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Full text of "Bulletin général de thérapeutique médicale, chirurgicale, obstétricale et pharmaceutique"

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BULLETIN GENERAL 



DE 



THÉRAPEUTIQUE 



MÉDICALE, CHIRURGICALE 
OBSTÉTRICALE ET PHARMACEUTIQUE 



f-)-!?X! 






FONDÉ PAB r f OOMTIMUÉ PAR 

MiûOBi. BULLETIN GENERAL mtm^mnn 

1831 lo73- tollo 

DB 

THÉRAPEUTIOUE 

MÉDICALE, CHIRURGICALE, OBSTÉTRICALE 

ET PHARMACEUTIQUE 



DIRECTEUR SCIENTIFIQUE 

ALBERT ROBIN 

MIIIBRB DB L'ACADiMIB DB IIÉDSCIMB 
MiÏDBClN DB l'hôpital DB LA PITIÉ 

COMITÉ DE RÉDACTION 
H. HALLOPEAU 6. POIJCUET S. POZZI 

Membra de l'Acadteito a« médeeina Membre d« l'Ao«déml« de médecine Membre de l'Aoed. de médecine, 

Médeoln de l'hOpiUl Saint-Loala Frofeeieur de phamuieolorie l'rofesMiir de Clinique 

ProlMieiir a^nisé à U Faculté «t de matière médicale grynécolosriqne à la Familté 

de médecine à la Facnlté de médecine. de médecine. 

RÉDACTEUR EN CHEF 

G. BARDET 

^ASSISTANT DB THÉRAPBJUTIQDB A L'HOPITAL DB LA PITIÉ 
SBCRÉTAIRB QÉNÉRAL DB LA SOCIÉTÉ DB THBR AP B UTI QUE 



TOME CENT QUARANTE-CINQUIÈME 



PARIS 

OCTAVE DOIiM, ADMINISTRATEUR-GÉRANT 

8, PLACE DE l'oDÉON, 8 

/ _ 

1903 



r I 



''I 



La bile de poro dans la taberoulose palmonalre. — Un très 
vieux médloament, le rlein. — HApltal pour taberouleux. 
— On cathéter de fortone. — Médeolua oivlla et mili- 
taires. — Les empolsonuementB par les cliaassareB 
teintes. 

La tuberculose serait-elle favorisée par uq déraut de sels 
biliaires? M. Willis (d'Ilkeston) le croit parce qu'il a eu l'occa- 
siou de constater que l'addition de glycocbolate ou de taurocho- 
late de soude a pour résultat d'entraver ou même d'arrêter com- 
plètement la pullulation des bacilles de Koch sur les milieux qui 
sont d'habitude propices au développement de ces microorga- 
□ismes. II recommande en coaséquence de traiter !a phtisie au 
moyen de la bile. Maïs comme ce liquide émulsionne et sapo- 
nifie les graisses dans l'intestin en donnant naissance à de la 
glycérine, substance particulièrement favorable au bacille de 
Koch, il faut absolument prohiber tous les corps gras, y compris 
l'huile de foie de morue. C'est ainsi qu'un homme atteint di- 
tuberculose pulmonaire avancée soumis à l'action de doses con- 
sidérables de bile de porc (dont la composition chimique se rap- 
procherait beaucoup, parait-il, de la bile humaine) et d'un régimo 
exclusivement azoté, ne larda pas à voir la toux diminuer, l'hyper- 
thermie vespérale s'abaisser, les sueurs nocturnes disparaître ei 
les forces revenir. Ce cas, pour unique qu'il fut, corrobora 
M. Willis dans la conceptiou du rôle qu'il fait jouer aux sels 
biliaires d'une part dans l'éclosion et d'autre part dans le traite- 
ment de la tuberculose. 

BULL. DE TaËRAPEUTIQUR, — TOMB CXLV. — 1" LITK. 



13~813 



2 BULLEXm 



o 
o o 



Le ricin est un vieux médicament, très vieux même, dont 
les parchemins... pardon! les papyrus remontent au moins à 
Aménophis P»", second roi de la XVIII* dynastie, lequel vivait 
au xvi" siècle avant notre ère. Or ces ou plutôt ce papyrus connu 
sous le nom de Papyrus Ehers, trouvé à Thèbes, qui était certai- 
nement antérieur à cette époque, est une sorte de recueil de' 
recettes extraites de divers documents et classées en ordre métho- 
dique. M. Loret, chargé du cours d'égyptologie à l'Université do 
Lyon, y a vu que le ricin était sur les bords du Nil, il y a près de 
quarante siècles, exactement utilisé comme il Test encore partout 
de nos jours. On en regardait les graines comme purgatives, on 
en tirait une préparation pour activer la croissance des cheveux ; 
enfin on s'en servait en guise de Uniment pour adoucir les souf- 
frances causées par certaines affections cutanées et pour en hâter 
la guérison. 



o o 



La Société médicale des hôpitaux a adopté à l'unanimité le 
vœu suivant : 

La Société médicale des hôpitaux, considérant que la cause 
principale de l'encombrement dans les hôpitaux de Paris est ïa 
présence, dans les services de médecine, d'un nombre considé- 
rable de tuberculeux chroniques, dont le séjour se prolonge indé- 
finiment au détriment de l'hygiène générale et avec de grands 
risques de contagion pour les autres malades, émet le vœu : 

Que l'Assistance publique crée immédiatement, sur un des ter- 
rains qui lui appartiennent, un hôpital économique construit aussi 
rapidement que possible, pour 5 ou 600 lits au moins, répartis en 
pavillons à rez-de-chaussée, analogues à ceux de l'hôpital Brous- 
sais ; cet hôpital ne fera pas d'admissions directes; il sera réservé 
aux tuberculeux qui lui seront adressés des autres hôpitaux, par 
voie d'évacuation, sur certificat des chefs de service. 



BULLETUf 2 






Appelé loin de chez lui pour une malade atteinte de rétention 
d'urine et dont la vessie remontait jusqu'à Tombilic, M. Julien 
(de Tourcoing), qui avait oublié sa trousse, se trouvait fort em- 
barrassé, dit-il dans VEcho médical du I^ord, 2 novembre 19021, 
quand il songea à utiliser comme cathéter le tuyau d'une pipe en 
terre. 

Cinq minutes d'ébuUition pour l'asepsie. Le léger renflement 
de l'extrémité du tuyau facilite l'introduction dans la vessie. 

L'urine s'écoule : un bol, deux bols, trois bols, l.bOOgrammes* 
Et en même temps que le ventre se dégonfle, la malade, rayon- 
nante, se confond en remerciements. Et le mari se joint à elle, 
joyeux ; puis, subitement devenu goguenard, comme le paysan 
dont la vache vient de terminer heureusement un accouchement 
laborieux : « Sans compter, s'écrie-t-il, que la pipe ne sera seu- 
« lement pas perdue, car je suis un sacré fumeur, et peut-être 
a bien que celle-là sera plus facile à culotter !» 



« 

9 O 



Un conflit très curieux, lisons-nous dans le Journal de médecine 
de Paris du 26 octobre 1902, vient de se produire entre la Société 
des médecins de Metz et le docteur Herzer, médecin, en chef àa 
16® corps d^armée. On sait que depuis l'organisation des garni- 
sons allemandes de Metz et des alentours, le typhus existe dans 
la vieille cité à l'état endémique et y cause de nombreux ravages. 

Le D^ Herzer, dans un rapport confidentiel récemment adressé 
au conseil général d'hygiène de l^armée, aurait accusé les méde- 
cins civils de favoriser le typhus dans un but de lucre, c'est-à- 
dire dans des conditions indélicates. 

La Société civile des médecins de Metz, justement émue d'une 
telle accusation a protesté immédiatement par une lettre ouverte 
et a mis en demeure le docteur Herzer de prouver cette accusa-^ 
tien par des faits et par des noms. 



4 BULLETIN 

Le médecin militaire cita alors quelques faits tout à fait isolés, 
dans lesquels certains médecins civils ne se seraient pas con- 
formés à la déclaration obligatoire de l'épidémie, mais il ne put 
fournir la preuve que ces médecins eussent agi dans un but inté- 
ressé. Nouvelle mise en demeure des médecins civils d*avoir à 
préciser les accusations, ou à les retirer avant le 15 octobre. 

Le D' Herzer répond à cet ultimatum qu'il refuse de modifier 
ses appréciations ; il se retranche, au surplus, derrière le secret 
professionnel, 

 la suite de ce refus» les médecins civils vont porter l'affaire 
(levant les tribunaux, malgré les efforts que font l'administration 
militaii^ et le gouvernement pour l'étouffer, 

o 
o o 

Dans une de ses dernières séances, le conseil d'hygiène pu- 
blique et de salubrité du département de la Seine, sur la propo- 
sition de M. Armand Gautier, a adopté le projet de vœu suivant : 

« Le Conseil d'hygiène publique et de salubrité de la Seine, 
après discussion du rapport de M. Riche sur l'emploi des couleurs 
à base d'aniline pour teindre les chaussures, émet Ta vis : 

« Qu'il y a lieu d'interdire la vente des teintures pour chaus- 
sures dans lesquelles existe de l'aniline ou de la toluidine à l'état 
libre. » 

Le Conseil a encore émis le vœu que le Laboratoire de chimie 
soit invité à analyser les principales teintures noires vendues à 
Paris, en particulier applicables aux chaussures, et d'en indiquer 
la composition, notamment la teneur en aniline et en toluidine 
libres. 



iki 



MÉDICATION THERMALE DANS LA BYFBILI3 



HédlCBllaB tkennale snlfnreiise dans la syphilis. 

Cures thermales poit-hydrargi/riques. 

Cures hj-drargyrlqnes potl-l/iei-males, 

par le 0^ Dresch, d'Ax. 

Comine résultat d'une expérience de plus d'un quart de 
siècle dans la médecine thermale, comme conclusions des 
diverses communications déjà faites (1), soit dans les jour- 
naux et revues, soit au Congrès d'hydrologie de Liège, où 
une intéressante discussion intervint, soit au Congrès de 
médecine de Toulouse, je crois pouvoir avancer les propo- 
sitions suivantes : 

Ainsi que toutes les maladies chroniques, qu'on est con- 
venu d'appeler diathésîques ou dyscrasiques, la syphilis 
réclame des cures thermales répétées, en dehors des indi- 
cations particulières à. certaines modalités, soit que celles-ci 
résultent d'une évolution anormale du cycle morbide, soit 
qu'elles proviennent d'une combinaison ou d'une association 
d'autres éléments diatbésiques. 



(1) De Pemptoi des eaux tulfweuses dans le traitement normal de la 
tj/philia. Pariâ. 1893 (Rëcompenaé par l'Acadâmie de médecine). — Des 
curtt iaUrcalairea de ta ayphitii aux eaux sul/uretises. Liège, 1893 
(Récompensé par l'AcadËmie de médecine). -> Cures thermales aulfa- 
retuei dans la typliilà. Congrès de médecine de Toulouse, 1902. — Cli- 
nique thermale d'Ax (1" fascicule. J.-B. Baillière, 1902).— Ax Thermal, 
1839-1903. paasim. < 



De nombreuses stalions, à minéralisfttions diverses, 
peuvent attirer à elles, avec des avantages spéciaux & ces 
stations autant qu'aux manifestation's, de nombreux syphili- 
tiques. Ce fait trouve surtout sa raison d'être autant dans 
les localisations que dans la nature même des manifes- 
tations, ce qui constitue justement ce que nous venons 
d'appeler l'association des dialhèses. 

Dans le trailemenl régulier d'une syphilis & peu près nor- 
male et méLhodiquement traitée, il faut reconnaître, cepen- 
dant, que les eaux sulfureuses donnent un ensemble 
d'actions électives, qui doit déterminer leur choix. A vrai 
dire, aucune station ne possède de vertus supérieures, 
susceptibles de les faire choisir avant les autres. Ainsi que 
le dit Gibert, si Luchon — comme Aix-la-Chapelle ou Uriage 
— semblent avoir une suprématie dans le traitement hydro- 
minéral de la syphilis, cela est dû plutAt aux observations 
recueillies et publiées dans ces stations, qu'à une réelle 
sapériorité. Le professeur Faivre, de Poitiers, médecin con- 
sultant à Luchon, dans sa communication de Liège, Humage 
et Syphilis, réclame en faveur de Luchon pour les affections 
qui nécessitent le humage, mais il reconnaît que pour le 
traitement de la syphilis, en elle-même, le choix doit rester 
ad Ubiium. 

Dans cette question si importante de pratique hydrother- 
male, il ne s'agit pas de citer des observations de syphilis, 
pins ou moins malignes et & localisations particulièrement 
graves ou simplement pénibles oii l'on a, plus ou moins, rem- 
porté un succès, en combinant à la cure thermale le trai- 
tement hydrargyrique le plus actif, quant à la forme, en 
même temps que le plus intensif quant i la dose. Le mérite 
est mince. Il s'agit de bien se pénétrer de cette idée que des 
quantités de syphilis, régulièrement traitées par Hg et 



MEDICATION THERMALE DAITS LA SYPHILIS 7 

annuellement envoyées aux eaux sulfureuses n*ont pas eu, 
par la suite, d'accidents graves. 

Si Ton ajoute que le tertiarisme devient bien plus rare, plus 
tardif ou plus bénin, simplement périphérique, on est en 
droit de ranger ces syphilis ainsi traitées dans la catégorie 
des îevissima. Si de pareilles syphilis n*ont pas d'histoires, 
je me crois le droit de reporter Thonneur de cette absence 
d'incidents aux cures hydrargyriques auxquelles des traite- 
ment sulfureux intercalaires ontMonné plus d'activité, avec 
plus d'innocuité. Certes, les cures thermales sulfureuses 
surajoutées arrivent bien à triompher de syphilis malignes 
que Hg, pris isolément, restait impuissant à guérir. Mais ne 
vaut-il pas mieux réduire le nombre de ces cures héroïques 
dont la guériosn ne va pas, d'ailleurs, sans quelque reliquat 
plus ou moins pénible ou disgracieux ? Né vaut-il pas mieux, 
puisqu'on le peut, agir, préventivement sur la marche 
ascendante de la diathèse ? 

Je prétends que le traitement sulfureux doit être prescrit, 
pour le plus grand bénéfice du malade, et sans autre motif 
que l'élément protopathique, véritable primum movens^ dès 
que la première série du traitement hydrargyrique est 
intervenu ou dès que le malade n'est plus en état de con- 
tinuer. Cette manière d'opérer, en plus qu'elle ne présente 
aucun inconvénient, si la cure thermale est correctement 
menée, permet de se passer, dans l'immense majorité des 
cas, du traitement aussi hybride que peu rationnel, hydro- 
thermal et spécifique, contraire d'ailleurs à toutes les 
données de la pure doctrine de la médecine thermale. Si la 
nécessité de ce traitement combiné s'impose, tenez pour 
certain que le traitement spécifique, en plus qu'il a été 
insuffisant, d*une manière quelconque, n'a pas été appuyé 
par les cures thermales que je réclame, parce qu'on a 



8 HYDROLOGIE 

presque toujours le grand tort de considérer celles-ci sim- 
plement comme ultima ratio. 

Pour que le traitement sulfureux donne tous les avantages 
que je lui reconnais, il ne faut pas, naturellement, attendre 
d'avoir la main forcée par la ténacité, la gravité ou la mali- 
gnité même des accidents. On triomphe encore, en pareilles 
circonstances, mais le patient risque toujours de faire les 
frais de la cure en conservant quelque tare, quelque stigmate 
indélébile. L'aphorisme principiis obsta doit s'appliquer en 
matière de syphilis comme en tout autre chapitre de 
nosologie. 

La pratique que je conseille est très simple. La cure 
thermale reste ce qu'elle doit être, thermale et intercalaire, 
étant post-hydrargyrique. Cette cure intercalaire a une action 
favorable sur le malade; en outre elle élimine le mercure et, 
point sur lequel on n'insiste pas assez, elle redonne au 
mercure une activité dont il y a lieu de tenir compte. Ce 
n'est pas tout ; grâce à l'excitation qu'elle opère sur nos 
éléments glandulaires, sur nos plasmas, sur la plupart de 
nos cellules, elle agit sinon sur l'agent pathogène, du moins 
sur ses toxines. Si les effets curalifs ne doivent pas être 
attribués directement ausoufre, celui-ci, relevant la nutrition 
et la minéralisation toujours défaillantes dans la syphilis, 
exalte tout nos moyens d'auto-défense qui n'est autre chose 
que ce que les anciens appelaient natura medicatrix. 

On sait que le traitement sulfureux opère au plus profond 
de notre organisme, un véritable décapage. L'élimination 
complète de Hg se produit pour le plus grand bénéfice du 
patient, car ce mercure immobilisé et insoluble n'est plus 
pour le vérole qu'une sauvegarde très problématique. Cette 
réserve métallique était d'ailleurs un obstacle aux impré- 
gnations nouvelles indispensables. Cette élimination se tra- 



MEDICATION THERMALE DAMS LA SYPHILIS ^ 

doit souyeni par des phénomènes, quelquefois assez vifs, 
d'hydrargyrisme. On en a cHé des exemples remarquables. 
J'en ai moi-même observé et publié des cas qui ne laissent 
aucun doute. Tous les hydrologues et la plupart des syphi*- 
ligraphes sont d'accord sur ce point. Le D^ Jullien, de 
Saint-Lazare, est tellement convaincu de cette démercurali-^ 
sation qui s'exerce par les eaux sulfureuses, qu'il exige qu'on 
ne sèvre pas son malade de mercure pendant la cure ther- 
male, afin qu'il ne soit pas, même un instant, privé de 
l'unique agent inhibiteur de la vérole. C'est une craii]ite 
parfaitement chimérique, car le mouvement exodique qui se 
produit pour le mercure, redonne au mercure une activité 
tout au moins momentanée, d'ailleurs suffisante pour 
l'instant. Il se meut, donc il agit. 

Le D*" Jullien ne compte pas assez sur l'auto-défense qui 
s'ex^erce, au maximum, pendant la cure thermale. La chimie 
explique bien la neutralisation du mercure de même que 
son élimination sous l'action de l'eau sulfureuse. Mais les 
phénomènes d'hydrargyrisme qui se manifestent et trahis- 
sent la sortie du poison, sont, pour une bonne part, des phé- 
nomènes de réaction organique. 

C'est, en un mot, une des modalités de la poussée thermale 
dont le syndrome peut être varié avec un processus toujours 
le même. La cure thermale pousse à l'élimination de ce qui 
se trouve en nous, qui ne devrait pas y être, ou.se trouve 
en excès. Cette fois, c'est le mercure. Il peut même arriver 
que la poussée revête le caractère syphilitiqm^ simplement 
parce qu'il y av^t de la vérole dans les matériaux à mettre 
dehors. C'est à cause de ce fait qu'on a voulu, pendant 
longtemps, considérer la médication sulfureuse comme 
pierre de touche de la guérison, ce qui n'était qu'un leurre ; 
pour obtenir cette action révélatrice, on poussait beaucoup 

BULL. DB THÉRAPEUTIQUE. — TOME C3aV. — !'• LIVR. 1* 



10 HYDROLOGIE 

trop Thypersulfuralion, ce qui était un danger qu*on s'est 
d'ailleurs empressé de mettre sur le compte d'une médica- 
tion qui n'en pouvait mais. Ce que la cure thermale a révélé 
beaucoup plus souvent c'est l'insuffisance des traitements 
antérieurement employés et aussi l'utilité, sinon la néces- 
sité, de la cure hydrargyrique posi-thermale. Celle-ci donne 
dans les accidents trop rebelles ,ou trop récidivants des effets 
majeurs vraiment concluants. 

On ne saurait trop proclamer la supériorité de ces effets, 
ainsi sériés, sur ceux que l'on cherche à obtenir par la cure 
thermale combinée au traitement mercuriel, en dehors de 
toute indication congruente. Le grand argument que le 
malade supporte alors le mercure admirablement, m'ins- 
pire une méfiance extrême sur les actions profondes et sou- 
tenues que nous attendons. Avec le choix des moyens dont 
nous disposons, qu'on nous a, tout récemment encore, au 
Congrès de Toulouse, appris àmanier à des doses inconnues 
jusqu'ici (1), nous devons faire supporter à nos clients 
Thydrargyrisme qui leur est nécessaire. 

Ne croyez pas que parce que votre client, durant sa cure 
thermale, va supporter des doses énormes, même exces- 
sives de mercure, il va d'autant mieux venir à bout de sa 
vérole. Nous savons tous qu'aux eaux sulfureuses, l'absor- 
ption de Hg n'est pas régulière. Une partie, la plus impor- 
tante sans doute, est neutralisée m situ^ le reste, ou peu 
s'en faut, est éliminé d'une façon trop rapide pour pro- 
duire un effet quelque peu suffisant. Pour que Hg conserve 
l'effet inhîbitoire qu'il possède, seul, sur le virus, il faut 
qu'il imprègne vraiment notre organisme, qu'il ait avec nos 
éléments cellulaires, nos milieux intérieurs, un contact assez 

(1) Lire, en particulier, les communications des D^s Lemoyne et Lereddb 



HÉDICATtOK THERMALE DAKS LA SYPBIUS 1] 

prolongé, îrtdéfliii même, ainsi que le veulent les sypMli- 
graphes. L'innocuité que prête au mercure sa combinaison 
avec l'eau sulfureuse, est la meilleure preuve de son inertie. 

La pratique du traitement hybride sera toujours excep- 
tionnelle et devra faire l'objet d'une sélection sévère. Ce fai- 
sant, vous ne vous priverez pas delà merveilleuse activité 
de la cure hydrargyrique poîWAwmafe. Quand, en effet, chez 
un syphilitique correctement traité, au préalable, par le 
mercure, les accidents persistent ou récidivent, si la cure 
thermale solforeuse, isolée, n'est pas venue & bout des mani- 
Testations, redonnez le mercure au retour des eaux, alors î! 
agit ft souhait. On assistée un véritable effondrement des 
manifestations diathé&iques ; c'est la cldture d'une période 
d'activité qui désolait malade et médecin. Appliquée, àtitre 
préventif, dans toutes les syphilis, c'est la vraie méthode 
pour obtenir ce qu'on appelait autrefois la cure d'extinc- 
tion. 

Je termine par une observation de vieille pratique ther- 
male qui a SOD importance. Lorsque chez un aincien syphi- 
litique qui ne songe plus à ses antécédenls spécifiques, et 
qui vient aux eaux soigner toute autre chose que des inci- 
dents syphilitiques, la cure thermale n'a pas donné les 
résultats bienfaisants habituels, la cure hydrargyrique post- 
thermale amènera souvent des effets complémentaires très 
appréciables. Naturam morborum euraltones ostendimt. On se 
trouvait en présence d'états bâtards relevant d'une combi- 
naison de diathëses, nécessitant naturellement une associa- 
tion de traitement. 



i% 



SOCIÉTÉ &£: THÉRAPEaJTIQUE 



r » 



SOCIETE DE TBERAPEirnQUE 



SÉANCE DU 10 DECEMBRE 1902 



Présentations. 

Sur un proeédé facile pour assurer rantisepsie 
du thermomètre dans la pratique médicale, 

Note de M. le D' Stini, de Septmoncel, présentée par M. Bardet. 

Le petit dispositif que voici construit par M. Adnet, a pour but 
de permettre au praticien d'aatiseptiser sûrement les thermo- 




mètres médicaux et d'éviter ainsi les accidents qui ont été mal- 
heureusement plus d*une fois observés. 

Cet appareil est un tube métallique avec support, fermant her- 
métiquement au moyen d'une vis : le tube est rempli d'une solu- 
tion antiseptique (je me sers d'une solution à 1 p. 100 de phéno- 
salyl, mais on peut utiliser la formule que l'on préférera). Dans 
cette solution plonge le thermomètre qui est contenu lui-même 
dans un étui métallique troué au-dessus et latéralement, de manière 
à laisser pénétrer librement la solution antiseptique. 

Il suffit de changer chaque jour la solution pour être assuré 
d'avoir toujours à sa disposition un instrument désinfecté. 



'Ç>*-'^ AV, 



FIXATION DE LA RATIOIT AUMEHTAIRE 13 

Biscmssion. 

{Fixation de la ration alimentaire.) 

I. — La ration d'entretien ehez les enfants dyspeptiques 
tt le besoin d^albunùne en générai, 

par M. Barbier. 

(Résumé.) 

Il est extrêmement diffîcUe aujourd'hui encore de déterminer 
la quantité d'aliment nécessaire. L'observation des régimes qui 
suffisent à telle ou telle race nous montre des différences qui 
vont de 50 grammes d'albumine par jour pour l'Abyssin, par 
exemple, à 118 grammes et même davantage pour TAllemand du 
Nord. En somme l'utilisation alimentaire dépend de certaines 
conditions les mêmes pour tous ou propres à chaque individu. Lies 
premières sont : l'intégrité de la digestion, l'intégrité de l'absorp- 
tion, l'intégrité du foie et des glandes digestives, l'intenté fonc- 
tionnelle des cellules de l'organisme. Pour les seconds il faut 
tenir compte de l'âge, du sexe, de la taille, du poids, etc., fui 
varient avec chaque individu. 

Il n*en reste pas moins vrai que, d'une manière générale, la 
question teUe que Ta posée M. Bardet pour les dyspepsies est 
pleine d'intérêt, et que la diminution de l'alimentation peut être 
de bonne thérapeutique dans certaines d'entre elles. 

Chez les enfants, les conséquences de l'abus alimentaire s'obser- 
vent chaque jour : cet abus aboutit aux troubles généraux de la 
santé, et aux accidents intestinaux que nous observons tous les 
jours. Voilà un premier fait d'observation courante^ Un autre 
non moins remarquable est la difficulté qu'on a de recommencer 
l'alimentation chez les enfants souffrant de leur tube digestif, et 
la rapidité avec laquelle ou atteint avec des doses minimes d'ali- 
ments, et même on dépasse la tolérance digestive. 
' Pour se guider dans une appréciation aussi délicate il faut ana- 
lyser chez le malade les conditions suivantes : 



SOCIÉTÉ DE THÉRAPEUTIQUE 



14 

I" Ij'état des fonctions digeslives, dont l'examen des selleB peut 
donner une idée; 

2° h'état d'intoxication dont il est atteint, qu'où peul apprécier 
par l'étude des phénomènes généraux. 

3* Vexistence ou non lïinfections secondaires, qui nécessitent des 
actes de dépenses; 

4° Enfin les variations du poids de l'enfant. Mais l'étude de 
celles-ci est inséparable de celles des conditions précédentes, sans 
quoi ou s'expose à des errements graves, du moins dans la période 
toxique. Dans ce cas on remarque que la diète est parfaitement 
tolérée et amène à peine un abaissement de poids (courbe 55), 
tandis qu'au contraire celui-ci baisse si on donne une alimenta- 
tion trop abondante; on s'élève au contraire quand on la dimi- 




FIXATION DE LA RATION ALIMENTAIRE 

nue. La ration, dans ces cas, qui permet 
poids est souvent fort mini- 
me, et toujours inférieure à 
celle qui serait nécessaire à 
un enfant du inâme âge et 
de même poids (courbes 39, 
55, 69). 

Faut-il maintenant appli- 
quer ces faits à l'alimenta- 
tion de l'homme sain, et dont 
on rationne sa ration albumi- 
neuseï A cet égard la physio- 
logie nous apprend que l'or- 
ganisme possède une tolé- 
rance de destruction albumi- 
neuse assez large et qu'il met 
en Jeu un mécanisme parti- 
culier pour établir l'équilibr^ 
azoté. On peut donc laisser 
ici une latitude plus grande, 
n'allant pas naturellement 
jusqu'à l'abus, surtout che 
les sujets citadins ou autres ayant à lutter contre des in/'t'clions 
sans cesse renouvelées, et chez les convalescents ou [malades fai- 
sant comme les tuberculeux, des pertes en An plus grandes qu'à 
l'éiat normal. 

Le seul calcul par calories du besoin alimeulaire ne peut pas 
conduire à une formule d'aUmentalion comptète et parfaite. 
L'expérience nous montre l'utilité indisjiensable de l'alimenta- 
tion minérale. Raulin pour le Zn, G. Bertrand pour le Ma, Dastre 
et Florenco pour le Fe, nous oai montré le rùle que joue tel 
minéral dans le développement d'un champignon, dans l'elllca- 
cité d'action des oxgdases végétales ou hépatiques. 

Il y a de plus ce fait, c'est que hi matière ahmentaire ne peut 
être utilisée que sous une forme physico-chimique particulière. Ou 




16 



SOClilÊ DE THÉRAiPeim^UË 



peut nourrir dea souris avec du Isit, on ne le peul pas avec les 
parties constituantes décelait données àl'éttrtde corps cbimiques 
purs. 

En somme nous ne pouvons pas encore établir théoriquement 
une formule alimentaire qui donne les résultats que l'alimenta- 
tiOD empirique fournit, mais nous pouvons établir des moyennes, 
pour la ration journalière. Pour l'homme adulte, cette moyenne 
ap(»'Oche de i gramme d'albumine et de iO à 45 calories par kilo- 




DE LA VARlABILITé »E LA RATIOII D'snTRETIEN 



i 5 01,0 



V iil' 




r^ 



Courlie 38. 

gramme. CIigk l'enfant elle approche de 2 gr. 30 il'albumiiie el 
de 80 caloi'iL'B, encore ces tliiDVea sont-ilri à vériCer lunl ils sem- 
blent élevés. Lea L'Onvalesuents se rapprochent des enfants à ce 
point de vue. 



II. — De la variabilité de In ration d'entretien, 
par 11. LiNOSSiEH (de Vichy] (1). 

Les observations, ifue nous a exposées M. Bardet, sont inte 
■esBautes en ce qu'elles doub mouircnt quy certains dj-spi'ptiqui 



18 SOCIÉTÉ DE THÉRAPEUTIQUE 

peuvent suffire à l'entretien de leur organisme avec une quantité 
d^aliments bien moindre que celle qui est considérée générale- 
ment comme le minimum indispensable. On peut donc, en rédui- 
sant leur alimentation donner un repos relatif aux organes diges- 
tifs de tels malades, sans être banté parla terreur de la dénutrition 
possible. 

Je suis tout à fait de Tavis de M. Bardet sur ce point, et je suis 
persuadé que beaucoup de sujets peuvent vivre en bon état de 
santé avec une ration alimentaire sensiblement inférieure à ce 
que les physiologistes considèrent comme la ration d'entretien. 

Maurel, en 4881, a pu maintenir dans leur poids des convales- 
cents de dysenterie avec deux litres et demi de lait par jour, soit 
31 calories environ par kilogramme. 

Un de nos confrères, le D"^ Pascault de Villerville, vit depuis 
des années, dans un bon état de santé et d'activité avec une 
ration de 27 calories et de gr. 70 d'albumine par kilogramme et 
par jour. Les membres de sa famille s'astreignent au même régime 
avec le même succès. 

M. Pascault rapporte plusieurs observations analogues à la 
sienne. Une d'elles concerne une femme de 54 ans, qui suit 
depuis un an un régime correspondant à 12, 20 calories et à 
gr. 40 d'albumine par kilogramme. Avec ce régime très res- 
treint, elle maintient son poids, tout en menant une vie assez 
active. 

Il est des vieillards qui ne s'entretiennent dans un état de santé 
satisfaisant qu'à la condition de réduire à l'extrême leur alimen- 
tation ; on est parfois stupéfait de la quantité exceptionnellement 
faible d'aliments avec laquelle certains hystériques maintiennent 
leur poids corporel ; mais c'est surtout chez les obèses et les dia- 
bétiques que l'on peut faire, à ce point de vue, des observations 
frappantes. 

Quand on prescrit à un obèse, qu'on veut faire maigrir, une 
ration réputée insuffisante, il arrive le plus souvent qu'après une 
période d'amaigrissement plus ou moins rapide, le sujet s'accom- 
mode à son alimentation restreinte, et cesse de maigrir, bien que, 



^ '- 



DE LA VARIABILITÉ DE LA RATION D*ENTRETI£N 19 

théoriquement, il se trouve en état d'inanition relative. D'ail.- 
leurs, s'il est des obèses gros mangeurs, il en est qui se sont 
d'eux-mêmes restreints à un régime si strict, que Ton éprouve 
quelque hésitation aie réduire encore. Et, malgré cela, ils engrais- 
sent toujours I 

Chez les diabétiques, la ration d'entretien peut s'abaisser dans 
des proportions incroyables, et je crois fermement, avec Maurel, 
que la prescription la plus importante à spécifier à la plupart des 
diabétiques gras est la restriction d'une alimentation presque 
toujours surabondante (1). 

Renzi a constaté que des diabétiques, momentanément guéris 
de leur glycosurie, pouvaient augmenter de poids avec une ration 
inférieure à 12 calories par kilogramme et par jour. Chez des 
diabétiques éliminant du sucre, on constate des chiffres encore 
plus extraordinaires. 

Résulte- t-il des faits que je viens de citer, que la ration d'en- 
tretien doive être abaissée pour tous les sujets jusqu'à ces 
chiffres minimum? Evidemment non. 

Les sujets, dont il vient d'être question, sont tous, à des titres 
divers, des individus à nutrition lente, vieillards dont l'activité 
vitale tend à s'éteindre ; hystériques dont le système nerveux, 
régulateur des combustions intraorganiques, est insuffisant à sa 
tâche, et enfin arthitiques que Bouchard, nous a appris à consi- 
dérer comme caractérisés, au point de vue de la physiologie pa- 
thologie, par l'anormal ralentissement de leur nutrition. 

On comprend sans peine que la quantité d'aliments strictement 
suffisante pour ces ralentis de la nutrition, ne puisse réaliser la 
ration d'entretien d'un sujet normal. 

L'expérience directe le prouve d'ailleurs. Les jeûneurs Celtiet 
Succi, dans l'état d'inanition absolue et de repos complet, em- 
pruntaient à l'usure de leur propre substance, le premier 36 ca- 
lories par kilogramme, au dixième jour de son jeûne, le second 



Ji) LiNossiER. Quelques remarques sur le régime des diabétiques. Jowmal 
des Praticiens, 14 juin 1902. 



28 SOCIÉTÉ DE THÉRAPECTKHJi: 

34 calories au vingt-neviviéiDe jour. Ces chiffres, recueillie dans 
des conditions où il n*est guère possible d'admettre du gaq)illa!^ 
témoignent de besoins incomparablement plus élevés que ceux 
des divers sujets cités plus haut. 

Si un sujet normal ne peut se contenter de la ration resitreiiïte 
qui suffit à un ralenti de la nutrition, à fortiori en sera-t-il de 
même pour les accélérés de la nutrition, car il en est, et Albert 
Robin nous en a montré le type le plus frappant dans les tuber- 
culeux héréditaires. 

Tandis que les arthritiques économisent à Texcès, les tubercu- 
leux gaspillent ; les premiers brûlent les aliments à la manière 
d^un foyer fumeux, les seconds comme un feu flambant. Vouloir 
imposer à ces derniers l'alimentation restreinte que Texpérience 
nous montre suffisante pour les premiers, c'est vouloir obtenir 
la même chaleur utile en brûlant la même quantité de combus- 
tible dans un poêle à combustion lente et dans une cheminée 
ordinaire. 

Aussi, tandis que la suralimentation est toujours fatale aux 
arthritiques, la voyons-nous souvent favorable aux tuberculeux, 
et cela parce, que la prétendue suralimentation de ces derniers 
n'est souvent qu'une alimentation réparatrice de combustions 
excessives. 

Comme conclusion, la ration d'entretien d'un sujet quelconque 
ne peut être établi qu'après une étude individuelle des besoins de 
son organisme. Les éléments de cette étude seront, entre les va- 
riations du poids corporel sous Tinfluence de régimes variés, 
l'examen des antécédents héréditaires. Il n'y a pas, comme l'ad- 
mettent les physiologistes, de ration d'entretien normale, on ne 
peut fixer qu'une ration d'entretien moyenne, 

La détermination de la ration d'entretien moyenne est elle- 
même entourée de difficultés presque insurmontables. Les indi- 
cations de l'appétit ne sauraient, quoi qu'en dise M. Dignat, nous 



DE LA VARUBOITâ D£ LA SATIOS p'iNTRETIEN 31 

rensngner aor les besoins de l'organisme. Elles sont faussées par 
la coofusion impossible à éviter entre la manifeslation d'us 
besoin réel de réparation et l'appétence pour un aliment savou- 

Je ne suis pas non plus de l'avis de M. Barbier, quand il nous 
dit que l'étude de l'aJimen talion d'un groupe important d'indi- 
vidus, ehoisissant librement leurs aliments, et vivant dans de 
boQues conditions de santé apparente, peut permettre de fixer 
pour le mieux la ration alimentaire moyenne, la plus favorable 
au bon fonctionnement de l'organisme. Je n'ai qu'une confiance 
très limitée en un procédé d'études, qui auppoae à une collectivité 
une sagesse et une modération que nous ne constatons guère 
chez les membres de cette collectivité pris isolément. En fait, ai 
nous étudions comparativement, comme le conseille M. Barbier, 
l'alimentation de quelques groupes homogènes d'individus, nous 
voyons que la richesse de l'alimentation augmente, non avec les 
besoins réels, c'est-à-dire avec l'activité physique, mais avec le 
bien-être et le luxe. 

Aussi suia-je très disposé à admettre que, du moins dans la 
classe aisée de la population, qui est en même temps, il ne faut 
pas l'oublier, physiquement la moins active, il existe une ten- 
dance générale à la suralimentation en quantité, et à la surali- 
mentation albuminoîde en particulier. 

Je ne veux pas insister sur les méfaits de cette double surali- 
mentation. Tout le monde est d'accord pour les admettre; où il 
est alors difficile de s'entendre, c'est quand il s'agit de savoir où 
commence la suralimentation. 

Commence-t-elle dèa que la ration d'entretien est dépensée? 
Dans ce cas, il résulte de ce qui précède, que nous nous surali- 
mentons tous. Mais rien ne nous autorise à affirmer que la ration 
minimum est en même temps la ration optimun. 11 se peut que, 
dans un excès modéré de nourriture, l'homme puise une vigueur 
plus grande, une résistance plus marquée aux infections. Cette 
hypothèse est très plausible, et il faudrait peut-être étudier, à 



22 SOCIÉTÉ DE THÉRAPEUTIQUE 

côté de la ration d'entretien de l'adulte, de la ration (ra€«rm&* 
semant de l'enfant, la ration de résistance. 

c 

Ce que j'ai diV de la nécessité d'individualiser la ration d'en- 
tretien s'applique aussi bien aux malades qu'aux gens sains. Il 
n'y a pafe de régime de telle ou telle maladie indépendant du ter- 
rain sur lequel elle se développe. Il n'y a pas de régime de la 
tuberculose, de la neurasthénie, du diabète. Il y a un régime à 
étudier chez chaque tuberculeux, neurasthénique ou diabétique, 
et ces régimes peuvent être tréa différents chez des malades clas- 
sés sous la même étiquette nosoloçique. 

C'est ainsi que, chez l'arthritique devenu tuberculeux, la sura- 
limentation, qui donne quelques succès chez les tuberculeux 
héréditaires, peut devenir dangereuse. Je demande la permission 
de rapporter à cet égard une observation très instructive. 

Il s'agit d'une jeune fille, dont j'ai soigné la graud'mère pour 
goutte articulaire, la mère pour des coliques hépatiques, la sœur 
pour un ictère. Elle-même devenait parfois un peu jaune, se plai- 
gnait de quelques douleurs rhumatismales et de troubles digestifs 
fréquents. 

A quinze ans, en février 1901, à la suite d'une broncho-pneu- 
monie grave, elle est atteinte de tuberculose du sommet droit. 
Plusieurs médecins consultés insistent sur la nécessité de la 
suralimentation et en particulier de la suralimentation azotée 
(viande crue, œufs crus, etc.). Lajeune fille suitce régime jusqu'en 
septembre 1902 ; et, sous son influence, voit son poids corporel 
s'abaisser progressivement de 47 kg. 700 à 40 kilogrammes. En 
même temps, elle se plaint d'indigestions fréquentes; l'état géné- 
ral est mauvais. 

Devant cet insuccès, la jeune malade abandonne tout régime 
spécial ; elle renonce à la viande crue, au suc et à la poudre de 
viande, aux œufs crus, etc., elle mange à sa faim ; quitte sa 
chaise longue et fait de l'exercice avec modération. Immédiate- 



^«..VJ-t. Jt. 



RÉALIMENTATION CHEZ LES DYSPEPTIQUES 23 

ment le poids se relève ; il atteiat 44 kg. 450 ; au début de no- 
vembre, on constate une atténuation remarquable des phénomènes 
locaux. 

Je termine par cet exemple frappant de la nécessité d'indivi- 
dualiser le régime, aussi bien chez les malades que chez les gens 
sains. La jeune fille dont je viens de rapporter l'intéressante 
observation était, même en puissance de tuberculose, une arthri- 
tique et devait être traitée comme telle. 

III. — De l'importance de la réalimentation suffisante 

chez les dyspeptiques, 

par M. Albert Mathieu. 

Les faits communiqués par M. Bardet à l'avant-dernière 
séance démontrent que certaines personnes peuvent s'accom- 
moder d'un régime restreint, sûrement insuffisant pour d'autres 
sujets de même âge, de même poids et d'occupations ana- 
logues, Ils démontrent aussi, une fois de plus, qu'un dyspep- 
tique peut regagner en poids avec un régime alimentaire réduit, 
moins considérable que son régime antérieur, mais si bien 
adapté à l'état pathologique de spn appareil digestif, qu'il cesse 
de souffrir et que les fonctions motrices de son estomac s'accom- 
plissent mieux. Il vaut mieux, en effet, manger peu et bien utili- 
ser ce qu'on ingère, que manger beaucoup et mal l'utiliser. Il 
vaut beaucoup mieux ne pas souffrir, au point de vue de l'utili- 
sation de sa ration alimentaire, car la douleur est une cause de 
fatigue et d'usure plus grande. 

Il est à remarquer, du reste, que les sujets dont a parlé 
M. Bardet, étaient depuis longtemps soumis à une alimentatioil 
restreinte. Or, von Noorden a montré que les personnes sou- 
mises à un régime inférieur aux moyennes normales, peuvent s'y 
accoutumer et restreindre leurs dépenses. Toutefois, ainsi que le 
démontre l'observation de certaines populations pauvres d'Alle- 
magne faite par von Rechenberg, cette insuffisance prolongée de 



24 SOCIÉTÉS 9B TfiÉIUP£UTIOUE 

l'aUmientation, aurait ima influence nocive sur la racB^qui, dan« 
ces conditions, ne tarderait pas à dégénérer (.1). 

Si de faits semblables on voulait tirer la conclusion qu'il y a. 
lieu de diminuer la ration alimentaire de tous les dyspeptiques, 
qulls souffrent ou non, je ne saurais trop vivement m'élever 
contre cette conception au nom de la clinique. L'observation m'a 
démontré que beaucoup de dyspeptiques ne guérissent, ne s'amé- 
liorent tout au moins, que si on augmente suffisamment leur 
ration alimentaire pour qu'ils cessent de maigrir et pour qu'ils 
gagnent en poids. Je prépare, du reste, avec l'aide de mon an- 
cien élève et collaborateur, M. J.-Ch. Roux, un mémoire sur les 
conséquences nuisibles et aggravantes de l'alimentation insuf- 
fisante chez les dyspeptiques, dans lequel nous démontrerons, à 
l'aide d'un nombre considérable d'observations, combien il est 
important, dans un grand nombre de cas, de ramener l'alimenta- 
tion des dyspeptiques à un taux suffisant. 

Les méfaits de l'inanition relative chez les dyspeptiques sont 
des plus variés, que l'insuffisance de l'alimentation résulte de ce 
que les malades ne veulent pas ou qu'elle résulte de ce qu'ils ne 
peuvent pas manger assez. Les malades s'amaigrissent, perdent 
leurs forces et s'inquiètent. L'appétit ne tarde souvent pas à dis- 
paraître, et il n'est pas rare que la perversion de la faim vienne 
contribuer à les empêcher de s'alimenter convenablement; tantôt 
la faim est remplacée par une sensation de nausée paroxystique, 
tantôt elle provoque des sensations douloureuses. Sous l'influence 
de l'alimentation insuffisante, le nervosisme s'accentue, les dou- 
leurs deviennent plus accusées ; l'évacuation de l'estomac se fait 
plus lentement, et la stase à son tour devient une cause de sen- 
sations dyspeptiques. Plus les malades souffrent, moins ils 
mangent; moins ils mangent plus ils souffrent. A ce cercle 
vicieux principal viennent se superposer des cercles vicieux 



(1) Von Noorden. Pathologie des Stofœechsels. 
' Von Rbchenberg. Alimentation des tisseurs dans le distinct de Zittau* 
Leipzig, 1890. 



RÉAUl^NTATION CHEZ LES DYSPEPTIQUES 25 

secondaires. Si la ration alimentaire reste insuffisante, surtout 
si elle est de nature à exciter les phénomènes douloureux de 
Testomac, la situation devient inextricable : il est impossible 
d'en sortir. On ne peut y arriver qu'en prescrivant aux malades 
une ration alimentaire suffisante pour arrêter leur dénutrition, 
remonter leurs forces et enrayer la névropathie. 

C'est à l'enseignement de mon maître le professeur Debove 
que je dois cette notion de l'influence aggravante de l'alimenta- 
tion insuffisante sur les états dyspeptiques; je la considère 
comme fondamentale. 

M. Debove appliquait à peu près indistinctement sa méthode 
du gavage à la poudre de viande à tous les cas de dyspepsie 
lorsqu'il y avait eu amaigrissement marqué, et il faut recon- 
naître que beaucoup de malades s'en trouvaient bien. 

Depuis que j'ai cessé d'être l'élève direct de M. Debove, cette 
question n'a pas cessé de me préoccuper. 

Cette préoccupation m'a amené à étudier de plus près 
l'ensemble des phénomènes attribuables à l'inanition relative. 
Permettez-moi de vous rappeler à ce propos un travail commu- 
niqué à la Société médicale des hôpitaux, sous le titre de Per- 
versions de la faim (1). 

Permettez-moi aussi de vous rappeler que M. Laboulais et moi 
nous avons fait connaître ici les bons résultats obtenus par le 
tubage évacuateur suivi du gavage à la poudre de viande chez les 
malades atteints de la forme légère du syndrome de Reichmann. 
Depuis, M. Laboulais a consacré sa thèse inaugurale à ce même 
sujet (2); vous y trouverez rapportés un grand nombre de cas dans 
lesquels le tubo-gavage a eu des résultats très remarquables. 
Vous y verrez l'amélioration des phénomènes objectifs et sub- 
jectifs se montrer parallèle à l'augmentation de poids accusée 
par la balance. 



(1) A. Mathieu et M. Beauchant. Sur quelques modalités des perver- 
sions de la faim. Bull, de la Soc. méd, des hôp., d900, p. 360. 

(2) A. Laboulais. Séméiologie de la stase gastrique. Th. de Paris^ 1903. 



26 SOCIÉTÉ DE THÉRAPEUTIQUE 

D'autres auteurs, M. Dubois (de Berne) (1) eu particulier, ont 
préconisé avec une grande conviction l'emploi, ne disons pas, si 
vous le voulez bien, de la suralimentation, mais de la réalimen^ 
tation chez les nerveux dyspeptiques, surtout chez les neurasthé- 
niques. En Suisse, on se sert beaucoup de Talimentation inten- 
sive par les pâtes, les laitages et les œufs. 

En réalité, il convient en semblable matière de ne pas être 
systématique et de savoir approprier à chaque catégorie des cas 
les prescriptions alimentaires tant au point de vue qualitatif 
qu'au point de vue quantitatif. 

Il ne m'est pas possible d'entrer dans le détail : il faudrait un 
volume entier pour épuiser la question du régime alimentaire 
des dyspeptiques. Je tenais seulement, à propos de la très inté- 
ressante communication de M. Bardet, à demander que l'impor- 
tant principe de l'alimentation suffisante dans le traitement des 
dyspeptiques ne fût pas perdu de vue. On ne peut pas toujours 
l'appliquer, mais il faut toujours s'efforcer de lui obéir aussitôt 
que possible. 

Il est bien évident toutefois qu'ici comme partout le mieux est 
quelquefois l'ennemi du bien : il faut savoir ne pas aller trop 
loin. Il faut s'arrêter au moment où la réalimentation utile 
deviendrait de la suralimentation nuisible. Nul doute que les 
progrès de la chimie biologique ne nous donnent ultérieurement 
des indications plus précises que celles que nous devons dès 
maintenant tirer presque exclusivement des variations du poids 
du malade et de son état général. 



(1) Dubois (de Berne). Des troubles gastro-intestinaux dû nervosisme. 
Revue de médecine, p. 552, 1900. 



LITTÉRATURE HÉDICALE 27 



LITTÉRATURE iÉDiCALE 



I. — Traité clinique des maladies du cœur et de l'aorte^ par Henri Hu- 
cuARD, de l'Académie de médecine, t. III (i" fascicule). — Maladies du 
péricarde. — Endocardites aiguës, et subaiguës. Octave Doin, éditeur. 

Je viens de lire, avec un vif plaisir et aussi avec grand profit, le premier 
fascicule du tome III du a Traité clinique des maladies du cœur et de 
l'aorte » de M. Henri Huchard. Ce fascicule est consacré aux maladies du 
péricarde ainsi qu'aux endocardites aiguës et subaiguës. 

Les lecteurs du « Bulletin de thérapeutique » ont déjà pu apprécier l'im- 
portance des idées de M. Huchard en ce qui concerne les a péricardites », 
puisqu'ils ont eu la primeur de la partie de son livre consacrée au trai- 
tement de l'inflammation de l'enveloppe du cœur. 

Je voudrais insister, aujourd'hui, sur la question des « endocardites ». 
Celles-ci ne sont plus des maladies nettement définies avec une étiologie 
et une caractéristique anatomique toujours semblables, avec un aspect cli- 
nique invariable. Ce sont, dit M. Henri Huchard, « des affections secon- 
daires survenant dans le cours de maladies générales ou d'états infectieux 
divers ; elles ont une évolution aiguë, subaiguê ou lente, se manifestant 
sur place par des lésions ulcéro-végétantes des valvules, et à distance par 
des embolies septiques avec infarctus viscéraux, ou encore par des alté- 
rations de nature plastique ou exsudative, aboutissant à la déformation 
définitive des orifices du cœur et à la production d'une cardiopathie valvu- 
laire. Les unes sont primitivement malignes; les autres ne deviennent 
graves à la longue que par les conséquences qu'elles entraînent dans le 
mécanisme valvulaire. Les premières sont non seulement infectieuses- 
mais encore infectantes au plus haut degré; les secondes, moins infectieuses, 
à peine infectantes. Danger général et rapide dans celles-là ; danger local 
et lent dans celles-ci. » 

Cette conception des endocardites doit être la règle directrice de leur 
traitement. « Leur thérapeutique ne doit plus être comme une sorte d'énu- 
mération de nombreux et inutiles médicaments (quand ils ne sont pas 
nuisibles) ; elle doit procéder de la physiologie de la maladie, du malade, 
du remède. Aussi ne doit-on pas hésiter, comme nous en donnons l'exemple, 
à rejeter certaines médications surannées qu'un long passé protégeait 
encore, mais contre lesquelles protestent nos connaissances nouvelles sur 
les maladies infectieuses. » 



28 LITTÉRATURE MÉDICALE 

Dans l'endocardite infectieuse simple rhumatismale, le salicylate de 
soude constitue non pas un .médicament directement curateur, mais un 
remède prophylactique. Son emploi doit être précoce et intensif. Il faut 
employer d'emblée les doses fortes nécessaires* On les continue de huit 
à quinze jours à dose décroissante après la disparition des fluxions 
articulaires. Quant au traitement curateur, M. Henri Huchard repousse la 
médication alcaline, le tartre stibié, les mercuriaux, la saignée sous toutes 
ses formes; il rejette aussi le vésicatoire et condamne les soi-disant séda- 
tifs . qui doivent calmer l'éréthisme nerveux aussi bien que les faux 
toniques à qui l'on demande de relever les forces et les illusoires anti- 
thermiques. Ne confondons pas, dit-il, agitation thérapeutique et action 
thérapeutique. Pour celle-là^ des drogues, encore des drogues. Pour celle- 
ci, suffisent l'hygiène et trois médicaments principaux qu'il faut appliquer à 
leur heure : le salicylate de soude, la digitale et l'iodure de potassium, 
dont il règle l'emploi avec une hauteur de vue et une compétence cli- 
nique qui ne sauraient être dépassées. ' 

L'étude pathogénique de l'endocardite infectante montre les indications 
thérapeutiques qui ressortissent à la prophylaxie, à la destruction des 
microbes, à la modification défensive du terrain. Malheureusement, dit 
l'auteur, si ces indications sont bien posées, elles sont loin d'être résolues 
avec les moyens dont nous disposons. Le traitement de choix est encore 
la chlorhydrate de quinine, qu'il associe, à dose égale, au benzoate de 
soude, quatre cachets de gp. 25 par jour. « Encore, ajoute-t-il, cette 
médication n'est-elle que palliative, absolument comme le sont celles par 
la digitale destinée à modérer l'excitation du cœur, et par l'alimentation 
lactée unie à l'emploi des diurétiques (théobromine, nitrate de soude), 
ayant pour but de favoriser l'élimination des toxines. ï> 

Ce qui est tout à fait remarquable dans cette œuvre importante de 
M. Henri Huchard qui assoit, enfin, la pathologie et la thérapeutique des 
maladies du cœur sur la physiologie pathologique, et constitue une véri- 
table révolution dans le domaine morbide où l'enseignement classique s'at- 
tardait à cataloguer des symptômes et à disserter sur des bruits de souffle , 
ce qui est remarquable, dis-je, c'est que le savant médecin de Necker, 
avec le grand sens pratique qui le caractérise, fait concourir au traitement 
toutes les notions qu'il expose d'une façon à la fois si brillante et si sûre. 
Henri Huchard est un des maîtres de la nouvelle école qui pensent et qui 
enseignent que la mission du médecin est, avant tout, de soulager et de 
guérir. Il signale les doctrines, mais il ne s'y arrête pas. Adepte de la 
vieille et toujours sûre méthode hippocratique, il met l'observation au- 
dessus du raisonnement. Il veut que son livre soit le vade-mecum du pra- 
ticien qui a besoin d'agir et non de discourir. C'est pour cela que je le 
recommande vivement à nos lecteurs comme une des œuvres les plus 
vécues et, par conséquent, les plus utiles de notre époque. 

Albert Robin. 

II. — Introduction à Vétude de la figure humaine, par Paul Richer, de 
.l'Académie de médecine. — La beauté de la femme^ par le D"" Stratz, 
traduit de l'allemand par R. Waltz, 



MALADIES DU COEUR ET DES VAISSEAUX 29 

M. Paul Ricber est un artiste et un grand artiste, il s'est fait, parmi le 
corps médical, une juste réputation, nous avons tous admiré ses publi- 
cations antérieures, célèbres par les admirables dessins dont il les a émail- 
léeSb Les privilégiés ont pu admirer ses œuvres sculpturales, si remar- 
quables par la vérité scrupuleusement physiologique des mouvements. 
Notre confrère a entrepris, avec la collaboration d'éditeurs éminemment 
artistes eux-mêmes, MM. Paul Gautier et Magnier, la publication d'une 
série de livres des plus intéressants par la nouveauté de leur esprit, car 
c'est une longue étude sur la figure humaine, considérée au poinf de vue 
artistique, mais dans ses rapports avec la véritable expression physiolo- 
gique. Non seulement les médecins, mais aussi les artistes s*inspireront 
de ces magnifiques publications, où ils trouveront, sous la forme de 
vignettes et de planches en couleur, commentées savamment par des cri- 
tiques de premier ordre, tous les renseignements les plus complets sur la 
qualité vraie de l'expression de la forme. J'ai rarement eu la bonne for- 
tune de voir la science et l'art si merveilleusement alliés dans une publi- 
cation. 

Les deux premiers volumes de la série sont déjà parus. Le premier 
volume est de la main de M. Paul Richer, c'est une magistrale introduction 
à l'étude de la figure humaine ; l'auteur y passe en revue toute l'histoire 
du Nu dans l'art, puis il étudie ce qu'il appelle justement la « science du 
Nu » et s'appuie enfin sur ces données logiques, pour esquisser une esthé- 
tique scientifique. 

Le deuxième volume est la traduction d'un ouvrage allemand du 
D' Stratz, consacré à l'étude de la beauté féminine. Ce volume est illustré 
de 168 dessins en noir ou en couleur donnant un ensemble remarquable de 
types féminins de toute race. L'Académie y est étudiée avec une science 
étonnante, et une originalité vraiment nouvelle, notamment pour tout ce 
qui concerne la valeur en mouvement dans les changements apportés aux 
lignes. Cet ouvrage, comme d'ailleurs tous ceux qui le suivront, est aussi 
bien un album qu'un livre de science et d'art, et la bibliothèque médicale 
se trouve enrichie par ces remarquables productions. 

D"- G. Babdet. 



REVUE DES TRAVAUX FRARÇAIS ET ÉTRARCERS 



Maladies du cœur et des vaisseaux. 

De 1 asystolie progressive des jeunes sujets par myocardite 
subaiguê primitive. — Lorsqu'un homme jeune, disent MM. Jos- 
serand et Gallavardin {Archives générales de médecine, décembre 
1901), sans cause étiologique apparente, présente une asystolie 



S& REVUE DES TRAVAUX FRANÇAIS ET ÉTRANGERS 

grave, à marche progressive, que n*explique aucune lésion vabm- 
laire, ce n*est pas à l*hypothèse de symphyse péricaixlique que le 
diagnostic par exclusion doit conduire. 

Il existe, on effet, chez les jeunes gens, des myocardites subai- 
guës primitives, donnant lieu à un type clinique analogue qui ont 
pour caractère de saisir le sujet au milieu d'une santé parfaite, 
d'évoluer d'une façon continue et sans rémission vers une asystolie 
déplus en plus grave et de se terminer par la mort en quelques mois^ 

Leur évolution se fait remarquer-, outre les symptômes cardia* 
plégiques habituels, par un début brusque, assez souvent accom- 
jJagné d'embolies pulmonaires ou cérébrales qui ouvrent la scène^ 
par une grosse hypertrophie cardiaque, l'absence de souffles, 
l'existence d'un léger galop, l'absence fréquente d'arythmie, par 
de vastes œdèmes et enfin une marche rapide et continue sans 
aucune rémission. 

Le diagnostic s'égare ordinairement soit dans le sens d'une 
néphrite à cause de l'albuminurie, des œdèmes, du galop ; soit 
dans le sens d'une symphyse péricardique. La fièvre, les hémo- 
ptysies, les râles pulmonaires évoquent en effet l'idée de tuber- 
culose, et l'asystolie sans signes sthétoscopiques cadre bien avec 
la physionomie clinique de la symphyse. 

Les lésions constatées à Tautopsie de tels cas consistent, outre- 
les viscères franchement cardiaques, les infarctus nombreux, en 
une grosse hypertrophie du cœur (530 à 570 grau\mes) avec cail- 
lots ventriculaires v£)lumineux et adhérents dont la constance 
explique celle des phénomènes emboliques. 

Il n'existe ni lésions valvulaires, ni symphyse péricardique, ni 
aortite, ni altération des coronaires, ni lésions rénales. 

Quant aux lésions myocardiques, elles peuvent consister soit, 
en altérations fibreuses du myocarde remarquablement intenses, 
provoquant parfois une transformation fibreuse presque totale de- 
la paroi myocardique et toujours nettement appréciables macros- 
copiquement, constituant la myocardite interstitielle subaiguè pri- 
mitive, soit en de très légères altérations interstitielles et quelques., 
lésions parenchymateuses. - 






MALADIES mi TUBE DIGESTIF ET DE SËâ ANNEXES 31 

Ces lésions myocardiques doivent être considérées comme le 
résultat de la localisation primitive au niveau du myocarde d'in- 
fections de nature variable. 

A coté des infections banales et indéterminées qui, sans doute, 
sont en cause dans la plupart des cas à étîologie obscure, il faut 
faire une place importante dans la genèse de telles lésions à la 
syphilis et à la tuberculose. 

Il faut donc admettre que le myocarde, comme tout autre vis- 
cère, comme le rein notamment, peut devenir le siège de locali- 
sations infectieuses primitives et que ces localisations peuvent 
engendrer d'emblée Tasystolie. 

Maladies du tube dig^estif et de ses annexes. 

De là mort rapide ou subite d^origine gastrique. — Quand une 
personne vient à succomber dans un lieu public, dit M. Lance- 
reaux (Revue de thérap. méd.-chir,), on ne manque pas d'incri- 
miner ou une rupture d'anévrisme, ou une rupture cardiaque, 
ou une embolie, ou encore une hypertrophie du cœur. Il est une 
cause de mort subite à peine soupçonnée, c'est un trouble nouveau 
de l'estomac, et en particulier la dyspepsie qui s'observe chez les 
goutteux. La preuve c'est qu'elle survient soit dans la nuit entre 
2 à 3 heures du matin, soit dans l'après-midi, vers 4 ou 5 heures, 
soit, encore, mais plus rarement, dans la matinée, vers 10 ou 
11 heures, c'eat-à-dire assez longtemps après les repas, aumoment 
où se font sentir les troubles digestifs dans les dyspepsies avec 
ectasie gastrique ; en l'absence de tout désordre appréciable du 
système nerveux (pneumogastrique et bulbe), et avec intégrité, 
pour ainsi dire toujours absolue, du cœur, si ce n'est, parfois, 
une faible dilatation avec ou sans dépôt graisseux à la surface de 
cet organe. 

Sur la diarrhée expérimentale de suralimentation. — Dans un 
excellent article publié dans les Archives de médecine navale, août 
1901, M. Maurel rappelle qu'il est de toute nécessité de distinguer 
la suralimentation de la surnutrition, La première; est constituée 






32 REVUE DES TRAVAUX FRANÇAIS ET ÉTRANGERS 

par ringestion d'uae quantité (Valiments dépassant le pouvoir 
fonctionnel de nos organes digestifs, la seconde au contraire est 
constituée par la pénétration, dans le torrent circulatoire, d'une 
quantité d'aliments qui dépasse les besoins de l'économie. 

Des expériences auxquelles M. Maurel est arrivé il a tiré les 
conclusions suivantes : 

i** Chez des animaux dont l'alimentation est bien réglée, il 
suffit d'augmenter les aliments d'un cinquième à un tiers, sans 
modifier leur nature, pour produire des troubles digestifs et 
notamment la diarrhée ; 

2° Par contre, il suffit de ramener l'alimentation de la même 
quantité au-dessous de la ration d'entretien, sans changer ces 
aliments, pour permettre aux organes digestifs de reprendre l'inté- 
grité de leurs fonctions. 

Maladies du système nerveux. 

De l'impuissance sexuelle et de son traitement électrique. — 

On peut admettre, dit M.Laquerrière (Le Progrès médical^ 10 mai 
1902), que la voltaisation ascendante du rachis augmente la faculté 
d'érection chez les sujets qui ont une défaillance de cette faculté. 
Aussi doit-on essayer ce procédé contre l'impuissance sexuelle, 
soit qu'on cherche en lui un agent curateur par lui-même, soit 
qu'on veuille seulement rendre au sujet confiance en lui-môme 
et lui donner un appui pour un travail psychique qui est néces- 
saire dans bien des cas. 



Le Gérant : 0. DOIN 



IMP. F. LEVÉ, 17, RUE CASSETTE. — PARIS-6» 






La latte contre la tnberonloBe. — TTn hôpital aans mala- 
des. — La vlrolenoe des oraoliata tabarcnledx dessê- 
obâs. — L'étber amtdo-benzoltiae, anesthésiçtae local. — 
Le moastlqne est bien l'agent de la malaria. — Une 
victime des rarons X. — Un bApltal ponr mlIlloiLiial- 
res. 

Le mardi 7 janvier, M. Albert Robin a Tait, devant une très 
uombreuBC asststitDce, une intéressante conférence sur la manière 
dont devait être comprise la < lutte contre la tuberculose >. Vaàle 
à l'Ecole des sciences sociales, celte conférence a forcément été 
limitée au côté économique de la questiou. Dans une argumen- 
tation serrée et appuyée de cbifTres indiscutables, l'orateur a 
montré que le système allemand des sanatoria populaires, 
destinés à produire ce qu'on appelle des gutrûom ieoïwmiquts, 
dans le sens financier du mot, ne satisfaisait ni la socUti ui 
Vhuaumité, malgré l'énormtté des sacrifices. II a démontré qu'eu 
b''rajice il faudrait une dépense initiale d'un milliard et au 
m<nus 200 à 300 millions de dépense annuelle, sans que cuti 
sacrifices puissent produire sûrement des résultats appréciables^ 
puia, pardes citations statistiques fort suggeatiTes, il a prouvé 
qu'eu se contentant d'appliquer les lois existantes et d'utiliser 
les moyens hygiéniques et thérapeutiques modernes, on pouvait 
arriver à des résultats autrement pratiques, et cela sans dépenses 
administratives réelles. 

BULL. aC TUERA rBUTIUUE. — lUHB UXLV. — '2' LIVB. tt 



'^4 BULLETIN 

Nous nous coQtentons d'indiquer ici les grandes lignes du 
sujet traité, car nous aurons occasion de reprendre la question 
danstous ses détails. 

o 
o o 

On peut lire dans la Presse médiccUe du 20 novembre que 
Reinhold Ruge, médecin de la marine allemande, visitant les 
hôpitaux européens de Tanger, a beaucoup admiré l'hôpital fran- 
çais dont les salles, dit-il, sont hautes, aérées et bien confortables ! 
Mais cet hôpital présenterait ceci de particulier qu'il n'y a dans 
la maison, ni médecin, ni garde-malade, ni sœur ! Gela s'explique 
un peu puisque, au moment de la visite de Ruge, il y avait comme 
malade un vieux matelot atteint de bronchite chronique ! ! Quel 
idéal pour une administration. Un hôpital sans malades et sans 
médecins, des lits blancs partout ! 



o o 



Il ressort des expériences entreprises par M. Harold Swithin- 
bank et communiquées à la Royal Society de Londres que ni les 
vicissitudes atmosphériques, ni l'irradiation solaire, ne peuvent 
faire disparaître la virulence des crachats tuberculeux. Ayant 
choisi deux carrés de gazon d'une étendue de 44 pieds, dont 
Therbe coupée très court avait été arrosée de crachats tuber- 
culeux, on y mit des cobayes et des lapins. L*un des carrés fut 
exposé à l'action du temps qui était particulièrement beau et sec; 
l'autre était dans les mêmes conditions, sauf qu'on s'arrangea à 
le préserver des rayons du soleil. Un des animaux mourut; les 
autres furent tués à des périodes variant de six semaines à six 
mois : 80 p. 100 étaient largement tuberculeux, la tuberculose 
affectant surtout les organes respiratoires. Et l'on n'observa 
aucune différence pour le terrain exposé au soleil. Il est à ajouter 
que de ces animaux tuberculeux naquirent à différentes périodes 
dix-huit petits dont aucun, tué à divers intervalles, ne fut trouvé 




tuberculeux. Il Taut en conclure que les parents avaient épuisé le 
pouvoir infectant du sol ensemencé. 



L'ëther amidobenzolque a été découvert en 1890 par E. Ritzerl. 
Connu comme anealhésique local, mais abandouDé à cause de goo 

iDsolubilité dans l'eau, il vient d'être repria par MM. Bing el 
Kobert qui ont montré que cet éther, s'il est difficilement soluble 
dans l'eau Troide, se dissout au contraire facilement dans l'alcool 
étbylique, l'éther, le chloroforme, l'acétone, les graisses et les 
huiles et qu'à petites doses, il n'est pas vénéneux. C'est un anal- 
gésique et un antiprurigineux efficace ainsi qu'il résulte de la 
pratique de Cari von Noorden qui, pendant deux ans, l'a expéri- 



Si l'on doutait encore que l'agent de la malaria est le mous- 
tique, il suffirait de rappeler l'expérience très curieuse que 
M. Buchanan a eu l'occasion de faire sur un de ses assistante. 
Celui-ci choisit lui-même la forme de fièvre intermittente qu'il 
consentait bien à se faire inoculer. Il se prononça pour une fièvre 
tierce bénigne. On le fit piquer par des moustiques qui avaient 
sucé le sang d'un malade alfecté de cette forme de fièvre, et il ne 
fut pas long à présenter lui-même des accès semblables. 



Un riche négociant de Cleveland.Ohio, M. Buettner, aurait 
été, rapporte le Journal, victime d'une trist« aventure. Un matin, 
en se réveillant, il subitunevivedouleur à lagorgeetà la poitrine. 
En même temps, il s'apergut que son râtelier manquait dans sa 
bouche. Il imagina aussitôt qu'il avait avalé son râtelier en dor- 
mant. 11 se lit transporter à l'hôpital, où les chirurgiens l'exami- 



'd(i iULLBXUi 

aèrent- ChoM ourieiue, on le toumit à la radiographie et on crui 
apercevoir dans son estomftc U moatiire des fiuuMB dtinti. Ans* 
sitôt les chirurgiens se décidèrent à l'opération. Ils ouvrirent 
l'estomac où ils ne trouvèrent pas trace de dentier. Tandis qu'ils 
s'occupaient à recoudre M. Buettner, la sœur de celui-ci accourut, 
portant le Calai rStelier qu'elle venait de trouver sous son lit. 
M. Buettner a naturellement succomM i l'opération motivée par 
son illusion et par l'application des rayons X. 



Il n'est pas de jours où l'on n'ait à signaler, dît ta RépubHqtie 
Ifouvette, quelques mantfb stations de l'esprit curieusement in veutif 
<|ps Américains. C'est aujourd'hui la création d'uo hospice d'ex- 
milHonnaires. 

Un certain Richard Perris, qui fut pendant cinquante ans pré- 
sldi'nt de la Banque de New- York, vient d'acheter le château his- 
turiijue de Pougbkepsie avec des Tonds laissés à cet elEat par un 
de ses amis. M. Samori Kngie. L'hospice ne recevra que des 
millionnaires qui ont fait et perdu leur fortune. 

Il est à craindre que ledit hospice ne soit bientôt encombré, 
mr il y a en Amérique, ou le saitt encore plus de gens ruinés qœ 
ilf milliannaires. 



TRAironChT DES NéPORITKS 37 



tilÉlâPEUTiaUE I^BICâU 



Timltement àem néphrlles* 

par M . MusELiER, 

Médecin de l'H6tel-Diett. 



9 m ^' ■ ^-^^^p^^w^^— w^w 



Nalle question peat-Atre n'a été plut souvent traitée que 
celle des néphrites, envisagée autant de fois sous toutes ses 
faces, dans son ensemble et dans ses détails, plus souvent 
proposée aux méditations des nosologistes comme aux 
préoccupations des praticiens. Et nulle, peut-être aussi, ne 
laisse derrière elle autant de desiderata, c'est*à-dire de 
points obscurs et de notions inachevées. Dans le domaine 
de la pathologie viscérale, il n*y a guère que le foie dont 
Tétude offre des difficultés égales, sinon supérieures. Si l'on 
cherche la raison de cet état de choses, on la trouve pour 
une bonne part dans riipperfection de nos eonnaissanees 
relatives à la physiologie du rein, organe dont les fonctions 
évidemment multiples et complexes restent encore mysté* 
rieuses par bien des points. Ce que nous en savons se résume 
dans une formule : le rein est par exoellence Torgane dépu» 
rateur, celui qui a pour rôle et pour attribut de débarrasser 
l'économie des déchets de toutes sortes, des matériaux 



38 THÉRAPEUTIQUE MÉDICALE 

ayant servi et devenus impropres à l'entretien de la vie. Or, 
en dépit de sa clarté apparente, cette définition implique 
de profondes et nombreuses lacunes. Ainsi, étant admis que 
la fonction du rein est réduite à un simple rôle de filtration, 
comment s'opère celle-ci? Au niveau de jquels éléments 
constituants? Quel est le rôle spécial dévolu à chacun de 
ceux-ci : glomérules-anses de Henle, canalicules terminaux? 
Existe-t-il respectivement pour chacun de ces éléments une 
sélection préétablie donnant & tel ou tel d'entre eux une 
attribution particulière dans le grand acte de la dépuration, 
acte qui, dans son ensemble, ne serait ainsi que la résultante 
et la somme de ces opérations partijelles et simultanées et 
successives? Voilà sur quoi nous ne sommes pas encore suffi- 
samment édifiés, tant s'en faut, et c'est précisément ce qui 
constitue une des difficultés de l'étude du rein à l'état patho* 
logique et qui explique^ par contre«coup, la difficulté que 
l'on éprouve à, instituer une thérapeutique rationnelle, 
pourvue d'une base solide, adéquate à tous les modes et à 
tous les degrés d'altération que ce viscère peut subir au 
cours de la vie humaine. 

Une autre difficulté provient du mode même de fonction- 
nement de la glande rénale, de. la façon dont il s'exerce dans 
les conditions de la vie normale. C'est, en effet, un fonction- 
nement silencieux, en quelque sorte secret, dont les troubles 
ne se révèlent par aucun phénomène bruyant ou même 
apparent, comme, ceux qui mettent sur la trace de la 
souffrance d'autres organes dotés d'attributions en apparence 
plus actives : tels le cœur, le foie, le poumon. Dans la très 
grande majorité des cas, l'altération du rein existe et évolue 
sans que le malade en ait conscience, sans qu'un dérange- 
ment appréciable de la santé vienne l'avertir du travail 
piatholdgique déjà commencé^ et l'avertir du danger qu'il 



TRAITEMENT DES NÉPHHITES 39 

court. C'est le cas habituel dans les néphrites chroniques, 
surtout dans celles qui le sont d'emblée, et c'est le cas de 
beaucoup le plus commun. Trop souvent, les symptômes 
révélateurs de la lésion rénale n'apparaissent que lorsque 
cette altération est constituée, même déjà très avancée, et 
dès lors à peu près irrémédiable. Or, c'est précisément làr 
un des principaux écueils de la pratique , la cause de 
multiples déboires pour le médecin qui, mal informé «on*^ 
cernant la profondeur du mal auquel il a aflfaire, peut de ce 
chef concevoir de trompeuses illusion^ et entretenir celles 
du malade, jusqu'au jour où surviennent des catastrophes 
irréparables. Et peut-être, à ce sujet, y aurait-il lieu dès 
maintenant de protester contre la distinction traditionnelle 
entre les néphrites chroniques et les albuminuries : car pré- 
cisément au point de vue pronostique, celles-ci ne diffèrent 
plus essentiellement de celles-là, elles comportent la même 
incertitude dans la prévision de l'avenir, les même aléas. Et 
déjà, par ce seul côté de la question, nous sommes portés à 
croire que néphrite et albuminurie ne sont qu'un, que Tuoe 
est simplement la traduction déterminée et visible de l'autre, 
l'expression symptomatique, souvent unique, d'une lésion 
que rien d'autre ne révèle au dehors; et que, dès lors, les 
mêmes règles de traitement, soitcuratif, soit prophylactique, 
leur sont applicables. Telle est du moins l'idée qui tend à 
prévaloir aujourd'hui, et dont le bien fondé s'aâirmera de 
plus en plus, à mesure que nous apprendrons à mieux 
connaître les divers modes d'altérations rénales et les 
symptômes par lesquels ces altérations peuvent se révéler. 
Avant d'aborder franchement celle grande question du 
traitement des néphrites, il est nécessaire d'indiquer la; 
manière dont nous comprenons leur groupement et leur 
classification. A cet égard, il existé une ^orte de tradition 



élS THÉRAPBUTIQUE IféDIGAlB 

qui nhêiêiê «ncore. dans les ouvrages les plu« récents, et 
d'après laquelle od distingue deux classes d'inflammations 
«ésales c néphrites aiguës, néphrites chroniques. Assuré-* 
asêpt eette division est imparfaitie, la ligne de démarca^ 
tien entre les deux classes n'étant pas toujours franche* 
nant indiquée et Fune pouvant se transformer en l'autre 
par txné «or le de transaction insensible. Nous la conser*> 
verons néanmoins, ne Ait-ce que pour la clarté du sujet, 
et nous admettrons aivec Brault ces deux groupes : 

'B. Néphrites chroniques (plomb, goutte, etc.). 

• . ' » ■ . . 

Ce dernier gr^^upi^ s'est nQt9.bleme»t accru depuis quelques 
wné9§ çt pfre aiaipten9.nt un champ d'îlud^s plu» vaste 
que celui qui ressortit aux néphrite? aiguës. 



A, — Traitements dés néphrites aiguës 

Les néphrites aiguës forment un groupe bien déflvii, sur^* 
tout depuis Tp^doption de la néphrite scarlatineuse oomme 
type clinique pouvant servir en quelque sorte d'étalon à 
^oui les autres ; néphrite pneumouique, typhoïde, dipbtéri- 
tique, etc. . . , qui en reproduisent assez exactement la physio- 
nomie symptomatique : douleurs lombaires, courbature, 
fièvre, urines sanguinolentes et rares, etc. Doit-'Oii y ineor» 
poref 1^ congestion rénale aiguë primitive, que M. A. Robin 
a décrite et qu'il a cherché à distraire du groupedes néphrites 
vraies, à individualiser ? La réponse est plutôt négative, si 
Ton s*qn rapporte simplement aux analogies I En effet, la 
eongestion rénale aiguë primitive, talle que M. A. Robin en 
a |raûé le tableau, reproduit trait pour trait la|>hysi6nomi« 



L'OKÏLCnC.^JK .'ÎHLii 



THAtTEMENT DBS NÉPHRITES \l 

classique des néphrites aiguës. On ne perçoit guère que des 
nuances dans sa description, et il semble bien que ce soit )à 
an des modes multiples par lesquels se traduit l'action irri- 
tante et phlogogëue d'une influence extérieure, comme le 
froid, ou d'un poison microbien créant une réaction lors de 
son passage à travers les éléments sécréteurs du reio. Dès 
lors, on ne voit guère la nécessité d'une séparation absolue 
entre espèces si voisines, et il nous apparatt qu'on doit leur 
appliquer les mêmes règles thérapeutiques. 

Ces prémisses étant posées, il est certain que le traite- 
ment des néphrites aiguës devient une chose bieu,déllnie, 
dont les indications se dégagent de l'uniformité habiUielle 
du symptAme dont la maladie se revêt & l'extérieur. Mnis, 
tout d'abord, rappelons avec Brault que tout médecin placé 
en face d'une néphrite doit se poser les trois questions sui- 
vantes : 

i" Quel est le degré d'altératioD du rein ? 

2° Par quelle intervention venir en aide à la fonction 
rénale troublée ? 

3° Quels sont les moyens de faire rétrocéder la lésion 
rénale ? 

Ces trois propositions résument l'ensemble des préoccupa- 
tions qui doivent diriger l'intervention du praticien. Elles 
ont d'autant plus d'importance, surtout la dernière, que, sui- 
vant la juste remarque de Krault, si l'attaque est d'origine 
récente, on est en droit d'espérer une amélioration sensiiilf 
et même la guérison. Or, c'est le cas pour la grande majoriti!' 
des néphrites aiguës, dont le début et la cause sont le plus 
souvent faciles à déterminer, en ce sens qu'elles succèdcut 
ordinairement à une infection dont le rapport avec la coifi- 
plication viscérale est nettement établi par l'ordre chronolo- 
gique : les néphrites surviennent généralement au momeul 



42 THÉRAPEUTIQUE MÉDICALE 

de la période d*état, plus souvent à Tépoque de la convales- 
cence. Elles suivent de près Tinfection générale, comme 
l'effet suit la cause. 

Disons-le de suite, ce traitement ne peut être, dans la très 
grande majorité des cas, qu'un traitement symptomatique. 
Le traitement pathogénique, cet idéal qui consisterait à 
combattre directement et à stériliser dans ses effets le poison 
producteur de la maladie, n'existe ni pour la néphrite scar. 
latineuse, ni pour la pneumonique, etc. Il n'existe guère 
que pour la néphrite syphilitique, et nous verrons ultérieu- 
rement quel parti on peut en tirer et quels services il peut 
rendre, lorsqu'à un diagnostic étiologique, posé en temps 
opportun, répond une intervention appropriée, énergique 
et décisive. 

La première et urgente préoccupation doit donc être de 
modifier la lésion rénale, de la faire avorter sur place, si 
possible, de façon à étouffer dans leur germe toutes ses 
conséquences ultérieures. Dans cet ordre d'idées, l'emploi 
de la révulsion apparaît comme tout à fait logique et 
rationnel, aussi logique assurément et en tous cas plus 
utile que dans d'autres maladies où son efficacité passa 
longtemps pour un dogme incontesté. On peut dire que la 
révulsion se résume ici tout entière dans la saignée locale^ spé- 
cialement efficace en raison des anastomoses vasculaires qui 
relient l'appareil circulatoire rénal à celui des parois du tronc, 
au niveau de la région lombaire et particulièrement du 
triangle de J.-L. Petit. Le meilleur moyen pour l'obtenir con- 
siste dans l'application de sangsues au niveau de la partie 
moyenne du triangle. Une demi-douzaine de sangsues, 
qu'on laisse gorger et dont on laisse les piqûres saigner 
ensuite largement, constituent un moyen de déplétion vas- 
culaire certainement très actif pour diminuer la congestion 



TRAITEMENT DES NÉPHRITES 43 

glomérulaire qui suit de si près Taction de Tagenl nocif 
sur la glande. Ces applications peuvent se répéter un certain 
nombre de fois, et nous n'hésitons pas, pour notre part, à 
les prescrire plusieurs jours de suite, aussi longtemps que 
persistent les phénomènes révélateurs de Tinflammation 
rénale : oligurie et coloration foncée des urines, avec pré- 
sence d'éléments directement empruntés au sang, globules 
rouges, sérum, fibrine, simultanément avec les vomisse- 
ments, la fièvre, etc. Dans les hôpitaux parisiens, on a 
recours de préférence aux ventouses scarifiées, sans qu'il 
soit possible d'établir autrement que par des faits lequel 
de ces deux moyens de déplétion est le meilleur. 

Quant à la saignée générale, son action déplétive est 
moins bien établie, elle e»t à cet égard inférieure à la sai- 
gnée locale. Son utilité apparaît plus évidente quand il 
s'agit de combattre l'urémie, complication dont nous aurons 
à nous préoccuper plus loin. 

Passons rapidement sur les autres moyens révulsifs que 
i'on a préconisés, et qui n'occupent qu'un rang très inférieur 
à celui de la saignée. Nous voulons parler des substances 
topiques en application sur la peau et destinées à établir 
une sorte de contre-irritation favorable : teinture d'iode, 
Uniment ammoniacal, térébenthine, etc. Ces révulsifs 
n'exercent qu'une action incertaine et l'irritation locale 
qu'ils produisent est loin d'être sans inconvénient. Quant 
au vésicatoirQ, l'accord est à peu près unanime pour en 
rejeter l'emploi, en raison des effets irritants qu'il exerce 
sur le rein et dont l'intercurrence serait ici plus qu'inop- 
portune. 

Traitement interne, — Le traitement interne des néphrites 
aiguës comprend, ponr ainsi dire, exclusivement le régime, 
et celui-ci peut à son tour se résumer dans une formule uni- 



44 THÉRAPEUTIQUE MÉDICALE 

voque; remploi exclusif et systématique du régime lacté. 
L*accord des médecins est ici vraiment universel et c'est 
même là un exemple d'unanimité remarquable en matière 
clinique. Actuellement il n'est pas un praticien qui, placé 
en face d'une néphrite scarlatineuse (pour prendre unV 
exemple typique], n'impose à son malade le lait pour ali- 
ment unique. Quelques-uns sont même allés plus loin dans 
cette voie, et proposent la diète lactée chez tous les scarla- 
tineux comme moyen préventif de la complication rénale 
ou, si Ton veut, de l'albuminurie, qui en est le signe exté- 
rieur le plus évident. 

En France, Jaccoud a été un des premiers à préconiser 
cette méthode. Ziegler, de Potsdam, s'est montré aussi très 
affîrmatif dans ce sens, après des expériences prolongées 

m 

qui lui auraient donné des résultats tout à fait démonstra- 
tifs en faisant voir que chez les scarlatineux, alimentés sys- 
tématiquement par le lait, on n'observe chez aucun de trace 
quelconque d'infection rénale. 

On peut ajouter avec Brault qu'il n'existe pour ainsi dire 
aucune contre-indication au régime lacté, à part celle qui 
peut résulter d'une répugnance plus ou moins insurmon- 
table des malades, objection qui est résolue à l'avance par 
l'emploi de petits moyens destinés, soit à combattre cette 
répugnance, soit à prévenir les troubles digestifs inhérents 
chez certains sujets à l'usage prolongé d'une alimentation 
uniforme. Il n'entre pas dans le cadre restreint de notre 
article de faire l'énumération de ces petits moyens qui ap- 
partiennent à la pratique de chaque jour, et que chaque mé- 
decin peut varier à volonté. Il nous suffira de rappeler 
encore avec Brault que, dans les limites où évoluent les né- 
phrites aiguës, deux ou trois mois au maximum, les ma- 
lades se trouvent dans les meilleures conditions pour retirer 



V 



TRAITEMENT DES NÉPHRITES Mi 

de ce trailement tous les avantages qu'il comporte. Les 
signes révélateurs^ de la lésion rénale persistent-ils au delà T 
C'est qu'on se trouve dès lors en face d'une altération deve- 
nue permanente, définitivement constituée, et, à partir de 
ce moment, les préoccupations du médecin doivent changer 
d'orientation et d'objet, comme nous le verrons plus loin à 
propos des néphrites chroniques. 

Une source d'indications plus spéciale, mais extrêmement 
précise, est celle qui chez les sujets atteints de néphrite 
aiguë commande d'assurer ou d'augmenter la diurèse. Car 
cette fonction capitale du rein est profondément troublée, 
par suite de l'irritation violente de toutes les parties du vis- 
cère et de la désorganisation profonde de l'appareil glandu- 
laire (Braolt). 

La diminution spontanée du taux quotidien des urines, 
en même temps que l'altération de leurs qualités physiques 
normales, sont la preuve pour ainsi dire écrite et tangible 
de cette perturbation. De ce chef, il y a rétention plus ou 
moins complète dans l'économie des déchets que le rein est 
chargé d'éliminer normalement, et par conséquent menace 
incessante d'auto-intoxication. Cette imminence de l'empoi- 
sonnement urémique, sorte d'épée de Damoclès tenue inces- 
samment sur la tète des sujets atteints de néphrite aigui;, 
suggère inévitablement l'idée de suppléer k l'insuffisance 
de la fonction au moyen des agents qui ont pour mission de 
solliciter celle-ci, d'en provoquer le retour si elle est mo- 
mentanément suspendue, d'en activer l'exercice, si elle 
n'est que diminuée. Deux ordres de moyens s'ofirent au 
praticien pour cela. 

Le premier consiste & agir sur le rein par les diurétiques 
directs : le second cherche à utiliser la force contractile du 
coeur. Les diurétiques directs sont nombreux, mais le choix 



46 THÉRAPEUTIQUE MÉDICALE 

n'en est pas indifférent. On peut dire, en principe, que le 
lait représente un des plus simples et des meilleurs. Ce 
qu'il faut rejeter, ce sont les diurétiques doués d'une 
action irritante sur la glande rénale, comme les sels de 
potasse, les baies de genièvre, la scille, etc. Brault montre 
une préférence marquée pour les sels de soude, bicarbonate 
et benzoate, qui activent la diurèse dans des proportions 
notables, et qui, de plus, ont une action sédative très appré- 
ciable au moment des poussées congestives. 

Le même auteur recommande également certaines tisanes 
végétales : uva ursi, raifort sauvage, écorce fraîche de sureau, 
stigmates de maïs. Plus récemment, on a recommandé au 
même titre l'emploi de la lactose et de la glycose (G. Sée), 
ainsi que de la caféine et de la théobromine. Il y a donc un 
choix à faire, et assez varié, entre ces médicaments qui à 
des degrés divers sollicitent tous la fonction rénale. 

La seconde indication, celle qui commande d'agir sur la 
force contiractile du cœur, est pareillement d'une très grande 
importance. C'est en effet un moyen un peu indirect, mais 
parfois très puissant et par conséquent logiquement utili- 
sable d'accroître la quantité journalière des urines. Les 
médicaments que l'on emploie a cet effet sont donc ceux qui 
sollicitent directement l'énergie du moteur central : digitale, 
strophanthus, spartéine, véritables toniques cardio-vascu- 
laires. Ils n'ont d'ailleurs que des indications assez restreintes, 
au cours des néphrites aiguës, et ce n'est guère à eux que 
l'on s'adresse ordinairement. L'opportunité de leur emploi 
s'affirme plutôt à partir du moment où la maladie, lors- 
qu'elle n'a pu rétrocéder complètement, se transforme en 
lésion chronique, éventualité trop souvent constatée et dont 
la réalisation est, pour le médecin, le point de départ de 
nouvelles préoccupations et de nouveaux devoirs. 



TRAITEMENT DES NÉPHRITES 47 

Une source 4*în<lîcation8, peut-être plus accessoire mais 
urgente tout de même, est celle qui vise le traitement des 
œdèmes périphériques, parfois extrêmement marqués chez 
les sujets atteints de néphrite aiguë. Malheureusement, 
nous ne sommes pas fixés encore d'une façon exacte sur le 
mécanisme réel de Tcedème brightique, sur son mode de 
formation. Les diverses théories proposées à ce sujet don- 
nent toutes prise à des objections sérieuses, et il est vrai- 
ment surprenant qu'un symptôme aussi fréquent, on pour- 
rait dire fondamental, dans l'évolution des néphrites, soit 
livré encore à l'arbitraire des interprétations. Toujours 
est-il que la diurèse apparaît comme le moyen le plus 
logique d'amener l'exonération rapide des tissus envahis 
par la sérosité brightique. Des recherches récentes donnent 
à penser que l'apparition des œdèmes pourrait bien tenir à 
un trouble de la sécrétion interne du rein, c'est-à-dire à la 
modification humorale encore pen connue que l'inflamma-' 
tion rénale amènerait dans la composition normale du sang. 
Si l'explication est exacte, la doctrine brown-sequardienne 
des sécrétions internes trouverait ici, du fait même d'un état 
pathologique, une véritable confirmation. L'œdème brigh- 
tique serait dès lors comparable aux œdèmes qui apparais- 
sent à la suite de la disparition ou de l'altération de cer^ 
tains parenchymes viscéraux, œdèmes dont le type classique 
est représenté par le myxœdème symptomatique des lésions 
du corps thyroïde. L'auteur d'une thèse récente et vraiment 
remarquable sur les fonctions du rein dans les néphrites, 
M. L. Bernard, semble adopter cette opinion, sur laquelle 
nous aurons à revenir, et qui a déjà été le point de départ 
d'applications thérapeutiques intéressantes. Peut-être fera- 
t-on entrer un jour prochain l'opothérapie rénale dans le 
traitement de Tanasarque brightique comme dans celui de 



48 THÂRAPEUTIOUB MÉDICALE 

quelques autres manifestatioas de la maladie. Ce sera une 
innovation originale et assurément bien moderne. 

Une courte digression suffira pour juger la valeur des 
autres moyens classiques, sudorifîques et purgatifs qui, à 
càté des diurétiques, visent à faire disparaître les œdèmes 
et rétrocéder l'anasarque. Ces moyens n'ont qu'une action 
incertaine, infidèle, qui n'est d'ailleurs pas sans danger, et 
ne parviennent à soustraire qu'une très minime partie des 
liquides épanchés. Ce reproche s'adresse particulièrement 
aux purgatiTs (drastiques] qui, suivant Brault, ne trou- 
vent d'application vraiment utile qu'au moment des accès 
d'urémie, c'est-à-dire à l'heure d'une grave complication 
vis-à-vis de laquelle on peut tout tenter. Encore leur utilité 
est-elle discutable et le plus souvent passagère. Il est intini- 
ment préférable, quand la chose est possible, d'extraire les 
œdèmes directement, par tes procédés classiques sur les- 
quels nous n'avons pas à insister ici. Dieulafoy reproche 
aux purgatifs de soustraire à l'économie une énorme quan- 
tité d'eau, et de diminuer ainsi la matière première avec 
laquelle se fabrique l'urine. En fin de compte, il faut admettre, 
avec ces auteurs, que les purgatifs et sudorifîques sont des 
médicaments médiocres en tant que réducteurs de l'ana- 
sarque, et que l'indication de leur emploi ne s'aflirme guère 
que lorsqu'il s'agit de diminuer la quantité de poisons en 
circulation, c'est-à-dire de combattre les redoutables acci- 
dents de l'urémie. 

PROPHYLAXIE DE l'uRÉHIE 

Nous désignerons sous ce titre l'ensemble des moyens 
propres fe empêcher l'apparition de la plus grave éventua- 
lité des lésions rénales, savoir l'empoisonnement du milieu 
intérieur par les matériaux non éliminés. Cette préoccupa- 



TRAITEMENT DES NÉPHRITES 49 

lioD d'ordre prophylactique s'impose avec une urgence par- 
ticulière chez les sujets atteints de néphrite aiguë. En elTet, 
la désorganisation rapide des éléments spécifiques ùc la 
glande amène avec une rapidité parallèle le désordre et 
l'insuinsance de la fonction et dès tors le danger de l'aulo- 
intoxication est réalisé et se trouve en quelque sorte à. 
l'état d'éventualité toujours imminente. On sait du resic 
que les véritables complications urémiques apparaiss<:nl 
de bonne heure dans la néphrite scarlatine use, ce LypiB 
classique du groupe des néphrites aiguës. L'œuvre du 
médecin n'est donc pas terminée quand il a traitélanéphriln 
proprement dite, ni même quand les signes extérieurs île 
celle-ci ont commencé à rétrocéder. Il doitprévoir le piro l't 
se mettre en garde, par une incessante surveillance, conlru 
une complication qui, presque autant que les symptômes, 
fait partie de l'évolution de la maladie. 

En eiïet, ce qui crée l'urémie, c'est essentiellement 
l'annulalioD d'un nombre de filtres glomérulaires tel qna 
cette diminution devient incompatible avec la persistance 
d'une dépuration rénale suffisante. Or, suivant la remarqiu: 
de J. Renaut, ce fait de la diminution d'un grand nomhrc 
d'élémenls sécréteurs est généralement considérable dans 
les néphrites aiguës et particulièrement dans la néphrite 
scarlatineuse, encore bien que nul moyen de certitude exU- 
rieur ne permette d'en apprécier le degré. Le seul fait qui 
en indique avec quelque probabilité l'existence actuelle nu 
seulement l'imminence, c'est la baisse ducoefEicient d'oxyda- 
tion. Renaut exprime l'opinion que, parmi les poisons crr:és 
du fait de cette suppression partielle de l'élément glandu- 
laire, ceux qui exercent l'action la plus profonde, la plus 
continue et aussi ta plus progressive, sont certainement les 
poisons musculaires qui, en agissant sur le cœur et les vuîs- 



50 THÉRAPEUTIQUE MÉDICALE 

seaux par Vintermédiaire de leurs nerfs propres, déter- 
minent la série des accidents dont les deux termes sont 
l'altération du cœur et l'annulation fonctionnelle du rein. 
Il y aurait ainsi une sorte de cercle vicieux, puisque ce sont 
les poisons retenus dans la circulation par suite d'un tra- 
vail rénal insuffisant qui deviennent à leur tour une cause 
d'aggravation dans le sens de cette insuffisance. 

J. Renaut, dont nous reproduisons ici volontiers les idées 
à cause de leur caractère vraiment personnel et original, 
Renaut pense que dans les néphrites aiguës (scarlatine] la 
congestion diapédétique amène dans le lobule rénal un 
œdème aigu cougestif, phénomène qui a pour effet de pro- 
duire un encombrement très marqué dans la région occupée 
par les voies d'entrée du sang artériel dans le lobule et un 
encombrement relatif dans la région occupée par les voies 
d'issue de Furine. Le résultat, ce serait purement et sim- 
plement l'annulation momentanée de tous les filtres, môme 
de ceux qui ont échappé à l'inflammation et qui ont conservé 
leur intégrité anatomique : de telle sorte que lanurie 
deviendrait le régime momentané du lobule envahi par 
cette sorte de poussée congestive. Le même phénomène 
peut d'ailleurs survenir quand il s'agit seulement d'œdème 
du rein, comme c'est parfois le cas dans les néphrites subai- 
guës et même dans les néphrites chroniques. Or, c'est là, 
d'après J. Renaut, la cause habituelle de l'urémie dans 
nombre de cas, plus spécialement peut-être chez les scarla- 
tineux. C'est donc à prévenir ces poussées congestives ou 
œdémateuses, à les combattre quand elles surviennent, que 
le médecin doit s'attacher avec vigilance. 

