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Full text of "Bulletin du Cercle archéologique, littéraire et artistique de Malines"

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PURCHASEDFORTHE 

UNivERsrrr of TORomo ubrary 

; FROM THE 

HUMANITIES RESEARCH COUNCIL 
SPECIAL GRANT 

FOR 

ARTS OF THE LOW COUNTRIES AND 

THE GERMANYS, 1600 - 1850 



Cercle Archéologique 

Bulletin-Tome XXI 



Malineâ 



1911 



Bibliotheek 
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BULLETIN 

DU 

(Cercle, 3^icbcolooic]ue, Xittéraite S. Jittistique 

DE MALI NES 



Bibl. Limb. Geschied- 

en Oudheidk. Genootschap 

Afd. Roermond. 



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rraw^artpque 



TOME VINGT & UNIEME 



1911 




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MALINES 

L. ai ^. GOTfEU^U^E, Imprimeurs- Editeurs 



iqi I 



Le Cercle n'est pas responsable des opinions émises 
par ses Membres 







Liste des Membres 



CERCLE ARCHÉOLOGIQUE DE MALINES 



Coniniission Administrative pour 19 ii 

PRÉSIDENT 

M. Guillaume van Caster, Chanoine, membre de la Commission 
Royale des Monuments, rue Notre-Dame, 12s, Malines, 

Attributions : Direction générale de la Société. 

VICE-PRÉSIDENT 
M. Edmond Magnus, Industriel, rue de la Station, 43, Malines. 

Attributions : Suppléant au Président. 

CONSEILLERS 

M. Hippolyte Préhrrbu, Juge de Paix, rue de la Constitution, 15, 

Malines. 
M. Jules WiTTMANN, Propriétaire, rue de l'A-B, 22, Malines. 

Attributions : Suppléants aux Président et Vice-Président. 

SECRÉTAIRE 

M. Hyacinthe-J.-B. Coninckx, Professeur à l'Académie des Beaux- 
Arts, rue du Ruisseau, 11, Malines. 

Attributions : Direction générale du Secrétariat; correspondance de la Société; rédac- 
tion des procès-verbaux des séances et du rapport annuel ; organisation des séances ; 
convocation aux séances, conférences, excursions, etc. 

TRÉSORIER .. • . 

M. Henri Costa, Candidat notaire, rue de Decker, 12, Malines. 

Attributions : Recouvrement des sommes dues à la Société, comptabilité générale 
et payement des dépenses effectuées. 

BIBLIOTHÉCAIRE-ARCHIVISTE 
M. Raymond Van Aerde, rue d'Adeghem, 2), Malines. 

Attributions : Classement et garde des livres et objets appartenant au Cercle. 

I 



LISTE DES MEMBRES 



Comité des Finances 

MM. G. VAN Caster, Chanoine, Président, rue Notre-Dame, 125, 
Malines. 
H. CoNiNCKX, Secrétaire, rue du Ruisseau, 11, Malines. 
H, Costa, Trésorier, rue de Decker, 12, Malines. 
E. BuF.DTS, Pharmacien, marché, au Bétail, 7, Malines. 

H. Pui.iiERBU, Juge de Paix, rue de la Constitution, 15, 
Malines. 

Comité des Publications 

MM. G. VAN Castkr, Chanoine, Président, rue Notre-Dame, 125, 
Malines. 

H. CoNiNCKx, Secrétaire, rue du Ruisseau, 11, Malines. 

A. Rf-ydams, Géomètre, rue Léopold, 31, Malines. 

G. Van Doorslakr, Docteur en Médecine, rue des Tanneurs, 
34, Malines. 

A. Kempeneer, Chanoine, Professeur au Grand Séminaire, rue 
Frédéric de Merode, 18, Malines. 

J. DE WouTERS DR BoucHOUT, chevalier, avenue Van Beneden, 
28, Malines. 

Membres titulaires (i) 

M.. M., 

Andries, Raymond, Docteur en médecine, boulevard Henii Speeck, 
Malines (iq octobre 1900). 

Berlage, J.-A., Juge de Paix, Conseiller communal, marché aux 
Cuirs, 3, Malines (21 février 1908). 

Bergmann, sénateur, Avocat, Lierre (21 octobre 1910). 



(1) Extrait du règlement. 

Art. 4. — Les Membres titulaires sont choisis parmi les personnes qui s'inté- 
ressent aux travaux du Cercle. Us ont seuls le droit de vote, paient une cotisation 
annuelle de douze francs et reçoivent les publications. 



LISTE DES MEMBRES 



BoEY, Emile, propriétaire, long fossé aux Poils, 83, Malines (10 juin 
1888). 

BoEYNAEMS-PoNTus, Henri, Notaire, Vieille route, 12, Berchem 
[Anvers] (30 avril 1909). 

Bredo, Hans, Médecin-vétérinaire agréé du Gouvernement, rue 
des Augustins, 13, Malines (30 décembre 1910). 

BuEDTs, Edgar, Pharmacien, marché au Bétail, 7, Malines (18 dé- 
cembre 1902), 

Carpentiers, Gustave, Agent de la Caisse des Propriétaires, 2, rue 
de la Montagne, Malines (8 avril 1910). 

Chermiset, Louis, Directeur de la Manufacture Royale de Tapis 
(Bracquegnies), rue St-Jean, Malines (21 octobre 1910). 

Cluytens-Suetens, Alphonse, Peintre-décorateur, rue de la Chaus- 
sée, S4, Malines (19 janvier 1894). 

Coemans, Charles, Agent principal de Compagnie d'Assurances, 
rue Conscience, i, Malines (7 novembre 1902). 

Coene, Jean, Artiste-Peintre, Professeur à l'Académie des Beaux- 
Arts, rue des Augustins, 5, Malines (r' août 1902). 

CoNiNCKX, Hyacinthe-J.-B., Dessinateur, Professeur à l'Académie 
des Beaux-Arts, Secrétaire du Cercle Archéologique, rue du 
Ruisseau, 11, Malines (24 mars 1886). 

C00LEN, Emmanuel, Avocat, rue de l'Empereur, 19, Malines 
(19 février 1904). 

CoRDEMANS, Henri, Libraire, Secrétaire honoraire du Cercle Archéo- 
logique, rue Albert de Latour, 30, Bruxelles (24 mars 1886). 

Costa, Henri, Candidat notaire. Trésorier du Cercle, rue De Decker, 
12, Malines (3 avril 1903). 

Cremer, Edmond, boulevard des Arbalétriers, i6, Malines (31 mars 
1911). 

Cremer, Georges, boulevard des Arbalétriers, 16, Malines (17 mai 

1907)- 

Cuvelier, Charles, Chanoine, rue Louise, 29, Malines (5 août 
1898). 

De Blauw, François, Directeur de ventes, rue de la Chaussée, 19, 
Malines (20 septembre 1895). 



LISTE DES MEMBRES 



De Blauw, Pierre, Agent d'affaires, rue de la Chaussée, 19, Malines 
(24 mai 1901). 

De Cocq.-Z.ech, Fritz, rue d'Hanswyck, 61, Malines (7 novembre 
1902). 

DE Ghellinck-Vaernewyck, vicomte Amaury, rue de l'Indus- 
trie, 13, Bruxelles, et château d'Elscghem (par Peteghem) 
(24 mars 1893). 

De Glas, Joseph, Avocat, Conseiller communal. Grand' Place, 19, 
Malines (25 octobre 1901). 

De Laet, Jean, attaché à la Bibliothèque royale à Bruxelles, rue du 
Canal, 6, Malines (24 décembre 1909). 

Delvaulx, Charles, Avocat, rue Louise, 31, Malines (17 septembre 
1897). 

Df.lvaulx, Louis, Avocat, rue d'Egmont, 13, Malines (5 mars 1909). 

DE Mfester de Betzenbroeck, Albert, château de Hollaecken, 
,Rymenam (29 janvier 1909). 

DE Meester, Marcel, longue rue Neuve, 29, Anvers (28 mai 1904). 

Dessain, Charles, Editeur, rue de la Blanchisserie, 7, Malines 
(9 juin 1889). 

Dessain, Charles, Bourgmestre de la ville de Malines, Boulevard 
du Sablon (janvier 1910). 

De RiDDER, Vicaire de l'église Ste-Gertrudc, à Tirlemont (21 février 
1908). 

De RiDDER, Emile, Négociant, Grand' Place, 27, Malines (i"' août 
IQ02). 

De Rees, Auguste, Instituteur, rue du Canal, 21. Malines (20 juillet 
1 906). 

Devos, Isidore, Mélane, 12, Malines (19 février 1904). 

DE Wargny. chevalier Auguste, Président du Tribunal de i"Mnstance, 
rue de la Blanchisserie, 2, Malines (24 novembre 1893), 

DE WouTERS DE BoucHOUT, chevalier Joseph, avenue Van Beneden, 
28, Malines (18 septembre 1896). 

DE WiTTE, Edgar, Capitaine d'Artillerie, rue Léopold, 35, Malines 
(r' mars 1907). 



LISTE DES MEMBRES 



DiERCxsENS, Léon, Avocat, rue du Bruel, 76, Malincs (21 février 
1908). 

DiERicKX, Henri, Imprimeur-Libraire, rue de la Chaussée, 72, Malines 
(24 février 1899). 

DiEUDONNÉ, Henri, Docteur en médecine, rue Notre-Dame, 81, 
Malines (23 juin 1893). 

DoNNET, Fernand, Administrateur de l'Académie Royale des Beaux- 
Arts, rue du Transvaal, 4s, Anvers (20 mai 1904). 

DujARDiN, Guillaume, Juge au Tribunal de i'*" Instance, rue Con- 
science, 10, Malines (8 avril 1910), 

DU Trieu de Terdonck, chevalier Joseph, long Fossé aux Poils, 
2, Malines (15 mars 1889). 

Ernst, Alexandre, Procureur du Roi, avenue Van Bcnedcn, ^2, 
Malines (12 juillet 1907). 

Festraets, Pierre, Professeur à l'Académie des Beaux-Arts, rue de 
la Station, 18, Malines (24 novembre 1893). 

Frans, Jean, Colonel C^ le 2^ Régiment d'Artillerie, boulevard des 
Capucins, 180, Malines (30 décembre 1910). 

Fris, Hubert, Notaire, rue Frédéric de Mcrode, 31, Malines (17 sep- 
tembre 1897). 

Fris, Prosper, rue Frédéric de Merode, Malincs (27 août 1897). 

Genonceaux, Pedro, Avocat, place d'Egmont, 7, Malines (25 janvier 
1901). 

Gevelers, Libert, Chanoine Prémontre, à Neerpclt (Limbourg) 
(27 septembre 1901). 

Godenne, Léopold, Editeur, Grand' Place, 30, Malines (28 avril 
1893). 

GoiDTS, Gustave, Curé-Doyen de l'église Notre Dame au delà de 
la Dyle, cimetière Notre-Dame, 12, Malincs (is janvier 1904). 

Hertsens, Alphonse, Entrepreneur, Tuileries, 7, Malines (17 sep- 
tembre 1897). 

IsERENTANT, PIcrrc, Profcsscur à l'Athénée Royal de Malines, rue du 
Bruul, 84, Malines (i'^'' septembre 1888). 



LISTE DES MEMBRES 



Jansrn, Aloïs, Négociant, rue de l'Ecole, 5, Malines (28 décembre 
1906). 

Kempenhkr, Albert, Chanoine, Professeur au Grand Séminaire, rue 
Frédéric de Merode, 18, Malines (17 juin 1898). 

Kempenff.r, Edouard, Juge d'instruction, rue Frédéric de Merode, 
76, Malines (is décembre 1908), 

Kennes de Lessart, Edouard, Propriétaire, rue Haute, 18, Malines 
(17 septembre 1903). 

Le Conte, Georges, rue Notre-Dame, 68, Malines (24 mai 
1901). 

Lemesle, Edouard, Chanoine, Inspecteur diocésain, rue Léopold, 76, 
Malines (28 décembre 1900). 

LoNCiN, Eugène, Docteur en médecine, rue Louise. 33, Malines 
(23 novembre 1900), 

LouvEAUx, Charles, Docteur en médecine, Echevin, rue d'Hanswyck, 
7, Malines (19 octobre 1906). 

LouvEAUX, Paul, Ingénieur des mines, rue d'Hanswyck, 75 (31 mars 
1911). 

Magnus, Edmond, Industriel, Vice-Président de la Société Royale 
« La Réunion Lyrique », Vice-Président du Cercle,- rue de la 
Station, 41, Malines (2 décembre 1892). 

Mertens, Désiré, Conseiller à la Cour d'appel de Bruxelles, Place 
d'Egmont, i, Malines (24 novembre 1893). 

Meyns, Henri, Architecte, Professeur à l'Académie des Beaux-Arts, 
longue rue des Bateaux, S9, Malines (28 avril 1893). 

MiERTS, Louis, Chanoine, Doyen du Chapitre Métropolitain, ave- 
nue Van Beneden, 24, Malines (23 novembre 1900). 

MoELLER, Charles, Professeur à l'Université Catholique de Lou- 
vain, rue Notre-Dame, 87, Malines (23 novembre 1906). 

NoBELS, Jules, Avocat, Vieille rue de Bruxelles, 22, Malines (23 no- 
vembre 1900). 

Noël, Léon, Abbé, Professeur à l'Université Catholique de Louvain, 
rue de Tirleinont, 126, Louvain (2s septembre 1903). 

Ocreman, Fernand, place d'Egmont, 8, Malines (2s juin 1909), 



Liste des membres 



Olbrechts, Alphonse, Imprimeur-éditeur, rue neuve des Beggards, 
33, Malines (F'' août 1902). 

Op de Beeck, Henri, Industriel, Conseiller provincial, rue Notre- 
Dame, 43, Malines (30 avril 1897). 

Ortegat, Jules, Représentant, rue Frédéric de Merode, 78, Malines 
(28 avril 1893). 

Philippen, Louis. Abbé, Vicaire de l'église Notre-Dame, à Tirle- 
mont (17 novembre 1905). 

Poupeye, Camille, attaché à l'Administration des Chemins de fer 
vicinaux, rue du Bruul, S4, Malines (is janvier 1904). 

Préherbu, Hippolyte, Juge de Paix, Conseiller du Cercle, rue de la 
Constitution, is, Malines (23 mars 1904). 

Mm*" Préherbu, is. rue de la Constitution, Malines (21 octobre 1910). 

Reydams, Adolphe, Géomètre du cadastre, rue Léopold, 31, Malines 
(i<^'" juillet 1892). 

RooMS, Joseph, Architecte, rue Herreyns, 127, Malines (r'' août 
1902). 

Rosier. Jean-Guillaume, Artiste-Peintre, Inspecteur des Académies 
et Ecoles de dessin du Royaume, Directeur de l'Académie des 
Beaux-Arts, rue Léopold, 44, Malines (27 janvier 1893). 

Ryckmans, Alphonse,. Avocat, Rosier, 21, Anvers (7 avril 190s). 

Scheppers, Max., rue Frédéric de Merode, 80, Malines (28 décembre 
1906). 

Somers, Henri, Brasseur, rue de Neckerspoel (Pasbrug), 360, 
Malines (24 décembre 1909). 

Teugels. H.-E., archéologue-publiciste. Galerie du Parlement, 32, 
Bruxelles (11 novembre 1910). 

Théodor, Jean, Conducteur principal des Ponts et Chaussées, 
boulevard des Capucins, 131, Malines (21 juillet 1893). 

Van Asbroeck, Joseph, Conseiller Communal, rue Neuve des 
Beggards, 36, Malines (28 décembre 1906). 

Van Aerde, Raymond, Bibliothécaire-Archiviste du Cercle, rue 
d'Adeghem, 23, Malines (23 novembre 1906). 

Van Bai.berghe, Emile, Giomètre, Marché-aux-L'iines, 38, Malines 
(31 juillet 1908). 



LISTE DES MEMBRES 



Van Boxmeer, Philippe, Architecte communal, rue Conscience, 7, 
Malines (24 mars 1886). 

Van Breedam, Victor, brasseur, boulevard des Capucins, Malines 
(31 mars 191 1). 

VAN Caster, Guillaume, Chanoine, Président du Cercle, membre 
de la Commission Royale des Monuments, rue Notre-Dame, 125, 
Malines (21 février 1890). 

Van Craen, Eugène, Négociant, boulevard des Arbalétriers, IS2, 
Malines (30 août 1901). 

van den Kerckhoven, Alexis, Propriétaire, château de Wayenesse, 
Rymenam [par Boortmeerbeek] (18 décembre 1903). 

Van der Voordt, Alfred, Docteur en médecine, rue Notre-Dame, 
83, Malines (29 juillet 1904). 

Van de Walle, Victor, Notaire, Membre de la Chambre des Re- 
présentants, avenue Van Beneden, 69, Malines (26 novembre 
1886). 

Van Doorslaer, Georges, Docteur en médecine, rue des Tanneurs, 
34, Malines (13 mars 1891). 

Van Eeckhoudt, Jean, Sculpteur, rue Notre-Dame, 118, Malines 
(23 juin 1909). 

Van Hoorenbeeck, Victor, Pharmacien, Echevin, vieille rue du 
Bruul, II, Malines (s août 1898). 

Van LippELOO, Florimond, Pharmacien, rue du Bruul, 102, Malines 
(30 décembre 1910). 

Van Melckebeke, Alfred, Notaire, Marché-aux-Grains, 22, Malines 
(50 décembre 1910). 

Van Pelt, Aloïs, Conseiller communal, avenue Van Beneden, 46, 
Malines (31 mars 191 1 ). 

Van Thielen, Armand, Négociant, rue Notre-Dame, 27, Malines 
(27 novembre 1908). 

VAN Velsen, Raymond, imprimeur-Libraire, Bailles de Fer, 2, 
Malines (13 mars 1891). 

Vrancken, Chanoine, Secrétaire particulier de S. E. le Cardinal- 
Archevêque, rue Frédéric de Mcrode, s6, Malines (11 novembre 
1910). 



LISTE DES MEMBRES 



Verheyden, Prosper, Chef de bureau à l'Administration Com- 
munale d'Anvers, rue du Bélier, 3, Zurenborg [Anvers] (18 
décembre 1903). 

WiLLEMS, J.-F.-M.-J., Ingénieur provincial, courte rue Neuve, i, 
Malines (27 août 1897). 

WiTTMANN, Jules, Docteur en médecine, rue du Sac, 3, Malines 
(19 mai 1893). 

WiTTMANN, Jules, Propriétaire, rue de l'A-B, 22, Malines (16 février 
1892). 

Zech, Maurice, Abbé, Professeur h l'Institut Saint-Louis, rue du 
Marais, Bruxelles (11 mai 1894). 

IVIembres correspondants ni 

Becquet, Alfred, 'Vice-Président de la Société Archéologique de 
Namur, rue Grandgagnage, 8, Namur. 

CuMONT, Georges, Avocat, rue de l'Aqueduc, 19, Saint-Gilles 
(Bruxelles). 

DE Béhault de Dornom, Armand, attaché à la direction du Com- 
merce et des Consulats au Ministère des Affaires Etrangères, rue 
d'Espagne, 92, Bruxelles. 

De Bray, Architecte, Anvers. 

de Marneffe, Edgar, Chef de Section aux Archives générales du 
Royaume, à Bruxelles, rue du Pèlerin, i, Louvain. 

De Munter, Victor, Numismate, Agent de la Banque Nationale, Lci, 
is, Louvain. 

Gailliard, Edouard, Secrétaire de l'Académie Rovale Flamande, 
Quai ter Plaeten, 24, Gand. 

Goovaerts, Alphonse, Archiviste général du Royaume, rue des 
Platanes, 17, Bruxelles. 

Hermans, "Victor, Archiviste communal, rue Frédéric de Merode, 
29, Malines. 



(1) Extrait du Règlement : 

Art. 5. — Les Membres correspondants sont nommés parmi les personnes 
qui ont rendu des services au Cercle, ou dont le concours peut lui être utile. Ils 
ne sont astreints à aucune cotisation. 



lO ÉCHANGE DES BULLETINS 



Mahy, Hippolyte, Bibliothécaire de la Société Archéologique de 
Bruxelles, rue de la Buanderie, 38, Bruxelles. 

OuvERLEAUX, Emile, Conservateur honoraire à la Bibliothèque 
Royale de Belgique, rue Cortambert, n, P.iris. 

Stroobant, Louis, Directeur du l)ép5t de mendicité de l'Etat, à 
Merxplas. 

Van Cromphout, Bourgmestre de Gaesbeck. 

Verhargen, Paul, Conseiller à la Cour d'appel de Bruxelles, rue 
de Toulouse, Bruxelles. 

Vervliet, Jean-Baptiste, Littérateur, rue du Bien-Être, 63, Anvers. 

WiLLEMSEN, G., Président du Cercle Archéologique du Pays de 
Waes, rue de la Station, is, St-Nicolas (Waes). 

]Menibres d^honneur (i) 

Casati DE Casatis, Charles, Conseiller honoraire à la Cour de Paris, 
rue de Prony, 29, Paris. 

HiLDEBRAND, Hans, Antiquaire du royaume de Suède. Secrétaire 
perpétuel de l'Académie royale des Belles-Lettres, d'Histoire et 
des Antiquités de Stockholm, membre d'honneur de plusieurs 
sociétés savantes, à Stockholm. 



Sociét 5, Commissions <X ipublicatioiis avec lesquelles 
le Cercle fait récbaitcic ^e ses Bulletins. 

BELGIQUE 

Alost. — Annales du Cercle Archéologique de la faille el de l'ancien 
Pays d' Alost. 

M. Oscar Reyntens, Secrétaire, Place Impériale, 51, Alost. 



(1) Extrait de Règlement : 

Le titre de Membre d'honneur pourra être conféré à des personnes qui, par leur 
haute position sociale, peuvent rendre des services au Cercle, ou qui ont contribué, 
par leurs oeuvres, aux progrès des études qui font l'objet de ses travaux. 



ECHANGE DES BULLETINS II 

Anvers. — Académie Royale d'Archéologie de Belgique. 
M. F. DoNNET, Bibliothécaire, rue du Transvaal, 45, Anvers. 

Société Royale de Géographie d'Anvers. 

M. Ed. Janssens, Avocat, Vice-Président, Champ Vleminckx, 36, Anvers. 

La Presse Universelle , organe officiel du Cercle Presso-Philaté- 
lique d'Anvers et des principaux Pressophiles de Belgique. 
M. J.-B. Vervliet, rédacteur en chef, rue du Bien-Être, 61, Anvers. 

Arlon. — Institut Archéologique du Luxembourg. 

Brecht. — Oudheid en Kunst. Tijdschrift van den Geschied- en 
Oudheidkundigen Kring van Brecht en omstreken. 
M. Frans Wouters, Gemeentepiaats, Brecht. 

Bruges. — Société d' Emulation pour l'étude de l'Histoire et des 
Antiquités de la Flandre. 

M. le Président de la Société d'Emulation, rue Neuve, 18, Bruges. 

Bruxelles. — Académie Royale des Sciences, des Lettres et des 
Beaux- Arts. 

M. Marchal, Secrétaire perpétuel, Palais des Académies, Bruxelles. 

Bulletin des Commissions Royales d'Art et d'Archéologie. 
M. Massaux, Secrétaire, rue Montoyer, 22, Bruxelles. 

Bulletin de la Commission Royale d'Histoire. 
M. le Secrétaire, rue de Spa, 22, Bruxelles. 

Bulletin des Musées Royaux des Arts industriels et décoratifs. 

M. Van Overloop, Conservateur en chef, Parc du Cinquantenaire, à Bru- 
xelles. 

Société Royale de Numismatique de Belgique. 

M. A. De Witte, Bibliothécaire, rue du Trône, 49, Bruxelles. 

Société Royale Belge de Géographie . 
M. Rahir, Secrétaire, Bruxelles. 

Société d'Archéologie, 

M. H. Mahy, rue de la Buanderie, 38, Bruxelles. 

Charleroi. — Société Paléontologique et Archéologique de Char- 
ter oi. 

M. le Secrétaire général, au Musée Archéologique, boulevard Jacques 
Bertrand, Charleroi. 



12 ECHANGE DES BULLETINS 

Courtrai. — Cercle Historique et Archcologique. 

M. l'abbé E. De Gryse, S.-T.-D., Président, à Courtrai. 

Enghien. — Cercle Archéologique d'Enghieii. 

M. Ernest Matthieu, Avocat, Secrétaire, à Enjjiiien. 

Gand. — Société d'Histoire et d'Arcbjologie de Gaiid (Bibliothèque 
de l'Université), Fossé d'Othon. Gand. 

M. Georges Brunin, Bibliotiiccaire, rue Baudeloo, 34, Gand. 

Koniiiklijhe l^laaiusche Ahademie. 

M. Edw. Gailliard, Secrétaire, Gand. 
Revue de l'Art Chrétien. 

Hasselt. — L'ancien Pays de Loo^. 

M. A. Habets, Archiviste de la ville de Hasselt, boulevard Thonissen, 34, 
Hasselt. 

Société littéraire des Mélopbiles. 
M. Geeraerts, Président, à Hasselt. 

Huy. — Cercle hutois des Sciences et Beaux- Arts. 
M. Emile Vierset, Bibliothécaire, rue Rioul, 11, Huy. 

Leodium. — Chronique mensuelle de la Société d'Art et d'Histoire 
du diocèse de Liège. 

M. l'abbé G. Simenou, Professeur de droit canon et d'histoire ecclésiastique, 
au Grand Séminaire de Liège, Secrétaire de Rédaction. 

Liège. — Société d'Art et d'Histoire du diocèse de Liège. 
M. Jos. Brassine, rue du Pont d'Avroy, 35, Liège. 

Archives Belges. Revue critique d'historiographie nationale. 
M. J. Closon, Secrétaire, avenue Blonden, 6, Liège. 

Louvain. — Anal ce tes pour servir a l'Histoire ecclésiastique de la 
Belgique. 

Bureau : M. Jos. Wils, 30, rue de Bruxelles, Louvain. 

Mali nés. — Revue diocésaine. 

M. le chanoine Laenen, Archiviste de l'Archevêché, boulevard des Arba- 
létriers, 140, Matines. 

Maredsous. — Revue Bénédictine. 

Abbaye de Maredsous, par Maredret (Namun, D, Raymond Thibaut, Direc- 
teur. 



ÉCHANGE DES BULLETINS l3 



iVlons. — Archives de l'Etat, à Mous. 

M. Ed. PoNCELET, Conservateur, Place du Parc, 23, Mons. 

Cercle Archéologique de Mons. 

M. Léon LossEAU, Avocat, Bibliothécaire, rue de Nimy. 37, Mons. 

Société des Sciences, des Arts et des Lettres du Hainaiit. 
M. Léon LossEAU, Avocat, Bibliothécaire, rue de Nimy, 37, Mons. 

Namur. — Société Archéologique de Namur. 

M. Adrien Oger, Conservateur du Musée Archéologique de Namur. 

Nivelles. — Société Archéologique de l'arrondissement de Nivelles. 
M. Buisseret, Secrétaire, à Nivelles. 

Saint-Nicolas. — Annales du Cercle Archéologique du Pays de 
IVaas. 

Local du Musée : Grand' Place, Saint-Nicolas. 

Soignies. — Cercle Archéologique de l'arrondissement de Soignies. 
M. Demeulder, Président, à Soignies. 

Termonde. — Cercle Archéologique de la ville et de l'ancien pays 
de Termonde. 

Tournai. — Société Historique et Archéologique de Tournai. 
M. E. SoiL, Secrétaire, rue Royale, 45, Tournai. 

Turnhout. — Annales de la Société d^Histoire et d' Archéologie de 
la Campine. 

M. Jules DiERCxsENS, Secrétaire, rue Léopold, 18, Turnhout. 

Verviers. — Société yerviétoise d' Archéologie et d'Histoire. 
M. D.-J. Lejeax, Bibliothécaire, rue Laoureu.x, 54, Verviers. 

ESPAGNE 

riadrid. — Revista de Archivos, Bibliotecas v Museos. 
Adminislracion : Paseo Recoletos, 20, Madrid. 

FRANCE 

Amiens. Société des Antiquaires de Picardie. 
M. Oct. Thoren, Président, à Amiens. 



14 ÉCHANGE DES BULLETINS 

Caen. — Société française d'Archéologie. 

Lille. — Société d'Etudes de la province de Cambrai. 
M. Th. Leuridan, Président, 60, boulevard Vauban, Lille. 

Archives Départementales Communales et hospitalières du Nord. 
M. J. FiNOT, Archiviste. 

Paris. — Société Nationale des Antiquaires de France. 

Société Saint -Jean de Paris. 

M. Georges Ballot, Secrétaire, rue de Seine, 74, Paris (VIO. 
Répertoire dArt et d'Archéologie. 

M. le Bibliothécaire, rue Spontini, 19, Paris. 
Société Française d' Archéologie. 

M. E. Lefèvre-Pontaly, Président, 13, rue de Phalsbourg, Paris (XVII). 

Marches de l'Est. 

M. Georges Ducrocq, rue de Vaugirard, Paris (e*" arr.). 

Roubaix. — Société d'Etudes de la Province de Cambrai. 

M. le Président de la Société d'Etudes de la Province de Cambrai, 14, rue 
des Arts, Roubaix iNord). 

Saint-Malo. — Société Historique et Archéologique de l'Arrondis- 
sement de Saint-Malo. 

M. Etienne Dupont, Juge, rue St-Philippe, 7, Saint-Malo. 

LUXEMBOURG (GRAND-DUCHÉ) 

Luxembourg. — Institut Grand-Ducal du Luxembourg. 
M. le D"^ Van Werveke, Secrétaire de l'Institut, à Luxembourg. 

PAYS-BAS 

Amsterdam. — Société Royale d'Archéologie (De Noord Hollandsche 
oudheden). 

M. R.-W.-P. DE Vries, Secrétaire, Singel, 146, Amsterdam. 

Leeuwarden. — Oud-Friesch Genootschap. 

M. le Secrétaire, au local du Musée, Leeuwarden. 

Leiden. — Nederlandsche Oudheidkundige Bond. 
M. S.-C. Overvoorde, Secrétaire, à Leiden. 



ÉCHANGE DES BULLETINS l5 

Middelbour^:. — Zeeinusch Genooischap der Wetenschappen. 
M. R. Fruin, Président, à Middelbourg. 

Ruremonde. — Limburg, Prorinciaal Genooischap roor Geschied- 
kiiudige Weteuschappen , Taal eu Kitnst. 
M. Van Buerden, Secrétaire, à Ruremonde. 

Utrecht. — Historisch Genootschap. 

M. D"" J.-W. MuLLER. l^te Bibliothccaris, Plompetorengraciit, 12, Utrecht. 

Taxandria. — Tijdschrift voor Noordbrabatiische Gesebiedenis. 
M. A.-C.-A. JuTEN, Kapelaan, Sas van Gent. 

's Gravenhage. — Maatidblad vaii het Geuealogisch-herjldisch 
Genooischap De Nederlandsche Leeuw. 

\V. Baron Snouckaert-van Schauburo, Bibliottiécaire, 9G, Jan van Nassau- 
straat, à La Haye 

SUÈDE ET NORVÈGE 

Stockholm. — Kougl. yitterhets historié och aniiquitets Ahcdemien. 

M. le Professeur 0. Monselins, Secrétaire de l'Académie des antiquités, 
Stockholm. 

SUISSE 

Genève. — Société d'Histoire de Genève. 

M. Victor VAN Berchem, Président, 1, rue de l'Evêché, à Genève. 




APPORT 



SUR LES 



Traîaox & la SitiialioD flii Cercle Arcliéoloilpe fle Malioes 

PENDANT L'ANNÉE 1910 

présenté en séance du 12 décembre 1910 

JEïpoâition &e JBruxelles — Bïposition Du GranD Conseil 
Congrès Brcbcologique — Blvers 



M., 



rp^r-^ E i6 mars prochain, les cinq premiers lustres 



iê 



5P>y' de l'existence du Cercle Archéologique de 
I ^%i^^ Malines seront accomplis; le vingt-cinquième 



^v3 anniversaire de sa fondation ne sera plus 



qu'un souvenir et l'année jubilaire sera close. Celle-ci, 
rien ne l'aura distinguée de ses devancières. Je me 
trompe! Elle ne fut pas semblable aux autres, car elle 
eut son histoire — elle nous a amené, comme repoussoir 
à la prospérité constante du Cercle, quelque mauvaise 
fortune : une déconvenue et une déception. Mais en 
revanche, elle a vu se produire de nombreux travaux, 
et combien intéressants! Elle nous a valu des activités 
juvéniles et du meilleur augure pour l'avenir. 



l8 RAPPORT 

Ainsi, sur des horizons sereins s'est levé l'aube du 
cycle qui succède à celui qui marqua son existence de 
traces indélébiles et profondes. Au moment opportun, il 
fera bon y laisser errer ses regards ; il sera consolant 
d'en faire monter la fleur du souvenir et de contempler 
avec une admiration bien justifiée la moisson abondante 
et de si magnifique venue. 

Pour le moment laissez-moi ne retenir, pour vous 
la narrer, que l'odyssée de l'objet principal de nos 
préoccupations, un projet lamentablement arrêté ou 
paralysé dans son essor; vous le devinez aisément, 
M., M., il s'agit de V Exposition du Grand Conseil. 
Ensuite, je voudrais vous rappeler notre Participation à 
l'Exposition de Bruxelles, qu'un désastre sans précédent 
anéantit en pleine apothéose. 

Notre PARTiciPATiOxM A l'Exposition de Bruxelles 
doit son origine à la très louable idée de contribuer, 
dans la mesure de notre influence, à faire connaître 
l'œuvre de l'achèvement de la Tour St-Rombaut, à 
Malines, l'ultime rêve de notre vénérable Président, 
M. le chanoine van Caster. En même temps envisagea- 
t-on le moyen de faire une réclame bien entendue au 
profit de la ville de Malines, de ses sites pittoresquement 
archaïques et de ses monuments. A notre projet furent 
intéressés par la suite : la Société « Malines-Attrac- 
tions » et le « Photo-Club Malinois ». De commun 
accord et sous le titre Collectivité de Cercles Maliîiois, on 
y alla de sa contribution à notre grande « Worlds fair » 
nationale. Un comité centralisa les efforts individuels; 
il était composé, pour le Cercle Archéologique : de MM. le 
chanoine van Caster, Préherbu, Magnus, Van den 
Bergh, Buedts et Coninckx; pour Malines- Attractions : 
de MM. Op de Béeck, Laenen, Huyghebaert, Pee- 
TERs et Van de Walle ; pour le Photo-Club malinois : 
de MM. Théodor, Fourdin, Van Durme, Ocreman 



RAPPORf ig 

et Van Peteghem, M. le chanoine van Caster en fut 
nommé le Président, M. Coninckx le Secrétaire et 
M. Théodor le Trésorier; M. le E*)Ourgmestre en fut le 
Président d'honneur. 

La ville de Malines se chargea bien généreusement 
de nous indemniser du prix de notre emplacement; la 
Province fut de moins bonne composition. Sollicitée 
à deux reprises, elle crut ne pas devoir nous accorder 
son intervention, et ce nonobstant les instances de nos 
Conseillers provinciaux, et notamment de MM. J. Lae- 
nen et H. Op de Béeck. Enfin, le Syndicat des fabri- 
cants de meubles malinois promit son concours pour 
la décoration sculpturale de notre stand, et M. Geets, 
fabricant de tapisseries, se montra disposé à occuper 
une grande paroi disponible, par une tapisserie sortant 
de ses ateliers, et qui avait été acquise pour la Tombola. 

Ces beaux projets furent malheureusement illu- 
soires : le Syndicat fit savoir qu'il estimait les frais 
trop élevés et le profit à retirer de sa participation trop 
minime, et il renonça à nous seconder. M. Geets, de 
même, se déroba lorsqu'il s'agit de s'exécuter, et s'en fut 
pendre son tapis ailleurs. Il ne nous restait donc qu'à 
nous fier à nous-mêmes, et c'est ce que nous fîmes. Notre 
stand était admirablement situé, proche l'entrée principale 
du compartiment belge et à proximité du Salon royal. 
Il abrita deux maquettes de la Tour St-Rombaut : 
la première représentait celle-ci dans son état actuel ; 
la seconde dans son état d'achèvement complet. Ces 
maquettes nous furent fournies par leur auteur, M. de 
Martelaere, sculpteur à Schaerbeeck, et étaient posées 
sur des socles isolés formant armoires. Une table, des 
chaises, des colonnes et autres petits meubles anciens, 
gracieusement prêtés par M. Ch. Weekeus, antiquaire 
à Malines, complétaient l'aménagement du stand. Aux 
parois s'accrochaient des photographies de sites et de 



20 RAPPORT 



monuments de Malines, formant la contribution du 
Photo-Club. Sur une grande pancarte, rédigée en quatre 
langues se lisait une invitation aux visiteurs à s'arrêter, 
et à consigner sur un registre ad hoc leurs réflexions et 
leurs impressions au sujet de l'achèvement de la Tour 
St-Rombaut, Une reproduction du plan exhumé par 
feu Renier Chàlons, se dressait dans un des coins du 
stand. Une magnifique tapisserie, représentant l' Annoii- 
ciation, et sortant des ateliers de M. De Witte, rue 
d'Adeghem, occupait la place de la tapisserie défail- 
lante. Des brochurettes-réclames, dues à l'initiative de 
M aimes- Attractions, se trouvaient un peu partout à la 
disposition du public. Bref, quoique modeste, notre 
installation attirait les regards par son emplacement 
de premier choix d'abord, l'originalité de son objet 
ensuite. Le registre se couvrait d'autographes, de 
remarques, les unes judicieuses, les autres gamines ou 
folles; peu importe, on était retenu et sollicité à s'inté- 
resser à l'œuvre de l'achèvement de la Tour St-Rombaut; 
c'est ce qu'il nous fallait, et certes nous n'avions qu'à nous 
féliciter du résultat qui s'annonçait de jour en jour plus 
précis. Lorsque le dimanche, veille de l'Assomption, 
le feu se déclara dans le compartim.ent Belge, se propo- 
gea avec une incroyable rapidité et anéantit, en un temps 
très court — la durée d'un rêve — cette agglomération 
de richesses manufacturières, la quintescence de l'effort 
industriel et professionnel de deux paj's : le nôtre et 
l'Angleterre, qu'un même toit abritait. 

De notre stand et de son contenu il ne resta que 
des cendres. Désastre moral s'il en fut! qui ne se doubla 
cependant pas pour nous d'un désastre matériel, les 
dégâts ayant été couverts par l'assurance ; nous avons 
été indemnisés des pertes subies. 

C'est égal ! il fait mal au cœur de songer qu'il a 
fallu tant d'efforts, — paralysés par l'exiguité des 



RAPPORT 21 

ressources — pour arriver à faire bonne figure quand 
même au milieu de nos co-exposants, qui pouvaient 
rivaliser de luxe et de réclame, et finalement se trouver 
confondu dans la ruine commune, mais sans espoir, au 
contraire des autres, de pouvoir réparer le dommage. 
Car tous nous y avions mis du nôtre et nous n'avions 
marchandé ni nos efforts, ni notre temps. Déconvenue, 
il y eut, mais il ne faut s'en prendre qu'aux circonstan- 
ces; elles ont trahi nos intentions; celles-ci, le Jury de 
l'Exposition s'est empressé d'en reconnaître l'excellence, 
en nous octroyant la médaille d'or. C'est la seconde : à 
l'Exposition de St-Louis nous obtinrent la première. 

Autrement nous fut sensible une déception dont 
voici les rétroactes succinctement rapportés et fixés pour 
l'avenir. C'est désormais un point d'histoire. L'Exposi- 
tion DU Grand Conseil, car c'est bien d'elle qu'il s'agit, 
devait, dans l'idée de ses promoteurs, commémorer 
dignement le vingt-cinquième anniversaire de la fonda- 
tion du Cercle Archéologique. Cette exposition aurait 
compris toute œuvre d'art, même tout objet qui avait 
quelque rapport avec l'institution dont elle aurait rap- 
pelé le souvenir. Comme extension possible et quasi 
décidée, le choix s'était arrêté sur un essai de recon- 
stitution de l'époque de Marguerite d'Autriche. La fon- 
derie et la batterie de cuivre, les cuirs dorés et les 
dentelles, représentés par leurs produits les plus renom- 
més, auraient constitué une deuxième et très importante 
extension, dont le principe était admis. L'exposition 
aurait présenté ainsi un caractère historico-artistique, 
tout autant qu'industriel et somptuaire. 

Le soin de vaquer aux travaux préliminaires et 
de pressentir les adhésions éventuelles fut confié aux 
Commissions réunies du Cercle. Il serait trop long 
de vous détailler par le menu les mille et une questions 
qui ont fait l'objet des délibérations de vos mandataires. 



22 RAPPORT 

Elles se résument comme suit : 

Des démarches avaient été faites pour obtenir 
comme locaux l'Hôtel des Postes, qui sera bientôt 
terminé, et le Tribunal de i"' Instance. Tout fait prévoir 
que ces démarches auraient obtenu le résultat désiré. 
L'appui financier du Gouvernement, de la Province et 
de la Ville avait été sollicité, officieusement d'abord, 
officiellement ensuite. Les déclarations de M. le Minis- 
tre des Sciences et des Arts ne furent, dès le début, que 
partiellement rassurantes. Elles ne le furent guère plus 
le jour où MM. les Sénateurs et Représentants, et parti- 
culièrement M. Bergmann, de Lierre, vinrent le pres- 
sentir au sujet de ses intentions à notre égard. Appré- 
hendant un déficit pour l'exposition des Arts au xvij" 
siècle, M. le Ministre se refusa toujours à prendre un 
engagement quant au montant du subside à accorder 
éventuellement à l'Exposition du Grand Conseil. Il 
convient d'ajouter que l'accueil que fit M. le Ministre, 
aux délégués du Cercle n'en fut pas moins très encoura- 
geant. Mais celui que nous réserva M. le Gouverneur 
de la province d'Anvers le fut bien davantage. Non 
seulement ce haut fonctionnaire nous assura d'enthou- 
siasme de son concours personnel, mais il promit d'user 
de son influence pour que le Conseil provincial nous 
seconde généreusement. 

La ville de Malines même n'hésita pas à nous voter 
un premier subside de 5oo francs, qu'ont absorbé les 
préliminaires de la mise en train de notre Exposition. 

A peu près rassuré sur la partie financière de notre 
entreprise, nous nous mimes à l'œuvre incontinent. 
Une circulaire fut envoyée aux archivistes, collection- 
neurs, familles, que nous pouvions supposer être en 
possession d'objets à exposer ou être à même de nous 
en signaler ailleurs l'existence. De bien précieuses in- 
dications avaient été fournies ; des contributions non 



RAPPORT 23 



moins intéressantes nous furent acquises, des études 
même, se rapportant aux personnages ayant fait partie 
du Grand Conseil, ont vu le jour, rédigées à notre inten- 
tion. Dans cet ordre d'idées, je vous signale celles qui 
paraissent dans le tome XX de notre bulletin et qui 
sont relatives à Jacqiielin et à Van Ctitsem. En outre, 
notre Confrère, M. le Juge Préherbu, a publié en 
brochurettes, qui vous ont été distribuées, la liste des 
membres du Grand Conseil et le résumé d'une communi- 
cation qu'il fit en séance du Cercle, et qui vous initia 
à l'origine, l'organisation, le but et la destination de 
la cour suprême par excellence des Pays-Bas sous 
l'ancien régime. 

Entretemps des demandes définitives de subsides 
avaient été introduites auprès de l'Administration Com- 
munale et auprès du Conseil provincial. Bref, nous 
avions agi de façon à être prêts à remettre es mains 
de la Commission et du Comité exécutif les éléments 
d'une organisation où la part des aléa et des surprises 
aurait été réduite à sa plus simple expression. 

Mais voilà que de vagues rumeurs, se précisant 
chaque jour davantage, vinrent bientôt nous faire entre- 
voir que nous courions au-devant d'une déception. La 
confirmation ne s'en fit pas attendre. Les journaux nous 
apportèrent la nouvelle que la Province décidait de 
remettre à une date ultérieure l'examen de notre demande 
de subside, l'Exposition étant également remise à l'année 
igiS! Faut-il vous dire. M., M., que nous tombâmes de 
notre haut en apprenant la raison qui faisait écarter mo- 
mentanément notre demande. Nous fûmes bien plus 
étonnés encore lorsque, dans une réponse tardive à notre 
requête, l'Administration Communale argua de conver- 
sations particulières pour décider que l'Exposition du 
Grand Conseil n'aurait lieu qu'en igi3. Et pour justifier, 
en outre, cette manière d'agir, pour le moins insolite à 



24 RAPPORT 

notre point de vue, il était invoqué que l'année susdite 
verrait les fêtes jubilaires de Notre-Dame d'Hanswyck, 
l'achèvement complet des travaux de reconstruction du 
Palais du Grand Conseil et de ceux de restauration de 
la partie restante des Halles. 

Quelle que fut l'excellence de ces raisons, elles 
étaient à discuter par les parties en cause. Il nous était 
loisible d'objecter : i'^ qu'en igi3, le Palais du Grand 
Conseil serait aménagé depuis longtemps et utilisé à sa 
destination; par le fait même il aurait constitué pour 
l'Exposition un voisin dangereux au point de vue des 
risques d'incendie, et capable ainsi de faire reculer 
les détenteurs d'objets à nous confier; 2° qu'il n'aurait 
pas du tout été certain que notre Exposition eut trouvé 
à s'installer dans des locaux occupés pas d'autres ser- 
vices, s'il était donné suite au projet d'utiliser comme 
Hôtel de Ville le Palais reconstruit et une partie des 
Halles; 3° qu'il aurait été douteux que l'intellectualité 
de la foule accourue en spectatrice aux fêtes jubilaires 
de Notre-Dame d'Hanswyck, se serait accommodée d'une 
dépense quelconque, assez élevée en l'occurrence, pour 
s'intéresser par surcroît à une manifestation artistico- 
historique, d'où chiffre négligeable pour la recette; 4° 
qu'il y aurait eu coïncidence avec l'Exposition de Gand, 
éventualité fâcheuse qui ne nous vaudrait que des sub- 
sides peu importants de la part du Département Minis- 
tériel intéressé. 

Mais nous n'avons pu que nous incliner devant le 
fait accompli, et donner acte à l'Administration Com- 
munale de sa décision. Nous n'avons cependant pas 
manqué de lui faire part de nos objections : notre 
missive ne récolta qu'un haussement d'épaules et on ne 
l'estima qu'une « longue supplique ■>•>, parceque peut-être 
trop courtoise. 

Un troisième projet vint solliciter notre activité et 



RAPPORT 25 

retenir notre attention. Il s'agit d'un Congrès d'Archéo- 
logie ET d'Histoire, le 22^^ de la série, que nous avons 
accepté d'organiser en igii. 

Déjà au lendemain du Congrès de Liège, nous 
fûmes pressentis au sujet de notre acceptation. Celle-ci 
fut plutôt négative à l'origine, parce qu'il aurait été 
impossible de faire marcher de pair l'organisation de 
ce Congrès avec celle de l'Exposition du Grand Conseil, 
déjà alors en pleine activité. Non sans appréhension 
non plus envisageait-on l'accueil qui aurait été fait à 
une modification qui venait d'être apportée à l'article 4 
des statuts de la Fédération, et intéressant le taux de 
la cotisation des membres des sociétés affiliées. Comme 
on avait décidé de remettre de deux en deux ans la 
tenue des Congrès, on estimait pouvoir doubler le chiffre 
de la cotisation et le porter à 10 francs. Avait-on bien 
tenu compte qu'en doublant la taxe on ne majorait 
pas les avantages auxquels avaient droit les souscrip- 
teurs? 

Enfin, la question était à l'état latent, lorsque nous 
dûmes abandonner notre projet d'exposition. 

Un obstacle disparaissait, il ne nous appartiendrait, 
en dernière analyse, qu'à annihiler par nos efforts l'im- 
pression fâcheuse que pouvait faire le second, et nous 
nous 3^ sommes résolus. Nous avons accepté d'organiser 
le Congrès, et voici en peu de mots ce qu'en furent les 
préliminaires. 

L'année 191 1 sera année jubilaire pour notre Cercle 
et pour le Cercle Archéologique du Pays de Waes à 
St-Nicolas. C'est pourquoi nos Confrères ont voulu 
prendre à leur charge l'emploi d'une journée des cinq 
que durera le Congrès. C'est ainsi également, et surtout 
pour que la préhistoire, science dont les progrès marchent 
à pas de géant, soit dignement représentée à notre 
Congrès, que la co-Présidence du Comité organisateur 



26 RAPPORT 

dont la composition suit, a été offerte à M. G. Wil- 
LEMSEN, président du Cercle de St-Nicolas. 

Comité orgfanisateur : 

Secrëtaire-f^cnéral, Présidents : 

H. CONINCKX, Chanoine G. van CASTER, 

Secrétaire du Cercle Archéologique Président du Cercle Archéologique 

de Malines; de Malines. 

G. WILLEMSEN, 

Président du Cercle Archéologique du 

Pays de Waes à St-Nicolas. 

Vice-Présidents : 

H. PRÉHERBU, 
Conseiller du Cercle Archéologique de Malines; 

E. IVIAGNUS, 
Vice-Président du Cercle Archéologique de Malines ; 

D^ G. VAN DOORSLAER. 

Secrétaire-adjoint : Trésorier, 

R. VAN AERDE, H. COSTA, 

Bibliothécaire-Archiviste du Cercle Trésorier et Bibliothécaire-Archiviste-adjoint 
Archéologique de Malines; du Cercle Archéologique de Malines. 

Membres : 

MM. R. ANDRIES, Docteur en médecine. 
E. COOLEN, Avocat. 

Edg. de WITTE, Capitaine au 2'-^ régiment d'Artillerie, 
Le chev. J. de WOUTERS DE BOUCHOUT, 
J. DU TRIEU DE TERDONCK, 
J. DIERXSENS, Avocat, 
H. DIEUDONNÉ, Docteur en médecine, 
V. HERMANS, Archiviste communal, 
P. ISERENTANT, Prof, à l'Athénée Royal, 
A. JANSEN, Négociant, 

Chanoine A. KEMPENEER, Professeur au Grand Séminaire, 
H. OP DE BEECK, Conseiller provincial, 
Cam. POUPEYE, Attaché à l'Administration des Chemins de 

Fer Vicinaux, 
Ad. REYDAMS, Géomètre du Cadastre, 
J.-G. ROSIER, Directeur de l'Académie des Beaux-Arts, 

Inspecteur des Académies du Royaume, 



RAPPORT 27 

MM. L. STROOBANT, Directeur de la Colonie pénitentiaire de 
Merxplas, 
Ph. van BOXMEER, Architecte communal, 
Pr. VERHEYDEN, Littérateur, 
J. WITTMANN, Docteur en droit. 

Il nous a semblé utile de placer le Congrès sous le 
patronage d'un Comité d'honneur, où trouveraient place 
les Autorités religieuses, civiles et militaires, les Députés 
et les Sénateurs habitant Malines ou membres du Cercle : 

Comité d'honneur : 

Présidents : 
S. Em. Mgr MERCIER, Cardinal-Archevêque de Malines; 
MM. BEERNAERT, Ministre d'État; 

VAN DEN HEUVEL, Ministre d'État; 
SCHOLLAERT, Ministre des Sciences et des Arts; 
HELLEPUTTE, Ministre de l'Agriculture et des Travaux 

Publics; 
DE LANTSHEERE, Ministre de la Justice; 
Duc d'URSEL. 

Membres : 

MM. WITTMANN, Sénateur; 
BERGMANN, » 

VAN DE WALLE, Membre de la Chambre des Représentants; 
ORTEGAT, » » » 

Comte DE BAILLIET-LATOUR, Gouverneur de la province 

d'Anvers; 
DESSAIN, Bourgmestre de. la ville de Malines; 
MALEVEZ, Général-Major Commandant la 2^ Circonscription. 

Le Comité s'est occupé tout d'abord de la rédac- 
tion du programme, lequel, naturellement, selon les 
circonstances et les moyens, subirait les modifications 
nécessaires. 

Le soin d'organiser une exposition projetée a été 
confié à une sous- Commission, que préside M. le 
D' G. Van Doorslaer, assisté de MM. de Wouters, 



28 RAPPORT 

DU Trieu, de WiTTE, Jansen, Poupeye, Costa, Van 
Aerde, Préherbu. 

Une deuxième Commission s'occupera de tout 
ce qui concerne les excursions et les festivités. M. 
Magnus en est le Président. 

Ces dispositions prises, une circulaire annonçant le 
Congrès, avec Bulletin d'adhésion, a été lancée en 4000 
exemplaires environ. 

Elle nous valut un peu passé les 3oo souscriptions. 

Un premier rappel, suivi de deux, trois autres, nous 
a fait arriver à un total d'environ 700 adhérents; nos 
concitoyens y figurent pour une bonne centaine, y 
compris les membres du Cercle. Nous escomptions 
mieux de leur part! mais passons. 

Pour ce qui concerne les travaux mêmes du Con- 
grès, vous n'ignorez pas qu'en séance les discussions ont 
pour objet les mémoires et les rapports publiés préalable- 
ment. Il ne s'agissait donc plus de dresser un question- 
naire, mais bien de solliciter le concours de savants 
collaborateurs, dont les travaux serviraient de base aux 
discussions. C'est ce qui a été fait. Environ 12D lettres 
ont été lancées dans cette intention. Nous aurions mau- 
vaise grâce de nous plaindre du résultat obtenu. 

La liste des travaux présentés trouvera place dans 
un rapport spécial ultérieur. 

Il se comprend que la partie financière ait dû, avant 
tout, solliciter et retenir toute notre attention. Si l'on 
songe qu'au budget du Congrès de Liège les publications 
figuraient pour ii,i5o francs; les expositions, festi- 
vités, en plus des menus frais pour 6,800 francs; soit un 
total de 18,000 francs environ, et ensuite qu'il se solda 
par un déficit de 3,5oo francs, il n'aura étonnné per- 
sonne de voir demander à la Ville un subside de 5, 000 
francs; au Gouvernement, de 3, 000 francs; et un troi- 
sième, à la Province, ])roportionnel aux deux premiers. 



RAPPORT 29 

En outre, fallait-il un nombre de souscriptions respec- 
table, pour que le Congrès de Malines ne déméritât pas 
des précédents. Il vous appartenait. M., M., de bien 
vous imprégner de cette idée et de vous 3^ dévouer en 
conséquence. Votre activité. M., M., était donc mise à 
contribution. Et elle s'exercerait, en outre, en faveur de 
la résolution d'un certain nombre de questions d'intérêt 
local, dont le texte vous a été distribué. Dans cet ordre 
d'idées j'annote, que M. Préherbu a bien voulu se 
charger de la rédaction d'un guide à Malines, et M. 
WiLLEMSEN d'un guide à St-Nicolas et Hulst. 

Nous trouverons un précieux auxiliaire dans la 
Presse locale et étrangère, dont le concours nous est 
assuré. Dès maintenant déjà, nous lui devons de la recon- 
naissance pour la chaleur avec laquelle est plaidée la 
cause du Congrès et la réclame bien entendue qui se 
fait à l'intention de celui-ci. 



Pour ne pas déroger à mes habitudes, il me faut 
vous dire quelques mots des communications qui nous 
ont été faites dans le courant de l'année. La plupart 
sont publiées dans notre Bulletin, le XX*" de la série, 
qui vous sera distribué sous peu. 

Voici d'abord l'importante contribution à l'histoire 
économique locale, intitulée : La grève des tisserands et 
des foulons en 1S24- 1S2S. M. Willemsen, président du 
Cercle Archéologique du Pays de Waes à St-Nicolas, en 
est l'auteur. Elle nous apprend que le fait d'aller en 
grève ne date pas que d'aujourd'hui ; ensuite, que substi- 
tuer le travail mécanique au travail des bras, jadis comme 
aujourd'hui, ne s'accomplit sans de grandes difficultés; 
enfin, que la concurrence étrangère, jointe à la cherté de 
la main-d'œuvre — à laquelle on chercha en vain à obvier 
— et le manque de bras, par suite d'émigration, firent 



3o RAPt>ORt 

péricliter et disparaître une industrie qui connut des 
jours nombreux de prospérité à Malines. 

M. le chanoine A. Kempeneer, nous entretint du 
Divorce de Napoléon I" . 11 raconta les rétroactes de cet 
événement capital de la vie du grand Empereur, les cau- 
ses qui l'amenèrent, les conséquences, pour finir par 
examiner les raisons qui ont permis la rupture de ce 
premier mariage. 

M. le Docteur Van Doorslaer a continué ses 
études sur les fondeurs malinois. Un travail d'ensemble 
sur r Ancienne industrie de la fonderie et de la batterie de 
cuivre, son organisation corporative et son développement 
industriel a servi d'introduction à une série de chapitres, 
dont le premier : l'Ancienne industrie de la fonderie de 
canons à Malines nous fait bien augurer des suivants. 
L'œuvre, dans son ensemble, sera la glorification 
d'une industrie d'art qui plaça jadis Malines au premier 
rang des cités où s'exerçaient en notre pays des indus- 
tries simulaires. 

Vous avez eu l'occasion d'applaudir M. Poupeye, il 
y a une huitaine de jours, dans sa conférence, avec pro- 
jections lumineuses, sur les Peintres flamands du xV siècle. 
Déjà, dans le courant de l'année, notre Confrère nous en 
avait entretenu et nous initiait à l'état des connaissances 
actuelles sur nos primitifs. Nous devons lui savoir gré 
de ces recherches. 

Dans ce qui précède, je vous ai déjà fait mention 
de la causerie que nous fit M. le Juge Préherbu, sur le 
Grand Conseil de Malines. Il vous a été distribué un ré- 
sumé de cette communication qui vous a initié, avec 
toute la compétence qu'on reconnaît à son auteur, à 
l'origine, l'organisation intime, le développement et la 
dissolution finale de cette Cour suprême, en laissant de 
côté son histoire anecdotique, où il y a encore ample 
matière à travaux intéressants. 



RAPPORT 3l 

M. Préherbu nous donna en outre une conférence, 
avec projections lumineuses, sur des Villes d'Espagne, 
conférence fort goûtée et religieusement écoutée par le 
public sélect qui s'était donné rendez-vous à cette occa- 
sion dans notre local. 

Notre Confrère, M. le notaire Boeynaems, a entre- 
pris de dresser la généalogie de la famille De Boeye, et il 
nous a entretenu d'abord de l'origine et des armoiries, et 
dans une seconde communication, de l'Origine el de la 
filiation des familles, dont le nom Bode et ses dérivés 
constituent le radical du nom de Bodenhals... Boeynaems, 
etc. A en croire l'auteur, ce nom ne serait autre que celui 
d'une tribu puissante, aux origines lointaines, contempo- 
raines même du déluge, qui se dissémina dans notre 
pays comme partout ailleurs et dans le monde entier. 

Il a fallu une somme colossale de recherches pour 
étayer les conclusions de M. Boeynaems, qui n'en est 
encore qu'aux prémices de son vaste travail. 

M. PouPEYE nous a fait faire connaissance plus 
intime avec le sculpteur malinois Nicolas Van der Veken et 
son œuvre. En même temps que sont rectifiées des erreurs 
biographiques courantes, il est dressé un catalogue des 
œuvres nombreuses que l'on doit au ciseau de l'artiste, 
œuvres d'un 'caractère tout spécial, où s'affirment l'in- 
fluence de Rubens au début, et plus tard celle plus 
prépondérante de Van Dyck. Particularité curieuse, 
signalée tout à l'honneur du concept de Van der 
Veken, constitue le fait d'avoir animé la matière inerte 
en la polychromant — union intime de deux arts, 
que l'antiquité pratiqua, que le moyen âge remit en 
honneur et qui sembla, jusqu'en ces derniers temps, 
devoir constituer une incompatibilité de principe. Une 
copieuse illustration augmente davantage l'intérêt du 
travail de notre Confrère. 

Il vous a été donné ensuite lecture des notes 



32 Rapport 

rédigées à propos de l'Exposition du Grand Conseil, 
par M. Valat, Bibliothécaire-archiviste de la Société 
Eduenne à Autun, sur Jacqiiclin, maître des requêtes ait 
dit Conseil; et par MM. Chibert et Colin sur Van 
Ciitsem, conseiller. 

Ces notes vous les retrouverez dans le Bulletin du 
Cercle. 



Quelques menus faits vont compléter la nomen- 
clature qui précède; je les cite au courant de nos 
procès-verbaux : 

Le Cercle a adhéré i» au Congrès des Archivistes et 
des Bibliothécaires, et s'y est fait représenter par M. le 
chanoine Kempeneer; 2"" au Congrès de numismatique, 
où il délégua M. le trésorier Van den Bergh. 

Le Cercle a été consulté par la Ville : i" au sujet des 
noms à donner à des rues nouvelles tracées dans les 
faubourgs. Il a été tenu compte de nos desiderata. 2° 
quand il s'agit des personnages à statutifier et à placer 
dans les niches qui ornent les façades restaurées de 
l'Hôtel de ville. J'ignore si cette fois il a été pris égard 
à notre avis; j'incline plutôt à croire que non. 

A ce propos, épinglons qu'une démarche personnelle 
a été faite par nous auprès du Collège, pour plaider la 
cause de la conservation d'un coin pittoresque de la 
Ville, à l'endroit du pont de l'Ancre, menacé de dispari- 
tion par suite des travaux de voùtement des rivelets. 
Nous avons reçu tous nos apaisements à cet égard. 

Nous avons également demandé que fussent trans- 
portés au Musée, des débris de décoration architecturale 
provenant des travaux d'aménagement du local de la 
Bibliothèque communale. Une réponse favorable a été 
donnée à cette demande. 

Ici s'impose un souvenir aux choses disparues, 
nécrologe dont la liste s'allonge à faire pitié ; c'est : la 



RAPPORT 33 

démolition d'une façade ancienne à la Grand' Place, 
jadis Hôtel de la Coupe, que les nécessités de destination 
ne permettaient pas de maintenir — une photographie 
conserve heureusement l'ordonnance extérieure de l'en- 
semble ; — la dispersion de la collection de numismatique 
malinoise de M. L. Van den Bergh; l'acquisition par 
la ville d'Anvers; pour son musée des Arts industriels 
et décoratifs : i" d'une collection de moulages de meubles 
anciens, formée par M. V. De Bruyne, collection très 
importante et de primordial intérêt pour nos ouvriers 
en meubles — des pourparlers avaient jadis été engagés 
en vue de les conserver à Malines — ; 2° d'une tenture 
complète en cuir doré de la fin du xviij"" siècle, spécimen 
unique garnissant une place de l'ancien Couvent des 
frères Cellites, rue Noker; l'acquisition par des Améri- 
cains d'une garniturç en toile peinte (ramages, fleurs et 
oiseaux) garnissant une chambre de maison, rue du 
Serment. 

Un dernier fait est à vous signaler; il constitue 
une innovation importante : désormais les Dames seront 
admises à faire partie de notre Société. Nous avons eu 
le plaisir d'appliquer une première fois cette disposition 
nouvelle en accueillant parmi nous Madame Préherbu, 
l'aimable compagne de notre dévoué Confrère. Puisse 
son exemple nous valoir d'autres adhésions et en grand 
nombre. 



Puis(|ue me voilà au chapitre Personnel, j'en profite 
pour vous signaler qu'assez bien de défections se sont 
produites dans le courant de cette année. En revanche, 
12 membres nouveaux, v compris les Confrères admis 
aujourd'hui, ont comblé les vides. Le nombre de nos 
Membres oscille ainsi aux environs de la centaine, et 
même la dépasse. 

Depuis quelque temps déjà vous aurez remarqué 

3 



34 RAPPORT 

l'absence de notre trésorier, M. Léop. Van den Bergh. 
Une cruelle maladie, dont l'issue, hélas! parait ne 
pas devoir être douteuse, le retient au lit depuis de 
longs mois. Nous l'avons vu assister à nos séances et à 
celles de la Commission aussi longtemps que ses forces 
le lui ont permis. Toujours courageux, il se raidissait 
contre le mal, et cela se comprend de sa part : membre 
fondateur du Cercle, assidu à ses réunions, il ne devait 
pas, sans un déchirement de cœur, constater lui-même 
combien, jour par jour, ses forces allaient le trahir et lui 
rendre impossible désormais de s'intéresser activement 
à la prospérité du Cercle, qu'il y a vingt-cinq ans il aida 
à fonder. Je suis certain d'être votre interprète. M., M., 
en exprimant toutes nos sympathies pour notre infor- 
tuné Confrère (i). Nous avons donc dû songer à le 
remplacer provisoirement dans ses fonctions, et nous 
n'avons cru mieux faire qu'en demandant à M. H. Costa 
de s'en charger. Celui-ci a accepté ces fonctions et vous 
avez ratifié ce choix. Je crois. M., M., mais il vous 
renseignera là-dessus mieux que moi tout à l'heure, 
qu'à titre de joyeuse entrée, il vous signalera une situa- 
tion financière telle que vous n'en reviendrez pas, 
habitué que vous êtes de voir clore notre bilan par rien 
moins qu'un boni. 

Ce n'est pas sans un moindre regret que je vous 
rappelle le décès récent d'un Confrère de la première 
heure, M. Ern. Coene, attaché aux chemins de fer de 
l'Etat. Il s'était, parallèlement à d'autres, voué aux 
recherches sur les Kelderman. Une première contribu- 
tion à l'histoire de cette famille d'artistes a paru dans 



(i) Dans l'intervalle de la publication de ce rapport, ces prévisions 
pessimistes se sont malheureusement réalisées, et M. Van dex Bergh 
est décédé le 19 janvier igii. 

Une notice biographique lui sera consacrée dans le rapport de fin 
d'année. 



RAPPORT 35 



notre bulletin. Depuis de longues années notre Con- 
frère s'occupait de coUiger les documents et les maté- 
riaux pour un travail plus complet et définitif. Espérons 
que ses recherches ne seront pas perdues et profiteront à 
d'autres. 

Dans un ordre d'idées moins mélancolique, il 
coavient de vous signaler ce qui a fait la joie ou le bon- 
heur de nos Confrères vivants. Retenons donc pour 
l'avenir, que M. le D' Van Doorslaer s'est vu nommer 
Chevalier de l'ordre de la Couronne. Nous l'en félicitons 
bien cordialement. Notre vénéré Président a commé- 
moré, il y a une huitaine de jours, le cinquantième anni- 
versaire de son ordination sacerdotale. Elle est bien 
douce au cœur du prêtre, et combien consolante, la mé- 
moire du jour où pour la première fois il se consacra à son 
saint ministère. L'avoir exercé ensuite un demi-siècle 
durant, avec toute l'ardeur et l'enthousiasme de la plus 
sainte des vocations, ce témoignage M. le chanoine van 
Caster a pu se le rendre et, certes, de toutes parts ne 
doivent pas lui avoir manqué l'expression des plus 
chaudes sympathies. Il nous permettra d'y joindre les 
nôtres, qui ne seront pas moins cordiales et bien 
senties. 

A titre individuel, nous avons participé à la manifes- 
tation V. Hermans, et avec les nombreux amis de notre 
toujours actif et toujours également serviable Archiviste, 
nous avons fêté son quatre-vingt-dixième anniversaire et 
le quarantième de son entrée en fonctions. Notre Con- 
frère, M. le capitaine de Witte, le promoteur et l'orga- 
nisateur de cette fête toute intime qui fut un succès, a 
droit à des félicitations que nous ne lui mesurerons pas. 

Un triste souvenir s'attache désormais à cette mani- 
festation, car elle rappellera le décès inopiné de M. J. 
WiLLEMS, beau-frère du jubilaire, et l'auteur du buste 
en bronze qui fut offert à celui-ci. Jadis, en des jours 



36 



RAPPORT 



difficiles, le défunt ne nous refusa pas son concours, et 
il consentit à prendre la direction de notre Cercle, à 
la tête duquel il resta une dizaine d'années. Rappelons- 
nous que l'Exposition de ses œuvres fut le vent propice 
qui remit à flot notre Cercle qui sombrait sous l'indiffé- 
rence du début, et que de ce jour date une prospérité 
qui ne se démentit plus depuis lors. A ce titre. M., M., 
il convient que le souvenir de feu Jef VVillems, se 
conserve et reste en honneur parmi nous. 

Je termine, M., M., et me résume : 

une participation à l'Exposition de Bruxelles ; les 
préliminaires d'une Exposition du Grand Conseil ; les 
débuts de l'organisation du 22." Congrès d'Archéologie et 
d'Histoire ; la publication du tome XX du Bulletin du 
Cercle; des séances mensuelles régulières; une situation 
financière brillante; tel est l'actif du Cercle l'année du 
vingt-cinquième anniversaire de sa fondation. 





LES FÊTES DU 25"" ANNIVERSAIRE 



Fondation du Cercle Archéologique 

Littéraire & Artistique de Malines 



Journée du 18 février 1911 



/T^-j^^^ 'année jubilaire expirait le 24 mars igii. 
^i ^âSI Quoique sur toutes les lèvres et à toute 
^ ^^^r occasion se pressaient joyeux les rappels aux 
^ souvenirs d'antan, qu'il y avait accord tacite 



pour que cet anniversaire marquât dans nos fastes et 
s'y rappelât, jusqu'alors nulle manifestation extérieure 
ne s'était organisée pour célébrer, comme il convint, la 
réjouissante échéance. 

Aussi fut-il bien vif l'empressement à accueillir le 
projet de commémorer par des festivités publiques le 
jour déjà lointain où le Cercle prit contact, pour la 
première fois, avec les vicissitudes de l'existence. 

Le soin d'y pourvoir, confié es mains de MM. 
Magnus et Préherbu avec, comme acolytes, leurs Con- 
frères de la Commission administrative du Cercle, les 
fêtes projetées ne pouvaient être qu'un succès, et elles 
le furent. 



38 RAPPORT 

Mais, non content de se dévouer à l'organisation 
de ces fêtes, ces Messieurs n'en étaient pas moins 
soucieux du succès de solennités d'un caractère plus 
général, projetées dans un but analogue : le futur Con- 
grès Archéologique; ils s'évertuèrent à faire béné- 
ficier celui-ci de la grande publicité qui serait don- 
née aux fêtes jubilaires. Aussi, et dans cette intention 
surtout, la Presse y fut-elle conviée; elle est de toutes 
les fêtes, et elle n'en aurait pas moins été l'hôte du 
Cercle en prévision de ce Congrès. D'une pierre on 
fit deux coups! Sage prévoyance autant que louable 
initiative. 

Après mûres délibérations, il fut décidé que le 
programme comporterait une séance solennelle au local 
du Cercle, à l'Hôtel de ville, suivie d'un banquet 
folklorique à la Cour de Bejfcr. 

Le jour où on arrêta ces dispositions, une liste 
d'adhésion au banquet se couvrit incontinent de signa- 
tures, et elle s'allongea par la suite, jusqu'à comprendre 
une soixantaine de participants. 

En outre, songea-t-on à convier l'Administration 
Communale, en la personne du Collège Echevinal, à 
honorer ces fêtes de sa présence. Avec la Presse, ce fut 
la seule invitée. 

On prit jour ensuite : le samedi i8 février. 

Dans l'intervalle on s'occupa activement des mille 
et un détails des apprêts : négociations avec l'hôtelier, 
composition et impression du menu, etc. 

Au jour dit, la séance s'ouvrit à 6 heures, à l'Hôtel 
de ville, sous la présidence le M. le chanoine van 
Caster, le vénérable président du Cercle, qui, relevant 
de maladie, avait fait provision de forces cependant, 
pour pouvoir se trouver à son poste à ce moment 
solennel. 



RAPPORT 39 



Aux premiers rangs de la très nombreuse assistance 
se remarquaient : MM. C. Dessain, bourgmestre de la 
Vaille, V. Van Hoorenbeeck, échevin des Finances, et G. 
Hertsens, échevin de l'Etat-civil (M. le D' Ch. Lou- 
VEAUX, échevin de l'Instruction publique, que ses devoirs 
professionnels retenaient ailleurs, s'était excusé auprès 
du Président, par une lettre charmante). 

Des journaux invités, la très grande majorité se 
trouva représentée, dont : L'Etoile Belge, Le XX' Siècle, 
La Dernière Heure, Le Peuple, le Matin d'Anvers, H et 
Handelsblad, La Métropole, H et Laatste Nieiiws, De 
Vlaamsche Gazet et la presse locale au grand complet : 
H et Mechelsch Bericht, H et Mcchelsch Nieiiws en Aankon- 
digingsblad, La Voix de Matines, Le Réveil, De Straal, De 
Gazet van Mechelen, conduite par son syndic, le très sym- 
pathique M. Olbrechts, imprimeur. 

Assistaient en outre à la séance : 

MM. Stroobant et de Marneffe, anciens présidents 
du Cercle; Willemsen, président du Cercle Archéolo- 
gique du Pays de Waes à St-Nicolas ; la Commission 
du Cercle : MM. Magnus, vice-président, Préherbu et 
Wittmann, conseillers, Coninckx, secrétaire. Van 
Aerde, bibliothécaire, Costa, trésorier; MM. Corde- 
mans, Van Boxmeer, avec M. Coninckx, membres 
fondateurs ; Van de Walle, représentant, Op de Beéck, 
conseiller provincial, Colonel Frans, Rosier, Van Lip- 
PELOO, D' Andries, Reydams, Boeynaems, du Trieu 
DE Terdonck, De Blauw Pierre, Dierickx-Beke, 
Olbrechts, Jansen, De Laet, Poupeye, D' Van 
Doorslaer, Hertsens, Van Balberghen, Capitaine 
DE Witte, Boey, Van Asbroeck, Godenne, Van Craen, 
Van den Eeckhout, Berlage, Coene et Teugels. 

A la tribune étaient exposés les portraits des 
Présidents successifs du Cercle, 

M. le chanoine van Caster, tout d'abord, souhaita 



40 RAPPORT 

la bienvenue aux représentants de l'Administration 
Communale et ensuite accorda la parole au Secrétaire, 
M. CoNiNCKx, qui lut l'historique de la Société et s'ex- 
prima en ces termes : 

« Messieurs, 

» Les années se succèdent avec une effrayante 
rapidité! Est-ce l'effet de l'âge, ou la fièvre de vie 
précipite-t-elle les heures? Le passé! c'était hier déjà. 
Le présent! on l'oublie pour le futur. Il n'est pas rare 
que la notion du temps nous échappe. Et voilà qu'un 
beau matin, en se réveillant, par un de ces brusques 
retours de la pensée, on se souvient, on se ressaisit! 
Des années ont passé; on a vieilli du jour au lendemain. 
L'individu s'y use; les collectivités y gagnent, car pour 
elles, un brevet d'âge c'est la bonne marque, c'est la 
réclame honnête et qui n'est point trompeuse. C'est 
donc avec une légitime fierté que le Cercle Archéologique, 
Littéraire et Artistique de Matines inscrit dans ses fastes 
le vingt-cinquième anniversaire de sa fondation, et se 
réjouit d'avoir été plus heureux en cela que ses 
devanciers, dont l'existence fut éphémère (i). 



(i) Dans le Journal d'Annonces de Malines, du 24 février i85o, on lit 
ce qui suit : 

« L'on vient de créer à Malines un cercle qui prendra la dénomina- 
tion de Société archéologique et littéraire. Son but est de s'occuper des 
nombreux matériaux que fournissent les archives pour publ cr une histoire 
de notre Ville, qui a eu et qui possède encore son importance, tant sous le 
rapport historique que sous le rapport artistique. 

» Cette société, divisée en membres effectifs et correspondants, 
publiera des annales; elle aura trois sections : histoire locale, les beaux- 
arts et la littérature; ces sections feront l'objet du travail et des études de 
chacune d'elles. 

» Les bases de cette société ont été jetées dans une réunion qui a 
eu lieu samedi dernier, à l'Hôtel de ville. Les membres fondateurs qu'on 
nous a cités sont : MM. du Trieu de Terdonck, sénateur; de Brouwer 



RAPPORT 4Î 



» Il a donc vécu, lui, il a prospéré : il s'est affirmé 
nécessaire et utile. 

)) On m'a fait l'honneur de me demander de vous 
dire, en quelques mots, ce que fut ce quart de siècle 
de son existence. Je ne saurais m'y refuser; aussi bien 
mes deux Confrères et moi (i), les seuls des fondateurs 
ou vivants ou demeurés fidèles à l'œuvre de notre 
jeunesse, revivrons-nous ainsi ces quelques années dont 
le souvenir s'évoque, revêtu du charme des choses heu- 
reusement vécues. 

» Laissez-moi vous reproduire ici les premières 
lignes du premier rapport annuel écrit le 25 juin 1887 : 

» 11 y a deux ans, trois jeunes gens (2) justement étonnés de 
ce qu'une ville de l'importance de Malines n'eut pas de cercle 
s'occupant activement d'art et de littérature, projetèrent d'en fonder 
un. lis se réunirent à cet effet, ébauchèrent un règlement et firent 
appel aux jeunes gens qui, animés des mêmes intentions, étaient 
désireux de concourir à atteindre le but commun. Mais ces nou- 
veaux membres restèrent invisibles et introuvables. 

» Décidés à tout faire pour aboutir, ils résolurent de payer de 
leur personne, lis se mirent en campagne, travaillant leurs amis, 
multipliant les démarches pressantes. Le succès couronna leurs 
efforts. Le 24 mars 1886, douze fondateurs (3) se réunirent pour la 



DÉ HoGENDORP, DE Perceval et FÉLIX VAN DEN Branden DE Reeth, repré- 
sentants; Ed. Pycke, membre de la députation permanente; De Pauw, 
bourgmestre; Biîoers et Fris, échevins; de Cannaert, de Crâne d'Heysse- 
LAER, d'Avoine, D^ S. Delgeur, Dusart, H. du Trieu, Henot, Morissens, 
Corn. Neeffs, H. Peeters, Pluys, J. Tuerlinckx, Van Doren, archiviste, 
Is. Van Overstraeten et Aug. Vermeulen. Tous les jours il arrive de 
nouvelles adhésions. » 

Ce qu'il en advint, on l'ignore. 

(i) MM. H. Cordemans, Ph. Van Boxmeer et H, Coninckx. 

(2) MM. Constant Vervloet, Hyacinthe Cordemans, Léopold Van 

DEN BerGH. 

(3) MM. Alexandre Aerts, Willem Aerts, Louis Cabuy, Hyacinthe 
Coninckx, Hyacinthe Cordemans, Joseph Huyghebaert, Philippe Van 
Boxmeer, Léopold Van den Bergh, Emile Van der Auwera, François 
Van der Auwera, Charles Van Haesendonck, Constant Vervloet. 



42 RAPPORT 

première fois et constituèrent un Cercle sous la dénomination : 
Kinislniiiiueiide kring « Van dit toi beter ». Un projet de règle- 
ment fut élaboré, une commission provisoire fut nommée. Fidèle 
à son titre, le Cercle, après trois mois de tâtonnements, se constitua 
définitivement. Le 2 juillet 1886, il arrêtait ses statuts, après les 
avoir soumis à une mûre discussion, et le 16 du même mois, une 
commission directrice fut acclamée. En même temps l'on adopta 
la raison sociale : Cercle Archéologique, Littéraire et Artistique de 
Maliues. 

» Voilà, Messieurs, notre acte de naissance. 

» On ne se méprendra pas sur la portée de l'ap- 
pellation triple sous laquelle le Cercle fit son entrée 
dans la vie. Elle trahit les appréhensions du début où le 
succès apparaît problématique; la crainte de se montrer 
trop éclectique, trop exclusif d'éléments qui pourraient 
constituer des facteurs de prospérité et de succès. 

)) Dans l'intervalle des quatre premiers mois, le 
Président M. Constant Vervloet, quittait Malines et 
démissionnait. Il fallut lui choisir un successeur, et le 
choix tomba, le 6 août 1886, sur feu M. P. Plisnier, 
qui devint plus tard trésorier de la Société d'Archéo- 
logie de Bruxelles. 

» Nous voici encore à la période des démarches 
et des multiples efforts pour gagner des sympathies. 
Celles-ci furent plutôt négatives. Jeunes et sans expé- 
rience encore, nous ne pouvions éveiller que la méfiances 
autour de nous on se mettait en garde contre des 
enthousiasmes juvéniles qui, au fond, n'auraient pu 
être qu'un emballement que les premières rencontres 
auraient anéanties. 

» Bien suggestif est encore, à ce propos, le rapport 
cité plus haut : 

» Des 17 personnes nommées membres honoraires (habitant 
donc la ville), 7 acceptèrent, 2 refusèrent, et 8 ne répondirent pas. 
Comme encouragement, c'est mince! 



RAPPORT 43 

« En effet ; et quand même on travaillait, en. tâton- 
nant, il est vrai, à l'aveugle. Régulièrement on se 
réunissait ; mais combien péniblement on parvenait à 
se trouver en nombre!! Il arriva même qu'on était là 
à se morfondre dans l'attente du conférencier qu'on ne 
voyait pas venir, gais malgré tout et bien en langue, et 
confiants dans l'avenir, attablés, devant soi la chope 
fréquemment renouvelée, où moussait la brune de 
Malines. 

» D'autres fois on mettait en loterie des livres, des 
gravures, dans l'espoir d'attirer par cet appât le membre 
indolent ou quelque peu réfractare aux sollicitations 
platoniques. 

» Mais une deuxième fois, le Cercle devenait veuf 
de son Président, et on existait à peine deux ans ! Avril 
1888. Qui prendre? 

» Après mûres réflexions, on crut pouvoir s'en ou- 
vrir à feu Jef WiLLEMS, statuaire. 

» Quelques-uns des membres lui furent députés. 
Eloquents, ils le furent certes; et le succès couronna 
leur démarche. Le 3 mai suivant, ce choix fut confirmé 
par l'élection. 

