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Full text of "Bulletin du Musum national d'histoire naturelle"

; 







TOME QUATRIÈME 



1808 



BULLETIN 



nu 



MUSÉUM D'HISTOIRE NATURELLE 



MUSEUM D'HISTOIRE NATURELLE 



BULLETIN 



DU 



MUSÉUM D'HISTOIRE NATURELLE 



TOME QUATRIÈME 



1898 




LIBRARY 
NEW YORK 

BOT4N1CAL 
QAPOEN 



PARIS 



IMPRIMERIE NATIONALE 



M DGCC XCVIII 



.*77f 



BULLETIN 

DU 

MUSÉUM D'HISTOIRE NATURELLE. 



LIBRARY 

ANNÉE 1898. — N° 1. 



-$<£<- - 



25 B RÉUNION DES NATURALISTES DU MUSÉUM. 

25 JANVIER 1898. 



PRÉSIDENCE DE M. MILNE EDWARDS, 

DIRECTEUR DU MUSÉL'M. 



M. le Président dépose sur le bureau le 8 e fascicule du Bulletin 
pour L'année 1897 paru le 2-2 janvier, contenant les communica- 
tions laites dans la réunion du 21 décembre, le titre et les tables 
du tome III. 

Par décret du 6 janvier 1898, M. Maqlenne (L M. G.), docteur 
es sciences, assistant au Muséum d'histoire naturelle, est nommé 
professeur de Physique végétale audit établissement, en rempla- 
cement de M. Georges Ville, décédé. 

Par arrêté du 21 janvier 1898, M. Albert G a non y. professeur de 
Paléontologie au Muséum d'histoire naturelle, est nommé assesseur 
du directeur de cet établissement pour 1898. 



o 
os 



CORRESPONDANCE. 



Le Directeur annonce que M. Bastard a quitté Tulléar le 10 août 
pivefc une escorte de 3o partisans armés; il est arrivé le 27 octobre 
à Antsirabé, après un voyage sans incidents; il se propose à!) sé- 

MlSKUM. IV. ! 



journer quelque temps pour y faire des recherches paléontologi- 

ques. 

Pendant son séjour à Tulle'ar, M. Bastard a prête un utile concours 
à M. le Vice-Résident Estèbe pour réprimer le soulèvement dos 
peuplades Sakala\es commandées par le roiTomponanana;à la suite 
de ces faits, notre voyageur a été porté à Tordre du jour par le 
général Gallie'ni, Résident général de France à Madagascar, qui 
l'a félicité de sa brillante conduite au combat du 7 juillet, où il a 
été légèrement blessé '"'. 



M. Audouin , capitaine d'infanterie de Marine à Tamatave , annonce 
Tenvoi de collections entomologiques et malacologiques, ainsi que 
d'un crâne Hova. 



M. Geay, parvenu dans le haut de la rivière Carsevenne, a en- 
voyé une Atèle (Atcles paniscus), une Sarigue quatre-œils, ainsi que 
divers Invertébrés. 



M. E. GtmiNGE, ingénieur en chef des mines et correspondant du 
Muséum, a adressé au Muséum des graines de Cactées et d'arbustes 
du district de l'Allar (Sonora). Parmi ces plantes, il signale le 
Jojoba qui produit de petites amandes dont les animaux sont très 
friands et dont les Indiens papajos font une sorte de chocolat. Cette 
plante pourrait être acclimatée dans les contrées désertiques, et 
M. Cumenge propose d'en remettre des graines aux personnes qui 
voudraient en tenter l'introduction. Enfin il offre pour notre col- 
lection quelques spécimens de minéraux rares. 



M. E. Foa est de retour de son long voyage à travers l'Afrique 
par le bassin du Zambèze, le Tanganika et le Congo; il rapporte 
des notes et des collections très intéressantes; entre autres, une série 
de 33 aquarelles dessinées et peintes très exactement par lui etre- 

"' Voir le Journal officiel do Madagascar et dépendant*, n" l8fl (samedi 
ai août 1897), P- 8i3. 



— 3 — 



présentant les Poissons du Tanganika, beaucoup de Crustacés, de 
Mollusques et de Méduses de ce lac et quelques Insectes. 



M. J. Poissox annonce qu'il a reçu la veille au soir, c'est-à-dire 
le 2 h janvier, une lettre de M. Diguet date'e de Guadalajara. 
M. Diguet, après avoir fait ses récoltes de plantes et pris de nom- 
breuses notes sur les végétaux utiles de la région mexicaine par- 
courue par lui, les Agaves, les plantes à caoutchouc, etc., a aussi 
recueilli des graines dont l'étude intéresse M. le professeur Arnaud. 
Ce voyageur annonce deux caisses arrivant à la fin de janvier à 
Saint-Nazaire, à destination du Muséum. 



M. Bureau fait hommage à la bibliothèque de deux Mémoires 
qu'il vient de publier. Le premier, qui a paru dans les Nouvelles 
Archives du Muséum, est une biographie du botaniste-voyageur Poi- 
teau, pour laquelle M. Bureau a mis à contribution les nombreux 
documents manuscrits conservés dans les archives du Jardin des 
Plantes; le second est une étude sur l'origine et la formation des 
sables de la Loire que l'auteur a présenté au Ix" Congrès de la So- 
ciété de la Loire navigable, tenu à Tours les s A et 2 5 octobre 
1897. 



COMMUNICATIONS. 



Relation succincte dus voyage dabs lIsdo-Chise. 
par m. le comte de barthelemy. 

Au mois de novembre 1896, ayant été chargé d'une mission par M. le 
Ministre de l'Instruction publique, je partis pour l'Indo-Chine, accompagné 
de M. Jean deNeufville, mon ami et compagnon fidèle de tous mes voyages , 
et d'un jeune serviteur, Paul Cabot, qui s'était chargé de préparer les 
collections d'histoire naturelle. Le but principal de ce voyage était l'étude 
de la roule de Vinh a Luang-Prabang et du cours du Haut-Mékong. Partis 
de Paris en novembre 1896, nous avons débarqué à Hai-phong. Après une 



— à — 

visite assez rapide au Tonkin,nous redescendîmes vers Vinh, sur les con- 
seils de plusieurs personnalités de là-bas. 

Le Résident de Vinh, M. Duranton, ayant mis à notre disposition son 
sampan à vapeur, nous pûmes remonter assez rapidement le Song-Câ jus- 
qu'à Cai-Chanh, après avoir fait une station de huit jours à Dong-Gok sur 
le Song-Gon. Le fleuve Song-Câ, aux rives peu élevées à son embouchure, 
ne tarde pas à s'encaisser; elle est néanmoins difficilement navigable et 
malgré le peu de tirant d'eau du Samavan(hb centimètres), nous avons eu 
de nombreux échouages. 11 faut dire que le fleuve n'avait alors été remonté 
qu'une fois par le Résident en tournée; les passes étaient donc imparfaite- 
ment connues de l'équipage. 

A partir de Luong, poste français, où il y a un Inspecteur de la garde 
civile, les environs du Song-Cà deviennent montagneux et la nature pitto- 
resque. 

La faune n'est cependant pas très abondante dans les forêts qui envi- 
ronnent le Soug-Câ, cela tient au passage de nombreux sampans anna- 
mites trafiquant avec Vinh. J'ai trouvé la preuve de ce que j'avance dans la 
rencontre de nombreux animaux sur le Song-Gon, moins fréquente et dont 
les rives sont moins habitées. 

De Cai-Cbauh , nous nous sommes rendus avec de légers sampans jus- 
qu'à Gua-Rao. 

La région de Cai-Chanh a un aspect spécial qui vaut la peine d'être 
cité ici. Les montagnes qui entourent le village et partagent les eaux du 
Song-Câ de celui du Mékong ont, à leurs premiers contreforts, l'aspect 
particulier des rochers de la baie d'Halong. 

Plus loin, le Song-Cà se présente encaissé entre des montagnes boisées 
où se rencontrent les premiers villages des Muongs ou Pouthengs, race 
d'hommes tenant à la fois du Laotien et de l'Annamite : de l'Annamite, par 
le costume, et parfois la forme des yeux; du Laotien, par le type général, 
la, taille et le caractère indolent. C'est ce même Muong qui a été si souvent 
décrit par les explorateurs de la Rivière Noire. 

A Gua-Rao, nous atteignions les limites de la province de Vinh; à partir 
de ce poste, nous ne rencontrerons plus de villages annamites. Les modes 
de communication changent même à partir de cet endroit et on ne trouve 
plus que la pirogue dirigée par des Muongs. 

De Cua-Rao à Ta-Dô, nous remontâmes le cours de la Nam-Mô. Cette 
rivière est des plus piltoresques; tantôt elle présente des berges formées de 
rochers à pic, tantôt les eaux sont ombragées par les arbres élevés de 
riches forêts. 

La faune de cette région est abondante et variée; elle m'a paru plus 
riche en Oiseaux qu'en Mammifères. ' 

Le cours de la rivière est très rapide, la navigation y est des plus diffi- 
ciles, on peut même dire impossible en certains endroits, puisque nous 



avons dû transborder nos bagages au delà de ve'ritables chutes d'eau. Les 
fonds sont généralement composés de cailloux. 

C'est à Ta-Dô que nous devions prendre la route de terre pour nous 
rendre à Xieng-Khouang par un chemin nouveau Ban-Nong-Het et le pays 
méo. 

Le village de Ta-Dô est un village poutheng; il était peu habité lors de 
notre passage, les habitants ayant été en butte aux exactions d'une bande 
de pirates qui venait de faire sa soumission au poste de Gua-Rao. 

Nous eûmes là quelques difficultés à nous procurer des porteurs; nous 
dûmes menacer, puis nous adoucir, enfin passer par ces interminables pa- 
labres que connaissent ceux des voyageurs qui ont quitté les côtes. Six jours 
seulement après nous pouvions partir avec une escorte de quatre linhs 
annamites et d'un kay (caporal) parlant le méo. A partir de ce moment, 
nous cheminerons en montagne jusqu'à Vien-Khang. 

Nous nous sommes élevés , dans le même jour, de la cote 960 à 1 ,600 mè- 
tres d'altitude pour atteindre le premier village méo, le village de Ban- 
Mokhou. 

Je ne m'étendrai pas sur les caractères de la race méo, que connaissent 
bien vos anlhropologistes; je me contenterai de dire que les Méos rencon- 
trés par nous n'existaient pas, il y a quelques années, dans les montagnes 
du Tran-Ninh ; ils sont venus de la haute Rivière Noire. L'immigration 
méo est suivie de quelques Thaïs Nua qui s'installent à des cotes moins 
élevées pour élever le Ver à soie. A notre passage sur Tran-Ninh , on éva- 
luait à 6,000 âmes environ la population méo des montagnes. 

Ces Méos se livrent principalement à la culture du Pavot, d'où ils tirent 
l'opium qu'ils vendent aux Laotiens, et qui constitue, avec le Riz gras de 
la montagne ou Nep, leur nourriture habituelle. 

J'ai pu rapporter de ces villages des colliers avec leur marque spéciale 
qui sert de preuve à l'origine chinoise de cette population. 

De Ban-Mokou, Ban-Nong-Het à Vien-Khang, on suit le sommet de la 
chaîne du Tran-Ninh. Les altitudes restent de i,5oo à 2,000 mètres. On 
ne rencontre guère à ces hauteurs que des Méos et quelques Pou-Thais 
montagnards. 

La chaîne du Tran-Ninh, orientée Nord-Ouest, tourne brusquement au 
Nord à la longitude de Vien-Khang; c'est ainsi qu'en une journée nous des- 
cendîmes de i,5oo à 600 mètres d'altitude dans le Tung-Xieng-Kbam ou 
plaine du Xieng-Kham. C'est une large vallée irriguée par de nombreux 
ruisseaux. J'ai énuméré dans la Quinzaine coloniale les facilités que présente 
cette région pour l'élevage. 

On suit ce Tung-Xien-Kham jusqu'à Xieng-Khouang où est établi notre 
poste français du Tran-Ninh. Enserré entre deux montagnes, joint à la côte 
par de mauvaises voies de communication , je ne crois pas que ce poste ait 
un grand avenir. Nous devons au Garde principal adjoint au Commissaire 



— - (> 



(lu Gouvernement de In province une intéressante excursion dans les mon- 
tagnes qui dominent le poste où se trouvent quelques villages mens. Le 
principal est Ban-Tchong-Tchaâ , ainsi appelé du nom du chef et situé a 
1,700 mètres d'altitude environ. 

Les habitants de ce village ont consenti à nous mener au fort d'un Rhi- 
nocéros qu'ils connaissaient. Une question d'histoire naturelle so posait à 
propos do cette chasse : le Rhinocéros à deux cornes existe-t-il parallèlement 
au Rhinocéros à une corne dans les forêts du Tran-lNinh? Nous n'avons mal- 
heureusement pas pu nous emparer do l'animal et nous avons été réduits à 
observer son pied. Les dimensions de ces traces étaient celles d'un jeune 
Éléphant; nous avions donc affaire à un Pachyderme de grande taille, C'est 
là le seul renseignement exact que je puisse donner. 

Dans la région de Xien-Khouang et jusqu'à Luang-Prabang, on rencontre 
presque à chaque village une race d'hommes différente; je ne puis ici les 
décrire en détail et je me contenterai de vous en montrer quelques types 1 ". 
Nous avons rencontré là-bas des vestiges de l'ancienne civilisation khat et do 
la civilisation plus récente des Laotiens. 

La route de Xieng-Kbouang à Luang-Prabang est montueuse et assez 
difficile; on traverse dos chaînes boisées et des vallées où coulent des ri- 
vières à demi desséchées; la faune- y est variée et la température très chan- 
geante suivant l'altitude. C'est dans les vallées spécialement que les forêts 
sont habitées par le plus grand nombre d'animaux. Je ne m'étendrai pas sur 
toutes les espèces propres à chacune des régions que je viens de décrire et 
je me contenterai de parler de celles que MM. Milne Edwards et O'ustalel 
ont bien voulu accepter pour le Muséum et qui sont les moins connues. 

L'un des animaux sur lequel j'ai pu recueillir le plus d'observations est 
Yllyhbates Henrici, dont j'ai remis au Muséum une dépouille qui vient d'être 
montée pour la collection. Ce Singe m'a paru ne différer que peu, sous le 
rapport des mœurs, de son congénère le Gibbon noir, à cola près toutefois 
quo ce dernier se rencontre dans les montagnes pou élevées H habitées, 
tandis que Yllylobnios Henrici préfère les hauts sommets éloignés de tout 
village et les parties sauvages des forêts. 

Comme tous les Gibbons, YHylobates Henrici vit en bandes nombreuses 
dans le sommet des arbres. Il m'a paru se nourrir des baies do presque toutes 
les essences d'arbres élevés. De là ce bruit que produit la bande de ces Gib- 
bons lorsque silencieuse elle prend sa nourriture. On entend alors dos cra- 
quements légers à peine plus forts que le bruit produit par des Ecureuils 
dans les sapins. 

Grâce à ses longs bras antérieurs, l'animal passe lestement et par un 
large balancement d'une branche à l'autre. 

W Ces types et do nombreux paysages ont été projetés sur le tableau , ainsi qu'une 
carte retiaçanl l'itinéraire de M. de Barthélémy. 



— 7 — 

Généralement, et comme son congénère le Gibbon noir, Y H y lobâtes Hen- 
rici salue l'aurore de ce chœur bizarre (jue connaissent bien les chasseurs 
d' Indo-Chine. On sait que le cri du Gibbon est une sorte de sifflement com- 
mençant par une mélopée triste exécutée par un soliste, puis un chant plus 
cadencé terminé bruscpiement. J'ai été à même de me rendre compte que 
ce chant devait avoir un but de ralliement pour les animaux et que la bande 
ralliait au soliste. C'est en imitant la première partie de leur chant que les 
Méos arrivent à les approcher suffisamment près pour les tuer avec des 
fusils qu'ils fabriquent eux-mêmes et qu'ds chargent avec une grenaille de 
forme ii régulière. 

La \oix de Y Hy lobâtes Henrici est plus puissante que celle des Gibbons 
des faibles altitudes, et le chant diffère un peu dan* la finale. Est-ce par une 
; nomalie bizarre ou d'après une nouvelle différence de mœurs de cet ani- 
mal avec ses congénères? Celui que vous avez sous les yeux a été tué à 
raidi, par 800 mètres d'altitude. La bande avait attiré mon attention en fai- 
sant entendre ce chant particulier que j'avais déjà appris à connaître. Ces 
animaux étaient à 5oo mètres de nous; il me fallut près de ao minutes 
pour les approcher, tant la marche est difficile dans le* basses broussailles 
de la forêt. Lu chasseur méo m'avait devancé et imitait le soliste. Les ani- 
maux se l'approchaient sensiblement de lui en suivant les grosses branches, 
presque invisibles ainsi à l'observateur d'en bas. De temps à autre, comme 
si un mot d'ordre était donné, se couchant brusquement sur la brandie, 
ils répondaient en chœur à celui qu'ils croyaient un des leurs. A mon coup 
de fusil, la bande changea d'allure : ce l'ut une fuite en désordre. A peine 
visibles, tant la rapidité de leur saut était foudroyante, ils saisissaient 
alternativement l'extrémité des hautes branches avec l'une ou l'autre de 
leurs mains et, par ce moyen, fuyaient d'arbre en arbre sans perdra leur 
balancement initial. Pendant la fuite, ils faisaient entendre le grognement 
bien connu du Singe effrayé. 

Parmi les Oiseaux , le groupe des Barbus nous a offert une grande va- 
riété de formes et une grande richesse en individus sur tout le parcours 
de Xieng-Khouang à Luang-Prabang. On rencontre également beaucoup 
de Barbus sur les rives du Mékong; toutefois je n'ai pu avoir entre les 
mains qu'un seul exemplaire de Barbu à tête bleu de Prusse (Megalœma 
Marshalloruin) , dont je puis garantir l'existence de Xieng-Khouang à Luang- 
Prabang. 

Sur tout notre itinéraire, nous avons rencontré de très nombreuses va- 
riétés de Pics. L'un d'eux, que nous avons observé bien souvent (Gecinus 
liabieri Oust.), ne se distingue guère de notre Pic vert de Franco au point 
de vue des mœurs. Un autre, que je n'ai observé que dans une seule ré- 
gion, dans le pays des Méos de Bang-Nong-Het, le Pic marron (Picus 
phœoceps var. brachynrus), semble vivre, de préférence, dans les clairières 



— 8 — 

des forêts, où il s'attaque aux vieux troues d'arbre et se montre excessive- 
ment vif dans ses mouvements. 

En faisant l'ascension des montagnes entre Ta-Dô et Ban-Mokhou , j'ai 
pu trouver un Couroucou rouge (Harpàctes Ilodgsoni). 

Un Calao, qui a paru intéressant à M. Oustalet, le Buceros Austeni, 
a révélé sa présence, aux environs de Ta-Dô, par son cri bizarre, qui tient 
le milieu entre celui du grand Calao (Buceros bicomis) et celui de l'Aigle 
pêcheur. Ces Calaos vivent en bande, voletant ordinairement à mi-hauteur 
dans les arbres, dont ils gagnent les sommets pour faire entendre leurs 
cris. Dès les premiers coups de fusil, ces Oiseaux sont devenus très sau- 
vages et il nous a été impossible d'eu approcher d'autres pendant notre 
séjour. Effrayés, ils plongent dans les épais taillis et fuient par bonds suc- 
cessifs à quelques mètres de terre. Les autres Oiseaux ne semblent pas 
craindre leur voisinage et j'ai vu souvent des bandes de Mainates (Gruaipiat 
intermedia) sur le même arbre que l'un d'eux. 

Nous n'avons rencontré cette espèce qu'à Ta-Dô et dans les environs, 
mais je ne la crois pas sédentaire. 

Je n'ai observé que sur la Nam-MÔ, en février, le Martin-Pêcheur que 
M. Oustalet a rapporté à Y Alcedo grandis. Les Ixos (Otocompsa jocosa) 
gagnent facilement le sommet des arbres et s'y tiennent longtemps immo- 
biles, jusqu'à ce qu'ils aperçoivent quelque Insecte à happer au-dessous 
d'eux. On rencontre beaucoup de ces Oiseaux sur la route de Vinh à Luang- 
Prabang. 

Une sorte de Rouge-queue (Chimarrhornis leucocephala) qui, d'après 
M. Oustalet, est particulièrement commun au Tibet et au Setchuan, existe 
cependant en assez grand nombre sur les bords de la Nam-Mô , mais n'a 
pas été observé par moi sur le Mékong. Comme les Rubiettes de France, 
il aime à sautiller sur les roebers nus , sur le sommet, desquels il se perebe 
toujours. On le rencontre le plus souvent dans les régions où il y a des ra- 
pides, voletant de roc en roc et faisant le petit salul caractéristique des 
Oiseaux de sa race. 

La Perdrix de bois (Peloperdix Gharttoni) est appelée ainsi en opposition 
au Francolin , qui préfère la jungle. Il est bien rare de la voir voler. Géné- 
ralement elle se promène seule, ou par deux, et fuit à pattes à travers les 
broussailles. Son cri est un sifflement ayant quelque analogie avec celui du 
Faisan argenté. 

Les Hirondelles de mer (Slema auranliaca) sont répandues sur tout le 
Mékong, et sur les bords du fleuve on remarque de nombreuses variétés 
d'Ibis, parmi lesquelles se trouve Y Ibis Davisoni. Ces Oiseaux vivent géné- 
ralement autour des marécages formés par le retrait des eaux du fleuve; 
vers le soir, ils s'appellent et se couchent, en bandes généralement , sur les 
grands rochers de la rive. 



L'Ibis Davisoni dont j'ai pu m'emparer était solitaire, et je n'ai guère 
vu ensemble plus de deux ou trois individus de cette espèce. 

Je n'ai rencontré le petit Héron à col marron {Ardea bacchus) que sur le 
Mékong. Il ne recherche pas, comme ses congénères, les cultures des 
rizières, mais vit sur les rochers et cherche sa nourriture dans les maré- 
cages du fleuve. On voit un très grand nombre d'individus de cette espèce 
sur les rochers des rapides entre Luang-Prabang et Vien-Tiane. 

Je ne puis mieux terminer que par l'histoire des Doues que j'ai rapportés 
l'an dernier, en juillet, et qui ont vécu une quinzaine de jours au Jardin 
des Plantes. 

Ces Semnopithèques , on le sait, n'ont jamais existé que dans la baie de 
Tourane; ils vivent dans une montagne qui domine la baie et étaient consi- 
dérés jusqu'ici comme impossibles a acclimater ailleurs, fût-ce même pour 
peu de temps. Plusieurs colons de Tourane en eurent en captivité, mais 
ils ne tardèrent pas à mourir, et, chose curieuse, généralement ils se 
tuaient en s' étranglant , en s'assommant ou en se laissant mourir de faim. 
J'ai pu observer ce fait sur l'un de ceux dont j'ai été possesseur, qui s'est 
assommé dans sa cage. C'était un superbe mâle de grande taille. 

Leur nourriture consiste, à l'état sauvage, en baies de Lentisque et 
d'autres végétaux de la montagne; ils sont très friands de Bananes, et j'ai 
pu les habituer au pain pendant une grande partie de la traversée. 

Une des caractéristiques de ces animaux est la quantité énorme d'eau 
qu'ils consomment. Je crois même que c'est à la privation de ce liquide à 
l'état courant qu'il faut attribuer cette sorte de spleen, difficilement expli- 
cable autrement sans admettre un certain raisonnement chez ces animaux. 
La captivité semble modifier cependant leur caractère et j'espère pou- 
voir, l'année prochaine, compléter mes observations en examinant de près 
les mœurs de ces Singes à l'état sauvage. 



Note complémentaire sur l'Hylobates Henrigi, 
par m. e. de pûusargues. 

Vers la fin de l'année i8q6 (1) , j'ai eu l'occasion de décrire une espèce 
nouvelle du genre Hy lobâtes (H. Henrici), d'après une peau incomplète 
et mutilée des quatre membres, rapportée du Haut Tonkin par le Prince 
Henri d'Orléans (2) ; je puis aujourd'hui combler les lacunes de cette pre- 

(•) Bull. Mus. d'hist. nat., n° 8, p. 367, 1896. 

(2) et A Laï-Chaii, un indigène an donne la dépouille d'un Gibbon roux marqué 
d'une raie sur la tète; malheureusement , je n'ai eu qu'une peau plate, privée de 
pattes et sans crâne.» Prince Henri-Philippe d'Orléans, Autour du ToiiLih, 189A, 
p. 3o 7 . . 



. — 10 — 

mière description, nécessairement incomplète, grâce à la générosité de 
M. le comte de Barthélémy, qui vient de doter le Muséum d'un second 
exemplaire intact de ce Gibbon. Ce spécimen, de même sexe (femelle) que 
le type, n'en diffère que par sa taille moindre et sa coloration générale 
d'un jaune plus pâle; on retrouve sur les mêmes parties du corps les mêmes 
variations dans l'intensité des teintes, et la présence sur le dessus de la 
tête et du cou de la longue tache noire fu si forme ne permet pas de douter 
un seul instant de l'identité spécifique de ces deux individus. Cette tache 
noire céphalique est presque aussi longue (i3 centimètres) que chez le 
type, mais un peu plus large (5 cenlim. 1/2) et plus arrondie en avant. 
Gomme je l'avais présumé tout d'abord , la teinte jaune-grisâtre des bras 
se continue invariable sur le dessus des mains jusqu'à l'extrémité des doigts , 
et il en est de même pour les membres postérieurs. Les ongles sont extrê- 
mement longs et noirs; les parties nues, face, oreilles, dessous des quatre 
mains et callosités, sont également noires; cette teinte, un peu atténuée, 
paraît du reste répandue sur toute la surface de la peau, principalement 
la face inférieure du corps et aux aisselles, où elle s'aperçoit aisémont à 
travers le pelage moins fourni. Les dimensions de ce nouveau spécimen 
sont les suivantes : 

Longueur de la télé et du corps, du nez à l'anus o'"!).) 

du bras 21 

de l'avant-bras a 5 

— de la main (sons les ongles 1 ) o 1 '1 

— de la cuisse 90 

— de la jambe , . a3 

— du pied (sans les ongles ) t5 

Le crâne indique un âge tout à fait adulte ; les lignes de suture ont 
complètement disparu et la couronne des dents est passablement usée. Cette 
tête osseuse se fait principalement remarquer par la largeur du museau, 
de la voûte palatine, de l'espace interorbitaire et de la partie postérieure de 
la boite cérébrale qui est aussi plus globuleuso et notablement plus élevée 
que chez d'autres espèces (//. Mûlteri Mart. , H. loucogeni/sOg. . H. pilealusGr.) 
dont j'ai pu mettre les crânes en parallèle. La mâchoire inférieure est éga- 
lement plus robuste; ses deux branches 6e rojoignent sous un angle plus 
ouvert et les eondyles présentent, dans le sens transversal, un développe- 
ment inusité auquel correspond, sur la faco inférieure du crâne, une sur- 
face glénoïdale très étendue. On pourra d'ailleurs se faire une idée de ces 
caractères d'après les mesures ci-dessous : 

Longueur maximum du crâne en ligne droite, , 108 millim. 

-r- — — - en suivant la courbure, de 
l'extrémité dos prémaxillaires au bord postérieur du trou 
occipital 1 7 •"> 



— Il — 

Largeur du museau en dehors du bord alvéolaire clos ca- 
nines , 8P millim. 

Largeur du palais en dedans des dernières molaires :v. 

— de l'espace interorbitaire 1 3 

— du crâne en dehors des orbites 6'i 

— — -en arrière des orbites A 8 

— . aux arcades zygoma tiques 73 

— — un peu en arrière des trous auditifs, ... 60 
Distance entre les pointes externes des condyles de la man- 
dibule 64 

Largeur des condyles , 1 a 

Hauteur de la mandibule au condyle. . au, 

Hauteur maximum du crâne au-dessus du talon de la man- 
dibule , 8a 

M. le comte de Barthélémy a rencontré ce second spécimen de YHylo- 
bales Henrici sur les confins <le l'Annam et du Tonkin, à une altitude assez 
considérable. On peut donc en déduire la présence certaine de cette espèce 
dans les massifs montagneux de Pou-Louang et de Louang-Prabang. Ces 
Gibbons vivent là par troupes nombreuses d'individus tous semblables, ce 
qui nous conduit à admettre peu ou point de variations pour les teintes 
du pelage, sinon dans leur intensité, et une livrée identique pour les deux 
sexes. 



Catalogue des Oiseaux recueillis par M. le comte de Barthélémy 

DAyS LE COURS DE .SO.V DERMER VOYAGE EN InDO-ChINE, 
PAR M. E. OlSTALET. 

Après m'avoir remis la série complète des Oiseaux qu'il a recueillis et 
que j'ai pu examiner et déterminer, en choisissant un certain nombre de 
spécimens destinés aux collections du Muséum, M. le comte de Barthélémy 
a bien voulu me communiquer des notes indiquant la provenance de chaque 
exemplaire et fournissant quelques renseignements sur les habitudes et la 
distribution géographique des différentes espèces. C'est avec ces documents 
et avec ceux que m'a fournis l'étude des collections remises antérieure- 
ment au Muséum par M. R. Germain, M. le docteur Harmand et le prince 
Henri d'Orléans, qu'a été dressé le catalogue ci-dessous : 

1 . Pal.eorms fasciata Miill. 

Quatre individus, tous mâles, pris sur les bords de la Nam-Mô, en fé- 
vrier, et du Mékong, en avril, et semblables aux spécimens de la Basse- 
Cochinchine. 

2. Spilorms bbiiu Lath. 

Un spécimen pris en mai 1897 à Vien-Tiane. 



— 12 — 

3. PoUO/ETUS ICHTHY/ETUS PaU. 

Un individu lue aux enviions de Vien-Tiane, sur les bords du Mékong. 
L'espèce n'avait pas encore été signalée dans lTndo-Chine française. 

h. Milvos melanotis T. et S. 

Un spécimen pris sur les rives du Song-Câ, en février 1897. Le 
Milan à oreilles noires a été observé par M. de Barthélémy sur tous les 
points de son itinéraire. C'est essentiellement un Oiseau pêcheur. 

5. PANDION HiLI/ETHS L. 

Un individu tué, en avril 1897, sur le Mékong. Mêmes observations 
que pour l'espèce précédente. 

6. Megal/ema Marshallorum Swinh. 

\]\\ spécimen venant de Muaug-You (mars 1897) et complètement sem- 
blable à des spécimens de l'Inde qui font partie des collections du Muséum. 
Le Megaleema Marshallorum , qui est essentiellement une espèce hima- 
layenne, n'avait pas encore été signalé dans l'Annam ni dans le Tonkin. 

7. MEGAL/EMA PHAIOSTICTA Bp. 

Un spécimen pris à Ïa-Dô, le 25 février 1897, et exactement semblable 
à un spécimen pris à Ghaudoc par M. le D' Harmand. M. de Barthélémy 
a rencontré cette espèce dans toutes les régions qu'il a traversées. 

8. Cyanops lineata V. 

Un spécimen pris à Ta-Dô, au mois de mars 1897. Cette espèce que 
M. de Barthélémy a rencontrée sur tout son parcours, comme la précé- 
dente, offre, selon les individus, d'assez grandes variations dans les nuances 
du vertex et la netteté des stries du dessus de la tête; dans le spécimen 
que je cite ici, la calotte est de couleurs claires. 

9. Gvanops Davisoni Hume. 

Un spécimen pris à Luang-Prabang, à la lin du mois de mars 1897, 
et semblable aux spécimens pris dans la même région par le prince Henri 
d'Orléans, en 1892. 

10. XANTH0L.EJ1A H/EMATOCEPH Al.A Midi. 

Deux spécimens pris dans la même localité et à la même date que le 
Cyanops Davisoni. Le Xantholœma hœmatocephala n'a été observé par 
M. de Barthélémy que de Luang-Prabang à Saumnakhek; il est très com- 
mun, au contraire, dans la Basse-Cochinchine et au Cambodge. 

11. Picus (Gecinus) sp. 

Un Pic à huppe rouge tué à Cho-Bon (Tonkin), le 1" février 1897, me 
paraît être identique à un spécimen qui avait été tué antérieurement au 
Tonkin par M. le commandant Rabier et dont je me propose de publier la 
description, en le nommant Gecinus Ilabieri , si, comme je suis porté à le 



— 13 — 

croire, l'espèce, après une étude plus approfondie, me parait être décidé- 
ment nouvelle. 

12. Picus (Ghrisopiilegma) flavindcha Gould. 

Un individu tué à Té-Lao, sur les confins de l'Annam et du Laos, à la 
fin de mai 1897. Yeux rouges. 

Celte espèce himalayenne avait déjà été rencontrée dans la Birmanie 
anglaise, mais n'avait pas encore été signalé 1 dans l'Indo-Chine française. 

13. Picis (Chrvsocolaptes) scltaxeus Hodgs. 

Deux spécimens pris dans la région de la Nam-Mô, en février 1897. 
L'espèce est très répandue dans cette région où on le voit par couples avec 
des bandes d'autres Oiseaux. Le Chrysocol aptes sultaneus a un cri analogue 
à celui du Pic épeiche et parait avoir les mêmes mœurs que ce dernier. 

\k. PlCUS (MlCROPTKKMs) PHjEOCEPS VAR. RRACHYTRIS V. 

Un spécimen pris à la fin de mars 1897, ^ l Ban-Nong-Het, dans le 
pays des Méos, a les raies noires transversales du manteau plus larges et 
mieux marquées que chez un spécimen pris à Ghaudoc (Gocbinchine) par 
M. le D r Harmand. 

15. Cextrococcyx rufipenxis Illig. 

Espèce très commune dans toute l'Indo-Chine, où elle est désignée vul- 
gairement sous le nom de Coq de pagode. Ce Coucal vit sur le sol ou se 
tient sur les branches basses des arbres. 

16. Centrococcvx rexgalensis Gm. 

Un spécimen venant de la région de Luang-Prabang. L'espèce est aussi 
commune que la précédente dans toute l' Indo-Chine française, où M. Ger- 
main et le D v Harmand en ont obtenu de nombreux exemplaires. 

17. GoCCVSTES COROMAXDIS L. 

Un spécimen des environs de Luang-Prabang. M. le comte de Barthé- 
lémy n'a rencontré cette espèce que rarement durant son voyage. 

18. Harpactes Hodgsoxi Gould. 

Un seul individu, tué dans les montagnes de Ta-Dô, en mars 1897, est 
identique à un spécimen pris à Van-Bou (Tonkin), en 1892 , par le prince 
Henri d'Orléans. L'Oiseau avait les yeux jaunes. 

19. BUCEROS (AnTHRACOCEROs) FRATERCULIS EH. 

Un spécimen, pris à Cua-Rao, au confluent de la Nam-Mô et du 
Song-Cà, est identique au spécimen venant de la Cochinchine et faisant 
partie des collections du Muséum, qui a servi de type à la description de 
1 Anthracoceros fralerculus Elliot; espèce que M. 0. Grant est disposé à ra- 
mener au rang de simple variété du Buceros [Anthracoceros) malaban- 
cus Gm. 



— 14 — 

20. Buckros (Anorhixus ou PtiloL/Bmus) Austeni Jerd. 

Un spécimen pris à Ta-Dô, sur la Nam-Mô, le 2 5 février 1897. Yeux 
rouges. Quelques plumes secondaires de l'Oiseau sont légèrement marquées 
de blanc à l'extrémité, comme chez YAnorhinus Tickelli Blyth. 

VÀnôrhlnus Austeni, dont le British Muséum ne possède qu'un seul 
spécimen et qui ne figurait pas encore dans la collection du Muséum de 
Paris, a été découvert dans les monts Cachai 1 (Inde anglaise). 11 est inté- 
ressant de le rencontrer bien plus à l'est, sur les confins de l'Annam. 

21. Halcyon pileatus Bodd. 

Un spécimen pris sur la Nam-Mô, le 21 février 1897. Ce Martin-Pêcheur 
se rencontre également sur le Mékong el , en général , sur la plupart des 
rivières à cours un peu rapide. 

22. Halcyon smyrnensis L. 

Un spécimen de la Nam-Mô (février). 

23. Pelagorpsis gurial var. bcrmamca Sbarpe. 

Un spécimen pris , en mai, à Vien-Tiane. Dos Martins-Pêcheurs sem- 
blables ont été observés dans la région, entre cette dernière localité et 
Luang-Prabang. Cette espèce, comme les deux précédentes, était déjà 
largement représentée dans les collections du Muséum par des exemplaires 
venant de la Cochincbine. 

2&. Cervle lugubris Tein. 

Deux spécimens tués, en février, sur la Nam-Mô. M. le comte de Bar- 
thélémy a observé le Ccryle lugubris dans toutes les régions qu'il a traver- 
sées. Au contraire, l'espèce ne figurait pas dans les collections formées en 
Cochincbine et au Cambodge par M. R. Germain et M. le D r Harmand. 
Elle paraît être remplacée dans ces pays par le Ceryte varia. 

25. Alcedo grandis Blyth. 

Un spécimen, pris sur les bords de la Nam-Mô, en février 1897, de 
celte espèce du Sikkim qui n'avait pas encore été signalée dans l'Indo-Chinc 
française. 

26. Alcedo jspida var. bengalensis Cm. 
Nam-Mô (février 1897) et Mékong. 

27. Eurystomus orientalis L. 

Un spécimen de Muong-You (mars 1897). M. de Barthélémy n'a ren- 
contré qu'un nombre restreint de ces Ëurystomes, qui lui ont paru vivre 
solitaires. 

28. CorAciàs affinis M. Cl. 

Un spécimen de Muong-Phiu (fin mai 1897). Cette espèce de Rollier, 
assez rare dans les régions de la Nam-Mô, de Luang-Prabang el de Vieil- 



— 15 — 

Tiane, devient très commune, d'après M. de Barthélémy, à Savounakhek . 
en Annam. 

29. Chxoropsis Hardwicki Jard. 

Un individu tué à Luang-Prabang, à ia fin de mars 1897, est iden- 
tique à un spécimen pris à Banamaï par le prince Henn d'Orléans, en 
1892. D'après M. le comte de Barthélémy, les Passereaux de cette espèce 
vivent au sommet ries arbres et paraissent être répandus entre Viiih et 
Savounakhek. 

30. Ghloropsis chlorocrpuala Wald. 

Un spécimen des bords de la _\am-Mô (lévrier 1897). I *^' e8 Oiseaux, 
dit M. de Barthélémy dans ses notes manuscrites, vivent en bandes et ont 
les mœurs de nos Mésanges. Pendant la journée, ils se tiennent au sommet 
des arbres et, vers le soir, ils descendent sur les branches busses et sur les 
arbrisseaux, au bord des fleuves. r> 

31. Ghloropsis airifrons Tem. 

Bords de la Nam-Mô et Luang-Prabang. L'espèce avait déjà été rencon- 
trée dans la Haute-Birmanie par M. Blanford et au Cambodge par M. le D' 
Harmand. 

32. Otocompsa jocosa L. 

Deux spécimens de Luang-Prabang (lin mars 1897). L'espèce, d'après 
M. de Barthélémy, est très commune dans toute cette région et se rencontre 
également sur les bords de la Nam-Mô. Le prince Henri d'Orléans l'a ob- 
tenue aussi à Cho-Bo (Tonkin). 

33. Crimger Hksrîci Oust. 

Deux spécimens obtenus dans la légion de Xieng-Khouang , à 1 ,5oo mètres 
d'allitude ( pa\s des Méos). Le Criniger Henrici , que j'ai décrit en 1896 
(Bull, du Muséum, t. II, p. i83), d'après des exemplaires provenant du 
Ban-Maï ou Banamaï (Tonkin) et donnés au Muséum par le prince Henri 
d'Orléans, est aussi très commun dans le pays des Méos, mais ne se trouve 
pas dans le bas Laos ni au Cambodge. 

34. Garrulax Diardi Less. 

Sop-Vi (mars 1897). Cet Oiseau est commun dans la région de Luang- 
Prabong; il vit en bande, se tient sur les branches basses des arbres et a 
un chant très puissant. L'exemplaire obtenu par M. de Barthélémy est iden- 
tique à un spécimen donné au Muséum par M. le D r Harmand et venant 
du Nord de la province de Gompong (Cambodge). 

35. Cittocikgla macrira L. 

Ta-Dô (février 1897). ^ l ' eut généralement slu ' ' es branches basses 
des arbres. 



— 1(5 — 

3t>. GOPSYCHUS SAULAR1S L. 

Ta-Dô (février 1897). Circule généralement sur le boni des fleuves. 
M. de Barthélémy a rencontré dans toutes les régions qu'il a traversées 
cette espèce qui, de même que la précédente, est aussi très répandue au 
Cambodge et en Cochinchine. 

37. Chimarrhornis leucocephala Vig. 

Tué sur le bord des rapides de la Nam-Dô, le -i'S février. Yeux bruns. 
Cette belle espèce de Rubietle, que nous avons figurée dans nos Oiseaux 
de la Chine (pi. WIV), est très répandue dans l'Himalaya el dans les ré- 
gions montagneuses de la Chine occidentale, particulièrement dans le 
Setchuan, où elle vit également au bord des torrents. Elle appartient à 
celte catégorie d'espèces himalayennes auxquelles j'ai déjà fait allusion, et 
qui ont coulé pour ainsi dire dans ITndo-Chine en suivant les vallées du 
Mékong, du fleuve Rouge et de leurs affluents. 

38. HiRINDO I)A1 RICA L. 

M. de Barthélémy n'a rencontré celle Hirondelle que sur la Nam-Mô, 
en février. 

39. CllIRIA HOTTENTOIA L. 

Très commun dans les régions de Luang-Prabang , Vien-Tiane el 
Xieng-Khouang. M. de Barthélémy l'a observé sur tout son itinéraire, 
saufenAnnam. Très répandu également en Cochinchine ( R. Germain). 

liO. Pericrocotcs rrevirostris Vig. 

Deux spécimens semblables à ceux qui ont été obtenus précédemment 
par M. le docteur Harmand dans le Laos. rrCes Gobe-Mouches, dit M. de 
Barthélémy dans ses notes manuscrites, se rencontrent surtout dans les ré- 
gions élevées , à 1,000 ou i,5oo mètres d'altitude, ou même plus haut en- 
core. Ils restent longtemps immobiles au sommet des arbres, où leurs 
couleurs brillantes les font découvrir facilement, d 

h\ . Tethrodorn'is pelvica Hodgs. 

Un spécimen tué sur la Nam-Mô, à Ta-Dô, est identique à ceux que le 
docteur Harmand a obtenus précédemment dans le pays des Kouys (Cam- 
bodge). 

h*2. Artamds fuscds V. 

Un seul individu tué, le 8 mai. à Bung-Miû, près de Tourane 
(Annam), seule localité où M. de Barthélémy ait rencontré l'espèce. 

43. Oriolus melanocephalus L. 

Un spécimen venant de Bung-Miû (Annam). D'après M. de Barthé- 
lémy, le Loriot à tête noire est plus commun en Annam que dans le 
Laos. 11 est répandu en Cochinchine, où M. R. Germain en a obtenu 
d'assez nombreux spécimens. 



— 17 — 

kk. EdSPIZA AUREOLA Pall. ? 

45. Melophus melanicterus Gm. 

Un spécimen pris à Ban-kay, à s5 kilomètres environ de Xieng- 
khouang. rrCette espèce, dit M. de Barthélémy, me parait être assez ré- 
pandue dans le Tran-Ninh et aux environs de Luang-Prabang, et un peu 
plus rare plus au Sud. » Le prince Henri d'Orléans l'a rencontrée dans le 
Yun-nan, et M. l'abbé V. David l'a trouvée dans la Chine méridionale et 
occidentale. 

46. Gracula intermedia Hay. 

Ta-Dô (février 1897). M. de Barthélémy a rencontré des Mainates de 
cette espèce depuis Ta-Dô juseme dans l'Annam. 

47. Urocissa occipitalis Bl. 

Un individu tué sur le bord de la Nam-Mô , en février 1897, semblable 
à un spécimen pris à Tsékou par le prince Henri d'Orléans. M. de Barthé- 
lémy a rencontré dans tout le cours de son voyage cette espèce indienne , 
qui lui parait être très répandue du Nord au Sud en Indo-Chine, et dont il 
avait déjà obtenu un exemplaire à Fou-Tchéou , en Chine , quatre ans au- 
paravant. 

48. Treron nasica Schelg. 

Des régions de Muong-You et de Tran-Ninh (mars 1897). M. de Bar- 
thélémy a tué aussi, à Vien-Tiaue, quelques-uns de ces Turverts, qui lui 
paraissent être répandus dans tous les pays qu'il a traversés. Le p.inee 
Henri d'Orléans en a trouvé également à Pak-Lay (Siam). 

'i9. Carpophaga ,enea L. 

Un individu tué à Muong-Phiu , a la tin de mai 1897. L'espèce était 
très commune dans toutes les régions traversées par M. de Barthélémy à 
partir de Luang-Prabang. Elle a les habitudes de notre Ramier. 

50. PeLOPERDIX CHARLTONlEyt. 

Ta-Dô (2/1 février 1897). ^ eux bruns. Espèce obtenue précédemment 
par le prince Henri d'Orléans à Lang-Ma (Tonkin), et parle Père Renault 
à l'ouest de Hué (Annam). 

51. Gen\.eos nycthemerus L. 

Très répandu dans toutes les régions traversées par M. de Barthélémy, 
qui a tué de ces Faisans à 2,000 mètres d'altitude chez les Méos, aux en- 
virons de Xieng-Khnuang, dans le Tran-Ninh. Le spécimen rapporté par 
M. de Barthélémy est semblable à un mâle tué à Ssemao ( Yuu-nan) , par le 
prince Henri d'Orléans. 

52. Ardea (Herodias) intermedia Hassely. 
Espèce répandue également en Cochinchine. 

.Muséum. — iv. 2 



— 18 — 

53. Ardea (Heriodias) garzetta L. 

De Vien-Tiane (avril et mai 1897). Les Hérons de cette espèce de- 
venaient communs, dans les régions traversées par M. de Barthélémy, h 
mesure que se formaient les marécages , suivant la saison. 

54. Ardea (Ardeola) leucoptera Bodd. 

Très commun dans les régions traversées par M. de Barthélémy, aussi 
bien que dans la Basse-Cochinchine. 

55. Ardea (Ardeola) Bacciius Bp. 

Un spécimen des bords du Mékong, au nord de Vien-Tiane (avril 

i897)- 

56. Ardea (Butorides) javanica Horsf. 

Des mes de la Nam-Mô (février 1897). Ce Héron vit également isolé 
sur le bord des fleuves. M. de Barthélémy l'a observé dans tout le cours de 
son voyage. Le Muséum en possède de nombreux spécimens venant de Go- 
chinchine. 

57. Ibis Davisom Hume. 

Un spécimen du haut Mékong (avril 1897). Veux noirs, entourés 
d'un cercle rouge. L'exemplaire rapporté par M. de Barthélémy est iden- 
tique aux spécimens pris à Somlior, également sur les bords du Mékong, 
dans le Cambodge, par M. le docteur liai niand et signalé- par moi dans les 
Nouvelles Archives du Muséum , eu 1878. 

58. HyPOT/EMDIA striata L. 

Des rives de la Nam-Mô (février 1897). (fCe Râle rayé, dit M. de Bar- 
thélémy, se promène ostensiblement sur le bord de; rivières, où croissent 
des joncs, et ne se dissimule pas comme les Bâles de nos pays, sans doute 
parce qu'il n'a été que peu chassé jusqu'ici." 

59. EsACDS RECURVIROSTRIS CllV. 

Un exemplaire provenant des bords du Mékong (mai 1897). D'après 
M. de Barthélémy, les Esacus se trouvent eu bandes sur les rives du haut 
Mékong, et ont les mœurs et le cri aigu de notre grand Courlis. 

60. HûPLOPTERUS YENTRAI.IS CllV. 

Des bords du Mékong (mai 1897). L'espèce se rencontre dans toute 
l'Indo-Chine, au Cambodge, dans le haut et le bas Laos, en \nnam et au 
Tonkin. 

61. MlCROSARCOPS CLNEREIIS Bl. 

Déjà signalé au Cambodge. 

62. Glareola lactea Tem. 

Mékong (avril 1897). Cette es |>èce est très répandue dans la région 
des rapides du haut Mékong, mais n'a pas été observée par M. de Bar- 
thélémy sur d'autres points de son itinéraire. 



— 19 — 

63. Nettapus coromandeli \m s Gm. 

Un seul spécimen tué sur le Mékong, à la fin d'avril. 

64. PODICEPS MINOR L. 

Un spécimen de la Nam-Mô (février 1897). Le seul que M. de Barthé- 
lémy ait rencontré dans tout son voyage. 

65. Sterna (Seena) aurantiaca J. E. Gray. 

M. de Barlhéiemy a rencontré, depuis Luang-Prabang jusqu'à la fin de 
son voyage, celte espèce qu'il n'avait observée ni sur le Song-Câ, ni sur la 
Nam-Mô, mais dont M. le docteur Harmand avait obtenu précédemment 
des spécimens sur le Mékong. 

66. Rhynchops albicollis Sw. 

Mékong (avril 1897). Très commun dans le bas Mékong, aux envi- 
rons de Bassac; assez rare sur le haut tleuve. 

67. Gracdlus carbo L. 

Mékong (avril 1897). Les grands Cormorans se montrent en bandes 
sur tous les fleuves, dont ils remontent le cours vers le soir pour aller 
passer la nuit sur les rochers des rapides. 

68. Gracdlus pygjlïeds var. jàvanicus Hors!'. 

De Xieng-Kouang, dans le Tran-Ninh (fin mars 1897). Les petits 
Cormorans sont communs dans cette région, mais deviennent raies pins au 
Sud. 

69. Plotos melanogaster Penn. 

Mékong (avril 1897), région de Hué, rivière de Quang-Try. M. de Bar- 
thélémy n'a pas observé d'Anhingas sur la Nam-Mô. 



Note sir un voyage de Missioy au PAis des Kbas ou au bas Laos, 

par M. J.-M. Bel, 

CORRESPONDANT DU MUSEUM, CHARGE DE MISSION. 

De janvier à juillet 1896. j'ai, accompagné de M mt Bel, exploré une 
partie de l'Indo-Chine comprise entre les parallèles i3° et 1 6° Nord et de 
la mer de Chine au Mékong. 

Nous avons suivi une route, ou sentier, généralemenl dirigé vers le 
N. 0., allant sur Attopeu, et partant du port de Qui-Nhon sur la mer de 
Chine. Nous avons traversé, par 900 mètres d'altitude, une première 
chaîne, qui est la chaîne annamite proprement dite, et sommes arrivés à 
la mission catholique de Kon-Toum, à i5o kilomètres de Qui-Nhon, dans 
le bassin du Poco ou Sésane, déjà navigable aux pirogues jusqu'à son 
continent, à Stung-Treng, avec le Mékong. An delà de ce bassin, nous 



— 20 — 

avons, par une altitude également de 800 à 900 mètres, traversé un autre 
massif montagneux qui le sépare de celui de la Se-Souk, tributaire de la 
Sékong, navigable aux pirogues, et allant se jeter dans le Mékong, après 
s'être réuni , près de Stung-Treng , à la Sésane grossie du Ton-le-Srepock, 
autre grand cours d'eau du pays. Enfin, du bassin de la Se-Souk nous 
avons passé dans celui de la Se-kémane, en traversant une troisième 
chaîne, par 600 mètres environ d'altitude, et sommes arrivés à Altopeu, 
situé près du confluent de cette dernière rivière et de la Se-Souk, à 1 5o kilo- 
mètres environ de Stung-Treng et à 3oo kilomètres de Qui-Nbon. De la 
mer de Chine au Mékong nous avons donc parcouru doo kilomètres de 
roule, comptés à vol d'oiseau. En outre, nous avons remonté la Sékong, 
en amont d'Attopeu, sur une soixantaine de kilomètres, et la Sésane, sur 
2 5o kilomètres, en amont de Stung-Treng, après avoir descendu la 
Sékong, puis le Mékong, de Khong à cette dernière ville. Ce qui fait un 
total de 750 à 800 kilomètres explorés dans celte région. 

De la mer de Chine au méridien d'Attopeu, la géologie du pays est 
constituée par un vaste massif éruptif . où la roche dominante est la dio- 
rite; il y a, en outre, quelques granits, des roches volcaniques et des 
schistes cristallins, qui sont le plus souvent des talcscbistes. On y Irouve 
des gîtes aurifères alluvionnaires, exploités par les indigènes de temps im- 
mémorial, dans la plus grande partie du pays, ainsi que des gîtes auri- 
fères filoniens récemment découverts, au cours même de notre mission; 
il y a aussi des gisements de fer, de cuivre, de plomb argentifère, et peut- 
être d'étain. Cette partie du pays présente une végétation à peu près exclu- 
sivement formée de forêts vierges, défrichées à l'entour des villages pour 
la culture du riz. Du méridien d'Attopeu au Mékong, apparaissent des for- 
mations sédimentaires anciennes, et la contrée présente alors la forêt claire, 
si souvent décrite par les voyageurs, qui caractérise le paysage de la 
movenne vallée «lu Mékong. 

La population qui habite ce pays, sur les trois quarts au moins de sa 
superficie, appartient au groupe ethnique des Khas, de leur vrai nom, 
(appelés aussi Sauvages ou montagnards par les Annamites et Mots par les 
Européens). Les Annamites occupent une bande de territoire d'une soixan- 
taine de kilomètres de large. Du côté «lu Mékong, les Cambodgiens, et 
plus tard les Laotiens, se sont établis dans quelques villages, le long des 
affluents de ce fleuve jusqu'au méridien d'Attopeu; les Siamois, à leur 
tour, essayèrent de dominer ce pays par l'intermédiaire des mandarins 
laotiens d'Attopeu. Comme on le sait, la France leur a succédé depuis 
l'année 1893 et a établi deux commissaires «lu Gouvernement à Stung- 
Treng et à Attopeu, sous les ordres du commandant supérieur du bas Laos 
résidant à Khong. 

Les Khas sont donc les véritables habitants de la contrée ; ils ressemblent 
plutôt aux Malais qu'à aucun autre peuple de P Indo-Chine; ils ont le teint 



— 21 — 

cuivré, avec une grande variété de nuances, depuis les plus foncées jus- 
qu'aux plus claires; leurs cheveux sont assez fins, noirs, souvent roux 
foncé, passant jusqu'au châtain : ce n'est point là une couleur artificielle. 
Ils on) la singulière coutume de se limer les dents presque jusqu'aux gen- 
cives. 

Ils se subdivisent en divers sous-groupes, ayant un dialecte propre, 
composé de mots formés le plus souvent de racines communes. L'écriture 
leur est inconnue. Leur religion a pour base la croyance à un Génie, au- 
quel ils sacrifient des Buffles, dans les grandes circonstances de leur vie et 
de leurs occupations. Ils sont sédentaires et voués aux travaux agricoles; 
ils déplacent toutefois aisément leur village, sous l'empire d'une superstition 
ou de toute autre cause. Leurs cases sont toujours construites sur pilotis, 
en bambous tressés, recouvertes de paillotes. Dans chaque village, il y a 
une maison, à couverture extrêmement élancée, qui est la maison commune 
des jeunes gens, depuis l'Age de puberté jusqu'à leur mariage, et qu'occu- 
pent aussi les voyageurs de passage, auxquels ceux-là cèdent momentané- 
ment la place. 

Les villages sont généralement bien lenus, les maisons alignées, et 
quelquefois agréablement décorées de motifs en charpente, primitivement 
sculptée, ou d'entrelacs de bambous. Le village kha présente enfin un 
aspect de propreté que n'ont point les villages laotiens et annamites. 

Les vêtements khas sont faits de tissus de coton teinta l'indigo, agré- 
mentés de rouge, de graines blanches et d'élytres d'insectes; ce sont des 
ceintures larges et longues pour les hommes, des jupes et des vestes pour 
les femmes. Leurs armes sont : le sabre à longue poignée, la lance, les 
flèches empoisonnées, de petite longueur. 

Les voyageurs sont reçus avec curiosité et méfiance; mais dès que les 
indigènes ont pu s'assurer qu'on ne leur veut aucun mal, ceux-ci se mettent 
assez volontiers à la disposition des arrivants. Les voyageurs, par contre, 
doivent veiller avec le plus grand soin à ne pas froisser les superstitions 
locales, être très sévères avec leur personnel de caravane, pour qu'il res- 
pecte aussi, scrupuleusement, ces superstitions, et cela, surtout quand on 
a des Annamites avec soi, car ceux-ci sont les ennemis héréditaires des Khas. 
Voici deux exemples de ces superstitions : quand on loge dans la maison 
commune de certains villages cédangs, on doit se garder d'y introduire 
des poulets vivants; on doit au préalable leur couper les pattes, la tête et 
enlever les plumes. 

Les villages sont souvent rrcalam* , c'est-à-dire interdits, et cela quelque- 
fois pour des motifs futiles. Ils sont rrcalam», en cas de guerre avec leurs 
voisins, ou d'autres fois aussi pour des causes banales, telles que la con- 
struction d'une maison, ou bien encore lorsqu'ils ne veulent pas recevoir 
de voyageurs, etc. En ce cas, les sentiers d'accès du village sont plantés 
d'une multitude de lancettes en bambou taillé en pointe aiguë, le piquant 



— 22 — 

tourné du côté de l'arrivant, et souvent très bien dissimulées; le voyageur 
sera bien avisé en ne forçant pas la consigne et en se retirant. 

Dans chaque village, deux ou trois anciens conseillent la population dans 
les décisions à prendre relatives à des questions intéressant tout le village. 
Les centres habités n'ont entre eux aucun lien national, mais seulement 
des rapports d'amitié; ils n'ont aucune administration générale, si ce n'est 
un impôt payé aux mandarins laotiens ou annamites, qui d'ailleurs n'existe 
que dans les villages kbas voisins des pays laotiens du bassin du Mékong, 
ou de l'Annam. Les autres, en grande majorité, sont des kbas kals, c'est-à- 
dire indépendants. 

De ce manque de confédération, pour ainsi dire, résulte que soiiv.nl 
des guerres de village à village se produisent, pour terminer un différend 
survenu. L'intervention d'un agent français ou même d'un voyageur leur 
prêchant la conciliation peut, dans quelques cas, éviter la guerre. 

En dehors des cultures du riz de montagne, auxquelles ils se livrent 
tous, le riz étant la base essentielle de leur nourriture, ils ont quelque 
industrie : certains villages font du lissage et produisent des vêtements 
simples ou souvent ornés avec art; les autres font de l'indigo, de la cire, 
des poteries; certains groupes kbas font du fer excellent, dont ils fabriquent 
des piocbettes et des sabres; quelques-uns s.nenl cimier le bronze, dont 
ils font des grelots, des clochettes, etc.; enfin beaucoup d'entre eux em- 
ploient, en dehors du travail des rizières, la majeure partie de leur temps 
à l'orpaiilage de l'or des alluvious de rivières. Dans un grand nombre de 
villages, le Génie défend de creuser le sol pour chercher le métal précieux ; 
ce Génie est fort sage, car nous avons remarqué que ce cas ne se présente 
que dans les parties du pays où les alluvious des rivières ne sont pas auri- 
fères. Quant aux autres, respectueux de la puissance du Génie, ils lui 
sacrifient un Buffle pour que leur récolte d'or soit abondante. 

La polygamie est assez rare parmi ces peuples et la famille y est très 
unie. Ils sont honnêtes, loyaux et respectueux de leurs engagements; la 
morale naturelle est respectée religieusement par ces peuples simples, 
naïfs et enjoués. 

Dans cbaque village et souvent le long des sentiers, on voit des troncs 
d'arbre creusés, ouverts longitudinalement par de grandes échancrures 
rectangulaires. Ce sont des cercueils préparés par provision; non pas que 
l'on y meure plus souvent que partout ailleurs, mais ainsi le défunt n'a pas 
il attendre sa sépulture. Celle-ci se fait dans un véritable cimetière, situé 
près du village, et un tombeau ayant la forme d'une petite case en bambou 
tressé avec art est construit après l'ensevelissement. Dans cette petite case 
mortuaire, on réunit la plupart des objets ayant appartenu au défunt. Au 
bout d'une année , on répète la cérémonie des funérailles et on apporte au 
mort, dans de petites écuelles en terre, la nourriture qu'on lui destine : on 
la lui sert en la faisant passer par le col d'une jarre presque entièrement 



— 23 — 

enterrée et qui, au moment de l'ensevelissement, a été placée au-dessus 
du cercueil. Toute la famille rend ses pieux devoirs au défunt et exprime 
sa douleur par des gémissements et des larmes qui paraissent sincères. La 
cérémonie se termine le lendemain au lever du jour, par le sacrifice d'un 
Buffle, tué à coups de sabre, dont les assistants se partagent les morceaux, 
y compris le défunt , qui a aussi sa part. Ces tombeaux sont quelquefois dé- 
corés de sculptures primitives, représentant des pleureuses et autres sujets. 

Le sacrifice du Buffle se l'ait toujours de la même façon, soit qu'il s'agisse 
d'une cérémonie funèbre, soit qu'il s'agisse de célébrer l'achèvement d'une 
habitation ou d'autre chose. Les habitants se réunissent le soir sur la place 
du village; un bambou extrêmement élevé et garni de banderoles est 
dressé et planté dans le sol. ainsi qu'un fort poteau auquel le Buffle est 
attaché. À la tombée de la nuit, on apporte des jarres de vin kha (fait 
de riz non décortiqué qu'on a fait fermenter) ; les jeunes gens , avec leurs 
gongs et leurs tamtams, font de la musique et dansent toute la nuit autour 
du Buffle. Tout le village boit le vin , qu'on aspire au moyen de grands et 
longs chalumeaux, plongés dans la jarre; le vin est facilement renouvelé, 
car il suffit d'ajouter de l'eau dans la jarre, quand la première solution 
est épuisée; l'eau se change en vin et on peut, avec une même jarre, boire 
presque toute une nuit, ce qui ne donne ainsi aux buveurs qu'une gaîté 
relativement mesurée. 

Les divers groupes khas que nous avons visités sont : les Tams (Mois) 
du S. 0. delà province du Quang-Nam (en Annam), — les Bahnars (Hagu, 
versant occidental de la chaîne littorale; Bôngao, versant occidental), — 
les Djiaraïs, moyenne vallée du Poco ou Sésane, — les Halangs, massif 
montagneux entre la Sésane et la Se-Souk, — les Lovés, au sud de la Se- 
Souk, — les Sepoun, du sous-groupe Alak, bassin de la Sékong, en amont 
d'Altopeu, — les Souks, du bassin de la même rivière, en aval d'Allopeu, 
— les Braos ou Palaos, de la basse Sésane. 

\ous avons montré à la réunion des naturalistes du Muséum une collec- 
tion de photographies rappelant la plupart des coutumes de ce peuple 
kha , plus nombreux qu'on ne le croit généralement et dont ou pourra tirer 
un grand parti au point de vue de la colonisation, si on sait les initier 
sagement, prudemment et surtout pacifiquement à la civilisation. 



SUB LA FAUNE DES LaCS ET LaGUNES DU \ ALLE DE Me.IICO, 

par L.-G. Selrat, M. S. A. 
(Laboratoire de M. Milne Edwards.) 

La présente note a pour but l'histoire biologique de quelques Poissons 
rapportés de Mexico, et que M. le professeur Vaillant a eu l'obligeance de 



— î!x — 

déterminer; celle histoire est d'ailleurs intimement liée h celle de l'Axolotl. 

Mexico occupe le centre d'une vaste dépression, d'altitude moyenne 
(2,260 mètres), entourée de toutes parts par des montagnes ou collines, 
dont quelques-unes atteignent près de 6,000 mètres (Popocalepetl); les 
eaux, n'ayant pas d'écoulement, se ramassent dans des lacs ou lagunes 
dont le niveau et l'étendue varient de la saison sèche à la saison des pluies. 

i° Les lacs proprement dits (Chalco, Xochimilco) sont profonds (6 à 
8 mètres), ne tarissent jamais et sont remplis par une eau très pure, très 
riche en oxygène dissous, très limpide. Lis rivages de ces lacs sont d'ail- 
leurs marécageux. 

a" Les lagunes et fossés sont, au contraire, peu profonds : la lagune 
de Santa-lsahel n'a guère plus de 80 centimètres pendant la saison des 
pluies; l'eau en est impure, peu riche en oxygène dissous et croupissante 
à cause des matières organiques en décomposition qui s'y trouvent; de 
plus, elle tarit dans la saison sèche. 

Faune de Ghai.co et Xochimilco. — Poissons. — Les Poissons y sont 
ahondanls, atteignant une grande taille, ovipares sans exception; j'ai rap- 
porté Chirostoma humboldliana cl Mjrnnsea Sallci (Gi'inther). 

Batraciens. — L'Axolotl est 1res abondant dans ces deux lac-;; c'est 
l'Axolotl néoténique : Siredon Rumboldti , celui probablement qui fut envoyé 
par le maréchal Forey en i<S!i->. (Ici Axolotl respire à peu près uniquement 
par ses branchies: la quantité d'oxygène absorbée ainsi peut suffire à l'être; 
elle est, en eiïet, proportionnelle à la surface des branchies, qui sont ici bien 
développées (sur 5o exemplaires examinés par le professeur Villada , tous 
avaient les branchies en parfait état), et à la quantité d'oxygène dissous 
dans l'eau, qui est ici très grande; l'animal peut rester, par suite, long- 
temps sous l'eau et ne fait usage de ses poumons que 1res rarement; on 
peut le forcer à adopter la respiration pulmonaire en le mettant dans une 
eau peu riche en air dissous : mis dans de l'eau des environs de Mexico, il 
vient toutes les 5 minutes à la surface, ne pouvant plus absorber par ses 
branchies la quantité d'oxygène nécessaire; dans ces mauvaises conditions, 
l'Axolotl se métamorphose en Amblystome (expériences classiques). Dans 
les lacs, au contraire, l'animal n'est jamais obligé de faire usage de ses 
poumons; la vie terrestre serait, de plus, désavantageuse pour l'espèce, 
et l'animal ne se métamorphose pas. 11 pond ses œufs sur les plantes aqua- 
tiques et reste toute sa vie aquatique. 

H existe dans les lacs une Grenouille brancbilere : c'est une Grenouille 
normale, adulte, anoure, possédant en avant des pattes antérieures et de 
chaque côté de la tête 2 replis cutanés, semi-circulaires, qui permettent à 
l'animal de respirer l'air dissous el de ne venir que rarement à la surface. 
Les Anoures sont moins plastiques (pie les Pérennibranclies , (''tant obligés 
pour adopter une vie franchement aquatique d'employer des organes sur- 



— 25 — 

ajoutés, et non des organes larvaires comme les seconds. (Axolotl, Protée, 
Triton alpestris , elc.) 

Faune des lagunes et des fossés. — Poissons. — 1 seule espèce, un 
Cyprinodonte, le Girardinichtys innominatus (Bleeker) , de petite taille, à 
bouche dorsale , et vivipare. — Son aire est très vaste : fossés de Mexico, 
Tacuba, Atzrapotzalco, Tlalnepanlla, Rio del Gonsulado, Rio de Guade- 
Inpe, canal de la Viga, lagune de Santa Isabel, etc. Tous ces fossés et 
lagunes, sauf le canal de la Viga, sont taris dans la saison sèche. 

La position de la bouche (1) est en rapport avec la pauvreté de l'eau en 
air dissous, l'animal pouvant ainsi absorber l'eau superficielle, la plus 
riche en oxygène; ces Poissons sont des Poissons de surface. L'espèce ré- 
siste au dessèchement des lagunes grâce à sa viviparité : la femelle conser- 
vant ses œufs les protège avec elle ; un petit nombre de ces femelles arrivent 
à se réfugier dans une flaque d'eau à l'ombre et peuvent attendre la saison 
des pluies; la multiplication est d'ailleurs très rapide dans ces formes, une 
femelle faisant i5 à 9.0 petits; elle facilite la sortie des jeunes en se frottant 
contre les herbes aquatiques. La petite taille est également en rapport avec 
les mauvaises conditions de vie; les plus gros meurent, en effet, les pre- 
miers. 

Batraciens. — On trouve dans ces lagunes de nombreux Têtards, qui se 
tiennent le plus souvent verticaux, la bouche absorbant l'eau superticielle; 
dès l'apparition des mauvaises conditions, la métamorphose a eu lieu; un 
grand nombre , d'ailleurs , meurent. 