Ce sont les indications issues de ce chef que Renaut croit 
devoir résumer dans les propositions suivantes : 

i^ Dans les cas aigus, si, de par la pathologie, on prévoit 



TRAITEMENT DES NÉPHRITES M 

cne action coagestive déterminée par le poison morhidû sur 
le rein, il importe de le prévenir, soit en agissanl sur la 
maladie, soiL en mettant le rein dans les meilleures condi- 
tions de liberté circulatoire. 

2' Lorsque l'eacombrement est produit, l'indication domi- 
nante est de le lever et de rouvrir le rein. 

Or, dit nenaut, dans un grand nombre de circiina tances, 
l'expérience clinique permet de prévoir, au cours d'une 
maladie infectieuse en voie d'évolution, le développement 
possible d'un œdème corigestifdu rein. Si la scarlatine est 
le type accompli des maladies qui comportent cette ('ven- 
tualilé, celle-ci peut être égalenienl la conséquence de 
nombre d'états infectieux susceptibles, eux ausai, d'exercer 
une sorte d'action élective surie rein (pneumonie, nreilluns, 
variole, érysipèle). Une prophylaxie bien entendue est alors 
ce qu'il y a de plus rationnel et de plus sûr, conlarniéuient 
au précepte que : Mieux vaut prévenir que d'avoir ii f^uêrir. 
L'hygiène jouerait à cet égard un râle considérable, prépon- 
dérant, à condition que l'emploi des mesures confui-mes 
soit continu, rigoureux. C'est, entre autres, la n/c^ssité 
d'assurer au malade la respiration d'un air pur, abondam- 
ment chargé d'oxygène et incessamment renouvelé : cette 
dernière précaution étantàsouligcer, car elle va à 1 encontre 
d'un préjugé encore très répandu. L'oxygénation ici a pour 
but, non seulement de pourvoir à l'hématose normale, mais 
encore d'apporter des matériaux en vue de la lutte dont le 
processus fébrile, qui accroît les oxydations, donne souvent 
la mesure : car un des dangers pour le malade, c'est la for- 
mation de produits incomplètement oxydés qui ne tarde- 
raient pas à encombrer la circulation et à devenir une des 
causes efficientes de l'insufilsance rénale. 

Dans le même ordre d'idées, Renaut conseille encore 



52 THÉRAPEUTIQUE MÉDICALE 

d'écarter autant que possible l'intervention du froid qui 
possède, quoi qu'on en ait pu dire, le pouvoir d'augmenter 
la congestion rénale, et en tous cas diminue le pouvoir de 
résistance d'un organe déjà malade. L'utilité de cette pra- 
tique s'affirme surtout au moment de la convalescence, alors 
que la sensibilité au froid est devenue plus vive, car c'est 
précisément à ce moment qu'apparaissent d'ordinaire les 
néphrites graves accompagnées d'accidents urémiques. 

Dans un ordre d'idées voisin, on doit conseiller le repos 
au lit et le séjour à la chambre. Une précaution encore très 
utile consiste dans les nettoyages antiseptiques de la bouche, 
du pharynx, de l'intestin, des fosses nasales, de la peau. 
Ces diverses pratiques ont pour but, suivant Renaut, de 
mettre le rein dans les meilleures conditions de liberté cir- 
culatoire. L'emploi des boissons aqueuses abondantes agit 
aussi un peu dans le même sens, mais par un autre méca- 
nisme, en solubilisant les matériaux de déchets, les toxines, 
et en favorisant leur élimination. Une précaution non 
moins importante, d'après le même auteur, c'est d'éviter 
l'emploi des médicaments antipyrétiques, dont la plupart 
altèrent le globule sanguin et par surcroît exercent une 
double action défavorable : sur la sécrétion rénale, qu'ils 
diminuent; sur le cœur, qu'ils affaiblissent. Mais d'un autre 
côté, Renaut préconise fortement l'usage du bain froid 
comme un des moyens de prophylaxie les plus puissants 
vis-à-vis des néphrites secondaires, et il le considère, au 
point de vue si important de la diurèse, comme un agent 
d'une efficacité hors pair. 

Nous avons tenu à exprimer ici les idées si personnelles et 
si larges du savant professeur de Lyon, et pour cela nous les 
avons reproduites presque mot pour mot, afin de leur laisser 
toute leur originalité. Celle-ci se retrouve encore dans les 



l'eukinase et la pancrëatokinasë :)3 

conseils qu'il donne via-à-vis de l'uréinie imminente ou coii- 
firmée. Dans le premier cas, c'est-à-dire quand le médecin 
a des raisons de croire que, malgré l'observance attentive 
et minutieuse des règles sus-énoncées, le rein a subi unu 
agression violente et décisive de la maladie, ce sont aloi-;^ 
d'autres indications qui interviennent. La plus urgente est 
celle qui consiste A, faire cesser ou à diminuer la congestion 
du rein- La saignée générale n'est pas la méthode de choix 
pour obtenirce résultat. Reoaut lui préfêredebeaucoupla sai- 
gnée locale et conseille l'application immédiate de sangsues, 
en nombre variable selon l'âge, au niveau du triangle lom- 
baire. Une seule application suflirait parfois pour produire 
la décongestion désirée. Ces applications, que dans certains 
cas on peut réitérer, seraient vraiment la pierre angulaire 
du IraitemenI, qui comprend pour tout le reste l'ensemblu 
des moyens dirigés contre l'urémie elle-même et dont nous 
n'avons pas à nous occuper ici. 

{A suivre.) 



SOCIÉTÉ DE THÉRAPEUTIQUE 



SEANCE DU 24 DECEMBRE 1902 



Présentations. 

1. — L'eukinnse, eupeptique intestinal, et la pancréatohinase, ferment 
digeUif; applications thérapeutiques des découvertes de Pawlow, 

par MM. Hallion et Carbion. 

Soutenir que le suc pancréatique le plus normal est peu apte 
n même impuissant à digérer l'albumine et 



S4 SOCIÉTÉ DE THÉRAPEUTIQUE 

téiques, cela aurait passé, naguère encore, pour un aventureux 
paradoxe. Et pourtant les découvertes récentes de Pawlow et de 
son élève Schepowolnikow, qui ont d'ailleurs profondément 
transformé nos connaissances relatives à la physiologie normale 
et pathologique de la digestion, puis les belles recherches de 
Delezenne, directeur du Laboratoire de physiologie de llnstitut 
Pasteur, ont fait, de cette assertion, une vérité physiologique des 
mieux démontrées. Il est établi que la trypsine, ce ferment pro- 
téolytique si puissant du suc pancréatique, est dépourvue de 
toute activité, à moins qu'elle ne soit, pour ainsi dire, mise en 
branle par un autre ferment : Tentérokinase (de xivsTv, mou- 
voir). Ce dernier ferment, c'est la muqueuse duodénale qui le 
fournit. 

De ces recherches procède l'étude que nous avons nous- 
mêmes entreprise pour en dégager le corollaire thérapeutique ; 
(]e précieux conseils, dus notamment à M. Marfon, nous avaient 
d'ailleurs stimulés à poursuivre cette étude et nous ont aidés à 
la réaliser. 

Après des essais nombreux et divers, nous avons obtenu deux 
produits : Veukinase et la pancréatokinase, que nous avons l'hon- 
neur de présenter aujourd'hui et dont nous allons indiquer briè- 
vement la nature, les propriétés physiologiques et les applica- 
tions médicamenteuses. 

Ueukinase est extraite de la muqueuse duodénale du porc; 
c'est une poudre jaunâtre, qui contient, sous une forme remar- 
quablement active, l'entérokinase de Pawlow. ha. pancréatokinase 
est une association de l'eukinase avec de la pancréatine. 

Rien de plus aisé que de reproduire, avec l'eukinase, les expé- 
riences si saisissantes de Pawlow et de Delezenne, expériences 
qui mettent en pleine lumière la valeur du médicament nou- 
veau. Ayons deux tubes à essai dans chacun desquels nous 
aurons déposé un cube volumineux de blanc d'œuf cuit, mesu- 
rant 8 à 9 millimètres de côté. Dans un de ces tubes, nous met- 
trons un peu de suc pancréatique pur, recueilli par une fistule 
appropriée chez un animal en parfaite santé. 



^ 



l'eukinase et la pancrëatokinase oS 

Dans le deuxième lube, nous mettrons une quaiiiiti^ égale ils 
même suc, et nous y ajouterons une trace d'eukimise. Le^ iIhux 
tubes seront placés dans une étuve à la température ilu corps ; 
37 à 40™. L'attaque du blanc d'œuf, dans chacuii d'eux, nous 
permettra de comparer l'intensité du pouvoir digi'siif de leurs 
contenus. Or, une telle espérience montre constamment ceci, 
avec une netteté, une précision parfaites : 

l"tube. — Suc pancréatique seul: digestion e.rtn!memcnl 
lente (Pawlow), ou mémo nulle, si le suc paucréaiinut; est |iar- 
faitement pur (Delezenne). 

2" tube. — Suc pancréatique eukinase : digestion extriMemenl 
rapide et parfaite. En 24 à 36 heures, le bloc djlbumini', si 
énorme quand on le compare à une pareille masse nlimenlaire, 
est dissous, peptonisé. 

L'expérience que nous venons d'indiquer, et dont vous voyez 
!e résultat dans les deux tubes que voici, est tellemeiU Irappante 
que la découverte de Pawlow n'a souffert et ne sauniil souffrir, 
de !a part des physiologistes, aucune contestation. 

Des données de cet le importance, confinées JTj.s(iii'ciiijounl'liui 
dans le domaine de la physiologie pure, ne doivent-elles pas dé- 
sormais pénétrer dans celui de la pathologie et de la thérapeu- 
tique ? La logique l'exige. 

Si le suc pancréatique joue, dans l'ensemble de la digestion, le 
rôle essentiel que tout le monde reconnaît; si, d'autre part, les 
substances élaborées par la muqueuse intestinale, au Vœu du 
rôle très secondaire qu'on leur avait attribué ]usi)u'à présent, 
revendiquent désormais une part de premier ordre (Uins la mise 
en œuvre des ferments pancréatiques, il faudra, de toute évi- 
dence, suppléer chimiquement à l'insuffisance fonctionnelle delà 
muqueuse, toutes les fois que celle-ci sera sérieusement lésée ou 
troublée dans sa vitalité. Qu'on veuille bien considi'rer (|uc le 
pancréas, à cause de sa situation anatomique, l'st bi^aucoup 
moins exposé que la muqueuse intestinale à l'agression dos bacté- 
ries, ainsi qu'aux offenses physiques ou chimiquesles plus diverses, 
et l'on comprendra qu'o priori, le suc entërique rioive se trou- 



56 SOCIÉTÉ de: TaÉRAPEUTIQUE 



ver, plus souvent que le suc pancréatique, altéré plus ou moins 
dans sa composition, dépourvu plus ou moins de la propriété 
fondameutale que la physiologie lui découvre. 

En apportant au milieu intestinal le ferment nécessaire, l'euki- 
nase n'assurera-t-elle pas, en pareil cas, la digestion compro- 

De cette simple considération ressort l'opportunité d'un tel 
médicament dans les affections diverses de l'intestin, aiguës et 
chroniques, soit primitives en apparence, soit secondaires à 
diverses maladies infectieuses. Lee dyspej/isies intestinales consti- 
tuent, logiquement, des iadicatioas formelles pour la médica- 
tion dont il est question ici. 11 est fâcheux que ces dyspepsies, 
fréquentes à coup sûr, soient souvent méconnues ou confondues 
avec des dyspepsies gastriques concomitantes, parce que les 
symptômes qui les traduisent ne leur appartiennent pas toujours 
en propre de façon immédiatement manifeste : météorisme, ma- 
laise ou douleur abdominale, irrégularité ou caractères anormaux 
des garde-robes, phénomènes éloignés teis que troubles nerveux, 
résultant d'une intoxication prolongée, troubles hépatiques rele- 
vant d'une altération secondaire du foie, perversion de la nutri- 
tion générale causée par une résorption de toxines ou une insuf- 
fisance de l'assimilation. 

L'eukinase apparaît, en définitive, commereupepiigwe intestinal 
le plus rationnel : elle permet ou facilite l'utilisation du suc pan- 
créatique. Nous avons constitué, ea outre, un autre produit, qui 
a'estpas seulement eupeptique, mais qui est puissamment fftgesfif; 
c'est une association de la pancréatine avec l'eukinase. Nous 
l'appelons, par abréviation, pancréatokinase. Celle-ci remplît évi- 
demment toutes les indications que l'on reconnaît à la pancréa- 
tine, et elle les remplît de façon beaucoup plus parfaite. 

Pour éviter que l'eukinase ne soit altérée par la traversée de 
l'estomac, nous avons, après expériences appropriées, arrêté notre 
choix sur deux formes pharmaceutiques dont nous avons vérifié 
la résistance vis-à-vis du suc gastrique : ou bien le produit actif 
est inclus dans des capsules de gluten, ou bien il est incorporé à 



NOTE SUH LA PRÉPARATION DE l'aRGENT COLLOÏDAL 37 

«ne pâte de gluten, que l'on réduit, après dessiccation, en une 
sorte de granulé. Sous cette dernière forme, il est particuliè- 
rement facile d'administrer l'eukinase ou la pancréatokinase 
aux enfants, chez lesquels précisément les entérites sont si fré- 
quentes. 



II. — ffotesur la préparation de l'argent colt&idal, 

par MM. Danlos 
Médecin de l'hdpîul Saint-Louis, 

et A. COTHEREAU, 
Interne en pharmacie k l'hApital Saint-Louis. 

Depuis quelque temps déjà, on emploie en Allemagne, aous le 
nom de collargol, un produit lancé dans la thérapeutique par 
Cresdé, de Dresde. Ce corps n'est qu'une modification allotro- 
pique de l'argent, signalée la première fois par Carey Lea, et pos- 
sédant la remarquable propriété d'être complètement Eoluljle 
dans l'eau. 

Le produit que nous préseutons semble posséder les mêmes 
propriétés que le collargol allemand. Nous l'avon* obtenu par 
un procédé sensiblement analogue à celui qui est indiqué dans 
le DictiontMire de Chimie de Wûrtz (2' supplément), à propos 
des modifications allotropiques de l'argent. Il repose sur la 
réduction d'une solution de nitrate d'argent par le citrate f:>r- 
reux. 

Notre mode opératoire est le suivant : 

i* Prendre 100 grammes d'acide citrique, les dissoudre dans île 
l'eau distillée et saturer avec de l'ammoniaque jusqu'à coloraitou 
de la phtaléine. Compléter k 500 ce. avec de l'eau distillée ; 

2" Faire une solution avec 186 grammes de sulfate ferreux 
ammoniacal et eau distillée quantité suiTisante pour SOO ce. ; 

3° Mélanger les deux solutions précédentes; étendre avec 
i litre et demi d'eau distillée environ et verser dans la liqueur, 



oS SOCIÉTÉ DE THÉRAPEDTIQUE 

[)iir petites parlieg, eo agitant consternaient, 100 ce. d'une solution 
lie nitrate d'argent cristallisé à 20 p. 100. 

H se forme un précipité rouge-brun à reflets ardoisés qu'on 
laisse déposer. La liqueur surnageante étant décantée, le préci- 
|iité pst jeté sur un appareil à flltratian rapide, lavé avec une 
[laiite quantité d'eau, puis essoré. Ues différentes manipulations 
doivent être faites assez rapidement pour éviter le plus possible 
l'action de la lumière et surtout celle de l'air qui insolubilise- 
raient en partie le produit. Le précipité recueilli est ensuite 
soumis à la dessiccation dans le vide, au-dessus de l'acide sulfu- 
rique et à l'abri de la lumière ou séché à l'étuve à 30*, 

Le produit ainsi obtenu, comme le collargoi allemand, se pré- 
trente sous l'aspect de petites masses à reflets métalliques 
d'autant plus brillants que la dessiccation a été effectuée à l'abri 
du contact de l'air. Il renferme 97 p. 100 d'argent avec des traces 
(le fer et d'acide citrique. 11 est complètement soluble dans l'eau 
et les solutions ne traversent pas le septum du dialyseur ; d'où le 
nom d'argent colloïdal sous lequel on le désigne le plus sou- 
vent. Les acides précipitent les solutions en réparant le métal. 
Calciné, il se transforme en argent ordinaire bafin le brome, le 
chlore et l'iode en solution donnent des précipités de bromure, 
chlorure et iodure d argent 

Kn opérant ainsi qu il a été dit plus haut, on retire environ 
80 p. 100 de l'argent du nitrate à l'étaf d'argent colloïdal. Il est 
facile de récupérer le métal restant dans les eaux-mères, par la 
dialyse, par exemple, et de le transformer en nitrate qui pourra 
servir dans une opération ultérieure. 

Communications.' 

1. — Traitement abortif des furoncles par une solution eoncenlrèe 

d'iode dans l'acétone, 

par MM. Paul Gallois et Courcocx. 

Un de nos amis, ayant un furoncle du conduit auditif externe, 
nous demanda de le traiter par des applications d'un liquide 



TRAITEMENT DES FURONCLES 59 

noirâtre qu'il nous présenta. 11 en ignorait la composition, maitt 
ce remède, imagine, paralt-il, par un ingénieur, avait grande 
réputation parmi ies anciens élèves de l'Ecole centrale. Ne vou- 
lant pas utiliser un médicament que noua ne connaissioQs pas, 
nous priâmes le pharmacien qui l'avait préparé. M, J. Faure, de 
vouloir bien nous dire en quoi il consistait. M. Faure, aveu la 
plus grande obligeance, nous apprit qu'il s'agissait d'une solulion 
d'iode dans t'acétone, l'acétone ayant la propriété de dissoudre 
environ quatre Fois plus d'iode que l'alcool. Il nous autorisa, en 
outre, à publier cette formule si nous le désirions. 

Le traitement que notre ami demandait d'appliquer nêiaii 
donc qu'une variante du traitement abortif classique de^ fu- 
roncles par la teinture d'iode. Les probabilités étaient même que 
le médicament nouveau serait plus actif que l'ancien. Les résul- 
tats obtenus chez notre malade ayant été satisraisauts, nous nous 
proposâmes d'expérimenter eu grand la méthode dans le servite 
de M. le professeur Chantemesse. Les typhiques présentent, en 
effet, fréquemment des éruptions acnéiques et furonculeuses 
abondantes, lesquelles donnent lieu parfois à des abcès et à (ii>s 
pertes de substances souvent assez étendues. La tradition dauâ 
le service était précisément de traiter ces boutons par des appli- 
cations de teinture d'iode. 

Comme la teinture d iode contient 1 gramme d'iode métalli<|ue 
pour 12 grammes d'alcool, nous priâmes le pharmacien de service, 
M. Philippe, de nous faire une solution à 4/12 d'iode dans l'acé- 
tone. M. Phihppe parvint facilement à faire une solution un [jeu 
plus concentrée dans les proportions suivantes : 

Iode métallique * gr. 

Acétone 10 » 

Tandis que l'iode se dissout assez lentement dans l'alcool, il se 
dissout presque instantanément, même à cette dose, dans l'acé- 
tone. Le liquide obtenu a sensiblement l'apparence de la teinture 
d'iode ordinaire : consistance semblable, coloration pres(|ue 
identique. Mais peu à peu ses caractères changent. Au bout d'une 
quinzaine de jours, la solution devient noire et sirupeuse, elle 



J 



60 SOCIÉTÉ DE THÉRAPEUTIQUE 

rappelle alors assez bien Tapparence de la liqueur de cassis. Il 
s'est très certainement effectué entre les deux substances des 
combinaisons. Il résulte des recherches de MM. Clermont et 
Chautard {Bull, de la Soc. de Chimie, t. XLIII, p. 614) que l'iode, 
même à froid, donne avec l'acétone un composé défini, la mono- 
iodacétone, avec production d'acide iodhydrique.La réaction peut 
se représenter de la façon suivante : 

21 + G«H«0 = C3H»I0 + III 

iode acétone monoiodacétone, acide iodhydrique. 

La monoiodacétone brunit fortement à la lumière. Dans 
l'action de l'iode sur l'acétone il se forme aussi de la diiodo-acé- 
tone C^H^I^O dont la proportion doit augmenter quand on con- 
serve longtemps la dissolution d'iode dans l'acétone. 

En effet, si au moment où l'on a dissous l'iode dans l'acétone, 
on verse la dissolution dans un verre à expérience, on se rend 
compte facilement que la combinaison n'est pas effectuée. Car 
si l'on agite le mélange, les portions de liquide qui s'étalent sur 
les parois du verre s'évaporent aussitôt, laissant un dépôt de 
cristaux d'iode ayant un peu l'apparence du givre. Si l'on fait la 
même expérience avec une solution datant de quinze jours, le 
liquide sirupeux et noirâtre qui se répand sur les parois du verre 
se dessèche plus lentement et se transforme en une sorte d'enduit 
uniforme dans lequel on ne retrouve aucune trace de cristalli- 
sation. Quand on applique avec un pinceau la solution fraîche 
sur la peau, elle y produit une tache, comparable à celle de la 
teinture d'iode, sur laquelle on peut voir se former également du 
givre d'iode. La solution vieille se transforme sur la peau en un 
vernis noir. Il noUs a semblé que la solution fraîche était moins 
maniable et plus irritante pour la peau que la solution vieille, 
contrairement à ce qui se passe pour la teinture d'iode qui devient 
au contraire plus caustique en vieillissant. 

Voici comment nous procédons. Nous enroulons un flocon de 
ouate autour d'une baguette de verre ou de bois, une simple allu- 
mette peut suffire. Nous trempons le petit tampon ainsi constitué 






TRAITEMENT DES FURONCLES 61 

/ 

dans la solution d'iodacétone et nous le portons au contact de 
chaque bouton acnéique ou furonculeux, de façon à le faire 
disparaître sous le vernis noirâtre. Si, à ce niveau, Tépiderme 
est intact, l'application de l'iodacétone n'est pas douloureuse; si 
le furoncle est déjà ouvert, ce médicament provoque une cuisson 
assez vive qui se calme assez rapidement. 

L'action de l'iodacétone sur les furoncles est notablement plus 
puissante que celle de la teinture d'iode ordinaire. En général, 
la plupart des furoncles ainsi traités se trouvent éteints dès le 
lendemain et une nouvelle application n'est pas nécessaire. La 
peau garde, en effet, une couleur brune plus ou moins foncée ; 
il reste à sa surface comme une réserve d'iode qui n'a pas été 
utilisée. L'absorption du médicament semble réglée par le degré 
de congestion des tissus enflammés. Lorsque, sans être ouvert, le 
bouton présente à son sommet une petite pustule, l'application 
de l'iodacétone la dessèche souvent d'un jour à l'autre et trans- 
forme la goutte de pus en une croùtelle qui se détache les jours 
suivants. Quand au bout de vingt-quatre heures un bouton se 
montre encore rouge et enflammé, la première application n'a 
pas été suffisante, il faut la renouveler. Dans ce cas, si le furoncle 
est un peu volumineux, il est préférable de circonscrire le foyer 
infectieux par une couronne d'iodacétone qui devra empiéter 
même sur les tissus sains qu'elle semble rendre réfractaire à l'en- 
vahissement microbien. Le furoncle lui-même sera touché très 
légèrement à son centre, même s'il est ouvert et suppurant. Il va 
de soi que Ton a d'autant moins de chances de faire avorter une 
lésion que celle-ci est plus ancienne et plus profonde. Il importe 
donc chez un malade atteint de furonculose d'être à l'affût des 
clous nouveaux qui se prépareraient et d'appliquer l'iodacétone 
sur les moindres menaces de boutons. 

L'iodacétone a une action incontestablement plus puissante 
que la teinture d'iode. Mais elle a les inconvénients de ses avan- 
tages : elle est aussi plus caustique et doit être maniée plus pru- 
demment. Elle peut parfois provoquer une petite phlyctèue. 
Ordinairement, la vésicule ainsi produite se dessèche sans se 



62 SOCIÉTÉ DE THÉRAPEUTIQUE 

rompre et n*a pas de gravité. Parfois cependant, elle se dessèche 
et laisse à sa place une légère exulcération. Ce petit accident 
s'observe chez des sujets particulièrement sensibles et surtout 
dans les régions où la peau est fine, comme dans le creux de Tais- 
selle, par exemple. Il faut, dans ces cas, employer la solution 
très légèrement. Souvent, il suffit d'effleurer à peine les petits 
abcès tubéreux avec la pointe du pinceau de ouate ; l'application 
est très suffisante, surtout si elle est faite au début de la lésion. 
D'autre part, il faut savoir que l'iodacétone déposée sur les bour- 
geons charnus d'un furoncle ouvert peut produire une douleur 
très vive. Il serait bon, dans ce cas, de cocaïner la plaie à l'avance, 
surtout si l'on a affaire à un sujet douillet ou pusillanime. 

Enfin chez une de nos malades nous avons eu des accidents 
d'iodisme caractérisés par de la céphalalgie, du coryza et un 
éry thème papuleux généralisé. Mais l'un de nous a vu un' acci- 
dent analogue se produire chez un malade atteint d'ecthyma qui 
fut traité avec la teinture d'iode ordinaire : cet accident n'est donc 
pas spécial à l'iodacétone, mais il est probable qu'il aura plus de 
chances de se produire avec ce médicament qu'avec la teinture 
d'iode. 

Ces inconvénients, peu graves en somme, sont largement com- 
pensés par l'efficacité plus grande du médicament. Celle-ci a été 
si manifeste que M. Chantemesse en reprenant son service sl 
continué à se servir de notre solution d'iode dans l'acétone et 
qu'il nous a engagé à faire connaître ce procédé thérapeutique,. 
Mais, pour le moment au moins et en attendant que le publia 
soit familiarisé avec ce nouveau produit, il sera prudent de ne- 
pas en confier l'emploi au malade ou à son entourage ; le médecia 
doit s'en réserver le maniement. 

II. — Solubilité de Viode dans la glycérine, 
par M. Catillon. 

La communication que M. Gallois vient de nous faire m'amène 
à vous entretenir aujourd'hui d'un sujet connexe que je me pro- 



SOLUBILITÉ DE L'IODE DANS LA GLYCÉRINE 63 

posais de traiter un peu plus tard, en offrant à la Sociélé vu tra- 
vail en cours de publication. 

L'acétone est le plus puissant dissolvant de l'iode, puisqu'il ea 
dissout la moitié de son poids eimême davantage. 

J'ai reconnu à la glycérine un pouvoir à peu près équivalent, 
contrairement à ce qu'on croyait jusqu'ici. Le Codex dit qu'un 
gramme d'iode se dissout dans 52 gr. 63 de glycérine et depuis 
quarante ans, tous les ouvrages reproduisent ce chiffre, extrait 
de ta thèse de M. Surun. Le Codex rapporte encore les solubiliiès 
k la glycérine à 28", densité i.242, et j'opère avec la glyct-rine 
pure à 30", densité 1 .260 ; mais cela ne suffit pas à expliquer la 
différence énorme que je vais signaler. 

Voici, en elTet, une solution limpide d'une partie d'iode dans 
trois parties de glycérine et j'ai pu effectuer la dissolution d'un 
gramme d'iode dans 2 grammes de glycérine . Nous sommes loin 
de compte. 

On n'obtientpas ces solutions concentrées par simplemacéra lion. 
Laglycérine n'attaque pas l'iode comme l'acétone, ni même coin mi- 
l'alcool, sa viscosité est un obstacle; mais, si on lui présenie 
l'iode dissous dans l'alcool ou dans l'acétone et qu'on évaporp, à 
basse température, ces dissolvants volatils, elle retient l'iode par- 
faitement dissous dans la proportion que j'indique ci-deasus. 

J'opère aussi la diBsolutton directement en chauffant le simple 
mélange d'iode et de glycérine pure, en vase clos, entre 120 et 

Cette solution présente la couleur et l'odeur franche de l'ioiie. 

Ce n'est pas, comme la solution huileuse, un éther iodé inco- 
lore; il ne se dégage pas de vapeurs irritantes d'acide iodhydrique 
et autres comme il arrive quand on fait dissoudre l'iode dans 
l'acétone; aucune réaction ne se manifeste, et je crois, jusqu'à 
preuve du contraire, que l'iode y subsiste en nature, car il se 
sépare abondamment, en cristaux par sublimation, ou à l'état 
pulvérulent par addition d'eau. 

On peut donc obtenir, sans l'intervention de l'iodure de potas- 
sium, qui change ta nature du produit, des solutions glycérln(">es 



64 SOCIÉTÉ DE THÉRAPEUTIQUE 

dUode à tous les degrés de concentration, depuis la caustique 
jusqu'à l'anodine. 

Je n'ai aucune donnée sur le parti qu'on peut en tirer; mais 
il semble qu'elles peuvent être utiles si l'on considère que la gly- 
cérine facilite la tolérance de Tiode et que l'on a depuis long- 
temps recommandé de l'associer à la teinture quand on doit l'ap- 
pliquer sur une peau délicate et particulièrement chez, les 
enfants. 

En outre, la glycérine favorise l'absorption de l'iode. C'est 
une conclusion très nette de la thèse faite, par le D^ Ménager, 
dans le service de M. Jules Simon où l'on appliquait sur la peau 
des enfants un mélange à parties égales de glycérine et de tein- 
ture d'iode. 

La solution glycérinée doit être préférable à la teinture d'iode, 
quand on veut agir sur les parties profondes et quand on veut 
une action moins vive et plus prolongée. La glycérine s'oppose 
à l'évaporation et ne provoque pas l'irritation comme l'alcool. 

M. Gallois. — Je ne sais si, dans le cas particulier de la 
furonculose, la glycérine iodée serait préférable à l'iodacétone. 
Elle mettrait sans doute trop de temps à sécher et risquerait 
ainsi d'être enlevée au moindre frottement. 

Discussion. 

FIXATION DE LA RATION ALIMENTAIRE 

l. — Impossibilité de fixer une ration d'entretien uniforme, 

par le D"^ F. Deléaoe. 

L'étude de la ration alimentaire normale doit être faite : 1® à 
l'état de santé; 2° à l'état de convalescence ; 3° à l'état de mala- 
die. Or, le régime, même envisagé sous le rapport exclusive- 
ment de la quantité (bien qu'il me paraisse difficile d'établir un 
régime en quantité sans tenir compte de la qualité), doit, à l'état 



iv-^ J.I.- .v*4i '*.'vt;-o j.iîEi 



IMPOSSIBILITÉ DE FIXER UNE RATION UMFORME 65 

de santé, différer suivant les individus et suivant un certain 
nombre de circonstaaces, comme il doit dilTérer suivant le ma- 
lade et suivant la maladie. 

A Vétat de santé, la quantité des substances nutritives néces- 
saire à entretenir l'équilibre physiologique présente des diffé- 
rences inhÉrentes à. l'organisme du sujet, à son âge, à son sexe, 
à son état de maigreur ou d'adiposité, au travail auquel ii eat 
soumis, au climat, aux influences tbermom étriqués, etc. Chez 
un même individu, cette quantité variera suivant ces diverses 
conditions. 

De ces données et de l'expérience, il résulte que le même 
régime en quantité ne peut être institué pour tous les sujets, que 
l'on ne peut se baser exclusivement sur la taille, sur le poids 
physiologique et sur le taux d'équivalents en calories devant être 
fournis par l'alimentation, pour lixer un régime normal. Cette 
dernière appréciation doit venir en tête, mais elle ne peut servir, 
à elle seule, de base à la fixation du régime. Celui-ci ne saurait 
être le même chez le cultivateur et chez le forgeron que chez 
l'écrivain ou l'oisif, chez le vieillard que chez l'enfant ou l'adulte, 
chez la femme que chez l'homme, cli^z l'habitant des tropiques 
que chez celui des pays froids, etc. Il doit y avoir des différences 
en quantité comme en qualité dans l'alimentation. MM. Barbier 
et Linossier ont insisté sur ces faits, qui sont bien connus, et sur 
lesquels il semble qu'on ne devrait pas avoir besoin de revenir. 

Il ressort des discussions qui ont eu lieu dans les séances 
précédentes que la ration considérée comme normale est trop 
élevée; mais nous ce devons pas oublier que cette ration a été 
établie par des auteurs observant dans un autre pays que le 
nôtre, et que, si cette ration, équivalente à 38 calories et 1 gr, 50 
d'albumine par kilogramme, est trop forte pour les sujets oisifs, 
sédentaires, ouexerçant des professions qui n'exigent pasun travail 
corporel un peu considérable, cette ration n'est peut-être pas 
exagérée pour des travailleurs de la terre, de l'usine, etc. Cet 
excès se rapporte surtout au.\ classes aisées, aux sujets à vie plus 




SOCIÉTÉ DE THÉRAPBL'TIOUB 

OU moins sédentaire ; il eet, assurémeat, le plus souvent, l'origine 
Aee maladies de la uuLritioD. 

Il ef;t certain que l'on préviendrait la plupart de ces maladies, 
gi l'on soumettait l'enfant, surtoutl'eDfant héréditairement prédis- 
posa, à un régime peu azoté, de même qu'on les atténuerait chez 
l'adulte. Mais il n'est pas besoin de calculs de calories dans la 
pratique; il n'est pas besoin d'appliquer à l'organisme humain 
les principes que règlent la consommation et le travail de la ma- 
cbino industrielle (ce qui est une utopie), pour combattre les 
abus d'une alimentation trop riche. Il suffirait que tout le monde 
eut la conviction que la condition sine qua non de la bonne santé 
est la sobriété, que chacun mit en pratique le vieil adage : s Nous 
u devons manger pour vivre et non vivre pour manger. > D'ail- 
leurs, dés l'école primaire, ne nous a-t-on pas appris que l'on doit 
sortir de table avec la faim î 

Je viens de prononcer le mot utopie, et je vais le justifier. 
L'abï'orption azotée etrélimination azotée sont corollaires, a-t-on 
dit. Cela est vrai le plus souvent, mais non toujours; l'élimina- 
tion de l'urée varie suivant l'intégrité ou les modifications fonc- 
lionuelleB de différents organes, en tète desquels vient le foie. 
Sans m'étendre sur l'hyper ou l'hypoazoturie d'origine hépa- 
tiqut^, ce qui m'entraînerait en dehors de la question, en n'envi- 
sageant que le sujet en bonne santé, mon avis est que (la ration 
devant varier suivant un certain nombre de circonstances chez 
le même individu), pour étabhr d'une façon précise le régime 
normal en quantité, il serait nécessaire de le baser sur les ana- 
lyses des sécrétions et des excrétions, expressions des échanges 
nutritifs. Les conditions de notre genre de vie, de la dépense 
physiologique, etc., variant presque chaque jour, en tout cas très 
fréquemment, il serait nécessaire de faire des analyses minu- 
tieuses, presque journalières des excrétions, afin d'établir notre 
bilan nutritif et de modifier le régime en quantité, comme en 
qualité, suivant ces données : or, des recherches minutieuses et 
aussi répétées entreront aussi difficilement dans nos mœurs, que 
l'habiLude d'avoir à table une balance chargée de peser chacun 



IMPOSSIBILITÉ DE nXEfl UNE RATION UNlFORHï: 67 

de nos aliments, et des tableaux destiaés à nous faciliter les 
calculs des équivalences en calories pour chaque aliment i^l pour 
les préparations auxquelles il aura été soumis. 

A l'état de maladie chronique, et en envisageant ce qui se passe 
dans certaines affections gastriques, ce serait, à mon avis comme 
à celui de M. Mathieu, une grande faute de croire que le besoin 
de manger est un facteur négligeable et dont on ne doit tenir 
aucun compte pour l'institution du régime. M, Mathieu a déve- 
loppé devant nous, dans la dernière séance, les idées que j'avais 
l'intention d'exposer. 

Dans certains cas, la sensation de faim fournit des iadicatious 
qu'il importe de ne pas méconnaitre. Si l'on donne à un hyper- 
chlorhydrique peu avancé, latent pour ainsi dire, une alimenta- 
tion azotée ou albuminoide insuifisante pour calmer la faim et 
pour saturer l'hyperacidité stomacale, ou si l'on espace trop les 
repas, on verra les douleurs et les symptômes de l'iiyperclilor- 
hydrie se produire avec une intensité plus grande, et l'amaigris- 
sement s'accentuer parfois rapidement. Ce qui importe dans ces 
cas, que je prends comme type, ce n'est pas de trop diminuer la 
ration alimentaire, c'est de réglementer les repas, c'est de fixer 
les règles de la diététique en éliminant les aliments nuisibles. 

On pourra objecter qu'il est facile de maintenir la ration 
physiologique eo soumettant le malade au régime lacté. Mais cela 
est loin d'être toujours possible; nombreux sont les dyspe[iliques, 
même hypercblorhydriques, dont le suc gastrique est pauvre eu 
tab'fermentet qui tolèrent très mal te lait, tandis que ces malades 
sont améliorés par la viande râpée, la poudre de viande, let^ œufs 
crus, les farineux en purée, etc. Le régime lacté nous moutre, di' 
plus, que ce serait une faute que de vouloir, d'après le nombre de 
calories fournies par un aliment, établir un régime en quantité 
permanent. Ainsi, la ration d'un homme de 65 kilog. devrait, 
d'après Munk et Ewald, équivaloir à 2.470 calories ; ce taux peut 
être fourni par 3 litres 677 de lait, contenant 122 gr, 44 U nll.iu- 
mine, chiffre supérieur à celui indiqué comme normal par Munk 
et Ewald. Or, je doute qu'un homme, surtout un homme se 



liH SOCitTË DE TEËHAPBDTiguB 

livraai a un travail ud peu Tatigaat, puisse longtemps s'en 
i.'jiir à cptte ration sans que ses forces diminuent. 

'Jiiant aux iliahétiques, il est certain que le régime cxclusive- 
iii"nt carné les expose à ites dangers sérieui. Mais devons-nous 

■■Il conclure à la nécessité de réduire leur ration alimentaire? 
L'expérience m'a montré qu'il n'en est pas toujours ainsi. Chez 
i.'i'i'lainB diabétiques pléthoriques, ohèses, on voit t^n effet une 
.irru^iioration à tous les points de vue survenir après la diminution 
ili' lu ration alimentaire; mais d'autres, en maigrissant, voient 
lourH tissus devenir flasques, leurs forces diminuer. Ce qui 
ririporto chez les diabétique? gras, azoturiques, ce n'est pas de ■ 
li's rationner au point de vue de la quantité d'aliments, de les 
(';urc jeûner, c'est de diminuer les aliments azotés, mais de com- 
liL'iifierpar une alimentation convenable la déperdition de calories 
l'ifuivalant à la déperdition en glucose. 

Une question effleurée par M, Bardet est celle relative à l'emploi 
ihi sucre comme aliment. Bien que cette substance soit le plus 
parfait calorigène, je crois qu'elle ne doit entrer dans notre ah- 
meutation, à une dose élevée, qu'à titre exceptionnel, comme 
stimulant, lorsque nous avons à fournir une dose élevée de 
h'iivail physique. Nous ne saurions remplacer habituellement 
uni; partie de nos aliments par le sucre sans que certains de 
[io:i organes, tels que l'estomac et le foie, n'en soient défavora- 
bli'ment influencés. Que le sucre soit, si l'on veut, l'avoine de 
I homme; là doit se borner son rûle. Je conclus : 

l'our l'institution de la ration alimentaire eu quantité, on ne 
jn'iit se baser sur des données immuables. Comme pour les 
iiii'dicaments actifs, il est nécessaire de tàter, pour ainsi dire, la 
susceptibilité individuelle; c'est seulement lorsqu'on est arrivé, 
]iar les examens des excrétions, par le maintien du poids corporel 
à son chiffre normal, à trouver l'équilibre entre l'acquit et la 
ili'pease, à établir le bilan des échanges nutritifs, que l'on peut 
llxer d'une manière approximative chez un individu la ration 
alimentaire moyenne. Et encore cette ration doit-elle être 
modifiée suivant un certain nombre de conditions. 



► 



MODE D A&HII^STRATIO^ DE L BUILB DE CHAULMii(iii)IA IÎ9 

II, — Surwn nouveau mode d'administratioJi de l'huile 
de chaulmoogra, 

par M. H. Danlos. 

Bien que je croie nouveau le procédé dont je vais 3ire quel- 
ques mots, je n'oserais aFfirmer que personne avant moi n'eu ail 
eu riiit'c. 

Il faut être ignorant..... 

Pour se vanter de dire une seule p-xrole que porsoimi!. 

Ici-bas, n'ait pu dire avant vous.) 

J'ajouterai simplement qu'en feuilletant les tables ilu Jahrcs- 
rvkl de Virchow et Hirsch, je ne l'ai pas vu mention in', 
■ Voici maintenant le fait. J'ai actuellement â Siiini.-Lùnîs 
(pavillon Emery) une malade atteinte de lèpre anet^iliési(|ue el. 
en même temps d'intolérance gastrique pour l'huilr de cliaul- 
moogra, La dose très insufQsante de 2 grammes est sii|ipurtée un 
ou deux jours, puis surviennent des vomissemenis i'[ île l'em- 
barras gastrique qui obligent à suspendre. Oommi' I'IiuiIk dr' 
chaulmoogra pst à peu près ie seul médicament ijui, iliius la 
lèpre, donnp quelques résultats, j'ai dû chercher un ;iuire niodu 
d'administration, capable d'assurer à la fois la loIéraïKT et l'i'm- 
ploi de ^oses véritablement actives. En souvenir dnn aciiidt'nl 
qui m'est arrivé il y a dix ans à la maison Dubois, je ne voulais 
pas recourir à la voie hypodermique. Le cas auquel je laii? alln- 
. sion est celui dun Hollandais atteint de lèpre tub^rruleuse m 
chez lequel l'intolérance de 1 estomac m avait détermiin' à rpcou- 
rir au\ injections Je les fai-ais faut, avec de l'huile de chaul- 
moogra --teiijisee et mt langée dan» la proportion d'un tim^uiômi' 
avec de 1 liuile sienliaee de GatiUon L injection était faite tons 
les deu\ joui-., et la masse injectée chaque fois était d'environ 
30 grammi- Les huit premières injections se firoiii sans acci- 



70 SOCIÉTÉ DE THÉRAPEUTIQUE 

dent et sans que la douleur parût sensiblement plus vive que 
pour les injections créosotéesde même volume. A la neuvième, le 
malade fut pris d'accidents emboliques ; pâleur de la face, sueurs 
froides; cyanose et refroidissement des extrémités, pouls petit; 
toux sèche incessante, anxiété, etc. Grâce à quelques cordiaux, 
l*état s'améliora, le soir il y eut une forte poussée de termpéra- 
ture. Le lendemain Forage était passé, mais ni le malade ni moi 
ne fûmes tentés de renouveler l'expérience. En raison de ce pré- 
cédent, j'éliminai tout projet d'injections et je songeai à la voie 
rectale qui, pour l'administration de la créosote, donne de très 
bons résultats dans les cas d'intolérance gastrique. 

Ces lavements, dont douze seulement ont été administrés, parais- 
sent très bien supportés. On les prépare simplement en mélan- 
geant à chaud dans une capsule 75 ce. de lait et 12 ce. d'huile 
de chaulmoogra. En battant le mélange avec une fourchette, 
l'émulsion se fait très bien. Elle serait naturellement plus par- 
faite en agitant en vase clos l'huile et le lait chauffés au bain* 
marie, mais le premier procédé semble suffisant. On administre 
le lavement après une évacuation alvine et par précaution la 
malade reste allongée deux ou trois heures. A la suite, aucune 
sensation douloureuse, le lavement est conservé et les garde- 
robes examinées le lendemain semblent indiquer que l'absorption 
a été complète, car leur aspect est normal sans apparence de lait 
ou de graisse. La tolérance ainsi obtenue continuera-t-elle et 
l'effet thérapeutique sera-t-il le même que par l'injection gastrique? 
Il est provisoirement impossible de donner une réponse défini- 
tive. Je crains de ne pouvoir suivre cette ^ malade qui supporte 
péniblement le séjour à Saint-Louis; aussi ai-je cru devoir, plus 
tôt que je n'aurais voulu, porter le fait à la connaissance de la 
Société, pour que, le cas échéant, d'autres que moi puissent renou- 
veler cette tentative et juger quelle peut être sa valeur théra- 
peutique. 

La séance est levée à 5 heures et demie. 

Le Secrétaire de service, 

JOANIN. 



BIBLIOGRAPBIE 



BIBLIOGRAPHIE 



Métriles et faastea mélriles, avec 30 figures dans le teïls, par M. Dulebib, 
accoucheur de l'hûpital Boucicaut, I vol. in-8 de 588 pages. A. Maloina, 
édileur. Paris, 1902. 

Cet ouvrage est composé d'une suite de Mémoires dan» I^si|iiels la 
recherche scientifique, la discussion, la controverse même, Bnimacl sin- 
gulièrement l'exposé et en rendent la lecture attrayante. L'ii cactain 
nombre de ces Mémoires aériès sont bien connus, et la réimpreSHÏaa en H 
été réclamée. D'autres sont récents et complètent utilement les premiers ; 
ce sont notamment la conséquence des traitements gynécologiques sur la 
grossesse et l'accouchement, les recherches sur les scléroses utérines. 

Congrès français de médecine. Sixième session. Toulouse, 1902, t. I. 
Rapports : les médicaments d'épargne; l'insulfisance hépatique, l'h^ipo- 
azoturie.l vol. iu-S deS4t pages. Éditeurs : Edouard Privât, â Toulouse, 
et Masson et C", à Paris, 1902. 



Guide ihérapeulique des infirmeries régimentairet. par H. H. Pktit, 
médecin-major de 1" classe. 1 vol. in-i6, Masson et C'=, i^ditaurs, 
Paris, 1902. 

Petit livre sans prétention qui sera surtout utile aux médecins appelés 
il accomplir une période dans les corps de troupe. On y trouve luutes les 
formules et tous les moyens de traitement que l'on peut applii|uer avec 
les ressources, un peu limitées en médicaments et en matériel, des infir- 



La Démence précoce, par MM. G. Deny et P. Rot. 1 vol, in-lB di 
96 pages, avec figures. Baillière et fils, éditeurs. Paris, 1902. 
Parmi les psychoses que l'on observe communément, sinon exclusi- 

apèciauï, do sa fréquence al de sa gravité, mérite de retenir puru.'iilié 
rement l'attention : c'est la démence précoce. Quoique signalée dcpiii-; | .lu 
sieurs années, cette affection n'est pas encore admise comme en tiU' rliiiii|ii(; 
les uns la considérant comme une manifestation tardive de la ili'L.'^i.iii.-rc- 
•ceace mentale, les autres comme une simple complication dc^ diverse: 
Tésanies qui peuvent s'observer au moment de l'adolesceoca loramo i 
.toutes les autres périodes de la vie. 

MM. G. Deny et P. Roy croient avec quelques auteurs français et étran 
gers que, malgré le polymorphisme do ses symptfimes, la démeme firecoci 



72 BIBLIOGRAPHIE 

constitue une affection autonome, à évolution spéciale, qui doit être défi- 
nitivement détachée du bloc des psychoses dites de dégénérescence et qui 
mérite d'occuper une place au moins aussi importante que la* paralysie 
générale dans le cadre des maladies mentales. 

Quoi qu'il en soit, en dehors du point de vue doctrinal et des contro- 
verses suscitées par Tapparition de cette nouvelle forme morbide, il y 
avait intérêt à vulgariser dès aujourd'hui cette notion de démence pré- 
coce, ce que MM. Deny et Roy ont fait aussi simplement et clairement 
que possible. 

Manuel du diagnostic médical et d'exploration clinique^ par MM". O. Sei- 
FERT et E. MuLLER, traduit sur la dixième édition allemande par 
L. Marchand. 1 vol. in-8 de 316 pages, avec 87 figures et 1 planche. 
Éditeurs A. Uystpuyst, à Louvain, et O. Doin, à Paris, 1901. 

Cet ouvrage est remarquable tout à la fois par la méthode et la préci- 
sion et par le caractère rigoureusement scientifique et pratique de son 
exposé. Il est le résumé le plus complet de propédeutique basé sur les 
découvertes tout à fait récentes de la science. 

Évitant les digressions ou les longues considérations théoriques souvent 
trop spéciales, les auteurs ont pu condenser dans un petit volume, non 
seulement les éléments de diagnostic, mais encore un grand nombre de 
notions indispensables d'anatomie et de physiologie. Us l'ont rendu ainsi 
d'un secours précieux pour le médecin tant dans ses recherches que dans 
les examens cliniques. 

La vogue justement méritée, dont jouit cet ouvrage en Allemagne, lui a 
permis d'atteindre un grand nombre d'éditions en très peu de temps. 
C'est la plus sûre garantie de sa valeur. 

Guide el formulaire de thérapeutique ^ par M. V. Herzen, 2° édition, 

I vol. in-18 de 706 pages. J.-B. Bailliére et fils, éditeurs, Paris, 1902. 

A l'instar de sa devancière, cette édition présente comme qualités la 
concision, la clarté, l'utilité pratique. Mais en plus elle tient compte de la 
rénovation qui s'accomplit de nos jours dans les méthodes thérapeutiques 
et même suit le mouvement qui entraine actuellement la médecine vers la 
chirurgie dans le traitement de nombreuses affections considérées jus- 
qu'en ces dernières années comme de son ressort exclusif. Enfin, la plus 
large place a été faite aux médicaments nouveaux récemment introduits 
en thérapeutique. 

II a paru bien des formulaires depuis quelques années. Il n'en existe 
pas d'aussi pratiques que celui de M. Herzen, où il soit tenu compte dans 
une aussi large mesure des indications si variées qui peuvent se présenter 
dans le cours d'une même maladie. 

Les Dilatations de Vestomac^ par M. Maurice Solpault. 1 vol. in-18 
de 96 pages. J.-B. Bailliére et fils, éditeurs, Paris, 1902. 

Contrairement à l'opinion longtemps accréditée qui voulait faire de la 
dilatation de l'estomac une sorte d'entité morbide, ou tout au moins un 
syndrome capital dominateur, raison principale ou cause première de 



I 



CORRESPONDANCE 73 

toas lei phénomèoe» looftux ou généraux qui lui sont aMOciés, il semble 
quQ cette affection, considérée en elle-même, ait un ri^le assez effacé. 

Elle apparaît; en dernière analyse, comnie un état secondaire dent la' 
stgnifîcatîoD pathologique est étroitement subordonnée aux causes bien 
variables auxquelles elle ressortit. On peut dire, en d'autres terme», que 
le diagnostic de dilatation d'estomac est dépourvu de sens, si on n'y 
adjoint pas un sous-titre explicatif qui en précise bien nettement la signi- 
fî43atioi), 

C'est en partant de ces données que M» SoupauU expose l'histoire non 
pas de la dilatation t niais des dilatations de l'estomac dont il existe des 
types nombreux individualisés par leurs causes, leur évolution clinique et 
leur méthode de traiten^ent. 



I I l^ n ^ipi^^^ 



CORRESPOIDAICE 



A la suite de la publication dans la Presse médicale du discours 
prononcé au Congrès du Caire par M. le professeur Bouchard, la 
lettre suivante a élé adressée à ce journal par M. Albert Robin ; 

« Je vians de lire dans la Pre$se médicale du 31 décembre le dis« 
cours prononcé par M. Bouchard au Congrès du Caire, discours 
en lequel il salue Taurore d'une thérapeutique nouvelle dont il 
serait l'inventeur et qui se résume en la phrase suivante : 

« J'ai eu U pensée que, dans les maladies locales comme aussi 
daa9 les maladies générales qui se localisent, si une médication 
générale exerce une action spécifique curative, on pourrait 
limiter l'administration du remède exclusivement au tissu qui 
est atteint; qu'oa pourrait tenter le traitement en injectant dans 
le lieu affecté le médicament qui se montre efficace quand on le 
répand dans toute Téconoroie. 

a II m*est fort agréable de voir un savant de la valeur de M. Bou- 
chard faire siennes des idées qui font la base de mon enseigne- 
ment depuis de longues années, que j^ai exposées, en {895, dans 
mee Leçons de thérapeutique à l'hôpital de la Pitié, et reprises dans 
mon Traiti de§ maladies de F estomac (i900)f Mais ij m'eiit permis 
de m'étoniïer que M, Bouchard ait négligé, sinon de m'en attri» 
buer la priorité, du moiixs de citer les travaux faits avant les 
siens et qui ont inauguré cette tendance nouvelle de la théra» 
peutique^ 



74 CORRESPONDANCE 

« Je vous demande la permission de reproduire ici le passage 
de mon Ih'aité des maladies de V estomac où j'expose cette thérapeu- 
tique fonctionnelle locale à propos du traitement des dyspepsies 
(p. 269) : 

a On peut atteindre le but de deux façons, soit par des moyens 
qui agissent par l'intermédiaire des centres nerveux et circula- 
toires, soit par des médicaments dont Taction, purement locale, 
s'exerce uniquement sur la circulation et Tinnervation de la 
muqueuse gastrique. Quels que soient les médicaments employés, 
à la première' façon répondent les hautes doses ne produisant 
d^effet qu*après absorption, pénétration dans la circulation géné- 
rale et influence exercée sur les centres. A la seconde façon cor- 
respondent les doses faibles, qui ne déterminent que des phé- 
nomènes locaux, pour ainsi dire, par simple contact avec la 
muqueuse stomacale. En d'autres termes, on peut procéder par 
médication générale ou par médication locale, par médication 
centrale ou par médication périphérique. 

a Cette thérapeutique, nouvelle en soi, suscitera nécessaire- 
ment de nombreuses objections, sinon des dénégations. Ceux qui 
mettent toute la maladie dans la lésion matérielle et sont habi- 
tués à combattre celle-ci avec des doses médicamenteuses mas- 
sives tiendront les doses minimes pour illusoires. Ce n'est point 
ici le moment de rechercher les objections et d'y répondre. Je me 
contenterai de dire que notre unique but est de modifier un 
trouble fonctionnel et qu'un trouble de la fonction, étant d'ordre 
purement dynamique, est modifiable par des actions souvent 
presque insaisissables, témoin les modifications des échanges 
sous l'influence de doses médicamenteuses infimes ; qu'on peut 
inhiber un centre nerveux par des actions d'apparence insigni- 
fiante exercées sur l'extrémité des nerfs périphériques ; qu'on fait 
contracter une veine en injectant à côté d'elle quelques gouttes 
d'une solution dUergotinej et qu'enfin il suffit quelquefois d'une à 
deux gouttes de laudanum pour arrêter des vomissements et de 
gr. 20 de bicarbonate de soude pour exciter la sécrétion de l'acide 
chlorhydrique dans l'estomac. Voilà des exemples pris au hasard 
qui démontrent le bien fondé de cette thérapeutique fonctionnelle 
locale. Elle n'est encore qu'à ses débuts; mais, si Ton en juge 
déjà par ses résultats, elle est destinée à un grand avenir. » 

« Veuillez, je vous prie, insérer cette lettre dans votre prochain 
numéro et agréer Texpression de mes sentiments les plus dis- 
tingués. « Albert Robin^ » 



MALADIES DE LA PEAU 

REVUE DES IRAVAUX FIAIÇAIS ET ÉTRAII6ERS 



Ualadies de la peaa. 

Traitement de Yoctéma. — Dans le traitement de l'eczéma, ou 
peut distinguer trois indications (Kromayeh, Mùnchener med. 
IPûcA., n»6, 1901): 

l* Uise au repos de la peau en la protégeant contre les atteintes 
tant d'origine esterne (ju'ini^rne, au moyen de poudres, pom- 
mades, etc. 

2° Suppression des alléralions chroniques des tissus. — Il faut, 
pour les combattre, avoir recours aux substances réductrices, 
soufre, savon vert, pyrogallin, chrysorabine, etc. 

3" Cautérisation despoints oùsiége l'inflammation aiguë (vésiculfs, 
suintement). — Hébra recommandait dans l'eczéma réniteni lu 
solution potassique. C'est dans le même sens qu'agit le savon veri. 

Néanmoins la cautérisation est peu répandue et cela pour deu.\ 
raisons : 

1° Il n'est pas facile de dire exactement le moment précis où 
il faut l'employer et l'énergie nécessaire. Ceci varie avec chaque 



2» Appliquée mal à propos, la cautérisation peut aggraver 
l'eczéma. 

Le médecin praticien a besoin d'un caustique qui ne puisse être 
nuisible, alors même que l'indication n'est pas rigoureuse. Le 
lenigallol remplit Ces indications. 

Le lenigallol est le triacétate de l'acide pyrogallique. C'est une 
poudre blanche, cristallisée, et contrairement à l'acide pyrogal- 
lique insoluble dans l'eau. Au contact de la peau enflammée, il 
se décompose en acide pyrogallique et agit par lui. 

bepuis 3 ans, M. Kromayer a employé le lenigallol dans plus 
de 600 cas. Aucun médicament ne lui a donné d'aussi bons 
résultats, 



^(i REVUE DES TRAVAUX PRANÇAtB ET ËTRAKGKRS 

Les avaotagei du lenigallol «ont : 

i" Son insolubilitf^ et la faculté de rester au contact de la peau 
normale sans se décomposer. Par Buit« il n'irrite pas U peau. 
Od peut toucher la peau avec une pâte de lenigallol à 50 p. 100 
sans provoquer aucune irritation de la peau. C'est là un gros 
avantage, car tous les médicaments réducteurs ordiiiai renient 
employés irritent la peau saine et peuvent l'enflaminer ; 

2° En présence d'une peau avec lésions inflannnatoires chronji 
ques, le lenigallol se décompose lentement, si bien qu'il agit 
par le pyrogallol sans avoir l'action irritante de ce médicament; 

3» Partout où la couche épithéliale est perdue, au niveau des 
vésicules, des pustules, du ramolli s sèment ëpidermiqne des 
croûtes, le pyrogallol se dégage énergiquement du lenigallol et 
sur tous ces points se produit une cautérisation limitée et 
efficace. 

Enfin le lenigallol est absolument sans aucun danger. 

Pour toutes ces raisons, M. Kromayer a donné la préférence à 
ce médicament. Il l'emploie avec les formules suivantes : 

1° Lenigallol 20 gr. 

Pâte de zinc 80 > 

M, P. Pour faire une pâte homogène. 

La pâte de zinc peut élre formulée : 

Oxyde de Kinc ) ,, . 

Amidon \« » Pa"t"- 

Vaseline jaune ,.., , 2 parties. 

3" Lenigallol, , , , . , , , . . . , 10 gr, 

Huile de cade 5 • 

Pâte de zinc BB » 

3" Lenigallol iO gr. 

Onguent Wilkinson 90 » 

L'onguent de Wilkinson a pour formule : 

Huile de cade ,...,. 10 gr. 

Soufre précipité 20 » 

Bavon vert 5 ■ 

pâte de zinc. , , , , , 65 * . 



HALADlKa VÉNÉtUKNHBB "7 

Malmilles Ténérieimes. 

Qnalqiiei qoMtiinui fondanwntalis ooncanunt la traitameni 
da la ajpliUls. — Le traitement commencé dès l'apporitiou du 
chancre est, pour M. Heues (Corr, Bl. f. Sehw. Aerlu, 1901, u. e, 
et Bev. de thér., M. C), quoique jusiidé théoriquement, irrn- 
tionnel, inutile, nuisible même. 

Jamais ou n'est parvenu, parce traitement, à empêcher l'appa- 
riiion des accidents secondaires ou tertiaires. Dans un cas observi: 
. par Heuss lui-même, un traitement aussi radical que possible, 
c'eBt4-dire rexcisiou d'une petite plaie du frein, cbe^ un sujet 
ayant eu, dix heure» avant, des rapports avec une femme présen- 
tant des plaques muqueuses, n'empêche pas l'apparition, di.v 
semaines après l'inlervention, d'une roséole caractéristique et 
des accidenta classiques ultérieurs. 

L'auteur n'est pas partisan du traitement continu avec couriciî 
périodes de repos : cette pratique n'est pas indifférente pour 
l'organisme et ne met à l'abri ni de récidives ni d'accidents ter- 
tiaires. En tout cas, la première règle doit rester celle-ci : il faut 
soigner Le sypliih tique et nûn la syphilis, se garder de toute médi- 
cation systématique et uniforme pour tous les cas, et ne pas se 
croire obligé de traiter généralement tous les accidents qui peu- 
vent apparaître au cours de la maladie. 

Traitement de la bleuuorrliagie par les irrisatiosa chaudes 
d'ean aaléa. — Un chirurgien américain, M. Woodruff, quelque 
peu sceptique à l'égard des méthodes microbicides, dit le Lyon 
midieal, s'est demandé si les bous effets des injections n'êtaieul 
pas dus simplement à l'action mécanique du courant de liquide, 
qui débarrasse la muqueuse de l'urètre des gonocoques et dsi- 
toxines. Une série d'essais institués comparativement avec de 
l'eau pure et avec des solutions de sublimé et de permanganate 
de potasse est venue pleinement confirmer cette manière de voir; 
chez les patients traités au moyen d'injections d'eau simple, In 
guérison s'est émljlie aussi rapidement que chez les snjets soumis 



78 hevub: des travaux français ët étrangers 

à des irrigations de sublimé, et méïa& plus tôt que dans les cas où 
Ton avait eu recours au permanganate de potasse. Toutefois, 
coitome Teau simple irrite les muqueuses et que, distillée, elle 
otfre rinconvénient de gonfler les cellules endo et épithéliales et 
de contribuer de la sorte à la destruction de ces éléments, notre 
confrère se sert, de préférence, d*une solution physiologique 
chaude de chlorure de sodium qui présenterait, entre autres avan- 
tages, celui d'exercer sur la muqueuse urétrale une action cal- 
mante. 

Chirurgie générale. 

Sur la ponction lombaire simple à intention thérapeutique. — 

Sur 60 ponctions à intention thérapeutique, M. Chipault {La 
Médecine moderne, 25 déc. 1901) a eu 9 ponctions qui n'ont point 
donné de liquide et qui, dès lors, ne peuvent entrer en ligne de 
compte, et sur les 51 cas restants : 10 résultats curatifs, plus ou 
moins attribuables à la ponction; 14 résultats palliatifs, avec 
atténuation de certains symptômes, sans influence sur la marche 
générale de TafTection ; 26 résultats nuls. 

Ce sont là, à n'en pas douter, des chifTres peu encourageants, 
et qui, du reste, comme la plupart des statistiques antérieures de 
même ordre, démontrent très nettement que la ponction sous- 
arachnoldienne évacuatrice n'a véritablement pas une action 
thérapeutique sur laquelle on puisse compter. Fréquents sont les 
cas où ses effets sont nuls, peu nombreux les cas où, sans 
bénéfice réel, elle modifie passagèrement quelques symptômes, 
tout à fait rares ceux où l'on peut mettre sur son compte l'évo- 
lution favorable de la maladie. Si bien qu'en dehors de quelques 
afiTections peu communes, telles que les méningites aiguës, le 
coma urémique et qiielques syndromes rares et inclassables, la 
ponction sous-arachnoïdienne semble décidément devoir être 
considérée comme n'ayant q\i'une valeur thérapeutique absolu- 
ment précaire et laissée de côté lorsqu'elle n'est pas indiquée, ce 
qui est souvent le cas, comme moyen de se procurer du liquide 
céphalo-rachidien et d'assurer, par son examen, un diagnostic 
incertain. 



NÉCROLOGIE 79 

ItClOLOGIE 

Le V Salllet. 

' Il est mort, il y a deux mois, à l'âge de quarante -quatre ans, 
UD médecin dont les remarquables travaux en chimie biologique, 
publiés ca partie dans ce journal (1) mérilent qu'un hommage soit 
rendu à sa mémoire : le D' Saillel, de Nangy (Haute-Savoie). La 
gravité du mal qui Tenieva si prématurément fut le résultat de 
son sutmenage professionnel et aussi d'une infection septique 
contractée en opérant un abcès. 

Saillet fut à la fois un praticien éminent et un chimiste remar- 
quable. Le praticien, qui était un modèle de probité et de dévoue- 
ment et s'était fait une réputation pour son savoir clinique, a 
laissé dans son pays d'unanimes regrets. Le chimiste patient et 
consciencieux réalisa ce prodige de mener de front avec la clien- 
tèle de campagne les plus minutieuses recherches de laboratoire. 
Ses travaux sur ['élimination de la créosote par les urines, te dosage 
desphimti d'une part, sur les pigments urinaires d'autre part, lui 
font un nom en chimie biologique. 

En ce qui concerne les premiers, il faut reconnaitre que Saillet 
eut le mérite de découvrir le procédé du dosage des phénols uri- 
naires normaux ou anormaux, devenu classique depuis lors — de 
déterminer la quantité moyenne des phénols conjugués normaux 
éliminés en vingt'quatre heures par l'adulte (0 gr. 04S] — de mon- 
trer que le rein était la voie principale d'élimination de la créosote 
prise par la bouche, question qui avait jusqu'alors fait l'objet de 
discussions contradictoires de la Société de thérapeutique de 
Paris (mars 1SÎI2), et aussi que la créosote et le galacol étaient 

(1) Numéro du 30 avril 1892 : RechcTchea au sujet de l'élimination de 
la créosote par les urines. 

Numéro du 15 août 1S93 ; Nouvelles recherches au sujet de l'élimina- 
lion de la crioiote par les urines el nouveau mode de traitement créa- 



80 NÉCROLOGIE 

absorbés par la peau, ce que lid fit préconiser les frictions d'alcool 
créosote avant qu'il ne fût question des badigeonnages de Sciolla, 
dont l'origine étrangère devait attirer l'attention outre mesure. 

La série des travaux sur les pigments urinaires présente encore 
plus d'intérêt en raison de la difficulté du sujet. Il les publia de 
1894 à 1898 : 

Découverte dans Turine normale d'un pigment analogue à 
lliématoporphyrine , in Bulletin général de thérapeutique ^ 15 mai 
1894; 

De Turospectrine ou urohématoporphyrine normale et de sa 
transformation en hémochromopine sans fer, in Revue de méde- 
cine, juillet 1896; 

De l'urobiline dans les urines normales, in Revue de médecine, 
février 1897; 

Sur uiï nouveau pigment urinaire, l'uroséine, in Revue médicale 
de la Suisse Romande, octobre 1897. 

Travaillant sans relâche à cette étude des pigments urinaires, 
dont la difficulté stimulait sa patiente ardeur, Saillet avait achevé 
une nouvelle série de recherches et allait les publier quand la 
mort le frappg^. 

Mentionnons encore sa thèse sur les laits fermentes (kounivs) 
faite dans la clinique du professeur Dujardin-Beaumetz sous la 
direction de M. Bardet, l'éminent chef du laboratoire, et ses inté- 
ressantes inventions d'un sthétoscope et d'un forceps réalisant, 
sans tracteur spécial, les avantages de celui de Tarnier, car il 
était aussi un ingénieux mécanicien. 

L'œuvre de Saillet, comme on le voit, a été considérable! 
Qu'eùt-elle été si cet homme, exceptionnellement doué pour la 
chimie, avait eu à sa disposition les moyens des laboratoires des 
Facultés où seul le décevant concours donne accès f Maïs le 
modeste savant a quand même travaillé et produit; et il laisse 
un nom en chimie biologique. 



MMaaaaaaMirfaMm 



Le Gérant : 0. DOIN 



IMP. F. LEVÉ, 17, RUE CASSETTE. — PARIS-Ô» 



BULLETIN 8t> 



BULLETil 



Tapisseries et aération. — La latte contre les moustiques. 
—Hérédité alcoolique, — Le commerce des matières fécales 
dans le Petchili. — La pléthore médicale en Allemagne. — 
Le savon mercuriel. — « La Vulgarisation scientifique. » 

Les tapisseries rendraient sensiblement difficile Taé ration des 
appartements. Dans une chambre sans tapisseries, portes et 
fenêtres fermées, il se renouvelle chaque heure 1/25 du volume 
d'air par degré centigrade de différence entre la température de 
la pièce et la température extérieure. Dans une chambre tapissée, 
ce coefficient ne dépasse pas i/80 par heure. Les tapisseries 
laquées diminuent encore davantage ce coefficient. 

o 

Le gouvernement de TEtat New York a consacré une somme 
de 50.000 francs à l'organisation de la destruction systématique 
des moustiques. 

Le Conseil législatif de l'Etat New Jersey a voté lui aussi une 
somme de 50.000 francs pour débarrasser la ville Elisabeth des 
moustiques. On a procédé sans retard à la destruction des larves. 
Parmi les moyens qui permettent la destruction rapide -des 
larves, les poissons rouges jouent un rôle important. Underwood 
a calculé qu'un seul poisson pouvait dévorer, jusqu'à 20 laryqs 
d'anophèles en une minute. Les poissons .préfèrent les larves des 
moustiques aux mets artificiels qu'on leur offre en même. temps* 

BULL. DB THBBAPBUTIQUE. — TOMB CXLV. — 3^ LIVB. 3 



Les poissoQs rouges sont donc appelés k rendre de grands i 
vicet dans la prophylazis du paludisme. 



On a pu produire à New-York au sein d'une société savaule, 
lii-on dans les AttnaUs de la Soniété médico-chirurgicale du Bra- 
bant. juillet 1902, l'état social, de la descendance d'une certaine 
Mme A., tenancière de maison de prostitution, et qui luontrait un 
amour parU cul iè rement immodéré pour le petit verre et surtout 
pour le grand. Elle mourut en 1827, à l'âge de cinquante et ans. 

Sa descendance — très édifiante — comme on peut le voir. 
s'élève au chiffre coquet de 800. Sur ce nombre, 700 sont des cri- 
minels ayant été emprisonnés au moins une fois ; 342 sont des 
alcooliques invétérés; 127 sont des femmes de moeurs plutôt 
relâchées; 37 furent meurtrières et le bourreau a mis fin à leur 
belle existence. Enfin, on a calculé que cette famille avait coûté 
pour ses délits à l'Etat, qui a eu l'honneur de la compter parmi 
ses citoyens, la modeste somme de 3.750.000 francs. Une baga- 
telle, comme l'on voit! 



Le médecin principal de l'" classe Duchéne, dans son rapport 
sur le service de santé de la brif,'ade de l'armée de terre en Chine, 
paru dans les Archives de médecine militaire, signale qu'à Pao- 
ting-fou, préfecture comptant 200.000 habitants, les temples et 
les palais sont englobés, noyés, au milieu de masures sordides, 
dont les abords et les cours intérieures sont encombrés d'immon- 
dices de toute nature et principalement de matières fécales, dont 
il se fait un grand commerce dans le Peichili. « Tous les mili- 
taires qui ont fait colonne dans l'intérieur du Petchili doivent se 
rappeler comme nous, dit-il, ces misérables paysans chinois qui, 
munisd'unpanierd'osier,suspendu à répaule.s^iivaieni les troupes 



pendant plusieurs kilomètres pour recueillir pieusement tout ce 
que laissait le troupier sur les chemins après avoir satisfait ses 
besoins naturels. » 



D'après le Aertilicke Central- Ameiger, l'avenir de la profession 
médicale apparait plut6t sombre dans l'empire allemand. En (8&0, 
on comptait une proportion d'un médecin pour 3.600 habitants : 
en 1900, cette proportion est de 1 p. 2.000, et il est probable 
qu'en 1901, elle sera de 1 p. 1.8S0. 

Actuellement, le nombre total des médecins en Allemagne 
s'élève à 28.500. S'il meurt environ 500 médecins chaque année. 
il en sort dans le même temps 1.350 nouveaux des Universités; 
ce qui fournit un excédent annuel de S50. 

II est à peu près certain que plus de la moitié des médecine 
allemands ne gagnent pas plus de 3.000 marks par an. 



A la suite de multiples essais, M. Me Clintok a réussi a 
obtenir un savon où les sels de mercure restent sous forme 
active. II est arrivé à y incorporer jusqu'à 2 p. 100 de sel 'le 
mercure. Une solution contenant 1 p. 100 de savon, soit 1 p. 5.000 
d'iodure de mercure tue en une minute les microbes du choléra, 
de la lypboide, de la diphtérie. Les spores de l'anthrax sont 
détruits en une minute avec une solution de ce savon contenani 
1 p. 2.000 d'iodure. Ce savon ne coagule pas l'albumine et n'attaque 
te nickel et l'acier des instruments qu'après immersion pendant 
plusieurs jours. 11 n'attaque ni l'argent ni l'aluminium. Une 
solution de ce savon à I p. B.OOO d'iodure serait pour le moins 
aussi puissante qu'une solution de chlorure au 1 p. 1000. C'est 
environ la concentration produite quand on s'en sert pour lavagi? 
comme d'un savon ordinaire. 



84 BULLETIN 



o o 



Il a suffi d'un demi-siècle pour que Talcool amène la dispari- 
tion presque totale des Indiens du territoire des Etats-Unis. Il est 
à craindre que la cocaïne réserve la même destinée à la race 
noire. 

Il parait que le cocaïnisme fait des ravages effrayants parmi les 
nègres des États du Sud. Le wisky ne leur suffit plus : c'est la 
cocaïne qu'ils réclament. Dans beaucoup de plantations, les 
nègres refusent de travailler s'ils ne sont assurés de trouver dans 
le voisinage les moyens de se procurer de la cocaïne, et nombre 
de planteurs ont pris le parti de leur distribuer régulièrement 
une ration de leur drogue préférée, comme ils le font pour le 
wisky. 

C'est comme stimulant que les nègres réclament la cocaïne. 
Ils ont constaté que cette substance accroît momentanément 
leur force et les rends indifférents aux fortes chaleurs comme 
aux froids extrêmes. 



o 
o o 



Il vient de paraître une nouvelle Revue mensuelle illustrée, 
la Vulgarisation scientifique. Tenant le milieu entre le périodique 
trop savant, dont, seuls, peuvent tirer profit ceux qui sont déjà 
documentés sur la question à l'étude et le périodique trop simple, 
où l'on ne peut glaner que des bribes de connaissances, la Vul- 
garisation scientifique s'adresse tout particulièrement à la classe 
importante des personnes lettrées et instruites, qui, sans être des 
scientifiques purs ou des ingénieurs, désirent cependant se tenir 
au courant des acquisitions de la science contemporaine. Si Ton 
ajoute que l'éditeur a mis le prix de l'abonnement à un taux 
extrêmement bas, on ne peut qu'augurer le rapide succès de la 
publication. 



TRAITEMENT DES NÉPHRITES 85 



THÉRkPEUTiQUE lÉDICALE 



Traitement des néphrites (1), 

par M^. MusELiER, 

Médecin de l'Hôtel-Dieu. 



TRAITEMENT PATHOGÉNIQUE 

Si Ton entend sous le qualificatif de traitement pathogé- 
nique la part d'intervention qui vise directement la cause de 
la maladie, il faut reconnaître que les néphrites aiguës ne sont 
point, parmi les inflammations violentes, celles qui offrent 
le plus de ressources. C'est d*abord que cette cause reste le 
plus souvent mystérieuse, ou pour mieux dire, inconnue, 
circonstance qui naturellement enlève au médecin toute 
base d'appréciation pour justifier d'une agression directe 
contre l'agent morbide présumé facteur unique ou prin- 
cipal de la maladie. Il y a certainement un nombre assez 
considérable de néphrites qui rentrent dans cette catégorie, 
et pour lesquelles on ne peut invoquer d'autre origine que 
l'influence si souvent invoquée faute de mieux et si banale 
du refroidissement. En sejcond lieu, et voici l'objection capi- 
tale : dans la plupart des cas pourvus d'une étiquette étiolo- 

(I) Voir le numéro 2 du 15 janvier 1903. 



86 THÉRAPEUTIQUE MÉDICALE 

gique bien nette (scarlatioe, variole, lyphose, etc.], groupe 
qm représente la très grande majorité des néphrites aiguës, 
la notion pourtant bien définie de la cause ne comporte 
malheureusementaucune sanction thérapeutique soitdirecte, 
soit détournée. Il faudrait, pour qu'il en fl)t autrement, que 
le poison propre & chacune de ces catégories de néphrites 
infectieuses fût connu, et que le médecin fût en possession 
du moyen spécifique à opposer respectivement t chacun de 
ces poisons. Or nous n'en somm&s pas là, tant s'en faut. Que 
la néphrite soit scarlatioeuse, gravidique, poeumonique, 
l'impuissance t neutraliser et à combattre la cause première 
demeure la même. Il n'y aura donc, aussi longtemps que 
durera cette ignorance relative, qu'un traitement uniforme, 
applicable à la presque totalité des néphrites aiguës et qui 
ne pourra être qu'un traitement de symptâmes où dominera 
seulement la préoccupation de faire rétrocéder la maladie et 
de réaliser au plus vite la resUtutio ad inteçrum, cet objectif 
idéal de tonte entreprise thérapeutique. C'est là. vraiment, 
dans l'histoire des néphrites, un très regrettable deside- 
ratum, que les recherches issues de la bactériologie com- 
bleront peut-être un jour, comme c'est déjà le cas pour la 
diphtérie et le tétanos. Pour l'instant le traitement pathogë- 
nique n'existe et n'a de sanction que pour un petit nombre 
de néphropathies : celles qui relèvent de la malaria, de la 
tuberculose, et surtout de la syphilis. Nous insisterons 
seulement sur ces dernières, qui donnent réellement prise à 
une intervention déterminée, et encore devons-nous borner 
notre étude à celles qui marquent les premières étapes de 
la syphilis, réservant les autres (syphilis rénale tertiaire 
tardive] pour le chapitre des néphrites chroniques. 

La néphrite syphilitique secondaire se rapproche étroite- 
ment des néphrites aiguës par sa forme clinique, aussi bien 



TRAITEMENT DES NÉPHRITES 87 

que par sa marche. La description de Tune pourrait être 
calquée sur celle de Tautre, au point que l'on s*est demandé 
si la néphrite des syphilitiques à cette période n'était pas 
une néphrite aiguë ou subaiguë vulgaire, n'ayant avec l'in- 
fection qu'un simple rapport de coïncidence. De fait, le 
même traitement général est applicable à toutes deux dans 
nombre de cas, si bien que la notion de spécificité n'ap- 
paraît à aucun moment. Ce qui accroît la difficulté dans ce 
groupe de faits, c'est que l'on trouve souvent une étiologie 
composite, dans laquelle entrent concurremment plusieurs 
des facteurs ordinaires de la néphrite aiguë : refroidisse- 
ment, surmenage, infections multiples associées, etc.. Et 
pourtant, malgré ces objections, et malgré son étroite 
ressemblance clinique avec le type moyen du groupe, la 
néphrite syphilitique précoce peut s'individualiser assez 
nettement pour qu'il soit permis de reconnaître son origine 
par la pierre de touche du traitement. Des faits précis le 
démontrent et dictent la conduite à tenir chez tout syphili- 
tique récemment infecté, en face du symptôme révélateur, 
d*une néphrite aiguë ou simplement subaiguë. 

Assurément le traitement qui convient à cette dernière 
peut suffire. Ainsi Chauffard insiste sur ce que le régime 
lacté intégral y est de rigueur, et il accepte que, sauf des 
circonstances urgentes, on doit le prescrire seul au début, à ^ 
condition de vérifier par des analyses périodiques à quel 
chiffre il fait baisser le taux de l'albuminurie. Le régime lacté 
pourrait même à lui seul produire la guérison, remarque 
évidemment corrélative de celle de tout à l'heure, mais sur 
laquelle pourtant Chauffard s'explique en disant que les cas 
qui guérissent par ce traitement simple représentent plutôt 
des néphrites aiguës chez des syphilitiques, que des néphrites 
réellement spécifiques. On pourrait à la rigueur voir dans ee 



HH TBÉRAPEDTIQUE UÉUICALti: 

rmaonnenieot une pétition de principes, en ce sens que 
l'ttITuldii Iraiteinent est considéré ici comme la preuve de ce 
t|U'il faudrait dëmontrer préalablement, comme la preuve 
ilo U nature de la maladie. Mais Chauffard ajoute immédiate- 
iriunt que, pour les néphrites survenant pendant la période 
Httcondaire, le mercure est le médicament de choix, l'indis- 
ptiiiluble, avec cette simple restriction que, pour les formes 
nuporlicielles et légères, les préparations de proto-iodure et 
ilu sublimé peuvent suftîre, tandis que, pour les Tormes 
Clives, c'est aux frictions mercurielles qu'il faut s'adresser, 
llrejette résolument, comme entaché d'imprudence, l'emploi 
lies injections hypodermiques d'huile grise. 

C'est Dieulafoy qui a le plus insisté sur cette question, dans 
son beau Traité de Pathologie. Amené, par une série de faits 
tirés de son expérience personnelle, à proclamer la gravité 
de certaines néphropathies syphilitiques précoces, il recon- 
naît d'abord que le traitement usuel de toute néphrite 
aiguë, savoir le régime lacté exclusif, est ici de rigueur 
absolu. Il va même jusqu'à le préconiser & titre préventif, 
absolument comme d'autres le préconisent pour empêcher 
la complication rénale chez les scarlatineux. Cette méthode 
s'appliquerait particulièrement aux sujets qui présentent 
dans leurs antécédents des commémoratifs d'infection, et 
dont les reins sont dès lors fortement sujets à caution, d'une 
fragilité et d'une vulnérabilité spéciales. Plus récemment, 
L. Renou, médecin des hôpitaux, a fourni dans cet ordre 
d'idées quelques exemples intéressants. Après avoir bien et 
dûment établi cette fragilité rénale chez certains syphili- 
tiquesetenavoircherché les causesintimeset véritables, notre 
collègue déclare que, en fin de compte, la syphilis possède 
une action très réelle, voire élective, sur le parenchyme 
rénal, et que très comparable ici & la scarlatine, elle possède 



THAIIEHBNT DBS NÉPHHITES 89. 

KD ce point une supériorité fuoeste sur les autres maladies 
iufectieuses ou toxiques. 11 y a doue un danger très réel 
de néphrite chez les syphilitiques, surtout dans la première 
période de leur mal, et dès lors l'indication dominante, 
impérieuse, c'est qu'il convient de tout mettre en œuvre 
pour diminuer celte vuluérabilité rénale. A cet égard, dit 
Renon, le traitement syphilitique antérieur ne paraît pas 
avoir joué un rôle suffisant, mais c'est peut-être parce qu'il 
n'avait pas revêtu le caractère d'agression thérapeutique 
précoce et intensive qui eût été exigible'pour permettre de 
trancher la question. Provisoirement donc, il faut se boraer 
auxmoyens de prophylaxie qui ont fait leurs preuves, comme 
l'éloignement systématique de toutes les causes de refroi- 
dissement, facteur étiologique dont, malgré tout, on ne peut 
nier l'importance. Tout syphilitique sera ainsi prévenu qu'il 
devra se garer du froid et surtout du froid humide, dont 
l'action semble particulièrement nocive : il mettra cette 
recommandation en pratique dès le début du mal, c'est- 
à-dire aussitôt la période des accidents secondaires, et il se 
comportera à cet égard comme un scarlatineux. L'analogie 
entre les deux cas peut être portée encore plus loin, et de 
même que dans la scarlatine le régime lacté est encore le 
meilleur préservatif contre la néphrite, pourvu qu'il soit 
prolongé pendant plusieurs mois, de même il peut avoir une 
action prophylactique absolue vis-à-vis du rein chez les 
syphilitiques de fratche date. 

Renon se trouve doue, par cette dernière conclusion, en 
complet accord avec son maître Dieulafoy, qui estime, lui 
aussi, que la fragilité antérieure insoupçonnée du rein en- 
gendre une véritable infériorité physiologique qui met l'or- 
gane en état de moindre résistance et le livre déjà altéré 



SD TBÉBAPEUnQUE HËDICALE 

oQ affaibli aux redoutables agressions du poison sypbili- 
lique. 

Raison de plus pour mettre en œuvre tout ce qui peut le 
prémunir contre cette agression, en vertu de l'apborisme 
qui eoseigue que << mieux vaut prévenir que d'avoir à gué 
nr >. L'agression une fois réalisée, ce que l'on peut recon 
naître & des signes certains, il n'y a plus qu'à mettre en 
oiuvre le traitement syphilitique proprement dit, mais 
encore avec circonspection et prudence, car précisément, 
dans un cas de rein préalablement altéré et fragile, il est à 
craindre que le filtre soit devenu mauvais ou insuffisant, 
c3ndition f&cheuse qui explique peut-être les effets souvent 
incertains ou même inquiétants de la médication antisypbi- 
lilique. La conclusion finale de toutes ces données, c'est que 
le médecin ne doit jamais perdre de vue l'action de la 
syphilis sur le rein, que chez tout sujet récemment infecté, 
il y a lieu de déterminer l'état antérieur de l'organe (recher- 
che systématique de l'albumine), et que s'il y a des raisons 
de suspecter son intégrité, il faut instituer immédiatement 
le régime lacté rigoureux, avec adjonction du traitement 
aatisypbili tique, modéré ou intensif. 11 aura, de la sorte, 
satisfait aux indications les plus impérieuses. Nous ne fai- 
suns, d'ailleurs, allusion ici qu'aux néphrites de la période 
secondaire. Celles de la période tertiaire trouveront leur 
place au chapitre des néphrites chroniques. 

TRAITEUEKT UÉDICAMENTEUX 

Ce paragraphe sera le plus court, l'intervention des subs- 
tances pharmaceutiques, en tant que moyen de favoriser la 
résolution des inllammations rénales aiguës et de ramener 
l'organe à son intégrité normale , étant d'une efficacité 
encore très contestée, et on peut ajouter très contestable. 



TRAITEUBNT DES NÉPHRITES 91 

D'une maDiëre générale, et d'après des considérations for- 
mulées àpriori, on a vanté l'emploi des astringeots, lunin, 
ratanhia, ergot de seigle, acide gallique. L'action de ces 
substances n'est pas démontrée, et ne saurait l'être, en raît^on 
de la variabilité d'évolution des néphrites et de leur Léni- 
gnité fréquente qui autorise un certain scepticisme sur les 
causes réelles de leur guérison. Si Chauffard en préconii^t! 
l'emploi, c'est plutût à titre d'hémostatiques, lorsqu'il sur- 
vient de l'hématurie, et non comme agents réducteurs où 
modérateurs de l'intlammation rénale. 

Dans un ordre d'idées voisin on a vanté l'efiicacili; lïes 
iodures alcalins, et plus récemment celle des sels de stron- 
tium, lactate ou iodure. L'indication de ce& derniers appa- 
raît surtout quand l'albuminurie persiste après la guérison 
des phénomènes caractéristiques de la période d'étal, c'est- 
à-dire quand on a des raisons de croire que la m^iladie 
passe à l'état chronique. 

L'usage en doit être continué longtemps et ne sau- 
rait dispenser des règles diététiques auxquels astreint par 
sa durée même toute albuminurie persistante. 

TRAITEMENT CUIRURGICAL 

Voici un chapitre à peu près inédit, et par coiiséi]uenl 
nouveau, de l'histoire des néphrites infectieuses aigu<%. Au 
premier abord, en effet, on n'entrevoit pas très nettuineot 
l'opportunité et la valeur d'une intervention opératoire, 
vis-à-vis d'une catégorie d'inflammations viscérales, qui 
semblent, de par leur marche aussi bien que par leur étio- 
logie, appartenir exclusivement au domaine delà médecine 
interne. C'est tout au plus si ou la conçoit et si on L'accepte 
en principe quand il s'agit d'une de ces altérations particu- 
lières de la glande rénale, qui confinent au domaine des 



93 TUËRAPEUTIQUE MÉDICALE 

affections chirurgicales proprement dites, comme les affec- 
tions calculeuses, les pyélites on les pyélo- néphrites, les 
néoplasmes, les suppurations, c'est-à-dire dans des cas où 
la thérapeutique médicale donne, de bonne heure, la preuve 
de son impuissance. Les néphrites simples ne justifient en 
apparence rien de pareil, et it faut un réel effort d'esprit 
pour aboutir vis-à-vis d'elles à des indications d'ordre opé- 
ratoire, pour lesquelles le chirurgien devra, par conséquent, 
prendre la place du médecin. 

Telle est pourtant l'idée qui a pris corps dans ces derniers 
temps, sous l'influence d'observations et de remarques pré- 
sentées çà et là par des hommes dignes de faire autorité 
dans une orientation aussi nouvelle de la thérapeutique. La 
société médicale de Berlin a été, croyons-nous, une des 
pjemiëres à la développer. La discussion sur ce sujet a eu 
pour point de dépari une communication de M. Israël, con- 
cernant les bons effets delà néphrotomie dans des cas où 
l'apparition de quelques symptômes spéciaux (douleurs, 
hématuries] avait fait porterlediagnostic, d'ailleurs erroné, 
de calculs du rein. Du fait de la simple néphrotomie prati- 
quée dans ces cas, il y eut atténuation des douleurs lom- 
baires, diminution et disparition des hématuries qui ne 
reconnaissaient pour cause qu'un simple processus cooges- 
tif. Ktemperer a fait des constatations analogues et s'est 
montré dès lors disposé à conclure que la néphrotomie 
peut devenir, à titre éventuel, un mode d'intervention ap- 
plicable au traitement des néphrites. Nul doute qu'il ait 
voulu désigner ainsi les néphrites aiguës, à l'exclusion des 
néphrites chroniques, puisqu'il prend soin d'en écarter le 
mal de Bright, affeclion à évolution lente et qui d'ailleurs 
peut être unilatérale. On peut seulement regretter qu'il 



TRAITEMENT DES KÉPHRITES 93 

n'ait pas assez dégagé et affirmé cette distinction, pourtant 
nécessaire. 

En résumé, il semble que, pour quelques médecins 
allemands, une intervention prudente et éclairée soit lo- 
gique et autorisée vis-à-vis de certains cas d'hématurie 
dont la cause n'apparaît pas très clairement et qui, de ce 
chef, peuvent attribuer à une néphrite aiguë aussi bien 
qu'à toute autre des processus hémorragipares connus. 

La question ainsi posée, d'abord avec des réserves un peu 
timides, semble avoir fait un pas de plus dans ces derniers 
temps. C'est du moins ce qui semble ressortir d'un mémoire 
que Pousson, de Bordeaux, vient de publier dans les Annales 
gènitO'Urinairea. Notre confrère y développe à son tour l'idée 
que l'intervention chirurgicale peut intervenir légitimement 
et avec certaines chances de succès vis-à-vis de quelques 
néphropathies aiguës de cause infectieuse, sans d'ailleuirs 
tenir compte du mode d'action pathogénique de celle-ci : 
voie interne ou hématogène (anthrax, suppurations locales, 
érysipèle) ou voie externe (néphrite ascendante d'origine 
uretérale ou vésicale). A l'appui de son opinion, il apporte 
quatre faits personnels sur lesquels il a eu deux guérisons 
durables et deux morts. Il s'agissait soit de néphrites aiguës 
suppurées, greffées sur des lésions rénales anciennes, soit 
de néphrites coli-bacillaires aiguës d'origine vésicale ou 
grippale. La science en renferme un plus grand nombre 
d'autres plus ou moins comparables à ceux-là. La légitimité 
de l'intervention est démontrée ici par le fait de la survie 
de 18 opérés sur 24, résultat qui démontre la possibilité du 
retour de la fonction physiologique et du pouvoir de répara- 
tion organique dans un rein notoirement infecté. Il y aura 
lieu seulement désormais, pour l'appréciation de la décision 
à intervenir, de déterminer le plus exactement possible la 



.^^mÀ 



94 THÉRAPEUTIQUE MÉDICALE 

nature de l'agent pathogène, son mode de pénétration dans la 
glande rénale, l'étal antérieur de celle-ci, enfin l'unilatéra- 
litS où la bilatéralité des lésions. Sous ce rapport, les obser- 
vations publiées offrent encore quelque chose d'an peu 
vague et laissent peut-être subsister trop d'incertitude. 

Pousson a, du reste, pris grand soin de discuter la valeur 
des objections que l'on ne manquera pas d'opposer à ce 
nouvel empiélement de la chirurgie sur le domaine médical. 
Parmi ces objections, l'argument tiré de la bénignilé habi- 
luiflle des néphriles ne vaut guère, en raison de l'incerti- 
tuJe du pronostic dans bien des cas. C'est, d'ailleurs, ici 
afTaire de perfectionnement dans les méthodes diagnos- 
tiqnes et de progrès en matière de pathologie rénale, le 
progrès, si désirable, ne pouvant naturellement être que 
l'œuvre du temps et des acquisitions successives qu'il per- 
mettra de réaliser. 

L'objection tirée de la bilatéralité habituelle des afTec- 
tions rénales est aussi plus spécieuse que solide, car cette 
bilatéralité est loin d'être une règle uniforme et absolue. 
L'iinilatéralité est plus fréquente qu'on ne pense, et peut 
s'expliquer par un état pathologique antérieur de l'un des 
deux reins. MM. Israël et Lennander avaient fait ressortir 
['unilatéralité fréquente des néphrites aiguës. La bilatéra- 
lité ne serait d'ailleurs pas une objection capitale, car il est 
établi que, même quand elle existe, l'Intervention limitée h. 
un seul rein peut retentir heureusement sur l'état patho- 
logique de son congénère. 

Une autre objection, assez spécieuse, est tirée de la difB- 
cutté que l'on éprouve à reconnaître le côté malade au cas 
ofi la lésion rénale est unilatérale. 

Cette objection apparaît même comme très sérieuse, au 
moins en apparence. Pousson lui accorde cependant peu 



TRAITEMENT DES NÉPHRITES 95 

d'importance, et affirme que presque toujours lanalyse 
exacte des symptômes attire suffisamment Fattention du 
côté malade pour éviter une erreur opératoire. De même, il 
écarte le reproche que l'on a fait à la néphrotomie unilaté- 
rale d'amener Taltération du rein demeuré sain, ou Taggra* 
vation de son état, s'il est déjà malade, caria statistique des 
opérations publiées à ce jour en montre le peu de fonde- 
ment. 

En ce qui concerne le mode d'action de l'intervention chi- 
rurgicale dans les infections aiguës du rein, l'explication en 
serait simple et facile si l'on ne considère que la néphro- 
tomie et non pas la néphrectomie, qui a le tort de sup- 
primer un émonctoire et de rejeter sur l'autre rein exclusi- 
vement le soin d'éliminer tous les principes toxiques de 
l'économie, d'où chances d'infection ou tout ou moins sur- 
menage de l'organe chargé ainsi d'un excès de fonction. 
A cet égard, la néphrotomie est certainement préférable, 
au moins dans les premières phases de la maladie, avant la 
période des altérations irrémédiables. Son mode d'action 
n'est peut-être pas difficile à concevoir! D'abord elle pro- 
voque un abondant écoulement sanguin, qui décongestionne 
le rein et modère la diapédèse, qui favorise l'exode des 
microbes et déchets épithéliaux encombrant les canalicules 
au point de devenir la cause d'une véritable anurie tubu- 
laire et favorise aussi par là même l'élimination des toxines 
accumulées dans l'organisme. Le chirurgien peut, d'ailleurs, 
concourir à ce résultat en pratiquant une malaxation métho- 
dique du rein, puis un lavage antiseptique des calices et des 
bassinets, enfin un drainage complet de ces derniers pour 
favoriser l'issue des liquides altérés. 