» On reprit confiance. Un par un, des adhérents 
plus nombreux vinrent grossir la liste des membres. 
Les séances furent mieux suivies. Le Cercle entrait 
dans une phase nouvelle et donnait enfin signe de 
vie. 

» Jef WiLLEMS était alors dans la pleine maturité 
de son talent et songeait à organiser une exposition de 
ses œuvres. Le Cercle n'hésita pas à en prendre l'initia- 
tive et à corser cette exposition d'une autre, consacrée 
a des œuvres d'art ancien. 

» Cette entreprise réussit en tous points : et le jour 
de l'ouverture, à laquelle fut invitée et assista la Société 



44 RAPPORT 



d'Archéologie de Bruxelles (i) qui venait de se fonder, 
feu M. l'Echevin Kempeneer, qui fut un des premiers à 
nous comprendre et à nous encourager, vint, au nom de 
l'Administration Communale, applaudir à notre effort 
et nous souhaiter prospérité et succès. 

» Le mauvais pas était franchi ; mais il fallait per- 
sévérer. 

» Les ressources, représentées par les cotisations 
d'une vingtaine de membres, étaient modestes. On en 
vivait... bien bourgeoisement. L'extra paraissait plutôt 
chose lointaine à l'accès difficile sans appui de l'exté- 
rieur, et il fallait autre chose que des paroles pour l'ob- 
tenir. Il fut donc résolu, après avoir réalisé quelques 
économies, de publier un Bulletin. 

» Bien plus modestement on avait débuté; qui ne 
se rappelle, avec reconnaissance certainement, un peu 
avec un sourire, la petite feuille chromographiée où 
notre Confrère Cordemans contait l'histoire de la Grue 



(i) Circulaire n" g de 1889, de la Société d'Archéologie de Bruxelles. 
EXCURSION DU DIMANCHE 19 MAI 1889. — Visite de l'Exposition d'Art ancien et 
des principaux monuments de la ville de Matines, 
A 7 h. 3/4. — Réunion : Gare du Nord, Bruxelles, salle d'attente de Ire classe. Distribution des 

coupons (2e classe) aux Membres inscrits (ces coupons seront pris par les soins du Comité). 
A 8 h. 17. — Départ pour Malines. 
A 8 h. 42. — Arrivée à Malines. \ 

Visite de : 

La Porte de Bruxelles [xive siècle) ; du local des Arbalétriers (xvie siècle) ; des maisons du 

quai de la Dyle (xvie siècle) ; du Grand Pont (xiiie siècle) et des Bailles de fer (xvie siècle). 

A 10 heures. — Ouverture de l'Exposition d'art ancien organisée par le Cercle Archéologique, 

littéraire et artistique de Malines. 
A 11 h. 1/2. — Visite des Archives à l'Hôtel de Ville. 
A 12 h. 1/2. — Visite des Halles (xive siècle) et du Palais du Grand-Conseil (commencement 

du xvie siècle). 
A 1 heure. — Dîner à l'hôtel de la Grande Cigogne (rue Notre-Dame). 
A 3 heures. — Visite du Musée de peinture (ancienne maison échevinale du xivc siècle). 
A 4 heures. — „ de l'Hôtel de Busleyden (Mont-de-Piété, xvie siècle). 
A 4 h. 1/2. — „ de l'église St-Jean (xve siècle). 

A 5 heures. — „ de la cathédrale St-Rombaut (du xiiie, xive et xve siècles). 
A 6 heures. - „ de l'église St-Pierre (fin du xviie siècle). 
A 6 h. 1;2. — „ du Palais de Marguerite d'Autriche (xve et xvie siècles). 
A 7 h. 15. — „ des collections de Bruyn. 
A 8 h. 13. — Départ de Malines. 
A 8 h. 57. — Arrivée à Bruxelles (Nord). 



RAPPORT 45 

du Quai aux Avoines, et qu'accompagnait la photogra- 
phie de la roue gigantesque en sa gangue de bois 
couverte d'ardoises, depuis longtemps démolie! 

» En i88g parut donc le tome I du Bulletin du 
Cercle. 

» Eut-il du succès? Certes. Il y avait longtemps que 
l'histoire de Malines n'avait été à pareille fête, et les 
chroniqueurs et les historiens Malinois défunt : les Van 
den Eynde, les Schellens, les Schœffer, les Danis, les 
Steurs et tant d'autres durent en tressaillir d'aise dans 
leur tombe. Car seul, jusqu'alors, M. le chanoine van 
Caster avait continué leurs traditions. Celui-ci, nous 
parvînmes à l'intéresser à nos travaux et il y resta 
fidèle. 

» Notre publication nous donnait donc droit au par- 
tage de la manne budgétaire. Les dispensateurs ne s'en 
firent pas trop prier et depuis lors, quoiqu'à certains 
moments sérieusement menacés, les subsides de la Ville, 
de la Province et du Gouvernement, successivement de 
5oo frs, 3oo frs et 400 frs, nous furent acquis. 

» L'expérience nous enhardissant, nous fîmes pa- 
raître ensuite les tomes suivants de notre Bulletin. 
Celui-ci, en outre, gagnait en ampleur de texte et en 
richesse d'illustrations. Le 20" de la série vient de vous 
être distribué. 

» Sachez, M., M., que les amateurs et les sociétés 
nombreuses avec lesquelles d'année en année les publi- 
cations s'échangèrent, se disputent les nôtres, qui jouis- 
sent, et avec raison, de la meilleure des réputations. 

» Au début, le Cercle avait établi ses pénates au 
café Le Globe, Marché au beurre. Plus tard, M. Hippé, 
notre confrère, hydropathe émérite, nous accorda 
gracieuse hospitalité dans une des salles de son établis- 
sement des Bains Saint-Pierre, rue du Sac. Un troi- 
sième déménagement nous mena en la petite salle des 



46 RAPPORT 

Fresques, à l'Hôtel Busleyden ; pour les séances extra- 
ordinaires, on émigrait dans la grande salle voisine. 

)» Mais il était écrit que le Cercle n'était pas au bout 
de ses pérégrinations. 

)) Nos séances, où le feu de la discussion troublait, 
nous rapporta-t-on, la somnolence du léthargique voisi- 
nage, aurait gagné à un milieu plus adéquat. Comme 
plusieurs de nos Confrères étaient au mieux avec nos 
dirigeants, que même quelques-uns d'entre eux sié- 
geaient à l'Hôtel de ville, nous n'eûmes pas de peine à 
obtenir une salle du Musée communal. Au moins là, 
serions-nous à l'abri des rebuffades d'un cerbère trop 
féru de son repos. 

» Le nouveau local dut être aménagé à nos frais, 
mais il fut meublé aux dépens du Musée; l'accès, en 
revanche, en resta public. 

)) Nous y vécûmes quelques bonnes séances, d'heu- 
reuses années, jusqu'au jour où nous vînmes loger sous 
les combles à l'Hôtel de ville. Ne médisons pas trop 
de notre local actuel. M., M., quoiqu'il nous rappelle une 
nouvelle saignée à notre caisse, lorsqu'il fallut l'aména- 
ger à notre usage. Il a grande allure, vastes dimensions, 
apparence adéquate à sa destination, avec le chêne 
bruni de sa charpente, sa profondeur souvent noyée 
d'ombre. 

» Momentanément, nous en avons été éloignés tout 
le temps que dura la restauration de l'Hôtel de ville. 
Nous y voici revenus ; puissions-nous de longtemps ne 
pas avoir à nous préoccuper de chercher un gîte ailleurs. 

» Il se comprend qu'au cours de ces cinq lustres se 
soit fait sentir le besoin de reviser les statuts du Cercle. 
Comme toutes choses ici-bas, ils n'étaient pas immuables ! 

)) Les modifications introduites successivement af- 
fectaient surtout la composition de la Commission et la 
durée des mandats de chacun de ses membres. Le 



RAPPORT 47 



secrétaire, le trésorier et le bibliothécaire seuls bénéfi- 
cièrent d'une pérennité relative. 

)) A l'origine, les mandats étaient annuels et les 
membres sortants, sans distinction, rééligibles. En 1894, 
il fut décidé que le vice-président succéderait de droit 
au président sortant, qui ne pouvait être réélu dans la 
commission qu'après une année d'intervalle. Deux con- 
seillers furent adjoints en outre à la commission. Enfin, 
en 1904, les mandats furent décrétés bis-annuels et les 
titulaires sortants déclarés rééligibles. C'est le régime 
qui est actuellement encore en vigueur. 

» Une commission des finances fut également insti- 
tuée en 1894. 

)) La distinction de membres effectifs et de mem- 
bres honoraires fut abolie à la même époque. Ces deux 
catégories n'en formèrent plus qu'une seule, sous le nom 
de c( membres titulaires ». Les membres correspondants 
et les membres d'honneur continuèrent par être des 
éléments étrangers à la Ville ou, pour des raisons ma- 
jeures, à la Société. 

» Ces modifications successives ont amené à la pré- 
sidence de la Société : 

» MM. Constant Vervloet, jusqu'au mois de juillet 
1886; 
feu Pierre Plisnier, du 16 juillet 1886 au 

29 août 1888 ; 
feu Jef WiLLEMs, du 3 mai 1888 au 24 jan- 
vier 1896; 

et ensuite à tour de rôle : 

» MM. feu Jef Willems, 
Louis Stroobant, 
Edgard de Marneffe, 
feu Jean Kempeneer; 
Chanoine Guillaume van Caster, Président 



48 RAPPORT 

pour la première fois en 1897, et d'une façon 
consécutive depuis 1902 jusqu'aujourd'hui. 

» Les secrétaires furent : 

MM. H. CoKDEMANs, jusqu'au 20 août 1887; 

H. CoNiNCKx depuis cette date jusqu'à ce jour. 

» Les trésoriers : 

MM. Em. Vander Auwera, la première année; 
L. Van den Bergh depuis lors jusqu'à son 
décès, au mois de janvier 191 1. 

» Les bibliothécaires furent successivement : 
MM. W. Aerts, 

CORDEMANS, 

HippÉ, 

Reydams, 

de Wauters de Bouchout et 

Van Aerde; 

pour ne citer que les membres du Bureau proprement 
dit. 

» A la fin de la première année sociale, le Cercle 
comptait 16 membres effectifs, 7 membres honoraires 
et 17 membres correspondants. 

» Nous en sommes arrivés, à ce jour, à avoir 
iio membres titulaires, i5 membres correspondants et 
2 membres d'honneur. 

» S'il fallait tenir compte des décès et des départs, 
nous pourrions nous prévaloir d'avoir vu dans nos rangs 
tous ceux qui, à un titre quelconque, pendant ces vingt- 
cinq années ont eu à s'occuper d'archéologie et d'histoire. 

» La même progression croissante se remarque dans 
le budget du Cercle. Au début, il était de 200 frs au 
chapitre des recettes ; les dépenses étaient en consé- 
quence. Nos ressources sont aujourd'hui, bon an mal 



kAPPORt 49 

an, de 2400 frs ; nos dépenses ont quelquefois dépassé 
ce chiffre : les publications seules nous coûtent en 
moyenne 2000 frs, et souvent ont coûté davantage. 

» Indépendamment de la publication régulière des 
travaux de ses membres, les actes de la Société com- 
prennent : 

» Une action constante et sans répit pour que fut 
conservé à la Ville son aspect archéologiquement et 
artistiquement intéressant, qui en faisait la rivale des 
villes d'Art de la Belgique; 

» En outre, elle a lutté pour la restauration des 
monuments anciens et surtout pour leur conservation ; 
pour éviter des actes de vandalisme qui compromet- 
taient l'endroit ou le site pittoresque, l'archaïsme si 
poétique en son charme vieillot, qui ravissait l'artiste 
en faisant rêver le poète ; 

» Elle a cherché à faire rendre justice aux citoyens 
méritants du passé, aux grands noms de l'histoire de 
Malines. Une exposition de portraits en fut la principale 
manifestation ; 

« Elle a travaillé à retenir ici les objets d'art ou 
de curiosité rappelant Malines et son glorieux passé ; 
ensuite à les faire valoir au mieux de leurs mérites. 
La réorganisation du Musée Communal et la création 
d'une Commission spéciale chargée de veiller à la con- 
servation et au classement des objets en fut la consé- 
quence; les Amis du Musée de Malines en sont en partie 
une émanation. 

» Enfin, elle a travaillé à dégager des brumes du 
passé, l'histoire administrative, économique et sociale 
de la Ville et de la Seigneurie, et elle a eu la bonne 
fortune de voir instituer à cette intention un prix 
spécial du à la générosité d'un de ses membres, Mgr le 
baron Victor-Marie van den Branden de Reeth, Arche- 
vêque de Tyr, de vénérée mémoire. 

4 



5o RAPPORT 

» En outre, ne voulant pas se confiner dans les li- 
mites étroites de l'atmosphère urbaine, le Cercle a orga- 
nisé à l'intention de ses membres, des excursions au delà 
de ce périmètre, participé aux manifestations de l'activité 
belge à l'étranger ou dans le pays même. La médaille 
d'or à l'Exposition Universelle de Saint-Louis de igoy 
et à l'Exposition de Bruxelles de igio fut sa récompense. 

» La Société fut pour quelques-uns d'entre nous le 
moyen de faire connaître plus libéralement les résultats 
de leurs investigations et de leurs recherches. Pour la 
plupart, elle fut l'occasion qui leur permit d'entrer 
en lice, d'emboîter le pas aux aînés et acquérir ainsi 
la considération qui s'attache à celui qui fait œuvre 
intellectuelle, désintéressée et pour le bien commun. 

» Encore à ses débuts, le Cercle n'hésita pas à 
organiser le 12^ Congrès de la Fédération Archéologique 
et Historique de Belgique en 1897. 

» Aujourd'hui, à la veille de clore la vingt-cinquième 
année de son existence, il a, à cette occasion, accepté une 
mission semblable et il en escompte un succès digne des 
efforts de tous ceux qu'il commit à l'organisation de ces 
assises solennelles, auxquelles le Cercle convie les savants 
et les spécialistes tant du pays que de l'étranger! ! 

• '^ 

C'était le moment de renseigner les auditeurs sur 
les préliminaires du Congrès et d'en conter les rétroactes. 
On a pu lire ces détails ailleurs. Inutile donc d'y revenir. 

La fin du rapport fut un appel au dévouement de 
la Presse. 

« Un des grands facteurs de succès sera assurément 
l'intervention dévouée et gracieuse de la Presse Belge. 
Nulle n'ignore qu'elle met au service de toute cause, 
qu'elle soit humanitaire ou utilitaire, qu'elle ait pour 
objet les Arts, les Lettres ou les Sciences, qu'elle soit 



RAPPORT 5l 

économique et politique, les talents si nombreux et si 
variés de ses éminents collaborateurs. 

» A la main habile, la Presse est un levier puissant. 
Nous en attendons beaucoup pour ne pas dire tout ! 

» En répondant si nombreux à notre invitation, 
Messieurs les journalistes, vous avez tenu à nous donner 
l'assurance que votre concours précieux nous est assuré. 
Notre reconnaissance ne vous l'est pas moins. 

» Faites en sorte. Messieurs, que le Congrès de 
Malines puisse être le digne émule des Congrès anté- 
rieurs; digne du passé historique glorieux de la cité des 
Berthout et des Primats de Belgique; digne de ce qui 
lui reste encore de vestiges si appréciés de sa splendeur 
d'autrefois. » 

De vifs applaudissements saluèrent cette péroraison. 
M. le Président félicita le rapporteur et le remercia. 
Il rendit hommage aux fondateurs du Cercle, qui ont eu 
confiance dans l'avenir. Pour ce qui le regarde, il con- 
fesse qu'au début il ne voyait pas que la Société naissante 
put être viable — l'expérience le rendait méfiant; — il 
ne s'y intéressa donc que pour autant qu'on puisse 
s'intéresser à une nouveauté. Il en fait amende honorable 
aujourd'hui, tout en se rendant ce témoignage, qu'une 
fois acquis au Cercle, son dévouement ne connut plus 
de défaillance. D'unanimes applaudissements confirment 
ces dires et les corroborent. 

M. le chanoine van Caster leva alors la séance 
et il convia les assistants à se retrouver à 7 heures 
autour de la table du banquet. 

Après quelques minutes d'aimable causerie, d'à parte 
pour renouer connaissance et se rappeler des souvenirs 
communs, on quitta le local du Cercle. 

Au dehors, la pluie et le vent font rage. Arc-boutés 
contre la rafale, sous l'éclat fulgurant des globes 



52 RAPPORT 

électriques, on traverse le vaste forum Malinois; on 
s'engouffre sous la galerie couverte de l'ancien palais 
du Grand Conseil, pour gagner le lieu du festin. 

Là, tout est lumière, tout est à la joie. La table, 
en fer à cheval, remplit la vaste salle de ses non 
moins vastes dimensions. C'est jour de liesse, et le 
décor de la table, emprunté au folklore local, est d'un 
archaïsme charmant. Ici une branche de bouleau étend 
ses multiples ramures, chargés d'oiseaux en pâte de 
farine, à queue en plumes; deux cavaliers de plus 
grande dimension lui font cortège; là des petits bateaux 
en sucre blanc, à cargaison de dragées et ornés d'ori- 
flammes multicolores, des bonshommes et autres figu- 
rations en sucre rouge rappellent la mi-carème tradi- 
tionnelle. Des plats en étain supportent des « letteren, 
ringen en noten, mustacholen » et autres friandises 
locales, composant le dessert. Le mot « Mechelen » en 
« lettren » s'étale en face des convives de la table 
d'honneur. Celle-ci est occupée par MM. le chanoine 
VAN Caster, mm. Willemsen, président du Cercle 
Archéologique du Pays de Waes à St-Nicolas; M. le 
Bourgmestre Dessain ; Echevins Van Hoorenbeeck et 
Hertsens; de Marneffe et Stroobant, anciens Prési- 
dents du Cercle; Wittmann, Sénateur; Van de Walle, 
représentant; Op de Beéck, conseiller provincial; Colonel 
Frans; J. Rosier, Directeur de l'Académie des Beaux- 
Arts; les représentants de la Presse de langue française 
y font suite d'un côté, entourant MM. Magnus et Pré- 
herbu, qui leur font les honneurs du repas, et de la 
Presse de langue flamande de l'autre côté, avec MM. 
CoNiNCKx et A. Jansen, qui s'acquittent à leur égard 
de fonctions semblables. Les autres convives se placent 
à l'aventure et au hasard de leurs préférences. 

Près de chaque couvert, le classique « Schillekens 
Koek » remplace le pain habituel. De larges enveloppes, 



RAPPORT 53 

pliées à la mode ancienne, en papier non moins ancien, 
cèlent en leurs flancs le menu des mets variés que va 
nous faire servir le maître de céans « Dore uit het hof 
van Befferen en Uffra Jeannette », secondés par un 
personnel culinaire de choix. 

Sur un carré de papier ad hoc, on reproduit le 
numéro du menu pour, ce papier être ensuite remis au 
Secrétaire, qui le conservera précieusement, afin qu'un 
exemplaire, tombant en des mains profanes, le coupable 
n'échappe à la vindicte de ses confrères. Car ce menu 
deviendra chose précieuse, une rareté bibliographique, 
et dont la possession excitera maintes convoitises; toutes 
précautions ne seront pas superflues pour empêcher 
qu'un non-souscripteur au banquet ne puisse se préva- 
loir de le posséder dans ses collections, sans en avoir 
largement payé la valeur. 

Ce menu, en effet, est une vraie trouvaille, que 
l'on doit à M. le chanoine van Caster. Qu'on se figure 
une feuille in-folio de très vieux papier de Hollande, 
aux caractères non moins vieux, imprimé avec un reli- 
gieux souci de facture ancienne, repliée sur elle-même, 
un côté comprenant le texte flamand, l'autre le texte 
français. Toute la série des personnages légendaires 
malinois : Op-Signorken, les Géants, le cheval Bayard, 
etc., chevauche à l'entour du texte bilingue. Tel un 
arbitre aux reins puissants, la Tour Saint-Rombaut 
est fièrement campée entre les deux textes. Au-dessus, 
en un cartel, est inscrit le numéro de l'exemplaire du 
menu ; au bas, l'auteur avait frappé son cachet. Au 
recto de la feuille, se lisait le libellé de l'objet de la 
fête, avec, comme épigraphe, un dicton de circonstance. 

A l'heure dite s'ouvre la partie gastronomique de 
la fête. Le service se poursuit régulièrement, au milieu 
de conversations animées et de l'entrain général. On 
arrive ainsi au moment fixé pour les toasts. 



54 RAPPORT 

M. le chanQine van Caster se lève; tous les con- 
vives l'imitent, et au milieu d'un silence général, pro- 
nonce les paroles suivantes : 

Domine sahmn fac Regeni! Dieu protège le Roi! 

C'est la prière de l'Église. C'est le vœu de tous les Belges, 
et en particulier celui de tous les Confrères réunis ici, pour fêter 
le 25"i<^ anniversaire de notre Cercle. Et pour ce, M.,M., je vous 
propose de boire à la santé du Roi Albert I, notre bien-aimé 
souverain, de notre très gracieuse et non moins aimée Reine Elisa- 
beth et à celle de toute la famille royale! 

Un tonnerre d'applaudissements et un triple Hip! 
Hip! Houra! poussé à pleins poumons, soulignent les 
paroles du Président. 

Le télégramme suivant fut immédiatement adressé 
au Roi : 

A Sa Majesté le Roi, Bruxelles, 

Le Cercle Archéologique de Malines, réuni pour fêter le 
2S™^ anniversaire de sa fondation, acclame Sa Majesté Albert, Roi 
des Belges, et associe à ces sentiments d'ardent loyalisme Sa 
Majesté la Reine Elisabeth et toute la famille Royale. 

Chanoine G. van Caster. 
Voici la réponse du Roi : 

lo-ji Etat. 

23 Monsieur le Chanoine van Caster, 

11 rue Notre-Dame, Malines, 

1911 déposé à Bruxelles, à 10/40, n" 4S02. 

Le Roi a été très touché du télégramme que vous lui avez 
adressé au nom du Cercle Archéologique de Malines. Sa Majesté 
m'a chargé de vous transmettre, ainsi qu'à tous les membres de 
votre Société, ses remerciements et ceux de la Reine pour vos 
chaleureuses assurances de loyalisme. 

Le Minisire de la maison du Roi. 



RAPPORT 55 

Le silence s'étant rétabli, M. le Vice-Président, 
Edm. Magnus, propose de boire à la santé de M. le 
chanoine van Caster et à celle de M. Willemsen, le 
Président du Cercle Archéologique du Pays de Waes, 
et il le fait en des termes particulièrement heureux : 

Messieurs, 

Voici donc que nous fêtons, en ces agapes amicales, les 
25 années d'existence de notre Cercle, et voici 17 ans que notre 
Société est présidée par le Révérend M. van Caster. 

Pendant ce laps de temps déjà long, M. le chanoine van 
Caster conduisit notre Société avec le plus rare dévouement, avec 
le tact le plus parfait. Toujours le premier et le dernier à nos 
réunions, encourageant les uns, conseillant avec la plus grande 
compétence les autres, critiquant parfois, mais toujours respec- 
tueusement écouté de tous, il s'est fait notre conseiller et notre ami; 
il s'est en quelque sorte identifié avec le Cercle qu'il préside, et 
prononcer son nom, c'est évoquer celui du Cercle Archéologique de 
Malines. Connaissant à fond tout ce qui concerne l'archéologie de 
notre cité, admirateur profond de tout ce qui tient à l'art dans sa 
chère ville natale, il voudrait revoir à celle-ci toute sa splendeur 
d'antan, y relever ce grand nombre de façades et de monuments 
anciens qui caractérisent notre Malines, et assister au couronnement 
de ce grand œuvre par l'achèvement de la tour de St-Rombaut. 

Et, quand je parle du Président du Cercle, je vois immédiate- 
ment à côté de lui M. Willemsen, le Président du Cercle archéo- 
logique du pays de Waes. Ce sont ces deux hommes qui seront 
à la tête de notre futur Congrès. 

Le Cercle que préside M. Willemsen fêtera son cinquantenaire 
dans le courant de 191 1 de façon magistrale et unique; car ce 
sera en inaugurant un nouveau musée pour la ville de St-Nicolas. 
Nous aurons alors l'occasion de le féliciter particulièrement et de 
lui dire combien hautement nous apprécions son travail et cette 
façon toute spéciale de fêter un glorieux anniversaire. 

Messieurs! Unis dans la présidence de notre futur Congrès, 
ces deux hommes doivent être unis dans nos hommages, et c'est à 
leur longue vie, à la continuation de leur dévouement à la science 
archéologique que je vous convie de vider vos coupes. A la santé 
de MM. van Caster et Willemsen! 



56 RAPPORT 

Une nouvelle salve d'applaudissements salue et 
l'orateur et les Présidents. 

M. WiLLEMSEN, Président du Cercle Archéologique 
de St-Nicolas, en son nom et en celui de M. le chanoine 
VAN Castek, répond d'une voix vibrante : 

M.,M., 

je remercie bien sincèrement M. Magnus des paroles trop 
élogieiises qu'il a bien voulu m'adresser. Et je le remercie d'autant 
plus que je me demande comment je pourrais bien les avoir 
méritées. Qu'est-il arrivé, en eflet! Le Cercle Archéologique de 
Malines avait pris sur lui d'organiser la XXII^ session de la Fédéra- 
tion Archéologique et Historique de Belgique. Il a cru que le Cercle 
Archéologique du Pays de Waes pouvait lui être utile dans cette 
conjoncture. Vous nous avez fait signe et aussitôt nous avons 
répondu à votre appel. Nous avons cru faire acte de bonne con- 
fraternité et voilà tout notre mérite. 

Mais cette coïncidence me permet d'apporter ici, à l'occasion 
de votre vingt-cinquième anniversaire, le salut cordial de notre 
Cercle de Waes à votre vaillante Compagnie. 

Nous sommes vos aînés — nous comptons le double de 
votre âge — et par là même nous avons pu suivre attentivement 
la marche de vos travaux. Leur caractère ne s'est jamais démenti 
et vos efforts ont toujours tendu à vous rapprocher de la vérité 
scientifique. 

A qui le devez-vous? Evidemment à vos dirigeants actuels. 
Mais, à mon très hum.ble avis, une grande part de mérite revient 
aux ouvriers de la première heure. Ils défrichèrent le terrain, l'en- 
semencèrent et le rendirent fertile. Hélas! leur nombre est restreint, 
il n'existe plus que deux anciens présidents de votre compagnie : 
MM. Stroobant et de Marneffe. 

Je vous propose de lever notre coupe en leur honneur. 

Les mêmes manifestations d'enthousiasme se repro- 
duisent. 

C'est alors au tour de M. Rosier, Directeur de 
l'Académie des Beaux- Arts, et celui-ci, s'adressant à 
l'Administration Communale, le fait avec l'éloquence 
et le charme dont il a le secret. 



RAPPORT 57 



Messieurs, 

Mes Collègues du Cercle Archéologique m'ont confié l'agré- 
able tâche de porter un toast à l'Administration Communale de 
Malines. Je me rends bien volontiers à ce désir, d'autant plus que, 
ce faisant, je n'aurai que des choses aimables à adresser à ces 
autorités. 

En effet, Messieurs, tous ceux qui connaissent notre tant 
pittoresque cité, avec sa splendide couronne de monuments que lui 
ont légués les siècles passés, doivent avoir remarqué le soin jaloux 
avec lequel nos autorités communales veillent à la conservation de 
cet inestimable trésor. 

Non seulement on s'évertue à défendre ces monuments contre 
les atteintes du temps, mais encore on s'applique, avec la prudence 
et l'intelligence nécessaires dans ces cas, à remettre dans leur état 
primitif ceux d'entr'eux qui, aux époques de décadence, ont eu à 
subir, de la part de l'homme, des outrages plus graves encore. 

C'est ainsi que, depuis une trentaine d'années, on a vu 
restaurer successivement et avec bonheur, le palais de Marguerite 
d'Autriche, celui de Marguerite d'York, l'hôtel Busleyden, l'église 
Ste-Catherine, le palais du Grand Conseil, etc., et bon nombre de 
façades de tous genres et de tous styles, et dont la plupart ne sont 
pas seulement un ornement pour notre ville, mais constituent 
encore de précieux documents pour l'étude de l'Architecture dans 
notre région, — En dernier lieu on a remis en état notre Hôtel 
de ville; et à peine ce beau travail est-il terminé, que l'on en projette 
déjà un autre plus important encore : celui de la restauration et de 
l'achèvement de nos Halles. 

Bref, notre Administration Communale a droit à nos hom- 
mages pour le soin avec lequel elle veille à conserver, à mettre en 
relief et à au.^menter notre magnifique patrimoine de monuments et 
de souvenirs du passé. Elle a encore droit à nos remercîments pour 
l'appui moral et matériel qu'elle n'a cessé d'accorder au Cercle 
Archéologique de Malines, rendant ainsi possible et facilitant les 
importants travaux de ce Cercle, et enfin, pour le vif intérêt que, 
très certainement, elle porte à notre prochain Congrès en cette 
ville. 

Ce Congrès promet d'avoir une importance extraordinaire. 
D'abord, Malines est incontestablement un des plus beaux cadres 
qu'on puisse rêver à ces sortes de réunions. Ensuite, des ques- 
tions du plus haut intérêt y seront traitées par des sommités 



58 RAPPORT 



dans le domaine de l'Art et de l'Archéologie; on organisera des 
festivités, concerts, excursions, etc., qui seront un vrai régal intel- 
lectuel. Enfin, on prépare une exposition folklorique qui promet 
d'être une des plus complètes qui se soient produites jusqu'ici. 

Dans cette exposition, on ne se bornera pas à l'exhibition de 
de ces objets simples, naïfs, et qui souvent n'ont d'autre valeur 
(d'ailleurs très appréciable) que celle du souvenir ému qui s'y 
rattache, mais on se propose d'y faire une large part à l'Art 
religieux, ainsi qu'aux industries d'Art autrefois si florissantes à 
Malines, telles que : la dinandtrie, la dentelle, la tapisserie, le cuir 
doré, etc. 

Peut-être l'exposition d'Art religieux sera-t-elle le point de 
départ d'un musée spécial, si désirable, et dans lequel on pourra 
réunir, conserver et exposer convenablement les objets ayant 
servi au culte, objets dont pour l'une ou l'autre raison on ne se 
sert plus et qui, actuellement et malgré les prescriptions Gouver- 
nementales à ce sujet, se perdent souvent ou vont enrichir les 
collections et musées à l'étranger. 

Quant aux industries d'Art en question, quelques-unes d'en- 
tre elles existent encore en notre ville, mais d'autres, et des plus 
importantes, ont disparu, et qui sait si cette exposition ne con- 
tribuera pas à les y faire revivre. 

Je sais bien, Messieurs, qu'en ce moment plus d'un d'entre 
vous se dira : Bon, voilà ce Monsieur qui s'égare. Parti pour un toast 
à l'Administration Communale et oubliant que les toasts les plus 
courts sont les meilleurs, il se croit sans doute déjà au Congrès 
et pour un rien risquerait une petite conférence, qui serait abso- 
lument hors de saison. 

Eh bien. Messieurs, permettez-moi de dire qu'il n'en est rien. 
Loin de m'être égaré, je suis au contraire plus que jamais dans mon 
sujet, car, en esquissant à grands traits l'importance de nos projets, 
j'ai par le fait même mis en relief que l'exécution de ces projets 
n'est possible qu'avec le plus généreux appui des Autorités. 

Et puisque nous avons l'honneur et le plaisir d'avoir au 
milieu de nous M. le Bourgmestre de Malines, ainsi que plusieurs 
de nos Echevins, et parmi eux celui des Finances, il n'est peut-être 
pas très délicat, mais certainement natuiel, je pense, que je profite 
de cette heureuse circonstance pour exprimer, au nom du Cercle 
Archéologique, l'espoir de voir notre Administration Communale 
seconder nos efforts de manière à nous permettre de faire grand, 
en un mot de faire digne de Malines. 



RAPPORT Sg 



Et maintenant, Messieurs, je termine en rendant une fois de 
plus hommage à notre Administration Communale pour le vif intérêt 
qu'elle ne cesse de porter aux choses de l'Art et de l'Archéologie; 
en la remerciant de l'appui qu'elle a toujours accordé à notre 
Cercle et qui, nous en sommes persuadés, nous restera acquis 
dans l'avenir, et enfin, Messieurs, pour vous inviter à souligner 
mes paroles, en vous joignant à moi pour lever nos verres en 
son honneur. 

Les sentiments que venait d'exprimer M. Rosier 
étaient partagés par tous les convives; leurs applaudis- 
sements le prouvèrent d'abondance. 

M. le Bourgmestre Ch. Dessain y répondit en ces 
termes : 

Je vous remercie. Messieurs, des paroles très aimables et très 
élogieuses qui viennent d'être prononcées à l'adresse de l'Admini- 
stration Communale. 

Louis Veuillot a dit quelque part, d'une Académie savante, 
que « c'est une société très considérée de savants hommes qui 
s'occupent entre eux de lire ce qui fut écrit en caractères effacés, 
dans une langue inconnue, sur les monuments détruits des peuples 
qui ont cessé d'être ». 

Les archéologues malinois, par leur activité, corrigent ce que 
ces paroles pourraient laisser supposer de fine critique et confirment 
ainsi que les exceptions sont le plus souvent la règle. Car, tout 
ce quart de siècle durant, ces Messieurs ont produit, enfre eux, 
pour le plus grand bien de tous, une œuvre abondante, utile et 
durable, et nous leur en savons gré. Ils nous donnent une preuve 
nouvelle de leur activité expansive en organisant le prochain 
Congrès Archéologique et l'Exposition dont on nous fait pres- 
sentir toute l'importance. La ville de Malines est certainement 
très disposée à seconder ces efforts, mais n'oublions pas que ses 
ressources sont très restreintes. 

Rassurez-vous cependant, Messieurs, nous ne désespérons 
pas d'arriver à découvrir dans quelque coin de la caisse communale 
de quoi vous prêter un appui secourable, et nous le ferons d'autant 
plus volontiers que celui-ci contribuera surtout à vous permettre 
de mettre en valeur les beautés artistiques et les richesses 
archéologiques de notre chère cité. 



6o RAPPORT 

Non moins applaudies furent les paroles du premier 
Magistrat de la Ville. 

Mais la source d'éloquence était loin d'être tarie. 
La Presse, à son tour, allait s'entendre congratuler, et 
par le mieux en verve des Confrères du Cercle, M. le 
Juge Préherbu. 

Mesdames et Messieurs, 

Je dis, Mesdames, parceque si nous ne voyons pas de nos 
yeux quelques échantillons de la plus belle moitié du genre 
humain, et si, de ce chef, cette assistance si distinguée paraît 
incomplète, nous comptons cependant quelques Dames parmi 
nous; je ne puis les oublier. 

D'abord, la principale, l'Archéologie, que nous représentons 
tous, à des titres divers; ensuite, la Tradition populaire, dont nous 
sommes les conservateurs, quelques-uns diront « trop obstinés », 
quoique aujourd'hui mal venu serait sans doute celui qui s'avi- 
serait de blâmer notre banquet folklorique. Enfin, et surtout, celle 
à qui j'ai mission de boire, une très grande dame : la Presse! 

Après le Pouvoir exécutif, S. M. le Roi, le Pouvoir directeur 
de notre Société, le Président; après le Pouvoir Communal, ici 
représenté, pouvait-on omettre cet autre pouvoir, qui s'arroge le 
droit de les juger tous, et dont tous relèvent, quoiqu'ils en aient : 
l'Opinion publique et son organe universel, la Presse! 

Elles nous donne l'exemple de tout discuter, elle ne doit 
pas s'étonner d'être à son tour très discutée. On en dit parfois 
du mal : nous pourrions considérer que ceux qui s'en plaignent 
le plus sont les plus ardents à y recourir. Car, comme la lance 
d'Achille, elle peut guérir les blessures qu'elle fait, dit-on. La 
recette manque peut-être d'utilité pratique de nos jours, et plutôt 
qu'à la lance on pourrait songer à certaines lancettes chirurgicales, 
qui, après que l'opération est réussie dans toutes les règles de 
l'art, expédient le patient ad patres, ce qui est le moyen le plus 
sûr, évidemment, de couper court à des réclamations ultérieures. 

Vous dirai-je du bien de la Presse : si j'en dit trop, j'expose- 
rais la modestie de ces Messieurs à de trop cruelles épreuves, 
ou peut-être ces Messieurs croiraient-ils que nos louanges sont 
l'expression absolue de la vérité, et cette illusion pourrait nous 
rendre tous bien à plaindre. 



RAPPORT 6l 



Mais trêve d'impertinences : nous sommes très heureux, 
Messieurs, de vous voir parmi nous. 

Dans la mission d'éducation sociale que vous remplissez, 
vous êtes pour nous de précieux collaborateurs. Vous pouvez 
défendre contre elles-mêmes des villes qui n'aspirent qu'à s'enlaidir, 
sans comprendre qu'elles s'appauvrissent dans la même mesure. 
Je me hâte d'ajouter, et vous avez pu, Messieurs, vous en assurer 
de visu, que ce n'est pas le cas à Malines, et que les diverses 
administrations qui s'y sont succédé ont toutes, sans distinction 
d'opinion, eu à cœur de conserver le patrimoine artistique de la cité. 

Vous pouvez faire apprécier l'utilité, je souligne le mot, 
l'utilité réelle et pratique de nos sociétés archéologiques, qui 
s'évertuent à sauvegarder les témoins d'un passé glorieux et à 
ménager le trésor esthétique où vient se former et s'épurer le goût 
artistique et industriel de nos générations futures. 

S'adressant ensuite aux représentants de la Presse 
flamande, M. Préherbu continua en ces termes : 

Heeren der Vaderlandsche Drukpers, 
want hoe zou ik U anders beter kunnen noemen, indien ik mij 
niet blootstelde aan de verwijtingen, 't zij van degenen die U 
vlaamsche drukpers heeten, 't zij van diegenen welke U met den 
naam van Nederduitsche Drukpers bestempelen; ik wil mij niet 
tusschen cen van beide rangen schikken; ik ben gelukkig dezen 
teug ter uv/er gezondheid te ledigen. Hadden wij meer tijd teronzer 
beschikking, zou ik U eenen onafmeetbaren langen toast voor- 
dragen : 

Eerste hoofdstuk : De groote eer die mij toekomt, ondanks 
mijne onbevoegdheid; maar te dien opzichte, kunt Gij allen beter 
redeneeren dan ik zelve, en wij zullen dat hoofdstuk maar ovcrslaan. 

Tweede hoofdstuk : over het uitmuntend karakter der Vlaam- 
sche Pers en deszelfs vertegenwoordigers ; maar de opsomming 
uwer bekwaamheden zou misschien al wat langzijn, of misschien 
wat lang schijnen aan diegenen die met dezelfde hoedanigheden 
niet begaafd zijn, en dit hoofdstuk zullen wij nu ook maar over- 
slaan. 

Ik zal mij dus vergenoegen met eenen oproep te doen op uwe 
welwillendheid. 0ns Mechelen is eene Vlaamsche stad, vlaamsch van 
aard en vlaamsch van zeden; maar in ons Belgisch vaderland leven 
van alouds, nevens malkander, twee germaansche stammen, waar- 



02 RAPPORT 



van d'eene, de frankische namentlijk — daar den dietschen tongval 
door den romcinschcn invloed in de schaduw gebracht werd — 
het tôt eene alomgekende en met voile recht geprezen wereldtaal 
gebracht heeft. 

Sedert de bui'gondische vorsten was Mechelen door fransch 
sprekende bewoond. Zetel van den Hoogen Raad, heeft zij er altijd 
de twec landstalen zien gebruikcn, en ze altijd op gelijken voet 
zien gesteld. 

Wat onze Maatschappij betreft, volgaarne aanhoorcn wij in 
onze zittingen de werken onzer vlaamsche leden. Zij pronken 
tusschen de besten die wij in onze jaaiiijksche verslagen mededee- 
len. En toch betreuren wij dat ze niet talrijker zijn. 

Aan U, Heeren, bevelen wij deze taak, van ons nieuwe aan- 
hangers bij te brengen; niet enkel leden voor de Maatschappij. 
inteekenaars voor het Oud- en Geschicdkundig Congres, maar ook 
en vooral urrkeudc leden, die den alouden schat onzer handvesten 
doorbladeren, en als naarstige bieën er ons den zoeten honing 
van vôôr zetten. 

Gij ziet vandaag, Heeren, dat wij onzen ouden oorsprong 
indachtig zijn, dat we de onde Mechelsche gebruiken zoeken te 
behoLiden en te verheerlijken. 

En 't is ook, volgens aloud vaderlandsch gebruik, dat ik 
mijne rede sluit door te drinken op uwe gezondheid. 

Faudra-t-il répéter que des applaudissements nourris 
saluent la harangue bilingue de M. Préherbu, qu'on 
ignorait posséder et manier la langue flamande avec 
pareille maestria. 

La Presse ne voulut pas être en reste d'amabilité, 
et le Syndic de la Presse locale, M. l'Imprimeur 
Olbrechts, se levant, remercia l'assemblée et le Cercle 
organisateur pour les mille attentions témoignées à ses 
Confrères, et promit ensuite le concours dévoué de tous 
au Congrès du mois d'août prochain. 

Il le fit en ces termes fort applaudis : 

Wij bedanken den geachten spreker voor de goede gevoelens 
welke hij komt uit te drukken ten opzichte der vertegenwoordigers 
der Drukpers. 



RAPPORT 63 



Hulde brengende aan het Comiteit van den Oudheidskundigen 
Kring, welke het grootsche gedacht heeft opgevat tijdens de aan- 
staande Oogstmaand een Congres met tentoonstelling en andere 
feestelijkheden ter stede in te richten, geven wij U de verzekering dat 
de Leden der Drukpers aan hunnen plicht niet zullen te kort komen, 
wanneer het 't algemeen welzijn betreft, zooals. hier het geval is. 
En inderdaad, Mijnheeren, het geldt hier door de Drukpers de 
feesten bekend te maken, die ter gelegenheid van het zilveren 
jubelfeest van den Oudheidskundigen Kring ter stede zullen plaats 
grijpen, ten einde zooveel mogelijk vreemde bezoekers naar hier te 
lokken tôt groot voordeel van handel en nijverheid. 

U dan nogmaals deze uitdrukkelijke verzekering aanbiedende, 
stellen wij een heildronk voor, op het welgelukken van het aan- 
staande Congres, van de tentoonstelling en andere feestelijkheden. 

Enfin, M. Stroobant, ancien président du Cercle 
Archéologique, clôtura la série des toasts par ces 
quelques paroles flatteuses adressées au Secrétaire 
général du Congrès, M. H. Coninckx, membre fonda- 
teur et Secrétaire du Cercle Archéologique, et à ses 
collaborateurs du Comité exécutif : 

Messieurs, 

Il nous reste à porter un toast. Je vous convie de boire à la 
santé de celui qui, avec un inlassable dévouement, est depuis 
bientôt un quart de siècle la cheville ouvrière de notre Société et 
qui vient d'assumer la très lourde charge de Secrétaire général du 
Congrès de 191 1. 

M. Coninckx consacre tous ses loisirs à la prospérité du 
Cercle Archéologique; conjointement avec MM. Magnus et 
Préherbu, il est l'organisateur de la fête folklorique si réussie de 
ce soir. 

C'est là un gage de succès du futur Congrès, et je vous 
convie, Messieurs, de boire à la santé de M. Coninckx et de ses 
collaborateurs (Applaudissements). 

M. Coninckx se leva à son tour et, après un bref 
remercîment à l'Assemblée, dit : « Messieurs, j'ai été 
aujourd'hui l'homme à tout faire, il ne me manquait 



64 RAPPORT 

plus que le rôle de régisseur. Puisqu'on m'y voue, je 
m'exécute, en vous annonçant que le fils très sympa- 
thique d'un de nos plus sympathiques Confrères du 
Cercle veut bien nous chanter quelques airs anciens et 
notamment des lied d'amour, composés par Marguerite 
d'Autriche. La parole est donc à M. Tony Magnus ». 

Cet intermède musical fut un vrai régal. Artiste- 
ment accompagnées au piano par M. Durieux, ces 
vieilles et naïves complaintes furent détaillées de façon 
ravissante ; lorsque ensuite le classique « Kwezeltje 
wilde gij dansen » souligna définitivement l'archaïsme 
de la partie harmonique de la fête, la satisfaction de 
l'assistance se traduisit par des acclamations bruyantes 
et prolongées. 

La fête continua ensuite par battre son plein jus- 
qu'à une heure très avancée de la soirée. 

En se séparant, on se félicita du succès grand de 
la soirée, et unanimement on convint que le but espéré 
était atteint au delà de toute espérance : fêter le jubilé 
du Cercle et faire entrer le Congrès dans la phase 
d'organisation où le concours des Autorités, de la 
Presse, du Public, de toutes les bonnes volontés en un 
mot, lui est désormais assuré. 



H. CONINCKX. 



Nicolas van der Veken 



SCULPTEUR MALlxNOIS DU XVIP SIÈCLE 



Tout l'Olympe en délire, la ruée monstrueuse d'une 
race débridée, l'inextricable grappe de torses truculents, 
de carnations vermeilles, les ruisselantes clartés des 
gorges blanches, laiteuses, et des cambrures roses. 
L'ivresse éthérisée qui porte à la luxure, le paroxysme 
orgiaque des saturnales et le faste pompeux des cours. 
Les agonies livides des martyrs 'chrétiens, la hantise des 
corps suppliciés, aux chairs vergetées et pantelantes, la 
meurtrissure des yeux et celle cramoisie des lèvres, et 
par dessus tout, singulière antithèse, l'obsédante saveur 
païenne dans les légendes bibliques. Une création 
énorme qui regorge de sève, féerie de lignes et de 
couleurs, d'impétueux élans, de formes plantureuses, de 
blondes nudités, de manteaux écarlates et de simarres 
d'or. 

Voilà Rubens! 

L'étalage éclatant des marbres blancs et noirs, le 
galbe des colonnes qui montent avec essor, les corniches 
surplombant en de folles audaces et la silhouette pitto- 
resque des frontons. L'avalanche neigeuse des anges, 
génies païens, l'apothéose de saintes, grasses d'insou- 
ciante volupté, et le triomphe déclamatoire d'un Christ, 

5 



66 NICOLAS VAN DER VEKEN 

Jupiter florissant. Les groupements amoncelés, taillés 
au cœur des chênes, jetant pêle-mêle arbres, nuages, 
rochers ; accumulations déconcertantes où se lamentent 
de lascives Madeleines, aux seins lourds, aux croupes 
rebondies, aux reins cambrés, où des anachorètes 
flamands, aux torses athlétiques, se meuvent dans le 
vent qui fouette, creuse et tord leurs manteaux en 
bouillonnants remous. Des nichées d'amours joufflus, 
dodus, pervers, avec des ailes d'anges, des guirlandes 
qui croulent sous le poids des lourds fruits automnaux, 
croustillants et bombés. 

Voilà l'église ! 

Les façades à pignons, ouvrées comme des joyaux, 
scintillantes comme des reliquaires, des arcs de triomphe 
emphatiques et faux, des oriflammes soyeuses et des 
festons et des amours. Le fastueux cortège où des 
chevaux fringants piaffent, se cabrent et caracolent, 
allumant mille feux dans leurs harnais dorés, où des 
chars pesants et pompeux geignent, crissent et cahottent 
sur l'inégal chemin. Les dches pourpoints de soie et de 
velours, les fulgurants reflets des étendards, des armes de 
parade, et la houle du flot humain, ses chants scandés, 
ses cors tonitruants et le soleil. 

C'est la rue! 

Le luxe tapageur des vaisselles de cuivre, des 
grands plats godronnés et des buires pansues, entassés 
rutilants sur des dressoirs somptueux, des meubles tout 
fouillés de redondants décors. Le fauve éclat des cuirs 
qui animent les murs, l'énorme cheminée où flambe un 
tronc entier, réveillant mille reflets aux lustres, aux 
tentures, aux rideaux. Et la table dressée, avec ses 
nappes blanches, ses grès et ses cristaux. Toute la 
godaille épique, les bouillonnants convives, l'ivresse 
libidineuse, le rire épais, le propos égrillard et toute la 
vie charnelle et la folle chanson. 



SCULPTEUR MALINOÎS DU XVIl' SIECLE ^'] 



C'est le foyer! 

Et cette évocation d'ensemble qui fascine et émer- 
veille, c'est la Renaissance flamande, non point dans 
l'essai timide et timoré des premiers italianisants, ni 
dans le pastiche discordant et froid, simplificateur et 
synthétique, des romanisants du xvi'' siècle, mais dans 
sa splendeur virile, consécration admirable d'un lent et 
patient effort, le siècle de Rubens. 

Et pourtant à l'aurore du xvii^ siècle, le règne de la 
terreur, la furie espagnole vient à peine de s'apaiser. 
Les campagnes encore incultes sont plantées de gibets, 
les villages désertés ne se réveillent que sous le pas 
pesant des escadrons en marche, et les bruits perçants 
des métiers se sont tus dans les cités flamandes. Le 
calme peu à peu succède à la tourmente et le gouver- 
nement paisible déjà des archiducs Albert et Isabelle 
ramène en nos provinces une prospérité relative. Véri- 
table règne draconien, la domination espagnole, avec 
ses luttes religieuses, longues et ardentes, avait anéanti 
en notre pays, le plus riche du monde naguère, tout ce 
que la lente fermentation des siècles y avait produit 
dans les domaines de l'agriculture, du commerce et de 
l'industrie. 

Dès leur avènement, les archiducs s'étaient rendu 
compte de la dépression économique qui affligeait la 
région. Par tous les moyens ils cherchèrent à parer 
à la ruine qui s'annonçait imminente. La découverte 
des colonies avait stimulé les initiatives nationales et 
favorisa étrangement la consolidation des états euro- 
péens. L'esprit de rivalité économique fut exploité de 
manière fort adroite par nos archiducs, et soutint leurs 
efforts pour protéger, par des octrois et des privilèges, 
l'industrie nationale, en butte à l'àpre concurrence 
étrangère. 

Sans cesse préoccupés d'améliorer les métiers, tant 



68 NICOLAS VAN DER VEKEN 

anciens que nouveaux, de concilier les vieux privilèges 
corporatifs avec les progrès techniques qui s'imposaient, 
leur action fut très appréciable, au milieu des difficultés 
extrêmes, qui ne cessèrent de s'élever de toutes parts. 
Réalisant des travaux publics de première importance, 
fondant un système douanier fortement protectionniste, 
accordant des monopoles aux industries menacées, cette 
action eut été plus efficace si elle n'avait manqué 
d'unité, si elle n'avait égaré les plus généreux efforts en 
de vaines querelles sur le régime monétaire. 

Si la honte d'un fanatisme farouche se complaisant 
aux autodafés des sorcières ternit encore le règne des 
archiducs, si la prospérité était plus apparente que 
réelle, une certaine accalmie pourtant avait succédé à 
la tempête, et l'homme, dans un bien-être inespéré, se 
réjouit de la fraîcheur dont toutes choses semblaient 
imprégnées, et les lettres et les arts se prirent à 
refleurir. 

Secondés puissamment par l'ordre des Jésuites, 
dont l'enseignement contribua, efficace, à l'éclosion 
d'une brillante renaissance en ces domaines, les archiducs 
se firent les protecteurs généreux des hommes de lettres 
et des artistes. Autour de Juste Lipse tout un essaim 
de poètes, parmi lesquels de nombreux membres de la 
compagnie de Jésus, cultivaient la muse. A défaut de 
véritable inspiration, ils imitèrent Ovide et Virgile, 
dont, avec érudition, ils exaltaient la beauté. Les 
épanchements idylliques, embaumés de bonheurs para- 
disiaques, s'impreignent de paganisme; une oppression 
mélancolique en altère la sérénité ; mais quand éclate 
parfois la joie, quand se déchaîne l'exubérante ardeur, 
elle claironne, leur poésie, en accords impétueux, dont 
les ripailles de Jordaens ne sont que les transpositions 
colorées. La verve déclamatoire et redondante, le style 
grandiloquent et imagé des poètes latins de la décadence, 



SCULPTEUR MALINOIS DU XVII^ SIÈCLE 69 

avec tout le boursouflage pédantesque qu'y introdui- 
sirent les humanistes des xv^ et xvi' siècles italiens, 
furent les sources fécondes où nos lettres s'abreuvèrent 
goulûment, absorbant à pleins gosiers cette mixture de 
paganisme vénéneux et grisant. 

La peinture dès lors, qui ne demandait qu'à fleurir, 
sera l'expression, non pas uniquement du milieu 
déprimé encore des provinces flamandes, mais princi- 
palement de cette culture littéraire païenne, dont les 
lettres hollandaises et flamandes, autant que françaises, 
distillaient le charme troublant. 

Rubens, la plus vigoureuse plante de la floraison 
nouvelle, surgit en ce moment, et, durant un demi-siècle, 
soulagea son inépuisable fécondité en des créations 
grandioses qui éblouirent le monde. Nul mieux que lui 
ne représente cette époque, dont il engendra en quelque 
sorte le faste redondant, et c'est à travers ses œuvres 
qu'on la jugera toujours. Imbu de littérature latine, 
ayant absorbé par un travail d'assimilation formidable 
tout ce que l'Italie pouvait lui enseigner, professant en 
outre pour la Rome antique un culte enthousiaste, il 
était l'homme tout désigné pour servir les projets de ses 
souverains et de leurs zélés apôtres, les Jésuites. 

Défenseurs opiniâtres de la forteresse catholique du 
Nord, qu'était notre pays, soucieux d'éviter la réforme 
par un culte tolérant et rajeuni, et considérant l'art 
comme un des moyens de propagande les plus efficaces, 
les disciples de Loyola flairèrent en Rubens un allié 
puissant. Nul mieux que lui n'était capable de trans- 
poser en formes et couleurs leurs audacieux sermons, 
teintés de paganisme. En s'attachant l'artiste, ils con- 
quirent une école. Autour de lui, en effet, en son atelier, 
se meut une pléiade merveilleuse de praticiens, maîtres 
tous, mais éclipsés pourtant par le génie mondial du 
plus puissant des peintres. 



70 NICOLAS VAN DER VEKEN 

Non seulement la peinture, mais encore l'architec- 
ture, la sculpture et les arts décoratifs en général 
doivent ])lus que leur nom de style jésuite à l'ordre de 
Loyola. L'édification de multiples églises, influencées, 
en leur structure autant qu'en leur décor, du baroque 
italien, admirablement assimilé par le cerveau de 
Rubens, la belle envolée que prit la sculpture, sous 
l'impulsion du Bernin, le regain de vie dont témoignent 
la tapisserie, le mobilier et l'orfèvrerie, voilà le fruit de 
la munificence jésuitique. Si le style pompeux et faux 
justifie en certains sens le dédain que le snobisme 
moderne professe à son égard, ce style bien flamand, 
dans son opulente splendeur, eut au moins l'incontestable 
mérite d'avoir atteint cette unité, cette physionomie 
harmonique, qui manquent totalement à notre siècle 
infatué et prétentieux. Ce fut la peinture toutefois qui 
prit la direction, et non l'art de bâtir, ainsi que le 
veulent généralement les grandes époques artistiques. 
Partant de là, l'architecture sera fictive et picturale, au 
lieu d'être sincère, son décor sera théâtral et trompeur, 
et la sculpture sera tumultueuse et pleine d'afieterie. 

Quel cadre merveilleux pourtant ces arts four- 
nissent aux rêves grandioses que Rubens fixa sur ses 
toiles immenses. Non seulement des peintres, mais 
encore des graveurs, des sculpteurs, des architectes 
s'attachèrent aux pas de l'illustre créateur. Et parmi 
eux, le sculpteur Luc Fayd'herbe de Malines semble 
avoir joui de la faveur toute spéciale du maître. Il 
contribua puissamment à propager son style, large, 
plein de hardiesse, de tumultueuse envolée, où se retrou- 
vera le caractère prédominant de tout l'art flamand du 
xvii' siècle. 

Les troubles religieux, qui avaient dévasté nos 
provinces, n'avaient laissé que des monceaux de 
ruines. Le mobilier et la sculpture de nos églises, forte- 



SCULPTEUR MALINOIS DU XVIl' SIÈCLE 7I 

ment endommagés par les iconoclastes, exigeaient des 
réparations urgentes. Sous l'influence des idées nou- 
velles, importées d'Italie par l'esprit encyclopédique 
de Rubens, les autels se surmontèrent de portiques 
imposants, empruntés aux arcs de triomphe antiques, 
et réservant l'hospitalité la plus bienveillante aux 
énormes tableaux du lyriste anversois ; des chaires de 
vérité s'élevèrent, accumulations pittoresques de person- 
nages et d'animaux, de rochers et de feuillages, et les 
murs se recouvrirent, avec une fantaisie infinie et 
variée, de stalles, de boiseries et de confessionnaux, 
où la décoration sculpturale tenait une place prépon- 
dérante. 

A l'aurore du xvii^ siècle, la ville de Malines, 
qui avait vu sombrer dans la furie espagnole son inou- 
bliable splendeur d'antan, respira plus librement, et 
retrouva dans le commerce et la manufacture une 
prospérité relative. La fondation, en 1620, du Mont-de- 
Piété, débarrassa les classes laborieuses de cette lèpre 
de l'économie, les Lombards et les tables de prêts. 
Si l'industrie drapière était perdue sans espoir, on 
chercha à introduire le tissage de la soierie avec le 
concours de tisserands français. La fabrication des cuirs 
dorés traversa une ère des plus florissantes. C'était 
l'époque des grandes cavalcades, des festivités pom- 
peuses, et le cortège de 1680, en célébration du jubilé 
de saint Rombaut, fut entouré d'un faste inoui. Les 
corporations vivaient leurs dernières années de splendeur 
et contribuaient, par leurs deniers et leurs personnes, 
au lustre des pompeux cortèges. 

Dans un tel milieu l'art devait incontestablement 
s'épanouir et jouer un grand rôle. Un homme de 
génie prit la tête du mouvement et entraîna à sa 
suite un essaim d'habiles artistes, rivalisant de zèle 
et d'invention, pour embellir la cité. Du sein de son 



72 NICOLAS VAN DER VEKEN 

noyau médiéval s'éleva une renaissance architecturale 
remarquable. L'église du Béguinage, le sanctuaire de 
Notre-Dame d'Hanswyck, la chapelle du prieuré de 
Leliëndael et l'église des Jésuites témoignent hautement 
des tendances artistiques nouvelles. Les ornementations 
fastueuses et la surcharge du style jésuite, confinant si 
aisément au mauvais goût, s'y étalent ostensiblement, 
plus encore peut-être dans leurs ameublements luxueux 
que dans leurs pompeuses façades de pierre blanche. 

Le nom de Luc Fayd'herbe s'attache indélébile à 
cette époque, comme celui des Kelderman aux siècles 
passés, van der Veken, Langhemans, Van der Steen, 
Boeckstuyns, Verhaegen et Valckx forment, avec lui, 
la plus incomparable des écoles de sculpture que 
connut notre pays. Décorateurs avant tout, les sculp- 
teurs flamands du xvii^ siècle manquèrent très souvent 
de profondeur dans leurs productions hâtives; mais 
quelle richesse, encore que tapageuse et vulgaire parfois, 
mais quelle fantaisie opulente, quelle abondante variété. 

Leur rêve en général ne dépassa guère celui de 
transposer en marbre, ou plus souvent en bois peint, les 
compositions audacieuses du colosse anversois ; mais si 
le raffinement manque, combien admirable est leur 
vigueur; si le bon goût leur fait défaut, combien débor- 
dant de suc est leur talent, quelle harmonie parfaite a 
présidé toujours aux réalisations audacieuses de leurs 
plus féeriques visions. 

Le XVII' siècle pourtant ne s'acheva pas sans voir se 
propager, parallèlement à l'impulsion rubénienne, 
l'influence d'un art gracieux, plus séducteur sans doute, 
mais dégénérant parfois en une délicatesse exagérée. Ce 
courant, nouveau en Flandre, trouva son origine chez 
van Dyck. il en avait puisé le secret dans son âme raffinée 
d'abord, puis en Italie, dans les préciosités berninesques 
et les virtuosités bolonaises, mais surtout près de cette 




E % 



74 NICOLAS VAN DER VEKEN 



belle aristocratie anglaise dont il devint à la fois le 
premier et le plus grand des portraitistes. 

Si l'école flamande demeura plutôt fidèle aux leçons 
impérieuses et subjuguantes de Rubens, la grâce allan- 
guie des anges et des femmes de van Dyck ne tarda pas 
à s'imposer dans tous les domaines. Cette grâce particu- 
lière fascina le génial sculpteur Pierre Puget, en France. 
Dans la sculpture belge, Nicolas van der Veken (i) en 
fut un des plus brillants interprètes; il en fut l'initia- 
teur, à Malines, où cet art séduisant fleurira jusqu'en 
plein xviii' siècle, plante vivace qui ne s'étiolera que 
sous le souffle glacé du classicisme. 



H 



Nicolas van der Veken vit le jour à Malines et y 
reçut l'onde baptismale en l'église Saint-Rombaut, le 
2g octobre lôSy (2). Sa famille nous est fort imparfaite- 



(1) La seule biographie de quelque importance, publiée sur Nicolas van 
der Veken, est celle que nous trouvons dans l'excellent travail de M. Emmanuel 
Neeffs, Histoire des sculpteurs malinois, 1876, pp. 212-219. 

Elle nous a servi de base à l'étude que nous avons faite de cet artiste. 
M. le Ch'' Edmond Marchal, La sculpture et les chefs-d'œuvre d'orfèvrerie 
belges, 1895, pp. 542 à 544, n'a fait que reprendre les données de M. Neeffs. 

(2) Voici l'extrait du Registre des naissances de l'église Saint-Rombaut, 
années 1631 à 1639. 

1637, 29 octobre. 

Parents : Henricus Van der Veken. 

Anna Claes. 
Enfant : Nicolaus. 
Parrains : Nicolaus Toussaint. 

Anna Matteys. 

Le parrain Nicolas Toussaint ou Tousyns était peintre et avait commencé 
son apprentissage chez Rombaut Michiels, en janvier 1588. 

Suivant cette inscription, Nicolas fut baptisé le 29 et non le 20 octobre, 
ainsi que l'affirme Emm. Neeffs, op. cit., p. 213. 

Il ressort de la même inscription, que le père du sculpteur se nommait 



SCULPTEUR MALINOIS DU XVIl' SIÈCLE jS 

ment connue. Henri van der Veken et Anne Claes, ses 
parents, avaient contracté mariage en l'église SS. Pierre 
et Paul, le 27 novembre i632 (1). Quatre enfants naquirent 
de cette union : François, baptisé le 4 octobre i633 ; Josse, 
le 3i mars i636; Nicolas, le 2g octobre 1637; et Egide, 
le i5 juillet 1644. François n'était donc pas le demi-frère, 
mais le frère aîné de notre sculpteur, contrairement à la 
supposition émise par différents chroniqueurs et reprise 
par Emm. Neeffs. 

Le père était un modeste sculpteur, dont les comptes 
communaux de la Ville (1614-1615) mentionnent le nom, 
à propos des restaurations apportées au navire, figurant 
annuellement dans VOmmegang malinois. Il n'était donc 
plus très jeune quand il épousa Anne Claes. La date de 
son décès est incertaine, plusieurs noms identiques 
figurant dans l'obituaire de l'église Saint- Rombaut ; 
nous n'avons donc pu la déterminer exactement. De 
fortes présomptions toutefois portent à considérer la 
date du 16 octobre 1644 comme la plus probable. En 
effet, nous trouvons le jeune Nicolas, à peine âgé de 
10 ans, en apprentissage chez un autre sculpteur. Il est 



bien Henri et non Lambert, comme on le lit dans E.-J. Smeyers et H.-D. Van 
DEN NiEuwENHUYSEN, Korte levcnsbescryf van Groofe mannen (Archiv. Malines DD. 
N» XVI, p. 79), et dans le Wekelijksch Bericht van Mechelen, de 1783, p. 141 
(Konstminnende wandelinge). 

. Erronément le Vereerlijkt Mechelen (Ke partie, p. 374) nomme notre 
sculpteur Marcus au lieu de Nicolas. En effet, aucun Marcus van der Veken 
n'apparaît dans la liste des membres de la gilde des peintres de Malines (voir 
Mechelsch Bericht, 1786, op. cit. p. 659). 
(1) 27 novembre 1632 
Juncti sunt matrimonio 
Henricus van der Veken 
Anna Claes 

Registre matrimonial de l'église 

SS. Pierre et Paul, à Malines. 
Dans le registre de St-Rombaut, leur mariage est inscrit à la date du 20 
novembre même année; nous devons considérer cette inscription comme la publi- 
cation des bans de maître Henri, qui habitait cette paroisse. 



76 NICOLAS VAN DER VEKEN 

permis de supposer que, si son père avait vécu à cette 
époque, il aurait pris le soin d'initier personnellement 
son fils dans son propre atelier. 

De sa mère, nous ne connaissons que le nom. 
Nous nous la représentons bonne et pieuse et pouvons 
présumer que c'est auprès d'elle que notre artiste puisa 
les principes de droiture, d'humilité et de probité, ainsi 
que les fermes croyances religieuses qu'il extériorisa 
au cours de sa carrière artistique. Une habitation avec 
jardin et dépendances, située « in den Huyvetters 
Ham », au quartier des Tanneurs, fut cédée aux parents 
de Nicolas, le 7 octobre 1643 (i). La veuve continua 
apparemment d'habiter cette maison avec ses enfants 
mineurs, car l'obituaire de l'église Saint-Rombaut nous 
apprend qu'elle mourut le 10 octobre 1667, rue de la 
Chapelle; or, cette rue est située en ce quartier. Nicolas 
habita probablement jusqu'à la fin de sa vie cette rue, 
où nous le trouvons avec certitude en 1680 (2). 

Le nom de van der Veken était fort répandu à 
Malines ; nous ignorons toutefois quels furent les ancêtres 
de notre tailleur d'images. Un certain Jean van der Veken , 
peintre et sculpteur, habitait Anvers en 1574, mais 
acquit, le 17 octobre i58i, à Malines, sa ville natale, la 
franchise de son double métier. Le ig juillet i585 il 
rentra à Malines, d'où les troubles politiques l'avaient 
éloigné. Ce Jean van der Veken était-il le grand-père 
de Nicolas? Rien jusqu'à présent ne nous permet de 
l'affirmer, mais les traditions artistiques qui, en général, 
se transmettaient et se perpétuaient en une même 
famille, nous le font supposer. 



(1) Reg. Scab. 264. Ad. et Déshéritances, f" 164. Archives, Malines. 

(2) Voir E.-J. Smeyers, Aanteekeningen rakende onze schilders en beeld- 
houwers. Notices DD, XVII, Archives, Malines. 

« Nicolaes van der Veken, beelthouwer, in 't ambacht gecomen nog jongman 
sijnde, 1 febr. 1662, woonde ten jaere 1680 in de Capelstraet. » 



SCULPTEUR MALINOIS DU XVII^ SIÈCLE 77 

La vocation du jeune Nicolas se dessina de bonne 
heure, car, comme nous l'avons vu, dès l'âge de dix ans, 
le 20 novembre 1647, il fit son entrée comme apprenti, 
dans l'atelier de Maximilien Labbé (i). Sculpteur 
médiocre, enlumineur indigent, maître Labbé avait 
épousé, le 7 janvier i63i, Cornélie Franchoys, veuve 
du peintre-sculpteur Henri Fayd'herbe, dont il reprit 
l'atelier. Il avait entrepris aussitôt l'éducation artistique 
de son beau-fils, Luc Fayd'herbe, qui ne tarda pas à se 
soustraire à cette direction peu assurée et passa, en 
i636, sous la tutelle péremptoire et enthousiaste de 
Rubens. 

Nicolas van der Veken ne séjourna sans doute que 
peu de temps chez Labbé, qui se contenta vraisembla- 
blement à rompre le jeune apprenti aux premières 
difficultés du métier. Nulle œuvre de Labbé n'étant 
conservée, nous ne pouvons rechercher les traces de 
l'influence qu'il put exercer sur le jeune artiste. C'est 
dans cet atelier de peintre, où la besogne était bien 
moins abondante que variée, que Nicolas doit avoir pris 
goût à la peinture. En ces siècles, où la pratique des 
arts était considérée comme une profession et non un 
sacerdoce, les ateliers étaient loin d'être ce qu'ils sont 
de nos jours. Des familles dans la grande famille corpo- 
rative, c'étaient parfois de véritables pépinières de jeunes 
talents, débutant comme apprentis, reçus maîtres plus 
tard, mais dont, même alors, l'ambition ne dépassait 
guère l'honneur de pouvoir exercer leur art aux côtés du 
patron. D'aucuns s'établissaient à leur tour, formaient un 
nouvel atelier; d'autres épousaient la fille du maître et 
continuaient sa tradition ; mais toujours une intimité 
affectueuse et l'entente la plus cordiale régnaient entre 



(1 j Hyacinthe Coninckx, Le livre des apprentis de la Corporation des Peintres 
et des Sculpteurs à Matines, 1903, p. 58. 



78 NICOLAS VAN DER VEKEN 



le patron et ses disciples, ses enfants, ainsi que les 
chroniques les désignent parfois. 

Tel fut l'atelier de Rubens, tel celui de Luc 
Fayd'herbe, où Nicolas van der Veken acheva son appren- 
tissage. Nous ignorons la date à laquelle il débuta chez 
l'illustre sculpteur flamand. Il est toutelois certain qu'il 
était jeune encore, car dès 1662, âgé de 25 ans, Nicolas 
obtint la maîtrise. Il va donc sans dire qu'il est erroné 
de considérer J.-F. Boeckstuyns, et surtout F. Langhe- 
mans, comme ses compagnons d'atelier, ce dernier 
n'étant né qu'en 1661. L'atelier de Fayd'herbe, étant 
donné le nombre considérable d'œuvres qui en sortirent, 
fut des plus importants; des disciples nombreux y 
travaillaient pour le maître. Celui-ci, sous la puissante 
impulsion rubénienne, à laquelle il emprunta la vision 
large, les goûts pompeux et l'amour des vastes ordon- 
nances monumentales, eut pour mérites principaux une 
grande hardiesse et un esprit entreprenant, qui devaient 
le servir admirablement en cette époque unique pour le 
mobilier religieux et la sculpture de nos églises. 

Doué d'un esprit d'assimilation peu ordinaire, Luc 
Fayd'herbe excella à traduire en pierre et en marbre les 
compositions de Rubens. Après trois ans d'apprentis- 
sage, le célèbre peintre anversois lui avait délivré un 
certificat des plus élogieux, et Fayd'herbe, reçu franc- 
maitre en sa ville natale, en 1640, n'avait pas tardé à 
récolter les fruits de sa brillante formation artistique. Il 
ne connut les chefs-d'œuvre de l'antiquité que par 
l'intermédiaire de Rubens, son mariage l'ayant empêché 
de donner suite au projet qu'il caressait d'effectuer le 
classique voyage d'Italie. Il en résulte dans ses com- 
positions une certaine lourdeur, un certain manque 
d'équilibre et une prédilection des formes tourmentées, 
convulsées, qui deviennent pour ainsi dire une caracté- 
ristique de son métier. C'est sans doute à travers ce 



SCULPTEUR MALINOIS DU XVIl' SIÈCLE 79 

tempérament de statuaire que Nicolas van der Veken 
goûta la largeur du style rubénien, mais c'est ailleurs 
qu'il faut chercher l'origine de la grâce sentimentale et de 
la délicatesse expressive qui le caractérisent. Connut-il 
les productions de van Dyck? Sans doute. Il est certain 
toutefois que l'élégance séduisante, caractérisant l'art 
de van der Veken, est l'expression même de son âme 
originale et raffinée. 

En véritable héritier des traditions médiévales, 
maître Nicolas ne répudia jamais la couleur en tant que 
complément esthétique de ses images religieuses. Le 
dédain professé par Michel-Ange et par ses imitateurs 
pour cet artifice, fort légitime pourtant, de faire valoir 
la statue et le relief en général par l'enluminure, ne 
trouva pas grâce chez notre artiste et, à l'exemple des 
maîtres des deux grandes époques grecque et gothique, 
il avait l'habitude de communiquer à son travail, à 
l'aide du pinceau, ce suprême souffle de vie que le 
ciseau est incapable de lui donner. 

Soucieux de la vérité et de la perfection technique, 
il suivit pendant quelque temps les leçons du peintre 
Nicolas Smeyers (i), afin d'être à même de polychromer 
ses figurines de saints, sans avoir recours à d'autres 
artistes. Il s'en tira d'ailleurs toujours avec un réel talent 
et à son plus grand honneur. Après cet apprentissage 
consciencieux, le jeune artiste était armé pour se con- 
quérir une place fort en vue dans la glorieuse école d'art, 
dont s'enorgueillit, à juste titre d'ailleurs, le xvii^ siècle 
flamand. 

Le I" février 1662, Nicolas fut reçu maître et admis, 



(1) Dans la notice de Corneille Van Gestel, Viri illustres mechlinienses 
scriptis vel fama clari collectore Cornelio Van Gestel, 1740, P 133 (Archives de 
Malines), nous trouvons le nom de Gillis Smeyers et non celui de Nicolas. 

Nous n'en avons pu découvrir la confirmation. 



8o NICOLAS VAN DER VEKEN 

en sa ville natale, à la franchise du métier ; il versa de 
ce chef une rétribution de xl florins. Quitta-t-il en ce 
moment l'atelier de Luc Fayd'herbe? Nous l'ignorons. 
Toujours est-il que le 3o novembre i663, nous lui voyons 
admettre un élève, Gilles van der Veken. Nous déduisons 
de ce fait la certitude qu'il travaillait pour son compte 
particulier. 

Le maître ne se maria point. On ne rencontre 
chez les chroniqueurs anciens, qui parlent de lui, aucune 
de ces jolies légendes dont ils avaient l'habitude de 
passementer leurs pittoresques récits. Dans sa demeure, 
rue de la Chapelle, il menait une existence calme, mais 
active. Membre de la sodalité des Pères Jésuites, il 
était fort pieux, plein de bon sens, d'une irréprochable 
droiture. C'était, de plus, un esprit fort original, que le 
milieu ambiant ravissait sans l'inspirer pourtant. Il se 
complaisait dans sa ville natale, qu'à notre connaissance 
il n'a jamais quittée, et qu'il était prêt à défendre sous 
la bannière du serment des escrimeurs. 

Travaillant presque uniquement pour les églises 
et les couvents malinois, la renommée artistique de 
van der Veken était exclusivement locale. Elle l'est 
demeurée jusqu'à ce jour. Une seule fois, en i685-86, 
son nom figure dans les comptes communaux de sa ville 
pour des restaurations, peu importantes d'ailleurs, 
apportées au Christ, placé sur le pont de la Fontaine (i). 
Doyen de la corporation de Saint-Luc en 1680, 1683-84, 
i6go à 92 et 1694 (2), il signa encore, en 1702, un 



(1) « Betaelt aan Niclaes van der Veken, voor gerepareert fe hebben ende 
geschildert den Lieven Heer hangende aan liet cruys op de fonteyne brugge binnen 
deze stadt. per ordonnantie ende verificatie van den controlleur : 3 gulden. » Comptes 
communaux de Malines 1685-1686, p. 179 v"). 

Les travaux exécutés par l'artiste étaient certainement de peu d'importance, 
étant donnée la modicité de la somme qu'il toucha de ce chef. 

(2) Voir H. CoNiNCKX, op. cit., pp. 27-28. 



SCULPTEUR MALINOIS DU XVIl" SIÈCLE 8l 

manifeste adressé par cette gilde à l'autorité communale 
de Malines. 

Un matin d'hiver, le i5 janvier de l'année 1709 (i), 
par un froid rigoureux, Nicolas van derVeken fut trouvé 
mort, assis dans son appartement, enveloppé d'un ample 
manteau et les pieds posés sur une chaufferette. Courbé 
et chenu, réduit sans doute à l'inaction par une vue 
affaiblie et des doigts gourds, le vieil artiste s'assoupit 
probablement à la suite d'une de ces longues méditations 
où la mélancolie l'accablait. Il succomba à l'asphyxie 
causée par les émanations d'oxyde de carbone que 
dégagea le petit réchaud (2). 

Nicolas van der Veken fut essentiellement un 
sculpteur sur bois; à titre exceptionnel, il travailla la 
pierre ou le marbre, et aucune œuvre en ces matières 
ne parvint jusqu'à nous. Les seuls travaux en pierre 
qu'on cite de lui sont les décorations de la façade du 
local de la gilde des Merciers et celles du local des 
Graissiers (3). 



(1) Emm. Neeffs, op. cit., p. 214, à la suite de tous les chroniqueurs du 
xvnie siècle, donne comme date du décès de Nicolas van der Veken l'année 1704. 

Le registre obituaire de l'église Saint-Rombaut mentionne sa mort à la date 
du 15 janvier 1709. 

(.2) C. Van Gestel (op. cit.) fait mourir dans ces circonstances, François 

van der Veken, durant un hiver rigoureux, l'année (la date manque). II y a ici 

confusion de noms, étant donné que ce François, le frère aîné de Nicolas, mourut 
le 17 août 1713. (Obituaire de l'église des SS. Pierre et Paul). 

(3) Le local réservé aux réunions de la Gilde des Merciers se composait de 
deux petites habitations, entre lesquelles était ménagé un passage donnant accès à 
tine cour, au fond de laquelle se trouvait la chapelle de Saint-Martin. Ce local avait 
servi précédemment à la Petite Arbalète et fut abandonné par celle-ci en 1604. 
L'ensemble de bâtiments fut démoli en 1830 et occupait l'emplacement actuel des 
maisons n"s 19 et 21 aux Bailles de Fer (Voir De Namen en de korte geschiedenis 
der Huizen van Mechelen, par Ad. Reydams, p. 134). 

L'aquarelle N^ 408 du recueil J. Schaeffer, album VIII, conservé aux Archives 
de Malines, nous montre la façade de cette maison corporative. Un bas-relief 
représentant saint Martin partageant son uianleau f guie au-dessus de la porte; 
nous ne sommes pas parvenus à savoir si cette décoration est de la main de 
Nicolas van der Veken. 



82 NICOLAS VAN DER VEKEN 



Le bois qu'il travailla de préférence suppose une 
technique particulière, tant dans le traitement du nu 
que dans celui de la draperie; il en est de même pour 
la conception esthétique. Cette matière, mieux que 
toute autre, se prête à la taille profonde des plis, pro- 
duisant ainsi des effets d'ombre et de lumière d'une 
intensité exceptionnelle; par sa nature fibreuse, elle 
autorise des hardiesses de mouvements inadmissibles 
chez les marbriers. 

Le fini du détail, souligné d'une polychromie 
brillante, a joui de tout temps de la faveur des sculp- 
teurs sur bois; aussi, continuant les traditions des ima- 
giers brabançons du moyen âge, Nicolas van der Veken 
enlumina souvent avec beaucoup de talent ses statues 
du Christ et de Saints. Plus généralement ses grandes 
figures décoratives demeurent non coloriées. 

Modelées avec une virtuosité technique remarqua- 
ble, conçues en un sentiment religieux que le xvii^ siècle 
ignore en général, ces grandes figures, taillées dans le 
chêne, gardent de cette matière encore vivante un 
frémissement qui les rapprochent de la vraie chair, car, 
comme celle-ci, il a toute l'onctuosité de la peau humaine. 
La patine lustrée des siècles revête parfois ces figures, 
d'une moiteur fraîche qui, étrangement, en accentue 
encore la vie. Matière éminemment riche en reflets, elle 
est aussi pleine d'imprévu, et la rencontre d'une veine 



Nous tenons à faire remarquer d'autre part que le chroniqueur Corneille 
van Gestel (op. cit., 134) mentionne comme travail de van der Veken, la décoration 
sculpturale de la façade de l'Ancre, local des Graissiers, Bailles de Fer. Cette 
ornementation comportait de petites sxènes avec enfants, exécutant différents travaux 
ayant trait à ce métier. L'aquarelle No 419 du recueil ci-dessus, album IX, représente 
cette façade. Nous y voyons, en effet, huit petits bas-reliefs en pierre, placés 
au-dessus des fenêtres. Sur chacun, deux petits amours travaillent. Les dimensions 
trop restreintes et l'interprétation ne'permettent pas de juger de cette œuvre. Dans 
une niche du pignon se trouvait une statue de saint. Cette façade est conservée, mais 
les décorations en ont disparu. 



SCULPTEUR MALINOIS DU XVIl' SIÈCLE 83 

ligneuse, d'un nœud ondulant détourne le ciseau du 
modèle pétri en glaise et le promène capricieusement en 
des lignes nouvelles. C'est ici que se révèle le maître 
et qu'il se distingue de la pléiade d'artisans auxquels il a 
parfois recours. 

Nicolas van der Veken fut l'interprète de la grâce et 
n'eut point, comme Fayd'herbe, l'amour de la force et de 
la vie active. Son âme sensible et mélancolique eut des 
douceurs et des tristesses qu'ignora ce dernier. Les 
figures, toujours élégantes et fines, de proportions 
élancées, aux attitudes nobles, attestent un sentiment 
très délicat de la beauté. Sous des draperies souples, 
rarement tumultueuses, mais transparentes parfois, tant 
elles épousent étroitement les formes, les corps se 
devinent toujours solidement construits, les chairs déli- 
cieusement modelées. 