L'Axolotl existe en très grande abondance dans la lagune de Santa 
Isabel; ce n'est d'ailleurs pas le même que celui de Xochimilco : c'est le 
Siredon tigrinum, qui se métamorphose toujours en Amblystoma tigrina. Dès 
le jeune âge, cet Axolotl, ne trouvant dans l'eau de la lagune qu'une partie 
de l'oxygène qui lui est nécessaire, doit faire usage de ses poumons; on 
comprend d'ailleurs qu'avec l'âge, la respiration pulmonaire prend plus 
d'importance, car, à mesure que l'animal avance en âge, la lagune se des- 
sèche , un certain nombre d'animaux y meurent et leur décomposition en- 
lève à l'eau, déjà croupissante, une partie de son oxygène dissous; on com- 
prend donc qu'au moment où la lagune est presque desséchée, les Axolotls, 
d'une façon naturelle, ont été amenés à la respiration pulmonaire unique, 
et par suite vont aller à terre chercher leur nourriture et un lieu humide; 
la métamorphose, préparée dès le jeune âge, marche de pair avec le des- 
sèchement; elle est d'ailleurs forcée, car l'Axolotl qui ne se serait pas méta- 
morphosé à temps périrait sûrement. En mettant le Siredon tigrinum, dès le 

0) Les Poissons à bouche terminale meurent très rapidement quand on les met 
dans cette eau. 



— 26 — 

jeune âge, flans de l'eau très riche en oxygène, on obtiendrait probable- 
ment un Axolotl néoténique. 

L'eau des fossés est tellement impure et peu propre à la vie dos animaux 
aquatiques, que les Gammares n'y peuvent vivre et viennent seulement y 
mouiller leurs branchies, respirant l'air en nature'' 



, (i) 



Caxal de la Viga. — Ce canal, non tarissable, présente un mélange 
apparent des deux formes de Poissons, ovipares et vivipares: on y trouve, 
en effet, Chirostoma hwnboldtiana , Algansea Sallei , et Girard'nnchtys inno- 
minalus, qui y atteint une plus grande taille. En réalité, ces Poissons ne 
sont pas là dans leur milieu : Chirostoma et Algansea sont des émigrés, 
venus de Ghalco, par le canal de Cbalco, à la suite du dessèchement de ce 
lac; avant le dessèchement, ils n'existaient pas dans le canal (Combalu- 
zier). La présence du Girardinichthys s'explique par ce l'ail , (pie le canal 
date des Espagnols et était autrefois occupé par une lagune peu profonde, 
communiquant avec les précédentes et séparée des lacs de Ghalco et Xnchi- 
milco par la chaîne des volcans de Santa Galarina et la Calzada aztèque de 
Metzicalciugo. Dans ce canal, ou trouve également des (iarpes d'impni •talion 
européenne récente. On ne peut tirer ici aucune rmclushn. 

Si on compare avec les faits observés d'une façon précise dans d'autres 
régions, on peut dresser le tableau suivant : 

I. Cbalco, Xochimilco, rio et lac de Lerma, Palzcuaro (Michoacan) : 

Eau profonde, limpide, non tarisstable. 

I Chirostoma kumboidtiana , Algansea Snl ■ 

n ■ ■ \ loi (Ghalco, Xorliimilco, ferma). 

Poissons ovipares .' v ' 

J Chirostoma extor, Algansea Dugesi(Palz- 
' ruaro). 

. , ., , ., . , jf9 \ ( Siredon llmtil-oldii (Xochimilco, C.lialrn). 

Axolotls neoteniquos normalement ^ . j v ' 

( Sirrdou Dumeriii (Patzeuaro). 

II. Lagune de Santa Isabel : 

Eau peu profonde, croupissante, sale, tarit régulièrement tous les ans. 
Poissons vivipares, à bouche dorsale : Girardinichthys innominalus. 
Axolotls se métamorphosant normale- ( Siredon tigrinum. 
.nenl en Amblystomes | Amblystoma tigrina. 

Ce tableau explique suffisamment les différences de faune et nous ex- 

< 1} Memorias y Revista de la Sociedad Cientifica Antonio Alzate, 1897. 
(2 > La présence d'Amblystomes au sud du lac de Xochimilco (M. Velasco) s'ex- 
plicpie par la présence des marécages environnant ce lac. 



— 27 — 

plique, de plus, la néotéuie de l'Axolotl des grands lacs; il nous montre, 
de plus, que la provenance des Axolotls est d'une importance capitale pour 
interpréter les expériences faites en Europe. 



Premier Supplément au catalogue des Eucnemid^e 
nu Muséum d'histoire naturelle de Paris, 

par Ed. Fleutiuw 

1 . Dromaeolus incertus n. sp. 

k mill. 1/9. Corps allongé, atténué en arrière, assez convexe; d'un noir 
de poix peu brillant; pubescence grise, plus apparente sur la moitié anté- 
rieure du corps. Tête fortement ponctuée; carène interoculaire entière si- 
nueuse, saillante au milieu. Epistome triangulaire à base caréniforme. 
Anlennes ferrugineuses, no dépassant pas la base du protborax; premier 
article un peu obscur, aussi long que les trois suivants réunis; deuxième 
très court, plus petit que le quatrième; troisième plus long que le suivant; 
quatrième pas plus long que large; cinquième à dixième un peu plus longs, 
subégaux, diminuant graduellement de largeur; dernier plus long que le 
précédent, mince et allongé. Pronotum atténué en avant de la base au 
sommet, non sillonné; ponctuation forte et rugueuse. Elylres atténués en 
arrière, distinctement striés, à ponctuation rugueuse moins forte que celle 
du pronotum. Dessous de la même couleur, avec le bord inférieur des 
hancbes postérieures rougeâtre; ponctuation forte sur le propectus et le 
métasternum, tine sur l'abdomen. Bord externe des propleures plus long que 
le postérieur; saillie proslernale large, atténuée en arrière, subarrondie au 
sommet. Epipleures des élytres rétrécies en arrière. Episternes métathora- 
ciques élargis en arrière. Hancbes postérieures dilatées en dedans, un peu 
plus larges en dehors que l'extrémité des episternes métatboraciques. Der- 
nier segment abdominal arrondi. Pattes ferrugineuses avec les cuisses un 
peu brunâtres. Tibias postérieurs plus longs que les tarses. 

Nouvelle-Guinée, baie de Geelvinck (Raffray et Maindron, 1878). Un 
exemplaire. 

Cette espèce appartient au groupe ferruginipes-tibialis-htngicollis. Elle dif- 
fère defernifjinipes par son epistome caréniforme à la base et de longicollis 
par le triangle des propleures seulement un peu plus long que large, par 
les episternes métathoraciques élargis en arrière et par les tibias postérieurs 
plus longs que les tarses. 

2. FORNAX GOINEENSIS Bonv. 

Congo, Franceville (de Brazza, 1886). Un exemplaire. 

Cette espèce est remarquable par le peu de profondeur du sillon mar- 



— 28 — 

ginal du propectus, élargi en arrière et fermé, avant la base, par le pro- 
longement de la carène formant le côté inférieur du triangle propleural. 

3. Fornax c.oncolor E. Blaiich. 

Nouvelle-Guinée, baie de Geelvinck (Raffray et Maindron, 1878). Un 
exemplaire. 

h. Fornax seponendts Bonv. 

Malacca (de Morgan, 189G). Un exemplaire. 

5. Fornax Brazzai n. sp. 

11 mill. Corps allongé, assez convexe, d'un brun noirâtre, cou- 
vert d'une pubescence jaune, courte et peu serrée. Tète convexe à ponc- 
tuation assez forte: carène interoculaire nulle. Epistome rétréci à la base, 
plus étroit que l'espace compris entre lui et l'œil. Antennes filiformes, d'un 
ferrugineux brunâtre, ne dépassant pas la base du prothorax; premier ar- 
ticle cylindrique, aussi long que les trois suivants réunis; deuxième aussi 
long que large; troisième plus long que les deux suivants réunis: quatrième 
subégal au second; cinquième à septième à peu près de la même longueur 
que le quatrième; huitième à dixième un peu plus longs; dernier une fois 
et demie plus long que le précédent, mince et atténué. Pronotum plus long- 
que large, parallèle, rétréci seulement à partir du quart antérieur; base 
très sinuée; ponctuation forte et serrée. Élytres faiblement atténués à partir 
de la base et plus fortement dans la seconde moitié; à peine distinctement 
striés; surface couverte d'une ponctuation forte à la base, devenant plus 
légère et moins sériée en se rapprochant de l'extrémité. Dessous à ponc- 
tuation légère. Sillons antennaires lisses, limités intérieurement par une 
carène. Bord inférieur des propleures moins long (pie l'externe. Saillie 
prosternale large à la base, atténuée en arrière et arrondie à l'extrémité. 
Épipleures des élytres rétrécies en arrière. Episternes métathoraciques pa- 
rallèles, plus étroits que les épipleures à la moitié de leur longueur. Hanches 
postérieures largement dilatées en dedans. Dernier segment abdominal ter- 
miné en pointe. Pattes d'un ferrugineux obscur. Premier article des tarses 
postérieurs aussi long que les suivants réunis. Ongles faiblement épaissis à 
la hase. 

Congo, Franceville (de Brazza, 188G). Un exemplaire. 

Cette espèce vient se placer dans le voisinage des substriatus-sepohendvs ; 
sa forme générale plus convexe et son pronotum plus long que large et ré- 
tréci seulement tout à fait en avant lui donnent un aspect différent. 

0. Fornax adnexus Bonv. 

Java (Pasteur, 1896). Plusieurs exemplaires. 

7. Fornax superbiis Bonv. 

Java , baie de Meuwen . détroit de la Sonde (Raffray et Maindron , 1 878). 
Un exemplaire. 



— 29 — 

8. Fornax bipartitus n. sp. 

6 raill. a/3. Allongé, peu convexe, atténué en arrière; partie antérieure 
rouge, seconde moitié noire, pubescence assez longue et clairsemée, de la 
couleur du fond. Tête rouge à ponctuation médiocre, peu serrée; carène 
interoculaire interrompue au milieu. Kpistome rétréci a la base, aussi large 
que l'espace compris entre lui et l'œil. Antennes noires avec les deux pre- 
miers articles et l'extrémité du dernier rouges, dépassant la base du pro- 
thprax; quatrième article deux fois plus long que le deuxième; dernier plus 
long que le précédent , atténué au sommet. Pronotum rouge , aussi large 
que long, curvilinéairement rétréci de la base au sommet; ponctué comme 
la tête. Écusson rouge, triangulaire, assez allongé. Elytres rouges dans leur 
cinquième antérieur, noirs au delà, atténués en arrière, déhiscents au 
sommet; stries à peine distinctes, sauf la suturale; ponctuation fine et peu 

serrée. 

Dessous jaune, abdomen noirâtre avec le dernier segment un peu rou- 
geâtre ; ponctuation écartée. Épipleures des ély très larges à la base , rou- 
geâtres. Épisternes métathoraciques parallèles , plus étroits que les épi- 
pleures. Hanches postérieures birgement dilatées en dedans. Dernier segment 
abdominal atténué en arrière, tronqué au sommet. Pattes jaunes; tarses 
postérieurs plus longs que les tibias, leur premier article aussi long que 
les suivants réunis ; ongles épaissis à la base. 

Nouvelle-Guinée, baie de Geelvink (Raffray et Maindron, 1878). Lu 
exemplaire. 

Espèce du groupe de speclabilis-airogans ; se reconnaît aisément à la cou- 
leur rouge orangé de la base des élylres et à son abdomen noirâtre. 

9. Fornax obrctus Guér. 

Costa Rica (de Lafon, i884). Un exemplaire de 1 1 millimètres. 

10. Fornax mendax Bonv. 

Darien (F. Geay, 1896). Malgré sa petite taille de 9 millimètres, je 
rapporte à cette espèce l'unique exemplaire du Muséum. 

1 1 . Plesiofornax sublucidus Bonv. 

La Mana, Guyane française (Mélinon, 186/4). Un exemplaire. 

12. MlCRORUAGOS INTERPOSITOS BoilV. 

Goyaz (Castelnau, 18/17). In exemplaire. 

13. Arrhipis sdbacuta Guér. 
Costa-Rica (de Lafon, i884). 

l'i. CoMPSOCNEMIS AlBERTISI Fleut. 

Nouvelle- Guinée, ile Salawatti (Raffray et Maindron. 1878). Un exem- 
plaire. 



— 30 — 

15. Compsocnemis Raffrayi n. sp. 

i5 mil!. Corps allongé, parallèle, atténué seulement tout à fait à 
l'extrémité; d'un jaune soyeux en dessus avec une grande partie de la 
tête, le milieu du pronotum et l'écusson noirs. Tête convexe, noire avec le 
bord antérieur de l'épistome, le pourtour des yeux et deux taches sur le 
milieu du front jaunes; ponctuation assez fine et serrée. Front légèrement 
déprimé au milieu. Epistome rétréci à la hase, un peu plus large que l'es- 
pace compris entre lui et l'œil. Antennes longues, atteignant la moitié du 
corps, entièrement noires; premier article comexe, en massue, de la lon- 
gueur du troisième; deuxième très court; troisième à dixième à peine gra- 
duellement allongés et fortement dentés; dernier en ovale allongé, presque 
deux fois aussi long que le précédent, Pronotum un peu plus large que 
long, atténué de la hase au sommet, subsinué latéralement, sillonné au 
milieu, orné au milieu d'une grande tache noire, plus large en avant; bord 
antérieur très légèrement échancré au milieu; angles postérieurs aigus, 
assez prolongés en arrière; ponctuation fine cl serrée. Écusson très allongé, 
noir, bordé de rouge seulement tout à fait en avant. Klylres entièrement 
jaunes, ponctués-striés. Dessous noir avec le propectus-, les hanches inter- 
médiaires et leur pourtour et deux taches au milieu des deuxième cl troi- 
sième segments abdominaux jaunes; ponctuation fine et serrée, surtout en 
arrière. Sutures prosternales parallèles. Saillie étroite. Epipleures des élytrôs 
assez brusquement rétrécies en arrière. Episterncs métatboraciques étroits, 
parallèles, beaucoup moins larges que les epipleures. Ilanclies postérieures 
sinueuses, fortement dilatées en dedans. Pattes noires avec la base des 
cuisses et des tibias brunâtres et les deux derniers articles des tarses tes- 
tacés. 

Nouvelle-Guinée, baie de Geelvink (Haffray et Maiudron, 1878). Un 
exemplaire. 

En dehors de la coloration, que je crois très variable dans les espèces de 
ce genre, C. HajJ'rayi se distingue de ses congénères principalement par la 
forme de son pronotum rétréci de la base au sommet. Sa place est auprès 
A'Albertm, mais le système de coloration de la tête et du pronotum est 
tout autre. 

Var. Maindroni, même localité. Un exemplaire. 

1 2 mill. 1/2. Entièrement jaune en dessus, avec une seule tache longi- 
tudinale noire sur le milieu du front. Premier article des antennes jaune; 
deuxième brunâtre. Pronotum plus sensiblement rétréci en avant, ses côtés 
incurvés en dedans. Dessous jaune avec le pourtour de l'abdomen noirâtre. 
Cuisses et base des tibias jaunes. 

16. Anelastes Drirvi Kirby. 

Savannah (Harper, i843-i8M). Deux exemplaires. 



— 31 — 

17. Lycaon Kr.utzi Bonv. 

Tasmanie (Verreaux, i846). Deux exemplaires. 

18. Lycaon novds? Bonv. 

Tasmanie (Verreaiix, 18^6-18/17). Trois exemplaires. 
Les antennes manquant aux trois exemplaires, c'est avec doute que je 
les rapporte à cette espèce. 

19. Lycaon nigricans? Bonv. 

Tasmanie (Verreaux, 1866). Un exemplaire. 
Même observation que pour l'espèce précédente. 

20. Ei)MENEs (l) Bakewelli Bonv. 
Tasmanie (Verreaux, i844). Un exemplaire. 

21. Mesogenus Mellyi Bonv. 
Laos (Harmand, 1876). 

L'unique exemplaire du Muséum a le front légèrement déprimé au mi- 
lieu mais non sillonné; le pronotum est dépourvu des deux petites impres- 
sions lisses en forme de virgule, signalées par l'auteur. Le bord inférieur 
des segments abdominaux est relevé de chaque côté, près du bord latéral 
des élytres. 

H'2. Mesogenus siamensis u. sp. 

4 mil!. 1/2 à 5 mill. 3/4. Corps allongé, subcylindrique , d'un brun 
noirâtre, couvert d'une fine pubescence jaune. Tête convexe, carénée au 
milieu, ponctuation assez forte et rugueuse. Epistome rétréci à la base, 
plus large que l'espace compris entre lui et l'œil. Pronotum à peu près 
aussi long que large , rétréci dans son quart antérieur, sillonné à la base , 
fortement et rugueusement ponclué, surtout sur les côtés. Écusson trans- 
versal. Elytres arrondis au sommet, distinctement sillonnés, couverts d'une 
ponctuation rugueuse devenant moins forte en arrière. Dessous d'un brun 
rougeàtre plus ou moins foncé, ponctué fortement dans la partie anté- 
rieure , légèrement en arrière. Saillie prosternale longue , atténuée graduel- 
lement en arrière. Bord inférieur des propleures égal à l'externe. Episternes 
métathoraciques nuls en avant, apparents seulement un peu au-dessous de 
la base et faiblement élargis en arrière, formant un triangle très allongé. 
Hanches postérieures larges, angulaires et dilatées en dedans. Dernier 
segment abdominal rugueux, atténué en forme de gouttière, en pointe 
obtuse à l'extrémité. Pattes d'un brun rougeàtre, quelquefois obscur. 

< l) J'ai acquis récemment un exemplaire de cette espèce provenant, de Victoria. 
Jusque-là, je m'étais fait une idée fausse de ce genre, et l'espèce que j'ai décrite 
daus les Ann. del Mus. civ. Gen., 1896, p. 5o8, sous le nom de Chloropteru* , 
devra probablement en être extraite. 



— 32 — 

Tarses ferrugineux, cylindriques; les poste'rieurs à peu près de la longueur 
du tibia, leur premier article aussi long que les suivants réunis. 

Bangkok (Larnaudie, 186Ù). Deux exemplaires. 

Espèce voisine de M. sumatrensis , de l'orme moins allongée el moins 
parallèle; pronotum sillonné seulement à la base; sillon antenna're plus 
prolongé en arrière, mais n'atteignant cependant pas tout à fait le sommet 
de l'angle postérieur du propectus; hanches postérieures moins paral- 
lèles. 



Crustacés nouveaux provenant des campagnes du Travailleur 

et du Talisman, 

par A. Milne Edwards et E. L. Bouvier. 



Leucosiftdésa 

Ebalia (Phlyxia) atlantica sp. nov. 

La carapace est aussi large que longue, déprimée en arrière du Iront et 
des orbites, renflée sur les régions bépatiques et munie (Tune aire car- 
diaque très saillante et limitée par un sillon. Ses bords latéraux, sur les 
deux tiers antérieurs des régions branchiales, sont tranchants et irréguliè- 
rement découpés; en avant, ils se perdent peu à peu sur la face inféro- 
externe des saillies bépatiques, dont ils sont séparés par une échancrure 
(comme Aan&V Ebalia tuberosa); en arrière, ils se continuent par une ligne 
de granules assez forts, et s'arrondissent avant d'avoir atteint le bord posté- 
rieur, qui est saillant et plus ou moins écbancré en son milieu. Le front est 
saillant, légèrement échancré sur la ligne médiane, et muni d'une tacelle 
triangulaire supérieure à bords obtus; les régions ptérygostonniennes de la 
carapace sont saillantes et s'aperçoivent en avant des saillies bépatiques; on 
observe enfin, au-dessus de chaque orbite, deux sillons qui représentent les 
échancrures sus-orbitaires. La surface tout entière de la carapace, l'abdo- 
men, les pattes-mâchoires externes et les pattes antérieures sont couverts de 
granules arrondis et dès déprimés; ces granules atteignent leur dimension 
maximum sur la partie postérieure de la carapace, sur le sternum, sur l'ab- 
domen, sur les pattes-mâchoires externes et sur le méropodile des pattes 
antérieures; ils se réduisent déjà beaucoup sur le carpe de ces pattes et sur 
la moitié interne de leur pince: ils détonnent très petits el très serrés sur 
la partie antérieure de la carapace, sur toutes les pattes ambulatoires el sur 
la partie externe des pinces. Dans les parties où se trouvent de gros gra- 
nules, on en observe aussi de petits qui s'intercalent entre les grands. 
Les pédoncules oculaires se terminent par une cornée un peu échancrée 



— 33 — 

du côté dorsal; la cavité qui les loge communique avec les cavité-; antennu- 
laiivs par une fissure où vieut se loger une partie des pédoncules antennaires. 
Ces derniers sont très courts et leur fouet atteint à peine l'extrémité de la 
cornée. 

La base de l'exopodite des pattes-mâchoires externes s'élève en avant 
aussi loin que l'extrémité du méropodite, qui est subaiguë; l'exopodite est 
arrondi en avant, et se dilate beaucoup à sa base; son bord externe est 
légèrement concave. Les pattes antérieures se font remarquer par leur mé- 
ropodite allongé et presque arrondi, par leur carpe court et un peu con- 
cave sur le milieu de son bord externe, par l'inflexion de; pinces au niveau 
de l'articulation des doigts, et par l'amincissement du bord supérieur de la 
région palmaire qui forme una sorte de carène saillante. Le bord inférieur 
de la pince est arrondi. Les doigls sont un peu plus courts que la portion 
palmaire, finement denticulés sur leurs bords en contacts, et ornés de 
quelques courts poils; sur leur face supérieure ou externe, ils sont ornés 
de fins granules qui se disposent en lignes longitudinales très apparentes: 
ces lignes sont un peu moins visibles sur la face inférieure. Les pattes 
ambulatoires décroissent progressivement de longueur de la première à 
la dernière; le doigt de la plus longue atteint à peine la base des pinces; 
tous les articles de ces appendices sont assez étroits et plus ou moins ar- 
rondis; les doigts sont pdifères, plus longs que le propodite et armés 
d'une griffe rudimentaire. 

Dans les deux sexes , les segments abdominaux 3 , k , 5 et 6 sont com- 
plètement soudés et c'est à peine si un sdlon transversal permet d'aperce- 
voir la limite de ces segments. 

Les mâles se reconnaissent aisément à leurs pattes qui sont plus allon- 
gées que celles des femelles. Ils se distinguent d'ailleurs de ces dernières 
par l'échancrure plus profonde des bords postérieurs de la carapace, et par 
la présence de trois saillies dorsales qu'on trouve à la surface de celte der- 
nière sur la partie postérieure de l'aire gastrique. Le dernier article de l'ab- 
domen du mâle s'articule avec le précédent suivant une ligne anguleuse et 
présente une sorte de tubercule saillant au sommet de l'angle formé par 
cette ligne ; en arrière , il paraît brisé dans notre spécimen , mais il ne dé- 
passe pas, certainement, la base de l'ischiopodite des pattes-mâchoires. Il 
en est tout autrement dans la femelle : le dernier article n'a pas de tubercule 
articulaire, il est arrondi en arrière et s'avance dans le cadre buccal, où il 
est recouvert et protégé en partie par la base de l'ischiopodite de ces der- 
niers appendices. Cette disposition permet, vraisemblablement, de rendre 
hermétique la fermeture de la spacieuse chambre incubatrice de l'animal. 

Dans l'alcool, ce Crustacé est violacé sur le dos et présente de grandes 
taches rouges en divers points des appendices (méropodite de toutes les 
pattes, base des doigts des pinces). 

Cette espèce n'est pas sans analogie avec YEbaîia (Phhjxia) granulosa, 

Muséum. — - iv. •* 



— 3/4 — 

Hasvvell,des côtes d'Australie: mais ses saillies dorsales sont moins élevées, 
son bord postérieur est moins saillant, sa carapace est plus régulièrement 
arrondie et ses régions branchiales sont dépourvues de saillie. Du reste, 
toutes les parties du test sont bien plus granuleuses, les pattes sont plus 
fortes et la région palmaire des pinces est beaucoup moins allongée. Dans 
notre espèce, le front est vaguement quadrilobé, beaucoup moins pourtant 
que dans les Phlyxia typiques. Dans l'espèce d'Haswell, il est simplement 
bilobé, aussi Miers range-t-il cette dernière espèce parmi les Ebalia. 

VEbalia allaniica fut trouvée par le Talisman près de l'ilôt Branco, îles 
du Cap Vert, par Go mètres de profondeur. 

Merocryptus obsoletus sp. nov. 

La carapace est plus large que longue et sans bords latéraux distincts; 
toutes les saillies qu'elle forme sont fortes et arrondies; les plus grandes 
sont celles du lobe cardiaque, qui est limité en avant par un faible sillon, 
et celles des lobes branchiaux qui sont énormes et qui recouvrent à peu 
près toute la moitié basilaire du méropodile de la deuxième patte ambu- 
latoire. La saillie hépatique est large, mais peu élevée, et les deux saillies 
gastriques ont la forme de cônes obtus; la saillie impaire de la partie pos- 
térieure de l'aire gastrique est à peine indiquée; la saillie ptérygostomienne 
est encore plus réduite et ne s'aperçoit pas du côté dorsal. Toutes les par- 
ties externes du corps sont couvertes et comme cortiquées par des cham- 
pignons serrés dont les bords, plus ou moins polygonaux et irrégulière- 
ment découpés, s'engagent les uns dans les autres. Sur les doigts, ces 
champignons deviennent de forts granules, 

Les pédoncules oculaires sont dilatés à leurs deux extrémités; comme 
chez tous les représentants du genre Mcrocvi/ptus , ils sont logés dans une 
cavité orbilaire qui communique largement avec la cavité des antennes. 
L'article basilaire de l'exopodile des pattes-mâchoires postérieures a le bord 
externe régulièrement arqué; il atteint à peu près le milieu du méropodite 
des mêmes appendices. 

Les pattes sont dépourvues d'épines comme la carapace et sont ornées 
comme elle de renflements arrondis qui donnent à l'animal une apparence 
noueuse caractéristique. Le méropodite des pattes antérieures est sub- 
cylindrique et un peu rende vers la base, sur sa face interne; il présente 
en dehors les rudiments ou l'ébauche de deux ou trois tubercules coniques ; 
le corps est court et un peu aplati en dehors. La pince est très dilatée à la 
base, assez amincie en avant; elle s'incurve de del.ors en dedans et de 
haut en bas. Ses doigts sont ornés de séries de granules qui les sillonnent 
longitudinalement et qui rendent leur bord externe finement denticulé; les 
bords internes sont en contact sur toute leur étendue et irrégulièrement 
denliculés; les griffes terminales se croisent à leur extrémité. Les pattes 
ambulatoires se font surtout remarquer par la brièveté de leur corps qui 



— 35 — 

est renflé en sphère, par la nodosité qui termine en avant leur méropodite 
et par la forme de leur propodite, qui est plus large et plus fort en avant 
qu'en arrière. Les doigts sont finement granuleux, peu arqués, à peu près 
nus, et armés en avant d'une griffe peu saillante; ils sont h peine plus 
longs que le propodite et présentent quelques tubercules très obtus sur 
leur bord inférieur. 

L'abdomen du mâle est un peu concave sur les bords; sur la face dor- 
sale de la pièce que forment , par leur soudure , les articles 2 à 6 , on observe 
un certain nombre de saillies fines et peu accentuées qui délimitent assez 
mal les divers articles. Le dernier segment est long, triangulaire et obtus 
à son extrémité libre; il présente un tubercule médiocre un peu en arrière 
de sa ligne articulaire, qui est convexe en avant. 

La couleur dans l'alcool est rose-jaunàtre, avec de nombreuses raies 
rouges sur toutes les parties du corps. 

Cette espèce se rapproche surtout du M. lambriformis A. iMilne Edwards, 
qui habile Upolu dans le Pacifique, et peut-être trouvera-t-on plus tard 
des formes intermédiaires entre cette espèce et l'individu que nous décri- 
vons aujourd'hui. En attendant, nous dirons que le M. lambriformis se dis- 
lingue du .1/. obsoktus par ses deux fortes saillies rostrales, par le grand 
développement latéral de ses saillies gastriques , par la profonde échancrure 
de son bord extérieur, par les deux épines du méropodite de ses pattes 
antérieures, enfin par la présence de saillies latérales pré-branchiales assez 
développées. 

Le M. boktifer Edw. et Bouv. a des champignons moins nombreux, des 
épines très développées sur toutes les pattes et des lobes branchiaux tran- 
chants sur leur pourtour le plus externe. 

Le M. obsolelus a été trouvé aux îles du Cap Vert, par 76 mètres de 
profondeur. 



Sur deux types nouveaux de Crustacés Isopodes 
appartenant 1 la faune souterrune des cévennes, 

par M. Adrien Dollfus. 

(Laboiutoire dt. M. Bouvikiî.) 

Les recherches que M. A. Viré avait faites, en i8q5, dans les grottes du 
Jura, avaient amené la découverte d'un type nouveau de Crustacé du 
groupe des Sphéromides, qui vit dans la grotte de Heaume-les-Me-sieurs 
et que nous avons décrit sous le nom de Cœcotphacroma Virei. 

En 1896, MM. Viré et le docteur P. Piaymond ont porté leurs investi- 
gations dans la région des Cévennes , où de nouvelles et très belles décou- 
vertes leur sont dues. Elles ont enrichi la faune française de deux genres 

3. 



— 3fi — 

nouveaux d'Isopodes , un Spliéromide ' et un Asellide. Tous deux ont un 
aspect 1res particulier : le Spliéromide est d'une taille très remarquable, 
atteignant 16 millimètres; l'Asellide, d'une extrême étroitesse, est d'ap- 
parence vermiforme. 

Il serait prématuré d'affirmer, vu le petit nombre de types actuellement 
trouvés, que nous nous trouvons ici en présence de formes archaïques, 
restes d'une faune tertiaire marine dans des eaux progressivement dessalées; 
mais celte élude de la faune carcinologique des grottes nous amène à des 
découvertes 1res suggestives, et nous espérons que les vaillants explora- 
teurs qui l'ont entreprise feront faire de nouveaux progrès à notre connais- 
sance de cette étrange faune. 

Splia»roniid<*s . novum fjenus. 

Corps ovale allongé ; cepbalon à première paire d'antennes plus grêles 
et plus courtes que les secondes, à mésépistome élroit et allongé; yeux 
absents. Pereion à parties coxaies bien développées sur les segments 2 à 7. 
Pereiopodes supérieurs grêles, ceux des trois premières paires préhen- 
siles. Pleon à cinq segments libres. Pleotelson grand, formé par la coa- 
lescence d'un seul segment du pleon avec le telson; appendices des uro- 
podes subégaux. 

Sphœromides Raymondi , nova species. 

Corps assez allongé, lisse. Cepbalon à angles antéro-latéraux assez 
accentués, presque lobules; boni frontal un peu émarginé au milieu. Pro- 
sépistome peu développé; mésépistome grand. Antennes de la première 
paire à tige 3-arliculée, à fouet 18-articulé; celles de la deuxième paire à 
tige formée de cinq articles épais, à fouet multiarticulé (incomplet dans 
l'exemplaire examiné). Yeux absents. Pereion : premier segment grand à 
angles posléro-laléraux. aigus; segments suivants à parties coxaies très 
nettement délimitées et se prolongeant postérieurement en une pointe 
aiguë; premiers pereiopodes courts, à propodite ovale allongé, très déve- 
loppé: daclylopodite égalant les deux tiers de la longueur du propodite; 
les deux paires suivantes également préhensiles, mais plus allongées et plus 
grêles; les dernières très grêles et non chélifères. Pleon: segments libres 1 
à h à angles postéro-latéraux aigus ; cinquième segment moins développé 
et sans processus latéraux. Pleotelson à sommet arrondi et poilu sur les 
bords. Pleopodes arrondis du côté externe et à bords poilus. Uropodes à 
base très développée avec un processus dentiforme du côté interne: endo- 

'" Ce qui porte à trois le nombre des genres (et des espèces) do Splu'romides 
cavernicoles d'Europe : Mouolislra cwca GersUncckor, Cœcosphaeroma Virei Dollfus, 
Sphœromides Raymondi, Dollfus. 



poditc.un peu plus grand que l'exopodite, tous deux sont longuement 
poilus du côté interne et tronqués au sommet; ils dépassent à peine le 




Fio\ 1, i«, 16. — Spheeromides Raymondi Dolllus. sp. nov. 
La Dragonnitoe (Anlèche), D r Raymond. 

pleotelson. Couleur blanche. Dimensions : longueur, 16 millimètres; lar- 
geur, 5 millim. 1/2. 

Un exemplaire : source de la Dragonnière, Ardèche (D r Paul Raymond). 



Stenasellus. novum genus. 

Corps très étroit , allongé. Cephalon intimement uni au premier segment 
pereial. Antennes inégales, celles de la première paire plus courtes que 
celles de la seconde; le fouet est garni de poils olfactifs. Yeux absents. 
Segments 2 h 7 du pereion à parties coxales très petites. Pereiopodes de la 
première paire à propodite allongé; pattes suivantes grêles. Pleon à trois 
premiers segments libres et très développés, en reirait sensible sur les seg- 
ments pereiaux; pleopodes étroits. Pleotelson oblong-allongé: uropodes 
très développés. 

Stenasellus Virei , nova species. 

Corps très allongé, presque vermiforme, garni de quelques poils, surtout 



— 38 — 

postérieurement. Cephalon à front présentant un petit processus médian. 
Antennes de la première paire grêles, à tige 3-arliculée, à fouet 7-arli- 
culé; celles de la deuxième paire plus longues et plus fortes, à tige /«-ar- 
ticulée, à fouet multiarticulé (incomplet dans l'individu examiné). Yeux 
absents. Pereion: premier segment peu distinct du cephalon ; parties coxales 
des segments 2 à k situées vers le milieu du bord latéral; celles des seg- 
ments 5 à 7 situées à l'angle posléro-laléral. Pereiopodes de la première 
paire à basipodite large et presque quadrangulaire , à propodile allongé et 



S, 



; 



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^v%\\\^ \-v 



Kig. 9 et :>. a. — Stenasellus I ira Dollfus s|>. nov. 
Puits de l'iidirac (Lot). 

dactylopodite presque aussi long que le propodite et appliqué contre lui. 
Pereiopodes des segments suivants assez grêles cl allongés. Pleon à trois 
premiers segments très développés, en retrait sensible sur le pereion, à 
angles postéro-laléraux subaigus. Pleotelson grand, (\oj\x lois plus long que 
large, ;i bord postérieur sinueux. Uropodes très développés, à exopoditeel 
endopodite subégaux, j)lus longs que dans A. aquaticus, et terminés par 
un fort bouquet de poils. Couleur blanche. Dimensions : longueur, 7 mil- 
limètres; largeur, i millim. 2. 

Un exemplaire, recueilli à Padirac, à i5o mètres de profondeur (A. 
Viré). 



Note sur les Récits madrÉporiqoes observés à Djibouti, 

PAR H. CoiJTIKRE. 
(Laboratoire de MM. Milhe Edwards et Bouvier.) 

Les Alpbées comptant parmi les habitants les plus caractéristiques des 
récifs madréporiques , il est nécessaire de donner quelques détails sur ceux 
qui, à Djibouti, sont accessibles aux recherches. 

Le mouillage de celte station, sur la rive sud du golfe de Tadjourah, 



— 39 — 

est fermé, du coté du large, par uuc sorte de digue naturelle dirigée IN .-S. 
dans la direction des îles Masbali et d'Obock , perpendiculaire à Taxe de la 
baie et continuant à peu près la ligne droite du rivage delà mer Rouge. 

Celle digue se compose d'une succession de plateaux madréporiques 
émergés, dont les intervalles, conquis sur la mer par l'apport des sables, 
forment une série de plages basses, envahies lors des fortes marées, bordées 
d'un bourrelet sablonneux du côté du large , vaseuses , lacunaires et peuplées 
de palétuviers du côté de la baie. 

Le plateau du crHéron», le plus distal et le plus exposé à l'aclion des 
vagues, est isolé à baule mer, et ses bords, très abrupts sur tout son pour- 
tour, sont creusés à la base de profondes cavités dont le toit finit par se 
détacher par son propre poids. Cetle destruction par action mécanique du 
flot, très accentuée dans tous les points accessibles de ces plateaux émergés , 
en même temps qu'elle met à nu leur structure verticale, jonche leur pied 
d'un cordon de débris de toutes dimensions. 

Les rr coupes » verticales pratiquées ainsi dans ces anciens récifs per- 
mettent de se rendre compte du mode de superposition des Polypiers, en 
remarquant toutefois que, nulle part, leur bmite extrême n'est visible, et 
qu'on ne saurait évaluer avec précision le travail de destruction qu'ils ont 
subi depuis leur émersion. Le calcaire gréseux qui a servi de support aux 
coraux constructeurs est visible en de nombreux points de la surface, et on 
le retrouve sous le cordon de débris , notamment au pied du plateau du 
* Serpent», au point où vient émerger le câble télégraphique sous-marin. 
En ce point, la hauteur de la formation madréporique émergée ne dépasse 
pas trois mètres. On y remarque de volumineux individus d'HeliasIrœa, 
de Porilcs, atteignant plusieurs mètres de diamètre, et, surtout à la sur- 
face, de nombreux pieds de Madrepora, Slylophora , Turbtnaria , des indi- 
vidus spbériques de Cœloria et de Poriles , de grandes Fungies allongées; 
on remarque fréquemment que les accumulations d'espèces cespiteuses 
sont comprises entre des polypiers massifs. Les espèces de Mollusques que 
l'on peut y recueillir sont très nombreuses et appartiennent , comme les 
Polypiers, aux espèces actuellement vivantes; on peut y recueillir aussi de 
nombreuses radioles et parfois des tests bien conservés d'un Oursin com- 
mun sur les récifs, Acrocladia mamillata. 

Le cordon de débris qui longe le pied de ces récifs est l'habitat d'une 
foule d'animaux, Il est couvert en certains points de gros Nudibranches 
noirâtres (Doris '?) et les Grapsus (G. granulosus) y sont toujours très 
abondants. La population varie suivant que l'éboulis de pierres est plus 
ou moins recouvert à marée haute et plus ou moins cimenté par le sable 
et la vase. On trouve surtout en très grand nombre plusieurs espèces 
de Porcellanes dans les points qui découvrent aux plus faibles marées et 
dont le sable est à peine humide. C'est également l'habitat cVAlpheus Boli- 
vien (A. -M. Edwards) = A. Edwardsi (Dana et Bâte, nec Audouin) d'une 



— 40 — 

couleur orangée uniforme, et que l'on trouve, assez rarement, à sec sous 
les grosses pierres. 

C'est également sous ces pierres, mais recouvrant une petite flaque 
dans le sable , que nous avons recueilli les deux spécimens du nouvel Al- 
phéidé, Athanopsis plalyrynchus (H. Coulière, Bull, du Muséum, n° 7, 
i 8 07), et un couple dAlpheus barbalus (H. Coulière, Bull, du Muséum, 
n° 6, 1897), le premier à peu près incolore, sauf quelques bandes étroites 
orangées transversales, le second d'un rouge orangé uniforme et brillant, 
avec les soies du telson et de la petite pince blanc pur. 

Dans ce milieu vivent encore plusieurs Alpbéidés rares, dont la distri- 
bution géographique est limitée à quelques pointe, souvenl liés éloignés, 
probablement parce que cette zone tout à l'ait littorale n'a pas élé explorée, 
dans les points intermédiaires, avec assez de rigueur. Lorsque des amas 
de pierres roulées, cimentées par la vase et le sable, forment, par suite, 
des interstices propres à l'établissement de galeries, on y trouve des Tha- 
lassiniens (Callianassa mucronata Strahl, Gebia sp.) avec des Echiures et 
des Phascolosomes parmi la vase. C'esl là que xit Automate dolichognatha 
(de Man) signalé d'abord à l'île de Noordwachter, retrouvé par le Talisman 
aux îles du Cap Vert, par nous à Djibouti el par M. Maindron à Mascate. 
Automate, comme l'a fait remarquer de Man, ressemble de façon grossière 
à une Callianasse par la disposition des yeux: les antennes et les pattes 
antérieures complètent cette ressemblance et font de cet Alphéidé un re- 
marquable exemple de convergence adaptative. 

Amphibctœus Jousscaumei (H. Coulière). «pie nous avions d'abord décrit 
sous le nom de Belmis d'après des spécimens de MM. les docteurs Jous- 
seaume el Faurot {Bull. Soc. Enlom., vol. IAV, 1896), vit dans les mêmes 
lieux. On le trouve d'ordinaire, par couples, dans les interstices irréguliers 
qui lui permettenl d'étendre son énorme pince. Celle-ci est repliée le long 
du méropodite, sous le céphalothorax, entre les bases des pattes, et fait 
saillie en avant des antennes. Elle nécessite par conséquent un espace assez 
vaste pour être amenée dans la position où l'animal en fait usage. 

Automate et Ampkibetœus sont à peu près incolores, surtout le dernier. 
Les diverses espèces du genre Jousseaumea (H. Coulière, Bull, du Muséum, 
11° 8, 1896) qui les accompagnent sont plus vivement colorées; J. latiros- 
tris el crislalus sont rayés de bandes transversales rouge vif , T. serrali- 
digitus est d'un jaune uniforme brillant. La première de ces espèces a été 
rapportée également de Basse-Californie par M. Diguet, et son aire de dis- 
tribution doit comprendre vraisemblablement la région indo-pacifique in- 
termédiaire. 

Alphcus crassimanus (Heller) est une espèce très abondante dans celte 
zone tout à fait littorale, alors qu'on n'y trouve presque jamais deux es- 
pèces qui en sont extrêmement voisines, A. Edwardsi (Audouin) et 
A. strenuus (Dana). A. crassimanus esl de coloration très variable, on en 



— 41 — 

rencontre des spécimens presque incolores , avec une légère teinte verdâlre , 
et d'autres fortement colorés en brun ferrugineux ou en gris brunâtre. 
Celle coloration est disposée par bandes transversales souvent bien mar- 
quées, sur le thorax et L'abdomen, les pinces ont la même teinte, plus 
foncée, avec des macules irrégulières d'ocre et de vert olive. On trouve 
celle espèce dans des conditions très défavorables, au milieu de la vase 
noire et fétide découvrant dans le port aux moindres marées. 

Parmi les Crustacés caractéristiques de l'extrême littoral , il faut encore 
citer les Ocypodes, extrêmement abondants sur le bourrelet de sable qui, 
du côté du larg'e, borde les plages basses, et surtout dans les points 
abrités où le flot amène sans cesse des débris d'animaux et végétaux. 
Ocypode cyclophthalma édifie, sur la pente sablonneuse, de petits cônes de 
quelques décimètres provenant du fouissage de son terrier et qu'il con- 
struit en apportant le sable par rr brassées» entre son thorax et ses pinces, 
pour le laisser retomber au sommet du monticule. Des bandes de plusieurs 
milliers de ces Crabes courent sur la grève au moment du reflux. 

Nous exposerons, dans une communication ultérieure, la faune que 
renferment les récifs vivants, principalement au point de vue des Alpliéidés. 



La Tvrosine, vaccin chimique du venin de Vipère. 
Note de M. G. Phisalix. 

Dans une récente communication (I) , j'ai montré que la cholestérine ex- 
traite des calculs biliaires exerce vis-à-vis du venin de Vipère une action 
immunisante bien marquée. J'ai répété mes expériences avec deux nou- 
veaux échantillons de cholestérine qui m'ont été obligeamment fournis par 
M. le professeur Arnaud , auquel j'adresse tous mes remercîments. 

L'un d'eux était de la cholestérine végétale qu'il a découverte dans la 
carotte et fondant à i36 degrés, l'autre, de la cholestérine extraite des 
calculs biliaires et fondant à 1 46 degrés. Avec ces deux substances d'ori- 
gine différente, on peut conférer aux animaux l'immunité contre le venin. 
La fusion à i46 degrés n'enlève pas à la cholestérine ses propriétés. 

L'explication de ces faits soulève de nombreux problèmes. Mais avant 
de les aborder, j'ai cherché s'il n'existerait pas d'autres vaccins chimiques 
dans les composés organiques définis extraits des végétaux et des animaux. 
Parmi ceux-ci, il en est un qui joue un rôle capital dans la constitution 
des matières albuminoïdes dont il constitue le noyau : c'est la tyrosine. 

Ce corps existe en grande abondance dans certains végétaux, parti- 
culièrement clans les tubercules de Dahlia et dans un Champignon , la 



(') 



Compte» rendus Ac. des Se, i3 décembre 1897. 



— 42 — 

Russule noircissante. C'est de ces végétaux que M. G. Bertrand Ta retiré 
à l'état de pureté parfaite w . H a bien voulu m'en donner l'a quantité né- 
cessaire pour l'étude dont je vais exposer les principaux résultais. 

La substance blanche, entièrement formée de cristaux de tyrosine, est 
très peu soluble dans l'eau, mais elle s'y divise en particules si ténues, 
qu'elle reste en suspension dans le liquide auquel elle donne un aspect lai- 
teux. Un tel mélange dans la proportion de i pour i oo peut être inoculé 
facilement et sans danger sous la peau d'un Cobaye à la dose de 2 à 3 cen- 
timètres cubes. H se produit un léger gonflement au point d'inoculation , 
mais il ne survient aucun accident général. L'injection intra-périlonéale est 
moins inoffensive : elle détermine un abnissement de température de 
quelques degrés, mais ce malaise est de courte durée et l'animal revient à 
l'état normal. 

Les animaux qui ont reçu celte émulsion de tyrosine peuvent être 
éprouvés au bout de 2 h ou 48 heures avec une dose de venin mortelle en 
5 h 6 heures pour les témoins : ils n'éprouvenl pas de symptômes géné- 
raux d'envenimation; la température ne s'abaisse pas; toutefois quelques 
accidents locaux peuvent se manifester. 

Il suffit de 5 milligrammes de tyrosine pour vacciner un Cobaye, mais 
on comprend que l'immunité est plus ou moins forte et durable suivant la 
dose. En général, avec 10 à 20 milligrammes, l'immunité est déjà très pro- 
noncée au bout de 26 heures: elle peut durer encore après 25 jours. 
Quelquefois, cependant, elle a disparu vers le i5 e jour. 

Injectée en même temps que le venin, mais dans un point différent du 
corps, la tyrosine peut retarder la mort de plusieurs heures, mais elle est 
incapable de l'empêcher : elle n'est donc pas antitoxique. Elle n'est pas 
non plus un antidote chimique : mélangée au venin, elle ne le détruit pas 
et le mélange est aussi toxique que le venin seul. La tyrosine qui a servi à 
ces expériences peut être considérée, d'après la méthode de préparation 
employée (2) , comme débarrassée de toute substance étrangère. D'autre part, 
la tyrosine animale dans la préparation de laquelle toutes les substances 
albuminoïdes sont détruites possède aussi les mêmes propriétés antiveni- 
meuses que la tyrosine végétale. Ajoutons, dans le même ordre d'idées, 
que la tyrosine chauffée à 120 degrés pendant 20 minutes ne perd pas ses 
propriétés immunisantes. 

De tous ces faits, il ressort clairement que la tyrosine peut être considérée 
comme un nouveau vaccin chimique du venin de I ipére. 

En ce qui concerne la tyrosine des tubercules du Dahlia, il était naturel 
de penser que le suc des tubercules où elle est en dissolution devait aussi 
se comporter comme un vaccin. C'est en effet ce qui a lieu. 11 suffit de un 

M Société chimique de Paris , t. \\. p. 7 9 .'î ; 189O. 
t 2 ' Voir G. Bertrand, hc. cil. 



_ 43 — 

à deux centimètres cubes de ce suc fraîchement exprimé pour vacciner un 
Cobaye contre une dose mortelle de venin. Or, si la lyrosine seule agissait, 
il faudrait 10 centimètres cubes environ de ce suc, puisque, d'après 
M. Bertrand, la tyrosine s'y trouve dissoute dans la proportion de un demi- 
gramme par litre et qu'il en faut 5 milligrammes pour produire l'état vac- 
cinal. Il est donc probable que d'autres substances confèrent au suc de 
Dahlia ses propriétés antivenimeuses. La composition de ce suc est, du 
reste, très complexe et son étude physiologique exige de nouvelles re- 
cherches. En atlendant, il était inté;essant de signaler ce fait comme le 
premier exemple connu d'un végétal dont le suc cellulaire est doué de pro- 
priétés immunisantes contre un venin. 



Sur quelques Minéraux de Boleo (Basse-Califormie), 
par M. A. Lacroix. 

M. Cumenge, notre infatigable correspondant, a rapporté au Muséum, 
de son dernier voyage au Boléo , une nouvelle série dmtéressants minéraux. 

Boléile. — La cumengéite et la pseudoboléite ne se Irouvent plus guère 
dans ce gisement; les gros cubes de boléite y deviennent plus rares, et 
dans les dernières trouvailles de ceux-ci, les cubooctaèdres paraissent pro- 
portionnellement plus fréquents qu'autrefois. M. Cumenge nous a donné 
un bel échantillon de cristaux cubiques de boléite implantés sur de la céru- 
site ; c'est une association nouvelle à ajouter à celles qui ont été antérieure- 
ment signalées. Dans les échantillons précédemment examinés, en effet, 
les cristaux de boléite sont engagés dans de l'argile, du gypse, de la 
phosgénite, de l'atacamite, et parfois implantés sur de l'anglésite. 

Pyromorphite. — La pyromorphite n'avait pas jusqu'à présent été ren- 
contrée au Boléo; j'ai identifié avec ce minéral deux échantillons d'une 
magnifique couleur jaune orange. L'un est constitué par une argile grise, 
mouchetée d'atacan^ïte ; la pyromorphite forme sur elle des houppes de 
délicats prismes hexagonaux aciculairos; au microscope, il est facile de 
constater leur signe optique négatif; ce minéral parait identique , au point 
de vue de la composition, à la pyromorphite de Leadhills (Ecosse), qui a 
été longtemps considérée comme chromifère à cause de sa couleur, alors 
que celle-ci est due à une teneur notable en fer. La pyromorphite du Boléo 
présente les mêmes particularités. 

Le second échantillon est plus remarquable. Sur une gangue de chryso- 
cole sont implantés un grand nombre de cristaux de gypse (1 à 2 milli- 
mètres), groupés à axes parallèles. Ils doivent leur belle couleur orange à 
de très nombreux cristaux de pyromorphite de la variété qui vient d'être 
décrite. Examinés à l'œil nu , ces cristaux de gypse paraissent uniformément 
colorés, mais quand on les clive et quand on les examine au microscope, on 



— k!i — 

voit les prismes hexagonaux de pyromorphile à travers la lame transparente 
et incolore du gypse. Ces cristaux de gypse ont les faces généralement 
arrondies [m (no), g 1 (010), g* (i3o), e* (on), « 3 (âia), etc.] : ils 
sont groupés en grand nombre à axes parallèles, et englobent aussi des 
cristaux de cérusite. 

Cet englobement d'un minéral préexistant par des cristaux de gypse à 
groupements crislallitiques est un fait très général au Boléo; c'est ainsi 
que nous devons à M. Cumenge de fort beaux échantillons de ce minéral , 
colorés en vert par des cristaux d'atacamile, en rose fleur de pêcher par la 
sphérocobaltile , sur lesquelles il est venu cristalliser. 

Cuprite. — La cuprite du Boléo est fort intéressante; elle se présente 
sous deux formes : en petits cubes transparents d une perfection de forme 
irréprochable, ne dépassant guère 1 millimètre de plus grande dimension, 
et en octaèdres. Tous ces cristaux se trouvent dans des argiles dont on peut 
aisément les isoler par lavage. 

Les cristaux octaédriques sont les plus curieux; ils atteignent 1 centi- 
mètre et présentent les diverses particularités des cristaux bien connus de 
Chessy; ils en diffèrent cependant par leur fraîcheur, l'absence de l'enduit 
de malachite, si caractéristique des cristaux de ce dernier gisement, et la 
fréquence des faces du cube. Le rhombododécaèdre se présente aussi sous 
forme de petites facettes. 

De même qu'à Chessy, il existe des macles à axes parallèles, symétriques 
par rapport à une face du culte, macles se produisant toujours par péné- 
tration régulière. Chaque arête octaédrique est alors remplacée par la gout- 
tière si fréquente dans les octaèdres de diamant ofl'ranl coite même macle. 
Ce qui donne un intérêt spécial aux cristaux macles du Boléo, c'est l'exis- 
tence fréquente des faces cubiques qui portent deux sillons parallèles à leurs 
diagonales, indiquant les plans de jonction des individus constituant l'as- 
semblage; ces sillons sont particulièrement nets sur un cristal p (îoo), 
«'(ni), 4 1 (110), dans lequel les faces du cube dominent. 

Comme ceux de Chessy encore, les cristaux de cuprite du Boléo offrent 
fréquemment des faces creuses. Quelques-unes sont constituées par un sque- 
lette à claire-voie, complètement évidé et réduit aux arêtes octaédriques. 

On trouve en outre des formes encore plus crislallitiques dans lesquelles 
l'octaèdre est constitué par l'entrecroisement à 90 de trois lames, respecti- 
vement parallèles à une face du cube. Quand on fait miroiter ces lames 
devant une lumière, on voit qu'elles sont elles-mêmes constituées par l'em- 
pilement de lames plus minces. Le bord de ces lames est parfois déchiqueté 
et inégulier; dans d'autres cas, il présente de petits biseaux correspondant 
aux faces de l'octaèdre. Il existe tous les passages entre les octaèdres à faces 
creuses , avec ou sans faces p , et ces squelettes élémentaires , sur lesquels 
on peut reconnaître aussi parfois l'existence de la macle décrite plus haut. 



BULLETIN 

DU 

MUSÉUM D'HISTOIRE NATURELLE. 



ANNEE 1898. — N° 2. 



26 8 REUNION DES NATURALISTES DU MUSEUM. 

1 er MARS 1898. 



PRESIDENCE DE M. MILNE EDWARDS, 

DIRECTEUR DU MUSEUM. 



M. le Président dépose sur le bureau le i er fascicule du Bulletin 
pour l'anne'e 1898, paru le 19 février, contenant les communica- 
tions faites dans la réunion du 2 5 janvier. 

Par arrête' du ai février, M me Madeleine Lemaire a été chargée 
du dessin appliqué à l'étude des plantes, en remplacement de M. Fa- 
guet, admis à la retraite. 

Par arrêté du même jour, M. Demoussy, licencié es sciences phy- 
siques, préparateur de la chaire de Physiologie végétale, a été 
nommé assistant de cette chaire, en remplacement de M. Maquenne, 
appelé à d'autres fonctions. 



CORRESPONDANCE. 

M. le Directeur signale l'arrivée d'une caisse envoyée de 
Tamatave par M. le capitaine Ardouin et contenant des Rep- 
tiles, divers Arthropodes, quelques Mollusques et deux crânes de 
Hovas. 

Musécm. — iv. h 



— 46 — 

Il donne lecture d'une lettre de M. Laearrière, capitaine d'in- 
fanterie de marine commandant, à Madagascar, le Haut-Mandraré 
et le poste militaire de Tamotamo, et dans laquelle il propose ses 
services au Muséum. 

Il annonce l'arrivée de collections recueillies, en Basse-Californie 
et au Mexique, par M. Diguet et consistant en Mammifères, Oiseaux , 
Reptiles, Poissons, Invertébrés et Plantes. 



M gr Biet, évêque de Diana, a fait parvenir au Muséum une série 
de Mammifères et d'Oiseaux provenant de la mission de Tatsienlou, 
au Thibet. 



M. Régnier, chef de section à Brazzaville, a offert une collection 
d'Insectes recueillis au Congo. 



M. B.-Y. Sjostedt, à Stokholm, a donné au Muséum une inté- 
ressante série de Coquilles recueillis au Cameroun. 



COMMUNICATIONS. 

Note sur les silex taillés D'EuL-CnÉ-S.ty-HAO (Mosgolie), 

par M. E.-T. Haut. 

Une des dernières fois que j'eus le plaisir de rencontrer M. Daubrée au 
Comité des Sociétés savantes, ce regretté collègue voulut bien me faire sa- 
voir qu'il avait retrouvé deux petits instruments de pierre taillée, rapportés 
naguère de Mongolie par l'abbé Armand David, et qu'il me remettrait pro- 
ebainement ces pièces intéressantes pour le laboratoire d'Anthropologie du 
Muséum. 

J'attendis avec une véritable impatience cette communication, qui allait 
me permettre de vérifier des assertions plusieurs fois reproduites dans des 
ouvrages récents, et qui m'avaient paru reposer sur quelque malentendu. 

L'examen que je viens de faire des documents envoyés par M. Daubrée, 



— M — 

quelques semaines avant sa mort , est venu confirmer les doutes que m'avaient 
laisse's mes lectures (l) . Ce ne sont pas du tout, en effet, des silex (ailles 
(Y apparence paléolithique que M. l'abbé David a recueillis en Mongolie, il y a 
bientôt trente-deux ans. Ce sont des pointes de flèches , finement taillées à 
petits éclats et qui rappellent les armes similaires qui étaient encore eu 
usage au moment de l'arrivée des premiers explorateurs russes dans l'Est 
de la Sibérie. 

La première (fig. 1), longue de 25 millimètres, large de 16, est une 
flèche en silex corné, translucide, d'un blond jaune, de forme ogivale, à 
base concave , un peu asymétrique. Elle est finement retaillée sur les bords, 
et un méplat s'y trouve ménagé pour l'emmanchure. 

La seconde flèche (fig. 2), un peu plus courte (23 millimètres) et bien 
plus étroite (10 millimètres environ), est faite d'une sorte de jaspe grisâtre, 
piqueté de brun; le travail de taille s'y montre à peu près le même, et la 
base amincie est tout à fait rectiligne. 





Fig. 1. 



Fig. 



Ces armes, bien supérieures  celles que M. D. Levât a récemment dé- 
couvertes en diverses localités de la Transbaïkalie , sont, par contre, d'une 
exécution beaucoup moins habile que celles des anciens Aïnos, recueillies 
par M. l'abbé Faurie à Hakodaté et ailleurs. 

Leur caractère relativement moderne est d'ailleurs affirmé par le Journal 
de M. l'abbé David k2) . Eul-Ché-San-Hao (3) , où notre savant correspondant 
les a ramassées, est dans une plaine élevée, n entourée de petites collines 
arrondies, recouvertes de terres diluviennes, au milieu desquelles on ren- 
contre des fossiles isolés et brisés de divers Mammifères (4) ». 

W Cf. A. de Quatrefages : Introduction à l'élude des races humaines, Paris, 1889, 
in-8°, p. 78. — G. Chauvet : Compamison des industries primitives de France et 
d'Asie (Congr. internat. d'Aiithrop. et d'Arch. préliist. , Moscou, 189/1 » t. I, p. 60). 

W A. David, Journal d'un voyage en Mongolie en 1866 (Nouv. Arch. du Muséum, 
t. III, Bull, p. 7 5). 

( 3) C'est la même localité désignée dans les notes du D r Ernest Martin sous 
les noms de Eul-Shé-Sou-Glw. — Une faute d'impression a transformé ce nom , 
dans Quatrefages, en Tul-Ché-San-Hao. 

(4) H parle notamment plus bas d'un os d'Eléphant pétrifié. 



— 48 — 

rrJe fais des fouilles, écrit M. l'abbé David à la date da 7 avril 1866, 
pour trouver d'autres fossiles dans les falaises des terres diluviennes qui 
sont au Sud. Quelques os isolés, que je rencontre dans les éboulements, se 
cassent au premier choc. 

rrLes squelettes des petits Mammifères que le F. Ghevrier a recueillis 
étaient enfouis dans la terre noire supérieure à la masse diluvienne. Je ne 
pense pas qu'ils soient anciens , les Sousliks et autres Rongeurs qui abondent 
ici ont l'habitude de se creuser des terriers profonds, où, sans doute, ils 
laissent souvent leurs os. 

«C'est aussi dans cette terre noirâtre, continue le voyageur, que nous 
avons rencontré de petits fragments de vieille poterie, des instruments de 
métal et des bouts de flèches en corniole et autres pierres dures. 

«Tous ces objets ne ressemblent en rien à ce qui se fait actuellement dans 
le pays; on n'y a aucun souvenir de populations anciennes. Mais, sans 
doute, bien des générations diverses ont paru sur la surface de ces régions 
ci-devant désertes ou à peine traversées par de rares cavaliers mongols. « 

Les bouts de flèches en corniole et autres pierres dures, mentionnées dans 
le fragment du Journal que je viens de transcrire, correspondent mani- 
festement aux pièces décrites et figurées plus haut. Or, ces objets, trouvés 
avec de la poterie, des objets de métal , des restes d'animaux récents, doivent 
nécessairement appartenir à une période relativement moderne. 

Il faut donc renoncer, pour l'instant du moins, à la thèse de l'Homme 
quaternaire mongol et aux considérations ingénieuses qu'on y avait un peu 
prématurément rattachées. 



M. le D r Maclaud fait projeter sur le tableau , en les accompagnant 
de quelques explications, de belles photographies prises à Conakry 
et dans la région environnante, et représentant divers types d'in- 
digènes de la Guinée française, des scènes de mœurs et des pay- 
sages. 

Note sur les moeurs des animaux de l'Afrique australe, 

PAR M. E. Foa. 

Ceux d'entre vous qui ont lu mes livres ou qui m'ont suivi depuis quelques 
années savent combien je me suis attaché à la chasse et les trajets considé- 
rables que la recherche des animaux chez eux m'a fait faire à différentes 
époques. 

11 y a un mois, je rentrais en France de mon dernier voyage, qui est le 
troisième grand voyage que j'accomplis, et pendant lequel j'ai encore eu 



— Zt9 — 

l'occasion de vivre de longues années dans la brousse sauvage, loin des lieux 
habités, à étudier, suivre et traquer chez eux les grands fauves. 

Pendant le dernier voyage dont je viens de parler, je suis resté absent 
trois ans et demi, dont au moins trois ans ont été passés au centre de 
l'Afrique, loin des côtes, et dans plusieurs régions nouvelles pour la géo- 
graphie. 

Je ne parlerai pas aujourd'hui de mes découvertes géographiques qui 
sont assez considérables. Je me contenterai de dire que j'ai accompli la tra- 
versée entière du continent africain par la région équatoriale et que, parti 
de l'Océan indien, à l'embouchure du Zambèse, en 189/i, je suis arrivé à 
l'Atlantique, aux bouches du Congo, en 1897, visitant sur mon chemin 
bien des pays curieux et faisant une marche à peu près ininterrompue de 
six mille kilomètres entièrement à pied. 

J'ai abattu près de cinq cents spécimens de la grande faune africaine, 
dont je vous donnerai plus loin l'énumération , car c'est uniquement des ani- 
maux que je suis venu vous parler aujourd'hui, non au point de vue tech- 
nique, c'est-à-dire de leur anatomie ou de leur physique, mais au point de 
vue des particularités de leurs mœurs et de leur existence à l'état sauvage. 
J'y ajouterai les traits les plus caractéristiques qui les distinguent les uns 
des autres, quoiqu'ils paraissent semblables au premier abord {l) . 

Nous parlerons d'abord du groupe des Antilopes, puis des grands Pa- 
chydermes et enfin des Félins. Je me limiterai, pour aujourd'hui, aux ani- 
maux peuplant l'Afrique australe et centrale jusqu'à la région du Nyassa. 

La famille des Antilopes ne nous offre pas moins de 2 3 espèces, aussi 
curieuses les unes que les autres et différant comme taille, depuis l'Elan du 
Cap (Oreas canna), qui a 1 m. 60 au garrot, c'est-à-dire la hauteur d'un 
Cheval de cuirassier, jusqu'à la petite Antilope bleue (Cephalophis pygmœus) , 
qui a de 28 à 00 centimètres de haut, comme une petite Levrette. La finesse 
de la race, la petitesse du pied, l'acuité de la vue et la grâce dans les pro- 
portions sont l'apanage des Antilopes à cornes en spirale, tels que le Kou- 
dou (Strepsicervs hudu) , l'ïnyala ou Boo (Tragelaphus Angasi), le Guib 
ou Antilope harnachée (Trag. syhmticus). 

Le Koudou est la plus belle des Antilopes et la seconde comme taille. 

Il n'y a rien de plus difficile que d'approcher d'un Koudou. On en voit 
rarement plus de trois ou quatre ensemble, et lorsqu'on les aperçoit à 
3oo mètres, ils vous ont déjà signalé depuis longtemps. Il faut se jeter à 
plat ventre et disparaître un instant pour se faire oublier; on attend ainsi 
que leur attention mise en éved se tourne d'un autre côté, et on avance 
en se traînant dans les herbes sur le ventre, en s'aidant des mains et 

(•' Los Mammifères recueillis par M. Foa, dans la région du Zambèse et du lac 
Nyassa, ont été l'objet de plusieurs communications de M. de Pousargues (Bull, 
du Muséum , 1897). 



— 50 — 

en transportant lentement son fusil; on profite en route des obstacles natu- 
rels qui vous garantissent en s'abritant derrière eux, et on arrive ainsi peu 
à peu à approcher de l'animal. Cela n'arrive pas toujours, bien entendu, 
car il y a mille circonstances, bruit, vent, autres dangers, qui peuvent les 
mettre en faite. Mais voilà, en général, comment on procède, et cette mé- 
thode sert à peu près pour toutes les Antilopes. 

Le Koudou a, comme je viens de le dire, l'œil très perçant; il se lient 
d'habitude dans les régions accidentées, ce qu'on appelle un pays roulant 
et toujours un peu rocailleux. Ce genre de localité est toujours couvert 
d'arbres rabougris et de plantes où le Koudou trouve sa nourriture; il affec- 
tionne aussi les lieux élevés, parce qu'il peut étendre sa vue au loin. 

Toujours dans la famille du Koudou, nous avons l'Inyala ou Boo ( Tra- 
gelaphus Angasi), une Antilope fort rare, très peu connue. Le Muséum de 
Paris et le Muséum de Londres n'en possèdent des spécimens que depuis 
quelques mois. 11 n'y a pas une bête aussi ditlicile à approcher que celle-là, 
car. en plus de la perfection de ses sens, elle habite les fourres épais, presque 
impénétrables, où la lumière n'arrive que tamisée et où l'on ne peut entrer 
sans faire du bruit; un froissement léger, une feuille sèche qui craque, et 
elle disparaît. J'ai essayé en vain pendant des semaines de trouver ces ani- 
maux, tellement rares que les indigènes leur attribuent des facultés sur- 
naturelles, comme celle de disparaître ou d'être a\erlis de la venue du chas- 
seur, et pourtant il y en avait dans le pays que nous battions, puisque nous 
trouvions des traces fraîches, des laissées récentes et des fumées. Après 
avoir essayé vainement de jour, je me suis mis à l'affût la nuit et j'ai enfin 
réussi à tuer quatre ou cinq de ces belles Antilopes en plusieurs mois. 

Nous allons maintenant nous occuper de l'Elan, la plus grande des An- 
tilopes. Il habite de préférence les pays couverts d'arbres et se tient géné- 
ralement au pied des collines; on le voit rarement en plaine. L'Elan est celle 
des Antilopes qui approche le plus du bétail, sauf la tête qui a une dou- 
ceur et une finesse extrêmes ; le corps de l'Elan est celui d'une Vache élancée. 
Comme le Koudou, il a sur le garrot une légère proéminence. Les Elans 
vont par troupes, parfois très nombreuses; ils sont difficiles à approcher, 
mais beaucoup moins que les Antilopes que je viens de citer. Je ne parle 
jamais, bien entendu, de la chasse à cheval que je n'ai jamais pratiquée, 
mais de la poursuite à pied; toutes les régions de l'Afrique intertropicale 
sauvage sont infestées de Tsélsés, une Mouche qui tue les animaux domes- 
tiques. L'eussé-je même voulu, je n'aurais donc pu me servir de Chevaux, 
comme on faisait autrefois dans l'Afrique australe où, pour cette même 
raison, le gibier a été exterminé. Avec un Cheval un peu vite, il y a peu 
d'Antilopes qui soient capables de lutter longtemps; mais à pied, il n'en 
est pas ainsi, et il est très dur au contraire de s'approcher de ces animaux. 
Les Buflles (Bos caffer), quelquefois, peuvent être fatigués par de bons 



— 51 — 

coureurs; il faut, dans ce cas, courir derrière eux au pas gymnastique 
pendant vingt ou vingt-cinq minutes; ils se lassent , s'essoufflent et finissent 
par s'arrêter en vous'regardant. 