Tels seraient en résumé les avantages de l'intervention 
dans certaines néphrites aiguës. L'innocuité qu'elle semble 



■ m»MiI*wtk>l:e générale 

j,;r* - ■ ■■-r.tmjt» avw eux à Timposer désormais dans 

.. sj. » a thérapeutique ordinaire aura donné la 

^^ iMtm"*^ "t'e ; même en restant sur le terraia 

s-^às^;'».' t»*"*"*"^ 1"^ souscrire à ces conclusions, 

.* -^^ -tU^s maintenant qu'à l'avenir le rôle du 

^.i ^tti IMkv toutes les fois que l'on se trouvera en 

«■K Mf/Ut^ récente, accompaguÉe d'anurie absolue 

i,ui;i s«*B«tib!e de compromettre la vie du malade. 

w - ^M ■«•'•H'*) un jour prochain, la meilleure pro- 

ji\.v'. saiKUl le traitement de choix des accidents uré- 

.j«hx4U «\mrs des néphropathies infeclieuses èi marche 



THÉRAPEUTIQUE CÉNËHALE 



t'A nueslion des doses de mercure et du traitentcnt du tabès 
et de la paralysie générale, 

par M. Lebedde 

(Idltfl nota n'a pas pour but d'étudier complètement les ques- 
tiuiui lue comporte son titre, mais de compléter le rapport que 
j'rti présenté à la Société de thérapeutique en février 1902 sur les 
Injections mercurielles et les conclusions que j'ai présentées en 
(Kilolire. J'ai surtout pour but de répondre à une QOte de M. Danlos, 
A la suite de laquelle la discussion de la Société de thérapeutique 
Il été déclarée close. La question des doses de mercure a un intérêt 
considérable; si j'ai eu raison en subordonnant l'activité théra- 
peutique d'un sel à la quantité de mercure introduit dans l'orKa- 
nisme, les propres, à réaliser dans le traitement des syphihs 



^ 



DOSES DE MERCURE ET DU TBAITEHENT DU TABÈS 97 

rebelles, consistent, comme je l'ai indiqué, à élever la dose Ae 
. mercure quotidienne, sous uae forme ou sous une autre, àla limite 
compatible avec la résistance de l'organisme quand il sera néces- 
saire, et à réaliser ainsi ce qu'on doit appeler seulement : traiïe- 
ment mercuriel intensif; sinon on continuera comme auparavant à 
rechercher le sel idéal, plus actif qu'uD autre à doses de mercure 
égales et qui n'est pas encore trouvé. La première application rlu 
traitement mercuriel intensif se trouve naturellement dans les 
affections dites parasyphilitiques. 

J'exprimerais volontiers mes regrets de la forme un peu vive 
qu'a prise la discussion de la Société de thérapeutique, si je n'étais 
convaincu qu'elle en est devenue plus intéressante pour mes con- 
tradicteurs et moi, et que la lutte entre des théories contraires 
servira peut-être à faire avancer l'étude de la question traitée et 
à faire disparaître des opinions que je crois basées seulement sur 
la tradition, ce qui, en médecine, veut dire sur la routine. 

Il est évident que M. Danlos et moi n'avons pu nous metlre 
d'accord sur ce qu'est une preuve en matière scientifique. Cela ne 
m'étonne pas; il n'y a pas de question plus importante en méde- 
cine, il n'y en a pas de plus diQicile à résoudre; nous devrions 
tous y réfléchir souvent et je m'aperçois pour ma part que pen- 
dant longtemps je n'y ai pas réfléchi... 

Je crois presque toujours, sinon toujours, dangereux de fonder 
une opinion sur une citation bibliographique et de la couvrir d'un 
nom, quel qu'il soit, il est déjà souvent dangereux de couvrir 
ainsi des faits, car on doit toujours penser qu'ils ont pu être mal 
observés. 

L'histoire de la médecine est £elle d'une lutte perpétuelle 
contre l'esprit d'autorité en matière scientifique, car toujours le 
«maître » s'est trompé depuis Hippocrate jusqu'au plus modernes. 
Mais cette vérité est de celles qui ne seront jamais reconnues 
dans une chaire officielle, et pour cause. 

Aujourd'hui comme toujours plus que jamais peut-être, parce 
que nous avons le mot de liberté sur les livres, l'esprit d'autorité 
nous opprime et étrangle l'indépendance de ta pensée et delà 



98 THÉRAPEUTIQUE GÉNÉRALE 

recherche. Les « maîtres » parlent comme si tout ce dont ils par- 
lent était clair et simple. Les livres parlent comme si tout était 
résolu dans les questions qu'ils exposent, alors que Teffort devrait 
être de préciser les points obscurs, d'indiquer les questions à 
résoudre. Et combien de temps il faut, môme quand on le veut, 
pour s'apercevoir de tout ce qu'on ignore réellement sur une 
question ! 

Si j'ai parlé avec une confiance qui a été soulignée et attribuée 
à tort à mon peu de modestie, c'est qu'après avoir pensé, pendant 
des mois, à une seule question, toujours la même, après m'étre 
affranchi de tout ce que j'avais entendu et lu, en m'attachan^ 
seulement à ce que je considérais comme établi, je suis arrivé a 
une proposition qui est devenue peu à peu pour moi une vérité 
évidente : Certaines affections sont dites parasypkilitiques ou non 
syphilitiques parce que le traitement mercuriel est mal fait. J'ai 
cherché en quoi le traitement mercuriel était mal fait, et j'ai cru 
le trouver. Et si je me trompais, je n'aurais qu'une excuse, la 
bonne foi avec laquelle je reconnaîtrais mon erreur. Mais plus je 
discute et plus je cherche à discuter sur le thème que j'ai indiqué, 
plus je pense être dans la vérité. 

Je ne suis pas inquiet sur ma théorie relative aux doses de 
mercure quoique je ne puisse le couvrir d'aucune autorité, puis- 
qu'elle m'appartient. J'en suis quitte pour penser que jusqu'ici 
on s'est trompé sur ce point. Mais je crois avoir fait une erreur 
sur un mot, et je le rectifie. M. Danlos reconnaîtra cependant 
que je ne suis pas plus d'accord avec lui que je ne l'étais aupa- 
ravant. J'ai écrit que l'action thérapeutique d'un composé mer- 
curiel était proportionnelle à la quantité de mercure introduite 
dans l'organisme : je remplacerai le mot introduit par le mot 
mise en liberté, car il devint probable pour moi que certains sels, 
ne sont pas complètement transformés, par exemple Thermo- 
phényl. Ce qui n'empêche que M. Danlos se trompe sans doute 
quand il croit qu'on ne peut introduire 4 centigrammes de mer-' 
cure en un jour dans l'organisme; il est possible que chez cer- 
tains sujets on puisse le faire même en se servant de sels dont 



DOSES DE UERCURE ET DV TRAITEHEHT DU TABÈS 9!) 

tout le mercure sera mis en liberté ; chez un sujet normal on 
peut introduire 3 centigrammes et demi. 

Je ne suis pas inquiet non plus sur la question de la natun.> 
syphilitique et de la curabilité du tabès et de la paralysie géné- 
rale quoique je sois en désaccord avec ceux qui ont étudié ces 
questions avant moi. J'en suis quitte pour penser que jusqu'ici 
on s'est également trompé. 

Je maintiens donc tout ce que j'ai dit sauf un mot. 

M. Danlos a apporté dans le débat deux faits de M. Anton^ 
relatifs aux dangers du traitement mercuriel dans la paralysie 
générale. 

Je me suis reporté au Bulletin de la Société médicale des hôpi- 
taux Au 7 mars 1902, et j'y ai trouvé une note de M. Antonydon; 
je ne puis admettre ni la teneur ni les conclusions. MM. Bris- 
saud et Marie ayant parlé des .dangers du traitement mercuriel à 
doses massives, non précisées du reste dans leur travail, au cours 
de la paraplégie spasmodique syphilitique, M. Antony a déclaré 
que leur communication corroborait l'opinion qu'il avait émis€ 
contre l'abus des injections mercurielles à doses massives dans 
les cas de syphilis nerveuse! Ainsi, nous n'aurions pas le droit, 
d'après M. Antony, de donner du mercure à hautes doses à&m. 
une syphilis cérébrale de forme commune ! Je serais surpris que 
MM. Brissaud et Marie acceptent sans protester, si on leur 
demandait leur avis, la proposition j/éne'ra/e de M, Antony! El 
pour ma part, comme syphili graphe, je proteste de la manière la 
plus énergique. M. Antony dit avoir vu deux paralytiques 
généraux chez lesquels l'affection prit une marche rapide à la 
suite d'injections de calomel ou de biiodure à hautes doses 
(quelles doses?). 

Il y a là une question de pratique extrêmement importante 
sur laquelle je donnerai mon opinion entière plus tard seule- 
ment, lorsque j'aurai tiré des auteurs qui en ont parlé, des faits, 
et non plus des impressions ou des affirmations sans détails. Je 
noterai seulement que, deux lignes après M. Antony, M. Marie 
déclare avoir eu de bons résultats du traitement mercuriel intensif 



100 THÉRAPEUTIQUE GÉNÉRALE 

« chez des tabétiques et des paralytiques généraux pris au début». 

M. Danlos n*a cependant pas établi que le traitement mer- 
curiel fut fréquemment dangereux dans le tabès et la paralysie 
générale, car il n'a cité relativement au tabès ni opinions ni faits 
<sauf le nom de M. Wecker qui a parlé, je crois, de Tatrophie 
tabétique). Sur la paralysie générale il a cité Timpression de 
M. Christian, l'opinion de M. Joffroy, — je pourrais lui répondre 
par des citations bibliographiques inverses — enfin deux faits de 
M. Antony absolument incomplets. Le mot fréquemment n'est 
donc pas encore justifié ! Quant à l'argument tiré du danger du 
traitement mercuriel dans la paralysie syphilitique spasmo- 
dique — ce qui correspond à des dangers dans quelques cas de 
paralysie spasmodique, — il n'a aucun rapport avec les dangers 
du traitement dans le tabès et la paralysie générale I 

Un seul argument a du reste pour moi une valeur décisive : il 
suffit de faire remarquer qu'on pourra mettre comme sous-titre 
à toutes les observations de guérison du tabès et de la paralysie 
générale qui ont été et seront publiées, celui-ci : Du danger quHl 
y aurait à ne pas traiter par le traitement mercuriel les tabétiques 
et les paralytiques généraux. 

Je ne croyais pas, je dois le dire avoir adopté les conclusions 
de M* Danlos sur les injections mercurielles. Si mes communi- 
cations antérieures pouvaient se résumer en quelques mots, je 
déclarerais que les injections sont le procédé exclusif du traite- 
ment des syphilis graves (V. Sem. méd,, avril 1902); que les 
injections d'huile grise sont pour moi le mode de traitement le 
meilleur (en 1902) de la syphilis normale. Je n'avais pas compris 
que les mêmes conclusions ressortaient de la note de M. Danlos. 

M. Danlos a lu mes communications, mais il me permettra de 
dire qu'il ne les a certainement pas lues en entier. 

Je n'ai pas dit qu'il était en désaccord avec l'opinion de 
M. Fournier, en 1902 et en 1894, j'ai dit qu'il était en désaccord 
avec l'opinion de M. Fournier en 1882. A l'égal de M. Danlos, 
j'ai une respectueuse estime pour l'autorité, le caractère et le 
talent de M. Fournier, et je tiens à dire combien est importante 



'. •• •'• >•• • • 



BIBLIOGRAPHIE iOi 

pour les progrès futurs, la découverte de l'origine syphilitique du 
tabès, mais cela ne m'empêche pas de dire librement que M. Four- 
nier s'est trompé en 1894 et depuis sur sa curabilité, et d'avoir 
écrit qu'il s'est contredit sans avoir expliqué encore pourquoi. Je 
me suis engagé dans une voie bien dangereuse, devant tous, si 
le contraire est démontré texte .en mains ; mais il suffit de se 
reporter sur ce point à une note de moi dans le Bulletin de la 
Société de Dermatologie en avril dernier, et ce point de la contro- 
verse permettrait en dix lignes de démontrer que je me suis 
trompé et que j'ai émis des opinions sur un ton affirmatif into- 
lérable puisqu'elles auraient été émises à la légère. 



BIBLIOGRAPHIE 



Pathologie compay^ée du pharynx^ par M. C. Chauve au, avec une pré- 
face de M. Cadiot (d'Alfort), 1 vol. in-16 de 196 pages, avec 27 figures 
dans le texte. J.-B. Baillière et fils, éditeurs, Paris, 1902. 

Après avoir étudié le mode de conformation du pharynx chez les diffé- 
rents mammifères, M. Chauveau essaie d'indiquer comment le pharynx, 
ici, se défend, puis comment il succombe et, à ce propos, examine l'in- 
tluence du terrain et celle du microbe. Viennent, enfin, les lésions et le 
tableau morbide, c'est-à-dire un exposé sommaire des principales maladies 
pharyngées chez les animaux. 

Chirurgie du gros intestin, du rectum et de l'anus, par M. Gérard- 
Marchant, chirurgien de l'hôpital Boucicaut, 1 vol. de 450 pages, avec 
39 figures dans le texte. O. Doin, éditeurs, Paris, 1902. 

Il est rationnel d'étudier ensemble les affections du gros intestin, du rec- 
tum et de Tanus : anatomiquement^ puisque côlon et rectum ne font qu'un 
et qu'il y a conformité de p tructure ; p hy s io logiquement, puisque le con- 
tenu du côlon est identique et que l'anus iliaque placé sur un point quel- 
conque de ce conduit n'amène aucun trouble dans l'absorption intestinale ; 
cliniqueme7ity puisque Tinvagination, le volvulus, le prolapsus frappent un 
point quelconque du côlon, que les affections inflammatoires avec ulcéra- 
tions et rétrécissements consécutifs peuvent envahir simultanément rectum 
et côlon et que les sténoses par cancer ne sont pas non plus spéciales au 



102 BIBLIOGRAPHIE 

rectum, l'S iliaque, le cûlon desceodtnt et le c^cum en étant souvent le 
aièpe. 

C'est avec la compétence qu'on lui connaît que M. Gérard -Marchaat a 
rârligé ce livre très documenté et écrit su coin d'une saine critique, ce qui 
jusnlîe pleinement l'accueil qui lui a été réservé, 
ileKlon, anati/^e cUmalologique, topographie, elimalologie et elimalo- 

thérapie. opuscule de 82 pages, par M. CaïAis. loDprimerie coopéra- 

[\ve Mentoonaise, 190i. 

Le but de l'auteur en écrivant ce travail très étudié a été de faire con- 
iiailre le climat de Menton dans toute sa réalité, alin que le malade puisse 
iiref profit de ce qu'il a de bon et éviter ce qu'il a de nuisible. 
la juériion de ia morphinomanie «ans aouffrance. par M. Osc*ii Jew- 

NNGS, traduit de l'anglais par M. Albert Bail, 1 vol. in-lfide 232 pages. 

A. Maloine, éditeur, Paria, 1902. 

Se basant sur une expérience approfondie, sur des observations mul- 
tiplia qu'il relate, l'auteur condamne la métbode de traitement, dite 
rapdc, de la morpbi no manie, saul pour les cas aiceptionnels. 11 réduit 
progressivement le poison, de façon h assurer, avec les autres moyens 
employés pour parer aux malaises créés par l'élat de besoins, la suppres- 
Eion de toute soulTrnnce. En tout cas, M. Jennings n'exige pas la séques- 
iralion; chaque pas fait en avant doit être gagné, non par la contrainte, 
mais par la libre volonté. La rééducation de celle-ci est la meilleure des 
^arinties contre les rechutes, alors que l'internement laisse chez ces 
malades une sorte de suggestion latente et l'impression qu'ils no pourront 
résister seuls aux besoins de retour. 
lliagnoslic gynécologique, organes génitaux et mamellee. 1 vol. in-18 de 

821 pages, avec 109 figures dans le texte, par M. Clado. A. Maloine, 

éditeur, Paris, 1902. 

Pour dépister une alTection, M. Clado s'attache à toujours partir d'un 
trouble fonctionnel ou d'un symptôme saillant, autour duquel viennent se 
grouper successivement les autres signes révélés par l'interrogatoire et par 
l'exploration. La discussion de la valeur relative de ces signes est ensuite 
poussée aussi loin qu'il est nécessaire. Reste à suivre l'évolulion et les 
variations symptomatiques de l'afTect' 
tiquer celle-ci à ses di itère nies phase: 

non seulement un exposé pur et simple de diagnostic, mais encore une 
étude clinique complète pour chaque maladie. El si l'on ajoute que de 
nombreuses figures viennent aider â, l'inlelligence du texte, on se rendra 

Ca'oset de ia dépopulation. Relèvement de noire natalité. Secours à la 
vieillesse, par M. Mai;bel, 1 vol, in-S de 100 pages. O. Doin, éditeur, 
Paris, 1902. 

La cause principale de la dépopulation ne réside ni dans l'exagération 
de notre mortalité, m dans la diminution de notre nuptialité, ni dans noire 
émigration, mais bien dans la diminution voulue de la fécondité des mé- 



BIBLIOGRAPHIE 

nages, et cela parce que l'êducatLon des enfants est devenue trop oi 
M. Maurel croit qu'on la ferait diaparatlre ai l'on instituait ce qu'il appelle 
. n la pension de famille >, c'est-à-dire la part contributive que tout enfnnt, 
dés l'âge de vingt-cinq ans, aérait tenu de payer à ses parente ayant atieiii | 
[a soixantième année. Piiée â un taui suffisamment âlevâ, elle permetiral i 
BUS procréateurs d'y trouver une compensation aux peines, soucis et sacri- 
Tices inhêrenla à l'éducation de leurs enfants. Si à cela on ajoutait ledégri - 
vement des impôts par tes familles nombreuses, et l'impôt coinpensa-.eiir 
pour celles qui n'ont pas d'enfants ou en ont peu; la limitation du droit de 
tester pour les câlibataires et les ménages sans cnfauts; la part prélevée 
sur ces héritages pour aider les familles nombreuses; l'altëgenient du gei- 
vice militaire et enlîn les faveurs de l'État accordées de préférence, pres- 
que de droit, à ces mêmes familles, tous moyens proposés par l'Allianri' 
nationale pour l'accroissement de notre population . on finirait peut-Ëtre 
par convaincre les parents qu'élever beaucoup d'enfants c'est le moyen de 
s'assurer une retraite proportionnée a leurs peines. 

Sans souscrire absolument à toutes les idées émises par M. Maurel. or 
ne peut s'empecber de reconnaître qu'elles sont ingénieuses et susceptibles 
d'aider à la réalisation du but recherché. 

Traité de technique microbiotosique ù l'usage des médecins et des teïr- 

rianit-es, par MM. M. Nicot.le et F. Remlikoer, t vol. de 1034 page?, 

avec 211 ligures dans le texte. Préface de M. Roux, sous-ditecteu.~ de 

l'Institut Pasteur. O, Doin, éditeur, Paris, 1902. 

Le livre <!e MM. Nicolle et Reralingor est un livre vécu, écrit par do^; 
professionnels. Véritable traité de technique, il n'eipose pas des théories, 
mais des méthodes et des documents ])ratîques. 

L'installation d'un laboratoire de bactériologie; l'élevage, la nourriture, 
les maladies des animaux qu'on utilise j leur degré de réceptivité aux dïllé- 
rents virus; les moyens employés pour vaincre leur résistance, sont toiii 
d'abord exposés avec soin. 

Suit l'étude pratique des fermentations, des diatasej, des poisons micro- 
biens, de la préparation des divers vaccins, de la morphologie des lencii- 
cyles et du cylo-diagnostie. 

Sont étudiées enlin, au point de vue bactériologique, les maladies micro- 
biennes catégorisées suivant qu'on les observe sur l'homme et les animaux, 
ou rien que sur l'homme, ou rien que sur tes animaux, la tuberculose, 
la lèpre, le farcin en fournissant les types. 

Les applications de la bactériologie à l'hygiène en ca qui concerne ]i;:i 
eaux, l'air, le sol, les aliments, le lait, le beurre et le fromage termineiil 
l'ouvrage. 

Absolument au courant des dernières acquisitions de la science micro- 
biologique, cstui-ci se recommande encore par l'originalité du plan e1 du 
atyle et par la silreté de la documentation, ce qui permet de lui assurer un 
franc et légitime succès. 



104 HEVIIë: des THkVAVX. FRANÇAIS ET ÉTRANGERS 



REVUE DES TRAVAUX FRANÇAIS ET £TRAR&ERS 



Maladies des voles respiratoires. 

BronchiteB diffuses. — Combattre la fièvre et les phénomènes 
génér.iLiï par lo sulfate de quinine associé à la poudre de Dower. 

Sulfate de (juinine gr. 30 

Poudre de Dower " t5 

Pour un cachet. Deux par jour. 

La tou;; par les moyens indiqués, mais être sobre d'opium qui 
entrave l'expectoration. 

Favoriser au contrairt l'expectoration et la décongestion par 
l'emploi de Vipéca, du seigle ergoti. 

Julep gommeux ou looch blanc 125 gr. 

Poudre d'ipL-ca u 30 

Ergotine Bonjean 2 » 

Fine Champagne 40 » 

Une cuillerée à soupe toutes les deux heures, 

(Renaut.) 

RévuUion à l'aide de ventouses sèches et de cataplasmes stnapisés. 
Quand l'expectoratioi! devient abondante et purulente prescrire 
la terpine. 
Ou: 

Terpine 10 gr. 

Glycérine 150 .. 

Alcool à 90° 150 * 

Sirop de miel 125 .. 

Teinture de vanille. iO i. 

2 à i cuillerées à bouche par jour. 



MALADIES DU SYSTÈME NERVEUX 105 

Au déclin, sulfureux : Eaux-Bonnes (une grande bouteille avec 
lait chaud); eau de Labassère (un demi-verre), etc. 

Quand il existe une tendance à Tempyème, iodure de potas- 
sium (0 gr. 25 à gr. 50 par jour). 

Indications particulièi^es suivant les âges y les tempéraments. 

Chez les vieillards, soutenir le cœur au moyen de la caféine en 
injections sous-cutanées. 

Chez les lymphatiques régime lacté, purgatifs di^astiques, émis- 
sions sanguines. 

Chez les arthritiques, uricémiques, régime lacté partiel; alca- 
lins. 

La bronchite secondaire des maladies infectieuses : grippe, 
fièvre typhoïde, rougeole, etc., est surtout justiciable des enve- 
loppements froids du thorax, des bains froids. 

Chez les tuberculeux, repos au lit, ventouses sèches, carbonate de 
gaïacol (0 gr. 40). — G. Lyon. 

Maladies du système nerveux. 

Du tabès sénile. — Le tabès est surtout commun entre 25 et 
45 ans, mais il n*est pas rare de le rencontrer chez des sujets 
beaucoup plus avancés en âge. En dépouillant 350 observations 
recueillies- depuis vingt ans tant dans son service d'hôpital qu'à 
ses consultations externes M. Pitres (Journal de médecine de Bor- 
deaux, iS mai 1902), en trouve 87 (soit 25 p. iOO), qui se rap- 
portent à des malades ayant dépassé la cinquantaine. 

La symptomatologie du tabès tardif des vieillards ne se dis- 
tingue que par de légères nuances de celle du tabès précoce des 
adultes. Les signes essentiels sont identiques, leur évolution 
seule est un peu différente. 

Les lésions sont semblables dans les deux cas. L'autopsie de 
deux sujets devenus tabétiques, Tun à 55, l'autre à 58 ans, a 
révélé, dans les deux cas, que les artères périphériques et les 
grosses artères spinales étaient profondément athéromateuses, 
mais l'atrophie des racines postérieures et la sclérose des cordons 



106 REVUE DES TRAVAUX FRANÇAIS ET ÉTRANGERS 

postérieurs avaient exactement les mômes apparences et la même 
distribution topographique que dans les cas vulgaires de tabès de 
Tadulte* 

En somme, les cas de tabès tardif des vieillards sont surtout 
intéressants par leur étiologie. Moins étroitement subordonnés à 
la syphilis que les cas de tabès de Tadulte, ils paraissent dériver 
indirectement de toutes les causes aiguës ou chroniques qui sont 
susceptibles d'engendrer des altérations dégénératives diffuses du 
système artériel (sénilité, alcoolisme, maladies infectieuses acci- 
dentelles, etc.). Ils constituent peut-être plutôt une des manifes- 
tations de l'artério-sclérose spinale qu'une conséquence de l'infec- 
tion syphilitique des centres nerveux. 

Gynécologie et obstétrique. 

Le choix et le régime de la nourrice. — Les conditions que 
doit remplir une bonne nourrice, d'après H. Gillet, sont multi- 
ples, et le médecin a souvent de la difficulté à s'assurer qu'elles 
sont remplies, par suite du manque de bonne foi de la part de la 
femme qu'il examine dans un bureau de placement, à la ville. 

A la campagne, en province, on peut mieux se renseigner. 

La mère qui nourrit doit répondre aux mêmes conditions. 

Age. — Une nourrice doit ne pas avoir moins de vingt ans et 
pas encore trente-cinq et mieux vingt-cinq à trente, - 

Date de l'accouchement, — On a donné comme règle de choisir 
une nourrice accouchée depuis plus de trois mois et moins de six. 

Nombre d'accouchements. — » Une multipare sera préférée à une 
primipare. Toutefois, on ne refusera pas une primipare vigou- 
reuse. 

Antécédents pathologiques, — On doit dépister : la tuberculose, 
la syphilis, l'épilepsie, l'hystérie, et toute autre maladie. 

Examen direct. — Examen local. — Seins. -^ On verra les deux 
seins y l'un pouvant être atrophié. 

On fixera son choix sur les seins bien détachés de la poitrine, 
pleins de nodosités 6t non bourrés de graisse, fermes à veines déve- 
loppées, à mamelons bien sortis, non rentrés, perforés d^orifice 



GYNÉCOLOGIE ET OBSTËTBIQUB 107 

multiples; à la pression, il doit en sortir des jets comme d'une 
pomme d'arrosoir, sans crevasses, etc. 

Examen du lait. — On peut Faire l'analyse chimique, mois le 
plus souvent l'examen clinique suffit, soit le procédé du compte- 
gouttes d'Helot, d'une seringue de Pravaz, soit le procédé diapha- 
nométrique d'Hénocque à l'aide de l'hématoscope. 

Le plus souvent on se contente d'un examen à la vue. 

Examen générai. — On a prévenu le public médical contre les 
nourrices blondes, surtout les rousses vénitiennes de Landouzy, 
qui, comme les grêlées de variole, seraient prédisposées à la 
tuberculose. 

Les rousses oui, de plus, souvent dos sueurs odorantes qui 
gênent l'enfant (P. Legendre). 

On terminera l'examen par la revue des principaux organes, en 
quête surluut d'une syphilis ou d'une tuberculose possibles. 

Le mauvais état de la dentition peut provoquer la dyspepsie 
(Porak), 

nourrices réglées. — On ne peut trancher d'une façon absolue 
la question des nourrices réglées. L'enfant seul sert de réactif. 

Certains enfants ont, au moment des règles de leur nourrice, 
des troubles digestifs qui se prolongent. 

Chez ceux-là, il faut changer la nourrice. 

Chez d'autres, il y a un léger arrêt dans l'augmentation de 
poids, sans plus ; chez ceux-là, on peut garder la nourrice. 

Régime des nowviees. — Base du régime. — La mère ou la 
nourrice doit non seulement fournir à son entretien vital, par- 
fois même encore à sa croissance, si elle est très jeune, mais 
prendre les aliments nécessaires au bon fonctionnement de !a 
glande mammaire. Elle a donc besoin d'un régime substantiel st 

Composition. — RaÙùn. — D'après Constantin Paul, à la crèche 
de rhôpilal de la Charité : 

Boissons : Vin coupé d'eau, ou bière, un demi-litre au maximum 
en vingt-quatre heures do boisson alcoolique légère, boisaon 
aqueuse à discrétion. 



108 REVUE DES TRAVAUX FRANÇAIS ET ÉTRANGERS 

Pain : iSO à 600 grammes. 

Petit déjeuner. Lait 125 gr. 

„.. ( Soupe maigre lit. 30 

Déjeuner y; J^^ ^^^^ ^^ ^^ 

■""" ( Farioeus lit. 15 

ninpr (Soupe grasse » 30 

7 .,, Légumes farineux ou 2 œufs. il » 16 

'^°"^' (Riz . 30 

Interdire : choux, boissoQs alcooliques fortes. 

Se métier parfois de : oseille, cresson, moules. 

1" CoQserïer son mode habituel tant pour les solides que pour 
les liquides ; d'un pays à bière, elle doit continuer a boire de la 
bière. Normande ou Bretonne, du cidre, du vin, si c'est la cou- 
tume de son pays; mais la boisson alcûoligue doit toujours être 
prise en quaitité très minime. 

S» Corriger les iautes d'hygiène alimentaire qu'elle pouvail 
commettre auparavant. 

D'après M. Boissard, il faut s'interdire de donner aux nour- 
rices les mË<licaments et substances suivantes, drastiques, emmé- 
nagogues, digitale, pilocarpine, purgatifs salins, podophyllin, 
rhubarbe, aisentc, antipyrine, opium, sulfate de quinine. 

Parmi les substances alimentaires : asperges, alcool, régime 
lacté absolu ^auf albuminurie ; mais mieux vaut changer la nour- 
rice, quoiqu'on ait cité des enfants nourris sans inconvêniente 
par des allmminuriqucs. 

Pour l'alcool, MM. Lancereaux et Vallin ont insisté sur les 
effets déplorables des abus d'alcool commis par ta nourrice sur 
la santé du nourrisson. 

Maladies vénériennes. 

Traitement de la syphilis par les injections intra-maBCnlaires 
d'hermophécjl. — Les composés mercuriels employés jusqu'à ce 
jour dit M. Nicolle {Revue médicale de Normandie, avril 1902), en 
injections so'JB-cutanées ou intra-musculatres pour le traitement 
de la syphilis sont extrêmement nombreux. La multiplicité même 



CHIRUHGIS GÉNÉBALB lOf) 

de ces produits, dont la liste ae paraît pas épuisée, montre cl !ii re- 
nient qu'il n'en est pas do parfait et que tes meilleurs ne sour 
pas exempts de reproches. 

Les préparations mercurielles insolubles, qui sont d'un em|i!ai 
si commode, puisqu'il suffit d'une injection répétée toutes les ilciu- 
ou trois semaines pour assurer un traitement eflicace, Ont \'\a- 
voquè, dans les mains les plus expérimentées, des accidents? 
souvent fâclieux, quelquefois graves : développement dlnduru- 
tions locales, douloureuses et persistantes, formation d'aliuès, 
cicatrices indélébiles, et quelquefois aussi toute la série des :ici:i- 
dents de l'intoxication hydrargyrique ; avec cette complitarioii 
qu'il est presque impossible d'aller extraire le mercure injecti' el 
de s'opposer ainsi à l'absorption du poison déposé dans les tissus. 

Les composés solubles employés jusqu'à ce jour Bout en 
général à l'airi de ces reproches, tel l'hermophényl, CDn>|iosé 
orga no- métallique contenant 40 p. 100 de mercure très solulili! 
dans l'eau et dans lequel les réactions sont masquées. 

Les injections in tra- mu seul aires d'hermophényl constituent 
un mode de traitement très efficace de la syphilis à toutes siis 
périodes ; elles sont d'une innocuité absolue, à la condition d'ol)- 
server quelques précautions. 11 vaut mieux ne pas employer Iji 
voie hypodermique. 

La solution d'hermophényl, à 1 p. 100, pourrait être rempl^teée 
avantageusement par une solution d'une concentration doiil>lc. 
Il suffirait alors d'en injecter un centimètre cube seulemeia à 
chaque séance. La non-toxicité du produit est telle que nou^ 
n'hésiterions pas, dans l'avenir, en présence de cas partii^uliérc- 
ment graves, à employer des doses plus fortes et à répéter i[>luii 
souvent les inoculations. 

Ghimrs^e générale. 

Opportunité de rintervention chirurgicale précoce dans 
l'appendicite aiguë. — L'expectation absolue, dans l'appetidiciie. 
est pour M. Baillet (Touraine midieale, 15 août 1901) une pra- 



110 REVUE DES TRAVAUX FRANÇAIS ET ÉTRANGERS 

tique dangereuse, le taux de mortalité avec une telle manière de 
faire est relativement très élevé. 

Si, pour une raison qui lui est particuliète, le médecin traitant 
ne veut pas faire opérer son malade de suite, ou si Tautorisation 
n^en est pas donnée, il est cependant nécessaire qu'un chirurgien 
soit appelé dès le début, qui suivra le malade avec le médecin 
traitant. Une surveillance constante, de tous les instants, devra 
être exercée sur le malade, afin de saisir dès ses débuts une com- 
plication qui viendrait à se produire, et afin que l'indication à 
opérer soit reconnue aussitôt qu'elle se présentera ; il devra alors 
être procédé à l'opération immédiatement. 

Il y a, on le conçoit, une difficulté considérable dans la pratique 
courante, surtout dans les campagnes, à réaliser ces différents 
postulats; c'est cependant la seule façon d'arriver à sauver ses 
malades; si on ne peut réaliser ces conditions, on opère toujours 
trop tard, et les résultats sont tellement mauvais qu*autant vau- 
drait s'abstenir. 

Pour ces raisons, l'opération dans la période aiguë, mais avant 
la survenance de toute complication, est recommandable. Mais, 
en raison des difficultés et des dangers de l'opération effectuée, 
quand déjà la réaction péritonéale produit Tenkystement de la 
région appendiculaire, il vaut mieux la réserver aux cas où on est 
certain d'agir dans les 48 premières heures. 

Comme on devait le penser à priori, l'intervention dans ces 
conditions présente peu de difficultés, et peu de dangers. Elle 
peut être grave exceptionnellement dans les cas où il existe une 
intoxication générale de l'organisme, et Texpectation dans ces 
cas serait peut-être préférable. 

Afin d'éviter toute perte de temps, et toute fatigue pour le 
malade, le transfert du sujet devra être évité. L'opération peut 
être faite n'importe où, à n'importe quelle heure, sans danger 
pour l'opéré. D'autre part, il n'est pas nécessaire, en général, à 
ce qu'il soit, après l'opération, soumis à une* surveillance spé- 
ciale, il peut être traité à domicile. 



CHIRURGIE GÉNÉRALE lli 

Du diagnostic et de Tinteryention sanglante dans les perfora- 
tions typhiqnes. — La péritonite par perforation, dit M. HagepofiT 
(deConstantinople) (Gazette des hôpitaux, 24 mai i 902), qui survient 
au cours de la fièvre typhoïde, est une complication très grave, et, 
malgré les quelques guérisons' spontanées ou médicales que Ton a 
signalées, son pronostic est des plus sombres. Aussi, dès que le 
diagnostic est posé, doit-on s'adresser au traitement chirurgical, 
que l'on considère aujourd'hui comme le seul moyen rationnel et 
efficace. 

Si l'on éprouve parfois quelques difficultés pour le diagnostic, 
on peut toujours y arriver d'une façon presque certaine, du moins 
en ce qui concerne la perforation. La douleur abdominale brusque^ 
qui manque rarement, et la contracture de défense musculaire, qui 
est précoce, sont deux signes précieux qui, combinés aux modifi- 
cations du pouls et du faciès, peuvent déjà nous mettre dans la 
voie du diagnostic et nous fixer, dès ce moment, sur notre con- 
duite à tenir, car la température ne mérite pas l'importance 
qu'on a cru devoir y attacher, et les frissons ainsi que la dispa- 
ntion de la matité hépatique, qui paraît un bon signe, sont des 
symptômes que l'on rencontre assez tardivement. 

Les autres complications de la dothiénentérie avec lesquelles il 
est possible de confondre la perforation pourront néanmoins s'en ' 
distinguer souvent assez aisément. Il existe une forme simulant 
Vocclusion intestinale, dans laquelle l'erreur ne sera heureusement 
pas préjudiciable au malade, l'opération se trouvant également 
indiquée dans ce cas. 

La coexistence de Vhémorragie et de la péritonite par perfora- 
tion imprime à celle-ci une modalité clinique spéciale que l'on 
doit bien reconnaître. Uexamen du sang pourrait peut-être, dans 
ces cas douteux, venir contrôler le diagnostic. 

En tout cas, pour assurer le nombre des succès, il faut que 
l'intervention soit aussi précoce que possible et que le malade puisse 
opposer une résistance nécessaire pour la supporter. C'est du moins 
ce qui ressort d'après les nombreuses statistiques dressées à ce 



112 REVUE DES TRAVAUX FRANÇAIS BT ÉTRANGERS 

sujet; elles donnent actuellement une proportion de 23 à 26 p. 100 
de gué ri sons. 

Les objections qu'on a soulevées contre la méthode sanglante 
n'ont pas leur raison d'être, vu la connaissance approximative du 
siège de la perforation, Tunicité habituelle de celle-ci et la solidité 
parfaite et rapide des sutures. Môme dans les cas désespérés, on 
a observé des guérisons ou des survies parfois longues. 

La durée de Tintervention doit être très courte et Tanesthésie 
sera surveillée. Uincision abdominale peut être médiane ou latérale ^ 
simple ou double suivant retendue des lésions. Mais le drainage 
est toujours indispensable, qu'il soit simple ou multiple ; et la 
suture à la Lembert^ à points séparés, sera la règle pour la répara- 
tion intestinale. Il ne faut fermer le ventre qu'incomplètement. 

Enfin, le lavage abondant, chaud, èiVeau bouillie, salée ou non, 
sera préférable au simple nettoyage avec des compresses, lorsque 
la péritonite est généralisée, ce qui est le cas habituel. 



Le Gérant : 0. DOIN 



IMP. F. LEVÉ, 17, RUE CASSETTE. — PARIS-6' 



BULLETIN 113 



BULLETII 



Bireoteurs d'hôpitaux. — La robe de ohambre électrique. — 
Reoherolie simple et très sensible de ralbumine dans 
l'urine. — Précaution à prendre dans ranestbésle géné- 
rale. — Disparition de l'odeur d'iodoforme. — Conservation 
des solutions de sublimé. — La rage à Tlnstitut Pasteur 
en 1901. — Action analgésique de la lumière bleue. —Lon- 
gévité des savants. 

Pourquoi, dit le Correspondant médical, donne- t-on la direc- 
tion d'un hôpital à un homme qui n'a aucune compétence 
médicale? En Angleterre, elle est confiée à une femme, à une 
matrone; le directeur ou économe n*est chargé que de la comp- 
tabilité. Les nombreuses associations féminines, au lieu de ré- 
clamer le droit pour les femmes avocates et professeurs de Faculté, 
feraient mieux de demander Taccès de professions où elles sont 
supérieures aux hommes, comme celles de diriger un hôpital. 

o 
o o 

Il y a bien des manières de faire de l'électricité thérapeutique, 
mais aucune ne saurait lutter d'originalité avec la robe inventée 
récemment par M. Philipps (de San-Françisco). Du reste, le trai- 
tement préconisé n'aurait pas seulement l'avantage de guérir 
tous les maux ou à peu près, dont souffre l'humanité, il possède- 
rait d'autres vertus, celle notamment de nettoyer, dans la per- 
fection, la peau du malade qui s'y soumet. Aussi, M. Philippe 
lui a*t-il 'donné le nom de bain électrique* • 

Pour profiter des avantages médicaux et détersifs qu'il pro- 

BULL. DE THÉBAPEUTIQUE. — TOME CXLV. — 4* LPTR. 4 



114 BULLEHN 

cure, la Gazette de Gynécologie apprend qu'on doit simplement 
revêtir une espèce de robe de chambre, très longue, pourvue de 
manches, et dans l'étoffe de laquelle l'inventeur a fait tisser, en 
un réseau savamment combiné, quelque cent mètres de fil de 
cuivre, dont les extrémités sont mises en relation avec un com- 
mutateur électrique à haute fréquence. On n*éprouvérait, semble- 
t-il, qu'une sensation agréable de chaleur pendant l'opération, 
dont la durée est de quinze à vingt minutes, et qui a pour but de 
provoquer une sudation très abondante. 

o 
o o 

Le procédé suivant est indiqué par VUnion pharmaceutique 
comme un moyen simple et très sensible de rechercher de l'albu- 
mine dans l'urine : dans un verre à réactif bien blanc et bien 
propre, on verse de l'eau distillée bouillante, dans laquelle on 
fait tomber une goutte d'urine. Si celle-ci contient des traces 
d^albumine, il se produit dans le liquide, sur le passage de la 
goutte d'urine, gagnant le fond, une opalescence très caractéris- 
tique, ressemblant en tout à la fumée d'un cigare. Cette méthode 
est beaucoup plus sensible que la méthode par Tébullition et est 
surtout recommandable lorsqu^on n'a que quelques gouttes 
d'urine à sa disposition. 

o o 

On prend en général la précaution de préserver par des onc- 
tions à la vaseline la peau de la face des sujets soumis à l'aneg- 
thésie chloroformique. Il faut protéger aussi avec beaucoup de 
soin les yeux des patients, car le chloroforme pur en application 
sur les muqueuses se comporte comme un acide et brûle. C'est 
ainsi qu'un des infirmiers de Poncet (de Lyon) qui avait reçu 
dans Tœil une goutte de chloroforme présenta une kérato-con- 
jonctivite aiguë avec destruction complète de la meml>rane de 
Bowmann comme si celle-ci avait été en contact avec une goutte 



d'acide Eulfurique. Des faits de ce genre ne BOnt pas abBolument 
exception aelB. L'éther est moins dangereux, mais son conte.ct 
avec la conjonctive et la cornée n'est pas sans inconvénient. 



Tous les chirurgiens ont constaté la difficulté à faire dispa- 
raître l'odeur de l'iodoforme qui s'attache aux mains qui cm 
touché un pansement iodoformique. M. F. LafTorgue indique un 
moyen pratique de se désodoriser complètement. Après lavage 
des mains au savon, il suffit de verser dans la paume des main? 
15 i 20 grammes d'eau de fleurs d'oranger pure, qui se trouve 
partout, dans toutes les maisons, et de la promener sur toutes les 
partisE qui ont été en contact avec l'iodofonne. L'odeur de c<' 
dernier corps est totalement supprimée. 



On ne saurait prendre trop de précautions pour c 
intactes les solutions titrées en général, celles de sublimé en 
particulier. Celles qui sont faites avec de l'eau distillée restent 
assez longtemps sans altération dans des flacons en verre blanc, 
vert ou bleu, si on ne les expose pas à la lumière solaiie; dui!^ 
des flacons en verre jaune, il n'y a pas de décomposition. Les 
solutions faites avec l'eau ordinaire ne donnent aucun précipti' 
dans l'obscurité ou dans des fioles en verre jaune; il y a forma- 
tion d'un précipité abondant daus le verre blanc, bleu ou vert. Le 
dépôt qui se forme dans les solutions à l'eau distillée est du chlo- 
rure mercureux. 



Il résulte des statistiques que vient d'établir l'Institut Pasteur, 
que, sur 1.321 personnes traitées en 1001, 8 seulement soni 
mortes, parmi lesquelles 3 chez qui la rage s'est déclarée avant la 
fin du traitement. Aussi, les déduit-on du total, ce qui fait 5 cas 



1 16 BULLETIN 

ie mort pour 1.318 personnes traitées, soit une proportion de 
D,38 p. 100. 

Ed IHO, la proportion fut de 0,28 p. 100. La plus faible mor- 
talité fut observée en 1898, où elle fut de 0,20 p. 100; la plus 
Torte en 1894, où elle atteigait 0,S0 p. 100. 



Après la lumière rouge, voici la lumière bleue qui se signale 
par Bes propriétés thérapeutiques. Miain (de Saint' Pétersbourgi 
ayant eu l'idée de faire agir sur des téguments enflammés, à tra- 
vers un écran bleu une lampe à arc volt^que de 50 bougies, a 
:ianstaté que cette lumière avait une action sédative, voire même 
mesthésique telle qu'on pouvait pratiquer des incisions sans 
[trovoquer la moindre douleur. Kaiser (de Vienne) confirme ce 
fait et attribue à la lumière bleue des propriétés bactéricides qui 
courraient s'exercer à travers les tissus. 



A propos du 60' anniversaire de la naissance du professeur 
Jean- Frédéric- Auguste d'Esmarch qu'on vient de célébrer à Kiel 
ces jours derniers, il n'est pas sans intérêt de signaler d'après 
Helden, la longévité particulière dont les savants paraissent jouir. 

La moyenne de la vie humaine est d'environ 33 ans. D'après 
les calculs faits sur plus de 7.000 cas, elle serait de 74 chez les 
istronomes, de S9 chez les artistes, de 65 chez les littérateurs et 
le 7i chez les savants. 

Il est à remarquer que les astronomes sont singulièrement 
privilégiés. Pour eux seuls 1.000 recherches en auraient donné 
596 ayant vécu plus de 70 ans, 206 de 70 à 79 ans, 126 de 80 à 
S9 ans, IS jusqu'à 99 ans et 3 plus de 100 ans. La moyenne serait 
de beaucoup supérieure à la normale. 

Faut-il attribuer cette longévité des astronomes à leur exis- 
tence généralement calme, tranquille, aisée; à ce que les contro- 
verses scientifiques ne les échauffent que rarement et à leur 
tendance acquise à la contemplation ? on l'a prétendul ! I 



l'emploi de l'arrbénal 117 



THÉRAPEUTIQUE CÉRÉRALE 



Résoltats fournis par l'emploi de l'arrhénal dans la peste, 
* le nagana, le mal de cadera, la fièvre du Texas, la malaria, 

par le professeur Armand Gautier, 

Membre de l'Institut. 



La puissante action reconstituante des médicaments arse- 
nicaux que j*ai fait connaître (cacodylates , méthylarsi- 
nates, etc.], et leur influence sur la reproduction rapide des 
grands leucocytes mononucléaires spécialement chargés de 
débarrasser l'économie des microbes infectieux et de leurs 
toxines, autorisait à essayer la médication arrhénique dans 
un certain nombre de maladies endémiques contre lesquelles 
nous n'avons encore que peu ou pas de prise : la peste, le 
nagana, le mal de cadera, la fièvre jaune, la fièvre du Texas, 
et la malaria elle-même, sous ses formes rémittentes, larvées 
ou tenaces. C'est le résultat de ces tentatives que je viens 
de faire connaître à l'Académie. Elles n'ont pas en général 
été couronnées de succès, je me hâte de le dire, sauf dans 
la fièvre du Texas et dans la malaria. Mais je crois devoir 
publier ces recherches, ne fût-ce que pour épargner à 
d'autres le soin de les recommencer après moi, et aussi 
pour répondre à l'objection de ceux qui ont pensé que je 
pouvais m'exagérer l'efficacité réelle de médicaments dont 
dont l'action est, en effet, merveilleuse dans certains cas, 
mais non dans tous. 



THÉRAPBUTIQUE GÉNÉRALE 



I. 



J'aarais touIu essayer les préparations d'arsenic latent 
sur des pestiférés humains. J'avais eu l'occasion d'être mis 
■ en rapport avec M. le D' W. Brownrigg, chargé du Médical 
Ofjic» de la peste à Capetown, durant la guerre Sud-africaine. 
Je lui ai fait parvenir du cacodylate de soude et de l'arrhénal 
avec les indications nécessaires. Je ne sais quel a été le 
résultat de ses tentatives. 

Je me suis donc décidé & essayer cette médication sur les 
animaux pestiférés. Les expériences ont été faites en avril 
dernier, à l'Institut Pasteur, avec l'aide du dévoué directeur 
du service de la peste, H. le D' Dujardin-Beaumetz, le fiis 
de notre ancien et regretté eollëgae. 

Nous avons dtoisi l'arrhénal, parce qu'il réussissait dans 
la malaria, et avons établi d'abord les doses médicamen- 
teuses qui allaient nous servir. La souris blanche supporte 
bien 1/2000 de sou poids de méthylarsinate disodique et 
meurt en quarante-huit henres avec 1/1000. Le rat peatà 
la rigueur recevoir en injections hypodermiques 1/500 de 
son poids de ce médicament, mais c'est la limite extrême ; il 
en souffre puis se rétablit. Le cobaye n'en supporte que 
quei/100.000etmeurtenquarante-buitheure3aTecl/10.000. 

Quelques erreurs de dosages commises par quelques pra- 
ticiens et pour lesquelles, dans leur inquiétude, ils venaient 
me demander conseil m'ont appris que l'homme adulte peut 
supporter en une fois jusqu'à 60 et même 70 centigrammes 
d'arrbénal, peut-être davantage, liais ce sont 1& des doses 
qu'il ne faudrait pas continuer deux ou trois jours de siûte, 
encore moins essayer chez tous les sujets. Elles représentent 
le 100.000* environ du poids du corps. 



l'emploi de l*arrhénal 



119 



Munis de ces données nous avons commencé nos essais 
sur la peste expérimentale. 

Les souris étaient infectées par inoculation & la patte 
d'une quantité de culture de peste pure amenant toujours la 
mort des témoins en quarante-six à quarante-huit heures; 
les cobayes en humectant la peau rasée de très près avec 
le même bouillon de culture. Le tableau suivant donne 
quelques-uns de nos résultats sur les souris. 



Quantité 
d'arrhénal injecté 

I . . . 1 centigramme, 
(soit : rrrrr environ 
du poids de l'animal). 

II... 1 centigramme. 



IIL. 1 centigramme. 



IV.. 5 milligrammes. 



y . . 1 centigramme . 



Époque 
de l'injectî 



njection 

8 jours ayant 
l'inoculation pesteuse, 



4 jours avant 
rinoculation peiteufe. 



Nombre d'heures 
de survie et remarques 

46 heures. 



4 jours 
avant rinoculation. 

24 heures 
avant l'inoculation. 

Au moment 
de rinoculation. 



264 heures. 
(Cette souris est morte 

d'une staphylococcie 

qui a réa^ localement 

sur Tinfection 

pesteuse.) 

40 heures. 



48 heures, 



60 heures. 



VI* souris ayant reçu la veille de Tiiloculation pesteuse 1 centigramme 
d'arrhénal, un nouveau centigramme au moment de l'inoculation, et 
1 centigramme le lendemain. Morte en 48 heures comme le témoin. 

Les cobayes ont donné mêmes résultats négatifs. 

L'arrhénal n*a donc d'action ni préventive, ni curative, 
même à forte dose, sur les animaux pestiférés. La peste est 
une maladie à évolution rapide, contre laquelle agissent 
trop tardivement les défenses de l'organisme que Tarsenic 
tend à faire naître, comme Tindiquent quelques-uns des 
chiffres précédents, mais qui restent insuffisantes. 



120 THÉRAPEUTIQUE GÉNÉRALE 

II. — Nagana. — Mal de cadera 

Ces deux affections à trypanosomes, très analogues entre 
elles, mais reconnues cependant différentes par M. J. Li- 
gnères (i) et par notre collègue M. Laveran (2), frappent les 
bovidés et les équidés dans diverses parties de Tlnde, de 
l'Afrique et de 1* Amérique du Sud. M. Laveran et moi, cha- 
cun séparément, d*ailleurs, nous avons pensé qu'il y aurait 
intérêt à examiner l'action thérapeutique des composés 
arsenicaux organiques dans le nagana ou surra, et M. Li- 
gnères, à Buénos-Ayres, a fait les mêmes tentatives pour le 
mal de cadera. 

Des expériences furent d'abord tentées à Tlnslitut Pas- 
teur, par M. Laveran, sur des rats naganisés. Le médicament 
parut n'avoir aucune efficacité quoiqu'il eût été employé aux 
doses colossales de 1/1000 et de 1/500 du poids de l'animal. 

Sur ces entrefaites, je reçus de l'île Maurice, frappée au 
commencement de cette année d'une épidémie meurtrière 
de surra ou nagana qui faisait disparaître rapidement mules 
et chevaux, une lettre de M. le D' Bour, médecin des hôpi- 
taux de Maurice, lettre datée du 24 mai 1902, dont j'extrais 
le passage suivant : 

a Contre le surra on avait essayé inutilement toutes sortes 
de médications : le fer, la strychnine, l'arsenic, avaient été 
employés . sans succès... Je venais de recevoir quelques 
échantillons d'arrhénal et l'expérimentais avec succès chez 
les paludiques dont j'avais une vingtaine de cas par jour 



(1) Contribution à l'étude de la trypanosomose des équidés sud-amé- 
cains^ par J. Lignères, Directeur de l'Institut natÎQnal de bactériologie de 
Buenos-Ayres (1901), p. 16 et 108. 

(2) A. Layeban et F. Mesnil. Comptes rendus de l'Académie des 
Sciences, t. CXXXV, p. 838. 



l'emploi de l'arrhénal ISl 

dans quelques-uns de nos hôpitaux de laboureurs indiens... 

« J'arrivai par analogie à conseiller le même sel pour les 
bêtes malades de surra, à la dose de 50 centigrammes en 
injections sous-cutanées... Dix mules dont la température 
était au-dessus de 40 degrés reçurent chacune une injec- 
tion. Vingt-quatre heures après, la température tombait à 
la normale pour s'y maintenir, chose qui ne s'était vue avec 
aucune médication précédente. Un mulet qui, depuis quel- 
ques jours, refusait toute nourriture et avait un œdème des 
plus prononcés au bas-ventre, au fourreau, au scrotum et 
aux jambes, et une température de 3^% était complètement 
remis avec disparition de tous les symptômes et retour de 
Tappélit après trois injections d'arrhénal... Je m'empresse 
de vous faire connaître ces résultats, etc.. » 

Au reçu de cette lettre, je m'entendis avec M. Laveran 
pour reprendre de nouvelles expériences sur les animaux. 
Des rats> des souris et des chiens, furent inoculés au nagana 
après avoir subi préventivement des injections d'arrhénal à 
doses variables, celles que les essais précédents sur la peste 
m'avaient fait connaître. Les autres reçurent au moment de 
l'infection, et les jours suivants, de fortes doses d'arrhénal. 
Dans aucun cas, les trypanosomes ne parurent atteints. La 
maladie se déroula normalement et les animaux infectés et 
traités furent emportés exactement comme les témoins. 

Ces dernières observations, quoiqu'elles aient été faites 
sur des rongeurs et des chiens, et non sur des équidés, me 
laissent bien peu d'espoir de trouver dans la médication 
arrhénique un moyen de combattre efficacement cette dan- 
gereuse maladie. 

Pendant que ces expériences et observations se faisaient 
à l'île Maurice et à Paris, M. L. Lignères, directeur de l'Ins- 
titut national bactériologique de Buénos-Ayres, essayait les 

BULL. DB THÉRAPEUTIQUE. — TOME CXLV. — 4* LIVR. 4* 



V 



i22 THËRAPBUTIQUË GÉNÉRALE 

arsenicaux organiques dans le mal de codera^ maladie due 
aussi à un trypanosoine et qui est toujours mortelle pour les 
chevaux, ânes et mulets qu'elle frappe. Les animaux, tout 
en conservant leur appétit jusqu*au bout, maigrissent peu à 
peu ; les membres, surtout les postérieurs, sont atteints de 
faiblesse, puis finalement de parésie (1): Tanimal est pris 
d'une anémie profonde accompagnée d'accès de fièvre et 
meurt en quatre à cinq semaines, quelquefois en quelques 
mois, à l'état squeletUque. 

Le microzoaire spécifique de cette affection est un trypa- 
nosome découvert par le D"^ Ëlmanian. Il se distingue de 
celui du nagana en ce qu'il ne présente pas à la naissance 
du flagelle, comme le T. Brucei qui cause cette dernière 
maladie, de corpuscule oucentrosomecolorableparl'éosine- 
bieu de méthylène (Lignères), et aussi parce que les animaux 
immunisés contre le nagana ne le sont pas pour le mal de 
Cadera (Laveran et Mesnil, hc. cit.). 

Chez les chevaux atteints de la maladie de la croupe, les 
arsenicaux furent essayés avec persistance par M. Lignères. 
Il résume ainsi ses observations sur le traitement (Z(?c.(;tY., 
p. 107). 

« Jusqu'ici nous avons surtout étudié l'action de la qui- 
nine et des composés arsenicaux sans obtenir de résultats 
vraiment utiles. Nous avons souvent retardé la mort, mais 
sans guérir jamais... Nous injections chaque jour sous la 
peau des chevaux infectés gr. 70 à 1 gramme d'arrhénal 
en solution dans 20 ce. cubes d'eau, une semaine sur deux. 
Nous n'avons guéri aucun animal. » 



(1) D'où le nom de mal de cadera ou mal de la croupe. 



l'emploi de l*arrbénal tiâ3 

I 

III. — Fièvre du Texas ou tristezza 

Cette maladie, qui frappe surtout Tespèce bovine, &'obsevve 
dans le sud des États-Unis, en République Argentine, en 
Australie et dans quelques parties de l'Europe (Roumanie, 
Danemark). Elle est due à un protozoaire endoglobulaire, le 
piroplaama ligeminum (Babès, Smith et KilboFne),iiriè&dfffé- 
rentde celui de la fièvre palustre, parasite inoculéà Tasioial 
par piqûre d'acariens de la famille des ixodidés. Il samul- 
tiplie dans les globules du sang par simple scissiparité et 
rupture du globule rouge. Redevenu libre dans le-^plagma, 
il présente de nouveaux globules. 

L'animal atteint est abattu, triste, pris de fièvre par inter- 
mittences irrégulières.. Il s'anémie, dépérit peu. à. peu, «et 
très souvent est atteint d'hémoglobinurie. La maladie évohie 
en quelques semaines. Elle est généralement mortaUe.iLas 
épidémies sont très meurtrières. On ne connaît auicua nôdi- 
cameni utile. 

Il était naturel d'essayer la médicatiaa arrhéoique^diEras 
cette sorte de fièvre à hématozoaires eadoglohulaires, si 
rapprochée de la malaria. C'est encore le savant direisteitr 
de rinstitut bactériologique de Buénos-Ayres qui Ta^fait^tet 
avec quelque succès. Ses observations peuvent seréaiomeT 
dans le passage suivant d'une lettre qu'il m'adressait Je 
6 novembre dernier : 

<L Pour ce qui est de la Tristezza^ dans la forme aiguë avec 
hémoglobinurie, je n'ai pas eu de succès. Au contraire, 
quand on a affaire aux formes lentes, quoique graves, J'affi- 
cacité de l'arrhénal parait évidente. Ce médicamêntipeanêtée 
sauver le» animaux qui auraient succombé presque fatakmetH'Oux 
accidents nerveux de la maladie. J'ai essayé bien Ides diosAs^t 
me suis arrêté à l'injection sous-cutanée de 8 à^lÛLisc^til'iNfi^ 



1^4 THÉRAPEUTIQUE GÉNÉRALE 

solution à 5 p. iOO. Il faut éviter d'employer les solutions 
trop fortes, ou non claires, si Ton ne veut pas faire naître 
d'abcès, a 

IV. — Malaria 

Nos premières observations déjà publiées avec M. Billet 
sur la disparition de Fhématozoaire et la guérison.de la 
malaria sous Tinfluence de la médication arrhénique ont été 
la raison déterminante des précédentes tentatives dont le 
succès a été malheureusement, comme on le voit, presque 
généralement négatif. Après les avoir rapportées telles 
qu'elles sont, j'y rattacherai de nouvelles remarques impor- 
tantes relatives au traitement de la malaria. J'y suis amené 
par la publication des quelques insuccès de deux médecins 
distingués d'Alger, MM. les D'* Cochez et Trabut (1) et par 
un Mémoire de M. le D' Séguin, médecin de la marine (2), 
qui semble aussi mettre en doute l'efficacité de la médica- 
tion arrhénique dans Fimpaludisme. 

Je ne discuterai pas à fond leurs observations pour le 
moment, me bornant à remarquer qu'elles sont en désac- 
cord avec celles de M. le médecin-major A Billet, de Cens- 
tanliué (3) ; de M. le D' Fontoynont, ancien interne des hôpi- 
taux de Paris, à Madagascar (4) ; de M. le D' Bour, plus 
haut cité, à l'île Maurice; de M. le D' Aguilar, & Alger; de 



(1) Bulletin médical de VAgérie, mai 1902, p. 191, et Presse médicale^ 
21 août 1902, p. 822. 

(2) BulL. acad. de méd., séance du 18 novembre 1902, p. 448. 

(3) Voir Bull, acad, de méd., séance du 20 février 1902, p. 101, et du 
29 avril, p. 516. 

(4) Presse médicale, 27 avril 1902, p. 824. 



1 



l'emploi de l'aRRHËNAL I2i) 

H. le D' Kanellis, à Athènes (Ij ; de H. le D' Elomary, dans 
le Sud algérien (Voir plus loin) ; de M. le D' Bucquoy et de 
moi-même, à Paris. Je me bornerai seulement, è. propos 
des cinq observations de M. Cochez, à remarquer que, pour 
l'un de ces malades [Obs. V), la Qëvre est tombée dès 
la première dose d'arrhénal de 40 & 37*8 le jour de 
l'accès suivant, et qa'aprës deux injections, te malade est 
sorti guéri de l'hâpilal. Dans deux autres cas, l'arrhénal a 
été donoé, contrairement & notre méthode, deux fois seule- 
ment aux malades. Et cependant, dans un de ces deux cas, 
avec fièvre à type rémittent, la température, qui se maînte- 
nait depuis plusieurs jours entre 40"2 et 38°8, était tombée 
à ST'S ft la suite d'une seule dose de 5 centigrammes 
d'arrhénal. Enfin, dans un quatrième cas, il s'agissait d'une 
fièvre quarte revenant depuis des mois, tous les trois jours, 
et qui, après avoir résisté à la quinine et à l'arrhènal, fut 
guérie définitivement à la euile iTune saula dose de 50 centigramiites 
de chlorhydrate de quinine. Ainsi cette maladie, qui, avant 
l'arrhénal, résistait depuis longtemps à la quinine à haute dose, 
fui guérie, api'ès le traitement arrhénique, par un demi-gramme de xei 
de quinine. Cette observation suffirait à établir l'efilcacilé de 
cette association dans les fièvres malariques les plus tenaces, 
association que j'ai conseillée déjà, moi-même dans les cas 
graves ou rebelles à la quinine [2]. < Peut-être, disais-je, 



(1) M. Spiridion Kanellis m'écrit. le 3 
l'arrhânol six paludéens gravement att 
observatioDS que je donnerai in extenso 
dernier cas, oi'i I'qd avait alTaire ïune fi: 
au Lsuriuni, la quînin» donnée à deux 
complélement «chouéi après l'emploi 
d'arrhénal, nous avons obtenu un«guéi 
40°4. et un délire qui persisla.ît malgré la quini 

(2) Voir Bull. Acad mid., & avril 1902, p. 531. 



palustre, coul 

reprises à la dose de t gr. J 

de deux injections soua-cu 

complète. Le malade ai 



iSSi TBÉRAPKUTigUE GÉNÉRALE 

dus > les cas les plus tenaces, pourrait-on tirer avantage de 
l'emploi successif de l'errhénal et de la quinine, Tune de 
oeai snbatances permettant, d'ailleurs, de se reposer de 
llautre; » 

G'eat; celte association, involontairement réalisée par 
Hl Ségoin en Cochincbine qui explique les succès qu'il a eus 
eB' faisant, comme H. Cochez, succéder la quinine à l'ar- 
lÉiénaldans les fièvres que ni l'un ni l'autre de ces deux 
médicaments n'avaient pu guérir (Voir en particulier son 
Oinrvatien IV) (1). 

Cette remarque a été le point de départ d'observations 
Doaveltes très concluantes faites en Algérie. Il a été établi 
qneil'aBsociation de l'arrbénal k la quinine confère i cette 
damière une efficacité extraordinaire, de telle sorte que des 
fïËvrrs rebelles à 1 gr. 5 et S grammes de sel de quinine 
par jour cèdent rapidement à l'associafion de 30 & 40 cen- 
^mumes de quinine suivis de l'administration de 5 ft 
16i centigrammes d'arrhénal. Ces faits, très intéressants, 
sanml publiés plus lard en détail, mais je dois réserver ici 
laipriortté de ces observations à leur auteur. 

Nousnous refusons d'ailleurs, M. A. Billet et moi, & laisser 
direqne nous pensons que l'arrhénal guérit à tout coup les 
fièvres les plus rebelles, et qu'il constitue un meilleur spé- 
ciSqae que la quinine elle-même. Hais nous pensons que 
l'association de ces deux médicaments est beaucoup plus 
puissante que chacun d'eux pris en particulier. 

Il est un autre point tout aussi important sur lequel je 
désire appeler l'attention de nos médecins coloniaux. Il 



(1) J'« aussi observé ailleurs que la continuaiioa des fortes doses d'ar- 
rhéBal(10 k SO centigrammes) donnâes tous les jours tant inttrruplien 
ramenait la fièTre au lieu de la couper. M. Bâguin n'a pas tenu comple de 
celle remarque importante. 



l'emploi de l'ashhénal lâl 

résulte des obserTations de H. le médecin-major Romary(J), 
attaché & la régiOD d'Atlou, à la limite des oasis sahariens, 
qae l'arrhénal possède une efficacité toat à fait remarquable 
comme préventif de la malaria dans les pays les pins dan- 
gereux. Pour le démontrer, je me bornerai à transcrire ici 
quelques passages d'une des lettres qu'il m'adressait à ce 
sujet : 

€ Allou [Province d'Oran), 23 octobre 1902. 

« Je considère comme établie l'efficacité presque absolue 
de l'arrhénal employé comme préventif. du paludisme. Les 
observations sur lesquelles je me base sont les suivantes : 

« !• A 40 kilomètres d'A0ou, sur le versant saharien, le 
Ksar de Taouiala, au milieu de jardins maraîchers, avec 
canaux d'irrigation, au voisinage d'un oued marécageuxj 
est visité chaque année par la fièvre palustre eu septembre et 
octobre. L'an dernier, il y a eu dans cette localité, sur envi- 
ron quatre cents habitants présents, trente-quatre décès par 
accès pernicieux et cinquante-cinq cas non mortels. J'ai 
institué le traitement préventif par l'arrhénal le 21 août de 
cette année et, des Vapparition des nouveaux cas de première 
invoêion, après avoir constaté, à cette date, de nombreux 
anophèles. Le traitement fut appliqué strictement, je pour- 
rais dire militairement, sur tous les indigènes de la tribu. 
J'ai visitée nouveau Taouiala et ses environs le 17 octobre. 
Muni des listes de recensement, j'ai vu successivement la 
plupart des. habitants et tous les chefs de famille. Depuis 
deux mois il n'y a eu aucun décès dans la tribu (2). Les 



(1) Lauréat du prix Moubinne de l'Académie en 1901 . 

(2) Dans une lettre postérieure (16 novembre), M. Romarj m'apprend 
qu'un Arabe qui, arrivé tardivement dans «elle tribu, n'avait pas reçu 
d'arrbénal, est mort depuis du paludisme. 



128 TUÉRAPEUTIOUE GÉNÉRALE 

anciens impaludés ont guéri par le seul traitement préyen- 
tit, et aucun cas nouveau de fièvre ne s'est produit depuis le 
21 août, soit parmi les anciens impaludés^ soit parmi les autres. 
Sur quatre cents indigènes, pas un n'a éprouvé d'accidents, 
ou troubles quelconques imputables à Tarrhénal... Nous ne 
nous sommes jamais si bien portés, me disait le Caïd. En 
effet, là où Tan dernier, à pareille date, on ne voyait que 
des individus anémiés, découragés, grelottants ou brûlés 
par la fièvre, on voit aujourd'hui des figures fraîches et 
réjouies, des travailleurs laborieux. »... « On remarquera 
que le paludisme commençait à apparaître à Taouiala au 
mois d'août, quand j'ai commencé le traitement préventif. 
D*ailleurs, dans cette région, on n'a pas encore pu prendre 
les mesures d'assainissement que j'ai déjà fait appliquer 
dans les autres tribus en me conformant à l'instruction de 
l'Académie de médecine. » 

(( J'ai d'autres observations, continue M. Romary, qui, 
quoique portant sur un moins grand nombre d'individus, 
paraissent tout aussi démonstratives. » 

(( S"" Le 22 août dernier, je vais au Kefef Melah, massif 
salifère triasique situé au seuil du Sahara. Je fais route avec 
le capitaine du bureau arabe ; deux spahis indigènes nous 
escortent. Il y a dans toute cette région de nombreuses mares 
remplies de larves d'anophèles. Nous sommes piqués par 
ces moustiques, nous buvons l'eau contenant leurs larves. 
Le capitaine et moi prenons par prudence 5 centigrammes 
d'arrhénal, et nous renouvelons la dose le jour suivant. 
Les deux spahis d'escorte n'en prennent pas... Il m'avait 
été rappelé peu de jours avant que mes observations sur 
la prophylaxie du paludisme par l'arrhénal ne pouvaient 
être faites que sur des indigènes non militaires et en dehors 
de l'hôpital. Ces deux spahis ont donc servi de témoins 



L*EMPLOI DE L'ARRHÉNAL 129 

inyolontaires. Or, tandis que le capitaine et moi restions 
indemnes, l'un des spahis, Mohamed ben Maamar, était 
atteint, le 31 août, d'un accès de fièvre caractérisé. Traité 
aussitôt par la quinine, il eut le lendemain un second 
accès atténué et paraît guéri depuis. L'autre spahi, Kadour 
ben Sayah, est atteint à son tour, le 4 septembre, et, à la 
suite de plusieurs accès, dut être hospitalisé. Aucun des 
autres spahis, leurs camarades, qui ne nous avaient pas 
accompagnés, ne fut pris de malaria. » 

« 3** Au point d'eau Bon Klerouf est une briqueterie 
employant dix personnes parmi lesquelles trois furent, du 
5 au 10 septembre, isolément atteintes de paludisme. Le 
11 septembre, je visite la briqueterie et soumets tout le 
personnel au traitement arrhénique. Les trois malades sont 
rapidement améliorés, et aucun autre cas ne se produit dans 
la suite (1). D'autres indigènes viennent à la même époque 
camper sous la tente à quelques centaines de mètres de la 
briqueterie. Ils ne furent pas soumis au traitement pré- 
ventif. Après trois semaines de séjour, sur neuf personnes, 
il se produisit trois cas de fièvre palustre dont un parti- 
culièrement grave. » 

u Voici comment je prescris l'arrhénal préventivement : 
je me sers d'une solution de 1 p. 300 (3 gr. 33 par litre 
d'eau). Une cuillerée à bouche contient 5 centigrammes 
d'arrhénal. A Taouiala, j'ai fait prendre aux adultes une 
grande cuillerée de cette solution les 1, 3, 5, 11, 13, 15, 
21, 23 et 25^ jours de chaque mois. A Bou Klerouf, je l'ai 



(1) Dans sa lettre suivante, M. Romary m'apprend qu'aucun cas de fièvre 
ne s'était produit jusqu'au 9 novembre où il repassa par Bou Klerouf, 
quoique l'arrhénal préventif eut été abandonné depuis plus d'un mois. Son 
action protectrice semble donc se prolonge:' assez longtemps. 

BULL. DB THÉRAPEUTIQUE. — TOME CXLV. — 4* LIVR. 4** 




130 THERAPEUTIQUE GÉNÉRALE 

prescrite journellement à la même dose par périodes de 
5 jours séparées par 5 jours de repos. *> 

« Je conclus : i° Tarrhénal a une action manifestement 
préventive contre le paludisme. Le traitement est facilement 
accepté et n'a donné lieu à aucun accident; 2^ ce traitement 
préventif est surtout indiqué dans les pays et les saisons où 
les atteintes de la malaria sont plus fréquentes et plus 
graves; 3* l'emploi de l'arrhénal préventif ne doit pas dis- 
penser des autres mesures prophylactiques ; mais c'est cer- 
tainement un des moyens les plus simples et les plus 
efficaces... 

« L. ROMARY, 

« Médecin- major à Aflou (Province d'Oran). » 

Gomme médicament préventif, la quinine est le seul 
remède qui ait jusqu'ici donné des résultats à peu près sûrs. 
Mais son emploi un peu prolongé a des effets désavantageux: 
la quinine déglobulise le sang, fatigue l'estomac, provoque 
assez rapidement une anémie spéciale avec dégoût des 
aliments, troubles digestifs et quelquefois nerveux. C'est, 
enfin, un médicament coûteux à dose efficace. 

Il n'est que juste de rappeler ici que les préparations arse- 
nicales avaient été utilisées, il y a quelques années, en 
Italie, comme préventives de la malaria [Eiapport de Tomassi 
Grudelli^ Home, 1883), dans les compagnies de discipline en 
Vénétie, et, en 1900, dans les campagnes romaines, par le 
professeur B. Grassi et ses collaborateurs (1); chez nous, 
sur les employés et ouvriers des chemins de fer (Laveran). 
Mais ces essais tentés avec la liqueur de Fow^ler ou de 
Boudin, ou avec des médicaments composés dont l'acide 



{!) Relazione delV esperimento di profilassi chimica contro Vinfezione 
malarica. Ostia, 1901. 



THAITBMENT DES NÉPHRITES 131 

K estla base, n'oDldonné que des résultats incom- 
plets, variables, l'arsenic sous cette forme étant souvent 
mal toléré aux doses eflicaces (1). Seul l'arsenic latent ou 
organique peut Être indéfiniment continué à doses suffi- 
santés pour empêcher toute infection. 

Je me garde d'ajouter d'autres commentaires aux obser- 
vations faites sur place par les médecins de notre armée 
qui font le plus d'honneur à leur corps, observations prises 
en automne, en pleine saison d'invasion malarique et dans 
ces régions essentiellement dangereuses qui sont à la lisière 
du Sahara algérien. 



THÉRAPEUTIQUE lÉDICALE 



B néphrites {mUe) (3), 



B. — NÉPHRITES CBROMQUSS 

Il règne encore beaucoup d'inconnues et d'incertitudes au 
sujet des néphrites chroniques, et l'abondance documentaire 
de la littérature médicale en ce qui les concerne représente 
une apparence de richesse bien plus qu'une réalité. Cette 



(1) D« meilleurs résultats ont été obtenus avec les pilules préventive 
A'e$anofele. employées par B. Grossi et ses collaborateurs. 

Eii effet; en octobre 1900, sur 2BÎ peraoanes soumises à ce traitemenl, 
54 tombèrent malades de malaria, soit 18 p. 100, tandis que sur 92 per- 
sonnes non traitées SI eurent la lièvre marcmmatique, soit 93 p. 100. Mais 
le médicament préventif de Grassi contanail à la fois l'arsenic et la qui- 
nine associés k du fer et à des principes taaniquea amers. 

(2) Voir les numéros -2 st 3 des 8 et 15 janvier 1903. 



132 TBÉRAPEDXIOUB HÉDICALE 

imperfectioD de nos connaissances se révèle dès les premiers 
pas que l'on fait dans l'élude de la question, notamment k 
l'endroit du mode d'enchaînement et du point de départ des 
lésions rénales. La dualité, c'est-â-dire la scission en deux 
groupes principaux : pareocbymateuse, interstitielle, cette 
dualité, véritable dichotomie, proposée autrefois par des 
hommes considérables tels que Charcot, a été récemment 
battue en brèche et se trouve aujourd'hui bieu près de dis- 
paraître. L'intervention des histologisles, en modifiant 
radicalement la manière de comprendre l'ordre de succes- 
sion des lésions et en substituant d'autres interprétations k 
l'ancienne, a grandement contribué à cette transformation. 
C'est ainsi qu'on a pu établir entre les deux groupes une 
série de formes intermédiaires et de gradations qui aalo- 
risent jusqu'à un certain point à proclamer Tuoicité de la 
maladie. En effet, d'après Brault, un des auteurs les plus 
compétents sur ce chapitre, certaines particularités comme 
la diminution de volume du rein, son ratatinement, son 
atrophie, ne sont plus considérés comme autant de carac- 
tères d'une lésion primitive, mais bien comme des phéno- 
mènes secondaires traduisant une série de transformations 
qui ont amené l'organe à cet état d'altération intime et pro- 
fonde. C'est ainsi que le rein atrophique peut débuter par 
la néphrite parenchymateuse hypertrophiante dont il serait 
ainsi le dernier terme et ultimatum aboutissant. La néphrite 
interstitielle ne revêtirait qu'à la longue ses caractères par- 
ticuliers, mais ne serait point telle dès l'origine et ne le 
deviendrait qu'après une série de transformations histolo- 
giques successives. Les étapes intermédiaires de cette série 
correspondraient à ce que l'on est convenu aujourd'hui 
d'appeler les néphrites mûtes, terme désormais consacré et ' 
qui représente dès maintenant l'opinion moyenne accréditée 



TRAITEMENT DES NÉPHRITES id3 

auprès des pathologis tes. Or, précisément, au point de vue 
thérapeutique, spécialement visé dans le présent article, 
cette nouvelle doctrine offre l'avantage d'une simplification 
extrêmement précieuse. 

En effet, que la néphrite soit limitée à des altérations de 
répithélium dans les glomérules ou les tubes excréteurs, ou 
que la trame conjonctive interstitielle y participe, on ne 
voit pas que les conséquences au point de vue pratique en 
puissent être sérieusement modifiées. En fin de compte, la 
seule question qui intéresse le médecin est celle de savoir 
dans quelle mesure la lésion de l'organe retentit sur la fonc- 
tion, jusqu'à quel point elle respecte ou entrave le rôle 
d'épuration qui lui e^t physiologiquement dévolu. Logi- 
quement donc, l'idée maîtresse et directrice qui doit pré- 
sider au traitement d'une néphrite chronique, quelle qu'elle 
soit, consiste à assurer cette intégrité de cette fonction et, 
corrélativement, à retarder par tous les moyens l'heure où 
elle doit faiblir et laisser place à l'insuffisance rénale qui 
apparaît comme le terme fatal des altérations irrémédiables. 
Il y aura ensuite à combattre cette dernière où à en pallier 
les effets quand des signes révélateurs indiqueront qu'elle 
est imminente ou déjà passée à Tétat de fait accompli. Cette 
seconde partie du programme suppose une connaissance 
approfondie des modalités fonctionnelles inhérentes à l'évo- 
lution des néphrites. Or, sur ce terrain, les notions acquises 
sont encore incomplètes et, pour ma part, assez incer- 
taines. Des recherches récentes les ont pourtant élargies et 
rectifiées, en leur imprimant un caractère de précision vrai- 
ment scientifique. Nous en trouvons un résumé assez exact 
dans le travail de M. Léon Bernard qui a étudié ce sujet et 
entrepris, pour l'élucider, une série d'observations pour- 
suivies avec méthode et persévérance. Ce travail, présenté 






t(t4 THÉRAPEUTIQUE MÉDICALE 

oimullo souB forme de thèse inaugarale, a poar titre : Les 
/anctiom du rein dans les néphrites chroniques. 

Un premier fait, d'après les conclusions de M. Léon Ber- 
nard, c'est que les fonctions rénales ne sont pas unifor- 
mément troublées dans toutes les néphrites chroniques. 
Parmi ces dernières, il en est qui comportent la persistance 
de la perméabilité rénale, voire même son exagération, et 
d'autres sa diminution. Cette remarque s' supplique d'une 
façon générale aux deux grandes espèces connues, N. paren- 
chymateuse, N. interstitielle, dont les syndromes cliniques 
diffèrent d'ailleurs notablement, comme on le sait. 

Ainsi, la perméabilité rénale paraît diminuée d'emblée 
dans la néphrite interstitielle, quel que soit d'ailleurs le fac- 
teur étiologique de celle-ci : saturnisme, artério-sclérose, 
goutte, etc. Cette diminution de perméabilité entraine 
elle-même deux ordres de conséquence : des phénomènes 
d'intoxication par rétention ou élimination incomplète des 
poisons, et des phénomènes mécaniques portant, les uns 
sur le rein lui-nième, sous forme d'hypertrophie rénale et 
compensatrice : les autres sur le cœur où ils se traduisent 
synergiquement par l'hypertrophie du cœur gauche et Talté- 
ration simultanée du rythme cardiaque, produisant habi- 
tuellement le phénomène connu sous le nom de bruit de 
galop. C'est l'apparition de ces phénomènes, en quelque 
sorte solidaires et associés, qui marque la période d'adap- 
tation et de compensation, à laquelle succède tôt ou tard 
une période d'hypertension cardio-artérielle avec oligurie, 
albuminurie plus ou moins abondante, apparition d'œdème 
diffus, etc. M. L. Bernard assimile cette filiation à celle que 
réalise l'asystolie, c'est-à-dire l'affaiblissement contractile 
du cœur^ cpxi succède pécessairepient^ au bout d'un temps 



^■' 



/• 



TRAITEMENT DES NÉPHRITES 135 



donné, h la période souvent 1res longue de lutte du myo- 
carde et de compensation efficace. 

Il semble, d'autre part, que dans la néphrite parenchy- 
mateuse, à évolution plus lente, la perméabilité rénale soit 
d'abord conservée, puisqu'elle diminue progressivement 
avec les progrès de l'atrophie secondaire. La maladis peut, 
à ce moment de sa durée, emprunter quelques-uns des 
symptômes et un peu de la physionomie clinique de la 
néphrite intersUtielle, de telle sorte que les accidents uré- 
miques, conséquence naturelle et forcée de cet état de 
choses, reconnaissant en fait une pathogénie assez com- 
plexe. A ce propos, M. L. Bernard fait remarquer avec soin 
qu'on ne saurait identifier la signification de ces doux 
termes : imperméabilité rénale et urémie, car l'un peut 
exister sans l'autre, la première sans la seconde, et inv<Hrse- 
ment, résultat qui peut sembler au premier abord paradoxal 
et même contradictoire. 

Enfin, et ceci est à souligner, le trouble apporta aux fonc- 
tions internes du rein jouerait un râle assez considérable, 
bien que peu aisé encore à défmir, notamment dans l'appa- 
rition des œdèmes et de l'albuminurie, ces deux phénomènes 
primordiaux danslasymptomaiologie généraledes néphrites. 
Ce serait même là, d'après l'auteur que nous citons, le sub- 
stratum véritable de l'insuffisance rénale, état ultime qui se 
comphque habituellement de l'altération d'autres viscères 
éloignés, comme le cœur, le foie, venant ajouter respecti- 
vement leur action propre à celle de la vicialion de la fonc- 
tion interne du rein. Ici nous sommes sur le terrnin de 
l'hypothèse, mais nous pouvons dire néanmoins que ces 
vues nouvelles ont déjà reçu leur consécration pratique sous 
forme de succès opothérapiques qui en ont été la confirma- 
tion inattendue et remarquable, 



136 THÉRAPEUTIQUE MÉDICALE 

Pourvus de ces données, comment devons-nous conce- 
voir et établir le traitement rationnel des néphrites? Si on 
réduit la question à ses termes essentiels, on voit qu'elle se 
présente au médecin avec une certaine simplicité, en dépit 
de sa complexité apparente et de ses obscurités. En effet, 
les différences qui séparent les multiples variétés de 
néphrites chroniques les unes des autres peuvent se fondre 
et s'unifier dans une préoccupation commune, qui consiste 
à assurer le plus longtemps possible une conservation suffi- 
sante de la fonction éliminatrice du rein, et à retarder pro* 
portionnellement le moment où, par suite des progrès invi- 
sibles mais continus de sa lésion, aussi bien que par l'effet 
de poussées intercurrentes toujours à craindre, l'organe 
deviendra temporairement ou définitivement inférieur à sa 
tâche (Braultj. Telle doit être, envisagée dans son ensemble, 
la pensée dominante du praticien. Que la néphrite soit d'em- 
blée interstitielle, c'est-à-dire vouée à l'imperméabilité pré- 
coce, ou parenchymaleuse, état qui est un acheminement 
vers la forme précédente, qu'elle soit généralisée ou diffuse, 
ou bien limitée et partielle, qu'elle succède à une infection 
commune plus ou moins banale, ou à la présence d'un poi- 
son mieux défini (saturnisme, tuberculose, syphilis), cela 
n'a vraiment qu'une médiocre importance, le malade pou- 
vant vivre avec l'une ou Tautre de ces deux variétés d'alté- 
ration. C'est à maintenir un minimum suffisant de fonction- 
nement et à retarder autant que possible l'éventualité de 
l'urémie que le malade doit, de concert avec le médecin, 
s'appliquer assidûment et sans défaillance, la coopération 
de l'un étant indispensable à l'utilisation des efforts de 
l'autre. La crainte d'un danger réel et toujours imminent, 
dit encore Brault dont nous citons volontiers l'autorité, doit 
étrç le mobile salutaire qui guidera les prescriptions du pre- 



L:f3 



TRAITGHEKT DES NÉPHRITES 137 

mifir et qui justifiera les sacrifices très réels du sticmid. 
A. Chauffard a résumé les iodications qui se posent il'.iiis 
le cours de toute néphrite en les rattachant à trois nolious 
fondamentales qui sont respectivement : lésion réaiUi;; 
lésions secondaires ou concomitantes des autres orgam >; 
éventualité plus ou moins prochaine ou existence conrinine 
de l'empoisonnement urémique. Vis-à-vis de ces trois souivcs 
d'indication, se place en premier lieu l'utilité du régime. 

RÉGIHE 

En effet, l'utilité d'un régime alimentaire spécial s'impn^t! 
ici avec l'autorité impérieuse des choses nécessaires. Acii'ji- 
tant comme point de départ l'idée que le rein est devenu i n IV'- 
rieur à sa tâche et qu'il ne remplit plus sufTisammenL ~ri;j 
rôle d'organe dépuratenr et de filtre, le médecin est amen r r'i 
réduire la ration alimentaire au strict indispensable et ù i>n 
écarter toutce qui, par sa constitution chimique, peut deveuir 
une cause d'intoxication pour l'organisme (Chauffard), lin um 
cet ordre d'idées, le régime du lait s'est acquis un crédit h. 
peu près universel, qui en fait le régime de choix dan> ht 
traitement des néphrites. Chrestien, de Montpellier, a. tuu- 
sacré sa supériorité par un aphorisme célèbre. Peut-ijlro 
cependant a-t-on exagéré son importance el étendu outie 
mesure ses applications. Pour l'instant, contentons- m ms 
d'indiquer les règles générales qui doivent présider h suu 
emploi. 

La première condition pour assurer le succès di; la 
méthode, dit Chauffard, c'est que le régime lacté soil pro- 
gressif et réglé. Progressif, car il faut donner au malade le 
temps de s'acclimater à un régime en réalité fort rigoui'<'(i\ 
dans son apparente simplicité. La dose de 2 litres et dL'uii, 



L 



138 ' THÉRAPEUTIQUE MÉDICALE 

qui représente la ratioD normale d'entretien, ne doit être 
atteinte que d'une manière lenle et graduelle. U est préfé- 
rable de commencer par une quantité journalière de 1 litre 
ti 1 litre et demi, quantité suffisante durant les premiers 
jours. En second lieu, ce régime doit être rifflé, prescription 
aussi importante que les précédentes, sinon plus. CbauBard 
sntend par là qu'il faut donner le- lait à intervalles égaux, et 
[»ar doses égales : environ 300 grammes de lait toutes les 
deux heures. L'adjonction d'eaux minérales alcalines pré- 
sente quelques avantages sur lesquels il est inutile d'insister. 
L'utilité de ce régime méthodique s'affirme d'elle-même, 
i condition qu'il soit maintenu avec persévérance. Sous son 
influence, dit Chauffard que nous continuons & citer, les 
urines se modiflent, leur quantité augmente, au point de 
constituer une véritable diurèse, en même temps que leur 
couleur s'éclaircit, que leur teneur en albumine et en sédi- 
ment diminue. La disparition des œdèmes et des autres 
symptômes d'origine toxique ou simplement rénale repré- 
sente, avec les modifications précédentes, l'ensemble des 
phénomènes qui marquent l'amélioration due à l'usage 
exclusif du lait. 11 convient pourtant d'ajouter que celte 
amélioration est plus lente k apparaître et généralement 
[noins visible dans les néphrites chroniques, spécialement 
risées ici, que dans les néphrites aiguës ou subaiguês, où 
elles apparaissent avec une bien plus grande netteté. De ce 
chef, il y a déjà une certaine difficulté d'interprétation dans 
l'appréciation des effetsdu régime lacté vis-à-vis des néphrites 
anciennes. Une autre difficulté, de même ordre et aussi 
grande, est celle que l'on rencontre lorsqu'il s'agit d'appré- 
cier le moment où le régime exclusif cesse d'être indispen- 
sable ou même a commencé à être nuisible en tant que 
ré^me alimentaire suffisant. C'est U, vraimeut, un des 



TRAITEHENT DES NÉPHRITES V.iSi 

écueils majeurs de ta pratique. Chauffard dit avec raison 
qu'il faut procéder ici par essais prudents et coolrûlés, ou 
pour mieux dire par tâtonnements. 

L'adjonction au lait de quelques aliments d'origine viigà- 
tale, ayant subi une préparation culinaire très simple, est 
le premier pas à faire dans cette voie du changemenl de 
régime. Les différentes variétés de légumes verts, le.s fi^cn- 
lents de toutes sortes, les farines alimentaires y figuriml, 
associés au lait ou aux préparations qui en dérivenl. Une 
fois la tolérance obtenue, on peut t&ter des albuminoïdes, 
dont la privation prolongée cause un dommage cerlain â 
l'économie. L'usage des œufs représente le premier pas fait 
dans cette voie, mais ici encore il y a lieu de surveiller avec 
un soin extrême le retentissement de l'aliment sur le rein, 
à cause de l'éventualité toujours possible de phénomiînes 
graves d'intoxication. Chauffard rappelle à ce sujtit que, 
dans l'œuf de poule, c'est le blanc qui est souvent le plus 
mal toléré, que le jaune l'est davantage ef constitue un bon 
aliment de transition entre le régime lacté et végétarien et 
la reprise définitive du régime cerlain, 

Ma ce qui concerne ce dernier, le choix des viandes a une 
très grande importance. La viande de porc parait Être, siins 
que l'on sache pourquoi, la plus indemne de propriétés 
nocives, coDséquemment la mieux tolérée, soit sous forme 
de viande fratche, soit sous forme de chair conservée ou 
filmée (jambon). Les viandes dites blanches (veau, poulet) 
sont déjà d'une innocuité moindre, et cette remarque s'ap- 
plique encore davantage aux viandes de boucherie; dont 
l'usage, dit Chauffard, exige une guérisouconCrméee! solide 
du rein. En tout cas, une interdiction absolue et longtt^mps 
maintenue doit s'appliquer à certains aliments que leur 
origine où leur mode de préparation rendent juslement 



140 ' TBÉRAPBUTlOttB MÈDICALe 

suspects ; bouillons et potages, extraits et conserve de 
viande, poissons de toutes sortes, crustacées et coquillages, 
légumes etfruits acides, enfin boissons alcooliques de toute 
nature, etc. 

Nous jugeons inutile d'insister sur cette énumération, à 
propos de laquelle nous ne pourrions que rappeler des 
notions déjà connues. Il nous appartient seulement de sou- 
ligner, avec Chauffard, l'importance primordiale de cette 
question du régime chez les brightiques, la surveillance 
minutieuse et journslière qu'elle exige. En pareille matière 
toutefois il y a des nuances et des degrés, qui sont en rap- 
port plus ou moins étroit avec la forme ou le degrés de la 
lésion rénale. Cest particulièrement chez les sujets atteints 
de néphrite interstitielle que la sévérité dans l'observance 
des prescriptions devient nécessaire, carcfiez eux la durée 
delà maladie comprend des années, et implique des phases 
d'imperméabilité qui rendent le danger de l'insulllsaoce 
réaale et l'éventualité des accidents urémiques plus pro- 
bable et partant plus à redouter. A cet égard, la couviction 
résulte des faits très nombreux disséminés dans la litté- 
rature médicale et qui tous tendent à établir la gravité des 
jiccidents dus à un simple écart de régime. Fiessinger, 
d'Oyonnax, a cité encore tout récemment deux cas oji il a vu 
la mort survenir après l'ingestion inopportune d'une faible 
quantité de viande blanche, d'un peu de volaille bouillie. 
Il s'agissait dans ces deux cas de néphrite insterstitielle 
;ivérée. La néphrite parenchymateuse semble comporter 
par elle-même une plus grande tolérance vis-à-vis de t'ali- 
joentation, au moins pendant une grande partie de sa dorée, 
car on sait que vers la fin elle évolue parfois vers le type 
clinique de la néphrite interstitielle, par suite de l'alrophie 
lente et progressive du rein. Par là encore œs deux grands 



TRAITEMENT DES NÉPHRITES 141 

types de néphropathies chroniques méritent jusqu'à un 
certain point de conserver leur individualité respective, et 
l'on ne saurait sans imprudence leur appliquer des consi- 
dérations didactiques absolument semblables. Il n'empêche 
que^ dans ses grandes lignes, le régime ne soit sensible- 
ment le même pour l'une et l'autre, et que toutes deux 
méritent la plus extrême vigilance de la part du malade et 
du médecin. 

INDICATIONS SECONDAIRES 

Ce chapitre pourrait être fort long, si nous voulions lui 
donner l'extension qu'il comporte, car les indications secon- 
daires au cours des néphropathies sont variées et mul- 
tiples, étant donné que tous les appareils ou organes peuvent 
subir le retentissement de la maladie rénale et entrer chacun 
pour une part dans le complexus syiQptomatique. Mais cette 
sorte d'inspection de détail nous entraînerait à des déve- 
loppements excessifs et même étrangers à notre sujet, qui 
est une sorte de vue d'ensemble du traitement général des 
néphrites. Il est bon cependant de faire ressortir ce que 
l'évolution naturelle de celles-ci peut imposer des modifica- 
tions à l'intervention du médecin. C'est ainsi que, vers la 
période terminale, c'est-à-dire à ce moment qui correspond 
à la désorganisation irrémédiable du rein, on voit survenir 
souvent des accidents d'un genre particulier qui impli- 
quent nécessairement des modifications parallèles dans 
les moyens thérapeutique. Il existe notamment une phase 
cardiaque des néphrites, aboutissant à une sorte d'asystolie, 
phase bien conaue aujourd'hui et qui change profondément 
la physionomie clinique de la maladie, au point d'engendrer 
parfois des erreurs de diagnostic. Cette phrase cardio- 
rénale se rencontre principalement au cours de la néphrite 



iiâ THÉRAPEUTIQUE HÉDIGALB 

interstitielle^ forme qui aboutit si habituellement à Fimper- 
méabilité du rein. La dilatation des cavités droites, Tétat 
sub-asphyxique, l'oppression permanente, la diminution 
quantitative et la concentration des urines, la stase circu- 
latoire dans les viscères immédiatement tributaires^ de 
l'action du cœur sont les phénomènes qui surviennent alors 
et qui marquent la transformation du syndrome rénal en 
une sorte de syndrome cardiaque, d'ailleurs un peu 
fruste, incomplet, bâtard. Cette transformation doit avoir 
son contre*coup sur le traitement, car elle implique l'entrée 
en scène des médicaments propres à réveiller ou à stimuler 
la tonicité du myocarde (caféine, spartéine, digitale), en 
même temps que des moyens destinés à combattre ou à 
diminuer les stases viscérales avec leurs conséquences (sai- 
gnée générale ou locale, ventouses sèches, purgatifs, etc.). 
L'intervention ici doit d'ailleurs être prudente, en raison 
des circonstances spéciales où se produit cette asystotie, et 
particulièrement de l'imperméabilité rénale, qui est par 
elle-même un obstacle à l'élimination des médicaments. 
A cet égard, on ne saurait être trop réservé dans l'emploi 
de la digitale, dont l'accumulation éventuelle dans l'orga- 
nisme, par l'effet de la non-élimination, pourrait devenir 
la cause de très graves accidents. 

En dehors des accidents cardiaques, d'autres indications 
peuvent surgir de l'adjonction éventuelle de certains phé- 
nomènes qui n'ont avec la maladie rénale qu'un rapport 
éloigné, parfois même qu'une simple relation de coïnci- 
dence. Ici, on peut constater que la question du régime 
dans cette maladie se prête vraiment à une^^grande élasti- 
cité d'interprétation, et que la loi des indications peut y 
reprendre toute sa valeur. Tels sont, par exemple, les cas 
où la lésion rénale est doublée d'un élément neurasthé- 



ï 



TRAITEMENT DES NÉPHRITES J43 

nique important dont le régime contribue à empocher lu 
guérison et à perpétuer la durée. Dans cet ordre d'idées, 
Fiessinger (d'Oyonnax) a cité récemment des faits qui dé- 
montrent l'importance du régime et les bons résultats que 
l'on peut en récoller. Chez les deux malades qui en furciU 
l'objet, il a vu à un moment donné la cessation de la diélc 
lactée et le retour à l'alimentation ordinaire (viande, vin) 
améliorer des symptômes neurasthéniques jusque-là 
rebelles à tous les moyens. 