Partout la forme nue a précédé la figure drapée. Le 
modèle vivant et dévêtu a été scrupuleusement repro- 
duit d'abord, puis recouvert de draperies, collantes et 
finement plissées parfois, ou bien amples et s'accumulant 
en plis moelleux et lourds. Le sculpteur ne se contenta 
jamais de la science acquise à l'atelier d'un maître, en 
aucune circonstance il ne se fia à son habileté technique ; 
mais soucieux de vérité, constamment il tourna ses 
regards vers la nature. Telle petite vierge est une exquise 
villageoise heureuse de sa première maternité, telle 
figure de génie, un gracieux éphèbe aux traits ambigus, 
empreints de troublante féminité. Les visages ovales, 
encadrés de boucles épaisses, expriment avec éloquence 
la tendresse languissante, la tristesse soucieuse ou le 
bonheur serein. La gamme des sentiments chez van der 
Veken est peu étendue peut-être, mais il en fait vibrer 
toutes les notes en accords harmonieux, en suaves 
mélodies. Le modelé des nus est à la fois simple et 



84 NICOLAS VAN DER VEKEN 

délicat, produisant sur la rétine le même effet que la 
chair vivante sur les papilles des doigts. Les extrémités 
délicates révèlent un soin tout particulier, et les mains 
féminines, aux réseaux de veines à fleur de peau, sont 
d'une finesse exquise. 

L'œuvre de Nicolas van der Veken est uniquement 
religieux. Il traitait avec une prédilection marquée les 
sujets angéliques; aussi toutes les églises de Malines 
possédaient quelque échantillon de cet art charmant, 
interprète de la grâce mutine de l'enfance. Les statues 
de saints et de saintes ont une expression suave, tout en 
étant frappantes de vérité et de vie. Parfois elles révèlent 
un sentiment douloureux plein d'éloquence et qui devient 
poignant dans ses belles représentations du « Dieu de 
pitié ». C'est toutefois dans ses figures allégoriques et fémi- 
nines que l'expression devient étrangement troublante, par 
l'attrait du visage rêveur et alangui, la douceur des lèvres 
légèrement entr'ouvertes et la caresse des longs yeux 
humides et noyés d'ombre, où se reflète l'àme entière. 
S'il excelle dans le jet des draperies, où le jeu adouci 
du clair-obscur exclut toute sécheresse, par les demi- 
teintes et les gradations fondantes, il montre non moins 
de virtuosité dans l'exécution des décorations végétales 
et florales, des accessoires symboliques ou religieux. 
Dans son ensemble, l'œuvre de Nicolas van der Veken 
révèle un maître de second rang, préoccupé avant tout 
d'émouvoir par la grâce plus que par la grandeur. Avec 
sa sincérité parfaite et son amour du travail, il doit 
avoir donné tout ce qu'il avait en lui ; on ne pouvait 
raisonnablement lui demander davantage. Sachons 
oublier les inévitables faiblesses afin de mieux goûter 
le charme de ses productions. Tel sa vie même, son art 
est calme, intime et religieux. 

Raffiné sans jamais tomber dans la préciosité, 



SCULPTEUR MALINOIS DU XVIl' SIÈCLE 85 

expressif sans mignardise et svelte sans mièvrerie, cet 
art n'eut pas de lendemain immédiat chez nous; ce 
sont, en effet, les ardentes formes rubéniennes, les 
draperies envolées, le mouvement plein de fougue de 
Luc Fayd'herbe, qui se perpétueront pendant tout le 
xvii'^ siècle chez les travailleurs du bois de l'école 
malinoise. 

Nonobstant la pérennité de l'influence de Fayd'herbe, 
un art plus séduisant ne tarda pas à se greffer sur ce 
tronc vigoureux, un art gracile et élégant, d'une déli- 
catesse nerveuse parfois, plus proche de van Dyck. 

L'action du style rubénien sur l'art de van der 
Veken, exercée par l'intermédiaire de Luc Fayd'herbe, 
quoique fortement mitigée, est indéniable. La conception 
large et décorative des figures et la riche variété des 
draperies mouvantes lui viennent incontestablement de 
son second maître; mais la simplicité, la facilité et la 
grâce morbide qui distinguent ses œuvres sont plus 
proches de l'art de van Dyck que de celui de Rubens. 

Une prédilection marquée pour les attitudes calmes, 
traduisant par la nonchalance rythmique du corps le 
jeu mobile des lignes serpentines, donne à son œuvre 
une grâce plus souple, plus coulante que celle obser- 
vée chez les maîtres du mouvement. Chez ceux-ci 
l'effort vers la vie avorte, bien souvent, en une agitation 
outrée des membres, en une fougue intempestive des 
draperies. 

Quoique l'art de van der Veken n'eut pas à pro- 
prement parler d'imitateurs, il ne fut cependant pas 
sans exercer une influence locale parallèle à celle de 
Fayd'herbe, sur des maîtres qui, tels Théodore Ver- 
haegen et Pierre Valckx, perpétuèrent les bonnes tradi- 
tions de l'école malinoise en plein xviii^ siècle. 

Parrni les disciples de Nicolas, aucun, à notre 



86 NICOLAS VAN DER VEKEN 

connaissance, ne se distingua particulièrement. Plusieurs 
portent le nom patronymique du maître, appartenant 
sans doute à sa famille. Gilles van der Veken, peintre 
et sculpteur, qui devint franc-maître en 1680, travailla 
sous sa direction à partir du 3o novembre i663 ; Corneille 
van der Veken fit son entrée à l'atelier de Nicolas le i5 
mars 1671, et un second Corneille le 18 septembre 1687. 
Il eut encore pour élèves : François de Leenher et 
François Delien, dont l'apprentissage commença le 
8 août 1684. Un nommé Jean van der Veken devint 
maître en 1670, et François van der Veken, frère de 
Nicolas, travailla aux figures décoratives du maître-autel 
de l'église Notre-Dame au delà de la Dyle, érigée en 
i6go. 



III 



Nicolas van der Veken fut en quelque sorte un 
spécialiste des confessionnaux. A l'encontre des autres 
sculpteurs de son école, aucun autel monumental, de 
marbres noir et blanc, dont se pare le chœur de nos 
églises; nulle chaire de vérité en chêne, revêtant jusqu'à 
la voûte, de ses entassements pittoresques, le pilier qui 
la soutient; aucune de ces vastes ordonnances ne pro- 
clame le nom de notre artiste. Un grand nombre de 
confessionnaux, par contre, se réclame être de son ciseau 
délicat. 

L'histoire du confessionnal en Belgique ne com- 
mence pour ainsi dire que vers la fin du xvi^ siècle, 
époque à laquelle s'introduisent les premiers de ces 
meubles, dans lesquels des grillages séparent le confes- 
seur du pénitent. Petit à petit se perd la mode ancienne 
où le prêtre entendait la confession assis en un fauteuil 
ou en une des stalles du chœur, le pénitent étant 



SCULPTEUR MALINOIS DU XVII^ SIÈCLE 87 

agenouillé devant lui. L'usage nouveau ne se généralisa 
toutefois qu'au xvii' siècle, sous les prescriptions sévères 
des évêques. 

La disposition dès lors devient à peu près fixe ; 
l'ornementation par contre varie abondamment. Le 
compartiment central pour le confesseur, muni de portes 
plus ou moins ornées, est accolé de figures emblémati- 
ques ou de colonnes ; il est séparé des cases latérales, 
réservées aux pénitents, par des grillages ou des pan- 
neaux à rinceaux ajourés. Les côtés extérieurs, terminés 
généralement par des colonnes ou des pilastres, se lient 
aux boiseries qui lambrissent les murs. 

'L'église Sainte-Catherine de Matines possède de Nico- 
las van der Veken quatre confessionnaux, dont deux, 
taillés en chêne, sont surtout remarquables (i). 

Celui de la chapelle Saint- Antoine (bas-côté méri- 
dional) mérite avec raison la première place dans notre 
examen. Chaque côté du compartiment central est décoré 
d'une figure de pénitente : d'une part Marie-Madeleine 
tenant un crâne et un vase à baume, d'autre part Marie 
l'Egyptienne, embrassant avec ferveur le crucifix. Deux 
colonnes au chapiteau composite, au fût uni, coupé 
seulement d'une bague laurée, supportent la corniche ; 
le frontispice en est orné d'un délicieux chérubin, 
portant la croix et montrant d'un doigt le ciel; deux 
têtes ailées de séraphins en garnissent les angles. Marie 
de Magdala est une figure particulièrement gracieuse. 
Son visage, d'un ovale délicat, empreint d'une douceur 
allanguie, se voile de gravité et de vague tristesse. 
Les cheveux qui l'encadrent ruissellent en souples ondu- 
lations sur sa poitrine découverte et en accompagnent 



(1) Ces deux confessionnaux proviennent de l'église du Petit Béguinage. Quand 
celle-ci fut désaffectée, l'église Sainte-Catherine fit l'acquisition de ces meubles. 



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Confessionnal aux deux Madeleine 
(Malines, église Sainte-Calheriiit) 



SCULPTEUR MALINOIS DU XVIl' SIÈCLE 89 

les moindres palpitations. Les plis mouvants d'un ample 
manteau enveloppent son corps de jolie pécheresse. 

Chez Marie l'Egyptienne transparait, sous le visage 
émacié et extatique, une âme épurée d'érotisme, par 
les privations et les souffrances. Sous son bras amaigri, 
la prostituée repentante serre la verge et le fouet, cruels 
emblèmes de la pénitence. Anachorète farouche, se 
nourrissant de sauterelles, et expiant dans le désert ses 
égarements charnels, elle a gardé pourtant de sa beauté 
première un charme séducteur. En parfait analyste du 
sentiment, van der Veken a su envelopper ce corps 
décharné, tout perdu dans les plis moelleux du man- 
teau, d'une grâce étrangement troublante. Les mains 
et les pieds chez ces deux saintes sont taillés avec une 
délicatesse toute particulière. L'attouchement des géné- 
rations en a rendu la surface haliteuse et lénifié les 
contours, donnant ainsi l'illusion de la vraie chair. 

Le chérubin du fronton, aux boucles tire-bouchon- 
nantes, est un délicieux bambin grassouillet et vivant, 
comme Jordaens aimait à les peindre; les têtes de séra- 
phins ont toute la grâce juvénile des enfants de van Dyck. 

Le confessio7inal qui occupe le fond de la chapelle 
dit Saint- Sacrement (bas-côté septentrional) est une œuvre 
non moins gracieuse de notre artiste. Le compartiment 
central s'ouvre entre deux figures élancées : le Christ 
attendant le supplice et saint Pierre reniant le Sauveur. 
L'apôtre contemple son divin Maître et verse des 
larmes de repentir; celui-ci, les mains liées, se tient 
devant lui, rempli d'humaine émotion. Au fronton, entre 
de souples ornementations végétales, chante le coq 
dénonciateur. Le visage du Seigneur, d'un bel ovale 
allongé, est empreint d'une tristesse intérieure, se devi- 
nant bien plus qu'elle ne s'affirme. Les longs yeux 
mi-clos expriment une infinie tendresse, et les lèvres, d'un 



go NICOLAS VAN DER VEKEN 



modelé fort délicat, légèrement entr'ouvertes, laissent 
échapper des paroles de miséricorde. 

Vêtues d'un lourd manteau de laine recouvrant en 
partie leur tunique, ces figures vivent par la riche variété 
des plis, profonds et fouillés, tout coupés d'ombres 
intenses, sous la lumière qui s'y arrête et les caresse. 
C'est dans des œuvres pareilles qu'apparaît vraiment 
évidente l'influence de la peinture sur la sculpture; elle 
se révèle par la recherche de la couleur sous l'action de 
la lumière et par le souci du pittoresque dans les dra- 
peries hardiment creusées. 

Les murs Nord et Sud du transept de la même 
église sont revêtus de boiseries au milieu desquelles 
s'entr'ouvrent deux confessionnaux à peu près semblables. 
Les pilastres qui séparent et démarquent les compar- 
timents et les lambris sont décorés de gracieux bustes 
angéliques, émergeant d'une touffe de fleurs et de 
feuillacres ou de fruits. La boiserie méridionale est 
couronnée du buste du Sauveur, soutenu par deux 
chérubins charmants; les têtes de saint Laurent et celle, 
adorable, de sainte Catherine, garnissent les milieux 
des panneaux. Du côté septentrional, un ciboire, porté 
par deux anges, surmonte le confessionnal. 

Suivant les usages de l'Eglise qui, de tout temps, 
fit voisiner les scènes de l'Ancien Testament avec celles 
du Nouveau, juxtaposant la Promesse avec l'Accom- 
plissement, van der Veken a orné le milieu des revête- 
ments, d'une part, du prêtre Melchisédech présentant 
les pains à Abraham et, d'autre part, du Christ brisant 
le pain bénit en présence des apôtres Pierre et Jean. 

Ces confessionnaux, quoique soignés, n'atteignent 
pas la haute perfection des deux précédents, exécutés 
par le sculpteur pour la même église. Ces boiseries du 
transept, taillées paitiellement en bois blanc, ont été 



SCULPTEUR MALINOIS DU XVIl'' SIÈCLE QI 

enduites de couleur simulant le chêne. Emm. Neeffs le 
déplore, car il les croyait réellement de cette texture (i). 

Les transepts Nord et Sud de Véglise Saint-Jean, à 
Malines, renferment deux -confessionnaux en chêne de la 
main du maître. 

Celui du côté méridional, datant de 1692, fut payé 
297 florins, et porte, à l'entrée des compartiments, les 
figures du Bon Pasteur et de saint Jean-Baptiste. La 
corniche qui le surmonte est décorée en son milieu du 
Saint-Esprit, sous forme d'une colombe, et porte à ses 
extrémités les bustes de saint Nicolas et de sainte Barbe. 
Ce dernier est remarquable par son expression suave 
et attendrie. 

Le Bon Pasteur, légèrement courbé sous le poids 
de l'agneau, présente dans son attitude quelque peu 
forcée, une silhouette qui manque de noblesse et d'accent. 
Pour rendre plus éloquent le rythme du corps et pour 
donner libre cours à sa virtuosité dans le jeu mouvant 
de la draperie, l'artiste a plié la jambe gauche, en posant 
le pied sur un fragment de rocher. Le même parti-pris 
a trouvé une ressource de plus dans les bras levés, 
terminés par ces mains délicates, aux veines gonflées, 
qu'il excellait à rendre. Le Précurseur, vêtu d'une 
tunique sauvage et velue, drapé d'un ample manteau, 
ébauche le geste annonciateur et porte sur l'épaule la 
croix de la rédemption. L'exécution de cette oeuvre 
témoigne d'une haute maîtrise. 

Le confessionnal du transept septentrional, datant 
de 1703, trahit peut-être quelque fatigue dans certains 
détails, d'une préciosité exagérée. Les grandes figures 



(1) Ces confessionnaux semblent avoir été confectionnés avec les pièces 
provenant de la démolition des bancs d'oeuvre qui se trouvaient dans cette église. 
De là, la présence de bois blancs dans ces confessionnaux. 




Phot. J. Fourdin 



Saint Augustin (détail d'un confessionnal) 

(Malines, église Saint-Jean) 



SCULPTEUR MALINOIS DU XVII^ SIÈCLE g5 

restent bien belles pourtant et le visage fin de saint 
Augustin, s'allongeant d'une barbe soyeuse et ondulante, 
est d'une indicible douceur. L'illustre évêque, crosse 
en main et mitre en tête, soulève son cœur percé d'une 
flèche. Les larges plis de sa lourde chape brodée sont 
traités avec beaucoup d'entente, la bande ornée en est 
fouillée avec soin. Saint Roch vêtu de l'ample manteau 
des pèlerins, porte le long bâton de voyage et le chapeau 
à coquille. Son visage, d'un ovale élargi, s'éclaire d'un 
rayon d'ineffable bonté. La corniche ici porte les bustes 
de saint Charles Borromée et de saint François de Sales; 
au fronton, un petit génie à balance symbolise la 
Justice. 

L'entreprise la plus importante de Nicolas van der 
Veken est sans contredit le lambrissage des nefs latérales 
de Véglise SS. Pierre et Paul, à Matines. Sur toute leur 
longueur, les murailles ont été revêtues d'une boiserie 
en chêne, richement décorée. Quatorze confessionnaux, 
sept dans chaque nef, s'ouvrent dans ce revêtement, 
dont l'exécution artistique fut confiée à notre sculpteur. 
Chaque confessionnal est orné de deux génies emblé- 
matiques accolés au compartiment central et est terminé 
par deux colonnes au fût uni, coupé d'une bague laurée. 
Ces colonnes supportent la corniche, couronnée d'un 
frontispice différent pour chaque meuble. 

Si tous ces confessionnaux ont été conçus sur un 
même plan, l'artiste en a cependant varié à l'infini tous 
les détails de l'ornementation, aussi bien que l'attitude 
et les attributs des figures décoratives. Des lambris, aux 
panneaux somptueusement ornés et pourvus de bancs, 
relient entr'eux les différents confessionnaux, constituant 
ainsi un ensemble plein d'harmonie dans son opulente 
variété. Si le premier coup d'œil découvre l'unité de con- 
ception dans ce travail, un examen plus attentif démontre 



SCULPTEUR MALINOIS DU XVIl' SIÈCLE g5 

que, seul, le premier confessionnal dans chaque nef, 
vers le haut de l'église, est de la main du maître, et 
non les deux premiers, ainsi que l'affirme Emm. 
Neeffs. 

Ces deux confessionnaux sont d'une exécution tech- 
nique bien supérieure à tous les autres, et s'apparentent 
très étroitement aux ouvrages analogues de l'artiste. 
Les génies ailés, de proportions élancées, aux attitudes 
majestueuses, aux grâces androgynes, portent les attri- 
buts emblématiques de la justice et de la charité, de 
l'espérance et de la foi. Ils s'enveloppent de draperies 
légères et fines, mouvantes comme l'onde et la flamme, 
qui accusent les formes du corps bien plus qu'elles ne 
les masquent. Leurs visages, empreints d'une expression 
toute de grâce méditative et langoureuse, sont bien dans 
la même note du lyrisme sentimental caractérisant les 
figures de van der Veken, et contrastent avec ceux des 
autres génies, dont l'exécution fut confiée à quelque 
disciple moins talentueux. Dans les têtes féminines et 
séraphiques du maître, le travail du ciseau se résume à 
une caresse, les lèvres s'entr'ouvrent pour respirer et les 
yeux expriment éloquemment cette tendresse enjôleuse, 
qui est toute l'âme du vieux tailleur d'images. 

Ces boiseries, dont le prix fut sans doute fort élevé, 
furent vendues, en 1798, pour la modique somme de 
172 livres. Il est heureux que l'église soit rentrée en 
possession de ce lambrissage artistique, qui contribue 
largement à son embellissement. 

Nicolas van der Veken semble avoir exécuté un 
grand nombre de statues et de statuettes isolées. Taillées 
en bois de chêne, ces figures de saints furent toujours 
polychromées avec le plus grand soin ; son apprentissage 
à l'atelier d'un peintre devait le servir admirablement 
à cet effet. 

L'œuvre la plus importante en ce genre est le beau 




Phot. J. Fourdin 



Dieu de pitié 
(Malines, église Saint Rombaut) 



Chêne polychrome 



SCULPTEUR MALINOIS DU XVIl^ SIÈCLE gy 

Christ conservé à l'église Saint-Rombmit, à Matines. Ce 
Dieu de pitié, haut de i"40, fut exécuté en 1688. Il 
résume, avec une éloquence à laquelle le xvii*^ siècle 
ne nous a pas habitués, toute la souffrance physique, 
toute la douleur morale, endurées par Jésus durant sa 
vie terrestre. Assis sur un cube de maçonnerie, dépouillé 
de ses vêtements, couronné d'épines et le sceptre de 
roseau à la main, ce Christ est nommé erronément un 
Ecce Homo. 

La représentation dérive, sans aucun doute, du 
« Christ assis, attendant le supplice », au sommet du 
calvaire, tel que l'a conçu le xv" siècle. L'art du xvii^ 
siècle, toutefois, oubliant le sens original de cette image, 
lui ajouta un roseau et en fit un « Dieu de douleur », 
ayant la valeur d'un symbole, un véritable compendium 
de toute la Passion (i). 

Le torse, les bras, les jambes, sont d'un modelé 
tressaillant et plein de. vie, à la fois sobre et délicat; 
la recherche de l'élégance l'emporte sur l'expression de 
la' vigueur trop habituelle dans les statues du xvii^ siècle. 
Le visage se penche douloureusement sur l'épaule droite. 
La bouche, entr'ouverte, se contracte sous la détresse 
morale, les paupières restent mi-closes dans l'insurmon- 
table lassitude, les traits expriment un affaissement 
général, accentué encore par les pommettes saillantes. 

N'y cherchez aucun de ces abus de draperies 
envolées, d'expressions exaltées, de gestes pathétiques, 
dont les influences nocives du Bernin, et aussi de la 
peinture rubénienne, avaient infesté notre sculpture du 
xvii^ siècle. Malgré ses tendances profondément spiritua- 
listes, ce « Dieu de pitié » est d'un réalisme vivant. 



(1) Voir Emile Mâle, L'art religieux de la fin du moyen âge en France. 
Paris, A. Colin, 1908, page 88. 



g8 NICOLAS VAN DER VEKEN 



L'éclosion de pareille œuvre est le fruit d'une gestation 
naturaliste très modérée et qu'il ne faut pas confon- 
dre évidemment avec le matérialisme intentionnel et 
calculé dont nous accabla, en littérature surtout, le xix' 
siècle. 

L'humaine détresse transfigurée d'aussi suprême 
façon ne peut résulter que d'un réalisme sain et sincère, 
qui a recours à la nature, à la réalité des êtres et des 
choses, où l'artiste, pour autant qu'il est en son pouvoir, 
se réfère au modèle vivant, tout en retenant inconsciem- 
ment les conquêtes techniques du passé. Pour accentuer 
encore cette expression de vie intense, l'artiste a revêtu 
son Christ de couleurs, appliquées avec une sobriété, 
un à propos et un bon goût parfaits. 

Telle qu'elle nous apparaît, l'œuvre est vivante et 
la chair naturelle, à tel point que la reproduction 
elle-même semble plutôt la photographie d'un être 
animé que celle d'une statue de bois. La tête osseuse 
et pantelante déjà, la bouche crispée en un navrant 
sanglot et les 3^eux désespérés, brûlés de larmes, fixant 
leur regard vitreux sur les détresses humaines, voilà 
les caractères dominants de ce portrait étrangement 
troublant et dont bien peu d'artistes ont dépassé la 
force émotive, le pouvoir d'obsession et la poignante 
douleur. 

A ce titre, ce Christ marque le point culminant dans 
la carrière du maître, dont elle constitue l'incontestable 
chef-d'œuvre. Si on admire ailleurs, ici on révère ; 
l'analyse de l'esprit le cède à l'émotion du cœur, et , 
de toute la sculpture belge du xvii^ siècle, bien peu 
d'œuvres l'emportent sur celle-ci comme sentiment 
religieux. 

Placée actuellement au fond de la troisième chapelle 
de la nef septentrionale de l'église Saint-Rombaut, elle 
occupait anciennement une niche sur l'autel, ferma n 



SCULPTEUR MALINOIS DU XVII^ SIÈCLE QQ 

la baie droite du jubé de cette église, élevé en 1672 et 
relégué au fond de celle-ci en 1810 (i). 

Un Christ à peu près analogue, haut de i"'22, est 
conservé de temps immémorial dans la chapelle du 
couvent des religieuses Apostolines, à Matines (2). 

La même souplesse du modelé, une sincérité non 
moins grande dans l'attitude et une égale perfection 
dans le détail apparentent ces deux œuvres. Dans cette 
dernière, pourtant, l'artiste atteint une expression de la 
souffrance qu'il ne lui sera plus donné de dépasser. 

Ce « Dieu de pitié » est d'un réalisme encore plus 
vivant peut-être que le précédent ; nous entendons par 
là que la douleur y est observée et rendue avec une 
intensité plus profondément humaine, plus tragique- 
ment vécue. Moins affaissé, il sanglote et clame sa 
détresse, alors que chez le Christ de Saint-Rombaut, 
plus minable, plus réduit, un râle suprême semble 
s'exhaler de la bouche aux lèvres déjà figées. Malgré sa 
haute perfection, ce dernier garde dans sa prostration, 
plus intérieure, son accablante tristesse. Celui des Apos- 
tolines est, dans sa souffrance, d'une éloquence plus 
communicative. Une polychromie sobre, appliquée par 



(1) La planche 81 de l'album 11 du recueil J. Schîeffer, conservé aux 
Archives Communales de Matines, reproduit cette disposition ancienne. 

Corneille Van Gestel (op. cit., p. 133), parlant de cette statue, lui assigne 
cette place sous le Jubé, mais la date de 1672. Un autre peintre en aurait 
renouvelé la polychromie appliquée par Nicolas. 

Voir aussi Mechelsch Bericht, 1783, p. 80. 

« den autaer van de H. Catharina, gemeynelijk genaemt 0ns Heere 
autaer, cm dat op den zelven staet het beeld van den leydenden Christus, 
gekroont met doornen, houdende in de hand een riet ende sittende op eenen 
steen, door Nicolaus van der Veken ». 

(2) L'aquarelle 261 de l'album VI du recueil J. Schïeffer (Archives de 
Malines), montre en effet l'œuvre occupant la même place contre le mur gauche 
de la chapelle. La communauté des Apostolines a été fondée en 1691 seulement. Si 
donc ce Christ a été commandé par cet Ordre — et cela semble probable, car il 
provient de l'ancien couvent — il ne peut être antérieur à cette date. Les Apostolines 
n'occupent le couvent actuel que depuis 1834. 



ÏÔO 



mCÔLAS VAi^ DËR VEKEN 



van der Veken, bien conservée et délicieusement patinée 
par le temps, accentue encore le tressaillement de la 
chair, vergetée et meurtrie, le froissement mouvant du 
manteau, qui barre la poitrine et voile sa nudité. Les 
mains, délicatement taillées, les poignets, dont la peau 
est plissée sous les liens, les maigres pieds meurtris au 








Phot. J. Foiudin 



Détail du " Dieu de pitié „ 
(Ma'ines, Couvent des Apostolines) 



Chêne polychrome 



contact du sol caillouteux des déserts, tout révèle un 
souci raffiné de beauté, de vérité, et une dévotion 
exhubérante à la nature. 

Rien d'étonnant donc si le Cardinal de Francken- 
berg, qui savait discerner les qualités d'une œuvre, 
découvrit dans le Christ du maître malinois une puis- 
sance suggestive qui incitait à la dévotion mieux que 
les livres saints, par la seule expression de son halluci- 
nante beauté. 



SCULPTEUR MALINOIS DU XVII^ SIECLE lOI 

Inutile de dire que cette figuration de « Dieu de 
pitié )) n'est nullement nouvelle, van der Veken suivit 
uniquement la tradition, conservée en de nombreux 
exemplaires produits par l'art flamand de l'époque. 
Sans sortir de Malines, nous pouvons citer semblable 
Christ, mais fruste encore, chez les Sœurs MaricoUes, et 
un deuxième, beaucoup plus parfait déjà, à l'église 
Sainte-Catherine. Maître Nicolas ne fit qu'y infuser 
la vie, y insuffler une âme douloureuse et compatis- 
sante, et, ce faisant, il se révéla un artiste de grand 
talent. 

Au réfectoire des Sœurs MaricoUes de Malines est 
conservée une statue de la Sainte Vierge, portant sur le 
bras l'Enfant Jésus. Haute de o'"47, elle est placée sur 
un petit socle à têtes d'anges et volutes. 

De proportions élancées, très gracieuse dans sa 
robe collante, dont l'étoffe laineuse moule le buste et 
dont les plis hardiment creusés dessinent la jambe, la 
jeune mère retient de la main droite l'envolée tumul- 
tueuse de son manteau, retombé sur les hanches. Belle 
de la gravité tendre et recueillie qui se concentre sur ses 
traits, élégante, souple et onduleuse dans son attitude 
légèrement déhanchée sous le poids du gros bambin, 
cette petite Vierge a perdu tout récemment, par les 
repeints, une partie de son charme primitif. L'œil 
n'en suit pas moins avec plaisir la ligne coulante et 
flexueuse. 

Grâce à un souci de vérité remarquable, cette œuvre 
demeure étrangement moderne. Quoique empreinte 
d'un sentiment religieux intense, cette madone reste 
avant tout l'opulente incarnation d'une première ma- 
ternité palpitante de vie et rayonnante d'humaine 
beauté. Elle témoigne d'une remarquable recherche de 
style. 




Pliot. J. loiirJiii 



La Vierge et l'Enfant 
(Malines, Couvent des MaricoUes) 



ClicHC repeint ""^ 



I 

SCULPTEUR MALINOIS DU XVII^ SIÈCLE Io3 



Une Vierge en bois, de van der Veken, appartenant 
au curé Van Campenhout, de Hanswyck, fut exposée à 
Malines en i863, sous le n» 6 du catalogue. 

Dans une niche vitrée, au fond du transept méri- 
dional de l'église Sainte-Catherine, se trouve une Sainte 
Famille jouissant d'une vénération particulière. Les 
trois figures de ce groupe sont habillées de vêtements 
en étoffes véritables, suivant un usage que la critique, 
à juste raison très cinglante pour cette mode ridicule, 
fait remonter au xvii" siècle et attribue à des influences 
espagnoles. En réalité, cette coutume d'affubler les statues 
de vêtements réels semble avoir été en usage, exception- 
nellement il est vrai, depuis le moyen âge. 

Nicolas van der Veken se contenta d'en ébaucher 
les corps, mais accorda un soin tout particulier au 
rçndu des têtes et des mains, qu'il coloria avec talent. 
L'Enfant Jésus, joli bébé riant et rose, marche entre 
saint Joseph, qui le couve d'un regard chargé de pater- 
nelle sollicitude, et la Sainte Vierge, jeune flamande 
aux traits purs, à l'expression candide, qui lui donne 
la main. Le visage de cette dernière est d'une ressem- 
blance frappante avec celui de la sainte Catherine dont 
le buste décore un des panneaux du confessionnal 
voisin. 

Emm. Neeffs cite parmi les œuvres du maître, la 
statue de la Vierge placée dans la chapelle du Saint 
Esprit, à l'église Samt-Jean à Malines. Cette madone 
avec l'Enfant, connue sous le nom de Notre-Dame des 
remèdes ou de la Miséricorde, porte des vêtements de 
soie, qui ne permettent de voir que les têtes et les mains. 
L'exécution de ces parties suffit toutefois pour éveiller 
nos doutes quant à l'attribution de l'œuvre. 

Les visages boursoufiflés, sans finesse aucune, les 



I04 NICOLAS VAN DER VEKEN 

traits mous manquant d'accent, n'ont aucune parenté 
avec l'art expressif et délicat de notre sculpteur. 

Deux esclaves chrétiens, prosternés aux côté? de cette 
Vierge, et chargés de chaînes, accusent, malgré certaine 
mièvrerie, de manicie irréfutable, sinon l'exécution, du 
moins le dessin de van der Vekcn. Ces deux figures sont 
peintes en blanc, à l'imitation de marbre, et datent de 
1680. Les comptes, en effet, nous apprennent que le 
paiement en eut lieu cette année. 

Un groupe important, taillé en chêne et richement 
polvchromé, représentant la Sainte Trinité^ est conservé 
à la môme église. Cette composition gracieuse, un des 
rares groupements que tailla le maître, (]ui donnait la 
préférence aux figures isolées, même dans ses travaux 
décoratifs, date de 1680. Elle représente à vrai dire la 
Vierge intercédant auprès de la Sainte Trinité, en 
faveur des esclaves chrétiens et des âmes du purga- 
toire. 

Sur un nuage, où flotte le globe terrestre, trône 
Dieu le Père, en tunique blanche et lourde chape dorée. 
Le Christ est assis à sa droite; un manteau louge voile 
sa nudité. Entr'eux, dans une auréole d'or, plane la 
colombe blanche du Saint-Esprit. Aux pieds du groupe 
divin est agenouillée la Sainte Vierge, en robe d'azur 
étoile. Un voile rouge flotte sur ses cheveux. Le regard 
attendri, le geste implorant, l'attitude môme, expriment 
avec éloquence l'intercession maternelle. Deux esclaves 
chrétiens, chargés de chaînes, sont prosternés devant 
■elle, sollicitant son intervention. Au bas serpentent les 
flammes du purgatoire; une âme en détresse s'y tord, 
geint et tend des bras suppliants vers le Très Haut. 
Le Père éternel est un beau vieillard, au froat dénudé, 
à la barbe fluviale, le regard pétillant de vie. Devant 
l'attitude compatissante de son Fils, ses traits s'éclairent 



Pfflv. Gen. «Limfîîirg 



SCULPTEUR MALINOIS DU XVIl' SIÈCLE Io5 



d'une ineffable douceur, et étendant sa main en un 
geste de divine clémence, il prévient la prière filiale. 
L'œuvre, d'une conservation parfaite, est placée 
sous un gracieux dais doré, et quatre angelots, perchés 
sur des feuillages, tendent au-dessus de l'auguste assem- 
blée une lourde couronne d'or. Emm. Neeffs nous 
apprend que, suivant les comptes, cet ensemble, accom- 
pagné de quatre tableaux destinés à garnir le socle, et 
de la Vierge des remèdes, dont nous venons de parler, 
fut payé la somme de i8o florins. Nul doute ne peut 
exister quant à l'attribution de cette œuvre à maître 
Nicolas ; elle possède au plus haut point ce caractère 
gracieux, aimable, frisant la mièvrerie sans y tomber 
pourtant, et aussi ce sentiment religieux intense dont, 
plus que tous ses contemporains, notre sculpteur avait 
trouvé le secret. La taille fine, le modelé onctueux et 
savant, l'expression vivante et raffinée, l'eurythmie 
des gestes révèlent, si la date n'en était connue, une 
production de la meilleure époque du maître, de sa 
belle maturité. 

Nous avons eu déjà l'occasion de faire ressortir 
toute l'allure sémillante dont le maître savait envelopper 
ses figures angéliques. 

Un Enfant Jésus se trouvant au réfectoire du couvent 
des Sœurs Noires, à Matines, en offre un exemple nouveau, 
plus frappant encore (i). Entièrement nu et rehaussé 
de teintes naturelles, l'Enfant porte habituellement une 
robe de soie. Sans tomber dans l'abus commun des 
chairs potelées et du visage poupin, la statuette n'en 



(1) M. le Ch. E. Marchal lop. cit., p. 544), mentionne un Enfant Jésus 
placé au réfectoire de l'église du Grand Béguinage; il fait évidemment erreur 
ici et confond ce couvent avec celui des Sœurs Noires. 

II en est de même pour les deux chérubins de l'église Saint-Jean, qu'il 
place à l'église Saint-Ronibaut, et date de 1677 (op. cit., p. 542). 




Phot. J. loardin 



Saint Yves 
(Malines, Musée Communal) 



Chêne polychrome 



SCULPTEUR MALINOIS DU XVIl'^ SIÈCLE lOJ 

possède pas moins toute la grâce du premier âge. Des 
boucles abondantes encadrent le front; les petites mains 
sont d'un modelé délicat et la bouche s'arrondit déli- 
cieusement en un sourire. 

Deux chérubins, qui servent à orner en temps de fête 
le maître autel de l'église Saint-Jean, sont attribués 
également à notre sculpteur. Taillées en bois, les chairs 
et les ailes argentées et mates, les draperies capricieuse- 
ment plissées, toutes rutilantes d'or, ces figurines 
d'éphèbes ont la délicatesse morbide, l'élégance sinueuse 
dont maître Nicolas s'était fait une spécialité. Les traits 
cependant manquent de beauté, et les attitudes, pure- 
ment décoratives, sont dépourvues d'accent. Dans leur 
ensemble, ces figures sont indignes du magistral ciseau 
de van der Veken. 

Emm. NeefTs, dans son Histoire des sculpteurs 
Malinois, donne encore à van der Veken une statuette 
représentant saint Yves, le patron des avocats, conser- 
vée au Musée communal de Malines et provenant 
de l'ancienne Chambre des procureurs, au Grand 
Conseil. 

Revêtue d'une polychromie quelque peu ternie, cette 
jolie figurine, haute de o'°47, présente dans son attitude 
aisée et flexueuse, cette grâce si particulière qui caracté- 
rise notre maître. Une toge de velours rouge l'enveloppe 
de ses plis souples et variés. Le visage toutefois ne 
témoigne pas, d'une manière péremptoire, du bien fondé 
de cette attribution. Nous ne la contestons pas cepen- 
dant, ignorant les raisons déterminantes qui ont conduit 
Neeffs à cette affirmation. 

Une autre statuette de ce musée, figurant saint 




Phot. |. I-oiirdin 



Saint Aiibert 
(Malincs, Mnscc Communal) 



Cliuiie polycliromè 



SCULPTEUR MALINOIS DU XVIl^ SIÈCLE lOQ 

Aubert, patron des boulangers (i), présente, plus indé- 
niables, les caractères de l'art de maître Nicolas. Prove- 
nant de l'ancienne corporation dont ce saint évêque 
était le protecteur, cette figurine, haute de o'^SS, est 
posée sur un gracieux socle, orné de petits génies à 
blasons et de volutes délicates. Elle a conservé son 
ancienne polychromie, fraîche et délicieusement patinée. 

Vêtu de la tuni(|ue blanche dont les petits plis verti- 
caux suivent avec souplesse les lignes du corps, couvert 
de la lourde chape rouge à riches broderies d'or, mitre 
en tête et crosse en main, l'évêque esquisse le geste lent 
des bénédictions. L'expression vivante et douce à la fois 
du visage, aux yeux parlants, aux lèvres vibrantes, le 
soin infini avec lequel sont taillés la volute fleurie de la 
crosse, les broderies et les mains, valent la signature du 
sculpteur, tant elles accusent irréfutablement sa manière 
et son habileté. Une petite mule, chargée de paniers de 
pain, n'est pas moins animée sur ses pattes nerveuses 
et graciles. 

S'il fallait un argument de plus en faveur de 
l'attribution, indubitable pourtant, de cette figurine à 
maître Nicolas, le petit socle qui la porte, si étroitement 
apparenté à celui de la Vierge du couvent des MaricoUes, 
nous le fournirait. Un examen quelque peu poussé 
d'ailleurs accuse des ressemblances frappantes entre 
cette figurine et la grande statue de saint Augustin, 
décorant le confessionnal du transept de l'église Saint- 
Jean. L'attitude, la draperie, la manière dont la tunique 
épouse le corps et touche le sol, tout cela affirme une 
parenté bien plus étroite que celle unissant les œuvres 
d'une même école. 



(1) La corporation des boulangers avait son autel dans la X^^^ chapelle du 
chevet de l'église Saint-Rombaut, adjaçante à la salle capitulaire, et dédiée à 
saint Aubert (Voir Mechelsch Bericht, 1783, p. 65). 



IIO NICOLAS VAN DER VEKEN 



Le saint Augustin n'est qu'une variante du saint 
Aubert, mais une variante quelque peu affinée, douce- 
reuse, frisant le maniérisme, une œuvre de vieillesse 
(1703), où l'artiste s'est répété sans se diminuer pourtant. 
Le saint Aubert s'avère une œuvre virile de la plus 
belle époque du maître. S'il nous fallait la classer dans 
l'ordre chronologique, lui assigner une date, nous la 
placerions vers les années 1680 à 1690, entre le beau 
groupe de la Sainte Trinité et le «c Dieu de Pitié » de 
Saint-Rombaut. 

Cette statuette de saint Aubert figura à l'Exposition 
d'antiquités malinoises de i863, et appartenait alors à 
M. De Groof, habitant les Bailles de Fer, à Malines. 
Celui-ci l'avait recueillie, lors de la dispersion des 
objets provenant de l'ancienne gilde des boulangers (i). 

Le couvent des Frères de N.-D. de Miséricorde possède 
une statuette de saint Rombaut, patron de Malines, dont 
nul ne songerait à contester l'attribution à van der 
Veken. Elle figura d'ailleurs au nom de ce maître sous le 
no 84 du catalogue de l'Exposition de i883, à Malines. 

Le premier coup d'œil perçoit de grandes analogies 
avec le saint Aubert du Musée Communal. Le saint 
évêque, de stature élancée, se distingue par la noblesse 
et la gravité. L'attitude calme, l'expression sérieuse du 
visage, la sobriété des gestes, tout contraste avec la pose 
combattive du saint Rombaut de Luc Fayd'herbe. Un 
souffle de bataille anime ici les traits, fait ondoyer la 
barbe et tord la chape en bouillonnants remous. Chez 
van der Veken, le martyr est un apôtre de paix, au 
regard grave et intelligent, à la fine tête aristocratique, 
et dont la parole persuasive devait entraîner les foules. 



(1) Les renseignements, quant à la provenance de cette statuette, nous 
furent communiqués par M. Hyacintlie Coninckx, secrétaire du Cercle Archéo- 
logique de Malines, et auteur de nombreuses études d'art local du plus haut 
intérêt. 



SCULPTEUR MALINOIS DU XVII SIECLE III 



Une main tient ouvert le lourd évangéliaire, l'autre 
serre la crosse épiscopale, mais sans nul geste de défi. 
Au bas du socle sont accroupis les deux meurtriers. 
Leur attitude contorsionnée et leurs traits convulsés 
expriment, avec un dramatisme outré peut-être, leur 
profond repentir. Ces figurines ne révèlent plus, au 
même degré que celle du saint évêque, la préoccupation 
de simplicité et de rythme par laquelle se distinguent 
les bonnes œuvres de maître Nicolas. Dans son ensemble 
pourtant, avec l'ancienne polychromie qu'y appliqua le 
sculpteur, le petit groupe accuse une expression de vie 
intense. Les plis majestueux de l'ample chape, dont la 
vive tonalité rouge s'harmonise délicieusement avec celle 
de la mitre et de la tunique blanches, tempèrent ce que 
le pittoresque du socle pourrait avoir d'exagéré. 

La statue de saint Liboire, placée contre le mur de 
la nef sud de l'église Sainte-Catherine, que van der Vekeii 
tailla en 1696, ne révèle pas une exécution aussi déli- 
cate. La polychromie, brillante encore, qu'y appliqua 
le sculpteur, atténue quelque peu ce défaut. Le saint 
évêque, invoqué contre les maladies d'yeux, est repré- 
senté armé de la crosse, coiffé de la mitre et vêtu d'une 
tunique bleue, sur laquelle retombe lourdement et sans 
plis l'ample chape dorée. Le visage manque d'individua- 
lité, l'attitude est sans accent, mais dans l'ensemble se 
retrouve pourtant le faire précis de notre sculpteur 
malinois. 

Une statuette en bois argenté, représentant saint 
Joseph, portant l'Enfant Jésus sur le bras, en laquelle 
Neeffs croit reconnaître la manière de Nicolas van der 
Veken, se trouvait naguère dans la sacristie de l'église 
Sainte-Catherine. Transportée il y a quelques années 
au presbytère, elle y décora le jardin et y reçut annuelle- 



112 NICOLAS VAN DER VEKEN 



ment sa couche de peinture blanche. Ces applications 
multiples contribuèrent beaucoup à estomper la délica- 
tesse des traits et la souplesse du modelé. Récemment, 
elle fut donnée aux Sœurs Franciscaines, établies en 
l'ancien couvent des Frères Cellites à Malines. Elle y 
occupe une niche des galeries entourant le préau, La 
figurine a beaucoup souffert; elle est manifestement du 
début du xviii' siècle, mais la tête du Saint, qui manque 
d'expression, et les draperies tuyautées à l'excès, sans 
grande envolée pourtant, nous semblent présenter peu 
de traits communs avec l'art du maître. Quoiqu'il en soit, 
la statuette, posée sur un petit socle à guirlandes, est 
fort gracieuse et gagnerait certainement beaucoup à être 
débarrassée des couleurs (|ui l'encrassent. 



Si la plupart des statuettes ne sont sorties des 
mains de van der Veken que recouvertes d'une brillante 
polychromie, il en est cependant qu'il conserva natu- 
relles, non coloriées, et qu'il cisela alors avec un soin 
tout particulier. Ce que la couleur avait généralement 
pour mission de traduire, l'outil du ciseleur le fit ici avec 
amour. Pas une ride, pas un cheveu, pas une plissure 
n'échappera au burin, manié avec une délicatesse, une 
légèreté extrêmes. Dès lors, ces œuvrettes deviennent 
d'exquises miniatures dans l'art du sculpteur. 

Une délicieuse statuette en bois de poirier, repré- 
sentant saint Antoine de Padoiie, et haute de o'"28, se 
trouve au réfectoire du couvent des Apostolines. Non 
polychromée, cette figurine est d'un fini incomparable. 
Vêtu de la rugueuse robe de bure à large pèlerine et le 
capuchon rabattu, le Saint, légèrement voûté par l'âge, 



SCULPTEUR MALINOIS DU XVIl' SIÈCLE Il3 

porte en sa main droite le livre sur lequel est assis un 
enfantelet sans grande beauté. 

Le visage ridé du Saint, ses joues creuses, son 
regard affectueux, qu'abritent de lourdes paupières, 
d'épais sourcils, ses lèvres fines, où s'esquisse le sourire, 
et ses oreilles si individuelles aux hélix fortement 
repliés, tout trahit l'étude du modèle vivant, le recours 
à la nature, dont van der Veken ne semble jamais s'être 
départi. L'Enfant Jésus, d'un faire minutieux, fouillé à 
l'extrême, qui tend vers le saint moine ses petits bras 
potelés et sa bouche arrondie, révèle les mêmes ten- 
dances à la vérité, la même conscience artistique. 

Combien volontiers on pardonne au sculpteur qui 
burina cette petite merveille l'anachronisme naïf faisant 
de ce Saint, mort à l'âge de trente-six ans, un petit 
vieillard imberbe. Elle arracha, cette œuvrette, un cri 
d'admiration aux amateurs, lors de l'Exposition d'art 
religieux de 1864, à Malines, où elle figurait au cata- 
logue sous le n° 122. , 

Un petit saint Jérôme en prière^ sculpté en bois de 
buis et appartenant à M. Dusart, figura, sous le nom 
de Nicolas, à l'Exposition de i863, n*' 89. 

La seule œuvre de van der Veken, citée par les 
biographes (i) en dehors de celles conservées à Malines, 
est également dépourvue de toute polychromie. Elle 
surmonte l'autel de la nef méridionale de Véglise de 
Lombeek-Notre-Dame. 

Taillé en bois de poirierj le petit groupe représente 



(1) «< In de Parochie van -L.-V.-Lombeek, in de kerk aldaer, den H. Huber- 
tuâ, patroon tegen de razernye, uyt peerlaeren hout gesneden, sijnde hoog omtrent 
sesthien duymen, staende in eene kas op den lioogen autaer, welk beeld de moeyte 
weerdig is om met aendagt besien te worden >» (G. Van Qestel, op. cit., f° 134). 

8 












Phot. |. Fourdiii 



Saint Antoine de Padoue 
(Malines, Couvent des AposloUnes) 



Poirier 



SCULPTEUR MALINOIS DU XWU" SIÈCLE Il5 

l'épisode capital de la légende de saint Hubert (2). La scène 
est prise sur le vif au moment où le cerf miraculeux a 
fait face au chasseur. Celui-ci s'est prosterné, les mains 
croisées sur la poitrine et le visage empreint de fervente 
adoration. La meute, harassée par la longue poursuite, 
s'est couchée haletante ; un des chiens pourtant lève le 
museau, inquiet vaguement. Le tout est d'un fini remar- 
quable. La figurine du Saint, haute seulement d'environ 
o"'40, au visage délicat, aux mains finement veinées, le 
délicieux angelot qui frôle les branches hautes d'un arbre 
et domine le groupe, les animaux très vivants et jusqu'au 
minuscule crucifix planté entre les bois du cerf, tout 
révèle un culte fervent voué à la nature et à la vérité. 
Malgré le soin méticuleux accordé aux plus petits 
détails, la composition d'une eurythmie parfaite garde 
toute sa noblesse et sa grandeur, et l'œuvre se range certes 
parmi les bonnes productions de notre artiste malinois. 



Une seule sculpture en terre-cuite de maître van 
der Veken nous avait été conservée jusque récemment. 
Il est incontestable pourtant qu'il en exécuta un assez 
grand nombre, qu'il reporta ensuite, à grande échelle, 
dans -ses compositions décoratives en bois. 

Ce spécimen isolé, un petit buste de sainte Barbe, 
qui surmontait anciennement l'horloge du réfectoire au 
couvent des Maricolles, a passé, il y a peu d'années, dans 
la collection d'un amateur malinois, M. Terlinden. A la 
mort de ce dernier, cette collection fut dispersée en 



(2) La cage vitrée, haute d'environ l'"30, qui renferme ce petit groupe, est 
surmontée d'un crucifix en métal n'appartenant pas à l'ensemble. 

La chaire de vérité de la même église représente le même épisode de la vie 
de S. Hubert. Pour le Saint et un des chiens, l'artiste anonyme s'est contenté 
d'agrandir les figurines de van der Veken. 



Il6 NICOLAS VAN DER VEKEN 



partie au vent des enchères. Nous n'avons pu retrouver 
jusqu'à présent les traces de cette œuvrette en terre-cuite, 
qu'il serait intéressant, sans doute, d'opposer au buste 
de la même Sainte, surmontant la corniche d'un con- 
fessional de l'église Saint-Jean. Peut-êtie le petit buste 
perdu n'était-il que l'étude préalable, en vue de l'exécu- 
tion de celui en bois, dont nous avons souligné déjà 
le charme pénétrant. 

Le bas-relief, pour lequel certains maîtres du xvii*' 
siècle témoignèrent une prédilection toute spéciale, ne 
fut traité qu'exceptionnellement par notre artiste. 

Nous ne lui connaissons, en effet, en ce genre 
délicat, que les deux compositions décorant le petit 
tabernacle, placé à la partie postérieure du maître-autel 
de Saint-Rombaut, immédiatement sous l'armoire de la 
châsse, contenant les reliques de ce Saint. 

Cette œuvre charmante occupait, avant la Révolu- 
tion française, le maître-autel de l'église du prieuré de 
Leliëndael. Taillé en bois, partie peint en blanc et doré, 
le petit tabernacle, d'une exécution remarquable, 
emprunte ses formes gracieuses à l'opulent style Louis 
XIV. Pivotant sur un axe vertical, il présente tour à tour 
ses deux faces ornées de petits bas-reliefs, qui sont de 
pures merveilles. Il est vraiment regrettable de voir 
cette œuvrette dérobée à l'admiration du visiteur. Sur 
l'une des faces, le sculpteur a représenté la Récolte de la 
manne au désert, sur l'autre la Dernière cène; « il a mis 
une rare finesse dans l'achèvement de ces sujets, qui 
paraissent plutôt faits au pinceau qu'au ciseau » 
(Neeffs, Inventaire). 

Ceci nous amène à dire un mot des reproches 
habituels qui, depuis le xv'^ siècle déjà, pèsent sur le 
bas-relief pittoresque. L'usage de la perspective et des 



SCULPTEUR MALINOIS DU XVII^ SIECLE II7 

plans superposés, lui donnent une sensation d'espace 
et de profondeur, qui en font le rival de la pein- 
ture. 

Est-il légitime, au nom de prétendues lois de l'art 
antique, que les anciens seraient d'ailleurs fort étonnés 
d'entendre formuler, d'enlever ainsi à l'art du bas-relief 
une de ses plus fécondes ressources? Les Egyptiens et 
les Assyriens, qui plaçaient dans des registres super- 
posés les personnages et les choses, se trouvant 
sensément côte à côte, aussi bien que les Grecs, qui, 
pour des raisons monumentales, proscrivaient du champ 
de leurs reliefs tous détails illisibles à distance, tous 
ignoraient les ressources du bas-relief pittoresque, 
requérant la perspective, se nourrissant de réalisme et 
dont les Alexandrins et les Romains ont été les premiers 
à tirer profit. Chez ces deux peuples, une importance 
considérable déjà est accordée à l'architecture et au 
paysage, mais la perspective y est fautive et les propor- 
tions enfantines. Ghiberti fut le véritable créateur du 
bas-relief pittoresque dans toute sa riche fantaisie, tel 
qu'on le comprend de nos jours, et du coup il atteignit la 
plus haute perfection, dans sa fameuse porte du 
Baptistère de Florence. Michel-Ange n'exagérait pas en 
la déclarant digne de servir de porte au Paradis. 

Depuis lors, de grands sculpteurs ont pratiqué cet 
art délicat et, célèbre entre tous, un malinois, Alexandre 
Colin, réalisa dans les vingt-quatre bas-reliefs du mauso- 
lée de l'empereur Maximilien, à Innsbruck, de véritables 
chefs-d'œuvre. Si le procédé constitue une hérésie, ce 
dont nous nous permettons de douter, les deux maîtres 
dont nous venons de parler font oublier leurs errements 
par leur talent remarquable et la maîtrise de leur 
ciseau. Disons aussitôt que Nicolas van de.'" Veken, par 
son essai isolé, mérite de prendre rang à la suite de ses 
deux brillants aînés. 




Phot.f J. Fourdiii 



Bois doré 



La Récolte de la Manne (Détail d'un tabernacle) 
(Malines, église Saint-Ronibaiu) 



SCULPTEUR MALINOIS DU XVII* SIÈCLE IIQ 

Dans la Récolte de la manne au désert, la composition, 
admirablement balancée d'un relief puissant à l'avant- 
plan, se réduit dans les lointains à un simple tracé, où 
la main s'est faite légère comme jadis pour le maniement 
du pinceau, et a promené l'outil du ciseleur avec une 
délicatesse surprenante. 

D'un ciseau ferme et nerveux, il fait saillir le torse 
puissant des hébreux et cambre avec amour l'onduleuse 
silhouette de la jeune mère, aux draperies mouvantes, 
à l'attitude gracieuse, à l'expression attendrie. Puis, 
passant au second plan avec le souci constant d'animer 
tout le champ du bas-relief, avec un sentiment raffiné 
de la « couleur », il multiplie les personnages et les 
détails pittoresques, dégradant jusqu'aux lointains, le 
profil aigu des tentes et les masses sombres des cèdres 
s'élevant jusqu'au ciel. Le type ethnique des hébreux est 
nettement caractérisé, et l'expression, malgré l'exiguité 
des figurines, est éloquente et variée. 

Si maintenant nous examinons l'autre face du 
tabernacle, nous découvrons la même aisance ingé- 
nieuse dans la composition, le même amour du pitto- 
resque et aussi la même eurythmie, ce don précieux des 
grecs. Avec un lyrisme délicieux, le sculpteur s'est 
amusé autour de ce thème de la Dernière Cène, que tant 
d'artistes avaient interprété avant lui. Mais quelle 
mesure, quelle sobriété, quelle pondération classique, 
pourrait-on dire, dans cette œuvre médullaire si réelle 
dans sa spiritualité. 

Le Christ, occupant le centre de la composition, le 
regard levé au ciel, bénit le pain et le vin, et les apôtres, 
rangés autour de la table, où git l'agneau pascal, 
révèlent, par les multiples expressions des visages et 
des mains, les différents états d'àme devant la gravité 
du moment. Judas, seul, demeure indifférent à l'émotion 



120 NICOLAS VAN DER VEKEN 

générale et rebelle à la ferveur. Dans toutes les figures, 
vivantes et animées, le geste est éloquent et l'attitude 
suspendue au bord de l'action. Celles de l'avant-plan, 
fouillées avec fougue et hardiesse, saillent en ronde 
bosse vigoureusement, alors qu'à l'arrière-plan, où le 
Christ est assis entre ses apôtres Pierre et Jean, le relie! 
se réduit considérablement, tout en conservant aux per- 
sonnages le modelé tressaillant des chairs et la beauté 
pittoresque des draperies. Ici encore, les types sémiti- 
ques sont nettement caractérisés, les détails burinés avec 
amour; la couleur blanche qui recouvre totalement cette 
composition en a, toutefois, estompé quelque peu 
l'incomparable finesse. 



Si Nicolas van der Veken négligea entièrement 
l'édification des vastes ordonnances architecturales sur- 
montant les autels du xvii' siècle, il exécuta cependant 
des tabernacles, dont un exemplaire fort remarquable 
nous a été transmis notablement changé. Sans verser 
complètement dans l'erreur, qui prit modèle pour ses 
autels sur les arcs de triomphe romains, notre sculpteur 
inventa pour ce tabernacle un ensemble harmonieux et 
charmant, à l'aide d'éléments empruntés à l'architecture 
baroque. En 1866, ce petit monument subit quelques 
modifications et fut transformé en autel, sans que son 
caractère d'ensemble ait été altéré (i). 



(1) On peut se faire une idée, bien faible il est vrai, du tabernacle avant les 
transformations en autel, sur l'aquarelle qu'en exécuta De Noter (voir Recueil 
J. Schiffer, album II, pi. 72i. La date de 1705, indiquée par le chronogramme 
f.CCe DeVs hoMo, qui se lisait sur la banderole flottant au-dessus de la porte du 
tabernacle, a donné naissance, sans doute, à l'hypothèse d'après laquelle ce travail 
avait pour auteur le sculpteur Langemans; il a été, en effet, généralement admis 
jusqu'à ce jour, que maître Nicolas mourut en 1704. 

La véritable date de son décès étant postérieure de 5 ans, rien ne s'oppose 
plus à admettre l'opinion de J.-J. De Munck, qui attribue l'œuvre à van der Veken 
(voir Mechelscfi Bericht, 1783, p. 141 et note 1 1. 



SCULPTEUR MALINOIS DU XVIl'' SIECLE 121 

Il occupe le fond de la chapelle du Saint-Sacrement, 
dans la nef septentrionale de Véglise Saint-Rombaiit. 
L'œuvre est de la fin de la carrière du maître et date 
de 1705, ainsi que l'indiquait un chronogramme disparu 
depuis quelques années. 

Taillée en bois, peinte à l'imitation de marbre 
blanc, et dorée en partie, cette construction se compose, 
en bas d'une table d'autel soutenue à ses extrémités par 
deux gracieux séraphins, entre lesquels est étendu, sur 
le Livre aux sept sceaux, l'agneau pascal, et en haut, 
d'un tabernacle, avec quatre colonnes torses, qui sup- 
portent une corniche, surmontée d'un dôme élégamment 
découpé. La partie centrale du tabernacle consiste en une 
porte, ornée de gracieuses arabesques, surmontée d'un 
minuscule crucifix et de délicieuses têtes d'anges. Le 
buste de Dieu le Père, bénissant le monde, apparaît au 
bas du dôme; en-dessous de lui plane le Saint-Esprit, 
sous forme d'une colombe, entre deux mignons angelots 
tenant une banderole, où on lit ces mots Ecce Panis Ange- 
lornm. De chaque côté de cette partie centrale, qu'encadrent 
d'élégantes colonnes torses, un chérubin en adoration 
se prosterne sur la volute d'une console, au bord de 
laquelle se déroule une guirlande dorée de feuilles et 
de fruits. 

Les séraphins soutenant la table d'autel, malgré 
leur attitude quelque peu contournée, en leurs fonctions 
de caryatides, demeurent d'un charme extrême par la 
souplesse et l'harmonie des lignes. Les draperies envolées 
qui enveloppent leurs formes sapides et juvéniles les font 
valoir en les voilant. Une expression infiniment raffinée, 
d'une grâce caressante, d'un charme intense, baigne les 
visages étrangement féminins. Ce ne sont plus ici les 
amours joufflus, espiègles et mutins, mais non sans 
mièvrerie, qu'avec une naïveté puérile nos artistes se sont 
plu à placer un peu partout, depuis que les premiers 



122 NICOLAS VAN DER VEKEN 

italianisants en avaient emprunté la fornaule à l'antiquité 
grecque, par l'intermédiaire de leurs contemporains 
d'Italie. C'est une jeunesse en fleur, ne conservant de 
l'enfance cjue cette insouciance du sourire, avec déjà 
dans le regard, vide de pensée pourtant, quelque chose 
d'ambigu, de vaguement troublant et de pervers peut-être. 

Le m.odelé velouté des chairs, le frisson inquiétant 
d'un vêtement qui glisse, le rayonnement charmeur des 
bouches drues foisonnant autour du front, tout cela 
exprime chez van der Veken un talent délicat et raffiné, 
une intention timorée et persistante pourtant, en même 
temps qu'une connaissance profonde de l'âme humaine. 

En parfait psychologue, il sait en traduire les 
nuances les plus délicates en un regard songeur et 
caressant, dans une bouche où le sourire s'esquisse 
avant de s'épanouir, en une pose langoureuse et trou- 
blante. Il s'afifirme ici véritablement le maître de la grâce, 
sinon de la force, l'interprète de l'amour tendre et rêveur, 
sinon de la passion violente et emportée. 

Les deux chérubins, prosternés dans le plus profond 
recueillement, sont de la même race, du même type 
tendre et songeur; mais leur regard s'est tourné vers 
l'invisible, sur la bouche le sourire s'est tempéré et le 
front bouclé reste courbé en une attitude de silencieuse 
adoration. Leurs draperies, qu'un léger souffle agite, leurs 
ailes déployées, courbées gracieusement, donnent à ces 
figures un aspect décoratif qui captive le regard par de 
ravissantes sinuosités. 

A l'état primitif, le tabernacle se présentait moins 
large, la tablette était découpée suivant la section du 
dôme, et les deux anges caryatides étaient plus rappro- 
chés. Il en était de même des chérubins adorateurs. La 
porte du tabernacle reposait directement sur la table et le 
dôme était couronné d'un ostensoir devant lequel se 
prosternaient deux anges, alors que deux autres, accolés 



SCULPTEUR MALINOIS DU XVIl'' SIÈCLE 123 

aux flancs de la coupole, proclamaient au son de la 
trompette la majesté divine. 

Ces différents accessoires, qui garnissaient le dôme, 
ont été enlevés depuis le déplacement du tabernacle 
transformé et se sont égarés. L'autel, toutefois, n'a rien 
perdu de sa beauté par ces récentes amputations ; la 
silhouette s'accuse plus nette, et par sa sobriété rehausse 
étrangement l'ornementation essentielle du petit monu- 
ment. Ajoutons que ces modifications furent effectuées 
à grands frais par le sculpteur Tambuyser, qui tailla les 
décorations florales et l'agneau pascal, dépourvu absolu- 
ment de vérité. 

Emm. Neeffs cite également comme devant appar- 
tenir au ciseau de van der Veken, un Saint-Esprit entouré 
de rayons et de têtes angéliques, couronnant l'autel de 
la 2' chapelle de la même église Saint-Rombaut. Récem- 
ment, l'ancien autel fut détruit et remplacé par une 
production moderne. 

Le même auteur cite de notre sculpteur un pélican 
doré surmontant la corniche du maitre-autel de l'église 
Notre-Dame au delà de la Dyle (i). Cette pièce lui 
aurait été payée 3o florins le 25 décembre 1689. D'autre 
part, il attribue à François van der Veken une part 
dans la décoration de cet autel, érigé en 1690 (2). 
N'a-t-on pas confondu les deux prénoms et ne faudrait-il 
pas considérer ce pélican comme une production du 
frère aîné de notre artiste? Faisons observer encore que 
dans son Inventaire historique de Matines (3), Neeffs ne 
cite pas le nom de van der Veken parmi ceux des 
artistes ayant collaboré à l'édification du maître-autel. 



(1) Histoire des sculpteurs malinois, p. 218. 

(2) Histoire des sculpteurs malinois, p. 215. 

(3) Op. cit., p. 96. 



124 NICOLAS VAN DER VEKEN 



En raison de sa longue carrière, l'œuvre de notre 
tailleur de bois a été des plus vastes et a certes comporté 
des sculptures bien plus nombreuses que celles par- 
venues jusqu'à nous. 

Une grande partie est perdue sans laisser de traces. 
L'artiste ayant travaillé presqu'exclusivement pour les 
églises et les couvents, un inventaire scrupuleux amène- 
rait peut-être la découverte de quelques statues ou 
statuettes du maître. 

En attendant, il ne sera pas inutile de signaler ici 
quelques travaux dont l'existence nous est rapportée par 
les sources écrites, mais qui ont disparu depuis lors (i). 

Deux anges, peints en blanc, qui soutenaient le 
tableau de l'autel de Notre-Dame de la Concorde, à 
l'église Saint-Rombaut (2), ont disparu lors du déplace- 
ment de cette peinture, qui passa de cet autel du 
transept nord dans la troisième chapelle de la nef septen- 
trionale. Cette œuvre fort ancienne, représentant la Sainte 
Vierge peinte à mi-corps, sur panneau doré, a noirci à 
tel point, que la dévotion publique la désigne sous le 
vocable de Notre-Dame la Noire. Une adoration des 
Bergers, de Jean-Erasme Quellin, a pris sa place sur 
l'autel du transept, élevé en 1699 par le sculpteur 
François Langemans. 

Deux bancs d'œuvre (3), que nous aimons à nous 



(1) Corneille van Qestel, op. cit., f" 133-134; et H.-D. Van den Nieu- 
WENHUYSEN, Ko/istminnende wandelinge... MDCCLXX, manuscrit conservé à la 
Bibl. Royale de Bruxelles. 

i2) Mechelsch Bcricht, 1783, p. 81. 

(3) « Van den zelven meester zijn ook gesneden de twee gestoeltens der 
Kerk-meesters, tegen de eerste pilaeren, in het kriiys der kerke » (Mechelsch 
Bericht, 1786, p. 685;. 



SCULPTEUR MALINOIS DU XVIl' SIÈCLK 125 

représenter décorés de belles sculptures ornementales et 
de bas-reliefs, à la manière de ceux qu'exécutèrent plus 
tard Verhaegen et Valkx, pour l'église Saint -Jean, 
garnissaient l'église Sainte-Catherine, mais ont disparu 
en grande partie. Deux confessionnaux furent construits 
à l'aide des débris. Cette dénaturation est d'autant plus 
regrettable qu'elle nous prive d'une œuvre, fort inté- 
ressante sans doute, qui nous aurait permis d'étudier 
van der Veken par un deuxième exemple, en cet art 
délicat du bas-relief, où, nous l'avons constaté, il 
excellait. 

Une statue de samt Roch, enluminée par l'artiste, se 
trouvait à l'ancienne église des SS. Pierre et Paul; 
celle-ci fut démolie vers 1780, après que la paroisse de 
ce nom fut transférée dans l'église de S. François Xa- 
vier, devenue libre par la suppression des Jésuites en 
1773. Cette dernière église contenait elle-même un reli- 
quaire de saint François Xavier, exécuté par van der Ve- 
ken, et dont on a perdu les traces. 

Les couvents de Malines, aussi bien que les églises, 
possédaient de multiples sculptures, parmi lesquelles les 
œuvres de van der Veken figuraient en bonne place. Un 
saint Joseph et une sainte Madeleine de Pazzi se trouvaient 
chez les Carmes chaussés ou Grands Carmes de Ma- 
lines ; malheureusement, le mobilier de ce couvent fut 
vendu le 5 novembre 1797, et adjugé pour quelques sols 
à des brocanteurs. 

Pour les Ursulines, Nicolas avait exécuté un trône, 
soutenu par des anges, sous lequel on exposait le Saint 
Sacrement. Cet ordre malinois, fondé en 1682, se fit bâ- 
tir une habitation nouvelle, ainsi qu'une chapelle, bénie 
en 169g; mais il quitta ces bâtiments à la fin du xviii* 
siècle, pour prendre possession de Leliëndael, d'où les 
Norbertines avaient été expulsées. 

L'ancien couvent des Ursulines est devenu à présent 



126 NICOLAS VAN DER VEKEN 

l'Hospice Sainte-Hedwige; le trône a disparu à une 
époque indéterminée. 

Il nous reste à citer un petit autel avec figures déco- 
ratives, de maître van der Veken, qui ornait l'infirmerie 
du couvent des Frères Alexiens ou Cellites. Cette œuvre 
est également perdue, quoique cet ordre ait continué de 
résider jusque récemment dans l'ancien couvent. 

D'autres œuvres encore de notre sculpteur, dont 
môme la mention nous échappe, doivent avoir joui d'une 
légitime admiration de la part de ses contemporains. 
L'étude comparative des trésors artistiques qui nous 
restent augmentera peut-être un jour le catalogue encore 
réduit du sculpteur. Puisse notre modeste étude faciliter 
quelque peu les travaux de ceux qui pousseront plus loin 
les explorations dans ce domaine presque insoupçonné 
de notre école de sculpture du xvii' siècle. 



IV 



A la suite de ces timides investigations dans le do- 
maine si injustement décrié de la sculpture baroque, la 
figure de Nicolas van der Veken apparaît comme celle 
d'un probe artiste, allant sans hésitation vers un idéal 
qui, pour n'être pas entièrement celui de son époque, ne 
témoigne que d'une personnalité plus originalement 
douée. Sans jamais se détourner de sa route, ni perdre 
son temps à de vaines spéculations sur un mysticisme 
éteint depuis le moyen âge, il fut peut-être l'artiste le 
plus sincèrement religieux de notre école de sculpture 
du XVII' siècle. 

Interprète de la grâce mutine de l'enfance et du 
charme troublant de la femme, capable d'emprisonner 
en un regard toute l'inquiétude d'un siècle de luttes et 
d'ardeurs, amoureux de la ligne onduleuse et des formes 



SCULPTEUR MALINOIS DU XVII^ SIÈCLE 12/ 



expressives, il fut le plus grand, le jour où, dans un em- 
portement fiévreux, il se mit à pétrir le « Dieu de pitié », 
auquel il infusa toute la souffrance morale, dont son 
âme compatissante soupçonnait l'incommensurable éten- 
due. D'autres ont donné au Christ une nature surhu- 
maine et divine, mais, d'être resté si purement, mais si 
âprement humain, van der Veken n'en est peut-être pas 
moins grand. 

A travers son œuvre, nous devinons en cet artiste, 
dont l'existence nous échappe encore en grande partie, 
un homme simple, un peu rude parfois et enclin à des 
accès de mélancolie. 

De condition modeste, ayant vécu sa jeunesse auprès 
d'une vieille mère, ne se souciant pas plus de gain que 
d'honneurs, Nicolas van der Veken semble avoir réservé 
tout son amour, toute sa gaîté, toutes ses éloquentes 
tristesses pour son art. La vie entière chez lui se subor- 
donnait à son travail, pour lequel il professait un culte 
exclusif et profond. Son art le tentait, en lui seul il 
avait foi. 

Extérioriser ses rêves et les immortaliser dans le 
chêne, tel était le but de ce penseur solitaire, capable 
pourtant d'imaginations fécondes. Nulle trace d'une 
gestation douloureuse, ni d'une production pénible ne se 
relève dans l'œuvre de l'humble imasfier. 

Servi à merveille par son étonnante technique, il 
réalisait ses visions idéales avec une déconcertante 
virtuosité. Uniquement épris des créatures illusoires 
enfantées par son cerveau et que ses doigts nerveux 
s'efforçaient de pétrir, il professait un détachement 
complet des choses de ce monde. 

Son art demeura simple comme sa vie, qui s'écoula 
calme et effacée. Aucune œuvre chez lui ne témoigne de 
cette recherche d'efïets tumultueux et n'est affectée de 
cette pompe théâtrale et pédantesque qui déparent 



128 NICOLAS VAN DER VEKEN 



souvent l'art religieux du xvii' siècle, tant au Nord qu'en 
Italie. Nature douce et aimante, il sut imprégner ses 
figures féminines d'un frisson d'amour, d'une indicible 
tendresse. Le trouble d'un regard, l'ambiguité d'un 
sourire, la langueur d'une attitude même révèlent pour- 
tant chez le vieux célibataire un esprit subtil et raffiné, 
trahissent un psychologue transcendant, ayant scruté les 
émotions les plus intimes de l'âme humaine. 

Profondément religieux, enclin à la méditation, 
sœur de la tristesse, il a réservé ses plus déprimants 
accents pour les figures douloureuses du Sauveur. 

van der Veken ne put jamais se résoudre à séparer 
la forme et la couleur dont la Renaissance avait con- 
sommé le divorce ; il polychroma avec un talent remar- 
quable ses statuettes de saints. 

Et les yeux tournés sans cesse vers le monde réel 
et vivant, auquel il rapportait tous ses efforts, ne faisant 
que parcimonieusement les concessions exigées par ses 
soucis spiritualistes et son amour du style, Nicolas van 
der Veken trouva les expressions éloquentes, les attitu- 
des harmonieuses et les gestes vrais qui ne se puisent 
qu'à la source même de la vie et ne s'empruntent qu'à la 
nature, toujours belle et inépuisablement féconde. 

Camille Poupeye. 



BIBLIOGRAPHIE 



Étant considéré le petit nombre des chroniqueurs qui ont 
parlé de van der Vekcn et celui encore plus restreint de ses 
biographes, l'énumération des ouvrages consultés sera forcément 
très limitée. Nous ne donnerons pas ici la liste des ouvrages ayant 
trait à l'histoire de l'art en général et à celle du xvii^ siècle en 
particulier. Ces ouvrages se trouvent dans toutes les bibliothèques. 
Nous nous bornerons à citer les quelques livres et manuscrits dont 
nous avons fait usage pour la présente étude et dont quelques-uns 
pourraient être moins connus. 

Emmanuel Neeffs, Histoire des sculpteurs uialinois. — Gand, 
Vandcrhaeghen, 1876. 

Id., inventaire Jxistorique des tableaux et des sculptures se 
trouvant dans les édifices religieux et civils et dans les rues de 
Matines. — Louvain, Fonteyn, père, 1869. 

Chevalier Edmond Marchal, La sculpture et les chefs-d'œuvre 
de l'orfèvrerie belges. — Bruxelles, Hayez, 1895. 

Hyacinthe Coninckx, Le livre des apprentis de la corporation 
des peintres et des sculpteurs à Matines (Bulletin du Cercle Archéolo- 
gique de Malines). Malines, L. & A. Godenne, 1903. 

Chanoine G. van Castrr, Histoire des rues de Malines. 

Léopold Godenne, Malines jadis et aujourd'hui. Malines, 
L. & A. Godenne, 1908. 



Konstniinnende wandelinge ive^ende een kort beschrijf van aile 
hetgene dat binnen Mechelen in de publieke plaetsen te sien is, 
met een korte aenteekeninge van de principaelste werchen, en:^. 
MDCCLXXX (Ms. Bibl. R. Bruxelles, n'- 17252). 

Ce manuscrit de H.-D. Van den Nieuwenhuysen a été publié 
dans le Wekelijksch Bericht van Mechelen, années 1783 et sui- 
vantes. 

Korte levens-bescryf van groote mannen gehortigt van Mechelen 
by een vergaedert ende opgemaekt uyt diversche scryvers, door 



l3o NICOLAS VAN DER VEKEN 



Egidius-Josephus Smeyers, konstschildcr, en door H. D. V. N. 
(VAN DEN Nieuwenhuysen), pricstcr (Ms. Aich. Malines, DDXVIj. 

E.-J. Smeyers, Aanteekeniugeu rakeiide ou;e scbilders en 
beeldhouwers (Ms. Arch. Malines, DDXVII). 

yiri illustres iiurbliiiiensis srriptis vel faiiia elari colleetore 
Conielio vaii Gestel, 1740 (Ms. Arch. Malines, DDXV). 

Catalogue ofte naeiulysi der Konstscbilders eiide beeldhouivers 
der stad Meebeleu, met eeiiige aeuteeheuiugeu bun aeugaeude, byeen 
vergaedert uit de annotât ieii van icylent d'beer Greg. de Maeyer. 
(Arch. Malines), copie par Schellens, en la possession de M. Fr. 
De Blauw, à Malines. 

Albums d'aquarelles, collection J. Schietïer (Arch. Malines). 



TABLE DES MATIÈRES 



Chap. I. — Le siècle de Rubens. — Le Règne des archiducs 
Albert et Isabelle. — Situation économique. — Courant reli- 
gieux. — Littérature et Arts. — Influences de Rubens. — 
Malines au xvij^ siècle. — Sculpteurs flamands. 

Chap. IL — Naissance de Nicolas van der Veken. — Sa famille. — 
Atelier de Maximilien Labbé. — Atelier de Luc Fayd'herbe. — 
Application de la polychromie. — Vie et mort du sculpteur. 
— Sculpteur sur bois. — Caractères de son art. — Sentiments 
religieux. — Influences subies et excercées. — Disciples. 

Chap. III. — Confessionnaux. — Eglise Sainte-Catherine. — Eglise 
Saint-Jean. — Eglise SS. Pierre et Paul. — Statues polychromées : 
Dieu de Pitié, Vierge et Enfant, Sainte Famille, Vierge de 
miséricorde et esclaves chrétiens. Sainte Trinité, Enfant Jésus, 
Chérubins, saint Yves, saint Aubert, saint Rombaut, saint Liboire, 
saint Joseph. — Statuettes non polychromées : saint Antoine, 
saint Hubert. — Terre-cuite : sainte Barbe. — Bas-reliefs : La 
manne, La Cène. — Compositions décoratives, — Œuvres 
perdues. 

Chap. IV. — Ce que fut l'homme. — Excellence de son art. 



Les Ménestrels Communaux Malinois 

et joueurs d'instruments divers, établis ou de 

passage à Matines, de 1311 à 1790 



I. — Généralités 

En parcourant les premiers registres des Comptes com- 
munaux de Malines, nous trouvions régulièrement la mention 
du veilleur de la tour de l'église St-Rombaut. Recherchant 
tout ce qui concerne la musique, nous négligeâmes l'humble 
veilleur, dont les fonctions nous semblaient peu en rapport avec 
celles d'un musicien instrumentiste. Mais la suife des comptes 
nous apprit que le iorenwachter était joueur de trompe et que 
la Ville exigeait qu'il fut habile instrumentiste pour l'obten- 
tion de cet emploi. Cette curieuse constatation nous obligea 
à reprendre les registres déjà feuilletés et nous relevâmes 
toutes les notes concernant les veilleurs. 

Le fait de confier la vigie d'un château ou d'une ville à 
un fonctionnaire spécial semble devoir remonter à la plus 
haute antiquité. Nous savons, en effet, qu'avant l'établisse- 
ment des communes, le seigneur avait, dans le personnel 
attaché à son service, un guetteur, qui montait la garde du 
haut des murs crénelés ou du donjon de son castel. Ce 
personnage devait jouir d'une grande popularité, puisque son 
souvenir fut éternisé par la chanson des troubadours, des 
trouvères et des minnesinger. Instrumentiste et chanteur à la 
fois, il devait annoncer à haute voix les heures de la nuit, 
il sonnait de la trompe et débitait le Wachterlied ou Chanson 
d'Aube, pour saluer le lever du jour. Florimond Van Duyse (i) 
a recueilli une douzaine de ces wacbtersliederen. Pierre 



(1) Florimond Van Duyse, Met oude Nederlandsche lied, tome I, pp. 326 
et suivantes. 

lO 



134 LES MÉNESTRELS ET INSTRUMENTISTES A MALINES 

Aubry(i)nous explique très bien la donnée de ce genre de mélo- 
die des trouvères. 11 est à remarquer que le fond de ces chansons 
est le même tant en France, en Allemagne qu'aux Pays-Bas. 

« 11 fait nuit et deux amants sont ensemble. Leur bonheur 
est si grand, que le jour, sans qu'ils s'en doutent, va paraître 
et qu'il faut le chant d'un oiseau, l'appel d'un ami, la 
vigilance d'un guetteur pour les avertir. 11 y a donc trois 
personnages : l'amante, l'amant et le tiers, chargé d'annoncer 
le lever du jour. » 

Le texte de ces icachtersliederen et de ces chansons d'aube 
prouve que le guetteur sonnait de la trompe et chantait : 

« ... De wachter opter tinnen lach 
hi hief op een lied hi savck... » (2). 

« ... die wachter blaest sinen horen... » (3). 

... Le guetteur (jouant de la trompe et faisant sa ronde) : 

« Hu et Hu et Hu et Hu! 

je l'ai veù 
La jus soz la coudroie, 
Hu et hu et hu et hu 
A bien près l'occirro'e... » (4). 

Lors de l'établissement des communes, les veilleurs 
s'établirent, très tôt, sur les tours d'églises, les beffrois et 
les portes des villes. Ils furent rétribués par les soins des 
magistrats pour surveiller l'approche de l'ennemi, prévenir 
les incendies, sonner les heures du travail et du repos au son 
de la trompe ou de la cloche. Nous les retrouvons partout : 
on les nomme Weites à Lille dès l'année 1301-1302 (s); Tûrner 



(1) Pierre Aubry, Trouvères et Troubadours, p. 85. 

(2) FI. Van Duyse, I. c, tome I, n" 64. 

(3) lu., tome I, n" 69. 

(4) Pierre Aubry, Jeu de guetteur, 1. c, p. 90. 

(5) L. Lefebvre, Les ménestrels et joueurs d'instruments assermentés du 
x/V« au xviii'' siècle. — Notes pour servir à l'histoire de la musique à Lille. 



DE 131 I A 1790 135 

OU Hausleuten à Leipzig (i); à Dublin, ils sont désignés par 
le nom de Waits (2). 

Ils devaient être musiciens : 

« A. Brehon Maillet, ménestrel de la trompette, son salaire 
d'avoir esté wettier au cloquier St-Estevene pour manifester 
les inconvéniens des feus de meschief xv mois commencés 
à St-Jean (1433) et fini à St-Remy (1434), xxv fl. » (3). 

« Die Tùrner waren immer musikanten, sie miissten 

blasen kôniien... » (4). 

Dans nos contrées, on les appelait toremvechters, wachters, 
trompers. etc. 

Dès l'année 1311-12, nous trouvons la mention du 
veilleur de tour à Malines. Le compte communal 13 13-14 
révèle l'existence d'un veilleur sur la tour de l'église St-Rom- 
baut et un autre sur celle de l'église Notre-Dame. Depuis 
cette date, nous les trouvons régulièrement jusqu'à la fin 
du xviii<^ siècle. Le nombre des guetteurs varie : au début 
du xve siècle, ils sont deux pour le service de la tour de 
l'église St-Rombaut: en i4^-)-34, il y en a trois: puis, plus 
tard, nous en comptons quatre. L'un est désigné du nom 
de tromper, joueur de trompe; les autres sont dits : pipers, 
piper où pijper, en allemand, Pfeijfer. Piper était un nom gé- 
nérique qui s'appliquait aux musiciens en général: il dési- 
gnait plus particulièrement les instrumentistes des flûtes ou 
instruments similaires, tels que schalmeien (précurseurs du 
hautbois), cromonies, cornets à bouquin, etc. (5). 



