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Full text of "Bulletin et annales de l'Académie d'archéologie de Belgique"

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: 



BULLETIN BE L'ACADÉMIE D'ARCHÉOLOGIE. 



BULLETIN ET ANNALES 



L'ACADÉMIE D'ARCHÉOLOGIE 



BELGIQUE. 



TOME TROISIEME. 



ANVERS, 

CHEZ FROMENT, MARCHÉ AUK-SOULÎERS, 605. 

1846. 



ANVERS. — IMPRIMF.RIF. IIF. J.-F.. BI'SCIIMW 



TABLEAU GÉNÉRAL DES MEMBRES 

DK 

L'ACADÉMIE D'ARCHÉOLOGIE 



Président, : M. le vicomte DE KERCKHOVE. 
ï'icc -président : M. DU MONT. 
Secrétaire-perpétuel : M. félix BOGAERTS. 
Trésorier : M. DE KEYSER. 
Bibliothécaire et Archiviste : M. BROECKX. 

Conseillers : 

MM. MM. 

E. BUSCHMANN ; Le chevalier de LEBIUART ; 

GACHARD ; POLA1N ; 
GOETHALS ; 

le comte DE KERCKHOVE d'Exaerde; le chanoine DE RAM ; 

J. B. DE KUYPER ; le Baron Jules DE SAINT-GENOIS ; 

SCHAYES ; SMOLDEREN ; 

VANHASSELT; VAN THIELEN. 

Conseillers honoraires : 

MM. Octave DELPIERRE et VAN DEN WYNGAERT. 

Président honoraire: 

M. Henri DE BROUCKERE. 



— 6 — 

Comité <le publication. 

MM. BROECKX, BUSCHMANN, DU MONT el VAN HASSELT. 

Membres effectifs. 

MM 

BOGAERTS (Félix) , professeur d'histoire , membre correspondant des Acadé- 
mies royales et Sociétés des Sciences , Lettres et Ans de 
Rouen, Marseille, Zélande,Jéna , Lille, Hainaul, Liège, 
Gancl, Rois-le-Duc; de celles des départements du Var el 
de l'Eure; des Sociétés des Antiquaires de Picardie et de 
la Morinie; membre honoraire des Académies royales 
de médecine de Madrid, Cadix, Palma (Majorque), Galice el 
Asturies; de l'Institut royal de Valence, secrétaire-général 
de la Société royale des Sciences, Lettres el Arts d'Anvers,elc. 

BRAEMT, graveur des monnaies de Belgique , membre de l'Institut des Pays-Bas 
et de plusieurs autres académies, etc., à Bruxelles. 

BROUCKERE (Henri de), gouverneur de la province de Liège, ancien gouverneur 
de celle d'Anvers, membre de la Chambre des Repré- 
sentants, oflicier de l'ordre de Léopold, de l'ordre de 
Saxe-Cobourg- Gotha, etc., à Liège. 

BROECKX (le docteur C.) , membre des Académies royales de médecine de 
Belgique, de Madrid, de Palma (Majorque) ; de l'Institut 
royal de Valence; de la Société des Antiquaires de la 
Morinie et de plusieurs autres académies et sociétés 
savantes, etc., à Anvers. 

BUSCHMANN (Ernest), professeur d'histoire et de littérature à l'Académie royale 
des Beaux-Arts d'Anvers, etc. 

CUYPER (Jean-Léonard de) sculpteur, à Anvers. 

UELEPIERRE (Joseph-Octave), ancien conservateur des archives de la Flandre- 
Occidentale, attaché à la Légation belge à Londres, membre 
de plusieurs sociétés savantes, etc. 

FAUCON VAL (G. de Bernard baron de), propriétaire à Bruxelles, etc. 

FLTSSEAUX (N. J. de), avocat, conseiller provincial, président de la Société des 
Sciences, Arts et Lettres du Hainaul, etc., à Mons. 

GACHARD (Louis-Prosper), archiviste-général du royaume, membre du conseil 
héraldique ; de l'Académie royale des Sciences et Belles- 
Lettres de Bruxelles et de plusieurs autres sociétés 
savantes, chevalier des ordres de Léopold et de la Légion 
d'honneur, etc., à Bruxelles. 



MM. 

GOETHALS (F. Y), conservateur de l'ancienne bibliothèque de Bruxelles, etc. 

GRAND (Ed. le), contrôleur au ministère des finance», professeur d'économie 
politique à l'école industrielle de Bruxelles, membre 
correspondant de la Société libre d'émulation de I. 
de la Société des Sciences, Arts et Lettres du Hainaul ; 
de la Société royale de la Littérature et des Beaux-Arts 
de Gand; de la Société royale des Sciences, Lettres et Arts 
de Lille; de la Société des Antiquaires de la Moriuie; etc. 

H UNI N (A louis,), peintre, à Malines. 

IIENAUX (Ferdinand), homme de lettres, membre de plusieurs sociétés savantes, 
à Liège. 

JENICOT (P. H. J.), avocat à la cour d'appel de Liège, secrétaire-adjoint de la 
Société libre d'émulation pour les Sciences , Lettres et 
Arts , membre correspondant du ministère de l'instruction 
publique de France pour les travaux historiques, etc. 

KERCHOVE (Henri de), docteur en sciences et en droit, commissaire royal do 
l'arrondissement de Louvaiu, etc. 

KERCKHOYE D'EXAERDE (le comte François-Antuink-Maximilien de), ancien 
officier-supérieur de cavalerie au service de Napoléon, 
ci-devant membre de l'ordre équestre do la Flandre- 
Orientale, ancieu commissaire de milice et du district 
d'Eecloo, membre correspondant de l'Académie royale des 
Sciences , Lettres et Arls de Rouen ; des Sociétés des 
Sciences, Lettres et Arls d'Anvers, Liège, Strasbourg, 
Mâcon, Toulon, Evreux; de la Société des Antiquaires de la 
Morinie;de la Société royale des Sciences technologiques 
du Palalinat; des Sociétés des Beaux-Arts de Gand et de 
Paris; commandeur de l'ordre chapitrai d'ancienne no- 
blesse des quatre empereurs d'Allemagne, chevalier de 
justice de l'ordre de Malle, etc., à Exaerde. 

KERCKHOYE dit DE KIRCKHOFF VAN DER VARENT (le vicomte Joseph lé'>n<> 
Louis de), ancien médecin en chef aux armées, membre de 
la plupart des académies ci sociétés savantes d'Europe ci 
d'Amérique, vice-président honoraire de ht Société grand 
ducale de minéralogie et de géognosiedeJéna;graud'croix, 
commandeur et chevalier de plusieurs ordres, vice 
président de la Société royale des Sciences, Lettres et Arts 
d'Anvers , etc. 



MM 

KI.Y.SLR (Nicaisede), peintre d'histoire, membre des Académies cl Société? 
des Sciences et des Beaux-Arts d'Anvers, de Gand, Liège 
Mons, Jéna , Strasbourg , Ewpux; de l'Académie impériale 
des Beaux-Arts de Vienne ; de l'Académie royale de 
Marseille; des Sociélë»des Antiquaires de Picardie et de 
la Morinie; etc., chevalier des ordres de Léopold et du 
Lion néerlandais. 

KUYPER (Jean-Baptiste de), sculpteur, membre de plusieurs sociétés des beaux- 
arts, à Anvers. 

LAMBRECHTS (le doclear), président de la commission médicale de la province 
d'Anvers, membre de la Société royale des Sciences, 
Lettres et Arts et de la Société de Médecine d'Anvers, 
membre correspondant des Académies royales de Méde- 
cine de Madrid et de Cadix , bourgmestre de Hoboke. 

LEBIDART DE THUMAIDE (le chevalier Alphonse-Ferdinand de), premier 
substitut du procureur du roi , membre d'un grand 
nombre d'académies et sociétés savantes , chevalier de 
l'ordre du Lion de Bade , etc., à Liège. 

I ËHAYE (de), membre de la Chambre des Représentants de Belgique, etc., 
à Gand. 

MKUTENS (François-Henri), professeur à l'Athénée d'Anvers, conservateur de la 
bibliothèque publique , bibliothécaire-archiviste de la 
Société royale des Sciences, I et très et Arts et président 
de la Société de Littérature flamande de la même ville, 
membre correspondant de l'Académie royale de Cadix et 
de plusieurs autres sociétés savantes , etc. 

MONT (J. P. du), l'un des fondateurs de la Société royale des Sciences , Lettres 
et Arts d'Anvers, membre correspondant de la Société 
des Antiquaires de la Morinie, etc. , à Anvers. 

POLALN (M. L.), docteur en philosophie et lettres, conservateur des archives 
de la province de Liège, professeur de littérature fran- 
çaise et d'histoire publique moderne à l'école de com- 
merce de Liège , correspondant des comités historiques 
du ministère de l'instruction publique de France, mem- 
bre de plusieurs sociétés savantes. 

P0M;1N-CASAQUY (Ferdinand- Joseph), docteur en droit et en philosophie et 
lettres , membre correspondant de l'Institut de France 
et de plusieurs autres académies et sociétés savantes, au 
château de Ranc-doux sur l'Ourle les-Houffalise. 



!» — 

MM. 

RAM (G. V. X. de; , lecteur maguilique de l'Université catholique de Low 

chanoine honoraire de la métropole de Matines, docleai 
en théologie et en droit canon, professeur ordinaire à la 
faculté de théologie , membre de la commission royah 
d'histoire de Belgique; de l'Académie royale des Sciences 
et Belles-Lettres de Bruxelles et de plusieurs autres acadé 
mies et sociétés savantes, chevalier de l'ordre de Léo- 
pold , etc. 

SAINT-GÉNOIS (le baron Juu:s de), professeur et directeur de la bibliothèque de 
l'Université de Gand, membre des Académies royales des 
Sciences et Belles-Lettres de Bruxelles et de Munich, mem- 
bre honoraire de la Société grand-ducale de Jéna, et 
correspondant de plusieurs autres académies et sociétés 
savantes , etc. 

SCIIAYES(A. G. B.), attaché aux archives du royaume, membre de l'Académie 
royale des Sciences et Belles-Lettres de Bruxelles et de 
plusieurs autres sociétés savantes , etc., à Bruxelles. 

SMOLPEREN (Jean-G.), ancien professeur de mathématiques, membre de la 
dépulation permanente du Conseil provincial d'Anvers, et 
de plusieurs sociétés savantes, chevalier de l'ordre de 
Léopold . etc. 

STBOOBANT (l'abbé C.), ancien professeur au séminaire de Boogstraeten , a 
Bruxelles. 

VAN CAMP (le docteur Félix-Léonard), membre effectif de la Société de Médecine 
d'Anvers , membre correspondant de l'Académie royale 
de médecine de Madrid et de plusieurs autres sociétés 
savantes, etc., à Anvers. 

VAN DEN BROECK (le docteur Victor), professeur de chimie à l'école des mines 
du Hainaut, membre correspondant de l'Académie pontifi- 
cale libérienne des Sciences et Belles Lettres de Rome, de 
la Société grand-ducale de minéralogie et géognosie de 
Jéna, et de plusieurs autres sociétés savantes, à Mous. 

VAN DEN STEEN DE JEHAY (le baron Xavikr), membre de la Société de Numis- 
matique belge, de la Société des Antiquaires de la Morinie, 
etc., chevalier de l'ordre chapitrai d'ancienne noblesse 
des quatre empereurs d'Allemagne , à Liège. 

VAN KERSEL (le chevalier ChaRLES-Gérard-François), docteur en droit, membre 
du conseil héraldique du royaume, etc., à Bruxelles. 



— 10 — 

MM. 

VAN DEN WYNGAERT (F.-J.), secrétaire de l'Académie deSaint-Luc d'Anvers, elc. 

VAN HASSELT (Andké-Henki-Constant), docteur en droit , inspecteur des écoles 
normales et des écoles primaires supérieures , membre 
des Académies royales des Sciences et des Belles-Lettres de 
Bruxelles, de Bouen et de Nancy; correspondant de la 
Société des Antiquaires de la Morinie et de plusieurs autres 
académies ei sociétés savantes , etc., à Bruxelles. 

VAN NUFFEL (le docteur Joseph-François-Alexandre;, l'un des directeurs de la 
Société de médecine de Boom, etc. 

VAN PRAET LUNDEN | le chevalier Auguste), propriétaire à Anvers. 

VAN PRAET VAN ERTBOBN (le chevalier P. Eugène), propriétaire à Anvers. 

VAN BOOY (Jean-Baptiste), peintre d'histoire, membre de la Société d'émulation 
de Liège, de la Société royale des Beaux-Arts d'Anvers, 
elc, à Anvers. 

VAN THIELEN (Jacques-Corneille), docteur en droit, juge au tribunal de première 
instance de Bruxelles, membre correspondant de la Société 
des Sciences, Arts et Lettres du Hainaut ; de la Société 
d'émulation de Liège; de la Société grand-ducale de Jéna; 
de la Société des Antiquaires de la Morinie, etc. 

VISSCHERS (l\), curé de la paroisse de Saint-André à Anvers , ancien professeur 
au Séminaire de Marines, membre de la Société d'émula- 
tion pour l'histoire et les antiquités de la Flandre, séant à 
Bruges ; des Sociétés de Littérature Flamande d'Anvers , 
Bruges, Gand et Bruxelles, etc. 

VISSER (l'avocat de), ancien échevin de la ville d'Anvers, chevalier de l'ordre du 
Lion néerlandais, etc. 

WITTE (le chevalier J. de), membre de l'Académie royale des Sciences et Belles- 
Lettres de Bruxelles ; de l'Institut de France et d'un grand 
nombre d'autres académies et sociétés savantes , chevalier 
de l'ordre du Sauveur de Grèce, etc. 

WOLTERS (Mathieu-Joseph), ingénieur en chef des ponts et chaussées, chargé du 
service de la Flandre-Orientale, chevalier de l'ordre de 
Léopold, etc., à Gand. 

Membres correspondants . 

ALLEURS (le comte des), docteur en médecine, ancien président de l'Académie 
royale des Sciences, Belles-Lettres et Arts de Rouen , mé- 
decin de l'Hôtel-Dieu de la même ville . etc. 



— il — 

MM. 
ALTMEYER (Jean-Jacques) , docteur en droit et en lettres, professeur d'histoire 
politique moderne à l'Université libre de Bruxelles , etc. 
ARENDT (G. A.), docteur en philosophie et lettres, professeur d'antiquités ro- 
maines et d'archéologie à l'Université catholique de 
Louvain , etc. 

BARNSTEDT (de), conseiller aulique du grand-duc d'Oldenbourg, grand-ballli 
d'Oberstein, etc. 

BERTHOUD (Henri), homme de lettres, à Paris. 

BOREL D'HAUTERIVE, archiviste paléographe, avocat à la cour royale de Paris, 
directeur de la Revue historique de la noblesse, etc. 

BOSCH (le docteur), président de la commission de surveillance médicale du 
Limbourg hollandais, doyen des médecins des Pays-Bas, 
etc., à Maestricht. 

BOUTHORS , greffier en chef de la cour royale d'Amiens , membre de la Société 
des Antiquaires de Picardie; de l'Académie d'Amiens et de 
plusieurs autres sociétés savantes, etc. 

CAUMONT (de), président de la Société des Antiquaires de Normandie, membre de 
l'Institut de France, etc., à Caen. 

CHAPMAN(Joseph-Gadsby), secrétaire de l'Académie nationale de peinture de 
New-Yorck, etc. 

CHARLË BE TYBERCHAMFS, ci-devant avocat à la cour d'appel de Bruxelles, 
membre de la Société des Sciences, Arts et Lettres du 
Hainaut , etc. , au château de Tyberchamps , près de 
Nivelle. 

CHON, professeur d'histoire, membre de la Société royale des Sciences, Agri- 
culture, Lettres et Arts de Lille, etc., à Lille. 

COCHET (l'abbé), aumônier au collège royal de Rouen, membre de l'Académie 
royale des Sciences, Belles-Lettres et Arts de la même 
ville; de la Société des Antiquaires de Normandie, etc. 

CONTENCIN (de) , secrétaire-général de la préfecture du département du Nord , 
membre de plusieurs académies et sociétés savantes, etc. 

CUYPERS (Prosper), propriétaire, membre de la Société royale des Antiquaires 
du Nord, de celle des Antiquaires de la Morinie, etc., 
à Bréda. 

DA VAINE, ingénieur des ponts et chaussées, ancien président de la Société 
royale des Sciences , Agriculture , Lettres et Arts de 
Lille, etc. 

BELGRAS (le docteur) , secrétaire de la Junte suprême de santé d'Espagne , 



1-2 

ancien député de Guadaloxara, membre de l'Académie 
royale de Médecine de Madrid et de plusieurs autres 
sociétés savantes, etc., à Madrid. 

DU BUS (le vicomte BersardJ , membre de la Chambre des Représentants de 
Belgique; de l'Académie royale des Sciences et belles-Let- 
tres de Bruxelles et de plusieurs autres sociétés savantes , 
etc., à Bruxelles. 

DUR L ET (F.), architecte à Anvers. 

E1CHWALD (le docteur), conseiller d'état de l'empereur de Russie, secrétaire- 
perpétuel de l'Académie impériale de médecine de Saint- 
Pétersbourg, décoré de plusieurs ordres, etc. 

ESCALADA (le docteur don Grégorio de), président de l'Académie royale de 
Médecine de Madrid, professeur à l'hôpital général de 
la même ville, membre des Académies royales de Médecine 
de Barcelone, Cadix, Galice et Asluries, Grenade, Palma, 
Séville, Valladolid et de plusieurs autres sociétés savan- 
tes , etc. 

ESCOLAR (le docteur don Serapio), secrétaire-perpétuel de l'Académie royale de 
Médecine de Madrid, membre de l'Académie royale des 
Sciences naturelles de la même ville; des Académies de 
Barcelone , Cadix, Galice et Asluries, Palma, Séville, 
Murcie, Valence, Valladolid, Grenade, Sarragosse, Alicante, 
Mexique et d'un grand nombre d'autres sociétés savantes 
en Belgique, en Allemagne, etc. 

FANT0NETT1 (le baron), docteur en médecine, secrétaire-perpétuel de l'Institut 
impérial des Sciences, Lettres et Arts du royaume Lom- 
bardo- Vénitien , professeur de physique et de médecine, 
etc.', à Milan. 

FAVEBOT, membre de la Société des Antiquaires de la Morinie, principal du 
collège de Saiul-Omer, etc. 

FÉE (le docteur), professeur à l'Université de Strasbourg, membre d'un grand 
nombre d'académies et sociétés savantes, etc. 

FOURQUET (le docteur) , premier professeur agrégé et chef des travaux anato- 
miques de la faculté de médecine de Madrid, membre de 
l'Académie royale de Médecine de lit même ville, et de 
plusieurs autres sociétés savantes, etc. 

I T. AN TIN, membre de l'Académie royale des Sciences, Arts et Belles-Lettres de 
Dijon , et d'un grand nombre d'autres sociétés savantes, 
etc., à Dijon. 



13 

MM. 

FUSS (Jean- Dominique), professeur d'antiquités a l'Université de Liège, elc. 

GARNIER (le professeur), secrétaire-perpétuel de la Société des Antiquaires de 
Picardie, bibliothécaire adjoint de la ville d'Amiens, 
membre de plusieurs académies et sociétés Bavantes, elc. 

GARRIDO (le docteur don Francisco de), secrétaire de la correspondance étran- 
gère de l'Académie royale de Médecine de Galice et d'As- 
turies , membre de plusieurs académies et sociétés sa- 
vantes, etc., à la Corogne. 

GAUTIER DE HOELEDEN, antiquaire, au château de Hoeleden, près deTirlemont. 

GEEL (J.) professeur honoraire et bibliothécaire en chef de l'Université de 
Leyde, etc. 

GEERTS (Charles), professeur de sculpture à l'Académie des Reaux-Arts de 
Louvain, etc. 

GRIFI (le chevalier L.), conseiller, secrétaire-général de la commission des Ami 
quités et des Reaux-Arts de Rome, et de l'Académie pon- 
tificale d'archéologie, etc. 

GUÉRARD (le professeur) , vice-président de ia Société des Antiquaires de 
Picardie, etc., à Amiens. 

HARDOUIN, docteur en droit, membre de la Société des Antiquaires de Picardie, 
de l'Académie d'Amiens, et de plusieurs autres sociétés 
savantes, professeur des cours académiques du droit com- 
mercial, etc., a Amiens. 

HART, graveur en médailles, membre de plusieurs sociétés des beaux-arts, 
chevalier de l'ordre roya! de Wasa, et décoré de la mé- 
daille d'or de mérite de Suède, à Bruxelles. 

HERRERGER (le docteur Ed.), directeur de la Société royale pharmaco-technolo- 
gique du Palalinat, recteur de l'école polytechnique de 
Keyserslaulern, chevalier de l'ordre de la couronne de 
Bavière, etc. 

HERMAND (Alexandre), archiviste de la Société des Antiquaires de laMorinie, 
membre de plusieurs autres académies et sociétés savantes . 
correspondant du ministère de l'instruction publique pour 
les travaux historiques, etc., à Saint < Orner. 

HERMANS (C.R.), docteur en philosophie et lettres, archiviste de la ville de B ils 
le-Duc et de la Société des Arts et Sciences du Brabant 
septentrional, membre de plusieurs sociétés savantes, etc. 

HUBAUD, homme de lettres, trésorier de l'Académie royale des Sciences. Belles- 
Lettres et Arts de Marseille, etc. 



— u — 

MM 

JAEGER (le docteur), conseiller aulique, président de la Société des historiens <lu 
Palatinat, etc., à Spire. 

JANSSEN (le docteur J.), conservateur du Musée d'antiquités de Leyde, etc. 

JONG (le chevalier B. de), docteur et professeur en médecine, président de 

l'Académie des Sciences de Zélande et de la commission 

médiciale provinciale, membre de l'ordre équestre et des 

états de la même province, membre de plusieurs sociétés 

savantes , etc. , à Middelbourg. 

JUB1NAL (Achille) , professeur d'archéologie à Montpellier, etc. 

KASTNER (le docteur), conseiller aulique, professeur, membre de l'Académie 
royale des Sciences de Munich , etc., à Erlangen. 

KERCKHOVE dit VANDER VARENT (Antoine-Joseph-François-Alexandre- Eugène 
de), docteur en droit, secrétaire de l'ambassade belge à 
Paris, membre de l'Académie royale des sciences d'Erfurt ; 
de l'Académie royale des Sciences, Lettres et Arts de Mar- 
seille; de la Société grand-ducale de Jéna; de celles des 
Antiquaires de Picardie et de laMorinie;dela Société royale 
des Sciences, Agriculture, Lettres et Arts de Lille; de celle 
des Sciences et Belles-Lettres du départementduVar;membre 
honorairede l'Académie royale de MédecinedeMadrid; etc. 

KETELE (Jules), vice-président du conseil d'administration delà bibliothèque 
publique d'Audenaerde, etc. 

KUNZE(le docteur Gustave), professeur à l'Université de Leipsick , membre d'un 
grand nombre d'académies et sociétés savantes , etc. 

LACORDAIRE (T.), secrétaire-général de la Société libre d'émulation pour les 
Sciences, Lettres et Arts de Liège, professeur à l'Université 
de la même ville, etc. 

LANSAC (de,), homme de lettres, membre de plusieurs sociétés savantes, etc., 
à Paris. 

LAUTARD (le chevalier J.-B.) , docteur en médecine, secrétaire-perpétuel de 
l'Académie royale des Sciences, Belles-Lettres et Arts de 
Marseille, membre correspondant de l'Institut de France; 
des Académies royales de Turin , Stockholm , etc. 

LEEMANS (le docteur Conrad) , directeur du Musée de Leyde, membre de la Société 
royale des Antiquaires et de la Société numismatique de 
Londres; de la Société royale des Antiquaires du Nord, 
de l'Institut archéologique de Rome, de la Société archéo- 
logique de Halle ; de la Société des Sciences et Arts de 
Batavia , etc. 



__ J5 _ 

MM. 

LEGLAY (le docteur), conservateur des archives de Flandre, membre de l'Institut 
de France; des Académies royales de Bruxelles , de Turin , 
etc., chevalier des ordres de Léopold et de la légion 
d'honneur. 

LEGRAND (P.), président de la Société royale des Sciences, Agriculture, 
Lettres et Arts de Lille , etc. 

LEGRAND (Albert), trésorier de Saint-Omer, membre de la Société des Antiquaires 
de la Morinie, correspondant du ministère de l'instruction 
publique pour les travaux historiques en France, etc. 

LEYS (Henry), peintre, membre de plusieurs sociétés des beaux -arts, chevalier 
de l'ordre de Léopoïd , etc, à Anvers. 

LONGPÉRIER (Adrien de), employé au cabinet de médailles de Paris, membre 
de plusieurs sociétés savantes, etc. 

LORENTE (le docteur don), secrétaire-perpétuel de l'Académie royale des scien- 
ces naturelles de Madrid , etc. 

LOUIS (l'abbé), secrétaire-général de la Société de numismatique belge , direc- 
teur du collège de Tirlemont , etc. 

MAGLIARI (le chevalier P.), docteur en médecine et en chirurgie, secrétaire- 
perpétuel de l'Académie ponlaniane et de l'Académie de 
Médecine de Naples , chirurgien en chef de l'armée napo- 
litaine, membre d'un grand nombre d'académies et 
sociétés savantes, décoré de l'ordre royal de François 
I r , etc. 

MATHIEU (Adolphe-Charles-Ghislain) , secrétaire-perpétuel de la Société des 
Sciences, Arts et Lettres du Hainaul, membre de plusieurs 
sociétés savantes , etc., à Mons. 

MAURY (Alfred), secrétaire- perpétuel de la Société royale des Antiquaires de 
France , bibliothécaire adjoint de l'Institut , etc. 

MENSING (le docteur), secrétaire-perpétuel de l'Académie royale des Sciences 
d'Erfurt, professeur au Gymnase royal de cette ville , etc. 

MERI (Louis), vice-président de l'Académie royale de Marseille, bibliothécaire 
adjoint de la même ville , etc. 

MEYER (le docteur de), président de la Société de médecine et de chirurgie de 
Bruges et de la commission médicale de la Flandre-Occi- 
dentale , membre de plusieurs académies et sociétés savan- 
tes, chevalier de l'ordre de Léopold , etc. 

MICHIELS (Alfred), homme de lettres, etc., à Paris. 

MORBEN (le docteur Charles-François-Antoine) , professeur à l'Université de 



- 16 

MM 

Liège, membre d'un grand nombre d'académies el socië 

lés savantes , ete. 

MORSE (Samuel) , président de l'Académie nationale de peinture de New- York, 
etc. 

OLFERS (d') , directeur général des musées royaux de Prusse, etc., à Berlin. 

ol'IN . membre de la Société des Antiquaires de la Morinie, etc., propriétaire à 
Saint-Omer. 

PAGART (Charles), membre de la Société des Antiquaires de la Morinie. etc., 
propriétaire à Saint-Omer. 

PAN Y BECALDE (le docteur don) , secrétaire-perpétuel de l'Académie royale de 
Médecine de la Corogne. membre de plusieurs sociétés 
savantes , etc. 

PAPE (.1. D.W.), docteur en philosophie et lettres, secrétaire de la Société de 
Arts el Sciences du Brabanl septentrional, etc., substitut 
du procureur du Roi. à Bois-le-Duc. 

PERREAU (A.), Agent du trésor à Tongres , membre de plusieurs sociétés 
savantes, etc. 

PESEUX (Pierre-Charles), homme de lettres , membre de plusieurs sociétés 
savantes , etc. à Anvers. 

PLUNKETT DE RATHMORE (le baron G. C. P.) , docteur en droit et en philoso- 
phie, avocat à la cour d'appel de Bruxelles , attaché au 
ministère des affaires étrangères, etc. 

QUENSON , président du tribunal de Saint-Omer, conseiller honoraire de la 
cour royale de Douai . membre de la Société ries Anti- 
quaires de la Morinie, etc. 

RAOUL (L. V.), professeur émérite de l'Université de Gand , etc. , à Bruxelles. 

RAOUL-ROCHETTE , secrétaire-perpétuel de f Académie royale des Beaux-Art- 
de l'Institut de France, ete. 

RAPPARD (le chevalier A. G. A. de), directeur du cabinet du roi des Pays-Bas. 
etc., a La Haye. 

REMI (le chevalier de) secrétaire-perpétuel de l'Académie impériale des Beaux-Arts 
de Vienne, etc. 

RIGOLLOTde docteur), ancien président de la Société des Antiquaires de Picardie, 
médecin en chef de l'hôpital militaire d'Amiens, memhre 
de l'Académie de la même ville; de la Société de numis- 
matique de Londres, et de plusieurs autres sociétés 
savantes , etc. 

RODE (V. de), officier de l'Université de France, secrétaire-général de la Société 



— n - 

MM. 

royale des Sciences , Agriculture . Lettres et Art* de 
Lille, etc. 

RolSIN (le baron P. de), docteur en droit et en philosophie, membre de plusieurs 
académies et sociétés savantes, correspondant du ministère 
de l'instruction publique de France, elc., à Bonn. 

ROSSIGNOL DE VOLENAY, secrétaire-perpéiuel de l'Académie royale des Sciences, 
Arts et Belles-Lettres de Dijon, archiviste du département 
de la Côte d'or et de l'ancienne Bourgogne, membre de la 
commission archéologique du même département, et d'un 
grand nombre d'académies et sociétés savantes, etc. 

HOTONDO (le comte Dominique), docteur en médecine et en philosophie, membre 
de l'Académie impériale et royale des géorgophiles de 
Florence; des Académies pontificales de Tibère et des 
Lincei de Rome, et d'un grand nombre d'autres académies 
et sociétés savantes, chevalier de Malte, etc., à Naples. 

BOULEZ (Joseph- Emmanuei.-Ghislain), docteur en philosophie et en droit, professeur 
d'archéologie à l'Université de Gand, membre de l'Académie 
royale des Sciences et Belles-Lettres de Bruxelles, etc. 

SA BAN (don Pedro), secrétaire-perpétuel de l'Académie royale d'histoire de 
Madrid, elc. 

SAINT-MÉM1N (Fevret de) , conservateur du Musée de Dijon , membre de 
l'Académie de la même ville, et de plusieurs autres 
sociétés savantes, elc. 

SALAZAR (le docteur), membre de plusieurs académies, etc., à Madrid. 

SALVI (le comte G.) président de l'Académie tibérienne des Sciences et Belles- 
Lettres de Rome , membre et professeur du collège 
philosophique de la Sapience , décoré de plusieurs 
ordres , elc. 

SAPLANE (Henri de), membre de la Société des Antiquaires de la Morinie, 
etc., à Saint-Omer. 

SANGHEZ-NUMEZ (le docteur don Lorenzo) , vice-président de l'Académie 
royale de Galice et d'Asluries , elc. , à la Corogne. 

SGHADOW DE GADENHAUS (Frédéric-Guillaume de) , directeur de l'Académie 
royale des Beaux-Arts de Dusseldorf, docteur en philo- 
sophie, membre correspondant des Académies de France. 
Berlin, Copenhague, Dresde, et d'un grand nombre d'antres 
sociétés savantes, etc. 

SCHAEPKENS (Alexandre) , peintre de paysage , professeur de peinture à 
Maastricht , etc. 

25 m 3 



— 18 — 

MM. 

SCHELLER (Auguste), bibliothécaire adjoint du roi, docteur en philosophie, elc, 

SEOANE (le docteur don), président de l'Académie royale des Sciences naturelles 
de Madrid , etc. 

SERRURE (Constant-Philippe) , docteur en droit, professeur d'histoire à l'Uni- 
versité de Gand , membre de plusieurs sociétés savantes, 
etc. , etc. 

SIMONI (le docteur vicomte de), secrétaire-perpétuel de l'Académie impériale 
de Médecine du Brésil, etc., à Rio-Janeiro. 

SOCORRO (le marquis dell), vice-président de l'Académie royale des Sciences 
naturelles de Madrid, membre de plusieurs sociétés 
savantes , elc. 

STEIN d'ALTENSTEIN (le baron Charles-Julien-Isidore de), attache au bureau 
des ordres et de la noblesse du ministère des affaires 
étrangères, membre correspondant de la Société royale 
des Sciences, Lettres et Arts d'Anvers, etc. 

T'SERCLAES de WOMMERSOM (le baron Oscar de), docleur en droit, secrétaire 
particulier du ministre des affaires éîrangères, chevalier 
de l'ordre de l'aigle rouge de Prusse, elc. 

VAN DER CHYS (P.-O.), professeur de Numismatique à l'Université de Leyde, 
membre de plusieurs sociétés savantes, etc. 

VAN DER MAELEN (Philippe) , propriétaire de l'établissement géographique de 
Bruxelles, membre d'un grand nombre d'académies et 
sociétés savantes, chevalier de l'ordre de Léopold, etc. 

VAN DER MEERSCH (P.-C), docteur en droit, conservateur des archives de la 
Flandre Orientale, membre de plusieurs sociétés savantes, 
etc., à Gand. 

VAN MEERBEECK (le docteur Ph.-J ), membre de plusieurs sociétés savantes , 
etc. , à Anvers. 

VAN SWYGENHOVEN (le docteur Ch.), membre de plusieurs sociétés savantes, 
etc., à Bruxelles. 

VAN WELEVELD, employé au conseil suprême de noblesse des Pays-Bas, etc., 
à la Haye. 

WAL (J. de), docteur en droit, avocat-général de la Haute-Cour militaire des 
Pays-Bas, ancien substitut du procureur du roi à Leyde, 
membre de plusieurs sociétés savantes, etc. 

WALLMARK (de), conseiller de la chancellerie royale et premier bibliothécaire 
du roi de Suède, membre de l'Académie royale des Belles- 
Lettres et Antiquités de Stockholm, et de plusieurs autres 
sociétés savantes, chevalier de l'ordre de l'Etoile polaire, 
etc. 



lu 

MM. 

WEYDEN (le professeur), secrétaire-général de la Société des Beaux Art* d< 
Cologne, etc. 

WILLEM, S (Jean-François), membre de l'Académie royale des Sciences et Belles- 
Lettres de Bruxelles, et d'un grand nombre li'aulres société* 
savantes, chevalier de l'ordre de Léopold, etc. 

W1ND (SAMUEL de), docteur en droit, vice-président de l'Académie des Science.» 
de Zélande et de la Cour de justice de la même province, 
membre de l'Institut royal des Pays-Bas , et de plusieurs 
autres sociétés savantes, etc., à Middelbourg. 



Membres honoraires. 

ARENBEBG (le duc Prosper-Louis d'), grand'eroix de plusieurs ordres, etc. 

BACHMANN (le docteur Charles-Frédéric), conseiller intime de cour, directeur de 
la Société grand-ducale de minéralogie et de géognosie de 
Jéna, professeur à l'Université de la même ville, etc. 

BEAUFEORT(le comte Amédée de), directeur des Sciences et Arts au ministère de 
l'intérieur, directeur du musée des armes, armures et 
antiquités de Bruxelles, membre du conseil héraldique du 
royaume, etc. 

BERZELIUS (le barori), conseiller d'état du roi de Suède, secrétaire-perpétuel de 
l'Académie royale des Sciences de Stockholm, membre de 
la plupart des académies et sociétés savantes d'Europe et 
d'Amérique; grand'eroix, commandeur et chevalier de 
plusieurs ordres, etc. 

BETS(le comte de), président de la Société des Antiquaires de Picardie, vice-pré- 
sident de la Société des Arts du département de la Somme, 
etc , à Amiens. 

BËTBUNE (le prince de), ancien colonel, grand'eroix de l'ordre chapitrai d'an- 
cienne noblesse des quatre empereurs, et de plusieurs 
autres ordres, etc. 

BLUME(le docteur), professeur de botanique à l'Université de Leyde, directeur de 
la Société royale d'horticulture des Pays-Bas, membre d'un 
grand nombre d'académies et sociétés savantes, etc. 

CASTRO (José J. Gomes de), ministre de la reine de Portugal, etc., à Lisbonne. 

CHIMAY (le prince de), ministre plénipotentiaire du roi des Belges, membre d( 
Chambre des Représentants, etc. 



— 20 — 

MM 

CRASSIER (le baron de), docteur en droit, secrétaire-général du ministère de la 
justice, etc. 

DAVID (le chanoine J.-B.), président du collège du pape Adrien VI, professeur 
d'histoire nationale cl de littérature flamande a l'Université 
catholique, etc., à Louvain. 

DIETRICHSTEIN (le comte Maurice de), grand-maître de la cour de l'impératrice 
d'Autriche, préfet de la bibliothèque impériale, chevalier 
de l'ordre de la Toison d'or, grand'eroix de plusieurs autres 
ordres, etc. 

DU BUS DE GHYSIGNIES (le vicomte), ancien gouverneur-général des Indes- 
Orientales, ministre d'état, président honoraire de l'Aca- 
démie des Arts et Sciences de Batavia, grand'eroix de l'ordre 
du Lion néerlandais, etc., à son château d'Oostmalle, pro- 
vince d'Anvers. 

DU MORTIER (B.-C), membre de la Chambre des Représentants de Belgique ; de 
l'Académie royale des Sciences et Belles-Lettres de Bruxelles 
et d'un grand nombre d'autres académies et sociétés savantes 
etc. , à Tournay. 

ESCLIGNAC (le duc d'), duc de Fimarçon, grand d'Espagne de la première classe, 
pair de France, grand'eroix des ordres de St-Elienne, 
de Toscane, de Si- Maurice et de Lazare de Sardaigne, 
de l'ordre chapitrai d'ancienne noblesse des quatre Em- 
pereurs; de celui de mérite du Lion de Holstein-Limbourg; 
décoré des ordres de St-Louis, de la légion d'honneur, de 
Malte, de Si-Ferdinand d'Espagne, etc. 

FERREIRA FRANCA (Ernesto), ministre de l'empereur de Brésil, grand'eroix et 
commandeur de plusieurs ordres, etc., à Rio-Janoiro. 

FISCHER DE WALDHEIM (le chevalier G. de) docteur en médecine, conseiller 
d'état actuel de l'empereur de Russie , directeur des 
musées et professeur de l'Université de Moscou, vice-pré- 
sident et directeur des Académies impériales de médecine 
et des curieux de la nature de la même ville, membre de 
la plupart des académies et sociétés savantes d'Europe et 
d'Amérique , grand'eroix et commandeur de plusieurs 
ordres, etc. 

FLOURENS (le docteur), pair de France, secrétaire-perpétuel de l'Institut de 
France, professeur d'histoire naturelle, membre de l'Aca- 
démie française et d'un grand nombre d'autres académies 
et sociétés savantes, etc. 



— -21 — 

MM. 
FUUSTKNIJKltG STÂMENHEIM (le comte François-Ego* de), président du la 
Société d'histoire naturelle de la province de Prusse rhé- 
nane, chambellan du roi de Prusse, commandeur et che- 
valier de plusieurs ordres, etc., au château de Stamenheim, 
près de Mulheim. 

FUSS (le docteur), secrétaire-perpétuel de l'Académie impériale des Sciences de 
Russie, conseiller d'élat actuel de l'empereur, membre 
de la plupart des académies et sociétés savantes, com- 
mandeur et chevalier de plusieurrs ordres , etc. , à 
Sl-Pétersbourg. 

GENLACHE (le baron E. C. de), premier président de la Cour de cassation de 
Belgique , président de la commission royale d'histoire et 
membre du conseil héraldique du royaume, ancien prési- 
dent de la Chambre des Représentants, l'un des directeurs 
de l'Académie royale des Sciences et Belles-Lettres de 
Bruxelles, commandeur et chevalier de plusieurs ordres, 
etc. , etc. 

GIVENCHY (Louis de), secrétaire-perpétuel de la Société des Antiquaires de la 
Morinie, membre de plusieurs académies et sociétés sa- 
vantes , membre du comité historique du ministère de 
l'instruction publique, etc., à Saint Orner. 

GUIZOT, ministre des affaires étrangères en France, etc. 

1IALDAT (le docteur de), secrétaire- perpétuel de l'Académie royale des Sciences, 

Lettres et Arts de Nancy, directeur de l'école de Médecine 

de la même ville, etc. 
HODY (le chevalier Alexis-Guillaume-Charles-Prosper) , administrateur de la 

sûreté publique et des prisons du royaume, commandeur 

et chevalier de plusieurs ordres , etc. 
11UMBOLDT (le baron Alexandre de), minisire d'étal du roi de Prusse, membre 

de toutes les académies et sociétés savantes , grand'eroix 

de plusieurs ordres, etc. 

JONGHE (Théodore de), docteur en droit, membre du conseil héraldique du 

royaume, etc. , à Bruxelles. 
K1KCKHOFF (Jean-Jérôme de), lieutenant-général des armées danoises, premiei 

député du conseil du commissariat-général de Danemarck, 

grand'eroix de l'ordre de Banebrog et de plusieurs autres 

ordres , etc. , à Copenhague. 



— 22 — 

MM. 

LEGHELLE (Gérard); bourgmestre d'Anvers, trésorier de la Société royale des 
Sciences, Lettres et Arts de la même ville, chevalier d< 
l'ordre de Léopold , etc. 

LE1DEKERCKE-BEAUF0RT (le comte de) , gouverneur de la province de Liég 
et président de l'ordre équestre de la même province sou 
le règne du roi Guillaume I r des Pays-Bas, etc., a\ 
château de Géronsart , près de Namur. 

LIGNE (le prince Eugène -Lamohal de), prince d'Ambise et d'Ëpinoy , grand 
d'Espagne de la première classe, ambassadeur du roi des 
Belges près le roi des Français, grand'croix et comman- 
deur de plusieurs ordres, etc. 

MALOU(Jules), minisire des finances, membre de la Chambre des Représentants 
de Belgique, etc. 

MANARA, chambellan de l'empereur d'Autriche, podestat de Vérone, conser- 
vateur du musée public de cette ville, commandeur de 
plusieurs ordres, etc. 

MARTINI de GEFFEN (le chevalier A.), président de la Société des Arts et 
sciencesdu Brabant Septentrional, membre de la première 
chambre des États Généraux de Hollande, membre de 
l'ordre équestre et des états du Brabaut-Septentrional, elc, 
à Bois-le-Duc. 

MERCY-ARGENTEAU (le comte de), ancien chambellan et ministre plénipoten- 
tiaire de l'empereur Napoléon, ci-devant grand-chambellan 
du roi des Pays-Bas et président de la Société libre d'ému- 
lation pour les Sciences, Lettres et Arts de Liège, com- 
mandeur de l'ordre du Lion néerlandais , etc. 

MÉRODE (le comte Feux de), ministre d'état, membre de la Chambre des 
Représentants de Belgique, ancien ministre des affaires 
étrangères, président du congrès archéologique de Lille 
en 1845, grand'croix et officier de plusieurs ordres, etc. , 
à Bruxelles. 

MONTALEMBERT (le comte de), pair de France, etc. 

NEES D'ESENBEt K (le chevalier Chrétien-Godefroid de), docteur en médecine 
et en philosophie , président de l'Académie impériale des 
curieux de la nature d'Allemagne, professeur à l'Université 
de Breslau , membre de la plupart des académies et 
sociétés savantes d'Europe et d'Amérique, décoré des 
ordres de l'Aigle rouge de Prusse, de Saxe-Weimar, do 
Bade, etc 



— 25 — 

MM. 

OBERT DE THIEUSIES (te vicomle E.), ancien auditeur au conseil d'elal sous 
l'empereur Napoléon , chambellan du roi des Pays-Bas , 
grand'croix de l'ordre chapitrai d'ancienne noblesse des 
quatre empereurs d'Allemagne et de celui du Lion de 
Holstein-Limbourg , commandeur de l'ordre noble de 
S l -Hubert de la Lorraine, etc., à Bruxelles. 

OBOLENSKY (la prince), conseiller intime de l'empereur de Russie , ci-devant 
curateur de l'Université de Moscou et président de la Société 
impériale des curieux de la nature de la même ville, 
grand'croix de plusieurs ordres, etc., à Moscou. 

ODESCALCHI (le prince), des ducs de Bracciano, de Cerieet de Syrmie, président de 
l'Académie pontiticale d'archéologie de Rome, grand'croix 
de plusieurs ordres , etc. 

OMAL1US DE HALLOY (le baron Jea:x-Baptiste-Julien d') , ancien gouverneur de 
la province de Namur, membre de la plupart des acadé- 
mies et sociétés savantes , chevalier de l'ordre" du Lion 
Néerlandais, etc. 

OUVAROFF (le prince), conseiller privé actuel, ministre de l'instruction publique 
en Russie, président de l'Académie impériale de S'.-Péters- 
bourg, membre de la plupart des académies et sociétés 
savantes , grand'croix de plusieurs ordres, etc. 

PRËAULX (le marquis de), membre du conseil général du département de Maine 
et Loire, commandeur de l'ordre chapitrai d'ancienne 
noblesse des quatre empereurs, et décoré de plusieurs 
autres ordres, etc., à Paris. 

QUETELET (Lambert- Adolphe-Jacques), directeur de l'observatoire de Bruxelles, 
secrétaire-perpétuel de l'Académie royale des Sciences et 
Belles-Lettres de la même ville, président de lacommission 
de statistique du royaume, membre de la plupart des 
académies et sociétés savantes d'Europe et d'Amérique , 
officier et chevalier de plusieurs ordres, etc. 

RAFN (Charles-Chrétien) , conseiller d'état du roi de Danemarck, secrétaire- 
perpétuel de la Société royale des Antiquaires du Nord , 
etc., à Coppenhague. 

RHEINA-WOLBECK (le prince de) , comte de Lannoy de Clervaux , etc. 

ROCHE-AYMON (le marquis de la ) , lieutenant-général de cavalerie, pair 
de France , grand'croix et commandeur de plusieurs 
ordres , etc. 



MM. 
HOQUEFKUIL (le comte de), ancien officier supérieur dans la garde royale de 
France, grand'croix de l'ordre chapitrai d'ancienne no- 
blesse des quatre empereurs , et décoré de plusieurs autres 
ordres, etc., au château de Tauxigny, près de Tours. 
SAP1.ANE (Edouard de), membre de l'Institut de France, de la Société des 

Antiquaires de la Morinie, etc. 
SCHELLING (le docteur baron de) , ancien président de l'Académie royale des 
Sciences de Munich, conseiller d'état, grand'croix, com- 
mandeur et chevalier de plusieurs ordres, etc., à Berlin. 
SCHWEITZER (le docteur de), conseiller privé actuel, ministre d'état ; chargé 
du département des Sciences, Lettres et Arts de Saxe- 
Weimar, président de la Société grand-ducale de miné- 
ralogie et de géognosie de Jéna , grand'croix de plusieurs 
ordres , etc. 
SOUZA EOLIVEIRA COUTINHO (Aureliano de), ancien ministre de l'empereur du 
Brésil, grand'croix de plusieurs ordres, etc., à Rio-Janeiro. 
SOUZA (Paulinq-José Soares de), ancien ministre de l'empereur du Brésil, 
grand'croix et commandeur de plusieurs ordres, etc., à 
Rio-Janeiro. 
STASSART (le baron de), ministre plénipotentiaire du roi des Belges, sénateur, 
l'un des directeurs de l'Académie royale des Sciences et 
Belles-Lettres de Bruxelles, membre d'un grand nombro 
d'académies et sociétés savantes ; grand'croix , comman- 
deur et chevalier de plusieurs ordres, etc. 
STIER D'AERTSELAER (Ch.-Jean) , propriétaire , ancien membre de l'ordre 

équestre de la province d'Anvers, etc. 
TERTRE (le vicomte du), maréchal-de-camp, vice-président de la Société des 

Antiquaires de la Morinie, etc., à Saint-Omer. 
THEUX DE MEYLANDT (le comte de), ministre d'état, membre de la Chambre 
des Représentants de Belgique, grand'croix de plusieurs 
ordres, etc., ancien ministre de l'intérieur et des affaires 
étrangères. 
TIIIENNES DE LEINBOURG ET DE RUMBECKE (le comte de), membre du ci-de- 
vant ordre équestre de la Flandre-Orientale, ancien cham. 
bellandu roi des Pays-Bas, membre honoraire de la Société 
des Antiquaires de la Morinie et de la Société royale 
des Sciences technologiques du Palatinat; grand'croix 
de l'ordre chapitrai d'ancienne noblesse des quatre empe- 
reurs d'Allemagne, chevalier de l'ordre du Lion Néerlandais, 
etc., a Garni, 



— 9* 



MM. 
r SERCLAES DE WOMMERSOM (le baron Emile de), docteur en droit, secrétaire- 
général du ministère des affaires étrangères , membre do 

conseil provincial du Brabanl, commandeur et chevalin 
de plusieurs ordres, etc. ,à Bruxelles. 

URSEL (le duc»'), sénateur, ancien ministre d'état, grand'eroix de l'ordre du 
Lion Néerlandais, membre de plusieurs académies et 
sociétés savantes , etc. 

VAN DEN STEEN DE JEHAY (le baron), envoyé et ministre plénipotentiaire 
de Belgique près le Saint-Siège, grand'eroix, commandeur 
et chevalier de plusieurs ordres etc. 

VAN DER CAPELLEN (le baron), ministre d'état du roi des Pays-Bas, ancien 
gouverneur-général des Indes Orientales , membre de 
plusieurs académies et sociétés savantes, grand'eroix des 
ordres du Lion Néerlandais, de St. -Anne de Russie ,etc. à 
son château de Vollenhove, près d'Utrecht. 

VILLEMAIN, pair de France , ancien ministre de l'instruction publique, etc. 

VILLENEUVE-TRANS (le marquis Louis-François de), ancien président de l'Aca- 
démie royale des Sciences, Lettres et Arts de Nancy , mem- 
bre de l'institut de France et d'un grand nombre d'autres 
académies et sociétés savantes , ancien gentilhomme de la 
chambre du roi de France, décoré de plusieurs ordres, 
etc., à Nancy. 

V1RON (le baron de), ancien gouverneur de la province du Brabant, etc. 

WESTREENEN DE TIELLANDÏ (le baron Guillaume-Henri-Jacques de), conseiller 
d'état et chambellan du roi des Pays-Bas, directeur en 
chef des bibliothèques nationales, membre du conseil 
suprême de noblesse des Pays-Bas, de l'ordre équestre et 
des états de Hollande, membre d'un grand nombre d'aca- 
démies et sociétés savantes, grand'eroix, commandeur et 
chevalier de plusieurs ordres, etc. , à La Haye. 



Notice biographique 



BERRIAT-SAINT-PRIX, 

Membre-correspondant de l'Académie d'Archéologie, décédé 
le 4 oclobre 1845, à l'âge de 77 ans. 



Si les membres du conseil d'administration éprouvent un senti- 
ment agréable à rendre compte des travaux de leurs confrères, leur 
satisfaction est mêlée d'amertume quand ils se trouvent dans 
l'obligation de signaler les pertes que fait l'Académie. Eh! qui 
pourrait sans douleur voir disparaître de ce monde, les hommes 
qui faisaient l'emploi le plus utile de tous les instants de leur vie? 
Berriat-Saint-Prix était du nombre de ces hommes dont la mort 
laisse une pénible impression dans le cœur des amis de l'humanité. 

Berriat-Saint-Prix (Jacques), naquit à Grenoble en 1769, fut 
reçu licencié en droit en 1787; il a été successivement, de 1792 à 
1795, chef de division à l'administration du district de Grenoble, 
archiviste du département de l'Isère et administrateur de sa ville 
natale. En 1796, il fut nommé professeur de législation à l'école 
centrale de l'Isère; en 1805, professeur de procédure civile et de 



— 27 — 

droit criminel à l'école de droit de Grenoble, d'où il fut appelé, 
en 1819, à celle de Paris. Berriat-Saint-Prix était un écrivain 
laborieux : il a publié un grand nombre de discours, mémoires et 
dissertations dans le Magasin et les Annales encyclopédiques de 
Millin, 1797 à 1814; les Mémoires d'économie publique, 4800; les 
Annales d'agriculture, 1802; la Thèmis ou Bibliothèque du juris- 
consulte, 1819-1826; les Mémoires de la Société des Antiquaires de 
France, 1821-1826; il est auteur des Annuaires statistiques de 
l'Isère, 1801-1804, 4 volumes in-16°; on y trouve une quantité 
de notices historiques, archéologiques et biographiques, concer- 
nant l'ancien Dauphiné. 11 a publié l'Amour et la philosophie , 1801 , 
5 volumes in-12; Cours de législation, 1804, 2 volumes in-8°; 
Éloge historique de Mounier, 1806, in-8°; Observations sur les traduc- 
tions des lois romaines t 1807, in-8°; Discours sur les jouissances des 
gens de lettres, 1807, in-8" ; Cours sur les préliminaires du droit, 
1809, in-8° ; Cours de procédure civile, 1808; Jeanne d'Arc, ou 
coup-d'œil sur les révolutions de France au temps de Charles VI et 
de Charles VII, et surtout de la pucelle d' Orléans , 1817, 1 volume 
in-8° ; Cours de droit criminel, 1817, in-8° ; Histoire du droit 
romain, 1821, 1 volume in-$° ; Histoire de Cujas, 1821; Histoire 
de l'Université de Grenoble, 1821, in-8°; etc. Berriat Saint-Prix 
était président de la Société royale des Antiquaires de France, 
membre de l'Institut (Académie royale des sciences morales et po- 
litiques) ; des Académies de Grenoble, de Dijon et de plusieurs 
autres sociétés savantes. 



RECHERCHES 

SUR 

L'ÉGLISE CATHÉDRALE 

DE NOTRE-DAME 

A TONGRES; 

par M. PERREAU, membre correspondant de l'Académie, etc. 



Description. 

Lorsque le voyageur arrive à une lieue de la ville de Tongrcs, 
il voit poindre a l'horison une tour imposante, véritable géant de 
pierres qui domine les arbres dont tous les environs de la ville 
sont plantés. Cette tour est celle de l'église de Notre-Dame, bâtie 
au sommet de la colline que les rues de Tongres sillonnent. 
Anciennement s'élevait au sommet de cette colline , le Castellum 
bâti par les Romains et dont les vieilles murailles construites en 
pierres de Silex et en débris de tuiles réunis par un ciment 
indestructible et les souterrains se retrouvent encore dans l'intérieur 
des maisons qui entourent l'église. On pense généralement qu'une 
tour ronde qui appuie encore les murs de la partie la plus antique 
de l'église a fait partie du système de défense du Castellum. 
Parmi les bâtiments qui forment la masse imposante de l'église de 
Notre-Dame on remarquerait facilement deux époques distinctes 



— 29 — 

de construction indiquées par des systèmes d'architecture différents, 

si les documents historiques no nous avaient déjà point indiqués 
que cette église avait été édifiée à diverses époques. Les bâtiments 
existants se rapportent aux deux reconstructions du IX" et XIII e 

siècles; à la première époque appartient le cloître ou claastrum 
qui entoure le chœur et l'abside de l'église et à la deuxième 
époque l'église elle-même. 

Le cloitre de Tongres comme ceux de toutes les églises conven- 
tuelles ou chapitrales présente une galerie couverte de trois mètres 
de largeur , bâtie en forme de rectangle et plafonnée en bois. Il 
circonscrit dans son enceinte de 4G mètres de longeur sur 20 de 
largeur, une place carrée maintenant convertie; en jardin et dans 
lequel se trouve une citerne de construction moderne qui a rem- 
placée le Lavatorium, qui pendant que les chanoines étaient encore 
astreints à la vie commune servait à se laver les mains et le visage 
avant d'entrer à l'église et qui après n'était plus employé qu'à se 
laver après la sortie du réfectoire. Le cloitre s'ouvre sur le jardin 
par des arcades en plein cintre à colonnes alternativement simples 
et accouplées, ces colonnes placées sur un stylobate continu, ont 
des chapiteaux et des bases de style romano-by/.antin ornés de 
sculptures variées. 

Les arcades sont en plusieurs endroits interrompues par des 
massifs murés et par deux portes qui donnent accès au jardin, 
au-dessus d'une de ces portes on trouve un ancien bas-relief en 
pierre, en forme de fronton, sur lequel est sculpté le Père éternel 
assis sur un trône et tenant un sceptre et aux deux côtés des 
anges prosternés en adoration ; cette pierre assez grossièrement 
sculptée a été pendant longtemps cachée par des couches épaisses 
de badigeon. 

Il est à présumer que d'autres parties du cloitre offrent encore 
des sculptures enfouies sous le plâtre dont les a induit l'ignorance 
des anciens possesseurs de l'église. Le cloitre est terminé à chacun 
de ses angles du fond par deux chapelles, dont l'une est moderne 
dédiée à Ste-Cathérine et l'autre ancienne et d'un beau style ogival 



— 30 — 

dédiée à tous les Saints; on voit dans cette dernière un assez bel 
autel qui ornait autrefois Tune des chapelles de l'église. 

Le cloître est pavé de pierres sépulehrales , dont plusieurs 
offrent des épitaphes anciennes, je les transcrirai à la suite de 
cette notice avec celles qu'on trouve dans d'autres parties de 
l'église. 

Les ailes du cloître communiquent avec l'église par deux portes 
aboutissant dans chaque bras du transsept. 

Dans le mur de l'aile droite du cloître se trouve une porte plein- 
cintre à deux arcades géminées, séparées par une colonne du même 
style que celles des arcades qui s'ouvrent sur le jardin, cette porte 
donne accès dans le bâtiment qui renferme l'ancien réfectoire et 
la salle capitulaire. 

Ce bâtiment est actuellement partagé en trois parties , le 
vestibule, la chapelle chapilrale et un local qui sert aux réunions 
des membres du conseil de fabrique et qui renferme les archives. 

Ce bâtiment était autrefois plus large, mais il a été rapetissé par 
suite de la construction du nouveau palais de justice, il a été 
restauré dans le style gothique. La partie la plus curieuse c'est la 
chapelle chapilrale qui sert maintenant à l'enseignement du ca- 
téchisme, cette chapelle contient un autel antique présentant une 
table de pierre bleue sur un socle ou surcophage en pierre jaune, 
le devant du surcophage est divisé en trois encadrements qui 
étaient décorés de sujets pieux qui sont effacés actuellement, on 
ne remarque plus que les traces des auréoles ou gloires qui 
entouraient les têtes des bienheureux qui y étaient représentés. 
Au-dessus de cet autel se trouve un tableau ou bas-relief en 
marbre blanc représentant la naissance de la Vierge, dans les 
encadrements de ce tableau se trouvent incrustés six petits bas- 
reliefs représentants des personnages célèbres de l'ancienne loi. 
Dans le mur on voit un bas-relief en plâtre, représentant St-Michel 
vainqueur du dragon ; cette chapelle est pavée en pierres tumu- 
laires. 

La chapelle ainsi que la salle capitulaire paraissent remonter 



— 31 — 

à la môme époque de construction que le cloître et avoir appartenu 
à l'église consacrée en 804. 

Dans le nouveau mur extérieur de ce bâtiment qu'on a construit 
en 1844, on a incrusté une pierre sculptée représentant la tête du 
soleil, cette pierre se trouvait autrefois scellée au-dessus de la 
porte d'entrée de la chapelle de St-Materne, détruite en 1804 pour 
ouvrir une rue ou passage entre le marché et la place où se trouve 
le palais de justice. 

Cette chapelle était de l'orme ronde et très-antique, la tradition 
portait que c'était l'ancien temple d'Apollon, convertie en chapelle 
par St-Materne. 

L'église actuelle est un grand et superbe bâtiment en forme de 
basilique ancienne , terminé vers l'orient par un hémicycle où se 
trouve l'abside du chœur et à l'occident par une tour élevée. Cet 
édifice élevé à '.'époque où le style ogival et orné était le plus 
florissant, est digne de rivaliser avec les plus beaux spécimens de 
l'art qui se trouvent en Belgique, mais situé dans une petite ville 
rarement visitée par les archéologues, il est en quelque sorte 
inconnu, tandis que les touristes vont s'extasier devant beaucoup 
de monuments bien moins dignes de leur admiration. Il est à 
espérer que le gouvernement belge qui a déjà tant fait pour la 
restauration des monuments de notre belle patrie, accorde quelques 
subsides pour restaurer ses murs brodés d'arcatures fines et 
légères et ses belles fenêtres où des meneaux élégants soutiennent 
des tores enrichis des trèfles et quatre feuilles si coquets de cette 
époque brillante de notre architeture nationale. 

Cette église consiste dans une nef ou vaisseau [principal qui 
s'élève à la hauteur de 23 mètres et est surmonté d'un toit de 
6 mètres ; à chaque côté de cette nef principale , s'étend une 
nef collatérale ou bas-côté de 42 '/« mètres de hauteur couvert d'uu 
toit de 4 mètres d'élévation. 

Le mur de la nef principale entre la tour et le transsept est 
percé de chaque côté de six fenêtres ogivales en lancette de petite 
dimension et d'un dessin uniforme; les murs des bas-côtés sont 



— 52 — 

percés, celui du côte du nord de cinq et celui du sud de six 
fenêtres ogivales du même style où l'artiste qui éleva ce bel édifice 
broda en pierres les plus gracieux arabesques que son imagination 
capricieuse inventa. 

Entre chaque travée presqu'cntièrenient occupée par ces gra- 
cieuses fenêtres, se trouve un arc-boutant ou contre-fort à deux 
étages surmonté de clochetons et de vases et embellis de colonnettes. 

Entre les fenêtres des bas-côtés dont les archivoltes sont pro- 
fondément creusées et la naissance du toit, se trouve une galerie 
ou balustrade à jour où le ciseau de l'artiste a creusé de gracieux 
quatre feuilles et trèfles et qui s'appuye sur l'arcature trilobée et 
ogivale couvrant la surface du mur. Les parties inférieures de la 
toiture sont garnies de gargouilles variées servant à l'écoulement 
des eaux. 

Autrefois chaque côté de l'église offrait deux portails, dont un 
grand aboutissant au bras du transsept et l'autre plus petit au bas 
de l'église près de la tour. Ceux du côté du nord subsistent encore, 
celui du transsept offre un fronton qui s'élève à 20 mètres de 
hauteur qui se détache du mur et qui jusqu'au tympan est garni 
sur les côtés de colonnettes sveltes et élancées, surmontées de 
pinacles à trois faces formant niches dans lesquelles se trouvaient 
des statuettes. 

Au-dessus de la porte ogivale * dont l'archivolte creusée de 
profondes moulures se termine par un pinacle orné de quatre 
feuilles et de trèfles à jour dessinés par des tores circulaires, se 
présente une grande fenêtre ogivale à lancette, composée d'une 
arcade géminée, surmontée d'un œil de bœuf et scindée en quatre 
divisions dans le sens de la hauteur par des meneaux cylindriques. 
La naissance du tympan de ce fronton est occupée par une galerie 
ou balustrade composée de quatre feuilles à jour et qui à l'air de 
s'appuyer sur les arcatures trilobées simulées qui sont sculptées 



4 Celle porle est maintenant obstruée par un petit portail de style renaissance 
dû au mauvais coût des chanoines. 



sur les façades du portail. Le tympan est percé de trois fenêtres 
ogivales du môme style que celles qu'elles surmontent. 

Le petit portail dont le pignon supérieur s'élève à 16 */« mètres, 
offre au-dessus de la porte ogivale surbaissée , un fronton aigu 
découpé à jour en arabesques gracieux, au milieu desquels se 
trouve dans une niche ciselée une statue de St-Materne qui en sa 
qualité de deuxième patron de l'église en porte l'effigie dans la 
main droite. Ce fronton est terminé par un pignon orné de quatre 
feuilles et de trèfles à jour dans des tores circulaires. Au-dessus 
de la galerie ou balustrade qui sépare ce fronton du tympan du 
portail se trouve une fenêtre ogivale à lancettes. Ce portail est 
garni des deux côtés de faisceaux de petites colonettes qui se 
terminent en pinacles élancés formant des niches ou baldaquins 
et l'archivolte du tympan est ornée sur les côtés de crosses végé- 
tales régulièrement espacées. 

Le portail du transsept du côté du sud est caché en partie par le 
prolongement du bâtiment qui renferme la salle et la chapelle 
chapitrale, on ne voit que le haut du tympan du fronton qui a été 
modernisé et une belle fenêtre ogivale à lancette qui offre des 
roses et des trèfles gracieux au-dessus de l'arcaturc dessinée par 
les meneaux; on a pratiqué une entrée dans le côté de ce portail 
qui maintenant donne accès dans le transsept. 

Le petit portail du même côté près de la tour, a été supprimé et 
est remplacé par une lourde construction moderne qui sert de 
sacristie. 

La tour, comme la plupart de celles construites au quinzième 
siècle, est carrée, elle s'élève à une hauteur d'à-peu-près 74 1 /â 
mètres et à une largeur de 9 mètres; elle est solidifiée par quatre 
éperons disposés en gradins ornés de pinacles ou clochetons. 

Le corps de la tour est divisé en quatre zones, la première 
présente sur le devant une porte ogivale donnant accès dans le 
porche ou narthex, cette porte parait avoir été autrefois surmontée 
d'un fronton aigu dont on voit encore les traces sur la façade. 
La deuxième zone est ornée d'une fenêtre ou arcade ogivale 

25 m 



— 54 — 

simulée. La troisième zone offre deux arcades géminées simulées 
et la quatrième présente deux arcades géminées garnies d'abat- 
sons, ces arcades sont surmontées du cadran de l'horloge. La 
(our est terminée par un toit pyramidal brisé par la lanterne à 
coupole qui en forme le sommet. 

Avant de pénétrer dans l'intérieur de l'église, nous nous arrêterons 
un moment dans le petit portail du nord dont la façade est ornée 
d'une manière si gracieuse. Ce portail forme une espèce de chapelle 
aux voussures ogivales et présente au fond sons une ogive fleuronnée 
la statue de la Vierge entourée de deiw anges; aux deux côtés du 
portail se trouvent six statues d'apôtres surmontées ainsi que celle 
de la Vierge et des anges de dais gothiques élégants, et séparées 
par un système d'ornementation où dominent la rosace, le trèfle 
et la fleur de lys mêlés d'arabesques divers. 

Il est à regretter que ces ornements et les statues soient 
encroûtés par une masse épaisse de badigeon, qui remplit presque 
tous les creux taillés dans la pierre de sable dont ce portail, ainsi 
que les autres parties de l'église , est. construit. 

Au fond de ce portail se trouve une porte qui donne accès 
dans l'église. Cette porte qui me parait être un reste de l'église 
inaugurée en 804 se compose d'une arcade cintrée s'appuyant sur 
deux colonnes. Son archivolte présente trois épaisses moulures 
ornées de statuettes couronnées de dais représentant le jugement 
dernier, au milieu de la moulure supérieure, se voit le Père Eternel 
tendant les bras et appelant à lui les Saints de l'ancienne et de la 
nouvelle loi qui se trouvent sur les deux moulures supérieures et 
qui sont représentés dans une position ascendante; sur la moulure 
intérieure ou inférieure se trouvent placés les réprouvés qui 
s'empressent de fuir la face du juge qui vient de prononcer sur 
eux le fatal vœ impiœ et se laissent choir dans les tristes abimes 
qui leur sont destinés. 

Cette naïve représentation du jugement dernier est malheu- 
reusement endommagée et en partie cachée par un portail en 
bois que l'idée du confort a fait placer devant la porte qui 



.).» 



donne accès à l'église et qui est destiné à intercepter les courants 
d'air. 

L'église est bâtie en forme de croix latine, dont le porche dessine 
le pied, la nef, le corps, le transsept, les bras ou croisillons et le 
chœur à abside arrondie la partie supérieure. 

La grande entrée de l'église se trouvait autrefois au bas de la 
tour et était surmontée d'un pignon orné et d'une galerie qui 
servait à l'exposition des reliques ; actuellement le porche ne 
sert plus d'entrée et est exclusivement réservé aux sonneurs de 
cloches. Pourtant en entrant par ce porche et en franchissant la 
porte ', qui le sépare de l'église, la nef et le chœur se présentent 
de la manière la plus grandiose et la plus frappante. 

La nef principale ou vaisseau de l'église s'élève à une hauteur 
d'à-peu-près 26 mètres, elle a une longuer de 45 mètres et une 
largeur proportionnée; la nef est séparé du chœur par un transsept 
d'à-peu-près 28 mètres de largeur. Elle est accompagnée de chaque 
côté d'une nef collatérale dont elle est séparée par six colonnes et six 
piliers qui s'élèvent à la hauteur de 16 mètres et sont espacés 
de 4 mètres. Ces colonnes à bases fort simples ont des fats cylin- 
driques terminés par des chapiteaux ornés de feuillages variées 
empruntés pour la plupart à la flore du pays et qui se recourbent 
gracieusement en volutes et en crochets. Les piliers affectent la 
forme de croix grecque à croisillons arrondis. Les chapiteaux des 
colonnes et le haut des piliers sont couronnés de tailloirs épais 
d'où s'élancent les archivoltes des arcades ogivales qu'ils supportent 
et les groupes de colonnettes légères qui forment la séparation 
des travées. 

Au-dessus de l'archivolte des arcades de la nef s'offre une galerie 
composée d'arcades ogivales soutenues par des colonnes simples , 



1 Celle porie à deux battants en cuivre à jour se trouvait autrefois à l'entrée du 
chœur, elle en fui ôiée au commencement du siècle passé peu île lemp 
après qu'elle y avail clé placée, on y lit ces mots : Chrislians Sehwerlfcger 
Leodiens me fecil A. I" M 



— 56 — 

qui l'ait le tour de l'église et à laquelle donnent accès des escaliers 
taillas dans l'épaisseur des murs que cette galerie décore. Dans 
l'ogive décrite par l'arc de la voûte de chaque travée, au-dessus 
de la galerie se trouve une croisée ou fenêtre à arcades pointues 
accouplées trois à trois et dont celle du milieu est la plus élevée. 
Sur les tailloirs des colonnettes qui séparent les travées de la nef 
principale s'élèvent des groupes de petites colonnettes qui sou- 
tiennent les arceaux des voûtes à arêtes et dont les nervures 
présentent des tores épais. Ces voûtes ne sont plus celles, construites 
primitivement car elles furent en grande partie détruites par 
l'incendie de 1677. 

Les bas-côtés ou nefs collatérales qui s'étendent le long du 
vaisseau principal ont une élévation d'à-peu-près 14 1 /2 mètres 
et une largeur de 4 à 5 mètres. Ces bas-côtés sont accompagnés 
de chapelles éclairées chacune par une belle fenêtre ogivale. 

Le bas-côté gauche offre cinq chapelles; celle de St-Georges 
maintenant dédiée au Sacré Cœur de Jésus. 

Celle de St-Laurent actuellement dédiée à St-Joseph, on y voit 
l'épitapfie et le caveau du doyen Closar, je joindrai cette épitaphe 
aux autres inscriptions funèbres rapportées à la suite de la présente 
notice. 

Celle de Ste-Ursule. 

Celle de St-Crispin et de St-Crispinien maintenant dédiée à 
St-Dominique, on y trouve deux anciennes statues des patrons 
dépossédés, donnés par le chanoine Larmoyer en 1722. 

Celle de Ste-Marie Magdelaine maintenant dédiée à la Vierge 
des sept douleurs. 

Le bas-côté droit offre aussi cinq chapelles, savoir : 

Celle de Ste-Cathérine actuellement dédiée au Sacré Cœur de 
Marie, l'autel de celte chapelle a été construit par ordre du comte 
de Geloes, prévôt des chapitres de Tongres et de St-Servais à 
Maestricht en 1783, il est orné de 52 écussons portant les armes 
de sa famille. 

Celle de Ste-Croix maintenant dédiée à St-Doualien. 



Celle de Ste-Barbe. 

Celle des Rhétoriciens maintenant dédiée à St-André. 

Celle de St-Sébastien , actuellement dédiée à Ste-Philomène. 

A côté de cette dernière chapelle se trouve le baptistère, on y 
voit un bel autel ancien en bois sculpté dédié à St-Nicolas et qui 
autrefois l'était à la Vierge et se trouvait dans la chapelle des 
Rhétoriciens. C'est le seul ancien autel qui a échappé au vandalisme 
de la fabrique, on a remplacé tous les autres par des espèces de 
sarcophages en marbre, qui, par lsur forme romaine jurent fort 
désagréablement avec le style ogival de l'église. Les fonds baptis- 
maux n'offrent rien de remarquable, ils ont été établis en 1739. 

Chaque chapelle est séparée de celle qui la suit par un mur qui 
se termine vers l'intérieur de l'église par une colonne engagée 
formant vis-à-vis avec les colonnes et piliers de la nef. On a eu la 
malheureuse idée d'attacher à chacune de ces séparations de 
chapelles une gravure encadrées grossièrement enluminée repré- 
sentant une des stations de la passion du Sauveur; ces tableaux 
qui déparent les bas-côtés en empêchant les yeux de suivre les 
diverses lignes de l'architecture, auraient été mieux placés dans 
les allées du cloître sur les murs badigeonnés qui font face aux 
arcades. 

Les bras du transsept sont décorés chacun par une superbe 
fenêtre ogivale et par un autel, celui de la droite est dédié à 
St-Servais et celui de la gauche à la Vierge. 

Le chœur est séparé de l'église par une clôture massive construite 
en marbre de diverses couleurs dans le mauvais style du commen- 
cement du siècle dernier et par une belle grille en cuivre ciselée 
à jour. Cette clôture riche mais déplacée dans une église de style 
ogival , a remplacée l'ancienne grille qui autrefois séparait le 
cancellum de la partie du temple destinée aux fidèles. On trouve 
au chœur qui est long de 21 mètres, un grand autel construit 
en marbre et dont le tabernacle a été donné à l'église par le 
doyen Closar. 

En 1722, le prévôt JeanRené de Neufcourt , remplaça les 



— 38 — 

anciennes stalles du chœur, par celles qu'on y voit actuellement 
et fit placer au-dessus six tableaux dont les quatre plus grands 
représentent les principaux événements de la mission de St-Materne 
en Tongrie. Ces tableaux et la légende qui en forme le sujet 
peuvent nous donner la clef d'une grande difliculté qui a occupée 
longtemps les écrivains belges du dernier siècle. Il s'agissait de 
déterminer à quelle époque la mission de St-Materne eut lieu en 
Tongrie ; les uns prétendaient que St-Pierre avait envoyé ce 
disciple vers l'an 80 de J.-C. , les autres et avec raison soutenaient 
que cette mission n'avait eu lieu que vers l'an 514. Or, la légende 
rapporte que St-Materne fut envoyé en Tongrie en l'an 80 par 
St-Pierre, qu'en vertu de cette mission il se mit en route pour la 
contrée où il devait annoncer l'Évangile, mais qu'il mourut avant 
d'y parvenir; que vers l'an 31 i, le pape Sylvestre I résolut de faire 
prêcher la religion chrétienne chez nos ancêtres et qu'il serappella 
alors la mission donnée à St-Materne, ayant appris qu'il était 
décédé sans avoir pu accomplir sa tâche, il envoya deux prêtres à 
son tombeau porteurs d'un bref qui enjoignait à St-Materne de 
se rélever et d'aller accomplir sa mission. St-Materne ressuscité par 
la vertu du bref papal obéit à ses injonctions et alla à Tongres 
annoncer la loi du Christ. 11 résulte de cette légende que les 
auteurs qui prétendaient placer la mission de St-Materne en l'an 
80 avaient suivis tout bonnement la légende sans tenir compte 
du premier décès de l'apôtre éburon et que les autres même 
en admettant la légende étaient fondés à ne placer l'arrivée de 
St-Materne en Tongrie qu'en l'an 314. 

Au-dessus de ces tableaux se trouve une galerie, qui, avec les 
fenêtres élancées qui l'éclairent, forme le plus bel ornement du 
chœur. Celte galerie comme celle qui fait le tour de la nef 
principale et du transsept, est composée d'arcades ogivales séparées 
par des colonnettes, mais elle se distingue de l'autre par le luxe 
de sa décoration et par les contre-arctures qui ornent les voussoirs 
et l'intervalle des arcades. 

Dans les fenêtres à lancettes qui éclairent l'abside du chœur, 



— 59 — 

on voit encore quelques-uns des vitraux coloriées qui donnaient 
autrefois à nos églises, un jour si mystérieux ei si propre à inspirer 
le recueillement. 

La chaire qui se trouve dans l'église est moderne et n'offre rien 
de remarquable, les orgues ont été placées en 4 752 ainsi qu'il 
résulte du chronogramme suivant : 

Le pIC.vkD Me feCIt. 

Les cloches sont modernes, elle ont été placées après l'incendie 
de 1G77, qui fondit toutes celles qui se trouvaient alors dans le 
clocher, l'une des nouvelles a été donnée par l'évéque de Liège, 
Jean Louis d'Elderen et les autres sont dues à la munificence de la 
régence tongroise. 

Parmi les ornements qui décorent le chœur se trouve un grand 
et beau chandelier en cuivre qui date du t-i siècle ainsi qu'il 
résulte de l'inscription suivante qui s'y trouve ciselée : Jehans -f- 
Joses -j- de -{- Dinant -\- me -f- fiste -f- lan -j- de -j- gras -f- 
M -f- CCC -f- LX -f- et XII. Le même artiste confectionna aussi 
le superbe lutrin qui se trouve également au chœur. Cette pièce, 
remarquable, spécimen de cette industrie dinantaise si florissante 
avant l'effroyable vengeance que tira de cette ville infortunée en 
1466, l'implacable Philippe de Bourgogne si improprement sur- 
nommé le lion, offre une base composée de colonnettes et d'arcades 
ogivales élégantes qui soutiennent un aigle ciselé aux ailes étendues. 
On lit sur le haut de la base l'inscription suivante Johancs -f- des -\- 
Joses -f- de -f- Dionants i§< hoc -j- opus -j- fecit. II est dommage 
que ces deux belles pièces sont menacées d'une destruction lente 
mais assurée par le peu de soins qu'on met à les entretenir et en 
les exposant aux manipulations de gens ineptes chargés de les 
nettoyer toutes les semaines, une grande partie des ciselures est 
déjà usée par le frottage qu'on pourrait si facilement supprimer 
en appliquant à ces belles pièces un enduit conservateur. 

L'église de Notre-Dame est pauvre en tableaux , on en voit 
pourtant un fort beau dans la sacristie représentant St-Scrvais 



— 10 — 

recevant sa mission épiscopale. Mais cette église est richement 
pourvue en ornements magnifiques et en reliquaires. Voici la liste 
de ceux que j'ai vu à la trésorerie. 

\.° Un reliquaire en vermeil en forme de tourelle gothique, 
soutenue par deux anges contenant des reliques de Ste-Ursule. 

2.° Un reliquaire en forme d'ostensoir surmonté de la statue 
de Ste-Gertrude, renfermant des reliques de cette Sainte, donné 
par Mech tilde Schroots, dame de Werm, en 1640. 

3.° Un reliquaire de même forme renfermant des reliques de 
Sl-Boniface. 

4.° Un reliquaire en vermeil représentant St-André, renfermant 
de ses reliques et du bois de sa croix. 

5.° Une statue en vermeil de Si-Jean l'Évangeliste, contenant 
un morceau de son étole. 

6.° Une statue de Sl-Jean-Baptiste, avec des reliques de ce Saint. 

7.° Une statue de St-Paul, avec des reliques de cet apôtre. 

8.° Une statue de St-Crislophe en argent avec reliques. 

9." Une statue deSte-Cathérine, avec reliques. 

10.° Une statue de St-Pierre, avec des reliques de ce Saint et 
un clou de sa croix. 

il ,° Une statue en argent du Sauveur, contenant des morceaux 
de la Vraie-Croix , de la Ste-Crèche et du St-Sépulchre. 

42.° Une statue de la Vierge, en argent. 

13.° Une statue de Ste-Anne, avec reliques. 

14.° Une statue de Ste-Hélène, contenant des morceaux de la 
Vraie-Croix et du St-Sépuichre. 

45.° Une statue de St-Sébasticn, avec reliques. 

46.° Deux bras en argent et cristal , contenant des reliques de 
St-Materne et de St-Laurent. 

17.° Ostensoir en vermeil très-antique, surmonté de tourelles» 
contenant des reliques de Si-Fabien et de Si-Simon, apôtre. 

18." Ostensoir en urgent, contenant des reliques de plusieurs 
Suints, donné par Gérard Stevart et llerman Hustin, chanoines 
de Tongrcs eu 10 13. 



— 41 — 

19.° Ostensoir en vermeil, contenant des reliques et ose très- 
ancienne croix épiscopale. 

20.° Plusieurs reliquaires en argent et en cuivre dont quelques- 
uns sont fort anciens. 

21.° Un ostensoir en vermeil, fort ancien. 

22.° Deux sceptres ou masses en argent dont l'un est surmonté 
de la statuette de la Vierge et l'autre de celle de St-Materne, 
portés autrefois dans les processions par les massiers ou maîtres 
des cérémonies du chapitre. 

23.° Un reliquaire en bois en forme de tableau dont les deux 
panneaux sont intérieurement couverts de peintures anciennes, 
représentant l'annonciation de la Vierge, ce reliquaire contient 
un morceau du voile de la Vierge entouré de perles fines. 

24.° Une chasse ancienne en orfèverie et velours, contenant 
diverses reliques. 

25.° Une chasse en orfèverie, contenant des reliques de St-Faustin, 
recueillies au cimetière de Ste-Caîlixte à Rome. 

26.° Un ancien manuscrit des évangiles dans la reliure duquel 
se trouve incrusté un bas-relief en ivoire représentant le Christ 
en croix entouré des saintes femmes, ce bas-relief est très ancien 
car le Christ en croix y est représenté sans barbe. 

27.° Un ancien manuscrit des évangiles avec une ancienne 
reliure en orfèverie représentant la Vierge accompagnée de St-Pierre 
et de St-Paul. 

La trésorerie possède encore un reliquaire antique avec inscrip- 
tions, je n'ai pas pu l'examiner parce qu'il a été confié aux pères 
Bollandistes qui sont occupés à le décrire. 

Je terminerai mon travail sur l'église cathédrale de Tongres par 
la reproduction des épitaphes et inscriptions funéraires que j'ai 
pu déchiffrer et dont la plupart sont plus ou moins usées. 



1° Dans la chapelle île S t- Joseph : 

Hic jacet Rnd.ua admodum ac 

amplissimus Dominus 1). Mathias Paulus 

Closar, aetatis suie 67 per insignis 

arehidiaeonalis eecleshc beatœ Maria; 

Virginis Tungrensis , canonicatus 48 , 

Decanus 52, vir pietatis semper inleutus 

ac singularis clevolionis. Zelus erga die 

param Virginam Mariatn per insignis 

ecclesia; patronam cujus donins pnreipa; 

delixil deeorem, obiit 1735 die 22 

t'ebruarii. Uequieseant in pace. 

2" Dans la chapelle du Chapitre : 

Hic jacet sepullus venerabilis vir 

Magister Martinus Martini Loscatm , 

Canonicus et scolasticus hujus ecclesiœ, 

qui obiit anno a nativitali Dni M. CCG 

LXXXIII Mensis Septembris die Xlll eus 

anima requieseant in pace. 

5" Hic jacet venerabilis vir D. 11S ,Jouaism:s 
De Fleron , canonicus hujus eccleske et 

qui obiit anno 

a nativitati dom. Salv mundi MGGC. . . . 
die. . . mensis 

4° Hic jacet venerabilis vir D. ns 

Théo deiucus Batenlorn de Bulroden, 

Canonicus et Scholasticus hujus ecelesue 

qui fundavit quotidiana missam 

et obiit anno a nativitali dni M.CCCC 
XXXVIII mensis Martii die XIII ora pro eo. 



Sous un ancien tableau à volets se trouve ^inscription suivante 

5° I). M. Tiieodricus Asprolant et 
Tbeooricus Meyers hujus eeclesia; succes- 
sive cantoris avanculus et nepos fuimus , 
no sumiis cstis no crislis dib. dit Christus 
post hère vita eterna amen. A 1017. 



G" Dans les allées du cloître : 

Hic jacct scpultus R. dU8 D." U8 

Guillelmus Peumants, Insignis eeclesia; 

collégiale B. M. Virginis oppiclse 

Tongrensis Canonicus qui obiit anno 

Dn IG50, niensis augusli die 21. 

Requiescant in pace. 



D. O. M. 

Hic jacet honoratus D. ns Marsilius 

Peumans, ex consul et hujus oppide alise 

Juslitiœ Scabinus praeses, qui obiit 

ultinia die anni 1G8G, ejusque nepos 

Marsilius Peumans canon, reclensis et benef. 

ejus ecclesise obiit 16 Jan 1 09 "> et 

Christ. Peumans receptor insignis Cap. 1 ' 

Tongr. qui obiit 1757, i feb. 

Hic ab jacet II. D. Joes Peumans presbit. 

benef. et tliesorarius hujus ecclcsiie, qui 

obiit 50 j uni 1755 cum suo fratre II. D. 

Petro Peumans presb. benef. Tongr. qui obiit 

1771 et Joannes Peumans benef. qui obiit 

12 7 bris 1781. 



8° Hier logt begraven Willem Hoonen 
die sterf 1651 den 28 9 ber en Catharina 
Peumans syne huysvrouw 1040 den 
12 aug 3 en Caspar Hoonen die sterf .... 



9° Hier legt begraven den Eersaraen 

Johannes Lamberti die gestorven is 

den 50 7 ber 1676 en de Maria Pelsers 

syne huysvrouw die is gestorven den 

18juny 1695. 

Parentibus suis adjacet R. D. 

Guillelmus Lamberti 57 annis Pastor 

in Piringen, hujus ecclesiaî Cappellanus 

et Tliesorarius Jubillarius obiit 26 

Noveinb. 1714, œtatis sua? 80. 



10° Hier legt begraven Maria Pex 
huysvrouw van Borgemeester Henmuck 

Voets die sterf den 7 dagh july 

1646, wiens sicle Godts genadich sy. 

Den iieer Borgemeester sterf den 

50aprill689. 

Bidt voor die sielen. 



i 1° Hic jacit R. D. Guillelmus Husquet 

sub Plebanus Tongris et Cappellanus hujus 

ecclesiœ qui 24 jan. 1651 obdomavit 

in dno pro qui an refugero fundavit 

missam hebdomadam. 

Tu viator precare. 



— 45 - 

12° Flic jacct honoratus vir Henricus 

Loers, hujus insignis ecclesise receptor 

hœc in cudcin trium mîssarum hebdoma- 

dalium fundator qui obiit 1684 Deeembris 

die 14 et domicella Emsabetha Loers 

ejus soror qui obiit 2 7 brU 

Requiescant in pace. 

13° Hic jacet venerabilis vir Dns 

Libertés De Cantomir adm. Canonicus 

et Cantor venerabilis hujus ecclesiaî 

qui obiit anno MCCCCLIII mensis 

september die ullima cujus anima. 

Requiescat in pace. Amen. 

14° Sepulchrum Dni Francisci Blavier 

quondam Canonici et Cantoris hujus 

ecclesias qui obiit 22 8 bri8 1C82. 

D. O. M. 

15° Piusque exuvius reverendi admodum 
Hieronimi Moers jul a fato 
conjugis domicella Anna America 

Canonici qui vivere . . . XI februarii 
1665 qui adjacent filii hu quoque 

GuiLLELMUS HlEROMMUS quorum 

Prior obiit 12 April 1658. Alter 
16 X bris 1676 socero ac leveris poni 

curavit Hermanus Vandenrosch 

hujus oppidi scabiuus, requiscat 

in pace. 



— i<; -- 

l(»° M. Doraini Wjllbelmi Van Ruysborcht 

benefact. conf. B. M. V. Tungr. 

R. T. V. M. 

A 1738. 
Requiescat in pace. 



D. O. M. 

17° Mémorise Domicellse Johanna De 

Hodeige relicla. quond. lion, a 

De Lens Leodien. coojugum dum 

vivent hic sepulUe R. D. De Lehs 

hujus ecclesîse Canonicus coruni (ilins 

hicquoq. sepultus .... posnil qui obiit 

1655 mensis Januarii 12 die 

Requiescant in pace. 



\8° Hier liegt begraven den Eerbaren 

Gillis Schroux in synen leven 

Scholtet des Eerw. Capittels van 

Tongeren, die sterf anno 1600 den 

29 dagh October en Juffvronw Cathauina 

Reldermans syne huysvrouw die sterf 

anno den dagh. 



19° Hic jacet Domicella Ceciua Chiny 

relecta q honoratic domini Maximiliani 

Van Malle D. in Bouchout et 

jurisconsulti obiit 20 martii 1053. 



20" Don 5fubruari I7i5sterfdeti heci 

Jacobus Festiens besondercn Wcldoender 

deser stads weeshnis endesyne liuysvrouw 

Johanna Grégoire Deharzé sterfden 

2 january i T< >( ) , dewelfee beijde hier 

syn bcgravcn. 

Dea hoorc will haerder sielen genadigb syn. 

Requiescant in pace. 

D. O. M. 

Piisque manibns amplessimi domini 

Philippe Vandenreydt hujus oppidi 

altae jusliliae scabini prsesides et 

ex Consnlos fundatoris missœ liebdom 

quiobiit idibus X hrU JC72. 

Parentumque ipsins mémorise et 

gratitudinis ergo posnit Gerardds 

Menten dicti oppidi a secretis. 

Requiescant in pace. 

22° Scpnlclmim per illustris et generosi 

D ni Christophori Kerkem 

Ganonici et Scholastici Tnngr. 

qui obiit 21 7 bri8 10! 5 



23° Ilic jacet Henricus Waltherus 

Van Beul hujus ecclesise senior 

Canonicus et jubilarius setatis 73 

quiobiit lOMaii l'os. 

Requiescant in parc. 



— 48 — 

2i" Hodie mihi cras tibi. 

Hic jaccl R. D. Hermanus 

Hustin dum vixit Canonicas cl 

Dccamis Tungr. fiindator misse 

in altare B. M. V. legenda diebus 

Dominicis festevis horaî XI. ma 



48 bis. 

NOTE EXPLICATIVE DU PLAN 



CATHÉDRALE DE TONGRES. 



A. A. A. Allées du cloître. 

B. Jardin. 

C. Chapelle de St. -Georges. 

D. » St. -Laurent. 

E. v Ste.-Ursule. 

F. » St.-Crispin et St.-Oispinien. 

G. » Ste.-Marie Madelaine. 
H. » Ste.-Catherine. 

I. » Ste. -Croix. 

J. » Ste-Barbe. 

K. » des Rhétoriciens. 

L. » St.-Sébastien. 

M. Baptistère. 

N.. Porche de l'église. 

O. Salle de réunion de la Fabrique. 

P. Chapelle du Chapitre. 

Q. Vestibule. 

R. Trésorerie. 

S. Sacristie. 

T. Cour intérieure. 

U. Petit portail nord. 

V. V. Chapelles. 

\V. Tour antique. 
Les bâtiments indiqués sous les lettres A, O, P, Q et W, 
remontent à la construction du VIII e siècle, et les autres à la 
construction du XIII e siècle. 

tome m. 







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REVUE 

de ira™ nationale 



DES BEAUX-ARTS 



DE 1815; 



par M. Eugène DE KFIUltlIOYE, 

Docteur en droit. Secrétaire de l'ambassade du Roi à Paris, etc., membre 
correspondant de l'Académie *. 



RÉFLEXIONS GÉNÉRALES. 

Il n'est pas bien rare, surtout en Belgique, d'entendre les artistes 
se plaindre delà critique, lui contester ses droits, l'accuser même 
d'impuissance. La critique, disent-ils, peut détruire en un jour, 
en un instant, l'œuvre de plusieurs an-nées de travail, de médita- 
tions et d'inquiétudes; mais elle n'a jamais rien produit: son 
action est toute négative. Rien d'ailleurs n'est plus aisé au fond 
et moins sérieux dans le fait. Il faut donc la proscrire sans 
pitié. Voilà ce qu'on dit de la critique en général , c'est-à-dire 



1 Ce travail avait été commencé vers la fin de l'exposition, cl devail com- 
prendre la revue complète du salon , lorsqu'il fut interrompu par îles 
circonstances indépendantes de la volonté de l'auteur. Nous le publions lel 
qu'il nous a été remis il y a trois mois. 

(Note du Secrétaire-perpétuel de l'Acadérm ). 
28 ; \ 



— 50 — 

de la critique qui blâme; car, comme toujours, ou réserve le 
droit de grâce pour la critique qui loue. 

Mais, il faut bien l'avouer, si parmi les hommes qui font pro- 
fession de critiques , il s'en trouve qui sont pénétrés des 
difficultés de leur mission, qui même s'en pénètrent par trop 
peut-être, qui vont jusqu'à les exagérer, jusqu'à s'excuser auprès 
de ceux qu'ils jugent d'avoir osé les mesurer et les estimer; il en 
est aussi qui font de la critique une arme toute dévouée aux 
intérêts de personnes, aux rivalités d'écoles, aux rancunes de 
villes; qui jugent haut et fort, mais toujours sous l'inspiration 
de leurs sympathies ou de leurs antipathies pour tel ou tel sys- 
tème, pour te! ou tel artiste, pour telle ou telle couleur. Ceux-là 
racontent savamment, très-savamment quelquefois, le tableau ou 
la statue qu'ils ont vu : les raisons et les mots techniques ne leur 
manquent jamais, mais l'impartialité, souvent. Ce tableau qu'on 
analyse si minutieusement, dont on scrute jusqu'au moindre coup 
de pinceau, comment l'a-t-on vu? — car on est toujours censé 
l'avoir vu — On l'a vu au travers de certaines idées préconçues, 
de certaines habitudes, de certaines conventions qui suppriment 
à l'avance toute spontanéité, toute indépendance. Dans ce système 
le nom qui signe une œuvre d'art devient fatalement un cri de 
victoire ou de détresse, un signal d'applaudissements enthousiastes 
ou un horrible coup de sifflet. 

Faut-il s'étonner après cela des reproches journellement adressés 
à la presse par les artistes, de ces interminables querelles de 
compétence, de ces longues dissertations pour et contre, qui 
n'aboutissent qu'à affaiblir le courage des critiques consciencieux, 
à déconsidérer l'autorité de leur parole. Un pouvoir qu'on remet 
sans cesse en discussion n'est plus un pouvoir réel, et la critique, 
comme tous les pouvoirs possibles, ne peut vivre que de con- 
sidération, de confiance, de foi. La foi est la condition fondamen- 
tale de toute autorité quelle qu'elle soit , de toute influence 
religieuse, politique ou littéraire. La foi, c'est l'âme, le mouvement, 
le génie qui crée, mais c'est aussi l'ordre, l'harmonie, la raison 



— ts\ — 

qui conserve. La loi vient-elle à se retirer, l'organisation qu'elle 
animait tombe en ruines comme un corps que la vie a quitté. 
Telle est la loi suprême , la loi universelle qui éclate «le haut 
en bas dans le monde moral : familles , peuples, individus, relations 
publiques ou relations privées, tout y est également soumis. 

Critiquer c'est juger. Juger c'est maintenir le droit, la vérité, 
la loi. Pour juger il faut donc une loi, une règle, un principe 
préexistant , qui serve de base aux jugements. Mais où est le code 
de lois , où sont les règles , les principes qui doivent guider 
le juge en matière d'art? Dans les livres? Non, car les livres ne 
sont nullement d'accord. Dans les traditions des écoles? Non, 
car les écoles se contredisent entre elles. Dans la supériorité 
de raison de tel on tel individu ? Non, car h; premier venu aura 
le droit de croire à la supériorité de sa propre raison et de refuser 
hommage à celle de son voisin. Où donc est la loi? Elle est dans la 
nature et dans le sentiment commun des hommes, mais des hommes 
exercés à penser et à sentir. Faut-il des lois à ces hommes 
pour justifier à leurs yeux la beauté, la poésie d'une fleur? Faut-il 
des écoles pour l«ur démontrer la majesté de l'Océan? Faut-il 
des maîtres enfin pour leur enseigner la grandeur de Dieu?.... 

Le but de la critique est rationnel. Son action sera grande, 
légitime et salutaire, pourvu qu'elle soit, non plus l'expression 
d'une opinion individuelle, et encore moins, la glorification prémé- 
ditée d'un système exclusif, mais bien l'expression du sentiment 
général , la moyenne, pour ainsi parler, des opinions individuelles, 
c'est-à-dire, la formule de cette opinion publique , qu'on peut 
décrier , qu'on interprèle souvent mal , mais qui , malgré ses 
erreurs mêmes — erreurs inhérentesà toutes choses humaines — n'en 
est pas moins la reine du monde. La raison individuelle tombe à 
chaque pas si elle refuse de s'appuyer sur cette base plus large, 
plus féconde, plus sûre tout à la fois et plus libre, que son 
appréciation isolée. Encore une fois, la raison générale peut aussi 
errer , sans doute ; mais elle porte en elle-même le remède à 
ses erreurs. 



— 52 — 

Une question se présente tout naturellement : où trouver cette 
voix générale, rationnelle, abstraite, pour ainsi dire, qui plane 
au-dessus des bruits et des passions de la foule, tout en tirant 
d'elle sa force et sa puissance ; cette voix du peuple qui monte 
sans cesse de la terre, et qui, en montant, s'épure et devient la 
voix de Dieu, c'est-à-dire la loi, la vérité, et retombe ensuite sur 
les individus en grands et féconds enseignements ? Ce travail 
mystérieux et incessant d'analyse et de synthèse, d'assimilation, de 
comparaison et de compensation, qui s'accomplit au sein de la 
foule, a-t-il son organe, son expression, son reflet quelque part ? 
Ou bien, ne sommes-nous admis à contempler que le résultat, que 
l'œuvre terminée, sans pouvoir jamais considérer 1 le moule où 
elle a été jetée, sans pouvoir approcher jamais de l'immense four- 
naise où bouillonnent les éléments en fusion de cette œuvre 
commune? Non, cet organe existe, imparfait encore et souvent 
infidèle, mais plein de grandeur dans l'avenir. Cette expression 
variée de tant de pensées diverses, ce reflet souvent bigaré des 
couleurs les plus opposées, c'est la presse, et la presse dans sa 
forme la plus mobile, la plus passagère, c'est-à-dire le journalisme. 

Qu'est-ce que cette presse, ce journalisme? Quel est, d'une part, 
son principe, sa mission, le rôle qui lui revient? Quel est, de 
l'autre, le rôle que nous lui voyons jouer dans la société? Nous 
n'avons pas la prétention de résoudre ici ces graves questions; 
d'ailleurs nous n'avons pas à les traverser pour remonter au prin- 
cipe de la critique; mais passant à côté, nous les signalons, 
parce que les destinées de la critique sont liées à celles de la 
presse; que leurs moyens d'action sont les mêmes ; que leur 
influence est réglée par les mêmes circonstances. Et, en effet, 
qu'est-ce donc que la presse sinon la critique étendue à la politique 
et appliquée au gouvernement, aux lois et à l'ordre social tout 
entier? 

D'après ce qui précède, nous dirons que la base de toute 
critique, c'est la compensation réciproque des opinions et des 
systèmes, le développement des uns par les autres; que remontant 



sans cesse de la raison individuelle à la raison générale, du sen- 
timent particulier au sentiment commun, le rôle de la critique 
est essentiellement modérateur; que sa condition première, c'est 
la modération, dans le sens le plus large du mot. La critique, 
c'est l'histoire du présent, comme l'histoire est la critique du 
passé. Pour que l'historien puisse être vrai , il faut qu'il soit 
calme, indépendant et honnête. Pour que la critique soit ce qu'elle 
doit être, pour qu'elle s'élève à la hauteur de l'histoire, il faut 
donc que l'homme qui s'y voue participe du caractère et des qua- 
lités de l'historien. 

Encore une fois, ce n'est pas seulement pour la critique propre- 
ment dite, c'est pour la presse toute entière que nous réclamons 
ces qualités précicuces, ces conditions essentielles de vérité. Si 
ce caractère , si ces qualités sont indispensables dans celui 
qui raconte le passé ou qui décrit des ruines, pour que sa parole 
ait autorité sur nous, pour que nous croyions en elle, combien 
plus ne doit-on pas les exiger dans celui qui, placé au milieu de 
la lutte des partis , du choc d'intérêts actuels et vivants , 
prétend démêler, à travers la poussière du combat, le drapeau 
de la vérité et de la justice? 

Mais est-ce bien là ce que nous voyons dans les faits, quand 
de ces principes que pose la raison, nous descendons à la réalité 
qui s'agite autour de nous ? Hélas ! non : pour raisonner et 
juger il faut être libre avant tout, et la presse ne l'est pas; il faut 
avoir la disposition de sa raison, de son jugement, et la presse ne 
l'a pas. La loi , il est vrai , l'a émancipée, elle l'a proclamée 
indépendante; mais elle ne l'a pas organisée ; mais cette émancipa- 
lion, cette indépendance, ne ressemble pas mal à celle qu'un 
maître imprudent accorde sans préparation à de malheureux 
esclaves, dénués de ressources et de moralité. Autrefois la presse 
dépendait du pouvoir; aujourd'hui, elle dépend des partis, de la 
spéculation et de moins que tout cela. Autrefois, elle était l'esclave 
du despotisme ; aujourd'hui elle est l'esclave de toutes les petites 
ambitions , de tous les petits intérêts , de toutes les petites 



— 54 — 

passions. Autrefois elle servait la cause de l'autorité j aujourd'hui 
elle ne sert que trop souvent la cause de l'anarchie. 

Et cependant le législateur prend des mesures de précaution 
pour le commerce des aliments ; il veille à la santé des corps ; il 
est tout aussi prudent contre les associations industrielles, parce 
qu'il se préoccupe des intérêts des fortunes ; il est sévère, barbare 
même, contre les fabricants de fausse monnaie, parce qu'il craint 
l'altération de la valeur de l'argent; mais il laisse au hasard, à 
la nature, à la Providence le soin de veiller à la santé des âmes ; 
il s'inquiète peu des associations qui n exploitent que les passions ; 
il est tolérant, bienveillant même pour les fabricants de fausses 
nouvelles, de théories immorales, de systèmes anarchiques. 
L'homme qui veut pratiquer quelque science dans le monde doit 
passer par des épreuves pénibles et multipliées, et donner à ses 
semblables des garanties de moralité, de savoir et même souvent 
de nationalité. Mais le premier venu, n'importe d'où il vienne, 
peut, en écrivant sur sa porte journaliste , acquérir immédiatement 
le droit de pratiquer et d'enseigner toute espèce d'art et de science; 
de régenter peuples, familles et individus; d'exalter les systèmes 
et les hommes qui lui conviennent pour le moment ; de rabaisser et 
d'injurier même ceux qui ne lui conviennent pas, sauf à pouvoir 
le lendemain, selon les intérêts du jour, brûler ce qu'il adorait la 
veille et adorer ce qu'il brûlait, 

Cette situation est triste et bien faite pour décourager profon- 
dément tous les cœurs honnêtes. Et quand on s'en plaint aux 
partis, ils répondent tous également, en termes plus ou moins 
clairs , la fin justifie les moyens. 

Cette situation est triste, mais on peut, on doit en sortir; 
l'intérêt de l'avenir l'exige. Et, qu'on ne se trompe pas sur nos 
intentions; ce n'est pas à la liberté de la presse que nous en voulons, 
c'est à son défaut d'organisation. Nous concevons la pratique de la 
presse comme nous concevons la pratique de la médecine , de la 
jurisprudence et de l'art militaire; nous la voulons entourée de 
garanties, et de garanties d'autant plus sévères, que la presse est 



— 55 — 

un pouvoir plus étendu, un pouvoir qui pénètre partout, s'adresse 
à toutes les classes, à toutes les positions sociales, à toutes les 
intelligences; pouvoir terrible, funeste, s'il est conlié à des mains 
impures ou imprudentes. Tribune ouverte à toutes les haines de 
l'ambition, à tous les fanatismes de l'esprit et du cœur, la presse 
a des excès que la loi ne peut ni atteindre, ni prévoir; excès qui 
ne se corrigent nullement d'eux-mêmes, comme on l'a souvent 
répété, mais qui déconsidèrent l'institution et .tournent contre sa 
liberté; excès enfin qu'une bonne organisation peut seule prévenir. 

Nous n'avons pas à exposer ici nos idées sur cette organisation; 
cela nous entraînerait trop loin : nous nous bornons à poser un 
principe, à énoncer une conviction. Nous croyons, nous, que la 
liberté de la presse consiste bien dans le droit d'écrire et d'impri- 
mer tout ce qu'on pense. — Et cette liberté nous la voulons 
entière. — Mais nous croyons aussi que ce droit n'appartient 
et ne peut être reconnu qu'aux hommes qui pensent ce qu'ils 
écrivent et impriment, c'est-à-dire aux honnêtes gens, aux citoyens 
qui présentent des garanties réelles à la société. La presse, dit-on, 
est un sacerdoce. Nous le voulons bien; mais alors nous deman- 
dons, pour l'honneur de ce sacerdoce, qu'on chasse les marchands 
du temple. 

Tant que les intérêts de la vérité politique , littéraire ou 
artistique resteront livrés aux exploitations anonymes; tant qu'ils 
ne rentreront pas dans le domaine de la conviction et sous la 
protection d'une responsabilité sérieuse, il n'y aura pas de véritable 
presse, c'est-à-dire, il n'y aura pas de véritable expression des 
croyances qui se partagent le vaste champ de l'esprit humain, et qui, 
par leur action réciproque, concourent à former la raison générale 
ou l'opinion publique. 

Aujourd'hui, par une anomalie déplorable, ce n'est plus la 
presse qui est l'expression, le produit de l'opinion, mais bien 
l'opinion qui est le produit de la presse. Autrefois, on croyait 
aveuglément à son curé, à son médecin, à son notaire; aujourd'hui 
on croit à son journal. Lequel vaut mieux?.. . Il est vrai que tous 



les partis invoquent l'opinion publique, quêtons fléchissent hypocri- 
tement le genou devant elle; mais Ions aussi ont soin de la tenir 
renfermée dans le sanctuaire pour mieux interpréter ses oracles. 
Travailler l'opinion, voilà le but avoué d'une très-grande partie 
de la presse quotidienne; travailler l'opinion, c'est-à-dire l'entrai- 
ner, la fasciner, la séduire et profiter ensuite de ses erreurs. 

Malgré les dangers que\ cette* situation renfermé pour la liberté de 
la presse et toutes les libertés qui découlent de celle-là, malgré les 
craintes et le découragement qu'un pareil état de choses doit ins- 
pirer à tous les cœurs honnêtes, à tous ceux qui veulent franchement 
et loyalement (pie la société marche et arrive à son but, nous avons, 
nous, encore foi à l'avenir. Nous croyons qu'il viendra un moment 
où les hommes sages de tous les partis, dépouillant de vieilles pré- 
ventions, entretenues jusqu'ici, avec un soin louchant, par ceux qui 
les exploitent, se réuniront en une pensée commune, supérieure à 
toutes les querelles de partis et de personnes, une pensée, sinon 
politique, au moins sociale, humanitaire, et s'entendront pour 
garantir la liberté et la dignité de l'esprit humain ; assurer son droit 
à l'examen de tous les intérêts qui se pressent autour de l'homme 
ici bas, et fonder, sur le terrain de la modération et de la tolérance, 
une presse franche, indépendante, éclairée, organe consciencieux 
de l'opinion publique. 

C'est alors que se développant librement, à la faveur d'une publi- 
cité sincère, la raison générale, le sentiment commun, c'est-à-dire 
la volonté nationale, pourra revendiquer et excercer pacifiquement 
tous ses droits au gouvernement. Car, il ne faut pas s'y trom- 
per, cette souveraineté du peuple, que nous invoquons tous les 
jours, à laquelle nous croyons tous, ou faisons du moins semblant 
de croire, n'est encore qu'un principe et non une forme, une pensée 
et non un corps, une fiction et non un fait complet. L'homme, 
il est vrai, se persuade volontiers, dans l'égoisme de son orgueil , 
que la forme qu'il tient est la seule possible, la seule bonne, la 
seule enfin qui aille au principe; mais l'homme passe et la forme 
avec lui. Dans notre conviction, l'expression dernière, la phase 



définitive de ce principe, c'esl précisément le règne de l'opinion 
publique, au milieu d'une complète indifférence pour la forme 
gouvernementale; c'est enlin l'influence morale, indirecte, substituée 
à l'influence immédiate et matérielle, mais agissant sur les faits 
et sur les hommes, avec celte puissance d'entrainement, cet ascen- 
dant magnifique, qu'a toujours la voix de la vérité et de la justice, 
lorsque, déchirant, après de longs et douloureux efforts » les 
nuages de l'erreur et des passions, elle éclate brillante, irrésistible, 
sur les cœurs et les intelligences. 