11 s'appuie sur ces deuic faits, très démonstratifs malgré 
leur petit nombre, pour faire ressortir les inconvénîenls 
d'une réglementation diététique trop uniforme et sé\èrL', 
comme celle que l'on emploie traditionnellement dans le trai- 
tement des néphrites chroniques. On saura désormais quo, 
chez les brightiques, des accidents d'ordre purement ner- 
veux disparaissent beaucoup plus facilement et plus sûre- 
ment par le retour à une alimentation reconstituante, dans 
laquelle entreront en proportions normales la viande et le 
vin, surtout te vin de Bordeaux, dont les propriétés toniques 
sont connues. Fiessinger se défend toutefois de vouloir 
généraliser cette remarque et pense qu'il y a lieu, en pa- 
reille occurrence, de tenir grand compte de la variété de 
néphrite à laquelle on a affaire. Le triomphe de la méthode 
semble réservé aux néphrites qui succèdent à la néphrite 
aiguë [parenchymat. clirouiqne). S'agit-il, au contraire, 
d'une néphrite interstitielle, forme qui conduit plus vite ù 
l'imperméabilité rénale et qui rend le rein particulièrement 
sensible, le médecin doit se montrer extrêmement prudenl 
et circonspect, l'usage de la viande, même en faible quan- 
tité, pouvant dans certains cas amener de très graves 
accidents. A cet égard, il semble que la thérapeutique four- 
nisse un argument favorable à la séparation des d^ux 



144 THÉRAPEUTIQUE MÉDICALE 

i 

espèces de néphrites, épithéliale et vasculaire, séparation 
déjà motivée par des raisons d^ordre à la fois anatomique 
et clinique. 

Au reste, il semble que cette question du régime des brigh- 
tiques soit en train de subir une véritable transformation, 
au point que les considérations qui précèdent pourraient 
bien, d'ici peu, exiger un remaniement devenu nécessaire. 

Désormais, on s'écartera des formules étroites, systéma- 
tiques, inflexibles, et on trouvera matière à de larges écarts 
dans le mode d'intervention médicale. Déjà quelques indé- 
pendants ont fait entendre des voix dissidentes et donnent 
le signal d'un commencement de réforme. Parmi eux nous 
citerons en particulier Von Noorden qui, tout récemment, a 
exposé devant des médecins anglais ses idées sur ce sujet. 
Notre confrère pose d'abord en principe, d'accord sur ce 
point avec Tuniversalilè des praticiens, que le régime doit 
épargner à l'organe malade tout travail superflu. Mais il 
estime aussi nuisible et dangereuse de pousser trop loin 
cette préoccupation conservatrice. Il exprime même sa 
pensée à cet égard d'une façon originale, en disant que les 
soins dont on entoure un organe, ne doivent pas conduire à 
négliger les intérêts alimentaires dé l'organisme. Vérité 
évidente par elle-même, semble-t-il, et cependant oubliée 
journellement dans la pratique, où l'on sacrifie trop sou- 
vent au souci exclusif de la lésion locale! En second lieu, il 
importe de tenir grand compte du pouvoir éliminateur des 
reins à l'état de maladie. Von Noorden établit que ce pou- 
voir est très différent suivant qu'il s'agit des produits nor- 
maux du métabolisme des tissus ou bien de substances 
étrangères à l'organisme : il est notablement plus marqué 
pour les premiers que pour les autres. Or, cette consta- 
tation doit rendre extrêmement circonspect quand il s'agit 



— ^ 



TRAITEMENT DES NÉPHRITES i45 

d'administrer à un brightique une matière toxique quel- 
conque, médicament ou autre. Par contre, elle doit atténuer 
la sévérité traditionnelle du régime alimentaire, puisqu'elle 
établit que l'élimination des produits de la désintégration 
intime des tissus est généralement satisfaisante : atténuation 
qui doit avoir elle-même son contre-coup sur la prophylaxie 
de Turémie, en diminuant la rigueur des principes sur 
lesquels elle a été fondée jusqu'à ce jour. C'est ainsi que 
Von Noorden se montre beaucoup plus conciliant sur la 
question de l'usage des albuminoïdes qu'on ne l'avait fait 
avant lui, en se fondant sur ce que, dans les néphrites 
chroniques, le rein élimine en quantité suffisante et à peu 
près indifféremment toutes les albumines, quelle qu'en soit 
la provenance. La suppression ou seulement la diminution 
des aliments de cette catégorie lui paraît dès lors une 
mesure inutile. L'ancienne diététique, sévère et inexorable, 
qui les proscrivait en bloc, a désormais fait son temps : elle 
ne trouve plus son indication que vis-à-vis des néphrites 
aiguës, dans lesquelles la fonction rénale est beaucoup plus 
gravement et plus profondément troublée, et qui com- 
portent par là un danger immédiat plus pressant. A l'avenir, 
elle devra céder la place à des combinaisons plus larges et 
à des interprétations plus élastiques, pour le grand bien et 
le plus grand agrément des malades. 

Une autre question, quelque peu connexe de la précé- 
dente, est celle de Tutilité des boissons chez les brightiques. 
Ici encore. Von Noorden se sépare de l'opinion médicale 
courante. Il considère en effet comme irrationnelle et dès 
lors condamnable la méthode qui impose l'usage des bois- 
sons abondantes, sous prétexte de favoriser par une forte 
dilution préalable de la sécrétion urinaire la sortie des 
matériaux d'élimination. Cette méthode, d'eau engorgeant 



1 



146 THÉRAPEUTIQUE MÉDICALE 

le système vasculaire, tend à augmenter de façon corres- 
pondante le travail du cœur, déjà menacé par le fait de la 
lésion rénale. Chaque brightique n'eat-il pas dans une 
certaine mesure un cardiaque, au point que dans bien des 
cas le trouble du cœur devient plus important que la lésion 
rénale? Cette considération, basée sur une conviction pro- 
fonde, explique comment Yon Noorden a cru devoir appli* 
quer dans une certaine mesure aux néphrites chroniques 
les principes formulés par Œrtel pour le traitement des 
maladies du cœur, et a fait de ces principes une partie des 
règles de sa méthode. Il a obtenu ainsi des résultats favo- 
rables dans des eas où le cœur avait notoirement faibli, où 
\a. dilatation cardiaque avait fait son apparition. En pareille 
circonstance, dit-il, la restriction des liquides, à elle seule, 
sans autre médication, produit une amélioration réelle et 
importante. On voit disparaître en peu de jours la dilatation 
cardiaque et la sténocardie, avantage d'une haute portée, si 
l'on réfléchit que la faiblesse du cœur constitue la compli- 
cation la plus fréquente et la plus redoutable de la néphrite 
chronique. C'est pour une raison semblable qu'il faut éviter 
l'usage d'une alimentation susceptible d'engraisser les 
malades (hydrocarbures), la stéatose qui en résulte étant 
une condition particulièrement favorable à la production 
de l'asthénie cardiaque. L'adiposité est une très fâcheuse 
complication du mal de Bright. Combinée avec une lésion 
rénale chronique, elle ne peut avoir que de mauvais résul- 
tats pour le cœur. La diététique ne doit jamais aller à 
rencontre de ce précepte. Ainsi donc, respecter l'intégrité 
du cœur et ménager sa force contractile, telle est, en résumé, 
la formule que le médecin doit avoir toujours présente à 
l'esprit, s'il ne veut s'engager dans une voie fausse et finale- 
ment préjudiciable aux intérêts du malade. {A suivre^) 



l'éducation physique des jeunes filles 147 



VARIÉTÉS r 



L'éducation physique des Jeunes filles, 

par le D' Laumonier. 

Au Congrès de rÉducation physique, tenu à Paris pendant 
l'exposition de 1900, on a beaucoup remarqué une équipe de 
jeunes filles, élèves de Tun des établissements d'éducation physique 
les plus renommés de l'Angleterre, le collège de Kingfield, à Dart- 
ford Heath. Ces jeunes filles ont exécuté, devant les gens les 
plus compétents, une série d'exercices et de mouvements gym- 
nastiques, qui, tout en rappelant par certains côtés les évolutions 
du corps de ballet, ont néanmoins montré quelle santé vigou- 
reuse, quelle harmonieuse proportion de formes, quelle souplesse 
et quelle grâce sont capables de donner des exercices physiques, 
choisis et appliqués avec discernement. 

Malgré les progrès accomplis à cet égard depuis une vingtaine 
d'années, il n'existe cependant, en France, aucun établissement 
comparable à ceux qui se sont fondés en Angleterre, en Amé- 
rique et en Suède pour l'éducation physique des adolescents et 
spécialement des jeunes filles. Dans nos lycées de filles, la gym- 
nastique est enseignée, certes, mais d'une manière accessoire et 
comme à regret, et Ton n'a jamais songé à y utiliser métho- 
diquement les jeux des élèves, livrés au hasard et à l'inspiration 
du moment, pour augmenter l'endurance et la vigueur de leur 
corps ; il faut reconnaître d'ailleurs que les parents, imbus encore 
des anciens préjugés, ne se montrent guère disposés à favoriser 
les tentatives qui pourraient être essayées de ce côté. Même à 
Cempuis, où M. Buisson a fait preuve d'audace et d'originalité, 
la culture physique n'était pas dirigée dans le sens, qui, préci- 



148 VARIÉTÉS 

sèment, confère aux méthodes des collèges spéciaux de l'Angle- 
terre, un cachet tout à fait singulier. Il m'a donc paru intéres- 
sant de décrire brièvement Torganisation et le fonctionnement 
des établissements pour l'éducation physique des jeunes filles et 
d'indiquer d'une manière générale les résultats qui y ont été 
obtenus. 

Il faut noter, tout d'abord, que certains de ces établissements, 
et notamment le collège de Dartford Heath, que nous avons ici 
spécialement en vue, sont en même temps des écoles normales, 
c'est-à-dire que, à côté des élèves ordinaires, venues là simple- 
ment pour compléter leur éducation physique, prennent place 
d'autres élèves qui, elles, se destinent à l'enseignement des 
méthodes gymnastiques et reçoivent en conséquence une ins- 
truction spéciale plus complète. Â la fin du cours, qui dure en 
moyenne deux ans, ces élèves sont placées, en qualité de profes- 
seurs, dans les écoles et les familles, et à des conditions très avan- 
tageuses, parait-il. 

Mais l'admission de ces dernières, dans les établissements qui 
nous occupent, est subordonnée à. une sélection sévère, tant au 
point de vue des qualités morales et intellectuelles qu*à celui des 
aptitudes physiques. Toute tare, déformation, infirmité, faiblesse, 
toute makidie notoire, tuberculose, scrofule, rachitisme, chlorose, 
neurasthénie, toute imminence morbide même, provenant de 
l'hérédité, est une cause d'élimination. Il faut donc, pour être 
admise dans la catégorie des élèves-professeurs, que la jeune 
tille soit parfaitement saine et bien constituée physiquement et 
moralement, car, devenue maîtresse, sa responsabilité sera 
grande, et il lui faudra constamment donner l'exemple de la 
fermeté et du savoir. Comme on le comprend, cette sélection 
constitue par elle-même une sérieuse garantie pour les famillesl 
Aussi ces jeunes filles, sorties victorieuses des épreuves et de, 
l'entraînement qu'on leur a imposé, trouvent-elles toujours faci- 
lement et convenablement à se caser, bien plus favorisées à cet 
égard que celles qui, ayant embrassé les autres carrières ouvertes 
aux femmes, sont obligées d'attendre longtemps et de lutter 



l'éducation phtsiooe des jeunes filles 149 

péniblement pour un gain misérable et parcimonieusement payé, 
quand encore elles oe se voient pas, malgré tout leur roérite, 
définitivement condamnées à la détresse et à la faim. 

Les écoles d'éducation physique sont installées de préférence 
en pleine campagne, afin de disposer de l'espace et des autres 
conditions qui leur sont nécessaires. Autant que possible, on 
choisit une région parfailement salubre, éloignéi! des marécages, 
des eiploitations et des industries matsaincs, peu humide, peu 
exposée aux vents violents et froids, et située, quand ît s'agit do 
contrées accidentées ou montagneuses de notre zone, sur les 
versautB méridionaui. Les divers locaux doivent Être isolés les 
uns des autres et non réunis en bâtisses immenses, comme on a 
la mauvaise habitude de le faire en France, car_ceB bâtisses, par 
leur disposition même, tendent à créer l'eucombrement et il est 
difficile de les aérer et de les ensoleiller convenablement. Les 
salles d'étude, les classes, les halls pour la gymnastique et les 
jeux d'hiver sont donc séparés, d'une part des réfectoires et des 
cuisines, d'autre part des dortoirs ou des chambres où les jeunes 
filles couchent et font leur toilette. Il est bon même d'atFecter à 
ce dernier usage plusieurs villas ou pavillons, de telle sorte que 
chacun deux ne renferme pas plus d'une vingtaine d'élèves, sous 
la surveillance d'une personne sérieuse et expérimentée. 

Un bâtiment spécial peut être réservé à l'administration, mais 
il est indispensable que l'infirmerie soit installée dans un pavillon 
d'isolement, à l'écart de tous les autres, tant pour assure r la tran- 
quillité des malades et leur éviter le bruit que pour empêcher un 
contage toujours possible. Naturellement, ces^divers locaux con- 
struits et aménagés intérieurement pour une aération complète 
et le nettoyage humide, sont munis de vastes baies d'éclairage 
afin de permettre à la lumière et au soleil de pénétrer partout et 
de stériliser rapidement les germes pathogènes qui s'accumulent 
et prospèrent dans les endroits clos et sombres. Ajoutons que 
chaque pavillon d'habitation contient une salle dallée et stucquée 
avec des baignoires et des appareils d'hydrothérapie pour les 
douches en place et en promenade. Quand cela est possible par 




150 VARIÉTÉS 

suite de la proximité d'une rivière, ou peut avoir une piscine à 
eau courante; mais cela n'es^ pas indispensable, quoique toutes 
les jeunes filles soient dans l'obligation de savoir nager. Enfin, 
dans les pays relativement froids, comme TAngleterre, toutes les 
pièces doivent être convenablement chauffées à l'aide de calori- 
fères à eau chaude ou à vapeur ou de radiateurs à régulalioik. Le 
froid ne saurait jamais empêcher une large ventilation, mais il 
est nécessaire de pouvoir réchauffer rapidement les chambres et 
les salles à une température de 15 à 18<> C. 
, Les vêtements ont une importance toute particulière, car, en 
raison des exercices auxquels se livrent les jeunes filles, ils doi- 
vent pouvoir se prêter, par la nature des étoffes employées et par 
leur coupe, aux jeux et aux mouvements violents. Il va de soi 
que le corset est supprimé, mais chez les élèves qui ont la gorge 
très développée, on peut tolérer sans inconvénient un léger sou- 
tien (support-breast), destiné à maintenir les seins sans les com- 
primer. Dans les collèges anglais, on donne la préférence aux 
vêtements de jersey, composés de bas, culotte de forme cycliste 
et chandails (blouse étroite ou gilet long), avec, par-dessus, une 
sorte de tunique en drap, dont l'empiècement, décolleté en carré, 
porte des bretelles ; les manches larges, agrafées à Tépaule, peu- 
vent être quittées à volonté. En été, cette tunique est remplacée 
par une blouse légère. Une ceinture en tresse, fixant la taille 
sans la serrer, complète ce costume à la fois simple et com- 
mode. 

De 7 heures du matin à 10 ou 11 heures du soir, la journée 
des élèves est distribuée de la manière suivante : 

Aussitôt levées, les jeunes filles vaquent aux soins d'une toi- 
letté bien entendue et prennent un bain ou une douche dans la 
salle aménagée à cet effet. A 8 heures, elles déjeunent avec du 
lait, du cacao et des tartines, puis remontent à leur chambre 
faire le lit et remettre tout en ordre. 

Ces chambres ont toutes un cubage de place très suffisant et 
de larges fenêtres, munies de vitres à bascule ou à trous pour la 
circulation de Tair, et de stores extérieurs et intérieurs; les murs 



L'ÉDUUtlON PHYSIQUE DBS JSU»ES FILLES ISl 

sont peints, et non recouverts de papier ou d'étoiïe, les planchera 
imperméabi lises, enfin le mobilier est propre et très simple et le 
Ut en fer. On supprime les tentures, les rideaux, les tapis, et, en 
général, tout ce qui peut accumuler la poussière, mais les élèves 
trouvent pourtant le moyen d'égayer la nudité des murs à l'aide 
lie petits souvenirs a rtistement installés, d'aquarelles, de photo- 
graphies, etc. 

Deus heures, de 9 à 1), sont consacrées chaque jour à l'en- 
seignement de l'anatomie , de la physiologie et de l'hygiène 
dans leurs rapports avec les exercices du corps et le maintien de 
la santé. Les personnes auxquelles incombe cette charge, sont 
naturellement choisies avec un soin tout particulier, attendu 
i{u'elles sont obligées d'instruire les jeunes filles de matières 
souvent délicates et qu'il est nécessaire qu'elles y apportent en 
conséquence beaucoup de tact et de délicatesse, sans outrer 
cependant une pudibonderie qui serait déplacée ici. 

L'enseignement de la gymnastique est à la fois théorique H 
pratique, c'est-à-dire que chaque mouvement exécuté est expliqut' 
dans ses causes et dans ses effets, et l'on insiste avec raison sur 
les inconvénients d'une exécution incorrecte. Tous les exercices 
physiques sont ainsi passés en revue, en mettant en valeur leur 
action physiologique et spécialement musculaire. En Angleterre 
et eu Suède, on enseigne également la gymnastique suédoise, 
suivant le système de Ling, et son application à la cure de . cer- 
taines maladies et de certaines malformations. En Amérique, on 
donne la préférence à la méthode autogymnastique dont lesandoK 
par exemple est une application. Enfin quelques élèves sont ini- 
tiées à la pratique du massage. 

Les démonstrations techniques ont lieu dans une salle spé- 
ciale, au moyen de squelettes, d'écorchés et de planches murales. 
Quant aux exercices de gymnastique, ils se font, en hiver, dans 
un vaste gymnase clos, dehors en été, les cordes, échelles, 
anneaux, barres, etc., et tes divers appareils de la gymnastique 
suédoise étant fixés à de gros arbres. D'ailleurs, il est de règle de 
laisser les jeunes filles vivre le plus possible au grand air, ei , 



152 VARIÉTÉS 

sauf quand il fait trop froid, les fenêtres et les portes restent 

< 

constamment ouvertes, de manière que les élèves, passant des 
salles de travail dans le jardin, ou réciproquement, semblent seu- 
lement aller d'une pièce à une autre ; on veille soigneusement, au 
surplus, à ce qu'elles soient efficacement protégées, par des vête- 
ments chauds et appropriés, contre les variations de la tempéra- 
ture. 

Une courte récréation suit ces deux heures de leçon ; en An- 
gleterre, elle est consacrée à une légère collation, biscuits, œufs, 
thé ou lait, puis viennent les jeux et enûn^ à 2 heures, le 
dîner. Ce repas, le seul sérieux, là-bas, de la journée, est abon- 
dant et varié ; les élèves, en effet, ont besoin d'une alimentation 
suffisamment riche, attendu qu'elles sont encore dans la période 
de croissante (la plupart n'ont pas atteint leur vingtième année) 
et qu'elles font en outre une dépense considérable de forces phy- 
siques. Sans être exclusif, il ne faut donc pas craindre de donner 
une ration copieuse de viande et de poisson frais, avec des œufs, 
des légumes cuits, des fruits de saison ou des marmelades, mais 
on doit éviter les charcuteries (sauf jambon) et les conserves, les 
herbes ou les légumes crus, les vinaigrettes, les épices fortes. 
Comime boissons, on donne de l'eau pure de bonne qualité, du 
lait, du vin coupé ou de la bière légère. En Angleterre, on abuse 
du thé; je ne crois pas que cette boisson soit cependant très 
recommandable aux jeunes filles qui se livrent à des exercices 
violents, en raison de son action excitante sur le cœur et la cir- 
culation. D'ailleurs, l'organisation des repas m'y paraît aussi très 
défectueuse. L'habitude d'un seul repas, très et même trop abon- 
dant, quoique entrée dans les mœurs, conduit presque nécessai- 
rement à la surcharge gastrique, puis à la lourdeur et à l'incapa- 
cité cérébrale digestives, qui expliquent, du reste, l'inactivité 
relative des heures qui suivent le dîner. Je préfère donc de beau- 
coup les habitudes françaises, plus rationnelles, et que Ton tend, 
du reste, à adopter dans la plupart des établissements scolaires. 

Les jeux, qu'ils précèdent ou suivent le dîner, se déroulent en 
plein air. Pour cela, dans un vaste jardin qui sert de cadre au 



l'ÉDUCATIOH physique DBS JEUNES FILLES 153 

collège, différents emplacements sont ménagés, et il n'est pas 
inutile de les choisir dans un site et avec une perspective agréa- 
bles. La contemplation de la nature agit sur l'esprit comme un 
tonique et sédatif puissant, et la vue de beaux arbres, de jardins 
Qeuris, de plaines couvertes de cultures et de moissons, de col- 
lines harmonieuses, ou de montagnes profilant sur l'horizon leurs 
crêtes indécises, exerce la plus heureuse influence sur les jeunes 
mentalités. 

A cet égard, rien n'est négligeable, d'autant plus que les col- 
lèges ne sont pas, comme on tend à le laisser croire chez nous, 
des prisons. Parmi les jeus, le Hockey, qui vient d'Amérique et 
jouit présentement d'une grande vogue, ala préférence en hiver, 
le tennis en été ; le Basket-balI (balle au panier) et le Cricket 
(jeu de crosse) sont aussi très prisés, ainsi que la corde, le 
volant, etc. Mais il ne faut pas croire que les élèves se livrent à 
ces jeux sans direction et au hasard. Une maîtresse expérimenti^e 
surveille les mouvements et les explique, indique l'utilité de tel 
geste, de telle attitude, de tel effort, et montre comment le corps, 
dans sa vigueur et dans sa souplesse, peut grandement bénéfi- 
cier de ce qui parait n'être qu'un simple amusement. Avec cetle 
contrainte et sous cet aspect pédagogique, le jeu semble bien 
morose, il n'en est rien. Les conseils et les explications donnés, 
bien loin de ralentir l'ardeur des élèves, ne font au contraire 
qu'exciter leur émulation, parce qu'on sait mettre à propos en 
jeu la vanité des avantages corporels à laquelle nulle femme 
n'est insensible. Quoi qu'il en soit, les jeux de plein air, pratiqués 
de la sorte, ont une action manifeste sur le développement et la 
proportion des formes, d'autant plus que la liberté des mouve- 
ments n'est gênée ici ni par la raideur du corset ni par la conven- 
tion des robes. Si l'on en juge, en effet, d'après ce qu'on a pu 
voir à Paris, le corps des jeunes filles, élevées dans les collèges 
d'éducation physique de l'Angleterre, s'éloigne singulièrement, 
par la courbure gracieuse et la fermeté de ses liijnes, du profil 
étriqué et plat que nos modernes couturières ont récemment mis 
à la mode. 



154 VARIÉTÉS 

Les sports ordinaires, bicyclette, course, lutte même, ne sont 
pas négligés et on leur attribue des pistes spéciales ; mais quand 
le temps est trop mauvais (pluie ou neige) pour rester dehors, 
les élèves s'adonnent à la pratique de diverses danses, depuis la 
gavotte et le mequet du vieux temps, jusqu'aux lanciers et à la 
valse de nos jours; on emprunte même aux nations étrangères 
quelques-unes de leurs plus jolies danses, que les élèves exécutent 
parfois dans le costume même du pays. Il ne faut pas mécon- 
naître, du reste, que la danse est, pour les jeunes filles, un des 
exercices les plus favorables qui soient, car elle actionne et déve- 
loppe les muscles des membres inférieurs et du bassin, comme 
on le remarque chez les ballerines, et même, dans une certaine 
mesure, ceux des bras et du thorax, quand il s'agit de danses de 
caractère, de danses espagnoles notamment, et donne enfin aux 
mouvements, par suite du rythme qui les règle, une grande sou- 
plesse et une grâce particulière. 

Après les jeux et les exercices de sport, les jeunes filles sont 
renvoyées à leur chambre, où elles changent de linge de corps et 
procèdent à une rapide toilette; quelques-unes prennent une 
douche, suivie d'un court 'massage; vient ensuite le goûter, puis 
les jeunes filles passent dans les salles de travail où elles inestent 
à peu près jusqu'au moment du souper. Ce temps est consacré à 
des leçons de littérature, d'histoire, de géographie, d'économie 
domestique, de pédagogie..., etc. Â 8 heures a lieu le thé ou 
le souper, moins copieux que le diner et composé de viandes 
froides avec des laitages, des confitures, et des biscuits. Enfin le 
repas terminé, les jeunes filles sont laissées libres jusqu'à l'heure 
du coucher ; elles peuvent causer, lire, faire leur correspondance, 
s'occuper de travaux d'aiguille, un peu trop délaissés dans les 
collèges anglais, ou même, si elles le préfèrent, monter à leur 
chambre pour mettre en ordre leurs petites affaires. 

Ajoutons que, pour compléter cette instruction, quelques écoles 
envoient leurs meilleures élèves visiter chaque année les établis- 
sements similaires de l'étranger, afin de les mettre à même de 



L*ÉDUCATION PHYSIQUE DES JEUNES FILLES 155 

comparer les diverses méthodes en usage et d*emprunter au 
besoin à chacune d'elles ce qu'elle a de meilleur. 

Gomme il est facile de le comprendre, l'entraînement spécial 
auquel les jeunes filles sont soumises dans les écoles d'éducation 
physique conduit à des résultats très remarquables . Non seule- 
ment le corps se fortifie, la santé s'affermit, Tintelligence se déve- 
loppe, mais le caractère moral tire lui-même un bénéfice consi- 
dérable de ce genre d'enseignement ; il acquiert plus de pondé- 
ration et de droiture, car l'équilibre et le fonctionnement régulier 
des organes conduisent à la bonne humeur et à l'équité, et les 
sentiments de pitié, d'indulgence, de bonté dérivent surtout de 
la conscience que nous prenons de notre valeur et de notre force. 
D'ailleurs l'expérience est là; en dehors de ces jeunes filles, s'il 
est certes possible de rencontrer des traits plus délicats, des 
figures plus jolies, des extrémités plus fines, il est difficile de 
trouver des corps plus harmonieux et plus robustes, des visages 
plus aimables, plus frais, plus éclatants du charme que donnent 
la jeunesse et la santé. 

Au reste, ce n'est sans doute pas uniquement pour obéir à un 
inexplicable engoùment que les demandes de maîtresses de gym- 
nastique, formées conformément aux principes exposés ci-dessus, 
affluent de plus en plus dans les collèges d'éducation physique . 
Si les familles, si les écoles publiques et privées de l'Angleterre 
réclament avec instance de tels professeurs pour leurs enfants ou 
leurs élèves, ce ne peut être, il me semble, que parce qu'on a 
constaté l'influence bienfaisante que leur enseignement spécial 
exerce sur les jeunes générations. 

A la constatation de ces résultats, il faut déplorer que rien 
encore n'ait été fait en France pour organiser un établissement 
analogue à ceux que je viens de décrire. Pourtant, nous nous 
piquons volontiers de hardiesse et nous aimons à préconiser les 
réformes ; tout se réduit malheureusement à des paroles, et, quand 
il s'agit de passer aux actes, on ne trouve plus, en face de soi, que 
des gens indifférents et timorés, exclusivement soucieux de leur 
routine. Ce serait à croire qu'il n'y a plus chez nous d'esprits 



156 RBVUE DES THÈSES 

ouverts et de donateurs généreux. 8*il y en a encore, qu'ils se 
hâtent donc de créer rétablissement qui nous manque pour les 
jeunes filles et qui est appelé à rendre au pays des services ines- 
timables, non seulement par ses élèves, mais encore et surtout 
par les maîtresses qu'il formera^et qui iront répandre, dans toutes 
les classes sociales , les bienfaits d^un système d'éducation 
physique intelligemment compris et appliqué. 



REVUE DES THÈSES 

par M"»* DuRDAN -Laborie 



De la compression et de la ligature de la carotide primitive 
dans le traitement de Texophtalmie pulsatile. M. Rasgalou 
(Thèse de Paris, 1901, n» 595). 

L'exophtalmie pulsatile^est produite par la rupture de la caro- 
tide dans les sinus caverneux. Lorsqu'elle n'est pas traitée, elle 
ne donne jamais de guérison. Il faut essayer tout d'abord la com- 
pression directe de la carotide et l'iodure à l'intérieur. 

Alors même que ce traitement ne réussit pas, la compression 
préalable donne le temps à la circulation collatérale de se déve- 
lopper et habitue le cœur au travail supplémentaire qu'il aura à 
fournir après la ligature. Puis faire la ligature de la carotide 
primitive du côté opposé à l'œil malade. 

Le trop grand âge, ou un état cardiaque, ou trop cachectique 
sont les seules contre-indications à l'opération. A la suite de 
l'opération, il faut exiger le repos au lit pendant quinze jours au 
moins. 

La sérothérapie préventive de la diphtérie, son état actuel, ses 
indications. M. Mathé {Thèse de Fam, 1901, n» 608). ^ 

Sauf de rares exceptions, tout le monde est d'accord aujour- 



.__J 



REVUE DES TUÈSES 137 

(l'hui, pour trouver au sérum antidiphtérique une action bienfai- 
sante, quand son intervention n'est pas survenue trop tard. 

Pour ce qui est de la prophylaxie, les avis sont encore partagés. 
Cependant ces injections préventives constituent le moyen le 
plus BÛr et le plus efficace de prophylaxie. 

L'immunité que confère ce sérum dure de trois à quatie 
semaiDes. La dose à injecter est de 10 ce. aux enfants au-dee- 
sous de dix ans, et 20 ce. à partir de cet âge. 

Ces injections n'entraînent aucun accident grave; elles sont 
inofTensives. Si des cas de diphtérie se produisent parfois eu dépit 
d'elles, ils sont rares et d'une extrême bénignité. 

Leur emploi s'impose dans les agglomérations, chez les enfants 
présentant des affections chroniques de la gorge. 

Il faut dans les cas d'épidémie, renouveler les inoculations 
toutes les trois semaines. 

Dei indications dn tubage et de la trachéotomie dans les laryn- 
gites diphtériques. M. Cabpentœr (Th4se dt Paris, 1901, 
n° 287). 

Depuis l'emploi du sérum antidiphtérique, le tubage est devenu 
la méthode de choix dans le traitement de la laryngite diphté- 
rique. 

Cependant on fait encore, et on fera toujours, des irachéoto~ 
mies. Voici les indications de cette opération. 

C'est la méthode de nécessité et non de choix, elle hérite des 
contre- indication s du tubage. 

Celles-ci sont : la mort apparente, l'intensité de l'angine, 
l'impossibilité de placer l'ouvre-bouche, l'œdème considérable 
des replis aryténoides. Enfin l'impossibilité de placer le tube, 
rejet incessant de celui-ci. 

Toutefois la trachéotomie pratiquée dans ces conditions donne 
des résultats peu favorables, c'est cependant l'unique chance de 
sauver l'enfaot; quand il n'est pas robjetd'unesurveillaDce cons- 
tante, le tubage donne une mortalité supérieure à la trachéo- 
tomie. 



tH8 



REVUe DES THÈSES 



léroihértpia intensive dans les cas de diphtérie grave. M. Mo- 
I-INIK {TKèM de Ports, n» 668). 

('h n'ont pas dans la pureté ou l'association de la diphtérie 
4U*(iU trouve les caractères de gravité. Il est en efiFet des diphté- 
riwi pures hypertoxiques, et des diphtéries associées bénignes. 
UH même» l'importance de Tangine est loin d'être en rapport 
«Hiu tous les cas avec la gravité de la diphtérie. L'angine n'est 
(|ua le dernier miroir incomplet de la maladie; elle n'indique pas 
|»lu« la gravité que la diarrhée, par exemple, n'implique celle de 
Itt tlothiénentérie. 

ht phénomène constant dans les cas graves, c'est l'exaltation 
ne la virulence du bacille de Lœffler ; c'est dans la gravité des 
iniénomènes généraux; celle-ci porte sur le système nerveux, 
l appareil circulatoire, l'appareil digestif. La plus redoutable de 
toutes est la forme hémorragique, et c'est surtout dans ce cas 
4u il faut craindre les accidents paralytiques tardifs. 

La dose de sérum ne sera donc pas proportionnée à l'âge mais 
4 la gravité de la maladie. 

L'inoculation initiale, dans les cas cités par l'auteur, n'a jamais 
été inférieure à 40 ce, même chez un enfant âgé de deux ans. La 
dose totale injectée a pu s'élever jusqu'à 80, 130, 160 ce, sans 
qu'on ait observé aucun accident attribuable au sérum. 

Traitement local de la glossite tertiaire par le sublimé. M. Pitou 
(Thèse de Paris, 4901, n» 410). 

Le médecin possède idans le mercure et l'iodure de potassium 
deux armes puissantes contre la syphilis. Le plus souvent le trai- 
tement spécifique lui donne de brillants résultats ; mais il y a une 
ombre au tableau. 

Certaines formes, dites syphilis malignes précoces, sont rebellée 
au traitement le plus intensif. Parmi celles-ci il faut mettre au 
premier rang les accidents tertiaires de la. langue qui semblent 
créer un milieu favorable au développement du cancer. 

Le sublimé dans ces cas, pris sous forme de pastille de 1 mil- 



^ 



REVUE DES THÈSES 159 

ligramme, a une action très efficace sur les lésions tertiaires de 
la langue. 

Il agit à la fois par son pouvoir antisyphilitique et ses propriétés 
antiseptiques. Ce mode de traitement possède l'avantage de com- 
biner Faction locale à l'action générale, et d'éviter ainsi l'incon- 
vénient des médications intensives. 

La dose est de i centigramme par 24 heures et fractionnée en 
20 parties. Veiller aux dents, et diminuer la dose si elles sont en 
mauvais état.. 

Contrihation à l'étude des phlébites, leur traitement par la 
mobilisation précoce. M. Groixmarie (Thèse de Paris, 1901, 
no 15). 

La cause réelle et première de la phlébite c'est l'infection. 
Toutes les veines de l'organisme peuvent être le siège de l'infec- 
tion, aussi trouve-t-on des phlébites dans toutes les régions du 
corps. 

La mobilisation doit être faite aussitôt après la disparition des 
phénomènes inflammatoires. 

Dans la première période immobilisation absolue; dans la 
deuxième, mobilisation progressive pendant quelques jours; puis 
léger massage, frictions douces, et ensuite permettre au malade 
de se lever progressivement. 

Selon l'auteur, ce traitement diminuerait les risques de l'em- 
bolie, et activerait Iji guérison. 



160 FORMULAIRE 



FORIUUIRE 



Lotion contre la chute des cheveux. 

Eau de Cologne 200 gr. 

Glycérine 25 » 

Teinture de canth.aride 10 » 

Nitrate de pilocarpine » 50 



Potion contre la hronchopneumonie. — Potion avec : 

Acétate d'ammoniaque gr 30 

Kermès minéral . » 10 

Sirop de codéine 10 » 

Eau de fleurs d'oranger 40 » 

Une cuillerée à café toutes les deux heures. 

S'il existe des phénomènes d'asystolie, prescrire la potion sui- 
vante : 

Gomme ammoniaque gr. 25 

Eau de "mélisse iO » 

Infusion de thé I ** ok 

Sirop de café | aa ^5 gr. 

A prendre par cuillerée à café toutes les heures. 
Ces doses s'appliquent aux enfants de dix ans ; les augmenter 
selon l'âge des adultes. 



Le Gérant : 0. DOIN 



IMP. F. LEVÉ, 17, RUE CASSETTE. — PARIS-6» 



-^ 



BULLETIN t61 



BOLLETII 



L'éorémagedulait Tappauvrlt en léoithine. — Llnooulation 
préventive de la fièvre typhoïde. — Opérateur sur lui-même. 
— Les dents des écoliers. — Tuberculose et cigares. — La 
langue dans la malaria. — Le oyto-diagnostio dans la 
sypnilis oculaire. — La radiologie dans les hôpitaux. 

Le lait renferme de la lécithine dont on connaît raction émi- 
nemment précieuse, surtout au point de vue de son utilisation dans 
la constitution des tissus de nouvelle formation chez Tenfant. Or, 
si on l'écréme à 30 ou même à 40 p. iOO, ce qui est la pratique 
constante mise en œuvre pour presque tous les laits vendus à 
Paris, on enlève de fait à ces laits, ainsi que Bordas et Rack- 
zowski viennent de le démontrer, 20 à 30 p. 100 de lécithine. Les 
laits ainsi traités perdent donc une grande. partie de leur puis- 
sance nutritive pour l'enfant surtout, et d'autre part, ils sont 
d'une digestion beaucoup plus difficile, ce qui pourrait expli- 
quer, au moins en partie, l'existence des troubles intestinaux si 
fréquents chez les enfants auxquels on administre ces laits ainsi 
écrémés. 

o 
o o 

Qu'a donné le vaccin antityphoide de Nettle si largement uti- 
lisé pour protéger les troupes anglaises envoyées dans l'Afrique 
du Sud? Les résultats ne sont pas encourageants, si l'on en juge 
par la statistique que vient de publier le D' Crombie. 

Cette statistique porte sur 250 officiers revenus du Transvaal en 
congé de convalescence pour maladies ou blessures. 

112 de ces officiers avaient reçu Tinoculation préventive; 
29 avaient eu antérieurement une attaque de fièvre typhoïde; 
109 n'avaient pas été inoculés et n'avaient jamais eu la fièvre 
typhoïde. 

BULL. DE THÉRAPEUTIQUE. — TOME CXLV. — 5* LIVR, 5 



162 BDIXBTUI 

Sur les 112 inoculés, 42 ont été atteints de la fièvre typhoïde 
dans TAfrique du Sud, — soit une proportion de 37,5 p. 100. 

Sur les 109 non inoculés, 24 seulement ont été atteints, — soit 
une proportion de 22 p. 100. 

Sur les 29 qui avaient eu une fièvre typhoïde antérieure, on en 

compte seulemjBut 3 qui ont eu une nouvelle atteinte, — soit 10,3 

pour 100. * 

o 
o o 

Un vieux sergent de tirailleurs, Ben-AUed, vient, dit la Petite 
Gironde^ de faire sur sa propre personne une série d'opérations 
qui déroutent les chirurgiens algériens. Comme il avait à Textré- 
mité du petit doigt du pied gauche une plaie qui le faisait beau- 
coup souffrir, il prit un canif et se trancha le doigt; mais peu 
après un mal identique survint au pied droit. Il renouvela Topé- 
ration, mais ne prit pas des précautions de propreté. La plaie 
s'envenima, et bientôt tout le pied devint noir. Le médecin lui 
conseilla d'entrer à l'hôpital ; mais après de nombreuses hésita- 
tions, causées par la terreur instinctive qu'ont les Arabes pour 
l'hôpital, il rentra chez lui et, courageusement, avec les outils 
les plus primitifs, il opéra lui-même la section de la jambe. 

A l'heure actuelle, l'opération seinble avoir parfaitement réussi, 
et le vieux tirailleur possède une confiance illimitée des autres 
indigènes, qui viennent tous se faire opérer par lui. 

o 
o o 

La carie dentaire serait excessivement fréquente chez les 
enfants des écoles. C'est ainsi qu'à Strasbourg, Pinspection den- 
taire bien faite a montré que sur 10.000 enfants visités en une 
année, 430 seulement avaient une denture intacte, 5.219 dents 
manquaient déjà et des 200.605 dents existantes, 102.456 étaient 
cariées ! 

Il est vrai que chez tous ces enfants les soins des dents étaient 
à peu près nuls. 

Aussi est-il indispensable d'apprendre aux enfants les soins de 



BULLETIN 163 

la bouche, de les munir de brosses à dents, d'aviser les parents 
lorsqu'on trouve des dents malades. 



o 
o o 



On sait qu'à Cuba des mesures spéciales ont été prises dans 
les manufactures de cigares, afin qu'ouvriers et ouvrières, humec- 
tent, pour finir le cigare, le bout avec une éponge et non plus 
avec leurs lèvres, comme ils le faisaient auparavant. Les expé- 
riences faites récemment en Italie par Peserico, viennent à l'appui 
de ces prescriptions. Des morceaux de tabac imprégnés de cra- 
chats de phtisiques ont provoqué l'apparition de la tuberculose ; 
des bouts de cigares fumés par des tuberculeux avérés et main- 
tenus au sec pendant deux ou trois semaines, puis inoculés à des 
cobayes avaient conservé toute leur puissance infectante. 





o o 



S'il faut en croire M. Loilan, la langue serait caractéristique 
dans le paludisme. Elle présenterait deux lignes noirâtres allant 
de la base à la pointe séparées par un intervalle de muqueuse 
normale de quelques millimètres de large. Ce signe s'observerait 
d'habitude du premier au quinzième jour après l'infection, persis- 
tant plus ou moins suivant les sujets sans être modifié par une 
purgation* Sur plusieurs centaines de cas d'infection, M. Loflan 
assure que Iq phénomène de la a langue maiarienne » a presque 
toujours précéda 4e vingt- quatre à trente-six heures une éléva- 
tion de température* 



o 
o o 



Dans des cas douteux, le cyto-diagnostic peut renseigner sur 
Tétai du nerf optique. C'est ainsi que chez un homme atteint de 
syphilis depuis plus de six mois et porteur d'une double névrite 
optique révélée par l'ophtalmoscope, l'examen du liquide céphalo- 
rachidien montra une lymphocytose abondante caractérisée par 
1^ présence de 20 à 30 lymphocytes par champ d'immersion, sans 
polynucléaires. Chez un autre atteint de syphilis depuis dix-huit 



164 BULLETIN 

mois avec iritis discrète mais doute sur Texistence de la névrite, 
ou constata une lymphocytose peu abondante, très nette toute- 
fois, également sans polynucléaire. M. de Lapersonne qui relate 
ces faits à la Société de Biologie^ tant en son nom qu'en celui de 
MM. Opin et Le Sourd, insiste sur les renseignements que peut à 
l'occasion donner le cyto-diagnostic sur Tétat de nerf optique et 
montre tout Tintérét qu^il peut y avoir en pathologie oculaire à ce 
que ces recherches soient poursuivies. 

o 
o o 

La Société médicale des hôpitaux vient d'exprimer les vœux 
suivants : 

« 1* Que chaque hôpital soit pourvu d'une salle destinée à 
l'exploration radiologique suivant ses deux modes, examen 
radioBCOpique et radiographie, l'un et l'autre indispensables; 

2° Que, dans le local affecté à cette salle d'exploration, on 
réserve l'emplacement nécessaire aux opérations photogra- 
phiques proprement dites, spécialement un cabinet noir pour le 
développement des clichés ; 

3<* Que, le maniement des appareils d'exploration, radiologique 
soit confié, dans chaque hôpital» sous le contrôle des chefs de 
service, à un jeune homme possédant avec les notions théoriques 
et techniques indispensables une solide instruction médicale, de 
préférence à un interne ou ancien interne en médecine nommé 
au concours et qu'on lui donne pour aides, suivant l'importance 
de l'hôpital, une ou plusieurs infirmières chargées de l'entretien 
des appareils en bon état et de ce qu'il est permis d'appeler la 
cuisine photographique ; 

40 Que, pour restreindre autant que possible les dépenses nou- 
velles nécessitées par ces salles d'exploration, l'examen radios- 
copique soit préféré à la radiographie ou tout au moins la pré- 
cède dans tous les cas où il sera permis de supposer qu'il peut 
suffire au diagnostic, et que seuls les véritables indigents puissent 
bénéficier de la radiographie gratuite. » 



TRAITEMENT DES NÉPHRITES 



TRËRtPEUTIQUE lÉDICALE 



Tr&Iteaient des néphrites (1). 



par M. MusELiEB, 
Médecin de THetel-Dieu. 



TRAITEMENT MEDICAMENTEUX 

Si on prend l'albaminurie pour base d'appréciation de 
l'altéralion rénale, comme c'est encore la tendance géné- 
rale, on est naturellement amené à rechercher s'il existe 
dans l'arsenal pharmaceutique des agents susceptibles 
d'exercer sur elle une inHuence directe, capable de la dimi- 
nuer où même de la faire disparaître, l'obtention d'un tel 
résultat impliquant logiquement une amélioration par»l- 
■ lèle du rein, c'est-à-dire une rétrocession de la néphrite. 
De fait, on a préconisé un grand nombre de substances dont 
l'utilité est plus que douteuse ou doni l'emploi, pour quel- 
ques-unes du moins, ne procède que de données empi- 
riques. Nous voyons figurer dans cette liste les iodures 
alcalins, les sels de strontium, le bleu de mélbylënc, les 
préparations tanniques, la teinture de cantharide, etc. 
ChaulTard ne cache pas son scepticisme quant à l'efficacité 
réelle de ces médicaments auxquels, dit-il, on a attribué 



166 THËRAFEUTIQUIS MÉDICALE 

vis-iL-Tis du glomérule une action qui n'est rien moins que 
démontrée. 

Seul, le lactate de strontium aurait un effet rédacteur 
positif, surtout dans les néphrites diffuses accompagnées 
d'albuminurie abondante. Halbeureusement le bénéfice ré- 
sultant de cette diminution ne semble pas survÏTre à la ces- 
sation du médicament, de sorte qu'il y aurait 1& une simple 
apparence plutôt qu'une réalisation d'effet curatif. 

Procédant d'une idée toute différente, Lancereauxet Cas- 
saët ont préconisé la têinlura de cantkarides, dans le but de 
modifier la marche de certaines néphrites torpides qui ont 
tendance à s'éterniser, en donnant une sorte de coup de 
fouet aux lésions épithéliales. C'est, sous forme d'applica- 
tion interne, une réédition de la méthode substitutive si en 
honneur h une certaine époque. Le point de départ de cette 
pratique est déjà contestable, et propre à inspirer une cer- 
taine défiance, d'autant qu'elle va à rencontre de ce grand 
principe, à savoir que toute cause d'irritation peut aggraver 
singulièremenl et parfois très vite l'étal du rein chez les 
individus atteints de néphrite lente, subaiguë ou chronique. 
C'est poar cela qu'on recommande d'éviter le froid et 
l'usage de certains aliments dont le passage à travers le 
rein a produit fréquemment des poussées congeslives vers 
l'organe. A plus forte raison la cantharide, dont l'action 
élective sur le rein est si bien établie. D'ailleurs, la mé- 
thode de Lancereaux n'a donné, entre les mains de ceux 
qui ont eu la hardiesse de l'imiter, que des résultats infi- 
dèles ou contestables. Il y a du reste toute une classe de 
médicaments auxquels on peut adresser le même reproche, 
et qu'il conyientpour cela d'éviter chez les néphropathiques 
Nous avons nommé les diurétiques irritants on intoxiquants 
(scille, sels de potasse, etc.), et les balsamiques, dont Vac- 



TRAITEMENT DES NÉPHRITES 167 

tion irritante est également nuisible. L'emploi des hypno- 
tiques, suironal, chloralose, opium, etc., trouve aussi 1res 
souvent une contre-indication formelle dans l'état d'imper- 
méabilitë rénale plas ou moins avancée qui empêche l'éli- 
minationet produit l'accumulation d'une substance toxique . 
En résumé, comme le dit Chauffard, le médecin placé en 
face d'une néphrite chronique doit se préoccuper avant tout 
de restreindre la formation des toxines et d'en assurer 
l'élimination, et secondairement de ne rien introduire dans 
le pl&sma sanguin qui puisse devenir une cause d'intosi- 
cation pour le malade. Cette préoccupation, véritable idée 
directrice du traitement, s'impose naturellement avec une 
opportunité d'autant plus grande que la forme de néphiitt: 
à laquelle on a affaire expose davantage à rimpermêabilitiî : 
telle la néphrite interstitielle d'emblée, et la néphrite paren- 
chymateuse à sa phase terminale. Nous avons déjà, dans 
cette ordre d'idées, à propos du régime alimentaire, cité 
plus haut des faits d'une précision vraiment suggestive. 

MÉDICATION OPOTHÉHAPIQUE 

On s'étonnera peut-être de voir figurer ici uneapplicatioa 
de l'opothérapie, cette branche toute moderne de la théra- 
peutique, qui semblait réservée A d'autres altérations viscé- 
rales et à d'autres phénomènes pathologiques que ceux don L 
il est question ici. Ellea pourtantfait son entrée en néphro- 
pathologie d'une manière encourageante et même brillante . 
Les faits qui ont marqué cette prise de possession sont à la 
vérité peu nombreux, mais d'une précision suffisante pour 
justifier les conclusions des premiers observateurs. Chez 
nous, c'est Dieulafoy qui s'en est constitué le vulgarisateur 
convaincu et celui qu'il a rapporté il y a quelques années, 



168 THÉRAPEUTIQUE MÉDICALE 

en collaboration avec son interne ReDon, en est peut-être 
un des plus démonstralifs. Nous le résumons ici succincte- 
ment pour les besoins de notre sujet, qui comprend dans 
toute son étendue la question du traitement des néphrites. 
Dieulafoy avait été frappé de Timportance de Tanurle 
brightique, de sa résistance habituelle, voire même de son 
irréductibilité vis-à-vis des moyens de toutes sortes (déri- 
vatifs, diurétiques, etc.). C'est en présence de cette consta- 
tation qu'il eiit ridée d'utiliser la substance corticale du rein 
que la théorie physiologique indiquait comme le diurétique 
par excellence. Il fit préparer à cet effet un liquide auquel 
il donna le nom de nêphrinfi e\. dont la constitution semble 
d'ailleurs très voisine de celle de la plupart des extraits 
organiques. Avec cette substance, convenablement stéri- 
lisée, ir pratiqua chez un sujet atteint d'anurie brightique 
une série d'injections sous-cutanées représentant chacune 
environ 50 centigrammes de néphrine. A la suite de ces 
injections, il vit réapparaître la sécrétion urinaire complè- 
tement abolie depuis cinq jours, et parallèlement il con- 
stata l'amendement des phénomènes urémiques, extrême- 
ment marqués chez son malade (état sub-comateux sueurs 
d'urée). Ce fait remarquable est àrapprocher de celui encore 
suggestif de Gossin(de Lyon), qui, chez une femme atteinte 
d'accidents urémiques extrêmement graves, réfractaires à 
tous les moyens habituels, vit ces accidents rétrocéder 
devant une injection quotidienne de néphrine, leur réap- 
parition coïncidant chaque fois avec la cessation de celle-ci. 
De même, bien que dans un ordre d'idées un peu différent, 
les faits de Schiperovsritsch (de Saint-Pétersbourg) viennent 
apporter un appoint sérieux en faveur de cette application 
antibrightique de l'opothérapie. Le médecin russe a 
expérimenté l'extrait de rein frais chez 35 malades 



TRAITEMENT DBS NÉPHRITES 169 

atteints de différentes variétés de oéphrile, avec ou sang 
urémie. Ces malades n'étalent point astreints au régime 
tacté,et faisaient même usage de l'alimeatation carnée. L'au- 
teur a constaté ainsi, dans près de la mgitié des cas 
(40 p. 100), la disparition de l'albumine urinaire conjoin- 
tement avec l'amélioration de l'état général et l'absence de 
phénomènes urémiques ; il a constaté aussi que la suppres- 
sion momentanée de la médication coïncidait avec le retour 
des accidents, etc. 

Nous empruntons au livre de Dieulafoy ces quelques faits 
qui méritent, nonobstant leur petit nombre, de figurer en 
bonne place et de servir d'amorce pour des recherches ulté- 
rieures. Ils renferment une confirmation indirecte de la 
théorie des sécrétions internes appliquée au rein, du ti^Im 
que joue la fonction interne de cet organe dans la genèse de 
quelques-uns des plus importants phénomènes du brigh- 
tisme. Et, tels qu'ils sont, ils autorisent des essais nouveaux 
que l'on sera fondé à instituer toutes les fois que les agents 
de la thérapeutique ordinaire auront donné la preuve de 
leur impuissance. 

TRAITEMENT SrËCIFKJUE 

Dans le traitement des néphrites chroniques, de mèmu 
que dans celui des nôpbrites aiguës, la notion d'une canse 
spéciale, initiatrice de la lésion rénale, peut-elle servir, 
en certains cas, à établir des indications et à justifier urne 
médication particulière adaptée à cette cause reconnue ou 
présumée? Y a-l-it place, en un mot, vis-à-vis de certaines 
néphrites, pour un traitement réellement spécifique? Ojj 
peut répondre afllrmativement, mais en constatant immé- 
diatement que le groupe des néphrites qui répond à celte 



170 THÉRAPEUTIQUE MÉDICALE 

notion est assez restreint, puisqu'il ne comprend que ces 
trois variétés : syphilitique, tuberculeuse, paludéenne. Et 
encore la néphrite syphilitique tertiaire est peut-être la seule 
à posséder une individualité véritable, une physionomie à 
part. Les deux autres manquent souvent des caractères qui 
déterminent la spécificité et ne diffèrent pas sensiblement 
des néphrites chroniques, simples. Chauffard, à qui nous 
empruntons cette remarque, propose ici une explication 
ingénieuse, en émettant Tidée que la cause spécifique, seule 
ou associée à d'autres agents pathogènes, peut engendrer 
des lésions de néphrite vulgaire, ajoutant que la dissem- 
blance des résultats donne la preuve de la dissemblance 
des modalités pathogènes possibles : lésion spécifique, si 
l'agent infectieux se fixe directement sur le rein ; lésion vul- 
gaire, s'il n'intervient que par sa toxine. On ne saurait 
mieux dire pour expliquer les contradictions apparentes du 
sujet. 

NÉPRmTE CHRONIQUE SYPHILITIQUE 

On sait que la syphilis peut toucher le rein à toutes les 
périodes de son évolution,. de telle sorte qu'à la suite des 
néphrites secondaires et précoces, il y a encore la syphilis 
tertiaire ou tardive, enfin la syphilis héréditaire ou hérédo- 
syphilis. C'est dans ces deux derniers groupes de faits que 
le caractère spécifique de la lésion s'affirme le plus. Suivant 
la juste remarque de Chauffard, il y a alors moins néphrite 
que syphilis rénale. L'infection frappe le rein à la manière 
du foie, irrégulièrement, par atteintes partielles ou îlots, 
dans l'intervalle desquels le parenchyme conserve sa texture 
normale : fait qui est d'ailleurs conforme à ce que nous 
savons du mode d'agir de la syphilis dans ses périodes 



TRAITEMENT DES NÉPHAITES 171 

avancées. Dieulafoy reconDaft aussi que la syphilis peut 
frapper le rein de diverses manières. Dans lin premier 
groupe de faits, la maladie, limitée au rein, est pour ainsi 
dire atténuée et ne produit que de légers accidents. Dans 
un deuxième groupe, plus nombreux, la maladie évolue à la 
façon du mal de Bright vulgaire. Il y a enfin un troisième 
groupe de faits où des lésions de même origine coexistent 
dans d'autres organes, et ici Tallération rénale se perd en 
quelque sorte dans l'ensemble . Mais peu importe d'ailleurs, 
et quelque variés que puissent être les nuances indiquées 
dans cette classification, il faut bien savoir que le traitement 
spécifique a une importance réelle. Aussi Dieulafoy affir me- 
t-il que le mercure et l'iodure de potassium sont les deux 
agents thérapeutiques véritables de la néphrite syphilitique 
tertiaire. Pour sa part, il donne la préférence aux frictions 
mercurielles, et plus encore aux injections sous-cutanées de 
solution huileuse de biiodure de mercure. Une condition 
essentielle du succès, d'après lui, c'est que le médecin sache 
interrompre et reprendre alternativement Tusage de la 
méthode. Il doit se défier d'une première amélioration, sou- 
vent obtenue assez vite; la guérison définitive étant difficile 
à réaliser. Dieulafoy remarque également que la cure lactée 
n'a pas ici la même utilité que dans d'autres néphrites : à 
preuve, ce fait où le traitement spécifique à lui seul amena 
la guérison, le régime diététique ordinaire n'ayant fourni 
aucun résultat. Le savant pathologiste reconnaît toutefois 
que l'association des deux méthodes est le plus souvent 
indispensable : constatation qui, à vrai dire, n'est pas pré- 
cisément un argument favorable à la supériorité du traite- 
ment spécifique. 

Chauffard professe une opinion très voisine de la précé- 
dente. Le régime lacté a sa préférence en tant que traitement 



rjr^- 



172 THÉRAPEUTIQUE MÉDICALE 

d'épreuve, el c'est d'après ses résultats bien et dûment enre- 
gistrés, réduction de Talbumine, rétrocession des phéno- 
mènes généraux et locaux, que doit se décider Topportunité 
du traitement spécifique. En ce qui concerne ce dernier, il 
insiste seulement sur l'utilité de l'association de Tiodure de 
potassium au mercure dans la syphilis tertiaire et surtout 
dans l'hérédo-syphilis. Il reconnaît aussi qu'une surveillance 
suivie el sévère, chez les sujets une première fois améliorés 
est vraiment indispensable et que la reprise intermittente du 
traitement spécial est nécessaire pour consolider une gué- 
rison souvent plus apparente que solide. Nous ne pouvons 
que souligner ces déclarations judicieuses, et proclamer à 
notre tour, avec Chauffard, que l'épreuve de la médication 
spécifique s'impose chez tout syphilitique porteur des signes 
d'une néphrite ancienne pour l'explication de laquelle une 
enquête minutieuse n'a point fait découvrir d'autre facteur 
étiologique. 

NÉPHRITE TUBERCULEUSE 

La néphrite tuberculeuse n'offre pas, à beaucoup près, de 
notion étiologique aussi utilisable que celle de l'origine 
syphilitique. Cela tient en partie à la variabilité du mode 
d'action de la tuberculose sur le rein, circonstance qui fait 
que les cas ne sont comparables entre eux ni au point de 
vue des lésions ou des symptômes, ni par conséquent à 
celui du traitement. Il y a, par exemple, de notables diffé- 
rences entre la néphrite par tuberculine et la néphrite bacil- 
laire proprement dite, et la dégénérescence amyloïde qui 
suit d'ordinaire les tuberculoses éloignées. On n'est même 
pas d'accord sur le mode réactionnel le plus habituel : on ne 
sait encore si ce mode intéresse l'élément sécréteur plutôt 



TRAITEMENT DES NÉPHRITES 173 



que les autres parties, s'il n'y a pas prédominance des 
lésions épilhé liâtes, ce qui ferait du reia tuberculeux uns 
manière de néphrite parenchymateuse. Des travaux récents 
u'ont guère éclairci la question. Us ont laissé le débat en 
:juspena. Ces divergences n'ont d'ailleurs qu'une faible 
importance au point de vue du traitement qui, faute d'indi- 
cations bistoiogiquea nettement définies, reste assez incer- 
tain dans ses effets. Là, encore, le régime laclé combiné 
avec quelques agents de la médication interne antituber- 
culeuse (iodoforme) semble être l'unique et d'ailleurs insuf- 
fisante ressource. Dans le cas de tuberculose rénale, recon- 
naissâble à des signes spéciaux (pyurie, hématurie), c'est la 
chirurgie qui est appelée à intervenir en dernier appel, 
ainsi du reste que pour la plupart des tuberculoses locales, 
trop souvent au dessus des ressources de l'art. 

NÉPHRITES PALUDÉENNES 

Moins connues des médecins européens que les précé- 
dentes, les néphrites paludéennes possèdent cependant 
une individualité étiologique indiscutable, que leur coïnci- 
dence chronologique avec l'intoxication paludéenne suffi- 
rait du reste seule à dégager et à préciser. Pourtant Chauf- 
fard estime que, sauf quelques lésions d'origine sclérotique 
ou pigmentaire, cette variété de néphrite ne représente au 
fond qu'une branche des néphrites infectieuses chroniques, 
dont elles partagent la complexité d'évolution et de morpho- 
logie. Elle se rencontre tantôt chez les paludéens récents, 
tantôt chez les victimes du paludisme chronique. 

Dans quelle mesure le traitement qui vise l'intoxication 
paludéenne elle-même peut-il atteindre ces néphrites? 11 est 
difficile de donner à cette question une réponse satisfai- 



174 THÉRAPEUTIQUE MÉDICALE 

santé. Si l'opinion de Chauffard est fondée, il apparaît que 
la lésion rénale, une fois créée et constituée, subira la des- 
tinée commune aux altérations similaires et évoluera vers 
le terme habituel, qui est Tamoindrissement progressif des 
fonctions de l'organe, aboutissant un jour ou Tautre à 
l'insuffisance irrémédiable. En considération de cette fin 
probable, et pour la prévenir si possible, on est fondé à 
joindre au traitement habituel des néphrites d'autres moyens 
adaptés à la cause première, c'est-*à-dire un ensemble de 
prescriptions hygiéniques associées à l'usage de certains 
médicaments qui ont fait leurs preuves : quinine, arse- 
nic, etc.. Et ici nous sommes loin des ressources que 
fournit pour d'autres néphrites la notion de l'origine syphi- 
litique. Dans les deux médicaments que nous venons de 
citer, il n'y a en effet rien de comparable à l'action du mer- 
cure et de l'iodure de potassium, ces deux spécifiques par 
excellence. 

DÉGÉNÉRESCENCES DIVERSES — GRAISSEUSE — AMYLOÏDE 

Ce n'est que par une analogie forcée que l'on peut assi- 
miler ces dégénérescences aux néphrites proprement dites 
qui sont, presque sans exception, des séquelles de maladies 
infectieuses ou d'intoxications. D'ailleurs, la thérapeutique 
n'a pour ainsi dire aucune prise sur ces deux genres d'alté- 
ration. L'amyloïde elle-même, bien que produite de causes 
notoirement morbides, semble bien au-dessus des res- 
sources de l'art. Tout ce que l'on peut faire vis-à-vis d'elle, 
dit Chauffard, c'est de soigner le malade, de chercher à 
modifier avantageusement son état général, et surtout de 
tarir le foyer infectieux amylogène par l'éradication ou la 
cicatrisation des tuberculoses locales, des ulcères rebelles, 



TRAITEUENT DES NÉPHRITES , 175 

des suppurations cbrouiques. Le râle du médecia peut élre 
ici très avantageux en tant que râle prophylactique et pré- 
ventif. 

INSUFFISANCE RÉNALE 

Quelques considérations sur le traitement de l'insufli- 
sance rénale doivent trouver leur place à la suite d'une 
étude d'ensemble sur celui des néphrites chroniques. En 
effet, celles-ci engendrent presque fatalement celle-là,, 
de par l'enchaînement inévitable qui relie la cause à l'effet. 
Il est presque impossible de concevoir une altération lente 
et profonde du rein sans l'adjonction de cette phase intime 
qui correspond à une désorganisation avancée, et par suite 
à un trouble de fonction incompatible avec la persistance 
d'un étai de choses normal. C'est là une vérité que Braalt 
a fait ressortir dans des conditions d'une justesse frap- 
pante. Il compare ce qui se passe dans le rein, à la suite 
des néphrites chroniques, à ce qui se passe vers d'autres 
parenchymes à la suite d'altérations similaires, et il tire du' 
ce rapprochement un parallèle instructif, a C'est ainsi que 
dans les cirrhoses du foie, dit-il, l'esprit se représente invin- 
ciblement une phase dans laquelle les multiples et si hautes 
fonctions de la glande étant irrémédiablement compromises, 
on voit survenir des phénomènes graves traduisant la pro- 
fonde perturbation infligée à l'organisme tout entier. Si 
donc l'on suppose une néphrite arrivée au terme ultime des 
désordres qu'elle a dû subir du fait de l'évolution naturelle 
des lésions, lors même que celles-ci ont permis une survie 
t rès prolongée, fatalement sonnera l'heure de VingufBsance, 
à moins que le malade ne soit emporté par une de ces affec- 
tions intercurrentes qui trouvent une proie facile chez un 



176 TUÉRAPEUTIQUE MÉDICALE 

sujet placé depuis longtemps et souvent dans un état d'infé- 
riorité physiologique notoire. Le rôle du thérapeute a donc 
à s'exercer jusqu'au dernier terme de la sclérose viscérale, 
soit pour le retarder, soit pour en pallier les ultimes consé- 
quences. Ce rôle est donc plutôt prophylactique, il ne sau- 
rait plus en aucune façon prétendre à être curatif. » 

Renaut (de Lyon) a mis cette vérité^ en lumière à son 
tour dans ses notions préliminaires au traitement de 
Turémie consécutive aux néphrites anciennes. Il insiste sur 
ce que le médecin doit toujours prévoir la possibilité d'une 
rupture de la compensation, c'est-à-dire l'apparition de l'in- 
suffisance rénale, chez tout malade atteint d'une albumi- 
nurie chronique, que celle-ci procède d'une vieille altération 
du rein ou simplement d'un trouble fonctionnel passé à 
l'état d'habitude morbide et invétérée. La constatation bien 
et dûment établie de cette insuffisance doit lui imposer 
plusieurs préoccupations, et tout d'abord celle de savoir si 
la cause immédiate n'en doit pas être cherchée dans un 
régime d'équilibre instable dont il doit autant que possible 
déterminer les conditions. L'analyse des urines a, dans cet 
ordre d'idées, l'importance d'une opération préliminaire 
indispensable. Cette analyse doit porter sur la période 
nocturne ou de jeûne et de repos, et sur celle de la période 
diurne ou d'alimentation et d'activité. Il est très important 
de fixer le chiffre d'albumine émise chaque |our, et surtout 
celui des matières azotées excrétées. Renaut fait ensuite allu- 
sion aux néphrites partielles, décrites par Cuffer, dans 
lesquelles le rein, touché seulement par îlots et par places, 
entre lesquelles le parenchyme reste sain, semble fonctionner 
d'une façon normale. Or, en pareil cas, cette continuation 
de la fonction est plus apparente que réelle, en tout cas fort 
précaire ^ une cause réputée légère, un écart de régime, un 




TRAITEMENT DES NÉPHRITES 177 

léger surmenage peuvent l'entraver. L'insuffisance rénale 
survient alors avec toutes ses conséquences bien connues. 

^n définitive, dit le savant professeur de Lyon^ dans les 
néphrites chroniques on a affaire à des maladies qui 
finissent. Avant de devenir insuffisante en bloc, la dépu- 
ration urinaire Ta été en détail, condition anormale, quoique 
latente, qui engendre inévitablement une intoxication lente 
de l'organisme. Le rôle du cœur apparaît d'ailleurs ici 
comme un élément d'une singulière valeur, et on sait le rôle 
que joue l'hypertrophie de cet organe au cours des néphrites, 
l'appoint compensateur qu'elle apporte pour maintenir par 
l'hypertension artérielle qu'elle entretient, un travail d'ex- 
crétion suffisant au niveau de la glande rénale. Or, cette 
hypertrophie si opportune, presque providentielle, aussi 
utile peut-être que dans les affections valvulaires, cette 
hypertrophie compensatrice fléchit et disparait à un moment 
donné par suite de l'asthénie progressive d'un myocarde 
fatigué, et c'est là une condition fâcheuse qui engendre de 
fâcheuses conséquences. L'insuffisance cardiaque et l'insuf- 
fisance rénale marchent alors de pair et compagnie : d*où 
celte indication précise, qu'il faut mettre tout en œuvre 
pour maintenir la force contractile du cœur, car le 
danger provient en grande partie de cet organe, si la maladie 
primitive est au rein. 

La prophylaxie de cette phase d'insuffisance, envisagée 
d'une manière générale, est d'ailleurs et en premier lieu une 
question d'hygiène. Dans cet ordre d'idées, Renaut vante 
tout d'abord le repos musculaire à cette fin d'éviter la 
formation puis l'accumulation des matières extractives que 
le rein est devenu incapable d'éliminer. Il y a toutefois ici 
une question de mesure, car le repos absolu pourrait 
devenir aussi nuisible qu'une activité physique exagérée. 



178 TBÉRAPEUTIOirB HÉOICALE 

par 3uite de la DOo-utilisalion des matériaux qui servent à la 
contraction musculaire, et dontla stase circulatoire résultant 
de l'immobilité favoriserait encore l'accumulation. De là 
l'utilité de la gymnastique de chambre chez des sujets 
astreints pour d'autres raisons à une vie renfermée et séden- 
taire. Dans un ordre d'idées différent il faut craindre le 
froid, qni est une cause puissante de raptus congestif vers 
les viscères profonds, et dont l'influence pourrait se mani- 
fester d'une façon f&cheuse au niveau d'un rein déjà malade, 
sous forme de poussées hypérémiques ou de réveil d'inOam- 
mations endormies plutôt que défmitivement éteintes. 

L'observance d'une diététique sévère est une autre 
partie très importante du programme hygiénique utili- 
sable en pareille matière. Nous n'y insisterons pas du 
reste, car nous ne ferions que reproduire les prescriptions 
relatives au traitement des néphrites chroniques et qui se 
résument dans l'usage du régime lacté ou lac to- végétarien, 
la restnction ou éventuellement la suppression des aliments 
albuminoïdes. 

Quant aux moyens thérapeutiques spéciaux à diriger contre 
l'insurfisance rénale lente, ils se réduisent à peu de chose. 
Renaut revient ici sur l'utilité de la déplétion sanguine 
locale, en tant que moyen propre h rétablir la perméabilité 
du rein, en levant ou en diminuant l'œdème qui l'encombre. 
En effet, à la suite d'applications réitérées de sangsues au 
nWeau du triangle de Scarpa, on voit parfois le coefBcienI 
<1g l'urée, primitivement très diminué, remonter jusqu'à des 
chiffres énormes: 50 grammes et plus. La diurèse augmente 
du même coup, pendant que le chiffre de l'albumine diminue 
considérablement. Cette modification prouve évidemment 
que la porte de sortie des matériaux extractifs a été 
rétablie, au moins d'une façon momentanée. Dans un ordre 



QUELQUES PHÉNOMÈNES INTIMES DE LA NUTRITION 179 

d'idées un peu différent, quoique très voisin au point de 
vue pathogéniqne, on doit encore chercher à agir par l'in- 
termédiaire du cœur et revenir dans ce but aux médica- 
ments qui sollicitent son action contractile : tels la digitale, 
le strophanthus, etc., qui peuvent être des adjuvants utiles 
pour le rétablissement ou l'entretien d'un taux urînaire 
suffisant. Il va sans dire que ce choix doit exclure les 
substances douées d'une action irritante sur le rein (scille, 
genièvre, etc.). 

Telles sont, dans leurs grandes lignes, les prescriptions 
relatives à la prophylaxie de l'insuffisance rénale. Le traite- 
ment de l'urémie confirmée, expression symptomati que défi- 
nitive de celle-ci, ne rentrant pas dans le cadre de notre 
article, nous devons terminer ici celte suite de considéra- 
lions qui ne visait d'ailleurs l'histoire des néphrites que 
dans l'ensemble et à un point de vue tout à fait général. 



HYDROLOGIE 



Snr quelques phénomènes Intimes de la nutrition 

et des sécrétions. 



Conférence faite au Congrès d'Histologie y le 30 septembre 1902, 

par le Professeur J. Renaut. 



Je vais avoir le périlleux honneur de traiter devant vous, 
Mesdames, une question que je comptais développer seu- 
lement pour vous. Messieurs : chers collègues qui m'aviez 
demandé, à l'occasion de ce Congrès, une conférence sur un 



180 HYDROLOGIE 

sujet scientifiqae qui vous intéresse, en effet, au plus haut 
point. Je veux parler de Téternel problème du mécanisme 
de la nutrition intime des éléments des tissus, et de leur 
activité sécrétoire. 

Il n'est point, en hydrologie médicale, de sujet d'études 
plus fondamentalement essentiel. Toutes les eaux miné* 
raies agissent, en effet, soit en modifiant les mouvements 
d'échange qui constituent l'acte nutritif proprement dit, soit 
en mudalisant de certaine façon les sécrétions, ce qui est 
encore une façon d'agir sur la nutrition intime des éléments 
organiques. Tous ces éléments, en effet, en môme temps 
qu'ils se nourrissent (c'est-à-dire qu'ils prennent hors d'eux- 
mêmes de quoi satisfaire à leur croissance, puis à leur 
entretien, épisodiquement aussi à leur défense), élaborent 
en eux des produits nouveaux qu'ils ne gardent point. Ce 
sont les produits de sécrétion. Certains de ceux-ci sont ver- 
sés sur les surfaces, muqueuses ou cutanées, pour y exercer 
des actions utiles; après quoi ils sont rejetés hors de l'or- 
ganisme. D'autres produits, après avoir été élaborés parles 
éléments cellulaires, sont repris par le sang ou la lymphe, 
distribués ensuite aux éléments des tissus, et utilisés par 
certains d'entre eux, ou quelquefois même par tous, en vue 
de l'exécution de certaines fonctions. Les premiers produits 
constituent les éléments des sécrétions dites extertus] les 
seconds sont .ceux des sécrétions internes, c'est-à-dire de 
celles dont le rôle physiologique s'exerce interstitieliement. 

Pris en particulier, chacun des éléments cellulaires qui, 
par leur ensemble, constituent essentiellement l'organisme 
entier, jouit au point de vue de la nutrilité qui est elle-même 
l'une de ses propriétés cardinales : 1** du pouvoir de sous- 
traire au milieu ambiant, par son activité élective et propre, 
une série de substances qui sont nécessaires à son entretien 



I 



QUELQUES PHÉNOMÈNES INTIMES DE LA NUTRITION 181 

OU à Texercice de son fonctionnement. Il les introduit par 
ses propres forces en lui-même, dès qu'elles sont venues à 
sa portée, en les choisissant parmi d'autres avec une parfaite 
sûreté. C'est ce pouvoir de susc^tion élective (comme j'ai pro- 
posé de le nommer), qu'on trouve à l'origine de tout mou- 
vement d'ordre nutritif; 2* les cellules, après avoir intro- 
duit de la sorte en elles les substances utilisables, exercent j 
sur celles-ci une seconde action que j'appellerai la aégréga- \ 
iion. Ce mot signifie tout à la fois et un choix parmi les 
substances introduites, et une série de modifications de ces 
mêmes substances sous l'influence de l'entrée en jeu du 
chîmisme cellulaire actif. En exerçant les actes de ségréga- 
tion qui se passent en elle-même, la cellule fait, on peut 
aujourd'hui le dire, constamment^ un double travail dont les 
termes sont parallèles bien que de valeur souvent inégale. 
Elle forme et fixe en elle-même certains produits, soit de 
constitution, soit de réserve (assimilation); elle en élabore 
d'autres qui, au bout d'un certain temps, devront sortir 
d'elle pour servir aux sécrétions externes ou internes (acti- 
vité sécrétoire). Ces derniers produits sont exportés par un 
mécanisme variable, répondant à leur exode hors de la cel- 
lule ; et ceci constitue Vexcrétion exocellulaire. 

Ces choses indiquées, on conçoit bien que le problème 
scientifique essentiel, mais restant tout entier à résoudre 
au point de vue hydrologique, serait de savoir quelle est, 
au précis, l'action des diverses eaux minérales sur les élé- 
ments également divers des tissus. Il consisterait à savoir, 
pour chacune d'elles, comment elles abordent chacun d'eux; 
puis quels matériaux elles leurs apportent. Et l'on conçoit 
que ces matériaux eux-mêmes pourront être : a) utiles au 
maintien ou au perfectionnement de la constitution ou crase 
cellulaire normale; h) modificateurs de cette crase en plus 



^ 



182 HYDROLOGIE 

OU en moias (excilaleurs, sédatifs, expulseurs de produits de 
ségrégation anormalement accumulés ou stagnants). Voilà 
le problème posé; chacun comprendra combien il est vaste 
et de solution difficile, surtout, si on le considère dans son 
ensemble, encore davantage si Ton prétendait obtenir 
d'emblée sa solution intégrale. Ce serait là prétendre, d'ail- 
leurs, à la connaissance du mécanisme intime de la nutri- 
tion, base essentielle de la vie cellulaire et mystère que 
nous ne dégagerons sans doute jamais de façon parfaite. 

Alors, me direz- vous, à quoi bon? et pourquoi poser ce 
problème! — C'est que, Messieurs, nul problème d'ordre 
biologique ne peut être Tobjet de solutions partielles — les 
seules auxquelles nous puissions actuellement prétendre,' — 
s'il n'a pas été exactement posé préalablement en son entier. 
Et pour dégager certaines inconnues, à la découverte des- 
quelles nous croyons pouvoir utilement travailler, il convient 
du moins de savoir en quel sens elles ont chance de se pré- 
senter et par quelles routes il faut aller les chercher. 

Ce que je veux dire ici constitue une sorte d'introduction à 
cette recherche, qui doit être constamment l'objet de vos 
préoccupations et de vos travaux. Car l'hydrologie médicale, 
si elle veut devenir une vraie science, doit forcément et de 
plus en plus, aussi de mieux en mieux, conduire et plus 
scientifiquement poursuivre ses investigations! Comme 
toute branche de la médecine, elle a commencé par penser 
cliniquement; et chacun admire aujourd'hui quel important 
parti elle a su tirer de celte fondamentale méthode. Elle a 
ensuite essayé de penser chimiquement. Elle tire constam- 
ment aujourd'hui de la climatologie, de la physiologie géné- 
rale, des applications de la physique à la médecine, des 
fruits importants, nombreux et divers. Elle marche hardi- 
ment dans la voie scientifique. 



QUELQUES PHÉNOMÈNES INTIMES DE LA NUTRITION 18:) 

Je suis venu ici pour lui rappeler, de mon cdté, la parole 
prophétique de Claude Bernard : « Le problème biologique, 
a dit sur la fin de sa vie mon illustre maître, tendra de plus 
en plus à se circonscrire dans la cellule vivante, n Je voudrais 
donc que le médecio hydrologiste pens&t, par la suite, 
quelquefois hUtologiquement et même eytologiquemmt. C'est 
pourquoi je cherchai à vous faire connaître quelques faits 
relatifs à la nutrition intime de la cellule vivante et di^s 
éléments non cellulaires de nos tissus. J'ai assez l'habilude 
des applications de l'Anatomie générale à la médecine et 
même à la thérapeutique, pour vous afTir mer que la cliniqin' 
hydrologique y gagnera peut-être quelque chose, et en tout 
cas qu'elle n'y perdra rien. D'autre part, j'estime qu'il y a là 
une voie à ouvrir à votre méditation, à votre contemplation 
active des choses de ta vie. Car le médecin aura toujours 
avantage à considérer celle-ci sous le plus grand nomljre 
d'aspects possibles ; parce que souvent la vision d'un point 
particulier, fut-il d'ordre — et c'est ici le cas — microsco- 
pique, éclaire de sa petite lumière toutes les autres faces du 
sujet. Notre Pasteur a trouvé un monde au foyer d'une len- 
tille, telle que les taillait ce vieux curieux de la nature qui 
s'appela Leuwenhoek. 

Dans l'exposé qui va suivre, je tâcherai d'être le plus 
élémentaire et le plus clair possible. Je n'en ai pas moines 
recours, Mesdames, à votre grande indulgence. C'est, je le 
répète, un inappréciable honneur pour moi, que de vous 
retrouver nombreuses et si attentives en cet auditoire. 
Toutefois, je ne m'en étonnerai pas plus qu'il ne con- 
vient. On vous a peut-être dit qu'il y avait ici quelques 
fruits à cueillir sur l'Arbre de Science, et c'est sans doute 
pourquoi vous êtes toutes venues. Je vais essayer de parer 



IIYDBOLOGtK 



le rameau, pour du moins vous offrir la pomme sans épines 
irop dures. 



I. Problème de l'abord ëlegtip. — Tous les malériaux 
capables d'élre absorbés par une cellule vivante el intro- 
duits dans sa masse (cytoplasme) en vertu de la susceptiou 
élective dont j'ai parlé plus haut, arrivent à sa portée par la 
voie des espaces conjonclifs. Pour exciter dans la cellule le 
mouvement de susceplion, il faut que la lymphe de ces 
espaces, dans lesquels elle baigne le plus communé- 
ment (1], soit sensiblement i isotonique n à la partie fluide 
du corps cellulaire, laquelle imprègne ce dernier commence 
sorte d'épongé. Autrement, ou bien la cellule n'iotus- 
auscepte pas, ou elle le fait sans élection. Elle est envahie 
par le liquide ambiant comme un corps hygrométrique qui 
s'hydrate et, de ce chef, elle subitun véritable traumatisme. 
Il est extrêmement facile de mettre ce fait en évidence 
précisément en ce qui concerne les cellules fixes du tissu 
conjonctif lâche ou celles des lames connectives minces 
telles que l'épiploon non fenêtre. Si, par une iDJection 
interstitielle bien ménagée dans le premier cas, ou en 
lendant la lame mince avec précaution, et en ajoutant 
ensuite le liquide, on arrive à faire pénétrer du sérum pris 
au sang de l'animal dans les espaces conjonclifs, les cellules 
fixes de ce dernier, tendues dans les intervalles des fais- 
ceaux coDnectifs et des fibres élastiques comme des nappes 



imbryonnaire, du capillairf 



OUEXOUES PHéNOUÈHES INTIMES DB LA NUTRITION 483 

rameuses elanastomotiqueB entre elles de substance TivaD te, 
ne subissent toat d'abord aucune modification appréciable. 
Saur le cas où un ou plusieurs de leurs prolongements 
rameux ont été rompus par la manipalation, elles se 
montrent telles qu'on tes observe vivantes dans leur propre 
plasma. Leur cytoplasme est transparent comme du verre 
avec quelques granulations autour du nojau. Si l'on pro- 
longe l'observation à la température du corps sur la platine 
cbautTante, on voit peu à peu les cellules se gonfler légère- 
ment. Elles absorbent par susceplion élective le liquidé 
ambiant qui, étant très sensiblement isotonique et d'ailleurs 
renfermant des matériaux très analogues à ceux dont est 
chargée la lymphe normale des espaces conjonctifs, est en 
quelque sorte aspiré et comme bu lentement par la cellule, 
sans que celle-ci éprouve de ce chef aucune modification 
-structurale sensible; ceci du moins durant un assez long 
espace de temps. 

Les choses se passeront très sensiblemeut de la même 
manière, si au sérum du sang on substitue la solution dite 
physiologique, l'eau salée à 7 p. 1000. Cetle solution est en 
effet très suffisamment isotonique, pour constituer un 
milieu presque indifi'érent par rapport aux éléments cellu- 
laires du tissu conjonctif. Toutefois, si son action se pro- 
longe, si même celle du sérum du sang de l'animal se pour- 
suit au delàd'uncertain temps, on assisteàdesmodifications 
cellulaires des plus instructives, parce que ce sont les 
mêmes qui se produisent dans le cas d'cedème. Le mouve- 
men l de susception , pour électif qu'il soi! et accompli d'abord 
sans dommage apparent, introduit néanmoins dans le corps 
cellulairedesélémentsincompatiblesavecriutégral maintien 
de sa nutrition normale. Les cellules non seulement se 
gonflent alors tout autour du noyau, mais elles se criblent 



186 HYDROLOGIE 

de vacuoles qui ne tardent pas à former au sein du cyto- 
plasme une masse alvéolaire. Le contenu de ces vacaoles 
est un produit de ségrégation renfermant des graisses, et 
qui est le résultat de l'activité réactionnelle de la cellule à 
rencontre des perturbations que fait éprouver, à son pro- 
cessus nutritif propre, son immersion dans un milieu 
légèrement anormal. 

Nous apprenons ainsi que la substitution d'un liquide nou- 
veau, de composition analogue et sensiblement isotonique 
au plasma des espaces conjonctifs, bien que toujours nor- 
malement constituée par une filtration continue, ménagée et 
élective du plasma sanguin à travers la paroi des vaisseaux, 
détermine à la longue des modifications importantes dans 
le mode de vivre des cellules conjonctives. Le plasma nor- 
mal est donc préparé, dans chaque région, pour le maintien 
des éléments cellulaires délicats dont il constitue le milieu. 
Si sa composition est modifiée, la vie de la cellule est modi- 
fiée du même coup. Cette cellule intussuscepte; puis, par 
ségrégation élective exercée dans un but réactionnel, elle 
transforme les matériaux amenés à sa portée par le plasma 
dont la constitution a changé. Elle apparaît ainsi comme la 
réelle régulatrice de la crase du milieu intérieur^ constitué par 
le plasma même des espaces conjonctifs. 

Si maintenant on substitue au sérum ou à la solution 
physiologique de l'eau distillée, tout l'édifice du tissu con- 
jonctif lâche va se modifier d'un seul coup. Les faisceaux 
conjonctifs se gonflent, les cellules rameuses se criblent de 
vacuoles, émettent des gouttes sarcodiques, augmentent 
subitement de volume au point de devenir globuleuses et de 
rompre leurs prolongements anastomotiques. Après quoi, 
détachées de leurs connexions, elles reviennent sur elles- 
mêmes et s'écrasent dans le retrait. Elles feront de même, 



QUELQUES PHÉNOMÈNES INTIMES DE LA NUTRITION 187 

mais en se ratatinaDt de suite, si Ton emploie de Teau dis- 
tillée saturée d'alun, de sel marin ou de sucre. Un écart 
trop grand entre le tonisme normal de la cellule et le nou- 
veau milieu, détermine, on le voit, de véritables trauma- 
tismes. Après quoi les cellules, ainsi vulnérées» meurent. 
Ou bien elle se restaurent très lentement, et le plus souvent 
en effectant des états métatypiques qui en font de réels 
infirmes. 

On conçoit très bien par ce qui précède que, si les espaces 
conjonctifs, dont la constitution est, d'ailleurs, variable avec 
les régions et les organes, et qui renferment ici beaucoup de 
cellules fixes ou de faisceaux conjonctifs, là peu, qui enfin 
forment le milieu dans lequel sont plongés les muscles, les 
nerfs, les éléments glandulaires, etc., — si ces espaces (dis- 
je) reçoivent tous des vaisseaux sanguins une lymphe pré- 
parée pour eux, de leur côté, les éléments cellulaires du 
tissu conjonctif sont capables de modifier cette même 
lymphe. En exerçant par rapport au liquide qui leur a été 
fourni par les vaisseaux, et qui les baigne, leur pouvoir de 
susception élective ; en modifiant ensuite, de façon variable 
avec leur nombre et leurs modalités, propres à chaque 
région, les matériaux intussusceptés ; en restituant ensuite 
au plasma des espaces des produits nouveaux résultant de 
leur activité personnelle, les cellules actives du tissu con- 
jonctif apparaissent bien, comme je viens de le dire, en leur 
fonction régulatrice. Elles préparent aux éléments nobles 
qu'unît et sépare le tissu conjonctif, un milieu choisi et éla- 
boré pour chacun d'entre eux. C'est dans ce milieu que 
ceux-ci auront à puiser les matériaux de leur nutrition 
propre, lesquels seront venus se mettre à leur portée par le 
mécanisme que je viens d'énoncer, et qui est celui d'un 
véritable abord électif . 



188 UYDROLOGIE 

Vous avez déjà saisi, Messieurs, toute l'importance d'une 
fonction pareille, à laquelle on songe ordinairement assez 
peu si l*on ne sait pas penser histologiquement. Les faits 
que je viens d'énoncer ne sont pas nouveaux; ils ne sont 
contestés par personne. Ce que je viens d'en déduire est, si 
je ne m'abuse point, l'évidence même. D'autre part, qui ne 
sait, de par l'observation chimique, que les diverses eaux 
minérales portent leur action, très électivement dans bon 
nombre de cas, sur des tissus et des organes déterminés ? 
Jusqu'ici, il est vrai, cette détermination a manqué très sou- 
vent d'une précision suffisante, bien que la chimie biolo- 
gique ait fait faire à la question de larges pas en avant. 
Mais le mécanisme intime, tout aussi bien les voies de la 
détermination élective dont je viens de parler, nous ont jus- 
qu'à présent complètement échappé. La simple réflexion 
nous dit que pour avoir quelque chance de les connaître, il 
faudrait tout d'abord faire le travail suivant : Déterminer, 
pour chacune de nos eaux minérales actives, comment elles 
pénètrent dans les espaces du tissu conjonctif et par quelles 
voies. Et, puisque c'est par l'intermédiaire de la lymphe des 
espaces conjonctifs que les substances actives qu'elles con- 
tiennent sont distribuées aux éléments nobles des tissus, il 
faudrait savoir comment les matériaux absorbables qu'elles 
apportent modifient les cellules connectives, subissent de 
par l'action de celle-ci des changements d'état qui les ren- 
dent aptes à laisser s'exercer, ou à exciter, ou à modérer le 
pouvoir de susception élective des différentes cellules orga- 
niques : — tout ceci, avant de faire un pas de plus et de 
poursuivre, au sein même de ces cellules, l'action desagents 
hydrominéraux par elles intussusceptés (1). 

(1) C'est précisément ce que j'avais songé à faire et l'objet même 



LITTÉRATURE MÉDICALE 18Î) 

Rien ne saurait mieux aider à faire ce pas que de savoir 
comment fonctionne, pour ses éclianges et son activité pro- 
pres, une cellule vivante quelconque. Une telle connais- 
sance, on le conçoit, réalisera la meilleure introduction à la 
solution future du problème posé. Dans cet esprit, je me 
propose de vous exposer non pas ce que l'on sait en général 
sur un pareil fonctionnement, car ainsi envisagée, la ques- 
tion serait trop vaste et par nombre de cAtés demeurerait, 
en dehors de ma compétence. Mais je peux du moins vous 
dire ce que nos méthodes histologiques nous ont appris, el 
en tirer quelques corollaires utiles, dont certains même 
vous sauteront aux yeux. 



LITTEMTliRE lÉDIULE 



I. — Traité de Callaitemenl, parA.-B. Mi» 

Enfants-Malades (ouvrage couconnA par 

G. Steinheil, éditeur. 

L'énorme mortalité des enfants du premier ige reconnaît sa 
cause daan les troubles de la digestion et de la nutrition qui 
ciables, à eux seuls, d'environ 4j0 décès sur 1000. Ces troubles 



d'études déjà commencées, mais que j'ai dû abandonner dès leur début, 
par suite de circonstances impérieuses et tout à fait en dehors de ma vo- 
lonté. Le problème de \abord électif des diverses solutions salines — et, 
par conséquent, des eaux minérales — sur les tissus, ne peut être résolu 
que très lentement, par une série d'expériences délicates et de longue 
portée. Mon intention était de m' adresser d'abord aux eaux minérales djol 
la constitution chimique se rapproche de celle du plasma sanguin, en par- 
ticulier celles de Sain t-Nec taire, et de déterminer si possible la façon dont 
elles modiiÎGUt la lymplie des espaces conjouclifs, puis les cellules conjonc- 
tives, et de partir de là pour engager la position, puis la solution d'autres 
problèmes. Je n'ai pu établir le rapport projeté sur cette question. 



190 LITTÉRATDIIE MÉDICALE 

le facteur le plus important de la morbidité du bas âge, et peu de nour- 
rissons j échappent. Ceux qui n'en meurent pas sont destinés à rester 
longtemps dyspeptiques et chétifs. 

Pour diminuer cette mortalité» il faut apprendre à connaître et à pré- 
venir ces troubles digestifs, et la meilleure manière d'y arriver, c'est de 
bien étudier les règles de l'allaitement. Ces règles, M. A.-B. Marfan les 
expose dans son livre avec un talent et une science qui se font remar- 
quer surtout par leur caractère pratique. 

L'auteur commence par étudier le lait avec ses propriétés physiques, 
chÎMiquAB et vitales, ses microbes et ses falsifications. Il donne les moyens 
d'en faire l'analyse pratique, puis il recherche comment s'effectue la 
digestion du lait chez le nourrisson, et quel est chez lui le bilan des 
échanges nutritifs» 

La deuxième partie, consacrée à l'allaitement, comprend cinq sections. 
La première est dévolue k rallaitement maternel. Une femme grosse 
pourra-t-elle nourrir ? — Quels sont lea soins que doit prendre une femme 
grosse qui veut nourrir ? — Comment réglementer l'allaitement ? — Quelles 
doivent être l'hygiène et Talimentation de la femme qui veut nourrir — ; 
enfin, quels sont les incidents de l'allaitement maternel».. VoiUi les ques- 
tions traitées dans cette première section. 

La deuxième section est consacrée à Tallaitement par les nourricea mer- 
cenaires. Le choix de la nourrice, la direction de l'allaitement, la contagion 
syphilitique de la nourrice par le nourrisson, et du nourrisson par la nour- 
rice, forment les chapitres principaux de cette section. 

Dans la section III, Tauteur étudie l'allaitement artificiel, ses procédés 
et Tallaitement mixte. 

La section IV traite du sevrage, et la section V de Tallaitement et de 
Talimentation des nouveaux nés débiles et des nourrissons malades. 

Si M. A.-B« Marfan a puisé largement dans l*œuvre de ses devanciers 
et contemporains, il a cependant apporté une contribution personnelle de 
la plus haute valeur et du plus grand intérêt pratique à cette grave question 
de l'allaitement. Toutes les matières qui soulèvent des difficultés, sont expo- 
sées clairement et d'une manière très détaillée. Les médecins qui liront 
son livre seront au courant de tout ce qui concerne la science, et je puis 
.ajouter, Tart de Tallaitement ; ils seront à même de répandre dans le public 
les connaissances nécessaires, de redresser les erreurs ou les préjugés 
populaires, car ils y trouveront pour leur pratique un guide aussi sûr à 
suivre qu'agréable à lire. 

Albert Hobin. 

II. — Traité de thérapeutique chirurgicale, par MM. A. Ricard et 
Launay, 1 volume grand in-S" de 900 pages, avec 326 figures., Paris, 
O. Doin, éditeur, prix 18 francs. 

C'est un bon, c^est un excellent livre que vient de faire paraître 
MM. Ricard et Launay, et c'est une bonne place, la meilleure place même 
pour faire l'éloge d'un Traité de thérapeutique chirurgicale que le Bul- 
letin de thérapeutique. 



UTTiHATfHlfi MÉmCàLE 191 

! 

II n*7 a que quelques années que la chirurgie, s'insjptnttit de la médecine, 
a pu concevoir un volume de cette nature* Il a fallu en effet les preg iè s 
réalisés dans notre art et la plus grande précision dans le diagnostic et 
dans Topération pour pouvoir formuler des indications suffisamment pré- 
cises menant de l'un à l'autre. En médecine, en effet, on peut établir à. 
propos d'une maladie quelconque, la pneumonie par exemple, un ou plu- 
sieurs traitements et, si le premier ne réussit pas, adopter le second; il n'y 
a le plus souvent que des potions d'absorbées qui si elles n'.ont pas fait 
de bien n*ont pas pu faire de mal ; en chirurgie il en va tout autrement ; 
ce qu'il ja à décider, c'est l'opération ou la non-intervention, et, dans un 
cas comme dans l'autre, le jugement est grave, le verdict des plus sérieux. 

C'est pourquoi dans un traité de thérapeutique chirurgicale, il faut 
une grande place à la discussion des indications. C'est ce qu'ont bien 
compris Ricard et son collaborateur Launaj, et dans tous leurs chapitres 
le choix de l'opération est précédé de la discussion de l'opportunité de 
cette opération. 

Il ne manque qu'une chose à ce traité et ce n'est pas une lacune, il n'en 
pourrait être autrement, c'est la technique opératoire à laquelle les auteurs 
renvoient très souvent le lecteur, technique opératoire qui va paraître- 
dans la collection de Chirurgie contemporaine que Ricard et moi nous 
dirigeons ensemble. 

Je n'ai pas la prétention d'analyser en détail ce volume de près de 
900 pages, je renvoie le lecteur au livre lui-même, ne pouvant lui donner 
de meilleur conseil. 

Il y trouvera toutes les questions qui l'intéressent esposées clairement 
avec le développement qu'il convient et les figures nécessaires pour éclairer 
la lecture du texte. 

Le plan suivi est celui des traités de pathologie externe; de plus, une 
excellente table permet de trouver de suite le sujet qu'on a besoin de con- 
sulter. Il n'y a pas jusqu'au traitement de ce qu'on appelle les spécialités 
qui ne soit étudié dans cet ouvrage. Le médecin trouvera ce qu'il doit faire 
dans les cas de plaie de l'œil, d'inflammation de cet organe ; de même, 
pour les maladies des organes génitaux de l'homme. Inutile de dire que la 
thérapeutique chirurgicale des maladies de la femme fait l'objet de plusieurs 
chapitres. La gynécologie n'est pas, en effet, une spécialité chirurgicale, 
et tout chirurgien qui a une salle de femmes, est forcé de savoir sa gyné- 
cologie. Du reste les gynécologistes spécialisés qui ne reçoivent pas d'ap- 
pendicites dans leurs services, les opèrent en ville ; ils ont moins de raison 
de faire cette opération qu'un chirurgien pas spécialiste d'opérer un fibrome 
qu'il traite journellement dans ses salles, et enfin le livre de Ricard est 
écrit pour le chirurgien livré à ses propres ressources et qui est obligé de 
tout faire. 