(1) G. WusTMANN, Ziir friihesten musikgeschichte Leipzigs, dans la 
revue Die Musik-Woche, 1902, p. 222. 

(2) W.-H. Grattan Flood, Dublin city-music, from 1456 to 1786. — 
Recueil de la Soc. intern. de musique, 1910-11, livre 1, pp. 33 et ss. 

(3) L. Lefebvre, ouvrage cité, p. 1. 

(4) G. WusTMANN, loco citato. 

(5) Voici les noms donnés aux instrumentistes par les rédacteurs des 
comptes communaux de Malines : 

xive siècle : 
Trompeneer, tromper, joueur de trompe. Pipers, pypers, pypters, 
joueurs de flûte, Ministrelen, mistrelen, menestrelen, Speeiieden, ménestrels. 



136 LES MÉNESTRELS ET INSTRUMENTISTES A MALINES 

Pour pouvoir prétendre au poste de veilleur, il ne suffi- 
sait pas d'avoir bon œil, il fallait, en outre, donner des preuves 
d'un réel talent d'instrumentiste. Plusieurs compétiteurs se 
présentent à Malines, en 1433-34; pour éviter des froissements, 
l'Administration communale décida de les soumettre à un exa- 
men. Le candidat fut obligé de se faire entendre devant un 
jury qui siégeait à la cour du couvent des Frères-Mineurs (i). 
Les examinateurs bénéficièrent de rasades de vin durant la 
séance (2). L'artiste primé fut félicité et convié à un régal que 
la Ville lui offrit, ainsi qu'à ses compagnons les veilleurs. 
Le candidat qui n'avait pu satisfaire ne quitta cependant pas 
les mains vides; touche de commisération, le Magistrat le gra- 
tifia de deux écus Philippi pour le dédommager de ses peines 
et frais (^). 

11 résulte de ces annotations, que les veilleurs malinois 
étaient d'habiles musiciens: ce qui le prouve davantage, c'est 
qu'à dater de 14S3-54, les comptes communaux les désignent 
du qualificatif de stadspipers, c'est-à-dire ménestrels de la 
'Ville. Remarquez toutefois que deux fonctionnaires sont main- 



xv-' siècle : 
Trompers, trompet, trompet slaeger, pipers-pipen, pijffers (1485-86), 
heeren pipen, biscops pipen, stadts pijpers (1487-88). 

Coning van de pipers van Bruessel (1449-50), snaerspeelders (1495-96), 
luyters (1494-95), minisireerders, ministrelen, speelluyden. 
xvi« siècle : 
Trompers, stadt-speellieden, stadts pypers, stads speelluyden, scalmey 
pypers (1501-2), trommel slaeghers (1577-78), een trommelijn die de bomme 
slaegt (1505-6), snaerspeelders van de stad (1539-40). 
xvii<2 et xviii'^ siècles : 
Speellieden, benden van de haut-boiën ende bassons. 

(1) Situé à proximité de la tour de St-Ronibaut. 

(2) It. bet. van dat men verteerde... doen nien den jonghen vvachter 
hoirde pipen ter mijnder bruederen. Compt op iiij s. 

It. geg. iij potten vvijns gliedroncke te mijnder bruedere doen men een 
nuwe wachter proefde. C. c. 1433-1434. 

(3) It. gheg. 1 piper die hier ontboden wert ome onthouden te sine 
bi de stad en niet abel ghenoech bevonden en wert hem gegeve voir sijn 
moeyenisse ij scelde ph'. C. c. 1433-34. 



DE 131 I A 1790 137 

tenus en qualité de veilleur; Tun sur la tour St-Rombaut, 
l'autre sur la tour Notre-Dame. 

Nous pouvons donc fixer l'origine des musiciens com- 
munaux à Malines depuis Tannée 1433-34. Ils sont régulière- 
ment cités jusqu'en 1459-1460; à partir de cette année, il y a 
une lacune qui s'étend jusqu'à l'année 1463, époque durant 
laquelle le receveur de la Ville ne les inscrit plus parmi le 
personnel salarié. 

De 1468-69 à 1473-74, nouvelle lacune. Enfin, à partir de 
1473-74, nous trouvons les musiciens établis définitivement 
jusqu'en 1372-73, sur la liste des employés communaux tou- 
chant des gages fixes. Depuis l'année 1573, l'Administration 
de la Ville ne paie plus de gages annuels aux musiciens, 
mais leur accorde un cachet pour chaque service. Les anciens 
fonctionnaires continuent néanmoins à figurer dans les comptes, 
sous le nom de stadsspeellieden. Ils officient deux jours, à 
l'occasion de la procession de St-Rombaul, recevant, pour ces 
jours, une somme de 6 florins, soit un peu plus d'un florin 
chacun. L'un des ménestrels communaux venant à mourir, 
vers IS74, un candidat, Nicolas Coquil, speelinaii, présente 
ses services et adresse une requête aux fins d'obtenir la place 
vacante. Les magistrats apostillent f^^ivorablement cette sup- 
plique, tout en taisant la restriction suivante : « dût sijne 
gcigiëii nit't loopen en sitllen », c'est-à dire aux conditions or- 
dinaires, sans gages courants (i). 

Il est évident que ce régime peu rémunérateur ne satisfit 
pas des artistes en renom, tels que les l^an Ranst. Plusieurs 
d'entreux désertèrent probablement Malines, pour se présenter 
à la cour de Bruxelles. Nous rencontrons, en effet, Philippe 
van Ranst, Joris yolckaert et Coquil au service de la chapelle 
royale de Bruxelles. Ces speellieden ayant quitté la ville, le 
service musical passa en d'autres mains. Nous avons annoté, 
parmi ces nouvelles recrues, les noms de Corneille van Àken, 



(1) Voir annexe n^ 1. 



138 LES MÉNESTRELS ET INSTRUMENTISTES A MALINES 

jcaii Op de Bccckc, Jean Regard (i), Hans Wieiues, Aerdt ou 
Ariiis de Borger, Haiis de IVael. Sebastien de Bovijn ou 
Bruyiihoyeii . 

A l'avènement des archiducs Albert et Isabelle, Malines 
reprit une partie de sa splendeur déchue. Les arts, l'industrie 
et le commerce refleurirent sous le bienfaisant gouvernement 
de ces princes aimés. Les musiciens voyant prospérer leur 
ville natale, essayèrent de se faire accepter en qualité de 
musicien officiel à gages fixes et annuels. Pour atteindre ce 
but, ils (ircnt parvenir aux magistrats une requête, où ils 
exposent leurs projets. En voici la teneur (2) : 

« Les soussignés : Chrétien Daems, Hans Wiemes; Aerdt 
de Borger, Hans de Wael et Sébastien de Bovyn, tous ménestrels 
et bourgeois de Malines, font humblement connaître aux hono- 
rables magistrats que, depuis environ is ans, certains d'entr'- 
eux ont servi régulièrement dans toutes les fêtes et réunions 
solennelles et publiques tenues à Malines. Ce service musical 
fut malheureusement défectueux, en ce sens que bien souvent, 
faute d'éléments, on ne parvenait pas à composer un aecord 
complet; de plus, les musiciens, engagés au hasard, étant 
de valeur très inégale, l'ensemble devait en souffrir néces- 
sairement. Pour remédier à cette situation malheureuse, 
les soussignés promettent de s'entendre et de s'exercer, 
alin de composer un groupe de musiciens formant un 
bon accord. — A l'exemple des cités voisines, Malines 
posséderait ainsi des fonctionnaires-musiciens, prêts au jour 
fixé, pour escorter honorablement les processions générales 
et autres fêtes patronnées par l'Administration communale.... 
C'est pourquoi les soussignés se permettent de vous demander 
de bien vouloir les accepte!' pour le service de la Ville, vous 
abandonnant le soin de déterminer la valeur du salaire d'après 
leur talent et leur dévoûment. 



(1) 1585-86. Ces chiffres, sans autres indications, signifient : compte 
communal de l'année 1585-86. 

(2) V'oyez annexe n^ 2, texte intégral de cette supplique. 



DE 131 I A 1790 139 

Comme l'usage v,eut que les instrumentistes aux gages 
des cités soient vêtus d'un tabbaert, ils espèrent bien que les 
Magistrats leur accorderont la livrée officielle, n'importe la 
couleur de celle-ci, pour le plus grand honneur de la commune 
qu'ils administrent (i). 

Cette pièce, renvoyée aux trésoriers et receveurs, pour 
prendre connaissance du texte de la requête et en faire rapport, 
fut apostillée par ces derniers, le 30 janvier 1606. 

Le rapport, lu et approuvé en séance du conseil, donna 
lieu aux conclusions qui suivent : « Les s requérants sont 
acceptés en qualité de stadsspeellieden, aux gages annuels de 
36 florins chacun. L'engagement prend cours à dater de 
Pâques, 28 mars 1606; pour le reste, ils auront à se confor- 
mer à un règlement que rédigeront et leur communiqueront 
les trésoriers de la Ville ». 

Ces décisions furent ratifiées par un actiim du 20 février 
(606, signé du principal : J. Paeffenrode. 

Trois mois après, le 22 mai 1606, parut une ordonnance 
« ordonnaiitie voor de speellieden bij mijne Heere van der 
IVeth.... ». Cette pièce très intéressante contient divers points, 
eiitr'autres les fonctions que le ménestrel de la Ville avait à 
remplir. Nous analyserons cette pièce plus loin, au chapitre 
des fonctions des musiciens (2). 

Malheureusement, le règne des stadsspeellieden fut éphé- 
mère; installés en mars 1606, on les révoque déjà en 1621. 

Le nombre des musiciens fonctionnant simultanément 
varie. En 1453-54, ils sont à trois; puis ils sont quatre jusques 
vers la fin du xv^^ siècle. Durant le xvi™e siècle, le chiffre 
officiel est cinq. Lors de la reprise des ménestrels communaux, 
au début du xv!!*" siècle, le chiffre est plus variable; en 1606, 
nous en trouvons cinq; l'année suivante, six; puis sept; en 
1620 et 1621, ils atteignent le nombre de huit. L'un d'eux était 
nommé intendant des ménestrels: il avait dans ses attributions 



(1) Voir annexe no 2. 

(2) Voir annexe n° U. 



I'40 LES MÉNESTRELS ET INSTRUMENTISTES A MALINES 

le soin de régler et de diriger les concerts. C'était en somme 
celui que l'on nommerait de nos jours, chef de musique, ou 
chefdbrchestre. 

Nous pouvons attribuer la première suppression des 
stadsspcellieden aux circonstances fatales amenées par les 
troubles religieux qui sévirent à la fin du xvi'^' siècle. Ces 
guerres malheureuses ruinèrent la ville et l'obligèrent à se 
priver de la musique officielle, luxe bien inutile dans ces 
moments difficiles (i). 

Mais nous ignorons le motif de la deuxième suppression 
des musiciens. Nous avons vainement cherché, en marge du 
registre des comptes, une de ces apostilles révélatrices qui 
donnent quelquefois la clef d'un mystère. 11 nous faut recourir 
à l'hypothèse, seul moyen d'explication possible. De l'ensem- 
ble des notes compulsées dans les registres des comptes de 
ces années (r''' quart du xvir siècle), il résulte que les musi- 
ciens établis à Malines devaient être nombreux au xvir' siècle. 
Ces musiciens formaient des bandes (benden) de joueurs de 
flûtes, schalmeien, bassons, cornets, etc., qui se joignaient 
aux bandes des trompettes, pour former ainsi de véritables 
sociétés d'harmonie (2). En présence de ces nombreux prati- 
ciens, la musique officielle devenait une superfétation ; pour- 
quoi payer un traitement à ces s instrumentistes, alors qu'il 
était si facile de les engager lorsque les circonstances les 
réclamaient? Il y avait là aussi une mesure d'économie à 
prendre, on payait annuellement 288 florins et plus pour s 
musiciens dont les services ne pouvaient suffir dans les grandes 
fêtes, car la Ville était obligée d'en engager une masse d'autres. 
Ces considérations auront décidé probablement l'Administra- 
tion Communale à supprimer les artistes à gages fixes et 
à ne plus payer que des gagistes jouant au cachet. 11 vasans 



(1) Voyez les preuves de ceci au paragraphe des gages. 

(2) Ces bandes se composaient de 4, 5, 6, 8, 10 et même 15 musi- 
ciens, d'après les circonstances. Pour les représentations théâtrales, p. ex., 
nous avons rencontré la mention d'un orchestre de 15 musiciens. 



DE 131 I A 1790 141 

dire que cette mesure ne se prit pas sans susciter de vives 
récriminations de la part des musiciens congédiés. Nous en 
avons trouvé la preuve indirecte dans le registre des comptes 
de l'année 162S-26, où nous notons que la Ville inscrivait une 
pension en faveur du speelmaii maître Haiis Wiemes. Cette 
mesure transactionnelle fut prise à la suite d'une requête 
adressée par l'intéressé à l'Administration communale, requête 
que celle-ci voulut bien apostiller favorablement. Maître Hans 
Wiemes devait être, en quelque sorte, un iiitendaut de la 
musique communale, dont le rôle se réduisait au soin de 
convoquer ou de recruter des musiciens ou des bandes pour 
former des accords jouant dans les festivités publiques. Le 1 1 
novembre 1638, le Magistrat cassa (sic) Hans Wiemes. Malgré 
son renvoi, \'<i\-stadsspeelman continue à figurer dans les 
papiers officiels comme gagiste. 11 était alors, selon toute 
apparence, le chef d'une bande (bende) de speelliedeii, comme 
il devait en exister plusieurs, dont les chefs nous sont connus 
grâce à la signature qu'ils apposaient au bas de la quittance 
qu'ils remettaient au receveur communal. Les clercs, en 
transcrivant ces noms dans leurs registres, nous ont heureuse- 
ment permis de connaître quelques-uns d'entr'eux. Nous don- 
nerons leurs noms dans la liste qui termine cette étude. 

A partir de 1681, ce sont les trompettes-veilleurs, seuls 
musiciens officiels, qui organisèrent les concerts publics. Les 
Brias commandaient une bande de timbaliers et trompettes, 
qui jouaient pour toutes les circonstances où la musique fut 
requise. 

Parmi les ménestrels attachés au service de la Ville, il y 
avait des instrumentistes très habiles ayant reçu une éducation 
musicale très soignée. Celle-ci débutait quelquefois aux maî- 
trises des églises, véritables écoles de musique de l'époque, 
où le musicien en herbe recevait les premières notions du 
chant et de la notation. A l'époque de la mue, le jeune musi- 
cien pouvait apprendre à jouer des instruments. Nous savons 
qu'un règlement des ninos de la chapelle musicale des princes 
à Madrid disait entr'autres, que les en fants de chœur, en 



142 LES MÉNESTRELS ET INSTRUMENTISTES A MALINES 



réformation de leur voix étaient autorisés à apprendre l'orgue, 
le basson, la saquebute, la chirimia, la viole, le violon, la 
harpe et autres instruments (i). 

Au début du xvii" siècle, un musicien du nom de Fride- 
ricus Helvigius, offrait au chapitre de la cathédrale d'Anvers 
d'enseigner aux choraux à jouer, en peu de temps, du basson, 
de la bombarde, du trombone et du cor (2). 

D'ailleurs il était logique de commencer par l'étude du 
chant, puisque, d'après Agricola (3) et Virdung (4), les in- 
strumentistes, pour bien apprendre à jouer des instruments, 
devaient connaître le chant (5). Mais il n'était pas nécessaire 
de passer par l'école des jubés; les instrumentistes se for- 
maient aussi sous la conduite des praticiens eux-mêmes. 
Ceux-ci, en échange de leurs leçons, réclamaient les services 
de leur élève pour les aider dans les vacations aux noces, 
bals et autres fêtes. Ces sortes d'associations se faisaient quel- 
quefois par un acte, un contrat, passé par devant notaire. En 
isôi, un contrat de cette nature fut passé à Utrccht, entre la 
veuve Ghijsbert-Aerts, de cette ville, fille d'un musicien (tam- 
bourijn), et maître Nicasius, virtuose sur la harpe et autres 
instruments, qui pendant dix ans se chargerait de soigner 
l'instruction musicale du jeune Ghijsbert-Aerts et lui ensei- 
gner, en particulier le violon, le cromorne, la schalnu'i. la 
tlûte à mains, la tlûte allemande, la harpe et le sijiicken. 

Nicasius s'engageait, en même temps, à nourrir et à 
loger l'élève, ce dernier fit l'engagement de suivre son 
maître et de jouer avec lui aux messes, aux kermesses, aux 
processions, etc., enfin partout où Nicasius serait demandé (6). 



(1) Cfr. Vander Straeten, Musique aux Pays-Bas, tome 8, p. 189. 

(2) Cfr. DE BuRBURE, Deux virtuoses Français à Anvers. 

(3) Dans son ouvrage Musica Instrumentons. 

(4) Dans son ouvrage Musico getutscht. 

(5) Cfr. W.-J. VoN Wasielewski, Geschichte der instrumentalmusik 
in XVI jahrhondert. 

16) Cfr. Grégoir, Notice historique sur les sociétés et écoles de mu- 
sique à Anvers, p. 15. 



DE 13 II A 1790 143 

Pour conquérir le titre de maître, il fallait passer devant 
le jury d'une ménestrendie de grande ville; pareilles gildes 
existaient à Bruges, Anvers et Bruxelles. Toutefois, n'était 
admis à pouvoir se présenter à l'examen des chefs-homme 
d'une gilde, que le candidat devenu bourgeois de la cité où 
siégeait la ménestrendie, ayant suivi les cours durant deux 
ans. Cet examen exigeait, d'après les Keiiren de la gilde 
d'Anvers, que : « Tout récipiendaire fera, dans un lieu qui 
lui sera indiqué par les chefs-homme et doyen, preuve de 
son savoir; il présentera, bien accordé, l'instrument duquel 
il désire jouer, au chef-homme ou au doyen, qui le désaccordera 
et le rendra en cet état au postulant. Celui-ci devra l'accorder 
immédiatement, de manière à pouvoir accompagner les con- 
frères; il jouera d'abord quelques airs de danses ordinaires, 
puis devra tenir sa partie dans trois motets ou autres morceaux 
de musique » (i). 

La qualité de maître équivalait à un diplôme de capacité, 
dont le titulaire usait pour l'obtention d'une fonction quel- 
conque, soit à une cour princière, chez un seigneur, un 
évêque ou une ville. 

Quant aux mœurs, les ménestrels, surtout au xv' siècle, 
avaient l'humeur vagabonde; une simple augmentation de 
gages les fesaient déserter leur poste, lis tenaient cela proba- 
blement de leurs ancêtres les jongleurs, histrions, ménétriers 
et autres fahrciule Lente, qui vivaient au jour le jour, du 
produit de leurs sérénades organisées dans les villes et 
villages, où ils affluaient les jours de kermesse et d'o«/;w^^v7;/^. 
Il n'y a donc pas lieu de s'étonner que tout en gardant les 
habitudes vagabondes de ces derniers, les ménestrels des 
villes aient aussi conservé leur insouciance et leur prodigalité. 
En marge des comptes communaux, nous lisons que la 
Ville faisait des avances d'argent sur le traitement des musi- 
ciens; très probablement pour les aider à acquitter des dettes 



(Ij Cf. D. Van de Casteele, Préludes historiques sur la gilde des 
ménestrels de Bruges, p. 1, tiré à part. 



144 LES MENESTRELS ET INSTRUMENTISTES A MALINES 

de jeu et de boisson. Pour faire face aux dépenses trop 
copieuses, nos stadspijpers recouraient quelquefois à des 
moyens blâmables : ainsi, le jeune trompette Jean Gillots 
dépose, en 1440-41, le collier d'argent qu'il tenait de la Ville, 
chez les lombards; il touchait en échange une somme d'ar- 
gent; le même fait se reproduit en 1468-69. Pour retirer son 
bijou de la main des spéculateurs, la Ville se vit obligée de 
payer intérêt et principal (1). Comme il est aisé de le voir, 
la reconnaissance n'était pas toujours la qualité dominante 
de nos musiciens. Cette situation dut créer des diflkultés 
quant au recrutement des remplaçants. Aussi voyons-nous 
la Ville redoubler de sollicitude pour les nouveaux-venus, 
en leur accordant des régals ou des présents de bienvenue (2). 

Deux ménestrels, partis de Clhrs, viennent s'établir dans 
la patrie des Berthoiit; ils élisent domicile provisoire à l'hôtel- 
lerie De Szvaeiie, chez le patron Adanie. La Ville leur paie les 
frais de bouche et de logement jusqu'au jour où ils furent 
inscrits dans le cadre des fonctionnaires communaux (3). 

On comprend aussi que les villes se jalousaient un bon 
ménestrel, et que tel piper, de Lonvaiii, fut l'objet d'une 
réception sympathique, parce qu'il avait bien voulu s'établir 
à Malines (4). 

L'inverse se produisait aussi. Nous verrons plus loin 
que la ville de Termonde se mit en frais pour attirer le 
schalmeijer van Kincom de Malines. 

Nous avons encore relevé que trois ménestrels de Bruges 
et quatre autres musiciens étrangers présentèrent leurs 
services au magistrat de Malines (^). 

Mais l'humeur vagabonde n'était pas de règle générale. 



(1) Betaelt den lombaerde van Mechelen, van eene broke die Jan Gilots, 
tromper, aldaer gheset hadde comt op xxv g. C. c. 1468-69. 

(2) C. c. 1440-41 et autres. 

(3) 1447-48. — Pour éviter les redites, nous indiquerons le registre des 
comptes communaux par les chiffres seuls; ceux-ci expriment l'année. 

(4.) 1452-53. 
(5) 1463-64. 



DE 13 II A 1790 145 

Parmi les speellieden malinois, on compte bon nombre de fi- 
dèles et dévoués serviteurs, quiusèrent leur vie au service de la 
Ville, et dont la veuve fut l'objet d'un subside, de la part de 
la Ville reconnaissante. Certains d'entr'eux furent même des 
industriels, artisans ou commerçants. Tout en pratiquant le 
métier de musicien, ils augmentaient leurs revenus en 
exerçant un métier ou un commerce souvent important. 
Ainsi Thielman Susato d'Anvers fut copiste et calligraphe 
musical; en 1531, il fut admis au nombre des musiciens 
communaux. Nous savons que vers la même époque il installa 
un atelier de typographie musicale, dont l'importance fut 
très notable (i). 

Thomas Dusart, trompette de la ville d'Utrecht, en 1628, 
était en même temps orfèvre. 

Nous n'avons parlé jusqu'ici que des instrumentistes à 
gages fixes, payés par la Ville. II est évident qu'à part ceux-là, 
Malines comptait bien d'autres praticiens de la musique 
instrumentale, vivant des ressources que leur procuraient 
noces, banquets, bals, fêtes de corporations et de familles, 
processions, etc. Nous apprenons, dans des circonstances très 
curieuses, que déjà au xiv siècle, il y avait de nombreux 
joueurs de vielle à arçon (vedeleers) dans notre Ville. Les 
comptes communaux des années 1328-29 et 1365-66 men- 
tionnent l'octroi d'une prime par courtoisie (in hovescheiden) 
accordée aux maîtres de violes qui tinrent école passagère à 
Malines, 

It. dat men den vedeleren gaf te hulpe te haere scole, doen 
hi de vedelerscole was ce. 1328-29. 

AIÎC71 de vedeleren, in hovescheiden, doe si te Mechelen; hore 
scole quamen houde ce. i365-66. 

On peut conclure de ces extraits des comptes que les rois 
des confréries de ménestrels, soit du Brabant, des Flandres ou 



(I) Cfr. GoovAERTs, Histoire de la typographie musicale aux Pays- 
Bas. 



146 LES MÉNESTRELS ET INSTRUMENTISTES A MALINES 



du Hainaut organisèrent, à des époques déterminées (ordinaire- 
ment durant le carême, époque où la musique faisait trêve), 
des cours théoriques et pratiques de musique. Dans ces con- 
servatoires populaires, jongleurs et ménestrels renouvelaient 
le répertoire épuisé, ils y apprenaient des chansons nouvelles 
et les mélodies à la mode du jour ; ils recevaient aussi quel- 
ques rudiments du jeu de la vielle à arçon et des autres 
instruments. C'est peut-être à l'occasion de ces écoles de 
ménestrendies que les contrats de compagnonnage, dont nous 
avons parlé plus haut, se formaient. 

Au xvic siècle les snaerspeelders (joueurs d'instruments à 
cordes) accompagnent les processions. On les désigne du nom 
de snaerspeelders der stad ( i ). 

Voici quelques noms de ces artistes :y^j// Malpene, Fryon, 
Lieherke {2), Heynd, meester J au, meester Jacob {}). 

Ces musiciens jouissaient des étrennes de nouvel an 
présentées par la Ville (4): ils recevaient un régal à l'occasion 
de la fête de Ste Cécile, avantage qui ne fut généralement 
accordé qu'aux maître de chant, chantres et organiste de la 
maîtrise de St-Rombaut (5). 

Vers la fin du xvr' siècle l'usage du tambour prédomine. 
Les batteurs de tambours étaient attachés au service des 
gildes armées, chaque quartier (wijk) avait son tambour (6). 
On les utilisait pour marquer le pas de la garde bourgeoise, 
qui avait à faire dans ces moments de troubles, pour protéger 
la ville contre les invasions des troupes sanguinaires de la 
furie espagnole. Le tambour faisait aussi l'office de trompette 
pour proclamer les ordonnances du Magistrat; on lui confiait 



(1) C. c. 1540-41 et suivants. 

(2) 1546-47. 

(3) 1549-50. 

(4) 1549-50. 

(5) Nous avons trouvé mention de ces fêtes en l'iionneur de Ste Cécile 
à partir de 1516; le traditionnel banquet, offert ce jour, fut servi jusqu'au 
milieu du xviii*= siècle. 

(6) 1578-79, depuis 1571 on les trouve aux gages de la ville. 



DE 1)1 I A 1790 147 

des missions intercommunales. Le jour du lundi perdu [ver- 
sworen maendag] (i) et de la St-Andié, c'était fête pour les 
tambours : l'Administration communale les régalait ces jours-là 
par des rasades de bière. Ils recevaient leurs tambours et 
accessoires de la ville. Nous avons annoté plusieurs achats 
de ces instruments à percussion vers les années 1580-81. 
Généralement, ce furent les tanneurs qui livrèrent les peaux. 

Tous ces musiciens ne formaient pas une gilde ou cor- 
poration spéciale, comme ce fut le cas pour d'autres villes. 
Nous n'avons trouvé, du moins jusqu'ici, aucune trace de 
pareille institution. Il est possible qu'ils s'affiliaient à d'autres 
corporations, afin de jouir des avantages de l'association. 

Après les veilleurs, les stadsspeellieden et les tambours, 
c'est le règne des bandes de hautbois et basson; ces groupes, 
véritables harmonies, étaient composés d'un nombre variable 
de musiciens. Nous avons rencontré des bandes de 6 musiciens, 
d'autres de 8, de 9, de 12 et même de 15. 

Ces bandes caractérisent tout le xvii'"« et le xviii"ie siècle. 
C'est en eux qu'il faut chercher l'embryon de nos modernes 
sociétés d'harmonie et de fanfare, dont l'origine ne remonte 
pas plus haut qu'à la fin du xviii'«*''et au début du xix'"^ siècle. 

Pour les bandes de hautbois, nous n'avons pas beaucoup 
de renseignements; il n'en est pas de même pour les stads- 
speellieden, dont la première incarnation se trouve dans 
l'humble torenwachter , Les veilleurs et les musiciens com- 
munaux se confondent; les uns comme les autres sont 
instrumentistes; ils jouissent tous deux des gages et habits 
accordés par la Ville; leurs fonctions sont souvent les mêmes, 
puisque dans les festivités le iwmpette-veilleur descendait de 
la tour, pour s'associer aux autres musiciens. Nous n'avons 
donc pu les séparer dans cette notice, qui essaie de les situer 
• dans le milieu social où ils évoluèrent. 

Voyons maintenant les bénéfices dont jouirent ces 



(1) 1576-77. 



I4B LES MÉNESTRELS ET INSTRUMENTISTES A MAL1î>IeS 

amuseurs publics, leurs fonctions, leurs devoirs, La logique 
nous impose d'établir en premier lieu les gages auxquels 
ils avaient droit. 

il. — Veilleurs de Tour 
et ménestrels communaux aux gages de la ville de Malines 

A. — Traitement 

Le traitement accordé au veilleur de la tour St-Rombaut 
n'est pas déterminé d'une manière régulière. Nous avons 
remarqué que ce salaire variait souvent. Ainsi en 1363, le 
veilleur recevait 26 escalins monnaie de gros; en 1385, il est 
payé à raison de 30 escalins même monnaie. Le trompette 
Jean Gillots recevait, en 1436, un salaire annuel de 2 livres un 
escalin. Durant la deuxième moitié du xv^ siècle, la même 
somme est maintenue. 

En 1543, le veilleui touchait 23 sous pour un service de 
30 jours; en 1582, dix florins dix sous pour deux mois; en 
1586, 2 îlorins 10 sous par semaine (voir annexe, n" 9). 
Depuis l'année 1603, le tarif est invariable jusqu'à la fin du 
xviiie siècle. 

Durant cette longue période, le receveur inscrit une 
somme de 312 florins par an, à l'actif du veilleur. Ces gages 
étaient comptés à raison de six florins par semaine. Outre ce 
traitement, le trompette -veilleur bénéficiait de nombreux 
cachets supplémentaires, qui lui furent payés pour des services 
extraordinaires, tels que publications des édits, etc. II rece- 
vait aussi 20 florins pour son chauffage. Le poste de veilleur 
devenait de cette manière assez lucratif; la pension, avec les 
extras, s'élevait quelquefois à la somme de 400 florins par 
an. De plus, il jouissait d'une habitation, dont la ville lui 
payait, dès 1344, le montant du loyer. Celle-ci devait se 
trouver bien sûrement à proximité de la tour, où il fonction- 
nait. Or, nous savons que la maison n» 6, sous la tour, fut 



DE 131 I A I79Ô 149 

baptisée du nom de ^^Hvere trompet, probablement en sou- 
venir de l'occupant (i). 

Le salaire des musiciens communaux est non moins 
variable avant 1474-75. Ainsi, en 1438-39, ils reçoivent 25 
peters par semestre. En 1453-54, on leur paie 20 couronnes 
par an. L'année suivante, ils touchent 26 couronnes, valant 
six livres monnaie de gros. En 1464-65, trois livres monnaie 
de gros; l'année qui suit, 25 florins; en 1466-67, vingt-cinq 
couronnes d'or. Deux livres 16 escalins 2 deniers en 1475-76. 

De 1478 à 1522, le taux du salaire est quasi invariable, 
les ménestrels reçoivent un gage annuel de cinq livres 13 
escalins monnaie de gros. Cette somme est portée à 12 livres 
cinq escalins pour deux musiciens dont la valeur aura dépassé 
le niveau ordinaire du talent des instrumentistes communaux. 
Ces artistes privilégiés furent maître Hans Naeghel, qui 
bénéficie de ce traitement supérieur dès 15 13, et Jean Van 
Kincom, qui tout en ne louchant que la somme ordinaire 
de 5 livres 13 escalins, reçoit un supplément de 3 livres 8 
escalins, pour l'aider à payer les droits d'accise, et cela 
dès 1516. 

Ce favoritisme est supprimé en 1525; désormais les 
musiciens sont uniformément taxés aux gages annuels de 
5 florins 13 sous. En 1537, ils sont cotés à raison de neuf 
florins. Enfin, ils reçoivent 27 florins à'Arthois, pour trois 
trimestres de l'année 1550, et )b florins, même monnaie, en 
1551. Les paiements se fesaient par trimestre, dont l'échéance 
tombait aux mois d'octobre, janvier, avril et juillet. 

11 arrive assez fréquemment que les instrumentistes de 
la ville ne reçoivent que les gages de deux ou trois trimestres 
par an; cela se rencontre surtout vers les années de 1565 à 
1569. Nous savons que les troubles religieux de cette période 
étaient très funestes pour les finances de la ville; il n'y a 
donc pas lieu de s'étonner que le Magistrat chercha tous les 



(1) Cfr. Reydams, De namen en de korte geschiedenis der huizen van 
Mechelen. Bulletin du Cercle Archéologique de Malines, tome V, 1894. 



II 



ISO LES MÉNESTRELS ET INSTRUMENTISTES A MALINES 

moyens d'économie possible. Les musiciens furent les pre- 
mières victimes de la parcimonie communale. Nous lisons, 
en etfct, dans les comptes de l'année 1568-69, l'apostille 
suivante : Passe (transeat) pour cette année, mais dorénavant 
le receveur n'inscrira plus qu'un gage annuel de 20 florins 
par ménestrel. 

Cette décision fut désastreuse pour les musiciens; ceux-ci 
voyant leurs ressources diminuer d'année en année, propo- 
sèrent au commune- maître de réduire le nombre des stads- 
speellieden; leur collègue Mathieu De Brakeleer venant de 
mourir, ils demandèrent de ne plus le remplacer à condition 
de leur rendre le traitement dont ils jouissaient antérieure- 
ment, alors qu'ils furent cinq. D'après la pièce, que nous 
donnons en annexe (1), il semble que leur requête fut favo- 
rablement reçue; mais cette mesure ne fit pas long feu. 
Bientôt nous assistons à la débâcle de la musique communale. 
Déjà en 1572, les malheureux Philippe y an Ranst et Georges 
yokkaert ne touchent plus que les gages d'un trimestre. Puis 
en 1573, c'est fini, il n'est plus question de stadsspeellieden. 

Lorsque l'Administration communale reprit des musiciens 
à sa solde, en 1606, il fut décidé qu'on leur allouerait un 
traitement annuel de 36 florins, payable par trimestre, dont 
le dernier expirait vers le r"' juillet. Bien souvent les musiciens 
recevaient des sommes supplémentaires, <X\\.Q,sadjiida de Costa, 
en compensation des services extraordinaires. Ainsi, le 30 
avril 1610, le conseil de la ville vote un adjnda de 10 florins 
en leur faveur. 11 arrivait aussi que l'un d'entr'eux était 
particulièrement favorisé en considération de son talent ou 
de son dévoûment; parmi ces derniers, nous devons citer 
Nicolas Janssoiie ou Janssens, joueur de cornet; maître Hans 
IViemes et Eiiglebert Bogaerts. Outre ces gages, la Ville ne 
leur accordait plus rien, ni vêtements, ni colliers d'argent, 
ni instruments de musique. 



(I) Voir annexe n° 3. 



DE I 3 I I A I 790 151 

En 1621, les ménestrels de la ville ne sont plus payés que 
pour le service d'un mois, soit 3 florins chacun. Ce fut la 
dernière quittance qu'ils remirent au receveur par l'intermé- 
diaire de leur confrère Hans Wiemes. 

La caisse communale continue à payer un traitement à 
maître Hans Wiemes seul ; il touchait une pension annuelle 
de 36 florins jusqu'au 11 novembre 1638, jour et date où il 
fut révoqué. Depuis ce moment, la ville ne prit plus de 
musiciens à gages fixes; elle se contenta d'engager des bandes 
de musiciens, qu'elle payait au cachet. 

Le traitement n'était pas le seul avantage auquel le stads- 
pijper pouvait prétendre; véritable enfant gâté, la ville tenait 
à l'habiller aux frais des deniers publics. 

B. — HABITS 

Les veilleurs jouissaient du droit de robe. Chaque année, 
à Pâques, ils recevaient du drap ou de l'argent pour se 
procurer un tahbart. La couleur de ce vêtement variait; en 
1386-87, ils recevaient 6 aunes de drap couleur orange et 20 
aunes de velours (strijptelaken); en 1478-79 du drap vert. Pour 
l'hiver, on leur donnait des vêtements plus épais (i). Vers le 
mois d'octobre, les veilleurs furent dotés d'une peau de 
mouton, qui devait les garantir contre les rigueurs des froids 
nocturnes. Depuis l'année 1432-33, ils reçoivent des lits, des 
matelas et des couvertures. Nous relevons plusieurs fournitu- 
res de cette espèce dans les comptes ultérieurs (2) ; on 
mentionne même des livraisons de bois et de charbon (3). 

Les musiciens communaux bénéficiaient des mêmes 
avantages. Une ordonnance du Magistrat, signée en 1445, dit : 



(1) 1486-87. 

(2) 1433-34; 1436-37; 1437-38, etc. 

(3) 1465-66. 



\^2 LES MÉNESTRELS feT INSTRUMENTISTES A MALINES 

Item vor een trompet iiij piperen, iiij boden, iiij vierroepers, 
dese xiij zullen hebben aile jaere elc v ellen lakens (ordonnances 
du Magistrat, série 3, n° i, fol. g v"). 

Leur tabbiieri était confectionné avec des draps de couleur 
variable. Nous avons annoté entr'autres du drap bleu (i), du 
drap rouge (2); du drap châtain (3). Ces habits servaient pour 
les grandes circonstances, telles que processions, cortèges, 
etc. Lors de la joyeuse entrée de Philippe 11 (1S49), '^^ ^^^' 
formes des ménestrels furent renouvelés : ils reçurent cette 
année des tuniques (colders); des casaques, des bas, des 
chapeaux et des pennons, avec cordelière et floches, pour 
suspendre à leurs instruments (4). Ce dernier ornement faisait 
l'objet d'un soin tout particulier; il se composait d'un carré 
de soie rouge, jaune ou verte, bordé de franges en fil d'or. 
Le centre de cette pièce était décoré aux armoiries de la ville, 
peintes par des maîtres, tels que Jau de Hollauder (5), 
Chrétien de Brnyne {b), Jan yerhiiyck (7). Aux xvii® et xviiie 
siècles, on désigne le pennon du nom de banderole; celle-ci 
était confectionnée de soie rouge cramoisie, bordée de franges 
en fil d'or, également ornée de l'écusson de Malines (8). On 
suspendait ces pennons à la trompette du musicien officiel, 
qui représentait l'autorité communale. 

Les musiciens jouirent du droit de robe jusqu'en 1=152. 
A partir de cette année, ils se virent obligés d'officier sans 
livrée. Cette situation dût froisser l'amour-propre de nos 
braves instrumentistes; désormais l'étranger pouvait les 
confondre avec les ménétriers vulgaires, espèce de jongleurs 
qui pululaicnt en ville, à l'occasion des processions ou sorties 



(1) 1482-83. 

(2) 1483-84. 

(3) 1511-12. 

(4) 1548-49. 

(5) 1446-47, 1467-68. 

(6) 1560-61. 

(7) 1679-80. 

(8) 1604-5; 1708-9. 



DE I 3 I I A I 790 1 53 

d'ommegang, et cela les peinait beaucoup. C'est pourquoi ils 
envoyèrent une requête au Magistrat, à l'effet d'obtenir de 
nouveau le tabbart, qu'on leur avait toujours accordé, et que 
depuis sept ans ils n'avaient plus reçu (i). 

Mais rien n'y fit; les communes-maîtres se contentèrent 
de mettre en marge de leur pétition le petit mot significatif 
Nihil, c'est-à-dire refusé. 

C. — Colliers 

Au xv^ siècle, le port du tabbart était agrémenté d'un 
collier d'argent finement ouvré, que le ménestrel portait les 
jours de grand apparat. L'orfèvre Matheits fournit quatre 
colliers pour les musiciens, en 1434-3S. Nous trouvons la 
note assez intéressante pour la reproduire in extenso (2). 
Ces colliers furent enjolivés par l'addition d'un pendentif 
représentant un ange (emblème de la vigilance) d'argent aux 
ailes d'or, dû au ciseau de Jean yan Hansbckc (3). Ainsi 
complétée, cette pièce d'orfèvrerie devenait un véritable bijou, 
dont la valeur était assez notable. Nous avons déjà dit que 
certains ménestrels en profitèrent pour se créer des ressources 
pécuniaires. 

Déjà en 1442-43, des réparations s'imposent pour les 
colliers : l'orfèvre Daniel Van Yeteghem est payé pour la 
réparation de l'un de ces bijoux. Deux ans plus tard, le 
même artiste confectionne un nouveau brook(4); deux autres 
exemplaires sont livrés en 1447-48. Enfin, le même Daniel 
Van Yeteghem restaure et refait la dorure d'un collier en 
1451-52. 

Zeghere Van Steijnemolen en répare quatre (5). Lors du 



(1) Voir annexe no 4. 

(2) Voir annexe n» 5. 

(3) 1437-38. 

(4) 1446-47. 

(5) 1479-80, 1487-88, 1497-98. 



IS4 LES MÉNESTRELS ET INSTRUMENTISTES A MALINES 



décès de ce dernier, les héritiers réclamèrent à l'Administration 
communale un paiement de cinq livres, monnaie de Brabant, 
pour frais de réparation aux quatre pijpersbroken, y compris 
la main-d'œuvre et l'emploi de 4 onces de nouvel argent (i). 

De temps en temps, la ville se vit obligée de renouveler 
ces insignes, soit que l'usure trop grande les mit hors d'usage, 
soit que le nombre des musiciens officiels s'accrut. Un nouveau 
collier fut exécuté par Zeghere l^iiii Sii'ijucmoJcii en 146^-66. 
jraii vciii OpJ.Yiii en fournil un du poids de 12 onces environ, 
coûtant la somme de 7 livres, 2 escalins q deniers (2); le 
même orfèvre refait la dorure des colliers en 1^22 ou 1S23. 

Après un usage de 90 ans, la ville jugea bon d'échanger 
les vieux colliers contre de nouveaux. Le modèle de ces 
nouveaux bijoux fut exécuté p^r Jean van S teij ne inolen, qui 
reçut pour ses peines une somme de trois sous (3). 

Ensuite, la commande fut passée à maître Thibaut 
Henry (4) qui utilisa les anciens broken, pour la confection 
des nouveaux (s). 

L'Administration communale commanda cinq étuis de 
cuir au cordonnier Hubrecht. pour y déposer les bijoux (6). 

Les musiciens portaient encore une plaque en argent 
doré marquée aux armes de Malines (7). 

D, — Instruments 

Nous venons d'équiper nos ménestrels: il nous reste à 
leur confier les moyens d'expression pour la pratique de 
leur art. 



(1) 1507-08. 

(2) 1513-14. 

(3) 1540-41. 

(4) Il est probablement question ici de mccstcr Thibault Henricx, 
goiitsmet; nous savons que cet orfèvre fit l'acquisition d'une maison sise 
opte ledicheyt, en date du 20 février 1542-43 (Cfr. Actes scabinaux de 
Malines, registre 544, f" 30 verso). 

(5) Voir annexe n" 6. 

(6) 1540-41. 

(7) 1550-51. 



DE I 3 I I A I 790 



155 



L'instrument ordinaire utilisé par le veilleur était la trompe 
et la trompette; il est très probable que cet instrumentiste se 
servait concurremment d'autres engins sonores en métal, 
comme la Saquebute, précurseur du trombone, et plus tard 
le cor. Vers le xvii*' siècle, il se servait aussi de timbales 
(Brias). Le veilleur-trompette se joignait aux musiciens com- 
munaux pour l'organisation des concerts publics. 

Les ménestrels de la ville exerçaient leur talent sur des 
instruments divers; ils jouaient sur des flûtes, des schalmeièn, 
des cromornes, des cornets à bouquin et des saquebutes. 
Chacun de ces types se composait d'un accord complet, qui 
comprenait les subdivisions que l'on a usage d'établir pour 
distinguer les registres des voix humaines. 
Ainsi il y a le discant ou soprano, l'alto, 
le ténor et la basse de flûte ou de schalmci 
ou de cromorne, etc. Ces instruments for- 
maient ainsi des ensembles, capables d'in- 
terpréter des polyphonies semblables à 
celles chantées au xvi*^ siècle. 

Pour les expéditions. guerrières, on uti- 
lisait les trompettes et les pipers (flûtistes). 

Les Flûtes (i) 
Pype, lluyt, pipe, llûte, pfeif. 



Les flûtes les plus usitées au xvi" siècle 
sont celles désignées du nom de flûtes à 
bec ou flûtes douces. Le Gennaiiisches Mu- 
séum de Nureuberg possède un jeu authen- 



(1) M. C.-V. Mahillon, le savant conservateur du 
musée instrumental du Conservatoire de Bruxelles, 
nous a très obligeamment permis d'utiliser les clichés 
de son excellent catalogue, pour illustrer cette notice. 
Nous sommes heureux de pouvoir l'en remercier, ain- 
si que son aimable collègue, M. Ernest Closson, con- 
servateur-adjoint du même établissement. 



1^ 



136 LES MÉNESTRELS ET INSTRUMENTISTES A MALINES 

tique et complet de ces tlûtes, avec leur étui original. Le 
musée du Conservatoire de Bruxelles en a fait confectionner 
un très beau fac-similé, dont nous reprendrons la description 
au savant catalogue de M. V. Mahillon, conservateur de ce 
musée intéressant (i). 

Ce jeu comprend : 
i» une flûte sopranino en 50/; » 

2«> deux flûtes sopranos en ré à 
la quinte inférieure de la pré- 
cédente ; 30 deux flûtes altos en 
sol, à l'octave de la première; 4" deux flûtes ténor en ré, à 
l'octave inférieure des deuxièmes; 5° une flûte basse en sol, 
à une clef, à l'octave inférieure des troisièmes. 

Ces flûtes étaient enfermées dans un étui de longueur 
totale de 0^96, et large de 0^2} (largeur maximà). 11 se 
compose de tuyaux cylindriques, fermés à leur extrémité 
inférieure et dont les longueurs et les diamètres inférieurs 
sont établis de façon à contenir exactement l'instrument 
auquel ils se rapportent. Ces tuyaux sont réunis et collés l'un 
à l'autre par deux surfaces planes ménagées longitudinalement 
sur leur circonférence extérieure. La réunion ou la superpo- 
sition des tuyaux est faite de telle façon que les flûtes 
occupent dans l'étui l'ordre suivant : la flûte basse, les deux 
flûtes ténors, les deux flûtes altos, les deux flûtes sopranos. 
La flûte sopranino remplit l'espace resté vacant entre les 
circonférences des tuyaux qui renferment les deux flûtes 
ténors et les deux flûtes altos. L'ouverture supérieure des 
tuyaux est fermée par un couvercle à charnière, dont la forme 
extérieure suit le contour formé par la réunion des sept 
tuyaux 

11 est évident que ces étuis n'étaient pas tous de même, 
il y en avait qui ne contenaient que six ou quatre flûtes et 



(1) Cfr. C.-V. Mahillon, Catalogue descriptif et analytique du musée 
instrumental du Conservatoire de Bruxelles, tome 2, page 290. 



DE 13 II A 1790 157 

peut-être moins aussi; mais l'exemple ci-avant donne une 
idée très exacte de ce que furent ces Cokers met fliiyten. 

SAQUEBUTE 
Trombone, Posaune 

Instrument à vent, précurseur du trombone, dont il avait 
la forme, se fabriquait en cuivre ou en argent; il était muni 
de coulisses, clefs et moulures dorées. 

Il formait un accord que Praetorius (i) divisait en (2) 

I» ait, Posaune ou trombone alto en ré; 

2° trombone ordinaire en la; 

y> Quint Posaune en mi, à la quarte inférieure du 
précédent; 

4° Octave Posaune en la. 

En 1607, Monteverde utilise pour son opéra Orfeo, cinq 
trombones, dont deux altos, deux ténors et une basse. 

Ces instruments avaient la forme du trombone moderne; 
leur usage remonte à une haute antiquité. Le nom de 
saquebute provient de sambuca, ou bien du composé saquer, 
bouter, c'est-à-dire : saquer, vieux mot français signifiant tirer 
dehors; et bouter, qui a le sens de pousser, exprimant ainsi 
le mouvement continuel de va-et-vient que le joueur imprime 
aux deux tuyaux engagés l'un dans l'autre (3). 

SCHALMEl 
Scalmei, chalémie, pijpe 

Cet instrument formait une famille complète qui se 
divisait en kleine ou schalmei suraigue; discant schalmei 
(figure A) ou soprano; l'alto de schalmei, nommée aussi alto- 



(1) Michel Praetorius, Theatrum instrumentorum. 

(2) Cfr. Wahillon, Catalogue du musée instrumental de Bruxelles, 
tome 1, p. 305. 

(3) Cfr. Vander Straeten, 1. c, t. 7, p. 273. 



is8 



LES MENESTRELS ET INSTRUMENTISTES A MALINES 



pommer (fig. B.); la schalmei-ténor ou Bassot ou bombarde; 
la basse de schalmei ou bas-pommer; enfin 
la grande basse de schalmei, ou grande 
bombarde (doppelquint bombarde), qui me- 
surait environ trois mètres. Les Schalmciihi 
étaient des instruments à souffle et à 
anches, pour la fabrication desquels la 
Flandre s'était acquise, dès les temps les 
plus reculés, une grande réputation. On 
sait, en eftct, que Courtrai, Malincs au xiv^^ 
siècle, Bruges au xv siècle, en fournissaient 
de nombreux échantillons. 
Au xvii'"<' siècle, le 
hautbois remplaçait la schal- 
mei, et le basson la bom- 
barde. 

Dans les exécutions 
d'ensemble, la schalmei te- 
nait lieu de basse aux violes 
aux flûtes, aux cornets; on 
les associait aussi aux Cro- 

ni or 11 es. 

CROMORNE 

Incrura buccina, kromme hoorn 

Instrument à vent à anche double, en 
forme de crosse, il se composait d'un tuyau 
de bois muni d'une anche, enfermée 
dans une boîte forée au milieu , comme 
celle de certains chalumeaux. Le cro- 
morne formait un accord complet, se 
divisant en supérius, alto, té^ior et 
basse. On les enfermait aussi dans des étuis. La figure ci- 
dessus représente une basse de cromorne. 

Le cromorne tenait lieu de basse aux schalmeién ou 





Basse de Cromorne 



DE 131 I A 1790 



159 



flûtes; tout comme le basson sert encore aujourd'hui de 
pivot harmonique pour le quatuor des bois. 

Le cromorne servait aussi à accompagner le chant 
d'église; il fut en cela le précurseur du basson, du serpent 
et de l'ophicleide. 




A. — Grand ténor de Cornet à bouquin 



B. — Ténor de Cornet à bouquin 



CORNET A BOUQUIN 

(lat.) : Buccina; (ital.) : Cornetto; (ail.) : Zincke; 
(tlam.) : Sinckhorenke : petit cor 



Dérive de l'olifant du moyen âge; il se fabriquait en 
ivoire, en bois et en métal. 

Il présentait la forme d'un cornet en bois courbé et percé 
de trous ; les plus grands avaient la forme ondulée (fig. A), 

Le nom de bouquin provient de ce que l'embouchure 
était formée d'une petite pièce mobile, d'où bouquin (petit- 
bout). 

On associait le Zincke à la trompette ; mais il servait 
aussi simultanément avec les schalmeién, les flûtes, la saque- 
bute et le violon, « der zink war, vor der violine, das 
wichtigste mélodie - fuhrende instrument der instrumental 



l6o LES MÉNESTRELS ET INSTRUMENTISTES A MALINES 

ensembles » (i). On préférait le cornet même aux violes. 
Voici ce que nous trouvons à ce sujet, pour l'Allemagne : 
« Nicht ohne interesse ist die bemerkung das nur bci 
Hochzeiten von standespersonen Zinken und Posaunen, Bei 
Schlechten und gemeinen, dagegen allein Geigen und anderes 
Saitenspiel in Anwendung kommen sollten » (2). 

Les musiciens malinois étaient souvent propriétaires des 
instruments; ainsi la ville rachète un étui de flûtes à la 
veuve de Thomas l^aii Liiijpeghem, ménestrel décédé (3). 

L'Administration communale possédait aussi des instru- 
ments pour l'usage de ses fonctionnaires; elle commissionnait 
généralement les « stadspijpers » pour faire les achats de 
cette nature. 

Laissons aux comptes communaux le soin de nous 
renseigner sur la série d'instruments acquis aux frais de la 
ville : 

Pour l'expédition de f^alkenborgh, en 1406-7, la ville 
acheta deux cors : boxhoirns, valant 2=, escalins 1 1 deniers 
g*^ viem. 

En 1432-33, nous trouvons ce qui suit : 

« Ghegeven Peteren den haze omme dat hi der stad haer 
piperen vercreghen heeft van coste ij ph. scilde maken 

» viij r vj d go. » 

En juillet 1435, les veilleurs reçoivent 20 escalins mon- 
naie de gros pour l'achat de trois nouveaux instruments Lfrien 
n Nice pipe n (4). Le 11 avril 1453, Henri Janssotie et Mathieu 
Van Malle se rendent à Bruges, pour y chercher trois instru- 
ments de la dernière façon : drieu mnve pipen van den nieuwen 
faetsoene (3). 



(DE. Naumann, Musikgeschichte, p. 243. 

(2) Bopp, A., Beitrage zur geschichte der stuttgarter Stiftmusik 

Krit. Bucherschau du bulletin mensuel de la I. M. G., liv. 8, 9; 12^ année, 
1911, p. 253. 

(3) 1501-1502. 

(4) 1435-36. 

(5) 1453-54. Ce sont probablement des scfialmeien. 



DE 1311 A 1790 161 

1508-09. Le receveur communal rembourse a Jeaji Cools les 
frais de réparation de six flûtes appartenant à la ville. 

1510-11. Haiis Naeghel reçoit 3 livres 17 escalius pour acqué- 
rir un étui contenant diverses flûtes. 

1527-28. Simon Tuti (i) fournit un étui de cromoriies renfer- 
mant 4 exemplaires de cet instrument. 

1529-30. La caisse communale verse, en faveur du ménestrel 
Hubert Van den Broecke le jeune, une somme de 21 sous, 
montant de trois cornets à bouquin. 

La même année (1529-30), les deux Van den Broecke, 
le vieux et le jeune, fournissent à la ville un accord de quatre 
« sincken ». Ces instruments étaient estimés au prix de 
7 sous la pièce. 

Enfin, la série des cornets à bouquin fut complétée par 
deux autres exemplaires acquis en 1530-31. Ce qui fait que 
la ville en possédait neuf. 

« Betaelt van twee cincquen voor de sladt spelicden, en 
alzoo zijnder ix cincquen al tsamcn bijdic stadt gecocht die 
welcke gelaten zijn aen den Jonghen Hubrecht van den 
Broecke, om daer af bescheit en rekening te doene alst den 
heeren believen zal. Costen die ij cincquen t stuck v f 
compt met zckere oncosten. xiij f. » 

(Compte comm. 1530-31.) 

Pour les protéger contre l'humidité et la poussière, les 
ménestrels reçurent des étuis peints aux frais des deniers 
publics. 

En (533-34, maître Pierre Alamier cède un étui de flûtes 
et deux schalmeieu (2). 

Une nouvelle schalmei s'ajoute à la collection commu- 



(1) Serait-ce un facteur? 

(2) Serait-il question ici du caliigraphe musical, auteur du livre de 
messes de Marguerite d'Autriche, que la bibliothiqui malinoise est fière de 
posséder. Le nom s'écrit de la même man ère. Tout en écrivant des livres 
de musique, Alamir peut très bien s'être occupé de vendre ou même de 
fabriquer des instruments. 



102 LES MÉNESTRELS ET INSTRUMENTISTES A MALINES 

nalc, en 1338-39. Vingt ans plus tard (en IS58-59), Mathieu 
de Brakeleer touche b florins 10 sous pour l'acquisition d'un 
exemplaire du même instrument. La ville paye 4 florins pour 
l'achat de 7 croniorues avec des custodes (1543-44), 

is6o-6i. Quatre sebiilnieien et une trompette sont fournies par 
le marchand anversois Pierre Lupo (De Wolt?); il reçut 
pour lesdits instruments une somme de S4 florins (i). 

Nous avons vu plus haut que les premiers instruments 
furent achetés à Bruges; cette localité constituait, au xv«" siècle, 
un centre important pour la lutherie. Malines ne fut cependant 
pas dépourvue de facteurs d'instruments, puisque les ménes- 
trels de Jean II de Chàtillon venaient de la Hollande, pour se 
fournir de cromonies et de schalmei'eii dans la cité des Ber- 
thout(2); mais les comptes de la ville sont muets à ce sujet. 
Q\\\ sait combien de licteurs, luthiers sont cachés sous le 
nom de vulgaires chaudronniers, batteurs de cuivre, menui- 
siers, orfèvres (3)? Nous avons cependant rencontré le nom 
d'un fabricant de trompettes : « heur, vander Moer, gheelgieter, 
van dat hij verwisselt heeft der stad oude horen op een 
nuwe » (4), et un fabricant de flûtes du nom d'Antoine van 
den Brande (5). 

Lorsque le commerce péréclita à Bruges, Anvers tint le 
record pour la facture des instruments aux Pays-Bas. Cela 
n'empêchait pas les concurrents étrangers de se présenter 



(1) Pefro Lupo était un marchand d'instruments de toutes natures; 
nous savons que l'Administration communale d'Utrecht envoya son trom- 
pette Pieter Weijborch à Anvers, en 1559, « om aldaer te koopen bij Pietro 
Lupo, 5 violen voor 72 1' en een bombarde voor 32 .£ iCfr. Bouwsteenen voor 
Noord-Nederlandsch Muziekgeschiedenis, 2^ boekdeel). 

(2) Edm. Vander Straeten, Musique aux Pays-Bas, tome 4, p. 25. 
(3i Pour vous donner une idée de cela, voici ce que nous trouvons 

dans les comptes de Christophe Godin, receveur de Philippe II, en 1593 : 
« 12 livres à maître Jean Peeters, ouvrier des ouvrages de trompettes 
et appartenances de guerre du vivant du feu duc de Parme, en don pour 
Dieu et Aulmosne » (Archives de Lille, t. 5). 

(4) C. C. 1447-48. 

(5) 1505-06. 



DE 131 I A 1790 163 

dans nos communes flamandes. Nous en avons la preuve 
sous les yeux. Malines accorde un pourboire de six sous à 
un marchand venu d'Allemagne, pour présenter un étui de 
flûtes et autres instruments (i). 

Poursuivons l'inventaire du dépôt d'instruments de la 
ville de Malines, Après les bois, viennent les cuivres; nous 
avons annoté divers achats de trompettes. 

1462-6). Jean Gillots est commissionné pour l'achat de deux 
trompes pour les- veilleurs; il les paie à raison de 24 livres. 

1519-20. Le veilleur de la tour Notre-Dame reçoit trois escaliiis 
de Brabant pour faire l'acquisition d'un cor d'alarme [brand- 
horen]. 

Celui de la tour St-Rombaut est doté d'une nouvelle 
trompette en 1547-48. Henri Cniijeiiiers se procure une 
trompette de guerre [velt-trompet] en 1528-29. 

La même année, Pierre van hjnien donne quittance 
de 3 florins 10 sons, somme due pour la livraison d'une 
trompette à coulisse (schouff-trompet) ou saquebute. 

L'Administration communale fournissait aussi les acces- 
soires, tels que étuis en cuir, anches, monture ou garnitures 
en métal pour orner les cromornes, flûtes, scbalmeiëen, etc., 
embouchures de cornets et trompettes (2). 

Certains veilleurs usaient de trompettes en argent, 
Simonis, entr'autres, reçoit une somme de 16 florins 10 sons 
pour une nouvelle embouchure d'argent (3). Joseph de Cort 
ou de Cart se servait d'un instrument du mîme m^tal. Les 
Brias en possédaient également. Il est évident que ces trom- 
pettes d'argent ne servaient que pour les jours de fête; pour 
le service journalier, le veilleur sonnait dans un instrument 
de métal moins coûteux. 



(1) 1534-35. 

(2) Plusieurs années en font mention : 1534-35, 1537-38, etc., etc. 

(3) 1613-14. 



104 I.RS MÉNESTRELS ET INSTRUMENTISTES A MALINES 



Le même Simonis, dont nous avons parlé plus haut, 
reçoit une trompe en laiton, pour donner l'alarme en cas 
d'incendie; on ia paya \ 4 florins (i). 

Hn 1604-05, le facteur anversois, Jean Lechien ou Hans 
de Hont, expédie une trompette du prix de 14 florins 15 
sous, port compris. 

De tous ces instruments, Malines ne possède plus que la 
trompe signée Jean Lechien ; nous en donnons une reproduc- 
tion ci-après. Cette trompe mesure 54 centimètres, longueur 
diagonale prise du pavillon A à l'embouchure B. Le tube 
déroulé mesure i"i20. Ce dernier est de perce conique; il se 
termine par un pavillon légèrement évasé, dont le diamètre 
est de 10 centimètres. L'embouchure, curviligne, ne semble 
pas être la pièce originale, elle est semblable à celle du trom- 
bone; mais un peu plus petite (diamètre 35 '"/"^ parois com- 
prises. 

Une inscription contourne le bord extérieur du pavillon; 
on y lit : 

FAICT X EN X ANVERS X PAR X lAN X 
LE X CHIEN X JID 

Ces lettres mesurent 16 '"/'". 

La trompe du veilleur donne les cinq harmoniques 
suivantes (d'après le diapason de 870 vibrations). 






f 



Toutefois, M., V. Mahillon le distingué conservateur du 
Musée d'instruments à Bruxelles, fait remarquer qu'en tenant 
compte de l'élévation progressive du diapason qui s'opéra 

(1) 1602-03. 




1% 



t66 LES MÉNESTRELS ET INSTRUMENTISTES A MALII^EÔ 

depuis le début du xviii*= siècle, la trompe de Le chien pourrait 
bien avoir donné le ut accordé à l'ancien diapason de l'orgue, 
de manière à fournir les sons réels. 






1'^' ^'x*!: 



Le timbre de cet instrument peut être comparé à celui 
du clairon d'infanterie (i). 

D'après Vander Straeten (2), le collectionneur C. Snoeck 
avait acquis, pour son musée, deux trompettes ayant appar- 
tenu à la ville de Malines. Ce qui est certain, c'est que 
M. Van Hoey, père de l'ancien directeur de l'Académie de 
musique de Malines, vendit à C. Snoeck, deux trompettes 
qu'il avait trouvées chez un antiquaire de la rue Ste-Catherine. 
Quant à affirmer que les dits instruments proviennent de la 
ville, nous n'oserions le faire, n'ayant trouvé trace de pareilles 
trompettes dans les comptes communaux. Quoiqu'il en soit, 
les instruments en question sont de forme élégante, leur 
pavillon, peu évasé, est orné d'une couronne de jolies figu- 
rines (têtes d'anges) en relief, l'inscription porte le nom de 
Jean-Guillaume Haas de Nurenberg. 

MACHT. lOHAN. WILHELM. HAAS. 
IN. NURMB. 

suivi d'un lièvre, comme emblème parlant. 

Ces instruments sont munis de deux rondelles et de 
deux viroles. Le tube développé mesure 2™ 10. Ils datent 
de la fm du xvii^ siècle. 



(1) Nous devons ces renseignements à l'obligeance de M. Henri Dubois, 
professeur de cor à l'Académie de musique de Malines. Ce sympathique et 
dévoué artiste a bien voulu faire l'essai de l'instrument. Nous l'en remer- 
cions vivement. 

(2) Ouvrage cité. 



bÉ 131 I A 1790 167 

Nous aurions bien voulu donner une reproduction de 
ces trompettes; malheureusement, elles ont été vendues au 
musée berlinois d'instruments de la Hochschule fur musik (i). 

il résulte de l'ensemble de ces notes, que du temps des 
ménestrels officiels, Malines possédait un ensemble d'instru- 
ments très complet. Il n'y a cependant pas lieu de s'étonner 
du grand nombre d'instruments achetés pour l'usage des 
cinq musiciens, en considérant que ces artistes étaient aptes 
à jouer tous les instruments (2); ils savaient manier aussi 
bien le dessus que la basse d'un même type, tout comme ils 
savaient faire chanter des instruments appartenant à des 
familles différentes (3). 

Le ménestrel malinois Engelbert Bougaerts s'exerçait sur 
plusieurs instruments (voir annexe n° 7); Friedrich IVerner, 
de la chapelle de Dresde, « war verpplichtet auffl. allerhand 
sowohl. blasenden als besaitenden instrumenten... thàtig zu 
erwesen » (Wasielewski, 1. c.)- 

Il n'est pas rare de rencontrer dans les comptes le nom 
d'un même ménestrel qualifié de tromper et pijper à la fois, 
c'est-à-dire joueur de trompe et joueur de flûte ou instrument 
similaire (4). 

Ils ne jouaient pas toujours sur des instruments d'une 
même espèce; mais, selon toute apparence, ils formaient des 
combinaisons de timbres différents. Nous savons, en effet, 
qu'à Gand, en 1540, deux trombones accompagnaient deux 
dessus de schalmeien et deux ténors du même instrument. 



(1) M. Snoeck, père, étant mort, la collection fut vendue, en partie, au 
musée de Berlin ; l'autre partie (la collection néerlandaise), fut acquise par le 
musée de Bruxelles, en 1909, grâce à l'intervention de M. Mahillon, et à la 
générosité de M. Louis Cavens. 

(2) Un ménestrel d'Utrecht, Nicasius, cité en 1561, jouait sur la viole, 
la harpe, la flûte à main, la flûte allemande, le cromorne, la schalmei 
et le cornet à bouquin (Cfr. Bouwsteenen, tome 2). 

(3) Voir annexe no 7. 

(4) « Bet. Adriaen Cools, pijper van de stad van trupene ter incomste 
van onsen genad. heere als hij vuyt Spanje quam x nov. 

» Janne Conijn pijper van der stad van tromperie... c. c. 1503-04. » 



l68 LES MÉNESTRELS ET INSTRUMENTISTES A MALINÉS 

A Louvain, en 1594; la trompette s'associait à trois schal- 
meyen; à Audenarde, en iss8, les cromornes tenaient lieu de 
basse aux flûtes. 

A Anvers (1616), la musique communale se composait 
d'un basson, un pommer alto, un cornet ordinaire, un dessus 
deschalmei ou hautbois (discant schalmei), un second pommer 
alto et un trombone (i). Les saquebutes s'associaient aux 
trompettes et schalmeyen. 

On peut se faire une idée de l'effet bizarre produit en 
accouplant ces divers instruments aux timbres particuliers, 
dans nos fêtes et ommegangen. La musique qui devait s'en 
dégager dut impressionner vivement la foule, par ce je ne sais 
quoi d'original et d'étrange qui résultait de l'ensemble de ces 
éléments hétéroclites. 

Le répertoire de ces musiciens nous est inconnu; nous 
nous imaginons qu'ils exécutaient des motets, des mélodies 
populaires, des Souterliedekens, des airs de danses, du plain- 
chant, etc. 

Vers le milieu du xvf siècle, la musique vocale prévalait, 
et les pièces de musique instrumentale n'étaient pour la 
plupart que des transcriptions d'œuvres vocales. Les compo- 
sitions imprimées alors portent presque toujours pour titre : 

« Chansons à quatre, cinq, six.... parties, convenables 
tant à la voix comme aux instrumens. » 

« Liedekens... zeer lustich om singen en spelen op aile 
musicale instrumenten. » 

« Madigali accomodati per sonar d'ogni sorti d'instru- 
mento. » 

Nos typographes musicaux belges, notamment Thielman 
Susato, d'Anvers, imprimaient, depuis 1543, plusieurs recueils 
de chansons, madrigaux et motets dûs aux maîtres les plus 
fameux des écoles néerlandaise et autres. Nous y rencontrons 
des noms tels que Cyprien de Rore, Corneille Canis, Thomas 



(1) Cfr. V. Mahillon, Catalogue cité, tome 2, p. 25. 



DE I 3 I I A 1 790 



169 



Crécqiiilloii, Nicolas Gombert, Jean Liipi, etc. Ces musiques 
étaient écrites à 3, 4, 5 et 8 parties (i). 

Outre les recueils de chants transcrits pour instruments, 
il y avait aussi des albums de danses, à plusieurs parties 
(ordinairement à 4 voix). A titre de curiosité, nous donnons 
la table des matières contenues dans un des recueils de danses 
imprimés par Susato (2). 

Susato 1551 

Die taeffel des derden boexken van danseryen. 



BASSE DANSSEN 




I. ALLEMAIGNE. 


l Bergerette Dout vient cela. 


Recoupe. 


i Reprise. 


2. 


Allemaigne. 


/ Bergerette sans roch. 


3. 


» 


\ Reprise. 


4, 


» 


} Reprise aliud. 

' Reprise, C'est vue dure départie. 


5. 


» 


6. 


» 


Bergerette. 


7. 


» 


La Mourisque. 


8. 


» + Recoupe + 


Bergerette. Les grands douleurs. 




Recoupe aliud (den Ténor 


Entre du fol. 




voer den discont). Tact C + 


Danse du roy. 




C 3 + C 3. 


Le ioly bois. 




PAVANEN 


Mon désir, Basse danse. 


1. 


Pavane. Mille Regretz. 


Reprise : Le cueur est bon. 


2. 


» La Dona. 


Reprise : C'est à grant soit. 


3. 


» mille ducas. 


RONDEN 


4. 


» si par souffrir. 


Ronde. Pour quoy. 


La 


bataille. 


2. Ronde. Mon amy. 


Passe et medio. 


3. Ronde. 


Reprinse le pigne. 


4. Ronde. 


1 


. Gaillarde. 


5. Ronde. 


2 


» 



(1) Cf. GoovAERTS, Histoire et bibliographie de la typographie musicale 
aux Pays-Bas. 

(2) Extrait de Reinhard Oppel, Einige feststellungen zu den franzôsi- 
schen Tanzen des 16 Johrhonderts. (Bulletin 8-9 de la I. M. G-, année 1911, 
p. 213). 



lyo 



LES MENESTRELS ET INSTRUMENTISTES A MALINES 



6. Ronde. 


3. 


^, 




7. Ronde. 11 estait une fillette. 


4. 


» 




8. Ronde. Mille ducas en vestre bource. 


5. 


» 


Ghequest bin ich. 


9. Ronde. 


6. 


» 




Salterelle. 


7. 


» 




Quatre branles. 


8. 


» 


la dona. 


Fagot. 


9. 


» 




Den tobaecken dans. 


10. 


> 


mille ducas. 


De post (zweimal in g en ^ 3). 
De madrigale. 


11. 
12. 
13. 

14. 


» 
» 




Dans de Hercules oft maticine. 


» 






15. 


» 


Le tout. 



Ces danses et mélodies, graves ou enjouées, vibraient 
selon les circonstances. Nous allons tâcher de reconstituer 
quelques milieux où les ménestrels, ces amuseurs publics, 
avaient à faire preuve de leur gai savoir. 

E. — Fonctions 

Le veilleur était chargé de surveiller l'approche de 
l'ennemi; il prévenait les cas d'incendie au son de la cloche 
ou de la trompe. 

Durant le xiv<^ siècle, nous ne relevons pas grand chose 
si ce n'est qu'il était commis au paiement des ménestrels 
qui avaient officié durant la procession de Pâques (i). Nous 
pouvons déduire de là que le veilleur était lui-même instru- 
mentiste et qu'il engageait les musiciens qui devaient jouer 
lorsque les circonstances l'exigeaient. 

En 1357-58, il y avait quatre veilleurs sur la tour de 
l'église St-Rombaut. Ceux-ci étaient chargés de sonner les 
cloches du travail (werckklok), de l'alarme (storm-clocke) 
et autres (2). 

Le veilleur de la tour de l'église Notre-Dame, Coenise, 



(1) 1320-21. 

(2) Cité jusqu'en 1441-42. 



DE 131 I A 1790 171 

est payé supplémentairement à son traitement ordinaire, pour 
avoir veillé durant 62 nuits sur la maison échevinale. il devait 
suppléer de sa trompette (met sine trôpette) à la sonnerie 
de la cloche (raet-clocke), brisée probablement à la suite de 
l'incendie qui éclata le 22 novembre 1383 (i). Ces quelques 
renseignements résument les fonctions du veilleur; pour le 
reste, on peut les ramener à celles du ménestrel communal. 
Avant l'année 1606, il nous est impossible de déter- 
miner la nature des services ordinaires auxquels le ménestrel 
communal était astreint en tant que fonctionnaire de la ville. 
Payé par trimestre, le clerc se contentait de consigner 
dans son registre le nom du fonctionnaire, suivi de la 
somme à laquelle il avait droit. Nous sommes portés à 
croire que le ménestrel communal devait se conformer à 
un règlement spécial, qui lui prescrivait le jour, l'heure, 
l'endroit et la durée de ses exercices. Malheureusement, jusqu'à 
l'heure présente, nous n'avons pu mettre la main sur une 
pièce de cette nature, au moins pour l'époque qui précède 
1606. Si l'on s'en réfère aux coutumes en usage ailleurs, les 
ménestrels malinois étaient tenus de jouer tous les jours, 
de II 1/2 heures à midi, devant la maison communale (2), 
et le soir devant la madone qui surmontait l'entrée principale 
des halles (3), à la Grand' Place. Ce qui est certain, c'est 
qu'avant is68, les musiciens de la ville étaient tenus déjouer 
au moins deux fois la semaine et peut-être tous les jours. 
A dater de 1568-69, l'Administration communale décharge 
les musiciens des exercices journaliers. Nous tenons ce 
renseignement de la note apocryphe qui se trouve en marge 
du registre des comptes de l'année précitée. Il y est dit 
entr'autres, que dans la suite les musiciens n'auront plus à 
jouer, si ce n'est les dimanches, jours de fêtes, et la veille 
des réjouissances publiques. 



(1) 1383-84. 

i2j Comme à Utrecht (Cfr. Gréqoir, Documents historiques, t. 4, p. 95). 

(3) A Bruges de même. 



172 LES MENESTRELS ET INSTRUMENTISTES A MALINES 

Transeat hier, voor dit jaer cnde voor den jaere en den tijd en 
sal deze ontfangher, deze vijff spelluyden niet meer tekenen dan de 
XX gulden sjaers, die zullen dezelve speliiyde ontlasi worden van des (heigeve 
stj dagelijks krij\^en) voorzijdcn meer te spelen dan alleenUjk des sondags, 
heilige dagen ende hlijavondeu. 1563-69. c. c. 

Nous pouvons établir d'une manière très précise les 
services que la ville imposait aux speellieden lors de la reprise 
de ceux-ci en i6ob. Une pièce d'archives très intéressante, 
que nous donnons en annexe (i), constitue, sous forme d'or- 
donnance du Magistrat, un véritable règlement pour la mu- 
sique communale. Voici l'analyse de cette ordonnance : 

« I. Les musiciens de la ville joueront sur les cornets et 
autres instruments durant les messes célébrées par ordre et à 
charge des commune-maîtres. 

» 2. Les mêmes musiciens organiseront des concerts de 
schalmeycn, trompettes et autres instruments, en l'honneur 
de la cité. Ces exécutions musicales auront lieu tous les 
dimanches, samedis et jours de fête; la veille des réjouissances 
publiques, tels que fête de St-Martin, la veille ou le soir du 
nouvel an, à la fête de l'Epiphanie et au Carnaval. Les concerts 
cités plus haut dureront une demi-heure, c'est-à-dire de 11 
à II 1/2 heures du matin. Les musiciens seront tenus de se 
faire entendre, sous peine d'une amende de 10 sous pour 
chaque absence, à moins que celle-ci ne soit justifiée par une 
permission émanant de messieurs les trésoriers ou receveurs, 
ou tout au moins de Viniendant des stadsspeellieden. 

» 3. Afin de constituer un bon ensemble, un accord, de 
force homogène, pour l'exécution des concerts publics, les 
ménestrels s'engageront à obéir et à se conformer aux ordres 
de Vintendant que la ville désignera à cet effet. Cette inten- 
dance est accordée à Chrétien Daems. » 

(En marge se trouve la note suivante : janvier 1609; 
Engelbert Bogaeris remplace Daems en qualité d'intendant de 
la musique communale.) 



(1) Annexe n" 11, 



DE 131 I A 1790 173 

« 4. Outre les dispositions précitées, les ménestrels 
seront tenus de se réunir au moins deux fois la semaine, à 
l'effet de s'instruire sur les progrès de l'art musical (probable- 
ment aussi pour répéter et renouveler les pièces de leur 
répertoire). 

» s. il sera loisible aux magistrats de la ville d'exiger le 
concours des musiciens officiels pour recréer les convives aux 
banquets officiels ou ceux approuvés par la ville. Dans ce cas, 
les speelliedeii seront tenus de jouer sur tels instruments que 
les édiles choisiront, soit les instruments à cordes, les flûtes 
ou autres. 

» 6. Les commune-maîtres se réservent le droit de révo- 
quer et de remplacer, par n'importe quel instrumentiste de 
leur choix, celui qui se sera rendu indigne du poste officiel 
qu'il occupe; ces mesures se prendront entr'autres pour ceux 
dont les services ne sont pas remplis spontanément, ceux qui 
sont inhabiles, les querelleurs, etc. 

» 7. En dehors de leur service ordinaire, les ménestrels 
communaux seront tenus d'être prêts en tous temps pour 
jouer sur leurs instruments lorsque les chefs de la ville le leur 
commanderont. Ils ne pourront opposer le moindre refus à cet 
ordre, étant donné qu'ils seront gratifiés, pour ces cas spéciaux, 
d'un salaire raisonnable. 

» Fait le 22 mai 1606, en séance de la chambre de police. 
Signé, le secrétaire Paeffenrode. » 

En dehors de ces exercices obligatoires, le musicien 
communal trouvait mille occasions pour se produire. Son 
titre de ménestrel de ville équivalait à un diplôme de capacité, 
qui lui ouvrait large la porte du Seigneur et du bourgeois, 
chez qui il était reçu pour égayer les convives réunis à sa table. 
Il savait bien que la main est plus généreuse dans le bonheur 
que dans la tristesse. C'est pourquoi le ménestrel s'associait 
volontiers aux cérémonies joyeuses de ses contemporains, 
et, sans scrupules, s'invitait aux fêtes privées. Ainsi dès qu'il 
eut vent d'une noce, il accourait; plus les époux étaient 
fortunés, plus grand aussi fut le nombre de musiciens et plus 



174 LES MÉNESTRELS ET INSTRUMENTISTES A MALINES 

sonore fut la fête. Le stadsspeelman]0\i2à\. encore aux banquets, 
bals, anniversaires et autres fêtes de famille; il pénétrait 
même dans les communautés religieuses, pour y rehausser 
l'éclat des solennités au son de ses instruments. 11 va sans 
dire que ces multiples circonstances rendaient le métier de 
stadspijper très lucratif: on ne s'étonnera donc pas que, 
malgré la pension relativement mince, les candidats tenaient 
beaucoup à se voir conférer le titre honorifique de ménestrel 
communal. 

Dans la vie publique, les occasions pour se produire 
ne furent pas moins nombreuses. Ces services extraordinaires 
étaient récompensés par des cachets qui se payaient au 
comptant. Nous classons les fêtes qui réclamaient le concours 
des musiciens en deux catégories : les fêtes religieuses et 
les fêtes civiles. 

Aux fêtes religieuses se rattachent les processions, dont 
la plus importante fut celle de Pâques, aussi connue sous le 
nom de Peys-processie, procession de la Paix. Cet ommegang, 
sortant chaque année le mercredi qui suivait la fête de Pâques, 
constituait la fête la plus brillante de l'année. De nombreux 
étrangers, venus de toutes les provinces, encombraient, dès 
la veille, les hôtelleries et les tavernes nialinoises. Ménestrc-ls, 
ménétriers, jongleurs de tous étages affluaient en troupes 
bruyantes et joyeuses, pour présenter leurs services en ce 
jour de liesse. Le mardi soir, veille du grand cortège, les 
inusiciens, veilleurs de la ville, secondés par des confrères des 
villes voisines, organisaient des sérénades du haut de la tour 
de St-Rombaut, saluant de leurs gais refrains les nombreux 
étrangers établis dans la ville (i). Les instrumentistes qui se 
produisaient à ces concerts aériens étaient en nombre variable 
de six à doiiye, se répartissant en joueurs de trompe (de 2 à 4) 
et en pipers (de 4 a 6); quelquefois des instruments à percus- 
sion, des nacquaires, s'ajoutaient aux autres instruments (2). 

A partir de 1410, des concerts de tour s'organisent en deux 



fl) Ces sérénades du haut de la tour sont citées dès l'année 1368-69. 
(2) De 1377 à 1380. 



DE 13 II A 1790 175 

endroits différents : sur la tour de Vêglise Notre-Dame et sur 
ceWe de St-Ronibaii t. Vers i ^30, les musiciens officiaient sur /ro/5 
toi/rs, celle de Vèglise St-Pierre, s'ajoutait aux précédentes. 

Cette coutume persista jusqu'à la fin du xvr- siècle. Au 
xvii*^ siècle elle n'est plus usitée, si ce n'est pour des circon- 
stances extraordinaires, telles que naissance d'un prince, 
joyeuse entrée, etc. 

Le lendemain, jour de la procession, il y avait un concours 
énorrrie de musiciens, jouant des instruments les plus variés. 
Avant 1359, les comptes communaux ne mentionnent que des 
joueurs de trompe (trompers). Deux ans plus tard, nous 
relevons des joueurs de vielles ou violes (vedelers) et de 
flûtes (pipers). Puis le nombre et la variété des instruments 
augmentent d'année en année. Ce sont des guiternes (1368), 
des luths (1371), des bombardes, des maqtiaires, des schal- 
meien (1373), des douxaynes (1372), des cornemuses (1375), 
des cornets dits riethornen et des bonimen [tambours] (1377), 
des rebecs (1380), des bonghen (1381). Au xv«^ siècle, le scribe 
communal se contente de mentionner le nombre des trompers 
et snaerspeelders, comprenant sous ces termes génériques les 
instruments à souftie et à cordes de toutes natures. 

