a luy vindrent trois dames fées qui luy dirent ainsi. 
Roy il n'est pas temps de descendre, parquoy se tu es hardy viens 
après nous. Lors le Roy assis sus le cheual passauât, les suyuit : 
& il le mèneront en la caue des merveilles ou estoient les enchante- 
mens & de ce lieu oncques puis ne bougea car il garde les trésors 
de Sommas l'enchanteur. 



BIBLIOGRAPHIE D'UN AMATEUR 159 



Comment Cloudœre, fils du Roy Geson après que les barons eurent 
entendu la reuelation le couronnèrent Roy. 

En c'est endroit dit le compte que quant le Roy fut perdu tout le 
chasteau de Vicestre trembla : & de la peur que la Royne en eut 
elle mourut & ne scait on quelle deuint. Et a ces entrées faictes, 
reuindrent les cheualliers de la chasse qui cherchoient leur maistre. 
Lesquels quant ils virêt le chasteau trembler ils cuiderêt mourir de 
peur, adonc ils ouyrêt vue voix qui dit. Vostre Roy par le vouloir 
de Dieu & de Sômas Tenchanteur est en la caue de ce chasteau avec 
le cheual passauant lequel n'en sera deliuré iusques a ce que le 
cheuallier vienne qui doit descendre de la lignée de Gloudouere qui 
mettra a fin les aductures dudit chasteau & aura le cheual passauant : 
& autres choses qu'on luy garde. Et pour ce faictes Roy Gloudoere 
le fils dudit Roy Geson. A ces mots fut le Roy pleuré des barons 
de Vicestre : Et couronnèrent Gloudoere Roy de Vicestre qui le 
mesme iour se maria : & a ses nopces fut le Roy de Paris & plu- 
sieurs gros seigneurs. Et dura la feste trois sepmaines dot chacun 
se despartit. Vn peu après le Roy Gloudoere estant a l'esbat tout 
seul hors du chasteau vint a luy une Fee qui luy donna vne espee 
nommée argentine en luy disant ainsi. Roy voila vne espee que ie 
te done laquele tu porteras en ta vie : & a ta mort tu commanderas 
quelle soit enterrée auprès de la caue de ton chasteau : car c'est 
pour le cheuallier qui de toy descendera qui en acheuera les aduen- 
tures, lors le Roi print Tespee & la fee s'esuanouit : & le Roi la 
raostra a ses baros en leur disàt ce que la fee lui avoi dit. 

Comme annva vn Nain nommé le Roy de la terre Maligne lequel 
voulut iouster contre tous les cheualliers de Vicestre & fut abbatu 
2)ar Cloudoere <£' de ce qui en advint. 

Apres cela vint vn nain nommé le Roy de la terre Maligne qui 
demanda la iouste a tous les cheualliers de la court de Vicestre : 
Se iousta contre Brandis & Brasdefer, Helias, Bataquas & tous les 
autres lesquels il abbatit par terre : mais en la fin il fut abbatu par 
le Roy Gloudoere avec lequel il se tint vne espace de temps puis print 
congé de luy & s'en alla en son pais, le Roi Glodœre auoit vn fils nômé 
Fortamàt lequel estant allé a l'esbat auprès de la caue vit saillir de 
la dite caue vn grand Dragon. Lors il courut cpierir ses armes en 
sa chambre & vint l'espee traicte vers le dragon auquel il bouta 
l'espee iusques a la garde & le toucha au cœur, le dragon fit vn 
hideux cry, tellement que plusieurs Fouirent qui vindrent voir, ils 



460 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

furent tous esbahis quant ils virent le dragon mort et Fortaman 
auprès, si Tallerent dire a son père qui de la ioye qu'il en eut en fit 
faire feste l'espace de huict jours durant, les huict iours passez vint 
vn cheualier de France nommé Palixes qui emmena douze preud'- 
hommes hermites confez et repêtans de tous péchés lesquels en pro- 
cession : 8c auecques torches 8c luminaires entrèrent en la caue pour 
voir ce que c'estoit, 8c alloit le cheuallier Palixes après eux tout 
armé pour eombatre. Et quant ils furent vn peu entrés auant toutes 
les torches se souflerent tellement qu'ils ne voierent goutte 8c furent 
des esprits batus tellement que quant ils furet dehors il ne se pou- 
voient soustenir : & retournèrent a Paris. 

Comment Fortamant allant à la chasse é fut arresté par la Dame 
de l'Isle fortunée, & comme il s* en amoura. 

Ces choses ainsi faites Fortamant alla a la chasse ou il sesgara & 
ainsi qu'il cuidoit retourner la dame de l'Isle fortunée le print par 
le frain de son cheual & le mena en son pays : 8c d'elle s'énamoura 
si bien qu'il en eut vn fils qui fut nommé Ganor. Lors Fortamant 
a qui il enuoioit, s'en voulut retourner, & quant la dame le sceut 
elle lui donna vn escu de cristal et luy dist ainsi mon amy vous me 
laissez : tenez voila vn escu de cristal que ie vous d5ne a la charge 
que vous commâderez a vos gens cpie après vostre mort ledit escu 
soit enterré empres lespee au casteau de Vicestre, cela luy promist 
Fortamant lequel s'en retourna au chasteau vers son père auquel 
racôpta & a ses gens ce qu'il luy estoit aduenu, 8c monstra lescu de 
cristal dont on fit grand ioye par tout le chasteau. Mais la dite ioie 
guère ne dura car deux iours après, ainsi que le Roy Gloudœre se 
pourmenoit dedans la cour de son chasteau suruint vne foudre qui 
abatit vne grosse tour dudlct chasteau laquelle crauenta le Roi 
chacun vint a la rescouce : mais comme on le cuida prendre il fut 
euanouy, 8c oncques puis on ne le vit. Lors commencèrent les pleurs 
et gemissemens par le chasteau en très piteuse manière, 8c les barons 
firent enterrer l'espee argentine comme on Tauoit commandé. Et 
Fortamant voyant cela commanda que quant 8c quât l'escu de cristal 
fut mis auec ce qui fut fait et accomply. 

Comme le Roy fortamant demeura Roy de Vicestre & mourutbientost 
après ^ & comme le chasteau dura inhabitable. 

Alors fut fait Roy de Vicestre Fortamât, qui peu régna, car au 
bout de huit iours (de couroux de la mort de son père) il mourut 
& fut mys a la manière des Roys. Et aussi fit sa mère a la mort de 



BIBLIOGRAPHIE D'UN AMATEUR 161 

cestuy tout le chasteau trembla, il esclaira, tonna, 8c fouldroia 
& demoura sans gouuemeur. Deslors commença le chasteau a amen- 
drir 8c a choir pièce T^ne après Fautre. Et la dame de Tlsle for- 
tunée qui eut ses nouuelles conseilla a Ganor son fils quelle auoit 
eue du Roy Fortamant de laisser ledit chasteau et emmener la che- 
uallerie de Yicestre 8c chercher nouueUe habitation. Car dist elle il 
est destiné de par Sommas que tous ceux qui y demourôt iusques 
a ce que le cheuallier qui de vous doit descendre ait mis a fin les 
merueiUes de la caue, lequel aura le bon cheual passauant, Tespee 
argentine Tescu de cristal, Ganor creut le conseil de sa mère car 
il fit seller chevaux, trousser bagage, et manda tous les cheualliers 
de Yicestre ausquels il desclara son courage. Si montèrent a cheual 
trestous et tant cheuaucherent qu'ils arriuerent en Turquie ou ils 
demeurent de présent, & d'eux doit descendre vn cheualier qui 
conquerra le chasteau de vicestre, et ainsy finjray Thistoire merueil- 
leuse dudict chasteau de Vicestre. Priant tous ceux qui la liront qui 
la tiennent aussi vraye que vous estes en Paradis. Nonobstant en la 
lisant on euitera oysiueté et y prendra-on resiouissance. 

FIN 



L'exemplaire que je viens de décrire et de reproduire, 
a fait partie de la bibliothèque du prince d'Essling, ven- 
due en 1847 /Catalogue n» 300J. Il était alors relié en 
veau. Depuis il a été relié en maroquin rouge, avec filets 
et dos orné, par Trautz-Bauzonnet. Il existe un exem- 
plaire d'une autre édition, dont le titre est le même, im- 
primée aussi à Paris, rue Saint-Jacques, à renseigne 
Saint-Nicolas, mais portant la date dé M.DC.VI; d'après 
Brunet, elle est de format in-8® et de 29 pages. Cet 
exemplaire relié en maroquin rouge par Padeloup, a fait 
partie de la bibliothèque du duc de La Vallière (Cata- 
logue no Al 29), puis de celle de William Beckford (Ca- 
talog. n^ 1676) vendue à Londres, au mois de décembre 
1882. Il a été acquis par L. Techener, pour M. le comte 
de Lignerolles. {Bullet, du Bibliophile, — Avril 1883, 
page 166.) 

11 1891 



UN SONNET INEDIT 



ATTRIBUE A BOILEAU 



Dans un recueil manuscrit de poésies réunies 
pour réducalion de Henriette de Bourbon, dite 
Mademoiselle de Verneuil , fille légitimée du duc de 
Bourbon, premier ministre du roi Louis XV en 
1723, nous avons découvert un sonnet de Boileau, 
assez mauvais, du reste, qui nous parait être resté 
inconnu. Du moins, le recueil de M"^ de Verneuil 
semble le dire. 

Le voici, avec le petit commentaire qui l'accom- 
pagne dans notre manuscrit : 

SONNET DE BOILEAU 

« L'Empereur Leopol ayant fait représenter une pièce 
de théâtre injurieuse à Louis XIV, Boileau fit ce sonnet 
contre ce Prince : 

Chimérique héritier du grand nom des Césars 
Crois-tu bien soutenir Vhonneur de leur mémoire 
Renfermé dans Vienne, à V ombre des remparts, 
Ou prenant à Cologne une vengeance noire? 

Aux dépens de leur sang, au milieu des hazards. 
Ces héros en personne allaient droit'à la gloire. 
Ils n'étoient ennemis que dans le champ dé Mars^ 
Amoureux des combats plus que de la Victoire. 



UN SONNET INÉDIT ATTRIBUÉ A BOILEAU 163 

Noire Roi, tous les ans, dans ce champ glorieux 
Brillant comme un Soleil, se fait voir à nos yeux : 
Là, comme un vrai Soleil, V Univers le regarde; 

Mais pour toi qui n*en as qu*un vain nom sans effet, 
Si tu ne veux passer pour une aigle bâtarde. 
Viens sans braver de loin, le regarder de près ! 

Louis XIV, à qui Boileau lut ce sonnet, lui dit de ne 
pas le faire imprimer. j> 

Louis XTV montra une fois de plus qu'il était un 
homme de goût. 

Bon Double. 



LA BIBLIOTHÈQUE ET LE GRENIER 



DE M. CHARLES COUSIN 



Dans les sphères de la bibliophilie, il n*y a assurément personne 
qui ne connaisse, tout au moins en efQgie, le créateur du fameux 
Grenier dont les préciosités affriolantes, qui vont prendre le chemin 
de rhôtel Drouot, suscitent en ce moment d'ardentes convoitises. Il 
serait téméraire de rêver un collectionneur plus accompli, aimant 
les choses belles ou intéressantes avec plus de passion, y apportant 
plus de discernement, de goût et d'impartialité, et qui pourtant ne 
s'est point figé dans l'exercice du sacerdoce auprès du moderne 
Olympe, et chez qui ce culte, souvent exclusif, n'a pas supprimé 
l'Homme. Et l'Homme en lui est excellent, d'une amabilité capti- 
vante, d'un esprit aiguisé comme une fine lame de Tolède, mais 
« bonhomme, nullement médisant, et ami du prochain^ » et avant 
tout a Français et Lorrain jusqu'aux moelles ». De là une existence 
qu'il déclare « très agitée et très laborieuse », mais qu'il reconnaît 
aussi « très heureuse et finissant bien ». On le croira sans peine. 
Il eut, en effet, des condisciples illustres, tels que M^^ le duc d'An- 
maie, Octave Feuillet, Baudelaire (sur lequel il publia en 1872 d'in- 
téressants Souvenirs) ; il fut ou est encore lié avec des sommités de 
l'intelligence et du talent ; il a utilement servi sa patrie et ses conci- 
toyens, il fut aux honneurs comme Grand Maître de l'Orient de 
France, il a conquis un nom en bibliophilie^ et il eut dans son foyer 
toutes les joies du cœur et les plus hautes satisfactions pour son 
orgueil de père. Et avec tout cela, quand il se sera décidé < à 
mourir de rire » (genre de trépas qu'il s'est choisi, mais dont ses 
affectionnés le supplient de reculer le plus possible l'échéance), 
comme il n'a semé que la graine qui fait pousser des amis, il 
entrera sûrement dans ce le paradis des bons d de Lamartine. Il y 
conquerra ses devanciers par les charmes de sa conversation et par 
sa franche bonhomie (notez qu'il se rattache par des liens de parenté 
à La Fontaine) . Je suis aussi convaincu qu'il s'empressera d'y fonder 
une société de bibliophiles, car on ne saurait s'attendre à moins de 



LE GRENIER DE M. COUSIN 165 

la part de Tun des promoteurs et du premier vice-président des 
c Amis des Livres » (1874), qui a, à son avoir, la publication d'une 
série de livres magnifiques, et de la société récente (1889) des 
c Bibliophiles contemporains )»• 

Un collectionneur d'une vitalité aussi débordante ne pouvait pas 
se cantonner dans une spécialité quelconque : il a donc adopté tous les 
genres, sauf le genre ennuyeux, c Un livre rarissime, mais illi- 
sible, nous dit-il, une estampe introuvable mais laide, une assiette 
unique mais sans charme, ne me tentent pas ! » Quoique, en sa qualité 
d'inspecteur principal de Texploitation des chemins de fer du Nord, 
il ait eu sous les yeux des freins perfectionnés, il n'a jamais réussi 
à en adapter un à sa passion. D s'est mis à la poursuite de tout ce 
qui peut réjouir la vue ou délecter l'esprit, et, servi par des connais- 
sances variées, par un flair inné, par une ténacité lorraine, et quel- 
quefois par des chances exceptionnelles, il est parvenu à se consti- 
tuer un véritable petit musée d'objets d'art et de curiosité, de ta- 
bleaux, de dessins, d'estampes, et surtout une remarquable collec- 
tion de livres. Pour excuser sans doute son goût éclectique auprès 
de ses confrères chez lesquels la spécialisation est généralement la 
règle, il prit le surnom malicieux de Toqué, que les contemporains 
se sont refusés d'admettre au sens propre. 

Tout Paris compétent et même tous les collectionneurs de France, 
de Navarre et autres lieux, connaissent plus ou moins son Grenietf 
qui n'a de commun que le nom avec celui de Béranger, et il fàxk» 
drait une plume singulièrement alerte pour en esquisser une phy- 
sionomie fidèle. En récompense des services éminents qu'il avait 
rendus, aux heures sombres de notre histoire contemporaine, en 
qualité de délégué des chemins de fer du Nord et de commandant 
d'un bataillon ou plutôt d'un régiment de 2,400 hommes, formé par 
ses soins avec le personnel du Nord, il a reçu de cette Compagnie 
la jouissance d'un appartement composé de deux étages, dont le plus 
élevé fut converti en grenier d'un genre nouveau. Et ce charmant 
réduit où vinrent s'entasser tant de belles choses se transformait en 
un temple de l'esprit dans les soirées où les Amis des livres et les 
amoureux des bibelots venaient, c en veston obligatoire », y tenir 
des assises. Lorsque tout le Grenier s'éclairait d'une vive lumière et 
s'illuminait du beau sourire de la gracieuse maîtresse de la maison^ 
qui partage les goûts du Toqué (que Dieu en soit loué!), et que 
la conversation devenait un interminable feu d'artifice, les hôtes 
étaient tentés de se porter à des actes de violence sur les cartels et 
les pendules, dont les aiguilles, toujours trop rapides, leur rapp^ 
laient impitoyablement que tout a une fin dans ce bas monde. 



466 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

Dès que le Grenier eut emmagasiné une récolte respectable, son 
^opriétaire, qui ne sut jamais s'isoler dans une jouissance égoïste y 
^ngea aussitôt à faire profiter le public du résultat de ses efforts 
persévérants. Nous devons à cette aimable pensée deux publications 
de grand luxe : Voyage dans un grenier (4878) et les Racontars 
illustrés d'un vieux collectionneur (1888), livres d'une conception 
originale et sans précédent, d'un esprit bien français, d'une séduc- 
tion toute particulière. Au point de vue de l'image, de charmantes 
reliures y alternent avec des joyaux de la céramique française et étran - 
gère et du royaume du bibelot, et les Joyeux convives de Dirk Hais, 
tableau daté de 1624, semblent prendre en pitié l'attitude réservée de 
Rose et CoZo^, délicieuse gouache deBaudouin, acquise pour le Grenier 
au prix d'une métairie. Les suprises sont plus vives encore de la part 
du texte où, à côté de curieux détails touchant la bibliophilie, la 
bibliographie et tous les arts, on rencontre, grâce à une abondante 
réunion d'autographes et aussi à des souvenirs personnels de l'auteur^ 
des révélations piquantes, parfois douloureuses, sur des points de 
rhistoire contemporaine littéraire, sociale et politique. 

Ceux qui ont eu le plaisir de lire les Racontars s'étonneront peut- 
être de ce que « le vieux collectionneur »^ après avoir déclaré à plu- 
sieurs reprises que les habitants chéris de son Grenier ne le quitte- 
ront qu'après son décès, leur fait prendre dès à présent le chemin 
de l'exil. Il faut donc qu'ils sachent que, non content d'avoir donné 
«ne satisfaction à ses goûts et une agréable mais coûteuse pâture 
intellectuelle à un public d'élite, le maître du Grenier a voulu aussi 
semer le bon grain parmi les humbles. En patriote ardent, il a 
conçu, il y a un an, l'idée d'une Encyclopédie populaire Uluslrée^ 
destinée « à instruire et surtout à éduquer le suffrage universel >, 
c'est-à-dire à compléter l'instruction primaire par des connaissances 
indispensables aujourd'hui dans toutes les conditions sociales. Cette 
Encyclopédie devait comprendre un résumé élémentaire de l'histoire 
de l'humanité dans tous les pays et dans tous les âges, et de ses 
derniers progrès dans la science appliquée, l'agriculture, l'industrie, 
le commerce et les arts. Dans ce noble but, il s'était assuré le con- 
cours de savants et d'écrivains tels que Jules Simon, Berthelot, Léon 
Say, Louis Ménard, le générai Thoumas, etc. L'ouvrage, en un gros 
yolUme in-folio, devait être imprimé et illustré avec luxe, pour 
former en même temps le goût et captiver l'imagination • de la jeu- 
nesse. M. Cousin pensait le faire distribuer gratuitement au plus 
grand nombre possible d'écoles, en demandant un sacrifice de 
quelques centaines de firancs à tous ceux qui exercent un mandat au 
nom du suffrage universel. L'éminent Toqué a justifié là pour la 



LE GRENIER DE M. COUSIN 167 

première fois son glorieux surnom, en oubliant dans sa candeur 
patriotique qu'il est plus avantageux d'exploiter pour son profit ou 
sa vanité le suffrage universel que de « l'instruire et de Téduquer ». 
Le numéro spécimen adressé aux sénateurs, députés et conseillers 
généraux n'ayant pas réussi à provoquer les souscriptions néces- 
saires, M. Cousin a tenu à rembourser intégi-alement les dons offerts 
par de généreux amis de l'instruction populaire,et le Toqué désabusé 
a gardé pour lui toutes les dépenses de son essai. Cette circonstance, 
jointe à des sacrifices qu'il avait faits pour la publication ruineuse de 
ses Racontars (dont il a distribué libéralement nombre d'exemplaires),, 
est, croit-on, pour beaucoup dans la détermination qu'il a prise de 
liquider prématurément la partie la plus précieuse de ses collections. 
Après tout la gloire d'un collectionneur n'est définitivement consa* 
crée que par la dispersion de ses trésors et notre bibliophile a biea 
mérité d'assister vivant à son apothéose. 

Le Catalogue de sa bibliothèque, dont la vente aura lieu du 7 au 
11 avril prochain, par l'intermédiaire de M. Durel, libraire-expert, est 
précédé d'une étourdissante Oraison funèbre, due à la plume de 
M. Henri Beraldi, vice-président des Bibliophiles contemporains* 
n comprend 836 articles, dont les annotations abondent souvent en 
sailUes piquantes. Toutes les grandes branches du savoir humain y 
sont représentées, mais d'une façon très inégale. L'ensemble, image 
fidèle de la tournure de l'esprit du Toqué, dénote qu'au point de v«e 
extérieur il ne recherchait que les manifestations du beau ou de 
l'agréable, et que sous le rapport intrinsèque, lorsque l'attrait artis- 
tique du livre ou de son enveloppe faisait défaut, il ne s'attachait 
qu'aux œuvres immortelles ou à celles capables de récréer l'esprit et 
d'exciter ce qui est « le propre de l'homme ». C'est pour cela que 
les Belles-Lettres occupent une place prépondérante dans sa collec- 
tion, qui brille d'autre part par une déKcieuse sélection de livres 
illustrés et par de belles reliures de tous les temps. 

Tout d'abord on y trouve plusieurs manuscrits depuis le xrv» 
jusqu'au xviiie siècle, quelques-uns décorés luxueusement. Nous y 
remarquons un poème inédit sur la Passion de Jésus-Christ, par 
Nicolas de Vérone, trouvère franco-italien, volume exécuté vert 
1380 et orné de trente miniatures ; puis deux manuscrits d'afi 
intérêt historique : la Prosopopée sur M^ le duc d^Orléans, RégeMj 
M°^^ de Berry et le cardinal Dubois, accompagné de vingt dessins 
en couleurs, et le Carnet autographe du duc^d'Orléans (Philippe- 
Egalité) sur rassemblée de notables réunie en ilSl ; enfiir te 
Dernier Carnet de poche d'Alfred Delvaù, propre à exciter la 
curiosité, comme offrant des c notes prises au jour le jour sur diirenit' 



168 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

personnages connus » et contenant des c indiscrétions croustil- 
lantes » (1). 

Il faut croire que M. Cousin ne professe pas un culte bien vif 
pour les incunables, car l'imprimerie au xv« siècle n'y est repré- 
sentée que par deux œuvres, et encore ce n'est point leur âge 
respectable qui Ta tenté, mais leur conservation et les sujets qu'ils 
traitent . L'un est l'épitre de Pétrarque De Fide nxoria avec le char- 
mant opuscule Griselidis (Ulm, 1473) ; l'autre est le Liber Face- 
ciarum de Pogge (Venise, 1475), tous deux non rognés, a Ces deux 
perles, dit la note du catalogue, ont été, il y a plus d'une vingtaine 
d'années, l'objet d'une lutte héroïque entre le Grenier et la 
Librairie Techener. » 

M. Cousin n'ambitionnait pas non plus de colliger des chefs- 
d'œuvre de la typographie ancienne, ce qui constitue une spécialité 
très vaste. Il a bien quelques produits des presses des Aide et de 
Plantin, mais ce n'est qu'en raison des reliures qui les recouvrent. 
Les Elzeviers sont plus nombreux, mais encore plutôt pour leurs 
brillants habits, ou bien à cause des auteurs dont ils reproduisent 
les œuvres, par exemple: les Philosophica de Cicéron (1642), les 
Satyres de Régnier (1692), les Provinciales de Pascal (1657). 

Bien qu'il soit avant tout un moderniste , il fit entrer dans son 
grenier la substance du génie français , généralement en dehors de 
toute préoccupation extérieure, et il témoigne même d'une singu- 
lière tendresse pour les poètes du Moyen- Age et de la Renaissance. 
Il a deux bonnes éditions des Essais de Montaigne ( 1595 et 1602) 
et quatre de La Bruyère (1692, 1694, 1696 et 1750) ; il a le Roman de 
la Rose, édition Galiot du Pré ( 1529) en ancienne reliure de Derome ; 
la meilleure édition des Œuvres d'Alain Chartier (Paris, 1617), 
exemp. en grand papier; Les Faicts et Dits de Molinet ( Paris, 1531, 
in-fol., go th. ) ; L'Adolescence Clémentine de Cl. Marot (Lyon, Fr. 
Juste, 1535), l'un des trois exemplaires connus, dit-on ; les Œuvres 
du même auteur (Lyon, 1545), en ancienne reliure doublée; et 
aussi l'édition de Jean de Tournes, 1553, et celle de La Haye, 1700, 
revêtue d'une charmante reUure de Derome le jeune. Puis viennent : 
un superbe exemp. des Œuvres de Baïf, au complet (Paris, 1572 et 
1573), de ceUes d'Amadys Jamin (Paris, 1579-1584,2 vol. in-12),de 
celles de Joachimdu Bellay (Rouen, 1592), etc. Son illustre parent 



(1) Nous apprenons au dernier moment que le bonhomme nulUmeni 
médUatU et ami du prochain, désirant éviter à plusieurs journalistes, dont il 
goûta fort le talent, l'ennui que pourrait leur causer la pubUcation probable 
du Cornet de Delvau, s'est décidé à ne pas le mettre en vente. 



LE GRENIER DE M. COUSIN 169 

La Fontaine est représenté par vingt articles. En tète figure une vieille 
connaissance à moi, Tédition originale, introuvable, de VÉlégie, aux 
Nymphes de Vaux, composée à l'occasion de la disgrâce de Fouquet^ 
et le brouillon de son Ode pour la paix , publiée avec de notables 
changements en 1671. Ces précieuses reliques proviennent de la 
bibliothèque Ambroise Firmin Didot, mais ce que je n'avais pas vu, 
et ce qui n a pas échappé au perspicace Toqué, c'est que cette ode, 
en rhonneur de Mazarin, a été écrite sur du papier aux armes du 
cardinal, en filigrane, ce qui prouve qu'elle a été improvisée dans le 
cabinet même de ce ministre, détail qu'on ignorait encore. 

Dans la section consacrée au Théâtre , nous remarquons d'excel- 
lentes éditions de Corneille (1668, 4 vol. in-12), de Molière (1682, 
8 vol.). de Racine (1697, 2 vol.), et même l'édition originale du 
Misanthrope (1667), exemplaire relié par Trautz-Bauzonnet au chifi&*e 
de Mr* le duc d'Aumale. — Enfin, dans l'Histoire, notons en fait de 
vieux livres : la Chronique de Gommines, l'édition rarissime impri- 
mée en 1525 par « Maistre J. G. », et les Illustrations de Gaulle^ 
de Le Maire de Belges (1548), en reliure du temps mosaîquée. 

Mais c'est surtout sous le rapport de l'art que cette bibliothèque 
brille d'un vif éclat. Si la gravure sur bois du XYi® siècle n'y est 
représentée que par quelques échantillons , en revanche la taille- 
douce y joue un rôle important. 11 serait trop long de tout énumé- 
rer, et je me borne à signaler, pour le xvii® siècle, la représenta- 
tion du célèbre carrousel de 1662 ( Courses de têtes et de bagues ; 
Paris, 1670, gr. in-fol.), avec 96 planches par Israël Silvestre et Fr. 
Cliauveau, superbe exemp. aux armes royales ; et pour le xyiii® siècle : 
les Fables à^ La Fontaine, avec les figures d'Oudry, superbe exemp. 
de premier tirage, en maroquin ancien ; les Contes^ de l'édition des 
Fermiers généraux, avec épreuves de premier tirage et figures 
découvertes, exemp. relié par Derome; les Amours de Cupidan et 
de Psyché , avec les figures de Moreau le jeune, avant et avec la 
lettre, aussi en maroquin de l'époque; les Baisers, de Dorât, exemp. 
en grand papier, revêtu d'une riche reliure triplée, et les Fables du 
même auteur, en condition semblable ; Zélis au bain, en grand 
papier, avec des épreuves hors ligne des figures d'Eisen ; le Rabe- 
lais de Le Duchat, avec le dessin original (payé par le Toqué 
1,500 fr.) du beau frontispice du tome II , par Folkema; Manon 
Lescaut (ilbS) y en reliure doublée de Trautz-Bauzonnet, exemp* 
de Delbergue-Gormont (2,0(X) fr.) ; Il Decatnerone (1757), avec la 
suite de vingt figures libres et leur titre. Une mention spéciale est 
due â la Galerie du Palais-Royal (1786), l'exemplaire même du 
duc d'Orléans, en épreuves de premier choix, en vingt-deux livrai- 



i70 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

sons cartonnées en papier bleu de roi, aux armes et aux écoinçons 
du duc. 

Le xixe siècle illustré est ici aux honneurs. La plupart des beaux 
livres s'y trouvent, depuis ceux ornés de figures en couleurs de 
Debucourt, de lithographies des Vernet, de gravures sur acier et sor 
bois, de chromolithographies, de chromotypies, jusqu'aux magie* 
traies publications de ces dernières années, illustrées par nos meil- 
leurs aquafortistes et xylographes ou à l'aide d'ingénieux procédés. 
On y voit des Grand ville, des Raffet, des Daumier, des Monnier^ 
etc., puis les joyaux bibliophiliques édités par Jouaust, Lemerre, 
Quantin, Galmann-Lévy, Launette, Boussod et Valadon, Ferroud, la 
Société des Amis des Livres, et surtout ceux de L. Gonquet, que la 
postérité classera au nombre des éditeurs d'élite pour son goût et 
son intelligente initiative. Et presque tous ces livres sont en exem- 
plaires exceptionnels, souvent avec des dessins originaux ajoutés. 

Dans cette bibliothèque, aimable et gaie avant tout, il y a aussi 
une section • gaillarde » très corsée. Rassurez-vous cependant, car 
ce n'est point de l'obscénité grossière, mais de la gauloiserie 
franche ou raffinée, relevée par un cachet d'art. Le roi de cet 
c enfer j> est le fameux livre du fermier général de la Popeliniëre^ 
Tableaux des mœurs du temps dans les différents âges de la viey 
imprimé à un seul exemplaire pour l'auteur qui se fit représenter 
lui-même ce en action y> dans dix-huit miniatures, dont la plupart 
sont d'une beauté sans égale. 

- Quant aux belles reliures de cette collection, c'est un véritable 
enchantement. Il y en a des centaines, les unes phis riches ou plus 
intéressantes que les autres, de toutes les époques, depuis les grand» 
artistes du xvi^ siècle jusqu'aux maîtres relieurs contemporains. 
Quel plaisir que de contempler la finesse des plats dorés à petit8> 
fers par Le Gascon sur deux volumes de Gureau de la Ghambre, 
ou la sobriété magistrale des reliures de Boyet, dont il y a ici toute 
une série, et plusieurs doublées ; l'une d'elles recouvre l'édition 
originale du Discours sur Vhistoire universelle, de Bossuet, et est 
au chiffre de Marie d'Aspremont, duchesse de Lorraine ; une autre 
a été exécutée pour Philippe d'Orléans, le régent (Mezeray, Histoire 
de France, 4692). Padeloup nous ravit par sa délicieuse décoration 
en mosaïque sur un des exemplaires de présent de la Suxtte 
d'Estampes, gravées par M™» de Pompadour, et nous charme par 
les losanges mosaïques dont il a orné les plats du Daphnis et ChLoèj 
avec les figures du Régent. Les Derome brillent par leur fraîcheur. 
On vient de voir que certains de ces livres sont de provenance 
illustre, mais il y en a bien d'autres encore, et des plus importants 



LE aRENIER DE M. COUSIN 171 

i c«[ égard. Nous nous bornerons à dire que le Grenier se glorifiait 
de posséder des exemplaires dont la reliure est à l'efligie, aux armes 
ou au chiffre de François l", de la reine Margot, de Marie Leczynska, 
de Marie- Antoinette, du cardinal de Richelieu, de M»° de Mainteooa, 
de la duchesse de Retz, de la comtesse de Verrue, de de Thou, du 
comte d'Hovm, et d'une foule d'autres personnages célèbres ou 
bibliophiles de marque. Ajoutons-y un Canevari d'une rare beauté et 
le manuscrit des Statuts des ordres de la Jarretière et de Saint- 
Miehel, en fran;ais, dont la reliure en maroquin sombre, comme le 
destinataire, porte cette audacieuse dédicace à Philippe II, roi 
d'Espagne ; D. PhiUppo Hispaniarum et Angu-E Régi. AniM 
MBL VI. 

Je n'ai pas tout dit sur cette bibliothèque ; ceux qui voudront en 
savoir plus long n'ont qu'à lire tout le calalo'gne : je leur garantis 
qu'ils y trouveront plaisir et profit. 

Et maintenant, cher bibliophile, il faut recommencer. Votre Gre- 
nier, dépouillé de sa parure, est en deuil et attend des consolations 
que vous ne sauriez lui refuser, car vous ne sauriez renoncer aux 
séductions de la carrière de collectionneur. Il est nécessaire, d'ail- 
leurs, que vous prêchiez d'exemple usque ad finem pour inoculer 
votre belle passion à de nouveaux bibliophiles contemporains, afin 
que vous ne soyiez pas le dernier Toqué, et laissiez, au contraire, 
une nombreuse progéniture. 

G. Pawlowski. 




REVUE CRITIQUE 



DE 



PUBLICATIONS NOUVELLES 



La loi Gombette. Reproduction intégrale de tous les 
manuscrits connus recueillis, publiés et annotés par 
J. E. Valentin-Smith, conseiller honoraire à la Cour 
d'appel de Paris, officier de la Légion d'honneur et 
de l'Instruction publique* Lyon, Louis Brun ; Pcwis, 
Alphonse Picard, 14 fascicules gr. in-8 dont un en 
fac-similé. 

L'influence des Burgondes sur les mœurs et la civilisation fran- 
çaises est aujourd'hui un fait admis ; cette influence était encore 
contestée, il n'y a pas bien longtemps, même par les plus érudits, et 
les Burgondes étaient tenus chez nous dans un injuste oubli. Un 
vénérable savant, M. Yalentin-Smith , frappé du rôle important 
qu'avait joué ce peuple méconnu, publiait dès 1860 d'intéressantes 
notes sur l'initiative politique de cette nation et lisait à la Sorbonne, 
deux ou trois ans plus tard, des travaux qui furent très remarqués 
alors sur V Établissement de la Monarchie tempérée à Lyon à la 
fin du ye siècle et sur la Famille chez les Burgondes, Ces essais 
n'étaient, en réalité, que la préface d'une étude générale dont la 
seconde partie devait être l'examen approfondi de la législation de 
ce peuple. 

Et ce n'est qu'aujourd'hui, après trente années d'études, que M. 
Yalentin-Smith, travailleur infatigable, met à exécution le projet 
qu'il avait formé depuis si longtemps de publier les treize manus- 
crits de l'un des deux codes burgondes, la Loi Gombette. La tâche 
était ardue, et les recherches considérables, que nécessitaient la 
publication de ces documents importants, ont été d'autant plus 
laborieuses que les textes de cette loi sont disséminés dans cinq 
dépôts différents, en France, en Allemagne et en Italie. 



REVUE CRITIQUE DE PURLICATIONS NOUVELLES 173 

De la loi Gombette édictée au VI« siècle par Gondebauld, il ne 
nous est resté que des manuscrits relativement modernes des ix® et 
x« siècles. Déjà un savant allemand, M. Bluhme, avait publié des 
variantes de la loi burgonde, mais il arrive firéquenmient que ces 
variantes comme le dit avec raison M. Valentin-Smitb, « éparses, 
séparées du texte auquel elles appartiennent, perdent de leur inté- 
rêt B et que oc juxtaposées les unes auprès des autres, elles deviennent 
parfois même une fatigue pour l'attention bien plus qu'une lumière 
pour la critique. i> 

Le savant auteur de la Bibliotheca Dutnhensis ( 1 ), voulant four- 
nir aux hommes d'étude tous les éléments et les moyens d'apprécier 
et de choisir entre ces différents textes, s'est déterminé à publier les 
manuscrits de la Loi Gombette dans leur intégralité et, malgré ses 
96 ans, il n'a épargné, pour mener à bonne fin sa délicate entre- 
prise, ni son temps ni sa peine. 

M. Valentin-Smith, jurisconsulte éminent autant que consciencieux 
historien, ne s'est pas borné à copier ou à faire copier d'abord, à 
donner à Timpression ensuite les manuscrits qu'il publie aujour- 
d'hui ; après les avoir comparés les uns avec les autres, il a eu soin 
de les accompagner de notes substantielles et précises que sa haute 
compétence en ces matières ne pouvait [manquer de nous rendre 
particulièrement précieuses. Très modestement aussi, l'éditeur de la 
Loi Gombette a fait appel à Bluhme et à Gaupp qui ont, nous dit-il, 
élucidé et résumé, l'un au point de vue de la législation, l'autre 
sous le rapport de l'histoire, tout ce que l'on sait sur les Burgondes. 
On trouvera du reste, précédant les treize manuscrits publiés inté- 
gralement aujourd'hui pour la première fois, la traduction des tra- 
vaux de ces deux auteurs allemands. 

Le sixième fascicule reproduit en fac-similé le précieux mss. 
de la Lex burgondionum, conservé dans la bibiothèque des cha- 
noines d'I\Tée, découvert par Peyron en 1843, et qui, écrit en Italie, 
daterait du ix^ siècle. Ajoutons que la Bibliothèque nationale ne 
possède pas moins de dix mss. de la Loi Gombette. 

Nous ne pouvons, on le comprendra, nous livrer ici à une étude 
approfondie des différences qui existent entre chacun des textes 
publiés par M. Valentin-Smith. Ce serait témérité de notre part que 
de vouloir aborder la discussion périlleuse d'un sujet essentiellement 



( 1 ) Bibliotheca Dumbensis ou Recueil de chartes, titres et documents pour 
servir à l'histoire de Dombes recueillis et publiés par MM. Valentin-Smith et 
M. G. Guigue, archiviste en chef du département du Rhône. Trévoux, Jules 
Jeannin, 2 vol. gr. in-4. 



174 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

spécial ; notre rôle, infiniment plus modeste, se borne donc à signa- 
ler à nos lecteurs l'important travail de M. Valentin-Smith et à 
enregistrer le succès qui Ta accueilli, dès son apparition, dans le 
monde des jurisconsultes et des savants. 

Georges Vicaire. 



Notes POUR servir a l'histoire de l'Imprimerie a Niort 
ET DANS LES Deux-Sèvres, par Henri Clouzot, atta- 
ché aux Archives des Deux-Sèvres. Niort, L. Clouzot, 
1891, gr. in-8 de III-163 pp. et 1 £. de table. 

Les origines de l'Imprimerie en province, si Ton en excepte 
quelques grands centres comme Lyon, Albi, Troyes, etc. sont, en 
général, assez peu connues. Dans le précédent numéro du Bulletin, 
notre savant collaborateur, M. A. Glaudin, nous entretenait, avec sa 
haute compétence, des origines de l'art typographique à Hesdin en 
Artois, et tandis que M. Monceaux, dont j'ai récemment parlé à pro- 
pos de sa Hévolution dans V Yonne, prépare une histoire de Tim- 
primerie dans ce même département, M. Henri Clouzot, attaché aux 
archives des Deux-Sèvres, publie des notes pour servir à celle de 
rimprimerie niortaise et de quelques villes voisines. On ne saurait 
trop encourager les érudits dévoués qui se consacrent à l'étude de 
pareilles questions et pour peu que chaque province apporte son 
contingent, toutes ces monographies ne tarderont pas à former une 
histoire générale qui constituera un monument précieux. 

L'établissement de l'imprimerie dans les Deux-Sèvres présente un 
caractère très particulier ; c'est le protestantisme qui a été sa seule 
raison d'être et M. Henri Clouzot nous apprend, dans un avertisse- 
ment où il expose le plan de son ouvrage en termes brefs mais clairs 
que « presque tous les produits des presses de ce pays sont des ma- 
nuels de piété, des traités théologiques ou polémiques, des caté- 
chismes, des livres de prière ou de liturgie à l'usage de ceux de la 
Religion réformée. » On sait d'autre part quelles peines sévères 
étaient édictées, aux xviie et XYiii^ siècles, contre les imprimeurs 
et les libraires qui imprimaient ou mettaient en vente des ouvrages 
protestants ; les acheteurs eux-mêmes devaient, pour ne pas être 
inquiétés, prendre de sérieuses précautions. Dans de semblables con- 
ditions, il n'est pas surprenant que les livres imprimés à Niort et 
dans les Deux-Sèvres, avant 1789, soient devenus fort rares, car il 
faut croire que grand a été le nombre de ceux qu'ont détruits les 
flammes du bûcher. 



REVUE CRITIQUE DE PUBLICATIONS NOUVELLES 175 

On trouve encore assez fréquemment, écrit M. Clouzot, des psautiers im- 
primés par les Bureau, au XVII« siècle ; on rencontre aussi quelques livres 
du premier imprimeur niortais Thomas Portau, et plus souvent encore les 
œuN-res ded'Aubignéet de du Plessis-Mornay imprimées à Maillé et à la Forêt- 
sur-Sévre ; mais à part ces quelques titres, la plupart des ouvrages cités dans 
notre étude n'existent qu'à quelques exemplaires, disséminés dans les biblio- 
thèques de Paris, de Poitiers, de Niort, de La Rochelle, de Bordeaux, et dans 
quelques collections particulières. 

L'auteur avoue même consciencieusement avoir dû pour une 
dizaine d'ouvrages, qu'il n*a pu trouver, les décrire de seconde 
main. Quant aux autres il s'est évertué à en donner des descriptions 
aussi exactes que possible et à recueillir, à noter toutes les indica- 
tions de nature à guider l'amateur ou le bibliophile. Le travail de 
M. H. Clouzot est d'ailleurs divisé en deux parties distinctes : les 
biographies et la bibliographie qu'il a fait suivre d'une liste chro- 
nologique des libraires et imprimeurs de 1789 à 1870. 

Ce ne fut qu'en 1594 que l'imprimerie fit son apparition à Niort 
avec Thomas Portau dont le premier livre sorti de ses presses est 
intitulé : Responce a Vinstrvction, et confession de foy adressée au 
peuple François par F. Clau de de Xainctes, et envoyée par VAn- 
goumoys par C. de Boni, Par laquelle est aisé... Par George 
C. D. Parcard (sic) Segusien. 

D'après M. Clouzot, l'arrivée du premier imprimeur à Niort doit 
être considérée beaucoup plus comme une conséquence des polé- 
miques religieuses que comme une entreprise littéraire répondant 
aux besoins intellectuels de la population. Thomas Portau exerça 
jusqu'au mois de juillet 1600, époque à laquelle il céda son impri- 
merie à René Troismailles dont nous reproduisons ici la marque. 




176 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

TroiBmaillea termina sa carrière en 1610, laiesant ses presees A sa 
veuve qui semble n'avoir imprimé, après la mort de sou mari, que 
le Tkréaor d'itislrvctions et consolations pour l'ame Chrestietute, 
par !. de Cuville, pasteur de l'église réformée de Couhé, le seul 
ouvrage que cite M. Clouzot. L'imprimerie de Tbomaa Portau dont 
Troismailles avait pris la succession passa ensuite entre les mains 
d'Anthoine André, de Jean Lambert et de Jean Moussât. Elle était le 
seul établissement de ce genre lorsque, vers 162S, un nouvel atelier 
flit fondé à Niort par Jean Bureau qui arrivait de la Forét-eur-Sëvre 
où il avait déjà imprimé et qui avait pris pour marque l'orme et le 
solitaire des Elzeviers avec cette devise : Vide benignitatem ac 
severitatem Dei. 



La dynastie des Bureau exerça pendant plus de cmqnante-cinq 
ans, à Niort. 

Nous ne prétendons pas donner ici une analyse complète de l'ex- 
cellente étude de M. H. Clouzot ; il nous faudrait une place plos 
grande que celle dont nous disposons pour parcourir avec lui la 
liste des typographes des Deux-Sèvres qui ont exercé dans ce dé- 
partement jusqu'à la Révolution ; mais nous ne pouvons cependant 
pas omettre de mentionner l'exercice d'Antoine Faultré et de son 
fils Antoine Faultré II, les premiers imprimeurs catholiques qui 
vinrent s'établir à Niort et dont la première production Reglemens 
pour la congrégation des dames de la miséricorde daterait non de 
1751 comme l'indique, par erreur probablement, te titre, mais bien 
de 1656, date qui se trouve inscrite dans l'approbation. 



REVUE CRITIQUE DE PUBLICATIONS NOUVELLES 177 

En somme, la monographie que nous donne aujourd'hui M. Clou- 

zot est excessivement intéressante ; elle est faite, on le voit, par un 

travailleur scrupuleux, et si l'on considère que les documents sur 

les imprimeurs des Deux-Sèvres sont des plus rares, il faut convenir 

que l'auteur s'est tiré, à son grand honneur, de la tâche difficultueuse 

qu'il a entreprise- 

G. V. 



Catalogue des manuscrits de la Bibliothèque de Tlnstitut, 
rédigé par Fernand Bournon, archiviste paléographe. 
Paris, Honoré Champion, 1890, gr. in-8o de 66 pp. 

Les catalogues imprimés sont malheureusement trop peu nom- 
breux dans nos bibliothèques publiques ; c'est là une lacune qu'il 
est sans doute difficile de combler du jour au lendemain, en dépit 
de toutes les bonnes volontés, mais il n'en est pas moins vrai que la 
publication de travaux de ce genre rendrait aux travailleurs les plus 
éminents services. Il faut donc féliciter les savants dévoués qui se 
consacrent à cette tâche parfois aride, toi]gours minutieuse, et qui 
trouveront la récompense de leurs peines et de leurs laborieuses 
recherches dans l'utilité même de leur œuvre. Les catalogues ma- 
nuscrits sont bien souvent incorrects, et celui des manuscrits de la 
bibhothèque de l'Institut, rédigé par Ameilhon, et encore en usage 
aujourd'hui, n'est pas exempt de ces incorrections. 

M. Fernand Bournon, pour parer à cet inconvénient qui peut être 
préjudiciable aux travailleurs, s'est mis courageusement à l'œuvre 
et a dressé la liste des manuscrits de l'Institut ; il en enregistre 543 
qu'il décrit avec soin sans compter l'importante collection de pièces 
manuscrites formée par Godefroy et dont M. Lalanne a entrepris 
l'inventaire détaillé. M. Bournon a rédigé son travail non-seulement 
en suivant l'ordre des principales classifications : théologie, juris- 
prudence, sciences et arts, etc., mais il a pris soin de faire dans 
ces différentes parties principales une sous-classification qui faci- 
litera notablement les recherches. Il indique en outre l'origine ou 
la provenance des manuscrits, en même temps qu'il donne la des- 
cription des reliures qui les habillent. 

M. Fernand Bournon a fait une œuvre utile en rédigeant ce trsH 
vail, M. Champion en le publiant, et il convient de les en remercier* 

G. V. 

1891 12 



178 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

Bibliographie des écrits relatifs à Mandrin, par Edmond 
Maignien^ conservateur de la bibliothèque de Gre- 
noble. Grenoble, Emile Baratter, 1890, gr. in-S® de 
31 pp. 

La popularité de Mandrin fut telle, au milieu du xvni« siècle, et 
dans le Dauphiné surtout, dont il est originaire, que ses exploits 
devinrent Tobjet d'un nombre considérable de publications de tous 
genres. Les prosateurs ont écrit l'histoire du fameux contrebandier, 
les poètes ont rimé des poèmes sérieux ou burlesques, pour la plu- 
part d'une facture assez piteuse, en l'honneur de l'ennemi déclaré 
des fermiers généraux . Les opinions les plus diverses ont circulé au 
sujet de ce bandit, cruel selon les uns, qui n'aurait fait de mal à 
personne suivant les autres, et que le maire de la ville de Beaune, 
prise par Mandrin, à la tète de quelques hommes armés, eût la 
faiblesse de recevoir à la maison commune où il lui offrit le vin 
d'honneur Bref, malgré les trop nombreux écrits relatifs à ce per- 
sonnage qu'il était, en somme, préférable de ne pas rencontrer au 
coin d'un bois, il paraît que l'on découvre encore chaque jour sur 
sa vie mouvementée de nouveaux et piquants détails. C'est pour 
faciliter les recherches des historiographes à venir du célèbre mal- 
faiteur qu'un bibliophile érudit, M. Edmond Maignien, l'obligeant 
conservateur de la bibliothèque de Grenoble, vient de dresser la 
bibliographie des ouvrages de toute sorte, livres, articles de revues 
et de journaux, romans, comédies, chansons, etc., affiches illustrées 
même, relatifs à Mandrin. 

Le sujet est bien spécial, mais en matière bibliographique,- tout 
sujet devient intéressant, du moment qu'il est traité avec conscience, 
et c'est bien le cas de l'originale plaquette de M. Maignien. 

G. V. 

Traité complet de la science du blason à Tusage des 
bibliophiles, archéologues, amateurs d'objets d'art 
et de curiosité, numismates, archivistes, par Jouffroy 
d'Eschavannes. Ouvrage orné de nombreux blasons 
finement gravés. Paris, Marpon et Flammarion, 
in-16 carré de 280 pp. 

• Les bibliophiles et tous les collectionneurs en général, ont besoin, 
à un moment donné, de recourir à des traités du blason. Les ou- 
vrages héraldiques anciens sont fort recherchés aujourd'hui et 



REVUE CRITIQUE DE PUBLICATIONS NOUVELLES 179 

atteignent parfois des prix relativement élevés. Pour mettre à la 

portée de tous ce livre, indispensable aux archéologues comme aux 

numismates, la librairie Marpon et Flammarion vient de publier 

une nouvelle édition du traité de JoufTroy d'Eschavannes . Très 

clairement expliqué et orné de blasons gravés avec soin, le traité de 

M. JoufTroy d'Eschavannes sera pour tous d'un précieux secours. 

Il en a été tiré 25 exemplaires numérotés sur papier du Japon et 

10 sur papier de Chine. 

G. V. 



L'Évasion de la Valette (1815). Documents inédits 
annotés et publiés pour la première fois par Georges 
d'Heylli . Paris, P. Roiiquette et fils 1891 , in-18 de 40 pp. 

. Tout le monde connaît le célèbre procès criminel intenté au comte 
de La Valette, en 1815, après les Cent jours ; M. Georges d'Heylli 
vient de découvrir des documents inédits relatifs à l'évasion du direc- 
teur général des postes de l'Empire et ce sont ces documents, tous 
originaux, qu'il livre aujourd'hui à la publicité. Provenant du cabinet 
d'un ancien secrétaire de l'un des plus illustres ministres de la Res- 
tauration, ils ont le mérite d'être absolument authentiques et jettent 
un jour nouveau sur les suites de ce procès considérable qui pas- 
sionna alors si vivement l'opinion publique. 

Très soigneusement imprimée par Jouaust, cette plaquette n'a été 
tirée qu'à 200 exemplaires. 

G. V. 



Les Œvvres poétiqves de M. Bertavt, évesqve de Sées, 
abbé d'Aunay, premier aumosnier de la Royne pu- 
bliés d'après l'édition de 1620 Avec introduction 
Notes et Lexique par Adolphe Chenevière, docteur 
ès-lettres. Paris, E. Pion, Nourrit et O^, imprimeurs- 
éditeurs, 1891, in-16 de LXIV-557 pp. 

C'est une bien curieuse figure que celle de Jean Bertaut dont les 
éditeurs de la Bibliothèque elzévirienne publient aujourd'hui les 
œuvres poétiques. Homme de cour et prélat, c'est en même temps 
un lettré, un dilettante d'amour et d'art ; c'est surtout un poète dé- 
licat dont chaque larme, chaque sourire, chaque tressaillement se 
traduit en élégies, en complaintes, en sonnets, en stances ! Disciple 



180 BULLETIN DU BIBUOPHILE 

de Ronsard qui lui inspirait une profonde admiration, compatriote 
et contemporain de Malherhe, Jean Bertaut a tenu sa place entre ces 
deux poètes ; et si Boileau qui manquait rarement une occasion 
de manifester sa haine pour le chef de la Pléiade a félicité l'élève 
d'être plus retenu que son maître, on retrouve néanmoins dans les 
œuvres de Tévéque de Sées une désinvolture assez sincère et d'assez 
nobles audaces pour que nous aimions à les lire. 

Depuis 1633, aucune édition de Bertaut n'avait été publiée. C'était 
une lacune dans notre galerie d'ancêtres poétiques. La librairie Pion 
a eu à cœur de ne pas laisser cette place vide, et, au moment où 
elle reprenait en main, pour la continuer, l'intéressante collectioa 
dé la Bibliothèque elzévirienne, elle a tenu à remettre en lumière 
la figure du poète Jean Bertaut. C'est à M. Adolphe Chenevière, 
docteur ès-lettres, qu'elle a confié ce soin et il faut dire que cet 
écrivain s'est acquitté consciencieusement de sa tâche, en homme qui 
répare, avec une sorte de satisfaction, un oubli de la postérité. M. 
Chenevière était, du reste, tout désigné, lui qui a le culte de nos 
vieux maîtres et qui a déjà replacé à son rang le mystérieux ami de 
la reine de Navare, Bonaventure Despériers. L'édition nouvelle des 
œuvres de Bertaut peut être considérée comme l'édition définitive; 
soigneusement imprimée sur papier vergé, elle contient une intro- 
duction littéraire et biographique, des notes piquantes, une bibliogra* 
phie très complète et un glossaire. Nous ne doutons pas du boa 
accueil que recevra, dans le monde des lettrés, ce livre digne de 
toute son attention et de toute sa sympathie. 

G. V. 



Les Régiments d'autrefois. Le Régiment de la Couronne 
(1643-1791). Annales et documents recueillis par le 
vicomte Oscar de Poli. Illustrations de C. de VEpi-' 
nois, Paris, conseil héraldique de France, 21 Avenue 
Carnot, 1891. Grand in-S» de lvi-370 p. 

Le beau volume que je viens examiner contient : io Une remar- 
quable introduction de M. le vicomte de Poli, de laquelle nous nous 
occuperons tout à l'heure ; 2» une notice sur le Régiment de la 
Couronne, rédigée par André Borne de Gagères, lieutenant-colonel 
commandant au corps du génie, mort le 2 mars 1812, tirée des 
Archives du château de Beauvoir, résidence du comte de Ck)urtin 
de Neufbourg, et qui forme un court, mais excellent historique dudit 
régiment depuis 1643 jusqu'à 1740 ; 3<> une autre notice plus déve- 



REVUE CRITIQUE DE PUBLICATIONS NOUVELLES 181 

loppée, écrite en 1766 par Louis Picault des Dorides, capitaine 
aide- major dans ce régiment, mort général en i802, conservée 
parmi les manuscrits de la bibliothèque Mazarine, sous le n» 2947 
et intitulée : Annales du Régiment de la Couronne, de 1643 à 
1766 (1) ; 4« la reproduction des pages consacrées par M. le général 
Susane, dans son Histoire de V Infanterie Française, au régiment 
de la Couronne et qui conduisent ses Annales jusqu'au jour où il 
perdit son glorieux nom ; 5^ une série de cinquante documents 
inédits, communiqués pour la plupart par M. le commandant Robert 
de Gourson et extraits des Archives de son château de Lisandré (2) ; 
&> un grand nombre de gravures, dues au très distingué talent de 
M. Charles de Buchère de TEpinois (3), parmi lesquelles on distingue 
un magnifique portrait du marquis de Lameth, colonel du régiment 
de la Couronne de 1784 à 1791, les portraits (de plus petites dimen- 
sions) du duc de Vitry, premier colonel du même régiment (1643- 
1666), du duc d'Havre, colonel de 1735 à 1745, du prince de Mont- 
barrey, colonel de 1758 à 1761, du comte de Ghoiseul-Goufïier, 
colonel de 1782 à 1783, de Louis de Pontis, premier capitaine et 
organisateur du régiment en 1643, de divers autres officiers, le 
fac-similé d'une estampe de la bibliothèque Nationale, représentant 
le siège de Maëstricht (1673), le fac-similé d'un dessin de Delaittre 
conservé au Ministère de la Guerre et représentant un soldat du 
régiment de la Couronne au xviiie siècle, etc. ; 7© un index ono- 
mastique aussi net que complet. 

Revenons à l'Introduction. C'est, à tous les points de vue, un 
morceau véritablement exquis. L'auteur y résume, en un vif et 
chaleureux langage, les admirables annales du régiment de la Cou- 



(1) M. de Poli explique ainsi (p. ui) pourquoi il a séparé les deux récits 
au lieu de les donner ensemble : « J'ai dû me demander s'il ne vaudrait pas 
mieux fondre en un seul les deux historiques de Borne et de Picault ; mon 
amour-propre n'y contredisait point ; j'aurais pu, ce faisant, me donner aisé- 
ment les gants d'une œuvre personneUe ; mais c'eût été priver ii^ustement 
les deux historiens d'un honneur posthume, et chacun des deux historiques 
de son caractère original. Il vaut mieux que Ton puisse conférer les deux 
textes, qui fréquemment se complètent l'un l'autre, encore que l'écrit de 
M. de Gagères ne soit guère qu'un sommaire, une sorte de livre de raison du 
Régiment, tandis que l'œuvre de Picault en est une véritable histoire. » 

(2) Quelques-uns de ces documents, qui| complètent ce que M. de Poli 
appelle « une encyclopédie du Régiment > sont d'un très grand intérêt. Ûa 
trouve en tête une Table alphabétique des Officiers du Régiment de la Cour€ainB 
dressée d'après les meilleurs documents ip[iprimés ou manuscrits. 

' (3) Ce n'est pas un vain compliment que l'auteur adresse à son ami (p. uV) 
en déclarant qu'il a ajoute un fleuron charmant auv vieux- trophée de tLà 
Couronne » ; c'est là l'expression même de la vérité. L'habile artiste a M 
le digne collaborateur de l'habile historien. 



182 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

ronne, mêlant à ses émouvants récits d'importantes considérations 
dliistoire générale, traitant, par exemple, d'une façon supérieure, 
ces questions tant débattues et désormais oiseuses : tout noble était-il 
officier d'emblée ? Est-il vrai que sous la monarchie les nobles seuls 
pussent parvenir aux grades ? On ne saurait trop recommander à 
ceux qu'aveuglent encore les vieux préjugés, la lecture des pages 
décisives on M. de Poli, critique non moins solide que brillant 
narrateur, prouve qu'autrefois le stage militaire était aussi rigoureux 
et surtout aussi long qu'à présent, et que c'est une contre-vérité 
manifeste d'attribuer aux nobles de naissance le privilège exclusif 
des grades. Faute de place, car j'ai deux autres excellentes publica- 
tions à présenter encore à mes chers lecteurs, je ne puis insister 
autant que je le voudrais sur les divers mérites du volume, mais je 
donnerai à l'auteur l'éloge qui certainement le touchera le plus en 
déclarant que son recueil produira une impression fortifiante en 
notre pays. On se dira qu'un si beau passé promet un avenir répa- 
rateur, et aux devises guerrières rappelées par M. le vicomte de 
Poli en une page, écrite avec une verve éloquente^ chacun, en 
refermant le livre, ajoutera cette devise de la maison de Bourbon, 
qui terminait si heureusement le mémorable discours de réception 
à l'Académie Française de Monseigneur le duc d'Aumale : Espé^ 
rance ! 

T. DE L. 



Les Bibliothèques communales. Historique de leur for- 
mation. Examen des droits respectifs de VÉtat et des 
villes sur ces collections par M. Jules Loiseleur, 
bibliothécaire de la ville d Orléans, — Orléans, 
H. Herluison, 1891, grand in-S» de 127 p. 

M. Loiseleur dit trop modestement, à la fin de son avant-prùpoê 
(p. IX) : a Je ne vise qu'à un seul mérite, le bon sens appuyé sur 
la bonne foi et l'exactitude. » Son important travail a été fort Men 
analysé et fort bien apprécié dans un Rapport présenté à la Société 
des Sciences et Arts d'Orléans (séance du 18 juillet 1890) par M. Marcdi 
CSIuuroy et reproduit à la suite dudit travail (p. 115-129). M. Gharoj, 
juge des plus compétents, a beaucoup loué ce traité qui éclaire ai 
Tivement une période des plus intéressantes — surtout pour nons, 
bibliophiles — de l'histoire de la Révolution, traité c où se mèleot 
les vues générales les plus larges et les aperçus spéciaux les. pins 



REVUE CRITIQUE DE PUBUCATIONS NOUVELLES 183 

précis, » où • rbistorieQ et l'érudit se montrent i» également et où 
« se manifeste aussi le jurisconsulte. » A mon tour, je féliciterai 
M. Loiseleur d'avoir apporte tant de conscience dans ses recherches, 
tant d'élégante netteté dans sa rédaction, tant de sagesse dans ses 
conclusions. Il a traité avec non moins de tact que de savoir une 
grosse et difficile question pendante depuis près d'un siècle et il en 
a préparé sinon la situation parfaite, du moins celle qui, en l'état 
des choses, semble la meilleure possible. Quoi qu'on pense, d'ail- 
leurs, de la combinaison, de la transaction proposée par le judicieux 
critique, on reconnaîtra que, pour le plus grand plaisir des lettréS| 
il a tiré un habile parti de divers documents peu ou point con- 
nus (1), et qu'il a heureusement emprunté à l'impartiale histoire 
son flambeau pour ne laisser rien d'obscur dans un débat juridique 
aussi délicat et aussi compliqué. Les six chapitres dont se compose 
sa magistrale étude sont pleins de curieuses particularités sur les 
origines des bibliothèques communales. Le savant bibliothécaire 
d'Orléans nous entretient tour à tour des premières mesures prisée 
pour la conservation et la distribution des livres confisqués par la 
Révolution ; du décret du 8 pluviôse an II créant les bibliothèques 
de district ; de la Commission des monuments (c'est-à-dire des 
anciens documents historiques ) ; du rapport d'un des membres les 
plus célèbres de cette commission, Dom Poirier; de la loi du 
7 messidor an II sur les archives ; des collections annexées aux 
Écoles centrales , des imprimés et des manuscrits des divers dépôts 
de Paris versés à la Bibliothèque Nationale, à la Mazarine, à l'Arse- 
nal et à diverses autres bibliothèques de Paris et de la province, en 
particulier à la bibliothèque d'Orléans (2) ; des commbsaires envoyés 
dans les départements et chargés de choisir les livres destinés à la 
Bibliothèque Nationale (Chardon de la Rochette et son acjyoint le 
Dr Prunelle) ; de leurs relations avec le ministre Ghaptal ; de leurs 



(1) Voir notamment (second appendice, p. 9S-110) le rapport adopté par 
rinstitut le 5 floréal an V, touchant les meilleurs moyens de disposer dat 
livres conservés dans les dépôts littéraires. M. Loiseleur le croit inédit, car^ 
dit-il (p. XI), « il ne figure point dans le très utile recueil de lois, ordoiii* 
nanceset circulaire relatives aux bibliothèques publiques que M. Ulysse 
Robert a publié. > 

(2) Voir pp. 58y S9, la donation, du 6 avril 1719, par laquelle Guillaume 
Prousteau fonda la bibliothèque publique d'Orléans, donation que M. l4>ltW' 
leur a eu la bonne pensée de rapprocher du testament de M"' d'inguimbert» 
évéque de Carpentras, à qui la bibliothèque et le Musée de cette ville dotvani 
leur origine. 



184 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

prélèvements dans la bibliothèque de Troyes au proût de la Biblio- 
thèque Nationale -, de leurs dons trop généreux à l'École de méde- 
cine de Montpellier ; de la résistance qu'opposèrent à leurs tentatives 
de spoliation les bibliothèques de Garpentras et de Ni mes, et, à ce 
propos^ des collections de Peiresc et de Séguier, comme, plus haut, 
il avait été question, à propos de Troyes, des collections de Bouhier 
et de Pithou, etc. L'intérêt de l'ouvrage se prolonge jusque dans 
Fappendice où M. Loiseleur s'occupe de l'affaire Libri, des diverses 
bibliothèques qui furent les victimes « de cet illustre escroc, » et 
surtout de la bibliothèque d'Orléans où le trop zélé bibliophile vola 
six manuscrits entiers et en lacéra une douzaine d'autres à l'aide de 
ce fatal canif, instrument de dommage s'il en ÏM jamais, dont j'ai 
retrouvé, le cœur plein de douleur et d'indignation, les traces mau- 
dites dans les registres de Garpentras et de Montpellier. 

M. Loiseleur avait déjà des titres considérables à l'estime et à la 
reconnaissance des travailleui's (1) : sa publication sur les Biblio- 
thèques Communales ne sera pas un des moindres services rendus 
à la science par ce vétéran qui, malgré sa santé chancelante, reste 
toujours sur la brèche et de la vaillante main duquel on peut encore 
attendre bon nombre d'écrits excellents. 

T. DE L. 



Les Fables de La Fontaine, par A. Delboulle. Addi- 
tions à r histoire des fables^ coirq)araisonSy rapproche-- 
mentSy notes littéraires et lexicographiquesy etc. Paris^ 
Emile Bouillon^ 18^, in-18 Jésus de 174 p. 

(1) A la suite de la table analytique, M. Loiseleur a donné en quatre page» 
supplémentaires la liste de ses nombreux ouvrages et opuscules, ainsi que la 
liste de ses études, publiées dans les journaux VArt et le Temps, et autres que 
celles qui ont été réunies en volumes. Tous les écrivains quelque peu féconds 
devraient imiter cet exemple et épai^er ainsi force tortures aux Brunei et 
aux Quérard de l'avenir. Au moment où j'écris ces lignes, je reçois d'unénidit 
Limousin aussi laborieux que distingué, M. Louis Guibert, une monographie 
de la commune de Saint-Léonard de Noblat au Xllb siècle (Limoges, 1891, grand 
in-8,) où figure la longue liste des publications de l'auteur. Mon vénéré con- 
frère et ami Paul Lacroix m'avait montré, peu de temps avant sa mort, une 
àiontagne de fiches où étaient inscrits les titres de ses innombrables livres et 
livrets. Quel dommage que cetie bibliographie qui eût été si curieuse soit oon- 
damnée à rester inédite t Nous tous qui avons souvent fait gémir la presse, 
évitons ces difficultés posthumes en prenant nous-mêmes la précaution de 
dresser notre inventaire. Ce que nous publions, qui le sait mieux que nous f 



REVUE CRITIQUE DE PUBLICATIONS NOUVELLES 185 

Dans une préface qui a le double mérite d'être très courte et de 
tout dire, M. Delboulle nous présente ainsi son recueil : « Tous les 
lettrés connaissent la belle édition des Fables de La Fontaine^ publiée 
par la librairie Hacbette. C'est un monument digne du poète qui a 
été nommé assez justement Y Homère de la France. Les notices qui 
précèdent cbacune des fables et qui enseignent les sources où a 
puisé La Fontaine, le commentaire littéraire et grammatical, ont 
été faits avec le plus grand soin (1). Mais dans un travail de ce 
genre, il est difficile d'être complet ; c'est avec ce qui a échappé aux 
recherches des éditeurs que j'ai fait ce petit livre, où rien n'a été 
accueilli qui ne fût bon à enrichir le commentaire ou à éclairer le 
texte (2). » M. Delboulle, grâce à sa profonde connaissance des 
littératures anciennes et de notre propre littérature, a pu faire à la 
fois œuvre très utile et très agréable en ajoutant, pour près d'une 
centaine de fables, ses indications et citations à toutes celles de 
M. Henri Régnier. Tantôt des vers d'Homère, d'Hésiode, de Théo- 
crite, de Ménandre, d'Horace, de Catulle, de Martial, de Perse, de 
Plante, de Prudence, le savant auteur des Matériaux^ rapproche 
des vers de nos vieux poètes : le Rendus de Moi liens, Eustache 
Deschamps, Baïf, Jean Doublet, François Perrin, le sieur d'Esternod^ 
Gringore, François Habert, Vauquelin de la Fresnaye, l'auteur du 
roman du Renart (3), Sonnet de Gourval, Amadîs Jamyn, Charles 
d'Orléans, Clément Marot, Claude Gauchet, d'Aubigné, etc. Tantôt 
des extraits de Plutarque, de Salluste, de Sénèque, de Solin, de 
saint Ambroise, de Lactance, il rapproche des extraits de nos 
savoureux prosateurs d'autrefois : saint François de Sales, P. Gruget, 
Nicole Bozon, Henri Estienne, Bonaventure des Périers, Guillaume 
Tardif, Montaigne, Tahureau, Noël du Fail, Guillaume de la Per- 
rière, Charron, Guillaume Bouchet, Pierre Le Loyer, Vigenère^ 



( 1 ) On n'a pas oublié les excellents articles de la Reoue critiqiu, dans les- 
quels M. Delboulle a rendu compte de chacun des volumes de la Collection 
des grands écrivains, qui contiennent les œuvres de La Fontaine, 

(2) Aussi, M. Delboulle a-t-il très heureusement donné pour épigraphe à son 
recueil, ces deux vers souvent cités, mais qui n'ont jamais été cités avec 
plus d*à-propos : 

... Ce champ ne se peat tellement moinonner 
Qoe les demien venot n'y troavent rien à glaner. 

(3) Au sujet de l'expression Martin dont Jeanne d'Arc aimait à se servir 
comme synonyme de bâton, il s'est trouvé un annotateur, dit M. Delboulle 
(p. br.), pour expliquer ce mot par valet ctécurie^ Moins cruel que M. Del- 
boulle je ne nommerai pas ce fantaisiste annotateur* 



186 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

Calvin, Charles Liébaud, Ant. Mizauld, etc. Ici brille un quatrain 
de Ronsard, auprès d'une phrase de La Bruyère ; là, Bernardin de 
Saint-Pierre est invoqué non loin de Bossuet ; ailleurs, sont mis à 
contribution le P. Grarasse, Tévéque Huet, Molière, Pascal, Voltaire, 
Chamfort, Joubert, etc. Tant de citations délicatement choisies, tant 
de justes et fines observations littéraires ou philologiques (1) font 
c mieux goûter Fart merveilleux du bon homme^ et son ample 
comédie à cent actes divers, d Nul ne reviendra de cette charmante 
promenade autour des Fables, sans aimer un peu plus La Fontaine 
et sans remercier un guide qui a si bien tout expliqué. Je ne vou- 
drais pas insister sur le mérite du travail d'un camarade, la discré- 
tion devant toujours l'emporter sur la sympathie, mais il me sera 
bien permis de dire que son précieux petit volume mérite d'être 
placé dans la bibliothèque de tous les amis de La Fontaine, auprès 
des volumes qui font tant d'honneur au digne fils de M. Adolphe 
Régnier. 

T. DE L. 



(1) On retrouve le phUologue accompli dans le Glostaire des mots diffleiUsou 
tombés en désuétude qui est à la fin du volume (p. 169-174). 



CATALOGUE DESCRIPTIF 



DE 



LIVRES ET PIÈCES RARES 



EN VENTE AUX PRIX MARQUÉS A LA LIBRAIRIE TEGHENER 



S, — Ratio atq. institutio studiorum. — Romœ, in 
Collegio Societatis Jesu. Anno Dni M.D.XCI, Cam 
facultate superioram ; pet. in-8» de 2 fiF. prél., 
332 p., 1 fit. non chiflF., v. fauve, fil. tr. dor. /Anc- 
re/.; 70 fr. 

Ouvrage très intéressant pour l'histoire de TOrdre des Jésuites. 
G*est un exposé très méthodique des règles imposées aux divera 
membres du corps enseignant de la fameuse Société, depuis le 
Prapositus provincialis jusqu'au PrœfectxAs sttidiarwn inferiarum. 
Toutes les matières de l'enseignement sont visées avec soin par oe 
code pédagogique, très explicite et très impératif. Les heures d'étude 
et de récréation, le choix des professeurs, la discipline, les indta^ 
tnenta studiorum sont également l'objet de prescriptions minutieuses. 
A lire surtout les curieux chapitres de Casihus consdenHm. 

Édition rare, non citée par Brunet, qui indique celle de 1586, 
même format et même nombre de pages ; cette édition de 1586 a 
été vendue 660 Gaignat, 151 LaVallière et 175 Henrott. 

Bel exemplaire aux armes de M.V Double, évéque de Tàrbes, toutes 
différentes de celles que V Armoriai du Bibliophile attribue à ce 
prélat. 



188 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

9. — Livret (Le) des consolations contre toutes tribu- 
lations. Imprimé à Paris, Van 1502, le 7® jour de 
février, par Pierre Le Dru, pour Geffroy de Marnef, 
demeurant en la rue S. Jacques, à renseigne du 
Pellican; in-16, goth., de 72 ff. avec le titre, signât, 
a-i, fig. sur bois, vélin blanc. 120 fr. 

Joli exemplaire d'une édition très rare, que nous n'avons trouvée 
dans aucune bibliothèque publique de Paris. Le Manuel du libraire 
ne cite que les éditions de Guy Marchand, 1499; d'Alain Lotrian, 
vers 1530, et de Lyon, 1532. L'édition de Marnef paraît être la 
seconde. Elle est ornée, sur le titre, de la marque des De Marnef, 
et dans le texte, de onze figures sur bois; trois grandes : La prinse 
de Jésus ^ V Auteur méditant dans son cabinet d* études, David 
repentant ; et huit petites. 

Cet ouvrage se compose de deux Dialogues traduits, ou plutôt 
paraphrasés du latin de saint Isidore de Séville, évéque du VII« siècle. 
Le traducteur a intercalé entre les deux dialogues d'autres opuscules, 
dont il est peut-être l'auteur. 

Voici le sommaire des différentes parties de ce volume : 

1» Ce présent traicté contient une dévote contemplation 

Içujuelle quiconque la dira.... il pourra obtenir de Dieu consola^ 
tions en toutes tribulations. C'est un dialogue entre le poure pécheur 
et le benoist sauveur Jésus. Nous en citerons seulement un passage : 
a Jésus : Et quand tu vouldras vaillamment résister et 'batailler 
contre tes mauvaises inclinacions, contre le monde, le dyable et la 
ehair, et généralement contre tous péchez, alors j'entreray preste- 
ment en la bataille avec toy pour toy aider et avoir la victore et ne 
te laisseray point. A cette heure la tous tes péchez te seront par- 
donnez et mesmement ton ame sera mon amye et espouse, affln 
qu'il y ait superabondance de ^ace où il y a eu superabondance de 
péchez. » Quoique nous soyons fort ignorant en théologie, il non» 
semble cependant que la proposition suivante de saint Isidore est 
peu orthodoxe, a Jésus : Je ne suis point plus obligié ne tenu à 
Dieu que les autres créatures. Car par sa seule paroUe, il m'a créé 
comme les bestes, et n'a non plus labouré pour moy que pour les 
bestes brutes. » Ce Dialogue, de 53 pages, fmit par un Épilogue de 
l'auteur, qui contient un avertissement au poure pécheur : t Je 
vous admoneste que vous en lisiez tous les jours trois faeilles en le 
bien savourant. Et au cas que vous faillez, mettez paine de donner 
trois deniers, ou de dire trois Pater ou Ave Maria. » 



CATALOGUE DE LIVRES ET PIÈCES RARES 189 

2o Cy commence le Prologue de V acteur sur les sept péchez mor- 
telz et des filles ou branches d'iceulx. Nous transcrirons une sin- 
gulière comparaison relative à l'éternité des peines : « Or, afin que 
▼ous puissiez congnoistre que c'est de éternité ou d'estre éternelle- 
ment dampné, mettez le cas en vostre entendement que s'il estoit 
une montaigne aussi grande que tout le monde, et ung petit oyselet 
venist au bout de mille ans prendre et emporter de son becq autant 
de la terre d'iceile montaigne qu'il en pourroit porter en son dit 
bec, et une ame dampnée eust espérance et creust d'estre sauvée, 
quant ledit oyselet venant ainsi au bout de mil ans auroit emporté 

toute ladite montaigne, icelle ame dampnée se resioiroit fort 

car la montaigne prendroit fin, et en ceste espérance, Tame danp- 
née seroit merveilleusement consolée. » Parmi les causes d'orgueil, 
l'auteur signale une belle voix et haulte, et ce advient aux chantres 
par quoy ils s'en orgueillissent. L'exposition de chaque péché avec 
toutes ses filles est suivie des remèdes à employer pour s'en préser- 
ver. Cette 2« partie a 31 pages. 

3» Sensu ivent les dix commandemens de la loy (4 pages). 

4® Sensuivent les cinq sens de nature (1 page). 

5» Sensuivent les sept sacremens (3 pages). 

6" Sensuyvent les douze articles de la foy (2 pag.). 

Ces six traités ont pour but de guider le pécheur dans l'examen 
de sa conscience, afin qu'il fasse une bonne confession, et puisse 
acquérir la gloire étemelle. 

70 Cy après sensuyt une tresconsolatoire contemplacion par forme 
de dyalogue..., composée par très vénérable docteur Isidore.,. Et 
sont introduis en ce présent traictié deux personnaiges, c'est assavoir 
lomme et rayson. Nous en extrairons une pensée de haute philo- 
sophie : a Prens couraige et si bataille contre les douleurs et tribula- 
cions temporelles et soies ferme en tous cas. Porte et endure egaale- 
ment les adversitez et prosperitez : Ne peniâe point que tu soies seul 
souffrant, et que nul ne ayt adversité que toy. » (48 pages). 

' On lit sur le recto du dernier feuiUet : a Priez pour celuy qui a 
translaté ce présent traictié de latin en francois, et la fait mettrejm 
moule, pour le salut des âmes... » Au-dessous, on trouve quatre 
vers blasés ; et sur le verso la souscription de l'imprimeur. 



10. — Discours au Roy, sur son instruction ; par Jean 
d'AIary, advocat au parlement de Thoulouze. Paris, 



190 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

J. Bourriquani, s. d. (1615); pet. in-8 de 64 pages^ 
d.-rel., V. f. 20 fr. 

Pièce très singulière . — Le titre semble annoncer un petit traité 
d'éducation^ ou, au moins, quelques conseils utiles pour Pinstruc- 
tion du Roi. Mais ce n'est point le but de cet écrit. Il s'agit d'un 
secret découvert par Jean d'Alary, secret merveilleux, à l'aide duquel 
Louis XIII devait devenir savant et éloquent, sans travail ^d'esprit et 
sans ouvrir aucun livre. D'Alary ne veut confier ce secret qu'au roi, 
et déclare que six mois suffiront pour en reconnaître les bons résul- 
tats. Il ne demande, pour récompense, que la confirmation des 
offices possédés par sa famille. 

Cette prodigieuse réclame pour « un artifice tout rare et tout 
royal, qui semble surpasser l'entendement humain, et que ce n'est 
rien encore de ces mémoires artificielles, de cet art de Lulle, ny de 
ces bagatelles et niaiseries de je ne sçay quels charlatans et vendeurs 
de fumées.... », est illustrée de nombreuses citations et de compa- 
raisons extraordinaires, le tout dans un style ampoulé et déclama- 
toire, plein de puériles antithèses : a Le vulgaire doit estudier pour 
sçavoir, mais les rois doivent sçavoir sans estudier : les autres doivent 
acquérir les sciences par un grand travail, et les Princes par une 
grande facilité : et bien que la peine de l'estude soit sans fin^ ils en 
doivent voir une fin sans peine ». Ces belles raisons ne convain- 
quirent point Louis XIII et le secret d'Alary a été perdu pour la pos- 
térité. 

Cet opuscule n'est point daté ; mais un passage, où il est question 
de voyage que le jeune roi fit après la proclamation de sa majorité, 
permet de lui assigner la date de 1615. 



11. — De puellâ, quae sine.cibo et potu vitam transigit, 
brevis narratio, teste et authore Gerardo Bucoldiano 
physico regio. Parisiis, Rob. Stephanus, 1542 ; pet. 
in-8 de 8 fif. 18 fr. 

Dissertation curieuse. — Grérard Bochoitz, plus connu sous le nom 
latin de Bucoldianus, né à Cologne, et médecin de Ferdinand, roi 
des Romains, exerçait la médecine à Spire. Il adressa cette relation 
à Corneille de Berg, évéque de Liège, le 9 mars 1542. — Une jeune 
fille, nommée Marguerite, d'un village près de Spire, commença à 
se dégoûter des aliments, en 1539 ; elle était alors âgée de 10 ans* 



CATALOGUE DE LIVRES ET PIÈCES RARES IM 

Depuis^ elle ne but ni ne mangea et ne cessa cependant de se bien 
porter. On la visita, on la surveilla avec soin et jamais cette enfant 
ne prit aucune nourriture. Le roi Ferdinand la fit venir à Spire, 
pendant le temps de la diète, au mois de février 1542 et lui fit 
quelques présents. Bocholtz ajoute à ce récit des observations mé- 
dicales sur les causes présumées de cette inappétence, et cite d'autres 
cas du même genre, tels que ceux d'une jeune fille de Gommercy 
qui resta sans manger pendant deux ans et demi^ de 1322 à 1325, 
et d'un copiste de la cour de Rome, nommé Jacques, prêtre de 
Noyon, qui ne prit aucun aliment pendant deux ans, de 1451 à 1453. 

12. — L'exécution et la mort du Roy d'Angleterre, faite 

publiquement le nœufième février 1649, à Londres 
en Angleterre : avec ce que le Roy a dit sur Teschaf- 
faut. Jouxte la copie imprimée à Londres, s. d. ; in-4 
de 4 ff. cart. 38 fr. 

Plaquette très rare . — Cette curieuse relation de l'exécution du 
roi Charles I^'^ a été évidemment traduite en français par un Anglais 
peu au courant des règles de notre grammaire . C'est bien certaine- 
ment la première qui ait été écrite en notre langue. U est intéressant 
de remarquer que le propos prêté à Charles I^' : « Prenez garde à 
la hache d et le Remember, sur lesquels on a tant discuté, sont 
signalés avec précision par l'auteur anonyme, en ces termes : « Et 
comme un gentilhomme s'approchoit de la hache, le Roy lai disait : 
Gardez-vous de la hache, je vous prie, gardez-vous de la hache t. 
Puis plus- loin : a Et quittant son manteau et le S. George, le donnait 
au docteur Juxon, disant : Souvenez-vous. On croid qu'il le donnait 
pour le Prince ». 

13. — La Manière de dicter Lettres, Missives, avecq' les 

responces : composé par Jehan Quinerit de Mousne, 
estimé Rhethoricien. En laquelle vous trouverez la 
Rhethoricque ciceroniane, avecq' plusieurs belles 
acclamations, lesquelles font les Amantz l'un à 
Faultre. Tholoze, J, Colomies, 1548 ; pet. in-8 de 
72 p., cart., non rogné. (Quelques mouillures). 80 fr. 

Livre très rare et singulier ; c'est le plus ancien et le plus curieux 
Manuel épistolaire, écrit en français. — Jehan Quinerit de Mousnes, 



192 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

OU plutôt de Mosnes en Touraine, estimé Rhethoricieriy est resté 
inconnu aux biographes et aux bibliographes. On apprend seulement 
par une lettre qu'il adresse à son ami le greffier de Blois, qu'il 
était marié et qu'il avait envoyé à Blois sa femme Jehanne et sa fille, 
afin de les soustraire aux violences commises à Mousnes par les 
gens d'armes et les aventuriers, qui mirent au pillage cette bourgade 
et enlevèrent femmes et filles. 

Quant au nom ou surnom de Quinerit, il semble la traduction du 
latin Qui non ridet, que Ton trouve dans de très vieux documents 
cité comme nom propre. Peut-être Quinerit n'est-il qu'un pseudonyme 
destiné à donner une haute idée du sérieux de l'ouvrage. 

Quoi qu'il en soit, les soixante-six épîtres dont se compose le 
recueil sont des plus variées : lettres d'amour, bien entendu, lettres 
d'afiaires entre banquiers et marchands, correspondance de famille, 
modèles de suppliques adressées à de hauts personnages (parlement 
devant un pape, parlement devant un empereur, etc. ), enfin, échan- 
tillons d'épitres dans certaines circonstances délicates, comme 
celles-ci : « Excuse quand tu aurais esté négligent à escripre à un 
amy duquel tu aurais receu plaisir ». 

Ge très curieux livre se termine par un modèle de testament ainsi 
présenté : Item, une belle manière de faire Testament pour laisser 
ses enfans paisibles avecques leurs adhérens, Instituée par un Roy 
inspiré du Créateur, comme vous pourrez amplement veoir cy' 
après. On croirait qu'il s'agit d'un monarque chrétien, éclairé par la 
grftce divine. Point du tout ; Jehan Quinerit se borne à traduire la 
harangue adressée, dans Xénophon, par Cyrus mourant, à ses deux 
fils Gambyse et Zanoaxare (que l'auteur appelle Zanazor), harangue 
pleine d'ailleurs d'excellents conseils qui toent peu suivis. 



ORIGINES DE L'IMPRIMERIE 



A REIMS 



LES TROIS PREMIERS IMPRIMEURS : 

GUUDE CHAUDIÈRE. — NICOLAS TRUMEAU. — NICOLAS BACQUENOIS 



I. — CLAUDE CHAUDIERE 

1561-1557 

Les débuts de rimprimerie à Reims-en-Champagne ne 
remontent pas au-delà de la seconde moitié du xvi® siècle 
et peuvent être fixés avec quelque apparence de certitude 
vers la fin de Tannée 1551. Claude Chaudière, fils de 
Regnauld Chaudière et neveu du célèbre typographe 
Simon de Colines, amena de Paris une partie du 
matériel typographique de ce dernier, dont il avait 
hérité (1), et vint s'installer à Reims sous les auspices 
du cardinal Charles de Lorraine, fondateur de TUni- 
versité. 

Le premier produit de cette imprimerie, qui soit 
venu à notre connaissance, ne nous est est révélé que 



( 1 ) C'est ce que nous apprend on avis de Ci. Cliaudlère, placé en tcte de La 
manière de tourner toutes espèces de noms latins, en nostre langue françogse ; 
Paris, de l'imprimerie de Regnault Chaudière et Claude son ftlz, Î5A6; pet. in-8 

1891 13 



194 BULLETra DU BIBLIOPHILE 

par un fragment de titre de 
85 centimètres de hauteur sur 
44 centimètresdeIargeDr,con- 
tenant la marque de l'impri- 
meur, qui n'est autre que 
l'emblème de Charles de Lor- 
raine : une pyramide surmon- 
tée d'un croissant au chifire 
royal autour de laquelle s'en- 
roule une plante grimpante, 
avec la devise : Te stante 
Dtrebo. Dans le soubassement, 
le nom et les insignes du car- 
dinal-archevêque. Au-dessous 
une souscription portant le 
lieu d'impression, la date et 
KHEMIS. l'indication de l'officine ly- 

EX CTiiwfif CafJà^ o^îcfna. pographique , conjointement 
I f 5 i> avec le nom de l'imprimeur; 

de 12 8., el qui accompagne une série d'autres pclils opuuulei pédagogiquei. 
sortis des mêmes presses, réunit dans le recueil 2D-1226 de la BibUothéque 
Mazariae. Voici le texte de ce document Intéressant pour ["histoire de llmprl- 
merie puisleiuie : 

CLAUDE CHAUDIÈRE AU LECTEUR 

AHi Irctear, lorsque Simon de Collnes par stpa- 
Tatlon du corpt é: de Vame paaa de ce monde 
morlfl a immorlalilé, Il lalata pluiieart hoirt: ex- 
tre leiqudi Mnl les Chaudieret. A iceaix Chaadlerei par 
iDCceiifon héréditaire lonJ etcheaz et adoenuz la chara- 
ettrei, lettres el nutrei utenslles de l'Imprlmrrtt d'iallog, 
eaiemble la merquc du Temps portant la faulxque Itditt 
de Collnes apposait coustiimkremenl aa commençimenlde 
ses tiares. Or donc tous llurea qui doresenaaant sortiront 
en lanilere de l'Offcine ou Imprimerie des lusdlets Cbau- 
dlerti, saches Lecteur, qu'ils sont împrimexdes tneunei cha- 
racleres desquels usait ledict de Coliats. Et pour l-adutnlr, 
lots seur qu'on s'efforcera tellement satisfaire a let désirs 
que l'eleganct i beaulté des susdidi charaeteret sera tons- 
loars aceompaigaee de bonne et entière correction. Voila 
le point que nou» auoni iioulu te faire brlefuement en- 
tendre I; ffauolr. 

7ou( aote U temp*. 



L'iMPRDfERIE A REIMS 195 

le tout disposé comme on peut voir par le fac-similé 
reproduit à la page précédente (1). 

Le verso qui est imprimé contient quelques lignes 
tronquées d'une dédicace en latin, au milieu de laquelle 
nous remarquons des mots laissant percevoir un sens, 
dont rinterprétation nous fera connaître la matière 
traitée. 

Pour plus de clarté, nous mettons sous les yeux du 
lecteur le fac-similé de ce fragment imprimé. 



:^ aniê quàniiipfey/I Erf ne 
ncéUigar^bonis dKciplinisfii 
! caufa^polt Elementariam 
dcfihi ^uasaïitèiajFnfîbus 
iraï;âcînDgâlIi(:a j^recencê in 
nôfolûm ad tê micCereniin 
erofiffinraelta^jndoii.dicaK 
re:pôft:dcnïum,praraç xtâ 
(yt fpcco^ mîiTûrus. Cicra ef 
imlibct mînutârum cagnît 
•;)!inas iionmodo inimisii 
1 étiampnndpum prdprias 
)uis nçmpc,ni(î mcntc^apf 
daméntis^ rcdifidum âlcius 
rua vciquc funt hxCifed na 
d fublimiôra nunqna eudis 
cténeor,forc>vc hoc mnnd 
ûie% Rcsia tua tiumdnicas* 



( 1 ) Claude .Chaudière avait pour devise particulière : Toat avec le tempe, 
comme [on le lit au bas de l'avis que nous venons de raf^porter au bas de la 
page précédente. Il l'employait en guise de signature, à la fin des pré&ces ou 
des pièces liminaires de ses éditions de Paris ou de Reims. 



196 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

Nous en extrayons les passages suivants. Les lettres que 
nous avons restituées pour compléter des mots mutilés ont 
été placées entre crochets : ....bonis disciplinis... postEle- 
mentariam... [Celsi\tudini paucisante mensibus [Eleme]nia 
Latinogallica, recentem in [lucem?]... non solum ad te mit-- 
teresum[psi ?].... [g]enerosissimœ tuœ indoli dicat[à\.... 

Après cette lecture, il est facile de se rendre compte qu'il 
s'agit d'Éléments latins-français (Elementa latino-gallicaj 
qui viennent d'être mis en lumière [recentem in lucem} 
après un autre traité élémentaire de grammaire (post 
Elementariam...) paru ou présenté quelques mois aupa- 
ravant [paucis ante mensibus) et que l'éditeur envoie à 
un grand personnage. Le mot Celsitudini, qui signifie 
Grandeur, est une qualification qui s'applique parfaite- 
ment au cardinal, prince de la maison de Lorraine. Ces 
Elementa latino-gallica lui sont dédiés par le même, qui 
se recommande à la générosité du prélat [non solum ad te 
mittere sum[psi ?]..,. generosissimœ tuœ indoli dicat[a\. 

L'Université, que Charles de Lorraine venait de fonder 
à Reims, n'avait pas encore de libraire, ni d'imprimeur 
attitré. Ces traités pédagogiques étaient destinés à la jeu- 
nesse pour la préparer à l'étude des belles-lettres [bonis 
disciplinis) (1). 