L'Elan ne se nourrit que de feuilles nouvelles et de jeunes pousses d'ar- 
bres et de plantes; il est très rare qu'il mange de l'herbe. 

Après l'Elan , nous avons les Antilopes aux cornes annelées qui se divisent 
en deux catégories : celles aux cornes annelées courbées en arrière, telles 
que : i° l'Antilope noire (Hippotragus niger), dont la taille moyenne est de 
1 m. 5o au garrot. Elle habite les endroits couverts et craint le soleil, sans 
doute à cause de la couleur foncée de son pelage. Elle vit par troupes dé- 
passant rarement une quinzaine. C'est encore une Antilope à la vue puis- 
sante et à l'oreille fine; 2° l'Antilope rouanne, qui est de la même famille 
et qui lui ressemble sous tous les rapports, sauf, comme son nom l'indique, 
sous celui de la robe. 

Nous avons ensuite les Antilopes aux cornes annelées courbées en avant : 
le Kob (kobus ettipsiprymnus) et la Cervicapra (Cerv. arundiiwcea), toutes 
deux très communes. Le Kob a la taille d'un grand Ane, c'est-à-dire 1 m. 35 
environ. 11 habile les plaines de préférence et ne s'éloigne jamais de l'eau. 

La Cervicapra habite les hautes herbes et atteint la dimension d'un petit 
Ane. Toutes deux sont faciles à approcher et ont les sens et l'esprit de con- 
servation bien moins vifs que les espèces déjà mentionnées. 

Il y a ensuite les Antilopes aux cornes annelées courbées d'abord en ar- 
rière et ensuite en avant, tels que la Nsouala (Mpyceros melampus), le 
Pookoo (Cobus Wardoni). Toutes deux ont î m. 20 de haut environ; l'une 
fine et élégante au poil soyeux , l'autre trapue et robuste , vivant également 
en troupes nombreuses. 

Nous avons dans l'Afrique australe une Antilope aux cornes droites an- 
nelées à leur base, c'est l'Oryx [Oryx gazetta), encore un animal très dif- 
ficile à approcher, car il habite les régions plates et les grandes plaines. 

Enfin, nous avons la famille des Bubales qui comprend trois espèces 
dans les régions dont nous nous occupons : le Bubale de Lichstentein, le 
Kaama et le Bubalus lunatus ou Letchoué, dont les cornes sont courtes et 
rejetées en arrière à angle droit. C'est l'espèce la plus facile à approcher et 
très facile à tuer, relativement, bien entendu. 

Puis, viennent les Gnous, Antilopes très bizarres, dont l'aspect extérieur 
est un peu celui du Bison d'Amérique avec une encolure puissante, courte 
et arrondie qui contraste avec son arrière-train très élancé. Il y a le Gnou 
bleu (Connocltœles Taurinus),a la queue noire et touffue comme un Cheval, 
et le Gnou noir (Connochœtes Gnu), à la crinière épaisse et à l'avant-train 
velu avec la queue blanche; tous deux sauvages excessivement rapides 
et difficiles à approcher. Le Gnou noir devient de plus en plus rare et je 
n'en ai pas vu un seul dans mes pérégrinations de 189& à 1897; j'en 



— 52 — 

avais tué quelques-uns à mon avant- dernier voyage dans le pays de 
Gaça. 

Enfin , les Antilopes de taille inférieure qui vont de la petite Chèvre à la 
dimension d'un Lapin : Gazelle (Gazella euchore), le Duiker (Cephalophus 
mergens), POribi (Nanotragus scopariits), l'Oréotrague (Nanotragus oreo- 
tragus), le Sleinbuck( A anotragus traguhis), la petite Antilope bleue(Ccp^rt- 
hphuspygmœus), animaux gracieux et délicats et peut-être plus difficiles à 
tuer que les grandes Antilopes. 

Dans l'Afrique australe et centrale, les Anlilopes dont je viens de parler 
ont des sai ons distinctes pour l'accouplement et la reproduction; les mâles 
et les femelles vivent ensemble, en général, du mois de juin au mois d'oc- 
tobre. A cette époque, les femelles s'isolent et mettent bas généralement à 
partir du mois de février. Une femelle porte en général six à sept mois et ne 
met bas qu'un petit , rarement deux. Le petit est en état de suivre sa mère 
dès le troisième ou le quatrième jour de sa naissance; il ne peut néanmoins 
pas courir aussi vite qu'elle, et pendant les premiers jours elle le cache 
souvent dans un fourré pendant qu'elle va prendre sa nourriture. Le petit 
se lient là absolument coi pendant que sa mère est absente. Les cornes com- 
mencent à se montrer chez les petites Antilopes dès le troisième ou qua- 
trième mois, mais elles ne se développent pas en proportion du reste de 
l'animal. Les jeunes mâles, déjà de bonne taille, ont des cornes courtes et 
d'une forme différente de ce qu'elles seront à l'âge adulte. 

Nous autres chasseurs, nous reconnaissons qu'une femelle est pleine à la 
déformation de ses pieds de derrière et à l'engorgement des pâturons. 

La couleur des Antilopes diffère aussi beaucoup selon l'âge (ex. : le Kob, 
l'Antilope noire). 

Les Anlilopes sont généralement des animaux silencieux; quelquefois 
un bêlement très bas; le petit fait le bruit d'un Chevreau. Mais il y a une 
espèce d'Antilope qui crie lorsqu'on l'effraye, c'est la Cervicapra; elle pousse 
un cri aigu. Une autre espèce émet des sons rauques, le soir généralement, 
c'est le Guib. 

Certaines habitudes de ces animaux peuvent s'appliquer indistinctement 
à toutes les Anlilopes, par exemple la façon de se nourrir. En général, 
les animaux couchent à découvert, c'est-à-dire dans des clairières, dans 
des endroits sans arbres et toujours invariablement dans les hautes herbes. 

Le matin, aux premiers rayons du jour, elles vont paître dans les en- 
droits découverts et se réchauffent aux rayons du soleil levant; mais dès que 
la chaleur commence, c'est-à-dire vers neuf ou dix heures, elles regagnent 
les endroits ombragés où elles passent les heures chaud s de la journée; 
c'est pendant ce temps qu'elles ruminent la nourriture prise à la hâte le 
malin. Vers trois heures, elles vont de nouveau au pâturage jusqu'au soir. 
Lorsqu'il y a clair de lune, elles se promènent quelquefois très tard. Pour 
boire, les Antilopes n'ont pas d'heure fixe; tout dépend de la dislance de 



— 53 — 

l'abreuvoir, mais c'est généralement après avoir mange', vers neuf ou dix 
heures du matin, et avant de se retirer à l'ombre, qu'elles viennent se des- 
altérer. 

Les grands Pachydermes dont je vais vous dire quelques mots sont le 
Rhinocéros et l'Eléphant. Il est probable que dans quelques générations, si 
la civilisation continue à envahir l'Afrique, il ne vous sera plus possible 
d'entendre quelqu'un parler de ces animaux par expérience personnelle. 

Déjà le Rhinocéros, si je puis m'exprimer ainsi , a un pied dans la tombe, 
c'est-à-dire dans le domaine de la paléontologie, au milieu de ses ancêtres, 
les animaux antidéluviens ou disparus. Oui, le Rhinocéros noir (Rhinocéros 
bicornis) est déjà un animal presque disparu; son confrère le Rhinocéros 
blanc à bouche large (Rhinocéros simus) ne l'est-il pas déjà? On le craint. 
Dépêchons -nous de parler de cet animal tandis qu'il est encore d'ac- 
tualité. 

Je ne m'occuperai ici que du Rhinocéros bicorne, le blanc ou simus 
étant, comme je viens de vous le dire, très rare, et quoique ayant eu le bon- 
heur d'en tuer un, à mon insu, en 1892, je n'en ai jamais plus rencontré. 
Le Rhinocéros bicorne est un animal essentiellement nocturne; il craint le 
soleil et passe la journée dans les fourrés épais et impénétrables à la lu- 
mière que la nature a mis dans les pays qu'il habite. Il a le sommeil très dur 
et le seul sens qui ne soit jamais endormi chez lui est l'odorat. Malheur au 
chasseur qui se laisse sentir par lui. Mais si le vent est favorable et le ter- 
rain silencieux, on peut s'approcher de lui et le tuer à bout portant. Evi- 
demment une telle tentative est des plus périlleuses et l'endroit où un Rhi- 
nocéros repose est d'un accès excessivement difficile. Il dort généralement 
sur le côté, étendu par terre comme un Cheval, sur une litière de feuilles 
sèches ou souvent sur le versant d'une éminence. Pendant qu'il dort, sa 
bouche écume et autour de ses lèvres et devant ses naseaux s'accumule une 
mousse blanche. Quand on voit celte écume, c'est qu'il dort depuis plu- 
sieurs heures et qu'il est profondément endormi. Au coucher du soleil, la 
première chose que le Rlunocéros va faire est de boire; il arrive à l'abreu- 
voir, selon la distance, entre neuf heures et demie et onze heures du soir; 
il boit quelquefois de nouveau le matin avant l'aube. Dès qu'il a bu, il com- 
mence à paître et continue ainsi toute la nuit, parcourant de cette façon des 
distances considérables. Il se nourrit de racines, de jeunes pousses tendres 
comme de l'osier et de feuilles spéciales; les Cactées et les plantes grasses 
épineuses sont pour lui un mets favori. A l'aide de ses sabots de devant et 
de sa corne , il met à nu les racines , les déterre , les brise et avec sa lèvre 
supérieure, qui est préhensible comme une petite trompe, les arrache et les 
mange. Comme ses congénères, il aime à se vautrer dans la vase et à se 
couvrir de boue. Une particularité très curieuse est qu'il ne laisse jamais 
ses excréments intacts; il les éparpille à coups de corne, ce qui fait qu'on 



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ne les voit jamais qu'en pousssière. Il ne fait pas pourtant toujours 
cette opération immédiatement; il revient parfois à l'endroit où il a laissé 
les excréments après un intervalle; mais il ne les laisse jamais intacts. C'est 
vous dire que lorsque, nous autres chasseurs, nous tombons sur des ex- 
créments frais et entiers, nous savons que, le Rhinocéros n'est pas loin, 
et qu'il faut se tenir sur ses gardes, car il va revenir d'un moment à l'autre. 
L'odeur de l'Homme exaspère le Rhinocéros; c'est le seul animal qui, à ma 
connaissance, se jette sur lui sans être provoqué. 

L'opinion des chasseurs expérimentés diffère un peu là-dessus. Les uns 
prétendent que l'odeur de l'Homme l'affole et que c'est parce qu'il perd la 
tête qu'il se précipite de son côté. Les autres disent que c'est par mé- 
chanceté. Je m'abstiendrai de juger moi-même le sentiment qui le fait agir, 
je me bornerai à constater qu'il charge chaque fois qu'il sent l'ennemi. J'ai 
raconté autrefois, dans mes chasses de 1891 et i8t)3, cette aventure de 
deux Rhinocéros qui venaient boire régulièrement à une mare tous les 
matins au point du jour, sous le vent de l'endroit où nous passions en 
quittant notre camp, et qui nous chargèrent plusieurs jours de suite à 
l'improviste. Je finis par en tuer un. 

L'œil du Rhinocéros et son oreille sont très imparfaits, mais son nez est 
d'une finesse inouïe. D'ailleurs, si l'on considère l'anatomiedc la tête chez 
cet animal, on peut se rendre compte que, tandis que l'œil est dispropor- 
tionnément petit et mal placé et l'oreille massive et imparfaite, les sens 
olfactifs et les fosses nasales occupent dans la tète une place considérable , 
proportionnellement plus considérable que chez la plupart des animaux, 
hormis l'Éléphant. 

Quoique d'un aspect lourd et massif, le Rhinocéros est d'une agilité et 
d'une légèreté surprenantes; il a d'ailleurs plus d'un caractère de res- 
semblance avec le Cheval : il galope, saute des troncs d'arbres, trotte comme 
un Anglo-Normand et peut fournir une course très rapide, sinon très 
longue. 

Lorsque je chasse le Rhinocéros , j'ai l'habitude de l'attendre à l'abreuvoir, 
et il faut pour cela que je prenne des précautions inouïes; il est d'une 
méfiance extrême et son odorat est si fin , que , si quelqu'un a marché aux 
abords de la mare dans la journée, il flairera un piège et ne viendra pas 
boire; il fera dix, quinze ou vingt kilomètres et il ira s'abreuver ailleurs. 
Il faut donc que personne ne s'approche plus de l'eau et cela dans un 
rayon assez considérable pendant plusieurs jours. Malgré toutes ces pré- 
cautions, il faut encore que la nuit ne soit pas trop noire et que, dans sa 
méfiance du danger, l'animal ne boive pas trop loin de l'endroit où le 
chasseur l'attend. 

Ceci s'applique également a la chasse au Lion, que j'ai pratiquée de 
même façon. Ce n'est pas, comme on voit, une besogne des plus aisées 
que de chasser ces grands fauves la nuit. Il y a aussi ces interminables 



— 55 — 

nuits où rien ne vient et on l'on s'en va découragé le malin pour recom- 
mencer le soir. 

L'Eléphant, en revanche, est un grand marcheur diurne et nocturne; il 
vous entraîne derrière lui sur sa piste pendant des journées entières, et sa 
chasse est fatigante. Quand ils sont en voyage, les Éléphants marchent à 
la file indienne; en tète un vieux mâle expérimenté ou unp vieille femelle 
qui, de temps en temps, tàte le terrain du bout de la trompe repliée, ou 
la jette en l'air pour saisir les émanations des alentours. Quand la troupe 
est nombreuse, il y a également des vieux expérimentés sur les flancs de la 
colonne. Mais lorsqu'ils cherchent leur nourriture, les Eléphants marchent 
de front, chacun pour soi; il y a néanmoins aux ailes un gardien vigilant. 
Quand, au contraire, ils s'arrêtent , les vieux se mettent au centre, car ils 
sentent d'instinct que c'est à eux cpie l'ennemi en veut de préférence; c'est 
alors aux jeunes de s'exposer les premiers. 

Il y a dans tout ce que font ces admirables animaux une intelligence et 
une perspicacité étonnantes, et chez aucun animal l'instinct de la conserva- 
tion n'est poussé aussi loin cpie chez l'Eléphant. Ce n'est pas une causerie, 
c'est une série de longues conférences qu'il y aurait à faire si l'on voulait 
dire en détail tout ce que ces bêtes montrent d'intelligence et de supériorité 
sur tout ce qui peuple la forêt équatoriale, y compris les Hommes. Aussi 
ne puis-je donner ici que quelques traits saillants de leurs mœurs. La 
nourriture de l'Eléphant se compose d'herbe, de feuillage, d'écorce, 
d'épines et de fruits; il mâche ces végétaux, mais il avale, sans les mâcher, 
les fruits et, à l'occasion, les Gucurbitacées. On retrouve les fruits qu'il a 
mangés dans ses excréments, souvent à peine dénaturés par les sucs gas- 
triques, et je dois avouer que plus d'une fois, nous autres chasseurs, nous 
avons profité, à défaut d'autre nourriture, des fruits qu'il nous laissait ainsi 
sur son passage. 

La façon dont il écorce les arbres est assez curieuse : si les végétaux sont 
gros, il se sert pour cela de ses défenses et soulève l'écorce, qu'il tire à lui 
avec sa trompe; si les végétaux sont petits, il les arrache et les pelle déli- 
catement tout en marchant. Il est particulièrement friand des petites épines 
vives, et l'on se demande comment sa bouche, qui est délicate, n'en est 
pas incommodée. 

L'eau lui est indispensable, et il lui en faut en abondance. Hien n'est plus 
triste à voir que des Eléphants qui manquent d'eau ; ils s'en vont la tête 
basse, la trompe et les oreilles pendantes, comme las de vivre. C'est une 
bonne aubaine pour ceux qui les poursuivent; mais il faut se rappeler que 
ceux-ci souffrent encore plus de la soif et de la chaleur que leur malheu- 
reux gibier. 

La solidarité entre les Éléphants est touchante. J'ai vu, un certain jour 
que j'avais blessé un vieux mâle, les femelles l'aider et pousser la pauvre 



\ 



— 56 — 

bête, qui se refusait à avancer, pour la mettre à l'abri clans un fourré; 
elles s'appuyaient contre lui de tous côtés, le portaient presque sous nos 
yeux, à quelques centaines de mètres. Le vieux se faisait traîner; elles 
l'avaient fait entrer degré ou de force dans un grand taillis, où elles ne 
l'abandonnèrent que lorsqu'elles comprirent qu'il était blessé mortel- 
lement et ne demandait plus qu'à mourir en paix, et qu'elles ris- 
quaient leur propre vie en demeurant un instant, car nous arrivions à la 
cours p. 

La passion du chasseur n'est pas incompatible avec les sentiments, et 
l'Eléphant, cet être grandiose, puissant et intelligent, est celui que j'admire 
le plus parmi les chefs-d'œuvre de la nature. 

Je terminerai en disant quelques mots des mœurs des Lions, avec les- 
quels j'ai eu pendant ces dernières années de nombreuses rencontres volon- 
taires, et que j'ai traqués, suivis et étudiés à loisir. Je m'oppose par l'ex- 
périence à la théorie qu'il existe plusieurs espèces de Lions en Afrique. Il 
n'y en a absolument qu'une, selon moi. Il est bien entendu que sa robe 
change d'épaisseur et de couleur suivant les milieux qu'il habite. Le Lion 
des plateaux de l'Atlas doit être plus chaudement vêtu que celui qui habile 
les plaines sablonneuses et ardentes du pays des Somalis. Celui qui de- 
meure dans une contrée épineuse et qui se déchire la crinière aux épines 
et aux taillis (car on trouve continuellement des poils sur les végétaux) l'a 
moins belle et moins fournie que celui qui se tient dans les plaines her- 
beuses. Quant à l'absence de crinière, elle ne constitue pas une variété, 
car dans une même famille de Lions il y a des mâles sans crinière et 
d'autres avec crinière. Bien mieux, dans la même portée d'une Lionne, j'ai 
vu des mâles de huit ou dix mois déjà avec une trace de crinière et d'autres 
qui en étaient absolument dépourvus. Ainsi, dans les régions de l'Afrique 
australe, où j'ai chassé pendant une dizaine d'années, j'ai vu dans le même 
district, ensemble ou séparés, des Lions à crinière noire, à crinière fauve 
et sans crinière du tout. 

Dans le pays des Somalis et dans la région des sables, en général les Lions 
sans crinière abondent; leur robe est alors d'un fauve très clair, elle se 
confond absolument avec le sable; tandis que dans les régions arborescentes 
et ombragées, dans les pays difficiles et montagneux, la robe des Lions varie 
du fauve rougeàlre au marron clair et même au marron foncé. Quand les 
Lionceaux naissent, ils ont une robe différente de celle de leurs parents, à 
un tel point qu'on doute de leur origine. Ils sont rayés sur tout le corps, 
jambes comprises, de lignes plus foncées, peu marquées, qui disparaissent 
avec l'âge; mais j'ai vu néanmoins une jeune Lionne, qui pouvait avoir 
douze à quinze mois, portant encore sur le dos et les flancs quelques raies 
plus foncées, peu distinctes, mais curieuses; c'est, je crois, une exception. 
Le derrière des oreilles, le bout de la queue et un point à l'intérieur des 



— 57 — 

pattes sont noirs. Nous distinguons le sexe d'un Lion sur une piste par la 
l'orme de la paume de la patte de devant. 

Le Lion vit, comme vous savez, en grande partie de sa chasse. C'est la 
nuit, en général, qu'il attaque les animaux dont il se nourrit; il mange 
indistinctement tous les Herbivores, mais ses mets préférés, dans les régions 
dont je parle, sont le Buffle et le Zèbre; aussi , quand ces derniers abondent 
clans un district, sommes-nous toujours à peu près sûrs d'y trouver des 
Lions. En général, il dédaigne les petites Antilopes au-dessous de la taille 
d'un Ane; elles sont d'abord trop rapides et trop agiles pour lui, et puis 
elles constituent sans doute des repas insuffisants. Il va sans dire que 
lorsque la faim le pousse, il ne choisit pas et se nourrit au besoin de 
charogne. Mais je parle des endroits où le gibier abonde et où les Lions 
se trouvent toujours. La saison sèche, c'est-à-dire le moment où l'eau 
est rare, est le meilleur moment pour tous les chasseurs, Lion compris. 
Le gibier est alors aggloméré dans un rayon restreint et aux alentours 
des rares abreuvoirs qui restent à cette époque. Mais pendant les pluies , 
les Lions souffrent souvent cruellement de la faim; l'eau alors abonde 
partout, les rivières sont pleines et les mares naturelles nombreuses; les 
animaux s'éparpillent sur des étendues immenses de pays et les Lions 
errent à l'aventure revenant souvent, comme le chasseur, absolument bre- 
douilles. Ils se rabattent alors sur tout ce qu'ils trouvent, chiens dans les 
villages, habitants, vieux cuir, etc. Lorsque j'étais campé dans la Maravie, 
en 1892 , au milieu des gorges de Tchioula, j'avais une tente qui servait 
de cuisine, car les pluies étaient torrentielles. Par la nuit noire, les Lions 
venaient récurer mes casseroles et les lécher, craquaient des os de poulet 
et s'attardaient souvent à cette besogne. Un matin, à l'aube, j'entendis un 
remue-ménage dans mes marmites et, croyant avoir à faire à une Hyène, 
dans la mi-obscurité , je tirai au hasard sur un animal qui s'agitait dans 
la tente et, sans le savoir, je tuai une jeune Lionne qui était dans un état 
de maigreur et de dépérissement extrêmes. 

Je voudrais, pour que cette causerie fût complète, vous parler encore 
des autres hôtes des forêts d'Afrique , je suis obligé de renvoyer à une 
autre séance ce que j'ai à en dire. 

Je terminerai en vous donnant le tableau de mes chasses de 189/i à 
1897, c'est-à-dire pour mon dernier voyage seulement, 488 pièces se 
décomposant ainsi : 3g Eléphants, 1 k Rhinocéros, 16 Lions, 5 Panthères, 
19 Hippopotames, 56 Buffles et 33g Antilopes ou autres animaux divers. 



58 



Catalogue des Oiseaux 

RECUEILLIS PAR M. FoA DANS LA REGIOS DES GRANDS LaCS , 
IMMEDIATEMENT AU NORD DU ZaMREZE MOYEN, 

PAR M. E. OlJSTALET. 

M. E. Foa a fait parvenir, l'an dernier, au Muséum, une collection d'Oi- 
seaux que j'ai de'lenninée et dans laquelle j'ai constaté la présence de hh es- 
pèces. Je donne ci-dessous la liste de ces espèces en faisant suivre le nom 
scientifique de chacune d'elles des renseignements qui ont été fournis par 
le voyageur. 

1. Psn tacus koscicollis (kuhl). — Nom indigène : Tchinhoué. 

Mâle et femelle. N os i63 etiGA du Catalogue du voyageur. Bec couleur 
de corne claire; pattes noires; yeux orange. 

2. Gircaetls cinerascens (Mûll.). — Nom indigène : Zandjap'ako. 
Mâle, N° 170 Cal. \oy. Base du bec, cire et yeux jaunes; pattes 

grises; extrémité du bec noire. Ces Oiseaux passent pour détruire les Rep- 
tiles. 

3. Astir poi-yzoxoides (Smith). — Nom indigène : Kajumpé. 
Un spécimen, n° 125 Cat. voy. 

h. MïLVDS .«gyi'tiis (Gm.). — Nom indigène : Kabâoui. 

Mâle. Bec, cire, yeux et pattes jaunes. Espèce commune dans la région. 

5. Scops giu var. capensis (A. Smilli). — Nom indigène : Poundou. 
Mâle. .Y 1 22 Cat. voy. Bec et pattes noires; yeux jaunes (couleur d'yeux 
de Chat). 

(>. Thachypbonus cafer (V.). — Nom indigène : Njaratié. 
Mâle. N° n3 Cal. voy. Bec et pattes noirs; yeux bruns. Espèce peu 
commune dans la région. 

7. PoGONORiiYNciiis irroratus (Cal>.). — Nom indigène : Chiroukoutou. 
Deux mâles. N° 129 Cat. voy. Bec, pattes et yeux noirs. Espèce assez 

commune. 

8. Picls (Dendropicus) cardinaus var. Zanzirari (Malh.). — Nom indi- 
gène : Gogop'anda. 

Deux mâles. N° i36 Cat. voy. Bec, pattes et yeux noirs. Variété rare 

dans la région. 

9. Indicator major (Steph.). — Nom indigène : Ntsatzo ou Nsaîa. 
Mâle. N° lia Cat. voy. Bec et pattes noirs; yeux d'un brun clair. Ces 



— 59 — 

Oiseaux se nourrissent principalement de larves d'Abeilles, ou, à défaut, 
d'autres Insectes. 

10. Halcyox albiventkis (Scop.). — Nom indigène : Mombowfoou. 
Mâle. N° 1 18 Cat. voy. Bec et pattes rouges; yeux noirs. Cette espèce se 

rencontre fréquemment dans la brousse, loin de tout cours d'eau. 

11. H ALCYON CHEUCUTENSIS (Staill.). 

N°ii8 Cat. voy. 

1:2. Merops hirundineus ( Latli.). — Nom indigène : Fouragombé. 
Mâle. N° 1 15 Cat. voy. Bec et pattes noirs; yeux d'un rouge brun. 

13. Merops cyanostictos (Cab.). — Nom indigène : Moukouaniankoua. 
Bec et pattes noirs; yeux rouges. Ces Guêpiers vivent en république 
dans des trous creusés dans la terre des berges des rivières. 

lû. Trogon (Hapaloderma) narina (Stepb.). — Nom indigène : Koumba. 
N° 1 65 Cat. voy. Paupières et yeux jaunes; bec et pattes noirs. Espèce 
fort rare dans la région. 

15. Ecrystomus afer (Lath.). — Nom indigène : Cholé. 
Un spécimen, n° 160 Cat. voy. 

16. Turacus chlorochlamys (Sliell.). — Nom indigène : \kottlou-koulou. 
Mâle. N° n h. Cat. voy. Bec et pattes noirs; caroncules d'un rouge vif. 

Ces Oiseaux ne quittent jamais le voisinage de l'eau. 

17. Schizorhis coxcolor (Smith). — Nom indigène : Koué. 

Mâle. N° 167 Cat. voy. Bec, pattes et yeux noirs. Ces Oiseaux pour- 
suivent les passants de leur cri désagréable. 

18. Bccorax cafer (Boc). — Nom indigène : Niangomba. 

N° 171 Cat. voy. Caroncules d'un rouge vermillon; bec et pattes noirs; 
yeux fort grands et fort beaux, ressemblant à des yeux humains, avec la 
pupille très grosse et l'iris marron. Ces Oiseaux sont difficiles à atteindre. 

19. Buceros (Bycaxistes) buccinator (Tarn.). — Nom indigène : Ka- 
kamira. 

Mâle. N° 1 69 Cat. voy. Caroncules et tour de l'œil jaunes; yeux marrons; 
bec et pattes noirs. 

20. Cosmetorms vexillarils (Gould.). — Nom indigène : Roumbé. 
Mâle et femelle (?). N os 21 1 et 212 Cal. voy. Bec, yeux et pattes noirs. 

21. Cinxyris(Chalcomitra) guttlralis(L.). — Nom indigène -.Songoué. 
Onze individus, mâles adultes, jeunes mâles et femelles. N os i34, i£5 

et i58 Cat. voy. Yeux d'un rouge vif chez les mâles, noirs chez les fe- 
melles. 



— 60 — 

22. Cinnïris leucogaster (V.). — Nom indigène : Soclo. 
aie. N° i3i Gat.vov. Yeux noirs. 



23. Cinnyris venusta var. affinis (Rùpp.). — IN oui indigène : Msodo. 
Deux mâles. N° i56 Gat. vov. Yeux noirs. 

■I 

2/i. Prima mystacea (Rùpp.)? — Nom indigène : Rimba. 
Mâle. N° 1 37 Cat. voy. Oiseau vivant dans les buissons. 

25. Eremomela elegans (Heugl.) — Nom indigène : Rimba (comme le 
précédent). 

Mâle et femelle. N° i32 Gat. voy. 

26. Irrisor erythrorhyxciius (Lalh.). — Nom indigène : Kotcko-kotcho. 
Mâle. Ces Oiseaux vivent en troupes de sept ou huit et poussent des cris 

désagréables en faisant des contorsions et en se rengorgeant. 

27. Grateropijs Kirki (Sliarpe). — Nom indigène : Chinkoio. 

Mâle. N° 1 2A Cat. voy. Caroncules jaunes; yeux orange; bec et pattes 
noirs. Espèce peu commune dans la région. 

28. Pycnonotus Layardi (Gurn.). — Nom indigène : Pomboua. 
Mâle. N° 1 27 Cat. voy. 

29. Oriolcs larvatcs (Liclil.). — Nom indigène : Koudiomo. 

Deux mâles. N° 121 Cat. voy. Bec rouge; pattes noires; yeux d'un rouge 
vif. Ces Oiseaux se nourrissent uniquement de petits fruits. 

30. Oriolus notatos (Peters). — Nom indigène : Koudiomo (comme le 
précédent). 

N ia6 Cat. voy. 

31. Hibdrdo Smithi (Leach). — Nom indigène : Namdze. 
Deux spécimens. N° 139 Cat. voy. 

32 Alseonax addsta (Boie). 

Femelle. N°i6i Cat. voy. Yeux jaunes. 

33. Platystira peltata (Sund). 

Mâle. N° 166 Cat. voy. Caroncules rouges. 

34. Bâtis oriextams (Hengl.). — Nom indigène : Kadondombidzi. 
Mâle et femelle. N° i33 Cat. voy. Grands chanteurs. 

35. Trochocerus cyaxomelas (V.). 
Mâle. N° ik 3 Cat. voy. 

36. Terpsiphone perspicillata (Sev.). — Nom indigène : Zouzc. 
Mâle. N° i5q Cat. voy. Bec et pattes noirs; caroncules jaunes; yeux 

bruns. Espèce rare dans la région. 



— 01 — 

37. Smithormis capexsis (Smith). — Nom indigène : Kampêmércré. 
Mâle. N° \kh Cat. voy. Ces Oiseaux, rares dans la région des Grands 

Lacs, font un bruit strident avec leurs ailes en quittant la branche où ils 
étaient posés et en décrivant un cercle pour y retourner. Leur chant est 
ordinaire. 

38. Bus musicus (V.). — Nom indigène : Setchitchi. 

Deux, mâles et une femelle. N os i3o et i54 Cat. voy. Caroncules et pau- 
pières jaunes. 

39. Bradyornis Oatesi (Sharpe). 
Mâle. N° i5a Cat. voy. 

40. Parus niger var. leucomelas (Riipp.). — Nom indigène: Tsiléic. 
Femelle. N° î 4o Cat. voy. Grand chanteur. 

41. Dryoscopus major var. guttatos (Harll.). — Nom indigène : Muigo. 
Mâle. N° 119 Cat. voy. 

42. Laniarius sulfureipectus (Less.). — Nom indigène : Mantchombé. 
Mâle. N° 1 28 Cat. voy. 

43. Prioxops talacoma (Smith). — Nom indigène : Kouméniamenia. 
Deux spécimens. N° 1 20 Cal. voy. Yeux d'un rouge vif. 

44. Buchaxga atra var. assimilis (Bechst.). — Nom indigène : Nteiigo. 
Mâle. N° 1 68 Cat. voy. Yeux noirs. Espèce insectivore, se nourrissant 

de minuscules Sauterelles, accourant de loin à tous les feux de brousse et 
saisissant les Insectes au-dessus des flammes. 

45. Mel,eorms edolioides (Smith.). — Nom indigène : Nlengo (comme 
le précédent). 

Mâle. N°is3 Cat. voy. 

46. Graccalcs pectoralis (Jard. et Selb.). — Nom indigène : Koumé- 
niamenia. 

Mâle. N° 1 1 7 Cat. voy. 

47. Penthetria albonotata (Cass.). — Nom indigène : Kanianchikou. 
Mâle. N° 1 16 Cat. voy. Yeux d'un rouge foncé. Espèce fort rare dans la 

région. 

48. Euplectes franciscaxus (Isert.). — Nom indigène : Tseringa. 
Mâle. N° 167 Cat. voy. Bec et pattes rouges; yeux bruns. 

49. Svcobrotus stictifrons (Finsch et Reich. ). — Nom indigène : Goli, 
Mâle. N° i38 Cat. voy. Yeux marrons. 

50. Hyptantorxis mgriceps (Lath.)? — Nom indigène : Tclictc. 
Deux mâles. N os i35 et i5i Cat. voy. 

Muséum. — iv. 5 



— 62 — 

51. Hyphantorms Cabanisi (Pelers)? 
Femelle. 

52. Gorvus scapulatus (Daucl.). — Nom indigène : Kounjouboui. 
Mâle. 

53. Francolimjs (Pternistes) Humboldti (Pet.). — Nom indigène : 
N'houalé. 

Mâle. N° 162 Gat. voy. Bec, pattes, caroncules et yeux d'un rouge terne. 

Le Muséum ne possédait pas encore d'exemplaire de cette espèce de 
Francolins, la seule de son genre que l'on trouve dans la région, selon 
M. Foa. 

54. Nomida Edouard! (Hartl.). — Nom indigène : Tanga-Tolé. 

Mâle et femelle. N os 173 et 174 Gat. voy. Peau de la tête d'un bleu 
turquoise; yeux, bec et pattes noirs. Espèce fort rare dans la région, où 
elle vit dans les taillis épais et sombres. 

Les renseignements fournis par M. Foa serviront à élucider la question 
controuvée de la coloration des parties nues de la tête chez la Nmùda 
Edouardi et moulreront peut-être que, sous ce nom, on a confondu deux 
espèces distinctes (voir 0. Grant, Cat. B. Brit. Mus., 1893, p. 232, note). 



Note sur des Méduses rapportées par M. Foa 
du lac Tanganyika et dénommées Lmnocnida Tangaisyice Bôhm , 

par M. Félix Bernard. 

Ces Gœlenlérés manquaient aux collections du Muséum. Les Méduses 
d'eau douce sont d'ailleurs des raretés : outre l'espèce en question, on n'en 
connaît qu'une seule, Limnocodium Sowerbyi Ray Lank., trouvée dans les 
bassin du Jardin botanique de Kew. L'espèce du Tanganyika a été décou- 
verte, en 1891 , par M. Moir, et revue par un grand nombre de voyageurs, 
car elle est extrêmement abondante. Bohm lui donna un nom spécifique, 
et R. T. Gùnther en fit un genre nouveau, Limnocnida (Ami. Mag. Nat. 
Hist. [6] XI, p. 269), et en présenta une étude très approfondie (Quart. 
Joum. Micr. Se. [3], 1893). Ce travail est assez complet pour que je n'aie 
rien à y ajouter au point de vue anatomique ou histologique. Je rappelle 
que la Méduse en question est tout à fait remarquable par le diamètre 
énorme du manubrium , dont l'ouverture occupe les deux tiers de l'ombrelle , 
et reste extrêmement court. On trouve, sur le bord externe de ce manu- 
brium, soit des cellules sexuelles, soit des bourgeons donnant des Méduses 
à divers états de développement. 



G3 



Sur u.\e variété nouvelle du Zèbre de Burcuell 

(EquUS BuRCHELLI SUBSP. ZAMBESIENS1S, PbàZAk) . 

par M. le D r E. Trouessart. 

La collection du Muséum possède, depuis 189 4, deux beaux spécimens 
de Zèbres (un adulte et un jeune), provenant de l'Afrique australe, qui lui 
ont été offerts par le docteur Holub, sous le nom à" 1 Equus Chapmanni 
(Layard). Ce nom, qui était exact en 1880, lorsque le docteur Holub 
publia la relation de son voyage , ne l'est plus aujourd'bui. Les recherches 
de MM. Matschie, de Berlin, de Winton et Pocock, de Londres, plus 

, 

récemment celles de M. Prazak, d'Edimbourg, nous ont fait connaître 
d'une façon plus précise les nombreuses variétés du Daw ou Zèbre de Bur- 
chell. Les deux spécimens dont il s'agit ici appartiennent bien à cette es- 
pèce; mais ils se distinguent nettement de la forme décrite, en 1 865 , par 
Layard sous le nom à'Equus Chapmanni. 

Le British Muséum de Londres ne possède pas de type de l'espèce ren- 
contrée par Ghapmann au cours de son voyage dans l'Afrique orientale et 
centrale ; mais on doit considérer comme telle la figure publiée par M. Sclater 
dans les Proceedings de la Société zoologique de Londres (I) . La forme 
figurée par Matschie'' 2 ', sous le nom (VE. Bôhmi, constitue, d'après Pocock, 
une variété très voisine, sinon identique. 

V Equus Chapmanni est caractérisé par son pelage, qui porte des bandes 
alternativement noires et brun clair sur un fond d'un jaune isabelle plus 
ou moins foncé. Ces raies intermédiaires plus étroites et plus claires (sha- 
dow stripes ou raies ombrées des Anglais) sont surtout visibles sur la croupe 
et, chez certains individus, elles se distinguent à peine de la teinte isabelle 
qui forme le fond du pelage. Les jambes ne sont rayées que jusqu'au jarret; 
la partie inférieure est blanche ou porte quelques taches à demi effacées, 
comme un reste des bandes qui forment des anneaux complets sur d'autres 
variétés de la même espèce plus récemment décrites. 

On voit, par cette description de YEquus Chapmanni, que la plupart des 
Daws que l'on importe actuellement en Europe, et que l'on peut étudier 
vivants dans les Ménageries et les Jardins zoologiques , appartiennent à cette 
variété ou à des variétés très voisines. 

Le Zèbre d'Holub est un animal bien différent. Par son pelage, entière- 

l P. Z. S., i865 , p. /11 7 et lu 9 et pi. XXII. — La planche porte la légende 
Equus Burchelli, mais le texte indique (p. A 19) qu'il faut changer ce nom en 
Equus Chapmanni. 

W Zool. Garten, XXXV, 189/1, P- 7°! Sàugeth. Ost-Afrikas, 189», p. 90, 

flg. 5:2. 

5. 



— 64 — 

ment zébré jusqu'aux sabots, on peut dire que c'est un véritable Zèbre, 
bien que ses caractères le rattachent à VEquus BurchcIU et non à ïEquus 
zébra des naturalistes. Grâce à M. le D r Prazak (1) , j'ai pu le comparer aux 
variétés qui s'en rapprochent le plus, notamment aux sous-espèces Seiousii 
Pocock (a) et Grawshayi de Winton (3) . De cette comparaison, il résulte que 
le Zèbre d'Holub constitue une sous-espèce nouvelle dont voici les carac- 
tères : 

Equus Bcrchelli subsp. zambeziensis Prazak. ' 

Poil très ras. Le fond du pelage est d'un blanc crémeux , à peine teinté 
de jaune sur les flancs et la croupe. Bandes noires à peu près aussi larges 
que les espaces clairs intermédiaires, couvrant tout le corps et les membres 
jusqu'au sabot. Les quatre bandes verticales des flancs et les quatre bandes 
obliques de la croupe se prolongent sous le ventre jusqu'à la ligne médiane. 
Les jambes sont rayées d'anneaux complets, aussi foncés en dedans qu'en 
dehors, jusqu'au paturon et à la couronne du sabot qui sont noirs par suite 
de la confluence de ces rayures; ces bandes noires remontent jusqu'à la 
face interne des cuisses. La queue est zébrée et la touffe terminale est en- 
tièrement noire. Le museau (autant qu'on en peut juger sur une peau pré- 
parée) est d'un brun peu foncé. — Longueur du corps (du toupet de la 
crinière à la base de la queue) : i63 centimètres; hauteur au garrot : 
i38 centimètres. 

Ces dimensions (hauteur au garrot) sont de 10 centimètres au moins 
supérieures à celles de YE. Chapmanni et de 20 centimètres supérieures à 
celles de ÏE. zébra. 

Ce Zèbre provient des steppes du Maroulzé, sur la rive gauche ou sep- 
tentrionale du Zambèze (localité exacte : Mashupia, vallée de l'ingwisi). 

Comme on le voit par notre description , il n'y a pas trace, à l'œil nu, des 
raies ombrées intercalaires caractéristiques de YE. Chapmanni et d'autres 
variétés du Daw. Mais ces raies sont faiblement visibles, notamment sur la 
croupe cl les cuisses, dans l'image photographique que nous avons pris de 
l'animal. On sait que les teintes jaunes sont reproduites en brun dans les 
images de ce genre. Par contre, ces raies ombrées sont très nettes sur le 
jeune, qui accompagne l'adulte et provient de la même localité, mais dont 
le poil est beaucoup plus long. Ce poulain, d'ailleurs, est entièrement rayé 
comme l'adulte jusqu'au sabot, et ses formes sont beaucoup plus sveltes et 

(1) M. Prazak se dispose à publier une monographie des Chevaux africains qui 
paraîtra sous ce litre : Tlw Wild Ilorses ofthe Ethiopian Région, Londres, 1898, 
avec 98 pi. coloriées (sous presse). Je remercie ce naturaliste des renseignements 
inédits qu'il a bien voulu me communiquer sur les espèces décrites et figurées dans 
cet ouvrage. 

W Annal» and Magaz. of Natur. Hist., XX, 1897, p. 45. 

(3) Ann. and Mag. Nat. Hisl. , XVII, 1896, p. 3 19. 



— 65 — 

élégantes que celles d'un jeune poulain du même âge de la variété E. Chap- 

manni. 

11 existe en Europe deux autres spécimens provenant, comme celui-ci, 
du voyage du D r Holub et de la même localité. L'un est au musée de Vienne 
(sous le nom d'£. Chapmanni); l'autre, au musée de Budapest (sous le 
nom d'£. Bôhmi).\ D'après M. Prazak, qui les a étudiés, ces trois spé- 
cimens sont identiques. 




Zèbre de Zambèze (Equus BurcheUi subsp. zamheziensis , Prazak),' 
voyage du D r Holub (Muséum de Paris). 

Dans le tableau suivant, on a indiqué les principaux caractères qui dis- 
tinguent la variété zambeziensîs des deux variétés qui s'en rapprochent le 
plus (Selousii Pocock et Cmwshaiji de Winton) : 



— G6 



Var. Selovsii. 



Ensemble du pelage 
assez foncé. 

1 . Bandes noires beau- 

coup plus larges que 
le fond , surtout sur 
la croupe. 

2. Quatre bandes verti- 

cales libres. 

3 . Bandes ombrées in- 

tercalaires faiblis, 
étroites, mais bien 
visibles. 

à. Partie inférieure du 

paturon et couronne 
du sabot blanches. 

5. Face in terne des jambes 

au-dessus du jarret 
dépourvue de rayures. 

6 . Queue à touffe en partie 

blanche. 

Habitat. — Bive Sud 
du Haut-Zainbèze. 



Var. ZAMBEZIEXSIS. 



Ensemble du pelage 
clair. 



1 . Bandes noires sensi- 

blement égales aux 
bandes claires du 
fond , même sur la 
croupe. 

2. Quatre bandes verticales 

libres. 

3 . Bandes ombrées « peine 

visibles et jaunes (chez 
l'adulte). 

4. Partie inférieure du 

paturon et couronne 
du sabot noires. 

5. Face interne des jam- 

bes rayée jusqu'aux 
cuisses. 

6. Queue rayée, à touffe 

entièrement noire. 

Habitat. — Bive Nord 
du Haut-Zambèze. 



Var. Crawshayi^. 



Ensemble du pelage 
très foncé. 

1 . Bandes noires plus 

larges que le fond , 
plus nombreuses et 
plus serrées sur tout 
le corps. 

2. Quatre à sept bandes 

verticales libres. 

3 . Bandes ombrées nulles. 



h . Paturon et couronne 
du sabot presque cn- 
tièremenl noirs. 

5. Face interne des jam- 

bes rayée jusqu'aux 
cuisses. 

6 . Queue tachetée, à touffe 

entièrement noire. 

Habitat. — Bégion au Sud- 
Ouest du lac Tanganyika. 



Ci M. Prazak distingue du Cratuhayi une variété iloni voici la diagnose : E. Bubobblli 
Bubsp. Maiu.k Prazak : E. Crawshayi dielo simillimus, sed majur, faseiis aigris angustioribus , 
manda nitsali cliiirolaliuc-bruniiea ; lineii doriali obtoleta. Habitat : inter Tanganyika et Victoria 
Nyanza. — Je rapproche provisoirement de cette varii'-té le Zèbre rapporté par M. Ed. Foa de 
Teté (sur le Bas-Zambèïe), el qui, par le grand nombre de Bea rayures, n'est comparable qu'à 
VEquut i.'/ïti/i. On compte hutl bandes verticales libres (le double du nombre normal chez 
/;. Bwchelli), entra l'épaule ci les bandes obliques de la croupe. 



En résumé, zambeziensis diffère de Sclousii par ses pattes entièrement 
rayées jusqu'aux cuisses et son paturon noir, de Crawshayi par ses bandes 
noires moins larges et moins nombreuses et sa queue rayée (el non 
tachetée); l'ensemble de son pelage est beaucoup plus clair. 

L'Equus Bureheiïi zambeziensis et les variétés qui s'en rapprochent le 
plus (Sclousii, Crawshayi, Mariée) sont de magnifiques animaux, aussi 
remarquables par leur grande taille et leurs formes élancées que par la 
beauté de leur pelage, entièrement rayé de l'oreille au sabot, comme chez 
les véritables Zèbres (E. zébra et E. Grevyi). On ne les a pas encore vus 
vivants dans nos jardins zoologiques, ce qui lient vraisemblablement à ce 
qu'ils habitent les plateaux élevés et montagneux de l'Afrique centrale, au 
voisinage des grands lacs, tandis que les Daws que l'on amène en Europe 



— 67 — 

proviennent des plaines moins élevées du Mozambicpie , du Transvaal et du 
pays des Zoulous. Cependant l'acclimatement de ces variétés en Europe ne 
semble pas présenter de difficultés, puisque des espèces essentiellement 
montagnardes, comme YEquus zébra, y vivent parfaitement. D'ailleurs, la 
douceur et la docilité de toutes les variétés du Zèbre de Burchell est un l'ait 
bien établi : cette espèce est facile a dresser et l'on peut l'atteler à des 
voitures légères. On ne saurait donc trop engager les naturalistes voyageurs 
et les marchands naturalistes à se procurer des jeunes de ces variétés qui , 
transportés vivants en Europe, feraient l'ornement de nos jardins zoo- 
logiques. 



M. Ch. Brongniart met sous les yeux de l'assemblée des bocaux 
renfermant des Guêpes et des Cétoines à l'état de larves, de nymphes 
et d'Insectes adultes. Ces spécimens ont e'té préparés par M. Henri 
Rouyer, boursier du Muséum , qui a pu conserver la blancheur des 
larves et des nymphes, grâce à un liquide dont il fera connaître la 
formule ultérieurement. 



Anthicides (Col. Hétéromères) africains nouveaux 
des collections du museum de paris , 

par M. M. Pic. 

Xylophilus Maindroni n. sp. 9 cf. 

Large, peu brillant, d'un lestacé roussàtre à pubescence fine avec les 
élylres ornés d'une fascie médiane peu distincte. Tête courte et large, un 
peu arquée en arrière, à ponctuation assez forte et écartée; yeux gros, 
noirs, éloignés l'un de l'autre et touchant presque le bord postérieur de 
la tête. Antennes testacées, pas très longues, épaissies à l'extrémité, insérées 
en avant des yeux; troisième article plus mince que le deuxième et à peine 
plus long, moins long que le quatrième, surtout c?. Prolhorav tout à fait 
transversal, anguleux en avant, avec une large dépression transversale 
devant la base, pas très marquée; ponctuation assez forte et peu écartée. 
Ecusson allongé, triangulaire. Élylres larges, subparallèles et un peu 
moins larges d, légèrement arqués sur les côtés 9, avec les épaules droites 
mais arrondies; l'extrémité arrondie, la ponctuation forte et peu écartée; 
une facie médiane brune à contours peu accusés. Dessous du corps de la 
couleur du dessus, parfois avec l'abdomen noirâtre. Pattes courtes avec les 
cuisses peu épaissies. 

Longueur, 2 à a millim. 3. — Obock (Maindron), 1893. 

Très voisin par sa coloration, et un peu de fascies, de A. Raffrayi Pic, 



— 68 — 

mais prothorax plus transversal, impressionné transversalement à la hase, 
ponctuation plus forte, antennes entièrement claires, etc. 

FORMICOMUS BISPILIFASCIATUS Pic vai\ OBSCURIPENNIS 9. 

Se distingue de la forme type par la coloration générale obscurcie, avec 
les ély très plus foncés, ceux-ci paraissant un peu plus courts. Une seule 
hande pileuse blanche très nette un peu après les épaules. 

Obock (Maindron), i8<j3. 

Formicomus Schimperi n. sp. d* 9. 

Modérément allongé avec les ély très assez larges, noir, passant au 
verdâtre sur les élytres. Tête pas très grosse, un peu diminuée et arrondie 
en arc en arrière, à ponctuation assez forte, écartée; yeux grisâtres, sail- 
lants. Antennes grêles, foncées, avec les premiers articles clairs, à peine 
épaissies à l'extrémité. Prothorax relativement étroit, convexe, dilaté- 
arrondi en avant, droit sur la base, à ponctuation assez forte, espacée. 
Ecusson triangulaire. Elytres subovalaires (ayant les épaules marquées) à 
peine obliques en avant, tronqués ou subarrondis à l'extrémité, avec une 
pubescence grisâtre, espacée, fine; ponctuation peu forte, espacée. Py- 
gidiuin saillant. Dessous du corps foncé. Patles grêles, noires, ou parfois 
un peu roussâtres, à tibias postérieurs minces; c? ayant les cuisses anté- 
rieures munies d'une épine et les tibias dentés eu dedans, à peu près sur 
leur milieu. 

Longueur, 2 millim. 5 à 3 millim. 3. — Abyssinie (Schimper), i85o. 

Voisin par sa taille et sa forme de F. Alluaudi Pic, mais prothorax noir. 

Formicomus abvssinicus (? var. de Scuimperi). 

Modérément robuste, peu allongé, noir, brillant, avec les élytres à 
reflets métalliques. Tète grosse, arrondie en arc en arrière, à ponctuation 
forte et espacée; yeux gris peu saillants. Antennes fortes, foncées, avec les 
premiers articles roussâtres. Prothorax convexe, assez long, à peu près de 
la largeur de la tète en avant, fortement dilaté en avant, étroit sur la base, 
à ponctuation peu rapprochée. Elytres subovalaires avec les épaules un peu 
effacées, obliques en avant, tronqués à l'extrémité, d'un noir brillant à 
reflets "métalliques, ornés de poils grisâtres, longs et espacés, mais non 
condensés en bandes; ponctuation forte, écartée. Pattes un peu roussâtres, 
avec les cuisses plus foncées, robustes; fémurs larges, tibias postérieurs 
assez épais. Dessous du corps foncé. 

Longueur, 3 millim. 3. — Abyssinie (Schimper), i85o. 

F. abijHshiicus rappelle de forme F. Anccyi Pic, avec une coloration dif- 
férente et pas de fascie posthumérale grise; assez particulier, parmi les 
espèces à élytres métalliques, par sa forme, jointe" à ses tibias poslérieurs 
épais. Il est possible que abyssinicus soit une simple variété de l'espèce 
précédente. 



— 69 — 

Amblyderus latipennis n. sp. 

Entièrement testacé mat , assez convexe, suboviforme, granuleux , parais- 
sant glabre. Tête forte et large, granuleuse, échancrée et sillonnée sur son 
milieu en arrière ;. yeux noirs. Antennes courtes, bien épaissies au sommet, 
dernier article large et court. Prothorax granuleux, muni en avant de 
petites aspérités, tout à fait élargi en avant et plus large que la tête, muni 
antérieurement d'une ligne de dents émoussées brunâtres, les quatre mé- 
dianes plus saillantes et larges, bien diminué postérieurement , un peu 
déprimé et sillonné longitudinalement en arrière sur le disque, tronqué 
sur la base, qui est rebordée. Écusson petit, arrondi au sommet. Elytres de 
forme ovoïde, relativement courts, bombés en dessus, bien arrondis sur 
les côtés et embrassant en dessus la majeure partie de l'abdomen, tout à 
fait larges près des épaules (celles-ci étant arrondies), bien atténués et 
arrondis à l'extrémité , finement granuleux et courtement pubescents. Dessous 
du corps a peu près de la couleur du dessus , orné de quelques poils clairs 
dressés. Pattes pas très fortes, avec les cuisses légèrement épaissies, les 
postérieures un peu arquées en dedans. 

Longueur, 2 millimètres environ. — Abyssinie (RaflVay), 1882. 

Espèce remarquable par sa forme trapue, ses élylres larges après les 
épaules, puis fortement atténués à l'extrémité. 

Amblyderus sulcithorax n. sp. 

Presque mat, entièrement testacé, un peu plus pâle que le précédent, 
convexe et suboviforme, granuleux, paraissant glabre. Tête forte, pas très 
large, tronquée en arrière et sillonnée longitudinalement sur le vertex; 
yeux noirs. Antennes assez longues, relativement grêles, un peu élargies 
sur leurs derniers articles, le terminal un peu plus long que le précédent, 
en pointe émoussée au sommet. Prothorax à peine plus large que la tête , 
peu dilaté et bien arrondi en axant, muni antérieurement d'une ligne de 
dents émoussées, brunâtres, les six médianes plus fortes, bien diminué 
obliquement en arrière, non nettement déprimé mais sillonné longitudinale- 
ment; base tronquée et rebordée. Écusson non marqué. Elytres de forme 
ovoïde, peu courts, bombés en dessus, embrassant en dessous la majeure 
partie de l'abdomen, pas très larges aux épaules (celles-ci étant arrondies) 
et à peine atténués à l'extrémité, paraissant glabres. Dessous du corps de 
la couleur du dessus. Pattes pas très fortes avec les cuisses légèrement 
épaissies , les postérieures un peu arquées en dedans. 
Longueur, 2 millimètres. — Djibouti (Jousseaume). 
D'après la description, parait voisin de A. aspericollis Frm. de Mada- 
gascar, mais ce dernier n'est pas décrit avec le prothorax sillonné et n'offre 
que quatre dents seulement au-devant du prothorax; de plus, il parait 
nettement pubescent. 11 est un peu plus pâle que l'espèce précédente, avec 
une forme ély traie plus allongée, le prothorax moins dilaté en avant, etc. 



— 70 — 

Leptaleus senegalensis n. sp. 

Assez large et robuste, entièrement d'un testacé jaunâtre avec un peu 
plus des deux tiers postérieurs des élytres d'un noir de poix; une impres- 
sion posthumérale transversale garnie d'une fascie blanchâtre. Tête grosse, 
arrondie en arc en arrière, à ponctuation forte, peu écartée; yeux gris. An- 
tennes peu longues, un peu épaissies et rembrunies au sommet. Prolhorax 
très brillant, long, tout à fait dilaté-arrondi en avant, bilobé, sinué sur 
les côtés avec la base élargie paraissant bituberculée au-dessus, à ponctua- 
tion peu marquée. Écusson petit. Elytres finement ponctués et brièvement 
pubescents, courts et larges, droits aux épaules, celles-ci marquées mais 
arrondies , avec des fossettes peu marquées , une impression transversale 
posthumérale garnie de pubescence blanchâtre, portion en avant de celte 
bande de la coloration générale du corps, c'est-à-dire testacé roussâtre, 
tout le reste des élylres en arrière d'un noir de poix. Dessous du corps tes- 
tacé. Pattes claires , minces et longues. 

Longueur, 2 millim. 3. — Sénégal. — Podor (Maindron), 1881. 

A placer près de L. injlalipes Pic, mais tout autre par la coloration et 
par les tibias ordinaires. 

Anthicus inhumeralis n. sp. 

Tout à fait étroit et allongé, très particulier, presque mat, brun fauve, 
couvert d'une fine pubescence grise assez rapprochée, avec la base des an- 
tennes, la majeure partie des pattes, la base du prothorax et une tache 
posthumérale d'un jaune pâle sur chaque élytrc. Tête énorme par rapport 
au corps, carrée, tronquée en arrière, à ponctuation granuleuse dense; 
yeux gris, un peu saillants. Palpes jaunes, cullriformes, très longs; an- 
tennes pas très longues, assez grêles, d'un jaune pâle rembruni à l'extré- 
mité, premiers articles allongés et à peu près égaux, le premier étant plus 
long, les derniers peu élargis subcarrés, le terminal un peu plus long que 
le précédent, en pointe émoussée au sommet. Prothorax brun fauve, fine- 
ment et densément granulé, plus long que large, bien dilaté et un peu 
anguleux en avant du milieu, obliquement rétréci à la base, celle-ci re- 
bordée et d'un jaune pâle. Écusson long, droit sur les côtés, triangulaire 
au sommet. Klytres tout à fait étroits et allongés avec les épaules obliques 
en avant et une sorte de saillie bumérale peu marquée, pas plus larges que 
la tête, subparallèles, séparément arrondis à l'extrémité, à ponctuation 
fine; une tache jaune externe, n'atteignant pas la suture, après les épaules. 
Dessous du corps de la coloration du dessus. Pattes courtes, pâles, avec 
les cuisses un peu rembrunies et élargies. 

Longueur, 2 millim. 3. — Zanguebar (F. Alexandre), 1890. 

Celle espèce est remarquable et tout à fait particulière par sa forme 
étroite et allongée , la tête énorme par rapport au corps. Sans doute , on 
pourrait créer en son honneur une coupe sous-générique nouvelle, mais 



— 71 — 

j'attends pour cela des matériaux d'étude plus complets, nécessaires pour 
que je puisse me prononcer catégoriquement. Provisoirement, on pourra 
placer cette espèce dans le voisinage du groupe Liparoderus Laf. 

Anthicus Schimperi n. sp. 

Oblong, un peu déprimé, noir, brillant, parfois vaguement brun , à pu- 
bescence grisâtre , assez épaisse et peu dense ; membres roussâtres foncés ou 
obscurcis. Tète plus ou moins longue et diminuée en arrière, arrondie en 
arc sur cette partie, à ponctuation nette et écartée. Antennes assez longues, 
peu robustes, foncées, avec les premiers articles un peu roussâtres, article 
terminal très long en pointe émoussée au sommet. Prothorax plus long 
que large, dilaté-arrondi en avant, sinué sur les côtés, un peu élargi sur la 
base, rebordé et marqué d'une fossette latérale à pilosité blanche; ponc- 
tuation forte, peu écartée. Écusson petit. Élytres oblongs, un peu dimi- 
nués en avant avec les épaules droites, mais arrondis, un peu élargis après 
le milieu, séparément arrondis à l'extrémité et marqués sur cette partie 
d'une petite dent; pubescence grisâtre assez épaisse, peu dense, mais bien 
visible et ponctuation assez forte, peu écartée. Dessous du corps foncé. Pygi- 
dium saillant. Pattes grêles et variables, un peu roussâtres ou noires. 

Longueur, 2-3 millimètres. — Abyssinie (Schimper), i85o. 

P»appelle olivaccus Laf., mais forme plus élargie et aspect non métal- 
lique, etc. ; pattes plus foncées que chez les autres espèces de ce groupe avec 
une fossette latérale prothoracique bien marquée. Etudiée d'après la mono- 
graphie de Laferté, cette espèce pourra prendre place près des Anthicus 
picetts Laf. ou dichrous Laf. 

Anthicus ( Aulacoderus) Bouvieri n. sp. 

Oblong, un peu déprimé, brillant, lestacé, pâle avec la tête un peu rou- 
geâtre , yeux noirs ; pubescence claire en partie dressée sur le corps. Tête 
arrondie en arc en arrière, à ponctuation peu marquée, écartée. Antennes 
peu longues, grêles, un peu épaissies à l'extrémité avec l'article terminal 
bien plus long que le précédent. Prothorax à ponctuation forte et espacée, 
relativement long et étroit, un peu dilaté-arrondi en avant, rétréci en 
arrière avec un sillon, assez éloigné de la base, profond, arqué et pileux, 
surtout sur les côtés; en avant de ce sillon, sur les côtés, une sorte de dent 
latérale assez nette. Ecusson petit, un peu transversal. Elytres bien plus 
larges que le prothorax à la base, un peu élargis après le milieu, légère- 
ment atténués et subarrondis à l'extrémité, marqués d'une tache rembru- 
nie suturale un peu avant l'extrémité; ponctuation assez forte, écartée. 
Dessous du corps de la coloration du dessus, ainsi que les pattes, celles-ci 
grêles. 

Longueur, 2 millim. 5. — Environs d'Obock : lac Assal (Maindron), 
i8 9 3. 



1*1 



On séparera facilement cette espèce des autres espèces pâles du groupe 
par la présence de la tache rembrunie sulurale postmédiane et surtout 
par la structure particulière du prothorax, qui présente un sillon large et 
profond avec une sorte de dent latérale en avant de celui-ci. 

J'ai le plaisir de dédier cet Insecte au sympathique directeur du labo- 
ratoire d'entomologie du Muséum. 

Observation. Les Formicomus Schimperi et Anthicus Schimperi, décrits 
dans ce mémoire, figurent aussi dans la collection M. Pic. 



HÉMIPTÈRES HÉtÉROPTÈRES yOUVEAUX 

des CouEcrioss nu Moséum de Paris, 

PUt A.-L. MONTANDON. 



Genre l'elojjomis. 

P. nasutus QOV. sp. 

Noirâtre avec les marges latérales du pronotum (laves, des petites taches 
pâles sur le bord externe et l'extrémité de l'élytre ainsi que sur la mem- 
brane, ces dernières parfois très rembrunies, peu visibles; pattes et rostre 
jaunâtres. 

Tête noire, un peu brillante, très inégale à la surface, finement rugu- 
leuse, très prolongée au-devant des yeux où elle s'avance d'une longueur 
égale au diamètre longitudinal de l'œil, en forme de visière ogivale un peu 
spatuiiforme , surplombant très notablement la base du rostre, qui n'est 
\ isible qu'en regardant l'insecte en dessous ou de côté; cette partie antéocu- 
laire de la tète oblusémenl carénée sur la ligne médiane longitudinale. La 
partie interoculaire avec deux tubercules obliques divergents en avant, où 
ils sont élargis et arrondis avec une petite tache jaune à leur partie anté- 
rieure juste au niveau de l'angle antérieur de l'œil. Entre ces deux tuber- 
cules, la ligne médiane longitudinale de la tête est déprimée comme par un 
large sillon mat, rétréci en arrière, s'arrêtant entre les ocelles. Partie pos- 
térieure de la tète un peu voûtée derrière les ocelles, entre les pédoncules 
des veux. Yeux très convergents en avant, assez fortement sinués sur le 
milieu de leur côté interne. 

Pronotum un peu plus large en avant que la tête avec les yeux; l'angle 
antérieur arrondi, un peu en dehors du niveau externe de l'œil; les côtés 
latéraux droits, très divergents en arrière, assez largement jaunâtres sur 
toute leur longueur; la bande jaunâtre lisse, atténuée en arrière devant 
l'angle latéral, qui est arrondi au sommet noirâtre comme tout le reste de 
la surface du pronotum finement granuleuse; le milieu de la tache jaunâtre 



— 73 — 

des cotes latéraux est marquée, sur le bord externe, d'une tache brune à l'en- 
droit où cette bande jaunâtre est la plus élargie, et la tache brune, assez 
étroite, se poursuit très atténuée en arrière sur l'extrême bord jusqu'à l'angle 
latéral. Lp côté postérieur du pronotum assez fortement, mais obtusément 
sinué devant l'écusson, parfois étroitement rembruni sur le bord. Derrière 
la tète, le disque de la partie antérieure du pronotum est couvert de petites 
soies grisâtres dressées. 

Écusson en triangle équilatéral, noirâtre mal, très finement granuleux, 
un peu bombé; parfois très étroitement jaune brunâtre au sommet; avec 
de nombreuses petites soies courtes, grisâtres, érigées sur toute sa surface. 

Elytres à côlés latéraux parallèles sur leur moitié basilaire, noirâtres, 
finement granuleuses, avec une tache jaunâtre claire subarrondie sur la 
marge, non loin de la base, et deux ou trois autres plus petites, souvent 
très rembrunies près de l'extrémité; la commissure du clavus très étroite- 
ment jaunâtre plus ou moins rembrunie et un point jaunâtre clair sur le 
bord postérieur de la corie, parfois très petit et peu visible, situé avant le 
premier tiers interne, non loin du sommet du clavus. La membrane, 
quoique bien développée, se confond un peu à la base avec la corie, à ner- 
vures en réseau très rembruni, la partie centrale des cellules brunâtre, 
quelquefois jaunâtre, mais jamais d'une teinte aussi claire que le point du 
bord postérieur de l'élytre, qui paraît juxtaposé sur la base de la seconde 
cellule basilaire interne. 

Toute la partie supérieure du pronotum, de l'écusson et des élylres est 
parsemée de très courtes soies dorées , couchées , assez espacées. 

Dessous du corps noirâtre, couvert d'une très fine pubescence assez 
longue, grisâtre, pas très serrée. Le dessous des côtés latéraux du prono- 
tum, une tache sur le bord postérieur des côtés latéraux du prosternum et 
une autre devant les hanches antérieures, jaunâtres. Fémurs brunâtres re- 
couverts d'une pubescence grisâtre assez longue, comme tout le dessous du 
corps; tibias jaunâtres avec des épines noirâtres; tarses jaunes brunâtres, 
plus ou moins foncés vers l' extrémité. Dessous de la tête noir, labre jau- 
nâtre. Antennes jaunâtres, rembrunies sur le quatrième article terminal. 
Rostre dépassant les hanches postérieures , entièrement jaunâtre. 

Longueur : 9 — 9 millim. 5. — Australie (Verreaux, 18/16) et ma 
collection. 

Cette espèce, qui a un peu le dessin de notre P. marginatus Latr. , s'en 
distingue par sa taille beaucoup plus grande et surtout par la forme de sa 
tête allongée en avant en lamelle horizontale qui surplombe la base du 
rostre ; ce dernier caractère , très remarquable , que n'ont pas les vrais Pclo- 
gonus, suffirait peut-être pour justifier la création d'un genre à part. 

P. splendidulus nov. sp. 

En ovale court, à côtés latéraux subparallèles, également atténué en 



— là — 

avanl et en arrière; d'un noir verdâlre velouté avec une bordure jaune pâle 
sur les côtés du pronotum, la marge et le bord postérieur des élytres. 
Dessous du corps noirâtre; pattes, rostre et antennes flaves jaunâtres. 

Tète lisse , sans trace de carène longitudinale ; très finement ridée trans- 
versalement, d'un beau vert foncé métallique brillant, avec une étroite bor- 
dure jaune pâle sur tout le pourtour antérieur, parfois inégale au côté in- 
terne, prenant naissance de chaque côté à la partie interne de l'œil, un 
peu en avant du lobe subarrondi en oreillette, qui échancre l'œil à son 
côté postérieur; ce lobe est lui-même d'un jaune brunâtre sur toute sa 
surface ou au moins sur son pourtour postérieur, avec une petite tache 
noire en avant, derrière l'angle postérieur interne de l'œil. Entre ces deux 
oreillettes, la partie postérieure de la tête assez convexe est traversée par 
une bande jaune pâle, transversale, régulière, qui passe juste derrière les 
ocelles, bien droite en avant, très faiblement sinuée au milieu sur son 
bord postérieur. 

Côtés latéraux du pronotum assez largement explanés, faiblement ar- 
qués en dehors, avec une large bordure jaune pale légèrement rembrunie 
sur le bord externe, assez égale depuis un peu en dedans de l'angle anté- 
rieur du pronotum jusque postérieurement en dedans de l'angle latéral, à 
peine un peu élargie au-devant du milieu. Surface du pronotum sans ponc- 
tuation apparente, d'un beau noir verdâlre, velouté, uniforme. 

Elytres de même couleur que le disque du pronotum , avec une large 
bordure jaune pâle légèrement rembrunie au bord externe, sur les deux 
tiers basilaires; sur le tiers postérieur, la marge élytrale est seulement très 
étroitement rembrunie jusqu'à l'extrémité. Une bande étroite, jaune pâle, 
subapicale, un peu vermiculée et irrégulière sur ses bords, s'étend oblique- 
ment depuis le sommet du clavus jusque sur le bord externe de l'élylre. 
Extrême sommet du clavus jaune brunâtre. Membrane noire, suture avec 
l'élytre invisible. 