Je termine en disant que, dans un traité de thérapeutique chirurgicale, 
c'est le bon sens clinique inséparable d'une grande pratique chirurgicale, 
qui fait le mérite de l'ouvrage ; ces qualités, nul ne pouvant mieux les 
réunir que Ricard, et c'est pourquoi son livre aura, j'en suis sûr, un grand 
succès. 

ROGHARO. 



192 FORMULAIRE 



FORIOLAiRE 



Pommade an naphtol camphré et à Tozyde de zinc : 

Naphtol camphré gr. 50 

Oxyde de zinc 5 » 

Vaseline 50 » 

» 

Cette pommade donne de bons résultats dans certains cas 
d'eczéma. 



Traitement des métrorrhagies (Lutaud). 

Potion : 

Ergotine i 2 gr. 

Alcool 3 » 

Eau distillée 140 » 

Une cuillerée à soupe toutes les deux heures. 

Il est préférable d'employer les injections hypodermiques : 

Ergotine gr. 20 

Glycérine 20 » 

Eau 20 » 

Dans les vingt-quatre heures, le quart ou la moitié d'une 
seringue de i gramme. 

Injections vaginales chaudes à 44o. 

Le curettage doit être immédiatement pratiqué dans les mé- 
trorrhagies consécutives aux fausses-couches et chaque fois 
qu'on suppose que la perte de sang est due à des débris placen- 
taires ou à un polype. 

Le Gérant : 0. DOIN 

IMP. F. LEVÉ, 17, RUE CASSETTE. — PARIS-6* 



Lois italteimes contre le palndtame- — Les étndiantea à 
Berne- — La oonaommation du lait dana les grandes 
Tilles. — La tubaronloae. — Lea ongles oliez les aliénéa. 
— Lea maladies profâBBlonnelles- — La vitalité de la peau 
hnmalne. 

La lutte contre le paludisme eu Italie est entrée dans une 
phase réellement active avec les deux lois nouvelles qu'ont votées 
les Chambres. En vertu de la première loi, tout paysan pris de 
fièvre pendant le travail recevra de la quiaine et continuera à 
recevoir des soins aux frais et pour le compte du propriétaire qui 
l'emploie. La loi considère l'atteinte par !e paludisme comme uo 
accident de travail contre lequel le propriétaire doit s'assurer 
La deuxième loi fixe un prix maxima de la quinine, prix obli- 
gatoire pour tous les pharmaciens. La vente de la quinine, dans 
lea régions dépourvues de pharmaciens, est conSëe aux personnes 
qui vendent du sel et du tabac, qui sont un monopole de l'Etat. 
Le gain net de la vente de la . quinine sera destiné à ta lutte 
contre le paludisme. 



L'Université, de Berne a en tout 1.179 étudiants dont à peine 
un peu plus de la moitié, soit 637, sont originaires de la Suisse, 
tandis que les autres S42 sont étrangers. Le nombre des étu- 
diantes y atteint le chiffre de 348, dont 291 sont des Russes. Li 
plupart des étudiantes russes sont inscrites à la Faculté de méde- 
cine qui, grâce à cet appoint, a plus d'élèves du sexe faible que 

BULL. DB THÉKAPSUTIqUI. — TOUS OXLV. — 6* UVR. 6 



Ï9Â BD&LSTIM 

du sexe fort ; elle compte en etfet 451 personnes immatriculées 
dont 252 femmes et 199 hommes. 



o o 

La question du lait est toujours importante dans Tapprovision- 
nement d'une grande \ille. C'est au prix des plus réelles diffi- 
cultés qu'on se procure du lait potable à Paris. Londres, qui 
consomme 810 millions de litres de lait par an, ne peut obtenir 
que 32.000 litres de ses vacheries, le reste provient de l'extérieur 
et est difficilement à Tabri des sophistications. A Liverpool, la 
mortalité infantile étant 241 pour 1.000, la municipalité effrayée 
a dû prendre des mesures. Des dépôts ont été créés où on livre 
à des prix abordables un mélange de lait, crème, sucre et eau, 
bien stérilisé, livré en petits flacons avec des indignations écrites 
pour les mères et nourrices. Bien que cetce* mesure soit récente, 
elle donnerait dès à présent d'excellents résultats. 



o 
o o 



La Compagnie générale des allumettes de la République Argen- 
tine aurait mis en circulation, dit la Presse médicale^ une série 
de 3.500.000 boîtes d'allumettes portant imprimées des instruc- 
tions contre la propagation de la tuberculose, en même temps 
que des portraits de médecins qui se sont spécialement occupés 
de cette maladie. L'idée est bonne, puisse-t-elle être utile f 

O- 

« o 

Après toute maladie gra've, il se forme k la surface; des ongles 
un sillon ta-ansversal qui' s'avance de' la base à l'extrémité. 
M. Pierret (d& Lyon) a observé que ce sillon apparaissait aussi 
dans les maladies mentales ie plus smivent au bout de deux à 
trois semaines après le début de la maladie. On pourrait même 
ticer de l'examen de ce' sillon unguéal quelques éléments pre- 



BUILBTIH 195 

nostûpses sur la mardae de la vésame. C'est ainsi que si la padde 
de Tongle située en arrière du silloxi est sur um pl&n inférieur à 
kb paartiie antériieure, le pronostic est médioere, l'affection n'est 
pas terminée et l'état déiktaEt Ta persifiter. Si,, au contraire^ la 
partie- postérieure «st au mémie niveau qiOie la paartie antérieure de 
l'ongle, on peut «ffîmiar que la guériâon est proche, si miôntô elle 
n'e«it dtéjà faite. 



o o 



La statistique des maladies professionnelles observées en Angle- 
terre prouve que l'effort des hygiénistes n'a pas été stérile pour 
ceUes du moins dont la déclaration a été rendue obligatoire. 

En tête vient le saturnisme qui, à lui seul, a fait, en 1901, 
863 victimes. Dans ce nombre ne sont pas compris les cas 
observées chez les peintres, plâtriers, car la loi sur les fabriques 
ne vise pas les chantiers de peinture en bâtiment. Il y a cepen- 
dant un progrès certain, puisqu'on 1900 le nombre des cas 
déclarés était de 1.058, et en 1899, de 1.258. Ce progrès est surtout 
sensible pour les fabriques de céruse et pour l'industrie céra- 
mique. 

Dix-huit ouvriers ont été atteints d'hydrargyrisme en 1901, 
Quatre ont eu à souffrir de l'empoisonnement par le phosphore et 
douze par Tarsenic. 

La septicémie charbonneuse, d'origine professionnelle, a causé 
dix décès sur trente-neuf ouvriers atteints. 



c 



La peau humaine conserverait sa vitalité pendant un temps 
très long. M. Waller a communiqué à la Société royale de Londres 
qu'un morceau de peau saine pris sur un opéré a toujours montré 
quarante-huit heures après l'opération des signes non douteux de 
vie, c'est-à-dire une réaction de plus de 0,005 de volt à un fort 



196 BULLETIN 

courant d'induction. Cette réaction ne s^obtiendrait pas avec la 
peau d'un moribond ou la peau d'un cadavre. 

Mais la vitalité persisterait bien au delà de quarante-huit heures 
puisque M. Waller aurait pu transplanter chirurgicalement de 
la peau, dans un état de demi-dessiccation et avec des précautions 
antiseptiques, conservées pendant sept, quatorze et même vingt 
et un jours avant la greffe. Il est enfin à signaler que vingt-deux 
greffes, pratiquées par ce chirurgien avec des fragments de peau 
conservés pendant six mois dans du liquide ascitique stérile, 
auraient été suivies de seize résultats positifs. 



QUELQUES PHÉNOMÈNES INTIMES OE LA NUTRITION 197 



HYDROLOGIE 



Sur quelques phénomènes intimes de la nutrilion 

et des sécrétions (1). 



Conférence faite au Congrès (V Hydrologie, le 30 septembre 1902, 

par le professeur J. Renaut. 



{Suite,) 

II. Variations morphologiques de la cellule glandulaire 
AU COURS DE SON FONCTIONNEMENT. — Je choisis maintenant 
pour objet d'études la cellule glandulaire, car c'est en elle 
que se marque le plus distinctement et subsiste mieux la 
trace saisissable des échanges organiques. Cette cellule porte 
en elle l'activité de ces échanges au maximum ; ils y appa- 
raissent souvent en des phases tranchées. L'attitude de repos^ 
de mise en action puis de retour au repos, y deviennent 
saisissables et y suscitent des variations cytologiques carac- 
téristiques. Je vous ai d'ailleurs montré en commençant en 
quoi consiste en bloc un échange organique. C'est une action 
de ségrégation. Toutes les cellules jouissent de cette pro- 
priété cardinale. Elles prennent, transforment et rendent au 
milieu intérieur. D'où trois actes ou phases : susception 
élective, ségrégation, excrétion exocelluiaire. Suivons som- 
mairement ces phases dans les cellules de diverses glandes 

(1) Voir le numéro 5 du 8 février 190J. 




•A.-4wtiMb ^t|[ i*i'*«**i ^*''' 'nterne, où elles ont été 

„i„l, i4ijWiH>*f»il Hecfivt et Vergastoplatme. — COQSi- 
..lixtftlt'M*''''^'^^"^**^ sécréteur d'une glande à foiic- 
,_utiiiiK' -tlttiaMi*»' = •"> aciiius ou grain glandulaire dune 
__ 'tit iu liw»d d'une glande eu tube de la grosse tubé- 
• lit ;c«>iw«iac, par exemple. En dehors de la mem- 
■JUVit*'^ *♦"' ''"nile le cul-de-sac, les espaces du tissu 
,^,yj()(^ wwpUs d'un plasma déji préparé par filti-aUon 
^ ,^ itkpillaires sanguins, cunstituent le milieu où 
^Ij^^ ^glandulaires vont puiser. La membrane propre 
v>y*>i- '■••' *•>" '^^^^ "" dialyseur d'une minceur extrême, 
ùk, >t4Mt» de cette membrane, les cellules glandulaires sont 
.,^.J^■^-(' en ordre épithélial, toutes jointives les ânes aux 
liJjN»Mr leurs plans-eOtés. Elles reposent sur la membrane 
-IMMvpar leur pôle d'implantation qui sera ici lepôïe sta- 
jI»- Pur leur pôle libre, elles confinent à la lumière glan- 
JMtilr«, voie des produits de sécrétion qu'elles vont for- 
^pr : ce pôle est donc leur pfile émiasif. Au sein de son corps 
^vllulaire proloplasmique ou cytoplasma , chaque cellule 
^andulaire renferme un noyau, organe directeur essentiel 
du sa vie et de ses actions. Ce noyau estforméparnn réseau 
lie matière albuminoïde phusphorée (la chromatine), entre 
les mailles duquel prend place an suc particulier, le eaTyo- 
plasma. Voici le petit être vivant de sa vie individuelle et 
personnelle au milieu des autres, et qui va opérer ses 
échanges organiques dans le sens prépondérant de l'activité 
sécrétoire, plus développée chez lui que chez les autres cel- 
lules, parce que telle est parmi celles-ci sa spécialité. 

Une telle cellule est au repos pour le moment ; mais elle 
doit bientôt fonctionner, et pour cela, elle va s'approvi- 
sionner, « se mettre en charge ». Le travail de susception 



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QUELQUES PHÉNOHÈIffiS JRSIIIBE DE LA NUTRITION 499 






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Fi». 1. — GeHules du corps jaune du Hérisson commun, montrant les 
divers aspects du dispositif ergastoplasmique. (JI s'agit ici d'ime glande 
à sécrétion interne ou endocrine,) 

a, Ergastoplasma en couronne ; trois paquets de filaments ergadtopiss- 



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UYDROLOGIE 



élective commence lentement. Puis il s*accuse, s'accroît et 
se continue ainsi jusqu'à ce que la cellule ait intussuscepté 
une série de matériaux dont elle trouve les éléments réunis 
dans le plasma des espaces connectifs ambiants. Sur son 
pôle réceptif, on voit alors apparaître un dispositif tout à 
fait particulier, signalé d*abord par Solger, puis bien étudié 
par l'École de Nancy avec Prenant et Garnier son élève, 
ensuite par plusieurs autres observateurs, notamment dans 
mon laboratoire par Regaud (fig. 1), Cade, Policard, Bonna- 
mour. Ce dispositif, aujourd'hui déjà suffisamment connu et 
identifié dans sa. forme et ses principaux caractères histochi- 
miques, a reçu de Prenant et Garnier le nom d^ergasiopîasme, 
ce qui veut dire « portion travailleuse du protoplasma ». 

Les « filaments basaux » de Solger, qui constituent à pro- 
prement parler Tergotoplasme, commencent à se différen- 
cier, dans toutes les cellules où Ton a constaté jusqu'à pré- 
sent leur existence, sur le pôle d'implantation de celles-ci. 
Ce ne sont point là des fils vrais, mais des lames compa- 
rables à celles d'un gâteau feuilleté, dont la direction géné- 
rale est parallèle à la hauteur de la cellule, et qui occupent 
la région infra-nucléaire de celte dernière. Le dispositif 



miques grêles sont, en outre, disséminés dans le corps cellulaire (cyto- 
plasme). 

b, Paquets de filaments ergastoplasmiques groupés de part et d'autre 
dans le sens de la plus grande longueur de la cellule. 

c, Noyau coupé. Sphère interne encapsulée. 

cl et /", Noyaux à membrane très mince, presque sans chromatine et sans 
nucléoles; quelques petits paquets d'erga^toplasma sont disséminés dans 
le cytoplasme. 

e, Cellule à deux noyaux, dont l'un est coupé montre la sphère interne- 
Ërgastoplasma abondant. 

Çf Noyau coupé à la façon du noyau de la cellule (c) et montre le dispo- 
sitif filamenteux en panier. 
D'après Regaud et Policard {Notes histologiques sur l'ovaire des mam- 

miferes]^ Congrès de l'Association des Anatomistes. Lyon, 1901. 



QUELQUES PHÉNOMÈNES INTIMES DE LA NUTRITION !20i 

lamellaire s^éteod: peu à peu de rexlrême base de la cel- 
lule eu remoalaut vers le n(^au, qu'il enveloppe à la fin de 
la période de la mise en charge à la façon d'une corbeille, 
ouverte du côlé du pôle émissif, et dont les traits meurent 
en s'épuisant dans le cytoplasme ordinaire. Il s'agit ici d'une 
édification absolument temporaire, imposant vraiment l'idée 
d'une série de lignes de force dirigées dans le sens du mou- 
vement susceptif qu'exerce à ce moment la cellule d'une 
façon progressivement intense. Un courant humide ascen- 
dant très actif, traversant un filtre de sable iin, détermine- 
rait mécaniquement dans la masse du sable, entre ses filets 
pénétrants, une décomposition en lamelles toute semblable. 
Mais il ne s'agit pas ici d'un simple effet .mécanique. Les 
lames entrecoupées et ascendantes de l'orgastoplasme ne 
sont pas seulement formées par des portions du protoplasma 
tassées et condensées entre les filets liquides répondant a 
l'entrée dans la cellule des matériaux puisés par cette der- 
nière au dehors. Elles sont le résultat d'une variation tout k 
fait originale du protoplasma lui-même. Pour devenir tra- 
vailleur, ce dernier prend un état moléculaire nouveau, une 
constitution chimique également nouvelle. Après fixation 
par le bichromate acétique, par exemple, on constate que 
les cloisons et les travées ergastoplasiiiiques, formées par 
une substance hyaline et réfringente sensiblement à la façon 
du filament chromatique d'un noyau de cellule qui se pré- 
pare à faire une mitose, fixent également avec élection les 
colorants nucléaires à la façon de la chromatine elle-même. 
L'hématoxyline et Thématéine les teignent en violet foncé, 
la safranine en rouge, etc. Faut-il en conclure que, pour 
former l'ergastoplasme, le noyau cède au protoplasma une 
partie de sa nucléine pour concourir à la conslitulion éphé- 
mère du protoplasma travailleur? La chose paraît du moins 

BUI.L. DE TiiÉnvpEuriQUE. — TOME cxLv. — G" i.;vn. 6* 



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'^>'J UV&ROLOGIE 

^^>)vililo, mai» tAwntv ri>tU> question particolière est encore 
,t t v>tu>lv, .to Hv l« i)ùii-«iloi«i pas ici. 

t-M tv\Attv'h<>. tt 1^ «n point qui dôe à présent paratt hors 
vU' \\\Miv'^;«' : >'Vvi ^4 lurésence du fer coname éléœenl constî- 
\\'-\< ■,îv ;Vw.*'.!i'i'J**>iie. Lea filaments basanz de Solger, 
I \.y*x',N-j-;.tviMi^ >X*- l'renant et Gamier, font un avec ce que 
M tôt' ttt ysHii Hensley, appellent le a profennent n des 
y,- ' .. ^UusIh Inires. Pour !e cas particulier des cellules 
h. .u ,|. ,(«.« kli','* glandes de l'estomac — celles qui sécrètent 
'u K .'!'. i>.xiiit> Aoluble — la certitude est absolue. Dans toute 
' ' ' < Uiv Uu dispositif fllaire, le fer est abondamment 
' . l'.iuiJkk tHiidis qu'on n'en trouve pas ailleurs dans la cel- 
'>> ' kl luil partie inLégraote des travées ergastoplasmiques 
l'U, Itt tonne d'un composé organique qui d'emblée ne 
<ll■llU^> |itk(i la réaction du fer, mais qui la foornit si au préa- 
lr>l>k> ^m a réduit ce fer organique à l'étal de fer inorganique 
f M' iitie solution faible d'acide salfuriqoe. Dès lors, cbaqus 
^olltilti en cours de mise en charge montre, par la réaction 
l'iiiii «connue du bleu de Prusse, une série de fines grsnu- 
UlliHis ferriques qui suivent exactement la direction des 
tl'uvées ergastoplasmiques. Elles dessinent à proprement 
)iiirlur ces dernières, et donnent des images exactement 
Ntiperposables au dispositif ergasloplasmique mis en évi- 
dence par tes moyens ordinaires. Conclusion ici de toute 
importance : le dispositif ergastoplasmique est une édifi- 
cation provisoire, ferrique dans ce protoplasma travailleur, 
presque au même titre que dans une fibrille élémentaire de 
muscle strié^ dont les disques épais chargés d'héjnoglobine 
renferment également du fer en combinaison organique. 

Je dis que cette édification est provisoire. En effet, après 
s'être développée progressivement, et aussi étendue pen- 
dant toute' la phase de mise en charge de la cellnle glandu- 



QUELQUES PHÉNOMÈNKS If4TIMES DE LA NUTRITION 503 

laire, elle se réduit easuite rapidement et se refond dans le 
cytoplasme ordinaire dès le début de la phase suivante, qai 
est celle où celte cellule exerce son pouvoir de ségrégation 
élective. Ou bien il en reste comme en réserve des vestiges. 
Dans certaines cellules à fonctionnement à la fois allerniatif 
et très actif, elle^ se réunit en masses grossièrement filaires 
qui ressemblent à des noyaux par leur chromaticité. Telle 
est la signifîcalîon de nombre de formations désignées sous 
l« nom de « paranucléi », et jusqu'ici demeurées énigma- 
liques. 

b) La phase de sé^égalion : vésicules et grame de sécrétion. — 
La cellule ayant extrait du milieu ambiant, et de par son 
choix propre, puis introduit dans son cytoplasme un plasii^ 
chargé d'éléments utiles à l'exercice de ses fonctions d'ordne 
nutritif, elle va maintenant mettre en jeu son activité bio- 
chimique personnelle. J*ai déjà dit qu'en vertu de celle-'Ci 
l'élément cellulaire s'in^corpore ^rtains produits destinés à 
faire partie de lui-même à titre de récréments de ses 
diverses parties. Ceci répond à sa pr<^pa:^ et personnelle 
nutrition, et dans cet acte, il prend. D'autre part, il exerce 
sofl « activité «écrétoire » et, de ce chef, se prépare à rmdri? 
au milieu ambiant quelque chose. C'est ce dernier processus 
qui, jusqu'à présent, est seul devenu saisissable par des 
variations cytologiques évidentes. Ces variations ne révèleat 
pajs, loin de là, le mystère môme de Tacte sécrétoire; mai» 
du moins elles permettent d'en fixer les étapes et d'en pré- 
juger le sens. 

En de certains points du cytoplasme, on voit, en effet, se 
rassembler des produits nouveaux, différant tout à la fais 
et de ceux renfermés dans le plasma des espaces conjonclifs 
périglandulaires, et du liquide intussuscepté par le jeu de 
cet ergastoplasme formé d'iune substance vivante proha- 



204 UVDHOLOGIl!: 

blement phosphorée, cerlaiDement ferrique, qui crée tem- 
porairement sur le pôle susceplif de la cellule un disposilîT 
flbroïde aspirant, peut-ëtrd par une sorte de préhension 
élective, les élémenU du plasma dans uue série de voies 
CHpiilaires physiquement très favorables, on le conçuil. à 
leur active et rapide pénétration. Les produits de la ségré- 
gation bio-chimique du mode sécrétoire se ramassent tout 
d'abord, au fur et à mesure qu'ils sont élaborés et chimi- 
quement constitués, dans ce qu'on appelle des vacuoles ou 
vésmilm de sécrétion du protoplasma. 

Il faut remarquer tout d'abord que les vacuoles ne sont 
pas des espaces prêrormés. Chaque vacuole répond seu- 
lement au point où les produits de l'activité sécrétoire 
viennent se collecler peu & peu. De tels points n'oot pas, au 
sein du protopiasma, une situation Tme : la preuve en a été 
donnée par Ftanvier en ce qui concerne les vacuoles déve- 
loppées au sein des travées de protopiasma qui régnent 
entre les boules de mucigéne déjà formé des cellules muci- 
pares, et constituent dans leurs intervalles l'élégant réseau 
décrit par Landowsky. Ces vacuoles, qui ne renferment que 
de l'eau et des cristal loïdes, mais aucune matière albumi- 
DO'i'de (car le peroxyde de ruthénium les laisse incolores), 
sont mobiles, — ou plutôt mobilisées par la contraction 
lenle du reste du protopiasma. Elles changent de place, 
s'éloignent, se rapprochent les unes des autres, se fondent 
les unes dans les autres ou au contraire bourgeonnent et se 
si^indcnl, etc. Il semblerait donc de prime abord que ces 
vésicules de sécrétion, incessamment changeantes et comme 
erratiques au sein du protoplasma actif, n'ont pas plus 
d'individualité réelle que de fixité. Des faits d'un grand 
intérêt observés très récemment, vont cependant nous con- 
duire à une conclusion toute différente. 



QUELQUES PHÉNOMÈNES INTIMES DE LA NUTRITION 205 

Un point certain, c'est que lorsqu'il apparaît au sein du 
protoplasma une cavitéTempUe de liquide, — une vacuole, 
— le liquide ou plus généralement la substance que ren- 
ferme celle-ci est étrangère au protoplasma : ce n'est pas là 
du protoplasma vivant. C'est ce que nous avons bien vu par 
l'action de l'eau distillée sur les cellules vivantes du tissu 
conjonctif. C'est aussi ce qu'on observe quand cette même 
action porte sur des cellules cartilagineuses, elc. La péné- 
tration de Teau exerce alors un traumatisme sur le cyto- 
plasme ; celui-ci émet et expulse une portion de sa substance 
lésée, ceci sous forme de « gouttes sarcodiques ». Aux lieu et 
place de ces gouttes, il se collecte de Teau modifiée plus ou 
moins par sa fîltraliou à travers le protoplasma : voilà une 
vacuole. Le contenu de celle-ci est désormais « enclavé » 
purement et simplement au sein du corps cellulaire. Il sera 
modifié, résorbé ou expulsé, si la cellule ne meurt pas. Une 
vésicule de sécrétion renfermera, elle aussi, un liquide, 
puis des produits plus ou moins complexes étrangers au 
protoplasma, ségrégés et constitués par l'aclivilé sécré- 
toire de ce dernier d'une certaine façon et affectant un 
certain chimisme, qui précisément les détermine. Dans 
quelques cas particuliers, on a pu saisir au sein du proto- 
plasma le début de cette détermination chimique. 

Regaud, en traitant par l'ématoxyline au cuivre de Weigert 
des coupes minces du testicule fixé par le bichromate 
acétique, a pu suivre l'évolution des vésicules de sécrétion, 
puis des grains de sécrétion, au sein de la masse syncytiale 
des cellules de Sertoli, qui sont en somme les véritables 
cellules glandulaires du tube séminifère. Ces vésicules se 
teignent alors en bleu-noir. Dans certaines conditions, elles 
se colorent en rose par la safranine. Elles ont par consé- 
quent un chimisme déterminé et personnel, rendu incontes- 



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206 



HYDROLOGIE 



lable par le critérium du « principe des méthodes conver- 
gentes » tel que je l'applique depuis nombre d*annéesv Or^ 
avec l'hématoxyline cuprique, que voit-on ? — Tout d*ab©«rd, 
les vésicules de sécrétion se réduisent à un point Meu-^nsir, 
répondant au point où le protoplasnm exerce sa propriété 
de ségréger et de constituer chimiquement le produit de 
son activité sécrétoire. Bient6t le point augmente de volume, 
il forme une sphérule à centre clair et à marge bleu-noir. 
Enfin, sur les grosses vésicules, souvent bosselées ou bour^ 
geonnantes, se présentant avec l'aspect de perles irrégu^ 
lières on de Verre soufflé, on peut constater ce fait d'une 
capitale importance. — Au sein du protoplasma ambiant, la 
vésicule se distingue par une paroi homogène et lisse, d'an 
bleu-noir foncé; tandis que le liquide qu'elle renferme, mtxh 
lore d'abord, se fonce progressivement. Ainsi, tandis que 
cette vésicule, certainement mobile, se déplace, s'agrandit, 
collecte de plus en plus le produit de ségrégation dans sa 
cavité, c'est sa paroi qui se montre particulièrement agis- 
sante. Par son action modificatrice sur les liquides extraits 
du cytoplasme, elle apparaît comme le lieu premier et 
l'instrument de la variation chimique qui détermâae le 
produit de sécrétion. Elle joue donc le rôle d'un filtre 
électif, c'est-à-dire actif. Sa signification est celle d'un point 
élu du protoplasma, devenu éleetivement aussi ségréga- 
teur au milieu da reste, et qui, pour opérer cette fonc- 
tion, croit et s'étale en. surfeice fermée, et se transporte an 
sein de la cellule pour extraire, transformer définitivement 
et collecter : tout comme l'ergastoplasme s'était formé pour 
puiser hors de la cellule les éléments destinés à la nntri^ 
tion et à sa fonction sécrétoire de celle-ci. 

Les vésicules de sécrétion prennent donc passagèrement 
au sein du protoplasma où elles se forment par points^ une 



QUELQUES PHÉNOMÈNES INTIlftES DE LA NUTRITION 207 

individualité propre. Elles aussi deTiennent de la sorte des 
édifications protoplasmiques temporaires. Elles sont limitées 
par un protoplasma travailleur d'un mode nouveau, qu'elles 
transportent avec elles dans leurs migrations lentes au sein 
du corps cellulaire. L'hématoxyline cuprique les saisit dans 
nombre de cellules glandulaires (cellules de la surrénale : 
Bonnamour; — cellules des tubes contournés du rein : 
Regaud et Policard ; — cellules du corps jaune du Hérisson : 
Regaud et Policard). C'est au sein de ces vésicules que 
mûrissent les préproduits de sécrétion qu'on appelle impro- 
prement grains de sécrétion^ et qu'il vaudrait mieux à mon 
sens nommer grains de sègrégration^ car ils ne représentent 
certainement pas les produits déûnitifs de Tactivité sécré- 
toire. 

£n effet, ces grains, variables comme chimisme et con- 
séquemment impossibles à mettre en évidence partout par 
méthode univoque — il suffira de citer les grains dé muci- 
gène, ceux de propepsine soluble ou insoluble et les grains 
des cellules pancréatiques pour comprendre la raison d'une 
pareille affirmation. — Ces grains, dis-je, différents entre 
eux dans chaque variété de glandes à sécrétion soit externe, 
soit interne, mûrissent en même temps qu'ils grandissent 
au sein des vésicules de sécrétion où ils se sont diff^érenciés 
et formés. C'e^t encore la paroi de la vésicule qui joue eu 
cette phase de croissance le rôle d'intermédiaire entre le 
protoplasma ambiant et les grains eux-mêmes. En outre, 
une seule et même cellule glandulaire peut être le siège de 
vésicules de sécrétion d'ordre et de signification multiples. 
C'est ce qui se passe dans les cellules mucipares. Les boules 
de mncigène se développent en une série de points spéciaux 
du protoplasma et au sein de vésicules dé sécrétion particu- 
lières. Dans les travées protoplasmiques subsistantes et inter- 



20H . UÏDHOLOGIE 

médiaires aux boules, se forment de leur tôté les vacuoles 
de Ranvier, lesquelles ne renrermeot rien qu'uo liquide 
séreux. Mais ces Tésicules séreuses viennent tour k tour 
crever au voisinage de l'orifice émissaire de la cellule cali- 
ciforme. Alors, elles versent leur contenu sur les boules de 
mucigëne mitres pour l'excrétion exocellulaire. Elles mêlent 
leur liquide séreux & cemucigène; elles l'hydratent et le 
transforment. Si bien qu'il ne sort pas de la cellule sous 
forme de boules ou de grains, mais à l'étal de mucus vis- 
queux et semi-liquide. Un grand nombre de grains de 
ségrégation, — à ma connaissance même le plus grand 
nombre, — subissent des modilications analogues et dispa- 
raissent en dehors de la cellule glandulaire. Le plus souvent 
même, c'est A celte modiRcation ultime que les préproduils 
doivent la propriété de sortir pardilTusion de cette cellule, 
lorsqu'il s'agit de cellules closes sur leur pôle libre ou 
émissif (ce qui est, du reste, le cas le plus général). Sur ce 
p6le libre prend, du reste, assez souvent place un dispo- 
sitif figuré (plateau lisse ou strié, bordure en brosse, etc.), 
qui très probablement joue le rôle d'ultime filtre ou dialy- 
seur électif terminal. L'heure n'est pas encore venue de 
précisera ce point de vue; mais on peut, dés maintenant, 
comprendre comment certaines cellules glandulaires, qu'on 
pourrait à priori considérer comme devant, être forcément 
sensibles à leur propre produit de sécrétion, lésées même 
par celui-ci, ne le sont point du tout. Cela tient probable- 
ment à ce que le produit ne prend sa constitution définitive 
et par suite son activité spéciale totale, que juste au moment 
où son exode hors de la cellule est accompli. 

Et tout ceci n'est qu'un point dans l'histoire générale de 
la nutrilion! Je n'ai abordé ici qu'une des multiples faces 
du problème. J'ai laissé de cAté toutes les actions dites 



QUELQUES PHÉNOMÈNES INTIMES DE LA NUTRITION 209 

« phagocylaires », un mot nouveau pour une 1res vieille 
chose, — toutes les opérations nutritives lentes qui abou- 
tissent à. la formation et à l'emmagasinement des matériaux 
de réserve, etc., etc. J'ai choisi pour vous en parler, et à 
cette occasion, pour vous donner une idée de ce que c'est 
qu'un acte nutritif en son essence, le phénomène éclatant 
de la mise en jeu de l'activité sécrétoire dans la cellule 
glandulaire, devenue parmi toutes les autres habile à 
l'exercer. Et vous avez, avec moi, saisi cette cellule en une 
série d'attitudes fonctionnelles répondant aux étapes mêmes 
de son fonctionnement. Vous voyez que ces attitudes sont 
partiellement déterminées. Je vais vous montrer mainte- 
nant que de leur connaissance encore imparfaite, on peut 
tirer, dès maintenant, quelques corollaires utiles. 

A.UX yeux du médecin qui sait réfléchir, l'ergastoplasme 
n'apparaîtra plus désormais comme une pure et simple 
pose plastique du protoplasma, esthétiquement belle uni- 
quement pour l'œil de l'histologiste. Nous pouvons prévoir 
qu'il s'agit là d'une fonction cellulaire d'ordre étendu. Car 
l'activité sécrétoire ou plus généralement le pouvoir d'exer- 
cer la a susception élective », nous apparaît d'ores et déjà 
comme une propriété générale de tous les éléments cellu- 
laires capables de variations nutritives. C'est dire qu'il 
appartient à toutes les cellules vivantes. Seulement, dans 
certains nombre d'entre elles, cette fonction s'exerce lente- 
ment et y demeure comme larvée. Seule la cellule glandu- 
laire, ou plutôt parmi les cellules glandulaires quelques- 
unes d'entre elles, montrent le déploiement progressif et 
cyclique de la formation ergastoplasmique avec toute son 
évidence et tout son éclat. C'est d'après ces cellules particu- 
lièrement actives qu'on peut, je ne dis pas dès à présent 

BULL. DE THÉRAPEUTIQUE. — TOME CXLV. — 6" LIVR. 6** 



210 UYDHOLOGIE 

juger, maia préjuger de la significatioQ générale de la fonc- 
tion ergastoplasmique. 

Or, l'ergastoplasme n'est autre chose qu'une édlScation 
provisoire ferrique, avons-nous déjà dit. Sans fer întussus- 
cepté par une cellule, et disposé sous forme de composant 
ferrique organique en elle, point de mouvement de suscep- 
tion élective actif et parfait ; par suite point de ségrégation 
élective ultérieure, de son cdté parfaite et normale. Quelle 
nouvelle et puissante lumière, jetée de celte façon sur l'his- 
toire entière des anémies, en particulier de la chlorose I Là, 
nous savions bien que le fer manquant aux globules rouges 
du sang, ces derniers, où la molécule ferrique joue le rAle 
de métal précieux dans un alliage, devenment une « mon- 
naie respiratoire » ^e titre altéré et bas. Nous expliquions 
encore aisément l'asthénie musculaire énorme des cbloro- 
tiques ; puisque la substance contractile dç toute cellule 
musculaire striée, chez le vertébré, renferme au même titre 
que le globule rouge du sang une hémoglobine particulière. 
Nous comprenons seulement à cette heure l'alanguissemenl 
parallèle de toutes les sécrétions — telle celle des glandes 
stomacales à. propepsine soluble, — nécessitant pour leur 
phase de mise en charge le déploiement de formations 
ergastoplasmiques puissantes et actives. Nous pressentons 
aussi que ce besoin impérieux de fer, montré avec tant 
d'évidence par le jeu des hautes cellules glandulaires, peut 
et doit être général. Et nous savons désormais, qu'il faut 
apprendre à satisfaire ce même besoin, le cas échéant, en 
déterminant peu à peu quelle est, pour chaque tissu qui 
l'éprouve, la meilleure voie d'accès des compositions fer- 
riques, les conditions qui réalisent pour chacune de celles- 
ci l'état particulier en vertu duquel elles seront l'objet, de 
la part de cellules vivantes des divers tissus, d'un effort 



QUELQUES PHÉNOMÈNES INTIMES DE LA NUTRITION 211 

facile et par suite efficace de susception élective. Qui ne voit 
d'emblée, en un tel programme de pharmacodynamique cel- 
lulaire, celui de Tétude scientifique môme de tout un groupe 
important de nos eaux minérales connues?Qui ne comprend, 
d'autre part, fût-ce de façon encore imprécise, pourquoi 
certaines eaux médiocrement riches en fer, mais dont la 
constitution en tant que solutions salines, les rapproche de 
celle du plasma (Saint-Nectaire, par exemple), pénétreront 
mieux, plus rapidement les tissus des chlorotiques et leur 
restitueront le fer utile et avec lui l'activité de leurs actes 
nutritifs, mieux que d'autres solutions ou eaux minérales 
ferriques en apparence plus puissantes ? 

En outre. Messieurs, 1 ergastoplasme est selon toute pro- 
babilité une édification plus ou moins phosphorée. 

Il semble aujourd'hui certain que le noyau participe à sa 
formation épisodique en lui cédant une portion — ou un 
dérivé — de sa chromatine, c'est-à-dire de sa nucléine, qui 
est phosphorée. Sans doute le phosphore, malgré les tra- 
vaux de Macallum et de ses élèves, ceux de Lilienfeld et 
MoDti,^etc., y a été moins exactement identifié et localisé que 
le fer. Nous savons en tout cas qu'il fait partie intégrante, et 
cela assez largement, du stroma des globules rouges du 
sang. Lilienfeld et Montî l'ont mis hors de doute par la 
réaction du molybdate d'ammoniaque sur ces globules, 
suivie de l'action du pyrogallol. Ils ont constaté la réaction 
noirâtre caractéristique du phospho-molybdate. Avec les 
globules du sang, en eux à côté du fer, le phosphore cir- 
cule. Aucun noyau, directeur effectif de tout le mouvement 
vital dans la cellule vivante, ne peut conditionner sans lui,^^ 
du moins à l'état parfait, son réseau chromatique. Et d'autre 
part, nous voyons la cellule glandulaire peut être la plus 
active et la plus continuement agissante, — la cellule hépa- 



212 , HYDROLOGIE 

tique — leltemeal avide du globule rouge (pour ce que ce 
dernier contient, sans nul doule) qu'elle ne prend pas tou- 
jours la peine d'extraire de lui avec ménagement les sub- 
stances utiles. Ainsi que l'a montré Browîcz, elle est capable 
lie le capter et de l'incorporer en nature et en bloc. Elle le 
phagocyte et le digère, et l'on retrouve des cristaux d'hémo- 
globine ou de ses dérivés enclavés dans son cytoplasme 
et même d'ans son noyau. Mais dans la nutrition intime 
d'une cellule et en dehors du récrémenl qu'il doit apporter 
A la constitution du noyau, le phosphore incorporé est loin 
déjouer, de son cAté, un rôle négligeable. On commence 6. 
connaître, et même k suivre hislologtquement, la part très 
large qu'il prend & un phénomène biochimique de la pre- 
mière importance. Je veux parler de la transformation des 
graisses neutres en lécitbines, c'esl-à-dire en graisses phos- 
phorées. 

Dans les cellules du tissu conjonctif d'une série d'ani- 
maux, mais plus particulièrement dans celles des poissons, 
on se convainc aisément que la graisse n'est nullement 
absorbée en nature. Elle est d'abord u larvée », comme le 
dit Ranvier, et élaborée sous forme de produits de ségré- 
j^'alion intra-protoplasmique qui ne présentent tout d'abord 
aucun des caractères hîslochimiques des graisses vraies. On 
voit en premier lieu apparaître des grains de ségrégation 
brillants, mais qui ne se colorent pas en bistre par l'acide 
osmique, réactif par excellence des graisses neutres en his- 
tochimie. Ces grains se teignent, par contre, en rouge brique 
lumineux par l'éosine. Si on les observe bien, on peut les 
voir peu à peu comme « virer » au noir bistré, parfois par- 
tiellement et comme par moitié. Dans les préparations fixées 
par les vapeurs osmiques puis colorées par l'éosine, on peut 
trouver par suite, dans une seule et même cellule qui va 



QUEI^UES PHÉNOMÈNES INTIMES DE LA NUTBlTIOn 213 

subir t'évoluttoQ graisseuse, des grains tous brillaots el 
rérrîngents, mais les uns rouges, les autres d'un noir bislre, 
d'autres eoBn mi-partie rouges et bistre. Quand les graine 
sont Dombreux, on peut suivre une série de transitions entre 
les deux colorations rouge franc et bislre franc. Mais en 
outre, dans certaines cellules, on voit apparaître parmi les 
autres des grains d'un noir d'encre de Chine qui, au fur et 
à mesure que l'évolution se poursuit, deviennent de plus en 
plus nombreux jusqu'à ce que tous les grains aient pris la 
teinte d'un noir pur, caractéristique des graisses phospbo- 
rées en présence de l'acide osmique. 

Or, il ne faut pas oublier que ces graisses phosphorées 
sont les graisse» parfaites, au point de vue organique s'en- 
tend. Ce sont celles-là. qui constitueront la réserve pour 
l'entretien de toutes les formations histologiques à técittiine : 
myéline des fibres nerveuses, plasma diffus du corps de 
Malpighi, plasma imbibitif des cellules nerveuses, des seg- 
ments externes des b&tonnets rétiniens, etc., etc. Je ne vou- 
drais pas insister par trop sur cette question des graisses 
phosphorées, qui s'insère un peu latéralement sur celle que 
je traite ici. Je veux cependant déduire de nos modestes 
connaissances sur ce sujet, au moins un corollaire utile h. 
connaître au pointde vue médical; car il vise un état que la 
plupart d'entre voua a bien souvent l'occasion d'envisager : 
Vobèsilé. 

[A suivre.) 



Présentalioiis 

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TROIS OBSERVATIONS D'BÉMORRAGIE VISCÉRALE âJS 

extrémités bronchiques, m'ont conduit à penser qu'il serait 
rationnel de recourir à ce médicameot pour traiter cette autre 
affection fétide. 

Dans deux cas de carie dentaire au quatrième degré, en pan- 
sant quotidiennement la cavité dentaire avec un petit tampon 
d'ouate imbibé de solution saturée d'hyposulfîte et recouvert 
d'un autre tampon tassé avec le stylet, j'ai obtenu, en quelques 
jours, la disparition de l'odeur et de la saveur putrides qui incom- 
modaient grandement tes malades. 

L'un d'entre eux était ti^ité depuis longtemps par des panse- 
ments à l'acide phénique, sans amélioration appréciable. 

Je serais heureux, si les spécialistes de l'art dentaire voulaient 
employer cette médication, d'avoir modestement contribué à 
faire entrer dans la thérapeutique de cette affection, parfois 
rebelle, un agent d'un emploi facile, ni caustique, ni toxique, et 
d'une valeur marchande absolument infime. 



II. — ÎVots observations ^hémorragies \nscérales graves arrities 
par Vinjection de sérum gélatinée, 

par M. CoiLET, 

Professeur agrégé k la Faculté de Ljon 
(note présentée par M. Bardet). 

Les propriétés coagulatrices et, par conséquent, hémostatiques, 
de la gélatine et des sérums gélatines, sont connues de tous les 
médecins ; mais tous n'ont pas eu l'occasion de les appliquer et 
de se convaincre de leur supériorité. 

On reproche aux injections gélatinées d'être dangereuses, ce 
que je n'ai pas vérifié dans les quelques cas d'anévrismes où je 
les ai employées ; on leur reproche encore d'être douloureuses, ce 
qui n'est pas sans fondement. 

Ces deux arguments ne pouvaient guère entrer en ligne 
décompte dans les trois observations qui suivent, étant donné 
l'insuccès des autres médications et l'état très grave, pressant 



tW SOClfrrË DE THÉRAPEUTIQUE 

Ht^iutt, Annà n)ttlad»s. Je les rapporte toutes trois, d'ailleurs, très 
n^iuiHt^. i litre puivuteui documenture. 

Observation I (résumée}. 

h.,. Ji>«ttph, 11^ aus. loumeur, entre le lis^embre 1900, eaJIe 
Ït«tuiv-Klk»at>t>lh. )>our d^ voDÛ$s«menis «te s*ng. 

ttiwkt * uot«>r lUtt» s«s atue^-éilenls bêrêdilûreâ. 

(tau» HV« auievÀi^DCs personnels, ni rfauBUUame, ni syphilis. 
M w\\h)XmiX\suiv, tti«b a^nwIÛBw net: il aTOwl oa 2 absinthes, 
i liin-* itv \iuet ^t'i^^u'^ petits verrescbaqaejoar.Ily aunniois, 
il val lvMtt>t> dïu^ ttue tranchée d'une hauteur de un mètre envi- 
H'ii ut >i' plitiui, depuis, d'une douleur an niveau du mamelon. 

Il V it >;iuqjours, il eut un premier crachement de sang, fran- 
V*"""'-"'HVmj«î; ily «deux jours, il aurait Tomi la valeur de deux 
l'u Uuis \ojr»s de sang rouge. Hier encore, nouveau crachement 
4u,.,i nbi..iii.U»i. 

\ 1 i-'iiuiw on trouve dans le crachoir un peu de sang noirâtre. 
l.K uiuluilu ii« se plaint d'aucun trouble digestif, saut de quelques 
Vuuiiïsttmeiits pituiteui le matin. La palpation de l'estomac ne 
ii'\«iHti aucune douleur. Rien d'anormal aux poumons, au cœur 
'■'^ d tu rate; pas d'ascite. Le foie piraît un peu diminué de 
^vluuit*. En somme, l'examen viscéral est à peu prés négatif. Pas 
ilti l'Alour de la face, 

Im surlendemain, à la visite, on trouve le malade avec un cra- 
v'Ikuirplein de sang; il dit en avoir jeté une quantité égale. Les 
Li'matémèses se répètent chaque jour très abondantes et le 
malade arrive rapidement à une pâleur extrême. Toute médi- 
cation (ergot, glace, lavements chauds) reste sans résultat. Injec- 
tion sous-cutanée de sérum gélatine à I p. 100. Il se produit 
encore une hématémése un quart d'heure après l'injection : 
mais elle est peu abondante et ne se reproduit plus. Pendant les 
jours qui ont suivi, le malade a repris rapidement sel couleurs 
et a quitté l'hôpital guéri au bout de peu de temps. 

Dans cette observation on ne pouvait décider avec certitude si 
on avait affaire à une cirrhose au début, à une gastrite alcoolique 



TROIS OBSERVATIONS d'hÈHORHAGIE VISCÉEIALE 217 

ulcéreuse, ou même à l'exulc^atio simptex de Dieulafoy, qui 
s'accompagoe, comme on sait, d'hémorragies parfois mortelles. 
!ci l'hémorragie paraissait devoir entraiaer la mort à brève 
échéance. On a proposé, dans les cas d'hémorragie gastrique 
grave, de faire simplement ingérer une solution gélatinée (Pau- 
liakov). L'injection sous-cutanée m'a paru plus logique, car elle 
modifie directement la coagulabilité du sang au niveau de la 
lésion vasculaire et agit plus intimement sur elle. De plus, cette 
lésion, vraisemblablement gastrique, pouvait à la rigueur être 
œsophagienne, auquel cas son contact avec la solution gélatinée 
n'eût pas été asseï prolongé. Dans l'expectative, la mort du 
malade paraissait certaine. L'action hémostatique de la solution 
gélatinée a dû être immédiate, car il est bien probable que le 
sang rejeté un quart d'heure après était déjà dans l'estomac tors 
de l'injection, d'autant plus que l'hématémèse ne s'est pas pro- 
longée ni reproduite. 

Observation II (résumée) 

Ross... Louis, 18 ans, teinturier, entre le 30 novembre 1900 à 
rbOpilal de la Croix-Rousse, salle Salnt-lrénée. Il y a fait déjà 
deux séjours où l'observation relate des lésions tuberculeuses 
avancées. Actuellement, matlté jusqu'à mi-hauteur de l'omo- 
plate, souffle caverneux, retentissement de la voix. Après la toux, 
r&l<>s nombreux, cavernuleux. 

20 décembre. — Un peu de sang dans les cracbats. 

S janvier. — Depuis plusieurs jours le malade *a des hémo- 
ptysies abondantes. Ni l'ipéca, ni l'ergotine, ni les lavements 
chauds n'ont pu les arrêter. Une injection de SO ce. de solution 
gélatinée à 2 p. 100 les arrête. 

12 janvier. — Les hémoptysies ne se sont pas reproduites. 
L'auscultation fait entendre du souffle caverneux aux deux som- 

19 janvier. — Diarrhée. La température oscille entre 38" et 
39». 
Il ressort nettement du court résumé de cette observation que 






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218 



SOCIÉTÉ DE THÉRAPEUTIQUE 



le malade n*était pas un tuberculeux au début, mais qu'il était 
arrivé à la période ultime de la pbtisie (anorexie, diarrhée, fièvre 
hectique, caverne). Les hémoptysies de cette période sont plus 
graves que celles du début qui cèdent souvent spontanément en 
l'absence de toute médication et celles«ci étaient abondantes et 
tenaces. 

Observation III (résumée) 

R..., Gaspard, 27 ans, maroquinier, entre le 22 octobre 1902 
dans le service de M. le professeur Lépine que j'avais l'honneur 
de suppléer. 

Bronchites à répétition depuis 1893. 

L'affection actuelle a paru débuter, il y a deux mois, par une 
bronchite traitée par la suralimentation sur les conseils d'un 
médecin qui a ausculté le malade à ce moment. Il y a un mois 
aggravation, avec une température de 39^2. Le malade est obligé 
de s'aliter jusqu'à son entrée à l'hôpital. 

Depuis trois semaines hémoptysies tous les jours; des prises 
d'ipéca ne produisent aucune amélioration. 

Lors de l'entrée à l'hôpital, percussion douloureuse au sommet 
droit et matité en ce point. Nombreux râles humides dans tout le 
poumon droit et surtout au sommet correspondant. Au sommet 
gauche respiration saccadée. Le malade tousse un peu et crache 
beaucoup. Expectoration épaisse et toujours striée de sang. 
Température : 38®5 le lendemain de l'entrée. 

25 octobre. — (Hémoptysie abondante) Ergotine, ventouses, 
elle n'a pas été arrêtée par une injection de sérum gélatine 
(2S0 grammes à 2 p. 100). 

26 octobre. — Nouvelle injection de sérum gélatine à 2 p. 100 
(300 grammes). Pendant la nuit expectoration d'une casserole de 
sang (environ 200 grammes). Lavements chauds, moutarde, 
glace, bromure de potassium. 

27 octobre. — Pas d'injection de sérum gélatine. Pendant la 
nuit expectoration d'un peu plus d'une casserole de sang; les 



TROIS OBSERVATtOItS D'HÉHORHAGIB VISCÉRALE 219 

moyens prècitéB n'arréteat l'hémorragie que pour une heure ou 
moins. 

28 octobre. — A S heures du soir injection de 250 grammes 
de sérum gélatioé. Pendant la nuit le malade n'a que qtielques 
crachats sanglants.. 

29 octobre. — Ai heures de l'après-midi l'hémoptysie recom- 
mence; elle est arrêtée par une injection de sérum gélatioé 
(300 grammes), Pendant la nuit l'expectoration sanglante a été 
insignifiante, 

30 octobre. — La tension sanguine au spbygmomanomètre de 
Potain, prise à la radiale, n'est que de 10 cenUmètres de mercure. 
L'examen du sang, après coloration au bleu Poirier, montre une 
augmentation considérable des hématoblastes isolés ou en gro^ 
amas : un hématoblaste pour 6 globules rouges (au lieu 1/25 ou 
1/15, chiffre normal d'après Hayem). 

1" novembre. — Le retour de l'hémoptysie nécessite une nou- 
velle injection à 2 p. 100. Les jours suivants, en l'absence de 
nouvelle injection, l'hémoptysie a recommencé et a nécessité plu- 
sieurs injections de 300 ce. de sérum gélatine à 4 p. 100 qui l'ont 
arrêtée définitivement. 

9 décembre. — Le malade succombe aux progrès de ses lésions 
tuberculeuses sans avoir présenté de nouvelle hémoptysie depuis 
plus d'un mois. Opposition à Tautopsie. 

11 s'agit donc d'ua homme igé de 27 ans, atteint de ramollis- 
sement tuberculeux très étendu du sommet droit et entré à l'M- 
pitalpourdes hémoptysies qui se répétaient depuis Lrpis semaines 
et résistaient au traitement par l'ipéca, l'ergotine, les ventouses, 
la gtace, la révulsion, les lavements chauds. Ces divers moyens 
arrêtaient l'hémoptysie seulement pour une heure ou deux : il 
importait donc de modifier non l'état des vaisteaux, mais ia coagula- 
bilité du sang. 

Malgré les premières injecttons de sérum gélatine (2!>0 grammgs 
à 2 p. 100], l'hémoptysie se reproduisait le lendemain du jour où 
avait été pratiquée l'injection, la nuit surtout, et remplissait de 
un à trois crachoirs ; la pression à la radiale tombait à 10 centi- 



'■i\ 



n 



220 SOCIËTÉ DE THÈRAPBUTtQUB 



mètres de mercure. Les hémoptysies n'ont été déGnitivemeni 
arrêtées que par Pemploi d'une solution gélatinée à i p. 100 : 
pendant le mois qui a suivi, elles ne se sont pas renouvelées et le 
malade vient de succomber hier à la cachexie tuberculeuse. 

Je n'ai pas à discuter ici le mode d'action physiologique des 
injections de sérum gélatine ni les objections qui om été faites 
aux injections sous-cutanées, auxquelles on a opposé que la 
gélatine n'était pas dialysable ; je me borne à enregistrer trois 
faits cliniques. 

Evidemment les injections de sérum gélatine sont doulou- 
reuses : elles sont dangereuses si la stérilisation de la solution 
n'est pas parfaite, mais ici devant l'échec des autres hémo- 
statiques, elles étaient tout à fait indiquées. Elles n'ont pro- 
voqué qu'une douleur modérée et sans aucune ccmplication 
inflammatoire, ni infectieuse. La troisième observation montre 
de plus la nécessité d'arriver à des doses élevées (300 grammes 
par jour ou tous les deux jours] et à des solutions plus concen- 
trées (4 p. 100) en cas d'insuccès des premières injections avant 
de conclure que la méthode a échoué. 
j j Elle montre en outre que l'augmentation de la coagulabiliié du 

' i sang provoquée par la gélatine n'a qu'une durée relativement 

. I limitée, et qu'il ne faut pas craindre de renouveler l'injectios 

' I quand l'hémorragie se reproduit. 

Communications. 

I I. — Action du bleu de méthylène sur tes ukértUicms des 

< tuberculeux, 

j par MM. Louis Rënon et E, Gëraudel. 

I Nous avons, chez cinq tuberculeux, traité des ulcérations de la 

langue et du voile du palais, par des applications locales et quo- 
tidiennes de poudre de bleu de méthylène. 11 s'agissait Je 
malades, porteurs de cavernes, arrivés au dernier degré de la 
tuberculose pulmonaire chronique. 



DE HÉDlCAHEnTS DANS LA CIRE 2^1 

L'eiïet de la médication a été très remarquable. Dans tous les 
cas, nous avons observé une sédation très marquée des douleurs 
qui rendaient l'alimentation presque impossible, et une modifi- 
cation très nette de l'état local. Les ulcérations se détergeaJent 
rapidemeat; elles diminuaient de profondeur et d'étendue, et se 
cicatriBaient par le fond et par les bords; les points jaunâtres 
disparaissaient. Dans trois cas, la cicatrisation a été complète, 
et s'est maintenue jusqu'à la mort des malades. 

Nous étudions en ce moment l'action du bleu de méthylène, 
donné par la voie gastrique, sur i'entérite ulcéreuse des phti- 
siques, et les résultats complets de ces recherches seront publiés 
ultérieurement; noua avons toujours jusqu'à présent observé la 
diminution et même parfois la cessation complète de la diar- 
rhée. 

II. — De l'incorporation de certains médicaments dans la cire 
pour qu'ils ne soient mis en liberté que dans l'intestin, 

par M. Maubel {correspondant). 

Dans la séance du 26 novembre dernier, M. Bardet a présenté 
à la Société la thèse de M. G. Philippe (de Lyon), sur la médi- 
cation kératinisée; et il a fait ressortir l'importance qui s'attache 
à un procédé nous permettant de faire traverser l'estomac à un 

médicament en restant intact, et qui n'est ainsi mis en liberté 

11 faut espérer que les perfectionnements apportés à la kérati- 
nisation par M. Philippe donneront désormais toute satisfaction 
à cet égard. 

Cependant, puisque l'attention est appelée sur ce point de 
thérapeutique pratique, je pense qu'il ne sera peut-être pas sans 
utilité de signaler un procédé dont je me sers depuis longtemps 
dans le même but, et qui jusqu'à présent m'a rendu quelques 
services. 

Ce procédé consiste à incorporer à chaud, dans de la cire, les 



à 



:J^ 



i 



222 SOCIÉTÉ DE TBinAPEUTlQUE 

médicomenU que I'od désire ne faire agir que sur l'iDtesliu, sac» 
qu'ils puissent exercer leur actiou sur t'esiomac. et sans qu'ils 
puissent également être modifiés par les liquides digestifs de 
cette cavité. L'idée première de ce procédé, je me hâte de le 
dire, ne jn'appartient pas. Elle m'a été donnée, il y a plus de vingt 
ans par un collègue de la marine, Mondière, bien connu du 
monde aathropotogiste, et qui lui-même me dit l'avoir pui^t^e, 
autant qu'il m'en souvient, dans un formulaire américain. 

Mais quoi qu'il en soit à cet égard, Mondière m indiqua ce pro- 
cédé pour éviter les renvois si désagréables qui suivent l'ingps- 
tioQ du copahu. 

La formule dontje me sers depuis cette époqueest la suivante : 

Cire jaune 10 gr, 

Oléo-résine de copahu 30 » 

Poudre de poivre culièbe q. s. 

Pour faire à chaud un opiat de bonne consistance, 

A prendre selon les indications. 

Cet opiat est pris en bols préparés par le pharmacien, ou par le 
malade lui-même. 

Grâce à cette manière de donner le copahu, les renvois sont 
sûrement évités. 

Or, dès la constatation de ces heureux résultats, je cherchai à 
me les expliquer , et j'en vins à penser que la cire ne devait être 
modifiée que dans l'intestin et que l'oléo-résine de copahu restait 
ainsi protégée par elle pendant tout son séjour dans l'estomac. 

La cire, en effet, on le sait, se rapproche des corps gras, par de 
nombreux caractères; et il est possible qu'elle ait, entre autres 
caractères communs avec ces corps, celui de n'être modifiée ni 
par la salive, ni par le suc gastrique, et, au contraire, de l'élrc 
par les divers liquides digestifs intestinaux. 

Or, cette manière de comprendre le mode d'action de la cire i 
l'égard du copahu me conduisit tout naturellement, quelques 
années après, à l'utiliser dans le même but pour d'autres médi- 
caments. 



1I4N0CU1TË ABSOLUE DE L'ACIDE PHOSPBORIQUE 



223 



Ceux pour lesquels j'ai le plus souvent employé ce procédé, 
sont la poudre d'ipëca, celle de polygala et celle de séné dans les 
cas de paresse intestinale. Je prescris soaveat dans ce cas la 
poudre d'ipéca à la dose de gr. 10 à gr. 20 par jour, en plu- 
sieurs fois, celle de polygala à une dose double; et on conçoit 
tout l'intérêt qu'il y a pour ces agents à évitef leur action sur 
l'estomac. 

Je l'ai employé également pour la pancréatiae, mais il faut 
alors, pour ne pas altérer cette dernière, faire l'incorporation à 
une température à peine suffisante pour ramollir la cire^ et l'opé- 
ration devient un peu plus difQcile. 

Tel est le procédé que j'emploie pour faire arriver dans l'in- 
testin certains inédicamcnts que je veux mettre à l'abri de l'action 
de l'estomac, soit pour éviter leur modification dans cet organe, 
soit pour éviter leur action sur lui. 

Comme on le voit, il est des plus simples etapplicable à d'assez 
nombreux médicaments. Je ne crois pas qu'il puisse remplacer 
une kératinisation bien faite; mais il m'a semblé, néanmoins, 
utile de le signaler au corps médical pour qu'il puisse l'employer 
lorsque des procédés plus perfectionnés lui feront défaut. 



III. — Sur Cinnocuité absolue dt l'acide phosphofiqtu, 
par M, F. Cautru, 

On a reproché à l'acide phoephorique d'être toxique et de pro- 
duire à la longue de la stéatose du foie. 

Cette accusation portée sans preuves ne tient pas debout, 
quand on songe que cet acide n'a aucune des propriétés chi- 
miques de son générateur le phosphore, avec lequel on a semblé 
vouloir le confondre, qu'il est toujours saturé dans le tube diges- 
tif et absorbé sous forme de phosphates acides qui n'ont jamais eu 
la propriété de stéatoser le foie, et que même, lorsqu'il passe en 
nature dans la circulation, il ne peut altérer aucun organe étant 
saturé d'oxygène; cependant et malgré le grand nombre d'exem- 




224 SOaÉTÉ DE TSÉBAFItUTigUC 

pleE quej'ai rapportés, ici, de malades de lous âges, pren&nt pen- 
dant des années, non seulement Bans danger, mais avec grand 
profit, les doses quotidiennes énormes de 4 à IS grammes et 
plus d'acide phosphorique ofSciDal, malgré l'exemple publié 
dans le Bulletin général de Thirapeuliqtu, de M, Joulie, vieillard 
de 70anE,quiea prend depuis plus de trois ans, une dose moyenne 
de 10 grammes, et a vu, grâce à ce moyen, sa saoté ébranlée 
par une foule de m aui Te stations arthritiques, se rétablir complè- 
tement; malgré tout, il reste dans l'esprit de quelques médecins 
un doute que je voudrais dissiper. C'est pour cela quej'ai essayé 
l'effet de ce médicament sur des animaux, à des doses énormes, 
proportionnellement à celle que l'on peut donner à l'homme. 

Déjà,, il y a deux ans. avec M, Bardet et M. Brun, 
membres de cette Société, je Gs l'autopsie d'un canard, tué en 
fort bon état de santé et qui prenait depuis un mois et demi, 
1 gramme environ d'acide phospborique par jour. Nous ne trou- 
vâmes rien d'anormal ; le foie nous sembla plutôt petit que 
stéatosé, mais l'expérience ne fut pas concluante, un canard, 
témoin, ayant disparu la veille de l'autopsie de son camarade. 

Depuis quatre ans, un éleveur de chevaux, de mes amis, donoe 
à ses jeunes poulains, chaque jour, de 25 à 50 grammes d'acide 
phospborique officinal. Jamais il n'a remarqué aucun phéno- 
mène d'intoxication et il se déclare enchanté des résultats 
obtenus. 

Je viens vouà présenter aujourd'hui deux cobayes qui prennent 
de l'acide phospborique, depuis le 11 novembre 1902. 

Cet acide, dilué dans de l'eau et mélangé dans leur nourriture, 
leur est d'abord donné à la dose de gr. SO par jour d'acide 
phospborique officinal. La nourriture se compose de SSOgrammes, 
par jour, d'un mélange de carottes, d'avoine, de son et de pain. 

Le 22 novembre, les animaux supportant très bien l'acide, je 
leur en donne 1 gramme par jour, ce qui est une dose formi- 
dable pour un animal pesant 350 grammes. Cela correspondrait 
chez un homme adulte, d^n poids de 70 kilogrammes, à 
200 grammes d'acide phospborique olUcinal par jour. 



INNOCUITÉ AUSOLUli: DE l'aCIDE PUOSPHORIOOE 223 

Celle dosa est coQtinuée jusqu'au 27 décemlire.sans aucun 
inconvrnioiii; les animaux ont seulement un peu maigri. Je 
diminue la dose à gr. r.O, jusqu'au 5 janvier 1903, puis, du S 
jusqu'à aujourd'hui, 2S janvier, à II gouites seulement par jour: 
les deux cobayes ont retrouvé, l'un a même dépassé le poids prj- 

Un troisième cobaje, mis en expérience en même temps, est 
mort le 3 janvier, mais sa mort a été accidentelle. Son autopaie 
n'a rien révélé d'anormal ; les reins étaient sains. J'ai recueilli le 
foie que je vous présente conservée dans l'alcool et qui n'est nul- 
lement stéatosé. Vous pourrez même vous rendre compte sur des 
coupes que voici, faites au laboratoire de clinique chirurgicale de 
l'Hôtei-Dieu, que le foie est normal. Des deux cobayes témoins 
que j'avais choisis, un est mort également. 

La mortalité, très grande dans les laboratoires, a donc été plus 
grande parmi les animaux témoins (50 p. 100) que parmi les 
animaux prenant de l'acide phosphorique [33 p. 100). 

L'urine des animaux en expérience est devenue d'alcaline, 
neutre, puis légèrement acide. Elle est neutre aujourd'hui^ 

On pourrait me reprocher d'expérimenter sur des herbivores 
qui n'ont de semblable parmi nous que les végétariens. Or voici 
un chien de H kilogrammes et demi, nourri de viande et de pain. 
qui depuis le 4 janvier a pris progressivement de X à XXX gouttes, 
c'est-à-dire de I à 3 grammes d'acide phosphorique olDcinal et 
qui n'en parait nullement incommodé; son état général est au 
contraire meilleur qu'il n'était, il pèse aujourd'hui 9 kg. 400, 
Ses urines alcalines au début de l'expérience sont devenues 

Je vais d'ailleurs continuer mes expériences, et je me propose 
d'examiner la résistance des animaux prenant de l'acide phospho- 
rique aux maladies microbiennes chroniques, telle que la tuber- 
culose, qui, à mon avis, n'évoluent que sur les terrains hypo- 
acides dé phosphatés. 

J'obtiens en effet d'c-icel lents résultats dans le traitement de la 
tuiierculose par l'emploi prolongé de l'acide phosphorique, et je 



226 SOCIÉTÉ DE THÉBArBirriUCB 

n'ai jamais remnrqué mâme iiprè^ dt'iix ou i loiâ ans de Lrailemeni 
continu lu moindre lésion sli-atosante du foip. 

Mais jo ne veux pas donner aujourd'liui à nouveau m com- 
pk'ter ce que je Tiirai I>ieni6l, le modi; d'emfdoi. les indicatians ef 
coatre-indicatioos de l'acide phospboriijup, di'sirant laisser û cette 
communication son caractère d'cspéricnci? de laboratoire. Je 
recommanderai seulement de ne pas donner co mi'dicaineal à 
tort et à travers, comme oq le fait trop souvent, ni sunout a 
fortes doses au d(-but. Il faut làler la susceptibilité nerveuse et ia 
tolérance gastro -intestinale et le donner suffisamment litlué, car 
il est ti-ès caustique. 

Sans celte prudence, on s'exposerait à activer l'évolution d'une 
gastro-entérite, d'une hépatite, d'une néphrite, surtout chez les 
goutteux, non pas en siéalosant i'organe malade, comme on l'ii 
dit à tort, mais par le mécanisme suivant ; 

La plupart des dyspeptiques, des };autteus, des malades dit; 
arthrifjtiues, ont en circulation des acides de fermentalion d'ori- 
gine gastro -intestin aie en telle abondance quelquefois, qae ces 
acides masquent l'bypoacidité sanguine dont les malades sont 
réellemenl aiteiots n dont ils ont les symptâmes (fatigue, neu- 
rasthénie, phénomènes de dëpbosphatation , etc.L Si alors un 
ordonne d'emlili^e de l'acide phosphorique, surtout à hautes doses 
comme cela se fait trop souvent, l'acidité sanguine augmenta 
encore et comme les malades ont, eu général, une densité san- 
guine exagérée, les urates, les acides uriques oxaliques devien- 
nent insolubles. Il se fait dans les organes ]-rédisposâB, l'oie. 
I, cerveau peut-ftre, etc., des précipités salins qui a 



la 






Ces accidents sont Évités si on prend la précaution de détruire 
les acides de fermentation par une médication appropriée et d'en 
empêcher ia formation à nouveau par un régime bien compris. 

Comme conclusion, je dirai donc que si l'acide phosphorique a 
ses contre-indications, s'il n'est pas supporté par tout le monde, 
s'il est caustique, il peut, en revanche, être employé, dans la 



227 
hypoacidilé, à 



FIXATION DE LA BATIOH AUMENTAIRE 

grande majorité des cas de demi néraliBat ion a 
des doses éDOrmes et à tous les âges, car : 

1" li n'est pas toxiqne; 

2- Il n'est pas stéatosant. 



DiBCUSBion. 

Fixation de la ration alimentaire. 

M. Bardet. — Avant la clàcure de la discussioQ générale et 
avant l'étude spéciale des principaux régimes qui doit être faite 
au courant de l'année, je désire dire quelques mots, pour répondre 
aux critiques de détail qui ont été faites par quelques orateurs à 
ma communication du mois de novembre dernier, communica- 
tion qui a eu la chance de provoquer une intéressante discussion. 

Avant tout, j'ai le devoir de remercier, au nom de la Société, 
notre collègue M. Barbie de la très remarquable contribution 
apportée par lui à l'étude du régime. Je n'hésite pas à dire que 
ce travail est l'un des phis importants qui aient été donnés à la 
Société depuis fort longtemps. En elTet, profitant du service 
d'enfants en bas âge qu'il a dans les hôpitani, M. Barbier a pu 
relever géemétriquement le tracé de la nutrition, chose presque 
impossible à faire chez un adulte ; ses documents éclairent donc 
la question d'un jour luminem;, et certes, mon modeste travail 
n'aurait-il eu pour effet que d'amener la production des faits qui 
nous ont été apportés par M. Barbier, que j'aurais lieu d'être 
pleinement satisfait. Grâce à lui, nous pouvons opposer à toute 
contradiction des faits positifs, des faits qui erèvent les yeux de 
rboonne à l'esprit le pins prévenu ; la conclusion e«t exactement 
celle que je fournissais pour l'adulte : pour faire prendre du poids 
à un sujet (kint la nutrition est troublée par des étals dyspep- 
tiqoes, loin d'augmenter la ration, il faut la diminuer. Ce point 
important, capital, est désormais établi, et je ne crois pas que 
l'on pMtase désormais nier ce qui me parait, comme à vous tous, 
certainement l' évidence. 

D'ailleurs, un travail également très remarquable, dû celui-là à 



2Î8 SOCIÉTÉ DE TUÈHAP)!UTIOUI£ 

notre collègue M. Maurel de Toulouse, préseoté hier à l'Aca- 
démie, vientencore corroboreret appuyer les fails de M. Barbier, 

et M. Maurel trouvera certainement tout à l'heure l'occasion àe 
nous donnfr lui-même son avis. Du reste, les choses sont géné- 
ralement dans l'air, quelques ëclaireurs commencent par poser 
timidement des faits, puis d'autres arrivent qui creusent la ques- 
tion, et celle-ci finit un jour par s'imposer au moment où l'on y 
pense le moins : c'est ce qui arrive pour la ration alimentaire, le 
*ujet est miir et c'est une porte ouverte que l'on se trouve avoir 
enfoncée, quand hier ou hésitait presque à parler. Parmi les 
éclaireurs auxquels je faisais allusion tout à l'heure, il serait 
injuste d'oublier M. Pascaui, car j'ai lu avec un jirofond inlérèi 
ses exposés vraiment remarquables. Les raisonnements et lei^ 
faits qu'il fournit sont absolument convaincants et, sur le plus 
grand nombre de nous, il a l'immense avantage d'une très longue 
expérience. Aussi je n'hésite pas à avouer que je serais, comme 
Af. Huchard, tenté de me convertir au végétarisme, non pas pour 
moi, car c'est fait depuis longtemps, par raison thérapeutique, 
mais au point de vue généra). J'ai la ferme conviction que l'usage 
exclusif des aliments d'origine végétale et des œufs ferait cesser 
presque complètement la véritable épidémie de dyspepsie qui 
sévit sur le siècle, avec toute la séquelle si grave d'appendicites 
et colites multiples dont elle est la cause certaine, pour beaucoup 
de médecins, sans compter les troubles lointains sur la nutrition, 
par retentissement. 

Et à ce propos, je ne crois pas inutile de dire quelques mots des 
objections que M. Barbier, et je crois aussi notre collègue 
Linossier, ont faites à mon interprétation des troubles profonds 
de la nutrition chez les dyspeptiques, troubles que j'attribue à 
une alcalinisation des humeurs. M. Barbier m'a rafppelé que je 
me trouve en contradiction avec les auteurs en disant que la diète 
carnée et l'albuminisme provoquent l'alcali nisation humorale, 
qu'au contraire te résultat de l'alimentation azotée exagérée esl 
l'acidité exagérée des urines. Ceci est parfaitement exact, mais 
le tout est de s'entendre. Oui, tout être en bonne santé qui 



FIXATION DE LA RATION ALIMENTAIRE 239 

abi^orbe el utilise l'albumine ingérée voit monter le taux de son 
acidité urinaire, mais ce Tait exact ne peut infirmer les fails éga- 
lement exacts que j'ai observés. 

Méfions-nous des iiiées toutes Taites imposées par la tradition, 
car etli-s nous entraînent souvent au péché âe paresse, et nous 
font alors laisser de côté des faits intéressants qui éclaireraient 
superbement certaines questions fort obscures. Or, on a beau- 
coup critiqué les idées apportées par Joulie, parce qu'elles étaient 
en opposition avec la tradition; eh bien, si je suis loin de 
suivre cet auteur dans les déductions thérapeutiques qu'il a 
tirées de ses observations, je suis forcé de reconnaître qu'il a vu 
juste en nous montrant que. dans nombre d'affections jusqu'ici 
considérées comme dépendant d'une exagération des qualités 
acides des humeurs, on observait au contraire un ètfi* d'hypo- 
acidité constant et parfois même une véritable alcali nisation. Et 
d'ailleurs, cela n'esl-il pas logique, quand on y réfléchit? Quelle 
est la première condition pour voir se produire les phénomènes 
d'oxydation des matériaux organiques? L'alcalinité. — Qu'est-ce 
qui caractérise les dyspepsies par hypersthénie7 L'élévation par- 
fois énorme du coefficient azoturique. — De là à conclure théo- 
riquement que ces sujets doivent présenter une alcalinité humo- 
rale exagérée, il n'y a qu'un pas. Or, je vous ai apporté maintes 
fois des faits qui prouvent que chez les dyspeptiques, surtout au 
moment des crises paroxystiques, il se produit une alcalinisa- 
tion exagérée des urines, et cela est si net, que, dans un travail 
présenté l'an dernier à la Société de ilédecine pratique, j'ai pu 
|iréspnter ce moyen comme un procédé de prévoir les crises, 
aussi bien que la décharge phosphorique qui l'accompagne. 

Ce.-t faits, comme [e l'ai constaté, sont constants ; j'ai donc été 
amené à les interpréter, et je n'ai pas trouvé d'autre interpréta- 
tion que celle que je vous ai fournie, à savoir ; l'alcali nisation 
humorale par les produits basiques, inconnus jusqu'ici, qui sont 
introduits dans l'alimentation, par la digestion imparfaite des 
albumines carnées (peut-être aussi parles albumines du lait). La 
preuve directe, je ne puis vous la fournir : aussi ma théorie, je 



jl \< , : ''il •''•I 

t''V M'' 






IV? 




230 



SOGIÉTË D£ THÉRAPEUTIQUE 



VOUS la donne comme toute théorie, c'est une explication actuelle, 
eu attendant mieux. Mais la preuve indirecte, la voici ; je faisais 
ces temps derniers les analyses d'un malade, que j'avais prié 
M. Albert Robin de surveiller. Ce malade était en pleine crise 
dyspeptique ; ri mangeait des œufs, sinon de la viande, en y 
joignant les aliments hydrocarboaés. 8es urines étaient régulière- 
ment et nettement hypoacides ou neutres, et parfois alcalines. 
L'état s'aggravant, le malade essaye de s'alimeater avec des 
peptonés : l'analyse me montre une alcali nisation notable ei 
constante. 

Le sujet continue à décliner, il se met au lait, Tétat gastrique 
ne s'améliore pas et les urines sont encore neutres ou rarement 
acides et si faiblement qu'on peut dire neutres. Â ce moment 
M. Albert Robin parvient à vaincre la résistance du malade, qui 
arrivait à la phagopkobie et le décide à faire de la diète lacto- 
végétarienne, avec des potages au lait et aux fécules, des pâtes au 
beurre frais, des pommes de terre, du riz, le tout sans apprêt et 
en quantité arithmétiquement calculée pour faire une ration suffi- 
sante. Je passe sur les effets généraux pour ne retenir que ce 
détail : cette alimentation végétale était tout indiquée pour 
faire à cet homme des urines d'herbivore, alcalines par consé- 
quent. Eh bien, pas du tout la digestion s'amendant : et le sujet 
reprenant visiblement un état plus favorable, notez ce fait, je vis 
à l'analyse que les urines devenaient normales, c'est-à-dire de 
réaction nettement acide. 

Ainsi, ce malade, tant qu'il fut en état d'indigestion de maté- 
riaux carnés ou azotés d'origine animale, voyait ses urines alca- 
lines, et au contraire une alimentation calculée, végétale, mais 
bien assimilée, amenait le rétablissement normal de la fonction. 
J'ai donc le droit de supposer qu'il y a un lien entre l'état 
dyspeptique et raicalinisation humorale, puisqu'il suffît de 
régulariser la, digestion pour voir les hunoeurs redevenir normales 
quant à leur réaction. 

Je regrette que le temps ne nte permette pas d'insister sur 
ces faits que je trouve passionnanis, mais il faut que je termine^ 



FIXATION DE LA RATION AIIHENTAIRE 231 

et, pour finir, je repentirai i^uelqu es mots très courts k M. DîgDat 

qui s'est fait auprès de vous l'avocat des doctrineB passées. 

M. Difinat a protesté au nom de la physiologie naturelle, il a 
parlé du besoin de manger comme d'un guide sûr dans îe ration- 
nement, surtout chez les enfants. M, Barbier lui a répondu à ce 
dernier point de vue avec une telle élof[ueDce que je passe, et 
j'arrive de suite à ce besoin de manger de l'adulte signalé par 
notre collègue comme l'indication d'une nécessité. 

On irait loin si l'on acceptait pour guide le besoin. Qu'est-ce 
qu'un besoin? Est-ce un besoin, le sentiment qui pousse cette 
dame à entrer dès 'i heures chea le pâtissier, pour goûter, quand 
elle est sortie de table à i heure? Est-ce un besoin, l'instinct qui 
pousse un enfant qui sort de table à avaler des confiseries en 
quantité considérable? Est-ce un besoin réel de réparation, la 
sensation de faim canine qui pousse à 5 heures un dyspeptique 
à se bourrer de n'importe quoi pour saturer ses acides de fer- 
mentation ou d'hyperciilorhydrieî Non, tout cela c'est du désir, 
c'est de la sensation pathologique, suivaot le cas, mais ce n'est 
pas un besoin cellulaire de réparation. Or, le voilà le véritable 
criti^rium qui doit guider le physiologiste dans Tinstitutioa du 
régime. 

Depuis ma dernière communication, j'ai beaucoup réfléchi, j'ai 
beaucoup causé avec des gens de diverses éducations sur cette 
question qui commence à passionner le grand public et je me 
suis demandéei, par hasard, nous ne nous laisserions pas entraîner 
à. protester par réaction contre une situation nouvelle. Maurel a 
montré que la manie de tonificatiou à outrance et de suralimen- 
tation a/.otée était \-enue par réaction contre les habitudes de 
Broussais et de son école, qui saignaient et mettaient les gens à 
la diète. Je me suis donc interrogé avec inquiétude et je me suis 
dit : « Ne ferions-nous pas du Broussais, à nouveau? moins la 
saignée? « Mais non, car les anciennes doctrines s'étayaient seu- 
lement sur des théories, chose fatale, chose déplorable en 
médecine pratique. Nous, c'est sur des faits et sur des expériences 
irréfragables que nous nous appuyons ; nous apportons des obser- 



m 



SOCIÉTÉ DE TUËHAPEUTIQUE 



vatioiiD v.l nous prouvons qu'on peut, uon seulement faire vivre, 
mais Taire travailler fortemeut des sujets uourris d'après le priu- 
uipe lie la stricte réparation. Nous vous prouvons qu'avec ces 
rations, réduites dans des proportions considérables, nous lais- 
sons à des hommes toute leur activité physique et intellectuetle. 
lin conséquence, nous sommes sûrs de ne pas vous tromper. 

Je crois donc représenter l'avis de hi grosse majorité des méde- 
cins et l'avis de presque tous les membres de celte Société eu 
disant que ce qu'il faut retenir de cette longue discussion, c'est 
qu'aujourd'hui le médecin a le devoir de ne plus s'attacher seu- 
lement à prescrire un régime qualitatif, mais qu'il doit se mettre 
à même de j^onnaitre, de manière claire et précise, la quantité 
réelle d'alimfnts nécessaire à l'entretien de la vie, et de prescrire 
avec autorité la quuntilé de nourriture qu'un malade doit absorber. 

Et à mon avis, basé sur mes calculs, corrigés par les argumen- 
tations diverses des auteurs que j'ai étudiés, je crois qu'on doit 
dire que ta ration normale d'un adulte doit être établie sur 3't à 
40 mlories par kilogramme de ftoids et gr. 75 à 1 gramme d'ulbu- 



Si le sujet a de bonnes fonctions digestives, le maximum serti 
toléré, mais si la dyspepsie se manifeste, il faudra descendre et 
atteindre le minimum. 

^1. Maurel. — Cité par M. Bai-det, je crois de mon ilevoir de 
fournir ici quelques indications sur mes travaux, relatifs ii 
divers points de l'intéressante question, qui a été discutée au 
cours des deux derniers mois. 

a. helalivemcnt aunoun-isson, en partant de la ration de l'iidulte, 
je suis arrivé, par le calcul, à fixer ta ratiou d'un kilogramme de 
. nourrisson à 75 calories. Cherchant ensuite quelle est la quantité 
de lait qu'il faut pour fourniras calories, j'ai trouvé 100 gruinmoï. 
Cette conclusion s'imposait donc, que si mes calculs étaient 
exacts, l'enfant devait pouvoir se sullire avec 100 grammes de 
lait par kilogramme de sou poids. 

Or, depuis dix ans, ta pratique a confirmé ces idées théoriques; 
de plus, j'ai eu la grande satîsfa':tion de voir M. Budin, dont Ui 



FIXATION DE LA RATION ALIttENTAIRB 333 

compéteace pour tout ce qui Louche le nourrisson -est bien connue, 
arriver aux mêmes résultats. 

Je conclus donc : 

t° Au point de vue pratique, que la ration moyenne et approxi- 
mative du nourrisson est de 100 grammes de lait par kilogramme 
de son poids ; 

2° Au point de vue théorique, que, chez le nourrisson, les phé- 
nomènes biologiques s'accomplisEent avec une grande exactitude 
puisque tous les nourrissons se contentent de la même ration. 

b. Relativement à F alimentation de t'adulte en général, ces deux 
faits se dégagent de la discussion, faits sur lesquels M. Bardet 
a plusieurs fois insisté avec raison, est que d'une manière géné- 
rale nous mangeons trop et ensuite que nous mangeons trop de 
viande. 

Je suis heureux de voir que ces idées sont maintenant géné- 
ralement acceptées. Ce sont, en effet, celles que j'ai défendues 
depuis longtemps, ainsi qu'en témoignent les publications dont 
quelques-unes datent depuis plus de vingt ans. 

Je suis loin toutefois de m'atribuer le mérite de ce changement 
complet de l'opinion. Je pense que ce dernier est le résultat de la 
pratique de chacun de ceux qui sont venus affirmer leur convic- 
tion sur ce sujet. Cette conviction est le résultat de leur propre 
expérience ; et c'est ce qui permet de considérer cette opinion 
comme correspondant réellement à la vérité. 

Peut-être, après les abus des émissions sanguines, a-t-il été 
opportun d'user largement des viandes saignantes, du fer et du 
quinquina. Mais il certain que te buta été dépassé. Nous sommes 
allés de l'anémie à la pléthore, sans savoir nous arrêter à un juste 
milieu. 

Mes conclusions sont donc celles de M. Bardet, à savoir : que, 
pour les classes aisées, il y a aujourd'hui avantage à diminuer 
l'alimentation et surtout l'alimentation carnée. 

c. Relativement à la quantité d'aiotés nécessaires à l'organisme, mes 
recherches antérieures m'ont conduit à admettre pour l'adulte et 
pour les saisons, intermédiaires de nos climats { gr. 50 d'azotés 



234 SOGKITÉ DE TKÉlUPEDTKrOB 

par kilogramme. Cette ipiaiitité, je l'ai dit, il jr a à^ loDStmtps, 
est supérieure auxbesoiDBderorganiaaie.atle lénuble begoiiiest 
autour d'un gramme par kilogramme pour l'homme saîa. Tou- 
tefois, craignant de me tromper, j'avaie pané jadis «ette qunn- 
tit<^ k i gr. SO. 

11 y a quelques mois, j'ai repris cette question; et dans voe 
expérience de treate-neirf jcmre, divisée en trois périod», j'ai 
tnmvé de nouveau que les dâpCMei de Vorguâemtt en axiHés 
correspondent environ à 1 gramme par kilogramme. 

Toutefois, pour être eàr de^aliefaire ces l>esoinB, je pente ^ue 
l'on peut conBftrver tonjoars 1 gr. 25 à 1 gr. 58; et je ne crois 
pas qu'il paisse y aToir un iacooviiueut i dâitner ces quantités. 
Mais je fais remarquer qu'il B'agil, dans ce cas, d'un adulte ayant 
toute son activité et toute sa santé. Il se pourrait donc que .ces 
quanùtés puissent Mre encore dimimiées, comme dans les cas 
cités par Sardet et Pascaud. 

d. Belatioemenl à la pouftiiM et fixer ta ration tt ie l'unif»' 
miser, je pense que chex l'homme normal, à la condition de teee 
préciser les conditions de son existwice et de ramener ses 
dépenses an kilogramme de poids normaJ, il est possible d'évaluer 
ses dépenses d'une manière sufBsamilient exacte, et par cou se- 
quent d'établir la quantité d'élémeoiâ qui leur correspocd. Je 
crois, de plus, qu'il existe une grande uniformité entre les 'ditett 
sujets, à la condition qu'ils soient normanx. 

C'est là un point très important qui doit rester établi après 
cette discussion. Car admettre que les dépenses varient d'une 
manière irrégulière pour chaque sujet, serait enlever à ces Ht- 
eussions la plue grande partie de leur portée, et ne laisser que de 
l'obscurité, là où. ces débats ont réellement jeté quelque lumiéDe. 

H . H, Baubieb. — A l'appui de l'intéressajite communi cation 
de M. Maurel.je puis dii<e que cette question de la quantité d'ali- 
ment nécessaire au nourrisson, ne cesse de me préoccuper 
depuis que la question a été posée ici. £d procédant d'une ifaçen 
différente, en étudiant chez des enfants nourris au sein La quan- 
trté de lait nécessaire pour que leur croissamie soit nflrmale et 



FIXATION DB LA RATIOn 

que learE fonctioDB digestives restent boDoes, c'est-i-^ire que 
leurs selles soient de b^ aspect, etc., je suis arrivé à un,c1iiffre 
variant, par kilogramme de poids du corps, de 75 à 8S calories; 
ce dernier chiffre que j'ai déjà indiqué pouva,nt être coosidéré 
comme un chiffre fort, limite. Or, un litre de lait de femme 
équivaut à 626 calories environ : le chiffre de M. Mauret, 
100 grammes de lait de femme par kilogiamme d'enfant, est 
donc un peu faible, car il faut 130 gramme, de lait de femme 
pour produire "75 calories. 

Hais il n'y a pas seulement la quantité de calories, l1 y ï Ja 
quaiHé, c'est-à-dire la proportion des substances — sucres, 
graisse, caséine — qui les constituent. Or, que l'on prenne un 
enfant de 4 kilogrammes ayant besoin de 480 grammes deUit ma- 
ternel, et qu'on envisage le cas, où on le nourritau biberon, avec 
du lait de vache. D'abord, le litre de lait de vache vaut 1^0 calo- 
ries, 100 grammes valent 75 calories; et pour donner la même 
quantité de calories, par un calcul fort simple, les 480 grammes de 
lait de femme ne sont remplacés que par environ 400 grammes de 
tait de vache. Mais, si nous étudions maintenant la qualité de ces 
deux rations, en ne tenant compte quedela caséine, nous voyons que 
nous donnonsavecle lait do femme environ \O3rammes decaséine, 
tandis que, avec le lait de vache, pour la même quantité de calo- 
ries, nous en donnons environ 15 grammes, le tiers eo plus. Ces 
chiffres nous montrent, dès maintenant, les dangers de l'alimen- 
tation artificielle chez le nourrisson et la nécessité pour nous, 
médecins, d'être des apôtres de l'aiimentation au sein. 

Si cette alimentation est impossible, »n doit ne donner, en 
caséine, de lait de vache (en admellant sa valeur alimentaire et 
digeslive égale à celle du lait de femme) que la valeur de la caséine 
de celui-ci; à cet égard tO grammes de caséine sont contenus à peu 
près dans 280 grammes de lait de vache. Mais il y a alors un dé&cit 
en calories et en eau qu'il faudrait couvrir par l'adjonction d'eau 
sucrée convenablement calculée. Ou peut juger encore une fois 
par ces chiffres combien la suralimentation est facile, j'allais dire 
fatale, quand 00 alimeute les nourrissons avec du lait de Tache, 



Z36 BlULIOGRAHUIE 

i>[, en réalité, la moyenuc de 2 nr. S d'albumine par kilogramme 
q\ie j'avais donnée, est égnlement, je croi», une dose Umile. 

D'ailleurs la suralinionlation peut exister cheK les nourrisMiis 
dU s«ia, surtout quand il s'agit d(> nourricea, dont le lait est plus 
âgé toujours que le nourrisson qu'on leur confie. Je viens 
d'observer ce fait chez uuo enfant, qui prenait des iHëes iroii 
copieuses, et augmentait de 45 grammes par jour. Au boul de 
deux semaines, le sommeil devint moins boa, les eelles verdàtr>^$ 
avec des grumeaux de lait non digéré, avec une tendance à la 
cçnslipation, en même temps apparut un érylhème fesaier êrosîl', 
Il m'a sulli de ramener les tétées et la do^^e totale de lait aux 
proportions qui sont indiquées plus haut, pour que tout reutre 
dans l'ordre. Je n'ai pas revu cet enfant depuis plus de trois 
semaines, c'est la preuve que les accidents ne sp sont pas repro- 



la Infeziont malarica, manufle per .Vedki « iludenli, par les l'm- 

fessours E. Mabchiaf.w* el A. BioSAwr, de l'Universilo da Ronw, 

(Dt Francesco Vallardi, Milan, éditeur.) Prix : âO fr. 

Lu découverte da l'agent causal de la fièvre in terrai tien Ib ou maltiria, 
et de son transport par les moustiques u'a pm modifié beaucoup le trai- 
tsmenl curatif de. cette maladie, mais elle a permis d'asseoir sur des bases 
nouvelles son traitement préVenlif el sa prophj'laxie. 

Le livre di MM. E. MarchiaTava et A. Bignanii, bien au courant des 
derniers progrès de la science et orné de magnifiques planches i|ui . 
montrent toutes les formes ilu parasite malariquo, ainsi qne lefl lésions 
qu'il produit, est le Trailâ récent le jdiis complet el le plus inslrnctir qui 
ait élË fait sur ce sujei, 11 mârilo d'être lu par ton^ les médecins qui oui 
luccasioa de soigner des lièvres intermittentes et aussi par toutes les |ier- 
sunnes qui doivent se S\x.eT dans les pays où règne celle maladie. 



BIBLIOGRAPHIE 



excellent moyen d'hygiène, mais elle concourt aclivement ti la eu 
grand nombre de maladies, en particulier, des maladies du système nt 
veux, du sang, des affections goutteuses et rhumatismales, des maladi 
du tube digealir, elc. 

M. G.-S. Vinay, qui occupe à Turin comme professeuh d'I 
silualion très estimée, a réuni dans son ouvrage toutes les 
scienliflques et pratiques nécessaires à ceux qui veulent liiei 
en hydrothérapie. C'est un court volume, riche d'érudition 
valions, où l'auteur a le très grand mérite de documenter, av< 
cision précise, les indicatioos thérapeutiques qu'il donne. 

Albeit Itui 

La Démeact précoce, par le D' G. Denv, médecin de la Salpêl 
P. Koï, interne des hôpitaux de Paris. —1 vol. ÎD-IS do 96 papes 
11 pholograiihies, cartonné (Actualités médicales) : 1 (r. 50. (Libi 
J.-B. Bailliére et Cls, 19, rue HautereuîUe, Paria.) 
Parmi les psychoses que l'on observe communémeni 
ment, chez les jeunes gens, il en est une qui, on raison de ses curiic 
spéciaux, de sa fréquence et de sa gravilé, mérite de retenir parlicul 
ment l'attention; nous voulons parler de la démence précoce. 

Bien qu'elle ait été signalée il y a déjii plusieurs anné' 
tence ait été consacrée par un grand nombre de trava 
n'est pas encore admise, comme entité clinique, par toui les alï 
uns la considérant comme une manifestation tardive de la dégénérescence 
mentale, les autres comma une simple complication des diverses vésanica 
qui peuvent s'observer au moment de l'adolescence, comme iL toutes les 

MM. Oeny et Roj croient que, malgré le polymorphismo do ses aymp- 
lômes, la démence précoce constitue une affection autonome, â évolution 
spéciale, qui doit être définitivement détachée du bloc des psychoses dîtes 
de « Dégénérescence s et qui mérite d'occuper une place ai 
importante que la paralysie générale dans le cadre des mala 

Quoi qu'il en soit, en dehors du point de vue doctrinal 
verses suscitées par l'apparition d'une nouvelle forme morbide 
qu'il y avait un véritable intérêt à vulgariser, dés aujourd'hi 
de la démence précoce, qu'ils ont faite aussi claire et simple 
afin de ta rendre accessible il tous. 

Ils distinguent trois grandes variétés de démence précoce . 1° la formi 
liébéphré nique ou maniaque; 2° la forme catatonique eu .itupide; 3° b 
forme paranolde ou délirante. Puis ils étudient l'évolution de la maladie 
son diagnostic et son pronostic, les causes dont elle parait dépendre, \e> 
lésions auxquelles on l'a rattachée, euRn les applications médico-légale! 
et thérapeutiques qu'elle suggère. 




BEVUE DES TRATAflX rKlACUS ET ËTHANGERS 

HCWI NS TU»IIX FMIÇUS ET ÉTUICEKS 



PhannacoloKie. 

Contribation à Vétnde dn somnoforme. — M. Rolland. ?c 
basant sur des recliarches physiologiques et cliniques très éludiées, 
a présents au eongrès d'Ajaccio le 10 septembre 1901 {ro-hnlo- 
iogie, 15 mai 1902| comitiB anesthésique général le somnoforme, 
mélange ainsi composée : 

Chlorure d'ériiyle 60 p. W» 

Chlorure de métliy te 3^ p. 100 

Bromwre d'éthyle 5 p. (00 

Avec le somnoforme il n'y a à craindre, d'après l'auUur, 
aucun des accidents du chloroforme ou de l'éther par exemple, 
accidents imputables soit à l'irritation du trijumeau ou du 
Isryngé supérieur, soit à l'iatosicatii>Q ou à l'asphyxie. 

Le somnoforme n'est pas irritant; en outre, très volatil, il 
s'élimine rapidement; a U mélange gazeux, pénètre dans l'or- 
ganisme et en sort comme l'oxygène du sang, comme les gaz du 
sang. Il effleure le globule du sang. Sur la celhile nerveuse soa 
action est aussi efficace que directe. ■ 

Cette élimination facile des mélanges gaseuz, le peu d'actioD 
profonde sur les éléments nerveux, permettent de faire plusienrs 
anesthésies succesHÎvea dès que le patient se révsUla. 

Le malade n'est pas obligé d'être à jeun. Quant aux conire- 
indications, il n'en existerait pas, MM, Pinet et Jeay, ayant fait 
de nombreuses expériences avec le aomuoforme, ne paraissent pas 
avoir reconnu sa supériorité sur le bromure d'éthyle. Peut-être 
l'aneathésie est-elle ches certains plus profonde avec le somno- 
forme qu'avec le bromure d'éthyle ; en tout cas, a-vec ce dernier 
anesihésique, ces expérimentateurs dont l'expérience personnelle 
porte sur plus de 600 cas n'auraient jamais observé d'accidents 
consécutifs. 