(1) Claude Chaudière n'était pas seul à faire la cour au Cardinal en lui 
adressant des li\Tes destinés aux élèves de sa jeune Université. Charles 
Estienne prit aussi à Paris, pendant quelque temps, le titre d'imprimeur 
du cardinal de Lorraine. En tête de son Dictionarium gallico-laiinum, pet. 
in-foL, on lit une dédicace de son auteur : Illustrissimo principi ampUssi- 
moque Cardinali Carolo Lotharingio. Après avoir rappelé l'intérêt que le Car- 
dinal portait à son établissement typographique, et en particulier à une édition 
des œuvres de Cicéron, que ce dernier paraît avoir subventionnée, il lui pré- 
sente ce dictionnaire, à la suite d'un autre petit dictionnaire qu'il vient de 
terminer, pour l'adopter, et lui demande la permission de le mettre, comme 
l'autre, entre les mains de la jeunesse de son Académie de Reims : « Interea 
LatinO'Gallicum hoc dictionarium post puerorum Dictionariolum tandem abso- 
lutum veluti meliorîs laboris nostri pignus accipies coque Remensis acadbmlc 
Tv.ïùjuventutem frui tantispcr sines. — Ex tua tgpographia, Idib. Jul. MDUI. » 



l'imprimerie a REIMS 197 

Antoine Du Verdier, sieur de Vauprivas, dans sa 
Bibliothèque Françoise, publiée à Lyon en 1585, consacre 
un article à Claude Chaudière, Parisien. « Il a écrit, dît- 
il. Les principes et fondemens de grammaire latin-françois 
avec les accens. j> Cette désignation parait pouvoir 
s'appliquer au premier traité de grammaire élémentaire 
{post Elementariam...J mentionné dans la dédicace de 
Claude Chaudière. Du Verdier le dit imprimé à Paris, 
mais il n'en indique pas la date. Nous avons retrouvé à 
la Bibliothèque Mazarine un précieux recueil (recueil 
20-1226) de traités pédagogiques, la plupart composés ou 
revus par Claude Chaudière, antérieurement à son éta- 
blissement à Reims, et nous y avons remarqué un livret 
qui doit être celui que Du Verdier a voulu indiquer et 
dont voici le titre exact : Les Principes & premiers 
ELEMENs||f/e la langue Latine, par lesquels tous ieu\\ 
nés enfans sont facilement introduicts \\à la cognoissance 
d'icelle. || Auec les accens. || Le tout reveu et corrigé en 
grande diligence. 

Au dessous : la marque de Simon de Colines, le Temps, 
avec sa faux ; a paris | | De l'imprimerie de Regnauld 
Chaudière, || & de Claude son filz. || m.d.xlvi. || Auec 
Priuilege. 1 1 Petit in-8, de 8 feuillets. 

Nous trouvons dans le même recueil le traité suivant : 
Principia elementÂria lu- 1 1 vénibus maxime accômoda : 
quibus 1 1 Naturae verbôrum subnectuntur. 1 1 Cum accén- 
tibus. 1 1 

Au dessous : la marque du Temps avec sa faux. 
Parîsiis, 1 1 Ex officina Reginàldi Caldérîj, 1 1 & Clâudii eius 
filij. 1 1 1546. 1 1 Cum priuilégio. 1 1 Petit in-8, de 8 feuillets. 

Ce titre en latin, accentué d'une façon toute particu- 
lière, doit, selon nous^ s'identifier davantage avec notre 
fragment. C'est évidemment le même opuscule, sauf la 
souscription et la dédicace toute de circonstance. Cette 
édition de Reims, 1551, qui n'est mentionnée par aucun 



198 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

bibliographe, et dont nous venons de démontrer l'exis- 
tence, constitue le premier produit actuellement connu 
de l'imprimerie rémoise. 

Nous ne pensons pas que l'on puisse remonter plus 
haut. Claude Chaudière exerçait encore à Paris dans le 
courant de Tannée 1551. Il y imprimait, conjointement 
avec son père, V Oraison funèbre de la reine Marguerite 
de Navarre, par Charles de Sainte-Marthe, en latin et en 
français, 2 parties in-4o, suivie des Epitaphes de ladicte 
Dame par aulcuns poètes françois. La souscription porte : 
Par Regnault Chaudière et Claude son filz, le vingtiesme 
dApvril, 1550 (v. style). L'année commençant alors à 
Pâques, cette date correspond aux premiers jours de 
1551. Les Annales Tgpographici de Maittaire nous four- 
nissent l'indication de deux autres ouvrages imprimés 
par lui la même année à Paris. L'un est du mathémati- 
cien Oronce Fine : Oront. Fine de Universali Quadrante; 
Ex officina Reginaldi Calderii et Claudii ejus fdii; in-4o; 
l'autre se compose d'un recueil de vers latins : Sermonum 
liber unus ex Isocratis oratione de regno, carminé heroîco, 
autore Joa. Blacco, Dano ; Ex officina Reginaldi Calderii 
et Claudii ejus filii; in-4®. Dans V Histoire naturelle des 
estranges poissons marins, ouvrage de P. Belon, du Mans, 
daté encore de 1550 (v. style), on lit parmi les liminaires 
une pièce de vers latins : Claudii Calderii typographi 
hexastichon. C'est probablement la dernière impression à 
laquelle Claude ait collaboré à Paris avant son départ 
pour Reims. Le livre de Belon étant souscrit De r impri- 
merie de Guillaume Chaudière, seul, ainsi que les autres 
labeurs sortis depuis cette époque de l'atelier de Paris, 
on doit en conclure que le fils venait de se séparer de son 
père pour aller s'établir à Reims. 

Qaude Chaudière, comme on le voit, a travaillé à Paris 
une bonne partie de l'année, et si l'on tient compte du temps 
nécessaire à cette époque pour le charroi d'un fonds de 



l'imprimerie a REIMS 199 

librairie assez considérable (1) et d'un matériel typo- 
graphique plus ou moins lourd, on arrive à limiter à la 
fin de l'année l'installation de Claude Chaudière à Reims. 
Le nouvel imprimeur-libraire rémois n'était ni un 
artisan de passage, ni le premier venu. « Claude Chau- 
dière estoit sçavant et homme docte d, dit La Caille, dans 
son Histoire de V Imprimerie (p. 127). A Paris, il avait 
été prote ou correcteur chez Simon de CoUnes, son oncle 
maternel, et c'est en cette qualité (2) qu'il y dirigeait, en 
1545, une édition des Epistolœ familiares de Cicéron, revue 
sur les manuscrits, citée comme un chef-d'œuvre de cor- 
rection. Il était l'auteur de plusieurs traités de pédagogie 



( 1 ) Claude Chaudière est qualifié de marchand libraire de M*' le Cardinal de 
Lorraine, dans un acte passé le 22 avril 1553 (v. style), à Reims. Il avait amené 
avec lui les livres imprimés ou édités en société avec son père, à partir de 
1547, et une partie du fonds de Simon de Colines, dont il avait rédigé le cata- 
logue sous ce titre: Libri vénales in bibliopolioReginaldiCalderiitumab Simone 
Colinœo tum & Calderio excusi; Parisiis, 15^6, mense Augusto; pet in-8 (Bibl. 
Mazarine, n* 34,344, réimprimé en entier dans MArrrAiRB, Annales typogra- 
phici, tom. III, pp. 147-205). Le tout, comme on peut en juger, présentait un 
choix et un ensemble assez considérables pouvant répondre aux besoins litté- 
raires de l'Université de Reims. 

(2) « Inter primos illius temporis librarios intignissimus , Simoni Colinceo, 
cujus ex filio nepos erat operam et studium diligenter naoauit.., b (Maittairb, 
Annales tgpographici, tom. III, p. 136, note f ). 

Le poète rémois Jean Faciot/" Vu/feiusy nous a conservé dans une de ses pièces 
les noms de deux autres correcteurs de l'imprimerie de Simon de CoUnes^Sioupe 
et Bésard, qui avaient précédé Claude Chaudière dans les mêmes fonctions. 

Valete Hendecasyllabum lihri 
Valete Hendecasyllabum patroni 
Simon cujus ope <ic labore multo 
Cujus œre typisque lux perennis 
Data est Hendecasyllabum quadrigœ 
(Quadrigam uoco quattuor libellos) 
JEternum valeas. Stupa et Bbsarob 
Nœuos tergere queis datur librorum, 
Prcetermittere syllabam née ullam 
Nullam inuertere litteram, née ullum 
Punctum omittere, quojuvetur ipte 
Lector, cura quibus, simul valete, 

( JoH. VuLTEn Rhemi, Inscriptionsun libri H, HendeetugUalmm libri U, ete. 
Parisiis, S. Colinœus, 1538 ;iii-16, fol. 106). 



aoo 



BULLETIN DU BIBLIOPHILE 



estimés. Ces livrets, d'un usage journalier auprès de la 
leunesse studieuse, étaient sujets à de Ifréquentes réim- 
pressions. C'est par une de ces rééditions qu'il débute à 
Reims. Il entreprend ensuite la traduction d'une des ha- 
rangues les plus célèbres de Cicéron, son auteur favori, et 
l'imprime sans plus tarder dans son nouveau logis. Nous 
donnons ci-dessous le titre de ce livre, en reproduisant aussi 
exactement que possible sa disposition typographique : 



PREMIER LIVRE DES 

Accusations de M. T. Ciceron, 

contre Gains Verres, 

nommé Diuination. 

Faict François, par Claude Chau- 
dière Parisien. 

Et pour rvtilite &. vraye intelligence du liure, icelui Chaudiè- 
re a fait et mis en marge brieves expositions. 



Id, dans l'espace occupé par ce 
cadre, on voit dans l'original la 
marque de l'imprimear, arec la 
devfse : Te Hante virebo. Nous 
l'aTons reproduite plus haut. 



Obserration particulière. — Le 
haut de la pyramide a subi un 
cboc, le chiflre royal est oblitéré, 
et c'est à peine s'il reste trace du 
croissant en partie écrasé, don 
une partie seule parait. Le fllet 
de gandM, dans le coin du pié- 
destal, manque. 



A RHEIMS, 

De llmprimerie dudict Chaudière, Imprimeur 
de must. et Reu. Cardinal de Lorraine. 

Auec Priuilege du Roy, 
pour six ans. 



L'iMPROfERIE A REIMS 201 

La date de l'impression n'est pas indiquée sur le titre, 
mais nous allons trouver plus loin un achevé d'impri- 
mer (1). Au verso du titre on lit un privilège que de 
hautes influences firent octroyer par le roi Henri II, lors 
de son passage à Reims, Nous transcrivons ici, dans sa 
forme et teneur, ce privilège, qui fixe particulièrement 
la position de Claude Chaudière à Reims : 

Plusieurs gents sçavants d'autho- 

rite & grands seigneurs (2) ont commandé à Claude Chaudière, 
de faire bien et correctement imprimer ses œuures. Et pour 
ce faire lui ont fait donner du Roy, lettre de treiample Prui- 
lege, par lesquelles est défendu à tous Imprimeurs & Libraires 
du Royaume, pais, terres, & seigneuries dudict Seigneur d'im- 
primer ni vendre aucunes œuures dudict Chaudière, & non 
seulemêt ses œuures , mais tous autres liuures que 
bon lui semblera faire imprimer en son logis ou autre lieu sans son gre& 
consentement, iusques au terme de six ans, commençât le iour 
que lesdits liures seront achevez d'imprimer sur grandes pei- 



(1) Cette impression forme un mince volume pet. in-4% relié en vélin, qui 
se trouve à la Bibliothèque Nationale sous la cote : Inventaire, Réserve, X, 
1081. La collation des caliiers. est : A par 2; B par 3; C par 3; D par 3, soit en 
tout 22 feuillets. Le 1" feuillet comprend le titre, et le privilège imprimé au 
verso. La dédicace occupe les deux pages suivantes. Les pages 5 et 6 (non 
chiflFrées) contiennent une Ode de Claude Chaudière, Page 7, recto (non chiff.)» 
une pièce de vers adressée par Jacques Tigeou, Angevin, au Lecteur. Au verso, 
page 8, non chiffrée : Sommaire et argument de ce livre par Claude Chaudière. 
Le texte de la traduction commence au cahier Bi, paginé par erreur 7 au lien 
de 9, et se termine ainsi à la page 21, cotée par erreur 23 : FIN DU PREMIER 
LIVRE DES ACCVSA- | TIONS DE M. T. CICERON, CONTRE | C. VERRES, 
NOMME DIVINATION I FAICT FRANÇOIS PAR CLALDE | CHALDIERE. 
Le verso du feuillet est blanc. Le dernier feuillet est occupé au recto par des 
ornements tj-pographiques à fond criblé, au milieu desquels est placée la 
devise particulière de Claude Chaudière : 

TOVT AVEC 
LE TEMPS 
La dernière page est blanche. 

(2) Parmi les « gens sçavants et d'authorité » qui protégaient notre savant 
typographe et s'intéressaient à ses travaux, nous devons mentionner Nicolas 
Psaimie, évéque de Verdun. La traduction de Cicéron lui est dédiée par son 



202 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

nés, amendes, & confiscations, applicables tant enuers ledict 
Seigneur, qu'enuers ledict Chaudière. Le contenu desquelles 
lettres, icelui seigneur veult être gardé & observé, nonobstant 
oppositions ou appellations , ordonnâces , restrictions , mande* 
ments, défenses 8c lettres à ce contraires, ainsi qu'il est plus au 
long contenu en icelles. Scellées du grand seau, 8c données a 
Rheims au mois de Mars. M.D. LI. En vertu duquel Priui- 
lege, icelui Chaudière a faict imprimer en son logis, ce premier 
liure des accusations de M. T. Ciceron , contre Caius Ver- 
res, nommé Diuination, faict François par lui avec très amples 
annotations. 

Acheué d'imprimer le 14 iour d'apvril. 

Le jour de Pâques tombant cette année le 29 mars, 
c'est au commencement de Tannée 1552 (nouveau style) 
qu'il faut reporter la date de cette impression. Elle doit 
être placée après celle des Principia elementaria. La 

auteur, qui exprime sa reconnaissance en ces termes : c Pour ce que, dit-il, 
je sçai mon Seigneur, que vous prenez autant de plaisir aux choses antiques 
et vertueuses et à celles qui ont esté des plus estimées et mieulz dictes que nul 
autres que je cognoisse, j'ai bien voulu traduire et mettre en François cesf 
Oraison qu'a fait Cicéron pour vous la présenter ; à cette fin que je cognoi 
mon labeur et style vous estre aggreable &. qu'il vous ait pieu en quelque 
chose, je poursuive par vostre commandement la traduction des six autres. 
Vous assurant Monseigneur, que le plus grand plaisir que je pourrai avoir 
en ce monde seroit de sçavoir faire quelque chose qui vous pleut, tant par 

mon imprimerie qu'autre diligence et labeur N'estimerai cesf Oraison 

devoir estre mieulx reçeue, mais plustot venant en lumière soubs le nom d*un 
personnage de vertu, sçavoir et authorité, tel que vous estes mon Seigneur 
duquel j'ai reçeu longtemps y aetreçoi chascun jour beaucoup de faveur, vous 
suppliant très humblement me continuer cette volunté, & me maintenant 

perpétuellement en vostre bonne grâce » 

La dédicace est suivie d'une « Ode de Claude Chaudière au mesme Seigneur », 
pièce qui occupe deux pages et dont nous ne citerons que les deux premières 
strophes : 

PovR le vrai Mecenas 

le te prin & Seigneur, 

Quand a mon cœur donnas 

Courage de labeur 

Qui esteins la mémoire 

De mes profonds ennuis 
A iamais aurons gloire 
Veu qu'en vertu reluis. 



l'imprimerie a REIMS 203 

gravure sur bois du titre représentant remblême du car- 
dinal est intacte dans la première, tandis que cette même 
marque porte les signes matériels d'un second état dans 
le CicéroTXm 

Nous voyons maintenant Claude Chaudière officielle- 
ment pourvu du titre d'imprimeur de Monseigneur 
V Illustrissime et Révérendissime Cardinal de Lorraine. 
Comme tel, il est logé avec sa femme Anne Cremyllier (i) 
dans une maison dite le Petit Saint - Martin , rue des 
Fusilliers (2) à Reims. 

En 1553 (v. style), Chaudière imprime le texte d'un 
autre traité de Cicéron, dont le titre est rapporté par 
Maittaire (3) ainsi qu'il suit : Ciceronis Rhetoricorum 
libri ad Herennium et de Inventione; In Rhemorum 
academia, excudit Claudius Calderius, Caroli Lotharingi 
Cardinalis typographus, 1553; in-S^. 

La mention : In Rhemorum academia indique-t-elle 
que le volume a été imprimé dans un nouveau local, 
dépendant des bâtiments de l'Université ? Le fait n'aurait 



( 1 ) La présence de cette dernière à Reims est constatée par un acte passé le 
19 septembre 1S52 (v. st.) devant Taillet, notaire à Reims, c Honorable femme, 
Anne Cremyllier, femme de honorable homme Claude Chaudière, marchand 
libraire de M*' le Cardinal de Lorraine en sa ville de Reims, vend à honorable 
honmie, sire Mathurin du Puis.... la 9* partie qui appartient audit Claude 
Chaudière, de son propre en la moitié de deux maisons... ». (Jaoard, Notice 
sur Nicolas Bacquenois; Reims, 1890; in-8, p. 5.) 

(2) Un acte du 22 avril 1553 (vieux style), découvert par M. Jadard dans les 
minutes du notaire Jean Rogier, à Reims, nous apprend cpie c M'* Pierre 
Bellangier, prebtre chanoine de Reims, somme Claude Chaudière imprimeur 
demeurant à Reims, qu'il ait incontinent à faire estansonner, tringler et rete- 
nir ung comble et crespon faisant séparation de lad. maison et de celle dudit 
Bellangier, lequel menasse ruine.... Par lequel Chaudière a été fait response 
qu'il n'est que concierge de la maison en laquelle il est à présent demeuraot 
et ne luy appartient, ains à M*' le reverendiss. cardinal de Lorraine, arche- 
vesque de Reims, à cause de son abbaye de Saint-Martin de Laon, au moyen 
de quoy il n'est tenu des réparations d'icelle.... » (Jadard, Notice sur Nicolas 
Bacquenois; Reims, 1890 ; in-8, page 5.) 

(3) Annales typographici, tome UI, p. 626. 



^04 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

jien d'improbable, étant donné que la maison où le 
Cardinal avait logé son imprimeur menaçait ruine. (Voir 
note 2, p. 203). Maîttaire s'exprime ainsi, relativement à 
la marque de Claude Chaudière : « Libris prœfigebat Car- 
dinalis [caro. cardi. de loth. arch. dux rhem.] insignia; 
qaibus ianquam basi insistebat pyramidalis columna cir- 
çumcincta ramo frondente [cum his versibus te stante 
viREBo] columnœ apici superstante luna falcaia ». Cette 
description minutieuse et scrupuleusement exacte, corres- 
pond d'une façon si précise avec oe que nous savons déjà 
qu'il n'est pas permis d'élever de doutes sur l'existence 
de cette précieuse édition rémoise que Maittaire a vue 
en 1726 et qui a disparu depuis. 

Il en est de même des autres productions typogra- 
phiques de Claude Chaudière, qui ne nous sont plus 
connues que par les témoignages de La Croix du Maire 
et de Du Verdier. a II a écrit, dit le premier, un Dialogue 
du vrag amour duquel les enireparleurs sont VAmi et 
VAmie; imprimé à Reims en Champagne, par ledit 
Chaudière, Fan 1555. » a II est auteur, dit le second, de 
Y Accord de vertu à la vie humaine, en trente-sept cha- 
pitres, imprimé à Reims, l'an 1557 » ; in-S®. 

Là s'arrête la carrière du premier imprimeur rémois. 
Cinq impressions à son actif pendant son séjour de près 
de sept années à Reims, voilà tout ce que nous avons pu 
découvrir. En 1555-56, son titre d'imprimeur de Monsei- 
gneur le Cardinal de Lorraine est donné à Nicolas 
Bacquenois, son concurrent. Claude Chaudière rentre 
définitivement à Paris, où il succède à son père, et y 
exerce encore une dizaine d'années. « La grande quantité 
de livres qu'il a imprimez ou fait imprimer, dit La 
Caille, ont fait voir qu'il a esté un des plus habiles 
libraires de son temps. » 

Son fils Guillaume, marié avec Gillette Haste, lui suc- 
céda en 1568. Ce dernier était imprimeur de la Ligue. 



l'imprimerie a REIMS 205 

Comme tel il publia les Sermons de la simulée conversion 
dHenry de Bourbon (Henry IV), par Jean Boucher, le 
fougueux curé de Saint-Benoît. Ses fils et petits-fils con- 
tinuèrent le métier à Paris jusqu'en 1647 au moins (1). 
Le dernier, Jean, fils de Pierre Chaudière, quitta la capi- 
tale en 1654, pour venir s'établir à Bourges, où il succéda 
à Maurice Levez, imprimeur de la ville (2). En tête des 
Privilèges de Bourges ^ qu'il imprime en 1660, Jean 
Chaudière s'intitule : imprimeur ordinaire du Roy, de 
M9r r Archevêque et de la Ville, Avec lui s'éteignit la 
dynastie typographique des Chaudière, qui datait de 
1516 et avait duré un siècle et demi . 



IL — NICOLAS TRUMEAU 



Après Claude Chaudière à Reims, et presque en même 
temps que lui, nous avons à signaler Nicolas Trumeau, 
qui parait avoir été imprimeur de la \âlle. La mention 
qui le concerne, tirée des Archives communales de Reims, 
nous est fournie par M. Jadard : « A Nicole Trumeau, 
imprimeur pour avoir imprimez 3.500 brevetz 416 sols 
tournois. Pour 328 brevetz qu'il a convenu escripre à la 
main, à raison qu'il n'y en avoit à suffisance, 16 sols, 
3 deniers tournois. » (Comptes des deniers patrimoniaux, 
1550-1552, fol. 304). 



( 1 ) Voir LoTTiN, Catalogue alphabétique des libraires et des libraires-impri- 
meurs de Paris, page 80, et Chronologie histor. des curés de Saint-Benoit (par 
Brité), 1722, 2' partie, page 40. 

(2> Archtves de la ville de Bourges. Registre des délibérations de 1654. 



206 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

Nous ajouterons à ce renseignement l'indication de la 
demeure de Trumeau et de Tannée où il exerçait. Il 
imprimait en 1552 (vieux style) la pièce suivante : 

Ampliation de 

L' E D I CT DE LA 

création des Conseillers, Magi- 
strats 8c luges presidiaux, 
auec establissement de 
leurs Sièges & 
ressortz. 

Au-dessous de ce titre, dont nous avons conservé la 
disposition, on voit Técu de France aux trois fleurs de 
lys, gravé sur bois, et la souscription suivante : 

On les vend à Reins, par Nicolas 

Trumeau, près l'Eglise 

nostre Dame. 

1552 

L'édit en question avait été donné à Reims, en mars 
1551, après Pâques, c'est-à-dire dans les deux premiers 
jours de Tannée 1552 (nouveau style), pendant un séjour 
du roi à Reims, en même temps que le privilège de 
Claude Chaudière. 

L'opuscule imprimé par Trumeau forme un petit in-8® 
de 24 feuillets non chiffrés (la dernière page blanche), en 
caractères romains, à longues lignes, au nombre de 27 à 
28 par page, avec des signatures de A à F, disposées par 
deux, c'est-à-dire par demi-feuilles. L'ensemble en est 
régulier et l'impression très égale. On y voit l'œuvre 
d'un typographe qui connaît son métier* 

Nicolas Trumeau appartient à une très ancienne 
famille d'imprimeurs qui exerça à Provins, près le 



l'imprimerie a REIMS 207 

Pont-aux-Poissons, dès la fin du xv® siècle, et que les 
alliances transportèrent ensuite à Troyes. Thibault 
Trumeau, fils de Jean Trumeau, de Provins, épousa la 
fille de Jean Lecoq, maitre imprimeur à Troyes. Après 
la mort de ce dernier, vers 1525, il demeura auprès de 
sa belle-mère, pour la seconder dans l'exploitation de 
son imprimerie. Après la mort de la veuve Lecoq, en 
1532 ou 1533, il dirigea l'établissement jusqu'à la majo- 
rité du fils Lecoq, en 1541. Nicolas Trumeau, qui vint 
chercher fortune à Reims, nous paraît être le fils aîné de 
ce Thibault Trumeau, de Troyes, et le petit-fils de Jean 
Trumeau, de Provins. Il disparait de Reims après 1552 
(1553, n. style). Son père venait de mourir et cet événe- 
ment le ramena sans doute à Troyes, où il vint diriger 
l'imprimerie paternelle pour le compte de sa mère, qui 
imprimait en 1553 (v. style) : les Mandements pour le 
Carême ; en 1559 (v. style), une série de placards pour les 
stations et les lacticines ; en 1560, des Indulgences (1). 



in. — NICOLAS BACQUENOIS 

C'est à Nicolas Bacquenois, originaire de Beine, près 
Reims, que revient l'honneur d'avoir implanté définiti- 
vement l'imprimerie dans la ville du sacre des rois de 
France. Parti de son pays natal à une époque que l'on 
ne saurait préciser, il fit son apprentissage de typographe 
à Lyon. Nous le trouvons, en 1548, d'abord associé avec 
Jean Pidier. Us impriment ensemblent à Lyon, pour 
Guillaume Roville et Thibault Payen, la Bible en frcui- 



(1 ) Voir SocARD et Assier : Livres liturgiques du diocèse de Troges, p. 38, et 
AssiER : Archives curieuses de la Champagne , p. 102. 



208 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

çoySy très beau volume in-fol. à 2 colonnes, avec nom- 
breuses figures sur bois dans le texte, lettres ornées et 
historiées (1). Les deux associés se séparèrent aussitôt 
après et travaillèrent chacun de leur côté (2). Bacquenois 
imprime pour Thibault Payen le Livre de plusieurs 
pièces, in-16, de 128 ff., daté de la même année. Il 
imprime et édite pour son propre compte en 1548 (vieux 
style) Y Oraison panégyrique disocrates, traduite de grec 
en français par Pierre Adam de Wassigny ; petit in-8o de 
88 pages chiffrées, et présente ce livre à son futur pro- 
tecteur, a Monseigneur le Reverendissime Cardinal de 
Guyse, archevesque de Reims d (3). Il obtient un privi- 
lège du Roi pour cette traduction et d'autres du même 



( 1 ) Voici la description bibliographique de cette édition fort peu connue : 
LA BIBLE EN I FRANCO YS, | qui est la saincte Escriture, en laquelle sont j 
contenuz le vieil & Nouveau Testament, | Recentement reueuz &. fidèle | ment 
corrigez selon | l'Ebrieu, Grec, | & LaUn. | A LYON, | PAR GVH.. RO VILLE, | 
ET THIBAVLT PAYEN | m.d.xlvhi. 2 parties en un vol. in-fol. à 2 colonnes. 
La première, composée de 12 ff. préliminaires non chiffrés, et de 260 ff. chiff, 
de texte. La seconde, dont les signatures et la pagination recommencent, com- 
prend 75 ff. chiffrés, plus 2 ff. non chiffrés pour la table, qui finit au verso, et 
au bas de laquelle on lit : 

Imprimé à Lyon par lehan Pidier 
& Nicolas Bacquenois. 

Au-dessous on trouve l'Ordre des Cayez de la Bible, indiquant leur disposi- 
tion typographique en ternes, quaternes et duernes, 

(2) Jean Pidier a exercé de 1544 à 1558. Le premier volume sorti de ses 
presses est le suivant : Rimes d'Henry Tabourot, 1544. In-8 (Du Veroier, édit. 
de Rigoley de Juvigny, tome II, p. 185); et le dernier : Arrcs/s notables, 1558, in-8 
(Du Verdier, tome III, p. 199). 

(3) Nous pensons qu'on nous saura gré de citer les passages de cette dédi- 
cace, jusqu'ici iguorée, de Bacquenois, qui établissent les premiers rapports 
du typographe lyomiais avec Charles de Lorraine : t Puis n'agneres, Prince 
consacré, en despit de l'occasion, à éternité, Pierre Adam de Vuasigny, 
enfant de vostrc Eglise de Reims, m'a envoyé ces œuvres d'Isocrates , par luy 
traduictes de Grec, en iiostre \-ulgaire Françoy» poid* Imprimer & mettre aux 
usages de ceux cfui n'ont que le Françoys familier. Or les ay-je osé mettre en 
lumière soubz la saulvegarde de V. R. cognoissant que Isocrates a du crédit 
assez envers icellc pour inipctrer excuse pour moy, si j*ay trop osé. Que s'il 



l'imprimerie a REIMS fi09 

auteur faites par son compatriote de Wassigny (1). Nous 
trouvons ensuite VOraison consultoire disocrates, faicte 
en la personne de Nicolas Rog de Cyprès; à Lyon, par 
Nicolas Bacquenois, 1549 ; pet. in-S®^ de 28 pp. chiffrées. 

Le Manuel du Libraire de Brunet, tome II, col. 1540, 
cite : Le grand et bon mesnager de Constantin César ; 
Lyon, Bacquenois^ ou Thibauld Payen, 1550; in-16. C'est 
une édition qui aurait été partagée et exécutée pour le 
compte de ce dernier. 

Nous connaissons encore de Bacquenois une traduction 
latine, par le médecin Comaro, d'un traité de Galien : 
Galeni de Hippocratis et Platonis dogmatïbus libri IXy 
Jano Cornario, medico physico interprète, 1550; in-16, de 
608 pages chiffrées, qu'il imprime pour le compte du 
libraire Paul Miralliet, demeurant à Lyon, à l'enseigne 
Saint-Paul fsub insigni Divi Pauli). 

En 1552, il exécute pour Guillaume Gazeau, qui fut 
pendant quelque temps l'associé de Jean de Tournes, un 
gros volume in-8o, en latin, divisé en 2 tomes : Aristotelis 
et Theophrasti historia Plantarum. C'est son dernier 
labeur daté de Lyon. On en trouvera une description 
exacte, pages 42-43 de l'intéressante monographie que 
M. H. Jadard a consacrée à Bacquenois. Bien que l'indi- 
cation de sa demeure à Lyon ne se trouve sur aucun de 
ses livres, un document du temps nous permet d'établir 
l'emplacement de son atelier, situé rue Mercière, où il 



ne le peult obtenir, je m'ose pres-qiies asseurer, que vostre clémence plus que 
humaine, ne la me refusera, ainsme laissera à quelque anglet du renc de ses 
favoriz serviteurs, attendu que ce que j'ay entrepris, est pour recongnoissance 
publicque de ce que luy doibs, et pour pleige de obéissance eteme, & derniè- 
rement pour nionstrer que me suis (je pense) fatalement mis à l'Imprimerie 
pour laisser a la postérité monuments de vos divines vertus » etc. 

(1 ) Le privilège qu'on lit au verso de l'Oraison panégyrique fait mention de 
« certaines œuvres d'Isocrates comme le Panégiricque, DemoniCfBu8iri8,Pana- 
thenaic, et autres contenuez et nommées aux lettres de privilège » 

1891 14 



210 BULI.ETIN DU BIBUOPHa.E 

occupait un local appartenant à sa femme Etiennette 
Lhéritier, d'Annonay (1). 

Sollicité par le cardinal de Lorraine, qui passait par 
Lyon^ à son retour dltalie, Bacquenois quitta la ville de 

de Lyon pour venir à Reims, a Vous, Monseigneur, 

retournant dltalie et passant par Lyon, me comman- 
dastes, comme à votre subject, à vous obligé et appar- 
tenant naturellement, que pour vous faire ser\'ice et aux 
vostres, m'en retournasse au lieu de ma naissance.... i 
Telle est la déclaration que Bacquenois prend soin de 
mettre en tête du Coustumier de Reims, imprimé par 
lui à Reims et portant la date de 1553 (v. style). 

Bacquenois avait transporté à Reims le matériel qu'il 
avait à Lyon. On retrouve ses caractères, ses fleurons 
et les grandes lettres ornées de la Bible de 1548 dans ses 
diverses impressions de Reims. Il avait aussi amenéaveclui 
un excellent ouvrier qu'il avait à Lyon, nommé Geoffroy, 

En souvenir de Lyon, sa patrie typographique, Bac- 
quenois adopte pour marque l'emblème parlant de cette 
ville : le Lion.' Le noble animal tient sa patte droite 
appuyée sur la pyramide, emblème du Cardinal de 
Lorraine, et de la gauche déroule une banderolle avec 
la devise : Sequitur fortuna laborem. 

Nous ne suivrons pas M. Jadard dans ses détails sur 
la vie et les travaux de Bacquenois à Reims. Maintenant 
que nous avons établi ses antécédents peu ou mal 

(1 ) C'est ce qui ressort du document suivant, dont nous devons la commu- 
nication à Textréme obligeance de M. J. Baudrier, de Lyon. C'est un acte 
notarié dont voici le résumé tel qu'il nous a été transmis : 

c Insinuations, 26* vol., 1558. — M* Jourdain, notaire à Lyon. 7 jan%ier 1558. 
— Acte d'où il résulte que Bacquenois avait épousé Etiennette Lhéritier, sceur 
d'Ennemond Lhéritier habitant d'Annonay. Elle parait aussi être la veuve 
d'un nommé Gaulme. Enncmond Lhéritier, créancier de sa soeur et de son 
beau-frère pour une somme de cent livres tournois, ne pouvant se faire payer 
avait fait saisir une boutique, arrière-boutique et cave, appartenant à Etien- 
nette Lhéritier femme Bacquenois, mais dépendant d'une maison de Benott 
Moutaudoyne, sise rue Mercière. » 



l'imprimerie a REIMS 211 

connus jusqu'ici, nous n'empiéterons pas sur le terrain 
que M. Jadard vient de défricher avec un zélé et un 
succès dignes d'éloges. Nous renvoyons le lecteur à la 
notice spéciale à Nicolas Bacquenois, qu'il vient de 
publier dans les Travaux de V Académie de Reims (tome 
Lxxxv). On y trouvera le texte de divers actes authen- 
tiques concernant Bacquenois, et la liste détaillée de ses 
éditions connues jusqu'à ce jour. 

Qu'il nous suffise maintenant de dire que Bacquenois, 
après avoir travaillé pendant une dizaine d'années à 
Reims, ne parait pas avoir fait fortune (1). Contrairement 
à ce que dit sa devise, richesse ne s'est pas ensuivie de 
ses travaux. Le 17 octobre 1561 (v. style), il s'associe 
avec Jean de Foigny, mari de sa belle-fille, Françoise 
Gosme, qui reste seul imprimeur à Reims, pendant que 
lui-même va fonder l'imprimerie à Verdun, sous les 
auspices de Nicolas Psaume, évêque de cette ville. 

Le 11 mai 1568 (v. style), par acte passé devant Girard 
et Rogier, notaires à Reims, il cède définitivement son 
imprimerie avec tout ce qui en dépend au même Jean 
de Foigny, et se retire du métier. Bacquenois meurt vers 
1575, investi des fonctions de receveur de l'évêché et 
comté de Verdun. 

A. Claudin. 



(1) Bacquenois était déjà endetté en quittant Lyon. L'acte du 7 janvier 1558, 
passé à Lyon, et dont nous venons de citer un extrait (voir note, page 210), 
nous donne encore les renseignements suivants : 

c Pour se liquider, Etiennette Lhéritier représente son mari absent et en 
vertu de sa procuration vend ladite boutique à Montaudoyne à charge de 
payer : 1* son frère ; 2* 30 écus d'or à Guillaume Rouville, etc.... Le prix est 
340 livres, qui, diminuées des sommes déléguées, ne laisse qu'un excédent de 
27 livres payées à Etiennette. Bacquenois est qualifié de Maistre imprimeur 
juré en l'Université de Rheims en Champagne. Françoise Gausme (belle-fille de 
Bacquenois) est fiancée à Jehan Fougny, greffier du dit lieu de Rheims. Guil- 
laume Rouville est un des témoins de l'acte. La procuration en vertu de 
laquelle Etiennette Cherrier représente son mari est reçue par M* Rogier. 
notaire à Reims, le 8 août 1557 (n. style) >. 



MAIOLI ET SA FAMILLE 



A PROPOS d'un livre DE LA BIBLIOTHÈQUE DE LYON 



Dans ce réveil de la pensée, dans cette immense 
poussée de Tesprit humain, qu'on a si justement appelée 
la Renaissance, pas un art qui n'ait pris son élan, pas 
une science qui n'ait eu son apogée, pas une idée géné- 
reuse qui n'ait pris son essor vers des régions jusque-là 
inconnues ; aussi, à Rome comme à Florence, à Venise 
comme à Paris, pas un cœur qui ne battît aux nouvelles 
qu'à chaque instant faisait naître cette époque brillante 
et fameuse. La boussole avait ouvert les plaines de la 
mer au navigateur qui, hardiment désormais, pouvait 
perdre de vue les sables du rivage ; la découverte admi- 
rable de l'Amérique avait doublé la surface de cette 
petite planète où l'homme se trouvait si à l'étroit ; 
l'imprimerie avait centuplé la somme de nos connais- 
sances et, comme corollaire, l'astronomie nous faisait 
voir ou deviner cent millions de soleils plus vastes et 
plus éclatants que le nôtre, éclairant, vivifiant, fécon- 
dant un milliard de planètes plus grandes, plus riches et 
sans doute plus heureuses que le grain de poussière que 
nous habitons et qui tremblotte imperceptible dans un 
petit coin de l'espace. 

L'orgueil humain, écrasé, anéanti par sa nullité, ne 
pouvait plus alors que murmurer ces mots découragés : 
« O étendue ! O immensité I » 

Il y avait là, en effet, de quoi briser l'esprit le plus 
robuste et jeter l'àme épouvantée jusque dans les abîmes 
de la folie. Y a-t-il, connaît-on mystère plus terrible que 



MAIOLI ET SA FAMILLE 213 

l'infini de Tespace, si ce n'est l'infini des temps? Notre 
intelligence peut-elle les comprendre et les contenir ? 
Pensez-y et répondez. 

Dès les premiers jours, l'architecture, avec ses filles : 
la sculpture, la peinture, la gravure, l'ornementation, 
s'était hâtée de donner ces chefs-d'œuvre que les temps 
modernes n'ont point dépassés. L'ameublement avait 
suivi ; le confort était né. Partout, chez le seigneur et le 
manant, suivant sa fortune, la terre battue, les brassées 
de fleurs et de feuillages avaient été remplacées par des 
lambris, des parquets, des tapis ; les volets de bois par 
des vitrages ; les peaux d'ours par des lits ou des divans; 
les coffres grossiers et durs, sièges habituels, même dans 
les châteaux, par des sofas, des canapés, des fauteuils ; 
partout, le velours et la soie allaient vêtir l'humanité. 

Il fallait que tout marchât de pair. Le plus modeste, 
le plus infime des beaux-arts, la reliure vint à son tour 
offrir des merveilles de goût et de grâce, et l'imprimé 
qui venait de naitre eut sa parure avec non moins d'éclat 
et d'orgueil que le manuscrit. 

Le missel des princes était encore soigné, mais l'écrit 
vulgaire ne visait qu'à la soUdité. Le bois, la peau 
grossière couvraient le livre où priait le moine, qu'épelait 
l'étudiant, que lisait l'érudit, et qu'une chaîne de fer 
attachait au pupitre pour le protéger contre les indiscrets 
ou les voleurs. Mais l'in-folio d'alors était si vaste, le 
livre était si épais, si pesant, que le moine le plus robuste 
ne pouvait le lire que sur un appui et que le sav^t 
pressé, le pèlerin, le voyageur ne pouvaient l'emporter 
avec eux. Le premier progrès fut donc de diminuer le 
format et de lui donner moins de solennité. Le châtelain 
put, dès lors, en se promenant, lire les contes badins 
que lui envoyait l'Italie, et l'érudit, l'ouvrage de vulgari- ' 
sation devenu un compagnon fidèle, commode et 
charmant. 



214 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

Les anciens avaient connu la reliure ; quel art ont-ils 
ignoré ? Demandez-le aux ruines de Ninive, aux temples 
sacrés du Mexique, de TÉgypte ou de TExtrême-Orient. 
Pour venir à des temps plus modernes, les Grecs et les 
Latins avaient roulé leurs volumes qu'ils enfermaient 
dans de riches coffrets. Quand ils eurent plié à plat 
leurs élégants manuscrits, on confia aux orfèvres le soin 
de les couvrir de feuilles d'or, de plaques bosselées, 
gaufrées ou repoussées et parfois ornées de perles, de 
nacre ou de diamants. 

Artistes d'instinct et de sentiment, les Arabes, nos 
précurseurs sur tant de points, déployèrent leur génie 
d'ornementation sur leurs livres, comme sur les murailles 
mystérieuses de TAlcazar et de TAlhambra. Ils rempla- 
cèrent le bois, le cuir et le parchemin par des vélins 
blancs, fins et légers, ou par ces admirables papiers de 
riz, de lin ou de coton qu'ils avaient apportés de l'Inde 
ou qu'ils avaient su créer. Ils utilisèrent tout particuliè- 
rement leurs maroquins odorants qu'ils gaufrèrent, 
qu'ils ciselèrent et qu'ils couvrirent de ces ravissants 
dessins autorisés par la loi, d'où la figure humaine était 
bannie, mais dont les arabesques, les fleurs, les feuillages, 
les entrelacs, les rinceaux si fins, si légers et si purs 
s'enroulaient, s'entrecroisaient, se poursuivaient avec 
toute la grâce voluptueuse de l'Orient. 

Bientôt l'Italie s'empara de cette industrie de luxe et 
lui donna le charme et l'élégance que cette terre heu- 
reuse imprime à toutes ses productions. Là aussi, comme 
en Espagne, la peau de truie ou de cerf, les coins de fer, 
les clous épais, les fermoirs massife, les chaînes dispa- 
rurent. Le velours, la soie, l'ivoire, le vélin, le cordouan, 
le maroquin, le chagrin, les cuirs orientaux firent leur 
triomphante apparition, à la grande joie des dames, des 
seigneurs et des amateurs. Là aussi, le format diminua 
et se fit léger et coquet. Le gaufrage, les fermoirs ciselés. 



BIAIOU ET SA FAMILLE 215 

les crochets en argent doré, les ors sur les plats et sur 
I^s tranches, toutes les fantaisies de l'imagination unies 
à un goût fin et pur ; les filets tracés d'une main ferme 
sous la conduite d'un œil exercé ; les branchages de fan- 
taisie, les feuillages enlacés et noués par la main des 
fées ; les fleurs, emblèmes de poésie et d'amour, firent 
du livre transformé une œuvre d'art que le prince et le 
gentilhomme étalaient avec orgueil sur les rayons d'une 
étagère et que la jeune châtelaine portait à la chapelle 
comme une parure, un bijou, à l'ébahissement des 
vassaux comme à l'envi des riches bourgeoises à qui 
leur rang ne permettait pas un luxe pareiL 

Les rois, les princes, les dames, la Ville et la Cour se 
passionnèrent pour cette nouvelle et ravissante manifes- 
tation de l'art. Il se trouva aussitôt des artistes pour 
répondre à de si nobles désirs, et la reliure devint un 
objet de goût, de mode et surtout de bon ton, qui eut 
ses adeptes et jusqu'à de fanatiques partisans. 

(L Les relieurs lyonnais, qui jouissaient, dès les pre- 
mières années du xvi® siècle, d'une réputation méritée, 
dit M. Marins Michel, dans un livre devenu classique (1), 
nous ont laissé beaucoup de modèles. Guidés par Jean 
de Tournes et Petit-Bernard, l'un des meilleurs graveurs 
de la Renaissance, ils dépassèrent bien vite les Italiens 
qu'ils avaient d'abord servilement imités. » 

Mais à cette éqoque bénie que certaines gens appellent 
arriérée et barbare, la réclame n'était pas une puissance; 
elle n'était pas une institution. Les hommes illustres 
étaient modestes. Les écrivains se cachaient sous des 
pseudonymes ; les peintres dédaignaient de signer leurs 
fresques ou leurs toiles, et on ne connaît pas mieux les 
artistes à qui on doit tant de reliures enchanteresses que 
ceux qui ont érigé, sur tous les points de l'Europe^ ces 

( 1 ) La Reliure française; Paris, 1881, in-4' planches. 



216 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

cathédrales gigantesques, aux portails historiés, aux 
flèches légères qui montent dans les nues et font aujour- 
d'hui l'admiration en même temps que le désespoir des 
connaisseurs. 

Après les reliures italiennes si merveilleuses et les 
reliures lyonnaises, sur lesquelles nous avons si peu de 
détails et dont nous ne connaissons pas les auteurs, on 
eut, en France, ou du moins on connaît un peu mieux 
Geoffroy Tory, libraire, graveur, et sans doute aussi 
relieur, Eve père et fils, le Gascon, Dusseuil; à leur 
suite, une révolution se fit. L'architecture, les colonnes, 
les portiques, les lignes droites ou courbes, les entrelacs 
et les rinceaux cédèrent la place aux fleurettes et aux 
feuillages. Les reliures à la Fanfare parurent et firent 
école. François 1®% Henri II, Catherine de Médicis, Diane 
de Poitiers s'illustrèrent par les collections ravissantes 
qu'ils surent assembler ou créer. L'art sérieux était 
devenu joli, mais c'était encore du grand art. Il devint 
riche sous Louis XIV, futile et rococo sous Louis XV, 
lourd et froid avec Napoléon et les règnes suivants, 
malgré les vains efforts de quelques hommes qui croyaient 
naïvement que la main peut remplacer l'esprit. 

Vint un temps même où il y eut comme une éclipse 
du génie français. Mais, dans notre pays privilégié, ces 
instants d'obscurité ne durent pas. 

Une réaction se fit ; une nouvelle école se créa ; le goût 
pubUc s'affina et on vit paraître Bauzonnet, le vieux 
maître, Trautz, son gendre et son rival, Niédrée, Dura, 
Cape, Kœhler, pour les veaux fauves, et, de nos jours. 
Marins Michel, qui, non content d'égaler les plus 
illustres, a pris la plume et, en donnant l'exemple en 
même temps que les préceptes, a fait si magistralement 
l'histoire de son art. 

Malheureusement, le truc est survenu, le pastiche s'en 
est mêlé ; la cohue ardente s'est précipitée à la suite des 



MAIOLI ET SA FAMILUB. 217 

maîtres et • ;ru pouvoir les imiter. Or, on le sait, le 
génie ne slmite pas : on a beau copier, pasticher ; 
llmagination manque, le cœur fait défaut; la main 
trahit l'effort, et la copie ne trompe que la foule, souvent 
si dénuée de connaisseurs. Il n'en est pas moins vrai, 
qu'à notre époque surtout, il n'est pas un atelier de 
reliure qui ne vous propose et ne vous fasse du Grolier, 
du Henri II, du Mazarin ; comme il n'est pas de cabinet 
d'architecture où on ne vous crée immédiatement des 
monuments de tous les âges, de tous les styles et de 
tous les pays : villas italiennes, cottages anglais, temples 
chinois, châteaux byzantins, ogivaux ou Renaissance, 
églises, cathédrales ou chapelles des xiii^, xiv«, xv«, 
XVI® siècles, ressemblance garantie et à juste prix. 

On étonnerait bien leurs auteurs si on leur disait 
qu'ils ne font pas de l'art. 

Illusions naïves ! L'art véritable , l'art immortel et 
sacré demeure plus haut que cela. 

Cette introduction hasardée, sur la reliure ; ces préli- 
minaires établis ; cette esquisse faite, à main levée, sans 
ombres ni détails, qu'il me soit permis de m'occuper de 
deux hommes que la bibliophilie et surtout la reliure 
ont rendus célèbres et qui ont brillé de manière à 
éclipser leurs contemporains et leurs rivaux, l'un 
comme un astre splendide qui a parcouru harmonieu- 
sement son orbite et dont on a pu suivre à toute heure 
la route et les mouvements ; l'autre qui, pareillement, a 
illuminé le ciel, mais comme un météore fugitif, dont 
on n'a su ni d'où il venait, ni où il est allé. 

Leurs deux noms sont liés, ils vont de compagnie ; qui 
dit l'un dit l'autre : on a nommé Grolier et Maïoli. 

Rien ne nous est caché de la vie de Grolier. Né à Lyon 
en 1479, il fut trésorier général de l'armée française dans 
le Milanais, ambassadeur de François I®*" à Rome, pro- 
tecteur des hommes de lettres de son temps, ami des arts 



218 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

et connaisseur. II fut généreux, quoique riche; aimé 
quoique puissant, et mourut tranquille dans son lit, à 
quatre-vingt-quatre ans, le 22 octobre 1565, à Paris, 
entouré d'amis, sincèrement pleuré, honoré et, par consé- 
quent, mille fois plus heureux que certains de ses col- 
lègues à qui des courtisans dissipateurs et corrompus, 
pesant sur la justice, arrachèrent l'honneur avant de les 
envoyer à Téchafaud , sans que l'histoire ait dit si une 
mort violente leur avait été appliquée à cause de crimes 
plus ou moins établis, plus ou moins prouvés, ou tout 
simplement à cause de leur luxe et de leur richesse. 

Beaucoup de dessous de cartes restent voilés ; la vérité 
se fait connaître quelquefois, mais pas toujours. Malgré 
sa fortune, qui a dû faire des envieux, Grolier, chose 
admirable, n'a eu à se plaindre ni de ses contemporains, 
ni de la postérité. 

Notre compatriote a eu des historiens. L'étude savante 
et vraie de M. Leroux de Lincy, son complément par 
M. de Cazenove, les travaux incessants des bibliophiles, 
des érudits, des critiques et des commentateurs ont porté 
la lumière sur les moindres actes de sa vie et ont entouré 
son nom d'une auréole égale à celle de nos plus éminents 
écrivains, quoiqu'il n'ait jamais rien écrit. 

M. Monfalcon a cru que, dans sa splendide collec- 
tion, (1) M. Coste n'avait jamais possédé que dix Grolier. 
Ce serait déjà beaucoup , les plus belles bibliothèques 
publiques de France n'en possédant pas autant et la 
bibliothèque de la ville de Lyon n'en pouvant offrir que 
quatre ou cinq. Le célèbre bibliophile lyonnais croyait 
être riche d'une quinzaine. 

Où est la vérité ? 

On sait que M. Coste était un fin lettré, un érudit et 
un connaisseur. 

(1) Nouveau Spon, Lyon, 1856, in-8, page 79. 



MAIOLI ET SA FAMILLE 219 

Toutes ses facultés s'étaient concentrées sur ses livres 
et on sait qu'il avait autant de fierté que de bonne foi. 

Entre le bibliothécaire et le bibliophile, je crois donc 
que la question reste entière et qu'elle ne sera pas tranchée 
de longtemps. 

Mais si M. Monfalcon ne passait que dix Grolier à M. 
Coste au lieu de quinze, il me semble qu'il était tout 
aussi loin de la vérité lorsque lui, conservateur de la 
Bibliothèque de la ville, ayant tous ces volumes sous la 
main, il croyait n'en avoir que quatre dans ses collections. 

Il admettait : 

lo PII PONT, MAX. decadum Blondi Epitome. Basile», 
1533, in-fol. 

20 POLYBII HISTORIARUM libri quinque. Venetiis, 
1521, petit in-8o. 

3» Praemio délia seconda parte délie vite,.. Sans titre, 
sans lieu ni date. Petit in-4o, 552 pages. 

40 Enfin, un magnifique dELIUS RHODIGINUS. 
Venetiis, in sedibus Aldi et Andreae soceri, mense 
februario M. D. XVI in-4o. 

Tous ces ouvrages portant la signature autographe ou 
la devise de Grolier. 

Je déclare cette liste inexacte. 

Outre un Grolier authentique, inattaquable, dont je 
parlerai plus tard, la Bibliothèque pourrait, son devoir 
serait de se parer de trois autres volumes qui ne me 
paraissent pas douteux, surtout les deux tomes in-folio 
de la Bible de Robert Estienne : 

BIBLIA. Hebraea, chaldaea, graeca et latina nomina 
Virorum, mulierum, populorum, idolorum, vrbium, 
fluuiorum, montium, cœterorumque locorum quae in 
Bibliis leguntur, restituta, cum latina interpretatione. 

Grande vignette gravée, marque et devise de Robert 
Estienne : Un philosophe debout, en robe et pieds nus, 
la main droite tendue vers un olivier nouvellement greffé, 



220 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

dont les branches coupées tombent à terre, et prononçant 
ces paroles : « Noli altvm sapere. » 

Parisiis, ex oflicina Robert! Stephani, typographi 
Regii, M. D. XL. 

CUM PRIVILEGIO REGIS, 

Belle et magistrale impression. Grandes marges, titres 
courants en petites capitales, cinquante-cinq lignes à la 
page, corps douze, capitales ornées ; glose en manchettes, 
index à trois colonnes. Quatre parties en deux volumes ; 
chacune d'elles avec la vignette de Robert Estienne. 

Couverture Grolier, veau brun, petites dentelles, filets, 
grandes dentelles, filets, encadrement de cinq filets droits, 
deux gaufrés et trois dorés, coins arrondis ouverts en 
demi lune, entourant, aux quatre angles, quatre fleurons ; 
autre encadrement, composé de cinq filets droits, deux 
gaufrés et trois dorés entourant un losange de cinq filets, 
deux gaufrés et trois dorés. Au centre, quatre entrelacs 
arrondis, entourant un bouquet de quatre fleurons. 

Splendide dessin, du goût le plus pur, digne des plus 
beaux Grolier ; tranches dorées. 

Le nom de notre compatriote ne se voit nulle part, ni 
dans le texte ni sur le superbe vêtement, mais, son génie 
s'y retrouve partout tout entier. Les entrelacs, les compar- 
timents, les feuillages qui courent dans le rectangle des 
plats et qui se groupent au centre de la composition ; les 
filets droits, poussés d'une main si ferme et si sûre, la 
courbe élégante et fine des quatre angles, n'ont pu être 
créés que par les ouvriers de Grolier, par son inspiration, 
sous ses yeux peut-être, pour lui sans doute, et M. Re- 
nard, l'illustre bibliophile que Lyon regrette, n'hésitait 
pas à déclarer que ces deux magnifiques volumes avaient 
appartenu au Trésorier de France, que ces deux reliures 
sont les plus beaux spéci- mens d'une école inimitable ; 
il les estimait vingt mille francs et déclarait n'avoir 
jamais vu qu'un volume qui pût leur être comparé. 



MAIOLI ET SA FAMILLE 221 

A propos des Heures manuscrites données par Marie, 
veuve de Louis XII, à son frère le roi d'Anglerre, petit 
bijou que j'avais décrit naguère, dans ma brochure : Les 
deux Bancel (1), un illustre statuaire lyonnais(2) s'étonnait 
qu'il ne se formât pas des pèlerinages, des processions 
pour, venir admirer les peintures de ce manuscrit : Noël, 
David, Job, la Présentation, le Jardin des Oliviers, vingt 
pages sublimes dignes des plus beaux temps de l'Italie et 
surtout les adorables soubassements représentant des 
enfants, de ravissants petits génies ailés, pareils à ceux 
de Brou, et certainement, comme eux, de la main de Jean 
Perréal. A mon tour, je m'extasie de voir que non-seule- 
ment la Bible de Robert Estienne dort dans un si pro- 
fond oubli, mais que les savants bibliothécaires, mes 
prédécesseurs, n'aient jamais signalé, dans leurs ouvrages 
pas plus que sur nos catalogues, quelle admirable reliure 
la recouvre et la classe parmi les chefs-d'œuvre de l'art. 

Ouvrez nos catalogues, article : BIBLIA, 

Le numéro 5289 porte simplement : 

« Eadem, Parisiis, R. Stephanum, 1540; quatre parties 
en deux volumes, in-folio, grand papier, v., tr. d. » 

Et c'est tout î Un homme de peine, un copiste ignorant, 
qui n'eût ni aimé ni connu les livres n'eût pas décrit 
ces volumes autrement. 

Quelques personnes attribuent aussi une certaine valeur, 
c'est-à-dire une semblable origine à un petit in-4o portant 
le numéro 25765 : Annales de Foix, par Guillaume de la 
Perrière. Toulouse, 1539, veau brun. Mais le nom de Grolier 
ne s'y trouve pas davantage. Devise et nom sont absents. 

Le trésorier de France est une des gloires de Lyon, et, 
quoique ce ne soit pas lui qui ait donné son nom célèbre 
à la petite place des bords du Rhône qui fait face au palais 
des Facultés, la place Grolier, dans tous les esprits, 

(1 ) Les deux Bancel. Lyon, Palud, 1891, in-8. 
(2) M. deGra\illon. 



322 BULLETIN DU BIBUOPHILE 

éveillera plutôt le souvenir de rami de François le', que 
celui du riche propriétaire, son descendant, dont les 
terrains furent englobés dans V entreprise Perrache, spé- 
culation qui, au siècle dernier, donnait à la ville un 
nouveau et bruyant quartier. 

Comment expliquer le sort si différent de deux biblio- 
philes qui eurent tant de points de ressemblance, tant 
d'affinités; de deux hommes riches, haut placés, ayant 
mêmes goûts, même tendance, même but ; la gloire de 
Tun, Tobscurité de l'autre ; la publicité qui a entouré la 
carrière de Grolier ; Toubli implacable qui a frappé Maîoli ? 

De celui-ci, rien. Son nom brille dans toutes les ventes ; 
il est à chaque page des livres qui s'occupent de reliure ; 
les documents sur sa personne, sa naissance, sa patrie, 
sa vie, sa mort ne se trouvent nulle part. 

Le Bibliophile Jacob, dans ses Curiosités de Vhistoire 
des Arts (1 ) ne parle de lui qu'en passant. Il ne lui accorde 
que deux ou trois lignes ; juste assez pour commettre 
une ou deux erreurs. 

Il est question du xvi^ siècle, époque par excellence , 
pensions-nous, des belles reliures et des amateurs pas- 
sionnés. 

En première ligne, naturellement, notre auteur cite 
Grolier ; puis il ajoute : ce L'art delà reliure n'ayaiV quart 
petit nombre d adeptes et de protecteurs : En Italie, le pape 
Paul V et Maîoli. Ce bibliophile, pour imiter les reliures 
et la devise de GroUier fsicj faisait graver sur ses livres : 
Ta. Maioli et Amicorum. Ingratis servire nephas; en 
Espagne, le cardinal de Granvelle ; en Belgique, Marc 
Laurin, de Bruges, et Roger Bathis, de Bruxelles ; c\u\ 
avaient adopté, l'un et l'autre, la devise de Grollier. d 

Ainsi, c'est Maîoli qui a pris la devise de Grolier ? 
J'avais lu le contraire. 

(1) Paris, 1858, m-12 



MAIOU ET SA FAMILLE 223 

D'après le savant écrivain, on n'aurait eu, en Europe, 
outre Grolier, que deux amateurs, en Italie ; unen Espagne, 
et deux en Belgique. 

C'est un bien petit nombre I surtout, quand on voit 
quelles gens étaient à la tète du mouvement I 

Il m'avait semblé, au contraire, qu'à cette époque d'en- 
thousiasme et d'ardeur, d'ébullition et de vie, adeptes, 
amateurs, et connaisseurs fourmillaient dans toutes les 
classes de la Société et que les rois, les princes, les dames 
et les seigneurs étaient, conmie le pape et les cardinaux, 
passionnés pour ce nouvel art. 

Voici l'avis d'un bibliophile plus moderne, d'un jeune, 
M. Gaston Brunet, qui écrit sous le pseudonyme de Phi- 
lomneste junior (1) : 

a En 1883, M. Bernard Quaritch, un des principaux 
libraires de Londres, fit un catalogue de vente de 973 
numéros. 

« Un Grolier, Lactantii Firminiani de divinis instiiii- 
iionibus aduersus gentos, sub anno Dni M.CCCCLXV, in 
vcnerabili monasterio sublacensi (subiacensi?)^ c'est le 
premier livre imprimé en Italie avec une date, portait 
rinscription habituelle :Jo. Grolierii et Amicorum. Il était 
coté 600 livres st. 15,150 francs. 

a Un bibliophile italien, contemporain de Grolier, 
moins célèbre que le trésorier de François I^r, mais tenant 
toutefois un rang fort distingué, il vivait de 1500 à 1550, 
ne nous est connu que par les reliures de ses livres, chefs- 
d'œuvre d'élégance et de goût, que les amateurs couvrent 
de billets de banque. 

tt Tout comme Grolier, il mettait sur ses livres : Te, 
Maïoli et Amicorum.... Un Orlando furioso (Venelia), 
Nicolas Zopino , 1524, était évalué 395 livres st., 
9,925 francs. 

\,\) La Bibliomanie en i883. Bordeaux, 1884, in-8. 



224 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

« Un autre bibliophile italien fut le Génois Mecenati 
Canevari. Sur ses livres est un médaillon représentant 
Apollon conduisant un chariot d'or sur des flots verts et 
se dirigeant vers un rocher qui porte Pégase. » 

Deux choses à prendre dans ce récit : 

Le Bibliophile Jacob n'avait pas cité tous les amateurs 
italiens. 

On voit de quelle haute estime les livres de Maîoli 
jouissent chez les collectionneurs. 

A propos de MaïoIi que je voulais faire connaître, je 
me suis étendu, trop longuement peut-être, sur Grolier, 
qui n'était pas en cause, que le monde érudit apprécie, 
sur qui je n'ai rien avancé de nouveau, et j'ai à peine 
prononcé le nom de son rival, sur lequel on ne sait rien 
et sur qui même quelques écrivains ont égaré l'opinion. 
Ainsi le fameux Dibdin, dans ses ouvrages si précieux 
pour la bibliographie, le donne comme un relieur, et un 
érudit lyonnais, profondément versé dans la connaissance 
des livres, a commis dernièrement la même erreur, en 
avançant que le duc d'Aumale avait acquis, à la vente 
Bergeret, au prix de 4,600 francs, un ouvrage : Roma 
Triomphons, uniquement parce qu'il avait été relié par 
Maîoli. 

Protestons vite. Ce dernier était un riche amateur, un 
habile collectionneur, comme Grolier, de Thou, la belle 
Diane, Henri II, Mazarin ou M™® de Pompadour, mais il 
n'opérait pas lui-même, il ne travaillait pas de ses doigts, 
il n'était pas ouvrier, comme le furent les deux Eve, le 
Gascon, Duseuil et probablement le graveur Geoflroy Tory. 

D'autres ont fait honneur à Grolier de sa devise géné- 
reuse et ont cru que Maîoli la lui avait empruntée ; on 
discute, mais il est à présumer que c'est le contraire qui 
a eu lieu. 

Maintenant si on sait ce qu'il n'était pas, qui nous dira 
ce qu'il était ? 



MAIOLI ET SA FAMILLE 225 

Si j'ai fait faire un pas à la question c'est si peu de 
hose que je n'ose m'en glorifier. 

Cependant, j'ai trouvé une voie et si j'offre au public 
le finit de mes recherches, c'est dans l'espoir qu'un autre 
sera plus heureux et qu'il ira plus loin que moi. 

Brunet, cite un Laurent Maîolus, auteur d'un ouvrage 
de médecine imprimé à Venise, en 1497, in-4, et il ajoute : 

« Il ne faut pas confondre, comme l'a fait M. Renouard, 
ce Laurent Maïoli, mort en 1501, avec un Thomas Maîoli, 
contemporain de Grolier et qui, de même que ce célèbre 
bibliophile, a laissé des livres magnifiquement reliés et 
où il avait fait inscrire, sur un des côtés de la couverture, 
le titre de l'ouvrage, avec ces mots au bas : a TTio. Maioli 
et amicorum. d et, sur l'autre sa devise : a inimici mei 
mea mihi non me mihi, » 

Ou bien celle-ci : a Ingratis seruire nephas. » 

a Nous en possédons un, ajoute fièrement Brunet, qui a 
aussi appartenu à Grolier et sur le titre duquel ce grand 
amateur a écrit, de sa main, sa devise ordinaire : 

a Portio mea, Domine, sit in terra viventium. « 

<i Ce Maïoli vivait encore en 1549, ainsi que nous le 
prouve un volume sous cette date, avec son nom. -» 

Ainsi, trésor précieux, richesse dont il se félicitait, 
Brunet a possédé un ouvrage qui a authentiquement 
appartenu à nos deux célébrités. 

On ne connaissait, jusqu'ici, qu'un volume, un seul 
volume, un unique volume qui ait eu ce brillant honneur. 

Un autre Maïolus, Maïoli ou Maïole est auteur d'une 
compilation qui eut le plus grand succès : Les jours canicu- 
laires, c est-à-dire vingt-trois excellents discours des choses 
naturelles et surnaturelles,.,, par Simon Maïole, d'Asti, 
évêque de Valtour... Paris, Fouet, 1609, in-4, trois vol. 

Ne serait-ce point un parent du nôtre ? 

a Venise était peut-être alors le plus grand marché de 
l'Europe, dit M. Octave Uzanne, dans son beau volume 

1891 15 



226 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

sur Fart qui nous occupe (1) et il n'est point étonnant 
que ses ateliers de reliure y aient pris une importance 
de premier ordre...» Mais, a sauf le nom de Vicenti filius, 
relieur estampeur, on ne connaît pas le nom des ouvriers 
émérites de ce temps. Aucun des maîtres de style qui 
s'entendirent si bien à rompre l'austérité de la ligne par 
des rinceaux élégants, ou des lacs de feuillages et de 
fleurs, aucun de ces mosaïstes n'a légué le moindre docu- 
ment biographique à la postérité. Il n'en est pas de même 
des bibliophiles qui stimulèrent cette grande école de 
reliure et, outre le fameux Thomas Maîoli, l'histoire des 
amateurs de livres compte encore les noms du cardinal 
Bonelli, du doge Cigogna et surtout celui du Génois 
Démétrio Canevari, médecin d'Urbain VII... Cependant, 
les exemplaires provenant de Thomas Maîoli sont encore 
les plus recherchés. 

a Quel était ce Maîoli ? où et quand vivait-il au juste ? 
se demande M. Fournier ; c'est ce qu'on ne sait aucune- 
ment. On pourrait affirmer néanmoins que Maîoli vivait 
de 1510 à 1560. Il aimait les livres ; il en avait d admi- 
rables ; cela suffit. 

a ...Les reliures de Thomas sont la perfection de l'art, » 
ajoute notre écrivain... Ceux-ci a portent souvent une 
devise, tantôt sous une forme, tantôt sous une autre. 
La phrase assez énigmatique, mais d'autant mieux dans 
l'esprit du temps : a Inimici mea Michi non me Michi », 
en est la forme la plus ordinaire. 

a Quelquefois, elle se varie ainsi : a Ingratis servire 
nephas, y> formule bien digne d'un amateur éclairé. 

a Les livres de Maîoli sont très variés de décoration ; 
le plus souvent, l'ingénieux agencement des ornements 
d'un style italiano-arabe, se détache en listels de cuir 
blanc, sur un fond brun foncé. Au milieu, est réservé, 

il) La reliure moderne, Paris, 1887, in-8, fig* 



MAIOLI ET SA FABOLLE 227 

en forme de médaillon, un grand compartiment pour rece- 
voir le titre, tandis qu'au bas, on lit, selon la formule 
hospitalière des nobles bibliothèques de la Renaissance : 
« To. MaioUet amicorum b devise que Grolier,chez nous, 
rendit à jamais fameuse, d 

La Bibliothèque de Lyon n*est pas riche en reliures 
Maîoli ; on dirait que les jésuites et les oratoriens qui 
Tout créée ; que les ordres religieux dont les livres sont 
venus, en 1792, augmenter nos richesses; que les biblio- 
thécaires mes prédécesseurs qui disposaient de leurs fonds 
sans contrôle, n'ont pas tenu à posséder, acquérir ou 
conserver un souvenir de l'illustre bibliophile. Quelques 
volumes portent une imitation, parfois très réussie, du 
genre qu'il avait adopté ; on peut penser que les entrelacs, 
les filets, les nœuds d'entrelacs, les plaques de certains 
veaux bruns ou fauves ont été inspirés par lui, peut-être 
même tracés ou gaufrés sous ses yeux. Nous ne citerons 
que les Œuvres de Clément Marot, de Cahors, vallet 
de chambre du Roy ; plus amples et en meilleur ordre que 
parauant. A Lyon, à l'enseigne du Rocher, 1545, in-12. 

Sur le frontispice, vignette représentant un rocher 
assailli par les vents et, autour, ces mots : Adversis Cons- 
tantia durât. Au colophon : fin. Imprimé à Lyon. 

Genre Maîoli, veau fauve, admirable dessin, listels, 
entrelacs droits entourant un nœud d'entrelacs, avec 
petits fleurons. Tranches dorées, ciselées. 

Reliure probablement exécutée à Lyon et faisant hon- 
neur à notre ville. 

Mais pourquoi ce long travail ? 

Pourquoi nommer Maîoli puisqu'on ne sait absolument 
rien de lui ? 

Pourquoi m'occuper de ce bibliophile puisque la ville 
ne possède rien des richesses qui ont fait sa réputation et 
sa gloire ? 

Parce que mes études n'ont pas toutes été vaines. 



228 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

Parce que mes recherches n'ont pas été complètement 
inutiles. 

Parce que, si je n'ai pas découvert beaucoup, j'en ai 
trouvé assez pour en être comblé de joie. 

J'ai arraché à la poussière, j'ai mis au jour un des 
volumes les plus précieux de Maïoli. Si je n'ai pas levé le 
voile qui couvre la personnalité de l'éminent bibliophile, 
j'ai mis la main sur sa famille et sur son pays. J'ai donc 
bien mérité des érudits, et de tous ceux qui étudient les 
livres avec passion. Quand on n'a rien, un commence- 
ment c'est beaucoup. A d'autres à faire plus et mieux. 

Un jour de bonheur, en ftiretant sur les rayons oubliés ; 
en cherchant des reliures précieuses, des le Gascon, des 
Duseuil, des reliures à la Fanfare ou à VEveniail, je tirai à 
moi, j'ouvris et j'admirai, tout tremblant, tout palpitant, 
un volume simple, modeste, sans ornements, un livre qui, 
au premier coup d'œil, n'avait rien pour attirer les re- 
gards, et dont le catalogue ne m'avait pas dit la valeur ; 
une édition, rare sans doute, belle, mais étrangère à mes 
recherches et à mes désirs. Je n'en demeurai pas moins 
muet de surprise. La couverture portait le nom de Maïoli. 

Je cours à la fin. Au bas du colophon, je vois, je lis un 
autographe connu : le nom et la de\ise de Grolier. 

Ce trésor, ce petit in-4, sans apparence , avait eu l'insigne 
honneur, l'heureuse chance, l'unique, ou presque unique 
bonheur d'avoir appartenu à nos deux plus célèbres 
bibliophiles, à Maïoli et à Grolier . 

Comment ? la bibliothèque avait un Maïoli ? un authen- 
tique, un vrai ? Elle était fière de posséder quatre Grolier 
signés, mais elle n'avait que des imitations de son illustre 
rival. Un Maïoli incontestable et incontesté lui manquait. 
Lacune profonde ! 

Le vide était comblé. Non seulement, j'en avais trouvé 
un, mais j'avais découvert un cinquième Grolier. 

Comment avait-il échappé à mes prédécesseurs ? 



MAIOU ET SA FAMILLE 229 

L'un d'eux, tout à d'autres travaux, ne s'était jamais 
occupé de nos livres ; mais M. Monfalcon passait pour 
avoir tout vu et tout connu. Servi par une mémoire spé- 
ciale, d'une imperturbable fidélité, M. Péricaud les avait 
tous étudiés. M. Janon les avait tous timbrés, maniés, 
rangés et catalQgués. M. Delandine qui, le premier, les 
avait triés, en avait écrit l'histoire ; MM. Tabard et Brun 
qui, de l'an IV à 1803, avaient esquissé un premier classe- 
ment d'après les ordres clairs et précis du représentant 
Poullain-Grandprey, avaient reçu et déballé les caisses, 
les sacs et les paniers apportés des couvents voisins et 
empilé, à côté des livres des jésuites et des oratoriens, 
les ouvrages saisis par la Nation. Comment aucun de ces 
Messieurs n'avait-il vu les noms éblouissants que j'avais 
là, sous mes yeux ? Qui donc avait timbré ce volume ? 
Qui lui avait donné son numéro 10349 ? 

Dans tous les cas, il venait du dehors et n'avait jamais 
appartenu aux maîtres du Collège de la Trinité. Leur 
marque ne s'y trouvait pas. 

D'où venait-il alors ? 

Impardonnable mutisme du catalogue ; le répertoire 
qui devait no us guider, nous éclairer, n'en disait rien. 

Revenons à ses premiers possesseurs. 

Avoir été la propriété successive de ces deux honmies 
d'élite avait été une rare et insigne faveur, avais-je dit. 

Ce n'était pas seulement mon avis, c'était aussi l'opi- 
nion des chefs de la science. Brunet n'avait indiqué 
qu'un seul volume dans cette condition, le sien. A la 
Bibliothèque Nationale, on n'en connaissait pas d'autre. 

Brunet, en le signalant conune une rareté, ne nous en 
avait pas donné le titre. 

M. Thierry-Poux, le savant et bienveillant conservateur 
de la Bibliothèque Nationale, a bien voulu combler cette 
lacune. 
Le livre cité dans le Manuel du libraire est : 



230 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

c I Sacri Psalmi di David, trad. per Antonio Brucioni^ 
Venezia, 1534, in-4, mar. vert, compartiments, tr. dorées. » 

c Ce volume, relié pour Maîoli, porte son nom et sa 
devise : 

« THO. MAIOLI ET AMICORUM. 

c Inimici mei mea michi, non me michL 

c II a aussi appartenu à Grolier qui a écrit sur le titre : 

c Custodit Dominas omnes diligentes se. 

c Et omnes impios disperdit. 

c Et plus bas : 

« Portio mea sit in terra viventium. 

c Vendu seulement 1.020 francs, à la vente Brunet, le 
jeudi 23 avril 1863. ]> 

Ce volume atteindrait un prix plus élevé aujourd'hui 

Ainsi, comme Brunet, M. Thierry-Poux ne connaissait^ 
en Europe, qu'un seul volume portant à la fois les deux 
noms glorieux de Maîoli et de Grolier. Ne me sera-t-il 
pas permis de m'enorgueillir d'en avoir trouvé un 
second? 

Voici la description détaillée, exacte et précise de 
celui qui appartient à notre ville. Que mes lecteurs non 
bibliophiles me pardonnent mon aridité. 

Premier plat de la couverture : 

M. T. CICERONIS 

Officia 

Laelivs 

Cato 

Paradoxa 

etc. 



Plus bas 



Tho. Maîoli et 
amicorMU. 



MAIOLI ET SA FAMILLE 231 

Second plat : 

inimici mei mea 

Michi non me 

Michi. 



Veau brun, trois filets très simples, dont deux gaufrés ; 
celui du milieu doré; tranches dorées, dos orné, sans 
nervures, petit in-4 

Frontispice : 

MARCI TVLLII 
CICERONIS 

Officia De Senectute &. 

de Amicitia Sonmium Scipionis 

de Senectute Etiam ex THEODORI 

Paradoxa GAZAE uersione 
Somnium Scipionis 

Omnia denuo uigilantiori cura recognita , 

Per Des. Erasmvm Rot. et CONRA// 

DVM Godenium,deprehensis acrestitutis 

aliquot locis , non cuilibet obuiis 

Fro I i ben 



ce 2 



Basileae, in officina Frobeniana 
an. M. D. xxviii 



232 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

Au-dessous de la seconde ligne, le sceau du Collège 
national : a Ex biblioth. Pub, Colleg. lugdun, -» 

De l'autre côté du bâton, le sceau adopté sous la 
Restauration : les armes de la ville, avec le lion armé 
d'une épée, et, en chef, les fleurs de lis. 

A la page 3, préface d'Erasme : 

« ERASMUS RO\\TERODAMUS ORNATISSIMO\\ 
Jacobo iuiori inclytae ciuitatis ant \ \ uerpiensis Pensiona- 
tio, S. D. » 

Vigilette coloriée encadrant la page des quatre côtés et 
composée de feuillages accompagnés, à la plinthe, 
d'enfants et d'animaux sauvages. Lettre majuscule dorée, 
dans un encadrement orné et colorié, avec portrait. 

A la page 7, fin de la préface : 

a Superest, ut quBmadmodum mihi in hoc labore 
uersanti iuior semper ab oculos uersabatur, ita tïbi crnn 
haec leges, Erasmus in mentem ueniat, tui cum primis et 
amans et studiosus, Beneuale. Louanii (Louvain), quarto 
Mus septembres (sic) anno M.D.XIX. » 

Page 8 : a Voces aliqvot annotatae ex Officiis M. 
Tullii, per Erasmum Roterodamum ex praefatum. -» 

Page 40 : a Bene uale. Lutetiae, quarto calendas Maias, 
anno MCCCCXCVIIL » 

Après cette page 40, nous recommençons une nouvelle 
pagination. 

Page 1 : a MARCI TVLLII Ciceronis officiorvm liber 
primvs ad Marcum filivm. 

« Argvmentvm per Erasmvm Roterodamvm. » 

Grande capitale dorée, dans un encadrement orné et 
colorié, représentant un combat. Signature A. 

Petites lettres capitales ornées et coloriées. 

Page 168 : a MARCI TVLLII Ciceronis Laelius, sive de 
amicitia dialogus, ad T. Pomponium Atticum prae- 
fatio. D 

Capitale dorée, ornée et coloriée. 



MÂIOLI ET SA FAMILLE 233 

Page 211 : « MARCI TVLLII Ciceronis Cato Maior, sen 
de Senectate, ad Titum Pomponium Atticum Praefatio. » 

Capitale dorée, ornée et coloriée. 

Page 249 : « MARCI TVLLII Ciceronis Paradoxa, ad 
Marcum Brvtvm. » 

Capitale dorée, ornée et coloriée. 

Page 269: « MARCI TVLLII Ciceronis de Somno Sci- 
pionis. Ex libro de Repub, Sexto, j> 

Capitale dorée, ornée et coloriée. 

Page 278 : a A la fin : Marci Tvllii Ciceronis, | ) de 
somnio Scipionis finis, d 

Page 279 : « Erasmvs Roterodamus. y> 

Page en italique, expliquant le cours et l'harmonie des 
astres. 

La page suivante est une planche gravée, donnant le 
nom, la position et la marche des planètes autour de la 
terre. Le mouvement des sphères produit huit tons, et 
non pas sept comme les anciens le croyaient. 

Page 279 bis : « Markou Tyllioy Kikerônos Romaioy 
Katon êperigerôs. )d 

Vignette coloriée entourant la page. Capitale dorée, 
d'un goût charmant, dans un encadrement orné et 
colorié. 

Le Caton ou de la Vieillesse, par Marcus Tullim 
Ciceron, 

Page 324 et dernière. Au colophon : a Basileae apvd 
joannem Hervagivm et Hieronimvm Frobenivm. Anno 

M. D. XVIII. )» 

Et au-dessous, de la main et de l'écriture de Grolier : 
« Jo, Grolier a Lugdunén et amicorum, d 

La page 326, non paginée, porte, dans un cartouche de 
style allemand, la marqpie du libraire Froben : a Un bâton 
de paix, tenu par deux mains, surmonté d'une colombe, 
symbole de l'innocence, et entortillé de deux serpents, 
symbole de la prudence, dont les têtes couronnées viennent 



234 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

former encadrement à la colombe. ]> — Delalain. Inven- 
taire des marques dimprimears et de libraires. Paris, 
4888, in-4. 

Caractères corps 12, ouverts, vingt-sept lignes à la 
page, outre le titre courant, imprimé en petites capitales ; 
quarante-cinq lettres à la ligne ; notes marginales en ita- 
liq[ues ; les titres de chapitre en majuscules dorées. 

De la page 31 à la page 229, on lit, en marge, vingt 
notes manuscrites, peut-être de la main de Maïoli, peut- 
être de celle de Grolier. L'écriture calme et posée de ces 
notes ressemble énormément à celle du trésorier général. 

Mais, ce précieux volume entre mes mains, j'étais fort 
embarrassé pour comprendre ou deviner le sens de la 
devise de Maïoli : a Inimici mei mea Michi, non me Michi. » 

Devise aussi obscure que possible et telles que les 
aimaient les dames et les seigneurs du Moyen- Age. Les 
plus connus et les plus simples : F. e. r. t; Rien ne m* est 
plus, plus ne m* est rien ; Fortune^ infortune, fort une ne 
semblent-elles pas calquées sur le modèle des casse-têtes 
chinois, rois du genre ? 

Eh bien I mon embarras n'a pas été de longue durée. 

Que faire, en effet, en présence du sphinx quand on 
n'est pas Œdipe ? 

Ma voie était tracée ; j'ai avoué mon ignorance et j'ai 
appelé les savants à mon secours. 

Je consultai aussitôt les lecteurs de la bibliothèque ; le 
journal si utile et si bienveillant : L Intermédiaire des 
savants et des curieux et, en premier lieu, mon illustre 
collègue de la Bibliothèque Nationale, qui, bien vite, me 
répondit : 

c Mon cher Collègue, 

c On ne sait absolument rien de la vie de Thomas Maïoli. 
Son nom serait complètement inconnu sans les somptueux 
témoignages qui nous restent de son amour des livres. 



MAIOLI ET SA FAMILLE 235 

a Pour ce qui est de sa devise, on peut l'interpréter 
ainsi : c Mes ennemis peuvent atteindre mes biens, mais 
ils ne peuvent pas m'atteindre moi-même. » 
* « Veuillez croire.... 

a Signé : Thierry, d 

Cette explication était claire, plausible et je pensais pou- 
voir m'y tenir ; mais d'autres arrivèrent successivement. 
U Intermédiaire m'apporta les suivantes : 

c On pourrait lire : inimici mei mea sunt, mihi resy non 
me rébus subjungo mihi. 

a Ou bien, voyez Horace, Epist 1, 1, 19 : Bf mihi reSy 
non me rébus subjugere conor. 

c Je m'efforce de me soumettre les choses, et non de 
leur être soumis. 

a Inimici mei agunt mihi (pro me) ; pingant non me 
mihi. 

« Voyez Sénèque, dialogue I, 3, 2, « Pro ipsis esse qui- 
bus eoeniunt ista, qaae horremus ac treminus. 

« H. H. » 

Tout cela est profondément subtil. 
Autre avis : 

« Selon moi, ces mots semblent vouloir dire : 
c Ce sont mes ennemis qui sont mes vrais amis et non 
pas mes amis. "b. 

Encore plus subtil. 

Plus tard, V Intermédiaire ajouta : 

c II me semble que, dans la devise de Maïoli, il y a un 
verbe sous entendu et que ce verbe doit avoir le sens 
d'enlever : Rapuerunt. Par exemple : Inimici mei michi 



336 BmXETIN DU BIBUOPHILE 

(pour mihi, forme usitée au Moyen- Age,) non me michi, 
\eut dire : Mes ennemis m'ont enlevé mes biens, mais 
ils n'ont pu me ravir à moi-même* 

a Au fond, c'est la paraphrase du fameux mot de Médée : 
« Que vous reste-t-il ? — Moi. » 

fl 

Signé : Dicostès. 

• Enfin, je reçus la version suivante : 

« (Possant) inimici mei mea mihi (eriperej, non me mihi. 
' a Que mes ennemis m'enlèvent ce qui est à moi ; il 
me restera toujours moi. » 

Signé : Dupùis, professeur au lycée de Montélimar. 

On voit s'il était facile de répondre à ma question. 

Conclusion : je crois qu'on peut s'en tenir à la défi- 
nition de mon habile collègue de la Bibliothèque Natio- 
nale. 

Mais ce n'est pas la découverte seule du précieux volume 
qui, pendant de longs mois, m'a si profondément troublé. 

Ce n'est pas la traduction de la devise de Maîoli qui m'a 
jeté dans un si vif émoi. 

Tout cela rentrait dans la limite des recherches ordi- 
naires et des découvertes communes. 

J'avais porté bien plus haut mon ambition. 

Ce qui m'avait ravi, c'est la croyance bien formulée 
que j'avais deviné le véritable nom de Maîoli , et (jue 
j'étais sur la trace du mystère qui enveloppe cet illustre 
inconnu. Le nom admis, on connaissait naturellement la 
famille, les origines, le pays, tout ce qui avait échappé 
à la sagacité des plus tenaces érudits* 
. Était-il possible qpie j'eusse trouvé le mot d'un secret si 
bien gardé ? 

Partant de ce principe, qu'au xvi« siècle, les auteurs, 



MAIOLI ET SA FAMILLE 237 

par modestie, mode ou caprice, avaient la coutume de tra- 
vestir leur nom, de le latiniser, de le gréciser, j'avais 
commencé par me demander si le bibliophile nous avait 
bien donné le sien? 

Aertel, le géographe, se faisait appeler Ortelius ; Van 
den Steen, le jésuite, Cornélius a Lapide, ou Corneille de 
la Pierre ; Philippe de Cavaillon, Philippus Cabassalus. 

Wolf était Loup ; Kaiser était César ; Lévêque était 
Bischof. 

La Biographie universelle cite un certain Gilbert Ca- 
gnati qui était né, d'après elle, à Nocera, ville du royaume 
de Naples et lui attribue un ouvrage : De Hortorum lau- 
dibus. Bâle, 1546. 

L'écrivain était allé chercher fort loin ce qu'il avait 
sous la main. 

L'ouvrage De Hortorum laudibus est tout simplement 
d'un Franc-comtois, Gilbert Cousin, de Nozeroy, arron- 
dissement de Poligny. 

Cousin avait été secrétaire d'Érasme. 

Séduit par la mode du jour, il avait traduit Cousin par 
Cagnati, ou Cognati, de Cognatus, Cousin, parent. C'était 
de l'italien ou du latin approximatif. Il n'en avait pas 
Callu davantage pour dérouter tous les biographes de 
notre temps. 

Incité par ces exemples, j'ai aussitôt traduit Maïoli par 
Mayol, nom d'une vieille famille provençale, établie, 
depuis le xv« siècle, dans le Vivarais et le Forez. 

Puis, j'ai cherché de ce côté. 

Il paraît que j'étais sur la bonne voie, et chaque pas 
m'a confirmé dans ma croyance. 

Après avoir tenu un rang élevé en Provence, où ils 
étaient connus et puissants depuis une très haute anti- 
quité, les Mayol se sont trouvés mêlés à tous les événe- 
ments de nos pays, ont occupé de hauts emplois et ont 
jeté des rameaux en Espagne et en Italie. 



238 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

Au XVIII® siècle, ceux de Bourg-Argental ont ajouté à 
leur nom le titre de comtes de Lupé. 

Cette maison produit, parmi ses plus brillantes illus- 
trations, saint Mayol, quatrième abbé de Cluny, homme 
de haute intelligence qui fiit en relation avec tous les 
princes de son temps. 

Ce célèbre abbé, fils de Foucher, un des plus grands 
seigneurs de la Provence, était né en 906, à Avignon. 
Il avait fait ses études à Lyon. Il gouverna Cluny, de 
954 à 991, avec énergie, sagesse, prudence, agrandit son 
abbaye dont il étendit la puissance et fit de profondes et 
radicales réformes dans les prieurés de sa dépendance qui 
se relâchaient. II mourut le 11 mai 994, après avoir choisi 
et fait élire à sa place, quatre ans auparavant, Odilon 
qui était digne de le remplacer. 

L'abbé Mayol est une des grandes figures de l'ordre de 
Cluny. 

On retrouve dans les chartes du xi® siècle, au cartu- 
laire de Saint- Victor, de Marseille, années 1036, 1056, 
1074, 1075, Archambault et Pierre Mayol ; en 1276, Guil- 
laume Mayol, qualifié Miles, chevalier. Bérenger Mayol 
fiit amiral de Pierre II, en 1285. 

Pierre Mayol était possessionné, en 1347, à Malleval, 
en Forez. C'est le premier personnage connu de cette 
famille dans nos pays. Depuis lors, ils sont nôtres, de la 
façon la plus intime. 

Joachim de Mayol, prieur et seigneur de Vindelle, fiit 
un personnage important, II était né, au commencement 
du XVII® siècle, à Bourg-Argental, ou, suivant une autre 
version, à Annonay, pays de sa mère. Il vivait en 1659 ; 
son père était Guillaume de Mayol, seigneur de Logilière, 
maître des requêtes d'Anne d'Autriche; sa mère était 
Marie de Carron, d'une vieille famille alliée aux Cler- 
mont. 

Un neveu du. prieur Joachim, Charles de Mayol, fils. 



MAIOLI ET SA FAMILLE 239 

de noble Joseph de Mayol, président, lieutenant général 
à Bourg-Argental, fut prieur de Notre-Dame de Bonlieu 
et chanoine régulier de Saint- Augustin, au diocèse de 
Rouen. Sa mère était Marthe de Cusson de Saint-Ignace, 
d'une famille du Velay, qui a donné un vice-amiral, 
gouverneur du Hâvre-de-Grâce. 

Au XVII® siècle, un Mayol fut lieutenant au siège de 
Bourg-Argental ; un autre, en 1710, fut président des Tré- 
soriers de France, à Lyon. 

C'est à cette ancienne lignée que j'avais demandé mon 
Thomas Maïoli et je l'y ai bien découvert, mais non dans 
la branche du Forez, comme je l'espérais. 

Leur nom n'a presque pas été défiguré; les Mayol 
avaient italianisé leur nom en se dépaysant. 

J'étais bien toujours dans le vrai. 

Les Mayola et les Maïoli sortent, en effet, des Mayol de 
la Provence ; le fait, d'après leurs archives, est authen* 
tique, est certain. 

Ils s'établirent en Italie, vers le x« siècle, quand 
ils furent dépossédés par des événements majeurs, dans 
leur patrie, de leurs titres, de leur fortune et de leur sou- 
veraineté. On en retrouve des branches à Parme, à 
Ferrare et surtout dans la petite ville d'Asti, en Piémont. 

La plupart, un très grand nombre du moins, a porté 
le prénom de Thomas, comme les Montmorency, celui 
de Mathieu. 

C'est dans la ville d'Asti qu'est né, vers 1430, l'illustre 
philologue Laurentius Maïolus, Lorenzo Mayola, dit aussi 
Maggioli, comme écrivaient les Vénitiens qui pronon- 
çaient Mazzioli, suivant leur douce et harmonieuse pro- 
nonciation. 

Lorenzo mourut en 1501. Il avait été l'ami de Pic de 
la Mirandole, et de plusieurs grands personnages de 
l'époque. Il avait été en relation avec des princes et des 
souverains. Il avait habité Gênes, après avoir enseigné à 



240 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

Padoue, à Pavie et à Ferrare, où il avait été appelé, 
peut-être, par les membres de sa famille. C'est, du moins, 
par une singulière coïncidence que, jeune homme, il ait 
paru précisément dans les villes italiennes où se trou- 
vaient des Maîoli (1 ). 

C'est dans la même ville d'Asti qu'était né, vers 1520, 
Simon Maïolo, évêque de Valtour (Volturara), l'habile 
compilateur, mort vers 1598 (2). 

J'ai la certitude que Thomas, connu comme bibliophile 
hors ligne, de 1500 à 1550, était un proche parent de ces 
deux illustres érudits, et que lui aussi était originaire 
d'Asti ; naissance à établir vers 1480. 

On me permettra d'en émettre la profonde conviction. 

Mes recherches poussées aussi loin que possible, mon 
thème fait, plein d'espoir et d'ardeur, je m'en ouvris à 
M. le comte de Mayol de Lupé, le chef actuel de cette 
haute maison qui, avec une grâce charmante et une bien- 
veillance extrême, se mit aussitôt à fouiller ses notes et 
à compulser ses archives, à mon intention. 

Les branches d'Espagne ne pouvaient nous être d'aucune 
utilité ; mais l'Italie vint confirmer mes convictions. 

Dès le xi^ siècle, les Mayol de la Péninsule, après 
avoir porté le nom de Majol et Majola, s'étaient scindés. 
Une partie avait adopté le surnom de Sacrati, sous lequel 
ils furent désormais connus ; l'autre s'était fait appeler 
Maîoli et Majola. 

Le prénom des Majola et des Sacrati fut très souvent 
Thomas ; ce qui prouve que nous étions bien sur la trace 
que nous cherchions. Ils étaient bibliophiles, érudits, 
intelligents. C'était dans la race et le sang. 

Enfin, nous voyons que le marquis Thomas Mayola- 
Sacrati, père du cardinal François, créa, en 1622, un 



(1) On lui doit : De Gradibus medicinarum. Veneliis (Aide) 1497, in-4. 