Les ménestrels accouraient de tous les points du pays : 
Seigneurs, ducs, comtes, évêques, magistrats des villes se 
fesaient un honneur d'envoyer leurs musiciens à la fêle 
malinoise. Citons au hasard les ménestrels du duc de Hainaut 
(1333); les instrumentistes de Bruges (1370); ceux du Seigneur 
de Wesemael (1374); du Seigneur de Boechout (Boeghout), 
(1374); de Bruxelles (1374); les ménestrels de la duchesse de 
Brabant (1419); ceux de Termonde (1427), etc. 

Durant la période comprise entre les années 1550 et IS74, 
les registres de la comptabilité malinoise mentionnent les 
localités d'où venaient les trompettes qui précédaient les cor- 
porations dans le cortège (i). Les musiciens officiels des 



(Ij Nous donnerons le nom de ces localités dans la liste des musiciens 
de passage à Malines, qui termine ces notes. 



176 LES MÉNESTRELS ET INSTRUMENTISTES A MALINES 

villes de Bruxelles, Alost, Louvain, Termondc et Anvers font 
de fréquentes apparitions dans Vommegang de St-Rombaut. 

Avant la sortie du cortège, les trompettes recevaient de 
l'Administration Communale, des pi'ii nous (i) aux armes de la 
ville, pour les suspendre à leurs instruments (2). Ces petits 
ornements, faits de velours ou de soie jaune, rouge, orange, 
bordés de franges, étaient décorés par des maîtres-peintres, 
tels que Van Battel (1420-21 — 1423-24); Jan de Vysschere 
(1428-29) et autres. Outre ces pennons, la ville distribuait des 
gants aux ménestrels (1374 et ss.). 

Pour vous donner une idée du nombre de musiciens 
engagés pour ce jour, nous citons entr'autres, pour l'année 
1407-08 : dix-huit trompettes, cinquante ménestrels (snaer- 
speelders); soixante autres musiciens et quarante instrumen- 
tistes non engagés, soit en tout un concours de 168 individus. 

Chrétien van Woeringhen livra, cette année, is pennons 
pour les trompettes. 

Onze ans plus tard (141 8- 19), nous comptons 24 trompettes, 
72 flûtistes (pijpers), 61 joueurs d'instruments à cordes (snaer- 
speelders) et 58 autres ménestrels, en tout 21^ musiciens (3). 



(1) Voici comment s'indiquait le mot pennon dans les comptes corn. 
1323. ponsetten-penseelen. 

1355. pincceeie. 

1397. pinnechelen, etc. 

(2) Dès 1323-24. 

(3) Voici quelques autres extraits des comptes, qui prouveront l'impor- 
tance de la musique à la procession malinoise. 

1385-86 : 
13 trompers, 38 menistrelen onthouden, 46 niet onthouden. 

1391-92 : 
7 trompers, 60 menestrelen onthouden, 55 niet onthouden. 

1400-1 : 
12 trompers, 42 andere menestrelen, 28 snaerspeelders, 40 menestrelen 
niet onthouden. 
1414-15 : 
24 trompers, 58 pipers, 69 snaerspeelders allen onthouden, 51 menestrelen 
niet onthouden. 
1428-29 : 
24 trompers, 35 pipers, 64 snaerspeelders, allen onthouden, 24 niet ont- 
houden. 



DE 131 I A 1790 177 

Les commune-maîtres, effrayés probablement par cette 
affluence considérable de speelliedeii, décidèrent de dresser 
une liste de ceux qui voulaient participer à la procession (i). 
Un employé de l'hôtel de ville était chargé d'inscrire les 
musiciens au fur et à mesure qu'ils se présentaient. Une 
nouvelle mesure d'ordre fut mise en vigueur en 1550 : un 
employé fut chargé de remettre, avant la sortie du cortège, 
une marque en plomb, en échange de laquelle l'artiste recevait 
quatre sous à l'issue de la cérémonie. Les comptes suivants 
nous apprennent que la réforme fut bonne, l'élément vagabond 
semble avoir cédé la place à des musiciens de villes et de 
villages. 

Outre une récompense en espèces sonnantes, les ménes- 
trels étaient régalés par la Ville : des tavernes, spécialement 
désignées, leur versaient des rasades de vin ou de bière. 

Malheureusement, nous savons très peu sur le rôle de 
ces musiciens durant la cérémonie. Les papiers officiels ne 
nous renseignent pas à ce sujet. Nous devons supposer que 
les instruments à cordes accompagnaient les chants exécutés 
en l'honneur de S. Rombaut. Les ménestrels précédaient aussi 
les chars, qui représentaient des épisodes de la Bible et de la 
vie des Saints. Nous savons que les trompettes marchaient en 
tête des groupes de métiers ou corporations. Ils montaient 
quelquefois à cheval : 

« bet. aen de trompetters deser stadt waekende op St- 
Romboutsthoren twaelf guldens voir dat zij gereden hebben 
te- peerde voir den ommegange in 1643, daer inné begrepen is 

de hure van henlieder peerden per ordon Xll t. » 

(C. C. 1643-44.) 



1446-47 : 
4 clarette, 10 trompers, 38 pipers, 25 snaerspeelders, 18 sotten met bommen. 

1445-46 : 
11 trompers, 21 pipen, 26 van den snaere, 10 sotten met hunne bommen 
en stijven; den coning der aranden, etc. 
(1) Compte communal, 1438-39. 



178 LES MÉNESTRELS ET INSTRUMENTISTES A MALINES 

Les saintes reliques du Patron de la ville exigeaient à 
coup sûr une nombreuse escorte de musiciens. Au xvir siècle, 
/'o/;//;/f^tz;/^ s'enrichit de nombreux chars; parmi ces derniers, 
les speellieden montaient sur le char du festin de Balthasar. 
Ils amusaient, de leurs gais retrains, le roi et ses convives, 
attablés devant eux sui' le F'" plan du char (1626-27). 

La musique jouait aussi sur le char des ly provinces des 
Pays-Bas (161 7-1 8). Les instrumentistes accompagnaient les 
élèves des Jésuites, des Oraloriens et du Séminaire, qui 
chantaient des carmina et des refrains sur le parcours du 
brillant cortège. 

Après la partie religieuse suivaient les groupes historiques; 
la calvacade se terminait par le cortège des géants. Ceux-ci 
exigeaient une musique particulière. Ainsi la cornemuse 
précédait invariablement le cheval Bayard; les fifres et les 
flûtes fesaicnt danser les géants. 11 semble qu'au xviir siècle 
les cornemuseux devenaient rares. Nous lisons, en effet, à 
l'année 1737-38, que la ville se vit obligée de dépêcher 
Nicolas Imbrechts à Bouchout, Contich. Artselaer, Iteghem 
et Berlaer, pour chercher un praticien de l'instrument cher au 
cheval Bayard. La participation de la musique à la procession 
de St-Rombaut perdura jusqu'en 1786. Cette année-là un édit 
de l'empereur Joseph H, daté du 10 mai, défendit entfautres : 

« art. II 00k en zullen de Processien niet mogen 

vergeselt worden van geenerlijc musiek. » (Cfr. [Vekelijks 
Bericht, 1786, p. 301). 

Une procession semblable à celle dont nous venons de 
parler circulait dans les rues de Malines, le jour de la Kermesse, 
vers le i<^'' juillet. Au moment de la descente de la châsse de 
S. Rombaut, qui accompagnait dans le cortège, les trompettes 
exécutaient des sonneries du haut du jubé de la métropole. 
Nous avons rencontré la première mention de cet usage en 
1^5 1-52. Aux xviie et xviiie sjècles, cette pratique était courante. 



bÉ i)ii A 1790 1*79 

La même fanfare sonnait pour la remise en place des saintes 
reliques. L'Ommegang de juillet ne le cédait en rien pour 
l'importance de l'élément musicien, surtout vers le milieu du 
xvie siècle. Ce jour-là, des ménétriers de tous rangs et de 
tous âges inondaient les rues de la ville en fête. Cette mar- 
maille se faufilait dans les rangs de la procession ; il y en 
avaient même qui, pou rretirer double avantage, amenaient 
des enfants sachant à peine bégayer quelques notes sur leur 
instrument. Tout ce petit monde venait toucher sa solde 
après la rentrée du cortège. Pour couper court à ces abus, les 
trésoriers donnèrent des instructions sévères aux commis de 
la ville, leur défendant de donner des marques ou plombs, si 
ce n'est à des ménestrels honnêtes, et d'exclure les Vi.'gabonds 
et les jeunes enfants, dont les services inutiles déshonorent 
la procession et donnent lieu à la risée des spectateurs. Cette 
note curieuse figure en'innrgc des comptes des années 
1554-55 et 1355-56 (i). 

Il est superflu d'ajouter que les musiciens de la ville 
prenaient part à ces Ommegangeii ; leur place étant tout 
indiquée devant leurs chefs immédiats, les édiles communaux. 

Outre les processions de Pâques et de juillet, il y en 
avait encore une autre, qui s'organisait en l'honneur du Saint 
Sacrement. Les ménestrels étaient aussi très nombreux pour 
célébrer eette fête. Déjà en 1334, les joueurs de trompes et 
les ménestrels de la vielle reçoivent des présents en vin et 
des gants, pour avoir officié à la sainte cérémonie. L'élément 
prédominant fut le snaerspel ; on y comptait quelquefois 
jusque 20 joueurs de vielles, guiternes, luths et autres instru- 



1.1) De Trésoriers sullen yemandt comiteren nyemant geen loôt te geven 
dan eerlycke speeluyden sonder den rabauwen oft Jonghe kinderen meer 
maken derisie dan eere oft dienst. 

(Compte comm. 1554-55, f» 288 v^ en marge). 
Dit zal men voorthaen observeren met teekenen op dât geen scudden 
oft rappanijen en speelen in de ommegang. 

(Compte comm. 1555-56, en marge). 



l80 LES MÉNESTRELS ET INSTRUMENTISTES A MALINES 



ments à cordes. Au moment du passage de la procession 
devant la maison échevinale, les musiciens officiels, installés 
sur le perron, honoraient le Saint Sacrement par des airs 
de musique (i). 

Les mêmes ménestrels communaux jouaient journelle- 
ment durant l'octave de la fête du Saint Sacrement (2). Ces 
concerts s'organisaient probablement après le salut. 

Il y avait encore une quantité de processions votives et 
autres qui réclamaient la participation de la musique. Ainsi 
celle qui se rendait à Battel était accompagnée des musiciens 
de la ville et des snaerspeelders ; de même pour la procession 
de l'Assomption de la Vierge. 

Les musiciens malinois se rendaient aussi dans d'autres 
villes, pour participer aux ommegaiigen. D'après les comptes 
communaux de Bruges, le trompette malinois Thomas Van 
Lupeghem avait assisté à la procession du St-Sang de l'année 
1481 (3). 

« Item betaelt Thomas van Huighem (4) van Mechelen, 
van dat hij met zinen trompetten speilde metten menestruelen 
van dese stede voor 't weerde heilighe bloed upden voors, 
dach van den ommegang, iiij £. » 

La ville de Termonde reçut de fréquentes visites des 
ménestrels malinois, notamment en 1403 (Coens van Meche- 
len), en 1470, 1477 (^)' "722 (6), 1531, etc. Nous avions déjà 
eu l'occasion de dire que ces excursions constituaient un 



(1) Compte communal, 1437-38. 

(2) Cité depuis 1495. 

(3j Cfr. Van den Casteele, La gilde des ménestrels à Bruges. 

(4) Van Hutghem est fautif, c'est bien Van Lupeghem, qu'il faut lire, 
puisque cette année il n'y avait qu'un seul musicien du nom de Thomas 
à Malines, et ce dernier se nommait Thomas Van Lupeghem. Hutghem 
sera l'abréviation Lupghem. 

(5) Ce furent 4 schalmeien van Mechelen. 

(6) Adrien Cools, Cornelis Mathys, Anthonis Van Kinconi et Robbrechf 
Van den Broecke. 



DE I3II A 1790 181 

danger pour la conservation des bons instrumentistes, en ce 
sens que les villes essayaient d'attirer les musiciens en leur 
promettant des salaires plus élevés. Le cas s'est présenté 
pour Anthonis Van Kincom, qui reçut, en 1 531, de la part de 
l'Administration communale de Termonde^ une somme, afin 
de le décider à accepter du service : « betaelt aen Anthonis 
van Kincom, schalmeyere, om dat hi in de stadt sou comen 
woonen ». (Comptes de Termonde, 1531 (i). 

Les musiciens malinois se rendaient probablement aussi 
aux ommegangen de Bruxelles, Anvers, Louvain et Alost, 
puisque ces villes, par un échange de bons procédés, nous 
envoyaient leurs ménestrels le jour de la fête de S. Rom- 
baut. 

Les Processions solennelles dont nous venons de faire 
mention, étaient précédées d'une messe, qui se chantait dans 
la métropole. Dès l'année 1550, les stadsspeellieden étaient 
engag'és pour se joindre aux chantres et organiste, soit pour 
accompagner le chant, soit pour exécuter des morceaux de 
musique pure. Leur participation dans les services de l'église 
se remarque surtout aux xvii^ et xviii^ siècles, époques où ils 
jouent pendant les messes, saluts et Te Detim. 

A part ces fêtes religieuses, la musique communale se 
faisait entendre dans quantité de fêtes civiles. 

Lors de l'inauguration des foires, qui furent accordées 
par lettres patentes du duc Jean de Bourgogne, en avril 1409, 
les veilleurs-m"usiciens furent requis pour égayer les marchands 
durant leurs opérations mercantiles. Ces marchés, qui avaient 
lieu à la Pentecôte et à la St-Bavon, duraient plusieurs jours. 
Le trompette communal sonnait l'ouverture de la foire, après 
quoi il se joignait aux musiciens officiels postés devant la 
maison échevinale, pour exécuter les pièces choisies de leur 



(1) Cité par Weytsman, Chants populaires de Termonde (Annales du 
Cercle Archéolog. de Termonde). 

i3 



l82 LES MÉNESTRELS ET lNtSTRUMEh}TlSTES A MALINÉS 

répertoire. Cette coutume fut pratiquée jusqu'au r'' quart du 
xvi« siècle. 

Chaque année, les édiles communaux se réunissaient à 
la maison communale, le jour de la Chandeleur, afin d'y 
célébrer, par un copieux banquet, le renouvellement du 
Magistrat. Ces agapes officielles furent agrémentées par des 
concerts, dont l'exécution était confiée aux ménestrels com- 
munaux (i), aux chantres et organiste de St-Rombaut. 

Vers la fin du xvr siècle, les confrères des chambres de 
Rhétorique y débitaient aussi des jeux iafelspelcn, à la plus 
grande joie de nos braves administrateurs. 

L'ouverture de la belle saison fut encore une occasion 
pour faire entendre les airs joyeux de la musique communale. 

Cette tradition remonte bien loin. Déjà les troubadours et 
les trouvères chantaient, en ces jours du renouveau, des 
chansons de danse. On allait au bois quérir le mai, on 
s'habillait de feuillage, on rapportait des tleurs à brassées, 
on ornait de fleurs les portes des maisons; mais c'était le 
moment où, sur la prairie verdoyante, les jeunes filles et 
les jeunes femmes menaient des rondes pour ainsi dire 
rituelles (2). 

Successeurs immédiats des trouvères, les ménestrels com- 
munaux célébraient aussi l'arbre de mai. Ce jour-là ils accom- 
pagnaient les Rhétoriciens de la Peoene et de la Lisbloem 
au son d'une joyeuse fanfare, et tandis que les Rhétoriciens 
s'adonnaient à cœur-joie aux chants (meiliederen) et aux jeux 
les plus divertissants, on plantait solennellement le traditionnel 
mai (3). Les gildes armées fêtaient aussi le mai, qu'ils plantèrent 
la nuit devant la maison du chef-homme de leur compagnie. 
Cette tradition, de fêter le 1^' mai par des sérénades et des 
concerts, survécut au xix^' siècle. Nous avons appris que la 



(1) Depuis 1482. 

(2) Pierre Aubry, Trouvères et Troubadours, p. 49. 

(3) Cité en 1526-27. 



DE 1 3 I I A 1 790 1 83 

veille de ce mois fleuri, les chanteurs de la société des Ama- 
teurs de musique (1839) parcouraient les rues de Malines, 
régalant les notables de la ville par de petits chœurs, chantés 
devant leur porte. 

Les musiciens officiels recevaient des étrennes à l'occasion 
du nouvel an. Cette coutume date de l'année i486. La veille 
du jour de l'an, ils exécutaient des sérénades devant la porte 
des principaux habitants de la ville. 

Cet usage existait en beaucoup d'endroits; il se pratiquait 
à Malines aussi, puisque nous savons que des musiciens 
étrangers furent rétribués pour l'organisation de pareils con- 
certs. En 1 471, la ville accorde une prime à quelques ménes- 
trels venus du dehors, pour jouer durant la nuit de l'an. Les 
trompettes de Bruges et six de Gand jouent à la même occasion, 
en 1474-75 (Bruges), et en 1493-94 (Gand). 

La ville accordait aussi des étrennes de nouvel an à 
d'autres musiciens, tels que les snaerspeelders [vielleurs ou 
joueurs de viole] (1339-40); de même aux musiciens de la 
cour de Marguerite d'Autriche et à ceux des Princes et grands 
Seigneurs qui séjournaient quelque temps à Malines. 

Le Jour des Rois, les artistes officiels donnaient des con- 
certs devant la maison communale. Pareils concerts avaient 
encore lieu les jours de Carnaval; à la fête de St-Martin et 
et à plusieurs autres occasions (i). 

Les représentations dramatiques exigeaient aussi le con- 
cours des musiciens. Le rôle de ceux-ci se résumait à jouer 
des interludes (poosen); ils soutenaient les voix des chanteurs, 
en composant des accompagnements ; mais surtout ils 
marquaient le pas de la danse, sorte de ballet, qui inter- 
venait dans l'action exhibée; ces jeux de personnages s'orga- 



(1) Voir annexe no 11. 



184 LtS MÉNESTRELS ET INSTRUMENTISTES A MaLINES 



nisaient ordinairement à l'occasion de Vommegang de Pâques. 
Une scène sur tréteaux, dressée devant le Beyaerd, faisait 
office de théâtre. Dès l'année 14S3, un joueur de trompe 
accompagne le jeu de Notre-Dame ; il devait sonner devant 
les personnages qui figuraient les Juifs. L'année suivante, un 
organiste est requis pour jouer durant la même pièce. En 
1493, les confrères de la Rhétorique exécutent le drame de 
Notre-Dame des sept douleurs, agrémenté par le jeu de la 
trompette. Puis viennent \(is jeux de Ste Godelive (1516), le 
jeu de S. Rombaut (15 14). 

Ce dernier fut exécuté en juillet 1558. Pour augmenter 
l'attrait de la pièce, les organisateurs intercalèrent dans Vaction 
un ballet, composé de danses morisques, pour l'exécution 
desquelles le musicien Philippe Van Ranst toucha un cachet 
de 27 sous (i). 

La danse morisque (moresche, moresca) est d'origine 
mauresque. ^Xniroàxniç, en Espagne; cette dernière l'importa 
dans nos contrées. D'après de Ménil (2), la morisque est une 
ancienne danse guerrière; elle fut d'abord exécutée par de 
jeunes garçons grimés en nègres, avec des sonnettes aux 
genoux, sur une musique jouée par des trompettes et des 
instruments guerriers. On la fait remonter à l'occupation des 
Maures en Espagne. Les Portugais y excellaient. En France 
et dans les Flandres, c'était une danse qui s'exécutait avec 
l'armure dans les circonstances solennelles, comme l'arrivée 
d'un ambassadeur ou l'entrée d'un roi dans une ville. 

On chantait aussi la moresque, cette danse chantée 
affectait la forme strophique. On la cite en 1562. 

D'après H. Riemann (3), la morisque se dansait comme 
la saltarelle et la gigue, dans un mouvement vif. Les premiers 
drames musicaux usaient aussi de la danse dont nous venons 
de tracer l'origine. Emilio del Cavallieri, dans son Reppresen- 



(1) C. C. 1557-58. 

(2) Histoire de la danse. 

(3) Dictionnaire de musique. 



DE 13II A 1790 



185 



tacione d'anima et di corpo (1600), intercale une morisqiie. 
L'Orfeo (1607), de Montererde, se termine par un intermède 
dansé dit « morisque » moresca. 

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extrait de l'Orfeo (1608) de Cl. Monteverde 
. Transcription de Deldevez 




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Quoiqu'il en soit, on la dansait à Malines dès l'année 
IS09 : 

« Gegheven den gesellen van den. Pyoene, over zeker 
diensten der stad gedaen in battementen en morysscbe dansen 



l86 LES MÉNESTRELS ET INSTRUMENTISTES A MALINES 

te dansenne in "t hoff van mijne vrouwe Eleonora met hare 
sustercn comt. met iij sch. van oncosten als fruyt en 

trofede (i). » % iij i; vj d. 

(C. C. 1509). 

On la dansait avec des sonnettes : « bt. van x dossijne 
bellen ghehuert om mede te dansen » (2). 

Et ce sont des enfants qui les exécutent : « bctaelt aen 
sekere jongens, bergers kinderen, dertich stuvers voor dat sy 
naer het publiceren van den pijs van Vranckrijk, in de nieuwe 
camere in de prescntie van sommighe heeren van 't magistraet 
hcbbea comen eenighe genuchten doen met te dansen den 
Moriskeus dans xxx s. compte com. 1597-98 (3). 

Les musiciens communaux jouaient aussi à la fête du roi 
des Rhétoriciens. Cette solennité bouffonne se célébrait au 
carnaval, dans leui local De Fellen Noord [1517^18] (4). 

11 se fesait aussi que les speellieden voyageaient avec les 
rhétoriciens pour se rendre aux Landju-weeleu et Haagspelen. 

En is6o, ils assistent, avec les confrères du Peoeiie, à 
Vhaagspel de Vilvorde. L'année après, au landjuiveel d'Anvers. 
Les musiciens s'absentèrent cinq semaines, sans autre profit, 
disent-ils, que celui de sauvegarder l'honneur et la renommée 
de ceux de Malines. Ils s'en plaignirent aux communes- 
maîtres, échevins, doyens et trésoriers de la ville, demandant 
de bien vouloir les dédommager des pertes de noces et autres 
fêtes célébrées pendant leur absence, par l'octroi d'une 
récompense en égard des services rendus (5). 

Aux xvii'^ et xviir siècles, le nombre de représentations 
théâtrales augmente considérablement. Outre les jeux men- 



(1) Compte communal, 1509-10. 

(2) Compte communal, 1517-18. 

(3) Compte communal, 1598-99. 

(4) De Fellen Noord était situé au Grand Pont. Cette hôtellerie a servi 
de salle de fête durant dewx siècles depuis 1424 cfr. Reydams, 1. c). 

(5) Voir annexe n» 8. 



bE 13 II A 1790 187 

suels des Rhétoricicns, il y avait de fréquentes exhibitions 
de drames et comédies ciiez les Jésuites, les Séminaristes et 
les Oratoriens. Ces spectacles, donnés par les élèves de ces 
collèges, se renouvelaient chaque année vers juillet, août 
ou septembre. Le chant et les danses prenaient une large 
part dans ces actions, qui réclamaient le concours d'un 
orchestre assez complet. A côté des trompettes, dirigés par 
le trompette-veilleur de la tour de St-Rombaut, venaient s'ajou- 
ter des bandes de hautbois, flûtes, bassons. 

Pour vous donner une idée de ces orchestres primitifs 
de théâtre, le collège de l'Oratoire commandait pour sa repré- 
sentation de l'année 1660, une harmonie composée de cinq 
schalmeièn et six trompettes. Le 12 septembre l'jo'j, Rombaut 
Vasseiir et ses consorts (i) reçoivent 21 florins pour avoir 
joué avec des basses de viole, des violons, des hautbois, 
flûtes et bassons, durant la comédie des élèves de l'Oratoire. 

A certaines époques, les représentations sont plus nom- 
breuses : Maître Hans Wiemes remet une quittance de 63 
florins pour solde de ses vacations aux représentations des 
10 septembre 1638, 30 janvier, p" février, 28 avril et 5 juillet 
1639. 

Comme pour les exécutions des pièces de Rhétorique, 
les musiciens se bornaient à exécuter des interludes entre 
chaque acte, à soutenir la voix des chanteurs, à jouer les 
danses du ballet. Ce dernier agrément intervenait quasi dans 
chaque pièce. Nous avons sous les yeux une pièce intitulée 
Baasa, qui fut représentée chez les Jésuites, les 31 août et 
r' septembre 1770; c'est une scène biblique ayant les allures 
d'un drame. Elle fut suivie par une comédie, dont voici la 
thèse : 



(1) Nous lisons souvent le mot consorts pour désigner les partenaires 
d'une bande de musiciens. Nous avons aussi remarqué les désignations 
suivantes : 

« met sijne consoirten, met sijne knechten, met sijne compagnons, 
met andere speellieden, met sijne bende, cum suis, etc., etc. » 



l88 LES MÉNESTRELS ET INSTRUMENTISTES A MALINES 

« Een al te strengen Heer werd van zijn knecht geplaagt ; 
waer door zijn strengigheijd ten laesten hem mishaegt ». 

C'est, au fond, une comédie à ariettes, dans laquelle 
Apollon, Calliopc et Euterpe se mettent bravement à chanter, 
tandis que le corps de ballet, composé de i8 jeunes gens, 
figurait les cinq sens : l'ouïe, la vue, le toucher, l'odorat et le 
goût. 

Les gildes armées avaient leurs fifres et leurs tambours, 
dont les fonctions consistaient à marquer le pas des hommes 
d'armes; les mêmes musiciens avaient dans leurs attributions 
le soin de conduire k garde montante, qui s'en allait patrouil- 
ler aux portes de la ville et ramener la garde descendante. 
Seulement, cet élément musical ne suffisait pas pour rehausser 
les fêtes que les gildes organisaient de temps à autre. 
Comme les Rhétoriciens, ils avaient recours aux musiciens 
communaux. Le tir à l'oiseau était une occasion pour 
engager la musique communale. Celle-ci jouait entr'autres 
à Pâques 15 14, lorsque Charles-Quint fut proclamé roi 
du tir à l'arc. Le jour de la St-Sébastien, la partie musicale 
tenait une part importante dans la fête; il arrivait même que, 
pour augmenter l'éclat de cette fête, des musiciens étrangers 
furent engagés pour divertir les confrères (1). 

La musique officielle prenait aussi part à l'irfstallation et 
à la réception du chef-homme. Les concours de tir réclamaient 
encore les services des musiciens. Ces derniers jouaient pen- 
dant les assauts d'arme. Le règlement des escrimeurs disait : 
« De trompetters, fîtiyten, en trommeh su lien hun lustig laeten 
hooren om corasie te maechen en te gheven. » 

Durant la semaine de la kermesse, cinq ou six musiciens 
organisaient des concerts devant l'hôtel de ville, pour recréer, 
disent les comptes, les étrangers accourus à la ducasse 



(J) Compte communal, 1522-23. 



DE 131 1 A 1790 189 

malinoise. Cette série de concerts débutait par une sérénade, 
qui se jouait la veille de la Kermesse. Les cinq jours suivants, 
ces exécutions musicales avaient lieu vers midi, sur le même 
emplacement. Cette habitude prit cours dès l'année 1635-36. 
Les mêmes artistes s'installaient quelquefois dans l'une ou 
l'autre taverne de la Grand' Place, régalant de leurs airs 
entraînants les consommateurs de la bière malinoise. 

Comme on peut le remarquer, les bars musicaux ne sont 
pas si moderne-style que l'on croit, puisque déjà en 1670 
nous en trouvons un à Malines : 

« Betaelt aen Joseph de Cart, trompetter deser stadt, 
twee gulden thien stuijvers voir dat den selven 's maendags 
naar de groote kermisse in julio xvi*^ tseventich, door order 
van de heere schoutete ende communiemeester der selve 
stadt, op de trompette heeft gespeelt met andere liefhebbers 
in de herberg den Roesegaert tôt recreatie van de kermies- 
lieden (i). » 

Les musiciens officiels prenaient encore part à une 
quantité de fêtes extraordinaires, telles que : Joyeuses entrées 
des princes, gouverneurs, évêques; tournois, chasse au cerf; 
ils organisaient des sérénades devant les maisons où logeaient 
des personnes de marque descendues à Malines; entr'autres 
devant celle où logeait l'archevêque de Cambrai, en 1510-11; 
en un mot, les musiciens étaient indispensables pour l'orga- 
nisation des fêtes publiques et privées de nos pères. Le 
trompette-veilleur s'associait volontiers à eux pour l'exécution 
des concerts publics. Ce dernier fonctionnaire-musicien rendait 
de multiples services à la ville. Le commune-maître lui 
confiait quelquefois des missions à remplir dans l'une ou 
l'autre commune avoisinante (2), soit pour annoncer une 



(\) Compte communal, 1670-71, fol. 174 recto. La taverne de Rozegaert 
était située rue de la Chaussée, no 28, près de la Grand" Place (Cfr. Rey- 
DAMS, 1. c). 

(2) 1431-32. 



\cp LES MÉNESTRELS ET INSTRUMENTISTES A MALINES 

grande nouvelle, une fête importante, un événement poli- 
tique, etc. 

Le veilleur, était de garde sur la tour, la nuit et, à 
certaines époques, le jour aussi. La Ville lui confiait la clef de 
la tour; il pouvait y laisser monter les personnes de qualité, 
désireuses de faire l'ascension de la tour, moyennant une légère 
rétribution (i). Cela se pratique encore de nos jours. 

Le veilleur-trompette sonnait aussi les proclamations, 
édits, ordonnances dans les quartiers de la ville. Il annonçait 
la sortie des processions, l'arrivée d'un prince, évèque ou 
Seigneur: convoquait les gildes armées et les corporations 
pour les jours de parade, c'était en somme le porte-voix de 
l'Administration communale, journal ambulant qui mettait la 
population au courant des événements les plus marquants. 

A la fin du xvii^ siècle, le veilleur-trompette était le seul 
instrumentiste rétribué par la ville. Ses services furent très 
précieux dans les moments de troubles. On lui adjoignait 
même, dans ces moments difficiles, un assistant, pour faire le 
guet de jour et de nuit. Ainsi pour la période qui s'étend du 
13 décembre 1573 au 5 janvier 1575 inclus, le veilleur était 
commis à la surveillance de toutes les voitures, chars, bateaux, 
chevaux et passants qui s'approchaient de Malines. Ce supplé- 
ment de vigilance fut récompensé par un cachet de 8 sous 
par jour en sus du traitement ordinaire (2). 

Une ordonnance, signée du gouverneur Kj;/ Proveue et 
datée de 1589, commande au veilleur de monter la garde de 
jour et de nuit sur la tour de St-Rombaut. 11 lui fut imposé de 
signaler, au son de la trompette, rapproche des piétons, 
cavaliers étrangers. Cette ordonnance prit cours à partir du 
10 septembre 1^89. On gratifia le veilleur d'une somme de 
deux florins par semaine, en sus de son traitement (3). 



(1) Voir annexe n" 13. 

(2) Compte communal, 1574-75. 

(3) Compte communal, 1589-90. 



DE I3II A 1790 191 

Le veilleur avait à sa disposition deux drapeaux de soie 
pour signaler la direction de l'ennemi (i). 

L'année suivante, la même ordonnance est en vigueur; on 
commande, en plus, de sonner de la trompette à chaque heure 
de la nuit (2). Cette coutume était fort ancienne, puisque déjà 
en is86, on disait « {oo nien van onde fijden gewooulich is 
gewcest te doene ». Elle remonte peut-être à l'origine des veil- 
leurs elle-même (3). 

Dès l'année 1680-81, le service de veilleur fut confié à 
certain Brias, dont les descendants de cinq générations occu- 
pèrent successivement ces fonctions jusqu'au milieu du xix® 
siècle. 

Les Brias étaient des musiciens distingués; nous les 
retrouvons partout en tête des exécutions musicales, ils jouent 
aux diverses représentations organisées par les élèves du 
collège des Jésuites, Séminaire et Oratoire, où ils se joignent 
aux bandes du hautbois et basson, pour former de véritables 
harmonies. Brias et ses confrères organisent des concerts à 
l'hôtel de ville, à l'occasion de la Kermesse; ils escortent 
les Trimus de l'Université de Louvain au son d'une joyeuse 
fanfare (4). Brias joue, avec ses confrères le timbalier et les 



(1) Betaelt Francken mommaerts van een bourgoens Iaken om de 
vendels af te maken daer men teekenen niede doet op deti toren en Vuyt- 
steke naer de plaetse oft gewest van waer eenich volck, dese stadt appro- 
cheert. ic. c. 1590-91.) 

Bet. twee sayën vendels voor de wachter op S. Rombouts thoren om 
daer mede te thoonen van waer eenich volck is comende naer dese stadt. 

(C. c. 1589-90). 

(2) Compte communal, 1590-91. 

(3) Voir annexe n^ 9. 

(4) Voici une description de l'un de ces cortèges : 

« Inhalinge van den seer geleerden Heer Joannes Baptista van Namen, 
geboortig van Nie!, eersten van Loven, door de leer-zugtige jonckheid der 
publieke scholen van Mechelen, onder de bestieringe des priesters van 
t Oratorie, den 24 november 1738. 

» De inhaling wordt verdeeld in drij togten : 

» 1° Verbeeld de wetenschappen der publieke scholen; • 

» 2'' Verbeeld de wetenschappen der philosophie^, 

» 3° Verbeeld de zegenprael over den « Eersten ». 



192 LES MÉNESTRELS ET INSTRUMENTISTES A MALINES 

trompettes (i), à l'occasion de la distribution des prix aux 
élèves de l'Académie royale des Beaux-Arts. Enfin, le veilleur, 
successeur du stadsspeelmau , était l'élément indispensable 
pour l'organisation des concerts publics. Les Brias étaient, 
selon toute apparence, les chefs d'une bande de musiciens à 
peu près similaire à nos modernes sociétés de fiinfares et 
harmonies, dont l'origine date de la fin du xyiii^ siècle. Ce 
qui semble concorder avec l'hypothèse que nous venons 
d'émettre, c'est que les Brias étaient propriétaires de nom- 
breux instruments de musique, destinés, sans doute, à mettre 
entre les mains des gagistes. Au décès de la veuve d'Augustin 
Brias, les héritiers présentèrent en vente publique une série 
d'instruments divers, provenant du veilleur décédé. Le journal 
de l'époque (2), annonce la vente de timbales, une trompette 
en argent, des trompettes en cuivre, des cors, un clavecin, 
un violon, des flûtes à bec, etc. Cette vente eut lieu le 17 
janvier 1780. 

Malgré l'époque troublée de la fin du xviiF siècle, le 
veilleur continue à fonctionner; il est vrai que certaines 
ordonnances lui défendaient de sonner de la trompette; mais 
il n'en continuait pas moins ses tournées nocturnes sur la 
promenade de la tour. Enfin, le 21 janvier 1799, Brias put de 
nouveau sonner les heures de la nuit. 

Nous savons que beaucoup d'usages ultra séculaires 
disparurent à la suite des bouleversements sociaux qui mar- 
quèrent la séparation des deux régimes. Le veilleur malinois, 
cependant, tint bon; au milieu du désastre des traditions 
anciennes, il continua à rester fidèle aux usages du siècle 



» iste TOGT : 
» Word geopent met ketel, trommels en trompetten 

» 2'^^ TOGT : 
y> Werd begonst mel muzikale instrumenten 

» 2'^^ TOGT : 
» Werd geopent met musikale instrumenten » 

(1) Ordinairement, ils étaient à quatre : 3 trompettes et un timbalier. 

(2) Wekelyks Beright, année 1780, p. 29. 



DE 131 I A 1790 193 

précédent et remplit ses fonctions à la manière de ses aïeux, 
ou mieux de ses pères. 

Chaque année, le jour de la procession de juillet, Brias, 
dirigeait ses confrères les trompettes et timbaliers, jouant 
devant le perron de l'hôtel de ville, pour saluer le passage des 
bourgmestre et échevins qui accompagnaient le cortège reli- 
gieux. Cette pratique persista jusqu'en juillet 1834. Cette 
année-là, Brias remit sa dernière quittance au receveur com- 
munal (i). 

« l^oor gespeelt te hebbcn met de timballen en trompetten 
op Kermisdag, naer onde gewoonte, de somme van 75 guldens. 

» Mechelen, july 18^4. 

» J. E. Brias ». 

La publication des ordonnances se fit aussi au son de la 
trompette, devant le perron de l'hôtel de ville. Cette coutume 
n'a disparu que depuis une trentaine d'années. 

Pour annoncer les incendies, la vieille trompette de 
De Hont sert encore quelquefois pour sonner l'alarme. Une 
ordonnance de 1784 prescrivait les fonctions du veilleur en 
cas de sinistre : 

« In den eersten, dat den trompetter van dcn toren, soo 
haest hij eenigen brandt gewaer wordt, sal moeten blaesen 
met den brandt-horen naer de vier quartiercn van de stadt, 
beginnende van de zijde van den brandt, alwaer hij bij daege 
sal uytsteken een roodt vaandel, ende bij nachte eenen lanteern 
ende daer naer cleppen met de clocke daer toe te designeren. » 

Le 22 mai 1807, le règlement s'énonce de la manière 
suivante : 



(1) Cfr. SCHELLENS, ChroniquÉ. 



194 LES MÉNESTRELS ET INSTRUMENTISTES A MALINES 

« Brand Règlement. 

» Art. I. Zoo haast er eenen brand ontstaet. zal den 
trompetter-toren wagter deser stad, den horen, ten dien ge- 
bruykrn geschikt, aen de vier hoeken van den toren blaezen, 
namenlijk langs het gewest alwaer hij het vuur ontdekt, en 
in geval den brand met den nagt voervalt, zal hij buytcn den 
toren aen eene lange sparre eene onsteeke lanteerne hangen: 
in den dag zal hij het rood vaendel uytsteken, altijd langs 
den kant van den brand. » 



Cet usage est devenu inutile depuis la réorganisation du 

corps des pompiers et l'installation des signaux électriques. 

Du temps de Brias, les fonctions de veilleur étaient consi- 
dérées comme un poste honorifique, en ce sens que le titulaire 
n'officiait pas en personne, mais se faisait remplacer par un 
tiers, qu'il pay.iit de sa poche. C'est ainsi que Jacques-François 
Brias payait un nommé Spruyt, pour faire le service nocturne 
sur la tour. Nous savons le malheureux accident qui survint 
à Spruyt durant la nuit du r'' au 2 septembre 1834. Le 
malheureux gagiste, pris de boisson, monta la tour pour se 
rendre à son poste. A peine arrivé au haut de la tour, il 
eut le malheur de se pencher en dehors du parapet, perdit 
l'équilibre et vint se tuer en tombant sur la voûte de la niche 
qui se trouve au pied de la tour du côté de la rue Ste-Cathe- 
rine. Brias reprit un nouveau gagiste, du nom de Dubin. 
Plus prudent que son prédécesseur, Dubin, effrayé par le 
vacarme d'une tempête, jugea bon de quitter sa loge solitaire 
et descendit de la tour pour aller se réfugier au corps de garde 
du bureau de police (1). A la suite de ces abus, l'Adminis- 
tration communale décida d'obliger dorénavant le titulaire à 
officier personnellement sur la tour. Cet ordre entraîna la 



(1) Chronique Schellens. 



DE I 3 I I A I 790 



195 



démission du dernier Brias. Avec lui disparut la série des 
veilleurs-musiciens. 

Le nom de Brias fut très populaire au début du xix^ siècle. 
Cette popularité se prolongea grâce à une chanson dont la 
vogue se maintint jusqu'au milieu du siècle dernier. Le com- 
positeur Tuerlinckx, fils du célèbre luthier de ce nom, nous 
a conservé la musique de cette chanson, en l'utilisant dans 
un de ses pot-pourris pour harmonie. 




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Brias die blaast op zijnen horen, 
Brias die blaast op zijn Irompet,, 

tè rè tét, tè rè tèt. 
Brias die blaast van op den toren. 
Brias die blaast van in zijn bed. 

Le veilleur actuel est un simple ouvrier, ne possédant 
aucune connaissance technique de la trompette dont il use. 



196 LES MÉKESTRELS et INSTRUMENTISTES A MALINES ' 

Son rôle n'exige d'ailleurs aucune qualité d'instrumentiste; 
il se réduit à monter la garde sur la tour depuis 1 1 1/4 heures 
du soir jusqu'à 4 heures du matin. Le veilleur prouve sa 
vigilance en sonnant d'heure en heure une monotone ritour- 
nelle, qu'il répète aux quatre côtés de la galerie : cette son- 
nerie de trompette (i) traduit, d'après ce qu'il nous a confié 
lui-même, la petite phrase : Riisi alleu in vrede. 

A /O 




£ 



Au'sà al^ Ua ùi ^ t^te - "^e^. 



Ce Reqiiiescant in pace, que l'on peut entendre chaque 
nuit, est, croyons-nous, la tradition la plus ancienne qui soit 
parvenue jusqu'à nous. Elle date, en effet, depuis le xiv siècle 
et peut-être avant. 

Nous concluons de ces notes, que de tous temps la 
musique joua un rôle important dans la vie intime, religieuse 
et publique de nos aïeux. Il est aisé de suivre entre les lignes 
de l'histoire musicale populaire de la ville de Malines les des- 
tinées de la cité des Berthout. Semblable à un baromètre, la 
musique nous indique, de manière précise, les jours de gloire 
et de décadence, les hauts et les bas de la destinée de nos 
pères. Riche et belle au xv^ siècle, véritable capitale au xvi« 
siècle, sous le règne de la gouvernante Marguerite d'Autriche, 
Malines subit, au déclin de ce même siècle, le triste sort 
des autres villes dévastées par l'incursion des troupes espa- 
gnoles. A l'aurore du xvii'' siècle, il y a un revirement mani- 
feste : Albert et Isabelle rendirent à Malines une partie de sa 
gloire d'antan. Le commerce, l'industrie, les sciences et les 
arts refleurirent et amenèrent un bien-être matériel, qui permit 



(1) La trompette dont le veilleur se sert pour ce service quotidien est 
moderne. Elle fut livrée par M. Van den Eynden, facteur d'instruments de 
musique à Malines, rue de Beffer, dont la firme existe encore à l'heure 
actuelle. 



DE 131 I A 1790 197 

aux administrateurs communaux de se payer de luxe d'une 
musique officielle. 

Les musiciens, devenant de plus en plus nombreux aux 
xviie et xviiF siècles, assurèrent à la ville un concours musical 
suffisant pour ne plus devoir rétribuer des fonctionnaires in- 
strumentistes. Ces troupes ou bandes de musiciens préparèrent 
l'avènement de nos sociétés d'harmonie actuelles. 

Les pages que nous venons de lire retracent à grands 
traits l'histoire populaire des, musiciens et de la musique à 
Malines; nous ne nous sommes attachés ici qu'aux faits 
généraux, réservant certaines particularités, exceptions ou 
circonstances pour des monographies ultérieures. Ces notices 
plus développées seront accompagnées des textes d'archives, 
qui ont servi de base pour la rédaction du présent travail. 

Nous terminons ces notes par la liste des veilleurs, 
ménestrels officiels, ménestrels libres et musiciens étrangers 
qui séjournèrent définitivement ou passagèrement à Malines. 
Tous ces amis de la muse contribuèrent à répandre et à 
perfectionner le goût de la musique au sein de notre popula- 
tion qui, jusqu'à l'heure présente, manifeste une prédilection, 
une aptitude particulière pour la culture de l'art enchanteur 
d'Orphée. 

Nous ne pourrions terminer cette notice sans adresser 
nos plus vifs remercîments à M. V. Hermans, le distingué 
archiviste communal de Malines, à qui nous devons maints 
renseignements utiles pour le présent travail et qui a bien 
voulu nous permettre d'user de son riche dépôt d'archives. 



Raymond Van Aerde. 



H 



198 LES MÉNESTRELS ET INSTRUMENTISTES A MALINES 



m — Liste des veilleurs et ménestrels aux gages 
de la ville de Malines 

A. — Meilleurs de la Tour St-Rombaut 

i3ii-i2 (i). Le veilleur de St-Rombaut. de wachter van St-Rommond. 
i3i3-i4. Jacob de wechter — Jan Van Calkene — Willem de Gamme. 
i3i5-i6. Jacob de wechter - Willeken, nommé à ce poste depuis la 

St-Jean i3i6. 
1317-18. Janne de w^achter, cité aussi l'année suivante. 
1325-26. Willeme due. 
1348-49. Tijs de wachter. 

i35i-52. Willem Croene, tromper cité jusqu'en i353-54. 
1357-58. Rémi de wachter, cité jusqu'en i36i-62. 

Son nom s'écrit : Réméré, Reyne, Rémi. 
1362-63. Jan Van Laten ou Laten, cité jusqu'en 1364. 
1364-65, Hendrick Musscen, cité jusqu'en 1373-74; 

Henné Musche et son fils, engagés à Anvers, pour une 

festivité eu novembre 1401 ; jouaient sur des schalmeien. 

(Cfr. Grégoir, Notice hist. sur les sociétés de musique à 

Anvers, p. i5). 
1373-74. Hendrick van Overyssche; on le note jusque vers 1420-21. 



1407-8. Hendrick Van Overyssche le jeune, cité jusqu'en 1420-21. 

1414-15. Les deux Van Overyssche, le vieux et le jeune, fonction- 
nent jusqu'en 1420-21. 

1420-21. Jan Van Herenthals, mentionné jusqu'en 1423-24; 

Hendrik Van Overyssche, cité encore en 1423-24; puis il est 
nommé veilleur de la tour de l'église Notre-Dame. 

1423-24. Lauwer ou Lauken Biels, au service de la ville jusqu'à 
sa mort, venue en 1432 ou 1433. 

1432-33. Gheert, quitte un mois après Pâques 1433; — Giellis. 

1433-34. Pieraert Tzamen, ne fonctionne ^que peu de temps; Geert 
grilkaer, est remplacé l'année suivante par Griellet Gril- 
kaer. 

X433-34. Thomas Francoj's, quitte après dix semaines; 

Jaquemyn Boveyne, wachter en piper, cité jusqu'en 1440-41 ; 
puis reprend du service en 1443-44. Il disparaît définitive- 
ment en 1446-47. Son nom subit de nombreuses transfor- 
mations : Jaquemyn boryne, de bomeyne, Jaqeumaer de 
bourreyne, de bourrayne. 



(1) Ces chiffres indiquent l'année correspondante au registre des comptes com- 
munaux. 



DE 1 3 I I A I 790 I 99 



1434-35. A partir de cette année, les veilleurs se momment pipers ou jotteurs 

débute, en même temps que wachter, veilleur. 
Giellet Grilkaer, wachter et piper; cité jusqu'en 1443-44, 

sous les noms de : gielletglelkaert, grellit gilkaerd ; gielet 

grelkart. 
1436-37. Jan Gillots, trompette, cité jusqu'en 1452-53. 
1437-38. J. de wale, cité une année. 
1439-40. Jac. ou Jacqumijn Maghet ou Maget, disparait en 

1445-46. 
1441-42. Gielet de lafosse, quitte en 1442. 
1444-45. Giellet Galrant, cité une année. 

\ deviennent veilleurs à N.-D. l'année 
1445-46. Jan van den Damme, I suivante, 

^* i puis reviennent à St-Rombaut, en 

« Peter van den Damme, \ i .48-49. 

1446 47. Giellet de Troye, veilleur et piper, cité une année 
1452-53. Henri Janssone. nommé ménestrel de la ville en 1453-54 ; 
Gielys van den Damme, nommé ménestrel de la ville en 

1453-54; • 

1454-55. Willem de wachter fonctionne deux ans. 
1455-56. Adriaen Spapen. 

1456-57. Peter van de Putte, cité jusqu'en 1460. 
1460-61. Adriaen de Piper, cité jusqu'en 1465. 
1465-66. lacune. 

1478-79. Jan Van Kinkom fils. 
1481-82. Josen Lippens. 

1486-87. Lanseloot fonctionne jusqu'en 1495. 
1488-89. Fransen, cité jusqu'en i5oo. 
i5oo. On ne cite pas de nom. 
novembre 1543. Jan van Slypen, trompette et veilleur jusques 

vers 1571. 
1571-1572. Floris Wiers, cité jusqu'en i582. 
17 Juin i58i. Nicolas van den Slijpen ou Van Slijpen. La ville lui 

donne sa démission. Le 14 avril i583 il est repris ; on le 

révoque une 2'"^ fois; il est réintégré dans ses fonctions 

le 19 mars i586 (i), et fonctionne jusqu'à sa mort, arrivée 

entre 1601 et 1602. 
1598-99. L. De Grève. 
1602-03. Antoine Simonis, trompette et veilleur, cité jusque vers 

1645; il fut membre de la gilde des escrimeurs; il donna 

un cadeau à cette gilde le 8 septembre 1628, consistant 

en 2 coupes d'argent. 
1603-04. Peter De Grève. 
1645-46. Andries de Pastoraen ou Pesteraen, trompette, en fonction 

jusqu'à sa mort, survenue en 1659. 
1659. 17 novembre, Paulus Van Noten (i). 



(1) Voir annexe nos 9 et 12. 

(2) Voir annexe no 13, 



5oo 



LES MENK5TRF.LS ET INSTRUMENTISTES A MALINES 



1670-71. Joseph de Cart ou de Cort, trompette; son frère, Romain 
de Cart, était trompette de la ville d'Anvers. 11 est cité 
jusqu'en 1680. 
1680-81. Peter Brias, fonctionne jusqu'au mois d'août 1698: son fils 

Guillaume, lui succède. 
1698, août. Guillaume Brias, en fonction jusqu'à sa mort, venue 
le 2 novembre 1747. 
Augustin Brias (né le 6 avril 1719), mort le 5 mai 1775. 
Jaques-Emmanuel Brias, fils du précédent, remplit les 
fonctions le veilleur jusqu'à sa mort, le i3 octobre 1820; 
son fils lui succède. Il était aussi artificier ; il tire entr'au- 
tres un feu d'artifice le 2 juillet 1797. 
Jaques-François Brias (né le i5 novembre 1790), donna sa 

démission en i836. 
8 mars. Gommaire Van Camp; en 1871, il demande sa 
pension : celle-ci lui fut accordée le z décembre 1871. 
1871. Neutjens, reçoit sa pension en 1892. 



1747 
1775 



1S20. 



i836, 




Neufjens, veilleur de la tour St-Rombaut, en uniforme 

1892 Goeyers entre en fonction le i5 février 1892: c'est le 
veilleur actuel (191 1). 

B. — yeilleurs de hi Tour de l'Eglise Notre-Dame 



i3i3-i4. Jan de Wachter. C'est peut-être le même que l'on désigne 

du nom de Jan van den cheze. 
1318-19. Janne Van den cheze ou chece. 
1348-49. Clause. 
1354-55. Hanse. 



DE 131 I A 1790 50I 



1 36 1-52. Jan Van den driest, ou Van den driese, ou Van dcn 

driesche; on le cite jusqu'en i365-66. 
1366-67. Hendrick Van Overj'ssce ou Van Overysc'ie ; débute le 

12 mai 1367; fonctionne jusqu'en 1372. 
1373-74. Coense ou Coensse, ou Coentse, ou Coenche, inper ; en 

fonction jusqu'en 1406 ou 1407. 
1413-14. Lauwer Biels, cité jusqu'en 1415. 
1415-16. Van Werbeke. 

Ici il y a une lacune. 

1420-21. Lauw. Biels. 

1423-24. Hendrick Van Overyssche, cité jusqu'en 1446. 

1447-4S. Jan van den Damme ; — Peter van den Damme. 

1449-50. Jan Mendeken, fait un intérim de cinq semaines. 

Août 1450. Piper Jan, mentionné jusqu'en 1465. 

1465-66. Adriaen de Piper effectue un service d'une année. 

1466 67. Jorj's Van Ghend. 

1483-84. Lanseloot. 

1488-89. Jacob, etc. (i). 

C. — Ménestrels communaux 

1453. Hendrik Janssone, cité la première fois en 1452-53; il quitte 
son service le 27 septembre i458; en déposant le collier 
qu'il avait porté durant ses années de service, la ville 
lui octroie une gratification supplémentaire. Cet Hendrick 
Janssone ne serait-il pas le frère de Jean Jansonne, 
trompette des ménestrels de Philippe le Bon à Bruges, 
qui est cité en cette qualité en 1452? (21 
Nous savons aussi qu'un Jaques Janssone fut trompette 
de Charles le Téméraire, vers 1468. Un Jan Janssone 
fut ménestrel du duc de Brabant en 1424-25. 

1453. Gielys van den Damme, piper. Il est déjà cité depuis 1452-53; 
il joue encore en 1467-68, à l'occasion d'un tournoi 
d'archers. 

1453. Matheus van Malle, piper, est aussi cité dés 1453-54 et fonc- 

tionnne encore en 1467-68, à l'occasion d'un tournoi des 
archers. Un homonyme, et peut-être un parent, Jan Van 
Malien, figure comme speelman à Utrecht, en i5i8 
(voj^ez BouwsTEENEr, t. 2). 

1454. Diederik ou Frederik Erkeneer, van Oubray, tromper, entre 

en fonction vers le mois de juillet 1454, en qualité de 
trompette de la ville ; il est cité encore en 1467-68, à 
l'occasion du tournoi des archers. 



(1) A partir de 1500, nous avons négligé d'annoter les veilleurs de la Tour 
Notre-Dame. 

(2) Cfr. Vander Straeten, IV, p. 115. 



202 LES MENESTRELS ET INSTRUMENTISTES A MALINES 



1464. Jan Gillots, tromper ou trompette. 

Les Gillots devaient être malinois. Déjà en 1426, on cite 
un Jan Gillots, qui est payé pour avoir enchâssé ime 
pierre dans le bois d'autel de la chapelle de la maison 
échevinale. L'année suivante, on mentionne un Jan 
Gillots, trompette, pour avoir sonné de la trompette 
durant le marché de la St-Bavon, année 1428; en 1430-31, 
on cité Jan Gillots le Jeune, probablement fils du 
premier. A partir de 1434-35, Jan Gillots est payé 
comme trompette de la ville jusqu'en 1452-53. Dix ans 
après (Ï462-63), le même nom reparait; on lui commande 
de faire l'achat de deux trompettes pour les veilleurs. 
Puis il reprend le service de trompette officiel en 1464-65. 
Nous savons déjà l'aventure dont il fut le héros en 
1468-69, lorsqu'il s'était permis d'échanger son collier 
d'argent, appartement à la ville, auprès des Lombards. 
Cet acte malveillant dut être puni par l'exclusion des 
Gillots dans les fonctions publiques. On ne les retrouve 
plus dans les comptes suivants. Il y eut un abbé, du 
nom de Jean-François Gillot, né vers 1670, à Namur, 
et qui séjourna la plus ' grande partie de sa vie au 
couvent de Leliendael. à Malines. Ce fut un musicien 
qui composa beaucoup de motets et de messes ; il mourut 
à Malines le 18 juin 1743. 

1464. Jan Meenssone, piper, entré en fonction depuis Pâques 
1465; il n'est plus cité en 1467-68. 

1464. Jan Van Kynkom, piper commence à fonctionner depuis 
Pâques 1465' à l'année 1467-68; puis il disparaît jusqu'en 
l'année 1474-75; à partir de cette dernière année, il est 
nommé régulièrement jusqu'en 1481. 

1464. Joris de Cuper, piper, débute avant la Pentecôte de l'année 
1465 et fonctionne jusqu'en 1470. 

1466. Peter van den Velde, piper, ne reçoit pour tout salaire qu'un 

terme de 9 mois, c'est à dire de juillet ou août 1466 à 
avril 1467. 

1467. Cornelys Vijn, piper, ne fonctionne, aux gages de la ville, 

que durant une période de cinq mois de 1467-1468. 

1474. Thomas van Lupeghem ou van Luypeghem, trompette. Il est 
fait mention de lui depuis Pâques de l'année 1475; il resta 
de service jusqu'à sa mort, qui survint en l'année 1499 
ou i5oo. 

1474. Gielys de piper van Brussel, débute en août 1475; on ne le 
cite plus en 1479-80. 

1477. Merten Cools, trompette, reçoit un traitement de g mois 
durant l'année 1477-78; en 1481, il disparaît de la liste 
des salariés communaux. Nous connaissons plusieurs 
ménestrels du nom de Cools. Un Gilles Cools était 
trompette de la ville de Bruges; il démissionna vers 
1^82 (VaNDER STRAETENj t. p. 17). 



DE 131 I A 1790 203 



Martin Cools, qui n'est autre cjue celui qui fonctionna à 
Malines, se trouvait à Alost en njS: les comptes de 
cette dernière ville le ci"ent en compag^nie de Jean Van 
der schueren et Liévin Merenzone. jouant devant l'hôtel 
de ville, à l'occasion de la conclusion d'un traité de 
paix; il portait le surnom de « Marten den trompet » 
(Vander Straeteis, t. 4, p. 164). C'est bien de lui qu'il 
s'agit lorsqu'on 1477-78, Van Rynkom fut chargé de 
quérir un compagnon à Alost : 
« betaelt Jan Van kinckom, pipere, die ghesonden was om 
eene nuwe gheselle tôt Aelst, 5 g ». (C. c. 147778). 

1479. J0O8 Van Kinkom. Il débuta comme veilleur-adjoint en 1478 
ou 1479, puis il fut nommé musicien de la ville en 1479-80 ; 
il disparait en 14*1. 

1482. Jacob Goddec, pyper, cité de 1482 à 1487. 

1482. Andries Polet, pyper, nommé musicien communal en 1482; 

il resta au service de la ville jusqu'à sa mort, qui sur- 
vint entre 1493 et 1494. 

1483. Jacob Ranetier, pyper, fonctionne de 1483 à 1487 et de 1493-94 

à i5oi. 

i486. Vrancke Kernel, pyper, commence son service en juillet 1487; 
n'est plus cité en 1490. 

i486. Adrien Cools, trompette, fils de Joos Cools, de Grammont, 
commence son service à la St-Remy 1487. Il est inscrit 
dans la liste des bourgeois de la ville, le 20 avril 1496. 
Cet instrumentiste resta, durant quarante ans, au service 
de la ville; il est cité régulièrement au registre jusque 
l'année 1528-29 inclus. En i5i6-i7 nous lisons : « geg. 
Adriaen Cools pyper van de stad tôt behulp van der 
bruloft van zijne s. i ph. VI 5 iij d. » 

1491. Jan Fauset, piper, cité de 1491-2 à 1493. 

1493. Cornells Mathys, fonctionne de 1493 à i526. Un Jan Mathys 
est cité, en i568, comme joueur de scalmeye, au service 
de la ville de Gand. Il y eut un Cornélius Mathys, ténor, 
à la maîtrise de St-Rombaut, vers 157 1. Un Cornelis 
Mathys est encore cité en i562-63; peut-être un fils du 
précédent; il était cordonnier (schoenlapper). Un speel- 
man à Utrecht, en i5i8, s'appelait également Mathys. 
En i5i4, Maximilien I". empereur, et Charles, prince d'Es- 
pagne, accordent une lettre de rémission ou rappel de ban 
à Cornelis Mathys : « joueur de musicque que l'on appelle 
stadtpippre, demeurant à Malines » (i). 

i5oo. Jan Conijn, inscrit dans la liste des fonctionnaires commu- 
naux, depuis i5oo-i5oi à i5i5-i6 inclus. En i522, nous 
trouvons trois speellieden d'Anvers, du nom de Jean. 
Gilles et France Conijn; Jan Conijn se sera donc engagé 
au service de la ville d'Anvers en quittant Malines. 



(1) Archives départementales de Lille, tome 3. 



204 LES MENESTRELS ET INSTRUMENTISTES A MALINES 



i5oi. Jan Boeghen, cité de i5oi-2 à i5o2-3. 

i5o3. Gillis Conijn, sans doute le frère de Jan Conijn, mentionné 
de i5o3-4 à iSog. Nous savons qu'il se trouve à Anvers, 
en compagnie de Jan et France, en l'année i522. 

i5oS. Meester Hans Naegel, ou Naeghel, ou Naj^^el, Naghele. On, 
le cite déjà en i5o8 ou iSog, pour certains services qu'il 
rend à la ville ; il entre définitivement en fonction en 
i5o9-i5io. On ne le cite plus en iSiS-ig. Il fut toujours 
qualifié du nom de meester ou maître, probablement par 
suite de son passage devant le jury d'une ménestrendie 
quelconque. Son nom s'écrit tantôt Hans Naegel, Nagel, 
Naeghel ou Janne Naegel. 
Hans Nagel est une figure très curieuse, au sujet de laquelle 
nous avons pu trouver quelques renseignements. Nous le 
rencontrons d'abord à Leipzig, où il est accepté, le lo juillet 
1479, en qualité de Spielman. Nous tenons ce renseignement 
de G. WusTMAXN (i). « Am 10 juli 1479 nahm der Rat, zu 
Ehren der stadt und allen biirgern zu nutz und frommen, 
meister Hans Nagel und seine beiden sohne zu spielleute 
auf ». Il paraît qu'il ne se contentait pas de sa solde, car 
malgré l'augïnentation de salaire que le conseil de Leipzig 
voulut lui accorder, Hans quitta son emploi en 1483. Nous 
trouvons après un Hans Naghele, au service d'Henri VII, 
roi d'Angleterre; il jouait de la saquebute (instrument qui 
fut le précurseur du trombone). En i5oi, il se fit entendre, 
en société de Hans Broen, devant Philippe le Beau, qui 
lui accorde une gratification et qui l'engagea pour sa 
chapelle musicale; il figure dans la liste du personnel 
en i5o6. Trois ans plus tard, en iSog, il fait partie de la 
musique de Charles V (2). 

i5ii. Jan van den Winckele fut admis, le 20 juin i5i2, aux gages 
exceptionnels de douze livres dix escalins; il n'est plus 
mentionné en 1516-17. N'y aurait-il pas quelque lien de 
parenté entre Jean van den Winckele et John van 
Winkel, qui fut nommé bassoniste à la chapelle ro3'ale 
de Londres, en avril i5i6? 
Johan van der Vincle ne serait-il pas le même que Jean van 
den Winckele? Ce premier ('van den Vincle) est cité en 
i5o6, comme instrumentiste de Philippe le Beau, en com- 
pagnie de Hans Naghel. Les mêmes musiciens figurent 
sur la liste du personnel de la chapelle de Charles V, et, 
chose curieuse, leurs noms sont associés (3) : « Hans 
Naghele et Jehan van Vincle, joueurs d'instruments... la 
somme de.... pour officier continuellement devers mondit 
Sr, en sadite chapelle en chantant et jouant journellement 
en discant les heures de service divin. 



(1) Zar Fruhesten Musikgeschichte. Leipzigs (Cfr. Musik-woche, 1902, p. 222). 

(2) Vander Straeten, ouvrage cité, t. 7. 

(3) Cfr. Vander Straeten, t. c, tome 7, p. 269. 



DE 1311 A 1790 205 



i5iô. Hubrecht van den Broecke, le vieux, cité de 1516-17 à i532-33 
inclus. 

1526. Hubrecht van den Broecke, le jeune (Adrien), cité de 1526-27 
à i56i-6^ inclus. L'année de son entrée en service, la ville 
lui accorde 3o sous de gratuité, à l'occasion du mariage de 
sa fille. 

i326. Hendrik Cruyemers, nommé en 1527; il fonctionne jusqu'en 
1546-47 inclus. 

i5i6. Jan van Kinkom, peut-être le fils de Jan van Kynkom précité, 
fut musicien de la ville, de i5i6-i7 à 1519-20 inclus. 

i52o. Anthonis van Kinkom, fils ou frère du précédent, est cité de 
i52o-2i à i525-26. 

i528. Jnn de Brissere, trompette de 1528-29 à i53o-3i. 

i53o. Marck Gheyiens, fonctionne d'abord de i53i-32 à 1564-65 inclus. 
Puis on ne le cite plus. En i566-67 il reparait comme 
trompet et stadsspeehnan. On lui paie un arriéré de sept 
mois et il continue à toucher régulièrement ses gages jus- 
qu'en l'année :567-68. On le cite encore en janvier iSôg. 
En 1870-71 il est cité de nouveau. Il mourut avant le mois 
d'octobre 1572. On paie à son héritier Jacques Gheyiens 
un arriéré de 11 trimestres de gages. 

i532. Cruyemers, le jeune, frère ou fils d'Henri déjà nommé, 
débute comme musicien de la ville en i532-33; il disparait 
avec Herri, son père ou son frère, en 1546-47. 

1543. Jan Tamborijn ou Hooghstraete, nommé de 1544-45 à i552-53 
inclus. 

1547. Hendrik Oliviers, le vieux, fait d'abord un terme de 154748 
à i54g-5o inclus; puis reprend son service en i55i-52. Il 
disparait en 1570-71. 

1547. Hendrick Oliviers, le jeune, cité de 1547-48 à 1554-55 inclus; 
il reparaît en i556-57, 'et sert la ville jusqu'à sa mort, 
survenue vers le mois d'avril 1559. van Ranst lui succède. 

1549. Rogier de Notere, débute en 1549-50 et reçoit ses gages 
annuels jusqu'en i55o-5i. Puis on ne le paie plus que pour 
266 jours de l'année i55i-52, en qualité de musicien ordi- 
naire (speelman) ; l'année suivante, il est rétribué pour un 
service de 273 jours. Il devient de nouveau musicien officiel, 
de i553 à i555. Il est mort vers le mois de février i557. 
Hesrud le remplace la même année. Un Etienne de 
Notere, joueur de cornet, entra au service du duc d'Albc 
à Bruxelles, en 1572. On écrivait son nom de différentes 
façons : de Notere, Denooter. 

i55o. Jan de bleeckere, alias van Liekerke, touche les salaires de 
266 jours durant l'année i55o-5i; il n'est nommé qu'en 
qualité de « speelman », musicien ordinaire. L'année sui- 
vante, il fonctionne durant 270 jours (i552-53). Il n'est plus 
cité en i556-57. Un Jan Bleecker, Bleeckere, Bleekere, 
chantre à la chapelle ro^-ale, en Espagne, vers i556, y 
mourut le 27 juin :562. 



106 LES MÉNESTRELS ET INSTRUMENTISTES A MALINES 



i555. Richard de Hesrud, stadsspeelman, remplace Roger de 
Notere en i555-56. L'année suivante, il ne touche qu'un 
trimestre; il est remplacé par Jacop de Wale, en avril 
1557. Nous savons qu'il y avait à Mons un Nicolas de 
Hestrud, maître joueur d'instrument de la confrérie de 
Ste-Cécile, qui présidait à l'examen des instrumentistes : 
Germain et Jan Ségault frères, Jan de Hesrud et Jan 
Monyssile, tous quatre passés maîtres le 14 mai i588. 

1556-57. iacop de Wale remplace Richard de Hesrud, ou de Notere, 
comme on le veut. La ville le nomme en avril i557; il fonc- 
tionne jusqu'au moment de la suppression des ménestrels 
communaux, en 1573-74. 

i556. Reymondt Goubet alias Moppuy, débute au mois d'octobre 
i556; il fonctionne durant 182 jours, pendant la période 
qui part du 8 octobre i556 au 8 avril i557; il reçut un 
salaire d'un sou par jour. Il disparait déjà en 1557. 

i558. Philippe van Ranst était déjà mentionné en juillet i558, 
pour avoir joué les danses mauresques durant la représen- 
tation du jeu de St-Rombaut. Vers le mois de mai 
i55g, il est admis pour succéder à Henri Oliviers le 
jeune, décédé la même année. En 1572-73, il ne touche 
plus que les gages d'un trimestre; l'année suivante, la 
ville supprime les musiciens engagés à sa solde. 
Le nom de Van Ranst fourmille dans les papiers otîi- 
ciels de Malines. Déjà en i35i-52 et i355-56, il est 
question d'un Peter van Ranst. Au XVme siècle, le nom 
de Peter van Ranst persiste. Enfin en i56o, Rombaut van 
Ranst meurt dans la paroisse de St-Rombaut. Celui-ci 
pourrait bien être le père de nos musiciens du même 
nom. Plus nous avançons dans les comptes et plus 
nous rencontrons le nom qui nous intéresse. Nous 
avons eu entre les mains l'acte de décès de i5 van Ranst 
au XVII"»" siècle, neuf décédés au XVIIIme siècle. Nous 
pouvons conclure de là que les van Ranst, ménestrels, 
, sont très probablement natifs de Malines. Malgré la 

suppression de la qualité de ménestrel communal à 
Malines, van Ranst Philippe ne quitte pas de suite sa 
ville natale (?). Ainsi on le cite en 1575-76, pour avoir 
joué avec ses confrères pendant la messe solennelle du i5 
janvier 1576, à l'occasion de la publication du jubilé. 
Selon toute apparence, il dirigeait à cette époque les 
autres musiciens (gesellen), (ju'il engageait pour les 
circonstances extraordinaires. Mais à partir de 1576-77, 
les comptes ne font plus mention de lui. 
De i582 à 1607, on mentionne Philippe van Ranst comme 
instrumentiste à la cour du gouverneur des Pays-Bas à 
Bruxelles, où il fut généreusement rétribué. D'abord il 
reçoit i5 écus par mois, puis on lui donne, à partir du 
i3 janvier i6o5, une pension annuelle de i5o florins sur 
la recette générale des finances. Or, voici encore un 



DE I 3 I I A I 790 207 



article qui nous semble militer en laveur de son origine 
malinoise. A dater du 6 avril 1617, la pension annuelle 
qui lui fut octroyée 12 ans avant fut prise sur les recettes 
de Maîines. Outre ce gage annuel, il reçut, par un décret 
de Son Altesse, daté du 25 août i6i3, six solz de crue et 
augmentation par jour, qui furent aussi transférés après 
sur la recette de Malines, et cela par considération pour 
ses bons services. Cette dernière augmentation de gage 
lui fut supprimée en 1619; il n'avait alors pour tou'e 
ressource, pour lui et sa femme, que la pension de i5o 
florins. Il s'en plaignit dans une requête adressée à 
l'archiduc Albert dans laquelle il dit entr'autre, que sa 
pension avec la crue des six solz par iour, dont il avait 
joui, n'équivalait pas même à son traitement initial. Or, 
son grand âge (environ 68 ans) ne lui permettait plus de 
gagner par son métier; de plus, il était dénué de 
ressources. 11 prie donc Son Altesse d'augmenter la crue 
de 6 à 12 solz par jour, toute sa vie durante, ainsi que celle 
de sa femme Anna van Gorsvienter (?;, qui a dépassé 
74 ans. 
En 1628, il touche un adjuda de costa de 240 livres à la 
caisse de l'état, et cette même année, sa veuve touche une 
partie de sa pension, ce qui laisse supposer qu'il mou- 
rut en 1628, presque octogénaire. 11 résulte de cette 
requête (de 1619), que van Ranst, alors âgé de 68 ans, 
serait né vers l'année i55i. Or. nous le voyons déjà 
fonctionner à Malines en i558; il n'avait donc alors que 
7 ans ? C'est assez jeune pour débuter dans une fonction 
oflicielle. Cependant, on lui paie sa pension sur la 
recette de Maîines; il débuta à Bruxelles au moment où 
nous ne le rencontrons plus ici, le nom s'écrit de la 
même façon. Tout cela nous engage à croire qu'il fut bien 
le même qui servit à Malines, apparemment son lieu 
d'origine, en qualité de music'en communal. Philippe 
van Ranst fut un musicien instrumentiste très habile, 
qui, le premier, introduisit l'usage du basson dans nos 
provinces (i). 
Philippe et Rombaut van Ranst étaient membres de la 

gilde des arbalétiers en i556. 
D'après Vander Straeten, Ph. van Ranst fut déjà attaché 
à la cour de Bruxelles dès l'année iSyS. 

i558. Matheus de brakelere ou de brakeleer, débute vers le mois 
de mai iSSg, et continue ses services jusqu'à sa mort, 
qui échut vers le mois d'octobre 1570. 

157a. Aert. van Ranst, frère ou fils du précédent, entre en 
service au mois d'octobre 1370. 11 ne touche plus qu'un 



(1) Cfr. Vander Straeten,'!. c, t. 4. 



208 LES MÉNESTRELS ET INSTRUMENTISTES A MALINES 



trimestre en 1572-73. Il disparait lors de la suppression 
de la musique communale. 

Les van Ranst formaient une famille de musiciens, dont 
les membres occupaient des emplois, soit d'instrumen- 
tistes, soit de chantre ou maître de chant à la cour 
de Bruxelles, et cela durant tout le XVII""^ siècle. 

Parmi les instrumentistes, nommons, outre Philippe van 
Ranst, Gaspar van Ranst, qui est peut-être Aert vîin 
Ranst que nous venons de citer; il fonctionne à la cour 
de Bruxelles en 1611; on le cite encore en 1641. 

Nicolas van Ranst, aussi instrumentiste à Bruxelles, de 
1611 à 1618. 

Parmi les chantres du même nom, Nicolas van Ranst fut 
chantre à Bruxelles, en 164: ; il devient vice-maître de 
chapelle en i685; il meurt en ingS. Aurélien van Ranst, 
aussi chantre, est cité dans la liste du personnel de la 
cour de Bruxelles, en 1641 ; on le cite encore en 1673. 

Jcan-Baiitiste van Ranst, cité en 1673 et en i685. 
1570. Joris Voickaert débute au mois de novembre 1570; ne 
touche plus que trois mois de gages en 1572-73; L'année 
suivante, il est cassé avec les autres musiciens. 

Un Voickaert fut instrumentiste à la chapelle royale de 
Bruxelles, de 161 1 à 1618; on le nomme aussi Jean 
Voickaert. De plus, il figure sur la même liste, en 
compagnie de Nicolas van Ranst, Philippe van Ranst, 
Gaspar van Ranst et Jean Cocquiel; ces derniers ont 
aussi servi à Malines (i). 

Christiaen Daems, stadsspeelman, entre au servie de la ville 
le 28 mars 1606, en qualité d'intendant des musiciens com- 
munaux; nous ignorons la date de son départ, nous savons 
qu'il dut céder l'intendance des stadtsspeellieden à Engel- 
bert Bogaerts, en janvier 1609. 

Hans de Wael, stadsspeelman, entre en fonction le 28 mars 
1606; il quitte son service en octobre 1608, puis il n'est 
plus cité (Voir annexe n° 2). 

Artus ou Aerdt de Borghei, saquebutiste et bassoniste, 
nommé stadsspeelman, le 28 mars 1606. 

Hans Wiemes, stadsspeelman, cité depuis le mois de mars 
1606; il reçoit de nombreux gages supplémentaires pour 
des services extraordinaires. 

Sébastien de bonijn ou bovijn, stadsspeelman, entre au service 
de la ville le 28 mars 1606; la date de son départ nous est 
inconnue. 

Nicolas Janssone ou Janssens, speehnan mette cornette, fut admis 
aux gages de la ville à i)artir du 28 mars 1607; il reçoit 
de nombreux suppléments de traitement pour services 
extraordinaires. Il touche son dernier trimestre le 2« mars 



(1) Vander Straetek, t. 2, pp. 9, 10, 11. 



DE I 3 I I A 1 790 209 



1610, Anna van den Broecke donne quittance pour ce 
dernier paiement (celle-ci fut probablement une créan- 
cière). La même année, la ville lui accorde un subside 
de 6 florins pour le secourir dans sa misère. 

Engelbert Bougaerts ou Bogaerts vint s'établir à Malines en 
1606. Dans une requête adressée à l'administration com- 
munale, en 1607, il se dit musicien s'exerçant journellement 
sur plusieurs instruments. Il ajoute que depuis qu'il est à 
Malines, il se joint aux musiciens communaux pour les 
services, ce qu'il voudrait pouvoir continuer à titre offi- 
ciel en qualité de surnuméraire : sa requête fut acceptée 
favorablement (i). 

Le 28 décembre 1607, Bougaerls entra en fonction. En 
janvier 1609, il fut nommé intendant des musiciens; il 
jouissait de nombreux gages supplémentaires pour des 
services extraordinaires. 

IV. — Musiciens-instrumentistes établis à Malines 
sans gages fixes 



XIV'»'-' SIECLE 

1325-26. Willeme Due, joueur de trompe. 

i329-3o. Willem Croon, » » Un Willem Croenkene, 

de Bru.xelles. était joueur de naquaircs {C"fr. de Burbure). 
1371-72. Diederic de pyper, joueur de flùie. 
1371-72. Langhe Aerd, joueur de g;.iterne. 
1371-72. Les deux frères Drayer, luthistes. 
1373-74. Ghe(raerd) Meynke, joueur de trompe. 
1374-75. Voske, joueur de guiterne. 
1379-80. Rom. Kiete, pyper, joueur de flûte. 
1379-S0. Le fils de Coens ou Coense, joueur de flûte. 

XVme SIÈCLE 

1411-12. Seynke, joueur de trompe et de flûte. 

1412-13. Rommond de tromper, le joueur de trompe. 

i3i5-i5. 'c Zeynken ou 't seynken, joueur de trompe. 

1433-34. Just3-n de piper van de bombarde, fut invité à se présen- 
ter pour le service de la ville. Nous ne croyons par 
qu'il fut accepté, puisque nous ne trouvons plus men- 
tion de lui aux années suivantes. 

1436-37. Van Tricht, trompette, se rend au siè;.;e de Calais. 

1444-45. Jan Van Delft, piper. 



(1) Voir annexe no 7. 



2IO LES MÉNESTRELS ET INSTRUMENTISTES A MALINES 



1446-47. Jan Mendeken, tromper en pyper, trompette et joueur de 
flûte. 

Jan Van herenthals, tromper. 
1447 48. Gillis Rumelant, trompette. 
1457-58. Gabriels, le joueur de flûte. 

Jan van den Damme, joueur de flûte. 
1460-61. Aerd. de Roest, instrumentiste. 
1468-69. Zeendeke, instrumentiste. 

Geerd de Reeze, instrumentiste. 
1476-77. Boytke, instrumentiste. 
1485-86. G^'sbrecht, le luthiste. 

XVIn^e SIÈCLE 

i5i4-i5. Jan de Bleeckere, Coning der speellieden ? 

iSiS-ig. Joos Robbyns, trompette. 

Van Lent, speelman, ménestrel. 
Romond Jans, joueur de flûte. 
Ph. Van Pamele, joueur de cornet. 

1527-28. Jan de Brissere, trompette. 

1533-34. Pirke. piper. 

1535-36. Jan Van der Beke, tambourin. 

1546-47. Jan Malpene, snaerspeelder, joueur d'instrument à cordes. 
H. Frj'on, » » » » » 

Liekercke, » » » » » 

Meester Jan, » » » » » 

Meester Jacob » » » » » 

1547-48. Hendrick Croys, piper; se marie en 1547-48 et reçoit un 
subside de la ville; décédé vers i558. 

1568-59. Sébastien Vreedman, compositeur pour cithare (V. annexe 
n" 10). 

1579-80. Francken Quintens, tambour. 
Jan Quintens, » 

Baptist Van Diest, » 

1598-99. Bartholomeus Persoons, trompette. 

XVII>"e SIÈCLE 

1608. Nicolas Coquil ou Cocquille, ménestrel. 

1609. Jacques Cocquil, ménestrel. 
1622-23. Jan van Oudenhoven, bassoniste. 
1622-23. Sebastiaen, speelman. 

1623-24. Jan de Wael, instrumentiste. 
i63o-3i. Philibert de Bricquegny, bassoniste. 
i63i-32. Léonard Colffs, bassoniste. 
i63i-32. Jan Loenes, speelman. 
1641-42. Hans Henrich, cornettiste. 
1642-43. Anthoni Van Loon, cornettiste. 
1647-48. Volckaert, timbalier. 
1670-71. Melchior Smcts, hauboïste. 
1672-73. Ambroise Carlier, musicien. 



DE I^II A 1790 ill 



1673. Nicolas Cakelaer, speelman. 

» Andries Passeur, » 

1679-80. J.-B. Schippers, instrumentiste. 

1691. Philippe Raoux, chef d'une bande de schalmeiers. 

1692. N. Regaert, joueur de viole. 

1694. R. Vossein, chef d'une bande de hautbois. 

1696. Carolus van Vlieberghen, schalmeier. 

H. Smets, schalmeier. 

1697. Gaspar Cassier i ■• c ^ , 

1698. Rombaut Vasseur i ^^^^ ^^' hautbois. 



. XVIIInie SIECLE 

1700. Daniel Colfifs, bassoniste. 

J. Cassier, chef d'une bande de hautbois. 
1704. Jacques Vermeulen, chef d'une bmde de hautbois. 
I7c6. CharlesWalderinus van Vlieberghen, hautboïste. 
17 16. Judocus Vlieberghen, chef d'une bande de hautboïstes. 
1720. Arnold Van den Broecke, » » » » 

1737. J.-B. Van den Eynde t 

Judocus Versluysen ) 1°"^"^' ^^ hautbois et basson. 

Nicolas Imbrechts f 

Joannes Cuveus S «'^^tisies. 

Franc. Van Ens i , 

Joseph Van Ens ) ^^"^b^^'^^- 
1742. Prançois Streittner, chef des hautbois et bassons. 

1745. L. G. Vermeren, instrumentiste. 

1746. P. J. De WolfF, » 

1747. Jacques Coselinus, chef des hautbois. 

1748. Jérémie Van Engelen, chef des hautbo s. 
1751. C. P. Thomas, instrumentiste. 

:753. Jacques Streittner, hautboïste. 
Nicolas Amerechts, flûtiste. 
Joseph Pra, flûtiste. 