HÉDECINE GÉNÉRALE 238 

Médeelae géaérmle^ 

Xotion des injections bot lu tiftana, lenii moda d'alwuittiaD. — 

Les injecûoas faites sur les aaimaux, dit M. ArtauU de Veven 
(Médaeine moderne, i" Jaavisr 1903), provoquent sur les tissus de ë 
lésions traaii]a.tiqueB : processuB iaflajninaitoiiie simple atAsepiiqui? 
dans le tissu oellulairâ^ myosite inteostitiâlle dans les masses 
muEcuIaires, avec EOnes de dégénévescence simple ou gr^Bseusi- 
localisées. Mais ou n'observe tout cela que si l'injectioD a été 
poussée violenuoent ou. a été très abondante et a provoqué de^ 
ruptures. Les injecùons aqueuses et huileuses provoquent dau^ 
les mêmes conditions les mêmes phènomëoes ïraumatiques. 

Mais tandis que las premières sont toujours absorbées en 
quelques heures, les secondes cesteot sua- place des Joore ou ies 
semaines suivant leur volume. 

11 faut insister sur l'action curieuse de vaso-paralysie provo- 
quée sur les veines, par des Injections d'huile gaiacolée, action 
q^ favorise les emboliee pulmonaires et même aussi sur la vio- 
lence de la dyspnée qui lee accompagne et qui est souvent dispro- 
portionnée avec la quantité de médicament pénétré. 

L'absorption de l'huile, que de nombreuses autopsies de lapins 
ont bien mise en évidence, est très inl^essante. L'huile, d'où le 
médicament a disparu su quelques heures, séjourae lon£tem.ps 
sur place, s'accumule et se fautile dans le tissu cellulaire de la 
fesse. De là, elle gagne pas les lymphatiques le bassin, où ou la 
voit, en petits lacs ; puis se divisant en goutt«s de plus en plus 
fines, on la suit dans les lymphatiques des psoas, des neine, 
jusqu'au canal ihoracique où elle ne pénètre qu'en émulsion dt^ 
gouttelettes microscopiques. 

C'est du moins ainsi que se fait l'absorption chez les lapins, 
et comme il ne s'agit ici que d'un phénomène de physiologie géné- 
rale, d'e nutrition simple, iTest permfs de supposer qu'il en est de 
même chez l'homme. 



I 



i TRAVAUK FHANÇAIS ET ÉTRANGERS 



HaladieB InfeotlenseB. 

Le» oreillom du chien. — Las oreillons, c'est-à-dire la tumé- 
Uoliun api'cialB des glandes salivaires et en particulier des paro- 
IIiIhi, constituent chez le chien une entité morbide d'une très 
Krnnde rareté. La littérature médicale, disent MH. Busquet et 
Uoudeaud (Presse midicale du 28 septembre 1901), semble se 
rtiduire auN cas observés parSchûseele (1842) et Hertwig, dans 
leequelg l'origine de la maladie serait inconnue. Il convient 
irajouter deux autres cas plus récents, dans lesquels les oreillous 
6<;raient <)i> provenance humaine, l'un rapporté par Whittaker en 
IB96, l'autre par M. Busquet à l'Académie de médecine en octobre 
1BB7. Un témoignage qui semblerait plaider éloquemment en 
faveur du peu de fréquence des oreillons chez le chien a été 
Tourni à cette occasion par trois des maîtres les plus éminents de 
la médecine vétérinaire : MM. Lebland, Nocard et Mégoin, qui 
déclarèrent alors n'avoir jamais observé cette afTection. 

Mieux favorisés par les circonstances, MM. Busquet et Bou- 
deaud ont pu constater : l* que le chien est susceptible de pré- 
senter les oreillons; 2° que cette maladie est transmissible du 
chien au' chien; 3' qu'on rencontre chez l'animal malade un 
microcoque qui évolue dans la salive sous la forme d'un diplo- 
streptocoque (analogue ou identique à celui trouvé dans les oreil- 
lons de l'homme, par Ferré et Busquet en 189S),et dans le sang 
iious la forme d'un diplocoque (analogue ou identique à celui 
décrit par MM. Laveran et Catrin dans les oreillons de l'homme, 
1893). 



Le Gérant : 0. DOIN 



le Uaasetie. — 1' 



Le oertifioat de salubrité aux laltiera-noarriaBenrs. — Créa- 
tion d'an barean de renselgiiemeiits médloauz. — Nouvelle 
loi sar raloooUame olironlquaen Angleterre- — Le serment 
des^ptiarmaolens. — Un appareil dont le fonotionnement 
ooâte ober. — Maladies à déclaration obligatolTe on faonl- 
tative. 

Le Conseil muaicipal de Paris a adopté une délibération aui 
termes de laquelle l'administration délivrera un certificat de 
salubrité — valable pendaut quatre mois et demi et renouvelable, 
s'il y a lieu — à tout laitier-nourrisseur qui en fera la demande 
et dont les étables auront été reconnues en bon état de propreté 
et les. vaches saines. Il pourra être fait mention dudic certificat 
snr les prospectus et les vases à lait appartenant à la personoe 
qui l'aura obteou. 



Le Conseil municipal de Paris a décidé en principe la création' 
d'un bureau de renseignements médicaux qui sera installé soit à 
la Faculté de médecine, soit à la Sorbonae, soit à l'Hôtel de 
Ville. 

Dans ce bureau, les médecins de l'étranger ou même de la' 
province, entreprenant un voyage d'études à Paris trouveront un 
ou des employés poiygioifes munis de fiches tenues régulièrement 
à jour, et pouvant donner tous les renseignements désirables sur 
l'enseignement, officiel ou libre, les services hospitaliers, les cli- 
niques, les jours et heures de levons ou d'opérations des chirur- 

BULL. DB TBÉBiPKUIlQUB. — TOMK CILV. — 7' UVR. 1 



tu 



BULLETIN 



^ 



i M-v'ul-^;"'- ■'■ fonclionoemeat des services de l'assis- 

.),'. ','.< '1 v;MrtJtion, lieure par heure, de l'enticignemeot 

^, ., , . ,-v , UM\av hôpital, école, institut, laboratoire, eic-.. 

^-ij^,,. , ^•^ili'nient tous les renseiguements concernant les 

^„. ^ Muxeiautresiniéressantlaméiiecineourhygiène: 

.;iioipal. morgue, eaux, égouts, iociaératioi), etc... 

Vu«t. W^ '- iivius étrangers trouveront, classés par nationalités, 

^^ jy. viivsses ei heures de leurs compatriotes médecins fiïés 

(^^ .-* iocepiant de leur servir de guides à l'occasion. 

ha MA J<' c^^^^ intéressante création est de rendre plus profi- 

^lto«l v'"^ aisée la connaissance des multiples services admt- 

^ ou didactiques existant à Paris et appelant la visite des 

étrangers en tournées d'études. La propagation de 

fy^<>ii>:n française ne peut que gagner à la multiplication de 



JiiSL]u'à mainteûani l'ivrognerie n'était eo Angleterre un délit, 
mnis n|ipreiid le Temps, que si l'ivrogne causait du scandale. Oa 
m* pouvait le condamner s'il se contentait de tituber, même de 
cig/,ii.gui'r. Le cabaretier qui lui avait versé la dernière rasade 
uV'taii pour ainsi dire pas inquiété. 

Depuis le !"■ janvier, et en vertu d'une nouvelle loi qui n'a pas 
fuit gnicid bruit lorsqu'elle fut adoptée, il y a quelques mois, 
l'ivrogne peut et doit être arrêté. Homme ou femme, s'il s. 
charf^e d'un enfant de moins de sept ans, il risque, pour le fait 
de simple ivresse, un mois de prison. 

A hi troisième condamnation, il passe sur la liste des « ivrognes 
chrojiii|ui's s, et sa photographie est fournie à tous les cabare- 
lieis d<2 son quartier. Dès lors, il est passible d'un'e amende, puis 
de la prJ!>on, fi'it lente de se procurer de l'alcool n'importe où. 
Les cabaretiers de son quartier sont passibles d'une amende s'ils 
lui en vendent : 250 francs la première fois, SOO la seconde, puis 
delii prison jusqu'à six mois. 



Il paraît qu'il existe un sermeut des pharmaciens, et M^Cruppi 
a développé, au Palais, cette thèse que ceux-là seuls qui l'ont 
prêté sont en droit de bénéficier des prérogatives légalement 
accordées i la proressioo. Tout ceci à l'occasion d'un prooès 
intenté par le syndicat professionnel des pharmaciens de la Seine 
à un H. X, pour exercice illégal de la pharmacie. La loi est for- 
melle dit M" Cruppi ; « On n'est pharmacien que si l'on a prêté 
le serment. « Les membres du syndicat a'ont pas prêté serment; 
ils ne sont donc pas pharmaciens et par conséquent sans qualité 
pour poursuivre. Les juges de In iO« chambre n'ont pas admis, 
parait-il, cette fin de i 



M. Ductaux, dans un article publié par les Annales de l'Institut 
Pasteur, ayant couvert de l'autorité qui s'attache à son nom, 
les expériences faites en Amérique sur la valeur alimentaire de 
l'alcool, le Bulletin médical émettait le regret que préalablement 
il n'eut pas été exercé une action de contrôle, absolument néces- 
saire, surtout quand la conclusion tirée est en complet désaccord 
avec les faits observés jusqu'à ce jour. 

La parole ayant été donné à M. Duclaux, le directeur de l'Ins- 
titut Pasteur déclare accepter très volontiers de refaire les expé- 
riences, mais à la condition qu'on mettra à sa disposition l'ap- 
pareil dont se sont servis les savants américains plus.,,, un petit 
million pour le faire fonctionner ! 



Dans une de ses dernières séances, l'Académie de médecine a 
complété la liste des maladies à déclaration obligatoire et dressé 
la liste de certaines [autres maladies dont la déclaration serait 
facultative. 

Parmi les premières figurent : la fièvre typhoïde; le typhus 



'£44 BUUETIN 

ezanthématique ; la variole et la varioloîde; la scarlatine; la 
rougeole; la diphtérie; la Buettc miliaire; le choléra et leB 
maladies cholériformes ; la pesle ; la fièvre jaune ; la dyseoierie; 
les infections puerpérales et l'ophtalmie des aouveau-nés, lorsque 
le secret au sujet de la grossesse n'aura pas été réclamé ; la 
méningite eérébro-Bpiaale épidéinique. 

Parmi tes secondes sont rangées : la tuberculose pulmonaire ; 
la coqueluche; la grippe; la pneumonie et la broncho-pneu- 
monie ; l'érysipèle ; les oreillons ; la lèpre : les teignes ; les coa- 
jonctivites purulentes et l'ophtalmie granuleuse. 

Ilyalieu de s'étonaer d'une semblable distinction, d'autant 
que ni la loi du 30 novembre 1892, ni celle du 15 février 1902, ne 
prévoyant de liste de maladies à déclaration facultative, il ne 
paraît guère possible que le ministre de l'Intérieur introduise 
dans son arrêté une disposition de cette nature, non prescrite par 
le législateur. 



OUELOUES PHÉNOMÈNES INTIMES DE LA NUTRITION 24S 



HYDROLOGIE 



Sur quelques phépomènes Iptlmes de la Dulrllto» 
et des HéeréUana (1). 



Conférence faite au Congrès d'Hydrologie, le 30 septembre 1902, 
par le professeur J. Renaot. 



[Fin.) 

11 y a bien des acDées, déjà, que j'ai insisté sur les consé- 
quences du passage des cellules conjonclives intervascu- 
laires à l'élat de vésicules adipeuses. 11 résulte en effet de 
)à, que dans ses limites du petit territoire capillaire ijiii a 
subi la mélamorphose et est devenu un peloton adipeux, il 
ne 5e fait plus d'échanges nutritifs généraux. Car il n'y a 
plus \h. d'espaces conjonctifs inlercapillaires, ni d'élabo- 
ration d'une lymphe disponible pour tels ou tels actes de 
nutrition auxquels satisfaisait le petit territoire vasculaire 
considéré, avant d'avoir subi la métamorphose adipeui^e. 
Celle-ci opérée, il se trouve uniquemenl dévolu à l'enlroLien 
des vésicules adipeuses. 11 ne dessert plus qu'elles seules. 
Or, la graisse des vésicules adipeuses est tout simplement 
une graisse neutre et non pas une graisse phosphorée. Le 
peloton adipeux n'est, àvrai dire, qu'un magasin ou un réser- 
voir de graisse transformable, mais qui ne peut être utilisée 

(1) Voir les numéros S et 6 des S et 15 février 1903. 



246 HYDROLOGIE 

directement par les élémeots cellulaires pour l'entretien ou 
la recoDSlitution dé leurs graisses phospfaorées, nucléiaes, . 
Ucitbines, etc. Aussi, partout où il s'est développé des 
pelotons adipeux — fût-ce ménae un seul — il se fait vers 
lui une poussée de végétation des capillaires lymphatiques. 
Ceux-ci le pénètrent en un ou plusieurs points et y déve- 
loppent leurs ampoules terroioales. Pourquoi ? C'est ce que 
bien souvent je me suis demandé. Car les capillaires lym- 
phatiques, ainsi que je l'ai définitivement montré en 1901 
(Congrès de l'Association des Anatomistes : Session de 
Lyon), ne renfermentd'abord rien qu'un liquide clair, formé 
d'eau et de crîstalloïdes dissous. Mais, d'autre part, Ranvier 
a démontré que tout le long d'eux, leur endothélium, agis- 
sant à la façon de cellules glandulaires, jette dans la lymphe 
une graisse cette fois-ci pbosphorée, se colorant en noir 
d'encre de Chine par l'acide osmique, et dont forcément les 
éléments constilulifs ont été empruntés soit au liquide déjà 
absorbé par l'ampoule terminale, soit & celui qui, tout du 
long, continue 6 dialyser dans le capillaire à chaque pas de 
sa traversée des tissus. 

Les capillaires lymphatiques sont donc en réalité des 
glandes tubuleuses ramifiées, dont l'une des fonctions est 
de refaire, & l'aide des matériaux empruntés aux tissus el 
plus spécialement au tissu adipeux, les graisses pfaosphorées 
qui, seules, peuvent devenir des constituants de la cellule 
vivante. De là une nouvelle et toute particulière vision de la 
nocivité de l'obésité proprement dite. Car, d'une part, od 
comprend qu'elle soustrait à la nutrition générale active 
tous les capillaires sanguins du tissu conjonctif l&che envahi 
par elle. D'autre part, on voit qu'elle substitue à ce mouve- 
ment nutritif è la fois intense et libre un emmagasinement 
de graisses neutres inutilisables immédiatement, parce que 



OUELOUKS PHÉNOMÈNES INTIMES DE LA NUTRITION 247 



les lymphatiques deviennent en ce cas, malgré leur multi- 
plication active, incapables de suffire à la transformation 
en graisses phosphorées des matériaux repris aux vésicules 
adipeuses. En revanche, on touche maintenant du doigt le 
rôle utile du simple « embonpoint », lequel constitue une 
réserve de graisses lentement, peu à peu transformables en 
graisses phosphorées dans les périodes d'intense activité ou 
inversement d'alimentation nulle de l'organisme, comme il 
arrive par exemple, chez les animaux hibernants. 

Ce que je viens de dire du fer et du phosphore, il faudrait 
aussi pouvoir le dire du soufre, de l'arsenic, du magnésium, 
du manganèse qui, à côté du fer, semble jouer un grand rôle 
dans les actes nutritifs (Alb. Robin). Il faudrait fixer leur 
place au sein du protoplasma actif, travailleur, qui certaine- 
ment, en dehors des diverses figurations catégorisées par le 
professeur Prenant sous le titre de protoplasma supérieur, 
donnent à la molécule vivante des tissus en fonction une 
série d'attitudes originales. Mais de telles figurations maté- 
rielles n'ont pas été saisies encore, et les fonctions mor- 
phologiques des corps que je viens de citer demeurent à 
déterminer même approximativement. Ils exercent sur les 
éléments des tissus des modifications biochimiques cer- 
taines, mais en dehors de là parfaitement insaisissables 
jusqu'ici. Quand on saura quelles solutions de ces corps 
abordent électivetnent les éléments cellulaires, la thérapeu- 
tique des maladies de la nutrition et du même coup le mode 
précis d'action des eaux minérales diverses sera éclairé 
d une vive lumière. C'est donc en ce sens, Messieurs, qu'il 
convient de travailler. Mais c'est là une entreprise difficile et 
de longue portée. Les notions très élémentaires que je viens 
de vous donner peuvent à peine en constituer l'introduction; 
ou plutôt elles ne peuvent être considérées que comme le 



I 



pli 



S48 HYDROLOGIE 

très modoBte poiot de départ du travail & faire. Je serai pins 
que récompensé de ma peine si ce que je viens de dire coo- 
Iribue & orienter les recherches de quelques-nna d'entre 
TOUS sur celle difficile question, dont la solution importe 
cependant à votre science bydrologique plus que celle de 
tout autre problème concernant les choses de la vie. 



Les échanges nutritift dans Us subslanees fondamentales mm 
allulaires. — Je veux terminer cette conférence non par 
une étude approfondie de cette question, ce qui me mène- 
rait beaucoup trop loin et serait d'ailleurs difllcile, mais par 
l'exposé de quelques faits particuliers exactement connus. 
On sait encore très mal aujourd'hui quelle est l'origine des 
substances fondamentales, telles que celle du cartilage, da 
tissu osseux, et que celle coustituanl les faisceaux conjonc- 
lifs et les fibres élastiques du tissu connectif lâche ou modelé. 
On conçoit, par l'évidence même, que ce sont là des élé- 
ments anatomiques entretenus par d'autres, lesquels préci- 
sément sont les éléments cellulaires. Car ce sont seulement 
les cellules qui sont des individus vivant d'une vie propre, 
au sein de l'organisme entier qui n'est autre chose que 
l'immense association de ces cellules mêmes pour une vie 
particulière a chacune d'elles et pour celle de l'ensemble. 
A partir de là, nous ne savions jusqu'ici rien ou presque 
rien. 

En ce qui concerne toutefois la. vie de la substance fonda- 
mentale des os, la question de l'entretien de celle-ci par les 
cellules osseuses, commence à se préciser par quelques 
recherches qui précisément ont été faites et menées & leur 
terme provisoire par moi-même. Aussi n'en parlerai-je que 



QUELQUES PHÉNOMÈNES INTIMES DB LA NUTRITION 249 




Fie. 2. — Cellules osseUMS du préojiereule de l'Ableltc, 



lixa 



r l'ai 



micjue. 



a, a, Cellules osseuses envoyant dans tes prolongements canaliculés de 
leur capsule (canaliculés propres de l'os) des expansions do leur proto- 
plasma cliargé d'un plasma Imbibilif graisseui qui donne avec l'acide 
osmique la réaction des graisses phospborées. Chaque corpuscule est 
entouré d'une pénombre. Celle-ci répond aux limites de la portée de la 
ceUule, quant h la distribution du plasma graisseux et difru!<ible dans la 
substance fondamentale de l'os. Hors de celte portée, marquée par l'aire 
de la pénombre, la substance rondamentalc ne rei^oit pus de plasma 
imbibilif cbargé de graisse pliosphorcc. 

6, Cellule osseuse dont la pénombre rejoint sur un point celle d'autres 
cellules osseuses grpupées ï petite distance les unes des autres de façon 
ts d'imbibilion se rejoignent toutes, sauf en des points 



clai 



d, d, < 

d'imbibition se confond totalement c 
J. Ue-NAUT. Congrès de l'Assoc 



t point de ptt 
c, cellule ossGi 
: celle des cellules 



nibikitif 






tSO DVDROLOGIE 

très sommairement et sacs vous dissimuler un instanl 
combien Je tes considère comme iDcomplétes. En tout cas, 
j'ai pu faire voir que toute cellule fixe du tissu osseux, par- 
venue à l'état de corpuscule étoile des os encapsulé el arricé 
à l'état adulte au sein de la substance fondamentale, dis- 
tribue à celte dernière des matériaux nutritifs formés par 
elle-même, mûris dans son sein et distribués ensuite à soq 
pourtour dans une sphère d'action limitée, qui précisément 
représente \a portée physiologique àe cette cellule. 

Dans les lamelles superticielles et le plus récemment for- 
mées d'un os qui s'accroît par sou périoste, la cellule osseuse, 
devenue plus ou moins rameuse et ayant différencié autour 
d'elle une capsule qui l'enclôt, elle el se» prolongera enls, 
ne diGfère pas tout d'abord sensiblement d'une cellule au 
tissu conjonclif modelé. 1^1 tout autour d'elle, les fibrilles 
dont secompose la substance fondamentale de l'os nêorormé 
restent souples, pauvrement infiltrées de phosphates cal- 
caires. Mais dans les lamelles plus profondes et parsemées 
de cellules osseuses adultes, tout change. La cellule osseuse 
voit brusquement son proloplasma et ses prolongements se 
charger d'un plasma particulier, qui, en présence de l'aciile 
osmique, donne la réaclion noir d'encre de Chine, caractéris- 
tique des graisses phosphorées. Celle graisse diffuse, par uu 
mécanisme que j'ai d'ailleurs étudié, toutautour de l'élément 
cellulaire et imprègne la substance fondamentale osseuse 
jusqu'à une certaine dislance, marquée par une sorte de 
pénombre entourant la cellule et ses prolongements (fig. 2j. 
Cette pénombre marque el détermine la portée physiolo- 
gique de la cellule, c'est-à-dire la dislance oCi cette dernière 
peut distribuer à son pourtour la graisse phosphorée issue 
de l'activité de son cytoplasme. Une telle détermination de 
la portée de l'action cellulaire, outre qu'elle constitue un 



OUtXOUES PHÉNOMÈNES INTIMES DE U NUTHITlOn 231 

fait parfaitement nouveau en cytologie, fait d'autre part 
avancer d'un pas nos connaissances sur la nutriUou de la 
substance propre des os. Car là où les cellules osseuses éla- 
borent la graisse phosphorée et la distribuent régulière- 
ment à la substance fondamentale, là aussi, — et seulement 
là, — cette dernière substance subit complètement et régu- 
lièrement l'imprégnation phosphocalcaire que chacun con- 
naiL. Et nous voyons qu'ici encore c'est sous forme de graisse 
phosphorée, que la substance utile est distribuée par la cel- 
lule prise à ta substance fondamentale de l'os. Que cette cel- 
lule vienne 4 ne plus élaborer que de la graisse neutre, et à 
l'emmagasiner dans son protoplasma comme on le voit 
arriver dans la carie (Cornil et Ranvier), la substance fuuda- 
mentale ne pourra plus vivre et t'est effectivement là ce 
qu'on observe en clinique. 

11 parait donc démontré que le phosphore, intussuseeptê 
par les cellules osseuses probablement sous forme de 
phospho-glycérate comme l'a fait voir Albert Robin, puis 
ramené par ségrégation élective à l'état de graisse phos- 
phorée plus ou moins complexe, mais qu'en tout cas on 
peut saisir histochimiquement, est redistribué aux fibres 
osseuses et concourt puissamment à l'imprégnation phos- 
phatique de ces dernières. Alors que la cellule osseuse 
n'était pas encore mûre, elle émettait tout autour d'elle, en 
le dilTusant dans les limites de sa portée physiologique, un 
autre plasma non moins saisissable, car il est colorable par 
la safranine.Ce plasma, élaboré par la cellule osseusejeuae, 
parait, de son côté, l'agent de la première transformation 
des fibrilles initialement de constitution purement collagène. 
Son apparition coïncide en effet avec ce que j'ai appelé leur 
osséinisaliûn, c'est-à-dire à la phase de subslitutiim de 
l'osséine h la gélatine dans ces mêmes fibrilles. 



252 DVDHOLOGIB 

Hais nous sommes beaucoup moins avancés en ce qui 
concerne la autrilion des faisceaux connectifs, c'est-à-dire 
quant à l'origine et à l'entretien de leur substance propre, 
caractérisée par la gélatine pure et simple pendant l'entiÈre 
durée de leur enistence. Car la gélatine, de même que tous 
les collagènes entièrement formés et définis en leur consti- 
tution chimique propre, reste absolument étrangère à la 
composition des cellules du tissu conjonclif. Jamais le pro- 
toplasma de celles-ci n'en renferme trace. 

Pour prendre une idée (et encore très approximative et 
môme tout à fait incomplète) du mouvement d'échange 
dont les faisceaux conjonctifs sont le théâtre, on ne peu! 
procéder jusqu'ici que par simples analogies. Dans cette 
voie, l'élude approfondie des affinités histocbimiques des 
fibrilles conjonctives peut toutefois servir de point de 
départ. Comme l'a indiqué P. Zacliariadès, ces fibrilles se 
teignent avec élection et prennent une coloration magni- 
fique, même sur le lissu conjonctif vivant, par le bleu de 
mélhyle acide (des manufactures de Saint-Denis). Cette 
matière colorante est soluble dans l'eau en toute proporliou. 
Quand elle arrive à portée des faisceaux conjonctifs, elle se 
concentre sur eux pour ainsi dire et les teint en bleu 
intense. Elle peut donc être comparée logiquement aui 
produits solubles du plasma des espaces conjonctifs que le 
faisceau conjonctif intussuscepte et fixe temporairement en 
Ini avec élection. Elle se comporte, à l'égard de ce fais- 
ceau, comme te faisait le carmin d'indigo injecté dans le 
sang par rapport aux cellules épithéliales des tubes con- 
tournés du rein dans les vieilles expériences de R. Uei- 
denhain. Et l'on pourrait conclure aussi, avec quelque 
vraisemblance, qu'elle entre, se fixe, sort de ce même fais- 
ceau dans des conditions assez comparables à celles réalisées 



QUELQUES PHÉNOMÈNES IHTIHES DE LA NUTRITION 233 

par des matériaux d'entretien de ce dernier, ou par les 
substances telles que l'acide urique ou les urates qui s'y 
incopporeot électivcmeut et si souvent le surchargent. Cela 
posé, voici ce qui se passe. Dans une lame de lissu con- 
jonctif mince, lelle que l'épiploon observé soit dans sou' 
propre plasma, soit dans le sérum artificiel à 7 p. 1000, la 
fixalioD du bleu est intense et rapide sur les faisceaux 
conneclifs. Elle arrive rapidement à les rendre d'un bleu- 
noir. Si maintenant on introduit de l'eau de moins en 
moins chargée de chlorure de sodium, il arrive un moment 
où, brusquement, les faisceaux conjonclifs se déchargent 
en masse de leur bleu. Une trace d'acide oxalique rend la 
combinaison de la substance collagène du faisceau avec le 
bleu de méthyle un peu plus fixe; toutefois l'imprégnation 
de ceu.\-ci par le bleu ne résiste pas à un lavage quelque 
peu prolongé dans le sérum artificiel très affaibli, encore 
moins dans l'eau. Et l'eau môme de la solution sucrée du 
liquide d'Apnthy dissout sensiblement le bleu : Si bien 
qu'il est difficile de monter dans ce milieu, en préparation 
persistante, la magnifique préparation de faisceaux conjonc- 
tifh colorés en bleu venue si rapidement sous les yeux. 
Que nous importent, dires-vous, de pareils détails de tech- 
nique ?'Je répondrai qu'ils nous apprennent du moins ceci. 
De même que les solutions de bleu de méthylène Bx sont 
absorbées avec élection par le protoplasma du corps des cel- 
lules nerveuses et de tous leursprolongemcnts, ainsi que l'a 
montré Ehrlich, de même aussi celles du bleu de méthyle 
acide le sont par les faisceaux conjonclifs (et les fibres élas- 
tiques). Elles le sont avec une égale facilité dans les deux cas ; 
dans les deux cas elles entrent avec le plasma isotonique et 
conséquemment k la façon du liquide nourricier normal des 
éléments non cellulaires de la Irame conjonctive. Dans les 



254 nyoROLOGiE 

deux cas enfla, elles en sont chassées par i'eau avec uoe 
facilité extrême, sauf quand un acide très faible rend un peu 
pins fixe leur combinaison temporaire avec les substances 
collagènes du tissu conjoactif. Ne peut-on pas supposer 
que, de la même façon, la fixation, l'emmagasinement de 
l'acide urique [acide faible aussi], dans les faisceaux con- 
jonclifs du tissu conjooclif modelé, favorise également le 
retard des échanges au spin de ces formations non cellu- 
laires? Si bien que, dans cette hypothèse, rendue tout au 
moins très vraisemblable en vertu des faits que nous venons 
de constater, le mouvement du plasma, véhicule des agents 
de la Dulrilion des éléments de la trame connective, serait 
dès lors moins actif el surtout moins facile à sa sortie — qui 
emporte les déchets de cette même nutrition. R. Heidenhain, 
en tout cas, n'a pas été plus diflicile pour identifier le mou- 
vement de l'urée dans les cellules des tubes contournés 
du rein avec celui du carmin d'indigo injecté par lui dans 
les veines, et comme l'urée collecté avec élection par l'épi- 
théiium strié de ces mêmes tubules. 

Et cette hypothèse ne suggère t-elle pas d'emblée un 
traitement rationnel des encombrements du tissu conjonctif 
par l'acide urique, tel qu'on l'observe dans la goutte et dans 
de nombreuses formes du rhumatisme chronique? Si le 
mouvement nulrilifdes formations collagènes est bien effec- 
tivement calqué sur celui du bleu de méthyle acide, pour 
rompre la fixation relative des liquides de la nutrition dans 
les faisceaux conjonctifs, il faudrait, suivant la théorie, 
diluer le plasma des espaces conjonctifs par tel artifice qu'on 
imaginera, abaisser son titre salin dans une certaine mesure, 
faire ensuite une sorte de chasse, exerçant sur les éléments 
de la trame conjonctive un large lavage. On peut y parvenir 
par divers moyens ; et il est assez remarquable que tous ceux- 



QUELQUES PBÉNOMÉNES INriHES DE LA NUTRITION SSS 

ci ont été jusqu'ici consacrés par l'observation clinique. J'en 
connais du moins un qui vous intéresse et qui intéresse 
aussi cette région. En tout cas, il semble bien satisfaire â 
toutes les indications théoriques. C'est celui que notre col- 
ègueetami leD' Benoit du Marlouret a réglé dans lu. station 
qui porte son nom. Par une diaphorëse active, il amorce le 
courant de décharge. Par l'ingestion large d'une eau très 
pure, du type de celles de Contrexéville, il dilu-- le plasma 
sanguin et, par son intermédiaire, celui des espaces con- 
jonclirs. Du même coup, il introduit dans l'organisme de 
paissants mobilisateurs de l'acide unique, les acides de' la 
série aromatique qui en font une combinaison plus soluble, 
par conséquent mieux mobilisable par le plasma interstitiel 
dilué par les I>oissons. Il ne me déplait pas de terminer 
celte conférence par un tel exemple de concordance entre 
des données théoriques, ou apparence abstruses et de diffi- 
cile application, avec ce que nous apprend l'expérience cli- 
nique. Si vous voulez maintenant creuser le sillon, étudier 
de près l'action des substances sur ies éléments de l'orga- 
nisme, de façon à préciser de plus en plus, et jusque dans 
le détail réellement histoçhimique ces dernières, la lumière 
se fera peu à peu, et de plus en plus intense sur une foule 
de problèmes thérapeutiques qui passent jusqu'à présent 
pour insolubles. Si je pouvais du moins vous avoir persuadés 
de la nécessité d'un pareil travail, et vous en avoir modes- 
tement ouvert la voie par les quelques faits que je viens de 
vous exposer, je croirais avoir effectivement rendu service 
à vous-mêmes et à la science. 



vhriEtEs 



I.a »<■)!<■ di- bicyclellr rallannflle, ' 

par le D' Renk COuetoux. 

La questioD de la scWe, de bioycletie est 'levenuè"^ 
importante question U'hygiène publique. La preuve pu i 
ilans fa littérature médiuiile, plu« de rînquuQlo public, 
paru, ayant toutes pour olijwtif de dénoncer les fflulrif.Ies et 
^ravoE ni<:faita des selles actuellement en usâtes. Je me conteste 
lie signaler ces travaux sans les analyser; parce qu'aucun d'euï 
»'■ me semble, au point de vue scientifique, basé sur des notiojis 
sulfisamment précises et complètes. 

Il importe toul d'abord de remarquer que la dénomitial.ion de 
selle est ici très impropre, en ce sens que lu selle de bicycleile ne 
doit aToir dans sa forme presque rien de commun avec la sella 
d'r'quitation. Cette dernière doit nécessai renient s'adapter nu dus 
de i'animal sur lequel elle sera lixèe. Eq outre, lorsque le cheval 
[>rend uoe rapide allure ou qu'il cherche à demouter son cava- 
lier, celui-ci reçoit sans cesse des secou^^ses, qui tendent à !e 
déplacer, tantôt dans ie sens latéral, tautùi dans le sens vertical, 
et c'est par la pression des membres inférieurs tout entiers, par- 
ticulièrement des genoux, qu'il peut maintenir son équilibre. 

Le bicyelettiste uu contraire à moins de soubresauts excep- 
tiouoels, causés généralement par des inégalités de lerrain, reste 
facilenient collé en quelque sorte sur la selie de sa machine. I! y 
est véritablement assis et l'on pourrait dire qu'il repose sur un 
siège plus exactement comparable à une chaise ordinaire qu'à 
une selle de l'heval. 

Quand nous voulons noua asseoir, nous cherchons de préfé- 



LA SELLE DE BICYCLETTE 



257 



rence une surface légèrement concave dans le but instinctif de 
faire peser le poids de notrp corps sur les masâfs musculaires 
des régions fessières externes et pour éviter une pénible, sinon 
douloureuse compression des parties molles qui recouvrent nos 
ischions. Cette rationnelle concavité caractérise les chaises dont 
nous oous servons tous les jours et sur lesquelles nous nous 
trouvons mieux à notre aise que sur une surface plane, un hanc 
par exemple. Personne ne songera dans la vie ordinaire à 
choisir, pour recevoir les deux convexités fessièrcs, deux surfaces 
également convexes et non flexibles. Les parties molles qui 
recouvrent les tubérosités ischiatiques se trouveraient ainsi prises 
et plus ou moins meurtries entre ces saillies osseuses et les deux 
proéminences du siège. 

Telle est cependant 
la disposition que pré- 
sentent certaines selles 
de bicyclette. 

Les selles de ce gen- 
re sont en outre défec- 
tueuses ; parce qu'el- 
les ne procuient pas 
au bicyclettiste une 
situation fixe, principalement dans l'axe a n té ro -postérieur. S'il 
veut profiter des larges coussins qui sont fixés sur la selle, il 
est contraint de s'asseoir trop en arrière pt alors les bords anté- 
rieurs (le la selle, se faisant sentir contre les cuissea, l'empêchent 
de pédaler librement et le fatiguent. S'il se porte en avant i«)ur 
conquérir l'entière liberté de sfia mouvements, son point d'appui 
n'a plus aucune ampleur et n'est plus en rapport avec son centre 
de gravité. C'est une nouvelle cause, de malaise et de fatigue. 

Ces selles jusqu'à ce jour ont su cependant, faute de mieux, 
conquérir la laveur des bicyclettistes. Que dire alors des autres 
selles actuellement connues et en particulier de la selle com- 
mune, laqnelle consiste en un cuir tendu d'une part sur une 
section de cercle située en arrière ; d'autre part en avant sur une 




e rat ion Délie 



238 VARIÉTÉS 

prot'minence métaUiquc ? Ce cuir sa dérorme avec l'usage et 
l'humidité ; il s'affaisse des deux côtés. La selle ne saurait 
alors ëlre mieux comparée qu'à une corde tendue sur laquelle, 
appuyé de tout le poids de son corps et sur toute la longueur de 

BOD périnée, le malheureux bicyclettisie ne cesse, durant toute 
la durée de sa course, de se démener et de subir un abominable 
frottement. 

Parfois même le cuir a perdu sa tension et a fléchi dans sa 
partie médiane. Sur la pente ainsi formée, le corps glisse en 
avant et vient s'appuyer presque uniquement t:ur le hec métal- 
lique et saillant de la selle, avec lequel la région antérieure et 
si délicate du périnée se trouve ainsi en continuel et dangereux 
contact. 

Nous ne devons pas, dans ces conditions, nous étonner de ce 
que beaucoup de personnes sont contrainte; d'abandonner 
l'agréalile, parfois très utile usage de la bicyclette. N'est-il pas 
fatal on effet que îles accidents graves se produiront physique- 
ment et moralement regrettables? Il faut sonRer en effet que la 
violente contusion n'est pas seule à craindre et qu'un froisse- 
ment prolongé peut amener une malsaine excitation de certains 
organes. 

J'ai donc véritablement la conviction de faire œuvre scienli- 
tique et humanitaire, en recherchant d'après quelles données 
anatomiques et physiologiques pourrait être imaginée et coo- 
struiteune selle de bicyclette hygiénique et confortable. 

Je vais, à cet effet, envisager successivement : 

1° La partie postérieure de la selle ; 

2" La ligue médiane antéro-poslérieure; 

3» Le bec ; 

4» Les bords latérau 



1° PaUTIE POSTÉniEUHE 

'. sur la partie postérieure de la selle que doivent reposer 
iix convexités fessières. Elle devra donc être concave 



>MI>«^WI 



LA SELLE DE BICYCLETTE 259 

siège ordinaire, d'après le précepte ci-dessus formulé, 
que cette concavité soit ménagée dans un corps dur ou bien se 
forme sous le poids du corps, grâce à une suffisante mollesse de 
coussins, plus dépressibles dans leur partie médiane que sur leur 
périphérie externe. Cette concavité, en logeant les deux fesses, 
rendra un second et important service ; elle fournira au bicyclet- 
tiste une excellente condition de stabilité. 

2" Ligne médiane ANTÉRO-POSxÉniEURE 
Dans sa ligne médiane antéro-postérîeure, laquelle est des- 
tinée à se trouver en contact avec la légère convexité du péri- 
née, la forme de la selle sera modelée de manière à offrir une 
courbe légèrement concave. Cette ligne médiane pourra du 
reste, eu partie ou en totalité, être occupée par une dépression 
ou un vide complet d'une largeur variable. 

3° Bec 

Si nous portons nos regards sur une coupe médiane antéro- 
postérieure du bassin chez l'homme ou chez la femme, nous 
remarquons tout de suite l'importance, pour le sujet qui nous 
occupe, de la classique division du périnée en périnée antérieur 
ou génito-uriuaire et en périnée postérieur ou recto-anal. Tandis 
qu'au niveau du premier se trouvent, à fleur de peau, des organes 
d'une délicatesse et d'une fragilité extrême, le second au con- 
traire ne présente comme organe important que l'orifice anal 
dont la contusion est relativement facile à éviter. 

La selle ne devra donc pas atteindre le périnée antérieur et je 
crois pouvoir indiquer comme point précis, où le bec de cette 
selle trouvera sa place la plus convenable, la région antérieure 
du creux ischio-rectal, c'est-à-dire une région située immédia- 
tement en avant de l'oriftce anaL Telle est en effet la limite 
extrême du périnée postérieur et dès lors la limite de la sécurité. 

Par surcroit de précautions, pour être plus certain d'éviter la 
contusion, le moindre froissement des organes génito-urinaires 
ou même de l'orilice anal, il sera bon de donner u 



ÏUO 



VARIÉTÉS 



'M 



Ki'ur au bec <le la selle et de ménager sur la p&vùe mi':diau(' de c 
Ix-v une rainure concave qui préserve de louU: coiTipression la 
partin modiane du périnée et reporte le poids du corps aussi loin 
t|iii> possible sur les deux côtés de cette dàlii^ate réfiioLi, Dés 
l'aunée (892, j'avais signalé l'opportunilô de celte disposition. 

Urâce à ce genre de bec le périnée postérieur, sans subir 
aucun froissement, est dans toute sa longueur maintenu en con- 
tuct avec un appui inflexible dont l'effet hygiénique sur cette 
région est comparable à celui des ceintures ventrières sur les 
parois abdominales. Cet appendice servira donc à neutraliser les 
secousses que l'effort de pédaler peut imprimer aux organes de h 
cavité pelvienne. On sait, en effet, que si l'exercice de la bicy- 
clette est favorable à la santé de la femme, il exige pour elle des 
précautions spéciales et doit être autant que possible exempt de 
toute brusquerie, de toute violence. 

Le bec sert en outre à augmenter la surface de l'assise. Il est 
d'une consistance très dure, mais à contours mousses, indéfor- 
mable et, par conséquent, il ne peut occasionner par frottement 
sur la surface interne des cuisses l'irritation plus ou moins vive 
et douloureuse, voire reétae les excoriations dont certaines per- 
sonnes se plaignent avec les selles recouvertfs de cuir flMibte. 
En somme loin d'exercer une action nuisible et même très 
dangereuse comme dans la plupart des autres selles de hicycleite, 
on peut, au double point de vue du confortable et de l'hygii-ne, 
le considérer ici comme une portion de la selle très utile presque 
indispensable. 

40 Bords latéraux antérieirs 
Si nous examinons avec quelque attention l'homme ijui fléchit 
et défléchit tour à t-ourles cuisses sur le bassin, il nous est facile 
de constater sur chaque membre inférieur, une ligne parfaite- 
ment nette de démarcation entre la cuisse et la fesse, autrement 
dit entre la région qui se déplace et la région qui demeure immo- 
bile. Cette ligne est représentée par le pli fessier. Il eu résulte 
que les bords latéraux antérieurs de no.tre selle devront atteindre 



LA SELLE DE BICYCLETTE S61 

meiti non dépasser ce pli fessier, afin d'accorder à l'appui du corps 
toute la surface disponible et de ne gOner en rien les mouve- 
ments nécessaires' des membres inférieurs. 

Nous arrivons en résumé, en nous conformant aux ration- 
nelles indications de l'anaiomie et de lu pbysiologie, à construire 
une selle de bicyclette concave dans sa partie postérieure, courte 
d'avant en arrière avec liée bifide, procurant au bicyclettiste une 
assise très normale sur les fesses sans empiéter le moindrement 
sur le périnée antérieur, lui laissant toute liberté de mouvements 
pour ses membres inférieurs et lui fouruissaut une situation 
aussi stable que possible. Il faut, en effet, considérer que le bec 
de la selle, logé dans le creux ischio-rectal, concourra' avec les 
concavités postérieures et avec les bords latéraux antérieurs à 
fixer le bicyclettiste et à le maintenir, sans le moindre glissement 
à la place convenable, circonstance qui aura entre autres avan- 
tages celui d'einpécber le continuel frottement et .dès lors la 
rapide usure du vêtement, pantalon ou robe, 

La forme de i^elle de bicyclette ainsi déterminée par la topo- 
graphie superficielle de la région à laquelle elle est destinée est 
véritablement une forme anatomique. Oa ne saurait rien y 
retrancher ni rien y ajouter sans diminuer l'assise normale du 
bicyclettiste ou sans lui faire courir le danger d'une meurtrissure. 
11 ne peut en ce sens exister qu'une seule forme de selle de 
bicyclette anatomique. 

Cette remarque toutefois ne s'applique pas à la saillie posté- 
rieure de la selle dont le degré d'élévation ne présente rien 
d'absolu et que l'on peut presque à volonté prolonger plus ou 
moins en arrière. Incapable de subir le moindre recul grâce aux 
bords latéraux antérieurs de la selle, qui sont logés dans les plis 
fessiers, le bicyclettiste n'a pas besoin que cette saillie posté- 
rieure corresponde exactement à sa corpulence. C'est du reste 
en avant et jamais beaucoup en arrière que son corps a sur la 
machine tendance à s'incliner. 

Ces considérations ont cessé d'être uniquement théoriques. 
J'ai modelé sur ce plan une selle de bicyclette en bois, que j'ai 



262 VAMÈTËS 

montée el fait monter à d'autres. Je suie arrivé à me procurer sur 
ce bois, sans l'adjonction d'aucun coussin et même sans aucun 
ressort un siège, dont la dureté était très tolérable. Je me trouvai 
mieux assis que sur toutes les autres selles de bicyclettes précé- 
demment essayées. 

Cependant, de chaque côté, sur un point très limité, au niveau 
de la région fessiére. j'éprouvai une légère douleur. Bientôt je 
me rendis compte que cette sensation était causée par la com- 
pression des téguments entre la selle de consistance ligoouseei 
les tubérosités ischiatiques. Descendant alors de bicyclette, j'eus 
l'idée de creuser avec mon couteau, sur la concavité fessière 
droite de la selle, un trou ovalaire correspondant à la région 
légèrement endolorie et je remontai sur ma macbine. A parlirde 
ce moment, la pénible sensation, qui persistait à gauche, avait à 
droite complètement disparu. Je conclus de cette expérience que, 
de chaque côté, sur la selle dure, vers le milieu de la concaviié 
fessière, il y a indication de ménager une dépression secondaire 
pour recevoir el loger la tubérosité iseliiatique. La selle dure 
devient alors irÈs douce à monter, a On se figure, me disait uu 
de mes amis, n'être pas assis sur du bois, mais sur du coton, i 

Fait très remarquable, ainsi Ûaé sur ma machine, sans flexible 
intermédiaire et n'éprouvant aucune vacillation, je faisais en 
quelque sorte corps avec elle. Je sentais qu'il ne se produisait 
aucune déperdition de la force dépensée pour pédaler, force 
absorbée en partie par les ressorts. Avec une moindre fatigue, 
je pouvais fournir une plus grande vitesse et soutenir une plus 
longue course. Il y a donc lieu, j'en suis convaincu, de suppri- 
mer en arrière les ressorts sur lesquels on a coutume de sus- 
pendre les selles de bicyclette, afin de fournir au bicyclettiste un 
point d'appui trts ferme, nullement vacillant ai dépressible. 



LECTURES MEDICALES 



LECTURES lÉDICtLES 



Les nouveaux Iraittmtnta, par J. Laumohieb. 1 vol. in-16. Paris, 1903. 

Alcan, éditeur. 

L'auteur de ce petit volume est loin d'èlre un incontiu pour les lecteurs 
du Butielin île Thérapeutique qui ont pu lire souveot, sous sa signature, 
des articles toujours oi'igitiaux et [ortemenl pensés. On doit itâjâ à 
M. Lsumouier un certain nombre d'ouvrages intéressants, notamment ua 
excellent traité de Physiotogit générale, trcs clair et Irèa complet, surtout 
très moderne par sa Forme, une Bygiène de l'alimentation et une Hygiène 
lie la cuisine qui ont taus deux une grande valeur pratique, le dernier 
surtout, car noua manquons d'ouvrages spéciaux sur la nature des réac- 
tions opérées par les manœuvres culinaires sur les aliments. 

Esprit clair et méthodique, M. Laumonier eipose avec soin, cherche 
toujours l'explication rationnelle et ne laisse jamais, quand il le peut, de 
postulata derrière lui. C'est dans cette direction qu'il a groupé les médi- 
caments nouveaux, prenant pour guide tes besoins de la pratique d'une 
part et les propriétés reconnues des nouvelSes drogues d'autre part. A la 
seule lecture des titres de ses divers chapitres, on se rend compte de l'ori- 
ginalité de la conception. Par exemple, s'il étudia les modificateurs ner- 
veux, M. Laumonier formule d'abord k grands traits la nouvelle théorie 
du neurone et c'est sur cette hypothèse qu'il s'appuie pour établir de 
manière raisonnée l'étude des agents nervins nouvellement introduits dans 
la thérapeutique, la dioniae, Yhéroïne, les eucainta, la nireanine et 
Vorthoforme. S"atlaque-t-il au redoutable problème des médications sus- 
ceptibles d'exercer une heureuse action sur les troubles nutrilils profonds 
de l'organisme, il commence à faire un tableau très moderne des phéno- 
mènes nutritils, nous montre le rdle intime des albumines et des matières 
phosphorées, et c'est seulement en s'appujant sur ces données intelli- 
gibles, nettement posées, qu'il montre ensuite le i'61e utilf que peuvent 
jouer les lécilkines, les cacodylatea, Varrhénal, i'orexine, les seU de 
vanadium, etc. Cette méthode est excellente, c'est celle que je me suis 
moi-même attaché & suivre dans mes lejons et j'ai trop apprécié ses avan~ 



lageslpourne pas féliciter M. Laumonier de l'a 
tout de l'avoir utilisée avec autant de précisio 
Son livre, en effet, est clair, précis et d'un 
le praticien, je suis convaincu qu'il rendra au 
dérables. 


voir prise pour guide et sur- 
a, d'intelligence et do succès, 
application constante pour 
lecteur des Services consi- 

Albebt Robib. 


Précis de pathologie externe. Deux volumes 
450 ligures dans le texte en noir et en cou 
20 francs. 


formant 1.900 pages, avec 
eurs, par F.. Forcue. Pris: 



Le professeur I^. t'orgue vient de publier, dans la collée 



264 



LECTORKS MÉDICALES 



petits volumes appelas au plus gros auccès. Quand je dis deux petits vo> 
lumea, je veux parler du rormat, car, k eux deux reuais. ils farmenl ud 
ensemble de près de 2.000 pages el rt^aument toute la pathologie externe. 

Cpt ouvrage porte le nom de Précis dt pathologie externe, titre mo- 
deste, car on trouve réunis dans ces deux livres tous les sujets de chirur- 
i;ie qui iut^resnent l'étudiant et ma toi fort au complet. Ce n'est certes pas 
une traité didactique; mais tel qu'il est. ce précis contient tout ce qu'on 
doit savoir et, chose rare, vous expose toutes les questions avec une 
clarté que viennent reliausier de très nombreuses figures. 

Ces ligures réclament l'attention, car, demi -schématiques, ou schéuia- 
liques, elles sont presque toutes originales et ont demandé à être compo- 
sées par l'auteur lui-même, et ce qui ne g&le rien, bien au contraire, elle.4 
. sont très souvent en couleurs. 

Inutile d'entrer dans des détails sur ces deux livres conçus dans \e 
plan de toutes les pBlhologics externes, ce qu'il faut remarquer, c'est que 
M. Foriçue, pour arriver à condenser ainsi des sujets aussi nombreui et 
aussi étendus, a dii être obligé de remettre plusieurs fois son ouvragi^ 
sur le métier. Il a fait la un ;;ros travail que l'aclivilé parisienne ne pour- 
rail nous permettre. 

Dans de telles conditions, le Précis du professeur de Montpellier 
sera bientél dans les mains de tous les étudiants; du reste, en terminant, 
je ne pus faire iin plus grand éloge de ces deux volumes qu'en disant 
que, dès l'apparition du premier volume, le second était déjà acheté. 




L'originalité de cet ouvrage est de réunir, sous la direction de l'hoDO- 
rable doj'en de la faculté de Lille, un grand nombre de faits pratiques 
journaliers fournis par les divers professeurs du corps enseignant de 
celte Université, MM, Ausset, Caumartin, Charmeil, Dubar, Folel, Gau- 
dier, lugelrans. de Lapersonne, Le Fort, Oui, Potel. Surmont. Ce 
graupe comprend aussi bien des chirurgiens que des médecins, de sorte 
que le praticien est certain de trouver dans le volume un grand nombre 
de faits appartenant à toutes les spécialités de la médecine. C'est la pre- 
mière lois que ce groupement a été tait et il fiiu; convenir que l'idée est 
heureuse, car de cette manière Je lecteur peut, en quelques heures, de 
lecture rapide glaner une plus grande quantité de renseignements que 
dans un ouvrage trop nettement particularisé. 

Prenons, par exemple, le chapitre Fiteumonie, maladie banale entre 
toutes mais qui cependant présente dans la pratique des indications 
innombrables, on voit d'abord l'étude modernisée, quoique rapide, de l.i 
forme lobaire aiguii franche ; symptômes, traitement sont étudiés, pour 
ainsi dire, au lit du malade, en prenant, comme exemple, une observation 
donnée. Une autre observation permet de voir l'accentuation des phéno- 
mènes dans une forme semblable, mais grave, puis vient une observBliùii 
qui montre les particularités de la pneumonie des artérioscléreux, avec 



LECTURES MÉDICALES 365 

369 indications spéciales, celte des cardio-pulmonaires, des intoxiqués par 
l'alcool ou la morphine, celle des débilités, des diabétiques ou des urà- 
miques, et enlln la pneumonie dite infectieuse chez tes inlluenzés. On 
voit combien les auteurs ont soigné le détail, el la forme a beau élre 
rapide, on peut assurer que rien n'est oublié. 

C'est là certainement un excellent livre, soit pour l'élève, qui y puiseia 
des notions nettes qu'il sera fort heureux de retrouver le jour de son 
examen, soit pour le praticien, qui y trouvera une foule de conseils bien 
groupés dont il aura, h chaque înslant, l'applicalioD dans sa clientèle. 
G. Babdbi. 

Précis de matière médicale, par Edo. Collin, i vol. in-8*, avec 173 fi- 
gures dans le texte. Parie, 1903. Octave Doin, éditeur ; prix, 12 francs. 
M. Collin est le collaborateur apprécié du regretté Planuhon, avec qui 
il a publié une quantité considérable de travaux au premier rang desquels 
se placo le remarquable traité des Drogues simples d'origine BègiUtle 
en deux volumes, qui venait à peine d'être publié quand la mort enlevait 
de manière aussi triste qu'inattendue son éniinenl collaborateur. Rappe- 
lons aissi qu'on doit à M. Collin. un petit volume sur les Foudres médi- 
camenleusea qui est tout bonnement un petit chef-d'œuvre, on ne saurait 
trop le rappeler. Micrographe savant autant qu'habile, observateur minu- 
tieux et jamais EUitisfait. M. Collin a fait des dessins d'aualoniie générale 
célèbres dans le monde entier et qui centuplent la valeur de toutes ses 
publications. 

C'est dans le même esprit et surtoutavec la même conscienceque l'auteur 
a rédigé son nouveau u Précis de matière médicale u. on y trouvera la même 
sûreté dans la description et dans le rendu des coupes microscopiques, sur 
lesquelles on se base pour déterminer les espèces. Indispensable à l'étu- 
diant en pharmacie comme au pharmacien et au bolanisle, cet ouvrage, à 
tous pointa remarquables, peut également inléreSBer le médecin qui s'oc- 
cupe de pharmacologie. 

G. Bahdet. 

Précis de bactériologie ntédicatt, par F. Bshlioï, professeur à l'Univer- 
sité de Grenoble. PeLit in-16 cartonné, Paris, 19,3, Ma.-ifion, éditeur. 
Prix, 6 francs. 

On remarquera le titre de l'ouvrage e Bactériologie médicale », il s'agit 
bien là, en elTet, d'un volume desliné au médecin- praticien et non pas d'an 
traité didactique pour les bactériologistes en quête de méthodes. M. Ber- 
lioz traite surtout, en effet, du rûls pathogène des bai:Iéries et de l'infec- 
tion. La lecture est donc rapide et suggestive, car elle met le lecleur au 
courant des découvertes les plus récentes et des théories modernes relati- 
vement au rôle spécial reconnu à chaque espèce bactérienne. Comme le 
dit le professeur Landouïj dans la préface qu'il a écrite pour ce petit 
livre ; v 11 vient à son beure el doit être le livre de chevet des médecins 
et des étudiants, u "" 

G. B. 



UVUI DES THK3ES 

iQH'^ P*'' M' ^- I^tii-ii-tii. directeur ei prot'-Br^nr ir 

An vuWriniire de Toulonse. I vot. io-fi tle ItOO p*^, 

' iii-U toxie, ABselin el IIdusobu, «dîteurs, Puris, 1903. 

■. auTor l't âraesiire de Imir ■pparilion, les fas^kulei 

'iivrii^. Npuh De puuvons répéter pour le volrniv 

i»tiin avous déji dit plasieurs loit, c'esl-à-diro qu'il 

■"■iiilershie el Avs plus iiiilps. La pbysiolofnp tiumaiiif 

pur la phTsiolopie animale, al certaineuicnt tout at- 

:li I ilans «a bibliothèque un volume de pbjsïologu 

•■ M. Laiiliniri est parliciiiiéremeat recomniandable, car 

u ^rand lalenl d'eipotiilion fl Ka\i!. le? chapitr» n 

I Boin parfait. Pour noire compte, il nous a rendu el 

G. 11, 



REVUE DES THÈSES 

ai' M=< DcBDAN-I.ABOni 



Traltanent des inflammations pelTienneE. M. Mèn'j 

VhtU. 1901, ii''2.>). 






Lo traitemeat des paramél.rites aiguës esi eou\ 
avec celui des pelvi-périlonites. Il faut surtout traiter l'uténia 
liirocté, et on est en droit d'espérer un arrêt dans la marche At 
rinllammalion [léri-utërine. II faut donc nettoyer l'utérus : 1° par 
dilfitatiou; 3° par des injections intra-utérines très chaudes, 
celloB-oi aeroni la liase de celle thérapeutique; 3° les lavemenW 
diauda seront d'un très puissant secours, 

Contrairerni'iil aux nn'ithodes employées jusqu'à ce jour. Tau- 
leur n'mtotnl pas que l'inOainmation soit éteinte pour dilaier 
l'utérun et le curettar; il pense au contraire que c'est la méthode 
dn choix. Souvent ra^me, la dilatation combinée aux injeclion? 
intra-utArineii chaudes et aux lavements amène fréquemment 



HEVITE DES THÈSES 267 

la résorption des exsudais pathologiques récents, daas les para- 

métrites aiguës ou subaiguës. 

Quand le pus s'accumule autour de l'utérus il faut interrenir 
chirurgicalement. 

Contribution à rdtade de l'antéflezion congénitale de l'uténu. 

Son traitement par la dilatation et le cnrettage. M. Forestier 

(Thèse de Paris. 1901, a- 33). 

L'antéllexion congénitale entraine le plus ordinairement la 
dysménorrht^e et la stérilité. Nombreus sont les procédés utilisés 
pour obvier à ces graves inconvénients. 

La thérapeutique sanglante doit être exceptionnelle ; on lui pré- 
férera la dilatation progressive à l'aide de tiges de laminaires, 
suivie de curettage utérin. 

Moyen inolTensir, simple, rapide, supporté par toutes les 
malades, ce procédé répond aux trois indications de l'antéflexion 
congénitale : dysménorrhée, stérilité et phlegmasie utérine. 

Traitement des nâvralgies par les injections sons -cutanées de 
sérum artificiel, M. Bernard {Thèse de Paris, 1901, n° 116). 
Cette méthode est employée dans les névralgies sciatiques, le 
lumbago, la névralgie scapulaire H faciale. On emploie la solu- 
tion suivante : 

Chlorure de sodium 5 gr. 

Sulfate de soude 10 • 

Eau distillée 1000 » 



Cette solution se fait légèrement tiédir au bain-marie; on 
injecte 5 ce. au niveau de chaque point douloureux. Un même 
malade peut, dans une seule séance, recevoir quatre, cinq et 
même six injections. On peut les renouveler pendant plusieurs 
jours consécutifs sans le moindre inconvénient, 

Da la sitiophobie et de sontraitement. M. GiMBAL(rA^Mde Paris, 
1901, n° S2). 
La sitiophobie c'est le refus des aliments; syndrome fréquent 



S68 REVUE DES TBËSES 

en aliénation menlaie. Ce refus est partiel ou total. Au dt-boielle 
est le plus souvent partielle: elle atteint plus fréquemmeai la 
femme que l'homme; sa fréquence est entre trente et quarante 
ans. La femme Étant plus mi'lancolîque que l'Iiomme. y [laie uD 
plus large tribut. 

Deux ordres de causes dominent la sitiophobie : causes soma- 
tiques, causes psychiques; ce trouble est l'anoreiio de raliéné. 

Son iraiiemeni di'peud entièrement de la notion des causes. 
n faut traiter chacune des causes; la première esl due & un 
embarras gastrique. La deuxième, essayer au début les procédés 
de douceur; sî celle-ci échoue, faire l'alimentation forcée et pré- 
coce. La meilSeure est la voie muqueuse; la voie sous-cutanée ne 
vaut rien. La voie gastro-intestinale est excellente, la voie rec- 
tale est mauvaise. 

L'alimentation forcée gastro-intestinale se compose de : tait, 
oeufs, poudres de viande introduites par la sonde; faire deux repas 
par jour. Il faut peser les sitiophobes avec soin. 

La sitiophobie est grave, les malades meurent souveDi Ai 
dysenterie. 

Traitement prophylactique des ophtalmies purulentes des dod- 

veau-nés par laniodoL M. Thomin \Th:-sc de Paris, l'JOI, n- 48). 

(Jette prophylaxie esl de la plus haute importance et c'est une 
question qui n'a pas cessé d'être pendante. Il faut user de moyene 
préventifs pendant la grossesse et au moment de l'accouchement. 

Voici la protique suivie à Beaudeloque, on doit s'efforcer de 
s'en rapprocher le plus possible dans la clientèle privée. 

Avant le travail, et même au début de celui-ci, à moins de 
dilatation complète, donner un bain aromatisé avec le mélange 
suivant : 

Sous -carbonate de soude 300 gr, 

Essence de thym ) , , 

— de lavande l "^ " 




REVUE DES THÈSES 269 

Renouveler ces injections toutes les deux heures, recouvrir, dans 
rintervalle, les parties génitales d'un tampon d'étoupe stérilisée. 

Immédiatement après la naissance de l'enfant, savonnage rapide 
des deux régions oculaires et de leurs parties avoisinantes* au 
savon à l'aniodol ; puis ouvrir les paupières et à l'aide d'un peu 
d'ouate hydrophile imprégnée d'aiiiodol à 1 p. 4.000, on exprime 
quelques gouttes sur la cornée. 

Inutile de renouveler cette instillation, bien qu'elle ne présente 
aucun inconvénient. 

L'hypnotisme devant la loi. M. Halgan {Thèse de Paris, 1901, 

no 99). 

La législation de l'hypnotisme préoccupe depuis longtemps 
déjà les juristes et les médecins. 

Il s'agissait de savoir si la pratique de l'hypnotisme pouvait 
être laissée entre les mains de personnes non diplômées, ou si, 
au contraire, elle était du domaine médical. 

Actuellement la question est jugée depuis décembre 1900; 
l'hypnotisme est entré dans la période véritablement scienti- 
fique. 

La juridiction de la cour suprême de Rennes, 6 mars 1901, a 
fixé d'une façon définitive la jurisprudence de l'hypnotisme aux 
termes suivants : 

Limiter aux seules personnes diplômées le droit de pratiquer 
l'hypnotisme; elle rejette donc les arguments mis en avant par 
les magnétiseurs (Innocuité de leurs pratiques, travaux prépara- 
toires à la loi de 1892). 

Traitement de la fièYre t3rphoide infantile. Étude comparée des 
diverses médications. M. Dvjmeux (Thèse de Paris, 1901, n» 69). 

On a beaucoup parlé, beaucoup écrit depuis quelques mois 
sur ce traitement; et les diverses médications employées jusqu'à 
ce jour ont chacune leur mérite et leur opportunité. Avec un peu 
de mesure et de sens clinique, on peut tirer d'heureuses consé- 
quences de leur point de départ. 
i 



270 REVUE DES THÈSES 

Il n'y a pas de traitement spécifique de la fièvre typhoïde infan- 
tile, cependant les purgatifs associés ou non au benzo-naphtol sont 
indiqués dans les formes légères ou moyennes. La médication 
antithermique n'est pas non plus une méthode' spécifique, elle 
comprend deux moyens, la balnéothérapie, les agents médica- 
menteux. ' '. ' 

Il ne faut pas donner les bains- froids dans tous les cas, l'indi- 
cation se tire, bien moins de la température du petit malade que 
de l'état de son système nerveux ; il doit être employé lorsqu'il y 
a torpeur, méningisme, irrégularité du cœur. 

Pour certains auteurs, les bains tièdes ou le bain chaud donne- 
raient dans ces cas les mêmes heureux résultats. Dans les formes 
légères et moyennes les plus fréquentes, on peut ne pas utiliser 
les bains et recourir à la quinine. Celle-ci peut être donnée à doses 
massives ou fractionnées, elle modifie favorablement la marche 
de la maladie. Peut-être agit-elle, ainsi- qu'on l'a avancé récem- 
ment, par une action directe, spécifique, sur le bacille d'Eberth. 

Traitement des péritonites et des pleurésies tobercoleases séro- 
fibrinenses, par les lavages d'eau stérilisée très chaude. 
M, Mainot {Thèse de Paris, 1901, n» 76). 

La chaleur sur le bacille de Koch a un rôle prépondérant dans 
la marche régressive des accidents dont les séreuses sont le 
siège. 

La chaleur sèche agit moins rapidement et, d'après M. Grancher, 
Faction prédominante ne serait pas due à la température, mais à 
l'eau stérilisée qui altère rapidement le bacille et le détruit. 

A côté des microorganismes pathogènes qui constituent les 
éléments d'attaque, il y a les leucocytes actifs qui constituent les 
éléments de défense. Or leur maximum d'énergie se manifeste 
réellement pendant les températures qui sont celles de notre 
sang à l'état normal et pendant un léger état fébrile. 

A une température axillaire de 41 et 42», les leucocytes meurent 
rapidement. D'autre part, la plèvre atteinte de pleurésie tubercu- 
leuse absorbe mal; l'eau stérilisée chaude augmente la perméa- 



REVUE DES THÈSES ^^71 

bilité des séreuses malades, ce qui facilite la résorption du liquide 
qui peut y séjourner. 

Manuel opératoire : retirer par ponction un litre de liquide et 
injecter aussitôt un litre d*eau stérilisée à une température voi- 
sine de 46o ; laisser Tinjection toiit entière dans la plèvre. 

Ce traitement ne s'adresse qu'aux épanchements tuberculeux. 
les autres guérissent spontanément. 

Delà cure radicale de la hernie crurale par le procédé dtf D"" De- 

lagénière et de ses résultats éloignés. M. Ilune (Thèse de 

Paris, i901, n° 107). 

La hernie crurale est presque toujours douloureuse primitive- 
ment, môme petite, ou bien après sa formation elle le devient 
rapidement. Il s'y ajoute aussi des troubles gastro-intestinaux; 
déplus eeux-ci amènent une sénilité précoce et une déchéance 
rapide. 

C'est surtout une afifectton des adultes, les femmes en sont plus 
souvent atteintes que les hommes ; d'où nécessité de l'intervention 
car cette hernie expose plus fréquemment aux accidents de l'étran- 
glement que la hernie inguinale et la gangrène rapide de l'intestin 
n'est pas rare (Lucas-Championnière). 

Il faut donc intervenir et faire la résection très haute du péri- 
toine et la destruction de toutes les adhérences. Pour ce faire, le 
procédé de Délagénière répond aux desiderata d'une cure radicale 
efficace. 

Les résultats éloignés sont très encourageants, les malades 
revus assez longtemps après l'opération sont valides ; ils n'ont 
jamais porté de bandage après la cure radicale. Sur 36 cas opérés 
et revus, il n'y a eu qu'une seule récidive, soit un peu moins de 
3 p. 100. 



FORRttUIRE 



Pilnles contre les cardiopathies arec coagestion hépatiqae. 

Poudre de digitale . 

Poudre de Bcille ââ gr. 05 

Résine de scammonée ! 

Calomel ■ ■ 01 

Eicipient Q. 8. 

Pour une pilule, a" 15. 

En prendre B par jour en dehors des repas pendant trois jours. 

Ou bien r 

Poudre de digiiate J 

— de acille ââ gr. 05 

Calomel I 

Extrait aqueux d'ergot de seigle » 10 

E-ïcipient Q. 8. 

Pour une pilule, n» 15. 

En prendre S par jour pendant trois jours en dehors des repas; 
surveiller avec soin les gencives (stomatite mercurielle) pendani 
l'admiaistration de tes pilules et les jours qui suivront. 

Sirop d'bâmoglolline. 

Hémoglobine en paillettes 25 gr. 

Eau distillée 125 n 

Sirop de sucre 850 » 

20 grammes ou une cuillerée à soupe renferment gr. SO 
d'hémoglobine. 

On administre habituellement ce sirop dans un peu d'eau 
gazeuse. 

Le Gérant : G. DOIN 

IMP. F. LEVÉ, 17, RUE CASSETTE. — PAHlS-6* 




BULLETIN 273 



BULLETIN 



Le tabao et la Faculté. — Le oertifioat de santé des candi- 
dats au mariage en Espagne. — Les Humbert médecins* 
— L'hy^riène et les bouilleurs de cru. — Le microbe de la 
rage. — L'assurance contre Tappendicite. — L'alcoolisme 
et ses dangers. 

Défense de fumer dans les amphithéâtres et les cours. Tel eôt, 
dit le Journal des Praticiens, le dernier ukase de notre excellent 
doyen M. Debove. Exception sera faite pour les salles de dissec- 
tion. 

Au fait, ajoute ce journal, M. Debove a raison. Plus on fume, 
plus on éprouve le besoin de fumer. L'excitation légère produite 
parle tabac se dissipe très vite et a besoin, pour se réveiller, d'une 
nouvelle dose toxique. 

D'ailleurs, l'habitude du tabac se perd très aisément. La sen- 
sation de privation réelle ne se prolonge que pendant deux ou 
trois jours. Nombre de fumeurs invétérés ont été très étonnés de 
la facilité avec laquelle ils venaient à bout de leur habitude. 

o o 

On est en progrès en Espagne. A la rentrée des cours et tribu- 
naux de Madrid le ministre de la Justice aurait parlé dans son 
discours de la nécessité de faire intervenir le médecin dans toute 
demande d'inscription pour le mariage et montré Futilité d'un 
certificat relatif à la santé et aux conditions physiologiques des 
postulants. Il importe, aurait-il dit, de ne pas contribuer à 

BULL. DE THÉRA-PEUTIQUE. — TOME CXLV. — 8* LIVR. 8 



2"i BiaLETIN 

Ijuupler les hôpitaux, les asiles d'alicDés et les begnes par des 
unions conclu^» sans aucune prudenco, cl il est nécessaire qup le 
juge municipal refuse de procédera des mariages (|ue la scii^nce 
eati:ne ilevoir être funestes, car tout est préfi-rable à de telles 
unions plu» regrettaliles que le suicide même. 
Il sera curieux de voir l'accueil réservé à celte proposition. * 



On sait par le Petit Parisien qu'Emile Oaurignac se faisait 
jiasser & Madrid pour un médecin belge. Il a û son actif une cure 
merveilleuse : il a donné une ordonnuace à une voisine qu'il a 
guérie eu quinze jours d'une maladie d'estomac. Aucun médccia 
jusqu'à ce jour n'avait pu même la soulager!... La malade a été 
émerveillée el l'est encore. 

Sa réputation l'a suivi si-mlde-t-il sur la terre de France, si 
hien que M. Leydet se voit dans la cruelle obligation de ne pou- 
voir accédpr, au dire des gazettes, aux nombreuses suppliques de 
vieilles gaslropathes désireuses de soumettre leur cas à ce... 
médecin... de haut vol! 



Tous les hygiénistes, suivant le Journal des Débats, doivent sou- 
t^'nir le projet du ministre des Finances réduisant considérable- 
ment le privilège des bouilleurs de cru. M. Uouvier aura exécuté 
une œuvre saine s'il peut faire payer l'impôt de 220 francs par 
!ii;clolitre h l'alcooi vendu jusqu'ici frauduleusement sans rien 
payer au fisc. Aucun alcool ne mérite une telle faveur; mais 
l'iilcool des bouilleurs de cru |e mériterait moins qu'aucun autre. 
<_'ar, parmi le» plus mauvais, il est le pire. Devant la commission 
i^énatorialc qui, en 18N7, demandait la suppression du privilège 
di's bouilleurs de cru, M. llertiielot disait que c: sont les bouil- 
leurs de cru et le» distilleries agricoles qui fabriquent des produits 
nuisibles à la santé. Depuis cette époque la situation n'a pas 
rjjangé. Ces mêmes bouilleurs de cru donnent toujours un détos- 
t:ibl9 alcool dan» la plupart des régions de la France. 



\ 



BULLETIN 275 



o 
o o 



On parle beaucoup de la découverte que M. Sormani, de TUm- 
versité de Pavie, aurait faite du microbe de la rage. Bien que par 
un raisonnement scientitique Pasteur ait trouvé le moyen de 
guérir la maladie, on n'avait pu identifier jusqu'à présent le 
bacille qui la produisait ; par suite le traitement antirabique actuel 
ne pouvait être contrôlé avec certitude. Espérons que les études 
du médecin italien fourniront le moyen de simplifier le remède et 
de le rendre encore plus accessible qu'il ne l'est pour l'instant. 



o o 



La mode est aux assurances. L'appendicite étant la maladie 
du jour, une grande Compagnie s'est empressée de tirer parti de 
cette circonstance. 

En payant 5 shillings, on peut, en Angleterre, s'assurer contre 
cette aftection. Non pas qu'on évite le mal, mais l'assuré touche 
5.000 francs dans le cas où, atteint d'appendicite, il est obligé de 
subir l'opération. 

En cas de décès, la Compagnie paie une seconde prime de 
5.000 francs aux héritiers. 



o 
o o 



Dans l'espoir de mettre un. frein à la consommation de l'alcool, 
l'administration de l'assistance publique a cru bon de porter à la 
connaissance du public par voie d'affiche un extrait du procès- 
verbal d'une séance du Conseil de surveillance relatif à « l'alcoo- 
lisme et à ses dangers ». 

Mais comme sur ces entrefaites avait paru dans les Annales de 
rinstitut Pasteur le mémoire de M. Duclaux, que les vulgarisa- 
teurs de la presse quotidienne ont eu le tort de présenter comme 
une démonstration manifeste que l'alcool constitue un des aliments 
les plus utiles pour l'homme, la corporation des marchands de 
vins et liqueurs en a pris texte pour démontrer que l'affiche dont 



276 BULLETIN 

il est queBtioD ci-dessus x sous forme de combattre l'sicooli sme 

se livre à une vioteute attaque contre tous les produits mis en 
vente par les débitants de vins et liqueurs; que l'alcool y est 
représenté par une affirmation particulièrement osée en présence dts 
contradictions de la science, comme D'étanl utile à « personne •. 
mais, Il nuisible pour tout le monde ■ ; que d'autre part les bois- 
sons dites hygiéniques, le vin, le cidre ou la bière, sont elles- 
mêmes mises à l'index par des énonciations équivoques confOD- 
dant la boisson elle-même avec les quantités absorbées ; qu'eoËn 
toutes les boissons dites apéritives sont représentées « comme 
les plus pernicieuses » parce qu'elles contiennent, « outre l'alcool, 
des essences qui sont, elles aussi des poisons violents ■, ce qui 
eût dû provoquer, de la part dn préfet de la Seiue, un arrêté inter- 
disant dans toute l'étendue du département la vente à tous veo^iil^ 
des produits si violemment pris à partie ; que le fait par M. de 
Selves de s'être abstenu démontre à lu; seul que la violence des 
attaques dirigées contre les susdits produits n'est destinée qu'à 
faire illusion et qu'à couvrir leur manque de fondement h. 

La Chambre syndicale de la corporation des marchands de vins 
et liqueurs a, en conséquence, assigné devant le tribunal civil les 
signataires de l'affiche en question. 



DE LA TACHYCARDI£ DU DÉBUT DE LA TUBERCULOSE 271 



THÉRAPEUTIQUE GÉNÉRALE 



De la tachycardie continue apyrétiqne du débat de la 

tuberculose ai^uë, 

par M. F. Vialard. 

Si je reviens sur un sujet déjà traité dans nombre de 
thèses, et récemment dans les thèses de Wateau (1) et de 
Platey (^), sur un symptôme dont la valeur pronostique a 
été si bien décrite par Merklen, Debove et Achard, c'est 
d'abord pour étudier en détail les caractères propres et 
constants de cette tachycardie et ses rapports avec la 
tachypnée, c'est ensuite et surtout pour m'élever contre un 
traitement toujours inutile, souvent même dangereux, 
auquel j'ai vu contraindre bien des malades. 

I 

Généralement cette tachycardie est apyrétiqm, ce qui 
revient à dire que, malgré l'accélération du pouls, on ne 
constate ni chaleur cutanée, ni urines fébriles. « Cette oppo- 
sition entre le pouls et la température est un signe à nos 
yeux d'une grande valeur », disent Grancher et Barbier (3). 

Cependant quelquefois je l'ai vu s'accompagner, à divers 



(1) Thèse de Paris, 1899-190C. 

(2) Thèse de Paris, 1900-1901. 

(3) Traité de médecine et de thérapeutique, t. VII. 



278 



TNÉHAPEUTigtlK GÉNÉRALE 



moments de la journée, sans régularili; aucune, d'uaeé! 
vation de quelques dixièmes de degré (de Irois à cinq 
dixièmes) de lempérature, et plus souvent j'ai vu le ther- 
momèlre descendre à 37" à 36"» et dans un cas à 34°S. 

Elle est progressive, et si dans certains cas celle proffrêssîm 
est Isniê et yradmile, dans d'autres cas elle est rapide (pouls A 
% montant brusquement le lendemain k 120 et i30 et s'y 
maintenant], car loul dépend du degré de l'infection tuber- 
culeuse ou même des infections secondaires. 

Bile est eontinue, ne cessant ni Jour ni nuit, mais par 
moment _pfiw( devenir paroxystique (léger mouvement, repas, 
émotion, marche, station debout prolongée. conservalieD 



Elle est tmaci et rehelk. 

Elle est aussi silencieuse, ne se révélant ni par des accès 
de palpitations, ni par de la douleur précordiale, ni par une 
sensation d'angoisse précordiale ou par tout autre symp- 
tôme. 

Enfin elle s'accompagne toujours de dimimUien de la knsion 
artérielle, de vaso-diiatattoii (rougeur des pommettes), mais 
rarement d'irrégularité dupouU, 

Au début elle évolue i»olbnent, pour s'accompagner ensuite 
de iackypnée. 11 devenait donc intéressant de recbercliei; 
quels rapports existaient entre le nombre des respirations 
et celui des pulsations, et cela d'iibord, dès les débuis de la 
tuberculose aiguii, ensuite à une période plus avancée. Je 
me suis livré à ce travail sur plusieurs malades et, dès les 
débuts de la tuberculose aiguë, j'ai constaté l'absence de 
tachypnée. Voici du reste un des nombreux tableaux que 



DE LA TACHYCARDIE DU DÉBUT DE LA TUBERCULOSE 279 

TUBERCULOSE AIGUË AU DÉBUT. TACHYCARDIE 
ABSENCE DE TACHYPNÉE 



TEUPBRATUftB 


RESPIRATIONS 


PULSATIONS 


37,5 


16 


95 


37,5 


16 


95 


37,5 


16 


97 


37,5 


16 


101 


36,5 


15 


100 


36,8 


15 


100 


37,5 


16 


100 


37,5 


16 


101 



Par ce tableau Ton voit que non seulement il n'existait 
pas de tachypnée, mais que le rapport physiologique (1 res- 
piration pour 4 pulsations) était détruit, et remplacé par un 
rapport pathologique (1 respiration pour 5 à 6 pulsations). 
Il semble donc que les centres circulatoires soient les premiers 
touchés par la toxine tuberculeuse. 

En revanche, à une période plus avancée de la maladie, 
dès que la tachypnée existe, elle prend vite le dessus sur la 
tachycardie. Témoin le tableau suivant publié dans l'excel- 
lent travail de M. Klippel, médecin des hôpitaux (1): 

CACHEXIE TUBERCULEUSE APYRÉTIQUE 

TEMPÉRATURE RESPIRATIONS PULSATIONS 



37 


43 


96 


37 


35 


iOl 


37 


36 


100 


36,5 


37 


102 


36,5 


44 


108 


36,5 


46 


104 


36,5 


42 


106 


36,5 


42 


110 


36,5 


43 


110 


36,5 


48 


118 



(1) Klippel, médecin des hôpitaux. Tachycardie dans les maladies fébriles, 
et les cachexies. Ses rapports avec la tachypnée. Presse médicale^ 1900. 



S80 



THËRAP^UTICDK GÉHËIULB 



Acelte période de lacacheiiieluberculense, il faut recoDDail 
avec M. Klippel que n le nombre pathologique des respir 
tioDs flachypDèej est habituellement supérieur à celui d 
pultalioDS [tachycardie] par comparaison avec le rappc 
physîuIoKÎ^ue. Ou si l'ou veul, en gupposaol qu'une inêD 
cause morbide agisse simullanément sur les cealres nervei 
reHpiraloiren et cardiaques, les premiers seraient plus Tac 
leoivnl innuencés que les seconds l'hyperexcîlabilitél. 



La IniîhvfardiLi du début de la tuberculose aiguë esl d*u 
pronoNlIc fatal, car elle indique une inffiction profonde ï 
rorgaiiisine el en particulier des centres nerveux du cœai 
«jlu annonce que la terrible maladie, dont elle e^t n 
Kympli'tras précurseur, esl résolue de ne respecter aucune li 
MCI* pi'-riudes, de ne donner lieu à aucun moment d'accalmii 
comme si elle craignait de ne pas arriver assez sûrement i 
asaez rapidement à sa terminaison fatale. 

Il La coQstatation du défaut d'instabilité du pouls, diseï 
Debove et Acbard, est une nolion importanle dans touU 
les circonstances où elle se présenle, car t;l!e indique loi 
jours un élal de débilitalion profonde de l'organisme, i 
acquiert dans certains cas, en particulier dans la tubercules 
une portée toute spéciale. Dans celle maladie, même dai 
la première période, en l'absence de tout mouvement fébril 
la grande instabilité du pouls est l'indice presque cerlai 
que l'on esl en présence d'une forme, non seulement ayai 
toutes les chances pour aboutir h la mort, mais encore d'ui 
forme â évolution rapide, ayant une tendance à brûler l 



DE LA TACHYCARDIE DU DÉBUT DE LA TUBERCULOSE 281 

étapes^ et à progresser suivant un mode suraigu. » Et plus 
loin ces mêmes auteurs ajoutent : a Au cours d'une tuber- 
culose apyrétique ou à peine fébrile, la vitesse du pouls 
aux environs de 120 est presque constamment l'annonce 
d'une mort prochaine, la survie ne dépassant guère plusieurs 
semaines, au maximum trois mois dans l'immense majorité 
des cas. » L'opinion de P. Merklen est non moins formelle : 
« L'accélération babituelle du pouls, dit-il, à 90 ou 100, 
accélération encore accrue par la marche et les repas, peut 
même être considérée comme un signe précoce de certaines 
tuberculoses quand elle coïncide avec un amaigrissement 
inexpliqué (L. Faisans). Elle est généralement d'un pronostic 
sévère indiquant une forme rapide, éréthiqice et rebelle devla 
maladie. » (L. Faisans, 0. Sirot.) 



III 



Dans ce chapitre, je ne passerai en revue que les affec- 
tions dont le symptôme, tachycardie continue, peut simuler 
la tachycardie du début de la tuberculose aiguë. C'est dire 
que je n'insisterai ni sur la maladie de Bouveret, ni sur les 
tachycardies d'origine réflexe (ménopause, hystérie, neuras- 
thénie), ni sur les tachycardies par lésions nervemes (paralysie 
labio-glosso-laryngée, myélite ascendante, sclérose en 
plaques, sclérose latérale amyotrophique, ataxie loco- 
motrice, névrites du pneumogastrique, soit infectieuses, 

soit toxiques). 

L'origine de la fréquence inaccoutumée du pouls dans la 
chlorose et les anémies, de sources diverses, surtout dans 
Vanémie profonde au 3® degré si bien décrite par le profes- 
seur Hayem, sera reconnue aux signes propres de ces deux 

BULL. DE THÉRAPEUTIQUE. — TOME CXLV. — 8" LIVB. 8* 



»t THÉRAI'EUTIOUE GÉNÉRALE 

tMfifltADs, parfois cependant après un temps assez 
<l^tfeaen'«tion «llenlîve. Dans ces deux états, il y a du 
ràMl mtèHmtion nmpis du pouls que vérilable tachyca 

Il «>xisle certains cas d'infections aîgnes du cœur (] 
«Mite, myocardie, endocardites infeclieuses), dor 
tKchyrttrdie est un des principaux symptôuiea et qui, m 
Imf ataiifnité, ne dorment lieu çh'i) une fièvre très modérée. 
4lins ces cas-là le pouls n'est pas seulement accéléré, i 
MUVfiDt irréguiier. Si dans la pérkardite nii/ttê inferikii 
pouls OBcille entre 110 et 120 à la minute, il existe ausi 
ta malilé priicordiale, un atîaiblissement et un déplacei 
•n haut du choc cl des bruits dn cœur, témoins de la 
aence et du volume de l'épancliement. Par ses souffle 
jel de vapeur, par ses embolies, Vmiioeardite infeclieiue i 
sera reconnue. Un souffle doux à la pointe, un ryt 
irrégulier, des bruits faibles, mal frappés, seront 
Symptômes de la myocardite infeciieuse aiguë. Ce i 
Faut bien noter en efl'et, c'est que le cœur du malade atl 
de tuberculose aiguë et de tachycardie précoce ne pré 
avenue modificotion de rythme et que l'ausculla/ion ne o 
aucun govffJe anormal (1). 

Ce n'est qu'avec le temps que l'on peut différencie 
tachycardie, syraplOme précurseur d'un anèvriume de lac 
de l'anrte, avec la tachycardie du début de la tuberculose 
monaire aiguii, 

Ce n'est encore qu'avec le temps que l'on peut distini 
la tachycardie infedieuee griqrpah (surtout si on l'observi 
cours d'une grippe û. forme pulmonaire). 

Même remarque pour la lae-hycardie de la lièvre lyphmde 



DE LA TACHYCARDIE DU DÉBUT DE LA TUBERCULOSE 283 

Toutefois ici le séro-diagnostic sera d'une grande utilité, 
dans les cas où la fièvre serait très légère (fièvre typhoïde 
apyrétique). Il n'en est pas de même de l'examen bactério- . 
logique des crachats du malade suspect de tuberculose 
aiguë, car presque toujours au début, souvent même à la 
période d'état, cet examen est négatif. 



IV 



Avant d'aborder l'étude du traitement, je crois devoir dire 
un mot sur la pathogénie de ce symptôme clinique. 

P* Théorie : Tachycardie réflexe d* origine stomacale, — Elle est 
produite tantôt directement par la voie centrifuge du pneu- 
mogastrique, tantôt indirectement par excitation du grand 
sympathique provoquant le spasme des capillaires pulmo- 
naires et secondairement la dilatation du cœur droit. Mais 
pareille théorie ne peut s'appliquer qu'à des malades atteints 
de tuberculose chronique, et ne s'observe que chez les vieux 
tuberculeux dont l'estomac (modifié dans sa structure ou 
dans ses fonctions chimiques) a eu le temps d'être lésé soit 
par l'infection tuberculeuse, soit le plus souvent par une 
thérapeutiqae exagérée (huile de foie de morue, créosote, 
gaïacol, vins généreux, arsenic et cacodylate de soude). Du 
reste, chez le malade atteint de tuberculose aiguë la dilata- 
tation du cœur droit est rare, et puis cette tachycardie d'ori- 
gine stomacale est le plus souvent intermittente ne survenant 
qu'après le repas au moment de la période de la digestion. 

!!• Théorie : Compression du nerf vague. — Cette théorie ne 
s'applique également qu'à la tachycardie observée pendant 
le cours de la tuberculose chronique, chez des malades dont 
le nerf vague a eu le temps d'être comprimé, soit par médias- 



S61 



J'IIËDAI'EUTIOL'E GËNËHALK 



lioile luberculeuse, soil par adénopatliie Irachéo ■bronchique 
de même nature. 

111' TiiÈoKte : SclérosB du eorpt thijrp'idf. — Pour répondrei 
celte Ihéune qu'il me sulUse de dire que la sclérose lube^ 
culeuse du corps thyroïde n'eittjias l'œuvre d'un jour. 

IV' TnKoKiB : TuberculoM du emir. — Je ue signale celU 
théorie que pour l'éliminer, car je n'ai en vue dans ce Iravail 
que l'étude de la tachycardie sufTenaut comme un des pre- 
miers témoins de l'inreclion bacillaire aigii^, che^ des 
malades cionl le cœur n'a pas été encore touché par le bacillt 
de Koch ou par ses toxines. 

V" TiiÉOBiE ; Névrilt du pneumogastrique. — A l'exemple de! 
névrites inreetieuses (scarlatine, oreillons, typhoïde, variole, 
rougeole et diphlériel et des névrlles toxiques (plomb, mer- 
cure, arsenic, alcool), il existe une névrite du pneumogas- 
trique d'origine tuberculeuse. Mais cette névrite doit éln 
fort rare, k en juger d'après l'examen histologique du pneu- 
mogastrique. Ce nmf est plutôt atteint dans ses fonctions qnt 
dans sa structure^ car il est trop loi et trop vite frappé, et (eik 
rapide atteinte ne peut être que l'œuvre iPim peifon. 

Vl" TiJi^joniE : Tachycardie essentielle sans lésion toxique, — C'esl, 
en effet, la toxine tuberculeuse qui produit la tachycardie du 
début de la tuberculose aiguë et parmi les diverses toxines 
sécré tées par le bacil le de Kocb , il en est une qui est parlieiilii- 
rement tiocii'e pour les centres f-irculatoires : « Notre luberou- 
line A, disent Arloing et (îuinard (1), était particulièremenl 
active; elle était capable d'empoisonner 10, 000 l'ois son poids. 
Elle s'est montrée très toxique, hyperthermisante, 1res 
dépressive, très vaso dilatatrice, accélératrice et affaiblissante d« 



■t h. GuiSABD. Congrès de I 



Dl£ LA TACHYCARDIE DU DÉBUT DE LA TUBERCULOSE 285 



C'est un symptôme vraiment désespérant pour le médecin 
que cette tachycardie continue apyrétique du début de la 
tuberculose aiguë, car nous sommes encore désarmés contre 
elle et essayer de lutter c'est vouloir souvent l'exagérer. 
Par conséquent, d'une part ni bromures, ni chloral, ni 
yalérianate d'ammoniaque dont les effets calmants sont 
nuls, et d'autre part ni caféine ni convallaria maialis dont 
les effets toni-cardiaques sont incertains et insignifiants, 
mais surtout pas de digitale ^ car ce médicament est inutile et dan^ 
gereiix. En effet, les doses légères de poudre de digitale 
(0 gr. 30 à gr. 50) prolongées pendant plusieurs jours non 
seulement n'élèvent pas la tension artérielle et ne ralentis- 
sent pas le pouls, mais encore produisent souvent des effets con- 
traires. Pour bien comprendre cette contre-indication de la 
digitale dans la tachycardie du début de la tuberculose 
aiguë, il est nécessaire de rappeler par quel mécanisme la 
digitale agit sur la circulation sanguine. Laissons de côté 
\di théorie ancienne (de la paralysie du cœur), la théorie de Ouhler 
(action galvanisante par accumulation de forces dans les 
pneumogastriques), la théorie de la vasoconstriction capil- 
laire soutenue parHutchinson, Lœderick, Legrôux etMarey, 
la théorie de Yulpian (action directe de la digitale sur le 
myocarde) et enfin les deux théories de Germain Sée (i) action 
élective sur les ganglions automoteurs du cœur, augmenta- 
tion de l'élasticité diastolique du cœur. C'est en effet à la 
théorie de François Franck (2) qu'actuellement la plupart des 



(1) Gbrmàin Sée. Acad. de médecine, 1*' août 1893. 

(2) F. Franck. Acad. de médecine, 2 juillet 1895. 



286 THÉRAPEUTIQUE GÉNÉRALE 

thérapeutes et des physiologistes se rallient. Avec F. Franck 
il faut admettre un mécanisme complexe, à la fois fterveta 
(action sur l'appareil nerveux toni-cardiaque) et muscvlaire 
(action sur le myocarde). Eh bien, il est vrai qu'au début de 
la tuberculose aiguë, la tachycardie reconnaît pour causes 
une> infection des centres nerveux du cœur, mais il serait 
puéril de croire qu'avec quelques centigrammes de poudre 
de feuilles de digitale l'on peut espérer détruire la toxine 
par laquelle les centres nerveux du cœur ont été touchés ou 
bien donner à ces mêmes centres la force nécessaire pour 
résister. Et d'autrepart l'action de la digitale sur le myocarde 
d'un tuberculeux est si légère, si peu durable, qu'on ne 
peut compter sur elle. Admettons même que cette action 
soit assez énergique pour produire le résultat désiré, 
d'abord le ralentissement du pouls et puis l'élévation de la 
tension artérielle : nous ne devrions pas la rechercher, car 
si l'on empêche ainsi le muscle cardiaque de travailler 
moins vite, on le force à travailler plus fort; en un mot 
c'est le soulager éPun côté pour le surmener de Vautre. 

Et puis, pourquoi lutter contre cette tachycardie puisqu'elle 
n'est que le témoin d'une infection profonde, généralisée, et 
rapide, d'un organisme destiné à succomber? Dans les 
autres tachycardies et en particulier dans la tachycardie de 
la maladie de Basedow, quel résultat obtient-on de la digi- 
tale? Enfin c'est un devoir^ pour le praticien, d'entourer d*un 
soin jaloux l'estomac du tuberculeux, et administrer la 
digitale n'est-ce pas courir le risque de voir survenir l'into- 
lérance gastro-intestinale avec son cortège de symptômes 
(nausées, vomissements, diarrhée). 

Pour éviter cette action nuisible sur le tube digestif, 
Favinski et bon nombre de médecins (Debierre, Legris, Mau- 
range) recommandent la spartéine pour tous les cas où la 



DE LA TACBYCÂRDIE DU DÉBUT DE LA TUBERCULOSE 287 

digitale n'est pas supportée. Mais dans bien des cas le sulfate 
de spartéine, le plus stable, le plus soluble, le plus assimi- 
lable de tous les sels de spartéine, est encore mal toléré pa^ 
l'estomac du tuberculeux. 

Quant à ses effets sur le cœur, ils sont plus ostensibles, 
plus rapides, plus durables que ceux de la digitale : le pouls 
se ralentit, la tension artérielle s'élève, en un mot l'effet 
toni-cardiaque est obtenu. Laborde ne dit-il pas que la 
spartéine est le métronome du cœur? Le D^ Georges Petit, 
médecin adjoint du dispensaire d'Ormesson, no laconsidère- 
t-il pas comme le meilleur régulateur cardiaque et ne prétend-il 
pas encore qu'elle agit contre la lésion tuberculeuse dont par 
contre-coup elle entrave la marchel Je dois citer ici quelques 
passages de l'excellent travail du D' Georges Petit sur le 
traitement de la tachycardie précoce apyrétique de la tuber- 
culose aiguë infantile : « Cette tachycardie s'observe sans 
symptôme de lésions cardiaques. Elle appartient à cette 
variété dite essentielle, qui, chez les jeunes tuberculeux, 
aggrave le pronostic, et il n'est pas rare de l'observer comme 
symptôme précurseur de l'évolution pulmonaire. En pré- 
sence d'une indication clinique aussi sérieuse, la question 
de thérapeutique prend une importance exceptionnelle. De 
tous les médicaments cardiaque employés^ un seul donne des résul- 
tats ostensibles^ durables^ rapides^ c'est la spartéine. Pris dès le 
début, ce merveilleux régulateur du cœur agit non seulement 
sur les symptômes, mais encore sur la lésion bacillaire^ dont par 
contre -coup il entrave le cours et retarde l'évolution. » 

Je suis forcé d'avouer, que je n'ai jamais observé de si 
beaux résultats, et puis je ne puis me résoudre à lutter en 
désespéré contre iè symptôme d'une maladie incurable. 

En résumé, à mon avis, digitale et spartéine ne trouvent 
leur indication qu'à la fin de la dernière période de la tuber- 



288 SOCIÉTÉ DE thérapeutique: 

culose aiguë, alors que la Obre cardiaque, trop longtemps 
surmenée, commence à s'affaiblir d'une façon permanente 
ou temporaire, et cette période ne se fait pas altendre, car, 
on a beau faire, le cœur du tuberculeux travaille trop tôt et 
trop vile peur ne pas bimtôt se fatiguer. 



SOCIÉTÉ DE THÉRAPEUTIQUE 



SEANCE DU U FEVRIER 1903 



Présidence de M. Du Ca&tel. 

Le procès-verbal de ladernière séance, lu et mis aux voie, est 
adopté. 

Correspondance . 

M. Përrot, professeur de matière médicale à l'École (îe 
pharmacie, se porte candidat à la place vacaate dans la section 
des sciences accessoires. 

^Élections. 