A l'opinion publique donc l'avenir de la société ! A la presse 
régénérée l'expression de cette opinion ! A la modération, à la tolé- 
rance, au respect des droits de tous, la possession de celte expres- 
sion et de l'influence qui lui revient. Voilà , croyons-nous , la voie 
nouvelle que le progrès ouvre devant nous, voie plus large, plus 
morale , plus pacifique surtout; système d'harmonie, de fusion, 
d'équilibre réel de toutes les forces sociales, où les hommes francs, 
sincères, mais tolérants, modérés, marcheront au premier rang, 
et vers lequel doivent tendre dès à présent tous les esprits indé- 
pendants, qui savent s'élever au-dessus des passions du présent 
pour regarder froidement dans l'avenir, au-dessus des noms qui 
passent et des formes qui meurent, pour ne voir que la vérité qui 
reste et V humanité qui renaît sans cesse d'elle-même. 

Voilà nos espérances, voilà notre conviction : nous avons voulu 
une bonne fois les formuler pour que l'on sache bien les principes 
qui nous guident , non seulement dans ce que nous écrivons 
aujourd'hui, c'est à dire dans une simple revue critique, mais, en 
général, dans toutes les questions que nous pourrons avoir l'occa- 
sion d'examiner. 

Voilà pour la presse en général et son influence à venir sur la 
société; voyons en quoi la critique se rattache à ce mouvement. 

La société moderne présente un singulier phénomène de trans- 
formation : les idées se multiplient et s'échangent avec une 
rapidité toujours croissante; les lumières pénètrent partout; les 
relations internationales deviennent de plus en plus fréquentes; 
l'homme aujourd'hui se préoccupe du monde entier; le champ de 



son regard et de sa pensée s'étend et s'enrichit; ses besoins intel- 
lectuels deviennent chaque jour plus nombreux, plus variés. Mais, 
si la faculté de production est illimitée — qu'on nous pardonne ce 
rapprochement — la consommation est bornée. L'homme est infini 
par le désir et l'espérance, mais le temps l'emprisonne et l'arrête 
de toute part. Un livre aujourd'hui est presque devenu une impos- 
sibilité; on ne saurait quand le lire. La presse quotidienne, 
cette encyclopédie à bon marché, résume, chaque jour, en quel- 
ques lignes le mouvement des faits et des idées dans le monde 
entier. C'est la science, la religion, la politique, mises à la 
portée de toutes les fortunes et de toutes les conditions. Cette 
tendance ne peut que s'accroître. Dès à présent la critique est 
absorbée, et ses destinées, comme nous le disions plus haut, sont 
étroitement liées à celle de la presse. La source où elle puise ses 
enseignements est d'ailleurs la même : venant de l'opinion et allant 
à elle, la critique ne peut plus être aujourd'hui que la manifes- 
tation pour ainsi dire, de ce travail incessant de l'esprit humain 
sur ses propres conceptions, sur ses propres sentiments, que nous 
avons défini, en commençant. Est-ce à dire pour cela, que la 
raison individuelle doive abdiquer toute spontanéité, renoncer à 
toute initiative, immoler toujours son impression propre à celle 
de la majorité ? Et même, si elle le voulait, le pourrait-elle bien? 
Des goûts ni des couleurs il ne faut disputer, dit un vieux proverbe : 
ce dicton que l'on invoque tous les jours, mais rarement, il est 
vrai, à propos d'art, renferme peut-être une grande vérité esthétique. 
Il est certain que tous les hommes ne sentent pas de même , 
ne voient pas de même. Il y a bien dans tous un fond commun de 
sentiment et d'appréciation , résultant de la similitude générale 
des organisations; mais il y a en outre un certain nombre de 
prédispositions particulières qui varient d'individu à individu : 
il y a les différences créées par l'éducation, l'action du climat, les 
habitudes qui en résultent, l'influence des relations contractées 
dans l'enfance, enfin toutes les circonstances heureuses ou mal- 
heureuses de la vie. Nous pourrions citer des faits très-curieux 



— 59 — 

pour prouver l'importance morale de cette espèce de fatalité à 
laquelle nous sommes tous plus ou moins soumis, dans nos actions 
comme dans nos pensées; mais cette question est trop vaste, nous 
ne pouvons que l'indiquer en passant. 

Il ne faut donc pas s'élonnner que certaines œuvres d'art ou de 
littérature qui excitent l'enthousiasme des uns soient accueillies 
par l'indifférence ou même par le blâme des autres, et que souvent 
une époque ou un pays dédaigne ce que l'époque suivante ou le 
pays voisin admire et applaudit. C'est que le point de vue diffère 
ou se modifie par le temps et les circonstances. 

Mais au-dessus ou, si on l'aime mieux , en dehors de ces 
gloires discutées , s'élèvent un certain nombre de réputations 
incontestables devant qui le monde entier s'incline , que tous les 
caractères avouent, que tous les âges, tous les pays proclament. 
C'est qu'il y a là des œuvres qui s'adressent non plusà telleou telle 
organisation, à telle ou telle éducation, à tel ou tel individu , niais 
qui vont à l'homme en général, à ce fond commun de sentiments et 
de passions dont nous parlions tout à l'heure. Ce sont pour 
ainsi dire des œuvres humanitaires. Elles plaisent à tous, et tous 
les comprennent spontanément et presque par instinct , comme 
tous comprennent l'éclat et le parfum d'une fleur, la grandeur 
d'une action généreuse, la beauté d'un paysage. Homère, Rubens, 
Meyerbeer sont de ces artistes dont les œuvres vivront autant 
que l'humanité. Les connaisseurs, il est vrai, nous disent tous 
les jours : « il faut au vulgaire du bruit et de l'effet, il aime 
mieux Victor Hugo que Racine, Meyerbeer que Beethoven, Rubens 
que Raphaël, Paganini que Baillot, parce que le vulgaire aime 
mieux ce qui est fougueux et éclatant, ce qui frappe et brille, 
que ce qui est sage, calme et réfléchi. » Il y a quelque chose de 
vrai dans cette assertion; cependant il faut bien se garder d'atta- 
cher une trop grande importance à ces classifications en connaisseurs 
et non-connaisseurs, amateurs et vulgaire, artistes et critiques , elc. 
qui retentissent journellement autour de nous. Ce qui est com- 
plètement beau , est beau pour tout le monde. Mais nous sommes 



— 60 - 

dos premiers à reconnaître que la beauté complète, comme nous 
l'entendons, est extrêmement rare. 

D'après ce qui précède, nous pouvons donc diviser les œuvres 
d'art en deux grandes catégories, les unes qui plaisent à tous — 
excepté bien entendu, ces esprits malfaits qui ne sentent rien, 
ne jouissent de rien et disputent sur tout. — Les autres qui ne 
sont destinées et ne plaisent qu'à un certain nombre d'organisa- 
tions particulières. Mais ici une objection se présente; que fera 
le critique en présence de ces œuvres spéciales, si on peut les 
appeler ainsi, qui s'adressent à une organisation qui n'est pas la 
sienne? Nous l'avons dit et nous le répétons, le critique doit être 
historien, il doit consulter toutes les opinions, tous les sentiments; 
il doit remonter sans cesse de sa raison personnelle à la raison 
générale, il doit faire enfin non pas de Y individualisme, mais de 
V éclectisme. Voilà comme nous comprenons notre tâche, voilà comme 
nous chercherons à l'accomplir. 

Cela posé, abordons l'examen du salon. 



La composition la plus remarquable de notre école, cette année, 
c'est sans contredit le tableau de M. Wiertz, les Grecs et les 
Troyens se disputant le corps de Patrocle. Ce tableau a produit 
et devait produire une vive et profonde impression sur le public : 
c'est une grande et majestueuse page où se reflète d'une manière 
admirable l'immortel génie du poète auquel le peintre a emprunté 
son sujet; où éclate, en un style vraiment digne d'Homère, la 
sauvage grandeur de ces héros ou plutôt de ces géants avec lesquels 
les Dieux eux-mêmes ne dédaignaient pas de se mesurer, dans 
leurs terribles combats. Mais il faut bien l'avouer, ces proportions 
colossales ne vont pas à tout le monde. Pour apprécier l'œuvre de 
M. Wiertz, il faut pouvoir se placer à son point de vue, il faut 
comprendre, comme lui, l'époque qu'il a choisie; il faut comme 
lui, s'être imprégné de celte vaste et fière poésie des temps mythi- 
ques, sombres horizons où le ciel et la terre semblent se 



— 01 — 

confondre, etavoir contemplé celle sublime anarchie de l'enfance du 
monde, dont la grande voix vient parfois à nous, du fond des 
siècles, comme pour avertir notre civilisation décrépite. 

Biens des gens, tout en reconnaissant du mérite et beaucoup de 
mérite à cette œuvre, sont visiblement contrariés de cet élan gigan- 
tesque qui confond le lerre-à-terre de leur intelligence, et humilie 
profondément les jolies petites idées qu'ils se font de Part. A quoi 
bon, vous disent ces esprits utilitaires, nourris des doctrines 
confortables de notre siècle constitutionnel, « à quoi bon ces 
immenses toiles? pourquoi ne pas travailler sur une échelle plus 
modeste, plus rapprochée de nous? pourquoi vouloir monter si 
haut?.... » C'est comme s'ils disaient : les yeux myopes de la 
taupe ne peuvent suivre le vol audacieux de l'aigle qui se perd dans 
la nue; l'aigle devrait bien voler un peu plus bas.... 

Combien d'autres aussi qui admirent par ordre, pour avoir l'air 
de comprendre, pour paraître s'élever à la taille de l'œuvre, enfin 
pour se grandir un peu ? 

Nous ne craignons pas de le dire : le tableau de M. Wiertz n'est 
sincèrement admiré que par les poètes, c'est-à-dire par ces intel- 
ligences complètes qui, selon la définition de M me Sand, sont tout 
à la fois artistes et philosophes ; qui portent en elles non seulement 
le sentiment du beau matériel, mais aussi le sens du beau moral ; 
esprits fiers et indépendants qui aiment tout ce qui csl grand, 
immense, infini, parce que la grandeur, l'immensité, l'infini, c'esl 
la liberté, c'est la vie de l'àme, c'est la gloire, c'esl Dieu!.... 
Jamais un esclave ou un égoïste n'aimera cette peinture-là. Pour 
des esclaves, comme nous n'en avons pas en Belgique, l'épreuve 
n'est pas possible; mais, pour des égoïstes, des esprits étroits, 
c'est différent, la matière première de l'expérience est moins rare. 

M. Wiertz est un homme de génie; c'est incontestable. On lui 
reproche ses excentricités; soit. Quelques-uns lui en veulent beau- 
coup de ce chef; soit encore. Seulement nous prenons la liberté, 
quant à nous, de soupçonner fort certaines gens de lui en vouloir 
beaucoup plus à cause de sa supériorité, que bien à cause de ces 



— 62 — 

malheureuses excentricités. Qu'y foire? le monde est ainsi. Ayez 
du talent, de la fortune, des succès, une supériorité quelconque, 
on remarquera que vous avez un chapeau pointu ou un habit 
écourlé; on s'en désolera, on vous plaindra, on vous déchirera 
même un peu. Mais soyez obscur, bien obscur, oh! alors personne 
ne s'occupera plus de vous, quand vous mettriez habit et chapeau 
à l'envers. Du reste, nous l'avouons, les excentricités ne sont pas 
essentielles à l'existence du génie: il y a des hommes de génie 
excentriques, comme il y en a de fort simples, comme il y en a 
de laids et de beaux, de grands et de petits. Mais il est une qua- 
lité que l'on retrouve chez tous, c'est de n'être jamais pleinement 
satisfaits de leur travail. Lorsqu'une idée saisit ces hommes-là, et 
que l'inspiration s'allume en eux, ils s'abandonnent à l'enthou- 
siasme, ils s'élèvent au-dessus d'eux-mêmes, ils montent, ils 
s'élancent, ils n'appartiennent plus à la terre; l'esprit les a ravis. 
Leurs projets sont immenses d'espoir et d'orgueil. Rien ne les 
arrête, ils défient tout ; nouveaux Titans, ils escaladeraient le ciel. 
Mais, lorsque l'ivresse de l'enthousiasme est passée, lorsque le feu 
de la composition s'est assoupi , et qu'ils en viennent à contempler 
l'expression de leur idée, la forme matérielle qu'ils lui ont donnée, 
cette expression, cette forme est presque toujours au-dessous de 
leur attente. Ils éprouvent alors ce que nous avons tous éprouvé 
plus d'une fois dans la vie, quand il nous est arrivé de visiter un 
monument ou un paysage célèbre, ou de rencontrer une personne 
fort vantée: presque toujours nous avons ressenti une sorte de 
désappointement, de dépit, et nous nous sommes écrié: n'est-ce 
que cela? Hé bien! le même cri de dédain échappe a l'âme du 
poète, de l'artiste, lorsqu'il se trouve en présence de la réalisation 
de son idée. C'est que la forme matérielle la plus belle, la plus 
heureuse, reste toujours au-dessous delà pensée, et d'autant que 
la matière est au-dessous de l'esprit, que le corps est au-dessous 
de l'âme. La fable de Pygmalion se désespérant de ne pouvoir 
animer sa statue après l'avoir faite si belle, est l'histoire de tous 
les grands poètes — il est bien entendu que nous prenons ce mot 



— 65 — 

dans son acception la pins largo , colle de créateur , que lui 
assigne son étymologie. — Aussi voyez, plus la forme est vague, 
générale, flottante, c'est-à-dire plus elle s'éloigne du fini et du 
positif de la matière, pour se rapprocher de la nature de l'esprit, 
plus elle est poétique et plus elle plait à l'imagination*.. Mais 
revenons à M. Wiertz. 

L'admirable épisode du combat des Grecs et des Troyens autour 
du corps de Patrocle avait été déjà traité par l'artiste, il y a plusieurs 
années, et, quoique son talent ne fût pas encore parvenu à la 
hauteur de maturité où il s'est placé aujourd'hui , ce premier essai 
avait étonné tout le monde. 

Cependant, à celte époque, une vive opposition éclata contre la 
manière de M. Wiertz. Ses partisans et ses adversaires se montrè- 
rent également ardents, et, je dirai même, exagérés. Cette situation 
violente aurait brisé un homme ordinaire; elle servit admirable- 
ment M. Wiertz : les organisations de celte trempe ont besoin de 
luttes, d'agitation, de bruit, pour produire des chefs-d'œuvre ; le 
calme les tuerait. Piesté seul entre les deux camps, M. Wiertz dut 
juger son œuvre par lui-même: elle était belle , les hommes 
n'avaient donc pas le droit de l'insuller — de là ces cris de douleur, 
d'indignation, qui s'échappèrent quelquefois de la poitrine do l'ar- 
tiste. — Mais, comparée à sa pensée, cotte œuvre lui parut impar- 
faite. Le poète pouvait faire mieux; il recommença. Un autre aurait 
changé de sujet; M. Wiertz, lui, conserva le sien; il se plut à lutter 
avec sa pensée, pour la dompter, pour lui chercher une forme ma- 
térielle , une traduction digne d'elle et digne de lui... Lutte sublime 
qu'aucune toile ne peut rendre, mais que tous les hommes de cœur 
et d'intelligence, tous ceux qui aiment Tari pour l'art, doivent 
comprendre et admirer ! 

Le nouvel effort que l'artiste vient de faire porte en soi la plus 
belle récompense de ce noble courage : il y a là un immense et 
admirable progrès, et cependant M. Wiertz, nous assure-t-on, n'est 
pas encore content de lui. D'après ce que nous venons dédire, 
cela ne doit pas nous étonner. Nous ne serions même nullement 



— 6i — 

surpris si, d'ici à deux ou trois ans, l'artiste, après avoir laissé 
reposer sa pensée, reprenait une troisième fois le même sujet. Pour 
notre part, nous applaudirions de toutes nos forces. En attendant, 
nous serions très-curieux, d'entendre faire par M. Wiertz lui-même 
la critique comparée des deux phases de son Patrocle. Ce serait, 
nous en sommes sûrs, une belle et bonne leçon d'esthétique, que 
nous substituerions bien volontiers à nos propres observations. 

Ce qui frappe le plus dans le tableau de M. Wiertz, c'est l'unité 
admirable qui y règne : tout se tient, tout s'enchaine, tout gravite 
autour de ce magnifique cadavre qui est l'objet du combat. 
La disposition des diverses figures est fort heureuse : les attitudes 
sont pitoresques, variées, et toujours cependant pleines de cette 
noble dignité qui ne doit jamais abandonner l'art dans les moments 
même les plus passionnés. Nous n'oserions pas affirmer qu'elles 
soient toutes fort naturelles ; il y a là un tel entrelacement de bras 
et de jambes que Panatomiste le plus expert aurait de la peine à s'y 
retrouver; nous croyons cependant qu'à moins de poser en prin- 
cipe la pénétrabililê des corps — et de se brouiller un peu avec la 
physique — on ne saurait expliquer la conjonction de certains 
bouts de jambes qui, quoique appartenants à des corps différents, 
semblent, par moments, complètement confondus en une seule et 
même chair. 

La couleur de M. Wiertz est large, vigoureuse et solide. Le corps 
de Patrocle à lui seul est un chef-d'œuvre. L'artiste a su si habile- 
ment nuancer les tons , et mêler les oppositions , en restant 
cependant chaud et brillant dans toute sa gamme, que l'œil pose 
en une fois sur le groupe, et saisit immédiatement et sans effort la 
belle harmonie qui en résulte. Parmi toutes ces têtes qui se 
pressent autour du cadavre qu'on se dispute, il y a des expressions 
vraiment homériques et des coups de pinceau , ou plutôt de 
brosse , dignes des plus grands maîtres. Tout cependant n'est 
pas également achevé : certaines parties ne semblent qu'indi- 
quées. 11 en résulte qu'elles paraissent ne pas être tout 
à fait en place, sinon comme dessin, au moins comme couleur. 



— os — 

Mais con est là que le laisser-allor du génie < [ 1 1 î se préoccupe, avant 
lotit, de l'ensemble; c'est uno <lo ces négligences à la Benvenulo 
Ccllini, qui, par amour pour telle ou telle partie de l'œuvre, oublie 
cl sacrifie les autres. 

Ce que Ton regrette davantage dans le tableau de M. Wierlz, 
c'est l'isolement de la scène : dans Homère, le combat a lieu sous 
les murs de Troie, l'action est générale; ici elle se passe dans une 
véritable sollitude : c'est une des plus belles pages de l'Iliade, mais 
déchirée du poème auquel elle ne tient plus. Un groupe , un plan, 
voilà tout. Les extrémités du tableau sont vides. Nous ne pensons 
pas qu'on puisse objecter la simplicité de certaines compositions 
de Rubens ou d'autres grands maîtres; car, bien que pénétré 
d'une vénération profonde pour ces héros de l'art, M. Wierlz n'est 
pas homme à se justifier par l'exemple des autres; il est trop 
lui, pour ne pas repousser tout ce qui tient de près ou de loin à 
l'imitation. 

Nous croyons que, tout en détachant de l'action générale l'épi- 
sode qu'il voulait traiter, pour y appliquer de toute la force de son 
pinceau et fixer ainsi l'attention — disons mieux, l'admiration — 
du spectateur, l'artiste eût été plus naturel, s'il eût au moins 
indiqué le lien par lequel cet épisode se rattache à l'ensemble du 
combat; si, par une dégradation insensible de formes et de tons, 
il eût prolongé le mouvement jusque dans un lointain vague où 
l'imagination aurait sans effort retrouvé tout le reste du poème. 
Ainsi l'œuvre de M. Wierlz eut été plus profonde, plus compjèle, 
plus vraie surtout, plus conforme à la nature. 

Au reste, il y a tant et de si belles qualités dans ce tableau, 
qu'on craint de parler de ses défauts. II y a là tant d'habileté, tant 
d'étude, tant d'expérience , unies à tant de hardiesse et d'énergie, 
que l'on éprouve une sorte de pudeur à signaler quelques taches au 
milieu de toute cette richesse, de tout cet éclat. 

Nous terminerons celte analyse par une observation générale, 
que nous avons eu l'occasion de faire à quelques douteurs — de 
bonne foi, du reste; nous ne voudrions pas répondre aux autres — 

SS III 5 



— 66 — 

à qui le tableau de M. Wiertz apparaissent bien moins comme une 
œuvre d'art terminée, que comme une de ces brillantes fantaisies 
qui s'échappent parfois du pinceau de l'artiste ou de la plume de 
l'écrivain à demi-vètues , fougueuses, haletantes, échevelées, mais 
auxquelles la froide et sévère analyse n'oserait toucher. Nous leur 
avons dit : regardez autour de vous; voyez 1rs tableaux qui envi- 
ronnent celui-là, et puis revenez ici, comparez et jugez. » Nous 
nous permettrons de donner le même conseil à ceux que, malheu- 
reusement pour eux, une première inspection de cette admirable 
toile laisserait froids ou incertains. 



Près du tableau de M. Wierlz s'élève, pleine de hardiesse et de 
mouvement, une autre vaste composition historique due au pin- 
ceau d'un jeune artiste anversois, M. Slingeneyer. Cette fois ce 
n'est plus un sujet emprunté à la fable — nous demandons pardon 
au lecteur de qualifier ainsi les chants du divin aveugle — mais de 
la belle et bonne histoire nationale, la mort héroïque du marin 
Jacobsen d'Ostende. Nous félicitons bien sincèrement M. Slingeneyer 
de ce patriotique effort. C'est une grande et sainte pensée de consa- 
crer ainsi son talent à relever de l'oubli et à immortaliser des noms 
précieux pour nous, et que la domination étrangère avait refoulés 
et comme cachés dans nos annales ; à prouver à ceux qui doutent 
de notre nationalité, parce que nous ne sommes que d'hier, que, 
dans tous les temps, le même sang généreux et fier a coulé dans 
nos veines, que ce ne sont pas les hommes qui ont manqué au pays, 
mais bien les circonstances, le hasard ou, pour mieux dire, la 
Providence. M. Slingeneyer paraît pénétré comme nous de la noble 
nécessité qu'il y a pour le pays à justifier, par l'exhibition de ses 
titres de gloire, son droit à l'existence politique; car à peine ce 
premier tableau national est-il terminé qu'il en médite déjà un 
second — si toutefois nos renseignements son exacts. — Il paraît 
que cette nouvelle composition rappellera un des plus beaux faits 
d'armes d'une de nos grandes familles historiques. 

Si M. Slingeneyer a fait preuve de goût dans le choix du sujet» 



— (17 — 

il a tait aussi prouve do courage, dans le choix de ses dimensions. 
C'est une belle hardiesse, dont il faut toujours savoir gré à 00 
jeune artiste, du moins quand il y a de sa part élan réel, inspira- 
tion, et non pas désir aveugle de faire comme d'autres. Noos ne 
retiendrons jamais, par de timides conseds, ceux qui veulent 
prendre un pareil élan, suivre une telle inspiration. Nous leur 
dirions plutôt, avec un terrible révolutionnaire : de l'audace, encore 
de V audace , toujours de l'audace. 

Mais si la critique ne doit pas intimider , si elle doit même 
quelquefois surmonter ses répugnances pour encourager des essais 
malheureux, dans l'espoir d'un avenir meilleur, elle ne doit cepen- 
dant jamais, par une lâche condescendance, abdiquer ses droits, 
déserter ses devoirs. Elle doit surtout conserver toute la franchise 
de ses allures , lorsqu'elle s'adresse a un talent supérieur, à un vé- 
ritable artiste, lorsqu'elle parle au nom des grands et éternels 
principes de l'art. Et, pour le dire en passant, c'est de ceux-là 
surtout que la critique doit se préoccuper, laissant aux hommes du 
métier la discussion des détails. Définie ainsi, la critique est sur son 
terrain, et aucun artiste au monde ne peut lui dénier son droit , 
lui contester sa légitimité. 

M. Slingeneyer a du talent et de l'avenir; nous avons donc le 
droit et le devoir d'être franc avec lui, de lui dire toute notre 
pensée. Nous le ferons. 

La route où est entré ce jeune artiste est grande et belle, mais 
semée d'obstacles et de difficultés. Il faut, pour la parcourir avec 
honneur, et arriver au but glorieux qui la termine, non-seulement 
de la facilité, de l'imagination , mais du courage, de la constance 
et beaucoup d'études. M. Slingeneyer veut faire de la grande pein- 
ture historique, disons mieux , de la peinture épique, Rien de 
mieux; c'est là une noble ambition. Mais, pour faire de cette 
peinture, il ne suflit pas de dérouler quelques dizaines de pieds de 
toile, et d'y jeter, à grands coups de brosse, une vingtaine de 
figures mêlées avec plus ou moins de talent ou de bonheur; il faut 
plus que savoir peindre ou grouper; il faut comprendre fart même, 



— (18 — 

posséder d'instinct ou avoir acquis par l'étude» cette espèce de 
logique , do calcul, d'habileté, d'expérience, comme on voudra 
l'appeler — car c'est tout cela à la fois — qui doit toujours guider 
l'artiste ou le poète, s'il veut élever un monument durable. Faculté 
précieuse qui ordonne et distribue les divers éléments d'une 
pensée, selon leur valeur, selon le rôle qui leur revient, afin 
d'obtenir un ensemble prévu, un effet pressenti , afin qu'à l'aspect 
de l'œuvre, l'esprit du spectateur ou du lecteur satisfait, se dise 
immédiatement c'est cela. 

Un tableau pareil, mais c'est un immense orchestre dont toutes 
les parties doivent être combinées de telle manière, que la pensée 
musicale, tout en conservant sous elle la variété de ses éléments, 
unis entre eux par le lien magique de l'harmonie, apparaisse 
comme une seule et grande voix, grave ou légère, rieuse ou 
pleurante, selon la situation qu'il faut exprimer. — Mais qui 
donc oserait dire qu'il suffit d'avoir de l'esprit, d'inventer de 
jolies mélodies, gracieuses ou touchantes, ou même de trouver 
en soi quelques idées imposantes et sévères, pour élever un de 
ces monuments qui s'appellent Don Juan ou Fidelio, Robert le 
Diable ou Guillaume Tell ? 

Ce qui est vrai pour la musique, est vrai pour la peinture, est 
vrai pour le drame, est vrai enfin pour l'art en général. 

M. Slingeneyer, nous le disons sans détour, en est là : il manie 
fort bien le pinceau et même la brosse; il a de la verve, de 
l'imagination, du style, mais il n'a pas encore cette logique dont 
nous parlions toute à l'heure, cette raison de l'art qui peut être 
chez l'artiste — comme la raison en général chez l'homme, — ou 
le résultat acquis d'un long effort, plus ou moins pénible, ou 
l'instinct d'une heureuse nature, l'inspiration spontanée d'une 
noble intelligence bénie d'en haut. Mais, n'importe comment elle 
se forme, elle existe, et ceux qui la nient, qui repoussent ses 
préceptes, comme des entraves tyranniques pour le génie, 
devraient bien nier le principe même de toute raison : cela serait 
plus simple et plus commode surtout. 



— m — 

Les règles n'ont jamais embarrasse le génie véritable : elles n'em- 
barrassent que les médiocrités et les spéculateurs : les premiers, 
parce qu'elles sont de nouvelles bornes ajoutées à celles que la na- 
ture à déjà mises à leur intelligence ; les seconds, parce qu'elles 
obligent à travailler lentement et consciencieusement, ce qui est 
bien moins productif que la besogne faite à la page ou au feuilleton, 
comme les voyages imaginaires de M. Dumas, ou les ignobles 
fantasmagories du Juif Errant. 

Le génie naît logique: il porte en lui la règle, c'est-à-dire <;■ 
principe d'ordre et de raison qui éclate si magnifiquement dans les 
œuvres de la nature, et qui n'est que le reflet de l'ordre éternel, 
de la raison suprême. C'est pour lui comme un moule où les idées 
tombent en naissant, où elles se tondent, s'harmonisent, se classent 
selon la nature particulière et la valeur de chacune d'elles. Mais les 
hommes de génie sont rares, et l'on fait aujourd'hui de ce mot , 
comme de bien d'autres, un singulier et triste abus. 

Chez la plupart des hommes, ce n'est que par un travail soutenu, 
par une méditation opiniâtre, que l'idée, sujet d'un ouvrage quel- 
conque, se dégage lentement du germe, grandit peu à peu, se déve- 
loppe et prend enfin une forme décidée. Les artistes, aussi bian que 
les écrivains, devraient, avant de composer, se pénétrer des admi- 
rables préceptes de Bulfon sur l'art d'écrire. Ils y trouveraient des 
conseils utiles pour tous, et se convaincraient que le génie sans 
logique — si ces deux choses pouvaient se séparer — n'est qu'un 
sublime chaos, et même — pour rappeler un dicton presque popu- 
laire — que , s'il y a de beaux désordres, ce ne sont vraiment que 
ceux auxquels l'art préside. 

Nous insistons sur ces points, non-seulement à cause de M. Slin- 
geneyer, mais aussi à l'intention de la plupart des artistes, présents 
ou non au salon d'exposition, parce que la chose la plus rare au- 
jourd'hui, c'est un sujet bien étudié, un tableau bien composé : 
or nous sommes convaincu qu'il est impossible de construire une 
œuvre d'art remarquable, comme il est impossible de faire un bon 
livre, sans être profondément pénétré de son sujet, sans l'avoir 
étudié sous toutes ses faces, et à diverses reprises. 



— 70 — 

A diverses reprises, disons-nous, parce qu'il est évident pour 
tous ceux qui ont quelque expérience du travail , que le point de 
vue de l'homme, sa manière de sentir varie d'un jour à l'autre, 
se modifie môme selon les heures de la journée, bien que le fond 
de la pensée subsiste. 

Aujourd'hui, nous le répétons, parce que c'est un fait déplorable, 
on se préoccupe trop peu de la composition : aux yeux de bien des 
gens, la pensée est assez peu de chose, c'est l'accessoire; mais la 
couleur est tout. C'est à peu près comme si l'on disait, en littéra- 
ture, qu'il suffit de savoir arrondir des périodes, de savoir faire là 
phrase, pour être un bon écrivain. C'est là le vrai matérialisme 
dans l'art ; c'est l'àme sacrifiée au corps. Aussi pourrions-nous, 
sans beaucoup de peine, trouver dans le salon plusieurs toiles 
où le sujet semble vraiment avoir été choisi par coup : il en 
résidte tout naturellement que les titres ridicules, les titres en l'air, 
les titres qui ne tiennent nullement au tableau, foisonnent dans le 
catalogue. Nous oserions affirmer qu'il y a là des peintres et de 
bons peintres qui, après avoir esquissé une fantaisie sans nom, 
se sont dit : « tiens! voilà qui n'est pas mal, si je faisais de cela un 
tableau: oui, mais voyons; comment l'intituler? quel nom, quel 
sujet donner à cette scène?... » 

Dieu nous garde de vouloir faire l'application de ces paroles à 
M. Slingeneyer! Il est trop artiste pour tomber dans cette catégorie. 
Et cependant, si son drame est mal construit, si la distribution 
de son tableau n'est pas heureuse, si l'action est disloquée, c'est 
que le sujet n'a pas été suffisamment mûri par la méditation et 
l'étude. Cette composition n'a été formée ni d'un seul jet, par un 
seul élan de la pensée, ni par développement successif. Elle semble 
construite par pièces et morceaux. 11 y a bien là une unité factice, 
mais cette unité est d'ailleurs combattue par le ton des diverses 
parties. 11 n'y a pas enfin une scène unique, mais bien plusieurs 
scènes mises bout à bout. L'intérêt qui devrait se porter sur le 
personnage principal, pour rayonner de là sur le reste du tableau, 
s'éparpille dans tous les coins. Et cependant il est évident que 



l'artiste a cherché à attirer l'œil sur son héros, mais il n'y a pas 
réussi, parce que les lignes et lestons papillotent à qui mieux 
mieux. Du reste, Jacobsen n'a pas la figure imposante d'un vieux 
loup de mer; sa physionomie et son costume tiennent bien plutôt 
d'un jeune premier. Ensuite pourquoi l'avoir placé au milieu de 
la toile? Nous ne pensons pas que celte position centrale soit essen- 
tielle pour avertir le spectateur que c'est là le chef , le héros du 
drame. 

Quant à la couleur de M. Slingencyer , il est certain , et tout le 
monde est d'accord sur ce point, qu'il y a dans ce tableau des 
détails vigoureusement traités, d'une large et bonne peinture ; 
mais l'effet d'ensemble n'est pas agréable : les tons fauves que l'ar- 
tiste a répandus à pleines mains sur sa toile, et qui dans l'atelier 
paraissaient d'un style convenable au sujet , donnent à la scène un 
tout autre aspect, lorsqu'on la considère à l'exposition, et surtout 
à côté de la belle peinture, si vraie et si habile du Patrocle de 
M. Wiertz. Ce simple rapprochement, nous en sommes sûr, fera 
réfléchir M. Slingcneyer, qui sans doute juge son œuvre plus sévè- 
rement que le public. Nous qui avons foi à l'avenir de l'auteur du 
Vengeur , nous attendons avec calme et confiance la nouvelle com- 
position que le jeune artiste médite. Ce sera, n'en doutons pas, une 
brillante revanche. 

En fait de sujets maritimes , M. Slingcneyer a au salon un 
jeune rival, appartenant également à l'école anversoise, et qui, 
s'il n'a pas le mérite d'avoir osé une grande composition, a au 
moins — et c'est beaucoup à nos yeux — celui d'avoir parfaitement 
étudié son sujet et très-heureusement distribué son action : ce 
rival c'est M. Wittkamp, auteur de Chivemaye des Hollandais ,) 
la Nouvelle-Zemble. 

Quand on regarde ce tableau, on le comprend tout d'abord ; 
l'esprit est satisfait: il n'y a là rien de cherché, de tourmenté. La 
composition est d'une très-grande simplicité : toute la scène parait 
être sortie sans effort du pinceau de l'artiste, ce qui répand sur 



— lu — 

te tableau un air de vérité, de franchise, de nature, qui plaît et 
entraine. Et cependant, nous parierions volontiers que, sous cette 
facilité apparente, se cachent de longues méditations et un travail 
consciencieux. Ce n'est pas de la besogne faite au petit bonheur; 
c'est une œuvre profondément étudiée, et si bien étudiée que 
toute trace de labeur a disparu. Le tableau est bien ordonné, 
l'action bien construite: tout se rapporte à Heemskerke, chef 
de l'expédition, pour qui ce moment est une sorte de triomphe. 
Nous croyons cependant que l'artiste aurait ajouté à l'effet , au 
sentiment de Y unité , s'il eût répandu plus d'intérêt sur son 
personnage principal. Franchement, nous trouvons Heemskerke 
un peu trop simple, et même un peu vulgaire, pour un homme 
aussi distingué que lui. On nous objectera sans doute que c'est 
là le portrait de l'illustre marin. Nous le voulons bien; mais, 
si le poète ne peut être astreint, dans un drame ou une épopée, à 
retracer servilement et trait pour trait, l'individu dont il fait son 
héros, pourquoi le peintre serait-il tenu à conserver, avec une 
précision rigoureuse, la physionomie du personnage qu'il introduit 
dans sa composition ? Et puis, qui nous répond que les anciens 
portraits ressemblent, quand ceux d'aujourd'hui ressemblent si 
rarement? Du reste, c'était moins ici une question de ressemblance 
ou, si l'on veut , de contour, qu'une question de couleur et 
d'effet : Heemskerke pouvait rester ce qu'il a été ou ce qu'on l'a 
fait , mais devait paraître mieux. 

Les diverses expressions des compagnons de Heemskerke sont 
très-simples et très-naturelles, seulement trop calmes peut-être en 
présence d'un pareil événement; car c'est bien un grand événement 
que l'apparition du soleil, pour des malheureux qui en ont été 
privés pendant trois mois. L'attitude du malade qui se soulève 
péniblement pour saluer le retour de la lumière et de l'espérance 
est fort bien sentie : on ne peut le regarder sans être profondément 
touché. Nous n'aimons pas autant le marin qui entr'ouvre la lucarne. 
Quant à la couleur, elle est sage, modeste, et cependant toujours 
large et grasse. Toutes les figures sont bien traitées et se détachent 



— 73 — 

parfaitement les unes des autres, malgré le ton calme et même un 
peu uniforme qui règne dans le tableau. 

En somme, l'œuvre de M. Wittkamp fait honneur à son pinceau. 
Elle décèle un artiste consciencieux qui comprend l'art, un talent 
logique et vrai qui s'appui sur l'étude, un style harmonieux niais 
sobre qui, nous en sommes certain, s'adapterait, avec non moins 
de succès, à des sujets d'une plus grande portée, à des composi- 
tions plus vastes et plus mouvementées. 

Si M. Wittkamp a du mérite et de l'avenir, il n'a pas moins de 
modestie et de défiance de lui-même, qualité bien précieuse et 
bien rare surtout, mais que ce jeune artiste pousse trop loin peut- 
être. Ainsi nous savons de bonne part que, peu de jours avant le 
terme iixé pour l'envoi des tableaux, M. Wittkamp hésitait encore 
s'il exposerait son Heetnskerke; et tandis que ses amis le félicitaient 
de son œuvre, il était le seul à s'en plaindre et à s'en tourmenter. 
Aussi fallut-il, en quelque sorte, lui faire violence pour obtenir 
que le tableau fut expédié à Bruxelles. 

Il est bien regrettable vraiment, que certains exposants et expo- 
santes, n'aient pas été agités des mêmes scrupules, moins, bien 
entendu, les instances des amis. Les spectateurs, il est vrai, y 
auraient perdu quelques instants d'hilarité — ceux du moins, qui 
prennent en riant les plus mauvaises plaisanteries. — Mais les bons 
tableaux y auraient gagné de l'air et de l'espace. 



Le désir de faire une comparaison nous a entraîné un instant 
hors du salon où sont réunis les principaux tableaux d'histoire, 
Nous allons y rentrer pour examiner successivement les toiles de 
M mc Geefs, de MM. Navez, Tibergihen et Mathieu. 

M me Geefs est sortie cette année du format ordinaire de ses 
compositions pour aborder la grande toile. Elle a exposé un tableau 
d'église, la Vierge consolatrice. Quoique nous n'ayons pas l'honneur 
de connaître l'artiste, nous sommes convaincu, à la juger par le 
caractère de sa peinture, qu'il n'y a pas eu la moindre pensée am- 
bitieuse de sa part, mais bien l'un ou l'autre hasard qui l'a décidée 



à un essai si peu en rapport avec ses antécédents artistiques. Nous 
ne féliciterons ni ne blâmerons M'"'' Geefs de cet effort : nous ne 
voulons ni ne pouvons la blâmer, car il y a de bonnes qualités dans 
son tableau ; mais nous ne voudrions pas l'engager à persévérer 
dans celte voie qui nous parait dangereuse pour son pinceau doux 
et harmonieux. Nous croyons, nous, qu'il n'y a pas le moindre mé- 
rite à forcer les dispositions que l'on a reçues de la nature, à faire 
violence à son esprit, à son imagination, à son cœur, pour con- 
quérir une position différente de celle où l'on est appelé par ses 
instincts et ses goûts, mais plus brillante peut-être, plus en vue 
de la foule. La religion nous enseigne que chaque homme a sa 
vocation écrite là haut ; qu'il faut la chercher et la suivre. Il y a 
dans cet enseignement, tout à la fois une profonde vérité philoso- 
phique, un principe d'économie sociale et presque une leçon d'art. 
Et c'est — soit dit en passant — pour avoir trop méconnu et 
dédaigné ce simple précepte de l'éternelle prévoyance, qu'il n'allait 
pas à la remuante ambition des hommes de notre temps, que la 
société moderne déborde de plaintes, de murmures, de mécomptes, 

de souffrances et de haines La vocation de M me Geefs est de 

faire du rêveur, du pieux, du sentiment intime, mais non de la 
grande peinture. 

Est-ce à dire pour cela que nous condamnions sans réserve 
l'œuvre de cette artiste? Non sans doute; nous reconnaissons 
bien volontiers qu'il y a du mérite dans son tableau, mais c'est 
le mérite que l'on retrouve dans toutes ses compositions, et non 
pas celui qui devrait se trouver dans une grande page religieuse. 
C'est la manière que l'on aime, abstraction faite du sujet et des 
dimensions. C'est comme un chanteur dont la voix nous plaît et 
nous remue, même lorsqu'il chante un morceau très-ordinaire ou 
au-dessus de ses forces. 

Certes, il n'y a dans ce tableau aucune de ces qualités majes- 
tueuses qui font une grande composition; il n'y a ni dans l'ensemble 
ni dans les détails, aucun de ces traits hardis et imposants qui 
décèlent le génie, de ces mouvements impétueux d'ombre cl de 



lumière qui palpitent dans les œuvres des maîtres, de ces altitudes 
audacieuses, ravies plutôt qu'empruntées à la nature , de ces effets 
magiques de couleur qui commandent l'admiration , même à l'envie 
et à la médiocrité. Enfin, du point de vue de l'art, il n'y a là qu'un 
certain nombre de petites tètes bien douces, bien pures, finement 
dessinées et tendrement peintes, convenablement rangées les unes 
à côté des autres ; et il n'y a que cela. Cependant le tableau ne 
choque nullement : au contraire, on le regarde même avec un 
certain plaisir, tant qu'on ne raisonne pas. Tout y est si doux, si 
poli, si comme il faut; rien n'y heurte l'œil, rien ne crie, rien ne 
jure, comme dans certaine toile voisine dont nous parlerons tout à 
l'heure. Mais aussi qu'est-ce qui pourrait jurer parmi tous ces petits 
chérubins si bons, si jolis, si caressants? — Nous croyons, au reste, 
que la nature affligée du sujet a bien servi, a même sauvé l'artiste : 
l'âme tendre et mélancolique de M ,ne Geefs est si bien laite pour 
comprendre toute la poésie de ce culte d'amour et de reconnais- 
sance rendu par l'Église à la Mère des douleurs! qui sait? il y 
aurait peut-être dans ces simples litanies de la bonne Vierge, 
que murmurent si volontiers les cœurs qui souillent, de belles 
et touchantes inspirations pour ce talent délicat et recueilli. 
Mais que M ,ne Geefs ne l'oublie pas : cette jolie couleur rêveuse 
et un peu blafarde, qui s'adapte si bien à la tournure de ses 
idées , ne va pas à une grande toile ; elle y devient froide et 
monotone. Ensuite , nous oserons engager l'artiste à ne pas 
multiplier les figures dans ses compositions, à moins qu'elle ne 
veuille bien prendre l'engagement de varier un peu ses types ; car 
nous ne connaissons rien de plus fatigant, de plus funeste à l'illu- 
sion, que ces airs de parenté qui donnent à la plus belle peinture 
l'aspect éminemment bourgeois d'un tableau de famille. 

Il y a, chez M me Geefs, trois ou quatre types bien purs, bien 
innocents, qui s'échappent toujours de ce chaste pinceau de femme 
que l'on rencontre dans toutes ses œuvres , et qui , bien que ver- 
tueux — et peut-être même à cause de cela, car le monde est ainsi 
fait ! — finissent par... revenir trop souvent au gré du spectateur. 



— 70 - 

Le Patrocle de M. Wiortz est un voisinage incommode et brutal 
pour M me Geefs : ces terribles héros ont l'air de faire peur à tous 
ces pauvres affligés, à ces jolis petits anges; il est certain, au 
moins, qu'ils leur font du tort et beaucoup de tort. 

En somme, car voilà longtemps que nous en parlons, le tableau 
de 3I m " Geefs est un bon petit tableau. 



Le môme sujet religieux a été traité, mais d'une manière plus 
éclatante, par M. INavez. Nous avouons que, devant ce tableau, et 
surtout devant la réputation de son auteur, nous éprouvons un 
certain embarras. Nous avons entendu des personnes fort respecta- 
bles faire l'éloge de cette composition, parce qu'elle était de M. 
Navez; d'autres, au contraire, et c'est le plus grand nombre, eu 
parlaient assez durement. Pour ce qui nous regarde , nous décla- 
rons fort sincèrement ne pas admirer la manière de M. Navez. 
Nous respectons infiniment la science, l'érudition, la théorie de 
cet artiste, nous reconnaissons les services qu'il a rendus dans sa 
longue carrière: nous rendons justice à son esprit éclairé, à ses 
habitudes laborieuses; mais nous n'aimons nullement ces tons verts 
et jaunes qu'il répand à profusion dans tous ces tableaux. Nous 
avons beau faire les plus grands efforts sur nous-même, nous ne 
saurions concevoir la nature ainsi. 

M. Navez appartient à une bonne école, à une école sévère, con- 
sciencieuse. M. Navez a de l'étude et de l'expérience; ses sujets 
sont compris, médités; il y a dans ses tableaux des attitudes heu- 
reuses, un dessin franc et correct , des effels habiles, des expres- 
sions justes, il y a enfin l'artiste qui a beaucoup vu et beaucoup fait. 
Mais pourquoi donc M. Navez s'obstine-t-il à travailler avec des 
besicles vertes? Pourquoi tantôt ces tons lugubres, ces aspects 
noyé, et tantôt ce hourvari de couleurs discordantes, qui ferait 
croire à un retour vers la mauvaise école romantique, si l'on n'était 
profondément convaincu du classicisme de l'artiste. Nous avons 
entendu faire une objection plaisante en vérité: Rubens, nous a-t- 
on dit, a bien jeté sur ces toiles de grandes flaques de couleurs 



vives et bruyantes. Oui, mais Rubens a su mettre de l'harmonie danfl 
tout ce bruit; Rubens n'a jamais détoné, n'a jamais l'ait grincer sa 
couleur. Rubens est en peinture un admirable musicien : ses 
tableaux sont de sublimes claviers, qui rendent toujours uu son 
plein, nourri, et d'où ne sort jamais rien de criard, de sec, de 
tranchant, Rubens enfin... est Rubens. 

Dans le tableau qui nous occupe; la Notre Dame des affligés, 
toutes les couleurs de l'arc en ciel semblent s'être donné rendez- 
vous. Le vert, le rouge, le bleu, le violet, le jaune surtout, par 
manière de gloire autour de la Vierge , se choquent et se bataillent 
d'un bout de la toile à l'autre. Quant à la composition , elle est 
loin d'être heureuse :1a mère de Dieu est assise, non pas tout sim- 
plement au milieu des nues et entourée de quelques anges, comme 
aurait fait Rubens ou Murillo, mais étalée sur un lourd divan gar- 
ni de coussins rouges. Nous avouons que nous n'aurions jamais cru 
qu'il y eût au Ciel des meubles d'aussi mauvais goût. Ensuite vous 
allez croire peut-être, vous toutes, mères chrétiennes, que la bonne 
Marie presse son enfant chéri contre son sein virginal, contre ce 
cœur qui l'a tant aimé , qui a tant souffert pour lui ; c'est là du 
moins la pose simple et louchante que nous lui voyons donner dans 
nos églises. Hé bien, vous vous trompez, l'artiste a trouvé plus 
gracieux et plus léger surtout, de faire monter dans les nuages un 
tronçon de colonne sur lequel la Vierge, fatiguée sans doute de 
soutenir son enfant, l'a hissé et le présente à la foule des affligés. 
Quanta la figure de ce divin enfant, figure que certaines per- 
sonnes ont trouvé d'une expression noble et distinguée, nous 
avouons la trouver laide et fort laide. Mais nous la pardon- 
nons bien volontiers, quand nous songeons à toutes les singulières 
idées que la génération présente parait se faire de la tète du 
Sauveur, s'il faut en juger du moins par les portraits de Christ que 
l'année de grâce 1845 a envoyés à l'Exposition. Un autre détail 
que nous ne devons pas oublier et qui nous a frappé par sa naïveté, 
c'est une femme affligée d'un mantelet de coton à capuchon, comme 
en portent les femmes du peuple à Bruxelles et à Anvers. 11 nous 
semble que c'est là une idée passablement romantique , et qui aurait 



— 78 — 

pu faire grand plaisir, il y a dix ans, sous le règne de la peinture 
chevelue et échevelée. Bref, ce tableau nous fait trop de peine, 
pour que nous ne nous empressions pas de le fuir, et d'aller 
chercher quelque antre toile de M. Navez , qui puisse nous 
reconcilier avec son talent. 

Ce n'est certes pas Daphnis et Chloé qui nous rendra ce service; 
car, bien que les deux têtes qui se partagent le tableau soient 
délicatement touchées et d'un dessin irréprochable, nous y retrou- 
vons cette teinte êpinard pour laquelle l'artiste a une passion 
malheureuse. Au fait, il y a des peintres qui aiment le rose, 
M. Navez, lui, aime le vert : chacun son goût. 

Quant à la tête appelée tête de Christ par le catalogue, nous 
déclarons être trop bon chrétien pour ne pas demeurer convaincu 
que le catalogue s'est trompé. 

Nous aimons mieux la prière d'une jeune mère au berceau de 
son enfant. Le sujet est charmant et assez bien traité. La com- 
position 'est simple, naturelle et facile. Mais pourquoi avoir 
donné à la jeune mère cet aspect rechigné, maladif, quand tout 
en elle devrait rayonner, quand tout doit sourire autour de ce 
berceau où repose son amour. Ce n'est pas là une scène de 
bonheur calme, tranquille, sanctifié par la prière, et embelli 
par l'innocence, c'est une scène de souffrance morne, de douleur 
concentrée, profonde, qui attriste le spectateur : cette pauvre 
jeune femme doit être bien malheureuse dans son ménage! 

Nous aimons encore mieux les trois portraits de M. Navez, 
malgré le voile grisaille qui les recouvre. Mais ce que nous préfé- 
rons à tout le reste, ce sont les fileuses de Fundi. C'est un tableau 
bien composé, d'un style plus large et d'un ton plus vrai que 
les autres toiles de cet artiste. Le berger accroupi sur le devant 
du tableau, est une bonne figure, bien dessinée et bien peinte. 



M. Tiberghien a choisi un des plus beaux sujets de l'Evangile, 
la femme adultère, et il l'a traité avec une noble simplicité. Mal- 
heureusement pour ce jeune artiste, son tableau est l'œuvre froide 



— 79 — 

d'un penseur et non l'inspiration d'un coloriste; aussi a-t-il eu et 
devait-il avoir peu de succès auprès d'un publie tout dévoué aux 
brillantes traditions de la vieille; école flamande. Eu Belgique, il ne 

faut pas se le dissimuler, on aime la couleur par dessus tout — cette 
observation, nous la faisons non seulement à l'intention de M. Ti- 
berghien, mais à l'intention de bien d'autres artistes moins jeunes 
que lui — Un tableau qui ne se recommande pas par des carnations 
chaudes, par des tons vigoureux, enfin par une forme riche et 
puissante, risque fortde passer inaperçu. Du moins, s'il est apprécié, 
ce ne sera que parce très-petit nombre d'esprits calmes et réfléchis 
qui savent se défier de leur premier mouvement, non parce quil 
est presque toujours bon, comme dirait l'école-Taileyrand, mais 
parce qu'il est presque toujours fatal, c'est-à-dire le résultat de 
Yhabitude. Pour ce qui nous regarde, nous nous sommes souvent 
étonné de ce qu'un peuple qui, en général, attache infiniment plus 
d'importance au fond qu'à la forme, et qui même partout ailleurs 
se défie un peu de l'effet et de l'éclat, puisse, dans tout ce qui tient 
aux arts, professer un culte aussi passionné pour la forme brillante. 
Mais aussi , par une contradiction non moins bizare, chez certaines 
populations du midi, où cependant toute la vie est extérieure, où 
tout est ardent et coloré, le langage, la poésie, la nature, nous 
trouvons dans l'expression de la pensée artistique des formes 
calmes , sévères et souvent même froides. Nous ne voulons ni ne 
pouvons ici chercher à concilier ces anomalies apparentes; nous 
constatons un fait, voilà tout. D'ailleurs, pour tous ceux qui, 
s' élevant au-dessus du point de vue particulier de telle ou telle 
école, cherchent la vérité au-delà des traditions et des préjugés, 
il est évident que l'art, comme la nature dont il est l'imitation, 
comme l'homme lui-môme qui est son plus noble modèle, n'est 
complet que lorsque le fond et la forme, la pensée et l'expression, 
l'âme et le corps, ont l'un et l'autre reçu tous leurs dévelop- 
pements, déployé toute leur richesse. Ainsi il ne suffit pas 
qu'un tableau soit bien ordonné, purement dessiné, grasse- 
ment peint, il faut encore qu'il y ait, sous tout cela, une pensée, 



— 80 — 

un sentiment, un cœur, uno Ame. Mais aussi la pensée la plus 
brillante, lo sentiment le plus délicat, ne sauraient excuser une 
forme négligée et désagréable. Nous croyons que l'avenir en rappro- 
cant de plus en plus les écoles, complétera les unes par les autres, 
complétera les nations et les individus eux-mêmes. L'humanité 
marche insensiblement à la fusion, à l'unité, en toutes choses. 

Le tableau de la femme adultère manque de forme. C'est une 
page philosophique et non pas un tableau religieux. C'est tout 
au plus de la peinture protestante. II n'y a pas là cet élan de la 
pensée catholique, ce luxe pieux, cet éclat poétique, cette richesse 
de sentiment, dont elle aime à s'entourer aux yeux des hommes ; 
il y a toute la froideur dogmatique, toute la sécheresse pédante 
de l'orgueil raisonneur : c'est encore de la charité, oui ; mais 
c'est la charité de la raison et non celle du cœur : c'est encore 
l'Évangile, mais c'est l'Évangile analysé, discuté, commenté, et 
non pas l'Évangile cru; c'est encore le Christ, mais le Christ 
des rationalistes et non pas celui des martyrs. Si cette compo- 
sition avait autant de mouvement et d'animation qu'elle a de 
sagesse, si ces figures avaient autant de sang dans les veines 
qu'elles paraissent avoir de raison et de tenue, M. Tiberghien 
aurait fait un tableau remarquable. Ce jeune artiste dessine lar- 
gement et groupe avec habileté. 11 pose bien ses personnages, 
et sait tirer un parti très-convenable de la noble ampleur des 
costumes antiques, sans cependant cultiver la draperie, comme 
se le permettent assez volontiers les peintres d'histoire religieuse. 
Mais M. Tiberghien est loin d'être complet : il possède le fond, 
qu'il tache d'acquérir la forme. 



Nous serions presque tenté de dire l'inverse de M. Mathieu. 
Chez lui il y a de la couleur, et de la bonne couleur, il y a une 
belle forme, un beau corps, mais le fond,\a pensée ne sont pas 
tout a fait encore à la même hauteur. Dieu nous garde cependant 
de nier ce fond, cette pensée chez M. Mathieu. Seulement, nous 
voudrions bien lui voir aborder d'autres sujets que cet éternel 



— 81 — 

Calvaire, par exemple, où il est presque impossible à un peintre 
d'êlre encore original pour peu qu'il ait étudié les grands mat très, 
et qu'il ail delà mémoire; eur liubens lui reviendra sous 1(3 pin- 
ceau, sans qu'il s'en doute le moins du monde. Raphaël et la 
Fornarina est no peu moins usé, mais enfin, c'est encore là un 
sujet bien rabattu. A part ces petites observations, nous n'avons que 
des félicitations à adresser à M. Mathieu, sur le progrès qu'a l'ait 
sa manière en solidité , en vérité et en harmonie. 

Le Calvaire considéré en lui-même, et abstraction l'aile des 
réserves que nous venons d'indiquer, est un bon tableau religieux, 
malgré l'addition, un peu extra-êvangèlique , d'un certain diable 
que le peintre est allé chercher au fond des enfers pour le faire 
assister à l'agonie de l'IIomme-Dieu. 

Nous aimons infiniment mieux la Sainte- Famille. Celte toile 
fait honneur à M. Mathieu, comme composition et comme style, 
et, quoique le sujet ne soit guère plus moderne, cependant, par 
la manière dont il est traité, il appartient bien plus à l'artiste que 
son Calvaire. 

A propos de Sainte- Famille nous ne pouvons résister au plaisir 
de faire une petite digression pour mentionner d'une manière 
toute spéciale la Fuite en Egypte, de M. Joseph Coomans. Parmi 
les peintres anciens et modernes qui ont abordé ce sujet ou 
autres semblables tirés de l'histoire religieuse, il en est bien peu 
qui aient été s'inspirer de cette nature toute exceptionnelle où se 
sont accomplis les grands mystères de notre religion. Celle nature 
n'est peut-être pas belle aux yeux de la foule : l'aspect en est raide 
et pour ainsi dire immobile; les contours, secs, fiers et tranchants; 
lestons, crus et violents; mais l'ensemble est majestueux , impo- 
sant, solennel, comme les scènes que Dieu y a mises. M. Coomans 
a sous ce rapport un grand avantage: ses voyages l'ont initié à 
ces mœurs patriarcales du désert, mœurs antiques, immuables 
comme le désert lui-même. Il a vécu sous la lente avec ces popu- 
lations traditionnelles que ni les conquêtes , ni le temps n'ouï 
pu changer, pas plus qu'ils n'ont changé le cèdre ouïe palmier. 
2* m g 



— 82 — 

M. Goomans a un grand avenir devant lui, s'il veut mettre & 
profit les précieuses leçons qu'il a reçues. Couleur sage et vraie, 
dessin correct et large, imagination puissante, cet artiste a tout 
ce qu'il faut pour remplir dignement la mission qui lui revient. 
Sa carrière est toute tracée : la Bible et le désert sont les sources 
sublimes où M. Coomans doit chercher désormais ses inspirations. 
Nous ne connaissons de cet artiste que son Déluge et le tableau 
qui figure à l'Exposition, et nous regrettons fort de n'y pas 
voir les grandes et belles toiles que renferme le palais du Roi, 
et dont nous avons entendu faire un brillant éloge ; mais la 
Sainte Famille est une œuvre si consciencieuse , si remarquable 
par son style original et pittoresque , par sa manière large et 
austère , que nous ne craignons pas de prédire a M. Coomans les 
plus beaux succès s'il veut puiser dans la riche mine des souvenirs 
que ses voyages ont ouverte pour lui. M. Coomans est sorti de 
l'école d'Anvers ; nous espérons qu'il ne l'oubliera pas et qu'il 
enrichira notre prochaine Exposition de quelque grande page 
religieuse. Revenons à M. Mathieu. 

Outre les deux tableaux dont nous avons parlé, cet artiste a 
encore au salon une jeune femme romaine et Raphaël et lu Fornarina. 
La jeune femme romaine est une belle et bonne étude à laquelle on 
ne peut reprocher que l'expression un peu trop naïve, que donne 
à cette jolie figure le mouvement cherché de la bouche. 

Le Raphaël et la Fornarina est peint avec beaucoup de goût et 
de sentiment. Nous nous permettrons seulement de trouver la 
figure de Raphaël assez peu raphaëlesque. C'est un portrait, dira- 
t-on; nous l'avions bien reconnu : Raphaël , Rubens, Van Dyck 
sont des physionomies historiques que tout le monde connaît et 
doit connaître. Mais, portrait ou non, il n'en est pas moins vrai 
que l'homme ne ressemble pas toujours à lui-même : la figure la 
plus triviale, la plus laide peut avoir ses beaux moments, comme 
le plus noble, le plus joli visage peut avoir ses aspects désagréables. 
C'est à l'artiste à choisir entre ces diverses expressions, lorsqu'il 
transporte une figure historique sur sa toile, et même lorsqu'il fait 



85 — 



le portrait de l'homme le plus ordinaire. iNous croyons qu'il \ t 
dans la vie de Raphaël certaines circonstances qui auraient permis 
de donner à l'illustre peintre un air moins bien portant, de répandre 
sur sa figure une expression plus rêveuse, une teinte plus voilée, 
plus mélancolique, plus fatiguée. 



Nous avons parlé des principales grandes toiles qui entourent M. 
Wiertz. Nous allons parcourir rapidement le catalogue, nous 
arrêtant aux noms les plus connus de l'école nationale et des écoles 
étrangères, sans oublier, bien entendu, les œuvres de cette jeune 
génération qui donne de si belles espérances. Anvers occupera tout 
naturellement la première place dans nos souvenirs. 



Le nom le plus imposant qui se présente à nous est celui de M. 
Gallait. Ce nom rappelle de grands et légitimes succès, un triom- 
phe d'enthousiasme comme aucun autre artiste n'en a rencontre 
dans sa carrière. En présence d'aussi beaux, d'aussi touchants sou- 
venirs, celui qui a été l'objet de ce noble enthousiasme, a vis-à-vis 
du public et vis-à-vis de lui-même de grandes obligations à rem- 
plir. Il faut mourir ou continuer à vaincre. Il faut mourir, c'est à 
dire, s'elfacer complètement, abandonner la scène du monde, renon- 
cer aux applaudissements et à la gloire, ou bien prouver à la foule par 
de nouveaux chefs-d'œuvre que le triomphe n'a pas épuisé le génie; 
car le génie crée pour créer, et non pas pour se faire applaudir; il 
crée comme l'oiseau chante : c'est une noble nécessité de sa nature. 
Les applaudissements ne sont pour lui qu'un moyen qui l'anime et 
le soutient, au milieu des luttes du travail. C'est un instrument 
passionné, une harmonie enivrante, qui élève l'âme du poète et de 
l'artiste au-dessus d'elle-même; mais, certes, ce n'est pas un objet, 
ce ne doit pas être un but. Est-ce à dire pour cela, qu'on puisse 
impunément dédaigner ce moyen si puissant du travail! Non, cent 
fois non! malheur à l'artiste ou au poêle, qui voudra briser celle 
lyre féconde en brillantes inspirations! Il se brisera lui-même.». 



- 84 - 

Qu'est-ce que M. Gallait présente cotte année aux su tirages du 
public? une tête Je Christ, deux portraits et deux aquarelles. Les 
aquarelles sont faibles, et l'un des portraits médiocre : restent la 
tête de Christ et un portrait d'homme, (M. deTheux). Franchement, 
c'est bien peu pour M. Gallait, bien peu aussi pour le public. 

Quant au Christ, il est certes d'une admirable peinture. Il y a 
là un mouvement de modelé si pur et si délicat, une transparence 
de carnation si vraie, une finesse de touché si exquise, qu'on 
pardonne presque au grand maître d'avoir appelé cela tête de 
Christ. Mais, quand on considère ces cheveux prétentieusement 
affinés, ce regard louche et presque niais, ce nez pointu, ce front 
saillant plutôt que vaste, cette attitude embarrassée, on soulfre de 
voir rabaisser ainsi la noble et radieuse image du plus beau des 
enfants des hommes. Et de quelque manière qu'on envisage le fils de 
Marie, soit avec les yeux du chrétien, soit avec les yeux du ratio- 
naliste, qu'on voie en lui le Sauveur des hommes, le Verbe envoyé 
de Dieu, ou le philosophe inspiré, le grand législateur, n'importe, 
ce n'est pas là une tête de Christ. C'est tout bonnement une magni- 
fique étude dont l'artiste s'est épris lui-même : dans son enthou- 
siasme, il l'a trouvée trop belle pour ne représenter qu'un homme ; 
il en a voulu faire un Dieu. 

Il y a d'ailleurs — soit dit en passant — dans les épaules de cet 
homme, une espèce de contraction qui ferait croire à une grosse 
faute de dessin, si nous osions y croire chez M. Gallait. Cette mal- 
heureuse contraction fait paraître l'épaule qui avance beaucoup trop 
courte, relativement à celle qui fuit. 

Quant au portrait de M. de Theux, nous l'admirons bien sincère- 
ment tout en regrettant l'immense draperie rouge qui sert de fond, 
et le ton un peu hasardé de la tête. C'est une belle et solide peintu- 
re, mélange heureux de vigueur et de finesse, de dignité et d'éclat. 
La pose un peu molle et indécise de l'ex-ministre, se cachant sous 
un geste déterminé, c'est de la nature prise sur le fait. II y a toute 
une biographie politique dans cette attitude. Nous n'aimons pas 
beaucoup la teinte Othello que le peintre a répandue sur la figure 



- 85 — 

de son noble modèle. Pourquoi donc M. deTheux a-t-il perdu cette 
pâleur aristocratique qui sied si bien à l'homme d'état, et qui 
s'harmonise si parfaitement avec son caractère? D'ailleurs clic est 
dans la nature : cette raison là vaut toutes les autres. Ce n'est pas 
qu'il n'y ait des têtes auxquelles ce ton bronzé n'aille fort bien ; 
mais nous croyons qu'une nature calme et pacifique ne doit jamais 
revêtir de ces airs africains. M. Gallait affectionne les teintes 
dorées, mais il faut espérer que l'essai malheureux qu'il en a fait 
dans son portrait de femme, le rendra plus réservé à l'avenir: car 
en poussant trop au solide, l'artiste finirait par forcer sa couleur : 
du solide au dur il n'y a qu'un pas. C'est là du reste un danger 
bien moins pour M. Gaillait que pour ses imitateurs. Le maître 
peint la nature telle qu'il la voit; l'imitateur, lui, s'efforce de la 
voir, telle que le maitre la peint. 



M. Decaisne , qui représente si dignement, au milieu des splen- 
deurs du monde parisien, la jeune école flamande, occupe un rang 
distingué au salon de cette année. Trois jolies toiles pleines de sen- 
timent et un carton fort remarquable sont le contingent de cet 
artiste. Le carton qui se rapporte à un tableau exécuté pour 
l'église de Saint-Dénis, à Paris, représente un des sujets les plus 
touchants de l'Evangile , le Christ bénissant les petits enfants. 
Quoique dépouillée du prestige si puissant de la couleur , cette 
composition fait plus de plaisir que certains tableaux richement 
enluminés. C'est une belle page religieuse, toute imprégnée de cette 
poésie calme et austère, de cette philosophie si simple , si pure et 
pourtant si éloquente, que respire le livre divin, pour qui sait y 
lire , pour qui peut devenir meilleur après l'avoir lu. M. Decaisne 
n'a certes pas perdu à suivre le conseil de Jean-Jacques, il a puisé 
dans la lecture des Evangiles une grande et noble inspiration. 

Le sujet est admirablement conçu : il n'y a pas une seule partie 
de la scène qui accuse de l'effort , de l'embarras : tout est parfaite- 
ment en place et naturellement posé. Les lignes de la composition 



— 80 — 

se mêlent harmonieusement, et portent sans secousse l'attention du 
spectateur au cœur de l'action. Toutes les attitudes, toutes les 
expressions sont habilement nuancées, selon les âges et les sexes. 
La belle figure du Christ rayonne doucement, comme une pensée 
d'espérance et d'amour, au milieu du groupe des enfants dont les 
petites mains se joignent devant lui avec la confiance ingénue de 
l'innocence. Les mères écoutent avec une tendre reconnaissance 
celui qui aime et bénit leurs enfants, et les hommes s'étonnent de 
cette doctrine si nouvelle pour eux. 

La confidence, du même artiste, nous présente deux jeunes filles 
à l'œil vif et pénétrant, aux contours purs et fermes, au teint fine- 
ment doré par le beau ciel du midi, échangeant discrètement entre 
elles les petits mystères si doux de leurs cœurs naïfs. L'aspect de 
cette toile est fort gracieux. II y règne un air de vérité et de candeur, 
une délicatesse d'expression qui séduisent les regards les plus 
sévères. 

La Jeune mère priant pour son enfant et la Prière de l'enfant sont 
l'une et l'autre conçues dans la même manière calme, chaste, 
aimante, éloignée également de l'afféterie J. et de la froideur, 
M. Decaisne sait parfaitement ce qu'il veut rendre ; sa pensée est 
claire et précise, et l'expression ne Test pas moins ; rien ne flotte 
dans ses tableaux, le dessin est ferme et décidé ; le contour ne lan- 
guit jamais, et la couleur est toujours sûre et solide. Peut-être 
l'artiste a-t-il d'ailleurs les défauts de ces qualités : sa peinture 
pour être large et compacte, sacrifie quelquefois le modelé au relief. 
et paraît alors, sinon sèche, au moins trop serrée. Du reste, M. 
Decaisne n'est pas seulement bon peintre, il est homme de goût : on 
trouve dans toutes ses compositions — à défaut peut-être de chaleur 
et d'enthousiasme — un parfum d'élégance et de bonne compagnie 
qui répand sur ses tableaux un charme infini. 



M. Viellevoye a exposé la Chananéenne aux pieds du Christ, et 
une famille juive pleurant sur les ruines de Jérusalem. Il y a dans 



— 87 — 

ces compositions une étude consciencieuse du sujet et de bonnes 
qualités de dessin, niais nous n'avons pas trouvé' au milieu de ces 
personnages si parfaitement drapés et frisés, la noble simplicité de 
l'Écriture. Le stjle de M. Vieillcvoye n'est pas assez grave, assez 
large), pas assez religieux enfin, pour traiter des sujets de celle 
hauteur. Du reste, sa couleur est trop guindée, trop convention- 
nelle, pour pouvoir s'adapter à l'histoire. 

A propos de peinture religieuse, nous devons mentionner aussi 
M mo Calamatta. Cette artiste a exposé une certaine tète de Christ 
qui sent terriblement l'hérésie — mais qu'on peut excuser après 
les Christ de MM. Gallait et Navez — plus une sainte famille, 
dont nous ne parlerons pas, plus un Laban donnant sa fille liachel 
en mariage à Jacob , que nous passerons également sous silence, 
plus enfin une Sainte-Cécile et une espèce de tableau moral intitulé 
indécision entre le vice et la vertu. Toutes ces compositions sont 
d'une couleur vraiment déplorable. Comme M nn ' Calamatta habite 
la Belgique, c'est-à-dire, un des pays les plus riches en belle et 
puissante peinture, il est bien à regretter qu'elle ne cherche pas 
à profiter de son séjour pour améliorer sa couleur, en étudiant 
les maîtres de l'école flamande. Cela lui serait d'autant plus aisé 
que le grand artiste dont elle porte le nom, apprécie, dit-on, avec 
toute l'ardeur d'un enthousiasme méridional, les brillantes qualités 
de cette école, à laquelle on voit journellement son gracieux burin 
emprunter ses plus imposantes créations. On nous assure même 
— pour le dire en passant — que cet habile graveur à l'intention 
de reproduire, par lui-même et par l'école royale de gravure dont 
la direction lui est confiée, les principaux tableaux de MM. 
De Keyser, Gallait , Wappers et Wiertz. Nous félicitons M. 
Calamatta de son idée et nous attendons avec impatience la 
réalisation de ce projet. 

Outre ces toiles religieuses, M' nc Calamatta a encore au salon 
la jeune femme à sa toilette, tableau, sinon agréable, au moins, 
bien conçu, et supérieur surtout aux autres compositions de 
cette artiste , et enfin un portrait d'homme peint avec une 



8H 



grande vérité et d'un effet Irès-remarquable. Celte dernière 
peinture l'ait honneur à M"' 1 " Calamatta. 



M. Portaels nous a envoyé de Rome deux sujets tirés, l'un de 
la Genèse , Rebecca considérant les cadeaux d'Eliezer (ou , comme 
dit le catalogue, Rebecca, après avoir reçu les cadeaux d'Eliezer), 
et l'autre, Ruth sortant du champ de Booz, tiré du livre de Ruth. 
Ces toiles se recommandent par une grande correction de dessin et 
par une couleur ferme et solide. On y reconnaît sans peine l'in- 
fluence du séjour de Rome sur l'artiste; ce n'est plus la manière 
large et vigoureuse mais fondue de l'école de Ruhens, c'est le style 
en relief, la peinture sculptée , des vieux maîtres italiens. Ruth et 
Rebecca sont de belles et nobles tètes, mais plutôt romaines que 
bien orientales. Nous croyons que si l'artiste eût attribué à ses 
tableaux des sujets italiens, il eût mieux traduit ses compositions. 

M. Portaels a exposé , en outre, le portrait du sculpteur Tuer- 
linkx. Ce portrait, d'un style simple et calme, d'une couleur 
pleine et harmonieuse, est, à coup sûr, un des plus beaux du salon. 



M. Dujardin n'a pas eu cette année le même succès que les 
années précédentes. Ce n'est cependant pas faute de talent : à cet 
âge le talent ne décroit pas. Mais, dans l'art comme en toute chose 
ici bas, il y a un peu de bonheur, un peu de ce que notre ignorance 
appelle hasard : les meilleurs joueurs perdent quelquefois la plus 
belle partie, quand la veine change. M. Dujardin avait bien com- 
mencé sa partie : l'idée de son tableau religieux le premier mort 
est fort heureuse; mais le pinceau du jeune artiste s'est subitement 
refroidi, sa pensée s'est voilée, et sa couleur, d'ordinaire si vive 
et si mordante, s'est étendue comme à regret sur la toile. Voilà 
l'impression que fait ce tableau , du reste mal placé et malheureu- 
sement entouré. Nous sommes convaincu que ce petit échec — si 
échec il y a — sera fort utile à M. Dujardin. Les triomphes, les 



— 89 — 

ovations, les couronnes assoupissent quelquefois le talent : on 
dort si bien sur des lauriers, mais les revers ue l'ont qu'enflammer 
un noble courage. 



Deux élèves de M. Navez, MM. Stallaert et Si dot ont débuté 
dans la peinture religieuse, d'une manière qui donne de belles 
espérances pour leur avenir. La Sainte-Trinité et le Saint Michel 
triomphant, de M. Stallaert, renferment, à côté de grands défauts, 
des détails très-heureusement traités. Le même artiste a exposé 
deux portraits sagement peints. 



Un élève de M. deKeyser, M. Bellemans, d'Anvers, a traduit, en 
bonne couleur, le magnifique verset, heureux l'homme qui craint le 
Seigneur, etc. M. Bellemans est un jeune artiste consciencieux et 
modeste, dont nous aimons à constater les incontestables progrès. 



Un des plus brillants rejetons de notre Académie , M. Eugène 
Van Maldegiiem, a exposé deux tableaux religieux, V apparition de 
la sainte Vierge à Saint Dominique , et Saint Simon Stock, recevant 
le scapulaire des mains de Marie. Ces compositions qui rappellent, 
dans certaines parties, le beau talent de leur auteur, laissent 
cependant beaucoup trop à désirer, pour qu'elles puissent paraître 
dignes de lui. Nous sommes convaincu que M. Van Maldegiiem 
prendra, à la première occasion, une complète revanche. Le même 
artiste a exposé trois portraits un peu froids de ton, mais d'un 
faire sage et habile. 



Nous ne parlerons pas des tableaux religieux de M. Van Brée, 
et encore moins des autres. Il nous est trop pénible île voir un 
artiste aussi distingué que lui, abandonner les voies où il avait 
recueilli de si beaux et si légitimes succès , pour se jeter dans 



— 90 — 

un genre aussi éloigne, et de lu nature, et des belles traditions de 
notre école. Que M. Van Crée laisse là ces fantaisies mignardées, 
qu'il nous rende sa chaude et brillante peinture d'autrefois, et 
nos musées s'ouvriront avec joie devant ses tableaux, et tous les 
amis de l'art applaudiront bien sincèrement à ce glorieux retour. 
Mais cpie 31. Van Brée se hâte; son imagination, lassée sans 
doute des voies battues, poursuit de dangereuses chimères. Son 
talent y périrait. 



Nous avons tant parlé de scènes religieuses, que pour changer 
d'aspect nous passerons à un sujet anti-religieux , la scène d'icono- 
clastes esquissée par M. Knicht. Nous disons esquissée, et en effet, 
c'est bien moins là un tableau qu'une belle esquisse, pleine de 
mouvement et de verve, sur laquelle un pinceau capricieux s'est 
plû à terminer par-ci par-là quelques têtes, à éclairer quelques 
détails, pour rejeter tout le reste dans une sorte de chaos. 
L'attitude du fellow qui est cause de tout ce désordre, de tout ce 
fracas, est pleine de vérité : c'est la physionomie d'un franc gamin 
d'Albion. La figure grave et flegmatique qui se dresse devant lui, 
et qui représente sans doute John Knox, est une des mieux 
achevées de tout le tableau. A considérer ce tohu-bohu de lignes 
et de tons, on dirait que l'artiste, s'impatientant d'avoir entrepris 
une œuvre aussi compliquée, n'ait trouvé rien de plus simple, 
pour rendre bien le désordre du sujet, que de semer le désordre 
dans sa composition. Et cependant, cette œuvre nous a étonné : 
en voyant annoncer un nom anglais, nous nous attendions à un 
travail de patience, quelque chose dans le genre des gravures 
anglaises, des figures à la Reynolds ou à la Lawrence, ou, tout au 
plus, du style Hogarth , appliqué à l'histoire ; et nous avons 
rencontré de la fougue et de l'emportement, des contours èche- 
velés et des couleurs en désordre... Du reste, c'est bien là une 
véritable dévastation de l'art religieux. 

Nous venons de voir le culte renversé, insulté, foulé aux pieds, 



— 91 — 

par M. Knight ; nous allons le voir rétabli , dans toute sa splendeur, 

par M. Leys. 



M. Leys est une des gloires de l'école anversoise. Son infa- 
tigable pinceau n'est jamais rassasié de triomphe. A toutes les 
expositions, on est sûr de rencontrer quelqu'une de ces toiles, 
à l'aspect antique, se dorant d'un beau rayon de soleil, qui 
joue dans quelque vitrail aux mille couleurs, au fond d'une 
joyeuse kermesse, ou chatoie sur le gracieux corsage et la robe 
de satin d'une nouvelle mariée, ou se brise, en poussière 
étincelante, aux sombres voûtes d'une vieille cathédrale. 11 y a 
chez cet artiste une facilité admirable , un laisser-aller plein 
de verve, une souplesse de tons et de formes qui n'a d'égale 
que chez les plus grands maîtres de notre vieille école. Les trois 
tableaux que M. Leys a exposés cette année, le rétablissement du 
culte dans V église de Notre-Dame à Anvers, l'atelier d'un armurier, 
et la kermesse, sont de nouveaux et brillants fleurons ajoutés à sa 
couronne artistique. Dans le rétablissement du culte, on ne sait ce 
qu'il faut admirer le plus, l'éclat de l'imagination, le prestige de la 
couleur, l'aisance de la composition ou la richesse de la lumière. 
La forme que l'artiste a choisie pour traduire son sujet, est fort re- 
marquable : il aurait pu tout aussi bien prendre le moment de la 
bénédiction, la procession autour de l'église, ou la messe elle- 
même. Un peintre ordinaire n'aurait pas manqué sou coup : il eut 
entrevu là un luxe d'hommes et de choses, une pompe de piété et 
de cérémonie, qui eût rempli la toile de la façon la plus éclatante 
et la plus variée. Mais aussi ce n'eût plus été qu'une forme vulgaire, 
un épisode journalier, un ofïicc comme nous en voyons dans toutes 
nos églises, plus seulement la différence des costumes; l'idée 
historique eût disparu complètement, et l'on eût appelé cela 
tout aussi bien un service religieux dans l'église Notre-Dame au 
seizième siècle que le rétablissement du culte. Or , M. Leys a indivi- 
dualisé, pour ainsi dire, sa composition en nous présentant le 



— n — 

moment historique de l'événement, celui où le plébari Sébastiacn 
reprend possession de la chaire de vérité, et fait descendre sur le 
peuple fidèle cette parole catholique que l'impiété avait longtemps 
bannie du saint temple. Seulement, nous l'avouons, au premier 
abord, la physionomie plutôt sévère que recueillie de la scène 
nous avait l'ait croire à un prêche et non pas à un sermon : tous 
ces catholiques là ont l'air assez distrait, assez peu édifié, pour des 
catholiques du XVI e siècle accourus à une cérémonie aussi impo- 
sante. Du reste, il y a une heureuse variété dans les attitudes, 
variété qu'il serait assez difficile, croyons-nous, de rencontrer dans 
un sermon propremont dit. Les types et les expressions ne sont pas 
moins variés : grâce à la brillante fécondité de son pinceau, l'artiste 
a pu jeter sur sa toile une foule de têtes, parmi lesquelles de tort 
jolies, dont pas deux ne se ressemblent. Au-dessus de tout cela 
ruisselle un beau soleil, qui semble proclamer la joie du ciel en 
présence de cet heureux événement. Peut-être cependant la vieille 
église perd-elle, à être éclairée si vivement, quelque chose de son 
caractère auguste et religieux. Enfin, et ceci est une observation 
générale sur tous les tableaux de M. Leys, pourquoi cet artiste 
affecte-t-il d'imprimer à sa couleur cette teinte usée, qui fait 
paraître ses toiles vieilles avant le tems? Cette teinte là, dit-on, 
est celle des anciens tableaux; on l'admire et on l'aime dans 
ceux-là; pourquoi donc l'artiste qui est assez adroit pour donner 
d'avance à ses œuvres ce cachet séduisant tout à la fois et 
vénérable; qui a, pour ainsi dire, deviné le secret du temps, doit-il 
être blâmé? Nous répondrons que, si grande que soit l'habileté 
de l'artiste, et nous sommes des premiers à la reconnaître et à 
l'admirer, il n'en est pas moins impossible de suppléer à l'action 
chimique du tems. Celle-ci en effet s'exerce non-seulement sur la 
couleur, mais également sur la matière, bois ou toile, que cette 
couleur recouvre. Or, si M. Leys est assez puissant pour vieillir sa 
couleur d'une couple de sciècle , il n'a pas, que nous sachons, 
le pouvoir de convertir du bois jeune en vieux bois, de la toile 
fraîche en vieille toile. Mais à part les raisons physiques, qui 



— 93 — 

concluent contre le système de M. Leys, nous croyons qu'un artiste, 
quelque développé, quelque puissant que soit en lui le sentiment 
delà couleur, a toujours assez à faire à chercher l'aspect réel de la 
nature : que sera-ce donc s'il s'impose le continuel tour de force 
de la voir et de la copier, comme si elle avait été vue il y a deux ou 
trois cents ans? Ce n'est pas que M. Leys ne se tire bien, en gêné- 
rat, de ce tour de force, mais le résultat inévitable de celle manière 
de faire, c'est de tomber insensiblement dans une couleur toute de 
convention, fort savante peut-être, et partant admirable pour 
certains esprits, mais fort peu naturelle. Dès à présent, on sent 
dans ses tableaux l'influence d'une habitude prise. C'est une pente 
funeste pour ce beau talent et que nous voudrions lui voir remonter 
à tout prix. M. Leys finirait par ne plus savoir peindre autrement. 
Il lui arriverait — qu'on nous pardonne la trivialité de la compa- 
raison — ce qui arrive aux gens qui s'amusent à grimacer pour 
faire rire les autres, et qui en prennent si bien l'habitude qu'ils ne 
sauraient plus parler sans grimaces. 

Le ton terni que M. Leys affecte, va bien sans doute à certains 
sujets; ainsi nous l'aimons beaucoup dans sa kermesse de village, 
mais il dépare à nos yeux son beau tableau du rétablissement du 
culte. Que l'artiste réserve donc ce vernis d'antiquité pour les 
sujets auxquels il sied, mais qu'il le bannisse impitoyablement de 
toutes ses autres compositions. Les plus belles tètes d'homme et les 
plus gracieux visages de femme prennent là-dessous un aspect 
attristantet presque sépulcral, et les plus brillants effets de lumière 
s'éteignent ou s'assombrissent. 

Un autre reproche que nous ferons à M. Leys, et celui-ci est 
bien moins grave , c'est de trop peu achever ce qu'il fait. Ainsi, 
pour citer un exemple, dans cette ravissante kermesse flamande, 
il y a, sur le premier plan, une bohémienne, une espèce d'Esmé- 
ralda , qui forme avec sa petite chèvre un groupe délicieux, plein 
de vérité et de grâce : malheureusement elle n'est pas assez ter- 
minée. C'est bien pis encore, si vous regardez autour d'elle dans 
le tableau; il y a des figures qui ne sont réellement qu'indiquées. 



— 94 — 

Ce n'est pas que nous voulions faire descendre un artiste comme 
M. Leys à de la peinture léchée, mais nous aimons tellement la 
riche et douce harmonie, de ses compositions que nous souffrons 
de voir dérober quelque chose à notre jouissance. 

Le défaut dont notre égoïsme accuse M. Leys, se remarque 
infiniment moins dans son charmant atelier d'un armurier. Ce 
tableau est une des perles du salon. Toutes les qualités s'y trou- 
vent réunis : dessin parfait, touche délicate, composition spiri- 
tuelle, effet brillant. Aussi n'hésitons-nous pas à le proclamer le 
meilleur des trois tableaux de M. Leys. 



Nous parlions tout à l'heure de peinture savante et convention- 
nelle : un artiste chez qui celte disposition nous a singulièrement 
frappé c'est M. Billardet. Son tableau des Bellini est certes une 
œuvre bien étudiée et consciencieusement traitée, d'un dessin 
large et ferme, d'une disposition sage, noble et presque impo- 
sante. Nous accordons même que , au point de vue purement 
dogmatique, chaque figure est d'une couleur bien raisonnée et 
rigoureusement conforme aux règles, mais nous déclarons, sans 
détour, ne pas aimer les beautés de démonstration, pas plus en 
peinture qu'en musique ou en littérature. Dans l'art en général , 
nous ne croyons réellement et profondément qu'aux beautés de 
sentiment. Nous nous défions singulièrement des autres. On n'est 
pas artiste, peintre, poète ou musicien, parce qu'on raisonne bien, 
mais parce qu'on sent bien; et , quand on sent bien, on raisonne 
bien , et même le plus souvent sans s'en douter. Le sentiment a sa 
logique tout aussi bien que l'esprit; et, comme nous l'avons dit 
plus haut, le génie nait logique, il porte en lui la règle; mais la 
règle ne suffit pas. Voilà les véritables principes, tout le monde en 
convient , tout le monde y croit ou fait semblant d'y croire; mais 
quand il s'agit de juger une œuvre d'art, on les oublie bien vite, 
de peur de paraître ignorant : une musique est-elle ennuyeuse ou 
une peinture désagréable, on se garde bien d'avouer ses impres- 
sions : on prend un air profondément recueilli, une voix bien 



— o:; — 

grave et l'on déclare doctoralement que c'est une mivre savante. 
Quant à nous, chaque fois que nous en aurons l'occasion, nous 
protesterons de toutes nos forces contre un aussi misérable et 
aussi dangereux abus de mots. 



Un autre épisode de l'histoire de la peinture a été abordé par 
M. Wauters de Malines, la jeunesse de Giotto. M. Wauters, quoique 
ayant déjà beaucoup travaillé, peut être rangé parmi les jeunes 
artistes, parce qu'il n'a pas encore de style propre, de manière à 
lui : son pinceau flotte entre l'imitation de Léonard de Vinci, 
parmi les anciens maîtres, et celle de Winterhalter, parmi les 
modernes. Or l'imitation, l'étude exclusive de tel ou tel maître, de 
telle ou telle école, est toujours chose fort dangereuse pour un 
artiste : elle tend à supprimer toute originalité dans la pensée 
comme dans la forme, et elle finit par donner à celle-ci un carac- 
tère de contrainte, un air gêné, souffrant, incertain, qui nuit à 
l'expression des plus belles conceptions, car les idées se révoltent 
contre ces moules d'emprunt où l'on veut bon gré mal gré les faire 
entrer. Ce n'est pas qu'il ne soit utile, nécessaire, indispensable 
même d'étudier les grands modèles, mais ce doit être pour élargir 
le domaine de la pensée, pour la féconder, l'enrichir, augmenter 
son activité et jamais pour l'enchaîner à une forme, qui n'est pas 
née d'elle, pour lui imposer le joug d'une enveloppe étrangère. 
Étudiez, dirons-nous aux jeunes artistes, les œuvres du génie, et 
étudiez-les sans distinction d'école, mais quand vous voudrez 
créer, oubliez ce que vous avez étudié, pour ne voir que la nature 
et pour n'être que vous, mais vous seul, devant elle. 

Voilà ce que nous dirons aussi franchement à M. Wauters. Cet 
artiste a de belles et bonnes qualités qui ne demandent qu'à s'éten- 
dre, à se développer; mais l'originalité lui manque, llàtons-nous 
de dire que c'est une des choses dont on parle le plus, et qu'on 
rencontre le moins. Bien des gens se croient originaux , parce 
qu'ils sont exagérés, d'autres parce qu'ils sont drôles, d'autres 



— 96 — 

enfin , parce qu'ils sont triviaux. Erreur que tout cela : n'est pas 
original qui veut. L'originalité, c'est presque le génie. 

Quoi qu'il en soit, le Giolto est, à tout prendre, un bon tableau. 
La composition est bien étudiée et d'un effet agréable. La couleur 
est solide et harmonieuse, mais ne déguise pas suffisamment cer- 
tains contours hasardés, qui compromettent un peu la correction 
du dessin. 

L'orgueil maternel, du même artiste, est d'une bonne et sage 
couleur. Du reste, nous ne saurions voir dans cette tête de mère, 
rien autre chose qu'une douce rêverie, un songe de bonheur, si 
l'on veut, pour son enfant, mais rien qui ressemble à de l'orgueil. 



Un élève de M. de Keyser, M. Verlat, d'Anvers, a également 
choisi un sujet tiré de l'histoire des peintres italiens, le Tintoret, 
enseignant son art à sa fille. C'est un charmant tableau , bien 
composé, purement dessiné, et remarquable surtout par la vivacité 
et la fraîcheur du coloris. La tête de l'illustre maître est pleine 
de noblesse et d'expression, parfaitement conçue et grassement 
peinte. La jeune fille a, nous semble-t-il, un air un peu trop étonné, 
qui nuit à la gracieuse physionomie que l'artiste lui a donnée. 
Du reste le ton doux et transparent de ce ravissant visage con- 
traste d'une manière fort heureuse, avec le style mâle et ferme 
du vieillard. 

M. Verlat a exposé deux autres tableaux, Carloman à la chasse 
et les deux amis. Quoique moins brillants que le Tintoret, ils prou- 
vent également beaucoup de fond et beaucoup de forme, une 
pensée active et un sentiment juste et vrai de la couleur. Ce jeune 
artiste a un brillant avenir devant lui. Dès-à-présenl, il fait hon- 
neur à la ville d'Anvers et à l'école de M. De Keyser. 

M. Geirnaert a envoyé au salon un trait de bienfaisance de la 
duchesse de Chartres. Ce tableau, qui occupe toute une page du 
catalogue, paraît être conçu dans une intention de flatterie qui, 



— 97 — 

nous paraît-il, no convient pas à la noble indépendance de l'artiste. 
Pins que personne cependant nous respectons et nous admirons 
les augustes qualités auxquelles l'artiste lait allusion dans la notice 
descriptive de son œuvre; mais, nous le répétons, nous n'aimons 
pas ces à-propos maladroits qui semblent solliciter une récompense. 
L'art vit avant tout de dignité. Du reste, il y a dans le tableau de 
M. Gcirnaert des détails fort heureusement traités. L'expression du 
malade est pleine de vérité. La jeune femme el. les enfants sont bien 
dessinés et bien peints; mais la composition sent un peu le travail, 
elle coloris manque de vigueur: ainsi, malgré les efforts que l'artiste 
a faits pour émouvoir, l'aspect de la scène est languissant et froid. 

M. Buschmann a trouvé moyen de faire d'un sujet assez vague, 
et même quelque peu insignifiant, la translation d'une relique de 
Sainte Catherine, de Palestine en Flandre, au 13 e siècle, une page 
intéressante, d'une composition riche tout à la fois et sagement 
ordonnée, d'une couleur chaude et harmonieuse. Ce tableau prouve 
non-seulement un bon peintre, mais aussi un peintre instruit : 
c'est une belle et profonde élude de l'époque ; les moindres détails 
sont d'une précision scrupuleuse. Le seul reproche que l'on puisse 
faire h cette composition, c'est de manquer un peu d'air : la scène 
a quelque chose de trop entassé qui étouffe le regard, et qui même, 
au premier abord, donne au tableau un aspect presque monotone. 
Du reste, le sujet lui-même est d'une nature si monotone, si lente 
et si solennelle, que l'on ne doit pas s'étonner si le pinceau île 
l'artiste n'a pu réussir à l'animer. Il faut, au contraire, le féliciter 
du parti qu'il en a tiré, et lui souhaiter, pour l'avenir, des sujets 
plus réellement historiques. Celui-ci , au fond, n'est pas un fait, 
c'est une époque. Malgré son mérite, le tableau de M. Buschmann 
est bien moins un tableau d'histoire qu'une œuvre archéologique. 



La tenue d'un chapitre de la Toison d'or est un sujet raide et 
étiqueté qui se rapproche du précédent, et qui laisse encore moins 
à faire à l'imagination de l'artiste. Cependant M. Roberti a lutte 
avec bonheur contre ces difficultés. Son tableau est bien étudié, el 

2S m 7 



— 08 — 

sa couleur correcte autant que son dessin. Ce n'est pas sa faute si 
tous ces augustes personnages sont si bien alignés et si uniformé- 
ment vêtus d'un rouge agaçant. C'est aux statuts de la Toison d'or 
qu'il faut s'en prendre. 



Nous aimons inGniment mieux, comme sujet, le baptême de Clo- 
vis. C'était là une scène où l'imagination pouvait déployer ses ailes, 
et appeler à son aide l'histoire, la poésie, le sentiment religieux. 
La physionomie si pittoresque de ces Francs encore barbares, 
contrastant avec les splendeurs de la religion chrétienne; la tou- 
chante simplicité de Clotilde, la sauvage énergie et la fierté indomp- 
table de Clovis, la gravité douce et imposante du saint évèque de 
Rheims, voilà plus qu'il n'en fallait pour inspirer à l'artiste une 
grande et belle composition. M. Gkégoire a eu le malheur de trop 
resserrer son cadre, et s'est ainsi ôté à l'avance tout moyen de bril- 
ler. 11 a, pour ainsi dire, coupé les ailes à son imagination. Aussi, 
malgré les bonnes qualités de dessin et de couleur qu'il a mises dans 
son tableau, il est bien certainement resté au-dessous du sujet. 
C'est une imprudence plutôt qu'une défaite. Nous croyons que l'ar- 
tiste saura la réparer. 



Le meurtre de Lamelle est encore un de ces sujets malheureux 
dont un artiste ne peut se tirer qu'à force de génie. La vue d'un 
homme qu'on vient froidement égorger, sans lutte ni résistance , 
sous les yeux du spectateur, est déjà assez peu supportable au 
théâtre; c'est bien pis encore sur la toile. On nous objectera peut- 
être les scènes de martyres si énergiquemenl rendues par quelques 
maîtres anciens; mais il y a là non-seulement le mérite de l'exécu- 
tion, il y a aussi une passion, noble et généreuse, un dévouement 
sublime, qui nous transporte d'admiration : ce n'est pas de la pitié 
que nous éprouvons pour ces saintes victimes, c'est de l'enthou- 
siasme. Avec de la pitié seule on ne fera jamais un bon tableau. Il 
est donc bien naturel que M. Delacroix n'ait pas réussi, qu'il soit 
resté au-dessous de ses antécédents. Ce tableau a un aspect froid, 



— 99 — 

désolé, qui repousse le regard. Cependant certains détails sont 
d'un style convenable, et accusent l'artiste qui sait faire beaucoup 
mieux. La tète de Lamelle, par exemple, est bien sentie al bien 
peinte. 

M me O'Connell a également traité une scène de cruauté, mais à 
laquelle vient se mêler le sentiment le plus profond, le plus éner- 
gique de la nature humaine, l'amour maternel. Du reste, il y a 
dans ce tableau beaucoup de chaleur, trop de chaleur même, car la 
couleur en est comme toute brûlée. L'attitude de la malheureuse 
Marguerite n'est pas naturelle : une mère ne défend pas ses enfants 
par d'inutiles reproches, par des injures aux bourreaux : dans un 
moment pareil, la femme la plus douce, la plus craintive, devient 
une lionne, une furie. Voyez plutôt ce que Rubcns a fait de ce 
magnifique délire de l'amour maternel , dans son massacre des Inno- 
cents. En un mot, M me O'Connell est forcée dans l'expression et 
froide dans la pensée. Mais, au fond de tout cela, il y a de l'avenir 
et beaucoup d'avenir. Dès à présent M me O'Connell occupe une place 
distinguée dans le monde artistique. Le portrait et homme qu'elle 
a exposé est d'une belle et large couleur, d'un faire brillant et sur, 
que l'on retrouve également dans les aquarelles de cette artiste. 
Nous ne craignons nullement d'exagérer en disant que la Madone 
avec l'enfant Jésus et les quatre portraits , sont des œuvres dont plus 
d'un grand peintre serait fier. 



M. Louis Somers nous présente un sujet non moins sombre 
que ceux dont nous avons parlé, les enfants de Jacques d'Ar- 
magnac attachés aux pieds de féchafaud pendant la décapitation 
de leur père. C'est encore là de la froide cruauté, digne de 
Louis XI, mais indigne de l'art. Il en résulte que le tableau 
de M. Somers, quoique bien étudié et peint d'une manière 
consciencieuse, laisse le spectateur insensible. Le même artiste 
a exposé deux portraits, d'un style fort convenable. 



— 100 — 

Un des anciens et bons élèves de notre Académie, M. Théodore 
Schaepkeks, a transporté sur la toile une des plus imposantes 
figures historiques de la guerre de Trente Ans, le fameux Tilly. 
L'artiste a choisi le moment où le héros belge, combattant 
contre Gustaf Adolf, est blessé mortellement au passage du Lech. 
On ne peut que féliciter M. Schaepkens de la pensée patrio- 
tique qui a inspiré sa composition. Malheureusement ce tableau 
est placé dans un jour si défavorable , qu'il n'a pu être ap- 
précié comme il le mérite. Et cependant, malgré le désavantage 
de la position , il révèle à l'observateur attentif un artiste 
consciencieux et intelligent, dont le seul défaut est de se préoc- 
cuper un peu trop de Yart et pas assez de V effet. Le départ 
de Marguerite de Ilainaut mérite également une mention fort 
honorable, de même que les tableaux de M. Alexandre Schaepkens : 
une vue, effet de neige et la cour de la prévôté de Saint-Servais, 
à Maestricht. 



M. Bataille, d'Anvers , a exposé un tableau aussi original 
de pensée que de forme : le sculpteur Phiderpe exécutant la 
statue de la Vierge pour les dames du Béguinage de Matines. 
Quoique nous n'aimions pas infiniment ce sujet ni l'effet un peu 
brusque et heurté de la lumière, nous reconnaissons avec plaisir que 
cette toile est un beau progrès, qui prouve chez l'artiste de 
solides études et présage pour l'avenir des succès plus complets 
encore. 



M. Van Regemorter a puisé également dans l'histoire des artistes 
célèbres. Son Gérard de Lairesse jouant du violon est bien composé 
et joliment peint. Seulement nous trouvons que, pour un grand 
homme, Lairesse abuse un peu de la permission d'être laid. Nous 
avons dit ailleurs notre opinion sur les portraits historiques; nous 
n'y reviendrons donc pas. 



— 101 — 

M. Cautaekts a exposé, sous un titre démesurément long, un 
épisode de la vie de Rubens, sa retraite à l'abbaye de St-Michcl, 
après la mort de sa mère. Ce tableau se recommande par une cou- 
leur sage et harmonieuse. C'est une belle promesse d'avenir. 



Nous devons mentionner également, comme une brillante espé- 
rance, le tableau de M. Van der Haegiikn, d'Anvers, la bataille 
d'Austruweel entre les Gueux et les Espagnols. Il y a , dans cette 
composition, une fougue et une hardiesse de couleur qui, bien 
dirigées et fécondées par l'élude, enfanteront un jour de grandes 
et belles pages. 

Charles Quint et le Porcher de M. Henri Dillens, est, malgré 
quelques défauts de détail, un bon tableau, spirituellement composé 
et vivement peint. Nous remarquons avec piaisir que cet artiste est 
entré dans une voie plus large et en môme temps plus sévère; que 
son style s'étend et s'élève; que sa couleur s'épure et s'affermit. 



La mort de Marie de Bourgogne par M. Jules Storms, est une 
composition sage et étudiée, qui laisse peut-être à désirer quant à 
l'exécution, mais qui n'en promet pas moins au pays un artiste 
distingué. 



Nous dirons la même chose de M. Delehaye, d'Anvers, dont les 
trois tableaux, St-Bernard, l'amour filial, et un jour d'hiver, 
prouvent non-seulement le sentiment de la couleur, mais aussi le 
sentiment du sujet. Il y a dans cet artiste quelque chose de délicat, 
d'élégant et de poétique, qui ennoblit sa couleur et annonce une 
belle intelligence. 



Une mention très-honorable est due aussi à un artiste liégeois , 
M. Louis Denis : Ste-Thêrèse, Samson et Dalila et le portrait du père 
Lamarche sont les ouvrages d'un tout jeune homme , qui a encore 



— 105 — 

besoin d'étudier les grands inailres cie l'école, mais qui a en lui 
tout ce qu'il faut pour les comprendre et pour devenir un peintre 
remarquable. 



La grande et sévère ligure du Dante a fourni à M. Hamman une 
brillante inspiration. Son tableau est parfaitement composé: la 
sombre douleur de l'illustre poète domine et commande toute la 
scène. On ne peut regarder sans émotion cet œil cave , ce front 
livide et vert; on se sent pris d'une sorte de teneur devant cette 
ombre imposante, et Ton se dit, comme les enfans de Ravenne : 

f'oilà , voilà celui qui revient des enfers ! 

On a reproché à M. Hamman d'avoir coupé le chemin au Danle 
par uu pan de muraille. Bien loin d'y voir un défaut, nous y 
voyons une heureuse intention : certainement un homme vulgaire 
ne sera jamais assez occupé de ses sentiments ou de ses réflexions, 
pour courir le risque de se briser la tète contre l'obstacle qui se 
trouve sur sa route; cela ne peut arriver qu'à un étourdi qui ne 
songe à rien, ou à une intelligence puissante, chez qui l'idée ab- 
sorbe tout. N'a-t-on pas vu des hommes de génie perdre, par la 
seule force de leur méditation, le sentiment des besoins les plus 
impérieux de la nature , perdre même le sentiment de la douleur 
physique ? Malheureusement le crayon de M. Hamman est allé un 
peu au-delà de ses intentions, en fait de perspective. Du reste la 
couleur du jeune artiste est large et vive, quoique toujours harmo- 
nieuse et contenue. Les attitudes sont naturelles, les expressions 
bien senties. 

M. Hamman a encore au salon une autre toile, pleine de mérite 
sans doute, mais qui ne nous parait nullement représenter l'idée 
un peu abstraite de l'ennui des riches. INous n'y voyons, nous, qu'un 
vieux monsieur, style régence et fort bien peint, qui a l'air de 
bouder une jeune et piquante amazone, dont les allures fringantes 
plaisent beaucoup au spectateur, mais ont bien le droit d'inquiéter 
un peu son respectable époux. Avec un peu de malice , on pourrait 



— 103 — 

tout aussi bien appeler cela les ennuis (fun mariage dispropor- 
tionné. Ce serait au moins une belle et bonne leçon de morale. 



M. Biard a exposé la jeunesse de Linnêe et le droit de visite. Ces 
tableaux sont remarquables par une composition spirituelle, un 
dessin élégant, et une grande vérité d'expressions; mais la couleur 
de cet artiste est, en général, bien peu animée. 



Ce n'est pas cependant que l'école française manque de coloris- 
tes. Le pinceau vif et brillant de M. Bellangé protesterait victo- 
rieusement contre une pareille accusation. La prise (Tune redoute 
en Espagne est un délicieux tableau, plein de vie et de sentiment. 
La cantinière, qui soutient un pauvre soldat blessé, est d'une 
expression réellement attendrissante. Quoi de plus vrai aussi et de 
plus touchant que le jeune tambour qui donne à boire à un blessé? 
Il est à regretter au milieu de toutes ces beautés, que l'artiste ait 
un peu négligé son dessin. 

M. Bellangé a exposé aussi une autre petite toile toute pétillante 
d'esprit et de couleur, représentant des maris en goguette , et qui 
peut, à bon droit, passer pour un des meilleurs tableaux de genre 
du salon. 

Les (rots aquarelles du même artiste sont dignes de son talent : 
elles sont magnifiques. 



Un autre artiste de cette école, M. Beaume, se distingue par le 
caractère calme et recueilli de sa peinture, qui contraste avec la 
fougue toute française, l'esprit prompt et brillant de M. Bellangé. 
Le tableau de M. Beaume, les moines du St.-Bernard , se distingue 
par une grande simplicité de composition, unie à une jolie couleur, 
pleine de fermeté et de sentiment. Toute cette composition est 
comme pénétrée d'un parfum de charité et de dévouement religieux 
qui fait du bien à l'âme. 



— 101 — 

L'école rhénane nous a envoyé une toile bien remarquable 
comme étude de sentiments et d'expressions : le berger frappé par 
la fondre de M. Becker. 11 est impossible de contempler sans 
tressaillement, celte scène de douleur si vraie, si profonde, si 
admirablement nuancée, selon l'âge et le sexe de chacun des 
acteurs : au milieu de tout cela, la figure du pauvre berger est 
vraiment un chef-d'œuvre. Il est bien dommage que l'impression 
soit traversée si malheureusement par ce grand feu de paille dont 
l'exagération dénature le sujet et distrait la pensée. La couleur, 
quoique allemande, c'est-à-dire un peu boursoulllée, plait cependant 
à la longue. — Il est bien entendu que nous ne parlons que des figu- 
res et non de l'aspect de la campagne. — Quant au dessin, il a 
toute la pureté , toute la sévère harmonie qui caractérise les 
écoles d'Allemagne. 



M. Jacquand n'a pas obtenu cette année autant de succès que 
dans les expositions précédentes. Ses antécédents ont rendu le 
public sévère, trop sévère peut-être, pour son tableau des Orphelins. 
Sans doute, il n'y a pas dans celte composition , ce relief, celle 
profondeur, cette netteté qui distinguent si éminemment les autres 
œuvres de cet artiste; il y a, au contraire, une sorte d'affaissement, 
d'applatissement même — pour nous servir d'un terme un peu 
vulgaire — mais nous avouons que celte disposition nous plaît, 
qu'elle nous parait convenir parfaitement à la nature triste, 
découragée, abattue du sujet. Nous aimons beaucoup aussi la 
figure de la sœur ainée : elle est d'une vérité navrante. Nous 
n'aimons pas autant la tète du petit frère, qui est d'un ton au moins 
forcé. La petite fille est parfaitement dessinée et bien peinte. Enfin 
la pose du groupe est toute de nature. Quant aux alliches que l'on 
voit figurer sur la pauvre maison, nous ne comprenons pas qu'on 
puisse les blâmer. C'est là un détail d'une triste et rigoureuse 
vérité. Que, du reste, ce tableau soit en général inférieur, comme 
peinture, à ce que M. Jacquand a fait de mieux, nous sommes 
loin de le contester; mais, signé d'un nom plus obscur, nous 
croyons que tout le monde eût reconnu et proclamé un bon tableau. 



— io;> — 

M. Brus a exposé un chef-d'œuvre de patience et de fini, repré- 
sentant la boutique d'un marchand de fruits et de légumes. Plus 
que personne nous admirons le beau talent de M. Brias, l'exactitude 
rigoureuse de sa couleur, le fouillis désespérant de son dessin; 
mais nous l'admirons froidement. C'est un genre qui étonne 
toujours et qui ne louche jamais; qui parle à l'œil, mais uniquement 
à l'œil: l'esprit n'est pour rien dans tout cela, et le cœur encore 
moins. Or, pour notre compte, nous croyons que la mission de 
l'art est plus noble, plus relevée; qu'elle ne consiste pas à calquer 
minutieusement la nature — et quelle nature que des choux et des 
radis! — mais bien à la poétiser, à l'animer, à la spiritualiser, 
pour ainsi dire. Quand on regarde le travail de M. Brias, on avoue 
tristement que c'est magnifique, et l'on plaint tous bas l'artiste qui 
condamme son talent au rôle de machine à glacer. 



Un artiste auquel certes on ne fera pas le même reproche , mais 
bien, au contraire, celui de laisser trop de liberté à son pinceau — 
ce dont le dit pinceau abuse quelquefois — c'est M. Le Poittevin. 
Mais aussi il y a tant d'esprit, et dans sa couleur, cl dans ses com- 
positions, qu'on lui pardonne bien volontiers certaines erreurs de 
contours, comme on en rencontre, par exemple, dans ses marins à 
une fontaine. Du reste, ce tableau, de même que le retour de la 
promenade sur l'eau, pousse un peu loin, à noire avis, celte 
couleur de convention dont l'artiste fait un usage toujours fort 
piquant, sans doute, de coquetterie et d'originalité, mais fort peu 
naturel. Nous regrettons aussi dans celle dernière toile colle série 
de lignes verticales, homme, femme, enfant, arbre, mâts, poteau, 
plantés avec une régularité désespérante le long du rivage. Enfin, 
nous aimons infiniment mieux le coup de Cétrier, quoiqu'il vise un 
peu trop à l'effet et à l'esprit, et surtout les rognons au vin de 
Champagne, qui sont de la nature prise sur le fait. C'est une 
charmante scène de comédie bourgeoise, rendue avec une si grande 
vérité et une bonhomie si spirituelle, qu'on ne peut s'empêcher de 



— 1ÔC — 

rire à la vue de ce cuisinier modèle qui entend si bien les privilèges 
de sa charge. 