(2) Auteur des Jours caniculaires, éditions de 1609,1612, 1613, 1614, 1C17,1C42. 



MAIOU ET SA FAMILLE 241 

prieuré, à Saint-Maximin, en Provence, preuve nouvelle 
et irrécusable que tous ces Sacrati, Majola, Maïolo, 
Maïolus, Maïoli, Mayol, ne font qu'une seule et même 
lignée, une seule et unique maison : les Mayol dans le 
Vivarais, les Mayola et les Sacrati à Parme et à Ferrare, 
les Maïoli dans le Piémont. 

Aux généalogistes, maintenant, à découvrir Thomas, 
notre célèbre amateur, au milieu de cette famille^ la 
sienne, habitant Asti. 

On ne savait où le prendre autrefois, où le rencontrer ; 
on ne savait rien de lui, tout le monde l'a dit. Si je n'ai 
pas posé une main triomphante sur son illustre person- 
nalité, si je n'ai pas ses titres et son acte de naissance 
paraphé par l'autorité ; si je n'ai pu l'arracher complète- 
ment lui-même à son obscurité et l'oflFrir à la foule en 
disant : a Le voilà ! » j'ai du moins le bonheur de pouvoir 
annoncer aux amateurs, aux bibliophiles et aux curieux : 
« Voici son lieu de naissance, voici où il a vécu, voici 
son nom d'origine, le nom nouveau de sa parenté, toutes 
choses qui nous permettront de le rencontrer lui-même, 
dans sa maison, dans son cabinet de travail, au milieu de 
ses livres, de ses parents et de ses amis. » 

C'est tout ce que M. le comte de Lupé a pu me révéler ; 
mais il y en a bien assez pour que ma reconnaissance ne 
s'éteigne jamais. 

L'autre découverte, qui m'appartient à moi seul et en 
propre, c'est que la Bibliothèque de la ville de Lyon pos- 
sède un volume que tous les bibliophiles, individus, villes 
ou gouvernements pourraient lui envier ; livre que nul 
n'avait signalé, qui n'était connu de personne et qui, 
cependant, avait eu le mérite immense et presque unique 
d'avoir jadis appartenu à Maïoli et à Grolier. 

Aimé ViNGTRINIER. 

891 16 



UNE FEMME BIBLIOMANE 



Mademoiselle d'Yve 



Il sagit ici d*un phénomène sans exemple dans les an- 
nales de la bibliophilie : une femme qui avait la passion 
des in-fol. et des impressions du xv® siècle ; une femme 
qui possédait deux Bibles polyglottes, les productions 
primitives de la typographie Mayençaise, la collection 
des grands et petits voyages des frères de Bry, le recueil 
des historiens des Gaules et une foule d'autres ouvrages, 
tous importants et d'une haute valeur. Nous ne croyons 
pas qu'il y ait jamais dans l'avenir une collection sem- 
blable formée par de semblables mains. 

M. Quentin-Bauchart dans son très remarquable tra- 
vail sur les femmes bibliophiles n'a point parlé des étran- 
gères qui sont d'ailleurs en bien petit nombre ; mais s'il 
était entré dans son plan d'en faire mention, W^^ d'Yve 
eût été l'objet d'une notice tout à fait exceptionnelle. 

Nous manquons de détails sur la vie de cette biblio- 
mane ; nous savons seulement qu'elle appartenait à une 
famille noble de la Belgique (elle portait le titre de com- 
tesse) ; elle se trouva, dans un âge peu avancé, maîtresse 
d'une fortune considérable dont elle employa les revenus 
à satisfaire une passion non moins vive que celle qui 
anima le comte d'Hoym, le duc de La Vallière, le comte 
de Mac-Carthy et bien d'autres bibliophiles célèbres. 



UNE FEMME BIBLIOMANE 243 

Elle avait réuni plus de 25,000 volumes en tous genres; 
après sa mort survenue en 1817, ils furent livrés aux 
enchères. 

Le catalogue forme deux volumes în-8, imprimés à 
Bruxelles, 1819 et 1820, et rédigés par Gaudefiroy, ancien 
libraire à Paris ; le premier volume, 19 et 338 pages^ 
s'arrête au numéro 2,915 ; le second volume, bien plus 
épais, compte 95 et 561 pages, il va du numéro 2,916 à 
6,821 ; il est entièrement consacré aux sciences histo- 
riques ; elles étaient Tobjet de prédilection des études de 
M»'« dTve. 

En ouvrant le catalogue dès son début, nous y trou- 
vons deux grands ouvrages qui figurent bien rarement 
dans des collections particulières, nous y rencontrons : 
la Polyglotte imprimée par Plantin, Anvers 1569, 8 vol. 
in-fol. et celle de Londres 1657, 6 vol. in-fol., avec le 
dictionnaire de Castell, 2 vol. in-fol. Nous y découvrons 
ensuite quelques-unes des productions de l'imprimerie à 
son berceau : la Bible de Mayence, sans date vers 1455, 
dans sa première reliure, imprimée par Gutenberg; la 
première édition de la Bible avec date 1462, imprimée 
également à Mayence par Furst et Schœffer ; l'exem- 
plaire de Crevenna, payé, à la vente de ce bibliophile, 
en 1790, 1460 florins, chiffire élevé pour l'époque, 
exemplaire très bien conservé dans sa reliure originale 
en bois. 

Les numéros 101 jusqu'à 111, présentent une forte 
collection de manuscrits, sur vélin, d'Heures et Prcce^picp. 
Mentionnons encorele Commentaire de saint Jean Chrisos- 
tome sur le psaume L, imprimé par Ulric Zell, de 
Hanau, en 1466. Et les Epistolès de saint Cyprien, impri- 
mées à Venise, 1471, par Vindelin de Spire, exemplaire 
du duc de La Vallière. 

Dans la section de la Jurisprudence, on trouve la 
Bulle du Pape Pie II, contra Tarchos, sortie des presses 



î244 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

de Schœffer à Mayence, 1460. Mentionnons aussi un bel 
exemplaire en reliure uniforme du corps universel diplo- 
matique du Droit des gens, par Jean Dumont (Amster- 
dam, 1726) avec le supplément, 23 volumes in-fol. Nous 
passons sous silence un assez grand nombre de manus- 
crits importants relatifs au droit cononique et au droit 
civil de la Belgique. 

Passons aux Sciences et aux Arts. Sans nous arrêter au 
bel exemplaire de Buffon, avec les suites, 39 volumes in-4, 
citons le volumineux travail bien peu feuilleté de nos 
jours, d*Aldrovande : Histoire naturelle (1599, Bologne), 
13 vol. in-fol. ; Historia naturalis de la Caroline, par 
Catesby, 2 vol. in-fol. (Londini, 1731) ; les Glanures avec 
les Oiseaux dEwards (Londres, 1758) ; 3 vol. in-4, exem- 
plaire de Buffon, provenant de la vente Mirabeau, lequel 
avait acheté en bloc la bibliothèque de Tillustre natura- 
liste ; Y Entomologie, d'Olivier (1789), 6 vol. in-4, figures 
coloriées ; Les Papillons d'Europe, par Ernst, 8 vol. in-4, 
Paris 1779. 

Voici pour la Botanique : Les Plantes, de Miller ; 
r Herbier de la France, par Bulliard, 10 vol, in-fol. (1764, 
Paris. ) 

La section relative aux Beaux- Arts, présente un choix 
fort intéressant d'ouvrages très dignes d'attention et qui 
font honneur au goût de M^^^ d'Yve. Nous citerons entre 
autres : La Galerie du Luxembourg, par Rubens (1710) ; 
Le grand cabinet des tableaux de Varchiduc Léopold 
Guillaume (Amsterdam, 1755) ; Admiranda Raphaelis 
Urbinatis monumenta à Jacque Rubeis incisa Roma ; le 
Cabinet des plus beaux portraits faits par Van-Dgck ; 
Recueil de sculpture antique, grecque et romaine, par 
Van-Daclen (1734). Nous laissons de côlé divers recueils 
factices d'estampes de choix. 

La partie des Belles-Lettres est loin d'être aussi com- 
plète qu'on aurait eu le droit de l'attendre. Les romans 



UNE FEBfME BIBUOlfANE 245 

et les pièces de théâtre qui formaient, on peut le dire, 
le fonds des collections de la comtesse de Verrue et de 
la marquise de Pompadour, sont en petit nombre chez 
Mlle dTve, dont l'esprit sévère écartait les lectures fri- 
voles. On peut cependant relever quelques articles d'une 
véritable importance : d'abord le Glossaire de Ducange, 
avec le supplément, 10 vol. in-folio ; citons ensuite le 
Roman de la Rose, manuscrit sur vélin du xiv« siècle, 
orné de miniatures ; Le Pèlerinage de Vhomme, par Guil. 
de Guileville (Paris, Vérard, le 4® jour d'avril 1541); 
Le Livre de Mathéolus (Lyon, AmouUet, sans date; 
YEstrif de fortune, par Martin Franc (Paris, Michel 
Le Noir, 1519) ; Le Séjour d'Honneur, par Octavien de 
Saint-Gelais (Paris, Vérard, sans date) ; Les Loups Ravis- 
sants, par Robert Gobin (Paris, Antoine Vérard, sans 
date) ; les figures de V Apocalypse de Saint-Jean (Paris, 
1547), et plusieurs autres ouvrages importants qu'il 
serait trop long de signaler. 

Molière n'est représenté que par l'édition de 1734, 6 vol. 
in-4. Un roman de chevalerie se présente à nos yeux ; 
c'est Meurvin, fds dOgier le Danois (Paris, sans date), 
in-4 ; dans la classe des contes l'édition italienne du 
Decaméron, publié par les Elzevir, 1665. 

Un livre des plus curieux pour l'ancienne littérature 
française se trouvait dans la bibliothèque de M"« dTve : 
Œuvre essentielle nouvelle contenant plusieurs matières 
et premier Lan des Sept Dames (Anvers, 1503) ; le Ma- 
nuel du libraire, tome 6®, colonne 550 donne une des- 
cription détaillée de ce volume dont on ne connaît qu'un 
seul exemplaire. Après avoir appartenu à la bibliothèque 
Sainte- Geneviève, il passa on ne sait comment chez le 
duc de La Vallière ; réintégré dans son premier domi- 
cile il en sortit clandestinement une seconde fois et entra 
dans la collection de M"® d'Yve; à la vente faite en 1819, 
il fut acquis par M. de Soleine, au prix très modique de 



S46 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

350 fr. (Voir de longs détails au catalogue de cet ama- 
teur, 1843, numéro 105.) 

Il revint de nouveau à la bibliothèque dont il avait si 
singulièrement disparu; espérons que cette fois on n'aura 
plus lieu de constater son absence et ajoutons qu'Aimé 
Martin a consacré une notice à ce livre si curieux dans 
le Bulletin du Bibliophile (1845, page 470). 

Arrivons à l'Histoire, c'est la partie la plus intéressante 
du catalogue que nous parcourons : d'abord un exem- 
plaire à peu près complet de la très pricieuse collection 
des Grands et petits Voyages, publiés à Francfort, par les 
frères Debry. Notons une réunion intéressante de Voyages 
en divers pays, notamment aux terres australes. N'ou- 
blions pas le Voyage pittoresque à Naples, par l'abbé de 
Saint-Non; la Description générale de la France, par 
Laborde, 8 vol. in-folio, et le Voyage pittoresque en Grèce, 
par Choiseul-Gouffier , in-folio. Les Pérégrinations de 
Jérusalem, par le frèreNicole le Huen (Lyon, 1585), in-folio^ 
manquent aux plus riches collections en ce genre ; nous 
sommes heureux de les trouver ici. Plus loin se présentent 
diverses chroniques fort anciennes. La grande publica- 
tion illustrée par l'infatigable B. Picart, 10 volumes 
in-fol.. Cérémonies et coutumes Religieuses, mérite d'être 
signalé. 

Mentionnons le Recueil de tous les costumes des ordres 
monastiques, par J. Ch. Bar (Paris, 1778) ; 10 vol. in-fol. 
et surtout n'oublions pas la volumineuse collection des 
Acta sa/ic/oram, recueillis par les bollandistes; W^^ d'Yve 
en possédait ceux qui avaient paru jusqu'alors, 52 vol. 
in-folio, et Ton peut affirmer que c'est la seule fois que ce 
recueil a figuré dans la bibliothèque d'une femme. 
L'Histoire de France est représentée par un grand nom- 
bre d'ouvrages, parmi lesquels il s'en trouve de très 
dignes d'attention : Les Grandes chroniques de France, 
appelées Chroniques de Saint-Denis, Paris (Vérard, 1493) ; 



UNE FEMME BIBUOMANE 247 

3 vol. in-folio; Le Rosier historial de France (Paris, 1522), 
Regnault, in-fol. ; V Histoire de France, par Mezeray (1685) , 
3vol. in-folio; Le Recueil des historiens des Gaules, par 
les Bénédictins (1738-86), 13 vol. in-fol,; Chronique de 
Froissard (1559), 4 vol. in-fol.; autre édition (1574), 4 vol. 
in-fol.; les Chroniques, par Monstrelet (1518), 3 volumes 
in-folio; autre édition (1572); Histoire de saint Louis^ par 
Joinville (1668), in-fol.; Gazette Nationale, ou le Moniteur 
Universel (1793 à 1813), 24 vol. in-fol.; le Cérémonial 
français, par Godefroy (1649) ; 2 vol. in-fol.; Le Sacre de 
Louis XVI (1775), in-4; Y Histoire de Paris, par Félibien, 
5 vol. in-folio. 

L'Histoire de la Belgique, numéros 4,527 à 5,439, offre 
une réunion très complète d'ouvrages spéciaux souvent 
rares et précieux, et de manuscrits importants ; nous ne 
nous y arrêterons pas, non plus qu'à une collection con- 
sidérable de grands ouvrages sur Fart héraldique et de 
nombreuses généalogies. Nous distinguons à la section de 
l'Archéologie la grande publication da Oltav. Ant. Ba- 
yardi sur les antiquités d'Herculanum (1757-92), 9 vol. 
in-fol.; Descriptions des pierres gravées du cabinet du 
duc dOrléans (1780), 2 vol. in-fol. N'oublions pas les 
Mémoires de l Académie des Belles-Lettres (1701-1793) ; 
50 vol. in-4, ni les Annales typographici, de Maittaire, 
5 vol. in-4, la Bibliographie instructive, deDebure, 7 vol. 
Parmi divers ouvrages signalés dans un appendice au 
second vol. on remarquera : Les Simulachres et historiés 
faces de la mort, par Holbein(Lyon, 1538). Les diverses fan- 
taisies des hommes et des femmes, composées par Mèresotte 
(P. Gringore. Paris, 1538); deux exemplaires, dont l'un 
imconiplet, de la Politique dAristote, traduite par Nico- 
las Auresme (Paris, Vérard, 1489), in-fol.; l'édition origi- 
nale du Liber conformitatum (1481) ; ouvrage resté cé- 
lèbre à cause des absurdités qu'il contient au sujet de 
saint François ; la traduction espagnole de Salluste, im- 



248 BU1XETIN DU BIBUOPHILE 

primée par Ibarra, est le chef d'œuvre de la typographie 
Castillane ; enfin un superbe exemplaire des ouvrages 
achéologiques de Monfaucon, 20 vol. in-foL, grand papier 
maroquin bleu. 

Mlle dTve, dont le nom est inconnu en France, mérite, 
on le voit, d'être placée parmi les bibliomanes les plus 
célèbres; elle occupe une place unique en son genre ; elle 
avait entrepris une œuvre sans modèle avant elle et qui 
ne se reproduina sans doute pas. Rencontrera-t-on jamais 
une autre femme formant une bibliothèque de plus de 
25,000 volumes parmi lesquels brillent de longues rangées 
de vénérables in-folios où Ton distingue deux Bibles 
latines, production primitive de la typographie à Mayence 
et le volumineux recueil des Acta Sanctorum, entrepris 
il y a plus de 250 ans, et encore inachevés. 

B. G. 



ETUDE 



SUR LES 



LIVRES A FIGURES VENITIENS 

DE LA FIN DU XV* SIÈCLE ET DU COMMENCEMENT DU XVI« 

(Suite,) 



1520 

Haly deiuditijs. Preclarissimus in luditiis Astrorum 
Albohasen Haly filius Abenragel Nouiter Impressus 
fideliter emendatus. 

In-folio, gothique à deux colonnes, 107 feuillets numé- 
rotés ; au-dessous du titre, bois ombré prenant la moitié 
de la page : à droite, un astronome âgé, à tête chauve et 
à longue barbe, assis à terre, prend une mesure avec un 
compas qu'il tient des deux< mains sur un globe, placé 
devant lui, où Ton voit le soleil, la lune et les balances ; 
à ses pieds, un lapin ; derrière le personnage , une sorte 
de petite colline surmontée d'un bouquet d'arbres; dans 
le fond à gauche, la mer et des palais vénitiens ; dans 
le coin à gauche, en bas, • La • Cette gravure est d'un 
fort joli dessin et d'une taille très bonne et très avancée 
pour répoque ; la tête du personnage est traitée avec 
soin et dénote le travail d'un artiste de mérite. Elle me 
paraît, comme le pense Passavant (vol. V, page 66), 
sur métal plutôt que sur bois. Verso O v, le colophon : 
Finit.., Impësis vero nobilis viri Luceâtonij de giûta 
florëtini Venetijs Jpressus Anno a natiuitate dni. 1520. 
die. 2 mèsis Januarij. Au dessous, le registre et le lys 
noir de Giunta. Pour terminer le cahier il doit y avoir 
un feuillet blanc. (B. N. Réserve, V. 272 + 1). 



250 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

Cette gravure est copiée sur une estampe en taille douce 
de Giulio Campagnola, quoique certains détails soient on 
peu modifiés. Ici, Tastrologue ou le magicien, c'est ainsi 
qu'il est indiqué dans Bartsch et Passavant (vol. V, p. 165), 
représenté par un vieillard à tête chauve et à barbe 
longue, est assis par terre, à gauche, prenant une mesure 
sur un globe placé devant lui ; on y voit la lune, le 
soleil, les balances et les chiffres 3 dans le haut, 2140 au- 
dessous, plus bas 4350, et dans la partie inférieure 1509 ; 
derrière lui, une sorte de petite colline surmontée d'un 
bouquet d'arbres, à droite un monstre et une tête de 
mort ; dans le fond, des palais vénitiens. La gravure de 
4520 est retournée : le personnage y regarde vers la 
gauche, tandis que dans l'original il regarde vers la 
droite ; les positions sont identiques ainsi que les fonds 
et le singulier monticule contre lequel Haly est appuyé; 
les mêmes chiffres se trouvent sur le globe, 3 entre les 
branches du compas dans le haut, 2140 plus bas, 4350 
près des balances et 1519 au lieu de 1509 ; la lune et le 
soleil y sont aussi placés de même relativement aux 
nombres. L'astrologue ou le magicien étant devenu un 
astronome, l'animal fantastique et la tête de mort ont été 
supprimés et remplacés par un lapin. L estampe au 
burin est une fort bonne gravure d'une taille fine et élé- 
gante ; le copiste a cherché à rendre de son mieux la 
finesse du modèle. Nous avons vu qu'elle est signée 
• La-, marque que Passavant attribue à Luc Antonio 
Giunta et tout nous porte à croire que son attribution 
est exacte ; il a gravé aussi, d'après les dessins de Dôme- 
nico Campagnola, V Adoration des Mages et le Massacre 
des Innocents en y mettant sa signature. (Passavant, 
vol. V, page 172). 

Parmi les gravures signées d'un LA, affectant les 
formes les plus différentes, si tant est que toutes soient 
du même auteur, celle dont nous nous occupons est une 



LIVRES A FIGURES VÉNITIENS 251 

des meilleures. Le cuivre a été copié trois fois par des 
artistes anonymes, deux fois en contre-partie, tel que la 
copie de 1520 nous le montre, et une fois dans le sens de 
l'original. (Passavant, t. V., p. 165). 

1520 

Folengo (Theophilo). — Macaronea, Merlini Cocai 
poète Mantuani macaronices libri XVII . post omnes 
impressiones ubiqz locorù excussas, nouissime reco- 
gniti, omnibusqz menais expurgati. Adjectis insuper 
qpluribus pêne viuis imaginibus materie librorum 
aptissimis, & congruis locis insertis, & alia multa, 
quœ in aliis hactenus impressionibus non reperies. 

Pet. in-8o de cxix ff. chiffrés, en tout ; 31 lig. par 
page. A la fin : Impressam Venetiis sumina diligentia per 
Cesarem Arriuabenum Venetam Anna.,, Millesimo quin- 
gentesimo supra uigesimuz die decimo menais lanuarii. 

Cette édition de 1520, (augmentée de quelques mor- 
ceaux prélim.) est imprimée en caractères romains, et 
ornée de figures en bois. La vignette du frontispice repré- 
sente un homme qui joue du violon. La souscription est 
au recto du dernier feuillet, coté par erreur xix, et dont 
le verso porte la marque de l'imprimeur. A en juger par 
le titre ci-dessus, l'édition de 1520 aurait été précédée 
par plusieurs autres ; cependant nous ne connaissons 
que celle de 1517 qui soit plus ancienne. L'une et l'autre, 
moins complètes que celle de 1521, présentent un texte 
différent de celui des éditions postérieures. 

Molini a décrit, sous le n® 292 de ses Aggiunte, une 
édition de cette Macaronea, in-S*', sans date, en carac- 
tères romains, et portant absolument le même titre que 
celle de 1520 ci-dessus : elle a cviii ff. chiffrés, et des 
signatures de A— P. Le texte finit par les mots LAVS 



^2 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

DEO. Comme ce texte ne présente pas les corrections 
que Lodola a faites à l'édition de 1521, elle doit être anté- 
rieure à cette dernière, et peut-être même a-t-elle pré- 
cédé celle de 1520. (Brunet, t. II, col. 1316). 

1520 

Alsaharavius. — Chirurgia Argelate cum Albucasi. 

In-folio gothique à deux colonne, de 155 feuillets numé- 
rotés ; lettres ornées, figures sur bois et instruments de 
chirurgie dans la partie commençant au feuillet 125, 
Prologus. Verso 155 : Venetijs mandato et expensis nobilis 
oiri domini Liiceantonij de Giunta Florëtini : Anno dO" 
mini, 1520. die primo Martij, Au-dessous, le registre et 
la grande marque rouge de Giunta. (Bibl. Nat. Réserve 
T d 73.5). Brunet (t. I. col. 200) donne sous le même 
nom ce titre assez sensiblement différent de Tédition de 
1520 : Chirurgia omnium chirurgorum, edente Gerardo 
Cremonensi. 

1520 

Secreto, De Francesco Petrarcha in dialoghi di 
latino in vulgar et in lingua toscha tradocto noua- 
mente [da Francesco Orlandini Senese) cum exactis- 
sima diligentia stampato et correcte. 

In-8o, titre rouge et noir, la première ligne gothique ; 
texte en lettres rondes à deux colonnes ; 8 feuillets par 
cahier ; au-dessous du titre, bois légèrement ombré 
pour les vêtements et au trait pour les visages : cinq per- 
sonnages, avec des couronnes de laurier, debout ; deux 
arbres dans le fond ; trois bouquets d'herbes au premier 
plan et la marque z. a, dans le coin à droite en bas. 
{jette gravure est une des moins bonnes de ce tailleur sur 



LIVRES A FIGURES VÉNITIENS 253 

bois. A la fin, au-dessous du registre : Impressoin Venetia 

per Nicolo Zopino e Vlcenlio compagno Nel anno 

M.D.XX Adi IX de Marzo, Au recto suivant, la marque 
grossièrement taillée avec S. Nicolavs et les deux lettres 
N.Z. 

1520 

Caviceo (Jacomo), — Libro del Peregrino Dili- 
gentemente in ligua Toscha correcto. 

In-8o ; lettres rondes ; 8 feuillets par cahier ; au-dessous 
du titre, joli bois de page ombré représentant un per- 
sonnage nu, attaché à un arbre ; au-dessous de lui 
P Amor ; à gauche, un satyre jouant d*une sorte de 
cithare ; à droite, un autre soufflant dans un instrument ; 
au-dessus d'eux, une banderole s'enroulant autour de 
Tarbre et portant à gauche angora spero ; à droite, 
soLVER ME ; un Amour, dans le coin à droite en haut, 
décoche une flèche à Thomme attaché ; le verso du 
12« feuillet est encadré ; trois petits bois ombrés, un en 
tête de chaque livre. Stâpato in Venetia in casa de Geor- 
gio di Rusconi milanese ad instàtia sua et de Nicolo 
Zoppino e Vincézo côpagno adi V April M. D,XX (Bibl. 
Nationale, Réserve, Y + 963). 

1520 

La Passione del nostro signore per Bartolomeo 
Riccio da Lugo. 

In-8" en lettres rondes, sauf le dernier feuillet qui est 
en caractères gothiques ; 56 feuillets, signature A.-G. Sur 
le titre, une Crucifixion, A la fin : Acta die passionis in 
ede diue Marie Formos^ : per eûdem Bartolomœum Ricciam 
tanto freqnencissimo Christianorum cœtu ; ut parum 
ahfuit : quin templum dirumperetur, Venetiis octauo idus 



254 BULXiETIN DU BIBLIOPHILE 

Aprile M.D.XX Nouamenta composta (Rubriques 10651- 
7347. Biblioteca Colombina, G. 37-21). « C'est, paraît-U, 
une sorte de mystère facétieux, bien que dédié Alla 
Reuerendissima M. S. Diodata de VE. Sig. di Urbino. 
Cette dédicace montre bien la vanité qui a rendu Barto- 
lomeo Riccio si ridicule aux yeux de ses contemporains. 
Il s'y vante d'avoir improvisé en dix matinées 1700 vers. 
Quadrio ne cite de cet humaniste, en fait de pièce, que 
Le Balle )>. (Harrisse, £. Columbinianay page 232.) 

1520 

Âgostini (Nicolô). — // secondo e terzo libro di 
Trisiano neliqli si tracta côe re Marco di Cornouaglia 
trouâdolo vno giorno cô Isotta sua moglie luccise a 
tradimëto e corne la ditta madôna Isotha vedëdolo 
morto di dolore mori sopra il suo corpo. 

In-8<» ; 8 ff. par cahier ; caractères gothiques ; en 
vers ; à deux colonnes ; le titre se trouve au recto 
du premier feuillet. Au-dessous du titre, un bois légère- 
ment ombré représentant un tournoi : au premier plan, 
deux chevaliers, la lance en avant, galopant l'un vers 
l'autre ; dans le fond, six personnages assis qui assistent 
au combat ; verso blanc. 31 petites vignettes légèrement 
ombrées et fort médiocres. Au recto A-J2, le poème com- 
mence par ces mots à la première colonne : Incomenza il 
secôdo libro de Tristano... A la fin : Qui Finisse il Terzo 
libro de Tristano Côposto per N, A, Impresso in Venetia 
per Alexâdro e Benedetto de Bindoni. Anno salutis 
M. D. XX, Die xxijii. Mensis lunii... Les initiales N. A. 
nous indiquent le nom du poète Nicolo Agostini, le 
continuateur de Boïardo. 11 doit exister une édition anté- 
rieure du premier livre, qui nous est restée inconnue. 
(Melzi, page 314. Bibl. de l'Arsenal, in-12, Nouv. F. 4444.) 



LIVRES A FIGURES VÉNITIENS 255 

S. d. — Libri tre dello Innamoramento di messer 
Tristano, et di Madonna Isotta : nelquale si traita le 
mirabil prodezze di esso Trislano, e di tutti li cava- 
lieri délia Tavola Ritonda, 

In-8o ; figures en bois. Venetia, per Mat, Pagan in 
Frezzaria. (Brunet, t. I, col. 110 et Melzi, p. 316.) 

1520 
Pontificale sm Rituz sacrosancte Romane ecclesie. 

In-folio gothique à 2 colonnes, rouge et noir ; le titre 
en rouge, entouré d'un encadrement formé à droite et à 
gauche d'objets du culte ; dans le haut, les 12 apôtres, 
et dans le bas, un pape entouré de 4 saints. Marque de 
Giunta rouge ; 6 feuillets préliminaires et 253 numérotés ; 
au verso du dernier feuillet préliminaire, le Christ en croix 
entre la Vierge et saint Jean ; la Vierge, de trois quarts 
à droite, les mains jointes; saint Jean, pleurant, tournant 
la tête à droite ; trois anges recevant dans des calices le 
sang qui s'échappe des plaies du Christ ; un quatrième 
est symétriquement placé à celui qui reçoit le sang de 
la poitrine ; un pélican au-dessus de L N. R. I. Ce bois 
est beau, surtout la figure de la Vierge ; taille sans finesse; 
encadrement formé, à gauche, de cinq petits bois repré- 
sentant des scènes de l'Évangile ; dans le haut. Dieu le 
Père, entouré de chérubins jouant de divers instruments; 
au bas, la Cène. Recto des feuillets 1 et 174, deux bois 
encadrés dans deux bordures, dont le haut et les deux 
côtés sont semblables au titre. Nombreux bois et lettres 
ornées, d'un assez joli style. Verso 253 : In florëtissima 
Venetiarù iirbe per spectabilez virù dhm Lucamantoniû 
de Giûta florentinum Anna dni M. D. XX. Die XV Sep- 
trbris studiosissime et diligentissime Impressus explicit 
féliciter (Bibl. de M. G. Duplessis; Bibl. de Darmstadt ; 
Bibl. Nat. Rés. inv. B. 98, B. 397). 



256 BULLETIN DU BIBUOPHILE 

1520 

Facétie, Piaceuoleze, Fabule e Motti del Piouano 
Arlotto prête fiorentino Opéra molto diletteuole uul- 
gare i (sic) ligua (sic) Toscha. 

In-8o de 86 feuillets à deux colonnes, non chiffrés; 
caractères gothiques ; figures sur bois ; fi'ontispice rouge 
et noir avec quatre petits bois occupant presque toute 
la page. A la fin : Impresso in Venetia par Jôane Tacuino 
da Trino nel M, CCCCCXX, adi xu di Mazo. Regnâte /o 
iclito (sic) principe Leonardào (sic), a C'est par erreur 
que Gamba et après lui Brunet et Graesse dirent que cette 
édition porte M. CCCCXX (sic) au lieu de M. CCCCCXX ; 
Tessier a constaté que dans son exemplaire et dans un 
autre qu'il examina, la date était bien réellement 
M. CCCCCXX. Il serait possible que dans l'exemplaire vu 
par Gamba, ce soit une erreur du typographe, corrigée 
dans les autres exemplaires ». (G. Passanti, Catalogo dei 
novellieri iialiani, Livorno, 1871, page 20, et Passano, 
I nouellieri italiani in prosa, 1864, page 16; Brunet, 1. 1, 
col. 481). 

1520. — Facétie : Fabule : e Motti : del Piouano 
Arlotto Prête Fiorentino : etc. 

Pet. in-8 ; lettres gothiques ; titre rouge et noir gothique; 
au-dessous, Arlotto s'entretient avec trois personnages 
auxquels il présente une fleur ; bois ombré dans le style 
de Z. A. ; 22 petits bois dans le style du petit c qui grava 
pour Zopino. A la fin : Impresso in Venetia per Nicolo 
Zopino et Vincentio Compagni Nel M. CCCCC. XX. Adi 
xxiiij del Mese de Nouembrio. Sur ,1e recto du feuillet 

• 

suivant, marque de Zopino (Marciana 4161 et Museo 
Civico e Correr. I. 1001). Il existe à la Marciana une 
autre édition en lettres rondes de cet ouvrage avec les 



LIVRES A FIGURES VÉNITIENS 257 

mêmes fig., le titre diffère un peu. Facétie : Piaceuoleze : 
Fabule : e Motii : Del Piouano Arlotio Prête Fiorentîno : 
etc. — Mais, malheureusement, le colophon manque. 
Quoique ce volume soit certainement postérieur au pré- 
cédent, il ne m'est pas possible de lui assigner une date 
précise. 

1522. — Motti... 

In-8o avec figures sur bois. A la fin : Venetia, Tacuino, 
M.CCCC (sic) XXII, a di xv de MarzOy Régnante lo inclito 
principe Antonio Grimano. Cette édition est indiquée par 
Gamba et Brunet comme ayant par erreur Tannée 1422 
au lieu de 1522. On lit dans Passano à propos de l'édi- 
tion de novembre 1520 : « Ginguené (Biog, Universelle, 
art. Arlotto) dit que l'édition de 1520, — sans indiquer 
laquelle des deux — est plus complète que toutes celles 
parues après ; je crois que la majeure partie des éditions 
de ce recueil, faites antérieurement à celle des Giunti, 
sont des copies identiques de la première. » (Passano, 
/ Novellieri in prosa, p. 17 ; Brunet, t. I, col. 481). 

1525. — Facecie : Piaceuolezze : Fabule : e Motti.,. 

In-12, caractères gothiques, à deux colonnes ; au titre 
Arloto et les trois personnages ; 45 mauvaises petites 
vignettes légèrement ombrées. A la fin : Stampato... per 
Francisco Bindoni e Mapheo Pasini côpagni : Nel anno 
1525, Del mese di FeZ)raro... (Bibl. Nationale, Réserve Y* 
1328.) 

1520 

Auli Flacci Persij satyrographi. 

In-folio de 10 feuillets préliminaires et 104 chiffrés ; 
encadrement ombré, d'un assez bon style, mais gravé 
sans finesse ; au milieu du grand côté de gauche, au 

1891 17 



258 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

niveau de la tête de deux femmes aux corps de lion, 
les deux lettres i. c. Cette signature se retrouve dans le 
bas du grand côté de droite. En tête de la première 
satire, le bois du Juvénal 1512 ; un bois par satire. A la 
fin : Venetiis In Casis Bernardini de Vianis de Lexona 
Vercelësis, Anno Circûcisionis. M.D.XX die xv decembris 
(Marciana 42572). 

1520 

Côstitutiones Sinodales aime ecclesie strigoniensis. 
nouiter impresse. 

In-4o gothique ; au-dessous du titre, grande Annoncia- 
tion ombrée, d'une mauvaise taille et d'un dessin mé- 
diocre ; au verso saint Augustin : un évêque flanqué de 
deux anges, couvrant de son vêtement des religieux et 
des religieuses à genoux ; au-dessous : Ora pro nobis 
béate pater Augustine ; cette vignette est assez jolie, la 
taille en est fine; quoique occupant toute la page elle n'a 
que 54 ™™ sur 82 de hauteur. A la fin : Impresse Venetiis 
M.D.XX die primo decembris (Marciana, 1104). 

1520 

Compilatio Leupoldi diicatiis Austriae filii De Astro- 
rum scientia decem continens tractatus. 

In-4'», de 94 feuillets (A. L. par 8, M. en 4 ) ; caractères 
gothiques, figures sur bois. A la fin : Venetiis, per Mel- 
chiorem Sessam etPetrum de Raiianis socios. Anno incar- 
nationis domini M.CCCCC.XX die xv lulij. (Catal. de 
M. de Landau, t. II, page 208). 

1520 

Scamnalia sni ritum ac ordiné ecclesie & dioce- 
sis Frisingen Pars hyemalis. 

Grand in-folio, gothique rouge et noir, à deux colonnes ; 
12 feuillets préliminaires pour le titre, le calendrier et 



LIVRES A FIGURES VÉNITIENS 259 

les tables, 243 ff. chifiFrés, plus 1 f. non chiffré pour le 
registre ; au recto et au verso, la marque de Petrus de 
Liechtenstein, au-dessus : 1520, Venetiis, Au-dessous 
du titre, grand bois : les armoiries de Philippe de Bavière; 
au verso : la Vierge entre saint Corbinien et saint Sigis- 
mond ; ces deux bois ornent aussi un Missale de Freisin- 
gen, daté également 1520. Au verso 54, la grande Annon- 
ciation, de style allemand, empnmtée au Bréviaire de 
Passau de 1517. Au f. 55, belle lettre ornée avec la figure 
en pied d'Isaïe et une ville dans le fond. Au verso 243 : 
Finis. Laiis Deo optimo maximoqz anno 1520 Venetiis in 
edibus Pétri Liechtëstein impensis Joannis Oswalt, et la 
marque sur fond noir d'Oswalt. (Librairie Rosenthal). 

1520 

Corvus. — Excellent issimi et Singularii viri 

Venetiis. G. de Rusconibus 1520. 

Petit in-8°, gothique ; gra^^re sur bois ; au recto du 
feuillet Aij\ une ^avure porte sur une tablette : Matio da 
Treviso F. C'est peut-être l'artiste mentionné dans le 
Dictionnaire des Monogrammes, de Brulliot, t. III, p. 126, 
n'» 881. (Cat. Tross, p. 410, n^ 3382). Ce Matio ne semble 
pas se confondre avec un graveur signant Matio fecit, 
dans un Missale Romanum de 1561, un Calvaire copié 
d'après un Missel de lunta. Ce dernier Matio est le même 
que celui qui, dans un Missale Romanum de 1549, signe 
Matheus F. un grand Calvaire à nombreux personnages 
et M. F. une Annonciation ombrée, assez bien traitée, 
entourée de blocs avec des saints en buste ou en pied. 

1520 

Apollonio de Tira nouamente stampato con le figure. 
In-4'^. In Xenetia per Bernardino di Lesona... MDXX. 



260 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

a Réimprimé à Venise, en 1555, in-S® ; et aussi sous ce 
titre : Apollonio di Tiro historiato et novamenie risiam" 
pato Milanoper Valerio et Hieronimo fratelU da Meda, 
1560, in-8o ; la date est exprimée à la fin, dans une stance 
de huit vers. » (Brunet, t. I, col. 352), 

Vers 1520 

Historîa di papa Alessandro IIL et di Federico 
Barbarossa imperatore. nuouamente Ristampata et 
diligentemente Corretta. In Venetia et in Bassano. 
Con licenza de' superiori. 

In-4o • 4 feuillets. Au-dessous du titre, bois ombré, 
très médiocre et taillé très grossièrement, représentant : 
à gauche, le Pape, suivi de religieux, se rencontrant 
avec le Doge ; à droite, Tempereur, sa couronne à terre, 
couché entre les deux, et sur le point d'être écrasé par 
les pieds du Pape ; 92 octaves, dont la première commence 
ainsi : a Signore a te ricorro per aiuio, (Bibl. de Bo- 
logne, tab. III. M. II. 16, et cat. de M- de Landau, t. II. 
384). 

S. d. — Hisioria de papa Alexandre e de FedC" 
rico barbarossa Imper atore, 

In-4 de 4 feuillets ; même bois au titre que dans l'édi- 
tion précédente ; au-dessous du bois, texte en lettres 
rondes, à deux colonnes ; le reste aussi à 2 colonnes, en 
caractères semi-gothiques ; 7 mauvaises petites vignettes 
ombrées. Au verso du dernier feuillet : Per Mattio Pagan 
in Frizzaria a Vinsegno de la Fede, (Deschamps, 644, 
Bib. Nationale, réserve Y). 

Vers 1520 

La copia de una littera mandata da Anglia del 
parlamen \ ta del Christianissimo Re de Franza col 



LIVRES A FIGURES VÉNITIENS 261 

serenissi \ mo Re de Angilterra col nome de tutti li 
Prin I cipi e signori Ambassatori : Cortesani \ Zétil- 
homini : e del uestir de li Re: e \ Signori che acom- 
pagnauano \ la sua maesta : e similmen \ te de la 
Madama Re \ gina de Franza cô \ la sua com \ 
pagnia. 

In-4o de 2 feuillets ; au-dessous du titre, bois ombré 
représentant des guerriers romains, à pied, au bord de 
la mer, avec un roi ; près du rivage, un marin qui les 
attend; de chaque côté, deux petits bois, l'un d'ornement, 
l'autre représentant un personnage. Ces gravures sont 
médiocres. Cette pièce est vénitienne, comme le prouve 
l'orthographe Zëtilhomini ; c'est une description du camp 
du drap d'or, faite sans doute par un témoin oculaire, 
à en juger par le titre et surtout par le scrupule des 
détails. (Marciana 1873). 

Vers 1520 

Littera mddata délia Insala de Cu \ ha de India in 
laquale se contie \ ne de le Insuie citta gente \ et 
animali nouamente trouate de lanno. \ M.D.XIX. 
p li I Spagnoli, 

In-4«, de 8 CF. non chiffrés. Le titre, gothique, compre- 
nant le i^^ feuillet, porte une gravure sur bois assez 
grossière ; le texte est imprimé en caractères romains. 
Cette pièce est consacrée au récit de l'expédition de 
Grijalva dans le Yucatan ; elle dififère essentiellement 
de la narration donnée par Juan Diaz, [Supplément au 
Manuel du libraire. Deschamps, t. I. col. 874). 

Vers 1520 

La COPIA DUNA LETRA DELA INGORONATIÔE DE | lo 

Imperator Romano col nome de Signori Conti Duchi | 
Vescoui che si trouano alla incoronatione. 



262 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

In-4« de 2 feuillets ; la première ligne du titre gothique, 
le reste et le texte en lettres rondes ; au-dessous du titre, 
bois cité à propos de Epistola del potentissimo et Inoictis- 
simo Hemaniiel de 1513. On peut assigner la date 1520 
à cette plaquette qui est une description du cou- 
ronnement de Charles-Quint (8 octobre 1520). Son ori- 
gine vénitienne est attestée par le style du bois, des 
caractères de Timpression, et Tensemble du texte qui est 
tout à fait conforme à ce que Ton imprimait à Venise 
à cette époque (Marciana, 1873). 

Vers 1520 

Exposilione pacis proemium, 

In-8", titre gothique. Au-dessous, mauvais bois ombré 
dont la signification reste énigmatique ; dans le haut, 
quatre personnages, avec leurs emblèmes à leurs pieds, 
qui sont posés sur la terre, les tètes étant dans les 
nuages : un empereur, un pape, un noble et un vilain ; 
devant les deux figures du milieu, une sorte de circon- 
férence ; bois tiré de Opéra nouamente composta del dw- 
prezzamëto del mondo de Lotharius de 1515. A la fin : 
Stampata in Venetia ad instaniia de Felice da Bergamo. 
Jusqu'ici ce volume parait être demeuré inconnu, ainsi 
que ce Felice da Bergamo. (Marciana, 2175). 

1521 

Vite de' Philosophi moralissime. Et de le loro 
elegantissime sententie. Extraite da Lahertio e altri 
antiquissimi auctori Istoriate e di noua carrelle in 
lingua Tosca. 

In-8o, de 56 ff. non chiffrés ; titre en caractères go- 
thiques rouges et noirs ; texte à deux colonnes en lettres 
rondes. Au-dessus du titre, un grand bois ombré repré- 



LIVRES A FIGURES VÉNITIENS 263 

sentant un personnage coiffé d'un chapeau haut de forme, 
parlant à quatre auditeurs en robe placés, deux à sa 
gauche et deux à sa droite ; à terre, deux livres ; à 
gauche, dans le coin, en bas : z.a. Cette gravure est mé- 
diocre et ressemble à toutes ces sortes de vignettes illus- 
trant les publications de Zoppino. Nombreux portraits en 
buste, du même style et sans doute de la même main. 
A la fin, au-dessous de la marque portant S. Nicolavs et 
N, Z.y le colophon : Stampato in Veneiia per Nicolo 
Zopino e Vincëtio compagno nel, M.CCCCCXXL Adi, 
XXiiii de Zenaro, Régnante lo inclite Principe messer 
Antonino Grimani, Et con moite additione agiunte le 
qnale non sono in su li altri. (Bibl. Nat. de Florence). 

1521 

Alexander Achillinus de humani corporis Anato- 
mia. 

Petit in-8o; titre gothique, texte en lettres rondes; 
signatures A. G. par deux. Au-dessus du titre, placé au 
bas de la page, la marque du Christ sur fond noir du Legen- 
dario de 1518 ; feuillet A.iiii, bois de page représentant 
Magnas Alexander Achillinus, dont le nom se trouve 
écrit dans le haut, en dehors du cadre du bois ; il est vu 
en buste, de profil, coiffé d'une toque, regardant à droite 
et parlant à un jeune homme qui tient un livre à la 
main et dont on voit la tête tournée de profil, à gauche; 
dans le fond, un intérieur à portiques avec une fenêtre 
entr'ouverte, donnant sur la campagne. Cette gravure 
ombrée est fort belle de style et d'exécution ; le person- 
nage principal a même beaucoup d'allure. Recto G.iiii 
Venetiis per lo. Anionium et Fratres de Sabio. M,D,XXL 
Mense lanuario. Le registre au-dessous, et au verso la 
marque : un arbre ayant une cime en forme de chou, 
sans doute un palmier ; autour du tronc s'enroule un 



26 i BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

dragon ; au-dessus une banderole avec ces mots : lo. 
ANT. ET. PRAT. DE. SABio ; au pied du tronc : Brasiga. 
(Bibl. Nat. Rés. T a». 13 et coll. de M. Georges Duplessis). 

1521 

Libri tre di Orlando innamorato del conte de 
Scandiano Mattheo Maria Boiardo tratti fidelmente 
dal suo emendatissimo exemplare con li apostille 
historiato, Novamente Stampato. 

In-4<» ; titre en caractères gothiques rouges et noirs ; le 
texte en caractères romains à deux colonnes. Au-dessous 
du titre, un grand bois ombré représentant un guerrier 
à cheval, terrassant son adversaire également couvert 
d'une armure. Dans le fond à droite, sur un endroit un 
peu élevé, une femme assiste au combat ; dans les airs, 
un amour aux ailes déployées, les yeux bandés, visant 
avec son arc tendu le guerrier vainqueur. On y lit dans le 
bas le monogramme 10. B. P. Tosi croit pouvoir attri- 
buer cette gravure à Giovanni Battista Padovano qu'il 
qualifie de célèbre, mais que nous ne trouvons mentionné 
nulle part. Le marquis d'Adda ne pense pas que l'auteur 
de ce bois puisse être Giovanni Battista del Porto, le 
maître à l'oiseau ; peut-être a-t-il taillé sur bois, ce qui 
est très contesté d'ailleurs ; mais certes, il n'aurait pas 
produit une œuvre aussi médiocre. 

La page est entourée d'un encadrement à fond noir 
formé de feuilles d'acanthe, comme ceux dont Zoppino se 
servait à cette époque pour ses in-4«, dans le style de ceux 
dvL Lancilotto, du Plutarqae, etc. Au verso, au feuillet Aii, 
autre bois de page représentant un combat entre des 
cavaliers, des fantassins et de l'artillerie ; dans le fond^ 
une forteresse ; sur les bannières, les trois lys de France ; 
sur la marge supérieure on lit : Bataglia del primo libro 
del Conte Mattheo Maria Bojardo en caractères rouges ; 



LIVRES A FIGURES VÉNITIENS 205 

dans le bas, les initales /. B. P. comme au frontispice. 

Nous noterons que les « Successi bellici x), stances de 
Nicolode Agostini imprimées par NicoloZoppino et Vin- 
cenzo en M.CCCCC.XXI, 1^ di Agosto, contiendront 
quelques-uns de ces bois, où les légendes seules sont 
changées. Par exemple la bataglia del primo lihro de Bo- 
jardo sera la Rotta di Marigniano (sic) et ainsi de suite. 
Verso du feuillet N.iii, bois de page : Vattaque dune for^ 
teresse ; dans le haut : Bataglia del seconda libre ; dans 
le bas: z. a. 

Le troisième bois représente un combat entre cavaliers 
et fantassins ; dans le fond, trois grandes pierres super- 
posées, en forme de dolmen ; dans le haut : Bataglie 
del terzo libro del Conte Mattheo Bojardo; dans le bas : z. a. 

Ces trois premiers livres, dus à Boiardo, se terminent 
au recto du dernier feuillet du cahier BB ; puis le colo- 
phon : Qui finisse li tre libri stampati nouamente in 
Venetia per Nicolo Zopino e Vincentio compagno nel 
M. CCCCC. XXI a di XXI de Marzo, Au-dessous, la 
marque de l'imprimeur. 

Suit le quarto libro, le premier composé par Agostini^ 
avec de nouvelles signatures AAA-EEE, et se terminant 
au recto du quatrième feuillet du cahier EEE par ce 
colophon : Finito... Stampato per Nicolo Zopino e Vin- 
cenzo compagno nel M. CCCCC, XXI, Adi viii de Marzo 
Le quinto libro, le second d'Agostini, commence ensuite 
avec les signatures A-L. 

Au-dessous du titre : El quinto libro dello Inamora- 
mento de Orlando nouamente stampato et diligentemente 
corretio. Un bois signé . z. a., représentant Curtius se 
jetant dans l'abîme. Ce dernier livre se termine au qua- 
trième feuillet du dernier cahier, avec ce colophon : Qui 
finisse el quinto libro.,. Stampato in Venetia per Nicolo 
Zopino e Vîcëtio côpagno nel M, CCCCCXXU Adi XXII 
de Zugno côposto per Nicolo di Augustini con el suo priui- 



266 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

legio régnante Vinclito principe Leonardo Lauredano. 
Au-dessous, la marque de Zoppino, et enfin un avis annon- 
çant que le sixième et dernier livre a été également 
imprimé nouamente par Zoppino. Il n'y a aucune trace 
de ce complément final. (Voir marquis d'Adda : Note 6Î6/10- 
grafiche del fu D. Gaetano Melzi, édite per cura di un 
bibliofilo milanese; Milano 1863, page 47.) Nous devons 
une grande partie de la description ci-dessus au bienveil- 
lant concours du marquis Gioachino d'Adda. 

1521 

Puteo (Paris de). — Duello, libro de Re, Impera^ 
ioriy Principiy gentil hominiy et de tutti armigeri, 
continente disfide, concordie^ pace, casi accadutti ecc. 
Opéra dignissima et utilissima a tutti gli spiriti gen- 
tili, 

In-80 de 200 fi*, non numérotés. Lettres cursives; 
registre A-Z, a-b. Sur le frontispice, une gravure ombrée 
représentant un groupe d'hommes vêtus de toges, assis 
sur un palco ; en bas, deux jeunes hommes cuirassés 
s'escrimant avec des sortes de lances. Grandes et petites 
initiales ornées. Stampato in la Inclita cita di Venetia. 
Adi. XIL Maggio M, D,XXI. (Bibliothèque de S. Daniele 
et Bibl. Nat. de Florence.) 

1525. — DuELLO : libro de Re, Imperatori, Prin- 
cipi, Signori, 

In-80 ; lettres cursives, 8 feuillets par cahier, 8 feuillets 
préliminaires pour les tables ; au neuvième : Incomincia 
il libro de re militare in materno, Composto per il Gène- 
roso misser Paris de Puteo Dociore de lege. Lege féliciter. 

Le titre est entouré d'un joli encadrement ombré, 
formé de chaque côté par des armes, cuirasses, boucliers, 



LIVRES A FIGURES VÉNITIENS 267 

boulets, etc. ; dans la partie supérieure, à gauche : Marie; 
à droite : Bellona; au milieu, un duel entre deux soldats 
romains ; dans la partie inférieure, deux troupes armées 
de lances se rencontrent, prêtes à se combattre; au 
milieu, un tambour tournant le dos; au-dessous, des 
soldats; à droite : evstachivs ; jolies lettres ornées à fond 
noir. A la fin : Stampato in la Inclita citta de Venetia 
per Marchio Sessa, e Piero delà Serena compagni, Adi. 
X. Marzo M. D,XXV. 

1521 

Marco Mantovano. — Lheremita. 

In-8o (Je 48 fF. non chiffrés; les deux derniers sont 
blancs ; A-F, par 8 ; caract. cursifs. Bordure sur le titre. 
Au verso du frontispice, un arbre, au-dessous duquel 
on lit les mots suivants : VTCV VENERIS IN REGNV 
TVVM. A la fin : Impresso in Venecia p Zorzi Ruscone 
deir anno M.D.XXI il di primo di Giugno. 

Édition si peu correcte, dit Brunet, que Yerrata de 
la fin n'occupe pas moins de trois pages (Bibliothèque de 
M. de Landau). 

1521 

Agostini (Nicolô di). — Li successi bellici seguiti 
NELLA Italia dal fatto Darmc di Gieredala Del 
M.CCCCC.IX, fin al présente M.CCCCC.XXL... Cosa 
bellissima et nuoiia stampata. 

In-40 de 132 fi*, sign. A-R; A-Q par 8 fi*., R en 4 ff.; 
à 2 colonnes; car. rom. ; long poème en octaves; au- 
dessous du titre, bois de page ombré : Marc-Aurèle à 
cheval, de profil, regardant à gauche, tel qu'il est repré- 
senté dans la gravure de Marc-Antoine ; au-dessous, la 



268 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

signature .IB.P. retourné (1). Le bois est entouré d'un 
encadrement à fond noir au pointillé. Verso Âiiii, grand 
bois de page ombré : Questo sie il fatto darme de Geror 
dada ; à gauche, en haut, un camp et de nombreux 
guerriers à pied et à cheval ; à droite, des cavaliers ; dans le 
bas à gauche, des soldats à pied ; à droite, un canon ; le 
groupe de gauche porte le lion de Venise sur son étendard ; 
celui de droite, la fleur de lys ; dans le coin à gauche : 
.z.a. Feuillet D. i : Questo sie lassedio di Padoa ; à gauche^ 
des soldats avec des canons, placés derrière les murailles 
de Padoue, se défendent contre les assaillants ; dans 
le coin à droite : z.a. Verso Fvii, même bois : Questa 
sie la presa di Dressa, Verso Gviii : Questo e il fatto 
darmi de Rauenna, un combat devant une ville ; dans 
le coin à gauche, en bas : z.a, ; verso I. vi : Questo e il 
fatto darme de Vicenza, combat entre cavaliers et fan- 
tassins ; au milieu, un chevalier portant l'étendard avec 
l'aigle à deux têtes ; dans le coin à droite : z.a.; verso N. ii : 
Questa sie la rota de Marigniano, bataille entre 
deux corps d'armée ; celui de gauche porte les fleurs de 
lys sur ses étendards. Cette gravure est d'une tout autre 
facture ; la taille est beaucoup plus fine, moins finie et 
traitée avec moins de soin ; dans le coin à gauche, en 
bas : .I.B.P. ; verso Piiii, même bois que Gviii. Nous 
avons déjà constaté, à propos de l'OrZando/nna/nora/o, que 
la plupart de ces bois, sinon tous, sont des reproductions, 
avec de simples changements de légende, des gravures de 
cet Orlando. Ces gravures sont des plus intéressantes et 
.z.a. s'y est montré assez habile, surtout dans ce bois du 
Fatto darme de Vicenza où il y a du mouvement et de 
la finesse ; il est fort supérieur à I.B J. Au bas : Com- 
posta per Nicolo diAgustini e stampata per Nicolo Zopino 



(1) Nous avons rencontré dans V Orlando innamorato de Boiardo la signa- 
ture lo. B. P. qui semble se confondre avec cet .1. B. P. 



\ 



LIVRES A FIGURES VÉNITIENS 260 

e Vincenzo da Venetia compagni M.CCCCCXXI die .i. 
Augu... Le verso blanc. Au recto du dernier f. les deux 
dernières octaves ; au-dessous : Finis ; puis un privilège 
du pape Léon X. Ensuite : Finisse li successi fatti de 
italia. Et in breue gli antecedenti de molti anni se daranno 
in lace. Les années antérieures dont il est ici question sont 
les années 1495-1509 visées par le bref papal qui annonce 
historias rerum in Italia ab anno domini M.CCCCVC usqz 
in hodiernum ferme diem gestarum, (Bibl. de l'Arsenal, 
B. L., in-4, 4961). 

Duc DE RrvoLi. 

(A suivre,} 



Errata du Coup d'œil sur les Almanaghs illustrés 
DU xviiie SIÈCLE (Hvraison mars-avril du Bulletin 
du Bibliophile). 

Page 131, 2® ligne des notes, les figures du Trottoir de 
Permesse ont été attribuées à tort à Binet. Elles sont de 
Dorgez. 

Même page, note n® 5, au lieu A'Almanach de Gotha, 
1786, lisez : Almanach de Gœttingen, 1780. 

Page 141 : En 1789 également; lisez : En 1779 égale- 
ment. 

Page 151, au lieu de 1759, lisez : 1659. 



REVUE CRITIQUE 



DE 



PUBLICATIONS NOUVELLES 



Essai de bibliographie charitable, par Camille Granier^ 
ancien magistrat, inspecteur général des services- 
administratifs du ministère de Tintérieur. Paris, 
Giiillaiimin et C'^'', 189^1, gr. in-S» de 450 pp. 

La charité se manifeste sous des formes bien diverses, qu'elle 
émane de l'assistance publique ou qu'elle provienne du fait des 
particuliers. Nous en avons eu récemment une preuve touchante, 
au cours de l'éjiouvantable hiver que nous venons de traverser, jet 
qui a, hélas ! causé tant de misères cruelles. Les bourses, sur un 
simple appel, se sont ouvertes d'elles-mêmes et chacun, suivant 
ses moyens, a généreusement contribué à soulager des souffrances 
vraiment dignes do pitié. Ce chapitre lugubre de notre histoire 
sociale demeurera, dans la mémoire de tous, comme l'un des sou- 
venirs les plus poignants. 

Les économistes et les philanthropes ne cessent d'étudier les 
moyens propres à chasser la misère ou tout au moins à en atténuer 
les douloureux ellets, mais, si généreuses que soient leurs inten- 
tions, la grave (jucstion de l'extinction du paupérisme ne paraît, 
malheureust'mont pas, devoir être encore de si tôt résolue. Toute- 
fois, ce (fui est de nature à consoler c'est l'elfort constamment 
tenté pour multiplier les œuvres charitables. Et quiconque voudrait 
écrire une histoire générale de la charité, depuis ses premières 
manifestations jusqu'à nos jours, trouverait dans ce grandiose 
mais pénible sujet la matière d'un livre bien intéressant. 

La tâche, il est vrai, ne serait pas de peu d'importance, bien 
(ju'olle se trouve cependant facilitée, simplifiée par l'ouvrage que 
vient de ])uhlier M. Camille Granier. J^ Essai de hihliotjraphie 
chiu'itablr (pril nous oll're aujourd'hui constitue un ensemble de 
(!«' (loriiuKMits précieux que ne manqueront pas de consulter les 
historiographes futurs de la charité. Ce n'est pas, Tauteur prend 
soin (le \v «liiv lui-même, une bibliographie complète des ouvrages 
relatifs aux uuxrcs de bienfaisance ; M. Granier s'est borné a 



REVUE CRITIQUE DE PUBUCATIONS NOUVELLES 271 

dresser le catalo^e d'une collection particulière mais cependant 
très importante, puisqu'elle ne compte pas moins de 2,181 numéros ; 
il n'a pas fouille dans nos bibliothèques publiques, elles lui inspirent 
de l'horreur et c'est cette horreur même, nous dit M. Granier, qui 
Ta empêché de donner à son travail de plus vastes proportions. 

Telle qu'il nous la livre, sa bibliographie est certainement fort 
intéressante et fort instructive ; précédée d'une copieuse introduc- 
tion dans laquelle l'auteur aborde tour à tour la question sociale ^ 
la mendicité, l'hospitalisation, etc., elle est très ingénieusement 
classiGée ; un index alphabétique soigneusement établi simpHfie 
considérablement les recherches. Etant donné l'ordre et la méthode 
qu'il a apportés dans la rédaction de son ouvrage, on ne peut que 
regretter l'aversion instinctive qu'éprouve M. Granier pour les 
bibliothèques publiques. En puisant aux sources fécondes de nos 
dépôts, que de pièces curieuses, introuvables nulle part ailleurs, 
que de livres rares il eût ajoutés à la liste déjà longue des articles 
cités dans la collection qu'il décrit ! que de précieuses trouvailles 
faites il nous eût signalées ! Car ce que nous cherchons tous, tra- 
vailleurs et bibliophiles, c'est le document ignoré qui, satisfaisant 
notre légitime curiosité, apporte à l'édifice de nos travaux une pierre 
nouvelle, c'est le livre rare qui nous apparaît, après plusieurs 
siècles d'oubli, et force par la valeur de son texte, la beauté de sa 
tyj)Ograpliie, l'attrait de ses figures, notre respectueuse admiration. 

Avec les matériaux dont il dispose actuellement, M. Granier 
n'aurait très probablement que peu de chose à faire pour parache- 
ver son travail volontairement incomplet ; il est en trop bonne 
voie pour s'arrêter à mi-côte et il faut souhaiter que, faisant abstrac- 
tion de son horreur pour les bibliothèques, il faut souhaiter, dis-je, 
qu'il en franchisse le seuil et les mette largement à contribution. 

G. V. 



La vie privée d'autrefois. Arts et métiers, modes, mœurs, 
usages des parisiens duxii<^ au xviii^ siècle d'après des 
documents originaux ou inédits par Alfred Franklin. 
Variétés gastronomiques. Paris, librairie Plon,iSQl, 
in- 18 de 2 (T., 111-280 pp. et 2 fî. 

M. Alfred Franklin a entrepris, il y a quelques années, de nous 
initier à la vie privée de nos ancêtres. Au siècle dernier. Le Grand 
d'Aussy avait commencé une histoire des mœurs et usages des Fran- 



272 BULLETIN DU BIBUOPHILE 

çais ; mais son œuvre est restée inachevée. L*érudit administratetir 
de la Bibliothèque Mazarine, dans les huit volumes déjà publiés, a 
étudié les soins de la toilette, Tannonce, la réclame, la mesure du 
temps, l'hygiène, les repas, la cuisine et la civilité de la table. 
Aujourd'hui, M. Franklin qui semble prendre un intérêt tout spé- 
cial aux mœurs épulaires de nos aïeux nous fait passer de la cuisine 
où s'apprêtent les plats à la salle à manger où on les mange. D nous 
raconte les origines de tous les ustensiles employés à table aussi bien 
des nappes, des serviettes, que des assiettes, des cuillères et des 
couteaux ; il nous apprend, et toujours en s'appuyant sur des docu- 
ments originaux, à quelle heure on prenait ses repas, au xii* siècle 
et depuis cette époque jusqu'à nos jours. Les jeûnes et abstinences 
font le sujet d'un chapitre spécial de même que les cure-dents. 
Enfin, après nous avoir montré Louis XIV à table, l'auteur des 
Variétés gastronomiques fait suivre son intéressant ouvrage de 
quelques extraits d'un maître livre, le Ménagier de Paris^ de la 
Maison réglée et du Maistre d'hostel. 

La collection que publie M. Franklin est très instructive et, en 
même temps, d'une lecture très agréable. 

G. V. 



Œuvres complètes de Pierre de Bourdeîlles, abbé et sei- 
gneur de Branthôme. Publiées pour la première fois 
selon le plan de Fauteur augmentées de nombreuses 
variantes et de fragments inédits... avec une introduc- 
tion et des notes par M. Prosper Mérimée, de l'Acadé- 
mie françoise et M. Louis Lacour, archiviste-paléo- 
graphe. Tome X. Pans, librairie Pion, 1890, in-12de 
1 f. et 376 pp. (6 fr.) 

Les éditeurs de la Bibliothèque elzévirienne vont enfin terminer 
les ouvrages laissés inachevés par les anciens propriétaires de cette 
collection. Ainsi peu à peu seront comblées les lacunes dont s'in- 
quiétaient les premiers souscripteurs. Il s'agit aujourd'hui des 
Œuvres complètes de Branthôme, dont nous recevons le dixième 
volume, le premier des Darnes^ sans qualificatif. Lorsqu'au dix- 
septième siècle on imprima pour la première fois les écrits de Bran- 
thôme, ce fut sous des titres appropriés à la mode du moment. 
Pour briller a la cour ou à la ville ne fallait-il pas avoir réputation 



REVUE CRITIQUE DE PUBLICATIONS NOUVELLES 273 

de « galant » ou « d'illustre »? Le naïf écrivain dut faire son en- 
trée dans les ruelles à la tête d' « honnestes » personnes déguisées 
en précieuses : les unes en dames illustres, les autres en dames 
galantes. Prosper Mérimée rejeta ces enjolivements. Il faisait obser- 
ver que les manuscrits ne contenaient rien sous ces dénominations 
prétentieuses. Comme précédemment, le texte est accompagné de 
commentaires inédits de ce célèbre académicien, reconnaissables à 
bien des boutades érudites qui donnent une saveur particulière aux 
indiscrétions de l'auteur. 

Ajoutons que les volumes sont d'un format commode et que les 
textes sont soigneusement revus L'exactitude, tel est le principe de 
la Bibliothèque elzéviHetine et c'est ce qui lui a valu la sympathie 
des bibliophiles. 

G. V. 



Diderot. Le Neveu de Rameau, satyre publiée pour la 
première fois sur le manuscrit original autographe 
avec une introduction et des notes par Georges 
Monval, accompagnée d'une Notice sur les premières 
éditions de l'ouvrage et de la vie de Jean-François 
Rameau par Er. Thoinan. Paris, librairie Pion, 1891, 
in-12 de xxxii-232 pp. et 2 fî. (6 fr.) 

Nous n'a\ions eu jusqu'à ce jour que des textes tronqués et défi- 
gurés du Neveu de Rameau, le chef-d'œuvre de Diderot. 

Le manuscrit original n'existait pas ; il était perdu ; nul ne l'avait 
jamais vu, nul ne l'avait découvert, et toutes les éditions données, 
même la première, l'avaient été sur des copies plus ou moins 
incorrectes ou plutôt, — ce qui est pire, — plus ou moins corrigées. 

Mais les chercheurs ont parfois sur les quais, dans les boites des 
bouquinistes, d'inestimables bonnes fortunes, et c*est ainsi que M. 
Monval^ Térudit archiviste de la Comédie française, a récemment, 
comme il le raconte dans son introduction, mis la main sur l'introu* 
vable manuscrit original et autographe. 

Cette satire est donc publiée aujourd'hui, pour la première fois 
telle qu'elle a été écrite, par la librairie Pion. Deux fac-similé du 
manuscrit de Diderot accompagnent le Neveu de Rameau, que tous 
les lettrés et les curieux voudront goûter dans son texte pur et 
intégral. 

G. V. 

ISOi 18 



274 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

Etudes et récits sur Alfred de Musset, par la Vicomtesse 
de Janzé. Avec fac-similé de deux dessins d'Alfred de 
Musset. Paris, librairie Pion, 1891, in-18 de 3 fif. et 
280 pp. 

Le plus aimé de nos trois grands poètes : Hugo, Lamartine et 
Musset, est à coup sûr le dernier. 11 est resté Técrivain favori des 
femmes et des jeunes hommes, car sa poésie a conservé toute sa 
fraîcheur juvénile. Derrière le poète, que sa sincérité, son émotion 
poignante, son charme irrésistible mettent au premier rang dans la 
liitérature française, il y a Thomme, qui inspire aussi une vive curio- 
sité et une profonde sympathie. On sait en effet qu'Alfred de Musse 
aima beaucoup, fut souvent aimé, qu'il prodigua follement sa vie 
avec une insouciance peu commune, et qu'il souffrit cruellement. 
On le chérit, on le plaint ; on est invinciblement attiré par ce 
merveilleux génie et cette existence aventureuse. L'ouvrage exact 
et charmant, plein de traits, d'anecdotes, de piquants tableaux, de 
curieuses révélations, de détails inédits, que madame de Janzé fait 
paraître à la librairie Pion, éclaire d'un jour nouveau la vie intime 
et l'œuvre de Musset. C'est une biographie très bien documentée, 
très finement écrite, que voudront lire tous les admirateurs du poète 
et de l'amour. 

Deux fac-similé de dessins d'Alfred de Musset accompagnent 
l'ouvrage. G. V. 



Avant de terminer cet article bibliographique, je tiens à signaler 
une petite plaquette que nous envoie M. le M»^ de Granges de Sur- 
gères et dans laquelle mon collègue de la Société des Bibliophiles 
contemporains émet sur la Possession du lim^e des idées excessive- 
ment sages. Ces idées, nettement formulées à la conférence qui s'est 
tenue, l'été dernier, à Anvers ont été adoptées à l'unanimité par les 
membres de cette assemblée. L'auteur considère que les bibliophiles, 
n'étant que détenteurs passagers des livres qu'ils possèdent ont le 
devoir d'en assurer la bonne conservation et, pour ce faire, il les en- 
gage à s'interdire d'une manière absolue l'usage de timbres à encre 
grasse, en relief ou à l'emporte-pièce qui laissent sur le papier où on 
les appose des taches indélébiles. h*ex~libris, les fers poussés sur 
plats extérieurs ne détériorent pas le volume et suffisent amplement 
a en garantir la possession. 

Je veux également mentionner dix petits Contes alscunens de 
M. Ristelhuber, l'un de nos traditionnistes les plus distingués. 



REVUE CRITIQUE DE PUBLICATIONS NOUVELLES 275 

Publiés dans un des derniers numéros de la Tradition, M. Ris- 
telhuber a fait faire un tirage à part de ces contes qui ne manque- 
ront pas d'être lus par tous ceux que passionne la recherche de nos 
anciens usages comme de nos vieilles légendes. 

G. V. 



Théophile Foisset (1800-1873) par Henry Boissard, 
ancien procureur général à la Cour de Dijon. Paris, 
Pion, 1891 ; in-18 de 321 pag. Prix : 3 fr. 50. 

Le nom de M. Foisset est peu connu et cependant cet homme de 
bien a tenu une place importante parmi les catholiques militants de 
France au xixe siècle. Ami, conseil, inspirateur de ceux qui ont 
joué les premiers rôles dans cette brillante armée, il a amené les 
uns à la vérité, il y a retenu les autres, en les mettant en garde 
contre de dangereux entraînements. C'est cette efficacité d'une vie 
volontairement obscure que M. Boissard met en relief, en laissant le 
plus possible la parole à M. Foisset et à ses illustres amis, pour que 
leurs portraits soient, en quelque sorte, tracés de leurs mains. 

Comme le disait, il y a peu de temps dans le Correspondant y 
M. Thuroau-Dangin, M. Boissard était bien l'écrivain indiqué pour 
mettre en lumière la vie de cet ami de sa famille. M. Boissard était 
naguère Tun des membres les plus distingués et les plus estimés de 
notre magistrature ; arrivé jeune encore à des postes considérables, 
son talent et son caractère devaient le porter aux plus hautes situa- 
tions ; mais ils le désignaient aussi aux coups des épurateurs. Rejeté 
brusquement dans la vie privée, il s'est donné tout entier au service 
des idées qui lui sont devenues d'à utant plus chères et sacrées qu'il a 
souffert pour elles. Par plus d'un côté, il se trouvait attiré vers 
M. Foisset : Bourguignon comme lui, il était encore plus son com- 
patriote dans Tordre des idées ; il avait ses convictions, ses afifections, 
ses qualités : chez tous deux même mélange d'ardeur et de sagesse, 
même droiture désintéressée, même façon de comprendre et de 
remplir les devoirs publics et privés. Faut-il s'en étonner? En dépit 
du voile modeste dont l'auteur couvre tout ce qui le regarde per- 
sonnellement, ne devine-t-on pas qu'il est un peu le fils spirituel de 
celui dont il raconte la vie? Suis-je indiscret en supposant que 
M. Henri Boissard touche de très près à cet adolescent dont il est 
parlé plusieurs l'ois à mots couverts dans les derniers chapitres du 
livre, à cet étudiant dont M. Foisset, vieillard, dirigeait avec une 



276 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

sollicitude paternelle Téducation philosophique et religieuse, A 
j eune magistrat qu'il assistait de ses conseils et au père duquel il 
écrivait avec une émotion charmante : « Oui, j*ai pour H... des 
montées de tendresse. Plutarque dit de Tun de ses héros : la Grèce 
Taima comme le dernier homme de vertu qu'elle eût porté dans sa 
vieillesse. Il y a quelque chose de cela dans mon affection pour votre 
fils. H... est seul, tout seul, notre représentant, et, s'il plaît à Dieu, 
notre continuateur dans la vie publique. A ce titre, je l'aime comme 
un fils. » On peut donc croire que M. Boissard a rempli une sorte 
de devoir filial en écrivant son livre. De là ce qu'on y sent de vrai, 
de profond, d'ému, de vraiment pieux. 

En racontant la vie de M. Foisset, l'auteur résume à grands traits 
l'histoire des efforts par lesquels, à travers des épreuves incessantes, 
l'Église catholique s'est relevée en France de l'abandon où la lais- 
saient, il y a soixante ans, les classes élevées de la nation, jusqu'au 
point où nous la voyons aujourd'hui. Les chapitres intitulés : Cam-- 
pagne pour la liberté de renseignement ; Révolution de i 848 ; ledeux' 
décembre; le Correspondant ; la question romaine; le Syllabus ; la 
vie du P.Lacordaire; le concile du Vatican, sont d'un puissant intérêt 
et résument admirablement l'histoire du parti catholique durant ce 
demi-siècle. Il n'est peut-être pas inutile de montrer aux jeunes 
gens de notre temps comment, sans avoir jamais consenti à sortir 
de sa province, en se confinant à dessein dans une petite fortune et 
dans une condition modeste, pour mettre toute l'indépendance et toute 
l'intensité de son travail au service de l'Église, M. Foisset a su prendre 
une part considérable à cette œuvre de relèvement. Ils comprendront 
ainsi qu'on peut faire en ce monde beaucoup de bien en faisant peu 
de bruit ; que, pour cela, il n'est pas besoin de génie, mais seulement 
de la volonté constante et ferme d'employer pour Dieu toutes les 
facultés qu'il nous a données, sans autre ambition que de bien faire. 

Le P. Lacordaire, vers la fin de sa vie, jetant un regard sur le 
passé a pu dire, avec un juste orgueil, de celui qui avait été l'ami de 
sa jeunesse et qui devait être le gardien de sa mémoire : « M. Foisset 
est, en ce siècle, du petit nombre d'hommes qui ont honoré leurs 
services par la constante rectitude de leur dévouement. Étranger à 
toutes les apostasies de conviction dont on nous a faits les témoins, 
il a respecté dans sa personne la vérité dont il était l'organe et la 
vérité le rencontre aujourd'hui au même poste qu'il occupait y a 
trente ans, poste connu de ceux qui aiment la mesure dans la force, 
la charité dans la verve, la lumière dans le style et une érudition sûre 
dans une pensée qui s'appartient. J'ai tant pleuré de chutes qu'il me 
fait plaisir de m'arrôter devant ce chrétien qui est demeuré debout. » 



REVUE CRITIQUE DE PUBUGATIONS NOUVELLES 277 

M. Foisset était digne de Téloge adressé à Ozanam : c Nul chrétien, 
en France et de notre temps, n'aima davantage TÉglise, ne sentit 
mieux ses besoins, ne pleura plus amèrement les fautes de ceux qui 
la servaient, n'eut enfin dans une existence laïque, un plus véritable 
et plus profond apostolat. » 

On comprend qu'un tel sujet, une pareille vie, un tel caractère, 

aient tenté une pareille plume. 

P.-L. d'Arc. 



Cabinet dun curieux. Description de quelques livres rares. 
Se donne chez Tauteur à Paris, 1890, gr. in-S® de 134 p. 

iS^ donne chez Vauteur. Notons tout d'abord cette gracieuse for- 
mule si digne d'un homme dont la générosité est proverbiale et qui 
s'est toujours si noblement servi de sa grande fortune. Cela console de 
la sécheresse et de l'égoisme de prétendus bibliophiles pour qui 
n'existe pas le doux mot de confraternité. M. le baron Double, 
l'heureux possesseur d'un des plus précieux cabinets que l'on con- 
naisse, se montre fidèle aux traditions des grands amateurs d'autre- 
fois. Ses joyaux appartiennent à ses amis autant qu'à lui-même, et 
dans le cercle immense de ses amis, il fait entrer tous ceux qui, 
comme lui, ont la passion des a beaux vieux livres. * Cette passion 
qu'il dépeint admirablement dès la première page de son recueil, 
il l'éprouva tout enfant, de même qu'il l'éprouvera encore dans son 
extrême vieillesse, car, si nos vœux sont exaucés, sa vie sera aussi 
longue que paisible, et le modèle des bibliophiles deviendra leur vénéré 
doyen. On lira avec un vif intérêt le récit de ses premières impres- 
sions devant la magnifique collection formée par son père c très 
érudit et très connaisseur, » et qui l'initia « au culte des belles 
choses et des vieux souvenirs. » C'est une sorte de rapide autobio- 
graphie où nous retrouvons l'éloquente traduction de nos propres 
émotions, particulièrement en des phrases comme celle-ci sur les 
reliures du .wi^ sièlce qui « rayonnaient devant moi comme des 
astres, » ou comme celle-ci sur des livres qui t avaient des mur^ 
mures compris de moi seul. » 

Avant de décrire une à une les richesses du Cabinet d'un curieux^ 
M. Double énumère les principales de ces richesses, saluant au pas- 
sage d'un mot heureux le Spéculum^ « ancêtre des incunables, » 
le Kalandvier et Compost, a ancêtre des almanachs dont nous 
sommes inondés quand viennent les pluies d'automne, » les romans 



278 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

de chevalerie ( 1 ) , les livres qui proviennent de la bibliothèque de 
Louis XIV au palais de Fontainebleau. Parmi ces derniers, on dis* 
tingue surtout un livre qui inspire à M. Double (p. 5) un trop char- 
mant éloge pour que je ne m'empresse pas de le reproduire : « Je 
m'arrête avec délices sur un petit Henri IV que j'ose déclarer un 
diamant. Il est en maroquin rouge, tout semé de dauphins et de 
fleurs de lys. Au milieu, les armes de France et de Navarre ; aux 
angles, des H couronnés, enlacés de lauriers. C'est un bijou de re- 
liure ancienne. Le Béarnais, plus spirituel à lui tout seul que tous 
les livres réunis, avait une bibliothèque fort restreinte (2), et dans ce 
petit volume, la rareté et la gloire du souvenir s'unissent pour faire 
la joie du collectionneur (3). » J'emprunte encore à ces pages pré- 
liminaires une défmition du bonheur que la plupart d'entre nous ne 
manqueront pas de s'approprier (p. 6) : « On a souvent demandé 
quelle idée chacun de nous se fait du bonheur. Pour moi, le bon- 
heur est dans cette cité des livres où je m'enferme sous la lueur 
égale et claire de la lampe, oublieux de la foule qui s'agite, des 
vanités qui s'affolent, des plaisirs qui se lassent. Dans la calme 
retraite et la paix souriante, le flot des heures s'écoule doucement, 
mes amis silencieux me disent leurs secrets. » 

Quel plaisir de suivre M. Double dans son voyage autour de sa 
bibliothèque ! Ses descriptions sont si colorées, ses analyses si péné- 
trantes, ses appréciations si remarquables ! Sans doute, le guide est 
enflammé d'enthousiasme, et c'est avec une complaisance et une 

(1) M. Double dit très agréablement (p. 4) au sujet d'un de ces romans : c En 
regardant la Mclusine, comtesse de Poitou, je ne plains pas trop son maître, 
le seigneur de Lusignan. Mélusine était une sirène dont on voyait la queue de 
poisson. Les charmeuses d'aujourd'hui en ont souvent une de serpent et on ne 
la voit pas ! » L'auteur a fait reproduire, d'après une presque introuvable 
édition du poème de Mélusine (1517), un bois représentant avec une naïveté 
toute primitive le sire de Lusignan observant par le trou d'une serrure la fée 
au moment où elle se baigne et se change en sirè ne. 

(2) Encore est-il permis de croire qu'il n'en avait pas tout lu ! Je n'hésiterais 
pas à soutenir, par exemple, qu'il n'avait pas feuilleté le Lactance que 
M. Double vient de décrire avec tant de feu. Si l'on m'objectait que le prince , 
qui avait lu les Vies de Plutarque, pouvait bien avoir lu les sept li\Tes des 
Institutions divines, je rappeUerais que la lettre où Henri IV vante tant l'écri- 
vain de Chéronée est de fabrication toute moderne et l'œuvre d'un ingénieux 
mystificateur. 

( 3 ) Auprès du Lactance du mari, M. Doublementionne le Lucrèce de l'épouse, 
disant avec une malicieuse finesse : c A côté de lui, ( Henri IV) on peut placer, 
plus près qu'il ne la voulut jamais avoir, la Marguerite de France. > La jeûnait 
de M. Double n'est-il pas un peu trop absolu ? 



REVUE CRITIQUE DE PUBLICATIONS NOUVELLES 279 

fierté en quelque sorte paternelles qu'il nous présente les divers 
chefs-d'œuvre de son incomparable cabinet. Mais n'aime-t-on pas 
mieux cette passion débordante que la froide méthode des rédacteurs 
de catalogues officiels, surtout si l'on considère qu'au milieu de tant 
de poésie, la vérité ne perd rien de son éclat, et que partout la pureté 
du goût de l'artiste s'unit à la consciencieuse exactitude de l'érudit *? 
Nous ne pouvons que mentionner rapidement l'inappréciable 
manuscrit des Chroniques de France sur vélin, du xv^ siècle, aux 
armes de Louis XII et d'Anne de Bretagne, orné de trente-deux 
miniatures, ï Image de Vertu de Pierre Doré (Paris, 1540) (1), 
décorée par la duchesse de Guise (Antoinette de Bourbon) d'une 
reliure digne d'être offerte à François 1er, un Claudien aux armes 
de ce même prince, imprimé par Aide en 1523 et revêtu d'une 
reliure du luxe le plus délicat, où resplendit la Salamandre, un 
Ovide aux armes de Henri VIII donné au Barbe-Bleue de l'Angleterre 
par François I^r, le Diodore Sicilien, aux armes du Dauphin, futur 
Henri II (2), le Plante d'Antoine Gryphe (Lyon, 1549) aux armes 
et emblèmes du roi Henri II et de Diane de Poitiers (lys, arcs et 
croissants), les Ordonnances royaulx (Paris, 1539, Galliot du Pré), 
aux armes de François II et de Marie Stuart, plusieurs volumes aux 
armes de Henri III, un volume aux armes du cardinal de Bourbon, 
le Charles X de la Ligue (3), un volume aux armes et aux chiffres 
de Charles de Valois, comte d'Auvergne , duc d'Angouléme, les Dia- 
logues et Devis des damoiselles pour les rendre vertueuses ( 1583 ) (4), 
aux chiffres couronnés de Louis XIII et d'Anne d'Autriche, un 
Sidoine Apollinaire (1609), aux armes de cette princesse, avec la 



(1) D'aprt's 11 no note d'un maitrc dont la mémoire doit nous rester toujours 
chère, Paul Lacroix, c'est ici une première édition inconnue des bibliographes. 
Brunet n'a cité que la troisième édition, celle dont, moins heureux que le 
baron Double, dut se contenter le duc de la Vallière. 

(2) Comme Antoine Macault, traducteur de l'ouvrage, commulait les fonc- 
tions de notaire, secrétaire et valet de chambre ordinaire de François I*», 
M. Double l'appelle gaîment « ce notaire à tout faire. » 

(3) Selon V Armoriai du Bibliophile, tous les livres du cardinal étaient reliés 
en maroquin rouge. M. Double s'élève contre cette généralisation impru- 
dente : «. Presque tous ceux que nous avons vus, » déclare-t-il, c sont, comme 
celui-ci, reliés en maroquin vert. » Observons que ce qui n'est .pas vrai pour 
les livres du cardinal est presque complètement vrai pour ceux de Peiresc 

(4) Prière de ne pas se fier à cette épithète. M. Double rappelle (p. 26) qae 
c c'est un ouvrage d'une rare indécence, un peu atténuée, ici, dans Ih traduc- 
tion » de François d'Amboise, ajoutant qu'il est curieux de rencontrer on t«| 
recueil « avec les chiffres du chaste Louis XIII ». . 



280 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

cordelière de veuve, les Éloges historiques des empereurs^ des roiiy 
etc., }>ar A. Godeau (1661), exemplaire de dédicace aux armes de 
Louis XIV et de Marie-Thérèse ( 1 ), et (je suis obligé d'abréger 
l'éblouissante énumération ) cinq ouvrages aux armes de l'adorable 
Marie-Ântoinctte; puis vient la description d'une merveilleuse série 
d'exemplaires de Grolier, de Ganévarius, médecin du pape Urbain VII, 
de Louis Du Lys, descendant d'un frère de Jeanne d'Arc, du mar- 
quis de Goligny, de Jacques- Auguste de Thou, du cardinal de Monti, 
du cardinal Bellarmin, du cardinal de Médicis, du cardinal de Riche- 
lieu (reliure de Le Gascon), du cardinal Mazarin (reliure de Duseuil), 
de Matiiieu Mole (reliure de Le Gascon), d'Habert de Montmaur 
(reliure du m^me magicien), du chancelier Boucherat, du président 
de Harlay, de la marquise de Montespan, de la marquise de Main- 
tenon, du duc et de la duchesse de Montausier, de Nicolas Fouc- 
quet(2), de Golbert, de Lou vois, du marquis de Seignela y , du maréchal 
de Villeroy, de Longepierre, du comte d'Hoym, de la comtesse de 
Verrue, de la marquise de Pompadour, de la comtesse Du Barry (3), 
du duc de Choiseul, du chancelier Hue de Miroménil, du cardinal 
de Rohan, de M. de Saitine, de la maréchale-duchesse de Montmo- 
rency-Luxembourg (Madeleine-Angélique de Villeroy), de la duchesse 
de Boufllers (Marie- Anne de Montmorency), de M&r Double, évêque 
de Tarbes (V Imitation de Jésus-Christ, traduction de l'abbé Valart, 
impression de Barbou, reliure de Derome). 

Dans la seconde partie de l'ouvrage, l'auteur signale, outre le 
Spéculum, qui est le plus précieux des joyaux de son écrin, et le 



(1) M. Double cite quelques extraits de l'épltre dédicatoire où de sages 
conseils accompagnent des éloges discrets, et il constate que Tévéque de 
Vence est à peu près le seul écrivain de l'époque qui, dans une dédicace aa 
roi, ne donne pas le spectacle d'une c phénoménale platitude. » L'humiliante 
posture des flatteurs de Louis XIV me déplaît fort, mais n'avons-nous pas 
TU, de nos jours, des écrivains se prosterner devant des personnages qui 
n'avaient rien du prestige du grand roi ? Aplatissement pour aplatissement, 
l'un est autrement excusable que l'autre. 

(2) Rappelons que dans la liuraison de Janvier 1891 des Études religieuses, 
philosophiques, historiques et littéraires (p. 54-81) a paru un savant et charmant 
article du R.P.Henri Chérot sur le surintendant Foucquet ami des /f tires, article 
qui complète les deux remarquables volumes consacrés au ministre de Louis 
XIV par M. Jules Lair ( Pion, 1890). 

(3) Il s'agit là d'un ouvrage du P. Malebranche. M. Double ne se refuse pas 
Ift satisfaction de signaler la piquante antithèse que forment ces deux noms : 
Malebranche et la Du Barry. 



REVUE CRITIQUE DE PUBLICATIONS NOUVELLES 281 

Compost et Kalendrier des bergiers^ qui n*est guère moins rare et 
moins curieux, la Fontaine de toutes sciences du philosophe Sydrach 
{avec extraits de celle singulière encyclopédie), la Danse des 
aveugles, la Grande nef des folz du monde, la Manière d'enter et 
planter en jardins (exemplaire unique)^ les Loups ravissants (livre 
aussi rare qu'il est hardi et amusant), Ces présentes heures de Tan 
1500, édition non décrite, diverses autres Heures, notamment celles 
de Simon Vostre (1512), le Quadra^ésimal spirituel (1 ), le Livre 
de Mathéolus, exemplaire qui a eu Thonneur d'appartenir à cinq 
bibliophiles célèbres : Charles Nodier, Glinchamp, Solar, Yemeniz et 
le baron Double, un grand nombre d'autres livres de haute valeur 
dont un (Grans chroniques de France, 1514), a appartenu à Peiresc, 
dont un autre est une édition non citée des Anciennes et modernes 
généalogies des Roys de France (1529), dont plusieurs ont été 
inconnus à Brunet (2). 

Si j'ajoute qu'à toutes les exquises qualités littéraires du recueil 
sont jointes toutes les autres qualités d'un autre ordre qui peuvent 
le mieux nous séduire (belle impression, beau papier, belles gra- 
vures) (3), on voit que rien ne manque é un volume destiné 
à devenir, un jour, aussi précieux que bon nombre de ceux qui 
forment le cabinet d*un curieux, ce cabinet dont je dirais, si je ne 
craignais de scandaliser les théologiens, que c'est vraiment un coin 

du paradis. 

T. DE L. 



(1) Exemplaire de J.-C Brunet, relié par Bauzonnet. c Un des plus curieux 
livres mystiques, mélange bizarre de cuisine et de dévotion. Au moyen de 
rapprochements étranges, l'auteur attache un sens mystique à tous les mets 
qu'on mangeait alors en Carême ». M. Double dpnne la 1 iste de ces mets qui 
n'ont rien d'affriolant et où les feues frites brillent à côté des pois poMtés, 
comme les pruneaux à côté des échaudés. La notice sur le qucuiragésinud est 
écrite avec une bonne humeur qui dériderait le lecteur le plus morose. Voir 
quelques autres éclairs de cette gaieté qu'aimaient tant nos pères et qui est si 
bien appelée la gaieté gauloise dans la notice sur le Rebours de Mathéolus, 
à propos du mal qu'on a dit des femmes (n* 99-100), et, plus haut, dans la 
notice sur Vart d'embellir le visage, par M"* Cochois, à propos de la recette du 
fard donnée en 1745 (p. 72-73). 

(2) Par exemple, Olivier deCastille (1505), Paris et Vienne (1502), Mélusine 
<1517), Florent et Lyon (vers 1532^, Pierre de Provence et la belle Maguelonne. 

(3) On n'en compte pas moins d'une vingtaine qui reproduisent en perfec- 
tion soit les splendides reliures, soit les images des vieux bouquins. 



RABELAIS VOYAGEUR 



Malgré runiversellc popularité dont jouissent les œuvres de 
François Rabelais, il n'est peut-être pas d'auteur, de sa célébrité^ 
dont la vie nous soit relativement si peu connue, puisque la date de 
sa naissance elle-même est encore indécise. Ce n'est pas cependant 
que l'on n'ait consacré nombre d'études A cet illustre personnage, 
mais jusqu'à présent on avait dû se contenter de renseignements 
plus ou moins va^^fucs, pour la plupart accueillis sans contrôle, et 
les documents précis relatifs au nMe considérable qu'il a joué dan» 
son temps étaient demeurés enfouis dans les archives sans que les 
érudits aient pu parvenir à les exhumer. 

Plus heureux que ses devanciers, M. Arthur Heulhard, après dix 
années de consciencieuses recherches, vient de faire d'importantes 
découvertes qui serviront à reconstituer la vie, en partie tout au 
moins, de l'auteur de Gargantua et de Pantagruel. Déjà, il y a 
quelques années, il nous avait présenté Rabelais légiste et Rabelais 
chirurgien; aujourd'hui, dans rexcellent travail qu'il publie (1), 
M. Arthur Heulhard nous montre Rabelais voyageur. Car si Ton a 
cru long^temps que l'ami des du Bellay n'avait fait qu'un seul voyage 
en Italie, on a la certitude maintenant que Rabelais ne la visita pas 
moins de quatre fois. 

Ce que fut Rabelais en France, M. Heulhard ne s'en occupe ici 
qu'accidentellement ; la vie de maître François, dans son pays natal, 
fera, nous dit l'auteur, l'objet d'un autre volume qui paraîtra s'il 
vient à point, ce dont nous ne saurions douter et ce que même nous 
souhaitons vivement ; car M. Heulhard appartient à la bonne école, 
à cette école de travailleurs qui, profondément amoureux de leur 
sujet, puisent directement aux sources et ne s'attardent pas aux 
renseignements de seconde main dont le seul résultat est de con- 
duire fatalement k perpétuer de déplorables erreurs. 