MM. Ghimbert, Porack et G. Pouchet sont nommés hono- 
raires à l'unanimité, sur S4 votants : 
M. FiESSiNGER est nommé titulaire dans la section de méde- 






SUR LA MÉTHODE DE COMPARAISON EN THÉRAPEUTIQUE 289 

cine, avec 45 voix, contre 4 voix à M. Berlioz, 4 à M. Bertherand 
et 1 à M. Chevalier. 

M. DEBUCHYest nommé titulaire dans la section de médecine 
avec 40 voix, contre 14 voix à M. Vaudin. 

En conséquence du passage de MM. Grimbert, Porack et Pou- 
chet, parmi les honoraires, vacance est déclarée à deux places 
dans la section de médecine et à une place dans la section des 
sciences accessoires. Les candidats auront, jusqu'au 15 mars, 
pour faire acte de candidature, rapport sera présenté le 23 mars 
et l'élection aura lieu à la séance du 22 avril. 

Communications. 

I. — Sur la méthode de comparaison en thérapeutique, 

par M. Leredde. 

Je m'excuserais d'apporter une communication d'ordre extrê- 
mement général à la Société de thérapeutique, si notre Société 
n'était celle où un pareil travail doit être déposé, étant donnée la 
nature du sujet qu'il traite. 

La difficulté que j'ai rencontrée à faire accepter par quelques- 
uns des idées qui me semblaient absolument justes m'a conduit 
à réfléchir, à comprendre l'origine des objections qui m'étaient 
faites, à critiquer les opinions des autres et les miennes propres, 
à chercher comment on peut établir une vérité dans l'ordre des 
sciences médicales. Ce n'est peut-être pas là un effort inutile. 

La quantité de travail qui se produit en médecine est véritable- 
ment prodigieuse. Les mémoires s'entassent sur les mémoires et 
les livres sur les livres. Et cependant, lorsqu'un auteur a 
apporté une idée nouvelle ou un fait nouveau, il faut des années 
pour que l'idée ou le fait soient acceptés. Et lorsqu'ils sont 
acceptés, il semble parfois que ce soit par la fatigue de la pensée 
médicale, par l'effet d'une répétition continuelle plutôt que par 
une adhésion consciente, spontanée et libre. 

Les raisons de ce progrès trop lent sont, sans doute, mul- 

BOLL. DB THÉRAPEUTIQUE. — TOME CXLV. — 8* LIVB. 8** 



290 SOCIÉTÉ DE TUËHAPtIUTIQUE 

tiples, et je n'ai l'intention que d'en monirer une seule, qui esi 
la suivante : lorsque nous croyons être dans la vérité, cooDaître 
la vérité, nous tiommes Ratisfaits; or, nous ne devons pas 
nous tenir pour satisfaits avant de l'avoir démontrée à d'autres. 
Le travail nécessaire pour celte démonstration a des avantages .< 
tous points de vue et en particulier parce qu'il permet parfois, â 
celui qui le fait, de reconnallrauiio erreur. 



Nombre de vérités, dans l'ordre des choses médicales, comme 
en tout autre peut-être, ont été énoncées depuis longtemps ; l'his- 
torit;ue de la bactériologie nous fait remonter aux philosopbes 
grecs; la contagion de la tuberculose est connue depuis [a plus 
haute antiquité... 

Mais une vérité n'existe réellement que lorsqu'elle est recoD* 
nue telle. En matière scientiflqiie, elle dunne dès lors à l'esprii. 
humain un point de départ ferme et lui permet de chercher der 
nouvelles vérités. Elle devient, dès lors, une force, elle a uce 
valeur réelle, parce qu'elle constitue un principe d'action. 

Il eut dilBcile de ne pus voir qu'en médecine beaucoup de no- 
tions qui sont, sans doute, des vérités ont encore un caractère de 
certitude insuffisant, et que, par contre, des erreurs innorabrablc- 
sont admises, qui devraient disparaître. Peut être faut-il en accuser 
l'insuffisance des méthodes de travail souvent employées. 

Le progrès scientifique suppose toujours uu progrès dans ces 
méthodes Led immenses progrés du xix" siècle sont dus snrtoui 
au perfecttonuemeiit de tous les procédés techniques, à la pré- 
cibion plus grande des observations qui en fut la conséquence. 
Mais la technique et 1 ob'-ervation ne suffisent pas, le dévelop- 
pement des connaissani.es exige d'autre part des progrès dans 
l'espnt do méthode, dans le raisonnement scientifique. 

En thérapeutique, ocience à laquelle tout en médecine doit 
aboutir, sans laqueUe Id. médecine n'aurait pas de raison d'être 
supérieure a celle de toute autre science, ce qu'il faut bien rap- 
peler, car on l'oublie vraiment trop, le travail de tous les jour= 



SUR LA MÉTHODE DE COMPARAISON EN THÉRAPEUTIQUE 291 

est immense et les résultats n'en sont pas suffisants. Car toute 
affirmation est contredite par une autre et, de guerre lasse, nous 
en arrivons toujours à accepter ce qui nous est affirmé par un 
maître, homme susceptible d'erreur et peut-être plus exposé à 
l'erreur lorsque tous acceptent ce qu'il dit, les yeux fermés. 
Peut-être, si tout auteur apportait des éléments de démonstration 
plus complets à l'appui de tout procédé nouveau ou de toute 
méthode nouvelle, n'en serait-il pas ainsi. 

Pour préciser, je dois prendre quelques exemples, et je serai 
obligé de les emprunter à des questions que j'ai étudiées et que 
je connais à peu près bien. 

o 

Les travaux en nombre extraordinaire qui ont été faits et 
publiés sur le traitement de la syphilis, ont abouti à quelques 
notions positives : l'action curative du mercure et de ses com- 
posés sur l'immense majorité des lésions syphilitiques, en exxîep- 
tant les lésions cicatricielles et pigmentaires, qui sont des altéra- 
tions résiduelles. Faction curative des iodures alcalins sur quelques 
lésions syphilitiques. L'action préventive du mercure ne peut être 
reconnue comme démontrée; en se reportant aux textes des 
auteurs qui l'admettent et de ceux qui la combattent, on voit que 
les éléments de démonstration donnés par les premiers ne sont 
peut-être pas suffisants. Si l'action préventive est admise dans la 
pratique, c'est, je crois, que tout le monde fait le raisonnement 
suivant : Mieux vaut agir coiïlme si cette action préventive exis- 
tait et exposer le malade aux légers inconvénients d'un traitement 
mercuriel bien fait que de l'exposer aux dangers de l'absence de 
traitement. 

Eh bien, dans le traitement de la syphilis, nous devons chercher 
à réaliser des progrès : il ne faut guère compter sur un sérum 
antisyphilitique, tant que le parasite sera inconnu, il ne faut pas 
compter sur la découverte de nouveaux agents spécifiques; au 
moins leur découverte ne peut-elle être que Teffet du hasard, et 
il est plus sage de ne pas l'attendre. 



292 SOCIÉTÉ DE THÉRAPEUTIQUE 

Les progrès consistent donc seulement, à l'heure actuelle, à 
employer mieux les agents, dont nous disposons déjà, à déter- 
miner plus exactement leur ordre d'emploi, leurs indications, à 
définir leurs inconvénients avec plus de précision. 

En ce qui concerne le traitement iodopotassique, la plupart des 
questions semblent à résoudre. On sait qu'il ne peut suppléer le 
traitement mercuriel, qu'il agit d'une manière remarquable 
dans les lésions gommeuses. Quelle est son action sur les autres 
lésions de la syphilis en général, dans l'infection syphilitique; 
faut-il le prescrire en même temps que le mercure ou dans 
l'intervalle des périodes du traitement mercuriel ? Nous l'ignorons, 
ou du moins les affirmations des uns contredisent exactement 
celles des autres. Jamais, en effet, l'étude des effets de l'iodure 
de potassium n'a été faite dans un esprit méthodique : quelques 
travaux d'ensemble pourraient résoudre des questions que des mil- 
liers d'observations isolées ne peuvent exactement trancher en 
ce moment. 

En ce qui concerne le traitement mercuriel, je crois que l'accord 
se fera peu à peu sur sa technique, ses indications, au moment 
du chancre, des périodes secondaire et tertiaire. Ce serait étendre 
sans raison ce travail que de rechercher tous les points encore en 
litige et comment on pourrait essayer de les résoudre tous. En 
ce qui concerne la technique, aucune règle ne doit être donnée 
d'une manière étroite, car tout procédé a ses avantages et ses 
inconvénients qu'il faut connaître, et faire connaître, de façon 
que chaque médecin puisse les peser dans chaque cas particulier. 

Les points essentiels à résoudre me paraissent être : 

La question de l'action préventive du traitement mercuriel ; 

La question des doses de mercure ; 

La question du traitement mercuriel dans le tabès, la paralysie 
générale et d'autres affections « parasyphilitiques » encore. 

La question de l'action préventive ne peut être tranchée que 
par des statistiques étendues. C'est ce qu'a fait M. le professeur 
Fournier. M. Fournier a employé une méthode absolument scien- 
tifique et susceptible d'amener k démonstration, la méthode de 



SUR LA MÉTHODE DE COMPARAISON EN THÉRAPEUTIQUE 293 

comparaison. En raison du nombre des observations à réunir, du 
temps énorme nécessaire, la démonstration n'a peut-être pas été 
complète ; il faut toutefois reconnaître que les chiffres produits 
par M. Fournier ont entraîné la conviction chez beaucoup. 

En ce qui concerne la question des doses de mercure, qui est 
fondamentale au point de vue de la réglementation du traitement 
intensif, la démonstration que j'ai donnée reposait sur des rai- 
sonnements logiques, et ma théorie a déjà entraîné l'adhésion 
dVntrès grand nombre. Mais la démonstration deviendrait com- 
plète pour tous et la vérité serait nécessairement démontrée pour 
tous si, sur vingt syphilitiques atteints d'accidents cutanés divisés 
au hasard en deux séries, les uns traités par un sel, les autres 
par un autre, à quantité égale de mercure, on observait après com- 
paraison la guérison dans le même laps de temps moyen. 

La valeur du traitement mercuriel dans le iaht^s et la paralysie 
générale a été déjà affirmée par quelques auteurs, se fondant sur 
des observations personnelles; mais, en toute évidence, la vérité 
qu'ils ont cru avoir vue, n'a pas été démontrée par eux de manière 
à être acceptée, à s'imposer à l'opinion médicale. La raison en 
est : 1° que personne n'a publié de statistiques intégrales; 2° que 
personne n'a comparé les faits observés chez des tabétiques ou 
des paralytiques généraux traités et non traités. La démonstration 
de la curabilité de ces malades peut résulter, comme je le fais 
dans un travail qui sera prochainement publié, de l'étude et de 
la critique de la plupart des faits publiés jusqu'ici, et des inter- 
prétations qui en ont été dontiées. Mais le médecin, qui aurait pris 
ou qui prendra vingt tabétiques ou vingt paralytiques généraux, 
qui les divisera en deux séries, traitera les uns par le mercure à 
doses élevées, laissera les autres sans traitement et publiera les 
résultats d'une manière intégrale, aura démontré- la vérité d'une 
manière plus simple et la rendra évidente aux yeux de tous. Un 
seul travail peut donc vider définitivement la question de la nature 
syphilitique et de la curabilité du tabès et de la paralysie générale, 
et établir la vérité dans un sens ou dans un autre. Ici encore, on 



294 SOCIÉTÉ DE THÉRAPEUTIQUE 

voit quelle est Timportance de l'emploi d'une méthode scienti- 
fique. 

Ces exemples suffisent à montrer combien l'usage de la méthode 
de comparaison peut être précieux en thérapeutique et qu*il est 
quelquefois même nécessaire pour qu'une vérité indi^iduelle, 
celle de l'auteur qui l'a énoncée, devienne une vérité colledive, 
reconnue et acceptée. Que cette méthode ne soit pas assez em- 
ployée, c'est évident, je viens d'en donner un exemple à propos 
du tabès et de la paralysie générale. Des statistiques très intéres- 
santes dues à Dinkler, à Bockhart, seraient beaucoup plus pro- 
bantes qu'elles ne le sont, si ces auteurs n'avaient pas traité tous 
les tabétiques qu'ils ont observés, mais seulement la moitié par 
le mercure, traitant les autres par un autre des procédés anciens. 
Lorsque je me suis occupé du traitement du lupus, j'ai montré 
qu'une des difficultés d'établir la supériorité d'une méthode sur 
une autre, était due à ce qu'elles n'avaient jamais été étudiées 
simultanément. En fait, un procédé thérapeutique n'est jamais . 
bon en soi, et ne peut l'être que d'une manière relative. Et le 
progrès en thérapeutique, se faisant toujours par la substitution 
d'une méthode meilleure à une méthode moins bonne, on ne 
peut établir la supériorité de la première avant que les résul- 
tats de la seconde aient été scientiiiquement établis. Très peu 
étant jusqu'ici dans ce cas, il est souvent nécessaire d'en étudier 
deux d'une manière simultanée (1). 

L'importance de la méthode de comparaison est d'éliminer 



(1) Je ne voudrais pas qu'on donne à ces propositions un caractère ab- 
solu, et qu'on m'accuse de ne pas reconnaître d'autres moyens d'établir la 
vérité en thérapeutique. Je n'en vois pas d'autres en ce moment, mais je 
serais heureux que mon travail soit critiqué et complété. Dans les observa- 
tions sans comparaison, l'erreur est extraordinairement facile. Par exemple, 
une maladie de longue date, un symptôme de date ancienne, sont brus- 
quement guéris par un traitement déterminé. II y a par là même, en faveur 
de ce traitement, une présomption, mais rien de plus ; car, même alors, il 
peut s'agir d'une coïncidence. Dans deux observations semblables même, il 
peul s'agir également de coïncidence, si l'auteur ne fait pas mention de la 
totalité des cas qu'il a observés, ce qui devrait être une règle absolue- 



SUR LA MÉTHODE DE COMPARAISON EN THÉRAPEUTIQUE 295 

le rôle du hasard et des effets curatifs naturels, qui jouent un tel 
rôle dans la guérison des maladies quelles qu*elles soient. Si 
chacun de nous veut bien réfléchir aux critiques qu'il a faites de 
tel ou tel travail, il verra que souvent cette objection s'est pré- 
sentée à son esprit. Or, il importe à chacun de n'être pas vic- 
time lui-même des coïncidences. La première condition est, je 
crois, de ne jamais fonder un jugement sans pouvoir l'appuyer 
sur un grand nombre de cas. La seconde de comparer les résultats 
d'un traitement aux résultats du non-traitement ou d'un autre trai- 
tement 

Quelles conclusions peut-on tirer de ce qui précède et quel est 
l'objet do cette communication ! 

Je crois qu'en médecine nous nous préoccupons souvent trop 
de beaucoup travailler et pas assez de bien travailler. Et il y a 
trop peu de travaux qui résistent au temps et aient en eux-mêmes 
une valeur définitive. Parmi le nombre énorme de notions que 
nous acquérons, combien y en a-t-il de certaines? 

La vérité est difficile à trouver aujourd'hui, en raison du trop 
grand nombre de documents ; il en est en médecine comme en 
histoire, et la presse médicale n'a rien à envier à la presse poli- 
.tique, l'une et l'autre sèment largement Terreur. Les travaux de 
médecine s'entassent, et chacun est souvent le produit d'un autre 
travail, sans que la réflexion de l'auteur, son effort réel aient une 
part suffisante. Et entre des faits opposés, des affirmations con- 
tradictoires, l'esprit adopte souvent une opinion moyenne qui est 
presque nécessairement dans presque tous les cas une erreur. 

Il serait bon qu'il n'en soit pas toujours ainsi, que la vérité et 
l'erreur soient démontrées par tous les moyens possibles, que le 
médecin puisse enfin penser librement, sur des faits positifs et 
acquis, et que, sa mémoire allégée, il puisse réfléchir. Il serait bon 
que la bibliographie soit réduite aux œuvres qui apportent des 
faits nouveaux, des idées nouvelles, avec les éléments de démons- 
tration nécessaire, et aux œuvres presque aussi utiles, plus utiles 



296 SOCIÉTÉ DE TBËnAI<EI!riO[JE 

parfois qui démontreront des erreurs et les feront disparaître. 

Pour tniiter les malades, pour agir médicalement, le médecii! 
devrait avoir des bases qu'il ne trouve pas dans tous les auteurs 
qui parlent de thérapeutique.. . Il serait utile qu'il ait des poini! 
de départ fermes, et que tous puissent travailler et faire effon 
en partant de faits acquis. Il serait utile que chacun s'efforçât il'' 
fournir toutes les preuves à l'appui des idées et des faits qu'il 
avance, et de donner auï autres des éléments de jugement positifs 
et de critique réelle. L'emploi de la méthode de comparaison en 
thérapeutique remonte au début de celte science, el j'ai seule- 
ment pour but de montrer qu'elle doit Atre employée le plus sou- 
vent possible, et sous uoe forme précise qui n'est malheureuse- 
ment pas adoptée en général. 

Il serait utile que chacun ne considère pas la vérité comme 
démontrée pour lui-raéme, tant qu'il ne peut la démontrer entiè- 
rement à d'autres. A rester dans le doute scientifique vulmiraire- 
ment, systématiquement, jusqu'au moment où la vérité est devp- 
nue d'une absolue évidence, tous y auraient peut-être avantage, 
et il importe de pins en plus d'adopter en médecine des procédés 
qui peuvent la rapprocher des sciences exactes. 

Discussion. 

M. Bardet. — Les idées générales que vient fîe nous exposer 
M. Leredde sontcertainement intéressantes. Notre jeune collègue, 
qui a le bonheur de ne point être encore atteint par le scepticisme, 
voudrait voir mieux ordonnées les recherches thérapeutiques et 
n'est point satisfait de la façon dont elles s'opèrent; il a parfaite- 
ment raison. Certes quand on voit sur quelles bases le progrès a 
été obtenu en médecine, on est étonné de la valeur des résultats, 
car il faut avouer qu'il y a dans les choses une incohérence mer- 
veilleuse. Mais, malgré tout, le progrès a marché et nous sommes 
plus avancés qu'autrefois, ce qui doit nous porter à l'indulgence 
pour les vieilles méthodes, ce qui ne veut pas dire que l'on se 
puisse avantageusement chercher mieux. 



dUR LA MÉTHODE DE COMPARAISON EN TflÉRAPEUTIQUE 297 

Je reconnais que Leredde a raison de demander plus de 
circonspection dans la manière de chercher les résultats théra- 
peutiques, et de bonne grâce je lui concède que la méthode de 
comparaison peut avoir des avantages. Certainement elle aurait 
pour premier effet de préserver de l'emballement et du préjugé. 
Remarquons en effet que nous ne connaissons jamais que les 
résultats positifs des essais, ce qui est un tort, car les mathéma- 
tiques nous prouvent que les résultats négatifs valent les positifs; 
mais c'est justement là que gît la difficulté; notre science médi- 
cale est loin d'être assise, nous tâtonnons toujours, et l'heure est 
loin d'être venue où nous pourrons agir scientifiquement. Ainsi, 
M. Leredde nous cite comme exemple les progrès considérés par 
lui comme acquis dans l'emploi des injections mercurielles, eh 
bien, savez- vous la conclusion que j'ai tirée de la longue discus- 
sion à laquelle nous avons assisté dernièrement? c^est que la 
question loin d'être résolue est à peine posée. La vérité est claire 
et lumineuse, la vérité ne peut pas être contredite, elle s'impose : 
or, chaque orateur a soutenu âprement sa convietion, sur de 
son fait, mais le contradicteur était tout aussi assuré. J'en 
conclus qu'aucun n'a pu apporter l'argument décisif. 

A cela il y a une raison, c'est que l'étude du médicament est 
complexe, les recherches qui sont faites sur le malade devraient 
être régulièrement précédées d'une étude approfondie sur l'animal, 
d'une étude complète au laboratoire. Le clinicien intervenant en 
connaissance de cause pourrait alors le faire avec fruit. Malheu- 
reusement nous sommes loin d'en être là, et pour des raisons 
matérielles, nous manquons de laboratoires, nous manquons de 
personnel discipliné. J'irai plus loin, même dans nos services 
nous manquons de persorinel accoutumé et préparé à l'expéri- 
mentation et à l'observation. 

Par conséquent, pour pouvoir être appliqué, le beau pro- 
gramme, l'excellent programme de M. Leredde demanderait à 
être élargi et surtout il implique des réformes complètes dans 
notre organisation scientifique. Enfin, ce programme me paraît 
en lui-même insuffisant, car je ne me contente pas d'une double 



298 SOaÉTÉ DE THÉRAPEUTIQUE 

gérie de comparai non s pour baspr uoe 
coanaïasons tous les séries, à tout instant aoas voyons notre 
opinion contredite par une série opposée, élément qui trouble sin- 
gulièrement l'appréciation. Trop d'inconnues sont encore mélan- 
gées à DOS coanaissajices pourvue nous puissions espérer voir de 
sitôt la thérapeutique prendre les allures mathématiques d'unf 
science vraiment exacte. 

M. Lbredde. — Je suis d'accord avec M. Bardet sur presque 
tous les points, mais je crois qu'avant de songer à révolutionner 
les conditions matérielles de travail, en général, il faut com- 
mencer par des réformes individuelles : si nous avons des idées 
que nous croyons justes et si elles ne sont pas acceptées, nous 
devons nous accuser nous-mêmes de cet insuccès. En tout cas, 
il faut, bien plus que jusqu'ici, faire usage des méthodes com- 
paratives et conserver, à l'égard des découvertes que l'on fait, 
un doute philosophique empêchant d'adopter une conclusion avai:' 
qu'elle ne soit absolument évidente (1). 

Il est facile, si l'on veut éliminer les hasards d'une série heu- 
reuse, de ne pas donner, par exemple, à dix typhiques le même 
médicament; on ne rexpërimeniera que sur cinq sujets, en réser- 
vant les autres comme témoins. En un mot, nous devons tou- 
jours chercher à conserver tous les éléments d'une démonatratioc 
vraiment scientilîque, et ne pas nous borner à publier des fait; 
que d'autres expérimentateurs pourront de suite contredire. 



(1) Beaucoup de commun icBligns précipitées pirrois pleines d'erreur» 
sont duea à ce que le médecin considère une découverte scientilîque comme 
l'eftet du hasard, et craint qu'une idée, qu'un fait nouveau ne soit décou- 
vert avant lui par d'autres. 11 faul reconnaître, du reste, que le public 
médical aune tendance inconsidérée à accepter avec enthousiasme l'aoïiuDce 
d'une découverte, surlouten thérapeutique, et n'apprécie pas suEIieanuaeal 
la valeur de travaux da contrôle qui metieat les questions au point, fixant 
les indications et les conlra-iadicaËoDB exactes. 



TRAITEMENT DES TUBERCULOSES PAR L'IODOFORME 299 

II. — Traitement des tuberculoses locales par Viodo forme en disso- 
lution dans le naphtol § camphré, 

par M. Ed. Desesquelle. 

J'ai lu dernièrement, dans le numéro du 18 janvier 1903 de la 
Presse médicale belge, une communication faite à la Société mé- 
dico-chirurgicale du Brabant (séance du 30 décembre 1902), par 
M. le D' Van Langendonck et intitulée : Quelques mots à propos 
des injections modificatrices des tuberculoses locales, 

« L'an dernier, dit l'auteur, je préconisai dans le traitement des 
tuberculoses ouvertes, les injections de naphtol camphré àTex- 
clusion de l'iodoforme. Cette proscription d*un antiseptique dont 
Tusage est, à bon droit, si répandu, était motivée par ce fait 
qu'aucun véhicule, à part l'éther dont j'ai démontré les mul- 
tiples inconvénients, ne dissout l'iodoforme. Faute d'un dissol- 
vant pratique on était obligé de se servir de l'iodoforme en sus- 
pension dans un liquide. Par la pesanteur, l'iodoforme, avions- 
nous dit, se dépose plus ou moins loin dans les fistules sans 
pénétrer, ou rarement, dans la profondeur des tissus. De là, mul- 
tiples échecs, guérispns apparentes, la partie externe de la fis- 
tule étant seule soumise à l'action de l'agent curatif et la lésion 
elle-même y étant le plus souvent souslraite. Frappé de ces 
inconvénients, j'ai tâché de trouver à l'iodoforme un véhicule qui 
le dissolve parfaitement. Après quelques tâtonnements, je me 
suis aperçu qu'il ne fallait pas chercher bien loin et que le naph- 
tol camphré lui-môme dissout complètement l'iodoforme, etc.. 
Je signale l'existence de cette dissolution, persuadé qu'elle peut 
être employée utilement non seulement dans le traitement des 
lésions tuberculoses, mais aussi en chirurgie générale et en 
gynécologie. » 

M. Van Langendonck vient un peu tard nous signaler cette inté- 
ressante propriété que possède le naphtol camphré de dissoudre 
l'iodoforme. 



300 SOCIÉTÉ DE THÉRAPEUTIQUE 

En 1897, à la suite des discussions qui ont eu lieu à la Société 
de chirurgie sur le choix des substances modificatrices dans le 
traitement des tuberculoses locales (éther iodoformé, naphtol ^ 
camphré, etc.), M. le professeur Berger, a présenté, de ma part, à 
cette Société une note sur le naphtol p camphré iodoformé, elles 
avantages que la chirurgie pouvait en retirer. 

J*ai publié depuis un article sur les solutions d'iodoforme et 
leurs applications thérapeutiques dans le numéro du il septembre 
1901, du Bulletin médical et dans le Bulletin des sciences pkarmaco- 
logiques, 1901, IV, 241. J'ai dressé, dans cet article, une liste de 
quelques substances qui avaient la propriété de dissoudre l'iodo- 
forme, telles que le sulfure d'ail vie, le salicylate de méthyle, le 
menthol en fusion, certains phénols en fusion (phénol, thymol, 
résorcine, gaïacol, etc.)» les phénols camphrés (phénol camphré, 
naphtol p camphré, thymol camphré, salol camphré, etc.), et 
j'appelai Tattention des médecins sur les applications que ces 
solutions peuvent recevoir en thérapeutique. 

« Pour ma part, disais-je, j'ai employé, avec succès le naph- 
tol p camphré iodoformé dans le traitement des plaies suppurées 
et particulièrement dans celui des adénites cervicales tubercu- 
leuses (1) La quantité de liquide varie suivant le volume du 

ganglion. Je n'ai jamais dépassé la dose d'un cinquième de cen- 
timètre cube (soit VIII gouttes de naphtol p camphré iodoformé) : 
ce qui correspond très approximativement à gr. 20 de naphtol 
camphré et à gr. 015 d'iodoforme. » (Je ne cite qu'un extrait de 
mon article.) 

« On peut recourir aussi à cette solution d'iodoforme dans le 
naphtol camphré, disais-je en terminant, pour tous les cas de 
tuberculose locale où le naphtol camphré a été employé jusqu'ici 
avec succès. On pourrait aussi remplacer, dans ma formule, le 
naphtol p camphré par le thymol camphré qui a été préconisé par 



(1) Je me sers d'une solution d'iodoforme à 1/15 dans le naphtol p cam- 
phré dont il faut XLII gouttes pour faire 1 ce. 



l'aNESTHÉSINE en flUt!«0-LAHÏI«GOLOG!E 30i 

M. Ménard, de Berck. Outre les avantagea qu'il tient de son état 
liquide, le naplitol camphré iodoformé représente une triade 
médicameateuse dans laquelle l'association de trois substances 
doit, par une action réciproque, exalter la puissance antiseptique 
de chacune d'elles suivant une loi Tormulée par mon maître, 
M. le professeur Bouchard. Dans le traitement des adénites tuber- 
culeuses les bons résultats obtenus sont également dus pour la 
plus large part à l'action sclérogène du aaphtol qui a été démon- 
trée p&r le même savant (1). 

Si je rappelle ces faits, ce n'est pas tantdans le but d'une vaine 
réclamation de priorité pour une petite découverte qui n'ofTre 
d'ailleurs qu'un intérêt pratique. En Belgique, pas plus qu'en 
France, on n'est obligé de lire tous les journaux de médecine ou 
de pharmacie et les comptes rendus de toutes les sociétés. Mais 
il m'a paru bon de saisir cette occasion pour attirer de nouveau 
l'attention sur un médicament qui ne parait pas sufQsamment 
connu et mériterait de prendre place dans la thérapeutique anti- 
septique et en particulier dans le traitement des tuberculoses 
locales. 



III. — Vanesthésine en rkino-laryngoiogie, 

par A. COURTADE. 

J'ai expérimenté dans la pratique rhino-laryngologique un 
anesthésique local encore peu répandu qui, au point de vue chi- 
mique, est un étber para-amidobenzoïque et qui est connu dans 
le commerce sous le nom d'anesthésine ; ce sont les résultats que 
j'en ai obtenus que j'ai l'honneur de vous soumettre. 

L'anesthésine découverte par Ritsert en 1890 n'attira pas, tout 
d'abord, l'attention à cause de sa faible solubilité dans l'eau; 
mais la vogue de l'orlhoforme qui présente cependant ce même 



(1) Leçons suif la thérapeulique des mataâiei 



302 SOCIÉTÉ DE THERAPEUTIQUE 

désavantage, la tira de Foubli, et des essais répétés furent faits en 
Allemagne, par Noorden, Dunbar, Lengemann, etc. , les résultats 
en furent satisfaisants. 

Sa solubilité n'est que de i p. 800 dans Teau froide, mais il se 
dissout facilement dans Talcool, Téther, le chloroforme, Tacé- 
tone, les graisses et les huiles. 

L'anesthésine fond à 89^5 ; quand on expose à la chaleur un peu 
de cette poudre sur une spatule de platine, elle fond et se volati- 
lise entièrement, tandis que Torthoforme, traité de la môme façon 
laisse un résidu charbonneux. 

Nous avons fait quelques recherches sur sa solubilité et nous 
avons constaté qu'elle se dissout dans la glycérine chaude, mais 
se précipite quand la température de la solution s'abaisse ; cepen- 
dant cette dernière est encore limpide lorsque la température est 
tolérable à la main. 

Un mélange d'anesthésine et d'acide phénique neigeux fond à 
la chaleur pour former un liquide très limpide qui se solidifie 
quand le mélange se refroidit; si, lorsque le mélange ou la com- 
binaison d'anesthésine et d'acide phénique est liquide, on ajoute 
de l'eau chaude, il y a séparation d'un produit pulvérulent qui, 
probablement, est constitué par l'anesthésine ; si, au contraire» on 
ajoute de la glycérine, la solution reste liquide et claire, même à 
la température ordinaire. 

Dans nos essais cliniques nous nous sommes servi du produit 
à l'état pulvérulent. Chez un jeune homme de quatorze ans à qui 
nous avons cautérisé les deux amygdales, nous avons porté, avec 
un tampon d'ouate, un peu de poudre d'anesthésine sur l'amyg- 
dale droite, laissant la gauche intacte ; la cautérisation fut indo- 
lore pour le côté droit et très sensible pour le côté gauche ; le 
JBune homme n'était pas prévenu que l'amygdale gauche n'était 
pas anesthésiée et, par conséquent, il y a lieu d'éliminer la sug- 
gestion dans son appréciation. 

Du reste, quand on dépose sur la langue un peu de poudre 
d'anesthésine, on éprouve, au bout de une à deux minutes, une 
diminution très notable de la sensibilité sur la partie touchée. 



L'aNËSTHÉSINE en RHIN0-LARYN60L06IE 303 

A une femme de trente-huit ans, atteinte de laryngite tuber- 
culeuse avec dysphagie si douloureuse que la malade redoutait 
d'avaler et, par ce fait seul, dépérissait rapidement, faute de 
nourriture, nous avons fait une insufflation d'anesthésine dans le 
larynx ; aussitôt la déglutition fut indolente et resta telle pendant 
quarante-huit heures environ; même huit jours après, quand 
nous avons revu la malade, le passage des aliments n'était pas 
redevenu aussi douloureux qu'avant l'unique insufflation que 
nous avions faite. 

Nous l'avons encore employée chez un homme de trente-quatre 
ans atteint de syphilis depuis dix mois et qui présentait sur le 
pilier postérieur gauche une ulcération peu profonde, qui, malgré 
le traitement interne, persistait depuis plus de quinze jours ; elle 
donnait lieu à des douleurs si violentes pendant la déglutition 
que le malade ne mangeait que le moins possible ; une salivation 
si abondante qu'il était obligé de cracher à chaque instant ne lui 
laissait guère de repos, la nuit, depuis huit jours. 

Pensant que l'ulcération n'était pas de nature spécifique bien 
que le terrain sur lequel elle évoluait le fût, nous la badigeon- 
nons avec une solution de bleu de méthyle au 20«. 

Quand nous revoyons le malade, huit jours après, les douleurs 
sont un peu moins vives depuis quelques jours; c'est ce même 
jour que nous saupoudrons l'ulcération d'anesthésine : un quart 
d'heure après le malade pouvait déjeuner sans ressentir de dou- 
leurs ; une deuxième application que se fit la malade vers 4 h. 1/2 
du soir produisit l'insensibilité à la déglutition de la salive et des 
aliments jusqu'à 9 heures du soir. 

Cette ulcération du pilier postérieur, sur la nature de laquelle 
l'examen microscopique de Texsudat aurait pu seul établir le dia- 
gnostic, guérit huit jours après ; le malade continuait à souffrir, 
mais plus profondément. A l'examen, laryngoscopique on cons- 
tate une infiltration de toute iPépiglotte et l'existence de petites 
ulcérations superficielles; la région interaryténoïde, les cordes 
vocales fausses et vraies sont normales. 

Une insufflation de poudre d'anesthésine a permis au malade 



dM SOCIÉTÉ DE THÉRAPEUTIQUE 

il^ déjouner sans douleur et de dîner sans trop de souffrances. 

Nous nous en tiendrons à ces quelques observations qui démon- 
trent d'une façon typique l'effet anesthésique du nouveau médi- 
cament et aussi son innocuité, car nous Tavons encore employé en 
insufflation dans la gorge, quand le miroir laryngoscopique était 
mal toléré. 

Dans tous les cas où nous avons eu recours à l'anesthésine 
nous l'avons employée à l'état pulvérulent soit en application 
simple à la surface de l'organo à anesthésier, en nous servant 
d'un tampon d'ouate, soit en projetant la poudre avec un insuf- 
flateur; dans aucun des cas il n'y a eu le moindre symptôme 
d'irritation ou d'intolérance. 

Dans les laryngites accompagnées de dysphagie douloureuse 
Kessel emploie Panesthésine en solution dans Thuile d'olive sui- 
vant la formule ci-dessous : 

Anesthésine 20 gr. 

Menthol 10 à 20 » 

Huile d'olives 100 » 

Le menthol peut être supprimé de la formule s'il est mal toléré 
ou s'il est inutile. 

Dans ces cas, nous croyons qu'il est plus simple d'aspirer le 
médicament en nature plutôt que de se servir d'une solution 
huileuse qui présente des inconvénients. 

L'anesthésine a été employée, non seulement en applications 
externes ou en injections sous-cutanées, mais encore à Tinté- 
rieur pour combattre les douleurs stomacales de l'ulcère rond; 
on trouvera dans la littérature médicale les diverses applications 
qui ont été faites de ce produit, applications sur lesquelles nous 
n'avons aucune expérience. 



NOTES SUR LES EFFETS THÉRAPEUTIQUES 305 



IV. — Note sur les effets thérapeutiques de V extrait intestinal 
total dans diverses modalités d'insuffisance intestinale^ 

par M. Sardou (de Nice). 

M. Sardou. — Les difficultés du traitement de certaines 
constipations et des entérites m'ont conduit à faire en 1900 une 
tentative thérapeutique d'opothérapie intestinale par la voie sous- 
cutanée. Quelques mois après, en ayant obtenu de très sérieux 
résultats, j'appris du professeur Gilbert qu'il avait antérieurement 
employé lui-même ce moyen, sous forme d'extrait sec donné par 
la bouche, et cité ces faits au Congrès de Toulouse et dans sa 
monographie sur Topothérapie publiée avec M. Carnot en 1898. 

Dès lors, cette forme sèche a été également essayée. Toutes 
deux ont été préparées suivant les méthodes générales habituelles ; 
elles représentent un extrait intestinal total. 

Presque toujours l'extrait intestinal n'a été employé qu'après 
essai préalable et infructueux des moyens usuels. 

Le nombre des cas est actuellement de 140, le chiffre des 
succès et insuccès est impossible à donner exactement à cause 
de la complexité de beaucoup de faits. Le nombre des insuccès 
peut être d'une façon très approximative évalué à 20. 

L'extrait a été donné dans les catégories de cas suivantes : 
constipation simple, constipation avec entérite muco-membra- 
neuse, entérite sans constipation, poussée d'entérite aiguë dans 
le cours d'une entérite muco-membraneuse, auto-intoxications 
d'origine intestinale de formes diverses avec mise en jeu de phé- 
nomènes morbides concernant des appareils autres que le tube 
digestif, et quelquefois évoluant ensuite pour leur propre compte, 
dyspepsie intestin,ale, lientérie, certaines diarrhées chroniques, 
appendicite consécutive à la constipation et à l'entérite muco- 
membraneuse ; lientérie et certaines dyspepsies intestinales de 
l'enfance. 



306 SOCIÉTÉ DE THÉRAPEUTIQUE 

De Tétude de ces faits, assez prolongée pour un grand nombre, 
trop courte pour d^autres, avec toutes les réserves que comporte 
une première publication hâtée par les circonstances» il paraît 
résulter les propositions suivantes qui seront étayées ultérieure- 
ment par les observations mêmes. 

L'extrait sec en ingestion agit moins puissamment que l'extrait 
liquide en injection sous-cutanée ; le premier suffit souvent pour 
les cas simples ; quand il a échoué, ou ne produit pas d'effet per- 
sistant, l'injection sous-cutanée permet en général d'obtenir un 
résultat plus marqué et plus durable. 

Ni l'un ni l'autre n'ont jusqu'à présent déterminé d'inconvé- 
nient sérieux ; un seul cas d'éry thème fugace autour du point 
d'injection a été vu une fois dans le cours d'un traitement. Les 
injections sont moins douloureuses à quantité égale que celles 
de sérum artificiel; elles laissent généralement moins d'induration. 
Dans les cas simples de constipation caractérisés par l'évacuation 
difficile ou impossible sans moyens artificiels, de matières dures, 
ovillées, l'extrait amène au bout d'un temps variable le rétablis- 
sement progressif de la sécrétion intestinale, le retour de la con- 
sistance et de la forme normale permettait la selle spontanée si 
l'effort expulsif est suffisant. 

Quand il s'y joint de l'entérite muco-membraneuse, les peaux 
et les glaires diminuent peu à peu et disparaissent dans un ordre 
variable. 

Il n'y a pas d'action directe sur la musculature de l'intestin, 
l'atonie n'est pas modifiée d'abord, mais il a paru que l'améliora- 
tion des autres facteurs de la constipation ou de l'entérite ame- 
nait à la longue une modification secondaire de cet élément dans 
certains cas. 

Les poussées aiguës d'entérite avec selles glaireuses, liquides, 
sanguinolentes, lientériques, avec fièvre et phénomènes généraux 
graves ont été arrêtées en peu de jours; ces faits ont été géné- 
ralement observés dans le cours d'une entérite muco-membra- 
neuse chronique. 

Des innombrables formes cliniques de l'auto -intoxication 



NOTES SUR LES EFFETS THÉRAPEUTIQUES 307 

d'origine intestinale, avec les modalités diverses que lui impri- 
ment les tares individuelles et les circonstances extérieures, 
toutes celles qui se sont présentées à mon observation, ont béné- 
ficié dans une mesure quelconque du traitement causal par 
l'extrait. C'est souvent grâce à lui seulement qu'il a été possible, 
après bien des tentatives diverses, d'atteindre et de modérer des 
complications dont la prépondérance avait depuis longtemps fait 
perdre de vue et méconnaître le primum movens. Dans la com- 
plexité de tels faits, le rôle d'un seul élément du traitement est 
assurément difficile à apprécier, et ce n'est que par l'analogie des 
résultats observés dans les cas simples qu'il est permis de con- 
clure de l'effet à la cause. 

Sur le nombre déjà important des malades suivis, les cas inter- 
médiaires n'ont pas manqué. 

C'est ainsi que des bronchites à répétition, des bronchorrées, 
des crises de dyspnée paroxystique, des phénomènes fonctionnels 
gastriques, hépatiques, cardiaques et nerveux, des éruptions 
cutanées diverses (eczéma, acné, érythème) ont pu être amendés 
partiellement ou disparaître avec ou sans retour, parallèlement 
ou consécutivement à l'amélioration du syndrome intestinal. 

Parmi les phénomènes morbides tenant au tube digestif lui- 
même, la lientérie, observée soit dans le cours d'une entérite 
muco-membraneuse, soit pendant une poussée d'entérite aigué 
avec suppression passagère presque complète de la fonction 
digestive dans le tube intestinal rendu inerte, a été presque 
toujours heureusement modifiée. 

C'est souvent une des premières améliorations observées dans 
l'entérite muco-membraneuse lorsque certains aliments végétaux 
sont rendus intacts. Dans quelques cas où ce phénomène de 
dyspepsie intestinale dominait la scène, sa disparition a pu être 
obtenue et a été naturellement suivie d'un amendement général 
des autres symptômes. 

Une mention particulière est justifiée pour quatre cas d'appen- 
dicite très caractérisés ayant présenté des crises à répétition avec 
fièvre dans le cours d'une constipation avec entérite muco-mem- 



308 SOCIÉTÉ DE THÉRAPEUTIQUE 

braneuse et voués à l'interveatioa à froid, qui ont vu la douleur 
caractéristique, permanente jusque-là, céder lentement à la suite 
de la guérison de Taffection causale. 

Chez les enfants, le plus jeune ayant seize mois, Textrait sous 
forme de poudre mélangée à un aliment habituel a donné de bons 
résultats dans les mêmes cas que chez l'adulte (constipation, 
dyspepsie intestinale, entérite, lientérie). 

Dans quelques cas de diarrhée chronique, les uns consécutifs à 
la constipation, les autres sans liens nets avec d'autres phéno- 
mènes morbides antérieurs, Tadministration de l'extrait a produit 
manifestement, comme dans l'entérite aigué une diminution du 
nombre des selles, une modification en mieux de la nature des 
matières, une amélioration de l'état général et de certaines loca- 
lisations qui étaient sous sa dépendance. Ces faits sont les moins 
nombreux : ils sont des plus importants pour la conception géné- 
rale du pouvoir thérapeutique de l'extrait. Ils resteront difficiles 
à interpréter et nettement différenciés de tous ceux qui, avec 
une apparence clinique analogue, s'en séparent par leur nature et 
peuvent obéir aux mêmes influences modificatrices. 

Les recherches expérimentales, déjà publiées, sur l'isolement 
et l'action physiologique de certains produits de la sécrétion 
intestinale, n'ont pas besoin d'être rappelées dans cette étude 
purement clinique. 

Le temps nécessaire, les doses ont été essentiellement variables, 
tantôt par séries, tantôt continues avec ou sans Taide d'autres 
agents médicamenteux ou physiques. Souvent l'évacuation des 
matières trop dures doit être demandée pendant un certain temps 
à des moyens divers au début du traitement. Les quantités ont 
varié entre 0,30 d'extrait sec et douze doses de 0,40, entre une 
ampoule d'extrait liquide de 3 ce. tous les deux ou trois jours 
et trois ampoules de 5 ce. par jour. 

Comme pour tout autre agent thérapeutique, une certaine expé- 
rience est indispensable pour adapter le moyen au cas individuel, 
et tel fait où le traitement avait échoué une première fois, faute 



NOTES SUR LKS EFFETS THÉRAPEUTIQUES 309 

d'une surveillance suffisante, a été un succès après une tentative 
ultérieure mieux dirigée. Lorsque le traitement a été suffisam- 
ment prolongé, Teffet survit quelquefois longtemps à la période 
d'administration. 

L'affaiblissement de son action par l'accoutumance est relative- 
ment rare, plus souvent le résultat s'accentue avec le temps, et 
les doses d'abord croissantes peuvent être ensuite diminuées et 
le succès acquis entretenu par de très faibles doses, ou par des 
séries successives moindres comme quantité et comme durée. 

On pourra conclure que l'extrait intestinal n'est pas un laxatif 
destiné à produire une selle à brève échéance après son adminis- 
tration, mais un agent physiologique capable de rendre à l'intestin 
une partie de son fonctionnement normal altéré dans des sens 
divers. Et si cette action, qui tantôt augmente la sécrétion et 
tantôt la modère, qui modifie le pouvoir digestif et sans doute 
d'autres propriétés moins faciles à reconnaître, qui, sous ces 
diverses modalités, apparaît comme celle d'un régulateur tendant 
à ramener vers le type normal, exaltant la défense du tube 
intestinal à l'égard de son contenu, soit par Tamélioration de 
l'ensemble de ses fonctions, soit aussi en particulier par une 
influence spéciale sur le pouvoir isolant des épithéliums qui le 
rendent étanche, si cette action multiple est confirmée par une 
expérience plus prolongée et plus étendue, l'extrait intestinal 
pourra mériter d'être appelé le médicament physiologique de 
l'insuffisance intestinale. 

M. Hallion. — La communication de M. Sardou est dès 
plus intéressantes au point ce vue pratique. Elle ne l'est pas 
moins au point de vue physiologique. 

Il est curieux de voir un même extrait opothérapique amender, 
suivant les cas, les phénomènes pathologiques d'ordre non seule- 
ment différent, mais opposé, tels que la constipation et la 
diarrhée. Cette propriété véritablement régulatrice, qui appartient 
spécialement à certains produits organiques, et qui, réprimant 
tel processus lorsqu'il s'exagère, l'exalte au contraire lorsqu'il 



310 SOCIÉTÉ DE THÉRAPEUTIQUE 

s'amoindrit, nous semble aujourd'hui moins paradoxale, sinon 
moins mystérieuse, qu*elle ne Taurait paru naguère. On connaît, 
en effet, dans l'action des ferments solubles observée in vitro ou 
dans l'intimité des tissus, des faits de cette sorte, qu^on ne 
s'étonnera pas de retrouver dans l'action thérapeutique des 
extraits d'organes convenablement obtenus. 

Discussion. 

M. DU Castel. — M. Sardou a-t-il fait usage d'extraits com- 
posés selon les règles ? 

M. IIallion. — M. Sardou s'est servi, pour les injections 
sous-cutanées, d'extraits préparés par la méthode de Brown- 
Séquard et d'Arsonval, c'est-à-dire par macération glycérinée ; 
on étend ensuite cette macération d'eau salée physiologique. 

M. DU Castel. — A-t-on utilisé de l'extrait d'intestin 'grêle 
et de gros intestin ? 

M. Hallion. — Nous nous servons d'extrait total : jusqu'ici, 
nous n'avons pas encore différencié les divers extraits, mais il 
est certain qu'il y aurait grand intérêt à les dissocier, et j'ai 
entrepris l'étude de cette question. Les fonctions de chaque seg- 
ment intestinal sont différentes de celles des autres segments, il 
est donc vraisemblable d'admettre que chaque extrait aurait une 
action spéciale. 

M. Barbier. — Je ne dispose jusqu'ici que d'une seule observa- 
tion, concernant une névropathe entéralgique, avec entérite 
muco-membraneuse avant résisté à tous les traitements . L'eu- 
kinase, en huit ou dix jours, a provoqué une amélioration con- 
sidérable, et la constipation a cédé. Il s'agit aujourd'hui de 
savoir si cet effet est définitif, et si l'on ne sera pas obligé de 
recommencer sous peu à administrer l,e médicament. 

M. Hallion. — Le nombre de mes observations est encore 
insuffisant pour me permettre de résoudre cette question. Au- 
jourd'hui, nous ne pouvons articuler qu'un seul fait : les ma 
lades peuvent être rangés en deux catégories. L'eukinase 



l'iodure de potassium dans la paralysie générale 311 

donne d'emblée des résultats remarquables, ou bien elle échoue 
entièrement. 

Il faut en inférer que la constipation relève de pathogénies 
diverses : dans nos cas restés réfrac taires, d'autres extraits que 
celui que nous employons seront peut-être efficaces. 

Au point de vue de la durée de l'effet thérapeutique, j'ai cons- 
taté qu'on peut, au bout de quelque temps, réduire les doses, 
supprimer même la médication, sans que pour cela les résultats 
se modifient. L'eukinase présente, sous ce rapport, un mode 
d'action bien spécial, singulier, pour ainsi dire, et M. Sardou, 
fait allusion à ce phénomène dans son travail. 

Dans la plupart des cas, une fois l'effet obtenu, on peut suppri- 
mer progressivement, sans crainte de récidive rapide, le médi- 
cament. Des faits analogues ont d'ailleurs été notés pour d'autres 
extraits organiques. 

M. Barbier, — Il faudrait donc admettre que l'eukinase 
provoque une restauration de la fonction fermentative ; je ne 
pouvais guère soupçonner cette action à priori, car on sait que 
dans la myxœdème, par exemple, l'effet curatif de l'extrait thy- 
roïde ne se maintint qu'autant qu*on continue la médication. 

M. Hallion. — Je dispose aujourd'hui de deux cas, où les effets 
de l'eukinase ont persisté, malgré suppression du médicament. 



V. — De liodure de potassium dans le traitement de la 

paralysie générale, 

par M. Albert Robin. 

A plusieurs reprises j'ai déjà signalé les inconvénients de 
la médication iodurée dans le traitement de la paralysie géné- 
rale, et plus je vais et plus j'ai l'occasion de relever des observa- 
tions qui me confirment dans cette manière de voir. 

La paralysie générale est une des affections organiques contre 



312 SOCIÉTÉ DE THÉRAPEUTtOUE 

laquelle nous sommes le plus désarmés, ei la notioD de sou ori- 
gine syphilitique presque constante, semble conduire directe- 
ment le médecin à l'emploi de la médication, dite mixte, c'est-à- 
dire mercurielle et iodurée. J'ai fait comme tout le monde, j'ai 
utilisé l'iodure do potassium contre la paralysie générale. Or, 
j'en sQÎs encore à cliercher un seul cas où le médicament ait 
donné un résultat, si minime qu'il soit, tandis que je connais 
déjà nombre de faits où l'iodure de potassium fut hautement et 
gravement préjudiciable. 

Ainsi, il y a quelques années, j'ai vu avec mon collègue 
M. Magaan et le D' Ladame, de Genève, un paralytique général 
au début, auquel nous prescrivîmes de l'iodure de potassium, 
espérant que les phénomènes encore peu accentués pouvaient 
être modifiés par cette médication, < 

Au bout d'un mois de traitement régulier, le malade fut pris 
de crises épileptiformes que l'on attribua naturellement à l'all'ec- 
lion elle-même. Cependant le médecin traitant, M. Ladame, eut 
un soupçon de causalité thérapeutique et décida la supp^e1^sion 
du traitement ioduré. Coïncidence ou effet réel, les crises dispa- 
rurent. Peu après, un autre médecin, appelé à voir te malade, 
ordonna à son tour l'iodure de potassium : les crises reparurent 
aussitôt et ne cédèrent qu'à une nouvelle suppression. Une reprise 
de la médication iodurée faite à quelques mois d'intervalle eut le 
même résultat. Il parait évident que, dans ce cas, l'iodure de 
potassium produisit des effets fâcheux, car il serait difficile 
d'admettre des coïncidences aussi régulières. 

Je puis encore citer le cas d'un paralytique général syphili- 
tique également au début que je vis l'année suivante à Paris : 
il s'agissait d'un Américain au début de la redoutable affection. 
Quoique déliant à l'égard du médicament, j'instituai le trai- 
tement mixte avec iodure de potassium et je constatai bientôt 
une crise aplopectîforme. A plusieurs reprises le traitement fut 
repris et chaque fois l'on eut à constater des crises du même 
genre, qui ne se reproduisaieut pas quand l'iodure était sup- 
primé. Ces exemples me servirent et, depuis, j'ai eu plus d'une 




i'iODURE DE POTASSIUM DANS LA PARALYSIE GÉNÉRALE 313 

fois l'occasion de reconnaître que Tiodure de potassium était 
loin d'être inoflensif chez les paralytiques généraux. J'estime 
donc que l'on doit se montrer très réservé dans son emploi, 
môme lorsque l'origine syphilitique de la maladie n'est pas dou- 
teuse. 

Si l'iodure de potassium avait fourni des résultats remar- 
quables contre les phénomènes de sclérose de la paralysie géné- 
rale, on aurait le droit de se montrer moins circonspect, mais, en 
réalité, il est loin d'en être ainsi; pas plus que les autres médi- 
cations, la médication iodurée ne s'est montrée vraiment active 
contre la paralysie générale; aussi, a-t-on le devoir d'employer 
avec moins de tranquillité une méthode qui parait capable 
d'exercer à l'occasion une action aussi défavorable. 

Discussion. 

M. Danlos. — Il y a quelque temps, M. Albert Robin a déjà dit 
quelques mots sur ce sujet dans cette enceinte, et j'avais, à ce 
moment, chez un paralytique général de mon service, sujet à des 
attaques apoplectiformes , supprimé la médication iodurée et 
administré uniquement des injections de calomel (une injection 
de gr. 10 deux fois par semaine). Le malade reçut en tout 
dix injections : malgré ce traitement intensif, les attaques appa- 
rurent tous les cinq à six jours, comme auparavant. La suppres- 
sion de la médication iodurée n'a donc exercé aucune influence, 
dans ce cas particulier, sur la marche de la maladie. ' 

M. A. Robin. — Je me garderai bien de généraliser les résul- 
tats observés par moi : je n'ai voulu qu'apporter à la Société des 
documents qui me semblent démonstratifs. 

M. JuLLiEN. — Si la communication de M. Albert Robin est 
courte, son importance est considérable. Elle s'attaque à l'iodure 
dont la nécessité, Tindispensabilité est encore un dogme accepté 
par la généralité des praticiens. 

Et pourtant qu'elles sont fréquentes les circonstances dans les- 



'AS. s(K DE THÉRAPEUTIQUE 

.■■.f~ l'action du spécifique rester en échec ou 
. ,-1 ■• .le nos efforts! 

.^c * Jit escellemment ce qu'il y avait à dire à 

4, 1» accideots cérébraux et j'y souscris pleinemeot. 

..l'u» une auire localisation du processus, je veux 

. wy-Usmes ulcérés de la bouche. Estrce qu'il u'est pas 

.- ,\Hiranie de soumettre les accidents d'abord à l'aclion 

...' t'tiur peu qu'on ait des doutes sur leur véritable 

M institue cr iraitument.et on le continue avec.insistance. 

.' V- t>asse-t-iI7 Le sel ne guérit pas, bien plus il aggrave le 

■«.■u» son influence, toutes les sécrétions des glandes buc- 

. ,v\agèrenl, un véritable catarrhe remplit incessamment la 

-, ..V .w J'un flot de mucus septique et irritant, La sensibilité des 

, .. i* y'tixagêre, les parties se tuméfient et deviennent doulou- 

,.....•». l'iodure a joué le rOle d'un véritable coup de fouet donné 

i '.A Hiatadic. Au contraire les injections mercurielles agissent 

lAi-tdiunent sur les tn&ltrats syphilitiques, tandis que les can- 

^.t'it n'itn sont nullement aggravés; en quinze jours au plus la 

liiiui'''r() est faite, et la chirurgie peut intervenir à temps. 

C'est pourquoi je dis que M. A. Robin a bien fait d'ébranler une 
vi'oyanco aussi universelle qu'erronée, à laquelle les succès du 
i-niiimel dans le tertiarisme avaient déjà porté un premier coup. 
SiiNs doute il reste encore des indications à l'iodure, et nous 
iti'vons nous attacher à les préciser avec soin, mais c'est déjà 
quelque chose que de savoir dans quels cas il aggrave et com- 
plique les maux qu'il devrait guérir. 

M. LEitEDDE. — Dans quelques cas de syphilis, l'iodure de 
potassium peut devenir liirectement dangereux. Je me souviens 
qu'on présenta, il y a quelque temps, à ta SocUté de Dermatologie, 
une observation de syphilis du larynx, dans laquelle l'adminis- 
tration d'iodure de potassium provoqua des accidents graves 
d'oedème de la glotte. L'iodure, si dangereus dans les cas de 
cancer de la langue, peut donc l'être même quand il s'agit de 
lésions purement syphilitiques. Ce n'est pas une raison pour ne 
pas l'employer, mais c'est une raison pour en suneiller l'emploi. 



^ MALADIES VÉNÉRIENNES 315 

M. Danlos. — Je crois qu'on peut poser en principe que dans 
des cas de gomme de la langue, Tiodure produit de bons effets : 
il est au contraire nocif quand on se trouve en présence de syphi- 
lides à tendance scléreuse. 

M. A. Robin. — Je ne me crois pas autorisé àfaire aujourd'hui 
le procès de l'iodure de potassium, bien que ma conviction soit 
qu'on en abuse trop souvent. En tout cas, j'estime qu'il faut en 
proscrire l'emploi dans les cas de syphilis artérielle, quelle que 
soit la lo(;aIisation des troubles morbides. 



REVUE DES TRAVAUX FRANÇAIS ET ÉTRANGERS 



Maladies vénériennes. 

Traitement du chancre simple. — S'il existe un phimosis, il 
convient de faire pratiquer par le malade des injections entre le 
prépuce et le gland, répétées plusieurs fois par jour, et surtout 
lorsque le malade a uriné. On emploiera, à cet effet, des solu- 
tions antiseptiques faibles : sublimé à 1 pour 2000, acide borique 
à 3 pour 100, acide phénique à i pour 200. Souvent les solutions 
hydro-alcooliques au tiers sont préférables; on formulera par 
exemple : 

Alcool à 60° 66 gr. 

Eau 30 » 

Acide borique. 3 » 

Mais ces topiques, utiles pour enlever le pus et combattre la 
balanite concomitante, n'ont pour M^. Hallopeau et Leredde 
aucune action spécifique sur l'agent infectieux. Les lavages 
doivent donc être immédiatement suivis d'une injection d'huile 
de vaseline saturée d'iodoforme. 



3i6 REVUE DES TRAVAUX FRANÇAIS ET ÉTRANGERS 

Les chancres abordables seront nettoyés, débarrassés des 
croûtes et du pus, au moyen d'eau bicarbonatée tiède et de coton 
hydrophile ; puis on pourra cautériser la surface, au moyen de la 
solution suivante : 

Alcool à 60» <0 gr. 

Acide phénique i » 

ou du chlorure de zinc à i pour 10, tous les deux jours. 

Le pansement est fait au moyen d'une poudre. L'iodoforme 
est, de l'avis universel, le meilleur des antiseptiques ; on peut 
également employer le salicylate de bismuth, le dermatol. 

Les chancres de Tan us sont traités par des attouchements de la 
même manière ; on applique ensuite des mèches imprégnées de 
vaseline iodoformée. Après chaque défécation, on lave à l'eau 
boratée et on applique à nouveau la pommade. Les bains locaux 
(bains de siège) quotidiens ou biquotidiens rendent de grands 
^services. 

On a proposé divers moyens pour détruire le chancre. La des- 
truction doit être complète, sinon des réiuoculations se produi- 
sent, et un chancre simple, plus étendu que le chancre actuel, 
apparaît. La pâte de Balzer a pour formule : 

Chlorure de zinc 1 gr. 

Oxyde de zinc 10 » 

Eau distillée pour faire une pâte Q , s . 

On laisse 24 heures en place. 

Traitement des plaques muqueuses vulyaires. — Insiste^ sur 
les soins de propreté, les bains de siège et les grands bains. 
M. Lutaud ajoute a ceux-ci : 

Bichlorure de mercure (.* .„ 

Chlorure d'ammonium ( ^ ' 

Alcoolé d'eucalyptus 500 gr. 

pour un bain d'environ 250 litres, dans une baignoire émaillée. 

Le bain sera prolongé pendant une bonne heure environ. 
Lorsque le grand bain n'est pas possible, on le remplacera par 



CHIBURGIE GÉNÉRALE 317 

un bain de siège auquel on ajoutera 2 ou 3 cuillerées à soupe de 
la mixture ci-dessus. 

Pendant le jour, isoler les parties avec de Touate et* saupou- 
drer, après chaque miction, avec : 

Calomel 2 gr. 

Lyoopode , 10 » 

Si les malades supportent mal le mercure, employer en lotions 
l'hydrate de chloral. 

Hydrate de chloral ^0 gr. 

Teinture d'eucalyptus 20 » 

Eau 150 » 

Toucher les plaques vulvaires 2 ou 3 fois par semaine avec le 
crayon de nitrate d'argent. 

Chirurgie générale. 

Le reflux dans la gastro-entérostomie. — L'histoire du reflux 
après la gastro-entérostomie est aussi vieille que celle de cette 
opération elle-même. Wolfler en effet, dit M. Tavel {Revue de 
Chirurgie, 10 décembre 1901), dans l'article qui donne la descrip- 
tion de sa méthode et du premier cas opéré par lui, rapporte 
l'observation de Billroth, qui perdit son premier opéré de gastro- 

* 

entérostomie peu après l'opération, à la suite de vomissements 
bilieux incoercibles. L'autopsie avait montré qu'aucun accident 
péri tonique n'était survenu et que seul, le reflux du contenu de 
la branche afférente dans l'estomac avait été la cause des acci- 
dents mortels. 

Dès lors, cet accident fut observé par la plupart des chirurgiens 
qui ont pratiqué la gastro-entérostomie et a inspiré un nombre 
considérable de méthodes opératoires destinées à parer à un 
inconvénient grave d'une opération excellente en elle-même. 

Les observations de reflux sont fort nombreuses. Il est dû à 
des causes très diverses, dont les constatations cliniques et 
l'étude expérimentale ont fait l'objet de nombreux travaux. Il 
n'en subsiste pas moins de grandes divergences sur l'importance 






L^L. 



318 REVtE DES TRAVAUX FRANÇAIS BT ÉTRANGERS 

de cette complication, sur Topportunité d'y parer par de 
nouvelles méthodes opératoires et sur la physiologie même du 
phénomène. 

M. Tavel ayant eu la bonne fortune de faire sur un cas de ce 
genre une observation qui, par les nombreuses interventions 
opératoires nécessitées et par le fait que le sujet était lui-même 
médecin et savait apprécier les symptômes, arrive à cette con- 
clusion que de toutes les méthodes de gastro-jéjunostomie, il 
n'y en a que peu de sûres ; que môme les méthodes ordinaires, les 
meilleures, celles de Kocher parmi les méthodes antérieures et 
de von Hacker parmi les postérieures, ne garantissent pas Topéré 
contre le reflux ; que même l'entéro-anastomosej si utile dans les 
cas aigus, peut ne pas suffire dans le reflux chronique et que les 
méthodes de Doyen et de Roux, seules mettent les opérés à 
l'abri de ce danger. 

Si dans une opération palliative, comme la gastro-entérostomie 
dans le cancer, il n'y a pas lieu de se faire des reproches si 
l'opéré a quelques troubles dyspeptiques dans la suite, comme 
conséquence d'une complication plutôt rare, comme le reflux 
chronique, il n'en est pas de même dans la gastro-entérostomie 
faite pour des maladies moins malignes, telles que : maladie de 
Reichmann, gastro-sucorrhée, dilatation, ulcères, etc.. Ici, il y a 
lieu de ne choisir qu'une méthode qui n'expose jamais le malade 
à des accidents pires encore que ceux pour lesquels il se fait 
opérer et de l'avis de M. Tavel, après l'étude presque expéri- 
mentale qu'il a pu faire à ce point de vue sur son malade 
la méthode en Y de Roux est absolument la méthode de choix, 
on sait qu'elle permet de rétablir dans une perfection vraiment 
idéale les circulations alimentaire, biliaire et pancréatique. 

La pathogénie des grenouillettea. — Il existe sur le plancher 
de la bouche, disent MM. L. Imbert et E. Jeanbrau (Montpellier 
médical, 13 octobre 1901), des kystes à épithélium cilié, qualifiés 
grenouillettes : leur origine se rapporte vraisemblablement à des 



MALADIES DU LARYNX, DU NEZ ET DES OREILLES 319 

formations émanées de la partie antérieure du canal de Boch- 
dalek. 

La grenouillette commune ne peut se caractériser ni par sa 
pathogénie encore indécise, ni par sa symptomatologie un peu 
banale, ni par son étiologie encore ignorée, mais par les particu- 
larités de sa structure histologique : et ces dernières parais- 
sent à l'heure actuelle assez nettes et assez constantes pour fournir 
une base solide de discussion. 

Les diverses théories émises pour expliquer la formation de la 
grenouillette : dégénérescence muqueuse des glandes sublinguales 
(Suzanne), rétention salivaire des auteurs allemands, ont paru 
insufQsantes pour expliquer l'origine de cette affection. 

Aussi est-on conduit à penser que la grenouillette commune 
a peut-être une origine congénitale et provient d'un vice de déve- 
loppement encore inconnu dans sa nature, mais pouvant peut- 
être se rattacher à l'histoire des dérivés branchiaux. 



Maladies du larynx, du nez et des oreilles. 

Traitement médical des otites aiguës non supputées. — Les 

prescriptions suivantes sont faites par M. Mahu (Ann, de méd. et 
de chir. inf., 1901). 

l*' Faire garder la chambre à l'enfant et administrer au besoin 
une purgation. 

2® Toutes les deux heures, appliquer sur le pavillon de l'oreille 
malade, sur les régions temporales et mastoïdiennes, des com- 
presses imprégnées d'une solution dans l'eau bouillie de bicarbo- 
nate de soude à 60 p. 1000, aussi chaudes que le dos de la main 
peut les supporter. Recouvrir de taffetas chiffon, puis d'ouate 
maintenue par une bande. 

Avant d'appliquer le pansement, on versera dans le conduit 
une petite quantité de la solution ci-dessus aussi chaude que 
possible, que l'on remplacera, tous les deux pansements, par 



320 REVUE DES TRAVAUX FRANÇAIS BT ÉTRANGERS 

III OU IV gouttes de la préparation suivante tiédie au bain-marie : 

Glycérine neutre stérilisée 40 gr. 

Résorcine » 75 

Chlorhydrate de cocaïne » 10 

3<* Trois fois dans la journée, instiller, dans chaque fosse 
nasale de l'enfant, étendu sur son lit, la tête basse, à l'aide de la 
petite seringue de Marfan, la valeur d'une demi-cuillerée à 
café de : 

Huile d'amande douce stérilisée. 60 gr 

Menthol » 60 

4» Toutes les trois heures, faire un grand lavage de la bouche 
et du pharynx, à l'aide d'un bock suspendu à 50 centimètres 
au-dessus de la tête de l'enfant et dont le tube en caoutchouc 
sera termina par une canule en verre à extrémité mousse, — le 
tout soigneusement bouilli, avec un litre à chaque fois d'eau 
bouillie aussi chaude qu'elle pourra être supportée. 

Au bout de deux jours du traitement ci-dessus, si les douleurs 
persistent et si la température s'élève, examiner avec soin l'oreille 
et faire la paracentèse du tympan au cas où cette membrane 
serait rouge et bombée. 



Le Oèrant : 0. DOIN 



IMP. F. LEVÉ, 17, RUE CASSETTE. — PARIS-6« 



BULLETIN 331 



BULLETil 



La latte contre la tnberoulose. — Pour la réhabilitation des 
huîtres. — Une annexe de la Faonlté. — Le trachome 
importé en Amérique. — La variole et les animaux domes- 
tiques. — Les chirurgriens barbus. — Les cheveux dans la 
marine. — L'alcoolisme et l'Assistance publique. 

Un milliardaire américain M. John D. Rockefeller vient 
d'affecter une somme royale, 7.000.000 de dollars, c'est-à-dire 
trente-cinq millions de francs k la recherche du remède efficace 
qui permettra de vaincre la tuberculose, ce terrible, ennemi qui 
décime l'humanité. 

Le désir de M. Rockefeller est qu'on arrive par tous les moyens 
possibles et en employant tout l'argent nécessaire à la découverte 
d'un sérum antituberculeux et, à cet effet, il a organisé un ser- 
vice médical à l'Université de Chicago, le Rush médical collège, 
dont la première dépense atteint déjà ce chiff're formidable de 
trente-cinq millions , 

Cette institution aura pour but non seulement de lutter contre 
la tuberculose, mais de trouver le traitement efficace des mala-, 
dies réputées jusqu'ici incurables. 

o 
o o 

•Le conseil d'hygiène de Marennes et plusieurs grosses maisons 
du bassin d'Arcachon, pour mettre terme à la campagne très vive 
menée par ceux qui incriminent les huîtres dans l'éclosion de la 
jfièvre typhoïde, ont fait expédier des huîtres au laboratoire de 
bactériologie de Bordeaux. Après examen, pratiqué par M. Ferré, 
il a été constaté que le bacille typhique n'existait ni dans Teau ni 
dans la cavité des mollusques examinés. 

BOLL. DE THÉBAPEUTIQUE. — TOME CXLV. — 9* LIVR. 9 



322 BULLEHN 

Il en résulte que toutes les buitres ne doivent pas être proscrites 
et qu'il convient de se défendre contre celles-là seulement qui 
proviennent de parcs mal placés recevant les eaux ménagères et 
surtout les eaux d'égouts. G*est aux préfets d'accord avec les con- 
seils d'hygiène à examiner la situation des parcs. 

La réhabilitation des huîtres commence et la voie pour l'obtenir 
est toute tracée. Attendons-nous à voir aux éventaires des belles 
écaillères cette pancarte « Huîtres garanties pures ! » 



La Faculté de médecine ne possédait encore que quelques 
locaux empruntés aux hôpitaux ou à la Sorbonne, pour installer 
868 laboratoires de recherches. 

Elle établit sur les fortifications bordant le boulevard Brune, 
de grandes constructions à rez-de-chaussée où seront installés, 
non seulement des salles d'études, des laboratoires spéciaux pour 
la recherche des sérum s, mais aussi une sorte de ferme modèle 
renfermant une vacherie, une porcherie, une bergerie et un chenil 
pour les animaux destinés aux expériences des savants de la 
Faculté. Autour des bâtiments seront dessinés des prairies, des 
pâturages en miniature, des jardins, des bosquets où s'ébattront 
les bestioles vouées à la seringue Pravaz et au bistouri. 

Les cadavres seront jetés dans une citerne profonde remplie 
d'acide sulfurique. 



o 
o o 



On se plaint en Amérique des progrès faits par le trachome, 
à mesure que l'immigration augmente. Parmi les .passagers 
d'entrepont de deux seuls transatlantiques, 85 cas auraient été 
constatés ; 65 cas sur la Gascogne de la ligne française et 20 cas 
sur le Leand de la ligne Red Star. Les malades étaient tous des 
Syriens, Roumains et Autrichiens. 

Le seul recours qu'on ait actuellement contre les Compagnies 



BULLETIN 323 

de transatlantiques trahsportant de pareils malades est d*exiger 
le rapatriement, mais un nouveau projet de loi américain doit 
imposer bientôt, paraît-il, une forte amende en espèce qui se sura- 
joutera aux frais exigés par la première mesure. 

o 

C'est parce que Ton a constaté à Claveland (Etats-Unis) que 
les animaux domestiques propageaient par l'intermédiaire de 
leurs poils la variole, que TOffice d*hygiène de cette ville de 
400.000 habitants a rendu une ordonnance portant que les chiens 
et les chats d'un ménage atteint par cette maladie seraient 
abattus immédiatement. 

o o 

Chirurgiens barbus, prenez garde à vous! On projette de 
rendre votre système pileux responsable de tous les mécomptes 
qui pourront vous arriver. Le mouvement part d'Allemagne 
contre la moustache et la barbe dont on exige le sacrifice comme 
étant des nids à microbes. Voilà où conduit l'asepsie. Elle va 
plus loîn encore puisqu'elle tend à légitimer les tètes chauves. 
Il serait excessif cependant de laisser croire à ceux dont le crâne 
est aussi lisse que le genou et qui n'ont pas le moindre poil sous 
le nez ni sur le menton qu'ils réalisent l'idéal du chirurgien. 

o 
o o 

Dans l'intérêt de la conservation des cheveux et pour éviter 
aux marins des affections dues à la suppression presque complète 
de la chevelure, tels que refroidissements, névralgies..., le con- 
seil supérieur de santé de la marine a émis l'avis qu'il est en 
tout point plus hygiénique de laisser à la chevelure une lon- 
gueur variant entre 2 et 3 centimètres. Su conséquence le 
ministre de la Marine a décidé que la coupe dite * demi-courte », 
qui se pratique déjà à bord de certains bâtiments, sera désormais 
autorisée pour le personnel des équipages de la flotte. 



I 
324 BULLETIN 



o 
o o 



Un syndicat de marchands de spiritueux ayant fait placarder 
en réponse à Tafliche de l'Assistance publique, une nouvelle 
affiche invoquant MM. Duclaux et Boix et accusant les hôpitaux 
d'être des consommateurs d'alcool de premier ordre, Tadminis- 
tration de l'Assistance publique a fait le communiqué qui suit : 

« Le vin, dont les quantités d'achat varient peu, est donné à 
notre personnel à raison de 65 centilitres en moyenne par jour, 
et de 35 centilitres aux vieillards valides hospitalisés. On voit 
que, loin d'abuser, nous usons très modérément. 

Le rhum est réservé aux préparations pharmaceutiques et 
Talcool a de multiples usages étrangers à la consommation. 

En 1902, pour 29.000 personnes hospitalisées chaque jour, la 
consommation a été de 23.000 litres de rhumet^de 45.000 litres 
d'alcool, chiffres bien inférieurs à ceux cités par TafiSche des 
commerçants en liqueurs, et il convient de mettre en regard les 
5.200.000 litres de lait consommés par nos malades. Ce rappro- 
chement montre les tendances de nos chefs de service, médecins 
et chirurgiens, qui sont unanimes sur les dangers de l'alcool. 

A l'économie réalisée de 1902 par l'Assistance publique, qui 
s'élève à 135.000 francs sur l'alcool et le rhum, s'ajoutera, 
en 1903, une nouvelle économie de 60.000 francs, et la dépense 
de ce chef serait encore réduite s'il n'y avait danger pour cer- 
tains malades à les priver brusquement de leur aliment habi- 
tuel. » 



► ' 



TRAITEMENT DE l'iCTÈRE 325 



HOPITAL DE U PITIÉ 



Levons de eltnlque thérapeutique (1), 

par Albert Robin, 

de l'Académie de médecine. 



VIII. — Traitement de Victere simple. 

I 

Voici une jeune femme qui a présenté un ictère très pro- 
noncé dont vous avez pu suivre l'évolution dans nos salles. 
Elle a vu apparaître sa jaunisse deux ou trois jours après 
une grande frayeur. Sa santé jusqu'ici a toujours été excel- 
lente; cependant depuis quelques mois elle souffre de maux 
d'estomac extrêmement violents. Trois heures environ après 
le repas, elle éprouve au niveau du creux épigastrique, une 
sensation de brûlure accompagnée de pesanteur et de tirail- 
lements qui la font souffrir pendant plusieurs heures. 
D'autres fois la scène est encore aggravée et la malade est 
prise de vomissements d'une horrible acidité, qui lui brû- 
lent le gosier. Habituellement d'une couleur grisâtre, ils 
sont souvent d'un vert intense. Cette coloration est due à 
un reflux biliaire dans Testomac et à la transformation de la 
bilirubine par l'acide chlorhydrique. 

(1) Recueillies et rédigées par le D' Bertherand, assistant du service. 



326 HÔPITAL DE LA PITIÉ. — LEOONS DE THÉRAPEUTIQUE 

Celle crise rappelle 'donc bien les symplômes de Thyper- 
slbénie gaslrique avec hyperchlôrhydrie. Nous nous occu* 
perons plus lard de soigner son eslomac; car elle esl enlrée 
à l'hôpilal pour Ticlère. Je tous ai déjà dil qu*elle avail eu 
une grande peur. Le lendemain, elle conslalail que ses 
urines avaient une coloralion trôs foncée. Deux ou trois 
r jours après, elle s*esl aperçue qu elle élait jaune et que ses 

matières fécales étaient décolorées. 

Nous sommes donc en présence d'un ictère dil émotif : je 
lui donne volontiers le nom d*Ic(ère spasmodique aigu. 

L'examen de Turine va nous servir à préciser la nature de 
. cet ictère, en y recherchant la présence des pigments bi- 

* liaires. 

Si on fait couler de l'acide azotique, le long des parois 
d'un verre rempli d'urine, vous voyez se produire au bout 
de quelques instants, au niveau de la séparation des deux 
liquides, une série de disques colorés superposés dans 
Tordre suivant de bas en haut : jaune, rouge, violet, vert. 

C'est la réaction de Gmelifi^ qui permet d'alïlrmer la pré- 
sence de la bile dans l'urine. 

Pour déceler de petites quantités de bile, vous pouvez 
aussi prendre un tube rempli d'urine, y verser une petite 
quantité de chloroforme, agiter le tout, décanter l'urine, 
ajouter une goutte d'acide nitrique : vous verrez se déve- 
lopper une série d'anneaux colorés allant du rouge au vert. 

Si vous trempez un morceau de papier à filtre dans 
l'urine et que vous fassiez tomber sur ce papier une goutte 
d'acide nitrique, il se forme un point de contact, une série 
d'anneaux colorés, dont le vert occupe la partie externe. 

Telles sont les principales réactions de la bile dans 
l'urine. Elles sont la caractéristique de l'ictère vrai ou 



TRAITEMENT DE L'ICTÈRE 327 

ictère biliphéique, qui est dû à la résorption des pigments 
normaux de la bile. 

Je n'insisterai pas sur les autres symptômes de la maladie : 
troubles cutanés et circulatoires, dépression et perte des 
forces, etc. 

La. pathogéniê de cette affection a été diversement inter- 
prétée. 

Les théories modernes l'attribuent à une infection des 
voies biliaires par les hôtes microbiens du tube digestif. 
Quelques auteurs pensent que l'ictère émotif est consécutif 
à un spasme des voies biliaires ; pour d'autres, au contraire, 
il serait dû à une paralysie des voies d'excrétion de la bile. 
Enfin, certains admettent que c'est un ictère polycholique ; 
ce qui semble peu cadrer avec la décoloration des matières 
fécales. 

Je vous fais grâce des autres hypothèses. Si je vous ai 
énuméré celles-ci, c'est pour vous' montrer combien, en 
thérapeutique, il ne faut pas toujours tenir compte des 
théories, mais s'appuyer surtout sur des faits. En effet, si 
vous admettez l'origine microbienne de l'ictère, vous le trai- 
terez par les antiseptiques ; si vous croyez k un spasme ou 
à une paralysie des voies biliaires, vous administrerez, soit 
des calmants, soit des excitants. Enfin, les médicaments 
modérateurs de la sécrétion biliaire seront la base de votre 
médication, si vaus adoptez la théorie de l'ictère polycho- 
lique. 



II 



S'appuyant sur les doctrines microbiennes et sur la 
théorie infectieuse de l'ictère, il est d'usage maintenant de 
donner aux ictériques des médicaments comme le na'phUl^ 



3â8 HÔPITAL DE LA PITIÉ. — LEÇONS DE TUÉRAPEUTIQUE 

le saloîj etc., dans le but de réaliser uae prétendue antisepsie 
du tube digestif. Je les repousse complètement de ma pra- 
tique. Ainsi que je vous l'ai souvent exposé, tous ces pro- 
duits, s'ils sont antiseptiques, sont antipeptiques aux doses 
où il faudrait les employer pour assurer une antisepsie 
réelle. N'oubliez pas non plus que notre malade est une 
hypersthénique avec hyperchlorbydrie, et que les antisep- 
tiques, le naphtol en particulier, exercent une action des 
plus irritantes sur la muqueuse stomacale. 

Nous commencerons par mettre la malade au régime lacté 
absolu, qui jouera ici un double rôle. Il augmentera la diu- 
rèse et permettra une élimination plus facile des toxines 
biliaires et des toxines intestinales. Le régime lacté a une 
action sur la sécrétion biliaire qu'il diminue; c'est un modé- 
rateur de l'activité hépatique ; il est donc ici tout indiqué. 

Mais devons-nous continuer le régime lacté jusqu'à ce que 
la malade ne soit plus jaune? L'ictève dure toujours assez 
longtemps; même lorsque les matières fécales sont colorées 
de nouveau, la teinte jaune persiste encore. Je vais vous 
donner un signe précis, qui vous indiquera le moment où 
vous devrez modifier votre traitement. Ce symptôme vous sera 
fourni par l'examen des urines. Lorsqu'en faisant la réaction 
de Gmelin, vous ne constaterez plus dans l'urine la colora- 
tion verte, indice des pigments biliaires, et que celle-ci sera 
remplacée par la coloration acajou qui dénote la présence 
de Vurohiline ou hémaphéine, vous pouvez être sûrs que les 
voies biliaires sont ouvertes. Mais la présence de l'urobiline 
indique l'insuffisance du foie; cessez alors le régime lacté 
et stimulez les fonctions hépatiques par le régime alimen- 
taire et par les alcalins. 

Vous avez dans cette réaction de l'urine un signe capital 
pour diriger votre thérapeutique. Lorsqu'il apparaît dans 



TRAITËMiSNT DIS l'iCTKRE 329 

l'urine, il est inutile de laisser plus longtemps le malade au 
régime lacté, dont il n'a plus à tirer aucun profit. 

Afin de faciliter le rétablissement du cours de la bile, 
j'emploie la belladone^ que je donne & la dose de 2 ou 3 cen- 
tigrammes : 

Kxtrait do belladono gr. 01 

Excipient q . s . 

pour une pilule. En prendre une le matin et une le soir. 

Deux fois par jour, on administrera à la malade une grande 
irrigation intestinale d'un litre et demi d'oau froide k la tem- 
pérature de la chambre, à l'aide d'une longue sonde molle. 
Ces lavements sont excito-moteurs de la sécrétion biliaire, 
des canaux biliaires et do Tintestin. 

A partir du moment où vous cessez le régime lacté, vous 
prescrirez les alcalins. Chez les naïades peu aisés, vous 
conseillerez de faire dissou<]rc à chaud o grammes de bicar- 
bonate de soude dans un litre d*cau. Le malade prendra le 

m 

matin 150 grammes une première fois, une demi-heure 
après encore 150 grammes. L*après-midi vers les 4 heures, 
il absorbera les mêmes doses. Chez ceux qui sont plus for- 
lunés, vous prescrirez Veau de Vichy de la source Hauteriue : 
deux verres le matin et deux verres le soir suivant les 
mêmes règles. 

^alimentation ne comportera ni crudités, ni acides, ni 
graisses, beurre, ragoûts, sauces, etc. 

La constipation est souvent fréquente chez les ictériques. 
Contre elle, vous donner^'z les purgatifs salins à dose laxa- 
live. Je vous recommande surtout le sulfate de soude qui ost 
aussi un diurétique et dont vous ferez prendre 10 à i^l gr., 
à jeun, dans un peu d'eau de Sellz. 

Tel est le traitement que nous avons fait suivre à cette 
malade. Elle est entrée dans nos salles, le 2G avril. Elle a 

BULL. OB THiRAPEUTlQUB. — TOMB CXLV. — '.)• LIVB. 9* 



330 HÔPITAL DE LA PITIÉ. — LEÇONS DE THÉRAPEUTIQUE 

été mise aussitôt aa régime lacté absolu. Elle prenait en 
même temps le matin et le soir une pilule d^extrait de bella- 
done de gr. 01, chaque jour on lui administrait deux irri- 
gations froides. Six jours après, Turine ne renfermait plus 
trace de pigments biliaires; la malade avait faim, on lui 
donnait à manger. Aujourd'hui 7 mai, tous pouvez vous 
rendre compte des heureux résultats du traitement, car 
elle présente à peine une légère coloration des conjonc- 
tives et elle peut être considérée comme complètement 
guérie de son ictère. 

Elle va commencer aussitôt le traitement de l'hyper- 
sthénie gastrique. 

Avant chaque repas, elle prendra VI gouttes de la 
mixture suivante dans un peu d'eau : 

Ergotine Bonjean. . / 3 gr. 

Eau distillée 4 » 

Dissoudre, filtrer et mêler avec : 

Teinture de menispermum cocculus. . . ] 

— de veratrum viride f ,^ „ 

— de belladone ^^ ^ ^^' 

— thébaique ) 

Jlf. $. a. et filtrez. Donnez VI gouttes dans une cuillerée 
d'eau cinq minutes avant le repas. 

Après le déjeuner et le dîner, une des poudres suivantes 
délayée dans un peu d'eau : 

Lactose \ 

Magnésie calcince > ââ 4 gr. 

Bicarbonate de soude ) 

Craie préparée 6 » 

Mêler exactement et diviser en i'i paquets. 

Elle suivra en même temps le régime des hypersthé- 



TRAITEMENT DE LA PHTISIE PULMONAIRE . 331 

niques. Afin que vous puissiez constater les effets de cette 
médication, je vous montrerai notre malade à l'une des pro- 
chaines leçons. 

Leçon du 7 mai 1902. — M. Albert Robin a présenté de nouveau cette 
malade à la leçon du 21 mai, après quinze jours de traitement. Elle 
n'avait plus eu de vomissements, les douleurs stomacales avaient dispara : 
^le réclamait son ex$at. 



THÉRAPIUTIQUE lÉDICALE 



CMiIrlbutltfn ik l'éiade du trattement préventif et caralir de 
1a pbtislip pulaioraire par modiUeation du terrain de pré- 
disposition, 

par le D*" Joseph Tetau 

(de Geste, Maine-et-Loire). 

Après la découverte de Villemin mothrant que la tuber- 
culose était inoculable, et les recherches de Koch, couron- 
nées de succès, montrant sous Tobjectif du microscope le 
bacille qui créait la lésion, on était en droit d'espérer que 
le traitement d'une affection dont enfin on connaissait la 
cause serait bientôt découvert. 

Malheureusement il y a souvent loin de la coupe aux 
lèvres, et les travaux que Ton fit, les essais que Ton tenta 
pour détruire ce germe, n'eurent comme résultat que de 
faire enregistrer des déceptions. Les tuberculeux n'en con- 
tinuèrent pas moins à se multiplier, et les phtisiques à. 
mourir. 



9Si THÉRAPEUTIQUE MÉDICALE 

C'ost que le germe n'est pas toul dans la maladie, c'esl 
que, ■ pour que l'on devienne tuberculeux, il faut quelque 
« i-hitsf do plus que l'agent de la contagion auquel nous 
n »)iiinics tous plus ou moins exposés. Il Taut un terrain 
» favoraltle & la vie et û la multiplicalion du bacille de la 
> lulierculose (1)». 

Dans nos travaux antérieurs (2) nous avons prétendu que 
In tubercuiûs;^ était une maladie parasitaire plutôt que 
microbienne. C'est sur l'observalioD clinique, qui aura tou- 
jours le dernier mot, que nous nous appuyons pour justifier 
ncili'u manière de voir. 

Le mode de début n'est-il pas différent? Que de temps 
oHsI-on pas obligé d'attendre souvent avant de diagnos- 
tiquer uni; tuberculose commençante? Dans les maladies 
rnicrgljieones, après une période d'incubation variant de 
quelques heures à quelques semaines, se produit une 
rracliun fébrile intense qui persiste d'une façon cyclique 
jusqu'au déclic de la maladie. Dans la tuberculose à part 
les cas du granulie aiguë, cette réaction fébrile intense 
n'existe pus; c'est ici sournoisement que le mal évolue et se 
propage, et celle évohilion lente et chronique pour ainsi dire 
d'emblée, sera coupée de rémissions, de recrudescences, 
d'aciilmiiis pouvant aller jusqu'à simuler la guérison, de 
recliutes trop souvent à la moindre fatigue, au moindre 
ébranlement de la santé. Cet état persistera des mois, des 
années : c'est qu'ici le germe ne se développera qne snivaot 
[ti?. conditions variables du terrain. 



(1 \LtiLiirKi>BiN et Mtu 

iiliermloîe, I9M. 

\2 Meihoie de diagnosllc précoce du lerraia de prëdie position k la 
uiii'rrui'mc { iilmoaaii'e par l'i^tuile de la température mojeane de l'homme. 
hd'elin île la Société dt thirapeutiqae, n° 8, 1901. 



TRAITEMENT DE LA PHTISIE PULMONAIRE 333 

L'évolution est différente également, tandis que dans les 
maladies infectieuses, l'infection doit être considérée comme 
une intoxication spéciale par le poison spécifique d'une bac- 
térie pathogène trçublant Tactivité cellulaire par un empois 
sonnement du sang qui détruit les fonctions physiologiques 
indispensables à la vie; dans la tuberculose, le bacille par 
lui-même ou les poisons qu'il sécrète, a une action nécro- 
sante sur les tissus où il se développe. Cette action mise en 
relief par Straus et Gamaleïa (i) se manifeste dans l'orga- 
nisme par un amaigrissement continu et progressif, une 
sensibilité plus grande à une nouvelle inoculation, et des 
phénomènes de cachexie profonde dans laquelle meurt le 
sujet. 

Le mode de guérison n'est-il pas là encore pour justifier 
notre manière de voir? Dans les affections microbiennes 
l'organisme, dans la lutte, se débarrasse des poisons bacté- 
riens et les cellules sécrètent une antitoxine qui rend l'orga- 
nisme réfractaire au microbe et crée, dans l'économie, une 
immunité momentanée relative contre la même affection; 
dans la tuberculose, au contraire, la guérison s'obtient par 
crétifîcation du tubercule ou tout au moins par sa transfor- 
mation fibreuse. L'organisme se débarrasse du germe en 
l'isolant, en l'enkystant à la façon d'un corps étranger que 
l'on aurait introduit artificiellement dans l'économie. Si la 
guérison ne se produit pas, les tubercules se multiplient, se 
ramollissent, s'ulcèrent et suppurent, créant une production 
morbide qui tend à substituer ses propres phénomènes 
vitaux à ceux de l'organe qui en est atteint. 

Ces considérations peuvent paraître oiseuses et pourtant 
nous les avons crues nécessaires à faire avant d'aborder le 

% ■ ■ ■ ■ I ■ ■ i.i ■■ I- ■ ■ ■ ■■ ■■■ , ,— — , , ■ ■ ..■■■» 

(1) Gamaleïa. Poisons bactériens^ p. 146. Bibliothèque Charcot-Debove. 



334 THÉRAPEUTIQUE MÉDICALE 

traitement du terrain qui règle la marche de Taffection. 

La tuberculose guérit, c*est indiscutable^ nous avons tous 
vu des cas même jugés désespérés qui nous ont surpris en 
guérissant malgré notre pronostic fatal, malgré nous ou plu- 
tôt en dehors de nous et de nos efforts. 

Nos efforts depuis de longues années nous ont poussés à 
rechercher les conditions de ce terrain de prédisposition et 
nous ont amenés à nous rendre compte des anomalies bizarres 
que Ton observe dans la marche de celte maladie. 

Nous avons émis cette proposition : La prédisposition à la 
réceptivité ds la contagion tuberculeuse et la marche de la maladie 
sont en raison directe de V élévation de la température moyenne des 
individus^ caractérisant les échanges organiques. 

Ce qui nous a amené à conclure que si les gens à tempé- 
rature basse ou inférieure à ST"" avaient des tendances 
marquées vers Tarthritisme et les maladies par ralentisse- 
ment de la nutrition, et ce phénomène a été observé par 
Bouchard (i); ceux qui avaient des températures supé- 
rieures à 37° étaient prédisposés à la consomption. 

C'est que, suivant nous, la consomption existe comme 
entité morbide. Elle n'est pas due au bacille de la tubercu- 
lose : c'est une affection diathésique, maladie de la nutri- 
tion caractérisée par des réactions organiques, chimiques 
et vitales exagérées. C'est une névrose constilationnelle et 
héréditaire ou momentanément acquise à lasuilede maladies 
infectieuses, caractérisée par une augmentation dans les 
échanges respiratoires (Albert Robin), une déminéralisa- 
tion intense, et, enfin, cliniqixement par une élévation dans la 
température moyenne des individus qui en sont atteints^ ou du 



(1) Traité de Thérapeutique appliquée, de Albert Robin, fascicule 1, 
MtUadies de la nutrition^ p. 18. 



TRAITEMENT DE LA TBTISIE PULHOnAIRE 335 

moins par une (mdanee marqué* vers des températvrea phj/iio- 
logiquea élevées supérieure» à 37°. 

Ne confondoDs pas, en effet, la phtisie ou consomption 
avec la cachexie. Laissons à la première sa signification 
étymologique fOiut; de çOîvo^at, je me consume, je brûle, et 
ce phénomène existe toujours avec une élévation thermique, 
tandis que la cachexie de xaxiç mauvais, i^i^ habitude du 
corps, est ce mauvais élat général caractérisé par un amai- 
grissement lent, émaciation du corps, teinte jaune, épuise- 
ment survenant â la suite de maladies de longue durée. Ces 
deux phénomènes peuvent exister dans la maladie de poi- 
trine, mais le premier est toujours accompagné dès le début 
d'élévation de température, le second ne l'est pas ou ne l'est 
que tardivement, par snite d'associations microbiennes. Le 
premier est dû à un phénomène vital intrinsèque du sujet, le 
second est dû h l'action du microbe ou des poisons micro- 
biens, et est un phénomène de cause extrinsèque. Dans le 
premier cas, nous aurons de la phtisie on consomption avec 
tuberculose pulmonaire b marche rapide, dans le second, 
nous aurons de la tuberculose pulmonaire & évolution lente 
avec des phénomènes tardifs de cachexie. Voilà peut-être la 
raison qui explique la différence dans les échangea respira- 
toires constatée par Albert Robin et Maurice Binet, échanges 
respiratoires moins' actifs dans la phtisie fibreuse que dans 
la tuberculose pulmonaire aiguë. La distinction que nous 
faisons est capitale pour le pronostic à porter sur la marche 
de la maladie, et nous permet de rendre au terrain et au 
bacille ce qui revient à chacun. 

La consomption se manifeste dès le début par des phéno- 
mènes de fatigae, de lassitude, courbature, essonEQement, 
sueur BU moindre effort, besoin de s'asseoir, diminution 
dans l'appétit, amaigrissement, sensation de chaleur in- 



336 TUÉKAPEUTIQUE MÉDICALE 

terne. Les malades se disent atteints de fièvre minante : ils 
se trouvent bien au lit, ou couchés dans une chaise longue. 
Malgré cela, les facultés intellectuelles sont intactes, même 
plus actives ; enfin, au thermomètre on constate une éléva- 
tion de température dont la moyenne oscille entre 37® et 
3H° et d'autant plus élevée que le malade accuse des phéno- 
mènes plus intenses. Sitôt que la température s'abaisse, ces 
troubles morbides disparaissent comme par enchantement. 

Ces manifestations de suractivité nerveuse peuvent exister 
par hérédité, c^est-àdire par une prédisposition naturelle 
organique transmise par le père ou la mère, au moment 
même de la conception. Cette disposition peut être acquise 
à la suite de maladies infectieuses, fièvres typhoïde, rou- 
geole, coqueluche, scarlatine, influenza, à la suite de refroi- 
dissement brusque et prolongé et de tout ébranlement ner- 
veux profond. 

L'hérédité, nous la trouvons dans les familles dont les 
membres sont issus de tuberculeux. Il y a quelques mois, 
venaitnousconsulterunejeunefilledevingtet un ans, grasse, 
au teint florissant, ne toussant pas, mais se plaignant de 
maigrir, de fatiguer au travail, d'être essoufQée au moindre 
effort. Son père et sa mère étaient morts tuberculeux vers 
cinquante etcinquante-cinqans. Surhuit enfants,deux étaient 
morts en bas-âge, de méningite, trois autres étaient déjà 
morts entre dix-sept et vingt ans, de tuberculose pulmonaire 
à marche rapide. Elle venait de soigner et de perdre un 
frère, mort en cinq mois de la poitrine. Justement inquiète 
pour elle-même, elle venait nous demander conseil. Il était 
7 heures du matin, et, revue cinq jours de suite à la même 
heure, sa température se maintenait à 37''8. Ce n'était pas là 
une température matinale normale et nous l'avons consi- 
dérée comme prédisposée. Soumise au traitement dont nous 



TRAITEMENT DE LA PHTISIE PULMONAIRE 337 

nous occuperons bientôt, cette jeune fiîle revenait au bout 
d'un mois. Sa température n'était plus que de 36°8 et tous 
les phénomènes morbides avaient disparu. 