A propos d'esprit et de bonhomie, le salon n'offre certainement 
rien de comparable aux délicieuses compositions de M. Madou. Ce 
n'est pas cependant, nous l'avouons sans détour, que nous ne trou- 
vions la couleur de cet artiste un peu grise, pour ne pas dire froide; 
mais c'est là un défaut auquel on n'a presque pas le temps de songer, 
quand on est devant ces jolies petites toiles, tant on a de choses à 
admirer. D'abord M. Madou est un magnifique dessinateur; et, 
pour le dire en passant, c'est là une qualité d'autant plus belle et 
plus précieuse , que beaucoup de coloristes distingués ne s'en 
préoccupent pas assez, ou , ce qui est plus probable encore, se sont 
trop hâtés d'échanger le crayon contre le pinceau. M. Madou groupe 
si bien, distribue si parfaitement les scènes qu'il nous présente, que 
l'on perd toute trace de son travail : chacun de ses tableaux semble 
né spontanément, d'inspiration, sans peine ni fatigue. Et cependant, 
que de justesse, que de précision dans les moindres détails! que de 
vérité surtout, que de finesse d'observation, que de délicatesse de 
sentiment! Voyez son ménétrier, tout est naif, tout est vrai, rigou- 
reux même; mais rien n'est vulgaire, et cependant c'est bien là 
une nature commune et même triviale. C'est que M. Madou est 
artiste; c'est qu'il comprend la noblesse et la dignité de l'art. Voyez 
ensuite son ravissant tableau du marchand de bijoux : c'est une 
autre nature, c'est un autre ordre d'idées et de sentiments; c'est 
de l'adresse, de l'habileté, de la ruse même; chaque coup de pin- 
ceau est calculé, chaque teinte, pour ainsi dire, a une intention 
piquante, et cependant tout est simple, sans prétention, sans 
apprêt : c'est que M. Madou est non-seulement peintre, c'est-à-dire 
homme de style, de forme, mais philosophe, mais moraliste à la 
manière de La Fontaine, c'est qu'il connaît le cœur de l'homme; 
non peut-ôlre qu'il l'ait étudié, mais parce qu'ii le devine, parce 
qu'il a, comme l'illustre fabuliste, un instinct admirable. 



— 107 — 

À propos de fabuliste, nous ne devons pas oublier — on 
oublierait bien des choses devant M. Madou — de mentionner 
une petite toile fort originale, quelque peu bizarre même, re- 
présentant le Jugement du Renard, par M. Laciienwitz. Quoique 
nous voyions à regret un artiste occuper son talent à des sujets 
de celte nature, nous devons reconnaître qu'il y a dans toutes 
ces physionomies beaucoup d'intention , et même de l'esprit. 
La scène est joliment arrangée ; mais la couleur est un peu 
monotone, et l'aspect du tableau a quelque chose de froid 
et d'immobile. 



Lintérieur d'un artiste, par M. Meissonnier, est une des plus 
jolies compositions qui soient sorties de ce pinceau riche et 
gracieux. C'est un sujet d'une simplicité extraordinaire ; mais 
l'artiste a su le rendre si intéressant, qu'on ne se lasse pas 
de le regarder. Le mouvement et l'expression du jeune homme 
sont d'une vérité admirable. La tête et les mains sont par- 
faitement traitées. Le beau désordre qui règne dans la pièce, 
a fourni au peintre une foule de petits traits charmants. Enfin 
le tableau de M. Meissonnier est un ensemble savant et har- 
monieux de touches vives, piquantes et délicates. 



Un autre artiste français, M. Leumann, a été moins heureux. 
Sa couleur mélancolique est souvent raide et froide, et, pour un 
élève de M. Ingres, son dessin s'est parfois un peu trop égaré. La 
traduction que l'artiste a essayée d'un passage de Victor Hugo, les 
filles de la source, renferme de jolis et gracieux détails, mais laisse 
à désirer quant à la correction du dessin, et ne se recommande 
pas beaucoup plus par la noblesse de la pensée. Nous avouons que, 
devant une inspiration aussi poétique, nous aurions attendu beau- 
coup mieux d'un artiste comme M. Lehmann. 

Marinccia la Vendangeuse est un bon tableau, mais d'une cou- 
leur fort peu agréable. 



— 108 - 

Le portrait de M m " la comtesse dAgoult est tracé d'une main 
ferme et savante. C'est du reste une belle tête d'étude plutôt qu'un 
portrait proprement dit. La finesse souffreteuse de la carnation, 
la transparence singulière du regard, la teinte douteuse du fond, 
contrastant avec la hère précision des contours , donnent à cette 
nature quelque chose de mystérieux, d'inspiré, de prophétique, 
mélange idéal de force et d'abattement, de mélancolie rêveuse et 
de volonté ardente. 



Les filles de la source nous ont rappelé les Jeunes filles au bois 
de M. Verheyden. L'artiste anversois recherche la nature simple 
des plaisirs et des habitants de la campagne. On lui reproche d'y 
revenir souvent. C'est un reproche trop général. Il y a une mine 
inépuisable pour un homme de goût et de sentiment dans l'étude 
poétique de ces mœurs naïves et sans fard. Le seul tort de M. Yer- 
heyden est de ne pas assez varier la forme de ses compositions, et 
de ne pas oublier davantage les manières de la ville, quand il décrit 
la vie des champs. On serait tenté de croire que l'artiste étudie 
cette vie du fond de son atelier, entre deux ou trois modèles de 
famille qui reviennent à tour de rôle sous son pinceau. Ses jeunes 
filles sont d'un bon dessin et d'une couleur vive et fraîche, mais si 
peu en harmonie avec le reste du tableau, qu'on les dirait peintes 
par une main étrangère, ou à une époque différente, sous l'in- 
fluence d'une autre lumière, d'autres idées, d'un autre point de 
vue. 

La prise de tabac du même peintre, est une ravissante petite toile, 
pleine de vivacité et d'expression. La Jeune Mère joint à un senti- 
ment vrai et touchant , un coloris gracieux et ferme. 



Un des meilleurs élèves de M. de Keyser, M. Swerts, a traité 
avec une charmante naïveté, la jolie ballade de Roosje. Cette petite 
page est une heureuse traduction du poète hollandais. Il y a de 
l'intérêt, de la grâce et de la simplicité sans affectation. Le dessin 



— 10!) — 

est correct, la couleur fraîche et harmonieuse. Seulement le ton de 
la jeune tille est un peu forcé. 

Le même artiste a exposé doux jeunes filles assises au bord d'une 
fontaine eteffeuillant une branche de myosotis. Cette composition ne 
figure pas au catalogue; nous ne savons pourquoi. Elle méritait 
bien cet honneur. L'idée est d'une noble et poétique simplicité ; 
l'exécution gracieuse et coquette. 



Un autre élève de M. de Keyser, que nous avons oublié de men- 
tionner en parlant de la peinture historique, M. Vcurf.ydt , d'An- 
vers , a exposé un tableau bien conçu et sagement peint , représen- 
tant Godefroid de Bouillon, à Jérusalem, visitant des blessés avec 
Pierre l'Ermite. C'est un oubli que nous réparons avec d'autant 
plus de plaisir et d'empressement, que nous croyons ce jeune et 
intelligent artiste appelé à occuper un jour un rang distingué parmi 
nos peintres d'histoire. 

Le roman de Manon Lescaut a inspiré à un artiste français, 
M. Schopin, deux jolies compositions touchées avec beaucoup de 
goût et de délicatesse. Peut-être cependant y a-t-il un peu d'afféte- 
rie dans les attitudes et les expressions et, au fond, plus de sensi- 
blerie que de sentiment réel. A tout prendre, on ferait de cela 
deux ravissantes gravures. 



Au point de vue de l'art sévère, nous aimons infiniment mieux 
le genre de M. Scihavoni. Le repentir est du petit nombre de ta- 
bleaux qui font rêver le spectateur : œuvres complètes de pensée 
et de forme, qui non-seulement s'adressent au sens par la beauté 
matérielle de l'exécution, mais qui, comme une musique délicieuse, 
pénètrent jusqu'à l'âme, remuent les fibres les plus délicates 
de notre organisation, et réveillent dans notre cœur les sentiments 
les plus intimes, les souvenirs les plus cachés. La tète du repentir 



— MO — 

n'a besoin ni de titre , ni de commentaire : elle est son litre à elle- 
même; elle exprime si bien ce qui S(> passe au fond de cette âme 
brisée par la souffrance et la honte! Cette beauté négligée, ces 
cheveux qui retombent au hasard, ce regard voilé, incertain; celte 
douleur muette, affaissée et sans larmes; ce désespoir résigné et 
tranquille devant la fatalité d'une irréparable faute : comme tout 
cela est vrai, comme tout cela est éloquent! Et voyez avec quel 
art admirable de simplicité et de bon goût, de sentiment exquis et 
de haute raison , le peintre a exprimé cette situation terrible ! 
Comme tout se rapporte bien à cet état d'accablement profond, 
mêlé d'espérance ! Comme les lignes sont molles et flexibles, tout 
en restant pures et correctes! Comme les tons se fondent et se per- 
dent insensiblement sans cesser d'être justes et vrais! 



Enfin, comme idée et comme sentiment, le repentir de M. Schia- 
voni est un chef-d'œuvre. Si ce n'était l'aspect des chairs et surtout 
des mains un peu postiche, nous en dirions autant de l'exécution. 

Le repentir et la prière se tiennent. Nous aimons à voir l'art 
s'adresser à ces nobles et touchantes phases de la nature humaine, 
et nous pardonnons bien volontiers de petites erreurs au peintre 
qui sent vivement. C'est ce qui nous attire, en dépit des critiques , 
vers le tableau de M. De Block, intitulé la prière au bois. Nous 
reconnaissons qu'il y a peu et très-peu de relief dans ce tableau; 
qu'il y a quelques riens à relever par ci par là, telle que la main, 
par exemple, qui tient le chapelet ; mais ce petit groupe est heureu- 
sement conçu, mais la pensée est poétique, mais la piété confiante 
du bon vieillard et de la jeune iille est bien rendue, et d'autant 
mieux rendue que le ton gris du tableau répand sur la scène 
comme un voile de douce et tendre mélancolie. 

La lettre interceptée s'adresse à un autre ordre de sentiment : 
c'est encore l'histoire de ce pauvre cœur humain , toujours agile 
entre la crainte et l'espérance. Ce tableau est joliment composé 
et plus ferme de couleur que le précédent. 

La fête communale est pleine de mouvement et de naturel. Le stylo 



— Ht — 

est naïf et piquant, mais peu original. M deBlocka besoin défont 
l'intérêt que sa couleur répand sur ses compositions pour racheter 
la monotonie qu'y apportent certaines tournures un pou trop 
fréquentes, certaines figures stéréotypées au bout de son pin- 
ceau. C'est là bien moins un défaut réel qu'une négligence 
facile à éviter, mais une négligence impardonnable chez un al- 
tiste du mérite de M. de Block. Si nous tenions à faire des 
rapprochements singuliers, nous trouverions dans ces trois ta- 
bleaux de l'artiste anversois, rapprochés de celui de M. Schiavoui, 
toute une vie de jeune fille, ou, si l'on veut, un drame complet 
dont les quatre époques seraient : la fête communale, la lettre 
interceptée, le repentir, et enfin la prière au bois ou le tombeau. 



A propos de tombeau , parlons de la lecture du testament 
par M. Hunin. C'est un sujet usé, s'écrient quelques critiques; 
nous le voulons bien ; mais qu'est ce qui n'est pas usé en 
fait de sujets? A ce compte là, il n'y aurait donc plus de 
peintres d'histoire possibles. Il ne resterait ma foi plus qu'à 
briser ses pinceaux, si l'on ne prétendait traiter jamais que 
des sujets vierges. « Comme la nouveauté du sujet — dit un 
grand écrivain à propos de l'adoration des bergers, du Cor- 
rège — n'est presque de rien dans le plaisir que cause la 
peinture, il suffit de la manière dont un tableau est conçu 
pour l'apprécier. » 

Quant à nous, il nous parait que celte espèce d'émulation qui 
porte les artistes à aborder même des sujets traités par les grands 
maîtres, est un noble sentiment dont l'art ne peut que profiter. 
Nous avons dit ailleurs, en parlant de l'admirable (ableaudcM. 
Wiertz , ce que nous pensons de cette espèce de lutte qu'un artiste 
engage avec lui-même , en reprenant à diverses époques de sa 
carrière, un sujet traité par lui antérieurement; nous l'avons pro- 
clamée intéressante et utile. Mais celle qui s'engage entre deux 
hommes, différant complètement l'un de l'autre par la race, l'édu- 
cation, les croyances , les idées ou les sentiments , n'est pas moins 



— 119 — 

curieuse à observer, et si elle n'est pas aussi méritoire parce qu'elle 
ne suppose pas autant d'abnégation, elle est cependant plus féconde 
en rapprochements et en comparaisons. Ce n'est pas que nous 
avions l'intention d'établir une comparaison avec qui que ce soit ; 
nousavons voulu seulement, en passant, établir ou plutôt défen- 
dre un principe. 

M. Hunin est connu depuis longtemps par des succès constants 
et sérieux. Nous avons suivi cet artiste dans sa carrière depuis 
qu'il expose , et nous l'avons toujours retrouvé dans la même 
ligne de peinture grave, consciencieuse, sévère, où il apparaît 
aujourd'hui. Jamais son pinceau ne s'est prostitué à des bouf- 
fonneries, à des trivialités niaises ou repoussantes; mais si sa 
pensée a toujours été digne comme l'art, son style est resté simple 
et vrai comme la nature. Ce n'est pas cependant que M. Hunin ait 
toujours été à la hauteur où il est venu se placer aujourd'hui, et 
que son talent n'ait suivi une marche ascendante de progrès, où 
certes il ne s'arrêtera pas, parce que l'artiste véritable ne saurait 
s'arrêter. Mais c'est qu'à nos yeux l'art est une si grande et sainte 
chose, que nous avons peine à pardonner, même au génie, les pro- 
fanations qui souillent le sanctuaire, et que nous ne pouvons nous 
empêcher d'admirer, quand l'occasion s'en présente, la dignité et 
la loyauté dans le talent. 

Le tableau actuel du jeune peintre malinois a obtenu à la 
dernière exposition du Louvre un succès brillant, quoique appar- 
tenant à un étranger, sans appui ni influence dans la presse 
parisienne. C'est bien certainement le plus bel éloge qu'on puisse 
en faire. Nous avons peu de chose à ajouter à un commentaire 
aussi flatteur, à un témoignage aussi éclatant que celui de la belle 
récompense qui lui a été décernée par le jury français. Deux mots 
suffiront pour exprimer notre opinion. 

Dans la lecture du testament, le point de mire de toutes les 
pensées, de toutes les espérances, de toutes les expressions, c'est le 
mystérieux document où repose la volonté dernière d'un mourant. 
C'est le centre de l'action. Le notaire n'est que l'instrument 



— H3 — 

impassible do cette volonté. L'artiste a admirablement saisi celte 
unité; toute sa composition tient à ce fatal morceau do papier qui 
règle toutes les destinées d'une famille, abaisse les uns et relèvi 
les autres, selon le caprice d'un pauvre malade qui, chose singu- 
lière, a pu disposer ainsi arbitrairement de ce qu'il ne pouvait 
plus garder, de ce qui allait cesser de lui appartenir pour jamais. 
Que de passions, que de douleurs, que de haines s'éveillent 
à la voix calme et insouciante de cet homme de loi, insensible et 
froid comme elle! que de sentiments divers, qiie do mouvements 
opposés! — Et l'on s'étonne qu'un pareil sujet soit répété par 
plusieurs artistes!.... 

Le dessin de M. Hunin est d'une correction parfaite, ses atti- 
tudes bien étudiées et d'un homme qui réfléchit profondément. 
Les expressions sont tontes d'une justesse remarquable. Le groupe 
de femmes et d'enfants, qui occupe le premier plan, est gracieux 
et naturel. Le notaire ne saurait être plus vrai. Le mauvais sujet, 
s'il n'est pas neuf de pensée, n'en est pas moins ravissant d'exécu- 
tion. La couleur est partout ferme et solide. L'air circule bien , 
et toutes les figures se détachent les unes des autres avec un 
relief étonnant. 

La leçon de 31. Hunin est également un bon tableau, facilement 
composé, et où l'on retrouve la même netteté d'exécution, la même 
touche large et vigoureuse. 



Un peintre hollandais, M. Blés, a exposé un intérieur de famille. 
d'une nature un peu moins sévère que la Lecture du testament, el 
intitulé : Scène de ménage d'après le poète Jacques Cals. Cette petite 
toile respire le génie na'if et caustique du poète hollandais. Mai? 
l'effet est un peu sec : la couleur de M. Blés n'est pas aussi natu- 
relle que sa composition; c'est, une manière originale, incisive, 
mais toute de convention. 



m 



— 114 — 



M. De Backer, d'Anvers, a envoyé Deux Savoyards surpris par 
l'orage. Ce tableau intéresse par la pensée mélancolique qui s'y 
reflète. Il est d'une bonne couleur, sage et harmonieuse. Le plus 
jeune des deux savoyards a une charmante physionomie, pleine 
d'expression ; l'ainé annonce un très-mauvais caractère : ses traits 
sont durs et contractés. 



La veuve du pauvre , par M. De Gkonckel , est un tableau 
d'une couleur peu agréable sans doute, mais remarquable par 
la vérité des expressions et le ton pénétrant de douleur qui y 
règne. 

La fille du moissonneur et les trois portraits de cet artiste sont 
conçus dans la même manière consciencieuse, mais un peu sèche 
et tranchante. M. De Gronckel n'a besoin que d'élargir sa couleur 
pour devenir un peintre distingué. 



M. De Loose est un jeune artiste plein d'avenir, et qui , 
dès à présent, se recommande par un dessin net et précis, une 
touche franche et ronde, une bonne entente de la couleur. Sa 
noce villageoise laisse à désirer quant aux choix des types. Il 
est à craindre que ce tableau, destiné à figurer dans une col- 
lection de Turin , ne donne bien mauvaise opinion là bas de 
la beauté de nos femmes. M. De Loose, qui est Flamand, aurait 
certainement pu trouver mieux que cela dans sa province. 



M. Duval-Le-Camus est un homme d'esprit et un bon dessinateur; 
mais sa couleur picotée manque tout à la fois d'effet et d'harmonie. 
Des trois tableaux exposés par cet artiste, le retour de la pêche, le 
frère quêteur et l'improvisateur , nous préférons de beaucoup le pre- 
mier; les deux autres sont d'une peinture trop peu achevée. Il est 
possible que nous n'appréciions pas autant qu'elles le méritent les 
œuvres de M. Duval ; mais nous avouons ne pas aimer ce style 



— US — 

conventionnel , — on pour nous servir d'un terme vulgaire — ce 
genre chic, auquel s'abandonnent quelques artistes de l'école fran- 
çaise, et qui, selon nous, est aussi éloigné de la bonne peinture, 
que les manières des petits-maitres le sont du ton de la bonne, 
compagnie. 

Un jeune artiste d'Anvers, M. Fisette, a exposé un tableau 
intitulé l'hospitalité. Ce titre est un peu vague et un peu laconique, 
en compensation sans doute, de quelques autres titres qui remplis- 
sent une demi-page ou même une page entière du catalogue ; mais 
cela n'ôte rien au mérite de M. Fisette : son tableau est agréable- 
ment composé; le dessin en est correct et la couleur harmonieuse , 
mais d'un faire un peu mou. 



M. Hougnies a deux toiles au salon ; le maître des pauvres et le 
curé de campagne. Cet artiste dessine purement, et sa couleur a 
quelque chose de calme et d'honnête, de doux et de mélancolique, 
qui sied bien aux sujets qu'il traite. 



La prise dévoile, de M. Houzé, accuse de l'intelligence et de 
l'étude; mais la composition est un peu entassée. Quelques parties 
sont vivement peintes; d'autres, au contraire, manquent de ton. 
Ce jeune artiste a le tort de s'attacher trop exclusivement à la 
manière de M. Gallait. Quelque admiration que l'on ait pour un 
maître, il faut l'étudier, mais non pas l'imiter. 



Nous ferons le même reproche à M. Gysi.ux.kx, élève de M. de 
Brackelcer. Son tableau , représentant un jeune paysan qui montre 
à sa famille les prix qu'il a reçus à l'école, reproduit non-seule- 
ment les effets qu'affectionne le grand peintre, mais les mêmes 
types, mais les mêmes expressions, mais les mêmes couleurs. C'est 
un défaut dont on peut se corriger, quand on a de l'intelligence, 
et M. Gyselinckx en a beaucoup ; sa composition le prouve. 



— 1 10 — 

Un autre jeune peintre d'Anvers, M. IIvesaeiu, a exposé un 
colin-maillard, qui se recommande par une assez jolie couleur. 
Malheureusement la composition manque de mouvement et d'en- 
train ; les altitudes sont apprêtées à force de vouloir être naïves, et 
les expressions un peu froides. 



Une scène du même genre a été traitée d'une manière plus vive 
et plus piquante par M. Molyn. Son tableau des bateleurs, quoique 
dépourvu d'harmonie et de moelleux, se distingue par une grande 
originalité et renferme des détails vraiment heureux. 



Le vieux braconnier de M. Noterman est plein de sentiment et 
d'une jolie couleur. Ce tableau, de même que la jeune laitière, 
dénote des études sérieuses chez l'artiste, et prouve un progrès 
dont nous le félicitons. 



A propos de progrès, nous signalons avec un véritable plaisir 
celui qui s'est manifesté chez un artiste dont la vie profondément 
laborieuse et les courageux efforts ont bien mérité cette récom- 
pense : nous voulons parler de M. Platteel. Sa fête du nouveau-né 
commence pour ce jeune peintre, et sous d'heureux auspices, une 
carrière toute nouvelle — soit dit sans allusion aucune au sujet 
du tableau. 



Un des plus brillants élèves de notre Académie, M. Van Ysendyck, 
semble, depuis quelque temps, arrêté dans son élan. Cet artiste n'est 
pas le seul chez qui l'on remarque, après que leur talent est 
parvenu à une certaine hauteur, ce ralentissement, cette indécision 
mêlée de bien et de mal, de force et de langueur, de jeunesse et 
de décrépitude. Nous nous sommes souvent demandé quelle pou- 
vait être la cause de ce triste phénomène, et nous avons acquis la 
conviction qu'elle gît bien moins dans un dépérissement de la 



— H7 — 

i'orce créatrice , que dans une suite d'habitudes prises tus 
naturellement par les hommes qui ont obtenu de bonne heure 
des suceès remarquables. Dans toutes les carrières fondées, pour 
ainsi dire, sur l'enthousiasme et le désir de la gloire, qui eu est 
le principal aliment, il arrive à ceux dont les premiers travaux 
ont été salués par les applaudissements de la l'ouïe, de se per- 
suader qu'il sulïit de produire beaucoup pour soutenir et perfec- 
tionner leur talent. Us travaillent donc à produire et déploient 
même souvent une grande activité ; mais, en produisant , ils 
épuisent peu à peu le fond qu'ils exploitent. Cependant, comme 
ils ont l'ait de grandes et fortes études, qu'ils ont acquis beaucoup 
et souvent triomphé, ils s'accoutument à regarder comme iné- 
puisable la mine qu'ils fouillent sans cesse. Us croiraient surtout 
décheoir au rang des écoliers, s'ils se permettaient encore d'étudier 
et de copier les grands maîtres, comme ils le faisaient quand ils 
étaient plus jeunes. Us procèdent enfin — qu'on nous pardonne cette 
comparaison un peu triviale — comme un laboureur qui, après 
avoir généreusement engraissé son champ pendant quelques années 
et avoir recueilli des récoltes magnifiques, s'imaginerait n'avoir 
plus besoin d'engrais pour l'avenir, et continuerait néanmoins à 
labourer, à planter et à semer sa terre : sa terre s'épuiserait, ses 
récolles s'amaigriraient d'année en année, et les passants s'éton- 
neraient de voir cette campagne naguère si florissante, devenue 
pauvre et stérile. 

Nous savons que notre observation paraîtra tout bonnement une 
banalité à bien des gens; mais qu'ils se donnent la peine d'y rcllé- 
chir, et d'observer de près ce qui se passe autour d'eux dans la vie 
d'un grand nombre de peintres — et ce que nous disons des pein- 
tres, est vrai des musiciens, des sculpteurs, des littérateurs, des 
artistes en général — ils se convaincront bientôt de la vérité de 
nos assertions. On s'imagine étudier parce qu'on travaille; on croit 
s'inspirer en visitant une exposition ou un musée; on se persuade 
qu'on imite la nature parce que de temps en temps on fait poser le 
modèle. Puis, peu à peu , on arrive à se croire si sûr de son fait. 



— 118 — 

qu'on laisse là musées et modèles, et l'on copie du matin au soir son 
mannequin, déguisé tour à tour en madone ou en femme de cham- 
bre, en baes d'estaminet ou en empereur romain! Insensiblement 
la pensée s'engourdit et se rapetisse, le style se raidit, la couleur 
devient monotone et guindée. Et, tandis qne tout le monde s'étonne 
et se plaint de cette dégénérescence, on poursuit aveuglément sa 
route, en luttant contre l'opinion, en maudissant la critique, en 
criant à l'injustice et à l'ignorance de la foule. 

Fort d'une conviction basée sur l'expérience, nous dirons aux 
artistes : si éclatants que soient vos succès, ne négligez jamais 
l'étude — mais l'étude réelle, comme vous la faisiez dans vos pre- 
mières années — et des anciens et des modernes. Qne, jointe à 
l'observation de la nature, elle retrempe sans cesse en vous les 
sources de l'inspiration. Car l'inspiration, quelque puissante 
qu'elle apparaisse en vos œuvres, ne saurait longtemps vivre d'elle- 
même. C'est un feu qui a besoin d'être alimenté : quand vous 
étiez plus jeune, c'est-à-dire quand le foyer était ardent, vous le 
nourrissiez sans cesse; et, aujourd'hui que le foyer aurait besoin 
de plus de soins peut-être, vous le négligez, vous voulez qu'il se 
suffise. Aussi voyez, la flamme baisse, le feu s'éteint, et bientôt il 
ne vous restera plus qu'un peu de cendres fumantes.... 

Cela posé, nous dirons que dans le tableau de M. Yan Ysendyck, 
intitulé: deux nymphes surprises par des satyres, il y a des détails lar- 
gement traités, d'une bonne et vive couleur. Cet artiste a beaucoup 
étudié Rubens; il en est comme tout pénétré, et il se rencontre 
souvent sous son pinceau d'heureuses réminiscences. Mais les figu- 
res des nymphes manquent de noblesse. Les expressions ont dépassé 
la surprise, elles en sont déjà à la colère. Il y a tant et de si belle 
étoffe en M. Van Ysendyck , que nous serions heureux de voir aller 
jusqu'à lui des observations dictées par une conviction sincère et 
par la profonde estime que nous avons pour son talent. Qui sait? 
Ces observations le feraient peut-être réfléchir. 

Nous ferons le même vœu pour M. Delacroix dont nous avons 
mentionné le tableau, et pour un autre artiste dont les débuts 



— 119 — 

avaient été également fort heureux. Nous voulons parler de M. Van 
Uooy, d'Anvers. Cet artiste avait fait de grandes et fortes études, 
qui ont produit d'abord de beaux résultats, auxquels tout le monde 
a applaudi; malheureusement, depuis quelque temps, il s'obstine 
dans une manière plus que dangereuse. Cependant, nous le recon- 
naissons , quand on considère attentivement la Judith qu'il a 
exposée celte année, on y découvre un commencement de réaction 
qui, il faut l'espérer, ira jusqu'au bout, et ramènera l'artiste à la 
belle et solide couleur de son comte d'Egmont et de quelques 
autres compositions. 



Un artiste auquel nous avons des félicitations a adresser sur le 
changement quis'est opéré dans sa manière, c'est M. Melzer, auteur 
du retour du fils coupable. 

Nous l'avouons franchement, quand, il y a trois ans, nous enten- 
dions faire l'éloge de la toile exposée à Bruxelles par M. Melzer, 
nous désespérions de son avenir, parce que nous avons toujours 
cru que c'est rendre un bien mauvais service à un artiste de le 
louer sur ce qu'il peut faire de bon dans une voie fatale pour son 
talent. Dans ce cas, il faut avoir le courage de cacher à l'artiste 
même le plaisir que l'on peut éprouver par l'exécution matérielle 
de son œuvre. Un sujet ignoble, un style faux même, peut réussir 
un instant; mais c'est un succès donné par le hasard, et que la 
conscience du critique doit repousser. 

M. Melzer avait obtenu un succès pareil par des scènes triviales. 
Nous l'avons combattu alors, comme étant en dehors de l'art. Au- 
jourd'hui que le jeune peintre est rentré dans le girou, nous lui 
devons une réparation. Son tableau actuel n'est pas brillant, mais 
comme le sujet, touchant et sévère. L'artiste a compris que le ton 
de sa couleur devait s'harmoniser avec la nature de sa pensée. La 
scène d'ailleurs est sagement disposée ; les expressions sont bien 
rendues, enfin c'est un ouvrage consciencieux et étudié. Mais, 
hâtons-nous de le dire, il n'est pas fait pour plaire à la foule. 



— 1*20 - 

M. Seguers, d'Anvers' a exposé les femmes artistes, joli tableau 
d'un dessin correct et d'une couleur fraîche, mais un peu molle. 
Les accessoires qui remplissent le petit atelier de ces dames sont 
heureusement rendus. Le même artiste a au salon un bon portrait 
de femme. 

M. Willems a traité, d'une manière très-piquante, une ancienne 
fête d'arbalétriers. Il y a du mouvement et de l'originalité dans 
cette composition; la scène est animée, rien ne traîne, rien ne 
languit. Les figures sont joliment dessinées et bien peintes. On 
remarque surtout une jeune dame coiffée d'un chapeau à larges 
bords coquettement relevés sur une charmante petite tête. 



M. Giillaume Somers est un artiste d'avenir. Son moine médi- 
tant, quoiqu'un peu exagéré d'effet, est une bonne étude. Le 
dessin est pur, et la couleur promet beaucoup. 

Les Intérieurs hollandais de M. Van Hove sont de charmantes 
petites toiles, pleines d'effet tout à la fois et de naïveté. Le style 
et la couleur de cet artiste rappellent singulièrement la manière 
de M. Leys. C'est faire un bel éloge de M. Van Hove. 



31. Joseph Jacoi-s a exposé une cour d'auberge dont l'aspect 
général n'est pas heureux , mais où se rencontrent des détails 
bien traités. 



M. Lion, élève de M. de Block, a rendu, d'une manière vive et 
naïve, la fête de St-Pierre aux environs d'Anvers. La composition de 
ce jeune artiste est une belle promesse d'avenir. Il est à bonne 
école ; il a tout ce qu'il faut pour en profiter. 



— 121 — 

M. Venneman a exposé deux tableaux, le tour de varies manqué 
et le concert burlesque. Nous n'aimons p. n s beaucoup le genregro- 
tesque; niais nous ne pouvons garder rancune à M. Vennemau, en 
présence de toutes ces bonnes figures si naïves, si réjouies, si 
vraies. Il y a dans le style de cet artiste quelque chose de si comi- 
que, de si drôlement tourné, qu'en dépit des dispositions les plus 
sérieuses on ne peut s'empêcher de rire et de pardonner. Son des- 
sin d'ailleurs est facile et sa couleur vive et piquante, quoique 
toujours contenue. Le concert burlesque est une scène flamande , 
d'esprit et de coloris, rendue avec une bonhomie toute caustique. 
Chez M. Venneman, la trivialité n'est qu'apparente ; il y a, au 
fond , une fine satyre des mœurs qu'il retrace. — Ce dernier ta- 
bleau appartient à la belle collection, si éminemment anversoise, 
de M. Wuyts; collection qui — soit dit en passant — est une 
des plus riches et des plus intéressantes du pays. 



Nous avions entrepris ce travail dans l'intention de signaler par- 
ticulièrement ce qui pouvait intéresser Anvers, soit par les noms 
des artistes, soit par la nature des tableaux. Notre tâche peut être 
considérée comme terminée; car nous avons parcouru toutes les 
productions les plus remarquables en fait de peinture historique et 
de genre; or, ce sont là, pour ainsi dire, les spécialités de l'école 
anversoise * 

Nous ne dirons qu'un mot sur le reste du salon, e'esl-à-dire, 
sur les paysages, les marines, etc. 

En fait de paysage, le tableau capital de l'Exposition c'est celui 
de M. Calame, les ruines de Pcstum. Ce tableau est un admirable 
modèle en son genre : il mérite bien qu'on s'y arrête un instant, et 
qu'on recherche le secret de la magique influence qu'il excerce 
sur le spectateur. 

1 C'est ici que s'arrêtait le travail que M. Eugène de Kerckbove nous avait 
remis, il y a trois mois. L'auteur, afin de compléter autant que possible sa revue 
du salon , a bien voulu nous communiquer dans le cours même de l'impression . 
les quelques pages qui suivent. (Note du Secrétaire-Perpétuel). 



- h22 — 

11 y a dans la contemplation de la nature deux grandes sources 
de poésie : la solitude et les ruines. La vue du désert réveille en 
nous le sentiment de l'infini, de cet infini auquel nous participons 
par la nature de notre pensée ; ce sentiment nous élève à nos 
propres yeux ; il nous rappelle qu'il y a en nous quelque chose 
qui ne doit pas périr, quelque chose qui domine la matière, qui 
remonte à Dieu lui-même. Les grandes ruines produisent un tout 
autre sentiment : ce n'est plus de l'exaltation, de l'enthousiasme ; 
c est de la rêverie. Devant elles , nous nous souvenons de notre 
petitesse, de notre néant ; nous nous sentons presque humiliés en 
présence de ces pierres qui ont vu de si grandes choses, qui ont 
survécu à tant de générations, et qui restent là immobiles et 
silencieuses devant nous, comme si elles dédaignaient notre pré- 
sence passagère!.... 

Ces deux sources d'inspiration se combinent dans la majestueuse 
composition de M. Calame. Le temple de Peslum en ruines est 
là pour attester le passage d'une civilisation brillante qui s'est 
éteinte, la vie d'un peuple composé d'êtres comme nous, qui ont 
passé quelques jours sur la terre, comme nous, et qui se sont effacés 
après, comme nous aussi nous effacerons bientôt. Autour de ces 
souvenirs imposants, qui s'adressent tout à la fois au cœur et à 
la raison de l'homme, se déploie une vaste solitude où nulle 
créature ne rappelle la vie. Nous sommes là tout seul. Mais, en 
présence d'un semblable spectacle, il faut être seul. Ayez un 
compagnon, et l'impression perdra toute sa grandeur. Il est des 
émotions qui ne souffrent pas de partage, comme il en est d'autres 
qui ne vivent, pour ainsi dire, que par la communauté. Vous 
trouvez-vous devant un splendide monument d'architecture, admi- 
rez-vous un beau tableau, jouissez-vous d'une musique délicieuse, 
vous n'êtes heureux qu'à demi si vous ne pouvez partager votre émo- 
tion, si vous n'avez pas là près de vous un cœur où vous puissiez 
épancher le sentiment qui déborde en vous. Mais l'impression que 
cause la solitude, au contraire, est pour ainsi dire, égoïste par na- 
ture : elle ne veut pas être partagée ; le partage la détruirait : là où 



— 125 — 

l'on est deux, il n'y a plus de solitude. M. Calame a, soit par ré- 
flexion, soit par hasard peut-être, admirablement saisi celte nuance : 
il aurait placé une figure dans sa composition — comme un artiste 
ordinaire n'eût pas manqué de le faire — qu'il en eût détruit toute 
la grandeur, toute la poésie. La créature humaine qu'il eût sup- 
posée jouissant de ce magnifique spectacle, eût attiré à elle tout 
l'intérêt; car elle eût été censée s'animer du sentiment dont nous 
parlions tout à l'heure, sentiment qui à présent reste tout entier 
au spectateur. 

L'art est une belle imitation de la nature : M. Calame a si bien 
imité que son tableau produit sur le spectateur presque tout l'effet 
que produirait la nature si belle, si imposante, si poétique qu'il 
nous représente. Il y a d'ailleurs dans le choix de l'heure du jour , 
ou plutôt de l'heure du soleil, quelque chose de très-heureux : un 
semblable spectacle présenté vers le soir et sans soleil eût été certes 
plus sévère, plus triste; mais il n'eût élé que cela. La jeunesse éter- 
nelle de l'astre vivifiant se marie si bien à la vieillesse et à la décré- 
pitude des œuvres de l'homme ! Vu en plein midi, c'eût été une belle 
image de désolation, quelque chose de cru et d'implacable comme 
une plage d'Afrique. Le sol eût été sans mouvement, sans intérêt, 
pour ainsi dire, aux yeux du spectateur; or l'artiste, en cachant le 
brillant foyer derrière une ruine, a trouvé le moyen de nous intéres- 
ser, par un mouvement admirable mais très-naturel cependant de 
teintes et de nuances, au moindre grain de sable. Voyez ce tronçon 
de colonne qui git là tout seul, au premier plan ; il nous attire, il nous 
fait rêver: pourquoi? Parce que le peintre l'a si habilement placé, si 
heureusement éclairé, qu'il y a là quelque chose qui semble vivre, 
penser, souffrir. Tous les détails sont traités avec le même bonheur: 
l'artiste a tiré parti des plus légères ondulations de terrain, et l'œil 
va se perdre sans effort dans le lointain, au milieu d'une magnifique 
harmonie du ciel et de la terre. 

Après M. Calame, nous mentionnerons, en fait de paysages et 
de vues, (en suivant l'ordre du catalogue), une vue aux environs de 
Bruxelles, bien traitée mais mal choisie, par M. Goene; une série 



— \u — 

d'études sur le pays de Spa ; pays que M. Delvaux affectionne lout 
particulièrement, et qu'il conçoit bien, niais traduit avec froideur et 
nonchalance; une vue, remarquable par la vigueur du coloris et le 
luxe de la lumière, prise aux environs de Civita-Ducale , par 
M. E. Devigne; un paysage très-fidèle, trop fidèle même et un peu 
cru, par M. Fourmois; un hiver vivement peint, mais pas assez froid, 
par M. Hoppenhrouwers; trois charmantes mosaïques de M. Hostein, 
pleines de coquetterie, et bien préférables, selon nous, à la foret 
marécageuse du même artiste; une jolie vue prise à Ixelles , par 
M. Klnderjians ; un bon paysage, largement fait, mais dont il 
faudrait effacer les figures et adoucir certaines expressions, par 
M. Lapito, une vue dans la forêt de Fontainebleau; des souvenirs 
de voyage pleins d'intérêt, rapportés de Suisse et de Constanlinople, 
par M. Florent Mols; un orage de M. Reiffenstein , d'une grande 
et touchante simplicité; un hiver et deux vues, de M. Schelfout, 
admirables, comme tout ce qui sort de ce riche pinceau ; un 
hiver dans les Ardennes, fort joliment traité, par M. Van der Eycken; 
les charmantes toiles de M. Veryeer ; les vues si vraies , si 
naïves, tout à la fois et si habiles, de M. Waldorp. Ajoutons à cela 
les fantastiques effets où se plait le talent de M. Van Schendel, 
dans ses vues de marchés hollandais; un délicieux intérieur de 
Harlem, par M. Van Hove; les magnifiques intérieurs d 'églises de 
MM. Waldorp et Bosroom ; les belles et consciencieuses études de 
MM. Gemsson et Serron sur nos vieilles et augustes basiliques, 
si pleines de grandeur et de poésie qu'elles devraient, ce semble, 
inspirer plus souvent l'imagination de nos jeunes artistes. Car enfin 
n'y a-t-il donc pas plus à faire, pour un pinceau intelligent, de 
l'intérieur d'un temple, où se déroulent, dans toute leur pompe, 
les pieux spectacles de la religion, que d'une vue de cabaret où 
s'étale honteusement la dégradation de cette créature soit-disant 

raisonnable qu'on appelle l'homme! 

En fait de marines, nous rencontrons encore et avec plaisir, les 
noms de MM. Schelfout et Waldorp, dont le beau talent ne se 
dément nulle part. Nous devons y joindre ceux de MM. Fraîicia, 



— i'2o — 

Isaijey, Clays, Gannemans, Meyer et de Hoy, qui se sont noblement 
partagé les suffrages des amateurs. 

Les animaux n'ont pas eu infiniment à se louer, cette année, 
de M. Robbe; nous craignons même qu'ils ne lui en veuillent beau- 
coup. Par une heureuse compensation , ils ont trouvé dans SIM. C. 
et E. T'Sciiaggeny d'éloquents interprètes de leur belle et bonne 
nature. M. Stevens a droit aussi à leur reconnaissance; car il nous 
a initiés, avec inliniment de grâce et d'esprit, à leurs petites scènes 
de ménage. Quant à M. Yerboeckhoven , il n'y a plus rien à dire : 
il n'y a qu'à voir et admirer. 

Saluons enfin, pour couronner la revue des tableaux, les bril- 
lantes fleurs que fait éclore si belles, si fraîches et si parfumées, 
le puissant pinceau de M. Saim-Jean ; et terminons cette trop in- 
complète description par un mot sur la sculpture et la gravure. 

Le salon de sculpture, comme celui des tableaux, accuse un 
grand progrès de style et de pensée dans notre jeune école. Les 
œuvres toujours si remarquables de MM. Geefs et Geerts ont ren- 
contré cette année une vive et brillante concurrence dans le talent 
noble et gracieux de M. Fraikin (l'amour captif), et les inspirations 
si pures, si délicates, si frêles de M. Jacquet (Venus et V amour; 
jeune fille au papillon ; génie sur un tombeau). Nous devons men- 
tionner aussi avec honneur les noms de MM. Boire — dont le 
Promêthée est une magniGque promesse d'avenir — De Bay, Tier- 
linckx, J.-B. de Cuyper, Van den Kerckiiove, Meuldermaiss, Wicu- 
mann, etc. 

En fait de médailles, nous citerons, comme l'une des œuvres 
les plus complètes de gravure qui ait été exécutée dans notre 
pays, le magnifique portrait de M. Le Prince de Lig:se, par M. IIart. 
L'artiste anversois n'eùt-il jamais fait autre chose, qu'il mériterait 
encore le premier rang parmi ses concurrents. 

Cette médaille de même que celle de M. Eugène Sue, a obtenu 
le plus grand succès à Paris... Nous sommes convaincu que la 
commission des récompenses et le gouvernement sauront, cette 
année, rendre au beau talent de M. Hart la justice qui lui est i\uv 



LES 

DERNIÈRES TAPISSERIES 

DES 

FABRIQUES DAUDENAERDE , 

PAU M. LE BARON JULES DE SAINT-GENOIS, 

Conseiller de l'Académie, etc. 



Grâce à l'empire tout puissant de la mode, on revient aujour- 
d'hui un peu à la richesse des ameublements antiques et, partant 
aussi, aux idées d'art que comportaient nécessairement des meubles 
qui coûtaient des sommes énormes et qui étaient destinés à 
traverser des siècles, à rappeler aux générations futures l'opulence 
des ancêtres. Pendant les cinquante années qui viennent de 
s'écouler, soit amonr pour la simplicité, puritanisme républicain, 
stérilité d'invention ou toute autre cause, on se contentait de 
couvrir les murailles d'un appartement, d'un papier plus ou moins 
velouté et glacé, d'un badigeon sans goût qui usurpait le nom de 
peinture , de boiseries sans sculptures , raides , rectilignes , 
anguleuses comme un équerre. On se plaisait à détruire et à 
jeter au rébus, comme vieilleries sans mérite, les cuirs dorés, les 



— \n — 

tentures de soie, les tapisseries de haute-lisse, voire même bien 
des tableaux remarquables qui remplissaient les panneaux des 
grandes salles d'autrefois. Franchement, et même sous le rapport 
delà richesse seule, ces ornements coûteux, valaient mieux que 
cette somptuosité de clinquant et de similor qu'on trouvait du 
plaisir à renouveler et à varier tous les cinq ou six ans et qui se 
distinguait d'ailleurs malheureusement encore par l'absencede toute 
préoccupation artistique. Aussi tout ce luxe prétendu était-il rococo, 
sans grâce et dépourvu de cette harmonie dans les formes exté- 
rieures, qui, au milieu de la vie privée, entretient le goût des 
arts et l'amour des belles choses. Car on ne saurait la méconnaître 
l'influence des objets qui nous entoureut, et qui frappent journel- 
lement nos regards, est plus puissant qu'on ne le pense, sur les 
tendances de notre esprit. En général on ne songe pas assez à 
habituer la classe aisée , à n'avoir sous les yeux que des meubles, 
des ornements, un luxe enfin, qui élève sa pensée et Halle son 
imagination. Les impressions que laissent de laides choses, dans 
l'idée de la jeunesse, vicie le bon goût et rend plus tard l'intelligence 
impropre à apprécier l'utilité pratique des arts. 

Sous ce rapport une véritable révolution s'opère aujourd'hui 
dans les ameublements. Les gens riches comprennent que les arts, 
appelés au secours du luxe, peuvent doubler leurs jouissances et 
imprimer à l'industrie un mouvement plus intelligent. L'engoue- 
ment pour le gothique d'abord, puis pour la Renaissance, a amené 
ce salutaire changement, et nous espérons voir bientôt l'époque, 
où chaque ornement, chaque objet d'ameublement ne sera plus 
qu'une belle peinture, une sculpture précieuse, une ciselure 
digne de passer à la postérité. 

La richesse de nos salons consistait surtout au siècle dernier, 
dans de magnifiques tapisseries de haute-lisse qui toutes avaient 
leur mérite sous le rapport du soin avec lequel elles étaient tissées. 
Quelques anciennes maisons de Gand, de Bruges et d'Anvers, 
conservent encore des vestiges de ce luxe à la fois sévère et 
grandiose de nos aïeux, et ce ne sont pas celles qui sont le moins 
bien ornées. 



— 128 — 

Les fabriques do tapisserie de la Flandre jouissaient autrefois 
d'une juste célébrité. Audenarde surtout , passait pour avoir 
poussé fort loin la perfection des hautes et basses-lisses. Les 
ateliers de cette ville occupaient un nombre considérable de bras, 
et leurs produits étaient renommés dans l'univers entier. 

Sous François I, Gili.es Gobelin, de Reims, vint établir une 
manufacture de teinturerie à Paris. On y donnait à la laine et 
à la soie, les couleurs les plus éclatantes, les nuances les plus 
belles. Mais on ne s'y occupait point du tissage. Les frères Canaye 
qui succédèrent à cet intelligent industriel, furent les premiers 
qui au commencement du 17 e siècle, entreprirent la fabrication 
des tapisseries de haute et basse-lisse. On faisait bien, depuis des 
siècles , en France , des tapisseries historiées , mais le travail en 
était grossier et la dégradation des teintes à peine observée. Les 
produits des frères Canaye étaient encore fort imparfaits, lorsque 
vers 1650, quelques ouvriers d'Audenarde arrivèrent à Paris, 
sous la conduite de Janssens, leur maître, et donnèrent à l'atelier 
de Gobelin une direction toute nouvelle. Dès ce moment, les 
tapisseries de ce magnifique établissement excitèrent l'admiration 
de toute l'Europe. Organisée sur un grand pied, cette fabrique, 
placée d'ailleurs sous le patronage de la cour de France, éclipsa 
bientôt la gloire des ateliers de haute-lisse de la Flandre, dont, 
nous le ferons observer en passant, les meilleurs ouvriers, avaient 
déjà , un demi-siècle auparavant , émigré en grande partie à 
l'étranger, surtout en Hollande, pour échapper aux troubles civils 
et religieux de la Belgique. 

Audenarde continua cependant , à rester en posession d'une 
certaine célébrité dans ce genre d'industrie, bien que le gouver- 
nement d'alors ne fit aucun effort pour encourager des fabriques 
jadis si célèbres. Au commencement du dernier siècle, il y avait 
dans cette ville, un fabricant de tapis , nommé P. Vaisder Borgt , 
qui a laissé des tapisseries d'un mérite remarquable. J. B. Bhandt 
fut le dernier industriel de cette espèce à Audenarde; il ferma 
ses ateliers en 1772. Il avait seul survécu aux fabricants de 



— 129 — 

tapisserie de hautelisse de la Belgique. ' A sa mort , il hissa un 
grand nombre d'admirables et riehes tentures qui passèrent a 
son héritier, M. F. Van Meldert» à Malines. 

Ces tapisseries, si remarquables sous le rapport de Tari, sont 
aujourd'hui dans la possession de M. E. Van Meldert, membre du 
conseil provincial de la Flandre-Orientale. Elles forment dans son 
château de Zèle une collection d'une valeur arlislislique et maté- 
rielle inappréciable; c'est incontestablement la plus importante de 
la Belgique. Elle renferme au-delà de cent grandes tentures, 
assorties de façon à pouvoir meubler quatorze appartements. 

Aucune de ces tapisseries n'a encore servi; aussi conservent-elles 
une fraîcheur, un éclat de couleurs, dont on ne saurait se former 
une idée. 

Les principaux tableaux représentent des scènes de l'ancien 
testament, des conversations, des sujets tirés des métamorphoses 
d'Ovide, des jeux dans le genre de Teniers, des oiseaux rares, 
des animaux étrangers, des sites boisés. 

Le travail est d'un fini et d'une richesse qui ne le cède en rien 
aux plus belles productions des Gobelins. On voit à l'aspect de 
ces tentures, qui ont près d'un siècle d'existence, à quel degré de 
perfection, celte industrie était arrivée autrefois dans notre pays. 

Si nous sommes bien informé, on assure que S. M. le roi a 
l'intention de meubler une partie de son château d'Ardenne dans 
le goût flamand du 17 n siècle. Les tapisseries de M. Van Meldert 
figureraient avec bonheur dans ces appartements; elles seraient 
d'autant mieux placées dans un palais royal qu'elles forment les 
derniers débris d'une industrie nationale aujourd'hui oubliée et 
qui autrefois était des plus florissantes dans les Pays-Bas. Nous 
savons de bonne source, que M. Van Meldert a l'intention de se 
défaire d'une grande partie de ces tapisseries restées jusqu'ici 
sans emploi chez lui et qui mériteraient d'être plus connues. Il 



1 Voir Vander Meersch, Notice sur ion monnaie obsidionale . Garni, isj: 
35 m a 



— 130 — 

serait à souhaiter que ce riche fond de magasin des anciennes 
l'abriques flamandes de tapisserie de haute-lisse fut conservé dans 
le pays, comme monument de l'habileté industrielle de nos ancêtres. 
Nous faisons des vœux , pour que le roi , digne appréciateur de 
tout ce qui tient aux arts chez nous , fasse l'acquisition de cette 
précieuse collection , qui contribuerait sans aucun doute à l'em- 
bellissement d'une résidence princière. 



— 151 — 

(MISSION : 

À la Liste des familles formant le corps de la noblesse du royaume 
de Belgique (voir p. 295 et suivantes du 2 e volume), doit être 
ajouté le nom de WITTE. Cette noble et ancienne famille de 
Wilte a été reconnue dans la noblesse nationale par arrête du 
roi des Pays-Bas, en date du 22 septembre 1825. Notre savant con- 
frère M. le chevalier J. de Witle, l'un des fondateurs de l'Acadé- 
mie, connu par ses excellents travaux archéologiques dans toute 
l'Europe, appartient à cette famille, dont Butkens, Trophées, cite 
des membres parmi les nobles vassaux de Brabant sous la duchesse 
Jeanne. Cette maison est issue des sept-familles-patrices-nobles de 
Louvain; et de tous temps elle a contracté des alliances avec les 
premières familles nobles des Pays-Bas; elle a jadis possédé un 
grand nombre de seigneuries et fourni plusieurs magistrats de 
haute distinction. Voyez Butkens, Trophées; Diveus, Opéra Varia; 
Délices des Pays-Bas ; les archives de Louvain , de Malines et d'Anvers; 
etc. Elle avait primitivement pour armes : d'or à trois pales de 
gueules, au chef de gueules à Vaigle partie d'argent ; mais elle a 
adopté plus tard les armes qu'elle porte aujourd'hui : de gueules 
au chevron d'argent, accompagné de trois mouettes de même. 

Note de la Rédaction. 



152 — 



I^TTK^DT 



Correspondance de \ Académie. 



Plusieurs membres adressent des remercîments à l'Académie 
pour leur admission. 

M. Ilemy, président de l'Académie impériale des Beaux-Arts de 
Vienne, membre correspondant, exprime à l'Académie combien 
il attache du prix à être en relation avec elle, et lui fait part, en 
même temps, de l'intérêt avec lequel nos Annales sont accueillies à 
Vienne. 

M. Chapman, secrétaire de l'Académie nationale de peinture 
de New- York , membre correspondant, dans une lettre très- 
étendue, adressée à M. le président, rend un compte intéressant 
et détaillé de l'enseignement institué auprès de celle Académie. 
Il s'attache à démontrer les avantages qui doivent résulter des 
relations qui se sont établies entre les deux compagnies. La même 
lettre fait un brillant éloge de la statue en marbre, la sortie du 
bain, placée au musée de New-York, exécutée par notre honorable 
confrère M. Jean-Baptiste de Kuyper. M. Chapman dit que cette 
statue excite une admiration universelle aux Etats-Unis. 



— 135 — 

M. Lckens, membre do la députation des Etals du duché de 
Limbourg, adresse à l'Académie quelques réflexions très-sages 
relativement à la conservation des monuments. M. Lekens, homme 
d'un caractère des plus généreux et des plus honorables, s'indigne 
avec raison contre la dégradation dont ils sont l'objet. 

« J'ai vu il y a quelques jours, dit-il, dans la commune de 
» Munstcrbilsen (Limbourg belge), transporter une grande pierre 
» tumulaire portant huit quartiers de la famille de Mérode, et 
» qui allait servir de passage sur un conduit d'eau, à environ 
» deux cents mètres du village. II est probable que cette famille 
» attache du prix à ce monument, qui est encore intact. 11 
» provient du chapitre noble de Munslerbilsen » 

L'Académie a reçu, depuis la publication de la livraison précé- 
dente de ses annales, les envois suivants : 

4. M. Bogaerts, secrétaire-perpétuel, remet àl'Académieun travail 
manuscrit du plus haut intérêt sous le titre de : De la destination des 
pyramides d'Egypte. Ce travail, entrepris dans le but de réfuter le 
système de M. de Persigny, a été jugé tellement remarquable que 
le comité de publication a arrêté, à l'unanimité, de l'imprimer 
dans la livraison prochaine des annales de l'Académie. 

2. De M. Hart, membre correspondant de l'Académie, la médaille 
que les artistes Belges ont fait frapper en honneur du prince de 
Ligne, ambassadeur de belgique à Paris. Celte médaille, d'une ad- 
mirable exécution est une nouvelle preuve du beau talent de 
M. Hart. 

3. De M. Willems, membre correspondant de l'Académie , la 
3 e livraison , pour 1843, de son recueil intitulé : Belgisch muséum, 
que nous nous plaisons toujours à recommander à ceux qui at- 
tachent quelque prix à notre langue nationale. In-8°, Gand, impri- 
merie de Gyselynck. 

4. De M. le comte de Kerckhove d'Exaerde, conseiller de l'Aca- 
démie, un mémoire manuscrit, traitant de la maladie des pommes 
de terre, etc. 

5. De l'Académie royale des sciences d'Erfurt, le rapport de son 



— \u — 

secrétaire-perpétuel sur ses travaux depuis le i' r avril 1844 jusqu'à 
1845 inclusivement. In-8", 1845, Erfurt, imprimerie de Stenger. 

6. De la Société des Antiquaires de Picardie, les numéros 2 et 3 
de son bulletin de l'année 1845. Amiens, imprimerie de Duval et 
Herment. 

7. De M. le baron de S tassa rt, membre honoraire de l'Académie, 
sa notice nécrologique sur C. G. A. Laurillard-Fallot, major du 
génie, etc. In-8°, 1844, Bruxelles, imprimerie de Van Dooren. 

8. De M. Alexandre Schaepkens , membre correspondant de 
l'Académie, la seconde, la troisième et la quatrième livraisons de 
son recueil : vues dans le Limbourg aux bords de la Meuse. Les éloges 
bien mérités que nous avons faits de la première livraison de 
M. Schaepkens, peuvent s'appliquer également à celles que nous 
venons d'annoncer. 

9. La Société de pharmacie d'Anvers, dont nous ne pouvons 
manquer de louer le zèle et les importants travaux, fait parvenir à 
l'Académie toutes les livraisons de son Journal. In-8°, Anvers, 
imprimerie de De Gort. 

40. M. le docteur Van Hoof, médecin à Bouchout, (province 
d'Anvers), fait hommage à Y Académie de sa brochure intitulée: 
Des devoirs du médecin. In-8°, 1845, librairie de Deprez-Parent. 

il. M. le chevalier Hody, membre honoraire, fait cadeau à la 
bibliothèque de l'Académie, du Mémoire à l'appui du projet de loi 
sur les prisons , présenté à la Chambre des représentants de Bel- 
gique, etc. 1 vol. in-8°, avec planches , 1845, Bruxelles, impri- 
merie de Weissenbruch. 

12. M. le docteur Gunier fait hommage à l'Académie de trois 
nouvelles livraisons de ses Annales d' oculistique, qui continuent à 
obtenir un succès bien mérité. 

13. M. Fuss, membre correspondant, fait hommage à l'Académie 
de son intéressant ouvrage sous le titre de Poemata latina adjectis 
et germanicis grœcisque nonnullis partim hic Denuo algue Emenda- 
tiora partim primum Edita. Volumen I, De germanica aliisque 



— 135 — 

linguis latina Reddita. 1 gros vol. in-8° ; 1845, Liège, imprimerie 
de Félix Oudart. 

14. Le même adresse à l'Académie une brochure intitulée 
De umbilicis, cornibus , frontibus in veterum libris disceptalio, 
etc. , in-8°. 

15. M. Prosper Cuypers fait hommage à l'Académie d'une bro- 
chure intitulée : Berigt omtrent eenige oude graefheuvelen , onder 
Baark-Nassau in Noord-Braband. In-8°, Arnheru, imprimerie de 
Nyhoff. 

16. M. le docteur Escolar, membre correspondant, transmet a 
l'Académie une nouvelle collection de numéros de son journal 
intitulé : Boletin de Medicina, Cirurjia y farmacia. 

17. M. Ed. Le Grand, membre effectif, fait cadeau à la biblio- 
thèque de l'Académie d'un exemplaire du tableau général du com- 
merce avec les pays étrangers, pendant l'année 1845, publié par le 
ministre des finances. In-folio, 1844, Bruxelles, imprimerie de 
Hayez. 

18. M. L. Van Lerberghe, archiviste d'Audenarde, fait hommage 
à l'Académie des trois premières livraisons de son recueil sous le 
titre d 1 ' Audenaerdsche mengelingen. In-8", 1845, Audenarde, impri- 
merie de Gommar De Vos. Nous nous plaisons à recommander spé- 
cialement cet intéressant recueil, paraissant par livraisons men- 
sueles. On s'y abonne chez les principaux libraires du royaume. 

19. M. le docteur Sichel, commandeur de l'ordre du Christ de 
Portugal, chevalier des ordres de Léopold et de la légion d'honneur, 
etc., fait hommage à l'Académie d'une brochure pleine d'intérêt sous 
le titre de cinq cachets inédits de médecins-oculistes romains. In-8, 
1845, Paris, imprimerie de Félix Malteste. 

20. M. Ferd. Henaux, membre effectif, fait hommage à l'Académie 
d'une brochure intitulée : considérations sur l'histoire monétaire du 
pays de Liège. In-8°, 1845, Liège, imprimerie de J. Desoer. 

21. M. l'abbé Cochet, membre correspondant, offre à l'Académie 
une notice sur les fouilles exécutées à Neuville, près de Dieppe, 
en 1845. In-8°, 1845, Rouen, imprimerie d'Alfred Péron. 



— 156 — 

22. M. Ketele, membre correspondant, fait cadeau à la biblio- 
thèque de l'Académie, de la nouvelle production dont M. Joseph 
Ilonsse, auteur de plusieurs écrits estimés, vient d'enrichir la litté- 
rature nationale, et à laquelle il a donné le titre d'Arnold van Schoo- 
risse (épisode de la révolte des Gantois de 1582-1585). 4 vol. in-J2, 
1845, Àndenarde, imprimerie de Gommar de Vos. 

25. M. de Longpérier, membre correspondant, fait hommage à 
l'Académie d'une notice sur les figures velues employées au moyen 
âge dans la décoration des édifices, des meubles et des ustensiles. In-8' 1 , 
1845, Paris, imprimerie de Leleux. 

24. L'Académie reçoit de M. P. F. Van Kerckhoven , membre 
correspondant, connu par plusieures excellentes productions écrites 
en langue nationale, son Roman historique intitulé : Daniel. 1 vol. 
in-8°, 1845, Anvers, imprimerie de Buschmann. 

25. Du même, son ouvrage intitulé : Femand de Zeeroover. 1 vol. 
in-8° avec planches, 1845, Anvers, imprimerie de Buschmann. 

26. Du même, son ouvrage intitulé : Oud bclgien. 1 vol. in-8°, avec 
planches; 1845, xVnvers, imprimerie de Van Bouvvel. 

27. La rédaction du messager des sciences historiques de Gand 
adresse à l'Académie ses deux dernières livraisons de 1845. 



SEANCE GÉNÉRALE 

DU 10 DÉCEMBRE 1845. 

Président! 91. 1« vicomte DE KRKCkHOVE; 
Secrétaire! I. Félix BOGAERTS. 

RAPPORT DU SECRÉTAIRE-PERPÉTUEL. 

Messieurs, 

Chargé d'avoir l'honneur de vous présenter un rapporl sur les 
travaux de l'Académie depuis notre dernière séance générale du 
mois de juin, il me serait facile de vous entretenir longtemps sur ce 
sujet, s'il m'était permis encore de le traiter avec toute rétendue 
que réclamerait son importance. Mais, MM. la plupart des détails 
intéressants dont je me serais fait un plaisir de vous parler, avant 
été imprimés déjà dans nos annales, ce serait tomber dans des 
redites que j'ai cru devoir vous épargner. Je me bornerai donc à 
vous exposer le plus simplement qu'il me sera possible, quelques 
particularités dignes de votre attention. 

Depuis notre dernière séance générale, L'Académie a continué 
d'entretenir des relations actives avec les corps savants auxquels 
2 s m io 



— 158 — 

elle s'est associée, ainsi qu'avec ceux de ses membres qui prennent 
réellement à cœur la tache que nous nous sommes imposée. 

C'est grâce à ces membres zélés que nos annales se publient 
régulièrement et continuent à jouir du succès qu'elles ont obtenu 
dès le commencement. Il est à espérer, MM., que ce succès et ce 
courage dont quelques-uns d'entre nous donnent de si louables 
preuves, détermineront enfin plusieurs membres à nous commu- 
niquer à leur tour des travaux qui ne pourront qu'ajouter 
un nouvel intérêt à nos publications. 

— La i rc livraison du 3 me volume est sur le point d'être 
terminée ; vous la recevrez sous peu, et la 2 me livraison, pour 
laquelle tous les matériaux sont prêts, sera mise immédiate- 
ment sous presse. 

— Nos finances sont toujours dans un état prospère, comme 
vous le verrez, d'après le rapport que M. le trésorier va avoir 
l'honneur de vous soumettre. 

— A la dernière séance générale, un de nos honorables con- 
frères, M. Polain, de Liège, a exprimé le désir de voir l'Académie 
ouvrir un concours. Sa proposition, adoptée en principe par 
l'assemblée, a été sérieusement examinée par le conseil d'ad- 
ministration, lequel a décidé qu'un double concours sera ouvert 
prochainement et que l'on proposera pour sujets : 1° Une des- 
cription historique et archéologique, 1° de la Cathédrale d'Anvers; 
2° de la Cathédrale de Malines. — Ce qui a surtout engagé le conseil 
d'administration , à accorder la préférence à ces deux sujets , c'est 
que, outre le grand intérêt qu'ils offrent et que tout le monde 
reconnaîtra de prime-abord, les deux mémoires couronnés feront 
suite, dans nos Annales, à la série des notices curieuses qu'elles 
contiennent déjà sur plusieurs cathédrales célèbres, notices qui ont 
été accueillies par le public avec un plaisir tout particulier. 

— Un de nos membres s'est spécialement chargé de démontrer 
l'utilité de ces sortes de concours et d'en fixer les bases. Son 
travail vous sera soumis prochainement. Vous comprendrez sans 
peine, MM., que cette question doit être d'autant plus mûrement 



L39 — 

étudiée, que 1 Académie n'a d'autres ressources pécuniaires, qu 

celles qu'elle s'est crées elle-même, et qui se bornent au produit di 
la cotisation de quelques membres et des abonnements a nos 
Annales. 

— Dans l'intervalle des cinq mois qui nous séparent de la dernière 
séance générale, des savants recommandables ont été inscrits au 
nombre de nos membres. Malheureusement une perle douloureuse 
est venue nous affliger ; je veux parler de celle que nous avons faite 
dans la personne de M. Berrial-Saint-Prix, membre-correspondant 
de notre Académie, mort le A Octobre 1845, a l'âge de 77 ans ' 

M. le président, à qui l'Académie est redevable de ses nombreuses 
relations avec les sociétés savantes, a été chargé par l'Académie 
royale des Sciences et Belles-Lettres de Messine, dont il est membre, 
d'établir des rapports entre les deux compagnies. Le conseil 
d'administration, connaissant combien il importe de former de 
pareilles relations, a accueilli à l'unanimité cette proposition, 
il la soumet à votre assentiment, et, pour rendre d'autant plus 
utile cette association avec l'un des plus célèbres corps savants 
d'Italie, il vous invite de conférer le titre de membre honoraire 
à son éminenec monseigneur le cardinal François de Paule Villla- 
dicani, archevêque de Messine, président perpétuel de l'Académie 
royale des Sciences et Belles-Lettres de cette ville, etc., etc. ; et 
celui de membre correspondant à M. le professeur Carmelo La 
Farina, doyen de la faculté physico-mathématique de l'Université, 
et secrétaire-général de l'Académie royale de Messine, etc. ; à M. le 
professeur Silvestre La Farina, secrétaire de la classe des lettres 
et à M. Joseph La Farina, auteur de plusieurs ouvrages estimés, 
membre de la même académie, etc. 

Le conseil d'administration propose, pour être admis au nombre 



* M. le Secréiaire-perpétuel a lu une notice biographique sur ce sa van I 
écrivain , qui est insérée dans la livraison précédente des Annales. 

I Vote de le Rédaction I 



- 140 — 

des membres correspondants, M. P. F. Van Kerekhoven, littérateur 
llamand, auteur de plusieurs écrits estimés. Il est membre de la 
société de littérature et des beaux-arts de Gand et des sociétés 
de littérature ilamande de Gand, Anvers, Bruxelles, Bruges, etc. 
Un rapport favorable a été fait sur ses ouvrages. 

Le conseil propose également d'admettre au nombre de nos 
membres correspondants, M. Van Rooy , membre effectif, qui 
demande de changer cette dernière qualité 1. 



1 Ces différentes propositions du conseil d'administration ont été accueillies 
et sanctionnées. (Note de la Rédaction). 



Sur les Conseillers , les Procureurs-Généraux , les 
Greffiers et les Présidents du conseil de Namur, 

PAR 

M. LE BARON DE STASSART, 

membre honoraire de l'Académie, etc. 



Le conseil de Namur , constitué par Philippe-le-Beau , père 
de Charles-Quint, l'an 1491, fut confirmé sous la régence de 
l'empereur Maximilien en 1509. On compte, depuis la création 
de ce corps, Cent-dix conseillers; le souverain les nommait sur 
une liste de trois candidats présentés par le conseil. Il y en eut 
huit de 1-491 à 1500 savoir : Eustache Mahiart,écolatrc et chanoine 
de Saint-Àubain; le prieur de Gérousart; Jean Honoré; Jean 
de Langle ; Jacques Mathieux ; Pierre Hubert, doyen de Saint- 
Aubain; Godefroid d'Eve, prévôt de Poilvache; et Jean d'Auvin, 
chanoine de Saint-Denis , à Liège ; trente pendant le seizième 
siècle : Edouard de Perches, prévôt de Saint-Aubain ; Jean Levi- 
gnon ; Jean de la Ruyclle , écuyer ; Jean Ladmerant ; Nicolas 
Salmier ; Jean de Daules, écuyer; Jean de Romont, écuyer; 
N. Onyn ; Godefroid de Ponty, écuyer; Thierry Mathys ; N. Waignée; 
N. Dufeix; N. Ghelin ; Louis deMarligny, écuyer, depuis prési- 
dent ; N. Monceau ; N. Bizet; N. Hemptinnes; Jean Dave, qui 



— 142 — 

devint cvêque de Namur, après avoir été conseiller au grand 
conseil de Malines; Henri Mielnet; Jacques d'Outremout, écuyer; 
Pierre de Was, écuyer; Jean du Bosquet; Philippe Bordoul; Jean 
de la Ruyelle, écuyer; Thierry Gai Hier; Ghisbrechts Barlhouls; 
Henri Ilanon ; Jean de Thouars, écuyer ; Godefroid Gaiflier ; 
Guillaume Bodart; quarante-deux pendant !e dix-septième siècle : 
Jacques Vanhacht; Phillippe Tamison; Nicolas Tamison ; Jean 
Gerlais, écuyer, depuis président; Henri de Villenfagne , écuyer; 
Jean Heurart ; Jean-Baptiste Polchet; Antoine Reyns; Adolphe 
Dubois; Jean de Rorive, écuyer; Lambert Proost, écuyer; Guil- 
laume Badot; Pierre de Cortil, depuis président; Jean Adriani ; Jean 
Thomas, anobli en 1 650 ; Jean Van Wert, écuyer; Noël Lardenois ; 
Philippe Henriette; Charles Viron ; F. Blondcl; Simon Lemede ; 
Robert Heurart, écuyer, depuis président; Gilles de Bulley, écuyer; 
Jean Drosmel , depuis président ; Philippe-François Colins, 
seigneur de Wavre , écuyer ; François Floriet, depuis président 
Nicolas-Alexis Henriette; Charles Pellissonier, écuyer; Nicolas 
Cuvelier, depuis président ; Jean-Gérard Lambillon , anobli en 
1697; Jean-Baptiste de Martin, écuyer; Hyacinthe-Marie de 
Brouchhoven, écuyer; Nicolas-Philippe de Wespin , écuyer, depuis 
président; Pierre-Martin de Pape ; Pierre-Ignace de Colins, cheva- 
lier ; Laurent-Érasme Jacquet; Nicolas de Cuvelier, écuyer; Henri 
Chabotcau; Pierre Lurond; Jean-Adrien Pierson ; Henri Wothier 
et François-Joseph Lambillon, écuyer, depuis président. Trente 
pendant le dix-huitième siècle : Nicolas-Philibert Mahy; Pierre- 
François Fies ; Philibert de Marbais, écuyer, depuis président du 
conseil de Hainaut; Guillaume Piouvroy ; Nicolas-Guillaume Posson, 
anobli en 175i; Gilles- Warnier Vanden Berg, écuyer ; Henri-Joseph 
Ramquin; Jean-George Close; Jean-Lambert Obin, depuis con- 
seiller privé près du conseil aulique à Vienne, décoré du titre de 
baron en 1749; Thomas Maloteau, depuis président; Henri-Emma- 
nuel Collart; François-Joseph Grosse; Jean-François Mouchet; 
Jacques-Joseph de Stassart, écuyer, depuis président; Pierre- 
Casimir Deprez; Jérôme-Joseph Grosse; Philippe-Joseph Darreux; 



— 113 — 

Pierre- Joseph - Baudhuin de Gaiffier, écuyer; Lambert -Joseph 
Plubcan; Pierre-Jacques-François Le Bidart, écuyer; Materne- 
Ignace Dupaix; Jean-François Wasseige; Philippe-Joseph Roger; 
Pierre - Gaspard Du Bois; Jean -Baptiste Grosse; Henri-Joseph 
Descverin; Jean-Baptiste Barbaix; Pierre-Charles-Lambert Quart; 
Nicolas-Joseph Tarte et Corneille-Joseph Bauchau qui mourut 
conseiller à la cour de cassation, à Paris. 

On compte Seize procureurs-généraux, lesquels remplissaient en 
même temps les fonctions de conseiller : Jean delà Ruyelle, écuyer; 
N. Waignée ; un second Jean delà Uuyclle, écuyer ; Jean-Baptiste 
Polchet, depuis président; Jean Adriani; Philippe Henriette; 
Simon Lemede ; Nicolas Cuvelier, depuis président; Jean-Baptiste 
de Martin, écuyer; Philibert de Marbais, depuis président du 
conseil de Hainaut ; Henri - Joseph Ramquin ; Jean-François 
Mouchet; Jacques-Joseph de Stassart, écuyer, depuis président; 
Lambert Plubcan ; Ignace-Matcrne Dupaix et Jean-Baptiste Grosse. 

Le nombre des greffiers ne s'est élevé qu'à Quatoh/e : Au loin 
Groul; George Huglise; Thierry Gaiflier; Jean Espalart; Géraro 
Boursin , Tilman Van Kessel ; Cornelis-Florent Van Kessel ; 
Théodore Lamblet; Gilles- André Lamblet; Jérôme- Alexandre 
Lamblet; Jean-François Breumagne; Henri Mareschal ; Pierre- 
Joseph de Posson, écuyer et Juste-Joseph de Posson, écuyer. 

La liste chronologique des présidents présente Vingt-Six noms. 

Le premier fut messire Jean Roussel, seigneur de Norvcttc et 
d'Hovc dit Halenbroch, ancien maître des requêtes et conseiller au 
grand conseil de Malines. Il mourut en septembre 1522. Il avait 
épousé dame Maxelinde de Goret. 

Le 2. me messire Jean Tonglet, seigneur de Morets, ancien membre 
du conseil privé; mort le 5 août 1510, veuf de dame Marie Gaulier. 

Le 5/ messire Hercule de Dinant, chevalier. 

Le 4. e messire Théodore ou Thierry Larbalestrier. 

Le 5. e messire Louis de Martigny, seigneur de Lassus, ancien 
membre du conseil provincial de Namur, il portait pour armes, 
d'argent au chevron d'azur , accompagné de (rois roses de gueules. 



i s \ 

Le 6.'' messire Jacques Muissart , chevalier, d'une ancienne 
maison du Cambrésis qui remonte à l'an 1090 et qui portail 
trois coquilles d'or , posées deux et une sur un champ d'azur. 

Le 7. e messire Paul-François Fruitier, né à Tournay, mourut 
à Namur le 27 janvier 1551. 

Le 8.° messire Philippe Lecocq, que Le Carpentier, dans son 
histoire de Cambrai, fait descendre d'une famille patricienne 
de cette ville, connue dès l'année 1202. 11 mourut le 19 no- 
vembre 1565 et fut enterré sous une tombe ornée de quatre 
quartiers : Lecocq (un coq de sable, armé de gueules sur un champ 
d'or) Linsoiges, Letorre, casée. 

Le 9. e messire Guillaume de Masnuy, chevalier, seigneur de 
Thirisart, nommé président en 1564, mourut le 22 août 1599. 
11 avait épousé Marguerite de dermes, dame d'Agimont, morte 
le 23 novembre 1596 et dont il laissa postérité. 

Le président de Masnuy portait les huit quartiers suivants : 
Masmuy, Pottes, Bernard, Rockal, Ophem, Dumortier, T hiant et 
llaynin. 

Le 10. e messire Pierre Vanden Bossche, chevalier, seigneur de 
Chrietausen, qui devint, l'an 1609, chancelier de Gueldre et 
mourut en 1614. Il avait eu, de son mariage avec dame Marie 
Macs, sœur du quatrième évoque de Gand, Charles Van den 
Bossche, d'abord chapelain de l'infante Isabelle, ensuite évoque 
de Bruges en 1651 et de Gand, l'an 1660. 

Le 1 1 . c messire Jean Proost. 

Le 12. e messire Zegre Coulez, qui passa, l'an 4626, à la pré- 
sidence du grand conseil de Malines. 

Le I3. 8 messire Jean de Gerlais, seigneur haut-justicier d'Up- 
pigny, de Creux et de Ledeuze, ancien conseiller du conseil 
de Namur, puis du grand conseil de Malines, il mourut le 10 
novembre 1632. Il laissa plusieurs enfants de son mariage avec 
dame Catherine de Blehen. 

Le I4. e messire Jean-Baptiste Polchet, seigneur de Montaigle- 
Laville, d'abord conseiller procureur-général à Narnur, puis en 



— 143 — 

1023 , conseiller et maître aux requêtes du grand con 
Malines, parvint à la présidence de Namur, le 13 mai 1634 et 
mourut le 10 juin 1030. Il avait épousé dame Françoise de Gozée, 
fille de Simon de Gozée, anobli par diplôme du 22 août 1639 et 
d'Anne de Gauthier. Ils laissèrent plusieurs enfants, entre autres 
une fille qui épousa François-Lamoral de Meldeman de iiouré, 
seigneur de Frayenne, Baudrinée, etc., et gentilhomme des états 
de Namur. 

Le 15. e messire Pierre de Corlil, époux d'Anne Catherine Uodart, 
et fils de Lambert de Corlil, bourgmestre de Namur, fut d'abord 
conseiller du conseil provincial, et parvint à la présidence en 1030. 
Il mourut le 27 juin 1073. 

Le 1G. 1 ' messire François Floriet , conseiller au conseil de Namur 
en 1001 et président en 1073; il avait épousé dame Antoinette 
Marcq. 

Le 17.° messire Jean Drosmel, conseiller du conseil de Namur 
en 1039 et président le 27 février 1079, mourut le 3 juillet 1GS3, 
laissant un manuscrit souvent consulté par les jurisconsultes; 
c'est un recueil de quarante causes importantes et jugées, de son 
temps, au conseil de Namur. 

Le 18. e messire Nicolas Cuvelier, conseiller procureur-général 
au conseil de Namur en 1072, fut élevé à la présidence en 1083 et 
mourut le 17 août 1080, ayant eu, d'Eléonore Stapleaux , dame de 
Boneffe, un fils qui fut le 21' président de Namur. 

Le 19. c messire Albert llenrarl, seigneur de Ramelol, fils de 
Jean lleurart, conseiller du conseil de Namur et de N. Coquelet, 
fut également conseiller de Namur, en 1030, obtint des lettres 
de noblesse le 11 juillet 1072 et la présidence, en 1080. Sa femme 
était fille de Charles du Mon in, seigneur de Ramelot. Leur 
postérité s'est perpétuée. 

Le 20. e messire Nicolas-Philippe de Wespin, chevalier, seigneur 
d'Andoy, avocat au conseil de Namur, en 1070, conseiller en 
1079 et président en 1092 , mourut le 17 novembre 1704. 

Le 21. e messire Nicolas de Cuvelier, chevalier, seigneur de 



- 146 — 

Boneffe, conseiller au conseil de Namur, en 1687, fut nommé le 
19 décembre 1 70 i , à la présidence et mourut en 1717, laissant, 
de dame Dieudonnée d'Hinslin, deux fils dont l'aîné, le 8 mars 
1758 , obtint le litre de baron. Cette famille s'est perpétuée 
jusqu'aujourd'hui. 

Le 22." mess ire François-Joseph de Lambillon, fils d'un con- 
seiller du conseil de Namur, anobli en 1697, devint également 
conseiller l'an 1699 et président le 25 juin 1717. 11 mourut 
le 19 septembre 1746 à Liège où le siège de Namur l'avait 
contraint de se retirer. Il n'eût point d'enfants de sa femme , 
Marie Françoise Rubens, arrière-petite-fille de l'immortel Pierre 
Paul Rubens et morte quatre jours après son époux. Leurs corps 
furent transportés à Namur et placés dans l'église des religieuses 
bénédictines, (aujourd'hui le collège des Jésuites), sous une belle 
tombe en marbre qui fut détruite en 1797, peu de temps après la 
suppression et la vente des couvents. Madame de Lambillon avait 
une sœur, Glaire-Josèphe Rubens, morte à Namur, en 1759, sans 
avoir été mariée; c'était, de toute la descendance de Pierre Paul, 
l'illustre chef de notre école flamande, la seule personne qui portât 
le nom de Rubens. 

Le président Lambillon à laissé la mémoire d'un intègre et savant 
magistrat. Ses manuscrits légués, avec sa bibliothèque, au conseil 
de Namur, témoignent assez de l'étendue de ses connaissances. 

Le roi de France, Louis XV, le 10 février 1747, institua 
président de Namur, Thomas Maloteau, ce qui ne fut point con- 
firmé par l'impératrice Marie-Thérèse après la paix de 1748. 
Maloteau redevint simple conseiller jusqu'en 1750, qu'on le fit 
passer à Bruxelles au conseil privé. Il fut ensuite le 24 me président 
de Namur. 

Le 23. e président fut messire Jacques-Juste Bervoet, seigneur 
d'Oost-Kerke, né à Furnes, d'abord avocat au conseil de Flandre, 
puis successivement conseiller et maitre des requêtes au grand 
conseil de Malines, conseiller des finauces, président de Namur, 
le 1 er octobre 1749, et décoré du titre déconseiller d'état. Ayant 



— 147 — 

obtenu sa retraite, il vint se retirer, l'an 1755, à Bruxelles et) 

mourut en octobre 1757. 

Le 24." messire Thomas Maloteau, seigneur de Fooz, Hayc-à-Fooz, 
Wépion et Brimé, avocat au conseil de Namur, le 5 novembre 
1723, devint conseiller fort jeune, en 1728. Élevé, par Louis XV, 
à la présidence de Namur , le 10 février 1747, comme nous l'avons 
dit, il ne fut pas maintenu dans ce poste par Marie-Thérèse en 174'.), 
et reprit ses fonctions de conseiller jusqu'en 1750. Nommé pour 
lors membre du conseil privé, il occupa définitivement la prési- 
dence de Namur, le 7 janvier I75G, obtint le litre de conseiller 
d'état en 1757 et mourut le 27 novembre 1704. Il avait épousé 
dame Rosalie de Marbais, d'une famille de Mous. Leur postérité 
subsiste encore. 

Le 25. e messire Jacques-Joseph de Stassart, chevalier, seigneur 
de Corioule , d'une ancienne famille de Flandre qui reçut de 
l'Empereur Charles-Quint, par diplôme motu proprio daté d'Augs- 
bourg, le 17 novembre 4547, confirmation de noblesse et per- 
mission de porter pour armes : (For, à une tête et col de tau- 
» reau de sable, au chef d'or chargé d'une aigle naissante de 
» sable languée de gueules , l'êcu timbré d'un casque de profil , 
» orné de son bourlet et de ses lambrequins d'or et de sable , 
» au-dessus, en cimier, deux cornes de taureau de sable. » Naquit 
le 25 mars 1711, à Charleroy où son aïeul était venu remplir 
les fonctions de commandant d'armes vers la fin du dix-sep- 
tième siècle *. Il fut considéré dès son début, en 1730, 



1 Jusques-Joseph de Stassart était fils de Jean de Stassart, ceuyer, qui fit 
l'acquisition de la terre de Corioule, et de dame Marie Leclercq delaCourl- 
au-Bois, pelit-lils de Charles-Philippe de Stassart, seigneur de Bricx, capi- 
taine et chef d'un corps de 200 hommes de gens de pied wallons, puis 
commandant d'armes à Charleroy el île dame Marie-Thérèse Van Rietzheim ; 
arrière -petit-fils de llerman-Louis de Stassart, seigneur de l'ricx, chevalier, 
colonel d'un régiment de cavalerie allemande au service d'Espagne , tué 
d'un coup de l'eu à l'attaque des lignes de Valenciennes. le 16 juillet 1656 
et de dame Jeanne de Stassart, sa parente. Ses trisayeux étaient Philippe- 
Joseph de Stassart, soigneur de Hricx, capitaine de cavalerie au service de 



— 1-48 — 

comme une des lumières du barreau de Namur, devint con- 
seiller du souverain baillage, en 1711, conseiller de Namur, 
en 1745, procureur-général (nommé par le roi de France, en 
17-46 et confirmé par l'impératrice en 1749), conseiller privé en 
1757, président du conseil de Namur le 51 décembre 1764, il 
reçut des patentes de conseiller d'état en 1774, fut admis à la 
retraite en 1789 et remplacé à la présidence par son fils aîné, 
issu de son mariage avec dame Calherinc-Josèphe de Martin de 
iïutlet, d'une famille qui avait donné un conseiller procureur- 
général au conseil de Namur et un président au conseil de Luxem- 
bourg. Il reçut de l'empereur Léopold II molu proprio, par diplôme 
du 7 décembre 1791, le titre de baron, transmissible suivant 
l'ordre de primogéniture. Son second fils, François-Joseph de 
Stassart, major au service autrichien, gouverneur et prévôt de la 
ville et du district de Binche, époux d'une comtesse de Colins, 



S. M. C. et dame Marie-Marguerite de Schinckele; ses quarl-ayeux Jacques- 
Louis de Stassart, seigneur de Bricx, écuyer, et dame Jeanne Tayspil,et ses 
quint-ayeux, Jean de Stassart, qui obtint de l'empereur Charles-Quint molu 
poprio, confirmation de noblesse, et dame Marie de Rénialme. Ce Jean Stassart 
descendait d'Eustacbe Stassart de Bricx , écoutèle de Bruges , mort vic- 
time de son devoir, dans une émeute populaire, en 1436, lequel était 
originaire du pays de Liège, issu, par Eustache Stassart de Berlagmines, des 
anciens seigneurs de Neufchâleau, d'après l'opinion de Henricourt (Miroir des 
nobles de Hesbaye). Jean Stassart et Marie de Rénialme avaient, pour se- 
cond fils, Pierre Stassart, pensionnaire de la ville de Bruxelles, auteur 
d'une branche éteinte dans la branche aînée; il fut tenu sur les fonds 
baptismaux par son oncle paternel, Pierre Stassart, mort sans enfants et 
qui, également pensionnaire de Bruxelles, portail ordinairement la parole 
au nom des états-généraux de la Belgique, quand ils étaient réunis, entre autres 
circonstances, en juin et en octobre 1556, en octobre 15-40, en décembre 1543 
et en octobre 1549. C'est lui qui harangua l'archiduc Philippe, depuis Phi- 
lippe II, lorsque ce prince fit son entrée dans Bruxelles. 

Une des filles de Jean Stassart et de Marie de Rénialme épousa Chrétien 
Van Helmont, seigneur de Mérode, Pellines et Royenborch , dont elle eut 
Jean-Baptiste Van Helmont, un des plus illustres savants de la Belgique i. 

1 M. Broockii Vpublié sur les ouvragos do ce célèbre médecin des détails très-intéressants , dans 
son ouvrage intitule : Essai sur l'histoire de la médecine belge, ainsi que dans sa Notice sur les 
illustrations médicales belges. 



- 149 — 

obtint également le titre de baron, le !."» avril \~'.)-2. Jacques^ 
Joseph, baron de Stassart mourut à Namur, le 21 mars 18M, 

avec la réputation d'un des hommes les plus distingués de la 
magistrature belge. Une partie de ses manuscrits, notamment sur 
les affaires traitées de son temps au conseil privé, sont déposées 
aux archives de l'état ; le reste se trouve encore dans la biblio- 
thèque de son petit-fils. 

Le 26. e messire Jacques-Joseph-Augustin baron de Stassart, 
seigneur de Férôt et de la vicomte de Noirmont, né à Namur le 
28 août 1737, avocat en 1771, au grand conseil de Malines, 
conseiller en 1789, conseiller-fiscal en 1778, président du conseil 
de Namur, en replacement de son père, admis à la retraite, le 
14 janvier 1789, fut contraint d'abandonner ses fonctions en 
décembre de la même année, lors de l'expulsion des troupes autri- 
chiennes après la bataille de Thurnhoul, les reprit, quelque temps 
après le rétablissement de l'ordre, et les perdit définitivement en 
1794 par suite de la réunion de la Belgique à la France. Il mourut 
à son château de Corioule, le 12 mai 1807. 11 avait rassemblé 
des documents précieux sur les affaires du pays. Quelques-uns 
de ses nombreux manuscrits font, aujourd'hui, partie des archives 
de l'état, et les autres, tels que ses voyages en Allemagne, les 
cas jugés avec son intervention, tant au grand conseil de Malines 
qu'au conseil de Namur, sont restés dans sa famille. 

De son mariage, contracté le 18 août 1765, avec dame Barbc- 
Françoise-Scholastique de Maillon ', sœur de messire Albert 

* La maison de Maillen, dans la province de Namur, possède des titres 
qui remontent à l'an 1139. Un Maillen figure parmi les chevaliers qui assis- 
tèrent à la cession que fit Henri- l'Aveugle (1163) de son comté de Namur à 
son neveu Bauduin. Les armes de celte maison : trois peignes de chevaua . <li 
gueules, sur un champ d'or furent prises par Guillaume de Maillen, chevalier 
banneret, qui, après le tournoi d'Andenne en 1202, suivit Bauduin IX , dans son 
expédition d'Orient et devint grand écuyer de ce prince, proclamé empereur 
de Constantinople; il fut tué devant Anclrianople en 1200. Il a laissé, de sa 
femme, Béatrix. de Bourbon, des enfants qui ont perpétué sa lignée jusqu'au- 
jourd'hui. 



150 

Dieudonné, marquis de Mai lien (par diplôme du î) mai 1789) 
fille de messire Claude- Walter baron de Maillon, seigneur de la 
vicomte de Noirmont, de Schaltin, Ohey, Férot, membre de 
la noblesse des états de Namur , et de dame Marie-Anne de 
Savary, Jacques-Joseph-Augustin baron de Stassart a laissé outre 
un fils, Goswin-Joseph-Àugustin baron de Stassart, né à Mali- 
nes le 2 septembre 1780, auteur de la présente notice, quatre 
filles dont l'aînée fut l'épouse de messire Cliarlcs-Alexandrc-Phi- 
lippe-Joseph de Colins-Tarsienne, chambellan, chevalier de l'ordre 
d'Elisabeth et colonel au service de S. M. I. et R. A. Il sortit de 
cette union quatre fils, tous chambellans et officiers au service 
d'Autriche, et deux filles dont une épousa son cousin le marquis 
de Colins-Quieverchin ; l'autre est chanoincsse t\ l'illustre chapitre 
de Pragues. 



©ni ©fwiuœocïfi 



L'ARCHITECTURE ROMANE 



/VRNAUT SCIIAEPKENS, 



L'art payen fit longtemps exclusivement l'admiration du siècle, 
L'architecture , la sculpture et tous les arts pratiqués par les 
Grecs et les Romains parurent seuls mériter l'attention de leur 
postérité et furent l'objet d'études sérieuses, qui produiront des 
résultats très-utiles pour l'art contemporain. Cependant trop ab- 
sorbés par l'art classique, les savants explorateurs de celte époque 
eurent le tort de négliger les œuvres qui furent créés après la 
chute de l'empire romain. Leur enthousiasme porté trop loin , 
semblait exclure du cercle des monuments artistiques, toutes les 
productions du moyen âge , tandis que des découvertes faites 
récemment prouvent que les Grecs avaient des devanciers; témoins 
les sculptures déterrées à Ninive , etc. 

L'ère nouvelle qui surgit sur les ruines du paganisme est 



— m 

l'art chrétien. Inspirés par une foi plus pure et plus élevée 
que celle que les classiques se créèrent par les formes réelles, 
les chrétiens nous ont laissé des œuvres, où se reflet te la grandeur 
de leur religion. C'est cette époque si féconde en grands mo- 
numents, jadis encore réputés barbares à cause du voile épais 
dont ils étaient enveloppés, qui est réhabilitée de nos jours, 
par les études archéologiques. Ces études se poursuivent avec 
ardeur et tendent vers un but très-élevé, celui de jeter le plus 
du jour que possible sur les monuments qui nous restent des 
différents peuples et des différentes époques. Chaque pays re- 
lève des richesses nationales de son sol, ces preuves parlantes 
du génie et de la puissance de ses ancêtres, et la Belgique 
surtout prend dignement son rang parmi les nations. L'art 
ogival où le style gothique a déjà eu les honneurs de l'admi- 
ration du monde artiste, et les grands monuments religieux et 
civils ont été publiés par le burin et le crayon. La transi- 
tion subite de l'art grec au style ogival laissa un vide qui 
est l'époque romane dont on tint trop peu compte en com- 
mençant l'étude des monuments du moyen âge. La Belgique 
compte maint reste précieux de cette époque primitive, dont 
les édifices religieux offrent un type très-remarquable. Plusieurs 
basiliques dans le style roman sont encore debout, et les dé- 
corations architecturales de ces édifices, offrent surtout un 
sujet de méditation pour l'archéologue. Ces belles colonnes à 
chapiteaux historiés , ces bas-reliefs d'une originalité si tran- 
chante, ces belles sicelures émaillées, ces vases, coffres et chasses 
sont autant de modèles à étudier que de monuments de l'an- 
tiquité. Ce sont surtout les détails d'un édifice ancien qui 
aident à préciser l'époque à laquelle il appartient. 

Ce sont ces beaux détails où se révèle le génie de l'artiste et qui 
donnent en même temps de curieux modèles des usages, des 
costumes et du temps. Ce sont ces sévères sarcophages et pierres 
tumulaires qui donnent des idées neuves aux artistes appelés à 
créer des monuments de ce genre. 



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— 153 — 

Nous offrons ici une planche reproduisant des détails dune 
église romane du style primitif. JN° J un chapitau est d'une colonne 
engagée, développé en frise. Deux animaux chimériques avec 
entrelas et feuillages portent le cachet d'une grande originalité, et 
l'exécution en grand relief rappelle la sérénité des formes antiques. 
Variant pour chaque colonne l'ornement de son chapiteau, le 
numéro 2 représente un nouveau sujet lire du règne animal et du 
règne végétal. Ce chapitau à quatre faces, surmontant une colonne 
isolée, est remarquable par la riche variété des motifs. La face 
opposée à celle qui est représentée ici est une femme alaitant 
deux serpents, figure allégorique de la terre. Les deux autres 
côtés sont une continuation de ces rinceaux avec figures humai- 
nes, etc. Les numéros 3 et 4 donnent des détails de rinceaux 
d'autres chapitaux. 

Par cette planche commence la série d'ornements du style roman 
et des époques suivantes, qui paraîtera dans l'ouvrage intitulé : 
Trésor de Tart ancien en Belgique, dont nous avons commencé la 
publication par la gravure *. 

1 C'est un ouvrage que nous nous plaisons à recommander à tous les amis 
des arts. (Note de la Rédaction). 



25 m m 



DE SAIIVTE-BARBE 

A L'ÉGLISE CATHÉDRALE 

DE SAINT-SERVAIS A MAESTRICHT, ' 

PAR 

M. ALEXANDRE SCIIAEPKEÎNS , 

Cette chapelle comprend une partie de la troisième nef 
latérale de l'église dont nous avons parlé dans la description 
de l'église de St-Servais. Elle est plus richement décorée que 
les autres chapelles et se trouve élevée de deux marches au- 
dessus du pavé des trois nefs de l'église. Deux portiques en 
ogives y donnent accès, et deux fenêtres divisées par des meneaux 
perpendiculaires, s'arrètant à la rosace du tympan, y donnent 
le jour. Ces deux fenêtres sont d'une dimension différente. La 
décoration principale de la chapelle est un autel d'architecture 
classique, en marbre blanc et noir, ayant au milieu un tableau 
représentant le Christ en croix avec la Madelaine 2 . 



1 Celte chapelle élait anciennement dédiée à S. tc -Anne. 

2 Un descendant de la famille Lipsen , M. Aug. Lekens, membre des états- 
députés du duché de Limbourg, possède dans sa riche bibliothèque le compte 
original de l'autel, qui était primitivement décoré d'un autre tableau, peint 
par un artiste de Maestricht, nommé Macs. L'autel, ainsi que le monument 
dont nous parlons plus loin, est surmonté des armes de la famille Lipsen, 
soutenues pai deux anges. 



— 15a — 

Le pavé se compose d'anciennes pierres tombales avec des 
inscriptions en caractères gothiques. Plusieurs de ces pierres 
ne portent plus que de faibles traces de leurs inscriptions, 
d'autres sont cachées en partie par les marches de l'autel et 
par un confessional adossé à la partie latérale de la chapelle. 
Sur ces anciennes pierres nous avons remarqué l'épilhaphe d'un 
chanoine de l'ancien chapitre, qui fut docteur en médecine. Devant 
l'autel se trouve le tombeau de Guillaume Sandilands, qui porte 
l'inscription suivante, accompagnée des armes du défunt, taillées en 
haut relief dans la pierre : 

Ci gyst messire 

Guillaume Sandilands 

chevalier seigneur de 

Slamannan Terweer 

melissant sergeant 

major et cap. de Mess, les 

estats des provinces 

unies il fust blessé au 

siège de cette ville 
la veille de St.-Jean et 

mourut la veille de 

St.-Pierre et St.-Paul 

l'an 1675 priez 

Dieu pour son 

ame. 

alliances : 

Sandslands. gravfurd. 

Flemming. Bartand. 

Vanderwerve. Bronchorst . 

Barnewich. Jansdam. 

Nous avons encore à mentionner le superbe confessiona sculpté 
en bois, qui est d'une riche ordonnance et d'une belle exécution 
datant du 17 me siècle. Une autre sculpture appartenant à l'époque 



— 156 — 

de l'art ogival est placé contre un des piliers de la chapelle et 
représente la Sainte tutélaire. d 

L'autel, l'ornement le plus important que nous avons cité plus 
haut, fut un don du vénérable doyen Lipsen dont le monument 
funéraire est placé dans la chapelle sous une des fenêtres gothi- 
ques. Le monument qui rappelle l'architecture classique du 17 me 
siècle est sculpté en marbre blanc avec un encadrement en 
marbre noir, relevé par des ornements en marbre blanc. Comme 
on voit par la gravure ci-jointe, les armes sont représentées sur 
un écusson de forme italienne , qui couronne le tout d'une 
manière très-grâcieuse. L'inscription suivante est ciselée dans le 
console qui soutient le bas-relief, représentant le défunt en prière 
auquel un ange indique le chemin de l'éternité : 

Reverendus ac amplissimus dominus 

Guilielmus Lipsen 

Presbyter protonotarius apostolicus 

insignis hujus ecclesiœ canonicus 

et per seplem lustra decanus 

divini cultus ardore 

omnibus patens 

sub hoc tumulo fœlix latet 

Cui solus is semper visus est 

fœlix qui bene latuit 

obiit Z 8 â july 1695. 

requie scat in pace 

Amen. 

Les armes de la famille Lipsen ont été transmises à la famille 
Lekens par le prince évêque de Liège, Joseph Clément de Bavière, 



i La sainte est représentée contenant d'une main une tour gothique à flèche 
découpée , et relevant de l'autre un large manteau qui tombe avec ampleur le 
long de son corps. La tête qui est d'une belle sculpture est légèrement penchée 
sur l'épaule gauche. 




'/<w/////fu/ (■/,-/',■ </ /,/ ///<///,<//;■ ,/// /h//,// /yirr/t 



— 1Ô7 — 

(dans la personne du bis-aieul de M. Aug. Lekens,) qui avait 

épousé Anne-Marie Lipsen, sœur du doyen. Ces armes sont comme 

suit : 
Au l r et 2 mo d'argent au lion de gueules, chargé d'un ccusson 

d'argent à la rose de gueules; au 2 me et 3 me de sable taillé d'or 

à trois trèfles de l'un en l'autre : deux sur le sable et un sur lor. 

Parti d'or à trois canettes ou mitelles aux pieds et becs coupes de 

sable. Sur le tout un ècusson d'argent à trois glands au naturel , 

feuilles de Sinople. Les lambrequins sont conformes aux couleurs 

dominantes de lécu , surmonté d'un casque. 

Pour dévise : 

ML HETUE CORDE PURO. 

La chapelle de S le .-Barbe , quoique sa décoration date de 
différentes époques de l'art, présente un bel ensemble et un effet 
religieux. Le monument funèbre de l'ancien doyen du chapitre 
perpétue la mémoire de la famille, au moyen d'un oeuvre d'art qui 
sera toujours respecté à cause de son mérite. Nous apprenons avec 
plaisir que l'autel de la chapelle, ainsi que le monument, seront 
bientôt restaurés par les soins de M. Lekens. Perpétuer le 
souvenir d'une personne qui nous a été chère, par un monument 
d'art, est le plus bel hommage qu'une famille puisse rendre à un de 
ses membres qu'elle pleure. C'est ainsi que l'antique usage de 
placer dans les églises des peintures relevées par un encadrement 
sculpté, en mémoire d'un défunt, reprend de nos jours. Nous 
citons en témoignage les familles allemandes et françaises qui 
perpétuent de cette manière le nom de leurs ancêtres. 



Première Sear.cs 



ÉTATS DE BRABANT 



APRÈS 

L'EXPULSION DES AUTRICHIENS 

S ID) É © H M ® 3E H a^© 



L'auteur des mémoire» et documents pour servir à l'histoire 
de la révolution brabançonne, publiés sous le nom de Rapédius 
de Berg , en annonçant , dans une note , l'intention d'écrire 
un jour l'histoire de ce qu'il appelle le règne de Vander Noot, 
ajoute: « Nous possédons, pour ce travail, des documents pré- 
» cieux , qui n'ont jamais figuré dans aucun dépôt d'archives 
» et qui n'ont été publiés par aucun archiviste; entre autres, 
» les procès-verbaux des séances des États , y compris le procès- 
» verbal original de la fameuse séance du 49 décembre 1789. » 

Ce procès- verbal de la séance du 19 décembre est, en effet, 
un document du plus haut intérêt. On y voit comment Van 
der Noot et Van Eupen se sont introduits dans l'assemblée 
des États de Brabant, dont ils ne faisaient point partie; com- 
ment ils y ont provoqué la formation d'un comité secret, et 



- 159 - 

comment Vander Noot s'y est l'ail élire membre de ce comité; enfin 

c'est dans cette séance que lurent proclamées l'indépendance de 
la Belgique et la déchéance de Joseph II. Un résumé succinct 
des faits aidera à l'intelligence de ce document , dont nous 
donnons ci-après une traduction à peu près littérale. 

Les Autrichiens avaient été expulsés de Gand le 17 novembre; 
ils n'évacuèrent Bruxelles que le 12 décembre;. Après l'affaire de 
Gand, Van Eupen et Van Praet y avaient été envoyés par le 
comité de Bréda, comme députés des Etats de Brabant (dont ils 
ne faisaient point partie) auprès des Etals de Flandre. On les 
avait admis à l'assemblée de ces Etats, et ils s'y étaient dits 
autorisés par le comité de Bréda à formel' un comité patriotique 
à Gand. Ce fut ce comité qui proposa aux Etats de Flandre 
de faire un traité d'alliance avec le Brabant, et qui provoqua 
l'adoption de Tacte d'union, daté du 50 novembre, qui se trouve 
inséré dans le procès-verbal ci-dessous. 

Après la délivrance de Bruxelles, les états de Brabant furent 
convoqués à leur tour, et leur première assemblée s'ouvrit le 
10 décembre au matin. (Il y eut le même jour deux séances). 
Le premier objet dont on s'occupa fut la vérification des pouvoirs 
des députés envoyés par le magistrat des trois chefs-villes. Le 
greffier jubila risé, Sancbez d'Aguilar, ayant été autorisé à annoncer 
à ces députés leur admission, se rendit dans la salle des pas-perdus 
et y rencontra Vander Noot et Van Eupen. Ceux-ci amenaient avec 
eux quatre députés des Etats de Flandre, pour lesquels ils deman- 
dèrent qu'ils fussent admis à l'assemblée, comme les Etats de Flandre 
avaient reçu les députés du comité de Bréda autorisés à former un 
comité, à Gand. 

Le greffier vint rendre compte de cette communication au sein 
de l'assemblée, et annonça que c'était par Vander ïNoot et par 
Van Eupen qu'il en avait été chargé. Sans paraître faire attention 
à ces deux personnages, l'assemblée décida que les députés des 
Etals de Flandre seraient introduits. On procéda ensuite a celte 
introduction, puis, on lit entrer les députés des chefs-villes; 



— 1(50 — 

après cela on s'occupa assez longuement de la formule du serment à 
prêter par ces députés. Pendant ce temps, Vander Noot et Van 
Eupen étaient toujours dans l'anti-cliambre. 

Enfin Sanchez d'Aguilar, greffier jubilarisé, lit observer « qu'il 
semblait convenir absolument que MM. Vander Noot et Van Eupen, 
qui avaient tant contribué à la délivrance de la patrie, fussent 
sans retard priés d'entrer, pour travailler avec les États à l'établis- 
sement du bien-être du pays. » Alors seulement l'assemblée parut 
se rappeller la présence de Van Eupen et de Vander Noot, et elle 
décida qu'ils seraient reçus dans son sein. A peine ceux-ci 
eurent-ils été introduits, que l'assemblée résolut d'admettre aussi, 
pour y prendre séance de la part du tiers-états , les doyens 
commissionnés par le quatrième membre de la ville de Louvain, les 
syndics des neuf nations de la ville de Bruxelles et les chefs- 
doyens de la ville d'Anvers. C'étaient les hommes personnel- 
lement dévoués à Vander Noot. 

On procéda ensuite à la nomination d'un greffier effectif. 
Celte opération se fit d'une manière régulière. M. de Jonghe 
fut nommé à l'unanimité par les deux premiers ordres des 
États, et des lettres furent adressées aux trois chef-villes, 
pour qu'elles eussent à faire connaître leur opinion au sujet 
de cette élection. 

Le procès-verbal n'est pas aussi explicite, relativement à une 
délibération beaucoup plus importante, qui s'en suivit immédiate- 
ment : Il a été résolu, dit-il, à l'intervention des sieurs dé- 
» pûtes de Flandres , adhérant aux moyens et motifs mentionnés 
» dans le manifeste publié à Hoogstraeten le 24 octobre 1789, 
» de déclarer les trois États libres, indépendants, et le ci-devant 
» duc absolument déchu de toute souveraineté, hauteur, etc., dudit 
» duché de Brabant. » Ce sont donc les députés de Flandre qui ont 
fait cette grave proposition; mais quelles sont toutes les personnes 
qui ont pris part an vote? Le tiers-états a-t-il voté directement? 
A-!-on permis aux boetmeesters des nations de participer à ce grand 
acte? L'a-t-on permis à Van Eupen et à Vander Noot, qui ne 



— 101 — 

luisaient partie des Etats à aucun titre ? Le procès-verbal se 
tait sur ces points essentiels ; ou plutôt, les ternies vagues dam 
lesquels il est conçu permettent de supposer que la décision 
fut prise par l'assemblée tout entière. 

La séance du matin se termina par une autre délibération 
non moins importante. On discuta le projet, mis en avant par 
Vander Nool et par Van Eupen, de former un comité secret qui 
serait chargé des négociations politiques et qui se composerait 
de quelques membres des provinces réunies ou à réunir encore. 
Ce projet fut adopté, et, séance tenante, on procéda à l'élec- 
tion de trois membres pour le Brabant. L'abbé de Tongerloo 
fut élu par l'état ecclésiastique; le comte de Coloma le fut 
par l'état noble, et Vander Noot obtint les suifrages du tiers-état. 
Voilà comment Vander Noot, qui n'était pas membre des États, 
s'introduisit dans ce comité et se trouva bientôt placé à la tète du 
gouvernement. 

Le procès-verbal de la séance de l'après-midi est moins intéres- 
sant. On y remarque une petite manœuvre de Van Praet et de 
Van Dorslaer, pour s'introduire également dans l'assemblée des 
Etats. Mais ils ne réussirent pas comme Vander Noot. Ce fut aussi 
dans cette séance que fut présenté et adopté le fameux acte d'Union, 
dans lequel avaient été jetées, par Van Eupen, les bases du congrès 
souverain. 

19 Décembre 1789, avant midi. 
CORAM Mess. V archevêque de Matines, Pêvêque d'Anvers, le prélat 

de St. Bernard, de Parc, de Tongerloo , du premier état; 

Les comtes de Lannoy , de Liberchies , Nassau de Corroy , baron 
Vandermeeren de Bautersem, Vander Noot Schoonhove, Marvtz, 
Vander Noot de Carloo , Vandewerve de Sch i Ide , Coloma de 
St.-Pierre-Leeuw , de Visscher Van Hove et Vander Linden ètlloog- 
vorst , du deuxième état ; 

MM. de Locquenghien , Dellaf aille, et Boni , du troisième état : 

Et moi greffier jubilarisé. 



162 — 

Leurs seigneuries ayant l'ait appeler le grcllier jubilarisé du 
conseil Sancliez d'Aguilar, celui-ci est venu àl'assemblée, et ayant 
été porté à sa connaissance que leurs seigneuries l'avaient fait venir 
pour être utile au pays, il a déclaré qu'il avait toujours été prêt à 
le faire et qu'il offrait avec tout le zèle possible son cœur et ses 
forces , jusqu'au dernier soupir , pour le service de la patrie, 
reconnaissant pourtant que son état d'affaiblissement ne lui 
permettait pas de supporter un aussi lourd travail que celui du 
greffier actuel; mais qu'il était et resterait toujours animé du même 
zèle et des mêmes sentiments, pour être utile au pays par conseil et 
action, dans quelque circonstance que ce fût. 