Nous venons de dire que Rabelais n'avait pas été moins de quatre 
fois en Italie. M. Heulhard, grâce aux trouvailles qu'il a eu la bonne 
fortune de faire en compulsant les archives de plusieurs villes de 
France et d'Italie, en fouillant, en vrai chercheur qu'il est, dans des 
documents de toutes sortes tels que papiers d'Etat, correspondances 

(1) ARTHUR Heulhard, Rabelais, ses voyages en Italie, son exil d Metz» 
Ouvrage orné d'un portrait à l'eau-forte de Rabelais, de deux restitutions en 
couleur de l'Âbhaye de Thêlème, de neuf planches hors texte et de soixante- 
quinze gravures dans le texte, autographes, etc. Paris, librairie de VArt, L. 
il///50/i et C, 29, cité d'Antin; 1891, gr. in-8 de 1 feuiUet. X-404 pages et 
2 feuillets. (40 fr.) 



REVUE CRITIQUE DE PUBLICATIONS NOUVELLES 283 

diplomatiques, poésies, estampes, M. Heulhard, disons-nous, a pu 
suivre le maître écrivain, pour ainsi dire pas à pas, dans chacun de 
ses voyages. Il nous faudrait assurément plus de place que celle 
dont nous disposons ici pour analyser, de façon complète, le livre si 
intéressant qui éclaire d'un jour tout nouveau la grande figure de 
Rabelais. Aussi bien, devrons-nous faire un choix parmi ces docu- 
ments, qui sont cependant tous d'un réel intérêt ; et laissant de côté 
les deux premiers voyages que fit à Rome Fauteur de Pantagruel, 
à la suite de Jean du Bellay, évêque de Paris, ne nous occuperons- 
nous que du troisième, le voyage en Piémont (1589-1540-1541-1542). 
Ce fut, du reste, le plus long comme durée et le plus important. 

François l^^ a conquis la Savoie et pris racine en Piémont, dont 
Guillaume du Bellay, seigneur de Langey et frère de Jean, vient 
d'être nommé gouverneur, après la trêve conclue le 28 novembre 
1537, avec les Impériaux. Langey, diplomate habile et stratégiste 
hors ligne, estime qu'il faut armer Turin, point de mire des troupes 
de Charles-Quint. S'il est nécessaire d'élever des fortifications pour 
parer à quelque surprise de l'ennemi, il faut aussi installer un Par- 
lement chargé d'appliquer la loi française. 

Pour cette œuvre considérable de civilisation, Langey devait s'entourer 
de toutes les lumières de l'expérience et de la raison : à la tête du Parle- 
ment, il fit placer un Angevin, François Errault, seigneur de Chemant, 
conseiller au Parlement de Paris, et comme il fallait un homme de con- 
fiance avec qui délibérer et décider : suivant l'exemple de son frère le 
cardinal, il choisit Rabelais pour médecin et secrétaire. 

Rabelais, mandé par Guillaume du Bellay, arrive à Turin, et son 
rôle de médecin n'est pas une sinécure ; car, dès juillet 1538, le 
gouverneur du Piémont, v( attaqué par la maladie, ne connut plus 
de répit ». Néanmoins, Langey, dont l'autorité grandissait toujours, 
ne songeait qu'à mettre le Piémont en état de défense. 

La fortification pouvait défier une brusque attaque. La présence de 
Rabelais auprès de lui est très significative. C'est le mathématicien, le 
géomètre, l'ingénieur consultant. 

Même en l'absence d'autres preuves, quel moyen de n'être pas frappé 
par le grand étalage de termes spéciaux dont Rabelais use quand il s'agit 
de défense militaire? Le prologue du Troisième Livre m'avait singulière- 
ment saisi à ce point de vue, écrit M. Heulhard, et, dans Téclat guerrier 
qu'il respire, j'avais deviné la traduction d'impressions personnellement 
ressenties. 

Rabelais s'acquitta, en conscience, de ses fonctions de secrétaire 
d'État, accompagnant partout son maître et l'aidant de ses conseils. 



284 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

En 1541, au commencement de janvier, nous trouvons Rabefaûs ft 

Ghambéry, et sa présence dans cette ville s'explique, dit M. Heulhard, 

par les intérêts privés qu'y avait son maître. Le secrétaire de loûag^j 

ne fit d'ailleurs qu'une assez courte absence de Turin. Guiliaume dn 

Bellay, ayant obtenu un congé, vient en France à la fin de noTemlire 

1541 et y séjourne jusqu'en mai 1542, et, comme l'on n'a pas de 

nouvelles de Rabelais avant le retour de son maître, il est probable 

qu'ils partirent et revinrent ensemble; il y a également lieu de croire 

que Rabelais se produisit souvent à la cour dans l'entourage de 

Langey. Ici se place une particularité bien curieuse qui avait échappé 

aux biographes et aux éditeurs de Rabelais. Qaude Ghappuis, 

« libraire et varlet de chambre ordinaire » du Roi, fait imprimer, en 

1543, un Discours de la Court en vers, dans lequel il passe en revue 

tous les personnages qui approchent François I^r. Dans le passage 

concernant les Maistres des Requestes, cité en entier par M. Heu- 

Ihard, voici deux vers relatifs au secrétaire de Langey, excessivement 

importants : 

Et Rabelais a nul qu'a soy semblable 
Par son scavoir partout recommandable. 

En mai 1542, Langey revient à Turin; la goutte dont il était 
atteint le tenaille avec violence, et vers le mois de janvier 1543, il se 
met en route dans une litière pour rentrer en France; maisàSaint- 
, Symphorien, près de Roanne, la maladie a empiré, et le 10 janvier 
il rend sa belle âme à Dieu. Ce fut à Rabelais, aidé d'un autre méde- 
cin, Gabriel Taphenon, qu'incomba la tâche délicate d'embaumer le 
corps de Langey et de le ramener au Mans, où furent célébrées les 
obsèques, dans l'église abbatiale de Saint-Vincent. 

De ses voyages en Italie, il n'en est pas qui ait laissé d*empreintes plus 
profondes chez Rabelais. Il avait eu cette satisfaction incomparable de 
trouver en Langey un homme qui avait su se servir de son génie universel. 

Voilà Rabelais de retour en France ; il va s'occuper désormais du 
Tiers Livre, qui lui vaudra les attaques violentes des Sorbonistes 
et le forcera à s'exiler momentanément à Metz ; puis il retournera 
pour la quatrième fois en Italie. 

Nous ne pouvons le suivre dans ce quatrième voyage, dont le 
récit intéressant nous entraînerait trop loin, mais avant de terminer 
ces lignes, qu'il nous soit permis de dire à M. Arthur Heulhard 
qu'en publiant cette étude si documentée, il s'est acquis un nouveau 
titre à la reconnaissance des admirateurs de Rabelais. 

Georges Vicaire. 



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14. — Dialogus quo multa exponuntur quae Lutheranis 
et Hugonotis Gallis accidenint. Nonnulla item scitu 
digna et salutaria consilia adjecta sunt. Oragniœ, 
Adamus de Monte, 1573, in-8 de 4 flF. prél. 170 pp. et 
2 flF. de table, mar. r., dos orné, dent, de fleurs sur 
les plats, tr. dor. [Rel. anc. y Exemplaire réglé. 120 fr. 

Ce dialogue, écrit quelques mois après la Saint-Barthélémy, suit 
pas à pas, avec une remarquable exactitude, Thistoire du protestan- 
tisme en France, depuis les premières persécutions sous François I*"" 
jusqu'à la nuit du 24 août 1572. Les interlocuteurs sont Alethia, la 
vérité, qui s'est réfugiée en Hongrie, dans Tempireturc; Phila- 
lethes qui, accompagné d' Historiographus et de Politicus, a quitté 
la France après le massacre des Huguenots ; Ecclesia et le prophète 
Daniel. Historiographus et Politicus racontent, sans se départir 
d'une modération relative, rare dans les écrits de cette époque, 
toutes les phases des luttes religieuses et le sanglant épilogue. Us 
affirment à plusieurs reprises que Charles IX déclara, en plein Parle- 
ment, que tout ce qui s'était passé lors de la Saint-Barthélémy avait 
été fait par son ordre : a Ibi sedens frequenti SenatUy collecHs 
curiœ omnibus classibus, palam professas est quidquid his diebus 
gestum fuerat, non solum se assentiente sed etiam autore etjubente 
gestum fuisse. » Et plus loin : a Palatium adiit, ibi pro tribunali 
confirmavit hœc omnia gesta fuisse proprio et spontanée suo 
motu. » 

A la fin, sur la prière d' Ecclesia, Daniel apparaît et trace aux 
églises réformées un plan de constitution en quarante articles, plan 
où domine très nettement le système de fédération républicaine. 

Cette édition latine, imprimée à Orange, est la première de ce 
très curieux dialogue ; il en parut, cette même année 1573, une 



286 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

traduction française : Dialogue des choses advenues aux Luthériens 
et Huguenots de France, Basle. En 1574, Tédition latine reparut à 
Edimbourg, augmentée d'une seconde partie : Dialogi ab EusMo 
Philadelpho, cosmopolita, in Gallorum et cœterarum nationum 
gratiam compositi,.... La traduction française de cette édition fut 
publiée presque aussitôt sous le titre de Le RéveUle-Matin des 
Français et de leurs voisins, Edimbourg, 1574, qui n'a rien de 
commun avec Le Vray Resveille-matin des Calvinistes et Publia 
cains françois, de Sorbin. On a voulu attribuer le Dialogus à Théo- 
dore de Bèze ; il est plus vraisemblablement de Nicolas Bamaud. 



15. — De origine, causis, typo et ceremoniis illius ritus 
qui vulgo in Scholis Depositio appellatur, oratio M. 
Johannis Dinckelii. Addilum est ludicium Reverendi 
Patris. D. Doctoris Martini Lutheri, de hoc ritu, 
typusque ejusdem ritus, Heroico Carminé descriptus, 
Authore Friderico Widebrando. — A la fin : Erphor- 
diœ excudebat Esaias Mechlerus, M.D.LXXVIII ; pet. 
in-8 de 24 flF. non chiflF., fig. s. bois, maroq. vert, 
fil., tr. dor. (Cape). 95 fr. 

La Depositio Scholastica, en usage dans les académies allemandes 
du xvie siècle, était quelque chose d'analogue aux épreuves de la 
franc-maçonnerie ou aux brimades de nos écoles. Le nouveau ou 
beanus était soumis par les vétérans à ces épreuves qui avaient pour 
but de lui faire déposer (d'où le mot Depositio) ses défauts, ses 
travers et surtout sa présomptueuse confiance en lui-même. En 1540, 
des étudiants célébrant ce rite scolaire furent reçus par Martin 
Luther, qui approuva fort cet usage, comme très propre à préparer 
la jeunesse aux luttes de l'avenir : « Hisitaque, dit-il en s'adressant 
à l'un d'eux, ab ineunte œtate assuesce, ut œquiore anima ad 
maiora adhibitus, curas et rémoras ferre queas. » 

Les principaux instruments de torture sont énumérés dans ces 
vers : 

Serra, dolabra, bidena, dons, claua, novactUa, pecten, 
Cum terebra tornus^ cum lima malleus, incus, 
Rastraq; cum rostris, cum força et forcipe forpex. 

Les initiés étaient coiffés d'un bonnet à cornes, symbole des vices 
diaboliQues, qu'ils déposaient après la cérémonie. Selon Dinckelius, 



CATALOGUE DE LIVRES ET PIÈCES RARES 287 

ce rite remontait à une assez haute antiquité ; il était usité dans les 
écoles d'Orient ; saint Grégoire de Nazianze en fait mention et dit 
que saint Basile seul fut exempté de ce noviciat^ sa science lui 
donnant le droit d'être considéré comme vétéran. 

Plusieurs curieux bois représentent les diverses phases des 
épreuves. 



16. — Marchais (Ant.). L*Estat présent de la France ; 
assavoir celuy de la présente année 1653, avec plu- 
sieurs recherches curieuses et très utiles pour l'intel- 
ligence de riiistoire de France, par Ant. Marchais. 
Jouxte la copie, imprimée à Blois, 1653 ; in-12, mar. 
vert, fil., tr. dor. fRel. anc.J 90 fr. 



Très curieux ouvrage, important pour l'histoire intérieure de la 
France au xviie siècle. Il est divisé en trois livres; dans le premier 
l'auteur passe successivement en revue la maison royale, les maisons 
princières, les ducs et pairs (il donne la liste des pairies), les prin- 
cipaux officiers de la couronne, les officiers d'ordre inférieur, tels 
que le grand-queux, le gran d- fauconnier , le grand-louvetier, le 
grand-voyer, etc.; le tout avec des détails très précis sur les attri- 
butions de chacun. 

Le second livre est divisé en sept chapitres. Ch. I : de la maison 
du Roy. — II : de la maison de la Reyne. — III : des gardes du 
Roy. — IV : des armées du Roy. — V : des finances du Roy. — 
VI : des officiers des finances. — VII : de la Chambre des comptes. 

Le troisième livre est consacré aux « trois estats » de France : 
clergé, noblesse et tiers-état. A signaler surtout : une liste des 
archevêchés de France et évêchés suffragants ; un très intéressant 
chapitre sur les ordres de chevalerie ; un « recueil des plus nobles 
familles de France » ; de précieux renseignements sur les assemblées 
des notables ; sur la table de marbre ; sur les divers conseils ; sur 
les Universités (avec une énumération des collèges fondés par les 
Pères Jésuites et répartis par eux en cinq provinces : France, 
Guyenne, Lyon, Toulouse, Champagne) ; sur les blasons des rois 
de France et les armes des six pairs laïques et des six pairs 
ecclésiastiques. 



288 BULLETIN DU BIBUOPHILE 

17. — Xeres (Fr. de). Libro Pri||mo de la conquista|| 
del Peru et prouincia del Cuzco 1 1 de le Indie occi- 
dentali ||. (Colophon :) Stampato in Vinegia per 
Maestro Stephano da Sabio del M, D, XXXV, NeV mese 
di Marzo, In-4 (sign. par 8), titre, 1 f., 59 ff. non 
chiff., plus un feuillet portant le colophon au recto, 
et au verso la marque de Timprimeur ; in-4, mar. 
vert, fil. à comp., semis de fl., tr. dor. 400 fr. 

Édition italienne rarissime que M. Harrisse cite comme la pre- 
mière. Exemplaire superbe de conservation. 

Sur le titre, l'aigle à deux tètes des Hapsbourg, surmontant des 
armoiries ; plus bas, les deux colonnes avec la devise de Charles- 
Quint : Plus ultra. Au-dessous, un paysage maritime encadré dans 
un cercle, avec ces mots dans la bordure : In omnem terram exivit 
8onu8 eorum. 

Francesco de Xerez, auteur de la narration, était secrétaire de 
Pizarre ; il raconte de visu la conquête du Pérou et de la province 
de Cuzco. 

La traduction d'espagnol en italien est due à Dominico de Gazteiu, 
gentilhomme de la province de Tudela, secrétaire de don Lope de 
Soria, ambassadeur de Charles-Quint à Venise. Dans une courte 
préface, Gaztelu vante moite cose degne di admiratione circa le 
cittadi eggregie di quelle provintie et costumi di habitatori; il 
n'oublie pas la grande quantité d*or et d'argent, les pierres pré- 
cieuses et les riches minéraux trouvés dans ce merveilleux pays; il 
parle des hauts faits des Espagnols, quali deletteranno misabilmente 
il lettore. Vient ensuite la dédicace de la traduction à Andréa Gritti, 
doge de Venise, puis le récit de la conquête. 

Bien entendu, Francesco de Xerez passe sous silence les perfidies 
des Espagnols ; ils n'ont fait que se défendre contre les projets de 
trahison des Caciques. Un des passages les plus dramatiques est la 
narration de la bataille entre Pizarre et le malheureux Atabalipa : 
les décharges inattendues de l'artillerie effrayèrent tellement les 
Indiens qu'ils s'enfuirent sur-le-champ, laissant leur souverain aux 
mains du vainqueur ; un grand nombre fut massacré. Du côté des 
Espagnols, il n'y avait eu qu'un cheval légèrement blessé. A la fin, 
rônumération des immenses quantités d'or et d'argent recueillies 
par les conquérants. 



BIBLIOGRAPHIE 



DE 



QUELQUES ALMANACHS ILLUSTRÉS DU XVIII'^ SIÈCLE 



(1759-1790) 



Le printemps a eu ses chenilles, le Coup d'œil sur 
les almanachs illustrés du xvnie siècle a eu ses 
fautes ; mais les lecteurs ont été indulgents, plus 
qu'indulgents même, et leur bienveillance m'encou- 
rage à donner, le plus exactement possible, la descrip- 
tion des vingt plus jolis almanachs de cette époque 
galante. On pourra ainsi, pendant quelques instants, 
revivre dans un passé tout rempli de charmes et de 
séductions, avec ces délicieux petits in-18 qui sont 
si délicatement illustrés, si coquettement habillés et 
si intéressants à tous les points de vue. 

1759 

Almanach utile et agréable de la loterie de V Ecole 
Royale Militaire^ pour Vannée 1759. 

Où. Von voit son origine, ses progrès, son établisse- 
ment en France, et la façon de placer le plus avan- 
tageusement sa mise ; 

Enrichi de quatre-vingt-dix figures en taille douce, 
qui pourront servir de devises; 

1891 19 



290 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

A Amsterdam, et se vend à Paris, chez Prault, 
père, quai de Gèvres, et Laurent-Fr. Le Qerc, au 
Palais. 



Le titre et la préface, VIII pages. Texte (98 pages), se 
composant du calendrier des jours de la semaine et noms 
des saints pour Tannée 1759 ; d'un autre calendrier 
intitulé : Perte et Gain ; origine de la loterie accordée par 
sa majesté à l'École Royale Militaire ; réflexions pour 
rintelligence de cette loterie ; avis sur la même loterie ; 
instruction concernant les opérations à faire pour mettre 
à cette loterie; explication abrégée de la loterie de 
rÉcole Royale Militaire; invitation au public de la 
roue de la fortune de la loterie de l'École Royale 
Militaire ; nombres extraits de la loterie du séminaire de 
Naples, depuis 1713 jusqu'en 1758; tirages de la même 
loterie à Paris en 1758 ; table des 90 petits sujets annexés 
à chacun des numéros. 

Ces sujets sont dessinés par Gravelot, qui a bien voulu 
composer les petits quatrains qui les accompagnent, et 
ils sont gravés par Le Mire, un des plus habiles artistes 
en ce genre, a On n'a eu égard dans le choix des figures 
qu'à la galanterie qui est naturelle à la nation française, » 
et c'est en regardant ces figures qu'on donnait la préfé- 
rence à tel numéro ce pour en faire la cour à quelque 
dame qui a rcvé de la figure affectée à ce nombre, ou 
parce qu'on trouve telle figure plus à son goût que les 
autres, ou enfin par quelque raison que ce soit, qui 
détermine le choix qui était indécis et suspendu, i» 

Un frontispice, représentant la fortune faisant tourner 
la roue de la loterie sous les yeux de nombreux specta- 
teurs attendant leur sort, précède les 90 gravures portant 
chacune le titre du sujet en haut d'un gracieux encadre- 
ment, le numéro dans un enroulement du bas, et au- 



V 



ALMANACHS DU XYIII® SIÈCX.E 291 

dessous le quatrain gravé dans un deuxième encadre- 
ment très arlislement relié au premier. 

Ces figures sont : 

LEtrennée, un jeune cavalier embrassant une demoi- 
selle à laquelle il a donné un de ces almanachs pour 
étrennes. 

La Criarde, la nourrice appaisant les cris de sa petite, 
en faisant jouer le hochet. 

La Contente, la nourrice faisant manger la bouillie à 
la petite. 

L'Assurée, la petite marchant à la lisière. 

La Glorieuse, la petite à la croix de Par-dieu. 

La Honteuse, la petite avec des oreilles d*asne. 

La Bien élevée, la petite apprenant ses prières. 

L Affairée, la petite coéflFant sa poupée. 

La Bien instruite, une mère faisant dire les prières de 
table à sa petite fille. 

La Bienfaisante, une jeune fille donnant la becquée à 
son oiseau. 

La Désolée, une jeune fille qui pleure la mort de son 
oiseau. 

La Bien conseillée, une jeune fille qui est le Collin- 
Maillard. 

La Badine, une jeune fille faisant danser son chien. 

L'Eventée, une jeune fille dans une balançoire. 

La Petite Maîtresse, ce sont des enfants qui jouent à la 
maîtresse d'école. 

La Rieuse, une jeune fille qui rit de la chute d'un petit 
garçon. 

L Espiègle, une jeune fille mouillant des petits garçons 
avec une seringue. 

L Amusée, une petite fille élevant un château de 
cartes. 

La Complaisante, une jeune fille traînant son petit 
firèredans un chariot. 



292 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

La Polissonne, une petite fille jouant à la toupie avec 
des petits garçons. 

La Paresseuse, une petite fille que sa mère bat. 

La Friande, une jeune fille achetant du plaisir des 
dames. 

La Grondeuse, une jeune fille querellant son petit frère. 

L Isolée, une jeune fille jouant seule au volant. 

La Curieuse, la sœur aînée avec son amant et la cadette 
qui les observe. 

La Mal à son aise, un jeune garçon frappant une petite 
fille à la main chaude. 

L Avertie, une jeune fille cueillant des roses. 

L Occupée, une jeune personne qui brode. 

La Comédienne, un petit théâtre sur lequel une jeune 
fille représente. 

La Maraine, le parain faisant à sa commère le présent 
ordinaire de dragées. 

L Attentive, une jeune fille au catéchisme que le prêtre 
interroge. 

LEndoctrinée, une jeune personne avec son maitre 
d'écriture. 

LElectrisée, une demoiselle qui reçoit le coup de 
l'électricité. 



LEcolière, le maître à danser donnant sa leçon. 

La fdle à talent, une espèce de concert où une belle 
chante. 

La Modeste, une jeune personne tenant son éventail 
devant ses yeux. 

L Envieuse, une fille regardant avec dépit une autre 
personne mieux parée qu'elle. 

La Matineuse, une belle en négligé. 

L attrapée, une belle attrapée au pied de bœuf. 

La festée, une belle à qui on présente des bouquets. 

La Resveuse, une jeune personne, dans une attitude 
pensive, vis-à-vis de deux tourterelles qui se caressent. 



ALMANACHS DU XVIII® SIÈCLE 293 

L Ennuyée, une jeune personne bâillant. 

La Langoureuse, une jeune personne abattue, et près 
d'elle un vieux médecin regardant aujour ce que contient 
une petite fiole. 

L Agaçante, une rencontre dans la rue. 

La Voluptueuse, une belle sur sa duchesse. 

La Dévote, une belle embeguinée allant à l'église. 

La Charitable, une belle faisant Taumône. 

La Bichonnée, une belle à sa toilette. 

La Coquette, une jeune personne qui, d'un côté laisse 
baiser sa main et donne un billet doux de l'autre. 

La Jalouse, une jeune personne exprimant son chagrin 
de voir son amant saluer une autre belle. 

La Parée, une jeune personne essayant une robe neuve. 

La Parleuse, une conversation. 

La Joueuse, une table de jeu. 

L Intéressée, une belle qui reçoit les présens d'un vieux 
galant et le jeune amant qui se retire. 

La Frileuse, une jeune personne se chauffant les 
genoux. 

La Baigneuse, une belle sortant de l'eau et un curieux 
qui regarde. 

La Déguisée, une belle se préparant pour le bal. 

La Dormeuse, une belle dormant à l'église. 

La Chasseuse, une belle en habit d'amazone, allant à 
la chasse. 

La Liseuse, une jeune personne lisant. 

La Savante, une jeune personne entourée des attributs 
des sciences. 

La Pèlerine, une jolie fille allant en pèlerinage. 

La Bouquetière, la marchande de bouquets qui en passe 
un à la boutonnière d'un jeune homme. 

La Bohémienne, une belle se faisant dire la bonne 
aventure. 

La Vielleuse, une savoyarde. 



294 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

La charmante Catin, c'est la petite figure qui est censée 
parler. 

La Preneuse d'oiseaux, représentée portant des cages. 

La Jardinière, une jeune personne le râteau à la 
main. 

La Pescheuse, une jeune fille péchant à la ligne. 

La Fermière, occupée des soins domestiques. 

La Moissonneuse, une jeune fille sciant le bled. 

La Vendangeuse, une jeune fille portant le raisin à la 
cuve. 

La Bergère, attentive à la flûte de son berger. 

La Trayeuse de vaches, une jeune fille à cette occupa- 
tion. 

La Cresmière, une jeune fille apportant sa crème à la 
ville. 

La Pileuse, une jeune fille des champs à son fuseau. 

La Blanchisseuse, une fille lavant à la rivière. 

La Tricoteuse, une fille le tricot à la main. 

La Buraliste^ une jolie débitante dans un bureau de 
la loterie de TÉcole Royale militaire. 

La Petite Marchande ofi'rant sa marchandise dans un 
café. 

L* Hirondelle de Caresme, présentant sa bourse à un 
cavalier. 

La Sœur du Pot, allant visiter les malades. 

La Fille de chambre faisant le lit de sa maîtresse. 

La Cuisinière représentée à son ouvrage. 

La Couturière garnissant une jupe. 

La Coeffeuse montant un bonnet. 

La Ravaudeuse prêtant Toreillc à un laquais. 

La Poissarde, les poings sur les côtés, disant ses in- 
jures. 

La Hardie, une belle signant son contrat de mariage. 

La Mariée, Tépoux mettant Tanneau au doigt de 
l'épouse. 



ALMANACHS DU XVIIP SIÈCLE 295 

Les quatrains de Gravelot ne sont le plus souvent 
qu'un badinage ; pourtant, quelques sujets lui fournissent 
des pensées plus sérieuses. 

Voici ceux qui ont été faits pour V Avertie, la Coquette, 
la Parleuse, la Liseuse : 

27 

Lise, prenez garde à vos doigts ; 
Souvent ce qui flatte en impose, 
Et l'on a trouvé bien des fois 
L'épine où Ton cherchait la rose. 

49 

Coquettes, voilà de vos jeux, 
Amour trompeur rit sur vos lè^Tes, 
Mais sachez que qui court deux lièvres, 
Bien souvent les manque tous deux. 

52 

On fait ou reçoit des visites. 
Il faut parler, c'est Tembaras ; 
Ce sont redites sur redites. 
Si médisance n'en est pas. 

60 

En fait d'amis, le sage dit : 
Le choix demande un soin extrême ; 
En fait de livres, c'est de même, 
Lecture orne ou gâte l'esprit. 

Cet almanach se complète pour ainsi dire par : 

UOniroscopic ou application des songes aux numé-- 
ros de la lotterie de V École Royale Militaire; tirée de 
la cabale italienne et de la sympathie des nombres, 
ornée de jolies figures analogues au sujet, et de tablettes 
de papier composé, très essentielles à cet ouvrage; 

A Paris, chez Desnos, libraire et ingénieur 
géographe chi Roi de Dancmarck, rue Saint- Jacques 
au Glol)c, M. DCC. LXXIII. 



296 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

Quoique souvent les songes 
Ne soient que des mensonges, 
Quelquefois au réveil, 
On trouve véritable 
Ce qui n'était que fable. 
Dans les bras du sommeil. 

Frontispice très finement gravé : V Interprète des Songes. 
Dans une grotte, séjour d'un vieillard onirocritique, 
lequel est assis devant sa table chargée d'une quantité de 
livres, une dame accompagnée de sa suivante, demande 
l'interprétation d'un rêve ; elle tient une bourse à la main 
pour récompenser le mage ; à l'entrée, on aperçoit son 
carrosse et ses gens qui l'attendent. 

Préface ; puis, de la page 11 à la page 112, noms alpha- 
bétiques numérotés. Ce sont ceux dont les songes invitent 
à se servir pour mettre à la loterie. 

l''^ Estampe. — La Cabale. Observatoire d'où un savant 
astrologue, entouré de ses élèves, examine le cours des 
astres à travers un télescope ; au bas, plusieurs personnes 
empressées à recevoir des nouvelles de ce qui se passe 
dans les cieux, et saisissant avec avidité tous les papiers 
qui tombent. 

2® Estampe. — La belle Receveuse, Une élégante du 
siècle, vêtue et coëffée suivant l'art, assise dans son 
bureau de recette et enregistrant des mises de toutes 
espèces ; à ses côtés, est la roue de la fortune ; au-dessus 
d'elle et à ses pieds, sont des génies voltigeant avec des 
numéros à la main ; l'un entr autres, lui présente le livre 
des combinaisons, ou l'almanach des trois fortunes. On 
voit un abbé occupé à payer sa mise ; un militaire, une 
dame et différentes personnes arrivant pour faire la leur. 
Chacun paraît mettre autant d'importance que d'empres- 
sement dans cette expédition, et notre belle receveuse 
semble suffire à peine à satisfaire tant d'actionnaires à la 



ALMANACHS DU XVHI® SIÈCLE 297 

fois. Ah ! si toutes les belles étaient receveuses, combien 
l'espoir d'un lot fortuné ne ferait-il pas courir par ambes 
et ternes nos magnifiques petits maîtres ? Tout ne serait 
plus que combinaisons ; on commencerait par Tamour 
du jeu, on finirait par le jeu de l'amour. 

3e Estampe. — Le Tirage. Salle de Thôtel de ville de 
Paris. Un enfant, les yeux bandés, tire les nombres de la 
roue, un commis les appelle au public ; foule de specta- 
teurs de tout rang, de tout sexe et de tout âge. 

Ces quatre figures sont des plus intéressantes (1). 



1774 



Les délices de Cérès, de Pomone et de Flore ou la 
Campagne utile et agréable, avec un précis des tra- 
vaux de Vagriculture, du jardinier et du fleuriste ; 
contenant le temps des semailles, de la floraison de 
chaque plante et celui des récoltes ; 

Ornées de douze estampes relatives aux amusements 
de la ville pendant chaque mois ; 

Suivies de tablettes pour écrire et dessiner ce que 
Von désirera, en se servant de telle pointe que Von 
voudra, même d'une épingle ; 



(1) Plus tard, à Lugano, en Italie, on a publié les Étrennes aux amateurs de 
la loterie royale de France ou la vraie explication des songes aoec leur rapport 
aux quatre-vingt-dix numéros de la loterie royale de France, suivie de quatre- 
vingt-dix figures allusives aux mêmes numéros, avec des cabales pour le calcul, 
tirées des meilleurs auteurs italiens. 

Ouvrage traduit de l'italien en français, fort intéressant à tous ceux qui 
veulent tenter la fortune par des mises heureuses. 

Les figures sont gravées sur bois ; six sujets par page : le Savetier, Porte' 
Enseigne, le Criminel pendu, le Cabaret ou l'Hôtellerie, le Pécheur d la ligne, le 
Marchand de tabac et sa boutique, pag. 111, etc., etc. 



298 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

A Paris, chez Desnos, libraire et ingénieur-géo- 
graphe de S. M. Danoise, rue S. Jacques, au Globe, 
pour la présente année. 

1 front, et 12 figures ; en regard du front, et de chaque 
figure, une page de texte gravé en caractères italiques 
donnant l'explication du sujet de l'estampe. Charmantes 
compositions en haut desquelles et dans le même cadre 
un médaillon suspendu par un nœud de ruban et des 
guirlandes de fleurs. 

Explication du frontispice : 

Les quatre Saisons et le signe du Zodiaque, qui indique 
les douze mois. Un vendangeur et une vendangeuse fai- 
sant leur dernier voyage et une femme portant un fagot 
sur sa tête ; plus loin, un homme labourant et un autre 
semant. Le Printemps est désigné par la bordure duhaut, 
représentant des fleurs. LEté par la faulx, la faucille, le 
fléau attachés avec un lien de paille et par des gerbes de 
bled éparses. L Automne, par le pampre et les vendan- 
geurs. LHijvQr, par différents instruments de musique, 
des masques et un flambeau, qui sont les attributs des 
bals et de Tobscurité de l'hiver. 

Janvier. — Le Gâteau des Rois, 

L'estampe représente une famille faisant les rois. Un 
petit enfant, entre son père et sa mère, vient de distri- 
buer les parts du gâteau ; différentes attitudes de crier : 
le Roi boit ! Les domestiques, derrière leurs maîtres, font 
chorus avec des contorsions grotesques. Au bruit, le 
chien et le chat se battent près de la cheminée où il y a 
bon feu. 

Médaillon, — Le portrait du roi Janus ayant deux 
faces, caractérise le mois de janvier qui lui est consacré 
et la duplicité des hommes, contre lesquels il faut se 
tenir en garde dans le commerce de la vie. 



ALMANACHS DU XVIII» SIÈCLE 299 

FÉVRIER. — La Foire de Saint-Germain, 

La garde arrête deux filles du monde qui ont volé une 
marchande de modes. Celle-ci, en colère, leur arrache 
ses pièces de rubans, un sac à ouvrage, etc.; les autres 
marchandes leur rient au nez et leur font les cornes ; il 
n'y a que la bouquetière qui leur témoigne la douleur 
qu'elle ressent de cette triste aventure ; pendant la scène, 
un petit filou tire le mouchoir de la poche d'un abbé. 

Médaillon. — Le portrait de Pluton, surnommé Februus, 
que Ton croyait attirer autant d'hommes qu'il pouvait 
dans les enfers; ce qui peut caractériser le danger des 
plaisirs. 

Mars. — Un Jardin potager et fleuriste. 

L'estampe représente des laboureurs et des jardiniers ; 
les uns occupés à donner la seconde façon aux terres 
pour y semer les mars ; les autres appliqués à greffer les 
arbres, semer des fleurs, faire des couches, etc. Les 
oiseaux commencent à s'accoupler autour des chau- 
mières, etc. 

Médaillon, — Le portrait de la déesse Anne Perenne, à 
laquelle on faisait à Rome de grands sacrifices au mois 
de mars. Le petit autel avec une flamme, au milieu, est 
le symbole de la reconnaissance que nous devons à 
l'Être suprême pour les biens qu'il nous envoie tous les 
ans. 

Avril. — Lassemblée à Longchamps, 

Dames parées dans une multitude de carrosses, de 
calèches et de cabriolets; cavaliers superbement montés, 
escortant les équipages ou caracolant ; petits maitres et 
petites maîtresses allant et venant. 

Médaillon. — La déesse Vénus sortant des eaux de la 
mer, est traînée par des colombes sur une coquille ; 
symbole de la beauté, dont l'impression semble se mani- 



300 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

fester dans ce mois plus que dans les autres et inspirer la 
galanterie. 

Mai. — Les effets de la sève. 

Une jeune villageoise et son amant se tiennent la main 
et fixent deux colombes qui se becquètent . Deux paysannes, 
leurs mères, les surprennent sans qu'ils s'en aperçoivent. 
Elles paraissent satisfaites de l'amour innocent de leurs 
enfants. On voit dans le lointain les paysans occupés aux 
travaux des champs ; une bergère garde ses moutons en 
filant sa quenouille. 

Médaillon. — Le Taureau, signe de ce mois, ayant sur 
la poitrine les sept étoiles que Ton nomme Pléiades. Elles 
étaient filles de Plêione et à' Atlas et furent ainsi méta- 
morphosées parce que leur père avait voulu lire dans le 
ciel pour découvrir le secret des dieux. On les appelle : 
Alcyoné, Céténo, Electre, Maîa, Asterope^ Mérope et 
Taygeté. 

Juin. — L Accroc prémédité. 

Un cabriolet renversé par une de ces voitures que Ton 
appelle « diables ». Chute d'une jolie femme et d'un 
vieux financier. Un jeune seigneur aussi accompagné 
d'une jolie femme font des éclats de rire et semblent 
s'applaudir d'avoir si bien accroché le cabriolet. Un 
garçon limonadier présente un verre de liqueur aux 
malheureux qui viennent de tomber. La scène se passe 
sur le grand boulevard. 

Médaillon. — Hébé, déesse de la jeunesse, à qui ce 
mois est consacré. Elle était tombée en présence des 
dieux qui en rirent beaucoup, et sa douleur fut si grande 
qu'elle n'osa plus reparaître depuis. 

Juillet. — Le rendez-vous au Cotisée. 

La cour d'entrée du Colisée. Cercle de conversation de 
dames et de messieurs. Un jeune chevalier parle avec 



ALMANACHS DU XYIIP SIÈCLE 301 

beaucoup d'affection à une demoiselle dont la servante 
est un peu éloignée. Passent une autre demoiselle qui se 
couvre de son éventail pour surprendre le chevalier, 
dont elle est jalouse, et en même temps un homme entre 
deux âges, qui écoute en se baissant, la conversation de 
la demoiselle et du chevalier. 

Médaillon. — La naissance de Jules-César (dont ce mois 
porte le nom), allaité par Aurélie, sa mère. 

Août. — Le Sallon des tableaux au Louvre. 

Un tailleur tient le programme des peintures et dispute 
avec un auteur gascon en habit noir, mal-propre et traî- 
nant une longue épée ; plusieurs personnes les écoutent ; 
on remarque parmi les principaux tableaux celui de 
Madame Victoire et ceux de Thistoire de saint Louis, 
destinés pour TÉcole royale militaire. 

Médaillon. — L'empereur Auguste, revêtu des orne- 
ments du Consulat, qu'il avait obtenu avant Tàge dans 
ce mois, et qu'il nomma de son nom Augustus, depuis 
appelé Août par corruption. Auparavant, il s'appelait 
Sexnlis, parce qu'il était le sixième de l'année, qui dans 
ce temps-là commençait au mois de mars. L'habit de 
consul était la robe Prétexte, bordée d'une bande de 
pourpre, etc. 

Septembre. — La partie interrompue. 

Plusieurs petits maîtres et jolies femmes descendent 
de carrosse. Un d'eux est surpris par son père qui le 
relient par le bras au moment qu'il entre chez le 
s»" Torré. Honte et dépit du fils. La jolie femme qu'il 
conduit repousse le père et veut, en continuant sa route, 
entraîner le fils avec elle. On voit la patrouille du guet 
à cheval, quelques arbres du boulevard et autres acces- 
soires. 

Médaillon. — Madame la Comtesse de Provence, née le 
2 de ce mois, habillée en Cérès. Elle tient d'une main 



302 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

une faucille et de l'autre une poignée d'épis et de pavots. 
Sur sa tète est une couronne pareille entrelacée dans la 
sienne. 

Octobre. — Les plaisirs de la vendange. 

On voit d'un côté des vendangeurs, de l'autre des 
chasseurs, sur la gauche des pêcheurs. Collation de sei- 
gneurs et de dames sur l'herbe. Un jeune seigneur écolier 
mangeant, grain à grain, une grappe de raisin, alterna- 
tivement, avec une jolie petite villageoise de son âge qui 
tient la grappe. 

Médaillon. — Le Comte d'Artois^ né le 9 de ce mois, en 
habit de chasseur, reçoit du dieu Bacchus une grappe de 
raisin pour le rafraîchir des travaux de la chasse. 

Novembre. — Les Travaux de la Campagne. 

D'un côté un laboureur sème le froment, de l'autre on 
emporte le fourrage par charretées. Ici, c'est un vigneron 
qui encave son vin ; là, un domestique va serrer les 
échalas. Les jardiniers émondent les arbres et les saules 
au bord d'un ruisseau. Les garçons font des bourrées 
pour le four. 

Médaillon. — Madame la Dauphine recevant un bou- 
quet de Monseigneur le Dauphin, relativement à la 
naissance de cette princesse, arrivée le 2 de ce mois. 

Décembre. — La Saison des bals. 

L'estampe représente une salle de bal et ses danseurs 
de tous sexes en domino et différens habits, masqués et 
non masqués. Un masque entr'autres porte une lanterne 
magique sur ses épaules. Une dame et un homme rient à 
gorge déployée de ce qu'ils ont vu. 

Médaillon. — Le dieu Momus, levant son masque d'une 
main et tenant une marotte de l'autre. Caractère de la 
folie et des fous. 



ALMANACHS DU XVIIie SIÈCLE 303 

Ce délicieux almanach se compose en outre de 53 pages 
de texte, d'un avis de Téditeur annonçant ceux qu'il met 
en vente pour Tannée 1774; d'un autre avis annonçant 
une nouvelle édition du Secrétaire des Dames, puis le 
Secrétaire des Dames et des Messieurs ou Tablettes polyp- 
tiqiies et économiques, composées d'un nouveau papier 
d pour écrire et dessiner aussi distinctement qu'avec la 
a plume, sans encre ni crayon et seulement avec une 
a pointe d'un métal de composition ou une tête d'épingle, 
a tracer et effacer à volonté toutes sortes d'écritures et 
a écrire de nouveaux caractères ». 38 feuillets ; sur le cin- 
quième est gravé ï Usage du Secrétaire : 

a Les six premières pages serv^ent pour écrire à chaque 
« jour de la semaine ses pensées, rendez-vous, souvenirs, 
a etc.; les vingt-quatre suivantes, qui comprennent les 
a douze mois de l'année, sont destinées pour placer dans 
d chaque colonne le gain et la perte du jour. Les autres 
d pages pour y marquer la recette et dépense de la maison, 
a et, à la fin, une table de récapitulation pour chaque 
a mois et autre papier blanc pour écrire ce que Ton 
(( désirera. » 

Le volume est terminé par six pages calendrier des 
mois de l'année. 

Quant au texte, il est des plus intéressants ; il contient 
pour chaque mois les indications pour les travaux de 
la campagne, ceux du potager, ceux du fleuriste, les 
récoltes, arbres et plantes en fleur, fruits en maturité, 
manières de greffer, maladies de chaque saison, précau- 
tions à prendre, etc. 

Les Délices de Cérès, Pomone et Flore sont la perle 
des Desnos. 



304 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

1776 

Almanach de Gotha contenant diverses connais-- 
sances curieuses et utiles pour Vannée MDCCLXX VL 
Gotha, chez C. \V. ErriNGER. 

Titre gravé dans un triple encadrement très simple ; un 
petit fleuron, mappemonde et deux cornes d'abondance. 

Joli frontispice gravé. 

12 délicieuses figures, réductions des estampes de 
Freudeberg, pour le monument du costume, intercalées 
dans le calendrier, en regard de chaque mois, au com- 
mencement du volume. Le Lever ^ le Bain, la Toilettey la 
Visite inattendue, V Occupation, la Promenade du matin, 
le Boudoir, les Confidences, la Promenade du soiry la 
Soirée dhyver, le Bal, le Coucher, 

Feuillet replié pour la généalogie de la maison de Saxe; 
72 pages de généalogie; 8 fl*. non paginés de la table 
chronologique des souverains ; 151 pages de texte ; table 
et avis, 3 pages ; enfin, 12 feuillets perte et gain, et 2 de 
peau d'âne pour écrire le mémento. 

Le texte est des plus intéressants ; il contient les articles 
suivants : 

Epoques, comput ecclésiastique, fêtes mobiles, quatre- 
temps, équinoxcs, solstices, le soleil avec les six planètes, 
les douze signes du Zodiaque, éclipses, apparition des 
planètes, lumière zodiacale, anniversaires de la maison 
de Saxe-Gotha, généalogie de la maison de Saxe, généa- 
logie de la maison d'Anhalt, liste généalogique des 
princes et princesses de l'Europe, table chronologique 
des empereurs de l'Allemagne, des rois d'Angleterre, de 
Daneinarck, d'Espagne, de France, des souverains et 
empereurs de Russie, des rois de Suède. 

Diflerentes manières de commencer le jour, année 
astronomique et commune, les trois calendriers, ères 
diflerentes, les étoiles fixes, le soleil et les planètes, les 



ALMANACHS DU XYIII^ SIÈCLE 305 

comètes, apparition du satellite de Vénus et de son pas- 
sage par le disque du soleil, de la terre, arithmétique 
politique, arithmétique économique, cacao. Corps de 
l'homme, accroissement, proportion, différence de pro- 
portion par la différence des sexes, hauteur de Thomme, 
poids de Thomme, les cheveux, les dens, les yeux, le 
cerveau, les os, les muscles, les vertèbres, le cœur, le 
pouls, la chaleur naturelle, la transpiration insensible. 
Histoire : les Kamtschadales ; probabilité : la population 
de Londres et de Paris ; principales découvertes, époques 
intéressantes, inventions de luxe ; Histoire naturelle : le 
paon ; Beaux-arts : les grotesques ; Marchandises : les 
huîtres, les moules, les sardines, les anchois ; prix des 
oiseaux étrangers, poids, poids ou marc d'or et d'argent, 
rapport de ToràTargent, titre de For et de l'argent 
ouvragé, rapport des mesures courantes, mesures de 
grains, mesure de bois, mesure pour les corps liquides, 
comparaison des différens milles, distance entre Gotha et 
plusieurs autres villes, note des foires, cours des postes. 

Le prix de ce charmant volume était de seize gr., 
relié en parchemin vernissé et doré sur tranches avec des 
tablettes et douze taille-douces. 

Que les temps sont changés ! aujourd'hui, on ne le 
trouve pas à moins de deux cents francs ! Il vaut beaucoup 
plus encore quand les épreuves des figures sont bonnes 
etcjue la reliure en maroquin est d'une grande fraîcheur. 

1780 

Etrennes galantes des promenades et amusements 
de Paris et de ses environs. 

A Paris, chez Boulanger, rue du Petit-Pont, près le 
petit Chàtelet, avec privil. du Roi. 

Titre frontispice dessiné par Queverdo, 1780. Deux 
amours, dont l'un soufflant dans la trompette de la 

1891 20 



non BULT.ETIN Dl- BIBLIOPHILE 

renommée, tiennent au-dessus du titre gravé dans un 
médaillon ovale, une draperie sur le coin de laquelle on 
lit : Bijou des Dames. 

6 feuillets pour le calendrier. 

62 pages dont 12 figures, une pour chaque mois, en 
regard desquelles la chanson relative au sujet. 

Janvier. — Le Contrat de mariage. Un notaire, assis 
devant une table, fait signer le contrat aux charmants 
fiancés et à leurs parents. 

Le contrat, le notaire, 
Paraissent charmans 
A deux vrais amans. 
Etc 

Février. — Variétés amusantes. Intérieur d'une salle 
de spectacle remplie de spectateurs. Sur la scène, un 
acteur avec une lanterne, causant avec une jeune femme 
à sa fenêtre. 

En vain l'auteur le plus habile 
Voudrait ailleurs nous entraîner, 
La mode règne en cette ville, 
Par elle on s'v laisse enchaîner : 
Quicomiue oserait en médire. 
Risquerait de passer pour sot. 

Il faut aller rire 
De .Teannot. 

Etc., etc 

Mars. — Promenade de Longchamps. Beaux carrosses 
et élégants cavaliers passant devant les curieuses et 
curieux assis sur des chaises. 

Avril. — l.es grands Boulevards, Sous les grands 
arbres, un groupe de beau monde ; plus loin, la foule 
devant des parades. 



ALMANACHS DU XVIIIO SIÈCX,E 307 

Après Pâques, sur les remparts, 
On voit le peuple et le beau monde ; 
Ils accourent de toutes parts 
Vers les jeux où la foule abonde, 
A celui qu'occupe Jeannot 
Chacun applaudit à son mot. 

On trouve surtout 
Que ce genre est du meilleur goût. 

Ceux qui n'ont pas beaucoup d'argent 

S'amusent à voir les parades, 

Et plus d'un Gascon indigent 

Y fit maintes et maintes passades ; 

Mais si quelqu'un, dont il fait cas, 

Vient lui proposer un repas, 

Ah ! pour l'obliger. 
Comme il va bien boire et manger. 

Sur les chaises sont des abbés. 
Occupés a lorgner des belles, 
Mille marchands de nouveautés 
Leur présente des bagatelles ; 
D'un air satisfait et content, 
Les vielleuses vont, chantant 

Mille petits airs. 
Dont on n'écoute pas les vers. 

Cependant, au fond des caffés, 
On entend une autre musique, 
Dont les sons semblent étouffés 
Par une clameur diabolique. 
Pendant qu'on dit une chanson, 
Un manant crie : A moi garçon, 

L'autre dit, paix, là, 
Ce n'est que du bruit que cela. 

May. — Le Palais-Royal. Des dames, élégamment 
habillées, se promènent sous les ombrages du jardin^ 
d'autres sont assises. 

Juin. — Fêtes de Sceaux. Un grand seigneur et une 
grande dame, d'autres personnages se promènent dan& 



308 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

le parc de Sceaux, près d'une pièce d'eau ; dans le lointain, 
beaux orangers, statues et charmilles : 

Qui veut voir de belles fêtes 
Et de magnifiques eaux, 
A surprendre toujours prêtes, 
Qu'il porte ses pas à Sceaux. 
Là, cent nymphes, cent naïades, 
Le front couronné de fleurs, 
Folâtrent dans les cascades. 
Avec les amours vainqueurs. 
Etc., etc. 

De la page 21 à la page 44, les mois avec perte et gain. 

Juillet. — Champs-Elisées. Promenade d'élégants et 
d'élégantes, d'autres assis sous les arbres. 

Août. — Salon du Louvre, Exposition de tableaux 
(Délicieuse estampe). 

Chers amis, courons tous au Louvre, 
Pour en admirer les tableaux ; 
Au Salon, qu'en ce jour on ouvre, 
lis ne furent jamais si beaux. 
De toute une famille auguste, 
Nous y devons voir les portraits. 
Etc., etc.... 

Septembre. — Fêtes de Saint-Cloud. Danses populaires 
sous les grands arbres : plus loin des baraques de saltim- 
banques. 

Octobre. — Les Vendanges à Vanvres. Très gracieuse 
scène. Une jeune fille apporte à la dame du château une 
corbeille de raisins ; dans le lointain, la vigne, le mur et 
la grille du parc. 

Novembre. — Marrons et dessert. Une soubrette fait 
griller des marrons au bon feu d'une élégante salle à 
manger, pendant qu'un jeune seigneur lutine la maîtresse 
du logis. 



ALMANACHS DU XYIII^ SIÈCLE 309 

DÉCEMBRE. Académie de jeux. Réunion de joueurs au- 
tour d'une grande table ; derrière eux des spectateurs. 

Que de gens de tout état, 
L'avarice ici rassemble; 
De même qu'en un combat, 
On les voit périr ensemble. 
Loin de vouloir comme eux, 
Perdre ainsi mes journées, 
A des chants amoureux 
J'emploierai mes années. 

1782 

Almanach des Marchés de Paris. Etrennes curieuses 
et comiques avec des chansons intéressantes, dédié à 
Marie Barbe, fruitière orangère ; dessiné et gravé par 
M, Que ver do. 

A Paris, chez Boulanger, rue du Petit-Pont, à 
rimage Notre-Dame, avec privilège du Roi. 

Titre frontispice gravé sur une draperie, à la porte 
d'une maison devant laquelle se passe une dispute entre 
femmes de la Halle. De la corbeille de Tune d'elles, 
jetée à terre, s'échappent des oranges. Au premier plan, 
un porteur d'eau retourne la tête pour considérer la 
bataille ; au verso du titre, remarques pour la présente 
année 1782. 

Calendriers des six premiers mois de l'année. 12 
figures, une pour chaque mois, et en regard, chansons 
ou couplets relatifs au sujet. 

Janvier. — Le bon Portugal, oranges fines. Marchandes 
d'oranges et acheteurs à côté de la statue d'Henri IV, au 
Pont-Neuf. 

Février. — La Vallée, marché à la volaille. 

Mars. — Marché au poisson. 



310 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

Avril. — La rue au Fer, marché aux fleurs. 

Mai. — Les Ecosseuses. 

Juin. — Les gros Gobeis à la courte queue. 

Feuillets : Perte et gain. 
Juillet. — La Marchande dabricots. 
Août. — La Marchande de crème. 
Septembre. — Via le melon, via le sucré. 
Octobre. — Marchand de chasselas à la livre. 
Novembre. — Marrons bouillis, ils brûlent la poche, 
DÉCEMBRE. — Du bon boudin gras et salé. 

Calendrier pour les six derniers mois. Un dernier 
feuillet pour une annonce de Boulanger. 

Les titres des romances, rondes ou chansonnettes sont : 
Henri IV au Pont-Neuf ou les Oranges, la Volaille ou les 
Dindons, les Poissardes ou le Marché aux poissons, les 
Fleurs, Vadé à la Halle ou les Kcosseuses, Madame Ur- 
gande ou les Cerises, les Ahricots, la Marchande de 
crème, les Melons ou la Guinguette, le raisin ou Colinette, 
les Marrons, dame Gertrude ou le Boudin. 

Cet almanach est le chef-d'œuvre du genre. Rien de 
plus gracieux que ces estampes, rien de plus amusant 
que ces scènes de la Halle, rien de plus intéressant que 
ces vues des marchés de Paris ! 

Les eaux-forles et les avant-lettre de ces figures sont 
remarquables de finesse. 



1782 



Almanach Dauphin, 



Français, vos vcl'ux ardents sont enfin accomplis, 

D'un monarque adoré voici la vive imagée. 

Dans un Dauphin le Ciel nous donne un nouveau gage 



à 



ALMANACHS DU XYIII® SIÈCLE 311 

De gloire et de bonheur pour Tempire des lys. 
Venez, beaux-arts, venez amuser son enfance, 
Son accueil vous promet le plus brillant succès, 
Et vous devrez uu jour de rapides progrès 
A son auguste bienfaisance. 

En regard de ces vers, un frontispice (1). 
12 pages perle et gain. 

1^^ Figure. — L'Arrivée du Courrier. Un cavalier, 
bride abattue, passe au milieu d'une foule enthousiaste. 

En regard, un feuillet ; au recto : V Arrivée du Courrier, 
air nouveau. 

Chantons, chantons notre souveraine. 
Le cœur s'est choisi ce refrain. 
Vive à jamais notre aimable reine 
Et Louis seize et le Dauphin. 
Soyons joyeux, redoublons d'espérance. 
Livrons-nous aux plus parfaits plaisirs, 
Un lis manquait au berceau de la France, 
Le Ciel vient de le faire fleurir. 
Etc., etc 

Au verso, calendrier du mois de janvier. 

2^ Figure. — U Inauguration du Dauphin. Deux grands 
seigneurs apportent au Dauphin, porté dans les bras 
d'une dame d'atours, suivie de plusieurs autres dames, 
le grand-cordon et l'Étoile du Saint-Esprit. 

Feuillet; au recto : L'Inauguration du Dauphin, Air : 
Dès le matin ma vive impatience, de Tom Jones. 

Au verso : Calendrier du mois de février. 

La 3"" figure manque, ainsi que le feuillet en regard. 

La 4*^ figure manque aussi ; elle devait être intitulée : 
La Présentation de Monseigneur, Comme la romance du 
4<î feuillet. Air : Charmante Gabrielle, 



(1) Malheureusement, dans Texemplaire que j'ai sous les yeux, il manque, 
ainsi que les figures 3 et 4. Ce petit almanach est tellement rare que Je n'ai 
trouvé personne pouvant me renseigner sur ces trois gravures. 



312 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

5« Figure. — La bonne Nourrice. La nourrice (1) du 
Dauphin, en grande toilette, allaite le royal enfant, près 
d'un berceau surmonté de la couronne. Autour d'elle, 
seigneurs et dames de la cour. 

En regard, la romance La bonne Nourriture, Air : Je 
ne suis qu*une Bergère, de Sancho-Pança. 

6« Figure. — L* Offrande de Mars. Le dieu Mars pré- 
sente une palme au Dauphin assis sur les genoux de la 
France appuyée sur un palmier portant sous ses branches 
un médaillon contenant les profils d*Henri IV et de 
Louis XIV. 

6^ feuillet : UOffrande de Mars. Au verso : Calendrier 
du mois de juin. 

7® feuillet. Au recto : Calendrier du mois de juillet ; 
au verso : la romance L Enfant des dieux. 

7o Figure. — VEnfant des dieux. La reine, sur son 
trône, présente le Dauphin à Louis XVI, à genoux devant 
elle. Dans un nuage, des dieux portent le flambeau 
allumé de l'hymen. 

8® feuillet : Calendrier d'aoust ; au verso : V action f^e 
grâce. Air : Au bord dune fontaine. 

Paris qui loge en France 
Depuis longtemps n'a vu 
Tant de réjouissance 
Pour un nouveau venu. 



De la sainte qui chasse 

Les fièvres de Paris 

Ou s'en va voir la châsse 



(1) Madame Poitrine, choisie entre toutes à son apparence de santé et de 
bonne humeur. Ce fut elle qui mit à la mode Malborough s'en va fen guerre, 
qu'elle chantait en berçant le Dauphin. 



ALBfANACHS DU XVIU« SIÈCLE 313 

Déeouverte pour lui. 
Puis devant le pupitre 
Disant Gatideamus, 
L'abbé quittant sa mitre 
Chante des Oremuê. 

S^ Figure. — L action de grâce. Le haut clergé, sur le 
parvis de Notre-Dame, reçoit le roi suivi des princes du 
sang, de grands seigneurs et de la foule. 

9« feuillet : Calendrier de septembre ; au verso : Lu 
dons de Minerve. Air : Hun bouquet de romarins {les Ven- 

dangeursj. 

9^ Figure. — Minerve présente une branche d'olivier 
au Dauphin couché dans son berceau, à côté d'un lis et 
au pied d'un palmier qui porte Técusson des dauphins 
de France. 

10« feuillet : Calendrier d'octobre ; au verso : La Joie 
publique. Air : Travaillez, travaillez, bon tonnelier. 

Chaque bourgeois de sa maison 

Fait illuminer la façade ; 

Le marchand orne son plafond 

Et l'artisan boit à rasade ; 

Les fillettes et les garçons 

Se prennent pour danser en rond 

En chantant, en criant : Vivent sans fin 

Le Roi, la Reine et le Dauphin ! 



10« Figure. — Feu d'artifice thré devant l'Hôtel^de-Ville. 

11« feuillet : Calendrier de novembre ; au verso : La 
digne mère. Air : Elle fixe mes désirs. 

il® Figure. — Charmant portrait de la reine, assise 
sur son trône et tenant le Dauphin dans ses bras. 

12« feuillet : Calendrier de décembre ; au verso : Le 
présent de Vénus. Air : Je le compare avec Loais {des trois 
Fermiers. 



314 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

Quel présent nous fait la beauté ? 
Ah ! c'est le trident de Neptune. 



12« Figure. — Vénus, dans sa conque marine, autour 
de laquelle joue un dauphin, fait à la France guerrière 
présent du trident de Neptune. 

Après cette figure, les douze dernières pages, perte et 
gain, et deux feuillets pour les vers présentés à Mff' le 
duc de Lauzun le lendemain de son arrivée, et des vers 
sur la reine. 

Les figures de cet almanach sont des plus intéressantes 
au point de vue historique, comme celles d'un autre 
almanach qui contient les fêtes données à l'occasion du 
mariage du Dauphin (1774) : le Couple adoré, les Hom- 
mages sincères, la Soirée brillante, le Banquet Royale le 
Bal majestueux^ la nouvelle Halle, la Place de Louis XV, 
le Palais Bourbon, la Place Dauphine, la Placé Royale, la 
Place des Victoires, charmantes estampes dessinées et 
gravées par Baquoy filius et représentant fidèlement 
les fêtes de la cour et les réjouissances populaires. 

Vicomte de Savigny de Moncorps. 



(A suivre \ 



A PROPOS DE J. DE BARCLAY 



Après les tlièscs de M. Boucher et de M. Dupond, et 
même après la substantielle étude de M. J. Dukas (1), la 
biographie de Jean Barclay présente encore bien des 
lacunes. Notre intention n'est pas de la recommencer; 
nous en rappellerons seulement certains points obscurs 
qui peuvent recevoir quelque lumière des documents que 
nous mettons sous les yeux du lecteur. 

Barclav était de famille noble. Sa mère, Anne de Mala- 
villers (et non de Malleville, comme on Ta dit jusqu'à 
ces dernières années) (2) appartenait à la noblesse de 
Lorraine. Son père, Guillaume Barclay (3), était issu 
d'une famille de barons écossais, ainsi que le témoignent 
des lettres patentes du roi Jacques VI (4). 

Notre auteur signait Jean de Barclay, et plusieurs 
lettres de lui que nous avons découvertes à la Bibliothèque 
nationale, conservent encore son cachet armorié. Il 



(1) L. Boucher. De J. Barclaii Argenide, Paris, 1874, in-8* ; A. Ddpond, 
L'Argenis de Barclay, Paris, 1875, in-8* ; J. Dukas, Le Satgricon de Bcurclag, 
trois articles publiés dans le Bulletin du Bibliophile^ 1880. 

(2) Cette rectification est due à M. Em. Dubois, auteur d'une savante et 
curieuse notice sur Guillaume Barclay, qui fait partie des Mémoires de VAcO' 
demie de Stanislas, année 1870 (Nancy, 1872, in-8*) et qui a été tirée à part. 
(Paris, Thorin, 1873, in-8'.) 

(3) M. Dubois distingue deux Guillaume Barclay, tous deux Ecossais et 
résidant à la même époque en France. Le père de notre auteur enseignait le 
droit : son homonyme était docteur en médecine et maître es arts. 

(4) Ce document a été publié d'abord par Bugnot, en tête de J. Bardait 
Argenis nitnc primum illustrata, Lugd. Batav. etRoterod., exofficina Hackiana 
1664, in-8*. Il a clé reproduit par M. Dubois. 



316 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

portait d'azur au chevron d'argent accompagné de trois 
croix d'argent pattées, timbré d'un heaume de profil au 
cimier à la croix pattée. 

Jean de Barclay alla se fixer en Angleterre. C'est là que 
vint aussi Casaubon après la mort de Henri IV. Le jour- 
nal de l'illustre philologue porte quelques traces de ses 
relations avec Barclay : 

XV Kal. Mai. i6ii. A prandio ad Reginam uxor est profecta 
Grenovicum, ubi Bardai um virum pium vidi. 

m Non. Fcbr. 161 A. Preste a M. Bardai Buchari. histor. 

VII Eid. Jun. i614. Ad Regem hodie Grenovicum profectus cum 
eruditissimo et amidssimo Bardaio diera suavissime consumpsi. 

Eid. Jun. i6iA. Hodie partim oiTidi causa, partim recreandi 
animi gratia, ego, uxor et amici Barclaius et Thorius (1) cum ipso- 
rum uxoribus Grenovicum ivimus. Fuitque oblectationi hoc iter, nisi 
quod meae infirmitates multum me vexarunt (2). 



(1) Il s'agit ici de Ralph Thorie ou Raphaël Thorius. Ce personnage, né en 
France, avait étudié à Oxford et exerçait la médecine à Londres, où il mourut 
de la peste en 1G25 (et non en 1629, comme le dit Moréri). Il avait pour Teau 
une horreur profonde. Gassendi (Yita Peirescit, 1. II) a raconté dans quel 
plaisant embarras le mit un jour Peiresc en exigeant de lui par surprise la 
promesse de boire un verre de ce liquide détesté. Thorius a publié : Epistola 
de causa morbi et mortis Is. Casauboni. (Lugd. Batav. 1619, in-4*), pièce réim- 
primée avec la correspondance de Casaubon, 1638 ;Hyninus tabacisioe dePaeto. 
(Lugd. Bat. 1622, 1623, etc.) Il est aussi l'auteiu" anonyme d'une Elegia in obitum 
Jo. Barclaii. (Lond. 1621, in-4*). Voir sur lui, Lusus in funere Raphaelis Thorii 
medici et poetae praestantissimi qui Londini peste extinctus, triste sui deside- 
rium reliquit anno 1625. (Lond. 1626, in-4*) et la notice de H. Player en tète de 
son édition de VHynmus tabaci (Lond. 1716, in-12;. 

(2) Is. Casauboni Ephemerides, Oxonii, 1850, 2 vol. in-8*, p. 833, 1037, 1062 et 
1063. — Rappelons que daiisles Epistres françaises d M. J.J.de la Scala (édit. J. 
de Rêves, Harderwyck, 1624, in-12). p. 15, 198 et 361, on trouve trois lettres de 
J. de Rnrclay, résiflant à Londres, ù Scaliger. De ces lettres, deux seulement 
sont datées : elles ont été écrites le 13 juin et le 2 août 1606. Elles nous 
montrent Barclay désireux d'entrer en relations avec Scaliger, et insistant 
pour obtenir de lui une réponse. Scaliger a-t-il cédé à ses instances? Nous ne 
savons. On voit aussi par ces lettres que notre auteur avait fait en Angleterre 
la connaissance fie Bongars, qu'il a eu l'intention de faire un voyage en Hol- 
lande pour y voirScaliger, et un autre en France pour assisleraux solennités 
du baptême des enfants de Henri IV, 



A PROPOS DE J. DE BARCLAY 317 

Barclay fut un des lieutenants de Jacques I^»* dans la 
guerre que ce théologien couronné soutint contre le 
pouvoir du Pape sur le temporel des rois. Il publia un 
ouvrage posthume de son père : Tractatus de potesiate 
papae (1) et, pour le défendre, écrivit le livre intitulé : 
Pietas sive piibllcae pro Regibus ac Principibiis, etprivatae 
pro Guil. Barclaio parente Vindiciae adversus Card, Bel- 
larmini Tractatum de potesiate summi Pontificis in rébus 
iemporalibus (2). 

Ces deux ouvrages furent mis à l'index, le premier par 
décret du 9 novembre 1609, et le second, le 10 mai 1613. 
Bien plus, un ouvrage antérieur de J. de Barclay, le 
Satyricon, fut de même condamné le 7 septembre 1609. 

Malgré cette sévérité, notre auteur, quelques années 
plus tard, quitta Londres et transporta ses pénates à Rome 
même. Les motifs de ce départ sont restés obscurs. 
Barclay céda-t-il à des scrupules religieux, ou bien, 
sentant sa faveur diminuer auprès du roi Jacques, 
espérait-il trouver près du Pape une fortune plus bril- 
lante ou plus tranquille ? On ne le sait pas trop. Un de 
ses biographes assure qu'il avait voulu éviter à ses enfants 
les tracasseries auxquelles ils pouvaient être en butte à 
cause des lois portées en Angleterre contre les catholiques, 
et il ajoute que le roi Jacques lui donna, au moment du 
départ, son portrait orné de brillants (3). 

Jusqu'à quel point J. de Barclay dut-il, pour obtenir 
son pardon du Pape, désavouer ses ouvrages frappés par 
l'index? Personne ne l'a dit. Toujours est-il que, dès 1615, 
Barclay écri\it de Londres à Paul V la lettre suivante où. 



(1) Londres, 1609, M. Dupond en mentionne une traduction française avec 
une dédicace au Pape, Pont-à-Mousson, 1611. 

(2) Paris, Mettayer, 1612, in-4*. Cet ou\Tage a été reproduit par Melchior 
Goldast dans le tome lU de sa Monarchia S. Romani Imperii (Francofurti, 
1613, in-foUo). 

(3) BuGNOT. J. Barclaii Vita, en tête de rédition de YArgenh citée plus haut. 



318 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

tout en faisant son meà-culpà, il sollicite de lui un dédom- 
magement de la perte qu'il éprouvera en renonçant au 
service du roi d'Angleterre (1). 

BicATissiMi: Pater, 

Si votorum copiam mihi numen antea fecisset, Beatissime Pater, 
nihil optassern avidius quam quod tuac clcracntiae sponte nunc 
obtigit, ut neinpe mutata rerum inearum sorte, tuam Sanctitatem 
placatam habeam, possitnque te non coramuni tantum christianorum 
jure, scd praccipuo aliquo parentem appellare. Equidem augustis- 
simam tuam sedcm unicum verae fidei virtutisque domicilium,teque 
in ea divinis auspiciis coUocatum, Beatissime Pater, semper colui ; 
sed locorum divortio et temporum culpa, minor quam voluissem 
fuit hic cultus, et minor quam fuerit, fuisse est creditus. Urebar 
anxiis molibus quod offensum tantum Patrem haberem et placare 
non auderem. Scd nobilissimi viri, et hic omnia pro tua Sanctitate 
expert!, Domini Didaci Sarmiento de Acuno, legati Catholici, opéra 
atque verl)ia, primum de tuae Serenitatis clementia omnia sperare 
visus sum, mox non sperare modo sed credere. Ingenti itaque 
gaudio ubi [)rimum tuam Sanctitatem vocantem audivi, relictis 
retibus et navi, tuam vocem secutus sum, nec luculentius animi mei 
pignus dare potui, quam quod spem mihi meisque liberis undecim 
annis quacsitam apud Regem nunc maxime mihi benevolentem, non 
modo omisi, scd prorsus interverti ad tuam Sanctitatem pervolaturus. 
Urgeo profectionem meam quantum impedita mulierculis et infan- 
tibus familia sinit. Habebis nos propediem omnes Sanctitatis tuae 
pedibus stratos, nec aliam salutem aut fortunam habituros, quam 
quae tuae Sanctitati placuerit. Deus te, S. P. incolumem diu servet in 
Ëcclesiac utilitatem,augmentumquecoronae,quam quotidie in felicis- 
simam immortalitatem texis. Vale. Londini, Idibus septembris, 1615. 

Barclay, avec les siens, quitta TAngleterrc, sans doute 
dans les derniers mois de Tannée 1615. Il séjourna quel- 
que temps à Paris, puis traversa la France et s'embarqua 
pour l'Italie. Auparavant, il s'était arrêté à Marseille, chez 
le poète latin Balthazar de Vias, dont Guil. du Vair lui 



(1) Elle nous a été conservée par Bii{;not. ibid. 



A PROPOS DE J. DE BARCLAY 319 

avait ménagé la connaissance. De Marseille, Barclay et 
sa famille firent voile pour Livourne. Leur traversée fut 
signalée par une violente tempête qui leur fit craindre 
pour leurs jours. Toutefois, ils débarquèrent sains et 
saufs, et se rendirent à Florence, où ils furent bien ac- 
cueillis par le grand-duc. De là, ils allèrent à Rome où 
ils durent arriver au mois de février ou de mars 1616. 
Quoi qu'il en soit, nous les y trouvons installés au mois 
d'avril de cette année. 

Ces détails nous sont fournis par deux élégies latines 
publiées sous ce titre : Balthazaris de Vias ad Aloysiam 
de Bonnaire Barclaiam elegiacum carmen cui subjecta est 
Aloysiae de Bonnaire Barclaiae ad Balthazarem de Vias 
elegiaca responsio (1). 

On sait que J. Barclay avait épousé une Parisienne, 
fille de Michel de Bonnaire. Le poète marseillais, dont la 
pièce est datée du l^»- mars 1616, exprime à la femme de 
son ami le regret qu'il a éprouvé de leur départ ; il lui 
parle des enfants qu'elle emmenait avec elle, une fille 

Quae nondum bis sex Dictynnae cornua vidit, 

et un garçon, dont il vante la beauté, Fesprit et la sagesse 
supérieure à son âge. La réponse, datée de Rome, Idib. 
Aprilis 1616, est pleine de sentiment. On y voit le récit du 
voyage de France en Italie, et un souvenir pour Peiresc (2). 

(1) Paris, Th. Pepingné, 1647, in-4». L'éditeur avertit le public que la per- 
sonne dont il tient ces deux pièces de vers l'a assuré qu'il existait d'autres 
œu\Tes inédites de Barclay ; nous ne croyons pas qu'elles aient été mises au 
jour. 

(2) Nous y relevons seulement ces vers charmants sur le petit Barclay à son 
arrivée sur le territoire romain : 

Tybridis aadito surrexit nomine Natu>, 

Fa teadem geminas ad mea colla manu^ : 

» Hic, precor, 6 geaitrix , quo cespite conditor Urbis, 
Quo jacuit frater cespite Rhemu.*, ait? 

Onae sylvae misère Lupam? quave arbore sedit 
Qui tenerus Picus detuJit ore cibof? > 

Hi^imiN : urgebat. FaUum monstraTiinns agrum. 

Finie «alis hoc, «ati< est hoc qaoqne saepe vins. 



320 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

Ce petit poème a fait grand honneur à LiOuise de 
Bonnaire ; malheureusement elle n'en est pas l'auteur, 
comme on l'a cru : c'est son mari qui a tenu la plume 
pour elle. C'est ce que nous apprend une note qui suit la 
pièce dans la réimpression qu'en a faite B. de Vias lui- 
même, à la fin de ses Charités : loannes Barclaias uxoris 
nomine respondit (1). 

Bientôt après son arrivée à Rome, Barclay s'occupe de 
donner des preuves de résipiscence, et écrit sa Paraenesis 
ad sectarios(2). Il parait que dans la rédaction primitive 
de cet ouvrage, Barclay malmenait quelque peu son 
ancien patron, le roi d'Angleterre, si bien qu'on dut 
modérer son zèle et lui demander des corrections avant 
de lui accorder V Imprimatur. C'est ce que nous apprend 
une lettre du cardinal Bonsi, évoque de Béziers, et depuis 
peu nommé membre de la congrégation du Saint-OfBce. 

« ... Je serois marry, écrit-il à M. de Puysieux, que de mon 
temps se passast chose qui ne soit conforme a la commune intelli- 
gence de la France et au seruice du Roy, me pouuant donner ceste 
louange que i'ay empesché l'impression de plusieurs libures qui 



(1) Balth. de Vias. Charititm lihri III, Paris. 16C0, in-4*, p. 362. — Il parait 
que Louise de Bonnnire était très jalouse. Cela ne contribuait pas, il s*en faut, 
à la paix du ménage ni au bonheur de son époux, qui s'en plaignait, comme 
on le voit par une idylle de Vias (Charités, 1. 1, eid. x, p, 24), adressée à Bar- 
clay lui-même. On voit aussi par cette pièce que Barclay songeait déjà à 
VArgenis avant d'être A Rome, et que H. de Vias est pour quelque chose dans 
les vers dont ce roman est mêlé : 

Milita tua Argents de me (ert carmioa, qiiae t^ 
laserui alloquiU sollicitante tui«, 

Kl tihi sum Nirupompa« ego, Mteria per me 
Viilnerihu-t saQi<> hic Puliarcliu^ habet. 

(2) Homae, 1617: autre édition, Coloniae, 1617. Une traduction française 
fut publiée à Liège, 1634, in-4', par J. Waltery de Castro, chanoine de Visé- 
sur-Meuse. 

On a attribué ù notre Barclay l'écrit intitulé /. Barcleii, de rébus Britannicis 
novis ad snos Geniiles epistolae, Francopoli. s. d. in-8» (Mazarine, 32,328). 
C'est à tort, car cet ouvrage fait allusion au règne de Charles I". et notre au- 
teur est mort quatre ans avant que ce prince montAt sur le trône. 



A PROPOS DE J. DE BARCLAY 321 

n'auroient esté aggreables ny au Roy, ny aux autres Princes, et que 
Sa S^*^ m'a fait rhonneur de dire autresfois en pleine Congrégation 
que ie Tauois bien conseillée et par ceste cause on n'a pas laissé 
imprimer icy un nouueau libure du S' Barclay Contra sectarios 
sans quMl ayt esté auparauant corrigé en plusieurs endroicts, roesmes 
ou il traictoit avec peu d'honneur du Roy d'Angleterre... » (1). 

Dans une longue préface, Barclay donne des explica- 
tions assez embarrassées sur les motifs qui Font porté à 
publier les ouvrages condamnés par la cour romaine, et 
sur ceux qui lui ont fait quitter TAngleterre. A l'en croire, 
il n'écrit pas sa Paraenesis parce qu'il s'est réfugié à Rome, 
mais il s'est rendu dans cette ville afin de pouvoir libre- 
ment récrire. Il rend hommage à la bienveillance que lui 
témoigne le cardinal Bellarmin, son ancien adversaire. 

Il déclare du reste qu'il n'a jamais cessé de professer la 
religion catholique , môme en Angleterre , usant pour 
cela de la tolérance que lui valait sa qualité d'étranger. 
Tout autre aurait été, d'après lui, la situation de ses enfants 
qui, nés en Angleterre, auraient été, par là même, exposés 
aux vexations édictées en ce pays contre les catholiques ; 
et c'est surtout pour les en préserver qu'il a quitté la 
Grande-Bretagne, malgré les avantages que lui faisait le 
roi Jacques. 

Quant aux ouvrages qu'il a écrits précédemment, Bar- 
clay nous apprend que les applaudissements qu'ils lui ont 
valus de la part des hérétiques qui lui ont ouvert les yeux. Il 
réprouve donc certaines opinions qu'il y avait émises, 
notamment sur l'indépendance absolue des rois à l'égard 
du pouvoir spirituel et sur les immunités ecclésiastiques. 

Enfin, il désavoue un libelle injurieux pour le roi 
d'Anglererre, répandu dans le peuple peu après son départ 
de Londres, et dont on le faisait l'auteur ou l'éditeur. 



( 1 ) Lettre du 19 septembre 1617. Biblioth. Nation., fonds français, 18,011, 
f221. 

1891 21 



322 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

Tout en recueillant à Rome les bienfaits du Pape , 
Barclay travaillait à se ménager les bonnes grâces du 
gouvernement français et à obtenir de lui quelques 
faveurs. Déjà en passant par Paris pour se rendre d'Angle- 
terre en Italie, il avait vu M. de Puysieux, secrétaire des 
commandements du roi, et lui avait fait ses offres de 
service. Pour se rappeler à son souvenir, il lui fit hom- 
mage (le sa Paraenesis ad sectarios. Voici en quels 
termes : 



Monsieur, 

La courtoisie auec laquelle il vous a pieu autresfois receuoir 
quelques escris que i'auois mis au iour m'a donné la hardiesse de 
vous enuoyer un petit ouurage que i'ay dressé contre les Sectaires 
de ce temps. Ce n'est pas que ie l'estime digne de passer sous vostre 
veuo, mais pour auoir nouucau suiet de vous offrir mon treshumble 
scruice et vous dire qu'il n'y a rien qui m afflige plus en ce monde 
que le peu d'occasion a faire paroistre auec combien de vérité ie 
vous ay voui' le peu qui est en moy. II me fust impossible au partir 
d'Angleterre de vous dire les raisons qui me portoyent en Italie, ce 
que ic desirois infiniment pour me régler selon vos commandemens, 
mais ic vous peus dire en vérité qu'autant que la fortune m'a esloignee 
de la France autant me sont crcus les désirs d'estrc éternellement 

Monsieur, 

Vostre très humble et tresobeyssant seruiteur 

Jean db Barclay. 

Dt» Home, 25 septembre 
1017. 

A Monseigneur, 

Monseigneur de Pisieux , 

Conseiller du Roy on ses 

Conseils d' Estât et privé, et 

Secrétaire de ses commandemens. 

A Paris (1). 



( 1 ) Nationale, fr. IS.OH, f- 239. 



A PROPOS DE J. DE BARCLAY 323 

Quelque temps après, Barclay composa VArgenis, 
roman dans lequel il voulut faire entrer l'histoire de son 
temps (l). Il eut la pensée de se faire payer les éloges 
qu'il y donnerait et la gloire qu'il y pourrait distribuer. 
Il intéressa à ce projet la vanité du chancelier Brulart de 
Sillery et celle de M. de Puysieux, son fils. Celui-ci 
échangea à ce propos plusieurs lettres avec Barclay, et 
lui fournit même certains documents à mettre en œuvre 
dans le roman. Il pensait sans doute tout d'abord en être 
quitte pour recommander l'auteur à la bienveillance du 
marquis de Cœuvre, ambassadeur de France à Rome, et 
lui assurer ainsi la faveur de la cour pontificale. L'ambas- 
sadeur le détrompa : 



... Monsieur jay rcceu la lettre que vous maves escripte pour M»" 
Barclee auquel comme jusques icy ie lay veu fort incliné au seruice 
du Roy jay aussy fait tout le bon accueil que jay peu mais ie 
continueray d'aultant plus volontiers que ie voy le soing que vous 
en auez et que le Roy la aggreable, mais ie croy que ce n'est pas son 
principal but estant bien traicté du Pape et en bonne estime près de 
Sa Sainteté et de plusieurs cardinaulx, et disant que si l'affection 
quil porte au seruice de Sa Ma** et de la France lempesche de 
voulloir entendre aux offres qui luy sont faictes par les Espagnols 
de le gratiffîer de bénéfices au Roy™e de Naples, il croit, comme il 
semble estre, bien raisonnable auoir subiect de désirer quelque effet 
présent de la libéralité de sa Ma** soit en pension ou en beneGces 
pour ses enfanlz et quoy que ce soit que Sa Ma** face pour luy 
jestime qu'il sera fort bien employé... » (2). 



( 1 ) M. Boucher ( op. cil.) et M. Dupoiid ne sont pas d'accord sur le but de 
VArgenis. Le premier ne voit dans cet ouvrage qu'un traité de politique 
encadré dans un roman qui n'a rien d'historique ; le second le considère, 
au contraire, comme la peinture allégorique d'une époque en même temps 
qu'un traité «le politique sous forme de roman. Les lettres de Barclay que 
nous publions donnent raison à M. Dupond. 

(2) Dépêche du manjuis de Cœuvre à M. de Puysieux. Home, 15 juillet 1G20. 
- Bibl. Nal. fr. 18.014. P XYl, V. 



324 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

Nous n'avons pas les lettres de M. de Puysieux à Barclay, 
et c'est dommage. Toutefois, nous avons retrouvé les 
réponses de Barclay : elles nous montrent que Louis XIII 
s'était résolu à lui accorder une pension et que certains 
passages de VArgenis ont été retouchés sur l'avis du chan- 
celier Sillery. Voici ces lettres (1) : 

Monsieur, 

lay receu celles dont il vous a pieu m'honorer du 3 etdu 17 de juin, 
accompaignees des mémoires que ie desirois infiniment pour auoir 
occasion de faire esclorre quoique partie du treshumble seruice que 
ie vous ay voué. l'espère d'en vser en sorte que vous aurés quelque 
occasion de vous contenter de mon seruice, et que le crayon que ie 
tireray de Monseigneur le Chancellier durera aus yeux de la postérité. 
Je vous suis extresmement obligé Monsieur pour la recommendation 
qu'il vous a pieu faire de moy de la part du Roy à Monsieur le Mar- 
quis de Cœuure ; quoy que ie ne croye point que l'occasion me deut 
arriver de l'importuner pour aucune assistance à mes affaires de deçà, 
ayant Dieu soit loué tout le suport que ie scaurois désirer en sa 
Sainteté et en sa Court. Il cognoit la passion que i'ay de me déclarer 
françois et crois luy en auoir donné quelques prennes depuis qull 
est icy Ambassadeur, mais il scait ce qui m'empcsche de rendre les 
seruices que peut estre ie pourrois, et lui en ay dit rondement les 
causes, lesquelles il n'a peu desapprouuer, et m'a dit qu'il s'asseuroit 
que quant vous en sériés aucrty vous les trouucriés légitimes et 
et apporteriés le remède qu'il faut. le crois qu'il vous en escrit et 
scai bien Monsieur que si quelque chose ce fait pour moy ie vous 
en dcui'ay tout entièrement le grammercy, comme aussy ie tascheray 
de ne point estre le plus inutil de tant de seruiteurs que vous aués 
obligé. Si vous faites plus pour moy que la naissance n'a fait, cest 
a dire si vous m'obliges a estre françois, i'addresseray l'œuure que 
i'ay a cett' heure en main au Roy auec une préface qui peut estre 
de quelque importance, particulièrement icy, ascavoir des obligations 
que les Roys ont au Saint Siège et mutuellement que le Saint Siège 
a aus Roys de France. Outre ce que i'ay a dire au corps du livre de 



(1) Les originaux sont à In UiblioUiôque nationale, fonds français, n* 18,014, 
f** 324 et 524 : n- 18,015, f 5. 



A PROPOS DE J. DE BARCLAY 325 

Monseigneur le Gbancellier, il y auroit en cette préface un tresbaeu 
et honorable champ pour ses louanges. Ce ne sera pas par la 
plume seulement mais par toutte sorte de seruices que ie seray 
iamais capable de vous rendre que ie m'estudieray de me monstrer 

Monsieur, 

. , , ,. . , .. . Vostre treshumble et très 

Lesuietduhureoujepretendsfaire ^^eyssant seruiteur 
entrer a bon escient Monseigneur 

le Ghancellier et vous aussy, est une Jean de Barclay. 

inuention assés gaye comprise en 

cinq liures ou se traitte de la pluspart des affaires de nostre temps. 
J'y adjousteray cette préface de laquelle ie vous ay parlé si le Roy 
accepte mon seruice (1) et tourneray aisément le stile de tous les 
cinq liures à l'honneur de la France. 

De Rome, 12 Juillet 1620. 

A Monseigneur, 
Monseigneur de Puysieux, conseiller du Roy en ses conseils 
d'Estat et priué et secrétaire de ses commanderaens, etc. 



Monsieur, 

Ayant appris depuis peu que Sa Maiesté s'estoit résolue de me faire 
son pensionnaire, i'ay tresasseureement creu que cett' avantage ne 
m'estoil pas arriué sans l'honneur et le port de vostre faneur. Ce 
mot sera pour vous en remercier treshumblement et vous dire que 
ie me tiens entièrement asseuré qu'il vous plaira acheuer Touurage 
si bien commencé. Je scai Monsieur qu'il dépend tout a fait dévoua 
de borner ou eslargir en cet' endroit la libéralité du Roy. Gela me fait 
vous supplier auec plus d'instance qu'il vous plaise me monstrer par 
cette occasion qui ne se recouure pas ayseement que vous me tenés 
pour vray et perpétuel seruiteur de vostre maison. La chose sera 
tant plus aysee que ie ne suis ny françois ny Italien, et que ie pour- 
rois seruir le Roy et me ressentir de ses libéralités quant bien ie ne 
serois pas en cette ville de Rome, tellement que les pensionnaires 
Italiens et François que Sa Maiesté a icy ou qu'elle y fera, ne seau- 
royent tirer a conséquence la faueur auec laquelle on me traittenu 



( 1 ) Cetle préface, si elle a été écrite, n'a pas été imprimée. 



326 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

Enfin Monsieur, c'est de vostre bonté et courtoisie que ie demande 
et espère issue fauorable a cett' affaire sachant bien qu'elle est 
entièrement en vostre main. J'attens aussy quelque responce sur les 
pièces que ie vous enuoyay dernièrement pour m'y pouuoir reigler 
selon que me le commandercs. le n'attens quasi autre chose pour 
acheuer tout Tœuure, lequel pourra commencer a estre mis sous la 
presse enuiron ce Noël prochain, si vous en faites scauoir d*heur 
vostre iugement à 
Monsieur, 

Vostre treshumble et tresobeyssant seruiteur. 

Jean de Barclay. 

De Rome, 18 octobre 1G20. 

A Monseigneur, 
Monseigneur de Puysicux , 
CSonseiller de Sa Maiesté en ses 
CSonseils d'Estat ot priué et secrétaire 
de ses Gommendcmens, etc. 

Monsieur 

J'ay receu celles qu'il vous a pieu m'escrire du 2 Décembre, et y 
ay appris la resolution de Monseigneur le Ghancellier touchant ce 
que ie m'estois proposé de faire pour son seruice. Je ne faudray pas 
de suiure son commandement, quoy que ie soye fort d'opinion que 
s'il eut veu tout l'œuure il eut modéré ce sien auis. S'il eut trouué 
bon que ie changeasse on adioutasse quelque chose en ce qui le 
concerne je me fusse estudié de ne point passer ses volontés ( 1 ) . Ge 
sera quant il luy plaira que ie luy rendray ce très humble seruice. 
Et si ie peus apprendre qu'il ne doiue point trouuer mauuais que ie 
face doresnauant quelque semblable essay a son desceu, ie n'atten- 
dray pas qu'il me le commande, désirant sur tout de monstrer, soit 
par la plume soit par auti-e moyen combien grand admirateur ie 
suis de ses treseminentes qualités, et des vostres Monsieur de qui 



(1) Ces paroles indiquent bien que le chancelier Sillery, sous un nom em- 
^prunté, joue un rôle dans le roman. Cependant les clés ne i>arlent pas de lui. 
Au contraire, toutes reconnaissent Villeroy sous le personnage de Clâibule, 
bien qu'ily ait à cotte identification degrosses difficultés, ainsi que le rt^marque 
l'auteur du Discursus in Argenidem, placé en télc de Tédition eizévirienne. 
U est donc probable, sinon certain, qu'il faut corriger les clés et lire Sillery 
au lieu de Villeroy. , 



A PROPOS DE J. DE BARCLAY 327 

Fattens sur toutte autre faueur l'ouuerture de quelque moyen pour 
faire paroistre la vérité de ces miens vœus. le m'asseure que vous 
aués deuant cett' heure résolu de mon affaire, de laquelle ie me tiens 
seur d'auoir bien tost des nouuelles qui me feront recognoistre que 
vous m'aurés traitté auec la faueur que doit espérer 

Monsieur, 

Vostre treshumble et tresobeyssant serviteur, 

Jean de Barclat. 

De Rome, !«' janvier 1621. 

A Monseigneur, 
Monseigneur de Puysieux, 
Conseiller de S. M. en ses Conseils 
d'Estat et Priué et secrétaire de 
ses Commendemens, etc. 

Le roman terminé, Barclay l'envoya à Louis XIII avec 
une lettre différente de la dédicace latine qui le précède 
dans les éditions. Il y sollicitait les bienfaits du roi et 
promettait de travailler encore pour son service. Cette 
lettre n'est pas autographe comme les autres ; elle porte 
seulement la signature de Barclay. Sans doute, la maladie 
l'avait empoché de l'écrire lui-même. On sait, en effet, 
qu'il mourut deux jours après (1). 

Sire, 

Quoy que les vertus et les armes de Vostre Maiesté esclatent de 
sorte quil semble que ce soit leur faire tort de choisir en ce siècle 
autre suiect d'escrire, sy est-ce que i*ay osé vous ad dresser cet œuvre 
comme chose deuë a Vostre Maiesté, puis que son principal but est 
de traicter des guerres et des amours d'un jeune et chaste Prince 
qui semblent estre tirées sur le modelle de vostre courage et génie 



(1) I^ 12 août 1621. selon Moréri ; le Dictionary of National Biography 
edited by Leslie Stephen (London, 1885, in-8-, t. HI, p. 163) dit le 15. Ralph 
Thorie. dans son élégie latine sur la mort de Barclay, insinue qu'il ftit 
empoisonné. , 



328 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

Gecy n*e8t qu'un essay de l'estude ou ie pretens m^emploier pour 
estre conté au nombre de ceux qui se seront penéz de représenter a 
la postérité quelque partie de toz actions plus heroiques, ne voulant 
céder en ce point a ceux qui ont l'honneur d'estre néz suietz de 
Vostre Maiesté. Recevez donc cecy, sire, s'il vous plaist pour arres 
d'un travail qui vous sera plus aggreable, et sy vostre royale bonté 
veut encourager ces miens desseins par quelque faueur, que ce soit 
de me donner par ses commandemens suiect de me faire paroistre. 

De Yoste Maiesté, 
Sire 
Très humble très obéissant et très affectionné seruiteur, 

Jean de Barclay (i). 
De Rome, X Âoust 1621 

La pension promise à Barclay par le roi de France lui 
fut-elle payée ? Nous ne savons, mais après sa mort, sa 
veuve ne fut pas oubliée de M. de Puysieux ; nous en 
avons pour preuve la lettre suivante écrite parle frère de 
cette dame : 



Monseigneur, 

Jay creu estre obligé de ioindre a celle de Madii® de Barclay, ma 
seur , ce peu de lignes pour vn remerciement très affectionné de 
la bonne volonté qu'il vous plaist luy monstrer par vos lettres, et a 
son filz mesmement, qui s'aduance désormais et croist en espoir de 
vous pouuoir seruir. Il se voit par icelles que la protection des 
voufues et des pupilles, ne vous est pas moins recommandée par 
vostre bonté propre, que vous estoit la seruitude du père par sa 
sincérité et deuotion. Nous ne pouuons augurer que tout bon succès 
voyant ceste propension en leur endroit. Que s'il en reuscit le bien 
que nous auons suiet d'espérer par vostre moyen, et elle, et moy, 
vous en pourrons a bon droict nommer l'autheur et principal motif. 
Et est mal aisé de croire que l'aiTection passionnée du deffunct au 
seruice du Roy et de TEstat, aydée d'vn sy grand et fauorable port 



(1) Nationale, tr. 18,017, f^ 26» 



A PROPOS DE J. DE BARCLAY 329 

comme le vostre ne soit en quelque considération d'autant plus que 
les mesmes vœux (bien que plus foibles) viuent en sa postérité et 
en moy particulièrement de me faire cognoistre et estimer 

Monseigneur, 

Pour 
Votre très humble et très affne seruiteur, 
De Bonnaire 

Rome, ce 12 feurier (1622). 