Dessous du corps noirâtre, plus foncé et velouté sur la poitrine avec le 
dessous des dilatations latérales du pronotum et le dessous de la marge 
élytrale largement bordés de jaune pâle. Abdomen couvert d'une pubescence 
grisâtre fine et dense. Antennes d'un (lave pâle. Rostre et pattes entièrement 
d'un jaune testacé avec l'extrémité du dernier article des tarses un peu 
rembruni; tibias épineux, les épines concolores, un peu dirigées en arrière, 
pas tout à fait aussi longues que l'épaisseur du tibia. 

Longueur : 6 millim. 7; largeur : /1 millim. 7. — Nanegal, Equateur 
( V. Orioneda et ma collection. ) 

Ce magnifique insecte doit beaucoup se rapprocher de P. Viclor Boliv. 
de Pichincha (Equateur), dont il a à peu près la même taille, la même 
absence de carène sur la tête et presque la même disposition des couleurs, 
autant qu'on peut en juger par la description trop brève de l'auteur. Il en 
diffère en tout cas par la teinte générale noire verdâlre du dessus du corps, 



— 75 — 

non niger subviolaccus , par la membrane entièrement noire, non avec mar- 
ginibus dilutioribus , et par l'absence de petits points flaves sur les cories; 
par les marges latérales du pronotum entièrement jaunes pâles sur toute 
leur longueur et non pronoti marginibus lateralibus antice flavis , comme dit 
l'auteur pour P. Victor. 

L'observation dont M. Bolivar a fait suivre sa description de P. Victor 
(Ann. Hist. Nat. Esp., 1879, p. \kk)Es cl primer Pelogonus cncontrado en 
America n'est pas exacte; Guérin a décrit, en 1 843 , P. Perbosci de la baie 
de Gampêche, et l'Amérique du Nord a aussi une espèce décrite depuis 
1875, P. amcricanus Ubler, bien voisine comme taille et mode de colora- 
tion de notre forme européenne , mais qui en diffère par les côtés latéraux 
du pronotum plus fortement arqués, surtout en avant, où le pronotum est 
plus subitement rétréci, tout en restant cependant plus large que la tète 
avec les yeux , l'angle antérieur se trouvant en debors du niveau externe 
des yeux, tandis qu'il se trouve, au contraire, derrière l'œil, en dedans de 
son niveau externe chez P. marginalus Latr. , qui est répandu dans une 
grande partie de l'ancien monde et jusqu'en Océanie; ma collection en pos- 
sède des exemplaires de Cochinchine , Sumatra, Nouvelle-Galédonie. La 
petite tache jaune des côtés latéraux du pronotum chez P. marginalus Latr. 
suit, plus longue que large, la partie antérieure du bord externe, tandis 
que, chez P. americanus Ubler, cette tache est plus petite, très étroite, plus 
large que longue et ne s'élargit pas ou presque pas sur le bord externe. La 
partie antérieure de la tête, chez ce dernier, est moins ridée, presque 
lisse et parait aussi un peu plus proéminente au devant des yeux ; la ligne 
médiane longitudinale de la tête est très faiblement carénée, presque comme 
chez P. marginatus Latr. 



Crustacés nouveaux provenant des campagnes du Travailleur 

et du Talisman, 

par MM. A. Milnë Edwards et E.-L. Bouvier. 



Dromiidés. 

Outre la Dicranodomia Mahyeuxi A. Milne Edwards et la Dynomene Fil- 
holi E.-L. Bouvier, les expéditions françaises ont recueilli dans l'Atlantique 
l'espèce nouvelle suivante : 

Dromia nodosa sp. nov. 

Cette espèce se fait remarquer par sa carapace fortement bombée, dont 
les sillons profonds séparent des régions très saillantes; ses bords pré- 
sentent trois dents roslrales dont la médiane est tort évidente, un denticule 



— 76 — 

olitus susorbitaire, une grosse dent obtuse située en dehors de l'orbite, et 
trois dents latérales subaiguës qui décroissent en dimension d'avant en ar- 
rière. Le sillon cervical passe entre les deux dernières dents latérales et 
arrive sur les côtés de l'aire cardiaque qui est pentagonale. En avant de la 
suture, on voit un autre sillon plus large mais non moins net, qui va de 
l'angle antérieur de l'aire cardiaque à l'espace compris entre les deux pre- 
mières dents latérales; entre ce sillon et la suture cervicale se trouve com- 
prise une aire très distincte, qui correspond à l'aire branclùale antérieure 
et qui est subdivisée en deux lobes saillants par une dépression intermé- 
diaire. Plus en avant se voit un autre lobe, plus saillant encore, qui occupe 
le bord postérieur de la région hépatique. L'aire gastrique n'est pas nette- 
ment séparée de cette dernière région, et ses lobes sont moins distincts que 
les autres; elle est parcourue sur toute sa longueur, jusqu'au rostre, par un 
sillon souvent effacé; elle présente en arrière deux paires de petits lobes 
assez nets et en avant une paire de saillies trilobées sur leur bord externe. 
L'aire intestinale, qui occupe le bord postérieur de la carapace, est fort 
réduite, mais bien accentuée. Sur les flancs, dans la région ptérygosto- 
mienne, on voit un tubercule obtus assez éloigné du cadre buccal. La ca- 
rapace est lisse dans toute son étendue, et présente, sur la plupart des 
régions saillantes, un petit nombre de poils courts et dressés. 

Les pédoncules oculaires sont dilatés à leur base et un peu rétrécis en 
arrière de la cornée. Le lobe inférieur de la cavité qui les loge est arrondi 
et très saillant. Les fouets antennaires, étendus latéralement, ne dépassent 
pas beaucoup les bords latéraux de la carapace. 

Les mandibules sont complètement inermes; les palles-mâcboires infé- 
rieures se font remarquer par la surface inférieure concave et presque lisse 
de leur méropodite. La pince des pattes antérieures est couverte, jusque sur 
la base des doigts, d'une couche sériée de poils jaunes et assez courts; son 
bord inférieur est infléchi vers la base , ses doigts sont plus longs que la por- 
tion palmaire et séparés à leur base par un léger hiatus. Il y a , outre la pointe 
terminale, six dents sur le bord du doigt immobile, et cinq sur le bord du 
doigt mobile. On observe une large saillie sur le propodile à la base du 
doigt mobile, et une sorte de tubercule au point où il s'articule en dessus 
avec le carpe. Ce dernier article est beaucoup plus accidenté que le précé- 
dent; il présente sur sa face externe, en arrière du propodite, deux gros 
tubercules, plus en arrière encore, une légère saillie longitudinale, et au- 
dessous de celle-ci, une nodosité lisse, étroitement échancrée en arrière. Le 
méropodite est muni, un peu en arrière de son bord antérieur, d'un sillon 
transversal; comme l'article précédent, il présente beaucoup moins de poils 
que la pince. 

Les deux paires de pattes suivantes n'atteignent pas la base du propo- 
dite des pattes antérieures; elles sont couvertes de courts poils et présentent 
un sillon longitudinal sur la face supérieure du carpe. Les doigts, y com- 



— 77 — 

pris la griffe terminale, ont a peu près la même longueur que le propo- 
dile; ils sont assez grêles et armes d'une rangée de cinq ou six soies raides 
sur leur bord inférieur. 

Les pattes de la cinquième paire sont plus courtes que celles de la qua- 
trième; elles se terminent comme elles par la fausse pince caractéristique 
des Dromies. 

L'abdomen du mâle présente, sur les tergiles de lous ses anneaux, sauf 
sur le i er , un sillon transversal qui délimite deux saillies, l'une antérieure 
arrondie, l'autre postérieure allongée en travers. 11 y a une saillie pilifère 
sur chacune des épimères des anneaux 3, A et 5. 

Cette espèce a été recueillie par le Talisman le 29 juillet i883, aux îles 
du cap Vert; profondeur, 75 mètres. 

Par les fortes saillies et par le faible revêtement pileux de sa cara- 
pace, de même que par les tubercules et les nodosités de ses pinces, 
cette espèce diffère de toutes les Dromies jusqu'ici connues et se rapproche 
beaucoup des Cryplodvomia. Pourtant, sou palais est encore complètement 
lisse, et c'est à peine s'il se relève un peu latéralement à la place qu'occupe 
le bourrelet saillant qu'on observe dans ce dernier genre. 



Câmpagses du Travailleur et du Talisman : Neotanais Edwardsi, 

sp. NOV.. 

par M. Adrien Dollfus. 

Corps allongé, étroit, assez grand. Céphalosome plus long que large, 
atténué antérieurement et muni d'un sillon transversal vers le deuxième 
tiers postérieur; le céphalosome se termine antérieurement par un court 
processus triangulaire et de très petils lobes oculaires pigmentés. Antennes : 
première paire à premier article robuste et dépassant en longueur les 
deux tiers de la deuxième paire; les deux articles suivants courts; articles 
terminaux (?). Deuxième paire à tige formée de cinq articles, le quatrième 
présentant de très longs poils, fouet quadri-articulé. Chélipèdes robustes à 
prnpodile large et bossu; la partie dactyle présente du côté interne une 
lame obtusément dentée; dactylopodite fort, courbé, avec deux denticules 
obtuses du côté interne. Pereion à premier segment libre plus court que le 
second; tous les segments pereiaux présentent un petit processus latéral 
arrondi. Segments pleonaux bien égaux en longueur; pleopodes a appen- 
dices tronqués, longuement poilus au -.sommet. Pleotelson presque aussi 
long que large, presque quadrangulaire avec deux dents postéro-latérales. 
Uropodes(?). 

Dimensions : longueur, 9 millimètres; largeur, 1 mm. 3/4. 

Muséum. — iv. <i 



— 78 — 



Deux exemplaires d (incomplets), ih juillet 1880. Golfe de Gascogne, 
lat. N. 43° 39'; long. 0. 5o° 48'. Profondeur, 1.960 mètres. Vase. 




La disposition des parties céphaliques et surtout des antennes ne nous 
laisse pas de doute sur la pi n> qu'occupe celte espèce voisine du Neola- 
nais americaniis Beddard, dont il diffère surtout par les lobes oculaires pig- 
mentés, les chélipèdes plus robustes et (lenticules et le pleon en retrait 
moins sensible. 



.S'( /! QUELQUES COQUILLES DE LàM ELLIBIfàSCB ES DE LIEE Sa1\T- P.iUL, 

par M. Félix Beiinuid. 

Bien que les Lamellibranches qui composent la faune de Hic Saint-Paul, 
dans l'océan Indien, aient été décrite avec plus de détail et de précision 
que Ton n'en trouve en général dans les travaux du même genre, un nouvel 
examen m'a paru nécessaire pour arriver h une notion exacte de ces formes, 
en grande partie nouvelles. Gela tient d'abord à l'insuffisance des ligures, 
qui ne se rapportent pas toujours an texte, et ensuite aux changements 



— 79 — 

qui doivent intervenir dans la manière d'observer et d'interpréter les co- 
quilles de petite taille, à la suite des nouvelles recherches embryologiques. 
M. Munier-Chalmas a bien voulu me confier les matériaux rapportés par 
M. Vélain, qu'il a étudiés en collaboration avec ce savant, et qui sont con- 
servés dans la collection géologique de la Sorbonne. 

Parmi ces coquilles se trouve une forme qui n'avait pas été décrite dans 
le travail de M. Vélain, et qui présente un grand intérêt. M. Munier-Chalmas 
m'a fait l'honneur de m'en dédier l'espèce (Pauliella Bernardi). La diagnose 
n'en a pas encore été publiée complètement, mais, dans une note que je 
cite plus loin, des caractères absolument distinctifs de la charnière ont été 
indiqués par M. Munier-Chalmas, de telle sorte que le type peut être con- 
sidéré comme défini. C'est pourquoi je ne changerai pas le nom proposé, 
bien qu'il puisse paraître un peu ridicule qu'un auteur décrive une espèce 
nouvelle désignée sous son propre nom. 

Je me préoccupe surtout de faire connaître la conformation morpho- 
logique de la charnière. Les attributions génériques dans le groupe des Ery- 
ciuacés ne peuvent actuellement reposer sur aucune base sérieuse, et nul 
groupe n'est plus mal décrit et plus mal découpé. 

Toutes les espèces, sauf la dernière, ont été définies par M. \ élain (C. R. 
Acad. Se, 2 4 juillet 1876) et décrites par lui (Arck. Zool eœpér.,\l, 
1877). 

Enfin je rappelle que j'ai étudié ailleurs avec détail des Anisomyaires 
de même provenance et décrits sous le nom de Ilochslellcria (Journal de 
Conchyliologie, 1897. n° 1). 

1 . Lutetina antarctica M.-Ch. et V. 

Dans une note précédente (Bull, du Mus., III, novembre 1897), j'ai dé- 
crit avec détail une espèce de l'île Stewart, dénommée Kelhja sanguinea 
Hutlon, et j'ai indiqué qu'elle avait une charnière à peu près identique à 
celle de Xcolepton sulcatulum Jeffr. sp. des mers d'Europe. La charnière de 
Lutetina me semble rentrer aussi dans ce même type (lig. 1); elle montre 
au même degré la prépondérance de la dent /, le recourbement très accentué 
de Ail et A III, le segment postérieur Sb de cette dernière lame restant 
grêle et n'atteignant pas le bord ventral. Il faut noter que le plateau car- 
dinal n'est pas interrompu, mais seulement rétréci sous le sommet, et que 
le ligament n'occupe pas toute la fossette laissée libre entre les dents an- 
térieures et les dents postérieures, mais il est étroit et s'étend le long des 
lames postérieures. La valve droite n'a, en arrière du ligament, qu'une 
crête saillante PI, au bord ventral; la crête dorsale PHI, visible chez Neo- 
lepton sulcatulum et X. sanguineum, < st à peine indiquée. Mais, plus loin en 
arrière, un étroit sillon longitudinal, creusé dans le bord et le long de la 
valve, reçoit le bord tranchant de la valve gauche, faisant suite à la 
lame/»//. 

G. 



— 80 — 

Les jeunes individus observés montrent exactement les mêmes caractères 
que ceux de N. sulcalulum, N. sanguineum et plusieurs autres espèces déter- 
minées, comme Lepton ou Kellya. Une espèce du cap Horn {Kelhja bullata 
Pliilippi ?) est très voisine de L. antarclica. 





Fi R . 



hutetina antarclica. 



Lulctina diffère considérablement de Luleiia Desbayes (type : L. parisieu- 
swB.) par ces caractères essentiels : que le ligament, dans ce dernier genre, 
est purement externe, et les lames postérieures refoulées loin en arrière, 
tandis qu'il se développe une dent U b. 

2. Ervcina Venf.ius M.-Cb. et V. 

Bien que la forme générale soit très différente et que les dents, en partie 
épaisses, se présentent avec un tout autre aspect, la charnière de Eryema 
Veneris est conformée exactement sur le même type que le précédent (fig. a). 
Elle montre le reploiement des lames A II et A III et l'absence de PHI. La 
différence consiste en ce que, chez l'adulte, les segments postérieurs des 
lames// et///, c'est-à-dire les dents a b et 3 b, restent plus réduits et 
peuvent échapper à un examen superficiel. 

Valve droite. — La lame / est très forte, terminée par un renflement 



— 81 — 

épais qui n'atteint pas le sommet. III est une lame beaucoup plus grêle , dont 
le segment descendant 3 b est peu saillant et n'atteint pas le bord ventral. 
Du côte' postérieur, une seule lame PI , forte et atteignant le sommet. 

Valve gauche. — Lalamevl//se compose d'une très forte dent a a au bord 
ventral du plateau et d'un segment réfléchi 2 b, très grêle, caché dans la 
profonde fossette dont est creusé le plateau. Du côté postérieur, une seule 
lame P II, sous laquelle est une cavité profonde cpii loge P I. 




Fig. 2. — Erycina Veneris. 

Le développement de cette espèce, représenté dans la figure 3, met en 
évidence le plan général du groupe des Kellyidés, c'est-à-dire la précocité 
et la prédominance de /, et le reploiement progressif de // et III : les seg- 
ments réfléchis de ces deux lames sont d'abord aussi développés que chez 
Neolepton, Lutetina, Kellya, etc., mais ils cessent à la fin de s'accroître. 
La forme légèrement inéquilatérale et subtriangulaire différencie facilement 
ces jeunes coquilles de celles de Lutetina qui ont la même charnière. 

11 est difficile actuellement d'assigner une dénomination générique précise 
à cette espèce : celle de Erycina ne convient pas si l'on prend pour type du 
genre Erycina pellucidaLk.(Lutélien), où la lame /reste trèsloin du sommet, 
où II est à peine replié el /// réduit presque à son segmentai. Les formes 
analogues à E. Veneris sont habituellement décrites sous le nom de Kelly a 
par les auteurs. C'est ainsi que Kellya magellanica Jeffreys (Proc. Zool. Soc. 
London, 1881) me parait avoir de grandes affinités avec E. Veneris, ré- 
serves faites naturellement pour les détails de la charnière, mais cette espèce 
diffère par une taille plus grande (8 mm. 5 au lieu de 3 mm. 5), et elle 
est couverte d'un épidémie brun. Mais l'espèce type du genre Kellya, K. 



— 82 



suborbiciilaris, est fort différente par le déploiement bien plus prononcé 
des laines et l'importance de a b, qui devient égal à an. 




Fij. 3. — Développement à'Erycina Veneris. 

3. Rociiefortu AUSTIUI.IS M.-Ch. et V. 

J'interprète la charnière de Rockefortîa austraîis tout autrement que 
M. Vélain : si j'ai bien compris la diagnose, la détermination des valves est 
laite en considérant le côté le plus court comme antérieur. Dans cetle hypo- 
thèse, la charnière n'a, suivant l'auteur, aucune analogie avec celle de 
Montacula, Erycina , etc. Au contraire, en faisant l'hypothèse inverse, la 



— 83 — 

coquille rentre lout naturellement clans le genre Montacuti, qui a le coté 
antérieur allongé. Les deux valves présentent au centre l'interruption du 
plateau caractéristique, où est logé le ligament qui est central. A la mire 
droite, sont deux dents dites cardinales, divergentes, partant du sommet, 
l'antérieure plus forte. Le "bord de la coquille, en avant et en arrière, peut 
à la rigueur être considéré comme une crête dentaire (A III et PHI), car 
il s? loge au-dessus du bord, relevé en crêtes très distinctes, de la valve 
gauche. Enfin en avant est un rudiment de crête LAI situé ventralement 
et loin du sommet. L'existence de cette lame rudimen taire, tout à fait 
indépendante de la dent cardinale antérieure, me conduit à déterminer 
celle-ci 3 b et non pas /, comme on pourrait le supposer d'après une com- 
paraison superficielle avec les Kellyidés. A la valve gauche, il n'y a que 
deux fortes crêtes A II et PII , constituant le bord dorsal. 




Fi'j. h. — Rocliefortia australis. 



Les diverses espèces de Moutacuta montrent entre elles des divergence 
bien plus profondes que celles qui séparent Rocliefortia australis de M. bi- 



— 8/i — 

dentata. Les variations individuelles, dans cette dernière espèce, montrent 
tous les passages entre deux termes extrêmes. Dans un premier cas, la dent 
i apparaît très loin du sommet et reste latérale; la lame /// se recourbe 
alors fortement et son segment postérieur fournit la dent cardinale 3 b, et 
le jeune montre alors une analogie saisissante avec les jeunes Lucinidés. 
Rochefbrtin se rapporte à ce cas. Dans le second cas extrême , la dent i 
apparaît près du sommet, simule une dent cardinale, et 3b, se repliant 
autour, reste peu développé; ce cas est analogue avec celui que nous avons 
signalé chez Lutclina et Erycina Veneris. 

h. TcRQUETIA FRAGIMS M.-Ch. et V, 

Si la position systématique de Turquctia reste indécise, en l'absence de 
données sur l'animal, la charnière s'interprète sans difficulté. Le côté an- 
térieur est très allongé; le côté postérieur court et brusquement tronqué, 
le plateau cardinal très étroit. Chaque valve n'a qu'une seule dent, forte 
cl épaisse, située en avant du ligament, Celle de la valve droite est AIII , 
faisant suite au bord dorsal: celle de la valve gauche est AU, située en 
dedans de la précédente. 




Fi;j. 5. — Turquetia fragilit. 

A une taille pins petite, la coquille ressemble d'une manière frappante 
à celle de certains jeunes Lucinidés (Lucinopsis undata), mais on n'y voit 
pas la dent LAI. L'absence de cette lame A I écarte en tous cas Turquelia 
des Erycinidés, où elle est toujours bien développée. 

5. Paulielu Bernardi Munier-Chalmas (Bull. Soc. géol. Fr. — Comptes 
rendus sommaires, p. liv et lv, 1898). 



— 85 — 

Forme plus ou moins orbiculaire , un peu inéquilatérale, peu bombée. 
Sommets petits, peu saillants, un peu inclinés en avant. Bord dorsal régu- 
lièrement arrondi en avant et en arrière du sommet, le côté postérieur plus 
convexe. Lunule bien marquée, semblable à celle des Cytbérées. Ligament 
externe. Impressions musculaires faibles, semblables à celles des Cythé- 
rées. Impression palléale composée d'une partie antérieure régulièrement 
arquée et d'une partie postérieure presque rectiligne ou un peu sinueuse; 
cette troncature correspond au sinus palléal des Vénéridés. Test d'un blanc 
éclatant, lisse en dedans. Côtes concentriques fines, serrées, non visibles 
h l'œil nu, plus ou moins régulières. 

Longueur : h millimètres. — Hauteur : h millimètres. — Epaisseur : 
■?. millhn. 5. 




Fig. 6. — Pauliella Bernardi, valve droite, grossie 1 1 fois. 

Ce qui caractérise ce type nouveau, c'est la charnière, qui a été définie 
par M. Munier-Chalmas d'après son caractère essentiel, unique en appa- 
rence chez les Hétérodontes : frLes Pauliella de l'île Saint-Paul possèdent 
trois latérales antérieures sur chaque valve». Et plus loin, la formule est 
donnée de la manière suivante, les deux valves étant supposées réunies : 

Pauliella Bernardi : La VI, V, IV, III, II, I. 

4- Ca 0, G , 3a, -2 a, (i) ab, 3 b, r ib , 0, 0, 
+ Lp I, II, III, IV, 0, 0. 

Ce genre est en effet remarquable par l'existence de trois lames anté- 
rieures complètes à chaque valve, tandis crue d'ordinaire, quand des lames 
supplémentaires apparaissent, comme chez divers Vénéridés, elles se mon- 
trent uniquement en arrière de la dent î . 

A un premier examen, la charnière ne paraît différer de celle d'une 
jeune Gythérée ou de Lutetia que par le développement plus net des dents 
latérales antérieures 7, 7/ et 777. A la valve droite, on voit la dent t, cen- 
trale, conique, n'atteignant pas le sommet, qui se continue par une longue 



— 86 — • 

lame latérale L A 1 au bord ventral. Par-dessus, la lame ///comprend trois 
segments : LA III, court, situé 1 au-dessus de LA 1; 3 a et 3 b qui se re- 
joignent au sommet et divergent fortement autour de 1. A la valve gauche, 
se voit surtout la lame II , divisée aussi en trois segments, L A II , sortâi, 
ces deux derniers enveloppant î ; 2 b Tort, un peu échancré à sa hase; en- 
fin à b , partant du sommet, dirigé obliquement en arrière. Ce sont là les 
éléments normaux d'une charnière de Lutelia ou de Cytliérée. Mais il s'y 
ajoute d'autres lames en partie très lines et beaucoup plus difficiles à voir. 




Fifj. 7. — (Jliarnière de Paulieîla Bernardi. 

A la valve droite , en dehors de /// existe une lame V développée en 
avant et en arrière du sommet. En avant, c'est une très longue crête AVqai 
part exactement du sommet et à laquelle sont adossés les segments de la 
lame /// ; elle est continue et vient occuper le bord ventral du plateau à 
partir du point où finit LAI. En arrière du sommet, c'est une crête étroite 
5 b qui court le long du ligament. Au sommet, la lame s'interrompt à peu 
près. Enfin il faut compter encore comme une lame A VII le bord même 
de la valve, qui est distinctement relevé dans sa partie latérale; en effet, 
entre ce bord et la lame A V, s'engage le bord relevé A VI de l'autre valve. 
A la valve gauche, la lame / V se développe en avant du sommet en une 



— 87 — 

longue crête qui vient occuper le bord ventral du plateau eu avant de 
LA II, et enlin il existe une crête A VI, en avant et en arrière du som- 
met; en avant, elle n'occupe pas tout à fait le bord externe. 

Le côte poste'rieur montre à chaque valve deux crêtes excessivement 
longues et uniformes, partant de l'extrémité du ligament : ce sont PI et 
PIII à la valve droite, PII et Plia la valve gauche. 

La présence de ces lames supplémentaires en avant du sommet n'est pas 
un fait isolé, bien qu'elle n'ait pas encore été signalée ailleurs. On en trouve 
des indications cbez un certain nombre déjeunes Gythérées, et en particu- 
lier chez C. splendens du Tongrien, à une taille plus grande que celle de 
PaulicUn, et chez quelques Erycinidés comme Neoleptou sulcaiulum. L'allon- 
gement extrême des lames postérieures, tout le long du bord de la coquille, 
se retrouve plus marqué encore chez de petites Coquilles du Miocène, dé- 
nommées par Deshayes Lutetia burdigaknsis et L. ulissiponensis ; ces espèces 
sont très différentes de Lutetia parisiensis , type du genre, en particulier par 
le ligament interne; une espèce semblable, avec le même caractère des 
lames postérieures, a été décrite dans la mer Rouge par Issel, sous le nom 
de kelltj a miliacea. 

Les affinités de Pauliella sont incontestablement avec les Gythérées et 
avec Lutetia qui n'en diffère que par l'absence de sinus palléal. Ce carac- 
tère a conduit Deshayes, en dépit de ses propres observations, à séparer 
Lutetia des Cythérées pour le mettre près des Astartes, avec lesquels il n'a 
rien à voir. Pauliella a précisément cet intérêt, de montrer à cet égard un 
cas de transition, l'impression palléale étant non sinueuse, mais tronquée. 
Du reste , la forme de cette impression, qui n'est même pas liée nécessaire- 
ment à la présence des siphons, peut être utile incontestablement pour éta- 
blir la diagnose des genres, mais elle ne me parait avoir qu'une mince im- 
portance pour la détermination des affinités. 



Notes sur les récifs madrÉporiques de Djibouti , 

par h. coutièrk. 

(Laboratoire de MM. les professeurs Milne Edwards et Bouvier.) 

La succession de plateaux émergés dont nous avons parlé dans le précé- 
dent Bulletin du Muséum (n° i, 1898) est le centre d'une vaste formation 
madréporique qui enveloppe sa portion dislale d'un demi-cercle régulier 
et se continue, parallèlement à la côte, dans la direction de Zeilah. Le che- 
nal qui sert de mouillage aux navires, à Djibouti, est bordé d'un côté par 
la portion interne de ce demi-cercle, de l'autre par une série de récifs pa- 



— 88 — 



rallèles, dirigés E.-O., dont une portion seulement figure sur la carte ci- 
jointe. 



\ m — ■*. 




» ; i» q 




- ••• a,7>. 1 ) & 

'-t. v ^ 

Sud 






^ ^ (V* 



(les récifs découvrent en quelques points aux grandes marées; ils étaient, 
lorsque nous les avons explorés, surmontés d'une couche d'eau de o m. 5o 
à i métré. Leurs parois verticales sont, comme l'indique la carte, très 
abruptes, et leur voisinage est indiqué par un brusque changement de 
loinle des eaux. La surface en est sensiblement plane; les Polypiers, isolés 
pour la plupart et peu nombreux, sont des Pontes, Slylophora, Madrepora 
de diverses espèces, des Millépores et des Alcyonnaires. Les intervalles 
consistent en sable blanc calcaire, avec de nombreuses Holothuries, surtout 
représentées par deux espèces, Tune entièrement noire, la seconde marbrée 
de taches blanches, des Oursins, Diadema saxalile , Echinolhrix Desorii, des 
Astéries, surtout Pcntaceros vodosus. Les touffes cespileuses des Polypiers 
donnent asile à de nombreux commensaux, dont une partie s'échappe tou- 
jours pendant le trajet à l'embarcation. Parmi les Poissons, Elcolris pohj- 
zomta (Klunz.), d'un beau bleu d'acier, est un des plus remarquables. 
On trouve aussi : Tetradrachmum marginatum (Linné) , Petrosdrtes mitratus 
(Rùppell), Pomocentrus punciatus (Q. et Gaym.), Salarias lincalus (Bloch), 
Pseudochromis olicaceus (Riippell), Haliophris gultatus (Rùppell). 

C'est également l'habitat d'espèces plus grandes, ne vivant point entre 
les branches des Madrépores, mais à la surface du récif, où elles trouvent 
protection et nourriture. L-s indigènes pèchent assez fréquemment les 
espèces suivantes, dont nous avons examiné un grand nombre de spécimens 
au point de vue des parasites dont ils sont les hôtes : Diagramma gatcrina 
(Forsk. ) , Epinepkelus miniatus (Forsk.), E. hemistictus (Rùppell), E. cœru- 
leopunctatus (Bloch), E. fasciatus (Forsk.), E. miconoltatus (Riippell), 



— 89 — 

Cheilinus lunulatus (Forsk.), C. radiatus (Bloch et Schn.), Lutjamis fulvi- 
jlamma (Forsk.). 

Les Crustacés sont représentés par de nombreuses espèces de Brachyures : 
Achimnus globosus (Heller), Lophaclœa granulosa (Rùppell), Liômera cincti- 
maria (While), Carpilodes rugatus (Latr.) et C. rugipes (Heller), Etisodes 
sculptilis (Heller) et E. anaglyphus (H. -M. Edwards), Xantho punctatus 
(A.-M. Edwards), Chlorodius polyacantlms (Heller) , Campa lœviuscula (Hel- 
ler)?, Trapezia sp. ; plusieurs espèces (Yllippolyle (Leach), Coralliocaris 
(Stimps.), Harpilius (Dana), Anchisùa (Dana). Parmi les Alphéidés, il 
faut citer Alpheus Charon (Heller), d'un rouge vif. assez rare et qu'on ne 
trouve pas hors de cet habitat. Alpheus lœvis (Handall) s'y trouve plus rare- 
ment. On y rencontre encore : Alpheus neptunus (Dana), A. biunguiculalus 
(Stimpson), A. Iricuspidatus (Heller), figuré par Sa vigny, A. pachychirus 
(Stimpson) = A. latifrons (A.-M. Edwards), A. crinitus (Dana), A. collu- 
mianus (Stimpson), A. diadema (Dana) = A. insignis (Heller), A. gracilis 
(Heller). Il est plus rare d'y trouver A. Edwardsi (Audouin), A. pnrvi- 
rostris (Dana), abrités dans les anfractuosités que forment les Madrépores 
encroûtants. 

Entre le plus proximal de ces récifs et la côte bordant la laisse des basses 
mers, s'étend une vaste prairie vaseuse de Zostères, où l'on trouve en abon- 
dance Hippospongia reticulata (Lendelfeld), qui donne asile à Alpheus cri- 
nitus var. spongiarum (H. Coutière, Bull, du Mus., n° 6, 1897). 

La portion du demi-cercle parallèle à cette ligne de récifs s'étend dans 
l'espace compris entre les plateaux émergés du « Héron * et du rr Marabout» 
et ne dépasse point celui-ci, d'où part une jetée atteignant les fonds de 
10-1 5 mètres du mouillage. Il en résulte, parallèlement à ces plateaux, 
une digue dont les sommets émergent par places à marée basse, et qui 
s'est brusquement accrue à la suite d'un violent cyclone survenu en octobre 
1896. C'est un amas de Madrépores brisés et roulés, cimentés par des 
menus débris et de la vase et où l'on ne trouve plus de Polypiers vivants. 
Par contre, dans les anfractuosités des [lierres, accumulées par l'action des 
vagues sur le front du récif, abondent un Oursin à grosses radioles, Acro- 
cladia mamillata, une espèce d' Acanthaster d'un violet pourpre et une autre 
Astérie du genre Linckia, dont l'extrême facilité de régénération est vrai- 
semblablement en rapport avec cet habitat, où l'action mécanique du flot 
s'exerce le plus violemment. 11 est rare de trouver deux spécimens de cette 
espèce absolument semblables, les bras, longs et fragiles, sont brisés à des 
longueurs variables, et l'un de ces bras, détaché du disque, bourgeonne 
fréquemment une petite Linckia à son extrémité proximale. Les blocs rou- 
lés de Polîtes, qui forment en grande partie ces agglomérations, sont percés 
de nombreux trous par des Sabelles. 

Du côté du chenal, cette ligne de récifs atteint brusquement des profon- 
deurs de 10 à i5 mètres. Elle se relie à la terre par des fonds atteignant 



— 90 — 

rarement 8 mètres, d'une profondeur ordinaire de 3 à k mètres, bien 
abrités et où se manifeste avec le plus d'intensité la vie des Polypiers coral- 
ligènes, de plus en plus nombreux à mesure qu'on s'éloigne de cette bar- 
rière. A ses abords immédiats, les Tridacnes sont très abondantes. Cette 
région , où l'on trouve les plus beaux spécimens de Madrcpora, de Turbi- 
naria, de Meandrina, eu compagnie de grandes Eponges, n'est malheureu- 
sement guère accessible, à la drague surtout, avec les faibles embarcations 
dont nous pouvions disposer à Djibouti. Les quelques Polypiers peu volu- 
mineux qu'extraient les plongeurs somalis sont à peu près dépourvus de 
leurs habitants lorsqu'ils arrivent «H la surface. 



ABSENCE TOTALE DE VEINE CAVE INFERIEURE CHEZ, UN CoBAÏE; 
PERSISTANCE DE LA VEINE CARDINALE GAUCHE, 

PAR M. C. Pmsu.ix. 

Sur la pièce que j'ai l'honneur de présenter à la réunion des naturalistes 
«lu Muséum, on peut constater des faits intéressants, non seulement à 
cause de leur rareté, mais encore par la contribution qu'ils apportent aux 
théories mécaniques du développement embryonnaire. 

Voyons d'abord les faits. 

En examinant la paroi postérieure de la cavité abdominale de ce Cobaye, 
on aperçoit immédiatement, entre la capsule surrénale gauche et le rein, 
un gros tronc veineux qui se continue en haut vers le diaphragme et en 
bas vers le bassin ( I '. card.). Après avoir traversé le diaphragme à gauche 
de la colonne vertébrale, sans contracter aucune adhérence avec le foie, il 
remonte dans la cavité thoracique, croise la crosse de l'aorte en avant (Ao.), 
passe en arrière du nerf phrénique gauche (N. phr.) et se jette dans l'oreil- 
lette droite {Or. dr.). En bas, au-dessous des veines rénales, le tronc vei- 
neux diminue progressivement de calibre; il accompagne l'aorte sur son 
côté gauche, et se continue par les veines iliaques. 

Si maintenant on cherche à droite de l'aorte abdominale, et en remon- 
tant vers le foie jusqu'au diaphragmé, le trajet normal de la veine cave in- 
férieure, on ne trouve aucune trace de cette veine. Sa portion sus-diaphrag- 
matique est au contraire bien développée (S. hép.)\ elle reçoit connue 
d'habitude les veines sus-hépatiques et quelques petits rameaux venant du 
diaphragme. 

Le système de la veine porte n'a subi aucune modification. 

D'après ces faits, il est certain que le sang de la partie inférieure du 
corps el des parois abdominales revenait au cœur par une voie absolument 
anormale, comme si la veine cave inférieure, par une sorte d'inversion, a\ail 
suivi le côté gauche de la colonne vertébrale pour remonter \ers le cœur. 



01 



Mais ce irest, là qu'une apparence, car la communication avec les veines du 
foie, caractéristique de la veine cave intérieure, fait complètement défaut. 
La véritable cause de celte anomalie doit être cherchée dans des troubles 



V rata. 




Cavités tlioracifjiie et abdominale d'un Cobaye, 
ouvertes pour montrer la disposition anormale des veines. 

V. card. Veine cardinale gauche, persistante, faisant fonction de veine cave inférieure. — 
1 . Aorte. — Or. dr. Oreillette droite. — S. hép. Portion sus-diaphragmatique de la 
veine cave inférieure , recevant les veines sus-hépatiques, — D. Diaphragme. — P. dr. 
Poumon droit. — /'. g. Pédicule du poumon gauche. — /. Pédicule mésentérique de 
la masse intestinale. — N. phr. Nerf phrénique. — OEs. OEsophage. — C. ut. Corne 
utérine droite. — Uret. Uretère droit. — R. Rein. — Caps. sur. Capsule surrénale 
gauche. — La masse intestinale, une partie du foie et le poumon gauche ont été 
enlevés , pour permettre de voir la veine cardinale gauche. 

mécaniques de la circulation embryonnaire. J'ai montré, chez l'Embryon 
humain {l \ que la veine cave inférieure apparaît tardivement sur un sinus 
veineux de la face inférieure du foie, comme un rameau grêle qui se ramifie 

M Phisalix. Étude d'un embryon humain. Areh. de Zuol. expér. cl gén. 2 séné, 
vol. VI. 



— 92 — 

dans le bourrelet du corps de Wolf , et vient s'anastomoser avec la veine car- 
dinale droite, qui persiste seule et devient ainsi la veine cave inférieure. Or, 
chez ce Cobaye , celle anastomose entre le sinus hépatique et la veine car- 
dinale droite ne s'est pas effectuée, et le sang veineux n'avait plus qu'une 
voie libre , celle de la veine cardinale gauche : d'où persistance et dévelop- 
pement de cette veine. Quelle est la cause de celte modification circulatoire? 
En raison de faits analogues observés relativement aux veines ombilicales 
et au sinus de Guvier (1) , j'ai pensé qu'on pouvait aussi expliquer ceux-ci par 
une aclion d'ordre mécanique. Or l'anomalie que je signale est accompagnée 
d'une scoliose très prononcée à gauche, qui est indiquée par la courbure 
de la veine cardinale. Cette inflexion a eu pour conséquence un déplacement 
vers la gauche des reins et des capsules surrénales, tandis qu'au contraire 
le foie élail plus déjeté vers la droite. Les cavités thoracique et abdominale 
droites sont beaucoup plus grandes que les gauches, comme cela se voit 
nettement sur la ligure II est résulté, de cette déviation à gauche, un 
écartemenl plus grand entre le sinus hépatique et la veine cardinale droite 
et, probablement aussi, une compression moins grande de la veine cardi- 
nale gauche. Celte déviation de l'axe vertébral a dû se produire à un slade 
très précoce du développement, alors que le sinus inférieur du foie n'avait 
pas encore émis de prolongement du côlé de la veine cardinale droite et 
que la circulation des veines cardinales suffisait à ramoner le sang de la 
partie inférieure du corps. Quoi qu'il en soit, sans pouvoir préciser le mé- 
canisme exact, cette déviation de la colonne vertébrale me semble être en 
corrélation de cause à effet avec les changements de la circulation veineuse : 
c'esl du moins la conclusion qui s'accorde le mieux avec les faits sur les- 
quels s'appuie la théorie mécanique du développement. 

Une aulre conclusion se déduit de ces faits tératologiques , c'est que les 
trois parties embryologiquement distinctes de la veine cave inférieure peuvent, 
sous l'influence de troubles circulatoires, rester séparées à létal adulte. 



Altérations rurales 

CONSECUTIVES À Ll\JK<.TION DE SERUM dAnGUILLE, 
PAU AUGUSTK PeTTIT, DOCTEUR ES SCIENCES. 

Dans leurs recherches sur la loxicilé du sérum d'Anguille, MM. Camus 
et Gley ont constaté que, chez le Lapin et le Cobaye, l'injection de quantités 
très faibles de ce liquide détermine rapidement de l'hémoglobinurie et l'ap- 

(1) Phisalix. Sur un mécanisme de transformation de la circulation veineuse 
chez l'embryon humain. Sec. de Biol., 10 mai 1890, et Congrès intem. de méé. 
Berlin, 1890. 



-93- 

parition de cylindres granuleux dans les urines. Sur le conseil de M. Gley, 
je me suis proposé de rechercher les modifications dont les cellules rénales 
pouvaient être le siège dans ces conditions. J'ai examiné à ce point de vue 
spécial huit Animaux provenant des expériences de MM. Gley et Camus; 
je renvoie, pour le détail des expériences, aux deux publications faite s pai 
ces savants à la Société de Biologie (1) et à l'Académie des Sciences (2) , et 
surtout au mémoire détaillé qui paraîtra prochainement (3) . 

Je me bornerai ici à rappeler cpie les injections ont été pratiquées chez 
le Lapin par une veine auriculaire et chez le Cobaye par la veine jugulaire. 

Expérience L — 7 janvier 1898. Lapin 9. Poids : 1 ,685 grammes. 
Dose : oem 3 7 (Sérum très peu toxique.) Survie : 5-6 minutes. 

Expérience IL — 10 janvier 1898. Lapin 9. Poids : 1,590 grammes. 
Dose : o cm 3 1 . Survie : l'injection fut pratiquée le soir, à 8 h. 1/2 , l'animal 
fut trouvé mort, mais encore chaud, à 8 heures, le lendemain matin. 

Expérience 111. — 17 janvier 1898. Cobaye 9. Poids : hho grammes. 
Dose : cm* 0-2. Survie : io-45 minutes. 

Expérience IV.— 1 e1 février 1898. Cobaye d*. Poids : 090 grammes. 
Dose : o cm 3 o5. Survie : 3 minutes et demie. 

Expérience V. — i ei février 1898. Cobaye <3. Poids : 35o grammes. 
Dose : o cm 3 oa5. Survie : i3 minutes. 

Expérience 17. — 2 février 1898. Cobaye 9. Poids : 4oo grammes. 
Dose : cm 3 02. Survie : ho minutes. 

Expérience VIL — 1 3 février 1898. Lapin 9. Poids : 3,290 grammes. 
Dose : cm 3 3. Survie : 3 minutes. 

Expérience VIII. — i4 février 1898. Lapin d 1 . Poids : 9,260 gramme?. 
Dc.se : o cm 3 i. Survie : 3 heures 10 minutes. 

Les précautions les plus rigoureuses ont été prises afin d'éviter l'ap- 
parition d'altérations cadavériques; sauf dans un cas (expérience II), les 
pièces ont été prélevées immédiatement après la mort; d'autre part, afin 
d'éliminer toutes les modifications imputables aux réactifs, plusieurs mé- 
langes fixateurs ont été employés simultanément : Alcc.ol à 100 degrés; 

O L. Camus et E. Gley. De la toxicité du sérum d'Anguille pour des Animaux 
d'espèces différentes (Lapin, Cobaye, Hérisson). (Comptes rendus de la Société de 
Biologie, n° h, p. 129-180, i8g3.) 

W L. Camus et E. Giey. De l'action destructive d'un sérum sanguin sur les 
globules rouges d'une autre espèce animale. Immunisation contre cette action. ( Comptes 
rendus de V Académie des Sciences, 3i janvier 1898.) 

< 3 > Voir le prochain fascicule des Archives de Pharmacodynamie, 1898. 

Muséum. — iv. 7 



— 9/i — 

Sublimé acétique; Liquide de Zenker, de Flcmming et de Lindsay. Après 
inclusion à la paraffine, les coupes ont été colorées par le carmin aluné; 
l'hémaloxyline de Delalîeld, l'hémaloxyline éosique, l'hémaloxyline au 1er 
de Heidenhain; la safranine, la safranine suivie du mélange de Benda; le 
rouge magenta. 

Dans ces conditions, j'ai constaté (pie, chez les huit Animaux (Cobayes et 
Lapins) qui avaient reçu du sérum d'Anguille, les reins étaient le siège 
d'altérations plus ou moins accusées : ce fait est d'autant plus intéressant à 
signaler, que la survie a été plus courte. Déjà, dans l'expérience IV, où 
l'Animal n'a survécu que (rois minutes et demie, les cellules de quelques- 
uns des tubas contournés ont subi la dégénérescence hyaline, le corps 
cellulaire s'est sensiblement accru de volume et il oiïre un aspect clair 
anormal. 

Dans l'expérience I, on retrouve des lésions analogues, mais, en outre, 
certains noyaux ont perdu partiellement la faculté de fixer les teintures 
nucléaires. 

Lorsque la dese et la toxicité du sérum sont assez faibles pour que 
l'Animal puisse survivre pendant quelques heures, les altérations sont re- 
marquablement intenses. Chez le Lapin de l'expérience VIII, auquel on 
avait injecté par la jugulaire un dixième de centimètre cube de sérum, 
trois heures après l'injection, il n'existe pas, pour ainsi dire, de tube con- 
tourné qui ne renferme des cellules claires; celles-ci se présentent comme 
des éléments hyalins dans leur partie centrale, et de dimension anormale; 
elles font saillie dans la lumière canaliculaire, qu'elles obstruent complè- 
tement; la plupart ne possèdent d'ailleurs pas de limites distinctes. Du côté 
des tubes droits, on note également des altérations profondes : certains 
canalicules sont encore tapissés par un épilhéluun normal, mais, dans un 
certain nombre de ceux-ci, les cellules épilhéliales se continuent insensi- 
blement avec une niasse compacte, granuleuse, obstruant la lumière; dans 
d'autres tubes, la dégénérescence est encore plus accusée, et tout se réduit 
à un magma granuleux remplissant la lumière canaliculaire et présentant 
à sa surface quelques noyaux altérés; on compte en moyenne un dixième 
de tubes ainsi remplis de cylindres. 

En résumé, l'injection intravasculaire de quantités très faibles de sérum 
d'Anguille détermine chez le Lapin et le Cobaye, dans un laps de temps 
extrêmement court, des lésions structurales dans les éléments constitutifs 
du rein; celles-ci sont caractérisées par la dégénérescence claire des cellules 
des tubes contournés et par la formation de cylindres. 

Il m'a paru que cette constatation, outre son intérêt propre, au point de 
vue des effets toxiques du sérum d'Anguille, a une portée plus générale; 
les altérations cellulaires, dont il a été question, se produisent, en effet. 



— 95 — 

comme on l'a vu, avec une rapidité extrême-, il y a donc là un exemple 
remarquable de la facilité avec laquelle les éléments cellulaires peuvent 
Fubir des modifications morphologiques profondes. 



Présence de l'Iode 

DANS d'âUTRES ORGANES QUE LA GLAyDE THYROÏDE ET DANS LE SANG, 

pau M. E. Gley. 

Depuis que M. E. Baumann a découvert dans la glande thyroïde une 
combinaison organique iodée et que le rôle physiologique de cette substance 
a été expérimentalement et cliniquement établi, on n'a pas recherché s'il 
existe de l'iode dans d'autres organes (1) . L'année dernière (2) , j'ai montré que 
les glandules para thyroïdes, ces très petites glandes, satellites du corps 
thyroïde, et dont mes expériences de 1891-1893 avaient révélé la haute 
signification physiologique, en contiennent une forte proportion. Mais ces 
glandules font partie de l'appareil thyroïdien. 

J'ai cherché systématiquement l'iode dans d'autres organes. J'énumérerai 
simplement ceux dans lesquels je n'ai pu en déceler au moyen du procédé 
de Baumann modifié (3) , dont nous nous servons maintenant, mon éiève 

M Baumann s'était naturellement posé cette question; sa mort prématurée l'a 
empoché de la résoudre. 11 a cependant cherché (une fois) dans le thymus du Veau 
s'il y a de l'iode et n'en a pas trouvé. (Voir E. Baumann, Ueber dus normale 
Vcrkcmmen von Iod m Thierkôrper [Zeits. f. physiol Chimie, XXI, S. 3ig, 1895].) 

W E. Gley, Présence de l'iode dans les glandules paralhyroides (Comptes rendus 
de l'Académie des sciences, 2 août 1897.) 

W Dans la note citée ci-dessus , j'avais déjà indiqué une modification qui m'avait 
été très utile. Depuis, il nous a semblé, à M. Caubel et à moi, que les opérations 
préliminaires pouvaient encore être simplifiées. L'organe, quel qu'il soit, où l'on 
se propose de lechercher l'iode, ayant été pesé frais, est mis tel quel dans un ballon 
avec une certaine quantité d'eau distillée et son poids ou un peu plus de soude caus- 
tique pure; on porte à l'ébullilion; le tissu est bientôt détruit, la matière organique 
dissoute et l'iode qu'elle contient transformé en iodure de sodium; on neutralise 
alors à peu près l'alcali par de l'acide azotique pur et on chauffe de nouveau; quand 
la masse est desséchée, on élève la température pour fondre le nitrate de soude et 
déterminer la combustion de la matière organique, ce qui se fait très rapidement; 
dans celle opération , il ne peut pas y avoir de perte d'iode ; après lavage et ultralion , 
s'il est besoin, on procède au dosage de l'iode suivant le procédé de Babourdin. 
— Quand on a à traiter plus de 3 ou h, grammes de matière fraîche, celte combus- 
tion ne peut tire réalisée dans un ballon, et, à fortiori, quand on opère sur loute 
une raie de Chien ou un foie de Lapin, ou 5o ou 100 grammes de sang ou de 



— 96 — 

M. Caubel et moi : c'est le thymus, l'hypophyse, les ganglions lympha- 
tiques, les testicules, les ovaires et les reins. Les capsules surrénales en 
renferment peut-être des traces. Tous ces organes avaient été pris sur des 
animaux venant d'être sacrifiés, Chiens et Lapins; cependant je n'ai traité 
jusqu'à présent que des ovaires de Chiennes et des hypophyses de Lapins. 
Par contre, la rate et surtout le foie contiennent des quantités appré- 
ciables d'iode. 

Voici quelques chiffres : 

N° 1. Jeune Chien. La rate, du poids de a3 grammes, contient 
omilligr. 02 G d'iode; 

N° 2. Chien adulte; gkilogr. 85o. La rate, du poids de 26 grammes, 
contient milligr. 02.3 d'iode. 5o grammes de foie du même Animal en 
contiennent o milligr. o5, ce qui fait o milligr. 1 p. 100; 

N° 3. Le foie d'un Lapin d de 2,690 grammes, qui pesait, frais, 
107 grammes, contenait milligr. 0/16 d'iode; 

N° h. Le foie d'un autre Lapine? de 2,0^10 grammes, pesant 98 grammes, 
en contenait milligr. 008. 

La rate de ces deux derniers animaux, pesant seulement 1 gramme 
chacune, ne contenait que des traces d'iode. 

Or, la glande thyroïde de ces mêmes animaux était beaucoup plus riche 
en iode , comme on peut le constater sur le tableau suivant : 

POIDS 
M M É ROS DES ANIMAUX. DE LA GLANDE TIIVHOÏDE. OUAiNTITKS D'IODE. 

grammes. milligrammes. 

1 1,00* 0,12 

2 2,17 0,18 

3 0,207 0,076 

à 0,187 °'°7 

Cette seule remarque conduit déjà à se demander si l'iode du foie ou de 
la raie est bien propre à ces organes. Une expérience très simple permet 

foie. Il convient alors de faire d'abord agir la sonde à froid sur l'organe pendant 
trois ou quatre heures, puis on chauffe doucement dans une capsule de tôle émaillée; 
le traitement par l'acide azotique se fait dans celle même capsule, avec les pré- 
cautions nécessaires pour éviter les perles. — Un des avantages de ce procédé est 
de permettre d'opérer sur de grandes quantités de matière, (l'est grâce à son emploi 
(jue nous avons pu, par exemple, trouver de l'iode dans le sang et dans le foie. 



— 97 — 

de répondre à celte question : dans le foie lavé, suivant le procédé usuel 
dans les laboratoires de physiologie, on ne trouve plus d'iode. 11 faut 
donc penser que ce corps est amené au foie par le sang. 

De fait, on a pu constater, dans une autre série de recherches, que le 
sang contient de l'iode. On opère sur 5o ou 100 centimètres cubes de sang 
artériel de Chien ou de Lapin. Sur le Chien n° 2 , cité plus haut, on a trouvé 
dans 100 centimètres cubes de sang carotidien o milligr. o84 d'iode. Sur 
deux autres Chiens, on en a trouvé des quantités inférieures, 0,0/iC p. 100 
dans un cas et, dans l'autre, o,o36 p. 100. Le sang du Lapin n° 3, cité 
plus haut, contenait milligr. 06 d'iode p. 100, et celui du Lapin n° h , la 
même quantité. Un autre fois nous avons encore obtenu le même chiffre. 
Ce n'est cependant pas là , bien entendu , un chiffre constant. 5o centimètres 
cubes de sang carotidien d'un autre Animal nous ont donné o milligr. o38 
d'iode, d'où 0,076 p. 100. 

Pour compléter la démonstration, il serait bon de voir si le sang des 
veines thyroïdiennes contient une plus forte proportion d'iode que le sang- 
artériel. C'est une expérience que j'espère pouvoir réaliser prochainement 
dans de bonnes conditions. Mais il est clair que, pour bien des raisons, 
faciles à concevoir, le résultat en peut être négatif. 11 n'en resterait pas 
moins que les différences entre la lenenr en iode de la glande thyroïde et 
celle des autres organes et du sang sont telles , que ce corps apparaît comme 
caractéristique de la sécrétion thyroïdienne. 

D'autre part, il importerait de rechercher ce que devient la substance 
iodée qui se trouve dans le sang, si elle s'élimine et par quelle voie. Je 
pense étudier aussi cette .question. 



Teneur de la glande thyroïde es Iode 
dans quelques especes animales, 

pak M. E. Gley. 

Les animaux dans la glande thyroïde desquels l'iode a été recherché et 
dosé sont surtout le Chien, le Mouton, le Veau et le Porc; on possède aussi 
un assez grand nombre de chiffres pour l'Homme (l) . 

J'ai eu l'occasion d'évaluer la teneur en iode de la glande thyroïde dans 
quelques espèces animales; je présenterai ces résultats en un simple 
tableau. 

(1) Voir E. Baumann (Zetts. f. physiol. Chimie, XXI, 1 Sg5 , et XXII, 1896); 
Ad. Oswald (lbid., XXIII, 1897). 



— 98 — 

POIDS 

POIDS DE |, A GI.AXDE THYROÏDE QUANTITE 

ESPECE ANIMALE des animaux. ( poids frais). b-iode. 

grammes. grammes. milligrammes. 

Sin ( <jo (Cercopilhecus callilrychus) d* • a, 585 0,^9 0,0/16 

Clial (Felis domestica), n° 1 $àgéc.. ? 0,19 o,oA0 

n° 2 c? ? 0,237 1,38 

Tigre adulle d* (Félin tigris) (l) . . . . ? l\ 1,00 3,00 

Cobaye $ (Cavia Cobaya) 5'io 0,075 0,06 

Iîal (Mus rattiis, variété albinos) 

n" 1 d* 173 0,021 traces. 

n" a d* 160 0,019 0,01 5 

n° 3 Ç 1 55 0,013 o,os3 

n° /1 9 i5a o,oiG 0,00 

n" 5 $ 1/18 0,01 0,01 5 

n° G c? iàh 0,013 0,03.3 

Uérissoa(Erinaceuteuropmu$)vf 1 Ç ■ 373 o,o55 o,o'i 

o°9... ? 0,1 3 o,o38 

n° 3 d* • 800 0,1/1 o,o'!S 

Il n'est pas sans intérêt de constater que, chez tous ces Animaux, la 
glande thyroïde contient de l'iode. Nous poursuivrons systématiquement 
cette recherche au laboratoire de physiologie générale, chez les espèces les 
plus diverses. 



Les Ecbinocactvs de la Basse CAiivonyiE , 

PAR LE D r WeBBB. ' 

M. Léon Diguet, l'explorateur infatigable qui depuis deux ans a entre- 
pris un nouveau voyage en Liasse Californie, vient d'adresser au Muséum 
une série de documente et de clichés photographiques très remarquables. 
Ceux qui sont relatifs aux Caidonaks , ou forets de Cactées, du sud de 
la Péninsule et de certaines îles du golfe de Californie, ont été soumis à 
mon examen. Ces documents viennent s'ajouter à ceux dont j'ai déjà 
eu l'honneur de vous présenter un résumé en 1 8g5 t2) et qui avaient été 
recueillis un peu plus au nord, vers le 27° degré. 

En attendant (pie M. Diguet puisse, à son retour, les compléter par de 
nouveaux renseignements écrits ou verbaux, je veux dès aujourd'hui vous 
signaler tout spécialement un Ecliinocactus géant, absolument nouveau, 
<jui dépasse en hauteur tous ses semblables connus jusqu'à ce jour. Sa 

(l > C'est grâce à l'obligeance de M. le professeur Filliol que j'ai pu avoir la 
glan le thyroïde de cet animal. 

M Voir Bull, du Mus., 1890, n° 8. 



90 




JV. i . — Echinocactus Digueti. 



— 100 — 

découverte appartient incontestablement à M. Diguet, et il est juste de lui 
en assurer la priorité. Les échantillons botaniques secs qui accompagnent 
les clichés permettent de déterminer très nettement cette espèce nouvelle 
et de la comparer aux autres espèces de ce genre qui ont été signalées dans 
la Péninsule californienne. 

Je vous propose de donner à ce colosse végétal, inconnu jusqu'aujour- 
d'hui, le nom du voyageur zélé qui l'a découvert. 

Echinocactus Digueti n. sp. (Fig. n° 1.) 

E. elonjjalus, dein cylindricus, columnaris, crassissiruus, rnaximus; coslis nu- 
niorosis (36) angustis; sinubus profundis acutis; vertîce impresso; areolis juniori- 
bus lonunlosis; aculois G-7 aeqnalibus, pracilibus, acicularibus, sub-aicuatis, fla- 
voscentibus, exterioribus 5-6, ccntrali 1 ; Boribiis flavidia, lubo glabro srpiamalo. 

D'après les photographies, cet Echiuocaclus a généralement 1,2, ou 
même 3 mètres de hauteur, sur o m. /10, o m. 5o, et jusqu'à o m. 80 de 
diamètre; mais certains vieux exemplaires mesurent jusqu'à !\ mètres de 
hauteur. Sur celui que vous montre la projection n" 1, un homme levant 
la main, peut à peine atteindre la moitié de la hauteur du tronc. Les côtes, 
comptées sur un petit échantillon sec, sont au nombre de 34; ce nombre 
ne paraît pas augmenter avec l'âge. Elles sont d'abord étroites, compri- 
mées, et les sillons sont aigus et profonds; mais plus tard, ceux-ci s'élar- 
gissent, deviennent plus obtus, en même temps que les côtes deviennent 
plus larges: les faisceaux d'aiguillons, d'abord distants de 1 centimètre et 
demi, se rapprochent peu à peu par le tassement des côtes. Le sommet est 
toujours déprimé, concave, formant une espèce de cuvette. Les jeunes 
aréoles sont longues de 1 centimètre et demi sur 8 millimètres de largeur; 
elles sont sub-confluentes et garnies de feutre laineux roux-jaunâtre qui 
disparait plus tard. 

Les aiguillons sont au nombre de G à 7, dont 1 central, 1 inférieur, 
U latéraux, et quelquefois 1 supérieur; ils sont tous à peu près égaux entre 
eux, longs de 3 à h centimètres, grêles, aciculaires, non annelés, droits 
ou légèrement arqués en dehors, d'un jaune roux, plus tard gris-jaunâtre. 
Ils n'occupent (pie la moitié inférieure de l'aréole; au-dessus d'eux se trou- 
vent quelques aiguillons rudimentaires ou glaudules cornées; la moitié su- 
périeure de l'aréole est occupée par la fleur. 

Les fleurs naissent tout autour du sommet de la plante, à environ 8 cen- 
timètres du centre ou même plus en dehors. Leurs restes desséchés se 
trouvent encore à une assez grande distance du sommet. En les ramollis- 
sant dans l'eau chaude, nous avons pu constater que l'ovaire, glabre, sans 
aucune trace de laine, est couvert de nombreuses squames semi-lunaires im- 
briquées, serrées; les sépales, obovés, obtus, paraissent avoir été rouges 
ou bruos; les pétales, plus allongés, plus étroits, sont lancéolés, jaunes; 



— 101 — 



T! 




Y\a. 3> — Echinocactus Peninsulœ. 



— 1 0-2 — 

les étamines sont moitié plus courtes que les pétales. Le fruit n'esl pas 

connu. 

Ce curieux Echinocaclits a été découvert par M. Diguet flans l'île Cata- 
lana (1) , situéeau milieu du golfe de Californie, vers le 25 e degré de latitude, 
et fréquentée par les pêcheurs de perles. Ce qu'il y a de remarquable, c'est 
qu'il ne croît pas seulement dans les terrains rocheux de l'intérieur de l'île, 
où nos deux premières projections vous ['ont montré en compagnie du 
Cardon pelon, c'est-à-dire cierge chauve (Cereus Pringlei Wals. ou Cereus 
calvus Eng.); mais il descend avec celui-ci jusqu'au bord même de la mer. 
Une photographie nous montre ces Cereus entremêlés aux Echinocacius 
Digueti, au milieu dos galets du rivage. La proximité de la mer est telle, 
qu'on peut même se demander si pendanl les gros temps ils ne doivent pas 
nécessairement recevoir quelquefois les éclahoussures de l'eau de la mer. 
A côté d'eux, la photographie permel de distinguer quelques petites Cactées 
buissonnantes , dans lesquelles on peut reconnaître le Cereus Cumerigci 
Web., ei un Opuntia cylindrique, probablement Op. Cholla Wt>\\. 

D'après les caractères énoncés, on peut conclure cpie, par son aspect 
général columnaire et par ses Heurs à ovaire squameux glabre, YEchino- 
cactus Digueti se rapproche jusqu'à un certain poinl des autres Echino- 
cactus, déjà signalés eu Basse Californie; mais il s'en distingue totalement 
par ses aiguillons beaucoup plus lins, moins nombreux et non unciné;. 

An point «le vue botanique, tous les Echinocactus californiens oui pour 
caractère commun l'ovaire squameux, imbriqué, glabre, c'est-à-dire non 
laineux. Les espèces trouvées jusqu'à présent dans la Péninsule ou dans les 
régions voisines sont : E. Peninsulœ AVoL. , E. californiens Monv., E. Ent<>- 
n/i Eng.,E. Wislizeni Eng. , E. Lecontci Eng. , E. acanthodes Lem. (E. eylin- 
draceus Eng.), E. viridescens Eng. 

Je veux ajouter quelques observations au sujet de celles de ces espèces 
sur lesquelles nous possédons des documents inédits. 

Echinocactus Péninsule Web. ( Kig. n° a.) 

La quatrième projection vous montre celle espèce, que je vous ai fait 
connaître en 189."» ■*>, d'après les documents de MM. Diguet et Cumenge. 

C'est là VEehimeaclus qui parait être le plus coi un en Basse Californie. 

11 se rapproche principalement des Ecli. Wislizeni Eng. el Ech. Leconlci 
Eng. (qui, d'après Engelmann lui-même, ne sont tous Aeu\ que des va- 
riétés d'une seule espèce); mais il s'en distingue par le nombre beaucoup 
moindre des aiguillons, et peut-être aussi par ses fleurs. L'aiguillon cen- 
tral inférieur a 7-8 centimètres de longueur, sur A-5 millimètres de lar- 

W Sur lu plupart des caries, celle Me est appelée Calalina; mois, d'après 
Al. Diguet, son vrai nom esl Calalana, 
W Voir Bh//. du Mu*., 1895, 11" 8. 



— 103 — 

geur; il est tout à l'ait droit dans toute sa longueur, sauf à son extrémité 
où il est recourbé sur une longueur de i centimètre; il est toujours étendu 
horizontalement, aplati, rouge, et marqué sur ses deux faces d'environ 
60 stries transversales saillantes et d'une arête centrale longitudinale. 

En 1895, les fleurs, les fruits et les graines n'étaient pas connus; les 
documents reçus depuis cette époque me permettent de combler en partie 
cette lacune. Les fleurs ont 5-6 centimètres de longueur; les squames lu- 
naires sont vertes, imbriquées, glabres; les pétales jaune d'or clair exté- 
rieurement, avec une ligne médiane intérieure rouge snng foncé; les éta- 
mines forment un faisceau serré et tordu en spirale, de couleur orange. En 
regardant la fleur en dedans, elle paraît rouge; en la regardant en dehors, 
elle parait jaune (Diguet). 

Le fruit desséché est dur, presque ligneux et a environ o centimètres 
de longueur; il est couvert de squames imbriquées jaunâtres et renferme 
plusieurs centaines de graines noires, presque lisses, légèrement ponctuées 
ou gravées sous la loupe, obovées, arrondies au sommet, rélrécies vers la 
base, longues de 2-2,5 millimètres et larges de 1 ,5 millimètre; bile 
arrondi, profond, blanc, placé à la partie inférieure de la face ventrale. 

EciIINOCACrUS CALIFORMCUS MortV. 

Cette espèce, mentionnée pour la première fois en 1 8A6 dans le cata- 
logue de la Collection de Monville, entre VEch. acanthodes et VEch. spiralis, 
était fort connue et assez répandue en France il y a cinquante ans. Elle 
avait été élevée vers i84o par M. Dumesnil, au Havre, de graines qu'un 
capitaine de navire lui avait rapportées de la Basse Californie. C'est à tort 
qu'Engelmann , sur la foi de faux renseignements, la donne (Flor. ca- 
îiforn., p. 2 45) comme synonyme de VEch. viridescens, avec lequel elle 
n'a aucune analogie. Engelmann a du reste lui-même reconnu plus tard 
(m litteris) l'erreur qu'il avait commise. VEch. californiens Monv. se rap- 
proche beaucoup plus de VEch. Emoryi Eng. , mais il en diffère par ses 
aiguillons et par ses fleurs (1) . 

Ayant eu l'occasion d'étudier à Paris des exemplaires adultes et authen- 
tiques de VEch. californiens , nés des graines de M. Dumesnil, et de les voir 
fleurir, je veux en donner la description. 

L'exemplaire, sur lequel j'ai observé huit fleurs, avait 3o centimètres de 
diamètre sur 21 centimètres de hauteur. Tige subglobuleuse, d'un vert un 
peu glaucescent; sommet déprimé, garni de feutre court, épais, jaunâtre. 
Côtes 1 5 à la base, 20 au sommet, épaisses, droites, obtuses, renflées au- 
tour des aréoles. Sillons aigus. Aréoles grandes, ovales, distantes de 3 centi- 
mètres, garnies de feutre court jaunâtre, plus tard noirâtre, disparais- 
sant dans la vieillesse; elles forment au-dessus du faisceau d'aiguillons un 

(1) Voir Weber, art. Echinocacttts in Dictionn. d'hort. de Bois, 1896, p. AG5. 



— 10/i — 

prolongement sur lequel se trouvent habituellement une ou plusieurs glandes 
cornées, semblables à des aiguillons rudimenlaires. 

Les aiguillons sont tous vigoureux, rigides, arrondis (non aplatis), 
légèrement annele's. Extérieurs 7-9, droits, rayonnants, dont 9-4 en haut 
de l'aréole et 5 en bas: ceux du haut sont les plus grêles, longs de 3 centi- 
mètres et jaunâtres; les 5 du bas sont plus vigoureux, longs de 4 centi- 
mètres, d'un jaune de corne, avec des taches pourpres disposées en stries 
ou zones transversales. Intérieurs 4, en croix, dont les 3 supérieurs sont 
droits, de même force et de même couleur que ceux du bas de l'aréole, et 
dont l'inférieur est tout à fait central; ce dernier est le plus vigoureux de 
Unis; il est annelé, arrondi, long d'environ 6 centimètres, épais de 2 milli- 
mètres, recourbé au sommet, de couleur pourpre, jaune à la pointe. Plus 
tard, tous les aiguillons deviennent d'un brun de corne. 

Cette description a été faite d'après un exemplaire adulte; mais les 
jeunes plantes de semis n'ont (pie 8 aiguillons dont un seul central, tout à 
fait unciné. 