S'étant alors chargé des fonctions de greffier, avec l'assentiment 
de leurs seigneuries, il a fait rapport des trois actes cuivants de 
MM. les magistrats des trois chefs-villes, comprenant les nomina- 
tions de leurs députés respectifs à cette assemblée. 

« Messieurs les bourgmestres, échevins et conseil de la chef- 
ville de Louvain ont commis et députés, comme ils commettent et 
députent par les présentes, le sieur Henri Thielens, actuellement 
substitut bourgmestre de celte ville, ainsi que le sieur Henri 
Gabriel Marchant, secrétaire du conseil et pensionnaire autorisé de 
la même ville, pour, tant en leur nom qu'au nom des autres 
membres de la même ville, comparaître et assister, aussi bien 
à l'assemblée générale de Messoigne :rs des Etals de Brabant, 
qu'à l'assemblée de leurs députés ordinaires, aujourd'hui et les 
jours suivants, jusqu'à ce que Messeigneurs les états ou leurs 
députés viennent à se séparer, ainsi que cela a toujours ci-devant 
eu lieu et été observé. Les présentes leur servant d'acte de com- 
mission et de procuration in forma. « Ainsi fait à l'assemblée de la 
« ville de Louvain, le 18 décembre 1789. Était signé F. F. G. Van- 
» derhaerl, secrétaire. » 

y> Vu la lettre de la part du peuple brabançon par l'organe de 
l'état ecclésiastique et du troisième membre des trois chefs-villes, 
ensemble avec plusieurs membres de la noblesse , datée de 
Bruxelles le 17 décembre 1789 et signée J. G. Delvaux ; par laquelle 



— 163 — 

Messieurs sont priés d'envoyer aujourd'hui le IK courant , ;i 
cinq heures après-midi, et les jours suivants, deux députés hors 
des membres du magistrat des villes de cette province, avons 
trouvé bon et résolu de nommer à cette lin M. l'échevin de 
Locquenghien , avec M. l'échevin Dux, attendu que les places de 
bourgmestre hors des lignages et déconseiller premier pensionnaire, 
l'un et l'antre députés ordinaires de la ville de Bruxelles aux Etats 
de Brabant , sont jusqu'à présent restées vacantes. 

Actum 17 décembre 1789. Signé J. De Roovere loco II. Van 
Langendonck. 

« Extrait du livre des résolutions de MM. les hommes de lois de la 
ville d'Anvers, où se trouve entre autres, comme suit : 

» Vendredi, 18 Décembre 1789. 

« En plein collège ayant été présentée la lettre de convocation 
de deux députés de notre corps à envoyer à l'assemblée générale 
des états de cette province , datée 17 décembre 1789, signée J. G. 
Delvaux : résolu aux fins que dessus de commettre, comme sont 
commis par les présentes, l'ancien bourgmestre Jacob Dellafaille 
avec le premier pensionnaire du conseil N. J. Boni. 

Actum comme dessus, le 18 décembre 1789, vers 11 heures 
avant midi; pharaphè Cornélissen, V.l. signé J. Wouvermans. » 

Lesquels actes ayant été lus, il a été résolu après délibération 
d'admettre à l'assemblée les messieurs respectivement nommés dans 
ces actes. 

Le greffier jubilarisé étant sorti pour communiquer la résolution 
de messeigncurs aux dits députés, le sieur agent général du 
peuple brabançon II. N. Vander Noot et le sieur Van Eupen, 
chanoine pénitentier de la cathédrale d'Anvers, lui ont fait con- 
naître qu'il y avait dans l'anti-chambre quatre messieurs des états 
de Flandre qui demandaient à comparaître à l'assemblée et à y 
intervenir, comme lesdits états avaient reçu dans leur assemblée 
les messieurs qui avaient été autorisés par le comité de Bréda à 
former un comité à Gand , et il a élé immédiatement résolu de 



— 164 — 

laisser également intervenir à la présente assemblée les quatre 
messieurs susdits des Etats de Flandre. 

Laquelle résolution est aussi immédiatement communiquée à ces 
messieurs par le greffier jubilarisé du conseil. 

Ensuite de quoi sont entrés à l'assemblée comme députés par 
messeigneurs les états de Flandre, les sieurs Petit, chanoine de 
St-Bavon, Van Hoobrouck dit d'Asper, haut pointre de la cha- 
tellenie d'Audenaerde, Raepsaet, greffier de la même chatellenie, 
et Desmet, bailli du pays de Gavre. 

Lesquels deux derniers ont aussi exhibé une commission 
particulière. 

Après quoi sont aussi entrés les susdits nouveaux députés des 
chefs-villes, et attendu que les livres contenant les formules de 
serment avaient été enlevés du greffe et transportés au greffe de la 
ci-devant commission pour l'administration du Brabant à la cham- 
bre des comptes, avec beaucoup d'autres pièces, registres et livres 
de greffe, il a été trouvé bon que la substance de ce serment 
serait déclarée et expliquée à ces messieurs par le greffier jubilarisé. 
Sur quoi les sieurs substitut bourgmestre, Tielens, et secrétaire 
de la ville de Lou vain, Marchant, et les sieurs échevins de Bruxelles 
ont prêté le serment en mains de son éminence monseigneur 
l'archevêque de Malines, les autres messieurs n'étant pas dans le 
cas de faire un nouveau serment, puisqu'ils l'avaient déjà fait 
auparavant. 

Le greffier jubilarisé du conseil ayant alors exposé qu'il semblait 
convenir absolument que les sieurs Vander Noot et Van Eupen, qui 
avaient tant contribué à la délivrance de la patrie, fussent sans 
retard priés d'entrer, pour travailler avec leurs seigneuries à l'éta- 
blissement du bien-être du pays, il a été ainsi résolu immédiate- 
ment, et les deux messieurs susnommés ont fait leur entrée dans 
l'assemblée. 

Ayant été pris en considération que le serment du secret, qui avait 
déjà été prêté par tous les membres de l'assemblée, lors de leur 
admission, pourrait être considéré comme relatif à l'assemblée de 



— 105 — 

Messieurs les trois états seulement, au sujet de quoi il y aurait eu 
un notable changement, puisque plusieurs autres personnes tant 
des autres provinces qu'autrement seraient intervenues à l'assem- 
blée , il a été par conséquent trouvé bon que ledit serment sur ce 
point serait renouvelé, particulièrement en vue de tout ce qui serait 
lu, résolu et traité dans l'assemblée, concernant les affaires du pays 
dans les circonstances actuelles, et aussi qu'il serait prêté par 
tous ceux qui pourraient être successivement admis de la même 
manière à l'assemblée. Lequel serment a été immédiatement fait 
par tous les membres présents : sauf qu'il a été, en même temps, 
entendu que ceux qui l'avaient déjà fait au comité de Bréda, ne 
devraient pas prêter de nouveau serment. 

Après cela, Messeigneurs ont commencé à traiter delà nomination 
d'un nouveau greffier du conseil. Toutefois celte affaire n'a pas été 
menée jusqu'à une résolution définitive, attendu que les sieurs 
Vander Noot et Van Eupen ont fait remarquer qu'il était d'une 
nécessité absolue et urgente de former une assemblée secrète ou 
un comité, afin de pouvoir y traiter les affaires graves avec mes- 
sieurs Vander Noot et Van Eupen, ou avec les puissances étrangères 
et les autres provinces. La résolution définitive sur ce point a été 
remise jusqu'à l'assemblée de l'après-midi, dans laquelle il en serait 
fait l'objet d'une proposition formelle. 

Cependant il a été résolu d'admettre à l'assemblée, pour y pren- 
dre séance du chef du tiers-état, les doyens commissionnés par le 
4 e membre de la ville de Louvain, les boetmeesters des neuf nations 
de la ville de Bruxelles et les chefs-doyens de la ville d'Anvers. 

Etant proposé si l'on trouverait bon de procéder à la nomination 
d'un greffier effectif des trois états, ou bien à la nomination d'un 
autorisé, qui pourrait remplir provisoirement les fonctions de cette 
place, pour procéder postérieurement à une nomination formelle, 
il a été résolu de procéder à la nomination d'un greffier effectif. En 
conséquence cette nomination étant mise aux voix , les votes de 
messieurs les prélats et nobles se sont portés à l'unanimité sur 
le sieur Egide Charles de Jonghe, actuellement conseiller au con- 



— 166 - 

scil souverain de Brabant , lequel choix sera immédiatement com- 
muniqué, par lettre comme suit, aux trois chefs-villes, pour 
qu'elles aient à faire connaître de suite leur opinion à ce sujet. 

« Révérends nobles, sages et très-prévoyants seigneurs, comme nous 
nous sommes prononcés, pour ce qui concerne les deux premiers 
états, sur la collation de la charge de greffier des trois états de 
cette province, nous avons voulu le portera la connaissance de la 
bonne ville de Louvain, par l'envoi de notre résolution prise 
aujourd'hui et ci jointe par extrait, afin que la ville de Louvain 
présente aussi une résolution à cet égard : ce que nous sommes en 
attendant etc. 

« Très-révérends, nobles, sages et très-prévoyants seigneurs. 

« Vos très-affectionnés serviteurs, les prélats et 
nobles, représentants les deux premiers 
états du pays et duché de Brabant. 

« PAR ORDONNANCE. » 

Item à ceux de la ville de Bruxelles. 
Item à ceux de la ville d'Anvers. 

Cependant il a été également résolu par l'assemblée générale 
que ledit sieur conseiller de Jonghe serait provisoirement au- 
torisé à remplir les fonctions de greffier, après avoir fait le 
serment provisoire qui lui serait expliqué en substance par 
le greffier jubilarisé, par les raisons qui ont été ci-dessus dé- 
duites, au sujet du serment prêté par quelques-uns de MM. les 
députés; après quoi le même M. de Jonghe qui se trouvait dans 
l'anli-chambre a été amené à l'assemblée par le greffier jubilarisé 
et a prêté serment, entre les mains de son éminence le cardinal 
archevêque de Malines; après quoi il a été résolu à l'intervention 
des sieurs députés de Flandre, inhérant et acceptant les moyens 
et motifs mentionnés dans le manifeste publié à Iloogstraeten le 
24 octobre 1789, de déclarer : 

Les trois états libres, indépendants et le ci-devant duc absolu- 
ment déchu de toute souveraineté, hauteur etc. , dudit duché de 
Brabant. 



- 167 — 

À été ensuite reprise l'affaire concernant la formation d'an 

comité secret, composé de quelques membres des provinces déjà 
réunies ou à réunir encore. Concernant quoi il est entendu que, 
s'il était trouvé bon d<; continuer la correspondance avec les 
cours étrangères, les MM. qui étaient déjà dans cette correspon- 
dance ne seraient pas tenus de taire rapport de l'état de ces 
affaires à l'assemblée entière, mais qu'il suffirait d'en donner 
connaissance au susdit comité secret, sans cependant pouvoir 
rien arrêter avec ces cours, sur quelque point que ce soit, sans 
autorisation préalable de l'assemblée générale. 

Et pour ce qui est de la correspondance avec les autres pro- 
vinces qui n'étaient pas encore réunies, il a été trouvé bon qu'elle 
serait tenue par l'assemblée générale, à l'intervention des députés 
des provinces déjà réunies. 

Étant alors procédé à la nomination des députés au susdit 
comité secret, ont été nommés, par MM. du 1 er état, monseigneur 
le prélat de Tongerloo, par MM. du 2 me état, le comte de Coloma 
baron de Sainl-Pierre-Leeuw, et par MM. du 3 me état, le sieur 
Vander Noot. 

19 Décembre 1789, après-midi. 

CORAM, MM. l'archevêque de Matines, îèvèque d'Anvers , les prèhits 

de St-Bemard , de Parc et de Tongerloo, du premier état. 
Les marquis de Wemmel et de Trasegnies dtlttre, les comtes de 
Lannoy, de Liberchies et Nassau de Corroy, les barons Vander 
Noot Schoonhove, Maretz, Vander Noot de Carloo , Vandowcrve 
de Schilde Coloma de St-Pierre-Leeuui , De Visser Van llovc et 
Vanderlinden cCIloogvorst, du 2 me état. 
MM. Thielens, Marchant, de Locquenghien , Duc, Délia faille et 
Boni, du 3 mc état. 

MM. Les marquis de Wemmel, de Trazegnies d'Ittre et de 
Verquigneul baron de Parc, membres de l'état noble, étant venu 
à l'assemblée, il a été trouvé bon qu'il leur convenait de faire le 
nouveau serment au sujet du secret, résolu ce matin, et qu'il leur 



— 168 — 

serait fait lecture de la résolution , également prise avant-midi, 
au sujet de l'indépendance de ces provinces, et qu'il en serait de 
même à l'égard de tous autres MM. qui viendraient successivement 
à l'assemblée. 

Lesquels trois MM. susnommés ont prêté le susdit serment, 
et, après lecture de la résolution concernant l'indépendance, ont 
déclaré adhérer à cette résolution. 

Après quoi, le greffier jubilarisé a fait rapport que sont venus 
chez lui, l'après-midi, le sieur ancien échevin d'Anvers Van Praet 
et le sieur conseiller Vandorslaer, desquels le premier, comme 
commissionné par le comité de Bréda, ici à Bruxelles le 13 c. 
avec ceux qui de la part du comité réuni, formé à Gand, avaient fait 
publier le manifeste du Brabant, et le sieur Vandorslaer comme 
ayant été prié par le sieur Van Praet pour l'aide de ses conseils, 
lui avaient donné à connaître Que, dans la résolution prise avant 
midi au sujet de l'indépendance, aucune mention n'ayant été insérée 
de la publication du manifeste faite en cette ville le 15 de ce mois, 
cette circonstance était de la plus haute importance, car il pouvait 
en être tiré des conséquences nuisibles, pour quelle raison ils pen- 
saient qu'il conviendrait de faire quelque changement aux termes 
de cette résolution concernant ladite publication ; ce qui pourrait 
se faire en ajoutant aux mots : à Hoogstraeten le 24 octobre , ceux-ci : 
et ailleurs , nommément ici à Bruxelles le 1 3 courant. 

Sur quoi ayant été délibéré, il a été trouvé bon d'ajouter ces 
mots à la résolution. 

Après cela, MM. les députés des États de Flandre ont exhibé 
la copie authentique ci-jointe de l'acte par lequel leur principaux 
se sont réunis le 30 novembre dernier aux Etats de Brabant, pour 
la défense commune des lois du pays et l'établissement de leur 
liberté, priant lesdits sieurs députés que la présente assemblée 
leur accorde également un semblable acte formel , sur quoi il est 
résolu de dresser, sur le pied du même acte, l'acte suivant, d'ap- 
probation et de ratification. 



— 169 — 

Acte d'union des Provinces Rclgiques. 

« Les Etats do Flandre, unis depuis longtemps par des liens 
intimes d'amitié et d'intérêts avec les États de Brabant, animés 

d'ailleurs du même esprit pour la conservation de leurs droits, 
usages, privilèges et du culte de leurs pères ; lésés également dans 
ces droits sacrés, depuis nombre d'années , par un gouvernement 
despote et tyrannique, et n'ayant trouvé d'autre ressource que de 
secouer ledit joug et de recouvrer leur liberté et leur indépen- 
dance par la voie des armes : ont cru que l'unique moyen d'y 
parvenir et de rendre leur état de liberté stable, était de réunir 
leur sort à celui de la province de Brabant et de conclure ensemble 
un traité d'union offensif et défensif à tous égards, aux condi- 
tions ultérieures de n'entrer jamais dans aucun pourparler en 
composition quelconque avec leur ci-devant souverain, que de 
commune main, et voulant donner aux Etals de Brabant toutes 
les marques possibles d'une amitié sincère et manifester, par des 
actes non équivoques, tout leur désir à cimenter cette union d'une 
façon indissoluble, lesdits États de Flandre consentent, ensuite 
de la proposition qui leur a été faite par M. le chanoine Van Eupen, 
autorisé des seigneurs Etats de Brabant, à ce que cette union 
soit changée en souveraineté commune des deux États, de façon 
que tout le pouvoir et l'exercice de cette souveraineté soient 
concentrés dans un congrès à établir et qui sera compose de 
députés nommés de part et d'autres, suivant les articles d'organi- 
sation, dont on conviendra dans la suite, d'après des sentiments 
fondés sur les principes d'une exacte justice, et dictés uniquement 
par le bien-être commun, sauf (pic l'intention des parties con- 
tractantes est, dès-à-présent, que le pouvoir de cette assemblée 
souveraine se bornera au seul objet d'une défense commune, au 
pouvoir de faire la paix cl la guérie et par conséquent à l'érection 
et entretien d'une milice nationale commune, ainsi qu'à ordonner 
et entretenir les fortifications nécessaires pour la défense du 
pays ; de contracter des alliances avec les puissances étrangères 
ss m 1-2 



— 170 — 

en un mot, à tout ce qui regarde les intérêts communs des deux 
États et de ceux qui, dans la suite, trouveront bon d'y accéder ; 
les États de Flandre osent se flatter que les Etats de Brabant 
trouveront dans cette déclaration un garant sûr des sentiments 
loyaux des États de Flandre et de leur zèle pour la cause com- 
mune, et Ton ne doute nullement que les états de Brabant n'y 
répondent de leur part, par le même esprit de franchise. Ainsi 
arrêté dans notre assemblée du 50 novembre 1789. Etait signé 
J. F. Rohart, et muni du cachet des états de Flandre en hostie 
rouge. » 

« Vu l'acte d'union ci-dessus ; il est résolu d'approuver et de 
« ratifier, en tant que de besoin, toutes les conventions com- 
« prises dans ledit acte, avec promesse solennelle de s'y conformer 
« et de se conduire en conséquence dans tous les dits points, 
« et de délivrer un acte semblable aux États de Flandre.» 

11 a été ensuite également résolu, avec lesdits députés de Flandre, 
que les états de Brabant , déjà réunis avec ceux de Flandre par 
l'acte et la résolution ci-dessus , inviteront les états des autres 
provinces à se déclarer également libres et indépendants, comme 
les Etats de Brabant et de Flandre l'ont déjà fait, et aussi à déclarer 
le ci-devant souverain des provinces des Pays-Bas déchu de sa 
souveraineté, avec ultérieure invitation d'envoyer sans délai des 
députés pour entrer dans la même union, de laquelle union il 
sera envoyé des copies à chacune de ces provinces. 



RECHERCHES HISTORIQUES 



les personnes qui, anciennement , administraient la justice 
dans notre pays, et sur les lieux où elle se rendait ; 



l'An 

UN NEURRE-C0NSE1LLER DE L'ACADÉMIE. 



Noscirc autcni quiilautea quaui natus sis, 

accident, i<i estsempcr esse pnerura. 

Cicero orat. ad Brutum. C. U, N° 1ÏO. 

L'administration de l;i justice est une des parties les plus 
curieuses et les plus importantes de l'histoire d'un peuple : au- 
cune autre ne reproduit d'une manière plus frappante les mœurs 
d'une époque et le degré d'instruction auquel tin peuple est par- 
venu. Cette administration se rattache, en effet, on ne peut plus 
intimement à ces deux choses; à la première par le caractère 
des châtiments infligés aux coupables , à la seconde par les 
moyens mis en œuvre par les juges pour découvrir l'auteur d'un 
délit ou d'un crime. Or, rien n'étant, très-souvent, plus difficile 
que de parvenir à celle découverte, à cause du mystère qui 
enveloppe la perpétration de la plupart des crimes, on voit les 
juges, instruits par une heureuse expérience, recourir peu-à-peu 
à des investigations nouvelles, toujours plus éclairées, plus adroites, 



— 172 — 

plus propres, en un mot, à discerner le mensonge de la vérité 
dans les débats judiciaires. Ainsi , l'on peut dire, je crois, que 
les progrès que le moyen âge et les temps modernes ont suc- 
cessivement vu introduire dans les procédures, déterminent les 
progrès de la civilisation elle-même. Toutefois mon dessein n'est 
pas d'entrer dans un champ si vaste, d'exposer les formes judi- 
ciaires, l'amélioration dans l'instruction des affaires et dans la 
mitigation des peines afflictives. Je n'ai en vue que les personnes 
et les lieux choisis, surtout par nos ancêtres, pour rendre la justice. 

Je tâcherai de mettre dans un petit cadre les documents relatifs 
à ces deux points, qui se trouvent disséminés en de nombreux 
ouvrages, et de jettef un coup-d'œil général sur ces matières 
éparses. Comme je ne traite pas la question à foud, je ne 
pénétrerai pas dans les ténèbres des siècles reculés, pour con- 
sulter Csesar, Tacite. Procope, Agalhias et tant d'autres; 

Verum hœc ipse equidem, spatiis exclusus iniquis. 

Prœtereo. Virg. Georg. 4 F. 147-148; d'où par induction et par 
une large interprétation, on peut se former une idée, si non 
certaine, au moins très-vraisemblable de nos anciennes institutions 
administratives et judiciaires; mais je préfère, pour que ma 
relation soit aussi succinte que possible, de passer sous silence 
tout ce que l'histoire ancienne nous fournit de documents, et de 
ne commencer que par les monuments du moyen âge, quand ces 
antiques coutumes se trouvent déjà confirmées et consolidées par 
un long usage, et quand leurs formes, qui remontent jusqu'au 
berceau de la civilisation de nos ancêtres, et dont les auteurs 
grecs et romains ne nous ont pu donner que des ébauches, sont 
plus nettement dessinées. 

Je m'appuierai donc uniquement sur les capitulaires, des règle- 
ments et des faits, et je bornerai mes recherches, comme il a été dit, 
aux personnes qui rendaient, et aux lieux où l'on rendait la justice. 



— 173 — 

PÉRÎMES QUI REMUIEZ LA JUSTICE. 

Je ne remonterai pas jusqu'au jugement de Salomon », pour 
prouver que les princes-souverains excellaient par eux-mêmes !*■ 
[jouvoir judiciaire depuis la plus haute antiquité : je passerai 
sous silence ce que Suétone dit d'Auguste 2 , qu'il rendait très- 
souvent la justice en personne, qu'il y sacrifiait quelquefois son 
repos et sa santé : ces faits sont connus de tout le monde; j'aurai 
l'occasion d'en citer des exemples plus récents, et qui rentrent dans 
les recherches que je me suis proposées. 

Toutefois les princes souverains, qui n'étaient pas seulement su- 
prêmes juges, mais qui étaient aussi chargés du fardeau de l'admi- 
nistration civile et militaire de leur pays, et qui très-souvent à la 
tête de leur armée, ne pouvaient suffire à tant de besogne dans la 
vaste étendue de leurs possessions, se trouvant dans l'impossibilité 
de rendre prompte justice à leurs sujets, ont délégué et investi cer- 
tains officiers d'une portion plus ou moins limitée de leurs pou- 
voirs,sous différentes dénominations variables selon les lieux et les 
époques, pour administrer la justice en leur nom. 

Je ne traiterai de tous ces dignitaires et magistrats qu'en tant 
qu'ils sont chargés de l'administration de la justice, sans entrer dans 
tout le détail de leurs autres fonctions, et sans observer toutes les 
modifications ou restrictions mises à leur pouvoir, qui a été plus ou 
moins étendu en différents siècles, villes et provinces. 

D'abord il y avait principalement trois degrés de juridiction : 
celle du centenier, 5 celle du comte et de son vicaire, et celle du 
souverain. 



* Libr. III Regum , C. 5 v. 16 et seq. 

2 Ipse jus dixit assidue, et in noctem nonnuniquani. Si parum corpore valerel 
lecticâ pro tribunali collocalâ vel eliani domi cubans. Suetonii . pag. 88, § 30. 
edît. Planlin. 1591.) 

3 Dans la loi Salique on trouve encore des Tungini et Swebarones , comme 
juges d'un ordre inférieur. Lex Salica, Tit. 47, 49, 57 et alibi, édition d'Herold. 
Basilise 1557. 



— 114 — 

Les comtes, les vicaires, les ccnteniers étaient des juges ordi- 
naires. 1 

Le centenier, qui exerçait son autorité sur environ une cen- 
taine de familles disséminées au plat pays ou plus tard réunies 
en bourgade, village ou hameau, même dans un quartier en 
ville, et qui avait encore sous lui les Decani 2 ou doyens, jugeait 
les petites causes, et sa compétence ne s'étendait pas sur les 
crimes capitaux, sur la liberté et sur la propriété de ses jus- 
ticiables 3 ; cependant il devait se faire assister par sept éehevins 
au moins. 4 

Ces éehevins qui étaient requis pour tous les plaids ad omnia 
placita, se trouvent aussi désignés dans les lois salique et ripuaire 
sous le nom de Rathimbiirgii, Rachinburgii , an plaid du comte 
llaeden der burgers? r> 

Les comtes étaient chargés surtout de la haute justice des 



1 Tous ces juges devaient être nés dans la province où ils étaient établis. 

Ut nuit us judex de aliis provineiis aut regionibus in alia loca ordinetur. (Capi- 
lul. Chlotarii II anni 615. Cap. 12). 

Balnz tom I. Col, 23, où l'on en trouve la raison: Ut si aliquid mali de quibus- 
libet condilionibus perpetraverit , de suis propriis rébus exinde quod mali 
attuleril, juxta legis ordinem debeat restiluere. 

2 Comités et vicarii, vel eliam Decani plurima placita constituant. Hincniar, 
Episl. 4. Cap. 15. 

3 Ut nullus homo in placilo Cenlenarii neque ad mortem , neque ad libertalem 
suam amiltendain, aut ad res reddendas vel mancipia judicelur ; sed ista aut in 
prœsenlià Comilis vel nostrorum missorum judicetur. Leg. Franc, par Carol. M. 
Lib. IV. C. 79. Édit. Herold, pag. 315. 

* Nullus ad placiluin banniatur nisi qui causam suam quœrit, aut si aller ei 
qnœrere débet, txceptis Scabineis septem qui ad omnia placita prœesse debenl. 
Capitul III Caroli M. A 803 Cap. 20. Baluz , tom. I Col. 394. N° 20. 

'•> Tune Gravio roget septem Rathimburgios, (Lex Salica lit. 35, § 3). Ante 
comitem cum septem Rachinbureiis. (Lex Hipuariorum lit. 31 § A). 



- 175 - 

villes 1 , et du comté qui en dépendait -. Ces comtes avaient dès 
vicaires ondes vicomtes à leur choix, qui, en l'absence du eomU*, 
à cause de maladie ou autre empêchement légitime , adminis- 
traient la justice tant dans la ville qu'à la campagne dans 
retendue du comté, (Ducange V. Vicarius et Vice-Cornes.) Les 
comtes exerçaient en même temps un pouvoir d'enquête sur la 
conduite; des vicaires et des cenleniers. « Volumus ut comités 
nostri licenliam habeant inquisitionem facere de vicurïis et cen- 
tenariis, qui magis propter cupiditatem quam propter justi- 
tiam faciendam saspissime placita tenent et exinde populum nimis 
affligunt. (Capilul. Lothar. A° 824. Baluz. tom. II col. 3-21 c. Z. 

Les évêques étaient aussi juges extraordinaires dans les causes 
civiles. 

« Ut litem habentes sive petitor sivi possessor , si antistitum 
judicium elegerint, ad eos dirigantur. (Titulus capitis 366 lib. 6 
capitulai-.) Quicumque litem habens sive possessor sive petitor fuerit, 
si judicium elegerit sacrosancta; legis antistitis , illud sine aliquà 
dubitatione, etiamsi alia pars refragatur, ad Episcoporum judicium, 
cum sermone litigantium dirigatur. (Baluz. tom. Icol. 985. lib. 6, 
cap. 366). 

Les comtes et les vicaires avant l'érection des tribunaux locaux 
et permanents étaient tenus de parcourir leur ressort pour y rendre 



1 Cornes quidam ex génère Francorum, cognoinento Dotto , congregntà no» 
minimâ niultitudine Francorum in urbe Tumaco , ut erat illi injunctum, ad 
dirimendas resederat aeliones ; luin subito a lictoribus ante euni prcesentalus 
est quidam reus , quem omnis lurba aeclamabat dignum esse mori. Acla 
S.S. Belgii tom. IV, pag. 250. 

2 Sanctus Gregorius ex senatoribus primis bene litleris instituais Augusto 
dunensis civitalis comitatum ambivil : in comitalu auteni poMlus regionem illam 
per 40 aunos juslilià eomitanle eorrexil : et tain severus alque districlus fuit in 
malefaeloribus, utvixeum ullus reorum posset evadere (6reg.Turon.de \ i t is 
patrum C. 7 in inilio. Gundowaldus comitatum Meldensem super Giierpînum 
invasit, ingressuscpie urbem causaruin aclionem agere cœpil : exinde duin pagum 
urbis in hoc ouïeio circumiret , in quàdam villa a Guerpino invasus est. Idem 
Libr. 8 histor. Cap. 18. 



— 170 — 

la justice, et se faisaient assister par les centcniers les plus voisins 
du lieu de leur séance. (Nous aurons l'occasion d'en parler). 

Indépendamment des juges susdits il y en avait encore d'autres, 
qui, comme commissaires ou envoyés royaux, faisaient leur tournée 
quatre fois par an; ils sont connus sous le nom de missi (envoyés). 

« Volumus ut propter justifias, quee usque modo ad partem 
Comitum remanserint, quatuor tantum mensibns in anno missi 
nostri legationes suas exerceant : id est in hyeme Januario : in 
verno aprili : in ses ta te Julio : in autumno octobri. Cœteris 
vero mensibus unusquisque Comitum placitum suum liabeat, et 
justifias faciat. Missi autem nostri quater in uno anno et in 
quatuor locis habeant placita sua cum illis comitibus , quibus 
congruum fùerit , ut ad illum locum possint convenire. Leg 
Franc, per Carol. M. lib. A cap. 80 p. 315 edit. Herold. 

Louis-le-Débonnaire, fils de Charlemagne, réduisit ces tournées 
judiciaires à trois: « Ut videlicet in anno tria solummodo genera- 
lia placita observent; Baluz. capit. tom. I, col. 071 cap. 5. 

Sous le régime féodal, le nombre de ces plaids (placita) a varié 
suivant la volonté du prince ou du seigneur féodal, et selon le 
besoin des sujets et l'étendue du territoire. 

Ces missi, commissaires ou inspecteurs royaux, en même 
temps qu'ils administraient la justice, étaient aussi chargés 
d'examiner la conduite des comtes, et des évéquesen tant que juges 
extraordinaires envers leurs administrés. « Ci forte Episcopus et 
Cornes aliquid negligentius in suo minislcrio egerit, per istorum 
admonitionem corrigatur. Baluz tom I. col. 041 capit. Ludovici pii 
C. 20, A 823. 

Outre ces comtes de province, il y avait encore un comte du 
palais, qui présidait la cour du palais, et qui avec ses échevins 
{Scabini palatii) avait à juger les appels au souverain, indépendam- 
ment de beaucoup de causes ordinaires; car chacun avait la liberté 
et le droit de porter se> diileren Js à la cour du palais. « Comilis 
autem palatii inter caetera pêne innumerabilia in hoc maxime 
sollieitudo erat, ut omnes contentiones légales, qua3 alibi orlce, 



— 177 — 

propter œquitatis judicium palalium ingrediebantur, juste ac ratior 
Habiliter delerminaret, seu perverse jndicutu ad a-quitalis trami- 
tein rcducerct. (Ilincmar Ep. V. C. 21 do ordine Palatii). 

Cependant le monarque lui-même rendait quelquefois la justice 
en personne. Je pourrais en produire des exemples tirés de l'his- 
toire sainte, ancienne et romaine, mais les bornes que je m<; 
suis posées, m'empêchent de remonter si haut * et me renferment 
dans la monarchie des Francs. 

Clotaire III, la 5 e année de son règne, G93, rendit la justice 
en personne à Valenciennes 2 . 

Charlemagne était accessible à tous ses sujets pour terminer leurs 
différends 5 . 

Louis-le-Débonnaire marcha sur les traces de son père, et destina 
un jour par semaine à donner audience et à juger les différends 
élevés entre ses sujets 4 . 

L'empereur Othon III (mort en 1002) siégeait lui-même au tribu- 
nal à Havennes, selon sa coutume. « Otto imperator siculi mos 
erat ei, ... sedit in judicio apud Ravennam ubi primo statuit 
audire viduas. » 

Judicii causas dum prœcipit Otto parari. 

Imperatet viduas celebri prœcone vocari, etc., etc. 

(Buchelius in nolis ad Iledam, pag. 96, 97). 

A 1557. Encore vers ce temps-là, Edouard III, roi d'Angleterre, 

1 DeSalonion ci-dessus; de Romulus, Denis d'Halicarnasse II, page 87; de 
Tarquin le superbe, Livius Lib.VI; de Junius Brutus,Livius Lib. II, C. 5; d'Auguste 
ci-dessus. 

2 Cum Valenlianis, in palatio nostro ad universorum causas audiendas vel 
recto judicio terminandas resideremus. Mabillon de re dipi. Lib. IV. N° 118, 
pag. 475. Des Roches, Histoire des Pays-Bas, pag. 18-1, édition in-4°. 

5 Si conies palatii liteni aliquam esse diceret, qiue sine ejus jussu dciiniri non 
possel, statim liligantes introduci jussit, ac velut pro Iribuoali sederet, lite 
cognità, sentenliam dixit. Egimiart, lita et gesta Karoli magni, pag. 29, 
Lipsia?1619. 

i Hoc missi nostri notuni facianl comitibus et populo quod nos in omni 
bebdomadà unum diein ad causas audiendas et judicandas sedere volunuis. 
Baluz. Tom. I. Col. 668. N° 14. Capil. Ludovici Pii. A" 829. 



— 178 — 

comme vicaire de l'Empire, a tenu lit de justice à Herck, petite 
ville de l'arrondissement de Hasselt, province du Limbourg. « Circa 
idem tempus ... Rex Eduardus III, Rex Angine, tamquam Vicarius 
imperii sedit pro tribunali apud villam Hercke intra domum 
Bludorum l , ubi dux Brabantiœ inter cœteros principes gladium 
cvaginalum desuper verticem régis tenuit tamquam marchio 
imperii. » Wendelinus. Natale Solum legum salicarum exchronico 
Trudonensi, pag. I0G. 

Idem; Mantelius, Hasseletum, pag. 232-233. Idem. Hist. Lossensis, 
pag. 262. 

Après le démembrement de l'empire de Charlemagne, par l'in- 
cursion des Normands , enfin par l'extinction de la race de 
Charlemagne en Allemagne, l'empire étant devenu électif, et 
surtout par les troubles de l'empire dans la dernière moitié du 
13 e siècle, lorsqu'il y a eu un interrègne qui n'a fini que par 
l'élection de Rudolphe de Hapsbourg, tige de la maison d'Autriche, 
à la dignité impériale (A 1273), la puissance des ducs et des 
comtes s'est tellement accrue, que plusieurs d'entre eux sont deve- 
nus souverains indépendants et héréditaires, et à mesure que les 
malheurs des temps fournirent à ces seigneurs l'occasion de se 
rendre plus indépendants, leur puissance s'agrandit, et ils s'éri- 
gèrent en souverains absolus et héréditaires ; et comme eux- 
mêmes n'avaient été qu'olïiciers des empereurs et rois, à leur 
tour ils en instituèrent d'autres subalternes sous les ditférents noms 
de Bailli, Ecoutelte , Drossaerd, etc., pour administrer la justice en 
leur nom, comme on le verra plus loin. 

1 Domum bladorum cives vocabant Corenhuys , dit Mantelius dans son Hasse- 
letum , pag. 235. 

En effet bladus vel bladum à Saxonibus acceptum , ac Scmen désignai; sœpè 
et fruetum eliam arborum ae vitium ; prsecipuè tamen frumentum; d'où les 
Français ont probablement fait leur bit: 

G. J. Vossius île Vitiis sermonis et glossematis latino barbaris, page 183 et 338. 

Item Ducange, V. Bladum, de la bladinge. Voyez Kilian qui n'a pas le verbe 
bladen ou blaijen en usage dans le sens de percevoir de fruits, ou de profiter; 
(bladingbe — t'ruclus âgroruui , fruges, Kilian). 



— 170 — 

Ces nouveaux princes souverains siégeaient aussi souvent eu\- 
mémos au tribunal. (Nous ne parlerons que do ceux dos Pays-Bas) : 
nos anciens diplômes, chroniques et histoires , nous en fournis* 
seul des exemples fréquents; nous en citerons quelques-uns. * 

Cette coutume que les souverains rendaient justice par eux- 
mêmes était tellement en usage aux Pays-Bas dans te XIII' et XIV 
siècle que Melis Stoke reproche à Jean II (d'Avenues) comle de 
Hainaut et de Hollande, mort le 12 septembre 4303, qu'il préférait 
la chasse au faucon à son devoir déjuge, si toutefois il aurait pu 
s'en exempter entièrement 2 . 

Dans un diplôme de Florent, comte de Hollande, de l'an 1232, on 
trouve la souscription suivante : aclum À Domini 1232 mense julio 
Brugis in Gouwe dinga 5 . 

Vide Vredius, Flandria Ethnica pag. 461. 

Guillaume III, comte de Hollande, fit décapiter le bailli d'un 
village de la Hollande méridionale, en remettant lui-même le glaive 
à l'exécuteur, après avoir condamné en personne le coupable pour 
le vol d'une vache. 



1 Baudouin Vil « la Hache (Securicula) Hapkiii comte de Flandre mort en 1 1 II), 
exerçait aussi la justice par lui-même, et portait une hache comme emblème de 
la justice. 

» Per oppida vicosque circumvectus causas cognovit ac jus constantissimè 
» dixit. » Meyerus. 

Voyez aussi Marchantius , pag. 206. Un chevalier avait dépouillé une pauvre 
veuve ; il le fit jettera Bruges dans une chaudière d'eau bouillante : d'autres, 
qui avaient pillé des marchands, furent pendus dans son château de Wioendale 
près Thourout. 

2 Liever hadd'i al den dach 
Met ten valcke omme te gane 
Dan hi te pleite hadde te stane 
Hadd'y's moghen wesen quite. 

Melis Stoke, bladz. 256. édition de C. Van Alkemade et édition d'Iluvdecoper 
III e deel, b lad. 395. 

3 Gouw , velus, regio, ager, rus, terra , pagus, Kiliaen. 
Gouwe-ghedinghe. Ghemeyn-gedinge endejaer-guedinge; idem.Ghedinghe. 
Lex, jus, judicium , res causa judicialis, etc. 



— 180 — 

Voicï comment d'Outreman raconte cet événement : 
» L'an 1536 le bon comte Guillaume donna en ceste ville (Valen- 
» ciennes) un exemple mémorable de sa justice sur la personne 
» d'un ci-tain bailly ou escoutette d'un village de Zuyd-Hollande 
» près de Dordreeht; celui-ci avoit pris par force la vache d'un 
» sien voisin, qui n'a voit pas d'autre chevance et quoyque ce pauvre 
» homme sçeut faire, il n'en pût avoir autre cas. C'est pourquoy 
» outré de douleur tant pour sa perte que pour l'indignité du faict 
» s'en vint trouver le comte Guillaume cà Valentiennes et lui en fit 
» plainte. Le comte manda soudain ce bailly , qui accompagné 
» d'un sien oncle, Prévost de Dordrecht, se rendit à Valentiennes, 
» ou après quelques légères enquestes et interrogatsle prince con- 
» damna le Bailly à rendre la vache, et rembourser les frais en- 
» gendres en ceste poursuite. Puis obligea le Prévost à lui furnir 
» cent escus d'or sur les biens de son neveu avec serment de ne 
» rechercher jamais le païsan pour ce cas. Cela faict, il sVnquiert 
» du villageois s'il était content et satisfait, à quoi il respôndit 
» qu'ouy : — mais non pas moy, ny la justice, dit le comlo. La dessus 
» il porta sentence de mort sur le Bailly, et après un briéf delay 
» qu'il lui donna pour disposer de son ame, le Comte tira luy 
» mesme son épée, et la bailla au bourreau , qui sur le champ 
» luy en coupa la teste. Au mesme temps l'on achevoit les fenes- 
» trages de la maison de ville de Valentiennes , c'est pourquoy 
» pour mémoire éternelle de ceste action si rare et excellente on 
» y tailla en pierre blanche la figure de la vache; laquelle a duré 
» jusqu'à l'an 1611 qu'on a rabillé la dite maison de ville et changé 
» la fassade. De La Fontaine dit que les Hollandais venans icy 
» s'enquestoient encore de son temps de cette vache et rétournans 
» chez eux n'estoient pas creus avoir esté en ceste ville, s'ils 
» n'avaient veu la dite vache. 

D'Outreman Ilist.de Valent iennesLw.%, Ciiap. VII Page 156, 157, 
Vinchant et Ruteau nous racontent la même histoire de la manière 
suivante: » Le comte Guillaume d'Haynau estant fort affligé de 
» goutte et de gravelle dans Valentiennes donna un tesmoignage 



— 18 i - 

» mémorable de sa justice; c'est qu'un bailly d'un lieu voisin de 
» Dordrechf avait ravy par force la vache de son voisin, sans qu'il 
» en peut tirer raison sur le lieu, ce qui l'obligea de venir flans 
» Valentiennes pour dresser ses plaintes au comte, qui aussitosl 
» commanda au bailly de le venir trouver, comme il fit avec son 
» oncle Prévost de Dordrecht, et après les enquestes dressées, le 
» comte fit rendre la vache au villageois avec les dépens engendrez 
» à la poursuite, obligea le prévost de donner pour amende cent 
» escus sur les biens de son neveu , et pour donner exemple à la 
» postérité fit décapiter le bailly dans sa chambre ou il estoit 
» couché malade. 

Annales de la Province et Comté d'Haynau, par Vinchant et 
Ruteau chap. 37, pag, 535 '. 

Voici quelques autres preuves encore de ce que je viens de dire : 

» In 't jaer 1501 up den lesten meye >vas den hooeh bail lin van 
» Ypre ter veinster van den beelfroyte van der halle uutgesmetcn, 
» ende viel doot, ende ne nam de wet gheen vonnesse, maer de 
» Prince (Louis de Maie, comte de Flandre) cam selve te Ypre om 
sententie te vulcommene. » Merkweerdige gebeurtenissen vooral in 
Vlaenderen en Braband uyîgegeven door J. J. Lambin, Ypre 1835 
in-4° page 179. 

»ln 't selve jaer (1469) in junio was hertog Kaerle te Middelburg, 
» daer hy ter hooger vierschaeren zat met mans mannen ofte leen- 
» mannen van Zeeland , daer hy selve persoonlyk drie dagen ter 
» weecke ter justifie sat in diverse steden in Zeeland , en hoorde 
» daer partyen, soo wel den armen als den ryken , ende hy dede te 
» Middelburg op den vierden dag in ^Vedemaend drie gebroeders 
» in synder presenlie onthoofden, om dat se eene van svne dienaers 



1 La même histoire se trouve dans Mattii. Bazen, beschryving vu» Dordrcclit . 
bladz. 735, où il y a une belle estampe qui représente l'exécution du Bailli 
dans la chambre du comte malade. 

Voyez aussi Joh. Van Bevehwyck 7 begin van Ilolhuul in Dordrecht, bladz. 307. 

Wilhelm. Heda, pag. 2-iO, \\ Corneliss, Bockenberg, Calai. Geneal. el Prévis, 
hist. Regulorum Hollandiae cap. 16, pag. 32. (Berlandi, et chronicon Vernaculum). 



~ 182 

t dood haddcn gcsmeten... Van daer liooeh hy in llolland en quam 
in \s Gravonhagc, daer hy niede ter vierscharen zat nietlen raet 
» oui justilie te administrcren, daer ccn délinquant gebrocht wcrdt, 
-) die voortyds een Ganonick van Sinte Donaes te Brugghe van 
» syncn lyve berooft hadde, die welcke gehangen werdt in de 
» p resentie van Hertocîi Kaerle. 
Vajs Boxhorn Chronyck van Zeelandt, 2 e deel, bladz. 252. 
Alkemade, Karaprecht, bladz. 50, 51. 
(Breederte zien in de Chronyk van Vlaenderen.) 
« Voort in 't selve jaer 1469 in dye maent van ougst trock 
» Hertoghe Kaerle in den Haghe in Hollant, daer hi oock te redite 
» sadt en dede daer scerpe justitie doen, als voùrs. es. Ende hi 
» dede daer hanglten eenen dye voortyls doot halp slaen eenen 
» Canonick van sinte Donaes kereke in Brugghe. » 

» Item in den voorseyden tyt quam een vraukin van Luycke 
» by den voôrs. Princlie in den Haghe in Hollant groote clachte 
» doende over eenen officier van den Princlie, die welcke officier 
» gerensoeneert hadde der voorseyden vrouwen raan voor dye 
» somme van Vie Rynsche Gnldenen te betalene teenen sekeren 
» daghe, of haer man soude gehangen worden. En dit vrauwkin 
» quam by den voors. officier en sy brochte hem IIIc Rhynsche 
» guldenen in minderinghe oui haren man te lossene en syn lyf te 
» behoudene, biddende ontfermelicken oui haren aermen gevanghen 
» man. En presenteerle haer en haren man te verbindene, up haer 
» deel hemelrycx, die andere III hondert guldenen te betalene, up 
» dat sy ghenadeghen dagh hebben inochten, aenghesien dat 't lanl 
» van Luycke al verdorven was en gedestrueirt,ende haerliederghoe- 
» dinghen al verbarnt (verbrandl.) Maer dye voors officier en hadde 
» gheen compassie maer seyde dat hy terstont den man soude doen 
» lianghen,ofdye vrauwe gave hem noch drie hondert Rhynsche gul- 
» denen, dies't vrauwkin seer misbaerde, weenende en clagende, 
» maer ten mochte haer niet baten. Ten eynde sprac die wreede 
»> officier tôt den vraukene segghende : Ick en hebbe gheen wyf en 
» wilt ghy drie nachten bi my slapen, ick sal hu die drie hondert 



— 183 — 

» guldencn quyle schelden en Imwni m:in weder ghevetl 1 . Dyl 
» vrankin dat goet en eerbaer van lu-haine was, warl Wtlei Tickon 
» sercyende segghcnde : ick en kendc noyt nia» d;in iiiyihii ;irnn«-n 
» bcdruklen ghevanghenen man, laccn wat moel ick horenî Ih<: 
» officier sprac, net sal verholen blyven, aldus kiest en dcili. 
» Dese aerme vrauwe om haren getranden man te behoudeiie, 
» si consenteirtet, want si niet voortcr en moclite, en sliep drie 
» nachten by den voors. officier. Ende dese voors. officier biotaen 
» de voors. drie daghen en III nachten genouchte in dit vraukin 
» vindende, dede haeren gevanghen man aen eenen boom hanghcn 
•) ende verworghcn. Ten eynde van den drie daghen, soo hiesch 
» (eyschte) dit vraukin quilancie van der voors. somme, en ooc te 
» hebbene haren ghetrauden man. Die officier die spottede met 
» haer en seyde : Ghy en hebt gheenen man , maer blyft met my 
» wonende, ick sal lui een weerdeghe vrauwe maken. Neen seyde 
» 't vraukin, ie wil mynen man hebben. Als dese officier sag dat 
» hys haer niet ontlegghen en conste, hi leeddcse met hem ondcr 
» den boom, daer haren man hinc, ende sprac : siel daer hu man. 
» llet vraukin dat siende viel in onmachte eude makende groot 
» mesbaer ende luyde rou pende wrake vander grooler onmensche- 
» liker overdaet, so dats hem die officier schaemde eu ghinck wech 
» om 's volcx wille daer wesende ende vergaderende. Dit vraukin 
» quam in Hollant, als voors. es, doende haer clachte voor den 
» Hertoghe Kaerle. Ende Hertoghe dete dit vraukin in goeter 
» bewaernesse , en hi ontboot met scerpen mandemente den voors. 
» officier. En hi inden Haghe comende die Prinche die leyde hem 
» dit stuck aen, maer hi loochendet seer stoutelieken, niet yegen- 
» staende (tegenstaende) het was up hem geprouft. 

» Welcke hy al kende waer synde , begherende grote genade en 
» ontfaermichede; doe dede die edele Prinche den voors. officier 
» het vraukin trauwen t welcke sy seer noode dede maer dye 
» Prinche wildet eyndelicken ghedaen hebben. Ende ghetramvci 
» wesende, hi beval den voors. officier dat hi aile sine ghoedingen 
» heymelic ofte openbaer in gescrilte soude legghen up die 



— 184 — 

; verbcurte van sinon lyvc. Die vuors. officier on dorsto dat nyct 
» laton, maer doit met groler vreesen. En hi gaf t gcschrifle don 
» Priuclie , dye welcke Prinche dodo maken eencn sclioonen 
t> Saertre (Charter) van desen on doidse beseghelcn mit sinen 
» groten seghclo dar die voors. ollieier syn consent toe dede , ten 
« seconrse en behouve van den lancxsten lyve van lien beeden, te 
» wetene van hem en van sinen nyenwen wyve. Àls dit aldus al 
» gedaen was als voors. es, so sprac die Prinche tôt den officier 
» voors. siet daer eenen pries tere, en spreickt u biechte. Die 
» officier jammerlieke beladen zynde riep grotelic ghenade, maer 
» het was al om nyet. Doe qiiam daer die provoost Marysael 
» (Maréchal), metter roode roode, en hy dede den voors. officier 
» aon eenen boom hanghen. Dit gliedaen synde, so gai" die odele 
» Prinche don vraukinne don voors. brief met synon grooten 
» soghele met allon don goeden van den dooden officier. Maer om 
» dallet lastieh soude hebben geweest den aermen vraukin tacli- 
» tcrvolgheno, dose odele Prinche dede ait voors. good extimeren 
» te ghelde, en hi gaf den vraukin ghereede peuninghen daer 
» voren, waerof dat don nommere seere groot was. En hy deid se 
» heerlicke met goeder bewaernesse beweghen (op den weg verzellen) 
» in haer land ; waer bi wel blyct dat hi een Prinche van justicien 
» was. (Excellente Chronyke van Vlaenderen , fol. l48verso). 

Pontus Heuterls, Rerum Burgundicarum. Lib. V, pag. 165-160 
Antv. Plantin i58i ad annum i469, raconte la même histoire. 

Albert de Bavière comte de Hollande donne et expédie un 
diplôme dans la Vierschaer à Dordrocht le 25 octobre 1599 '. 

Le même Albert présidait la cour de justice à La Haye " 2 . 



1 Zoo hehben wy dezen brief open cloen bezegelen . . . . in onze Vierschaer le 
DordreclH, daer wy zelve te regt zaten des salerdags op den xxv daeh in oclober 
in 't jare onses heeren 1599. (VanAucemade, Kampregl , bladz. 15). 

2 Waeromme dat hertoge Aelbreeht te redite ginek sitlen in syn paleys, ende 
gaf een sentencie hy assistentie ende vonnisse syner mannen van rade. (Van 
Goudhoven. Kronyk bladz. 407). 



— 185 — 

Jean do Bourgogne dit Sans-Peur, rendit par lui-même justice 
à la Halle do Bruges, en 1407 ». 
Charles-te-Téwératre en fit do même à Bruxelles, en 1 169 -, en 

rendant prompte justice à tous ses sujets, riches et pauvres, indis- 
tinctement. 

Je pourrais y ajouter encore d'autres exemples ; mais je erois 
que ceux-ci suffisent pour prouver que nos souverains ducs ot 
comtes, rendaient quelquefois la justice en personne. 

Maintenant nous allons voir quels étaient les autres magistrats 
pendant toute cette époque, jusqu'à la fin du dernier siècle, tels 
que Châtelains, Baillis , Prévôts, Ecoutâtes, Drossards , Ammans , 
Maires ou Mayeurs , Bourgmestres , etc. , car les Centeniers , les 
Comtes-juges et les Missi ont disparu. 

Tous ces officiers de justice désignes par ces différents noms, 
que Ton confondait souvent , et sur les attributions desquels 
on n'était pas toujours d'accord, avaeint une juridiction, les uns en 
matière civile, les autres en matière criminelle, conjointement avec 
les échevins , au tribunal desquels ils remplissaient les fonctions 
de commissaires du pouvoir; ces dénominations et attributions ont 
continué jusqu'à la fin du siècle dernier. 

Les Châtelains, qu'on trouve aussi sous le nom de Burg-Graoe» 
ou de Vicomtes, sont connus au moins depuis le onzième siècle 3 . 

4 Ende myn heere reedt haeslelike voor île Halle ende gliinc zelve boven ter 
veinstre, ende hill de roede zelve in de hand.... daer so deide myn heere 
uulzeggen (uyibanncn) mit eenen briefe, die hy zelve in de hand hill, Jan 
Ovin etc. (Lambin cité ci-dessus pag. 57). 

2 (1469) in die selve tyt sadt hertoghe Kaerle drie daghen die weke le lechle 
binnen synder stede van Bruessele, aile parlye selve aenhorende alsoe wel 
aerme als rycke en menich schamel mensche gereescap doende , die langea lyden 
die cancelrye gevolcht hadden. 

(Dits die excellente Gronike van Vlaenderen f° cxlviii recto (Ànlwerpen Willem 
Vorslerman 1531), item : (Cronycken van den lande van Brabant, tôt Antwerpeu 
op die Lombaerde veste bi mi Jan Van Doesboreh 1530 Cap. 23 § 21). 

* Apud Belgas (ut apud Gallos et Germanos) pleraque oppida illustriora suos 
Castellanos habuerunl quos Franei hodic vicecomiles, / komtes, Germaoi Bur- 
gravios, Borehtgravén nuncupant. Hi vice comitum oppidis pnvrant , publico 

25 III 15 



— I8G — 

D'après ce que nous venons de voir, ils demeuraient dans les 
villes ; nous donnerons ici, d'après Buzelin, les fonctions du 
Châtelain de Lille; on jugera par là des autres. 

« De ofïiciolnsulensis Gastellani qure se multa offerunt, expedîa- 
mus. Placet Van der Hario 1 primuni in hâc Flandriœcomitatùs parte 
Comitis Vicarium fuisse, idemque sortitum oflicium quod alibi Vice 
Comités et Burgravii sustinuerunt, duobus in locis jus dicendi 
potestatem adeptum, intra muros scilicet urbis Insulensis, extraque 
eosdem in agris, quibus Insulensis Caslellanise nomen adhœserit; 
ideoquo tantum Cura3 complexum quantum modo simul Baillivus 
et Prœpositus Insulensis suscipiunt. Poslquam enim oflkio fungi 



rum carceruin curam gerebant et sua tribunalia ad jus dicendum habebant. 
(MirjEL's, Dîplom. tom. Il pag. 561, édition in-f° de 1725) où l'on trouve les 
noms de nos villes qui avaient des Châtelains. 

Voyez aussi Brab. Mariana pag. 888-889, etc. Carpentier, Histoire de Cambrai 
Vol. I,pag. 230-231. 

Dans un diplôme de 1059 on trouve le nom de Saswalo Châtelain de Lille, 
Castellanus insulensis primus , cujus saltem nomen ad posteros Iransierit. 
Mir/eus ; tom. I , pag. 54 dans la note. 

Item Buzelini Gallo Flandria, pag. 500. Dans les souscriptions d'un diplôm e 
de 1167, on trouve S. Rogerii Gandensis Castellani. Mir^eus, tom. Il, pag. 972, 
Rodulphus Castellanus Brugensis , A 1146 supp. de Mirœus, pag. 44, Cononis 
Castellani de Brugis, A" 1103 , ibidem pag. 54. 

Primum Caslellanum Drugensem reperi A 1046 uomine Robertum in dilo- 
male Balduini Noviomensium et Tornacensium episcopi. 

(Vredius Flandria Elhnica, pag. 544). Le même diplôme est souscrit par 
Folcard, châtelain de Gand. 

Dans la souscription d'un diplôme de l'an 1125 on trouve : Ascellinus Amman 
de Bruxellâ. A celle occasion Miraeus met la note suivante : Amman apud 
Bruxellenses idem esl etiamnum quod prœtor in aliis civitatibus Belgii ; qui 
prseloris officio funguntur varia habent nomina. Sic Lovanii vocatur Fillicus 
(Meyer, vide Mallhseus de nobililate pjg. 919), Antverpiœ Marcgravius , Mechli- 
niae Scultetus, Gandavi Baillivus, alibi Drossardus, prœpositus, Maierus , jitsti- 
ciarius, de. (Mir^us, tom. I, pag. 89). 

Een Schont word ook dikwils genaemt F illicus (brief van koning Willem van 
1245 Villicusde Harlem. Van Willem V, Villicus de Enckhugzen (Mallhaeus de 
Nobililate pag. 15). 

1 Florent Van der Haer, Les Chatellains de Lille , in-4°, 1611, ibidem. 



— 187 — 

desiit, in atrumque distractos êjuslabores, ut ille urbem extra, 
hic intra muros in reipnblicse curam incombant, malos pnniendo, 

contra tnendo bonorum res vitamque. » (BuzELiNUS,Gallo-Flandria, 
pag. 496). 

Ducange et Marchantitis font mention des Baillis de la manière 
suivante :« Les baillis (Iîalivi Bajuli). Cum comités, inclinatâ el 
frequentibus Normannorum irruptionibus attritâ ac penê profligatà 
eorumdem principnm auctoritate, comitatns suos sibi proprietario 
jure asseruissent , iidem juris dicendi facnltatem tradidére vicariis, 
quos bajulos ac ballivos, vocabulo aivi istius vocarunt , quo ita 
appellabanlur, quibus rei alicujus cura demandata erat : nt qui 
justitiœsuœ custodes essenl, ac veluti redores ac prïesides. (Ducange, 
V. Ballivi). 

«Nostris vero moribus dit, Marchanlius, Ballivi, Schultetique ' hoc 
modo, his ofGciis à scabinis differunt. Scabini judicant, Bailiivi 
judicatum et Scabinornm scila, principumque constitutiones exe- 
quentur : ï II i vocationem habent, hi prehensionem , missionem in 
carcerem , accusationem .... Denique scabini jura popnli, hi 
Principis magis respiciunt, eorumqueDynastarum a quibus eommit- 



4 Le nom de Schout ou Sclumiclh (Ëcoulète) est Irès-ancieu. 

Dans un diplôme de Pépin de l'an 793, c. 2 De servis et ancillis fugacibus, on 
fait déjà mention des Ecoute! 'es ou Schout sous le nom de Sculdasii.. . apud 
loeum conveniant Sculdasii*, Decani, Saltarii (gardes forestiers). Vol loeo 
preepositi, ut nullus eos coneclet. (Van Loou Aloude regeringwyze van Holland. 
Derde deel,bladz. 2-iO *. Item Lex Longobardorum (Kolharis Régis), lit. Il, § 1 
et 2 et alibi sœpius. 

Si quis in Ecclesià scandalum perpétra verit. ... et ipsi XI, solidi per Sculdahû , 
aut judicem, qui in hoc loco ordinalus fueril, exigantur et in saero altari, 
ubi injuria facta est, ponanlur. 

Schulletus. Pra3tor uroanus judex, apud theutorres Schoudr-heet, Sehoud-heyd 
vel Schuld-heys (Ducange) Schout dicebant olim, quod nos dicimus jam Sohult , 
Ex actis Ultraject. anni 1378 : voert waer ymanl die voere uytter stadt gerecble 
in een ander dagelyx gerichte ' binnen Utrecht oui scouds wille die by schuldicb 
ware (Mattbœus de nobilitate. Lib. II , C. 17, pag. 326. 327, 339. 

< Dagelyx gerichte omnis jurisdictio, nmnis etiam coercitio . qoae suivis viià et membria fu Idem de 
nobil. I.ib II, C. ra, pag. 546. 



— 188 — 

liintur et scabinos ad jus in propatulo tribunali dicendum rite et 
necessario submonent, atque tribunalis locum potestatemque veiut 
aperiunt : unde etiam tribunalia nostrati voeabulo vierscharen, 
hoc est quadrilurbae nominantur : quia n irai mm quatuor perso- 
narum illic usus est : Actoris, Rei, Judicis et Baillivi. Scabiuos 
Baillivi dignitate et loco prœeunt. (Marchantius : Flandria, cap. de 
baillivis, pag. 151). 

Les Sénéchaux ne se trouvent en Belgique que dans les Provinces 
de Hainaut et de Flandre. 

Prœpositus (prévôt) Judex pedaneus, minor Judex in pagis, qui 
Baillivo subest et hujus appellationes ad eumdem baillivum de- 
volvuntur, dit Ducange, ce qui s'accorde mal avec les attributions 
du prévôt de Lille : « primum inler Senatores occupât locum, sive 
tribunal adeat, sive publicis Conventibus intersit, quod Comitis 
Flandrise personam sustineat. Ad justiliam exercendam scabinos, 
submonet , quœ Cornes , qua3 Senatus mandaverit sanxeritve , 
exequitur in urbe etc. (Buzelinus Gallo-Flandriœ, pag. 508). Il y 
avait encore d'autres prévôts dans la Flandre-Française, comme 
à Douai, Armentières , Lannoy, etc., avec les mêmes pouvoirs que 
ceux du prévôt de Lille. (Buzelin , pag. 509). 

Les Ecoutâtes (Schout) , les Drossards , les Maieurs (Majores) , 
et dans la suite les Bourgmestres avaient presque tous le même 
degré de jurisdiction i , mais non nostrum tantas componere 



* C'est dommage que le livre de magistratibus, ouvrage du savant Hopper, n'ait 
pas vu le jour ; on y trouverait les différentes nuances de pouvoir, dont étaient 
revêtus tous ces officiers. 

Voici ce que le président Viglïus écrit à son ami Hopper à ce sujet , de Bruxelles 
le 25 novembre 1555. 

Legi libellum tuum de magistratibus nuper ad me missum : in quo uti 

diligentiam tuam non possum non laudare, ità quoque in magnam sum aduclus 
admiralionem, quomodo in tantâ magistratuum turbà respublica rectè gubernari 
potuerit. Nosti quod dici solet, multitudinem imperalorum Cariam perdidisse. Et 
si forte dicas nil potins esse ordine , quo unhis cujusque munia slnt dislincta : 
id quideni fateor, dummodo non niniis minutim ea dividantur. Quœso enim te, 
mi Hoppere, concinna nobis aliquam curiam, sive uti nunc loquimur, aulam 



— 18!) — 

liles. On n'a qu'à consulter les Coutumes et usages , qui avaient 
lieu dans les villes et villages de nos provinces. J'ai sous les yeux : 
Cosluymen ende usantien der hoofdstad en de Meyerye van' s Ilcrtoym- 
bosch : on y trouve entre autres ce qui suit, pages 4 et 5.a Binnen de 
voorschreven stadt (sBosch) zyn twee olficien waer af de eerste is 
d'officié van den hoogh-Schoutet , den welken zyn gecoramitteert te 
corrigeren , criminele zaeken , die geperpetreert worden in rfi- 
voorschreve stadt en de haerder Meyerye. 

Ende d'andere is d'ofïïeie van den laegen Schoutet , den welken 
bcvolen is kennisse te ncmen van aile civile saecken die gebeuren 
binnen de stadt voorschreven en de haere vrydomme v/elcke twee 
olficien nu ter tydt bedient worden by eenen officier. » 

A Eyndhoven, cet officier s'appelle Drossard. 

Item soo wie Drossaert is tôt Craendonck die is ook Drossaert 
ende overste officier tôt Eyndhoven, ende die Heere van Craendonck 
set tôt Eyndhoven eenen Schouteth ende Vorster 1 in de voorschreve 
stadt te recht te sitten, ende die breucken te vervolgen, in 
cioiele saeken ende penninge breucken, ende die Drossaert vervolghe 
die saecken aengaende het crimineel. 

A Reusel on lui donne le nom de Maieur. (bladz. 360). 

« Ten eersten de Schepenon zynde geseten in den stoel des 
Schependoms, maent den Meijer van weghen des Godshuys van 

ex istis Prhnicereis , Lampadariis, Laterculensibus atque alià istà barbaricorum 
noubnum turbâ : difficillimum cerlè fuerit, ipsos iiiter se discernere. Unde fit, 
uteredaru, quemadmodum hodie videmus, cadan pêne officia diversis regio 
nibus diversa sortiri nomina. Ut exempli gralià nominem Âmmannos , Baillivos . 
Schulletos , Drossatos , Senechaltos : sic etiam Justiliani tempore accidisse arlii 
tror. (Hoynck van PapeiNdreciit Analecta, tom. II, part. 1 A pag. 375. 

1 Le f'orslcr était l'huissier du tribunal des Echevins à la Campagne; c'était lui 
qui citait les délinquants eh matière de police , et en délits ruraux, devant le 
tribunal des Echevins , où le Schout où Drossard, etc., faisait les fonctions de 
commissaire ou Procureur du Roi ; il était en même temps garde-champélre 
et portail la verge de justice dans les processions devant Vccoutête ou Schout 

Scultus. Scult noxain signilîcat , eterimeu, et quodvis debilum. Eis verô sive 
Eisch idem est quod extgo. Scultcis igitur is dicitur qui tiebitum pro noxâ - 
(Vredius. Flandria Ethnica, pag. 539). 



— 190 — 

Postel de voorsehrevc schepencn oft hun wel kennelyck is 

dalter gereclit is gelegbl ; den Président met ontdeklen 

hoofde seght, aldus wysen wy Schepencn alsulckcn gerecht als 
er op en Sondag lestleden gelecht is , dat de Meijer van des 
Godshuys weghen sal besctlen endc bannen als recht is » 

Cependant Scholtet, Scholtes, Scholtis, est toujours traduit par 
Mayeur ou Maire (Mantelius Statuta Lossensia, page (53 etc. et dans 
Historia Lossensis quem vide). * 

Il y avait néanmoins dans quelques provinces une difterence de 
degré de pouvoir entre ces différents officiers de justice. 

On trouve dans un diplôme de Jean comte de Ilainaut, de 
Hollande, etc. de l'an 1503. « Waer 't dat zy den Schout recht hier 
van ontsegden, soo soude hy se dagen voor den Bailliu ende die 
Bailliu soudt herechten. » (Van Loon, Aloude Regeringswys van 
Holland, IV e deel, bladz. 112-113). Les Baillis avaient la haute jus- 
tice; les Schout la basse. (A 1317) Grave Willem van Iiollant om 
dat syn oom voors. doot was, nam in syne machten die heerlicheit 
van Aemstel ende van Woerden, ende dwanese aen hem ende selte 
dair in sine Balju ende sine Schouten. (Matthaeus Analecta, tom 5, 
page 209, édition in-4°, Hagœ 1738). 

Il y a aussi différence entre Drossaert et Schout. 

« Binnen den voors. jare van XXV (1423) so rees een grote 
twist tusschen die stadt van Antwerpen en Heer Jan van Glymes 

Hère van Bergen op ten Zoom So dede die stadt van 

Antwerpen versoecken aen den Drossaert en Scoutet van Bergen , 
dat si haren Poorter ontslaen souden 

Die van Antwerpen versochten haren 2 Scoutet om op die van 



1 Wy Scholtis endc Schepencn der justicie der stadt Borchloon est traduit : 
Nous Mayeur et Echcvins de la justice de la ville de Looz. 

2 Judex ordinarius in Causis civilibus quem Germani Schiddeysch vocabanl, 
nos Schout dicimus (Van Loon, Aloude Regeringswys van Holland, loin IV, pag. 
161 in nota *, ex Siccama ad Leg. Fris.) 

Les Echcvins sont très-anciens; les Capitulaires en font déjà mention sous le 
nom de Scabini. 



— 191 — 

Bergen pendinge (pœnam ?) te doene, en syn wel met IIM mannen 
metlcn Schoutet gelrocken in 't lant van Bergen, (Chronycken van 
den Lande van Brabant. Antw. Jan van Doesborch 1530, Cap. 59» 
§ 20). Item Ànonymi Chronicon Ducum Brabantiœ cum observatio- 
nibus, A. Matthœus, pag. 177, où * Drossart est traduit par Sene- 
challus) . 

Les Baillis sont d'ancienne date. 

Melis Stoke qui vivait en 1300, fait souvent mention des Baillis 
dans sa Chronique Rliylmiquc. Nous nous contenterons des 
citations suivantes : 



« Ende Sette (Jan den eersten) Baeljuwe ende Reohlre 

» Die dwinghen souden die Vechlre. 

n In Zuit Hollant wort Balju 

» Her Jan Van Renesse geniaect, dat seg ic u. . . » 

(Edit. Huydecoper, 2 e deel, bladz. 420-421 , édit. Van Alkemade, 
bladz. 148 in fine). 

Ende sloeghen haren Scoute daer 
Ende 2 Oloude baren Bailju daer naer. 

(C. Van Alkemade, bladz. 171 in initio). (Huydecoper, 2' deel 
bladz. 550). 



(Jan den II) van Avennes 
Die Bailjuwe van den lande 
Dede den grave dese scande. 



1 Drossaert , Drossaet, Drost dérive probablement de Drothin qui signifie 
seigneur. On écrit aussi druhtin, druflin, truchtin (Willeramus. Truthin Got herro. 
Heere God der beirseharen. Truthin kinade uns. Heer wees ons genadig. (Ttiiii- 
man, Fakkel der nederdiiilscJie tante, V. Drosl). 

2 Aloud Bailluw van Zuit-Holland. 



— 192 — 

Nu en can ic niet gewelen 
Waer ouime de Hère seltet dan 
Te Bailluwe eneii man 

Die niet wille recbten in 't ghemeue 

Ovcr grole als over clene 

Ende over den riken als over den armen 

Hi ne laet die liede lopen carmen 

Na den hère , waer hi es. 

(Édit. Huydecoper, 3 e deel bladz. 397-398). 

Le nom de Bourgmestre n'est pas d'une haute antiquité, et dans 
le commencement ses fonctions étaient tout autres que dans la 
suite *. Leurs attributions en matière de justice se trouvent 
désignées dans les différentes coutumes. Je finis ici mes recherches 
sur les personnes qui rendaient les jugements, et qui les faisaient 
exécuter, pour passer aux lieux où ces mêmes magistrats s'assem- 
blaient pour exercer le pouvoir judiciaire. 



1 Qui olim et Burgi magistri fuerunt devenere Steenwaerdn, qui sunl , non qui 
carcerem aperiunt, sed praepositi , surnmi custodes, prsefecti etc. (Beaucourl de 
Noorlvelde, jaerboeken van den Lande van den vryen, 3 e deel bladz. 99 dans 
la note.) 

Allen den ghenen die desen brief sullen sien oft horen lesen, maecken wy 
Condt, Schout , Scepenen , Burgcmeesters etc. (Diplôme de 1351). 

Deze magistrature is veel later opgekomen en in gebruik gebragt als die der 
schepenen , aen wien te dezer tyd de voorrang boven Burgemeester alhier nog 
gegeven vvordt. Poortmeeslers of Burgeineesters waren in hunnen oorspronk 
ook slechts gaarders of ontvangers van die geringe inkomsten * welke de steden 
in net byzonder lot haar onderhoud hadden en genoten. Zy waren ook bouw- 
meesters en hadden de bezorging van het onderhouden der poorten en vvallen. 

(Handvesten , octroyen , privilégie» en regten aen de slede Vlaardingen. . . . 
vergunt. (Uitrecht 1775), bladz. 44. 

* Jusqu'à nos jours même au plat pays de la province d'Anvers,Je percepteur des contributions esl designé 
pai le nom de Burgemeester ; ce n'est que depuis que sous le gouvernement hollandais et actuel le chef 
de l'administration communale porte ce nom , que l'ancien usage, pour éviter toute équivoque, commence 
à se perdre. 



— 198 — 

DES LIEUX OU L'OIS RENDAIT LA JUSTICE, ET OU SE IRAITAIBSÏ LES 

AFFAIRES PUBLIQUES ET PARTICULIÈRES. 

Toutes les nations anciennes tinrent d'abord leurs assemblées 
et leurs plaids en plein air. 

Les Hébreux choisirent les lieux les plus fréquentés , qui étaient 
les portes de leurs villes. C'était là, en présence du public qui 
entrait et sortait, qu'on passait les contrats et que les juges 
décidaient les différends qui existaient entre les partis; plusieurs 
textes de l'Écriture-Sainte font loi de cette vérité *. 

Les Grecs avaient leur tribunal héliastique ; (L. Bos. Antiq. 
Grœc. Lipsise 1767, p. 145, qui cite Pausanias, Atticorum 28. 
Scholiast. Aristophanis ad nubes.) 

Les Romains leur forum. (Joli. Rosinus, antiq. Rom. L. 9. c. 7.) 

Les Germains et les Gaulois, nos ancêtres, jugeaient les causes 
dans une plaine, à côté d'une pierre, ou d'une haie, ou sous un 
arbre, et cette coutume a longtemps existé chez nos aïeux. 



1 Gen. 23, v. 10 et 11. Abraham acquiert d'Ephron une pièce de terre et une 
grotte pour servir de tombeau à Sara. 

Deuteron. 21, v. 10. Appréhendent eum et ducent ad seniores eivilalis illius et 
ad portam judicii. 

Deuteron. 22, v. 15. Ad seniores urbis qui in porta sunt. 

Deuteron. 25, v. 7. Perget mulier ad portam civitatis, et interpellabit seniores 
natu. 

Josue 20 , v. 4. Slabit ante portam civitatis, et loquetur senioribus urbis illiu* 
ea quse se comprobent innocentera. 

Ruth 4, v. 1. Ascendit ergo Booz ad portam et sedit ibi. 

Proverb. 31, v. 23. Nobilis in portis virejus, quando sederit cum senatoribus 
terra?. 

Oratio Jeremi*; prophétie, v. 14. Senes defecerunt de portis. 

Amos 5, v. 15. Odite raalum et diligite bonura , et constituite in porta judiciura. 
(Cependant Debbora au lieu de rendre la justice a rentrée de la ville, jugeait lo.^ 
contestations sous un palmier.) 

Judic. 4, v. 4 et 5. Erat autem Debbora Prophetis.... quœ judicabat populum.... 
et sedebat sub palmâ.... ascendebantque ad eam filii Israël ad omne judiciura. 



— 194 — 

« Consuetudinis erat, dit Gryphiander *, ut publica judicia publiée 
subdio,w«/er dem blawenhimmel celebrarentur, quœneedum ubique 
defecit ; nimirum, (ajoute-t-il pour motifs,) ut omnis metûs et 
terroris suspicio tollatur. Forsan etiam, ut judex oculis in cœlum 
erectis, Dei presentiaî adraoneretur, et ad rectè judieandum indu- 
ceretur. » Concordat jus feudale saxonum cap. 55, § 19 et cap. 6. 
Lehen recht soll nicht in einem verschlossen ort gehalten werden. 

Toutefois, déjà du temps de Charlemagne on chercha un abri en 
quelques endroits pour se défendre contre les injures de l'air. 

« Ut, in locis, ubi malins publiais haberi solct , tectum taie con- 
stituatur quod in hiberno et in aestate observandus esse possit. » 

Cap. II, Raroli magni, A 809, Baluz. C. 15, col. 472 et cap. 
11b. 5, f. 57, col. 765. 

Plus tard on alla plus loin; on s'établit dans les monastères ou 
sous les portiques et les parvis des églises, et même les jours de 
dimanche et de fête; témoin le capitulaire de Charles-le-Chauve qui 
le défend. 

« Ne malla vel placita in exitibus et atriis ecclesiarum , et pres- 
byterorum mansionibus, neque in Dominicis et festivis Diebus 
tenere prœsumant. » 

Baluz. capil. Karoli Calvi, A 867, tit. 58, cap. VII, col. 206. 

Avant l'érection des tribunaux locaux et permanents, les officiers 
de justice faisaient le tour de leur ressort avec leurs hommes qu'on 
appellait Scaramanni, scrvientes, ministri judicum 2 , et ils tenaient 
leurs séances dans des endroits différents choisis par l'officier. 

« Cornes convenientem locum consideretet inveniat, ubi stationem 
ad mail u m lencndum constituet; cap. ann. 855. » 

Ces parcours sont connus sous le nom de equitaturœ, che- 
vauchées, 3 berydingen. « Quando cornes aut ejus loco Castellanus et 

1 De Weichbildis Saxonicis, cap 66 , §§ 1, 2, 3 page 234. 

2 Ducange V. Scaramanni. 

3 Le souvenir traditionnel de ces chevauchées des comtes justiciers perpétué 
parmi le peuple, n'aurait-il pas donné l'origine et la continuation de la lournée 
annuelle du Comte de mi-carême, qui vient encore aujourd'hui rendre une 
espèce de justice aux enfants ? 



— 195 — 

Baillivus uni ver su m districtum francoaatum ptrequitabit ad inqui- 
rendum in singulis pagis, num quis crimen aliquod comroisisset, 

debebunt inquisiti sub gravi pœnà veritatem dicere neque quid- 
quam ullius gratià celare. » Vredius Fland. Etuis, pag. 400. 

Baudouin surnommé à la hache, douzième comte de Flandre, 6t 
la tournée dans sa province, en rendant la justice par lui-même, 
«per oppida vicosque circumvectus causas cognovit ac jus constan- 
tissimè dixit , inque iniquos magistratus ac plebis oppressores 
multô omnium severissimè animadvertit, » Jacobi Meyer. (Ann.). 
Fland. lib. IV, ad annum 1111 , page 45, édit. Franco. 1580. A la 
même page Meyer nous donne des échantillons de la férocité du 
comte. 

« Brugis adolescens quidam nobilis, quem filium fuisse referunt 
Prœfecli apud Orscampum duos pauperculœ viduœ boves, pretio 
non soluto, reclamanteque muliere, abduxit a fora ; hune arreptum 
unà cum duobus falsis monetariis in ferventem tinctoris lebelem 
dédit prœcipitcm. Henricum Caloensem ex gente Wasiensi virum 
nobilem in arce Windalensi cum aliis quibusdam strangulavit, 
propterea quod externos quosdam sjjoliassent mercatores ad Tur- 
holtensem venientes mercatum. » On trouve aussi ce dernier fait 
avec ses circonstances dans les généalogies des Forestiers et Comtes 
de Flandre, pag. 76, Anvers 1580. » Entre autres justices, feit 
pendre en la grande sale à Winendale unze chevaliers et gentil- 
homes... les mit lui mesme sur un (sic) table et les feit attacher par 
le col à un des sommiers de la sale, puis tira lui mesme la table 
dessous eux... *. 

Les Francs tenaient toutes leurs assemblées législalives et judi- 
ciaires en plein champ. « Pipinus venit Bituriacum... Ibi synodum 
fecit cum omnibus Francis solito more in Campo. Ann. Berlin, ad 
annum 767. 



4 On peut voir aussi Oudegherst , lom. I, pag. 545, édit. deLesbroussart , Garni 
1 789 , en Jaerboeken van den hindi- van den vryen, tloor Beaicoirt de Noort- 
velde , I deel , bladz. 145-117. 



— -liMi — 

De même l'empereur Frédéric 1 assembla en 1158 une diète cé- 
lèbre dans la plaine de Boncaglia entre Plaisance et Crémone, à 
quelque distance du Pô. Cette plaine inculte servit aux empereurs 
d'Occident pour y tenir leur cour souveraine. Ducange. V. Run- 
calis. Rtincalia. 

Le Bailli de Lille comme ollicier de justice siégait sur une motte 
OU colline. 

« Castcllani Bailli vus Insuhe tribunal habet in loco quem mottam 
seu collem dominse nuncupant, ubi de litibus et causis ditionum 
domino suo subditarum cognoscere et judicare homines beneficia- 
rios jubet. (Buzelim, Gallo-Flandria, pag. 507, 508). 

A Limoges les assises se tenaient devant la porte du monastère 
de St-Martin, et au cimetière de l'église St-Michel. 

« Assisias suas tenebunt Lemovicences ante Januas monasterii 
S. -Martini et in cœmeterio ecclesiae S.-Michaelis. Ducange, V. 
Assisiœ. 

Les peuples septentrionaux avaient leurs tribunaux au milieu 
de leurs forêts : « ut hoc securius ordinatiusque fieret conslituta 
sunt inter altas sylvarum planifies apta tribunalia (qua3 et 
hodie rigorosè servantur) ubi per longa terrarum territoria 
infinitœ populorum turmœ certis anni temporibus regio praefecto 
ac duodecimviris electis praesidentibus audiri et judicari pos- 
sint. » Olaus Magnus, Hist. Lib XIV, Cap. XVII, pag. 558, 
Basileaî 1567. 

Les Frisons marchèrent sur les traces des Septentrionaux et 
suivirent celte même coutume : ils avaient leurs séances, si ce n'est 
dans un bois , au moins sous les arbres nommés opstalboomen. 

« Upstallesbome Iocus apud Auricam est in Frisiâ orientali, 
arboribus erat consitus ad quos Frisii judicabanl et convenlus 
habebant publicos, unde leges opslalbomicse, quos edidit olim 
Siccama. » Matthjeus Analccta, tom. II, in-4°, pag. 59, Hagœ 
1738. 

« Vetustissimus mos fuit... ut ex omni Frisiâ... Majores populi, 



— 197 — 

qui linguà patriâ Gretmànni Zélandici, i cerlum in locutn unà 
convenircnl dalurique extra ordinem judiccs juratos... qui eô 
delà tas altioris indaginis lites post plenissimaui causas cognilionem 
auctoritate omnium socionim domi componerent aut dirimerent » 
Menson Alting. Notifia Germaniœ inferioris antiquœ , pag. 191. 

Le môme auteur nous donne la situation du lieu et l'étyraologie 
de son nom. 

« Locus fuit, dit-il,... in ipso totius Frisiœ meditullio... pateati 
in campo unis passuum millibus ab aree Auricanà ad occasum 
hybernum. Huic nomen inventum ab annosis et excolsis qaercubus 
(1res omnino fuisse fa ma est) upstellesbomc , vocabulo ex tribus 
composito up, stel et borne latine ad stalutas arbores. » 

Ubbo Emmius, dans son ouvrage : de Frisiâ et Frisiorum republicâ 
(Embdœ, 1659, page 505,) nous indique la même place destinée 
aux mêmes usages : « Locus est... patenti in campo upstallcsbomi 
nomine... jam nibil nisi antiquas et emorientes quercus très osten- 
dens. Ad cum... convenue... illic... de republicâ consullare, tribu- 
nal crigere, controversias fin ire soient. » 

Keysler dans ses Antiquitates selectœ Septentrionales et Celticœ, 
pag. 77-78, et dans les Addenda, pag. 584-585, fait aussi mention de 
upstallesbome, et de jugements sous les arbres en usage en Angle- 
terre et en Allemagne, sous le nom de Holtzgeding , Âychinding 
(locus judicii sub quercu) et de Ilagesprakcn , que par corruption 
on nomme Uagelspraken. 

Jean Picaudt dans son ouvrage cité, page 16i, parle aussi de 
Hagespraken , qu'il prétend être antérieurs au temps de Charlc- 
magne. Les Gaulois s'assemblaient dans un bois dédié à quelque 
divinité pour aplanir les différends surgis entre eux ; ils se 



* De Vriesen noemen de oppcrhoofden der justilic de so-mmige Drostcn en 
andere Baljuivcn en Grictma»nen: 't welk synen oorspronck heel'l van gericht; 
want Gcrichts-man wert abbreviatim gepromincieert Grietman. Johan Picardt. 
Antiquitetcn der provincial. . . tusschen de Noordzee, de Yssel, Emse en Lippe , 
enz., bladz. H4, Amsterdam 1660. 



- 198 — 

soumettaient au jugement des Druides ; « Ii (Druides) certo an ni 
tempore in finibus Carnutum, quae regio (otius Gallhe média 
babetur, considunt in luco consccrato. Hue omnes undique, qui 
controversias habent, conveniunt ; eorumque judiciis decretisqne 
parent. (Ca3sar de belle- Gallico. Lib. VI, pag. 115. Lugd. Bat. 
IsaacEIzevir 1619.) 

En France, au milieu du 15° siècle, Louis IX se plaisait à rendre 
la justice en personne en plein air : 

« Dans ce jardin (du roi) là même, dit Sauval, Saint-Louis... y 
rendait justice couché sur des tapis avec Joinville et d'autres qu'il 
choisissait, pour conseillers. 

a On sait qu'il (St-Louis) se plaisait à rendre lui-même la justice 
à ses sujets, et qu'en été il établissait son tribunal ou sous les 
arbres du bois de Vincennes ou dans le jardin de son palais de la 
cité. » 

J. B. de St- Victor, tableau historique et pittoresque de Paris, 
tom. I, page 104 et pag. 469 dans les notes, et Hist. de St-Louis 
par Jean sire de Joinville. Paris, Oamoysi 1668, in-f°, pag. 12-15. 

Dans les Pays-Bas en général la coutume de tenir les plaids en 
plein air a subsisté pendant des siècles, ce qui peut être confirmé 
par des citations tirées de chartes, de chroniques et de descriptions 
topographiques de nos villes ; entre plusieurs autres je me borne 
aux suivantes : 

A 1160. Accord entre Robert avoué de Bethune et Baudouin 
Châtelain de Lens. 

« Si les hommes de l'avoué et ceux du châtelain se disent des 
injures, la plainte en doit être portée pour ceux qui sont de la 
juridiction de Lens ad tumulum de Nue (de Nœue) et pour ceux 
qui sont de la juridiction de Bethune à la haie de Vend in. » 
St-Genois, monum, anc. pag. 474. 

A 1287. Lettres de Florent de Hainaut sire de Braine et de 
Hal parlesquelles il déclare a que Jean d'Avesnes comte de Hainaut 
son frère lui a donné pour son partage, du consentement de ses 
autres frères, les villes de Braine-le-Comte et de Hal. » 



- 199 — 

.... à Ilasprc dans le jardin du prieure le mardi avant St-Murc 
évangeliste, mois d'avril ; idem pag. 745. 

En Hainaut la cour de justice se tenait sous des chênes à Efornu. 
« Ce lieu de Hornu a servy longtemps de parquet de justice aux 
comtes de Haynau, et le lieu ou ils rendoient la justice, eslott 
entouré de hauts chesnes , aussi retient il le nom de la Cour des 
chesnes [à Hornu *. Vinchant et Ruteau, Annales de la province 
et comté a" Haynau. Cap. XXVII, pag. IG7. 

A Egmont, les assises se tenaient régulièrement trois fois par an 
sous l'arbre devant la maison de pierres a imprimis arbitrati sunt, 
quod sub arbore ante lapideam domum - debent observari tria judi- 
cia, sermone vulgato gardingen vel gadingen, » et quelquefois 



4 Les payens regardaient les bois comme sacrés, et comme habiles par les 
dieux. Virgile par la bouche d'Evandre dit : 

« Hoc nemus, hune, inquit, frondoso vertice collem 
(Quis deus incerlum est) habitai deus. Arcades ipsum, 
Credunt se vidisse Jovem. .Eneid. Lib. VIII , v. 3*31 et seq. 
Les Germains, nos ancêtres, d'après le témoignage de Tacite, avaient la même 
révérence pour les forêts : « Lucos ac neinora coasecrant, deorumque nominihus 
appellanlsecretumillud quod solàrevereniià vident. » (De moribus Germanorum). 
Ce respect religieux, que nos ancêtres payens portaient aux bois et aux forêts, 
celte espèce de dryolatrie a pu avoir de l'influence sur le choix de l'emplacement 
pour les hautes fonctions qu'on y allait remplir, et ce même emplacement a pu 
par habitude servir longtemps après qu'ils fussent convertis au christianisme. 

2 A cette occasion le lecteur ne trouvera pas déplacée, j'espère, une note 
touchant la rareté des bâtiments et maisons en pierres ou briques, au moyen 
âge en Belgique et pays voisins , de sorte que les demeures, surtout des grands, 
portaient par antonomase le nom de Steen. 

Les abbayes et les églises étaient encore en bois , même au XII et XIII e 
siècles. La fameuse abbaye d'Egmond près d'Alkmaar, après sa dévastation par 
les Danois en 856, a été rebâtie en bois par Thieri, premier comte de Hollande, 
mort en 903. 

« Cornes Hollandire Theodoricus jam provectà aetate... ligneum conslruxit in 
Haecmundà monasterium. » (Annal. Egmond. cap. VII). 

Jusqu'en 1123, l'église de Mont St.-Guiberl, à 2 lieues de Wavre, étail encore 
en bois. « Placuit... novam ecclesiam œdifleare : olim quippe ecclesiola lignea 
in eo fuerat. » (Anselmus Gemblac. ad annum 1123). 

Ware, historien irlandais, dit qu'on ne trouve guère d'églises de pierre en 



— 200 — 

devant l'église: « die quâdam cœpit Wilhelmus (de Egmundà) sedêre 
pro tribooali in facie ecclesiae. Mattileus. Chron. Egmond. 



Irlande avant le temps de St.-Malachie , mort en 1148. (Buttler, vie de 
St.-Malachie). 

L'abbaye de St. -Berlin, à St. -Orner, était en grande partie encore en bois , 
l'an 1152. (Buttler, viede St.-Bertin). 

L'abbaye de Lobbes, en llainaut, n'a été reconstruite en pierre qu'en 1162. 

« Hoc auno ecclesia Lobiensis, qusc prius ligneis ac vilibus legulis operla 
fuerât, lapideis (sic) ettegulis ornarica3pit. (Martenne et Durand, Tfies. nov.anccd- 
tom. III, pag. U23). 

L'église Sl-Barthélemi, à Delft, était en bois; elle a été démolie en 1252, quand 
on en a bâti une nouvelle en pierre. 

« In li jare MCCLII. . . ti scoene niewe kerk van St.-Bartholomœus wans nog 
niet becl vobnakel en wercte vêle metser en timmerliede an. . . en (i oude holti 
kerke li agter li niewe stont brake ti poerters af , en geve ti holti en berderen ti 
aerme Goets huse lo Delf. (Ypey , Beknoopte geschiedenis der Nederlandsche 
taal. 2*>deel,bladz.350). 

On peut voir aussi : bcschryvingc der stadt Delft door Van Bleiswyck , bladz. 
192, 196. 

La cathédrale de St.-Paul, à Londres, réduite en cendres en 961 , a été recon- 
struite en bois; même accident en 1086, même empressement à reconstruire et 
toujours en bois; ce ne fut qu'en 1256 qu'on la bâtit en pierres sur un plan 
plus vaste. (Londres et ses environs, par M. D. S. D. L. pag. 116, tom I.) 

La tour ou beffroi de Bruges consumé par le feu en 1280, était encore d'une 
construction en bois. 

Fala (phalœ, turris lignea), Brugis in foro arserunt ad médium Augustum. . . 
turrim ligneam fuisse alicubi legi (Meyer, Annal. Flandr. Libr., 10 in initio pag. 
95 Francf. 1580. (Vredius, Flandria Ethnica, pag 527 in fine) où il ajoute que 
presque toute la ville de Bruges a été dévorée par les flammes en 1184, toutes 
les maisons étant a peu près en bois. 

A Anvers avant 1456 la plupart des maisons n'étaient pas encore en pierres. 
Cette année le sénat de la ville a décrété et promulgué une ordonnance, qu'à 
l'avenir elles devaient être construites en pierres. 

« Paucse lapideae, (domus) argillacese vero plurimae. . . abrogatum publico 
senatûs decreto anno 14o6... ne ulla nisi marmore saxo aut saltem latere 
exlrueretur. (Grammaye, Anlverpia, pag. 9, Lovanii 1708. Près d'un siècle plus 
tard en 1546, les maisons à façades en bois était encore nombreuses à Anvers ; 
le 17 novembre de cette année un incendie éclaté au cùté nord de la bourse 
ayant consumé 22 maisons, le magistrat fit défense de construire dorénevant 
de façades en bois , et de reparer celles qui existaient. (Papedrochius Annal. 
Antv., tom. II, pag. 299, 500.) 



— 201 — 

Jois de Lcydis. Cap. XXX, pag. 37. Mais en cas de meurtre la 
séance avait lieu devant la maison la plus voisine de l'endroit où 
le crime avait été commis, ou devant le pont. « Item si aliquis 

occideretur in villa judicium occisi crit ante proximiorem 

domum villse aut ponlem. » 

Idem. Chronicon Egmondanum, auctore Joanne de Lcydis, 
pag. G4. 

La même coutume s'observait à Muyden où l'on jugeait aussi les 
causes soit dans la rue soit sur le pont. Charte de 1403. « Eerst 
aile reclil te houden buten huse opter slraten of op die brugge. » 
Mattiueus, in notis ad Chronicum Egmondanum, pag. 218-210. 

A Utrecht, même jusqu'au 16° siècle, on pouvait appeler à la 
Cour féodale du prévôt de St-Jean, qui se tenait au cimetière sous 
les tilleuls. 

« Anno 1554 opten 28 april beroepen voor den Proost van 

Sint Jans Leenmannen op Sint Jans kerckhof t' Utrecht onder de 
linden. Matth^eus, de jure gladii, pag. 060. 

A Liège on rendait la justice au marché devant le perron, qui 
se trouve encore figuré dans les armoiries de cette ville. « Eorum 
etiam pirona, id est civitatis et patri:e qnoddam insigne, coram 
quâ consueverant justitiam et judicia determinare , in foro civitatis 
posita(sic), frangi fecit (Carolus audax) et Brugas transferri, et ibi 
in loco qui Bnrsa dicitur erigi » 

Anonymi Chronicon Ducum BrabaïHté cum annotai. Mvtth.eus , 



A Ramsdonck, province de Brahant, la tour de l'église n'a été reconstruite en 
pierres qu'en 1536. Une inscription latine qui existe sur une pierre au côté 
boréal du clocher, mais qui est maintenant masquée par le toit de l'église, 
qui a été agrandie latéralement en 1836, atteste qu'à ce le époque le clocher 
était encore en bois. Une copie de celle inscription m'a élé communiquée par le 
curé de ce village ; la voici : 

« Anno post nain m Christ u m 153G Paulo III sedeole et Carolo V magno 
rege regum imperante ex beneGcentiâ Maxiniiliani Transylvain Equitis, Dorai ni 
de Bouchout etc. in Ramsdonck ex ligneà un ris lapidea facta est. » 

2r, III li 



— 20^2 — 

pag. 202. Item J.Meyer, pag. 392. Franco. 1380. « Sustulit peronam 
Carolus fusileui ex orichalco colnninam.... » 

De môme à Naraur : Avant le XIII siècle, dit Galliot, les 
échevins de Namur tenaient leurs plaids , leurs assemblées et 
leurs séances en plein air sur la place.... de S. Rémi, et ce n'a été 
qu'en l'année 1213 qu'ils obtinrent de ceux du Chapitre de 
St-Aubain la permission de faire élever une espèce d'abbatis (sic) sur 
une partie de cette même place appartenant à ce Chapitre , vis- 
à-vis d'un perron, qui y existait alors, afin de se mettre à l'abri 
des injures du temps. Galliot. Hisl... de Namur, tom. III, pag. 78, 
et tom. V, pag. 381, où il donne le diplôme du chapitre de la 
teneur qui suit : 

« ... Noverint universi... quod nos ad petitionem villici et scabi- 
norum Namurcensium eis concessimus ut... appentitium quoddam 
facerent sub quo propter injurias aëris placita sua quietius agere 
possent. » 

A Bruges le Bailli et les échevins s'assemblaient dans le bourg 
sous un auvent pour se mettre à couvert. La souscription d'un 
diplôme de l'année 1261 porte: ... Actahœcomnia in Lova i Domini 
Comitissœ Flandriœ quse est in Burgo Burgensi, anno Domini 
1261 in exaltatione S. Crucis. Beaucoukt de Nooktvelde : Jaerboeken 
van den lande van den Vryen, derde deel , bladz. 99. Vredius 
Flandria Ethnica, pag. 581-582; ou bien devant le château du 
comte : à Bruges a proximité du Bourg ou premier château du 
comte, il y avait une place nommée de plaetse Mallebergh. C'était là 
qu'on tenait les plaids; car dans l'ancienne coutume de Bruges 
on lit : « de omnibus verô aliis causis ad comitem pertinentibus 
Brugis in Castello vel ante caslellum placita tenebunt in prœsentiâ 
comitis , vel illius quem in loco suo ad juslitiam tenendam 
instituent. » 

Vkedius, Flandria Ethnica, pag. 286. 



* (Lova). Luyve, loove, umbraculum frondium, item : projecta... compluvium 

KlLIAN. 



— 203 — 

A Gand aussi un carrefour ou une place publique servit jadis Mi- 
lieu de tribunal. « Nous trouvons qu'ils (les châtelains) exercèrent 
dans la commune de Gand une autorité représentative de celle de 
leur souverain : par exemple, quoique les échevins de celle eom- 
rnune administrassent ordinairement la justice en plein air (sub dio) 
devant l'église de St-Jean (maintenant St-Bavon) à l'endroit où 
aboutissent encore aujourd'hui quatre chemins, endroit qu'on 
appella le prétoire , en flamand de vierschaere ; cependant s'il 
s'agissait de quelque affaire d'un intérêt majeur, alors le comte de 
Flandre ou son châtelain pouvait les convoquer sur la place située 
entre la ville du comte et la chapelle de St-Pharailde. » 

« Causte oppidi et placita non tractabuntur nisi apud sanctum 
Johannem in quadrivio prœtorii , nisi forte cornes in proprià 
personâ vel castellanus vice ipsius de aliquo sublimi negotio 
tracta re voluerit : tune enim scabini ad eum debent accedere et 
inler capcllam sanctsePharaildis et urbem comitis de causa propo- 
sità tractare. » (Charla Mactildis). Diericx, mémoires sur la ville de 
Gand, tom. I, pag. 34. 

Jusqu'à la fin du XV e et même au commencement du XVI e siècle, 
à Saint-Nicolas, les échevins pour administrer la justice n'avaient 
d'autre lieu, que sous un tilleul au milieu du marché; ce n'est 
qu'en 1518 qu'en cet endroit on a élevé une barraque couverte de 
planches, qui en 1529 a été rebâtie avec toiture en ardoises ou 
en tuiles. 

« À 1567 in dien tyd hadden de hoofdschepencn van den lande 
van Waes nog geene afgezonderde en overdekte plaets voor hunne 
zittingen, maer waren in hooge oierschaar gezeten met hunnen 
greffier en gekleed met gestreepte keerlen of tabbaerden ' , onder 
eenen grooten lindenboom in net midden der markt staende, alwaar 

1 Tôt nu toe (1409) zaton do hoofdsehepcnen van Waes nog in viersehacr met 
keerlen of tabbaerden van twee ondersebeidene kleuren en nien ziel in de 
rekeningen dat die (tabbaerden) daerna van rood, dan van groen en dan van 
laken van andere kleuren werdeu gemaakt; welke kleediogen aau don lande 
jaarlyks 150 pond Parisis kosteden. Ibidem, pag. 103. 



— 204 — 

de schepeneo op aanvraag van don Bailliuw deburgelyke gcscliillcn 
volgcns de eenvoudigheid van dieu lyd bcslislen. Deze lindenboom 
is meermalen vernieuwd geworden lot in het jaar 1518, tocn aldaar 
een bouton buisje met planken ovcrdekt werd geplaatst voor de 
liooge vierschaar en in 1529 werd dit huisje veranderd, en reeds 
met scbalien of leijen gedekt. » 

« A 1497 den VII e dag van Wedemaend (junius)... soo quam in 
propren persoone in de prochie van Sint-Nicolaes die Aerts 
hertoge Philips grave van Vlaenderen 

dat gedaen quam de Prince, in de vierscbaere onder den lindenboom 
alwaer by in de banden van den Bailliu den selven eedt beeft 
gedaen ende uytgcsproken als synen grootvader en oudtgrootvader 
daer te vorent gedaen hadden. » 

Vanden Bogaerde, Het distrikt van St-Nikolaas voorheen land 
van Waes, 2 e deel, bladz. 81 et 157-158. 

A Anvers, jusqu'à l'incorporation des Pays-Bas-Autrichiens à 
la république française, la haute justice se rendait au local nommé 
de Vierschaer, bâtiment qui existe encore à la place du bourg 
au coin des rues de Nattes et du Sac; quoique délabré il conserve 
jusqu'aujourd'hui sa forme primitive : c'était là que les prévenus 
comparaissaient en plein air devant les échevins-juges assis sous un 
appentis ou galerie ouverte. 

« Domum trium-viralibus, utsicdicam, judiciisdeputatam, ubi res 
capitis, evictiones et similia regiœ jurisdictionis merique imperii 
aguntur, estque intra veteris castri ambitum anno 1539 renovala. 
Et notandum occurrit, judicia, quod de Germanis narrât Tacitus, 
hic sub dio agi, nisi quod ad avertendam caeli injuriam non ità 
pridem tectum tribunali impendeat. » Grammaye , Antverpia , 
pag. 9, Louvain 1708. 

Un détenu accusé d'un crime capital devait en faire la confession 
publiquement et librement en plein air; toute autre confession 
faite en prison ne pouvait lui porter préjudice. 

« De confessien ende bekentenissen die eenighe misdadighe 



— 205 — 

gcduen heeft in der torturenoft daer buyten in deghevanckenissc .. 
allô dio confession by hem alsoo ghedaen en connen oft en moghea 
hem niel prejudicieren, ton zy dat hy comparere voor schepenen 
van derstadt bnylon don steen oft ghevanckcnis onde oock buyten 
de borclit aldaer, onde doe de confession voor schepenen onder den 
blauwen hemel, endo buyten aile hachten endo banden van ysere... 
Rechlcn en de costumen van Anticerpen. XIV. -i. 

Je finis ici la tâche que je me suis imposée : ces faits et ces 
exemples tirés des meilleurs auteurs, pourront suffire pour donner 
un aperçu des usages en matière de procédure quant aux personnes 
faisant fonction de juges et quant aux lieux, et pour faire voir que 
telle était la simplicité des mœurs de nos ancêtres, que même les 
hommes les plus élevés en rang et constitués en dignité suprême 
s'abaissèrent à se mettre en contact avec le commun de leurs 
sujets pour leur rendre la justice; qu'ils quittèrent leur manoir 
pour chevaucher dans Tétendue de leur juridiction, pour s'asseoir 
sur un pont, en plein air, sous un arbre, ou au milieu d'une 
plaine, d'une forêt. 

Certes , le défaut d'édifices convenables et appropriés à ces 
assemblées solennelles et imposantes, a pu dans les siècles reculés, 
ne laisser d'autre choix que celui d'une place sous la voûte des 
cieux ou d'un abri sous un portique ou sous les arbres. 

On conçoit que tant que les tribunaux n'étaient pas sédentaires, 
ce qui n'a eu lieu que lentement dans notre patrie après l'insti- 
tution des communes aux XII'' et XIII e siècles *, les souverains 



1 En effet, on a vu que les cours de justice ont été ambulatoires pendant de 
siècles; elles ne sont devenues sédentaires qu'après l'érection des communes, 
quand on a commencé à élever dans les villes des édifices publics destinés 
à l'assemblée et aux séances de leurs magistrats : ils sont connus sous le nom de 
Maisons de ville. 

La création des communes n'ayant pas eu lieu simultanément, il en est résulte 
que les tribunaux ou parlements n'ont commencé à devenir sédentaires, que 
successivement, et plus ou moins longtemps après rétablissement des commune.* 
Entre plusieurs autres on trouve que le parlement de Paris n'esl devi 



— 206 — 

ou leurs délégués (Haut obligés de parcourir le territoire de leur 
juridiction, ne pouvaient pas trouver partout de salles d'audience 
disposées pour l'exercice de leurs fonctions. 

Mais longtemps après qu'il y avait déjà des bâtiments propres à 
ces réunions, on se tenait encore aux anciennes coutumes. Tant il 
est vrai que les usages invétérés sont diiïiciles à déraciner. 



sédentaire que sous Louis-le-Bel au commencement du 1 i e siècle; mais les 
ailleurs que j'ai consultés, ne s'accordent pas sur la date de l'année. 

Philippe de Bourgogne a institué à La Haye en 1428 une cour de justice 
sédentaire pour la Hollande : celle de Zélande n'étant pas encore constituée, il 
y administrait encore la justice en personne en 14G9, comme on a vu pag. 181, 
Van Aucemade Kampregt, bladz. 50. 

Le grand conseil ou parlement de Malines date de 1473. Les conseillers et 
autres fonctionnaires de cette cour ont été nommés et institués par Charles- 
le-Hardi. 

« Anno MIIIT en LXXI1I de derde dach in Lauwe (Januarius) doe geschiede 
tghene hier nae gescreve stael, als dat hi (H erloghe-Kaerle). . . maecte. . . heren 
van den parlemente van Mechelen. . . (Suivent les noms des premiers conseillers, 
maîtres de requête etc.) 

En 't segghe was datme he liede make soude een schoon huys ofle hof , daer inné 
dat me dageliex houde soude het voors. parlement , naer dye manière als 
dat behoorl. (Dit isde excellente Cronike van Vlaendcre, bladz. CLXV1 , recto. 
Antw. 1531. 

Le conseil de Brabant, qui auparavant suivait partout le souverain, n'a été 
établi à demeure fixe à Bruxelles, qu'en 1477, par le même Charles-le-Hardi. 
« Concilium Brabantise quod anlea principum personam de loco in locum 
sequebatur , lixumBruxellis esse voluitCarolus Audax Burgundiae Dux diplomate 
dato anno 1477. » (Mir^us, lom. 2 pag. 1014). 



DE LA DESTINATION 



PYRAMIDES D'EGYPTE, 



M. FÉLIX BOGAERTS, 
Secrétaire-perpétuel de l'Académie. 



Tout le monde sait qu'il n'est pas de question d'histoire ou 
d'archéologie, qui ait jamais excité un intérêt plus vif et plus 
général, que celle qui a pour objet la recherche de la destination 
primitive des pyramides d'Egypte. Dans tous les pays et dans tons 
les siècles, pour ainsi dire, il s'est trouvé des écrivains qui s'en 
sont occupés avec ardeur, et qui, pour arriver à la solution de cei 
étrange problème, ont avancé des hypothèses plus ou moins ingé- 
nieuses, plus ou moins habilement développées. 

Malheureusement, de tous ces systèmes, jetés ainsi à différentes 
époques dans le monde savant, aucun n'a provoqué une discussion 
large et approfondie : après avoir fixé, un moment, la curiosité tics 
hommes de lettres et du public, ils ont subi le sort de toutes 
les questions qui n'obtiennent pas du premier abord les honneurs 
d'un examen sérieux et soutenu ; c'est-à-dire que bientôt on ne 
s'en est plus souvenu. De cette manière le nombre des conjectures 
s'est augmenté constamment, mais sans amener de résultat complet. 

Une seule de ces conjectures continuait à jouir d'une popularité 
presqu'universelle ; nous voulons parler de celle qui accordait , 



— 208 — 

pour destination unique, aux pyramides, d'avoir servi de tom- 
beaux aux Pharaons égyptiens *. Et pourtant, quelque généra- 
lement accréditée qu'elle fût , cette hypothèse ne satisfaisait 
point tous les savants. Selon les uns , cette destination , toute 
d'orgueil et de vanité, n'en excluait pas forcément une seconde 
quelconque : selon les autres , une raison d'utilité publique 
seule avait dû présider à la construction de ces gigantesques 
monuments. Mais quelle était cette utilité? flic labor , hic opus. On 
rejetait les opinions émises déjà sur ce mystère, on en hasardait 
de nouvelles; mais les écrivains dont le sentiment était repoussé , 
n'étant plus là pour le défendre, aucune discussion ne s'engagea 1 
et, nous le répétons, on n'élargit guères le cercle dans lequel on 
semblait volontairement s'emprisonner. 

Une discussion telle que nous la désirons, telle que la réclame 
l'importance du sujet, ne peut manquer, croyons-nous, de surgir 
aujourd'hui, grâce au travail que M. Fialin de Persigny a publié, 
il y a quelques mois, et qui a pour titre: de la Destination et de 
l'utilité permanente des pyramides d' Eijypte et de Nubie, contre les 
irruptions sablonneuses du désert 2 . Le puissant intérêt (pie l'ou- 
vrage du jeune et savant archéologue français a excité partout, 
s'explique sans peine, car cet ouvrage est, sans contredit, le plus 
remarquable qu'on ait publié jamais sur h; sujet dont il s'occupe. 

L'espoir que nous avons de voir des hommes de lettres de divers 
pays, ouvrir une lutte scientifique sur cette importante question, 
ne peut manquer, croyons-nous, de se réaliser bientôt. — Il existe 
en Europe une foule d'académies et de sociétés archéologiques, 
animées, la plupart, d'un courage d'investigation infatigable, et 
qu'on voit se donner des peines infinies pour retrouver un moi, 
une seule lettre quelquefois, effacés par le doigt du temps dans 
une inscription. — Certes, nous sommes les premiers à applaudir, 



* Bossuel, surtout, a contribué puissamment à soutenir la vogue de celte 
croyance, par une phrase célèbre, trop connue pour (pie nous la transcrivions ici. 
9 Paris 1815, à la libraire Paulin, un vol. itt-ift 



— 209 — 

et de loul notre cœur, aux travaux les plus modestes : tout ;i i i 
grande utilité dans le champ de la science; aucune graine n'y est 
perdue, et le brin d'herbe y a sa valeur, tout aussi bien que 
l'arbre aux vigoureux rameaux chargés d'un riche feuillage. Mais 
quelque réel que soit l'intérêt qui se rattache aux recherches 
minutieuses dont nous venons de parler, il ne saurait être com- 
paré à celui que présente l'étude du plus profond et du pins 
singulier mystère de tous les temps; problème dont l'explication 
ouvrirait une source féconde de conséquences précieuses pour 
l'histoire, si incomplète encore, des rois et du peuple égyptiens. 