1754. Gérard Raps, hautboïste. 

1755. Pierre Streitnner, hautboïste (i). 

1759. Frans Cantrijn, chef d'une bande de musiciens. 

» Gommaire Kennis, chef d'une bande de musiciens. 

1774. Corneille van Ovorst, instrumentiste. 

» F. Starck, instrumentiste. 



(1) Petrus Streitner, mort en 1787. Voici ce que nous lisons à propos de ce 
musicien : " Dynsdag den 19 junii 1787, naer-middag, ten twee uren, zai 
men publiekelijk verkoopen, binnen Mechelen, ten sterfhuize van Mr Petrus 
Stritner (?), eene schoone colleclie van musiek van différente fameuse 
meesters, in différente koopen, volgens eene geschreven catalogue daer 
van zijnde. Item aile soorten van musicaele instrumenten als basson, 
violen, clarinetten, flûte-travers (sic), vier koppelen walthorens, trompetten, 
arpen, etc., item eene schoene staende horlogie met eene gesnede kasse 
van beeldhouwerij, figuren, schilderijen (Wekelijks Bericht 1787, p. 409). 



212 LES MENESTRELS ET INSTRUMENTISTES A MALINES 



1778. Georges Esschenbach, bassoniste-serpentiste. 
1786. P. Mertens, chef de musiciens. 
1786. J. Cantrijn, instrumentiste. 

1789. G. Mertens, chef d'une bande de 6 musiciens. 

1790. F. Cantrijn, instrumentiste. 
Th. Sterck, » 



V. — Musiciens de passage à Malines 

i3i7-i8. L'évêque de Liège vient avec ses ménestrels, le jour de 

SS. Pierre et Paul. 
1 133-34. Ménestrels du duc de Hainaul. 

1368-69. Jai^ die vedel coninc van mijns Heer hove van vlaendre. 
13^0. Herman de Boughere, ménestrel, originaire de stockhem, 

comté de Looz, accompagne les malinois au siège 

de Tournai. 
1370-71. 2 trompeneren en de i pyper die van « Brugghe hier 

(luamen. 
2 ménestrels de l'évêque de Cologne viennent à Malines, 

le 28 juillet 1371, pour annoncer la nomination du 

nouvel évêque. 
1374-75. Deux ménestrels du seigneur de Wezemael. 

Les pipers du Seigneur de Boegbout, — Ménestrels de 

Bruges. 
On cherche des ménestrels à Bruxelles pour la procession. 
1376-77. Six ménestrels du comte de Flandre reçoivent des 

vêtements de la part de la ville. 
1379-S0. Meester Willem van Cruninghen. 
» Jan van Bruseghem. 
Wouter breeme oec ministreele enrôlés pour une expédition 

de guerre. 
Meester Mathys, ménestrel. 
ig mai i38g. Les ménestrels du comte de Flandre. 
7 février 1384. Un joueur de trompe du maréchal de Bourgogne. 
1406. Ménestrels du duc de Bourgogne. 
1 avril 1407. Les ménestrels de la duchesse de Bourgogne 

apportent des nouvelles à la ville de Malines. 
14 juillet 1410-11. Les trompettes et pipers du duc de Bourgogne 

accompagnent leur maître à Malines. Ce dernier logeait 

au couvent des Frères-Mineurs. 
1412-13. Rommond, le trompette du duc de Cléves, séjourne quel- 
que temps à Malines; l'année suivante, il reçoit un 

présent en espèces pour qu'il veuille bien s'établir 

définitivement à Malines. 
1417-18. Les méoestrels (pipers) du duc de Cléves à Malines. 
1418-19. Joyeuse entrée de Philippe le Bon, le 8 octobre 1419. 

Les ménestrels accompagnent leur Seigneur. 
H. Thort, le joueur de trompe de Bruxelles. 



DE 131 I A 1790 213 



1419-20. Ménestrels de la duchesse de Brabant. 

1427-28. Musiciens de Termonde. 

1431. Les ménestrels de l'évêque de Cologne viennent à Malines, 

accompagnant leur maître. 
21 décembre 1431. Les musiciens (pipers) de l'évêque de Liège 
viennent à Malines; nous les rencontrons encore venant 
à Malines, les années 1432-33; le 29 mars 1434; le 3o 

janvier 1435, le 11 octobre 1437 et en 1443-44. 
1433-34. La ville présente un, pot de vin au roi des ménestrels 

(conig van de pipen) de Bruxelles. 
Justin, joueur de Bombarde, est invité par la ville pour 

vouloir accepter du service. 
Les joueurs de flûte (pipers) du Seigneur de Mortaengien, 
de l'Angleterre. 
19 juin 1436. Les Malinois se rendent à Calais, pour assiéger la 

ville; ils sont accompagnés des musiciens suivants : un 

trompette du jeune seigneur de Nassau, engagé le 3 mai 

1436, venu de Breda; un autre de Tricht. Jan boydens, 

fut chargé de chercher des trompettes de guerre à 

Louvain, Liège, Tricht et Valkenborg. 
1443-44. Diederic, le joueur de flûte de la ville de Biuxelles. 
I août 1444. Les musiciens de l'évêque d'Utrecht. 
1444-1445. Les pipers de la ville de Bruxelles. 
1447-1448. Deux pipers de Cléves viennent s'établir à Malines. 
1457, 9 août. Hans, le trompette, ainsi que celui de Lubecq 

et de Brème, passent par Malines pour aller à la 

rencontre des marchands venant de Bruges. 
3 août 1462'. Les ménestrels du Seigneur de Trêve. 
1462-63. Trois pipers de Bruges se présentent à la ville pour 

faire des offres de service. 
3 juillet 1467. Joyeuse entrée de Charles le Téméraire; ses 

ménestrels l'accompagnent. Six clairons, appartenant à 

la ville de Gand, jouent du haut de la porte d'Adeghem 

au moment de l'entrée du Souverain dans la ville de 

Malines. 
1473-74. 6 trompettes du Seigneur de Voerhout et 7 trompettes du 

bâtard servirent aussi à l'occasion de la joyeuse entrée 

du 3 juillet 1467. 
1476-77. Joyeuse entrée de Marie de Bourgogne; ses ménestrels 

l'accompagnent, 
g janvier 1477. Joyeuse entrée de Maximilien d'Autriche. 

La ville charge Pierre De Cock de chercher 6 joueurs 

de clairon au pays de VVaes, ceux-ci logèrent à Malines 

durant 11 jours. 
1477-78. Clairons du pays de Waes. 
5 août 1477. Quatre ménestrels du duc de Clèves. 
1482-83. La ville donne des étrennes à Bernart ou Lenaert, le 

tambourin du Duc d'Autriche. 
1484-85. Arrivée en cette ville des ménestrels du Marcgrave de 

Bade. 

ï5 



i\4 LEa MÉNESTRELS ET INSTRUMENTISTES A MALINÊS 



1485-86. Les trompettes et pipres de l'Empereur. 

1488-89. Le luthiste du duc Saxe, Les luthistes du roi des 

Romains. 
1489-90. Les trompettes du duc de Saxe reçoivent des étrennes 
au nouvel an. 
Deux pipers de l'évêque de Liège. 
1490-91. Le luthiste du duc Philippe (1491-92). Le tambourin du 
duc Philippe (1491-92). 
Maître Jean le poète, id., id. 
1491-92. Les trompettes du duc de Saxe. 

Le luthiste du duc Philippe. 
1492-93. Portier, tambourin du duc Philippe, reçoit un tabhaeri. 
1493-94. 6 trompettes de la ville de Gand donnent une' sérénade 
au Duc. 
Les luthistes, schalmeyers et tambourins du roi et de la 
reine, les ménestrels du duc de Gtilck. 
27 mai 1494. Joyeuse entrée de Philippe d'Autriche; il est accom- 
pagné de ses musiciens, 6 trompettes, le tambourinaire, 
le luthiste. 
25 août 1494. Arrivée de la reine des romains, accompagnée de 
ses joueurs de luth. Elle est saluée par des concerts 
donnés par les trompettes et les schalmeyers du roi 
des Romains. 
1495-96. Le tambourin de Marguerite d'Autriche reçoit une plaque 
d'argent aux armes de la ville et des habillements de 
velours. 
1496-97. Arrivée des ducs Albert et Georges de Saxe, avec leurs 
ménestrels. Albert de Saxe achète en 1496, une maison 
sise près de l'église St-Rombaut, nommée cour de Saxe. 
En i5i9, spaensch gasthuys, actuellement l'École Normale. 
1498-99. Les trompettes des ducs de Baden. 

Poertghinder, tambourin du duc Philippe. 
Le luthiste et les trompettes, id. id. 
Presque chaque année on retrouve les trompettes du duc de Saxe. 
1499-1500. Charlis, le tambourin de la princesse. 
i5oo-oi. Divers joueurs de viole (snaerspeelders) venus de France. 
Lenaerde, le luthiste, et ses confrères ménestrels du 
Souverain. 
i5oi-o2. Michelet, tambourin du duc Charles, reçoit un tambourin 
d'argent de la part de la ville de Malines. 
Les ménestrels du lantgrave de Hesse. 
Le tambourin du seignenr de Nassau. 
Les trompettes et les schalmeyers du roi des romains. 
i5o2-o3. Lenaert, luthiste et huissiers du duc Charles. 
i3 avril i5o4. Huit trompettes du duc Georges de Saxe. 
i5o4-o5. Lenaerdt, luthiste. 

Charlon, tambourin du roi. 
Maître Auguste, chantre du roi. 

Durant le séjour de Marguerite d'Autriche à Malines 
(i5o6-i53o), de nombreux musiciens, accourus de partout, 



DE 131 I A 1790 il^ 



venaient honorer la gouvernante des Pays-Bas, par de 
joyeux concerts. Amie des arts et musicienne elle- 
même, elle fut généreuse pour les artistes. Voici, d'après 
les comptes de J. de Marnix (1527), quelques preuves 
à ce sujet : 
Bons et récompenses extraordinaires : 

Etrennes délivrées le i'' janvier.... aux joueurs de viole et 
de tambourin, joueurs de marionnettes, joueurs de haut- 
bois et « sachottes », joueurs de harpe, rebecs et tam- 
bourins du comte de Hooghstraeten, trompettes de 
l'Empereur attachés à messieurs de Ravestein et de 
Gaire. 
7 Philippus à 6 joueurs de hautbois et de sachottes, trois 
de la ville de Gand et trois venant d'Ecosse, qui sont 
venu jouer de leurs instruments devant madame à 
son dîner. 
2 Philippus à 3 joueurs de fifre, 4 Philippus à Rémond 
Fabry, qui est venu jouer du fifre et du tambourin 
d'Allemagne, le dit jour de la Saint André, etc. (Inveni. 
des archives du département du nord, Lille). 
1507-08. Les 4 pipers de l'empereur. 

Les trompettes et le tambourin du duc Charles. 
Maître Augustyn, le luthiste de l'Empereur. 
Maître Lenaert, id. id. 

Maître Michelet, tambourin. 
iSoS-og. Le tambourin de madame de Savoie. 

Un joueur de cornemuse joue devant le duc Charles. 
i5xi-i2. Les trompettes du duc Charles sont exempts du droit 

d'accise. 
i5i2-i3. De speellieden vuyt den Duytsche landen metten dooven 
Fluyten. 
Consteneers vuyt Duitsche lande. 
6 trompettes du duc de Brunswyck. 
i5i3-i4. Serviteurs du duc Charles : 

Trompette, le tambour et ses confrères ; Michelet, tambourin, 
Poortghinder, tambourin; les ménestrels allemands jouant 
des flûtes douces? (doove fluyten); Lenaert le luthiste; 
Charli, tambourin de madame de Savoie; 4 ménestrels 
de Hongrie. 
i5i4-i5. Tambours de l'Allemagne. 
i5i5-i6. Trompette du duc de Brunswick. 

1516-17. Présent de bienvenue donné aux ménestrels du marc- 
grave de Brandebourg. Les serviteurs du roi de Castille; 12 
trompettes-musiciens jouant des flûtes douces (doofne) 
Lenaert, le luthiste. 
i5i8-i9. Le trompette du duc de Clèves. Un speelman de l'Allemagne. 
Les serviteurs de madame de Savoie; Michelet, tambou- 
rin; Lenaert, luthiste; 2 tambourins et un joueur de 
veille (lière). 



2l6 LKS MÉNESTRELS ET l>JSTRUMENtlSTES A MaLIMES 



i5i9-2o. Les musiciens de la chambre de Réthorique de Lille 
viennent jouer au carnaval de i5ig. 
Maître Auguste de l'Allemagne, joueur de cornet (horeke). 

I520-2I. Pychot, tambourin de don Fernando. 

1522-23. Serviteurs de Marguerite d'Autriche; deux tambourins; les 
joueurs de violes; Poirhier et Michelet, tambourins. 

i524 25. Musiciens de Marguerite d'Autriche; les joueurs de viole; 
un joueur de grande viole (groote viole); tambourins et 
autres ménestrels. 

i529-3o. Peryno, tambourin de Marguerite d'Autriche, reçoit de 
la ville un subside pour étoffer (stofferen) d'argent son 
tambourin. 
Après la paix de Cambrai, François I envoie ses musiciens 
à la Cour de Malines. 

de i55o-5i à 1570-71. Les comptes communaux nous donnent en 
détail les divers musiciens qui participèrent à la proces- 
sion de Pâques et de juillet. Nous ferons une seule mention 
pour chaque localité qui nous envoya ses ménestrels, afin 
de ne pas étendre cette liste outre mesure. 

i55o-5i. Trompettes : 4 de Hal, 4 de Grammont, 4 de Stekene, 
4 de Bruges, i de Vilvorde, 2 de Lippeloo, 6 de Ste- 
kene, 4 de Ertvelde, 10 autres de Ertvelde. 
Schalmeyers : 6 de Bruxelles, 5 de Louvain, 4 de Termonde, 

I de Mons, 5 de Malines. 
9 joueurs d'instruments à cordes. 

1552-53. Nous ne marquerons plus que les localités non citées 
jusqu'ici, parce qu'il y en a qui reparaissent annuellement. 
Trompettes : 6 de Gand, 4 de Tamise, 4 de Eeclo. 
Les schalmeyers de la gilde de St-Georges de Bruxelles; 
les musiciens communaux de Louvain et Malines. 

1557-58. 4 Trompettes de Hulst. 

1559-60. 4 id. de Eyghem ou Oughem. 

i56o-6i. 4 id. de Steenhuyse. 

1 561-62. 4 id. de Everghem. 

1503-64. 2 id. d'Anvers. 

4 ménestrels communaux d'Alost. 

5 id. id. de Bruxelles. 
4 id. id. de Louvain. 

4 id. id, de Termonde. 

1564-65. 4 trompettes de s" Oriaens; 4 trompettes de Grumeghem. 

1565-66. 4 trompettes de Zèle. 

1575. D'après Choron et Faj^olle (i), certain Heywood ou Hewoud, 
musicien et poète anglais, né à Londres, serait mort à 
Malines en i575; il dut fuir sa pairie pour cause de 
religion. 



(1) Dictionnaire historique des musiciens. 



DE 131 I A 1790 2! 7 



i58o. Joncker Mathys. trompette de la compagnie du sieur 
Famaro, gouverneur. 

26 mars 1584. Trompettes de la ville de Gand. 

1589. Le tambour-major et les tambours de la compagnie espagnole 
du régiment de Don Juan Mauricque de Lara; en garni- 
son à Malines. 

1593. Les trompettes de l'archiduc Ernest d'Autriche. 

1597-98. Tambours de l'armée espagnole. 

1608-09. Sekeren jonckman van Brussel sijnde expresselijck met 
twee keteltrommels gecomen om in den ommegang te 
spelen. 

16C9-10. Quatre ménestrels anglais reçoivent une gratuité de 7 livres. 

1611-12. Le trompette de Don Lois de Velasco. 

i6i2-i3. Le trompette de Don Rodrigo Caldron, ambassadeur du 
Roi d'Espagne. 

i5i3-i4 Sekere trompetters alhier van buyten gekomen sijnde 
hebben op de groote merkt alhier ten tijde van de 
ommegang gespeelt op hunne trompetten. 

1646-47. Le trompette du comte de Garzias; les trompettes du duc 
de Lorraine. 

1648-49. « Voir loon van eenen speelman die een extraordinaris 
ende nog noyt gehoord spel heeft gespeelt op de actie 
bij de studenten van 't Oratorie. XII £ » 

1717-18. Six hautboïstes étrangers sous la direction de Reinkast, 
viennent à Malines pour la joyeuse entrée de Charles VI. 

i5 mai 1746. Les trompettes de Louis XV reçoivent 24 pots de vin 
de Bourgogne. 

28 Juillet 1791. Les timbaliers et trompettes de Joseph IL 

Dimanche 5 décembre 1773. Le sieur Pocornij organise un grand 
concert au local des fripiers, marché au beurre. On v 
entendra 3 cors; et du chant, voici l'annonce : 
D'heer Pocornij sal op son4agh den 5''^ deser op de oude- 
kleerkoopers kamer op de botermarkt alhier, geven een 
groot concert, met drij waltorens, in welek concert, sijne 
twee dochters, sullen, différente fransche en de italiaen- 
sche arietten singhen, involghende elek-kanderen, met 
den waltoren, ende sullen dansen versche^^de Allemandes, 
den prijs is tw^ee schellingen; den geseyde Heer Pocornij 
sal de allemande leeren op den tijdt van thien lessen aen 
de persoonen die het selve versoeken. 

1773. — W. B. fi) p. 482 N. 

1778. Le sieur Rakeman aura l'honneur de donner lundi prochain 
le 18 de May 1778, un grand concert vocal et instrumen- 



<1) W. B. = Wekelijks Bericht, journal d'annonces de Malines. 



2lS LES MÉNESTRELS ET INSTRUMENTISTES A MALINES 



tal, dans lequel il exécutera plusieurs pièces de violon- 
celle de sa composition. 
On payera deux escalins. On commencera à cinq heures 
et demi. C'est à la salle ordinaire au marché au beurre. 

1778. W. B. p. 232. 
1779. Donderdag wesende den 16 december 1779, sal d'Heer 
Dussik (sic) komende van Duytschland, om in dese 
landen sijne konst te doen blijken, d'eere hebben van 
met toelatingc van den Heere schouteth op de oude 
kleerkoopers kamer, gestaen op de Boter-merkt alhier, te 
geven een groot concert instrumental, in het welcke hij 
sal uytwerken op de clavercimbel, verscheyde sonates 
van sijne compositie, waer door hij verhoopt te verkrij- 
gen, de toejuyginge van een ieder, den ingang is twee 
schellingen. Men zal precies beginnen om ses uren des 
avonds. i779- — W B. p. 507. 

1782. 2 mars, concert du célèbre harpiste Hochbrucker. 
Heden den 2'''^ Meert 1782, zal;d'Heer Hochbrucker, ver- 

maerden ende reeds binnen dese stadt bekendcn harp- 
speelder, d'eer hebben, van te geven, op de saele van 
de commanderye van Pitzenbourg, een groot concert 
vocal et instrumental waar in hij verscheyde sonates op 
de harpe zal uytvoeren ende d'heer Seeburger zal hetzelve 
vereeren met verscheyde concertos op den waldt-horen. 
Men betaelt voor den ingang 2 schellingen en men zal 
beginnen om ses uren precies. 

1782. — W. B. p. 122. 

1783. Le sieur Michel Esser aura l'honneur de donner, mardi le 

II mars 1783, un grand concert dans lequel il exécutera 
les pièces suivans (sic). 

I. une sinfonie. — 2. un concert de violon. — 3. un air 
Harmonicq, sur le violon. — 4. une sonate sur la viole 
d'amour. — 5. l'imitation de la Harpe, zalterio et Harmo- 
nica sur la viole d'amour. — 6. les quatre nations, sur 
la viole d'amour. — 7. des airs variés sur le violon et 
viole d'amour. — 8. La Fée Urgelle de 60, 80, 100 ans. 

Le billet d'entrée est 2 escalins, on commencera à 5 
heures et demie précises. C'est à la salle de la comman- 
derie (Pitzenbourg). 

1783. — W. B. p. 147. 

1784. Concert de Messieurs Brunetti et Polack. 

Sondag den 14 Meert 1784, zullcn S'^'^ Brunetti ende Polack, 
die d'eere gehad hebben van den 5'^^ deser een concert 
te geven op de saele der commanderye van Pitzenborg, 
tôt vergenoeginge ende verv/onderinge van de aenhoor- 
ders, op het versoek van de voornaemste persoonen deser 
stadt, voor de laetstemael nog een con'^ert geven, waerin 
sij concertos ende solos soo op de viole als op den walthoren 
zuUen uytwerken waer over zij hun durven vlijen het 



DE I 3 I I A I 790 2 I 9 



voorgaende concert maer een schetse te zulU-n zijn. 
Men zal beginniin om half zes uren precies. Men betaelt 
voor den ingang 2 schellingen op de saele der comman- 
derye van Pitzenborg. 
D*;zelfde Brunetti en Polack geven concert op 14 Meert 
1784, op versoek van de voornaemste persoonen deser 
stadt. 

1784. — W. B. p. 141 et 149. 



ANNEXES 



Annexe n° 1 

Apostille gesteit opte requeste van Nicolas Cocquil 
speelman. 

IVIynen heeren hebben desen suppliant gegunt en ge- 
geven de plaetse van den overledenen stadsspeelman behou- 
delick ende wel verstaende wesende, dat syn gagiën niet 
loopen en sullen, ter tyt toe dat hij met andere speeiluyden 
ende ordinarselicken spelen sullen. 

Actum 19 juillet 1574. 

Fol. 29 recto. (Correspondance du Magistrat, série 8, 
n<> 1). 

Annexe n° 2 

Sta dtspeelluyden. 

Aen nnyne Eerw. Heeren Borgemeester en Schepen ende 
Commoingmeesteren der stadt Mechelen. 

Geven oetnrioedelyk te kennen, Christiaen daenns, Hans 
Wiemes, Aerdt de borger, Hans de wael ende Sebastiaen 
Bruynhoyen (?) speelieden ende alte samen borgers ende in- 
gesetenen deser stadt Mechelen, datter sommigen onderhun 
lieden syn die bynaest de stadt xv jaeren hebben gedient 
in aile publycke ende sollemnele vergaderinghen ende dat 
niet zoo wel als sywel hadden verdient, door dyen dat nu 
den eenen oft den anderen op malcanderen niet gepast 
zynde, genootsaeckt zyn geweest zoo te spelen gelyck sij 
consten het accordt by een brengen. Waeromnne hebbende 
middele gevonden om met een goet accordt de stadt te 
mogen dienen mits zy haer werck daer aff zouden maecken, 
ende altoos bereet zyn zoo in générale processiën als anders, 
waer zy van de stadt wegen zouden worden geemployert 



DE 131 I A 1790 221 

zou alst 't gebruyck is inde omliggende steden, die welcke 
daer doer zoo veel te beeter zyn gedient mits dat die speel- 
lieden op malcanderen gepast zyn, ende gehouden hunlieden 
samen te vinden op zulcke dagen. Soc eest dat sij Ue. Eerw. 
Heeren oetmoedelick zyn biddende hun te willen accepteren 
inde stadts dienste, mits hueren loon die sy tôt de stadts 
discretie laten, verhoepende dat hunen arbeyt ende subjectien 
zal worden ingesien; ende voorts dat totter stadts meeder ver- 
heeringe, soo als de mannier is,hun sullen alsulcken tabbaerts 
gegeven worden van die couleure die myn heeren sal 
believen. Dwelck doende etc.. | inde marge stont gesien : zy 
gestelt in handen van den heeren trésoriers ende rentmeester 
deser stede ten eynde zy luyden hun informeren opden 
inhouden dese requeste ende daer aff rapport doen om 
't selvs gehoort voorts geordonneert te worden naer be- 
hooren. | actum xxx january 1606. onderteekentPaeffenroede. 
Onder stont noch gescreven etc. | gehoort rapport van den 
heeren van den weth onser stadt Mechelen in policye camer 
vergaederd zynde, hebben geaccepteert ende accepteren 
nriits desen den supplianten in deser voors. stadt dienst als 
derselve stadt speeluyden op de gagien van xxxvi ghulden 
t jaers voor elcken van hunlieden te beginne te loopen te 
paeschen naestcomende, dies, zullen zy luyden, gehouden 
wesen hun int verseyde amt wel ende loffelyk te quyten 
volgende de reglementen hun te geven by gescrifte by den 
heeren trésoriers deser stede. Actum xx february 1606 my 
présent onderteekent Paeffenroede. 

accordeert met den principaele 
J. Paeffenroede. 

(Correspondance du Magistrat, série IX, n° 2, fol. 92 
recto). 

Annexe n° 3 

Alsoe. Myn heeren deser wett. overmits der benouwtheyt 
des tyds in meyninghen zyn en geresolveert hebben van een 



222 LES MENESTRELS ET INSTRUMENTISTES A MALINES 

voirtane nyet meer dan vier stads speelluyden te gaigeren, 
soe eest dat de selve wett geaccordeert en getransporteert 
heeft byde deese supph", de welcke onder hen nyet meer 
gagien hebben noch trecken en zullen dan wylen Matthies 
Braekeleer bynen syn leven alleene gehadt heeft. totter tyt 
en wylen datter ijemanden van stadt speellieden sal comen 
te failleren oft afflevich te worden en ijemandt van selven 
gestorven oft ghefailleert zynde zoe zullen deze suppl^" 
hebben en trecken aide voile en geheele gagie zoo als zij, 
d'andere speelluyden hebben indien datter alsdan maer 
vier stadsspeelide wesen en zullen. 

Annexe n° 4 

Aen de Borgmeesters, Trésoriers en Gemeyd'raet deser 
stadt. 

Gheven te kennen de stadt speelluyden hoe zyluyden 
ander tyt jaerlycs hebben gehadt een tabbaert laeken van 
der stadt als van hunluyde offijcie oft dienst weghe dwelck 
is gescorest en opghehouden is geweest eenen tyt van 
zeven jaren en de nu gemerckt dat sijluyde gesien hebben 
dat myn Eer. Heeren eenighe andere van der stadt officieren 
tabbaert laken ontfanghen hebben van myn Eer. heeren, 
soe eest dat syluijden oyck al nu versoeken der gelycker 
laken te hebben int myne Eer. heere goedt duucken. Want 
gemerckt als syluyden ghaen spelende voor eenighe ghulde 
oft andere dienst doende der stadt, dat alsdan eenighe buyte 
luyden sien, niet en weten oft wy van buyten syn oft van 
elders gehuert syn. Oft niet gemerckt wy gaen sonder abyt 
oft cleeringhe van dese stadt. Alzoe believe myne Eer. 
Heeren, ende uwer Eer heyt goet duencken begeeren de 
cleeringhe al noch te draeghen alsoo syluyd, eertyds hebben 
gedaen dat doende (1). 



(1) Année 1560. 



DE 131 I A 1790 223 

Annexe n'^ 5 

Ghegeven van iiij broken die de stad pipers draghen 
en de stad toebehoird die Matheus de silversmet ghemaect 
heeft; daer de stad toe ghegeven heeft, in zilver aen i scale 
aen ij goublette en aen i poeder père, ij maerck en ij oncen 
xix ingl. zelvde marc, iiij "S ix § ij ingh. En in ghelde voir 
faetsoen om dat zy meer woghen vi '& xi /xi /valet tsamen. 

X ^ xii / viii J det ij' se. 

(Compte communal 1434-35). 

Annexe 0° 6 

Betaelt IVT^ Thibout henry, zilversmet van vyf broken te 
maken voor de spelieden vander stadt wegen tsamen x' v^ 
afgetrocken de oude broken wegende vj' v^ blyft iiij -' cost 
elck marck iij £ w^aervan eicken stucke van faitsoene xxxv/" 
compt met vij £ xviii/van een onche xv' ingelsche fyn goud 
daer mede de voors. broken vergult zyn. Coste elck onche 
iiij £ X f comt tsamen op xxviij £ xiii /. 

(Compte 1539-40, fol'° 223 recto). 

Annexe n" 7 

Engelbert bougaerts stadt speelman. 

Aen myne h. Heeren Borgemeesteren ende Commoing- 
meesters deser stadt. 

Verthoont ontmoedelyk Engelbert bougaerts als dat hy 
tsedert een jaer herrewaert alhier tôt Mechelen is woon- 
achtich ende gecosen vaste domicilie hem occuperende ende 
exercerende daghelycx int gebruyckt ende usantie van ver- 
scheyden instrumenten tôt dyen eynde hem dickels voegende 
met de speelieden der selver stadt in dienst der selver 
synde, het welck hy gheerne soude continueren ende tôt 
dyen eynde by die gevoecht syn ende begrepen worden by 
myn h. heeren ende contentement verhopende soc int 



224 LES MÉNESTRELS ET INSTRUMENTISTES A MALINES 

particulier als in publieken diensten voile contentement 
te gheven. Biddende tôt dyen effecte dat myne h. Heeren 
gelieve by appostille op dese hem supernumerael in de selve 
compagnie te willen admitteren onder ende mits huerlieden 
loon als myn h. Heeren discretie duncken sal syne conste 
te meriteren dwelck doende etc. 

Inde marge stont gesc. Myne heeren vandcr weth deser 
stadt Mechelen in policye camere vergadert synde om reden 
hen monerende aanveerden den suppliant als stadt speelman 
op dordinaris gagie daer toestaende sonder nochtans tselve 
te moghen trecken in consequentie ende inde verstande 
dat dierste plaetse die sal comen te vaceren, door 
aflyvich vertreck oft andersints van eenighe der stadt 
speeluyden, sal blyven gesupprimeert. 

Actum lesten decemb anno 1607 en was onderteekent 
Paeffenrode. 

(Correspondance du Magistrat, série 9, n° 1, fol. 126 R.). 

Annexe n° 8 

Aen Mynheeren Comoinmrs scepenen en dekens, tréso- 
riers ende raede des stede van Mechelen. 

Vertooge zeer oitmoedelyk met eerbiedinghe Marus, 
Jacques, Phls. ende Matheeus (1), speellieden deser stede, 
hoe sy supplianten des geleden ontrent onderhalf jaer, gelyck 
myneheeren wel kennelyk ende indachtig is, met de Pioenen 
deser stede zyn gereyst van hier naer Vilvoirden ten haech- 
speleende aldaer gevaceert xi of xij dagen tôt heure grooten 
coste ende verlette, ende nu onlancx geleden wederomme 
t'Antwerpen ten lantjuweele, ende aldaer bat dan dry weken 
gevaceert alomme myn heeren ende der gulden van de 
Pioenen eere bewaren alzoo hen supplianten lest moeyelick 



(1) Ce sont les prénoms de : Marck Gheylens, Jacques de Wale, 
Philippe van Ranst et Matheus de Brakelere. 



DE 1311 A 1790 ^2S 

is geweest van welcke twee reysen zy suppleanten lutte 
of vêle geprofiteert en hebben maer daerby groot verlet 
ende schade gehad hebben, terwylen zy te Vifvoirden ende 
t'Antwerpen gelegen hebben, van de bruyloften ende andere 
feesten te spelen alhier binnen Mechelen die zy om de zelve 
feesten ende stadt eere te bewaren hebben tôt heuren groote 
schade ende achterdeele die gèl mynheeren wel te weten 
hen wyf en kinderen daer op t'huys den cost moeten geven, 
bittende daer oe nnyn Eer. heeren hen supplianten te doen 
eenighe recompense, regard nemende op de selve haere 
groote diensten en verletten die zy gedaen ende gehad 
hebben en zult wel doen. 

(Archives de Malines, repris par M. Van Melckebeke, dans 
sa Monographie sur la Chambre de Rhétorique De Peoene). 

Annexe n° 9 

Trompetter van der stadt 

Opten XIX maerte XV'" sessentachentich soo syn de 
voorn, heeren trésoriers en rentmeesters veraccordeert en 
overcommen met Nicolaes Van den slype, trompetter, te 
weten dat de voofn. Van den slype van dacghe dat men 
voors. tôt renoncerens toe zal houden de nachtwacht op 
Sinte Rombouts toren, zoo men van ouden tijden gewoen- 
lich is geweest te doene. Stekende oft blaesende aile uren 
de trompette en doende voorts aile andere debvoiren die 
een goede en getrouwen wachthouder schuldich is te doene, 
waer vooren den voors. heere van weghen deser stadt hem 
wekelicken belooft hebben te betaelen de somme van 
twee gulden thien stuivers, midts welcken loon cesseren 
sal zijn loon van publicatie te doene en andere emolu- 
menten bij zijne voors. salaris hem genoten, als van 
huyshuere, brant en etc. Actum. 

(Actes du Magistrat, série 2, n" 1, fol. 8 Recto). 



220 LES MÉNESTRELS ET INSTRUMENTISTES A MALl)>JES 



Annexe n° 10 

Nova longeque elegantissima cithara ludenda carmina, 
cum gallica tum etiam germanica, Fantasiae item, Passomezi 
Gailliarde, Branles, Almandes, etc. Nunc primum ex musica 
in usum citharae traducta per Sebastianunn Vreedman, 
Mechliniensem. His accessit luculenta quaedam et perutilis 
institutio qua quisque citra alicujus subsidium artem 
chitarisandi facillime persipiet. — Lovanii excudebat Petrus 
Phalesius, typographus juratus, anno 1569, in 4" 

Carmina quae Cythara pulsantur Liber secundus, in 
quo selectissima quaeque et jucunda carmina continentur. 
ut Passomezi; Gaillardes, Bransles, Alemandes, et alia ejus 
generis permulta quse sua dulcedine auditorum animos mire 
oblectant. Nunc prinum summa qua fieri potuit facilitate in 
tyronum suum per Sebastiîenum Vreedman, Mechliniensem, 
composita — Lovanii, excudebat Petrus Phalesius, typo- 
graphus juratus. Anno 1569, in 4". 

(A. GoovAERTs, H/st. de la typ. musicale). 

Annexe n° 11 

Ordonnantie voor de speellieden bij mijne heeren van 
der weth. bij provisie geaccepteert op de gagien van XXXVl 
gulden 's jaers, en dienst van der stadt speellieden voor 
elcken van henlieden ingaende den XXVllI **'^" Martii 1606. 

lerst sullen aile de selve speellieden gehouden wesen 
mette cornetten ende andere diergelijcke instrumenten te 
spelen, onder de musicke, in aile solemnele missen dewelcke 
doer laste van mijnen heeren van de weth binnen dese stadt 
sullen gecelebreert wordden. 

Sullen oock gehouden wesen ail 't samen te spelen opt 
stadthuys met schalmijen, trompetten ende andere instru- 
menten daartoe dienende, ter meeste vereeringhe deser 
stede, aile sondaghe, heilichdaghen, saterdaghen, op aile 



DÉ 1)1 1 A 17^ 2^7 

blijde avonden, als Mertens misse, nieuwe jaers avondt, 
derthienavond ende vastenavont, telcken een halve ure 
geduerende, beginende van elff uren tôt haiff tweiff uren op 
de noene; op pêne van thien stuyvers telcker rijse te ver- 
beuren bij den défaillant, ten ware hij daar van consent had 
van den Heeren trésoriers oft rentmeesters oft ten minsten 
van den superintendent van de selve spelieden. 

Ende opdat int spelen van der nnusicke goed accord 
gehoudenwordde sullen dezelvespeellieden gehouden wesen, 
in 't spel der stadt aengaende, te obedieren, ende hen te 
reguleren volgens d'ordre van den genen, den welcken mijne 
Heeren tôt der superintendentie van dijen sullen commiteren, 
waer toe de selve Heeren bij provisie mits desen commiteren, 
Christiaen Daens. 

De post is in januario 1609 bij mijne heeren gecommi- 
teert tôt der superintendentie Engelbert Bougaerts in plaetse 
van Christiaen Daems (1). 

Sullen oock aile de selve speellieden gehouden wesen 
ten minste twee reysen ter weken samen te vergaderen, 
ende alsoo gesameder handt instructie te nemen opde 
veranderinghe van der musicke. 

Item oft mijne Heeren beliefde (tôt recreatie van 
eenighe maeltijd diemen collegialiter van deser stadts- 
weghen soude moghen houden) te hebben musicke, sullen 
alsdan gehouden wesen aldaer te komen spelen, tsij op 
snaerspel, fluyten oft andere instrumenten, ter begeerte van 
Mijnen heeren. 

Ende oft Mijne Heeren om eenighe redenen (tzij van 
onwillighen oft kwaeden dienst, twiste oft andere oirzaeken) 
beliefde eenighe van hun te licentieren, sullen te selve ver- 
mogen te doene, ende andere in hunne plaetse stellen naer 
hunne goede geliefde. 

Ende sullen voorts zonder eenigh refus ofte weyghe- 



(1) Se trouve en marge dans la pièce officielle. 



228 LES MÉNESTRELS ET INSTRUMENTISTES A MALINES 

ringhe gehouden wesen op redelijcken salaris op aile andere 
tijden hun gereed te houden, om met hunne instrumenten te 
spelen, telcken alst hun van weghe Mijne Heeren van de 
weth deser stadt Mechelen geordoneert sal worden. 

Onder stondt geschreven bij de handt van den 
sekretaris Paeffenrode : 

Actum in policye kamer der stadt Mechelen desen 
XX!!»^" Maïe XVl'" ses. 

(Archives : Actes du Magistrat, série 11, n° 1, fol. 132 R.) 

Annexe n° 12 

Opten XIV^*^" Aprilis vyfthien hondert drij en tachetich 
soe hebben Heer Andries Couthals ende Heer Ph'^ van den 
Kerckhove van nieuws aanveerd als stadstrompetter Niclaes 
van den Slijpen, te voren gecasseerd hebbende, bij consente 
van den selven van den Slijpen, alsulcken voirgaende contract 
daer op schoutheyt ende de voirgaende trésoriers, opten 
XVll'" juny LXXXl met hem overnemen waren, ende dat 
bij redene van misverstande in 't selve contract gebruyckt 
als breeder in dorso van denselve contracte onder den 
voorseyde van den Slijpen berustende vermeldt wordt. 

(Actes du Magistrat, registre, série I, n° 4, fol. 88 V. 
Malines). 

Annexe n'' 13 

Conditiie waerop gejond is aen Pauwel van Noten als 
wachter van Sinte Rombouts thoren als nachtwachter. 

Overmidts de aflijvigheyt van Andries de Pastorana is 
alsoo bij het consent van de Heeren trésoriers in policije 
camere gejont trompettersschap van den nachtwachter van 
Sint Rombouts thoren aen Pauwels van Noten opden XVIJ'^^" 
november XVI'- negen en vijftigh, soo hebben de voorseyde 
Heeren trésoriers Jo^'^ Jan van der Hoeven ende Jo*^"^ Jan 
Anthoni des Mares aen hem in handen gestelt den sleutel 



DE I 3 1 I A I 790 229 

van den voorseyden thooren boven aen de derde croon, om 
daer op te laeten aile lieden van conditie opde emolumenten 
daer van dependeerende, mits hij hen verobligeeren aile de 
wecken boven in zulcken staat te onderhoqden, soo van 
ijserwerck, schaliën, etc. als die sullen bevonden wesen 
gelevert te worden den vyfthienden julij toecomenden. 

Actum den derden july. XVl'' tsestich onderteekent : 
Van de Wiele. 

(Actes du Magistrat, registre série 11, n° 2, fol. 76 R.) 



16 



TABLE ONOMASTIQUE 



M. C. = ménestrel communal. 
M. = ménestrel. 
Les mots en italiques sont des noms de localités (i). 



Aerts, Ghysbrecht, m., 142. 

Aertselaer, 178. 

Agricola, musicol., 142. 

Aken, Corneille van, m., 137. 

Alamier, Pierre, calligr., 161. 

Albert, duc de Saxe, 214. 

Albert, archiduc, i38. 

Allemagne, musiciens d', 2i5. 

Alosi, 176, 181. 216. 

Amerechts, Nicolas, m., 211. 

Anglais, m., 217. 

Angleterre, 2i3. 

Anvers, 142, 143, 145. 164, 176, i8i, 186, 216. 

Aubry, Pierre, musicol., 2, 5o, 134, 182. 

Audenarde, 168. 

Auguste (maître), chantre, 214. 

Auguste (maître), cornettiste, 216. 

Augustin (maître), luthiste, 2i5. 

Autriche, Eléonore (d'). 186. 

Autriche, Marguerite id'i, 161, i83, 196, 214. 216. 

B 

Bade, Marckgrave de, 2i3. 

Baden, duc de, 214. 

Battel, 180. 

Battel, van, peintre, 176. 

Beke, Jan van der, tambour, 210. 

Berlaer. 178. 

Biels, Lauwer ou Lauke, veilleur, 198, 201. 

Bleeckere, Jan de, alias Liekercke, ménest. comm.. 2o5, 210, 

Boeghen, Jan, m. c, 204. 

Boeghout, seigneur de, 212. 

Borgher ou Borger, Aerdt, artus, m. c, i38, 208, 220. 



(1) Nous avons omis de mentionner Matines, le nom de cette localité revenant 
presqu'à chaque page. 



LES MÉNESTRELS ET INSTRUMENTISTES A MALINES 



Bouchout, seigneur de, 172, lyS. 

Bou,i,racrts ou Bogaerts, Englebert, m. c, 18, 35, 40, 91, gS, i5o, 167, 

172, 209, 223, 227. 
Bougliere, Hermaii de, ménestrel, 212. 
Bourgogne, duc Jean de, 181. 
Bourgogne, duc de, 212. 
Bourgogne, maréchal de, 212. 
Bourgof^ne, duchesse Marie de, 2i3. 
Bovijn, Sébastien de, m. c, i38, 208. 
Boveyne ou Boreyne, Jacquemaer, m. c. 198. 
Boytke, ménestrel, 210. 
Bradant, 145. 

]>rabant, duchesse de, 175, 21 3. 

Braekolecr, Mathias de, m. c, i5o, 162, 207, 222, 224. 
Brandebourg, Marckgr. de, 2i5. 

Brande, Antoine van den, facteur d'instruments, 162. 
Breda, 21 3. 

Brème, trompette de, 2i3. 
Breeme. Wouter, ménestrel, 212. 
Brehon Maillet, ménestrel, i35. 

Brias, veilleur tromp., 141, i55, i63, 191, 192, 193, 194, 195. 
Brias, Augustin, veilleur tromp., 192, 200. 
Brias. Guillaume, tromp. veilL, 200. 
Brias, Jac.-Em., tromp- veilL, 193. 200. 
Brias, Jac. -Franc, tromp. veill.. 200. 
Brias, Pierre, tromp>. veill., 200. 
Bricquegny, Philibert de, basson, 210. 
Brissere, Jan de, trompette, 2o5, 210. 
Broecke, Arnold van den, hautboïste, 211. 
Broecke, Hubert van den, m. c, 161, 2o5. 
Broecke, R. van den, ménest., 180. 

Bruges, 143, 144, i58, 160, 162, 175, 180, i83, 212, 2i3, 216. 
Brunswick, duc de, 2i5. 
Biunetti, musicien, 218. 
Bruseghem, Jan van, ménestrel, 212. 
Brussel, Joris de piper van, m. c. 

Bruxelles, 137, 143, i56, 175, 176, 177, 181, 212, 2i3, 216. 
Bruyne, Chrétien de, peintre, i52. 
Bruynhoyen, Sébastien, m. c, 220. 
Burbure, L. de, musicol., 142. 



Calais, 21 3. 

Caldron, don Rodrigo de, 217. 

Calkene, Jan van, veill. tromp., 19S. 

Cambrai, 189, 216. 

Camp, Gommaire van, veilleur, 200. 

Camme, Willem de, veill. tromp., igS. 

Cakelaer, Nicolas, ménestrel, 211. 



DE 131 I A 1790 III 



CantriJD, Franz, musicien, 211, 212. 

Cantrijn, J., instrumentiste, 212. 

Canis, Corneille, coinposit., 168. 

Cart ou Cort, Romain de, tromp., 200. 

Cart ou Cort, Joseph de, tromp. veill., :63, 1S9, 200. 

Carlier, Ambroise, music, 210. 

Casteele, D. vande, musicologue, 143. 

Castille, roi de, 2i5. 

Cassier, J., music, 211. 

Cassier, Gaspard, mus., 211. 

Cavallieri, Emilio del, compos., 184. 

Charles-Quint, 188, 2i5. 

Charli ou Charlon, tambourin, 214. 

Chatillon, Jean II de, 16-. 

Cheze ou Chece, Jan van den, veilleur, 200. 

Chien, le, 166. 

Clause, veilleur, 200. 

Clèves, 144, 212, 2i3, 2i5. 

Cocquil ou Coquil, Nicolas, ménestrel, 137, 210, 220. 

Cocquil, Jacques, ménestrel, 210. 

Coens, ménestrel, 180, 209. 

Coentse ou Coense, veilleur, 170, 201. 

Colfifs, Daniel, basson, 211. 

Colffs, Léonard, basson, 210. 

Cologne, évêque de, 212, 2i3. 

Contkfi, 178. 

Conijn, Gilles, m. c, 204. 

Conijn, Jan, m. c, 167, 2o3. 

Cools, Adrien, m. c, 167, 180, 2o3. 

Cools, Jean, m. c, 161. 

Cools, Martin, m. c, 202. 

Coselinus, Jan, chef des hautbois, 211. 

Courtrai, i58. 

Crécquillon, Thomas, compos., 169. 

Croen, Willem, trompette, 198, 209. 

Croys, Hendrick, ménestrel, 210. 

Cruninghen (maître), Willem van, ménestrel, 212. . 

Cruyemers, Hendrick, m. c, i63, 2o5. 

Cuper, Joris de, m. c, 202. 

Cuveus, Jean, ménestrel, 211. 



Daems, Chrétien, m. c , i38, 172, 208, 220, 227. 

Damme, Gillis van den, 199, 2)i. 

Damme, Jan van den, ménestrel, 199, 201, 210. 

Damme, Peter van den, veilleur, 199, 201. 

Delft, Jan van, ménestrel, 209. 

Diederic, ménestrel bruxellois, 2i3. 

Diest, Baptist van, tambour, 210. 



IV LES MÉNESTRELS ET INSTRUMENTISTES A MALINES 



Drayer, les frères, luthistes, 209. 

Dresde, 167. 

Driest. Dricse eu Driessche, Jan van den, veilleur, 201. 

Dublin, veilleur 194. 

Dublin, i35. 

Due, Willem, tromp., 198, 209. 

Dusart, Thomas, trompette, 145. 

Dussck, pianiste compos., 218. 

Duysc, Flor. van, musicoloj^uc, i33. 

£ 

Eccloo, 216. 

Ecosse, 21 5. 

En-^elen, Jérémic van, hautbois, 211. 

Ens, Joseph, van, tambour, 211. 

Eus, Franc, van, tambour, 211. 

Erkeneer, Diederic ou Vrederic, trompette, 201. 

Ernest, archiduc, 217. 

Ertvelde, 216. 

Essenbach, Georges, basson, serpent , 212. 

Essor, Michel, musicien, 218. 

Espagne, 184. 

Everghem, 216. 

Eyghem, 216. 

Ej-nde, J.-B. van den, basson, 211. 



Famaro, gouverneur, 217. 

Fasseur, Andries, mus., 211. 

Fabry, Remond, tambourin, 21 5. 

Fausset, Jan m. r., 2o3. 

Fernando, don, 216. 

Flandre, 145, 212. 

Flood, VV.-H. Grattan, musicol., i35. 

France, 214. 

François l^r, 216. 

Françoys, Thomaes, veilleur, 198. 

Fransen, veilleur, 199. 

Fryon, H., ménestrel, 146, 210. 

G 

Gaire, monsieur de, 2i5. 
Gabriels, ménestrel, 7°. 
Galrant, Giellet, ménestrel, 199. 
Gand, lôj, i83, 2i3, 214, 2i5, 216, 217. 
Garzias, comte de. 217. 
Georges, duc de Saxe, 214. 
Gheert, veilleur, 198. 
Ghend, Jorys van, veilleur, 201. 



DE I 3 I I A I 790 



Gheylens, Marck, m. c, 2o5, 214. 

Ghysbrecht, luthiste, 210. 

Giellis, veilleur, 198. 

Gielys de piper van Brussel, m. c, 202. 

Gillots, Jan, trompette, 144, 148, i63, 199, 202. 

Goddec, Jacob, m, c, 2o3. 

Gombert, Nicolas, compos., 169. 

Goovaerts, Alph., musicologue, 145. 

Goubet, Reymondt, alias Moppuy, m. c, 206. 

Goyers, 200. 

Grammont, 216. 

Grégoir, Ed., musicologue, 142. 

Grève, Peter de, veilleur, 199. 

Grève, L. de, veilleur, 199. 

Grilkaer, Geert, veilleur, 198. 

Grilkaer, Griellet, veilleur, 198, 199. 

Grumeghem, 216. 

Gulck, duc de, 214. 



Hainaut, duc d', 146, 175, 212. 

Haas, Jean-Guill., facteur d'instr., 166. 

Hal, 216. 

Hans, trompette, 2i3. 

Hansbeke, Jan van, orfèvre, i53. 

Haze, Peter den, facteur d'instr., 160. 

Helvigius, Fredericus, musicien, 142. 

Henrich, Hans, cornettiste, 210. 

Henry { Thibout, t 

Henricx \ Thibault, ) ^rièvre, 154, 223. 

Herenthals, Jan van, tromp., 198, 210. 

Hesrud, Richard de, m. c, 206. 

Hesse, landgrave de, 214. 

Heywoot ou Heywood, music, 216. 

Hejmd, ménestrel, 146. 

Hochbrucker, harpiste. 218. 

Hollander, Jan de, peintre, i52. 

Hont, Hans de, facteur d'instruments, 164. 

Hongrie, 21 5. 

Hooghstraeten, comte de, 2i5. 

Hooghstraete, Jan, tambourin, 2o5. 

Hornen, Pierre van, facteur d'instruments, i63. 

Hubrecht, cordonnier, 154. 

Hulst, 216. 



Imbrechts, Nicolas, ménestrel, 139, 172, 211. 
Isabelle, archiduchesse, i38. 
Iteghem, lyS. 



VI LES MÉNESTRELS ET INSTRUMENTISTES A MALINES 



Jan, vedcl, Koning, 212. 

Jan (meester), ménestrel, 146, 210. 

Jaune, de wachter, veilleur, 198. 

Jacob (meester), ménestrel, 146, 210. 

Janssone, Hend., m. c, 160, 199, 201. 

Janssone ou Janssens, Nicolas, ménestrel, i5o, 208. 

Jans, Rommond, ménestrel, 210. 

Jacob de Wachter, veilleur, 198. 

Joseph II, 178, 217. 

Justin, joueur de bombarde, 209, 21 3. 



Kernel, Vrancke, m. c, 2o3. 

Kennis, Gommaire, musicien, 211. 

Kiete, Rom., flûte, 209. 

Kincom ou Kynkom, Jan van, m. c, 149, 199, 202, 2o5. 

» » » Anthonis van, m. c, 180, 181, 2o5. 

Kinkom, Joos van, m. c, 2o3. 



Lafosse, Gielet, veilleur, 199. 

Langhe, Aerdt, joueur de guiterne, 209. 

Lanseloot, veilleur, 199, 201. 

Lara, don Juan Mauricque de, 217. 

Laten, Jan van, veilleur, 198. 

Lechien, Jean, facteur d'instruments, 164. 

Lefebvre, musicologue, 134. 

Leipzig, i35. 

Lenaert, luthiste, 214, 2i5. 

Lenaert, tambourin, 2i3. 

Lent, van, ménestrel, 210. 

Liège, 212, 2i3, 214. 

Liekercke, ménestrel, 146, 2o5, 210. 

Licckerke, Jan van, alias de Bleeckere, ménestrel, 2o5. 

Lille, 104, 216. 

Lippens, Josen, veilleur, 199. 

Lippelno, 216. 

Loenes, Jan, ménestrel, 210. 

Londres, 216. 

Loon, Anthonis van, cornettiste, 210. 

Lorraine, 217. 

Louis XV, 217. 

Loiivain, 144, 168, 176, 181, 191, 2i3, 216. 

Lupeghem ou Luj'peghem, Thamas van, m. c, 160, 180, 202. 

Lubec, 21 3. 

Lupi, Jan, 169. 

Lupo, Petro, facteur, d'instruments, 162. 



DE 131 I A 1770 VII 



M 

Maghet ou Maget, Jac, veilleur, 199. 

Madrid, 141. 

Malle, Matheus van, m. c, 160, 161, 201. 

Malpene, Jan, ménestrel, 146, 210. 

Matheus. orfrèvre, i53, 223. 

Mathijs, Joncker, trompette, 217. 

Mathijs (meester), ménestrel, 212. 

Mathijs, Cornelis, m. c, 180, 2o3. 

Meenssone, Jan, m. c, 202. 

Mendeke, Jan, veilleur, 201, 210. 

Ménil, de, 184. 

Mertens, G., musicien, 212. 

Mertens, P., musicien, 212. 

Mej-nke, Gheraerd, trompette, 209. 

Miche'.et, tambourin, 214, 2i5, 216. 

Moer, Henr. van der, facteur d'instruments, 162. 

Mommaerts, Francken, 191. 

Mons, 216. 

Monteverde, compositeur, iSy, i85. 

Moppuy, Reymondt, alias Goubet, m, c, 206. 

Mortaengien, seigneur de, 2i3. 

Mussce ou Mussche, Hendrick ou Henné, veilleur, 198. 

N 

Naegel, Naeghel, Naghele (meester Hans), m. c, 149, 161, 204. 

Nassau, prince de, 2i3, 214. 

Namen, J.-B. van, 191. 

Neutjens, veilleur, 200. 

Nicasius (maître), ménestrel, 142. 

Noten, Paulus van, veilleur, 199, 223, 228. 

Notere, Roger de, m. c, 2o5. 

Niirenberg, i55. 

O 

Oliviers, Hendrick, m. c, 2o5. 

Op de Beecke, Jean, m., i38. 

Ophem, Jan va a, orfèvre, 154. 

Oriaen, S*, 216. 

OverN'ssche, Hendrick van, veilleur, 198, 201. 

Ovorst, Corneille van, instrumentiste, 211. 

Oudenhoven, Jan van, basson, 210. 



Paeffenrode, 139, 174. 

Pamele, Ph. van, cornettiste, 210. 

Pastoraen ou Pestoraen, Andries, veilleur, 199, 22S. 

Peeters (maître Jean), facteur d'instruments, 162. 



Vm LES MÉNESTRELS ET INSTRUMENTISTES A MALINES 



Persoons, Bartholomé, trompette, 2 

Peryno, tambour, 216. 

Phalèse, Pierre, typogr. mus., 226. 

Philippe le Bon, 212, 214. 

Philii)pe II, i52. 

Pichot, tambourin. 216. 

Piper, Adr. de, ménestrel, 199, 201. 

Piper, Jan, veilleur, 201. 

Piper, Justyn de, bombarde, 209. 

Pirke, ménestrel, 210. 

Pocorny, musicien, 217. 

Poirhie, tambourin, 216. 

Polack, musicien, 218. 

Polet. Andries, ménestrel, 2o3. 

Poorlghinder, tambourin, 214. 

Portier, tambourin, 214. 

Pra, Jos., flûtiste, 211. 

Pra^torius, musicologue, 157. 

Provene, van, gouverneur, 190. 

Putte, Peter van de, 199. 

Pyper, Diederic de, ménestrel, 209. 

Q 

Quintens, Jan, tambour. 210. 
Quintens, Franc, tambour, 210. 



Ranetier, Jacop, m. c, 2o3. 

Ranst, Aert, van, m. c, 207. 

Ranst, Philippe, van, m. c, i37, i5o, 184, 206, 224. 

Raoux, Philippe, musicien. 211. 

Rakeman, mus. compos., 217. 

Raps. Ger., hautbois, 211. 

Ravestein, monsieur de, 21 5, 

Reeze, Geerd de, music, 210. 

Regaert. V.. joueur de viole, 211. 

Regard, Jean, music, i38. 

Reinkast, chef de musiciens, 217. 

Rémi ou Réméré, veilleur, 198. 

Ricman. H., musicologue, 184. 

Robbijns. Joos, trompette. 210. 

Roest, Aerd de, ménestrel, 210. 

Rommond de tromper, 209. 

Romains, roi des, 214. 

Rore, Cypr. de, compos., 168. 

Rumelaut, Gillis, trompette, 210. 



Savoie, duchesse de, 2i5. 
Saxe, duc de, 214. 



DE I 3 I I A I 790 



Gheylens, Marck, m. c, 2o5, 214. 

Ghysbrecht, luthiste, 210. 

Giellis, veilleur, 198. 

Gielys de piper van Brussel, m. c, 202. 

Gillots, Jan, trompette, 144, 148, i63, 199, 202. 

Goddec, Jacob, m. c, 2o3. 

Gombert, Nicolas, compos., 169. 

Goovaerts, Alph., musicologue, 145. 

Goubet, Reymondt, alias Moppuy, m. c, 206. 

Goyers, 200. 

Grammont, 216. 

Grégoir, Ed., musicologue, 142. 

Grève, Peter de, veilleur, 199. 

Grève, L. de, veilleur, 199. 

Grilkaer, Geert, veilleur, 198. 

Grilkaer, Griellet, veilleur, 198, 199. 

Grumeghem, 216. 

Gulck, duc de, 214. 

Hainaut, duc d', 146, 175, 212. 

Haas, Jean-Guill., facteur d'instr., t66. 

Hal, 216. 

Hans, trompette, 2i3. 

Hansbeke, Jan van, orfèvre, i53. 

Haze, Peter den, facteur d'instr., 160. 

Helvigius, Fredericus, musicien, 142. 

Henrich, Hans, cornettiste, 210. 

Henry I Thibout, 1 

Henricx S Thibault, S «^^èvre, 154, 223. 

Herenthals, Jan van, tromp., 198, 210. 

Hesrud, Richard de, m. c, 206. 

Hesse, landgrave de, 214. 

Heywoot ou Heywood, music, 216. 

Hej^nd, ménestrel, 146. 

Hochbrucker, harpiste, 218. 

Hollander, Jan de, peintre, i52. 

Honl, Hans de, facteur d'instruments, 164. 

Hongrie, 21 5. 

Hooghstraeten, comte de, 2i5. 

Hooghstraete, Jan, tambourin, 2o5. 

Hornen, Pierre van, facteur d'instruments, i63. 

Hubrecht, cordonnier, 154. 

Htilst, 216. 



Imbrechts, Nicolas, ménestrel, 139, 172, 211. 
Isabelle, archiduchesse, i38. 
Iteghem, 178. 



VI LES MENESTRELS ET INSTRUMENTISTES A MALINES 



Jan, vedel, Koning, 212. 

Jan (meesteri, ménestrel, 146, 210. 

Janne, de wachter, veilleur, 198. 

Jacob (meester), ménestrel, 146, 210. 

Janssone, Hend., m. c, 160, 199, 201. 

Janssone ou Janssens, Nicolas, ménestrel, i5o, 208. 

Jans, Rommond, ménestrel, 210. 

Jacob de Wachter, veilleur, 198. 

Joseph II, 178, 217. 

Justin, joueur de bombarde, 209, 21 3. 

K 

Kernel, Vrancke, m. c, 2o3. 

Kennis, Gommaire, musicien, 211. 

Kiete, Rom., flûte, 209. 

Kincom ou Kynkom, Jan van, m. c, 149, 199, 202, 2o5. 

» » » Anthonis van, m. c, 180, 181, 2o5. 

Kinkom, Joos van, m. c, 203. 



Lafosse, Gielet, veilleur, 199. 

Langhe, Aerdt, joueur de guiterne, 209. 

Lanseloot, veilleur, 199, 201. 

Lara, don Juan Mauricque de, 217. 

Laten, Jan van, veilleur, 198. 

Lechien, Jean, facteur d'instruments, 164. 

Lefebvre, musicologue, 134. 

Leipzig, i35. 

Lenaert, luthiste, 214, 2i5. 

Lenaert, tambourin, 2i3. 

Lent, van, ménestrel, 210. 

Liège, 212, 2i3, 214, 

Liekercke, ménestrel, 146, 2o5, 210. 

Lieckerke, Jan van, alias de Bleeckere, ménestrel, 2o5. 

Lille, 134, 216. 

Lippens, Josen, veilleur, 199. 

Lippelno, 216. 

Loenes, Jan, ménestrel, 210. 

Londres, 216. 

Loon, Anthonis van, cornettiste, 210. 

Lorraine, 217. 

Louis XV, 217. 

Louvain, 144, 168, 176, 181, 191, 2i3, 216, 

Lupeghem ou Luypeghem, Thamas van, m. c, 160, 180, 202. 

Liibec, 21 3. 

Lupi, Jan, 169. 

Lupo, Petro, facteur, d'instruments, 162. 



DE 131 I A 1770 vn 



Maghet ou Maget, Jac, veilleur, 199. 

Madrid, 141. 

Malle, Matheus van, m. c, 160, 161, 201. 

Malpene, Jan, ménestrel, 146, 210. 

Matheus, orfrèvre, i53, 223. 

Mathijs, Joncker, trompette, 217. 

Mathijs (meester), ménestrel, 212. 

Mathijs, Cornelis, m. c, 180, 2o3. 

Meenssone, Jan, m. c, 202. 

Mendeke, Jan, veilleur, 201, 210. 

Ménil, de, 184. 

Mertens, G., musicien, 212. 

Mertens, P., musicien, 212. 

Meynke, Gheraerd, trompette, 209. 

Michelet, tambourin, 214, 2i5, 216. 

Moer, Henr. van der, facteur d'instruments, 162. 

Mommaerts, Francken, 191. 

Mons, 216. 

Monteverde, compositeur, iSy, i85. 

Moppuy, Reymondt, alias Goubet, m. c, 206. 

Mortaengien, seigneur de, 21 3, 

Mussce ou Mussche, Hendrick ou Henné, veilleur, 198. 

Naegel, Naeghel, Naghele (meester Hans), m. c, 149, 161, 204. 

Nassau, prince de, 2i3, 214. 

Namen, J-B. van, 191. 

Neutjens, veilleur, 200. 

Nicasius (maître), ménestrel, 142. 

Noten, Paulus van, veilleur, 199, 223, 228. 

Notere, Roger de, m. c, 2o5. 

Nurenberg, i55. 

O 

Oliviers, Hendrick, m. c, 2o5. 

Op de Beecke, Jean, m., i38. 

Ophem, Jan vao, orfèvre, 154. 

Oriaen, S*, 216. 

Overyssche, Hendrick van, veilleur, 198, 201. 

Ovorst, Corneille van, instrumentiste, 211. 

Oudenhoven, Jan van, basson, 210. 



Paeffenrode, 139, 174. 

Pamele, Ph. van, cornettiste, 210. 

Pastoraen ou Pestoraen, Andries, veilleur, 199, 228. 

Peeters (maître Jean), facteur d'instruments, 162. 



vin LES MÉNESTRELS ET INSTRUMENTISTES A MALINES 



Persoons, Bartholomé, trompette, 210. 

Peryno, tambour, 216. 

Phalèse, Pierre, tj^pogr. mus., 226. 

Philippe le Bon, 212, 214. 

Philippe II, i52. 

Pichot, tambourin, 216. 

Piper, Adr. de, ménestrel, 199, 201. 

Piper, Jan, veilleur, 201. 

Piper, Justyn de, bombarde, 209. 

Pirke, ménestrel, 210. 

Porornj', musicien, 217. 

Poirhie, tambourin, 216. 

Polack, musicien, 218. 

Polet, Andries, ménestrel, 2o3. 

Poortijhinder, tambourin, 214. 

Portier, tambourin, 214. 

Pra, Jos., flûtiste, 211. 

Prgetorius, musicologue, 157. 

Provene, van, gouverneur. 190. 

Putte, Peter van de, 199. 

Pyper, Diederic de, ménestrel, 209. 

Q 

Quintens, Jan, tambour, 210. 
Quintens, Franc, tambour, 210. 

R 

Ranetier, Jacop, m. c, 2o3. 

Ranst, Aert, van, m. c, 207. 

Ranst, Philippe, van, m. c, i37, i5o, 184, 206, 224. 

Raoux, Philippe, musicien, 211. 

Rakeman, mus. compos., 217. 

Raps, Ger., hautbois, 211. 

Ravestein, monsieur de, 2i5. 

Reeze, Geerd de, music, 210. 

Regaert. V., Joueur de viole, 211. 

Regard, Jean, music, i38. 

Reinkast, chef de musiciens, 217. 

Rémi ou Réméré, veilleur, 198. 

Rioman, H., musicologue, 184. 

Robbijns, Joos, trompette, 210. 

Roest, Aerd de, ménestrel, 210. 

Rommond de tromper, 20g. 

Romains, roi des, 214. 

Rore, Cypr. de, compos., 168. 

Rumelant, Gillis, trompette, 210. 



S 



Savoie, duchesse de, 21 5. 
Saxe, duc de, 214. 



DE I 3 I I A ! 790 IX 



Schellens, chroniqueur, igS. 

Scheppers, J.-B., musicien, 211. 

Sebastiaen, ménestrel, 210. 

Seynke, tromp., 209. 

Simonis, tromp. -veilleur, i63, 164, 199. 

Slijpen, Nicolas van, tromp. -veilleur, igg, 225, 228. 

Slijpen, Jan van, tromp. -veilleur, 199. 

Smets, H., ménestrel, 211. 

Smets, Melchior, hautbois, 210. 

Spaepen, Adrien, veilleur-tromp., 19g. 

Spruyt, veilleur, 194. 

Starck ou Sterck, Franc, musicien, 211. 

Sterck, Th., musicien, 212. 

Steenhuyse, 216. 

Stekene, 216. 

Steynemolen, Jan van, orfèvre, 154. 

Ste^'uemolen, Zeghere van, orfèvre, i53, 154. 

Straeten, Edm. van der, 142, iSy. 

Streittner, Jac, hautb., 211. 

Streittner, Franc, hautb., 211. 

Streittner, Pierre, hautb., 211. 

Susato, typ. mus., 145, 168, 169. 



Tamise, 216. 

Thomas, C.-F., instrumentiste, 211. 

Thort, H., trompette, 212. 

Termonde, 144, 175, 176, 177, 180, 181, 2i3, 216. 

Trêves, 21 3, 

Tricht, van, trompette, 209. 

Troye, Giellet de, veilleur, 199. 

Tsamen, Pierrard, veilleur, 198. 

Tuerlinckx, compos., igS. 

Tuti, Simon, facteur (?), 161. 

Tijs, veilleur, 19S. 

Tzeynken ou Seynken, trompette, 209. 

U 
Utrecht, 142, 145, 2i3. 



Valkenborgh, 160, 2i3. 
Va&seur, Rombout, musicien, 187. 211. 
Velasco, don Louis de, 217. 
Velde, Peter van den, m. c , 202. 
Verhuyck, Jan, peintre, i52. 
Vermeulen, Jac, hautbois, 211. 
Vermeren, L.-G., music. 211. 
Versluysen, Judocus, hautbois, 211. 



LES MENESTRELS ET INSTRUMENTISTES A MALINES 



Vilvorde^ i86, 216. 

Virduns:, musicogr., 142. 

Vlieberghen, Charles van, hautbois, 202, 211. 

Vreedman, Sébastien, ménestrel, 210, 226. 

Volckaert, timbalier, 210. 

\^olckaert, Joris, m. c, 137, i5o, 208. 

Voorhout, seigneur de, 2i3. 

Voske, joueur de guiterno, 209. 

Vossein, R., musicien, 211. 

Vijn, Cornelis, m. c, 202. 

Vysschere, Jan de, peintre, 176. 

Wael, Hans de, m. c, i38, 208, 220. 

Wael, Jan de, ménestrel, 210. 

Waes, pays de, 2i3. 

Wale, Jacop de, m. c, 199, 206, 224. 

Wasielewski, W.-J. von, musicologue, 142, 167. 

Werncr, Friederich, music, 167. 

Werbeke, van, veilleur, 201. 

Wesemael, seigneur de, 175, 212. 

Weyborch, Peter, trompette, 162. 

Wiemes, Hans (meester), m. c, i38, 141, i5o, i5i, 187, 198, 208, 220. 

Wiers, Floris, tromp. -veilleur, 199. 

Willem, de wachter, 199. 

Winckele, Jan van den, m. c, 204. 

Woeringhe, Chrétien van, 176. 

Wolff, P.-J. de, music, 211. 

Wiistmann, G., musicologue, i35. 

Y 

Yeteghem, Daniel van, orfèvre, i53. 

X 

Zecndeke, ménestrel, 210. 

Zèle, 216. 

Zeynken ('t;, trompette, 209. 



TABLE DES MATIÈRES 



Pages 

Chap. I. — Généralités i33 

Chap. II. — Veilleurs de Tour et ménestrels communaux, 
aux gages de la ville de Malines. 

A. Traitement 148 

B. Habits i5i 

C. Colliers i53 

D. Instruments 154 

E. Fonctions 170 

Chap. III. — Listes des veilleurs et ménestrels communaux, 
aux gages de la ville de Alalines. 

A. Veilleurs de St-Rombaut igS 

B. » « Notre-Dame 200 

C. Ménestrels communaux 201 

Chap. IV. — Musiciens-instrumentistes établis à Malines sans 

gages fixes 20g 

Chap. V. — Musiciens de passage à Malines . . . .212 

Annexes 220 

Table onomastique i 




Fig. I. — Henri van den Broeck, L'Adoration des Mages (l'crouse, Pinacolhèijue). 



Der Maler Heinrich van den Broeck 

AUS MECHELN 
VON Walter bombe, Privatdozent an der Universitât 

ZU MUNCHEN (WeSTPHALIEN) 



Le peintre Henri van den Broeck de Malines 

(Traduction sommaire avec note additionnelle) 




ES œuvres d'artistes flamands étaient tenues 
en grande estime en Italie, au xv' siècle. 
Toutefois ne connaît-on que Roger van der 
Weyden et Juste de Gand, qui aient séjournes 
alors un certain temps dans ces contrées. Au siècle 
suivant, l'exode d'artistes du Nord gagna en importance 
tout en étant plus fréquent. Travaillés qu'ils étaient 
par l'esprit d'aventures régnant, non moins que par le 
désir de voir d'autres horizons et plus lumineux, ces épris 
d'art s'amenèrent en théories nombreuses dans le Midi ; 
là les attendaient une hospitalité facile à exercer, du 
travail et par conséquent des ressources pour vivre. Au 
sujet de l'un d'eux, Arrigo Fiammingo, il a paru un 
coynpendiiim de renseignements, qui furent recueillis par 
Orbaan et publiés par lui dans la Revue « Oud HoUand », 
de l'année 1904. Cet auteur citait comme références : 



232 LE PEINTRE HENRI VAN DEN BROECK 



Titi, Baglione, Bertallotti, Vasari et Gaye, en outre 
des recherches personnelles faites dans les registres de la 
conhérie de Ste-Barbe, à Florence, dans lesquels il 
trouva (ju'un Arrigo Fiammingo entra dans la confrérie 
au 2 février iSyz; un nom identique s'y trouvait inscrit 
à l'année i58o. Orbaan estime toutefois qu'on ne peut 
confondre le premier avec le second, qui séjournait à 
Rome, au dire de Titi et de Baglione; il suppose 
qu'il faut l'identifier avec un Henri in de Croon, dont 
parle Van Mander et dont nous ne savons pas davantage. 

En connexion avec les recherches précédentes, 
l'auteur du présent travail s'est efforcé, par voie d'ar- 
chives, de se renseigner davantage au sujet du maître 
et de rédiger aussi complètement que possible la biblio- 
graphie qui s'y rapporte. 

Deux passages du travail de L. Guicciardini, 
Dcscrittione di tutti i Paesi bassi, ont servi de point de 
départ aux recherches subséquentes. La première de ces 
citations se trouve à la page gg de la première édition 
italienne, et concerne « Crispiano et Henrico Palidano »; 
celui-ci est dit être de l'école de Frans Floris. Il doit 
avoir travaillé à la Cour du duc Cosimo de Toscane à 
Florence, et plus tard à Rome. 

A la page lor du même ouvrage, on lit que le 
sculpteur Guillaume Paludanus et Henri cité sont frères. 

Crispiano est le peintre et graveur bien connu ; 
Guillaume l'est tout autant, et Henri, le peintre, se 
trouve définitivement ainsi connu et classé. Des recher- 
ches faites il résulte, que ce dernier séjourna- une 
trentaine d'années durant en Italie, et notamment à 
Florence, Orvieto, Pérouse, Mongiovino, Naples et 
Rome. En outre, nombre de ses œuvres ont été révélées; 
l'auteur lui-même en reproduit quelques-unes, jointes ici. 

L'année de la naissance de l'artiste n'est pas connue. 
On peut toutefois la placer vers i53o. Guicciardini, nous 




Fii^. 2. — Henri VAN DEN Broeck, Verrière du Dôme de Pérouse, 



DE MALINES 233 



l'avons vu, dit qu'il fut élève de Frans Floris. Vers le 
milieu du xvi^ siècle, il vint à Florence, et là le jeune 
artiste travailla, peut-être sous la direction de Vasari et 
de Salviati, à la décoration des appartements du duc 
Cosimo I" et de sa femme Eléonore de Tolède, au 
Palais Vieux. 

En i56i, les archives le renseignent à Orvieto. On 
lui commanda, le i" octobre, après qu'il eut donné des 
preuves de savoir-faire, des peintures représentant des 
Miracles du Christ, pour la chapelle « délia gratia », 
voisine de celle du St-Sacrement au Dôme. On l'y 
retrouve le i5 mai i562, après un court séjour à Pérouse, 
sollicitant la remise au mois de novembre suivant de 
l'exécution de la commande. II semble qu'il ne lui tint 
guère à cœur de s'en acquitter, car il s'en déchargea 
plus tard sur son ami Pomarantio, qui travaillait au 
même endroit à la décoration des stucs. Il n'exécuta pas 
même un tableau d'autel que ses commanditaires espé- 
raient au moins obtenir de sa main. 

On l'attendit donc en vain à Orvieto, et pendant 
ce temps il se trouva à Pérouse, c'est-à-dire jusqu'en 
i565. 

Le 26 janvier i552, le patricien Adriano Monteme- 
lini l'avait chargé de peindre, pour la chapelle de sa 
famille, à St-François, à Pérouse, un tableau d'autel 
représentant l'Adoration des Mages, actuellement exposé 
dans la Pinacothèque municipale (salle des décadents 
n° 4, fig. i). Vasari se montre sévère dans l'appréciation 
de cette œuvre qu'il avait vue à Pérouse : a Sarebbe 
assai bella, se non fusse alquanto confusa e troppo 
carica di colori che s'azzuffano insieme, e non la fanno 
sfuggire ». 

Ce tableau est signé et daté 



^^C 



HENRICUS MALINIS FACIEBAT 1564. 



234 ^^ PEINTRE HENRI VAN DEN BROECK 

A la révolution française, il prit la place, au dôme, 
dans la chapelle de S. Bernardin, de la Descente de 
croix de Barocci, qui en avait été enlevée et transportée 
à Paris par les Français. Plus tard, il fut relégué dans 
la sacristie de l'église St-François, pour enfin de là 
être transporté à l'endroit où il se trouve actuellement. 

Le 29 décembre, l'artiste conclut à Pérouse, un acte 
d'association avec son ami Pomarantio, pour l'exécution 
en commun d'œuvres de peinture et de sculpture. 

Le 21 janvier i565, Henri se trouve derechef à 
Orvieto, où il était toujours en reste d'exécution de la 
commande d'autre part. C'est alors qu'on voit inter- 
venir Pomarantio, qui reprend la commande en sous- 
œuvre le 3i juillet et qui la mène à bonne fin. 

Ce fut dans le courant de cette année que Henri 
fournit, pour le Dôme de Pérouse, le carton du magni- 
fique vitrail signé de son nom, et qui représente la 
Prédication de S. Bernardin. Dans l'exécution de ce vitrail 
il fut secondé par Gostantino di Rosato di Spalletta. 
Cette verrière (fig. 2), une des œuvres les plus belles 
dans ce genre en Italie, est superbe et resplendit 
d'une gamme de couleurs aux riches reflets argentés. 
Elle a été restaurée par Francesco Moretti et Eliseo 
Fattorini. L'ensemble trahit l'influence de Vasari et de 
Guillaume de Marcillat. 

Au bas figure la signature suivante : 



1-5-6-5. 



[< xf^ C 

t) • MALIN IS 



Les lettres R et G sont les initiales du peintre 
verrier Rosati Gostantino; les deux H, l'A et le B 
doivent se lire : 

Henriciis Henrici a Broeck 




Fig. 5. — Henri van den BrOECK, Le Christ et S. André (Perouse, St-Aagaslin). 



DE MALINES 235 



Le 24 janvier iSôy, un Errico de Errico de Malines, 
que nous n'hésitons pas à identifier avec notre maître, 
s'engage à exécuter des peintures à la détrempe pour 
l'église de S. Gaudioso à Naples; en la circonstance, 
il s'inspire du dessin d'une frise, qui eut pour auteur 
Giov. Bern. Lama. 

Comme on l'a vu plus haut, Orbaan trouva dans les 
registres de la Confrérie de Ste-Barbe à Florence, — 
association religieuse constituée d'allemands et de 
flamands — le nom d'un Arrigo Fiainmingo, qui y entra 
le 2 février 1572 et dont le nom s'y retrouve une seconde 
fois en i58o. Si les deux titulaires du nom ne sont qu'un 
seul et même personnage et à confondre avec le Henri 
dont nous nous occupons, celui-ci doit avoir quitté la 
ville de Florence dans l'intervalle des deux dates, car 
il est signalé comme devenant bourgeois de Pérouse 
le 24 septembre iSyg. 

Crispolti, Lancelotti et Siepi, trois historiens du 
terroir, rapportent qu'il peignit pour la famille Meniconi, 
à St-Dominique, une Résurrection du Christ, qui fut 
détruite plus tard par un incendie. Ce fut probablement 
vers 1578 qu'il exécuta ce tableau, car ce fut alors que 
la famille en question obtint la concession de la 
chapelle. 

En i58i, Henri peignit, pour la chapelle de la 
famille Sozi à St-Augustin, un tableau représentant le 
Christ et l'apôtre S. André (fig. 3). Dans l'acte notarié y 
relatif, le peintre est dit se nommer : Dominas Arrigus 
Paludaniis. 

En i582, le i3 décembre, il exécuta une statue à 
placer vis-à-vis du maître-autel , près de l'entrée de 
l'église de Mongiovino, près de Citta délia Fieve en 
Ombrie. L'endroit où la statue se trouvait jadis est 
actuellement occupé par les orgues, et l'œuvre a disparu. 

Pour cette même église, l'artiste exécuta, en i585, 



236 LE PEINTRE HENRI VAN DEN BROECK 

un tableau représentant le Christ et les douze Apôtres. Ce 
fut peut-être en collaboration de son élève H ans Wraghe 
d'Anvers, auteur d'une Naissance de la Vierge placée au 
même endroit. 

Dans le courant de cette année Henri y peignit 
encore une Sainte Famille. 

Enfin, trois ans plus tard, en i588, il décora, en 
même temps que son élève Hans Wraghe, la chapelle 
de la Madone de cette église. 

Il existe encore des fragments d'un vitrail représen- 
tant r Annonciation. 

Pour en revenir à l'œuvre de la chapelle de la 
Madone, il convient de remarquer qu'elle fut repeinte 
par un Antoine Castelletti, et de façon telle, que l'or- 
ginal a été entièrement recouvert. La série de ces com- 
positions commence à l'endroit de l'autel, par la Fuite 
en Egypte. La scène, de caractère idyllique, est rendue 
de façon charmante, toute familiale, et fait ressortir 
davantage le côté dramatique, saisissant, de l'œuvre 
suivante qui représente la mort de la Vierge. Y fait suite, 
le Christ en croix, accom])agné de la Vierge et de Jean, 
le disciple de prédilection. 

Les fresques du chœur reproduisent des sujets 
empruntés à l'histoire du sanctuaire, c'est-à-dire, des 
miracles obtenus à l'intercession de la Madone. 

Dans la chapelle du Rosaire, Henri exécuta une 
grande fresque, qui représente la Descente de Croix. Le 
coloris rappelle par sa vigueur le faire d'une Barocci, 
et le dessin, les formes chères à Michel-Ange, notam- 
ment dans la chapelle Sixtine. 

A droite et à gauche de l'orgue, se voient la Résur- 
rection et r Ascension. 

Toutes ces œuvres ont été repeintes. 

La part prise par notre artiste à la décoration de 
la chapelle ne peut toutefois être déterminée avec certi- 




Fier. 4. — Henri van den Broeck, Martyrt de sainte Catherine ( P.roiisi; Sl-AitHistin). 



DE MALINES 237 



tude, étant donné qu'il fut secondé par son associé 
Pomarantio, son élève Jean Wraghe et, le i" juillet i588, 
par Giambattista Lombardelli. D'un autre côté, l'acte 
notarié y relatif est perdu. 

Des fresques exécutées à Pérouse par Henri, il 
convient de retenir une Crucifixion pour l'autel de la 
chapelle des Prieurs à l'Hôtel de ville. Quant aux pein- 
tures à l'huile, citons un tableau d'autel de la chapelle 
de Ste-Catherine d'Alexandrie à St-i\ugustin, et repré- 
sentant le Martyre de la Sainte (fig. 4). Comme style, ce 
tableau se rapproche le mieux de l'Adoration des Rois 
Mages de la Pinacothèque d'Arona. On en ignore la date 
d'exécution, qui parait cependant pouvoir se placer 
vers i56o. 