Fleurs jaunes, longues de 5 centimètres sur 6 centimètres de diamètre, 
sortant du sommet tomenteux de In plante. Ovaire vert clair, couvert d'en- 
viron a4 squames imbriquées, triangulaires-arrondies, entières, vertes à 
bords jaunes. Tube très charnu, épais, portant une vingtaine de squames 
sépaloïdes d'un veil jaunâtre, bordées de jaune, très légèrement rubes- 
centes à la pointe, s'allongeant peu à peu et passant insensiblement en 
pétales, au nombre de 4o à 45, disposés sur trois rangs, d'un jaune serin 
pur, allongés, ondulés sur les bords et terminés en pointe; ceux du rang 
externe ont 1 centimètre de largeur, les intérieurs n'ont que 5 à G milli- 
mètres. Etamincs liés nombreuses et très grêles, réunies et dressées autour 
du style; filets d'un carmin foncé; anthères jaunes. Style columnaire jaune, 
divisé très profondément en 1G stigmates dressés. 

EcHINOCACTIJS ACANTI10DES LciU. 

Sous ce nom, Lemaire a décrit dès i83q (I) une espèce «californienne» 
élevée de graines par M. Courant, du Havre, et bien connue, il y a qua- 
rante ou cinquante ans, dans les collections françaises. Elle a Henri à Mou- 
ville en i846. J'ai eu l'occasion d'en étudier un exemplaire mort, conservé 
chez Cels. Cette espèce est absolument identique à celle qu'Engehnann a 
décrite en i85a sous le nom à'Ech. cylimlraceus, et qui a été réintroduite 
dans ces dernières années en Belgique sous le nom à'Ech. Leopoldi. 

M est inutile de reproduire ici la description de cet Echinocaclus, aujour- 
d'hui bien connu sous le nom qu'Engehnann lui a donné; il me suffit d'ap- 
peler l'attention sur sa synonymie et de faire remarquer que c'est Lemaire 
qui, le premier, a fait connaître cette espèce , caractérisée par ses nombreux 

(l > Cad. gen. nov., ]>. 1 oG. — Voir aussi Weber, l. c, p. 6G5. 



— 105 — 

cl longs aiguillons entremêles, recourbés ou llex ueux; il l'a appelée acan- 
thodes, parce que, dit-il, elle est rumdique aculeis praegrandibus, confer- 
tissimis, maximequc inlricatis, omnino liorrens, unde nonien N 



Sur les organismes des Cannels , 
note de M. B. Renault. 

Les charbons désignés sous le nom de Gannels sont assez répandus dans 
le terrain houiller moyen, mais beaucoup plus rares dans le terrain houiller 
supérieur. Ils se rencontrent en couches parallèles, quelquefois unies d'une 
façon intime avec la houille qu' elles recouvrent. 

Les Gannels sont employés de préférence aux Bogheads, à cause de la 
meilleure qualité de leur coke, pour enrichir les houilles pauvres en gaz; 
celles-ci ne donnent guère, par tonne, que 255 mètres cubes de gaz; les 
Gannels ont un rendement de 3oo à 33o mètres cubes; les Bogheads peuvent 
atteindre 4oo mètres cubes, mais leur coke est friable et sans consistance. 

A plusieurs reprises (1) , nous avons appelé l'attention sur la constitution 
des Bogheads formés essentiellement d'Algues microscopiques accompa- 
gnées d'une proportion relativement minime de spores et de grains de pollen , 
disposées en lits stratifiés au milieu de la matière fondamentale et renfermant 
aussi bien que les autres organismes végétaux un nombre considérable 
de Bactériacées. Il était intéressant de rechercher quelle était la constitution 
des Gannels , qui offrent avec les Bogheads quelques propriétés communes. 

Nous avons reconnu trois types : 

i° Tantôt les nombreux corps jaunes disséminés dans la matière fonda- 
mentale sont constitués par des Microspores, des Macrospores; les Algues 
et autres débris ne s'y rencontrent qu'en petites quantités. Comme exemple 
de ce premier type, nous pouvons citer les Cannels anglais de Lesmahagow 
Bryant, Burghlée, Niddrie; celui de Gannelton (Nouvelle- Virginie); de 
Teberga (Espagne) ; le Splint-Coal de Rive-de-Gier, celui-ci sans Algues , etc. 

2° Tantôt les corps organisés de couleur rouge orangé sont représentés 
par des grains de pollen, des spores, des macrospores mélangés à des frag- 
ments de plantes diverses, sans traces d'Algues. Cannel de Gommenlry. 

3° Tantôt enfin les éléments organiques complètement dissociés sont de- 
venus méconnaissables. Cannel de Buena-Vista (Kentucky). 

'" Les Bactériacées et les Bogheads ( Bulletin du Muséum d'histoire naturelle , 1897, 
p. 33 et a5i ). 



— 10G — 

Nous n'examinerons aujourd'hui qu'un Gannel du premier type ren- 
fermant quelques Algues, le Cannel Bryant. 

Sur une coupe verticale, on distingue (fig. i), au milieu de la matière 
fondamentale de couleur foncée, les éléments organisés de couleur jaune 
clair, disposés en couches stratifiées. Tous les Cannels que nous avons exa- 
minés présentent cette stratification , qui indique que leur dépôt s'est effectué 
au milieu des eaux. Il est à croire que celte sorte de sélection d'organes par- 
ticuliers (fructifications) de végétaux a dû être opérée par les eaux mêmes 
et que des conditions spéciales de courants ont déterminé leur précipitation 
dans des lieux tranquilles. 

a. 



c 




pjg, |, — Section faite perpendiculairement à la stratification du Cannel. 

Gr. /i5o/i. 

a, 6. Corps jaunes de natures diverses disposes en couches parallèles horizon- 
tales. 

c. Fragment de macrospore; l'enveloppe est envabie par un mycélium do 
Champignon. 

La matière fondamentale, suffisamment amincie pour être transparente, 
paraît formée de plusieurs parties; l'une presque opaque, noire, se présente 
sous la forme de petits fragments irréguliers, à angles aigus, tenus en 
suspension pour ainsi dire dans la deuxième, qui semble avoir possédé une 
certaine plasticité, puisqu'elle a moulé non seulement les petites esquilles 
précédentes, mais encore les différents corps jaunes dont il va être question. 

Parmi les nombreux corps jaunes cpii forment près du tiers de la masse 
du Cannel, nous citerons les suivants : 

i° Des macrospores spbériques (lig. y), mesurant 3/io fx environ, dont 
les trois lignes de déhiscence caractéristiques sont limitées par une sorte de 



— 107 — 

bourrelet circulaire; les bords sont déchiquetés, la surface rugueuse, sil- 
lonnée de dépressions irrégulières dues au travail de Microcoques visibles 
avec un grossissement suffisant. Les débris plus ou moins volumineux de 




Fig. 2. — Macrospore considérablement giossie. 
On voit à !a surface de nombreux Microcoques. 

ces enveloppes de macrospores se rencontrent assez souvent dans la ma- 
tière fondamentale; 

a" Des macrospores de taille plus faible; les unes, atteignant à peine 
k\ [x. (fig. 3), présentent une surface creusée de nombreuses petites cavités 
circulaires, larges î \x 3 , se détachent par leur couleur foncée sur l'enveloppe 
triradiée et garnie de Microcoques dont le diamètre est à peine de o fi 5 ; 
d'autres un peu plus grosses, 48 fx, offrent au contraire de nombreuses pe- 
tites aspérités en forme de piquants; 

3° Quelques-unes ont une surface nettement réticulée (c, fig. 3); les 
mailles hexagonales mesurent 5 à 6 (x de côté; le diamètre de la macro- 



— 180 — 

spore est de kk fx; elles rappellent par leur taille et leur re'seau certaines 
macrospores de Sphenophyllum silicifîées de Rive-de-Gier; 




Fig. 3. — Macrospores de taille plus faible. Gr. 600/1. 

11 , h. Macrospores avec Microcoques, 
c. Macrospore de Sphenophyllum? 




Fig. h. — Macrosporcs de forme Irigono. Gr. 800/1. 

a. Macrospore encore fermée, montrant le bourrelet circulaire. 

h. Macrospore ouverte. 

m. Couronne de Microcoques entourant l'ouverture. 

k" D'autres fois les macrospores (fig. h) affectent une forme subtrian- 
gulaire-, l'espace qui porte les trois lignes radiantes est circonscrit par un 



— 109 — 

bourrelet très net; leur diamètre n'atteint que 33 (x; quand elles sont ou- 
vertes, l'intérieur ainsi que les bords se montrent garnis de Mierocoques. 
Cette forme de macrospore est très rare, mais elle est plus commune dans 
les Gannels-Bogheads russes qui appartiennent à l'âge du Culm; 

5° Les organismes qui sont les plus communs et les plus caractéristiques 
du premier type de Cannel sont des microspores , la plupart du temps iso- 
lées; elles constituent à elles seules près des quatre cinquièmes des corps 



m 



Fig. 5. — Gr. 600/1. 



a, h. Microspores groupées en tétrades. 
c. Microspores isolées, 
m. Microcoques. 

jaunes; leur contour est triangulaire et présente deux côtés rectilignes, le 
troisième est convexe; leur grande longueur atteint 46 fx et la petite 33 fx; 
quelquefois elles sont encore réunies en tétradre; elles forment alors une 
spbère dont le diamètre est de 64 fx. 

Les macrospores décrites en premier lieu et les microspores dont il vient 
d'être question diffèrent peu par la taille des macrospores et microspores 
de certaines Lycopodiacées arborescentes, Lépidodendrées entre autres; il 
ne serait pas impossible qu'elles en provinssent. Ainsi, dans le Lepidostrobus 
Rouvillci, les microspores mesurent Ai u et 3s p, et le diamètre d'une té- 
trade est de 60 fx. Les macrospores du Lepidostrobus Dabadianus atteignent 
4oo pt; 

6° Ou rencontre en outre, mais en petite quantité, des Algues sans doute 
autrefois sphériques, maintenant plus ou moins aplaties, creuses, larges 
de 45 fi, bautes de 2 5 fx : ce sont de jeunes Pilas, peut-être des Pila sco- 
tica; elles sont remplies de Microcoques. 

11 existe encore dans le Cannel Bryant d'autres organismes, fragments 
Muséum. — iv. 8 



— 110 — 

divers de plantes , mycéliums de Champignons , etc. Nous les étudierons dans 
une prochaine note. 

Les conclusions que Ton peut tirer de ce qui précède sont : 

1° Les Cannels, de même que la Houille, les Bogheads, se présentent 
en lils superposés indiquant que le dépôt des différents éléments qui les 
constituent s'est effectué au sein des eaux; 



Fi;j. (>. — Pila seoHea envahi par des Microcoques. Gr. 1100/1. 

a Que la matière fondamentale est de nature complexe, qu'elle se com- 
pose de fragments irréguliers, à angles vifs, noirs, provenant de portions 
de végétaux plus fortement houilliliés, tenus en suspension dans une sorte 
de gangue de couleur plus claire qui a joui d'une certaine plasticité , puisque 
non seulement elle a moulé les fragments indiqués, mais encore les diffé- 
rents corps jaunes organisés que l'on y observe; 

3° Qu'il existe plusieurs variétés de Cannels, caractérisées : tantôt par 
l'abondance de fructifications de Cryptogames, microspores, macrospores , 
et par la présence d'une petite quantité d'Algues; tantôt par la prédomi- 
nance de spores, de grains de pollen el quelques débris de végétaux qui en 
modifient la teinte en la faisant virer au rouge; tantôt par une désorgani- 
tion plus complète des élément * organiques qui sont devenus méconnais- 
sables; 

4° L'un des types sur lequel nous avons insisté en choisissant le Canne! 
Bryant comme exemple se fait remarquer par la grande quantité de mi- 
crospores, réunies quelquefois en tétrades, qu'accompagnent quelques 



— lit — 

macrospores et quelques Pilas. Un sous-type, contenant les Cannels de 
Rive-de-Gier, deCannelton, etc., est dépourvu d'Algues ; 

5° Les divers éléments organiques ont élé envahis par des Bactéiïacées 
et par des mycéliums de Champignons que nous décrirons plus tard ; 

6° Si les Bogheads se distinguent par les Algues microscopiques qui se 
trouvent en abondance dans la matière première, les Cannels, de leur côté, 
sont caractérisés par la prédominance des organes de reproduction de plantes 
cryptogames ou phanérogames, tels que Microspores, Macrospores, Spores, 
Grains de pollen. 



Roches phosphatées du Bas Sénégal, 
par M. Stanislas Meunier. 

Depuis 1820, les collections géologiques du Muséum ont reçu de nom- 
breuses suites de roches provenant du Sénégal et nous avons des centaines 
d'échantillons provenant de cette région. Mais ces matériaux , tout abon- 
dants qu'ils soient, sont insuffisants à nous procurer la notion de la struc- 
ture stratigraphique de la côte. 

J'ai le plaisir d'annoncer que cette lacune de nos connaissances n'existe 
plus, à la suite de l'élude que j'ai pu faire récemment de spécimens qui 
m'ont été apportés par M. Aug. Dollot, à qui je suis heureux d'adresser ici 
mes très vifs remerciments. 

Grâce à lui, nous possédons maintenant une série d'échantillons ob- 
tenus par des forages systématiquement distribués depuis Dakar jusqu'à 
Joal et nous pouvons pénétrer dans le secret d'une constitution géologique 
que masque aux regards un épais dépôt de sables récents et de latérites. 

Par l'examen des documents ainsi réunis, on constate que la formation 
la plus ancienne consiste en couches calcaires que leur richesse en Fossiles 
rend spécialement intéressantes. Des Turritelles et d'autres Coquilles qui 
rappellent singulièrement celles que M. de Kœnen {l) a décrites dans les 
couches du Cameroun (Turritella kamerimensis , Astarte tecticosta , Cithcrœa 
tenu identata, etc.), portent à considérer ces calcaires comme crétacés. Us 
constituent à Pobenguine un pli anticlinal bien visible. 

C'est sur ces couches que s'étendent, avec une quinzaine de mètres 
d'épaisseur, des strates d'une roche argileuse remarquable d'abord par sa 
structure, qui est très finement feuilletée, puis par sa composition, qui ad- 
met une notable proportion de dolomie. Quand on l'examine en lames 

W Ueberfossilien der Uitteren Kreide am Vjer der Mungo ini Kamerun. (Société 
des sciences de Gôttingen, nouvelle série, t., I. n° 1.) 

8. 



— 112 — 

minces au microscope, on y voit des myriades de petits cristaux rhombo- 
édriques de ce minéral. 

Dans l'argile feuilletée, sont d'abondants rognons siliceux, souvent zo- 
naires, et par ces divers caractères, la roche dont il s'agita des ressem- 
blances extérieures avec la substance qualifiée, aux environs de Paris de 
marne de Saint-Ouen. Les rognons siliceux, qui rappellent nos opales- 
inénilites, contiennent, comme la masse qui les empâte, des rhomboèdres 
de dolomie et souvent le produit de l'épigénie de ces cristaux par la silice. 

Au-dessus des argiles feuilletées dolomitiqnes, se montrent des couches 
très remarquables avant tout par leur richesse , d'ailleurs variable, en phos- 
phates de chaux. Vers le bas, elles sont parfois friables et contiennent des 
quantités de dents de Poissons fort analogues aux Requins des mers ac- 
tuelles (Lamna, Galeocerdo, Odontaspis, etc.). Elles sont alors fort ressem- 
blantes à certains phosphates éocènes. tels que ceux de Tébessa, en Algérie. 
Le plus souvent, les roches phosphatées du littoral sénégalais sont très 
dures, fortement imprégnées de silice et se cassent sous le marteau en 
éclats tranchants. 

En lames minces, on y voit des Foraminifères et des spicules de Spon- 
giaires, et l'on reconnaît que le phosphate de chaux s'y est surtout con- 
centré en petits ovoïdes disséminés dans la pâte siliceuse. La proportion 
de ce phosphate peut atteindre au maximum 35 à 38 p. îoo. Cette slruc- 
Imc est comparable à colle de phosphates blancs qu'on exploite, depuis 
quelque temps, dans plusieurs localités du Tennessee, mais qui sont com- 
pris dans le terrain dévonien. 

Ce qui m'a le plus frappé dans l'élude des roches qui nous occupent, 
c'est ce qui concerne la cause vraisemblable de leur richesse enphosphale 
de chaux. On pourrait croire, d'abord, que cette précieuse substance dérive 
des restes organiques, dents de Poissons, tests de Foraminifères, etc., men- 
tionnés plus haut ; mais on reconnaît bien vile que les couches les plus riches 
en phosphate ne sont pas du tout les mieux partagées en Fossiles. Aussi est- 
on fort satisfait de trouver une autre explication. 

Pour ma part, je crois la tenir dans un pointcment de roche éruptive, 
de nature basaltique, qui constitue à Diokoul, près de Rufisque, un ro- 
cher connu sous le nom de Saïssaz. En l'examinant au microscope, on re- 
connaît que les minéraux essentiels du basalte: plagioclases, pyroxèue, pé- 
ridot, fer oxydulé, y sont associés à une quantité relativement énorme 
d'a'patile ou phosphate de chaux cristallisé. 

La présence de cette roche éruptive si riche en apatite au contact même 
des formations sédimentaircs phosphatées est bien faite pour provoquer la 
réflexion et nous conduirait rapidement, par des transitions ménagées, 
jusqu'à la question de l'origine même du phosphore constitutif des êtres 
vivants. 

Sans aller si loin, je me bornerai à rappeler que les profondeurs inlra- 



— 113 — 

granitiques paraissent être le laboratoire où s'élaborent les substances uti- 
lisées par tous les agents de la surface, qu'ils soient du monde inorga- 
nique ou de celui de la physiologie. Et, à cet égard, il y aurait à faire 
dans la série des minéraux des groupes remarquables par une même ma- 
nière d'être dans les roches stratifiées. 

A ce point de vue purement géologique, la silice et le phosphate de 
chaux ont une communauté d'allure très frappante. Peut-être celte ressem- 
blance mutuelle a-t-elle une de ses raisons d'être dans l'usage que font les 
êtres vivants du phosphate de chaux comme de la silice pour la constitution 
de leurs tissus, de leur carapace et de leur squelette; c'est la cause de leur 
présence simultanée dans les mêmes genres déformations et sous les formes 
concrétionnées déjà décrites tant de fois. 

Mais il me semble qu'il peut y avoir, dans certains cas, un autre ordre 
d'analogies dans l'histoire géologique des deux minéralisateurs. Et de même 
que les filons de quartz semblent, en maintes localités, être dans le rap- 
port de la cause à l'effet avec les silifications des masses stratifiées, de 
même le filon si riche en apatite de Diokoul paraît pouvoir être invoqué, 
au moins pour une part, dans la phosphatisation des assises sénégalaises 
qui viennent d'être signalées. 



Sur la vitesse d'attaque 
des différeytes faces de la calcite par les acides, 

par M. Paul Gadbert. 

(Laboratoire de M. A. Lacroix.) 

M. \V. SpringW a étudié l'action de quelques acides sur le spath d'Is- 
lande; il a constaté que la quantité d'acide carbonique dégagée pendant le 
même temps par la face perpendiculaire à l'axe optique du cristal et par la 
face qui lui est parallèle n'était pas la même. Le rapport des deux quan- 
tités est sensiblement égal à celui des indices ordinaire et extraordinaire du 
spath. M. G. Gesaro li] a examiné si ces résultats pour une face d'attaque 
parallèle au clivage étaient aussi en rapport avec l'élasticité optique du 
spath. 

En considérant l'ellipsoïde, dans lequel a représente la vitesse d'attaque 
parallèlement à l'axe optique et c celle qui lui est perpendiculaire, la vi- 

(1 ' Sur la vitesse de réaction du spath d'Islande avec quelques acides. ( Académie 
de Belgique, 3 e série, t. XIV, n° 12, 1887.) 

W Relation entre la vitesse d'attaque du spath par les acides et l'élasticité optique 
estimée suivant la direction normale au plan d'attaque. (Annales de chimie et de 
physique, 6 e série, t. XVII, p. 37, 1889.) 



■ll/l 



lesse v pour une autre direction est égale à y a* sin 2 <p + c 2 cos 2 ^, (p étant 
l'angle que fait ia normale au plan d'attaque avec l'axe a. 

Pour le rhomboèdre primitif de la calcite, <p=lili" 3G' 34". 

Les résultats expérimentaux obtenus par M. Cesaro ont concordé à peu 
près avec les nombres calculés par la formule précédente (1) . 

Cette relation de la vitesse d'attaque avec l'ellipsoïde d'élasticité optique, 
qui nous porterait à admettre un ellipsoïde de vitesses d'attaque, ne me 
parait pas démontrée par les expériences citées plus haut, malgré la 
concordance des résultats observés el calculés, concordance qui est for- 
tuite. Voici comment le phénomène se produit. 

Un prisme hexagonal de calcite plongé dans un acide ne conserve pas 
ses faces de la base et du prisme. Au bout de très peu de temps, ces der- 
nières sont remplacées par un très grand nombre de faces microsco- 
piques qui sont les mêmes sur toutes les faces primitives et qui dépendent 
de la nature de l'acide, des matières étrangères contenues dans ce dernier, 
desa température et de son degré de concentration. Par conséquent, si l'on 
examine une face du prisme hexagonal attaqué par l'acide chlorhyilrique. 
ce sont des faces de scalénoèdre et de rhomboèdre aigu que l'on observe. 
Le dégagement d'acide dépend de la somme de la surface totale de ces faces 
microscopiques. Le calcul montre que, par unité de surface primitive, la 
somme de ces petites faces est plus grande sur la base du prisme hexago- 
nale (jue sur les faces latérales, ce qui explique le phénomène observé par 
M. Spring. 

Si le prisme de calcite était plongé dans un acide qui provoquerait la 
formation de faces de rhomboèdre très aplati, le dégagement d'acide serait 
plus grand, dans ce cas, sur les faces latérales du prisme que sur la base. 

Il est inutile de considérer d'antres form s de la calcite; cet exemple est 
suffisant. 

Pour étudier le dégagement d'acide carbonique produit sur une face, il 
faut donc placer le cristal dans un dissolvant dans lequel celte face puisse 
se produire. Or, comme les différentes formes se produisent souvent dans 
des conditions diverses, les résultats ne sont plus comparables. 

Ce qui se passe pour la calcite se produit aussi pour toutes les autres 
substances cristallisées. 

(1) M. Cesaro annonce dans son Mémoire que M. Spring a étudié (1889) la 
vitesse d'attaque sur la face h\ niais les résultats ne sont pas encore publiés. 



— 115 — 

Dosage chimique de l'oxyde de carbose lorsque ce gaz est contenu 
daifs l'air, meme à letat de traces, 

par M. Maurice Xicloux^. 

Depuis déjà plusieurs années, sous Ici direction de mou maître, 
M. Gréhant, j'ai eu souvent l'occasion de doser des tiaces d'oxyde de 
carbone dans l'air en employant le procède' à la fois physiologique et chi- 
mique décrit par lui dans les «Gaz du sang» [i) et complété par une com- 
munication faite à l'Académie, le 8 novembre 1897 3; . Je me permettrai 
d'en rappeler le principe : Fixation de l'oxyde de carbone par le sang d'un 
Mammifère vivant, extraction des gaz d'un volume déterminé de sang, 
analyse de ce gaz au grisoumètre. La proportionnalité entre l'oxyde de car- 
bone fixé par le sang et l'oxyde de carbone contenu dans le milieu résout 
le problème du dosage. 

Cette méthode a fourni déjà un grand nombre de résultats intéressants 
au point de vue des applications de la physiologie à l'hygiène: elle en 
fournira encore; mais j'ai pensé qu'il serait avantageux d'imaginer un 
procédé de dosage entièrement chimique, simple, rapide, d'une exactitude 
relativement grande qui permette de doser l'oxyde de cirbone dans l'air 
même, lorsque ce gaz y est contenu dans la proportion de i/5o.ooo. 

Le principe du procédé est le suivant et repose sur deux faits connus 
déjà depuis fort longtemps : 

i° L'oxyde de carbone est oxydé par l'acide iodique anhydre à la tem- 
pérature de i5o° en donnant de l'acide carbonique, et mettant en liberté 
uni' quantité d'iode correspondante' 4 '; 

2 L'iode peut être facilement dosé au 1/2 centième de milligramme près 
si la quantité d'iode est inférieure à o milligr. 1 . à 1 centième près entre 
o milligr. 1 et milligr. 2 d'iode, à 9 centièmes près si la quantité d'iode est 
supérieure à milligr. 2 (entre milligr. 2 et milligr. 4), cela en em- 
ployant le procédé donné par Rabourdin [s ' : 

Mise en liberté de l'iode, de l'iodure de potassium par l'acide sulfuriqui' 
nitreux; dissolution de l'iode dans un volume connu de chloroforme et 

(1) Travail du laboratoire de physiologie générale du Muséum. 

(2) Les gaz du sang, 1 vol. Encyclopédie Leauté. 

(:i ) V. Gréhant, Dans quelle limite l'oxyde de carbone est-il fixé par le sang d'un 
Mammifère vivant. (G. R., 8 novembre 1897.) 

(4; Ditte, Propriétés de l'acide iodique. (Bull, de la Soc. chimique, t. I, p. 3 1 8 , 
1870.) C. de la Harte et F. Reverdin, Recherche de l'oxyde de carbone dans l'air. 
(Bull, de la Soc chimique, 3 e série, t. I, p. i63, 1889.) 

M Rabourdin, Essai de dosage de l'iode. (C. R., t. XXXI, p. 786, i85o.) 



— 116 — 

comparaison de la teinte ainsi obtenue avec celle que l'on obtient dans les 
mêmes conditions avec une solution titrée d'iodure de potassium. 

Appareil et détail du dosage. — On prend trois pptits tubes en U, à tu- 
bulures latérales, semblables a ceux qui servent à l'analyse organique. Dans 
le premier, on introduit de la potasse en pastille; dans le second, de la 
ponce sulfurique; dans le troisième, 2 5 à ho grammes d'acide iodique 
anhydre; on ferme à la lampe les deux brandies de ce dernier pour éviter 
l'introduction de matières organiques. A la suite du troisième, on place un 
tube de Will contenant 5 centimètres cubes de lessive de soude pure, d'une 
densité de î .2 que l'on additionne de 5 centimètres cubes d'eau distillée. 
Enfin une aspiration réglée à raison de 1 centimètres cubes par minute 
et produite par un vase de Mariotte pourra faire circuler les gaz dans le 
sens du premier tube vers le tube de Will. 

Le tube en U contenant l'acide iodique est introduit dans un verre cylin- 
drique de Bohême rempli d'huile. 

Le gaz à analyser (t litre suffira pour le dosage si la quantité de CO est 
égale ou supérieure à 1/20,000) est contenu dans un petit sac de caoutchouc 
où un aspirateur gradué circule dans les deux premiers tubes contenant 
potasse et ponce; dans le premier, il se débarrasse de CO 2 , de H 2 S, de SO"; 
H 2 S et SO 2 donneraient la même réaction que l'oxyde de carbone si , étant 
contenus dans l'air à analyser, ils n'étaient pas retenus; dans le second, 
il se débarrasse de la petite quantité d'eau qu'il pouvait retenir. Le gaz 
arrive ensuite au contact de l'acide iodique anhydre maintenu à i5o° au 
moyen du bain d'huile; CO s'oxyde; la vapeur d'iode entraînée par le cou- 
rant gazeux est retenue par la solution alcaline du tube de Will. 

Le gaz ayant entièrement circulé, on en chassera les dernières traces de 
l'appareil en faisant une aspiration d'air atmosphérique. 

Le dosage s'effectue comme l'a indiqué Rabourdin. 

On introduit dans une éprouvette de 100 centimètres cubes, bouchée à 
l'émeri, le liquide contenant l'iode; on amène, après lavage le volume à 
5o centimètres cubes; on ajoute quelques centimètres cubes d'acide sulfu- 
rique, de manière à rendre la solution franchement acide, 5 centimètres 
cubes de chloroforme (l) , quelques centigrammes d'azotite de soude; on 
agite fortement; l'iode mis en liberté se dissout dans le chloroforme en 
lui communiquant une teinte rose. On compare cette teinte avec celle ob- 
tenue en répétant la mêmr> réaction dans les mêmes conditions dans une 
seconde éprouvette de même volume et de même diamètre (4o centimètres 
cubes d'eau distillée, 5 centimètres cubes de soude pure, acide sulfurique, 
5 centimètres cubes de chloroforme, quelques centimètres cubes d'azotite 

W Le sulfure de carbone pur remplit le même but et la réaction est même un 
peu plus sensible. 



— 117 — 

de soude), mais en ajoutant une quantité connue d'iodure de potassium 
au moyen d'une burette contenant une solution à o milligr. i d'iodure 
de potassium par centimètre cube; on ajoute de l'iodure de potassium 
jusqu'à ce que l'on ait l'égalité des teintes qui s'obtient d'ailleurs, après 
quelques tâtonnements, avec la précision énoncée précédemment. 

Si les teintes sont trop intenses (teinte obtenue avec o milligr. 6 d'iode, 
par exemple), on diluera avec un volume connu de chloroforme. 

L'égalité une fois obtenue, on en conclut qu'il y a dans le liquide à doser 
une quantité d'iode égale à celle indiquée par la burette. Connaissant la 
quantité d'iode, on connaîtra la quantité de GO correspondant d'après la 

réaction 5 GO + 2 L0 3 H = H 2 + 5 GO 2 + l 2 

qui montre que 70 de GO donnent 127 d'iode. 

Le volume h et à 7 Go sera obtenu en divisant le poids de CO par 
1,254. 

Pour vérifier l'exactitude de cette méthode, j'ai fait toute une série de 
dosages d'oxyde de carbone dans de l'air n'en renfermant que de 1/1,000 à 
i/5o,ooo. J'ai toujours retrouvé la quantité d'iode théorique, aux erreurs 
d'expérience près; 2 lit. 5 à 3 litres suffisent pour le mélange à 1/00,000. 

Voici le tableau des résultats : 



QUANTITÉ DE CO EN VOLUME. 


POIDS DE CO 
a 

Li TEMPÉRtTl'RB 

et 
à la pression 

de 
l'expérience. 


QUANTITÉ D'IODE 


THKomnuE. 


TH0LVÉE. 

1 = k[ x 0,76a. 


cm 3 

8.5 W de gaz à 1 p. 1 00 de CO pur. 

9-9 <* — » 
i&o5« — 1 — — 

io.o5 (4) — 1 — — 

/..S' 5 ) — 1 — — 
5,4 « — 1 — — 


milligr. 
1 .010 
o.ia3 
0.1 60 
0.1 22 
0.060 
0.0670 


milligr. 
1.8lO 
0.29.3 
O.29O 
0.29 1 
O.IO9 
0.1 9.3 


milligr. 
1.770 

o.2.3o 

0.998 

0.2 \k 

0.1 1 h 

0.199 


1 1 ) Ces 8 cm 3 5 ont été dilués dans 85o cm 3 d'air ( mélange à 1/1,000). 

1 2 ) Ces 9 cm 3 ont été dilués dans 5oo cm 3 d'air (mélange à i/5,ooo). 
( 3 ) Ces i3 cm 3 o5 ont été dilués dans 970 cm' d'air (mélange à 1/7,600). 
C'i Ces iocm 3 o5 ont été dilués dans 1 litre d'air (mélange à 1/10,000). 
I 5 ) Ces 4 cm 3 8 ont été dilués dans 960 cm 3 d'air (mélange à 1/20,000). 

I B i Ces 5 cm 3 L ont été dilués dans a litres 700 d'air (mélange à i/5o,ooo). 



Comme on le voit, les erreurs influent à peine le chiffre des centièmes 
de milligramme d'iode lorsque les déterminations portent sur i à 2 dixièmes 



— 118 — 
de milligramme d'iode. L'erreur relative maximum sera donc de 10 

p. 1 00. 

Même avec cette erreur maximum qui est en somme peu considérable, 
le procède est ;i même d'avoir quelques applications, grâce à sa simplicité' el 

;i sa rapidité, les quantités de gai à faire circuler étant relativement petites 
^t litre environ, •> à il litres au maximum.) 

Remarque*. — i° H est nécessaire de faire marcher l'appareil à blanc 
plusieurs heures, à cause des traces de matières organiques qui peuvent 
avoir été entraînées dans L'acide iodique an moment du montage de l'appa- 
reil et qui, par leur oxydation, donnent de l'iode libre; 

a" Je me suis assuré que 9 à •"> litres d'air atmosphérique n'ont pas 
donne trace d'iode en le faisant circuler dans l'appareil. 

Conclusions. — Gomme on le voit par la méthode qui vient d'être dé- 
crite, il est facile de doser avec une précision relativement grande l'oxyde 
de carbone contenu dans l'air dans des proportions variant de l/l,000 à 

1 ôo.ooo. 

Pourtant, il est une critique qui peut être laite, à savoir, que l'acide 
iodique peut être re.lint par des vapeurs organiques pouvant être contenues 
dans l'air. 

Cette méthode sera alors complétée (dans le cas naturellement OÙ la re- 
cherche de l'oxyde de carbone dans une atmosphère donnée aurait donné 
un résultai positif) parla recherche decegas, par la méthode de M. le pro- 
fesseur Gréhant, méthode qui s'appuie sur la réaction très spéciale de 

l'oxyde de carbone sur l'hémoglobine. 



SUM OH PHOSPHATE /»Y/:ivi CBISTALUSl . 

par M. L. Bourgeois. 

Un phosphate diuranique hydraté P0'(UO*)H + ftH*0 (nous prenons 
U = , 2 ' lo> |e radical oranyle UO 1 est alors bivalent) a été obtenu, il y I 
une cinquantaine d'années, par Werther ' dans l'action de l'acide phos- 
phorique ou du phosphate de sodium sur une solution d'acétate d'urane, 
sous forme d'un précipité microcristallin jaune. Dans ce même mémoire, 
entre autres questions traitées, Werther décrit en outre l'arséniate d urano 
correspondant obtenu dans des circonstances analogues, publie des analyses 
des minéraux nranite et chaleotite el t'ait remarquer l'analogie frappante 
existant entre la formule de ces derniers minéraux el celle du phosphate 
simple d'urane donnée plus haut. 11 sullil en effet, dans celle-ci, de rera- 



i 



Journal fHrpraktùehê Ckemit, i8fi8, t. M. 111, p. »>»■ 



— 119 — 

placer i atome (Tbydrogièae pur um j quantité équivalente de calcium ou de 
enivre, pour retond» - doublement des formée*, mu les pipreiaioni 

mêmes de l'urauiie et 4e la chalcol ■ leur eau de cristallisation 

(poy,i.ov<,a + SffO (ro'^d'O^ycu -f «u o. 

Luranite et la chalcolile sont donc respeelivemenf les selscalcique etcui- 
yrioue 'Ju phosphate dinranâtjue envisagé eoname aeàde roonobasique. Wer- 
ther luit connaître a ce propos une curieuse expérience : ayant fait bouillir 
Longtemps <Ju phosphate diurankfue cristallisé avec une solution d acétate 
basique de cuivre, il a vu le sel se colorer en vert: après lavage à l'eau el 
à l'acide acétique, le sel a prit la composition exacte de la chalcol 

M. H. Debray ' , dans as thèse sur la production d'un grand nombre dV 
phosphates et araéuiales cristallisés, a fait \ uir <jue la chalcolite s'engendre 
aisément en petite* paillettes carrées, toutes les lois que 1 on mélang'e des 
solutions .ifides d'azotate duraue et de phosphate cuivrique et, de plus, 
que ce tel est 1res (fable à chaud, rneme en présence àfiu I eau ou 

dune solution «l'azotate durant. Lee choses se passent tout autrement, si 
l'on substitue, dans la préparation précédente de- sels de calcium aux sels 
de cuivre. J| ne se lait jamais duranite: à froid, M. Debray a recueilli, 
dans certaines circonstances, un phosphate aranieo-eakiaue de composition 
afférente PO UO /..-H -f «8*0, le coefficient a variant de 8 à h sui- 
vant que la température de la réaction varie entre So et s5o*. Si les liqueurs 
renferment un excès d'azotate duraue, un obtient un sel formé, comme le 
précèdent, de croûtes jaunes microcrislallines, mais ne renfermant plus de 
calcium : c'est un phosphate diuranique simple, plus ou moins hydraté. 
En particulier, sj h réaction s'effectue a oo-OV, il présente la composition 
exprimée par la formule PO*(CO*)H -f- iH*0; ce sel est précisément celui 
de Werther, et t'est lui-même qui va nous oecufM 

Plus récemment, M. GLWinUer^, ayant découvert dans un gisement 
de Saxe l'uranospinite et la zeunérite, c'est-à-dire les arséniates correspon- 
dant respectivement a 1 uranile et a la chalcolile. les a vus 1 un et l'autre 
^engendrer, MUS loi me de petites paillettes carrées, par simple mélange 
d'une solution d azotate d urane avec des solutions d arséniates de calcium 
ou de cuivre renfermant un excès d'acide anémone. Jl y a lieu de noter 
que, contrairement à ce qu'avait observé Debray pour les phosphates , le 
sel de calcium prend naissance aussi aisément que le sel de enivre. 

Il n'est pas impossible que la nature ait mis en oeuvre, dans la gei 
des minéraux de la famille de luranite (voir leur lisle plus loin), des pro- 
cédés assez roistns de ceux qui ont été employés dans les synthèses de 
MM. Debray et Winklcr: ainsi l'on peut concevoir que des eaux chargées 

h<«nlc* </<- Ckimit et du Pifftûme, i8Ci, 'V série, t. LXJ. p. 6 60. 

J'iuriml /m //ruktiiicti* (Jifmie , iH^3, t. (A\, p. 0. 



— 120 — 

d'acide sulfurique, par suite d'oxydation de minéraux pyriteux ayant coulé 
d'une part sur des masses de prechblende, d'autre part sur des cristaux 
d'apatite ou de phosphates de cuivre, pourraient donner naissance à une 
lente cristallisation d'uranite, de chalcolite, etc. Le succès de M. Winkler, 
en ce qui concerne l'uranospinite, ou arséniate urano-calcique, m'avait 
engagé, même en présence de la non-réussite de M. Debray, à poursuivre 
quelques essais en vue de la reproduction de l'uranile. J'ai hâte de dire 
qu'ils ne m'ont pas davantage conduit, jusqu'à présent, au résultat cherché. 
Toutes les fois que j'ai mis en présence des solutions d'azotate d'urane et 
de phosphate de calcium ou autres métaux (le cuivre excepté), en présence 
d'un acide minéral , j'ai toujours vu se déposer un précipité jaune constitué 
par de très petites tables carrées ; ce précipité est le phosphate diurauique 
de Werther et ne renferme pas d'autre métal que l'uranium. Cependant, 
avec le cuivre, les choses se passent autrement : le précipité est vert, tout 
en offrant les mêmes apparences microscopiques que le précédent; il est 
formé de chalcolite. Mais il faut, pour qu'il en soit ainsi, que la liqueur ne 
soit pas trop acide, auquel cas tout le cuivre demeure en solution et l'on 
retombe sur le précipité jaune habituel du phosphate uranique cristallisé. 
Je me suis assuré de l'absence de calcium ou autres métaux dans les dépôts 
(bien pulvérisés et lavés), en procédant ainsi que l'avait fait M. Debray : 
dissoudre le sel dans l'acide azotique, précipiter par l'acétate d'ammonium 
la liqueur étendue , filtrer pour séparer le phosphate d'urane, et ajouter à la 
liqueur liltrée un réactif, tel que l'acétate d'ammonium. 

Ceci posé, j'ai observé sur le phosphate diuraniquc une propriété inté- 
ressante et non signalée, qui l'éloigné de la plupart des phosphates inso- 
lubles et le rapproche au contraire d'autres sels , tels que l'oxalale de calcium , 
le sulfate de plomb, etc. Il prend naissance en effet et se dépose dans des 
liqueurs qui peuvent être assez follement acides. De plus, de telles liqueurs 
le dissolvent plus abondamment à chaud qu'à froid, par suite de la décom- 
position du sel, et, en raison du phénomène inverse, abandonnée à un lent 
refroidissement, la solution dépose des croûtes ou grains cristallins de 
phosphate d'urane identique avec le sel primitif. Par exemple, on dissout 
dans l'eau 5 grammes de phosphate monoammonique et 18 grammes d'a- 
zotate d'urane cristallisé; le précipité microcrislallin est lavé par décanta- 
tion, puis mis en suspension dans 5oo grammes d'eau, qu'on chauffe pro- 
gressivement jusqu'à l'ébullition, en ajoutant par petites portions de l'acide 
chlorhydrique jusqu'à disparition presque totale du précipité. La liqueur 
étant filtrée chaude dépose au bout de quelques jours le phosphate d'urane 
sous forme de croûtes jaunes; la présence de sels de calcium ou autres accé- 
lère beaucoup la cristallisation , sans augmenter notablement les dimensions 
des cristaux. A la loupe ou au microscope, on constate que la matière est 
entièrement cristallisée et constituée par des lamelles carrées, rarement 
octogonales, atteignant jusqu'à o millim. 5 de côté, souvent empilées irré- 



— 121 — 

gulièremcnl les unes sur les autres. La densité de ce produit est 3.o3. Sou- 
mis à la calcînation, le produit perd 18.2 p. 100 d'eau, ce qui s'accorde 
bien avec les formules de Werther et de Debray données plus haut. Enfin 
les observations suivantes vont nous permettre de déterminer la forme cris- 
talline du sel et de la comparer avec celle de l'uranite : ce sera l'objet prin- 
cipal de la présente communication. 

Il y a cinq années, clans l'espoir d'obtenir de l'uranite, j'avais fait eu 
petit la préparation qui vient d'être indiquée, avec addition de chlorure 
de calcium: avant ajouté une quantité suffisante d'acide chlorhydrique pour 
que le précipité pût se redissoudre h chaud, j'avais filtré la liqueur et re- 
cueilli celle-ci dans un tube à essai qui fut depuis cette époque oublié, sans 
être bouché, dans un coin du laboratoire, et que je n'ai retrouvé qu'il y a 
quelques semaines. La solution s'était assez notablement concentrée; par 
suite d'évaporalion spontanée, elle était devenue d'un jaune vif et, au fond 
du tube, apparaissait la petite géode de cristaux que j'ai l'honneur de vous 
présenter. C'est un groupe de tables carrées transparentes, d'un très beau 
jaune, englobant malheureusement quelques poussières; un petit nombre 
atteignent 2 à 3 millimètres de côté. Evidemment, ces cristaux se sont très 
lentement formés aux dépens des cristaux microscopiques déposés tout 
d'abord; les plus gros échantillons ont dévoré les plus petits, à la faveur 
des fluctuations incessantes de la température ambiante, suivant le processus 
bien connu signalé par H. Sainte-Claire-Deville et Debray (1) . Il y a lieu 
d'être frappé de la ressemblance de ces cristaux avec l'uranite naturelle , à 
tel point que j'ai cru tout d'abord être en présence de ce minéral. Mais les 
considérations exposées plus haut nous fixent nettement sur la nature du 
produit : c'est bien le phosphate d'urane PO'(U0 2 )H -f- liWO. 

En lumière polarisée parallèle ou convergente, ces tables montrent une 
double réfraction uniaxe négative; je n'ai pu observer de dislocation sensible 
de la croix noire, aussi j'admets que les cristaux sont quadratiques. Ils se 
prêtent assez bien à des mesures goniom étriqués , et encore, pour ne pas 
détériorer l'échantillon , je n'ai pas détaché les plus gros cristaux. Les faces 
observées sont la base p (001) prédominante, un prisme, que nous ap- 
pellerons m (110), et plusieurs octaèdres sur les arêtes. Le plus développé 
a été choisi pour octaèdre primitif è l/j (1 1 1) et l'on a encore mesuré i 9 s et 
b' 3 (1.1. 3o). Les angles des normales sont les suivants, moyennes de 

nombreuses mesures : 

p b>> = 67 45' 

j,K 4 = a8°3o' 
pb^ = h° 3q' 
D'où Ton déduit 

a : c = 1 : 1,728/i. 

M Comptes rendus de l'Académie des sciences, 1866 , t. LIX, p. ho et kh. 



— 122 — 

Il est intéressant de mettre ces mesures en regard de celles qui con- 
cernent les minéraux de la famille de i'uranite : 

Uranite ou autunite.. . . (PO 4 )* (UO 2 ) 2 Ci + 8H 2 

Orthorhomliique. . {",' , , 
1 | pe l =70° 4i' 

Uranocircite ( PO 4 ) 2 ( UO 2 f Ba + 8H » < I 

Orthorhomhique. . ? 

Chalcolile ou torbérite.. (PO 4 ) 2 ( UO 2 ) 2 Cu + 8H 2 

Quadratique pb'/ 2 = 71° a4' 

Uranospinile ( AsO 4 f ( UO 2 f Cu + 8H 2 

Quadratique pb 1 / 1 = 71 3i' 

Zeunérite (AsO 4 ) 2 (UO 2 ) 2 Ci + 8H 2 

Quadratique pb 1 / 2 = 7 1° 3i' 

Phosphate d'urane PO* (UO 1 ) H + ftff 

Quadratique pW' = 67 ^i5' 

Celle comparaison montre que le phosphate diuranylique, tout en offrant 
incontestablement , au point de vue chimique et crislallographique , un certain 
air de famille avec I'uranite et ses congénères, s'en écarte trop par la valeur 
des angles de ses laces pour qu'on puisse y voir un véritable isomorphisme. 
Du reste, on ne connaît guère d'exemples d'isoinorphisme bien constaté entre 
un acide (surtout un acide monobasique) et ses propres sels de calcium, etc. 

J'ai mis en train des expériences de cristallisation spontanée de phos- 
phate diuranique au sein de solutions acidulées, effectuées sur quelques 
grammes de substance. Si ces cristallisations marchent comme je le désire, 
je serai heureux, dans quelques années, de faire part à la Réunion des ré- 
sultats obtenus et de compléter ou rectifier certains points de cette note. 

L'arséniate d'urane, AsO' 1 (U0 S ) H + h H s 0, décrit par Werther, s'ob- 
tiendra sans doute de même en cristaux mesurables. J'ai déjà constaté sur 
des cristaux microscopiques qu'il est bien plus biréfringent que le phos- 
phate; il présente de plus des anomalies optiques dues à de nombreuses 
lamelles hémitropes indiquant qu'il n'est pas vraiment quadratique. Ces 
lamelles se traduisent intérieurement par de fines stries sur les bases, 
tracées parallèlement aux côtés de celles-ci. A part cela, l'aspect des cristaux 
est le même que celui du phosphate. J'espère aussi pouvoir compléter ces 
indications. 

Je terminerai en disant que des expériences dirigées autrement dans des 
conditions de température, d'acidité ou de concentration différentes per- 
mettront peut-être de reproduire l'uranite; il n'y a pas lieu de désespérer 
d'atteindre ce résultat. M. Winkler a, en effet, réussi la préparation de l'arsé- 
niate. correspondant. L'influence des conditions d'acidité sur le succès de 
ces expériences est évidente, et je rappellerai que, dans un essai relaté 



— 123 — 

plus haut, j'ai vu la ehalcolile cesser de s'engendrer en liqueur trop acide 
pour faire place au phosphate d'urane, ce qui est la réaction inverse de celle 
deWiukler (voir au commencement du mémoire). 



Acrios de la Fleur do vis sur la Sorbite, 
par M. Gabriel Bertrand. 

On sait que le sucre connu maintenant sous le nom de sorbose avait 
été découvert par Pelouze dans des circonstances si obscures qu'on n'avait 
pu, depuis, en réaliser la préparation que très rarement et tout à fait par 
hasard. 

En soumettant cette singulière question à un examen méthodique, j'ai 
reconnu que le sorbose ne préexiste pas dans le jus de Sorbier, mais qu'il y 
prend naissance quand un Microbe spécial, généralement apporté par la 
Mouche des vinaigreries, se développe sur ce jus, laissé au contact de l'air. 
Le microbe fixe alors l'oxygène sur la sorbite et la transforme en sorbose. 
Si, le plus souvent, on n'obtient pas ce dernier, c'est que des Cryptogames 
divers envahissent le jus de Sorbes et l' épuisent de ses substances dissoutes. 
Parmi ces Cryptogames, j'ai signalé le Saccharomyces vini w ou fleur du vin, 
qui se développe presque toujours après la fermentation alcoolique , puis 
des moisissures diverses, principalement PenicîUum glaucum. C'est en éli- 
minant tous ces Parasites et en cultivant, à l'étal pur, la Bactérie oxydante, 
qu'on peut obtenir maintenant la transformation régulière de la sorbite en 
sorbose avec des rendements de 80 p. 100 (2) . 

Depuis la publication de ces résultats , vérifiés en Allemagne par Tolleus , 
M. Matrot a cru reconnaître que la transformation de la sorbite en sorbose 
pouvait aussi s'effectuer sous l'influence d'une mycolevûre qu'il croit même 
plus active que les Bactéries employées jusqu'ici m . Or cette mycolevûre, 
examinée par M. Bourquelol, ne serait autre que la fleur du vin, micro- 
organisme que j'ai précisément placé parmi ceux qui vivent sur le jus de 
Sorbes sans donner de sorbose. En présence d'une telle contradiction , il 
m'a paru nécessaire de revenir avec quelques détails sur un fait que 
j'avais seulement avancé. 

Quand on ensemence de la fleur du vin , absolument exempte d'autres 
microorganismes, sur un liquide nutritif contenant de la sorbite, celle-ci 
est détruite peu à peu, en donnant de l'eau et du gaz carbonique, mais 



(l > Syu. : Sacch. Mijcoderma liées; My coder ma cerevisiœ et vini Desmazière. 
(i) G. Bertrand. Bulletin, du Muséum, 1896, p. 11 3. 

' 3 ' A. Matrot, Sur la transformation de la sorbite en sorbose par Is Mijcoderma 
vini. (G. R., t. CXXV, p. 87/1; 1897.) 



— \U — 

sans qu'on puisse constater, à aucun moment, la présence de sorbose dans 
le liquide. 

C'est là un résultat que j'ai eu, pendant plusieurs années, l'occasion de 
constater dans un nombre considérable d'expériences où les conditions 
étaient cependant aussi variées que possible. 

Ainsi, j'ai employé de la fleur de vin de plusieurs origines; au début, je 
prenais celle qui se développait spontanément sur le suc de Sorbier; plus 
tard, j'en ai recueilli sur du vin, du suc de plusieurs fruits. J'ai varié aussi 
les conditions de culture en faisant végéter le Cryptogame à diverses tem- 
pératures, soit en présence d'un grand excès d'oxygène, soit, au contraire, 
en diminuant beaucoup l'excès de celui-ci; les résultats n'ont jamais changé 
quant à la non-production du sorbose. 

Enfin, j'ai opéré avec du suc provenant de trois espèces différentes de 
de Sorbes, recueillies à des états de maturation très divers et dans plusieurs 
localités; j'ai utilisé aussi du suc de Cerises, du vin blanc ou rouge, de la 
décoction de levure ou du bouillon à la peplone, additionnés de sorbite. 
Dans aucun cas, la fleur du vin n'a donné trace de sorbose, tandis que la 
Bactérie que j'ai signalée produisait rapidement ce sucre. 

Bien mieux, quand on opérait sur du jus de Sorbe, dont le pouvoir ré- 
ducteur après la fermentation alcoolique correspond encore à quelques 
grammes de glucose par litre (l) , on constatait toujours la disparition par- 
tielle de celui-ci, en même temps que d'autres substances, par l'action de 
la fleur du vin. 

D'après toutes ces observations , il semble bien difficile d'attribuer les ré- 
sultats avancés par M. Malrot soit à une condition expérimentale encore à 
définir, soit à une race particulière de fleur de vin. Cet auteur déclare, en 
effet, s'être servi de mycoderme récolté indifféremment sur du jus de Sorbes 
ou du vin et avoir obtenu du sorbose dans de nombreuses expériences, rrquel 
qu'ait été le ferment employé dans l'oxydation ». On comprendrait mal que 
tous ces ferments, dont l'origine est d'ailleurs banale, appartinssent préci- 
sément à une seule race, différente du type unique que j'ai rencontré dans 
toutes mes expériences. 

Au contraire, si on remarque que M. Ma trot recommande de faire les 
cultures dans de simples cuvettes, exposées par conséquent à l'air dans l'é- 
luve, on s'étonnera moins que des Bactéries oxydantes aient pu se propager 
de cuvette en cuvette, par l'intermédiaire des Mouches ou autrement, et 
ajouter ainsi leur action propre à celle de la fleur de vin. Cette explication 
me paraît d'autant plus vraisemblable que j'ai rencontré moi-même assez 
souvent de telles associations spontanées au début de mes recherches, et je 
puis déclarer, à l'excuse de mon contradicteur, qu'elles ne sont pas toujours 
lacilcs à reconnaître. 



BULLETIN 

DU 

MUSÉUM D'HISTOIRE NATURELLE. 



ANNEE 1898. — N° 3. 



27 B RÉUNION DES NATURALISTES DU MUSÉUM. 

29 MARS 1898. 



PRÉSIDENCE DE M. MILNE EDWARDS, 

DIRECTEUR DU MUSEUM. 



M. le Président dépose sur le bureau le deuxième fascicule du 
Bulletin pour Tannée 1898, paru le 28 mars, et contenant les com- 
munications faites dans la re'union du i ei ' mars. 

Par arrêté en date du 10 mars 1898, M. Philippe (Louis) a été 
nommé préparateur de la chaire de Physiologie végétale du Muséum 
d'histoire naturelle, en remplacement de M. Demoussy, nommé 
précédemment assistant de la chaire. 

Le Directeur annonce que le cours destiné aux voyageurs com- 
mencera le jeudi 21 avril, à 10 heures du matin, dans l'amphi- 
théâtre de la galerie de Zoologie. Le programme en est ainsi fixé : 

ai avril. Leçon d'ouverture M. Milhb Edwards. 

g3 — L'homme dans ses rapports zoologiqucs . . M. Hamy. 

a 6 — L'homme dans ses travaux et son industrie. M. Verneau. 

28 — Mammifères M. E. Oustalet. 

3o — Oiseaux M. E. Oustalet. 

3 mai. Reptiles et Poissons M. L. Vaillant. 

5 — Mollusques M. de Rochebrune. 

rj _ Vers et Zooplujtes M. E. Perrier. 

10 — Crustacés, Arachnides, Myriapodes. .. . M. Bouvier. 



Muséum. — îv. 9 



— 126 — 

1 2 mai. Insectes M. Ch. Brongniart. 

i h — Anatomie comparée M. H. Filhol. 

17 — Plantes phanérogames M. E. Bureau. 

21 — Plantes cryptogames M. Morot. 

2& — Plantes vivantes M. Bois. 

96 — Géologie M. St. Meunier. 

28 — Minéralogie M. Lacroix. 

3l — Paléontologie M. Boule. 

2 juin. Hygiène des voyageurs M. Gréhant. 

h — Météorologie M. H. Becquerel. 

7 — Détermination du point en voyage. Notions 

sommaires de géodésie et de topographie. M. Bigourdan. 

9 — Des divers inodes d'impression des clichés 

photographiques M. Davanne. 

11 — La photographie dans la construction des 

cartes et plans M. le command 1 Javary. 

Dans des Conférences pratiques faites dans les laboratoires ou sur 
le terrain, les auditeurs seront initie's à la récolte ou à la préparation 
des collections, aux relevés photographiques, à la détermination 
du point en voyage et à des notions sommaires de Géodésie et de 
Topographie. 

L'exposition des collections recueillies dans l'Asie centrale par la 
mission Chaiïanjon est restée ouverte du 29 juillet 1897 au 
1" mars 1898. Elle a été visitée par plus de 5o,ooo personnes. 

Les collections d'ethnographie et d'histoire naturelles faites en 
Palagonie par M. le comte Henry de La Vaulx seront exposées dans 
les mêmes galeries de Zoologie à partir du i5 avril. 



CORRESPONDANCE. 

M. Bastahd écrit de Nossy-Bé qu'après avoir fait des fouilles 
paléontologiques à Antsirabé, il a été pris par les fièvres et qu'il 
rentre en France. Il a pu capturer plusieurs petits Mammifères qui 
lui étaient inconnus. 

M. le D r Miqtjel annonce qu'il est désigné pour servir à la Guyane. 
Il prie les professeurs du Muséum de lui donner leurs instructions 
pour recueillir des collections. 



— 127 — 

M. Vitta, sur le point de partir pour les Indes anglaises, Java, 
Bornéo et Sumatra, se met à la disposition des professeurs du Mu- 
se'um. 



M. le professeur L. Vaillant donne les extraits suivants d'une 
lettre, en date du 17 février 1898, qui lui a e'té écrite de La Paz 
(Basse-Californie) par M. Léon Diguet : 

Sur le Céphaloptère du golfe de Californie. 

Le Céphaloptère, à certaines époques, est très commun dans le golfe de 
Californie , mais il est difficile de se le procurer en bon état. La vitalité et 
la force de l'animal, le danger que présente sa capture, font que, pour 
arriver à s'en rendre maître, presque toujours on met l'animal en morceaux. 

L'exemplaire que j'ai envoyé au Muséum a été capturé à l'aide d'un 
bateau à vapeur et d'un canot. Lorsque le Céphaloptère fut harponné, il 
entraîna le canot par la corde à laquelle était attaché le harpon, puis, 
sentant de la résistance, revint en décrivant une courbe sur le canot, qu'il 
saisit avec ses appendices céphaliques à l'avant et l'étreignit à l'aide de 
ses ailes. A ce moment, le vapeur ayant rejoint le canot, on le harponna 
de nouveau, ce qui lui fit lâcher prise; on profita de ce moment pour le 
tuer à coups de lance. 

Habituellement, on n'opère pas ainsi : les pêcheurs, qui emploient la 
chair de Manta comme appât pour la pêche des Requins, n'ont pas à leur 
disposition un bateau à vapeur; la pêche se fait alors avec une canoa 
(canot creusé dans un tronc d'arbre). 

Pour cela , trois hommes au moins sont nécessaires : un se tient à l'ar- 
rière et manœuvre la pagaie, un autre tient le harpon et le troisième la 
lance, laquelle est amarrée à une corde, comme le harpon. 

Lorsque le Céphaloptère est frappé par le harpon , que la prise du fer 
est bien ferme dans les chairs, l'animal file horizontalement; le harponneur 
lui donne une certaine quantité de corde, puis amarre cette corde au canot; 
si, au lieu de fuir horizontalement, l'animal descend à pic, le rameur nage 
arrière de façon à avoir une certaine avance, afin que ses compagnons aient 
le temps de se préparer à l'attaque lorsque l'animal, éprouvant de la ré- 
sistance , reviendra sur l'embarcation. 

Après quelques efforts pour se débarrasser du harpon, le Céphaloptère 
revient, en effet, sur le canot; celui qui manie la lance frappe l'animal à 
un de ses appendices céphaliques; pendant ce temps, le harponneur, sans 
lâcher la corde du harpon , prend une autre lance et s'efforce d'atteindre 
l'articulation de la nageoire. Si les deux coups ont été bien portés, le Cépha- 

9- 



— 128 — 

loptère se trouve paralyse' dans ses moyens d'attaque, il ne peut plus 
étrcindre l'obstacle qui lui résiste, et se débat en faisant des bonds hors de 
l'eau ; on l'achève à coups de lance. 

Souvent, les premiers coups de lance n'ayant pas été aussi heureux, 
ranimai peut, en élreignant le canot, le faire chavirer ou frapper de ses 
nageoires les pêcheurs; dans ce cas, le rameur a le rôle principal ; avec sa 
pagaie, il contrebalance les efforts du Géphaloplère, pendant que les deux 
autres compagnons, accroupis dans l'intérieur de la canoa afin d'éviter les 
coups de nageoires, s'efforcent de faire lâcher prise à l'animal en se servan 
des lances. 

Le Céphaloptère se rencontre dans le golfe principalement de mars à 
juillet, époque des calmes qui ont lieu entre la mousson d'hiver N. 0. et la 
mousson d'été S. E. ; il nage à la surface da l'eau en décrivant de grands 
cercles et sautant parfois hors de l'eau. 

Il doit faire sa nourriture des petits Crustacés et des animaux pélagiques 
qui , à ce moment de l'année , forment souvent une nappe épaisse à la surface 
des eaux. 

Je n'ai rencontré dans le tube digestif qu'un liquide, que je n'ai pas eu 
e temps d'examiner attentivement; les pêcheurs m'ont affirmé n'avoir jamais 
rien rencontré dans l'estomac. 

Le Céphaloptère est très redouté à cause des coups qu'il peut porter; 
lorsqu'il rencontre dans sa course un obstacle, il commence par l'étreindre 
avec ses appendices; si le corps est Boitant, il l'entraîne au fond; s'il est 
fixe, comme, par exemple, les pieux d'une jetée, il s'y maintient pendant 
quelque temps avec ses appendices , puis s'enfuit. 

Le Céphaloptère se sert de ses appendices comme organes préhenseurs 
et peut-être comme organes du toucher; souvent, le malin, au lever du 
soleil, on le trouve suspendu aux câbles submergés. Les pêcheurs de perles, 
au moment des grands calmes, ont toujours soin d'ancrer pendant la nuit 
leurs petits bateaux avre deux ancres, car il se pourrait que leur frêle em- 
barcation lut remorquée et entraînée au loin par une Manta qui se serait 
fixée au câble de l'ancre. 

Le sens de la vue me parait être peu développé chez ce Poisson , non seu- 
lement à cause de la position et de la conformation anatomique des yeux, 
mais en raison de la facilité avec laquelle on peut s'approcher du monstre , 
si l'on est sur une embarcation ne faisant pas de bruit, comme, par exemple , 
la canoa. 

Le Céphaloptère est un animal plutôt timide, heurtant ce qu'il rencontre 
sur sa roule, et non agressif, comme, par exemple, le Requin-Marteau. 
Seulement ses coups sont plus terribles que ceux de ce dernier; on cite de 
nombreux cas de plongeurs et de baigneurs qui ont été tués par la Mania, 
tandis que, pour le Requin-Marteau, les blessés en ont souvent clé quittes 
pour quelques côtes enfoncées. 



— 129 — 

Blessé, il ne revient pas, comme quelquefois es Requin, sur celui qui 
l'attaque , si ce n'est lorsqu'il se trouve retenu par la corde du harpon , 
comme je l'ai dit plus haut. 

M. D. Prain, superintendant du Jardin botanique de Sibpur, 
près de Calcutta, a envoyé aux galeries de Botanique 572 espèces 
dOrchidées du Sikkim et 563 autres plantes de l'Inde; en tout 
11 35 espèces. Le Jardin botanique de Calcutta avait déjà fait au 
Muséum plusieurs envois très importants. 



M. Oustalet annonce qu'il vient d'avoir l'honneur d'être chargé 
par M me Vignes de remettre au Muséum une collection d'Insectes, 
de Mollusques, de fruits et d'autres objets d'histoire naturelle que 
feu l'amiral Vignes avait recueillis, soit dans le cours de ses voyages 
en Cochinchine et à la Nouvelle-Calédonie, soit durant ses séjours en 
France, sur les bords de l'Océan et de la Méditerranée. Cette collec- 
tion, que M me Vignes offre au Muséum, en souvenir de son mari, 
comprend une quarantaine de boîtes de Coléoptères et d'Hémiptères 
d'Europe, de Cochinchine, de Mayotte et du Brésil, quelques boîtes 
de coquilles d'F.urope, de l'Indo-Chine et de Madagascar, un panier 
rempli de coquilles marines des côtes de la Nouvelle-Calédonie, 
déterminées en partie par le P. Montrouzier, de fruits et de pro- 
duits végétaux, etc. 

M. Oistalet rappelle que l'amiral Vignes avait, de son vivant, 
déjà fait don au Muséum, dont il était correspondant, de divers 
spécimens, et qu'il avait, le premier, rapporté au Jardin des Plantes 
des Kagous (Rhinochetus jubalus) vivants W. 

(') Une nolice sur ces Oiseaux a été publiée dans le journal la Nature. 



130 



COMMUNICATIONS. 



Jean Brémant, jardinier du Jardin Royal (i6ja?-ijoa), 
par M. E.-T. Hamy. 

La veste blanche de Jean Brémant (I) , popularisée par les récits de Mar- 
tin Lister (2) , apparaît comme un point lumineux dans la demi-teinte où se 
dissimule le passé de notre vieux Jardin Royal. 

Brémant est le plus ancien connu de ces collaborateurs modestes, dé- 
voués, instruits, dont on devine plutôt qu'on ne saisit nettement le rôle 
un peu effacé, mais indispensable, auprès des Tournefort, des Vaillant, 
des Jussieu. 

Ce doyen des jardiniers du Jardin Royal apparaît dans les Comptes des 
bâtiments du Roy en septembre 1672 (,) . Il touche dès lors, pour ses gages 
et enlrctctiement du Jardin, une somme de 2,5oo livres f4) . 

On lui rembourse de temps en temps fies menues dépenses par luy 
faites»; qu'il ail rétabli «le treillage du petit jardin des Heurs» rrou acheté 
deux cents cloches de verre» rrpour les couches dud. Jardin». Enfin et 
surtout il reçoit dès 1688, pour des travaux d'un ordre plus élevé, des 
gratifications, dont le détail aide à comprendre l'importance de ses services. 

Le 6 juin 1888 {i) par exemple, il lui est alloué i5o livres «rpour avoir 
esté herboriser et rechercher des plantes pendant la présente année pour 
led. Jardin». Le i3 novembre 1689, la somme qui lui est accordée pour 
le même objet s'élève à l\oo livres'"'. Le i3 juillet 1692, on lui donne 
encore 122 livres 17 sols «pour les dépenses qu'il a faites à la recherche 

( " Jean Brémant, Brement ou Bramant, que Lister et G. Brice appellent 
Braman. 

(2) Cf. Voyage de Lister à Paris en m dc xcviii, trad. fr. Paris. Soc. des Bibl. 
i8 7 3, in-8°, p. 8, 16, 167, 168. 

(s) Ce qui ne veut pas dire qu'il ne fût pas déjà en fonctions les années précé- 
dentes. C'était, en effet, auparavant, Antoine Vallot, le surintendant, qui recevait, 
pu liloc, les 21,000 livres de Vent retenement i\u Jardin Boyal des Plantes. Le premier 
compte détaillé qui ait été conservé est justement celui de 167a. 

(4 ' Comptes des Bâtiments du roi sous te règne de Louis XIV, publiés par M. J. 
Guiffrey (Doc. inéd. sur l'Hist. de France), I. I, 1881, in-4°, col. 601, 687, 719, 
7/17, 818, etc 

M lbid. T. III, col. lai. 

< 6 > lbid. T. III, col. 3oa. 



— 131 — 

des plantes des environs de Paris pour garnir les écholes de démonstration 
dud. Jardin (1) t). 

En 1696, à ï entretien ordinaire est venu se joindre «l'entretien et cul- 
ture du petit jardin joignant les couches (2) ». Eu 1698, au moment où 
Germain Brice donne la troisième édition de sa Description de Paris, Bra- 
man (c'est ainsi qu'est écrit son nom) a trie soin particulier de la culture 
des simples » et tria direction» de tout ce qui dépend du Jardin. rrSes soins 
et son habileté ont été si loin , dit Germain Brice , qu'il est parvenu à ras- 
sembler jusqu'au nombre de 5,ooo plantes différentes des quatre parties du 
monde l3) .» 

Au commencement d'avril de cette même année , quand Lister le met en 
scène avec Tournefort, il a «fini de semer ses couches n et rfmis en terr 
deux mille espèces de graines -n. 

Lister est plein d'admiration pour ce « jardinier d'une grande intelligence 
et d'une grande activité -o et il s'écrie en s'adressant au lecteur au début de 
son curieux voyage : et Vous verrez sans peine à mes observations que je 
suis plus disposé à faire ma cour à la nature qu'aux puissances. J'avois plus 
de plaisir à voir Monsieur Braman bêcher en veste blanche dans le Jardin 
du Boi et y semer ses couches, que de voir Monsieur de Sainctot introduire 
un ambassadeur ; et j'avois plus de goût et d'aptitude à retenir le nom et 
la physionomie d'une centaine de plantes que celle de cinq ou six princes w i>. 

Brémant a continué à remplir sa fonction plusieurs années encore après 
le départ de Lister, aidé d'un apprenti/, nommé Louis Esmery, «qu'il a 
pris près de luy pour l'instruire à la cognoissance des plantes rares (5, t>. 

Entretien général du Jardin du Roy, entretien et culture particulière du 
petit Jardin des plantes rejoignant les couches n , autres soins extraordinaires 
non compris dans ces entretiens, tels que balayage et nettoyage rrde l'am- 
philhéâtre pendant le temps des démonstrations et du bas de la terrasse 
dans la rue le jour de la feste Dieu ( %, telles sont les occupations dont la 
comptabilité des bâtiments a conservé la trace. 