Il est certain que celle des sociétés savantes qui présenterai! 
enfin une solution victorieuse, obtiendrait dans l'Europe entière, 
une brillante et légitime renommée ; car elle fournirait à notre 
siècle un titre de plus au droit de se croire, pour l'intelligence et 
le savoir, supérieur aux siècles passés. 

Cette considération suffirait à elle seule , nous parait-il, pour 
inspirer une noble ardeur à tous les érudils, jaloux, non seulement 
d'ajouter à leur propre réputation, mais encore à celle de l'asso- 
ciation littéraire à laquelle ils appartiennent plus spécialement. 

Nous savons que la plupart de ces académies bornent leurs 
travaux à un cadre peu étendu, et que, guidées par un sentiment 
de nationalité bien louable, elles ne se livrent pour ainsi dire, 
qu'à l'étude des monuments d'un seul pays, et même le plus 
souvent, d'une seule province. Ceci n'est pas, pensons-nous, un 
motif qui doive les empêcher de tourner pendant quelques jours, 
leurs regards sur les pyramides d'Egypte. Il y a dans le sein de 
toutes ces sociétés, des hommes dont le savoir n'est pas renfermé 
dans une circonférence d'un petit nombre de lieues. Qu'on fasse 
un appel à leur zèle, et les soldats de Gédéon ne feront pas 
défaut, nous en sommes persuadé. 

Le point essentiel est d'universaliser la discussion : pour arriver 
enfin à un résultat définitif, il faut des efforts multipliés, una- 
nimes, et soutenus avec une courageuse persévérance : il faut qu'on 
examine, en même temps, toutes les opinions, tous les systèmes 



— 210 — 

qui ont été proposés ; qu'on rappelle tous les témoignages des 
historiens, qu'on apprécie chaque l'ait à sa juste valeur: en un 
mot, il faut qu'on remue le terrain jusqu'à ce que tout le monde 
s'accorde à avouer qu'il est impossible de creuser plus avant. 
Et, ce moment venu, le grand secret sera dévoilé, ou du moins 
Ton pourra, saris trop de présomption, délier les générations 
futures de mieux réussir. 

Pour nous, si nous avons osé prendre la plume pour présenter 
quelques observations sur le système de M. Fialin de Persigny, 
c'est surtout dans le but de fixer nettement un point de vue tout 
opposé à celui sous lequel le savant écrivain français a envisagé la 
question, en attribuant aux pyramides une destination d'utilité 
immense et permanente. Nous ne saurions admettre cette opinion, 
non plus qu'aucune de toutes celles qui ont été imaginées pour 
rattacher à ces monuments, un motif quelconque d'intérêt public 
pour le peuple du Nil. 

Nous n'ignorons pas que la tâche que nous avons entreprise est 
hardie, surtout à l'égard d'un adversaire aussi éloquent que M. de 
Persigny; mais nous avons pour nous l'histoire et le raisonnement, 
et fort de ces deux appuis , nous avons une pleine confiance dans 
notre cause. 



Le premier monument que les hommes aient songé à élever, pour 
transmettre à la postérité un témoignage impérissable de leur génie 
et de leur puissance, est la fameuse tour dont les descendants de 
Noé entreprirent la construction dans le pays de Sennaar. « Venez, 
se dirent-ils, l'un à l'autre, faisons-nous une ville et une tour, qui 
soit élevée jusqu'au ciel, et rendons notre nom célèbre avant que 
nous nous dispersions par toute la terre. » t 

* Genèse, ch. XI, v. 4. 



— 2 H — 

On sait de quelle manière les travaux, déjà fort avancés < 1 < - ce 

gigantesque monument, furent brusquement interrompus. 

Selon l'historien Josèphe, cet édifice aurait eu une tout autre 
destination que celle qui lui est reconnue par Moïse. 

« Dieu, dit l'écrivain juif 1 , Dieu, voyant (pie le nombre dos 
hommes croissait toujours , leur commanda d'envoyer des colonies 
en d'autres contrées, afin qu'en se multipliant et en s'élendant 
davantage, ils pussent cultiver plus de terre, recueillir des fruits 
en plus grande abondance, et éviter les contestations qui auraient 
pu autrement se former entre eux. Mais ces hommes rudes et 
indociles, ne voulurent point obéir à cet ordre, et ajoutèrent à leur 
désobéissance l'impiété de s'imaginer que c'était un piège que 
Dieu leur tendait, afin qu'étant divisés, il pût les perdre plus 
facilement. Nemrod, petit-fils de Cham l'un des fils de Noé, 
fut celui qui les porta à mépriser Dieu de la sorte. Comme 
il aspirait à la tyrannie et voulait porter les hommes à le 
choisir pour chef et à abandonner Dieu, il leur offrit de les pro- 
téger contre lui, s'il menaçait la terre d'un nouveau déluge , et de 
bâtir pour ce sujet une tour si haute que les eaux ne pourraient 
s'élever au-dessus. Ce peuple insensé se laissa aller à cette folle 
persuasion qu'il serait facile de résister à Dieu, et travailla à cet 
ouvrage avec une chaleur incroyable. » 

Ce passage de Josèphe n'est pas seulement contraire au texte du 
livre de Moïse, il l'est encore à la plus simple critique. — En effet, le 
souvenir de l'épouvantable cataclysme qui , un siècle auparavant , 
avait détruit la race humaine, moins une seule famille, n'aurait-il 
pas fait comprendre au peuple de Nemrod combien était vain, 
ridicule même, l'espoir de trouver dans cette tour, un refuge assuré 
contre une nouvelle irruption des grandes eaux?- — Pouvait-il 
avoir oublié que celles-ci, du temps de Noé, avaient couvert tontes 
les plus hautes montagnes qui étaient sous l'étendue du ciel ? " 2 — 

1 Uist. des Juifs , liv. t, ch. IV, trad. d'ÂRN. d'Asoilly. 
* Genèse, ch. VII, v. 10 



— â-12 — 

Et puis, en supposant même que Ton parvînt quelque jour à donner 
à ce monument une élévation prodigieuse , quelle apparence y 
avait-il que tout un peuple pourrait s'y tenir, avec l'énorme quan- 
tité de vivres qu'il lui faudrait pour lutter contre la faim, en même 
temps qu'il lutterait contre la colère de Dieu ? 

Ces seules réflexions suffisent, croyons-nous, pour prouver que 
le récit de Josèphe, doit être regardé comme une de ces traditions 
populaires dont fourmille l'histoire des premiers peuples. Aussi 
Bossuet n'a-t-il pas daigné en faire mention dans son Discours sur 
l'histoire universelle ; s'appuyant sur la version de la Genèse , 
l'illustre écrivain ne voit autre chose dans la tour de Babel, qu'un 
monument de l'orgueil et de la faiblesse des hommes; monument 
qui, pour être élevé déjà fort haut, ne l'était cependant pas 
autant que le désirait la vanité humaine *. 

Au point de vue des études que nous avons entreprises sur la 
destination réelle des pyramides d'Egypte, il importe de bien 
apprécier celle de la tour de Babel ; car il existe, selon nous, entre 
celle-ci et les constructions pharaoniques, une analogie frappante, 
un rapprochement intime. L'achèvement de la première pyramide 
n'a été, sans doute, que la solution hardie du problême demeuré 
sans résultat dans les plaines de Sennaar. La seule différence qui 
caractérise le monument du peuple de Nemrod et ceux des rois 
égyptiens, c'est que le premier, véritable monument national, 
fût entrepris pour rendre célèbre dans la postérité , tout un 
peuple , tandis que ceux d'Egypte , élevés par un despotisme 
égoïste, ne devaient transmettre aux siècles à venir, que les noms 
des seuls princes qui les construisirent. 



Quelle est donc la pensée qui a fait surgir les pyramides? Est-ce 
une pensée politique, religieuse, scientifique? Une pensée d'orgueil 
et de vanité, ou bien de haute intelligence et d'utilité publique. 

1 Disc, sur l'Hisl. Univ. 2 mc époque. 



— 213 — 

Ces masses gigantesques, indestructibles, ont-elles servi, comme 
on l'a prétendu tour à tour, de tombeaux, de greniers publics, 
de phares , d'observatoires, d'obstacles opposés aux envahisse- 
ments du désert, ou bien, n'onl-elles été, comme le croyait Pline, ' 
qu'une folle et vaine ostentation des rois ? 

Depuis 4,000 ans, ce bizarre et profond mystère a préoccupé 
chaque siècle, et depuis 1,000 ans, il déjoue l'ardente curiosité et 
les efforts constants des hommes, avec une opiniâtreté égale à la 
résistance majestueuse que les pyramides opposent a la faux du 
Temps. 

Vainement une foule d'historiens, de philosophes, de voyageurs, 
d'archéologues, se sont-ils flattés d'avoir trouvé le mot de celle 
grande énigme ; le sphinx de Giseh semble la reproduire à chaque 
génération nouvelle, comme pour humilier l'homme dans sa pré- 
somption, en lui fesant sentir combien sont étroites les bornes de 
cette intelligence dont parfois il se montre si fier. 

Nous ne nous arrêterons pas à examiner séparément les diver- 
ses hypothèses qui tendent à découvrir dans les pyramides des 
monuments utiles ; nous espérons les réfuter toutes à la fois, 
en principe, du moins, tout en ne nous occupant en particulier, que 
de celle de M. de Persigny. — D'après cet auteur, les pyramides 
auraient été bâties pour empêcher les irruptions sablonneuses 
du désert 2 . Cette opinion à la fois neuve et ingénieuse, M. de 

1 Regum pecuniœ oliosa ac stulta ostentalio. 

2 Voici quelques lignes tirées du livre de M. de Persigny, et qui pourront 
donner au lecteur une idée du système de cet écrivain : 

<c Le problème a résoudre était, sans doute, d'arrêter les sables entraînés 

parles vents du désert,sans les mettre à l'abri des vents opposés qui doivent les 
renvoyer au désert. Or , comment satisfaire aux conditions du problème '. 
A la place de murailles, de digues, d'obstacles continus, il fallait peut-être 
supposer des corps isolés, d'une forme particulière et disposés suivant certaines 
données expérimentales ; et c'est ainsi que je fus conduit à soupçonner la 
destination des pyramides. » Page vu. 

« Ces masses prodigieuses cacbaient un grand problème de mécanique ; 
c'étaient d'immenses surfaces présentées aux vents du désert; elles avaient pour 
objet d'opposer au fluide atmosphérique une résistance égale à l'excès de vitesse 



— 214 — 

Persigny la soutient avec une sagacité , une érudition et une 
éloquence qui rendent bien légitime le succès que son livre obtient 
dans le monde savant. Mais quelque sincère que soit notre admira- 
lion pour le talent éminent dont l'écrivain français fait preuve 
nous croyons que son système, combattu qu'il est par l'histoire, 
n'offre pas plus de probable que tous ceux qui ont été présenlés 
avant lui. 

Xous pensons, nous, que les pyramides n'ont jamais eu une des- 
tination d'utilité publique quelconque, et que les Pharaons qui les 
ont fait élever, n'ont été guidés par aucun autre désir que celui 
d'éterniser leurs noms et le souvenir de leurs règnes. — Cette 
croyance, nous osons même dire cette conviction, nous la fon- 
dons à la fois sur des témoignages historiques nombreux, et sur 
les raisonnements simples et logiques auxquels ces témoignages 
servent de base. 

Un fait digne d'être remarqué, et qui explique, selon nous, 
l'origine de cette foule de conjectures contradictoires, émises sur la 
destination primitive des pyramides, c'est que, au lieu de suivre 
avec confiance les voies que l'histoire nous indique elle-même, et 
qui sont moins obscures peut-être, qu'on ne le croit en général, 
la plupart des savants se sont volontairement aventurés loin d'elles, 
dans l'intention d'en tracer de nouvelles, se proposant, bien moins 
d'arriver un jour au terme fixé, que la satisfaction, si flatteuse 
pour l'amour-propre, depouvoir s'écrier commeChristophe Colomb : 
j'ai ouvert un chemin nouveau! — Si ces écrivains s'étaient bornés 
à examiner avec attention les faits que nous allons rapporter de 
l'histoire des Pharaons et du peuple égyptiens, il y a longtemps 
que le sentiment que nous défendons aujourd'hui, serait regardé , 

capable d'entraîner les sables, et devaient être enfin considérées comme de 
grandes machines aérostatiques, de puissants agents modificateur des causes 
météorologiques du fléau. » Page xm. 

Nous laissons à d'autres la tâche d'examiner le côté scientifique du système 
de M. de Persigny; pour nous, nous ne le considérons que dans ses rapports 
avec l'histoire. 



— 215 — 

sans aucune contestation, comme le seul admissible. Voici, <-n effet, 
trois ou quatre réflexions bien simples, qu'ils se seraient faites à 
eux-mêmes, et dont la justesse les aurait déterminés à renoncer 
à leurs doctes utopies. 

1° Si les pyramides avaient été bâties dans une intention d'utilité 
publique, Cliéops et Ghéphrem auraient-ils eu besoin de recourir 
aux traitements les plus tyranniques, pour forcer le peuple à exé- 
cuter ces travaux, dont le peuple lui-même devait, tout le premier, 
retirer les plus précieux avantages? — Non, sans doute; car nous ne 
voyons pas que ceux des Pharaons, tels que Méris et Sésostris, qui 
ont enrichi l'Egypte d'ouvrages véritablement utiles, se soient 
servis du fouet et du bâton pour se faire obéir. 11 ne faut pas de 
verges de fer pour exciter et soutenir l'ardeur d'une nation qui 
travaille pour son propre compte. — Voyez, chez les Romains, les 
aqueducs et les cirques ; au moyen âge, ces vastes cathédrales et 
ces digues puissantes opposées au courroux de l'Océan : tous ces 
travaux n'exigeaient pas moins de temps, et n'offraient pas moins 
de difficultés à vaincre que les pyramides , et cependant ils ont été 
commencés et terminés, sans que l'on ait usé de la moindre violence 
à l'égard des ouvriers. 

2° Si les pyramides avaient été construites dans un but d'intérêt 
national, et surtout, si elles rendaient au pays l'immense service 
de le protéger contre les envahissements du désert, il est certain 
que les Egyptiens ont dû avoir connaissance de cette importante 
destination. — Par quelle fatalité inexplicable en auraient-ils perdu le 
souvenir, au bout de quelques siècles, alors que l'action de résis- 
tance opposée aux sables par ces monuments, se reproduisait chaque 
jour à leurs yeux ? Par quel hasard étrange s'est-il donc fait que 
toute une génération, sans exception d'un seul homme, soit devenue 
tout-à-coup aveugle au point de ne pouvoir plus se rendre raison 
d'un effet aussi facile à comprendre ? 

Dire que le peuple égyptien a pu en venir un jour à ne plus 
reconnaître la grande utilité des pyramides, — utilité que M. de 
Persigny déclare avoir été permanente, — c'est comme si l'on voulait 



— 2-1 — 

soutenir qu'il aurait pu so faire que Ton ignorât aujourd'hui le 
but primitif des digues. La protection que celles-ci accordent aux 
pays riverains de la mer et des fleuves, est absolument semblable 
à celle que, selon M. de Persigny, les Egyptiens, toujours menaces 
par le désert, trouvaient dans leur pyramides. 

5° Si le savant archéologue français a raison, comment expliquer 
alors le mystère profond, qui, du premier jour, a enveloppe ces con- 
structions, tandis que pas un seul des nombreux travaux que d'autres 
Pharaons ont fait exécuter pour l'amélioration et la prospérité du 
royaume, n'a jamais soulevé le moindre doute? Les Egyptiens 
savaient exactement pour quels motifs les 'Jeux monarques, que 
nous avons cités déjà, avaient ordonné de creuser, le premier, le 
lac qui porte son nom, le second, le nombre considérable de 
canaux qui sillonnaient le pays. Bien des siècles après que ces 
ouvrages avaient été faits , les prêtres en expliquèrent l'origine, de 
la manière la plus précise, h l'historien Hérodote. — C'est que l'utilité 
de ce lac et de ces canaux étant réellement permanente, il était 
impossible qu'on la méconnût jamais. 

4° Enfin, si ces pyramides avaient pour destination de sauver 
le pays d'une ruine inévitable, pourquoi, au lieu de bénir la 
mémoire de Chéops et de son frère Chéphrem, le peuple se vengea- 
t-il sur elle, en refusant d'appeler des noms de ces princes, les deux 
pyramides qu'ils avaient fait élever? 

Mais, dira-t-on peut-être, s'il est vr;ii que les pyramides n'ont été 
construites que pour immortaliser le souvenir des règnes de quel- 
ques rois qui préféraient une gloire égoïste et stérile au bien- 
être de leurs sujets, comment se fait-il que la nation n'ait pas été 
instruite du but que ces princes se proposaient dans leur orgueil- 
leuse ambition? 

Nous répondrons plus loin à celte question : nous ferons seule- 
ment remarquer ici en passant , que le peuple égyptien était entre 
les mains de ses monarques , ce qu'étaient entre celles de 
Sésostris, d'Alexandre, de César, d'Attila, les armées innom- 
brables que ces conquérants traînaient à leur suite, c'est-à-dire, 



- 217 — 

l'instrument passif d'une puissance suprême, laquelle pour .i^u 
avec plus de liberté et d'énergie , s'entourait de mystère , el 
cachait à la multitude obéissante, le mobile secret et réel de 
ses desseins. 

M. de Persigny n'admet pas que les rois d'Egypte aient posséda 
ce pouvoir absolu que nous leur reconnaissons. « Nous savons, 
dit-il, que dès la plus haute antiquité, un corps de prêtres était 
le dépositaire tout à la fois des mystères de la religion, des 
raisons de la politique et des secrets de la science. Mais de si 
hautes attributions entre les mains d'une assemblée recrutée dans 
les mêmes familles, et par conséquent indépendante de sa nature, 
sont inconciliables avec l'idée du despotisme royal. Tout semble 
prouver que la véritable puissance sociale émanait, au contraire, 
de ce corps extraordinaire ; que la royauté en était la déléguée, 
la représentation extérieure, la force executive. » 

Nous verrons tont-à-1'heure que l'organisation constitutive attri- 
buée par M. de Persigny au gouvernement égyptien, n'est pas 
admissible, réfutée qu'elle est par des faits historiques irrécu- 
sables. — Mais en admettant même, pour un moment, les opinions 
de cet écrivain, nous y trouvons un nouvel argument en faveur 
de notre hypothèse. 

En effet, si Ghéops, en concevant le projet de sa pyramide, 
n'avait eu en vue que le bien-être de ses étals, pourquoi a-t-il cru , 
avant de faire commencer sa pyramide, devoir se débarrasser 
d'abord de ce puissant conseil d'état dont parle M. de Persigny ? 
Quelle opposition avait-il à redouter de la part de ces prêtres, 
dépositaires habituels des raisons de la politique? Ceux-ci ne 
devaient-ils pas être les premiers à applaudir à l'inspiration 
heureuse du roi, de même que, sans aucun doute, leurs prédé- 
cesseurs avaient applaudi autrefois, aux plans si sages, si émi- 
nemment utiles, de Menés, de Méris et de Sésostris ? Pour quels 
motifs auraient-ils voulu contrarier une entreprise à laquelle se 
rattachait le salut de l'Egypte ? Loin de la blâmer et de la 
rejeter, ils se seraient bien plutôt servis de toute leur influence 

25 m 13 



— 218 — 

pour seconder les vues du prince, en engageant le peuple à 
entreprendre avec joie et ardeur, ces pénibles, mais indispensables 
travaux. — Et cependant, Chéops abolit la caste sacerdotale, et 
se priva ainsi, volontairement, par ce coup d'état despotique, 
du secours puissant qu'elle lui aurait accordé, on n'en peut 
douter, avec un empressement égal à l'inappréciable utilité que 
l'exécution du projet de ce prince devait procurer à la nation 
entière. — Si l'on admet le sentiment de M. de Persigny, la con- 
duite de Chéops, n'a plus de sens. Or, nous verrons plus loin 
que le coup-d'état qu'il osa tenter, et qui lui réussit, était, 
au contraire , le résultat d'une combinaison aussi habilement 
calculée, qu'audacieusement exécutée. 

Cette conduite de Chéops suffirait, à elle seule, à défaut 
d'autres témoignages historiques , pour prouver que c'est au 
despotisme seul , à un despotisme prudemment mystérieux et 
muet, que les pyramides doivent leur origine. 

Toujours dominé par l'idée de la grande autorité dont il croit 
que les prêtres étaient revêtus, M. de Persigny ne veut pas que 
des Pharaons aieni abusé de leur pouvoir. 

« On ne voit point, dit-il *, dans la longue série des rois 
d'Egypte, de ces monstres odieux qu'enfante parfois la puissance 
absolue. » — Eh ! de quel nom faut-il donc désigner Chéops et 
Chéphrem, ces oppresseurs des hommes, comme Hérodote les fait 
appeler par le fils même du premier de ces deux frères, Myce- 
rinus? Quand nous nous occuperons en particulier de ces princes, 
nous verrons que ce n'est nullement leur faire injure que de les 
placer à côté de Néron, de Tibère et de tous ces autres tyrans 
qui souillèrent le trône impérial romain. 

« On ne peut donc nier, continue notre auteur 2 , que l'autorité 
royale n'ait été du moins singulièrement limitée. Or, avec une 
pareille organisation politique, comment supposer que le seul 



« Page 94. 
i Ibidem. 



— 2Œ — 

intérêt d'un fol orgueil ait pu imposer de si grands sacrifices à un 
pays constamment en lutte avec une nature ingrate, où le travail 
des peuples était si précieux ? Se peut-il que la caste sacerdotale 
ait autorisé un pareil gaspillage des forces de l'homme, et se soit 
prêtée à une folie étrangère, si non opposée, à tous les grands 
intérêts religieux et matériels de la nation ? t 

Non, sans doute, nous en sommes convaincu aussi bien que 
M. de Persigny. — S'il en avait eu le pouvoir, le corps des prêtres 
eût certainement empêché ces folies royales , ces fastueux et 
inutiles édifices dont chaque pierre était arrosée de la sueur et des 
larmes de milliers de malheureux. Mais ce pouvoir, le corps 
sacerdotal ne l'eut jamais. Sous Chéops et son digne successeur, 
ce corps avait cessé d'exister. Ces princes l'avaient dépouillé, non- 
seulement de son influence dans les affaires politiques, mais encore 
de celle , réellement considérable , qu'il avait toujours exercée 
sur la multitude superstitieuse; durant un siècle entier, les deux 
frères tinrent les temples des dieux fermés dans tout le royaume. 
Chassée du palais, persécutée, condamnée au silence le plus 
absolu, comment cette malheureuse caste aurait-elle pu opposer 
la moindre résistance à la volonté royale, désormais devenue 
toute puissante ? 

La manière dont Chéops et Chéphrem traitèrent les prêtres, 
prouve donc d'abord que l'autorité politique de ceux-ci n'était 
pas aussi grande, et, par conséquent, celle des Pharaons aussi 
limitée que le prétend M. de Persigny : elle prouve ensuite, que 
Chéops aima mieux encore, en abolissantla caste sacerdotale, s'expo- 
ser aux chances d'une révolte parmi ses sujets, que de souffrir qu<> 
cette caste eût connaissance de ses intentions. Il était persuadéqu'elle 
ne pouvait que condamner son projet, qu'elle en instruirait immé- 
diatement le peuple, et qu'en même temps elle l'exciterait à refuser 
énergiquement de se laisser accabler, pendant un quart de siècle , 
de misère et de fatigue, pour satisfaire un caprice royal. 

Voici donc dans quelle position ce prince se plaça : en con- 
servant la caste sacerdotale , celle-ci devait inévitablement parvenir 



— 220 — 

un jour à pénétrer le secret du monarque, et dès ce moment, 
une insurrection était certaine ; insurrection d'autant plus terrible 
qu'elle serait soutenue par les ministres dos dieux eux-mêmes. 
Tandis que, en prescrivant cette caste, en en dispersant les 
membres, et en fermant tous les temples, une révolte était encore 
bien possible, sans doute, mais elle ne pouvait être ni aussi longue, 
ni aussi redoutable que celle dont nous venons de parler, privé 
que serait le peuple de ses prêtres, auxquels, dans son fanatisme, 
il était accoutumé à vouer une confiance et une soumission sans 
bornes. 
De ces deux éventualités, Chéops préféra la seconde. 
Nous savons que les rois qui érigèrent dans la suite des py- 
ramides, ne furent par tous des Chéops et des Chéphrems : il y 
en eut, au contraire, de très-estimables dans le nombre, qui 
protégèrent la religion et permirent aux prêtres de jouir, si non 
de toute l'autorité qu'ils avaient possédée autrefois, dumoins d'une 
partie de leurs anciennes prérogatives. Si ces derniers n'ont pas 
tenté, sous ces bons princes, de s'opposer à ces frivoles et ruineuses 
constructions, il n'y a rien là qui doive nous étonner ; la crainte 
les rendait timides. Après ce qu'ils avaient souffert sous les deux 
frères, ils se seront, sans doute, bien gardés de vouloir lutter 
contre la puissance royale, laquelle, nous le répétons, était 
devenue absolue: toute tentative de résistance de leur part pouvait 
avoir le terrible résultat de les rendre victimes d'une nouvelle 
proscription. 

La condition que les successeurs de Chéops et de Chéprem 
imposèrent à la caste sacerdotale, est absolument la même, croyons- 
nous, que celle à laquelle les empereurs romains avaient réduit 
le sénat , c'est-à-dire, que cette caste ne formait plus qu'une 
espèce de pouvoir politique tout simplement titulaire, que le des- 
potisme ne maintenait, que pour trouver dans l'assentiment servile 
et convenu de ce simulacre de conseil , une sanction légale à 
ses volontés arbitraires. Plus d'un sénateur romain, plus d'un 
prêtre égyptien ont gémi, sans aucun doute, en songeant au rôle 



— 221 — 

humiliant auquel ils se voyaient assujettis ; niais, n'existant qu'au 
prix d'une aveugle docilité, ils prenaient bien garde que leurs 
gémissements n'eussent point un indiscret écho dans le palais d<- 
leurs maîtres. 

Les raisonnements que nous venons de faire, ne permettent 
déjà plus, croyons-nous, d'admettre qu'un motif* d'utilité publi- 
que, quelqu'il soit, ait donné lieu à la construction des pyramides. 
Nous allons maintenant rapporter des témoignages historiques, 
qui fourniront un nouvel appui à notre assertion. Nous l'avons 
dit déjà, c'est sur des données positives, et non sur des supposi- 
tions gratuites que nous basons notre sentiment. Ces données, 
nous les puiserons dans Hérodote, « la plus haute autorité qu'on 
puisse citer et par conséquent la plus importante, » comme s'ex- 
prime M. de Persigny *. 

On sait que ce célèbre historien parcourut l'Egypte quatre siècles 
avant notre ère, « interrogeant les vieillards et les sages, visitant 
les monuments, recueillant les traditions sacrées et profanes, 
étudiant les religions, les lois et les mœurs 2 . » Lui-même nous 
apprend qu'il eut des entretiens avec les dilférents collèges de 
prêtres, et qu'il en obtint tous les renseignements qui pouvaient 
l'aider à remplir avec succès la tache si difficile qu'il s'était 
imposée. — Or les prêtres ne lui apprirent rien sur la destination 
des pyramides. N'est-il pas probable que si ceux du temps de 
Chéops, de Chéphrem et des autres Pharaons qui bâtirent des pyra- 
mides, avaient eu connaissance de cette destination , quelle qu'elle 
pût être d'ailleurs, cette connaissance se serait perpétuée par une 
tradition fidèle, dans leur caste, jusqu'à lépoque d'Hérodote? On 
n'en saurait douter, car ils avaient conservé, avec la plus grande 
exactitude, les raisons qui avaient déterminé Méris et Sésoslris à 
faire exécuter les travaux qui illustraient leurs noms, bien que ces 
travaux fussent antérieurs de plusieurs siècles aux pyramides. 



* Page 64. 

2 Traduct. d'Hérodote, par E. A. Bétanl ; introduction, 



Nous devons reproduire ici une assertion avancée par M. de Per- 
signy, et qui ne nous parait pas mieux fondée que celle qu'il 
émet sur la puissance des prêtres. 

« La caste sacerdotale, dit-il, usurpa pour elle seule le 
flambeau de l'esprit humain ; elle ne dota les peuples que des 
elfels sensibles et matériels de la science; elle leur en déroba les 
causes *, » 

Nous demanderons d'abord pourquoi les prêtres se seraient 
refusés à satisfaire la légitime curiosité d'Hérodote au sujet de 
la destination des pyramides, alors qu'ils ne lui cachèrent aucun 
détail sur celle du lac et des canaux des deux princes que 
nous venons de nommer ? Telle fut même leur complaisance 
envers leur hôte, qu'ils l'initièrent aux mystères de la religion 
du pays. Il est vrai qu'Hérodote ne rapporte pas dans son 
ouvrage, ce qu'il avait appris dans les assemblées secrètes où 
il fut admis; un serment le forçait probablement au silence. Mais, 
en revanche, il s'exprime avec une entière liberté sur tout ce qu'on 
lui avait communiqué concernant la législation , les mœurs , 
les usages, les institutions et les monuments de la nation. Pour- 
quoi donc ce mystère à l'égard des seules pyramides ? — La raison 
en est facile à donner, c'est que les prêtres eux-mêmes ignoraient 
le mot de l'énigme. 

o La caste sacerdotable ne dota les peuples que des effets sensi- 
bles de la science. » — Que dans quelques circonstances, elle ait 
suivi cette politique mystérieuse, afin d'exploiter son savoir au 
profit de son ambition et de son autorité, c'est ce que nous admet- 
tons volontiers. Celte politique était celle aussi des augures de la 
Grèce et de Rome; c'est celle encore, aujourd'hui, de certains 
imposteurs indiens qui jouent impunément avec les reptiles les 
plus venimeux, en présenee d'une foule crédule, que leur pré- 
tendue audace pénètre d'admiration et de respect. 

Nous concevons très-bien le succès des anciens augures et de 

1 Page 94. 



- 223 — 

ces modernes charlatans. Dans l'épreuve des serpents, la cause qui 
produit l'effet visible, est facile, on lésait, à dérober aux regards 
des spectateurs. Il en était de même dans tous ces prodiges opérés 
par les prêtres de l'antiquité payènne; quelques petites Dotions de 
physique et de chimie donnaient à ces derniers, beau jeu sur des 
peuples ignorants et superstitieux. Il est fort aisé de tromper les 
yeux d'une multitude à qui la religion défend de chercher à com- 
prendre les mystères qu'on a intérêt à ne pas lui dévoiler. — Mais 
un pareil tour d'adresse pouvait-il réussir à l'égard des pyrami- 
des ? Nous ne le croirons jamais : écoutons M. de Persiguy : 
« L'Egypte , dit-il , a été de tout temps exposée à un fléau 
terrible, elle a dû employer pour le combattre toutes les ressources 
de la civilisation. Cette lutte éternelle du désert forme le trait 

caractéristique de son existence La province de Giseh est la 

plus gravement menacée par le (léau ; de nombreux débouchés ou- 
vrent passage sur cette province au vaste Océan de sables qui a 
envahi la valée du Fleuve-sans-eau, et forme le Sahel de l'Egypte. 
Toutes les pyramides sont à l'entrée de ces débouchés. l » 

Un fait incontestable, nous semble-t-il , c'est que ce terrible 
fléau était connu du peuple aussi bien qu'il l'était des Pharaons 
et des prêtres. Or la résistance opposée par les pyramides aux 
sables du désert, se reproduisant tous les jours, comment était-il 
possible de cacher, et cela pendant tant de siècles, la destination 
de ces monuments ? Pour se rendre compte de cette destination , 
le peuple n'avait qu'à voir. Quelque ingénieuse qu'on veuille suppo- 
ser l'habileté de la caste sacerdotale, elle devait immanquablement 
échouer en cette circonstance, l'effet rendant la cause aussi sensi- 
ble qu'il l'était lui-même; car nous l'avons dit déjà, la pyramide 
aurait été au désert, ce que la digue est à l'océan. Et en suppo- 
sant même, un moment, qu'à force de ruses, les prêtres fussent 
parvenus à fasciner les yeux des Égyptiens au point de les rendre 
aveugles en quelque sorte, comment auraient-ils produit le même 

1 Page 115. 



— 224 — 

effet sur les Perses d'abord , et plus tard, sur les Grecs et sur les 
Romains? 

Venons maintenant aux témoignages remarquables que l'histo- 
rien Hérodote présente à l'appui de notre système. 

Menés, le premier roi d'Egypte, s'illustra par des travaux 
d'une très-grande utilité publique. « Il construisit les digues de 
Memphis. Avant lui le Nil coulait tout entier au pied des montagnes 
sablonneuses qui confinent à la Lybie. Il fit élever une chaussée 
environ cent stades au-dessus de Memphis, pour redresser le 
coude que le fleuve faisait vers le midi. Par ce moyen l'ancien lit 
fut mis à sec, et le Nil coula à égale distance des deux chaînes de 
montagnes. Aujourd'hui encore, l'endroit où ce coude du Nil a 
été barré pour en régulariser le cours, est soigneusement gardé 
par les Perses ', qui chaque année renforcent la digue. En effet, 
si le fleuve voulait rompre et surmonter cette barrière, toute la 
ville de Memphis courrait risque d'être submergée. 2 » 

Menés régna 2,450 ans avant J.-G. — Il y avait donc 2,000 ans que 
les digues de Memphis avaient été élevées, lorsqu'Hérodote visita 
l'Egypte, et cependant, tout est clair et précis dans les renseigne- 
ments qu'on lui donne sur l'origine de ces digues, dont l'utilité, 
réellement permanente , était connue de tout le monde. Il en 
est de même du lac que le roi Méris fit creuser quatre siècles 
après Menés, et qui était destiné à recevoir, au moyen d'un canal» 
le trop plein des eaux du Nil. Six mois les eaux entraient dans 
ce lac, dit l'historien grec, et six mois elles en sortaient. 

On conviendra sans difficulté qu'il eût été impossible que le 
moindre doute s'élevât jamais sur la destination de ces deux 
grands ouvrages, puisque leurs effets étaient matériels, visibles* 
constants. — Mais ceux des pyramides, d'après le système que 
nous combattons, n'avaient-ils donc pas les mêmes caractères ? 

Poursuivons. — Sésoslris monte sur le trône, et les brillantes 



1 Les Perses dominaient en Egypte lorsqu'HYroilote y fit son voyage. 
3 Uérod. , livre II. 



— 225 — 

conquêtes de ce prince belliqueux procurent à l'Egypte nn< 
gloire nouvelle. Sésostris semble n'avoir eu d'antre but que celui 
d'illustrer son nom, son règne et sa nation par le succès de ses 
armes : l'historien Justin l'affirme positivement. « Ils songèrent 
dit-il, en parlant de ce Pharaon et d'un roi scythc nommé Tanaus, 
ils songèrent à la gloire de leurs peuples plus qu'à leur propre 
puissance , et ils se contentaient de vaincre sans chercher n 
commander *. » 

Nous verrons plus loin de quelle manière le violent désir d'il- 
lustration qui animait l'auteur de la première pyramide , dif- 
férait de celui de Sésostris; mais quelque grande que lut celle 
différence, son but était le même. 

Partout Sésostris élève des monuments, et se faisant lui-même 
l'appréciateur impartial du mérite de ses victoires, il veut que ce 
mérite soit indiqué, sans exagération aucune, dans les inscriptions 
qu'il fait mettre sur ses statues et ses colonnes. Il dédaigne 
les succès faciles : ce sont des luttes terribles, des résistances 
énergiques que demande son courage; il ne désire que la gloire, 
et celle-là seule qui est le prix d'héroïques efforts, convient à 
sa noble et généreuse ambition. « Quand il avait eu affaire à 
des peuples vaillants et fortement attachés à la liberté, dit Hé- 
rodote, il élevait dans leur pays des colonnes, avec des in- 
scriptions portant son nom , celui de sa patrie et la marque 
de sa victoire. Mais au contraire, quand il prenait des villes 
sans peine et sans coup férir, il y élevait des colonnes portant 
la même inscription, mais il y ajoutait, une figure de femme 
comme un emblème de leur lâcheté. » 

L'historien grec mentionne particulièrement deux statues de ce 
roi, qui existaient encore de son temps en Ionie. Elles représentaient 
Sésostris tenant de la main droite un dard, et de la gauche un arc. 
Sur la poitrine, en allant d'une épaule à l'autre, on lisait ces mots 
en caractères sacrés: « C'est moi qui ai conquis cette contrée par la 

1 Justin, liv. i 



— -220 — 

force de mes armes. » Le nom et l'origine du roi étaient marqués 
derrière la statue. 

De retour en Egypte, il fit exécuter plusieurs travaux d'utilité 
publique, parmi lesquels se distinguent surtout les nombreux 
canaux qu'il lit creuser en faveur des villes de l'intérieur du 
pays, et situées par conséquent loin du Nil. A peine ce fleuve 
s'était-il retiré, dit Hérodote, que, faute d'eau potable, ces villes 
étaient réduites à l'eau fade des puits. « Telle fut, ajoute-t-il 
la raison pour laquelle Sésostris fit couper de canaux toute 
l'Egypte. » 

Pas le moindre doute, encore une fois, sur l'origine et la 
destination de ces ouvrages: comment donc les pyramides auraient- 
elles pu s'entourer d'un impénétrable mystère, elles dont l'utilité, 
selon M. de Persigny, eût pourtant surpassé infiniment, celle des 
digues de Memphis , du lac Méris, et des canaux dont nous 
venons de parler? 

Nous avons dit que Chéops voulut à tout prix que la caste 
sacerdotale ignorât son dessein. Nous trouvons cependant dans 
Hérodote, un fait qui permet de supposer que quand il s'agissait 
de travaux qui intéressaient réellement la gloire ou la prospérité 
du pays, il régnait entre la royauté et le corps des prêtres l'accord 
le plus parfait. Nous voyons dans l'historien grec que, onze 
siècles après la mort de Sésostris, les prêtres portaient encore 
à la mémoire de ce monarque, la vénération la plus profonde. 

Ce prince avait fait placer devant le temple de Vulcain deux sta- 
tues hautes de trente coudées ;l'une le représentait lui-même, l'autre 
sa femme : près de ces images se voyaient aussi celles de leurs en- 
fants, hautes chacune de vingt coudées. Or, Darius, ayant voulu 
placer sa statue devant celle du héros égyptien, le prêtre de Vul- 
cain s'y opposa courageusement et dit au roi persan, que ses exploits 
n'étaient point comparables à ceux de Sésostris, et qu'ainsi, il n'était 
pas juste qu'il élevât un monument en face de celui de ce Pharaon. 

J'usqu'à Rapsinite, deuxième successeur de Sésostris, l'Egypte 
avait été bien gouvernée et prospéra grandement; mais après sa 



— 227 — 

mort, le sceptre royal tomba, pour le malheur de la nation, aux. 
mains de Chéops. Ce prince se souilla de toutes sortes de crimes, 
ferma tous les temples et interdit les sacrifices ; coup-d'élat terrible 
qui prouve bien, nous semble-t-il, que le pouvoir du trône n'était 
pas assujetti à celui du corps sacerdotal, comme le croit M. de Per- 
signy. — Que l'autorité de ce corps ait été grande; qu'il ait eu voix 
consultative dans le conseil du roi ; qu'il ait pris une grande part 
à la législation et à l'administration du pays, tout cela est très-pro- 
bable ; mais si sa puissance était telle que la suppose l'écrivain 
français, si le pouvoir royal n'était que la déléguée, la représentation 
extérieure du pouvoir sacerdotal, comment se rendre compte alors 
de l'audacieuse révolution que Chéops réussit à opérer dès le début 
de son règne? Nous avons dit plus haut quel était le but de ce tyran 
en agissant ainsi. Qu'on nous permette de reproduire encore ici 
quelques réflexions que nous avons faites déjà, mais qu'il nous 
paraît important de bien apprécier. 

Chéops avait conçu l'idée d'élever un monument qui transmit 
son nom et le souvenir de son règne, à la postérité la plus reculée, 
c'était un de ces hommes chez qui le désir d'arracher leur mémoire 
à l'oubli , est une véritable passion frénétique L'histoire nous 
offre de nombreux exemples de cette espèce de manie : nous nous 
bornerons h citer Erostrate, Néron et Caligula. Inutile de parler 
du premier que tout le monde connaît. Quant aux deux empereurs 
romains, bien qu'ils dussent être convaincus que leurs actions 
attacheraient à leurs noms maudits, un souvenir impérissable, ils 
n'étaient toutefois nullement rassurés à cet égard. Le désir qu'avait 
Néron de laisser son nom à la prospérité , était grand , mais 
trop téméraire et indiscret, dit Suétone *. Il ùta à beaucoup de 
choses et à plusieurs lieux, leur nom ordinaire, et voulut qu'on 
leur donnât le sien : c'est ainsi que le mois d'avril fut appelé 
par lui, Néronien, et Rome, Néropolis. — Caligula poussa bien plus 
loin encore cette fureur de s'immortaliser. Il se plaignait souvent' 

1 Vita Neronis, 



— 228 — 

ouvertement et devant tous, de la condition de son temps, et de 
ee que la République n'était affligée d'aucun grand désastre. Le 
règne d'Auguste, disait ce monstre, avait été illustré par la défaite 
de Va ru s, celui de Tibère par la catastrophe do l'amphithéâtre de 
Fidènes, tandis qu'un succès constamment heureux n'apportait 
au sien que l'oubli. Aussi l'entendait-on souhaiter sans cesse que 
l'empire fût frappé de calamités horribles, telles qu'une défaite de 
l'armée romaine, la famine, la peste, des incendies. * 

Les exemples d'Erostrate, de Galigula et de Néron prouvent que 
l'intention que nous attribuons à Chéops, n'a rien de contraire à la 
vraisemblance. — La différence du caractère des deux empereurs 
et du Pharaon égyptien devait naturellement les porter à se servir 
de moyens différents pour arriver au même but. Néron paya de 
sa personne; pour gagner des couronnes, il déploya une acti- 
vité extraordinaire, se faisant tour-à-tour, conducteur de chars, 
athlète, histrion, chanteur, poète; tandis que Galigula, ambi- 
tieux, mais indolent et lâche, attendait d'une affreuse fatalité 
ce qu'il n'avait pas le courage d'acquérir par de constants 
efforts. Chéops se distingua de ces deux empereurs par l'audace 
qu'il montra dans l'accomplissement de ses désirs. Quand Néron 
et Caligula montèrent sur le trône, le peuple romain s'était fait, 
depuis longtemps, une habitude de l'esclavage ; tout ployait sous 
la volonté impériale; Chéops au contraire, pour réaliser son 
dessein, dut risquer sa couronne et même sa vie , en bravant à la 
fois, le pouvoir sacerdotal et la résistance possible de son peuple- 
Quelque téméraire qu'il pût être, le grand coup-d'état qu'il osa 
frapper, était indispensable; s'il ne réussissait pas, Chéops il est 
vrai, était perdu ; mais si, en revanche, sa tentative était cou- 
ronnée de succès , sa pyramide s'élevait sans difficulté. Nous le 
répétons, sachant d'avance que les prêtres désapprouveraient son 
projet, Chéops comprit la nécessité qu'il y avait pour lui de se 
débarrasser d'une opposition d'autant plus dangereuse qu'elle 

1 Vita Caligulae. 



— 229 — 

trouverait un appui certain dans tout le pays. La ligne de potfliqai 
suivie par Chéops est très-simple : il avait devant lui les piètres 
et la nation, se prêtant un soutien mutuel : il fallait donc: séparer 
ces deux forces, et les attaquer l'une après l'autre. Avec la pre- 
mière, il n'y avait pas de transaction possible; il fallait qu'elle 
fût brisée, si non, de sa main victorieuse, elle brisait la couronne 
du Pharaon : c'était une lutte à mort entre l'autel et le trône ; 
lutte engagée avec une témérité extrême, sans doute, mais indis- 
pensable; de son succès, qu'on nous pardonne de le répéter 
encore, dépendait celui du projet de Chéops. En effet, une fois 
les prêtres chassés, que pouvait encore le peuple abandonné qu'il 
serait à lui-même, sans défenseurs, placé seul à seul avec un 
despotisme qu'un premier triomphe rendait tout puissant ? Ce 
n'était plus qu'un faible et timide troupeau, livré à la merci du 
tyran. Aussi , à peine Chéops eût-il détruit la caste sacerdotale, 
que, sûr désormais de la solidité de son absolutisme, il décréta 
la construction de sa pyramide, ordonnant que la nation entière 
se transformât, s'il nous est permis de nous exprimer ainsi, en 
une vaste machine qu'il ferait mouvoir selon son bon plaisir. 

Qui furent les architectes de cette première pyramide et de 
celles qu'on bâtit dans la suite ? On n'en sait rien ; les historiens 
anciens n'en citent pas un seul. Les Pharaons ne voulurent pas 
qu'un autre nom que le leur, se rattachât à ces monuments, des- 
tinés à les immortaliser, eux seuls. Chéops, dit Hérodote, ordonna 
que tous les Egyptiens travaillassent pour lui. 

Pourquoi, demandera-t-on peut-être, pourquoi ce prince pré- 
féra-t-il donc une pyramide à tout autre ouvrage ? Cette préférence 
est facile à expliquer, croyons-nous. — Dépourvu de talents mili- 
taires, sans affection pour ses sujets, sans vénération pour les 
dieux, il dédaigna de marcher sur les traces de ses prédécesseurs, 
et d'illustrer son règne par des conquêtes, des obélisques des 
propylées, des statues, ou par des travaux d'utilité publique. 

Ces monuments et ces travaux n'allaient pas à la mesure de son 
ambitieuse pensée. Il voulait un monument qui résistât aux flammes, 



— 250 — 

à la main de l'homme et à la faux du temps ; un monument indes- 
tructible, éternel, en un mot. — Et puis, une petite fraction du 
peuple seulement, avait été employée à l'exécution des ouvrages 
des autres Pharaons : ce n'était pas assez pour Chéops ; il fallait 
que la nation entière travaillât au monument qu'il consacrait à la 
postérité. Aux yeux de ce roi les obélisques et les statues n'étaient 
pour ainsi dire que de simples pages historiques; il voulait pour 
lui un monument qui représentât toute une histoire. Pour se 
faire une idée de cette prétention de Chéops, qu'on se rappelle 
les paroles que prononça Napoléon après ses premières et magni- 
fiques victoires : * « Oui, disait-il, j'ai conquis en moins de 
deux ans le Caire, Milan, Paris ; eh bien, si je mourais demain 
je n'aurais pas une demi-page dans une histoire universelle. » 

Puisque nous venons de parler des obélisques, nous ferons 
remarquer que l'on n'a jamais élevé le moindre doute sur leur 
destination. Jamais on n'a songé à leur attribuer un but d'utilité ; 
on les a toujours regardés comme des colonnes commémoratives 
destinées , comme l'assure Ammien Marcellin , à perpétuer les 
souvenirs glorieux de la vie et des conquêtes des premiers rois 
d'Egypte. — Qui ne voit tout d'abord le rapprochement intime 
qui existe, au point de vue du but de leur construction, entre ces 
monolithes et les pyramides? La matière des premiers était bien 
indestructible, si l'on veut ; mais plus d'une cause pouvait à 
chaque instant les renverser, les briser, et plonger ainsi dans 
l'oubli, les faits qu'ils avaient été chargés de transmettre aux 
générations futures. Un monument aussi périssable, nous le 
répétons, ne pouvait convenir à un Chéops ; il adopta donc l'idée 
primitive de l'obélisque, mais en lui donnant l'extension la plus 
gigantesque possible. 

Après Chéops la couronne passa au front de son frère Ché- 
phrem. Celui-ci continua la tyrannie de son prédécesseur, et 
décréta aussi la construction d'une pyramide, qui fut placée près 

1 Histoire du Consulat et de l'Empire , par M. Thiers, tom. I. 



— 231 — 

de celle de son frère. Sous son règne tout alla mal encore en 
Egypte; Chéops avait gouverné pendant 50 ans; Chcphrcm porta 
le sceptre pendant 56 autres; de sorte que, durant plus d'un 
siècle, les temples furent fermés, les prêtres dépouillés de toute 
autorité, et le peuple réduit à une telle servitude, qu'il n'osa pas 
une seule fois tenter de secouer le joug sous lequel il succombait, 
épuisé de souffrance et de fatigue. 

C'est à tort donc que M. de Persigny assure que l'on ne trouve 
point parmi "les rois d'Egypte de ces monstres odieux qu'enfante 
parfois la puissance absolue : quel autre nom, nous le demandons 
de nouveau, méritent-ils ces deux abominables frères? Ne doivent- 
ils pas nous inspirer tout autant, si non plus d'horreur encore, 
que ces empereurs romains qui livrèrent les premiers Chrétiens 
au glaive des bourreaux et aux bêtes du cirque? Ces derniers 
persécutaient un culte qu'ils ne connaissaient pas et qui menaçait 
de détruire celui des dieux que Rome avait toujours vénérés ; 
tandis que Chéops et Chéphrem abolirent la religion de l'état, 
celle du peuple tout entier, et l'on sait combien était grand 
rattachement de ce peuple à ses croyances. 

Nous ne comprenons pas comment on ait pu supposer à des 
princes semblables, une intention d'utilité publique dans la con- 
struction de leurs pyramides. 

Après leur mort il se passa un fait dont nous avons parlé déjà, 
mais que nous reproduisons encore ici, parce qu'il mérite d'être 
remarqué d'une manière spéciale. « Par haine pour ces deux rois, 
dit Hérodote , les Egyptiens ne voulaient pas prononcer leurs 
noms , et donnèrent aux pyramides qu'ils avaient fait élever , 
celui du berger Phililis qui, en ce temps-là, paissait ses troupeaux 
dans cette contrée. » 

La conduite des malheureux Égyptiens , on le voit, fut la même 
que celle tenue plus tard par les habitants d'Ephèse à l'égard 
d'Erostratc, lorsque ce misérable eut incendié le temple de Diane, 
dans le stupide espoir de s'immortaliser II est probable que, 
malgré le mystère dont les deux Pharaons s'étaient entourés, le 



— 2S2 — 

peuple avait fini par entrevoir leur pensée, et que, pour se venger 
des maux qu'il avait endurés, il leur refusa l'accomplissement de 
leurs espérances. C'est comme s'Use fut écrié : Ghéops et Ghéphrem , 
pour éterniser vos noms vous avez, pendant tout un siècle, écrasé 
vos sujets sous le poids de votre impiété et de votre tyrannie : 
mais il ne se réalisera point ce funeste orgueil qui nous a coûté 
tant de sueurs et de larmes ; nous condamnons vos noms odieux à 
un oubli éternel. 

L'interprétation que nous faisons de la manière d'agir des 
Egyptiens en cette circonstance, doit paraître d'autant plus ration- 
nelle, d'autant plus frappante, qu'il existait, on le sait, chez eux 
une loi en vertu de laquelle tout homme, le roi aussi bien que 
le simple particulier, était jugé après sa mort, et que de ce ju- 
gement solennel dépendait le sort du cadavre. Si l'accusateur prou- 
vait que la conduite du mort avait été mauvaise, il était enterré 
sans honneur, et l'on condamnait sa mémoire. — Il est hors de 
doute que si le peuple avait joui de sa liberté d'action, il eût 
condamné la mémoire des deux frères ; mais à défaut de cette 
liberté-là, il lui en restait du moins une autre, celle de la parole, 
et il en fit usage, comme le fait tout peuple que la tyrannie 
accable. Quelque grande que fût la terreur répandue au milieu 
de nos pères du 16 e siècle, par le duc d'Albe, elle ne les empêcha 
pas de flétrir du nom de tribunal de sang le fameux conseil des 
troubles, que le délégué de Philippe II venait d'instituer. 

A Ghéphrem succéda Mycerinus, fils de Ghéops. Prince pieux, 
doux envers ses sujets et sage dans sa conduite, il fit cesser enfin 
les malheurs du pays, rouvrit les temples et permit au peuple 
de retourner à ses affaires et d'offrir des sacrifices. — C'est de 
tous leurs rois, celui dont les Égyptiens faisaient le plus grand 
éloge. A l'exemple de son père et de son oncle, Mycerinus con- 
struisit à son tour une pyramide, laquelle, bien que beaucoup 
moins grande que celle de Ghéops, coûta encore d'innombrables 

1 Liv. 2. 



— 235 — 

milliers de talents. D'après ce que rapporte Hérodote, il paraîtrait 
que le peuple, nonobstant la grande vénération qu'il avait pour 
la mémoire de ce prince, ail pourtant refusé d'attacher son nom 
à sa pyramide. On voit, en effet, que, plus lard, les Grecs 
donnèrent à ce monnment le nom de la courtisane Rhodope, qui 
avait vécu sous le règne d'Àmasis ; anachronisme grossier que les 
Grecs n'auraient, certes, jamais commis, si les Égyptiens n'avaient 
pas volontairement laissé tomber le nom de Mycerinus, comme 
constructeur de cette pyramide. 

Et maintenant, si un motif honorable d'utilité publique avait 
guidé Mycerinus, pourquoi cet excellent monarque en aurait-il 
fait un mystère à son peuple qu'il venait de combler de bienfaits? 
Pourquoi encore augmenta-t-il considérablement, et sans nécessité 
aucune, les dépenses, si énormes déjà, qu'entraînait la construc- 
tion d'une pyramide, en bâtissant la sienne, jusqu'à la moitié, en 
marbre d'Ethiopie x ? Sans doute qu'il ne chercha , par cet 
étalage d'un luxe nouveau , qu'à donner à son monument un 
mérite particulier qui le distinguât de ceux de ses prédécesseurs. 
La pyramide était moins grande que celles de Ghéops et de 
Chéphrem; il fallait compenser cette infériorité par une autre 
qualité : ce qui indique bien que, comme son père et son oncle, 
Mycerinus ne céda qu'à un sentiment d'ostentation, qu'au désir 
d'immortaliser son nom. 

Nous trouvons une preuve extrêmement remarquable, à l'appui 
de cette conjecture, dans l'étrange mode de construction qu'ima- 
gina Asychis, successeur du Pharaon dont nous venons de parler. 
Asychis était également un prince pieux et digne de toute l'estime 
de son peuple. Il bâtit à Vulcain des propylées de beaucoup 
supérieurs à tous les autres en beauté et en grandeur. Cependant 

1 Hérodote, liv. 2. Cette particularité a été vériûée en 1837 par le colonel 
Howard « Vyse. La troisième (pyramide) dite pyrcmiàe de Mycerinus, moindre 
en dimension que celles de Chéops et de Chéphrem , est beaucoup plus richement 
construite. L'extérieur en était recouvert autrefois de granit rose de Syène, dont 
on dislingue encore les débris au pied de l'édifice. » Mag. Pitt. Nov. 1843, p. 349. 
2 ri in t(î 



— 234 — 

il ne jugea pas ces ouvrages assez importants pour assurer une 
existence éternelle à son nom. Voulant, lui aussi, surpasser ses 
prédécesseurs, il laissa pour monument une pyramide faite de 
briques, avec l'inscription suivante gravée sur une plaque de 
marbre : « Ne me méprise pas en me comparant aux pyramides de 
pierre ; car je l'emporte sur elles autant que Jupiter sur les 
autres dieux. Avec une perche on a frappé le fond d'un lac, 
et la vase qui s'est attachée à la perche, on l'a recueillie pour 
former des briques, et l'on m'a faite de cette façon 2 . » 

Certes, nous sommes les premiers à traiter de fable ce procédé 
par trop extraordinaire ; mais ce qu'il y a de positif, ce qu'il 
importe de remarquer, c'est que, dans la construction de cette 
pyramide, Àsychis voulut qu'on employât seulement des briques 
faites de terre cuite, au lieu de ces énormes blocs de granit dont 
on s'était servi pour élever les autres pyramides. Pourquoi ce 
prince recourut-il à ce moyen d'exécution tout-à-fait nouveau ? 
Le passage d'Hérodote, que nous venons de rapporter, nous fait 
très-bien connaître ses intentions. Asychis voulait surpasser ses 

prédécesseurs.... Il laissa pour monument une pyramide de briques 

Ne me méprise pas en me comparant aux pyramides de pierre , etc 

Toutes ces expressions attestent suffisamment qu'il ne s'git ici 
que d'un ouvrage d'ostentation, auquel ne se rattachait aucune 
idée d'utilité publique. — Asychis n'était pas seulement un prince 
pieux comme on le voit par les propylées dont nous avons fait 
mention, c'était encore un sage législateur, ainsi que le témoigne 
son admirable loi sur les emprunts et les débiteurs. Peut-on 
supposer qu'un monarque aussi éclairé se soit plu, pour satisfaire 
un caprice de frivole vanité, à rendre plus long et plus difficile 
un travail destiné à procurer à son pays le service éminent que 
M. de Persigny attribue aux pyramides ? 

Les témoignages historiques que nous venons de rapporter, et 

i Hérod., liv. 2. 



— 235 - 

les réflexions dont nous les avons accompagnés, sufliscnt, croyons- 
nous, pour faire crouler l'ingénieux système du savant archéologue 
français. Si maintenant nous jetons les yeux sur quelques autres 
ouvrages célèbres de l'Egypte, nous trouverons, là encore, des 
preuves nouvelles et non moins concluantes, en faveur de notre 
hypothèse : nous nous bornerons à citer le fameux labyrinthe et 
la bibliothèque dont Osymandias dota la ville de Thèbes. 

On sait que le labyrinthe fut bâti par les douze Pharaons qui 
régnèrent simultanément sur l'Egypte, après Séthon. Ces douze rois, 
dit l'historien grec, résolurent de laisser des monuments communs. 

On voit que c'était un usage constant parmi les rois égyptiens, 
d'ériger des monuments qui transmissent leurs noms à la postérité. 
Cet usage remontait à la plus haute antiquité; les premiers rois, 
nous l'avons dit déjà, avaient élevé des obélisques dont les inscrip- 
tions rappelaient le souvenir de leurs règnes et de leurs conquêtes. 
Tous ces monuments formaient une espèce de sommaire de l'histoire 
de la royauté, et il est donc tout naturel que chaque monarque 
ambitionnât de figurer d'une manière toute distinctive, dans cette 
série de souvenirs impérissables : de là ce désir de surpasser, 
par des moyens quelconques, ce qui existait déjà. 

Les douze rois s'empressèrent donc à leur tour d'illustrer leurs 
noms et leur domination, par un grand ouvrage. Cette fois, il ne 
pouvait être question d'une pyramide, bien moins encore d'obélis- 
ques, de propylées ou de statues : ils ne pouvaient se contenter à 
eux douze, d'un de ces monuments qui n'attestaient que le génie 
et la puissance d'un seul roi. Élever une pyramide, c'eût éié faire 
seulement ce que tel et tel Pharaon avait fait déjà ; il fallait donc 
un travail plus grandiose, plus extraordinaire, un travail digne 
enfin de douze princes à la fois. — Nous demanderons comment il 
s'est fait que ces rois n'aient pas plutôt songé à bâtir des pyramides 
que le labyrinthe? Si les pyramides servaient réellement à protéger 
l'Egypte contre les envahissements du désert, ces douze rois, certes, 
ne pouvaient pas ignorer cette importante destination; or, il n'est 
pas probable qu'ils aient refusé de continuer et de compléter 



— 230 — 

l'immense service rendu au pays par leurs prédécesseurs, car, dit 
Hérodote, ils gouvernèrent avec justice. — Et puis d'ailleurs n'y 
allait-il pas de leurs propres intérêts? 

Ce labyrinthe, bâtiment sans pareil dans le monde entier, fut 
construit en face de Crocodilopolis , dans l'Heptanomide. Les 
expressions semblent manquer à Hérodote pour rendre l'admira- 
tion que ce monument merveilleux lui fit éprouver. « Il surpasse, 
dit-il, tout ce qu'on peut dire. En effet, qu'on mette ensemble 
tous les ouvrages construits par les Grecs, on les trouvera inférieurs 
à ce labyrinthe pour le travail et la dépense, tout admirables que 
soient le temple d'Ephèse et celui de Samos. Les pyramides surpas- 
sent aussi ce qu'on peut dire, et chacune d'elles peut se comparer 
à tout ce que les Grecs ont fait de plus grand ; eh bien ! le labyrinthe 
est supérieur aux pyramides elles-mêmes *. » 

On sait que le labyrinthe était formé de douze palais, qui, 
disposés régulièrement et communiquant ensemble, ne formaient 
qu'un seul tout. Une pensée allégorique, très-ingénieuse, nous 
parait avoir présidé à la conception de ce plan : sans doute que 
les douze roi sont voulu matérialiser, s'il nous est permis de nous 
exprimer ainsi, la promesse qu'ils s'étaient faite entre eux, de ne 
pas chercher à se renverser mutuellement, de ne pas empiéter les 
uns sur les autres, en un mot de rester toujours unis. Bien qu'ils 
eussent obtenu chacun un canton de l'Egypte à gouverner, ils 
voulaient qu'ils n'y eût, comme auparavant, qu'une seule royauté; 
il fallait pour cela qu'ils n'eussent jamais qu'une même volonté. 
C'est ce qu'ils avaient promis au peuple, et le labyrinthe, emblème 
monumental de leurs serments , étaient là pour rassurer les 
Égyptiens, que la crainte d'un conflit entre ces douze Pharaons, et 
par conséquent d'une guerre civile, n'aurait pas manqué d'inquiéter 
sans cesse. 

L'inscription placée par Osymandias dans la célèbre bibliothèque 
qu'il fit bâtira Thèbes, est encore une preuve frappante du désir 

1 Hékod. , liv. 2. 



— '17)1 



ardent qu'avaient les rois d'Egypte d'immortaliser leurs Mm 
par des travaux dont la grandeur éclipsât ceux des autres rois. 
Ce que Diodorc de Sicile rapporte de ce bâtiment d'Osymandias, 
et des sommes énormes qu'il coûta, est presqu'incroyable. Entre 
autres merveilles, on y voyait une statue dans l'attitude d'une 
personne assise, et qui était la plus grande de toute l'Egypte. Elle 
était d'une pierre parfaite dans son genre, et portait cette inscrip- 
tion : « Je suis Osymandias, roi des rois; celui qui voudra nie dis- 
puter ce titre, qu'il me surpasse dans quelqu'un de mes ouvrages. » 

On voit que chaque roi d'Egypte, est dominé par l'idée de l'em- 
porter en gloire, sur tous les autres Pharaons. 

Nous ferons remarquer, en terminant cet écrit, que le désir de 
laisser un souvenir de soi après la mort, n'animait pas les monar- 
ques égyptiens seulement ; c'était aussi celui de la nation entière; 
chaque citoyen avait sa postérité à lui, et quelque restreintes qu'en 
fussent les limites, elle avait pour lui autant d'importance que celle 
sans bornes qu'ambitionnaient les Pharaons. On sait que chez les 
Egyptiens, les cadavres n'étaient pas livrés à la destruction ; qu'on 
les embaumait, et qu'on les conservait ensuite avec le plus grand 
soin. Nous avons dit que tout homme était jugé publiquement 
après sa mort, et que les honneurs delà sépulture n'étaient accordés 
qu'à celui qui en était déclaré digne : cérémonie admirable, qui 
rendait sensible aux yeux du peuple, le jugement des dieux dans 
l'autre monde! Il est probable, nous paraît-il, que les premiers 
législateurs, connaissant ce désir instinctif des Egyptiens de laisser 
après eux un souvenir de leur passage sur la terre, auront voulu 
exploiter ce désir au profit de la religion, de la morale, au 
profit, en un mot, du bien-être de l'homme et de la société. 
C'est là , sans doute , l'origine du jugement solennel et redoutable 
dont nous venons de parler , et dont l'attente était pour tout le 
monde, un avertissement continuel de pratiquer la vertu et de 
fuir le vice. L'idée de la postérité était ainsi, sans cesse présente 
à l'esprit de tous; pour le sujet, c'étaient les héritiers de son nom, 
pour le monarque cette postérité embrassait toutes les générations 



— 238 — 

futures. Mais si le modeste citoyen bornait ses vœux à laisser à ses 
descendants un souvenir honorable de sa vie, les rois n'ont-ils pas 
dû éprouver le désir ardent de léguer aux siècles à venir des 
témoignages imposants de leur puissance et de leur génie ? — 
Nous croyons l'avoir suffisamment prouvé. 



239 



EXTRAIT 



(30RESSP01TDA1T0S DE IMOADÉftQE. 



L'Académie a reçu, depuis la publication de la livraison précé- 
dente de ses Annales : 

1. de M. Mertens, membre effectif, une collection de briques 
trouvées à Anversdans l'ancienne maison qui a appartenu à la famille 
Happart. Cette maison située dans la rue portant le nom de cette 
famille, fut bûtie au commencement du XVI e siècle ; mais les bri- 
ques dont il s'agit avaient été employées dans l'intérieur d'une 
cheminée, de manière que leurs ornements étaient entièrement 
cachés. Elles provenaient donc d'un bâtiment qui doit avoir existé 
antérieurement; car elles semblent être confectionnées pour former 
des frises. On trouve de ces sortes de briques depuis les premiers 
siècles de notre ère. Elles représentent toutes des sujets de la 
bible, tel que Goliath terrassé par David , les quatre évangelistes, etc. 

2. M. le baron de Stassart, membre honoraire, fait hommage à 
l'Académie de son Discours, prononcé à la Séance d'installation 
de l'Académie des Sciences, des Lettres et des Beaux-Arts de 
Belgique, le 16 décembre 1845. In-8° ; 1846, Bruxelles, imprimerie 
de Hayez. 

5. M. de Stassart fait également hommage à l'Académie d'une 
brochure intitulée : Réponse de M. le baron de Stassart à la lettre 
de M. le général Langermann, en date du 24 décembre 1845. In-8°, 
1846, Bruxelles, imprimerie de Berthot. 



— MO — 

4. M. Giuseppe La Farina, membre correspondant à Messine, fait 
hommage à l'Académie de son traité sous le titre de Messina Ed 
i suoi monumenti. Un vol., in-8°, avec planches; 1840, Messine, 
imprimerie de Finmara. 

5. Il est fait hommage à l'Académie par M. le professeur Car- 
melo La Farina, membre correspondant, secrétaire-général de 
l'Académie royale des Sciences, Lettres et Arts de Messine, de 
quelques productions : Storia documentala dell antica universita 
degli studj di Messina. In-8° , 1839, Messine, imprimerie de 
Fiumara. 

6. Sopra un' anello Segnatorio. In-8°, 1844 , Messine, impri- 
merie de Fiumara. 

7. Discorso inno e iscrizioni. In-8°, 1845, Messine, imprimerie 
de Fiumara. 

8. M. Willems, membre correspondant, adresse à l'Académie 
la 4 e livraison, pour 1845, de son Recueil intitulé : Belgisch 
Muséum. In-8°, Gand, imprimerie de Ghyselynck. 

9. M. P. F. Van Kerckhoven, membre correspondant, offre à 
l'Académie son Mémoire couronné par la Société royale d'encou- 
ragement des Beaux-Arts d'Anvers , sous le titre de Karel de 
Stoute ; description succincte de l'état de la peinture et de la litté- 
rature au XV e siècle, accompagnée d'un éloge historique d'Otto 
Venius. In-8°, 1845, Anvers, imprimerie de Buschmann. 

10. M. le docteur Escolar, membre correspondant, adresse à 
l'Académie une nouvelle collection de son Journal intitulé : Boletin 
de Medicina, Cirujia y Farmacia. In-4° , Madrid, imprimerie de 
M. Del gras. 

11. M. le baron Léon de Herckenrode, de Saint-Trond, fait 
hommage à l'Académie des deux premières livraisons de son 
ouvrage intitulé : Collection de Tombes, Epitaphes et Blasons, re- 
cueillis dans les églises et couvents de la Hesbaye ; accompagnée 
de notes généalogiques sur les anciennes familles de ce pays, etc. 
In-8°, 1845, Gand, imprimerie de Gyselynck. Nous recomman- 
dons spécialement cette entreprise, qui intéresse surtout la 



— 241 — 

noblesse de la province de Limbourg. Il est à désirer que M. de 
Herckenrode la continue avec le même talent qu'il l'a commencée 
Les deux livraisons que nous annonçons son parfaitement rédigées 
et pleines d'intérêt ; et les planches sont d'une bonne exécution. 
Elles contiennent des fragments généalogiques de plusieurs an- 
ciennes et illustres familles, telles que celle de Schroots , Scrools 
ou Sgroots (de Schroot), portant d'argent aux trois chevrons de 
sable ; celle de Velpen, portant a" or à la croix de gueules, cantonnée 
de quatre merlettes de sable; celle tfAlsteren, portant burelé d'or 
et de gueules de huit pièces , au lion d'argent à la queue fourchue, 
brochant sur le tout; celle de Ryckel , si ancienne et si distinguée 
par ses alliances et par les hauts emplois qu'ont occupés ses 
membres, et d'où sont sorties deux familles différentes, dont 
l'une, connue sous le nom de Ryckel d 'Oorbeeck , porte d 'argent à 
trois chevrons de sable, et l'autre, appelée de Ryckel dite Flandres , 
a pour armes : d'or au lion de sable. On y remarque aussi des 
fragments généalogiques des nobles et anciennes familles Van 
der Rorcht ou Rorgt ; de llardiques ; de Herckenrode ; de Ileyns- 
dael ou Hinnisdael ; de Fraipont ; de Reeckman ; de Froid mont ; 
de Creeft, dont on trouve le nom écrit délie Grevesse et délie 
Grevèche en liégeois; Kribz, Krebs ou Crebs en allemand; Van 
den ou Van Creeft ou Van den Creeff en flamand et de Creeft 
en français. 

12. M. le docteur Cimier fait hommage à l'Académie des deux 
premières livraisons de ses Annales d'oculistique pour l'année 1846. 
C'est à la réputation dont ces Annales jouissent en Alle- 
magne, que M. Cunier doit son admission récente à la Société 
grand-ducale de Jéna, à laquelle il a été présenté par un des 
chefs de cette célèbre compagnie savante, 

13. M. Van Lerberghe, archiviste d'Audenarde, adresse à l'Aca- 
démie la quatrième livraison de son intéressant recueil intitulé : 
Audenaerdsche mengelingen, que nous nous plaisons à recommander 
à nos lecteurs. Parait par six livraisons annuelles, in-8°; Aude- 
narde, imprimerie de Gommar de Vos. 

2^ III 17 



242 

M. Lekens, membre de l;i dépulalion des Étals du duché de 
Limbourg, qui fait un si noble usage de sa fortune pour l'encou- 
ragement de tout ce qui est utile, enrichit la bibliothèque de 
l'Académie des ouvrages suivants : 

I i. Lettres sur la découverte de l'ancienne ville d' Herculane , et de 
ses principales antiquités ; par Seigneux de Correvon. 2 vol. in-8°; 
Vverdon, 1770. 

15. Histoire de la terre et vicomte de Sebourcq , etc. , par Pierre 
Le Boucq. 1 vol. in-4°, Bruxelles, imprimerie de Mommart, 1645. 

16. Livre du Blason, etc. In- 12°. Paris, imprimerie de Gallays. 

17. Prospectus Historiée ordinis aurei Velleris ; per D. F. J. De 
Hors ab Overen, equitem, etc. In-folio, avec armoiries. 

18. Remarques sur l'architecture des anciens, par M. Winckel- 
mann, président des antiquités du Vatican. 1 vol. in-8°, Paris, 
imprimerie de Barrois, 1783. 

19. Voyage d'un amateur des arts, etc., par de la R.... 4 vol. 
iu-8°; Amsterdam , 1785. 

20. Traduction du XXXIV e , XXXV e et XXXVI e livres de Pline 
l'ancien avec des notes, par Falconet. I vol. in-8°, Amsterdam, chez 
Marc Michel Rey, 1782. 

21. Principes d'agriculture , etc. In-12°, Bruxelles, 1761. 

22. M. le professeur Fuss, membre correspondant, tait hommage 
à l'Académie du 2 e volume de son important ouvrage intitulé : 
Poemata lalina etc. , dont nous avons annoncé le premier volume. 

23. Le même fait également hommage à l'Académie d'une bro- 
chure très-intéressante, intitulée : sur l'importance actuelle de la 
langue latine, etc. ln-8°, 1846, Tirlemont, imprimerie de Merckx. 

24. M. Coomans aîné, connu par un grand nombre de produc- 
tions littéraires très-estimées, fait hommage à l'Académie de son 
excellent ouvrage intitulé : Richilde ou épisodes de Vhistoire de la 
Flandre, au II e siècle. 2 vol. in-8°, 1859, Gand, imprimerie de 
Hebbelynck. 

25. Le docteur Leemans, membre correspondant, directeur du 
musée d'antiquités de Leyde, fait hommage à l'Académie d'une 



— 243 — 

brochure remplie d'intérêt sous le titre de Gedenkteekens van 
Hercules Magusanus. 

26. M. Félix Van Hulst, l'un des littérateurs les plus érudits et 
les plus distingués de Liège, adresse à l'Académie trois brochures 
qu'elle a accueillies avec beaucoup d'intérêt , l'une intitulée : 
C. Plantin; 2 e édition. In-8°, 1846, Liège, imprimerie de Félix 
Oudart. 

27. L'autre intitulée : Ab. Ortelius; 2 e édition. In-8°, 1846, 
Liège , imprimerie de Félix Oudart. 

28. La troisième porte pour titre : llub. Goltzius; 2 P édition. 
In-8°, 1846, Liège, imprimerie de Félix Oudart. 

29. L'Académie reçoit Y Annuaire médical de Belgique pour 1846. 
In- 12°, 1846, Bruxelles , imprimerie de Parent. 

30. Les Statuts de la Société d' Archéologie de Namur. ln-8°, 1846, 
Namur , imprimerie de Wesmael-Legros. Nous applaudissons 
vivement à la fondation de cette société, qui existe depuis le 25 
décembre 1845. Elle a pour président M. de Gerlache, commissaire 
de l'arrondissement de Namur , et pour secrétaire M. Borgnet , 
conservateur des archives de la ville. Il serait à désirer que de 
pareilles institutions fussent établies dans toutes nos provinces. 

31. La société des antiquaires de Picardie fait parvenir à 
l'Académie la 4 e livraison de son bulletin de 1845. In-8° , 1845, 
Amiens, imprimerie deDuval et Herment. 



Suite au Tableau Général des Membres 

DE 

L'ACADEMIE D'ARCHEOLOGIE 

v\ovr Va Yweoàso'Yv \vcfc«À«AvUv 



Membres Correspondants. 



FARINA (Giuseppe la), membre de l'Académie royale des Sciences et Lettres 
de Messine, et de plusieurs autres académies et sociétés 
savantes, etc. 

FARINA (Carmelo la) , professeur et doyen de la faculté physico-mathématique 
de l'Université de Messine, secrétaire-général de l'Acadé- 
mie royale des Sciences et Lettres de la même ville, etc. 

FARINA (Silvestro la), professeur, secrétaire de la classe des lettres de 
l'Académie royale de Messine, etc. 

VAN KERCKHOVEN (Pierre-François), secrétaire de la Société de littérature 
flamande d'Anvers, membre des Sociétés de littérature 
flamande de Gand, Bruxelles, Bruges, etc. 



Membre Honoraire. 

Son Éminence le cardinal D. François-de-Paul Villadicani , archevêque de 
Messine , président-perpétuel de l'Académie royale des 
Sciences et Lettres de la même ville, etc., etc., etc. 



rt ©v 



VENETIAENSCHE KEPUBLIEK 

dood 
P. F. «AN KBRCKOOVEN, 



Wanneer nien do werken der schryvers nagaet die over den staet 
der venetiaensche republiek gehandeld hebben, dan is men weldra 
verwonderd, ziende welke uiteenloopende gevoelens men by bon 
aentreft. Wil men deszelfs inboorlingen gclooven, dan is Venetiën 
republiek geboren en de vryheid heeft er zicli met de ecrste vischers- 
familje nedergezet om er haren zete! voortdurend en ongeschonden 

1 Nous insérons avec plaisir ce travail, quoique rédigé dans une langue trop 
peu connue à l'étranger. La matière dont l'auteur, l'un de nos littérateurs 
flamands les plus distingués, s'occupe, ne peut manquer d'intéresser vivement 
l'archéologue. Le rôle que la République de Venise a joué dans le monde 
politique; le degré de splendeur auquel elle étail parvenue; les causes de sa 
décadence et de sa mort morale, pour ainsi parler, loul cela a été traité avec 
talent, par M. Van Kerckboven , dans un cadre irès-resserré , en faisant 
connaître, en même temps , tout ce que la République de Saint-Marc offre de plus 
curieux à l'attention de l'antiquaire. C'est ainsi que notre honorable confrère 
passe en revue l'histoire de l'origine de Venise; sa topographie ancienne; les 
mœurs de ses citoyens; l'importance de son corps de noblesse; les idées politiques 
et religieuses de ses habitants; les monuments; les finances ; les divers conseil- : 
les emplois civils et militaires de Venise, ele 

(Note de /./ Rédactio, 

IS 111 IN 



— 246 — 

le bewaren. Hoort men de vreeinde schryvers spreken, dan zou bol 
schynen dat er le Venetiën nooit dan de naem van Gemeenebest 
bestaen heeft en dat mon er nimmer icts anders clan eene ingebeelde 
vryheid heeft bezeten. Don Alfonso de la Cueva, ter tyde afgezant 
van Spanje te Veneliën, is wel de byzondersle die dat laelsle 
gevoelen heeft verdedigd , en op zulk eene behendige wyze 
verdedigd , dat de menigle aen zyne stelsels gcloof heeft 
gegeven. Nogtans , wanneer mon nagael dat die doorslepen 
staetkundige zieh te Veneliën byna uitsluitelyk met bel 
bestoken der beroemde samenzwering bezig hield, en in zyn hart 
eenen gloeijenden haet voor het italjaensche gemeenebest voedde, 
dan moet men alras bekennen, dat h y verre was van in de zaek 
onpartydig te knnnen spreken , en men voelt het vertrouwen 
dat men anders in zyne geleerdheid zou stelîen , merkelyk 
verminderen. — Wat de inboorlingen betreft, zy ook konden niet 
onpartydig in hun oordeel te werk gaen,en lmn toestand zelve 
belette lien hunne meening opentlyk te doen kennen. De slaet- 
kunde van Venetiën maekte bel lot eene wet van aen de eeuwige 
en onverganklyke vryheid van den lande te gelooven. 

Om nu ttisschen die tegenstrydige gevoelens het ware te vinden, 
blyft er niets beter le doen dan de feiten nategaen welke geene 
der schryvers kunnen ontkennen, het burgerlyke leven en de 
magistraluren le onderzoeken , en daeruit Irachten optemaken tôt 
hoeverre de staelkundige en morele vryheid der Venetianen zich 
iiitstrekte. — Zeggen dat Venetiën van zynen oorsprong al' vry 
geweest is, is eene dichterlyke uitdrukking, waeraen men slechls 
zoo veel geloof kan hechten als aen al wat andere natiën van 
hunnen benevelden oorsprong vertellen. Wat zeker gaet, is dat 
wanneer op de plaets, waeraen men later den naem van Venetiën 
gegeven heeft, er nog niets bestond dan eenige verspreide woo- 
ningen van vischers, de Paduanen van het eiland eene hunner 
byzonderste havens gemaekt hadden en dat zy nog dertig jaren 
van den grond meester bleven, toen zelfs wanneer er reeds eene 
volkomene biugt was opgeworpen. In het jaer 424 , na Kristus, 



±11 — 

dat als het jaer der stigting van Venetiën wordt opgegeveo, werd 
bel eiland Kialto cloor de Paduanen vive stad verklaerd. Van dit 
oogenblik dced de bloei meer en meer voorlgang. Wanneer Attila 
in Italien viel, vluglle cr velen nacr de venetiaensche eilandea eu 
nog eono. grootere menigte kwam er ait Roma ea andere gedeelten 
van Italien rené schuilplaels zoeken, tydens de op Atlda volgende 
overheersebing der Gothea en Longobarden. Zoo geraekle d • stact 
van Venetiën eindelyk ryk bevolkt en men werd genoodzaekt het 
bestuer daervan allengs meer en meer le regelen. .\u gael het inlus- 
schen zeker dat, niettegenstaende de verklaring van vryslad, de 
venetiaensche stact en de Padnanen zelven aen het algemeene bestuer 
ondergeschikt bleven; ook zien wy, als een bewys dat de magt des 
bestners van Roma uilslraelde, het eerste gezag in handen van 
Consuls l overgeleverd , en de latere inslelling der tribuni mariù- 
morum, vvier magt ongetwyf'eld nog aen Roma ondergeschikt bleef 
en die de vcrschillende eilandjes bestierden, welke onder elkaer 
een bondschap vormden, toont ons slechts dat het volk eene soort 
v;m onzydigheid verkregen had, die niet dan guuslig kon wezeil 
voor het zaed der vryheid dat in de harteu zyne eerste wortelen 
begon te schieten. 

Ook zien wy van dan af reeds de zucht naer volksbestuer in den 
staet opkomen; want, moeten vvy de oude sehryvers gelooven, dan 
werden de Tribuinen jaerlyks door het volk herkozen. Ilet beheer 
dier bevelhebbers duerde eenen gertiimen lyd en het vvas onder lien 
dat de jonge staet zich grootendeels vormde. De landen werden 
bebouwd, de moerassige gronden werden uitgedroogd, men groef 
kanalen en men sliglle nieuwe burglen, lervvyl de bevolking allengs 
aengroeide. — De vermeerdering der bondgenoolschappen was 
ongetwyfeld oorzaek dat de Tribuinen zich niet goed meer 
onder elkaer verstonden , en daer men gewaer wierd dal de 

â Soinmige sehryvers hebben den naein van consul door burgermeester verlaeld 
l)e magt kwam inisschien wel groolendeels overeen met die der amblenaren 
welke later dien naem in de gemeenlens droegen; doeli de eigcnlyke bedieniog 
was ieis geheel anders. 



— 248 — 

Longobarden niet zelden nul Irokken ni t de Iwisten die ef in de 
stalen der toekomende Republiek ontstonden, besloot mon de 
verdeelde niagt tôt eene enkele te versmelten en mon benoemde 
eenen oppcrbevelbebber, cenen dux , hertog , duca, later dnga 
geheetcn aen wicn nien de volmagt in handen gaf *. Dal zulke 
grondigc verandering geschiedde zonder dat nien er merkelyke 
Iwisten zag uit ontstaen, zon ons dat niet moeten doen gelooven 
dat er eene lioogere niagt den wil van bel volk bekrachligde on 
dat het weêr magtige Roma het ailes toeliet en waerborgde? — 
Wat er ook van zy, de verandering soheen niet gelnkkig ; vvant 
de derde der vorsten werd reeds afgezet. Men benoemde in zyne 
plaels eenen krygstribuin (magister militum) waervan de bediening 
slechts eeii jaer dnerde. Die verandering bestond denkelyk mcest 
in don naem en niet in de zaek zelve ; want bet vyf'de jaer werd 
die bediening insgelyks afgesebaft en men keerde tôt de borloge- 
lyke magt lerug. Die keus gesebiedde door bet volk ; doeb de 
bertog of duca was almagtig en niet zelden werd bet volk gedwon- 
gen, oni zieb van de dwingelandy te ontmaken, zyn opperboofd 
bet met den dood te doen bekoopen. Het was slecbts na den 
dood van Vital Micbieli dat bet volk de niagt zyner vorsten begon 
intekorten en ten dien einde eenen raed instclde, die jaerlyks 
berkozen werd en van wiens besluiten de hertog slechts de uit- 
voerder bleef. Het is te rekenen van dit tydstip (1096) dat 
mon den naem van gemeenebest aen Venetiën mag toekennen. 
Het was een eeht volksbestner geworden dat ongeveer eene 
eeuw voortdnerde tôt dat Pietro Gradenigo eindelyk den raed 
nitslnitend uit edellieden samenstelde, erfelyk maekte en op die 
wyzc bet gemeenebest in eene Aristoci atische Republiek herschiep. 
Het is wel onder dien laetsten vorni van bestuer dat Venetiën tôt 
den hoogsten trap zyner niagt klom. 

Wy hebben die verwisselingen, waerop wy later nog zullen 
terugkomen, hier opgesomd om er het gevolg uit te trekken dat 

1 Volgens eenigen in het jaer 697, volgens anderen 709. 



— 249 — 

Venetiën alias, van zyne onzydigheid gebruik makende, zich 
uitgcstrekte vryheid verschaft bad, en zoo ver was gekoroen, 
dut bet zyne cigcne zaken alleen mogt beridderen. Uet oorspronke- 
lyke bondgenootschap had zich lot eene wezenlyke Repobliek 
vervormd en wat mcn door provincie van Venetiën ol Dogael 
verslond, was een vrye on onafhankelyke staet geworden. De 
eigen aohepping en bel lange beheer zell's badden zulks gewettigd, 
en bleven ook de Paduanea in hunne aenspraek op bet land vol- 
harden, zy liadden er geen regl toe. — Zoo veel niet zouden \\\ 
mogen zcggen over de bezittingen van bet allengs veroverde vaste 
land; want het is zeker dat later de regten van den duilschen 
keizer op de Frinli, op het palriarkaet van Aqirilea, op Treviso 
en Verona untegensprekelyk waren ea dut hy, als koning van Ilun- 
gai'iën, aenspraek mogt niaken op Dalmatien, dat slechts vooreene 
som van honderd dnizend dukaten aen Venetiën in pand was ge- 
geven geworden. — De eilanden der Grieksche zee en het koningryk 
Candia waren bêler door het rcgt gewettigd. Zy werden ouder het 
dogaet van II. Dandolo, door Bondewyn van Konstanlinopelen, 
Graef van Vlaenderen , aen de Venetianen geschonken , om de 
diensten te erkennen welke zy dien voist bewezen hadden lydens 
het overmeesteren van Konstantinopel (1204) en het verdryven van 
Keizer Alexis. 

Dan, de magt der Hepubliek was allengs zoo nitgeslrekt gewor- 
den, dat bel de vreeindelingen en zyne onde meesters sloul onder 
de oogen mogt zien, en wat het Gerneenebest door zyne wapenen 
niet kon beslisscn, werd gewoonelyk door geld en staetkundîge 
doorslepenheid tôt een gewenseht einde gebragt. Genua, zyn 
geborcn vyand, twislte eenwcn lang met Venetiën over het beheer 
der Adriatisehe zee; ncgen renzengevechten werden er geleverd; 
Doria stelde wcleens de Repnblick op den boord van den afgrond 
en loch moest Genna eindelyk voor den leeitw van San Marco den 
fieren nek bnigen. Ilot was echter aen eenen Genuees bescbikt der 
Republiek eenen duchtigen, om niet te zeggen doodelyken slag ttv 
te brengen , een slag die Venetiën aen de bartader trolcn /vue 



— 250 

verkwyning moest veroorzaken. Do zeevaert deed met den handel 
den rykdom in overvlood te Venetiën toevloeîjen en tôt het tydstip 
(1er ontdekking van Oostindiën (1498), mogt de zeestad als het 
stapelhuis van gansch Enropa aenzien worden. Cristoforo Colombo 
ontdekte Amerîka en Vasco de Gaina vond weldra het middel om de 
voortbrongsels der Indien, die anders over Alep en Alexandriën 
naer Venetiën kwamen , langs de Kaep De-Goede-Hoop in te voeren, 
en op die wyze werd het groolste gedeelte van den Europeesehen 
handel van ondèr de voogdy der Republiek getrokken. Ztilks bragt 
niet minder dan eene jaerlyk; che sehade van ongeveer tien miljoenen 
dnkaten aen den venetischen handel toe. Geld is overal en was te 
Venetiën inzonderheid de grootsle bronader van de magt der Repu- 
bliek, en die bron uitdroogen, was ter zelfder tyd de versterving 
doen ontstaen, en indien wy hier de oorzaken van het verval van 
Venetiën moesten aenduiden, zonden wy, by het al te uitgestrekte 
bezit van het vasteland , het verval van den koo, handel wel als eene 
tweede hoofdoorzaek dnrven opnoemen. — Dan, het valt in ons 
bestek niet hier over den rykdom, bloei en verval der magtige Re- 
publiek nitteweiden. Wat wy ons hoofdzakelyk hebben voorgesteld, 
is een beknopt beschryf te leveren van den staet van Venetiën, tydens 
zyne grootheid, en indien wy eenige woorden van de opkomsl en 
het verval reppen, dan is het slechts len einde den lezer beter in 
staet te stellen om over het tydstip dat wy hoofdzakelyk behan- 
delen, zich een volkomen denkbeeld te vormen. 

Het bloeijendsle lydperk van Venetiën besluit zich tusschen de 
X de en XV de eenw, tydens don aristocratischen vorm van Republiek. 
De staten waren alsdan verdeeld in dertien provintiën : het Dogaet 
of het Venetiaenseh, het Paduaensch, het Vicentiensch, het Vero- 
neeseh, het Rresciaensch, bel Rergamask, het Cremensisch, het 
Polesiensch, de staet van Rovigo, de Treviaensche Marken, het 
Relluneesch, het Cadornisch, Friuli en lstria. De jaerlyksche op- 
brengst dier verschillende provintiën beliep tôt de 8,200,000 duka- 
ten, ongeveer 21 miljoenen franken. By die vaste inkomslen moet 
jnen nog voegen de gelden die voort kwamen van het verkoopen der 



— 251 — 

ambten eu adeldom, van bel verbeuren der goedereu ea een aental 

andere geldregten. Ook kon liet senaet iu tyd van vrede jaerlyks 
eenige miljoenen op zydc leggen en kwam de oorlog, die immer 
oneindig geld aen de Republiek kosttt', oindal mon meest mel 
gehuerde Iroepen vocht, dan wist meu nog op aile wyzeo geld te 
slaen en de adeldoni liet zich alsdan , zonder logcnspraek, zwaer 
belastcn ; want opofferingen deed men gewillig voor de Republiek : 
hel dagelykscbe leven liad den adel daeraeo gewoon gemaekt ; men 
spaerde binnen 's huis om den staet te kiinncn ondersteunen. 

Ora zich een denkbeeld te vormen van wat de eigenlyke slad 
Veneliën in vroegere tyden geweest is, hoeft men slechts le 
bespeuren wat er van zyne aloude grootheid nog overblyft. De 
beroemde plaets van San Marco, liet prachtige paleis van den Doga, 
de ryke boekzael , de munt *, het uitgestrekte arsenael inzonder- 
heid, ailes bestaet nog, ofschoon er het voormalige woelige leven 
aen ontbreekt. De kerken van San Marco, Geminiano, Santa Maria, 
San Giorgio, San Giovanni, San Paolo, bestaen nog en zyn nog 
immer ryk aen de heerlyke kunstvoortbrengsels der groote schil- 
ders en beeldhouwers welke Venetiën weleer bezeten heeft 2 . De 
paleizen der grooten verheflen zich nog immer met liere pracht en 
spiegelen zich nog in de vierhonderd bruine lagoenen, welke alleen 
niet veranderd zyn; de gondolen zwevcn nog immer, by zachten 
maneschyn en helderen zonnegioed op de kalme waters en onder de 
dryhonderd, meest a lien marmeren bruggen; doch het woelige 
leven is uit Venetiën gebannen, de leden der oude adellyke (amiljeo 
zyn eenzaem in hunne paleizen en de handel houdt nog altyd zyne 



1 Debyzonderstegeldspeciën te Venetiën waren : 1° i» goud : sechino (12 fr.) 
fictive sechino (G fr.) osclla (47 fr.) ducaet (fr. 7 -Ï9) pistool (fr. 21-ÔG) — in /.il ver: 
ducact van 8 ponden klein (fr. i-18) kruiskroon (fr. 6-70) justina of dukaton 

(fr. 5-91) tahiro (fr. 5-32) en osella (fr. 2-07) 

2 Oudljds onderscheidden zich ook clo kerken van San Pielro, van Jol» , >i 
Samuel , Jeremias, Daniel en Zacharias. 



— 252 — 

ryke bronaders toegesloten ' . — Niet beter kuunen wy een gedacht 
geven van het vurige leven dat in de hoofdslad der Republiek 
heerschte, dan met hier in het kort cène schets op te hangen van 
het verraaerde arsenael of wapenhuis dat de ontzaggelyke zeeraagt 

nioest in stand houdeu. 

llct arsenael, aen een der uiteindens van de stad gelegen, bezat 
den vorra van een eiland, door de kanalen die het omgaven , en 
had niet minder dan dry italjaensche mylen 2 in omvang. Een 
zware muer omringde de gansche uitgestrektheid en daer binnen 
bevonden zich dry dokketi, waer inen het water der zee kon lalen 
binnenloopen. Het eigenlyke gebouw was verdeeld in onderschei- 
dene zalen, voile genoeind, waervan leder tôt een bezonder gebruik 
bestemd was. Zoo had men er voor het bewaren van het yzerwerk 
der schepen , voor de nagels, voor de kannonballen , planken, 
masten, riemen, kabels en koorden (met eene zeeldraijery van 
400 stappen lang) verder van de kerap, zeilen, harst, salpeter en 
voor het buskniid. 3 Dan nog zoo vêle andere plaetsen waer al 
die voorwerpen vervaerdigd werden; zoo als twaelf smissen waerin 
bestendig honderd mannen werkten; dry yzergieteryen en eene 
opene plaets, dienende tôt stapel van bout, ankers en zwaer 
geschut; meer dan 800 stukken grof geschut bevonden zich nog 
in de volte , en men bewaerde aldaer ook nog ligte wapenen 
genoeg ora vyflig duizend man uit te ruslen. De gewoone werk- 
lieden waren ten getalle van 1200. Zy droegen den naem van 

i Volgens Philippe île Cornalines warcn er oudtyds te Venetiën 72 parochie- 
kerken en 70 kloosiers in de omsireken der slad. Andere schryvers stellen het 
fïetal opG7 parochiën,2i mans- en 26 vrouwenkloosters, verder 18 godsdienslige 
gestigten, 6 kollegiën en eene raenigte gasthnizen. — De slad was verdeeld 
in zes kwarlieren , Contracte of Sestieri genoemd; later had er denkelyk nog eene 
omlerverdeeling plaets; want by sommige schryvers vinden wy eene verdeeling 
van twaelf wyken. 

- Ongeveer eene uer van onze rekening. 

3 In 1S69 verbrandde een groot gedeelte van het arsenael ; het poedermagazyn 
sprong in de lucht en sedort dit lydstip bouwde inen, op de omliggende eilandjes 
kleine ronde lorens waerin mon het buskruid bewaerde. 



— 253 

arsenulotti en s ton den onder een opperhoofd amiraglio genœrod. 
Het was deze beambte die op HemelvaerUdag, wanneer de Doga 
de zee tronwde, het verraaerde scliip , den Bucentaurus, besloerde 
en zyn leven te pand stelde indien er gedurende de plegtigheid 
een onweder opkwani. 1 1 y ook was belust, gedu rende de tusschen- 
regering, het paît is van S^n Marco met zyne arsenalolli le bewaren, 
en droeg den rooden standert wanneer de Doga zynen intrededeed. 
Bien ten gevolge schonk men bem den versleten mantel van den 
Doga en de twce bekkens welke aen dezen gediend liadden om geld 
onder het volk le werpen. — Het arsenaeJ werd nog bovendien 
bestuerd door dry heeren : Padroni all'arsenale genoemd en door 
dry verzorgcrs of procuratori die a lien na dry jaren berkozen wier- 
den. De verzorgers waren gelast met aile zaturdagen de werklieden 
te betalen. Om werkman in het arsenael le worden , nioesl men 
ten minsten twinlig jaer ond wezen en slechts na het verloop van 
acht jaren dienst , kon men tôt meester verhcvcn worden. Het 
gansche gestigt kostte jaerlyks van onderhoud by de 500,000 
dukaten. 

Alvorens toi het beschouwen der besturen en magistraten van 
Venetiën over te gaen, zal het niet van onpas komen eenen vlng- 
tigen blik te werpen op de onderscheidene klassen waernit de 
inwoonders samengesteld waren. Beginnen wy met den adel die 
aen het hoofd van ailes stond. 

De oudste adel van Venetiën stamde, naer aile waerschyne- 
lykheid af van de familjen der eerste Tribuinen. iMen noemde 
ze Case vecchie (oude familjen) om ze van den lateren adel le 
onderscheiden, zoo als daer waren : de edelen der tweede klasse, 
bestaende nit al die van den grooten raed deel maekten, op het tyd- 
stipder erflykmaking van dien raed door Pietro Gradenigo; dan de 
edelen der derde klas of van den oorlog van Genna; de vierde klas of 
edelen van den oorlog van Candia. Welke beide klassen bestonden 
uit stedelingen die den adel gekocht hadden tydens de oorlogen 
met Gcnua en Candiën. De zoo genoemde vyfde klas der edelen 
van Venetiën was zamengesteld nit vreemdelingen, gewoonelyk 



vorslen en princen of neveu der pausen, die inen, op aenvraeg, 
eo als groot eerbewys in het guldenboek van den adel opteckende. 
Die vreemde edelen moglen, te Venetiën zynde, plaets in den 
groolen raed nemen ; doeh gecn ambt in den staet bekleeden. — 
Het getal der edelen, gedurende de selioone dagen der Republiek, 
beliep tôt 2o00. De case cecchie, aïs clusdanig algemeen erkend, 
beliepen ten getalle van twaelf, te weten : de Badoers of Parliciaci , 
de Contarini (of Contareni) , de Cornari , Dandoli of Hipalen, de 
Falieri, de Guistiniani , Bragadini , Gradenigi , Morosini, Michieli , 
Memmi of Monegaren , de Sanuti en de Tiepoli. 

De oude en nieuwere adel droegen elkaer eenen onverzoenlyken 
liaet toe. De eersten beminden den oorlog, omdat alsdan het hooge 
bewind immer in hunne handen vvas ; de anderen haddcn liever 
den vrede, omdat zy dan meer met de andere familjen gelyk 
stonden ; zelfs zochlen zy nieermaels bedieningen op het vaste land 
te verkiygen om op die wyze voor den hoon der Case vecchie 
beuyd te blyven. Al de ambten, zoo als wy reeds gezegd 
hebben, werden door edelen beklecd ; diegenen nogtans welke 
ridder van Malta wierden of zich aen den dienst der kerk 
loewydden , waren uit aile bedieningen gesloten , om dat zy 
aenzien werden als aen eene vreemde magt ondergesehikt. — Geen 
edelroan kon tôt eene hooge weerdigheid geraken, alvorens met 
de kleinere ambten te zyn bekleed geweest : ook kwam de verhef- 
fing meestal slechts met den hoogen ouderdom. Het was niet 
geoorloofd meer dan een ambt te gelyk le bekleeden , en hy die 
eene bediening weigerde aen te nemen , moest eene boete van 
2000 dukalen geven en zieh voor twee jaren uit den grooten raed 
•venvyderd houden. Uitgenomen de Doga en de Procuratori, mogt 
men niemand, by de benoeming tôt eenige waerdigheid, geluk 
wenschen. 

Gecn edele Venetianen mogten op het vaste land bezittingen 
hebben ; ook mogten ze geene geschenken of titels van vreemde 
vorsten ontvangen, op straf van den adel te verliezen, gebannen te 
worden en hunne goederen verbeurd te zien. — Zy mogten geene 



— 255 — 

briefwisscling metvreemde rainisters of afgezanlen houden, op slraf 
van die overtreding met eenen gewissen en spoedigea <1<>o< J te 
bekoopen. — Er bestond geen regt van eerstgeboorte en tydeDS 
den oorlog werden er geene graden ontzien; zelfs de Doga mogt 
zich aen hel ambt niet onttrekken waermede men hem wilde 
bekleeden en moesl, zoo als de geringste edelman, in de belasting 
mede betalen. 

Geene eclellieden mogten met vreemde meisjes in echt treden, 
nocli hunne dochters aen vreemdelingen ten huwelyk geven. 1>< 
weinige uilzondcringcn die daer aen geschied zyn , gebenrden 
op last der repnbliek die dan zelve de doehters uitbuwde en. 
op die, wyze den vader van aile verantwoordelykheid onllasite. 
— De meisjes mogten huwelyken aengaen met den adel van 
het vaste land ; ook was lict den ede!li<;den toegestaen met 
dochters van sledelingen te Venetiën te trouwen ; doch dan moest 
het huwelyk door den grooten raed goedgekeurd worden , anders 
waren dekinderen, die nit den echt voortsproten , niet edel. — 
Het was aen de edellieden toegelalen advokaet en leeraer in de 
regten te worden; doch zy mogten geenen bandel dryven ofverloren 
het regt van adeldom. Eenen langen tyd zelfs waren al de advokaten 
slechts nit edelen samengesteld en werden door den staet bezol- 
digd, niets anders voor hnnne pleitdooijen en werkzaemheden 
mogende eischen. 

De adeldom, zoo als wy reeds hebben doen verslaen, kon ook 
gekocht worden : doch slechts door roomsche katolyken. Wie 
znlks wilden doen, moesten eerst eene aenvraeg indienen , waerby 
zy hnnne titels opgaven en de redenen waerom zy zochlen edel 
verklaerd te worden. Dan gingen zy zeven of acht kecren aen den 
intrede van het paleis van San Marco om zich in de goede gnnst 
te bevelen van de edelen die in den raed slaptcn. Vervolgens werd 
er in den raed zelven over hen gestemd en ingeval zy meer dan de 
helft der stem men ten hnnne voordeele hadden, waren /y edel 
crkend ; hadden zy raaer jnist de helft, dan werd de zaek 
tôt eene volgende zittiog verschoven ; was de nilslag dan nog de 



— 256 — 

zelfde, dan hernam men de stemming eene derde mael waerin dan 
deeindelyke besjissing moest gegeven worden; wanl nimmer mogt 
eene zelfde zaek zich meer dan drymael in den raed voordoen. 

Na den edeldom kwamen de cittadini of stedelingen. Gelukkiger 
dan de onbeniiddelden adel , welken zy in de kleederdragt mogten 
navolgen en die hnn eenen onuitdoofbaren haet liad toegezworen , 
was het luin toegelalen zich door den handel te verryken en eene 
menigte edelen sloten met lien, in het geheim, overeenkomsten 
en bragten geld by om in de winsten van den handel te mogen 
deelen. De cittadini bezaten te meer nog al uitgestrekte privilegièn, 
zoo als onder andere van nimmer tôt de galei te kunnen veroor- 
deeld worden, en waren tôt goede ambten toegelaten. Het was 
iiit luin midden dat men de sekretarissen voor de ondersclieidene 
raden en geregtshoven en voor de gezantschappen koos, en niet 
zelden werden zy zelven in vreemde landen als résident of zaekge- 
lastigden aengesteld. Zy waren meer geacht dan de edelen van het 
vaste land, die nimmer met eenige eereposten werden beloond. De 
groote bedieningen der geestelykheid waren ter hnnner beschik- 
king, uitgenomen zeven of acht biskopsstoelen die door edelen 
bekleed moesten worden. Zy hadden te meer het voordeel dat 
hunne ambten bestendig waren, terwyl die der edelen immer 
na het verloop van een jaer of zestien maenden moesten vernieuwd 
worden. 

Nimmer was de stact van Venetiën der geestelykheid voordeel ig, 
ofschoon men gedurig zocht met den Pans in goede verslandhonding 
te blyven, en er daertoe geene moeite noch pligtplegingen gespaerd 
wierden. Zoo werd den Nuntius, by zynen intrede, als de gezanten 
der grootste nation, door zestig senatoren te gemoet gegaen en 
ontvangen *; men teekende de neven der Pausen in het guldenboek 
van den adel op; doch daerby bleef het ailes. De Paus mogt zich 
met niets bemoeijen; de Nuntius mogt zelfs de kloosters niet 

2 De gezanten van mindere vorsten , zoo als prineen, hertogen enz., werden 
door veertig edelen van het Preyadi ontvangen. Dp residenten of zaekgelasten 

werden door niemand beeroet. 



— 257 — 

bezoeken ; in het Sant'ofprio waren niel toegelaten diegenen welki 
het kardinaelschap of eenige andere weerdigheid van Roma ver- 

langden, en de geestelyken zoo wel edelen als anderen waren \;m 
aile ambten versloken en buiten aile publieke raden gesloten . 

sedert de hervorming die in 1298 plaels greep, vôôr welk lydstip 
men de bisschoppen en pastors m de raden toeliet. — Zelfs de 
edelen diccenen broeder, oom of neef tusschen de kardînalen had- 
den, waren, in den grooten raed, uit de beslîssingen gesloten welke 
de geestelykheid in het een of ander opzigt konden betreffen. Met 
een woord, men wilde te Venetiën de geestelyken, bnilen de 
altaerbedicning, slcchts als gewoone stedelingen bcschouwen en 
liun geen den minsten schyn van magt geven. — Dat Roma over 
zulk eenen staet van zaken niet te vreden moesl zyn, is genoeg 
te begrypen , wanneer men nagaet dat Yenetiën lot vyfinael toe 
in den kerkelyken ban werd geslagcn. 

De Patriark van Venetiën, die door het senaet werd aengesteld, 
was het opperhoofd der geestelykheid. Zyn gezag nogtans werd 
door de klerezy weinig in aendacht genomen en men herkende 
boven hem den Primiciero van San-Marco. Er bestond ook een 
Patriark van Aqnilea, die in de provineie dezelfde weerdigheid 
als zyn ambtgenoot te Venetiën bckleedde. — Genoeg was het 
aen de Rcpubliek dat de geeslelykheid zich bniten de staetkundige 
zaken hield ; verder bekreunde men er zich niet mede en zy 
mogt naer welgevallen leven ; men miskende zelfs de aenmer- 
kingen van Roma aengaende de regeltngt en men wilde niet 
weten dat de priesters zich meermaels aen teugelloosheid over- 
gaven. 

De volksklassen waren slechts als eenen hoop slaven beschonwd 
en men beyverde zich oni het lage volk in overdaed en Inijaerdy 
te lalen voorlleven, als wilde men het op die wyze aile licha- 
melyke magt en zielenkraeht ontnemen. Het viol zelfs in de 
staetknnde van tusschen het volk twee partyschappen in stand te 
houden : de Castelani en de Nicoloti , zoo genoemd van de kwartie- 
ren waer zy hnisvesten. Men liet aen de laelsten loe zich eenen 



- 358 — 

werkman voor Doga te kiezen. — Diegenen welke men len hnidigen 
dage kleine burgers zoude nocmen, waren oog wel de ongelukkig- 
sten. Deedelen vonden er hun vermaek in op de markten groentens, 
visch cmi andere eetwaren te koopen en dezelve met eene vragt 
slagen te betalen. — Om liet lage volk te vleijen, kwam de Doga met 
het senact jacrlyks , op eenen vastgestelden dag, naer de kerk van 
Santa Maria formosa , ten einde aldaer eene belofte zyner voor- 
zaten te volbrengen. Dan liet hy toe dat hem de werklieden der 
parochie te gemoet kwamen en hem eenen strooijen hoed en 
twee fleschen wyn schonken , welke voorwerpen hy met schynbare 
dankbaerheid aennam. Ook maekte zich het senaet het tôt eenen 
pligt van in groot kostuem het stierengevecht en andere volks- 
feesten by te vvoonen. 

Uit hetgeen wy over de versehillende volksklassen geegd 
hebben , kan mon ligt opmaken dat de menschenliefde de regt- 
veerdigheid en zedetngt te Venetiën in weinig tel waren. De 
staetknndeging voor ailes; de stilzwygendheid en het ongeschonden 
bewaren der politieke ge eimen waren de eerste eigenschappen 
die men van de edelen eischte ; de voorzigtigheid, de standvaslig- 
heid in de genomenbeslissing, de getronwheid aen het persoonelyk 
woord , de onschcndbaerheid der vriendschap waren de deugden 
die men aenbad en die men voor het algemeen ook zag heerschen. 
Erkentelykheid in staelkunde beoefende men zelden en voor 
afgunst, haet , wreedheid en gierigheid schrikte men niet af. 
De wulpschheid en ongetoomde openbare onzedigheid waren 
zulke gewoone zaken , dat men er geene aendaeht meer op slocg. — 
Dan, laten wy niet langer daer op aenhouden en thans meer 
bepaeldelyk tôt de raden en magistraten oveistappen. — En voor- 
eerst van den Doga. 

Zoo aïs wy reeds zegden, werden de Doga's, in den beginne der 
Repnbliek door het volk gekozen ; zy waren almaglig en de raed 
die er bestond, hing gansch van lien af. Het is slechts onder 
Sebastiano Ziani dat er een echte raed werd ingesteld en dat er 
magislraten bestonden. De eerste Doga was Lucius Anaf(îslo (697). 