Henri van den Broeck, pas plus que ses autres 
confrères en art émigrés dans le Midi, n'échappa à 
l'influence de l'art italien. Son art à lui fut un mélange 
de traditions du pays d'origine, du style en honneur 
de son temps à Pérouse et de celui des maniéristes 
florentins, de celui surtout de Orazio Alfani. Une fresque 
de la chapelle Sixtine à Rome, qui représente La Résur- 
rection du Christ, et où l'on peut reconnaître la main 
de l'Arrigo Fiammingo de Pérouse, offre, tout autant 
que l'Adoration des Mages de 1564 et le vitrail de Saint- 
Bernardin, des réminiscences du style de Vasari et des 
rappels de formes Michelangelesques. 

Les archives vaticanes, et notamment les comptes 
des pontificats de Grégoire XIII, Sixte \^ et Clément VIII 
seules révéleraient, avec certitude, que l'artiste qui tra- 
vailla à Orvieto, Pérouse, Mongiovino, Florence et 
Naples est le même que celui qui travailla à Rome. En 



238 LE PEINTRE HENRI VAN DEN BROECK 

outre, permettraient-elles de déterminer l'ordre chrono- 
logique dans lequel ces œuvres se sont succédées sous 
le pinceau du maître. Tant que ces archives n'auront 
pas livré leurs secrets, on ne pourra ajouter foi, que sous 
certaines réserves, aux dires de X'asari et des auteurs 
venus après lui. Cet artiste historien exécuta des travaux 
dans la salle royale du Vatican, et, à ce propos, écrivant 
à Vincenso Borghini le 5 février iSyS, il cita ses colla- 
borateurs, et parmi ceux-ci Arrigo Fiammingo, le même 
peut-être qui celui qui nous occupe et que celui que Van 
Mander appelle Henri uit de Croon. 

Baglione rapporte de cet Arrigo, qu'il vint à Rome, 
sous le pontificat de Grégoire XIII (i572-i585), et qu'il 
exécuta, sous Sixte V (i 585-1 5go), des fresques à la 
Bibliothèque du Vatican; une de celles-ci représente un 
Concile et lui fut l'occasion de reproduire de nom- 
breux portraits de cardinaux, d'évêques et d'autres 
dignitaires de la Cour pontificale. 

Cette mention de Baglione est à opposer à celle de 
Guicciardini, dans son travail qui parut en iSôy, et où 
il parle déjà du séjour de Arrigo à Rome, donc à une 
date antérieure à celle citée par le premier. 

Titi et Baglione relèvent en outre d'autres œuvres 
d'Arrigo dans les églises suivantes de Rome : 

A Ste-Marie Majeure et sans doute dans la chapelle 
Sixtine, où le Pape s'était érigé un mausolée grandiose 
dont les peintures en général présentent un caractère 
uniforme, de façon que la main d'Arrigo n'y est plus à 
distinguer de celle des autres; dans l'église de S. Marie 
in Campo Santo, depuis lors entièrement repeinte à 
neuf; à S. Marie degli Angeli, une Noli me tangere encore 
existante, au baptistère de S. Laurent in Lucina et la 
fresque en question de la bibliothèque vaticane. 

Enfin, BertoUotti dit : qu'Enrico Pallud fut admis, 
en i58o, dans l'Académie de St-Luc, et Orbaan suppose 



DE MALINES 23g 



qu'il s'agit de « l'Henri uit de Croon » de Karel van 
Mander. 

S'il faut en croire Baglione, le peintre mourut sous 
le pontificat de Clément VIII, donc entre 1592 et i6o5. 

Malgré son activité plus qu'ordinaire, le maître 
trépassa dans le plus complet dénuement. 

Sa vie fut celle de la plupart des peintres du 
Nord, l'odyssée de ceux qui, travaillés par une ardeur 
exubérante, n'hésitèrent pas à traverser les Alpes pour 
recueillir au delà des monts, gloire et fortune. Loin 
du pays natal, auquel ils deviennent étrangers et qui les 
ignore ensuite, ils finissent leurs jours dans la misère, 
n'ayant pu qu'entrevoir un mirage décevant et trompeur 
des richesses espérées. 



BIBLIOGRAPHIE 



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LuDOvico GuicciARDiNi, DescritUoiie di tutti I Paesi Bassi. 
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Communale, Perugia, c. 52 f. 

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mit phantast. Angaben). 

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Mariotti, Leît. pitt. perug. Perugia, 1788, pp. 240-41. 

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S1EPI, Descr. di Perugia, 1822, pp. 65, 188, 308, 789. 

Gaye, Carteggio, vol. lil, p. 361. 

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daselbst. 

Anastasio Rotelli, // Santuario di Mongiovino, Apologetico, 
Perugia, Anno 1, vol. 11, pp. 353-356. 

F. Ravagli, // Templo délia Madomia in Mongiovino. Erudi- 
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1884, pp. 347-48. 

Bertolotti, Artisti Belgi ed Olandesi a Roma, p. 184. 

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FuMi, // Duomo di Orvieto, pp, 350, ^80, 413, 414. 

Bombe, Benedetto Buonfigli. Eine hunsthist. Studie. Berlin, 
1904, p. 32, Anm. 3. 

Orbaan, Italiaansche Gegevens. Oud-Holland XXII (1904). 

Bombe î« Rass. d'arte Umbra l, 14 (Perugia, 1910. Zuzammen- 
fassender Aufsatz). 



DE MALINES 24I 



W. RoLFS, Gesch. der Malerei Neapels. Leipzig, 1910, 
pp. 245-247, 278, 326. 

WuRZBACH, Niederl. Kimstlerlex. Bd. 11, pp. 92/3. 

Neeffs, Emmanuel, Histoire de la peinture et de la sculpture 
à Malines, 1, p. 479. Gand, 1876, 2 Bde. 

Immerzeel, C. , De Leveus en werken der Hollandsche en vlaamsche 
Kunstschilders, etc., \, p. 237. Amsterdam, 1843, 3 Bde. 

Nagler, g. K., Neues Allgemeines Kiinstler-Lexikon, 22 Bd., 
Mùnchen, 1835-32, IV, p. 312. 

Kramm, De Leveus en werken der Hollandsche of Vlaamsche 
Kunstschilders, 1, p. 27, 11, p. 486. Amsterdam, 7 Bde., 1857-64. 



NOTE DU TRADUCTEUR 

Quoique ce qui précède rende la physionomie 
générale du mémoire de M. le Professeur Walter 
Bombe, l'original seul permet de se rendre compte du 
très grand intérêt qu'il présente, non seulement au point 
de vue Malinois, mais au point de vue de l'art en 
général. C'est, en effet, une page très suggestive de 
l'action de nos artistes nationaux à l'étranger aux siècles 
passés. 

Il ne nous est pas possible d'ajouter quoique ce soit 
aux renseignements précis, puisés à des sources sures, 
et utilisés par l'auteur pour dégager la personnalité de 
notre concitoyen des brumes de l'ignorance où on était 
des étapes de sa vie, qui paraît avoir été errante, et 
de sa fin digne de commisération et de pitié. 

Nous ne nous permettrons que d'ajouter quelques 
détails d'ordre civil, lesquels, rapprochés de ceux déjà 
fournis, projèteront la lumière sur la biographie et en 
préciseront davantage certains contours. 

De tout temps, et déjà à partir d'une époque assez 
reculée, les van den Broeck-Paludanus — pullulaient à 
Malines. Leur nom, tout aussi bien que celui des Vander 
Beke ou Verbeke, non moins répandu, ne rappelle-t-il 
pas quelque peu les marais ancestraux où la cité plon- 
geait les racines les plus profondes de son origine? 
Aussi n'est-il pas étonnant de les trouver, ouvrant dans 
tous les métiers, exerçant dans toutes les carrières. Celle 
des arts est la seule en cause ici : elle évoque, entre 
tous, le souvenir de Cyprien Van den Broeck, peintre 
réputé, originaire de Malines et allant mourir à Anvers, 
où il avait loué, en i558, la maison que Henri Goltzius 
abandonnait pour aller habiter Bruges ; celui de Guil- 
liaume, sculpteur, qui s'en fut également mourir à Anvers ; 



DE MALINES 2^3 



et ce ne furent pas les seuls artistes de ce nom. Au 
XVI'' siècle, de leur temps donc, le livre des apprentis 
de la corporation renseigne comme maîtres, non seule- 
ment Cyprien, mais Pierre in de Croone, alias van den 
Broecke Pierre; et comme élèves : Helyas chez Pierre 
van den Broecke, le 20 octobre iSyg; Pierre, sculpteur 
chez Nicolas Cael, le 18 avril i582; Georges, chez 
Nicaise Lambrecht, le 20 février i585; Theuken ou 
Antoine chez son oncle Pierre, le i5 août i5g3. 

Au siècle suivant, on trouve comme maître, Guil- 
laume, et comme élèves, celui-ci, peintre, chez François 
Bisschop en 1608; Philippe, chez Corneille Verhaeyck 
le i^' janvier 161 1 ; Philippe, sculpteur, chez Maximilien 
Labbé, le 10 août 1661; Philippe, chez Van den Steen, 
en 1670; Jean, sculpteur, chez François Boeckstuyns, 
le 12 mars 1696. 

Quant à établir une filiation quelconque entre tous 
ces personnages, la chose n'est guère aisée. De plus, elle 
n'est pas de circonstance et mènerait trop loin. L'objet 
de l'étude à laquelle ces quelques lignes servent 
d'addenda, embrasse deux noms et deux personnalités 
qui sont à distinguer l'une de l'autre ou à fondre en une 
seule : Henri, fils d'Henri dit Fiammingo, et Henri uit 
de Croon. 

Il nous est permis, au moyen des actes officiels, de 
faire des rapprochements qui amènent, croyons-nous, 
une solution définitive et permettent d'identifier le ou les 
artistes en question. 

Une branche des van den Broeck, celle où l'on 
rencontre les alias Pahidanus, avait des propriétés sises 
au Eembempt à Malines, et entre autres une maison 
appelée « De Kroon ». Ainsi il s'est fait que d'aucuns 
des membres de cette branche ont été dits « uit de 
Kroon ». Henri uit de Croon, cité par Van Mander, en 
est donc originaire. C'est également dans cette branche 



244 LE PEINTRE HENRI VAN DEN BROECK 



que se sont trouvés le plus grand nombre d'artistes, se 
succédant pour ainsi de père en fils, d'oncle à neveu. 
Un acte scabinal du 28 janvier iSgy (i) peut servir de 
base à l'établissement d'une filiation assez étendue. Cet 
acte constitue l'aliénation de l'immeuble « de Kroon », 
qui est acquis par Jean Ysermans, meunier. Il n'est pas 
impossible que cet Ysermans soit parent, sinon frère de 
François Ysermans, qu'un acte de i588, du notaire de 
Munter (2) qualifie de beau-frère de Pierre, un des 
vendeurs. 

Les vendeurs ci-après y interviennent chacun pour 
une cinquième part : 

Joris ou Georges ; 

Pierre, peintre, décédé, représenté par sa veuve 
Jeanne Van der Aa, ayant encore 3 enfants mineurs ; 

Guillaume, dit Paludanus, sculpteur, également 
décédé, pour la part duquel interviennent Raphaël son 
fils, sculpteur, et cinq enfants mineurs, parmi lesquels : 
Regina, la fille, mariée à Vincent Carlanx, et deux 
autres : Sibylle et Emerantia. Ce Guillaume avait eu 
pour épouse Sybille Van Smare ou Van der Mare. 

Catherine, veuve de Gilles van HoUaert, dont elle a 
un fils, Charles. 

François Ysermans, peintre, dont question ci-dessus. 

Remontant le cours des ans, il arrive de rencontrer 
en i583 (3) le Raphaël (4) cité ci-dessus dans un acte par 
lequel il est autorisé à hypothéquer d'une rente de 
24 florins 70 sous, la maison appartenant à lui et aux 
autres enfants de Guillaume van den Broeck, située à 



(r) Registre scabinal aux archives de Malines, n° 219, p. 85 r°. 

(2) Protocoles aux Archives provinciales d'Anvers. 

(3) R. S. n° 206, p. 125 vo. 

(4) Reçu franc-maître à Anvers, comme fils de maître, en i585. Il 
décéda en iSgg (De Liggeren eus. der Antiverpsche Sint-Lucasgilde... door Ph. 
RoMBOUTS en Th. Van Lerius, advokaat, /, hl. 2ç3). 



DE MALINES 2/\.D 

Anvers, « op de wappere », et nommée « de Liefde ». 
Ot emprunt lui est consenti pour l'aider dans ses 
besoins. Sa situation ne devait donc pas être bien 
brillante. 

Son père Guillaume est mentionné dans les Lig- 
geren de la corporation St-Luc à Anvers, sous le nom 
de Guillaume van den Broeck, dit Paludanas de Malines, 
sculpteur, fils de Henri. Il fut franc-maître en i557 et 
il devint bourgeois d'Anvers en i55g. Il est dit s'être 
construit la maison « De Liefde » (i). 

Puisque Guicciardini dit que Guillaume Paludanus 
et Arrigo Fiamingo sont frères, celui-ci fut, de son 
vivant, un des co-propriétaires de la maison de Croon, 
et doit avoir été décédé au moment de la vente de 
l'immeuble, en iSgy. Sa part d'héritage fut peut-être 
dévolue aux enfants de son frère. 

Guillaume étant fils d'Henri, Arrigo l'est également 
comme frère de Guillaume, et ainsi se vérifie le quali- 
ficatif qu'il ajoute à sa signature sous le vitrail de 
Pérouse. Le père des vendeurs de la maison « De 
Croon » était donc « Henri van den Broeck ». 

Or, il se fait qu'en i552, le i3 septembre (2), Henri 
van den Broeck et Catherine van Woluwe, sa femme, 
donnent en héritage à Guillaume van Hollaert et 
Catherine van den Broeck, sa femme, citée ci-dessus, 
une maison située rue Eembempt, moyennant une rente 
annuelle de quatre florins carolus. N'est-ce pas le père 
qui donne en usage à sa fille une de ses propriétés, 
voisine de celle que lui-même occupe? Et celui-ci, 
dans un acte de i536, 22 juin (3), est dit à son tour être 
fils d'Henri. Ce qui précède permettrait donc d'esquisser 



(i) Liggeren, f;nz., bl. 201. 

(2) R. S., no 175, p. 61 r°. 

(3) R. S., no 161, p. 142 v°. 



17 



246 LE PEINTRE HENRI VAN DEN BROECK 



le crayon généalogique suivant, intéressant Guillaume 
Paludanus et Arrigo Fiammingo : 

/ Georges van den Broeck. 

Pierre, peintre. 
Jeanne van der Aa. 

Guillaume Paludanus. 
sculpteur. 

, ri ■ 7 r- il Sébille van Sniare ou 

, ^ Hiuri van den Iirocck ! , -it 

Henri van den Broeck ^ Catherine van Woluwe , ^'^" ^""^ '^^^^^- 

Arrigo Fiammingo ou 
Henri van den Broeck, 
l)eintre. 

Gilles van HoUaert. 
Catherine van den 
\ Broeck. 

François Ysermans, peintre. 

Puisque Guillaume le sculpteur et Arrigo le peintre 
sont tous les deux originaires de la maison « de Croon » 
à Malines, on peut sans témérité en conclure qu'Arrigo 
Fiammingo, de la confrérie de Ste-Barbe de Florence, 
et Henri « uit de Croon », de Karel van Mander, admis 
en i58o dans l'Académie de St-Luc à Rome, sont un 
seul et même personnage. 

Pour plus de certitude, on trouvera reproduits ci-des- 
sous les extraits des actes qui identifient les différents 
personnages cités, ainsi que les propriétaires de la 
maison « de Croon », et l'acte entier de vente de cet 
immeuble. 

BIBLIOGRAPHIE 



H. CoNiNCKX, Le livre des apprentis de la corjoration des peintres et des 
sculpteurs à Malines. 

Ph. RoMBOUTS en Th. Van Lerius, advokaat. De Liggeren en andere 
Hisiorische Archieven der Anttverpsche Sint-Lucasgilde, onder zinspreuh « Wt 
Jonste Versaemt ». 

Archives de Malives. Re.^istres Scabinaux. 



ANNEXES 



Registres Scabinaux, n^ 175, p. 61 r°. 

1552, 13 Sept. 

Henrick van den broecke ende Kathelyne van wouluwe zijn 
huysvrouwe hebben derve gegeven Gelise van hoollaert tôt zijnen 
ende Kathelyne van den broecke zijnen huysvrouwe behoef een 
huis metten hove gronden gestaen inden eembempt alhier. Tusschen 
van clemmens erve aen deen zyde ende thuys dlam geheeten 
aen dander zyde. A. d. w. om dat erffelyck te besittene op eenen 
jaerlycken ende erffelycken chijs van vier karolus guldens van 
xl groote viems tstuck... ende voerts op twaerscap ende voerchys 
van twee franssche stuvers den carmelyten alhier duer jaerlycx 
voer vuytgaende. Ende dit mits der somme van tweenvyftich 
karolus gulden eens gereet voer de bâte. 

De Liggeren en andere Historische Archieven der Antwerpsche 
Sint-Lucasgilde onder zinspreuk « Wt Jonste Versaemt » afge- 
schreven en bewerkt door Ph. Rombouts en Th. Van tenus, 
Advokaai. 

1, bl. 201. 

Dit zijn haer vrijmeesters die zij ontfangen hebben (1557). 

Giliaeme vanden Broeke, beeltsnider, alias Paludanus, 

« Guilliaem van den Broecke, Henricx sone, geboren te Mechelen, 
beeltsnydere » werd poorter dezer stad (Antwerpen) op vrijdag 
15 december 1559. 

« Item, betaelt meester Willem de Palude, van de drie beelden 
te maken, staende onder den balck van den cruce, sonder den 
steen xv f Rekening van 0. L. Vrouwekerk van Kersmis 1566-1567. 

Willem van den Broeck, alias Paludanus, bouwde, in 1567, 
in de Vaertstraet, later de Rubensstraet, een huis genaemd De 
Liefde, gemerkt w. 3, n° 1447. Het werd in 1832 afgebroken. 
Graf- en gedenkschriften der provincie Antwerpen, openbare ge- 
bouwen, 40. 

Willem Paludanus, vermaerde beeldsnyder, geboren, volgens 
zijn grafschrift, in of omtrentl529, overleed den 2 meert 1579, oud 
omtrent 50 jaren, en werd in S. Jacobskerk, te Antwerpen, begraven. 
Graf- en gedenkschriften, enz., Il, 197. 



248 LE PEINTRE HENRI VAN DEN BROECK 



R. S. n° 206, p. 125 v». 

1583. 

Jooris ende Pietere van den broecke als met Raphaël 
Paludanus oft van den broecke, momboirs overe de vyff minder- 
jarige kinderen van vvylen Guillam paludanus ende Sibille 
vansmare, hebben om den voirss. Raphaël der voors. nninderjae- 
rigen broedere, in zynen noode handel ofte neyringe behelpich te 
wesen, geconsenteert ende hem speciaelyck ende onwederroe- 
pelyck geconstitueert als tôt zyn eygen saeke om te mogen 
belasten oftvercoopen derente van vierentwintich gulden zeventich 
stuyvers tsjaers erff. die penning zesthiene, ende dezelve rente 
hypotequeren ende bepanden op zyne ende der voorss minder- 

jaerigen twee huysen met gronde genaempt de Lieffde, gestaen 

ende gelegen t' Antwerpen opde wappere 

R. S. n" 217, p. 63 r°. 

1595, 10 April. 

Anthone Verstraeten backere heeft vercocht aen Pieter van 
den broecke schildere ende lohanna van der Aa zyne huysvrouwe 
drye carolus guldens tstuck van dyen tôt veertich groote vlaems 

gelts gerekent op ende aen cen huys gestaen ende gelegen 

in den eembempt tusschen derffgenaemen pelgrine Van heffene 
ter eendere ende der kercke van Sinte Catherine erve ter 
andere zijde streckende achterwaerts tôt op de volders her- 
gracht 

R. S. n« 219, p. 85 r". 

1597, 28 Januari. 

loris van den broecke soo voor hem selven ende voor een 
vijfde paert, als inden naeme ende hem sterck makende over 
Charle van holaerdaer moeder aff was Catherine van den broecke 
syn sustere was die gelycke vyffde paert competerende. Item 
lohanna van der Aa weduwe pieters van den broecke cum tutore 
extramo voor haer selven ende voor so vele hair raect ende 
aengaet de voorschreven loris oick als wettich momboir ende 
inden naeme van de drye minderjarige kinderen desselfs wylen 
pieters ende der voorschreven lohanna in hen vervangende 
franchois ysermans syne mede momboir voer gelycke vyfde paert 
ende voor twee vyffde deelen van 't vyffde paert dwelcke gecompe- 
teert heeft Guillaume van den broecke. Item Vincent Carlanx, als 



DE MALINES 249 



getrouwt hebbende Regina van den Broecke desselfs Guillaume 
dochtere, de selve Vincent oick als gemachticht soo van Raphaël 
vanden Broecke, beeltsnydere voor hem selven, ende als met Elias 
paludanus momboiren ende inden naeme vande minderjarige 
Sibilla ende Emerantia paludanus, alias vandenbroecke henné 
onbejaerde susters, als van de voorscreven Regina syne huys- 
vrouwe, by letteren van procuratien in date den xxj*^ deser loopende 
maent January, gepasseert tôt Antwerpen voor den notaris 
hendrick Van Cantelbeke ende zekere getuygen ons gebleken, 
tsaemen voorgelijcke vijffde paert ende voor de drij vyffde deelen 
van het vyffde part den voorscreven Guillaume gecompeteert 
hebbende, de voorscreven Joris int regardt van de voorscreven 
kinderen van Catherine van den Broecke totten nair volgende 
consent hebbende van de heeren weesmeesteren deser stede, ons 
gebleken by acte dair op geexpedieert in date den dryentwin- 
tichste deser loopender maent January onderteekent G. de Ophem. 
Ende de voorn. momboirs der voorschrevenen minderjarige Sebilla 
ende Emerantiana paludanus, consent hebbende van de opper- 
voochden der stadt Antwerpen op requeste gestelt in date den 
lesten decembris anno xv*^' sessent negentich onderteekent Lam- 
brechts, ons oick gebleken, hebben in dyer qualiteyt achtervolgende 
der viersschairen bouck deserstede,vercocht Jan ysermansmaldere 
tôt synen ende Anna claes syne huysvrouwen behoeve een huys 
metten hove gronde ende toebehoorten oick met het gebruyck 
van de water trappen des huyse ende zekeren anderen huyse 
gemeyn,de Croonegenaemt gestaen ende gelegen inden eembeempt 
tusschen Pieter Rigouts erve ter eendere ende Jacob gheerart 
lynenwever erve ter andere syde A. d. m. waran. op vierentwintich 
stuivers den huyze van pitsemborch, dair jairlyck ende erffelyck 
vuytgaende. Ende desen coop is geschiet overmits der sommen 
van tweehondert dertich guldenen eens, de hondert Ixv guldenen 
twelff stuivers dair af geset, ende de resterende vierentzestich 
guldenen acht stuivers te voldoene met bewyse van Rente aen 
ende tôt behoeff van de voorschrevenen lohanna ende haire 
kinderen. 

H. CONINCKX. 



Mechelsche Folklore 



(3'' Reeks) 



Gebruiken, Spreek- en Zegwoorden 




N vroeger verschenen bladzijden werden oude 
gebruiken en gewoonten opgenomen, welke 
ontleend waren aan onuitgegeven archieven 
en kronijken. Wat daar hedendaags nog van overblijft 
of gekend is maakte het onderwerp van een daarop- 
volgende overzicht. Editer is die stof nog verre van 
uitgeput : maar er is niet altijd op dat terrein iets te 
oogsten dat mede te deelen is. Zonder dan daarvan af 
te wijken volgt men andere sporen, en zoo wagen 
we een uitstapje op een uitgestrekter gebied, in de 
wereld van volksgezegden of uitdrukkingen, waar men, 
eventwel niet zonder moeite, eenen oogst eigenaardig, 
karakteristiek en tevens rijk kan opdoen. 

Wanneer men met vêle deskundigen aanneemt 
dat door het woord Folklore moet verstaan worden wat 
het volk gelooft en zegt, is dit woord ook het juiste en 
beteekenisvolle dat op die verzameling van feiten, daden 
en gebaren kan toegepast worden. Gclooven, en handel 
en wandel schikken naar hetgene men gelooft, is de 
syntesis van gebruiken, gewoonten en wat daarmede 
onder het geschapene of het gemaakte in verband staat. 



252 MECHELSCHE GEBRUIKEN 

Al het overige stoffelijke behoort tôt kunst- of nijver- 
heidgeschiedenis of tôt ailes wat men maar wil, behalve 
tôt zeden en gewoonten. Zcggcn, is de manier waarop 
het volk zich uitdriikt, de taal van het volk ; het 
engelsch woord lorc verstaat daardoor iets dat zich 
ondcischeid door eene bijzondere kleur, iets dat buiten- 
gevvoon is, onbedacht. Is die volkstaal dan soms ruw, 
ongekunsteld, wel cens kwetsend in het oor, dat de 
lezer ze daarvoor éditer, uit kieschheid of welgevoeg- 
lijkheid, niet afstootelijk vinde ; want hij vergeté niet 
dat zc ontstond in ecn midden waar men doorgaans niet 
gewoon is er dockskens om te doen oj te hangen, en men, 
integendeel, zôô maar kortweg het kind nocmt met zijnen 
naani. Zoo men dan den zoeker niet ten kwade duidt dat 
cr niet uitsluitend peerlen in zijnen voorraad te vinden 
zijn, zal hij met minder schroom oogsten, en des te rijker 
en eigenaardiger ook zal deze oogst kunnen opgedaan 
worden. Doch, zal men wel eens zeggen, waarom zich 
nu juist met die vodden en prullen bezighouden of daar- 
mcdeinzitten? want, zoo men over een veertigtal jaren was 
komen spreken van volksgebruiken, volksoverleveringen 
of volksuitdrukkingen, zoude men op een minachtend 
schouderophalen onthaald geweest zijn. Aan niemand 
zoude althans het gedacht zijn opgekomen dat er, in die 
schijnnietige en steeds misprezen grondstoffen, veel 
steekt, en van 't grootste belang voor geschied- en oud- 
heidskundc. Immérs : 

wat men aan de kinderen vertelde ! het buitenge- 
wone, het wonderlijke dat hunne aandacht boeide en 
de oogen van gretigheid en weetgierigheid flikkeren 
deed, blijkt, hoe verbasterd ook, de naklank te wezen 
van sagas of gcloofsbegrippen in de verste verte gekend 
of nageleefd ; 

wat de kinderen speelden! was slechts eene naâping 
van hetgene voor bejaarden, ernstige en bclangrijke 



SPREEK- EN ZEGWOORDEN 253 



handelingen van het dagelijks leven waren ; want : zoo 
d'oiiden zongcn zoo picpcn de jongcn; 

wat men zong ! was lief of leed, de vogel zingt immers 
zoowel van ermoei als van weelde ; 

uat men zegdel was de taal van het ongeleerde en 
in zekeren zin weinig beschaafde volk, dat toch ook 
gevoelde, leed en streef, zoowel als anderen door 
fortuin of rang begunstigd. Het volk las eventwel niet 
en daarom ontleende het zijne beeldspraak aan de 
onmiddellijke omgeving of aan wat het meest in 't oog 
of onder de zinnen valt, en het best kan toegepast 
worden op zaken of toestanden welke men meer kracht 
wil bijzetten of schilderachtiger wil bestempelen. Doch 
heden leest het volk boeken en nieuwsbladen ; met 
het woord en met de pen, dient men hem dagelijks 
het verhaal op van het voorgevallene en tevens wat hem 
op den weg van beschaving en onderwijs moet vooruit- 
helpen. Daarom wordt die taal van lieverlede minder 
ruw en meer geschaaft; doch verliest zij tevens die 
eigenaardige uitdrukkingen die toch eenen niet te mis- 
prijzen, zelfs kostbaren taalschat vormen. 

Het volgende weze dit ons aandeel in het verzame- 
len van Mechelsche spreek- en zegwoorden, daar 
anderen (i) reeds, zich onledig hielden met plaatselijke 
kinderspelen en volksliederen. 

Niet zonder moeite gelukt men er in, wanneer men 
het alledaagsche reeds aangeteekend heeft, iets nieuws 
op te pikken. Men rekene daarvoor niet op het jonge 
geslacht; dit heeft zijne zinnen op wat anders te zetten; 
dit droomt niet als van sport en spel en bekreunt zich 
weinig of niet om het overige. Bij bejaarde menschen 
is men nog het beste gediend, en vindt men de beste 



'^i) Delà Faille. 



254 MECHELSCHE GEBRUIKEN 



bron voor inlichtingen. Echter vermijdde men, ze daar 
over met opzet te ondervragen, want dan weten ze niets 
mcer; men ga ze integendeel na in hunnen dagelijkschen 
handel en dan ontvalt hun onbewust wat men met gretig- 
heid aanteekent. Zoo wordt men dan eindelijk beloond 
voor dagenlang geduld, onvermoeibare aandacht en 
dikwerf vergeefsche verwachting. Men late echter niets 
verloren gaan, en verstoote niet hetgene schijnt van 
weinig belang te wezen ; men vergeté niet dat, icien 
't klcintjc nie begcert is hct groot ook nie weerdt. 

Bij allen die we met ons inzicht bekend maakten, 
troffen wij de meeste bereidwilligheid aan om ons in te 
lichten. Doch vooral vonden wij ze, buiten onze onmid- 
delijke omgeving, bij onzen achtbaren voorzitter Kan. 
VAN Caster. Het was hem steeds eene vreugde, wan- 
neer hem iets in 't gcheugen kwam of dat hij iets 
gehoord had, hetzelve aan te teekenen en het ons bij de 
eerste de beste gelegenheid in de hand te stoppen. Zôô 
ook den Heer doktor R. Andries, die ons nen ruime 
voorraad volksuitdrukkingen mededeelde. Aan beiden en 
aan allen, nabestaanden, vrienden en kennissen die ons 
daar in hielpen weten wij dank. 

De volgende plaatselijke zegwoorden zijn van 
tweederlei aard. Vooreerst de geschiedkundige of op 
grond van overleveringen rustende ; de tweede zijn al 
deze welke in de eerste afdeeling niet begrepen zijn, 
en de eigenlijke beeldspraak vormen. 

Het zal onnoodig wezen te docn opmerken dat, 
wanneer ze in persoonlijken zin worden toegepast, die 
spreuken onvcrschillig ook op welk geslacht gebruikt 
worden, met alleenlijk van lidwoord te veranderen. Ten 
ware de zin het anders vereischte, vindde men hier het 
manneiijk gebezigd of het onzijdig. 

De aangenomen verdeeling is de volgende : 

een handsvol oude gebruiken ; 



SPREEK- EN ZEGWOORDEN 255 

geschiedkundige of op overlevering rustende spreek- 
en zegwoorden ; 

andere volksuitdrukkingen, betreffende : geesten- 
wereld en elementen ; de mensch met liefde en huwelijk, 
het kind en zijne spelen, het voedsel ; zedebegrippen ; 
zedeschetsen ; goede en slechte hoedanigheden ; toe- 
standen naar geest en lichaam, enz.; kortom ailes wat 
den mensch aangaat in zijn wezen, handel en wandel, 
wat ieder van ons een persoonlijk iets maakt onder het 
menigvuldige dat voortdurend onder de zon krioelt en 
zich onverpoosd voortzet. 



Oude gebruiken 



Bij den doop van cen zev existe zoon 

Reeds van vroeger bestond het gebruik dat voist 
of koning peter was bij het doopen van den laatsten van 
zeven achtereenvolgende zonen. Zoo men zegt, dagtee- 
kent dit gebruik van de regeering van Karel den Vijfde 
wien men, bij, ik weet niet welke huldiging, eenen 
vader voorstelde met zijne twaalf zonen, welke allen 
ofwel geweest waren, ofwel zouden in dienst van den 
keizer gegaan zijn. Uit erkentenis wou de keizer voor- 
taan peter zijn van den zevensten zoon. Wat er ook 
van weze mogen, ziehier een uittreksel van den doop- 
register der metropolitane kerk van den H. Rumoldus, 
op het stadhuis berustende, waaruit men iets verneemt 
aangaande de gebruiken bij dusdanige gelegenheid. 

(i) Op den 4^ Octobris 1615 soe es kerste ghedaen den seven- 
sten sone van meester Jacus de Costere ende het kint heet Albertus 



(i) Chrenologische Aanwijser, i6i5, bl. 57. 



256 MECHELSCHE GEBRUIKEN 

van dcn hcrtoch van Brabant: cndc daer wicrde voor het kint 
gcdiagcn 1 1 wittc flambccuwcn cnde scvc wittc mcde wasse 
(inacghdc wasse) kersse, cnde daer was ccncn gewapcndc man die 
het kint naer de kerckc dioegh ende oock naer huys; cndc wij 
behanden (behangden) de vunt rontommc met tappijtc, het wcick 
hier noynt by smans gedinckenissc en esse gcsien geweest. 

m) Joulï. Barbara Kimps. 

S. Dns. Ludovicus Kimps canonicus Lie. 

Joulï. Anna Kimps. 

Pcpcr Erii'k'ii 
(Pepererwten huiske op 0.-L.-Vrou\ven Kerkhof) 

« Ten jare 1580, den i7january op Sint-Anthoniusdag wird 
wegens het broedcrschap van het Sint-Anthonis binnen de kerck 
van Sint-Jans, uitgedeeld aan de broeders en zusters van denzelven 
broederschappe, de jaersche gewoonlijke peper erwten (a). Voor 
een aardigheid, om te kennen de ingredienten de welke tôt het 
maken van dcze gebruikt werden, ende hunne quantitijd, heeft men 
goed gevonden te geven 't volgende extract uyt de Rekeningge die 
Christiaen Van den Bossche met Urbaen Van Laerc als proviseurs 
van den broedcrschap van St-Anthonis in St-Janskercke (opmaaktc) 

beginnende te Kerssmisse 1579 en eindende Passchen anno 

is8o : " 



(a) Gcen broederschap oft vergaderinj; zoo geestclijk als wereldlijk 
was er ofle op den dag van hunnen Patroon, deelde het aen de broeders 
(en susters indien er vvaren) peper erwten uyt (i) blykcns aile de reke- 
ningen van dien tijie, maer gedurende de jaren i582 tôt i585, toen de 
rebellen de stad overweldigd hadden zijn de peper erwten, processiën, 
ommegangen enz. opgeschorst geworden. 



(1) Inde rekeninge van de viscoopers binnen Mechelen sedert Augusty 1579 lot 1580 
21 May waarvan de orijjineele op hunne kamer berusten, wird op verloren Maendag (19 January) 
aen een veertel erten 8 gulden (uitgegeven). 

In de rekeningen van de viscoopers binnen Meclielen 1580 21 May tôt 21 Augusty 
1581 staet er op verloren maendag aen een veertel erten 4 gulden 15 stuivers, zoodat ten jare 
1580 in Januari binnen Mechelen inen een veertel erten betaelde 8 guldens, alwaer men dezelfde 
in Januari 1581 voor 4 guldens konde bckomen. Nochtans moet men bekennen dat het 
broederschap van Sint-Anthonis maer 5 guldens 3 stuivers hadden betaelt. 



SPREEK- EN ZEGVVOORDEN 257 

ierst een vicrtcle erte (b) op St-Anthonis 

dach is8o s gulden 3 stuiv. 

item drye quaert pepers. een once softV;icn 

tsamen 2 y;Lildcn 6 stuiv. 

item drye pont boter, i pont 6 stuivers. . 18 stuiv. 

item een halfquarteel zouts 81 stuiv. 

item 7S haift bouts een mutsacrt .... 23 stuiv. 

item Sr-Loiijs (c) 10 stuiv. 

item de cock met sijn helper 16 stuiv. 

item aen bioot en bier tsamcM .... 11 stuiv. 

item de Beliemann 2 stuiv. 

Uit het voorgaande kan men opmaken, dat het 
uitdeelen van pepercrwten, eigenlijk eene uitdeeling was 
van erwtensoep welke op eene bijzondere wijze was 
gereedgemaakt. Het pepercrwten hiiiske dat stond in de 
nabijheid van 0.-L--Vrouwen keikhof, was dan misschien 
de plaats w^aar die soep bereid werd, Aangezien het gi"oot 
getal leden welke van broederschappen of zoo iets derge- 
lijks deel maakten — want er zullen weinige of geene 
uitzonderingen bestaan hebben — behoefde er een keuken- 
materiaal van tamelijk aanzienlijke groote en hoeveel- 
heid om die klanten kunnen te bedienen. Geen wonder 
dan dat er daarvoor een huis werd in beslag genomen, 
dat dan 00k aandieomstandigheid zijnen naam ontleende. 

Desaangaande zegt de Z. E. H. Kanunnik van 
Caster het volgende in zijne Geschiedenis der straten 
van Mechelen, bl. 206 : 

Aan het westeinde van O.-L.-V, kerkhof. op den hoek van 
de Ziekeliedenstraat, stond, tôt in 1882, een klein gebouw, vroeger 
bekend onder den naam van Peper en eerten biiisje. Verbeeld u 



(b) Eerst laet men de erten heel van een sieden, sommige doen ze 
door eenen temst ofte doeck ; andere gebruyken de erwten met pellen en 
al. Waerna men er de ingredienten in doft ende ges.... laet koken. 

(c) Volgens de rekeningen van 1577-7S was dit de naem van den kok 
die de erten gereet maekte. 



258 MECHELSCHE GEBRUIKEN 



eene plaats omirent tien of vijftien vocten vierkant, met grooten 
schoorsteen, waaronder koperen ketels aan kunstig gesmede 
schakclhaken over de glocicnde kolen van een houtvuur te koken 
hangen. Zulkdanige mocst de keet of keuken zijn waar men den 
processiebiei bereidde voor de leden van het broederschap van 
't Heilig Sakrament, des Zondags na den uitgang. Volgens de 
rekening van 1549 beliep de onkost 14 gulden 12 stuivers, waarin 
begrepen i stuiver voor het dragen dcr gekookte spijs naar den hof 
der Ouden booggilde, waar de maallijd moest plaats hebben. 

Later voUedigde de aclitbaie schrijver mondelings 
het voorgaandc met te zeggen, dat iedere persoon daar 
nog een broodjc van 'n oord op den hoop toe bijkreeg. 

Papcn vaslen avond 

Men zegt dat de Zondag voor Aschwoensdag, Papen 
vaslen avond, genoemd werd. Zoo het schijnt zou paus 
Telesphorus aan aile geestelijken bevolen hebben van 
den \^asten te beginnen des Maandags voor Aschdag. 
De dag te voren, wezende Zondag genaamd « Quin- 
quagesima », was dan wel voor deze personen vasten 
avond en van daar Papcn vasten avond. 

De Vaslen itilkloppen. 

1737. 1=1 April. Is verboden aan de straetjongens (7^// vasten 
nyt te kloppeu, alzoo dezelve gewoon waeren van 's woensdags 
voor Paesschen tôt Zaterdags met haemers te kloppen langs de 
stad op deuren en vensters der borgers, op boete van 3 gulden. 

Volgens Reinsberg-Duringsfeld (bl. 238) deden de 
koorknapen in de kerken iets dergelijks des Zaterdags 
voor Paschen met het rouwgewaad uit te kloppen 
waarvan de priesters zich ontdeden vooraleer de 
« Gloria » aan te heffen. Is het misschien eene naâiping 
van het gedommel dat, met het afloopen der « donkere 
metten » van 's woensdags af, werd veroorzaakt door het 



SPREEK- EN ZEGWOORDEN 259 

geruchtniakende toeslaan der zangboeken of het laten 
neervallen der zitbanken, om het eiiide van 't officie 
aan te kondigen ? 

Scorsel wocnsdag 

Ten jare 1314, den 4 April (op scorsel o^oensdach) is ovcrleden 
Mathys de Meyere kerkmeester der parochialc kerkc van Sint-Jans 
binnen Mechelen; hem volgde in deze bediening Rombout Sincts.... 

Nota : Scorsen woensdag valt jaerlijks wocnsdag in de goede 
week. (Chr. Aanw). 

Sprekende van het beleg van Mechelen van i3o2, 
geeft De Munck in zijne Gcdaikschriftcn enz., bl. 171, 
een uittreksel van de Onde Légende van den H. Rnmol- 
dîis, waarin te lezen stond, dat de relikwiëen van dezen 
beschermheilige rond de stad werden gedragcn en dat 

daarna de stad ontzet werd « dit mirakel gcschiede op 

ten SCORSEL Woensdag, daer God in div eeuwicheyt af 
moet geloeft zijn. » 

Fooiën of drinkgeld 

Menigvuldig zijn de wijzen waarop men, wien het 
aangaat, denken doet aan het geven van fooi of drinkgeld. 
Terloops halen wij hier het volgende daarover aan : 

Wanneer een in opbouw zijnde huis in 't droog is, 
dat wil zeggen, onder dak staat, steekt men vaandels op 
de kruin van 't dak; vroeger was het 'ne mei- of boomtak 
met vaantjes van klatergoud en gekleurd papier versierd. 
Dat is eene welgekende uitnoodiging aan den eigenaar 
om de werklieden te vergasten of te trakteeren. Soms 
ook wanneer hij voor de eerste maal den drempel van 
zijn huis overschreed — of wanneer hij of iemand die 
hem eigen is, voor de eerste maal in eenen werkwinkel 
of op eene werkplaats komt, wordt hun met het zelfde 
inzicht de schoenen geveegd. Ook nog bij huwelijken, 



lÔO MECHELSCHE GEBRUIKEN 

wanneei" de jonge getrouwden huiswaarts keeren, spreiden 
de dienstboden of eenen witten doek, of wat anders, 
voor de voeten uit der aankomenden die, er over gaande, 
alzoo het huis binnentreden. Meermalen strooit men 
zand op dcn weg dien zij volgen moeten of gesneden 
papierkens. 



Geschiedkundige, of op overlevering rusiende 
spreek- en zegwoorden 



S/r. . . van nieuwen heering is te Mechelen verschen visch 

(wordt spolsgewijze gezegd 

wanneer iemand aan 't zvvetsen is of aan 't grootspreken) 

De haringhandel was te Mechelen, in vroegere 
eeuwen, eene belangrijke bron van winstgevende komer- 
schappen ; in andere woorden werd op groote schaal 
gedreven, en wel zoodanig dat nog in de xvi'' eeuw de 
spraak ging dat de haring te Mechelen zoo overvloedig 
was als de « aubergines » te Tolède en de straat- 
schuimers te Sevilla. (Les harengs à Malines, sont 
comme les aubergines à Tolède et les malandrins à 
Séville). 

In ambtelijke oorkonden treft men menigvuldige 
bewijzen aan van dien hedendaagsch gansch verloopen 
vischhandel. In de vroegste schepenboeken zoowel als 
in losse stukken waar er spraak is van koopen, verkoopen, 
verhuren, enz., van vaste goederen, treft men niet zelden 
melding aan van « pendicula » gezegd « haringhangen »; 
deze waren dus aanzien als eene inrichting, eene bijhoo- 
righeid, belangrijk genoeg om in het beschrijf van 
de goederen plaats te vinden. 0ns dunkens waren 
het afzonderlijke gebouwen, waarin houten toestellen 



SPREEK- EN ZEGWOORDEN 2DI 



geplaatst waren, voorzien van horizontaalliggende ronde 
latten of dunne stokken, haringspetjes genaamd, waar 
de visch langs de wangen werd aangeregen en zoo 
gedroogd. Meest allen waren gelegen op beide oevers 
van de Dijle : in de omstreken van de 0,-L.-Vrouwstraat 
van den eenen, IJzeren Leên, Nauwstraat, enz., van 
den anderen kant. 

Te Aalst en omstreken vindt men nog haringrook- 
kerijen. 

Dat er onder het volk eene uitdrukking kwam en 
bestaan bleef die aan dien tak van vroegeren welstand 
te Mechelen herinnerde, zai dan niet al te vreemd 
schijnen. Des te meer nog, dat er in bovengemelde 
stukken, wanneer er eene verbintenis moest aan- 
gegaan worden, voor eenen gestelden tijd, of iets 
in dien aard, er ook wel eens spraak was van « eenen 
natten haring tijd » (1374', ^^^ gebruikt zooveel als 
Paaschtijd, kriekentijd, enz.; een bevvijs te meer van de 
belangrijkheid van dien handel, dat dan ook niet kan in 
twijfel getrokken worden. 

Dat de haring te Mechelen geschiedkundig befaamd 
was, bewijst het volgende. In eene kronijk van Nicolaas 
Steylaert, zegt de Muxck (Gcdenkschriften, enz.^ bl. 173) 
waar er gesproken wordt over het beleg van Mechelen 
van i3o2, leest men : 

De Lovenaers werden gejaccht tôt in de Lipse, dewelcke in het 
vluchten twee voederen Boxharinck verlieten, waer af de Mechelaers 
het eene aen haer wedersonden, op datse eten souden, het ander 
voeder dat brachten ze mode tôt Mechelen in de stadt, ende gaven 
elck daer af te eten, ende aile degene die daer af aten, die waren 
vrij poorter. 



Om half acU trohhen de hoeren de ivacht, 

Om half iiegen kwam ik er eenen îegen, 

En om half tien imf er geen eenen meer ie {ien. 

18 



202 MECHELSCHE GEBRUIKEN 



Mcn vraagt zich af of hier niet wordt gezinspeeld 
op den inval der boeren te Mechelen in 1798. De uren 
scliijnen oveieen te stemmen met de uren van dezen 
oploop. Men weet dat het de boeren waren van den 
omtrek, die te Mechelen de fransche soldaten over- 
vielen; dat ze echter welhaast moesten zwichten voor 
het groot opkomende getal hunner vijanden, en er, 
buiten de dooden en gekwetsten, 41 boeren gevat werden 
en daags daarna, op Sint-Romboutskerkhof, door den 
kop gesclioten. Dit voorval, dat zich op menige andere 
plaatsen 00k voordeed, wekte groote opschudding, en 
bleef lang in het geheugen der bevolking. Wanneer men 
over eenige jaren alom het eeuwfeest dier gebeurtenissen 
vierde, werd te Mechelen de omgebrachte boeren, ter 
herinnering, een groot metalen kruis opgericht, op de 
plek waar de strafuitvoering had plaats gehad. 



Hnde dat is het out seggen : 

Âls dit' van Mechelen in den yaslen noodt badden van spijse, 
spraek men van peise (Azevedo, Chronyeke van Mechelen). 

Deitrckens toe, de Mechelaers homen (Remerus Valf.rius, id.). 



Deze twee gezegden hebben betrekking op het beleg 
van Mechelen in i3o2. 

Spottender wijze kan men het eerste gebruiken 
wanneer men wil te verstaan geven dat de nood dwingt. 
Daar het juist in den Vastentijd voorviel dat de stad 
omsingeld was, waren de Mechelaars wel verplicht den 
vasten streng te onderhouden, wilden zij, ten lange 
laatste, geen broodgebrek hebben. Het is 00k omdat 
ze daaraan leden, dat ze in de Goede Week peis vroegen 
en niettegenstaande eenige dagen later uitvallen waagden 
met goed gevolg bekroond ; onder andere overvielen ze 



SPREEK- EN ZEGWOORDEN 20^ 



duchtig de Brabanders en joegen ze op de vlucht. Dit gaf 
oorzaak aan het ontstaan van het tweede sfezesfde, dat 
de onverwachte komst der Mechelaren herdenken doet. 



In 't jaer 1259 zijn de Beggijnen gaen woonen buyten de stadt, 
omirent S*'' Cathelijne poorte, welcke daer soo vermenigvuldigd 
zijn, dat aldaer ten tijde van Mcrten van Rossum 1800 beggijnen 
waeren, sonder de jonge maegdckens. die daer in groot getal ter 
schole lagen. Daer was in dicn tijdt van het Beggijnhof dit spreek- 
woordt : 



Op het Beggijnhof weet men al wat in de stadt geschiet : 
Maer in de stadt van het Beggijnhof het minste niet. 

(Remerus Valerk's, op. cit., bl. m) 



Het voorgaande beteekent zooveel als wilde men 
zinspelen op geheimhouding of op die soort van men- 
schen die een ander uithooren en over hunne eigene 
zaken zvvijgen. Voor het laatste geval kan het doorgaans 
het best gebruikt worden, 

Wanneer men uitdrukken wil dat men eene eerste 
maal slecht gevaren is, en daarom het geenen tweeden 
keer graag beproeven wil, werd er gezegd : 

'T was als beggijnen voeren : het was haer lieder eerst, 
'tmocht wel haer laetste zijn, omdat die beggijnen, ondanks 
de waarschuwingen van haren pastoor, hadden willen 
deel nemen, met de andere geestelijke ordens van de 
stad, aan de plechtigi intrede te Mechelen van Karel 
de Stoute; daar het dien dag stikkend heet was, waren 
er velen van die beggijntjes onpasselijk geworden, en 
moesten naar huis gedragen worden ; zoo werd de lust 
haar benomen om nog eene andere maal het spel te 
wagen. (Men zie de eerste reeks onzer Mechelsche zeden 
en gebriiiken, bl. 2i). 



264 MECHELSCHE GEBRUIKEN 

Eene bcggijnc daghunr 

Om in het oud Beggijnhof aangenomen te worden, 
moest mcn door handwerk zijn leven kunnen onder- 
houden, of een inkomen genieten van 100 franken. Om 
de nietigheid van dien eisch te doen uitschijnen, zeide 
men en zegt men nog heden, als iemand eene spel vindt : 
« hij heeft 'n beggijne daghuur gewonnen ». 

Half acht is d'uur daer ik nacr ivacht, zei hd hcggijntje, 
en zc licp lut hof af. Wordt doorgaans gezegd wanneér 
iemand ailes laat staan wat staat en zich spoedig weg 
maakt zonder zich nog om iets te bekreunen. 



Gc kiint zien aan 7 strooisel wclkc proccssic dat uitgaat 

Er waren tôt op het einde der xv!!!*" eeuw te 
Mechelen twee processiën ter vereering van den H. 
Rumoldus : De eerste, in i3o3 vastgesteld op den 
Woensdag in de Goede Week, later verschoven op 
den derden Paaschdag, werd in lySy tôt den derden 
daarop volgenden Zondag verzet, en eindelijk op den 
4'^'" Zondag in 1874, onder Z. E. Cardinaal Sterckx, 
zaliger, wanneer de feestdag van de Bescherming van 
den H. Joseph, tôt de gansche H. Kerk uitgebreid, 
op den 3^^"" Zondag den voorrang bekwam. Zij diende 
ter heiinnering van den heldenmoed onzer voorvaderen 
in den strijd tegen Braband. Men noemde ze Peys- 
Processie. De tweede was van ouds in gebruik tôt nage- 
dachtenis der martelie van onzen heiligen stadspatroon. 

De omgang begon aan de kerk, en van daar volgde 
men den Steenweg, de IJzeren Leen, de Grootbrug, 
de Guldestraat, de Koornmerkt en de Hoogstraat, om 
van dààr, rechts de Vestbergen op te gaan en dezelve 
rond de stad te volgen tôt de overste poort. Dan trok 



SPREEK- EN ZEGWOORDEN 205 

men weder de stad binnen langs dezelfde straten hier 
voor genoemd, naar de kerk terug. 

Op de vestbergen, die niet bewoond waren, kon er 
geene kwestie zijn van den grond met groen en bloemen 
te bestrooien ; maar in de straten was dit gemakkelijk 
te doen. Nochtans dient hier het onderscheid gemaakt, 
waardoor zoo wij denken het hierbovenstaande spreek- 
woord ontstaan is. 

Voor de Peys-processie, die in het vôôrjaar, omtrent 
Paschen plaats had, was aan bloemen strooien niet te 
denken, vermits men alsdan in sommige jaren zelfs aan 
eenvoudig loofstrooisel gebrek hebben kon. Ook bepaalde 
men zich in dergelijke gevallen met lisch of spaansche 
haag op den doortocht der processie te werpen. 

Maar in de maand July was er voor de Kcrniis- 
Processie geen verkort. Aile planten hadden hun loof, 
aile bloemen waren ontloken, en dan kon men gemak- 
kelijk den bodem der straten langs dewelke men de 
Heilige Relikwiën van Mechelen's beschermheilige om- 
droeg, met een veelkleurig en welriekend bloemen- 
tapijt bedekken. 

Tebeginnen van i636 is het AUerheiligsteSacrament 
in de Omgang-Processiën niet meer gedragen geworden. 
Van dan af ook werd er in deze laatsten geen licht 
meer gedragen en waarschijnlijk niet meer gestrooid ; 
dit wijzigde wellicht eenigzins de vroegere beteekenis 
van het spreekwoord, dat in menigvuldige gevallen 
kan toegepast worden. 



Nen Tihis zetten 

(Wil zeggen afwezig zijn zonder zich te doen vervangen 
of verontschuldigen) 

Die spreuk ontstond in het Groot Seminarie te 
Mechelen op de volgende wijze. Ten jare i855 vierde 



206 MËCHKLSCHE GEBRUIKEN 



mcn de uitspraak dcr Onbcviekte Ontvangenis der H. 
Maagd, op eenen Zondag in Meert. De leeilingen van het 
Groot Scminariedic op den binncnpand uitzicht hadden, 
hadden de vensters hunner cellen verlicht en met trans- 
paranten en verzen versierd. 

De Seminaiist \^erheyden, bijgenaamd Titus (i), 
wilde van op zijne kamer door de opgelichte gordijnen 
eens in 't genipt nazien wat de andere makkers zoo al 
gedaan hadden. Die van beneden riepen hem toe : 
« Titus, alleman ziet u staan; stopt u » ; En hij ant- 
woordde in zijne gouwspraak : Ze kinne me nie zicn. 

'De.n volgende Zondag als de Seminaristen naar de 
Hooldkerk gingen om den dienst bij te wonen, ontbrak 
er een, en diens plaats in het gestoelte bleef dus ledig. 

Na den dienst verweet men hem zijne afwezigheid. 
En hij antwooide : « Ik heb me doen vervangen door 
Titus en dien hebt ge waarschijnlijk nie kunnen zien ». 

\^andaai" het gebruik van in de Koordiensten eene 
opengeblevene plaats met benaming Titus te bestem- 
pelen. 



7 /,v den duvcl met ,-:'n mocicr (moeder) 

Woidt gezegd van iets dat groot, of kostbaar, of 
wonderlijk schijnt te zijn, en eigentlijk, op den keper 
beschouwd, vcel van zijne \vaarde verliest. 

In het relaas dat Nicolaes Steylaert gaf van het 
springen der Zandpoort, gebeurd op 7 Augusti 1546, 
leest men daaromtrent het volgende : 

In 't jacr IS48 soo loste men in den may te Mechelen aile het 
groot geschut van Saxcn, ende van Hessen, welcke wacren 110 
stiicken, ondcr de welcke waeren drij mortieren, ende twee geheele 



(i) Geboortig van Willebrocck, uveiicduu 17 lanuari 1876. 



SPREEK- EN ZEGWOORDEN 267 

groote stucken, gehecten den dttyvel ende syn moer, dewelcke aile 
gegoten waeren van clocken ; ende twee bussen waren der gegoten 
van de minne broeders clocken, waer op gefigureert stonden veele 
schampen tegen de geestelijckheyt; dese stucken die te Mechelen 
gecomen waeren en was maer een derde paert, waer aff het tweede 
pacrt wasbij den Roomschen Conink,ende hetderde paertinSpaniën. 
In hetselve jaer, soo quamen te Mechelen uyt Engelant te 
coope veel kerckelijke dingen, gelijck als houte ende steene belden, 
ende sepulturen, die aldaer in Engelant uitgeworpen waeren. 

Zoo bovengenoemd zegwoord zijn ontstaan niet 
dankt aan de hier aangehaalde omstandigheid, dan heeft 
men hier toch het bewijs dat hct, zooals men zegt, zoo 
oud is als de straat, hetgeen tDch niet te misprijzen is. 

Volksuitdrukkingen 

Den Duivel 

Hij was als van den duvel geslagen, spraheloos. 

'T gaat er gelijk den duvel in Noorwegen, ruiie, hevig gehijj. 

'n duvel houdt er de kcers, /;/ 'n huishouden ivaar er nogal 
eens ru lie gemaakt ivordt. 

Als men van den duvel spreekt ziet men zenen stee^'t, als men 
van iemand spreekt komt de:{e dikwijls onverzcacht aangegaan. 

"n huis zonder kruis is 'n duvelshuis, eene ^inspelling voor- 
leker op het gebniik hieronder breedvoeriger besprohen. 

Loopen ofdat men den duvel gezien had, haastig z'erdzvijnen. 

Hoe meer dat den duvel heeft hoe meer dat hij hebben wilt, 
begeerlijkheid. 

Hij slaagt er op gelijk den duvel op Geeraard, iemand ferm 
aframmelen. 

Den duvel veur zenen nieuwjaar krijgen, bekeven zvorden. 

Een keersken veur den duvel branden, lieieii, toegeven. 

't Trekt hier gelijk in 'n hellegat, wind-trok. 

Lupt naar den duvel, vencenscbing. 

Iemand den duvel aandoen — op 't lijf jagen, kivaad maken. 

Bij den duvel te biechten gaan, ^ich vertrouwen aan eenen 
vijand. 

Duvelsbrood, kampernoeliën. 



208 MECHELSCHE GEBRUIKEN 



Tcgcn 'ncn hoogdag of grootc fccstdag gebcuren cr veel 
malcurcn. omdat dcn duvcl dan rond loopt om de mcnschen tôt 
kwaad te stokcn of kwaad te doen. 

Op den buiten wordt er nog boven de staldeuren 
en ook boven andere deuren of welkdanige openingcn 
van huis of schuur, met witte kalk cen kruis gemaakt 
om te l)cletten dat de diiivel langs daar zoude binnen 
komen. 

Ken t3'pisch voorbeeld daarvan vinde men in neven- 
staande figuur, voorstcllende « 't Prinsenhof », eene 
tamclijk groote hoef, toebehoorende aan den hertog van 
Arenberg, en gelegen bezijden den ijzerenweg van 
]\Iechelen naar Antwerpen, op het grondgebied der ge- 
mecnte Duffel. Men ziet dat er weinige openingen zijn 
of cr is bovcnaan een kruis gewit. 

Dit godvruchtig gebruik word steeds zeldzamer 
onderhouden. Yan jaar tôt jaar vergeet of verwaarloost 
men soortgelijke kruisen eene nieuwe laag witsel te 
geven. De aluitwisschende hand van den tijd doet ze 
van licverlede verdwijnen, zoo ze niet overschilderd 
worden door die reusachtige rekiamen, met in 't oog 
springende klcuren, die den voorbijganger herinneren 
aan moderne firma's, aan uitheemsche bad- of speel- 
plaatsen, en mecr dergelijke. 



Wien zal het verwondercn, dat er te Mechclen en 
omstreken onder het volk sporen te vinden waren of nog 
zijn van geestcsverschijningen, spookvertellingen, enz. 
VVij hebben persoonlijk weinig of niets daarover kunnen 
opdoen, allccn het volgende : dat het soms voorviel dat 
de eene of andere nachtraaf, bij het naar huis toe keeren, 
wel cens aan 't doien geraakte en zich de gansche nacht 
afmatte om te vergeefs zijn huis te vinden. Met het 



SPREEK- EN ZEGWOORDEN 269 

krieken van den dag bevond de sukkelaar zich op eene 
eenzame en verlatene plaats, of in het midden van een 
moeras, vanwaar hij dan, gansch uitgeput, den weg naar 
huis vragen moest. Was liet 'ne kwelgeest die hem daar 
gebracht had, of eene afwezigheid van geest veroorzaakt 
door den « Mecheischen Bruinen die hem bij den kop 
had gepakt » ? dat zullen we God en de metilder laten schecën. 
In de nagelaten handschriften van wijlen M. Ed. 
De la Faille, vonden wij desaangaande het volgende, 
waarvan wij het oorspronkelijke opstel eerbiedigen. 

Kleiidde met z'ne bellcn 

Kleudde met z'ne bellen was geen dwerg noch reus. 
Hij was een wel gespierde kerel van middelmatige 
gestalte, die door allerhande poetsen, zoowel de oudei- 
lingen als jonkheden den schrik op 't lijf joeg. Zelden 
vertoonde hij zich zichtbaar. In de nabijheid van de 
rivier de Dijle en derzelver afloopen hield hij zich 
inzonderheid op en het was in die waters dat hij menige 
burgers insleepte en weinige er maar door belofte aan 
eene gewisse dood konden ontsnappen. Veel hield hij 
van kaart spelen. Zoo speelde hij eens met de kaarten 
in eene herberg op Nieuwendijk, en liet al de spelers de 
winst opstrijken. Opgeruimd verlieten zij de herberg en 
wenschten een goeden nacht aan den verliezer. Zij wisten 
niet dat hunnen speelgezel Kleudde geweest was. 
Nauwelijks hadden zij de Vrouwvliet bereikt, alwaar 
destijds nog geene brug lag, of Kleudde stond te midden 
van 't water om hun den doorgang te beletten. In een 
omzien had hij zijne drij speelmakkers bij het lijf en 
gaf hun eene dopping die nooit een waterhond onder- 
vonden heeft. Het op hulp roepen was ijdele moeite. 
De Hellebardiërs die in 't Schrans de wacht hielden, 
hadden bij het erkennen van Kleudde hunnen post 



270 MECHELSCHE GEBRUIKEN 

veilaten en de vlucht naar de stad genomen. Al wat de 
kaartspelers wisten te vertellen na den nacht daar 
doorgebiacht dat ze geen denier op zak meer 
hadden. 

Stallichtcn 

Rond den poel, op Neckerspoel, welke in den zomer 
van 1874, gevuld weid, vereenigden zich des nachts 
honderde en honderde stallichten (i). Wee den voorbij- 
ganger die aan deze lichtjes zegde : « Ik doop u in den 
naam des Vaders, des Zoons, en des heiligen Geestes. 
Amen », mits hij dan van een zoo overgroot getal lichtjes 
omringd werd, welke allen verlangden om gedoopt te 
worden, dat hij zich in de onmogelijkheid bcvond aan 
het verlangen te voldoen en dan door de stallichten 
medegesleept werd tôt in den poel, waarin hij onge- 
nadiglijk moest verdrinken. 

Nachtmuziek 

In de uitgestrekte weiden en bouwlanden, gelegen 
tusschen Elewe3't (2) en Mechelen, konden de voorbij- 
gangers aile nachten een lieflijke vrouwenzang, begeleid 
van een zoetluidend muziek, hooren.Niemand heeft nooit 
het gezelschâp van zangeressen en muziekanten kunnen 
nadercn, want telkens men er zich heen begaf, verwij- 
derde het zich in het uitvoeren van de aangenaamste 
melodijen. 



(1) Stallichten zijn volgens het bijg:eloof kinderen die g'ecn doopsel 
ontvangen hebben. 

(2) Te Elevveyt wordt nog steeds gesproken van een « goùwe 
Mahomet >» of eenen, sinds onheugelijke tijden, daar verborgen schat. 



SPREEK- EN ZEGWOORDEN 27I 

H et li'it schaap 

Alwie des nachts over Neckerspoel ging mocht ver- 
zekert wezen van door een wit schaap voorafgegaan te 
zijn dat door niemand kon aangeraakt worden, Wanneer 
het een inwoner van de stad was, zag deze het dier 
verdwijnen met door de Neckerspoelpoort te springen 
vooraleer dezelve geopend werd. Een gehuchtbewoner, 
hij zelf heeft het mij gezegd, zag eens, wanneer hij van 
Pasbrug huiswaarts keerde, het van hem verwijderen, 
na door hagen, ja zelfs door boomen en door zijne huis- 
deur gesprongen te zijn, zonder' hagen, noch boomen, 
noch de huisdeur beschadigd te hebben. 

Een enkele bemerking weze over het voorgaande 
gemaakt. Op de plaatsen waar zulke sprookjes ontstaan 
zijn mag men doorgaans zeker zijn dat er bij opgra- 
vingen iets of wat aan onheugelijke tijden herinnerende, 
zal gevonden worden. Het zijn alszoovele aanduidingen 
die den zoeker geleiden naar ontdekkingen van het 
grootstebelang op vooroiiderlijk of voorhistorisch gebied. 
Daaromtrent herinnere men zich de opgravingen met 
dergelijk gevolg in de weiden van Neckerspoel bij de 
Dijle, alsmede te Hofstade, dicht bij Mechelen. Ettelijke 
voorbeelden elders komen die meening staven. 



Wéérktmde, wéérvoorzeggingen, enz. 

't Zal gaan ratten spàwen, }?evige regenvlaag op handcn. 

Als de katten zich wasschen tôt achter d' ooren, is 't teeken 
van rcgen. 

Regen voor acht uren, blijft nie duren. 

Als 't régent is 't weer gezegend. 

Somervlagen duren geen dagen. 

"t Is kermis in d'hel, ivauneer de ^on schijnt en het ter^elf- 
dertijd régent. 



272 MECHELSCHE GEBRUIKEN 



Als "t zoct rickt is t tcckcn van regen. 
De merel is 'ne watervogcl. Àls bij Jhiit is 't tcckcn van regen. 
Als 't dondert op naakte boomen zal 't ne wcckc zomcr zijn. 
Als 't blaaskcns rcgent, duur 't nie lang. 
In de meert is 'n vloci cr zeven wecrd. 
Aïs "t kinncke is geborcn hcbbcn de raapkens hunnc smaak 
verlorcn, Kerstniis. 

De :{on en de m a an \ 

En de neus van Ariaen, j 

En de pot en de pan j 

En het neiizciwespan; , -, ,. , ^ 

c ■■ J > Zodiak? 

En ^00 voercn ivîj den umgen 

Den icagen dat is 

Maar daar is de vis 

Die bcdrieglijk is. 



Liefdc en hiavelijk 

Hij vlicgt met strooi, verliefd. 

Die 't ondei'ste van "n flesch drinkt en onder 'nen balk zit 
trouwt in 't jaar. 

Die uit een gescheuid glas drinkt trouwt met 'n weèf. 

Hij of zij geraakt nie van de merkt, nict getrouicd. 

7a] zal op heur hemd blijven zitten, niet getrouicd geraken. 

Vruchten voor hunncn tijd zijn 'n bruid of 'n lijk. 

Op ieder potteke past 'n scheeltje, als anticoord aan iemand 
die -ivanhoopt van cens te trowwen, of van iemand die nicn nooit dacbt 
getroincd te geraken. 

De beste kociën blijven op stal. 7 {//;/ nict altij'd diegene 
die men het meest op straat :{ict, die de bcste huisvroiiwcn :^ijn 
voor la ter. 

Met den avond zijn aile kattekcns grijs, /'// den donhcr of in 
't genipt {iet men niet nauic. 

\ Is nog veêr van lachen zei de bruid en ze gréés, de uitkomst 
is nog on^eker. 

Zoo dun als de liefde, klcin, nietig. 



SPREEK- EN ZEGWOORDEN 273 



Waar iemand trouwt of sterft wordt er altijd gekiapt. 
Daar kan nog nezwerte met ne witte tusschen komen, {oolang 
als 7 huwelijk niet voltrokken is kaii het nog iiitbranden. 

De speelman zit nog op 't dak, eerste dageii van het huwelijk. 

Moeder staat me kappeke fijn (bis) \ 

Me lief zal 't avond komen, i 

Met een rood kazaksken aan, f stroof op de zcijie van 

En een hoedje naar de mode, i 7 reii{enlied. 

Keert u eens om, reuzke, reuzke! \ 

Keert u eens om, reuzegom. j 

Een keersken veur Antoon, 



En daar meê is 't geflikt; ' , ,• , ,• ^j 

, . 7 , ^ ' N ten dieiiste van verhefden. 

t Is immers de patroon i 

Die tegen de jonkheid knikt. I 

Keersken in de lanteern 
Den domp die vlicgt er uit 
En de meiskes gaan zoo geern 
Met haar kaprisken uit. 

Ne gooië man, nen braven man, 

Ne man van complaisance; 

Hij wiegt het kind, ' goedaardige echteling. 

Hij roert de pap i 

En hij leut zen vrouwke dansen. ) 

't Kind heeft saiker gek.kt, ivordt ge^egd van de siiiker die 
met den doop door peter, meter of oiiders, aan familie en kennissen 
wordt uitgedeeld. 

Om het kind de tong los te maken doet men het 
herhaalde malen zeggen : 

De kat die krabt de krollen van den trap, 
of : 

Wit peerd, zwert peerd, 
of iets dergelijks. 

Om de kinderen de vingeren te leeren kennen, of 
tellen, of er mede te spelen, zegt men, achtereenvolgens 
elken vinger tusschen duim en vinger nemende : 



274 MECHELSCHE GEBRUIKEN 

Dieu heeft de koei gekocht, 

Dien heeft ze thuis gebiocht, 

Dien heeft ze geslagen, 

Dien heeft ze geeëten. 

En klein Patierteke heeft ze uitgescheten. 

Xog slaagt men lichtelijk het kind in 't plat van de 
hand en men zegt : 

Plek iiaai" de mcrkt, 
Koopt een koei, 
Een beetje lever toe, 
Een beetje pens, 
Veur de zieke mens, 
Krein, krem, krem, 
en men kittelt het in palm van d'hand. 

Wanneer een kind den oùman (niet goed opwilt) 
heeft, gaat men met het hemd ervan naar Strombeek (i), 
waar men dit dompelt in eene daarvoor welgekende 
beek of bron. Blijft het hemd boven drijven, dan zal het 
kind genezen ; gaat het onder, dan sterft het kind, 

Ons wetens wordt dit gebruik heden nog onder- 
houden. 

Pas op, want als 't klokske van Rome luidt blijft uw gezicht 
zoo staan, {egt me)i aaii kindcreii ivanneer ^e een schêef ge^h'bt 
irekke)!. 

Aïs is "n moeder nog zoo arm ze dekt zoo warm. 

Eentje dood is eentje in de schoot, û'onV/ ge{egd bij het over- 
lijden van een jongjarig kind. 

Haagweêf, vrouic die van baren man verlaien is. 

Als 'n oûw schuur in brand geraakt is er geen blusschen 
aan, overjarige lie f de; uvrdt ge^egd van een bejaarde persoon die 
verliefd is en gaan trouzcen wil. 

Met 't fluitje gewonnen en met "t trommeltje verteert, over- 
vloedig en gemakkelijk geiconnen en nog geniahkelijker opgedaan. 



(i) Tegen Laeken, Jette, enz. 



SPREEK- EN ZEGWOORDEN 275 



Die den zot trouwt voor den pot, verliest den pot en houdt 
denzot; die het wijf trouwt om iiet lijf, verliest het lijf en houdt 
het wijf, wordt ge:{egd van diegeiien die troiticrn alleoi om niterlijke 
of stoffelijke hoi'danîghedeii of voordeelen. 

Dit 't bed klapt men niet, men klapt niet aan vreemden van 
huiselijke ^ahen. 

'n Zatte vrouw is nen engel in 't bed. 

Aile vrijers zen geen beddeleiers. 

Als de peerden niet gelijk trei<ken kan het niet gaan, als man 
en vrouw niet ^amen werken, gaat het niet voontii in 't huishoitden. 

'n Kinderhand is gauwgevuld, de jeugd is metweinigtevreden, 
of krijgt voldoening met zveinig. 

Loopen met vliegende vaandel, met het hemd uit de hroek; 
meiter haast ievers naartoe ici lien. 



Kinder liekens — Tellii-kens 

Hanshe van Cappellen, 

Gink een eitje pellen, 

Het eitje viel in d'assche, 

Hij ging er henen tasschen. 

Hij verbrande {enen kleinen vinger. 

Hij gink er een lieken op ^ingen. 

Een liehe van Sinte Cathelijne. 

Lent het ^^onneke schijnen. 

Le ut den regen overgaan, 

Dat de kinderkens schole gaan. 

IVie lal le leeren? 

On^e lieven Heeren, 

Wie ^al ^e hoûwen? 

On^e lieve yrouzve, 

Wie lal le t'eten geven? 

Sinte Peeter de gooie man. 

Met ^en sleutels in :{en hand. 

Hij liet len sleutels klinken, 

Op 'n glasen pintje, 

Op 'n glasen val, 

Daar den heiligen Engel op ^at. 

H, Ençrel Sinte Maehiel, 



276 MECHELSCHE GEBRUIKEN 



Ik beveel u men lijf en {iel; 

Men liel is in den Hemel, 

Hoogcr als ne hemel, 

Hooger als nen bloiiten hop. 

Blonten hop van Spennje, 

Appelen van Oreunje, 

Peren van den hoogen boom, 

Al die 7 leste speleheu sleehl. 

Die beeft de gâwe ^ilveren h mon. 

De hroon die staa gespannen. 

Met ;even ij^yren bannen. 

En al de hinderen die stàt ^en 

IVorden daar aan g'hangen. 

Zemelen in, ^^e met en iiit, 

Smet (naam van het kind dat moct weggaan) de venster iiit. 

Een lieken, 

yan appelen, peeren, hrieken, 
Den boer beeft in ^en hem gek.kt 
En lent yçn vronn'he riehen. 

S in te Merten han niet k.khen, 
IVant :^en g.t is toe gebahhen, 
Treh maar aan, treh maar aan, 
En {en g.t ^al open gaan. 



Bij 7 spelen met de kaartcn 

't Valt gelijk klokspijs, de troeven of :{ekere haart valt 
regelmatig. 

AIlo is 't 'n kaart of ne mutsaard! niet te lang dralen. 
Hebtg'et? 'k Hcb noch nie veur ne vos te biechten (Limbiirg). 



Etcn en drinken 

Wat door den roeper kan, gaat door den poeper, door de heel 
han door bel g.... 

Rapen doet het g... gapen, en weutelen (wortelen) doet het 
g... spreutelen. 

Vandaag gemalcn, morgen gebrouwd en overmorgen uitge- 
pist (bier). 



SPREEK- EN ZEGWÛORDEN 277 

Kleermakcrsgebraad . Zoo heet men te Mechelen heel 
gebakken appelen, zooals men ze bij winterdag bij 
wijlen rondleurd. Die appelen werden vroeger, naar het 
schijnt, grootendeels verbruikt door de kleermakers, die 
vvegens hun aanhoudend zitten geene zware spijzen 
verteeren konden. Daaiom zei men ook dat zij maar 
een darm hadden en deswegens geen ander voedsel in 
de maag dulden. De kleermakers, zooals men weet, 
zitten niet op stoelen maar op verhevene wijde tafels, 
waarop zij de stoffen, die zij bewerken, goed kunnen 
openspreiden zonder ze den grond te laten raken, en 
zoo bewaren zij dezelve tegen aile bezoedelingen. Daar 
die tafels veel gelijken aan eene soort van schavot ot 
verhoog, geeft men te Mechelen aan den kleermaker 
den naam van schavot springcr. 

Bitter in den mond maakt 't hert gezond, ge.{egd bij 7 mitten 
van bitte re spij:{en. 

Hij kan geen pjp meer zeggen, goeci gevnld. 

Buiksl<en vol, herteken rust, veriadigd naar lichaam en dan 
gen/st. 

'k kan nie meer speêken (spuwen), dorstig ;ijn. 
'k zien ze vliegen, Jjonger hebben. 

Ne keer duimen, van een glas de iceerde drinken van eenen dnim. 

In de herbergen was het vroeger de gewoonte van 
te zegggen aan de of den patroon die het glas bier 
aanbracht : « drinkt eéns mêe », of « doet eens mêe ». 
Zelden of nooit werd zulks geweigerd : weigeren werd 
zelf als eene beleediging aanzien. 

Hij heeft nen droogen lever, drinkt veel. 

't Is 'nen herberg pileer, veel in de herberg ^itten. 

Ne pater gaat nooit alleen op termijn of men kan niet op een 
been loopen, om iemaud aan te ^etten iets eene tzceede maal te ge- 
bruihen. 

Bier op wijn is venijn; wijn op bier is plezier. 

Eieren bij petersellie gekookt barsten altijd. 

19 



278 



MECHELSCHE GEBRUIKEN 



Vrijcn tap 

(in de C'iroenstraat boven de deur van de oude herberg 
van de Handbooggilde) 




Dit opschrift, heden nog bestaande, doet denken 
aan de vcrgunning bij onze Noorderburen nog in zwang. 
Het gelde hier eertijds 00k de toelating van drank te 
verkoopen . 

Den blàwen veusschoot uithangen. vergasten ; van de a/we^ig- 
heid van iemand gcbriiil; niahcn om ^irb eens aaii eten en drhiken 
wel te doen. 

Waar den brâwer Iccft kan den bckker nie veul te doen 
hebben, die te veel drinht han niet veel eten. 

Op rabot gaan. op de lappen gaan, nit drinhen gaan, de 
herbergen ajloopen . 

Als g'in zenen ncus nept speut de genevel er uit. 

Hij krijgt kaken gelijk nen dons, heiligen Bhiseius bidt voor 
ons, aan 'nen diinker. 



5PREEK- EN 2EGWOORDEN 



279 



Zoo vet als Bacchus op de ton, van 7 drinkeii. 
lets veur op eenen tand feten, ieis lekkers, iets fijn in kleine 
hoeveelbeid ; wordt 00k figtiurlijk ge:{egd. 

lets naar zenen tand, iets dat smaakt. 
Ne wolventand, gitliigheid of gretigheid. 

Eten met lange tanden, {onder sniiiak of yeer lang^aam. tegen 
goesiing. 

lets voor zenen wolventand, voor ne gtil^igaard, 

Nen hollen tand hebben, gul^ig ;ijn. 

lets van achter den boterpot, i!itge;ocht, bij;onder lekkers oj 
smakelijk. 

't Is van paters veutje, lekkers. 

Een avouske, om op de ge;{ondheid te drinken. 

Aan iemand bescheed dotn, où ienuDid ^ijne ge;ondheid 
drinken. 

't Gaat er in geliik klokspijs t , ,.., 

,. ^ . . ,.., ,, , . . ,,. I i smakelnken eeilust. 

t Gaat er in gelijk d avokaten m d n_'M ^ 

't Gaat ^r in onder de neus en boven de kin, smakelijk eten 
of drinken. 

Omleggen, dik worden door eten, drinken of geriistbeid van 
geest. 

Er is nie meer, ge kunt uwen buik overeen speten met 'n 
knopspel, icanneer eene spijs op is. 

Hij is geestelijk verheugd, \ 

Hij heeft een stuk in zenen kraag, j 
Hij is in den wijngaard des heeren 
Hij heeft een stuk in zen botten 
Hij heeft een krolleken aan. 
Hij is door zenen neus geboord. 



weinig bedronken. 



Hij zeilt gelijk een oorlogschip, 

Hij heeft te diep in t glas gezien, 

Hij heeft tegen den toren geloopen, 

Hij heeft den reus gezien, 

Hij heeft een ster in zen g... 

Hij is zoo zat als 'n kanon, 

De straten zen hem te smal. 

In de kriekentijd is het hier slecht. 



bedronken {ijn. 



28o MECHELSCHE GEBRUIKEN 

Hiiishondelijke zaken 

Op ne versche kerf beginnen (koopen, enz.) 

Kcrfstokken zijn bevvijsmiddelen waarvan de klein- 
handel vroeger (op enkele plaats en nu nog) gebruik 
maakte voor personen die niet konden lezen of schrijven, 
lot het constateren van leverantiën. Zij bestaan in twee bij 
elkandcr behoorende, vroeger vereenigde en thans door 
kloving gescheiden houtjes, waarvan een leverancier het 
eene en de andere partij het andere onder zich houdt, 
en die bij elke levering bijeengebracht worden, om 
met een mes daarin, tôt aanduiding der leverantiën, 
kerven te maken, wier overeenstemming een waarborg 
voor haar juistheid opleveren. Zij hebben bewijskracht 
in rechten en verdienen daar voile geloof onder deze 
beide voorwaarden : i° dat partijen gewoon zijn de leve- 
rantiën, welke zij in het klein doen, op dusdanige 
manier te bewijzen, en 2° dat zij met hun dubbcl overeen- 
stemmen (i). 

Op de plek koopen. afhalen, t'n:{., fonder geld. 

levers in 't krijt staan, schiild hchboi. 

Bescheten profijt., 

Zoeken waar t nie verloren is / misplaatst of nutteloos 

Ne solfersteek in vieren en 'n glas ^ profijt. 
hier in ecnen keer uit, * 

De gierigheid bedriegt de wijsheid, overdreven spaar^aambeid. 

Hij zou ne cent in twee bijten, . 

Als hij ne cent uitgeeft is hij blauw genepen \ 

Als hij 'n stuk geld uitgeeft staat er de i gi<^rigaard. 
prent van zenen duim in, ' 

Zen centen zen nie blauw genepen, verkwister. 



(i) WiNKLER Prins, GeUlustreeydi Encydopaiie (In de verzameling van 
M. Frans De Blauw bevindt zich de kerf van het Beenhouwersambacht, 
i835). 



SPREEK- EN ZEGWOORDEN 20l 

Hij is ver van 't mes, hijna iiitgegeven; verkwister. 
Hij smijt het geld langs deuren en vensters, id. 
Hij zal 't er wel door krijgen, id. 

Hij bezit eenige bunderen maneschijn, geene vaste goederen. 
Veie kleintjes maken 'n groot, vêle haren maken 'nen borstel, 
spaar^aambeid brengt tôt zvelstand. 

Boter bij de vis, met gereed geld betalen. 

Betalen met potscherven, geen geld be:^itten om iets te betalen. 

Zedebegrippen 

Men ziet wel 't einde van zenen vinger, maar niet 't einde van 
zen leven. 

Tusschen de hoop en de vrecs wordt ne mensch zalig. 

Kermis is ecn nat g... weerd, ^/V/; niet bekommeren om tegen- 
slag wanneer men genot najaagt. 

Men hangt dat niet aan 'n andermans neus, {ijne eigen :{aken 
niet aan een ander vertroimen. 

Vôôr gedaan is nageleerd. 

Dat zit op ne stoel, dat is ivaar. 