W Loc.cit.T. III, col. 730. 

» Ibid. T. IV, col. 54. 

(3 ^ G. Brice, Description nouvelle de ce qu'il y a de plus remarquable dans la 
ville de Paris. 

(4) Le satirique William King, auteur d'une parodie du voyage de Lister, pu- 
bliée sous le nom de Sorbière et dans laquelle Londres remplace Paris, a ainsi 
transformé ce passage : «J'avois bien plus de plaisir à voirie brave John Sharp de 
Hackney criant, en blouse blanche, les navels à un liard la hotte, que sir Charles 
Cotterel faisant faire place à un ambassadeur, el j'avois bien plus de goût et de fa- 
cilité pour me mettre dans la tète la physionomie d'une centaine de mauvaises 
herbes que celles de cinq ou six princes. 75 (Essai sur la vie du docteur Lister, 
Éd. cit., p. 8-9.) 

M Ibid. T. IV, col. 54, 488. 

f6 > Ibid. T. IV, col. 198, 6a5, 7A0. 



— 132 — 

En joignant à ses propres gages la gratification de Y apprenti/, il reçoit 
chaque année la somme de 2,800 livres. 

Il a encore touché les trois premiers quartiers de l'année 1702 (7 sep- 
tembre) (1) . Mais le dernier a été payé à son successeur, Pierre Saintard, un 
voiturier qui, depuis cinq années, fournissait les cent voyes de fumier » né- 
cessaires crpour couvrir les plantes et faire les couches au Jardin Roval (2) ». 

Pierre Saintard continuera, après cette nomination inespérée, à fournir 
trfumier, terreau et ouvriers de journées » en même temps qu'il entre- 
tiendra, aux mêmes gages que Jean Brémant, le jardin proprement dit et 
le rrpelit jardin des plantes rares ». Comme Brémant aussi, il aura un 
apprenti/, un peu mieux payé toutefois' 31 . 

Saintard est demeuré jardinier du Jardin Royal jusqu'à sa mort (i er jan- 
vier 1721). Nos archives possèdent son billet d'enterrement, dont je copie 
exactement la teneur (4) : 

Vous estes priez d'assister au Convoy , Sei-vice et 
Enterrement de Monsieur Pierre Saintard, 
Jardinier du Jardin Royal des Plantes, décédé 
audit Jardin Faux -bourg Saint -Victor , Qui se 
fera Jeudy a" Janvier mil sept cent vingt-un , 
dix heures du malin, en l'Eglise de S. Médard, 
sa Paroisse, où il sera inhumé. L"s Dames s'y trouveront, s'il leurplaist. 

Un De Profundis. 

W hoc. cit. T. IV, col. 858. 

(â) Son nom apparaît pour la première fois dans les Comptes des Bâtiments 
(T. IV, p. 10,3), à la date du 10 novembre 1697. 

Germain Brice a remplacé la notice sur Brémant par une aulre sur Saintard. On 
appréciera la différence des deux rédactions. «Saintard, dit-il, a soin de la culture 
des plantes et de tout ce qui en dépend , lequel conserve par son application ce 
prodigieux nombre de simples d'espèce et de nature différente, qui ne se trouve à 
présent que dans ce seul Jardin.» Quoique Saintard soit mort en 1721, cette note 
se retrouve dans les éditions de Brice de 1726 et même de 1762. 

(3) C'était peut-être le même Louis Esmery qui, devenu grand, gagnait ainsi 
koo livres au lieu de 200. 

(,) C'est le plus ancien document de ce genre, relatif au Jardin du Roi, que j'aie 
rencontré jusqu'à ce jour. Il vient de Danty d'Isnard (on lit au revers Rue du pavée 
St-Victor. Mr Disnard) et m'a été offert pour le Muséum par le prince Roland 
Bonaparte. 



— 133 — 

Dessins inédits de Cheloniens 
Tinés des manuscrits de Commebson , 

par M. Léon Vaillant. 

Dans une note publiée en 1896 Kl \ M. Ouslalet a fait connaître, d'après 
les dessins de Philibert Comnierson et les manuscrits de Desjardins, plu- 
sieurs Oiseaux de l'île Maurice, Oiseaux actuellement perdus, et a insisté sur 
l'importance de ces précieux documents pour compléter nos connaissances 
sur la faune de cette île. Parmi ces dessins s'en trouvent un certain nombre 
représentant quelques Reptili s ; M. Alphonse Milne Edwards a bien voulu 
me les remettre, et plusieurs d'entre eux offrent un véritable intérêt. 

Tous ont été exécutés par Jossigny ; ils ne contiennent pas moins de 
dix-sept figures, se rapportant toutes à des Ghéloniens. Les localités sont 
données à propos de chacune des espèces, sauf pour deux d'entre elles. 

De ces dernières, qui portent, de la main de Gommerson, l'indication 
communicata, l'une appartient très vraisemblablement à ces Tortues gi- 
gantesques d'Aldabra, du groupe du Testudo elephantina, Duméril et 
Bibron, mais c'est un individu excessivement jeune. Il est donné vu de côté 
et par-dessous; dans ce dernier croquis, on constate que l'artiste a hésité 
pour figurer les pattes postérieures rétractées ou sorties, ce qui prouve 
assez que l'étude était faite d'après le vivant; il s'est décidé pour la 
première manière, afin de copier, peut-on croire, plus exactement la na- 
ture. L'animal, de grandeur naturelle (sub magniludine naturali), mesure 
80 millimètres de long sur 61 millimètres de large et 5a millimètres de haut, 
en n'ayant égard qu'aux dimensions de la carapace. 

L'autre specics communicata est une Sternothère. La carapace vue par-dessus 
et par-dessousse trouve seu'e représentée adnaturœtypum évidemment d'après 
le sec; sa longueur est de i35 millimètres, la largeur de p,3 millimètres. 
Si la détermination générique ne laisse aucun doute, il est par contre plus 
difficile de préciser l'espèce, bien qu'on ne puisse guère hésiter qu'entre 
les Slernothœrus nigricans, Donndorf, et S. castaneus, Gray, Tortues d'ail- 
leurs assez voisines l'une de l'autre pour que des herpétologistes très au- 
torisés ne les croient pas spécifiquement distinctes. La contraction du 
plastron à la naissance du lobe postérieur peut porter à admettre qu'il 
s'agit plutôt de la première espèce, mais en l'absence de renseignements 
sur l'écaillure de la tête et sur la couleur de l'iris, la détermination ne 
peut être donnée sans réserves. Ces deux Sternothères ne sont pas rares à 
Madagascar. 

M E. Ouslalet, Note sur la faune ornithologique éteinte des îles Mascareignes , 
d'après des documents inédits. (Bull. Mus. d'Hist. Nat., 1896, T. II, p. 220-226, 
Séance du 3o juin.) 



— 13/i — 

C'est de cette localité que sont figurées deux autres espèces. L'une est 
désignée : «la Belle Tortue terrestre de Fort-Dauphin, prise d'un sujet de 
movenne grandeur »; au dos se lit, en tête d'une diagnose latine détaillée, 
le tout de la main el signé de Commerson : tria Belle Tortue Malgache » ; et 
au bas : « c'est une espèce terrestre. La figure permet de reconnaîlre faci- 
lement le Testudo radiata Sliavv; sa longueur étant de 2/10 millimètres à 
25o millimètres, on peut en conclure que le dessin est de grandeur natu- 




relle. Daudin, d'une pari, Duméril el Bibron, d'autre part, citent, d'après 
des manuscrits de Commerson , l'un la rrjolie Tortue terrestre de Madagas- 
car », les seconds un Testudo madngascariensis. Ces synonymies ne peuvent 
être empruntées au dessin dont il est question en ce moment, car la diagnose 



— 135 — 

latine, reproduite par le premier auteur, n'est pas conforme à celle placée 
ici au revers et dont il a été parlé plus haut. S'il eût vu au reste cette figure 
si exacte, il n'eût pas hésité, comme il le fait, à l'assimiler à sa Tortue coui. 
On ne trouve pas davantage le nom latin cité par les auteurs de l'Erpéto- 
logie générale. 




Fig. 2. 

L'autre dessin, sous la désignation de : * Petite Tortue de Terre du fort 
Dauphin (à Madagascar) » , représente <ren grandeur naturelle" un Pelome- 
dusa gaîeata Shoepff, long de 175 millimètres, large de i3o millimètres; 
les cinq ongles aux pattes postérieures, qui avaient engagé Duméril et Bibron 
à créer pour cette espèce le genre Pentonyx , sont très exactement figurés. 
Bien que ce Chélonien pleurodère soit placé dans les Elodites ou Tortues de 
marais, que la forme déprimée de leur carapace et jusqu'à un certain point 



— 136 — 

la conformation des doigts indiquent pour ces animaux des habitudes 
quelque peu aquatiques, les voyageurs, et il en est de même pour les Ster- 
nothères, s'accordent à dire qu'on les rencontre le plus souvent loin des 
cours d'eau; les termes employés par Commerson montrent qu'il avait 
déjà fait cette remarque. 

Les deux dernières Tortues représentées occupent, l'une deux, l'autre 
quatre planches; il est clair qu'elles ont paru à Commerson, la seconde 
surtout, et non sans cause, des plus dignes d'intérêt. La première est dé- 
nommée : (t Tortue de mer de Rodrigue, — dessin pris sur un sujet mé- 
diocre et d'après nature», en réunissant les suscriptions mises sur les deux 
planches où l'animal, en ebair, est vu de côté et par-dessous. C'est un 
Clielonia, que la présence d'un seul ongle aux pattes doit faire rapporter 
au Clielonia Mydas Linné, et son système de coloration à la variété virgata. 

Enfin les quatre autres planches sont consacrées à la ^Tortue de Terre 
de Rodrigue». Sur trois d'entre elles, in-folio, la bêle est vue de profil 
(lig. i), par-dessus (tîg. 2) et par-dessous (fig. 3). La dernière planche 
(fig. h), sur demi-feuille, est consacrée à des études anatomiques : tr Os 
de la Teste d'une Tortue de Terre (De Rodrigue). A, l'ensemble de la 
Teste; B, idem vu de face, sans la mâchoire inférieure; C, la mâchoire infé- 
rieure; D, E, pièces de corne qui chaussent ou revêtissent les mâchoires 
(D) supérieure et inférieure (E). Dans la fig. A, les deux mâchoires sont 
vues avec ce revêlissement et dans les fig. B et C sans j-celuy. » Ces détails 
d'ostéologie doivent être sans doute de grandeur naturelle; pour les autres 
dessins, la carapace y mesure 4 20 millimètres de long, 200 millimètres de 
haut, aho à 25o millimètres de large; l'indication «réduite de moitié», 
qu'elles portent, fait voir que l'individu était de grande taille, car sa lon- 
gueur réelle, 84 millimètres, se rapproche beaucoup de celle du spéci- 
men du Testudo Vosmacri Fitzinger, aujourd'hui dans les collections du 
Muséum, après avoir appartenu à celles des Genovéfains, et se trouve 
jusqu'ici le plus grand exemplaire connu 11 '. 

A quelle espèce rapporter cette Tortue? La question ne laisse pas que 
d'être embarrassante, d'autant que les éléments de comparaison se ré- 
duisent à quelques rares spécimens de l'île Rodriguez épars dans divers 
musées. 

Le plastron ( fig. 3 ) ne montre que dix plaques cornées , la onzième , l'in- 
tergulaire, ferait défaut. On sait qu'elle est considérée m comme caracté- 

W Léon Vaillant, 1893, Les Tortues éteintes de l'île Rodriguez, d'après les pièces 
conservées dans les galeries du Muséum. (Centenaire de la fondation du Muséum 
d'Histoire naturelle, p. 955-a88, 3 pi.) 

(2) D'après l'examen du plastron chez le Testudo Sumeirei Sauzier, M. Hans 
Gadow (Trans. Zool. Soc. London, t. XIII, p. 317) pense qu'il ne faut plus re- 
garder comme formelle la loi posée par M. Gùnther, à savoir, que les Tortues 
gigantesques des Mascareignes seraient caractérisées par la gulairo unique, jointe 



— 137 — 

rislique des Tortues géantes des Mascareignes ; mais, dans certains cas, 
celte plaque peut avoir de faibles dimensions et devenir peu apparente; il 
en est ainsi pour l'individu type du Testudo peltnsles Duméril et Bibron, 
dont la carapace est conservée au Muséum d'histoire naturelle. La plaque 
nuchale manque, caractère des Tortues de ces mêmes îles. Bien ne vient 
donc infirmer l'origine donnée par Gommerson. Mais l'individu peut-il être 
identifié au Testudo Vosmaeri Fitzinger, ou au Testudo peltastes Duméril 
et Bibron, seules espèces jusqu'ici connues de Bodriguez? 




ll^Jlijj i llfl ;,^ 

■*~Of~ --^BM'lt 1 ':' " ' I ' V*-"' » 







Fig. 3. 

Le profil de la dossière droite presque horizontal, non relevé en dos 
d'âne antérieurement, son contour peu rétréci, plus régulièrement ovalaire 
en avant, son limbe non retroussé au-dessus des membres postérieurs, la 
grande largeur proportionnelle de la première plaque vertébrale, rappro- 
chent évidemment cette figure plutôt du Testudo peltastes que de l'autre 



à l'absence de nuchale. Les éléments d'étude que M. Gadow a eus en main ne sont 
peut-être pas suffisants pour être au-si allirmalif. 



— 138 — 

espèce ; cependant la dossière n'offre pas non plus la moindre trace de 
courbure en avant et en bas, comme chez ce dernier. Le plastron , d'un autre 
côte', présente un caractère, non sans importance, que nous ne trouvons ni 
sur l'une ni sur l'autre de ces Tortues; la plaque cornée abdominale est 
relativement beaucoup moins développée , car sa longueur, prise à la suture 
médiane, y atteint très peu plus du quart (exactement 3/i 1) de la longueur 
du plastron, tandis que, chez le Testudo Vosmaeri, elle en occupe les 3/8, 
plus du tiers , et chez le Testudo peitastes 5/i 1 , près de moitié (1) . 




Fig. '.. 

Chez les autres (diéloniens figurés ( Testudo Elephanlina, Chelonia Mydas, 
Pelomedusa galeata, Sternothœrus nigricans), pour lesquels est donné le 
plastron, les plaques sont toujours représentées avec une très grande 
exactitude; on a donc toute raison de croire qu'il n'en est pas autrement 
ici, ce qui conduirait à regarder cette Tortue comme espèce distincte. 
Serait-ce la troisième forme citée par l'auteur inconnu , mais certainement 
doué d'un rare talent d'observation, dont M. A. Milne Edwards a si heu- 
reusement retrouvé la Relation de l'île Rodrigue w 1 11 sera juste, si on 
admet la conclusion à laquelle nous sommes ainsi amenés, de nommer 
l'animal Testudo Commersoni , pour rappeler réminent voyageur auquel la 
connaissance en est due. Toutefois la découverte de pièces originales con- 
lirmant le bien-fondé de cette manière de voir serait désirable. 

Commerson ne parait avoir jamais été personnellement à l'île Rodriguez; 

W Voir L. Vaillant, i8g3, loc. cit. : pi. II, fig. c et pi. III, fig. c. 

(i) A. Milne Edwards, 1876, Nouveaux documents sur l'époque Je la disparition 
de la faune ancienne de l'île de Rodrigue (Ann. Se. Nat. 6 e Sér. T. II, article n° A, 
page 10). 



— 139 — 

cette Tortue de terre aussi bien que la Tortue de mer étaient sans doute 
importées à Maurice, ce qui s'expliquerait, puisque nous savons, d'après 
les documents consignés par M. A. Milne Edwards dans son travail déjà 
cité, que des milliers de Tortues, surtout terrestres, mais aussi marines, 
furent, de 1769a 1761, transportées de la première de ces îles à la seconde. 
Ces arrivages se continuaient peut-être au temps de Gommerson , quoique , 
dès 1761, au dire de l'abbé Pingre (1) , ces Reptiles y fussent devenus 
rares , surtout les individus de grande taille. 



Sur un Coleoptebe nouveau de la famille des Lyctides, 

PAR P. LESNE. 

La famille des Lyctides, au sens restreint du mot, c'est-à-dire en en 
excluant les Hendecatomus , constitue, parmi les Coléoptères, un petit groupe 
fort homogène, et il y a grand intérêt à faire connaître les formes de cette 
famille s'écartant tant soit peu du type habituel. Tel est le cas pour l'espèce 
suivante, qui fait partie des collections du Muséum d'histoire naturelle. 

Lyctus cornifrons nov. sp. 

L. 2 1/3 mill. Elongatus, subparallelus, rufescens, pamm nitidus, elytris dilu- 
tioribus. Caput transversum, fronte minutissime reticuiato, utrinque bidentato, 
medio cornu compresso, elevato, sat aculo instructo; clypeo brevi, antice late 
emarginato, angulis anticis acutissimis. Oculi magni, globosi, prominentes. An- 

tennœ basim prothoracis haud attingentes, articulo 
tertio articulis sequentibus funicuH iongiore, ar- 
ticulo primo clavae ad apicem gradatim dilatato, 
leviter elongato, secundo minore, subcirculari. 
Labrum brevissimum , vix perspicuum. Mandibuke 
parvae, haud prominentes, apice sat graciles. Pro- 
pj„ t thorax vix elongatus, antice leviter dilatatus, angu- 

Lyctus cornifrons Lsn. hs anticis rotundatis , posticis redis , acutis , minute 
(Tète vue de trois quarts.) spiniformibus, lateribus subrectis, vix sinuatis, 

haud marginatis, postice minutissime serrulatis; 
margine anteriore rotundato, medio brevissime bilobato (lobis leviter reflexis), pos- 
teriore medio recto, ad angulos a basi elytrorum divergente; supra medio longitu- 
dinaliter impressum, minutissime reticulatum, pilis brevissimis, densis, crassis, 
claviformibus antice et lateraliter hirsutum; infra pleuris reticulatis. Scutellum 
transversum, rectangulum. Elytra parallela, antice truncata, postice conjunctim 
rotundata, prothoracis basi parum latiora, prothorace haud triplo longiora; leviter 
punctato-striata , striis internis obsoletis ; pilis erectis minutissimis haud aperte 

W Voir la citation du journal manuscrit de cet astronome reproduite dans mon 
travail de 1893, p. 267. 




— 140 — 



s-£-^> 




seriatis adspersa. Corpus subtus laeve, nitidum. Prosternum leviter lumescens, 
coxis anlerioribus vix longius. Abdomen segmentilms quinque conspicuis compo- 
situm, segmento primo longiore, lobo intercoxaii magno, apicc late truncato, 
ullimo brcvissimo, simplici. Pedes brèves, calcari tibiœ anlicae minute, tarsorum 
articulo ullimo baud incrnssato. 

Celte espèce est fondée sur un exemplaire unique recueilli à Obock, par 
M. Maurice Maindron. La présence d'une corne 
médiane frontale la distingue, dès le premier coup 
d'oeil, des autres espèces de Lyctides connues jus- 
qu'ici; mais l'intérêt qu'elle présente consiste sur- 
tout dans la coexistence chez elle de certains carac- 
tères venant à l'appui des arguments déjà fournis 
par T. L. Casey (1 en faveur de la fusion des genres 
Trogoxylon^' et Lyctus. Chez le Lyctus cornifrons , 
la conformation rie l'épistome est, en effet, sem- 
blable à celle de l'épistome des Trogoxylon, tandis 
que les angles antérieurs du prothorax sont large- 
ment arrondis et que les élytres sont striées comme 
chez les Lyctus. D'ailleurs, les rangées longitudi- 
nales de poils bien apparentes sur les élytres dans 
ce dernier genre n'existent pas ici. 

La vestiture des parties antérieures et du bord 
latéral du prothorax est assez remarquable. Elle se 
compose de poils assez denses, très courts, épais, 
claviformes, non arrondis, mais pourvus d'une 
petite pointe excentrique au sommet. 11 faut voir très probablement, dans 
cette vestilure spéciale du pronotum, l'homologue, quant au rôle physio- 
logique, de la râpe d'appui des Boslrychides hypocéphales. 




Fig. 2. 
Lyclus cornifrons Lsn. 



Description de la larve et de la xympue du Charasços 

DE LA yOÎX DE KoLA (BaLANOGASTBIS KOL.E DeSBR.), 

pah P. Lesm:. 

Parmi les matériaux d'étude recueillis en Guinée française par M. le 
J) r Maelaud et déposés au Muséum d'histoire naturelle, ligure, sous ses 
divers états, un Coléoptère de la famille des Curculionides qui se développe 



1 Ann. New- York Acad. Scienc, VI, nov. 1891, p. 12. 

J Voir Leconle, New spec. of \orth Amer. Coleopt., 1 865 , p. 10&, et E. P»eit- 
ler, Verhandl. dtr K. À. zool.-bot. GcscHsch. in Wien, 1878, p. 195. 



— Ul — 

dans la noix de Kola, Irait du Sterculia acuminata, à laquelle il est très 
préjudiciable dans notre colonie de l'Ouest africain. La présente notice a 




Fig. 1 . — Balanogaslris Kolœ Desbr. 

pour but de faire connaître la larve et la nymphe de celle espèce dont M. le 
professeur Bouvier nous a confié l'élude. L'adulle, décrit pour la première 
fois, en 1890, par M. J. Desbrochers des Loges sous le nom générique 
impropre de Balaninus {]) , doit, en réalité, d'après M. J. Faust, devenir le 
type d'un nouveau genre que l'éminent coléoptérologue russe doit publier 
très prochainement sons le nom de Bàlanogastris (2) . 

Description de la larve. 

Longueur, G millimètres environ (le corps non étendu). 

Corps présentant l'aspect habituel des larves de Curculionides, épais, 
assez court, courbé en croissant, atténué aux deux extrémités, blanchâtre, 
charnu, à l'exception de la tête qui forme une capsule chilineuse testacée. 
Mandibules brunes. 

Tête plus longue que large, régulièrement convexe sur son pourtour, 
légèrement déprimée sur sa face antérieure, inclinée obliquement sur l'axe 
du corps, la région buccale se trouvant en saillie. 

Plaque frontale lisse, subtriangulaire, 1res légèrement échancrée au bord 
antérieur, l'échoncrure limitée de chaque côté par une saillie légère, ar- 
rondie, qu'une fine incision sépare du lobe très court, dépendant aussi de 
la plaque frontale , sur lequel l'antenne prend insertion ; un sillon médian 



H Balanimus Kolœ Desbr. {Bull. Soc. Ent. Fr., i8 9 5, p. GLXXVI). La noie de 
M. Desbrochers est suivie d'observations biologiques de M. le Prof. J. Pérez sur la 
même espèce. 

W Deutsche Entomologische Zeitschrijt, iby8, Heft I. 

Muséum. — iv. 10 



— U2 — 

longitudinal de teinte brune parcourt la plaque frontale depuis son sommet 
jusque vers le milieu de sa longueur. 

Épistome transversal , environ cinq fois aussi large que long , très légère- 
ment échancré au bord antérieur. 

Pleures cépbaliques lisses, présentant chacune à leur angle antéro- 
dorsal, près de la base de la mandibule, une tache noire ocelliforme. Bord 
antérieur et inféro-latéral de la pleure épaissi et renforcé, biangulé au- 
dessous de l'insertion mandibulaire et fournissant en arrière de ce point une 
courte apophyse transverse au bord interne. 





Pig. 



Balonngastris Kolee Dcsbr. — Larve. 



Antennes insérées à l'angle antérieur de la plaque frontale , formées d'un 
seul article très petit, environ une fois et demi aussi long que large, occu- 
pant le sommet d'un mamelon membraneux surbaissé, qui représente, 
selon nous, sa membrane articulaire. 

Labre transversal, moins de deux fois aussi large que long, arrondi au 
bord antérieur, mais très légèrement sinué de chaque côté, muni à l'apex 
de h soies épaisses, très courtes, rapprochées, et, de part et d'autre, de 
2 ou 3 soies plus longues. 

Mandibules symétriques, ne chevauchant pas au sommet, lisses , glabres , 
à l'exception d'une soie courte implantée à la face externe. Vue par cette 
face, la mandibule est environ une fois et demie aussi longue que large à la 
base, régulièrement atténuée de la base au sommet, où elle se termine par 
deux dents aiguës, dont l'inférieure un peu plus grande. A la face interne, 
vers les deux tiers de la longueur à partir de la base, existe une lame sail- 
lante limitant entre elle et les dents apicales une profonde excavation. 

Mâchoires découvertes, presque entièrement visibles en dessous. Gardo 
allongé, graduellement atténué dans la région proximale, élargi à l'apex. 
Région maxillaire proprement dite sécuriforme. présentant en dessus trois 
soies, l'une a l'origine de la portion basilaire rétrécie, les deux autres au 



— U3 — 

pourtour du cadre d'insertion du palpe; prolongée à l'angle antéro-ioterne 
en un lobe court, muni à l'apex de quelques poils très courts, épais; sur 
la face supérieure , une série rectiligne de 5 ou 6 fortes soies longe , a 
quelque distance, le bord interne de cette région maxillaire. 

Lèvre inférieure semi-circulaire , en majeure partie hyaline , recouvrant 
la portion postéro-interne de la mâchoire et parcourue longitudinalement 
par une baguette chilineuse prolongée assez loin en arrière. Elle présente 
de chaque côté deux soies latérales submarginales , et une autre soie paire 
près de l'origine des palpes labiaux. Ceux-ci s'insèrent sur la portion cen- 
trale de la lèvre inférieure; ils sont assez écartés et sont composés de deux 
articles, dont le premier est peu distinct, cylindroïde , le second un peu 
plus court et moins large, conoïde. 




Fig. 3. — Balanogastris Kolœ Desbr. 

Tète vue de face. — Portion génale de la plaque pleurale cépha- 
lique droite et mandibule droite. — Mandibule gauche. — Mâchoires 
et lèvre inférieure , face ventrale. — Portion du tégument d'un bour- 
relet articulaire dorsal montrant les spinules. — Stigmate de la 
cinquième paire abdominale. 

Corps composé de 1 a segments de longueur subégale , le prothorax un 
peu moins épais que les segments suivants. Les segments abdominaux 
croissent légèrement en longueur du i er au 7 e ; ce dernier est le plus long. 
Le segment anal est plus court que le précédent. La largeur des segments 
abdominaux diminue à partir du 7*. 

Les 6 premiers segments abdominaux présentent la même constitu- 
tion. On y distingue une région dorsale parcourue transversalement par 
un sillon ou pli plus rapproché du bord antérieur que du bord postérieur 
du segment et qui se prolonge latéralement , surtout sur le 6 e segment. 
Cette région dorsale peut être dénommée tergum. Elle se continue au bord 
antéro-latéral en un bourrelet pleural subtriangidaire largement arrondi à 

10 . 



— \Mx — 

l'angle inféro-antérieur, tandis que l'angle postérieur est assez saillant. Ce 
bourrelet peut être considéré comme un épimérite; un sillon le délimite fin 
côté du tergum. C'est sur celui-ci, à la limite du bourrelet épimérique, que 
s ouvrent les stigmates abdominaux. 

Un sillon large et profond sépare la série des épimérites de celle des 
épisternifes, sorte de bourrelets de forme quadrangulaire situés en retrait 
par rapport aux épimères. Enfin la région slernale de chaque segment est 
marquée, de cbaque côté, d'un sillon oblique partant de l'angle antérieur de 
cette région et aboutissant non loin du milieu du bord postérieur. Ce sillon 
détermine ainsi sur cbaque segment un bourrelet sternal latéral. 

Les segments tboraciques et les trois derniers segments abdominaux 
offrent la même constitution générale. 

Le mésotborax et le métathorax ressemblent aux segments suivants ; mais , 
de même que le protborax, ils n'ont pas de sillon dorsal. L'épimérite est 
situé à un niveau inférieur à celui des épimérites abdominaux. L'épimérite 
mésothoracique se prolonge à angle aigu en aumtet se confond, dans cette 
région , avec l'épimérite du prolhorax. La portion externe élargie du bourrelet 
sternal latéral est occupée, sur le thorax, par un mamelon pseudopodique 
circulaire, seul vestige des pattes. Chaque mamelon pédieux est muni de 
trois ou quatre grandes soies, dont une principale. 

Le 7 e segment abdominal présente le sillon tergal habituel, se pro- 
longeant ici jusqu'à l'épimère en passant en arrière du stigmate; il ne pos- 
sède pas de bourrelet ambulatoire le séparant du 8 e segment. Son épi- 
slernile s'allonge légèrement et devient un peu plus saillant qu'aux 
segments précédents. Sur le sternum se différencie de chaque côté un 
mamelon circulaire surbaissé, jouant évidemment un rôle dans la pro- 
gression. 

Outre ses dimensions, le 8 e segment abdominal ne diffère du précédent 
que par l'absence de sillon dorsal et par l'épistcrnite un peu plus allongé. 
Le segment anal est subcirculaire , assez convexe sur son pourtour, dé- 
primé sur sa face postérieure. L'anus en occupe le centre et présente quatre 
plis rayonnants, déterminant à l'intérieur d'un sillon circulaire périanal 
quatre secteurs, dont les deux latéraux, pairs, sont plus grands. 

Spinules tégumenlaires. — Une grande partie de la surface du tégument 
est garnie de très petites spinules chitineuses dirigées en arrière et destinées 
à fournir des points d'appui pendant le forage et la progression. Ces spi- 
nules, souvent géminées, n'apparaissent guère, dans la région dorsale, que 
sur le bourrelet ambulatoire qui sépare le mésonotum du métanotum. Bien 
développées sur le dos des segments suivants, elles s'atténuent beaucoup à 
partir du 5 e urite. Elles reparaissent sur l'épimérite 8, revêtent densément 
le segment anal, sur lequel elles présentent leur maximum de dévelop- 
pement, et se rencontrent aussi abondamment sur la région ventrale de 



— U5 — 

i'urite 8. Plus petites et moins nombreuses sur le sternite 7, elles dis- 
paraissent sur les sternites précédents. 

Système des soies tactiles. — Chez la larve du Balanogastris Kolœ , les soies 
tactiles sont peu développées ; leur élude demande une certaine attention. 
Nous avons tenu cependant à en indiquer le nombre et la position approxi- 
matifs , car nous sommes convaincus de la nécessité dune telle recherche 
si Ion veut arriver à une connaissance systématique suffisante des larves de 
Curculionides. Bien que le nombre et la position des soies tactiles ne soient 
pas absolument constants, ces organes fournissent, dans le cas actuel, des 
éléments de distinction spécifique ou générique négligés jusqu'ici et dont il 
deviendra indispensable de tenir compte. 

Plaque frontale. Environ 5 paires de soies , dont une située près de 
l'angle antérieur, en dedans de l'insertion antennaire. 

Pleure céphalique. Chaque plaque pleurale porte environ 9 soies dont 
une, plus longue, située contre la suture frontale, vers le milieu de la lon- 
gueur de cette suture; une autre grande soie au-dessus de la tache 
ocelliforme. 

Epistome. 3 soies équidistantes de chaque côté. 

Pronolum. 6 soies environ de chaque côté, dont 2 dorsales, 2 postéro- 
latérales, 1 antéro-latérale. 

Mésonotum et métanotum avec chacun une série transverse de h soies 
(la seconde en commençant par la soie interne, très petite). 

Bourrelets articulaires postsegmentaires dorsaux. Une paire de très petites 
soies. 

Epimérite prothoracique. 1 ou 2 soies diseoïdales. 

Epimérite mésothoracique. 2 soies au bord antérieur. 

Epimérites métathoracique et abdominaux. Deux soies, dont l'antéro- 
supérieure fort petite. 

Episternites thoraciques. 2 soies. 

Tergites abdominaux. Au-dessus de chaque stigmate, n n groupe de 2 soies , 
la soie inféro-postérieure plus grande. En outre, sur les deux derniers 
segments stigmatifères , une paire de grandes soies dorsales. 

Episternites abdominaux. Une soie principale et quelquefois quelques 
très petites soies accessoires. 

Bourrelet sternal latéral. 1 soie. 

Aire sternale médiane. De chaque côté , 1 soie plus développée sur les 
deux derniers segments stigmatifères. 

Segment anal. 6 grandes soies écartées formant cercle à distance autour 
de l'anus. 

Stigmates petits, au nombre de 9 paires, ceux de la première située dans 
la région inférieure de l'épimérite prothoracique, à un niveau inférieur à 



— U6 — 

celui des 8 paires abdominales, qui s'ouvrent sur le trajet du sillon séparant 
le termite de l'épimérite, un peu eu avant du milieu de la longueur du 
segment. Les stigmates prothoraciques sont un peu plus grands que les 
stigmates abdominaux, mais tous présentent la même structure. Leur ori- 
fice est subcirculaire et les parois du conduit d'entrée, qui est légèrement 
rétréci en entonnoir, se prolongent postérieurement en un atrium excen- 
trique constitué par deux sortes de boudins courts, accolés, présentant 
chacun 3 ou h constrictions. 

Description de la nymphe. 
Corps atténué en avant et en arrière , blanchâtre , à tégument membra- 



neux. 



Rostre normalement replié sous le corps, les funicules antennaires écar- 
tés , divergents. 

Prothorax légèrement transversal, beaucoup plus étroit au bord anté- 
rieur qu'au bord postérieur, arrondi sur les côtés, qui sont légèrement v 
sinuésen avant, presque droit au bord postérieur. 




Fig.'A. — Balanofrastri* Kolw. Desbr. — Nymphe. 

Abdomen de 8 segments distincts, atténué graduellement à partir du 
h' segment. 7 e segment un peu plus long que les autres, qui sont sub- 
égaux. 8" segment terminé par deux pointes aiguës droites, très pointues, 
écartées. Eu-dessous, ce 8 e segment présente deux mamelons ovalaires, 
transverses , contigus , peu accusés. 

Podotbèques des deux premières paires reployées parallèlement et recou- 
vrant en partie les ptérotbèques antérieures. Celles-ci sont plus courtes que 
les ptérotbèques postérieures, qui les dépassent au bord apical interne et 
convergent sur la ligne médiane, où elles sont presque en contact. Ptéro- 
thèques recouvrant la majeure partie des podotbèques postérieures dont on 
ne voit apparaître que les genoux. 



— 1/(7 — 

Système des styli motorii. — Tête. 7 paires de styles dont une, isolée, 
située en avant du milieu du rostre, deux autres vers la base du rostre et 
une quatrième à son origine même; deux paires orbitales et une paire post- 
frontale. 

Pronotum. 2 paires au bord antérieur; de chaque côté, 3 styles margi- 
naux; postérieurement, une rangée de 3 paires de styles avant la base. Une 
paire discoïdale. 

Mésonotum et métanotum. De chaque côté, deux styles rapprochés. 

Les tergites abdominaux i-5 présentent de chaque côté 3 styles, dont 
2 discoïdaux, rapprochés, et un latéral, marginal. Sur les tergites 6 et 7, 
le même nombre de styles existe , mais ces styles sont rapprochés du bord 
postérieur. Le segment 8 n'a que deux styles dorsaux discoïdaux. En outre , 
la face ventrale de chacun des deux derniers segments abdominaux porte 
un petit style de chaque côté. 

Chaque podolhèque est munie de deux styles rapprochés, dans la région 
fémorale apicale. 

Stigmates peu apparents, situés aux flancs des segments abdominaux, 
au-dessous de la saillie stylifère latérale du tergum de chaque segment. 



Catalogue des espèces de Phymatid^ (Hémiptères hétér.) 

DES COLLECTIONS DU MUSEUM DE PaMS , 

par M. J. Martin. 

Toutes les espèces qui suivent ayant contribué à établir l'importante 
monographie dé M. A. Handlirsch, nous croyons utile d'en donner la liste 
alphabétique. 

Cnizocoris Davidi Handlirsch (Ann. des K. K. natur. Hof muséums Wien, 
Bd. xii, II, 1897, P- 9l/ 0- — T yP e : Mou P m (Thibet) (David, 1870). 

Gnizocoris stenocephalus Handlirsch (loc. cit., p .2 1 k). — Type :Dardji- 
ling (Harmand, 1886). 

Glossopelta Harmandi Handlirsch (loc. cit., p. 217). — Type : Mont, 
de Ghaudoc (Gochinchine) (Harmand, 1877). 

* Macrocephalus affinis Guérin. — Rio-Janeiro (d'Orbigny, i834): capi- 
tainerie des Mines; Brésil ( Mauger, i853). 

Macrocephalus crassus Handlirsch (loc. cit., p. 191). — Type : Brésil 
(coll. G. Fallou). 

Macrocephalus LEPiDusStâl. Mexique (A. Salle, i856). 

Macrocephalus macilentus Westwood. - — Type: Colombie (Lebas, i83o). 

Macrocephalus manicatus Fabricius. — Type : Caroline (coll. Bosc), 



— 148 — 

Macrocephalus NOTATUsWestwood. — Colombie (Lebas, i83o); Mexique. 
(Salle, i856). 

Macrocephalus PREHENSiLisFabricius. — Type : Caroline (coll. Bosc). 

Macrocephalus tuberosus Westwood. — Ouest de la capitainerie des 
Mines; Rio-Janeiro , Paraguay (coll. G. Fallou). 

Macrocephalus Westwoodi Guérin. — Type : Cuba (coll. Guérin-Méne- 
ville). 

Oxvthvreus cylinduicornis Westwood. — Type : Patrie inconnue. 

Phvmata acutangula Guérin. — Colombie (Lebas, i83o); Brésil (coll. 
G, Fallou); Darien, Venezuela (F. Geay, 1896). 

Phvmata armata Handlirscb (loc. cit., p. 176 )• — Type : Matlo-Grosso 
(de Castelnau , 18/17); capitainerie des Mines. 

Phvmata crassipes Fabricius. — Naples (Costa, i855); Paris, Alger 
(coll. Guérin-Méneville) ; Saint-Tropez (Var), Sarepla (coll. G. Fallou); 
Fontainebleau (S.-et-M.) (Finot, 1896); Viriville (Isère) (J. Martin, 
1896). 

Phvmata erosa Lin. subs. carneipes Mayr. — Tapias (Colombie) (Stein- 
heil, (187A); Rio-Janeiro (de Castelnau, 18/17). 

Phvmata subs. chilensis Handlirscb. — Santa-Rosa, Coquimbo (Chili) 
(Gay, i843, i845). 

Phvmata subs. giwamomea Handlirscb. — Matto-Grosso (de Castelnau , 
1847). 

PIivmata subs. commuais Handlirscb. — Santa-Cruz de la Sierra (d'Or- 
bignv, i834); Brésil (Gaudicbaud, i833, et coll. G. Fallou); Matto-Grosso 
(de Castelnau, iH r i^). 

Phvmata subs. fasciata Gray. — Caroline : Zimmerman (coll. Rose, 
coll. G. Fallou); Savannab (Harper, i8/i3); Nouvelle-Orléans (Laporle, 
t834, coll. Guérin et G. Fallou); Mexique (A. Salle, i856, Giesbrechl, 
i844, et coll. G. Fallou). 

Phymata subs. granulosa Handlirscb. — Mexique (A. Salle, i85G,et coll. 
G. Fallou) 

Phymata subs. parva Handlirscb. — Llanos de Venezuela (F. Geay, 
1896). 

Phvmata subs. parviceps Handlirscb. — Colombie, 18/10; Cayeune(coll. 
G. Fallou). 

Phymata erosa Lin. subs. pensvlvanica Handlirscb. — New-York (Har- 
per, 18/n); États-Unis (Mulsant, 18/19); Boston (coll. G. Fallou). 

Phvmata subs. praestans Handlirscb. — Ouest de la capitainerie des 
Mines; province de Corrientes (d'Orbigny, i83/i). 



— 149 — 

Phymata fortificata Herrich-Schaeffer. — Santa-Gruz de la Sierra (d'Or- 
bigny, i834); capitainerie des Mines (Brésil); Minas Geraes à Goyaz 
(de Castelnau, 18/17); Cuba, Cayenne (coll. G. Fallou). 

Phymata intégra Westwood. — Type : Patrie inconnue. 

Phymata laciniata Handlirsch (loc. cit., p. i58). — Type: San-Carlos 
(Colombie) (Steinbeil, 187/1). 

Phymata macclipennis Handlirscb (loc. cit., p. i58). — Type Brésil (coll. 
G. Fallou). 

. Phymata monstrosa Fabricius. — Montpellier (Hérault) (Chabrier, 
i83/i, coll. Guérin-Méneviile); Hyères(Var) (Finot, 1896); Alger (H. Lu- 
cas, 18/19); Tanger (Favier, 1867 et 1859); Tlemcen (coll. G. Fallou). 

Phymata reticulata Handlirsch. (loc. cit., p. i5a). — Type : Bogota 
(Lœvy, i85o). 

Phymata scabrosa Handlirsch (loc. cit., p. 177). — Type : Brésil (coll. 
G. Fallou); Llanos du Venezuela (F. Geay, 1896). 



Arâdides nouveaux, 

PAR E. BeRGROTH. 

Cinyphus subtruncatus n. sp. 

Subtriangularis, niger vel fusco-niger, inœqualiter concoloriter adpresse squa- 
nmlosus, rostro et tibiis interdum obscure luteis. Gaput lalitudine evidenter lon- 
gius, processu apicali médium articuli primi antennarum atlingente vel paulum 
superante, apice plus minusve profunde inciso, spinis antenniferis levissime diva- 
ricalis, parte postoculari subrectangulata, antennis capite fere duplo longioribus, 
articuio primo piloso, secundo primo sat multo breviore, tertio primo paulo bre- 
vior.', quarto secundo paulo breviore. Pronotum medio capite paulo brevius, 
lobo antico e basi apicem versus leviter dilatalo, angulis apicalibus nonnibil pro- 
minulis, plerumque bifidis, lobo postico antico sat multo latiore. Hemelytra (cF ) 
basim segmenli sexti dorsalis superantia, corio scutello multo longiore, margine 
apicali intus sinuato, membrana fusco-cinerea, venis nigris. Abdomen et basi sua 
fere nsque ad apicem segmenli quinti dilatatum, margine laterali inler apicem 
segmenti secundi et médium segmenti quinti late leviter sinuato, angulis apicalibus 
segmenlorum \-h prominulis, segmento sexto late subtruncato, margine ejus li- 
bero fere in medio lobulo parvo instructo, ventre punctulato, segmento secundo 
genitali maris superne intra marginem apicalem impresso. Long, d* 10 mm. 

C. emarginato Stâl structura pronoti similis, sed structura abdominisdivergens. 

Venezuela (Musée de Vienne). Au Musée de Paris se trouve une larve, 
qui paraît appartenir à cette espèce. 



— 150 — 

Brachyrrhynchus Bouvieri n. sp. 

Oblongo-ovatus, fuscus, parce pailido-granulatus, segmentis connexivi fascia 
apicali flava intus plus minusve dilatata ornatis. Caput latitudine longius, processu 
apicali apicera versus parallelo, apice vix inciso, spinis antenniferis divaricalis, an- 
lennis capite plus quam dimidio longioribus, grariliusculis, ferrugineis, apice ar- 
ticuli secundi et tertii quartoque toto fuscis, articulo primo apicera capitis sat 
longe superante, secundo primo breviore, apicem versus nonnihil incrassalo, 
tertio primo longiore, apicem versus levissirae incrassato, quarto secundo breviore, 
dentibus postocularibus oculos haud superantibus, rosi ro apicem prosterni distincte 
superante. Pronotum longitudine circiter duplo latius, basi late leviter sinuata , 
lateribus inaequaliter crenatis vel erosis, ante médium profunde fere rectangula- 
riler sinualis, lobo antico postico mullo angustiore, angutis apicalibus breviter 
lobatoproductis, oblique truncatis. Sculellum ad angulos basales tuberculo majus- 
culo llavo instructum. Hemelylra basim ( Ç ) vel médium (tf ) segmenti sexti dor- 
salis paullum superantia, corio médium segmenti secundi connexivi superante, 
vena exteriore granis nonnullis majusculis obsita, înargine costali basim versus 
crenato, margine apicali intus leviter sinuato, membrana livida, venis fuscis. Ab- 
domen lateribus subosqualiter rotundatum, angulis apicalibus segmentorum leviter 
prominulis, angulo apicali segmenti sexti sublobulato. Pedes obscure ferruginei, 
annulo subapicali femorum, subbasali et apicali libiarum fuscis, coxis et annulo 
angusto apicali femorum fiavidis. Long, d 1 8-8, G mm., $ 9,8-10 mm. 

B. abdominali Stâl affinis, sed angustior, magis granulalus, processu apicali ca- 
pitis vix inciso, articulo primo antennarum longiore, lobo antico pronoti multo 
angustiore, anlennis et pedibus annulatis optime distinctus. 

Colurabia (Mus. Paris). 

Brachyrrhynchus Handlirschi n. sj>. 

Ovatus, opacus, ochreo-argillaceus, antennis et pedibus fusco-nigris , connexivo 
hic et illic pra'sertim ad angulos basâtes segmentorum fusco-maculalo, roslro 
testaceo. Caput latitudine evidenter longius, transversim rugnlosum, basi levissirae 
rotundatum, processu apicali médium articuli primi antennarum allingente, apice 
inciso, spinis antenniferis leviter divaricalis, anlennis capite duplo longioribus, 
subglabris, articulo secundo primo muito breviore, tertio primo suba^quilongo, 
quarto secundo evidenter breviore, dentibus postocularibus ab oculis nonnihil dis- 
tanlibus, minutis, oculos haud superantibus. Pronotum basi laie leviter sinua- 
tura, lateribus paulo ante médium obtusangulariler sinualis, lobo antico e basi 
anhorsum levissirae angustalo, capite duplo latiore, apice annulo collari distincte 
et utrinque juxla hune lobulo parvo instructo, angulis apicalibus suboblique Irun- 
catulis, lobo poslico antico latiore, dense sat fortiler granulato. Sculellum trans- 
versim rugulosura. Hemelylra basim segmenti sexti dorsalis paulum superanlia, 
coxis basim segmenti secundi connexivi sal longe superante, margine apicali inkr> 
late sinuato, raembrana subfuscescenli-hyalina, venis fuscis. Abdomen pronolo 
latius, angulis apicalibus segmentorum oblusiuscule levissirae prominulis, con- 
nexivo et ventre punctulatis, segmentis hujus (sexto excepto) macula média apicali 
ovali subimpressa lœvigata rufescente prseditis, segmento sexto ventrali maris 
medio rufescenle. Long. cT 9,^-10, U mm., 9 10,6 mm. 



— 151 — 

Isthmus panamensis (Paya in Darien) et Gayenne (Musée de Paris); 
Brasilia (Musée de Vienne). 

Species insignis, cum alia vix comparanda. 

Neuroctenus longulus n. sp. 

Elongatus, subparallelus, opacus, piceo-niger. Caput latitudine paululum Ion- 
gins, processu apicali apice inciso, spinis antenniferis brevibus, extus subparal- 
lelis, dentibus postocularibus obsoletis, antennis capite circiler dimidio longiori- 
bus, articulo primo apicem capitis sat longe superanle, secundo primo paulo 
breviore, tertio primo subœquilongo , quarto secundo œquilongo. Pronotum an- 
trorsum angustatum, lateribus ante médium haud vei levissime sinuatis, augulis 
apicalibus oblusis, vix prominulis. Scutelium apice obtusum, disco piano. Heme- 
b Ira ($) apicem segmenti quinti dorsalis subattingentia, corio scutello longiore, 
basim segmenti secundi connexivi attingente, angulo apicaii acuto, margine api- 
cali levissime bisinuato , membrana subfusca , nitida , dense nigrovenosa , basi pal- 
lescente. Abdomen subtus convexiusculum, segmento quinto ventrali ( Ç ) ante 
valvulas génitales leviter bisinuato." Long. $ 7,8-8 mm., lat. 9,8 mm. 

Gayenne (Mus. Paris). 

N. litigioso Stâl subafïinis, sed statura parallela mox distinctus. 



Description d'une espèce nouvelle de Notonectid* [Hémiptères) 

DE LA COLLECTION DV MUSEUM d'HiSTOIRE NATURELLE DE PâRIS , 
PAR G. W. KlRKALDY. 

Enithares Martini n. sp. 

Enithares sinica, coll. Fallou, Mus. Paris (nec Stâl). 

E. biimpressa, coll. Signoret, Mus. Vienne (nec Uhler). 

Tête assez courte , notocephalon étroit, vertex deux fois aussi large que le 
synthlipsis, largeur de l'œil un peu plus grande que celle du vertex. Lar- 
geur du pronotum environ trois fois aussi grande que sa longueur, bord 
postérieur presque droit, bord posléro-latéral assez accentué. 

Tibias antérieurs un tiers plus longs que les tarses, premier article tarsal 
moitié plus long que le deuxième, qui est subégal aux ongles; l'ongle exté- 
rieur un peu plus long que l'ongle intérieur. Tibias intermédiaires moitié 
plus longs que les tarses; premier article tarsal a/5 plus long que le 
deuxième; l'ongle extérieur un peu plus long que l'ongle intérieur. Fémurs 
postérieurs sans éperon. Front suffusé de belle rose; couleur générale du 
corps comme dans les autres espèces de ce genre , bemiély très grisâtres , 
semi-lransparentes , sutures largement foncées. Longueur, 8-9 millimètres; 
largeur, 3-5 millimètres. 



— 152 — 

Type. — Mus. Paris (coll. Fallou). — Syntypes. Mus. Paris, Manille (coll. 
Fallou), Manille (Lorquin, 1861). Mus. Vienne (coll. Signoret) et ma col- 
lection. 

Habitat: Iles Philippines (Manille). 

Je suis heureux de dédier cette espèce à mon obligeant et distingué collè- 
gue, M. Joanny Martin; elle diffère des autres espèces chinoises comme 
suit : de YE. biimpressa (Uld.)par la forme de la tète (le vertex dans celle- 
ci est bien moins que deux fois aussi large que le synthlipsis); de YE. 
sinica (Slâl) par les proportions des articles tarsaux antérieurs (dans 
YE. sinica , le premier article est deux fois et un tiers aussi long que le 
deuxième); de plus, le d* de la sinica a un éperon sur le fémur postérieur. 

J'exprime mes remercîmenls profonds à M. le professeur E.-L. Bouvier 
et à M. Joanny Martin qui m'ont permis d'étudier, à mon loisir, la magni- 
fique collection des Notonectides du Muséum. 



Crustacés provenant des campagnes do Travailleur et dv Talisman, 
par A. Milne Edwards et E.-L. Bouvier. 



OXYRHYNQUES. 

Lambrus Leacb. 

Lambrus Miersii. 

Un seul exemplaire de celte espèce a été péché au sud de Cadix; il est 
facile de la distinguer de toutes celles qui habitent les mêmes régions. La 
carapace, beaucoup plus aplatie et plus ovalaire que celle du Rhinolambrus 
Massena, ressemble par sa forme à celle du Lambrus mediterraneus. Le 
front, large dans la région inter-orbitaire, se termine par une sorte de bec 
pointu qui , à sa base, porte de chaque ctHé une petite dent: quatre saillies 
tuberculiformes s'élèvent sur la ligne médiane du bouclier céphalo-thora- 
cique: la première occupe le lobe uro-gastrique; la seconde, plus petite, est 
placée dans le sillon gastro-cardiaque; la troisième, aussi haute que la pre- 
mière, surmonte le lobe cardiaque antérieur; la quatrième, de la même 
taille que la seconde, est située sur le lobe uro-cardiaque. Le lobe méso- 
branchial présente une saillie tuberculiforrne, mais le reste de la carapace 
est lisse; c'est à peine si l'on distingue en avant delà région gastrique deux 
petites granulations symétriques et deux autres sur les régions branchiales. 
Les bords latéraux sont découpés en petites denliculations, parmi lesquelles 
se détachent deux épines branchiales dont la dernière, formant l'angle la- 
téro -postérieur, est plus grande et située sur un niveau plus élevé. Les bords 



— 153 — 

latéro-postérieurs sont garnis de saillies courtes et spiniibrmes. Le bord 
postérieur présente, au-dessus de l'insertion de l'abdomen, une ligne de 
granulations. 

Les pattes antérieures sont longues; les arêtes des divers articles qui les 
conslituent sont nettes et dentelées, les faces sont très finement granu- 
leuses. Les pattes ambulatoires sont grêles et la cuisse offre en dessus et eo 
dessous des denlicula lions espacées. Le cadre buccal et les pattes-mâcboires 
externes sont finement granuleuses. 

Un exemplaire de cette espèce a été trouvé au sud de Cadix, par 
1 1 a mètres de profondeur. 

Stenorhjnchus Lamarck. 

Stenorhynchus macrocheles nov. sp. 

La carapace de cette espèce ressemble à celle du St. hngirostris , mais elle 
est plus triangulaire, phr> rélrécie en avant et les pointes rostrales sont plus 
relevées. Les pinces sont très longues et dépourvues d'épines et de longs 
poils. Dans certains exemplaires mâles, elles sont longues et fort remar- 
quables. L'extrémité du bras arrive au niveau de l'extrémité du rostre; cet 
article est presque cylindrique , orné de quelques granulations très petites et 
pourvu d'une seule épine surmontant l'articulation de Pavant-bras; ce der- 
nier est inerme ainsi que la main; celle-ci est aussi longue que le bras: elle 
est presque cylindrique à sa base, mais elle devient plus haute et légère- 
ment comprimée vers son extrémité; les doigts sont fortement baillants, h 
bord tranchant de l'index étant très échancré en avant de la saillie denti- 
fornie basilaire. Chez d'autres mâles et chez les femelles, les pattes anté- 
rieures ressemblent beaucoup à celles du St. longiroslris, mais elles sont 1res 
peu pileuses et totalement ou à peu près inermes. 

Six exemplaires de cette espèce ont été recueillis au large du Cap Blanc , 
par 2 35 mètres de profondeur. 

Achœus Leach. 

Achœus cursor nov. sp. 

Cette espèce, fort voisine de Y Achœus Cranchii, s'en dislingue par ses 
pattes beaucoup plus longues. La carapace est plus étroite en avant, la ré- 
gion gastrique et la région cardiaque sont plus élevées. Le front est formé 
de deux pointes très courtes triangulaires et légèrement divergentes , qu ine 
s'avancent même pas jusqu'au niveau de l'extrémité du 2 e article des an 
tenues: les voûtes sourcilières sont développées en dehors, formant un bord 
un peu arqué. 

Les yeux sont grands, à extrémité atténuée; leur pédoncule présente, en 
avant et sur sa partie moyenne , une saillie à bord arrondi. Les fossettes an- 
tennulaires sont profondément encaissées par le bord de l'article basilaire des 



— 154 — 

antennes externes qui est cristilbrine ; la tigelie mobile est longue et grêle. 
L'épistome est lisse , aplati et limite* en dehors par un rebord qui n'est que 
la continuation du bord interne de l'article antennaire. Le premier article 
du sternum présente une crête médiane et une crête transversale; cette der- 
nière s'étend au-devant de l'extrémité de l'abdomen entre l'articulation des 
pattes antérieures ; les articles suivants portent quelques rares granulations. 
L'abdomen du mâle se compose de 6 articles; il est comparativement plus 
grand que celui des Inachus ou des Stenorhynckus. 

Les pattes de la 2 e paire ont plus de deux fois et demie la longueur de la 
carapace; chez YAchœus Cranchii, elles n'ont pas deux fois cette longueur, 
les pattes de la h" et de la 5' paire sont pourvues d'un doigt très falciforme 
et elles sont aussi plus allongées que chez l'espèce de nos côtes. 

Le corps et les pattes sont couverts de petits poils en crocbet qui servent 
à fixer les corps étrangers. M. Spence Bâte en observant YAchœus Cranchii 
avait constaté que ce Crabe se sert de ses pinces pour accrocher lui-même 
aux poils en hameçons des débris d'Algues. Nous avons pu répéter la même 
observation sur YAchœus cursor : effectivement, ayant placé plusieurs in- 
dividus dans une cuvette d'eau de mer, après les avoir nettoyés à l'aide 
d'une pince, nous les avons vu saisir des fragments de Bryozoaires et de 
Corallines et les placer avec une grande adresse sur leurs pattes et sur leur 
carapace qui peu à peu disparaissaient sous ces ornements de façon à de- 
venir invisibles. Aussi la recherche de ce Crabe est-elle très difficile , la plu- 
part échappent aux investigations les plus minutieuses, leurs mouvements 
seuls décèlent leur présence. 

VAchœus cursor rattache le genre Achœus au genre Stenorhynckus ; il 
ressemble un peu effectivement à un St. rostratus, dont le front se serait 
raccourci et dont les pattes seraient plus courtes; toutefois la disposition de 
la région antennaire, des pattes-mâchoires externes et de l'abdomen per- 
mettront toujours de le distinguer. 

Parmi les exemplaires de cette espèce que nous avons observés, il s'en 
trouvait un chez lequel les cornes rostrales n'existaient pas ; le front se ter- 
minait par un bord régulièrement arrondi, ne s'avançant pas au delà de 
l'insertion des pédoncules oculaires et fermant incomplètement en avant les 
fossettes antennulaires. 

Cette espèce a été recueillie aux Canaries, par 3o mètres de profondeur. 



— 155 — 

Notes sur les récifs madréporiques de Djibouti, 

par h. coutière. 

(Laboratoire de MM. Milne Edwards et Bouvier.) 

Nous avons exposé dans le précédent Bulletin (N° 2, 1898) la disposi- 
tion des récifs ordinairement immergés , que l'on rencontre à l'intérieur de 
la baie de Djibouti. La portion externe de cette formation madréporique , 
qu'il nous reste à examiner, est de beaucoup la plus importante pour les 
recbercbes, car elle découvre à presque toutes les marées sur des espaces 
atteignant plusieurs kilomètres carrés. 

Dans son maximum d'extension , c'est une vaste surface presque plane 
s' étendant au pied des plateaux du Héron et du Serpent et offrant entre les 
deux une solution de continuité, sorte de goulet resserré où le flot du large 
pousse constamment la boue calcaire balayée de la surface des récifs. S'éta- 
lant ensuite sur l'espace plus large qiù lui est offert, le flot diminue de vi- 
tesse et laisse déposer cette boue. Il se for.ne ainsi une sorte d'anse vaseuse, 
que suffit à limiter très nettement le seuil étroit, toujours immergé à marée 
haute, reliant les deux plateaux dont nous venons de parler; on peut ob- 
server, en effet , que la plage basse située de l'autre côté de ce seuil est sa- 
blonneuse sur toute son étendue. 

Cette anse vaseuse, où les Posidonies forment par places une véritable 
prairie, est l'habitat par excellence des Holothuries et des Synaptes. Synapla 
grisea, étalée entre les touffes de Zostères, est extrêmement commune et 
atteint fréquemment 1 m. 5o. Quant aux Holothuries, elles sont enfouies 
verticalement dans la vase et ne se signalent que par un véritable crcône de 
déjection n qu'elles augmentent par intervalles d'un jet de boue s'échappant 
par un rrcratère» central. Toute la région est ainsi transformée en une suc- 
cession de petits monticules séparés par des flaques minuscules, où la 
marche est extrêmement pénible. Dans les flaques, on trouve par intervalles 
de véritables bancs de Méduses (Cassiopea). Cette faune, assez pauvre en 
espèces, est complétée par des Sabelles, quelques Crustacés communs, des 
genres Gonosioma, Matuta, Tlialamita, Neptunns pelagicus (Lin.), et plus ra- 
rement Scylla servata (Forsk.). Sur les branchies de ce dernier se rencontre 
fréquemment, en grand nombre, un petit Lépadidé parasite. 

Cette prairie vaseuse se rattache insensiblement de part et d'autre aux 
récifs qui s'étendent au pied des plateaux émergés du Héron et du Serpent. 
Peu à peu, la vase devient moins fine, passe à un sable calcaire et recouvre 
à peine des dalles irrégulières, souvent de grandes dimensions, débris 
morts de la table madréporique que le flot a peu h peu désagrégés et rendus 
moins anfractueux. Les bords de ces dalles, lorsqu'ils fout légèrement 
saillie , recouvrent presque toujours de petits entonnoirs irréguliers , qui sont 



— 156 — 

les ouvertures des terriers horizontaux où habite Alpheus strenuus (Dana), 
l'un des Alphéidés les plus remarquables par sa taille et ses mœurs. 

En temps normal , l'entrée du gîte est occupée par les grandes pinces de 
l'animal , étendues parallèlement à plat sur le sol , le doigt mobile à peu 
près horizontal. En approchant avec précaution, on peut voir fréquemment 
l'AIphée se servir de ces appendices pour déblayer le sable qui menace 
d'obstruer l'entrée de son gîte. La grande pince lui sert surtout à cet usage, 
soit qu'il i'emploie à la façon d'une pelle, soit qu'il pousse simplement le 
sable devant lui en s'arc-boutant sur ses pattes postérieures. La petite pince 
intervient surtout pour nettoyer les débris restés sur la grande; c'est une 
besogne dont l'animal s'acquitte avec grand soin, et il faut voir vraisem- 
blablement une adaptation à cet usage dans les crêtes latérales munies de 
soies fortes et épaisses qui garnissent le doigt mobile de la petite pince chez 
le d* de nombreuses espèces, et qui, chez A. strenuus, se rencontrent dans 
les deux sexes. 

En même temps, la 2 e paire de pattes, dont le carpe à 5 articles est par- 
ticulièrement allongé dans cette espèce, sert activement soit pour compléter 
cette besogne, soit pour niveler l'entrée de l'ouverture. L'animal écarte ainsi 
les moindres débris, les déplace, enlève, grâce à la petite pince qui termine 
le membre, les grains de sable restés sur les pinces, nettoie par des frotte- 
ments réitérés les voûtes orbilaires, les sillons qui les séparent du rustre, 
les deux paires d'antennes et les appendices buccaux. 

Les fouets antennaires sont le plus souvent dirigés en arrière, les fouets 
antennulaires en avant. Vient-on à introduire à l'orifice d'une ouverture , 
le doigt ou les mors d'une pince, l'animal se retire vivement, souvent sans 
produire le claquement si caractéristique des Crustacés du genre Alpheus. 
C'est du reste pour revenir aussitôt attaquer l'obstacle à l'aide de sa petite 
pince. Pour observer ce mécanisme, il suffit de présenter à l'animal un mor- 
ceau de Crabe fraîchement tué. On voit alors que la petite pince sert 
presque seule à la préhension, et que la grande pince a un tout autre rôle, 
celui de déchiqueter la proie portée ensuite à la bouche par les pattes de la 
9 e paire. Le doigt mobile de la grande pince s'ouvre jusqu'à faire un angle 
droit avec la paume, et se referme violemment, fonctionnant, non par pres- 
sion, comme dans une pince de Crabe, mai. par percussion, et comme 
lancé par un ressort avec une vitesse initiale très grande. 

Alpheus strenuus vil par couples et il est curieux d'observer son allure 
lorsqu'on a mis à découvert son gite en soulevant la dalle qui le recouvre. 
Il nage mal, en ligne droite, sans crochets et sans reculs brusques de l'ab- 
domen, donnant l'impression d'un mobile lancé d'un point vers un autre, 
les pinces toujours étendues et progressant par les mouvements des uro- 
podes. 11 cherche à gagner le bord de la flaque mise à découvert et marche 
alors beaucoup p'.ua qu'il ne nage entre les touffes de Posidonies, dans les- 
quelles sa couleur vert sombre le dissimule très bien. Presque toujours, on 



— 157 — 

trouve dans le gîte commun à plusieurs couples de ces Alphées, un certain 
nombre de grands Amphinomiens hérissés de soies urticantes d'un blanc 
nacré, qui s'implantent dans les doigts au moindre contact. 



Sur une collection de Mollusques terrestres et d'eau douce 

du Kameroun, 

PAR LE D r A. T. DE RoCHEBRUNE. 

Dans le courant du mois de janvier dernier, le Laboratoire de Malaco- 
logie du Muséum recevait en don de M. le D' Y. Sjosterlt de Stockholm, 
par l'intermédiaire de M. le Directeur, une série de Mollusques terrestres 
et d'eau douce, que le savant voyageur suédois avait recueillis lui-même 
dans la région du Kameroun. 

Cette série comprenant : ki exemplaires répartis en \h genres et 
18 formes, conservés dans l'alcool, ne représente évidemment qu'une 
faible partie des richesses malacologiques péniblement amassées par M. le 
D r . Y. Sjosledt, auquel s'étaient adjoints M. le D' J. Jungen et M. l'ingé- 
nieur P. Dusen, pendant son séjour de deux années (1890-1892) dans 
le Kameroun; elle offre cependant un réel intérêt. 

Nous en donnons la liste suivante : 



Nekitina Oweniaxi Gray. 
Lamstks lybicls Morel. 

Y*ERONICEr.LA PLEl ROl'ROCTA Mart. 

Helicarion columell.yris d'Ailly. 

ZoMTARION SEMIMEMBRANACEUS Mart. 

Trochczonites BiriLARis Dohni. 

FoliiM Morel. 

Jbuensis Pseist. 
Thapsia Sjostedti d'Ailly. 



LlMIGOLARIA KUMIDICA ReCV. 

FELIINA SllUtt. 
SuBULINA ANGUSTIOR Dohril. 

STREPmsTELE Buckuolzi Mart. 

PsEUDOGLOSSULA RETIFERA Mari. 

Sjôstkdti d'Ailly. 
Streptaxis kameronexsis d'Ailly. 
Enrba mucronata Mart. 

GlBBUS LIBERIAN'US Loa. 



Il faut observer tout d'abord que, sur ces 18 formes, i5 faisaient com- 
plètement défaut dans nos galeries si riches en Pulmonés africains; elles 
viennent donc combler un vide important, et de ce fait nous ne saurions 
trop remercier M. le D r Y. Sjbstedt de son précieux envoi. 

D'autre part, nous croyons utile de dire quelques mots sur la faune nn- 
lacologique du Kameroun. 

Jusqu'à ces derniers temps, les Mollusques du kameroun n'éttieit 
connus que par un mémoire de Martens, paru en avril 1876 (Monasl. d. 
Kônigl. Ahad. d. Wmensch. z. Berlin), où sont décrites 3a formes terrestres 
et 8 d'eau douce, et une note de Boettger, publiée en 1892 (Sitzungsfar. 
d. GcseUsch. haturforsôk. Freunde z. Berlin), où une seule forme est men- 
tionnée. 

Muséum. — îv. 11 



— 158 — 

C'est seulement en 1896 que M. A. d'Ailly fit connaître les résultats des 
recherches de M. le D r Y. Sjostedt et de ses compagnons de voyage. 
(Bihang till. K. Svcnska vetenshaps. Akademiens, Band 22. Afd. IV. n" 2.) 

De l'étude de son important mémoire, il ressort que sur 102 formes de 
Mollusques, soit 95 terrestres et 7 d'eau douce, 5a semblent appartenir eh 
propre au Kameroun. 1 forme remonterait en Abyssinie, 1 autre se re- 
trouverait aux Antilles et aux Sandwich. 

Les 48 formes restant seraient communes à toute la côte occidentale 
d'Afrique, c'est-à-dire échelonnées : au Sénégal , Côte d'Or, Grand-Bassam , 
Gabon, Sierra-Leone , Gambie, Angola, Libéria, Fernando-Po, Ile du 
Prince, Cap Palinas, etc. 

Personne ne saurait nier l'importance de ce mode de répartition; là, 
selon toute probabilité, existe un centre particulier non seulement propre 
aux Mollusques, mais aux animaux des autres ordres zoologiques, comme 
aussi aux Végétaux, et très certainement des découvertes utiles récompen- 
seraient ceux des voyageurs de l'avenir qui ne craindraient pas de visiter 
les régions encore insuffisamment connues du Kameroun. 



Notice sur un recueil de plantes peintes à la gouache dans la 
première moitié du xvi e siecle, appartenant à la blbliotheque 
de Poitiers, 

par E.-T. Hamy. 

Parmi les manuscrits acquis en 1818 pour la bibliothèque de Poitiers 
des héritiers du bénédictin D. Mazet, figurait un vieux volume, couvert 
d'une ancienne reliure en peau noire, un peu érailléc et qui porte aujour- 
d'hui, sur le catalogue spécial dressé par M. Lièvre, le n° i54 (1) . 

Les cinquante feuillets de vélin dont se compose l'ouvrage mesurent en- 
viron 207 millimètres de haut sur i4o de large: le relieur les a d'ailleurs 
un peu trop rognés, surtout vers le haut, et parfois son tranchet a entamé 
quelque peu les figures dont nous allons parler. 