Monseigneur, 
Monseigneur de Puisieux. 
En coort (1). 

Peu de temps après, le roi accorda au fils de Barclay, 
âgé d'une douzaine d'années, une pension de douze cents 
livres. Nous avons trouvé une copie du brevet qui lui en 
fut octroyé : 

Aujourd'huy III» d'Auril Tan Mil six cens vingt deux, le Roy estant 
a Blois bien informe de Taffection du feu Si* de Barclay au bien de 
son seruice, et voulant espérer que Jean (2) de Barclay son fils a 
son imitation sesleuera en ceste mesme deuotion, Sa Ma^ pour luy 
donner plus de moyen de continuer ses estudes, et se former a la 
vertu luy a liberallement accordé et faict don de la somme de XIIc 
liures de pension a presleuer sur les deniers tant ord^®* qu'extraord"» 
de son Espargne, veult et entend qu'il soit couché et employé dans 
fVestatJ de ses pensionnaires pour lad. somme de XII^ liures et 
d'icelle payé par les Trésoriers de son Espargne chacun en Tannée 
de son exercice à commencer du premier jour de la présente année 
et ce en vertu du présent breuet quelle a voulu signer de sa main. (3). 

Nous donnons, en terminant, une pièce de vers latins 
attribuée à un Barclay. Est-elle de Guillaume ou de son 
fils? Rien ne nous le dit; pourtant nous n'y trouvons 



( 1 ) Nationale, fr. 18,018, f^ 72. 

(2) Le fils de Barclay s'appelalt-il Jean ? D'autres disent Guillaume. 

(3) NaUonale, fr. 17,364, f , page 520. Copie. 



330 BULLETIN DU BreLIOPHILE 

pas l'élégante facilité de l'auteur de VArgenis, Ce petit 
poème ne se trouve pas dans les Deliciae poetarum scoto- 
rum (1) où l'on a donné place à quelques poésies de 
Guillaume Barclay à la suite de celles de son fils (2). 

In Reditum Reginae Margaritae in Gallias (sic), i605, 

patria, o arces, o dulcia tecta parentum ; 
Unde auus, vnde pater, très vnde ex ordine fratres 
Sceptra tulere mei, me n'o cur nescitis arces ? 
Ula ego sum, cui vos cunabula chara dedistis, 
Et patrio ingentem cultu jactastis alumnam ; 
Stirpe Deas, et fronte Deas, et sidéra vultu 
Gum premerem, amborum spes ambitiosa procorum ; 
Nunc conjux vidua et vani cum nomine Regni, 
Rupibus e nudis longique e carcere montis 
Excedo, sed et hic causas infesta dolendi 
Disponit fortuna mihi monstratque colendam 
Quae mihi successit, quique ah de corpore nostro 
Debuit esse puer ; sed nec contendere promptam 
Damnauit dudum miseram fecitque nocentem 
Prosperior fortuna viri, nunc cedere Diuis 
Aduersoque juuat miseram subscribere fato. 
dolor, en potui victos inflectere vultus, 
Despectosque orasse viros ; ne crédite viuam, 
lam mea non vnum consumpsit stamina lethum ; 
Et viuo et morior toties, me funere longo 
Nempe raori decuit, quae tôt per saecula clarum 
Induco tumulis suprema Valesia nomen. ( 3 ) 

Ch. Urbain. 



(1) Amstelodami, 1637, iii-18, p. 76-141. 

(2) Les poésies de Jean de Barclay avaient paru d'abord sous ce titre : 
J, Bcwclaii Poematum libri duo. Londini, Edw. Griftln, 1615, iii-4. 

(3) Nation, fr. 25,560, 1^ 58. 



ÉTUDE 



SUR LES 



LIVRES A FIGURES VÉNITIENS 

DE LA FIN DU XV* SIÈCLE ET DU COMMENCEMENT DU XVI* 

(Suite et fin.) 



1521 

Poliziano. — Stanze per la giostra del magnifico 
Giiiliano di Piero De Medici, 

In-8o . 40 ff. non numérotés, registres A-E, par 8, le 
dernier est blanc. Car. cursifs. Encadrement au fron- 
tispice, à fond noir, pointillé de blanc. Au verso de D3, 
un bois assez joli, mais gravé sans soin, occupant toute 
la page, et représentant un homme (Orphée) jouant du 
violon, et sept femmes assises, qui l'accompagent sur diffé- 
rents instruments. A la fin : Stampate per Nicolo Zopino 
e Vincentio côpagno nel. M.CCCCC.XXL adi XXX. de 
Agosto Régnante lo inclito principe Messer Antonio Grimant. 
(Bibliothèque Landau). Voir Bibliografia délie antiche rap- 
presentazioni italiane... par le vicomte Colomb de Batines, 
page 74 (1). Batines cite à propos des Stanze de Politien, 
les éditions vénitiennes in-8® du 10 octobre 1505, de 
Maestro Manfredo di Bonello di Monteferrato, du 12 mars 
1513, de Zorzi de Rusconi ; du 14 mars 1515, de Zorzi de 
Rusconi ad instanza di Niccolà Zoppino e Vincenzo corn- 



( 1 ) La Favola dOrfeo, fut, scion AfTo, récitée à Mantoue en 1472 ; il est pro- 
bable que les Stanze furent composées à la même époque. 



332 BULLETIN DU BIBUOPHILE 

pagni ; du 10 novembre 1516, de Marchiô Sessa e Pietro 
de Ravani Bresciano compagni; du 20 octobre 1518, 
de Zorzi de Rusconi. Il ne dit pas si elles ont des bois, 
mais il est probable que, comme celle de 1521, elles en 
sont ornées. 

1524. — Stanze di Messer Angelo Politiano Comin-- 
tiate per la Giostra. 

Petit in-8o ; encadrement à fond noir, mal grave ; 
verso D iii, le bois de la première édition. A la fin : 
Fine.,, Stampate nella inclita Citta di Venetia per Nicolo 
Zopino e Vicentio compagno nel M,D,XXIIII, Adi, xii de 
Marzo... Au-dessus, marque de Zopino (Marciana, 6403). 

1521 

Opéra vtilissima a qualunche fidel Christiâo, Inti- 
tulata Spechio délia Sancta matre ecclîa. Con la sua 
Tabula deli capitoli, Nouamente stàpata. Feuillet A. 2.: 
Opéra,,, composta dal Reuerendissimo Ugone Cardi- 
nale de Sancto Uictore. 

Petit in-S® gothique de 37 feuillets numérotés, plus 3, 
un pour la table, un pour la marque placée au verso et 
un blanc. Le titre est entouré d'un encadrement, au 
trait, formé d'arabesques pour le haut et les deux côtés, 
et d'une scène dans la partie inférieure. A l'intérieur de 
l'encadrement, en bas à droite et à gauche, un petit bois 
ombré à fond noir au pointillé, représentant VElévation ; 
très médiocre. Au verso, une Crucifixion, au trait, rendue 
extrêmement confuse par la multiplicité des person- 
nages. Recto E. 7, un assez joli bois ombré, représentant 
la Pentecôte, Dans le milieu, en bas, au-dessous de la 
Vierge, s'appuyant sur l'encadrement à fond noir, une 
petite colonne flanquée de deux pointes, différant un 



LIVRES A FIGURES VÉNITIENS 333 

peu de forme de celle que nous avons signalée dans le 
Dante de 1512 el autres ouvrages. Cette colonnette ne 
saurait être un ornement; elle est à coup sûr une 
marque qui paraît imitée de celle de 1512 ; peut-être 
même est-ce la signature du graveur • / • • C • qui aurait 
modifié en 1521 la marque adoptée par lui de 1512 à 
1515. Le style de ce bois est différent de celui des bois 
antérieurs avec la colonnette; les détails ne sont pas 
plus soignés, l'ensemble n'est pas meilleur ; il est ombré 
très fortement à l'aide de hachures profondes et très 
rapprochées, ce qui donne des ombres beaucoup plus 
accusées qu'elles ne le sont habituellement à cette époque. 
L'encadrement à fond noir est très fin et fort gracieux. 
Au verso, la Justice, avec l'épée et la balance, assise sur 
des livres ; au-dessous A. B., marque de A. Bindoni. Le 
colophon est au bas de la table, au verso E. 6 : Stampata 
in Venetia per Alessandro di Bendoni. M. D. XXL Die. 7. 
Septébris, (Librairie Rosenthal). 

1524. — Opéra utilissima a qualunque fidel chris- 
tiano intiiulaia Specchio délia Sancta Chiesa. 

In-S*^ goth. ; figures sur bois. Vinegia, Bindoni, 1524. 
(Deschamps, t. II, col. 78). 

1521 

Lo amoroso Côuinio di Dante : con la additione : 
Nouamente Stampata. 

In-8o de 8 ff. prél. et 151 numérotés, registres A-a-t; 
caract. rom. et goth. Au-dessous du titre goth., le buste 
de Dante couronné de lauriers, vu de profil; bois un peu 
grossier, mais assez bon. A la fin : Stampata in Venetia 
per Ziiane Antonio : et FradelU da Sabio: Ad instantia 
de Nicolo e Dominico dal lesus fradelli. Nel Anna del 



334 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

Signore. M. D. XXL Del Mese di Ottobrio, (Bibl. Nat. de 
Florence, dont l'exemplaire est annoté en marge par le 
Tasse. — Arsenal, B. L. 4855). 

1521 

Agostini (Nicolô di). — Lo inamoramento di messer 
Lancilotto e di MAdonna geneura nelquale si trat^ 
tano le horribile prodezze e le strane uenture de tutti 
li Cauallieri erranti délia tauola ritonda. 

In-4o . titre rouge et noir ; la première ligne gothique ; 
le reste, ainsi que le texte, en lettres rondes; à 2 colonnes. 
Le premier et le second livres de A à K-viii ; le second 
livre n'a pas de titre ; au recto K-viii, au-dessous de Finis, 
le colophon suivant : Composta per Nicolo de Agustini e 
Stampata in Venetia per Nicolo Zopino e Vicentio sua 
compagno NeL M. CCCCC.XXL Adi XXXI de Ottobrio... 
Au-dessous se trouve la marque de Zopino : S. Nicolavs 
avec .N, ,Z, Le troisième livre commence au feuillet A, 
par ce titre : Libro terzo e vltimo del innamoramento di 
Lancilotto e Gineura con li grandissimi torniamenti e 
battaglie fatti per amor : historiato : e composta per 
Nicolo di Aiignstini,., Nouamëte stâpaio del M. D. XXVj, 
imprimé en lettres rondes et gothiques rouges et 
noires; le registre de A à K-iiii. Au-dessous du titre, 
grand bois ombré : un cavalier, tourné vers la droite, 
lève son épée pour en frapper un homme à terre ; dans 
le bas, à droite, la signature . z, a. Cette gravure, entourée 
d'un large encadrement à fond noir, au pointillé, formé 
de feuilles d'acanthes, est assez bonne, et dans la facture 
ordinaire de z. a. ; 11 bois pour le premier livre, du 
même style que le bois du titre, mais non signés ; 5 bois 
pour le second livre, du même style. Le bois placé au- 
dessous du titre du troisième livre représente Lancilotto à 
cheval, regardant à gauche et perçant, d'une longue 



LIVRES A FIGURES VÉNITIENS 335 

lance qu'il tient des deux mains, un cavalier venant de 
gauche ; dans le fond, arbres, monticules et combat de 
cavaliers à gauche. Cette gravure, non signée, est du 
style des précédentes ; 8 bois jusqu'au verso H-iiîi qui 
porte FINIS ; le recto suivant commençant par un bois 
au-dessus duquel se lisent ces mots en gothique : Fine de 
tutti li libri de Lancilotto delstrenuo milite Marco Guazzo; 
4 bois y compris celui-ci. Au recto du dernier feuillet : 
Stampata in Vinegia per Nicolo Zoppino Ferrarese il mese 
di Marzo del M, D.XXVL Plusieurs bois répétés. 

1521 

Opéra nvova del conte de Conti da camerino inti- 
tvlata Triompho del miouo mondo et vno inamora- 
menio de cgidio in terza rima. 

Pet. in-8^, en lettres rondes ; mauvais encadrement au 
titre ; A-ii, bois déjà cité : une couronne traversée par un 
chapelet sur fond noir au pointillé ; verso A-iiii, copie 
légèrement ombrée du bois du Boccaccio de 1492 ; le per- 
sonnage, à gauche, jouant de Torgue, est accompagné 
par un jeune homme jouant de la guitare; puis, dans le 
texte, petit bois à fond noir et au trait ; verso &m : 
Incomincia sonetti... : des bergers gardant leur troupeau ; 
au premier plan, à droite, deux chèvres courant Tune sur 
l'autre tête baissée ; à gauche, un personnage assis contre 
un arbre. A la fin : Stampato in Vinegia per Georgio di 
Rusconi Milanese nel anno del Signore. M,D,XXL Adi 
uinti de nouembrio, (Arsenal, 5279. B. L.) 

1521 

Lamento di quel tribulato DI Strascino Càpana 
Senese : sopra el maie incognito : elqle traita de la 



336 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

Patiétia, et impatiétia î ottaua rima : opa molto 
piaceuole. 

Petit in-8o, en vers ; lettres cursives ; 28 feuillets dont 
un blanc. Au-dessous du titre, bois ombré : sur un lit, un 
homme nu couvert de pustules, trois personnes le soignent^ 
dont une, le médecin, lui tient le bras ; au-dessus de lui^ 
un diable ailé verse sur lui les pustules dont son corps 
est couvert ; une banderole à hauteur de sa bouche porte 
ces mots : hoime le doghe. Verso du 27® feuillet, marque 
de Zopino : S. Nicolavs avec .N,.Z. Au-dessous : Stam- 
pato in Venetia per Nicolo Zopino e Vincentio compagne 
nel M.CCCCC. XXi. Adi. XII. De Decembrio. Cette édition 
est la première ; Brunet ne cite que celle de 1523. (Mar- 
ciana, 2166). 

1523. — Lamenta di quel tribulato di strascino 
campana senese sopra et maie incognito et quale 
traita de la patientia et impatientia. 

In-8° ; lettres rondes ; sous le titre, bois de l'édition de 
1521. A la fin : Stampata nella inclyta Citta di Venetia p 
Nicolo Zopino e Vincétio compagno. Nel. MXCCCC.XXIIL 
Adi. L de Setembrio. Verso, la marque de Zopino (Mar- 
ciana). 



1521 



Epistole e Lectione Evangelii i quali si legono in 
tutto Vanna alla messa seconda Vusa de la sancta 
chiesa Ramana. 

In-4o ; 148 jolis bois ; la première page du texte est 
entourée d'un encadrement. Vinegia per Pietro da Pauia, 
1521 



LIVRES A FIGURES VÉNITIENS 337 

1521 

Rosario de la gloriosa Vergine Maria, 

In-8o, avec figures. Venetiis MDXXL Panzer, t. VIII. p. 
470, donne ce livre à F. Alberii Castellani, désigné dans 
le privilège du 5 avril 1521, sous le nom de Alberto da 
Castello. Brunet cite Téditionde 1522 comme la première. 
D'après Panzer, elle ne serait que la seconde. Toutes les 
éditions qui se succèdent de 1521 à 1564 sont identiques 
sauf quelques légers changements dans l'impression ou 
les bordures des pages. Libri (catalogue de 1859) cite une 
édition de ce Rosario, s. Z. n. cf., in-8% supposée de Ve- 
nise 1521, avec des bordures et des gravures sur bois. 
Ne serait-ce pas celle de Panzer et dont Libri n'aurait vu 
qu'un exemplaire incomplet du colophon ? 

1522. — Rosario de la gloriosa Vgîe Maria. 

In-S" ; caract. goth. ; 252 feuillets et quatre pour la table ; 
signatures A. Z. AA. JJ. 8 ff. par cahier. Au-dessousdu titre, 
placé en haut de la page sur une seule ligne, grand bois : 
l'invention du Rosaire ; dans le bas à gauche, des hommes 
à genoux tenant des chapelets; à droite des femmes; 
dans le haut, la Vierge et le Christ tiennent une banderole 
sur laquelle sont écrites des paroles de TEcclésiaste ; 
à droite et à gauche, en haut, un ange portant un livre 
ouvert, celui de gauche ayant ces mots : EXERCITIVM 
CHRISTIANO, celui de droite : HIC EST LIBER MADA- 
TORVM DEI ; une banderole partant de chacun des 
groupes du bas va s'enrouler autour du cou d'un person- 
nage placé au-dessus de lui ; le fond de la gravure figure 
des branches et des feuilles partant de tiges plantées en 
terre au milieu dans le bas. Au milieu de la gravure, la 
lettre P. Verso 2 et recto 3, le privilège daté du 5 avril 1521. 

18U1 22 



338 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

488 bois encadrés ; style médiocre, surtout en ce qui con- 
cerne la gravure qui est épaisse, lourde et sans élégance ; 
néanmoins quelques-unes des vignettes ne sont pas sans 
intérêt ; c'est tout à fait le style en usage pour Tillustration 
des livres à cette époque. A la fin : Questo sacro rosario 
e sta diligentemente ordinato corretto e emendato e nella 
Inclita cita de Venetia studiosissimamente impresso per 
Marchio Sessa e Piero di Rauani compagni nel anno del 
signore. M. D, XXII adi XXVII de Marzo.,, Au-dessous la 
marque de Sessa. (Marciana). 

9 

1524. — Rosario délia glîosa Vgine Maria. 

In-8o de 252 feuillets chiffrés et quatre non chiffrés. 
188 gravures avec entourage à chaque page. Bois des 
éditions précédentes A la fin : Questo sacro Rosario,.. 
Uenetia... impresso per Marchio Sessa e Piero da la Serena 
compagni nel Anno del signore M.CCCCCXXiiij adi XV 
Dicëbrio. (Didot. Cat. raisonné, colonne cxvin). 

1522 

Expositiones siue declarationes oîuz Titulorum tam 
iuris Ciuilisqz Canonici p. D. Sebasiianii Brant. 

In-4o goth. Au-dessous du titre goth., bois ombré à 
fond noir : deux putti tiennent de la main droite la tête 
de saint Jean-Baptiste placée sur un plat ; un arbre 
derrière chaque putto ; au premier plan , trois lapins ; 
au-dessous de la tête, la marque avec les lettres I. B. P. 
Assez bon dessin, mais taille lourde. A la fin : Explicit... 
Venetiis vero per Alexandriim ac fratres de Bindonis : 
Summa diligëtia impressiis. Sumptibus Vo ac impensis 
loannis baptiste de Pedercanis Brixiêsis.Anno... 1522. Die 
Vo. Xj. mensis jamiarij. (Biblioth. du comte Girolamo 
Soranzo). 



LIVRES A FIGURES VÉNITIENS 339 



1522 



La vita DEL GLORioso APOSTOLO E Eiiàgelista 
loanni côposia dal Venerabile pâtre fraie Antôio de 
Adri de lordine de frati miiiori délia obseriiàiia. 

Petit in-8<^ ; 8 feuillets par cahier registre de A à H ; 
non chiffré ; lettres rondes, à deux colonnes ; titre rouge 
et noir ; la première ligne est en gothique. Au-dessous 
du titre, bois de page fortement ombré de traits lourds 
et très accusés ; le graveur s'est ser\4 pour ses fonds de 
traits serrés et un peu courbes ; la vignette représente, 
dans un paysage, saint Jean nimbé, tenant dans sa main 
gauche un calice d'où sort un serpent ; dans le coin, à 
gauche en bas Z. A. D. V. au-dessus de A. et D. V. qui 
sont liés, une croix. Cette signature est celle de Vavas- 
sore. Au verso, une Crucifixion à nombreux person- 
nages : à gauche, la Vierge assise à terre, soutenue 
par deux saintes femmes; à droite, un homme tient 
des deux mains une hallebarde dont le fer affecte la 
forme d'une hache ; il se penche à gauche et regarde à 
droite ; dans le fond, Jérusalem à droite et une forêt à 
gauche ; ce bois est entouré d'un encadrement noir au 
pointillé avec des ornements formés d'animaux fantas- 
tiques, de fleurs et de feuilles. Au recto de l'avant- 
dcrnier feuillet, un sonnet italien avec ce titre : Consola- 
torium ad amicissimum suum, et deux distiques latins, 
suivis de ces mots : Vale : mi Siluester, puis le colophon ; 
deux pages pour la table et une page blanche. A la fin : 
FINIS, et au-dessous : Stampata in veneiia per Nicolo 
Zopino e Vincentio compagno nel M.D, xxii, adi. iiii, de 
Marzo. 



340 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

1522 

Guarna (Andréas). — Bellum grammaticale de 
Principalitate de orationis Nominis et Verbi Regum 
inter se coniendentium. Nouiter mira quadam arte 
compendiosa excussum. 

In-8o ; 8 feuillets par cahier ; au-dessous du titre, bois 
ombré ; une troupe de guerriers tant à pied qu'à cheval 
sort d'un camp dont on voit les tentes à droite ; devant 
ces tentes, un jeune homme semblant leur parler, tenant 
une branche d'oliviers de la main gauche. Vignette sans 
style. A la fin: Explicit,,, Venetiis uero p Alexàdrû de 
bindonis accuratissime Jpressum. Anno dni M.D.XXIL 
Die uero. V, mensis Martii (Marciana 2167). 

1522 

Libro de la perfectione humana Thesoro eterno 
sopra tutti altri Thesori al quale se puene. per uno 
de tre modi delli quali alanimo dedito al studio de 
esso,., etc. del uen. pâtre frate Henrico Herp del 
ordine de frati mîori. de lobservàtia. 

In-S» ; lettres rondes ; à deux colonnes ; 4 feuillets pour 
les tables, 8 feuillets par cahier ; le titre est entouré d'un 
encadrement architectonique, légèrement ombré ; deux 
pilastres avec des ornements au trait soutenant un 
chapiteau au milieu duquel est une tête ailée ; au verso : 
saint François à genoux recevant les stigmates, un livre 
devant lui ; le Christ à droite ; des traits vont des stig- 
mates au saint. Au cinquième feuillet : Specchio de la 
perfectione humana opéra noua.,. ; au-dessous, bois 
ombré, d'un joli style : le Christ debout, dans sa gloire, 
des flammes s'échappant de ses stigmates et allant à six 



LIVRES A FIGURES VÉNITIENS 341 

groupes de personnages, trois à gauche et trois à droite ; 
au-dessous du Ciirist, une banderole : Accipite spiritum 
sanctûy et au-dessous : Qui sitit veniat ad me et bibat. Au 
verso, même bois ; nous le retrouverons dans le Specchio 
délia perfectione humana de Zopino de 1539. Verso D-iii, 
Chemin de la croix : Jésus à genoux succombant sous le 
fardeau de la croix, qu'un personnage vient soutenir ; à 
droite, un soldat romain à cheval tenant un étendard ; à 
gauche, les saintes femmes ; dans le fond, deux hommes 
préparent le terrain pour la Passion ; dans le coin à droite : 
Z.A.D.V., monogramme que nous avons signalé dans 
La vita del glorioso apostolo Euàgelista loanni du 
4 mars 1522 de Adri . Nous avons attribué cette gra\aire 
à Z. A. Vavassore en raison de la signature et de la taille 
lourde et sans élégance ; nous y retrouvons le faire et les 
défauts de VOpera contemplativa imprimé par ce même 
Vavassore auquel on attribue les bois de cet ouvrage ; 
mêmes arbres, même façon arrondie de traiter les mon- 
tagnes, mêmes hachures épaisses. Cette vignette commence 
la 2»^ partie. Verso G-ii, pour commencer la 3® partie : 
la Crucifixion de La vita del glorioso,., déjà citée. Verso Q, 
précédant \c prologo délia terza parte, une Pietà : le Christ 
étendu sur les genoux de la Vierge, qui est appuyée le 
dos contre la croix; derrière, un groupe nombreux, prin- 
cipalement de femmes ; à gauche, à genoux près du 
Christ, un religieux. Cette vignette est d'un aspect un 
peu sec, la taille très fine manque de relief et de fini ; 
les extrémités sont peu soignées, les attitudes roides. En 
somme, le tailleur a médiocrement rendu un dessin qui 
n'était pas sans charme autant qu'on en peut juger par 
ce que nous voyons. Même encadrement que pour la 
Crucifixion ; cet encadrement a déjà été employé dans 
les Bréviaires de lacobus de Leucho, Verso S-iii, la marque 
de Zopino : S. Nicolavs avec .iV. .Z. ; le saint est seul, de 
face, bénissant de la main droite. Il est assez mal gravé. 



342 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

Au-dessous : Stampato nella incliia Citta di Venetia per 
Nicolo Zopino e Vincentio compagno nel M.D.XXII Adi 
XIIII de Mazo.,. Il doit se trouver un feuillet blanc à la 
fin pour compléter le cahier de 4 feuillets. 

1522 

Sonetti del Burchiello nouamëte stampati e diligen- 
temète correcti. 

In-8o, en vers; lettres rondes; mauvais bois au titre. A 
la fin : Stampato in Venetia per Georgio di Rusconi nel 
anno M.D.XXII adi XVIII de Marzo (Arsenal 4360, B. L). 

1522 

Opère di Girolamo Benivieni fîrentino. Novissima" 
mente riiiediite et da molti errori espiirgate con una 
canzona dello amor céleste et divino^ col commenta 
dello m. S. Conte Giovanni Pico Mirandolano distinto 
in Libri III. Et altre frottole de diuersi auttori. 

In-8» de 302 ff. nura. ; caract. cursifs; regist. A-Z, AA- 
BB. Très beau frontispice ombré, dans un encadrement. 
Il est fort bizarrement disposé. En haut, aux angles, 
deux guerriers à cheval, en sentinelle ; entre eux, ces 
mots : fa.che.tu. non. faci a me qiielo. che. tu. non. vo. 
per. te. En bas, trois autres guerriers à cheval ; au-des- 
sous, ces mots : chi. altri. caza. per. se. non. possa. A 
droite, un guerrier à pied, la visière levée ; sur une ban- 
deroUe : chi. non po fare sià el dano so; à gauche, une 
figure semblable tenant en main une hache levée avec 
cette devise : faza hogmim faza hipo. A la fin : Stampato 
in Venetia per Nicolo Zopino e Vincentio compagno nel 
MCCCCCXXII, a di XII de aprile Régnante h Inclito 



LIVRES A FIGURES VÉNITIENS 343 

Principe messer Antonio Grimani (Bihl, Nat. de Florence, 
Arsenal, B. L. 4004. Brunet, t. I, col. 773, parle d'une 
autre édition de Gregorius de Gregoriis, 1524, in-S», qui 
a peut-être le même bois. 

1522 

Probae Falconiae Centonis Clarissimœ fœminœ 
exceptnm e Maronis Carminibus. 

Petit in-8"; au-dessous du titre, bois ombré; à gauche, 
une femme écrit à son bureau ; à droite, deux femmes 
causent ensemble ; au-dessus d'elles, une ville : ROM A ; 
à gauche, au-dessus de la femme : CENT, Le mot n'est 
pas complet, il devrait y avoir sans doute centone. Bois 
très médiocre. A la fin : Finis Probœ Cenione.,.. Venetiis 
impressœin officina loannis Tacuinide Tridino, M. D.XXII. 
Die XXIIIL Aprilis, (Marciana 3356). 

1522 

Viazo. Qiiesto sotto scritto sic tutto el Viazo de 
andare in Icrusalem E per tutti II lochi sancti, 

In-8*^ de 8 feuillets non chiffrés. Au titre, le Christ sur 
la croix, entouré des saintes femmes ; quatre autres bois 
d'un caractère religieux dans le corps du livre. A la fin : 
Stampato in Venetia per Alexandro di Bindoni, Nel anno 
tr^22. A di. 2/. del mese di Luio. (Rubriques 10669-8768. 
Biblioieca Colomlnna, recueil G. 37-34). « Pièce inconnue 
à Tobler, à Chitroiuo, a Ponomarew, à Rœhrichi, à Meisner 
et à tous les bibliographes. La description qui en approche 
le plus est celle que donne Ternaux, Bibliot, africaine^ 
142, sous la date 1520. Rien dans le livre ne permet de 
déterminer quand ce voyage fut accompli ni par qui. On 
y voit seulement que c'était un noble pèlerin: Questo 



344 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

viazzo ha fatto uno dignissimo pelegrino gentilhuomo. 
Cependant, Lechi (Tipografia bresciana nel secolo XF, 
page 110) donne un titre en tout semblable à celui-ci, 
mais dont le coloplion porte : Stampato in Salo (ville du 
Milanais), ad instantiadeAlex. Paganino di Paganini bri- 
xiano, nel anno M, DXVIL Quant au voyage même, 
I^chi Tattribue à un nommé Francisco de Alexandre da 
Modena, personnage d'ailleurs complètement inconnu. » 
(Harrisse, Excerpta Colombiniana, page 240). 

1522 

Sermones Qiiadragesimales venerabilis viri fratris 
loànis Aqiiilani Ordinis predicatorCi de obseruantia. 

Petit in-8<> , gothique à deux colonnes. Le titre est 
encadré d'un ornement ombré, d'une médiocre exécu- 
tion, formé de feuilles d'acanthes, de deux putti ailés 
dans le bas et de deux autres sans ailes, dans le haut, 
groupés avec un oiseau. Verso du quatrième feuillet, bois 
ombré, représentant le saint debout, les bras étendus, 
tenant une église dans la main gauche et le crucifix 
dans la droite ; à genoux à sa gauche des religieux, et des 
religieuses à droite ; dans le haut, au milieu, la Vierge 
ayant à sa droite saint Pierre et à sa gauche saint Paul. 
Ce bois est entouré d'une bordure décrite à propos du 
Breviarium Romanum de 1518, du même Leucho. A la 
fin : Expliciàt.,, : et a Magistro lacobo pentio de Leucho 
nouissime impressi. Anno 1522, die vero, 20. Septemb. 

1522 

Le case volgari de Joâ briino Ariminense. Cioe 
sonetti, . . 

Petit in-8'* ; 8 ff. par cahier ; lettres gotli. ; au-dessous 
du titre gotli. très mauvais bois, au trait, avec le ter- 
rain noir : un personnage dans son cabinet, assis à un 



LIVRES A FIGURES VÉNITIENS 345 

bureau ; copie d'un bois du xv® siècle. A la fin : Stampato 
in Venetia per li heredi de Georgio de Rusconi M. D, XXII, 
Adi xvii de Setembrio. (Marciana, 2423, Bib. Nat. rés. Y. 
3948). Brunet, vol. I, col. 1297, cite deux éditions anté- 
rieures, l'une de 1508, l'autre de 1517, de Rusconi, mais 
ne parle pas de figures. 

1522 

Opéra noua del Magnifîco Caualiero Messer Antonio 
Phileremo Fregoso laquai tracta de doi Philosophi : 
cive de Democrito che rideua de le pacte di questo 
mondo : & Heraclgto che piàgeua de le miserie 
humane diuisa in. XV. Capi. casa bellissima. 

Petit in-8" de 48 ïî. (A-F, par 8). Car. rom. Au-dessous 
du titre goth., bois ombré médiocre : deux personnages 
assis, se faisant face ; entre eux, le globe du monde que 
celui de droite, Démocrite riant, montre à Heraclite; 
au-dessous, trois distiques latins, in imagines Heraclgti 
& Democritiy par Bartolameus Simonetta. Puis deux 
dédicaces. Le poème en tercets commence au recto du 
troisième feuillet. A la fin : Stampata in Venetia per lî 
heredi de Zorzi de Rusconi, Nel, M.D.XXII Adi xxvii, 
del Mese di Setembre (Bibl. de M. de Landau). 

1522 

L. Annei Senecœ Opus Tragœdiaz aptissimisqz 

figuris excultum Cîi expositoribus luculétissimis Ber- 
nardino Marmita : et Daniele Caîetano. 

In-folio de 140 feuillets chiffrés, titre encadré et cu- 
rieuses gravures sur bois. A la fin : Impressum Venetiis 
per Bernardinum de Vianis de Lexona Vercellensem. 
Anna Domini, M.D.XXII die vi, Nouembris. (Catalogue 
Didot, juin 1881, page 165). 



346 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

1522 

Pronostico de Francesco Rvstighello dello anno 
M,D,XXIL 

In-4« de 4 feuillets ; au-dessous du titre, bois carré, 
représentant un personnage assis, tenant le globe céleste ; 
à ses pieds, un livre, un instrument d'astronomie ; dans 
le haut, des étoiles. Au-dessus du titre : Al reverendo 
IN CHRiSTO PATRE MONSiGNOR Misser Bcmardo Ruffi 
Vescouo de Taruiso conte de Berceto Présidente de la 
Romagnia e Guhernatore Delta inctgta citta de Bologna 
Dignissimo. A la fin : Stampato in Venetia (Marciana 
2490). 

Vers 1522 

Lagrimoso Lamento che fa il gran maestro di 
Rodi. Con i soiii Caiialieri, à tutti in Principi délia 
christianità nella sua partita. Con la presa di Rodi. 

In-4" en vers, à deux colonnes, en lettres rondes ; 
6 feuillets, dont le dernier blanc. Au-dessous du titre, 
bois au trait, que nous avons décrit à propos de VObsi^ 
dione di Padua de 1510. Brunet, (t. II, col. 1792), men- 
tionne une édition de Venise de Bindoni (circa 1540), et 
une autre édition de 4 feuillets à deux colonnes, s. 1. n. d., 
mais paraissant, dit-il, imprimée à Venise ; toutes deux 
avec une figure sur bois au titre ; il ne cite pas celle-ci. 
Est-ce la même figure que celle de notre édition (Marciana, 
1016)? Voir Libri, catalogue, p. 20. 

1523 

Agonis Opéra. 

Au-dessous du titre, grand bois médiocre, ombré : un 
professeur faisant une leçon d'anatomie devant un nom- 



LIVRES A FIGURES VÉNITIENS 347 

breux auditoire. Lys de Giunta. A la fin : Impressum 
Venetiis. Anno 1523. Die 7 Februarij. (Bibliothèque de 
S.-Daniele.) 

1523 

Nicolai Leonici Thomaei opvscvla Nvper in Lucem 
aedita. 

ln-4o titre en lettres rouges ; encadrement ombré, d'un 
assez mauvais style. Lettres rondes. A la fin : Opas- 
ciilum... Bernardimis Viialis Venetus. Anno Domini 
MCCCCCXXV. Die xxiii. Februarii, Ex Venetiis. (Museo 
Civico e Correr, G. 201.) 

1523 

Erasmus roterodamus. Paraphrasis in evangelivm 
Matthaei nvnc primvm nata... 

In-8^ ; 8 feuillets préliminaires et 104 numérotés. Le 
titre est entouré d'un encadrement formé de petits bois 
représentant des personnages de l'Ancien et du Nouveau 
Testament ; dans le haut, entre saint Marc et saint Jean, 
la marque de Gregorius. Au dernier feuillet : Impressum 
Venetiis per Gregorium de Gregoriis. Expensis Laurentii 
Locii Portesiensis... Anno M. D. XXIII. Die. 19. Maii. Au- 
dessous, une marque noire avec les lettres *L* 'L* et 'P- 
au-dessous. Le verso contient un grand bois de page 
ombré : sainte Catherine couronnée, une palme dans la 
main gauche, un livre dans la droite, soutenant les plis 
de son vêtement ; à gauche, la roue dont on ne voit que la 
moitié ; à gauche, à la hauteur de sa tête, L. La. Cette 
gravure est médiocre et trahit un peu le style allemand. 

Les lettres L. L. P. de la marque typographique et 
L. Lo. de la gravure ne peuvent que désigner un seul et 



348 BULLETIN DU BIBLIOPHOiE 

même personnage, Lorentius Locius (Portesiensîs), qui 
était à la fois éditeur et graveur. (Marciana 49853.) 

1523 

Clarissimi atqz eruditissimi viri Alberti Pataui 
ordinis Eremilarum diui Augu, doctoris Parisië. 
sacri eloquij preconis fainosissimi : Evangeliorum 
Quadragesimalium opus aureum nunq. als. impressum, 

In-8<> gothique à deux colonnes ; 8 f. préli., 407 numé- 
rotés ; le titre est entouré d'un encadrement très légère- 
ment ombré en partie, mais bien antérieur à l'époque de 
l'impression du volume ; dans le bas, un blason avec le 
chapeau de cardinal. Au verso du dernier feuillet préli- 
minaire, joli bois ombré : S. AVGVST. debout, couvrant 
de son manteau des religieux à genoux. Ce bois est tiré 
d'un missel de Giunta. Encadrement à fond noir et 
ornements blancs. Au verso du dernier feuillet : ExpU- 
cit.,. Impressa Venetijs per magistruz lacobum pentium de 
Leucho impressoré accuratissimum, Anno,,. M.D.XXiij. 
Die, XX, Mai], 

1523 

ThOSCANELLO de LA MVSICA DI MESSER PIETRO AARON 
FIORENTINO CANONICO DA mMINI CON PRIVILEGIO. 

In-folio de 55 feuillets répartis en treize chœurs. 4 ff. 
prélim. et 51 flf. (A-M, par 4 à l'exception de B qui est en 
5 ff. et du dernier cahier qui compte 6 flf., dont le dernier 
bl.). Car. ronds. Titre en rouge et en noir, entouré d'une 
bordure de feuillages et d'animaux, avec deux médaillons 
sur les côtés; l'un représente une licorne se réfugiant 
dans les genoux d'une jeune fille, l'autre un phénix ; au 
bas, un écusson vide soutenu par deux sphinx entre un 



LIVRES A FIGURES VÉNITIENS 349 

lion et une vache regardant un livre, à terre, ouvert 
devant eux. Au verso du 4« feuillet prélim., un bois 
ombré prenant toute la page (246 sur 163), représentant 
Aaron assis dans une chaire de professeur, un groupe 
d'élèves debout de chaque côté de lui ; au premier plan, 
une table sur laquelle se trouvent plusieurs instruments 
de musique ; le tout est entouré d'un ornement avec des 
bustes d'hommes aux angles. Ce bois est signé : La; 
onze autres gravures, ayant trait à la théorie de la mu- 
sique, sont intercalées dans le texte. Neuf lettres ornées. 
Ce traité, qui porte le nom du pays natal de l'auteur, la 
Toscane, est dédié à Sébastien Michèle, patricien de 
Venise, chevalier de Jérusalem et prieur de Saint-Jean 
du Temple. Ce volume fut réimprimé par les mêmes en 
1525 et en 1529, en 1539 par M. Sessa, et par D. NicoUnî 
en 1557 et 1562. Le colophon au feuillet 52 : Impressa in 
Vinegia per maestro Bernardino et maestro Mattheo de 
Vitali fratellii Venitiani, régnante Andréa Gritti Serenis- 
simo Principe, Nel di. XXIIII. di Luglio M.D.XXIIL 
(Weale... page 123 et Bibl. de M. de Landau.) 

1525. — Trattato della natvra et cognitione di 
tvtti gli tvoni di canto figvrato non da altrvi 
piv scritti composti per messer piero âaron mvsico 
fiorentino canonico in rlmini. 

In-folio ; 3 feuillets prélim. pour le titre, la dédicace 
à Messer Piero Gritti patritio Veneto et les tables ; au verso 
du troisième feuillet préliminaire, bois décrit à propos du 
Toscanello de 1523 ; 20 ff. de texte non chiffrés, registres 
a-g ; le titre est entouré d'un joli encadrement ombré ; 
à droite et à gauche, de chaque côté, cinq portraits en 
buste d'hommes célèbres ; au milieu de la partie supé- 
rieure, en forme de voûte, une femme jouant du violon; 
dans le bas à gauche : Melpomene, Polymnia, Urania, Clio 



350 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

et Terspsichore ; à droite : Evterpe, Calliope, Thalia et 
Erato, faisant de la musique. Au feuillet 20 : Impresso in 
Vinegia per maestro Bernardino de Vitali venitiano al di 
quarto di Agosto, M.CCCCCXXV (Marciana 25962. 
Weale, p. 124; Brunet, t. I, col. 493). 

1523 

Comedia de lacob : e de losepli composta del 
Magnifico Caualiero e Dottore Messere Pandolpho 
Collenutio da Pesaro, 

In-8o ; titre gothique rouge et noir ; texte en lettres 
rondes; signatures A-K (de A à I par 8, K par 4, le 
dernier contient la marque) ; le titre est entouré d'un 
encadrement à fond noir au pointillé ; dans de petits 
carrés blancs dans le coin à gauche en haut PR \ ; 
à droite DONO ; en bas à gauche MA ; à droite LV \ M ; 
6 jolis petits bois très ombrés, d'un style tout différent 
de ceux employés auparavant par Zopino. A la fin, 
verso K-iii : Stampata nella inclita Citta di Venetia per 
Nicolo Zopino e Vicentio compagno. Net, M. D, XXIII. Adi. 
xiiii de Agosto. Au recto suivant, la marque S. NICOLA VS; 
dans un bois rectangulaire au-dessus S. A. et dans un 
bois de même forme au-dessous N. /. (Collection E. Piot). 

La Drammaturgia ne cite pas cette édition, elle indique 
celle de 1525 comme la première. Yemeniz dans son 
catalogue page 424, cite une édition de cette pièce impri- 
mée primo de Aprile, qui serait par conséquent antérieure 
à celle que nous décrivons. Il ne dit pas si il s'y trouve 
des bois. 

1525. — Comedia de Jacob : et de Josep (sic): côposta 
dal Magnifico Caualiero e Dottore : Messere Pandol- 
pho Collenutio da Pesaro. 



LIVRES A FIGURES VÉNITIENS 351 

Petit in-8«, conforme à rédition précédente. Au verso 
de K-iii: Stampata nella inclyia Cittadi Venetiaper Nicolo 
Zopino de Aristotile de Ferrara, Nel. M.CCCCCXXV. Adi 
XIX de Mazo ; recto suivant, les marques (Bib. Nat. 
Réserve Y, 3771). 

Les mêmes bois se retrouvent dans une édition de 
Venise de 1564, in-S^ de 74 feuillets signés A-I (catalogue 
de M. de Landau, page 142). 

1523 

Cornazzano (Antonio). Proverbii.... in facecia et 
Lvciano De asino aureo uiilgari e istoriati nouamente 
stampati. 

In-8<^ ; lettres cursives, signatures A-H ; titre entouré 
d'un encadrement ombré ; 27 petites vignettes ombrées, 
la première avec fond noir pointillé et les autres dans le 
style des premières vignettes données par Zoppino se 
rapprochant du z, a. ; verso H-iii la marque avec S' 'N' et 
au-dessous : Stampata nella inclyta Citta di Venetia per 
Nicolo Zopino e Vincentio compagne. Nel M.CCCCCXXIII 
Adi XXII de Agosto ; recto suivant : fama. n. z. volât 
(Arsenal, in-8«, 20076, B. L.). 

Brunet cite, (t. II, col. 277), une édition in-S» de 1518 
imprimée à Venise par Francesco Bindoni e Maffeo Pasini 
compagnie réimprimée en 1523 ; il ne dit pas si elle 
contient des gravures. Du même Zoppino une autre 
édition en 1526. 

1525. — Prouerbi rf'; M. Antonio Cornazano in 
Facétie: ristâpati di nuouo... MDXXV. 

In-8o de 48 ff. non chiffrés, registres A-F, 8 feuillets par 
cahier. Lettres cursives ; frontispice ombré représentant 
une perspective architecturale avec des colonnes latérales 



352 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

dont les bases sont embrassées par deux putti. Au second 
feuil., une vignette sur fond noir au pointillé avec trois 
figures d'hommes et trois figures de femmes discourant 
ensemble. 18 vignettes ombrées dont quelques-unes sont 
répétées plusieurs fois. Verso F vi, la marque typographi- 
que : S. Nicolas avec N à droite dans le haut ; au-dessous 
le colophon : Stampaia in Veneiia per Nicolo Zopino de 
Aristotile di Rossi de Ferrara MDXXV (Bibl. Nat. de 
Florence). Recto suivant : tabvla de li proverbii di 
MESSER ANTONIO CORN Azz ANC. Le rccto du demicr feuillet 
est blanc. 

<L C'est la première édition, dit Brunet (t. II, col. 277), 
où Ton ait ajouté les Tre Proverbi, ou, pour mieux dire, 
lesdeux nouveaux proverbes et les due dialoghi. Un de ces 
derniers, celui del Philosofo col pidocchio, porte un frontis- 
pice séparé, derrière lequel se trouve un Proemio, commen- 
çant ainsi : Necessario^ a chi salire.,. 

1523 

Phileremo Fregoso. — Dialogo de Fortuna del 
magnifîco cavalliero Antonio. 

Petit in-8<», en vers ; lettres rondes. Au-dessous du 
titre, bois ombré, assez médiocre : la fortune, nue, debout 
sur les ondes ; elle tient de la main droite la vergue d'une 
voile dont elle maintient l'extrémité de la gauche et qui 
est gonflée par le souffle de trois jeunes génies (putti) 
dont on voit la tête dans le coin à droite, en haut ; au 
verso P. NON, F. CHE .D. F. F. Au recto du dernier 
feuillet au-dessous de Tekoç : Stampata nella inclyta Citta 
di Venetia p Nicolo Zopino e Vincélio compagno. Nel 
M.CCCCCXXIII Adi I de Setembrio, Au verso la marque 
de Zopino, S. Nicolavs; au-dessus 'N* N*; au-dessous 'D* 
(Bibl. Nat., Réserve Y + 3936, A; Bibl. Nat. de Florence). 



LIVRES A FIGURES VÉNITIENS 353 



1523 



Viaggio del Sepolchro di G. Cristo scritto da un 
valente uomo, 

In-8û, figures. Venezia MDXXIII (Panzer, t. VIII, p. 481). 

1523 

ïommaso Rangone da Ravenna. De la vera Pro^ 
nosticatione de Diluuio del mille e cinquecento e 
vintiqiiatro. Composta per lo excellétissimo Philo- 
sopho Thomaso da Rauenna. 

In-4", de 6 feuillets ; titre gothique ; texte en lettres 
rondes. Au-dessous du titre, joli bois, très légèrement 
ombrés : au premier plan, au milieu, deux hommes qui 
piochent la terre ; à gauche un Pape, à droite un guerrier; 
dans le haut le Christ assis sur le monde, les mains éten- 
dues ; dans le coin à gauche, le soleil, à droite la lune ; 
entre le pape et le Christ TV ORA ; entre le Christ et le 
guerrier TV DEFEDE et au-dessus des deux ouvriers 
TV LABORA. Quoiqu'il n'y ait aucune indication ni de 
lieu de date, le style permet d'afl&rmer que ces bois sont 
vénitiens. (Marciana 2490.) 

Quant à la date du livre, elle ne peut être que 1523 : 
les grandes pluies tombées pendant les mois de juin et 
juillet de cette année firent craindre pour 1524 un second 
déluge dont parle ici Tomaso da Ravenna. L'alarme fut 
si vive que les habitants du territoire de Vicence et du 
Frioul se firent bâtir sur les montagne des maisons de 
bois pour s'y réfugier en cas d'inondation (V. Diarii di 
Marin Samito. T. XXX (encore inédit) p. 201.) 

Tommaso Rangone da Ravenna, médecin et philo- 
logue, professa à l'Université de Padoue, puis vint s'éta- 
blir à Venise où il mourut plus que centenaire vers 1577, 

1891 23 



354 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

1523 (?) 

Astolfo borioso di Marco Guazzo, poema. 

. In-4o, fig. ; Venezia, Zoppino, 1523. 

ce Ce poème est en deux part, de XIV chants chacune, 
et qui, selon Quadrîo (VI. 577), auraient été imprimées 
Tune et l'autre en 1523. La première partie, au moins, 
a été réimprimée sous ce titre : Astolfo borioso di Marco 
Gvazzo tvtto riformaio. Et per Vauttore nouamente ag- 
giunto, con somma diligentia ristampatOy Et historiato 
M. D. XXXII (et portant à la fin) : Stampato in Vinegia 
per Guglielmo da Fontaneto di Monferra nel annoM, D. 
XXXII. a di quattro delmese deAprile,iii-4, à 2col.,sign. 
A. -P. Il existe une édition de la 2« partie, ove contiensi le 
horribile battaglie delta Frâza, & delta Margiana, , . imprim. 
per Nicoto dAristotile detto Zoppino, det mese di Agosto. 
M. D. XXXIII, in-4o de 59 ff. chifT. à2col.(plus2 ff.dont 
1 bl.;, contenant les chants xv à xxviii ; et le même im- 
primeur a donné une édition de la première partie, sous 
la date de MDXXXIX, in-4, de 62 fT. à 2 col. Ces trois 
volumes sont décrits par M. Melzi, page 268 ; mais nous 
ignorons s'il existe réellement des exemplaires des deux 
parties sous une même date. » (Brunet, T. II col. 1781.) 

Nous n'avons aucune autre indication ; quant aux 
gravures, elles ne sont citées ni par Melzi ni par Tosi 
(1865). 

Cette édition, que nous n'avons pas vue, et dont nous 
ne connaissons aucune description complète, ne serait- 
elle pas la même que celle de 1531 du même imprimeur, 
qui n'est citée nulle part, ni dans Brunet, ni dans Melzi, 
ni dans Tosi, ni enfin par le marquis d'Adda. Nous 
décrivons cette dernière d'après l'exemplaire de M. E. 
Piot. 



LIVRES A FIGURES VÉNITIENS 385 

1531. — Astolfo borioso. 

In-4<», rouge et noir ; texte en lettres rondes, à deux 
colonnes ; LX feuillets numérotés. Au-dessous du titre, 
grande gravure : Malacalza couché à terre, au premier 
premier plan ; à côté de lui Astolfo et Doralice à droite ; 
à gauche, dans le fond, des corbeaux qui assaillent une 
chouette perchée sur un arbre. Cette gravure semble sur 
métal ; elle est d'une taille fine et sèche. Au verso 2 : 
à gauche, un chevalier, assis, écrivant ; à droite, un che- 
val presque de face ; sur son poitrail la lettre F; derrière, 
une lance, autour de laquelle une banderole, en partie 
déroulée, avec une légende. Recto suivant, au-dessus du 
texte, deux chevaliers, la lance en avant, se précipitant 
Tun sur l'autre, en présence de leurs troupes ; dans le coin 
à gauche, au bas, un petit cartel blanc rectangulaire qui 
semble réservé pour un monogramme ; au dernier 
feuillet LX : Stampato in Vinegia per Nicolo UAristoiile 
detto Zoppino. M.DXXXI; au dessous, le registre. 



Vers 1523. 

Qiiesta sie la profetia del re de francia casa noua. 

In-4o, goth., de 4 fT., en vers; au-dessus du titre, le grand 
bois de VApramonte de 1523: un roi sur un trône, en- 
touré de chevaliers, serre la main de l'un d'eux agenouillé 
devant lui. Au verso du dernier feuillet, grande Crucifixion 
archaïque au trait : à gauche de la croix, la Vierge ; 
à droite, saint Jean et sainte Madeleine étreignant le 
pied de la croix ; trois anges recueillent le sang du 
Christ ; dans le haut, le soleil et la lune ; une ville dans 
le fond. Zeno indique comme auteur de cette plaquette 
d'Abano Pietro (Marciana, 2623). 



356 BULLETIN DU BIBLIOPHa.E 

Vers 1523 

Amaistramenti di Senecha morale. Con certe altre 
Frottole morale. 

In-4o, de4ff., en vers. Au-dessous du titre, bois ombré : 
un professeur dans sa chaire, quatre élèves de chaque 
côté ; le professeur est démesurément grand ( bois de la 
Grammatica Georgij Vallae Placentini, parue chez Simone 
de Luere en 1514, rééditée dans le Cresceniiiis, de 1519). 
Trois feuillets en lettres rondes ; au verso du troisième 
commencent les Frottole morale en lettres goth. qui oc- 
cupent aussi le quatrième feuillet ; au bas, FINIS. S.l.n. d., 
mais du même temps que la Profetia del re di francia, 
les caractères goth. des deux plaquettes étant les mômes. 
Zeno désigne Sercco comme Fauteur de cet opuscule. 
(Marciana, 2623). 

1524 

Pétri delphini Veneti prioris Sacre Eremi : et Gène- 
ralis totius ordinis Camaldulensis Epistolarum uolu- 
men. 

In-folio ; titre goth. Au-dessous du titre, joli bois, 
ombré avec beaucoup de finesse : Petrus. Delphinus. 
dépose la mitre d'évèque aux pieds de saint Romualdus 
en signe de son acceptation de la règle des Camaldules. 
Son nom est écrit à ses pieds : Petrus. Delphinvs Generalis 
Encadrement ombré imité des entourages au trait ; dans 
le haut à gauche - 1' 'C' marque de graveur déjà citée. 
A la fin : Impressum Venetiis arte et studio Bernar- 
dini Benalii impressoris... Amw Dni... M.D.XXIIII. Die 
prima Martii. Suit le registre. Cet ouvrage passe pour 
être de la plus grande rareté. (Museo Civico e Correr. E. 291). 



LI\TŒS A FIGURES VÉNITIENS 857 



1524 



Comedia nuoua del magnifico et celeberrimo poeta 
signor Galeotto Marchese dal Carretto intitvlata 
tempio de amore, 

In-8o . en vers ; 1 12 feuillets non chiffrés ; signatures A-0 ; 
8 ff. par cahier ; lettres rondes. Titre entouré d'un encadre- 
ment ombré où se voient des cuirasses, des boucliers, 
des enfants soufflant dans des trompettes, etc. Verso 
du troisième feuillet, la gravure connue : Apollon de- 
bout, jouant du violon, au bord d'une pièce d'eau ; 
quatre femmes à gauche et trois à droite jouent de 
divers instruments. Cette assez jolie gravure, ombrée, 
non signée, est la même que celle de l'Opéra moralissima 
de diversi auiori de 1524, signée Z. A. A la fin : Stampaio 
nella inclita Cita di Venetia per Nicolo Zopino e 
Vicentio compagno net M.CCCCC. e, XXiiii. Adi iiii de 
Marzo. Régnante lo inclito Principe messer Andréa 
Gritti. Au-dessus du colophon, la marque avec S. Nicolavs 
et les deux lettres 'N ' 'Z- (Arsenal, B. L., 6078; catal. de 
M. de Landau, page 124; Brunet, T. I, col. 1600; Cat. 
Libri, 305.) 

1524 

Oratiôes deuotissime continentes vitam dni nostri 
lesu xpi qiias qcunqz dixerit quottidie genibus flexis 
ante crucifixâ, sentiet ipsum vbiqz fauentem :In morte 
qiioqz libëter adjuiuité. 

In- 12, gothique rouge et noir. Au-dessus du titre, petit 
bois représentant saint Pierre et saint Paul, ombré, d'une 
taille fine et délicate ; dans le coin, à gauche en bas, la 
marque C. Au verso, Annonciation : à droite, la Vierge à 
genoux, les cheveux pendants, la figure presque de trois- 



358 BULLETIN DU BIBLIOPHOf 

quarts ; l'ange, debout devant elle, a la main droite levée 
et tient le lys de la gauche ; des arcades au second plan ; 
arbres, monticules et maisons dans le fond ; Dieu le Père 
dans le coin à gauche, en haut ; un enfant avec la croix, 
partant de Dieu le Père, se dirige vers la Vierge ; dans le 
coin en bas à gauche, -Z - A. Verso A ii, Dieu le Père, 
tenant de ses deux mains le Christ en croix, dans les 
nuages. Cette vignette, prenant environ la moitié du 
feuillet, est d'une taille très fine, mais chargée et serrée ; 
les ombres, fortement accusées, donnent au bois un aspect 
assez moderne ; le dessin, habile, est également d'un art 
avancé ; au pied de la croix, le monogramme F V. E.vn, 
petite Crucifixion. F. m, répétition de la gravure placée 
sur le feuillet A ii. Nombreuses et jolies lettres ornées. 
F XII, le colophon : Impressuz Venetijs per Bernardinû 
Benaliuz. Anno dnice incarnatiôis Domini nostri lésa 
Christi, M.D,XXIIIL Die, X, Martij. (Librairie Rosenthal.) 

1524 

Pellenegra (J. F.) Operetta volgare di messer Ja- 
cobo Philippo Pelle Negra Troiano alla Serenissima 
Regina di Pollonia Donna Bona Sforzesca Di Aragona. 

In-8 de 24 flf. (A-L, par 8). Car. rom.; bordure sur le 
titre et 12 fig. intercalées dans le texte, dont une répétée. 
A la fin : Stampata nella inclita Citta Di Venetia per 
Nicolo Zopino e Viceniio côpagno. Nel anno, M,D,XXIIIL 
Adi, X, De Marzo. Régnante lo inclito Principe Messer 
Andréa Gritti, Puis, la marque des imprimeurs. (Biblio- 
thèque de M. de Landau.) 

1524 

Sassoferrato. — Libro nouo damore chiamato Ar- 
délia : nouamente côposto per Baldasar Olympo de 
Sassoferrato, 



LIVRES A FIGURES VÉNim^S 359 

Petit in-8o ; frontispice gravé sur bois. A la fin : Stanir 
pata in Venetia per Zouane Tacuino da Trino. A diXXVII 
Marzo. MCCCCC, xxiiij. (Deschamps, T. II, col. 593.) 

1524 

// Psalterio di Davitte, et di altri propheti del tes^ 
tamento vecchio : per Silvio Phileto Romano già di 
latino in volgare tradotto 

In-8o à deux col., de 83 ff. numérotés au recto; caract. 
rom. ; registre *-a-/. Titre gothique rouge et noir ; sous 
le titre, petite vignette oblongue, ombrée : le roi David, 
tète nue, agenouillé, priant à mains jointes; au loin, un 
groupe de maisons ; dans le coin, à droite, en haut, le 
Père éternel dans une gloire ; en bas, à droite, une harpe. 
A la fin : Impresso in Venitia per maistro Siephano de 
Sabio, quai habita a Santa Maria formosa. MDXXIIII, 
nel mese di maggio, (Florence, Guicciardiniana.) 

1524 

Lodovici. — UAntheo Gigante. 

In-4« à deux colonnes; caractères romains; 162 feuillets. 
Au-dessous du titre, une grande figure sur bois ; au verso 
se trouvent deux privilèges, l'un de Clément VII, l'autre 
de la Seigneurie de Venise. Au recto du second feuillet 
commence une préface avec le titre : Lvcretia, M, B, agit 
Lettori ; au verso, un sonnet de Francesco de Lodovici 
alla Magnifica Madonna Lucrezia. Au feuillet A. 3, la 
première colonne commence par les mots suivants en 
majuscules : LAntheo gigante di Francesco de Lodovici 
da Venetia novamente per lui composto ad istanza délia 
magnifica madonna Lucrecia et cetera signora sua. Au 
recto du feuillet 162 : Fine dello Antheo gigâte,,. côposto 
ranno del nostro signore. M.D.XXIIL e siampato in Vineg^ 



360 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

gia per Francesco Bindoni e Mapheo Pasini, compagni. 
NelVanno 1524-. Adi, 9, del mese di Luglio, Ad istâza délia 
Magnifica Madonna Lucrecia M. B. 

Poëme en 30 chants, en octaves, comprenant les pre- 
mières aventures (supposées) de Charlemagne luttant 
contre le géant Antée. (Brunet, T. III, col. 1142 ; Meizi, 
page 32.) 



1524 



Cortez (Fernand). — La Preclara narratione di 
Ferdinando Cortese délia Niioua Hispagna del Mare 
Oceano, al Sacratissimo et Imiictissimo Carlo di Uo- 
mani Imperatore sempre Augusto Re Dhispagna, et 
cio che siegiie nellano del signore. M,D, XX, Iras- 
messa : Nella qiiale si côtëgono moite cose degne di 
scienza et ammirationey circa le cittadi egregie di 
quelle Proiiincie, costiimi dhahitatori, sacrifici di 
Fanciulli et religiose persone. Et massimamente délia 
célèbre citta Temixtitlan (trad, per Nicolo LibiirnioJ. 

In-4", de 7i feuillets non chiffrés. Grand plan de la 
ville de Mexico ; le dernier feuillet contient un éléphant, 
marque de l'imprimeur. (Deschamps, col. 320 ; Harrisse, 
Bihliotheca americana vetustissima, page 241. Brunet, 
t. II, col. 312). 

A la fm : Stampato in Venetia per Bernnrdino de Viano 
de Lexona Vercellese. Anna domini M,D,XXIIIL A di XX 
Agosio. 

Il existe une édition italienne avec ce colophon : 
Stampata in Venetia per Znan* antonio de Nicolini da 
Sabio Ad instantia de M, Baptista de Pederzani Brixiano, 
Anno D. InA^ ; M. Harrisse ne la date pas ; Brunet dit 
qu'elle a été terminée le 17 août 1524. 



LIVRES A FIGURES VÉNITIENS 361 

Nous indiquons ce volume, tout en ignorant si la carte 
est sur bois ou gravée en taille douce ; mais il nous 
semble plus probable que c'est un bois. Dans tous les 
cas, la marque à l'éléphant est sûrement xylographique. 



1524 



CoNSTiTUTiONES PatricB Foriiulij cum additionibus 
nouiter impresse. 

In-folio ; titre encadré d'un ornement très ombré : de 
chaque côté, des colonnes; dans la partie supérieure, 
des guerriers et deux monstres ailés, au corps de lion, 
tenant dans leur bec de perroquet une sorte d'écu ; dans 
la partie inférieure, deux autres monstres bipèdes ailés, 
à la figure humaine, jouant avec un Amour qui se trouve 
au milieu, entre eux. Ce bois a perdu son caractère 
italien, il se ressent des influences du nord. A la fin : 
Venetiis per Bernardinum De Vitalihus Venetû Anno Diii 
M.CCCCC.XXIIII. Die XX Setembris. (Marciana, 16220.) 



1524 



Statuta Fratrum Carmelitarum. 

In-4o ; le feuillet A-i, entouré d'un joli ornement 
légèrement ombré, contient, en tête, un assez bon bois 
ombré : au milieu la Sainte- Vierge, tenant l'enfant Jésus 
dans ses bras, avec ces mots au-dessous d'elle: Décor car- 
meli. A droite, S. Helisevs . P. tenant sa banderole ; à 
gauche S. Helias . P . tenant l'épée d'une main et la 
banderole de Tautre. A la fin : Finis bullœ,., Venetiis 
Coimpressœ per Joannem antoniû et Fratres de Sabio... 
Anno salutis M.D.XXIIIL Kalédis Septébris. (Marciana, 
56654). 



362 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

1524 

Thesauro spirituale vulgare in rima et hgstoriato 
comp. da diuote persone de Dio e délia gloriosa Ver^ 
gine Maria, a consolatione de li catholici et deuoti 
christiani. 

Petit in-8o, de 40 feuillets non chiffrés, signés, A.-J5., 
par huit. Petit volume orné de vignettes gravées sur bois, 
Stampato nella iclita citta di Venetia, p Nicolo Zopino e 
Vicëtio côpagno, nel MDXXIIIIy adi II de nouëb, regnâte 
lo iclito principe masser Andréa Griiti. 

La grande figure du titre, dit le catalogue Yeme- 
niz, est signée Zoan Andréa de Vavasori. (Brunet. t. V., 
col. 805; Yemeniz, p. 71; Libri, 1859, p. 353.) 

1524 

Opéra Moralissima de diuersi Auttori huomini 
dignissimi e de eloqiientia perspicaci : 

In-8", en vers ; titre gothique ; texte en lettres rondes ; 
signature A-E, par huit. Au-dessous du titre, bois ombré 
bien connu : Apollon jouant de la flûte au bord d'une 
petite pièce d'eau entourée de personnages jouant de divers 
instruments; signature -Z- A- , dans le coin à gauche 
en bas. A la fin, recto E-vii : Stampata nella inclita Citta 
di Venetia p Nicolo Zopino e Vicentio compagne, Nel. 
M.D.XXiiii. Adi. xviii de Nouembrio,,, Recto suivant, 
la marque : saint Nicolas avec la femme à genoux à 
gauche. (Arsenal, B. L. 4242.) 

1524 

Confessionale del Beato Antonio Arciuescouo de 
Firenze del Ordine de Predicatori, 



LIVRES A FIGURES VÉNITIENS 363 

Petit in-8o, gothique ; 78 flf., plus 2 pour les tables ; au- 
dessous du titre, bois carré, au trait avec quelques ha- 
chures, d'une fort belle exécution et d'un beau dessin ; 
la tête surtout est remarquable : un évêque est représenté 
dans une salle voûtée dont on aperçoit une colonne 
de chaque côté de la gravure servant d'encadrement ; il 
est assis, nimbé, la crosse dans la main droite et un livre 
dans la gauche. Nous ne reconnaissons pas dans cette 
gra^^lre le faire des Vénitiens; elle semble plutôt un 
bois français ; trois cassures, deux dans le haut et 
une dans le bas, font supposer que ce bois a déjà servi. 
A la fin, après la table, le colophon : Finisse.,, Stâpato in 
Venetia per Benedetto e Augustino fradelli di Bindoni. Nel 
anno del Signore 1524^ (Librairie Rosenthal). 

1524 

Opéra noua chiamata itinerario de Hierusalem, 
ouero dele parte orientale, diuiso in doi uolumi, Nel 
primo se contengono le indulgentie : et altre cose spiri" 
tuale che sono in quelli lochi santi : Nel secundo la 
diuersita de le cose che se trouano in quelle parte orien- 
tale, différente date nostre occidentale. 

Pet. in-8o, goth., avec fig. sur bois au titre. Venetia, Fr. 
Bindoni, 152A, 

Ce volume rare est porté sous le nom de Suriano dans 
le catalogue de la librairie Tross, 1861, n^ 1402. (Brunet 
T. IV, col. 190). 

1524 

Vita del diuo et glorioso confessore Sancto Ni- 
chola da Tollentino. 

Pet. in-8o, goth.; 46 feuillets; la première page est occu- 
pée par un grand et beau portrait de saint Nicolas, /m- 



364 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

pressa Venetia per Bernadinum Benalium, 1524-. (Tross, 
1878, no 11, p. 158, n^ 1237). 



1524 

Historia (la) de li doi nobilissimi amanti Ludouicho 
et madona Béatrice, 

In-4o ; huit feuillets ; une figure grotesque. Le sujet est 
le même que celui du Cocu battu et content. Bindoni, 1524', 
Venetia. (Brunet, T. III, col. 223. Passano. I novellîeri 
in verso, Bologna 1868, page 70.) 

1524 

Tagliente. (Giov-Anton). — La présente libre In- 
segna la vern arte delà Excellète scriuere de diuerse 
sorti de litere lequali sefano p geometrica Ragione.... 
Opéra del tagliente nouamente composte ciim gratia 
nel anno di nra sainte MDXXIV. 

In-4o ; signatures A.-L.; 4 feuillets par cahier. Verso du 
titre, gravure de page représentant le compas, Tencrier, les 
ciseaux... en un mot tous les objets de bureau. Cette gra- 
vure est répétée dans un autre ouvrage de Tagliente paru en 
1530 : Opéra mioua che insegna a le donne a cucire, a racam- 
mare et a disegnare a ciascuno... Grandes lettres noires sur 
fond blanc indiquant la manière de dessiner géométrique- 
ment ; elles vont du verso E. 4 au recto H. 3 inclusive- 
ment. Ce volume contient les mêmes matières que l'édi- 
tion de 1525, mais la distribution est différente; les mo- 
dèles d'écritures sont les mêmes. Cette édition, sans 
indication de lieu, doit être de Venise, puisqu'on lit au 
dernier feuillet : Hauëdo io Giouàniani antonio Taiëte 
pronisionato dal Serenissimo, dominio Venetiano, per 



LIVRES A FIGURES VÉNITIENS 366 

meriio de insegnare questa uirtute del scriuere. D'ail- 
leurs, les caractères, la gravure sont vénitiens. (CataL 
Piot, 1891. no 1525.) 

1525. — Tagliente. Même titre que celui de l'édition 
de 1524. 

In-4<*; signatures A. K. ; 40 flF., 4 par cahier; feuillet 
F. 2, la gravure de page qui est placée au verso du 
titre de l'édition de 1524 ; feuillet G. 4, dans un car- 
touche à fond noir : intagliato per evstachio cel- 
LEBRiNO DA vDENi ; le nom de cet Eustachio dont nous 
voyons ici la signature paraît également sur une gravure 
de titre du Duello : libro deRe,,, de Puteo, 1525 ; elle est 
signée à droite dans le bas Evstachivs ; il n'y a pas de 
doute que ce soit le même, d'autant plus que la taille est 
conduite de la même façon. Ce volume est du plus grand 
intérêt à cause de cette signature en toutes lettres du gra- 
veur, si rare dans les livres à figures. Les grandes lettres, 
sur fond noir, occupant, dans l'édition de 1524, du verso 
E. 4. au recto H. 3, manquent. La distribution des deux 
volumes est absolument différente. Au dernier feuillet, la 
marque de Antonio Blado de Rome : dans un écusson un 
aigle couronné; à gauche -A- à droite -B- (Librairie 
Labitte, cat. Piot). 

1525 

Niger (Franciscus). — De modo epistolandi, 

In-4" ; 8 feuillets par cahier. Au-dessous du titre rouge 
et noir, grand bois ombré, d'une taille lourde et com- 
mune : un professeur, dans sa chaire, entouré de nom- 
breux auditeurs assis ou debout. Deux sirènes dos à dos 
ornent le devant de la chaire. A la fin : Impressum Ve- 
netiis per loannem de Tridino alias Tacuinum, Anno 
Domini. M.D.XXV. Die. VIII, Martii, Au-dessous, le 
registre. (Marciana, 2626.) 



366 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

1525 

Andreae Alciati, iurisconsulti mediolan. MDXXV. 
Opéra varia, 

In-4» ; 20 ff. prélim. ; 340 numérotés et un blanc, 
registres A-Z, AA-FF, tous par quatre; caract. rom. 
Encadrement au frontispice : un dessin d'architecture 
avec figures ombrées représentant des monstres et des 
puttiy dont un porte, appendu à une lance, un cartel 
avec I. O. Le même encadrement, très peu modifié, 
reparait aux ff. 1 et 253. Initiales ornées. 

A la fin : Venetiis loan, Antonii et fratrum de Sabio^ 
Instantia loan, Baptista de Pederzonis Brixiensis. Anno 
Dni MD,XXV mense martio, 

1525 

Prima Pars Plyniani ludicij édita per loannem 
Camertem minoritanum : sacrae Theologiae Doc. in 
qua (tabellae pictae instar) mira litterarum annexions 

In-folio de 86 flF. non chiffrés; caract. rom.; registre 
a-i. Frontispice avec titre goth. et lapidario romano rouge 
et noir, marque typographique de Sessa. Encadrement 
formé de petits bois ombrés qui n'ont pas été faits pour 
le livre : dans la partie supérieure, le combat d'Horatius 
Ck)clès ; dans la partie inférieure, les portraits de Tite- 
Live, de Cicéron, de Virgile et de Sénèque; le côté 
gauche offre de petits blocs représentant la mort de 
Caton, de Camille, de Scipion, de César et de Curtius, 
plus une vignette montrant un groupe de personnages 
sans aucune indication ; le côté droit se compose d'autres 
petits blocs avec Galba, Sertorius, Caton, Pompée, 
Crassus et Tibère. A l'angle gauche de Crassus, la 
signature z - a. Initiales ornées, à fond noir ou blanc. 



LIVRES A FIGURES VÉNITIENS 367 

avec figures et ornements divers. A la fin : Excussum 
Venetiis accurata diligentia per Melchiorem Sessam et 
Petrum Serenae socios, anno domini MDXXV, Die XXIHI 
aprilis, (Bibliothèque Nationale de Florence.) 

1525 

Oratione de sancta Helena con la oratione délia 
Magdalena et del crucifixo che fa parturire le donne 
con poco dolore. Et délia inuenzione délia croce, 

In-4o de 4 feuillets, avec le registre a, en caractères 
ronds. Au-dessous du titre, un bois ; puis le texte à deux 
colonnes, partie en vers, partie en prose. A la fin : 
Stampala in Veneiia per Francesco Bindoni. Nel anno. 
1525 M del mese di Aprile, (Molini... Opérette,,, p. 165.) 

1525 

Repertorium alphabeticum. D. Christophori porci 
eximij Juris vtriusqz interpretis : super primo secundo 
T tertio institutionum : nouiter cuz summa diligen- 
tia : T laboriosissimo studio : a quodam. II. prof es- 
sore erudito excussum. 

In-fol. ; 10 ff. prélim. et cxviii ch.; car. goth.; à 2 col. 
Au-dessous du titre, la marque de l'imprimeur, avec la 
légende : Laudate Dominum omnes gentes. Au commen- 
cement du texte de l'ouvrage, un bois représentant 
l'empereur assis sur le trône ; à gauche, des soldats; à 
droite, des jurisconsultes. Sur une colonne, est gravée la 
marque de l'imprimeur, portant : P H I. P. A la fin : 
Venetijs in edibus Philippi pincij Mantuani impressum. 
Anno Dni MCCCCCXXV. Die vij. Junij. (Bibliothèque de 
M. de Landau.) 



368 BULLETIN DU BIBUOPHILE 

1525 

Guazzo. — Belisardo fratello del conte Orlando del 
strenvo milite Marco di Guazzi Mantuano, 

In-4o de clxvi feuillets, en lettres rondes, à deux co- 
lonnes. La page du titre est entourée d'un encadrement 
à fond noir avec feuilles ; dans la partie inférieure se 
trouvent des animaux, et à gauche un renard devant un 
vase au long col, en face d'une cigogne essayant de 
boire dans un plat. Cette représentation de la fable 
d'Esope a sans doute paru dans un autre ouvrage ; l'en- 
cadrement est d'un joli style, mais le bois est fatigué; 
au-dessous du titre, à gauche, Marco Gvazzo, en armure, 
écrit à son pupitre, tandis que dehors son cheval tout 
harnaché attend à côté de sa lance^ son casque, ses gan- 
telets et son écu. Cette vignette est d'une taille peu soi- 
gnée. A la fin : Impresso in Venetia per Nicolo de Aristo- 
tilede Ferrara diitoZoppino.,, MDXXV, Adixviii, Agosio, 
(Bibliothèque Nationale, réserve Y. H. 3509.) 

1525 

/ Dilettevoli dialogi (sic) : le vere narrationi : le 
facele epistole di Lucciano plùlosopho : di greco in 
volgare novamente tradotte et historiate. 

m 

In-8» de 4 fif. prél. et de 130 numérotés au recto. Caract. 
cursifs, registre de * -A-Z-AA-FF. par quatre, sauf «j^, qui 
est par deux. Au frontispice, un encadrement avec de 
bizarres figures de paysans, de paysannes, d'animaux de 
toutes sortes, etc. Nombreuses vignettes appropriées au 
texte ; elles sont ombrées, jolies, de la seconde manière 
de Zoppino, c'est-à-dire beaucoup moins raides, plus 
soignées dans tous les détails et ombrées plus finement 
cl beaucoup plus fortement. C'est un autre art qui com- 



LIVRES A FIGURES VÉNITIENS 369 

mence, peut-être plus élégant, plus fini, plus agréable à 
Tœil, mais, à coup sur, d'un style moins pur et moins 
sérieux que les vignettes antérieures ; les hachures, au 
lieu d'être employées avec sobriété, pour donner seule- 
ment du relief, deviennent Taide nécessaire de tous les 
effets et produisent souvent un empâtement déplorable. 
A la fin : Stampato in Vinegia per Nicolo di Aristotile 
detio Zoppino neVanno del Signore. M.D.XXV. del mese 
di seitembre. Au-dessous, la marque de Zoppino avec ,N. 
(Arsenal, B. L. 19328, et Bibliothèque Nationale de 
Florence.) 

1525 

Orlando Furioso di Ludouico Ariosto nobile Fer- 
rarese imovamente ristampato e con molia diligentia 
ricorretto e quasi iuiio riformato, Di nuouo e am- 
pliato. 

In-8o ; caractères gothiques ; à deux colonnes ; le titre 
ci-dessus, imprimé en rouge et noir, est entouré d'un 
encadrement, copié sur celui de l'édition de 1524 chez 
Zoppino ; au verso, au lieu du privilège accoutumé, on 
lit, pour la première fois, un sonnet adressé A lo ecceU 
lente messer Ludouico Ariosto da Ferrara da Giouan 
Battista Dragonzino da Fano, qui commence par SE dar 
si deue Vhonorata fronde. Au-dessous, se trouve une petite 
figure sur bois. Le poème commence au feuillet suivant, 
numéroté 2 (A. 2) et finit au recto du huitième feuillet du 
cahier cc^ page 208, par la souscription : Finisse Orlando 
Furioso,,. Stampato nella inclita citta di Uinegia : apresso 
santo Moyse nelle case nuoue Justiniane : per Francesco 
di Alessandro Bindoni e Mapheo Pasini compagni : Nelli 
anni del signore, 1525. del mese di Settembre... Suit le 
registre ; le verso est occupé par la ruche ornée de l'en- 
cadrement habituel. L'unique exemplaire connu est 

1891 24 



370 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

celui qui appartenait à Melzi et qui a servi à faire cette 
description. (Melzi... 105, et Ulisse Guidi. Annali délie 
edizioni e délie versioni delV Orlando Furioso,,, Bologna, 
1861, page 8.) 

1525 

Augustini Dalhi scribe Senensis Elegâtiole: nouiter 
correcte : 

In-4*' ; titre gothique ; texte en lettres rondes. Au-dessous 
du titre, un personnage écrivant à son bureau ; des 
livres sur un rayon, et, au-dessus, AEMILIUS PROBVS ; 
bois ombré médiocre. A la fin : Impressum Venetiis 
Melchiorem Sessam : et Pétri de Rauanis socios, Anno dHi 
MDXXV Die IX mensis Octobris (Marciana 2052). 

1525 

Interpretatio preclara Abbatis loachim in Hiere- 
miam Prophetam (sancto dictante spiritu) ad hœc 
usqz tempora minime prospecta (nunc vero eius ican 
cœpta impletione : intcllectumqz dante vexatione) in 
dies magis perspicua fiet. 

In-4o ; la première ligne du titre gothique, le reste ainsi 
que le texte en lettres rondes ; 20 feuillets préliminaires 
et 62 numérotés, à deux colonnes. Titre avec encadre- 
ment, foiTiié de petits bois ombrés, représentant des 
sujets de l'Ancien et du Nouveau Testament ; au milieu, 
au-dessous des titres, un écusson, encadré, avec un ange 
agenouillé qui tient une palme de la main droite. Au- 
dessus de reçu, à gauche P, à droite A. Après les feuillets 
de table, un encadrement avec les mêmes bois que celui 
des titres, mais Técu, qui se trouve ici au-dessus du texte, 
contient une rose ; au-dessous, les lettres 'F* *S'. Les 
4 feuillets suivants sont ornés de bois médiocres. Lettres 



LHTŒS A FIGURES VÉNITIENS 371 

ornées. Feuillet 62 : Impressum Venetiis per Bernardiûn 

Benaliiim. 1525. Die. 20, Nouembris Au-dessous, le 

registre (Bibl. Nat., Résene A. 1629 et 2060). 

1525 

Dragonzino da Fano (Giov. Battista). — Nobilita 
di Vicenza, 

In-8o de 20 ff. (A-E par 4) ; caract. rom. Deux Viaggi 
in oitava rima. Sur le titre, une vue de Vicence, et au 
verso, un Carmen d'Antonio Forlivese; des pièces de vers 
en latin et en italien, à la louange de Dragoncîno, -oc- 
cupent les quatre derniers feuillets (Bibliothèque de 
M. de Landau). 

1525 

Lassedio di Pavia con la Rotta e presa del Re 
christianissimo M.CCCCCXXV. 

In-4o; lettres gothiques; opuscule en vers de trois feuillets 
suivi d*un feuillet où François I®»" raconte son départ de 
France pour la conquête du Milanais et sa prise par 
TEmpereur. Au-dessous du titre, bois ombré, environ de 
la largeur de la page, représentant la capture du Roi ; 
hommes et chevaux semblent être en bois. Au-dessous 
de la dernière pièce : Finis, Per Giouan Andréa Vavassore 
deito Guadagnino. (Réserve PX d, I-L»» 3.) Libri (208) cite 
une édition S. 1. n. d. 

1525 

Arias 'de Avila (?). — Lettere di Pietro Arias 
Capitano Générale délia conquista del paese del 
Mar Occeano Scripte alla Maesta Cesarea dalla Cipta 



372 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

di Panama délie cose Vltimamente scoperte nel Mar 
Meridiano dicto el Mar Sur MDXXV. 

In-16, sans lieu, mais de ^Venise ; bois sur le titre ; 
(Harrisse, Additiones, p. 88). 

1525 

Victurii (Ciceronis) . Synonima una cum Stephani 
Flisci synonimis, 

In-4« ; figures sur bois. Venetiis, M. Sessa e P. de Rauanis 
(Libri 1861, page 115). 

1525 

Probus de notis Roma ex codice manuscripto cas- 
tigator, 

In-4» ; le 4« ff. est occupé par une belle gra\aire sur 
bois. Venetiis, L Tacuinus Tridinensis, 1525 (Tross, 1878, 
no 11, p. 120, no 951.). 

Vers 1525 

Ordinationes officii totius anni et agendoz. et dicen- 
dorum a sacerdote in missa priuata et ferlait iuxta 
ordinez ecclesie Romane. 

Petit in-8o gothique ; au-dessous du titre, bois décrit à 
propos de : Caraciolo, Prediche de fra Ruberto de 1524-. 
A la fin : Impressum Venetiis p loânem Tachuinum 
(Marciana 2192). 

Vers 1525. 

Li Stupendi et marauiglîosi miracoli del Glorioso 
Christo de Sancto Roccho Nouamente Impressa. 

In-12 ; caractères gothiques en vers ; 4 feuillets. Au- 
dessous du titre, une très jolie gravure en relief, qui 



LIVRES A FIGURES VÉNITIENS 373 

semble plutôt sur métal que sur bois, représentant une 
sorte de portique où se trouvent : au milieu, le Christ 
portant sa croix, et devant lui un personnage, de profil, 
la lui attachant avec des cordes ; tout à fait à gauche, un 
personnage dont on ne voit que le visage, la colonne 
cachant le reste ; ces trois personnes ne sont vues que 
jusqu'à mi-corps. Le tympan est occupé par une vignette 
nous montrant Dieu le Père et des anges portant les instru- 
ments de la Passion. Au-dessus ces mots: . svper. dorsv. 
MEVM. FABRiCAVERVT. PECAT. Tout à fait daus Ic bas, au 
milieu de la base du portique : . evs . F . Ces lettres nous 
sont expliquées par la signature qui se trouve à la fin du 
poème. Eiistachius Utinensis fecit. Au-dessous : cum 
gratta. Cette charmante gravure a donc pour auteur 
Eustachius de Udine du Tagliente et du Duello. Ce 
volume est sans doute de Venise, car il raconte les nom- 
breux miracles faits par le Christ de San-Roccho engageant 
les fidèles à s'y rendre pour Thonorer et le prier. Il est 
de la plus grande rareté ; nous n*en connaissons qu'un 
exemplaire ; nous ne le voyons cité nulle part. 

Vers 1525. 

Qiiesta sie la régula del glorioso confessore miser 
Sancto Benedeto in vulgare ad instantia de le uenera- 
bile monache de la celestia observâte nouamente 

siàpaia. 

In-4'', de 2 fi", prélim. pour le titre et la table (4 et 2 
chiffres) et de 24 flf. pour le texte (de 3 à 25 et le dernier 
f. non chiffré ). Cahiers de 4 ff. de a à /■., sauf le dernier qui 
en a six ; lettres rondes ; à deux colonnes. Le titre goth. 
est encadré d'une bordure dont les trois côtés offrent de 
simples ornements. Le côté droit est composé d'un petit 
bloc inférieur représentant une Annonciation bien 
connue ; et d'un plus long bloc où se voient quatre enÊmts 



374 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

nus grimpant sur un tronc d'arbre, celui d'en haut 
cueillant des fruits. Au-dessous du titre goth. un religieux 
(saint Benoit) dans sa cellule, recevant un jeune garçon 
que lui amène un abbé ; bois assez joli, ombré. Au* 
dessous, en caract. ronds : Nel nome del Saluatore nostro 
miser lesu Christo & delà sua gloriosa madré Vergine Maria 
incomenzael prologo del Sanctissimo patriarcha etprecipuo 
reformatore del ordine monastico Miser Sancto Benedeto- 
nela régula sua. 

A la fin, après le registre, en gothiques : Stampata in 
Venetia per maistro Andréa de Rota (1) de Leucho librany 
nela contrada di Santo Apolinaro (Librairie Techener). 

Duc DE Rivoli. 



FIN 



(1 ) Ce maestro Andréa n'imprima que très peu de volumes et mourut très- 
jeune ; M. Torre nous dit qu'il est presque inconnu et qu'il ne donna, à sa 
connaissance, qu'un ^volume imprimé dans le premier quart du xvi* siècle, 
orné de graviu-es de prophètes dans le genre d'Ugo da Capi et des preghiere 
délia Vergine avec une Madone sur le titre, ressemblant à la Madone du. 
frontispice de Ul Vie de la Vierge de Durer. 



CORRESPONDANCE 



Nous recevons du savant prefetto de la Marciana^ à 
Venise, M. Castellani, la communication suivante, qui 
mettra en garde les amateurs de livres vénitiens contre 
une trop ingénieuse falsification : 

Venise, Juin 1891, 

On m'a proposé à l'étranger, il y a quelque temps, Tachât d'un 
exemplaire d'un Livius qu'on disait imprimé à Venise en 1469 par 
Jean de Spire; je fis observer au détenteur du livre qu'une telle 
édition ne pouvait exister : les termes du privilège de la Seigneurie 
de Venise, 18 septembre 1469, en faveur de l'imprimeur susdit, 
aussi bien que le colophon de son frère Vindelin au Saint Augustin 
rfeCii'i7a^eDei, 1470, s'y opposaient absolument. Néanmoins, comme 
il persistait dans son affirmation, disant que le volume avait un 
colophon qui attestait Tauthenticité de l'édition, je ûs venir ce 
volume, pour l'examiner. Aussitôt j'ai vu que le colophon annoncé 
est le même que celui qui se trouve dans l'édition 1469 des Epistol» 
ad FamiliareSy de Cicéron : a PHmiis in Adrûica », à l'excep- 
tion de deux mots changés dans le dernier vers ; ensuite, il m'a été 
facile d'apercevoir que ce colophon a été placé au verso du dernier 
feuillet de la première partie du LiviuSy 1470, par Vindelin, moyen- 
nant des types admirablement imités. 

Je crois conséquemment de mon devoir de prévenir de cette Màr 
fication toute personne qui s'intéresse à cette espèce de livres, pour 
le cas où le volume en question serait mis dans le commerce. 

C. Castellani, 

Préfet de la Bibliothèque de Saint-Marc. 



REVUE CRITIQUE 



DE 



PUBLICATIONS NOUVELLES 



Rapports inédits du lieutenant de police René d'Argenson 
(1697-1715), publiés d'après les manuscrits conservés 
à la Bibliothèque Nationale par Paul Cottin. Paris, 
librairie Pion, 1891, in-12 de cxxxvi-418 pp. (6fr.). 

La Bibliothèque elzévirienne^ fondée par Jannet et continuée par 
l'éditeur Pion, vient de s'enrichir d'un volume contenant toute la 
partie qui était restée inédite des rapports adressés par le lieutenant 
de police René d'A.rgenson au comte Jérôme de Pontchartrain, 
secrétaire d'Etat ayant Paris dans son département. Ces documents 
sont conservés au Cabinet des mss. de la Bibliothèque Nationale 
dans sept registres cotés 8119 à à 8125. 

Le Roi, qui traitait d'Argenson en ministre, lui accordait une 
entière confiance et travaillait souvent seul avec lui. Déjà dignes, à ce 
titre, d'éveiller l'attention, ces Rapports font connaître les relations 
de la lieutenance de police avec le ministère et le Châtelet ; l'impor- 
tance qu'on attachait aux placets, aux dénonciations ; le système des 
lettres de cachet ; le service de la surveillance et des recherches 
appliqué aux divers justiciables : gens d'Église, gens d'épée, gens 
de qualité, charlatans, joueurs étrangers ; ils initient le lecteur 
aux secrets de la police des mœurs, de la librairie, des spectacles» 
etc. Enfin, les conséquences de la révocation de l'Édit de Nantes, 
si terribles au point de vue national, y sont mises en lumière et 
achèvent de donner une réelle importance à ces documents. 

M. Paul Cottin, qui dirige avec tant de compétence la Revuê 
rétrospective, a placé en tête du volume une substantielle introduc- 
tion dans laquelle il étudie l'ensemble de la correspondance de 
d'Argenson. M. Paul Cottin a accompagné les documents qu'il 
publie de notes intéressantes. Les chercheurs et les curieux consul- 
teront, avec fruit, le copieux index alphabétique qui termine 
l'ouvrage et dans lequel figurent tous les noms illustres de la fia 
du dix-septième siècle et des premières années du dix-huitième. 



REVUE CRITIQUE DE PUBUGATIONS NOUVELLES 377 

Les Tragédies de Montchrestien. Nouvelle édition d'après 
l'édition de 1604, avec notice et commentaire par 
L. Petit de Julleville, professeur à la Sorbonne. Paris, 
librairie Pion, 1891, in-12. (6 fr.). 

Anthoine Mauchrestien ou de Montchrestien, «ieur de Yastevillei 
méritait à tous égards de figurer à côté de tant d'auteurs rares et 
curieux dans la Bibliothèque élzémrienne. Il le méritait aussi biea 
par la valeur de son œuvre que par la singularité de son personnage. 

Figure étrange, en effet, que celle de ce fils d'iqwthieaire 
normand qui traversa les fortunes les plus diverses et qui aurait été 
capable des plus grandes choses si Tinquiétude de son caractère 
n'était venue gâter ses bonnes qualités naturelles. Les procès, les 
duels, Texil et la guerre, la poésie et Voeconomie politique (1) dont 
U inventa le nom, les entreprises industrielles et les querelles de 
religion, remplirent cetle existence aventureuse, terminée par une 
mort tragique et qui apparaît avec tout Tintérét d*un roman dans la 
notice érudite que lui a consacrée M. Petit de Julleville. 

Son œuvre vaut son histoire. Grand poète inachevé, plus théâtnd 
peut-être que dramatique, écrivain aisé et vigoureux, plein de beaux 
vers, largement lyrique, Montchrestien fait en plus d'un endroit 
penser à Corneille qui ne dédaigna pas de le lire. Mais s'il doit être 
compté comme un des précurseurs de notre tragédie classique, il est 
surtout de son temps et son œuvre comme sa vie porte bien la marqas 
de notre seizième siècle littéraire. 

La mort d'Hector ; la mort de Gléomèue, roi de Sparte ; 
Sophonisbe ; les Amours du roi David et de Bethsabée ; l'histoire 
d'Aman et d*£sther, qui devait être reprise par Racine ; la condam- 
nation de Marie Stuart, reine d'Ecosse : tels sont les scgets de ses 
six tragédies rééditées aigourd'hui pour la première fois depuis 
l'édition défectueuse de 1627. 

Outre la notice, l'ouvrage est accompagné d'une bibliographie, 
d'un lexique et, pour chaque pièce, d'un savant commentaire. 



( 1 ) MontchresUen a pubUé à Rouen, en 1615» un Traicté de réronomlepoil- 
tique (in-4*). Ce Traité a été réimprimé récemment, avec introductt<m et notes, 
par M. Th. Funck-Brentano. Paris, Pion, gt. in-8 de cxvn-MSpp. 