— 2o<> — 

De Doga was de uitvoerende magt der Republiek, de eerste 

magistraet en wanneer hyziek of afwezig was, werd /vue (.lacis 
vervangen door eencn ()nder-Doga diezyn voile ambt waernara, 
zonder dat nogtans iets zyne waerdigheid aendaidde. De Doga was 
de voorzitter der groote raden en wanneer hy aldaer , in de. 
kleederen zyner waerdigheid. binnen trad, stonden allen regt en 
ontblootteden zich het hoofd , lerwyl hy du mnls ophield. Hy werd 
alseen vorst ingehuldigd en op de trappen van San ftfarco, genoemd 
la scala dei gùjanti, gekroond. Eens tôt Doga verkozen , moest men 
het ambt aenvaerden , zoo als in aile magistraturen , op straf van 
ballingschap en verbeuring der goederen; slechls het regt van 
afzetling behield zich de groote raed. — Het was den Doga niet 
toegelaten zich builen Venetiën le begeven : op het vaste land had 
men hem straiïeloos mogen hoonen. Zyne kinderen en broeders 
moglcn geene ambten bekleeden ; slechls zyn zoon bezat het voor- 
regt van het dnkale kleed met bi'eede monwen (a manicke larghe) 
te dragen, iets dat als eene groote eer beschotiwd wierd; ook de 
bedienden mogten livrei dragen. Het was den Doga niet geoorloofd 
geschenken van vreemde mogendheden te onlvangen. — Verder 
liet men niet na hem de grootste uitwendige eer te bewyzen. By 
de plegtigheden was hy rykelyk in gonden , zilveren of scharlaken 
gekleed en stapte voorop met de mnls op het hoofd , lerwyl men 
den sleep zyns mantels droeg en de grootste ambten a ren hem 
begeleidden. Die zelfde amblenaren maeklen gewoonelyk doel van 
den Raed der Tien en vonden er geene zwarighoid in om soms, des 
nachts, onvoorziens tôt op de slaepkamer van den Doga door te 
dringen en zyne papieren te komen onderzoeken; en het best wat 
den Doga alsdan te doen stond, was van in den schyn niets op te 
merken. Het is wel van den Doga dat men met regt mogt zeggen, 
dat hy eene gekroonde slaef was. 

De jaerwedde van den Doga was van 12,000 kroonen : doch 
daervan moest hy de kosten betalen welke de vier jaerlyksche 
maeltyden, waerop beurtelings al de edelen der stad verzocht 
werden, na zich sleeplen en ook al de nilgaven die zyne inwyding 



— 200 — 

mede bragten; voegt raeii nu daerby dat zyne naestbestaende geene 
ambten moglen bekleeden, dan /.al mon ligt begrypen dat de weer- 
digheid van Doga soms don ondergang eener familie bewerkte. Een 
der grootste voorreglen van don Doga was de benoeming tôt de 
geestelykc beneficiën en weerdigheden van San Marco, bestaende 
in de ambten van zes-en-twintig kanonikkcn en een deken derzelve 
genoemd Primuceriu di San Marco. Deze laetsle moest edel wezen 
en trok vyfduizend zilveren dnkaten jaerwedde en nog vierduizend 
pond van de abtdy van San-Gallo. De gansche kerk van San-Marco 
stond onder den Doga die er liet plegtige bezit van nam op dezelfde 
wyze als de Paus van de kerk van Latranen. By die plegtigheid 
bood men hem den rooden slandacrd van San-Marco ten teeken 
zyner oppermagt en hy zwoer voor de weerdigheid des tempels te 
zorgen en ontvong den eed der dry procuradori die met het beheer 
der schatten van San Marco belast waren. Ook was hy nog meester 
(padrone) en beschermer van het klooster délie vergini, waer niet 
dan edelvrouwen woonden en die hem als haren geeslelyken vader, 
als haren Paus aenschouwtlen. — Ook bezat hy het voorregt 
van by zyne aenkomst aen het Dogaet ridders te benoemen; hy 
beschikte verder over de kleine bedieningen van zyn paleis en 
mogt een regt heften op de gondoliers der lagoenen. 

Na zyn overlyden werd de Doga door dry inkwisiteurs geoor- 
deeld en niet zelden vond men oorzaken 01» de erfgenamen tôt 
zware geldboeten le verwyzen. Dan, de bcgravenis, welke ten kosle 
van den staetwas, geschiedde immer met de grootste pracht en 
plegtigheid. In de laetste tyden zelfs werd de lykrede in San-Marco 
uitgesproken. Het senaet woonde de plegt by en was in het rood 
gekleed, willende door die kleur aentoonen dat de Republiek 
door het afsterven van den Doga niet kon lyden en eeuwig 
en onveranderlyk was. Men stelde ook het lichaem voor het 
volk ten toon en znlks greep plaets in de zelfde zael waer 
den Doga,na zyne krooning de pligtplegingen en begroetingen 
der magistraten en afgezanlen ontving. Wat by het afsterven 
van den Doga den adel het meest ter hart lag, was de benoeming 



— 261 — 

van eenen nieuwen vorst. Zulks geschiedde immer mel den groot- 
sten spoed, uit vrees dat het volk in oproer uiogt komen <-n er zelf 

eenen zou hebben uilgeroepen. 

Slappen wy llians lot de Raden over, waervan de byzondersle 
waren : 

1" De groote llued (il Gran Consiglio) zoo geooemd, pmdat liy al 
de andere rad< n in zich beslool. 

2° Het Senaet of Pregadi. 

3° Het Kollegie. 

4 n De Signoria, ook wei kleine raed of Consiglietlo genoemd. — 
De Signoria was samengesteld uit zeven loden, den Doga en zes 
raedsheeren , die by aile raden voorzaten. De zaken gingen gewoo- 
nelyk van de Signoria naer het Kollegie, van daer naer het Senaet 
en zoo naer den Grooten Raed waer de eindelyke beslissing plaets 
had. 

Twee andere raden nog waren door hunne werking aenzienelyk, 
het waren de Raden van Tien en de Inkwisitie , waervan wy later 
zullen gewagen. 

De eerste Groote Raed le Veneliôn was aen den Doga, zoo als 
wy gezegd hebben, ondergesehikl ; een tvveede, waeraen sleehts 
de naem van Grooten Raed toekonit, begon onder Ziani en werd 
door 12 burgers, twee van iederewykder stad, gekozen; hy bestond 
van 450 tôt 470 leden. De derde vorm van raed, in 1297 door 
Pietro Gradenigo ingesleld, was uitsluilend van edellieden en in 
de familjen erfelyk. De zittingen van den Grooten Raed werden 
gehouden op zon- en feesldagen, in den zomor van 8 me des 
morgens tôt 12 ure, en in den winler van 's middags lot lui 
ondergaen der zon. De morgenzittingen begonnen met de maend 
april en dnerden tôt Allerhciligen; op welken dag de winler/.it- 
tingen aenvang namen. 

Om deel te niaken van den Grooten Raed moest men 25 jaren 

oud wezen ; doch men bleef niet lang by dit voorschrifl en jaei - 

lyks werden er jongere aengenomen die men Barberini noemde. Dr 

inkomenden werden by loting gelrokken en men moest twee jaren 
2r; m i<> 



— 262 — 

in den raed wezen alvorens stemrogl te hebben. Die stelregel 
verviel ook allengs en met geld kocht men ouderdom en steraregt. 
De gelden daervan voortkomende, noemde men il deposito del 
Consiglio. — Een edclman werd niet gerekend dee! te maken van 
het lichaem der Republiek, dan van den dag waerop hy in den 
Grooten Raed trad en plaets nam : zulks was hun als eene tweede 
geboorte waerby hy het burgerleven ontving en lid van den slaet 
werd, daer hy te voren sleclus een der leden zyner familje kon 
genoemd worden. — De Procuratori van San Marco waren door 
hunne weerdigheid uit den Grooten Raed gesloten, tefizy, zy 
terzelfder lyd suvii grandi waren, in welke hoedanigheid zy er 
alsdan mogten verschynen. — De Groote Raed deelde de opper- 
magt met het Senaet ; het was daer dat men wetten maekte en 
afschafte, de andere raden en magistraten benoemde, en de kie- 
zingen van het Senaet verbrak of bekrachtigde. — Er mogt niel 
dan in de volkstael gesproken worden op dat iedereen zou hebben 
kunnen verstaen wat er verhandeld wierd en niemand zich zoude 
teruggehouden gevoeld hebben, om het woord optenemen. De we!~ 
sprekendheid werd als overtollig zoo niet schadelyk beschonwd. 
Met dat ailes nogtans gingen de beraedslagingen immer moeijelyk 
en traegzaem voort : het mekaniek had te vêle raders pn geiaekte 
dikwils in de war. Te meer men wilde steeds den middenweg kiezen 
en zulks deed de kracht van uitvoering niet zelden verflauvven. 

Het senaet of pregadi, * was als de ziel der republiek. Hy 
bestond in den beginne uit zestig leden ; doch in buitengewoone 
gevallen voegde men er eene giunta by van vyf-en-twintig of dertig 
andere leden wier ambt na de beslissing eindigde. Men noemde 
die laetste ook wel il Pregadi straordinario. In 1555 schiep men 
eene bestendige giunta van zestig leden , zoo dat het Senaet 
alsdan uit 120 raedsheeren was samengesteld. Anderen nog door 



i Pregadi beteekend eigentlyk de raed der gevraegdcn , ora dat men in 
den beginne slechts de byzonderste der slad tôt den raed verzocht , die geene 
vaslgestelde zittingen hielcl. 



— 2G5 — 

het ambt dat zy bekleedden, hadden er hunne intrede , zoo als de 
Procuratori , de Tienmannen en de regters van ûcquarantia cri nu - 
nale. Aen sommige edellieden nog, liet men loe de beraedslagingen 
by te woonen; doch zonder stemregt. Men noemde ze daerom il 
sotto Pregadi. Met ganselie getal raedsheeren beliep op die wyze 
eindelyk tôt 300 edelen. — Niemand mogt in het Senaet iels in 
eigen naem ter ballotering voordragen dan de Doga, de booge 
raedslieden en de savii grandi. De benoeming der magistraten liad 
zonder ballotering plaets. 

Het Senaet werd aile jaren vernienwd en had het regt van 
oorlog en vrede te maken, stilstand van wapenen en verbonden 
vastteslellen, belastingen le heffen , de waerde van het geld le 
regelen en over de financiën te beschikken. Het was insgelyks 
meester over de anibten van de zee- en landinagt en al die bedie- 
ningen welke men cariche à tempo (tydelyk) noemde. Het zond hulp- 
middelen aen verbondene volken en benoemde, beloonde of strafte 
de gezanten ; wanl deze laetste beambten hadden telkens eene 
zware rekening, by hnnne lerugkomsl, voor het Senaet afleleggen. 
Zy moesten een schriftelyk verhael van hunne werkzaemheden 
inleveren en mogten hnnne verblyfplaets niet verlaten, alvorens 
hunnen opvolger van ailes mondelings te hebben onderrigt. De 
geschenken die zy, by hun verlrek, van de vorsten mogten ont- 
vangen hebben, werden aen het Senaet overhandigd, die er over 
beschikte zoo als het hem goeddaeht. 

Het Kollegie was samengesteld nit z«^s en twintig edelen, te 
weten : de Doga en zes raedsheeren die de signoria uitmaekten ; 
dry al'gevaerdigden van de quarantia criminelle, die aile twee 
maenden werden vei'andei'd ; zes savii grandi , die lu-t Senaet ver- 
tegenwoordigden ; vyf Savii genoemd van het vaste land (di terra 
ferma) en eindelyk vyf savii of vvyzen der orders. — Het Kollegie 
onderzoeht al de zaken alvorens deze in den Grooten Haed 
werden voorgedragen ; by hetzelve moesten de rekwesten en memo- 
riën ingediend worden; men hoorde er de afgezanten, de generaels 
en andere ollieieren van het learer en dan araf men het sehrillelvk 



— 264 

nniwonrd aen bel Senaet op, dat door bel Kollegie werd byeen 
geroepen on clan zyne besluiten 1er uilvoering aen hei Kollegie 
terug zond. — Gedn rende de tusschenregering werden er geene 
ininisters van vreemde vorsten in het Kollegie ontvangen , dan 
om lien de gewoone begroetingen te laten afleggen. — De afge- 
vaerdigden der steden en gemeenten, om gehoor le veikrygcn, 
moeslen eerst aenbieden : een brief van den Hector of Podesta 
der plaets, eene memorie van de vragen door den Podesta eigen- 
liandig geschreven en dan nog een brief waerin die hooge beambte 
zyn gevoelen verklaerde. Doeli wanneer de afgeveerdigden klagten 
tegen den podesta zelven liadden intebrengen , was h un een 
geleîbrief der gemeente voldoende. 

Il Coinsiglio dei dieci of de Raed van de Tien, was eerst een ge- 
woon geregtshof ter gelegenheid van de bernchte samenzwering van 
Bajamonte Tiepolo ingesteld, docli eenige jaren later werd hy 
voor altyd gevestigd; zyn gezag klom allengs hooger en veranderde 
eindelyk in eene soort van Dictatucr. — Ofschoon de raed sleclils 
uit tien leden bestond, was nicn in de zilling immer ten gelalle 
van zeventien, doordien de Doga met de zes raedsheeren der 
signoria er tegen woordig waren. De ïienmannen werden jaerlyks 
benoemd en om te kunnen heringekozen worden , moest men 
lelkens twee jaren uit den raed verwyderd geweest zyn. Aile 
maenden benoemde men dry Capi Dieci, zoo veel als voorzilters 
en onder hen eenen président van de week die hoofdzakelyk de 
onderzoeken deed en zyne twee medeleden van ailes kennis 
gaf. Die dry mannen waren immer de aenklagers der betigtten. 
Het was aen deze laetsten niet geoorlofd eenen advokaet te 
nemen of zelven hunne zaek te bepleiten en zich te verdedigen. 
Eens in de lianden der Dieci kon men slechts aen veroordeeling 
denken; indien niet een der regters zelve de verdediging opnam ; 
iets dat zeer zelden gebeurde. De vonnissen waren zonder beroep 
en werden nooit in het openbaer uitgevoerd, tenzy de pligtigen ook 
in het openbaer als dusdanig beschouwd werden. De raed van de 
Tien hield zvne zitlingen in San-Marco naest de vertrekken van 



— 205 — 

den Doga, on hel was dus cen gedurige bespieder woor bel oppeiv 
lioofd van den staet welken men kon oni het leven brengen, zonder 
aen iemand rekening daerover te mocten doon , wanneer slechU 
de dry Inkwisiteurs daérin overeen siemden. De ftaed-der-Tien 

was als een zwaerd dat gedurig over het hoold der edelen hingen 
en nimmer zynen slag miste. 

Het Sawt-Officio of de eigentlyke Inkwisitie, door den Grooten 
l»aed îngestetd, was eerder wereldlyk dan wel geestelyk. Slecbts 
lang na zyoe instelling kregen de priesters, die er deel van maekteo, 
het regt om mode le vonnissen. Immer waren er dry Senatoren , 
buitcn wier tegenwoordigheid men niets mogt doen en die van al 
het verhandelde aen het Senaet kennis gaven. De tribunael hield 
zyne ziltingen tweemael 1er week in het paleis van San-Maico ; 
diegenen welke eenige belangen met Roma hadden mogten er geen 
deel van maken. Het regt der lnkwisilie was zeer bekiompen. De 
Joden J werden door het burgerlyk gevonnist op voordragt van 
het Sant-Officio ; zoo ook de toovenaers en godslasteraers. Sleclits 
de kettery mogt de lnkwisilie beoordeelen ; doch de goederen der 
kelters konden niet verbeurd worden en gingen tôt de natuerlyke 
erfgenamen. Ook was het regt om de boeken te keuren zeer klein 
en men had zich sleclits bezig te houden met datgene wat daer in 
ketlerseh zou hebben kunnen voorkomen : het overig ging den 
staet aen. Daerin bleef de Republiek aen zyn grondstelsel getrouw, 
dat verbood van de geestelykheid eenigeu invloed op de wereldsche 
of staetkundige zaken te laten uitoefenen. 

Alvorens meer bepaeldelyk tôt de stedelyke- , provintiële- en 
krygsmagistraten ovei'tegaen, zullen wy hier ecrst de dry geregts- 
hoven opnoemen, Quurantie genoemd , omdat ieder uit cecrtiy 
leden was samengesteld. Men ouderscheidde namelyk: de (Juarantia 
nova, de Vecchia en de Criminak. Deze laetste was de byzonderste ; 
daer mogt men soliciteren en het medelyden der regters gaen 



1 De JuJen badden te Veneliën zeven Synagogen. Hurinen diensl \\.»-> vrj zoo 
wel als ilie der Armeniers. 



— 266 — 

afsmeeken, iets dat by de twee burgerlyke niet toegelaten was. 
De leden waren achtervolgens, gedurende acht maenden, in ieder 
der quarantia ; van de Nieuwe ging men in de Oude en van daer 
in de Criminele of Lyfslraffelyke. — De dry opperhoofden der 
lyfstraffelyke quarantia woonden het kollegie by en konden niet 
dan te gelyk werken; zelfs wanneer er niemand van hen in de 
grooten raed legenwoordig was, mogt er niets beslist worden. De 
dry avogadori van de quarantia criminale, ook wel di comune 
genoemd , waren de beschuldigers in lyfstraffelyke zaken; zy 
bevvaekten het uitvoeren der wetten en de Groole Raed noch het 
Senaet mogt geene beslissing nemen , zonder dat er een van 
hen bywezig was; zy hadden zelfs het regt de besluiten doen op 
te sehorsen en aen eene herziening te onderwerpen. Aen hen waren 
de registers van de Grooten Raed en van het senaet toevertrouwd, 
als ook de familieboeken der edelen waerin zy de geboorten, 
huwelyken en afcterveo opteekenden. Hunne magt verminderde 
veel door den invloed van den R;ied der Tien. 

Van de Raedsuekren der signoria hebben my reeds gesproken. 
Men noemde ze nog wel consiglieiu di sopr\ (hooge raedsheeren). 
Zy ontvongen de rekwesten, gaven privilégie»! , benoemden scheid- 
regters en beslolen, wanneer de Groole Raed buitengewoon moest 
vergaderd worden. 

De Savh grandi, ten getalle van vyf, waren zoo veel als hooge 
staetsminislers ; zy bereidden bel werk voor het Kollegie. — Zy 
moesten acht-en-dertig jaer oud wezen, bleven zes maenden in 
bediening en mogten niet terstond ingekozen worden ; zy hadden 
het regt om het Senaet te doen vergaderen ; doch mogten niet 
mede den Doga kiezen. 

De Savh di terra ferma (wyzen voor het vaste land) , werden in 
13i0 ingesteld, waren vyf in getal en hielden zich bezonder bezig 
met het besluer der legermagt in de provintiën. 

De vyf Savh degli ordim, ook Savh di Mare genoemd, bleven, 
zoo als de voorgaenden, zes maenden in bediening. Hun ambt 
was in den eersten zeer aenzienelyk; doch later verviel de bediening 



— 267 — 

meesttyds in handen der jonge edelen , die daerby hct regt 
verkregen om het Kollegie en de vergadering der Savii grandi en 
Savii di terra ferma bytewoonen ; doch zonder aldaer het woord 
te mogen voercn of over iets le mogen bcslissen. 

Eerst bestond er slechts een enkel Procurador di Sun-Marco ; 
allengs ging men lot negen over en later werd dit gelai nog 
vergroot. Zy weiden met groote praclil ingehuldigd en legden don 
eed in de kerk van San-Marco ai", met welks bestuer zy hooldza- 
kelyk belast waren. Zy liadden ook de zorg over de weezen en 
beschikten over de openbare aelmoesen. Ook was hun het toe- 
zigt vergund over de studiën en over de boeken die men te koop 
stelde en waervan er hun telkens een excmplaer moest overhandigd 
worden. Hunne benoeming was voor hct leven , doch zy konden 
afgezet worden. 

Verder onderscheidde men nog : 

TweeCENSOiu, belast met de zeden der burgers na te gaen en 
kleine diefstallen te vonnissen. Zy bleven zeslien maenden in be- 
diening en mogten dan met deliberatice stem in het Pregadi komen. 

Dry Syndics regters by de kleinere geregtshoven van San-Marco 
en Rialto. 

De zes Signori criminali di notte. In den beginne waren zy 
slechts twee in getal ; zy namen kennis van de nachtdieften, brand- 
stichtingen enz. , terwyl de zes Signoiu civili di notte zich met de 
kleine burgerlyke zaken bezig hielden. 

De dry Proveditori deu comune, zooveel als verzorgers der ge- 
meente, bleven zeslien maenden in bediening en hadden stemregt 
in het Senaet. Zoo ook de Puovimtori alla ragione vecchie, die 
zich bezonder bezig hielden met het regelen der openbare feeslen 
en plegtigheden. 

De vier Proveditori alla giustizia vecchia, vonnisten degeiDii 
die met valsche malen, ellen of gewigten verkochten en regelden 
de prys der eetwaren. Zy beslislen de zaken tusschcn burgers en 
werklieden, terwyl de dry verzorgers alla giustizia noya met de 
tucht der gasthoven en herbergen belast waren. Beide bleven 
zeslien maenden in bedieniim;. 



— -268 — 

De dry Sopra proveditori waren uni voop don voorraed der 
granen le zorgen ; de verzorgers ml sale voor het /-ont, en met de 
openbare gezondheid waren dry andere edelen belast die men 
daerom : Proyemtori alla sanita noemde. Die om de praefat dei' 
kleederen te regel en lieette men Proveditori allé pompe. 

Er waren nog eene menigte andere openbare verzorgers. Verder 
kunnen wy nog opnoemen : dry bestuerders der inkomsten (délie 
entrate) ; de tien savii, openbare schallers , de vier regters délia 
messettaria die kopy hielden van al de notariale aklen ; de dry 
regters voor het vreemde (al forestier) die de gedingen tussclien 
Venetianen en vreemdelingen be&listen ; dry regters genaemd Cat- 
taveri, voor de op zee of elders gevondene goederen, en eindelyk 
de dry Sùjnori alii blanchi, die voor de beleeningen op pand 
aengesteld waren. 

De Kanselier was het opperhoofd der stedelingen zoo als de 
Doga dit des adels was. Hy moest met al de geheimen der Uepu- 
bliek bekend wezen, niogt niet edel zyn en werd door den Grooten 
Raed gekozen. Zyn intrede werd plegtig gevierd en na zynen dood 
werd hem byna zooveel eer aengedaen als aen den Doga zelven. — 
Kr waren verder eene menigte geheimschryvers. Zy waren in dry 
klassen verdeeld , werden door den Raed van Tien tussclien de 
stedelingen gokozen en aen de verschillende magistraturen vastge- 
hecht. 

De provintiën werden bestuerd door eenen Podesta en eenen 
Wapenkapitein. De Podesta was zoo veel als slcdehouder; zyne 
magt was groot en hy beslistte over aile geschillen die zich mogten 
opdoen. De Wapenkapitein was voor de krygsknechten wat zyn 
medeambtenaer voor het burgerlyk was ; hy had te meer het 
besluer der financiën. In kleine steden weiden de twee ambten 
meestal door eenen enkelen persoon bediend. Beide werden ook 
met den naeni van rector aengeduid. 

De Kapitein gem.rael der zee moest een edelman wezen en 
werd door het Senaet in tyd van oorlog benoemd. Hy had het 
opperbevel over de vlool; zyne magt duerde dry jaren en was,: 



— *2<;y — 

om zoo te zeggen, dictatoriael. Ter zelfder tyd had liy hel bewiod 
ovct de eilanden , bavons en sterkten. Gedo rende «le vrede waa lier 

de PROVEMTOR GENERALE DI MARE die bet ambt van den kapitein 

waernam en meester der vloot was. Dit ambt , dal besiendig 
was, mogt niet langer clan twee jaren door den zelfden litularis 
bediend worden, on zoowel de Kapitein als do Verzorger moeslen 
zich, by bot aflreden van bnnne bediening, gevangen gevon, alvmens 
rekening te doen ; iets dat niet altyd eonon ydelen vorm mogt 
gonoemd worden. — Verder bestond or con generael der golf on 
een generael der galjassen. Deze eersle liad /es galeijen onder zyn 
bestner en wanneer de Généralissime stierf , moest by deze plaets 
bekleeden tôt er een nionwe kons gedaen was. 

Alvorens ons artikei te sluilen, willon wy nog eenige woorden 
over de land- en zeemagt der Repnbliok zeggen. — Venetiën was 
van natuerwege, indien wy ons zoo inogen uildrtikkcn, niet lot 
den ooi'log genegen en voerde dicn slechts wanneer mon door 
hooge noodzakelykheid gedwongen was en er goene middelen van 
bevrediging meer overbleven. Liever voerde mon stryd in bot ka- 
binet zoekende immer de zaken door staetknndigen list Ion einde 
te brengen. Ilot divide et impera was bel beersobend stelsel en in 
staetknnde mogt men zieh , van wege de Hepnbliek, aon geene 
goede trouw verwacbten. Inzonderboid bad mon eencn legenzin 
orn op liet vaste land te veobten, waer île troopon zelden of nooit 
door edelen van Venetiën bestnerd worden. Mon hnerde een vroomd 
generael die, als boofd der rnitery, den titel van (Généralissime 
droeg en aen twee Proreditori onderworpen was, welke van Vene- 
tiën gezonden, hem gednrig bospiedden en zonder wier toestom- 
ming by niets kon ondornomen. In afwezendboid van don Généra- 
lissime had de generael van bet voetvolk bot opperbevol. Ook do 
gemeene soldaten waren gewoonelyk vreemdolingon en werden 
met weinig aebting behandeid. Er bestonden op bet vaste land 
15 kompaniën peerdenvnlk ; een gedeelte daervan noemde mon 
zware kompaniën ; zy bestonden ieder uit zeslig knrassiers, deels 
lialjanen, dools vreemdelingen en werden goed betaeld De andere 



— 270 — 

kompaniën noemde men, zoo als een gedeelte van hetvoetvolk, 
Capelletti. Zy waren ligte ruitery, samengesteld voor het grootste 
gedeelte uit Albanezen of Slradioti, Dalmaten en Morlakken * aile 
onderdancn van de Signoria van Venetiën. De kurassiers waren 
gewoonelyk bestemd oui hetvoetvolk in het gevecht te schragen, 
daer zy zelven te zwaer gewapend waren om aenvallen of'excursiën 
le doen zoo als de Capelletti. 

Het voetvolk op het vaste land, ook Capelletti genoemd, was meer 
in achting en verdiende zulks. Aen hetzelve werd de bewaring 
der steden en sterkten loevertronwd en op die wyze waren zy 
imnier in verschillende garnizoenen gelegerd; want menvreesde om 
ze by elkaèr te brengen. Twee kompaniën bevonden zich bestendig 
te Venetiën , alwaer zy belast waren met wacht te houden aen het 
paleis en op de plaets van San-Marco. Het Senael bezat een 
byzonder korps van voetvolk, genoemd Cernide, zoo veel als uitge- 
kozen. Dan die uitgekozen waren slechts een hoop ongelukkige 
boeren en laeg gespuis. Gedurende den vrede trokken zy geene 
soldy ; maer slechts eenige hulpgelden en bleven vry van som- 
mige belastingen. Men was genoodzaekt lien in eene afgezonderde 
wyk der stad te legeren, ten einde den twist met het volk en de 
kleine burgers zooveel mogelyk te vermyden. Dit léger was in 
kompaniën verdeeld en beliep gemeenelyk van veertien tôt vyftien 
duizend man ; het trok mede ten oorlog ; doch meer om den leger- 
tros te bewaren dan voor iets anders. 

De Republiek had ook nog een aenlal vreemde hopmannen, 
Condottieri geheeten, die goede jaerwedden trokken. Hun getal 
beliep gewoonelyk tôt vyftig ; men gaf hun het bestuer der sloten » 
byzonder in Dalmatien en stelde lien aen het hoofd van kompaniën. 
Zy bezaten byzondere voorregten, zoo als van nimmer voor schuld 
te kunnen aengehouden worden, van in het Kollegie neôr te mogen 



1 De Morlakken gaven zicli in 1617 gewillig aen de Republiek over. Zy waren 
eene soort van Guérillas die veel kwaed aen de Turken deden. Voorlyds helaelde 
men hun eenen seehino voor ider turksch hoofd. 



— 271 — 

zittcn, wanneer zy over iets te handelen haddeo en van in de 
Steden, in weerdigheid, den Podesla en wapenkapitein optevolgen. 

De Venetianen lieten zicfa voor het algemeen weinig aen litinne 
landmagt gelegen ; doch droegen de grootste zorg voor hunne 
zeemagl waer eigentlyk linn beslaen en voorspoed in gelegen was. 
Tydens de schoone dagen der Repnbliek beliep het gelai der 
schepen tôt : GO galeijen, 10 galjassen en eene menigte barken en 
briganlynen. Ver waren zy in de zeevaert gevoorderd en hadden 
zy zich enkel by de zeegevechten kunnen houde, dan waren onge- 
twyfëld de Rcpubliek nog langer bloeijend geweest. AI deambten 
der oorlogsmagt waren in hundcn van edelen. Van jongs af 
werden deze ter zeevaert opgeleid en met goede jaerwedden begif- 
tigd. Men verpligtte daerenboven de kooplieden, die schepen uit- 
reedden, op dezelve, ten luinnen koste, twee ol'dry arme edellieden 
te onderhonden en aen deze toetelalen een gedeelte goederen , 
zonder betaling van reglen, inlevoeren. Wilden de edelen van dit 
voorregt geen gebruik maken, dan konden zy hetzelve verkoopen. 

Het valt in ons bestek niet hier uitteweiden over de groote daden 
welke de Venetianen op zee uitgevoerd hebben. Wie zich daerover 
eene gedachte wil vormen, leze slechts de geschiedenis van den 
kamp met het trotsche Genna. Te meer ons inzigt is niet geweest 
eene geschiedenis van feiten te bock te stellen : \vy hebben slechts 
een beknopt doch een zoo volkomen denkbeeld mogelyk van het 
bestuer van Veneliën willen geven en getracht het groote werktnig 
der Repnbliek te ontleden , waerdoor het aen de Venetianen is 
gegeven geweest eenen zoo grooten roem by hunne tydgenotcn 
en by het nakomelingschap te verwerven. Slechts znllen wy, 
om er ons artikel mede te besluilen, nog eenen blik terng slaen 
op de eigenlyke vryheid van Venetiën. — Wanneer men de eerste 
tyden der opkomst, welke toch macr door een weifelend lichl be- 
schenen worden , voorbystapt en de aenspraek der Paduanen, 
ongegrond geworden, ter zyde laet, mag men met regt zeggen , 
dat Venetiën eene vrye, onafhankelyke Republiek was, dat zy zich 
zelve bestuerde, aen niemand was ondergeschikt en niemand 



272 

raoest ontzien : tôt zoo verre zelfs dat zy zich, byna alleen in 
gansch Europa, aen tien geestelyken-politischen invloed van Roo- 
incn onltrokken had. Onderzoekt men du of ook de Venitianen, 
ciat is de persoonen, in hnn gemeenebest eene ruime vryheid 
genoten, dan moet men de vraeg ontkennend beanlwoorden ; want 
eene dwingelandige magt heeft van de schepping des eersten 
Doga's op Venetiën gewogen. Eerst was Je hartog zelve de dwin- 
geland, na hem de màgisler militum en dan weder de Doga. Slechts 
na den dood van Vital Michieli verleende men het volksbestuer 
eenen schyn van echte burgervryheid ; doch deze werd weldra door 
Pietro Gredenigo vernietigd , wanneer hy den Grooten Raed aen 
geene kiezing meer onderwierp. Die Groote Raed zelf werd laler 
door den Raed van Tien op eene dwingelandige wyze beheerscht, 
en ook in den raed der tien bestond er eene opperheerschappy , 
eene soort van drymanschap. — Intusschen bezalen de burgers noch 
vryheid van schryven, spreken noch denken en ailes, tôt de 
kleederdragt zelve, was aen beslissingen onderworpen. Repnbliek 
te Venetiën en Constitntie in onze eeuw verschillen hemelsbreed 
in de mate der vryheid welke door den laetsten bestuervorm ge- 
schonken wordt. Venetiën had eene volkomene vryheid, als staet- 
kundig liehaem, tusschen de europeesche magten verworven; 
terwyl de persoonelyke, de burgervryheid er, om zoo te zeggen , 
door slaverny vervangen werd. — Dan, of ook de Republiek van 
San-Marco, met eene meer volksdommelyke vryheid , verder zou 
gekomen , hooger in aenzien en magt zou geklommen zyn , 
zullen wy onbeslist laten. 



©TE 



les différentes figures de St-Servais, 



I. ARNAIT SUIAEPKENS, 

MEMBRE CORRESPONDANT DE L'ACADÉMIE. 



Le saint tutélaire d'une église, représenté à différentes époques , 
offre souvent pour l'étude du costume, qui porte ordinairement 
le caractère du temps où la figure fut exécutée , une suite 
d'intéressants sujets d'étude. Ces différentes représentations nous 
font voir que les artistes ne se sont pas tenus à un seul type de 
figure ou de costume, mais qu'ils ont été inspirés par les usages de 
leur temps, en suivant les changements que le costume religieux 
a subis depuis l'origine du christianisme. 

L'évèque de Tongres et de Maestrieht, le premier apôtre de la 
foi en Belgique, se trouve représenté sur les plus anciens monu- 
ments religieux. 

Charles Martel, après la victoire sur les Sarazins dans les 
plaines de Tours, victoire qu'il remporta en 732, en invoquant 
la protection du saint, fit rechercher son tombeau par l'évèque 
Willegise, qui le retrouva dans l'enceinte de l'église bâtie par 



— 274 — 

S'.-Monulphe. dans l'antique Trajeetum ad Mosam. Il orna le tom- 
beau d'un ciboire, qui est le dais qui couvrait les autels primitifs 
de nos églises. Un monument rappelant les traits de l'évêque 
à cette époque (8 me siècle) n'est pas parvenu à notre connaissance. 
La plus ancienne figure de S'-Servais que nous connaissions, 
se trouve sur un sceau sculpté en ivoire qui nous paraît avoir 
servi à l'église de Maestricht, et qui fut découvert à Louvain. 




(sceau portant la figure de s 1 -servais). 
Le saint y est représenté assis sur un siège roman. Il porte 
le pallium épiscopal et la tunique richement ornée. D'une main 
il lient la crosse, et de l'autre l'évangéliaire, et la tête se détache 
sur une grande auréole. A l'en tour de ce sceau, qui est de forme 
ovale, on lit : STS Servatius eps. 

Sur un bas-relief du I0 mf> siècle dans l'église de Maestricht, le 
saint est «'gaiement représenté avec le pallium épiscopal et la 
tunique à manches collantes. Les insignes de l'épiscopat qu'il 



— 275 — 

porte, sont la crosse et la clef conservées dant la même église. 
La tête est ceinte d'une couronne, et celle figure fait partie du 
bas-relief que nous avons décrit dans une des livraisons précé- 
dentes des annales de l'Académie d'Archéologie. 

Sur la grande châsse de la même église qui claie de 1402, d'après 
une note trouvée aux archives du trésor, le saint est figuré debout 
officiant. Son costume est archiépiscopal avec la mitre ; de cha- 
que côté du saint se trouve un ange vêtu d'une longue tonique, 
dont l'un tient sa crosse et l'autre un livre ouvert sur lequel on 
lit un avertissement qui l'appelle au ciel. A l'enlour de celte 
ciselure en haut relief, formant une des têtes de la chasse, on lit: 
Jussus ab octaviâ transira sepullus in ista 
Prœsul Basilica, modo capasa clandor etara. 

Beatus Servatius. 

Le sens de cette inscription parait être que l'évéqne, par une 
inspiration divine, s'étant rendu de Tongres à Maestrieht,y mourut; 
qu'il fut enterré dans l'église qui lui est dédiée aujourd'hui, et 
qu'une partie de ses reliques furent enfermées plus tard dans la 
châsse sur laquelle il est représenté et dans l'autel de l'église. 

Sur un fonds baptismal du l2 mL siècle de l'église de S'.-Germain 
à Tirlemont, conservé dans le musée royal des antiquités à 
Bruxelles, S'.-Servais se trouve parmi des figures de la passion et 
des apôtres qui ornent la partie supérieure de ce bassin. Le saint 
placé dans une des arcades ou niches, est représenté la mitre sur la 
tête, tenant d'une main la crosse et bénissant de l'autre. A côté de 
la figure se trouve STS. Servatius eps. 

Une statuette ciselée en cuivre et dorée, d'environ 13 centimè- 
tres de hauteur, que nous possédons, représente le saint avec la 
clef et la crosse. Cette statuette avait pour support un dragon, 
dont il ne reste plus qu'une partie. 

Le père de Heer, de l'ordre des Dominicains, auteur d'un ouvrage 
inédit sur les antiquités de Maeslricht, donne le dessin d'un sceau 
déforme circulaire à l'usage de la ville jusqu'au 1 i mc siècle, et 
trouvé sur des actes de 1500 du couvent des Dominicains de la 



— 27b' — 

même ville. Sur ce sceau le saint est représenté comme nous l'avons 
décrit au commencement de cet article, excepté qu'il est assis sur 
une chaise curule. Ses pieds sont posés sur un mur à créneaux; il a 
la tète mitrée et des deux côtés de la figure on voit les deux tours 
avec leurs anciennes toitures, qui se trouvent à côté du rond point 
du chœur de l'église de S'-Servais à Maestricht. A côté de la tête de 
la ligure se trouve comme sur le fond baptismal précité : STS. 
Servatius , et à l'enlour on lit : Sigillum civium de superiore 
Trajeclum. 

Un autre sceau que nous avons trouvé aux archives du trésor à 
Maestricht, et qui est également de forme circulaire, d'environ 
5 centimètres en cire jaune, porte la figure de S'-Servais jusqu'aux 
genoux. Le sceau le représente avec la mitre sur un fond à losanges!, 
par lequel les anciens artistes figuraient le ciel, et porte à l'entour 
en caractères romains celte inscription : S m ecclis Beatis Servatii 
trajectensis ad causas. 

Un sceau dent on commença à faire usage à Maestricht en 1554, 
porte la figure du saint avec celui de S 1 . -Lambert, pour signifier le 
règne indivise du duc de Brabant et de l'évêque de Liège sur la 
ville de Maestricht. S 1 .- Servais qui se trouve debout au côté gauche 
de S 1 . -Lambert porte (pour autant que la gravure de ce sceau nous 
permet d'en juger) une mitre de forme très-obtuse, la clef de la 
main droite et un écusson aux armes du duc de Brabant, qu'il 
soutient de la main gauche. A l'entour de ce sceau se trouve 
la légende : Sigillum commune totius oppidi trajectensis ad causas. 

Nous citons encore deux sceaux de forme ovale, ayant au milieu 
la figure du saint, terrassant le dragon ; le plus ancien de ces sceaux 
porte une inscription que nous n'avons pu déchilfrer; l'autre, sans 
doute le dernier qui servit pour le chapitre de S'.-Servais à 
Maestricht, et que nous avons trouvé sur des actes du trésor de 
l'église de 1815, porte cette inscription : Sig. insig : ceci : S. 
Sercatij Traject : 

La gravure d'une pièce de monnaie frappée à Maestricht, et 
publiée par Y Annuaire de la province du Limbourg , porte la figure 
de S'.- Servais entre deux écussons, le revers porte une croix. 



L'église de Tongres possède également sur ces reliquaires le 
portrait de Si. -Servais, qui occupa le siège épiscopal dans cette 
antique église. Une des plus belles statues du saint, est celle qui 
se trouve sur l'autel, dans le transsept nord de la cathédrale de 
Maestricht. Cette figure qui appartient à une époque de transition, 
est de grandeur plus que nature. Le dragon, symbole de l'arta- 
nisme, se trouve sous les pieds du saint, qui fait entrer la pointe 
de la crosse dans la gueule du monstre. Le pallium archiépiscopal 
de cette figure, est parsemé de perles en verre de différentes 
couleurs, ainsi que les chaussures et le reste; du rostume. Sur 
la poitrine brille une agrafe montée avec beaucoup de goût. Cette 
figure qui est en bois, portait autrefois une mitre très-petite. 
La crosse fut également changée plus tard. Nous regrettons que 
les belles formes de cette sculpture qui, anciennement, était peinte 
de différentes couleurs (comme presque toutes les figures byzantines 
ou romanes), soient en partie cachées par une couche de chaux. Ce 
mauvais plâtrage enlève, en grande partie, l'effet que devrait 
produire la figure, dont les couleurs et la dorure étaient relevées 
par l'éclat des ornements en cristal et en verre. Cette figure doit 
avoir servi comme décoration architecturale; un crochet en fer 
y est attaché pour la fixer; la tête régulière, calme et souriante est 
de maître, et les draperies révèlent le talent distingué de son auteur. 

Une statue représentant St. -Servais de la même manière avec la 
clef et la crosse, se trouve à l'entrée sud-ouest de l'église. Cette 
figure, qui fait partie de la décoration de ce beau portail, qui date 
du i2 me sciècle, est suivie des statues de plusieurs autres saints, 
tels que St.-Jean l'Evangéliste, St. -Joseph, etc. On remarque à cette 
sculpture une restauration inhabile. Le console qui lui sert de 
support, est également décorée d'un dragon. 

Nous citerons encore des figures qui ornent les arêtes des voûtes 
de l'église de Maestricht, et une belle figure qui se trouve contre le 
meneau de la grande fenêtre gothique du transsept méridional de 
l'église. Cette figure est surmontée d'un beau pinacle gothique, tra- 
vaillé à jour, et soutenu par des figures qui posent sur une colonnette. 

25 III -20 



— 278 — 

Les cloches de la même église sont décorées des attributs du 
saint, et le grand bourdon porte sa figure entre les armes du 
chapitre. 

A l'extérieur de l'église, on remarquait anciennement St.-Servais 
surmonté d'un aigle dans l'attitude du vol. Celte figure se trouvait 
au-dessus du rond-point du chœur. 

La fontaine démolie qui se trouvait au milieu de la Place 
d'Armes, était également décorée d'une statue de St.-Servais. 
Cette fontaine fut alimentée par une source d'eau naturelle qui 
se trouve à quelque distance do la ville, et elle est connue encore 
sous le nom de fontaine de St.-Servais. ' 




(FONTAINE DE ST.-SERVAIS SUR LE CHEMIN DE KANN A MAESTRICHT). 

Parla peinture comme par la gravure, l'histoire de S 1 . -Servais 
nous est conservée, et d'abord par un tableau qui se trouve dans 
un autel d'une chapelle latérale de l'église à Maestricht; mais nous 
nous arrêterons surtout à celui qui est placé dans le transsept 
méridional à côté de l'autel de St.-Lambert. Cette peinture que 
l'on attribue généralement au célèbre peintre de l'école d'Anvers, 
Schut, représente le saint recevant de la main d'un ange la crosse 
épiscopale dans l'église de ïongres. 



1 Peu avant sa mon , le célèbre sculpteur Kessels avait formé le projet 
d'ériger une statue de St.-Servais sur la Place d'Armes à Maestricht, sa ville 
natale. 



«u» 




D 




— 279 — 

Des imagos que l'on distribuait tous les ans le 13 mai, fêle patro- 
nale du saint, le représente entouré des scènes principales de sa 
vie. Ces gravures qui paraissent être de 1700, sont sur cuivre et 
portent cette inscription : 

Oppidi Trajectensis ad Mosam cujus 
Festum singulis annis 13 maji celebratur. 

Les sujets qui en forment le cadre , sont le moment où il reçoit 
la crosse pastorale, où un ange lui remet une coupe après que 
St. -Servais eut fait jaillir de la terre Peau avec sa canne, l'aver- 
tissement qu'il reçoit de transférer le siège épiscopal de Tongies à 
Maestricht. Dans le haut du cadre se voient des draperies pré- 
cieuses, au nombre de trois, qui se conservaient dans l'ancien trésor 
de l'église à Maestricht; en-dcs^us se trouvent ces inscriptions: 
Vélum Figuratum ab angelo è cœlo allatum. Vélum rubrum quod 
CCCL. anni in sepulchro S. Servatii facuit. Vélum in ejus exalta- 
tione , ab angelo è cœlo allatum. La châsse dont nous avons parlé 
s'y trouve également représentée. 

Par la peinture moderne, le saint est représenté entouré d'anges, 
ayant le dragon, symbole de l'arianisme, expirant sous lui. Ce 
tableau dont nous offrons la gravure se trouve à l'église de 
Maestricht, et fut peint pour orner le fond de l'apside. Dans le 
lointain du tableau , on remarque l'église où reposent les cendres 
de l'illustre évêque qui orna par ses vertus le siège épiscopal de 
Tongres et de Maestricht. En résumé, tous les artistes ont repré- 
senté le saint avec une expression de sentiments élevés, de la 
régularité dans les traits, et des formes élancées. Son maintien 
digne et plein de candeur est conservé dans ces différentes produc- 
tions de l'art. Presque toutes ces figures sont barbues, sauf celle 
des sceaux ; ainsi nous voyons les artistes, pendant 12 siècle 1 
consécutifs, glorifier un des disciples du Christ qui ont enseigne 
la vertu du chrétien avec cet amour du vrai, du bien et de futile, 
qui caractérise les apôtres de la foi primitive et pure. 



RECHERCHES HISTORIQUES 



LOUIS ELSEVIER 



cl snr 



SES SIZ FILS. 

Notes puisées dans les protocoles des Chambres des Notaires 
à Leyde et à lltrecht , 

par M. le capitaine Auguste de REUME. 



Il n'existe nulle part une généalogie très-exacte des Elseviers; 
les dernières recherches sur cette noble famille de typographes, 
ont constaté d'une manière positive que depuis 1580 jusqu'en 
1712, quatorze membres de cette famille (suavissimos Elsevirios, 
comme les nomme le savant Vlitius) ont exercé en Hollande 
soit le commerce de la librairie seulement , soit la profession 
d'imprimeur jointe à celle de libraire. 

Personne n'ignore la beauté et l'élégance de leurs éditions, qui 
ont toujours fait le charme et les délices des amateurs. Les recher- 
ches que nous avons faites dans les protocoles des chambres des 
notaires à Leyde et à Utrecht, nous permettent d'établir, d'une 
manière convenable et positive, la généalogie du premier des 
Elseviers, de ses six fils et de son frère. 



— 281 — 
Louis i. 

Louis Elsevier, d'Elsevier ou d'EIzevier, est né en 1540, on 

présume à Louvain. Ses parents sont inconnus, à l'exception d'un 
de ses frères dont nous parlerons plus tard. 

Il se maria en 1563, à l'âge de 23 ans, avec Marie Duverdyn, 
dont il eut 8 enfants, six fils et deux filles, savoir : Mathieu 
(Mathys), Gilles, Louis, Joosl, Arnold, Bonaventure, Marie et 
Elisabeth. 

Louis I s'établit à Leyde au mois de septembre 1580, venant de 
Louvain, en qualité de relieur et de libraire. 

Le 30 septembre 1586, il fut nommé appariteur à l'Université 
de Leyde, et le 24 avril 1387 ii s'adressa aux curateurs de 
l'université pour avoir une librairie attenante à l'Académie ; dans 
cette requête ii dit avoir vendu des livres aux étudiants pendant 
6 années, ce qui s'accorde avec l'époque de son arrivée à Leyde 
en 1580. 

Le premier livre qu'il publia fut : Drusii Ebrdicarum quœstio- 
num, sive quœstionum ac responsionum , libri duo, videlicet se- 
cundus ac tertius, in Academia Lygdunensi, MDLXXXIII, in-8° 
de 126 p. 

Le second, est l'Eutropius de 1592, qui avait été regardé 
jusqu'aujourd'hui comme le premier où figure le nom d'Elsevier; 
il est à présumer qu'il publia plus d'un livre entre les années 1585 
et 1593. 

Après avoir habité Leyde pendant quatorze années, il y reçut 
le droit de cité, le 8 août 1594. 

Il fréquentait annuellement les foires de Francfort, de Dor- 
drecht, de Delft, Ypres, Douai et Paris; et, c'est l'unique moyen 
d'expliquer l'adresse que l'on voit sur quelques exemplaires de 
certains ouvrages qui portent son nom , précédé du nom de 
quelques-unes de ces villes; sur les livres français on trouve : a à 
Leyde, chez Loys Elsevier. 

On disait alors Loys pour Louis. 



— 282 — 

Après la mort de Raphaliog, imprimeur-juré à l'Université de 
Leyde en 1597, Louis I fut associé à Jean Paets, en qualité 
d'imprimeur de l'Académie; plusieurs livres ont été imprimés avec 
leurs noms. 

On est tenté d'attribuer les motifs qui engagèrent Louis I à se 
fixer à Leyde, aux troubles religieux qui existaient alors. 

Des recherches faites dans les anciens registres de l'État-civil de 
la ville de Louvain, de 1556 à 1580, nous ont fait connaître 
quelques membres d'une famille Helscheviers et Elscheviers, et 
c'est certainement une de ces branches qui s'est établie à Leyde. 

On trouve en 1565 un mariage à l'église de Notre-Dame à Anvers, 
entre Joost de Clerc et Marie Elsevier s , qui pourrait bien être une 
sœur de Louis I. 

Nous savons positivement que Louis I eut un frère, nommé 
Nicolas Elsevier, qui épousa une demoiselle Cathaline Van Opstal, 
de Louvain. 

La véritable marque ou enseigne d'imprimeur de Louis I, est 
un aigle sur un cippe ou demi-colonne, avec un faisceau de sept 
flèches, accompagné de cette devise : Concordia res parvae 
crescunt. 

Les Armes des Elseviers et des Duverdyn sont communes, 
elles sont : 

D'azur à la croix pleine en Laïus d'or, cantonnée au l r et 4 e d'un 
lion passant d'or, et au 2 e et 3 e de trois fleurs de lys d'argent, 
deux et une; lambrequins et bourlet d'or et d'azur, cimier au lion 
d'or, tenant une croix recroisettée de gueules. Le lion tourné à 
senestre; supports, deux lions d'or. 

Nicolas ELSEVIER. 

Parmi les proches parents de Louis I dont nous venons de 
parler, il faut compter Nicolas Elsevier, son frère, qui épousa 
Cathaline Van Opslal, de Louvain. L'époque de la naissance de 
ce Nicolas est très-obscure; mais nous savons qu'il mourut avant 



— 283 — 

l'an 1594. Son épouse s'établit aussi à Leyde et reçut, comme 
veuve, le 8 août 1594, le droit de cité. 

Cette union donna la naissance à Jeanne Elsevier, qui naquit à 
Louvain et se maria à Leyde, le 7 octobre 1000, à Michel Mathieu 
Chimaeu, de Vilvorde, dont elle eut trois fils et deux filles. 

Jusqu'à ce jour aucun écrivain n'avait parlé de Nicolas Elsevier, 
qui était même inconnu au savant professeur Adry. 

Mathieu. 

Mathieu, Matthys ou Mathias Elsevier, fils aîné de Louis I et de 
Marie Duverdyn, naquit à Anvers en 1564. Il suivit son père à 
Leyde au mois de septembre 1580. 

En 1591, il figure sur le tableau des corps de métiers comme 
libraire; cette même année i\ se maria, à Leyde, à Barbara Lopes 
de Haro, fille de Honesto Lopes de Haro et de Marie Van der 
Donc. Cette famillle de Lopes était originaire de Louvain et s'éta- 
blit à Leyde en 1579, où elle tenait un magasin de lingeries et 
de rubanneries. Honesto Lopes eut le droit de cité le 19 décembre 
1591. Il mourut à Leyde le 15 novembre 1615, et son épouse 
en 1624. 

Mathieu est connu par deux ouvrages de Simon Stevin, La 
Castramétation et La nouvelle fortification, qu'il imprima à Leyde 
en 1618, et où son nom se trouve suivi de celui de Bonaventure 
Elsevier, son frère, avec lequel il était associé. 

Il céda sa librairie à son fils Abraham, par acte de notaire du 
3 septembre 1622, moyennant une somme de 11. 11,217. 

De son premier mariage, Mathieu eut 5 fils et deux filles, 
savoir : Abraham , lsaac, Jacob, Sara et Catherine. 

Il épousa en secondes noces, le 10 novembre 1624, Marie Van 
Ceulen, de Delft, fille du professeur de mathématiques Ludolf Van 
Ceulen; de ce mariage il eut un fils, nommé Ludolf Elsevier, qui 
mourut avec sa mère au mois de mars 1626. 

Enfin il se maria en troisièmes noces, le 16 juillet 1020, avec 
Elisabeth Desmet, de Brème, dont il n'eut point d'enfants. 



— 284 — 

Mathieu mourut à Leyde le 6 décembre 1640, à l'âge de 76 ans , 
et fut enterré dans l'église de St-Pierre, le 10 décembre suivant. 

Gilles (Aegidius). 

Gilles, second fils de Louis I, né à Wesel en 1567, s'établit égale- 
ment à Leyde comme libraire en 4 580; son nom se trouve sur le 
titre de l'ouvrage des navigateurs de Jean Huyghen Van Linschoten. 
Cet ouvrage imprimé à ses frais, parut à La Haye en 4599, in folio, 
(apud œgidium Elsevirium (sic). 

Il se maria à Leyde, le 40 janvier 4597, avec Anne Harlschals, 
de ce mariage il eut deux filles, Marie et Elisabeth. — Et il mourut 
à Leyde le 1 er Juillet 1651. 

Louis h. 

Le troisième fils de Louis I se nommait Louis II, il s'est établi à 
La Haye en qualité de libraire en 1599. Né à Anvers — la date nous 
est inconnue — il fut marié ; mais le nom de sa femme n'est pas 
connu: il est cependant constaté par le testament de Bonaventure 
Elsevier en date du 8 mars 1619 et du 10 novembre 4624, passé par 
devant le notaire E. H. Craen, à Leyde 1619-1624, qu'il eut une 
fille nommée Marguerite Elsevier 

C'est pour lui qu'ont été imprimés les livres publiés depuis 1599 
jusqu'en 1620 avec l'adresse de Louis Elsevier. 

On ignore au juste l'époque de sa mort; pourtant elle doit avoir 
eu lieu du 8 mars 1619 au 10 novembre 4624. 

Après sa mort, sa boutique fut achetée par Bonaventure et 
Abraham Elsevier, pour la somme de 240 florins — On y vendit des 
livres jusqu'en 4681. 

Josse ou Joost. 

Joost, quatrième fils de Louis I, né à Douai, s'établit en qualité 
de libraire à Utrecht, jusqu'en 1607. Le droit de cité lui fut 
octroyé le 50 septembre 1600. 

Il avait pour enseigne à l'Oie rouge ; on ne connaît aucun livre 
qui porte son nom: il se maria à Leyde, le 26 août 1598 à 



— ms — 

Margareta VanOe Woert, décédée à Ulrecht le 12 janvier i ♦ ; : » T . 
De ce mariage il eut quatre enfants *, deux (ils et deux filles, 
savoir Louis ' 2 , Pierre 3 , Barbara et Marie. Il mourut à Utrecht 
en 1619. 

Arnout. 

Arnout Elsevier, cinquième fils de Louis I, est né à Douai: 
il fut peintre, et se maria en 1607 avec Marie Van Swieten, 
fille de Simon Van Swieten, secrétaire de la chambre des pupilles 
à Leyde. De ce mariage, il eut 4 enfants, savoir : Simon, Louis, 
Jacomine et Marie. 

Il épousa en secondes noces, en 1626, Christine Everaerd, veuve de 
Thierri VanBoetselaer, en son vivant administrateur des finances du 
prince d'Orange, ce qui est confirmé par testament d'Arnout Elsevier 
et son épouse, du 12 mai 1627, parle notaire L. Yergeyl, à Leyde. 

Arnout demeurait à Leyde, à l'enseigne de F Arc-en-ciel doré, 
il quitta cette ville en 1627 , et s'établit à Rotterdam où il 
mourut vers 1648. 

BONAVENTURE. 

Bonaventure, le sixième et dernier fils de Louis I, né à Leyde 
en l'année 1583; plusieurs auteurs ont cru qu'il était le fils 
de Mathieu ; mais ils se sont trompés : il fut associé à son frère 
Mathieu pendant quelques temps, et s'associa ensuite à Abraham, 
son neveu. 

Il épousa en 1625, à Leyde, Sara Van Ceulen, fille de Daniel 
Van Ceulen, dont il eut 10 enfants, quatre garçons et six filles, 
savoir: Daniel, Pierre, Bonaventure et Willem. 



1 Constaté par le testament de Margareta Vander Woert du 1-t avril 1642. 

2 Ce Louis eut pour tuleur Bonaventure Elsevier, son oncle, qui lui légua 
en 1619, une grande partie de ses livres; ce même Louis s'associa plus tard avec 
Daniel Elsevier, son neveu, à Amsterdam en 1651. (Nous en parlerons dans la 
suite de ce travail). 

3 U s'est établi à Rotterdam en qualité de marchand et épousa Anna 
Vander Mast. 



— -286 — 

Il mourut à Loydc, eu 1652, et fut enterré clans l'église de 
St-PLerre. 

Il a imprimé une quantité d'ouvrages. La marque et la devise 
qu'il avait adoptées, étaient un arbre autour duquel unevigneentor- 
tille ses branches, avec le solitaire et ces mots: non solu. Cet 
arbre (dit le professeur Adry) n'est point un olivier comme l'est 
celui des Etiennes, avec ce proverbe des grecs, ne extra oleas, 
ne passez pas les bornes (parce qu'à une des extrémités du Stade 
étaient plantés des oliviers), mais un orme, autour duquel un 
cep de vigne entrelace ses rameaux chargés de fruits. 

Bonaventure et son associé Abraham ont imprimé à eux seuls 
plus d'ouvrages que tous les autres Elseviers , et plusieurs de 
leurs éditions ont le plus grand mérite. 

On a cependant accusé leurs éditions d'être en général incor- 
rectes ; on ne peut faire ce reproche (dit Adry) qu'au Virgile qu'ils 
publièrent en 1636. Les amateurs ne le recherchent que pour 
la beauté des caractères. 



G KN E A L0G1 E 

r>K la 

Irès-illustre cl ancienne 

wmi m MimsMM. 



11 y a eu aux Pays-Bus diverses maisons nobles el illustres qui 
ont tiré leur origine des anciens châtelains de Saint-Omer, entre 
lesquelles celle de Haveskercke 2 en la chàlcllenie de Cassel 
au comté de Flandre a été toujours tenue et réputée une des plus 
illustres; car on y remarque des prérogatives d'honneur si émi- 
nentes qu'elles se rencontrent en peu d'autres maisons; l'une est la 
noblesse et l'antiquité du sang qui passe les sept siècles, et l'autre 
est son insigne et admirable fécondité. 

La beauté d'un arbre consiste en la hauteur et l'étendue de ses 
branches, celle de Haveskercke paraît au nombre des grands 
rameaux qu'elle a produits; car du tige des dits châtelains de 
Saint-Omer comme d'un arbre très-fertile et florissant sont sorties 
diverses branches, savoir : les comtes de Fauquenberghe, les 
S rs de Bélhune, de Haveskercke, de Moerbeke, de Wallon-Capelle, 
et de Houtte Sénéchaux de S'.-Omer; celle de Haveskercke a 



1 Extraite des archives d'un descendant de cette maison. Nous publions celte 
généalogie sans rien changer à sa rédaction. 

2 Primitivement Havesqtierquc l'on Havcskirckc en allemand. 



— 288 — 

produit de puissans et vaillans chevaliers, et de vertueuses dames, 
qui ont été alliés aux maisons de Yalenciennes châtelains, comtes 
d'Ostrevant , de Wavrin , comtes de Clermont , de Gavre , de 
Cisoing Bers de Flandres, de Boubaix, de la Viefville, de Steelant, 
des châtelains de Courtray , des châtelains de Sainl-Omer, d'Esne, 
de Moerkercke , de Ghislelles, de Trasegnies, de Bevere, de 
Kerckhof, de la Vichte Mareschaux de Flandre, de Winghene de 
Limbourg surnommé de Lumene, de Haynin, de Baillœul, de 
Basse, de Mortaigne, d'Escornaix, de Moliens, d'Oissel, d'Antoing, 
deMontigny, de Rouveroy ducs de S 1 .- Simon, de Barbançon, de 
Stavele, de Poucques, des ducs de Crequy, de Flandre, de Praet, 
de Nedonchel, de Catthem, de Walkiers, du Wez, de Bode, 
deLaunay.de Waele, de Heule, de Zedelghem, de Lompré, de 
Lannoy, de Themseke, de Caestre, de Jacquespée, de Cats-Van 
Welle, de Valladolil, d'Ydeghem, de Borselle, de Boetzelaer, 
de Berghe de Waetervliet, de Maulde, de Mesdach, de Luucx, 
de Maes, de S'.-Vaast, de Verreycken, d'Affaydati comtes de Ghis- 
lelles, de Bosschaert, del Bio, etc., et desquels divers princes, 
ducs, comtes, barons et chevaliers descendent par alliance des 
filles. La piété est encore une des éminentes qualités qui rendent 
la maison de Haveskercke recommandable et au-dessus du commun. 
Plusieurs membres de cette maison ont si religieusement cultivé 
cette vertu qu'elle a fourni des couronnes de gloire et de félicité à 
toutes les autres gloires et grandeurs. 

Les charges et offices que les membres de cette maison ont des- 
servis, sont de vraies marques de leur haute réputation : partout se 
trouvent des témoignages de leur valeur. 

Guillaume vicomte de Saint-Omer, portant d'azur à la fasce d'or, 
épousa Sibille fille de Bobert d'Abbeville, portant d'argent à trois 
ècussons de gueules. Il était en grand crédit près le comte Arnoud de 
Flandres, avec lequel il se trouvait à la mort de Guillaume dit longue 
èpée, duc de Normandie l'an 944. S. Marchantius, historiographe de 
Flandres, fait mention d'un seigneur de cette famille que l'on tient 
devoir avoir été père de Guillaume vicomte de Saint-Omer : « Sub 



— 289 — 

» Balduino Calvo comité Flandriœ A" 902 memoratur Uluttri» Havu- 
» querquanus ob prœfecturam custodiœ porlarum audonuu opolit titx 
» Sancto dOmari etc. » 

De ce mariage furent procréés trois fils, l'aine Guillaume châtelain 
de St-Omcr, Robert châtelain de Bétliune, et Flobert sire de Haves- 
kercke qui suit. Selon un extrait de Renncnbourg, tome I, cbap. 1, 
ce Guillaume donna les dîmes d'arc à l'abbaye de St-Bertin, où 
il gist. 

Flobert sire de Haveskercke, portant d'or à la fasce de gueules , 
fut un très- vaillant chevalier. Il assista le comte Arnoud de Flandres 
dit le viel à chasser les Huns, Vandales et Normands de Flandre; 
puis il fut pris pour exécuteur du testament du jeune comte Bauduin 
de Flandre, fils du dit comte Arnoud, lequel mourut à Berghes- 
St-Winoc, l'an 967, et fut commis par les Flamands pour moyenner 
une paix entre Arnoud le jeune comte de Flandre, et Luthier roi de 
France, laquelle il appointa au grand contentement du dit comte et 
ses sujets, selon les mémoires de l'abbaye de St-Bertin. Il eut pour 
femme Ermengarde, portant d'azur au lion d'argent, couronné d'or, 
fille de Garnier ou Renier III du nom châtelain de Valenciennes, 
sire d'Ostrevant,et deMalhilde fille de Hugues châtelain d'Arleux ; 
de laquelle il eut pour fils unique Theodoric sire de Haveskercke. 
Le martyrologe de l'abbaye de St-Bertin fait mention qu'il mourut 
l'an 1013, et elle 1009, et qu'ils sont inhumés au dit lieu sous la 
sépulture de Guillaume susdit. 

Theodoric sire de Haveskercke servit le comte Bauduin de 
Flandre dit de Mons ou le Pacifique, de conseiller et chambellan, 
et se trouva comme témoin parmi un grand nombre de seigneurs 
à la fondation que ledit comte fit, rétablissant l'an 1069 l'abbaye 
de Hannon entièrement ruinée par les Huns et Vendales, comme 
parait par la charte de fondation, en laquelle il est qualifié Xobilis 
Generosus vir, etc. 

Norbert religieux de Saint-Josse-au-bois en sa chronique de 
l'évêché de Thérouane écrit de la mort de Theodoric en cette 
sorte : « Le comte Robert de Flandre surnommé le Simple, dota 



— 290 — 

» l'église cathédrale de Thérouane île bonnes rentes, et peu après 
» étant suivi des plus nobles seigneurs de Flandre, il donna 
» bataille contre son oncle Robert-le-Frison, par lequel il fut tué 
» l'an 1072 et avec lui le vaillant Theodorie sire de Haveskercke 
» aussi bienfaiteur de notre église, et cousin du dit comte, pour 
» les âmes desquels l'on dit journellement en notre dite église 
» messe, etc. » 

La femme du dit Theodorie est inconnue. 

Jean sire de Haveskercke chevalier, fds de Theodorie, fut 
combattre les infidèles en la Terre-Sainte avec Robert le Jeune 
Frison, dit de Jérusalem, comte de Flandre, l'an 1090, sous la 
conduite de Godefroy de Bouillon, chef des princes chrétiens, 
comme rapporte Guillaume archevêque de Tyr en son Histoire des 
guerres de la Terre-Sainte. La chronique de l'abbaye de St.-Berlin 
rapporte que ce Jean sire de Haveskercke, fds de Theodorie, donna 
à l'abbaye de St.-Bertin de son patrimoine dix bonniers de bois 
au retour de son voyage de la Terre-Sainte, qu'il avait sur le mont 
de Bièvre-les-Thérouane, du consentement de sa femme Arduina, 
portant d'azur à l'êcusson d'argent, fille du seigneur de Wavrin et 
de son (ils Guillaume, seigneur de Ruminghem, et ajouta que 
c'était pour le remède des âmes de ses prédécesseurs, de sa femme 
et de son fils, et qu'après son décès il y voulut être inhumé. 
(Voyez la dite chronique , lib. 5, fol. 75, et le livre des Antiquités 
et noblesse de Flandre, par L'Espinoy, fol. 171. 

Messire Guillaume de Haveskercke, fils de Jean et d'Arduina de 
Wavrin , fut du vivant de son père seigneur de Ruminghem et 
après son décès de Haveskercke, vivait du temps de Charles 
de Danemarc premier de ce nom comte de Flandres, sur- 
nommé Le-Bon, et comparut entre les plus grands seigneurs 
de Flandre, et signa l'accord entre Lambert deuxième évêque de 
Tournay et deuxième archidiacre de Thérouane , élu évêque de 
Tournay par le chapitre et peuple de ce lieu contre l'élection 
du dit Lambert, lequel demeura paisible possesseur et évêque : 
puis il fut envoyé en ambassade par le dit comte en France vers le 



— 291 — 

Roi Louis-le-Gros. 11 épousa dame Ghiselle, portant de gueules 
à deux saumons adossés (For, parsemés de croiseltes recroisettéei de 
même, fdle de Hugues eoinle de Clennont et de Marguerite comtesse 
de Roucy, sœur de Félicité Heine d'Arragon. Il mourut Tan I 1 IX, 
et est enterré avec sa femme à l'église de Haveskercke. 

Messire Jean seigneur de Haveskercke et de Ruminghem, cheva- 
lier de grande renommée, fils de Guillaume et de Ghiselle de 
Clennont, aida à poursuivre les meurtriers qui avaient tué en 
l'église de St.-Donas à Bruges l'an 1 1:27 Charles dit Le Bon Comte 
de Flandre, il fut avec Guillaume le Normand comte de Flandre à 
la prise d'Ypres l'an 1 128, et mérita par ses hauts faits d'armes et 
services d'être le gouverneur de celte ville après sa reddition. 
Damp Philippe d'Assignies , moine de Cambron , très-savant 
généalogiste, dit que ce Jean avait épousé dame Béat ri X fille de Rase 
sire de Gavre et d'Ida, dame héritière d'Ath. Celte Béatrix portait 
d'or au lion de gueules couronné d'azur. 

Messire Baudolt sire de Haveskercke et de Ruminghem, chevalier, 
fds de Jean et de Béatrix de Gavre, accompagna Thiery d'Alsace 
comte de Flandre en son voyage de la Terre-Sainte et y combattit 
fort valeureusement; il fut aussi présent lorsque ledit comte donna 
le précieux sang de notre Sauveur qu'il avait apporté d'outre-mer, 
à la chapelle de St. -Basile à Bruges environ l'an 1136. Il mourut 
l'an 1160. Il avait épousé dame Hermentrude fille de Hellin dit le 
Grand, sire de Cisoing Ber et Banneret de Flandre, portant bandé 
d'or et d'azur de six pièces , avec laquelle il fonda de ses propres 
moyens la chapelle de Notre-Dame à Haveskercke du consentement 
de son fds Raoul, et furent présents Jean seigneur de Roubaix 
chevalier, Gillon et Robert de Lichtervelde, Gautier seigneur de 
Hallewin , Jacquemont de Languemersch, chevaliers , Jean de 
Steenbrugghe et Guy de Hasebroeck, éeuyers, comme paraît par 
lettres de l'an 1158. 

Messire Raoul seigneur de Haveskercke et Ruminghem, fds de 
Baudott et de Hermentrude, épousa dame Catherine de Roubaix, 
héritière d'Estaire et de la Motte de la Gorge, fille de Jean sire de 



— 292 — 

Koubuix, et avec laquelle il eut Gisbert et Mariasses de Haveskercke 
qui suivent A et B. H se eroisa avec Philippe d'Alsace comte de 
Flandres, et l'accompagna au dernier voyage qu'il fit en Syrie et 
au secours du Roi de Jérusalem, et à son retour il passa à Rome, 
où il reçut la bénédiction du Saint-Père Célestin 111, lequel lui fit 
présent de fort belles reliques, savoir : une grande parcelle de la 
vraie Sainte-Croix de noire Sauveur, le bras de Saint Isidore, et 
des ossemens de Saint Etienne, martyr -, lesquelles il donna à son 
arrivée tant à l'église de Haveskerckc qu'à celle d'Estaire, où tous 
les ans on en solemnise la fête en commémoration. Voyez Mémoires 
deDamp Philippe d'Assignies. 

A. Gisbert seigneur de Haveskercke, Ruminghem, Estai re et de 
la Motte, fils aîné de Raoul et de Catherine de Roubaix, signa sa 
valeur avec son sang, ayant été tué à Dam en la bataille que 
perdirent les Flamands contre les Anglais du temps de Ferdinand 
de Portugal comte de Flandre. Voyez Suero, lib. 8, fol. 26-2, l'an 
1213. L'Espinoy dit que ce Gisbert fut prisonnier à Paris avec 
le comte Ferdinand, l'an 1213. On trouve par lettres de l'an 1218 
que la comtesse Jeanne, femme du dit Ferdinand, acheta la châ- 
tellenie de Cassel, réserve le fief de Gisbert de Haveskercke. Voyez 
Suero, lib. 8, fol. 272. Norbert et Damp Philippe d'Assignies 
lui donnent pour femme dame Natal ie fille de Pierre sire de la 
Viefville (portant burelê d'or et d'azur de huit pièces, au chef à 
trois annelets de gueules) et de Natal ie vicomtesse d'Aire. Du ma- 
riage de Gisbert de Haveskercke et de Natalie de la Viefville 
naquirent Bouduin et Gisbert de Haveskercke qui suivent A et B. 

B. Manasses de Haveskercke, fils de Raoul et de Catherine de 
Roubaix, se distingua par sa valeur à la bataille que le comte de 
Flandre Ferdinand de Portugal perdit en compagnie de l'empereur 
près du pont à Bovignes contre Philippe surnommé Auguste roi 
de France, le 27 juillet de l'an 1214. Voyez Suero, lib. 8, fol. 267. 
Il avait épousé, selon Norbert et Damp Philippe d'Assignies, 
dame Avezoele de Steelant, portant de gueules à la fasce d'argent, 
chargée de quatre sautoirs accolés et rangés en fasce d'azur. 



— 295 — 

A. Bouduin seigneur do Haveskercke, Ruminghem, Estaire, elc, 
conseiller et chambellan d(; Madame Marguerite comtesse de Flandre 
et du llainaut, fila de Gisbert et de Natalie de la Viefville, épousa 
Jacqueline de Courtray, darne de Slracle, portant de gueules à 
qxiatre chevrons d'argent, fille de Roger, seigneur de Brade, 
descendu d'Éverard chàtellain de Courtray, qui tirait son origine 
des anciens comtes de llainaut. Il eut de Jacqueline de Courtray 
Jean sire de Haveskercke, comme conste par charte de l'an \-22\) 
aux archives de l'abbaye de Clermarez ; il hérita les seigneuries 
de la Motte à la Gorge et les biens de Bernay, comme parait par 
le transport que lui en t'ait son frère Gisbert l'an 12i0. Il mourut 
la veille de Saint-André l'an 1235, et sa compagne le jour de 
la pentecôte l'an 1264, ils furent ensemble inhumés en la chapelle 
de Notre-Dame de l'église de Haveskercke, sous une magnifique 
tombe relevée de quatre pieds, sur laquelle furent représentées 
leurs effigies, travaillées en bronze. Leur fils Jean suit A. 

B. Gisbert de Haveskercke, fils do Gisbert et de Natalie de 
la Viefville, vivait l'an 1216, il eut pour son partage le château 
que l'on dit la Motte à la Gorge et les biens de Bernay entre 
Neuville et Estaire, lesquels il céda à son frère Bouduin en 
embrassant l'étal ecclésiastique. Le Martyrologe de St-Pierre 
dit qu'il y fut chanoine et trésorier. Son scel pend à des chartes, 
et ses armes y sont représentées avec trois annelets qui sont pris 
de celles de la Viefville. 

A. Messire Jean de Haveskercke dit de Fosseux, seigneur de 
Haveskercke, Estaire, Straele, Rumminghom et de la Motlo à 
la Gorge et pour une partie de Zuytberquin et do Bernay, fils 
de Bouduin et de Jacqueline de Courtray, acheta l'an 1284 à 
Thiery de Harnez la haute justice qu'il possédait au village de 
Piennes et de Zegerscappel pour quinze cent livres une fois, 
monnaie de Flandres, comme on voit par lettres sur ce dépêchées 
reposant aux archives du château de Cassel, selon le rapport de 
Nobert et Damp Phil lippe d'Assognies, lesquels ajoutent que 
le dit Jean do Haveskercke avait épousé Herinendnide tille île 

JS III 21 



— 294 — 

Philippe d'Aire, châtelain de Sainl-Onier de par de sa femme 
Beatrix châtelaine et héritière de Saint-Omer, tille de Guillaume 
châtelain de Saint-Omer et d'Ida d'Itre sa femme. La dite Her- 
mendi'ude d'Aire avait pour armes : d'azur à la fasce d'or, et 
portait en mariage la terre de Watene et Steenbeecke. L'Espinoy, 
dans son livre des antiquités de Flandre, fol. 146, l'apporte que 
Uobert de Belhune, lils aine du comte Guy de Flandre, donna 
au dit Jean de Haveskercke tout l'usage qu'il avait au bois 
d'Estaire, en fief de lui et de ses successeurs. Ce Jean de Haves- 
kercke git avec sa femme à Estaire, et laissa d'elle I. Gilles de 
Haveskercke, qui suit. 2. Jean de Haveskercke, seigneur de 
Watene, dont la postérité est rapportée plus loin AAA, allié à 
Dame Beatrix d'Esue. 3. Melisande de Haveskerke , qui épousa 
Siderac de Silly, seigneur de l\yst, lieutenant grand-veneur de 
Flandre, capitaine d'une compagnie d'infanterie des arbalétriers 
au service du roi d'Angleterre, portant bandé dor et d'azur de six 
pièces, à la bordure de gueules et à l'ombre du lion dor. 4. Cornelie 
de Haveskercke, qui épousa Messire Jean van den Kerchove, 
chevalier, seigneur de Ruysbroeck, portant d'argent à la bande 
fuselée de subie. 

Gilles de Haveskercke, seigneur de Haveskercke, Ruminghem, 
Estaire, La Motte, Zuytberquin, Bernay, etc., chevalier, fds de 
Jean et de Hermendrude d'Aire de Saint-Omer. On rapporte qu'il 
était très-zélé pour le service de son prince et pour le bien de la 
patrie . et qu'il résista vigoureusement avec son frère aux mutins, 
étant chargé du gouvernement du château de Cassel. Suero en fait 
mention, lib. 9, fol. 55o. Il donna à l'abbaye d'Oudenbourg en 
Flandre trois muids de bled de rente perpétuellement à prendre sur 
sa grande dime de Haveskercke, du consentement de sa femme 
Marguerite de Moerkercke etdesesiils, Damp Bouduin, abbé de 
Canlempré, et Philippe seigneur de Steenbeeck, et en présence de 
son neveu François de Haveskercke, seigneur de Watene, comme 
consle par lettres de l'an 1518 aux archives de la dite abbaye. Il 
épousa dame Marguerite de Moerkercke, portant d'or au sautoir de 



— 205 — 

gueules, chargé de cinq coquilles d'argent, el eut d'elle : l. Damp 
Bouduin de Haveskercke, très-vaillant chevalier, qui, après avoii 
suivi quelque temps les armes sons Robert de Betbune comte < 1 « - 
Flandre, renonça aux biens périssables «le ce monde et se iii moine 
à l'abbaye de Clairvaux, de laquelle il mérita depuis d'être bénit 
abbé. 2. Philippe seigneur de Haveskercke et de Steenbeeck , 
chevalier, fut entretenu au service de Louis de Crecy comte de 
Flandre en qualité de chambellan de sa personne. Le dit comte lui 
donna l'état de grand-vencur et de Eluard de Flambe, en rempla- 
cement de Jean de Bruges, et lui assigna trois cents livres de rente 
en Flandre pour tenir en fief du dit comte, et mille livres de content 
forte monnaye; il fut Bailly de Berghes S 1 . Winoc l'an I32(> selon Ie> 
archives du château de Gand. Ce Philippe est déeédé Tan lôôc» 
comme conste par son épitaphe à l'église du monastère de Heversam , 
ainsi conçue : Cy gist monseigneur Philippe seigneur de Haveskercke , 
peux nions: Cil Ion qui trépassa l'an de grâce 1336 au mois de Sep- 
tembre. Priezpour son ame. Il avait épousé, en premières noces, dame 
Adella de la Vieille, portant dor fretté de sable , fille de Charles, 
seigneur de la Vichte, maréchal héréditaire de Flandre, et d'Anne 
de Mettinghien, et en eut deux fils; il épousa, en secondes noces, 
Jeanne de Winghene, dont il n'eut pas de postérité. Les deux fils 
du premier mariage étaient Hector de Haveskercke, mort à la guerre 
eî gist à St.-Omer, et Philippe, seigneur de Haveskercke, Ruinin- 
ghem, Estaire, Badleul, Steenbeecke, Zuytberqnin , Bernay, etc., 
châtelain et gouverneur du château de Ruppelmonde, qui épousa 
Marie dame de Basset et Clery sur Somme, portant parti (For 
à quatre chevrons de sable , et d'argent à la fasce cï azur. Il mourut 
l'an 1355, le 14 avril, selon son épitaphe à l'église du monastère 
d'Heversam : Cy gist monseigneur Philippe seigneur de Haveskercke, 
fieux nions : Philippe qui trespassa l'an de grâce |T>;>:; le II d'avril. 
Il eut de sa femme Marie de Basset et Clery Renaud el Antoine de 
Haveskercke, qui suivent A et B. 

A. Messire Renaud baron de Haveskercke, chevalier, seigneui 
d'Estaire, Badleul, Clery sur Somme, Bhuminghem, Steenbeecke, 



- 296 — 

Zuytberquin, etc., épousa, en premières noces, dame Aleide 
Mortagne dite d'Espierres, portant dor à la croix de gueules, fdle 
d'Hubert seigneur d'Espierres, et d'Aleide de Crequy. Il vendit 
l'an 1557 à Louis dit de Maie comte de Flandre la forteresse et 
château que l'on nomme ordinairement la Motte à la Gorgue, et 
tous les prez et terres y appartenants, pour la somme de 15000 
livres à vingt gros la livre, monnaye de Flandre, comme conste 
par lettres enregistrées en la chambre des comptes de Flandre. 
Il avait épousé, en secondes noces, Marie de Bevere, dame de 
Dixmude, portant fascè d'or et dazur, à l 'ombre du sautoir de 
gueules. Gist à Haveskercke avec sa deuxième femme. De son 
premier mariage il eut 1. Jean de Haveskercke, qui suit AA. 
2. Renaud de Haveskercke, chevalier, seigneur de Bailleul et de 
Bernay, maître d'hôtel de Philippe le Hardi , duc de Bourgogne 
comte de Flandre, auprès duquel il servit dans sa jeunesse comme 
page d'armes à la bataille de Pontiers; il épousa dame Renette 
d'Oisel, fdle de Robert seigneur d'Oisel et de Montenay, portant 
de gueules à trois lions couchés leopardés dor, au francquartier de 
gueules au sautoir d'or, accompagné de quatre canards d argent. 
5. Marie de Haveskercke, héritière de Clery sur Somme, acheta la 
baronie de Haveskercke, Estaire, etc. , à son neveu ; elle épousa en 
premières noces Messire Henri d'Antoing, portant de gueules au 
lion d argent , chevalier, seigneur de Bury, Briffeul , Wasne , 
Bitermont, etc., dont plusieurs enfants; elle épousa, en secondes 
noces, Messire Robert ou Eustache seigneur de Montigny en 
Ostrevant, Braines-Château, Haut-Ittre , portant de sinople au 
lion d argent, couronné dor. 4. Catherine de Haveskercke, qui épousa 
Jean de Rouveroy-Snint-Simon, portant de sable à la croix dargent, 
chargée de cinq coquilles de gueules ; du quel mariage sont sortis les 
ducs de Saint-Simon, pairs de France. De son second mariage 
sont issus Archembauld, qui suit BB. et Arnould de Haveskercke, 
dit le moine, parce qu'il avait eu la tonsure, et qu'il avait résidé 
quelques années à l'abbaye de Boudeloo, d'où il sortit avant sa 
profession, et épousa dame Marguerite Adornes, fille d'Opitius, 



— 297 — 

portant dor à la bande échiquetée d'argent et de sable de trois traita. 

B. Antoine do Haveskercke, seigneur de Fontaine et de Flechin, 
épousa dame Eleonore Quierel , avec laquelle il lit de belles 
fondations à l'église de Saint-Pierre à Aire, comme parait par 
l'obituaire des chanoines de la dite église et par L'Espinoy , 
Antiquités de Flandre. 

AA. Messire Jean Baron de Ilavekercke, chevalier, seigneur 
d'Estaire, Buminghem, Steenbeecke, Zuytberquin, etc. , fils de 
Benaud et d'Aleide Mortagne dite d'Espierres, épousa dame Marie 
deMoliens, portant d'or à trois lions de gueules couronnés d'azur, 
au franequartier fascè de vair et de gueules de six pièces. Il mourut 
à la guerre, et fut inhumé à l'église paroissiale d'Estaire près de 
sa femme, comme on le voit par le cartulaire de la dite église, où 
il avait fondé une basse messe tous les vendredis de l'année. De 
son mariage avec Marie de Moliens naquirent 1°. Jean Baron de 
Haveskercke , seigneur d'Estaire , Buminghem , Steenbeeke , 
Zuytberquin, etc., qui succéda à son oncle Benaud, seigneur de 
Bailleul et de Bernay; il fut fait prisonnier par les Anglais, et 
contraint de vendre à sa tante Marie de Haveskercke la baronnie 
de Haveskercke , la seigneurie d'Estaires et autres belles parties 
pour fournir à sa rançon et à son retour en Flandre; il décéda 
sans hoirs. 2. Jeanne-Elisabeth de Haveskercke , qui épousa 
Messire Jean III du nom sire de Crequy, de Frezin, Canaples, 
etc. , portant d'or à l'arbre de sept touffes de gueules , elle mourut 
peu de temps après son mariage, dont deux fds. 

BB. Archembauld de Haveskercke, seigneur de Dixmude, fils 
du second mariage de Benaud avec Marie de Bevere , épousa 
dame Mahaute de Barbancon , portant d'argent à (rois lions de 
gueules couronnés d'or, héritière d'Erkeline, de Bievene pour 
une moitié, fille de Jean , seigneur des dits lieux, et de Mahaute 
de Buimont, et eut avec elle Messire Pierre de Haveskercke, 
chevalier, seigneur de Dixmude, d'Erkeline et en partie de 
Bievene, qui épousa dame Agnès de. Flandre, portant de gueules 
au canton dor au lion de sable, dont 1° Messire Pierre de Ilavcskei ke 
qui suit A. 2. Jeanne de Haveskercke, qui épousa, l'an l'r>! 



— 298 — 

Messire Olivier de Launay, seigneur de Peronne et de Fontaine, 
portant èmanché d'argent et de sable, fils de Mathieu et de Margue- 
rite <Je la Ponlenerie. 5° Catherine de Haveskercke, qui épousa 
Messire François de Haveskercke, chevalier, conseiller et cham- 
bellan du duc de Bourgogne comte de Flandre, fils de Messire 
Hustin de Haveskercke, chevalier, seigneur de Mêmes, St.-Fleu- 
risle, etc., et de Marguerite de Stavele. 

A. Pierre de Haveskercke, seigneur de Dixmude, Erkeline, 
Steënbeecke et en partie de Bievene, fils de Pierre et d'Agnès de 
Flandre, épousa dame Catherine de Rode, portant d'azur au lion 
d'or , dont 1. Messire Antoine de Haveskercke , qui suit A. 
2. Messire Jacques de Haveskercke, seigneur de Steënbeecke en 
partie, qui épousa dame Marie île Havrech, dont une fille ; il est 
enterré à l'église de Steënbeecke, en la chàtellenie de Casscl. 
5. Anne de Haveskercke, alliée à Messire Charles de Pollinehove, 
portant d'hermines à trois macles de gueules , fils de Messire Fran- 
çois, chevalier très-renommé par ses faits d'armes, et de dame 
Mahaute de la Yichte. 4. Walburge de Haveskercke , abbosse du 
Val Notre-Dame au pays de Boulonnois. 

A. Antoine de Haveskercke, seigneur de Dixmude, Erkeline, 
Bievene, enterré à l'église paroissiale de Dixmude. Il avait épousé 
N., dont Messire Archembauld de Haveskercke, chevalier, seigneur 
de Dixmude, Watou, Jumelles, etc., mort sans alliance, et fut 
enterré à l'église paroissiale de Dixmude sous une magnifique 
tombe relevée avec l'inscription suivante : 

Hic jacet nobilis et potentissimus vir Archenbaldus de Haveskercke 
miles ac dominus temporalis Dixmudensis de Watua et Jumelles, 
qui migraùt ex hoc seculo quarto kalendos junii anno Dni millesimo 
quingentesimo septimo. Anima ejus requiescat in pace. 

Cet Archembauld de Haveskercke eut une sœur, Antoinette de 
Haveskercke, qui, après la mort de son frère, devint héritière 
de Dixmude, Watou, Jumelles, etc.; elle épousa, en premières 
noces, Messire Jean de Jacquespée, chevalier, seigneur d'Escout, 
Baudimont , etc. , portant d'azur à l'aigle d'or , dont Antoine 



— 299 — 

Guillaume et Marie de Jacquespée, et en secondes noces, en I 190, 
Messire Jean de Houchin, chevalier, seigneur de Longaslre (veuf 
d'Antoinette de Monligny), portant d'argent à trois losange» de 
sable, décédé le 2i décembre 1515; laissant un fils, Roberl de 
Houchin, qui écartelait ses armes avec celles de Haveskercke. 

AAA. Jean de Haveskercke, seigneur de Walene, etc., que nous 
avons quitté p. 29i, (ils de Jean dil de Fosseux et d'Hermendrude 
d'Aire de Saint-Omer, épousa dame Beatrix d'Esne, portant <le 
sable à dix losanges d'argent, posées en pale 5. i. ">., dont François 
de Haveskercke qui suit A, et Jeanne de Haveskercke, qui épousa 
Messire Etienne de Dixmude, chevalier, portant fascé d'or et dazur 
de huit pièces, à l 'ombre du sautoir de gueules, dont une fdle, qui 
fut religieuse à l'abbaye de Ravcnsberghe. 

A. François de Haveskercke, seigneur de Watene, défendit avec 
plusieurs autres nobles seigneurs de la ville d'Audenarde contre les 
mutineries des Gantois, et se comporta si vaillamment à l'atlaqin de 
de la dite ville qu'il mérita d'être créé chevalier par Louis de Maie 
comte de Flandre, en récompense de sa généreuse et sage conduite. 
Voyez Suero, lib. 12, fol. 571 et 578. Il eut pour compagne une 
dame de la noble famille de Traseignies, qui le rendit père de deux 
fds et une fdle, savoir: I. Boudouin de Haveskercke, qui, quoique 
fds aîné et très-pieux chevalier, se retira du monde à l'abbaye de 
Notre-Dame de Cantempré, où il devint abbé selon Butkens, 
prieur du St.-Sauveur. 2. Messire Rase de Haveskercke qui suit A. 
5. Hildegarde de Haveskercke, qui épousa Messire Jean seigneur 
deBailleul, chevalier, portant de gueules au sautoir de oair, qui, 
étant au service de Louis de Maie comte de Flandre, fut tué à la 
bataille qui se livra contre les mutins de Gand. 

A. Rase de Haveskercke, seigneur de Watene et de Cappele, 
créé chevalier près de Womme à la bataille que donna Louis de 
Maie comte de Flandre aux mutins l'an 1580. Voyez Suero, lib. 
12, fol. 579. Il avait épousé dame Eleonore Brognart de Ilavnin, 
portant d or à la croix cngrelèe de gueules, fdle de Messire Jean, 
seigneur de Haynin , d'Anfroi-Prez et de Broucq , et de dame 



— 300 — 

Eleonore de Traseignies, et dont I . Messire Jacques deHavesketfcke 
qui suit A. 2. François de Haveskercke , mort sans alliance. 
3. Christophe de Haveskercke. Base de Haveskercke eut aussi un fils 
naturel, appelé Dragon de Haveskercke, maître d'hôtel de son 
frère Jacques, et qui épousa Catherine de Tollenaere, fille de Jean, 
portant de sinople à trois chevrons èchiquetès d'argent et de gueules, 
de laquelle un fils et une fille, savoir : I. Artus de Haveskercke, 
allié à Catherine de Mettenye, portant de gueules au chevron 
d'argent, accompagné de trois châteaux d'or, dont postérité; 
2. Madelaine de Haveskercke, alliée à Messire Paschal du Wez, 
chevalier, lieutenant delà gouvernance de Lille, Douai et Orchies, 
dont plusieurs enfants. 

A. Jacques de Haveskercke dit Hustin, chevalier, seigneur de 
Breuck, Watene, etc, il mourut fort âgé le 18 décembre 1420, et 
fut enterré à l'église d'Heversam avec épitaphe. Il eut de grandes 
difficultés avec Dragon son frère Bâtard, qu'il tua dans une 
rencontre près de Cassel. Il avait épousé dame Eleonore 
d'Eseornaix, portant dor au chevron de gueules, dont 1. Eleonore 
de Haveskercke, dame de Watene , alliée à Messire Robert 
d'Eechout, seigneur de Reninghe, portant d'azur parsemé de billets 
d'or, à la bande d'or, chargée de trois cygnes de gueules placés en bande, 

2. Marie de Haveskercke, alliée à Messire Jean de Poucques, 
chevalier, portant d'or au lion couché de sable, tué l'an 1413 à la 
bataille d'Azincourt, par les Anglais. 3. Hustin de Haveskercke, 
chevalier, seigneur de Merues, St.-Fleurisse, Gaugerie, Winden, 
etc., conseiller chambellan du duc de Bourgogne, épousa dame 
Margurite de Stavele , portant d'hermines à la bande de gueules^ 
fille de Messire Guillaume, chevalier, vicomte deFurnes, et de 
dame Marguerite de Heule , dame d'Isenghien. Le dit Hustin 
mourut avant son père l'an 1411 et fut enterré à Haveskercke 
sous un marbre noir orné de cuivre. Il brisa ses armes dun anneau 
dargent sur la fasce. Il laissa de sa femme, Marguerite de Stavele, 
Philippe de Haveskercke, chevalier, chambellan du duc de Bour- 
gogne, seigneur de St. -Fleuriste, Merues et Gaugerie, l'an 1440; 



- 301 — 

il fut troisième commissaire pour entendre les comptes ei renou- 
velle!' le magistrat du franc de Bruges de la part du duc son inaitre; 
il trépassa le limais 1 448, et fut enterré à l'église de St. -Nicolas 
à Fumes; il avait épousé dame Anne de Praet, portant dur au 
sautoir de gueueles , dont trois (ils, savoir : 1. Jean de Haveskercke, 
chevalier, seigneur de St. -Fleuriste, conseiller et chambellan du 
duc de Bourgogne , décédé sans postérité le 15 juin 14(37, et 
enterré près de son père à St.-Aicolas à Furnes. 2. Ilustin de 
Haveskercke, chevalier, seigneur de Merucs et Gaugerie, allié à 
dame Isabeau de Wale, portant d'azur à trois canards dor, mort 
sans postérité. 3. Louis de Haveskercke, chevalier, seigneur de la 
Broucke, allié à dame Marguerite de Ileul , dame d'Ooslfletere, 
portant d'or au chef paie de gueules et d'argent, dont Marie de 
Haveskercke, dame de St. -Fleuriste, etc., qui épousa Messin: 
Gauthier deGhistelles, chevalier, seigneur d'Eskelbeke, Ledreghem, 
de la Motte, Provene, etc., portant de gueules au chevron d'hermines, 
accompagné de trois molettes d'argent , décédé le 1 septembre 1457, 
et son épouse le 1 avril 1473, et tous deux enterrés à l'église 
d'Eskelbeke. 

Nous trouvons encore du mariage de Hustin de Haveskercke, 
(ûls de Jacques et d'Eleonore d'Escornaix) avec Marguerite de 
Stavele, outre Philippe, deux filles et un fils, savoir : 1. Marguerite 
de Haveskercke, alliée à Messire Henri de Nedonchel dit Agniaux, 
chevalier, seigneur de Lievin, Gonnechem , Lanoy , etc., portant 
d'azur à la bande d'argent; 2. Alise de Haveskercke, décédée le 
10 novembre 1478, après avoir épousé à llantzaeme , le 9 juillet 
1430, Messire Josse Van den Berghe, chevalier, seigneur de 
Watervliet, écoutette de Bruges, portant dor au sautoir de geueles, 
chargé de cinq annelets dargent, décédé le 25 avril 1458, et enterré 
avec son épouse à llantzaeme; 5 François de Haveskercke, cheva- 
lier, conseiller et chambellan du duc de Bourgogne comte de 
Flandre, Haut-Bailli de la ville de Bruges, le 20 novembre 1410, 
comme il conste par un ancien manuscrit qui repose aux archives 
de Bruges; il fut aussi Grand-Bailli de la ville de Gand l'an liio. 



— 302 — 

il mourut le 51 mars 1427; il épousa, en premières noces, dame 
Marguerite Van Catthem, portant dor à la fasce et à la bordure de 
gueules, dont deux enfants, Louis de Haveskercke qui suit À, et 
Jossine de Haveskercke. qui épousa, en premières noces, Guy de 
Lompré, portant de gueules à trois étoiles d'argent à six raies, con- 
seiller et premier écuyer de Philippe duc de Bourgogne, châtelain 
de Bevere, Ruppelmonde, et Drossart du pays de Limbourg, 
décédé l'an 1407 et enterré au chœur de l'église de St.-Michel à 
Gand; et elle épousa, en secondes noces, Olivier de Lannoy, cheva- 
lier , seigneur de Behem et Arondeele, portant d'argent à trois 
lions de sinople, couronnés dor. 

A. Louis de Haveskercke, chevalier, seigneur de Catthem , 
conseiller et chambellan du duc de Bourgogne comte de Flandre, 
en l'an 1419 Haut-Bailli de la ville de Bruges et du franc; en 1420 
et 1421 commissaire pour entendre les comptes du pays en qualité 
de haut-Bailli des places susnommées; l'an 1422 quatrième Bourg- 
mestre du franc jusqu'au 10 octobre 1439 ; l'an 1445 troisième 
Bourgmestre du dit franc jusqu'au 15 novembre 1446. Il accompa- 
gna l'an 1421 Philippe le Bon duc de Bourgogne comte de Flandre 
en France pour venger la mort de son père. Il épousa dame Cathe- 
rine de Zedelgheui, portant d'or au chevron de gueules, chargé de 
trois coquiles d'argent, fille de Messire Philippe, chevalier, seigneur 
de Zedelghem , échevin du franc de Bruges. Le dit Louis de 
Haveskercke, décédé le 15 avril 1448, et son épouse le 6 février 
1446, sont enterrés à l'église de Jabeke. De son mariage avec 
Catherine de Zedelghem naquirent 1. Adrien de Haveskercke 
qui suit A. 2. Beatrix do Haveskercke , alliée à Messire Rasso de 
Caestre , chevalier , seigneur de Meulenaekcre et de Landick , 
portant d'or à l'ècusson parti de gueules etdargent. 3. Rassine de 
Haveskercke, bâtarde , qui épousa Jean de Pollelsbergh , écuyer , 
seigneur de Puyvelde, portant de sable à la trompe d'argent, au 
chef dor, dont une iillc unique. 

A. Adrien de Haveskercke, chevalier, seigneur de la cour de 
Zedelghem, conseiller et chambellan de l'archiduc Maximilien et de 



— 303 — 

Philippe le bel son lils, bourgmestre de la commune du franc de 
Bruges en 1461 et i 402, décédé et enterré en I i82 près de son pèn 
à Jabeke, épousa dameAlix ou Agnès deThemseke (fille de Michel el 
de dame Elisabeth Wildens ou de Wilde), don! 1. Martin de Haves- 
kercke, chevalier, seigneur delaconrde Zedelgbem, échevin du Franc 
de Bruges en 1488 et 1489, décédé sans alliance en ! V.n, et enterré 
au cloître de Bogarde à Middelbourg. 2. Agnès de Haveskercke, 
dame de Cathem, qui épousa, par contract du 1 juin 1 48i, André 
Andriessens, écuyer, seigneur de Wacken, échevin du franc de 
Bruges, puis conseiller receveur-général de la Flandre pour l'em- 
pereur Charles V. 3. Guislain de Ilavcskercke, chevalier, après la 
mort de son frère Martin seigneur de la cour de Zedelghem, 
échevin du franc au quartier nord en 1501, troisième bourgmestre 
depuis 1512 jusqu'en 1520, décédé comme échevin du dit chel 
collège le 17 février 1528, et enterré à Jabeke auprès de son père; il 
avait épousé dame Catherine de Calz dit Welle, Glle de Messire 
Nicolas, grand-Bailli de la ville et du pays de Tervcre en Zélande, 
et de dame Gertrude vanBotlant, et eut avec elle 1. Guislain de 
Haveskercke, seigneur de Zedelghem, mort sans alliance en 1500, 
et enterré à Jabeke auprès de son père. 2. Adrien de Haveskercke, 
seigneur de Zedelghem après la mort de son frère, devint le 15 juin 
1545 échevin du franc de Bruges, et en 1550 troisième bourgmestre 
du dit franc au quartier du nord et le fut encore en 15.">5, 1500, 
1504, 1571 et 1572; il épousa en premières noces, l'an 1546, dame 
Catherine de Valladolid, et en secondes noces dame Jeanne 
d'Ydeghcm, dame de Windervelde, Meere, etc., fille de Messire 
Charles, seigneur de Wiese, et de dame Adrienne de Steelant, dame 
de Swevezeele. 5. Philippe de Haveskercke, chevalier de Malte. 
4. Agnès de Haveskercke, abbessc de St-Claire à Tervere en 
Zélande. 5. Livine de Haveskercke, qui épousa, le I!» mars 1544 . 
Messire Roland de lleule, portant dor paie de gueules et (Forgent. 
6. Jean de Haveskercke, chevalier, r'vcmi seigneur de la Cour 
de Zedelghem par la mort de son frère puiné sans enfans ; il 
épousa eu premières noces, le 13 janvier 1547, dame Marguerite 



— 304 — 

Lauwcreyns, morte sans enfans, fille de Jean, écuyer, portant 
il argent à f arbre de sinople , au chef de gueules à trois canards 
il argent, placés en fasce; et en secondes noces, le 10 novembre 1552, 
dame Jeanne de Ileide, portant d'or au chef paie de gueules et 
d'argent, fille de Roland, seigneur de Tannaye, et de dame Guis- 
laine de Baillenl ; il eut de son second mariage 1. Roland de 
Ilaveskercke qui suit A. 2. Jacques de Haveskercke qui suit B. 
3. André de Haveskercke, mort sans alliance. 4. Hector de Haves- 
kercke, mort sans alliance. 5. Guislaine de Haveskercke, dame 
de Lichtervelde et de Hardoye, qui épousa en premières noces, 
le M août 1571, Philippe Van den Berghe, seigneur de Watervliet, 
et en secondes noces don Jeronimo Lopes, seigneur de Helminge. 

6. Judith de Haveskercke, dame de Lichtervelde après la mort 
de sa sœur, épousa, en 1582, Messire Guillaume de Maulde, 
chevalier, seigneur de Mansart et Fermont, baron de Lichtervelde, 
vicomte de Crebbe, portant d'or à la bande de sable fretté d'argent. 

7. Adrienne de Haveskercke. 8. Antoinette de Haveskercke. 9. Jean 
bâtard de Haveskercke, dont la mère était Susanne Van Themseke, 
et légitimé par son père comme conste par lettres de la Chambre 
des comptes à Lille, commençant en 1571 , fol. 6. 

A. Rolland de Haveskercke, chevalier, seignenr de Zedelghem, 
fils aine de Jean et de Jeanne de Heule, échevin du franc en 1582 
jusqu'au 15 septembre 1584, décédé en 1604 et enterré à Jabeke. 
Il épousa, le 25 juillet 1583, à Tervere en Zélande, dame Éleonore 
de Borsele, portant de sable à la fasce d'argent, fille d'Adolphe, 
chevalier , et de dame Livine de Seroeskercke dite Thuyl, dont 
1. Adrien de Haveskercke, seigneur de Zedelghem, mort sans 
alliance. 2. Jean de Haveskercke qui suit AA. 5. Adolphe de 
Haveskercke, tué à Jabeke le 4 octobre 1606, sans laisser pos- 
térité. 4. Jacques de Haveskercke, né en 1587, chevalier, seigneur 
de Walpré, bourgmestre de la commune du Franc pendant les 
années de 1623-1644, et député aux États de Flandre en 4641 , 
1642 et 1645, décédé le 8 septembre 1648, et enterré à l'église 
de Swevezeele, ayant eu pour épouse dame Adrienne Luucx ou 



— 305 — 

Luycks , portant dt hermines à la fasce d'azur, Bile d'Adrien 
écuyer , seigneur de Swevezeele , et de dame Marie Lampsins. 
S.François de Haveskercke, chevalier, vicomte de Watervliet et 
de Crebbe, Baron de Lichlervelde du chef de sa femme, seigneur 
deFermont, né en -1588, capitaine de cavalerie, puis grand-Bailli 
de Bruges en 1645, commissaire de sa majesté catholique au 
renouvellement des magistrats de la Flandre en 10i8, décédé le 
1 juillet 1650, et enterré à la chapelle du St.-Sacrement de Notre- 
Dame à Bruges, après avoir épousé en premières noces, le 27 février 
1620, dame Jeanne de Mande , sa cousinne, vicomtesse de Wateï- 
vliet et de Crebbe , Baronne de Lichlervelde, fille de Guillaume 
et de Judith de Haveskercke, et en secondes noces, le 13 octobre 
1637, dame Hélène Macs, fille de Messire Engelbert, chevalier, 
natif d'Anvers, auditeur-général des armées de sa majesté catho- 
lique, et puis président du conseil d'état et privé, et de dame 
pauline Schoyle. 

B. Jacques de Haveskercke, chevalier, 2 e fils de Jean et de Jeanne 
de Heule, fut gouverneur ou châtelain de Lo uvesta in , décédé en 
1600. Il épousa dame Hester Van Boelzelaer, fille de Roger, sei- 
gneur d'Asperen, Langebeck, Termerwede et Karnis, et de dame 
Agnès de Bailleul. De ce mariage sont issus 1. Maurice de Haves- 
kercke, gentilhomme de la chambre de Louis XIII roi de France, 
seigneur de Bugny, etc, capitaine de cavalerie au service d'Espa- 
gne, allié à dame Madelaine de St.-Vaast, dame de Bugny, portant 
d'azur à V aigle déployée d'or, fille de Pierre , écuyer, seigneur de 
Bugny, et de Catherine de Barbaize; décédé sans postérité. 2. Roger 
de Haveskercke. 5. Agnès de Haveskercke, chanoinesse en Allema- 
gne. A. Marie de Haveskercke. 5. Jacqueline de Haveskercke, alliée 
au Baron de Langerack et du saint empire romain. 

AA. Jean de Haveskercke, chevalier, seigneur de Zedelghem et 
de Winghene du chef de sa femme , échevin et puis Bourgmestre 
du franc de Bruges, créé Baron de Winghene le 20 octobre 103-2 
en considération de sa noble extraction et de ses longs services, 
fils de Roland et d'Eleonore de Borsele; décédé le 28 septembre 1658, 



— 306 — 

et enterré à l'église de Winghene. Il épousa, en 1607, dame Louise 
de Mesdach , dame de Winghene, Wnlfsbcrghe, Gramez, etc., 
portant écartelé, au 1 er et if de gueules à trois molettes (for, au 2 e et 
5 e d'hermines n la bande de gueules, ûlle de Louis, chevalier, 
seigneur de Winghene, ele, conseiller au conseil de Flandre, et 
dedaue Jacqueline de Gramez. Il procréa avec Louise de Mesdach 
1. Roland de 1 Llaveskercke, capitaine au service de sa majesté 
catholique, il mourut de la peste à Gand sans laisser postérité; 
il était frère jumeau de Louis qui suit. 2. Louis de llaveskercke 
qui suit A. 3. Evrard de Haveskercke, né en 1609, tué en 1648, 
sans laisser postérité de son épouse Anne Marie Schenk, portant 
de sable au lion d'or. 4. Philippe de Haveskreke, mort sans alliance 
en 1650. 5. Jean-François de Haveskercke, religieux de Tordre de 
St.-Anguslin. 6. Jacqueline de llaveskercke, décédée sans alliance. 
7. Guislaine de Haveskercke, également décédée sans alliance. 

A Louis de Haveskercke, chevalier, Baron de Winghene , sei- 
gneur de Zedelghem, Wulfsberghe, Ovarsneste, Gramez, etc., se 
distinga par une bravoure extraordinaire à la défense de la ville 
de Maestricht assiégée par les Hollandais en 1633, fut bourg- 
mestre de la commune du Franc de Bruges en 1649, et député 
aux états de Flandre , trépassa en 1663; il avait épousé sa cousine 
germaine, dame Livine de Haveskercke , morte le 6 octobre 
1651, fille de Messire Jacques et de dame Adrienne Luyckx , et 
avec laquelle il procréa 1. Jacques de Haveskercke qui suit 
A. 2. François de Haveskercke qui suit B. 3. Marie de llaves- 
kercke, morte à Marier. 4. Anne Charlotte de Haveskercke, morte 
à Marier le 13 octobre 1714, enterrée à JNieuw-Capellc en Furne- 
Ambacht. 3. Eleonore de Haveskercke, morte à Marier. 

A. Jacques de Haveskercke, baron de Winghene, seigneur de 
Zedelghem, Gramez, etc., fils de Louis et de Livine de llaveskercke, 
décédé en 1693, enterré au village de Jabeke; il avait épousé à 
Bruxelles dame Marie-Constance-Philippine Simple, portant d'or 
au double chevron paie d'argon t et de gueules, accompagné de trois 
cors de chasse liés de gueules, fille de François, gentilhomme de sa 
majesté, et de dame Charlotte du Quesnoy, et avec laquelle il 



507 — 

procréa 1. Charles-François baron de Haveskerckc, colonel au 
service du roi Philippe IV, tué à la bataille de Villa-Viciosa en 
Espagne l'an 1710, cl qui avait épousé à Lierre il. une Isal>elle 
Verreycken (fille de Pierre- Antoine, secrétaire de la dite ville, 
et d'Isabelle Jongelinc) , dont Isabelle-Claire-Philippe Baronne 
de Haveskerckc , alliée à Messire Guillaume comte d'Aflfaytadi 
et de Ghistelles, décédé à Lierre le 14 octobre lTtio, et Marie 
de Haveskerckc, morte à Marier. 2. Marie-Françoise de Haves- 
kercke, alliée à François de Barège, écnyer, morte sans enfans. 
5. Françoise de Ilaveskcrcke, alliée à Adolf Vanden Abeele, 
docteur en droit reçu à Rome, avocat au conseil de Flandre, 
portant d'argent à trois hamaïdes de gueules, décédée à Bruges le 
6 janvier 1761 , à Page de 92 ans, et enterrée à l'église collégiale 
de Notre-Dame de la dite ville, 4. Caroline-Constance de Haves- 
kerckc, alliée à François-Ignace Baudier, écnyer, portant gironnê 
d'hermines et de gueules. 