Tous ces feuillets sont en effet couverts de peintures sur leurs deux faces, 
et le nombre des sujets, groupés par deux et même par trois sur une seule 
page, s'élève exactement à cent onze. Ce sont des plantes usuelles, repré- 
sentées presque toutes avec leurs racines, leurs feuilles, leurs fleurs. Elles 
sont peintes à la gouache, d'un pinceau ferme, mais sec, suivant des types 

< l) A.-F. Lièvre, Manuscrits de la Bibliothèque de Poitiers (Catalogue général des 
manuscrits des Bibliothèques publique» de France. — Déparlements , t. XXV, p.5o.) 
J'ai dû à la complaisance de M. Lièvre ia communication de cet intéressant vo- 
lume. 



— 159 — 

un peu conventionnels, et l'auteur a le plus souvent inscrit en rouge, à côté 
de la figure, son nom et sa synonymie, ajoutant même souvent quelques 
mots qui rappellent ses qualités ou ses usages. 

On peut se rendre compte, dès les premières pages du volume, de ses 
mérites et de ses défauts. Ainsi YOxalis acetosella, figurée à droite du pre- 
mier recto, est d'un agréable dessin; ses feuilles découpent en vert clair 
épais des profils à peu près exacts, mais les fleurs, quoique représentées 
avec adresse, ne montrent de bien net que leurs cinq pétales argentés. «Le 
suc de ceste herbe, dit le texte, en fait aller les taques de liendrap.r, 

Sur le quatrième feuillet se voit une Ossemùde (Osmunda regalis), dont 
la racine, usitée dans l'ancienne pharmacopée, est assez aisément recon- 
naissable, tandis que le feuillage est à peu près correct. 

«Prenez, Rachine dossetnôde le neuvaulx , dit le texte , et les tapez en I mor- 
tier et mettes du blancq vin et tout broùes ensable et passer parmi I drap de 
lien e cite donne a unepsone qui seroit de tous au matin et a soir aboicr et le 
p\atient\ (1) soit des liens et de de [. . .] viij ou x jôs sera gar[i]. 

Les propriétés olfactives des plantes attirent particulièrement l'attention 
du commentateur. Par exemple, on lit, folio 17 recto, «le saulg le Roy les 
fuelles sent les anis. Plus loin , folio 2 2 recto , sanemôde . . . piet de lièvre 
(potetitilla recumbens S) «Le Rachine sent très bonne* ou encore (folio 2 4 
recto) Rue (Ruta graveolens L.) «sent très fort ri , 

«Melys aussi (Melissa officinalis L.) se sent fort» (f° 25 v°) et franelle 
(Ridens tripartita L.) erse sent comme souffre», etc. 

L'auteur fait parfois aussi mention de l'habitat ou des usages. Ainsi 
f° io v°, à côté d'une figure assez sommaire représentant une Anémone 
(Anémone nemorosa L.) , il écrit : «Ceste Ierbe croist a bosn. 

D'une plante innomée (f° 16 v°) où M. Franchet reconnaît le Caltha 
palustris L., il dit «Ceste Ierbe croist en crus paysn, La Ruta muraria L. , de 
la page 20 (v°) «croist a murs être deus yointures-n et VAsplenium Trickomanes 
L. , de la page 22 (v°). . . croist entre murs et est bonne pô foulure, v 

Ces inscriptions, dont il serait inutile d'augmenter la liste déjà trop 
longue , sont quelquefois déformées de façon à suggérer l'hypothèse qu'elles 
ont été péniblement transcrites d'après des textes plus anciens , incompris 
et mal déchiffrés. Ainsi on lit deci delà esclane pour esclaire, aigremore 
pour aigremoine , jlanusse pour flamulle, etc. Il semble donc évident que 
l'auteur des légendes reproduisait en somme, d'après des inscriptions plus 
ou moins vieillies, des termes devenus inintelligibles pour lui. 

Dans cette hypothèse, on peut se demander si les gouaches elles-mêmes, 
qui présentent souvent, ainsi que je l'ai déjà fait observer, des allures con- 
ventionnelles, ne sont pas des imitations, des copies de peintures plus an- 
ciennes. 

ll) Mots rognés. 

11 . 



— 160 — 

La ressemblance est grande, en tout cas, entre les figures du manuscrit 
de Poitiers et les images des recueils botaniques du temps, où d'habiles 
graveurs sur bois ont reproduit avec une exactitude relative des dessins 
mis parfois en couleur r.vec adresse et souvent fort analogues à ceux cpie je 
place sous vos yeux. H est vrai que j'ai vainement compulsé ces vieux ou- 
vrages à figures , si nombreux dans notre bibliothèque du Muséum, et que 
je n'ai retrouvé dans aucun d'eux de ligures identiques a celles du n° 1 5 A 
de la Bibliothèque de Poitiers. Je suis donc disposé, pour l'instant, h con- 
sidérer comme original, dans une certaine mesure, le recueil de dessins 
de plantes dont nous avons ici une copie remontant à la première moitié 
du xvi c siècle. Ce serait, au même titre que les dessins mis en couleur des 
grands albums contemporains dont je les rapproche, la manifestation du 
goût et du savoir particuliers des peintres botanistes, qui ont imposé des 
formes spéciales à tout l'ensemble de l'iconographie végétale à ses débuts. 

Ce manuscrit, qui par sa nomenclature et par le choix des plantes qu'il 
renferme ' semble bien originaire de la région où le bénédictin de Poitiers 

(1) Liste approximative des espèces figurées dans le manuscrit de Poitiers (dressée 
avec le concours de M. Francliet). 

Neottia ovata Rich.; Paris quadrifolia L. ; Oxalis acetosella L. ; Sanicula euro- 
pea L. ; Arum maculatum L.; Chelidonium majusL.', Pœonia officinalis L. ; Osmunda 
regalis L.; Géranium rotundifolium L. ; Polygonatum multijlorum AU.; Chrysànthe- 
mnm segetum L. ; Agrimo ia Eupatcria L. ; Lactuca ScariolaL.; Achillœa Ptarmi- 
ca L. ; Trigonelle cœrulea Ser.; Poterium saiguisorba L. ; Knautia arvensis Coult. ; 
Viola odoratt L.; Nepeta Glcc' orna Bentii.: Vinea minor L. ; Ficnria ranunculoides 
Mœnch.; Anémone nen,orosa L. ; Belli» perennis L; Lamium album L.; Endymion 
milans Dum.; Cardamine sp. ; Corydallis tolidah.; Euphorbia amygdaloides L.; Iris 
germanica I..; Iris psendo-Acorus L.; Aquilcgiu vulgaris L.; Achillœa ptarmica (var. 
double); Caltha palustris L.; Myosotis sylvatica L. ; Suivi a officinalis L. ; Stcllaria 
Holostra L. ; Ranunculu» fluitans L. ; Vicia sepium L. ; Taraxacum dens leonis L.; 
Ajuga rcj/lans L. ; Orchis mvrio L. ; Adcxa Moschatellina L. ; Narcissus pseudo- 
Narcissus L.; Asplenium Buta muraria L.; Lamium pur pureumL.; Géranium Bober- 
tianum L.; Ranunculu» jlammula L.; Spinacia spinesa Mœncli.; Gapsella burt;a 
pastoris Mœnch.; Asplenium trichomanes L. ; Potcntdla anserina L. ; Potentilla recum- 
bens Sibtl).; Valeriana PIiu L. ; Asarum Europœum L. ; Fu maria officinalis L. ; Buta 
graveolens L.; Ophioglossum vulgatumh.; Scrophularia nodosa L.; Pimpinella saxi- 
fraga L.; Melissa <ffici,,alis L. ; Bidens (riparlita L. ; Erythrœa CentauriumL.; 
lnula Helonuim L. ; Betonica ojpcinalis L. ; Kepeta coloria L.; Teucrium scorodonia 
L.; Verbena efficinalis L. ; Euphrasia Ojpcinalis L. ; Gnaphalium sp. ?; Physalis 
Alkekengi L. ; Scabiosa : succisa L. ; Brunella vulgaris L. ; Aristolochia Clematitis L. ; 
Orobanche sp.; Orcliis lalifolia L.i Orcbanche Galii(?); Orchis maculalah.\ Eruca 
sativah.', Anchusa italica Retz.; Drosera rotundifoliah.; Potentella Tormentilla L. ; 
Borago oflicinalis L. ; Lycopus Eurcpœus L. ; Spiranthes autumualis Rich. ; Pœ n a 
sp.; Leonurus cardiaca L. ; Mrrcurialis annua L. ; Parselaria officinalis L; Origauum 
vitlgare; Primula officinalis Jacq. ; Cichorium Intybus L. ; Polypodium vulgare L.; 
Angelica sylvestris L. ; Petasiles officinalis Mœnch. ; Sempevivum tectorum L. ; Miftr- 



— 161 — 

l'avait découvert, est surtout intéressant parles renseignements qu'il fournit 
sur la manière de peindre en épaisseur de ces anciens artistes , manière qui 
ne se retrouve plus que d'une manière exceptionnelle cliez les grands 
aquarellistes du siècle suivant. 

Son examen met aussi en e'vidence, en même temps qu'un certain souci 
de l'exactitude daus les dispositions générales des branches , des feuilles , des 
boutons, le de'dain le plus complet pour la morphologie des organes flo- 
raux les plus essentiels, dont l'importance est encore complètement incon- 
nue des botanistes. Les pétales seuls sont dénombrés avec quelque préci- 
sion; mais sur aucune plante il n'est possible de démêler quoi que ce soit 
de net dans la reproduction des étamines ou des pistils. 

Le peintre montre enfin, sur le verso de la page 1 1 de son album, un 
Bourdon qui marche sur une feuille, et il est fort intéressant de constater 
que ce modeste Insecte a déjà quelques-unes des qualités d'exécution qui 
brilleront, cent ans plus tard, dans les peintures entomologiques d'un Le Roy 
de la Boissière (1610) ou d'un Daniel Rabel (1624). 



Les Arbres à Gutta-Percha à la GRAyDE Comore, 
par M. A. Milne Edwards. 

A la réunion des Naturalistes du Muséum du 25 mai 1897, notre corres- 
pondant M. L. Humblot annonçait qu'il avait introduit à la Grande Comore 
des pieds de Gutta-Percha (Isonandra Gutta Hooker.) L'un d'eux, planté 
à 25o mètres d'altitude, était devenu en trois ans un bel arbre de 5 à 
6 mètres de hauteur, dont les branches pouvaient supporter le poids d'un 
homme et dont les feuilles donnaient un latex abondant (1) . 

A la suite de celte communication, M. H. Lecomte faisait, dans la Revue 
des Cultures coloniales (2) , les remarques suivantes : «On peut se demander 
si l'arbre transporté à la Grande Comore est véritablement Isonandra Gutta 
de Hooker; à défaut, on ne saurait tirer de conclusions fermes des essais 

chantia polymorpha (?) ; Linaria vulgaris Mœnch.; Arlemisia vulgaris L.; Mentha 
sauva L. ; Helleborus fœtidus L.; Mentha rotundifolia L. ; Solarium nigratnL.; Py- 
rethrujn Parthenium Sm.; Trifolium pratense L. ; Symphytum officinale L.; Plantago 
lanceolata L. ; Plantago major L. ; Calendala arvensis L.; Potentilla reptans. 

Toutes ces espèces sont indigènes, sauf le Trigonella cwrulea Ser., qui donne un 
nard, introduit au moyen âge de l'Europe orientale et utilisé spécialement dans la 
médecine vétérinaire, et YAlkekengi, appelé dans la nomenclature de notre auteur 
«grain d : 'outre-mer ». 

(1) Humblot, Essais d'introduction de l'Arbre à Gutta-Percha à la Grande Comore. 
Bulletin du Muséum d'histoire naturelle, T. III, p. 17a. 

(2) Revue des Cultures Coloniales, 5 juillet 1897. T. I, p. 79. 



— 162 — 

restreints qui sont rapportes. * Ces observations étaient trop justes pour ne 
pas donner à M. Humblot le désir de s'assurer de l'exacte détermination 
botanique de l'arbre dont il s'agit, et il m'a envoyé récemment des rameaux 
et des feuilles que j'ai soumis à l'examen de M. Guignarrl , Membre de 
l'Institut et professeur de Botanique à l'Ecole supérieure de Pharmacie. 
Mon savant confrère a reconnu que ces échangions provenaient bien de 
Ylsonnndra Gulta et il vient de m'adresser à ce sujet la lettre suivante : 

(t J'ai examiné les feuilles d'Isonandra provenant des Comores , que vous 
m'avez remises dans le but de savoir quelle est la qualité de la Gutta 
qu'elles renferment. 11 existe, en effet, des variétés d' Isonandra (Pelaquium) 
Gutta dont les feuilles contiennent des cellules laticifères aussi nombreuses 
et un produit aussi abondant que la meilleure variété de cette espèce et 
qui pourtant ne fournissent qu'une Gutta de mauvaise qualité. Aucun ca- 
ractère externe ou interne ne permet, à ma connaissance, de distinguer 
une mauvaise variété d'une bonne : il faut, pour y parvenir, recourir à 
certains procédés. J'en ai la preuve avec des échantillons récoltés à Bornéo 
par M. de Guigné et envoyés en France comme excellents, alors qu'ils ne 
contenaient qu'une Gutta-Percha friable et sans qualité. 

Dans la petite boîte que je vous adresse, vous trouverez trois préparations 
de feuilles dans lesquelles les laticifères à Gulta sont colorés et peuvent 
être vus facilement au microscope, à un faible grossissement. — Ces pré- 
parations ont été faites toutes les trois avec des feuilles de bonne qualité, 
l'une provenant de Bornéo, l'autre du Jardin de l'École de Pharmacie, la 
troisième des feuilles venant des Comores. Par suite, l'arbre de M. Humblot 
fournira sûrement un bon produit (1) . » 



Les Pereskia et Opuntia Péreskioïdes du Mexique, 

PAR LE D r WEBER. 

Parmi les derniers envois botaniques que M. Léon Diguet a adressés du 
Mexique au Muséum d'histoire naturelle, se trouvent les fruits de deux 
espèces de Pereskia, voisines du Per. spathulala, et croissant toutes deux 
aux environs de Guadalajara, capitale de l'Etat de Jalisco, à environ 
1 ,5 oo mètres d'altitude. Au point de vue botanique , ces fruits et les graines 
qu'ils renferment présentent un grand intérêt , car ils permettent de ré- 
soudre définitivement une question de classification qui jusqu'à présent 
était restée douteuse. Leur examen démontre, en effet, que tout ce groupe 

(l) A la suite de la lecture de cette lettre , les préparations des feuilles dlsonandra 
sont placées sur-le porte-objet du microscope et sont examinées par les personnes 
qui assistent à la séance. 



— 163 — 

des Pereskia à feuilles planes et charnues , dont les P. spathulata et P. Phi- 
tache forment les types, devra être séparé du genre Pereskia et réuni au 
genre Opuntia, où il formera la section des Opuntia Péreskioïdes , ou, mieux 
encore , le sous-genre Pereskopuntia. 

Anciennement , à l'époque où on ne connaissait ni les fleurs ni les fruits 
de la plupart des Cactées, on admettait généralement (pie toutes les espèces 
pourvues de véritables feuilles planes étaient des Pereskia V\ Ceux-ci pa- 
raissaient par conséquent faciles à distinguer des Opuntia, caractérisés par 
leurs folioles cylindriques ou subulées plus ou moins caduques. Mais une 
étude plus complète et plus scientilique vint démontrer que ce caractère , 
fondé seulement sur la forme des feuilles, était insuffisant et ne corres- 
pondait pas toujours aux différences botaniques proprement dites. 

Ce sont surtout les travaux du D r Engelmann, célèbre botaniste améri- 
cain, mort en i88h, qui ont mis en relief l'importance de l'étude du fruit 
et de la graine dans la classification des Cactées et spécialement dans la 
délimitation des genres Opuntia et Pereskia. Engelmann a montré que les 
graines de tous les Opuntia sont blanchâtres, dures, osseuses ou sub-osseu- 
ses, et marginées, c'est-à-dire entourées par le funicule ossifié, tandis que 
les Pereskia ont, comme toutes les autres Cactées, des graines non mar- 
ginées, noires ou brunes, avec un test cruslacé mince et fragile. 

En outre, Engelmann a appelé l'attention sur la constance d'un autre 
caractère ditférentiel propre au genre Opuntia et fourni par les petits 
aiguillons barbelés ou glochidiés, c'est-à-dire munis d'hameçons micro- 
scopiques. Ces glochides manquent dans les Pereskia véritables, ainsi 
que dans tous les autres genres de Cactées. 

11 résulte de ces observations que, dans l'état actuel de la science, les 
Cactées pourvues de feuilles ou de folioles devront être rangées dans le 
genre Opuntia, si elles ont des aiguillons barbelés et des graines osseuses 
blanchâtres, — et dans le genre Pereskia, si elles ont des aiguillons non 
barbelés et des graines noires à enveloppe mince. Il en résulte aussi que 
la forme des feuilles n'a plus qu'une importance secondaire, car, d'une part, 
le genre Opuntia renfermera une section à feuilles planes plus ou moins 

(1 > Le genre Pereskia a été fondé en 1703 par le Père Plumier, en l'honneur 
de sou compatriote provençal Nicol. Claud. Fabric. Peiresc (i58o-i 637), pro- 
tecteur éclairé des sciences. Linné, dans son Hortus ClifJ'ortianus , conserva ce genre 
avec l'orthographe de Plumier. C'est à tort que certains botanistes modernes ont 
changé ce nom en Peirescia ou Peireskia. Dans le dialecte provençal, le mot Peiresc 
se prononce Péresk. Le Père Plumier a donc très correctement latinisé le nom de 
son célèbre compati iole, qui, dans son oraison funèbre é< rite en latin par Jacob 
Buccard (1637), est appelé Perescius. Ne serait-ce que par respect pour Plumier 
et pour Linné (qui n'avaient certes pas besoin de leçons de latin), il faudrait 
conserver leur orthographe. 



— 164 — 

larges (Ex., Op. rotundifolia) , et, d'autre part, certains Pereskia à graines 
noires et luisantes auront des feuilles subulées (E\.,Op.Poeppigii). 

Malheureusement, toutes ces plantes fleurissent rarement en Europe et y 
fructifient encore moins; quelques-unes même n'y existent pas à l'état vivant. 
Nous ne pouvons donc connaître leurs fruits et leurs graines que par des 
envois reçus de leur pays natal. 

C'est à ce point de vue que les fruits envoyés de Guadalajara par M. 
Diguet se recommandent à notre attention. 

Nous avions déjà vu, parmi les plantes vivantes de la section mexicaine 
à l'Exposition universelle de 1889, un Pereskia du Jalisco, envoyé sous le 
nom indigène de Alfilerillo (diminutif du mot espagnol Alfiler, épingle). 
Cette plante buissonnante , d'un mètre environ de hauteur, vit encore au 
Muséum, et y est considérée comme une variété ou une espèce voisine du 
Pereskia spathulata Otto. Dès son arrivée, j'avais constaté involontairement, 
en touchant la plante sans méfiance, que ses petits aiguillons étaient 
incontestablement barbelés , car j'en avais les doigls pleins. Je soupçonnais 
depuis lors que ce prétendu Pereskia devait être un Opuntia^. Pour ré- 
soudre définitivement la question, je priai M. Diguet de rechercher la 
plante dans le Jalisco et d'en recueillir des fruits. 

Au lieu d'une espèce, M. Diguet nous en a envoyé deux, une petite, qui 
ne dépasse pas un mètre, et une grande, qui atteint plusieurs mètres et 
qui est plantée en haies ou cultivée pour ses fruits. Toutes deux ont des 
graines blanchâtres, sub-osseuses , qui doivent les faire classer indiscuta- 
bl ment dans le genre Opuntia. Leur parenté évidente (peut-être l'identité 
de l'une d'elles) avec le Pereskia spathulata de nos collections indique 
clairement que, dorénavant, cette dernière espèce devra également prendre 
place parmi les Opuntia, dans la section où figure déjà Y Opuntia rotundi- 
folia, très bien décrite en 1891 par T.-S. Brandegee. 

Cette section , dont je propose de faire le sous-genre Pereskopuntia , 
comprendra donc les espèces suivantes : 

Op. rotundifolia Brandg (2) . — Extrémité sud de la péninsule califor- 
nienne, où il a été découvert par M. Brandegee, et observé également, 
mais à l'état stérile, par M. Diguet. — Buissonnant, haut de 2 à 3 mètres, 
sub-inerme, remarquable par ses petites feuilles charnues, arrondies, ses 
nombreuses sélules glochidiées, ses fleurs jaunes, et ses graines blanchâtres 
laineuses. — Peut-être synonyme du Pereskia rotundifolia D C. 

Op. Porteri Brandg. — Bose jaune du Sinaloa. — Trouvé à Topolo- 
bamba , sur la côte du Sinaloa , 2 6° lat. — Espèce voisine de la précédente , 

(l) Voir K. Schumann, Monatsschrift fiir Kakteenkunde , 1896, p. 177. 
W Voir T. S. Brandegee, Cad. of Baja Calif, in Zoe , avril 1891. — Voir aussi 
Kalb. Brandegee, Notes on Cacteœ, in Erythea , nov. 1897. 



— 165 — 

dont elle se distingue par ses feuilles lancéolées aiguës, longues de 2 centi- 
mètres, et par la présence d'aiguillons acicidaires bruns, longs de 2 centi- 
mètres , sur les jeunes rameaux. 

Op. spathclata Web. [Syn. Pereskia spalhulata Otto, P. cmssicaulis 
Zucc, P. lanceolata Otto]. — Cultivé depuis plus de 60 ans dans nos col- 
lections. Feuilles charnues, épaisses, spatulées ou lancéolées; aiguillons 
blanchâtres , barbelés. D'après Karwinski , les fleurs sont rouges et la plante 
est employée pour former des haies. 

C'est probablement elle qui figurait à l'Exposition de 1889 , sous le nom 
d' Alfilcrillo du Jalisco. 

Peul-ètre est-elle synonyme de l'espèce suivante (N° 1 ou «grande es- 
pèce « de M. Diguet). 

Op. AQUOsAWeb. [Syn. Op. spalhulata (?) var. aquosa.] — Cultivé à 
Guadalajara par les gens du peuple (Diguet), sous les noms de : Tuna de 
Agita, Pitaija de Agua, Chirioncillo , plus rarement sous le nom de Tasa- 
jillo ^ ou d'Alfilerillo. On le plante] en haies ou le long des murs. Son fruit, 
qui apparaît vers la fin de décembre, est vendu sur les petits marchés; son 
principal mérite est d'être un fruit d'hiver. 

L'envoi de M. Diguet comprenait des fragments de rameaux, des feuilles 
et des fruits. Ces rameaux sont cylindriques, glaucescents , d'environ 
1 5 millimètres de diamètre. Aréoles rondes , tomenteuses , portant à leur 
partie inférieure un aiguillon sub-soli taire, blanc ou grisâtre, rigide, or- 
dinairement tors, long d'environ 3 centimètres, quelquefois accompagné 
d'un second aiguillon semblable, mais beaucoup plus court. 

Les feuilles étaient sèches et avaient k à 5 centimètres de longueur sur 
2 à 2,5 cent, de largeur; elles sont elliptiques, aiguës, plus ou moins spa- 
tulées. 

Les fruits , qui ne paraissent pas tout à fait mûrs , sont terminaux et so- 
litaires à l'extrémité des rameaux, ce qui les fait paraître pédoncules; ils 
sont d'un vert jaunâtre, allongés, longs de h à 6 centimètres sur 2 à 
2,5 centimètres de largeur, ombiliqués; ombilic infundibuliforme, large 
de 12 à i5 millimètres. Ils portent 10 à 12 aréoles, garnies d'un pinceau 
de sétules barbelées très piquantes et adhérentes aux doigts. L'intérieur du 
fruit renferme une chair aqueuse dont l'odeur rappelle celle de la pomme. 
Les graines ont environ 3,5 millim. de longueur sur 3 millimètres de 
largeur; elles sont blanchâtres ou fulvescentes , sub-osseuses, marginées; 
leur marge est formée par le funicule ossifié qui les entoure et qui se pro- 

W Sous le nom de Tasajillo, les Mexicains désignent généralement les Opuntia 
leptocaulis et 0. Kleiniœ DC , ou des espèces voisines (Op. Tasajo Engelm.). — 
Le mot Tasajillo, diminutif de l'espagnol Tasajo, signifie lanière de viande sèche 
{carne secca). 



— 166 — 

longe au-dessous du bile en une sorte de pointe ou de queue sub-osseuse 
très caractéristique, longue de 1 à 2 millimètres. Quand elles sont sèches, 
elles sont enveloppées de quelques filaments cotonneux adhérents. L'em- 
bryon est en fer à cheval, plié en deux autour d'un albumen peu abondant. 

Op. Digueti Web. — C'est là le Percskia n" 2 ou «• petite espèce » de M. Di- 
guet , qui l'a trouvé rraux environs de Guadalajara " où on l'appelle également 
Alfilerilh, comme toutes les espèces de cette section. Il reste bas, frutescent 
et atteint à peine 1 mètre de hauteur. — M. Diguet n'en a envoyé ni ra- 
meaux, ni feuilles, mais seulement des fruits desséchés, qui, dans cet état, 
ont environ 2,5 cent, de longueur sur 1 centimètre de largeur. Ils sont ombi- 
liqués et portent une quinzaine d'aréoles arrondies, feutrées, garnies de 
petites sétules glochidiées et quelquefois d'un aiguillon solitaire, grisâtre, su- 
bulé, long d'un centimètre. L'intérieur de ces fruits est entièrement rempli 
de graines, nichées dans une substance laineuse ou cotonneuse, adhérente, 
compacte , jaunâtre , et pressées les unes contre les autres. Les graines , dé- 
barrassées de celle enveloppe laineuse ont 3,5 millim. de longueur sur 
3 millimètres de diamètre; elles sont d'un blanc sale ou rougeâtres, entou- 
rées d'une marge blanche formée par le funicule qui n'est pas prolongé 
au-dessous du hile comme dans l'espèce précédente. L'embryon, en fer 
à cheval, entoure un albumen peu abondant. 

Par son enveloppe laineuse, la graine de cette espèce se rapproche de 
celle de Y Op. rotundijblia Brandegee. 

Op. Pititache Web. [Syn. Pereskia PitilacheKixrw., Per. calandriniœfolia 
Otto.] — Cette espèce trouvée par Karwinski aux environs de Téhuante- 
pec, y forme un arbre assez élevé dont le tronc cylindrique est armé d'ai- 
guillons très serrés. Connue depuis plus de 60 ans, elle était toujours 
considérée dans nos collections comme un Pereskia; niais ses aiguillons sent 
barbelés, et, d'après Karwinski (l) , son fruit, absolument semblable à un 
fruit de Tuna (Opuntia), est plein de poils piquants. Elle doit donc, sans 
aucun doute, être classée dans le genre Opuntia, à côté de Y Op. spathulata. 

DeCandolle, dans sa Revucdes Cactées (1828), adécrit et figuré, d'après 
les dessins inédits de Mocino el Sessé, quatre Pereskia mexicains, sans in- 
dication de localité, qui n'ont jamais été introduits vivants en Europe. Ce 
sont: l° P. zinniœjlora DC; — 2 P. lychnidijlora DC; — 3° P. opun- 
tiœjlora DC: — h° P. rotundifolia DC. 

Les deux derniers devront, selon toutes les probabilités, être classés 
parmi les Opuntia péreskioïdes. Il est même probable que le Per. rotundi- 
folia DC est identique avec Y Opuntia rotundifolia Brandegee, el le Per. 
opuntiœjlora DC en paraît également voisin. 

u) Karwinski, in Allgemeine Gartenzeitung , 1 883 , p. 70. 



— 167 — 

Quant aux Per. zinnimjlora DC et lychnidiflora DC , ce sont évidemment 
des Pcreskia véritables; et parmi toutes les espèces mexicaines décrites jus- 
qu'à ce jour, ce sont les deux seules qui appartiennent légitimement a ce 
genre (I) . 

Tout récemment, il est venu s'y joindre une troisième espèce encore in- 
édite , provenant authentiquement du Mexique , où elle a été trouvée par 
M. Heese, à El Paso de Dona Cecilia, sur le Rio Panuco, près de Tampico. 
Ayant eu l'occasion d'en examiner un exemplaire vivant et une photo- 
graphie, ainsi que des fleurs fanées, je veux la décrire brièvement. 

Pereskia tampicana n. sp. 

Tige frutescente, verte, lisse; aréoles convexes, tomenleuses, ordinai- 
rement inermes, rarement avec un aiguillon isolé, droit, rouge. Feuilles 
elliptiques allongées, longues de 7 à 8 centimètres, larges de 3 centimètres, 
rétrécies aux deux bouts, brièvement pétiolées, aiguës au sommet, d'un 
vert jaunâtre sur les deux faces; nervure médiane de même couleur, sad- 
lante sur la face inférieure, marquée par une simple ligne sur la face supé- 
rieure ; nervures secondaires peu visibles. 

Fleurs disposées en bouquets à l'extrémité des rameaux, longues et larges 
de 2 à 3 centimètres, d'un rose lilas en forme découpe. Ovaire piriforme, 
sub-pédonculé, anguleux, prolifère, verdâtre, garni de quelques squames 
foliacées inermes, dont 6 à 7 disposées au sommet de l'ovaire où elles 
forment une sorte de calicule vert. Sépales 2 , pétaloïdes rose lilas clair. 
Pétales plus longs, plus colorés, rose lilas pourpre, lancéolés; étamines 
nombreuses, blanches; anthères jaune soufre, style court, à base conique; 
stigmates blancs. 

Cette espèce est voisine du Per. grandifolia Haw. , du Brésil , dont elle se 
distingue facilement par ses feuilles beaucoup plus petites et sa tige sub- 
inerme. 

Transformation de la glycérine par la bactérie dv sorbose, 
par M. Gabriel Bertrand. 

On a vu dans ce Bulletin (2) les circonstances assez curieuses qui accom- 
pagnent l'apparition du sorbose dans le jus des fruits du Sorbier des Oiseaux. 
Quand on abandonne ce jus au contact de l'air, il arrive quelquefois qu'un 
Microbe, apporté par la Mouche des vinaigreries, se développe à sa sur- 
face, oxyde la sorbite qu'il renferme et la transforme en sorbose. 

(1 ' Le Pereskia Bleo, figuré en i83i dans le Botan. Begist., t. 1 A73 , et indi- 
qué (sans doute par erreur) comme provenant du Mexique, n'est autre que le 
P. gi-andifolia Haw., espèce brésilienne bien connue. 

W Voir Bulletin du Muséum, 1896, p. 116. 



— 168 — 

Après avoir reconnu ce fait et l'avoir appliqué à la préparation facile et 
régulière du sorbose, j'ai eu l'idée de faire croître le Microbe, producteur 
du sorbose, sur de la glycérine. Cette fois encore j'ai obtenu un sucre ré- 
ducteur, crislallisable, dont je vais dire quelques mots. 

Pour préparer ce sucre, on fait bouillir de la levure de bière avec de l'eau 
distillée, on filtre, puis on ajoute assez d'eau pour que le liquide ne ren- 
ferme pas plus de h à 5 grammes de matières soluble- par litre. Cela suffit 
à la végétation du Microbe. On ajoute 5 à G p. îoo de glycérine, et, 
après avoir réparti ce bouillon spécial dans des matras, de manière qu'il y 
forme une couche de 2 à 3 centimètres d'épaisseur, on stérilise ; on ense- 
mence le Microbe, puis on place dans une étuve chauffée vers + 3o degrés. 

Le développement de la bactérie du sorbose est très rapide dans ces con- 
ditions; aussi, après une à deux semaines, la transformation de la glycérine 
est complète. On concentre le bouillon, par distillation dans le vide, et le 
résidu est repris par un mélange d'alcool et d'éther; les impuretés se pré- 
cipitent, tandis que le sucre passe en dissolution. En évaporant le liquide 
élhéro-alcoolique, il reste un sirop presque incolore qui ne tarde pas à cris- 
talliser. 

Essorés à la trompe et purifiés par lavage à l'alcool absolu, les cristaux 
répondent à la formule C 3 H 6 3 d'un hydrate de carbone. Cette formule a 
d'ailleurs été confirmée par les combinaisons obtenues avec divers réactifs, 
notamment la phénylhydrazie, l'hydroxylamina et le bisulfite de sodium. 
Toutes ces combinaisons ont montré qu'on avait à faire à la dioxyacétone : 

CH 3 OH 

I 

co 

I 

CH'OH 
ne différant de la glycérine 

CH'OII 

I 
CH-OI1 

I 
CH 2 OH 

que par deux atomes d'hydrogène m moins. La dioxyncélone présente 
donc avec la glycérine les mêmes rapports que le sorbose avec la sorbite. 
Parmi les caractères saillants de la dioxyacétone, je citerai sa propriété 
de réduire la liqueur de Felding dès la température ordinaire, et aussi la 
résistance de ce corps à l'action fermenlalive de la levure de bière. C'est 
seulement quand il est mélangé avec un autre sucre facilement fermentes- 
cible, qu'il est décomposé en alcool et acide carbonique; à cet égard, il se 
comporte donc comme le galactose. 



— 169 — 

En terminant, je rappellerai que le sucre de glycérine n'est connu que 
depuis très peu de temps à l'état de pureté. Il avait été obtenu d'abord par 
M. Grimaux.puis, sous le nom de giycérose . par MM. Etn. Fischer et Tafel, 
mais comme un liquide siropeux , mélangé d'autres substances. C'est seule- 
ment au mois de janvier dernier que M. Piloty en a décrit la préparation 
à l'état cristallisé ; encore ce savant emploie-t-il une série de transformations 
chimiques fort compliquées. La bactérie du sorbose, au contraire, donne fa- 
cilement 20 à 3o grammes de dioxyacétone avec 100 grammes de glycé- 
rine. En cela, elle se montre donc supérieure à nos réactifs ordinaires de 
laboratoire. C'est démontrer, une fois de plus, tout le parti avantageux 
qu'on pourra retirer, en chimie, de l'emploi méthodique de certains Mi- 
crobes. 



Sur la séparation des oxydes de cerium, 
de thorium et des autres terres de la cerite et de lyttria, 

par MM. A. Verneuil et G. Wyrouboff. 

Dès le début de nos recherches sur les terres rares, nous nous sommes 
attachés à trouver des méthodes de séparation plus sûres et surtout plus 
rationnelles que celles qui sont jusqu'ici en usage. Tous les procédés connus 
ne s'appuient sur aucune réaction précise et ne mènent au but que par une 
longue série de fractionnements. Us ne permettront jamais d'ailleurs de 
s'assurer de la pureté du produit obtenu que par des observations spectro- 
scopiques, dans le cas où le spectre est très caractéristique, ou par l'absence 
d'incandescence, lorsqu'il s'agit de la thorine. Cependant toutes ces terres, 
si voisines soient-elles, doivent posséder des réactions caractéristiques et ne 
peuvent qu'à cette condition, constituer des espèces chimiquement dis- 
tinctes; le problème se réduit donc à chercher ces réactions et à les appli- 
quer à leur séparation. 

Remarquons, tout d'abord, qu'en rangeant les terres rares suivant leurs 
analogies chimiques, on obtient la série suivante : Th, Ce, La, Di, Yt (Er, 
Te). Cette série présente une particularité extrêmement intéressante. Si l'on 
arrive, par un procédé quelconque, à séparer complètement l'un des termes 
de la série du terme immédiatement suivant, on le sépare en même temps 
de tous les termes qui suivent et on laisse tous les termes qui précèdent. 
C'est ainsi que toutes les méthodes connues pour séparer les terres de 
l'yttria du didyme entraînent fatalement avec ce dernier non seulement 
les autres terres de la cérite, mais encore la thorine; c'est ainsi également 
que les réactions qui permettent d'obtt nir du cérium exempt de lanthane 
et de didyme le débarrassent en même temps des terres de l'yttria, mais 
entraînent nécessairement la thorine. Ce phénomène que nous nous con- 



— 170 — 

tentons de signaler aujourd'hui doit servir de base à toute méthode ration- 
nelle de séparation des terres rares. Nous sommes fort loin encore , sans 
doute, de posséder des procédés de séparation pour tous les oxydes de la 
série, mais , pour quelques-uns, elle est déjà aujourd'hui possible et il im- 
porte d'en préciser les conditions. 

Dans un mémoire précédent (I) , nous avons donné un moyen très facile 
de séparer complètement le cérium du lanthane et du didyrne. Conformé- 
ment à la règle que nous venons d'énoncer, les terres de l'yltria sont éli- 
minées en même temps, mais, conformément à la règle aussi, la thorine 
reste atlachée au cérium. Il ne s'agissait d'abord pour nous que d'avoir du 
cérium rigoureusement exempt de lanlhane, de didyrne et de thorine. Le 
problème se posait donc d'une façon très précise : le lanthane, le didyrne 
et les terres de l'yttria éliminés du même coup , chercher une réaction qui 
permette l'élimination immédiate de la thorine. La solution du problème, 
posé en ces termes , ne présente aucune difficulté. Le phosphate de tho- 
rium est, en effet, tout à fait insoluble dans l'acide chlorhydrique faible; 
le phosphate céreux y est, au contraire, fort soluble. Si donc, dans un mé- 
lange de chlorures renfermant un peu de thorine , on ajoute assez d'acide 
phosphorique pour saturer cette dernière; elle se sépaie intégralement, en- 
traînant, il est vrai , avec elle des quantités variables (quelques centièmes) 
de cérium. Mais, sous cette forme, le phosphate de thorium est un corps 
extrêmement volumineux qui ne peut être que difficilement filtré et lavé. 
Il faut donc, après addition d'acide phosphorique, évaporer le tout, soit 
au bain-marie, soit même à feu nu, jusqu'à consistance pâteuse; on reprend 
par Cl H dilué dans sept à huit fois son volume d'eau. Le lavage du pré- 
cipité est alors des plus faciles et la liqueur filtrée ne renferme plus trace 
de thorine. Pour constater l'absence de la thorine, il fallait un réactif ca- 
pable d'en déceler même de très faibles quantités, et nous l'avons trouvée 
dans l'eau oxygénée. C'est ainsi que nous avons pu résoudre non seule- 
ment le problème inverse — la préparation facile d'une thorine exempte de 
cérium — mais encore effectuer la séparation quantitative des deux corps. 

M. Clève a remarqué depuis longtemps (2) qu'en ajoutant un excès d'eau 
oxygénée à une solution de sulfate de thorium , on obtenait un précipité 
blanc volumineux ayant pour composition Th 4 7 SO 3 (Th = 1 16). Ce com- 
posé n'est pas complètement insoluble et la liqueur filtrée donne, avec 
l'ammoniaque, un précipité plus ou moius abondant. Cela tient à la pré- 
sence d'acide sulfurique libre qui se forme dans la réaction : 

4S0 4 Th-t- 3 H a 2 = Th"0 7 SO s + 3 S0 4 H s 

et qui tend à décomposer le peroxyde formé. Il était donc très probable 

W Bull. Muséum d'Hist.nat., 1897, p. 34a. 
W Bulletin Soc. chim., i885, t. XXXXIII, p. 5 7 . 



— 171 — 

qu'en employant un acide moins énergique, on arriverait à précipiter com- 
plètement la thorine, d'autant plus qu'une réaction tout à fait semblable 
est depuis longtemps connue pour le cérium. On sait, en effet, que l'acé- 
tate de cérium est complètement précipité par l'eau oxygénée à l'état de 
peroxyde. 

L'expérience a pleinement confirmé cette prévision; l'eau oxygénée pré- 
cipite intégralement la thorine lorsqu'elle est à l'état de chlorure et surtout 
de nitrate neutres. L'analogie entre le thorium et le cérium apparaît ici 
d'une façon frappante. Tous deux donnent, par l'action de l'eau oxygénée, 
des peroxydes en liqueur acide, et la différence ne porte que sur la stabilité 
relative de ces peroxydes, celui de cérium se décomposant instantanément 
en présence de l'acide nitrique ou chlorhydrique. 

C'est sur cette stabilité très inégale des deux peroxydes que nous avons 
essayé de fonder une méthode de sparation. Théoriquement, les choses se 
présentent d'une façon très simple : Si, à un mélange d' acétates de Th, Ce, 
La, Di, Yt, on ajoute de l'eau oxygénée en excès, le thorium et le cérium 
seuls se précipitent; le mélange Th +Ce transformé en nitrate et traité à 
nouveau par l'eau oxygénée donne un précipité qui a pour composition 
Th 4 O 7 Az 2 5{1) , le cérium restant en solution. Mais en matière de terres 
rares, il faut se méfier des conclusions, en apparence les plus légitimes; 
des circonstances secondaires interviennent le plus souvent, qui créent entre 
la théorie et l'application un véritable abîme. L'acétate de peroxyde de tho- 
rium est un corps tellement gélatineux, qu'il est impossible de le filtrer, plus 
impossible encore de le laver. En second lieu , la précipitation en liqueur 
acétique par rPO 2 entraîne, en même temps que le thorium et l'oxyde de 
cérium, une certaine quantité des autres terres. Cette quantité diminue, il 
est vrai, de plus en plus, à mesure que la liqueur renferme plus d'acide 
acétique libre , mais la solubilité du cérium augmente en même temps et 
l'on perd en quantité ce que l'on gagne en pureté. 

Un phénomène analogue se produit lorsqu'on essaye de séparer le tho- 
rium du cérium en liqueur nitrique. Le précipité de peroxyde de tho- 
rium , qui devrait être absolument blanc, est toujours plus ou moins jaune 
et d'autant plus que la quantité de céiïum est plus grande dans le mélange. 
Lorsque cette quantité est très faible, toute la thorine n'est pas précipitée; 
il en reste une quantité très petite, il est vrai, avec le cérium demeuré en 
solution. Seulement ici, ce double entraînement qui, au premier abord, 
parait très défavorable, constitue en réalité une circonstance des plus avan- 
tageuses. Tant qu'il reste des traces de thorine mélangées au cérium , l'eau 
oxygénée produira, dans la solution des nitrates, un précipité facilement 
visible, grâce à son grand volume; tant que le thorium contient, si peu que 

<•) L'analyse nous a donné : calculé: ThO = 100; O = 9,09; Az 2 5 = ao,/i5 
— Trouvé :ThO, ioo;0 = 9,t3; Az0 5 = ao,45. 



— 172 — 

ce soit, de cérium, la liqueur filtre'e du précipité donnera, par l'addition 
de l'ammoniaque, des flocons jaunes. La réaction est tellement sensible, 
qu'un millième de (horium dans le cérium ou de cérium dans le thorium 
peut être facilement reconnu et recueilli sur le filtre. 

Nous sommes donc ainsi en possession d'un réactif qui permet non seu- 
lement de reconnaître la présence de très faibles quantités de l'une des 
terres dans la solution de l'autre, mais encore de les avoir toutes les deux 
parfaitement pures. 

Purification du cérium. — Généralement, le cérium ne renferme que de 
faibles quantités de tlioriue. On ajoute dans ce cas à la solution des nitrates 
qu'on a évaporée à sec ou neutralisée par l'ammoniaque, de façon à la 
rendre aussi neutre que possible, de l'eau oxygénée et l'on chauffe pendant 
quelques minutes à l'ébullition. Lne prise d'essai filtrée, additionnée do 
son volume d'eau oxygénée et chauffée à nouveau ne doit plus donner de 
précipité. Le précipité jaune sous forme de flocons volumineux ne doit 
pas être confondu avec le louche blanchâtre que l'on obtient par l'action de 
l'eau oxygénée à chaud sur le cérium pur; ce louche provient de l'acide 
phosphorique que l'eau oxygénée du commerce contient toujours et qui 
donne un phosphate céreux insoluble, à chaud surtout. Le cérium ainsi 
traité ne contient plus trace de thorium. Si la quantité de thorium mélangée 
au cérium était un peu considérable, i5 à 20 p. 100 par exemple, il serait 
plus avantageux de l'enlever au préalable par le carbonate d'ammoniaque 
additionné d'ammoniaque caustique. La thorine s'y dissout très aisément, 
n'entraînant que quelques centièmes de cérium. Après un seul traitement, 
le cérium resté insoluble ne contient plus que 5 h 6 p. 100 de Ti:0; on 
neutralise par Az0 3 H et l'on précipite par H 2 0\ Ce qui vient d'être dit 
pour le cérium s'applique aussi à un mélange qui contiendrait toutes les 
terres de la cérite et de l'yllria. 

Purijicatio;i de la thorine. — Ici c'est le cas inverse qui se produit : la 
thorine est presque toujours accompagnée de grandes quantités de terres 
étrangères, 95 p. 100 environ, dans la monazite. 

Ln marche à suivre dépend de ce que l'on se propose de faire. Si Ton 
veut extraire la totalité de la thorine existant dans le mélange, le mieux 
est de traiter de suite la solution des nitrates par l'eau oxygénée (il en faut 
10 à i5 centimètres cubes, en la supposant à 10 volumes, par gramme de 
ThO). La thorine ainsi précipitée est très impure; blanche d'abord, elle 
jaunit rapidement et peut même prendre une couleur orangée foncée. Pour 
la purifier, il faut la redissoudre à chaud dans l'acide nitrique, évaporer à 
sec et reprécipiter par H 2 2 . Elle est alors à peu de chose près pure; pour- 
tant elle donne encore un manchon légèrement incandescent, comparable 
à un mélange renfermant 0,1 à 0,9. p. 100 de cérium. Une troisième pré- 
cipitation la rend rigoureusement pure. Celte pureté se reconnaît très faci- 
lement : la liqueur séparée du peroxyde ne donne plus le moindre précipité 



— 178 — 

par l'ammoniaque. Kn l'absence de cérium. la précipitation de la thorine 
par l'eau oxygénée est, en effet, totale. Si l'on lient à opérer rapidement, 
il vaut mieux épuiser deux ou trois l'ois les oxalales par une solution de 
carbonate neutre d'ammoniaque, La solulion évaporée à sec n'exige [du-. 
me deux traitements par H 2 2 pour donner nue thortne sans aucune trace 
d'incandescence. 

Il importe de remarquer «pie les impuretés qui existent dans l'eau oxy- 
génée commerciale, et spécialement les acides pliosphorique et sulfurique, 
s'arcumulent dans le peroxyde de thorium. Il faut donc on bien distiller 
l'eau oxygénée qu'on emploie, ou bien purifier la tborine. Oite purifica- 
tion n'est pas aussi facile qu'on pourrait le croire.» Le mieux est de ia dis- 
soudre dans Hcl et de la précipiter par l'acide oxalique en liqueur Portement 
acide. On enlève ainsi la majeure partie de l'acide pliosphorique, mais non 
l'acide sulfurique. L'oxalate de thorium a l'inconvénient d'être complète- 
ment insoluble dans l'acide nitrique bouillant, ce qui le distingue des oxa- 
lales de toutes les autres terres rares; en revanche, lorsqu'il n'a pas été 
préalablement chauffé, il est instantanément décomposé à froid par la 
grade ou la potasse, caractère qui lui est également propre. L'hydroxyde 
ainsi obtenu ne renferme plus trace d'acide sulfurique. Pour le débarrasser 
de l'acide pliosphorique qu'il contient encore , on le redissout dans Hcl, 
on le reprécipite par l'acide oxalique et l'on décompose l'oxalate parla soude. 

L'hydroxyde contient ainsi de notables quantités d'alcali dont il est im- 
possible de le débarrasser par le lavage. Il faut le redissoudre dans Hcl et 
le précipiter par l'ammoniaque. Un semblable hydroxyde doit être, après 
Forte calcination, parfaitement blanc, comme la tborine obtenue par ealci- 
nation de l'oxalate, du nitrate ou du sulfate. On n'atteint que difficilement 
ce degré de pureté, car les pins faibles traces d'impuretés contenues dans 
les réactifs employés donnent à l'hydroxyde calciné cette couleur grisâtre 
ou jaunâtre qu'on trouve signalée dans tons les ouvrages classiques. 

Dosage du cérium en présence des autres terres rares. — Les procédés que 
nous avons fait connaître permettent de séparer quantitativement le cérium, 
avec une exactitude bien supérieure à celles que donnent tous les procédés 
actuellement connus. Ils ont de plus l'avantage de n'exiger qu'une faible 
quantité de matière. 

Dosage en présence du lanthane , du didijmc et des terres de l'yttria. — Si 
le mélange des oxydes provenant de la calcination des oxalates n'était pas 
on n'était que partiellement soluble dans l'acide nitrique, — ce qui in- 
dique qu'il contient plus de 5o p. i oo de cérium. — On le dissoudra facile- 
ment en ajoutant à l'acide nitrique, par petites portions, de l'eau oxygénée. 
11 y a dégagement d'oxygène et réduction de l'oxyde cérosocérique. A la 
liqueur limpide, plus ou moins violette, on ajoute de l'eau oxygénée 
( 1 o centimètres cubes par gramme d'oxyde), puis de l'ammoniaque jus- 
qu'à réaction alcaline , et l'on fait bouillir pour transformer le précipité 

MlSËlH. — IV 19 



7/i 



brun en hydrate çérosocérique jaune clair. La transformation est complète 
lorsqu'il n'y a plus de dégagement d'oxygène. On liltre et on lave pour 
enlever le nitrate d'ammoniaque qui générait la réaction ultérieure. Ou 
sèche à 1 10 degrés et l'on détache le précipité du liltre aussi bien (pie pos- 
sible; le lillre est incinéré et calciné; le résidu traité à chaud par quelques 
-jouîtes de AzOTI et H 2 0' est évapore à sec. On reprend par un peu d'eau 
et on ajoute la solution à la masse principale du précipité, qu'on dissout a 
chaud dans \zOil. La solutionnes! évaporée à sirop, reprise par quelques 
centimètres cubes d'eau et évaporée de nouveau. Par le refroidissement . 
on obtient une niasse vitreuse de couleur jaune lonce, on la dissout dans 
100 centimètres cubes /l'une solution île \/0 \/.||' a 5 p. too et l'on 
chauffe vers 70 degrés: la liqueur jaune commence à se troubler; il se 
forme un précipité blanc jaunâtre et la réaction est terminée lorsque la li- 
queur surnageante a pris la teinte violette des sels de didyme. On liltre. 
00 lave le précipité avec une solution de \/.0 Azll' a .1 p. 100 et Ion cal 
cine. On obtient ainsi 7."» à 80 p. 100 du cérium existant dans le mélange 
a l'état tout a l'ait pur. La liqueur filtrée esl précipitée par l'oxalate d'am- 
moniaque, dont il ne faut pas employer un excès, les oxalales de Ce, La, 
I)i, contrairement à l'opinion courante y étanl n\\ peu solubles. On vnu\ 
la liqueur alcaline par quelques gouttes d'ammoniaque. Les oxalales qui 
n'onl pas besoin d'être lavés sont calcinés; celte lois, ils sont dans tous les 
cas solubles dans AzO'H. On recommence l'opération précédente el Ion 
obtient ainsi encore quelques centièmes de cériuiu pur. La liqueur filtrée 
contient le reste «lu cérium et la totalité des autres terres; on les transforme 
de nouveau en oxalale, qu'on calcine. On dissout dans Azo'H, on ajoute 
quelques gouttes d'eau oxygénée pour réduire le cérium, on évapore à sec. 
La solution des nitrates est additionnée d'acétate de soude el précipitée 
par un grand excès d'eau oxygénée no centimètres cubes environ). On 
chauffe très légèrement pour hâter le dépôt du précipité, (pu contient toul 
le cérium en même temps qu'une petite quantité des autres terres. On lave 
avec de l'eau à laquelle on ajoute quelques gouttes de Il 0\ La liqueur 
liltrée esl précipitée soil par l'oxalate d'ammoniaque, soit par l'ammo- 
niaque. Les chiffres suivanls montrent le degré d'exactitude de ce procédé. 
On a piis 1,2 4ao d'un mélange synthétique renfermant 0,0*71-8 de Ce 'O 4 
et o,87(>->. des autres terres, telles qu'elles se trouvent dans la inonazile 
après élimination de la thorine el du cérium. 

1" précipitation o,3 160 Ge s O* pur. ■>.' 0,0175 Ce 3 0* pur. .'i r 0,0485 
Ge 3 0* LaODiO entraînés. Total : o,38ao. 

On a donc trouvé le cérium avec une surcharge de -J,b8 p. 100.^ 

Dosage en présence île la tlorine. — Il faut que le mélange soil a I étal 

de nitrate. On dissoul donc les oxalales dans AzO'H, quoique l'oxalate de 

thorium pur y soit insoluble; la solution se l'ait sans difficulté lorsque le 

mélange conuenl 5o p. tôo de cérium. Si la proportion de thorine est plus 



— 175 — 

grande, un décompose les oxalales par la soude; en présence d'un excès de 
ThO, l'oxalate de cérium, très difficilement attaquable par lui-même, se 
décompose très rapidement à froid. La solution des nitrates, qui ne doit 
pas contenir beaucoup plus de o,5 d'oxydes, surtout lorsque la thorine do- 
mine, est évaporée à sec ou neutralisée par l'ammoniaque, le résidu dis- 
sous dans l'eau, la solution additionnée de 10 centimètres cubes d'eau 
oxygénée distillée (ai o volumes) et chauffée quelques instants vers 60 dégagés. 
Le précipité extrêmement volumineux est recueilli sur le filtre et lavé jus- 
qu'à ce que les eaux de lavage ne précipitent [dus par l'ammoniaque. Il 
contient, à quelques millièmes près, toute la thorine; la liqueur filtrée 
contient le cérium à quelques centièmes près. 11 faut donc traiter une se- 
conde fuis les deux fractions. Pour cela, ou précipite le cérium par l'am- 
moniaque, on dissout le précipité sur le filtre même en repassant plusieurs 
Fois quelques centimètres cubes de AztPIl faible qu'on a préalablement 
chauffé. On évapore la solution à sec et l'on traite comme précédemment 
par H 2 0\ La petite quantité de thorine ainsi obtenue est ajoutée au pre- 
mier précipité; le cérium qui se trouve dans la liqueur est, cette fois, tout 
à fait pur; il peut être précipité par l'ammoniaque, calciné et pesé à l'étal 
de Ce'O*. 

Le second traitement du peroxyde «le thorium est moins simple. Le pré- 
cipité ne peut pas être dissous sur le filtre, car le dégagement d'oxygène 
provoque la projection delà solution sous forme d'imperceptibles goutte- 
lettes et occasionne ainsi des perles notables. On l'enlève du filtre avec une 
baguette de verre, ce qui est facile, grâce à la consistance gélatineuse du pré- 
cipité, et on le dissout dans 2 c. c. de HCl auquel on ajoute 9, c. c. d eau el 
1 gr. d'iodure d'ammonium; la réaction est instantanée. On lait passer la so- 
lution sur le filtre pour dissoudre ce qui y adhère encore. On lave rapide- 
ment le filtre et on précipite la solution par l'ammoniaque. L'hydroxyde 
est recueilli sur le même filtre dissous dans Az0 3 H, et fa solution neutra- 
lisée par l'ammoniaque est précipitée par H 2 0\ Les mêmes filtres servent 
pour toutes les opérations, l'un pour l'oxyde de cérium, l'autre pour la 
thorine. 

Le peroxyde de thorium deux fois précipité par l'eau oxygénée ne con- 
tient plus que des quantités insignifiantes de cérium (o,j p. 100 environ); 
on peut donc s'en tenir là dans les analyses qui n'exigent pas une extrême 
précision. Malheureusement, le composé Tb'0 : Az'O qu'on recueille ne 
peut pas être calciné; il décrépite très fortement à une température assez 
élevée, se transforme en une poudre impalpable qui est entraînée hors du 
creuset, ce qui occasionne des pertes s'élevant parfois à 10 p. 100. Il est 
indispensable de le réduire une fois encore par le mélange HCl + AzH'l , 
de le précipiter par l'ammoniaque et de le calciner à l'état d'hydroxyde. 
Toutes ces opérations, qui paraissent fort longues, n'exigent en réalité pas 
beaucoup de temps, grâce à celle circonstance, que la plupart des précipités 



— 170 — 

n'ont besoin d'aucun lavage, puisqu'on n'introduit aucune substance qui ne 
puisse être éliminée par la calcinalion " . 

1. ThO. 0.067; Ce 3 4 , o,o-).-2\ pur. Trouvé : o,3655 el 0,0229. — 
II. ThO, 0,3645; Ce s O\ o,og*4; LaO + DiO: 0,01/10 pur. Trouvé: 
o,:i64elo,o3 7 (Ce 1 0" + LaO,DiO>.— III. ThO. o,o5o8;Ce 3 0\ 0,9685 
par. Trouvé: 0,0675 et o,q5i5. — IV ThO, 0,8677; Ce'O*, 0,3677 
pur. Trouvé: o,365i et o,oq38. 

M. Dcnnis'" a proposé, pour la séparation du thorium el du cérium, 
une réaction très intéressante. Il précipite la solution neutre des azotates 
par le sel potassique de l'acide asothydrique el fiait bouillir la liqueur pen- 
dant quelques instants. La thorine se précipite ainsi , en effet, inlégralemenl 
à l'état d'hydroxyde qui peut être immédiatement calciné. L'inconvénient 
«le ce procédé aussi simple qu' élégant esl précisément la précipitation totale 
de la thorine, car celle thorine entraîne avec elle des quantités de cérium, 
que 1rs précipitations ultérieures ne peuvent pas lui enlever. Il est facile 
de s'en ;issurcr en traitant par Az*K une de ces rrliqueurS éclairantes « 
employées pour la fabrication des manchons Auer, el qui contiennent 1 à 
1,5 p. 100 de céiïum. (m précipite ainsi tout et la liqueur séparée du 
précipité ne renferme pas de cérium. l'ouï- comparer les deux procédés, 
nous avons pris un mélange synthétique renfermanl 0,0959 # de ThO el 
0,0937 de CeO. Apres précipitation parAz'K, on a trouvé dans la liqueur 
filtrée 0,0896 de CeO exempt de thorium. La thorine a été redissoute 
dan- AzO'H et précipité par l'eau oxygénée; la liqueur filtrée a donné 
0.11028 CeO. La thorine avail donc entraîné •">..'! '1 p. 100 de cérium que 
l'eau oxygénée a permis de retrouver. Le procédé que nous proposons esl 
par conséquent beaucoup plus précis qui' celui de M. Hennis. 

1 Dann les analyses 3 ci '1 . le cérium, précipité mae seule foia, contient un peu 
de thorine. 

Zeit. \ml CL, 1897, I. XIII, p. 61a. 



BULLETIN 

DU 

MUSÉUM D'HISTOIRE NATURELLE. 



ANNEE 1898. — N° 4. 



o<s<-- 



28 B REUNION DES NATURALISTES DU MUSÉUM. 

27 AVRIL 1898. 



PRESIDENCE DE M. MILNE EDWARDS, 

DIRECTEUR DU MUSEUM. 



M. le Présidem dépose sur le bureau le troisième fascicule du 
Bulletin pour Tannée 1898, paru le 26 avril, et contenant les com- 
munications faites dans la réunion du 29 mars. 

Il annonce que l'inauguration des nouvelles galeries du Muséum 
aura lieu le 26 mai, sous la présidence de M. le Ministre de l'In- 
struction publique, et que l'exposition des collections de M. le comte 
de La Vaulx sera ouverte le 29 mai, à 3 heures. 

Il fait part à l'assemblée du retour en France de M. Bastard, dont 
la santé a e'té éprouvée, mais qui est en pleine convalescence et 
qui sera bientôt à même d'exposer les résultats de sa mission à 
Madagascar. 

CORRESPONDANCE. 

Le R. P. Buléon, qui dirige la mission dos Eshiras, dans une 
lettre écrite de Sainte-Croix, à la date du 1" mars, annonce l'envoi 
d'une série de dépouilles de Mammilères et d'Oiseaux, et de roches 
recueillies dans la plaine Ndolo et sur les bords de la rivière Ouïgi. 



Muséum. — iv. lu 



— 178 — 

M. L. Prince, pharmacien des Colonies, chargé par M. le gé- 
néral Gallieni, Gouverneur général de Madagascar, d'une mission 
scientifique dans la région à peu près inconnue de l'Ambongo, 
Milanja et Boeni, sur la côte occidentale de l'île, adresse au Muséum 
une caisse renfermant les divers échantillons de roches et les plantes 
qu'il a pu recueillir dans le cours de son voyage, effectué pendant 
la saison sèche, et il donne un catalogue sommaire de ces exem- 
plaires, accompagné de quelques renseignements. 



M. Geay profite d'un voyage forcé à Cayenne pour expédier une 
caisse destinée au Muséum; il va retourner immédiatement à la 
rivière Carsevenne, d'où il fera un nouvel envoi avant de reprendre 
son expédition dans l'intérieur du pays (régions du Counani et de 
Cachipour). 



M. le docteur Maclaud , qui se propose d'explorer le Foula-Djallon , 
surtout au point de vue économique, vient de s'embarquer à Mar- 
seille, à bord du Stamboul. 



M. le docteur Edmond Ruelle, médecin de la marine, qui est 
attaché à la Commission de délimitation des frontières du Dahomey 
et du Togoland, va quitter la France et a reçu dans les labora- 
toires du Muséum les instructions les plus nécessaires pour la ré- 
colte et la préparation des spécimens d'histoire naturelle. 



— 179 — 



COMMUNICATIONS. 



Description dune espèce nouvelle de Mu ri de 
provenant de madagascar , 

i>ar MM. A. Milne Edwards et Guillaume Grandidier. 

M. E. Bastard a découvert au sud du Mangoky, entre Midongy etThosy, 
un petit Rongeur (1) inconnu des naturalistes et distinct spécifiquement et 
génériquement de tous ceux qui ont été signalés à Madagascar; nous lui 
donnerons le nom de Macrotarsomys Baslardi, afin de rappeler h la fois 
ses caractères extérieurs les plus remarquables et le nom du voyageur à 
qui nous devons cette intéressante espèce. L'animal, par la forme générale 
de son corps , ressemble à certains Hesperomys, La tête et le corps sont 
revêtus en dessus de poils assez longs , très doux , de codeur ardoise à 
leur base, d'un brun jaunâtre à leur extrémité; cette dernière teinte étant 
seule apparente quand les poils sont couchés les uns sur les autres. Ce 




Macrotarsomys Bastardi (réduit de 4/5). 

pelage est assez semblable à celui du Gerbillus validus (Boc), habitant 
l'Angola et le Congo. Le menton, les joues, la gorge, la poitrine, la face 
interne des membres sont d'un blanc pur, ainsi que les mains et les pieds. 
Les moustaches sont longues, les inférieures plus petites, de couleur 



(l > D'après les renseignements fournis par M. Bastard, ce Rongeur a été pris 
le 3 octobre 1 867, près d'un vi'lage nommé Ravori et situé à l'est de la rivière 
Thosv et à trois jours au sud du haut Mangoky. Le pays, dénué d'arbres, est parfois 
1res rocheux, (l'est dans un de ces amas de roches que l'animal avait sa logclle. 

i3. 



— 180 — 

blanche, les supérieures brunes. Le museau esl très légèrement velu. Les 
yeux sont grands. Les oreilles, très développées sont membraneuses, 
glabres, de couleur brunâtre, arrondies à leur extrémité, et beaucoup plus 
hautes que chez la plupart des Muridés; en arrière du trou auditif, la conque 
porte un lobe arrondi très marqué. Les pattes antérieures sont petites, 
leurs ongles sont courts, le pouce est atrophié, les deux doigts médians 
sont égaux et dépassent légèrement les doigts latéraux. Le pied est remar- 
quable par rallongement de la portion tarsienne, indiquant que cet animal 
doit sauter avec une grande agilité. L'extrémité inférieure de la jambe est 
sèche et pourvue de poils très courts , de telle sorte que le talon est très 
apparent et se détache nettement. Le pouce esl inséré beaucoup plus haut 
que les autres doigts; il se termine à peu près h la hauteur de l'articulation 
du 2' doigt. Le 3 e doigt est à peine plus long que les o. e et l\% qui sont 
égaux; le 5 e est petit et son extrémité atteint l'articulation de la 3 e pha- 
lange du doigt voisin. La queue est remarquablement longue, grêle cl 
sèche; dans la majeure partie de son étendue, elle esl éeailleuse comme 
celle des Rats, mais, vers son extrémité, elle est garnie de quelques poils 
bruns, formant au bout une sorte de petit pinceau. 




1, 9, 



Molaires d'Hypogeomyg. — 3,6. Molaires de Macrotnrsomys. 



Les incisives sont fines, lisses et de couleur orangée; les molaires ne 
sont pas tuberculeuses ((ig. 3 et k); elles sont entourées , comme celles des 
Hypogcomys (fig. 1 et a), d'un cordon d'émail onduleux , beaucoup moins 
contourné que chez les Brachytarsomys et les Nesomys. 

Les dimensions des oreilles, la conformation des pattes postérieures et 
de la queue séparent nettement le Macrolarsomys des Brachyuromys , Bra- 
chytarsomys , Nesomys et Hallomys de Madagascar; les pattes de Yllypo- 
geomys sont beaucoup plus fortes, et la queue est grosse et moins longue. 

La brièveté de la portion tarsienne du pied, le revêtement pileux de la 



— 181 — 

queue et la forme des dents distinguent facilement YEliurus de noire 
nouveau Rongeur. 

L'unique exemplaire trouvé est un mâle présentant les dimensions sui- 
vantes : 

/ de la tête et du corps 90 milliin. 

I de la queue jusqu'à l'extrémité des poils ter- 
Longueur. | minaux 120 

) de l'oreille 1 9 

\ du pied sans les griffes a3 

Largeur maximum du tarse » 



Us Amblyderus [Col. Hétéromères] nouveau d'Abyssinie, 
par M. Maurice Pic. 

Amblyderus maculipennis n. sp. 

Allongé, testacé rougeâtre, peu brillant (avec les palpes, antennes et 
pattes plus pâles) , les yeux noirs, ainsi qu'une tache médiane et externe 
située sur le milieu des élytres; corps à pubescence double blanche, assez 
longue et un peu couchée, plus courte sur l'avant-corps, parsemée de 
quelques poils plus longs dressés. Tête large, tronquée en arrière, un peu 
entaillée-sillonnée sur le milieu de sa base avec les angles postérieurs 
arrondis; yeux noirs, petits. Antennes peu longues, assez grêles, peu sen- 
siblement "épaissies à l'extrémité avec l'article terminal un peu plus long 
que le précédent, en pointe émoussée au sommet. Prothorax à peu près 
de la largeur de la tête, plus long que large, peu dilaté en avant (marqué 
sur cette partie de quatre dents éraoussées, saillantes, flanquée* de plus 
petites), atténué obliquement en arrière, rebordé sur la base; ponctuation 
forte et rapprochée sur les côtés et en avant, espacée sur le disque en ar- 
rière. Écusson peu marqué, triangulaire. Élytres allongés, subovalaires, 
pas très larges aux épaules, celles-ci étant arrondies, à peine élargis sur 
le milieu, puis bien atténués en arrière avec une ponctuation forte, écartée 
et une sorte de dépression postérieure suturale allongée: une grosse tache 
noirâtre externe et à peu près carrée au milieu de chaque élytre, mais 
éloignée de la suture. Dessous du corps de la couleur du dessus. Pattes 
relativement grêles, pâles. Longueur 2 millim. 5. Abyssinie (Raffray, in 
Muséum de Paris). A placer près de A. spiniger, Mots, de Ceylan; mais 
celui-ci possède six dents (au lieu de quatre) saillantes au prothorax et ne 
semble pas présenter de dépression suturale. 



— 182 — 

Note sur un cas singulier de nidification de la Guêpe commune 

(Vespa germanica), 

par M. A.-L. Clément. 

Le nid de Guêpes que j'ai l'honneur de vous présenter a une histoire 
des plus curieuses, et il me paraît, pour cette raison , digne de figurer dans 
les galeries du Muséum. 

11 a été construit, contre toute attente, dans la hausse d'une ruche ha- 
hilée, au rucher de la Société centrale d'apiculture du parc de Monlsouris. 

Au printemps de l'année dernière, M. Saint-Pée, l'excellent professeur 
d'apiculture , remarqua une Guêpe qui , à son grand élonnement , pénétrait 
dans une ruche à cadre. Il en souleva la hausse, et fut plus étonné encore 
en la voyant travailler au sommet de la hausse à la construction d'un nid 
qui n'avait alors que la grosseur d'une noix. 