378 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

PÉTRARQUE. Eglogucs traduites pour la première fois par 
Victor Develay. Paris, Librairie des Bibliophiles, 
1891, 2 vol. in-32 carré (5 fr.). 

Deux nouveaux volumes viennent d'entrer dans la collection de 
la Bibliothèque récréative^ publié par Victor Develay. Comme tout 
ce qui sort des presses de Jouaust, ces petits livres, tirés à 310 
exemplaires dont 10 sur papier de Chine, sont très soigneusement 
imprimés. 

M. Develay a fait précéder les Eglogues de Pétrarque, traduites 
pour la première fois, d'une intéressante introduction. 



Chansons nouvelles de M. de Piis, écuyer. Paris^ Bon- 
guette et fils, in-18, fig., papier de Hollande. (20 fr.) 

Reproduction à trois cents exemplaires, par la librairie Rouquette 
et fils, de rédition originale publiée chez Defer de Maisonneuve, 
aujourd'hui fort rare et atteignant des prix très élevés. Les trëff 
jolies figures de Le Bai'bier sont reproduites avec une scrupuleuse 
exactitude, qui ne leur laisse rien perdre de leur grâce native. L'im- 
pression du texte, imitant avec non moins de fidélité l'élégante mai- 
greur des types du xviuo siècle, est due à M. Pigelet, de Chàteaudun, 
dont on connaît le soin minutieux. A la fin, la musique de quelques 
chansons. Le tout concourt à faire de cette publication très artis- 
tique un aimable livre que les bibliophiles se disputeront. 



Au moment des vacances et des voyages, signalons une nouvelle 
collection anglaise dont la librairie Hachette vient de mettre en 
▼ente le premier volume. The Light that Failed, par Rudyard 
Kipling, tel est le titre de ce livre d'un format commode et facile à 
lire en chemin de fer. 



CATALOGUE DESCRIPTIF 



DE 



LIVRES ET PIECES RARES 

EN VENTE AUX PRIX MARQUÉS A LA LIBRAIRIE TECHENER 



Epytoma Joànis de môte regio In almagestû ptolomei, 
Venetiis, 1496 ; in-fol. parch. 160 fr. 

Un des plus beaux livres vénitiens des dernières années du 
xve siècle. In-folio ; lettres gothiques. Au verso a-3, un grand bois 
occupant toute la page : dans un très bel encadrement, en haut, le 
soleil, la lune et les étoiles ; au-dessous, une sphère : dans la 
partie inférieure, Ptolémée et son commentateur, s*entretenant, de 
chaque côté d'un socle qui soutient le globe céleste. La figure de 
Monteregio est d'une remarquable exécution et, selon M. Piot, le 
portrait fidèle du célèbre abréviateur de Ptolémée. Cette gravure 
est une des plus belles productions de la xylographie vénitienne ; 
Tencadrement, sans égaler celui de V Hérodote, si justement vanté, 
semble être de la môme main. 

Nombreuses figures de mathématiques. Grandes et petites lettres 
ornées du meilleur style... A la fin : Explicit Magne Compositionis 
Astronomicon Epitoma Johannis de Regio monte... Opéra... viri 
solertis Johannis hàman de Landoia... Anno salutis iA96 currente: 
Pridie Calen. Septemhris Venetiis.... Voir, pour une description 
plus déUillée : Étude sur les livres à figures vénitiens de la fin du 
xve siècle et du commencement du xvi«, par le duc de Rivoli, 
Bulletin du Bibliophile, 1890. 

Très bel exemplaire, malgré une piqûre de ver dans la marge 
intérieure. 



Ptolémée. — Claudii Ptolomaei Cosmographia. In fine : 
Impressiim Ulmœ opéra et expensis Justi de Albano 
de Venetiis per provisorem suum Johannem Reger, 



380 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

anno M.CCCC L XXXVI (1486) XII Kalendas AugusH, 
in-fol. à 2 col, de 204 ff. en tout, avec 32 cartes 
doubles et lettres ornées, peintes à la main ; veau 
brun, estampe à froid, cabochons et ferrure cuivre 
ciselé ; les deux plats sont différents d'ornementa- 
tion. 450 fir. 

Superbe exemplaire dans sa reliure originale, avec toutes les 
cartes, vignettes et lettres ornées dans leur coloris du temps. Le 
dernier feuillet est doublé, quelques mouillures. 

Toutes les cartes de cette très curieuse édition sont intéressantes 
à divers titres. Nous nous bornons à signaler la Mappemonde, qui 
ouvre la série des 32 cartes, entourée des vents Eurus^ Notus^ 
Caurus, etc., figurés par des têtes joufflues qui soufflent avec 
entrain ; l'Equateur, les Tropiques, les degrés de longitude et de 
latitude sont notés avec une minutieuse précision ; — la Grande- 
Bretagne, Albion insula britatmica, assez exacte en ce qui concerne 
l'Angleterre et l'Irlande, mais où l'Ecosse, Caledonia, au lieu de 
s'étendre vers le Nord, s'infléchit bizarrement à l'Est, formant 
presque un angle droit avec l'Angleterre ; les Orcades y figurent, 
ainsi que la mystérieuse Thulé, beaucoup trop rapprochée d'elles ; — 
deux très belles cartes de l'Italie, la carte de l'Egypte et de 
l'Ethiopie, où le cours du Nil est tracé beaucoup plus exactement 
que dans nos atlas d'il y a trente ans ; les trois lacs, appelés ai:your- 
d'hui Tanganyika, Albert Nyanza et Victoria Nyanza, sont marqués 
à peu près à leur place, quoique trop au Nord ; la distinction des 
deux Nils est sufûsamment indiquée ; mais ce qui est plus étonnant 
encore, c'est que Ptolémée a une notion très nette des montagnes 
neigeuses de l'Afrique centrale ; soit dans la Mappemonde, soit dans 
cette carte, ces montagnes sont accompagnées de cette annotation 
significative : Ab his 7nontibus Nili paludes nives suscipiitnt. Ainsi 
les monts Kenia et Kilimandjaro, ignorés des géographes modernes 
jusqu'à nos jours, étaient connus ou devinés par Ptolémée ou aa 
moins par son éditeur latin de 1486. 

A lire la dédicace de Nicolas Donis au pape Paul II, précédée 
d'une grande N ornée, dans laquelle l'auteur est représenté à 
genoux, ofl'rant son livre au Saint-Père. 



• Hippocrate dépaïsé, ou la version paraphrasée de ses 
Aphorismes, en vers françois, par M. L. de F. (Louis 



CATALOGUE DE LIVRES ET PIÈCES RARES 381 

de Fonlenettes), doct. en med. dans P. (Poitiers). 
Paris, Edme Pepingué, 1654 ; in-4 de 12 ff. et 176 pag., 
mar. du Levant La Vall., dent, intér., tr. dor. 50 fr. 

Livre rare, curieux et non cité. — Louis de Fonlenettes, docteur 
en médecine, naquit en 1612 au Blanc (Berry), et mourut à Poitiers 
au mois d'octobre 1661. Ce médecin eut l'idée singulière de para- 
phraser en vers burlesques les Aphorismes d'Hippocrate. Il parait 
avoir composé ce livre en dix jours, puisqu'il s'exprime ainsi dans 
l'Epilogue : 

Que si Monsieur le Révérend, 
Qui me tient pour un ignorant 
En matière de médecine, 
Despouilie son humeur chagrine, 
Et considère ce discours 
Comme un ouvrage de dix jours. 
Etc 

Les feuillets préliminaires contiennent une dédicace au célèbre 
Guy Patin, datée de Poitiers, le 20 octobre 1652, une Préface en 
vers ; des vers latins et français, à la louange de l'auteur, et un 
Avertissement au lecteur, dans lequel de Fontenettes fait l'apologie 
de la poésie burlesque. 

On y trouve (sect. i, Aph. 23), une allusion aux troubles de la 
Guyenne, en 1650, et (sect. ii, Aph. 22), une satire virulente de 
Paracelse et de ses adeptes. 



Brief discours sur la mort de la Royne de Navarre, 
aduenue à Paris, le ix iour de Juin 1572. — Pseaulme 
116-15. La mort des débonnaires du Seigneur est en 
estime enuers luy. S. /., 1572 ; plaq. in-8 de 71 ff. 
non rel. 18 fr. 

Récit très circonstancié des derniers moments de Jeanne d'Albret. 
On sait que cette mort fut attribuée à des gants empoisonnés, 
envoyés à la reine de Navarre par Catherine de Médicis. L'auteur 
ne fait aucune allusion à ces soupçons et explique ainsi la fin 
prématurée de la reine : « Estant doncq cette vertueuse Princesse 
venue à Paris le 15. iour du mois de may 1572 pour l'exécution de 

ce mariage, elle ne cessa d'aller journellement çà et là par la 

ville, es maisons et boutiques des artisans, pour veoir ce qui serait 



382 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

propre pour le iour de la solênité, tant de ce qui concernait les 
habits nuptiaux et autres, dont elle prétêdait faire présent, que de 
plusieurs choses nécessaires. Enqnoy faisant elle print si grand 
travail, mesmes estas lors les chaleurs fort véhémentes, qu'en fin le 
mecredy 4 de Juin elle tôba malade au lict d'vne ûebure continue, 
causée d'un mal de polmons, où dez long têps s'estoiêt formez 
quelques apostumes, lesquels esmeus et irritez par vn travail côtinuel, 
luy ^nflâmerent ceste fiebure, qui ne l'abâdonna point iusques à ce 
qu'elle rendit son ame à Dieu, au grand regret de plusieurs 
amateurs de la religion et du repos de ce royaume. » Le Brief 
Discours, étant évidemment d'un protestant très zélé, ne manquerait 
pas de mentionner les bruits d'empoisonnement, s'ils avaient eu 
quelque fondement sérieux. Il semble donc qu'il faille décharger de 
ce crime au moins la mémoire de Catherine de Médicis. 

Viennent ensuite les pieux entretiens de Jeanne d'Albret avec le 
ministre huguenot a qui la venoit consoler » et une très touchante 
prière ; puis le testament de la mourante, son épitaphe latine et 
une suite de poésies funèbres en français, en latin, en italien, en 
espagnol et même en grec. 

Eîpitome de Torigine et succession de la duché de 
Ferrare, composé en langue toscane par le seigneur 
Gabriel Syméon & traduict en francoys par luy- 
mesme. Auec certaines epistres à diuers personnages 
& aucuns epigrammes sur la propriété de la lune 
par les douze signes du Ciel. Pour Madame la 
Duchesse de Valentinois. Paris, Guillaume Cauellat, 
1553 ; in-8 parch. 32 fr. 

Un des ouvrages les plus curieux du fécond Gabriel Siméon ; il 
comprend, outre ce l'origine et succession de la duché de Ferrare » 
des renseignements assez précis sur la Seigneurie et les ducs de 
Venise, sur les vicomtes et ducs de Milan, sur les marquis et ducs 
de Mantouc, des « Epistres Françoises envoyées par le mesme 
autheur à divers personnaiges, » enfin un certain nombre de poésies 
fugitives. Le livre est dédié à Madame la Duchesse de Valentinois 
(Diane de Poitiers), ce qui fournit à Siméon un prétexte pour 
célébrer en vers italiens, dont quelques-uns assez ingénieux, la 
déesse Diane, la fontaine d'Anet et a la propriété et vertu de la 
Lune^ tandis qu'elle passe par les douze signes du Ciel »« 



CATALOGUE DE LIVRES ET PIÈCES RARES 383 

Au commencement un arbre généalogique de la maison d'Esté et, 
sous le titre, un portrait ( d'un prince ferrarais ou de Siméon même?), 
avec cette devise peu modeste : Invidia virtute parta gloria non 
invidia putanda est. 

Payé 49 fr. à la vente Cailhava. 



De quattuor heresiarchis ordinis Praedicatorum de Obser- 
vantia nuncupatorum apud suitenses in civitate Ber- 
nensi côbustis. AnnoChristi M.D.IX; s, l. n, d., pet. 
in-4«, de 28 ff. non chiff. fig. en bois sur le titre, 
cart. 38 fr. 

Livre rarissime. C'est le récit du supplice de quatre pseudopatres 
de l'ordre des Prêcheurs, torturés, puis brûlés à Berne en 1509. 
Le narrateur expose en ces termes l'apparition de cette hérésie qui 
ne devançait Luther que de quelques années : 

Anno ab incamatione domini nostri Jesu Christi mxllesimo 
quingentesimo septimo^ in cinitate Beimèsi Lausanësis diocesis 
pullulauit et exorta est hœresis omniù j)lane nequissima, et qua 
nulla major audiH potuit sed neqiie cogitari. Quant aux griefs 
articulés contre les hérésiarques, ils sont spécifiés dans le dernier 
chapitre : Primo, quia deum, ahneg avérant. Secundo , venei^ahUe 
saa^amentum. corporis et sanguinis domini nostri lesu Christi 
rubricarunt et depinxerunt. Tertio, quia imaginent virginis glo- 
riose plorantè finxerunt. Et quarto quia vulnetHbus redèptionis 
nostrœ illudètes fratrê quinque vulnerihus insigniuerunt. Et voilà 
pourquoi ces quatre malheureuses victimes de l'intolérance furent 
condamnées à la torture et au bûcher. On les brûla hors de la ville 
dans une prairie au-delà de l'Aar : Cineres quoque in fluentë aquam 
xnjecti, ne fortasse quid superstitionis hinc oriretur. 

Au titre, une curieuse gravure représentant le supplice ; au- 
dessous, deux distiques adressés ad Joannë Scotù doc. subtUë. 

Sans lieu, mais très probablement imprimé à Berne ; le livre est 
dédié aux a magnifiques et nobles sénateurs, patriciens et magis- 
trats de l'illustre cité. • 



Frederici Nauseaî Blanci campiani, eximii LL. doctoris, 
inclytae ecclesiae Moguntinae à sacris Concionibus 
eminentiss. libri mirabilium septem. Coloniae, apud 



384 



BULLETIN DU BIBLIOPHILE 



Petrum Quentell. Anno M.D.XXXII ; iii-4o de 6 if. 
prél. et 76 ff. chiff., fig. sur bois, vélin blanc. 65 fr. 

Après avoir donné une définition du mot mirabiliaj Tautenr 
répartit les phénomènes surnaturels en diverses catégories, mirocufa, 
prodiyia, ostenta, portenta, omina, prœsagiay naturalia. Il indique 
les moyens de distinguer ces diverses sortes de faits merveilleux et d'en 
reconnaître Tauthenticité. Passant en revue les miracles accomplis 
par le Christ et depuis le Christ, il insiste particulièrement sur 
certains prodiges contemporains et sur les inductions qu'on en peat 
tirer. C'est ainsi qu'il explique à sa façon : Quid partus prodigiosua 
nupei* portenderit, ou Quid puella Romœ e latere aquatn lympi^ 
dissimam desudans portenderit ou encore Quidnà Comètes^ qui 
nuper apparuit, esse perhibeatur aut portenderit. Le septième et 
dernier livre est consacré aux tremblements de terre et aux catas- 
trophes qui les suivent ordinairement. 

Nombreuses planches représentant les prodiges commentés par 
Nausea. Au feuillet lxix, un grand bois très singulier : Typus 
eomelse, qui hoc anno post Christ, natum M.D.XXXI apparuit. 



BIBLIOGRAPHIE 



DE 



QUELQUES ALMANACHS ILLUSTRÉS DU XYIII-^ SIÈCLE 

[Suite et fin) 



1782 

Almanach galant des costumes français des plus à 
la mode dessinés d'après nature, dédié au beau sexe, 
A. P. D. R. 

A Paris, chez le S^ Boulanger, rue du Petit-Pont, 
près le Pelil Chàtelet. 

Titre frontispice gravé. Sur un petit pont, un amour 
à genoux, regarde avec une lorgnette une gracieuse petite 
fille assise, et remettant sa jarretière; lui, coifTé d'un 
chapeau de paille : elle, d'un chapeau à plumes. Une 
rivière coule sous le pont et des arbres s'élèvent de 
chaque coté, supportant à leurs extrémités abaissées l'une 
vers Taulre, une couronne de roses. Au verso du titre, 
remarques pour la présente année 1782. Calendrier des 
six premiers mois ; 74 pages dont 38 pour les gravures 
(le recto est en blanc), les autres pour les chansons ana- 
logues aux costumes : 

Dame de cour en grand étiquet. 

Sous cet habit éclatant, 
Qui peint la naissance, 
Et la grandeur et le rang, 
Est-on toujours content? 

1891 25 



386 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

Souvent au sein de Toppulence, 
On est dévoré de soucis, 
Mais à la cour avec aisance, 
Quand on doit pleurer, on sourit 
Etc., etc. . . 

Dame en camisole de nuit qui se baigne. 

Dame en pelisse, chapeau en soleil. 

Dame en lévite, fourreau à langlaise. 

Dame mettant sa jarretière. 

Dame en robe à langlaise. 

M. tabbé. 

Le bourgeois marchand. 

Il a calculé son livre, 
Il a compté son argent, 
Et sur le soir il se livre 
Au bourgeois amusement. 
11 s'occupe au Domino ; 
Il rentre dans son ménage, 
On lui présente un loto. 

Fredonnant la Dithyrambe 

Au milieu de ses amis, 

Il tire le terne et Vambe, 

Et perd ou gagne un louis. 

Le jeu fmi, on arrange 

Vite un salubre souper ; 

Ce bon marchand boit et mange, 

Ensuite il va se coucher. 

Avec l'aurore il se lève 
Pour attendre le chaland : 
Et le Paynon, le lodève. 
En conscience il le vend. 
Car cet homme est respectable. 
Et je crois que par ses mœurs, 
11 est cent fois préférable 
A certains petits seigneurs. 

A la fin de la semaine 
11 part pour se divertir, 
A la campagne il emmène, 



bis 



ALMANACHS DU XVIIP SIÈCLE 387 

Femme, enfans, qu'il sait chérir. 
Si quelques amis surviennent, 
Ses plaisirs en sont plus grands ; 
Tous s'amusent, tous reviennent, 
Très heureux et très contents. 

L officier en redingote verte, galonnée en or. 

Lhomme de robe en habit de velours ciselé. 

Le petit maître en gilet blanc, culotte de nanquin. 

Le comte en habit du matin, 
Lestement la canne à la main, 
Parcourt tous les coins de Paris. 



D'un petit maître c'est le ton, 
Souvent de quitter la maison 
Et de rester jusqu'à minuit. 
Etc., etc 



Le financier en habit de velours brodé en or. 

Demoiselle habillée galamment, coiffée en pouf. 

Dame arrosant des fleurs. 

Dame en déshabillé, coiffe à la paysane. 

Dame en lévite, coiffée en Pont galant. 

Dame en robe de satin, coiffée à la paysanne. 

Paysanne des environs de Paris en habit des dimanches. 

Calendrier pour les six derniers mois de Tannée, et 
enfin une annonce de Boulanger. 

1784 

Étrennes de Vamour des ris, des jeux et des plai- 
sirs. Almanach chantant, orné de gravures faites par 
un célèbre artiste A. P. D. R. 

A Paris, chez Boulanger, relieur et doreur, rue du 
Petil-Pont, à Timage Notre-Dame. 

Titre frontispice. Le texte est gravé dans une guir- 
lande de feuilles et de fleurs (formant médaillon ovale) 



388 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

le tout dans un cadre, à la partie supérieure duquel court 
une guirlande de roses ; l'adresse de Boulanger sur une 
tablette au bas du cadre. 

Au verso, remarques sur la présente année 1784. Ca- 
lendrier des six premiers mois. 

Douze gravures pour les mois ; en regard, les feuillets, 
texte gravé des chansons relatives au sujet : 

Janvier. — Les Etrennes d'amour. 

Février. — La Toilette dune jolie Femme. 

Mars. — Le Rafraîchissement de la Chasse, 

Avril. — L'Agrément de la Pêche, 

Mai. — Le May. 

Juin. — La Promenade sur Veau. 

Feuillets pour perte et gain. 

Juillet. — Zélis au Bain, 

Hilas guettait sous le feuillage. 
Zélis et Chloc dans le bain, 
N'ont d'autres témoins que Tombrage, 
Les oiseaux et l'amour malin. 

Août. — Les Moissonneurs. 
Septembre. — Le Plaisir de la Chasse. 
Octobre. — La Guinguette. 
Novembre. — La Marchande d'Huîtres. 
Décembre. — L'Heureux Ménage, 

Ces figures, dont les titres indiquent bien le sujet, sont 
ravissantes et peuvent se mettre au nombre des meilleures 
de Queverdo. 

1784 

Les belles Marchandes, almanach historiques (sic) 
proverbiale et chantans. 

A Paris, chez Jubert, rue Saint-Jacques, la porte 
cochère vis-à-vis les Mathurins. 



ALMANACHS DU XVIII« SIÈCLE 389 

Titre front, gravé ; 12 figures charmantes, 24 pages 
de texte et 24 pages pour les mois avec colonnes perte 
et gain ; en plus, le calendrier pour l'année 1784. 

Le titre est gravé sur une draperie formant l'entrée 
d'une boutique dans laquelle un commissionnaire porte- 
faix emballe difTérents objets dans une caisse, et où une 
jeune femme, au comptoir, fait peser par le marchand 
ce qu'elle vient de lui acheter. 

1^ Figure. — La Marchande de Plaisir. ^ 

Un nouveau parvenu de province, voulant goûter le 
plaisir de Paris, propose à une marchande de monter 
dans sa chaise. 

2« FiG. — La Jardinière. 

Un jeune amant, entré dans un jardin avec sa maîtresse, 
beauté surannée, trouvant la jardinière de son goût, excite 
la jalousie de cette femme qui, de dépit, fuit et jette des 
fleurs qu'elle tenait. 

3®. — Les Marchandes de Mode. 

Tandis qu'une dame examine on chapeau de gaze, 
surmonté d'une aigrette, de jeunes courtois en content 
à de jolies ouvrières, qui s'occupent moins à travailler 
qu'à les entendre. 

4«. — La Couturière. 

Tandis que la maîtresse de la maison essaye une robe 
sur un mannequin, en présence d'une jeune étrangère, 
un jeune homme déniche des baisers à une ouvrière. 

5«. — La Chapelière. 

Un jeune homme essayant un chapeau devant un 
miroir, le campe si bien sur sa tête, que la marchande 
lui fait inconséquemment un léger compliment dont il 
abuse. 



390 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

6®. — La Bijoutière, 

Une jeune fille essayant une croix dite à la Jeannette, 
la laisse tomber dans son sein ; son amant profite de cette 
occasion de paraître obligeant et la lui retire. 

7®. — La Boulangère. 

Un jeune homme amoureux de la maîtresse, lui fait la 
cour. Celle-ci lui offre des petits pains, mais l'autre lui 
montre du doigt ceux dont il est le plus affamé. 

8®. — La Marchande d'Œufs frais. 

Une jolie paysanne, dupe de sa bonne foi, se défend 
en vain d'un jeune homme qui Ta fait entrer un matin 
dans son appartement. 

9<î. — La Belle Foureuse, 

La maîtresse, amoureuse d'un jeune homme, profite 
du moment qu'un financier entre chez elle avec une gri- 
sette, pour le faire évader de sa maison où il était entré 
pendant la nuit. 

10«. — La Limonadière, 

Tandis qu'un vieux financier contemple les grâces de 
la marchande, une grisette, assise à sa table, donne fur- 
tivement un billet de rendez- vous à son jeune amant. 

Ile. — La Parfumeuse, 

Une jeune dame, obsédée des importunités d'un vieil- 
lard qui prétend en vain à ses faveurs, lui montre un 
masque, auquel on voit un pied de nez. 

12e. __ La Belle Fruitière. 

Des dames, marchandant des fraises chez une fruitière, 
fournissent au mari l'occasion de quelques plaintes aux- 
quelles sa femme répond par un bon conseil. 



ALMANACHS DU XVIIie SIÈCLE 391 

Les belles Marchandes de Paris 11^ partie ; alma^ 
nach chantant, sur les plus jolis airs, 

A Paris, chez Tauteur, rue Saint-Jacques, vis-à- 
les Mathurins, n<> 37. 

Faux-titre ; titre, frontispice gravé ; 12 charmantes 
figures ; 48 pages de'texte suivies du a nécessaire des dames 
« et des messieurs, ou le dépositaire fidèle et discret utile 
a aux gens d'affaires, négociants, voyageurs, militaires 
« et à tous les états. Composé d'un papier nouveau, sur 
« lequel on peut, à l'aide d'un stylet de minéral sans fin, 
« adapté au livre, écrire aussi distinctement qu'avec la 
(( plume, ses pertes et gains, les visites à rendre, les agenda 
« de la semaine, les rendez-vous, pensées, bons mots, 
(( pièces fugitives, comme épigrammes, madrigaux, traits 
« de conversation, saillies, adresses, etc. Il y en a avec de 
(( la peau d'àne pour les personnes qui en désirent. On 
(( écrit aussi distinctement avec le même stylet, et l'on 
(( peut laver plusieurs fois pour y substituer, d'autres écri- 
(( tures )) . 46 feuillets pour les jours, les mois (perte et gain), 
l'explication de l'usage du secrétaire, une annonce de 
Jubert. Enfin, un feuillet replié : en tète du calendrier des 
douze mois, les signes du zodiaque. Page 3 de l'almanach, 
avertissement : 

ce On a l'honneur d'offrir au public la 2^ partie de FA/- 
(( manach des Belles Marchandes (la première parait 
ce depuis un an). L'accueil que ce même public a daigné 
(( faire, à ce très petit recueil, a dû être un encouragement 
« pour l'éditeur, qui lui promet qu'il n'épargnera ni 
« soins, ni peines, ni dépenses, pour rendre ses alma- 
cc nachs dignes de lui être présentés. La troisième partie 
a decetalmanach paraîtra Tannée prochaine 1784. (1) i 

(1) Probablement cette 3* partie n'a jamais paru. Aucun collectioimeur n'en 
a jamais eu connaissance. 



392 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

. Titre gravé au milieu d'arbres, aux pieds desquels 
jouent trois amours, deux couches et un debout, et au- 
dessous d'une couronne de fleurs portée par deux autres 
amours, armés Tun d'une flèche, l'autre d'un flambeau 
allumé. 

Les figures, en regard desquelles sont des chansons 
relatives à l'estampe, représentent les intérieurs de bou- 
tiques meublés et garnis suivant la profession de chaque 
marchande, avec plusieurs personnages. 

Elles sont intitulées : 

V^ Figure. — La Marchande d étoffes de soies. 



2«. — 


La Restauratrice. 


3«. — 


La Confiseuse. 


40. _ 


La Miroitière. 


5«. — 


La Fourbisseuse. 


6«. - 


La Lingère. 


70. — 


L'Orlogerie (sic). 


8«. 


La l'Hulière (sic). 


9«. — 


La Bottière. 


10«. — 


La Bonnetière. 


H«. — 


La jolie Chandelière. 


42«. — 


La Vitrière. 



C'est dans cette deuxième partie des Belles Marchandes 
que, sous le titre de : Premier petit chef-d'œuvre^ se 
trouvent ces jolis vers du chevalier de Boufflers, ayant 
pour sujet le Cœur. 



Prince, manant, abbé, none, reine, marquise. 
Celui qui dit Sanctus, celui qui crie Allah^ 
Le bonze, le rabin, le carme, la sœur grise, 
Tous reçurent un cœur ; aucun ne s'en tint là. 

C'est peu d'avoir chacun le nôtre ; 

Nous en cherchons partout un autre, 

Qui lui réponde à qui va là. 



ÂLMANACHS DU XVIII* SIÈCLE 388 

On fait partout d'un cœur tout ce qu'on en veut faire : 
On le prend, on le donne, on Tacheté, on le vend ; 
Il s'élève, il s'abaisse, il s'ouvre, il se ressere. 
C'est un merveilleux instrument. 
Etc., etc.... 

Le Cœur poème de Boufler (sic) a été réimprimé dans 
le Bijou de V Amour ou VAlmanach des Cœurs, hommage 
à la galanterie, à la décence et à la beauté, A Paris, chez 
Janety 1807, et a donné lieu à une charmante petite 
estampe représentant une grotte, sous laquelle une forge 
avec son soufflet, ses marteaux et ses enclumes, où de 
petits amours fabriquent des cœurs; au-dessous de 
l'estampe, la légende suivante prise dans les vers de 
BoufQers : 

Car que deviendraient les familles 
Si les cœurs des jeunes garçons 
Étaient faits comme ceux des filles ? 

Une fois fabriqués, l'amour les vend ! et dans une 
figure de V Enchanteur ^ ou VAlmanach sans pareil, publié 
aussi chez Janet, le petit marchand, portant une cor- 
beille remplie de cœurs, se promène au milieu de beaux 
messieurs et de belles dames, où il parait avoir le 
plus grand succès. 

Voilà le petit marchand de cœurs. 
Messieurs 
N'allez pas ailleurs ! 

Cœur chaud, cœur froid, cœur vif, cœur lent, 
Étrennez le petit marchand, 

Il peut vous satisfaire, 
n en a de toutes façons. 
Des noirs, des méchants et des bons, 

n aura votre affaire. 

J'en vends où l'on va droit au but. 
J'en donne qui sont de rebut, 
Il en est que je prête. 



394 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

J'en ai des neufs^ j'en ai des vieux, 
Je troque les capricieux ; 
Venez me faire emplette. 

Des cœurs volans, cœurs constans, 
Cœui^s amoureux, cœurs langoureux. 

Cœurs tendres, cœurs barbares. 
En voulez-vous des scrupuleux ? 
Il ne m'en reste plus que deux, 

Ces derniers-là sont rares. 

Voilà le pcMt marchand de cœurs, 
Messieurs, 
N'allez pas ailleurs. 

1784 

Les Aventures parisiennes, almanach nouveau, 
galant, historique, moral et chantant, sur les plus 
jolis airs. 

Mélangé de nouvelles chansons^ d'anecdotes plai- 
santes, de contes, d'épigrammes, de bons mots, de 
maximes curieuseSj d'observations intéressantes, etc., 
etc, première partie. 

A Paris, chez Jubcrt, rue Saint-Jacques, la porte 
coclîère vis-à-vis les Matliurins (1784). 

Charmant recueil de 72 pages avec douze figures très 
finement gravées et dont les sujets sont amusants et des- 
sinés dans la perfection. 

1''' FiG. — La Préférence au mérite. Une femme élé- 
gante, entourée de trois jeunes seigneurs, offre la pomme 
à Hercule. 

Faiseurs de madrigaux. 
Pour elle sont des sots. 

2'. — Le Bal de V Opéra. Un grand seigneur conduit 
une grande dame à son carrosse à la sortie de l'Opéra. 



ALMANACHS DU XVIIF SIÈCLE 395 

3^. — Le Mécompte ou la dame qui sait compter. Scène 
galante dans un appartement très luxueusement meublé ; 
Tamour éclaire de son flambeau cinq couronnes passées 
autour d'une de ses flèches. 

4«. — Le Sallon de Curtius, Des spectateurs derrière 
une balustrade, regardent le souper de la reine ; six per- 
sonnages en cire, très élégamment vêtus. 

5^. — Le faux médecin ou V Argus dépisté. 

Comment se voir? 



Uamour médecin, 
D'un auteur divin, 

Leur offre un moyen facile ; 
Il est arrêté. 
Que pour sa santé, 

Il en faut un à Lucile. 



Scène représentant Tentrevue. 

6«. — La jeune Musicienne ou le faux Mendiant. Ici, 
Tamoureux est déguisé en musicien pauvre et se jette 
aux genoux de la jeune musicienne, debout devant son 
clavecin et soutenue par une des sœurs du couvent pen- 
dant le moment d'émotion qu'elle éprouve à la vue de 
Lindor ainsi travesti. 

7^. — LAmi des Femmes. Un faune agitant le grelot de 
la folie, présente l'ami des femmes à un cercle nombreux 
de jeunes femmes. 

8"". — Les jeunes Amans ou Iheureuse Fuite. D'une 
échelle appliquée aux murailles d'un couvent, une jeune 
fille descend et tombe dans les bras de son amoureux ; 
un carrosse les attend pour s'enfuir. 

9«. — L'Abbé congédié. Très jolie scène se passant dans 
une bibliothèque. Figure très intéressante au point de 
vue de l'ameublement d'une salle de ce genre. 



396 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

10''. — Le nouveau Turcaret. Scène galante dans un 
délicieux pavillon, éclairé des feux de mille bougies, 
pendant que la lune darde ses rayons sur les grands 
arbres du parc. 

11<^ et 12^. — Le Porteur deau, et suite du porteur d-ean. 
Estampes relatives aux aventures de Le Loutre, porteur 
d'eau de la rue Fromenteau; très bien dessinées, très 
bien gravées. 

Almanach amusant à lire, ce qui lui est un mérite de 
plus. 

1786 

Les Délices du Palais-Royal, 
A Paris, chez Boulanger, rue du Petit-Pont, à 
l'image Notre-Dame, avec pr. du Roi. 

Titre frontispice dessiné et gravé par Queverdo. 

Pyramide surmontée par un globe portant les armes 
de la branche d'Orléans, et placée sur un piédestal rec- 
tangulaire, où est gravée l'adresse de Boulanger, au bas 
duquel on lit : Musée et Arts, Deux colonnes, adroite et à 
gauche, en haut desquelles deux amours tendent une 
draperie sur laquelle l'artiste a gravé : Les Délices da 
Palais-Roijal. Autour de ces colonnes, guirlandes de 
fleurs et cartouches où on lit : 

Variétés amusantes, figures aérostatiqueSy comédiens de 
bois, Curtius, ombres chinoises, étoffes soieries, bains de 
santéy caffé de Foy, caffé du Caveau, modes bijoux, caffé 
mécanique. 

Au verso du frontispice, remarques pour la présente 
année 1786 ; calendrier pour les six premiers mois. 

Douze figures avec chansons analogues en regard : 

Le Marchand de Marrons^ Galleries ou Arcades, la 
Soirée an Jardin^ les Ombres chinoises y le Caffé du Caveaa. 
Bains de santé. 



ÂLBIANAGHS DU XVm* SIÈCLE 907 

Feuillets pour perte et gain. 

Variétés amusantes, sallon de Curtias, les boutiques 
de bois, les comédiens de bois, pavillons de treillage, vue 
générale du jardin 

Calendrier pour les six derniers mois et un dernier 
feuillet. Catalogue des almanachs qui se vendent chez le 
sieur Boulanger. 

Âlmanach excessivement rare. Précieux pour les vues 
différentes du Palais-Royal qu'il contient ; documents des 
plus importants pour la physionomie de Paris, à la fin 
du xviii* siècle. 



1786 



Les Fantaisies aimables, ou les Caprices des belles, 
représentés par les costumes les plus nouveaux. 

A Paris, chez Jubert, rue Saint-Jacques, yis-u-vis 
les Mathurins. 

Recueil d'anecdotes, bons mots, petits vers, etc. 

Très joli titre frontispice. 12 figures de costumes très 
finement gravés, avec chansons relatives au sujet : 

Le galant Coeffeur, la belle Chasseresse, le Retour, 
r Extase du beau Léandre, F Enfance de F amour, le Rap- 
prochement, Vabbé Madrigal, la Scrupuleuse, la Réponse 
de Zirzabelle, la Rencontre, le Bal, la Présidente et le 
Conseiller, 

Ces figures retournées font partie d*un autre • recueil 
sous les noms de : Mantelets au nouveau goût, Amazone 
galante, Robe à la circassienne. Chemise à la guimard, 
Dame en Chambrelaine,. Robe au plaisir du cosur, lévite 
à trois collets, Caracot au charme d'amour, Robe anglaise 
retroussée, Robe à la turque, Domino et Capote de bal, 
Robe au plaisir des dames. 



398 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 



1786 



L'Amour parmi les jeux, le souvenir du bon temps 
dédié aux belles, 

A Paris, chez Boulanger, relieur et doreur, rue de 
Petit-Pont, Mon de Timage Notre-Dame. 

Titre frontispice dessiné et gravé par Queverdo. Des 
amours jouent à l'entrée d'une grotte recouverte de fleurs, 
dans un encadrement d'où partent des guirlandes et de 
gracieux enroulements. Au verso, remarques pour la pré- 
sente année 1786. 

Trois feuillets, calendrier pour les six premiers mois 
de Tannée. 

62 pages, dont 12 de gravures ; en regard de chaque 
gravure, une chanson relative au sujet et légèrement 
grivoise. 

Janvier. — Les Quilles, 
Février. — Le Cligne musette. 
Mars. — La Courte paille. 
Avril. — Le Pied de Bœuf. 
Mai. — Le Gage touché. 
Juin. — Les Quatre Coins. 

De la page 21 à la page 44, différentes romances et leur 
musique. 

Juillet. — Le Cheval fondu. 
Août. — Le Billard. 
Septembre. — Le Colin-Maillard. 
Octobre. — La Bascule. 
Novembre. — Le Cache-Cache. 
Décembre. — La Main chaude. 

Les trois derniers feuillets pour le calendrier des six 
derniers mois 



ALMANACHS DU XVIIF SIÈCLE 399 

Toutes ces figures de Queverdo sont absolument déli- 
cieuses ; les sujets y sont traités de main de maitre. 

C'est une vraie bonne fortune d'avoir les eaux-fortes et 
les avant-lettre de ces minuscules estampes. 

1786 

Les Amusements de Paris, almanach lyrique et 
galant, 

A Paris, chez Jubert, doreur, rue Saint-Jacques, 
vis-à-vis les Matliurins, MDCCLXXXVI. 

Titre frontispice gravé. 12 figures dessinées par Dorgez, 
en regard desquelles les chansons relatives au sujet. 

i^^ Figure. — Le Dessert à la mode. Marchand de 
marrons achalandé par la foule. 



galant. 



Combien on en vend à la porte 
Du jardin du palais Roïal ! 
En foule on se presse, on se porte, 
Autour de leur marchand loïal. 

Les Rencontres inopinées. Double rendez-vous 

Le crépuscule est favorable 
A tous les couples enflammés. 



Auprès du tapis de Fougère, 
Dont la verdure plaît aux yeux. 
jCiio», eiv/. . . . • • 



3^ — Les Rafraichissemens utiles. Consommateurs de 
groseille, chez de Foi. 

Non-seulement sa salle est pleine, 
Ainsi que son pavillon verd : 
Mais tout à Tentour, sur l'arène, 
On voit des gens à découvert. 

l_jLi^a« wLOa • • • • • 



400 BULLETIN DU BIBUOPHILE 

4<î. — Les Plaisirs de la jeunesse. Dans le jardin du 
Palais-Roïal, garçons et fillettes s'amusent à qui mieux 
mieux, pendant qu'un abbé très musqué conte fleurette 
à Aenu pimpantes, 

5e. — C Heureuse Surprise, Damés retrouve Lucile après 
une longue absence. Dans le fond, galerie du Palais- 
Royal. 

6^. — L Etonnement mutuel. Deux dames accompagnées 
de chacune un cavalier, rencontrent leurs antiques époux 
devant le pavillon verd de de Foi. 

7^. — Le Tableau du Bonheur, Deux élégans menant 
des dames, s'arrêtent à la Rotonde du Palais-Royal, de- 
vant une estampe qui leur est montrée par la marchande. 

Admirez par quelle attitude 
Sait plaire Vamatit écouté ! 

8®. — L* Amant sot et timide. 

Tandis que le bailli Toussaint 
Tombe aux genoux de Florine, 
Lubin baise en tremblant, la main 

De Suzette moins fine. 
Cet amant^ qui paraissait sot, 

A plu quoique timide. 
Le bonheur est toujours le lot 
De ceux dont l'amour est le (^uide. 

Qe. — La Promenade délicieuse. Jardin du Palais-Royal 
avec beaucoup de promeneurs. 

10e. — La Liqueur spiritueuse. Café du Caveau avec un 
buste de Gluck, éclairé par des appliques à droite et à 
gauche. 

11^. — Le Triomphe de la Gaieté, Des spectateurs assis- 
tent à une représentation théâtrale. (Scène) Pluton sur 
son trône, pendant que Proserpine s'élance vers Arlequin. 



ALMANACHS DU XVIIF SIÈCLE 401 

12«. — Le Passage difficile. Un pont rompu. Heureuse- 
ment, une batelière vient au secours du gentilhomme 
qui veut passer pour aller rejoindre le groupe aimable 
que Ton aperçoit sous les bosquets de la rive opposée. 

A la suite des figures et des 24 pages de texte, le néces- 
saire des dames et des messieurs, et les feuillets pour les 
jours et les mois, avec colonnes perte et gain. 

A la fin du volume, calendrier de Tannée. 

1786 

Almanach galant, moral et critique, en vaudevilles, 
orné de gravures, A. P. D, R. 

A Paris, chez Boulanger, rue du Petit-Pont, près 
le Petit Châtelet, à Paris. Dessiné par Berthaut, 
gravé par Queverdo. 

Titre frontispice gravé sur une draperie fermant 
intérieurement la porte d'une boutique de libraire, où 
Ton voit deux amateurs regardant des livres que leur 
présente le marchand. 

Au verso : remarques pour la présente annnée 1786. 

Calendrier des six premiers mois. 

Douze figures avec chansons analogues. 

Janvier. — La Boutique du Confiseur. 

Qui veut acheter du bonbon ? 
Messieurs, ouvrez vos escarcelles, 
Qui veut de friand macaron ? 
Mettez-vous en frais pour vos belles. 
Etc., etc. . . . 

FÉVRIER. — Les Patineurs. 

Mars. — Les Masques. Un char attelé de deux chevaux, 
rempli de masques, dedans, dessus. 

1891 26 



402 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

Vive Scaramouche et Pierrot ! 
Vive Arlequin, le commissaire, 
Et Polichinelle et Jeannot, 
Et leur bonne vieille grand'mère ! 
Etc., etc. . . . 

Avril. — La Bouquetière. 

?Jai. — La Danse, Des villageois et villageoises dansent 
une ronde aux sons d'un violon et d'un flageolet. 

Chantez, dansez, amusez-vous. 
Venez garçons, venez liilettes, 
Faites honneur au mois de mai, 
Qui nous rend toujours le cœur gai. 
Etc., etc. . . . 

Juin. — Le Bain, 

Feuillets pour perte et gain. 

Juillet. — La Cavalcade. Une femme à cheval, un 
cavalier qui met le pied à Tétrier. 

Août. — La Moisson. 

Septembre. — Les Parades de la Foire. Au balcon 
d'une baraque de bois, le bonhomme Cassandre et Pierrot 
annoncent la représentation à de nombreux curieux qui 
les écoutent. Le titre de la pièce, le grand Festin de 
Pierre avec tous les costumes, est écrit sur un drapeau qui 
flotte en haut de la maison. 

Octobre. — Les Buveurs attablés sous une tonnelle, 
devant la porte du cabaret. 

Novembre. — La Marchande de Marrons, Biaise et 
Thérèse, accompagnées d'un petit garçon, se dirigent 
vers la marchande de marrons. 

Décembre. — Le Départ de Campagne. Deux person- 
nages, chaudement vêtus (Hylas et Lucile), reprennent 
le chemin de la ville. 



ALMANACHS DU XVIII*^ SIÈCLE 403 

L'hvver nous chasse, 
Retournons-nous en à Paris, 
Nous y trouverons Tabondance, 
Au milieu des jeux et des ris. 
Etc., etc. . . . 

Calendrier pour les six derniers mois. 
Ces figures existent avant la lettre, elles sont d'une 
finesse exquise. 

1787 

La journée d* une jolie femme, les loisirs de la beauté 
ou le lever de V aurore et le coucher du soleil; orné 
de douze gravures et de chansons analogues, avec 
tablettes économiques, perte et gain. Souvenir et né- 
cessaire le plus agréable qu on puisse offrir aux dames, 

A Paris, chez le sieur Desnos, ingénieur-géographe 
et lihrairc de sa majesté Danoise, rue Saint-Jacques, 
au Glohe. 

En regard du titre gravé, frontispice : Le Génie et les 
Grâces, puis les onze autres gravures : le Réveil, le Lever, 
te Déjeuner, la Toilette, le Diner, te Jeu, ta Promenade, 
le Spectacle, te Cercle, le Bat, le Coucher. Jolies scènes 
bien dessinées, bien gravées, apprenant à bien connaître 
les habitudes quotidiennes d'une élégante de 1787. 

Chodowiecki, dans une suite de figures destinées sans 
doute à un almanach, avait dessiné : Les Occupations de/s 
Dames : les Visites, le Ménage, la Couture, la Broderie, 
rÉcriture, la Lecture, le Dessin, la Promenade, le Chant, 
la Musique, la Danse, le Jeu. 

1788 

Souvenir ci Vanglaise et recueil de coiffures, dédié 
aux dames de bon goût, avec tablettes perte et gain. 



404 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

A Paris, chez Desnos, ingénieur-géographe et 
libraire de Sa Majesté Danoise, rue Saint-Jacques, 
au Globe. (Calendrier pour 1788). 

Titre frontispice gravé sur une draperie dont les plis 
retombent autour d'un miroir posé sur une toilette élé- 
gante, garnie de ses accessoires, en regard d'une gravure 
représentant une soubrette coiffant sa maîtresse, à laquelle 
un auteur offre un livre. (Charmants détails d'ameuble- 
ment). 

12 figures représentant, gravées dans un médaillon 
ovale encadré dans des guirlandes de fleurs, de jolies 
femmes à mi-corps, avec des coiffures différentes, dont 
le nom est indiqué sur une tablette placée à la partie 
inférieure de la planche. 

En face de chaque tête, très bien parée, des vers ana- 
logues. 

La Daphnéy en 1774. 
Coeffure en plumes, en 1774. 
Chapeau à la Henri IV, en 1775. 
Coeffure en plumes, en 1774. 
Chapeau à ianglaise, 1776. 
Le Lever de la Reine, 1776. 

De la Reine, c'est la coeffure, 
Sans doute elle est de très bon goût ; 
C'est bien d'adopter sa parure, 
Prenez-la pour modèle en tout. 
En imitant sa bienfaisance, 
Faites-vous aimer, respecter. 
Et comme elle, sachez porter 
Un prompt secours à l'indigence. 

Baigneuse à la Frivolité, en 1776. 
Chapeau à la Henri IV, en 1776. 
Le Chien couchant du côté droit, en 1777. 
Bonnet au Cotisée, en 1777. 



ALMANACHS DU XVm« SIÈCLE 406 

- UHérisson, en 1776. 

On ne voit dans cette coeffùre. 
Rien qui ressemble au hérisson ; 
Tout est bien dans cette parure, 
Pourquoi donc lui donner ce nom ? 
Quant à Htumeur, au caractère, 
Mainte femme au front sourcilleux, 
An regard sombre, à Taîr austère. 
Le mériterait beaucoup mieux. 

Le Chien couchant du côté gauche, en 1777. 

Toutes ces coifiures étaient tellement élevées qu'en 
1778, le sieur Devimes, directeur de l'Opéra, fit pour 
l'amphithéâtre un règlement particulier suivant lequel 
on ne pouvait s'y placer qu'avec une coêfifure c de hau- 
teur modeste i». C'était le temps où le fameux Léonard^ 
perché sur une petite échelle^ 

Bâtissait des cheveux le galant édifice. 

Il excellait à y placer plumes, aigrettes, épingles trem- 
blantes, etc. Le métier était bon I car, en 1779, il courait 
ses pratiques en cabriolet, un L sur les panneaux, et 
son jockey, grimpé derrière, portant en bandoulière un 
sac de maroquin dépositaire des peignes et ustensiles de 
son maître. 

Ces 12 estampes, numérotées de 13 à 25, font partie 
d'une série de 48 coi£fures, dont le recueil a été publié 
chez Desnos, sous le titre suivant : 

Recueil général de cœffures de différents goats, oà Ton 
voit la manière dont se coêffaient les femmes, soas diffi^ 
rents règnes, à commencer en 1689, jusqvten i778, avec 
des vers analogues à chaque costume, suivi dune collée^ 
tien de modes françaises, contenant les dîffirens habille- 
mens et coëffures des hommes et des femmes, la plus 
complette qui ait paru en ce genre, ouvrage fort disiri de 
Fun et Vautre sexe. *^ 



406 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

Alors comme aujourd'hui il était de bon ton de chan« 
ger souvent le genre des coiffures, la forme des vêtements, 
d'adopter une nouvelle parure, ce qui faisait dire à Vol- 
taire : 

Il est une déesse inconstante, incommode, 
Bizarre en ses goûts, folle en ses ornements. 
Qui parait, fuit, revient et naît en tous les temps. 
Protée était son père et son nom est la Mode. 

et ce qui donna naissance à la chanson suivante, impri- 
mée dans Les dons de Vamour et de Vamitié, almanach 
nouveau sur les plus jolis airs, A Paris, chez Janet, 1790: 

LA NOUVEAUTÉ ET LES FOUS 

ou 

LE SORT DE LA MODE 

Un jour la nouveauté parut 
Aux lieux où règne la folie ; 
Chacun disait : qu'elle est jolie ! 
De toutes parts on accourut, 
c Demeurez dans notre patrie, 
madame la nouveauté ! 
Plus que l'esprit et la beauté, 
Toujours vous y fûtes chérie. » 

Lors la déesse à tous ces fous 
Répondit : messsieurs, j*y demeure, 
Et leur donna le rendez-vous 
Le lendemain à la même heure. 
Le lendemain on se montra 
Aussi brillante que la veille ; 
Le premier qui la rencontra 
S'écria : Mon Dieu ! qu'elle est vieille ! 

Chaque série de 12 figures servait à orner un almanach; 
cependant, il y a des almanachs où Ton trouve des séries 



ALMANACHS DU XVIIP SIÈCLE 407 

de 24 (1) ; et même dans le recueil paru chez Desnos, en 
1782, se trouvent les 48 figures de costumes gravés, en 
miniature et en pied, pour distinguer les habillements. 

Le prix de ces almanachs s'élève de jour en jour et 
dernièrement, à la vente de la bibliothèque Destailleur, 
on a payé le Manuel des Toilettes (Valade 1778), 500 fr. ; 
le Souvenir à la Hollandaise, 1782, 200 fr., les Modes Pa^ 
risiennes, (Desnos 1781), 400 fr. etc., etc. 

1790 

Etrennes galantes, ou tableau de Ihymen et de 
Vamour, chansonnier français. 

Élite des meilleures chansons, romances, vaude- 
villes, etc.j des auteurs les plus estimés de ce genre, 
savoir : Chaulieu, madame Deshoulières, Houdart 
de la Motte, Piron, Moncrif, Marivaux, Ferrand, 
Fuselier, la Grange-Chancel, Le Grand, Autreau, Rie- 
coboni, A visse, de Vlsle Dominique, etc. 

A Paris, chez Desnos, ingénieur-géographe et 
libraire du roi de Danemarck, rue Saint-Jacques, au 
Globe. 

Après le titre, 96 pages dont 4 feuillets de musique 
gravée pour huit des chansons du petit volume et un 
feuillet pour un avis de l'éditeur. « Il ne faut que par- 
ce courir les cinq premières parties d'Anacréon en belle 
« humeur, pour se persuader qu'il n'est peut-être pas de 
« recueil plus varié dans ce genre. Il ne faut, de même, que 



(1 ) Almanach de la Toilette et de la Coiffure des dames françaises, suivi éPune 
Dissertation sur celles des dames romaines» Pari», Desnos, 1777. 

Etrennes chantantes avec des couplets analogues aux Modes Parisietuies^ 
enrichies de nouvelles cocffures les plus galantes et habilleinens les plus en 
usage. Paris, Desnos, 1780. 



408 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

« lire les noms de la plupart des auteurs dont on a employé 
« les productions, pour s'accorder sur le mérite et le scru- 
« pule de notre choix, etc., etc. » 

A la suite de ce recueil : Etrennes galantes, ou V Instant 
heureux de Cythère, dédié aux deux sexes ; à Paris, chez 
Desnos, etc., contenant 11 estampes, l'explication de ces 
-figures, les chansons analogues, le secrétaire des dames 
et des messieurs, avec perte et gain et le calendrier. 

Le titre frontispice est gravé dans un médaillon en- 
touré de guirlandes de fleurs, surmonté d'un carquois 
garni de flèches et du flambeau allumé de l'hymen et 
supporté par deux amours, dont l'un suspend une cou- 
ronne au-dessus de deux tourterelles prêtes à se becqueter. 

l»"® Estampe. — Les Aveux mutuels. Céphise et Lindor 
se font réciproquement l'aveu de l'amour le plus tendre. 
Céphise expose à son amant la crainte qu'elle a de le voir 
changer. Lindor se jette à ses genoux pour lui jurer la plus 
longue constance ; et Céphise, de son côté, lui promet 
une fidélité à toute épreuve. 

Lindor 

Soupçonner ma foi, serait me faire ou trappe ! 

J'en atteste l'astre du jour ; 
Vous m'avez, Ci^.phise, inspiré trop d'amour. 

Pour que je devienne volage. 

Céphise 

Je brûle pour vous d'une flamme éternelle, 

Je n'en atteste que mon cœur. 
Vous m'avez, Lindor, inspiré trop d'ardeur, 
Pour que jamais je vous sois infidelle. 

2®. — La Toilette de la Mariée. Céphise se pare pour 
aller engager aux pieds des autels sa liberté et sa foi. Une 
de ses femmes lui met ce qu'on nomme le chapeau de la 
inariée ; arrive son amant qui lui pose le bouquet devant 
terminer sa parure. 



ALMANACHS DU XYHI® SIÈCLE 409 

3<^. — Le Coucher de la Mariée, La jeune mariée, pen- 
dant qu'une de ses femmes la déshabille, témoigne à sa 
mère le regret qu'elle a de se séparer d'elle. Cette mère 
tendre la console, et son nouvel époux lui fait, à genoux, 
les plus belles protestations. 

¥. — Le Lever de la Mariée, La mariée, selon l'usage, 
est visitée par sa mère, qui demande aux deux époux 
s'ils sont satisfaits de leur choix mutuel. La femme baisse 
les yeux par modestie, et le mari montre, pour preuve de 
leur satisfaction, l'amour chargé des couronnes de son 
triomphe. 

5^. — Les Charmes de V Amour, Clitandre et Philis, 
seuls sous un ombrage agréable, y interrompent leurs 
plaisirs pour s'occuper de celui que prennent deux tour- 
terelles à se récidiver les témoignages de leur tendresse. 
L'amour pendant ce temps-là, s'amuse à les enchaîner 
de fleurs. 

6'". — Le Repos interrompu. Glycère dort, la porte de 
son boudoir ouverte. Son amant se présente chez elle 
pour lui faire visite. 

Qu'elle est jolie! oh! qu'elle est belle! 

7«. — Les Charmes de la Liberté, Les plaisirs de Rose 
et Guillot ne sont empoisonnés ni par la crainte, ni par 
les remords. (Jolie scène de la vie pastorale). 

8«. — La Femme mal gardée, La jeune Thémire occupe 
agréablement ses loisirs avec son cher Lindor, pendant 
que son époux s'amuse à boire. Heureusement, un para- 
vent sépare le joli couple de l'ivrogne. 

Pendant qu'il s'enivre de vin. 
Elle s'enivre de tendresse. 

9«. — Les Charmes du Ménage. Pendant que la vertueuse 
Aglée allaite elle-même le second fruit précieux de son 



410 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

plus tendre amour conjugal, son sage époux s'amuse à 
partager ses caresses entre ses deux enfans et leur tendre 
mère. 

10®. — Les Amours nocturnes, La jeune Glycère a 
accordé pour la nuit un rendez-vous au beau Lindor, 
qui s'introduit chez elle par la fenêtre, au moyen d'une 
échelle de corde. Elle lui recommande de ne point parler, 
crainte d'éveiller sa mère. 

Ile. _ La Liberté perdue. Damon poursuit depuis 
longtemps la charmante Emilie ; il lui fait une attaque 
des plus vives. Elle se défend d'abord, et finit par se 
rendre. A peine remise de son désordre, Emilie pleure la 
perle qu'elle vient de faire, et son vainqueur la console. 

Estampes d'une grâce infinie, incomparable finesse 
d'exécution dans la gravure, excellent choix de chansons, 
Hout est réuni dans cet almanach pour le rendre des plus 
charmants. 

Ces figures avaient déjà paru dans le tableau de 
VHijmen et de l Amour ou Manuel des époux et des 
amans, orné de figures et de chansons analogues, avec 
tablettes économiques, perte et gain, petit secrétaire à la 
mode, à l'usage des dames et des messieurs. A Paris, chez 
Desnos, etc. Calendrier de 1784, et auparavant, de 1781. 

1790 

Les Etrennes du jour de Van, ou le cadeau sans 
prétention, 

A Paris, chez Le Vachez, m^ de tableaux et d'es- 
tampes, sous les colonnades du Palais-Royal, n^ 258. 

Almanach excessivement curieux, pour la façon dont 
il est illustré. Les gravures sont tirées en couleur par les 
procédés employés pour les estampes de Debucourt, 



ALMANACHS DU XVIII« SIÈCLE 411 

Taunay, Sergent, Janinet, etc. De plus, ces figures sont 
des réductions d'estampes très à la mode en 1790, et leur 
exécution ne laisse rien à désirer. 

Le titre est gravé sur le frontispice, où est représentée 
une table recouverte d'un tapis rouge à franges jaunes, 
sur laquelle sont placés des jouets destinés aux enfans 
pour le jour de Tan : poupée, cheval de bois, chapeau à 
plume, manchon, petits livres à images, etc. Aux pieds 
de la table, une épée, un tambour, un polichinelle. 

Calendrier pour les six premiers mois, 1790. 

l»^»^ Estampe. — Le premier jour de Van, Réduction de 
Testampe de Debucourt, les Compliments du jour de Van. 

2«^. — Les Cadeaux. Réduction du Bouquet inattendu, de 
M"*^ Gérard. 

3*^. — V Arrivée du petit frère ou V Amour fraternel. 
D'après Greuze. 

4*\ — Eloge de la Campagne. Réduction de la gravure 
anglaise de Morland, 77ie rural Amusement. 

5»^. — La Leçon du Vieillard. Gravure anglaise : The 
Moraliste de Smith, publiée à Londres, 1787, gravée par 
Nutter. 

6*^. — La Jardinière, D'après une gravure anglaise de 
Morland. 

Feuillets pour perte et gain. 

7*'. — La petite poste de Vamour ou le Départ, D'après 
l'estampe de Boucher, portant le même titre. 

8\ — La Fêle de la grandmaman. D'après Debucourt. 

9'. — L'Amant. Réduction de la gravure anglaise 
Courtship, d'après Williams. 

10«. — La petite poste de Vamour ou V Arrivée. D'après 
l'estampe de Boucher, portant le même titre. 



412 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

lie. — ^e Mari. Réduction de la gravure anglaise Matri- 
monijy d'après Williams. 

12*^. — LWmour Hermite, Fragment de VHermite de 
Greuze. 

Calendrier pour les six derniers mois. 

Beaucoup d'autres almanachs illustrés méritent les 
honneurs de la description; ils auront leur tour et ne 
perdront pas pour attendre, le très érudit M. John 
Grand-Carteret, auteur du remarquable livre : Les Mœurs 
et la Caricature en France (grand in-8<», Paris, 1888)^ 
préparant en ce moment la bibliographie très complète 
de tous les almanachs, depuis i60f) jusqu'à nos jours. 
Ceux qu'intéresse le sujet, que je n'ai fait qu'effleurer, 
trouveront largement à satisfaire leur curiosité dans les 
nombreux documents réunis pour cet intéressant ouvrage 
dont la publication est impatiemment attendue par le 
monde des bibliophiles. 

Pour moi, tenant h rester dans le cadre que je me suis 
tracé d'avance, je ne saurais mieux terminer qu'en citant 
l'épilogue du V^ livre de La Fontaine. 

Bornons ici cette carrière. 

Les longs ouvrages me font peur ; 

Loin d'épuiser une matière. 

On n'en doit prendre que la fleur. 



Vicomte de Savigny de Moncorps. 



LETTRES OUBLIÉES 



I 



TROIS LETTRES DE HENRI IV 

Les trois lettres qu'on va lire ne se trouvent pas dans 
la volumineuse correspondance de Henri IV, publiée par 
Berger de Xivrey. Elles intéressent l'histoire religieuse 
du XV w siècle. 

La première est extraite de VHistoire de Véglise cathé- 
drale de Vaison, par le P. Ans. Boyer de Sainte-Marthe, 
dominicain (1). Il y est question d'un évèque de Vaison, 
ancienne ville du Comtat-Venaissin. Cet évêque était 
Guillaume II Cheisolme (en anglais Chisholmjy de la 
famille écossaise des barons de Crombis. Sa grand'mère 
maternelle était sœur du roi Jacques IV. Tout jeune 
encore, il avait quitté sa patrie lors des troubles excités par 
le protestantisme, et avait étudié à Paris, puis à Rome. 
Plus tard, son oncle paternel ayant résigné Tévêché de 
Vaison, il lui fut donné comme successeur par Sixte- 
Quint (1585) et sacré par le cardinal de Pellevé. 

En 1602, il éprouva le désir d'aller revoir les parents 
qui lui restaient en Ecosse. Pour lui faciliter ce voyage, 
le Pape Clément VIII le chargea d'une mission auprès du 

(1) Avignon. 1731. in-4«, p. 210. 



414 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

roi Jacques VI, devenu roi d'Angleterre sous le nom de 
Jacques I<^'". Avant de franchir le détroit, GuilI.CheisoIme 
séjourna quelques mois à Paris pour y attendre le sauf- 
conduit du roi d'Angleterre. Là, il vit Henri IV, qui lui 
donna une lettre de recommandation pour son « bon 
frère ». L'évêquc passa en Ecosse, resta quelque temps à 
Edimbourg, mais ne put pénétrer dans Dumblan, sa ville 
natale. Il était de retour dans son diocèse au mois 
d'octobre 1603. 
Voici la lettre de Henri IV : 



Très Haut, très excellent et très puissant Prince Nostre très 
cher et très amé bon frère et ancien Allié. 

L'Evesque de Yaison, Tun de vos sujets, ayant demeuré long 
temps en ce Royaume, a eu désir d'aller faire un voyage en Ecosse 
pour y revoir ses Parens et Amis ; Et parce qu'il est Prélat de 
bonnes qualités et mérites et que Nous affectionnons, aussi Nous 
anons bien voulu par lui vous écrire cette Lettre pour vous prier 
comme Nous faisons, de l'auoir en toute bonne et fauorable Recom- 
mandation, Et Nous Nous en revancherons en vostre endroit aux 
occasions qui se présenteront, priant Dieu, Très Haut, Très Excellent, 
et Très Puissant Prince Nostre Très Cher et Très Amé bon Frère, 
Cousin et ancien Allié, qu'il ^ous aye en sa sainte Garde. Ecrit à 
Paris le 20. jour de Feurier 1603. 

Yostre bon Frère, Cousin et ancien Allié, 

Henry 

El sur le dos : 

A Trrs Haut, très Excellent et Très Ptiissant Prince, Nostre Très 
Cher, et Très Amé bon Frère, Cousin et ancien Allié le Roy 
(V Ecosse. 



Nous avons trouve une autre lettre de Henri IV à la 
suite de la Responce à la demande d*uii gentilhomme de 



LETTRES OUBLIÉES 415 

la Religion P. R. touchant F usage des images (1). Elle 
est adressée à Fauteur de ce livre, le P. Gonteri ou 
Gontier, jésuite alors fameux par ses controverses avec 
les protestants. Elle nous montre l'intérêt que prenait le 
Roi à la conversion de ses anciens coreligionnaires : 

Père Gontery, Ayant sceu le grand fruict que tous auei ûdt par 
vos prédications en ma ville de Dieppe, en si peu de temps qu'il y 
a que vous y estes, et recognoissant pour la plus grande gloire de 
Dieu et le bien de mon seruice, qu'il est à propos que vous y demeu- 
riez encore quelque temps, ie vous ay foit la présente pour vous dire 
que ie désire que vous y seioumiez, iusques à ce que ie vous donne 
aduis de ma volonté sur vostre retour, et m'asseurant que ce com- 
mandement vous seruira de suffisante descharge enuers ceux de ma 
ville de Rennes ausquels vous avez esté promis, le prieray Dieu, 
Père Gontery, qu'il vous ait en sa sainte et digne garde. 

Escrit à Fontainebleau ce dixiesme iour d'Auril 1606. 

Signé : Henry 
Contresigné : De Lomenie 

La lettre suivante, bien que nous n'en ayons qa*une 
traduction latine, nous parait curieuse, car elle jette 
quelque lumière sur la question si discutée des rapports 
de Henri IV avec la Compagnie de Jésus. 

Elle fut écrite aux Pères de la province de Germanie 
Supérieure, en réponse à la dédicace qu'ils lui avaient 
faite du Commentaire de saint Cyrille d'Alexandrie snr les 
Petits Prophètes, avec la traduction latine de Pontanus(2). 
Le P. Jac. Gretser en a donné une version, qu'il dit litté- 
rale (3), la voici : 



(1) Rouen, 1608, in-12 (Un exemplaire est eonservé à la Bibliothèque: 
rine, 37.228). 

(2) S, Cgrillus Patriardia AlexandrinuM in XII ProptutoB a Jacobo Pontano 
latine nunc primum editus ad Henriciim IV Franciae cl Navairaa Bapem 
christanis. Ingolstadii, MDCVH, in-f^. 

(3) Jac. Gretser, S. J. Uxivium pro aUatndo maUmmo eag^te oiMWfiiii c^/nt* 
dam fabulatoris, etc. IngolstadU, ICiO, in-4% p. 17 et 18 (Maiariae, 13.40^ 



416 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

MuLTUM DiLECTi. Gratutn nobis acccptumque , quod obtulistis 

munus fuit, sancti scilicet Gyrilli Alexandrini super duodecim 

Prophetas. In quo cognovimus, quantum in dies Ecclesiae Catholicae 

magis ac magis utiles sitis, nec de superis et hominibus bene mereri, 

ac nos pro nostro more, amare desistatis. Protégera vestrara 

societatem contra omncs^ quamdiu erit et amare non desistemus ; 

praesertim autem eruditum virum P. Pontanum, qui tantum in 

hoc opère laboris iinpcndit, Deum orantes, ut nos ipse amet et 

charos habeat, ac sancta sua dignaque gratia tueatur. Parisiis, 

3 septembris 1(507. 

Hemucus. 
Inscriptio 

Dilectis meis Patribus P. Provinciali 

et reliquis e societate lesu, Germaniae 

superioris Patribus. 



II 



UN PLAIDOYER EN FAVEUR DU SEXE FAIBLE 

MARGUERITE DE VALOIS ET LE P. LORYOT, S. J. 



V Histoire littéraire du Maine (1) contient un article 
consacré au jésuite François Loryot, né à Laval en 1571 
et mort à Angers en 1642. Entre autres ouvrages, cet 
auteur a publié les Secrets moraux concernant les passions 
du cœur humain (2) et les Fleurs des secrets moraux sur 
les passions du cœur humain (3). 



(1) Hauréau, Ilist. litt. du Maine, Paris, 1874, in-12, t. VII, p. 268 à 273. 

(2) Paris. Claude Chappelct, 1614, iii-4*. (Bibl. Nationale, Réserve R, 1138). 
L'ouvrage est dédié au roi. Le privilège accordé à Cl. Cliappelet et à Jos. Cot- 
tereau, est du 9 décembre 1614. L'achevé d'imprimer est du 9 février 1614. 

(3) Paris, 1614, in-4*. L'ouvrage est dédié à la Reine Marguerite; rachevé 
d'imprimer est du 12 septembre 1614. L'exemplaire de la Bibliothèque Natio* 
nale (D, 8396) a eu pour éditeur Claude Desmarquets, et celui de la Mazarine 
(14,377) Guillaume Guyot; du reste, le frontispice, gravé par Fircns, est le 
même dans les deux exemplaires. 



LETTRES OUBLIÉES 417 

M. Hauréau a analysé le premier de ces ouvrages et Ta 
justement caractérisé ; mais trompé, sans doute, par la 
similitude des titres, le savant historien donne pour deux 
éditions du même livre deux ouvrages diflërents (1). 

Les Fleurs des secrets moraux roulent sur des questions 
du même genre que le premier volume ; elles auraient 
aussi peu de valeur pour nous si nous n'y avions décou- 
vert une curieuse lettre de Marguerite de Valois, la pre- 
mière femme de Henri IV (2). 

Voici à quelle occasion elle fut écrite. La reine Marguerite 
s'était fait lire la seconde question des Secrets moraux, 
intitulée : Pourquoi i homme honore tant le sexe féminin? 
Trouvant trop faibles les raisons alléguées par Tauteur, 
elle se mit aussitôt, dit le P. Lor^'ot, « à dicter les raisons 
qui luy sembloient les plus propres pour esta nçonner les 
miennes un peu ruineuses (3). Sa Majesté, qui met une 



( 1; Le p. (le Bac'ker s'est aussi trompé en disant que les Fleurs des Secrets 
moraux sont rabrégé de l'ouvrage précédent. (Bibl. des écriuains de laCompa- 
gnie de Jéxus, t. II. 1872, in-fol., col. 817.) C'est par erreur aussi que le même 
auteur donne pour la publicaHon des Fleurs des secrets la date 1644. De même 
la Marguerite victorieuse, poème du père Lorj'ot, se trouve à la suite de&Fleurs 
des secrets et non après les Secrets moraux, comme le dit le P. de Backer. 

(2) Livre I. question 17 : Pourquoi il se trouue souuent des femmes qui ont 
tant d'esprit et de capacité et au-delà de plusieurs hommes ? 

(3) Voici le sommaire de ces raisons données par le P. Loryot (Secrets 
moraux, p. 63 à 80). 

1. La compassion esmeut à rendre honneur aux affligés. 

2. I^i crainte produit souuent de l'honneur. 

3. La femme n'estant point servante de l'homme, doitestre honorée de luy. 

4. La femme enorgueillie de sa beauté se faict honorer. 

5. La modestie et vergongne naturelles à la femme méritent force honneur. 

6. La femme est fort respectueuse. 

7. La parure artificielle de la femme la fait respecter. 

8. La femme pour sa douceur est respectée. 

9. La femme par les travaux a fort obligé l'homme à l'honorer. 

10. La femme faict particulière profession de la deuotion. 

11. Lii femme par sa cholere se faict craindre et respecter. 

12. L'honneur appriuoise un naturel farouche. 

13. La Prudence et la Vertu des femmes leur acquiert de rhonneur. 

14. Les femmes ont leur honneur en singulière recommandatioii. 

1891 27 



418 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

partie de sa grandeur à ne desdaigner point les plus 
petits, m'a faict Thoiineur de me les enuoyer. 

« le ne les eues pas leuës que la pensée me vint (il flEiut 
que ie le confesse) (jue c'estoit un des plus doctes de ses 
sçauants ( 1 ) qui auoit faict voir la fécondité de son 
esprit en un subiect si stérile ; et si demeuray en ceste 
croyance, iusqucs à ce qu'estant allé remercier sa Maiesté 
de tant d' honneur, ((ue i'auois receu en la réception de 
ses lettres, toute sa Cour me tira d'erreur, m'asseurant 
qu'elle auoit dicté tout ce Discours sur le champ ; et y 
demeuray du tout satisfaict, quand aussi tost que Sa 
Maiesté m apercent, elle fist le déduit de tout son 
Discours auec autant de perfection qu'il est couché sur 
le papier (2) ». 

Voici la lettre de Marguerite, mais le P. Loryot nous 
semble seul responsable des textes grecs et latins qui 
l'accompagnent. 

Discours docte et subtil^ dictr. promptement par la Reyne Manjucrite 
et envoyé à l*Autheur des secrets moraux. 

Mon Poro, l'Iiour nj'ayaiit ostô si «rrand, lorsqu'il vous pleut me 
bailler vostre J)eau liui*e, de m'estre rencontive en quelqu'une de 
vos conceptions, aux raisons que vous apporter, sur la question : 
Pourquoy la femyne est plus propre à la deuotion que Vhomme ? 



(l)La Kciiu* Marguerite avait toujours à sa table au moins quatre per- 
sonnages célèbres dans les seitneesoula litléiature, dont elle excitait la 
verve par ses questions, et av< c le^qu('Is elle entrait souvent en discussion 
sur les sujets les plus <li\ers. Voir Li'o de Saim-Poncy. Histoire de Margue^ 
rite de Valois, Paris. 1887, ln-12. 

(2) L'achevé d'imprimer des Secrets étant du 3 février 1614. cest peu de 
temps après que fut écrite la lettre de Marguerite. Du reste, la Fleur des 
secretz qui la contient, parut le 12 septembre de la même année. La partie de 
la question première de cet ouvrage, jusqu'à la lettre de la reine inclusive- 
ment, manque de pagination : ce qui prouve qu'on l'a imprimée après coup 
et pour pouvoir donner cettre lettre reçue au cours de Timprcssion. 



LETTRES OUBLIÉES 419 

et maintenant, sans sortir du subiect qui est propre à ma faible 
co^noissauce ; (1) cOme fist le cordofiier, duquel le Peintre se 
mocqua, quàd il le voulut reprendre d'autre chose que de son sou- 
lier, (2) ains m'appuyant sur ce commun dire que chacun doitestre 
sçauàt en (3) son propre fait. 

l'oseray, ayant lu tous les chapitres que vous faictes sur ceste 
question, sçavoir : Pourquoy Vhomme rend tant d'honneur à la 
femme ? vous dire que, poussée de quelque ambition pour l'honneur 
et la gloire de mon sexe, ie ne puis supporter le mespris où vous le 
mettez, voulîint qu'il soit honore de l'homme pour son infirmité et 
foiblesse; (4) Vous me pardonnerez si ie vous dis que l'infirmité et 
foiblesse n'engendrent point l'honneur mais le mespris et la pitié. 
Et qu'il y a bien plus d'apparence que les femmes soient honorées 
des hommes par leurs excellences, (5) espérant par les raisons qui 
s'en suiuent, vous prouuer que non par l'infirmité, mais par l'excel- 
lence de la femme, l'homme lui rend honneur. 

I. (6) Dieu procède par tel ordre en ses œuures qu'il fait 
les })remieres les moindres , et les dernières les plus excel- 
lentes, les plus parfaictes et les plus dignes ; comme il a monstre 
en la Création du Monde, faisant l'homme le dernier, pour lequel 



( 1 ) Eodem postera die superbe emendationem pristinae admonitionis cauiUâte 
circa crus, indignatû (Apellè) prospexisse^ denuniiantem ne supra crepidcun 
sutor indicaret 'Plix., /. A'XXV, c. 10). 

(2) ;>fOv 0£ fTO'j y.'XTccyskx irspi yv où ULSULiBvïxaç ip^aasvojj Xa^iscv, 
Ces enfants ^disait Apelles à Megabyzus) se rient de toy, quand tu as cômencé d 
parler de ce que tu n'entêds pas. /^Plut., de adul. et amie, discer.) 

(3; Exy.TToç 0£ x^tvst y,oà.'7)^ a y^yvo-jotcsc xaÎTO'JTwvèoTtv stYaôoçxfltTTQÇ. 

Ka9' êx«(T70v a^a ô rsTraiSsvixsvoç, dcTr^wç Se o Trepi ;râv7rE7racSei>|xévoc. Celug- 
là iuge bien d'un fait qu'il cotjnoist, et il en iuge selon qu'il est bien instruit, 
/Arist. /. /, Ethic. c. 1, al. 3.J 

(4) Quid est autem miser icordia, nisi alienae miseriae quaedam in nostro corde 
compassio.qua utique si possumus, subuenir e compellimur? (AvG. I. IX.deCiuit, 
c. 5.) 

(5) Honor exhibetur alicui propter aliquam eius excellentiam^ et ita est signam 
et testimonium quoddam illius excellentiae, quae est in honorato. {D. Th. 
1.2. q. ?, a. 2. c. Arist. /. II Rhetor., c. 5.) 

(0) Ta y'}p \KjTîpoL Tt\ ysvéaet, npôrepa tt/V ^^tviffri * xaè TrpSrw to t^ 
yîvitTîi TîA-'Jzy.iov. Les choses qui se font les premières par la Nature, sont les 
dernières en son intention {laquelle regarde premièrement ce qui est de plus peur • 
faictj et ce qui est fait le premier par la mesme Nature est le dernier en son 
intention. (Arist.. /. /, de Partib. animal., c, 1.) 



420 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

il auoit faict toutes les autres Créatures. ( 1 ) Dont il faut aduoûer 
que la femme estant encores faicte après l'homme, et comme der- 
nière Création de Dieu, que Texcellence et surpréme degré de dignité 
lui doit être attribué, ainsi que les plus grandes perfections sont en 
elle, estant formée comme Thomme des mains de Dieu, mais d*ane 
matière d'autant plus elabouree, (2) que la coste de l'homme surpasse 
la fange en degré d'excellence. 

2. (3) L'on voit la Nature procéder en l'Embrion, de mesme sorte : 
formant premièrement le corps humain (4) elle commence par les 
organes de la Vegetable, puis de la Sensitiue, et pour le dernier, de 
la Raisonnable ; qui est le degré de perfection autant esleué au des - 
sus de la Sensitiue, que celle-ci surpasse la Vegetable. Aristote tient 
ce mesme ordre aux biens et aux lins, disant que la dernière fin est 
tousiours la plus (5) excellente. 

3. Et faut aduoiier que Là où les organes sont composez d'une 
matière plus délicate et excellente, qu'ils seront au préalable mieux 
proportionnez : comme il se voit extérieurement au visage (6) et au 
corps de la femme tant délicate, il'où il faut inférer Tinterieur sem- 
blablement estre plus délicatement et mieux organisé pour les fonc- 
tions de l'Ame. Et par conséquent l'ame de la femme sera plus 
propre à faire des plus belles actions, que celle de l'homme fait de 
fange, matière rude et sale et grossière, qui le doibt rêdrc plus 
grossier et lourd (7) en toutes ses actions tant de l'esprit que du 
corps. 

4. Gecy conuia les hommes, au commencement qu'ils s'assem- 
blèrent, de reietter la première élection qu'ils auoient faite des plus 



(1) Igitnr pcrfecti siint cœli et terra et omnis creatio eorum, compleuitque 
Deux die septimo opiis suum quod fecerat etc. formauit igitur Dominas Deus 
hominem de limo terrae, etc. (Gènes, c. 2.J 

(2) Et aedificavit Domimis Deus costam, quam tulerat de Adcun^ in mulierem, 
et adduxit eam ad Adam. (Gènes, c. 2.) 

(3) AmsT. /. VII de Ilistor. anim. c. 3, i et seq. Idem. l. II de Anim. c. 2 tex, 14 
15, 16, 17. 

(4) Anima praeexistit in embrione ; a principio quidè nutritiuat postmodù 
autem sensitiua et tandem intellectiua. (D. Th. l.p. q.iiS a. 2. ad 2.) 

(5) Arist. l. VFAhic. c. î. 

(6) Semper in robusto et uegetato corpore animas moUior iacet atque tepidum 
cor : et rursiim, in corpore dcbili et infirmo jortior uiijet et prôptior spiritus. 
(Bernard, in Apolog.) 

(7) Gencs, c. 2. vers. 7. 



LETTRES OUBLIÉES 421 

forts de coq)s pour les gouverner et (1) défendre des bestes 
saunages, pour se faire régir par les plus beaux esprits, plus capables 
de raison, iustice et équité, qui les feraient pins heurensement viure ; 
En quoy la femme excellant, comme la dernière et plus parfoitte 
œuurede Dieu (2) et Thonmie le cognoissant, se recognent obligé 
à luy rendre ce grand honneur, et presque Tadorer, comme pins 
sainctc et plus viue image de la Diuinité, et en qui relnit plus de ses 
grâces. Par quoy il ne faut plus dire le monde auoir esté &it pour 
rhonimc et Thorame pour Dieu, mais il faut dire le monde anoir 
esté fait pour Thomme et Thomme pour la femme, et la femme pour 
Dieu. 

5. ( 3 ) Dieu a tousiours voulu que ses sacrificateurs furaent bien 
accomplis, et que ses offrandes se choisissent des choses les phis 
excellentes et parfaictes, comme vous voyei en l'ancienne Loy anoir 
esté ordonné aux sacrifices (4), de n'estre offertes à Dieu aucunes 
victimes viciées ou imparfaictes (5). De sorte que le plus parfoict 
estant le plus agréable à Dieu, nous pouuons clairement inférer que 
la femme a cest aduantage sur Thomme. Car si c'est pour le corps, 
c'est chose trop cogneue,que celuydela femme est trop plus beau, (6) 



(1 ) Aeo xov oDîkoç rtç ri TtpgtTTwt xocr* àptrij» xac Ttarà ^uyajpuv rii» wpttr 

XTCXY^ Tûv optoTftiy, Tointa juàw cbtoXouOi», xai rovrâ miBta^àU 3£muo». 

Aet 8s oO fxôvov àperTptj ôûîkoi xai Svvecpcv incàp^tn ittff 4v wsrat npt OL V U &ç, 
Et partanU si quelqu'un est plus vertueux que foMttre^ et qjBtil sçaehe mkam 
prattiquer ce qui est le meilleuTy il est honneste de le suture et tfest iuttiee ée Inp 
obéir. Il ne faut donc pas seulement qu*U affi de la vertu, BnÊds tutssi fàut-^ q/tû 
ayt le moyen de l'exercer. CArist., l. VU Potitie,, e, 5.) 

(2) Gen. c. 2 vers. 25, 24. 

(3) 'Edcv ovv rtç rûv Upéênù^càfuSnKfixfipotÇtipdoniiç^irtf^iacSX^ 

faTs;(sra> Seà ràç r/yivopttvac TÔipaç. S'A g a quelque éacrifkaieur qjut agt 
perdu un œil ou une main ou vn pied, ou soit amtOi de quèJqne autre monin^ 
ou qu'il ait quelque tache, il doit estre interdit de rexereke de sa cfcflrjpe. ^Rbox» 
luD. I de Monarchia)» 

(4) Levitic, c. 21. 

(5> ndcvra S' ô>oxXi|pa, mpi futSb p^oç Ta^atmmu TdêToS^ufMEnc, OUe 
8c' okuv àdivTi, prûfMi>v ôprojj^a. H faut que toutes ces victimes aoiotf Mot 
entières, sans manquement d'aucune sorte et sansoMteune tad»engordure.(PBit0^ 
l. de victim. generib. — Levitie, c i etseq.) 

(6) Mo|9f à BrikuTtprrn^i nùst xsîkn isipi V dÛaeé. La heaaU eti le 
de la femme, ainsi que la force Vest de Phomme, (Biok, InBtÊDotteJ 



422 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

plus délicat et mieux élaboré que celuy de l'homme, et si c'est pour 
Tame, Dieu se plaist aux esprits tranquilles, (1 ) reposez, deuots et 
tels que celuy de la feunne : non aux esprits tumultueux et sangui- 
naires, cùnie est celuy de l'homme, n'ayant voulu pour cestccause, ^2) 
que Dauid homme de guerre iist son Temple, mais Saiomon qui 
fut paisible, (3) et qui, en la douceur de ses humeurs, approchoit 
de fort près du natun»! de la femme. 

6. Partant, puisqu'elle sur-passe l'homme en toute sorte d'excel- 
lence, de perfection et de dignité, et que toutes choses se nipportent 
au plus excellent, (4) plus parfaict et plus digne, comme sa dernière 
fin ; il faut dire la femme auoir esté faicte, comme chef de toute ia 
création du monde, et son dernier œuure, qui possède le Trans- 
cendant de t4)utes choses créées en plus pur et ])arfaict degré. Et 
par conséquent, elle est une digne oUnuide pour estre présentée à 
Dieu, et pour estre plus capable de luy rendre grâces de toutes celles 
qu'il a espanduës en la Nature, et sur toute sa création. 

7. Et tout ainsi qu'il n'y a rien en la Nature, si digne d'estre dict 
estre faict pour Dieu, que la femme : aussi toutes choses en la Nature 
estant soubs elle, et l'homme inesme, elles ne peuvent estre dictes 
faictes que pour la femme, ne pouuant sans se rabaisser et faire tort 
à sa dignité, se dire faicte pour autre que pour Dieu. 

8. (5) Que si on la dict estre descheuë de l'excellence de sa cn*a- 
tion, par la menace que Dieu lui fist pour le péché de la pomme, 
disant en courroux et par punition qu'elle seroit assujettie à son 
mary ; cela monstre qu'auparauant elle luy estoit supérieure, et 
pour ce iuste courroux, il ne la priua de l'e-xcellence de son Estre, 



(1) /n tantum hiimanae pacis Christus stiiduit concordiae, ut unitatis 
merito oninia quae a Deo precanda sunt, impetranda esœ conflrmei. ^Hilar., in 
Uaith.) 

(2)L. IIReg.c. 7. 

(Z) L. m Reg. c. 2. 

(4) £c 8^ re rtXoç èorî rûv Trpoxrûv, o ^i avro ^ovXôasOa, rà sQlXse Ss Stà 
toOto, xai pvi Trdcvra Se' srspov alpoûusOa, Sr/^ov ^ç tout' àv stn Toyadôv xoi 
TÔ a/oeOTOV. Que s'il est urag qu'il y a une fin des choses que nous deuons faire, 
et laquelle nous desirons pour l'amour d'elle, et voulons toutes choses pour elle, 
et ne choisissons rien que pour elle : il faut bien dire qu'elle soit lesouuerain bien 
et entièrement le plus excellent et parfaict. /'Arist., 1. 1 Ethic, c. 1, al. 2.) 

(5) Mulieri quoque dixit : multipliaibo aerupinas tuas et concepttis tuos : in 
dolore jMries ftlios et sub uiri potestate eris et ipse dominabitur tui. (Gènes, e. 3. 
vers. 16.) 



LETTRES OUBLIÉES 4S3 

rayant choisie pour mère de Dieu, honneor auquel (1) le sexe de 
l'homme n'est point paruenu. Par qnoy enoores il doibt honneur el 
submission à la femme, (2) comme à la mère de son Dieu. 

Ces raisons escrites par une femme, ne peuuent pas auoir bean* 
coup de force, mais si elles estoient si heureuses d'estre adoptées de 
vous et comme telles despoûillees de mon rude et grossier langage, 
pour estre reuestués et parées des fleurs de ▼ostre éloquence, el 
mises au pied d'un de vos cluq)ites de ce sabied, ccNttme Tostrea» 
le crois que nostre sexe en receuroit un immortel honneur, pour 
lui estre par un autheur si célèbre comme vous, attribuée telle 
dignité. Ce que ie mettray à vostre discrétion, et vous priant que 
i'aye part en vos bonnes prières ; le demeureray de tonte voetre 
Compagnie et de vous. 

Vostre tres-affectionnee amye, 

Maroubrittb. 

Et au-dessus : 

Au Reuerend Père Lortot, 
Iesuitte. 



ni 



A PROPOS DU DIVORCE DE HENRI IV 

On sait comment M. de Caumartin, chargé par Henri IV 
d'amener sa femme à consentir à leur dimariage^ s'était 
rendu au château d'Usson, en Auvergne, où demeurait 



( t ) Quemadmodum enim iUa per angeUeam urmonem mdjaeta eif, of tffù^âni 
Deum, praeuariccUa oerbum eius, Ua et hatee per angéttaun wermonem 
zata est ut portaret Deum obediau eitu verho. (S. Irbhab., l. V adoen. 
c. i9. ) 

(2) Amplectamur Mariae vestigia et éemMe^ma euppUeÊtkme keatiM Um 
pedibus prouoluamar. TeneamuM eam, née df mttfaauf AiiMe 
potens est enim. (Beswabd., Serm. in e. 19 Apee,) 



424 BULLETIN DU UIULIOPHILE 

la reine. Marguerite de Valois céda ; elle envoya à sa 
sœur naturelle, la duchesse d'Angoulênie (l),des procura- 
tions notariées, passées à Usson le 3 février 1599, et char- 
geant Ed. Mole et M. Langlois de poursuivre en cour de 
Rome la nullité de son mariage. Les motifs allégués 
étaient 1" le défaut de dispense pour des empêchements 
dirimants(2) tels que la parenté à un degré prohibé et la 
disparité de culte, et 2» le défaut de liberté. 

Ce que ne disent pas les historiens, c'est que M. de 
Caumartin ayant quitté Usson, Marguerite changea d'avis. 
Croyant qu'il y allait de son honneur qu'on pensât que le 
mariage n'avait pas été consommé, elle eut Tidée de 
révoquer ses procurations et d'en faire d'autres où elle 
alléguerait, outre les raisons données tout d'abord, la non- 
consommation du mariage : preuve qu'elle n'était guère 
persuadée que son union n'était pas valide. Voici la 
lettre (ju'elle écrivit à ce sujet à la duchesse d'Angou- 
lême en lui envoyant ces nouvelles procurations (3) : 

Ma sœur, j ay considéré la teneur des Procurations que je vous 
ay envoyées, où je trouve que le Koy et moi avons esté tous deux 
trompez, luy en ce qu'estant comme elles sont, sans doute le Pape 
ne les trouvera pas valables pour la nullité du mariage que le roi 
désire, et la refusera, et moy en ce que je requière chose qui me 
seroit très honteuse que le mariage fust dit nul, ayant habité avec le 
roy comme une femme avec son mary, cela m'a fait résoudre à 



(1) C'était Diane, fille légitimée de Henri H et d'une Piémontaise nommée 
Philippe Duc : elle avait été mariée à Horace Farnèse, puis à François de 
Montmorency. 

(2) M. Léo de Saint-Poncy, dans son Histoire de Marguerite de Vatois, (Parla, 
Gaunie, 1887. 2 vol. in-12) étude aussi complète qu'im])artialo. nous apprend 
que les dispenses étaient arrivées seulement après la célébration du mariage. 

(3) Elle ne fait pas partie du recueil de Lettres (le Marguerite public par 
M. Guessard. Elle se trouve, ainsi que celles que nous donnons ensuite, dans 
l'Histoire des chanceliers et gardes des sceauxldc France, de Fr. du Chesne. 
(Paris, 1680. in-fol., p. 744-751.) C'est à elle que fait allusion Marguerite dans le 
billet qu'elle écrivit à M. <]e Loménic, le 22 mars 1599 (éd. Guessard, p. 332). 



LETTRES OUBLIÉES 435 

refaire les deux procurations que je tous enToye, qui sont l'une 
comme Tautre, et sont semblables en tout à cdles qa'avez, sinon 
que j'y ay adijousté que le Roy ne m'a point connue ny touchée, qui 
est ce mesme prétexte sur quoy fût faite la séparation du Roy 
LoOis XII et de Jeanne de France, fille de Louis XI, laquelle a esté 
si heureuse et valable, que les Rois nos pères et frères en sont sortis. 
Car le Roy Louis XII, après cette séparation espousa Anne de Bre- 
tagne mère de la Reine Claude ma grand mère (1). Que si je n'y 
eusse a4iousté cette clause pour la nullité, le Pqpe eust pu dire que 
pour l'opinion que j'avois que nostre mariage ne ftist bon^ il na 
s'ensuivoit pas qu'il ne le fùst ; que les raisons que j'en donnais 
n'estoient valables pour la nullité. Car pour la proximité de parenté 
et différence de la Religion, que son prédécesseur en avoit donné 
dispense. Que si je dis ne l'atoir Teûe ny demandée, que l'on sçait 
bien que je n'estois en âge pour me mesler de cela, mais qu'il suffit 
que la Reine ma mère Tait demandée pour moy et receué. Que de 
dire que je n'ay point consenty au mariage et y aye esté forcée, il 
pourroit aussi respondre que j'estois en puissance de mère, et d'âge 
pour estre sujette à y obeîr ; mais le Pape ne peut rien objecter pour 
la nullité à ce que j'y ay adjousté ; car si le Roy ne m'a rien esté, 
ne m'ayant point touchée, si le Roy et moy le disons, il £Biut qu'il le 
croye ; il ne peut refuser la séparation avec nullité du mariage, et 
de cette vérité l'on ne peut tirer preuve que de la bouche du Roy, 
et si tous deux nous le disons (car j'en supplie très humblement le 
Roy) puisque Sa Majesté veut la séparation et la nullité, il foui 
que Sa Sainteté y consente, mesme voyant, ce qui est nay, que je 
suis hors de moyen d'avoir des en&ns, qui sont nécessaires à sa 
Msjesté pour son contentement et le bien de cet Estai et de toute la 
Chrétienté. Ce que je vous prie, ma sœur, représenter au Roy : Que 
si j'estois si heureuse qu'il voulust prendre la peine de lire cette 
Lettre, sa Majesté connoissant combien en ces dernières Proeunt- 
tions luy et moy y avons esté trompes, je desirerois bien qu'il pleust 
à Sa Majesté ne s'en servir encore que je n'aye eu nouvelle de mes 
Mandemens des Receveurs, ce que soudain que j'auray, Je vous en 
donneray advis : soudain que le Roy aura veu les deux proeoratioiis 
cy encloses, dattées du 21 mars, comme cette lettre, ie vous supplie 
mettre le trenche>plumes dedans les autres, et me les renvoyer par 
ce porteur toutes rompues, et m'obligerex de foire voir au Roy cdla- 



(1) Qaude de France, flUe de Louis xn et d'Anne de firetagne» 

François !•% le 7 juin 1499. 