B. François de Haveskerckc, vicomte de Zélande par achat de la 
maison de Cruningen, haut-avoué de l'église et de l'abbaye deNotre- 
Dame à Middelbourg, seigneur de Wulfsberghe , (ils de Louis et de 
Livine de Haveskerckc, épousa Marie Vander Menlen, dont 
naquirent: I. Jacques de Haveskerckc, vicomte de Zélande, 
seigneur d'Ovacrtsnesse, colonel au service du roi d'Espagne, 
qui épousa à St-Miehel à Gand, le 8 septembre 1721, dame 
Isabelle t' Serwonlers portant d'or à trois cœurs de gueules, un 
chef d'argent a trois maillets de sable, placés en fasce, (fille de 
Charles-Robert, écuyer, haut-échevin du pays de Waes, seigneur de 
Tollcnaere et Leyberglie. et de dame Anne-Humbeline Sersan- 
ders); décédé sans postérité. 2. Alexandre tic Haveskerckc, 
capitaine au service de sa majesté, mort à Marier en 1730, enterré 
à Winghene. 5. Jean-Baptiste de Ilaveskcrcke, rcligieux-recollct , 
dit père 'Bonaventure, mort à Audcnarde. 4. François de Haves- 
kerckc (après son frère aine) vicomte de Zélande, ha ut- voué 
héréditaire de l'église et de l'abbaye de Notre-Dame de Middelbourg, 
seigneur de Tcrbroucke, Mediepe, etc., épousa, le 30 juillet 1705, 



— 508 

dame Thérèse Clayssonne-Wallebeke, portant dd gueules au chevron 
d'argent, à une étoile de même à six raies en pointe, fille de Gilles, 
écuyer, et d'Eleonorc Gilson , et procréra avec eHe I. Marie- 
Angélique de Haveskercke, morte à Marier. 2. Joseph-Adolphe 
Baron de Haveskercke, vicomte de Zélande, qui suit A. 3. Adrienne- 
Thérèse de Haveskercke, décédée le l juin 1750 , enterrée à 
Campenhoute; elle avait épousé, en 1730, Jean-Joseph-Maximilien 
Bosschaert, écuyer, seigneur d'Opstal , portant de sable à la bande 
d'argent, chargée de trois têtes de Maure, placés selon la bande, dont 
une fille unique, dernière de sa famille, Marie Joseph Bosschaert, 
religieuse à la noble abbaye de Forest près de Bruxelles, où elle 
trépassa le 19 octobre 1774, âgée de 54 ans. 

A. Joseph-Adolphe Baron de Haveskercke, vicomte de Zélande, 
haut-avoué héréditaire de l'église et de l'abbaye de Notre-Dame à 
Middelbourg, seigneur de Mediepe, etc, licencié en loix, conseiller 
pensionnaire de la ville et du port d'Ostende, décédé le 4 juillet 
1759, enterré à Jabeke; il avait épousé à Louvain dame Hélène 
Bosschaert, portant de sable à la bande dargent , chargée de trois 
tètes de Maure, fille de Dénis-Jacques, écuyer, licencié es loix, et 
de Calherine-Pétronelle Peelcrs, de Louvain, et eut d'elle Thérèse 
née Baronne de Haveskercke, déeédée à Louvain, le 20 novembre 
1784, enterrée à Campenhout en Brabant; elle avait épousé Messire 
Jean-Louis Rapedius de Berg, conseiller et maître de la chambre 
des comptes à Bruxelles, portant dazur à la bande dor, cotée de 
deux étoiles à dix raies dargent (fils de Messire George-Pierre 
Rapedius dit de Hunolstein, seigneur de Berg, conseiller aulique du 
Prince de Bade, ministre plénipotentiaire à la cour de Vienne, et 
de dame Elisabeth de Lassaulx, dame de Berg), dont Wilhelmine- 
Philippine Rapedius de Berg, née le 5 avril 1752, qui épousa, le 
24 août 1775, au château d'Opstal, paroisse de Campenhout en 
Brabant, Messire Ange-Charles de Limpens, chevalier, conseiller 
du conseil des domaines et finances de sa majesté impériale 
à Bruxelles par lettres-patentes du 50 juin 1775 , portant 
coupé dazur à trois étoiles à six raies d'or, et d'or à t aigle 



— 50!) — 

naissant de sable, de la fasce de gueules , fils de Messin' Arnoult- 
Waltere do Limpens, né à Chevemont en la province de Lim- 
bonrg, chevalier, licencié ès-lois le l eP février 17-27, conseiller 
pensionnaire des états de la province et du duché de Limbourg, 

puis le 15 octobre 1750 conseiller du conseil privé et d'état, etc., 
et de dame Alexandrinc-Constance van Velde, enterrée à l'église 
paroissiale de Finisterre à Bruxelles, fille de Messire Melchior- 
Léopold van Velde, conseiller-receveur des États de Brabant au 
quartier de Bruxelles, seigneur de Melroy, et de dame Reine- 
Isa belle-Charlotte de Villegas *. 

Joseph-Adolphe baron de Haveskercke qui précède, eut en outre 
de son mariage avec Hélène Bossehaert, deux fils, savoir : Dénis- 
Joseph baron de Haveskercke, mort célibataire, et Louis-Joseph 
baron de Haveskercke, vicomte de Zélande, haut-avoué héréditaire 
de l'église et de l'abbaye de Notre-Dame de Middelbourg, seigneur 
de Mediepe, né à Oslende le 15 novembre 1756, licencié ès-lois 
10 mai 1758, nommé en 1761 échevin du chef-collège du Franc 
de Bruges , conseiller du conseil provincial de Flandre par 
lettres-patentes de Sa Majesté impériale du 5 lévrier 1775, ensuite 
procureur-général du dit conseil, avocat-fiscal par lettres-patentes 
du 10 octobre 1785, qui épousa à l'église cathédrale de St-Bavon 
de Gand, le 5 avril 1761, dame Marie-Jeanne Van der Varent, 
née le 27 juin 1757, portant écartelé, au 1 er et i p (Forgent à la ban k 
fuselée de cinq pièces de sable (qui est de Kerckhove- Varent), au 
5 e et 4 e d'argent à trois fers de cheval de sable, cloués (Fargtnt (qui 
est de Marschalck) fille de Messire Louis vicomte Van der Varent 
(Kerckhove dit Van der Varent), échevin des deux collèges on 
magistrats de la ville de Gand, pendant plusieurs années, puis 
pourvu, en 1780, de la 2 dt! place d'homme des fiefs île la chàtel- 
lenie du vieux-bourg de Gand en qualité de chef-bailli de la cour 



i II existe encore des descendants de l'ancienne et noble famille do Limpens à 
Doenracdt an duché de Limbourg hollandais, ainsi qu'à Turnhotit. 

\ole ilr hi Rédaction. 



— 510 — 

féodale de St-Pïerre, et de dame Marie-Thérèse Van Loo, déeédée 
le 12 avril 1754, enterrée avec blason à l'église de Saint-Michel 
à Gand. Dn mariage de Louis-Joseph baron de Haveskercke avec 
Marie-Jeanne Van derVarent, décédée à Gand le 45 novembre 1773, 
enterrée à l'église de Jabeke dans le caveau de la famille de son 
époux, sont issus. 4. Pierre-Louis-Joseph Baron de Haveskercke, 
né le 34 janvier 1762 , échevin de Gand depuis le 25 juin 4785 
jusqu'au 27 mars 4788, qui épousa, le 50 avril 1787, à l'église de 
St. -Michel de Gand, dame Philippine-Thérèse Van Hoobrouck, née 
le 24 juillet 1732, fdle de Charles-Léon, écuyer, portant écartelé, au 
1 er et 4 e d'argent à l'aigle d'azur , au 2 e et 3 e d'azur au sautoir d'or, 
cantonné de quatre bésans de même , sur le tout (for, à la croix 
engrêlée de gueules, et de dame Marie-Anne-Philippine de Coninck, 
et veuve depuis le 24 mai 4785 de Jérôme-Joseph d'Hane. 

2. Jean-Baptiste-Philippe-Marie-Joseph de Haveskercke, né le 
25 mars 4764 , baptisé à l'église de Notre-Dame à Bruges. 

3. Isabelle-Louise-Marie-Jeanne de Haveskercke, née le 30 mai 1765. 

4. Marie-Jeanne-Charlotte-Joseph de Haveskercke, née le 21 octo- 
bre 1767. 5. Thérèse-Marie-Louise de Haveskercke, née le 28 dé- 
cembre 1769, alliée à Messire Gustave-Alexandre Baron de Saint- 
Génois des Mottes, membre du ci-devant ordre équestre de la 
province de Hainaut. 6. Anne-Charlotte-Marie-Colette de Haves- 
kercke, née le 12 décembre 4770. 



NOTE 

SUR 

LES MEMBRES DE LA TRÈS-ANCIENNE ET TRÈS-ILLUSTRE 

MAISON DE LIGNE 

qui oui été décorés de la 



Un se rappelle qu'au commencement de cette année, M. le prince 
de Ligne, notre ambassadeur à Paris, que l'Académie d'Archéologie 
s'honore de compter parmi ses membres, reçut de S. M. la reine 
d'Espagne le collier de la Toison d'or. Les journaux Français, en 
annonçant la distinction accordée au représentant de la Belgique, 
ont (ait remarquer que cette dignité avait élé presque héréditaire 
dans la maison de Ligne, depuis Jean baron de Ligne, l'un des 
premiers chevaliers de l'ordre, qui par une analogie assez singu- 
lière, fut ambassadeur de l'empereur Maximilien, souverain dos 
Pays-Bas, auprès du roi de France, Louis XL 

L'ambassadeur actuel de Belgique, qui porte si dignement le 
beau nom que lui ont légué ses ancêtres, est le seizième de sa 
maison décoré de la Toison d'or. Voici la liste complète de 
ceux qui l'ont précédé dans lu célèbre confrérie, fondée par 
Philippe-le-Bon. 



— 51-2 - 

Branche aj.m.i . 

I" Jean baron de Ligne, conseiller et chambellan de Charles 
duc de Bourgogne et de l'empereur Maximilicn , maréchal hérédi- 
Uiire du Hainaut, capitaine-général de ce pays, ambassadeur 
auprès du roi Louis XI, chevalier de la Toison d'or, mort en 1491. 
2° Jacques , petit fds du précédent , comte de Ligne et de 
Faukenberg, Prince de Morlagne, créé comte de l'Empire en 1549, 
Vicomte de Leyden baron de Wassenaer , seigneur de Katwyck 
en Hollande, ambassadeur auprès du pape Clément Vil, gouver- 
neur des ville et châlellenie d'Àlh, conseiller de l'empereur 
Charles Quint, capitaine de 200 lances de sa garde, chevalier de la 
Toison d'or, mort en 1552. 

5 n Philippe, fds du précédent , comt de Ligne et général dans 
!< -s années de Philippe 11 roi d'Espagne, chevalier de la Toison d'or, 
mort en 1585. Il resta fidèle à son souverain malgré les efforts du 
prince d'Orange pour l'attirer dans son parti. Les étals de Hollande 
confisquèrent les terres considérables que la maison de Ligne possé- 
dait dans leur pays, et qu'il ne lui furent point rendues. 

4° humoral, son fds, créé, ainsi que tous ses descendants des 
(\au\ sexes, prince de Ligne et de l'Empire Germanique en 1000, 
I er lier héréditaire connétable et guidon de Flandre, Prince 
d'Epinoy, maréchal héréditaire du Hainaut, capitaine-général des 
pays et comté d'Artois, général dans les armées Espagnoles, 
ambassadeur extraordinaire auprès de l'Empereur Rodolphe, de 
Louis XIII, roi de France, et de Sigismond, roi de Pologne, 
(de la part de Philippe III pour lui porter le collier de l'ordre de 
la Toison d'or), chevalier dudit ordre, mort en 1624. 

5° Claude Lamoral, petit fds du précédent, Prince de Ligne, 
d'Amblise, d'Epinoy et de l'Empire, comte de Faukenberg, créé 
Grand d'Espagne héréditaire de la l re classe, en 1645, général de 
la cavalerie des Pays-Bas, et ensuite de toute la cavalerie 
Espagnole, ambassadeur extraordinaire du roi catholique en 
Angleterre, vice-roi de Sicile, capitaine-général de l'état et du 
duché de Milan, membre du conseil privé, chevalier de la Toison 
d'or, mort en 1679. 



— 313 — 

6° Henri Louis Ernest, son fils, Prince de Ligne et de l'Empire, 
Grand d'Espagne, etc., chevalier do l'Ordre de la Toison d'or et de 
l'Ordre de Calatrava, général dans les armées espagnoles, capitaine 
ot gouverneur-général du duché de Limbourg et pays d'outre- 
Meuse, mort en 1702. 

7° Claude Lamor al, Prince de Ligne, etc., son fils, chevalier de 
l'Ordre de la Toison d'or, par diplôme de l'empereur Charles VI, 
i'eld-maréchal des armées de l'Empire, colonel propriétaire d'un 
régiment d'infanterie de son nom, conseiller d'épée <\r la régence 
des Pays-Bas Autrichiens, chargé par l'empereur d<> prendre 
possession des villes cédées à sa majesté impériale par le traité 
de la Barrière. 

8° Ferdinand, Prince de Ligne, frère du précédent, feld- 
maréchal et major-général des armées de l'Empire, colonel proprié- 
taire d'un régiment de dragons de son nom, chc\alier de la 
Toison d'or. 

9. Charles-Joseph Lamoral prince de Ligne, fils du prince Claude, 
prince d'Àmblise, d'Epinoy et de l'empire, comte immédiat de 
Fagnoles et membre du collège des princes du cercle de >Wsi- 
phalie, comte princier d'Ldelstettcn, grand d'Espagne, de, 
Magnat héréditaire de Pologne, feld-maréchal, colonel propriétaire 
d'un régiment d'infanterie de son nom, commandeur de l'Ordre 
de Marie-Thérèse, chevalier de l'Ordre de la Toison d'or par 
diplôme impérial de Joseph II , ambassadeur extraordinaire 
auprès de l'impératrice Catherine de Russie, etc. C'est le grand 
père du prince actuel. 

BRANCHES COLLATÉRALES. 

10. Jean de Ligne, baron de Barbançon, petit neveu de Jeau 
de Ligne, nommé précédemment, comte d'Aromberg (d'où descen- 
dent les ducs d'Aremberg actuels) par son mariage, eu 1546, avec 
Marguerite de la Marck, héritière de ce. comté, capitaine-général 
des provinces de Frise et de Drenlho, mort en 1568. 



— 514 — 

il Alexandre de Ligne, petit fils de Jean de Ligne, prince de 
Chimay, etc., chevalier de la Toison d'or, mort en 1629. 

12. Philippe de Ligne, prince de Chimay, chevalier de la Toison 
d'or, capitaine-général du duché de Luxembourg et du comté 
de Namur, mort en 1675. 

13. Ernest-Dominique de Ligne, prince de Chimay, capitaine- 
général du duché de Luxembourg, vice-roi de Navarre, chevalier 
de la Toison d'or, mort en 1686. 

\\. Albert de Ligne , prince de Barbançon, petit fds de Jean 
de Ligne, chevalier de la Toison d'or, mort en 1674. 

15. Octave-Iynace de Ligne, prince de Barbançon, chevalier de 
la Toison d'or, grand-fauconnier des Pays-Bas, mort en 1695. 



I Monsieur le vicomte de Kerckhove , président de l'Académie 
d'Archéologie, etc. 

Monsieur le Président. 

Permettez-moi de me rappeler à votre bienveillant souvenir et 
de vous faire mes excuses de ce que, jusqu'à ce moment, je n'ai 
pas encore pris part aux travaux de l'Académie. 

Je m'occupe depuis environ deux ans de recherches relatives a 
l'histoire des empereurs qui ont régné dans les Gaules, à l'époque 
de Gallien (an 258-275 de l'ère chrétienne). Si cette histoire 
intéresse la France, elle intéresse aussi partieulièrement notre 
patrie. On sait que Postume et la plupart de ses successeurs ont 
eu le siège de leur puissance dans le Nord, dans la Gaule-Belgique, 
dans la Batavie et surtout sur les bords du Rhin, à Cologne et 
à Mayence. 

Plusieurs savants ont cherché à rassembler des documents des- 
tinés à éclaircir les points obscurs de l'histoire de cette époque. 
Parmi les auteurs du dix-septième et du dix-huitième siècle, je 



— 315 — 

citerai Harduin , Banduri , do Breqnigny , fcckhel , de Bose , 
Cannegieter, etc. 

Des écrivains [)!ns récents tels que MM. Manso, Prosper Du pré, 
Cli. Lenormant, Duntzer , etc. ont essayé à leur tour de porter l<- 
flambeau delà critique dans l'histoire de ces temps de troubles , 
auxquels a manqué un bon historien contemporain. I>.ni> les 
auteurs anciens tant grecs que latins , on ne trouve que des détails 
incomplets, peu exacts et souvent contradictoires. Trebellius, 
Pollion, Eutrope, Aurelius Victor, Flavius Vopiseus, Zosime, 
Zonare, Urosius sont les seuls compilateurs qui aient rapporté, 
mais simplement sous forme de chronique, quelques {ails relatifs 
à l'histoire de ces empereurs. 

Jusqu'ici personne n'a essayé de rassembler Ips faits épars qui 
se rapportent à ce premier empire gaulois. Le chef qui conçu! 
l'idée de fonder un empire indépendant, situé de ce côté-ci des 
Alpes, fut Postume qui pendant dix ans régna avec éclal sur tes 
Gaules ; ses successeurs n'eurent qu'une existence éphémère a 
l'exception de Tétricus qui se soutiut sur le trône pendant tout 
le règne de Claude le Gothique et ne se soumit qu'à Aurélien. 

Réunir dans un livre ce que les historiens, les médailles el les 
monuments épigraphiques nous apprennent sur les princes qui ont 
soutenu dans les Gaules une lutte opiniâtre contre la puissance 
romaine, tel est le but que je me suis proposé. Mais pour attein- 
dre ce but, je fais un appel à tous les hommes qui s'intéressent 
aux études historiques. J'ose me flatter de trouver quelque* encou- 
ragements dans ma patrie; et dans cette vue, je m'adresse a 
/' Académie et Archéologie , en vous priant, Monsieur le Président , 
de vouloir bien faire insérer cette lettre dans le prochain cahier des 
bulletins de celte savante société. Je m'adresse aux amateurs de 
médailles aussi bien qu'aux archéologues et aux nuinismalislcs 
pour avoir communication des pièces inédiles ou rares qui se 
rapportent aux règnes de Postume , Yictorin , Lselianus , Marins . 
Tétricus père et Tétricus (ils. Je me ferai un devoir de témoigner 
ma reconnaissance aux personnes qui voudraient bien nie seconder 



— 316 — 

dans mes recherches et. de nommer dans mon travail celles qui 
m'auront fourni quelques matériaux utiles. 

Daignez agréer , Monsieur le Président , l'assurance de ma 
respectueuse considération. 

J. DE WITTE. 

Membre de l'Académie d'Archéologie *. 
Paris, le 6 Avril 1846, 12, rue Saint-Florentin. 



1 L'importante entreprise de noire célèbre confrère le chevalier de Witte , dont 
la Belgique s'honore, et que plusieurs excellents ouvrages historiques, archéo- 
logiques et nuinismatiques recommandent à l'estime publique, ne peut manquer 
de trouver la plus grande sympathie non-seulement chez les savants, mais chez 
tous les hommes de bien. 

(Note de la Rédaction.) 



SÉANCE GENERALE 

du II! juillet \Ul 

Président, M. le vicomte 1>K ki:ic< khoi i 
Secrétaire, M. FÉLIX ltn«.\i i: is 



RAPPORT GÉNÉRAL DU SECRÉTAIRE- 

Messieurs , 
C'est avec un sentiment profond de satisfaction que le Conseil 
vient de nouveau, par mon organe, vous entretenir des progrès que 
l'Académie a faits depuis notre dernière séance générale. Nous 
pouvons le dire sans présomption, MM., les succès obtenus par 
l'Académie dès son début, étaient une garantie de ceux qui l'atten- 
daient dans la suite. Lorsque l'esprit d'association produit chaque 
jour sous nos yeux de si merveilleux résultats, lorsque toutes choses 
subissent l'impulsion irrésistible de l'intelligence, il n'était pas 
possible qu'une société composée, comme la nôtre, d'hommes 
remplis de zèle et de dévouement pour la science archéologique, 
manquât aux devoirs qu'elle s'était imposés en se constituant 



— 518 — 

Aussi pouvons-nous constater avec un légitime orgueil que la 
plupart de ses membres, pénétrés de l'obligation qu'ils ont con- 
tractée en acceptant leur diplôme, se sont empressés de payer leur 
tribut, soit en enrichissant notre bibliothèque de livres précieux, 
soit en nous envoyant des travaux manuscrits pour nos annales. 
Nous espérons , MM., que l'exemple de ces membres excitera un 
jour le zèle de ceux qui jusqu'à présent , n'ont pas fait preuve 
encore d'un pareil empressement. 

Nous avons remarqué avec plaisir que depuis la fondation de 
notre Académie, d'autres sociétés archéologiques se sont établies en 
Belgique. Nous avons déjà fait mention, dans nos annales, de celle 
de Namur ; nous nous plaisons à mentionner honorablement 
aujourd'hui, celle qui s'est formée tout récemment à Bruxelles, 
sous le titre de Société belge pour la conservation des monuments 
historiques. Elle a choisi deux de nos savants confrères pour 
président et pour secrétaire, MM., le comte Félix de Mérode et 
Schayes : votre secrétaire perpétuel en a été nommé inspecteur 
pour la province d'Anvers. 

Nous pouvons ainsi, MM., nous flatter d'avoir donné le jour à 
une institution utile, et d'avoir contribué, par notre exemple, à en 
établir d'autres qui sauront, nous n'en douions point, mériter l'es- 
time et la reconnaissance publiques. 

La société française pour la conservation des monuments histori- 
ques a invité les membres de l'Académie à se rendre au congrès 
archéologique de Metz. 

Nos annales, MM., continuent à être reçues partout avec une 
distinction toute particulière. Les souverains auxquels l'Académie 
a fait hommage des livraisons qui ont paru depuis notre dernière 
séance, nous ont adressé les remercîments les plus flatteurs : la 
plupart de ces lettres sont autographes. Ces souverains sont le roi 
des Belges, le roi des Français, le roi de Danemarck, le roi de 
Wurtemberg, le roi des Pays-Bas, le roi de Naples, l'empereur du 
Brésil , S. A. R. le grand-duc de Hesse, le roi de Hanovre, S. A. R. 
le duc régnant de Saxe-Cobourg-Golha , le roi de Grèce, et le roî 



— 319 — 

de Suède. Ce dernier, après avoir Fait remercier l'Académie par 
son ministre, écrit lui-même à notre honorable prés idéal la lettre 
suivante, au sujet du travail inséré dans notre dernière livraison 

sous le titre de Revue du salon de Bruxelles <l>; 1845, par 
M. Eugène de Kerckhove, secrétaire de l'ambassade du roi des 
Belges à Paris, membre correspondant de l'Académie 1 : 

« Monsieur le vicomte de Kerckhove, je viens de recevoir la 
lettre que vous m'avez adressée le 5 de ce mois pour m'offrir , 
au nom de l'Académie d'Archéologie de Belgique et en votre qualité 
de président , une production que cette Académie venait de 
publier, et dont l'auteur est M. Eugène de Kerckhove , ci-devant 
attaché à la légation belge à Stockholm. 

« J'ai lu avec attention les Réflexions générales qui servent d'in- 
troduction à cette brochure, et qui se distinguent par leur justesse 
et par leur vérité. Cette lecture a été d'autant plus intéressante 
pour moi que je nie souviens avec plaisir d'avoir lait la connais- 
sance personnelle de l'auteur. 

» Recevez, monsieur le vicomte, l'assurance des sentiments avec 
lesquels je suis 

Votre affectionné , 

Oscar. » 
« Stockholm, le 28 Janvier 1 84(3. » 

A propos du succès obtenu par notre confrère M. Eugène de 
Kerckhove, à l'occasion du travail dont il est parlé dans la lettre 
du roi de Suède, qu'il me soit permis, MM., de mentionner ici celui 
que ce jeune et brillant écrivain vient d'obtenir depuis quelques 
jours par son écrit intitulé : Situation et Avenir -. L'analyse que 
fait M. Eugène de Kerckhove de l'état social actuel et des destinées 



1 Récemment nommé, par arrêté royal, premier secrétaire «le légation, el 
envoyé en cette qualité à Constanlinople. 

- 1 vol. in-8°, Anvers, 1846, chez rimprimeur-lilirairc De Gort. 



— 520 — 

futures de l'Europe, et particulièrement de la Belgique, uous montre 
à chaque page un homme de cœur et de courage, un publieiste 
de haute intelligence, un écrivain pur, élégant, et à la fois plein de 
verve et d'énergie. Les principes posés dans cet écrit vraiment 
remarquable, les développements que l'auteur leur a donnés, Part 
avec lequel il les fait découler les uns des autres, les conséquences 
rigoureusement logiques et par conséquent irrécusables qu'il en 
déduit; tout cela prouve, Messieurs, que ce travail a été longuement 
médité et lentement rédigé; et cependant, le style est si naturel, si 
facile, si bien soutenu de la première à la dernière ligne, que l'on 
dirait que ces 104 pages ont été écrites d'un trait de plume. — Ce 
que je viens de dire, Messieurs, n'est qu'un écho de ce qui a été dit 
déjà partout le monde, eteette appréciation a été sanctionnée par un 
grand nombre de personnages célèbres, qui se sont empressés 
d'adresser à notre confrère, les plus flatteuses félicitations. 

Il y a deux lettres encore, Messieurs, dont je crois devoir vous 
donner lecture; la première nous vient d'un souverain profondément 
érudit et savant archéologue, S. A. R. le grand-duc d'Oldenbourg : 
voici ce qu'il écrit : « Monsieur le vicomte de Kerckhove, vous 
« avez eu la bonté de me faire parvenir, accompagnés d'une lettre 
» en date du 25 septembre de l'année passée, les travaux que 
» l'Académie d'archéologie de Belgique a publiés. C'est avec un 
» intérêt tout particulier que j'ai reçu cette communication, qui 
» est d'un prix d'autant plus précieux pour moi, qu'elle est en même 
» temps la marque d'une attention très-obligeante de votre part. 

» Si j'ai différé jusqu'à ce jour à vous en remercier , c'est que 
» j'ai désiré de prendre connaissance du contenu de votre coinmu- 
» nication. 

» Agréez donc, Monsieur le vicomte, mes remercimenls, et 

» recevez, en même temps, les assurances de ma considération 

» très-distinguée. 

Auguste. » 

(v Oldenbourg, le 20 janvier 1846. 

La seconde lettre nous est adressée par S. M. le roi de Grèce; 
la voici : » Monsieur le vicomte de Kerckhove , l'envoi que vous 



— m\ — 

» m'avez t'ait, en qualité de Président de l'Académie d'Archéologie 
de Belgique, des premières livraisons de ses annales, m'est 
» d'autant plus agréable que je reconnais la hante importance 
» d'une institution qui réunit les efforts de tant de savants pour 
» l'investigation des siècles passés. Je vous remercie, monsieur , 
» de cet envoi. 

» Recevez, M. le vicomte, les assurances de ma considération 

t lès-distinguée. 

Othon. » 
Athènes, le 7 juin 18-46. 

Les savants que l'Académie d'Archéologie s'est associés à des 
séances générales précédentes, lui ont exprimé le plaisir qu'ils 
éprouvent d'en faire partie. Parmi eux se trouvent , S. E. le cheva- 
lier Santangelo, ministre de l'intérieur du royaume de Naples, 
honorablement connu dans le monde archéologique; et S. Ex. 
le lieutenant-général Colletti, dont le nom rappelle tant de glorieux 
souvenirs pour la Grèce. 

Après vous avoir parlé des succès de l'Académie, il m'est extrê- 
mement pénible, MM., d'avoir à vous entretenir des trois pertes 
déplorables que nous venons de faire: vous savez, MM., que 
depuis notre dernière séance, nous avons eu le malheur d'ap- 
prendre la mort de M. le comte de Leidekerke-Beauffort , de M. le 
baron Van den Steen de Jehay , et de M. 'NVillems. Permettez-moi 
d'être l'organe des sentiments du regret sincère et profond que 
celte triple perte a fait éprouver à l'Académie. 

M. le comte de Leidekerke-Beauffort, gouverneur et président 
de l'Ordre équestre de la province de Liège sous le roi des Pays-Bas, 
chevalier de l'Ordre du lion néerlandais, grand'-croix de l'Ordre 
chapitrai d'ancienne noblesse des quatre empereurs d'Allemagne, 
est décédé à un âge fort avancé, le 27 avril ISiG, à son château 
de Géronsart, près de Namur. Issu de Tune de nos plus anciennes 
et illustres maisons, M. de Leidekerkc était un véritable type de 
gentilhomme et le modèle de toutes les vertus. Je me suis contenté 
d'écrire ce seid éloge, parce qu'un membre de sa famille, et qui 



— 322 — 

appartient à l'Académie, nous a l'ait espérer, pour nos annales, une 
notice biographique sur cet homme de bien, dont le souvenir sera 
toujours cher an pays. 

M. le baron Yan den Steen de Jehay, ministre plénipotentiaire 
du roi des Belges près le St-Siége et la cour de Toscane, oflicier de 
rOrdrede Léopokl , commandeur des Ordres du mérite civil de St,- 
Jacquesetdela Tour et de l'Épée de Portugal, grand-croix de l'Ordre 
chapitrai d'ancienne noblesse des quatre empereurs d'Allemagne, et 
membre dignitaire du chapitre de cet Ordre (langue germanique), 
est mort à Rome, le 13 mai 1846, à l'âge de 65 ans. M. Van den Stoen 
naquit à Liège, en 1781, d'une ancienne et illustre famille, sortie de la 
maison de Gand-Yillain, dont étaient jadis les comtes de Gantl. En 
1794, sa famille émigra à cause des circonstances politiques, et 
s'établit, pendant 10 ans, en Allemagne, où le jeune Van den Steeu 
perfectionna son éducation et fit d'excellentes études dans les 
meilleures collèges. Rentré en France en 1804, il se rendit à Paris 
pour y suivre les cours de droit ; en 1808, il fit sa licence après 
avoir donné dans ses divers examens des preuves d'une capacité 
si remarquable qu'à-peine reçu licencié, il fut nommé auditeur 
au conseil d'état. A la suite des événements de 4814- et 1815, 
pendant que les troupes alliées occupaient Liège , les habitants de 
cette ville furent frappés de fortes contributions de guerre. Cette 
mesure rigoureuse qui devait surtout atteindre et désoler la classe 
moyenne, émut le ccôur si généreux , si compatissant de M. Van den 
Steen; aussitôt il engagea quelques personnes influentes par leur 
position sociale à se joindre à lui pour se rendre auprès du général 
en chef, le baron de Sacken, qui se trouvait à Aix-la Chapelle, et il 
fut assez heure ix pour obtenir de ce dernier, une remise consi- 
dérable des sommes exigées. Aussi depuis ce moment, les Liégeois 
lui vouèrent-ils la plus vive reconnaissance. 

Lors de la formation du royaume des Pays-Ras, M. Van den Steen 
fut appelé à faire partie de l'assemblée des notables chargés de 
l'examen delà loi fondamentale du nouveau royaume; il fut un des 
membres de cette assemblée qui rejettèrent le projet de constitution 



— Ôû7> — 

comme contraire à la liberté de; l'enseignement et aux principes de 
la religion catholique, à laquelle il fut toute sa vie sincèrement 
attaché. C'est encore ce dévouement à la foi <le nos pères qui l<- 
détermina dans la suite à ne pas prêter le serment exigé <l<s fonc- 
tionnaires publics et à refuser les emplois honoriques qui lui 
furent offerts. Après la révolution de 1850, il fut nommé à l'unani- 
mité, lors des premiers élections, membre du sénat, où l'on a pu 
apprécier et son mérite comme homme d'état et la droiture de son 
caractère comme homme privé. En t832, la confiance du roi 
l'appela aux fonctions de gouverneur de la province de Liège; 
quelques années après il donna sa démission de membre du sénat, 
afin de pouvoir se vouer entièrement à l'administration de sa 
province. Qu'il me soit permis, Messieurs, de dire que jamais 
gouverneur n'a laissé de plus honorables souvenirs, de plus 
sincères regrets. C'est que, grâce à cette bonté de cœur qui le 
caractérisait si éminemment, grâce à ses manières affables, à sa 
simplicité patriarcale et en même temps à sa haute intelligence, il 
sut se concilier la vénération du pauvre comme du riche, l'estime 
de tous les partis politiques, en un mot, il sut se faire aimer de 
tous. En i 844, le roi lui offrit la place d'envoyé extraordinaire et 
ministre plénipotentiaire près le St. -Siège et la cour de Toscane. 
Dans ces nouvelles fonctions, comme partout ailleurs, M. Van den 
Sleen se fit estimer et chérir de toutes les personnes qui ont eu 
des relations avec lui. 

Enfin, Messieurs, il me reste à vous dire quelques mots de 
notre confrère et concitoyen Jean François Willems, que la mort 
est venu nous ravir d'une manière aussi brusque qu'inattendue, le 
24 juin dernier. Willems était incontestablement un de nos écrivains 
les plus distingués par son style et par ses vastes connaissances; 
les écrits qu'il a laissés sont aussi remarquables par leur mérite 
que par leur nombre. Nous n'en mentionnerons ici que les prin- 
ci peaux. 

1. Bataille de Friedland. 

2. Plusieurs vaudevilles pour la Société tôt Nut der Jeugd. 

3. Verhandeling over de nederduylsche tael-en letterkumle , 



— 524 — 

opzigtelyk de zuydelyke provincien der Nederlanden; Antwerpen , 
1819-1824. 2 vol. in-s . 

4. Aen de Belgen , en Antwoord van J. F. Willems aen J. B. Bue- 
lens, R. C. P. te Meclielen. 

3. Keur van nederduytsche spreekwoorden en dichtkunde, onder 
de zinsprenk : tôt Nul der Jeugd; Antwerpen, 1824. I vol. in-12. 

6. Mcngelingen van historisch-vaderlandschen inhond ; Ant- 
werpen; I «27-1830. 1 vol. in-8°. 

7. Historiscta onderzoek naer den oorsprong en den waren 
naem der openbare plaetsen en andere ondheden van de stad 
Antwerpen ; Antwerpen, 1828, 1 vol. in-8°. 

8. Maria van Brabant; Antwerpen, 1828. 

9. De la langue Belgique; Bruxelles, 1820. 1 vol in-12. 

10. Reinaert de Vos; Eecloo, 1834. 

11. Reinaert de Vos, episch fabeldicht van de twaelfde en 
dertiende eeuw met aenmerkingen en ophelderingen; Gent, 1830. 
1 vol. in-8°. 

12. Bymkronyk van Jan van Heelu, betreiïende de slag van 
Woeringen van liet jaer 1288, uitgegeven met ophelderingen en 
aenteekeningen; Brussel, 1 vol. in-4°. 

13. Belgisch Muséum voor de nederduitsche tael- en letterkunde 
en de gechiedenis des vaderlands, uitgegeven op last der mael- 
scliappy tôt bevordering der nederduitsche tael- en letterkunde; 
Gent, 1837-1843. 10 vol. in-8°. 

15. De Brabantsche Yecsten, of Bymkronyk van Brabant; 
Brussel 1843. 1 deel in-4°. 

14. De Brabantsche Yeeslen, of rymkronyk van Brabant, van 
Jan de Klerk van Antwerpen; Brussel, 1839, 1 deel in-4°. 

10. Mémoire sur les noms des communes de la Flandre-Orientale; 
Bruxelles, 1845. In-4 n . 

17. Oude viaemsche liederen len deele met de melodiën ; 
Gent, 1840, 

M. Willems, était de l'Académie royale des Sciences, lettres 
et arts de Belgique, de l'Institut de Pays-Bas et d'une foule 



— 52b 1 

d'autres sociétés savantes, nationales el étrangères. Il était un d< - 
membres les plus actifs de la commission royale d'histoire, pai 
laquelle il a publié l'histoire de la bataille de Woeringen et la 
chronique de Declercq. C'est lui qui a fait revivre la littérature 
flamande parmi nous. Homme de probité, ami dévoué, il était 
chéri de tous ceux qui le connaissaient. 

Le Conseil d'administration a l'honneur, Messieurs, de soumettre 
à votre sanction plusieurs nouveaux candidats, dont l'admission 
sera sans aucun doute de la plus grande utilité pour l'Académie, 
et sur lesquels des rapports favorables ont été: faits ' . 

Finfin, Messieurs, j'ai le plaisir de vous annoncer que notre biblio- 
thèque s'est enrichie de plusieurs cadeaux 



Envois qui ont été faits a l'Académie, depuis la derrière 

livraison de ses Annales. 

L'Académie a reçu : 

1. De M. Alexandre Schaepkens , membre correspondant, 
la dernière livraison avec le texte de sou intéressant recueil : eue» 
dans le Limboury aux bords de la Meuse. 

2. De M. de Wille, membre effectif, son mémoire sur quelques 
empereurs romains qui ont pris les attributs a" Hercule. Iu-8°, 1845; 
Paris, imprimerie de Leleux. 

5. De M. Goethals, conseiller, un volume intitulé : / 
biographiques extraites des tablettes généalogiques de la maison de 



1 Los membres qui ont été admis, sont portes dans le tableau. 
•25 ni 



— 3-26 — 

Goelhals, par le chevalier Pévêque de la Basse-Moûlurie. â de édition, 
in-8°; 1837, Paris, imprimerie LeNormant. 

4. De la Société des Sciences de Zélande le Catalogue de sa 
bibliothèque. In-8° de 119 pages; 1845, Middelbourg, imprimerie 
des frères Ahrahams. 

3. M. le docteur Rieken, médecin du roi des Belges, etc., fait 
hommage à l'Académie de son ouvrage intitulé : Die Eisenhaltigen 
mineralqueUen zu Hambach und Schwollet/, etc. 1 vol. in-8° ; 1840, 
Bruxelles, librairie de Muquardt. 

6. M. le docteur J. L. Kesteloot, ancien professeur à l'Université 
de Gand, fait hommage à l'Académie de son Éloge de Boerhaavc, 
couronné par la Société hollandaise des Beaux-Arts et Sciences 
d'Amsterdam. ln-8°; 1825, Leyde , imprimerie de Dumortier. 

7. Le même savant offre à l'Académie sa Notice sur une peinture 
ancienne découverte à Nieuport. In-4°, extraite du tome XVII des 
mémoires de l'Académie royale de Bruxelles. 

8. M. l'abbé Michot , directeur du Musée d'histoire naturelle de 
Mous, etc., fait hommage à l'Académie de sa Flore du Hainaut. 
1 vol. in-8° avec planches ; 1845, Mons, imprimerie de Masquillier. 

9. M. le baron Léon de Herckenrode tait hommage à l'Académie 
de deux nouvelles livraisons (5" et 4 e ) de sa Collection de lombes, 
épilaphes et blasons , recueillis dans les églises et couvents de la 
Hesbaye, etc. Nous avons annoncé les deux premières livraisons 
de ce recueil, qui s'imprime chez Gyselynck à Gand. Dans ces 
deux nouvelles livraisons, nous avons remarqué un fragment 
généalogique de l'ancienne maison patricienne Van Nés , portant 
d'argent au chef emmanche de trois points de gueules, et dont le 
nom s'écrit indistinctement : Van Ess, Van Es , Van Nesch et 
Van Nés. Une généalogie de cette famille a été dressée par Lefort, 
héraut d'armes de la principauté de Liège. Nous y avons également 
remarqué un fragment généalogique de l'ancienne et noble maison 
de Proveneers ou de Provener , portant de gueules au chevron (For, 
chargé de trois merlettes de sable et accompagne de trois ciseaux posés 
deux en chef ', et un en pointe. M. de Herckenrode rapporte que 



— 327 — 

l'orthographe du nom de celle maison a souvent changé, Bttécia- 
leinenl d'après les lieux où habitaient ses membres; c'est ainsi, 
dit-il, qu'au pays tlamand, i! présente les variantes de Proveners, 
Prevener et Preuoener , et au pays Wallon celles de Provener, 
Provenaire, Previnair et Preoenaire. De celle ancienne et noble 
famille est issu, ajoiile-l-ii, Pierre-Jean-Bapliste Preoinaire, ne à 
Loti vu in le 20 février 1 7 r> r> , qui fut docteur en médecine à 
Bruxelles, auteur d'un mémoire sur les asphixies, ou les danger» 
des enterrements précipités, (mémoire couronné par l'Académie de 
Bruxelles) , et d'une brochure intitulée : /' Empirisme dévoilé. 
Ce savant médecin épousa Jeanne Cour tin, portant de gueules </ 
l'aigle d'or, et dont Eugène-Joseph Preoinaire, administrateur- 
général au ministère de l'intérieur des Pays-Bas sous le roi 
Guillaume I, actuellement rentier à Bruxelles. 

Parmi plusieurs autres articles contenus dans les deux dernières 
livraisons du recueil de M. de Herckenrode, on trouve une notice 
généalogique sur l'ancienne et noble maison de Vilters , portant 
de sinople à trois navels d'argent, tiges d'or, et dont jadis plusieurs 
membres occupèrent les premières places dans le magistrat de Léau; 
on trouve aussi des fragments généalogiques des nobles et anciennes 
familles de Cannart cCHamule; de Vorsen ou Frésin; Vander Noot; 
Copis; Van den Pulle; Oyetibrugge; Menten; Borcht, et \un Uam. 

10. M. Willems, membre correspondant, adresse à l'Académie 
la première livraison du volume de 1846 de son recueil : Belgiseh 
Muséum, qui s'imprime chez Gyselynck à Gand. Ce recueil continue 
à mériter les suffrages qu'il a obtenus dès le commencement de 
sa publication. 

H. M. Van Lerberghe , archiviste d'Audenarde , adresse à 
l'Académie la 5 e livraison de son excellent recueil : Audenaardsche 
mengelingen , dans lequel on remarque, parmi plusieurs documents 
d'un haut intérêt, la liste des grands-baillis de la ville et de la 
chàlellenie d'Audenarde depuis 1530 jusqu'à l'arrivée des années 
de la République française, ainsi qu'une quantité de détails 
et de preuves généalogiques regardant les nobles el anciennes 



528 — 

familles de Lalamg , de Rechem , d'Anssins , cTËggrenioride 
van der Werve, de Vaernewyck, van der Meere, de Chasteler, 
Cabiliau, van der Banck, Quevyn, de la Bonne, de la Dense 
van der Moten , Courtewille, de Kenlorghem, van der Heyden 
dite de la Bruyère el de Bylandl. Il s'y trouve, concernant 
cette dernière famille, alliée à celle de van der Ilryden, des 
fragments généalogiques et des actes de partage de bien, passes 
devant le magistrat d'Audenarde le 28 mai 1775. 

12. M. Visseliers, curé de St-André à Anvers, membre effectif, 
fait hommage à l'Académie d'un ouvrage intitulé : Maria Stuart, 
etc. 1 vol. in-8°. 1846, Anvers, imprimerie de P. .1. Van Aarsen. 
C'est une histoire très-bien faite de la vie de celle infortunée 
princesse. On y remarque également une notice intéressante 
sur le portrait de Marie Stuart el sur le monument de ses deux 
dames d'honneur, Barbe Monbray et Elisabeth Curie, qui existe 
à l'église de St-André à Anvers. 

15. M. P. F. Van Kerckhoven, membre correspondant, fait 
hommage à l'Académie d'un nouvel ouvrage, plein de charme et 
d'intérêt, qu'il vient de publier sous le titre de Gedichten en 
Balladen. I vol. in-8'\ 1846, imprimerie de J.-E. Buschmann. 

14. La Société des Antiquaires de Picardie adresse à l'Académie 
la première livraison de son Bulletin pour l'année 1846. 

15. M. le docteur Broeckx, archiviste-bibliothécaire, fait hom- 
mage à l'Académie de sa Notice sur l'invention du forceps, In-8% 
1846, Bruxelles, imprimerie de Dumortier. 

16. M. le docteur de Meyer, membre correspondant, fait hom- 
mage à l'Académie de sa Notice sur Pierre Lanbiot , chirurgien 
pensionné de l'hôpital, de la ville et du franc de Bruges. In-8", 
1846, Bruges, imprimerie de F. de Pachtere. 

17. M. De Meyer adresse également à l'Académie son Disours 
prononcé à /' inauguration du monument de Thomas Montanus (van 
den Berghe), à Dixmude, le 24 juillet 1845. In-8", Bruges, impri- 
merie de F. De Pachtere. 

18. M. le docteur Van Swygenhoven, membre correspondant . 



— 320 — 

adresse à l'Académie les Statuts de l'Union médicale. ïn-8 , 
Bruxelles, imprimerie de Parent. 

I!). M. le docteur Valiez l'ail hommage à l'Académie d'une 
brochure intitulée : Nouvelle méthode de guérir l'ophthalmie puru- 
lente contagieuse. li»-S°, I8i(i, Bruxelles, imprimerie de Verleneuil. 

20. M. Eugène de Kerckhove , membre correspondant , fait 
hommage à l'Académie d'une production intitulée : Situation et 
Avenir, simples réflexions historiques et politiques. ln-K", loi pages; 
I84(i, Anvers, imprimerie de L. J. De Cort. Sommaire : I. Physio- 
nomie générale de l'époque. — Avançons-nous on reculons-nous' 
— Montons-nous on descendons-nous? II. Inconvénients inhérents 
à l'état actuel de la civilisation. — Concurrence excessive. — 
Menaces du paupérisme. — Tendances sensnalistes; affaiblissement 
qui en résulte. — Exagération de l'individualisme. — Progrès 
du doute. — Déconsidération du pouvoir. — Que la religion 
chrétienne peut seule remédier aux inconvénients actuels et écar- 
ter les danger à venir. III. Qu'est-ce que le christianisme dans 
l'histoire du monde? Révolution du IG U siècle, ses causes et 
ses conséquences. — Nouvelle phase du catholicisme. IV. Les 
droits et les devoirs de l'état en l'ait de religion, découlent de 
ces deux considérations: l°que le christianisme est un progrès 
acquis à l'humanité; 2° que la religion est un moyen social. — 
L'état ne doit pas entrer dans le temple, et le piètre ne doit pas 
en sortir. V. Situation particulière de la Belgique. — Partis qui 
la divisent. — Conclusion. 

Si. M. Alfred Michiels, membre correspondant, fait hommage 
à l'Académie du 2 e volume de son Histoire de ht peinture flamande 
et hollandaise. In-8°, 1845, Bruxelles, imprimerie de Van Dale. 

22. La Régence d'Anvers fait cadeau à l'Académie du Catalogue 
méthodique de la bibliothèque publique de la ville d'Anvers. 2 gros 
volumes in-8°, I84fi, Anvers, imprimerie de Ivlm. L.-P. de la 
Croix. 

25. M. le docteur Jaeger, président de la Société d'histoire 
du Palatinat, membre correspondant, l'ait hommage à l'Académie 



">ao — 



de la colleclion des travaux publiés par cette société, qui sont 
du plus haut intérêt. 

24. Le même savant offre à l'Académie un ouvrage intitulé: Die 
Régiments- Ver fassung der freien lieichsiad Speier,vU\ Yongeorg Ii<i>i. 
2 vol. in-4'\ 1844, Spire, imprimerie de Daniel Kranzbuhler. 

25. M. le baron de Stassart, membre honoraire, adresse à 
l'Académie une brochure intitulée: Rapports faits par Messieurs 
le baron de Stassart, Gachard et Borgnet, à la classe des lettres 
de l'Académie royale de Belgique sur le mémoire présenté par 
M. Gustave Guillaume, capitaine, etc., sur l'historié de l'organi- 
sation militaire en Belgique, depuis Philippc-le-Hardi jusqu'à 
l'avènement de Charles-Quint, en temps de guerre comme en 
temps de paix. In-8% 1846, Bruxelles, imprimerie de M. Hayez. 

2<>. M. Poireau, membre correspondant, adresse à l'Aca- 
démie un mémoire sous le titre de Recherches sur la ville d<' 
Maeslricht et sur ses monnaies, qui obtient, à juste titre, tin accueil 
distingué de toutes les personnes qui s'occupent d'archéologie et 
de numismatique. In-8°, 1846, Bruxelles, chez A. Van Dale , 
libraire- éditeur. 

27. L'Académie reçoit la feuille de correspondance de la Société 
des Sciences naturelles de Prusse rhénane : Correspondenzblall 
des naturhistorischen Vereins fur die prcussischen Rheinlande, n° I 
bis 15. in-8°, 1846, Bonn, imprimerie de G. Georgi. 

28. L'Académie reçoit également l'important travail qu'a publié 
la Société des Sciences naturelles de Prusse rhénane de M. le 
docteur M. Debey , médecin d'Aix-la-chapelle, portant pour titre : 
Beitrage zur lebens-und entwicketungsgeschichte der Rùsselkdfer aus 
der famille der Attelai iden. in-4°, 1846, Bonn, imprimerie de Henri 
Cohen. 

29. iVl. J. Gaillard fait hommage à l'Académie de son intéressant 
recueil intitulé: Recherches historiques sur la chapelle du Saint-Sang, 
à Bruges, avec une description détaillée de tous les monuments 
archéologiques qu'on y admire. Ouvrage supérieurement imprimé 
et orné de 35 planches, dessinées avec le plus grand soin par le 



— 551 — 

même. 1 vol. de 312 pages in-8°, 1846, Bruges, imprimerie de 
M. J. Gaillard. 

50. M. Charlé de Tyberchamps, membre correspondant, adresse 
à l'Académie quelques doenuieuls manuscrits, parmi lesquels ><• 
trouve la liste suivante des personnes qui ont desservi la place de 
Bailli deHannut, depuis le 14 novembre 1-450 : 

1° Jehan Duchastel. 

2° Gilles de la Tour. 

5° Hubert de Halloy. 

1° Buuduin Henry. 

5° Gilles de la Tour. 

6° Jehan Domarlin. 

7° Jacques de Glynies. 

8° Antoine de Glymes. 

9° Guillaume de Monbeecke par lettres-patentes de IS43. 
Au chœur de l'Eglise paroissiale d'OITus (village près de Jodoigne) 
on lit sur une tombe qui date de l'an 1556, l'inscription qui suit : 
Cy vénérable Franchois Dommartin, escuyer Baillif de llunnut , 
et damoiselle muguerite de Glymes , sa Compeigne. 

10° Godefroid de Viilers par lettres-patentes de 1556. 

1 1° Guillaume de Viilers. 

12 e Guillaume de Monbeecke par lettres-patentes de 1605. 

13° Jean de Monbeecke par démission de son frère et par lettres- 
patentes de I6Î8. 

\A° Massin de PAbaye. 

i5° Christophe Pinart * par lettres-patentes de lt;;>0. 

16° Jean-Henri Radarl auquel succéda son fils. 

17° Ferdinand-Antoine Radart par lettres-patentes de 1695. 

t8° Jacques Denis, natif de Bruxelles, premièrement desservant 
pendant la minorité de Ferdinand-Antoine Radart, et par 
la démission duquel il obtint la place par lettres-patentes 
de H30. 

i II avait épousé Marie Dissa. 



19° Jacques-François Denis, fils du dit Jacques, par lettres- 
patentes de 1757. 

20. Gery-Dieudonné Denis, son fils, par lettres-patentes de 1781, 
qui épousa Anne-Elisabeth Bieven , native de Hougaerden, 
qui se maria en secondes noces avec Henri-Joseph Sinael — 
elle vit encore. Copié à Hannut, le 14 août 1844. 

51. M. le chanoine de Ram, conseiller, adresse à l'Académie son 
intéressante Notice sur un sceau inédit de Godefroid de Bouillon. 
In-8°, extraite des Bulletins de l'Académie de Bruxelles. 

52. M. le graveur Ilart, membre correspondant, fait hommage 
à l'Académie de trois nouvelles médailles, frappées à l'occasion 
1° du dernier voyage de la reine d' Angleterre en Belgique; 2° de la 
pose de la première pierre à la galerie de St.-Hubert de Bruxelles; 
5" de ï inauguration du chemin de fer franco-belge. On ne sait réelle- 
ment ce qu'il faut le plus admirer dans cet habile artiste, sa 
puissante activité, la hardiesse de sa conception, ou bien le fini et la 
richesse de l'exécution : chaque événement qui intéresse notre pays 
devient un monument entre les mains de M. Ilart, et chacun de ces 
monuments est un chef-d'œuvre. 

55. M. le baron de Stein d'Altenstein , membre correspondant, 
fait hommage à l'Académie de son Supplément à l'Armoriai du 
royaume de Belgique, que nous avons recommandé plusieurs fois. 

54. L'Académie reçoit exactement le bulletin médical de Madrid , 
publié sous la direction du docteur Escolar, membre correspon- 
dant; la gazette médicale belge, rédigée par les docteurs Van 
Meerbeeck et Van Swygenhoven, membres correspondants; les 
Annales de la Société de Médecine d'Anvers, et le Messager des sciences 
historiques , etc. 



ERRATA. 



Page 142, ligne 50, lisez puis au lieu de près. 

Page 1 14, ligne 17, lisez Masnuy au lieu de Musmuy. 

Page I 19, ligne 11, lisez 1770 au lieu de 1789. 



Suite au Tableau général des Membres 

DE 

DE BELGIQUE. 

(Voir la première livraison de ce volume). 



membres correspondante. 

MM. 
tlOOMANS, (jean -Baptiste-Nicolas emile), docteur en droit, membre de plusieurs 

sociétés savantes, à Anvers. 
HERCKENRODE, (le baron léon de), généalogiste, à St.-Trond. 
HULST, (félix van), homme de lettres, membre de plusieurs sociétés savantes, 

à Liège. 
KKSTELOOT, (le docteur j. l.), professeur émérite de l'Université de Gand . 

membre de plusieurs académies et sociétés savantes. 
LERBKRGHE (van), archiviste d'Audenarde, etc. 
MIGHOT, (l'abbé n. l.) , directeur du musée d'histoire naturelle de Mons, 

membre de la Société des Sciences , des Arts et des Lettres 

du Hainaut, etc. 
PERSIGNY, (le comte fiolin de), archéologue, à Paris. 
SCHAEPKKiNS, (arnaut), graveur et archéologue, à Maestricht. 
SIGHEL (le docteur), commandeur et chevalier de plusieurs ordres, membre 

de plusieurs académies et sociétés savantes, etc. , à Paris. 

Membres honoraires. 

MM. 
GOLETTI, (le lieutenant-général) , ministre des affaires étrangères et de la 

maison royale de Grèce , etc. 
NICOLAS, (le docteur) , membre de plusieurs sociétés savantes , etc. , à Paris. 
RIEKEN , (le docteur henri ciiristoph), médecin du roi des Belges, membre d'un 
grand nombre de sociétés savantes, chevalier de plusieurs 
ordres, etc., au palais à Bruxelles. 



- — 554 — 

SALVANDY, (le comte de) , ministre de l'instruction publique en France, etc. 
SANTANGELO, (le chevalier n.), ministre secrétaire d'éfot de l'intérieur pour le 
royaume des Deux-Siciles, grand'eroix el commandeui 

de plusieurs ordres, etc, 
SIEBOLD, (le baron ru. fr. i>e) , docteur en médecine, professeur d'histoire 
naturelle à l'université de Leyde, membre d'un grand 
nombre d'académies el sociétés savantes, président de la 
société royale d'Horticulture des Pays-Bas, chevalier de 
plusieurs ordres, etc. 

Membres clécéilés » 

(depuis la dernière Séance générale de l'Académie). 

MM. le comte de Liedekerke-BeaufFort ; le baron Van den Sleen de Jehay, 
ministre plénipotentiaire, et Willems, de Gand. 



TONGRES ET SES MONUMENTS, 



pah M. PERREAU, 
Membre correspondait de l'Académie. 



ÉPOQUE B.OMAIITE. 



IiïïBODLCTION. 

L'origine de la ville de Tongres étant intimement liée avec celle 
de ses plus anciens monuments , il est indispensable avant de 
s'occuper de ceux-ci, de jeter un coup d'œil sur les événements 
historiques qui amenèrent la fondation delà ville. 

La Gaule-Belgique fut primitivement habitée et peuplée par un 
rameau de la race Celtique. Ces premiers habitants s'étant affaiblis 
par des guerres intestines et des émigrations continuelles, furent 
assaillis par les peuplades Teutones ou Germaines, qui occupaient 
les contrées situées au-delà du Rhin et qui depuis longtemps con- 
voitaient le territoire celte. Trop faibles pour défendre leur indé- 
pendance, les Gallo-Celtes furent expulsés de leur territoire et 
remplacés par les tribus Germaines. 

Il parait que l'invasion germaine dans la Gaule-Belgique, eut 
lieu plus de 150 ans avant l'ère chrétienne , car on trouve le nom 
-25 ni n 



— 536 — 

de Germains déjà cité à propos de la victoire que remporta sur les 
Gaulois et les Germains réunis, le consul M. Claudius Marcellus, 
l'an de Rome Sol. Ce qui est certain, c'est qu'en l'an 115 avant 
Jésus-Christ , leur établissement dans la Gaule-Belgique, avait 
acquis tant de consistance, qu'ils purent s'opposer avec succès à 
l'irruption des Teutons et des Cimbres qui, à leur tour, venaient 
essayer d'échanger leurs âpres climats, contre des contrées plus 
méridionales i . 

Les conquérants germains établis dans la Gaule-Belgique, étaient 
connus sous le nom collectif de Germains, mais appartenaient à di- 
verses tribus ou peuplades désignées sous le nom de Trêviriens, de 
Ménapiens, de Nerviens, de Centrons, de Grudiens, de Lévaciens ou 
Le vaque s , âePleumosiens, de Gorduniens, à'EburonSyde Cérésiens, 
de Condrusiens, de Peumaniens et dWmbivarites. 

Les Moriris furent les seuls Celto-Gaulois qui continuèrent 
d'habiter la Gaule-Belgique; ils occupaient le territoire qui se 
trouvait entre la Gaule proprement dite et l'Escaut : aussi Pline 
place les limites de la Germanie jusqu'à ce fleuve en ajoutant que 
tout ce qui était au-delà était Germain. 

Lors de l'irruption des Cimbres et des Teutons en l'an 1 15 avant 
l'ère vulgaire, un nouveau peuple se fixa parmi les Germano-Belges. 
C'étaient les Altuatiques : cette peuplade, d'après César, devait son 
origine à un corps de 6000 Cimbres que la grande armée Cimbro- 
Teutonique, lorsqu'elle envahit les Gaules, laissa sur la rive gauche 
du Rhin, pour garder les gros bagages, qui auraient pu entraver la 
marche. Après que les Romains eurent détruit les Cimbres et 
les Teutons, ce corps isolé se vit exposé aux attaques des peuplades 
Germaines et eut à soutenir de longues luttes contre elles; à 
la fin, la victoire couronna les efforts des Attuatiques, ils impo- 
sèrent un tribut annuel aux Éburons et se firent céder une partie 
du territoire de cette peuplade. 

Les Eburons habitaient principalement le pays compris entre 

1 César, Commentaires , liv. I, chap. 1. 



— 337 — 

la Meuse et le Rhin et s'étendaient sur la rive gauche de la Meuse 
jusqu'à la Dyle et à l'Escaut. Ils étaient bornés au nord par l« g 
Ménapiens, au midi par les Segniens , les Condrusieos et les 
Atluatiques et à l'ouest par les Nerviens ; ils occupaient en con- 
séquence le Limbourg, une partie des provinces rhénanes et des 
provinces de Liège, de Brabant et d'Anvers. 

Les Éburons, comme les autres peuplades germaines, avaient le 
séjour des villes en horreur et habitaient des chaumières isolées 
au milieu des forêts. Les Atluatiques qui appartenaient à la race 
Scandinave, avaient des habitudes et des mœurs différentes de 
celles des Éburons; ils habitaient des espèces de villages et grou- 
paient leurs chaumières les uns auprès des autres. Comme ils 
étaient toujours considérés comme étrangers et par suite comme 
ennemis parles peuplades germaines-belges, qui les environnaient, 
cette agglomération de leurs habitations leur était aussi commandée 
par le soin de leur sûreté. C'est probablement pour la même raison 
qu'ils établirent dans le territoire que les Eburons avaient été 
forcés de leur céder, l'oppida ou village fortifié (ÏAttuat ou tfAduat, 
qui devait en cas de défaite ou d'invasion, servir de refuge. Cette 
oppida se trouvait dans les environs de la ville actuelle de Namur. 
Il paraît en outre résulter des récits des historiens romains, que 
les Atluatiques avaient établi une seconde oppida dans le pays 
des Eburons entre la Meuse et le Demer, afin de conserver leur 
suprématie sur cette peuplade et assurer la rentrée du tribut que 
les Attuatiques lui avait imposé. 

Cette oppida à laquelle ils donnèrent le nom d'Alluataca était 
établie dans une situation tellement favorable, que César après la 
conquête, y plaça un des camps permanents dont il jalonna la 
Gaule-Belgique, afin de surveiller les mouvements des peuplades 
germano-belges. 

Les Germains ne jouirent pas longtemps de leurs conquêtes, 
car la possession des Gaules était un des rêves dont se berçait 
l'ambition romaine. Les Romains d'ailleurs désiraient obtenir 
vengeance des invasions gauloises en Italie, qui avaient presque 



— 558 — 

amené la ruine totale de la ville éternelle. Jules César surtout 
désirait faire la guerre aux peuples indépendants de la Gaule et 
les soumettre à la puissance romaine : il espérait que l'éclat de ce 
triomphe et les richesses des Gaulois l'aideraient à obtenir le 
pouvoir suprême à Rome, ce furent ces motifs qui lui firent 
briguer avec ardeur le gouvernement des Gaules Cisalpines, 
Transalpine et de l'Illyrio qu'il obtint l'an 55 avant J.-C, malgré 
les elforts de Pompée et de ses partisans. A peine César fut-il 
installé dans ce gouvernement si désiré, que deux occasions se 
présentèrent successivement pour l'aider à parvenir à son but. 
La première fut l'invasion des Helvétiens dans le pays des 
Éduens, peuple gaulois allié aux Romains. César marcha au secours 
des Éduens, vainquit les Helvétiens et les força de retourner dans 
le territoire qu'ils avaient abandonné, dans l'espoir de pouvoir 
s'établir dans les Gaules. La deuxième occasion qui vint favoriser 
les projets de César, fut l'invasion d'Anoviste, chef d'une confédé- 
ration germaine qui, à l'exemple des peuplades de leur nation 
établies dans la Gaule-Belgique, venaient essayer de conquérir les 
Gaules et envahit une partie du territoire des Eduens et des 
Séquaniens. Ces peuples ne purent supporter longtemps le voisi- 
nage et les exactions du chef des Germains; mais trop faibles pour 
essayer de les chasser seuls, ils appelèrent les Romains à leur 
secours. César profita de cette chance favorable de s'établir sur le 
sol gaulois et accueillit avec faveur les vœux des Eduens et des 
Séquaniens; il marcha contre Arioviste, qu'il rejeta au-delà du Rhin, 
après avoir anéanti la plus grande partie de ces barbares. Sous 
prétexte de protéger les Eduens et les Séquaniens contre de nou- 
velles agressions de la part des Germains, César mit ses troupes en 
quartier d'hiver sur le territoire séquanien. Cette mesure inquiéta 
les peuples germano-belges, qui ne tardèrent point à deviner les 
projets du général romain. Ils convoquèrent une assemblée géné- 
rale, qui eut pour résultat la formation d'une ligue, afin de pouvoir 
résister aux Romains, dont le voisinage devenait dangereux pour 
leur indépendance. La ligue germano-belge, décréta la réunion 



— 330 — 

d'une armée de 300,000 hommes et se prépara à soutenir la guerre 
avec vigueur. César averti de ces résolutions, voulut prévenir lei 
Germano-Belges; il incorpora deux nouvelles légions a son armée et 
marcha vers la Gaule-Belgique. La trahison des Rémois , qui 
malgré leurs serments de défendre la pairie gauloise, s'empressèrent 
de se soumettre au joug romain, fut le premier succès que César 
dut à sa diligence. L'armée gaidoise indignée de la trahison et de 
la lâcheté des Bernois, envahit leur pays et alla assiéger Bihrax, 
leur place d'armes. César accourut au secours de ses nouveaux 
alliés et défit complètement l'armée des confédérés; ensuite il 
franchit leurs frontières et après avoir soumis les peuples qui 
habitaient l'Amiénois, le Beauvoisis, le Vermandois et le pays 
d'Arras, il marcha contre les Nerviens. Cette nation brave et cou- 
rageuse résista avec vigueur aux Romains et put un moment espérer 
de mettre un terme aux conquêtes du peuple-roi, en écrasant 
César et son armée; mais les efforts désespérés des Nerviens, 
durent cédera la tactique romaine; ils lurent vaincus et presqu'en- 
tièrement exterminés. César alla ensuite attaquer les Attualiques 
qui arrivaient au secours des Nerviens. A son approche , les 
Attualiques se retirèrent dans leur oppida d'Aduat et s'y fortifiè- 
rent. Le général romain investit cette retraite, s'en empara et 
réduisit les Attualiques en esclavage, parce qu'après s'être rendus, 
ils essayèrent pendant la nuit, de surprendre le camp romain. 

Cette victoire délivra les Eburons du tribut qu'ils devaient payer 
aux Attuatiques, mais n'améliora point leur sort, puisque le joug 
romain fut bientôt substitué à celui de ces derniers. 

Après la défaite des Nerviens et des Attuatiques, César mit ses 
troupes en quartier d'hiver dans les parties de la Gaule voisines 
des peuples qu'il venait de soumettre et se rendit à Rome, d'où 
le rappella bientôt une confédération formée par les Vénètes et les 
autres peuplades maritimes des Gaides. 11 vainquit ces peuples dans 
un grand combat naval et après avoir détruit leurs vaisseaux, il 
les réduisit à se rendre à discrétion. Ensuite il alla combattre les 
Ménapiens et les Morins, qui seuls parmi les peuples de la Belgique 



— 540 — 

ne lui avaient point envoyé des ambassadeurs, pour se mettre sous 
sa protection et demander l'amitié du peuple romain. La difficulté 
de pénétrer dans leur pays, sauva ces deux nations du courroux de 
César, qui après avoir expérimenté qu'il lui était impossible de les 
poursuivre dans les forêts et les marais où ils s'étaient retranchés, 
dut abandonner son entreprise. 

L'année suivante César marcha contre les Tendres et les 
Usipèdes, peuplades germaines qui venaient d'envahir h; pays 
des Ménapiens et étaient déjà parvenues sur les frontières des 
Eburons et des Condrusiens. César mit ces hordes en fuite et 
résolut de les poursuivre au-delà du Rhin; mais la contenance 
hardie des Germains et la découverte des vastes ressources de 
ces peuples, effrayèrent César et l'engagèrent à repasser le Rhin ; 
il alla ensuite attaquer les habitants de la Grande-Bretagne, après 
avoir chargé ses lieutenants de continuer la guerre contre les 
Morins et les Ménapiens. 

Une apparition sur les frontières des Tréviriens parmi lesquels 
des troubles intérieurs commençaient à se déclarer et une seconde 
invasion dans la Grande-Bretagne, composèrent la cinquième 
campagne de César dans les Gaules; quand elle fut terminée, il 
fit camper ses troupes dans la Gaule-Belgique et le pays des 
Tréviriens : une légion de cinq cohortes sous les ordres de 
Q. Titurius Sabinus et L. Aurunculeius Cotta , fut placée dans 
l'Éburonie. Ces troupes furent reeues sur les frontières par 
Ambiorix et Cativulcus, rois ou chefs des Eburons, qui h s établi- 
rent dans le lieu nommé Attuatuca que les Attualiques avaient 
autrefois occupé et pourvurent abondamment aux besoins de la 
garnison romaine. 

La précaution que César avait prise d'établir ses troupes dans 
le territoire germano-belge, ne fut pas inutile, car les peuples 
belges venaient déjà de conclure une nouvelle confédération avec 
les Tréviriens. Induciomare, un des rois qui gouvernaient les 
Tréviriens, était l'âme de cette entreprise et malgré les menaces 
de César et les otages qu'il avait été forcé de donner aux 
Romains, il avait résolu de délivrer sa patrie du oug romain et 



— 341 — 

avait appelé tous les Belges à le seconder dans celte entreprise. 
Ambiorix, roi d'une partie de l'Éburonie, enflammé par les conseils 

d'Induciomare et par le désir d'anéantir les Romains, résolut <1<; 
profiler de l'absence de César , il appela les guerriers éburons 
sous ses drapeaux et les mena près du camp ô'Attuatuca, mai-, 
comme les Romains l'avait trop bien fortifié pour qu'il put être 
emporté par surprise, il espéra que la ruse l'en rendrait maître. 
Il fit demander une entrevue aux généraux romains et déclara aux 
officiers que Colta et Sabinus lui avaient envoyés, que malgré 
l'amitié qu'il avait vouée aux Romains, il s'était vu forcé par 
ses concitoyens de leur déclarer la guerre. Qu'une vaste conspira- 
lions venait d'être ourdie dans toute la Gaule, pour chasser les 
troupes romaines, qu'une puissante armée germaine arrivait au 
secours de la confédération gauloise et que tous les camps romains 
seraient attaqués à la fois. Que la reconnaissance que les Éburons 
devait à César pour les avoir affranchis du joug des Attuatiques 
et pour leur avoir rendus leurs otages lui faisait un devoir 
d'avertir les Romains et de les engager à se réunir aux autres 
légions avant l'arrivée de l'armée germaine et termina par leur 
promettre qu'ils ne seraient point inquiétés pendant leur retraite 
et que même on leur fournirait des vivres et des secours de toutes 
espèces. Ces nouvelles rapportées dans le camp d'Ail uatuca y 
excitèrent des sentiments divers: Cotta qui se méfiait des Germano- 
Belges voulait rester dans le camp et s'y tenir sur la défensive tout 
en faisant connaître à César la position critique dans laquelle 
ils se trouvaient. Sabinus au contraire croyait à la sincérité 
d' Ambiorix et opina de suivre les conseils du rusé Kburon ; son 
avis prévalut dans le conseil de guerre et l'on se décida d'évacuer 
le camp au point du jour. Parvenu à quelques milles du camp, 
au milieu d'un défilé couvert d'arbres, les Romains furent subite- 
ment attaqués par Ambiorix, Pavant-garde surprise et se fiant 
aux promesses d'avoir la vie sauve, mit bas les armes et fut 
massacrée ainsi que Sabinus qui la commandait. Colla et les autres 
troupes ne crurent point aux assurances des Eburons et se 



— 342 — 

défendirent plusieurs heures; mais ces troupes succombèrent à la 
fin sons le nombre et Cotta partagea le sort de Sabinus. Quelques 
hommes parvinrent à peine à retourner à Attuatuca où se voyant 
investis par une multitude féroce et hors d'état de se défendre, 
ils se donnèrent la mort; d'autres plus heureux parvinrent à 
travers mille dangers à se rendre au camp de Labienus, établi dans 
le pays rémois, et lui annoncèrent cette catastrophe qui coula 
plus de 7000 hommes aux Romains. Ambiorix après le massacre 
des troupes romaines, se rendit en toute hâte dans le pays des 
Attuatiques et des Nerviens et parvint à soulever ce qui restait 
de ses habitants par le récit de sa victoire et alla ensuite assiéger 
le camp de Cicéron, placé sur le territoire nervien. Cicéron ne se 
montra pas aussi crédule que Sabinus, malgré qu'Ambiorix lui 
répéta le même récit qui avait trompé ce malheureux général et 
quoique surpris par une agression si subite, il repoussa les assauts 
que les Belges livrèrent à son camp et parvint à instruire César de 
la détresse dans laquelle il se trouvait. César dès qu'il eut reçu le 
message de Cicéron, rassembla ses troupes et vola à son secours : 
attaqué pendant sa marche par les Éburons, il les tailla en pièces 
et les mit en déroute complète ; il se rendit ensuite au camp de 
Cicéron et ne put s'empêcher d'admirer les travaux de circonvalla- 
tion que les Éburons avaient élevés pendant le siège et qui prou- 
vaient que les leçons des Romains n'avaient point été stériles. 

Labienus informé de l'arrivée de César au camp de Cicéron, 
attaqua lesTréviriens et les poursuivit jusqu'aux bords de la Meuse, 
où Induciomare fut tué avec un grand nombre de ses partisans. 
César marcha ensuite contre les autres nations germano-belges, 
qui étaient entrées dansladernière confédération, et après les avoir 
soumises, il résolut d'exterminer les Éburons : pour les punir de 
leur trahison, il mit leur pays à feu et à sang et ne voulant pas 
exposer ses soldats dans les marais et les forêts impraticables, où 
les Éburons s'étaient réfugiés avec leurs familles , il appela les 
Sicambres en deçà du Rhin, en leur promettant le pillage de 
l'Éburonie. Les Éburons furent anéantis; Ambiorix parvint à 



— 343 — 

échapper à la vengeance romaine et son collègue Culivulcus, se 
donna la mort par le poison. 

Pendant que César poursuivait les Eburons, le camp d'Atuatuca, 
où se trouvait Cicéron, chargé de la garde des bagages de l'armée, 
manqua d'être le théâtre d'une nouvelle catastrophe. Un des corps 
sicambres qui étaient appelés a dévaster l'Éburonie, arriva dans 
les enviions d'Attuatuca : \\u prisonnier éburon qui foulait venger 
ses compatriotes, fil entendre à ces pillards, qu'au lieu de 8e con- 
tenter de parcourir un pays déjà dévasté, ils pourraient s'enrichir 
tout d'un coup, en s'eni parant de tout le butin que les Romains 
avaient fait sur les Eburons et qui se trouvait déposé dans le camp 
d'Attuatuca. La garnison romaine qui ne s'attendait à aucune 
attaque, manqua d'être surprise par les Sicambres ; mais son 
énergie et sa discipline les sauva; des secours leur furent envoyés 
et les Romains se virent alors en état de reprendre l'offensive et de 
forcer les Sicambres à repasser le Rhin. 

Après la destruction des Eburons, César parvint à soumettre 
toutes les peuplades gauloises au joug romain, et après avoir assuré 
leur soumission , il partit pour l'Italie, après avoir consacré neuf 
ans à la conquête des Gaules. 

La guerre civile qui éclata entre César et Pompée, après le 
retour du vainqueur des Gaules en Italie et ensuite celle entre 
Marc-Antoine et Octave, qui ne se termina qu'en l'an 31 avant 
Jésus-Christ , par la bataille d'Actium , ne laissèrent pas aux 
Romains le loisir de s'occuper de la Gaule : ce ne fut que lorsque 
Auguste fut affermi comme empereur, qu'il put songer à organiser 
les contrées que l'épée de César avait réunies au colosse romain. 

Pour consolider la domination romaine dans la Gaule-Belgique, 
Auguste envoya dans cette contrée Drusns, avec la mission de faire 
garnir la rive gauche du Rhin et les bords de la Meuse, de forte- 
resses, dont les garnisons devaient à la fois surveiller les mouve- 
ments des Gcrmano-Relges et s'opposer aux invasions des Ger- 
mains. On pense généralement que c'est alors que le camp retran- 
ché d'Attuatuca, fut converti en forteresse ou castellum 



— 344 — 

Après avoir organisé la défense de cette frontière de l'empire , 
Auguste pour repeupler les pays des Eburons, des Attualiques, des 
Ménapiens et des iNcrviens, dont la plupart des habitants avait été 
égorgés par des troupes de César et les hordes sicambres, qui 
vinrent à leur suite, accueillit avec faveur les demandes de quel- 
ques peuples germains, qui désiraient d'être reçus sur le territoire 
romain. Il plaça les Ubiens dans l'Enlre-Meuse et Rhin et les 
ïungri ou Tongrois et les Toxandres obtinrent le reste du territoire 
qui n'était point occupé par les Ubiens. Les Tongrois occupaient 
la province actuelle de Liège et une partie de celle de Brabunl, 
de Limbourg et de l'Entre-Meuse et Rhin, les Toxandres habitaient 
une partie des provinces de Limbourg, d'Anvers et du Brabant 
septentrional. 

Les principaux d'entre les Tongrois , vinrent grouper leurs 
habitations autour du castellum d'Altuatuca et la ville qu'ils 
fondèrent, prit d'eux le nom d'Atuatuca-Tongrorum. 

Dans la division que fit Auguste de la Gaule-Belgique, Altuatuca 
fit partie de la province germanique et devint la ville principale 
de la Tongrie. 

Quand la Gaule-Belgique fut repeuplée par les tribus germa- 
niques, on sentit le besoin d'y établir des routes à traversles 
marais et les forêts qui couvraient le sol belgique. Agrippa, préfet 
des Gaules (de l'an 27 à 25 avant Jésus-Christ) fit commencer la 
construction des voies romaines, qui sillonnèrent les Gaules et 
mirent ces provinces éloignées en relation avec la ville éternelle. 
Auguste en permettant aux Tongrois et aux Toxandres de s'établir 
dans la Gaule-Belgique, leur accorda la conservation du titre de 
peuples libres et les laissa se régir par leurs lois et leurs chefs 
nationaux, à la seule condition de veillera la défense de la fron- 
tière septenlrionale de l'empire et à servir dans les armées romaines 
comme troupes auxiliaires. Une cohorte de Tongrois fit même 
partie de la garde germaine des empereurs. 

Les Tongrois servirent avec fidélité les empereurs romains : ce 
ne fut qu'à l'époque de la révolte de Civilis qu'ils oublièrent 



— 545 — 

leurs serments. Ce chef batave parvint à leur Faire abandonner les 
drapeaux de Claudius Labeo avec lequel ils défendaient l<- ponl 

Mosœ et à les réunir à son armée. 

Attuatuca Tongrorum s'agrandit rapidement à l'ombre dei 
enseignes romaines : Plolomée qui vivait vers 140 après J.-C, la 
cite comme ville et même comme la seule ville do la Gaule-Belgique; 
la carte de Penlinger qui date do l'an 250, la marque du signe 
des villes importantes et Ammien Marcel lia renchérit encore sur 
ces écrivains en la mentionnant comme une des plus grandes et des 
mieux fortifiées de ces contrées. 

La Gaule-Belgique continua de prospérer et de jouir du calme, 
tant que les armées romaines restèrent assez puissantes pour sur- 
veiller et repousser les attaques des tribus germaines d'au-delà du 
Rhin; la mort de Constantin en 557, mit un terme à ses prospérités. 
Pendant les querelles et les guerres qui éclatèrent entre ses fils, 
la confédération francke jugea le moment arrivé pour envahir 
les Gaules et lança des essaims de barbares sur nos contrées : ils 
s'emparèrent d'une partie de la Tongrie et de la Toxandrie et 
en demeurèrent paisibles possesseurs, jusqu'au moment où Julien 
fut nommé préfet des Gaules par l'empereur Constance en 557. 
Apprenant les ravages que les Francks commettaient impunément 
dans son gouvernement, il résolut d'y mettre un terme, quitta 
Lutèce, réunit son armée et se rendit à ïongres, où bientôt arri- 
vèrent des envoyés francks, pour le conjurer de les laisser paisi- 
blement occuper le territoire romain et lui promettant de s'abstenir 
dorénavant de toutes hostilités; mais Julien qui voulait inspirer 
à ces barbares, une teneur salutaire, renvoya sans réponse les 
ambassadeurs et fondit avec ses troupes sur les Francks qu'il 
força de se rendre à discrétion; il enrôla une partie des guerriers 
de cette peuplade parmi ses légions et accorda au reste de la 
tribu l'autorisation d'habiter la Toxandrie. 

En 585 (ou 588 selon d'autres auteurs) , les Francks ripuaires 
unis aux autres tribus germaniques d'Outre-Rhin, profilèrent des 
troubles de l'empire pour envahir la Gaule-Belgique, qu'ils mirent 



- 316 — 

à feu et à sang. Tongres fut saccagé ainsi que Bavai , et ces villes ne 
se relevèrent plus de leurs ruines, pendant l'époque romaine. 
Lorsque les Romains eurent chassé les barbares, le gouverneur des 
Gaules ne restaura point le Castellum d'Altuatuca Tongrorum, 
mais il éleva une nouvelle forteresse àLagium (Lowaige sur le Jard, 
située à 2 lieues de Tongres). Les Romains occupèrent cette nou- 
velle position fortifiée, jusqu'au moment oii ils furent définitivement 
chassés de la Tongrie, par les Francks Saliens et Ripuaires réunis. 
Ces nouveaux envahisseurs obtinrent la cession définitive de la 
Gaule-Belgique, par le traité qu'ils conclurent en 445 avec Aëtius, 
gouverneur des Gaules. 

2. Voies de communications. 

Un des plus anciens monuments romains de la Belgique, c'est la 
chaussée qui passait par Tongres, en se rendant de Bavai à 
Cologne, destinée à relier la frontière rhénane à l'intérieur de 
l'empire romain. Cette chaussée traversait les principaux campe- 
ments établis dans la Gaule-Belgique, et qui, grâce à cette voie de 
communication, ne tardèrent point à se métamorphoser en villes 
importantes. On voit par l'itinéraire d'Antonio, quelle influence 
bienfaisante, les voies romaines construites en Belgique par 
Agrippa et qui furent commencées sous le \\ e consulat d'Auguste, 
(25 ans avant Jésus-Christ), selon l'inscription découverte en 1677, 
près du village de Quarte sur la Sambie, eurent sur la prospérité 
du pays, puisqu'on 250, époque où cel itinéraire fut composé, les 
voies romaines qui traversaient nos provinces, étaient déjà bordées 
d'espaee en espace de stations importantes, qui avaient pris la place 
des forêts séculaires et des fondrières, dont le pays était couvert 
auparavant. 

D'après l'itinéraire d'Antonin, la principale route ou voie militaire 
de la Belgique, partait de castellum morinorum (Cassel) , et allait 
aboutira Colonia Agrippinensis (Cologne) en passant par Minariacum 
(Estiaire sur la Lys); Nemetacum (Arras) ; Camarastm (Cambrai),' 



Ul 



Bagacum (Bavui); Vodgoriacum (Vaudré près de Binclic); Gi-minia- 
cum (Gemblours) ; Perniciacum (Perwez) ; Aduacum Tongrorum 
(Tongres); Coriocallum (llavensbosch près de Fauqnemont) ; Julio- 
cum (Juliers). 

L'itinéraire fixe ainsi les distances entre ces diverses station : 

A Caslellum Coloniam usque MP. CLXXIl. 

Perniciacum XXII 

Aduacam. 

Tongrorum XIV 

Coriocallum XVI 

Juliucum, XVIII 

Coloniam XVIII. 

La carte Théodosienne, plus connue sous le nom de carie de 
Pcutingcr, décrit la même route avec quelques changements. 
D'après celle carte la voie militaire se dirigeait de Camararo 
(Cambrai) sur llermoniacum (qu'on croit être le village de Somain 
entre Cambrai et Bavai), ensuite sur Hagacum Xerviorum , Vogo- 
dorgiaca, Gemino Vico , Pernaco , Atuaca, Cortovallio, Juliaco et 
Agrippina. 

La carte de Peutinger fixe les distances entre les stations de la 
manière suivante : 



Minariacum . . 


. m\ 


XI 


Nemetacum. . . 


. 


XVI II 


Cumaracum. . . 




XIV 






XVIII 


Vodgoriacum . . 


. 


XII 


Geminiacum . . 


. 


X 



Camaraco XI 

llermoniacum XL 

Bagaco Ner XII 

Yogodorgiaco XVI 

Geminico Vico XLIII 



Pernaco XVI 

Atuaca XVI 

Cortovallio XII 

Juliaco XVIII 

Agrippina XVIII. 

On trouve une différence marquante dans les distances indiquées 
par l'itinéraire d'Ànlonin et celles données par la carte Théodosienne 
entre Camaraco et Colonia Agrippina. Je pense que ces différences 
de distances proviennent d'erreurs commises par les copistes de 
ces anciens documents et qu'il faut faire quelques corrections aux 
distances données par la carte Théodosienne en corrigeant le 



— 548 - 

nombre XL marqué entre Hermoniacum et Bagaco en XI et celui de 
XLIII marqué entre Vogodorgiaco et Geminico Vico en XIII; la 
distance totale entre ces stations se rapproche beaucoup, car on 
trouve alors selon l'itinéraire CXLII milles et selon la carte de 
Peutinger CXLIII. 

Il est à regretter que lors de la trouvaille faite àTongres en 1817, 
d'une colonne miliaire octogone, on n'ait pas trouvé les autres 
morceaux de cet intéressant monument. Le fragment trouvé offre 
trois faces qui contiennent deux itinéraires de voies germano- 
gauloises, savoir : de Rimagen à Worms et de Beauvais à Amiens, 
et une partie d'un itinéraire partant de Cassel, traversant Arras et 
dont le reste manque: ce dernier itinéraire pourrait fort bien être 
celui de Cassel à Cologne mentionné par l'itinéraire d'Antonin. 
Si l'on possédait la suite de ce dernier itinéraire et ceux qui 
probablement se trouvaient tracés sur les cinq autres faces de la 
colonne miliaire, on aurait pu vérifier et contrôler les distances et 
les dénominations des stations indiquées dans l'itinéraire d'Antonin 
et la carte de Pœutinger , et corriger les erreurs des copistes. En 
4845, le gouvernement a fait faire quelques fouilles à Tongrcs 
pour rechercher les fragments de la colonne qui manquent , 
mais ces tentatives ont été infructueuses par le peu de suite donné 
aux travaux d'excavation; il serait à désirer que l'on fit de nou- 
velles fouilles sur une échelle plus étendue et qu'on mit plus de 
persistance quand les travaux seront commencés. 

La roule militaire romaine traversait Tongres dans la direction 
delà porte actuelle de St-Trond jusqu'à celle de Maestricht en 
longeant le castellum. La partie qui allait vers Cologne sortait par 
la porte de Maestricht et se dirigait vers la droite de la route 
actuelle de Maestricht, entre le Jard en contournant les hauteurs: 
il ne reste plus de traces de cette partie de la roule, sauf dans les 
environs de Maestricht où plusieurs tronçons de chemins portent 
encore le nom de Romeinsche baan ; mais le cimetière romain 
découvert en 1845, hors de la porte de Maestricht, et les deux 
lumulus qui y existaient autrefois, sont des preuves de la direction 



— 549 — 

de la voie romaine, car l'on sait que les Romains plaçaient 
toujours leurs cimetières sur le bord des grandes routes. 

La partie de la route qui se dirigeait vers Bavai , côtoyait en 

sortant de la porte de St-Trond, la route actuelle, et se dirigeai! 
vers le village actuel de Koninxheim, eu longeant les deux tomnlns 
qu'on voit encore dans cette direction, se rendait de Roninxheim 
à Lowaige, traversait Oreye et en passant près des tnmulns de 
Tirlemont, se dirigeait sur Bavai. 

La direction de cette partie de la route romaine, ne peut laisser 
aucun doute, car le chemin actuel d'Oreye, porte encore le nom de 
Romeinsche Weg ou Romeinsche Kassy , et en faisant des réparations 
à ce chemin, on a trouvé à diverses reprises des antiquités romai- 
nes et beaucoup de médailles; d'ailleurs c'est dans cette direction 
et près delà porte de St-Trond, qu'on trouva en 1817 le Fragment 
de la colonne miliaire et un peu plus loin une superbe statuette 
en bronze de Priape, avec son piédestal: ces deux objets font 
maintenant partie du cabinet d'antiquités du roi des Pays-Bas. 

Près de cette partie de la route, et au sortir de la ville, se trouve 
une élévation de terre, à laquelle on donne le nom de Zeedyken 
(digue de mer ou digue du lac). Beaucoup de fables ont été débitées 
sur cette digue; quelques crédules chroniqueurs ont écrit qu'au- 
trefois la mer s'avançait jusqu'aux murailles de Ton grès et que 
cette élévation lui servait de digue contre la fureur des vagues; 
d'autres prétendait qu'elle soutenait un canal qui se rendait de 
Tongres à Anvers. L'origine la plus probable de cette levée, est 
qu'elle était destinée à protéger la voie romaine, qui passait à ses 
pieds, contre l'infiltration des marais, qui s'étendaient autour de la 
source minérale de Pline et qui auraient autrement couvert la route 
et envahi les terrains se trouvant entre la ville et l'enceinte 
extérieure. Ces marais se reconnaissent encore dans les terrains 
humides qui s'étendent entre les routes de St-Trond et de Hasselt, 
au milieu desquels jaillit maintenant la source ferrugineuse, 
connue sous le nom de fontaine de Pline, parce que cet auteur a 
mentionné ses vertus médicales. 



— 550 — 

Celte fontaine minérale au sujet de laquelle des flots d'encre 
ont été répandus par les érudits belges qui contestaient ou soute- 
naient son identité, jaillissait autrefois sur l'Ysserbron, monticule 
située près des remparts; son bassin fut obstrué par des décombres 
lors de la démolition d'une partie des remparts de Tongres ordon- 
née par le duc de Bourgogne Charles-le-Téméraire, après qu'il se 
fut emparé de cette ville en 1468. La source se fraya alors une 
voie souteraine et vint surgir à l'endroit où elle se trouve actuel- 
lement. 

La tradition rapporte qu'anciennement il existait des bains sur 
l'Ysserbron, destinés à recevoir les soldats romains qui venaient 
demander à la source ferrugineuse la guérison de leurs maux , 
cette tradition a été confirmée par les fouilles que fit faire vers la 
fin du dernier siècle, M. Van Muyssen , de Tongres, et qui 
enrichirent son cabinet archéologique d'une grande quantité 
d'urnes, de statuettes, de lampes, de patères, de fioles, de styles 
et de médailles. 

Fortifications. 

Les fortifications que les Romains élevèrent à Attuatuca 
Tongrorum, sont la preuve de l'importance qu'ils attachaient à 
cette position militaire. 

Par les débris de murs et les murailles qui existent encore, on 
reconnaît que la forteresse d'Attuatuca était défendue par trois 
enceintes distinctes qui se soutenaient mutuellement. 

La première composait le Castellum proprement dit, qui s'éle- 
vait au sommet de la colline où la ville de Tongres est construite 
et qui était longée par la chaussée de Bavai à Cologne, dans son 
parcours à travers la ville. Les restes des murs d'enceinte du 
Castellum que les diverses fouilles occasionnées par les bâtisses 
d'édiûces ont mis à découvert, semblent attribuer à ce Castellum 
une forme rectangulaire et prouvent qu'il occupait une étendue 
assez considérable, puisqu'il occupait une partie de la rue de 




L 



— zr>\ — 

Maestrieht, de deux places du marché, «le la place nommée 
Vrytholî et remplacement de l'église collégiale. 
La construction d'une maison près de l'église Notre-Dame, an* 

encloîtres à Tongres en 1844, a fourni plusieurs renseignements 
sur l'ancien Castellnm : d'abord le creusement des fondements a 
fait trouver d'épaisses et solides murailles, dont la direction con- 
firme la forme rectangulaire, assignée au Caslellum, et une citerne 
profonde dans les murs de revêtement de laquelle on découvrit 
une pierre tumulaire représentant deux anges ou génies ailés, 
soutenant un cartouche qui portait l'inscription suivante : 

D. M. 

NEPOS SILVINI FIL 

SIBI ET VELMADAE 

GANGUSSOiMS FIL 
UXORl OBITAE. V. F. 

On trouva encore prèsdesmursd'enceinte,une muraille composée 
de tuiles romaines, superposées et reliées par du ciment, qui 
servit probablement à fermer une brèche faite au mur principal, 
et à former un retranchement provisoire. Autour des restes de 
murs on découvrit une épée sans poignée et rongée par la rouille, 
et plusieurs médailles romaines de l'époque des Constantins. Le 
sol près des murs était* couvert d'une grande quantité de tuiles 
brisées et de matières brûlées, au milieu desquelles on trouva 
plusieurs morceaux de fer et de plomb fondus. Ces matines 
brûlées paraissent prouver que la prise du Castellnm en 388 par 
les Germains, fut suivie de l'embrasement des bâtiments intérieurs 
du Castellum. Ces conjectures furent confirmées en 18 43 par 
une autre fouille occasionnée par la bâtisse d'une partie d'une 
maison, située dans la rue de Maestrieht, et qui se trouve aussi 
dans les limites assignées au Caslellum. Cette fouille découvrit 
la prolongation des murailles observées dans les fouilles laids 
près de l'église, et ainsi que là on trouva aussi une masse de 
matières brûlées mêlées de morceaux de fer et de plomb fondus. 



552 — 

Cette fouille fit découvrir aussi une espèce île canal composé de 
tuyaux en terre cuite, engagés les uns dans les autres et qui sem- 
blait destiné à évacuer les eaux du Castellum dans les fossés qui 
bordaient la chaussée, le long de laquelle l'endroit où est construit 
la maison de la rue de Maeslricht, devait aboutir. 

On regarde généralement à Tongres, une vieille tour ronde 
adossée à l'église collégiale et qui soutient une partie des murs du 
cloître , comme ayant fait partie de l'enceinte extérieure du 
Castellum. 

La seconde enceinte était celle qui entourait la ville : elle paraît 
avoir occupé l'emplacement des remparts actuels qui sont en 
partie composés des vieux murs romains et en partie de murailles 
modernes construites sur les restes des murs romains. Avant 1845, 
on pouvait encore voir entre les portes de Bilsen et de Ilasselt 
les vieilles murailles romaines restées debout, mais dépouillées de 
leurs revêtements. Ces murailles sont tombées sous les marteaux 
et les pics démolisseurs, lors de l'établissement de la promenade 
existante, et leurs débris ont servi à combler les fossés qui se 
trouvaient sur l'emplacement de la promenade et à améliorer les 
chemins vicinaux dans les environs de la ville; pourtant on trouve 
encore des fragments anciens parmi les remparts actuels et des 
parties bien conservées servent de soubassement aux murailles 
modernes entre les portes de St-Trond et de Liège ; près de cette 
dernière on voit aussi les débris d'une tour. 

L'inspection des murs actuels qui ceignent la ville, démontre 
que quelques parties de l'enceinte romaine ont été détruites par 
les barbares et que ces murs ont été restaurés à diverses reprises, 
probablement après les sièges queTongresa soutenus à ditrérentes 
époques. 

La certitude acquise que l'enceinte romaine qui clôturait la ville, 
occupait le même emplacement que les remparts actuels, fait tom- 
ber l'idée brillante que les habitants de Tongres s'étaient créée sur 
une prétendue grandeur et splendeur de l'ancienne Attuatuca; 
celte idée si séduisante pour leur orgueil municipal, provenait des 



— 353 — 

exagérations commises par les anciens chroniqueurs et pin- 
quelques historiens, qui avaient donné de cette ville des des- 
criptions puisées dans leur imagination : il est vrai que quel- 
ques historiens romains l;t citent comme nue des villes les 
plus importantes de la Gaule-Belgique et la comparent à Cologne 
pour la grandeur; mais en lisant ces récits on oubliait générale- 
ment que Cologne n'était à cette époque qu'une ville aussi peu 
considérable que Tongres et qu'ainsi cette dernière qui, av< t 
Tournai, étaient les seules villes de la Gaule-Belgique, pouvait 
tort bien être citée comme une des plus importantes, d'autant 
plus qu'elle était vers les derniers temps de l'époque romaine, 
aussi bien que Cologne, le siège d'un évêché. 

La troisième enceinte on enceinte extérieure s'étend en forme 
d'arc depuis le Jard à sa sortie de la ville; près de la porte de 
Liège, jusqu'à la porte de Maestricht, en couvrant tout l'espace 
extérieur qui n'était point détendu par le cours du Jard et par 
les marais qui se trouvaient autrefois autour de la partie de 
la ville, entre les portes de Maestricht et de Liège et qui ont fait 
donner à la porte de Visé le nom de Moerepoort, (Porte des Marais). 
Cette enceinte de fortifications, défendait ainsi toute l'étendue de 
terrain qui se trouve hors des portes actuelles de Liège, de 
Koninxheim, deSt-ïrond, de liasselt, de Bilsen et de Maestricht, 
et interdisait l'approche de la ville aux armées ennemies dans ces 
diverses directions. Elle offre un développ ment d'à-peu-près 
4,600 mètres. 

L'enceinte extérieure est composée d'un mur d'à-peu-près un 
mètre d'épaisseur, flanqué de distance en distance de tours rondes 
et semi-rondes : elle se dessine entièrement au milieu des champs, 
mais quelques parties ont été détruites pour livrer passage aux 
routes qui rayonnent autour de Tongres ou pour donner accès 
aux terrains cultivés dont elle est entourée. On commence à 
en trouver des fragments dans les prairies qui se trouvent à la 
droite de la route de Liège; dans ces prairies l'enceinte continue, 
offre peu d'élévation et en quelques endroits se trouve rasée 



— 354 — 

jusqu'à terre ; mais au sortir de ces prairies où la main de 
l'homme l'a détruite en partie , elle prend la hauteur d'un mètre 
et son élévation augmente à mesure qu'elle approche de la route 
de Koninxheim. 

Entre cette route et celle de St-Trond , le mur atteint la hauteur 
de 2 à 3 mètres et se trouve soutenu par une tour ronde et une 
semi-ronde. Entre les routes de St-Trond et de Hasselt, derrière la 
digue, la muraille atteint sa plus grande élévation et parvient à la 
hauteur de 5 à 6 mètres, elle soutient en cet endroit une partie des 
terrains cultivés et forme une terrasse qui domine les prairies qui 
se dirigent-vers la fontaine de Pline; deux tours rondes solidifient 
la muraille dans cet espace. 

Dans l'intervalle, entre la roule de Hasselt et le cimetière com- 
munal, la muraille soutenue par plusieurs tours semi-rondes, perd 
de son élévation ; de 3 mètres elle descend à i U de mètre et entre 
le cimetière et la porte de Maestricht, elle a été rasée jusqu'à terre 
et c'est à peine si l'on peut suivre en cet endroit la direction des 
restes. 

Je pense que l'enceinte extérieure rejoignait hors des portes de 
Liège et de Maestricht, celle qui formait les remparts de la ville 
et qu'elle servait indépendamment de sa destination, de première 
ligne de défense, à abriter et protéger la population des campagnes 
qui venait, s'y réfugier lors de l'approche de l'ennemi. 

La question de savoir si les murs antiques qui forment les trois 
enceintes de Tongres, sont réellement l'ouvrage des Romains, a été 
agitée plusieurs fois et l'affirmative a été déclarée douteuse, même 
par des savants qui ne s'étaient point donnés la peine de venir les 
voir; pourtant cette affirmative est constante pour tout archéologue 
qui les examine consciencieusement. 

La construction de ces murs est identique avec les ouvrages 
romains observés dans les autres localités; leurs revêtements com- 
posés de pierres légèrement équarries, offrant dans leur intérieur 
un blocage en pierres de silex et en morceaux de tuiles et briques 
noyés dans le ciment , donnent un premier indice concluant. 



— 355 — 

L'analyse du ciment employé dans la construction des trois 
enceintes de Tongres, que M. Guioth , ingénieur en chef des 
ponts et chaussées à Ilasselt, a fait faire par M. Charles Davreux, 
lorsqu'il s'occupait de son Mémoire sur l'ancienne topographie 
de Toncrres l . est venu confirmer l'identité de ce ciment avec 
ceux des autres monuments romains à l'égard desquels il n'existe 
point de doutes. Voici les résultats de l'analyse faite par M. Da- 
vreux. 



Composition du Ciment. 



Ciment 
du Gasleltum. 



Ciment de la 
partie m fer. 
des remparts. 



Ciment de la 
3 e enceinte. 



Sable 

Gravier gros et fin 

Fragments de briques et tuiles. . 

Argile et marne 

Chaux 



2,9 
1,9 
1,5 
0,1 
3,6 



10,0 



3,7 
3,4 
0,3 
0,1 
2,3 



10,0 



4,3 
1,5 

0,8 
0,2 
3,2 



10,0 



Pour se persuader du caractère romain des murs de Tongres, on 
n'a qu'à les comparer aux ouvrages semblables élevés à Tongres 



1 Ce mémoire qui accompagnait les plans des différentes enceintes de la ville 
de Tongres, que M. Guiolh avait levés par ordre du gouvernement, fut commu- 
niqué à l'Académie royale de Bruxelles et fut jugé avec une rigueur inusitée par 
M. Roulez, que l'Académie avait nommé rapporteur; l'Académie lit plus, tout en 
reconnaissant par l'organe de son rapporteur, que les plans de Tongres avaient 
été dressés avec beaucoup de soin et d'habileté par M. Guiolh , elle se permit 
envers lui une mauvaise plaisanterie indigne d'elle, en lui envoyant 23 exem- 
plaires de la critique de son Mémoire en place de 23 exemplaires de son ouvrage 
que M. Guioth avait demandés au cas où l'Académie le jugeât digne de l'im- 
pression. Ce procédé de l'Académie est d'autant plus mauvais, que M. Guiolfa a 
rendu de véritables services à la science par la publication de son ouvrage sur 
la numismatique de la révolution belge et par l'activité qu'il a toujours mis à 
remplir les missions scientifiques dont il a été chargé par le gouvernement. 



— 55(i — 

pendant le moyen âge et Ton acquerra bientôt la certitude 
demandée. 

D'ailleurs l'histoire est là pour nous prouver qu'aucune autre 
nation que les Romains n'a pu élever ces travaux considérables 
autour de Tongres, car cette ville, pendant la première partie du 
moyen âge, n'a été qu'une bourgade sans importance, et ce n'est 
que vers le milieu du treizième siècle qu'elle a repris sa qualité 
de ville et que ses principaux monuments ont été élevés ; or, à cette 
époque, les constructionsen pierres brutes et en silex étaient aban- 
données et la pierre de sable avait remplacé ces anciens matériaux. 

IV. Édifices religieux. 

Il résulte d'un rapport l'ait par la régence de Tongres sur les 
antiquités de cette ville et adressé au gouverneur de la province de 
Limbourg, le 18 août 1827 (n° 3152), qu'il existait autrefois près 
de la grande église, vers le sud, une chapelle antique de forme 
ronde connue sous le nom de Chapelle de St-Materne. Cette 
chapelle était anciennement un temple romain dédié au soleil , 
(Apollon ou Serapis). L'effigie du soleil sculptée sur pierre était 
scellée dans la frontispice de la chapelle. Cette chapelle fut 
démolie en 1804, pour faire un passage conduisant du marché au 
Vrylhotf. La pierre représentant le soleil fut conservée et scellée 
dans le mur de l'église près de ce passage. Ce temple d'Apollon 
est le seul monument religieux antique dont la tradition ait con- 
servée le souvenir. 

V. Tombclles ou Timiulus. 

Les environs de Tongres offrent trois de ces monuments et la 
tradition rapporte qu'autrefois il en existait un plus grand nombre. 
Ceux qui existent se trouvent hors de la porte de St-Trond , l'un 
près de la digue (Zeedyck) et les deux autres au milieu de la cam- 
pagne près du village de Konincxheim. 

Les archéologues regardent généralement ces tombclles comme 



3S7 — 

des monuments funéraires élevés au-dessus des sépultures des chefs 
romains ou gaulois. Celte opinion a été confirmée quelquefois par 
les fouilles faites dans l'intérieur de ces élévations, et qui ont 
fait découvrir au centre de ces pyramides de nos contrées, des 
squelettes humains et d'animaux entourés de vases, d'armes et 
de médailles. D'autrefois et le plus souvent, ces fouilles n'ont offert 
aucun résultat et n'ont produit que la certitude que le tumulus 
n'était qu'un simple amas de terre et de pierres entremêlées. 

Ce résultat négatif s'est représenté plusieurs fois dans ces 
derniers temps, entre autre lors de la démolition d'une tombelle 
située à Grand Spauwen, au centre d'une prairie appartenant à 
M. Roemers; quoique cette tombelle n'offrît aucune trace d'explo- 
ration antérieure, sa démolition n'a donné lieu à aucune trouvaille 
archéologique. 

Ces résultats négatifs de la perforation ou de la démolition des 
tumulus, ajoutent de nouvelles probabilités à l'opinion, que ces 
monuments ne servaient qu'accidentellement à surmonter des 
tombeaux et que leur destination principale était de servir à 
donner des signaux et à remplacer les tours employées à cette fin 
en d'autres pays. Les auteurs classiques sont unanimes pour 
constater l'usage qui existait dans les Gaules et dans la Germanie, 
de placer des feux allumés sur les hauteurs pour convoquer les 
assemblées générales de la nation ou pour avertir les populations 
disséminéesde ces contrées, de l'approche d'un danger quelconque. 
Comme les tombelles des environs de Tongres se reliaient proba- 
blement avec les autres tumulus répandus en si grand nombre 
dans la Hesbaye, rien ne s'oppose à leur attribuer le but d'avoir 
servi dans les temps anciens à remplacer les télégraphes 
modernes. 



im MOTS 

DE 

L'ÉGLISE COLLEGIALE DE STSERVUS 

A MAESTRICHT; 

PAR 

M. ARMIJT SCHAEPKENS , membre correspondant de l'Académie, elr. 



Le chapitre de St-Servais, une des plus anciennes congrégations 
d'hommes qui aient existé dans ce pays, a joui de la plus haute 
considération. Dès les premiers temps de son existence, les empe- 
reurs d'Allemagne lui accordèrent de grands privilèges et le titre 
de libre impérial lui est donné dans plusieurs diplômes très- 
anciens. Le supérieur du chapitre, le grand prévôt, portait le titre 
de seigneur de Tweebergen et de Mechelen , et onze seigneuries 
relevaient de sa juridiction. Une prison particulière, située près de 
la ville au village de Heer, servait à enfermer les malfaiteurs saisis 
sur le territoire chapitrai. A leur joyeuse entrée à Maestricht, les 
ducs de Brabant avaient coutume de jurer le maintien des privi- 
lèges de la ville dans l'église de St-Servais, ainsi que protection 
particulière au chapitre 1 . Charles V,pour honorer particulièrement 

i On conserve à la trésorerie l'évangiliaire qui servait à cet usage. 



— 359 — 

le collège, alla au chœur, vêtu du costume des chanoines, et 
Guicciardin assure que tous les ducs de Brabant étaient chanoines 
de St-Servais. 

Plusieurs prévôts, doyens et autres dignitaires, se sont dis- 
tingués au moyen âge, et le recteur des écoles latines an XV e 
siècle, Herbenus (Herbe), a laissé des écrits sur les antiquités 
de la ville et sur la musique religieuse. Nombre de cénotaphes et 
pierres sépulchrales qui les rappellent, décorent encore les cha- 
pelles et les allées du cloître gothique. Jusqu'aux derniers temps, 
le personnel attaché au clergé de St-Servais a été nombreux, et 
on comptait 250 sujets à sa supression. Les Etats Généraux de 
Hollande succédant aux droits des empereurs, et à la fin du siècle 
précédent, des ducs de Brabant octroyèrent plus tard la charge de 
grand prévôt. 

Une clef d'argent sur champ de gueules, entourée d'un aigle 
double, formait les aimes du chapitre. Plusieurs salles d'un carac- 
tère très-original et contigues à l'église, si curieuse par son 
architecture; des pierres tumulaires très-anciennes sont les monu- 
ments de l'antique origine du collège, dont nous faisons suivre les 
noms des personnages connus. 

Année. 

1087. Godechalcus prévôt et Dudechinus, doyen. 

1109. Adelbertus, prévôt et chancelier de Henri V, roi des îlomains. 
Il obtint de Henri la confirmation des lois anciennes 
touchant la juridiction sur les desservans et suppôts 
de l'église. 

1146. Arnoldus, prévôt. 

1147. Petrus de Gent, prévôt, fut également Tréfoncier de St.- 

Lambert à Liège et archidiacre d'Ardennes. 11 était fils 
de Jean de Gent, chevalier du St. -Empire et d'Antoinette 
de Diest , fille de Jean Baron de Diest et de Bernardine 
de Heijenberge; et petit-fils de Guillaume seigneur de 
Gent près de Nimègue et de Marie Berthaut fille du 
seigneur de Malines et de Grimberg et de Marie comtesse 
de Louvain. 



— 500 — 

Année. 

M 78. Gassiodorus, prévôt , aussi sous le nom de Gassimonius. 
Evêque de Mantoue, il prit le parti de l'empereur 
Frédéric contre le pape Alexandre III. Excommunié et 
privé de son siège par ce pontife , il obtint de l'Empereur 
la prévôté de St.-Servais. 