Sa première pensée fut de détruire le nid de la Guêpe, mais, sur mes 
instances, il la laissa continuer son œuvre et me promit de l'observer chaque 
fois qu'il viendrait au rucher. Il était d'ailleurs convaincu que les Abeilles, 
vu leur grand nombre, trouveraient bien quelque moyen pour s'en déba- 
rasser promptement. 

H n'en fut rien; peu de temps après, il ville nid un peu plus grand et 
garni de larves. Un peu plus tard , il constatait que la mère avait mené à 
bien l'éducation de ses premiers nourrissons, et que de nombreuses filles 
l'aidaient à agrandir le nid, si bien qu'à la fin de l'été il avait acquis le 
développement que vous pouvez constater ici. On a pu voir ainsi, pendant 
une saison tout entière, deux colonies de races ennemies vivant dans la 
même habitation: les Guêpes en haut, les Abeilles en bas, sans qu'aucune 
des deux ne parvînt à chasser l'autre. 

Les Abeilles entraient et sortaient par le trou de vol , mais les Guêpes 
passaient ordinairement par des joints disloqués. Pourtant, chose remar- 
quable, quelques-unes passaient aussi à l'aller et au retour par le trou de 
vol, traversant ainsi chaque fois toute la colonie des Abeilles qui ne sem- 
blaient pas y prendre garde. 

Cependant la bonne harmonie ne régna pas toujours dans cette double 
république, car, par moments, M. Saint-Pée a vu le sol autour de la ruche 
jonché de cadavres d'Abeilles, tandis (pie d'autrefois il était couvert de 
Guêpes mortes. 

Peut-être y avait-il en ces moments-là de grands combats dans la ruche? 

La colonie d'Abeilles, il faut le dire, a toujours été faible. Ces Insectes, on 
le sait en apiculture, demandent à être Iranquilles et leurs trop nombreu- 
ses voisines devaient souvent leur causer bien des dérangements et bien 
des tracas. 



— 183 — 

D'ailleurs, elles étaient prive'es d'une bonne partie de leur place, car le 
nid de Guêpes remplissait la hausse absolument tout entière. Leur nombre 
était si grand , que leur présence était devenue un danger pour les environs 
du rucher, où chaque jour quelque promeneur avait à souffrir de leurs 
piqûres. Il fallut songer à les détruire. 

Ce fut chose facile. La ruche fut enfumée. La hausse étant soulevée, on 
y introduisit une mèche soufrée et, quelques minules après, le nid était 
enlevé avec les cadres qui le supportaient. 

Aussitôt les Abeilles se répandirent dans la hausse paraissant fort éton- 
nées de la voir inhabitée. 

Les Guêpes qui se trouvaient au dehors ne semblèrent à leur retour faire 
aucune tentative pour s'y réinstaller. 

J'ai pu constater que l'acide sulfureux n'avait eu aucune action sur les 
Nymphes enfermées dans leurs cocons, et jusqu'au mois de janvier j'ai pu 
assister chez moi à l'éclosion de nombreuses Guêpes mâles et femelles. 

Cette observation de deux colonies aussi antagonistes vivant ensemble, 
côte à côte, pendant une saison entière pourrait peut-être donner lieu à 
d'intéressantes conclusions; j'en laisse le soin à de plusérudits que moi, me 
promettant seulement d'aller observer moi-même, si semblable fait venait 
à se reproduire (ce qui est peu probable) dans notre rucher de Montsouris. 



Crustacés nouveaux provenant des campagnes du Travailleur 

et du Talisman, 

par MM. A. Milne Edwards et E.-L. Bouvier. 



Cancériens. 

Pilumnus Perrieri , n. sp. 

Cette jolie espèce se fait remarquer au premier abord et se distingue de 
toutes les autres du genre par le développement exagéré des épines qui 
ornent les bords latéraux de la carapace, les pattes antérieures et les deux 
articles moyens des pattes ambulatoires. Elle présente en outre, sur la moitié 
antérieure du test et sur tous les appendices, de très longs poils qui dé- 
passent les épines et qui se dilatent en massue h l'extrémité; entre ces poils 
se trouvent des soies acuminées plus courtes; enfin on voit se développer en 
certains points, mais surtout dans la partie postérieure du test, sur les 
doigts des pattes ambulatoires, et à un moindre degré sur les articles pré- 
cédents des mêmes appendices, des poils bien plus courts et plus ou moins 
serrés. Ces poils courts se retrouvent sur la face externe de l'abdomen, et 
cà et là sur la face unie du slernum. 



— 184 — 

Dans le P. spinifer Edw. , les poils longs sont plus nombreux et s'atté- 
nuent régulièrement de la base à l'extrémité libre. 

La carapace est moins voûtée que dans le P. spinifer, les aires y sont un 
peu moins distinctes et le front est moins infléchi vers le bas; la grande aire 
gastrique est assez nette, mais les aires hépatiques le sont beaucoup moins; 
quant à la division des aires branchiales en deux lobes , c'est à peine si elle 
est indiquée. En dehors de l'épine orbitaire externe, qui est médiocre, on 
trouve sur le bord latéro-an teneur trois épines très longues et recourbées 
en dessus et en avant; entre l'épine orbitaire externe et la première, on voit 
sur la région ptérygostomienne une épine fort allongée, très apparente 
quand on examine l'animal du côté dorsal; à part quelques granules peu 
nombreux, il n'y a pas d'autres ornements saillants sur cette région. Le 
bord supérieur de l'orbite est découpé comme dans le P. spinifer, mais il 
ne présente pas d'autres denticules que les deux épines qu'on trouve de 
chaque coté en dehors du bord frontal ; le bord inférieur de l'orbite pré- 
sente du côté interne, comme dans le P. spinifer, un fort lobe armé de 
deux épines, mais, en dehors de ce lobe, c'est à peine si l'on trouve deux 
ou trois petites épines. Le bord frontal est plus largement échancré que 
dans le P. spinifer; de chaque coté de l'échancrure, il présente trois petites 
dents, entre lesquelles parfois viennent s'intercaler deux denticules inter- 
médiaires. Contrairement à ce qu'on observe dans cette dernière forme, 
les pédoncules oculaires sont plus dilatés à l'extrémité cornéenne qu'a la 
base. 

Les appendices céphaliques et buccaux ne paraissent pas différer beau- 
coup dans les deux espèces; toutefois, dans le P. spinifer comme dans les 
autres formes du P. hirlellus , le bord antérieur du méropodite des pattes- 
mâchoires externes est plus allongé, plus concave et se dirige bien plus 
nettement en arrière. 

Les pattes antérieures ressemblent beaucoup à„celles du P. spinifer, mais 
les épines y sont un peu moins nombreuses, surtout à la base du doigt mo- 
bile de la plus grosse pince; d'ailleurs, toutes les épines sont bien plus 
grandes; elles sont arquées, très aiguës et acquièrent leur maximum de 
dimension sur le carpe; plus courtes sur la face externe de la pince, elles y 
sont disposées en rangées bien plus nettes dans le P. spinifer. 

Les pattes ambulatoires, qui sont à peu près inermes dans le P. spi- 
nifer, sont toujours armées, dans notre espèce, d'un certain nombre de 
très longues épines situées sur le bord supérieur du méropodite et du carpe. 
La position de ces grandes épines est absolument constante : l'une se trouve 
à l'extrémité dislale du méropodite, deux autres se font suite sur le carpe, 
loin des extrémités et à quelque distance du milieu. On observe trois ou 
quatre autres épines sur le méropodite , une ou deux parfois sur le carpe. 
Il n'y en a pas sur les autres articles. 

L'abdomen ne diffère pas sensiblement de celui des Pilumnus voisins. 



— 185 — 

La longueur du céphalothorax est de 9 millim. 5, sa largeur h la base des 
épines postérieures de 1 1 millimètres. 

Cette jolie espèce a été trouvée par le Talisman aux îles du Gap Vert; 
nous la dédions à M. le professeur Perrier, un des zoologistes de l'expé- 
dition. 

Menippe nantis n. sp. 

La carapace est médiocrement élargie; presque plate dans sa moitié pos- 
térieure, elle se voûte en avant dans le sens de l'axe et son front est très 
incliné vers le bas; les sillons les plus développés sont les sillons bran- 
chiaux et ceux qui délimitent la partie grêle de l'aire mésogastrique; il y a 
aussi un fragment externe du sillon qui sépare en deux parties les aires 
branchiales. En avant , de larges dépressions peu profondes remplacent les 
sillons et délimitent des lobes médiocrement saillants , deux sur chaque aire 
hépatique, trois sur chaque aire épigastriqueet un sur chaque aire frontale. 
Le bord postérieur du sillon branchial, dans sa partie externe, est un peu 
préominent, de même que le bord postérieur du sillon branchial acces- 
soire, [/'aire cardiaque antérieure est vaguement limitée sur ses côtés, et pas 
du tout en arrière; des stries ou des impressions bien marquées forment les 
bords latéraux de l'aire cardiaque postérieure. Le front est quadrilobé : ses 
deux lobes médians sont larges et séparés par une échancrure assez pro- 
fonde, les deux lobes latéraux sont étroits et moins saillants. Le bord orbi- 
taire supérieur a une légère saillie sur son angle interne en arrière du lobe 
frontal, deux éebancrures fort légères vers son milieu et un angle externe 
peu proéminent; le bord orbitaire inférieur est muni d'un gros lobe interne. 
11 y a quatre dents obtuses et dirigées en avant sur chaque bord latéral de 
la carapace; la seconde est la plus large; la troisième correspond à la plus 
grande largeur du test; la quatrième est la plus réduite. H y a des ponc- 
tuations dans la moitié antérieure de la carapace ; elles se trouvenl sur les 
parties déprimées, rarement sur les lobes. 

Les pédoncules oculaires sont courts et munis d'une grande corne; les 
cavités antennulaires sont larges et étroites; le second article des pédon- 
cules antennaires est mobile et se rétrécit d'arrière en avant; le troisième 
atteint le front sans contracter de rapport avec lui; le fouet anlennaire, qui 
est très grêle, est un peu plus long que les orbites. 

Les régions ptérygostomiennes sont légèrement granuleuses et parcou- 
rues par une ligne latérale très nette; l'épistome est lisse. La lacinie externe 
des pattes-mâchoires antérieures est assez profondément échancrée en 
avant, mais beaucoup moins que dans le Pseudorins Bouvieri. Le méropo- 
dile des pattes-mâchoires externes a le bord antérieur un peu plus long que 
le bord latéral. 

Les pattes antérieures sont subégales et inermes. Le carpe fait saillie en 
dedans sous la forme d'un lobe un peu obliquement tronqué; il y a deux 



— 186 — 

sillons profonds sur le doigt mobile de la pince, un seul sur le doigl immo- 
bile; ce dernier sillon s'avance un peu sur la face externe de la main. Il y 
a des petits tubercules épars et peu nombreux sur la face supéro-externe du 
carpe et sur la face externe de la main. 

Les pattes ambulatoires sont inermes, et c'est à peine si l'on trouve 
quelques fins granules sur le bord supérieur de leurs articles; des poils 
ine'gaux assez serrés ornent le bord supérieur du carpe . le propodite et les 
doigts, qui se terminent par une forte épine aiguë. Les pattes ambulatoires 
postérieures sont les plus courtes; leur propodite est large, aplati et nu en 
arrière. 

Le second article de l'abdomen du mâle a des bords parallèles à l'axe et 
peu convexes; le troisième article est un peu plus large, surtout en ar- 
rière, et ses bords sont faiblement arqués; le sixième article est quadran- 
gulaire; le dernier est plus étroit à sa base que le précédent; son extrémité 
est très obtuse. 

La M. nantis se distingue des autres espèces du genre par sa petite 
taille, par le nombre et les dimensions relatives de se-; lobes frontaux cl 
par les granulations qui couvrent ses pinces. 

11 provient du Gap Vert. 

Xanthodes granosus n. sp. 

Cette espèce se dislingue au premier abord de toutes les Xanthodes de 
la même région par son front bien moins large et beaucoup plus saillant; 
les deux petits lobes latéraux arrondis de cette région du corps ressemblent 
beaucoup à ceux du X. tneîanodactylus , mais les lobes médians sont bien 
plus saillants, plus arqués et séparés par une éebancrure bien plus large. 
11 y a de chaque côté quatre dénis latérales plutôt obtuses, dont la der- 
nière est fort réduite; le lest est à peine convexe transversalement, mais 
s'infléchit beaucoup vers le bas à mesure qu'on se rapproche de la région 
frontale. Les aires hépatiques, les lobes épigastriques et mésogastriques 
sont distinctement séparés par des sillons ; le lobe mélagastrique est déjà 
moins net; on distingue encore les traces d'une aire uro-gastrique, mais 
c'est à peine si l'on peut apercevoir de vagues contours à l'aire cardiaque. 
Il y a un sillon branchial accessoire assez distinct , mais il ne s'avance pas , du 
côté interne , jusqu'au sillon branchial antérieur. La partie postérieure de la 
carapace est lisse, avec quelques rares ponctuations; pourtant, sur les côtés, 
à mesure qu'on se rapproche delà dernière dent latérale, on voit apparaître 
des saillies punctiformes qui deviennent de plus en plus nombreuses et de 
plus en plus fortes a mesure qu'on se rapproche du front; ces saillies se 
groupent ordinairement en lignes transversales plus ou moins obliques, 
dont certaines, plus marquées, délimitent le bord antérieur de quelques ré- 
gions du test. Une de ces lignes se trouve juste en arrière du lobe frontal, 
dont elle est séparée par un sillon transversal très marqué; une autre 



— 187 — 

existe sur le bord antérieur du lobe épigastriqne, une autre en avant sur 
les aires hépatiques, e!c. Le bord orbitaire supérieur n'offre pas d'autre 
échancrure apparente que celle située au voisinage du bord frontal: la 
saillie orbitaire externe est très peu accentuée, mais le lobe orbitaire 
externe est assez fort. 

Les fossettes antennulaires sont courtes et larges et les antennes s'y 
replient dans une direction assez nettement oblique; par ces caractères, de 
même que par les rapports très restreints que contracte le second article 
des antennes avec l'étroite saillie frontale inférieure, l'espèce qui nous oc- 
cupe se montre a un état évolutif moins avancé que les autres Xan- 
thodes. 

C'est ce que prouve également l'étude de la région buccale : le bourrelet 
qui limite en avant l'e:idostome est très peu saillant, le lobe inlerne de la 
lacinie interne des mâchoires de la deuxième paire est nettement plus al- 
longé que le lobe externe, enfin le lobe postérieur de la lacinie externe des 
pattes-mâchoires antérieures est encore très saillant. — Le méropodite des 
pattes-mâchoires postérieures est peu saillant en dehors; ses bords anté- 
rieur et externe sont à peu près égaux en longueur; sa surface inférieure 
est ornée de fins granules et de quelques dépressions irrégulières. 

Les pattes antérieures sont toujours très inégales. Le méropodite est 
inerme et orné de poils sur son bord supérieur ; le carpe forme en dedans 
une saillie à bord tronqué qui se termine en une sorte de pointe courte 
vers le bas; il présente en dehors et en avant un profond sillon transversal. 
Les pinces sont munies de deux sillons longitudinaux , l'un à droite, l'autre 
à gauche de leur bord supérieur ; le sillon interne est assez accentué; l'autre 
l'est beaucoup moins. Sur les parties supérieure et externe de la main et 
du carpe, se voient de grosses granulations arrondies, plus ou moins ob- 
tuses à l'extrémité, parfois même très déprimées et ayant une apparence 
perliforme. Sur la petite pince, ces granules manifestent une tendance à se 
grouper en séries longitudinales. Cette disposition est moins évidente sur 
la grande, où pourtant on peut toujours distinguer deux ou trois lignes lon- 
gitudinales dont les granules sont souvent un peu plus forts. Dans cette der- 
nière, d'ailleurs, les granules s'atténuent h mesure qu'on se rapproche du 
bord inférieur qui devient parfois lisse comme la face interne; il n'en est 
pas de même sur la petite piuce , les granules y sont partout forts , par- 
fois subpiniformes et ne font défaut que sur une certaine étendue de la 
face interne. Les doigts de cette pince sont d'ailleurs ornés de granules dis- 
posés en séries longitudinales que séparent cinq sillons fort distincts; 
sillons et granules s'effacent plus ou moins et souvent même disparaissent 
totalement sur les doigts de la grande pince. Ceux-ci sont armés en dedans 
de trois ou quatre tubercules dentaires d'ailleurs médiocres; des denticule- 
ou de simples sinuosités se trouvent sur les bords tranchants des doigts 
de la petite pince. 



— 188 — 

Les pattes ambulatoires sont armées d'une rangée de denticules sur le 
bord supérieur du méropodite , de trois rangées plus ou moins régulières 
de denticules analogues sur le bord supérieur du carpe, enfin de gra- 
nules spiniformes en nombre variable sur la face supérieure arrondie du 
propodite. Des poils très inégaux se trouvent parmi ces saillies et abondent 
surtout sur le propodite et sur les doigts; il y a aussi quelques poils sur 
le bord inférieur et la face externe du propodite. Dans les pattes de la der- 
nière paire, ce dernier article est à peine plus long que large. 

Le second segment de l'abdomen du mâle se distingue par ses bords 
latéraux, qui forment un angle à sommet obtus, dirigé en dehors; le troi- 
sième segment, soudé aux deux qui suivent, est beaucoup plus élargi, 
mais présente la forme normale. L'abdomen de la femelle est frangé de 
poils serrés. 

La couleur dans l'alcool est blanchâtre , mais les doigts des pinces sont 
jaunes ou noirs. 

Cette espèce se rapproche du Xantho tuberculatus Couch par la présence 
de lignes granuleuses saillanles à la surface de la carapace, mais elle s'en 
distingue par la plupart des autres caractères, notamment par son front 
plus arqué et plus étroit, par ses lobes moins saillants, par les ornements 
des pattes antérieures, ainsi que par les spinules plus nombreux qu'on 
trouve sur les pattes ambulatoires. Elle est certainement bien plus voisine 
à tous égards d'une espèce indienne, le A. Lamarckii Edvv. , dont les pinces 
sont d'ailleurs subégales et ornées en dehors de deux ou trois sillons lon- 
gitudinaux. Elle est plus voisine encore d'une autre espèce de l'Inde, le 
X. granosomanus Dana, dont le front est pourtant plus large et dont les 
pinces subégales sont ornées au dehors d'un sillon longitudinal. 

Le X. granosns a été trouvé aux îles du Gap Vert; sa carapace mesure 
en moyenne sept millimètres de longueur. 

Xanthodes Talismani n. sp. 

Ce Crustacé est probablement celui de tous les Cancériens, peut-être 
même de tous les Crabes, qui atteint la moindre taille; plus petit que le 
Xanthodes mehuiodactylus , c'est à peine si ses représentants de très grande 
taille atteignent 5 millimètres de longueur, et pourtant nous avons affaire 
à des animaux parfaitement adultes : leurs appendices sexuels sont bien 
développés et dans la jolie collection de cette espèce qu'a recueillie le 
Talisman, se trouve un certain nombre de femelles absolument surchargées 
d'œufs. 

Ce Xanthodes est à un degré d'évolution un peu plus avancé que les 
autres espèces des mêmes parages : des quatre dents latérales de la 
carapace, il n'a conservé que les trois postérieures, et encore la dernière 
est-elle fort réduite; le lobe postérieur de la partie externe des pattes- 
mâchoires antérieures est à peine indiqué, enfin l'arthrobranchiedes pattes- 



— 189 — 

mâchoires de la deuxième paire est remarquablement étroite, quoique de 
longueur normale. 

Certains sillons de la carapace sont nettement indiqués : le sillon qui 
fait suite à la profonde échancrnre frontale, les sillons mésogastriques et. 
à moindre degré, les sillons métagastriques, le sillon branchial antérieur 
et la dépression qui délimite les aires hépatiques et épigaslriques. Les 
sillons cardiaques et branchiaux postérieurs sont à peine indiqués. La 
moitié postérieure de la carapace est unie ou à peine ponctuée; sur la 
partie antérieure se trouve un certain nombre de courtes saillies transver- 
sales, de granules ou de petits tubercules qui deviennent particulièrement 
saillants sur le bord frontal, où ils forment une rangée, et sur les aires 
hépatiques. En certains points, les courtes saillies se groupent en lignes 
transversales plus ou moins longues; c'est ce qu'on observe notamment 
sur le bord postérieur du sillon branchial. De petites touffes de poils jau- 
nâtres, longs et comme frisés, au nombre de sept paires, occupent des 
points constants à la surface du test : il y a une touffe de chaque côté, en 
arrière du front, une sur les aires épigastriques , une sur le milieu du sillon 
branchial, une sur la seconde dent latérale, une sur faire mésogastrique, 
enfin une dernière à la limite des aires gastrique et cardiaque. Le front est 
un peu arqué, large et forme en dehors un très petit lobe constitué par 
deux ou trois tubercules; un angle peu profond sépare ce lobe du bord 
orbitaire supérieur; celui-ci est frangé d'une série de fins granules et pré- 
sente un lobe orbitaire interne assez fort. 

Les pédoncules oculaires sont un peu granuleux et tuberculeux tout près 
du bord de la cornée; dans le sinus profond que forme en dedans cette 
dernière se trouve un bouquet de poils jaunâtres. Le second article des 
antennes touche très peu la saillie frontale et conserve assez bien sa mobi- 
lité; les fronts antennaires, grêles et nus, peuvent presque atteindre la 
première dent latérale du test. 

L'épistome est dépourvu d'ornements en dehors de ses franges de gra- 
nules marginaux; les régions ptérygostomiennes sont fortement granuleuses ; 
la ligne latérale est fort distincte et bordée de granules plus forts. Le méro- 
podite des pattes-mâchoires externes est assez saillant en dehors; son 
bord antérieur et son bord latéral sont presque égaux. 

Les pattes antérieures sont très inégales, l'une étant ordinairement beau- 
coup plus forte que l'autre. Le méropodite est inerme, mais le carpe pré- 
sente deux saillies spiniformes sur son bord interne. Des tubercules nom- 
breux et presque spiniformes se trouvent sur les parties supérieure et 
externe du carpe et de la pince de la petite patte, mêlés à d'assez nombreux 
poils jaunâtres, arqués et assez longs; des tubercules plus petits se voient 
sur la face interne de la pince, et des cannelures profondes sur ses doigts, 
dont les bords sont sinueux plutôt que dentés. Dans la grande patte, les 
tubercules sont plus bas, plus larges et affectent leur maximum de dimen- 



— 190 — 

sion sur la face externe de ia pince. Les cannelures disparaissent le plus 
souvent , en grande partie , sur les doigts de cet appendice ; les dents , par 
contre, y sont fortes. 

Les pattes ambulatoires sont inermcs, et c'est à peine si Ton trouve 
quelques denticules sur le bord supérieur de leur méropodite et de leur 
carpe; elles présentent sur leur bord supérieur, à partir du carpe, et sur 
leur bord inférieur, à partir de l'article suivant, des poils jaunâtres allongés, 
mêlés à des poils beaucoup plus courts; ceux-ci prédominent sur toute la 
surface des doigts. 

L'abdomen ne présente rien de particulier; dans celui du mâle, on 
n'observe plus trace des lignes de suture des articles 3, k et 5. L'abdomen 
de la femelle est muni d'une frange serrée de poils. 

La couleur dans l'alcool est très caractéristique : sur la carapace, de 
grandes aires irrégulières d'un brun violacé, avec des surfaces plus petites 
non colorées sur les pattes; la même teinte brun violacé reparaît sur 
les pattes, mais elle y forme presque partout un réseau à mailles fines. 
Les pinces ont les doigts noirs, le bord supérieur violacé, la face externe 
presque incolore, la face interne avec une teinte légèrement violette. 

Celte espèce se rapproche beaucoup du Xantho minor Dana, de Madère 
et des îles du Gap Vert; mais cette dernière appartient à un genre diffé- 
rent; sa dent antérieure est encore nette, sa carapace est dépourvue de 
touffes de poils, ses piuces sont un peu costulées et il n'y a pas d'épines 
sur le bord interne du carpe. 



Notice préliminaire sur les espèces d'Annélides 
recueillies dans les explorations sous-marines du travailleur 

et du Talisman, 

par M. Louis Roule. 

Ces espèces sont au nombre de quatorze, dont sept déjà connues et sept 
nouvelles. 

1. Aphrodite perarmata nov. sp. 

Un seul individu, entier. — Loc. : Las Pilones; 64o mètres. — Dimen- 
sions, long. : 43 millimètres; larg. : 20 millimètres. 

Teinte (dans l'alcool) gris-jaunâtre; face ventrale plus claire que la 
dorsale. Tégument dorsal épais, résistant, couvert de parcelles vaseuses. 

34 segments; i5 paires d'élytres. 

Yeux absents. Deux palpes égaux, assez épais, terminés en pointe, par- 
venant, lorsqu'on les rabat en arrière, jusqu'aux 7 e et 8 e segments. An- 
tenne médiane absente. 



— 191 — 

Cirrhes dorsaux, présents sur tous les parapodes prive's d'élytres, longs 
et relativement épais. Cirrhes ventraux longs, épais à leurs bases, présents 
sur tous les parapodes, résistants et peu caducs. 

Soies dorsales en aiguillon, droites, de couleur noire, fort longues, 
surtout celles de la rame la plus interne, tournées en divers sens, mais 
surtout en arrière. Soies ventrales épaisses, au sommet recourbé en cro- 
chet, munies d'une dent obtuse à la base du crochet. 

Élytres grandes, presque circulaires, transparentes, se recouvrant nui 
luellement et dépassant la ligne médiane, de manière à cacher le corps 
presque entier. 

t. Aphroditella pallida nov. sp. 

Un seul individu, entier. — Loc. : Gap Spartel; i,o84 mètres. — Di- 
mensions, long. : 28 millimètres; larg. : 18 millimètres. 

Teinte (dans l'alcool) gris-jaunâtre clair; face ventrale plus claire que 
la dorsale. Tégument dorsal épais, résistant, couvert à sa surface de menus 
débris vaseux ; soies de couleur fort claire et se laissant à peine discerner. 

25 segments; îa paires d'élytres. 

Yeux absents. Deux palpes égaux, minces et délicats, parvenant, lors- 
qu'on les rabat en arrière, jusqu'aux & c -5 e segments. Antenne médiane 
absente. 

Cirrhes dorsaux, présents sur tous les parapodes privés d'élytres , longs, 
minces, délicats et facilement caducs. Cirrhes ventraux, présents sur tous 
les parapodes, plus courts que les dorsaux, plus minces et plus aisément 
caducs. 

Soies dorsales en aiguillon, au sommet légèrement recourbé, assez 
longues, de teinte jaune clair, comme le tégument dorsal avec qui elles se 
confondent. Soirs ventrales épaisses, de teinte brune, au sommet légère- 
ment recourbé, munies, sur toute la zone ainsi infléchie, de petites bar- 
bules qui leur donnent une forme peclinée. 

Élytres de dimensions moyennes, se recouvrant à peine et ne parvenant 
pas jusqu'à la ligne médiane. 

3. Letmomce filicorms K'mherg (Ofversigt Kônig. Vetensk. Akad. For- 
handl., 18 55). 

Onze individus. Dragage n° 1 du Travailleur; 1882. — 61 h mètres de 
profondeur. 

h. Letmonicella spinosissima nov. sp. 

Deux individus, entiers. — Loc. : Côtes occidentales de l'Espagne; 
<)9 mètres. — Dimensions, long. : i5 millimètres; larg. : 6 millimètres. 

Teinte (dans l'alcool) gris-jaunâtre pale. Un tégument dorsal continu, 
complet, mince, transparent sans doute sur les individus vivants, et recou- 
vert de menus débris. 



— 192 — 

28 segments; la paires d'ély très. 

Yeux absents. Deux palpes assez épais, fort longs, aussi longs que les 
deux cinquièmes du corps. Antenne médiane très fragile. 

Cirrhes dorsaux, présents sur tous les parapodes privés d'ély très, longs 
et minces, aisément caducs. Cirrhes ventraux, présents sur tous les para- 
podes, fragiles et courts, sauf aux trois premiers parapodes, où ils sont 
plus longs et insérés plus près de la base du parapode. 

Soies dorsales fort longues, droites, les unes simples, les autres plus ou 
moins barbelées vers leur sommet, épaisses, de couleur jaune d'or. Soies 
ventrales longues et fortes, au sommet pectine, muni de barbules longues 
et minces; le sommet se termine en crochet et la zone pectinée porte, à sa 
base, une dent résistante à la pointe tournée vers les barbules. 

Ély très minces , transparentes , presque circulaires , assez grandes pour 
dépasser quelque peu la ligne médiane et pour se recouvrir par leurs 
bords. 

5. Polynoe svNOPHTiiALMA Macintosh (Report.. . of Challenger; vol. m; 
Annclides, 1 885). 

Quatre individus. — Loc. : Côtes du Maroc; 1,120 mètres. 

6. Polynoe microphthalma nov. sp. 

Extrémité antérieure d'un seul individu. — Loc. : Côtes du Maroc; 
1,1 o5 mètres. 

Voisine, par beaucoup de caractères, de l'espèce précédente, mais of- 
frant avec elle plusieurs dissemblances qui rendent la confusion impossible. 

Quatre yeux distincts, fort petits, groupés en deux paires logées non 
loin de la zone d'union de la tête et du segment buccal. Cirrhes dorsaux 
minces et longs; cirrhes ventraux courts et élargis. Deux rames aux soies 
nombreuses, surtout au sujet de la rame ventrale; deux acicules longs et 
épais. Soies dorsales fortes, droites et légèrement infléchies, au sommet 
obtus, terminé par une courte pointe. Soies ventrales plus étroites, au 
sommet élargi et terminé par une courte pointe, polymorphes, les unes 
lisses, les autres cerclées de nombreuses petites couronnes transversales de 
barbules courtes et très fines. 

7. Harmothoe (s. lat.) Talismani nov. sp. 

Un individu entier. La plupart des appendices absents. — Loc. : Lanzc- 
rotte; 866-927 mètres. — Dimensions, long. : 20 millimètres; larg. : 
3 millimètres; 53 segments. 

Teinte (dans l'alcool) jaune pâle. 

Quatre yeux distincts, assez volumineux, groupés en deux paires; les 
postérieurs placés non loin de la zone d'union de la tête avec le segment 
buccal, les antérieurs situés à peu près vers le milieu de la tète. 



— 193 — 

Cirrhes dorsaux facilement caducs, longs et minces. Cirrhes ventraux 
plus courts, élargis à leur base, effilés vers leur sommet. Deux rames aux 
soies nombreuses, fort rapprochées; deux acicules longs et épais. Soies 
dorsales toutes semblables, longues et épaisses, au sommet large et terminé 
en pointe. Soies ventrales, toutes semblables, au sommet élargi, terminé 
par une pointe bifide, muni de longues et minces barbules rassemblées 
sur deux rangs. 

Elytres facilement caducs, de petites dimensions, ne recouvrant que les 
côtés du corps. Leur surface est entièrement couverte de minimes mamelons 
coniques, de (ailles différentes, les marginaux étant les plus petits. 

8. Eumce Gunneri Storm (K. Norske Via. Selsk. Slcr., 1880). 
Nombreux individus venant de diverses localités : Golfe de Gascogne 

(1 ,48o mètres); Maroc (800-1 ,io5 mètres); Gap Bojador (660-782 mètres); 
Gap Spartel (717 mètres) ; Lanzarote (865-927 mètres); Gap Gantin (i,3-jo- 
i,35o mètres); Côtes du Soudan (i,o56-i,435 mètres). 

Cette espèce vit en commensalisme avec le Lophohelia proliféra et VAm- 
phihelia oculata. 

9. Lumbriconereis Latreillei Audouin et Milne Edwards (Recherches 
pour servir à l'histoire naturelle du littoral de la France, i834). 

Extrémité antérieure d'un individu, recueillie au large de Las Pilones, 
par h 1 o mètres de profondeur. 

10. Hvàlixecu TBBicou O.-F. Mûller (Zoolojia danica , 1787). 
Nombreux individus venant de diverses localités : Gap Bojador (y5o- 

355 mètres); Gap Gantin (836-1, 35o mètres); Fuerteventura (1,975- 
3,000 mètres); au large du Sahara (835~93o mètres). 

11. Hyalinecia Edwardsi nov. sp. 

Deux individus mutilés, dans des fragments de leurs tubes. — Loc. : 
entre les A<;ores et l'Espagne; 4,255 mètres. — Dimensions des tubes, 
long. : 3o millimètres et A5 millimètres; larg. : 3 millimètres et 3millim. 5 
— Dimensions des tronçons, qui se rapportent tous deux à des extrémités 
antérieures, long. : 12 millimètres, comprenant 17 anneaux et la tête; 
7 millimètres, comprenant 12 anneaux et la tête; larg. ; 2 millim. 5 et 
1 millim. 5. 

Teinte (dans l'alcool) jaune pâle. Les individus ont subi un commence- 
ment de macération. 

Tête courte. Antennes relativement épaisses; la base de la médiane est 
seule conservée; les plus longues des latérales s'étendent, lorsqu'on les 
rabat en arrière, jusqu'au niveau du 3 e segment parapodial. Mandibules 
fortes et longues, à quatre dents obtuses bien distinctes, les deux extrêmes 
se trouvant les plus grosses, et l'antérieure trois fois plus volumineuse que 
la postérieure. 

Musëuii. — iv. 1 lt 



— 194 — 

Premier segment parapoclial d'une taille double de celle du second, 
celui-ci étant, à son tour, presque le double des anneaux placés plus en 
arrière, qui sont sensiblement de dimensions égales. Parapodes de la pre- 
mière paire munis de cirrhes courts et larges, pourvus d'un petit nombre 
de soies volumineuses, polymorphes, les unes terminées par une pointe 
droite, les autres par un crochet épais. Parapodes de la 2 e paire munis de 
cirrhes un peu plus longs que les précédents, mais aussi larges, pourvus 
d'un nombre un peu plus considérable de soies plus étroites, polymorphes, 
les unes se terminant en pointe, les autres par un crochet accompagné 
d'une dent à sa base. Parapodes de la 3 e paire munis de cirrhes larges et 
plus longs <pie les précédents, surtout le ventral, pourvus de soies sem- 
blables, longues, fines, droites, limbées à leur sommet. Parapodes des 
paires suivantes munis de cirrhes allongés et étroits, surtout le dorsal, le 
ventral devenant de plus en plus réduit, pourvus de soies dissemblables, 
les unes droites et en raquette, d'autres coudées et limbées à leur sommet, 
d'autres enfin peu nombreuses, très fortes et terminées par deux cro- 
chets. 

Tube à section ovalaire, à paroi épaisse, opaque, constituée par un 
mucus recouvert à sa surface de nombreux et menus débris, serrés les uns 
contre les autres, parmi lesquels prédominent des quartziles de différentes 
couleurs. 

12. Tvrrhena ati.antica L. Roule (Annélidcs de l'expédition du Caudan, 
Annales de l'Université de Lyon, 1896). 

Plusieurs in ividus pris en diverses localités : Lanzerote (865- 
927 mètres); côtes du Maroc (i,io5 mètres); Cap Noun (1,1 53 mètres). 

13. Svr.us setubalensis Mac Inlosh (Report. . of Challenger ; vol. 1 a ; 
Annélides, 188.")). 

Deux fragments d'individus, dont l'un comprend l'extrémité postérieure du 
corps, venant da Cap Noun (1 , 1 53 mètre;) et de Lanzarote (i,s35 mètres). 

Ces deux fragments possèdent des particularités semblables à celles des 
tronçons sexuels de Syllis hamala. Les cirrhes dorsaux des parapodes sont 
rameux; ils se divisent en deux, trois ou quatre branches, et possèdent, 
autour de leur base d'insertion, une tache pigmentaire. Les soies sont poly- 
morphes; les plus nombreuses, occupant la partie supérieure de la rame, 
sont fines, simples, terminées en pointe et légèrement recourbées; les 
autres, composées, se terminent par une large serpe; une ou deux sont 
très grosses, courtes, au sommet obtus et muni de trois dents inégales. 

\U. Vermilia (?) falcigera nov. sp. 

Un seul individu, mutilé, privé de son tube et de son opercule. — Loc. : 
Cap Bojador; 782-8/10 mètres. — Longueur du corps sans le panache 



— 195 — 

branchial : 19 millimètres; longueur du panache branchial : 10 à 1 3 milli- 
mètres; largeur thoracique : 3 millimètres. 

Teinte (dans l'alcool) rouge-vermillon clair; le thorax est un peu plus 
pâle et jaunâtre. Les tentacules branchiaux sont de couleur jaune clair. 

Tentacules branchiaux nombreux (45 à 5o pour chacune des moitiés 
du panache), très longs, étroits, munis de barbules longues et délicates. 
Collerette ample, plissée. Les sept anneaux thoraciques peu inégaux. Soi- 
xante-six segments abdominaux égaux. 

Plaques onciales thoraciques à base grande, allongée, munies de sept 
dents en moyenne. Soies thoraciques limbées, les unes droites, les autres 
ayant une pointe en faucille au delà du limbe. Plaques onciales abdomi- 
nales à base grande, large, munies de huit dents en moyenne, plus 
longues et plus fines que leurs correspondantes des plaques thoraciques. 
Soies abdominales géniculées , au sommet fortement recourbé en dedans et 
muni de nombreuses petites dents sur le bord supérieur de sa base. 



NOTES SUR LA FAUNE DES JiÉciFS MADREPORIQUES DE DjlBOUTl . 

PAR H. COUTIÈRE. 
( Laboratoires dis MM. les professeurs Milwk Edwards et Bouvier.) 

- 

Nous avons exposé dans le précédent Bulletin (n° 3, 1898) l'habitat et 
le; mœars lYAlpkeus slrenuus Dana , un des Crustacés les plus caractéris- 
tiques des récifs qui, à Djibouti, s'offrent à l'exploration à marée ba-se. 
Nous avons dit que les dalles irrégulières sous lesquelles on trouve cet 
Alpliée sont des débris usés de Madrépores qui forment la transition entre 
une prairie vaseuse h Holothuries et deux vastes récifs s'étendant au pied 
des plateaux émergés du Serpent et du Héron. Ce dernier récif est le plus 
vivant et le plus riche comme faune, mais il est aussi le plus rarement 
accessible. En partant du cordon de débris éboulés dont nous avons décrit 
antérieurement la faune et qui jonche le pied du Héron ( Bull. , n° 2 , 1 898) , 
on voit que la surface plane et irrégulièrement découpée du récif s'abaisse 
insensiblement et disparaît sous une couche d'eau de plus en plus profonde. 

Celle-ci, toutefois, est protégée par une ceinture de gros blocs roulés, 
contre laquelle viennent se briser les lames venant du large, de façon à 
former une sorte de lagune. Cette ceinture est un véritable récif - barrière 
et constitue la branche externe du demi-cercle s' appuyant en son milieu au 
plateau du Héron , et dont la branche interne , que nous avons décrite avec 
sa faune de Linckia et d' Acrocladia , limite dans l'intérieur de la baie le 
chenal du port de Djibouti. Mais , dans ce dernier cas, l'espace compris entre 
celte digue et la ligne des plateaux émergés est assez profond et les Ma- 
drépores y prennent un grand développement. 



— 196 — 

Dans la portion externe qui nous occupe, au contraire, la lagune, cir- 
conscrite par la digue en question est peu étendue, ne dépasse pas 1 in. 5o 
de profondeur et, par places, est littéralement remplie par des touffes 
flottantes de Cystosyra, habitat de petits Nudibranches et d'Hippolytinés 
brunâtres qui s'y dissimulent admirablement. Nous n'avons point exploré 
la digue elle-même, qu'il est assez difficile et même périlleux d'atteindre 
à pied par suite de la profondeur de l'eau et du remous qu'y produisent 
les lames, mais nous avons fait quelques dragages immédiatement au pied 
de ce récif, par des profondeurs ne dépassant pas a o mètres. C'est un fond 
de Madrépores brisés entremêlés de sable grossier et de débris de Coquilles, 
où l'on trouve en grande abondance Fungia palclla Lam., de la grandeur 
d'une pièce de cinq francs, et dont presque tous les spécimens montrent 
des traces évidentes de soudure ou de régénération. Ces dragages nous ont 
donné plusieurs spécimens dWmpliioxus, enfouis dans le sable ou abrités 
dans des tubes vides d'Annélides, une espèce de Clycère de petite taille, 
d'un blanc rosé, dont nous avons pu observer sur le vivant la trompe vo- 
lumineuse, l'armature buccale munie de quatre crochets acérés di posés 
en croix, situés au repos au tiers antérieur du corps et se dévaginant pour 
l'attaque avec une extrême rapidité. Nous y avons également dragué une 
Eurvale, qui s'empressa malheureusement de se fragmenter pendant le 
retour, et plusieurs espèces intéressantes de Mollusques. Parmi 1rs Crustacés, 
quelques Oxyrhynques, Mieippe platypes Rùppell, Lambrus pelagicus Riïp- 
peil, Mieippe philyra Herbst, et, parmi les Alphéidés, A. parvirostris Dana 
et un petit spécimen d/1. barbatus II. Coulière. I\ous ne pouvons que ré- 
péter ici le regret de n'avoir pas disposé d'un matériel moins rudimenlaire, 
car les dragages dans cette région nous eussent certainement donné de 
nombreux matériaux. 

La partie du récif qui s'étend comme une table plane au pied du Héron 
est, comme nous l'avons dit, irrégulièrement découpée en fragments an- 
fraclueux de surface variable, séparés par des flaques tortueuses que rem- 
plit une eau extrêmement limpide. Les bords de ces flaques sont tapissés 
de Madrépores encroûtants, de Bryozoaires et d'Algues calcaires, et, sur 
la surface non baignée par l'eau, les Polypes sont rétractés et le récif paraît 
mort. On n'y observe du reste aucun volumineux Polypier. Les intervalles 
sinueux séparant ces ilôts madréporiques se prolongent en réalité sous la 
surface de ceux-ci, formant un inextricable réseau de cryptes irrégulières, 
dont la croûte superficielle est souvent assez peu solide pour céder sous le 
pied ou sous l'effort d'un levier. On peut ainsi capturer un nombre assez 
grand d'animaux, et nous y avons trouvé plusieurs espèces intéressantes 
d'Alphéidés. 

Alphcus Edwai'dsi Audouin, distinct d\4. slrenuus Dana par des carac- 
tères morphologiques assez nets, présente aussi quelques différences bio- 
uomiques. Sa couleur est vert grisâtre, avec de6 macules d'un vert clair 



— 197 — 

assez régulièrement disposées sur l'abdomen el les lianes. Les uropodes, 
marqués de lignes bleues, n'offrent pas la tacbe oculiforme qui distingue 
le tiers distal de la rame externe sur les uropodes de .4. strenuus. Les pinces 
sont vert-jaunâtre foncé , avec les pointes violettes , et la grande porte une 
large bande bleue sur le bord interne. Cette coloration est assez variable , 
la teinte générale pouvant être rougeâtre, ou cachou , et disposée par ban- 
des transversales. 

A. gracilipes Stimpson, plus rare, est rougeâtre, avec des macules d'un 
gris ferrugineux rappelant grossièrement des caractères d'écriture. Les 
pinces, et aussi les pattes suivantes, sont d'un beau bleu, et un détail 
très particulier est la présence de deux taches noires oculiformes sur les 
deuxième et quatrième segments de l'abdomen. 

A. parvirostris Dana, d'un vert foncé, est très commun dans toutes les 
anfractuosilés. A. gracilis Heller, A. hippolhoë de Mars, sont plus rares. Le 
premier est gris rougeâtre , cette coloration étant disposée par bandes sur 
le corps et en macules irrégulières sur les pinces; le second est marqué de 
bandes transversales vert olive , nuancées de brun clair, et la rame externe 
des uropodes porte, comme chez A. strenuus Dana, une tacbe bleue oculi- 
forme sur son tiers distal. Toutes ces espèces vivent, comme A. Edwardsi 
Audouin, dans les anfractuosités de la table du récif, et il est rare de les 
recueillir dans la flaque mise à découvert en soulevant cette croûte super- 
ficielle. Au contraire, A. rapax Bâte, Fabr.?, A. splendidus H. Coutière, 
paraissent avoir l'habitat de A. strenuus. La première espèce, aussi formi- 
dablement armée que ce dernier, paraît de mœurs moins bruyantes; sa 
couleur est d'un blanc sale, avec quelques macules rougeâtres irrégulières 
sur l'abdomen , plus foncées et passant au vert sur la face supérieure de la 
grande pince. Nous avons décrit antérieurement (Bull. n° 6, 1897) la 
très remarquable coloration d*Â. splendidus, dont nous avons capturé l'uni- 
que spécimen en même temps qu'une belle espèce de Gébie d'un rouge 
foncé uniforme. 

A. malleodigitus Bâte, qui est au moins une variété très distincte de 
A. obeio-manus Dana, habite toujours l'épaisseur même de cette croûte 
superficielle du récif, occupant des galeries creusées antérieurement par 
des Annélides ou des Mollusques perforants, et dont profitent aussi de 
nombreuses Galliannasses. A. malleodigitus se trouve sans exception par 
couples, et ce genre de vie, très général chez les Alpheidés, est ici parti- 
culièrement évident. Le mâle, placé dans la galerie au-dessus ou en avant 
de la femelle, est plus petit et mieux armé; c'est toujours lui qui se pré- 
sente à l'entrée du gîte lorsqu'on vient de le mettre à nu en cassant la 
pierre, mais , en attendant quelques instants, il est très rare qu'on ne cap- 
ture pas à son tour la 9, toujours chargée d'une masse énorme d'oeufs, et 
dont presque tout le corps est occupé par l'ovaire de couleur verte. L'un 
et l'autre sexe sont de couleur jaune soufre uniforme, a peine plus foncée 



— 198 — 

au bout des pinces. Un détail assez singulier est la présence clans leur re- 
traite d'un paquet d'Ulvcs vertes, vraisemblablement opporlé par ranimai, 
soit comme une réserve alimentaire, soit pour utiliser le dégagement d'oxy- 
gène dont l'Ulve est le siège et qui s'y continue encore quelque temps après 
qu'elle a été soustraite aux radiations lumineuses. On trouve aussi des 
Ulves dans les cavités oùbabite A. Edwardsi, mais le fait est surtout facile 
à observer avec l'espèce dont nous venons de parler. 

C'est également sous ces fragments de Madrépores que nous avons re- 
cueilli un spécimen du remarquable Alpbeidé Alphcopsis equaiis H. Coutière 
(Bull. n° 8, 1896) , de couleur orange uniforme, et Jousscaumea serrati- 
dtgitus H. Coutière, plus commun et de couleur semblable. De nombreux 
Crustacés accompagnent du reste ceux que nous venons de citer; outre les 
Gonodactyles particulièrement abondantes, il faut citer Hippohjtc gibbe- 
rosus Milne Edwards, assez commun dans les anfractuosités, d'un rouge 
lie-de-vin , une petite espèce rie Stenopus à bandes transversales blanches 
et rouge vif, de nombreuses Porcellanes comme Petrolisthes Boscii, et plu- 
sieurs espèces de Pachychcks , de Porcellana et de Polyonyx. Un Palémonidé 
du genre Bithynis Dana mérite une mention spéciale par son habitat et sa 
coloration. Il est absolument transparent, mais se signale par quelques 
anneaux d'un violet pâle sur les appendices et l'abdomen , et surtout par 
des taches d'un blanc nacré éclatant, occupant la région stomacale tout 
entière, le coude de l'abdomen, l'extrémité des rames caudales et les épi- 
mères du deuxième segment. Ce magnifique Crustacé se tient obstinément 
dans la zone de protection que circonscrit une grande Actinie assez com- 
mune dans les flaques profondes qui séparent les Madrépores. Etalé sur le 
sable, le disque oral de l'Actinie, de couleur blanchâtre, armé d'un très 
grand nombre de courts tentacules urticants, atteint souvent m. 3o de 
diamètre. Bithynis se tient dans ce cercle, nageant à peu de distance au- 
dessus, souvent par couples, et se laisse assez aisément capturer à l'aide 
d'une éprouyette pleine d'eau que l'on descend doucement sur l'animal. 



Photographies d'animaux aquatiques, 

PAR M. FaBRE-DoMERGUE, 
SOUS-DIRECTEUR DU LABORATOIRE DE ZOOLOGIE MARITIME DE CoNCARNEAU, 
ANCIEN STAGIAIRE DU MUSEUM. 

La photographie des êtres qui vivent au sein des eaux présente certaines 
difficultés que j'ai essayé de tourner en me servant de l'éclair magnésique 
instantané, produit au-dessus de l'aquarium où se trouvent les individus 
dont on veut faire la reproduction. 

Dans un aquarium d'une dimension appropriée, on fait couler de l'eau 



— 199 — 

filtrée sur une chausse de flanelle, et l'on y dispose les Algues et les ani- 
maux d'une façon aussi naturelle que possible. Au-dessus de l'aquarium , on 
dresse un écran à trois côtés, de façon à intercepter complètement la lu- 
mière de l'éclair du côté de l'objectif et à la rejeter entièrement vers l'in- 
térieur du bac. 11 ne reste plus qu'à installer tout près de la surface de 
l'eau et vers le milieu de cette surface un godet contenant de la poudre 
magnésique au cblorate, étalée sur une couche de coton-poudre et à en- 
flammer le mélange soit par l'étincelle d'induction d'une bobine Rhumkorf, 
soit par une mèche de coton-poudre. L'appareil photographique est dressé 
en face de l'aquarium; l'objectif est ouvert un peu avant la production de 
l'éclair et refermé dès qu'il a eu lieu. Si l'on opère dans un lieu un peu 
sombre , l'impression de l'image n'a lieu qu'au moment de l'inflammation 
du magnésium. 

Le mouvement réflexe causé par l'éclair est très vif chez la plupart des 
animaux, mais il ne se produit qu'après l'extinction de l'éclair; il n'y a 
donc pas lieu de s'en préoccuper. Au contraire , il convient de choisir le mo- 
ment où les habitants du bac nagent avec lenteur pour les photographier, 
car la réduction des images n'étant que de quatre ou cinq diamètres , leur 
déplacement est très accentué sur le verre dépoli et l'instantanéité du ma- 
gnésium n'est pas telle que ce déplacement n'ait le temps d'occasionner un 
flou parfois très marqué sur la plaque sensible (1) . 



Soi LES THYROÏDES DES OlSEAVX , 

par M. Auguste Pettit, docteur es sciences. 

Dans la classe des Oiseaux, les glandes thyroïdes sont sensiblement 
construites sur le même plan ; elles sont représentées par des masses ovoïdes 
situées dans la cavité thoracique , au niveau du syrinx et à une faible dis- 
tance du cœur m ; elles sont toujours disposées sur le trajet des gros troncs 
vasculaires cervicaux et , en général , au voisinage du point d'origine des ar- 
tères vertébrales; elles sont en rapport avec la face ventrale de la carotide 
et la face interne de la jugulaire; en outre, leur face dorsale est plus ou 
moins rapprochée du nerf pneumogastrique ; enfin , par leur extrémité anté- 
rieure, elles peuvent être contiguës au thymus. 

Chez les Gallinacés et les Columbidés , les thyroïdes ont une forme ovoïde ; 

(" Dans le cours de cette communication, toute une série de photographies 
instantanées de Poissons de diverses espèces, prises par M. Fubre-Domergue, 
ont été projetées sur l'écran. 

(2) Chez un Casoar de forte taille, la distance des oreillettes aux thyroïdes n'était 
que de 5 millimètres. 



— 200 — 

elles sont plus surbaisse'es chez le Canard et, chez certains Rapaces, elles 
sont globuleuses. 

Leurs dimensions sont assez conside'rables , relativement à ce qu'on ob- 
serve chez les Mammifères adultes. Gliez le Pigeon (3 mois), elles mesurent 
environ 8 millimètres de long; chez le Canard adulte, près d'un centimètre ; 
elles ont sensiblement la même grosseur chez la Poule et la Pintade; chez 
les Oiseaux de forte taille, elles peuvent atteindre des dimensions notables: 
chez des Casoars adultes , elles présentaient les dimensions suivantes : lon- 
gueur, 25o millimètres; largeur, 120 millimètres; épaisseur, 8 millimètres. 
Comme c'est la règle. pour les glandes sanguines, ces organes sont abon- 
damenl vascularisés; ils possèdent plusieurs artères; une d'entre elles 
(artère thyroïdienne), née directement de la carotide, se fait remarquer par 
son volume; des veines assez nombreuses dessinent à la surface de l'organe 
des arborisations et vont se jeter directement dans la veine jugulaire. 

Chez un certain nombre d'Oiseaux, le système veineux présente un déve- 
loppement remarquable; le Casoar de la Nouvelle-Zélande constitue un 
intéressant exemple de ces dispositions : chez cet animal, les thyroïdes sont 
enveloppées dans un réseau de veines, au nombre d'une douzaine pour 
chaque côté; celles-ci mesurent 2 à 3 millimètres de diamètre et vont se je- 
ter dans la jugulaire, après avoir formé à la superficie un plexus. La plupart 
de ces rameaux proviennent du parenchyme thyroïdien; quelques-uns, 
cependant, reçoivent des branches provenant des régions voisines (trachée 
en particulier). 

En outre, on observe, au voisinage des thyroïdes, d'autres formations 
dont la structure est complètement différente : il s'agit d'organes paren- 
chymateux, limités par une capsule conjonctive de laquelle émanent des 
sepla de môme nature; ceux-ci pénètrent dans l'intérieur de la masse et 
servent de support à de nombreux vaisseaux. 

Les mailles de ce réseau conjonclif sont occupées par des cordons cellu- 
laires pleins, auxquels elles constituent une enveloppe plus ou moins com- 
plète suivant les points envisagés; dans la zone périphérique, la trame 
conjonctive forme une capsule continue autour des îlots de parenchyme (l) . 
Ces organes sont extrêmement variables dans leurs formes et dans leurs 
rapports; mais, en général, ils sont représentés, de chaque côté, par une 
petite masse, formée en réalité de deux corpuscules accolés, situés en ar- 
rière de la thyroïde proprement dite , à une dislance variable de celle-ci , 
et en rapport plus ou moins intime avec les vaisseaux cervicaux (S) . 

W Je reviendrai dans une note ultérieure su.- la structure hislologique de ces 
organes. 

W On remarquera qu'aucun dos physiologistes (Ewald et Rockwell, Allara, 
Moussu) qui ont pratiqué la ihyroi ierlomie chez les Oiseaux ne parlent de ces 
organes. 



— 201 — 

Le poids de ces organes est d'ailleurs minime, comme le montrent les 
chiffres suivants : 

POIDS EN MILLIGRAMMES 





tics 
ThyroiJes. 


(les 
Organes annexes. 


du 

Thymus, 


Aquila chrysaétus pesant 
/i,55o grammes 


2 lG 


22 


36o 


Serpentarius replilivorus 

pesant 3,ioo grammes. 


860 


lM 


1860 



En résume', les Oiseaux présentent à l'état adulte, outre les thyroïdes 
proprement dites, des formations annexes dont la structure est complète- 
ment différente, et qui rappellent les formations qu'on observe chez les 
Mammifères (1) . 



A PROPOS DES TERMES PAR LESQUELS ON DESIGNE 
LES FORMES DIVERSES DE LA RATE DES SÉLACIENS, 

par M. H. Neuville. 

Il est d'observation courante que la rate des Sélaciens puisse se présenter 
sous les aspects les plus divers. Tantôt homogène et compacte comme chez 
le Galeus canis, tantôt elle peut se résoudre en une multitude de petits 
lobules comme chez le Carcharias glaucus. Entre ces types extrêmes, il 
existe des formes de passage ; on en trouve notamment chez les Lamnidés 
et chez diverses Raies. 

La plupart des auteurs (par exemple Duméril, Histoire naturelle des 
Poissons) emploient pour tous les cas où la rate se trouve ainsi plus ou 
moins divisée l'expression des rates accessoires, l'appliquant aussi bien dans 
les cas identiques à celui du Carcharias que dans celui du Lamna. D'autres 
auteurs disent simplement que cette division forme plusieurs rates. 

Pour faciliter les descriptions et éviter toute confusion, il pourrait y 
avoir intérêt à adopter des expressions se référant plus exactement aux 
cas principaux que l'on peut rencontrer. 

C'est ce que l'on pourrait faire en réservant le nom de rates multilobu- 
Ues à celles qui comprennent un grand nombre de lobes ou de lobules, 

"' Ces formations semblent correspondre aux glandules thyroïdiennes des Mam- 
mifères; mais il faut reconnaître qu'en l'absence de données embryologiques suffi- 
samment précises, celte homologation serait imprudente : depuis ma communication 
au congrès de Saint-Etienne (août 1897), ^- ^ au ' Verdun a publié (Comptes 
rendus de la Société de Biologie, 26 février 1808) un travail consacré à l'étude des 
dérivés branchiaux du Poulet et auquel je me borne dar.s celte courte note à ren- 
voyer le lecteur. 



— 202 — 

soit isolés comme chez le Carcharias, soit plus ou moins confluents comme 
chez les Lamnidés, où le volume représenté par les rates dites accessoires 
peut être plus considérable que celui de la rate dite principale. On conçoit 
mai, du reste, que cette qualification d'accessoire puisse être appliquée dans 
les cas semblables à celui du Carcharias glaucus où aucune partie de la rate 
n'est principale et où chaque lobule paraît fonctionner comme une rate dis- 
tincte. Les rates de nouvelle formation, décrites par M. Phisalix, ne pour- 
raient être confondues avec ces rates multilobulées. 

Au contraire , l'expression de rates accessoires devrait être exclusivement 
réservée aux cas analogues à celui de la Centrine (décrit notamment par 
Moreau dans son Traité d'ickihyologie) , cas beaucoup plus rares, où il y a 
bien nettement, à côté d'une rate principale , une rate accessoire, cette der- 
nière généralement unique pouvant parfois se trouver incomplètement 
reliée à la première par un petit nombre de lobules qui , eux aussi , sont vrai- 
ment des rates accessoires, laissant subsister l'intégrité de l'organe prin- 
cipal. Parmi les genres que j'ai étudiés, cette disposition ne m'a paru jus- 
qu'ici avoir une constance absolue que chez des Spinacidés. 11 n'est pas 
très rare de la rencontrer accidentellement dans quelques espèces de familles 
différentes. 

La différence ainsi faite entre les rates multilobulées et les rates accessoires 
se légitime, il me semble, au point de vue anatomique et au point de vue 
physiologique, par un simple examen de ces organes. D'après les connais- 
sauces actuelles , au point de vue embryologique, ces deux types parais- 
sent dériver d'une même forme : la forme simple ou compacte, qui persiste 
dans certains genres, tandis qu'une division, s'ébauchant dans certains 
autres, aboutit à une multilobulation irrégulière cl incomplète comme chez 
les Lamnidés, ou absolue comme chez le Carcharias. (Voir notamment à 
ce sujet : Phisalix, Sur la Rate des Ichlbyopsidés, Archives de Zoologie exp., 
1895, etLaguesse : Développement de la Rate chez les Poissons, Journal 
de l'Anatomie cl de la Physiologie, 1890.) 



Recherche et dosage de l'Iode d.ijvs les tissus des Invertébrés, 

par M. Caubel. 
(Laboratoire de M. le professeur Gréhant.) 

A la suilc des travaux entrepris par M. le docteur Gley sur le dosage de 
l'iode dans la glande thyroïde cl divers autres organes des Mammifères, 
travaux auxquels j'ai eu l'honneur de participer, j'ai eu l'idée d'entre- 
prendre la recherche de l'iode dans les tissus des Invertébrés. 

Muni d'une méthode, due à Baumann, pour le dosage de l'iode dans 
les matières organiques, méthode que M. Gley et moi avons heureusement 



— 203 — 

modifiée de façon à rendre sensible la présence de l'iode alors qu'il n'en 
existe que des quantités excessivement faibles, 1/200" de milligramme, 
par exemple, j'ai pu mener à bien mes premiers travaux sur les Insectes, 
et voici quelques-uns des cbiffres que j'ai trouvés : 
Dosage de l'iode chez les Insectes : 



Meloloittha vulgaris. 
(Insecte parlait.) 



Melolontha vulgaris. 
(Larve.) 

Hydrophilus piceus. 

Clairon. 



Coléoptères. 

10 gr. d'insectes frais . 

7 gr- — 

19 gr. — 

lit gr. — 

1 5 gr. larves fraîches. . 
12 gr. — 

1 a gr. — 

h gr. insectes frais. . . 

9S r - — 

( 3 gr. 58 insectes frais 
5gr. 



a frr. 



niilliiii. 

1 = 08 

I = o5 

I = o 09 

1 = 09 

I = o5 

l = o o3 
I = oo/i 

I = o o3 

I = o5 

1 = oa 

I = o3 

I = o oi5 



Mouche commune. 



Diptères. 

8 gr. insectes frais. 

5 gr. 

5 gr. — 



Mouche commune. ( a 5 gr. 

(Larve.) î 1 5 gr. — 



Apis mellifera. 

Bombus. 

Guêpe cartonnière. 



Forjicula auricularia. 



Hyménoptères. 

5 gr. insectes frais. . . . 
5 gr. 
10 gr. 

4 gr. 80 — 
1 2 gr. insectes secs 
(provenant d'un nid 
conservé). 

Forflculldes. 

8 gr. insectes frais 
îa gr. 
3 gr. — 



I = 02 
I = o oi5 
I = 02 
I = o3 
1 = 002 



I = ooi 
I = o 1 5 
I = o 01 5 
I = oa 
I = o o3 



I = on 
I = o3 
I = o oo5 



Arachnides. 

Araignées (espèces indéfinies) pesant 7 gr. 



I = o o3 



— 20/i — 

Sur les organismes des Cannels (2' note), 
par M. B. Renault. 

Dans une noie précédente (I) , nous avons décrit quelques-uns des orga- 
nismes que Ton rencontre dans les Cannels , en prenant pour exemple le 
Gannel Bryant; nous compléterons aujourd'hui celle première note, en 
faisant connaître d'autres organismes du même Gannel et en disant quelques 
mots des autres types que nous avons admis. 

Les enveloppes des différentes fructifications de Cryptogames, telles que 
spores, microspores, macrospores, les thalles des Algues, etc., ont été sou- 
vent envahis par des Champignons microscopiques filamenteux. 

L'étude de ces Champignons est relativement facile quand ils se sont 
développés dans l'épaisseur des parois de macrospores dont le tissu amorphe, 
homogène et transparent, permet d'observer les limites exactes des fila- 
ments et leurs ramilïcations. Le mycélium est formé de filaments rectilignes 
ou sinueux, souvent bifurques, ou émettant latéralement des ramilles très 
courts terminés fréquemment par une conidie sphérique. 




Fig. i. — Anthraeomyces cannellensis 
bourgeonnant dans la paroi d'une macrospore. Gr. i,aoo/i. 

Les filaments sont composés d'articles [rectilignes , quelquefois arqués, 
longs de 2 fi à 2 fi 9 et larges de o fi 85. 

f Sur les organismes des Cannels {Ihdletin du Muséum d'Histoire naturelle, 

1 898 , 11° 9 , p. 10j). 



— 205 — 

Les ramilles paraissent formés d'un seul article. 

On peut suivre le développement du parasite sur les figures 1 à 3. 

Dans la première, par exemple, le filament mycélien semblant venir de 
a matière fondamentale fortement colorée se bifurque a; l'un des ramules, 
long de 2 fi, se termine par une conidie spbérique; l'autre, long de 2 \i 5, 
se bifurque à son tour, et chacune des branches porte également une 
conidie mesurant o fx 8 à t ft; il en résulte une plantule haute de 5 à 6 ft, 
présentant le port d'un Bolrytis carnea très réduit. 




Fig. 2. — Anthracomyces cannellensis Gr. i,5oo/i. 

Le mycélium s'est développé; beaucoup de filaments bifurques ou ramifiés 
portent des ramules terminés par une conidie. 

Nous avons désigné sous le nom àWnthracomyces cannellensis ce Cham- 
pignon microscopique. La ramification peut être un peu différente de celle 
que nous venons de mentionner, et la même figure présente en h une sorte 
de bouquet résultant de la réunion d'un plus grand nombre de ramules 
terminés chacun par une conidie. 

Quoi qu'il en soit, les filaments issus de la ramification dichotome des 
branches primitives, ou de la germination des conidies terminales, donnaient 
bientôt naissance (fig. 2) à un feutrage qui, s' épaississant déplus en plus, 
finissait par remplir (fig. 3) toutes les régions du fragment d'enveloppe 
attaqué. 

Cette dernière figure montre un certain nombre de rameaux dichotomes 
terminés par une conidie et en même temps beaucoup de sections trans- 
versales, circulaires de ces rameaux, qui pourraient être prises pour des 



— 206 — 

spores d' ' Anthracomyccs ou des Microcoques, si, en déplaçant le microscope 
ou ne s'assurait que ces sections se continuent au-dessous delà surface. 










h 



Fig. 3. — Fragment de macrospore 
complètement envahi par V Anthracomyces cannellensis. Gr. i,ooo,.. 




Fig. Z,. — Canne! américain do Cannellon (Nouvelle-Virginie). Gr. 65o/i. 

Nous avons rencontré Y Anthracomyces dans les Cannels-Bogheads du 
Bassin de Moscou, le Boghead Armadalc, etc.; il semble avoir contribué 
pour une assez large part à la destruction des matières organiques, en 
s'atlaquant indifféremment aux thalles des Algues, dont il rend le tissu cel- 



— 207 — 

lolaire méconnaissable , et aux enveloppes si résistantes des fructifications 
des Cryptogammes. 

Le Canne] américain de Cannelton (Nouvelle- Virginie), sur l'organisation 
duquel nous nous proposons de revenir, est extrêmement riche en débris 
organiques à structure conservée : outre les microspores et les macros- 
pores de Lycopodiacées , rtous signalerons, dès maintenant, de nombreux 
spores de Fougères (fig. h), rondes ou elliptiques, mesurant 1 5 à 1 S fx 
suivant le petit axe et 22 à 2 5 f* suivant le grand axe; celles qui sont sphé- 
riques ont environ 20 (x de diamètre. On les trouve par groupes plus ou 
moins nombreux, ou entourées de portions d'enveloppe incomplète. Les 
Algues sont très rares dans ce Canne! , si toutefois il s'en trouve, car nous 
n'en avons pas encore rencontré. 

Le deuxième type de Cannel que nous avons signalé est caractérisé par 
des corps de couleur rouge orangé, parmi lesquels on reconnaît des grains 
de pollen, des spores, des macrospores, mélangés à des fragments de 
plantes diverses sans traces d'Algues. 




A 



Fiy. 5. — Cannai tic Commenlry. Gr. 000/1. 

La figure 5 montre une coupe faite dans un Cannel de Commentry 
(puits Forêt) qui renferme un grand nombre de débris végétaux recon- 
naissables et dont la description nous entraînerait trop loin pour le mo- 
ment. 

Nous ne citerons que quelques-uns d'entre eux : des spores de Fou- 
gères présentant une surface réticulée a, globuleuses atteignant 20 fx de 
diamètre. 



— 208 — 

Des corps d fusiformes (vus de côté), elliptiques quand on les regarde 
en dessus, mesurant alors 68 p de longueur et 35 fx de largeur, qui ne 
sont peut-être que de gros grains de pollen déformés. D'autres, de dimen- 
sions plus faibles,/, à membrane plissée, qui rappellent également des 
grains de pollen, mais desséchés. Les macrospores s'y rencontrent assez 
fréquemment ; nous n'y avons pas remarqué de microspores groupés en 
tétrades, comme cela se présente fréquemment dans les Cannels qui appar- 
tiennent au terrain houiller moyen; ces microspores ne sont souvent carac- 
térisés que par un épaississement en forme de cadre triangulaire (fig. 5, 
î" note), sorte de connecticule, qui fréquemment représente tout ce qui 
j'este de celles-ci, la portion de membrane intermédiaire ayant disparu. 

Le Cannel de Commentry offre parfois des fragments de feuilles épaisses 
dans lesquelles, sur une coupe transversale, on peut distinguer les cel- 
lules épidermiques, les cellules en palissade, et celles du mésophylc. Quand 
les microcoques sont visibles, on les observe dans l'épaisseur des parois 
communes des cellules. 




Fig. 6. — Canne) de Cunimonlry. Gr. 800/1. 

Coupe transversale d'un fragment de bois de Calamodendron, inté- 
ressant deux rangées de trachéides ligneuses a et deux rangées 
de cellules prosenchymatcuses d, qui s