426 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

^Yi 6t l'y bailler ma lettre cy enclose le plus promptement que 
pourrez, et luy faire bien parfaitement entendre ce qui est dans cette 
lettre. J'eusse fait les premières que je vous envoiay semblablement, 
mais M. de Beau repaire, et quelques-uns qui m'écrivirent, me firent 
peur d'une Visitation ; mais estant sortie du trouble de mes afflic- 
tions, et en ayant pris conseil, i'ay reconnu que cela ne se fait que 
quand les deux parties n'en sont pas d'accord, et qu'encore ce n^est 
à personne de ma qualité ; quMl n'en fut point fait à Jeanne de 
France, qui fut séparée du roy Louis Xll sur ce prétexte ; et ayant 
reconnu qu'il estoit plus assuré pour le Roy, et plus honorable pour 
nioy, j'ay soudain mis la main à la plume pour faire cette despesche, 
qui sera, ma sœur, un comble d'obligations envers vous, que ie 8çay 
prendre plus de plaisir de vous mesler de cette alfaire avec honneur 
pour moy, qu'avec la honte que l'on m'y vouloit faire recevoir. Je 
vous supplie me faire redepcscher mon laquais Guilain présent por- 
teur soudain qu'aurez parié au Roy, et me renvoyer par luy mes 
précédentes Procurations rompues, aussi sont-elles inutiles, estant 
révoquées par celles-cy. le m'assure Uuit de la bonté du Roy, qu'il 
n'avoit iamais entendu la honte qu'on m'y vouloit faire recevoir, me 
faisant confesser mon mariage nul, sans ce que i'y ay à cette heure 
adiousté, qui estoit me faire une iniure, et à moy et à tous ceux à 
qui l'appartiens, telle qu'elle ne se peut plus grande, ce que îe fis 
estant troublée, n'osant d'un costé refuser le Commandement du 
Roy, et craignant pour la nullité, et craignant d'autre part si ie le 
faisois comme ie le fais à cette heure^ la Visitation de quoy il m'aToit 
espouvantée, d'autre part, voyant qu'on me menaçoit d'une extrême 
nécessité, ne me voulant point bailler les expéditions de ma pension 
et autres assignations, que premier ie n'envoyasse ladite procura- 
tion (1), à quoy Ton me precipitoit, je crois, de cette façon pour me 
faire tomber en ce malheur, et retarder tout ensemble le contente- 
ment du Roy ; car sans doute elles ont esté aussi peu valables pour 
luy, que préjudiciables à mon honneur et indignes de ma qualité, 
car il eut toujours falu revenir pour la rendre bonne pour la nullité, 
à la faire comme cette-cy ; ce que ie vous prie représenter au Roy 
et empescher que ceux qui ont eu ce mauvais dessein ne luy em- 
peschent de reconnoistrc ce qui en est ; vous obligerez, ma sœur, 
en cela le Roy et moy qui vous la suis déjà tant, qu'il ne reste rien 
en moy et de moy, qu'après Dieu je ne vous doive. Usez donc 



< 1 ) On voit de quelles raisons on s'est servi pour peser sur l'esprit de Mar- 
guerite. 



LETTRES OUBLIÉES 4S7 

absolument de la puissance que vous y avez et me conservez le bia^ 
de vostre amitié aussi entière que ie prie Dieu, ma sœur, de toute, 
mon affection, vous donner très heureuse et longue vie. D'Usson ce 
21 mars 1599. 

Fay commandé à mon lacquais présent porteur, de vous bailto eo- 
pacquet avant qu'avoir veu personne ; je vous supplie m'escrire s'il. 
l'aura fait, et si le pacquet sera bien fermé et le jour que Taures 
receu (1). A la souscription est escrit : 

Vostre très fidelle sœur à vous servir. Iftrguerite. J^ à {a«u^ 
cription : A ma sœur Madame la Duchesse d'Angoulesme. 

Cette lettre ne plut pas à Henri IV. Il réunit ses con- 
seillers : nous avons leur avis dans la lettre écrite par 
Pomponne de Bellièvre à Villeroy, qui dirigeait alors les 
affaires étrangères. 

Monsieur, j'ay veu cette apresdisnëe Madame d'Angoulesme, 
Messieurs Langlois, Mole (2) et moy la somme allé trouver au Bois 
de Vincennes, la lettre du Roy que je luy ay baillée estoit en creaneo 
seulement ; j'ay pris peine de luy fiiire comproidre l'intention de Sa 
Maiesté, comme par sa grande bonté Elle avoit pris en bonne part 
ce que la Reine a voulu ad|jouster, que Sa Maiesté n'a pas eu con- 
noissance charnelle, je luy ay dit que cens aaaquels le Roy fidi 
rhonneur de communiquer cette Affiiire, jugent qu'il n'y a danse 
qui peust estre plus considérable pour fonder le jugement de la 
dissolution du mariage, que si par quelque moyen on pouvoit iUrè 
apparoir qu'il n'a pas esté consommé, car en ee cas la dtqpense 
s'obtiendroit sans difficulté, mais si ee M% est allégué sans avoir 
bien considéré et projette comme il se peut vérifier, au lîeii d'ad- 
vancer, nous ne reculerions pas seulement, mais nous perdrions dn 
tout l'affaire : Que nous avons i considérer la Dignité, la Qualité et 
1 Estât des personnes dont il s'agit, et avec lesqaeUea nous avoai 
affaire. Quant au Roy, c'est la personne m laquelle eonsisie FEalil 
que nous devons mettre devant les yeuz^ qu'il ne lèra sarmeiit qa'fl 
ne sache et juge en sa conscience estre véritable : Qua oatre FId» 



(1> Marguerite savait qu'elle avait de pniiisnti cnnMiiis; cUe avait wm 
raisons pour être défiante. 
(2) Martin Langlois et Edouard Mole étaient les procamm fondés de Miir-t 

guérite. 



428 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

terest et la réputation de Sa Majesté en ce fait, il y va bien avant de 
celuy de TEstat, car si le Pape juge ainsi les François Catholiques, 
qui est la plus importante et la plus grande force de l'Estat, ils juge- 
ront et prendront opinion que le Roy fust pour se résoudre à faire 
un faux serment pour parvenir à cette dissolution, et avoir moyen 
de se remarier ailleurs. Considérez, Monsieur, et entrés en appré- 
hension avec moy du danger qu'il y a qu'ils entrent en doute, et 
fassent jugement qu'ils ne se peuvent assurer du serment que Sa 
Majesté a fait en son sacre, et depuis à Rome par ses Députez entre 
les mains du Saint Père, de \\\re et mourir en la Religion catho- 
lique, apostolique et romaine, lequel serment il a depuis confirmé 
et fait de nouveau entre les mains de Monsieur le Cardinal de Flo- 
rence, Légat de Sa Sainteté, quMl signa si franchement, et avec un 
si grand contentement de toute l'assistance. Considérons maintenant 
le fait : si l'on dit au Pape que le Roy n'a point habité avec ladite 
Dame, estans tous deux jeunes, beaus et sains, quand il seroit vray 
cent fois, il n'y a presque point d'apparence de le croire, et la mau- 
vaise opinion que l'on prendroit de ce prétexte, pourroit destruire 
les autres preuves pour fortes et convaincantes qu'elles fussent: 
d'alléguer qu'ils le faisoient par scrupule, sçachans le degré prohibé, 
qui le croira? Premièrement en la Religion dont le Roy faisoit 
lors profession, on n'en fait point de scrupule, et peut-estre que ny 
l'un n'y l'autre ne pensoient que ce fust chose prohibée par les 
constitutions canoniques, et peu de gens croiront que ieunes Princes 
soient si scrupuleux en telles matières. D'ailleurs que sçait-on les 
preuves que à l'advenir en pourroit avoir au contraire, si l'un ou 
l'autre en a parlé, comme ce n'est pas chose dont les jeunes per- 
sonnes mariées fassent grand scrupule de se découvrir, et peut-estre 
que ladite Dame se seroit découverte, et auroit dit qu'elle se doutoit 
d'estre enceinte, et comme Testant se seroit gardée et fait visiter, 
le me remets de ces choses à ce qui en est : Bien diray-je que se 
fondant le jugement de dissolution sur cette clause, qu'ils n'ont pas 
cohabité ensemble, et se vérifiant le contraire, le mariage qui se 
feroit de nouveau par le Roy pourroit estre débattu à l'advenir, 
Testât des enfans nez en ce mariage, mis en controverse, et ce pauvre 
Royaume, en une misérable combustion. Quand au Pape nous le 
connoissons pour fort severe, fort religieux, et fort ferme en ses 
opinions ; il ne faut pas attendre de luy qu'il donne jugement sur 
cette clause, qu'ils n'ont pas habité ensemble, de toute nécessité, il 
sera contraint, et ne faut pas attendre qu'il en use autrement, ou 
d'ordonner la Visitation, ou donner le serment, ou peut-être, ce à 
quoy par mon advis il se résoudra le plus tost, il ordonnera Tun et 



LETTRES OUBLIÉES 439 

l'autre ; si Ton ordonne le serment, j'ay touché les inconveniens qui 
en peuvent advenir, si Ton ordonne la Visitation, il ne £Biat rioi 
espérer de cette affaire, car on ne la souffirira pas, et peut-estre que 
pour rien le Pape qui est fort conscientieax ne voudroit ordonner 
le serment, craignant de donner occasion de faite un mauvais ser- 
ment, jugeant que c'est péché de donner occasion aux autres de 
pécher. Je representay ce que dessus à madite Dame d'Angonlesme, 
et ausdits sieurs Langlois et Mole, qui reconnurent qu'U y avoil 
grand fondement en ce que je leur ^remontray : Advisasmes qu'ils 
escriroient à la Reine, de bonne ancre, sans toutefois se rendre sus- 
pects, pour ne rendre leurs conseils inutiles, connoissant ladite 
Dame fort soupçonneuse et défiante : ils font chacun deux Lettres 
de mesme substance, dont vous en recevrez une avec la présente, 
l'autre ils la bailleront à ladite Dame Reine. 

Monsieur, j'ay obmis escrivant ma longue Lettre, de traitter d'un 
point qui a esté le plus débattu lorsque je vis Madame d'Ân- 
goulesme ; la Reine dit qu'il va trop avant de son honneur si elle 
passe la Procuration sans adiouster la clause, que le Roy n'a pas 
habité avec elle ; je dis qu'il y va bien plus avant de l'honneur de 
l'un et de l'autre, s'ils s'offirent à faire un serment d'une chose qui 
semble et sera jugée incroyable. Quant à ce que ladite Dame aUegue, 
que la Reine Jeanne, fille du Roy Louis onziesme ftit crue à son 
serment sans que l'on procedast à la Visitation il y avoit beaucoup 
de choses qui concouroient, que le Roy n'a pas eu sa connoîssanee. 
Premièrement estant prisonnier, il foi contraint de promettre oe 
mariage à un Roy qui le menaçoit de la vie et estoit en possession 
d'exécuter ses menaces, puis ladite Reine Jeanne estoit de petite 
stature, contrefaite, et comme l'on dit , punaise : H estoit aisé à 
croire qu'aisément le dit Roy Louis XII se passa d'habiter avec elle. 
Plus ils apparoissoit de plusieurs protestations par luy fiâtes 
devant ceux qui couchoient en sa chambre, qu'U nliabitoit et 
ne vouloit habiter avec elle ; tellement que sur teUes preuves U 
fut facile d'obtenir qu'il ne seroit pas procédé à la Visitation : En 
l'afiaire qui se présente, il n'y a rien de semblable, mds {dus 
tost tout contraire. Se peut d'ailleurs remonstrer, qu'il n'y a 
apparence qu'il y aille de l'honneur de ladite Dame Reine, se fidsant 
cette séparation, encore que le Roy ait eu sa oonnoissaiiee ; car 
estant en bonne foy mariée de l'autorité de la Reine sa Mère, el du 
Roy son frère, on ne luy peut imputer aucune ûiute, et cette bonne 
foy qui est notoire est de telle efficace, que si elle avoit des Enfims 
dudit Roy qui Ta espousée en face d'Eglise, la bonne foy d'une des 
parties feroit que les enfans seroienttenus pour légitimes. LaDachesse 



430 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

de Guienne qui fut séparée d'avec le Roy Louis VU avoit eu dudit 
Roy deux filles qui furent mariées comme légitimes. Ladite Dame 
fut depuis mariée au Roy d'Angleterre, dont avint une si grande 
diminution au Royaume. Il ne fut pas dit que ladite Dame qui avoit 
habité avec ledit Roy, par cette dissolution de mariage eust perdu 
son honneur, et le Pape donnant sa sentence de dissolution sur le 
mariage de nostre Roy avec ladite Reine, prononcera en la faveur 
de l'un et de l'autre, tout ce que l'on sçaura désirer pour la conserva- 
tion de leurs honneurs, estant sans doute que son devoir Toblige à 
ce faire, et que c'est chose qu'il fera très- volontiers. l'allegueray un 
autre exemple d'une fille de la Maison de Salviati niepce de ce 
Pape, mariée à un Gentilhomme Florentin de la Maison de Gaponi : 
la dissolution en fut poursuivie par ce Pape, estant lors Avocat 
Gonsistorial, et fut obtenue sur ce que ladite Salviati n'avoit pas 
sceu la dispense que ledit Gaponi avoit obtenue du degré de consan- 
guinité après la consommation du mariage. J'escris cette-cy estant 
si pressé de plusieurs qui me sont venus voir, que ie vous prieray 
d'excuser la négligence de l'escriture. 

Les procureurs fondés de Marguerite et la Duchesse 
d'Angoulême lui rendirent compte de refTet produit par 
sa lettre. De plus, le roi envoya de nouveau M. de Cau- 
martiii à Usson. Cette fois, Marguerite consentit à tout. 
Henri IV en témoigna sa satisfaction dans les lettres sui- 
vantes qu'il écrivit à sa femme et à Caumartin (1). 

LETTRE DU ROY A LA REINE 

Ma Mie, j ay receu par les mains de ma sœur d'Angoulesme, en 
la présence de mon Compère le Connestable (2), la première Lettre 
que vous m'avez escrite, et la deuxiesme par la voye du sieur de 
Caumartin, par lesquelles j ay appris la resolution que vous avec 
prise pour le bien public de mon Royaume, vostre consolation et la 
mienne, laquelle m'a esté bien agréable, et comme j'estime en vérité 
que Dieu sera glorilié, et le public servi en cette œuvre, je ne doute 
l)oint aussi que vous ne receviez de l'un et de l'autre la remunera- 



( 1 ) Elles ont ('cliappé aux recherches de M. Berger de Xivrey. 
(2) Le Connétable Henri I*' de Montmorency (1534-1614 ). 



LETTRES OUBLIÉES 431 

tion que vous cherchez pour vostre repos : A quoy pour contribuer 
ce que vous desirez de ma bonne volonté, j'ay aussi-tost permis et 
commandé ce dont j'ay esté requis de vostre part (1) : de sorte que 
vous pouvez faire estât d'en recevoir l'entière satisfaction que vous 
en promets, de quoy j'ay bien voulu vous advertir par la présente, 
priant Dieu, Ma Mie, qu'il vous ait en sa sainte et digne Garde. 
Escrit à le jour de May 1599. 



LETTRE DU ROY A M. DE CAUMARTIN 

Monsieur de Caumartin, j'ay receu avec grand contentement les 
Despesches que vous m'avez envoyées par ce porteur, suivant 
lesquelles et celles que ma sœur d'Angoulesme a receuës en mesme 
temps, les pièces que vous sçavez que j'avois besoin ont esté mises 
en mes mains, ainsi que portoient lesdites Lettres et ay désiré, en 
quoy vous m'avez fait service tres-agreable ; i'ay sur cela advisé 
d'écrire la Lettre à la Reine que vous trouverez avec la présente, 
avec le double d'icelle, afin que vous sçachiez ce qu'elle contient, 
vous la luy ferez tenir ou bien vous la luy porterez vous-mesme si 
la charge que ie vous ai commise pour les Suisses (2) vous permet 
de le faire, et l'assurerez du contentement que i'ay receu de la 
resolution (|u'eile a prise, et mesme qu'elle ait reconnu que le conseil 
quon luy avoit donné de changer ses premières Procurations estoit 
sorti de personnes qui ne l'aiment gueres, car c'est chose très véri- 
table, ayant descouvert depuis, comme ie fais tous les iours davan- 
tage, que les Auteurs d'icelui ont des desseins particuliers qui ne 
s'accordent pas bien avec les miens, ny avec le bien public de mon 
Royaume, à quoy i'espere donner si bon ordre que mes bons sujets 
et serviteurs en recevront avec l'aide de Dieu, la consolation avec 
moy, qui est nécessaire à tous ; vous l'asseurerez aussi que tout ce 
qui luy a esté promis luy sera tenu et observé de bonne foy, et quand 



( 1 ) Le lecteur c oraprend qu'il s'agit ici de la pension de la reine, que son 
mari avait (k-fendu de payer avant quelle eût consenti à faire prononcer la 
nullité de leur union. 

( 2) M. de Caumartin avait été envoyé comme Intendant en Auvergne et en 
Hourbonnais avec mission « de chercher les moyens de satisfaire les Suisses 
et leur faire payer les assignations qui leur avaient été données sur les re- 
cottes de cette province v ; car ils étaient mécontents et murmuraient de la 
lenteur des paiements. 



434 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

ques détails sur Tapplication du règlement à certaines 
époques. 

Il ne faut pas oublier, puisque nous venons de citer le 
savant et si intéressant ouvrage de Térudit abbé, avec 
quelle al)ondance de détails et quelle précision, le tout 
puisé aux nioilleuros sources, M. Fabre a suivi rétablisse- 
ment et les transformations intérieures de la docte assem- 
blée. 

Parcourant dtMnièrement le catalogue dressé par M. 
Omonl, de la collection Renaudoi à la Bibliothèque 
Nationale, notre regard a été attiré par le sommaire du 
tome 28 : u Dissertttlions littéraires, historiques etc., 
Compte-rendu des séances de l'Académie française, au sujet 
de la nomination de l'abbé Tallemant i 1651 ). » 

Nous reportant au volume nous avons été \ivement 
étonné, car la précision ordinaire de Térudit bibliothé- 
caire est aussi connue de tous les travailleurs que son 
extrême obligeance, de voir qu'il s'agissait non de labbé 
Tallemant, mais de la nomination de son successeur. 
IBM doit donc être annulé. 

Notrt^ document otTre tout l'attrait que peut présenter 
la reproduction fidèle dune séance, dune scène inté- 
rieure de la grande Compagnie par un témoin oculaire, 
un de ses membres, car la pièce est tout entière de la 
main de l'abbé Euscbe Renaudot, qui fut reçu en lt)89 il). 

Maintenant, ici se présentait une difliculté. Notre pièce 
ne porte aucune date d'anme, et on sait d'autre part 
qu'il y a eu au xvir et au commencement du xviir siècle 
c/ciLV ablvs Renaudot membres de l'Académie : /-ni/îo/s, 
né en U*^ùK frt're du fameux Tallemant des Rtaux, acadé- 
micien en liv^l et mort en UW. et Pdii/ Tallemant, lillê- 
râleur et cousin des deux précédents, acadtmicien en 
U'^V et mort en ITTJ D'où une hésitation, au premier 






UNE PAGE INÉDITE 



DE LA 



CHRONIQUE DES ÉLECTIONS A L'ACADÉMIE FRANÇAISE 



Succession de l'Abbé Paul Tallemant (1712) 



Rien de ce qui se rattache à l'histoire de Tillustre 
Compagnie qui a nom V Académie Française ne saurait 
être indifférent à ceux qui consacrent leur vie à ce que 
notre savant ami, M. Tamizey de Larroque, a si bien 
appelé, à la fin de l'avertissement de sa précieuse publica- 
tion des Lettres de Chapelain /Documents inédits sur V His- 
toire de France, 1880) « les nobles choses de l'esprit. »• 

Après tant de travaux de toute sorte consacrés à l'his- 
toire littéraire ou administrative du grand corps savant, 
dont notre érudit ami, M. l'abbé Fabre, dans son récent 
Chapelain et nos deux premières Académies (1), a dit 
avec tant de raison <t une institution qui a résisté à 
toutes les attaques, qui est demeurée supérieure à toutes 
nos vicissitudes politiques, et après tant d'épreuves vic- 
torieusement supportées, semble bien destinée à vivre 
autant que la nation française d, on est heureux de ren- 
contrer quelque document peu connu ou même inédit 
nous donnant par exemple un aperçu des séances, quel- 



( 1 ) Nous avons été, qu'on oous permette de le dire, 'péniblement impres- 
sienné par le jugement, aussi bref que défavorable, du livre de notre ami, 
porté dans la Reuue historique de 1890 par la plume savante et autorisée, cha- 
cun le sait, de M. Louis Farges. Nous sommes heureux d'en rapprocher 
l'appréciation favorable d'un autre juge dont personne n'osera contester la 
valeur, celle de M. Charles Canivet dans sa Causerie littéraire du journal le 
Soleil du 7 septembre 1890. où rou\'rage est traité « d'excellent livre *. 

1891 28 



434 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

ques détails sur Tapplication du règlement à certaines 
époques. 

Il ne faut pas oublier, puisque nous venons de citer le 
savant et si intéressant ouvrage de Térudit abbé, avec 
quelle abondance de détails et quelle précision, le tout 
puisé aux meilleures sources, M. Fabrc a suivi rétablisse- 
ment et les transformations intérieures de la docte assem- 
blée. 

Parcourant dernièrement le catalogue dressé par M. 
Omont, (le la collection Renaudot à la Bibliothèque 
Nationale, notre regard a été attiré par le sommaire du 
tome 28 : a Dissertallons littéraires, historiques etc., 
Compte-rendu des séances de i Académie française, au sujet 
de la nomination de Vabbé Tallemant (1651). » 

Nous reportant au volume nous avons été \ivement 
étonné, car la précision ordinaire de Térudit bibliothé- 
caire est aussi connue de tous les travailleurs que son 
extrême obligeance, de voir qu'il s'agissait non de l'abbé 
Tallemant, mais de la nomination de son successeur. 
1651 doit donc être annulé. 

Notre document olTre tout Tattrait que peut présenter 
la reproduction fidèle d'une séance, d'une scène inté- 
rieure de la grande Compagnie par un témoin oculaire, 
un de ses membres, car la pièce est tout entière de la 
main de l'abbé Eusèbe Renaudot, qui fut reçu en 1689 (1). 

Maintenant, ici se présentait une difficulté. Notre pièce 
ne porte aucune date d'année, et on sait d'autre part 
qu'il y a eu au xvir et au commencement du xviii*^ siècle 
deux abbés Renaudot membres de l'Académie : François^ 
né en 1620, frère du fameux Tallemant des Réaux, acadé- 
^micien en 1651 et mort en 1693, et Paul Tallemant, litté- 
rateur et cousin des deux précédents, académicien en 
16()() et mort en 1712. D'où une hésitation, au premier 

{ 1 ) Krudit né à Paris en 1G46 cl mort en 1720. 






CHRONIQUE DES ÉLECTIONS A L' ACADÉMIE 496 

abord possible, mais qu'a vite dissipée cette mention, 

comme chancelier au moment du récit, de l'abbé Genest, 

qui ne fut reçu à l'Académie qu'en l'année 1698. 1098 

étant donc écarté, il s'agit, dans la pièce que nous 

publions, des séances qui précédèrent l'élection mouve^ 

montée du successeur de l'abbé Patd Tallemant, le poète 

Danchet (1). 

L'élection de Danchet et les pièces satiriques auxquelles 

donna lieu l'élévation à un si grand honneur d'un poète 

qui n'a jamais connu les hauteurs du Parnasse, sont 

intéressants dans l'ouvrage connu de M. Albert Rouxel : 

Chronique des élections à V Académie française, c Mesdames 

de Ferriol et de Tencin, nous dit M. Rouxel, montèrent 

une telle cabale que l'indignation gagna certains cœurs 

généreux... » 

Emile Du Boys 

Le icr de ce mois la Compagnie s'assembla sur le billet de GonTO- 
cation qui avoit esté envoyé par M^ TEvesque d^Avranches, directeur, 
et M>^ s'y trouvèrent au nombre de seize. 

M. le Directeur proposa de procéder suivant le billet de Convoca- 
tion, a la proposition d'un sujet pour remplir la place de feu M. l'abbé 
Tallemant, décédé le 30 aoust dernier (2). Avant qu'on commençast 



(1 ) Danchet (Antoine), poète dramatiqae, né à Riom le 7 septembre 1871» 
mourut à Paris le 21 février 1748. 

(2) II y a là une erreur de Renaudot Toutes les Biogn^hks postent le 
30 juillet au lieu du 30 août^ et le SOjuUUi est eonfirmé par le Mereare gtiant 
lui-même d'août 1712, p. 129 : « messire Fanl Tallemant prieur de Saint-Gcnj, 
l'un des 40 de T Académie françoise, et vétéran de celle des médaille» et !»• 
criptions, mourut le 30 juillet 1712. > 

Voici maintenant le mot de Saint-Simon ( heureux ceux qui ont pu avoir 
dans la maison du redoutable et parfois acerbe chroniqueur une aussi bomM 
note ! ) II ne désigne pas leiour de la mort de l'abbé Tallemant, mais U dit à 
la page 330 du tome IX (édition Chérueî, la savante édition de IL de BntsJtsîa 
n'étant pas encore arrivée à cette date): c 1712. L'abbé Tallemant mourut eb 
même temps, assez vieux, [né en 1042, il avait à sa mort en 1730^ 78 ÊaiM% 
regretté de tous les gens de lettres, et mémo d'assea de gens de coMJdéwtftaa 
dans l'Église et d'autres du grand monde. > 



436 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

à délibérer, quelques uns de la Compagnie représentèrent que la con- 
vocation paroistroit un peu précip tée, d'autant plus que plusieurs 
de Mrs estoient à Fontainebleau attachez au service du Roy par leurs 
charges, et qu'il ne paroissoit pas d'inconvénient à les attendre. 
D'autres proposèrent la difficulté qu'on pou voit former sur ce que 
le Règlement portoit qu'on ne pouvoit procéder a une Election si 
on n'cstoitau nombre de vingt. 

Mr d'Avranches mit l'affaire en délibération, pour sçavoir si on 
procèderoit à la proposition d'un nouvel académicien ou si elle 
scroit différée. Ceux qui opinèrent les premiers furent d'avis de 
procéder à l'élection. Mais d'autres furent d'auis de s'en tenir an 
Règlement, qui estoit une loy que la Compagnie ne pouvoit pas 
interpréter, ny abroger. 

D'autres pour soutenir l'opinion contraire dirent qu'il y avoit eu 
une délibération par laquelle il avoit esté résolu que lors qu'à une 
première assemblée il ne se trouvoit pas vingt académiciens, le 
directeur en convoqueroit une seconde, dans laquelle on pourroit 
procéder à la première proposition, quelque nombre qu'on fust. 
D'autres alléguèrent aussi l'exemple de l'Election de W Des Préaux, 
et dirent qu'il y en avoit de semblables, mais qu'ils ne purent citer. 

Ceux qui concluoient à différer l'Élection ne convinrent pas de 
cette délibération, et sur ce que les autres persistoient à la souttenir, 
on demanda si elle estoit escrite dans le Registre : Comme toua 
convinrent que non, il fut conclu a la pluralité des voix qu'on n'en 
pouvoit tirer aucun avantage, et qu'on n'en feroit plus mention. 

Âpres que la voix eut couru, il se trouva d'abord neuf de Mr« qui 
opinoient a procéder à l'élection, et M^ le Directeur ayant conté les 
voix dit que cet avis passoit à la pluralité. Mais sur ce que quelques 
uns persistèrent dans leur opposition, que d'autres protestèrent et 
se levèrent pour se retirer, quatre revinrent à l'avis de ne point pro- 
céder à l'Élection et il fut suivi. On se sépara sans rien conclure 
pour la prochaine convocation . 

Le sainedy 3e on s'assembla et M»" le Directeur ne proposa rien 
sur ce sujet. 

Le lundy b*^ M. le Directeur ne vint point et en l'absence de 
M. l'abbé Genest, chancelier, et de M. l'abbé Régnier, secrétaire, 
M. l'abbé de Dangeau, comme ancien, présida. Le s'' Coignard, 
imprimeur de l'Académie apporta un billet apostille qui luy auoit 
esté envoyé par M^ d'Avranches, pour Convoquer la Compagnie le 
10^ et ce pour la seconde assemblée. Me l'abbé de Dangeau fit dé- 
libérer sur ce billet. L'avis de tous à l'exception d'un seul, fut que 
le directeur n'avoit pas le droit de convoquer, sans en communi- 



CHRONIQUE DES ÉLECTIONS A L'ACADÉMIE 437 

qucr à la Compagnie, et sans prendre l'avis des officiers : qu'après 
la délibération du 10* il n'estoit plus question d'alléguer une résolu- 
tion qui n'avoit jamais esté escrite, et qui avoit esté contestée. Ainsi 
fut conclu que le billet de convocation ne seroit ny imprimé ny 
envoyé. M. de Sacy contesta fort, et représenta qu'on entreprenoit 
sur les droits du Directeur, et que Mr d'Avranches pourroit auoir 
sujet de regarder cette résolution comme un affront, chacun en 
particulier et tous par la bouche de Mr l'abbé de Dangeau président 
tesmoignèrent toute la considération possible pour la persone de 
Mr TEvesque d'Avranches, mais ils déclarèrent en mesme temps 
qu'ils ne consentiroient jamais que les Directeurs s'attribuassent 
une autorité despotique sur la Compagnie, ny le droit de la convo- 
quer de chez eux, sans la consulter et qu'on avoit tousjours pra- 
tiqué le contraire, sans qu'il y eut d'exemple de pareille prétention... 
On pria M. de Sacy de rendre conte à M' d'Avranches de ce qui 
s'estoit passé, mais on ne jugea pas à propos de l'en charger par 
une députation. 

Le mercredy 1^ on s'assembla a cause de la feste du lendemain : 
et Mr l'abbé de Dangeau présida. M' de Saey fut escoufé pour ins- 
truire la Compagnie de ce qui s'estoit passé dans la visite qu'il avoit 
faite à Mr d'Avranches. Après s'en estre expliqué en termes géné- 
raux, il dit que comme il ne vouloit rien dire de son chef, mais rap- 
porter exactement les sentiments et les paroles mesmes de Mr d'A- 
vranches, il l'avoit prié de s'expliquer luy mesme par une lettre : 
qu'il l'avoit escrite a luy (M. de Sacy) : il la tira et il en fit la lec- 
ture. 

Cette lettre contenoit des plaintes générales sur ce qui s'estoit 
passé dans les séances du i^r et du 5« de ce mois, 2o de particulières 
sur l'entreprise contre le droit du Directeur, 3» sur l'irrégularité de 
la délibération du i^r par ce que quatre de Mn avoient changé 
d'avis, après les voix contées. 4» des raisons pour prouver qu'on ne 
devoit pas attendre les absents qui estoient à la Cour, 5® d'autres 
pour establir qu'on pouvoit nonobstant le Règlement procéder a une 
élection, sans estre vingt, 6» une nouvelle allégation de la délibéra- 
tion qu'il avoit citée sur ce sujet. M' d'Avranches concluoit que son 
procédé avoit esté dans les règles : qu'ainsi on n'avoit pas dû sy 
opposer de la manière dont on l'avoit fait, et qu'enfin cela l'obligeoit 
à abdiquer l'employ de Directeur, qu'il abdlquoit entre les mains 
de la Compagnie. 

Mr le Président fit opiner sur la matière. Il fut d'abord résolu 
tout d'une voix que la Compagnie ne vouloit, ne devoit, et ne pou- 
voit recevoir cette abdication dont nous n'ayions point d'exemple 



438 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

que M. de Sacy qui avoit apporté la lettre seroit prié de le dire à 
Mi d'Avranches et de l'exhorter le plus vivement qu'il seroit possible 
de revenir prendre sa place de directeur, devant estre assuré du 
respect de la Compagnie, pour sa personne, sur quoy chacun s esten- 
dit en termes aussi obligeants que respectueux. Que pour le suplus 
TAcadémie n'avoit point prétendu Toffenser, ny innover : mais seule- 
ment conserver ses loix et les usages, à quoy elle se tenoit, ayant voulu 
observer literalcment ce qui est oit escrit ; sans avoir égard a des 
délibérations non escrites, que plusieurs ne connoissoient pas, et 
que d'autres contestoient avec autant de raison que ceux qui les 
avoicnt alléguées, qu'elle ne vouloit pas laisser establir dans le 
Directeur une autorité absolue, et indépendante du Conseil des 
officiers, et de la Compagnie, dont on pourroit abuser dans la suite : 
que tout avoit esté selon les règles dans les délibérations du i^^ et 
du 4® de ce mois et que quand la civilité qu'on devoit a des confrères 
tels que ceux qui estoienl à Fontainebleau, n'auroit pas esté fondée 
en quelques exemples qu'on rapporta, le règlement qui prescrit le 
nombre de vingt pour les élections, la rendoit nécessaire. 

Me l'abbé de Dangeau, président, dit à M. de Sacy qu'il le prioit 
de rapporter ce qui s'estoit dit, comme tesmoin, a Mr d'Avranches 
et de l'exhorter encore au nom de tous de revenir prendre sa place 
de Directeur et d'en faire les fonctions. 

Sur cela M. de Sacy dit que si on vouloit luy donner un adjoint, 
il pourroit espérer plus de succez de ses sollicitations. Un de M^^ ne 
s'éloigna pas de cet avis. Les autres a l'avis desquels il revint 
dirent que si on eut reconnu par la lettre dont on venoit d'entendre 
la lecture quelques dispositions de Mr d'Avranches pour terminer 
cette contestation a l'amiable, on pourroit luy donner une marque 
extraordinaire de considération, en luy faisant une députation. Mais 
que comme il paroissoit qu'il persistoit dans ses premières pensées,, 
et qu'il soutenoit les mesmes prétentions, que la Compagnie croyoit 
insoutenables, il ne luy convenoit pas de faire une députation qui ne 
serviroit qu'à exciter de nouvelles contestations et qui pourroit 
mesme estre interprétée d'une manière contraire aux bonnes inten- 
tions de l'Académie. 

Ainsi il fut conclu que M. de Sacy feroit seul le rapport comme 
témoin et non comme député. 



\ 



LETTRES INÉDITES 



DE 



NICOLAS TfiOYNÂRD, L'ABBE NICAISE, DD CANGE W HADRIEN DE VALOIS 



A GUILLAUME PROUSTEAU 



Fondateur de la Bibliothèque publique d'Orléans. 



(1679-1693) 



Les lettres que je publie aujourd'hui ont été extraites 
des autographes nombreux que possède hi biUiothèqpe 
pubUque d'Orléans. Guillaume Prousteau, à qui eUet 
sont adressées, est assez connu pour que je me dJftpiMMt 
d'esquisser sa biographie. Je ne parlerai pas non jUvm dtf 
ses correspondants : de savantes notices, publiées dans 
ces dernières années, ont retracé l'existence de NiooIflHft 
Thoy nard et de l'abbé Nicaise ; les ouvrages de X3m Caqge 
et d'Hadrien de Valois font romement de loales les bi- 
bliothèques. Leurs lettres à G. Prousteau montrent cet 
homme sous le même jour : c'est d'un cftté son opinift-' 
treté indomptable pour garder précieusement les richesKS 
bibliographiques que lui ont fournies les annotations nuH 
nuscrites de Henri de Valois ; ce sont, de l'autre, les solli- 
citations renouvelées sans cesse et sous fontes Ifiê foims 



• • 



440 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

de ses amis le pressant de livrer au public savant ces 
trésors menacés d'un étemel oubli. En outre elles font 
connaître la vie littéraire de la fin du xvn® siècle et four- 
nissent quelques détails inconnus sur la vie de plusieurs 
personnes de mérite et de talent. Dans cette publication 
je me suis borné à quelques notes brèves et explicatives 
servant à éclaircir des points obscurs ou à aider la con- 
naissance de faits peu saillants. 

Ch. Cuissard. 



A. — LETTRES DE THOYNARD 



Ge 28 mars (1679). 

J'ai la joie, monsieur, d'avoir apris par monsieur de Bengy le bon 
état de votre santé. La mienne va selon le tems et j'espère voir la con- 
firmer en prenant Tair natal après Pasques. Je ne donnay pas llion- 
neur de repondre a votre dernière lettre, je la receus dans le tems de 
mon rhumatisme qui dura long tems après lequel un remerciement 
auroit été hors de saison et si je le fais a présent, c'est bien moins 
pour vous marquer ma reconnoissance dont je vous crois, monsieur, 
très persuade, que pour prendre occasion de vous donner de la 
peine. 

Voiez jusques ou je porte la liberté que me fait prendre votre 
amitié. Le fils de madame Borde la veuve (1) qui etoit chanoine de 
Meun est mort. Je lui avois prêté Capelli Critica sciera, in-fol., trois 
ou quatre volumes et Horae hébraicae et tcUmudicae de Ligfoot 
in-4. et quelques autres livres que je scaurois pas dire a personne 
parce qu'en jugeray par les miens qui sont a Orléans. Je vous prie 



Cl) Madame B«rde était la veuve de Jacques Borde, libraire à Orléans. 



s 



LETTRES INÉDITES 441 

«n passant par le cloistre de les vouloir demander a madame sa 
mère et de lai témoigner que je prens beaucoup de part a son aflic- 
tion et que ca m'est sensible, car monsieur son ûls etoît un fort 
honete garson. Vous m'obligerez aussi, monsieur, de vouloir garder 
ces livres et de croire que je suis avec passion votre très humble 
et très obéissant serviteur. 

Thotnard. 



Je suis d'avis come monsieur Formentin (1 ) d'atendre venir votre 
marchand de livres, j'en parleray néanmoins a monsieur labé de 
S^e Beuve (2), si vous me l'ordonnez. Cependant je saluerai de votre 
part ces débauchez du faubourg ( 3 ) qui pourront en devenir un peu 
plus morigénez. Ils ont bien doné de la pratique au comissaire de 
leur quartier depuis leur arivée. Nous consentirons touchant la 
bi))liothèque vacante, si elle est vacante. 

Au dos : A monsieur Prousteau docteur régent en l'université 
demeurant au cloitre de St« Croix (4). A Orléans. (5) 



( 1 ) Archidiacre de Sologne et sous-doyen de la Cathédrale ; il mourut le 
6 mai 1703. Son anniversaire au nécrologe est marqué au 5 mai. Dom Pabre 
composa sur lui une notice conservée à la bibliothèque d'Orléans, ms. 467 et 
à la Bibl. Nat., Manuscrits. N. acq. fr. 561. La biblloth. d'Orléans possède en 
ms. le Voyage d Rome de M. Formentin, d9 387. 

(2) L'abbé Jacques de Ste Beuve était c grand mattre en escrime sorbo- 
nique » et un gallican avéré. Cf. Faugère, Lettre»^ opu$cule$ et mémoires de 
Madame Périer, Paris, 1845, pag. 427 ; Ste Beuve, Port Royal, T. IV, p. 568, et 
E. de Ste Beuve, Étude d'histoire privée, Paris, 1865. 

(3) Ces débauchés du faubourg, que Thoynard appelle encore c certains 
quidams du Val de grâce, » étaient probablement les Périer. Cf. Faugère, 
op. citât, pag. 428. 

(4) Dans son testament, Prousteau l^ue aux chanoines de Sainte-Croix 
une somme de 300 livres pour les remercier de lui avoir laissé dans leur 
cloitre la jouissance qui lui avait été donnée à vie par un de leurs collègues 
d'une maison et de l'avoir ainsi traité comme chanoine. Son anniversaire est 
marqué dans le nécrologe au 13 mars. 

(5) G. Prousteau répondit à la lettre de Thoynard le 5 avril: Cf. E. Jovy, 
G, Prousteau et ses lettres inédites d Thoynard^ Paris, t888»pag. 11. 



442 BULLETIN DU BIBUOPHILE 



II 



Ce jeudi (1581). 

J'ay votre livre in-8 d'Allutius sur le concile d'Ephèse ( 1 ), le neveu 
de monsieur Ghupc me la raportc co matin et Je dois rendre justice 
a l'oncle et au neveu que vous 1 auriez eu il y a long tems si j'avois 
voulu leur dire mon logis ou je ne voulois pas qu'ils prissent la peine 
de Tenvoier et ils en l'a isolent la cérémonie. Il est important, monsieur^ 
que vous écriviez prontement a Mr Graevius (2) et que vous lui 
marquiez précisément de ne point remetre \ oive Harpocration (3) 
entre les mains de M>^ Emericus Bigot (4) de Rouen, mais de 
Tadresser directement à monsieur Justel (5) Ciir essct novissimus 
error pejorc et votnî livre courroit grand risque. Vous pouvez m'a- 
dresser cete letre et je prieray M"" Justel de l'acompagner d'une des 
sienes. Je voudrois pouvoir en toute autre rencontre vous marquer 
avec combien de passion je suis, monsieur, votre très humble et 
très obéissant serviteur. 

Au dos, ut supra. (0) 



(1) *i J'avois prié M. Chuppé de vous remettre entre les mains un de 
livres qu'il a depuis loiigtems. C'est unVindiciae ephesinae synodi de Léo Aila- 
tius, in-8. » Lettre de G. Prousteau du 5 déc. 1680. E. JoN-y, op. cit., p. 18. 

(2)Labi)>liotIi. d'Orl. possède une lettre de Graevius à G. Prousteau du 
8 décembre 1G94. 

(3) Parmi les livres provenant de la bibliothèque de M. de Valois, acheté 
par G. Prousteau, se trouvait un exemplaire de l'ouvrage suivant : Harpoeni' 
tionis lexicon in deceni rhetores, gr., suppletum et emendatum a Phil. Jac. 
Muussaco. Paris, Morel, 1614, contenant des notes manuscrites très étendiiOb 
Gronovius les demanda et les fit imprimer sous ce titre : Henrici Valetii nofoc 
(1* animaduersiones in Ilarpocrationem et Phil, Maussaci notas ex MMfofA. 
G. Prousteau. Lwjduni Hatatxirum, Gaesbeck, 1683. 

(1) Emeric Bigot (1626-1689) possédait une magnifique bibliothèque qu'il 
communiquait avec plaisir à tous les savants de l'Europe. 

(5) Henri Justel. Cf. Ut France protestante des frères Haag, t. VI, pag. 114. 

(6) Cette lettre, comme plusieurs autres, n'est pas signée : elle porte senle^ 
ment la barre supérieure du T. 



LETTRES INÉDITES 443 



III 



Ce 21 juillet (1690) 



J'ay fait part, monsieur, de vos honetetés a ma sœur dont elle et 
mov vous remercions très humblement. Plus d'un abé vous baise 
les mains. L'un a encore écrit a Graevius. Vous savez bien qu'il ora 
mal emploie son panégyrique. Tout est en confusion en Angleterre 
et en Ecosse (1). Si la dernière conspiration n'avoit été découverte, 
on orait empaqueté la princesse d'Orange pour nous la livrer. Les 
leties du 9. marquent cela. Et vous remarquerez que c'estoit durant 
la bataille navale. Jugez des suites. On a encore brûlé du débris du 
combat deux grands vaisseaux anglois qui etoient échoués. L'un 
etoit le vis amiral de 80. pièces de canon. Trente chaloupes armées 
ont fait l'exécution a la vue des miliers qui etoient a terre et qui 
n'ont pu l'empêcher. Ce qu'il y a de plaisant c'est que les Ânglois 
arhortrent sur ces deux vaisseaux pavillon holandois pour couvrir 
leur honte au depans de leurs alliez. 

On imprime in 12. les Notes sur Lactance (2), c'est a dire, mon- 
sieur, (ju'ùi cerbo tuo laxavi rete. 11 y a des négociations pour un 
ouvi;i;j;e de plus grand volume (3) pour lequel vous ne m'avez pas 
marqué de Tindifference. On ne peut être, monsieur, avec plus de 
reconnoissance que je le suis votre très honore et très obéissant 
serviteur. 

Thoynard. 

Un de mes amis m'a prié de faire tenii' seize loQis d'or a un jeune 
homme :ipele M^ Halon qui étudie en droit et demeure, je crois, 



(1) Ces paroles et les suivantes concernent les événements du mois de 
juillet 1690 et la bataille gagnée par TourvUle. 

(2) Cet ouvrage a pour titre : In Lactantium de mortibuê persecutorum notae 
Sic. Toinardi Aurel. Parisiis, apud Àrnulphum Seneuze, in vico de la Harpe^ 
1690. G. Prousteau écrivait à Thoynard au sujet de cet opuscule : « Je suis 
fasché que le texte de Lactance n'ayt pas été mis avec vos notes, car il en 
fait encore mieux voir l'excellence. Le livre n'en auroit gueres été plus gros 
et assurément qu'il en auroit été mieux débité. Ce texte est assez rare id, 
cependant il est bon de les approcher l'un de l'autre et de les avoir Ions deux 
à la main. » E. Jovy, op. cit., p. 25 et 27. 

( 3 Wl s'agit probablement de son Harmonie. 



444 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

chez Mr Fournier (1). Corne voila le tems de votre voiage aimue| 
a Paris qui aproche, pouriez vous me doner ordre de les doner id 
a quelcun pour vous et les conter a Orléans aud. Sr. Ezcuseï ma 
liberté. 

Au dos, ut supra. 

En note : Paris 21 Juillet 1690 (de la main de G. Prousleftn.) 



IV 

Ce mercredi. 

Un de mes amis voudroit avoir le commentaire de M', de la 
Lande sur notre coutume (2). Il vous prie, monsieur, de prendre 
la peine de savoir de lui ou de son libraire si Ion en trouve a Paru 
et chez qui. Sinon de me faire la grâce de m'en envoler un a votre 
première commodité par le messager et qu'il soit bien relié. S'il n'y 
en a pas de relié ou qu'il ne soit pas bien condltioné, je le prendray 
en blanc. 

J'écris a ma sœur Thoynard de me déposer une feuille de papier 
pour m'envoier. Vous me ferez plaisir de la mètre dans ce livre, si 
vous m'en adressez un. Il n*y aura qu'a l'envoier quérir de votre 
part au logis. Je suis ici avec beaucoup d'autres dans Tafliction de la 
part de M. Tevenot qui n'a pu résister a un chagrin dévorant depuis 
lafaire de la bibliothèque. Je vous prie de dire ici un petit à Tau- 
teur du comentaire touchant ce que vous savez. 

Je salue tous vos voisins et voisines et suis, monsieur, votre trèa 
honore et très obéissant serviteur. Sans signature. 

Grand phénomène littéraire. On imprime la version du Nouveau 
Testament du P. Bouhours (3). Si Gaspard Migrot vivoit, il en 
mourroit de déplaisir car il seroit ruiné de par Dieu. Je vous feray 
tenir le prix du livre. 

Au dos, ut supra. 

En note : Paris 1692, 5 nov. (de la main de G. Prousteau*) 



<1) Jurisconsulte Orléanais. 

(2) Cf. Éloge de J. Delalande, ' par Prévost de Jannés, en tête du t II 
de la Couf lime d'Orléans, édit. 1740; E. Bimbenet, Etude sur J. Delakaiét. 
Orléans, 1879. 

(3) Nouveau Testament, traduit en fhmçais selon la Vulgate. Cette tra- 
duction fût fortement critiquée. 



LETTRES INÉDITES 445 



Ce dernier (16)92. 

L'amitié, monsieur, dont vous m'honorez aiant commencé dans 
un païs ou Ton va < desear buenos anos » dès la veille ( i ); je mets 
ici cet usage en pratique pour vous ofrir mes très humbles respects 
après vous avoir souhaité une heureuse année et une longue suite 
de semblables. Je vous prie, monsieur, de vouloir vous charger d*en 
faire autant de ma part a vos voisins a droite et a gauche et a 
Mr Formentin et autres quos glossa reludit abunde. 

Eumene Pacat nous a régalé depuis trois jours d'un ouvrage 
charmant intitulé Protiisio de nummis Herodiadum. Il y a varia 
lectio dans le titre, car la pluspart des gens lisent Detusio. Il y dit 
qu'un de vos amis ultramontains ne connoît pas une letre en mé- 
dailles samaritaines. On en a bien ri (2).Ilimpugne aussi dans des 
plus belles corrections dlosephe qui sont dans votre petit Lactance 
de mortis. Je vous en feray partir un exemplaire vendredi pour 
etrenes que je vous prie d'accepter comme venant de voto. M l'abé 
Cadran ne s amende point. Voila qu'il vient de me prier de souper 
ce soir chez lui. Nous y aurons bu votre santé, avant que cete letre 
vous ait été rendue. Bon prou fac. Sans signature. 

Au dos, ut supra. 

En note : Paris 1692, 31 déc. (de la main de C. Prousteau. ) 



VI 



Ce 25 juin (1693) 



J'atendois, monsieur, le départ de monsieur Boier de Savigny 
pour vous faire réponse sur le livre du P. Noris (3). Gomme vous 



(1) Souhaiter de bonnes années. Thoynard et Prousteau s'étaient liés 
d'amitié durant un voyage en Espagne en 1660. 

(2) Jeaii-Pierre Rigord publia à Paris en 1689 une dissertation historique 
sur une médaille d'Hérode Antipas ; le P. Noris n'eut pas de peine à démon- 
trer que cette médaille était moulée sur Tantlque. 

(3) Le V Noris, plus tard le cardinal Noris en 16d5, l'un des plus savants 
italiens du wii* siècle fut nommé par le piq>e Innocent XII bibliothécaire de 



446 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

ne me mandâtes pas positivement si vous voulez en avoir un, je 
n'en aretay un pour vous que conditionellement, mais si vous en 
voulez, vous n'avez qu'a dire. Ncantmoins vous pouriez auparavant 
de vous déterminer, parce que rendu à Orléans il vous reviendra a 
15. livres ou environ compris la reliure, voir celui de M. Formenlin 
et si vous jujrez pouvoir vous en j)asser, je n'en prendray point. 
J'atends des nouvelles de M. Graevius qui m'avoit mandé par 
sa dernière qu'il vouloit luy même porter vos livres a Leyden de 
peur (raccident. Il me doit envoier des Lactances roWofMWi, mais 
on ne scait a présent coment rien taire passer tant a aler que venir. 
Le Joannes Maliiln Antiochenus ( 1 ) est imprimé grec-lat. en Angle- 
terre. J'en ay un en Holande d'où je l'atens aussi. Il y a une nou- 
velle pièce volante du P. Ilardoïiin (que vous avez toujours tant 
estimé) contre le P. Noris ou je ne suis pas épargné (2). Il dit a 
présent (|u'elle n'est pas de lui. Elle a excite l'indignation de tous 
les honetes jiens. Un P. J. l'envoiant à M. Morel(3) dansunc Iclli-e 
luy (lisoit : Je vous envoie une petite salade pour le P. Noris ou je 
trouve bien plus de vinaigre qu«* d'huile. On dit que le P. Noris y 
ajouteia du sel. 11 en a otrefols donné a un Antonius Macedo (4). 
Ce P. est j)résenteinent en pleine possession de la bibliothèque vati- 
cane, après avoir essiiié bien des opositions. Le Pape lui donne 
1300. ecus de pension extraordinaire pour avoir un petit équipage et 



In Vaticniic- Il appartenait à l'ordre de saint Augustin. Ses œuvre.s thôolo- 
gi(|ues ont clé pul)li('0.s par Zazzori, Padoue, V7i)S, ses œuvres complètes 
furent recueillies par les soins du comte MafTéi et de Pierre et Jérôme Itulle- 
rini. Vérone. 1729-1711, .') volumes. Ce savant cardinal adres.sa de longues 
lellres à M. Tlioynard sur des (piestions «le chronologie. Cf. Les correspon- 
dants de Tlwijnurd. Hibliotli. Nation. Nouv. acq. fr. 5G()-5C3. — L.-G. Pelissier, 
Le Curdiiml dr \oris et sa correspondance. Paris 1885. 

(1 ) Jean Malala, écrivain grec, natif d'Antioche, est auteur d'une cliro- 
ni(]ue pul)Iiée sous ce titre : Joannis Antiocheni cognomento Malalae hisioria 
chnniira cuin interpretatione et notis Edm. ChUweudi... praem. dissertai, de 
uuctorc per Ilumfred. Ilodinni. Accedit epistola R. Hcntleii ad Joli. Millium. 
O.ro/j//. l(iî)l. (^el ouvrage forme le t. \xix des iîi/ranf/mie historiae scripiores 
et 1<> t. Mil du Corpus scriptoriim historiae hyzantinae, cdïié en 1831. 

(2) Jean llardr)uin. .Jésuite, se lit une grande réputation par ses ophiiuiiK 
originales ( l(iiri-172î> ). 

i:J) Daniel-Hoberl Morel ( Kl'Nl-n.'îl ). 

< I) Antoine de Maee<lo, Jésuite portugais (1012-1093) auteur de Lusifania 
infuUitii et purpuntta. Paris. l(î(»3. — François de Macedo (1396-1U81), célèbre 
par ses tlémélés avec le P. Nori:?. 



LETTRES INÉDITES 44? 

en atendant il prend un carosse au Palais pour faire ses visites. Il 
a envoie ici une lettre ou il dit que luy qui n'a jamais voulu avoir 
dans sa cellule un seul petit oiseau en cage est présentement obligé 
d'avoir deux chevaux a Fecurie. M. Nicaise (1) est parti ce matin 
pour Dijon. 

Je suis parfaitement votre très honoré et très chassant servi- 
teur (2). 

Sans signature. 
Au dos, ut supra. 



VII 



De Paris ce vendredi 5Mi. 

J'ay enÛQ vu monsieur Chupé qui ne revient de la campagne que 
dimanche et je ne lay pu joindre qu*hier après midi. B a donné a 
monsieur Nubie (3) un de vos exemplaires et aussi a monsieur 
Talon ( 4 ). A Tegard de YHarpocratwnj j'en ay écrit a M. Elsevier (5) 
qui en a été le porteur et pour plus grande sûreté, je vous prie, 
monsieur, de me faire une bonne petite lettre du tems précis par 
laquelle vous me redemandez votre livre. Il est bon d'y marquer et 
pour cause que vous ne l'avez confié qu'a moi seul et que c'est &k 
ma considération que vous avez bien voulu le risquer. Tant plus 
forte elle sera, tant mieux elle vaudra et je la remetray a mond» 
Sr. et le presseray d'une réponse. Certains quidams du Val de grâce 
pouroient bien l'un de ces jours prendre prétexte de la mort d'un 
frère pour sortir honetement non setdement du cartier, mais aussi 



(1) Cf. Jacquet, La uie littéraire danê une oflle cbjiroràiet $ùuê Iâmèm Xif^ 
Paris, 1886, in-8. Un volume de la coirespondaiiee de l'abbé IQcalae a 
été publié par M. Caillemer dans les Mémoires de rAcadémie de Lyon. 

(2) G. P rousteau répondit à eette lettre .le 9 JniUet 1688. Cf. B. Jovy, op. 
cit. p. 34. 

( 3) Louis Nubie, né à Amboise, le 22 novembre 1606. Voir Fabbé CtMnSKktt 
Inventaire analytique des archives conanmuijlÊ» ^Aanbohe, Toors, 1874^ pp. Wê, 
297 et 298. 

( 4 ) Denis Talon, fils d'Orner (1628-166$). 

( 5 > Daniel Efausvier ( 1617-1680X eélèbn iasprimenr. 



448 BULLETIN DU BIBUOPHILE 

de Paris et tout le monde ne saura pas que le comissaire joue son 
jeu (1). 
Je suis avec passion, votre très humble et très obéissant senritenr. 

Sans signature. 

Il court de mauvais bruits du soleil, il s'y trouvoit de nouvean 
deux grandes taches. Tune de Tautre mois et l'autre depuis 4. jours. 

Au dos, ut supra. 



VIII 



Ce 7 sept. 

Soiez le bien revenu, monsieur. Je vis hier M. Bigot chez M. 
Ménage et lui fis part de la continuation de votre heureuse obli- 
geance. Des que vous aurez eu la bonté de me remetre YHarpoera^ 
tiouj on l'acheminera en Holande. M. Elzevier est ici depuis 8. jourSy 
qui le fera tenir sûrement a M. Heinsius (2), car autrement il n'y a 
pas lieu d'en faire imprimer ce qu'il y a de M. de Valois, personne 
ne peut se charger d'en faire l'extrait pour l'envoier en Holande» 
come il semble que vous le desiriez par votre précédente ; c'est 
pourquoi il faut vous résoudre a trouver bon que votre exemplaire 
fasse le voiage, sinon le public ne peut espérer, cete ocatsion présente 
manquée, de voir jamais ces notes que M. Heinsius conferroit sor 
les livres avec le nouvel imprimé. En atendant vos sentiments la 
dessus, je demeure, monsieur, votre très humble et très obéissant 
serviteur. 

TOINARD. 

Au dos, Kt supra. 



( 1 ) Thoynard fait allusion probablement à la mort d'Etienne Périer qu i 
eut lieu le 11 mai 1680. Ce^ neveu de Pascal avait de 1666 à 1669 suivi les cours 
de rUnivcrsité d'Orléans. — Cette lettre peut avoir été écrite vers 1680; mais 
comme elle ne porte aucune date, je l'ai transcrite à cette place, aussi bien 
que la suivante, parce qu'U pourrait y être question de la mort de Biaise 
Périer, survenue le 15 mars 1684. 

(2) Nicolas Heinsius, lUs de Daniel Heinsius, philologue hollandais, 
mourut à la Haye, le 7 octobre 1681, entre les bras de Graevius. 






i 



LETTRES INÉDITES 449 



IX 



Ce samedi 16 sept. 

Je ne vous ay pas donné avis de la réception de votre Harpocrationy 
parce que je voulois en même tems vous faire part des sentimens 
de tous ceux que vous m'avez ordonné de consulter sur Fenvoi de 
ce livre de Holande. Monsieur Nublé a qui j'ay rendu la votre n'en 
fait aucune dificulté et dit qu'il vous avoit écrit que l'on envoioit 
bien ici l'original de Lindenbrogius sur Ammian Marcellin (1). 
Monsieur Fromentin dit plus, qu'il envoie son exemplaire d'JIarpo- 
cration noté de la main de M. Sarau (?). M. Bigot ny personne ne 
pourront jamais se résoudre a copier ces notes et mons. de Valois (2) 
dit qu'il faut que M. Graevius soit bien des amis de feu son frère pour 
se vouloir donner la peine de les faire imprimer. Jugez des notes 
de monsieur d'Herouval, de monsieur du Gange (3). Ils me firent 
l'honneur de me venir voir hier. Je leur montray l'exemplaire et 
les entretins de la chose et demeurâmes d'acord que si vous man- 
quez cete ocasion d'obliger le public, vous pouvez vous atendre a 
enterrer votre livre et ils s'étonnèrent coment on trouve en Holande 
un homme qui veuille se charger de faire ces extraits et de les adap- 
ter la ou il faudra. Monsieur Justel dit que si vous avez quelque 
crainte de perdre votre livre, quoiqu'on en risque de bien plus 
considérables, vous devez le garder et je suis de ton avis ; car si 
vous n'êtes pas résolu de vous même a l'envoier, je serois fâché 
qu'en cas qu'il en mesarivast, vous eussiez le moindre reproche a 
me faire la dessus ; car je ne prens aucune part à l'impression 
&'Har})Ocralion, L'exemplaire n'est point a moy pour que l'on me 
dise qu'il est sorti de ma bibliothèque. Je n'ay jamais connu M. de 
Valois. Je n'ay aucune relation avec le libraire qui imprime ce livre 
ny avec celui qui le donne : c'est pourquoi, monsieur, je suis tout 
prest a vous le rendre a votre premier ordre. Que si vous voulez 
bien l'envoier, vous pouvez vous assurer que M. Graevius qui etoit 
fort ami de M. de Valois fera imprimer séparément les notes et se 



(1) Reruni gestarum... libri XVIII ope mss. codicum emendati ab Fred. 
lÀndenhrogio et Ilenrico Hadrianoque Valesia. Lugd. Batau. 1693, in-4. 

(2) Adrien de Valois. Voir plus loin une lotte écrite à G. Prousteau. 
(3; Voir ci-après une lettre de Du Gange à G. Prousteau. 

1891 29 



450 BULLETIN DU BIBUOPHILE 

donera la peine dé les dechifrer, ce qui n'est pas aisé (1) ; il mar- 
quera que c'est de votre bibliothèque qu'elles ont été tirées et il 
vous les rendra fidèlement. M. Elzevier qui est ici se chargera de les 
faire tenir sûrement, s'il ne le porte lui même ; mais surtout je vous 
prie encore que rien ne roule sur moy qui aurois un extrême de- 
plaisir qu'en voulant procurer quelque avantage au public, je fusse en 
quelque manière la cause innocente d'un chagrin qui pouroit vous 
ariver. C'est sur quoy j'atendray l'honneur de vos ordres et cepen- 
dant je me diiay, monsieur, votre très humble et très obéissant 
serviteur. Toinard. 

M. le duc d'Yorck (2) est passé travesti en Angleterre. J'ay 
autrefois ouï dire a de méchants plaisants d'entre ces insulaires qu'il 
avoit toute l'encolure d'un martir. 



B. - LETTRES DE L'ABBÉ NICAISE 



Paris le iO avril 1688. 

Je prens la liberté, monsieur, de vous écrire ce mot pour vous 
asseurer de mes respects et pour vous demander des nouvelles de 
monsieur Toinard. Je lui ay escript trois fois depuis peu sens rece- 
voir aucunement de ses responses. Il ne fault point passer le 
jeudy absolu et faire sa pasque sens estrc asscuré qu'il se porte bien 
et ({ue nous avons toujours part à sa préticuse amitié. Je vous prie 
de luy témoigner qu'il est oblijîé de rompre son silence avec moy, 
à moins qu'il ne veuille que je croye qu'il me veut mal. Il ne doibt 
piis fain^ sa pas<{ue dans une si méchante disposition. Dictes luy pour 
toutes nouvelles qu'on distribue présentement la Dissertation sur 
Vllrmiitr de St. Benoist de dom Claude Lancelot (3) augmentée 



( 1 ) u Mirabar minutissimas litteriis pedum muscarum similes manu ejuM 
scriptus qnae a nullo jyosse legi oidebantur. » Vitae selectae aliquol uirorum 
ab II. Valesio. 

(2) Jacques II. 

( :i ) Mt'inoirc sur l'hémine de vin et la livre de pain accorda parsaiot 
Itciioit à SOS religieux, 16G7. 2' édit. 1688. 




LETTRES INÉDITES 451 

dans cette ti** édition des réponses aux obiections de dom Mabillon 
et d'une disqussion sur Tannée et le jour de la mort de St. 
Benoist (1). L'auteur m'en a fait part. L'on y parle du bas relief de 
Dijon sens en dire 1 histoire, parce que Mons. Cîourcier théologal 
de Paris qui a examiné et approuvé le livre a voulu qu'on l'ayt 
retranchée. Cela nous donnera peut estre lieu à faire un peu une 
dissertation sur cette antiquité et de parler du grand card»! Frégose, 
1er abbé conmiendataire de St. Bénigne de Dijon (2) qui a donné 
lieu à ce bas relief et au distique fameux qui fust mis au bas par 
des moines qu'il vouloit réduire à Thémine : 



Aurictilas asitii merito fert improbus abhiL^i, 
Quod monachis pintas jusserit esse brèves. 



Quand ie seray de retour en Bourgogne, ie tacheray, monsieur, 
de vous trouver un exemplaire du livre qui fust fait par un mons^ 
David i'A) de nostre ville contre le Pachymère (4^ du P. Poussin (5). 
Le bonhomme y travailla le jour mesme de sa mort. le luy avois 
donné un petit horolo^jiutn des Grecs qui luy servit beaucoup. Pour 
toujours, monsieur, à vostre amitié. Mes très humbles respects à 
monsieur Fromentin. Je suis du meilleur de mon cœur tout à vous. 

NiCAISE. 

Au dos : Monsieur Prousteau professeur en l'Université d'Or- 
léans. A Orléans. 

Fra^Muent de cachet portant ces mots : L'un après l'autre. 



( 1 ) Ce sujet avait été traité par l'abbé de Fleury, Abbon. dans une longue 
dissertation conservée à Chartres, ms. 45. 

(2 ) Ce prélat gouverna l'abbaye de 1525 à 1559. Cf. Gallia christiana, t. IV, 
col 093. 

( 3 ) David Maurice (1614-1679) fit Touvrage suivant : Animadoersiones in 
ohsernaliones chronologicas Possini ad Pachymerem. Dijon, 1679, in-4. 

( 4) Pachymère (Georges) un des écrivains de l'histoire Byasantine. 

(.')>Le P. Poussines ( 1609-1681 ) édita les ouvrages suivants : G. Pachgmeriâ 
historia. gr. et lat. cum observationibus Possini. Romae, 1666-1669, tome 28 des 
Byzantinae hist. scriptores et 22 du Corpus script, hist. Byzant. : Audronieus 
ValeolcKfiia ex interpretatione Possini. Roniîe, 1669, in-fol. 



452 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 



II 



Paris le 17 janr 1689. 

Ce n'est pas assés, monsieur, de vous avoir donné des marques 
de mon souvenir dans la lettre de monsieur Toinard et de vous y 
avoir souhaitté une heureuse année ; il fault vous la souhaiter 
ancore par une lettre propre et particulière avant qu'elle soit plus 
advencée et vous demander la continuation de vostre chère et pré- 
tieuse amitié. 

J'ay rocii des lettres de Hollande et de la Haye et d'Utreke de 
mons'" Saumaise et de mons»" Graevius. Le l^'*" a reçu le Polluz de 
delFunt monsr son père qui est chargé d'une infinité de notes sur 
cet authcur qu'il donne à monsr Graevius pour les commu- 
niquer au public dans l'édition qui se fait de cet excellent glos- 
saire (1). Vous voulés bien que je vous invite à ne point envier au 
public les trésors de mous'* de Vallois que vous avés sur cet autheur 
et sur THesychius (2). Je vous en ofl're une occasion admirable et 
telle que vous n'en rencontrerez iamais une pareille pour la seu- 
reté de l'envoy de ces livres qui est celle de l'excellent monsi* de 
Spanheim (3) qui a son congé de la cour et qui doibt partir bien 
tost ; il passera d'abord en Hollande et verra mons^ Graevius (4). 
11 me pria de vous asseurer de ses respects et du désir qu'il auroît 
de vous rendre ce service et au public qui vous aura, monsieur, une 
obligation immortelle de la communication de ces ouvrages. Monsr 



(1) <v Juin PoUucis Ononmsticony gr. et lat., Rodotph. Gualtero interprète 
studio }Yolfan(ji Seberi editum. Francof.^ Marnius, 1G08. » Cet ouvrage couvert 
de notes manuscrites de Henri de Valois a été réimprimé avec ces notes par 
H. Lederlin en 1706 à Amsterdam. 

(2) L'édition aldine de 1511 conser\'ée dans la biblioth. d'Orléans, D 216. 
contient des notes de II. de Valois avec ces mots : Ex libri H. Valesii qui sunt 
pênes G* Prousteau, anteccss. Aureliae. Liber commodatus et commendatus 
V. C. IK Gracvio atino 1089. 14 pages de notes manuscrites. J. Âlborti donna 
une nouvelle édit. (VHesychius : Hesychii lea^iœn cum notis doctorum uirorum 
J. Scaligeri, Cl. Salniusii, hl. Christiani et II. Valesii. Lugd. Bai. 1746, 2 vol. 
in-fol. Emptus suniptibus bibliothecae 1779. 

(3) Cf. Relation de la cour de France, en 1G90, par Kzéch. Spnnhrim, 
publiée par Schefer. Paris, 1883. 

(4) Graevius, savant humaniste du xvn* siècle (1G32-1703). Voir plus loin la 
lettre d'il, de Valois, 



LKTTRKS INÉDITES 453 

de la Monnoye ^1) a faict une ode sur la prise de Philipsbourg (2) 
dont je vous aurois faict part, s'il m'en avoit envoyé ; elle viendra 
peut-estre trop tard et ce sera de la moustarde de Dijon après 
disner. Monsr de Meaux la fait imprimer. Il ne nous en a point 
envoyé. Je vis hier Santeul (3) qui l'avoit veûe et qui n'en est 
pas trop content. Je suis, monsieur, avec tout le respect possible, 
vostre très humble et très obéissant serviteur. 

NiCAISE. 

Au dos, ut supra. 



C - LETTRE DE DU GANGE 



Paris, le 4 may 1684 
Monsieur, 

Je [irends la liberté de vous addresser une lettre pour monsieur 
Thoinard, estant persuadé que les muses aussi bien que les grâces 
se tiennent par la main, je veux dire que vous estes amis (4). Je 
lui écris au sujet du Chronicon Alexandrinum (5) que j*ay ordre 
de joindre aux Annales de Zonare (6) que je fais imprimer au 
Louvre de l'ordre de MMr* les Ministres. G*est une pièce ou il a 
travaillé et ou il a de c[uoi rectifier beaucoup de mauvaises leçons 



( 1 ) M. de la Moanoie Ht son droit à Orléans (1M1-172B), 
(2 ) Philipsbourg capitula le 29 octobre 1688, 

(3) Jean de Santeul, célèbre poète connu par ses hymnes religieiiaes. 

(4) Amauimus ambo inoicem ex quo te in Hi^tania jueundissinmm habtd 
molestae peregrinationis comitem. Inde redux meos amoreSt miuas inquam, 
denuo colui. Préface de Thoynard sur Lactance dédiée à G* Prousteaa. 

(5) na9';^â^cov seu chronicon pasehale a mundo condito ad Heraelii impm 
ann. vicesimum. Opus Iiactenus Fastorum Siculorum nomine landatum, deinde 
Chronicae temporum epitomes ac deniqae Chroniei Âtexandrini Ummate put' 
gatum nunc tandem auctius et emendatiuM prodit cum nooa oerrione latina cf 
no/r5 chronologicis et historicis cura et studio C da.FresneD. da Caoge, Paris, 
1688, tom. 21. des Bgzcuitinae histor. Seriptores, et îé du Corpus striptarum 
hist. Byzantinae. 

(6) Joann. Zonarae annales, gr. et lat. ex interpretoHone H. Woifti reeoi- 
tnit et notis illustraoit C. du Fresne du Caoge* Paris. 188S-]fi87, 2 toI. in-fiol., 
tom. 22 des Byzantinae liistor. Script, et^ da Corpus seripiarum hist. Bgum- 
tinae. 



et la vtMsioii latitie en hoiiue partie lui ayant esté confiée par M. 
Bi^ot. Jo 110 soay pas tout a fait s'il voudra s'en dessaisir, qtioiqae 
j(» Ta^seuro qu'on lui rendero tout l'honneur c[ui lui est deu et qu'il 
souhaitera. C'est une occasion pour lui pour faire que ce qu'il a tra- 
vaillé ne pelisse pas avec lui, y ayant longr temps qu'il promet de le 
donnor ot non arrivant à rien. Je lui mande que s'il ne veut pas 
on (fratilior le public, on me promet de Rome les diverses leçons 
liréos du iiis. do Sicile par M. Holstenius ; car pour corriger la 
version j'ospôre i\uo. nous en viendrons à bout n\ec Taide de Dieu. 
Mais il soroit plus couri do les avoir de lui. Faites moi la gn^ce, 
luonsiour, de lui peisuader avec monsieur Fromentin d'en gratifier 
la litératuro (1) ne prétendant pas en mon particulier profiter de 
riionnour qui est du à un autre et à co sujet il m'est venu en 
pensé(» quo feu M. de Valois (2) auroit pu faire des observations 
sur cette chronique qu'il avait fort leûe. Je vous prie de voir sur 
son exemplaire s'il y a quelque chose que vous vouliez bien pareil- 
lement communiquer, nous en userions à vostre ég^ard comme 
nous devons. Pardonnez, monsieur, aux muses importunes qui ne 
sont jamais satisfaites lorsqu'elles enfantent. Ce sont des vierges 
qui ont de la peine à avouer leurs productions à moins qu'elles ne 
soient bien achevées et alors elles les croient légitimes. Excusez donc 
cette liberté que j'ose prendre estant avec respect vostre très 

humble et très obéi.s.sant serviteur. 

Du Gange. 
Rue des Egouffiers. 

Au dos : A monsieur Prousteau cons^ du roy et professeur royal 
en l'université d'Orléans. A Orléans. 



D. - LETTRE D'HADRIEN DE VALOIS 



A Paris ce G juin 1686. 
Monsieur, 

J'avois escrit à Monsieur Nublé nostre ami commun lorsqu'il 
estoit à Amboise que ie m'estonnois fort qu'on ne m'eust point 



(1) Thoynard ne coAimunlqiA pas ses notes, da moins Du Gange n'en dit 
rien dans la préfhèe de son ouvrage. 

(2) M. de Valois n'a laissé aucune note sur la chronique d'Alezandriet 



LETTRES INÉDITES 455 

envoyé de Hollaode V Harpocration de mon frère. Il me rescrivit 
qu'en retournant à Paris, en passant par Orléans, il vous deman- 
deroit pour moi un exemplaire de cet auteur, si vous en aviez 
encore. Ainsi dit, ainsi fait. Vous avez eu la bonté, Monsieur, de 
lui donner un exemplaire de V Harpocration pour moi, en tesmoi- 
gnant mesme d estre fâché de n'en avoir point de relié et d'estre 
obligé de me le donner en blanc. J'en suis infiniment redevable à 
vostre courtoisie et la manière dont vous m'avez fait ce présent 
m'a autant plû que le présent mesme. Si ie ne vous ay pas escrit 
si tost pour vous remercier, en voicy la raison. Je voulois aupara- 
vant lire les notes de mon frère sur V Harpocration et voir qui 
s'estoit chargé du soin de l'impression. Mais la lecture de la pre- 
mière feuille m'a bien surpris et fâché tout ensemble : quand i'ay re- 
connu que feu M. Heinsius et Graevius à quii'avois fort recommandé 
ces notes et qui m'avoient promis d'avoir eux mesmes le soin de 
l'édition, contre leur parolle s'en estoient deschargez sur un autre. 
Cet autre, c'est Gronovius le fils autant cbétif auteur qu'hardi entre- 
preneur : qui ne sait pas parler latin et qui semble avoir pris à 
tasche de déshonorer la mémoire de mon frère dans sa belle dédi- 
cace. Il a osé donner à l'ouvrage un titre impertinent qui est tel : 
Henr. Valesii notae in Maussaci notas (i) : comme si le principal 
dessein de mon frère eust esté non pas de commenter, d'expliquer 
et corriger ï Harpocration, mais de critiquer et reprendre les notes 
de Maussac sur cet auteur : ce que mon frère n'a fait que par occa- 
sion et en passant. En suite dans l'epistre dedicatoire Gronovius 
fait bien pis. 11 y appelle les notes de mon frère tantost inordinata 
coacervatio^ p. 8, tantost lituraria, p. 12. J'ay lu dans ce galima- 
tias de l'epistre p. 11, ces mots : Si forsan occursura sunt quoe- 
dam, quae à iuvene potiusquam à robusto adnotata videbuntur ; 
si in quibusdam haesitatio aliqua apparebit;8i mutata aliquando 
sententia ; immo si qua iam àb aliis anticipata, hic enimvero 
eristimationis metus, haec illa syrtis est propter quant cogor 
scrihere. S'il y avoit dans ces notes quelques remarques plustost 
convenables à un ieune homme, que dignes d'une personne oon- 



i 1 ) Henrici Valesii notae et animadoersiones in Harpoerationem et Philippe 
Jacobi Maussaci notas ex bibliotheca Guilielmi Prousteau antecessoriM iliireUa- 
nensis. Lugd. Batav. apud Danielem à Gaesbeeck, 1682. L*ouvrage est dédié 
à Viro Joanni Antonio de Mesmes^ comiti de Avanx. Jacques Gronovius, Tédi- 
teur (1645-1716) était un homme qui aima beaucoup la dispute et ftit sou- 
vent fort injuste envers ses adversaires. 



456 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

sommée ; si mon frère a hésité en quelques endroits, s'il a quelque- 
fois changé d'avis ; s'il a dit des choses qui avoient desia été dites 
par d'autres : enfin s'il se rencontroit rien qui pûst faire tort à la 
réputation de mon frère, Gronovius n'a-t-il pas dû faire en sorte 
qu'il ne parust rien de tout cela. S'il avoit du iugement ou s'il 
étoit bien intentionné a-t-il dû mettre des choses propter quae 
maculam aut ignominiam aliqtuim suscipi necessum sit ? comme 
il parle p. 42. dans cette mesme epistre. Il s'avance de dire p. 13,. 
que les estudcs et la vie de mon frère ont eu assez de malheur 
dans le commencement et qu'Henri de Mesme, président a mortier 
lui asseura sa vie durant la pension qu'il lui donnoit. Ce qui est 
faux. M. le président avoit bien fait semblant de le vouloir ; mais 
il ne le fit pas. Il appelle mesme mon frcre virum optimum his 
obscuritatibiis inhaerentem, p. 13., ne sachant pas que mon firere 
durant tout le temps qu'il a reçu la pension de M. le président de 
Mesme estoit un fils de bonne et lionneste famille, ne manquant 
de rien dans la maison paternelle ; qu'il n'a pas voulu iamais 
quitter pour aller demeurer chez lui et estre son commensal et son 
confident : ni mesme depuis pour aller à Toulouse avec M. de 
Montchald) archevesque, qui travailloit lors a l'histoire ecclésias- 
tique. Mais c'est trop vous entretenir des sottises de ce hollandois, 
qui blasme souvent un homme qu'il a entrepris de louer et qui 
certes meritoit bien d'estre loué et de tomber en meilleures mains 
pour l'édition de ses notes. Voylà le malheureux sort des livres 
postumes et indigestes imprimez par des ignorants du pays étranger. 
Quant à moi, ie ne vous suis pas moins obligé de vostre présent, que 
i'estime beaucoup : et en revanche si vous me iugez capable de 
vous rendre quelques services à Paris, ie vous prie de ne me point 
espagner, comme estant. Monsieur, vostre très humble et très 
obéissant serviteur. 

De Valois 

Ah dos : A Monsieur, monsieur Prousteau, conseiller du Roy et 
Professeur en droit dans l'Université d'Orléans à Orléans. 



(1) Montchal fut le 24- archevêque de Toulouse (1028-1651). Cf. GalUa 
ehristiana, t. xm, col. 61. 



BIBLIOGRAPHIE 



DES 



ÉDITIONS ILLUSTRÉES DES FABLES DE U FONTAINE 



(1678 à 1757) (1) 



ÉDITIONS COMPLÈTES 

I. — Fables choisies mises en vers par M. de La Fontaine, 
et par lui reveues et corrigées et augmentées. — A Paris, 
chez Denys Thierry, rue Saint-Jacques, et Claude 
Barbin au Palais MDCLXXVIII et MDCLXXIX avec 
privilège du roy : (les armes du Dauphin sur le premier 
volume) 4 vol. in-12 avec les figures de F. Chauveau 
gravées sur cuivre et tirées à mi-page. Et Fables choisies 
par M. de La Fontaine. — A Paris chez Claude Barbin 
au Palais, sur le second perron de la Sainte Chapelle 
MDCXCIV avec privilège du roy; 1 vol. in-12, figures 
à mi-page. 

Les fig. du !«'' volume sont toutes signées F. C. saut 
une. Les fig. du 2« vol. sont signées F. C. sauf 2. Les fig. 
du 3« volume sont signées F. C. et F. Chauveau sauf 26. 



(1) Extrait d'ua ouvrage en préparation : Les Illustrations des FaMet dej, 
de La Fontaine, par le Docteur A. D. Paris, 1 vol. in-8*. La mention : CottatUumi 
indique que l'ouvrage est entre les mains de l'auteiir ou lui a passé sons 
les yeux. 



458 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

Une de celles-ci est signée N. Luc (?). Les fig. du 
4« vol. sont signées F. C, sauf 37. Les fig. du5« voL 
ne sont pas signées. Collationné, 

Première édition illustrée complète des fables publiée du vivant 
de La Fontaine. Quelques exemplaires portent des notes de la main 
de La Fontaine. 

I*'"'' vol. 32 ff. non chilfrés, 216 p. numérotées, 1 f. d'errata. 
Achevé d'imprimer 3 mai 1678. 

2« vol. 232 pp. numérotées, 2 fl'. non chiffrés pour la table. 

3e vol. i feuillet non chiffré, 220 pp. numérotées, compris la table. 

4*? vol. 221 pp. numérotées; le verso de la dernière page contient 
un extrait du privilège, en date du 29 juin 1677. i feuillet non 
chiffré pour la table. 

5c vol., non tome, le chiffre de Barbin, entrelacé, sur la première 
page. La dernière page est numérotée 228, mais les pages 186 et 
187 sont répétées 2 fois. 4 feuillets non chiffrés ; privilège du 24 
décembre 1692 ; 1 feuillet non chiffré pour la table. 

Cette édition vaut de 300 à 800 fr. suivant la reliure et l'état des 
marges. 

Les premières figures de Ghauveau avaient été publiées dans : 

Fables choisies mises en ve^*s par M. de La Fontaine, à Paris, 
chez Claude Barbin au Palais, sur le perron de la Sainte-Chapelle, 
M.DC.LXVIll. 1 vol. pet. in-4. Privilège du roi daté du 6 juin 1667. 
Achevé d'imprimer mars 1868. Fig. en taille douce de Chauveau. 
Les VI premiers livres seulement. Coll., et 

Fables choisies mises en vers par M. de La Fontaine, chez Denys 
Thierry, rue Saint-Jacques, à renseigne de la ville de Paris, 
M D.C LXVIII, avec privilège du roi. 2 vol. in-12 avec les armes du 
Dauphin sur le premier volume. — C'était la réimpression de l'édition 
in-4. Fig.de Chauveau (Bibliographie de A. Pauly, in Œuvres corn- 
plètes de La Fontaine, Lemerre, 1868), puis 

Fables nouvelles et avtres Poésies de M. de La Fontaine, — A 
Pa/is, chez Denys Thierry, rue Saint-Jacques, à l'enseigne de la 
ville de Paris. M DC LXXl, avec privilège du roi. In-12, 12 ff. préli- 
minaires, non chiffrés, et 184 pages avec les fig. de Chauveau ; 8 
fables nouvelles illustrées et faisant partie du 3^ et du 4^ vol. de 
l'édition ultérieure de 1698-1694. Quelques exemplaires portent le 
nom de Barbin. Coll. 



FABLES DE LA FONTAINE 450 

II. — Fables choisies mises en vers par M. de La Fontaine, 
et par lui reveues et corrigées et augmentées à nouveau. 
— A Paris, chez Denys Thierry, rue Saint-Jacques, et 
Claude Barbin au Palais, MDCLXXVIII, MDCLXXIX 
avec privilège du roy. 4 vol. in-12 avec fig. de F. Chau- 
veau gravées sur cuivre et tirées à mi-page. — Fables 
choisies par M. de La Fontaine, A Paris, chez Claude 
Barbin au Palais, sur le second perron de la Sainte 
Chapelle, MDCXCIV, avec privilège du roy. 1 vol. in-12 
avec fig. à mi-page. Coll. 

Réimpression de Tédition précédente. Avec privilèg'e accordé à 
Pierre Trabouillet, 18 septembre 1692. Les figures ne sont pas toutes 
signées, il n'y a pas les armes du Dauphin sur le premier volume, 
ni le chiffre de Barbin au 5^ volume. Il se pourrait que cette édition 
ait paru en 1G97, car on trouve à la fin du privilège accordé à P. 
Trabouillet et joint aux exemplaires de l'éd. de 1709 : Achevé d'im- 
primer pour la l®"" fois, 22 mars 1697. 



III. — Fables choisies mises en vers par M. de La Fon- 
taine, et par lui revues et corrigées et augmentées de 
nouveau suivant la copie de Paris, et se vendant, à la 
Haye, chez Henr}' van Bulderen, marchand libraire 
dans le Pooten, à renseigne de Mezeray. MDCLXXXVIII, 
MDCXCIV. Fig. de Henri Cause d'après Chauveau, dans 
un cadre plus grand. 5 parties en 3 vol. reliés en 2 ; la 
5^ partie a une pagination isolée. Privilège des états du 
29 novembre 169^1 Frontispice original de Romeyn de 
Hooge. Coll. 

On trouve quelquefois cette édition dans le commerce sans le 5« 
volume. Première copie de Cbauveau qui a été exécutée du vivant 
de La Fontaine. Un exemplaire a été vendu 210 fr., vente Chaiicel, 
1891. 



460 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

IV. — Fables choisies mises en vers par M. de La Fon-- 
laine, et suivant la copie imprimé {sic) à Paris, et se 
vendant à Anvers chez Henry van Dunewalt, marchand 
libraire au Marché-aux-Œufs, aux 3 moines. — 
5 parties en 2 vol. fig. de H. Cause d'après Chauveau ; 
même édition que la précédente, plus rare. Van Bul- 
deren avait fait part sans doute d'une partie de son 
privilège à Van Dunewalt. 

V. — Fables choisies mises en vers par M, de La Fontaine, 
à Amsterdam, chez Daniel de la Feuille demeurant 
près de la Bourse MDCXCIII. 4 parties en 1 vol. in-12. 
Frontispice par R. de Hooge, figures de Jean Van 
Vranen d'après Chauveau, dans un cadre plus grand ; 
titre en deux couleurs. 52® copie de Chauveau exécutée 
du vivant de La Fontaine. Coll. 

11 n'y a que les XI premiers livres des fables. Toutes les figrures 
ne sont pas signées. 

Cette édition vaut 50 à 80 fr. avec la reliure du temps. 

VI. — Nouvelles Fables choisies et mis (sic) en vers parles 
plus célèbres auteurs françois de ce temps. Même édition 
que la précédente, augmentée d'une 5«™e et quelquefois 
(^mo partie. A Amsterdam chez Daniel de la Feuille et à 
La Haye chez Meindert Uitwerf 1693-1696. 2 vol. in-12, 
(Bibl. Nationale). ColL 

La cinquième partie ne comprend que le Juge arbitre^ l'Haspi^ 
talier et le Solitaire ^ le Soleil et les Grenouilles, les Compagnonê 
d'Ulysse^ de La Fontaine. Les éditeurs ont ajouté un conte : la Ser^ 
vante justifiée, de La Fontaine, sous ce titre la Servante et %tn 
avocat. Les autres fables de la 5« et de la 6® partie sont des fables 
de Régnier, S^ Ussans, Furetière, Yalicour et Desmarest. Les figures 
qui accompagnent ces fables sont originales. 

L'édition vaut le même prix que l'édition précédente. 



FABLES DE LA FONTAINE 461 

VIL — Fables choisies mis (sicj en vers par M. de La Fan- 
laine. Première à cinquième partie à Lion {sic) chez 
J.-B. Girin rue Mercière à la Victoire, 1698, avec fig. et 
frontispice gravé daté de 1699. 5 parties en 2 vol. 
in-12. Privilège du roi du 19 juillet 1677, permis d'im- 
primer à Lyon 1698. Les figures ne sont pas signées. 
(Bibl. Nationale). 3<^ copie de Chauveau. Coll. 

Cette édition parait être une réimpression de l'édition de Daniel 
de la Feuille, 1693, à laquelle a été sgoutée une cinquième partie 
avec un titre spécial portant: Nouvelles fables choisies mises en vers 
par M. de La Fontaine, et autres plus célèbres auteurs frapçais de 
ce temps. A Amsterdam, chez Daniel de la Feuille, près la Bourse* 
Cependant, les illustrations ne sont pas celles de l'édition Daniel de 
la Feuille. Au l*?»" vol. il y a le frontispice de R. de Hooge; au 2«, 
un frontispice original : Ésope au milieu des animaux. Les fig. 
sont dt^s copies de Chauveau, dans un cadre plus grand, avec le no 
de la fable et le n" de la page sur la planche. Les figures des V« et 
Vl« parties sont celles de Téd. Daniel de Ja Feuille, comprenant 
d'autres fables que celles de La Fontaine. 

A la même date, il a été signalé une édition ainsi désignée : 
Fables choisies mises en vers par M. de La Fontaine, ouvrage 
enrichy ^'sicj de jolies figures jouxte la copie (?) a Paris, chei 
Michel Hrunet, KiOO. 2 tomes en i vol. in-8« (?) (signalés par Paul 
Lacroix, in yonrelles Œuvres inédiles de J, de La Fontaine^ Paris, 
librairie des Bibliophiles, 1872. 1 vol. in-8o). Cette indication incor- 
recte est très inconiplète, et nulle part je n'ai pu trouver un exem- 
plaire de cette édition qui est peut-être la même que l'édition publiée 
par J.-B. Girin, si toutefois elle existe. 

VIIL — Fables choisies mises en vers par M. de La 
Fonlaine, et par lui reveues et corrigées suivant la copie 
imprimée à Paris. — Se vendant à Anvers chez la veuve 
de Barthélémy Foppens au Marchë-aux-Œufs au 3 
Moines M DC LXXXXIX. Fig. de H. Cause. 5 parties en 
2 vol. in-12. (Foppens était évidemment le successeur 
de Henri van Dunewalt.) Réédition de l'édition en 



462 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

commun de H. van Dunewalt et H. van Bulderen, 
1694. Coll. 

IX. — Fables choisies mises en vers par M. de La 
Fontaine, etc. avec les fig. de H. Cause. A La Haye, 
chez H. van Bulderen, 1700; 5 parties en 2 vol. in-12. 
Reproduction de l'édition de 1688-1694. ColL 

X. — Fables choisies mises en vers par M, de La Fontaine, 
etc. Amsterdam, à la Sphère, 1700; 5 parties en 2 vol. 
in-12. Très probablement la même édition que celle 
de La Haye avec les mêmes figures. 

. Nulle part je n ai pu trouver cette édition qui est pourtant signalée 
par le bibliophile Jacob, F^aul Lacroix (in Nouvelles œuvres inédites 
de J. de Li Fontaine. Paris, librairie des Bibliophiles, MDCCCLXXII). 
Ou trouve signalée sommairement dans la bibliographie de Quérard 
une édition Zacharie Cliatelain, Amsterdam, 1700. Kst-ce cette 
édition 7 Gela est possible. 

XL— Réimpression et fac-similé de IVd. de 1678-169i, 
avec les noms d'éditeurs suivants : 

(1.) Fables choisies mises en vers par M. de La 
Fontaine. — A Paris, chez Henry Charpentier, grande 
salle du Palais, près la Chapelle. Au bon (]lharpentîer 
M.DC(nX avec privilège du roi. 5 vol. in-12. Fig. de 
Chauveau gravées en taille douce. Coll. 