Men weet niet hoe een dubbeltje rollen kan, 7 is moeilijk iets 
te vocr^ien. 

Het geld dat stom is maakt recht wat krom is. 

Als de kindcren geld hebben heeft de kremer neering. 

Wat doet het dat de koei vecl melk geeft als z"altijd den eemer 
omjakt, zvordf ge^egd van iemand die maar verkicist al wat bem 
toegestoken wordt. 

Men mag zich niet uitklcêren veur dat men slapen gaat, ^/yw 
goed niet uildeelen vooraleer men sterft. 

Het hemd is nader dan den rok. Eerst oomke en dan zijn 
kinderen, niet te vrijgevig :^ijn voor anderen ; eerst voor licb^elven 
:(orgen. 

Dit ne zatte mond weet men ne nuchtere grond. 

Men kan een kei het vel niet afdoen, j 

Waar niets is verliest de keizcr ^ gebrek aan baaf en goed. 
zen recht, ; 

Al te haastig vangt niet. 

Haastigen spoed zelden goed. 

't Zijn goei geesten die weèr komen, wanneer iemand eene 
tweed e maal op de^elfde plaats terug komt. 



282 MECHELSCHE GEBRUIKEN 



Aanzien doet orcdcnken. 

't Is kluchtii^ te sch.... en 'l op een ander le wijtcn, oiibe- 
sihihiiihiht'id. 

Kwâ kruid vergaat niet. 

Vcel te goed is half zot, 

Ge kent geen weerd of ge moet er meê zitten aan dcn heerd, 
/;/(-;/ /u'iit iiii'iiijiici of meii moet er mede omgaan. 

Die bij den iiond slaapt krijgt zijn vloeiën, met liicu nicu 
vcrhcerd -uvrdt nirii verccrd. 

Een gegeven peerd mag men in zijn bakkes nie zien, iiiet 
te iiiiiiic ;ieii u'iinneer men ieis tôt gescheNk krijgt. 

Str... van nieuwen hcêiing is te jMecheicn verschen vis, ^ich 
in iets illnsie niahen. (Men zie hiervoren biad. 76). 

Nooit zandcken verheven op zen landeken, men ivordt nooii 
geiir'aardeerd in :^ijn eigen land. 

De vogelcn die te vroeg zingen worden van de katten geëten, 
te vroeg ontvoogden is gevaarlijh: vroeg ple^ier is laat verdriet. 

Te vroeg in de weide, te jong in de uereld. 

Bcter nen dief aan de klink dan 'n luistervink. 

Bitter in den mond, maakt het hert gezond, eene berisping 
is niet aangenaam maar spoort aan om ;ieh te beteren. 

Hoovaardij lijdt pijn. 

Vrûg in de wei is vrùg vet, 1 

De morgenstond heeft goud in den mond. 

Moeten is dwang en prijzcn is kindergezang, aan icniand die 
iets aan een ander zeilf opdringen. 

Eens gestolen is aitijd dief. 

Eens wel is aitijd geen ermoci. 

Wie leeft er van 't verlies? ne spellemaker (Mechelen was 
eertijds een midden voor speldenmakcrij ; deze nijveriieid is 
uitgcstorven). 

ledcr 't zijn dan heet't de kwade niets. 

Beter ne verloren loop, als ne slechte koop. 

Komcrschap zonder verstand is schà voor d'hand. 

Affaire gaat veur smeren, ■ 

K....gaatveur bakken.al wasden' ^''^ ""^^'S' ^^''' ^'^^^ 
oven heet. ( '^^^^■^• 

Men kan nie luien en met de processie gaan, ailes moet op 
tijd gebeuren. 

Bcter een luis in de soep als geen vet, beter iets dan mets. 



neerstigbeid. 



SPREEK- EN ZEGVVOORDEN 283 



Rijmen en dichten zonder zen g... op te lichten. 

Hoe dichter bij Romen hoe slechter kristenen. 

Lang en smal dat gaat nogal, kort en dik is gecne schik. 

De gierigheid bediiegt de wijsheid. 

Als m'in weclde is, heeft m;n vriendcn: aïs 't kwalijk gaat, 
zijn cr geene te vinden. 

Vijgen na Paschen zen vruchten naar hunnen tijd. 

't Kind moet ne naam hcbbcn, rede loekeii. 

Aïs de klaveren uit "t vcld zijn, nooiî. 

Als den haver achter 't peerd loopt is 't tijd dat hij gcetcn 
wordt, /'// tijii icts verriibteii. 

Men moet hct ijzer smeden terwijl het warm is, id. 

D'uur is veur de zotten gcmaakt, aan ieiuand die naar de iiiir 
vraagt eu de:(e aiitieoord : maar de wijzcn hebben hunnen tijd. 

De uren zen voor de post gemaakt en we zen aan de 
klok gcen duit schuldig, iverd geî;eod zcaiineer nieii levers le la/ig 
of te laai ;;iffeii bleef, en nieii er geeii homaf van iiiaahle oui aan 
te gaan. 

M:n wordt nie bckeuzcld als deur ne vuilen pot, die van een 
ander kwaad ^egt dengt geicoonlijh ^elf nief. 

Welkom hier wannecr gaat g'aan. /// peffo ge;egd bij een 
ontijdig he;oeh. 

Ros bloed zelden goed. 

Men leert nie aïs met schà of met schand. 

Gekrold haar, gekrolde zinnen. 

Gcen rozen zonder dooinen. 

Men kan "nen oûwen aap gccw bakkesen Iccicn makcn. 

Tegen geweld is geen recht. 

Vriendschap en lietdc langs éenen kaiit, duuit nie lang. 

Al lachende zegt de zot zen mecning. 

Ne kwà pennink is overal bckend. 

Na ne vergecrder ne vertcerder. 

Ne spaarder hceft iets, ne verkwister hcet't niets. 

De klager heefc geen nood. geeft ne stoetfcr een stiik biood. 

Duren is een schoone stad. maar blijvcn duren is nog schooner, 
icordt ge^egd van iets overdreven dat al ne ;el;eren tijd duiirl . en 
van aard is van niet blijven te duren. 

Die zijn g... verbrand moet op de blijnen zitten. men moet de 
gevolgen dragen van ;ijne daden. 

Stout gesproken is half gewonnen. 



284 MECHELSCHE GEBRUIKEN 



., , , .. , ri 1 '''î'/ itiimihf dic manr 

Mandckcns ziin gecn keurtkens. ' ^ ^ •, ,•• 

Miincn doct mon op de viscnmcikt. ( j / j 

' ^ ^ nic'cnde ie aoeii. 

Naar de val gaat hel al, {icb scbikhen iiaar de omstandighedeti ; 
liordi ooh iiog op oiiimoedigende zi'ij\e gehruikt. 

Onder andere vertelde men het volgende : Giootmoeder was 
aan 't koekebakken bcslaan. en ze vroeg aan haren kleinzoon of 
hij blecf om er mcê van t'eten. Maar ze had 'nen drupncus en 
juist hing er eene lek aan. De kleine had het gezien en antwoordde : 
« naar de val gaat het al ». De drup dic vicl nu juist in de spijs. 
« 'k Trek er van deur », zei de kleinen. 

Den eenen zen dood is den anderen zen brood. 

Die op een erfdeel steunt, stcunt op 'ne gebroken sîok. 

Woorden zijn winden, schritten verbinden. 

Die den haver verdient krijgt hem niet, die beloouing ver- 
dicnt krijgt :^e doorgaans niet. 

Zoo gaat het in de wereld, 

Den eenen bescheten en den anderen bepereld, ;iiispeling op 
bet versi'bil van staiiden in de maaiscbappij. 

Loontje konit veur zcii boontje, de gevolgen vaii eene daad doen 
:^icb op. 

Op het cinde van de incrkt, als 't al bescheten uitkotnt, 
icanneer nien er {ieb eindelijk ioe besli/if iets ie behennen of te 
doen. 

Aile scheutcn zijn geen cendvogels, aile onderneniingen lukken 
niet. 

Tusschen ja en neên is er ne groote strijd, als ieder aan ^ijn 
gedaebt blijft is er geen versiaan mogelijh. 

De lijkbidders en de apothekers, 

Die bidden daar ook voor, d'as 
zeker. 

En de koster en de dokter bidden 
daar ook voor, ''•''':'' ^'''^^ '■^'''^'' i^)'^ '^^W' 

En als dezc vier inannen bidden l ''^ f^'ood. 
voor hun brood, I 

Bidden er twec voor de zickcn en 
twee voor de dood. / 



SPREEK- EN ZEGWOORDEN 285 

Volksgeneeskundc, lichaamsgebreken, zicktcn, vooroordeelen, 

bijgcloof, enz. 

Voor de kwà oogen draagt men ringen in d'ooren. 

Tegen de vallende ziekte : 

de man van de mol dood slagen of nijpen en hem dan de 
voorste pootjes afsnijden en deze vrijven in zijn bloed; dan ze 
kruisgewijze naaien op een doekje dat men gedurig op zich draagt. 
Aile jaren te vemieuwen. 

Tegen kinderstuipjes : 

eene jonge duif het g... plukken en dat duwen op de keel of 
het g... van het kind totdat de duif dood is. 

De waterzuchtige wordt dikker of dunder met de nieuwe of 
de voile maan. 

Aïs er iemand 's Zondags sterft, sterven er nog zeven kort 
achtcreen in dezelfde familie, 

Om de roos kunnen af te nemen laat men ne mol in zen 
hand sterven. 

Om pijn in de keel (angine) te genezen, snijdt men eene 
duif open en men legt ze op de keel. Of ook nog een zakske met 
pieren. Als deze er droog afvallen is de ziekte over. 

Om van de koorts bevrijd te zijn, drage men op zich een 
zakske met verkensbeesten. 

Heilig sint Janneke, ] icauiieer meii een tand kicijt 
Geeft mij een tandeke, ( geraaht ; men smijt hem 
Geen van steen, ( iichter deii rug tenvijl men 

Maar een van been. ) een kntisken mciiikt. 

Wanneer bij iemand de lippen zijn uitgeloopen, zegt men dat 
hij of zij ne waal heeft gekust. 

Eene wond likken om ze te genezen. 

De kern van de nokkenoot, is nen nagel waar 0ns Heer meê 
aan het kruis is genageld. 

In godvruchtige huishoudens onderhoudt men nog de ge- 
woonte met het mes een kruis op de platte kant van 't brood te 
maken dat men versch begint. 

De wittc plekskens op de nagelen zijn als zooveel leugens 
die men begaan heeft. 

S*p Maria-Magdalena is nen ongelukkigen dag (22^*'? Juli). Bij 
de Kordewagenaars niet! want dan is het hunnen feestdag en dan 
ieren ze. 



286 



I^IECHELSCHE GEBKUIKEN 



De czel hceft ccn kruis op den rug. omdat hij 0ns Hccr gcvoctd 
hcct't bij zijn blijdc inkomst te Jérusalem. 

Toovt'ihiiirs lof, gezongen, zegt men, in Sint-Jaiis op 24 Juni. 

Heii wit peeid, 's morgcns ontiiioet bij bel uitgaan. voorspelt 
gcluk. 

Ne verschc pceidenslr... 's moigens voor de deur, bij het 
uitgaan gevonden, voorspelt 00k geluk ot" geld. 

Als de rechte hand juikt koint er geld. 

Als de linkcr hand juikt komen rr slagen. 

Als uw linker oor lluit of" de stoof ronkt, wordl cr kwnad 
van u veflelt. 

Als het rcchteroor tluit sprcckt men goed van u. 

Als de neus juikl komt er nieuws. 

Als 't g... juikt is 't een goed boierjaar. 

Zoo stijf als nen otter. 



Karaktcrschctscn, gocdc en slechtc hocdanighcdcn, 
tocstandcn, cnz. 

(Oppervlakkig en stil. Inschikkelijk, vreedzaam. Welvaart 
en wclstand. Gelatcn 00k zwak. Onverschillig) 

Hij zct er den boer met zen g... tcgen, t aaii cilles oiivcr- 

Daar op gesch... en 't mest verkocht. S scbillig {ijii. 

Ge moet dat wat in 't huisken doen, iiiSibikkelijk ur^fii, pro- 
fijtelijk aanlt'goe;! : men noemt huisken de naald van de weegschaal. 

Hij slaapt (of ligt) er gclijk de muizen in 't meel, riisfig en wel 

Buiksken vol, heileken rust, oved vev^adigd en icel tevveden. 

Ruzie doet geen zeer, slagen duurt nie 
lang en schreeuwen is kindergezang, 

't Is ne zochte gezouten, 

Hij is goed in God en eet geerne vlaaien, 

God schept den dag en hij gaat er door. 

Hij leeft gelijk (jod in Frankrijk. 

Lcven gelijk God op den kouter. 

in tijd van nood eet men keusten van 
pasteiën 

Den tijd nemen gelijk hij komt. 

Klinkt het niet. zoo botst het toch. 

Op goed valle het uit. 

Gods water over Gods dijk laten loopen. 



onversfhilligheid. 



SPREEK- EN ZEGWOORDEN 287 

Hij maakt zich nie dik, )iiet kwaad nmken; ^ich in nieis storeii. 

't Niet aan zen hert laten komen, o}iverschillig blijven. 

Hij zal zen oogen nog met zout (of ziitig) water wasschen, 
:i'U}ak tegenover kinderen of onderhoorigen . 

Hij geeft de pijp aan Merten, lalen varcu, van af^irii, oiiver- 
schillig uwdcji. 

Hij speelt den boer in de klucht, onverscbillig, lafcii dût nien 
van niets weet om ;ôô van een ander zcat te vernemen. 

levers geene graten in vinden, geen kwaad iniieu. 

Hij veêgt er zen broek aan, onverscbillig. 

Hij kan lijden dat de zon in 't water schijnt, verdraag- 
^aambeid. 

Onthouden van twaaif" uren tôt hoog nocn. lirbt van ont- 
bon den. 



Lui, traag — lang verwijlen 

't Is ne gooie om de dood 't halen, iceinig baastig. 

Langzamcrhand gelijk de boeren wakker wordcn. 

Tijd genoeg laat koren in 't veld. 

Vuil en vies, lekker en lui en geerne frui (fraai). 

Hij paleêrt ze, i 

Hij hangt er wat aan, S I^J'>g^^i'adig. 

't Pijitje met den langen steert trekken, langdradig, langdnrig. 

Werken is zalig, zei het beggijntje, maar ze deed hct nie 
geerne. 

Er is lijm of pek aan den grond, of" aan den stoel. levers niet 
weg geraken. 

't Is een plekpiaaster, blijven {itten. 

Hij telt de steenen, traag. 

Na de koffie kluintjes geven, te laat. 

't Is ne leminelul, traag, 

t Gaat vooruit gelijk de rijpe gerst. traag;aani. 
t Plafond van den Hemel witten, / 

De vaart op flesschen trekken, ^ '"' ^'^"• 

Staan schilderen, zcaebten, verunjlen. 

Hij is te lui dat he ziet. 

Liever lui als mûg. 

Lui menschen zijn gauw gezeten. 

Lui zweet is gauw gereed. 



288 MECHELSCHE GEBRUIKEN 



Tcgcn dcn nvond en tcgen de nocn, bcginnen de luiaards wat 
te docn. 

Hij is verdronkcn op ne windineulcn, laiig vemijlen, weg- 
hlijxrn, uitblijveti. 



Onhandig,onzeker, lichtgeloovig, zorgeloos, klein, nietig, 
onwetend, ailes in eenen slcchten zin genomen. 

Kortzinnjg of zinneloos; telcurstelling, schade lijden. 

't Is maar ne sch... in een flesch, hleiii, iiictig. 

't Is nen bluts tegen nen buil. l 

't Is 'n luit uit 'n glas. ' S x^"'^''^' ^"'/''''-• 

't Is 'n handsvod die er wat af doet \ klciu, iiictig, couder be- 

't Sop is de koolen nie weerdt. ) lang. 

Hij is om zeep, verloreu, reddcloos. 

Veur 'nen appel en 'n ei zou z'het verklctscn. icis voor eenc 
uietighcid docii niisliihkcii. 

Nen aap op n stoksken. / 

Str... op 'n stoksken. \ i'""^''>' ^^^t»Maug. 

Loopen gelijk 'n zot kieken. gelijk 'n kieken zonder kop, 
lichtiinnig. 

't Is 'ne wiche-weuze. Wies-u'a, bijnaam van de kievit die 
zijnen nest hangt aan drij rieten. De wind wicgeld gestadig met den 
nest: van daar den bijnaam. Bij drooge zomers hangt de nest hoog; 
bij nen nattcn hangt hij leêg. 

't Is 'ne wulle water, :;eltde beteekenis. 

Hij scheurt er zen bioek aan, schade door iijdnt. 

Van de brug in 't water vallen, luisUikken. 

Hct (huis) blijft aan zen brock, het blijft hem voor rchciiing; 
wordt het mcest gezegd bij de veiling van onroerende goederen, 
wanncer iemand opbod doet om er profljt uit te trekken, ne « ver- 
dicrenpikker » die zich te ver waagt en zoo van iets tegen wil en 
dank eigenaar wordt. 

Slaat over, zei mecster Mol!, 't is latijn, iets nid hennen, 
on-d'eteiid ^ijn: zinspcling op "nen ouden Mechelsche schoolmeestcr, 
dien men nog al dikwijls met vragcn in t nauw bracht. 

En de rcst was in 't fransch, hct ovcrigc is Tci\zccgcii. 

Iets op den balk schrijven, eene rekening of iets dergelijks, 
;^eker :^ijn dat moi uict :^al vergoed -dvrdeii. 



SPREEK- EN ZEGWOORDEN 289 



't Is gesch... \ 

Het spel is naar de kl... j 

lemand kl... f ieleurstelling, schade 

lemand bij de grenadiers, of op 1 doeii, cn^. 
stoopen trekken, \ 

Dat is maar kl,..teiTianswinkel. | 
Hij iieeft er blauwe schenen geloopen, teleiirstelling. 
Hij is er met rôo kaken van afgekomen, met beschaamdbeid, 
•Van de hand Gods geslagen, verslagen staaii. 
Met zenen mond vol tanden staan, niets kinincn {eggen. 
Lap schieten, bosman zijn, teleiirstelling in spel ofprijskamp; 
onverriihter lake terugkomen . 

Hij zit in nesten, moeilijhheden. 
Hij zit met een ei in zijn g... \ 
Hij zit dik. schrik. 

Hij zit met de poepers. ) 

Zoo stom als een kieken, niet slini. 
Zoo stom als ne visch, niets {eggeii. 
Zoo zwart als ne potafer (pot en fer). 
Hij heeft str... aan zijn handen. ) 
Hij heeft in zijn handen gesch... \ onhandig. 
Hij heeft str... in zijn oogen, niets hemerkeu. 
Hij komt van Lokeren, hij zveet van niets, vvordt ook gezegd 
van ne man die nen breeden hemdsband om dcn hais heeft. 

't Is 'n hondsvot, een {orgeloOye. 

't Is 'n annekont, ) 

't Is nen anneklaas, \ '^''"'' o"behend,g. 

Er zijn veel sterren in de lucht en er zijn ook vcel annekonten 
in de wereld. 

Hij is zoo slim als 't peerd van Christus, , 

Ze schoten al met 't kanon als hij op de wereldk wain, ; stom. 

Hij heeft 't poeiër nie uitgevonden, 

't Is ne kakkeman, ) 

•t Is ne voddevent, \ onbehendtg. 

't is een ouw doos, onde vroinc, een weinig kindscb. 

't Is ne snul, onnoo:{^ele man. 

't Is 'n tut, weinig ver stand, niet slim. 

Hij weet noch van toeten noch blazen, onweiend. 

Hij heeft ne slag van den molen gekregen, gebrek aan verstand. 

Hij heeft ne slag van den hamer gekregen, gebrek aan verstand, 
:{inneloos, ^^inspeling op den hamer van den god Tbor. 



290 MECHELSCHE GEBRUIKEN 



lomaïui docn gcloovcn dat Juzckcn op nen appeleer zit, iemanci 
ifts ii'ijs nhi/u'ii. 

Icmand voor den pecrelaar hoiidcn. 

lemand om den tuin leidcn. 

Hij is door nen ezel over 'n ondcrdcur gesch..., sïoni, gebrek 
iiijfi vt'rstiiiui. 

Hij hccl't gccn haar in zen boter, girjn' middelen, itoch naar 
f^i'est, iiOih iiaar licbaam. 

Klein garen, klein werk, klt'iiw niiddelcii, niiis dorhnatig. 

Ne wijdc steek goed gelegd, 't is een hondsvot die er wat op 
zegt, ^orireloos, iifgi'stoinpd zverh. 

Hij zit op ne schipstoel, oiiic/wr, iiifi bestendig. 

't Is tusschen 't hangen en 't wurgen, ivi^eker. 

't Cieel is noeh nie van achtcr zen \ 
ooren. / 

•t Geel is noch nie van zen g... gdm'h aan ondnvinding. 

Hij is nog nat achter vxn ooren. ' 
Op de vod bijten, tdciirgcsteld ;ijii. 
Hij heeft zich laten in de kleêren steken, laten bedriegen. 
Dat is hem onder de neus geveêgd, telcurstelliiig, Diisloopeu. 
Hij heeft ze zicn vliegen, icleiirgesield. 
Hij springt er ovei , ielcursiiiling. 
Van zen gezicht staan, renvoiiderd . leh'urgesteJd. 
Hij maakt 'nen bessem (of 'n roei) \ 
voor zen eigen g... | ^/,-/, ^--^/^,^^, ^.^j^ade berok- 

Hij slaagt zen eigen ruiten in. / keiieii. 

Hij lapt zich in de pot. ] 

Hij is geschoren zonder zeep. ^ 
Hij springt bareel. j' tclfiirsielling. 



Wijsheid, verstand, vast van karakter, behendig, slim, 
verstandhouding, eigenbewustzijn, zelfhandeling, 
overdrijven, waarheid. 

Hij klapt gelijk nen boek met zilveren sloten, met vcel verstand. 

Twee boeren kennen 'n musch en drij ne geêlaard, goede 
verstandhouding. 

Geen kat in 'ne zak koopen, //// {/y;/ oogen {ieii, ;ich niet laten 
bedriegen. 



SPREEK- EN ZEGWOORDEN 29 1 



Hij is oud en groot geiioeg om te wctcn vvat hij docn en hitcn 
moet, ivordt vaii icin.ind ge^ygd dit' trii sloUc itur gct'ii ifoedeii raad 
)ueer icil liiistereu. 

Hij hecft er de zekerheid vaii aan ze:": hjm;!ip hangen, 
spottender wij^e ge^egd van iemand die iets staandc bjitdf. 

Voet bij stek houden, aanhoiiden. 

Hij is zoo stoin nict aïs dat zen mutsken stnat. 

Maakt dat aan de ganzen wijs 

Hij laat zich gcene blauwc blocm- / 
kens op de mouw spcten nid luhigeloovig, 

Hij laut zicin gcene beêlckcns op i 
de mouw speten ; 

Hij doet er nen bol bij, oirrdrijven. 

Hij heeft er een handjc van weg, bd\)iJig. 

Hij heeft letterm geeetcn, vrisiaiidig. 



Hij heett veuss:sljêrten geeetcn j 
Hij heeft ze geëeten ( 

Hij heeft er binnen met stjêrten ( 



sliiii. 



Hij heeft er binnen 

Hij zit met slcnders. sliiii, in shubL'ii {///• 

Daar steekt kruim in. diiitrydain, zrrsi.iiidig. 

'k Heb 't in 't snuitje, ieis vooi\ieit. 

Aileen stelen en aileen hangen. 

't Lag in mijn leè, ■voorgei-ot'l. 

Hij peist dat hij 'nen haas afgeschoten heeft, dat hij iets slini 
verricbf of ge^egd beeft. 

Hij is fijn van haar, slini uilgcslapeii. 

Dat veêgt den boom \ ontegeuspyeln'lijke icaar- 

Dat veêgt zijn g... zonder papier ^ heid. 

Iemand den baard afdoen. ) 

Iemand dicht nemen, \ '^'""""' ^^^'" '"' ""^"'- 

Zen schaapkens staan in 't droog. uelstand. 

Op zen korentcn leven, {oiider icts te doeii. 

Iemand de moien of de weurmen uit de neus halen, iceetgierig. 

't Is ne vos, } 

Laat hem maarlos, \ ■'^^""^ 

Een mes hebben dat langs twee kanten snijdt, verscbillige 
■iciiistgevendc beroepoi . 

Meenen dat men de vogel heet\ afgeschoten, dat meii iets 
slims begaaii beeft. 



292 MECHELSCHE GEBRUIKEN 



Mcenen dat men de vogel bij de kop heeft, dat men slim 
gt'hiiiicli'hi ht't'ft. 

Hij is op aile merktcn thuis \ 

Hij is van aile inerklen weérgc- J 
komen, f 

(îckcnd zijn .uciijk ne slechte peu- ^ slim, beheudig. 
niiik. 

Hij is uitgeslapen. 

Hij is uitgesmcord, 

'k Ben er vijftien voorbij, 

'k Ben van gistercn niet geboren, 

'k Ben onder geen hin gebroeid, 

Ze zullen hem gecn ooren aannoien 
of aanknoopen. 

Hij is doortiokken gelijk ne smoutpot. 

Hij zal zich geene appelen voor citioe- 
nen laten verkoopen. 

Hij zal dcn kaas van zen brood niet laten eten. 

Hij zal hem nog dcn baard afdoen, /.'// ^j/ ecii ander te slim {ijii. 

Hij heeft haar op zen tanden, krachtdadig. 

Ze zal met geen koû hand aan heur g... laten komen, lelfver- 
dediging. 

Hij is op zen tong nie gevallen, welsprekend . 

't Is gedaan met kalotten hij draagt zen haar zelf, hckicciam om 
te handeleii yOiider bitlp van een aiider. 

Hij vliegt met zen eigen vleugelen. 



;//('/ bedrogen leorden. 



Bedriegen, in 't nauw zitten, liegen, versleten zijn, afwij- 
zen, verantwoordelijkheid. 

Hij zit in zen klein schoentjes, /// 7 namc :^iitefi. 
Hij staat met zenen mond vol tanden, niet weien zcat ^eggen. 
Zeep aan den buik strijken, afwijien. 
iemand in de kleêrcn steken, bedriegen. 

Met de ncvelkar opsteken, er van door trekken met haaf en 
goed en :yijne schulden in pand laten. 
l.upt naar de maan, 
Lupt naar den bliksem, 
Lupt naar de weerlicht. ( 'lA'-''/{<'"- 
Lupt naar den duevel, 



SPREEK- EN ZEGWOORDEN 298 

'n Bot bescheed krijgen, afgeweien lœrden. 

Hij is van den tand, 

Hij heeft zenen tijd gehad gelijk 
de suikerpeèkens, \ versleteii, veroiiderd. 

't Is leelijk, zei den uil, en hij be- 
zag zen jong, 

Aaneen hangen met haken en oogen, gedoken, ourccbtyinnig. 

Antoon paleêren en Frederik kl..., iematid te iiaar komeii 
:{onder er schijii van te hebben. 

Hij schiet met spek, liegen. 

Appels voor citroenen verkoopen, bedriegen. 

't Is gebeurd in 't land dat wegwaait, leugeiien vertellen. 

ledere kremer staat veur zen berc, ieder is verantwoordelijk 
voor {ij}'^ dadeii. 

lemand de prang op de neus zetten, diviiigen. 

Blauwe bloemkens verkoopen, ■ 

lemand ooren aannaaien ofaan- / Heoeii. 
knoopen., 

Hij begint zen pluimcn te verliezen, nitd icorden. 

Hij heeft lange vingercn, steleu. 

Aaneen hangen gelijk gekapt strooi, icts oiigerij/nd vertellen, 
dût niet al te ivaar is. 

Van den os op den ezel vallen, /;/ 7 gesprek van 7 eene op 
7 and ère onderwerp vallen. 

Met dubbel krijt schrijven, bedriegen. 

levers met de deur in d'hand ont- 
vangen worden, i 

lemand buiten zwieren, f aficijien of afgezeej^n 

Gij kunt gestoien worden, / icorden. 

lemand het g... van den timmer- 1 
man v^ijzen, / 

lemand bedriegen dat zen oogen loopen of met open oogen, 
terveijl hij er bij staat. 

lemand op stoopen trekken — voor den tuin houdcn, belache- 
lijk maken. 

Ne kemel schieten, niisdoen. 

Lap schieten, /';/ iets niislnkken : in echten zin : /// de biinden 
schieten van eene schnttersinrichting, naast den doel schieten. 

Iets op z'n hand laten loopen, stelen. 

Hij zal den bot schudden, verantwoordelijk ;ijn, slecht 
wedervaren. 



294 MECHELSCHE GEBRUIKEN 

Hij is in den aap gclogeert, j 

Hij zal van een kaal reis komen, > slecht wedervaren. 

Hij zal er kaal van af komen, \ 

Hij is in 't g... genepen, in 7 7iau'U) litten. 

Hij zit cr meê in 't g..., hekommcrd. 

Hij zit met de poepcrs, ici. 



Overdrijven, grootspreken, praatziek, enz. 

Razen .ij;elijk n biaas met boketten, eene boket\u'as een gcbal- 
ken sieenr/i rond en bol ;onder glasuiir. bij^onderlijk gebe:{igd om 
tnef eene mil; le sebielen. 

't Is eene raasboket. 

s Avonds zijn 't groote mannen en 's morgens klappen ze 
gelijk nen annen, grootsprekers. 

Zijn bakkcs rijdt per koets, klap^iek. 

Stoeffen en in zen broek sch..., grooispreker. 

Hij is van den spanaard (spanader) gesneden, ^z> bl. 92. 

Hij is op zen tong niet gevallen, rap van long, klapaMig. 

Daar koopt men de wereld nie veur ...met grootsprekerij. 

lets aan t klokzeel hangen, of uitbelien, aan iedereen 
ve r telle n. 

Vodden uitkramen, iets vertellen dal niets beleekent ; onder 
het volk wordt het woord vodden gebruikt voor de maandregelen. 

Hen kloksken hooren iuiden en nie weten waar de klepel 
hangt, vein iets tdappen londer kennisvan ^aken. 

Redeneeren gelijk 'n kcrstekind, fonder vet stand. 

Er maar boven op klappen. 

Er henen slagen gelijk nen blinde naar 'n ei. 



Hoeveerdig, verwaand, koppig, lastig, stijfhoofdig, 
geluksvogel, enz. 

Hij mcent dat keizer Karel'skat zen nicht is, \ 
Al is t al besch... is er noch niks vuil ge- / 
maakt, . ^'''^^ pretentie. 

Veel gescheêr en luttel wol, ) 



SPREEK- EN ZEGWOORDEN 295 



Het zoù al moeten gcschoteld zijn, 

Men zoù 't hem op 'n schoteltje ( ^'^ ^^"^'' S^''"' ^"^^^''' 
moeten fhuis brengen, \ '"^'^"' ^'''^"'- 

Hij wilt verdei" gapen als zijn mond wijd is, 

Hij wilt hooger k...kk.., als zijn g... staat, / 

Hij wilt loopen eer hij kan gaan, verwaand. 

Hij wilt den wagen voor de peerden spannen, 

Hij wilt met zen handen aan de lucht komen. 

Vieze mannen hebben vieze baarden, en 
vieze kleermakers naaien met vies garen, / 

Vieze mannen komt men overal tegen : in \ lastioe meuscheii, 
den winter op 't ijs en in den zomer op 'nen i 
kriekenboom, ] 

leder leeft met zenen zot. 

Als hij iets in zene kop heeft, heeft hij 't niet in zen g..., koppig. 

't Deugt hier niet of te Gheel, overal slecht. 

Dit een anders leêr riemen snijen, yicb tooit'ii met de verdiensteu 
van een ander. 

Hoe grooter geest, hoe grooter beest. 

't is gelijk 't dweerswijf van Muyzen. Hoe was da 
wijf dan? Wel ze verdronk in de Dcel en ze dreêf tegen 
stroom op, 

Geen eene man op 't land, of hij heeft ne wolven- i 
tand. Staat hij niet in zijnen mond, dan staat hij zeker \ 

ir, -ziJr. h 1 



koppig. 



in zijn k... 

't is ne grûne, 

't is ne peesewever, 

't is ne zeevereêr, l ^'^^^'-^ '" ''''''' 

't is ne hertfretter, 

Daar is hij nie veur in de wieg gelegd, 

Hij hangt de jan uit, 

Hij stinkt zeven uren boven de wind, 

't Is 'n groote lanteern met "n klein lichtje, \ hoeveerdig. 

Veel ambras en weinig in de kas, 

Leêge vaten klinken het meest, 

Als niet komt tôt iet, kent iet zenzelven niet, 

't Is ne tlieretluiter, ^ 

't is ne stinker, / 

't is ne kale menheer, , stoeffer. 

't Is 'n flaas, \ 

't Is 'n flauw beês, j 



2g6 MECHELSCHE (xEBRUIKEN 



Hij is goed vcur in ccn glazen kaskcn te zetten, teer, niet te 
ni/u'ii. vrriCihvui. 

t Is naar Mechclschc /in, 'n groot pak met weinig in, grooi 
of {îciiiir in schijii. 

Hij is rap op zijncn tcen gctrapt, {eergevoelig in nadeeligcn ^iu. 

Nog veur gCLMi vijtïiankcn, ^ 

Nog veur geene hesp, \ ""'^ iciUcn. 

't Is 'n kraam, "t Is ne Icclijken rakkcr, 't Is ne sloeber, slccbt 
ViUi orJrng. 

't is 'ncn lakker. j 

•tls'nc schobcjak, \ "'^'^^^''"A''^- 

't Is 'ncn lavottcr, verkwister, bijyonderlijk weinig spaar^aam 
op kleedere)!. 

Trekt n haar uit zen g... en "t zal ] 
nog klinken. f 

Als hij in zen hand sch... is 't nQg)overmaatvangeluIi. 

'n wafel, ) 

Hij is met zen g... in de boter ] 
gevallen, i 

Hij is met den helm geboren, / '^'^'' ''''oordeel bebben. 

Hij rolt door de wereld, ) 



Bekijven, ruzie, geschil, rumoer, slechte verstand- 
houdifig, slagen, rekening vragen. 

Nen hond zal er geen brood van willen, om van eene hevisie ruzie 
of uitsehelding te spreken. 

't Is ruzie in 't ambacht, gekijf ondereen. 

'n Leven maken gelijk in 't laatste oordeel, groot rumoer. 

Ze verstaan malkanderen gelijk kat en hond, 

Ze zouden elkaàr in 't haar vliegen, i 

Ze zouden malkanderen van liefde "t hert in 1 "^'iji-i'hischap. 
stampen, 

Hij zal er gestaan hebben met zen zweet- 
voeten, ( 

Hij zal in zen h... krijgen, '> ^^'& krijgen. 

De roei zal in de pis liggen, \ 

Icmand 'n mert geven, slagen. 

lemand 'n pert bakken, iemand uit lacblust scbade berokken. 



ken, 



SPREEK- EN ZEGWOORDEN 2g7 

'n Eike met iemand te pellen hebben, rekeniiig vragen, 

Pen en ink schreeuwen, klagen. 

Hij zal er 'n k..t (nen annen) van kwee- ] 

Hij zal er n pijp van smoren, ) '^'^'''% zvedervaren. 

Hij zal er gestaan hebben, ) 

Hij kreeg zen bakkes vol, ruyie. 



't Zal van geen strooi zijn, \ 
't Zal van geen klein bier , 7 - 



'al er niet weinig stuiven. 



zi)n, 



Vechten dat de pluimen stoven. 

Vechten gelijk d'hancn. 

Vechten gelijk twee honden voor 'n been, 

Hij zal van 'n kaal reis komen, met schade van af komeii. 

Er met vuile voeten doorgaan, brutale tusschenkomsl door de 
omstandigheden genoodiaakt. 

Foert, iveg. 

Trek op \ 

Rijdt op \ ê^^''^ ^^"• 

Iemand door de mand trekken, voor deii :{ot hoiideft. 

Hij heeft zenen kassaart gekregen, i 

Hij is met geêl papieren van den trap | teleurgesteld. 
gekomen, ) 

't Zal "n harde noot om kraken zijn, met veel moeilijkheid 
gepaard. 

Hij heeft t'er moeten hooren, j 

Hij kreeg 't op zen brood. / 

c j 4- • f • I • verix'iit. 

En dat in uwe café! i ^ 

Hij kreeg 't op zen nuchter maag, ' 

Het zal er stinken — opzitten — stuiven — rooken, n/^/V ^//«. 

Malkander in 't haar zitten, r//^/> maken. 

Hij heeft in zen rapen gesch..., hij heeft îjch ne vijand gemaakt. 

Hij krijgt op zen broek, ru lie. 

Hij krijgt troef, slagen. 

Iemand wat meê geven — over de rek halen — zen zalighcid 
geven — een koUeken passen — met zenen neus in de str... duwen, 
met de ooren trekken — de neus tusschen twee ooren zetten — iets 
tusschen vier oogen zeggen, r«^/> geven. 

Iemand met n scheêl 00g bezien, vijandig be:{ien. 

Iemand 'n manneke minder maken, dooden. 

Iemand in den neus bijten, beschimpen , toebijten. 



298 MECHELSCHE GEBRUIKEN 

Icmand van 't zclve lakcn 'n broek gcvcn, icts aan eeii ander 
Jotii zciit iit\i' iiiiii II gcdaau hccft. 

De kat gaat de koord op, ///{/> krijgen. 

lemand tocbijtcn gelijk 'nen schepershond — ncn raastigen 
hoiid. 'n raastigc kat, bot aansprcheii. 

Icmand /en bocksken uiteendoen, y/irgrii zctit dat hij geddan 
l.hr/l. 

lemand naar zen conscicntie tasten. brrisprn, bckijven. 

Hoor en dul worden, half linneloos door lawvai. 



Gierighoid, matigheid, spaarzaamheid, geldgebrek. 

Hij zit op z'n tesch, gierig. 

De schappraai hangt er hoog, 

[)e dienstboden zouden er geene maag ) 
mogen hebben, \ ic kort aan voedsel. 

De muizen liggcn erdood vôor de schap- 
praai, 

Waar de verkens dik loopen is de spùiing dun. 

Hij kan er op de vot bijten. 

De gierigheid bedriegt de wijsheid. 

Bescheten profijt. 

Ne solverstek in vier en 'n 
glas bier in eene keer uit, 

Het profijt in 'n hondsnest J profijt ;^ockcn in kleinigheden. 
zoeken, 

Zoeken waar 't nie verlo- 
ren is, 

Peizcn dat 't geld op icmands rug wast, gcdiirig vragen uaar 
gcld. 

't Is naar Antwerpsche zin, ne groote pot met weinig in, 
scbaarsch, icriiiig. 

't Is maar 'n Mechelschc reis, 

't Is maar 'n becnhouwersreis, 

Wordt gCyCgd icanucer men uriiiig of niets bekomt vonr aile de 
mocitc die nicn ^ich voor icts gegeven heeft. Het eerste wordt het meest 
gebruikt icaïuieer moi iiit stad gegaaii is om eene erfenis te deelen, 
en dat de bekoniene paart de moeite niet icaard was dat men ^ieh 
verplaatste. Het tu-eede ;inspeelt op de beenhouivers, die naar den 



SPREEK- EN ZEGWOORDEN 29g 

buiten gaan heesten koopen, en soms :^ooveel als onverrichter ^ake terug 
komen. 

Er liggen papieren balken, een huis is belast. 

'i Is 'nen êtenteller, gierigaard. 



Onstandvastig, onzeker, twijfelachtig, te vergeefs. 

Als g'het mê krijt op tafel schrijft dan kan ik het met de 
kaken van mijn g... opnemen, van iets onzeker ^ijn. 

Als Paschen op ne goeie Vrijdag valt, ^al nooit gebeuren. 

'k Wou dat ik 't zag, zé den blinde, dat mijne ^ 
kinderen dansten, ( •• 

't Is veêr gekomen, zé den blinde, 'n peerd / twtjfelachhg. 
onder ne preêkstoel, 1 

Daar liggen geene balken onder, onzeker. 

Tusschen ja en neen is er ne langen strijd, daarom zal ik 
zwijgen, te vergeefs tôt akkoord geraken. 

Meêgaan met de wagen van Jan blijft thuis, thiiis blijven. 
wordt ge^egd aan kinderen die altijd ouders of andere prangen ont ^e 
te vergeiellen. 

Noch visch, noch vleesch, noch 7 een noch 7 ander. 

Er is nog 'n ditje en 'n datje tusschen, nog niet gansch ^eher. 

't Is al boter aan de galg gesmeert, \ 

't Is al boter tegen den balk gekletst, f 

Er is geene zalf aan te strijken, J vergeefsche moeite. 

't Is een plaaster op een houten been, ) 

Dat kunt ge aan den balk schrijven, ^j/ niet gebeuren. 



Gelijkenis, verstandhouding 

Hij is van 't zelve sop overgoten. 

't Is aarke naar 't vaarke. 

Hij heeft den aard naar geen vreemden. 

De pijl blijft bij den boog. 

Vôôr gedaan is naar geleerd, 

't Wilt al muizen dat van katten komt. 

Zoo d'ouwkens zongen piepen de jongen. 

Ze zen op eene leest geschoeid. 



3oO MECHELSCHE GEBRUIKEN 



Ze zen op ccncn kam geschorcn. 

t Zen vicr handcn op ecnen buik. 

Soort zockt sooit, zê den duvcL en hij paktc de meulder 
bij dcn kop. 

Hlkc vogcl zingt zooals hij gebckt is. 

Zc zicn door ccn gat. 

Ze sch... dooi een gat. 

't Staat hem gclijk 'n tang op n vcrkcn. niisplaaisi. 

't Is sans naar 't kommeke. 

't Is koekock eenc zang, ;iiispdinir op de ;aiig vaii dicn rogel 
Jir iiltijd bc't{fhr grvolg van notcii iiitgalmt. 

Aan een zeel trckkcn, verstandhotiding. 

Ondcr ons, zei Bou nions, en hij sioeg zijn wijf af, ondereen 
afzcerkcu, bciijen, eii{., {(vider tiisschoikomst vau andcreu. 

Da's niks, Betteke, 't zal onzen toer ook eens worden! Een 
gemiamde Bitshens, 'tien gehabifiteerde van koopdagen, placbi dit aan 
{ijnc vroirw te ^eggen, zvanneer er hiin icat veel onder den neus gevaagd 
urrd. IVordi doorgaans ge^egd om ieiiiand verdit Idigbeid aan tepreken. 



Stoffelijk of zedelijk gevaar, verlies 

In de keers vliegcn, {ieb in 7 veiderf storten, naar aanleiding 
van de vlieg of ander soortgelijk gevJeugeJd dier dat door bet licbt 
îcordt aangetrokken en er in verbrand. l^roeger leas de keers algemeen 
gebniikt aïs verliebtingsniiddel. 

Hij zal wel eens in de keers vliegen, id. 

Hij zal er van zen pluimen bij laten, verlies. 

Men leert niet als met schâ of met schand. 



Ziekte, lichamelijke gebreken, enz. 

Hij is naar 't picrenland, dood. 

't Is maar 'n ruit uit 'n glas, /'//' ieniands dood, leanneer er nie 
niand iets aan verlies t. 

Hr uitzien gelijk het heilig jcêr (aarde), bleek. 
Wcêr korcnhcrt zijn, teriig ge;ond . 
Hij hangl de manken annen uit, ^/V/.' of onpasseJi'h- 
l)e roei is van 't g..., genej^en :{ijn. 



SPREEK- EN ZEGWOORDEN 3oi 



Hij is te leelijk veut" dood te doen. 

Hij is te leelijk veur helpen te donderen. 

lemand de dood aanjagen, schrik aandoeu. 

Hij heeft een gezicht gelijk 'nen koekenbak — 'n elf uren lijk, 
bleek lijn. 

In een nattcn poel is 't haast gère- 1 
gend, ( 

Hij heeft nie veul op zen kar te j "^^'^ ^''"' '^^^^' liehelijk. 
zetten, ] 

In de lapmand zijn, :{iek. 



Vleien, bevallen, lieveling zijn, uitverkorene, geveinsd. 

Hij is er 't vingerke neust den duim, , 

Hij kan geen kwaad in zen oogen doen, J 

Bij iemand op den oven liggen, r 

't Is katje naar de maan, lieveling. 

(Men zegt algemeen dat de beste katten i 
met de nieuw maan geboren worden) | 

Hij ligt er in de bovenste schuif, / 

lemand in 't g... kruipen, vleieii. 

Bij iemand zen boontjes op de wijk 
zetten, \ 

Bij iemand zen sloef zetten, ' ^^'^^^'^" "^ de goeie gratte 

Bij iemand de witte voeten spelen, i "'''^^ lemaud testaan. 

Bij iemand schoon stcen spelen, ) 

Ge zoudt hem ons Heer geven zonder biechten, geveinsd 
van aard. 



Vinnig, werkzaam 

Het nie hebben onder de merkt, niet fonder moeite. 
Veur vijf oorden jet voort geven, lich baasten. 
Op den tijd dat den duvel zen ooren geschud heeft, kort- 
siondig. 

Hij is de gaten uit, iveggeloopen. 

't Heeft wat aan, 7 kost moeite. 

Hij loopt de beenen uit zen gat, haastig. 

Met zeven haasten, onmiddellijk. 



302 MECHELSCHE GEBRUIKEN 



Hij gecft van de bcencn — katoen. Hij is ribedebie — de plaat 
gcpoctst — gaan vlicgcn — opgcstokcn, haastig verduruen. 

Hij spcclt schampavic. scbaïup jf hier (in den ^ak iviJiende) 
roovefi, stelen. 

Hij hectt kwik in zen beencn, /;// han iiict s fil siaan. 

Mon kan de wagen nie vcur de '\ 
peerden spannen. r 

Mcn kan nie iuiden en met de niet te haasUg te werkgaan. 

processie gaan, ) 

Hoofd over gat wcrken, zvcrken ;onder om:(ien, yOiider adeni 
te Siheppen. 



Gulzig, gretig, verkwisten. Bevallen 

Boonen bij kant als 't u belicft, niet te giilyig {ifn, ivat voor een 
audcr latoi. 

De weelde steekt. iiiisbii/i/; niahcii van icelstand. 

Naar iets gccloogen, } 

Dat steekt zen oogen uit, \ ^^^^''''^"• 

't Is naar zenen tand, bevallen. 

't Is iets voor zenen hollen tand, gamc verkivist of verdivenen. 

Hij heeft non hollen tand, \ 

Hij heeft ne wolventand, ^ ë"K^ë' 

Met 't fluitje gewonnen, met 't trommeltje ver- j 
teerd, / verkicisien. 

Hij laat ze bollen, of rollen. ) 

Naar iets zen noten op de wijk leggen, naar iets begeren. 

lemand in 't zak vreten, op iemands kap of beitrs leven. 

Hij zal wel zorgen dat hij er zenen oost opdoet, rnimschoots 
{orgen voor yicb^elvcn. 

Leder snijden uit een andermans vel, gebniik maken van een 
andermans verdiensten. 

Met zen eigcn vet gesmeerd worden, met ^iju eigen geld betaali 
of vergast icorden. 

Zenen buik per kocts met twee ) 
peerden laten rijdcn, ' ^.''^' ^oed docn aan eten 

levers de voeten onder tafel zetten, \ ^"^ dnnken. 

Met een andermans centen schoon weêr spelen. 



SPREEK- EN ZEGWOORDEN 3o3 



Tegenslag 

Hij rolt den berg af, ten orider gaan. 

Veel zwarten sneeuw zien vliegen, veel tegenslag. 

't Zal niet heutten, niei liikken, niets gekort. 



AUerlei 

lemand kennen van haar noch pluim. 

Zoo dun als pompwater. 

Zoo oud als de straat. 

Zoo arm als 'n luis. 

Zoo arm als Job. 

Zoo dood als ne pier. 

Zoo nat als mest. 

Zoo zot aïs "n musch. 

Zoo hard als sinte Nikiaas zen knie. 

Zoo klaar als twee druppelen water. 

Zoo vrij als 'n luis op ne kam, omfhankelijk. 

Zoo bloot als ne pier, ) 

Nen blooten flikker, \ '"''^^'^• 

Zoo stijf aïs nen otter, 

Is 't kruintje geschoren, dan is 't wijntje geboren. 

Als de pastoors ophouden van vragen en wij van klagen, dan 
vergaat de wercid. 

Ge kunt zien aan 't strooisel welke processie uitgaat, aan de 
gevolgeii kent men de oor:{aak. (Zie hiervoren blad. 80). 

Zien wat dat er geslagen is, overtuigd {ijn, beicust {ijii. 

Zwijgen gelijk 'n graf. 

Dat ziet ge van hier ! denkf ge daar aan! 

Aïs hij u beslecht of als hij u slecht, ^7/5 /;/; niv karahter had. 

't Is gelijk boter, nialsch. 

't Is gelijk klokspijs, goed. deugdelijh. 

"k Zien er geen g... deur, onoplosbaar, yOnder itithomst. 

k Zal er een spel voor speten, beletten. 

Achteruit gaan gelijk de zeeldraaiers. 

Half acht is d'uur daar ik naar wacht, zei het beggijntje, en ze 
liep het hof af. 

Er zijn laiten aan 't huis : 



304 MECHELSCHE GEBRUIKEN 

Gchcimhoiiding, nicts te wctcn. Vroeger jaren, ten 
tijde van de pest, en wanneer er iemand van de ziekte 
stierf, gingen de Cellebroeders en de Zwerte zusters 
het bcsmette huis kuisschen en reinigen. Deze perso- 
ncn moestcn dan natuurlijk buiten het kloDster blij- 
ven. Wanneer het huis gereinigd was, werden er op 
de ingangen latten geslagen, soms kruisgewijze over de 
deur, om dcn ingang te beletten en tevens de voorbij- 
gangers te waarschuwen om die plaats te vermijden. Van 
daar ook, often minste met hetzelfde inzicht, laat men 
een houten kruis, gevormd door twec overeengeslagen 
ruwe latten, aan eene koord en van 't dak van t'huis neêr 
hangen, wanneer men daarop aan 't werken is ; of aan 
stellingen geplaatst vôôr in opbouwzijnde huizen, enz., 
dit ailes om die plaatsen als gevaarlijk aan den wandelaar 
aan te duiden. Die uitdrukking wordt dan gebezigd 
wanneer men beteekenen wil dat men te vergeefs over 
het eene of het ander van iemand kan inlichtin<2fen 

o 

bekomen. 



Nu komt het er uit hoe dat Jan aan zen dood gekomcn is. 
eiiidelijk iets vernciucii. 

iemand voor den aap houden, belachelijk mahen. 

De aap komt uit de mouw, yich tooiuni gelijk moi bcstaat. 

Hij slaagt er henen gelijk nen blinde naar 'n ei, iets door 
omivcgen tracbten fc vcniciucii (naar aaulcidiiiir van hci hindcrspcl 
van dieu naam). 

't Verken is deur de neus geboord, op voorband vcnvitligd. 

Den hond heeft gemoeft, ne scb... gelafen. 

Naar Portugal gaan, naar 't g... gaan. 

Lang gedacht, nooit verwacht; lang gezwegen, toch ver- 
kregen, voldoening bekomen. 

Beter in de wijde wereld als in nen hollcn buik. ge^egd van 
ne scb.... 

Waar ne Waal sch... groeit geen gras. 

Nog een die heur mociër bcsch heeft. al spottend ge^^egd 

aan eene aankomende. 



SPREEK- EN 2EGWOORDEN 3o5 



'ne Vîiilc kooper 

Zoo noemde men te Mechelen de kooper van onroe- 
rend goed en die het niet betalen kon. Men zegt heden 
ook : het is hem aan zen been of aan zen brock gebleven. 
Het goed wordt dan opnieuw geveild, en zoo het dan 
aan lageren prijs verkocht wordt, moet hij het verschil 
betalen. 

Dit gebeurde dikwijls tijdens de Fransche omwen- 
teling, bij het verkoopen der kloostergoederen, die dan 
opnieuw voorgesteld werden : pour fol /es enchères. 

iii verkoopiiigeu het aanbod opjageii :^ou- 
der in:{icht van te ivilleii koopen, en 

Ne strooie vent ' allceii oui bel verschil in geld op te 

Ne verdierenpikker. i strijkeu. Siiids eenigen tijd is het ver- 
\ diereii ^etteii met diisdaiiig gevolg 
' te Mechelen afgeschaft. 

'n Huis koopen met den sleutel op de deur, icaLir niets in 
ontbreekt. 

Als 't levers brand, zijn er drij sooitcn van menschen : 
gapers, helpers en dieven. 

Hij zou Christus van 't kruis bidden, 

Ne lijkbidder, . x-.v/ /„ de kerk tehuis. 

Ne pileerbijter, ' 

Heilige vaten met verdoemde reêpen, kur^el of kice^elacir. 

Als 't spek af is, hangt de vlsch, .^inspeling op den vasien. 

Bloknobelen, klein volk, gepeupel. 

't is maar pinnekendun, het is er maar arm, 

't Zen bloemen zonder reuk, schoon in d'oog. 

Komt maar blnnen, mljnheer Peetcrs, van {ijnen toestand of 
rang misbruik maken om stojfelijke voordeelen te genieten. Zinspeling 
op een openbaar ambtenaar onder de Fransche overheersching die ^^ich 
schaamteloos aangeslagen vooricerpen toeeigoide. 

Lupt naar den drljplkkel, verwensching. 

D'harmonie van Lier Is daar, eene kudde schapen. 

Ne plllekensdraaler, apotheker. 

Het veuntje naar de wind draalcn, ^^icb gedragen volgens de 
omstandigheden. 



3o6 MECIIELSCHE GEBRUIKEN 



Hcn slot op den mond hebben, stilîKijgen. 

Gcklecd gelijk eenc van de gui, de spraak ff'uig certijds dat 
degrHc-ii i.rlfit' bci l'crsi ihi/i de kerkdeitr kicamen om de guide mi s te 
hœren ne guide hregeii. Hei learen gezeoonlijh geeiie ivelhebbende of 
goedge/deede die dit tiaehteu te bekomen ; raii daar het yegwoord. 

Die van de gui zen daar, bedelcuirs. 

Zij is gekieed gelijk madame van 't rad, de fortiiin op 7 idd 
van avant uren. die daar iceinig gekieed op voorkomt. 

Op zene vrijdag gaan, bedelen : de yrijdag is daarvocr gesteld 
te Met bel en. 

De nage! op de kop slaan, de icaarheid raden. 

lemand den pennink jonnen, {//// brood laien verdienen. 

't Rolt op wieltjes, gemakk''lljk aan. 

Dit de lucht vallen, van niets iceten. 

't Staat op zen pooten, /';/ regel. 

Hij heeft zijn proccssiejas aan, goed gekieed. 

'n Kal in den donker vangen, ietsdoen fonder dat iemand het :{iet. 

'n Kat in den zak koopen, iets doen fonder goed te weten leat 
m en doet. 

Veur iemand dcur n vier loopen, {/W; voor iemand ten beste 
geveu. 

Met de kiekens slapcn gaan, vroeg. 

Ncn uil vangen, 'n uiltje vangen, slapen. 

Zwijg luizeknikker! nian van niets.' 

Iemand in de doos steken — buiten Koeipoort zctten — naar 
het pensionnaat — naar zen buitengoed zenden, gevan^en ^etten. 

Loopen met God en klein Machieltje, met iedereen omgaan. 

\n zijn Icêr schieten, betalen. 
t 7x't geen bloed, gaat niet vooririt. 



Ziedaar dan wat het ons gelukt is, betreffende 
Mechelsche gebruiken, spreek- en zegvvoorden te ver- 
zamelen en aan te teekenen. 

Het grootste gedeelte daaivan vraagt geen ver- 
deren uitleg daar het figuurlijke genoegzaam door zich 
zelven spreekt. In het andere komt het niet zelden vôôr 
dat de aangehaalde veigelijkenis niets zegt, en alleen 
ingeroepen wordt omdat het te gebruiken woord op het 



SPREEK- EN ZEGWOORDEN 3o7 

andere rijmt. Eindelijk zijn er uitdrukkingen, weinig in 
getal, die misschien zouden winnen aan eene min of 
meer ontwikkelde verklaring. 

Voorzeker zou er eene vergelijkende studie kunnen 
gedaan worden, met| elders gelijksoortige bestaande 
uitdrukkingen. Wij zelven, of misschien beter anderen, 
zuUen daar wel cens de gelegenheid toe vinden, of zich 
eens geneigd gevoelen, van deze opname gebruik te 
maken, om de ntamelijk rijken inhoud ervan te benutti- 
gen, te bewerken en te kneden tôt een meer filosophisch 
geheel. 



Bijlagen 

Kapellekenskermiz (zie bl. 35) 

De Zondag volgende op den feestdag van O.-L.-V. 
Boodschap, v/anneer dien feestdag niet in de Goede week 
valt, is het Kapellekenskermis. Desgevalle wordt deze 
kermis uitgesteld tôt 's Zondags na Beloken Paschen. 

Zoo men zich een gedacht vormen wil van het 
uiterlijke, het kenmerk van deze kermis, die bij het 
Mechelsche volk zoo in hooge gunst staat, verbeelde 
men zich eene felle drukte reeds van korts na den 
middag en wanneer het weer meê valt, wat heden- 
daags slechts zelden het geval is, wandelaars met 
hoopen, gansche huisgezinnen, ouders en kinderen, en 
jonge lui in meerderheid. Immers wie zou kunnen onge- 
voelig blijven aan de eerste schoone lentedagen ? En wie 
neemt niet graag 'nen zonnigen dag te baat om een paar 
genoegelijke uren in het opkomende lentegroen door te 
brengen ? 

« Is het weêr dan met den kermis » dan krioelt 
het, het woord is niet misplaatst, van Neckerspoel af, 
van « La Bergère », voorbij « 't Nieuwhuis », « 't Slijk- 



3o8 MECHELSCHE GEBRUIKEN 

bosch », « 't Kruisken », « 't Schrans », den bareel en 
verder den steenweg op. In aile herbergen wordt er 
menii^e smakelijkc pint Mechelschen bruinen gepakt, of 
in sommige of ook onder tenten ne ferme flikker afgelegd. 

De keel wordt dan, meer dan noodig is, versch ge- 
houden, doch de maag verliest er niets bij en krijgt ook 
haar aandeel in den kermiskost. 

Kremers, doch meest vlaaienverkoopers, maken er 
uitstekende zaken. Niet zonder moeite wel is waar, want 
zc schreeuwen zich de kecl uit oin den wandelaar 'ne 
klinkende a wie speelt er meê naar de vlaaien » toe te 
roepen. En dan rollen de teerlingen, en de speler volgt 
ze met angstigen blik, wanneer hij er vijf centen op 
Gfewaasfd hceft om ecn pakske liersche vlaaien te winnen. 
Gewone mechelsche vlaaien (taartjes met strepen in 
pastei) verkoopt men er ook, doch de eerste worden wijd 
uit boven de andere verkozen. iVIachtig veel volk stroomt 
er dan met Kapellekenskermis, allerbeste nering maken 
er herbergen 't spel en dans, en vlaaienverkoopers doch 
op 't laat van den dag ontstaan er bras- en vechtpar- 
tijen. Zoo kan men zich doorgaans Kapellekenskermis 
voorstellen en zoo ook kenncn hem de Mechelaren van 
over jaren. 

Doch daarbij bepaalt het zich niet, of beter gezegd 
de kermis zelf ontstond door het vieren van den feestdag 
en het doen eener begankenis naar een kapelleken daar- 
voor opgericht. 

Een tweehonderdtal meters over de Vrouwvliet, 
maakt de steenweg 'nen grooten bocht of kromming, 
en dan wat verder, gekomen aan twee reusachtige 
en statige lindenboomen, aan « De Kroon », splitst 
zich de weg in twee. ]3e kassei voert naar Sinte- 
Cathelijne-Waver ; 'ne breeden aardweg leid naar het 
kapelleke van Borgersteyn, dat zijn naam ontleende 
aan een dicht bijgelegen thans geslopen steen, aldaar 




Op de weg van 't Kapelleke 
Herberg " de Kroon „ 



SPREEK- EN ZEGWOORDEN SoQ 

door 'nen mechelschen burger op het einde der middel- 
eeuwen opgericht. 

Het kapelleke dagteekent slechts van de achttiende 
eeuw (1749) en is toegewijd aan O.-L.-V. Boodschap. 
Misschien was daar vroeofer slechts een lieve vrouwen 
beeldjen tegen nen boom opgehangen, en noch vroeger 
slechts 'nen boom of eene met boomen beplante plaats, 
waar deze vereerd werden omdat men ze eene genees- 
kracht toeschreef ; want opmerkenswaardig is het daar in 
de ronde wel vier ofvijf lieve vrouwenbeeldjes te ont- 
moeten. 

Men gaat naar 't kapelleke cm te beèwegen tegen de 
koorts, Het kleine gebouw, niet onaangenaam van vorm, 
met halfrond achtereinde waarin de koor, en een klein 
spits klokketorenke daar boven uitstekende, is gestaan 
bezijden den weg. Een smal pad tusschen eene dubbele 
rij hoogopgeschoten boomen voert er naartoe. De grootste 
toeloop is natuurlijk ter gelegenheid van den feestdag 
van O.-h.-V. Boodschap. Feestdag en kermis zijn dan 
nauw verbonden, want « daar den boog niet altijd kan 
gespannen staan », zoo kermist men d'een uur waar men 
d'andere gebeden heeft. Het gewoel echter sterft weg 
reeds lang voor dat men ter plaatse is. Er zijn dan, in 
denabijheid, geene herbergen, dus geene gelegenheid cm 
te drinken en er spel te maken. Zelfs de vlaaienver- 
koopers wagen het niet zoo verre; al het drukke en het 
bedrijvige lokaliseert zich op den steenweg. 

Op gewone dagen staat het kapelleke daar eenzaam 
en verlaten. De deur is gesloten. Door eene getraliede 
kleine opening tuurt men naar binnen of steekt soms, 
de eene of de andere godvruchtige wandelaar, 'ne cent 
in den offerblok, die daar aan het ondergedeelte langs 
binnen is vastgemaakt. 

Gebeurd er dan dat 'ne koortslijder, door zijne kwaal 
ongedurig, daarheen toevlucht nemen wil, stoot hij zich 



3lO MECHELSCHE GEBRUIKEN 



doorgaans aan eenc gesloten dcur. Niet zelden dan en 
ten einde raad, bindt hij zijnen kousenband aan eenen 
der boomen, en dan kicst hij hct hazenpad, « zoo rap als 
de blàren waaien », om, zoo gezegd wordt, de koorts af 
te loopen. 

Vreemd schijnt het voorzeker, dat deze bijgeloovige 
behandeling der kwaal steeds bestaan bleef. Laat het 
niet veronderstellen dat daar aan boomen of gewasscn 
eeredienst gepleegd werd, en men zich waarschijnlijk 
bevindt op eene bovoorrechte plaats aan vroegeren 
godendienst gewijd, eene plek, waar van lieverlede, 
christen eeredienst den voorgaanden wegcijterde. 

in de wandeling wordt er gezegd : mcl Kapcllckens- 
kcrmis gaan de bareelcn voor 7 vroiavvolk open. Het scheen 
ons dat die volksspreuk slechts in figuurlijken zin 
gebezigd werd, en dat men daardoor beteekenen wilde 
dat in 't vieren van dien kermis de vrouwen aan spel 
en dans deel namen meer als toegelaten was, in een 
woord te veel uitgelaten waren. Men wordt daarover 
béter ingelicht door Schellens, in zijne Kronijk van 
Mcchelcii, waarin het volgende te lezen staat : 

Etni oiid gcbniil; alhier in Mechelcn, April 18^0 

Elke stad zijne gcwoontens. AIzoo piagt het van over veel 
jaren alhier het gebruyk te zijn dat de Jutfrouwen wel opgebragt 
noynt buyten de stad dirven gaen wandelen alzoo dit tegen de eer 
was en niet gedaen wird als door het gemeyn volk, maer wel met 
den kermis van het Capclleken van Borgensteyn, hetgeen alsdan den 
halven barecl genaemd wird nogtans dat deezen nog niet en diende 
als voor wandelingen langst de vesten of res buyten de stad, ,maer 
met de opvolgenden Zwarte zustcrs kermis ging den heelen Bareel 
open en dan ging elk wandelen naer zijn genocgen. Deesen laesten 
kermis komt in April en nu dees jaer den 21 deser. Dees oud 
gebruik is van over eenige jaeren allengskens beginnen te vermin- 
deren en nu byna geheel opgeschorst en men hoort er byna niet 
meer van sprcken als voor cen oud spreekwoord. Ik eigen dit het 
mecst toe aan het opkomcn der evzere weegen. 



SPREEK- EN ZEGWOORDEN 3ll 

Men vestige eenen oogenblik zijne aandacht op deze 
drij bijzonderheden : den feestdag, de kermis en de 
vlaaiën, en daaromtrent een kort onderzoek doende, zal 
men weldra bemerken dat ze niet enkel aan Mechelen 
eigen zijn, maar dat ze zich op vêle plaatsen, in België 
en elders, voordoen, en zelfs van ouds voordeden. 

VVat de feestdag betreft, deze is steeds in hoog 
aanzien in de H. Kerk geweest. Alhoewel hij heden 
slechts 'nen afgezetten heiligdàg is, was hij, vôôr de 
Fransche omwenteling, met 'nen Zondag gelijkgesteld 
en als dusdanig onderhouden. Zooals doorgaans de 
gewoonte was bij het plechtig vieren der mysteriën van 
den H. Godsdienst, had er dien dag in de kerk eene 
vertooning van 't herinnerde feit plaats. Langs boven, 
uit het gewelf, liet men een kind neêrzâkken, dat den 
Engel Gabriel verbeelde welke aan Maria het geheim 
der menschwording kwam verkondigen. Te Leuven, in 
Sint Pieterskerk, stond een lieve vrouwenbeeld op het 
hoogzaal en daarachter een koorknaap (ne kriaal op zijn 
mechelsch) die het woord deed voor Maria wanneer 
deze door den Engel aangesproken en begroet werd. 
Beneden in de kerk stond het volk, in meerderheid 
kinderen, die met opengespalkte oogen het schouwspel 
nazagen. Vader of moeder maakte van deze gelegenheid 
gebruik om in den schoot der kleinen, taartjes of ander 
gebak te laten vallen, die dan, zoo gezegd, door den 
Engel Gabriel waren meêgebracht. 

Nu gebeurde het wel eens dat de koord brak en het 
kind verongelukte. Het spel scheen dan te gevaarlijk en 
het werd afgeschaft tôt groot spijt van de kinderen, die 
er altijd het best meê voeren. 

Te Brugge gingen jongeling en jonge dochter, 
welke Maria en den Engel verbeeld hadden, langs de 
straten den Ave Maria zingend terwijl ze eene rond- 
haling deden. Ofwel wanneer er dien dag eene processie 



3l2 MECHELSCHE GEBRUIKEN 

plaats greep, voerde mcn daarachter ncn geketende gevan- 
gene die den duivel voorstelde. 't Was misschien vroeger 
de vcrpersoonlijking van den Winter, 

Te Aalst viert mcn dien dag O.-L.-V. van den 
Wijngaart, omdat, volgens de overlevering, bij eene over- 
strooming van den Dender, een lieve vrouwenbeeld op 
ecnen wijngaardtak op het water aangcdieven kvvam, en 
de rivier terug in hare bedding trok op het oogenblik 
dat het beeld aan wal werd gebracht. 

Te Attenbeke bij Geeraaidsbergen, te Bonne-Espé- 
rance in Henegouwen, te Kortrijk, te Liedekerke, enz., 
wordt die fcestdag onder verschillige benamingen, dus 
vcrschiilig ook van oorsprong, met den grootsten luister 
gevierd. 

Te Bergen is het 'nen heelen kermis, gekend onder 
den naam van « Kermesse de Messines ». Men gaat er 
ook beêvvegen naar « N.-D. de Messines », en te dier 
gelegenheid is liet er foor. Men verkoopt er, vooral 
heden, bloemknollen, speelgoed, waaronder fluitjes met 
water gevuld om den zang van den nachtegaal na te 
bootsen ; meulekens van speelkaarten gemaakt ; en dan 
ook vlaaiën of taarten die men noemt « vlans de 
Messines ». Is het wecr gunstig, dan gaat men wandelen 
naar Bertémont, Jong en oud, arm en rijk, gaat uit om 
te zien of gezicn te worden. De herbergen zijn steeds 
proppcnsvol; dans en spel is er overal. Kortom, het is 
er 'nen cchten Kapellckenskermis, met dees verschil dat 
er ailes rustig afloopt, en er niet gevochten wordt zooals 
te Mechelen. 

Bij den akkerman gaat het, dat ailes vvat op dien 
dag geplant wordt, goed komt ; dat het 't geschikste 
oogenblik is om boomen te verplanten, te enten of te 
griffelen. 

In ISohemcn, waar de oiule gel^ruiken eene zoo 
trcffende overecnkomst hebben met de Belgische, speelt 



SPREEK- EN ZEGWOORDEN 3l3 

de Berkeboom dien dag den grootsten roi. Het sap 
daarvan heeft bijzondere eigenschappen. Met zekere 
voorzorgen afgetapt, wordt het door 't jonge vrouwvolk 
gebruikt als schoonheidsmiddel of om rosse plekken 
van het vel weg te wrijven ; andere drinken het tegen 
onvruchtbaarheid. Op zekere plaatsen gaan jonge lui, van 
beide geslachten, naar het Berkebosch. 't Mannenvolk 
tapt het berkesap, en 't vrouwvolk zaait krakelingen, 
welke men, samen in 't gras gezeten, lustig opsmult. 

Daar, zoowel als hier, is de Berkeboom het zinne- 
beeld van een rein en zuiver gemoed, van een onbe- 
rispelijk gedrag. Immers was het niet de Berketwijg die 
voor het raam der limburgsche meikoningin door de 
dorpsjeugd feestelijk geplant werd? 

Moeilijk zoude het vallen ailes aan te stippen wat 
er op dien dag aan eigenaardige gebruiken kan opge- 
merkt worden. Bepalen wij ons tôt eenige algemeene 
beschouwingen. 

Onbetwistbaar is het dat de 25^ Meert van zeer oud, 
en ook overal is gevierd geweest. De Winter is gevloden 
en de Lente is daar. De natuur ontwaakt en ailes wat 
sluimerde verheft het hoofd en herleeft. Den mensch 
stroomt het bloed sneller door de aderen, en doet hem 
snakken naar ruimte, versche en verfrisschende lucht, 
rijkhalzen naar ontspanning. Voor sterkgebouwde of 
jonge gestellen is het een tijd, eene maand vol levenslust ; 
voor zwakke of bejaarden is die maand doorgaans 
gevaarlijk. Meert zal heur meê nemcn, wordt er gezegd en 
ook, niet zonder reden dan, van vôôr Meert 'ne stoel te 
zettcn of, in andere woorden, van zich die maand, om 
haren wisselvalligen en soms nadeeligen invloed, gunstig 
te maken. 

Geen wonder dus dat het jonge volk kermis viert, 
dat het de lente met luit en fluit verwelkomt, want 
deze heeft den winter overwonnen. Met aan Maria de 



3l4 MECHELSCHE GEBRUIKEN 

Menschwording te boodschappen, kondigt de Engel ook 
eenen verlosser aan, die de machtcn der duisternissen 
overwinnen zal. Geen wonder dan ook dat men dieu 
feestdag met de eerste lentedagen liet samenvallen. 

Is het dan niet meer dan waarschijnlijk dat, waar 
iets bijzonders op dien dag gevierd wordt ; waar 't gods- 
dienstig fcest, door wereldlijk vermaak of gepaard of 
gevolgd is, er wat onder schuilt dat zijne wortels tôt 
in 't diepste der geschiedkundige tijden schiet, eene 
onbewuste herninnering aan begrippen van voorheen 
die voor 't Kristendom moesten wijken? 

En wanneer dan, zooals te Mechelen, nog gebruiken 
bestaan die met godsdienst of christelijkheid niets ge- 
meens hebben, rust dan die gissing niet op vasteren 
grond? (i). 

Kapellekenskermis is dan geen feest alleen aan 
Mechelen eigen. Hij is een gedeelteijk iets van het groote 
Lentefeest dat zoo treffend is door zijne algemeenheid, 
en niet minder door de uitbundige vreugde die het overal 
kenmerkt. 



(( Mustacholen » van Mechelen 

Men nocmt alzoo eene lekkernij, ecn pnsteigcbak, ovaaivormig, 
ter groote van eene hanJpalm, weinig dik en rooskleurig of geelwit, 
fel gesuikerd. Vanouds is Mechek'n vcrmaard voor zijne mitsîa- 
cholcu, want in zeer oude rekeningen wordt cr van gcwag gemaakt. 
Ze schijnen uit Italie erkomstig. Immcrs, vcrhaald men van den 
H. Franciscus, dat hij, cenige dagen vôôr zijne dood, naar cenc 
zekere dame, Jacqueline de Settesoli genaamd, schrijven liet, haar 
verzoekende naar Portioncula te komen met het noodige om den 
heiligen te begraven, alsmcde siiihcr, aiuaudcleu en honing, tôt het 
bereiden van zckercn kock die àcn H. Franciscus goed gesmaakt 



(i) Daar in de nabijheid vond ik ook no^ busselen stroo, onder een 
kapelleke gelegd aan ne kruisweg, en waarvan spraak bl. 3i. 



SPREËK- EN ZEGWOORDEN 



3i5 



had zekeren dag dat hij daarmede door die dame te Rome was 
vergast geweest. 

Men kent dus de samenstelling van de mustacholen ; Hoe geraak- 
ten ze dan te Mechelen gekend? Doodeenvoudig misschien! Men 
weet, door de kronijk vanAzevedo, dat in 1232 twec discipelen van 
den H. Franciscus te Mechelen aanlandden, dus een zestal jaren 
vôôr dezes dood, met hen medebrengende twee aarde kommekens, 
waar den Heiligen uit gedronken had. Een van die kommekens 
vcrdween, het andere werd bij de Minderbroedcrs bewaard tôt aan 
de Fransche omwenteling, en alsdan in bezit gelaten van zekere 
Mejuffer Coninckx, waar eenige verjaagde kloosterlingen zich 
hadden schuil gehouden. Heden is het bewaard in de abdij van 
Postel. Het is dan meer dan waarschijnlijk dat het recept van de 
mustacholen in het geheugen van die eerste kloosterlingen gebleven 
was, en dat ze alzoo eene specialiteit in den handel brachten, 
waarvoor Mechelen stilaan.vermaard werd en gebleven is. 




Broodje van den H. Nicolaas van Tolentinen 



Het brood komt meermalen voor in kerkelijke of geestelijke 
zaken. De reden? misschien is wel de bijzonderste, dat het herinnert 
aan het brood dat van gedaante verandert door de woorden van 
den priester in het H. Misoffer. 

Zoo wordt nog hier en daar onder de mis gcwijd brood den 
geloovigen aangeboden. 

Met den feestdag van den H. Hubertus wordt er hier, in al 
de kerken, brood gewijd dat de menschen nutten tegen de razernij 



3i6 



MECHELSCHE GEBRUIKEN 



en dat ook aan de dieren, met hctzelfde inzichl, wordt te eten 
gegcven. 

Eindelijk met dcn feestdag van dcn H. Nicolaas van Tolentinen 
declt men in de kcrk van de HH. Pieter en Paulus kleine ronde 
bioodjes uit, waarvan hieronder ecn nfbeeldsel gedrukt is. Deze 
Heilige word aanroepen tegcn koorts en besmettelijke ziekten. De 
oorsprong van het broederschap in dezelfde kerk bestaande, is 
misschicn wel te danken aan ecn Augustijnenkloosier, vroeger 
gelegen in dcze parochie, in de Augustijnenstraat. Ten ware men 
or ecne herinnering in zocke aan Margareta van Oostenrijk, wicns 
gemaal, i^hilibcrt van Savoye, eene bijzonderc godsvrucht had voor 
de/.en hciligcn, uit welke redc ook zijnc hoogst edele gemalin 
de kerk van Brou, welke de grafstcden van l^hilibert, Marguerite 
de Bourbon zijne moedcr, en Margareta zijne vrouw, oversciia- 
duwde, aan den H. Nicolaas van Tolentinen, toewijden liet. 

H. CONINCKX. 




Table des Matières 



Pages 
Liste des Membres i 

Sociétés. Commissions et Publications avec lesquelles le Cercle 

fait l'échange de ses Bulletins lo 

H. CoNiNCKX. — Rapport sur les travaux et la situation du Cercle 

pendant l'année igio 17 

Id. — Les Fêtes du 25^ anniversaire de la fondation du Cercle 

Archéologique, Littéraire et Artistique de Malines . . .. 27 

Camille Poupeye. — Nicolas van der Veken, sculpteur malinois 

du xvije siècle 65 

Raymond Van Aerde. — Les Ménestrels Communaux Malinois et 
joueurs d'instruments divers, établis ou de passage à Malines, 
de i3ii à 17Ç0 i33 

H. CoNiNCKX. — Der Maler Heinrich van den Broeck aus Mecheln, 
von Walter Bombe. — Le peintre Henri van den Broeck de 
Malines (traduction sommaire avec note additionnelle) . . 23 1 

[d. — Mechelsche Folklore {3'^^ reeks) 25i 



^ablc Dce ipiancbee 



Les portraits des Présidents successifs du Cerle 
Lambris et confessionnaux léglise des SS. Pierre et Paul 
Confessionnal aux deux Madeleine (église Ste-Catherine) 
Saint Augustin (détail d'un confessionnal, église St-Jean) 
Confessionnal (église SS. Pierre et Paul) .... 

Dieu de pitié (église St-Rombaut) 

Détail du « Dieu de pitié » (Couvent des Apostolines) . 



38-39 
73 
83 
92 
04 
96 
100 



3l8 TABLE DES MATIÈRES 

La Vierge et l'Enfant (Couvent des Maricolles) .... 102 

Saint Yves (Musée Communal) 106 

Saint Aubert (Musée Communal) . * loS 

Saint Antoine de Padoue (Couvent des Apostolincs) . . 114 

La Récolte de la Manne (Détail d'un tabernacle, église St Rom- 118 

haut) 118 

L'Adoration des Mages (Pérouse, Pinacothèque) .... 232-233 
La Prédication de S. Bernardin (Verrière du Dôme de Pérouse) . 234-235 

Le Christ et S. André (Pérouse, St-Augustin.i 236-237 

Martyre de sainte Citherine (Pérouse, St-Augustinj . . . 238-289 

« 't Prinsenhof » te Duffel 268-269 

Op de weg van 't Kapelleke, herberg « de Kroon "... 3oS-3o9 
't Kapelleke van Borgcrsteyn 3io-3ii 



IDigncttcô intercalées ^ane le teyte 

Etui de flûtes i55 

Fac-similé de deux Schalmei i58 

Id. de Basse de Cromorne i58 

Id. de Grand ténor de Cornet à bouquin .... iSg 

Id. de ténor de Cornet à bouquin 159 

Id. de trompe de veilleur, exécutée par Jean Le Chien . i65 

Neutjens, veilleur de la tour St-Rombaut, en uniforme . . . 200 
Opschrift « Vrijen tap », in de Groenstraat, boven de deur van 

de oude herb = rg van de Handbooggilde 278 

Broodje van den H. Nicolaas van Tolentinen 3i5 



/y// 7 



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50 p i; 



DES MÊMES ÉDITEURS : 



iks Jis i iiiirll 



PAR LEOPOLD GODENNE 



avec Introfliictlon Hlslorl^ne par le Cliaiioiiie Keiniieiieer 



Grand in-S" de lvj-704 pages, sur papier de luxe (18 x 27 centi- 
mètres), illustré de 476 vignettes et d'un grand plan nouveau de 
Malines, broché, sous couverture illustrée. Ouvrage soumis à 
l'examen du Conseil de perfectionnement de /'Instruction moyenne 
(Ministère des Sciences et des Arts) et inscrit au Catalogue des 
livres à donner en prix dans les établissements d'enseignement 
moyen soumis au régime des lois du 1 juin 1850 et du 15 juin 1881. 

Prix : 17 francs l'exemplaire 



avis important 

Afin que chacun puisse acquérir 
une œuvre aussi intéressante, aussi 
instructive pour nos concitoyens, 
l'ouvrage complet est livré de suite 
en souscrivant, contre 18 paiements 
mensuels de I fr. 10 (frais de recou- 
vrement compris). 

S'adresser aux éditeurs L. & A. 
GoDENNE, à Malines. 

Prospectus et bulletins de souscription 
Jranco sur demande. 




Des presses de 

L. & A. Godenne, ^diwon 

à Malloes 



'• 



Avis important 



Les Bulletins du Cercle /archéologique forment chaque année 
un volume de 400 à soc pages, avec planches. 

Les prix en sont fixés comme suit : 



Tome I (1889), épuisé. 
» II (1891), i5 fr. 

» III (1892), 20 fr. 
» IV (18931, i5 fr. 

»» V {i?9»), épuisé. 

VI (1895) [i" fasc], 8 fr. 



Tome 



VI (1896) [2e 
VII (1897) [i""" " 
VII (1897) [2° » 
VIII (1898), 25 fr. 
IX (1899), épuisé. 
X (1900), épuisé 



], 8 fr. 
], épuisé. 
], 8 fr. 



XI (1901). 
XII (1902), 

XIII (1903), 

XIV (1904), 
XV (1905), 

XVI (1906), 

XVII (1907). 

XVIII (1908), 

XIX (1909), 

XX (1910), 

XXI (191 1), 



20 fr. 
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20 fr. 
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'^.çs volumes sont en vente chez les éditeurs L. & A. Godenne, 
Grand' Place, 30, Malines. 



MAR 1 fi 1992 



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