H90. Henricus, prévôt, plus tard évêque de Worms. 

1198. Tliéodoricus de Are, prévôt, fut fait évêque d'Utrecht 
encore la môme année ; mourut en 1212. 

4214. Henricus, prévôt. 

4248. Otho de Everstein, prévôt, fut également chanoine de St. - 
Lambert à Liège et de Notre-Dame d'Aix-la-chapelle. 

4257. Bruno, comte d'Isembourg, prévôt de St.-Servais et de 
St.-George à Cologne ; était frère d'Engelbert archevêque 
de Cologne. Il fut plus tard évêque d'Osnabruck. 

1280. Arnoldus, prévôt et chancelier de l'empereur Conrard II. 

4285. Otho, comte de Juliers, prévôt, fils de Guillaume VI, comte 
de Juliers et d'Immengarde duchesse de Limbourg. 

1295. Wilhelmus, comte de Juliers, prévôt et archidiacre à Liège. 
C'est le fameux Guillaume de Juliers qui combattit en 
4502 pour l'évêché de Cologne contre Henri de Vernem- 
bourg. Il se trouva avec un de ses chanoines, à la bataille 
de Courtrai, où il fit des prodiges de valeur. Il com- 
mandait à la bataille de Fumes où il fut fait prisonnier 
et mourut en 1504. 

4506. Johannes de Schoonvorst, prévôt. 

4525. Joannes de Cuyk, prévôt de St-Servais et aussi de St-Pierre 
à Louvain. 

4554. Arnoldus de Blankenheim, prévôt. 

4569. Segerus de Novo Lapide, (Nieuwenslein) , fut doyen et puis 
prévôt : il fut également prévôt de St-Rombaut à Malines. 
Il mourut le 48 octobre 4585. 

4585. Reinerus de Grootheer, prévôt de St-Servais ainsi que 
de en Hainaut. 



- 361 

Annéo 

1400. Henricus de Bylandt, prévôt. 

1420. Godefridus, prévôt. Il était fils de Godefroid de Dalem- 
broucke, seigneur de Loon, de Heinsberg cl de Blanc- 
kenberg. Sa mère était Philippine, fille du duc de 
Juliers. 

1431. Joannes de Novo Lapide (Nieuwenstein) , prévôt. 

1440. Guilielmns de Gavere, aussi de Lens, prévôt archidiacre 
deGampine, mourut en 1453. Il était fils d'Arnold de 
Gavere, seigneur de Liedekerke, Rassenghien, Lom- 
hccke et Lens et de Marguerite De Boutersem qui était 
fille de Jean, seigneur de Bergen-op-Zoom. 

14.... Gisbertus de Bredenrode , prévôt, lut évêque d'Utrecht et 

mourut 1476. 
1479. Everardus de Zoudenbosch, prévôt, était seigneur à Urck 

et Emeloort. 
1490. Antonius Hanneren, prévôt, mourut la même année. 
1490. Joannes Franciscus ab Eynatle, prévôt. 
1530. Engelbertus van Heemstede, prévôt, mourut en 1559. * 
1545. Antonius, comte de Holsteyn et de Scheuwenbourg, prévôt, 

fut archevêque de Cologne et mourut 1556. 
1557. Joannes Libhardus, de la famille des comtes de Mansfeld et 

de Jieldringen, prévôt. 
1570. Ludovicus à Berlemont, prévôt, mourut le 15 février 1596 

époque du siège de Maestricht par le duc de Parme, 

Alexandre Farnèzeen 1579. 
1597. Guilielmns Vensels, prévôt, mourut 1614. 
1614. imgelbertus Boonen, prévôt, mourut en 1629. 2 



1 Une grande pierre sépulchrale couvre le caveau des grands prévôts dans la 
nef principale vers l'ouest. 

2 Un monument funéraire d'un chanoine de ce nom se trouve dans la chapelle 



— 362 — 

Anuee. 

1629. Nicofaus Micault, seigneur d'Inneveld, prévôt *. 

1059. Oswaldus Guilielinus de Bredenrode de Bolsweert, prévôt. 

1664. Joannus Adolplius de Bredenrode de Bolsweert, prévôt, 

mourut le 1-2 février 1702. 
1706. Joannes Ferdinandus de Méan, seigneur d'Àtrin, fils de 

Charles de Méan et de Jeanne Van der Heyden de Bilsen 

(Blisia), prévôt, mourut le 18 juin 1709. 
1709. Laurentius Deodatus de Méan, neveu du précédent, fils de 

Pierre, baron de Méan, seigneur d'Atrin, etc. 
1719. Arnoldus Hyacinthus de Wynands de Bruxelles, prévôt. 



consacré à Notre-Dame des sept douleurs, dans la même église. On y lit l'épi- 
taphe suivante : 

D. 0. M. 

R. do ac tiobili : Domino 
D. Engelberto Boonen. J. UL. S. Servaty 
Per lustra Sept cm canonico Presbytero 
que liane Basilicam Varyes Fundationibus Operibusque 
Decoravit 
qui ut Moriens Viveret Vixit Vt Moriturus 
obyt 18 august. A ao 1661 
D. Dexecutores Posverunt 
tu Lcctor 
Ut /Etcrmim Gaudcat apprecarc 
Amen. 

Celte inscription est gravée en lettres d'or sur un écusson noir de forme ovale. 
A l'entour du monument se trouvent les alliances, Boonen, Fan Weldamme, 

Bourgeois , Asseliers. 

11 existait jadis uu autel du prévôt Boonen dans la même chapelle, son 
tombeau se trouvant dans l'église des Annonciades , maintenant suprimée. 

1 Nous citons deux Tréfonciers de St-Lamberl de Liège , qui portaient le titre 
de prévôt de Sl-Servais à Maestrichl. 

1615. Noble Ernest de Kerkem , prévôt de St-Servais à Maestricht. 
1652. Le comte Éhon François de Furstenberg et dé Werdenberg, Kinzingerlual, 
d'Hohenzollern-Sigmaringeo, etc., etc 



— 363 — 

Année. 

1733. Petrus Reinerus, baron de Wassenaar. Oblinl la dignité 
de prévôt pour la somme de 30 mille florins do Hollande, 
les États-Généraux de sept provinces disposant de cette 
charge. 11 mourut le 17 janvier 4772. 

4772. Carolus Borromeus, Joannes Baptisla Léonardns Michaël 
Walramus, comte de Geloes, né à Liège flans la pa- 
roisse de St-ïliomas , le G novembre 17 il , fils de 
Maurice, comle de Geloes et d'Isabelle de Iloensbroek, 
prévôt, mourut le 27 juillet 1791 i . 



1 Dans l'église cathédrale de Tongres existent deux autels d'architecture clas- 
sique, en marbre, faits par ordre du comte de Geloes. Us sont tous deux décorés 
de tableaux dont l'un représente la Vierge et l'autre le Sauveur. Au-dessous des 
tableaux sur des tablettes de marbre blanc se trouve l'inscription suivante : 

D. 0. M. 

Donuts allissimi decorem 

Spirans , insigni 7' 

Templi hujus capitula grains. 

ac memores sensus probare 

gesticns , hoc pietalis monunpenfum 

conscrrari voluit 
Pcr illustris Vir car: J. B ih Léon 

iïlich: JValramas ex 

vclcri Prosapia De Geloes S. R. 1. 

Cornes par comit. loss: eccl. 

S 1 . Serval ii Mosae Trajectcnsis 

et colh archid : Tungrensia 

Praeposilus Catli: Leoil ; can 

Archid: in Mcchclen. D. T. 

in Twez-Bergen, Duel Grimby 

Mechelcn CMlabbick 

ect. cet. 1783. 

Un des autels est orné de 32 écussons aux armes de fa famille de Geloes et 
dont voici les noms : Geloes, Kerkem, Horion, St. Fontaine , rîerlaimoul, Royer , 
Berlo, Krickeubeck , Leefdael , Arschot-Schonhoven , Wesierbolt , Closter , 



— 504 — 

Année. 

1795. Guillielmus Jacobus Thomas baron de Wassenaer , fils d'Al. 
baron de Wassenaer Warmont et de M. A. de Cannaerts 
de Hamale, né le 10 septembre 1745, chanoine le 2G mai 
1755, fut investi de la prévôté par les Etats-Généraux de 
la Hollande, pour la somme de 50 mille flor. Il eut pour 
co-adjuteur Adrien, comte d'Oultremont, chanoine de 
St-Lambert, à Liège. Ce fut le dernier prévôt du chapitre 
qu'il honora par ses vertus chrétiennes. Déporté par 
ordre du directoire français, pour le refus de prêter 
serment à la république, il souffrit avec résignation la 
déportation à travers la France où il fut conduit de l'une 
prison dans l'autre. Heureusement un changement de 
gouvernement en France, prévint son exil à Cayenne et 
il put enfin regagner sa patrie, la ville de Liège, où il 
mourut le 17 septembre 1817. 



Guinesboschhuiseu, Moninx, Leefdael , Heer , Hoensbroech , Chelz-Groben- 
donck, Haudiun , Bernimecourl , La Margele, lluyn Amslenraedl , Bochholtz , 
Groesbeck, La Margele, Amslenraedt , Bochollz , Groesbeck, Hoensbroeck, 
Haudion , Flans d'Overbach , Corlemhach. 



UNE FORTERESSE 

DF. 

L'ANCIENNE BELGIQUE. 

ÉPOQUE DE LA DÉCADENCE DE L'EMPIRE ROMAIN. 

l'AK 

H. Alexandre SCIIAEPKEIÏS, 

membre de l'Académie d'Archéologie et de la Société Belge 

pour la conservation des mon uments. 



L'origine de la plupart des anciennes forteresses sur les rivières, 
est ordinairement très-obscure *. Il en est ainsi de l'antique 
Mosœ-Trajectum (Maastricht) qui, selon toute probabilité, doit 
son nom à un passage de la Meuse, point militaire devenu impor- 
tant par les travaux que les Romains y ont exécutées. 

1 Les villes dont on fait remonter l'origine à l'époque romaine, se trouvent 
pour la plupart situées sur les rivières, (le sont, comme on prétend avec justesse, 
les châieaux-forts qui servaient à défendre le passage de ces lignes naturelles de 
protection, et que les Romains élevèrent pendant qu'ils occupaient notre pays. 
Mais comme il nous reste peu ou point de données exactes sur la géographie 
de cette époque éloignée, il est très-naturel que les savants ne s'accordent que 
rarement sur l'origine d'un tel endroit. Les noms cilés par César et Tacite sont 
quelquefois appliqués d'une manière si diverse, qu'un même château -fort, ou 
ville, est placé par tel savant sur le Rhin et par d'autres sur l'Escaut. Nous 
citerons l'exemple du Castellum maenapiorum (Kessel, près de Venloo), sur la 
Meuse. . . Ces discussions interminables nous ont engagé à ne pas y entrer. Les 
monuments trouvés sur les lieux même, plaident le plus pour l'antiquité d'un 
endroit. Il y en a sans doute beaucoup dont les auteurs classiques ne parlent 
pas, comme n'entrant point dans le sujet qu'ils traitaient. 

Les Romains en construisant ces forts ne voulaient pas fonder îles villes: ils 
faisaient des camps fortifiés , qui plus tard oui servi de noyau aux villes. 



— 3GG — 

Nous croyons inutile do rechercher dans les anciens auteurs 
(César et Tacite), la date précise de l'origine de la ville; nous 
préférons aux commentaires et aux histoires latines, que Ton 
peut expliquer de tant de manières différentes, les traditions an- 
ciennesconservéesdansdes manuscrits sur l'histoire de Maestricht, 
qui font remonter son origine à l'époque romaine. Des monuments 
antiques découverts dans l'intérieur de ses murs, tels que les 
bains de construction romaine dont l'ensemble et les fragments 
ne laissent aucun doute sur leur date, rendue plus précise encore 
par des objets de toilette, des médailles, etc., trouvés au même 
endroit , des traces d'une route militaire romaine découvertes 
aux abords de la ville, viennent avec d'autres preuves corroborer 
la vérité de ces traditions *. 

Ceux qui veulent combattre l'opinion qu'on a de la haute 
antiquité de Maestricht, et notamment celle qui suppose qu'elle fut 
connue des Romains, font remarquer que son nom ne se trouve 
pas sur l'itinéraire d'Antonin ni sur la carte de Peutinger. Il est 
tout simple que ces ouvrages ne mentionnent pas le pont fortifié 
de la Meuse, puisqu'ils n'indiquent que les étapes militaires. 
Or le gîte entre Tongres et Juliers ne se trouvait pas à Maestricht, 
mais à deux lieues au-delà, à l'ancien Corriovallum ; ce qui nous 
fait conclure que si on en juge d'après ces caries, le doute pourrait 



• Nous citerons un petit temple payen dédié à Appolloti , qui existait encore 
au XVIII e siècle dans ce même quartier de la ville. Brouwerius de Nideck, qui a 
laissé une description d'un voyage dans les Pays-Bas, (ouvrage inédit), décrit ce 
monument curieux dont on doit retrouver les substruclions en faisant des fouilles 
à l'endroit que ce voyageur indique dans son ouvrage. Ce même écrivain assure 
avoir vu dans une maison adossée à la vieille muraille d'enceinte, à côté de la 
porte Notre-Dame, des restes d'un port dont la construction était romaine. 
Nous passons sous silence plusieurs autres découvertes faites dans la ville et ses 
enviions, en portant l'attention des archéologues sur les vieux cliâteaux qui 
environnent la ville aux bords de la Meuse tels que Caster, Lichtenberg, 
Borgharen et d'autres, dont l'origine se perd dans la nuit des temps : plusieurs 
de ces châteaux-forts sont cités au IX e siècle. 



— 367 — 

exister sur bien d'autres endroits remarquables dont l'antiquité 

.si cependant hautement reconnue. 

Au VI e siècle , Maestricht est clairement désignée par 
Grégoire de Tours, qui lui donne même assez d'importance en 
la nommant une ville, llrhs. St-Servais, dit-il, se retira à Maestricht 
quand craignant l'invasion des Huns , ce saint évéque quitta 
Tongres, pour se soustraire à la rage de ces barbares '. La préfé- 
rence que le saint accorda à la ville romaine du IV e ' siècle, 
prouve beaucoup pour l'importance des travaux de défense dont 
elle était entourée. Sans doute la ville de Tongres, comme le 
prouvent ses monuments, était une grande ville, encore dans toute 
sa splendeur. St-Servais cependant ne se crut pas en sûreté dans 
cette capitale du pays et vint chercher un asile dans un camp 
romain dont les fortifications, comme de nos jours encore, devaient 
garantir un important passage de la rivière vers l'Allemagne. Le 
séjour que faisaient les anciens rois de France de la première 
et de la ~ seconde race dans la ville de Maestricht où le roi 
Childebert l 01 tint un lit de justice en 552, vient à l'appui de 
l'idée que nous émettons sur le rang que tenait déjà au VI' 
siècle l'ancien Trieht, capitale du Maeseland. L'existence d'un 
palatium regium, à proximité de la cathédrale, cité dans la Chruni- 
con Golwiceme , les diplômes donnés par Chilperic en 663 et 
datés de la ville, sont des preuves qui établissent que le pays 
riverain de la Meuse a hérité de la civilisation romaine, bien avant 
d'autres provinces de la Belgique. 

A part ces faits historiques avancés par des auteurs presque 
contemporains, nous invoquons pour preuve de la haute antiquité 
de Maestricht, l'aspect de ses murailles en ruine et de quelques- 
unes de ses portes, vieux monuments sur lesquels nous aimons 
à lire son histoire. Ces constructions qui portent le cachet de 
l'époque, nous disent clairement par combien de siècles elles 



1 Nous n'appuyons pas sur son importance comme ville .> l'époque tic si-Sn 
vais ; nous croyons plutôt que ce ne lui alors qu'un grand camp l'on lié 
25 m 



— 368 — 

onl passé ; ces pierres antiques parlent pour l'artiste un langage 
plus éloquent que tout ce qu'on pourrait écrire sur leur origine. 
Agrandie à plusieurs époques successives, la ville a vu reculer 
son enceinte continue, tandis que l'ancienne muraille avec ses 
portes a été respectée et conservée dans son intérieur. Nous 
signalerons comme un sujet d'étude pour l'archéologue cette 
règle de l'art militaire en vigueur au moyen âge, qui conservait 
avec soin les anciens remparts: ce système est contraire aux 
usages modernes ; de nos jours les vieux travaux militaires sont 
rasés, pour fa ire place à d'autres, tandis qu'anciennement ces 
ouvrages conservaient un certain rapport avec les fortifications 
extérieures, et comme le donjon ou tour du centre d'un château- 
fort, ils étaient la dernière ressource d'une garnison à laquelle 
l'ennemi avait enlevé ses premières positions. Les habitants de 
Maestricht, pendant leur héroïque défense contre les forces du prince 
de Parme en 1579, donnèrent une dernière preuve de leur courage 
sur ce second mur de la ville. Pendant trois jours ils y soutinrent 
les efforts des troupes espagnoles et moururent les armes à la main. 
Quoique celte vieille enceinte n'existe plus dans son entier 
à cause des changements que la ville a subis dans ses édifices, 
ses places et ses rues , la partie qui en reste est assez con- 
sidérable et présente un précieux monument de l'architecture 
militaire, architecture dont les archéologues se sont généra- 
lement peu occupés *. La matière est ici abondante et variée, 
et ces fragments si curieux par leurs formes originales et anti- 
ques, sont dignes d'être étudiées. Nous essayerons de donner 
une idée des limites de la ville ancienne en décrivant son vieux 



1 Cette vieille enceinte avec ses portes fut toujours entretenue jusqu'au 
commencement du siècle précédent. Il était défendu d'y adosser des construc- 
tions. Nous serions charmés si de nos jours, où le respect pour les monuments 
est partout hautement avoué, les propriétaires de ce vieux rempart voulussent 
Lien le conserver à la ville ; de plus il forme dans leur jardin une ruine 
pittoresque et une élévation servant de belvédère. 



— 309 — 

rempart, à commencer parla porte la plus antique, et la mieux 
conservée, la porte du Jaer. Cette porte à elle seule offre un 
monument remarquable et bien rare en son genre. On ne 
pourrait en trouver de semblables que dans les contrées dj 
midi de la France ou de l'Italie. En effet il n'est permis de la 
comparer qu'à la porte de France à Nîmes, qui est reconnue 
pour un ouvrage des Romains et qui présente en grande partie 
le même plan. La forme des (ours, le massif qui les lie et forme 
la porte avec sa surélévation , les détails et l'ensemble , tout 
concourt à fixer son origine aux derniers temps de la domination 
romaine dans ces contrées. Nous aurions pu commencer par 
la porte de Notre-Dame, percée dans l'ancien mur qui constitue 
la ligne de la Meuse et du Jaer, et qui se trouvait anciennement 
entête du pont primitif de la Meuse; mais malheureusement le 
caractère de ce monument est trop altéré pour qu'il soit possible 
d'en faire une description exacte. 




PDRTi. m. NOTRE-DAME 



Ses formes sont colossales et son cintre très-développé. L'ex- 
haussement du sol qui recouvre la base de l'édifice donne au 



— 370 — 

premier abord une mince idée de ses proportions. Mais si on 
donne, abstraction faite de la nouvelle porte encadrée dans 
le cintre antique, tout son développement à cette arcade en 
déterrant ses pieds droits, on est surpris de l'importance de la 
voie antique qui passait sous cette voûte 1 . 

Placée en tête du premier pont qui liait les deux rives du fleuve, 
sa largeur a du être en rapport avec la largeur de ce pont. Cet 
emplacement était sans doute d'une grande importance considéré 
sous le point de vue militaire, car il liait les deux camps cir- 
conscrits par la muraille antique et dominait outre la Meuse , 
la petite rivière du Jaer qui sert de fossé à l'ancien rempart et 
passe devant la porte de Notre-Dame. 

La première extension donnée à la ville, doit dater du temps de 
St-Servais 2 , d'après l'opinion des pères Bollandistes, qui ont 
puisé aux sources les plus authentiques, et écrit la vie de ce 
saint dont l'histoire est étroitement liée à celle de Maestricht. 
Ayant succombé à un accès de fièvre, l'évêque de Tongies qui 
transporta le siège épiscopal de cette ville à Maestricht, fut 
enterré à proximité de la voie publique et en dehors de l'enceinte, 
comme l'exigeaient les lois romaines encore en vigueur dans ce 
siècle. Devenu bientôt l'objet de la vénération publique, le tombeau 
de St-Servais fut abrité par un oratoire, et protégé par les murs 
de la ville contre les violences des peuples du Nord dont nos 
ancêtres eurent tant à souffrir. La porte du Jaer doit avoir 
appartenu à cette première enceinte ou du moins à la première 
extension citée par les PP. Bollandistes. Nous allons donner 
une courte description de ses formes sévères, qui annoncent 



1 Nous serions même curieux de savoir si clans les Pays-Bas ou en Belgique 
il exisle une porte du même temps, dont le cintre offre d'aussi grandes dimen- 
sions. 

2 C'est à cette époque que nous attribuons la vieille enceinte que nous 
décrivons; nous lui donnons pour date le commencement du V e siècle. 



37-1 



bien un ouvrage militaire, tandis que le temps a contribué à 
lui donner un aspect encore plus sombre par l'exhaussement 
du sol et la couleur foncée dont il a teint ses pierres. 




I iièi' 



c 




a 



.> 



PORTE Dl< JAEB (T011US SANS TOITURE») 



Les deux tours sont élevées sur une surface en fer à cheval 
et jointes par une porte en plein cintre dont la 
surélévation est une maçonnerie droite et pleine. 
Le plan des portes romaines à simple voie y est 
exactement suivi, tandis que l'aspect général du 
monument et ses ornements, quoique très-frustes 
caractérisent cette époque , que nous osons lui 
assigner. Placée dans la partie méridionale de l'enceinte à l'angle 
sud-est, celte porte se liait au rempart de la porte île Notre-Dame 




7>12 — 




Moolnre terminant le bAt 
meut entre les deux toun 



par un mur qui parlait do sa lourde droite pour aboutir à une tour 
du mur dont on voit encore la base. L'élévation du sol qui couvre 
les bases de la porte du Jaer * ; sa proximité de l'ancienne église 
de Notre-Dame, de la porte de Notre-Dame, des Hippocaustes dé- 
couverts dans la même direction et tous ces monuments rapprochés 
de l'ancien pont sur la Meuse, berceau de la ville, prouvent 
beaucoup pour l'antiquité de l'édifice. 

L'absence de détails ou d'ornements sur un monument, fait 
toujours naître quelque doute sur le style ou l'époque à laquelle 
il appartient. Un ouvrage d'architecture militaire qui, par la 
sévérité de ses formes, est ordinairement peu décoré, 
est en outre plus exposé que les édifices religieux 
ou civils à perdre le peu de lignes que l'architecte 
a pu appliquer à ses masses. Il en est malheureu- 
sement ainsi de la porte du Jaer et de la vieille 
muraille qui commence à une de ses tours. L'édifice 
comme nous venons de le dire, ressemble aux portes romaines 
pour le plan et la coupe; ses tours sont rondes du côté de la 
campagne et coupées d'aplomb sur le côté qui regarde la ville. 
Une d'elles, celle qui est vers l'ouest, est moins développée que 
celle qui lui correspond, de sorte que la plus forte se trouve 
le plus proche de l'angle de l'enceinte. Dans les temps anciens un 
couronnement de créneaux terminait les deux tours et ia maçonnerie 
élevée an-dessus de la porte qui les relie. Contre cette surélévation 
du côté de la ville est adossé un corps de bâtiment d'une con- 
struction massivequi constitue une salle voûtée. Le mur au-dessus 
de la porte du côté qui fait face à la campagne est 
percée de trois fenêtres de forme carrée ayant pour 
cadre trois pierres dures et grisâtres qui en supportent 
une quatrième taillée en triangle et formant comme un 
tympan à chaque fenêtre. 

Ces ouvertures avec leur encadrement, murées dans un temps 



i Le nom de la poile esl Porte ilu Jaer; on l'appelle aussi Porle d'enfer. 



— 373 — 

fort éloigné, sont d'un dessin fort original. Trois urehicres se 
trouvent au-dessus de ces fenêtres, tandis que les deux tours 
en sont également pourvues. Une de ces ouvertures qui n'ont 
guère pu servira la défense, est percée dans une tour du côté de 
la ville. 

On monte dans chaque tour à l'aide d'un escalier en spirale 
qui aboutit à une plate-forme, le sommet de l'ouvrage, ancien- 
nement garnie de créneaux. Cet escalier descend très-profondément 
dans les tours et semble même mener à un souterain qui ne 
provient sans doute que de l'élévation successive du sol environ- 
nant. En s'élevant on arrive à un pallier qui débute par une porte 
en plein-cintre sur une salle voûtée, construite au-dessus de la 
porte, dans le corps de bâtiment qui lui est adossé du côté de la 
ville. Cette salle servant actuellement de magasin à poudre, est 
presque entièrement renouvelée. Le cintre de la porte a été 
modifié dans son archivolte et ses supports, et l'ouverture par 
où passait la herse qui se voit très-distinctement, est également 
>in ouvrage moins ancien. D'un appareil régulier qui se compose 
de rangées de grandes et de petites pierres qui s'alternent par 
lignes horizontales, la construction ne dément pas son antique 
origine sous ce rapport. 

D'ici part l'ancienne muraille de la ville, liée à la tour la moins 
forte, sur laquelle elle n'est que faiblement en retraite. Elle se 
dirige en ligne droite vers l'ouest en suivant une ruelle appelée 
het Grachlje, où se voient des pans de muret les substructions 
d'une tour avec escalier tournant. Ces restes assez considérables 
se trouvent dans la petite rue des Tanneurs, traversée de tout 
son long par la rivière du Jaer qui a du faire le fossé naturel 
de cette vieille muraille. Dans la partie la plus élevée de la rue 
du fossé des Tanneurs, où le mur a pris une direction vers le nord 
et à l'endroit où se trouvait anciennement une porte, existent des 
parties de mur d'un caractère particulier, élevées sur un pont 
du Jaer. Trois arcades plein-cintre , dont celle du milieu est 
percée d'une grande archière s'élèvent sur l'arche du pont, tandis 



— 574 — 

que la muraille droite sur laquelle elles semblent être figurées, 
en est visiblement détachée. Cette maçonnerie est d'un aspect 
très-original el rappelle la structure des ponts romains; si nous 
compilions les petites arcades élevées an-dessus de la grande, aux 
ouvertures laissées dans le corps de ces ponts pour le passage 
des grandes eaux. 

En se prolongeant sur un terrain qui s'élève toujours, le mur 




ARCADE EN TYMPAN. 



offre partout un ensemble imposant et des détails curieux. Sur lu 
hauteur où se trouve le palais de justice, la face extérieure du 
mur laisse voir les cintres des arcades, parmi lesquelles nous en 
avons distingué une, terminée en angle ou en forme de tympan. 

Cette ceinture de murailles se continue vers le nord derrière 
l'antique prévôté de Sl-Servais, dont elle enferme le jardin. Elle 
semble avoir été liée à ce bâtiment qui, à son état primitif, tenait 
à l'église même par des arcades d'un caractère plus militaire 
que religieux, qui barrent encore la rue. 

Enfermant toujours le terrain claustral du chapitre, le mur 
arrivé à l'angle qui tourne à l'est, où se montrent de beaux 
restes de l'enceinte avec ses cintres pleins, surmontés d'une archière. 
Il trace ensuite les limites de l'ancien couvent des Dames-Blanches, 
congrégation qui date du VII' siècle et qui est le plus ancien de 
la ville après les chapitres; de là il se dirige vers la Meuse. 

L'enceinte décrit à-peu-près un carré avec la ligne foitifiéc 
delà Meuse, (dans laquelle se trouve la porte de Notre-Dame), 
qui offre des ouvertures en plein cintre et en carré, murées à une 
époque très-ancienne. Le mur avec les mêmes formes se répète 



A DES DE L'ENCEINTE 
SUR LA M VI ERE DU [A 



■ 




: K: 



V-.. 



Maestricht. 



H 



'*** 



.)/.. 



sur l'autre ri \ ♦* du côté de Wyck. En commençant ;i la Meuse il 
décrit uu carré, si l'on en juge d'après les restes <l<: boots des 
tours et des portes on ruines. Uuo vieille tour de; l'angle méridional 
en face de la porte du Jaer, flanque la ligne de la Meuse Une 
porte ancienne sur la rivière faisant face en ligne presque droite 
à la porte de Notre-Dame est percée dans ce mur. 

Avant d'avoir l'extension que lui donnent ses murs actuels con- 
struits au XIII e siècle, la ville ou pour mieux dire, les anciens ou- 
vrages de défense ont été élargis ça et là. La partie que nous allons 
citer pourrait tout aussi bien être considérée comme un ouvragi 




extérieur ou doublure de la défense principale. Un mur en pierre 
de taille, dite de Namur, part de la courtine gauche de la porte 
du Jaer et se dirige vers le sud, le long du cours de la rivière- 
Ce mur rendu très-solide par de grandes arcades très-profondes 
que l'on prendrait pour autant de portes, est défendu par une 
tourelle en ruines. Du côté de la ville, une petite porte basse avec 
un corbeau au-dessus de son linteau, donne accès à cette tour. 



— 376 — 

dont l'intérieur a un revêtement et voûte en plein cintre (dôme) 
en pierre de sable. Deux grandes archières sont pratiquées à 
l'intérieur au-dessus de l'eau qui baigne la tour et le mur. Cet 
ouvrage qui en commençant forme un angle droit avec le mur 
de la porte du Jaer, se perd un peu plus loin à l'endroit où l'on 
voit encore les restes d'une ancienne porte en plein-cintre , à 
laquelle le temps a enlevé le revêtement de son arcade. Tous ces 
fragments sont d'une époque reculée et portent le caractère 
des constructions du XI e siècle. 

Nous mentionnerons encore la tour d'un vieux mur qui ne 
parait pas aussi ancien que l'enceinte à laquelle appartient la 
porte du Jaer, mais qui semble appartenir à l'époque de la tourelle 
et mur qui se voit à la rivière du Jaer. Elle fait l'angle d'un ancien 
rempart situé à Wyck, au nord-ouest. Son plan est un cercle 
dont le côté qui regarde la ville est aplati ou coupé en segment. 
A son intérieur le rez-de-chaussé est plus bas que le terrain 
environnant, et cette pièce qui sert maintenantde magasina poudre, 
a une voûte en plein-cintre uni, faite en pierres de sable (le 
mergel des carrières voisines de la ville). Le premier étage auquel 
on monte par un petit escalier, appliqué à l'extérieur, est une pièce 
de la forme et de la dimension du plan de la tour. On y voit 
des restes d'une ancienne cheminée du style du bâtiment, consis- 
tant outre le tuyau qui monte jusqu'au-dessus du toit, en un 
support et un fragment de la moulure du manteau. Les traces 
de différentes étages dans la tour se voient clairement, soit par 
des ouvertures pratiquées dans le mur pour loger des poutres, 
soit par le mur qui est en retraite pour y poser des planchers. 
Les ouvertures de la tour sont légèrement cintrées vers le haut, 
ressemblent à l'ouverture d'un four, et se rétrécissent vers l'exté- 
rieur. L'escalier qui conduit aux étages supérieurs est pratiqué 
dans une tourelle qui monte comme un tuyau contre le corps 
de la tour du côté de la ville. Son pivot et les rayons ou marches 
sont très-délicats et cet escalier est un curieux modèle de l'art 
de bâtir de ces temps. 



— 7)1 1 — 

Nous mentionnerons de même, une galerie en encorbellement 
contre la tour, sur la plus grande partie de son cercle, et qui 
sert à la défense de l'angle de l'enceinte vers l'extérieur. Celle 
galerie étroite , seulememt assez large pour donner passage à 
deux hommes de front, ceint la tour ou les pièces intérieures 
dont elle est entièrement séparée. Plusieurs créneaux y sont 
pratiqués qui présentent maintenant la forme de fenêtres, à cause 
du toit qui couvre ce couloir; et au bout où la courtine fait 
angle avec la tour, on voit un machicouli, orné extérieurement 
d'un corbeau figurant une tête humaine. Les ouvertures du côté 
de la ville où la tour forme un mur droit, sont des carrés sur- 
montés d'un tympan. Cette tour à laquelle à tort, on a assigné 
l'époque du XVI e siècle, est un curieux monument de l'architecture 
militaire romane, d'une grande solidité, les murs à leur base 
offrant une épaisseur d'environ 9 pieds du Rhin. Située à proximité 
de l'église de Wyck, dont l'emplacement jouit d'une réputation 
de haute antiquité, elle se lie par un mur qui aboutit en ligne 
droite à un autre bâtiment carré, orné d'arcades en plein-cintre 
qui semble avoir servi de porte. 

L'enceinte actuelle de la ville commencée au XIII e siècle, enceinte 
à laquelle les siècles suivants ont laissé chacun un spécimen de 
leur style, est encore un intéressant sujet d'étude pour l'amateur 
de l'architecture militaire. Mais embrasser toute cette partie serait 
sortir de notre plan : nous devons nous borner à l'enceinte la 
plus ancienne. Une malheureuse prévention contre les ouvrages 
militaires qui ne semblent rappeler que des temps de violences, 
a rendu les monuments de ce genre très-rares de nos jours. 
N'étant plus d'aucune utilité , ces vieux souvenirs des mœurs 
guerrières de nos aieux , sont ordinairement abandonnés au 
marteau des démolisseurs. Cependant ces vénérables restes du 
moyen âge, témoins de tant d'actions héroïques dont nous nous 
faisons gloire , méritent notre respect , notre vénération. Teints 
souvent d'un sang généreux , ces pierres noircies par le temps 
et la flamme sont comme les pages sacrées qui racontent les 



— 378 - 

phases les plus brillantes de noire histoire. Efforçons-nous donc 
de prolonger l'existence de ces niasses si graves, de ces murs 
antiques sur lesquels l'étendard municipal, entouré d'une bour- 
geoisie noble et fière , a souvent llotté en l'ace de l'ennemi. 




A M. le Président de l'Académie d* Archéologie de Belgique. 

Monsieur le Président, 

Conformément au désir que vous m'avez exprimé, je m'em- 
presse de vous donner quelques détails sur l'illustre baron 
Guillaume Pascal de Crassier, et de citer les pièces les plus 
remarquables du cabinet que possède un des descendants de ce 
savant archéologue, qui honore si éminemment son pays natal. 
" Guillaume Pascal baron de Crassier, né à Liège, le 11 avril 1GG2, 
commença à former la précieuse collection de médailles, pierres 
gravées et antiquités dont il publia le catalogue avec gravures 
des pièces principales. Ses fils et petit-fils continuèrent d'augmen- 



PLAN DE MAASTRICHT 

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— 57» — 

ter ce cabinet, que nous avons é!é admis à visiter. Les richi 
archéologiques et artistiques qu'il renferme, devraient prendre 
place dans le Musée d'antiquités de l'État. On y admire des sig- 
illés, des vases, des bas-reliefs et nombre d'antiquités de 
l'époque grecque et romaine, des monnaies grecques, romaines 
et du moyen âge, des médailles de la plus grande rareté , aussi 
curieuses pour l'art que pour l'archéologie; une magnifique col- 
lection de camées; les antiquités du moyen âge, rivalisant avec 
l'époque payenne, et une crosse byzantine à deux serpents, sculp- 
ture en ivoire; une coupe grecque de la même matière; un évan- 
giliaire à couverture émaillée et ciselée , ont surtout fixé mon 
attention. La collection de tableaux est également remarquable: 
un intérieur d'église par Sleenwyk, une tête pur Rembrandt, 
des esquisses de Rubens, une guirlande de Heurs de Seghers, 
attirent les regards. Le portrait du baron Guillaume Pascal de 
Crassier fait partie de la collection. Ce savant fut conseiller à la 
chambre des comptes de S. A. le prince évêque de Liège. Con- 
seiller de la cité de Liège en 1729, il mourut dans la même ville 
le 28 novembre 1750. Il fut en relation avec Monfaucon, dont on 
possède encore les lettres originales. Il a écrit sur l'histoire de 
Liège, mais ses ouvrages sont devenus fort rares. 

J'espère, Monsieur le Président, que ces quelques détails pour- 
ront vous intéresser. Je les dois à l'obligeance de M. le baron 
Guillaume de Crassier-Gadiot, à Maestriehl, et à M. le secrétaire- 
général du ministère de la justice à Bruxelles *. La biographie de 



1 M. le baron de Crassier, secrétaire-général du ministère de la justice, que 
l'Académie s'honore île compter parmi ses membres , descend en ligne directe 
du baron Guillaume-Pascal de Crassier. C'est un de ces hommes qui n'oublient 
pas que noblesse oblige : il se rend digne, sous Ions les rapports, d'un aïeul aussi 
illustre et aussi véritablement noble. Regardé à juste titre comme un des juris- 
consultes les plus distingués de nos jours, il réunit aux plus vastes connais- 
sances, une modestie et une intégrité rares. 

(Note rie la Rédaction). 



— 380 — 

de noire illustre savant a élé publiée, je pense ; mais la collection 
qu'il a commencé à Former déjà au XVII'' siècle, n'est pus si bien 
connue. Le gouvernement des Pays-Bas, sons le règne de Guil- 
laume I er , a fait des offres à la famille pour acquérir ce petit 
musée ; ollVes qui n'ont pas été agréées. 

Recevez, Monsieur le Président, l'assurance de ma plus haute 
considération. 

Alexandre Schaepkens. 

Membre correspondant de l'Académie. 



JACQUES DE IIEiMRICOUlîT, 

Historien de la noblesse Heshignonne, 

OTHON DE WARFUSÉE ET RAES DE DAMMARTIN 



Vers l'an 4102, du temps d'Oberl, évoque de Liège, il y avait 
en Hesbaye un seigneur nommé Othon de Warfusée, homme fort 
riche, sage et bon chevalier, qui s'était voué à la profession des 
armes *. Messire Othon eut deux fds, dont l'aîné se nommait 
Raës, et l'autre Libert Suréal. Raës fut chevalier comme son père: 
son frère se destina aux éludes et prit le parti de l'église. Mais 
messire Othon étant mort et Raës l'ayant suivi de près au tombeau , 
Libert se trouva seigneur de Warfusée : alors il renonça à l'église 
et prit l'ordre de chevalerie. Il y avait aussi alors à Awir, près de 
Warfusée, un seigneur nommé Hugues, marié à la sœur du 
comte de Hozémont, qui avait une fille nommée Agnès. Libert 
Suréal la rechercha et l'obtint ; ils réunirent ensemble de très- 
grands héritages. Ils s'aimèrent loyalement, dit Hemrieourt, et 
furent tellement fortunés qu'ils acquirent encore pendant leur 
mariage les villages et seigneuries de Geneffe, de Limont, de 
Lexhy, d'Awans, de Waroux, de Loncin et plusieurs autres : en 

4 II portail de gueules auv fleurs de lys d'argent, sans nombre. 



— 38-2 — 

sorte qu'ils se virent possesseurs d'une bonne partie de la Hesbuye 
liégeoise. L'unique fruit de leur union fut une fille nommée Alix. 
Quelques années après la naissance d'Alix, Agnès trépassa; le 
bon seigneur de Warfusée en ressentit une si grande tristesse qu'il 
en pensa mourir. Quand la violence de sa douleur fut un peu 
calmée par les instances de ses amis et par les caresses de sa fdle 
qu'il aimait outre mesure, et qui doucement le consolait , il jura 
qu'il ne porterait plus les armes, qu'il se consacrerait désormais 
à Dieu, et qu'il prierait tout le reste de sa vie pour le repos de 
celle qu'il avait perdue. Il se lit prêtre, et il célébrait souvent 
lui-même la messe dans son château-fort de Warfusée ', ou dans 
ses autres châteaux quand il s'y trouvait. Toutefois ce changement 
d'état ne lui fit diminuer en rien le train de sa maison. 

C'était le rendez-vous de tous les chevaliers des environs, parce 
qu'on le reconnaissait pour chef de sa race. Il tenait une grande 
quantité de chiens et d'oiseaux ; on s'étonnait de voir tout ce 
qu'il dépensait pour Dieu et distribuait en aumônes. Il fesait élever 
sa fille conformément à sa condition : de sages maîtresses lui 
enseignaient tout ce qu'une noble demoiselle devait savoir : à tra- 
vailler en or et en soie, à dire ses heures, à lire de beaux romans 
de chevalerie, à s'amuser à toutes sortes de divertissements hon- 
nêtes, comme à jouer aux échecs et aux dames; tellement qu'il 
eût été dillicile de rencontrer ailleurs sa pareille : et avec cela 
elle était belle et avait bonne grâce à tout ce qu'elle fesait. Tant 
de qualités et tant de vertus la rendaient de plus en plus chère au 
bon seigneur de Warfusée : c'était sa consolation et toute sa joie. 

Il y avait aussi dans le même temps un noble chevalier nommé 
Raës-à-la-Barbe, frère du comte Dammartin en Gaule, qui, ayant 
encouru la disgrâce de Philippe I or , roi de France, fut banni de 
ce royaume. En étant sorti avec beaucoup d'argent, de pierreries, 
et une suite nombreuse, il vint s'établir à Huy, où il tenait un 



1 Aujourd'hui possédé par M. le comte d'Oultremoiit deWégimont, ancien 
ambassadeur de S. M le roi des Belges , a Rame. 



— 383 — 

grand train de maison, ayant chiens, oiseaux, chasseurs et fau- 
conniers. Tantôt il allait à la chasse et tantôt à la pêche pour se 
distraire de ses ennuis. Un jour qu'il chassait depuis le matin sur 
les terres de Warfusée, passant vers midi non loin de la chapelle 
du château, il entendit la clochette qui annonçait l'élévation. Il 
poussa son cheval de ce côté, mit pied à terre, entra dans la 
chapelle et se mit à prier dévotement. Le seigneur de Warfusée 
entendant quelque bruit, tourna la tête et aperçut le chevalier 
inconnu. La messe étunt finie, il le fit convier à dîner par un de 
ses gens. Messire Raës y ayant consenti, le seigneur de Warfusée 
prit son hôte par la main et lui fit grand accueil, en s'enquérent 
de la cause qui ramenait dans cette contrée. Il commanda promp- 
tement le dîner et envoya prévenir la belle Alix, pour qu'elle lit 
fête au chevalier étranger. Elle se rendit aux ordres de son père, 
et s'approehant de messire Raës d'un air honnête et gracieux, elle 
lui dit qu'il était le bien-venu. Le bon seigneur les fil asseoir l'un 
près de l'autre, et fit faire gra.ide chère, non-seulement au che- 
valier, mais à toute sa suite. Quant ils eurent longuement dîné et 
qu'ils se furent bien divertis, messire Raës remercia le seigneur 
de Warfusée et. sa tille de la bonne réception qu'ils lui avaient 
faite, et prit congé d'eux avec une parfaite courtoisie. De son 
côté le bon seigneur le pria, quand son chemin le dirigerait vers 
le château, d'y renouveler sa visite. Messire Raës qui déjà se 
sentait épris d'amour pour la belle Alix, y consentit facilement. 
Il y reviut tant et si bien dit Hemricourt ' , qu'après quelques 



* Jacques de Hemricourt obtint la charge de secrétaire des échevins de 1360 à 
1376, et devint bourgmestre de Liège en 1390. Il se maria deux lois, la 
première avec Françoise, fille de Pierre Mission, la seconde avec Agnès , lille 
de Veri de Coir, seigneur de Ramioul. Veuf de cette dernière, il demanda à être 
reçu parmi les chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem. Son désir exaucé, il se 
contenta de pratiquer la règle, sans participer aux revenu- de l'ordre. 

Il mourut dans un âge fort avancé, le 18 décembre 1103, et fut enterré à 
Liège, dans une chapelle de la cathédrale, dite la Chapelle des Clercs, où on lui 
dressa un tombeau avec son elligie qui a été gravée , et l'épitaphe suivante : 
25 m -27 



— 384 — 

informations prises réciproquement le chevalier Raës-à-la-barbe, 
de Dammartin en Gaule, épousa la belle Alix de Warfusée, et 

Cbi gist messire Jakes de Hemricourt, chevalier de l'ordre Saint Johan de Jhlem , 
Ki en ses veufvies et anciens jours entra en la dure religion sur son propre 
patrimoine sans prendre les bienfai de celi et trépassât Lan de grâce MCCCC et 
trois , le XVIII jour et mois de Decem. — Ses armes sont d'argent au sautoir de 
gueules, brisés en cœur d'un écu d'argent à la croix d'azur. 

Nous avons de lui: Le Miroir des nobles de Hesbaye, Bruxelles, L. H. Fricx. 
1675, in-fol. fig. ; des exemplaires portent la date de 1715, mais le titre seul en 
a été changé. Le texte est accompagné d'une version française, qui dans plus 
d'un endroit le défigure au lieu de l'éclaircir. Cette édition a élé publiée par un 
sieur de Salbray, précepteur des (ils du comte de Marchin, chevalier de la 
jarretière et maiire de camp général des armées des Pays-Bas, auquel il l'a 
dédiée. Salbray avoue n'être venu à bout de ce travail qu'avec le secours d'un 
abbé Massart , Liégeois, qui avait quelque teinture de l'ancien langage. Les 
recherches historiques sur VHistoire de la principauté de Liège , par le baron de 
Villenfagne, contiennent une lettre où ce savant prouve que le Miroir des nobles 
de Hesbaye est tronqué et n'est point parvenu jusqu'à nous tel qu'il est sorti des 
mains de son auteur. Il eût sans doute été plus complet dans l'édition qu'en 
préparait l'habile héraldiste Christophe Butkens, qui se proposait de le mettre 
en lumière avec une préface, des notes, un supplément, et dont M.J. F. Verdussen, 
éehevin d'Anvers, possédait le manuscril qui est passé dans la bibliothèque de 
Bourgogne, à Bruxelles, où il se trouve maintenant. En 1791 l'abbé Jalheau 
(il paraître à Liège en un vol. in fol. avec fig. , une nouvelle édition du Miroir. 
Mais dédaignant le texte d'Hemricourt, il s'est contenté de la traduction de 
Salbray en la rajeunissant, et en y ajoutant quelques notes pour flatter les 
prétentions de certaines familles. 

Hemricourt commença son recueil en 1553; il nous apprend qu'il avait alors 
20 ans, ce qui détermine l'époque de sa naissance telle que nous l'avons marquée. 
Il y mil la dernière main en 1398. On y trouve les généalogies de familles 
nombreuses qui descendaient de Baës de Dammartin, chevalier français, établi 
dans la Hesbaye , et qui y épousa une demoiselle de Warfusée. Ce travail 
embrasse donc les années écoulées de 1102 à 1598. L'auleur déclare que ce livre 
lui avait coulé beaucoup de peine et qu'il avait consulté la chronique de la 
grande église de Liège (chronique aujourd'hui perdue, selon loule apparence), 
outre les recueils particuliers, vieux rôles et autres papiers provenant de sa 
famille. 

Le Miroir des nobles n'est pas seulement un traité généalogique, on y trouve 
encore d'assez nombreux renseignements sur les mœurs de l'époque, dont La 
Curne de Sle-Palaye n'a pas profilé, el que M. de Villenfagne se proposait de 
réunir, ainsi que M. de Gerlache quia donné lecture de quelques-uns de ses 
extraits , il y a plusieurs années, dans une des séances de la Société d'Émulation 
de Liège. (B on - i>e Biciffeniurg). 



— 383 — 

leur mariage fut tellement favorisé du ciel, qu'Hl devinrent les 
auteurs de celte innombrable lignée de chevaliers, dont Bemrieonrl 
raconte les exploits. 

Le sire de Warfusée qui s'était fait prêtre, ainsi que nous 
l'avons vu, ayant laissé à sa fdle, parmi ses grands héritages, 
beaucoup de moulins, cela donna lieu de dire dans le commun 
peuple, que les nobles de Hesbaye étaient tons sortis d'un prélre 
et d'un meunier. 

Telle est la légende que rapporte l'un des plus graves historiens 
belges, M. le baron de Gerlache, premier président de la cour de 
cassation , dans son Histoire de Liège , depuis César , jusqu'à 
Maximilien de Bavière, Bruxelles 1843, légende sur laquelle s'est 
expliqué de la manière suivante un homme eompétent, M. Cachet , 
employé aux archives de l'état : 

« Je n'ai plus, avant de finir, qu'un petit reproche à faire h 
» Pauteur, et c'est malheureusement à propos de l'une de ses 
» narrations les plus intéressantes, les plus poétiques; aussi lui en 
» demandé-je pardon. Je veux parler du mariage de Raës de 
» Dammartin avec Alix de Warfusée. M. De Gerlache a suivi 
» textuellement le dire de Hemrieourt dans son Miroir des nobles 
» de la Hesbaye, et l'autorité de ce chroniqueur lui a semblé 
» suffisante. Certes, nous aurions regretté que ce récit manquât 
» dans l'histoire de Liège; il lui appartenait dans tous les cas 
» comme l'une de ses légendes les plus jolies, mais l'historien n'au- 
» rait-il pas dû y joindre, au moins en note, quelques mots 
» de rectification? La critique démontre en effet, que l'his- 
» toire de Raës de Dammartin de la maison de Boulogne est un 
» roman. Les détails fournis par Hemrieourt sur ce personnage 
» célèbre ne s'appuient sur aucun document authentique. Sa 
» naissance et sa parenté sont contestées ; son blason n'est 
» celui ni des Boulogne, ni des Dammartin ; en un mot c'est un 
» personnage dont le nom et les qualités paraissent au moins 
» apocryphes. C'en était assez suivant nous, pour réduire à leur 
» juste valeur les assertions de Hemrieourt. Mais nous le répétons, 



— 386 — 

» nous aurions regretté que celte froide et impitoyable critique, 
» sous le vain prétexte que le sujet n'est pas d'tine authenticité 
» incontestable, nous privât du charmant tableau qu'a tracé la 
» plume de l'historien liégeois. » (Trésor national, 2 e série, 
i I e liv. Mars 1844. Bruxelles 1844). 

Déjà avant M. de Gerlache, M. le baron de Beiffenberg s'était 
emparé de la légende de Hemricourt et sa plume élégante 
en avait fait dans un recueil intéressant et intitulé le Lundi, par 
Marsilius Brunck, l'objet d'une nouvelle attachante. Quel dom- 
mage que l'impitoyable histoire vienne bouleverser et démentir 
l'histoire de Raës-à-la-Barbe, et prouver que l'illustre maison de 
Warfusée n'a apparemment reçu dans son sein qu'un faux comte 
de Dammartin 1 . 

L'histoire de cette dernière maison est assez connue. 

L'art de vérifier les dates raconte en détail l'histoire de la famille 
de ce nom. Albéric II, comte de Dammartin, épousa Mahaut de 
Trie, dont il eut deux tils et trois filles. L'aîné de ses fils fut 
Renaud I, homme hardi et entreprenant, qui épousa en secondes 
noces Ides, fille aînée du comte de Boulogne et devint par ce 
mariage l'un des plus puissants seigneurs du royaume. Une 
querelle qu'il eut avec l'évêque de Beauvais, prince du sang, le 
brouilla avec le roi. I! se jeta dans la révolte du comte de Flandre 
et fut l'auteur de la ligue qui se forma contre Philippe Auguste. 
Ce dernier Passiéga dans son château de Dammartin qu'il avait 
fait fortifier. Renaud s'évada et passa en Angleterre, où il excita 
le roi Jean sans terre, à la guerre. A la bataille de Bovines, il 
combattit pour l'empereur Othon IV. Il y fut fait prisonnier, puis 



1 Feu le baron d'Haultepenne, ancien sénateur du royaume de Belgique, 
décédé à Bruxelles en avril 1841 , fesait remonter l'origine de sa famille aujour- 
d'hui éteinte, à Baës de Dammartin. Il se qualifiait de comte de Dammartin, 
mais ce litre ne fut pas reconnu par le gouvernement qui l'avait cependant 
autorisé à adopter pour l'une des bannières de ses armoiries l'écu de 
l'époux d'Alix de Warfusée, à savoir un gonfanon à trois pendants et à trois 
annelets. 



— 387 — 

enfermé à Pérou ne, où Philippe-Auguste après lui avoir t;iit mettre 
les fers aux pieds, le lil enfermer dans un cachot, on il mourut en 
1227. Le comté fut confisqué et donné au fils de Philippe-Auguste 
qui avait épousé la fille de Renaud : à sa mort, sa veuve en fit 
hommage au roi Louis IX. Il parait que ce dernier donna le comté 
au frère de Renaud, nommé Renaud Simon, qui le posséda peu de 
temps. Ce Renaud Simon fut père de Jeanne, comtesse de Ponlhieu, 
laquelle épousa le roi don Ferdinand de Castille. 

Le comté passa en 126:2 à Mathieu de Trie, qui le réclama 
de Louis IX, comme y ayant droit par sa mère Alix, sœur de 
Renaud I. 

Voilà ce que nous trouvons dans le 2 e volumede l'art de vérifier les 
dates p. 662 et 765, et il n'est guère permis de conserver des doutes 
sur la fable accueillie par l'auteur du Miroir des nobles de Hesbaye. 

Nulle part mention de Raës-à-la-Barbe, frère de Renaud : ne 
serait-il pas possible qu'un chevalier français qui s'était établi 
au pays de Liège ait pu , soit pour des motifs de sûreté ou autres, 
se faire passer pour un Dammartin de Boulogne? De pareilles 
fraudes étaient à cette époque très-faciles. Dans une société où 
l'état-civil était nul, où il n'existait ni police, ni moyens de vérifi- 
cation , où tout se réduisait à la notoriété publique et à des tra- 
ditions de famille, où les relations d'un canton à l'autre étaient 
si difficiles qu'on pouvait aisément compter sur l'impunité du 
mensonge, où enfin il se faisait arbitrairement des changements 
de noms et d'armoiries, dans un pareil temps on conçoit combien 
de semblables supercheries devaient avoir lieu, puisqu'avec notre 
système de publicité, de critique et d'investigations, il en existe 
encore. Raës de Dammartin d'où venait-il ? Appartenait-il aux 
Dammartin de Boulogne à titre illégitime? Il faut en douter, et 
ce qui doit autoriser le doute à cet égard, ce sont les armoiries 
blasonnées par llemrieourt. Raës portait, dit-il, en son écu i\\\ 
gonfanon à trois pendants et au-dessus trois annelels. Or , jamais 
cette maison n'a eu ces armoiries. 

En dernière analyse il faut reconnaître que l'époux d'Alix de 



— 388 — 

Warfusée n'était pas un véritable Dammartin , mais il était 
riche et puissant, et peut-être des motifs politiques l'obligeaient-ils 
à se déguiser. II y a dans les généalogies beaucoup d'assertions 
démenties par l'histoire qui doit toujours servir de contrôle à la 
science héraldique, de même que cette dernière sert à éclairer 
l'histoire. 

Quoiqu'il en soit, Raës-à-la-Barbe paraît avoir joui en paix du 
faux nom qu'il s'était attribué. Ce nom toutefois disparut entiè- 
rement et même les descendants de Raës-à-la-Barbe et d'Alix de 
Warfusée l semblent avoir conservé ce dernier nom, qui disparut 
à son tour. 

L'une des familles qui font remonter leur origine à Otto de 
Warfusée est celle à laquelle appartient M. le chevalier A. Hody, 
administrateur de la sûreté publique et des prisons de Belgique, 
membre honoraire de l'Académie d'Archéologie, qui porte d'argent 
à la croix ancrée de gueules avec deux banières de gueules aux 
fleurs de lys d'argent sans nombre, lesquelles sont de Warfusée 2 . 



1 Le meurtrier du bourgmestre de Liège, Sébastien de la Ruelle, n'appartenait 
pas à la maison de Warfusée. René de Renesse, auteur de ce méfait fameux 
commis le 17 avril 1637, prenait apparemment le titre de Comte de Warfusée 
à cause de la possession de la terre de ce nom; c'est ainsi qu'il arrive aujour- 
d'hui que M. le comte d'Oultremont de Wégimont, propriétaire actuel du château, 
est appelé parfois d'Outremont de Warfusée. 

* Voir armoriai du royaume de Belgique publié à Bruxelles par le baron 
Isid. de Stein d'Altenstein, planche LXXVI. Miroir des nobles de Hcsbaye, 
par Hemricourt, p. 22 , édition de Jalheau ; déclaration de la chambre héral- 
dique des Pays-Bas autrichiens du 15 février 1730 ; arrêté royal du 30 décembre 
1838 et Lettres-patentes du U mai 1843. 



GÉNÉALOGIE 



NOBLE MAISON PROOST, 

DE TURNHOUT ; 

rédigée par 91. le baron Léon de HERCKENRODE, 

membre correspondant de l'Académie, elc. 



La 3 e livraison du tome 1" des Annales de l'Académie a fait 
connaître quelques-unes des principales épitaphes recueillies par 
M. l'abbé Slroobant, dans les églises de la Campine. Plusieurs 
d'entre elles concernant des familles dont les membres se sont 
rendus utiles à la patrie, par les fonctions qu'ils ont remplies, 
et méritant, par ce seul motif, la publicité, j'ai cru bien faire 
en faisant quelques recherches tendantes à établir leurs généa- 
logies. 

Je commencerai ce travail par la généalogie de la maison 



— 590 — 

Proost, à laquelle appartient Jean Proost, époux de dame 
Dîna Princen, dont Pépitaplie est ainsi conçue : 

Consultissimus Dominus 

Joannes Proost. J. U. L. 

Guilielmi filius , 

municipii ac territorii Turnhoutani 

secrctarius ac pensionnarius , 

hujus concentus syndicus, 

quem multis titulis promovit , 

hune locum que tus elegit. 

obiit 4 Junii 1668. 

DMa Dîna Princen , 

Dicta Watzon, 

marito oplime merito 

meesta posuit. 

Obiit 8 Septemb. 1671 ». 

Ce Jean Proost, dont il est ici question, était petit-fiis de Pierre 
Proost (fils de Godefroid) , écoutète de la ville de Santvliet, et 
des villages de Staebroeck, Beerendrecht, Wilmerdonck (Wil- 
marsdonck) ? etc, mort en 1622, et enterré devant le maître-autel 
de l'église de Staebroeck 2 , et de dame Alide Pellens. Le dit 
Pierre Proost eut quatre enfants de son mariage, savoir : 

1° Pierre Proost, écuyer, secrétaire du vieux et du nouveau 
gastel, au marquisat de Berg-op-zoom , fut annobli par lettres 
patentes du roi Philippe IV, signées à Madrid le 21 mars 1652 3 . 



1 Cette epilaphe existe clans la chapelle de la Portiuncule aux Récollets, 
à Tumhout, et est surmontée des armes de la famille Proost, accolées à 
celles de Princen dit Watzon. 

2 Une Elisabeth Proost , décédée le 25 janvier 1670 , et enterrée à S'.-Laurenl- 
ten-Hove, près de Contich, pourrait bien être la sœur de Pierre Proost; elle 
avait épousé Jean Bellens, mort en 1(500, petit-fils de Corneil dont la pierre 
sépulchrale se voit à Lillo (pr. d'Anvers). 

r ' Voir Théâtre dp lu noblesse du limitant. 



— 591 — 

Il épousa dame Henriette Van Sleenhuys, portant d'argent au 
chevron de gueules, accompagné en pointe d'un annelel de même, 
tille de Ilerman et de Uuth Das, et petite-fille de Godefroid, 
échevin de Grave, et d'Anne de Kael. Elle mourut le 13 (10) 
novembre 4052, et fut enterrée avec son époux au chœur de 
l'église de Slaebroeek. Cinq enfants sont nés de ce mariage; 
voir lettre A. 

II Claire Proost épousa tnessire Wauthier van Sleenhuys , 
dont : Pierre van Steenliuys qui épousa dame Marie Lemniùs ', 
fille de Pierre et de Cornélie Bols 2 . De ce dernier mariage : 
Jeanne van Sleenhuys qui mourut, à l'âge de 99 ans, veuve de 
Nicolas van Leynborgh dont elle avait un fils qui fut prêtre. 

IIP Guillaume Proost, seigneur foncier en Turnhout, Schoon- 
broeck , Arendonck, secrétaire de la ville de Turnhout, puis 
conseiller, receveur-général des domaines de S. M. C, décéda 
le 12 juin 1049. Il avait épousé, le 25 juillet 1007, dame Anne 
Gevaerls, fille de Jean Gevaerts 5 , écuyer, jurisconsulte célèbre, 
premièrement secrétaire de la ville de Turnhout, puis, étant 
veuf de Cornélie Aertsens, chanoine gradué noble, oflicial et 
grand-vicaire de l'éveché d'Anvers, envoyé plénipotentiaire des 
archiducs Albert et Isabelle, pour conclure la paix avec les 
Hollandais en 1000; il fut enterré dans la cathédrale d'Anvers, 
où l'on voit sa belle épitaphe *. La dite Anne Gevaerts mourut 
le 25 novembre 1052 et fut enterrée avec son mari devant 



1 Lemnius porLe pour armes : de sable, au chevron d'or, accompagné de 
trois étoiles à 6 rais d'argent. 

2 Bols porte : de gueules à deux lions affrontés d'or tenant un besant de 
même dans la patte, et posés sur une terrasse de sinople. au chef COHSII 
d'azur, chargé de trois besants d'or; cimier : un lion naissant de l'ecu entre 
un roi d'or et de gueules; divise : inde fesstts agendo. 

3 Gevaerts porte : de gueules a la bande ondée d'argent, accompagnée de 
six billetles de même. Celle maison noble est une des plus anciennes de 
Brabant. 

* Dominicus Bauwus , lib. 1. de induciis ; Thésaurus Wateranw, etc. 



— 392 — 

l'entrée du circuit du côté du midi à l'église de St.-Pierre à 
Turnhout, avec une épitaphe sur marbre, placée contre un 
pilier, vis-à-vis la sépulture, où fut placé le portrait en buste 
de Guillaume Proost, avec celte inscription : 

D. 0. M. D. Guilklmus Proost huic oppidi per annos 33 a 
consiliis et secretis et deindè in eodem oppido ejusq. territorio 

per annos 16. questore rejus ulroq magnâ probitatis in 

industriœ laude fructus nec non Anna Gevaerts Joan. J. C. fil. ejus. 
conj. Eximiœ pietatis fcemina hic siti sunt decessit Me 12 jun. 
anno. sol. 1649, œtatis suœ 63, hœc 25. 96m ann. 1632. JR. /. P. 
La postérité de ces deux époux est mentionnée à la lettre B. 

IV Messire Jean Proost, seigneur de Wichelerzande, de Rille, 
de Gierle, de Beerse, de Vorsselaer lez-Turnhout, et de Ylim- 
meren, fut annobli par lettres patentes du roi Philippe IV, 
signées à Sarragrosse le 1 er septembre 1642, au port d'un 
écu d'azur à la fasce bretessée et contrebretessèe d'or, accompagnée 
de trois étoiles à huit rais de même, 2 en chef et une en pointe; 
le dit écu supporté par deux vautours s'efforant au naturel , et 
sommé d'un casque d'argent, grillé et liseré d'or, et orné de lam- 
brequins et bourlet d'or et d'azur; cimier : un cerf naissant au 
naturel. Il mourut conseiller du souverain conseil de Brabant, 
le 19 décembre 1659, ayant été marié deux fois : sa première 
femme fut dame 31agdeleine de Coninck l , et sa seconde, dame 
Justine Cayro (Caïro). Celte dernière était fille de Lucas Cayro 2 , 
né à Milan, seigneur de Moorseele, lieulenanl-général de cavalerie 
aux Pays-Bas, et de Claire Lemens, et sœur de Louis Cayro- 
de-Flandre, baron de Moorseele, par patentes du 13 septem- 
bre 1661, seigneur de Papenrode , commissaire-général de la 
cavalerie légère aux Pays-Bas 3 ; la dite Justine Cairo épousa 



4 De Coninck porte : d'argent aux trois coquilles de gueules. 
1 Cayro porte : d'azur à l'arbre planté de sinople, fruité d'or, et sénestré 
d'un lion rampant, également d'or. 

3 Théâtre de la nob. de Flandres, etc., par Le Roux, p. 324; et Nobil. p. 271. 



— 393 — 

en secondes noces M. Jean de Borchgreef ou de Borchgrave , 
capitaine de cavalerie au service de S. M. C. , échevin de la 
ville de Louvain, fils de Thierry et d'Elisabeth van Duflle '. La 
postérité de Je;in Proost suit à la lettre C. 

A. 1° Roger Proost, écuyer, secrétaire de la ville et baronnie 
de Zevenberghc, en 1643, drossard de Vorsselaer, Rielen,elc, 
demeurait à Ouden Bosch, le 17 janvier 1634, avec son épouse 
Elisabeth vander Eyck, dont la mère Anne Van Ilnnelsvelt •, 
Il mourut à Vorsselaer. Dont quatre enfants; voir à la lettre D. 

II Dame Claire Proost, épousa François Bruycx 3 , drossard 
de Vorsselaer, Lichtaert et Rielen. 

IIP Jean-Baptiste Proost, chevalier par patentes du 18 août 1639, 
seigneur de Vorsselaer, Lichtaert et Rielen, par achat de l'an 1663, 
licencié en droit, avocat et receveur des emplois, puis con- 
seiller du grand conseil de Brabant, par patentes du 11 novem- 
bre 1633 , vice-chancelier dudit conseil et nommé pour être 
chancelier en 1668, fit son testament le 10 avril 1679, par 
devant le notaire Boniface Blocqueau. Il avait épousé, en pre- 
mières noces, dame Anne Van Gindertaelen, fille de Jean et 
de Marie Van der Gheest, fille d'Arnoult Van derGheesl, con- 
seiller et procureur-général du Brabant; elle mourut le 8 sep- 
tembre 1671 , âgée de 63 ans , et gist au chœur de l'église de 
Vorsselaer, avec épilaphe. La seconde femme de Jean-Baptiste 

Proost fut dame Françoise de Wavre 4 , veuve de 

, décédée sans hoirs. Les enfants nés du premier 

lit suivent lettre E. 

IV Marie (Marguerite) Proost, décédée le 20 juin 1647, avait 
épousé, en premières noces , Adrien Weytens, licencié en droit, 
et en secondes Havermans 5 . 



* Divoeus , Rer. Lev, p. 34. 

1 Van Hemelsvelt porte : d'argent à la licorne sautante de sable. 

5 Buycx porte : de sable à trois navés avec leurs feuilles au naturel. 

* De Wavre porte : de Brabant brisé d'une cotice d'argent. 
» Havermans porte : d'azur au pégase sautant d'or. 



— 394 — 

V° Antoine (Antoine-Pierre) Proost, mort le 11 août 1663, 
avait épousé, a Gastel , dame Anne B rouer s (Brouwcrs ?) de 
Boosendael l , dont Guillaume et Henri qui suivent; voir lettre F. 

B. 1° Jean Proost, écuyer, né le M août 4608, licencié 
ès-lois en 1634, seigneur en Turnhout, de Schoonbroeck, d'Aren- 
donck et de Galster par achat , fut secrétaire et pensionnaire 
de la ville de Turnhout, et mourut le 4 juin 4668, sans laisser 
de postérité de son épouse dame Dina Princen dite Watzon, 
qui mourut veuve le 8 septembre 1671. Ces conjoints furent 
enterrés dans la chapelle de la Portiuncule aux Récollets à 
Turnhout , avec une épitaphe dont copie se trouve au com- 
mencement de cette généalogie. Cette épitaphe est surmontée 
des armes de la famille Proost accolées à celles de Princen dit 
Watzon qui sont : d'argent au lion de sable, armé, lampassê et 
couronné de gueules, la queue fourchue et passée en sautoir ; parti 

de à la fasce ondée de surmontée dune feuille 

de sinople et accompagnée en pointe dun tau ou béquille de 
St.- Antoine de 2 . 

II Pierre Proost, chanoine régulier à Corsendonck. 

111° Guillaume Proost, écuyer, né à Turnhout le 14 et baptisé 
le 19 septembre 1626, fut écoutète de Kinschot, près de Turn- 
hout. Il épousa dame Angéline Van Asten, fdle d'Adrien 3 , et 
d'Agnès de Roy, dont quatre enfants; voir ci-après lettre G. 

C. 1° (du 1 er . lit). Jean-Baptiste Proost, écuyer, seigneur de 
Wichelerzande et autres lieux, épousa dame Charlotte Vanden 
lleelvelde, fille de François, et veuve de Ferdinand de Honloye, 



1 Brouers porle : de à la tour donjonnée de 

- On trouve ailleurs, que la famille Princen dit Watzon porte pour armes 
d'argent au lion de sinople, armé, lampassê de gueules, parti de même à 
la fasce ondée accompagnée en chef d'un fer de lance, etenpoinle d'un lau , 
le tout d'azur. 

5 Van Asten porte d'or à la fasce d'azur accompagnée en chef et en pointe 
d'une étoile a 6 rais de sable, au sautoir de gueules brochant sur le tout. 



— 395 — 

seigneur de la Motte. Ils vivaient ensemble en 1685, comme 

conste par un acte de cette année passe par devant le notaire 
Goemans, de Louvain. Ces époux ont donné une fenêtre au 
Dégaina ge de Iloogstraeten sur laquelle sont peintes leurs armes 
avec inscription. 

11° (du 2 e lit). Jean-Lucas Proost, éeuyer, seign ur de Dintere, 
épousa Aldegonde Vermceren (Yaudermeerc ?). Ils eurent deux 
entants; voir lettre H. 

IIP Christophe Proost, mort jeune. 

IV Louis Proost, mort jeune. 

D. 1° Anne-Pélronille Proost, épousa Pierre-Jacques (et non 
François) Van Heydenryck, licencié en droit, conseiller au grand 
conseil de Malines. Dont plusieurs enfants mineurs le 9 mars 
1697, comme le prouve un acte sous cette date passé par devant 
le notaire Walt. Vandcn Bosschc, à Malines. 

11° Jean-Jacques Proost, éeuyer. 
III e Jeanne-Marie Proost. 
IV Henriette Proost. 

E. 1° Jean-Baptiste Proost, chevalier, seigneur de Vorselaer, 
Lichlaert et Bielen, l'ut reçu dans la famille de T'Seihuvghs à 
Bruxelles où il fut écheviu. Il testa devant le notaire Rousseau, 
le 6 février 1709, et mourut échevin le 10 février suivant. Il 
avait épousé, en IG7I, dame Jnlie-Magdelcine Nocelti, baptisée 
à St. -Jacques à Anvers, le 12 janvier 1652, fille aînée de Jean- 
Marins et de Cécile Vanden Eynde. Elle testa par devant le 
notaire P. B. Gargill, le 10 février 1724, mourut à Bruxelles 
le 22 ou 28 avril 1728, et fut enterrée dans l'église de St.-Gudule. 
Leur postérité suit lettre J. 

II Marie-Catherine Proost, religieuse du couvent de Bleyen- 
berg, à Malines. 

III Arnou (Arnou-Joseph) Proost, mourut célibataire à Bru- 
xelles, avant son père. 

IV Dame Marie-Anne Proost épousa messire Louis Van Oncle, 
seigneur de Rollin, capitaine de cavalerie, ne le I " septembre 



— 396 — 

1640, à , mort à Gastel et enterré à Santvliét. Il était fils 

d'Ambroise Van Oncle, conseiller, receveur-général des domaines 
et finances de S. M. C. gentilhomme, de la maison du cardinal- 
infant *, et d'Anne Verreycken , fille de Louis, chevalier de 
l'ordre de St.-Jacques, drossard de Lingen, lieutenant-général 
d'artillerie et gouverneur de Santvliét , où il est enterré avec 
sa femme Marie Van Weerden dite Nauwerhausen. Louis Van 
Oncle et Marie-Anne Proost eurent huit enfants; voir lettre K. 
V° Marie-Barbe Proost, fut religieuse aux Urselines , à 
Bruxelles. 

F. 1° Guillaume Proost, écuyer, drossard de Diest, mourut 
célibataire. 

11° Henri Proost , drossard de Diest , Zichem et Scherpen- 
heuvel , épousa Antoinette 's Grauwen , née à Breda 2 . Leur 
postérité suit à la lettre L. 

G. 1° Damoiselle Pélronille Proost. 

II Guillaume-Adrien-Joseph Proost, né à Turnhout le 26 sep- 
tembre 1652, écuyer, licencié en droit, seigneur en Turnhout, 
Schoonbeeck, Arendonck , secrétaire de la ville de Turnhout 
pendant 50 ans, où il épousa, en 1674, dame Elisabeth Pauly s 
fille de Jean, conseiller, receveur-général des domaines de Turn- 
hout pour S. A. la princesse de Solms, et de dame Marguerite 



1 Cet Arabroise Van Oncle paraît être le même que celui de ce nom , 
receveur-général des domaines et finances en 1615, annobli le 2 août 1620, 
selon le Théâtre de la noblesse du Brabant (Le Roux , noblesse de Flandre 
dit le 2 août 1630) , au port d'un écu de gueules à trois chevrons d'or, 
accompagnés de trois vernelles (annelets) de même , deux en chef et un 
en pointe; cimier : une tête et col de chameau d'or entre un vol de 
gueules. 

2 s' Grauwen porte : d'azur à la fleur de lis d'or, accompaguée de trois 
étoiles de même. 

3 Pauly porte : coupé, en chef d'argent à trois pattes d'ours de sable 
en pointe d'or à trois tètes d'ours également de sable. Cette famille se nom- 
mail primitivement Pauwels et Pauweli. 



— 397 — 

Gertman *, fille de Marc Gertman , bourgmestre de Turnliont, 
et de Jeanne Van Meurs. La dite Marguerite Gertman était 
sœur de Mathieu Gertman , docteur et professeur royal en 
théologie, prévôt de St. -Aîné, à Douay, chancelier de l'Univer- 
sité, ainsi que président du séminaire royal , où il fonda, par 
testament du 19 novembre 1083, un fonds d'environ dix-sept 
cent florins de Brabant, pour des bourses d'études, auxquelles 
ses parents sont préférés; il mourut le 9 décembre de la même 
année et fut enterré dans l'église de St.-Amé. Un autre frère 
de Marguerite Gertman, nommé François, fut bachelier formé 
en théologie, curé à Ballaer (Berlaer?) et fondateur de trois 
bourses au séminaire d'Anvers , ainsi que d'une autre pour 
quelque fille de sa parenté, vivante en célibat, à la collation 
du pléban de Turnhout et du curé de Ballaer. Guillaume-Adrien 
Proosl et sa femme Elisabeth Pauly procréèrent sept enfants; 
voir lettre M. 

III Dina-Gasparine Proost, mourut en célibat. 

IV Jean Proost, mourut garçon. 

H. 1° Dame Justine-Marguerite Proost épousa Samuel de Meyere, 
ingénieur, lieutenant-colonel au service de S. M. dont : 

Aldegonde-Marie de Meyere, morte sans enfants, le 21 janvier 
1734, et enterrée à St. -Jean, à Malines. Elle avait épousé 
Henri-Joseph Van Kerrebroeck, veuf en premières noces de 
Marie-Micheline Van Beughen. 

11° Louis Proost. 

J. 1° Jean-Baptiste Proost, baptisé à St.-Jacques à Anvers, 
le 26 mai 1672, chevalier, seigneur de Vorselaer, Lichtaert et 
Rielen, reçu dans la famille de T'Serhuygh en 1699, le 13 juin, 



• Le cachel en argent de la famille Gertman lui donne pour armes de 
gueules à la main dextre levée el appaumée d'or. Le champ de ces armes 
fut peint d'azur sur un des autels de l'église des Réeollets à Turnhout Et 
les généalogies des bourses Gertman, que je possède, les hlasonnent : d'or 
à la main dexlre levée el appaumée d'azur. 



— 598 — 

épousa à Anvers, le 16 janvier 1718, dame Josine Vanden Bergh, 
fdle de Godefroid, lieutenant au service de Hollande, et de 
Jeanne Van Dort, née à Bois-le-Duc, et décédée à Bruxelles, 
le 28 février 1779. De ce mariage seize filles et trois fils, parmi 
lesquels deux fils qui suivent lettre N. 

II Arnou-Joseph Proost, chevalier, reçu aux lignages avec 
son frère, le 13 juin 1699, épousa à Vorsselaer, Marie-Anne 
Proost, sa cousine Germaine, rapportée ci-dessous, fille de Henri 

et d'Antoinette s'Grauwen. Elle épousa en secondes noces 

d'Amersbach. Dont quatre enfants du premier lit ; voir lettre O. 

IIP Anne-Catherine Proost, née à Bruxelles, morte jeune 
fille. 

L. 1° Julie-Magdeleine Proost, épousa en premières noces, 
messire Matthieu-Victor de Cannart de Hamale i , écoutète de 
la ville et pays de Zichem, fils de messire Lambert de Cannart- 
d'Hamal, seigneur de Landyck et mayeur de Halen, et de dame 
Livine-Joséphine Van Mechelen, petit-fils de messire Jean de 
Cannart-d'Hamal, et de dame Anne-Marie d'Àrnhem 2 , dame 
de Landyck. Le dit Mathieu-Victor épousa en secondes noces 
dame Marie-Claire VanderLaen, dame de Liaukama, en Frise; 
sa postérité suit ci-après à la lettre P. 

11° Marie-Anne Proost, épousa en premières noces, à Vors- 
selaer, Arnou-Joseph Proost, mentionné ci-dessus; elle épousa 
en secondes noces. ...... Amerbach. 



1 Cannarl-de-Hamal porte : d'argent à la fasce de cinq fusées de gueules, 
la seconde fusée surmontée d'une merletle de sable. Cette maison est issue 
de la noble et illustre maison de Hamal , du chef de messire Simon de Brialmont 
deCbaynée, qui fut surnommé de Cannait, parce qu'il était seigneur de ce 
fief au village de Slevort, près de Hasselt. Ce fut lui qui le premier porta les 
armes que nous venons de blasonner, ce que sa postérité a continué; le 
chevalier Euslache de Hamal, trisayeul du dit Simon de Brialmont , fil bâtir 
la tour de Brialmont. 

2 La noble et ancienne maison d'Àrnhem porte pour armes : d'argent à 
l'aigle éployée de gueules. 



— 399 — 

I[Ï P Proost, religieuse au Mariendal, à Diest, 

IV" Proost, religieuse au même couve»!. 

V" Proost, fille dévote. 

VI Anne-Marguriete Proost, morte religieuse sépulchrine I 

i m m hou | , en 1764. 

Douze autres enfants moururent en bas âge. 

M. 1° Guillaume Proost, écuyer, secrétaire de la ville de Turn- 
hout, vivait encore en 1722; il mourut célibataire. 

II . Godefroid Proost, fut religieux Guillelmite à Huybergen. 

III Marc-Matthias, mourut célibataire. 

IV Charles Proost, fut chanoine de l'exempt chapitre à Turnhout. 

V° Pierre-François Proost, fut capitaine-lieutenant au service 
de Hollande. Il épousa Marguerite de Bakker. Leur postérité 
suit à la lettre Q. 

VI Dame Isabeau Proost épousa M. Pierre van Laer 1 , avocat 
et juge des droits d'entrée et de sortie à Turnhout, écoutète 
de Vorsselaer, etc. Il était fils de Jean van Laer, écuyer, écoutète 
du dit Vorsselaer et de Beerse et de sa femme dame Elisabeth 
Wouters de Vinderhoute 2 , fille de Gérard, écuyer, et de dame 
Cornélie Nuyts dit Wils. Le dit Pierre van Laer et son épouse 
reposent dans l'église de St.-Pierre à Turnhout, sous une pierre 
sépulchrale devant l'autel de la Vierge; leur fille Marie-Isabelle 
suit ci-après à la lettre R. 

VII Thérèse Proost, religieuse sépulchrinc à Turnhout, décédée 
vers l'an 1720. 

N. 1° Jean-Baptiste-François-Norbert Proost, baptisé à Anvers 
le 26 décembre 1718, (ou le 21 décembre 1719), chevalier, 



1 Van Laer porte : d'argent à trois canards nageants au naturel, au du i 
cousu d'or à une aigle issanl de l'empire. 

2 Wouiers de Vinderhoute porte : d'or au chevron de gueules chargé de 
trois fleurs de lis d'argent, et accompagné de trois perroquets de sinople. 
deux en chef et un en pointe; les deux du chef affrontés. — Un Jean Wouiers, 
écuyer, seigneur de Vinderhoute, fut créé chevalier par patentes du 13 juillet 1626. 

25 m as 



— 400 — 

capitaine au régiment de Wurtemberg-dragon, épousa à Bruges, 
Marie-Pétronille Joos. J'ignore s'il a laissé prostérité. 

II Proost, prêtre, puis grand-clianoine de Ste.-Gudule 

à Bruxelles. 

O. 1° Henri-Joseph Proost, né à Diest, chevalier, était encore 
célibataire en 1767. 

11° Anne-Marguerite Proost, née à Bruxelles, épousa à Malines 
Henri-Jean Pané (ou Pavé), licencié en médecine, veuf en premières 

noces de Elle mourut veuve à Malines, le 30 janvier 

1765. 

III Jean-Baptiste Proost, né à Bruxelles, épousa a Turnhout 
Thérèse Reyns, dont un fils, qui mourut célibataire, et deux 
filles qui vivaient encore en 1791. 

Q. 1° Jean-Antoine Proost, écoutète d'Arendonck, mourut sans 
hoirs de sa femme Marie Ooms. 

II Guillaume-Adrien Proost, receveur des droits d'entrée et 
de sortie à Hoogstraeten , encore en 1767. Il épousa Elisabeth 
Willems, dont neuf enfants; voir lettre S. 

III Thérèse-Joséphine Proost, épousa M. Joseph Versluys, 
receveur des droits d'entrée et de sortie à Balen, dont un fils 
nommé Pierre-François. 

S. T° Isabeau Proost. 

II Jean-Antoine Proost. 

111° Pierre-François Proost. 

IV Thérèse-Josephe-Catherine. 

V° Jean-Baptiste. 

VI Barbe. 

VII Marie-Elisabeth. 

VIH° Guillaume-Adrien. 

IX et Joseph Proost. 

(Nous ne connaissons pas la postérité de ces derniers), 



— 401 



Enfants de Marie Anne Proost, épouse de 
Louis Van Oncle. 

K. 1° Jean-Baptiste van Oncle, mort célibataire. 

II Anne-Françoise Van Oncle, mourut sans laisser de postérité, 
le 28 novembre 1758, et fut inhumée à Notre-Dame de la Chapelle, 
à Bruxelles ; elle avait épousé M. François-Joseph-Jean-Baptiste 
Vander Meer, fils d'Eglon-Henri, conseiller et gentilhomme de la 
maison du comte Palatin de Neubourg. 

IIP François-Louis Van Oncle, mourut célibataire. 

IV Marie-Marguerite van Oncle, mourut jeune fille. 

V° Antoine-Joseph Van Oncle, prêtre, fut enterré à Notre-Dame 
de la Chapelle, à Bruxelles. 

VP Charles-Nicolas Van Oncle, mourut à la guerre. 

VIP Marie-Josèphe Van Oncle, baptisée à Bruxelles, en l'église 
de Sainte-Catherine, le 25 janvier 1685, épousa Antoine Carton , 
capitaine. De ce mariage : 

a. Sabine-Josèphe Carton, baptisée à Notre-Dame de la Cha- 
pelle, à Bruxelles, en 1722. 

b. Charles-Léopold-François Carton , baptisé dans la même 
église, le 15 septembre 1725, fut avocat du conseil souverain de 
Brabant, reçu en la famille TSerhuyghs, le 15 juin 1752, et fait 

lieutenant-amman de la ville de Bruxelles, en 17 Il épousa 

à St.-Martin-Bodegem, le 7 décembre 1754, dame Marie-Aune- 
Jeanne-Constance Vecquemans, fille de Philippe-François, mort 
et enterré à St.-Martin-Bodegem, et de Marie-Constance-Arnoldine 
de Collaerts, dont quatre enfants, savoir : Philippe-François- 
Joseph Carton, né en 1755; Pierre-François-IIiacinthe, né en 1757 ; 
Henriette, née en 1759, morte le lendemain de sa naissance, et 
Marie-Philipine-Ferdinande, née en 1761. 



— 402 — 

Enfants de Mathieu-Victor de Cannart-d'Hamal , époux, 
T de Julie-Magdaleine Proost, et 2° de Marie-Claire 
Van der Laen. 

P. 1° Dame Marie Alexandrine-Jacqueline de Cannart-d'Hamal, 
décédée à Anvers en 1785, avait épousé Messire Jacques-Albert 
baron de Wassenaer, seigneur de Waeremont, par la mort de son 
frère, colonel au service de la Hollande, qui décéda à Anvers, 
le 26 juillet 1774. Il était fils de Thomas- Walrave, et de dame 
Marguerite de Lynden. Dont cinq entants, savoir : a. Thomas, 
baron de Wassenaer, chanoine de St.-Servais, à Maestricht, où 
il mourut; 6. Henri, baron de Wassenaer, officier au service de 

Hollande, puis époux , à Anvers, de dame de Heuvel, dont il 

mourut veuf sans enfants; c. Elisabeth, baronne de Wassenaer, 

épousa en 1763, à Gastel, messire de Cousebant, seigneur 

de Waspick; d. Jean baron de Wassenaer, cornette au service 
de Hollande, qu'il quitta, épousa à Bonn, en 1782, dame 

, baronne de Steinen, avec qui il habita ensuite 

Maestricht; e. Marguerite baronne de Wassenaer, épousa messire 
de Roesl d'xVlckmade. 

II Dame Julie de Cannart-d'Hamal, épousa en 1758, à 
Turnhout, messire Paul Guiot, chevalier, seigneur de St.-Quentin, 
fils aîné de Matthieu Guiot, chevalier, seigneur du Doignon et 
de St.-Quentin, et de Marthe Feydau, mariés le 10 janvier 1722; 
petit-fils de Paul, chevalier, sieur de St.-Paul, et seigneur de 
St.-Quentin et du Doignon. Ils ont demeuré quelque temps à 
Turnhout, puis à Gastel, et se sont enfin fixés en France, dans 
la Basse-Marche *. 



1 Cette noble maison de Guiot porte pour armes : d'or à trois perroquets 
de sinople, becquetés, guidonnés et pattes de gueules. On trouve la généalogie 
de cette famille dans le Dictionnaire généalogique, héraldique, historique et 
chronologique de France, au tome V, ou II vol. du supl., fol. 269, où elle 
a titre de noblesbe de l'an 1591 ; elle est domiciliée dans la Basse-Marche, 
le Poitou, le Berry, etc. 



— 403 — 

Postérité de Pierre \an laer et de son épouse 
Isabeau Proost. 

K. Dame Marie-Isabelle van Laer, dame de la franchise d'Aren- 
donck, Draeckenhoft", en Lille, Beerse, Gierle, Lichtaerde, dame 
libre en Turnhout, Arendonck et Schoonbroeck, fille unique, 
mourut le 31 mai 1741, et fut inhumée dans la sépulture de 
la famille Proost, à la collégiale de Turnhout. Elle avait épousé 
le 13 juillet 1729, en l'église de Vorsselaer, messire Norbert- 
François Bols, né le 14 mai 1691, licencié en médecine, fils 
de Jacques et d'Elisabeth Verbraeckele *, dont la mère Catherine 
de Kinschot 2 . 11 était veuf, en premières noces, de dame 
Claire-Catherine Rinquet, fille de Bauduin et de Anne Noodens, 
et petite-fille de Michel Rinquet et de Jeanne Hiegaerts. Il fut 
annobli par patentes du 7 novembre 1733, et mourut le 16 
décembre 1767, à Turnhout, où il fut enterré auprès de sa seconde 
femme. Dont neuf enfants, savoir : 

1° (Du premier lit). Jean-Joseph Bols, capitaine au régiment 
des hussards de Trips, ensuite en celui de Mantùa, en 1747, 
au service de l'impératrice-reine. 

II Anne-Elisabeth Bols, épousa Martin van Hooff, fils de 
Martin et de Gertrude Ooms. 

111° Marie-Thérèse Bols , prieure des chanoinesses régulières 
du St.-Sépulchre, à Turnhout. 

IV Jeanne-Pétronille Bols, récollectine à Arendonck. 

V° (Du second lit). Norbert-Joseph Bols , avocat au conseil 
souverain de Brabant, mort sans alliance, à Turnhout, en 1785. 
Il était seigneur d'Arendonck, etc. 



1 Verbraeckele (ou plutôt Verbraeken) porte : d'argent au lion d'azur, armé, 
lampassé de gueules. 

2 De Kinschot porte : d'or à la fasce bretessée et contrebretcssée de sable 
accompagnée de trois abeilles au naturel, deux en chefs et une en pointe. 
Cimier : un faucon s'efforant au naturel entre un vol à l'antique, chaque aile 
blasonnée de l'écu. 



— 404 — 

VI Thérèse-Françoise Bols-d'Àrendonck, née le 20 août 1752, 
épousa à Turnhout, le 23 décembre 1751, messire Jean-Baptiste 
de Herekenrode (issu légitimement de Henri von ou zu Hercken- 
rode , créé baron , avec ses descendants, par l'empereur Charles- 
Quint en 1524), seigneur de Steenberghen , St.-Anne-Valbeeck- 
ten-Waevere, etc., chef-mayeur de la ville de Louvain, où il 
mourut le 21 mai 1758. Il fut inhumé dans sa seigneurie de 
Steenberghen. Le dit Jean-Baptiste de Herekenrode était fils de 
Simon, seigneur de Halmael, Gest-à-Gérompont , OfTus , etc., 
et de dame Claire-Thérèse Jacobs, dame de Steenberghen, etc. , 
et petit-fils de Gérard , voué héréditaire de Racourt , seigneur 
de l'ancienne baronnie de Roost , de Halmael , Metlecoven , 
Mulcken, La Motte en Jamines, etc. ; son arrière-petil-fils Jacques- 
Salomon-François-Joseph-Léon baron de Herekenrode est reconnu 
dans la noblesse belge par disposition de S. M. le roi Léopold I er , 
en date du 16 du mois de décembre 1845 *. 

1 La maison de Herekenrode est originaire d'Allemagne , où elle a été 
alliée à plusieurs familles illustres , parmi lesquelles on remaïque celles de 
Clotzke , Besigar alias Sluart , Munkele alias Oldenburg , Weslerburg , Halewyns 
YVerdenberg, Ànthalt, Stoltenberg, Clermont. On trouve déjà en 1152, un 
Wolfroid zu Herekenrode, nommé sur sa tombe Kerckenrode, qui mourut 
cette année gouverneur de Magdebourg. Un Otton zu Herekenrode fut général 
et commandant en chef des armées de l'empereur Frédéric H , en Palestine, 
par patentes données à Jérusalem en 1232 ; son frère Georges mourut car- 
dinal et archevêque de Milan en 1245. Plusieurs autres s'y distinguèrent par 
les hautes fonctions qu'ils remplirent. Ce ne fut que vers le milieu du XVI e 
siècle que cette famille s'établit définitivement dans les Pays-Bas. Wolfroid 
de Herekenrode, conseiller-receveur de Charles-Quint des côtés du Bhin , 
pendant 60 ans, fut créé baron, par ce prince, en 1523; son fils unique 
Jean-Guillaume , général au service de l'empire , étant célibataire , le dit 
empereur transféra ce même titre avec tous les droits qui y étaient attachés 
aux descendants de son frère Henri. Les titres de la famille de Herkenrode 
furent enregistrés en l'office du roi d'armes P. A. de Launay, le 21 octo- 
bre 1681 , en suite de l'art, x» de l'édit du 1-i décembre 1616. Cet enre- 
gistrement corrobore une attestation et déclaration de noblesse, délivrée en 
1789, par le premier roi d'armes Ch. J. Beydaels, et par G. A. Labina , 
roi et héraut d'armes de Flandres, en faveur de messire Joseph-Antoine- 
François baron de Herekenrode , majeur de la ville de Louvain. 



— 405 — 

Ladite dame Thérèse-Françoise Bols-d'Arendonck épousa, en 
secondes noces, messire Philippe-Norbert-Marie Valider Stegen , 
baron de Putte t , seigneur de Schrieck et de Grootloo , veuf 
de dame Marie-Françoise baronne de Gruutère ; elle mourut , 
sa veuve," à Turnhout, le 20 août 17~>:2. 

YI1° Jean-Baptiste Bols, seigneur d'Arendonck, Drackenhoff, 
épousa dame Barbe-Marie-Ànne de Palfenrode. 

VIII Dame Pétronille-Marie-Isabelle Bols-d'Arendonck, épousa 
M. Pierre-François-Budolphe du Bois dit Van den Bossche de 
Weghemalle, né et domicilié à Gand, fils de Guillaume-Domi- 
nique , né à Bruxelles , et de Marie-Thérèse Lanlman , et 
petit-fils de Pierre-Antoine du Bois dit Van den Bossche , 
écuyer, seigneur de Hoogher-Camer, Ten-Dorent , et de Ter- 
Scharent, licencié ès-lois, admis en la famille de Kondenbeeck , 
le 13 juin 1090, et de sa seconde femme dame Anne-Philippine 
de Dongelberghe 2 , dame de Bergh, fille de Charles, vicomte de 
Zillebeecke. Une de leur petites-filles dameMarie-Norbertine-Colette 
du Bois dit Van den Bossche de Weghcmalle , vit encore ; elle 
naquit à Gand, le 9 janvier 1758, et demeure à Bruxelles 
depuis la mort de son époux N de Keller. 

IX Dame Anne-Françoise Bols d'Arendonck, née le 5 août 1758, 
décédée le 



1 Le Litre de comte fut octroyé a un membre de celle ancienne et noble 
maison , le 30 janvier 1698. 

2 Du Bois dit Van den Bossche porle pour armes : d'or à la fasce de 
gueules , chargée de trois étoiles d'argent , et accompagnée en chef de trois 
merleltes également de gueules (Voir Théâtre de la noblesse de Brabuiit , 
aslérique 54). 



406 — 



EXTRAIT 



DE LA 



CORRESPONDANCE DE L'ACADEMIE, 



MM. le docteur Kesteloot, Coomans, le commandeur Anlonio- 
Paulino-Limpo de Abreu, le comte de Salvandy, Lekens, le baron 
de Herckenrode , le docteur Sichel, van Lerberghe , le docteur 
Nicolas, l'abbé Michot , Arnault Schaepkens , etc., remercient 
l'Académie de les avoir admis au nombre de ses membres. 

La Société archéologique de Zurich en Suisse propose de s'as- 
socier avec l'Académie. 

Plusieurs souverains remercient l'Académie, dans les termes 
les plus flatteurs, de l'hommage qu'elle leur a fait de la livraison 
précédente de ses Annales. 

Son Eminence monseigneur le cardinal Gizzi, ministre secré- 
taire d'état de Sa Sainteté le souverain pontife, exprime à M le 
président de l'Académie, par une lettre du 16 novembre dernier, 
combien nos travaux sont reçus avec plaisir à Rome, et applaudit 
fortement à l'heureuse idée d'avoir fondé une telle association, 
« qui fera, dit son Eminence, j'en suis convaincu, beaucoup de 
» bien à la Belgique catholique »., 

\. L'Académie nationale de peinture de New-York, adresse 
à l'Académie une collection d'estampes de grande valeur. 

2. M. Janssen , membre correspondant à Leyde, fait hommage 
à l'Académie d'un ouvrage de haut intérêt qu'il vient de publier 
sous le titre: De Romeinsche beelden engedenksteenen van Zeeland, etc. 
I vol. in-8" avec une collection de planches parfaitement exécutées. 
1 845 , Middel bourg, imprimerie des frères Abrahams. 



- 407 — 

3. M. le baron Xavier Van clen Steen de Jehay, membre affectif, 
fait hommage à l'Académie de son Essai historique sur C ancienne 
Cathédrale de S t- Lambert à Liège, et sur son chapitre de Chanoineê- 
Trèfonciers. 1 vol. in-8°; 1840, Liège, imprimerie de H. Dessain. 
Notre honorable confrère, M. Van den Steen, avait d'abord publié 
ce travail dans les Annales de l'Académie. Il vient de lui donner 
un plus grand développement et de le réunir dans un volume, 
qui est à la portée de tout le monde. Nous l'en félicitons sin- 
cèrement. 

4. M. l'abbé Michot, membre correspondant, offre à l'Académie 
une brochure intitulée : Opinion de M. Michot pour l'examen de la 
maladie des pommes de terre. In-8°, 1845, Mons, imprimerie 
de Piérart. 

5. M. le docteur Cunier, offre à l'Académie deux nouvelles 
livraisons de ses Annales d'oculistique, l'un des recueils périodi- 
ques qui rendent des services réels à l'art de guérir. 

6. La Société des Sciences et Arts de la province du Brabant 
septentrional adresse à l'Académie la première et la seconde 
livraison du 2 e volume de ses annales, publiées par le docteur 
Hermans, achiviste de Bois-le-Duc. 1846, Bois-le-Duc, imprimerie 
de Muller. Ce recueil mérite toute notre recommandation. 

7. La même Société, que l'Académie compte parmi ses associa- 
tions correspondantes, lui adresse également un traité sous le 
titre de Verhandeling over de Rupsensoorten en dcrzelcer verdelging , 
dont l'auteur est D. Buy/.en, receveur et Dykgraef de la ville 
d'Axel. In-8°, 1845, Bois-le-Duc, imprimerie de Palier. 

8. La même société adresse aussi à l'Académie la 4 e partie 
de ses actes. In-8°, 1846, Bois-le-Duc, imprimerie de H. Palier 
et fils. 

9. M. Hermans, membre correspondant, offre à l'Académie une 
brochure qui ne peut manquer d'obtenir un grand succès chez 
tous les agronomes. Elle est intitulée : Beredeneerd ocerzigl (fer 
Landbouwkundige Schriften, belrekkelyk de Proiincic Xoord-Bra- 
band. In-8°, 18 45, Bois-le-Duc, imprimerie de H. Palier et iils. 



— 408 — 

Publiée par la Société des Sciences et Arts de la province du 
Brabant Septentrional. 

10. M. llubaud, membre correspondant à Marseille, fait hom- 
mage à l'Académie d'un Rapport sur la Représentation d'une pièce 
dramatique du moyen âge, en 1534, à Auriol, en Provence. Lu à 
l'Académie de Marseille. In-8°, 1846, Marseille, imprimerie de 
Barlatier-Feissat. 

11. M. Van Lerberghe, membre correspondant, fait hommage 
à l'Académie, de la 6 e livraison de son excellent recueil : Aude- 
naerdsche Mengelingen, que nous avons recommandé déjà à nos 
lecteurs. 

12. M. le docteur Sichel, membre correspondant à Paris, fait 
hommage à l'Académie d'un poème grec inédit, attribué au médecin 
Aglaias, publié d'après un manuscrit de la Bibliothèque royale de 
Paris. In-8°, 1846, Paris 

15. M. Visschers, curé de St.-André à Anvers, membre effectif, 
fait hommage à l'Académie d'une brochure pleine d'intérêt et de 
détails archéologiques très-curieux, ayant pour titre : Oude en 
nieuwe byzondcrheden van St.-Andreas kerk. In-8° de 64 pages , 
1846, Anvers, imprimerie de Van Aarsen. 

14. M. le baron Léon de Herckenrode, membre correspondant, 
fait hommage à l'Académie des 5 e , 6 e et 7 e livraisons de son recueil 
intitulé : Collections de tombes , êpitaphes et blasons des églises 
et couvents de la Hesbaye. etc. In-8°, 1846, Gand, imprimerie de 
Gyselynek. Nous y avons remarqué un fragment généalogique de la 
maison d'Awans, portant de vair, et tirant son nom du village 
d'Awans, situé au canton de Mollogne-au-pierres, pays de Liège. 
On y voit encore, dit M. de Herckenrode, les ruines de son ancien 
château dans une prairie appartenant à M. Joneau. Dans les livrai- 
sons que nous avons sous les yeux, on trouve aussi un fragment 
généalogique de la famille de Colen, de St.-Trond, portant d'or 
à trois fers à moulin de sable, à laquelle appartenait Christine- 
Joséphine Colen, alliée à Jean-Théodore-Balthasar de Pitteurs- 
Hiégaerts , échevin de la haute-cour de justice de St-Trond, 



— 409 — 

mère M. Antoine-Joseph-Théodore de Pitteurs-IIiégaerts ; de 
M. Charles-Lambert-Balthasar de Pitteurs-IIiégaerts, et de daine 
Marie-Catherine-Barbe-Joséphine de Pitteurs-IIiégaerts, lotis trois 
vivant encore. La dernière épousa en premières noces IIcnri-Louis- 
Marie comte d'Astier de Lumay, et en secondes noces M. Loyaerts 
propriétaire à Tirlemont , actuellement vivant. 

Les mêmes livraisons contiennent en outre des notices ou frag- 
ments généalogiques des familles van Vucht ; de Luesemans ; de 
Blocquerye ; d'Eynatten; de Straven ou Strauven; de Pickaerts ; 
de Hamal ; de Rivière ; d'Arschot ; de Bette ; de Guighove, Gay- 
degoven, Gudegoven ou Gugoven ; de Bosmans alias Sylvius; de 
Looz-Corswarem ; de Mérode; Van den Bosch ou du Buis dit 
de Monpertingen ; de Xhenemont ; d'Arnhem; de Hoen Van den 
Broek dit Hoensbroeck ; de Davre ou de Dave ; d'Enghien; de 
Ilaccourt; de Wyer ; de llerckenrode ; etc. 

15. La Société des Antiquaires de Picardie adresse à l'Académie 
les numéros 2 et 3 de son bulletin de l'année 1846. 

16. M. Vasse, auteur de la Prorince de iSamur pittoresque, fait 
hommage à l'Académie de son ouvrage intitulé : Excursions en 
Belgique. 1 vol. in-4°, 1846, Bruxelles, imprimerie de Dellombe. 

17. M. Victor Pasquier, pharmacien en chef de l'hôpital militaire 
de Liège, membre de plusieurs académies et sociétés scientifiques, 
l'un de nos plus laborieux écrivains, fait hommage à l'Académie 
de sa savante Monographie du Madi culticè. 1 vol. in-8"; 1811, 
Liège, imprimerie de Félix Oudarl; et d'un grand nombre d'autres 
écrits qu'il a publiés sur la pharmacie et sur les sciences 
naturelles. 

18. M. le chevalier Hody, membre honoraire, fait cadeau h la 
Bibliothèque de l'Académie de plusieurs ouvrages très-importants 
sur les maisons de détention. 

49. M. Bogacrts, secrétaire-perpétuel, fait hommage à l'Acadé- 
mie de son ouvrage intitulé : Histoire cicile et religieuse de la 
Colombe depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours. I vol. 
in-8°, 1847, Anvers, imprimerie de J.-E. Buschmann. 



— 410 — 

20. M. le chevalier de Coeckelberghe , membre honoraire, 
adresse à l'Académie un travail manuscrit très-important sur 
la prononciation de la langue française. 

21. M. le docteur Broeckx, bibliothécaire archiviste, fait hom- 
m.ige à l'Académie d'une Notice sur J. B. A. Van den Sande, maître 
en pharmacie à Bruxelles, professeur de physique et de chimie, 
etc. in-8% 1846, Anvers, imprimerie de L. J. De Cort. « Le 
» pharmacien qui fait le sujet de ce travail, dit M. Broeckx, 
» naquit à Bruxelles, le 10 mai 1746. Sou père se nommait 
» Norbert-Joseph Van den Sande, et sa mère Marie-Jacqueline 
» Van Ypen. Ses parents paraissent avoir été de noble extraction, 

» mais peu favorisés de la fortune Dès sa plus tendre 

» enfance il se sentit une prédilection pour les plantes, ce qui 
» l'entraîna vers l'étude des sciences pharmaceutiques. ...» 
M. Broeckx indique à la fin de sa notice, les écrits que 
Van den Sande a publiés. 

22. M. Charlé de Tyberchamps, membre correspondant, adresse 
à l'Académie la liste imprimée des premiers de Louvain depuis 
Pan 1426 à 1790. In-8°, Louvain, imprimerie de P. A. Denique. 

23. Le même adresse à l'Académie une liste manuscrite du 
dénombrement fait ensuite des lettres de Sa Majesté du 6 avril 
1697 des villes, villages, prévôtés, baillages, mairies, etc. de la 
province de Namur. 

24. Le même adresse à l'Académie la liste des familles qui ont 
changé leurs surnoms, qui remonte à l'an 1221. 

25. Le même adresse à l'Académie une Notice manuscrite sur 
Gabriel Leclercq, gentilhomme et médecin de Louis XIV. 

26. Le même adresse à l'Académie une Notice sur le dénombrement 
des terres et signeuries appartenant à la maison d'Arenberg. 



Suite an Talikiu général des membres 



L'ACADÉMIE D'ARCHÉOLOGIE 

DE BELGIQUE. 
(Voir la livraison précédente). 



MEMBRE EFFECTIF. 

MM. COLINS (Joseph -Hyacinthe), membre du Conseil provincial d'Anvers, mem- 
bre de la Société royale des sciences, lettres et 
arts , etc. 



MEMBRES HONORAIRES. 

ABREU (le Ministre Antonio-Paulino-Limpo de), grand'eroix et commandeur 
de plusieurs ordres , etc. , à Rio-Janeiro. 

COECKELBERGHE de DUTZELE (le chevalier Lambert-Marie-Louis de) , ancien 
auditeur aulique, etc. , à Vienne. 

LEKENS (Auguste), membre de la Députation permante du Duché de Limbourg . 
etc., à Maestricht. 



M. JENICOT, ancien secrétaire adjoint de la Société libre d'émulation pour I. 
sciences, lettres et arts, de Liège, a cessé de l'aire partie de l'Académie. 



FIN. 



Table générale des Matières 



contenues dans le T volume des Annales de fleadéraie i'Âfdiéotyie 

de Belgique. 



Tableau général des membres de l'Académie d'Archéologie de Belgique, page 5 

Notice biographique sur Berriat-Saint-Prix » 26 

Becherches sur l'Église cathédrale de Notre-Dame à Tongres ; par 

M. Perreau , membre correspondant » 28 

Bévue de l'Exposition nationale des Beaux-Arts de 1845 ; par M. 

Eugène de Kerckhove, membre correspondant » 49 

Les dernières Tapisseries des fabriques d'Audenaerde ; par M. le baron 

Jules de Saint-Génois, conseiller de l'Académie .... » 126 

Extrait de la correspondance de l'Académie » 152 

Séance générale du 19 décembre 1845 » 137 

Notice sur les conseillers , les procureurs-généraux , les greffiers et 
les présidents du conseil de Namur ; par M. le baron de 

Stassart, membre honoraire » 141 

Des ornements de l'architecture romane, par M. Arnaut Schaepkens. » 151 
La chapelle de Saint-Barbe à l'Église cathédrale de Saint-Servais, 
à Maestricht; par M.Alexandre Schaepkens, membre cor- 
respondant » 154 

Première séance des États de Brabant après l'expulsion des Autrichiens 

en décembre 1789 » 158 

Becherches historiques sur les personnes qui, anciennement, adminis- 
traient la justice dans notre pays, et sur les lieux où elle 
se rendait; par un membre conseiller » 171 



De la destination des Pyramides d'Egypte; par M. Félix Uo"aerls, 

secrétaire-perpétuel de l'Académie p a rr e 207 

Extrait de la Correspondance de l'Académie » 230 

Suite au tableau général des membres de l'Académie » 241 

Jets over de Venetiaensche Republiek; par M. P. F. Van Kerckhoven, 

membre correspondant „ 245 

Notes sur les différentes figures de Sl-Servais ; par M. Arnaut Sehaep- 

kens, membre correspondant » 273 

Recherches historiques sur Louis Elsevier et sur ses six fils. Notes 

puisées dans les protocoles des chambres des Notaires à 

Leyde et à Utrecht; par M. le capitaine Auguste de Reume. » 280 
Généalogie de la très-illustre et ancienne maison de Haveskercke . . » 287 
Notes sur le membres de la très -ancienne et très-illustre maison 

de Ligne qui ont été décoré de la Toison d'or >:> 311 

Séance générale du 16 juillet 18-46 » 317 

Suite au tableau général des membres de l'Académie » 333 

Tongres et ses monuments, par M. Perreau , membre correspondant. » 335 
Les Prévôts de l'Église collégiale de St.-Servais à Maestricht, par 

M. Arnaut Schaepkens, membre correspondant .... » 5C8 
Une forteresse de l'ancienne Belgique. Époque de la décadence de 

l'empire romain; par M. Alexandre Schaepkens, membre 

correspondant » 365 

Jacques de Hemricourt, historien de la noblesse hesbignonne, Othon 

de Warfusée et Raes de Dammartin » 381 

Généalogie de la noble maison Proost de Turnhout, rédigée par M. le 

baron Léon de Herckenrode, membre correspondant. . . » 389 

Extrait de la correspondance de l'Académie » 406 

Suite au tableau général des membres de l'Académie » 411 



FIN. 



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