Les fig-iires ont en haut une lettre indiquant le livre et la page de 
la fablo. Ces chiffres se rapportent à la pagination de 1 édition de 
1078-l(>04. C/est dans cette édition que, pour la première fois, les 
fables sont divisées en 12 livres. 

( 2 ) Fables choisies mises en vers par M. de La Fontaine, 
de Paris. Nombreuses figures sur cuivre à mi-page. 
Michel Clouzier M DCCIX. 5 vol. in-PJ. Même édition, 
mêmes figures , en tout semblable à la précédenle. 
(Catalogue Rochebilière numéro 109 ). 



FABLES DE LA FONTAINE 463 

(3) Fables choisies mises en vers par M, de La 
Fontaine, etc. — Paris, chez Pierre Ribou, M DCCIX. 
5 vol. in-ri. Même édition, mêmes figures, en tout 
semblable aux deux précédentes. Coll. 

(4) Fables choisies mises en vers par M. de La 
Fontaine, etc. — A Paris par la Compagnie des libraires 
M. DCCIX. 5 vol. in-12. Même édition, mêmes figures, 
en tout semblable aux trois éditions précédentes. Coll. 

( 5) Fables choisies mises en vers par M. de La 
Fontaine. A Paris chez Michel David, M DCCIX. 5 vol. 
in-12. Même édition, mêmes figures, en tout semblable 
aux quatre précédentes. Coll. 

i () ) Fables choisies mises en vers par M. de La 
Fontaine, etc. Paris, Chrystophe David, M. DCCIX. 
5 vol. in-12. Mêmes figures, même édition en tout sem- 
blable aux cinq précédentes. Coll. 

( 7 ) Fables choisies mises en vers par M. de La 
Fontaine. Paris, M DCC IX, chez Ant. Damonneville 
(juai des Grands-Augustins. 5 vol. in-12. Même édition, 
mêmes figures, en tout semblable aux six précédentes. 
Coll. 

( 8 ) Fables choisies mises en vers par M. de La 
Fontaine. Paris M DCC IX chez Michel Guignard rue 
Saint-Jacques à Timage de Saint-Jean. 5 vol. in-12. 
Même édition en tout semblable aux sept précédentes. 
Coll. 

Pour ces huit éditions semblables les éditeurs se sont servi des 
cuivres de Chauveau. C'est un fac-similé de l'édition originale de 
1678-lG9i; mais les cuivres sont très usés, et quelques-uns sont 
retouchés ; il y a des tailles nouvelles sur plusieurs planches. 

Ces huit éditions n'en font en réalité qu'une ; il y a en effet une 
faute d impiession quï leur est commune au troisième feuillet de la 
table du tome 4, dernière ligne : L de Lion est en travers. 



464 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

Eq prenant un volume de chacun de ces exemplaires et en les 
réunissant on fait un exemplaire régulier et complet. 

La raison de cette variété de noms d'éditeurs est que le privilège 
accordé, pour quinze années, par le roi à la date de 1708 à Michel 
David avait été transmis. David avait fait : ce part du droit du pré- 
sent privilège aux sieurs Cavalier, Charpentier Glouzier (Michel), 
Guignard, Osmont, Ribou et consorts, libraires à Paris, pour en 
jouir conjointement avec lui, suivant les traités faits entre eux ». 
Ce privilège accordé aux libraires sus-nommés n^est pas le seul qui 
ait été placé dans les huit éditions signalées. On y trouve encore le 
privilège déjà ancien accordé à Pierre Trabouillet, daté du 18 sep- 
tembre 1692, et qui avait servi pour l'édition de 1694, fac-simUc de 
Fédition de 1678-1694. 11 y a à la fin du privilège : « le dit sieurTra- 
bouillet a cédé entièrement le privilège des fables de La Fontaine 
aux sieurs Auboin, Guignard, David, Charpentier, Osmont, Ribou, 
Glouzier et consorts. » 

11 y a des exemplaires de H. Charpentier qui renferment soit le 
privilège accordé à Michel David, soit le privilège accordé à Pierre 
Trabouillet. 

On a tiré seulement un titre à part pour chaque libraire. 

Suivant Paul Lacroix deux de ces libraires auraient réimprimé la 
même édition avec les mômes figures aux dates 1718 et 1719, Paris, 
Guignard, et Paris, Ribou, mais c'est une erreur : il n'y a que les 
éditions de 1709. Les cuivres de Chauveau n'étaient plus désormais 
utilisables, et c'est alors que les libraires réunis, la compagnie des 
libraires nommés dans le privilège ou leurs successeurs, ont fait 
reproduire les gravures de Chauveau par des graveurs du temps, 
et cette fois dans un cadre plus grand pour une édition qui parut en 
1729. 



XII. — Fables choisies mises en vers par M, de La 
Fontaine, et par lui revues et corrigées et augmentées 
de nouveau puis traduites et mises en prose le plus 
succintcment possible par M. Balthazar Nickisch maitre 
de langue à Ausburg: cliés {sic) Jean Ulrick Kraus 
bourgeois et graveur en taille douce ; cum privilégia 
sacrœ Cœsaris majestatis : Âugsburg chés (sicj Jacques 
Lotter M DCC XIII. Un second titre en allemand. 2 vol, 
in-12 en un. Frontispice original pour chaque partie ; les 



V 



FABLES DE LA FONTALNE 465 

autres figures sont copiées de Chauveau, 2 par page 
hors texte. Il a été signalé une autre édition, Augsbourg, 
1725, introuvable. (Bibl. Nat.) 4'' copie de F. Chauveau. 
Coll. 

Cette édition est notée 1708 et 1709 par quelques bibliographes. 
L'exemplaire relié en vélin de la Bibliothèque Nationale est daté 
1713. 

11 y a bien à la date 1707, à Augsbourg, un recueil de fables en 
3 langues, en prose, avec la version allemande de Balthasar Nickisch 
et les gravures de Kraus, mais ce recueil ne renferme que 23 
planches se rapportant aux fables de La Fontaine, celles que celui- 
ci a empruntées à Ésope. Les autres planches se rapportent à des 
fables d'Esope, de Phèdre, ou des Italiens du Moyen-Age. Voici le 
titre du livre, en texte français : Faldes choisies, traduites du fran- 
çais (Ml italien par le sieur Veneroni, maître des susdites langues à 
Paris, puis en Allemand par M. Balthazar Nickisch^ maître de 
langues à Augsbourg, enrichies de gravures en taille douce, au 
protit de la jeunesse aimant les langues et les arts. Augsbourg, 
chez Jean Ulrich Kraus, bourgeois et graveur de la dite ville, 1707, 
cum pririleffio sacrœ majestatis Augspurg, Drucks Gaspard Bre- 
chenmacher. (Les figures des tables sont originales avec des imita- 
tions des ligures de F. Chauveau). Coll. 



XIII. - Fables choisies mises en vers par M. de Iai 
Fontaine, et par lui revues, corrigées et augmentées 
de nouveau. Avec Figures (fîg. à mi-page de H. Cause, 
portrait et deux frontispices par Picart; 2 titres en 
deux couleurs). Amsterdam , chez Zacharie Châtelain 
M.DCCXXVIII (la première partie) ; M DCC XXVII (les 
quatre autres ; 5 parties en 2 vol. ColL 

Réimpression de Téd. dt* la Haye, H. v. Bulderen. Texte de lédi- 
tion hançaise de 1078-1G04, excepté pour la cinquième partie. 

La Lif/tie drs Rats, le Soleil et les Grenouilles ont été ajoutés 
après coup, ainsi que l'Hyménée et VAmour, et 2 contes de Lîi 
Fontaine : l'Atnotir varnjé (sic) et le Fleuve Scamandre. La figure 
de ÏAnwur rctvjù est la lig. de Daphnis et Alcimadure répétée. 

1 8 "J 1 30 



466 BULLETIN DU UIBLTOPHILE 

C'est ce (fiii distingue lï'dition do Zacliarie Châtelain de Tédition 
H. V. Hulderen, de 1088-1004. L'»Miition est d'ailleurs enricliie de 
notes au ha.s di'S pages. Il y avait eu à la même époque la même 
édition avec les mêmes fljrures. C'est la suivante : 



XIV. — Fables choisies mises en vers par M, de La 
FonUtine, etc. Aiiisterdam, R. et J. Wetstein, 1727. 5 
parties en î2 vol. iii-l'J. (bibliographie A. Pauly, in éd. 
Lemerre, citée). 

Crfto édition a peut-être ])aru la première, car dans Téditioa de 
Zach.'irie Châtelain la première partie est datée 1728, et les suivantes 
iT21. 



XW — Fables choisies mises en vers par M, de La 
Fontaine, avec la vie d'I^Lsope. Nouvelle édition à Paris 
par la Compagnie des iil)raires. MDCCXXIX avec 
approbation et privilège du roi. Î3 vol. in-12. Imprimerie 
Prault, ;>" copie de (^iiauveau. 

Privilèjre du roy accordé à Michel-Kticnne David, daté du 29 
juillet 17^20. 

Fi^»'ures copié«'s de Cliauveau, assez honnes copies dans un cadre 
pins frran<l cfue les figures de l'édition 11)78-1094 et plus petit que 
celui des fij^ures do H. Cause, ct)innie dans l'éd. .T.-H. Girin, et ce 
sont peut-être h's mêmes lij?nres. Sur chaque planche il y a le nu- 
méro do la fable et île la i»a«,^o correspondante. Avant la table au 
troisième volume : .\pprobation; .signée : Fontenellc et datée du 
7 juillet 1715. 

Ouvrapre très soigné. A chaque volume il y a un ieuillet d'errata, 
(î fautes à corripfer dans le ju'omier tome, 7 dans le second et 8 dans 
le troisième. 

Cette édition est extrêmement rare ; elle n'a pas été tirée à grand 
nombre, et du reste IT) ans à j)eine après a paru l'édition avec le 
commentaire do («oste. Au surplus les nombreux exemplaires de 
l'édition de I70î) sutlisaiont aux besoins du temps. Coll. 

Cette édition bien reliée et en bon état vaut, en raison de sa 
grande rareté, 100 Ir. environ. 



FAÏU.ES DE LA FONTAINE 467 



XVI. — Fables choisies mises en ucrs par M. de La Fon- 
taine, avec un nouveau commentaire par M. Coste. 
A Paris, M.DCC.XLV. Avec Approbation et Privilège 
du Roi accordé à Michel-Etienne David à la date du 
13 noveml)re 1744. 2 vol. reliés en un. Petit in-12. 
Imprimerie Prault père. Frontispice de B. Picart gravé 
par Fessard. 2 frontispices tète de page représentant 
des animaux, gravures non signées. 14 petites vignettes 
haut de page, dont 12 sujets de fables. Culs-de-lampe 
et lellres-vignelles. Les figures de fables, signées Caron. 
Titre en deux couleurs. Coll. 

PremitT essai d'iilustrattoii des fables avec le commentaire de 
Coste. In des frontispices tète de page placé au conmiencement du 
2« volume a été reproduit dans Tédition illustrée de 1740 et gravé 
par Fessard sur le dessin de Cochin. C'est la première fois qu'il n'y 
a qu'un»' illustration pour un livre entier de fables. 

Héiiupression, Paris, 1751). 



XVII. — Fables choisies mises en vers par M, de La 
Fontaine, avec un nouveau commentaire par M. Coste, 
membre de la Société Rovale de Londres. Nouvelle 

• 

édition ornée de figures en taille douce. Paris 
M.DCC.XLVI avec approbation et privilège du roy. 
Pas de nom de libraire. Titre en deux couleurs. Fron- 
tispice par Cocliin ; un frontispice tête de page au l®"" 
volume les armes du Dauphin par De Sene gravé par 
Fessard. — 1 frontispice tète de page au 2** volume, des 
animaux par Cochin fils gravé par Fessard. Imprimerie 
de Prault père, 5« copie de Chauveau. Coll. 

Le privilègre est accordé encore à Michel-Etienne David, daté du 
8 janvier 1733, et il y est joint un extrait d'un privilège antérieur 
accordé au même libraire, daté de 1720. C'est pour cela que dans 



468 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

réd. des fables de Gh. Nodier (Paris, Eymery, 1818), dans la biblio- 
graphie annexée, Tédition avec les notes de Goste est désignée : 
Paris, David, 1746. 

Cette édition est très belle à tous égards ; il y a un cul-de-lampe 
de De Sene ou De Sève gravé par Fessard en tête de chaque Tolume. 
Les figures sont des copies de F. Ghauveau, dessinées par Gochin et 
De Sève ou De Sene, gravées par Fessard. Mais il y a huit dessinB 
originaux des mêmes artistes pour les fables que n'avaient pas illustrées 
Ghauveau ou ses élèves dans 1 édition de 1678-1694. Il y a aussi un 
dessin original pour une fable qui n'est pas de La Fontaine et qui a 
été sgoutée : la Cigale trouvée parmi une foule de Sauterelles^ tirée 
d'Ésope. G"est Goste qui est l'auteur de la traduction en vers dans 
le genre de La Fontaine. Gette édition a été tirée à grand nombre et 
a été conservée. 

Il y a eu une réimpression, Paris, 1761. 

Les figures ont été copiées à leur tour et les cuivres ont été 
employés pour quatre éditions : Paris, 1769, 1770, 1787 et 1806. 

L'édition n'est pas rare ; on la trouve facilement, et elle est estimée 
25 à 50 fr. avec la reliure du temps; avec une belle reliure et peu 
rognée elle vaut davantage. 



XVIII. — 1^ Fables choisies mises en vers par M. de La 
Fontaine, avec un nouveau commentaire par M. Coste. 
Paris Davidtz quai des Âugustins . M. DCC. LU avec 
le privilège accordé à M.-Ét. David. 2 vol. in-12 en 
un. Imp. H.-L. Guerin. Coll. 

!2'> Fables choisies mises en vers par M. de La 
Fontaine, avec un nouveau commentaire de M. Coste. 
Paris chez Barbou rue Saint-Jacques près la fontaine 
Saint-Benoit M.DCC.LVII avecle privilège du roy daté 
du 13 novembre 1744 accordé à Michel-Etienne David. 
2 vol. pet. in-12 en 1 vol. Imprimerie de Didot. Même 
édition en tout semblable à la première. Coll. 

.> Même édition en tout semblable, même impri- 
meur. Paris, chez la veuve Gandouin quai des Augus- 
tins M.DCC.LVII. 2 vol. en un. Coll. 



FABLES DE LA FONTAINE 469 

4<> Même édition en tout semblable. Paris Cellot imp. 
Libraire rue Dauphine et au palais M.DCC.LVII. 2 vol. 
en un. ColL 

Figures de Caron, les mêmes que celles de Tédition de Goste de 
1745 ; une seule petite vignette en tête de chaque livre, en haut de 
page. Il y a en outre dix en-têtes de livre. Frontispice de Picart, 
gravé par Fessard, le même que celui de Tédition avec les notes 
de Goste sans figures, à la date 1743 ; et celui de Téd. de Zach. Gha- 
telain, 1727-1728 ; le titre en deux couleurs. Gette édition a été 
quelquefois jointe à des éditions des contes de La Fontaine, de 
Gazin, Paris et Londres, pour faire des œuvres complètes en 5 vol. 
Coll. Deux ou trois exemplaires ont été vendus de 25 à 30 fr. 

Il y a sans doute d'autres exemplaires de cette édition portant 
d'autres noms de libraire. Ges 4 éditions sont la reproduction de 
réd. de Paris M. DCG. XLV citée plus haut, avec des variantes dans 
les culs-de-lampe. 



Près d'un siècle s'est écoulé depuis la première publica- 
tion des fables de La Fontaine illustrées par Chauveau, et 
nous entrons dans la belle période des illustrations des 
beaux et bons livres. En 1755 va paraître Tédition illus- 
trée par Oudry. Pendant la fin du XVIII® siècle et au 
commencement du XIX® il y aura encore quelques 
milateurs et copistes de Chauveau, mais ils seront plus 
rares (1). 



(1) Si l'auteur veut bien nous la confier, nous publierons prochainement la 
bibliographie des copies d'Oudry. 



A PROPOS D'UN LIVRE 



ANNOTE PAR VOLTAIRE 



Ce livre est le Christianisme dévoilé ou Examen des 
principes et des effets de la religion chrétienne, par feu 
M. Boulanger, à Londres, MDCCLVI. Le volume, en lui- 
même, n'a qu'une médiocre importance; Nicolas- Antoine 
Boulanger, bien que son principal ouvrage, L Antiquité 
dévoilée, publié après sa mort par le baron d'Holbach, 
ait fait un certain bruit, n'occupe qu'un rang fort 
secondaire parmi les écrivains du xvnp siècle ; il n'est 
d'ailleurs pas sûr qu'il soit le véritable auteur du 
Christianisme dévoilé, dont la Nauvelle Bibliographie 
générale lui conteste la paternité. Tout l'intérêt de 
l'exemplaire que nous présentons au lecteur est dans les 
nombreuses annotations dont Voltaire l'a enrichi. Disons 
avant tout que ces notes sont d'une authenticité incon- 
testable ; il suffit, pour qu'aucun doute ne soit possible, 
d'en comparer l'écriture avec les autographes si nombreux 
de Voltaire. 

D'abord, sur le titre : « Cet ouvrage est plus rempli de 
€ déclamation que méthodique. L'auteur se répète et 
« se contredit ; quelquefois on dira que c'est Timpiété 
« dévoilée. » On voit que, dès le début, Voltaire se pose 
en quelque sorte comme un défenseur du christianisme. 
Et ce n'est pas là un accident, la plupart de ces notes 
nous le montrent dans ce rôle assez inattendu. Â propos 
d'une. réflexion de Boulanger sur « l'inutilité et la perver 



UN LIVRE ANNOTÉ PAR VOLTAIRE 471 

c site de la morale que le christianisme enseigne aux 
« hommes », l'annotateur s'indigne presque : a Peut-on 
€ appeler perverse la morale de Jesu {sici Ch* ? » Bou- 
langer soutenant que le fanatisme des chrétiens se nourrit 
par ridée révoltante d'un enfer, a L'autheur, dit Voltaire, 
« publie que les autres religions admettaient un enfer 
« longtemps auparavant ». 

Boulanger, parlant de la vie future, en tire un argument 
contre la justice de Dieu: a Nous ne pouvons l'appeler 
€ juste dans celle-ci, où nous voyons si souvent la vertu 
« opprimée et le vice récompensé. » Il s'attire cette très 
judicieuse observation de son critique : a Cecy est contré 
« toutes les relligions qui ont admis une autre vie, aussi 
« bien que contre la crétienne. » Autre remarque non 
moins juste. L'auteur soutient que le Dieu des chrétiens 
« n'a prétendu se faire connaître qu'à quelques êtres 
c favorisés, tandis qu'il a voulu rester caché pour le reste 
« des mortels, à qui pourtant cette révélation était égalé- 
es ment nécessaire ». Voltaire réplique : « Cela n'est pas 
« vrai ; les apôtres se disent envoyés par toute la terre . 
« L'autheur confond continuellement la religion mo- 
« saïque et la chrétienne. » Il combat également cette 
assertion de Boulanger : « L'effet des miracles de Mahomet 
« fut au moins de convaincre les Arabes qu'il était un 
« homme divin. Les miracles de Jésus n'ont convaincu 
c personne de sa mission. » Voltaire, qui a la prétention 
de connaître le fondateur de l'islamisme mis par lui sur 
la scène, répond : a Mahomet n'a point fait de miracles, 
« il n'y a, dans le Koran, que le miracle du voïage de La 
« Mecque à Jérusalem en une nuit. » Boulanger demande: 
« Est-ce connaître la divinité que de dire que c'est un 
a esprit, un être immatériel qui ne ressemble à rien de 
« ce que les sens nous font connaître? ». L'orthodoxie 
spiritualiste de Voltaire se révolte : a L'autheur combat bien 
« mal à propos cette idée de Dieu, reçue non seulement 



A PROPOS D'UN LIVRE 



ANNOTÉ PAR VOLTAIRE 



Ce livre est le Christianisme dévoilé ou Examen des 
principes et des effets de la religion chrétienne, par feu 
M. Boulanger, à Londres, MDCCLVI. Le volume, en lui- 
même, n'a qu'une médiocre importance; Nicolas- Antoine 
Boulanger, bien que son principal ouvrage, L* Antiquité 
déuoilée, public après sa mort par le baron d'Holbach, 
ait fait un certain bruit, n'occupe qu'un rang fort 
secondaire parmi les écrivains du xviii» siècle ; il n'est 
d'ailleurs pas sûr qu'il soit le véritable auteur du 
Christianisme dévoilé, dont la Nouvelle Bibliographie 
générale lui conteste la paternité. Tout l'intérêt de 
l'exemplaire que nous présentons au lecteur est dans les 
nombreuses annotations dont Voltaire l'a enrichi. Disons 
avant tout que ces notes sont d'une authenticité incon- 
testable ; il suffit, pour qu'aucun doute ne soit possible, 
d'en comparer l'écriture avec les autographes si nombreux 
de Voltaire. 

D'abord, sur le titre : m Cet ouvrage est plus rempli de 
« déclamation que méthodique. L'auteur se répète et 
« se contredit ; quelquefois on dira que c'est l'impiété 
« dévoilée, t) On voit que, dès le début. Voltaire se pose 
en quelque sorte comme un défenseur du christianisme. 
Et ce n'est pas là un accident, la plupart de ces notes 
nous le montrent dans ce rôle assez inattendu. A propos 
d'une réflexion de Boulanger sur a l'inutilité et la perver 



L'N LIVRK ANNOTÉ PAR VOLTAIRE 471 

« site de la morale que le christianisme enseigne aux 
(( hommes », Tannolateur s indigne presque : a Peut-on 
<( a[)peler perverse la morale de Jesu (sicl Ch* ? r> Bou- 
langer soutenant que le fanatisme des chrétiens se nourrit 
par ridée révoltante d'un enfer. « L'autheur, dit Voltaire, 
a oublie que les autres religions admettaient un enfer 
« longtemps auparavant ». 

Boulanger, parlant de la vie future, en tire un argument 
contre la justice de Dieu: a Nous ne pouvons l'appeler 
« juste dans celle-ci, où nous voyons si souvent la vertu 
« opprimée et le vice récompensé. » Il s'attire cette très 
judicieuse observation de son critique : a Cecy est contre 
« toutes les relligions qui ont admis une autre vie, aussi 
« bien (fue contre la crétienne. » Autre remarque non 
moins juste. L'auteur soutient que le Dieu des chrétiens 
(( n'a prétendu se faire connaître qu'à quelques êtres 
« favorisés, tandis qu'il a voulu rester caché pour le reste 
(( des mortels, à qui pourtant cette révélation était égale- 
(( ment nécessaire ». Voltaire réplique : « Cela n'est pas 
a vrai ; les apôtres se disent envoyés par toute la terre. 
(( L'autheur confond continuellement la religion mo- 
« saûiue et la chrétienne. » II combat également cette 
assertion de Boulanger: « L'elTet des miracles de Mahomet 
(( fut au moins de convaincre les Arabes qu'il était un 
(( homme divin. Les miracles de Jésus n'ont convaincu 
a personne de sa mission. » Voltaire, qui a la prétention 
de connaître le fondateur de l'islamisme mis par lui sur 
la scène, répond : « Mahomet n'a point fait de miracles, 
a il n'y a, dans le Koran, (jue le miracle du voïage de La 
« Mecque à Jérusalem en une nuit. » Boulanger demande: 
« Kst-ce connaître la divinité que de dire que c'est un 
(( esprit, un être immatériel qui ne ressemble à rien de 
(( ce (pie les sens nous font connaître? ». L'orthodoxie 
spiritual iste de Voltaire se révolte : « L'autheur combat bien 
(( mal à propos cette idée de Dieu, reçue non seulement 



474 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

Suit une notice sommaire des pièces contenues dans ce recueil. 

Tome If»" ; 

1. Discours de la légitime succession des femmes aux possessions 
de leurs parents : et du gouvernement des princesses aux Empires 
et Royaumes ; par David Chambre, Escossois, conseiller au par- 
lement d'Edimbourg : dédié à Catherine de Mcdici, royne-mère du 
lioij Henry III, le 25 août 1513 ; 37 pag. avec la dédicace. 

Imprimé à Paris, en 1570. L'épitre dédicatoire est précédée d'un 
grand tableau géncalogi(iuc (gravé) des rois d'Angleterre, depuis 
Guillaume le Conquérant jusqu'en 1580 ; dressé par J. Leslœus, 
évoque de Ross. 

2. De titulo et jure Mariie scotorum reginse, quo regni Angliœ 
successionem sibi juste vendicat^ libellus ; à Jo. Leslœo, episcopo 
Rossensi. Parisiis, calendas januatHi iuSO : pp. 37-107. 

Le tableau généalogique cité plus haut, devrait être placé en tète 
du traité de Leslœus, qui fut imprimé à Reims en 1580. 

3. Ad Anglos et acotos parœyiesxs ; ab eodcm : pp. 108-116. 

4. De illustriuyn fœminarum in republicd administrandây ac 
ferendis legibus, auctoritatc^ libellus ab eodem Leslœo ; dicatus 
Catharime de Medicis^ Galliarum reginm : pp. 117-147. 

5. De rébus gestis scotorum (sub Maria reginâ), 1542-1562; 
à Jo. Leslœo : pp. 149-236. 

6. Detcctio Marisa regiiiœ scotorum ; studio Georgii Buchananiy 
scoti : pp. 237-280. 

Satire infâme contre Marie Stuart, imprimée en 1572. 

7. Histoire tragique de Marie, royne d'Escosse, touchant la 
conjuration faicte, contre le Roy son mari, mis à mort ; et Vadul^ 
tère par elle commis avec le comte de Bothwel; pp. 281-377. 

On trouve dans cette histoire : Le plaidoyer contre Marie Stuart ^ 
auquel est monstre qu*élle est coulpable de ce meurtre et parricide. 
— Epilogue, ou coyiclusion monstrant que la Royne a esté par un 
très juste jugement privée de son estât. — Discours de la procédure 
tenue pour Vabsolution du comte de Bothwel. — Sensuivent aucunes 
lettres et papiers trouvés en un petit coffre, qui ont été approuvés 
estre escrits de In jiropre main de la royne d'Escosse. — Autres 
lettres en rime franroise, en forme de sotmets, qu*elle escrivit au 
comte de Bothwel. — Des placards et proclamations du combat^ 
affichés par Bothwel, et de la response qui y fut faicte. — Confes- 
sion de Jean Habruu, du jeune Talla, d'Aglish et Pouric, qui fu- 



CATALOGUE DESCRIPTIF 



DE 



LIVRES ET PIÈCES RARES 



EN VENTE AUX PRIX MARQUÉS A LA LIBRAIRIE TEGHENER 



Histoire de Marie Stuart, reine d'Escosse et douairière 
de France, ou Recueil de toutes les pièces qui ont 
été publiées au sujet de cette princesse (édité par 
Samuel Jebb). Londres, 1725 ; 2 volumes in-foL, 
portrait, v. f. 70 fr. 

Les exemplaires de ce curieux recueil ont, presque tous, un titre 
latin ; les exemplaires avec un titre français sont rares. D'après la 
liste des souscriptions (270), imprimée sur les derniers feuillets du 
second volume, on ne compte que 39 exemplaires souscrits en France, 
par un banquier de Paris, la bibliothèque de Sainte-Geneviève, 
l'abbé Ricbard du collège Mazarin, et deux libraires, Gandouin et 
Rollin. 

Chaque volume contient une préface latine de l'éditeur, dans 
laquelle on trouve des renseignements intéressants sur les auteurs 
et sur les ouvrages insérés dans le Recueil. La Préface française, 
placée en tête du premier volume, est transposée ; elle appartient 
au Discours de David Chambre. 

La plupart des pièces que renferment les deux volumes avaient 
été déjà imprimées séparément; mais il était fort difficile de les 
réunir. C'est par ce motif que Samuel Jebb, médecin anglais, entre- 
prit la publication de ce Recueil, à l'aide de souscriptions. 

Le discours de David Chambre, est précédé d'un portrait de 
Marie Stuart, presque en pied, gravé sur un feuillet séparé, par 
George Yertue, d'après Frédéric Zuchar ; et Ton voit, en tête de 
la première pièce du second volume, un autre portrait de Marie 
Stuart, en médaillon, également gravé par George Vertue. 



476 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

bethœ et senlentià mortis, his additum est supplicium et mon 
reginsB Scotiœ ; opet'à Romoaldi, scoti : pp. 117-174. 

Imprimé pour la première fois en 1587. Cette relation est suivie 
de plusieurs pièces de vers latins, en faveur de Marie Stuart et 
contre Elisabeth. 

14. Martyre de Marie Stuart, royne d'Eacosse et douairière 
de France ; par Adayn Blacwood, escossois^ cotiseiller au préndial 
de Poitiers : pp. 175-328. 

Imprimé pour la première fois en 1587. 

15. Historia de lo sucedido en Escosia y Inglaterra en qua^ 
renta y quatro aiios que hivio Maria Eatuarda, reyna de Escoda; 
esctnta por Afitonio de llerrei'a. Madrid, 1589 : pp. 32&440. 

Antoine de Herrcra, historiograplie de Philippe II, est Tauteur 
d'une excellente histoire des Indes Occidentales, publiée en 1601. 

16. Extrait des Mémoires de Michel de Castelnau, relatif à 
Marie Stuart : pp. 441-468. 

17. Extrait des additions aux Mémoires de Castelnau, par 
Le Laboureur^ contenant aussi tout ce que le sieur de Brantosme a 
écrit de la rcync d'Escosse : pp. 441-610. 

18. La mort de la royne d'Escosse, douarière de France; où 
est contenu le vray discours de la procédure des Anglois à Vexécu- 
tïond*icelle, la constante et royale résolution de sa majesté défuncte^ 
ses funérailles et enterrement -, d'où on peut cognoistre la traistre 
cruauté de Vhérétique Anglois à Vencontre d*une Royne très chrea- 
tienne, catholique et innocente : pp. 61 1-669. 

Cette pièce avait été imprimée en 1588. On y trouve l'ordre du 
convoi de la reine d'Ecosse, fait en la ville de Peterbourgh, le 10 août 
1587, avec les noms de toutes les personnes qui y assistèrent. La reine 
Elisabeth se lit représenter à cette cérémonie funèbre par la com- 
tesse de Bedford, soutenue sous les bras par les comtes de Rutland 
et de Lincoln ; madame saint Jean de Bassing, soutenue par M« Jean 
Maners, vice-chambellan, portait la queue de la comtesse de 
Bedford. 

10. Oraison funèbre de Marie, royne d*Escosse, morte pour 
la foy, le IH febvrier i587, prononcée au mois de Mars en l'église 
de nostre-Dame de Pai*iSy au jour de ses obsèques et service^ par 
Menauld de Beaulne, archvèque de Bourges : pp. 671-686. 

Imprimé en 1588. 

20. Epitaphium Mariée Scotise regtnœ : pp. 687-688. 



CATALOGUE DE LIVRES ET PIÈCES RARES 477 

21. Epitaphe de la royne d'Escosse, douairière de France (en 
20 vers français ) : p. 689. 

22. Mariœ. Stuartœ Scotoram reginse tumulus (en 6 vers latins). 
— Régale monumentum (en prose) : p. 690. 

23. Sonnet contre la reine Elisabeth : p. 691. 

— Table des matières contenues dans le second volume (en 
latin ot en français» : pp. 693-703. 

Pièces du procès de Simon Morin en 1 vol. pel. in-é», 
mar. l)leu, fil., dos orné, tr. dor., contenant : 

Factum contre Simon Morin, dans lequel se trouve 
l'analyse de tous ses ouvrages. — Déclaration de 
Morin sur la révocation de ses pensées. — Autre 
déclaration de Morin, de sa femme et de made- 
moiselle MaFlierhe sur le même sujet. — Arrêt de la 
(]lour (le Parlement qui condamne Simon Morin à 
être brillé vif. — Procès-verbal d'exécution de mort 
(le Simon Morin, contenant l'abjuration de son 
hérésie. 110 fr. 

On connaît Thistoire de ce malheureux visionnaire. Emprisonné 
à plusieurs reprises, il fut enfin, sur la dénonciation de Desmarets 
Saint-Sorlin, condamné à ôtie brûlé vif et exécuté. Il prétendait que 
le Christ sV'tait incorporé en lui pour le salut de tous les hommes, 
et il avait su gagner quelques disciples, entre antres deux femmes 
ap])elées la Malherbe et la Chapelle. Sa « doctrine » était exposée 
dans un livre intitulé : Pcyisèes de Morin, dédiées au roy, 1647, 
in-8. 

Notre recueil forme un historique complet de la triste carrière 
(le Morin : il comprend les deux déclarations de Tautcur des Pensées, 
abjurant ses erreurs (1049), le factum rédigé pour le Procureur du 
Roy au Chàtelet de Paris, contre Simon Morin, natif d'Aumale, le 
curé de la Magdeleine et le vicaire de Saint-Marcel lez Paris, la 
femme et le lilz dudit Morin, la demoiselle Malherbe et autres leurs 
complices ilGf)2); l'arrêt de la Cour du Parlement (1663); enfin le 
procès-v(;rb;»l d«^ l'exécution qui eut lieu en place de Grève, le 
14 mars \m3. 

Ce volum»^ vient de la bibliothèque Girardot de Préfond, dont il 
porte ï'px-llhri'i. 



BULLETIN Dl' BrBLIOPIliLï: 



5Bc ta 5f oj» c^! t Hifnt/ faicir p îllfl 6» 

mrtitpdtie.toufÇSt auttûv axticliia 

A c3 frff tre (t r9f iimHS en ta pivfctirc Ot 
tefacaCïetietÇtofosiïc : ^wtfatebtta 

ftift/fnyct toitonnict i)c«îiffnK 



Petit iii-8" 12.=) Ir. 

Ctt bachelier i>li lhi-uli);rie l'st un ri'|ii'iit!tnl : il :i cru il'ubord qu'il 
pouvait suiis dntijrer « ^niMcr !tu\ l'iil'^iuls lic »:i \iavoinic et aux en- 
l'ailts rouges n uti iictit :ii|)li;ilifl n h r, rral-i'i-djiv un lics opuscules 
(l(>(:nr]oslniU<nu sair ijuc ci-liii-ci sij;miit si-s ou\rii)n.v Aea |ircinièreii 
lettres lie HilpImliPt ) ; mah bientôt le liiidiclii-r s'est u|icrçu ite non 
erreur; il ;i reeoniiu coniljieii U'S ii|iiiii(iiis du diertleii Sacrumen- 
tuires éliiient bétérmloxi-s, siii'Ioiit i-u uKiIim- île cutilrssion nurîeu- 
laire et <lo [irérieuee ri'i'lle <biis IKiicliuriKlie. AunsI r;ijt-tl pleine' 
meut son ini'" viil/iâ et rcvit-nt-il :iu\ s.'iiues ilocti-înes : « Ledict 
livre abc il sei-.iit pernicieux i-t mauvais - ; le mii-crmliir ne sutni 
pns pour ralisoliitiun, « utuf fiiult ipie le |ii'eb>^trc use de rot mntz : 
£;/0 absoliw le. » 



CATALOGUE DE LIVRES ET PIÈCES RARES 470 

Le déclarant n'est pas moins explicite en ce qui concerne la pré- 
sence réelle, admise par Luther, mais rejetée par Garlostadt et les 
réformateurs plus radicaux : « Je croy que au sainct sacrement de 
Tautel est bien et sainctement dict que le corps de Dieu et de nostro 
Seigneur Jesu-christ y est. » Les déclarations relatives au cidts de 
la Vierge Marie, au pui^toire, au jeûne du Garéine sontégalemaiil 
formulées en termes très catégoriques ; on smit que le bachdisr 
veut se faire pardonner ses erreurs passées et ne laisser aucun doale 
sur son retour à Torthodoxie. U conclut ainsi : « Je croy que ks 
cérémonies et traditions de leglise sont bonnes et louables et 
doibvent estre obseruees et gardées. » 

Cette plaquette est des plus intéressantes pour Tbistolre des pre* 
miers temps de la Réforme en France ; elle nous (Sut oonnaltre, sur 
les nouveautés qui venaient de réU*anger, Topinion non du seul 
bachelier, mais de la Sorbonne entière ; en effet il est dit expressé- 
ment au titre : ce Lesqlles de point en point a côfessees et cdfir- 
mees en présence de la faculté de théologie, i La pièce n'est point 
datée ; mais on peut la placer entre 1590 et 1340, à l'époque où la 
doctrine des Sacramentaires commençait à se' répandre dans les 
pays limitrophes de TAllemagne. 

Au verso du dernier feuillet, la marque de Jehan Lhomme, un 
arbre avec les trois fleurs de lys, deux écus et, autour du trône, une 
banderole avec ces mots significatifs : Ung Dieu, Ung Roy. Vite 
Foy. Une Loy. 



Dubitantius de vera certaque per Christi Jesu euange- 

lium, salutis œtemae via librisIU instmctus : quibus 

« 

populariter docetur ueram certam^ ; salutis œtémae 
uiani, nisi apud catholicos, non inueniendam : Ver- 
bumq. Dei Euangelicum per Luthemm, Caluinum, 
aliosqi istos evangelicos sectis prope nonaginta 
misère dissectos non restitutum, aut instauratum : 
sed vere adulteratum, priscis haeresibus fere omni- 
bus euangelii titulo renouatiscomiptuniyatqi humar 
nae doctrinae fermento adeoqf Judaismo & Maho- 
met ismo, reipsa depravatum uerissimeq. prophana- 
tum ad uniuersos Gennaniamm Gallianm^. firatres 



480 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

cathoHcos Coloniae, 1565. in-8^, veau f., plats 

entièrement dor., tr. cis. et dor., ;reL du xvi* 
siècle '. 100 fr. 

Œuvre de violente polémique dirigée, ainsi que l'indique le titre, 
contre Luther, Calvin et, en général, contre tous les adversaires du 
catholicisme. Dans trois dialogues entre Dubitantius et ConstantiuSj 
l'auteur, Wilhelmus Damasius Lindanus, évëque de Ruremonde, 
s'adressant à tous ses frères catholiques de la Germanie et de la 
Gaule, combat avecâpreté les doctrines nouvelles ; il substitue volon- 
tiers les injures aux arguments et se répand en virulentes invec- 
tives contre Luther : à l'entendre, le réformateur allemand est né 
d'un iiicubr; ; il est disciple du diable avec lequel il a de nombreux 
entretiens et qui Tarrache au sommeil pour Texciter à écrire contre 
la messe ; il est omnium calamitatum auctor: son mariage avec 
Catherine Bora indigne surtout l'auteur qui en parle avec une étrange 
crudité de langage : a Istum heluinam concumbendi subandique 
anima sao camali persuasam necessitatem suo ut comprobaret 

exemplo , bellam illam Catherinam iam annos aliquot Witten- 

berrjfp varia per studiosorum osada volutatam aibi uxorem duxit. » 

Calvin est moins maltraité; toutefois, il est flétri comme /tomtcida 
et sanfjuinarius judexj et l'auteur se demande an morbo iUo Hero- 
dis, id est, pediculari erosus miserrime perierit. Zwingle n'est pas 
oublié ; c'est le Diable qui lui fournit, comme à Luther, des armes 
contre l'Eucharistie. 

On a relié à la suite les deux ouvrages suivants, également hostiles 
à la Réforme: De expresse Dei verbo^ Reverendiss. D. Stanislai 
Jlosii Episcopi Varmiensis {Dilinyœ excudebat Sebaldus Mayer^ 
M.D.L.X.) et De Sacrilegorum vindictis et posnis..., nunc primum 
Ijitinitate donatus per Tilmannum Bredehachium^ s. l. M.D.LXV, 
traduction d*un opuscule publié à Ingolstadt en 1560, a pio quodam 
et catholico. 



BIBLIOGRAPHIE D'UN AMATEUR 



DESCRIPTION ET ANALYSE 



DE LIVRES ANCIENS 



RARES ET CURIEUX 



(SCITE) 



12. — DISCOVRS 1 1 DV TRIOMPHE 1 1 DES NOPŒS 
dv Roy 1 1 de Nauarre auec Madame 1 1 Marguerite 
de France, 1 1 sœur du Roy très- 1 1 chrestien. 1 1 
Avec ample narration de l'occurance 1 1 de la 
mort de TAdmiral et || ses complices. — A 
Lioriy 1 1 Par Michel loue, à renseigne du lesus. 1 1 
1572. Il Avec permission. 

Pet. in-8® de seize feuillets non chiffrés. Signatures 
A.-D. Cahiers de quatre feuillets. Imprimé en lettres 
rondes. 

Le titre qui occupe le recto du premier feuillet est composé en 
lettres capitales, en lettres rondes et en lettres italiques. Il contient 
au-dessus du lieu d'impression, la marque de Michel Jove, impri- 

1891 31 



482 BULLETIN DU BIBUOPHILE 

meur A Ljon de 1557 A 1579, reproduite par Silvestre, sous le 
no 11^. Cet iin]irimeur avait une autre marque en deux dimensions 
différentes, que Silvestre donne sous les n»* 405 et 1300. 

DISCOVRS 

D V TR rOMP HE 

DES NOPCES DV ROY 

de Nauarre auce Madame 

Marguerite de France) 

fœucduRoycrer- 

chreftîeo. 

^. 

f/i»ee ample namuion de taccurriua 

de lamcrtde tcyidmiral g^ 

/es cemplictSi 



t/f LION, 
Pâl Michel loue, irenfcigne du lefiii, 

I î 7 «• 

Aucc pcimiliion- 

Le texte commeiio', au r.'cto ilii second l'euillet, par une lettre 
ornée, après lu reproduetioii il'une partie ilu titre ainsi moàilié : 



BIBLIOGRAPHIE D UN AMATEUR 



483 



Discours des Triumphes et succez des nopces du Roy de Nauarre 
avec Madame Marguerite de France. Il se termine au bas du verso 
du seizième feuillet. 

Les personnages cités dans cette pièce, sont : 



Henry de Bourbon, Roy de 

Navarre. 
Catherine de Bourbon. 
Marguerite de France. 
Charles IX. 
Catherine de Médicis. 
Duc d'Anjou. 
Duc d'Alencon. 
Duchesse de Lorrayne. 
Cardinal de Bourbon. 
Prince de Condé. 
Marquise de l'IsLE, princesse 

do Condé. 
Marquis du Contil. 
Duc et duchesse de Montpen- 

sier. 
Duc et duchesse de Xevers. 
Duc et duchesse de Guyse. 
Duc Daumalle. 
Duc d'Vzks. 

Maréchal de Montmorency. 
Maréchal et maréchal le de 

DaMI'VILLE. 

Maréchal de GossÉ. 
Maréchal de Ta vannes. 



Maréchal de Savoye. 
L'amiral de Coligny. 
Cardinal de R.vmboillet. 
L'eveque de Digne. 
L'eveque de Cisteron. 
L'eveque de Paris. 
Mad»e de Chasteauneuf. 
La Rochefoucault. 
Le Vidame de Chartres. 
Le comte de Rets. 
Le chevalier d'Angolesme. 

MONTGOMERI. 

MM" de RuBEMPRÉ. 

de ViLLEQUIER. 

de Sansac. 

de LossES. 

de Chavigny. 
M. de S. Germain, docteur en 

théologie. 
Frère Hébert, cordelier. 
LaRozièhe, Ministre calviniste. 
Gavasse, comédien. 
Tabarin, comédien. 
Leroy, chanteur. 



Il existe un assez grand nombre de pièces historiques, 
où sous un titre pompeux on ne trouve souvent que des 
faits connus ou de peu d'importance. Ce n'est pas le cas 
de celle que je viens de décrire ; elle tient plus que son 
titre ne promet. Après les détails les plus circonstanciés 
et les plus intéressants sur le mariage du roy de Navarre 
avec Marguerite de Valois, et sur les fêtes qui eurent lieu 
à son occasion, elle donne des renseignements très eu- 



484 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

rieux sur la Saint-Barthélemy . A en juger par le titre, cette 
partie du récit serait secondaire ; il n'en est rien. Il est 
même probable que c'est pour elle principalement que 
cette petite pièce anonyme a été écrite, et comme elle 
témoigne de certains faits, dont on voulait faire dispa- 
raître la trace dans l'histoire, on a dû, autant que possible 
en supprimer les exemplaires, ce qui expliquerait son 
excessive rareté. 

Elle débute par la relation détaillée des cérémonies et 
des fôtes, qui eurent lieu depuis le dimanche 17 août 1572, 
jour des fiançailles de Henry de Bourbon roy de Navarre 
et de Marguerite de Valois, jusqu'au vendredi suivant. 
Ces fiançailles furent célébrées au Louvre, par le cardi- 
nal de Bourbon, oncle paternel du Roy de Navarre ; 
après la cérémonie, on soupa et on dansa, puis la reine 
Marguerie fut conduite par le roy son frère, par la reine 
sa mère, par la reine régnante, par la duchesse de Lor- 
raine sa sœur, par des seigneurs et des dames en la 
maison de révéclié de Paris, où elle passa la nuit. Le 
lendemain eut lieu le mariage en Téglise Notre-Dame que 
le narrateur décrit ainsi : 



Le lendemain qui fust le lundy x\ii,j des moys & an que dessus, 
le Roy de Nauarre, conduict par messeigneurs les ducs d'Anîoa 
Se d'Alêçô frères du Roy, les princes de Codé, & marquis du Gontil 
son l'rère, duc île Montponsier, prince Daulphin, ducs de Guyse» 
Dauinalle, & de Xeuei*s, les mareschaux de Montmorency, de 
Dampuille, de Cossé, de Tauanes, de Sauoye, l'Admirai, la Roche- 
focault Se vue inlinitê d'autres grands seigneurs, tant de l'vne que 
Tautre religion, alla trouuer laditte dame sa future cspouse audit 
lieu de i'eueschô. Et l'aut noter que ce iour là les Roys de Frâce & 
de Nauarre, messieurs les ducs d'Aniou & d'Alêçon Se le prince de 
Condé estoyent v«'stuz d'vne mesme parure, qui estoit d'vn accoos* 
trement à fonds de satin iaune palle, tout couuert d'vn enrichisse- 
ment de broderie d\'irgent releue en bosse enrichie de perles & 
pierreries. Les autres Princes & seigneurs Catholiques estoyent 
vestuz de diuerses couleurs Se façons, auee tant d'or, d'argent & 



BIBLIOGRAPHIE D'UN AMATEUR 485 

pierreries, que seroit chose impossible le raconter : mais quant aux 
seigneurs reformez, ilz n'estoyent vestuz que de leurs habits ordi- 
naires. 

Arrivez que furent les dessusdicts audKt logis de l'euesché Ton 
s'achemina pour aller espouser, & fust la ditte madame Marguerite 
côduicte par le Roy son frère, estant vestue d'vne robbe de vellours 
violet semée de fleurs de lys, auec le mâteau royal la grande queue 
trainant aussy dudit vellours, bourdee tout à Têtour aussy de fleurs 
de lys, vue corône Imperialle sur la teste, faicte de grosses perles, 
enrichie de diamants, rubis. Se autres pierres pretieuses de valleur 
inestimable : & estoit suyvie par la Royne sa mère, la Royno 
régnante, madame la duchesse de Lorrayne sa seur, & touttes les 
princesses & autres dames de la court, toutes richement vestues, 
n'y ayant la moindre qui n'eust pour le moings la robbe de toille 
d'or & d'argent. 

En cest équipage & compaignie, précédée par les cent gentilz 
homes les haches au poing, heraulds d'armes auec leurs cottes 
accoustumées, gardes, officiers de la maison du Roy, trompettes, 
clairons, haulboys & autres instrumens, furent lesdits futurs espoux 
conduicts par vue gallerie qui auoit esté dressée tirant depuys 
l'euesché tout le long de l'église nostre Dame, iusques au deuantde 
la grand porte de laditte église, au deuant de laquelle auoit este 
basty un grand eschauflaut haut esleué à la veue d'vn chacû : sur 
lequel eschauffaut les attendoyent messeigneurs les reuerendissimes 
Cardinaux de BourbÔ et de Ramboillet, vestuz de leurs rocquets 
et domino , accompaignez de Teuesque de Digne cy deuant 
précepteur de laditte dame, reuestu de sa grande chappe, mitre 
& crosse en main, l'euesque de Gisterô portant l'eau beniste, 
& de plusieurs autres euesques, abbez, prelatz auec la croix, les 
cierges allumez & autres semblables appareils ecclésiastiques. Et là 
arriuez lesdits luturs espoux receurent la bénédiction nuptiale par 
mondit seigneur le Cardinal de BourbÔ, auec les mesmes parolles 
& cerimonies d'où lô a coustume vser en l'église Romaine : & 
après furent conduicts iusques dans le cueur de l'église, où estâts 
le Roy de Nauarre avec le prince de Codé, l'Admirai & autres sei- 
gneurs de la nouuelle religion se retirerët en vn lieu qui leur auoyt 
esté préparé à quartier du cueur, & laditte dame demeura sonbs 
son poisie pour ouir la messe, & môsieur le duc d'Aniou son frère 
soubs l'autre, tenant lieu du Roy de Nauarre tout le long de la messe 
qui fut cellebree par l'euesque de Digne : 8c iceUe paracheaee reuint 
le Roy de Nauarre & sa trouppe la reprendre dans le cueur, & tous 
ensemble furet reconduicts à l'euesché, où fut faict le disner ce iourla« 



486 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

Après le dîner on se rendit au LfOuvre, et le soir le 
le Roi, les Princes et les Princesses y donnèrent un festin 
aux membres du Parlement, de la Cour des aides, des 
Chambres des comptes et des monnoyes. Après souper, 
bal ; après le bal, des jeux scéniques à machines, mêlés 
de chants, où Ton admirait la voix mélodieuse du célèbre 
chantre de Charles IX, nommé Le Roy. Le lendemain 
mardi 19, on se leva fort tard, et Ton ne fit qu'aller diner 
à rhôtel d'Anjou où le roi de Navarre avait fait préparer 
le repas ; après le dîner on retourna au Louvre pour le 
bal qui dura jusqu'au soir. 

Le mercredi 20, il y eut grand spectacle en la salle de 
Bourbon ; les acteurs étaient, le roi et les princes qui 
représentaient des chevaliers ; des rôles de diables et de 
petis diabloteaux, étaient tenus par Gauasse, Tabarin (1) 
& leur côpagnie faisans une infinité de singeries, & me- 
nans vn bruit & tintamarre inestimable. 

Le jeudi 21, il y eut courses de bague dans la cour du 
Louvre ; elles devaient continuer le lendemain ven- 
dredi 22; lorsque ce jour-là, sur les dix heures du matin, 
l'amiral de Coligny en revenant du conseil tenu au 
Louvre et en passant devant le doyenné de Saint-Ger- 
main de TAuxerrois, fut blessé d'une arquebusade, tirée 
par un meurtrier resté inconnu. 



(1) Il est assez singulier de trouver dans une pièce datée de 1572, un bouf* 
fon du nom de Tabarin. Il est bien évident que ce ne peut être le bateleur 
qui fit les beaux jours de la place Dauphine cinquante ans plus tard. M. G. 
Leber dans ses Plaisantes recherches d^un homme grave sur un farceur, à pro* 
pos des origines de Tabarin et de son nom, dit qu'on ignore à quelle époque 
il naquit ou vint s'établir en France : que sa réputation n'éclata à Paris que 
vers 1618 ou 1619 ; qu'il était peut-être un italien ayant fhmcisé son nom en 
faisant de Tabarini, Tabarin. Du Discours du triomphe des Nopces du Rog de 
Naoarre,il résulte que le nom de Tabarin était celui d'un acteur connu sous le 
régne de Charles IX ; le farceur de la place Dauphine, ou était son fils, ou 
plutôt, avait pris ce nom déjà porté au siècle précédent par un bouffon ajuA 
eu une certaine réputation, puisqu'on le faisait figurer dans les spectacles 
de la Cour. 



BIBLIOGRAPHIE D'UN AMATEUR 487 

Cettte blessure, dit le narrateur : 

.... estonna grâdemêt toute la court : & mesmes le Roy la 
Royne &: messieurs frères du Roy môstroyêt en estre fort mal con- 
tes, & allèrent visiter ledit seigneur Admirai Tapres disner en son 
logis. Et dura cest estonnement le vendredi & le samedi, durant 
lesquels deux iours Ion parloit de ceste blesseure en diucrses façons 
& vsoyêt ceux de la nouuelle religion de grades menasses, en 
sorte que Ton voyoit quasi vn nouveau trouble suscité : mais dien 
ayant pitié de ce paoure Royaume affligé, inspira en fin le cueur 
de nostre Roy lequel ayant descouuert ce que machinoyët contre 
lui & messieurs ses frères & les Roynes, ceux de ladicte religion, 
se délibéra les preuenir. 

Et à ces fins le dimâche de grand matin iour sainct Barthelemi 
xxiiij. Aoust, commanda que tous les chefs de ceux de ladite reli- 
gion fussent mis à mort. Ce qui fut soubdainement exécuté par ceux 
qui auoyêt voluntc de seruir fidellemêt le Roy : en sorte qu'é peu 
d'heure l'Admirai et tous ses côplices qui auoyêt tant toormêté la 
paouure France, furent tous estêduz morts sur le paué : & ne se 
sauua de personnes de nom que Montgomeri & le Vidame de Char- 
tres, qui estoyent logez au faubourg S. Germain, lesquels ayant 
esté longucmêt suiuis par les seigneurs de Guyse, Daumalle et le 
cheuallier d'Angolesme, ne peurent estre attrappez. Les Parisiens 
aussi de leur costé se mirent en armes, & n'oblierent rien à faire 
despeche de ceux de leur ville qui estoyêt dudit parti : & en plu- 
sieurs endroicts de la ville ne furent espargnez mesmes les femmes. 

Ceste exécution dura ledit iour de dimâche, & le lundy tout le 
iour. Ledit iour de lûdy se descouurit qu'vne espine ou aulbespin 
estât dans le cymetiere sainct Innocêt, an deuât d'vne grand image 
nos're Dame, qui estoit des long têps seiche & morte, florit, ren- 
dant tout à coup fueille & fleur : chose miraculeuse, mesmes estât 
hors de saison, qui monstroit que la terre mesme se reiouissoit 
d'vne si heureuse exécution. Ladite espine fut par l'espace de plu- 
sieurs iours visitée en grâd deuotion par tout le peuple de Paris, 
k outre ce par la Royne mère, la Royne de Nauarre & Madame de 
Lorraine, mosieur le duc d'Aniou & tons les autres princes 8c sei- 
gneurs, chacû descpiels se mettoit en deuoir de faire sa deuotion an 
deuàt de la ladite image nostre Dame. 

Le mardy, qui fut le xxvj. le Roy accompagné de messeigneurs 
ses frères, du Roy de Nauarre & autres grands princes 8c seigneurs, 
alla au palais tenir son lict de iustice, où seât il déclara toat ce qjû 



488 BULLETIN DU BIBUOPHILE 

estoit passé auoît esté fait et exécuté par son cdmandemêt. C5me 
sa maiesté passoit par les rues allât & venant, le peuple cryoit à 
haute voix, Yiue le Roy. Et signa sa maiesté le registre de la court 
de sa propre main. 

C'est là le fait capital de ce récit, et ce témoignage 
d*un auteur contemporain est précieux ; car cette décla- 
ration faite sur le moment avec une terrible franchise, 
fut désavouée et supprimée immédiatement après la 
séance. On publia même une autre relation de la Saint- 
Barthélemy, dans laquelle Charles IX déclinait toute res- 
ponsabilité à ce sujet. On trouvait bien cette accusation 
dans des écrits et dans des pamphlets protestants, mais 
provenant d'adversaires, on pouvait en suspecter la véra* 
cité (1). Ici ce n'est pas le cas; le narrateur ne reproche 
pas au roi Charles IX le massacre de la Saint-Barthélémy ; 
il le considère comme une heureuse exécution, inspirée 
par Dieu, pour conjurer les troubles que les hugenots se 
préparaient à fomenter en France (2) ; on ne peut donc 
admettre qull eût relaté la déclaration du roi au Parle- 
ment, si elle n'avait pas été faite effectivement. La suite 



(1) On trouve cette déclaration du roi Charles IX au parlement, relatée, 
notamment dans un opuscule, attribué par Baillet à Théodore de Béze, ouds 
qui serait plutôt de Nicolas Bamaud, et intitulé : Dialogus quo multa expo- 
nuniur quœ Lutheranis et Hugonotis Gallis acciderunt. — Oragniœ, AdanuM 
de Monte, 1573. pet. in-8*. (Catalog. de la Biblioth. de M. C. Leber. T. H. n* 39S(0- 
Une traduction française en a été donnée à Bflle la même année et dans le 
même format, sous le titre de : Dialogue des choses adoenues aux Luthérien» ef 
Huguenots de France. 

(2) Les pièces publiées pour Justifier les massacres de la Salnt-Barthélemj 
sont fort nombreuses. L'ouvrage de ce genre le plus important et le plus vio- 
lent, est celui d'Arnault Sorbin, intitulé : Le vray rbsveillb-matin des calvi- 
nistes ET PLUBLICAINS FRANÇOIS : OU EST AMPLEMENT DISCOURU DE L'aUTORITC 

DBS PRINCES ET DES DEVOIRS DES SUIETS ENVERS ICEUX. PuriSf G. ChOUdière, 

i576, in-8*. Il répondait au Resoeille-matin des catholiques, attribué à Nie. 
Bamaud ou à Théod. de Bèze. Parmi les pièces les plus rares, on peut citer : 

BrIÈVB REMONSTRANCE sur la mort de L*ADMIRAL ET SES ADHiRANS. LjfOtt, 

Benoist Rigaud, 1572. — C'est un pet, in-8 de dix-neuf feuillets. Audessoui du 



BIBLIOGRAPHIE D'UN AMATEUR 489 

du récit semble d'ailleurs la confirmer. Le jeudi 4 sep- 
tembre le roi fit faire une procession solennelle pour 
remercier Dieu de la grâce qu'il lui avait faite, de pré- 
venir l'entreprise des Calvinistes. On porta toutes les 
reliques de Paris, et entre autres, les châsses de Saint Mar- 
ceau et de Sainte Geneviève. Toute la Cour assista à cette 
procession, qui alla de la Sainte-Chapelle à Notre-Dame, 
où la messe fut célébrée. Le cardinal de Bourbon portait 
le Corpus Domini soubs le poésie» 

Le dimanche 7 septembre, la princesse de Condé et 
son beau-frère le marquis du Contil, en l'église des 
Augustins, abjurèrent l'hérésie entre les mains d'un cor- 
delier nommé frère Hébert. Le jeudi 48 du même mois, 
ce fut le tour du prince de Condé, qui abjura entre les 
mains de Monsieur de Saint-Germain, docteur en théolo- 
gie, dans l'église Sainte-Germain-des-Prez. La Rozière, ci- 
devant ministre de Calvin, fit ce jour-là en présence du 
Roy, un discours pour l'approbation de la messe, tiré tant 
des Écritures saintes que des docteurs de l'Eglise. Le ven- 
dredi 26 enfin, le roy de Navarre et sa sœur Catherine de 
Bourbon après avoir été catéchisés pendant plusieurs 
jours, abjurèrent en présence du Cardinal de Bourbon 
qui leur donna l'absolution dans sa chapelle ; et ce fut 
La Rozière qui au cours de la cérémonie et de la messe, 
expliqua au roi de Navarre et à sa sœur, les actions du 
prêtre officiant. 



titre se trouve une Jolie gravure sur bois, aux armes de France, entourées de 
la Justice, de la Force, de la Prudence et de la Tempérance. Le texte finit au 
recto du dix-huitième feuillet et le dernier ne contient qu'une figure sur bois 
ornée de cette sentence : Dum tempos hahemus, operemur bonum. L'auteur 
annonce dans un avis imprimé sur le verso du titre, qu'il a voulu prouver 
< qu'à bonne et juste occcLsion le roy a fait mourir V Admirai et ses adhérans, » 
Cette pièce n'est pas citée dans la Bibliothèque historique du P. Lelong. Une 
petite notice lui est consacrée au Bulletin du Bibliophilef année 1860, catalogoe 
raisonné, n* 636, page 1575 ; je lui ai emprunté la description de cet opuscnle. 



490 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

Les derniers feuillets sont consacrés à la relation d'une 
assemblée de Tordre des chevaliers de Saint-Michel 
tenue par le roi, le 29 septembre jour de la fête de ce 
saint, dans Téglise Notre-Dame. 

Le cueur de ladite église fut préparé pour cest effect, & tapissé 
d'vne belle & riche tapisserie des actes des apostres, faitte toute 
d*or & de soyc, & les sièges dudit cueur tous couuers de haut en bai 
de drap d'or, auec les armoiries des seigneurs qui deuoyent assister 
audit ordre. Et arrivât le Roy dâs ledit cueur, fut assis à la main 
droitte, soubs vn grand poésie ou daiz de drap d'or.... 

On y trouve une description des magnifiques orne- 
ments de l'église, des splendides costumes du Roy et des 
chevaliers, et de l'étiquette qu'ils observèrent en allant 
à y offerte. Le roi de Navarre assistait à cette cérémonie. 



Cette pièce qui par son intérêt historique serait digne 
d'être réimprimée, parait ignorée des bibliographes. 
Dans sa Bibliothèque historique, le P. Lelong, sous le 
n<> 18124, l'indique seulement, sans l'accompagner d'au- 
cune note ; il est probable qu'il n'en a connu que le titre. 



LA MÉDAILLE DE LOUIS XIV 



Dernièrement, nous avons présenté , aux lecteurs du 
Bulletin, un sonnet inconnu, attribué à Boileau, que 
nous avions recueilli dans un choix de poésies inédites 
rassemblées pour Téducation littéraire de M"« de VemeuU, 
fille légitimée de M. le Duc, le successeur du r^eut 
Philippe d'Orléans dans le gouvernement de la Rrance. 

Ce sonnet suscita d'assez vives polénDÛques, et notre 
excellent ami, M. Anatole France, voulut bien y consacrer 
tout un de ses remarquables articles de la Vie littéraire. 

Aujourd'hui, nous offit>ns à nos confirères en lublio- 
graphie et en curiosité une autre pièce également inté- 
ressante. 

C'est la médaille de Louis XIV, face et reoert. L'éloge 
et le blâme y sont tour à tour distribués, et véritable tour 
de force, le vers louangeur et le vers vengeur finissent 
chacun par la même rime. Cette pièce n'a ni nom 
d'auteur, ni même d'attribution. Elle a dû être écrite an 
moment des revendications du Régent et du doc de 
Saint-Simon contre les princes légitimés. 

L'allusion suivante en est la preuve : 



< Du pur sang des Bourbons fldre d'albeux mélaqflBt, 
Et, pour pousser lliorrenr Jusque re xUéiulK , 
N*aimer que les eofuiti de «m iniqidtf. » 



492 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

Il est à remarquer que les vers de blâme sont très 
supérieurs aux vers élogieux, ce qui prouve une fois de 
plus qu'il est moins aisé de louer que de critiquer. 
L'homme a toujours un vieux levain de révolté ; c'est ce 
qui explique le succès de toutes les oppositions. 

Boo Double. 



MEDAILLE DE LOUIS XIV 



FACE 

Au milieu des grandeurs, vaincre la vanité, 

Etre un parfait miroir de la divinité, 

Du seul bruit de son nom renverser les murailles. 

Suspendre par la paix le cours de ses batailles, 

Mêler à ses travaux d'héroïques plaisirs, 

Sur la règle des lois mesurer ses désirs. 

Captiver les duels par de justes entraves. 

Etouffer les erreurs et les tenir esclaves. 

De la seule vertu fidèle partisan 

Traverser les desseins de V adroit courtisan, 

Même à ses ennemis arracher des louanges. 

De fierté, de douceur, faire d'heureux mélanges. 

Se tenir toujours loin de toute extrémité. 

De ses puissants états bannir V iniquité, 

Déconcerter lui seul les plus fins politiques. 

Connaître leurs détours et leurs routes obliques, 

Être le ferme appui de la religion, 

L ennemi du faux zèle et de la passion, 

A parer les autels employer la dépense, 



LA MÉDAILLE DB LOBIS XHT 108 

Attirer par ses vœux le bonheur de la France, 
Soulager Vindigent dans sa mendicité. 
Des captifs pour la foi payer la liberU, 
Établir avec soin les plus sages maximes 
Pour sauver V innocence et réprimer les crimes, 
Dépeupler chaque jour F empire du démon. 
N'aimer que la vertu dedans la Maintenons 
Mourir en vrai héros, en chrétien, en m<marqm. 
Du trône sans frayeur voir approcher la Parque^ 
Voilà du grand Louis lés mémorables faits : 
Ne mérite-t'il pas nos pleurs et nos regrets 9 



REVERS DE LA MÉDAILLE 



S^ élever des autels, pousser la vanité 
Jusqu'à prendre le nom de la divinité, 
Au mépris des traités surprendre les marailles. 
Livrer en pleine paix de perfides batailles. 
Forcer les éléments à servir ses plaisirs, 
Sans respecter les lois suivre tous ses désirs. 
Traiter ses ennemis conune de vrais esclaves. 
Leur donner sans raison des fers et des entraves. 
Être Tunique Dieu du fade courtisan. 
Abandonner son peuple au cruel partisan, 
Croire que ces beaux faits méritent des louanges. 
Du pur sang des Bourbons faire dt affreux mélanges, 
Et pour pousser V horreur jusqif à Fextrémité 
N'aimer que les enfants de son iniquité, 
Avoir pour confesseur de rusés politiques 
Qui mènent les esprits par des routes obliques. 



496 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

On doit au comte de Blégier-Pierregrosse, ancien biblio- 
thécaire, quelques notes sur les imprimeurs avignon- 
nais (1), complétées depuis par M. Paul Achard, archi- 
viste de Vaucluse (2), par M. le marquis de Monclar, 
dans une courte mais curieuse note (3), et par M. Pelle- 
chet (4). Le docteur Martial Millet a fait, avec goût, un 
tableau instructif des imprimeurs d'Orange (5) ; il est 
mort, laissant des notes substantielles destinées à refondre 
et à compléter ce premier essai. Marseille n'a rien à envier. 
Les découvertes de Tavocat-bibliophile Bory (6), ont 
donné satisfaction aux curieux. Des points obscurs tou- 
chant la typographie dans la ville de Toulouse, ont été 
éclaircis par le docteur Desbarreaux-Bernard, dans une 
série d'opuscules travaillés (7). 

Sans prétendre égaler la science de cette foule d'érudits, 
nous venons combler une lacune, en jetant ici quelques 
notes sur la typographie toulonnaise, mal connue, et 
entourée d'obscurités dans les ouvrages locaux qui en ont 
fait mention. Deux chercheurs obligeants, MM. le docteur 
Gustave Lambert, l'historien de Toulon, et Hubert Cour- 
rier, nous ont fourni des matériaux puisés dans les 
archives communales. 



il) Notice sur l'origine de l'Imprimerie d Avignon, Avignon, P. Chaillot, 
1840, in-8, 8 p. 

(2) Simples notes sur l'introduction de VImprimerie d Avignon, publiées dans 
le Bulletin hist. et archéol. de Vaucluse, mai 1879, p. 181. 

(S) Pierre Roux, imprimeur d Avignon. Bulletin cité, id., p. 501. 

(4) Notes sur les Imprimeurs du Comtat Venaissin, Paris, 1887, in-4. 

(5) Notice sur les Imprimeurs d'Orange et les livres sortis de leurs pressée. 
Valence, imp. Chenevier, 1877; in-8, 75 p. Tiré à 160 exemplaires. 

(6) Les origines de l'Imprimerie d Marseille, Recherches historiques et bibliO' 
graphiques. Tiré à 100 exemplaires. Marseille, veuve Mu Olive, 1858 ; in-8, 
177 p. 

(7) L'Imprimerie à Toulouse, auxxv\ xvx* et jyu* siècles. Toulouse, Chauvin, 
1868 ; ln-8, 138 p., 17 pi. Tiré à 100 exemplaires. 



L'DIPRIMERIE a TOULON 497 



II 



Henricy a dit : a II fut établi, par arrêt du conseil 
a d'État, du 21 juillet 1704, une seule imprimerie à Tou- 
« Ion. Je ne connais aucun acte de son administration 
a qui ait concouru à y fixer Fart typographique. Pierre- 
a Louis Mallard a été le premier imprimeur à Toulon. 
t Ses descendants y ont joui de son établissement jusques 
a vers la fin du siècle dernier. » (1). 

Les archives, les livres imprimés, nous permettent de 
détruire cette affirmation donnée sans peuves. Benoit 
Collomb, imprimeur à Lyon, est le premier typographe 
toulonnais. Les consuls de la ville fixèrent son établisse- 
ment et il dut intervenir un contrat pour en asseoir les 
bases : l'imprimeur était alors une sorte de fonctionnaire 
municipal qui n'aurait pu gagner sa \ie sans le secours 
d'une subvention. Ce contrat n'a pas été découvert. Il ne 
serait pas invraisemblable qu'il eût existé des accords 
verbaux sanctionnés par la délibération du conseil de 
ville, prise le 2 août 1650, et allouant à Collomb 120 livres 
en plus des gages ordinaires auxquels la Commune s'était 
obligée, a pour entièrement l'indemniser des frais qu'il 
a a faits à la voiture pour ses outils, meubles et famille, 
a de la ville de Lyon, lieu de son habitation originaire, 
a en cette ville. » 

La même année, la ville loue à Collomb, le « paroir 
à draps », situé à Dardennes, et qui depuis longtemps est 
occupé par une fabrique de papier, peut-être créée par 
lui pour les besoins de son industrie. Le 24 octobre 1650, 
la ville fait payer à Collomb, 75 li\Tes « en à compte de 
« ses gages. » Le 11 août 1660, une délibération men- 



( 1 ) Textuellement répété par A. Fabre, Histoire de Provence, t. IV, p. 18. 
1891 32 



496 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

On doit au comte de Blégier-Pierregrosse, ancien biblio- 
thécaire, quelques notes sur les imprimeurs avignon- 
nais (1), complétées depuis par M. Paul Achard, archi- 
viste de Vaucluse (2), par M. le marquis de Monclar, 
dans une courte mais curieuse note (3), et par M. Pelle- 
chet (4). Le docteur Martial Millet a fait, avec goût, un 
tableau instructif des imprimeurs d'Orange (5) ; il est 
mort, laissant des notes substantielles destinées à refondre 
et à compléter ce premier essai. Marseille n'a rien à envier. 
Les découvertes de Tavocat-bibliophile Bory (6), ont 
donné satisfaction aux curieux. Des points obscurs tou- 
chant la typographie dans la ville de Toulouse, ont été 
éclaircis par le docteur Desbarreaux-Bernard, dans une 
série d'opuscules travaillés (7). 

Sans prétendre égaler la science de cette foule d'érudits, 
nous venons combler une lacune, en jetant ici quelques 
notes sur la typographie toulonnaise, mal connue, et 
entourée d'obscurités dans les ouvrages locaux qui en ont 
fait mention. Deux chercheurs obligeants, MM. le docteur 
Gustave Lambert, l'historien de Toulon, et Hubert Cour- 
rier, nous ont fourni des matériaux puisés dans les 
archives communales. 



(1) Notice sur Vorigine de l'Imprimerie d Avignon, Avignon, P. Chaillot, 
1840, in-8, 8 p. 

(2) Simples notes sur Vintroduction de V Imprimerie d Avignon, publiées dans 
le Bulletin hist. et archéol. de Vaucluse, mai 1879, p. 181. 

(S) Pierre Roux, imprimeur d Avignon,. Bulletin cité, id., p. 501. 

(4) Notes sur les Imprimeurs du Comtat Venaissin, Paris, 1887, in-4. 

(5) Notice sur les Imprimeurs df Orange et les livres sortis de leurs presses. 
Valence, imp. Chenevier, 1877; in-8, 75 p. Tiré à 160 exemplaires. 

(6) Les origines de VImprimerie d Marseille, Recherches historiques et bibliO' 
graphiques. Tiré à 100 exemplaires. Marseille, veuve Mu Olive, 1858 ; in-8, 
177 p. 

(7) L'Imprimerie d Toulouse, auxxv\ xvx* et xva* siècles. Toulouse, Chauvin, 
1868 ; in-8, 138 p., 17 pi. Tiré à 100 exemplaires. 



l'imprimerie a TOULON 497 



II 



Henricy a dit : oc II fut établi, par arrêt du conseil 
et d'État, du 21 juillet 1704, une seule imprimerie à Tou- 
a Ion. Je ne connais aucun acte de son administration 
« qui ait concouru à y fixer Fart typographique. Pierre- 
« Louis Mallard a été le premier imprimeur à Toulon. 
« Ses descendants y ont joui de son établissement jusques 
« vers la fin du siècle dernier. » (1). 

Les archives, les livres imprimés, nous permettent de 
détruire cette affirmation donnée sans peuves. Benoît 
CoUomb, imprimeur à Lyon, est le premier typographe 
toulonnais. Les consuls de la ville fixèrent son établisse- 
ment et il dut intervenir un contrat pour en asseoir les 
bases : l'imprimeur était alors une sorte de fonctionnaire 
municipal qui n'aurait pu gagner sa vie sans le secours 
d'une subvention. Ce contrat n'a pas été découvert. Il ne 
serait pas invraisemblable qu'il eût existé des accords 
verbaux sanctionnés par la délibération du conseil de 
ville, prise le 2 août 1650, et allouant à CoUomb 120 livres 
en plus des gages ordinaires auxquels la Commune s'était 
obligée, « pour entièrement l'indemniser des frais qu'il 
<K a faits à la voiture pour ses outils, meubles et famille, 
« de la ville de Lyon, [lieu de son. habitation originaire, 
a en cette ville. » 

La même année, la ville loue à CoUomb, le a paroir 
à draps », situé à Dardennes, et qui depuis longtemps est 
occupé par une fabrique de papier, peut-être créée par 
lui pour les besoins de son industrie. Le 24 octobre 1650, 
la ville fait payer à CoUomb, 75 livres « en à compte de 
« ses gages, b Le 11 août 1660, une délibération men- 



(1) Textuellement répété par A. Fabrje, Histoire de Provence, t. IV, p. 18. 
1891 32 



498 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

tionne : a II sera donné à Benoit Collomb, imprimeur, 
(( 75 livres de salaires par an, ainsi que son logement et 
(c sa boutique. » A partir de cette date, nous perdons la 
trace de cet imprimeur, remplacé sans doute par un suc- 
cesseur. 

Les premiers produits sortis des presses de CoUomb 
sont des raretés bibliographiques à peu près inconnues, 
la plupart, des documents officiels utiles à consulter. 
Nous connaissons les suivants : 

Le Bon-heur dv diocèse de Tholon en V érection de la 
Confrérie dite des Agonizans sous la protection de S. 
loseph, qui a esté le premier de tous assisté de lesvs et 
de Marie au temps de son agonie, A Tholon, de Vim- 
primerie de Benoist Collomb, M, DC. L. ; in-12, 142 p. 

L'auteur a signé : a Garnier, théologal. » Ce doit être 
François Garnier, chanoine théologal, appartenant à une 
vieille famille toulonnaise, qui a donné des prêtres, des 
magistrats et des avocats distingués. 

Déclaration dv Roy pour l'innocence de Messieurs les 
Princes de Condé, de Contg, et duc de Longveville auec 
restàblissement de toutes leurs charges et govvernemens. 
Vérifié au Parlement de Paris le 28 feurier 1651. A Tho- 
loUy chez Benoist Collomb, demeurant av Palais, M.DC. LL 
Jouxte la copie imprimée à Paris ; in-4, 10 p. 

La Resiouissance extraordinaire de la ville de Tholon 
pour la deliurance de Messieurs les Princes et la reunion 
de la Maison Royale. M. DC. LL; in-4, 22 p. sans le nom 
de l'imprimeur. 

La ville de Toulon détestait Mazarin. Elle s'engagea 
avec ardeur dans le parti des Princes. Leur délivrance 
fut l'objet d'une fête enthousiaste, qui dura du 27 février 
au 6 mars 1651. Les habitants portaient les couleurs des 
Princes, bleu et jaune; les femmes, armées c d'espée, 
« mousquets, fuzils, pistolets, » criaient : « Vive le Roy, 
oc et les Princes et nostre bon gouverneur, » le comte 



L'DfPRIMEaElIE A TOULON 480 

d'Alais. On banqaetait en plein vent : les riies étaient 
encombrées de idoles. La joie se manifestait d'une Suçon 
bruyante ; on brisait les verres et les bouteilles. Dès le 
3 mars, il était constaté qu'il manquait dans la ville les 
verres et les bouteilles nécessaires pour le service du 
diner que la municipalité allait oflBrir aux notables, à 
l'armée et à la marine. Les consuls c donnèrent ordre 
c aux principaux nobles verriers de la ville, de tenir 
c particulièrement prestes pour leur festin, deux cent» 
c douzaines de verres et soixante douzaines de bouteilles 
c d'un pot la pièce, qui est deux pintes de Paris. » 

Le diner municipal fut gigantesque. On tira cent trente 
coups de canon, c Les premier et second consuls estant 
c demeurés dans Tbostel de ville, le troisiesme, avec 
c tout le reste des festoyés, firent en dansant le tour de la 
c ville. » Un fiait curieux à signaler est la réunion d'une 
même fiamille, les de Pomet, composée de trds cents 
membres, c tous portant armes, » et groupés autour 
d'une table dressée sur la place Saint-Jean, buvant à U 
santé du roi (1). 

Arrest de la Cour de Parlement Umtee les Chambrée 
assemblées portant que le Cardinal Maxarin, ses paren» 
et domestiques estrangers uaideront le Rogaume de Fhmeep* 
autrement permis aux Communes et antres de courir sus; 
auec autres ordres pour cet effet. A ITiolon, chez Besndsl 
Collomb, demeurant au Palais, jouxte la copie ioqm- 
mée à Paris, M. DC. LL; in-4, 8 p. 

Cette pièce fut imprimée dans le but de manifester la 
haine des Toulonnais pour le cardinal Ifaarin. La ville 
payait à Colomb six livres pour les fraisde rimj^Msioii ^;- 



(1 ) Voy. l'excellente étnde du D* Laiobit, Ub Omm/U et Tutàam^ 
danU militaira, Tookm, Laurant, 187S, in-8. 
(2)I>élibératkMida 



SOO BULLETIN DU BIBUOPHILE 

Le Purgatoire ouvert ov la Saincte Dévotion establie soas 
le titre de Nostre Dame du Suffrage dans VEglise des 
RR. PP. Minimes de la ville de Tholon, pour le soulage- 
ment des amas détenues dans les flammes du Purgatoire, 
Par le R, P. François loachim PaveZy minime. A Tholon, 
chez Benoist Collomb, imprimeur de la ville, M. DC. LI. ; 
in-12, 200 p. 

L'auteur naquit à Toulon, en 1620, et mourut à Mar- 
seille, en 1701. 

Paraphrase svr les Pseavmes penitentiavx et svr les 
Lamentations de leremie. Par Lavis Imberty docteur en 
Médecine, A Tholon, chez Benoist Collomb, demeurant 
au Palais, M. DC, LL Auec approbation; in-4, 190 p. 

Tholon aux Pieds dv Roy, 1652 ; in-4, 57 p., sans nom 
d'imprimeur. 

Toulon se justifie d'avoir suivi le parti du comte d'Âlais. 

Lettre de Messievrs les Consvls de Tholon à Messieurs 
les Procvrevrs du pais et députez des Communautez de 
r Assemblée générale de la Provence convoquée à Aix (1). 

— Protestation faicte par Messievrs les députez de la ville 
de Tholon à Messievrs les députez de V Assemblée générale, 

— Articles accordez à la ville de Tholon par Monseigneur 
le dvc de Mercœvr Pair de France, commandant pour le 
Roy en Prouence, 3 pièces, in-4, imprimées par Col- 
lomb (2). 

Intéressants documents sur les troubles de la Fronde. 
La ville avait refusé la sortie du port aux vaisseaux char- 
gés d'aller en Catalogne. Elle fut la seule de la province 
à ne pas rendre ses devoirs au nouveau gouverneur de la 
Provence, le duc de Mercœur. Les articles mirent fin au 
différend. Ils furent signés à Ollioules, le 13 sep- 
tembre 1652, par le Gouverneur, a Louis de Vandosme, » 



(1) Tirée à 400 exemplaires. 

(2) Délibérations communales des 8 juillet et 90 septembre 1652. 



L'OCPRIMERIK A TOVtMlf 801 

et par les députés de Toulon : Jacques de Guers, Jacques 
Garelly, P. Cordeil, Rodeillat et DehieU. La irille de Tou- 
lon était maintenue dans ses pri^^es et dans ses liber- 
tés, et une amnistie générale était accordée aux habitants. 

La vie de Saincie Dcmftdne Vierge epome de Samct 
Elzear Gentilhomme prouençal, sa naissance et du bat' 
heur de son éducation. A Thohm, par Benoist Collosnb, 
demeurant à la Maison de Ville, M. DC. LVL ; in-4, 90 pé 

Résumé ou extrait de la vie et des Eminentes vertus de 
S. Elzear de Sabran et de la bicn-heareme comtesse Dath 
phine, par le père Etienne Binet, jésuite de Dijon (1). Un 
exemplaire a atteint le prix de 100 francs au feu des 
enchères bibliographiques. 

Le tableau de la vie dévote commencée^ avancée et ooii*> 
sommée, représenté en la vie et meurt du vénérable serui^ 
teur de Diev le Fr. lacqves Martinot, de Tordre de» 
Minimes. Par le R. P. Antoine Morel, religieux du mesme 
ordre. A Tholon, par Benoist Collomb. bnp. M. DC. LUL ; 
in-4, avec portrait gravé. r 

L'auteur était aixois et son confrèife avait vu lé jour 
aux environs, à Velaux. 



m 



Le remplacement de Collomb par son successeur 
Qaude Du Tour, n'a laissé dans les archives communabi 
aucune trace de nature à en fidre connaître le motiCi 
Une délibération du 16 octobre IflSO, porte : c Le sleiir 
c du Tour sera rétabli dans ses fonctions dlmprimenr 
c de la Communauté, aux ga^ de 180 livres par an; i 
une autre, datée du 10 mars 1670, le nomme c imjpil- 



(1 ) Paris, Séb. Chappelet, 1825 ; in-U^ 4»p., poctr. 



- « 



502 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

c meur de la Communauté aux gages de 100 livres l'an 
€ née; t> une troisième enfin, du 26 juin 1676, décide 
a que les gages de 100 livres par an accordés au sieur du 
t Tour, imprimeur, sont supprimés. » 

Il y a là un mystère difficile à pénétrer. Il a dû exister 
un second atelier typographique, ou le seul créé par 
CoUomb, géré un moment par Du Tour, peut-être repris 
par le premier ou par un inconnu, et abandonné ensuite 
à Du Tour, lequel imprimait en 1688, dans le local de la 
tour de Thorloge à Tarsenal, et pour le compte de la 
marine. 

Rien n'indique d'où venait Du Tour. Les produits de 
ses presses offrent beaucoup plus d'intérêt que ceux de 
Collomb. Nous citerons : 

Relation de ce qui s* est passé à Tolon à la belle et somp^ 
tueuse Cérémonie de la Feste de S. François de Sales, le 
28 Janvier 1667, par messire Jacques Borne, prestre. A 
Tolon, chez Claude Dv Tour, libraire et imprimeur ordi- 
naire de la ville. M, DC, LXVIL ; in-4. 

Les Pseavmes de don Antoine Roy de Portugal, de la 
paraphrase du R, P. honoraire Flameng^ docteur en theo^ 
logie, de Vordre des Frères Prescheurs de Tolon, prescmtés 
a Messieurs les Consuls de ladite uille, A Tolon, par 
Claude Du Tour, imprimeur du Roy et de la Ville, 
M. DC, LXXIL ; in-12, 163 p. 

Ce religieux naquit à Toulon ; sa famille y est encore 
honorablement représentée. 

r 

Le Petit Chien de VEuangile abboyant contre les Erreurs 
de Luter et Caluin, dédié a Monsieur Nicolas Arnoul, con^ 
seiller du Roy en ses conseils, intendant gênerai de la 
iustice police et finance de la marine ez mers du Leuant, 
Par les Religieux de Notre Dame de la Merci Rédemption 
des Captifs au conuent de Tolon, A Tolon, par Claude Du 
Tour, imprimeur du Roy et de la uille, M. DC. LXXIII, 
auec approbation ; in-12, 145 p., 3 ff. 



l'imprimerie a TOULON 503 

Petit livre curieux, vendu 40 francs en 1847. Il a eu 
une seconde édition, à Marseille, de rimprimerie de 
Charles Brébion, 1675 ; in-8, 184 p. , vendue 22 francs, 
Libri, 1857, n^ 217. 

Le clergé confia à Du Tour Timpression de ses livres, 
à partir de 1674, ce qui est prouvé par une Ordonnance 
de Monseigneur iEuesquede Tolon (1) portant Règlement 
de quelques points de doctrine sur les matières de la Grâce 
et autres dans son diocèse, au bas de laquelle du Tour 
prend le titre d'imprimeur du clergé. 

Remonslrances av Roy, Sire, La sublimité de votre 
Esprit,.,. 1677; in-4, 4 p. sans nom d'imprimeur (2). 
L'administration de la guerre avait emmagasiné une 
trop grande quantité de poudre dans la ville. Les consuls 
portent plainte et offrent l'emplacement pour construire 
une poudrière hors la \âlle. 

Panégyrique de saint Dominique^ par le P, Damasse, 
de Grasse. A Tolon, chez Claude Dv Tour, imprimeur 
ordinaire du Roy et de Ms^ VEvesquey 1678, in-4 (3). Cet 
opuscule doit avoir quelque rapport avec la réunion du 
chapitre des dominicains qui eut lieu à Toulon , le 
17 février 1679 et en faveur duquel la ville vota 400 livres 
pour subvenir à la dépense. 

Du Tour fit sortir de ses presses plusieurs pièces cu- 
rieuses, marquant le début du jansénisme en Provence. 
Jean de Vintimille, des comtes de Marseille et du Luc, 
évèque de Toulon, se prit de querelle avec l'évêque de 
Saint-Pons, au sujet du Rituel de l'évêque d'Alet, M. du 
Pavillon. D'avril à septembre 1678, furent publiées, sous 
le format in-4 : Lettre dun théologien a un (uny et la 



( 1 ) Louis de Forbin-d'Oppède. 

( 2 ) Tiré à 100 exemplaires, payés 6 livres à Du Tour. Arch. comm. Comptab. 
ce. 609. 
(3) Cité par Bory, orig. de VImprim. d MartetUe^ 



504 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

constitution du Pape Clément IX contre le Rituel (FAleL 
— Réponse de Monseigneur VEuesque de Tolon a Monsei' 
gneur VEvesque de Saint-Pons. — Seconde lettre dtun 
théologien a un amy contenant des observations sur la 
seconde lettre de M, de Saint-Pont, écrite a M. de Tolon 
au sujet du Rituel d*Alet, Dans la Réponse de M. VEvesque 
de Saint-Pons a M, VEvesque de Tolon, escrite le 
19 aoust 1678, on lit ce curieux passage : 

oc Le style de la dispute dispense de cette politesse 
c[ dont les gens de cour font tant de cas, et donne des 
<( libertés qui passeroient pour malhonnêtes dans lecom- 
€ merce ordinaire du monde. Je vous conjure d'examiner 
c le style des Pères dans leurs œuvres polémiques. Vous 
« trouverez que les disputes entre saint Etienne et 
« saint Cyprien ; celle de saint Chrysostôme et de 
c saint Épiphane ; celle de saint Augustin et de saint 
« Hierôme, et ce que saint Bernard écrit aux Papes 
« même, ne sont pas d*un style qui endorme le lecteur ; 
a qu'au contraire il le réveille par le sel et le vinaigre 
a dont il semble que leur plume soit trempée. » 

Le titre seul imprimé d'un registre des comptes tréso- 
raires de la commune de Toulon (1) indique que le 
24 juin 1681, Du Tour était- a imprimeur du Roy, da 
a clergé, de la ville et de la marine, à la rue des Beauz- 
a Esprits. j> En 1687, un logement pour l'imprimeiir 
dans l'hôtel-de- ville, est installé par le Conseil com- 
munal (2). 

Recueil des Antiquités cvrievses de Tovlon, DediéaMonsei^ 
gneur Lovis de Girardin de Vavvré, intendant de la Ma^ 
rine, A Tovlon de Vimprimerie Royalle par Clavde Dv 
Tour, imprimeur dv Roy, M. DC, LXXXVIII. ; in-18. 



(1) Livre de la Trésorerie gérée par M. Louis Tournibr. 

(2) Arch. comnu Comptab. CC, 610. 



L'mPRDIEIlIB ▲ TOULON 906 



Un des plus rares livres de la Mbliograplde. toatooK 
naise (1). Il n'a guère de vàleia an point de vue hlih 
torique. L'auteur divague dans des récifs purement IGm- 
taisistes. D'après lui, la fondation de Toulon remonte à 
Tan 1642 avant Jésus-Christ, par l'établissement dm 
Camatuliens ou Temiens ; la ville fut brûlée et réédifiée 
quatorze fois avant le christianisme et une dizaine de 
fois depuis jusqu'au xni« siècle. Ce livre n*est que la 
traduction de Las Causas antiqaas de Fantiqna Cieaiai 
de Tollon, manuscrit inventé par Honoré Aycard, écoyer, 
premier consul, viguier et conseiller de ville, et Fnn <k8 
correspondants de Peiresc, et conservé dans les archivea 
communales. 



IV 



Michel Mallard, exerçait Tart de l'imprimerie à AvI* 
gnon, de 1670 à 1688. François Mallard y imprimait de 
1710 à 1748. Jean- Antoine Mallard était fixé à Marsdile 
(1720-1722). Pierre-Louis Mallârd, succesBeor dje Do 
Tour, devait être un fils de llficUel et un fière de Fran- 
çois. D débuta à Tbulon, non en J^TOi, . maia en 1689, et 
depuis, jusqu'en 1793, l'imprimerie tôofonnaise irasl^ dins 
sa fimiille et fut gérée successivement par ses descendants 
directs. 

Sa veuve, c imprimeur et papetier, » eut ponrsooces- 
seurs : Louis Mallard, leur fils, Jean-Antoine IfaUard, la 
veuve de ce dernier, Jean-Louis Mallard, sa venvè, Jean 
Baptiste-Henry Mallard, lequel fut reçn à Tôfflee dlna- 
pecteur et contrôleur des imprimeurs, lifandres et le- 



I 



(1) Un exemplaire est à la 
archives de Toulon. 



« 



,f- 



I 



•»> * 




506 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

lieurs, créé pour Toulon suivant un édit du roi, daté du 
mois de février 1745. Un sieur Joseph Surre demandait 
l'autorisation de vendre des livres ; Mallard protesta dans 
un mémoire sorti de ses presses et un arrêt du conseil 
privé du roi rejeta la demande de Surre (1764). Il n*est 
pas indifïërent de mentionner ici qu'une ordonnance 
rendue par les Maire et Consuls de Toulon (1772) défen- 
dait a à tous colporteurs, porte-balles, de vendre ni de 
a débiter dans la ville et terroir aucun livre de quelque 
c nature qu'il soit, sous peine de 500 livres d'amende. » 
Jean-Louis-Raymond Mallard, le dernier, député du 
tiers-état de la Communauté de Toulon aux États pro- 
vençaux de 1789, était un homme de valeur ; il avait une 
grande influence au conseil communal. Débordé par un 
parti plus accentué, il abandonnait son imprimerie (1793) 
et allait se réfugier sur un vaisseau anglais. 

Nous citerons quelques-uns des livres, produits des 
presses de la dynastie des Mallard. 

Traité de Paix entre VEmpereur de France et le Gou- 
vernement de la ville et du Royaume d* Alger, A Toulon