Une autre jeune fille de quinze ans ayant perdu sa mère 
à cinquante-quatre ans, de tuberculose pulmonaire, ainsi 
qu'une sœur de vingt ans, venait, il y a six mois, se plaindre 
à nous des différents symptômes que nous avons décrits 
comiiie phénomènes de consomption. Sa température 
moyenne était de 37^7 : il y avait essoufflement, courbature, 
amaigrissement, perte de Tappétit. C'était une prédisposée 
héréditaire; à l'auscultation, aucun signe pulmonaire, ni 
ganglions au cou, fonctions physiologiques normales. Sou- 
mise au traitement, sa température moyenne au bout de six 
semaines était tombée à 36°6 et la santé était revenue par- 
faite. La guérison se maintient depuis. 

Autrefois que nous nous bornions à constater cette élé- 
vation de température sans y voir un indice révélateur et 
sans trouver le moyen d'abaisser ces échanges organiques, 
nous pouvons dire que les 4/5 des gens qui présentaient ces 
phénomènes devenaient des tuberculeux pulmonaires à 
marche rapide dans un délai variant de six mois à deux ans. 
Or, depuis que nous les considérons comme des prédisposés 
et les soignons comme tels, les cas de tuberculose pulmo- 
naire, dans notre clientèle, ont diminué des 2/3. 

Nous devons donc, dans la lutte contre la tuberculose et 
surtout contre la phtisie pulmonaire, la plus grave, la plus 
terrible de toutes les tuberculoses, faire, d'une part, un 
diagnostic précoce du terrain de prédisposition et, d'autre 
part, instituer un traitement rationnel pour modifier ce ter- 
rain et le mettre dans les meilleures conditions pour résister 
ou échapper à une contamination bacillaire. 

Ce diagnostic, nous pourrons le faire à la campagne par 



338 THÉRAPEUTIQUE MÉDICALE 

Tétude de la température moyenne, et en soumettant de 
suite au traitement ces gens à température élevée, le succès 
couronnera nos efforts. 

Nous devons donc envisager le traitement de la maladie 
de poitrine sous deux points de vue différents : i" la phtisie 
ou consomption qui, la plupart du temps, précède Téclosion de 
la tuberculose se continue ensuite en même temps qu'elle 
en activant son évolution ; 2® la tuberculose elle-même comme 
affection parasitaire amenant plus tard la cachexie. 

Considérant la phtisie comme une névrose par suractivité 
du système nerveux, occasionnant, par suite d'une assimila- 
tion insuffisante et défectueuse, que Ton reconnaît aux 
troubles de Testomac et à la perte ou diminution de Tap- 
pétit, occasionnant, disons-nous, une déssassimilation trop 
active de Torganisme en le déminéralisant, nous diminue- 
rons cette suractivité par le repos immédiat, non pas dans 
un air confiné ni au lit, mais au grand air calme et tiède, 
avec peu de marches, pas de jeux, pas de travaux manuels 
ni intellectuels, en un mot par le repos le plus complet et le 
plus absolu; en même temps nous soumettrons ces malades, 
d'une part, à un régime alimentaire léger mais tonique, 
d'une digestion et assimilation facile, en insistant surtout 
sur ce que l'on appelle les aliments d'épargne : viandes 
crues, jaunes d'oeufs, vin, bière, café, huile de morue ou 
ses succédanées ; d'autre part, aux sédatifs nervins et les 
remèdes qui nous ont donné les plus grands résitltats sont 
les bromures de sodium et de camphre à dose continue 
jusqu'à abaissement de la température au-dessous de 37®, 
alternant de huit en huit jours avec l'arséniate ou le caco- 
dylate de soude, ces deux médicaments dont on a, avec tant 
de raison, vanté l'action favorable sur la nutrition. 

On arrivera de la sorte à diminuer rapidement les 



TRAITEMENT DE LA PHTISIE PULMONAIRE ^9 

échanges organiques, ce que prouve rabaissement rapide 
de la températiire tombant en un mois ou six semaines de 
1 degré environ. En même temps on luttera contre la démi- 
néralisation par remploi journalier du glycérophosphate de 
chaux. On veillera à ce que le malade prenne chaque jour, 
matin et soir, sa température et l'on sera heureusement sur- 
pris de voir l'amélioration se produire à'mesure que s'abais- 
sera la température. 

Contre la tuberculose on luttera par Thygiène du malade 
et de l'entourage, par de la révulsion sur les endroits des 
lésions, tout en facilitant les modifications de Tépilhélium 
pulmonaire par l'emploi de la terpine. 

Ce traitement qui, certes, n'a rien de nouveau par lui- 
même, mais qui est nouveau par la précocité de son emploi^ hase 
sur Vétude de la température^ amènera la guérison à la pre- 
mière période de la tuberculose pulmonaire dans la plus 
grande partie des cas, et, employé avant Téclosion du mal 
pulmonaire, donnera aux sujets même prédisposés hérédi- 
taires les plus grandes chances d'éviter toute contami- 
nation. 

L'écueil le plus grave pour le succès du traitement, c'est 
sa durée, l'apathie et la nonchalance des malades, le septi- 
cisme médical et la misère des gens. 

RÉSUMÉ SYNTHÉTIQUE DES OBSERVATIONS AVANT d'iNSTITUER 

UN TRAITEMENT PRÉCOCE 

Sur treize sujets de douze à vingt et un ans ayant pré- 
senté dès phénomènes de perte d*appétit, amaigrissement, 
faiblesse, anémie, courbature, essoufidement, etc., avec ou 
sans antécédents héréditaires accompagnés d'une tempéra- 
ture moyenne supérieure à 37° presque coutumière, douze 



340 TUÈRAPECTIQUE MÉDICALE 

lont devenus des tuberculeux pulmonaires dans un délai de 
Mix mois à deux ans, trois ont guéri à peu près seuls sans 
présenter autre chose qu*une diminution dans leur tempé- 
rature descendue au-dessous 32*. 

Depuis UD diagnostic précoce suivi du traitement. 

Sur treize sujets de dix à vingt-quacre ans ayant présenté 
les mêmes phénomènes ci-dessus avec élévation thermique, 
douze ont guéri, un est tombé tuberculeux par une rechute 
non soignée survenue après une première amélioration de 
trois mois. 

Dans les deux séries précédentes au moment des pre- 
miers troubles de la santé, il n*existait aucun signe apparent 
permettant de dépister une contamination bacillaire. 

EFFET DU TRAITEMENT CHEZ LES TUBERCULEUX 

1** Tuberculeux consomptifs (température élevée persis- 
tante) au premier degré : sur cinq cas, quatre guérisons 
apparentes coïncidant avec un abaissement persistant de 
la température, un ayant continué son évolution et mort en 
six mois malgré le traitement, misère pécuniaire ne permet- 
tant pas une alimentation suffisante suivie et complète, 
tuberculeux au deuxième et troisième degré : pas de gué- 
rison, mais ralentissement dans la marche de la maladie. 

2** Tuberculeux non consomptifs sans élévation de tempé- 
rature : au premier degré trois cas, trois guérisons appa- 
rentes maintenues depuis dix-huit mois; au deuxième degré 
et troisième degré, deux améliorations avec état stationnaire 
des lésions depuis trois ans, deux ralentissements dans 
révolution de la maladie pouvant encore guérir par locali- 
sation persistante du mal : trois cas ayant continué à évo- 
luer et terminés par de la cachexie : ici encore nous relrou- 






TRAITEMENT DE LA PHTISIE PULMONAIRE 341 

vons le manque du nécessaire pour l'alimentation et le 
Iraitement médicamenteux et le découragement du malade. 

En résumé, c*est donc surtout au début que les effets du 
Iraitement sont caractéristiques. 

Nous espérons par ce travail démontrer cet axiome : La 
prédisposition à la réceptivité de la contagion tuberculeuse et la 
marche de la maladie sont en raison directe de V élévation de la tem- 
ph'ature moyeime des individus caractérisant les échanges orga- 
niques. 

Tout individu dont la température moyenne est supérieure 
à 37° est un prédisposé à la consomption de la tuberculose 
pulmonaire. 

H y a lieu de distinguer la consomption de la cachexie 
tuberculeuse, l'une étant de cause intrinsèque, l'autre de 
cause extrinsèque. 

Il est possible d'abaisser cette température en diminuant 
les réactions organiques par le repos, la suralimentation, 
les bromures de sodium et de camphre et les arsenicaux, et 
luttant contre la déminéralisation par le glycérophosphate 
de chaux. 

Le traitement rationnel de la phtisie pulmonaire par 
modification du terrain aura donc pour but de créer artifi- 
ciellement un tempérament arthritique présentant la plus 
grande résistance à l'invasion tuberculeuse. 

Ce traitement doit être institué sitôt le diagnostic précoce 
du terrain de prédisposition fait et reconnu par l'étude de 
la température moyenne (i). 



(1) Depuis ce travail nous avons perfectionné la méthode en indiquant 
le moyen de mesurer exactement Tintensité des combustions organiques. 
Voir Prophylaxie de la tuberculose^^ diatliese consomptive, par le 
D'" Tétau, chez Germain et Grassin, éditeurs, rue Saint-Laud, Anijors. 



BIBUOGRAPHIE 



BIBLIOKRtPIIE 



Bibliographie méthodique des lim-ei de médecine, chirurgie, pkarmaeit. 

sciences, 1830-1902. comprenant les ouvrages nouveaux parus & 

Pour recevoir cette bibliographie graluitemenl et franco, il Buflil d'en 
aire Is demandu à la librairie Maloine, 23-35, rue de l'Ëcole-de- 
Médecine, Paris. 

Les Uédicatians thyroïdiennes, par le D' Gautier (de CliaroIlBB). Préface 

du professeur FRANnais-FBA^CK. 1 vol. et. in-8 de 321 pages : 5 Trancr. 

(Librairie J.-B. Baillière et fils, 19, rue Hautefeuille, à Paris.) 

L'opolhérapie moderne, fondée sur des bases ftdenliQ(|ues, a réellement 

pris ùaissance le jour où Browo-Séquard Bl connaître la lliéorie des 

sécrétions internes et l'appliqua k l'opothérapie génitale. Le D' Eloj l'a 

axpos^ll ; a quelques années daos son livre sur U < Méthode de Brown- 

Séquard » (I vol. in-16, 3 fr. 50). 

A l'heure actuelle, la médication thyroïdienne peut être considérée 
conime une des conquêtes les plus curieuses et les plus incontestées de la 
thérapeutique moderne, dans les maladies où la oulritïon est compro- 
mise par rinsulTiEance ou la vicialion do la sécrétion du corps Ihjro'ide ; 
loin de disparaître comme tant d'autres après un enthousiasme éphémère, 
elle restera et grandira, parce qu'elle repose sur des bases physiologique* 
'que le temps ne fera qu'alTennir. 

Ces base», le W G. Gauthier (de Charotles) les développe dans la pse- 
mière partie de son livre, mettant ainsi entre les mains du lucteur les 
documents physiologiques, chimiques et pharmaceutiques indispensables 
pour apprécier sa connaissance de cause les efbts de la médication. 

La deuiièmc partie, divisée en thyroldothérapie directe, indirecte et 
empirique, montre les merveilleux eiïets de la médication thyroïdienne 
dans le myxœdéme et le goitre, puis dans les affections du système osseux 
(arrêts de croissance, acromé<atia, fracture, etc.), du système génital 
[mélrorragies, chlorose, impuissance), du système nerveuii (aliénation 
mentale, paralysie, chorée, etc.). enfin dan» l'obésité, le diabète et le 
ralentissement de la nutrition. Le D'-Gautbier termine par l'eiposé des 
essais faits dans le traitement de4 dermatoses, de l'aslhme, des affections 
du foie et des reins, enfin dans les affections tuberculeuses et cancéreuses. 



BIBLIOGRAPHIE 343 

Géologie générale^ par Stanislas Meunier, professeur au Muséum d'his- 
toire naturelle, 1 vol. ia-8** de la Bibliothèque scientifique internationale, 
avec 42 gravures dans le texte cartonné à l'anglaise, 6 francs (Félix 
Alcan, éditeur). 

Cet ouvrage vient s'ajouter à la Géologie comparée et à la Géologie 
expérimentale antérieurement publiés par M. le Professeur Stanislas Meu- 
nier dans la Bibliothèque scientifique internationale pour constituer un 
ensemble résumant les points de vue principaux sous lesquels il convient 
de considérer la science de la terre. Il est le résultat d^un grand nombre 
d'années d'études et d'observations personnelles. 

L'auteur débute par un exposé de 1 évolution des idées en géologie géné- 
rale pendant le xix" siècle et passe en revue les théories de Ciivier, de 
Lyell, de Aristant Prévost et de leurs écoles, pour .-iboutir à l'activisme 
qui constitue à l'heure actuelle le dernier stade de cette évolution. Pour 
justifier cette doctrine qu'il a faite sienne, il étudie les principaux phéno- 
mènes actuels en essayant de retrouver pour chacun d'eux la cause pro- 
chaine d'où il dérive. Il recherche ensuite dans les dépôts des époques 
antérieures à la nôtre des témoignages analogues à ceux qu'il a ainsi 
interprétés, puis il examine si toutes les actions actuelles se sont fait 
sentir alors et si, à leur influence, ne s'est pas ajoutée celles des causes 
qui n'agirait plus maintenant. 

Il établit ainsi, pour ainsi dire, la physiologie tellurique de Tépoque 
actuelle et la physiologie comparée des époques précédentes, et fait enfin 
ressortir entre les unes et les autres les points communs et les contrastes 
dont se dégage, comme d'elle-même, toute la philosophie de la géologie. 

Anmiaire des eaux minérales. Stations climatiques et sanatoriums de la 
France et de l'Etranger. Edition 1902, publiée sous la direction du 
D' G. MoRicE, rédacteur en chef de la Gazette des Eaux. 

Ce volume (44* année) a été complètement remanié. Après la refonte 
des matières anciennes et le rejet r'e quelques-unes d'entre elles, c'est 
l'apport de matériaux nouveaux qui caractère la 44* édition. Entre autres, 
la « législation des Eaux minérales en France et à l'Etranger » constitue 
un chapitre nouveau, mib au point et dégagé de toute l'austérité docu- 
mentaire. Bref, V.Annuaire comprend : 

1° Une étude très complète et très documentée sur la Législation des 
Eaux minérales en France, aux. Colonies et à l'Etranger; — 2* Les ren- 
seignements généraux sur le service et le fonctionnement administratif 
des Eaux minérales au Ministère de l'Intérieur, à Paris. — 3° La liste du 
personnel chargé de ce service; celle des membres du Comité consultatif 
d'hygiène, de la Commission des e^ux minérales à l'Académie de méde- 
cine, etc.; — 4° La liste des hôpitaux thermaux militaires; — 5® Les 
listes des médecins des stations hydromînérales et climatiques de la 
France (listes par stations et liste d'ensemble par ordre alphabétique) ; — 
6" La liste des membres de la Société d'hydrologie médicale de Paris et 
du Syndicat général des médecins des stations balnéaires et sanitaires de 
la France; 7^ Quelques indications sommaires sur Tœuvre des Voyages 



«.. -w. 



B]BLioi;i(APiiib: 

.^ .1. i:>ui mi ni: rai Pi : — S« La nnmciictature géoérali- 
,,.j,.uvr»loit lie In fronce et dus colonies Trançaises: — 
A »..>. iinniipslns inilicnlidns lh«rapeutic|ue4 : — 10° La 

,^ _ is i:tiiiiatir|iics el tianltorlums ilr la Krance et il>'» 

^,T — (1* La lislF des lianatoriumn populaires el d» 
'^^v-i ii" La lislc dea pi-inoipaux établisse menu li)dri<- 
• V'tR-' et lies ilépartemoDls. — Voilà pour la partie Traii- 



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la Gazelle des Eaui, 



. S'f 

^^^•1 <(« technique cliL-wgicale des opérations courantes, far G. Ma- 

,vk\, professeur agréjjâ à la Facullû da médecine do Paris, chirurgien 
h., biVitaux 1 vol. in-B° de .^il page^i. avec 4tS li|;ures, 7 apures. 

V^loiae, éditeur. 

)*!> iiiuauel s'adresse, coiiiniE le di( l'auteur dans su préface, aux étu- 
..lUt:' et aux pralicieus. Malijré la lastriclioti qu'il croit devoir faire, Lien 
jM chirurgiens y pourront égaleiiiienl trouver leur proQt. 

L'autour nous indique Id but qu'il s'est proposé : mellre les praticiens 
t, iii^me de mener ïbien des inlervoulioDS qu'ils abandonnaient à d'autres, 
faute d'en connaître la technique. Ci» opéralions que fauteur estime pou- 
vuu' c^tre pratiquées par les uiédecinii sont : t* les opérations faciles, non 
dangereuses A la portée de tous; 2* certaines opérations d'urgente: 
ï" quelques op,--ationB Irès bien réglées. 

Puiir chacuQcid'elles. un seul procédé, le procédé de choix, est expose, 
aveu olarlé, méthode et simplicité; prérédant la description do l'interven- 
tion proprement dite se trouve un résumé de ses indioations, l'énumêrn- 
llon des inelriimenls néoei'saires el, s'il y a lieu, le mode d'ancsthé^c el 
les notions anatomiques indispensables à l'exécution de l'ojiération. Chacun 
des temps ojiératolrcs est ensuite minutieiisemeut décrit avec ligures a 
l'appui. 

Mentionuona le nombre de ces ligures qui toules ont été dessinées par 
l'auteur; c'est dire « qu'elles repi't-se nient ce qu'il a voulu qu'on j vit o 
Elles sont simples, dëgagt^es de toute orneinenlation inutile el parlii sin- 
gulièrement ilairos, co qui est le principal. 

En résumé, ca livre semlde a[i|ielé n rendre les [dus signalés service* 
il ceui au\iiiiela il s'adresse. Tout différent -.'es trailés de médecine opéra- 
toire Hassiqilc, el des traïtèî de tcfhuiijue chirurgicale que leur inipoi^ 



BIBLIOGRAPHIE 345 

tance semble réserver aux chirurgiens, ce manqel vient répondre ù un 
besoin qui se faisait sentir depuis longtemps. 

La gymnastique de chambre sans appareils, avec 32 figures explicatives, 
par le D' de Frumerie^ de la Faculté de médecine de Paris, ancien 
externe des hôpitaux, professeur de massage aux Ecoles d'infirmiers et 
d'infirmières des hôpitaux, 1 vol. in-18, 2 francs. Maloine, éditeur. 

La gymnastique de chambre du D"* de Frumerie se compose de mouve- 
ments libres actifs de la gymnastique suédoise d'après le système de Ling 
et de ses élèves. • 

Le but de l'auteur est de vulgariser quelques mouvements raisonnes du 
domaine de la gymnastique. 

Ainsi qu'il le dit dans sa préface, l'essentiel dans la gymnastique de 
chambre, c'est bien moins le nombre des mouvements que leur sélection et 
précision dans leur exécution. En s'assujettissant à ces deux conditions 
exposées clairement dans le livre du D' de Frumerie on obtiendra toujours 
un bon résultat. 

Vade-mecum des maladies médico-chirurgicales du tube digestif à 
l'usage des médecins- praticiens, par le D"" Henri Fischer, 1 vol. in-18 
«•artonné, 4 francs. Maloine, éditeur. 

Ce livre, écrit dans un style clair et concis, traite des diverses affections 
du tube digestif que le médecin rencontre dans sa pratique courante. Les 
symptômft, sont décrits avec un soin minutieux ainsi que le diagnostic 
différeniiel qui conduit au diagnostic positif. Le traitement comprend 
d'abord tout ce que la Médecine proprement dite peut et doit faire, puis 
lorsqu'elle est ou devient impuissante à guérir, ce que l'on est en droit 
d'attendre de la Chirurgie. 

Le D*" Henri Fischer, en chirurgien expérimenté et véritablement pra- 
tique qu'il est, n'a pas, ainsi qu'il le dit lui-même dans son introduction, 
voulu faire une œuvre de pure érudition, c'est-à-dire de banale compila- 
tion où les renseignements vraiment primordiaux sont noyés dans un fatras 
d'indications aussi diverses et décevantes que parfaitement inutiles et 
nuisibles même pour le praticien. Son but tout pratique est d'être utile au 
lecteur. 

Nous conclurons en souhaitant à ce Vade-mecum des maladies médico- 
chirurgicales du tube digestif tout le succès qu'il mérite et qu'il aura, car 
il répond à un réel besoin. 



346 REVUE OBS THÈSES 

REVUE DES THÈSES 

par M»" DuRDAN -Laborie 



Las complicatioiu mastoldiennet et intracraniennet des otitai 

moyennes sapparées chroniques. M. Barbarin {Thèse de Paris, 

1902, n* 152). 

Ces complications s'observent plus souvent dans les otites 
moyennes chroniques que dans les otites aiguës. 

Le diagnostic des lésions mastoïdiennes est ordinairement 
facile, il n'en est pas de même des lésions intracraniennes, 
9 fois sur iO, il n'existera que des signes de compression ou d'ir- 
ritation cérébrale insuiDsants pour localiser Taffection. 

L'opération radicale de Zaufal est la méthode de choix. Cette 
opération agit non seulement eu amenant la guérison d'une 
lésion locale très ancienne, mais en modifiant heureusement 
l'état général. 

Le traitement des complications intracrauiennes, à mesure 
qu'il devient moins timide, est plus efficace ; il faudra donc l'em- 
ployer rapidement, même dans les cas désespérés et où Tinter- 
vention amène quelque/ois une véritable résurrection . 

Du massage en gjrnécologie. Mlle Berlatzki {Thèse de Paris, 1902, 

n» 153). 

Parmi les nombreux moyens auxquels ont recours les méde- 
cins dans le traitement des maladies des femmes, le massage 
gynécologique par la méthode de Thuer Braud pure ou par la 
méthode locale, a pris une place considérable. 

Ce traitement épargne à la femme des souffrances pénibles 
avec leur cortège de symptômes réflexes, et quelquefois dans la 
suite une intervention opératoire. 

Le massage digital local est indiqué dans les affections sui- 
vantes : 



REVUE DES THÈSES 347 

Aanexites (salpingite catarrhale et parenchymateuse, puis ova - 
rite chronique); 

Paramétrite, périmétrite, métrite, déviations utérines avec ou 
sans abaissement de Tutérus . 

La durée des séances est de dix à quinze minutes; leur nombre 
est très variable, il est en raison directe de la chronicité et de 
rétendue des lésions . 

Le plus souvent ce sont les troubles fonctionnels qui s*amé- 
liorent le plus rapidement, alors que les lésions locales dispa- 
raissent moins vite. Le massage doit être pratiqué au moins 
pendant deux mois. 

Le traitement est inoffensif, et dans le cas où il resterait inef- 
ficace, on pourra toujours recourir à des traiiements plus radi- 
caux. 

Contribution à Fétude de la sérothérapie antidiphtérique. 

M. FoURNiOLS {Thèse de Farts, 1902, n» 133). 

V L'efficacité de la sérothérapie dans la diphtérie ne peut plus 
être mise en doute. On peut cependant discuter sur la façon 
d'employer ce médicament merveilleux. 

L'étude des faits, depuis quelques années, montre que la diphté- 
rie devient plus meurtrière et plus maligne. 

Cette même étude montre que les résultats obtenus sont bien 
meilleurs, bien supérieurs et plus constants, si on fait usage de 
doses plus élevées, même dans la diphtérie d'apparence légère. 

Les doses massives, d'emblée, sans attendre le résultat bacté- 
riologique, s'imposent. L'âge de l'enfant est secondaire, se baser 
sur les stigmates de l'intoxication . 

Ces doses seront de 60, 80 et même 100 ce. 

Contribution à l'étude des Tances des régions sus et pré- 
pubiennes pendant la grossesse. M. Legros {Thèse de Paris, 
1902, n« 131). 

Au nombre des états morbides développés pendant la gros- 



348 REVUE DKS THÈSES 

sesse, un des plus fréquents est sans contredit la dilatation des 
veines. 

Ces varices atteignent plus particulièrement la région sus- 
pubienne et les organes génitaux. Elles apparaissent à toutes les 
époques de la grossesse; ordinairement elles sont peu dévelop- 
pées, mais elles sont susceptibles d'atteindre parfois un volume 
considérable. 

On ne peut tirer de leur présence aucune conclusion favorable 
à l'existence d*une grossesse gémellaire, d'une présentation 
vicieuse, ou d'une viciation du bassin. 

Par contre leur disparition au cours d'une grossesse pourrait 
faire croire à la mort du fœtus. Bien développées, elles pourraient 
témoigner d'une dilatation anormale des veines du ligament rond 
et du plexus utéro-ovarien. Leur volume exagéré augmenterait 
peut-être les difiicultés et les dangers de la symphyséotomie. 

Traitement des olcères variqueux par rincision circonférentielle 
de jambe (méthode de Moreschi et ses modifications). 

M. Durand (Thèse de Paris, 1902, n» 140). 

Si « la cure radicale des varices est une utopie, car on ne peut 
refaire les veines d'un membre », celle de l'ulcère variqueux 
demeure, à juste titre, un idéal thérapeutique. Les efforts de la 
chirurgie dans cette voie ont été réellement bienfaisants. 

On sait que l'ulcère variqueux est la conséquence d'un trouble 
trophique dépendant des systèmes nerveux et circulatoires; il est 
donc rationnel de s'adresser à l'un et à l'autre de ces deux svs- 
tèmes. 

L'incision circonférentielle de jambe, faite suivant la méthode 
de Moreschi ou suivant la modiGcation de Mariani, surtout 
lorsqu'elle est haut située (jarretière), modifle les conditions de 
circulation et d'innervation de tout le segment de membre sous- 
jacent, par conséquent influe sur la totalité des lésions. 

On transforme, comme le fait la seule résection de la saphène 
interne, des varices à grande tension, en varices à faible tension. 

On réalise une névrotomie des filets nerveux se rendant à 



Revue des THESES 349 

Tulcère, ce qui donne satisfaction à la théorie nerveuse et sup- 
prime la douleur. 

Des faits en plus grand nombre sont nécessaires pour juger 
définitivement cette sorte d'intervention et pour se prononcer en 
faveur de tel procédé en particulier ou de l'association de plu- 
sieurs d'entre eux, selon les indications qu ils nous apprendront 
à connaître. 

Contribation à Tétude des gangrènes cutanées d'origine hysté- 
rique. M. LeGall (Thèse de Paris, 1902, n» 138). 

On se trouve assez souvent en présence d'eschares sacrées 
survenues chez des individus atteints de paralysies hystériques, 
mais ces dernières s'expliquent par un décubitus prolongé. . 

On a également observé l'affection de Raynaud chez des hys- 
tériques, mais dans ce cas les lésions gangreneuses sont très 
limitées et très superficielles, ce qui n'a pas lieu dans la gangrène 
cutanée d'origine hystérique. 

Quant aux observations de gangrène de la peau à foyers 
multiples, se montrant spontanément sans aucun mauvais état 
général, elles sont peu nombreuses dans la littérature médicale. 

Le traumatisme initial et le grattage ne sont pas nécessaires 
pour expliquer l'apparition de la gangrène ; un choc moral parait 
pouvoir jouer le même rôle qu'un traumatisme réel. 

Le traitement psychique paraît être le plus rationnel de la gan- 
grène cutanée d'origine hystérique. 

L'anémie des noarrissons dyspeptiques. M. Rougier {Thèse de 
Paris, 1901, n« 103). 

Il existe chez le nourrisson une anémie très fréquente dont 
Tétiologie diffère de celle des variétés d'anémie qu'on rencontre 
le plus souvent chez l'adulte. 

Si un nourrisson est mal nourri, s'il digère mal, s'il est dyspep- 
tique, l'anémie est, pour ainsi dire, fatale. Celle-ci est beaucoup 
plus fréquente que celles de la tuberculose, de la syphilis, du 
paludisme, de la lymphadénie. 




-^\. 



350 RETUE DES THÈSES 

La forme de dyspepsie qui raccompagne est surtout l'atonie 
gastrique par dilatation . 

La prophylaxie est tout entière dans un bon allaitement, l'en- 
fant doit être nourri au sein par une bonne nourrice pendant un 
temps suffisant. 

L'allaitement artificiel n'est qu'un pi s- aller. Ne donner aucun 
aliment solide avant le dixième mois ; le sevrage doit être tardif 
et gradué. La thérapeutique. sera surtout hygiénique, elle com- 
portera : 

La réduction du nombre des repas à quatre par 24 heures ; 
quantité de lait un demi-litre par jour. 

Le choix des aliments qui seront tendres, riches en principes 
assimilables et présentés sous un petit volume. 

La prescription des médicaments destinés à réveiller Tactivité 
gastrique et à maintenir libres les voies digestives. L'adminis- 
tration du protoxalate de fer à la dose d'un centigramme par 
année d'âge. 

• 

Contcibatioii à rétnde et aa traitement de Tongle incarné. 

M. Aymé {Thèse de Paris, 1901, n»89). 

Certains auteurs prétendent à tort que Fongle incarné ne pré- 
sente aucune gravité; sans doute cette affection ne peut compro- 
mettre la vie, mais la santé se trouve souvent altérée ; les 
patients souffrent physiquement et moralement assez pour voir 
leur état général s'affaiblir. 

On peut empêcher par des soins hygiéniques du pied la produc- 
tion de l'ongle incarné. Le traitement médical ne donne que 
très rarement un résultat favorable et encore n'est-il pas perma- 
nent. 

Le seul traitement logique et curatif consiste dans l'ablation 
complète de l'ongle, suivie d'une incision complète des parties 
dermiques péri et rétro-unguéales. 



COURS BE TACANCES 351 



ROBVELLES 



COURS UE VACAJVCESL — (S« série.) 

De lundi 6 au samedi 18 avril, des cours et démonstrations 
pratiques dont la liste suit se feront à l'Hôtel des Sociétés Sa- 
vantes, rue Serpente, et dans différents hôpitaux. 

l» A r Hôtel des Sociétés Savantes, rut Serpente. 

Gynécologie D' Arrou. 

Bactériologie ly Macaigçte.. 

Ophtalmologie D' Terson. 

Oto-rhino-laryngologie D' Laurens. 

Thérapeutique dermatologique et syphi- 
ligraphique D»* Leredde 

Massage D»* Marchais. 

Maladies des voies urinaires D»" Noguès. 

Électrothérapie D»* Zimraern . 

Maladies mentales D' A. Marie. 

Art de formuler D' Joanin. 

2® Dans différents hôpitaux. 

Chirurgie pratique D»" Souligoux (Lariboisière) . 

Maladies du cuir chevelu D' Sabouraud (Saint-Louis). 

Maladies de l'estomac D*" Soupault (Bichat). 

Auscultation et percussion du cœur 

et des poumons D»" Caussade (Tenon). ' 

Le droit d'inscription pour chaque cours (qui comprendra en 
moyenne neuf leçons) est fixé à 20 francs, payables en s'inscri- 
vant. 

Les programmes détaillés seront envoyés sur demande. 

Pour les inscriptions et tous renseignements, s'adresser : au 
D^ Marchais, 10, rue Labruyère, Paris, IX«. 



352 FORMULAIRE 



FOIIUUIRE 



Pommade de Reclus. 

lodoforme pulvérise» 1 gr. 

Salol 2 i» 

Acide borique pulvérisé 

Antipyrine pulvérisé 

Vaseline pure 40 » 



A A 



aa o » 



Cette pommade est à la fois antiseptique, antiputride et anal- 
gésique^ Elle convient au pansement de toutes les plaies et par- 
ticulièrement de celles qui suppurent ou sont d'une asepsie dou- 
teuse (Bull, des Soc, phmTn,), 

La chrysarobine contre les hémorroïdes (Rounne). 

Chrysarobine 0,075 

lodoforme 0,002 

Extrait de belladone 0,001 

Beurre de cacao 2,0 

Pour un suppositoire. Deux ou trois par jour. 

Chrysarobine 1,5 

lodoforme 0,5 

Extrait de belladone 1 ,0 

Vaseline 20,0 

Pour un onguent. 



Le Gérant : 0. DOIN 



Imp. r. Levé, 17, rue Cassette. — Paris-6* 



BULLETIN 353 



BULLETIN 



Les médeoins en Egypte. — La population en Franco. — Le 
foot-ball et les accidents. ~ Les épanchements pléaratxx 
et le cyto-diag^nostlo.' — L'homme le plus âgé du monde. 
— Kétat sanitaire de Cuba. — Prochain congrès de méde- 
cine sociale à Vienne. — Diminution des lécithines dans 
les laits chauffés; 

A roccasion du récent Congrès médical du Caire, il n'est pas 
sans intérêt de connaître l'importance qu'a le corps médical 
égyptien. D'après la Lancet de Londres, il y aurait actuellement 
en Egypte 1.211 médecins de diiférentes nationalités, dont 604 
sont européens, 85 sont diplômés d'une université persane ou 
turque de Téhéran ou de Constantinople, 45 sont des Egyptiens 
diplômés d'une université européenne, et les 477 non Européens 
qui restent, ont reçu leur éducation médicale au Caire où se 
trouve la seule école de médecine qui existe dans toute TÉgypte. 
Le nombre des médecins grecs a une tendance à augmenter con- 
tinuellement en ce pays. 

o 

e o 

Nous continuerons, dit le Journal desDébatSjk être le peuple de 
l'Europe et probablement du monde qui a le moins d'enfants. Le 
nombre des enfants' naturels reste quasi strictement identique 
chez nous depuis quarante ans, à savoir aux environs de 75.000 
(74.693 en 1901).' Par contre, le nombre d'enfants légitimes par 
ménage continue à faiblir : même dans Tannée 1901, il marque 
une réduction, si Ton tient compte du chiffre accru des mariages 

BULL. DS THÉRAPEUTIQUE. — TOME CXLV. — 10» LIVR. 10 



^SA BULLETIN 

en 1899, 1900 et 1901 même, la plus grande partie, il est vrai, des 
mariages de cette dernière année ne pouvaient avoir eu d'effet 
qu*à partir de 1902. 

Le seul trait vraiment satisfaisant du mouvement de la popula- 
tion en 1901, c'est la diminution sensible du chiffre des décès : il 
ne s'élève dans cette année qu'à 784.876, contre 853.285 l'année 
précédente, soit une diminution de 78.500 décès en chiffres ronds. 
La moyenne des décès dans toute la période de 1891-1900 était 
de 829.039, de sorte que, relativement à cette moyenne déca- 
daire, la réduction a été de 44*000. 

o o 

Le jeu ne serait-il qu'un massacre déguisé? X)stte réflexion edt 
de mise en présence des accidents mortels que provoque le foot- 
bail aux Etats-Unis. Rien d^étonnant à ce qu'une campagne ait 
été entreprise contre ce sport. Malgré les appareils de protection 
en usage tels que jambières, casques, cuirasses de cuir du nréme 
d*acier 17 jeunes gens auraient été tués depuis trois mois, 
40 estropiés pour toute leur vie et 300 blessés grièvement. 

o 

m o 

Le cyto-diagnostic des épanchements pleuraux donne des 
renseignements que M. Pitres (de Bordeaux] résume comme il 
suit : 

Une pleurésie aseptique de nature mécanique est caractérisée 
par la prédominance dans le liquide extrait de la plèvre de cel- 
lules endothéliales isolées ou en placards. L'apparition de mono- 
nucléaires ou de polynucléaires doit faire songer à une complica- 
tion pulmonaire, infarctus, embolie, conge&don. 

La polynùcléose d'un liquide pleurétique indique la nature 
infectieuse de la pleurésie. La présence de cellules endothéliales 
indique le début de Tépanchement ; celle des lymphocytes, l'évo- 
lution vers la guérison; l'augmentation des polynucléaires, la 
tendajiceà la suppuration. 



La coxMstatation dans un liqmâe ?]»l6u.f^ d'^éi»eRts ccfllv^lsares, 
rares, -vieâlis^t déformés, indique «rae ;plenT04fctfbercuIose secon- 
daire. La constatation d%ne %iBph«c^ose frure doit tonjoixss 
faire penser àunepleuro-titberctflwse "çriinil^ve» 

L'homme ^ plus âgé de la terre était, d'après le Petrt Bku, 
Elijah Bledsoz, mort le il novenibre dentier à Harrodsburg da&s 
Je Kentuchy. Il prétendait^étre %é de ceift -treriïte-trois atrs, cft per- 
sonne ne inettait sa parc^ en doiâpe. 'Jusque ces derniers tenajps 
il gagnait sa ^vie en Tabriiç[Bimt*6t en irendant des nattes et paillas- 
sons, mais, devenu à la Un trop ^faMe <p9ur travailler, il iàssL 
demander -aisile dan« un 'ko9pîee,t)«i>il'<mouFat. 






On peni dire que les Amôcicaijtis.imt.fait de-.Guha une ile sainte, 
de malsaine qu'elle était auparavant, lies conditions sanitaires 
semblent se mfdntenir iprâoe ;à d^e^aor dénué à l'hygiène j>endant 
la période d'occupation nûlitaiDe. Si àhn ^slen rapporte >à une 
correspondance du major .Gorgas, âutse d!ois membre du car|irs 
médical .américain «de la contrée, o» 'y jodâcatt d'un excellent état 
de santé, qu^ancun.casde fiè:»re jaune ji'jest wenu m^odifier,, depdbs 
onze mois, alors qu'on sait çue celte affîBtcEltQn tétait endémique ta 
la Havane. 



o 

o « 



En A'Utnclie, comme en beaucoup d!autfes ^pays, dit la iSféiâe- 
cine orimMe^ tes conditions -faîtes rau corps médical par les non- 
velles lois sociales rendent la situation des praticiens d^ficfle 
dans la lutte pour la vie, car c'est presque toujours au détriment 
des médecins que les législateurs entendent faire profiter le public 
des avantages de la médecine. Tour protester énergiquement 
contre cet état de choses, l'Association des médecins de Vienne 



356 BULLETIN 

a décidé de convoquer au printemps prochain un Congrès de 
médecine sociale auquel prendront part les délégués de toutes les 
Sociétés médicales d*Autriche, et qui doit être le point de départ 
d'une sorte de Fédération des médecins autrichiens. 

o 

o o 

On sait que le lait stérilisé a été incriminé pour expliquer le 
plus grand nombre de cas de maladies de Barlow observés chez 
les jeunes enfants en ces dernières années. Sans vouloir prendre 
parti dans le débat, il est certain que le chaufiTage du lait entraîne 
la diminution des lécithines que cet aliment contient normale- 
ment. C'est ce qui résulte des recherches de MM. Bordas et S. de 
Raczkowski et de leur récente communication à Y Académie de^ 
sciences. Ces auteurs ont constaté que le chauffage du lait pen- 
dant trente minutes à OS® à feu nu produit une diminution de 
28 p. 400 de la licithine. Si, au lieu de chauffer à feu nu, on élève 
ia température au moyen d'un bain-marie, la perte observée 
n'est plus que de 42 p. 400. Enfin si on chauffe le lait à 405-4 10«> 
dans un autoclave, on obtient une diminution sensiblement plus 
élevée, que par le chauffage à 95® à feu nu, perte notable puis- 
qu'elle atteint 30 p. 100 de la totalité de la licithine. On voit 
donc, concluent MM. Bordas et S. de Raczkowski, qu'il sera tou- 
jours préférable, lorsqu'il s'agira de pasteuriser le lait, de faire 
cette opération en chauffant au bain-marie, mais que néanmoins 
le lait ainsi chauffé perdra environ 42 p. 400 de sa licithine. La 
décomposition d'une partie de la licithine dans les laits stérilisés 
à 403-140° permet de comprendre, dans une certaine mesure, le 
mécanisme des troubles digestifs qui ont été signalés chez cer- 
tains nouveau-nés soumis au régime exclusif d'un aliment ainsi 
appauvri. 



DE LA DOCCUE ÉCOSSAISIi: SULFUREUSE 3S7 



HTDROLOCIE 



■ 

De la donche écossaise salfarense dans le traiteiuent 
de la tnbercolose pulmonaire, 



par M. Berthïer, 

Médecin-major de i^^ classe à Thôpital militaire d'Amélie-les-Bains, 
Ancien Répétiteur de TEcoIe du service de santé militaire. 



Voici quatre ans que j'applique systématiquemenl la 
douche écossaise aux tuberculeux pulmonaires dans mon 
service de Thôpital militaire d'Amélie-les-Bains, où j'ai à 
traiter des malades de tous âges, officiers ou fonction- 
naires, présentant toutes les gammes de gravité de la tuber- 
culose. La douche écossaise, fait partie d'une formule de 
cure sulfurée, très différente de la formule des Eaux-Bonnes : 
celle-ci réduite à peu près exclusivement à Tusage interne 
de Teau paraît avoir jusqu'ici monopolisé le traitement sul- 
furé de la tuberculose pulmonaire, et ses échecs ont mis en 
défiance médecins et malades. Je trouve la preuve de cette 
défiance dans ce fait que beaucoup de malades arrivent à 
Amélie avec recommandation de leur médecin ordinaire de 
ne pas faire usage du traitement thermal : ils viennent seu- 
lement pour bénéficier du climat. Et il arrive que tel ma- 
lade, à qui pour des raisons exceptionnelles le diagnostic de 



358 BYOIIOLOGIS 

bacillose doit rester caché, se réjouit d'être soumis au trai- 
tement sulfureux, car c'est pour lui la meilleure preuve 
qu'il n'est pas tubercuieœc. J« m puis rappeler ici les mé- 
faits attribués à la cure sulfurée ; je me suis suffisamment 
expliqué à, ce sujet dans ma communication au Congrès 
international de médecine 1900 (Section Militaire) (i) et 
dans ma communication au Congrès international d'hydro- 
logie de 1902. 

La formule de cisse suUarée q;ue j'ai proposée com- 
porte : 

1^ Le humage à température abaissée à 30^, qui réalise 
un traitement topique, sans produire d'irritation ni de phé- 
nomèoea congestils, qui* rend 1& respiration plus. £adle, 
calme la foux, modifie et faciUte Texpcetoration rendue plus 
fluide et exerce sur la surface respiratoire une action anti- 
septique ; 

^ Vean sulfureuse eni gargarisme ; 

3^ L*eau sulfureuse* ei^ boisson, donnée- eo petite quantité 
et avec une grande- circmispeetion, à covdîtion que Testo- 
mae et l'intestin soient en; bon état, que les malades suaient 
pft» de fièvre et ne soient pas sujet? aux bémoptysîesr; 

4^ La douche éoossaiseî sur Baqueller je m'étendrai plus 
longuemBnt, qui fait! plus paTticviiérement l'objet de cette 
note. 

Avec la douche écossaîxie, on* réoliîse dans les metlleures 
ctmditions une d«9 prescriptions hygiéniques 1^ plus h&- 
portantes dans le t¥ai4!ement de cette maladie. La peau, 
liMPge source de réflèxres, est? en rapport avec toutes le» fonc- 
tions de nutrition ; son excitations aetive la respfratkm. Elle 
esl aussi notre moyens d^- défense eontire le froid : eileré^^it 

(t) Gazette des Ekux, TOOO; n»" 2.16T; 2.168 et 2.16^. 



DE LA DOUGHfi> ÊGOSSiUSE SULFUREUSE ^ 380 

eir activant a& elreulatClon. Bu pnéiseiiee d'an eoup'dts ffoid, 
1^ vaisseaws de la pénphéri^Fse oontmctent, l&'saiifg.le«df à 
Influer Yors tes organes profbnds^; à ee moment se produit 
la FéaetioQ^ silapeauibiiGtiiQBDesxyormaiemefivt : il sefàdt^en 
surftice un aftiux sangaifli qar rédlauffe là= péripllérie et 
s'opposa asaas eoagestâoisspisafôndies: 

Combien est' kmeniabléi FéMI detsf phtisiques dont lafpeaa 
est sèolie, mat imguée^ ODttYerted'nn enduit visq^neux^ ccni- 
eTétH>n de" sueurs exoessive^ âreidttanlSj frileux*, ilsse> èéh 
fendent mal eontpe Timpressiou' du f^oid< en se* blolissant au 
eoÎB d'^un' feu, en s'enfèrmant éëiiK' une atmosphère' suar- 
chauffêe et confinée^ en se rdcouivrant outre mesure dèrvétie- 
meirt^ insulISsanis^ à^ les protégeK Surrîenne-un eoup^de 
froid et le sang etiassé de la périphérie- est refbulé dams la 
profondeur, congestionne les poumons fsssi» qtie: la peau 
réagisse r fe l¥aid a aggrava la lésion pulmonaine. 

11 importe chez ce5^ maladies de d!ress«r la peau à eette 
réactk)n^défense. La circukLtiundela^ smrface du corps^agît 
à la foçon d^un ressert' dont nous pouvons- augmenter la 
puissanee'réactionne'lle par le traitementthermeâ. Le hutest 
de façonner un phtisique habitué' à réagir- eonti^ le froid. 

La plupart dé me& malades^ tubereuleux reçoivent la 
douche écossaise, qui' est donn'ée deux^ fois par semaine. 
G'ëstuiie douche en' pMe combinée à une dbucheen je%. 
Elle est administrée chaude à 36 degrés, pendant une* minute 
et elle est terminée p»r' une afppilica#on' de froid très courte 
doni \k température' Tarie- suivant Taceoutumance', maisqui 
ne dèscend'pas au'-dessouB'deSS^. Cette combinaison réalise 
un écart de température suffisant pour éveii'ler 1^. réactk>n 
contre le ^id. La première partie de la douche ne doit 
prcrvoquer aucune sensation désagréable y ni dte chaleur 
exeessTve, m de ^icheur: liya là une iinpresBÎond^ valeur 



360 HYDROLOGIE 

très individuelle. La (empérature de 36* convient dans la 
très grande majorité des cas. Le coup de froid est donné 
pendant trois à quatre secondes à 28* ou à 25*. Le coup de 
froid survenant après TappUcation du chaud est très facile- 
ment supporté et ne provoque pas de sensations pénibles. 

J'ai rhabitude de donner moi-même la douche aux tuber- 
culeux. La présence du . médecin, son intervention leur 
donne confiance et aussi les met dans Tobligation de ne pas 
manquer la séance de douche. Il est toujours assez pénible 
à un tousseur, surtout pendant Thiver, de s'arracher à son 
lit, de se dépouiller de ses vêtements pour venir affronter 
un jet d'eau froide. Il faut pour cela beaucoup de discipline. 
Mais, dans la pratique, cette intervention médicale n'est pas 
du tout indispensable. Il suffit d'un doucheur exercé et de 
prescriptions précises. 

Cette douche est donnée à une heure peu matinale, entre 
9 et 10 heures du matin. L^atmosphère tiède des thermes 
constitue aussi un correctif et prémunit contre tout refroi- 
dissement avant ou après la douche. Le malade quitte le 
vestiaire enveloppé dans un grand peignoir en molleton et 
coiffé d'une calotte en caoutchouc qui préserve la tête contre 
l'action directe de la douche en pluie et garantit les cheveux 
qui ne doivent pas être mouillés pendant la douche. On les 
assécherait difficilement et ce serait une cause de refroidis- 
sement. 

Un masseur frictionne rapidement la poitrine pour obtenir 
une légère révulsion qui prépare la peau à la réaction. La 
douche en jet est d'abord dirigée pendant quelques secondes 
sur les jambes et les pieds. Puis le malade passe sous la 
douche en pluie qui est à la température de 36*, en main- 
tè^nant autant que possible la tête en dehors de la gerbe 
d'eau. L'avantage de la douche en pluie est d'agir sur toute 



DE LA DOUCHE ÉCOSSAISE SULFUREUSE 361 

rétendue du corps à. la fois et de répartir uniforméDicnt les 
effets thermiques. Eu même temps avec le jet plein on 
douche toute l'étendue du Ironcen arrière. Cette douche en 
jet est faiblement percutante : sa portée est d'envilron 
d mètres et Torifîce de la lance a seulement un centimètre. 
Pour l'application du froid, le jet plein est brisé avec le 
pouce et transformé en éventail. Le malade est aussitôt enve- 
loppé dans un peignoir chaud, et un masseur frictionne rapi- 
dement la poitrine et le haut du corps. La réaction est 
immédiate et toute la surface est envahie par une agréable 
et douce chaleur. Cette réaction doit se faire sans tarder; au 
besoin elle serait provoquée par des frictions prolongées. 
Le malade ne doit pas rester sous Timpression du froid. 

Le dispositif de l'appareil permet de faire varier ù 
volonté et rapidement la température de. la douche. Un petit 
cylindre mélangeur reçoit de Teau sulfureuse chaude et de 
Feau sulfureuse réfrigérée. L'arrivée de Tune et de l'autre 
est commandée par des oofanettes pourvues dune aiguille 
indicatrice qui se meut sur un cadre gradué indiquant le 
degré d'ouverture de la canalisation de l'eau chaude et de 
la canalisation de l'eau refroidie. Il est de celte façon facile 
de combiner les variations de température. 

La douche écossaise ne s'applique pas . seulement aux 
tuberculeux du début ; elle est très bien supportée par les 
tuberculeux du deuxième et même du troisième degré. Les 
contre-indications sont : l'évolution aiguë, un état de fièvre 
continue, un état d'affaiblissement trop grand, de cachexie 
qui empêcherait le malade de réagir sous la douche. Elle ne 
doit pas être appliquée aux phtisiques porteurs de grandes 
cavités et épuisés par la maladie, à ceux qui ont des lésions 
très étendues avec une expectoration très abondante, au;( 
malades atteints de laryngite tuberculeuse, de pleurésie avec 

BULL. DB TllÉRAPEUTIQUE. — TOME CXLV. — 10* LXVR, 10* 



363 H10ROLO6IE 

épanchement. Les snjets âgés ne sont pas non plus justi- 
oîaUes de la douche écMsaîse. 

La douche laisse un élat de bten*ètre qui persiste le reste 
de la journée; elle rend la respiration plus facile, phis large; 
elle fouette Torganisme, le tonifie, lui donne une vigueur 
plus grande dont les malades ont pai€aibement conscience. 
"ËHe aguerrit contre le froid. 

Ces praii'ques hydriatiques en phttsiothérapie choquent 
nos opinions ; en France elles ne sont pas eneove entrées 
dans nos habitudes médicales. Dans les sanatoria alle- 
mands les douches froides ont été employées avec succès 
contre la phtisie. Mais ces douches comportent avec eU.es un 
certain chiffre d'aggravations. Le froid appliqué d'emblée 
surprend trop brutalement une peau inerte, mal préparée à 
la réaction. La douche écossaise a l'avantage de ne pas 
comporter ces aléas ,^ appliquée dans des conditions conve- 
nables, elle est exempte de dangers. 

La friction sèche préalable^ la douche chaude avant 
Tapplication du froid provoquent Taf^l de sangàla siirfei,ce 
et préparent ainsi la peau à la réaction. Friction sèche et 
application chaude ne sont que des moyens ; le coup de 
froid est surtout la raison d'être de la douche.. Avec Ja 
douche on désencombre la peau des produits de desquama- 
tion et de sudation, on favorise la nutrition et les fonctions 
de la peau en activant sa circulation; on accoutume le c<Hrps 
à réagir en présence du ftoid et ainsi on évite aux phti- 
siques bien des complications pulmonaires. ^ 

L'hydrothérapie est importante dans le traitement de la 
phtisie pour tontes les raisons que nous venons de déve- 
lopper. C'est pour cela qu'autrefois à Amélie on; donnait 
dÂix phtisiques des bains sulfureux, des bains mitigés» des 
demi-bains. Mais, 4ans nombre de cas, ces bains ne pouvaient 



DE LA DOUCHE KGOSSAISS SITLPUREUSE 



363 



pas être supportés; ils provoquaient de roppression, des 
hémoptysies et compromettaient la cure.* 

L'action salutaire demandée paries anciens médecins aux 
JD>ains entiers est obtenue beaucoup' mieux et d'une façon 
sûre par la douche écossaise qui n'entrafne pas de sueurs 
excessives, d'affaiblissement, de congestions profondes. A la 
sortie des thermes les malades n*ont pas la peau moite et 
chaude, mais une bonne sensation de fraîcheur, qui accom- 
pagne un bien-être général et une 'p\n:& grande vigueur. La 
douche écossaise a donné du remoatement et de Tendu- 
rance. 

Dans ma communication au Congrès de Grenoble, j'ai 
apporté le bilan de 141 observations médicales que j'ai 
prises dans mon service de l'hôpital militaire d'Amélie. 





AMÉLIOBATION 


ÉTAT 
STATIONNAIRE 


AGGRAVATION 


DÉCÈS 


l""" degré. 46 malades. 
2* degré. 71 malades. . 
3" degré. 24 malades. 


40 

54 

6 


5 

13 

4 


1 
4 
6 


» 
» 





I '•''Te'anœnir''^"^' «5 malades. 



HBMOPTYSIBS 

PENDANT 

LB SÉJOUR 

A l'hôpital 



iO 



PAS d'hémopty- 
sie PENDANT 

LE SÉJOUR 
A l'hôpital 



48 



81 



II I m II ■! a 



Cette statistique, établie avec rigaenr, est encourageante. 



L 



364 SOCIÉTÉ DB TUÉRAPfiUTIQUE 

Elle prouve que Teau sulfureuse, qui a été accusée de con- 
gestionner les poumons, de provoquer des hémoptysies, 
n*est pas nocive aux tuberculeux, dans les conditions 
d'application que j'ai précisées. Elle met en valeur la douche 
écossaise, qui constitue un élément important dans cette 
formule nouvelle de cure sulfurée. Cette pratique thermale 
trouve un appui dans les expériences de MM. Robin et Biaet 
qui ont constaté que, sous Tinfluence de la douche écossaise 
les échanges respiratoires subissent une haisbe considérable. 



SOCIÉTÉ DE THERAPEUTIQUE 



SEANCE DU 25 FEVRIER 1903 



Présidence de M. du Caste l. 

Le procès-verbal de la dernière séance, lu et mis aux voix, est 
adopté. 

Correspondance. 

l» Lettres de remerciement de MM. Debuchy et Fiessinger. 

2° Lettres de candidature de MM. Berlioz, Bertberand, Cheva- 
lier, M. Faure et Laumonier, aux deux places vacantes dans la 
section de médecine. 

Ces lettres seront renvoyées à une Commission composée de 
MM* Legendre, Sevestre et Fiessinger, rapporteur. 



SUR LA MÉTHODE DE COMPARAISON BN THÉRAPEUTIQUE 365 

3» Lettre de M. Cagny, vétérinaire, correspondant, posant sa 
candidature à la place libre dans la section des vétérinaires. 
Renvoyée à la section. 



A roccasion du procès-verbal. 

Sur la méthode de comparaison en thérapeutique ^ 
par M. G. Linossier. 

Dans la communication qu'il nous a faite au cours de la der- 
nière séance, M. Leredde a abordé une question qui me paraît 
digne de retenir quelque temps l'attention de la Société. 

Il est hors de doute qu'en aucune branche de la science médi- 
cale, il ne règne plus d'incertitude qu'en thérapeutique. Tan- 
dis que, partout ailleurs, tout progrès dans la conquête de la vé- 
rité peut être considéré comme acquis, toute pierre nouvelle 
apportée à l'édifice y prend sa place définitive, nous passons 
notre temps, dans l'étude des médicaments, à détruire l'œuvre 
de nos devanciers, quand ce n^est pas la nôtre propre, et nous 
ne construisons que sur des ruines. Plusieurs générations de mé- 
decins, parmi lesquels nous pouvons citer quelques-uns des plus 
grands génies dont s'honore notre science, ont considéré la sai- 
gnée comme ime médication de premier ordre : nous ne saignons 
plus. Au début de nos études médicales, on n'eût pas cru pou- 
voir soigner une pneumonie ou une pleurésie sans appliquer au 
niveau de la lésion un ou plusieurs vésicatoires, aujourd'hui 
nous les repoussons comme dangereux, u Celui qui les prescrit 
passe pour un criminel, me disait un jour, plaisamment, un de 
leurs derniers et convaincus défenseurs, notre collègue Albert 
Robin, et celui qui se les laisse appliquer pour un imbécile ! » Je 
pourrais occuper plusieurs séances de la Société à l'énumération 
des panacées d'hier et d^avant-hier, dédaigneusement laissées 
dans l'oubli aujourd'hui. C'est le progrès dira-t-on ? Hélas ! pou- 
vons-nous nous flatter que nos successeurs auront plus de res- 



366 SOCIÉTÉ DS THÉRAPEUTIQUE 

pect pour notre œuvre que nous n'en avons eu pour l'œuvre de 
nos aînés? Ëst-elle vraiment bien plus solide? A combien de nos 
médicaments favoris pouvons-nous, sans bésièer, promettre un 
avenir durable ? Comme Pénélope, la thérapeutique détruit 
chaque soir son travail du jour; je n'irai pas jusqu'à dire qu'elle 
ne progresse pas, ce serait inexact ; mais vous reconnaîtrez tous 
avec moi que le progrès n'est pas en rapport avec la somme 
énorme de travail dépensé. 

C'est que, comme nous Ta très bien dit M. Leredde, la mé- 
thode manque à la plupart des expérimentateurs. Bien rares sont 
ceux qui nous apportent, sur tel ou tel point de l'art de guérir, 
des faits capables d'entraîner notre conviction. La masse des 
travaux^ qui se publie chaque jour, a beaucoup plus pour résultat 
d'ébranler nos anciennes croyances que d'en développer de nou- 
velles. 

Attirer sur les imperfections de nos méthodes en matière de 
recherches de thérapeutique clinique, l'attention des chercheurs 
est bien. Indiquer les moyens de la perfectionner serait encore 
mieux, mais infiniment plus difficile. M. Leredde a eu le cou- 
rage de le tenter, et il nous a indiqué, sous le nom de méthôdede 
comparaison, le plan d'études qu'il conseille aux expérimenta- 
teurs d'avenir. 

Il part dWe notion juste, c'est que la valeur absolue dhm 
médicament ou d'une médication est pour le médecin une noticm 
moins importante que sa valeur relative. Un remède nouveau 
vaut 'il plus ou moins que tel remède habituellement employé, 
voilà ce qu'a besoin de savoir le praticien. Puisque donc l'étude 
d^ln procédé thérapeutique doit aboutir à une comparaison, 
employons dès le début, noue dit notre collègue, une méthode de 
comparaison ; et cette méthode consiste à prendre vingt malades, 
à les diviser au hasard eU' deux séries, dont Tune sera traitée par 
le médicament à étudier, l'autre sera mise en simple observation. 
La comparaison des résultats obtenus dans l'uiie et Tautre série 
permettra d'établir des conclusions sur une base indiscutable. 

Ne me sentant pas de taille à' aborder dans son ensemble une 



SUR LA MÉTHODE DE COflIPAKAlSON EN • THÉRAPEUTIQUE 367 

question telle que celle de la aiéUiode en thérapeutique, je me 
contenterai de faire quelques remarques relatives à la métboile, 
proposée par M. Leredde, qui n'est pas aussi irréprochable qu'il 
semble le croire. 

Je passe rapidement sur quelques inconvénients, qu'il serait 
aisé d'éviter. 

Ainsi il est bien souvent difficile, en pratique, de laisser sans 
traitement la moitié de ses malades. S'il s'agit de maladies 
graves, douloureuses, c'est même absolument impossible, .mais 
on peut tourner la difficulté de deux manières : ou bien on trai- 
tera une moitié de ses malades par la méthode classique la meil- 
leure, et l'autre moitié par la méthode à l'étude, que des raisons 
théoriques font supposer encore préférable ; ou bien on traitera 
tous ses malades par la méthode classique, en donnant par sur- 
croît à une moitié le médicament en expérience. C'est ce que 
Tient de faire, pour l'étude du sérum antityphique, M. Chante- 
messe. Tous ses sujets ont été soumis au traitement hydrothéra- 
pique actuellement en usage dans les hôpitaux de Paris, une 
partie seulement a reçu en plus le «érum. La comparaison est 
toujours la base de la méthode. 

Le point sur lequel je me sépare tout à fait de M. Leredde est 
le suivant. C'est le hasard seul,. d'après notre collègue, qui doit 
répartir les malades dans l'un ou l'autve des deux lots à comparer, 
pour que soit évitée la suspicion même d'un parti pris de l'expéri- 
mentateur dans cette répartition. 

Eh bien, je le déclare énergiquemeut, je ne consentirai jamais, 
dans un travail scientifique, à choi^r le ha;sard comme collabora- 
teur. La méthode que préconise M. Leredde se résout en somme 
aune statistique restreinte; or je considère la statistique comme 
un déplorable procédé d'études en matière de thérapeutique. Ses 
conclusions empruntent aux chiffres qui les expriment l'appa- 
rence de la rigueur mathématique, mais l'apparence seulement, 
-à moins que les calculs ne portent sut un très grand nombre 
d'unités ce qui est rèirement le cas dans l'espèce. 

Le travail de M. Chantemesse, auquel j'ai déjà fait allusion, 



368 SOpÉTÉ DE THÉRAPEUTIQUE 

me fournit un exemple, entre beaucoup, de Tincorrection des 
statistiques réduites : Du relevé de 371 observations de fièvre 
typhoïde traitées par les bains froids, il conclut à une mortalité 
moyenne de 29 p. 100. 

Cette moyenne est incontestable au point de vue arithmétique; 
elle est évidemment trop élevée cependant, par le fait du hasard 
qui a groupé, parmi les cas relevés, une proportion anormale de 
cas particulièrement graves, et, bien que portant sur un nombre 
de cas assez considérable, nous donnerait une idée fausse du 
degré de gravité de la fièvre typhoïde. Si je relève les statistiques 
partielles en lesquelles se décompose la statistique globale de 
M. Chantemesse^ les chiffres sontencore bien plus extraordinaires: 
la mortalité varie de 12 p. iOO (hôpital Saint-Antoine) à 56 p. 100 
(maison de Santé). Croirait-on qu'il s'agisse de la même maladie, 
à la même époque, dans la même ville, avec le même traitement? 
Et cependant les deux statistiques partielles dont résultent les 
chiffres ci-dessus portent sur 51 et 57 cas. Nous sommes déjà 
loin des deux séries de dix malades que M. Leredde suppose 
suffisantes pour une comparaison. 

Je pourrais multiplier de tels exemples. La conclusion sera 
toujours la même, c'est que, dans la méthode de comparaison, 
si on charge le hasard de répartir les malades entrç les deux 
séries à comparer, on aura grande chance d'obtenir, à la fin de 
l'expérience, des chiffres. exacts sans doute au point de vue de 
Tarithmétique, mais sans valeur au point de vue des conséquences 
à en tirer, à moins que les recherches ne portent sur des cen- 
taines de cas. Dans le cas contraire, presque autant vaudrait 
tirer la conclusion du travail à pile ou face. 

Au contraire, si, dans les deux lots de comparaison, les malades 
ont été répartis avec sagacité, de manière que ces deux lots soient 
aussi semblables que possible, on pourra ajouter plus d'impor- 
tance aux résultats. Cette répartition est certes délicate, difficile, 
incertaine même; elle exige une étude approfondie des malades ; 
mais, si difficile qu'elle paraisse, si incertain que soit parfois le 
pronostic en médecine, je ne puis admettre qu'elle ne conduise à 



SUR LA MÉTHODE DE COMPARAISON EN THÉRAPEUTIQUE 369 

des résultats plus précis que le tirage au sort. Le mieux serait, 
je crois, de s'efforcer de trouver ua certain nombre de groupes de 
deux malades aussi comparables (fue possible, et de traiter par 
le médicament à étudier ua des malades de chaque groupe. Si 
M. Leredde tient absolument à faire intervenir le hasard, qu'il le 
fasse ÎDterveair par le choix, dans chacun des groupes, du 
maîade qui sera traité. Il obtiendra ainsi le résultat qu'il 
recherche, l'impossibilité de toute suspicion d'un choix guidé par 
un parti pria, sans se priver de l'avantage d'une répartition intel- 
ligente des sujets d'étude. 

Mais j'avoue que je ne comprends pas du tout cette méfiance 
exagérée de l'expérimentateur vis-à-vis de lui-même. Si on ne 
se sent pas capable d'une expérimentation volontairement et 
intelligemment impartiale, il faut renoncer à tout jamais à expé- 
rimenter, car le parti pris, que l'on a cherché à éliminer de l'or- 
ganisation de l'expérience, reprendra ses droits au moment de 
l'interprétation des résultats. 

Le médecin, incapable de s'abstraire de ses idées préconçues au 
point de fausser inconsciemment le résultat de ses études, en 
accumulant, je suppose, !es malades graves dans le lot de com- 
paraison, et les malades moins atteints dans le lot des sujets de 
l'expérience, le sera évidemment bien plus, le travail terminé, de 
considérer comme une guérison une amélioration momentanée. 

Ou alors il faudrait avoir toujours un critérium incontestable 
du succès ou de l'échec du médicament. Ce critérium peut exister 
dans les maladies de la peau; il existe aussi dans les maladies 
aiguës qui se dénouent par la mort ou la guérison; mais dans le 
tabès, dans la paralysie générale, dont a parlé M. Leredde, dans 
tant d'autres maladies dont il n'a pas parlé, quel sera le signe du 
succès thérapeutique qui pourra être constaté sans qu'entre en 
jeu le jugement de l'expérimentateur, et sans que, par consé- 
quent, puisse se manifester sa partialité, s'il en est capable ? 

II faut donc absolument se résigner à l'intervention, dans toutes 
les recherches de thérapeutique, d'un coefficient personnel de 
valeur variable avec celle de l'expérimentateur, et, du moment 

BULL. DE THKRAPBUTIOUB. — TOUB MLV. — 10' LIVB. lO** 



370 SOCIÉTÉ DE THÉRAPEUTIQUE 

que ce coefficient intervient au moment capital de l'interpréta- 
tion des résultats, il est tout à fait illusoire de chercher à Téli- 
miner au moment de Torganisation des expériences. 

Je dirai plus. Bien loin de chercher à délimiter l'importance de 
l'appréciation critique des faits observés, dans la crainte que cette 
appréciation ne soit faussée* par un parti pris hypothétique, je 
voudrais que les médecins, qui s'adonnent à de telles études, 
s'exerçassent à cette critique, et renonçassent au contraire à ne 
juger un médicament que sur le fait brutal du nombre de gué- 
risons et d'échecs obtenus dans une série plus ou moins longue 
de cas observés. A ce compte, pas n'est besoin d*ôtre médecin 
pour étudier un remède, et la meilleure étude de thérapeutique 
serait faite dans les bureaux de l'Assistance publique. Personne 
ne Tadmettra. La valeur d'un médicament dans un cas donné, 
pour un clinicien attentif, se conclut bien mieux de l'observa- 
tion précise des phénomènes réactionnels qui suivent json admi- 
nistration que de l'issue finale de la maladie. Tel cas malheureux 
nous a mieux convaincu d£ l'efficacité d'une méthode thérapeu- 
tique, qu'un cas heureux. Quant au grand nombre des observa- 
tions, il n'est indispensable qu'à la méthode des statistiques. Je 
dois déclarer que les idées personnelles nettes que j'ai pu acquérir 
sur quelques médicaments, ont toujours eu pour origine une 
observation unique recueillie dans des conditions particulière- 
ment favorables à l'analyse des phénomènes, les observations 
ultérieures n'ayant servi qu'à confirmer mon impression pre- 
mière. Je crois que, en rappelant leurs souvenirs , beaucoup de 
nos collègues seraient sur ce point d'accord avec moi. 

Mais je ne veux pas me laisser entraîner. La question est très 
vaste, et je tiens à me restreindre aux limites que je me suis 
fixées au début de cette note, c'est-à-dire à la discussion de la 
méthode proposée par M. Leredde. Je résumerai en ces mots 
notre différend : M. Leredde se méfiant de l'expérimentateur veut 
confier au hasard une partie de sa besogne ; pour ma part je me 
méfie davantage du hasard, je le traite en ennemi et refuse de le 
prendre pour allié. Je ne consentirai jamais à jouer aux dés la 
solution d'une question scientifique. 



NOTE SDR L*ANESTHÉSINE 371 



Présentations. 



I. — Note sur l'Anesthésine, 
par le D*" Chevalier. 

A la suite de l'intéressante communication du D*" Courtade, nous 
croyons devoir faire connaître à la Société le résultat de l'étude 
pharmacodynamique de ce médicament. 

Nous ne donnerons ici que des conclusions, le détail des expé- 
riences sera publié d'ici peu, dans la thèse que M. Duplan fait 
actuellement sur l'anesthésine dans le laboratoire de M. le pro- 
fesseur Pouchet. 

L'anesthésine est Véfher éthylique de Vacide para-amidoberi' 
zoïque. Il est fort peu soluble dans Teau, plus soluble dans l'alcool, 
la glycérine, les huiles. Sa stabilité est très grande, pratique- 
ment, il ne possède aucun pouvoir réducteur. En présence des 
divers excipients employés pour la fabrication des pommades, il 
demeuré inaltéré. 

Son absorption est lente, par suite de sa dissolution diflGcile 
dans les divers liquides de Forganisme. 

L'ensemble de ces diverses propriétés jointes à son pouvoir 
anesthésique en fait un corps intéressant pour la thérapeutique. 
Son action comme anesthésique local est assez intense et supé- 
rieure, de l'avis des praticiens qui l'ont employé, à celle de Tortho- 
forme. Il faut cependant se garder de la comparer aux anesthé- 
siques locaux du groupe de la cocaïne ; son emploi en injections 
hypodermiques n'a donné que des résultats médiocres. Son pou- 
voir toxique est faible en raison de la lenteur de sa diffusion dans 
l'organisme. 

De nombreuses expériences faites sur des cobayes, des lapins 



MZ SOCIETE DE TUERAI'ËUTIOUE 

et des chiens, nous ont conduit à lixer aiust la toxicité de ce corpi 
introduit par difTérentes voies : 



Par injection intra- veineuse gr. 40 (chiea) 

— dans l'estomac < » 15 (lapin) 

— intra-périlonéale. . > 90 (cobayes) 

Comme tous les corps de cette série, l'action toxique de l'anes- 
thésine se fait surtout sentir sur le sang, dont il est un véritable 
poison. Il attaque rapidement les globules sanguins et trans- 
forme l'ojiyhémoglobine en méthémoglobine. A la suite d'une 
injection intr a- veineuse, cette action s'observe constamment, et, 
uu bout d'un certain temps, on voit survenir de l'hémoglobinurie. 
Impression sanguine n'est pas influencée sauf à doses fort élevées; 
le nombre des pulsations cardiaques est augmenté. Des troubles 
respiratoires et la paralysie avec quelques phénomènes tëtauiques 
curactérisent cette intoxication dans laquelle les animaux meurent 
par asphyxie. 

En résumé, l'anesthésine nous parait être un aneathésique 
local à employer dans les cas où on a utilisé l'orthoforme. H 
possède sur ce dernier l'avantage d'un pouvoir aneslhésîque plus 
intense, d'une stabilité plus grande ; de plus, il n'est pas irritant 
|iuur la peau et les muqueuses. En raison de son pouvoir toxique 
ïur les globules sanguins, son emploi à l'intérieur devra tou- 
jours être surveillé. 
(Tri. 



- youvelle seringue stirilisabU, pour l'usage 
des ampoules siêrtlisées. 



, Bardet présente, au nom Je M. Brict 
igu« et appelle l'ultention ^ur les perreci 



^ 



NOUVELLE SERINGUE STÉRILISABLE 



373 



ment originaux dont cet appareil a été l'objet, de la part de son 
auteur. 
Cette seringue, en effet, a pour avantage de représenter le per- 



■Fî5:3 



X 



Tî^A 




P!&r4 Ti&.S "FiiîB 



J: 






5i 




■Fîi:7 




FiG. 1. — Seringue toute montée. 

FiG. 2. — Corps de la seringue : A, embout recevant l'ajutage K ; 
J, rondelle de caoutchouc formant soupape ; F, tige creuse du piston 
E, tampon de mousse d'argent formant filtre ; C, garnitures formant fer- 
meture hermétique. 

FiG. 3. — K, ajutage pour vider l'ampoule dans la seringue après aed- 
tion des extrémités. 

FiG. 4. — Tête de l'aiguille. 

FiG. 5. — Rondelle soupape ouverte en piqûre de sangsue, fermée. 

FiG. 6. — La même ouverte, pendant l'aspiration ou la compression. 

FiG. 7. — Boite, trouée, pour la stérilisation et le transport. 



fectionnement du modèle courant auquel nous sommes habitués, 
comme on peut le voir par. un simple coup d'oeil. Mais, malgré 
cette apparence, chaque détail est fort diflférent du modèle com- 
mun : par un jeu de soupapes très originales, l'intérieur est com- 
plètement à l'abri de l'air extérieur qui ne peut y pénétrer; le 
piston est muni d'une tige creuse, en rapport avec l'air, mais 
séparée de lui par un tampon de mousse d'argent, faisant filtre 



374 SOCIÉTÉ DE THÉRAPEUTIQUE 

Stérile ; l'ouverture est fermée par un diaphragme percé d'un 
trou en piqûre de sangsue, ce qui en fait une soupape très sûre 
Toutes les pièces de raccord sont à frottement, il n'existe pas de 
cannelures susceptibles de retenir les poussières. Un dispositif 
spécial fort ingénieux permet d'utiliser les ampoules du commerce 
et de les vider dans la seringue sans contamination possible. 
Enfin, le tout est renfermé dans un étui métallique qui permet 
de stériliser le tout et de conserver ensuite, jusqu'à usage, en 
état stérile la seringue et toutes ses pièces de raccord, y compris 
les aiguilles. 

Nous avons vu défiler ici un grand nombre de seringues à injec- 
tions hypodermiques^ toutes avaient assurément des qualités, 
mais je ne crois vraiment pas qu'aucune présente un pareil 
ensemble de conditions à la fois ingénieuses et pratiques. 



ni. — Moyen pour éviter la confusion des médicaments, 
par MM. E. Berger et Robert Loewy. 

La confusion de médicaments anodins et de substances 
toxiques a occasionné de nombreux accidents, voire même des 
mortSj accidents dont la responsabilité incombe aux gardes- 
malades, aux pharmaciens, parfois même aux médecins. 

Feddersen, en 4885, relevait 104 observations d'intoxication 
grave par emploi d'atropine avec 12 cas de mort, et une statistique 
faite aujourd'hui sur les intoxications médicamenteuses donne- 
rait des chiffres considérables, si les cas où les erreurs sont 
commises étaient publiés. 

On a essayé de parer au danger à l'aide d'étiquettes portant 
(les signes spéciaux : croix, tête de mort, etc. ; ce n'est pas suffi- 
sant, les accidents le prouvent. 

M. Mourier, à la suite de faits retentissants, s'était occupé de 
la question; toutes les substances toxiques, conservées dans les 
hôpitaux, doivent être enfermées dans des récipients spéciaux. 



MOYEN POUR ÉVITER LA CONFUSION DES MÉDICAMENTS 375 

impossibles à confondre avec les récipients ordinaires, contenant 
les substances non toxiques. La forme adoptée pour les substances 
toxiques est triangulaire, pouvant être distinguée, à première 
vue, de la forme ordinaire cylindrique. Les flacons triangulaires 
à toxiques sont en verre jaune ; ils ont deux de leurs faces rele- 
vées d'aspérités sensibles au toucher, en sorte qu'aussi bien à la 
vue (forme et couleur) qu'au toucher (forme et aspérités), la con- 
fusion est absolument impossible, aussi bien de nuit que de jour. 

Cette division des récipients est assurément intéressante et 
utile, mais en pratique, il nous semble difficile d'adopter des 
types communs de récipients pour la quantité de substances de 
nature chimique si variées que l'on utilise actuellement et qui 
exigent souvent un récipient de qualité spéciale (verres colorés, 
bouchon à l'émeri, etc.). 

Les résultats que les signaux colorés donnent dans les chemins 
de fer et dans la marine nous ont suggéré l'idée suivante que 
nous soumettons, sans aucune prétention^ à l'étude. 

Parmi les signaux colorés, le blanc indique : voie libre, pas de 
danger ; le vert signifie : ralentissement, précaution ; le rouge : 
voie barrée, défense. 

Nous proposons, d'une façon analogue, l'emploi d'étiquettes de 
trois couleurs, étiquettes obligatoires de grande dimension, appo- 
sées sur tout flacon ou toute boîte de médicament. 

L'étiquette blanche indique : substance inoffensive, emploi 
direct par le malade; l'étiquette verte indique : précaution, emploi 
par le garde-malade ou le malade lui-même s'il est intelligent et 
conscient; l'étiquette rouge : substance toxique, défense absolue 
d'emploi, usage exclusif réservé aux médecins. 

On pourrait généraliser cet étiquettage dans le commerce. 



376 SOCIÉTÉ DE THÉRAPEUTIQUE 

Lecture. 

Traitement de la tuberculose par V.emploi combiné de la tubercutine 

et de sels éthérés de créosote^ 

par MM. les D'" Samuel Bernheim et Quentin. 

Depuis environ deux années, le D' Maréchal, médecin en chef 
de l'hôpital Saint- Josse-Ten-Noode, Bruxelles, traite avec succès 
de nombreux tuberculeux par des injections alternatives de phos- 
phate de créosote et de tuberculine. En octobre 1902, ce con- 
frère distingué fit connaître des résultats très satisfaisants obte- 
nus par cette méthode, et c'est à la suite de cette communica- 
tion, après avoir contrôlé, à Bruxelles même, l'authenticité des 
résultats acquis, d'une part, et l'innocuité de ces injections 
tuberculineuses, d'autre part, que- nous avons commencé nos 
essais sur des malades qui fréquentent nos dispensaires antitu- 
berculeux. 

Pans les dispensaires du III«, du IX« et du XII* arrondisse- 
ment, où nos collègues et nous-mêmes nous voyons chaque 
jour un très grand nombre de malades, nous avons traité à ce 
jour vingt-huit malades par cette méthode. Nous n'avons pas 
choisi nos sujets, ce qui nous aurait été facile, mais nous les 
avons soumis au traitement sans aucune distinction de période 
ou de gravité, c'est-à-dire sans trier les cas favorables. Nous 
avons appliqué scrupuleusement la méthode décrite par le 
D' Maréchal. Après avoir établi le diagnostic clinique, bactério- 
logique et chimique de . chaque tuberculeux, après avoir inscrit 
son poids et relevé sa température, nous lui fîmes quotidienne- 
ment, pendant trois jours consécutifs, une injection de 1,2 et 3 ce. 
de phosphate de créosote, et puis le quatrième jour une injection 
de tuberculine, en commençant par un quart de centimètre cube 
et en poussant graduellement, après de nouvelles injections du sel 
éthéré de créosote, cette dose de tuberculine jusqu'à un demi- 



TRAITEMENT DE LA TUBERCULOSE 377 

gramme. Nous n*aYons pas jusqu'à présent dépassé cette dose, 
quoique le D'' Maréchal soit allé plus loin et ait poussé, chez 
certains malades à grande tolérance, la dose jusqu'à 2 ce. de 
tuberculine. Voici les phénomènes que nous avons relevés chez 
nos malades ainsi traités : 

Chez aucim d'entre eux nous n'avons jamais observé de réac- 
tion fébrile. A la suite des injections de tuberculine, la tempéra- 
ture augmente de 3 à 5 dixièmes de degré, mais sans que le 
malade soit autrement incommodé : il ne ressent ni céphalal- 
gie,ni courbature, ni malaise. Pendant la nuit le sommeil est un peu 
plus agité et, le lendemain, l'expectoration est plus abondante : le 
malade remplit aisément, à la suite d'une quinte de toux, un cra- 
choir de crachats épais d'abord,puis liquides et spumeux. Si, à ce 
moment, on pratique l'auscultation, on perçoit au niveau de la 
lésion tuberculeuse, une légère exagération des signes morbides. 
Puis tout rentre dans Tordre sans qu'on ait le moindre accident 
ni la moindre complication. 

Tous nos malades, sans distinction, déclarent spontanément 
que leur appétit est doublé dès la première injection de tubercu- 
line, et cette appétence se maintient constamment et devient 
souvent de la voracité. D'autre part, les forces du sujet se dou- 
blent, sa toux va en diminuant, le poids augmente, l'état général 
s'améliore. Quant à l'examen bactériologique, nous avons eu la 
satisfaction de voir disparaître les bacilles de l'expectoration de 
certains de nos malades et, en tout cas, notre chef de laboratoire 
nous a signalé à plusieurs reprises que les bactéries associées au 
bacille de Koch diminuaient ou disparaissaient. 

De même, nous avons pu suivre cliniquement l'effet de ce trai- 
tement combiné; chez plusieurs de nos malades, les signes mor- 
bides, craquements, râles secs ou humides, frottements, souffle, 
s'atténuaient, quelquefois disparaissaient complètement. 

Enfin, nous avons pu suivre au laboratoire la modification du 
terrain tuberculeux et constater, pour ainsi dire, sa transforma- 
tion. Chez tous les malades traités par cette méthode, notre chef 
de laboratoire, M. Lattraye, nous a signalé une augmentation de 



378 SOCIÉTÉ DE THCRAPRUTIQUIS 

la teneur de l'acidité des urines (et on sait quelle importance 
pronostique nous ajoutons à ce signe), et des urates éliminés en 
quantité considérable, surtout après la troisième ou quatrième 
piqûre de tuberculine. 

Nous publierons in extenso dans la Eevue Internationale de la 
Tuberculose les observations détaillées des différents malades sou- 
mis à ce nouveau traitement. L'ensemble de nos observations 
démontre que nous n*avons pas recherché les cas favorables. 
Presque tous nos malades étaient atteints à ht deuxième ou à la 
troisième période. Malgré cela, nous voyons que sur 26 d*entre 
eux, 17 se sont améliorés avec une rapidité telle, qu'on ne peut 
guère attribuer cette amélioration qu'à l'action de la tuberculine. 
Nous avons sans doute obtenu d'excellents résultats chez un 
grand nombre de malades soumis aux injections de phosphate 
de créosote, et nous avons insisté à plusieurs reprises sur l'effi- 
cacité de ce puissant agent. Nous devons reconnaître néanmoins 
que les résultats obtenus par la médication phospho-çréosotée 
n'ont jamais été aussi rapides. 

En plus de cette instantanéité, le traitement diji D' Maréchal 
démontre aussi qu'on peut injecter au^ bacillaires de la tubercu- 
line, à la condition que ce produit soit bien dosé et manié avec 
prudence. En commençant par des quantités minimes et en 
augmentant la dose graduellement, on ne provoque jamais d'hy- 
perthermie, de malaise général; la piqûre elle-même est un peu 
douloureuse, mais cette douleur est supportée» facilement et n'est 
qu'éphémère. 

La plupart de nos malades ignoraient absolument ce que nous 
leur injections, et ils pensaient que c'était de la créosote. On ne 
peut donc invoquer aucune influence d'ordre suggestif. 

En dehors des malades, dont nous avons rapporté les obser- 
vations détaillées, nous traitons par cette méthode dix nouveaux 
tuberculeux de divers ordres et des jeunes gens atteints d'adé- 
nites cervicales avec sommet douteux. Chea cejS derniers, les 
ganglions semblent diminuer de volume. 

On peut soumettra à ce traitement mixte tous les tuberculeux, 



" TRAITEMENT DE LA TUBEBCULOSE 379 

à la condition que leur état général soit satisfaisant, que les 
lésions ne soient pas trop anciennes et surtout pas trop étendues. 
L'hémoptysie ne nous semble pas une contre-indication ; mais il 
faut s'abstenir chez les infiltrés, chez les cachectiques, les 
tuberculeux fébriles, en un mot, chez les phtisiques qui sont 
incurables et sont réfractaires à toute méthode thérapeutique. 
, Il nous a semblé que les érétiques, les nerveux ne supportent 
pas bien les piqûres à la tuberculine. Chez deux sujets, à la suite 
d'une injection d'une dose minime, nous avons observé de l'agi- 
tation, de l'anxiété, de l'insomnie, et nous avons dû renoncer au 
traitement. Il est vrai qu'au cours de notre pratique, nous avons 
observé les mêmes phénomènes psychiques causés par des médi- 
caments classic[ues et ordinaires : il faut, dans ces cas, se méfier 
de l'auto-suggestion. Quoi qu'il en soit, nous avons tenu à 
signaler les moindres troubles, aussi éphémères fussent-ils. 

De môme, on peut provoquer une réaction très vive, atteindre 
une température élevée, si d'emblée on injecte une dose élevée 
ou si on injecte même une dose faible de tuberculine, sans avoir 
administré préalablement du phosphate de créosote. 

Quoique nos observations soient peu nombreuses et notre 
expérimentation de courte durée, nous croyons pouvoir affirmer 
que la tuberculine de Maréchal, associée aux injections de phos- 
phate de créosote, donne des résultats infiniment plus précis, 
plus efficaces et plus rapides que les diverses autres tuberculines 
que nous avons expérimentées et que d'autres ont éprouvées 
jusqu'à ce jour. Ce qui nous encourage aussi à poursuivre nos 
recherches, c'est l'innocuité absolue de cette méthode (4). 



(1) Chaque contimètre cube rie tuberculine de Marécital contient un mil- 
ligramme de produit actift 



380 SOCIÉTÉ DE THÉRAPEUTIQUE 



Gommunleatlons. 



Traitement de la glossUe exfoliatrice marginée par la Uquevr 
de van Swieten employée en bain local, 

par Paul Gallois. 

La glossite exfoliatrice marginée est une a£fection bien con- 
nue dans ses caractères cliniques. Fréquente chez les enfants de 
la classe pauvre nourris au biberon, elle peut se rencontrer aussi 
chez l'adulte et, autant qu'il m'a semblé, plus souvent chez 
la femme que chez l'homme. Elle débute en général par un épais- 
sissement local de l'épiderme lingual au voisinage de la pointe ec 
sur le dos de l'organe. Les jours' suivants cette plaque blan- 
châtre s'étend, mais en même temps son centre se dépapille et 
prend une coloration rouge. L'anneau blanchâtre formé par 
Tépaississement épithélial s'élargit à la manière d'une onde à la 
surface d'un liquide. 

Lorsque, au lieu de partir d'un seul foyer, cette affection a eu 
des points de départ multiples, les anneaux divers qui en résul- 
tent se rejoignent et donnent à la lésion un contour polycyclique. 
Les parties dépapillées se recouvrent d'épiderme et peuvent être, 
au bout d'un certain temps, parcourues à nouveau par de nou- 
velles zones d'épaississement épithélial. De sorte que, quand 
l'afifection est d'ancienne date, la langue présente une série d'arcs 
de cercle bizarrement entrecoupés et mérite le nom de langue 
géographique. 

Si l'on est bien d'accord sur la description clinique de cette 
desquamation circinée de la langue, on n'est pas fixé sur sa 
nature. Parrot en faisait, on je sait, une affection syphilitique. 
Son erreur bien reconnue aujourd'hui depuis les travaux de 
L. Guinon, Comby,* comporte des circonstances atténuantes. 
Quand j'avais l'honneur d'être son interne, la nourricerie des 
Enfants-Assistés était l'objet de ses préoccupations constantes, à 



TRAITEMENT DE LA GLOSSITE MARGINÉE 381 

cause du nombre de femmes syphilisées par leurs nourrissons. 
Pour tâcher d'éviter ces'malheurs qui désolaient Parrot, on exami- 
nait avec le plus grand soin tous les enfants avant de les confier 
à des nourrices. On notait toutes les particularités qu'ils pou- 
vaient présenter. Quand on découvrait chez une nourrice un 
chancre du sein, on reprenait les observations des trois ou 
quatre enfants qu'elle avait allaités dans la période de un à deux 
mois auparavant. Généralement on n'arrivait pas à retrouver 
l'enfant coupable, mais parfois on découvrait un enfant ayant 
présenté de l'érythème des fesses, du rachitisme ou de l'affection 
desquamative de la langue. De là à considérer ces affections 
comme syphilitiques, il n'y avait qu'un pas. 

Mais si cette lésion n'est pas syphilitique, de quelle nature 
est-elle? La discussion récente qui s'est produite à la Société de 
dermatologie l'an dernier (3 juillet 1902), à l'occasion d'une com- 
munication de M. de Beurmann, prouve que cette question est 
loin d'être résolue. M. A. Renault incrimine l'arthritisme ; 
M. Barthélémy et M. Jullien invoquent l'influence d'une dys- 
pepsie avec fermentations gastriques. Pour M. Jullien d'ailleurs, 
la glossite desquamative de l'enfant ne serait peut-être pas de 
même nature que celle de l'adulte. M. Jacquet ayant vu une des- 
quamation circinée de la langue survenir à la suite d'un traite- 
ment ioduré, se demande si ce médicament n'a pas joué un rôle 
étiologique. M. Brocq rappelait que pour M. E. Besnier cette 
affection paraissait avoir des rapports avec l'eczéma séborrhéique. 

Dans son article du Traité des maladies de VEnfance, M. Comby 
se demande si l'affection n'est pas parasitaife. Il fait valoir 
qu'elle ne survient guère que chez les enfants nourris au biberon, 
les tétines de cet appareil étant toujours fort difiQciles à stériliser. 
Il signalait que L. Guinon a trouvé des spores volumineuses dans 
les lésions linguales, mais l'inoculation à des sujets sains a donné 
un résultat négatif. A la Société de dermatologie, M. Darier 
disait n'avoir pas trouvé de parasites et M. Barthélémy considé- 
rait qiie l'affection n'était pas contagieuse. 

De cette incertitude sur la nature de la glossite exfoliatrice 



382 SOCIÉTÉ DE THÉRAPEUTIQUE 

marginée, il résulte que Ton ne sait pas comment la traiter et que 
la guérison en est considérée comme des plus difficiles à obtenir. 
« La marche est chronique et la durée est indéfinie », écrit 
M. Comby qui dit avoir vu « des enfants garder des mois et des 
aanées cette desquamation linguale qu'aucun traitement ne par- 
venait à enrayer ». A la Société de dermatologie M. Jullien disait 
qu*il ne connaissait aucun traitement réactif de cette affection. II 
considère qu'elle est particulièrement tenace chez l'adulte. 

Depuis longtemps j'avais l'impression que l'affection desqua- 
mative de la langue était de nature parasitaire. Une lésion à 
développement excentrique semble bien indiquer l'intervention 
d'un parasite, on en a des exemples dans l'herpès circiné, dans le 
lupus scléreux et dans le psoriasis, syphilitique. Dans ces affec- 
tions comme dans la glossite exfoliatrice il semble que la région 
qui vient d'être abandonnée par la lésion a subi une sorte de 
vaccination au moins mômentaDée, les lésions caractéristiques 
ne s'y reproduisent plus ou n'y reviennent qu'au bout d'un cer- 
tain temps. Evidemment cet argument n'est pas absolument con- 
vaincant; en effet, les plaques de pityriasis rosé par exemple 
présentent un développement excentrique avec guérison au centre 
et pourtant cette affection ne paraît pas être parasitaire. Une 
autre constatation me sembla plus probante. J'ai vu une fois une 
mère et son nourrisson présenter simultanément la glossite exfo- 
liatrice marginée. La contagion semblerait donc possible con- 
trairement à Topinion de M. Barthélémy. Enfin on pourrait invo- 
quer encore comme argument que la desquamation circinée ne 
se rencontre guère que chez des sujets misérables que leur mal- 
propreté expose à toutes les variétés de parasitisme. 

Convaincu de la nature parasitaire de cette affection, j'ai 
cherché à la traiter par un antiseptique, le sublimé. Voici com- 
ment je procède. Je fais prendre au malade une cuillerée de 
liqueur de Van Swieten qu'il ne doit pas avaler. Gardant le 
liquide dans la bouche, le malade se penche en avant de façon à 
faire baigner sa langue dans la liqueur antiseptique. Au bout de 
quelques secondes, le sublimé provoque une cuisson désagréable. 



TRAITEMENT DE LA 6L0SSITE MARGINÉE 383 

Quand le malade ne peut plus supporter cette sensation, il crache 
le liquide. On recommence le traitement tous les jours et 
très rapidement, en une semaine environ, la guérison est ob- 
tenue. 

C*est en 1884, alors que j'étais l'interne de Straus, que j'ai eu 
l'occasion d'employer ce procédé. Depuis lors je l'ai appliqué 
deux fois chez des malades de services hospitaliers pendant des 
remplacements de vacances dont j'avais l'honneur d'être chargé. 
J'ai eu par contre deux insuccès, mais chez des malades qui ne 
souffrant pas de leur affection linguale, dont ils ne soupçonnaient 
même pas l'existence, n'ont pas jugé utile de continuer le traite- 
ment. Tous ces sujets étaient des fernmes. 

Le procédé que je viens de décrire est très simple à appliquer 
chez des adultes. Chez des nourrissons, il me paraît moins 
commode, et je ne vois pas bien quelle modification on pourrait 
lui faire subir pour le rendre applicable à cet âge. Peut-être 
suffirait-il de badigeonner la langue des nouveau-nés avec un 
pinceau imbibé de liqueur de Van Swieten, mais je ne sais pas le 
résultat qu'on obtiendrait, n'ayant jamais eu l'occasion, depuis 
ma sortie d'internat, de soigner un enfant atteint de glossite 
exfoliatrice. J'aurais bien désiré pouvoir compléter sur ce point 
mon travail avant de le publier, mais il me faudrait peut-être 
attendre encore longtemps avant de pouvoir faire l'essai du traite- 
ment chez un nourrisson. £n tout cas, la discussion de la Société 
de Dermatologie m'a engagé à fournir cette première indication. 
Elle montre qu'il est possible d''obtenir chez l'adulte la guérison 
d'une affection considérée comme incurable jusqu'ici. Je laisse à 
des confrères plus favorisés que moi le soin de transporter dans la 
thérapeutique infantile un procédé qui m'a plusieurs fois réussi 
chez l'adulte. 

Discussion. 

M. DU Castel. — Si le travail de M. Gallois est aussi intéres- 
sant qu'instructif, il n'a pas, à mon avis tranché la question, 
toujours ouverte, de Tétiologie de la glossite exfoliatrice mar- 



384 SOCIÉTé DB THÉRAPBUTIQUB 

giaée. Parrot croyait déjà être arrivé à une solation : il eo 
faisait une manifestation syphilitique, alors qu*aujourd*hui ses 
élèves eux-mêmes ne soutiendraient plus ce point de vue. 

M, Gallois a conclu, de Tefficacité du sublimé, à la nature 
parasitaire de l'affection : il eût mieux valu qu'il nous apportât 
le parasite lui-même. Notre collègue croit en outre trouver une 
démonstration de la nature parasitaire de cette glossite, dans son 
mode d'extension : or, le début par un petit point d'où se propage 
la lésion, est loin d'être la règle. 

liosto la question des « ronds » que forme la glossite, et qui 
actuftllament constituent une présomption pour l'origine parasi- 
taire des affections qui présentent cet aspect. Ces < ronde p 
reçoivent tous les vingt-cinq ans une interprétation différente : 
autrefois, ils caractérisaient l'origine nerveuse des dermatoses. 
TdUH les « ronds » étaient d'origine nerveuse, jusqu'au jour où 
riiit (li^rouvrit les parasites de la trichopbytie. 

Oepuis que les microbes ont été découverts, c'est à eux qu'on 
iittrihue la formation des ronds. Or, je ne pense pas qu'il faille 
se montrer aussi catégorique, et dans la question qui nous est 
soumise tout spécialement, je penche pour faire de la glossité 
exfoliatrice marginée une maladie familiale, ce qui ne veut pas 
dire contagieuse. 

Le sublimé qui a guéri en huit jours les malades de M. Gallois, 
est un caustique énergique, il est vrai : je m'étonne toutefois 
qu'il vienne si aisément à bout d'une maladie qui dure des années; 
on a noté des cas datant de plus de quarante ans. Les malades 
de M. Gallois ont été peut-être plutôt nettoyés que guéris : l'affec- 
tion procède du reste par à-coups ; tantôt elle disparaît, tantôt 
elle réapparaît, souvent par poussées brusques, rappelant des 
poussées 4'eczéma. 

M. Gallois a-t-il revu ultérieurement ses malades? 

M. P. Gallois. — Je n'affirme pas la nature parasitaire de la 
glossite exfoliatrice marginée, la seule preuve serait la constata- 
tion du parasite. Je signale simplement l'efficacité du sublimé 
comme un argument en faveur de cette hypothèse. 



REVUE DES LIVRES 385 

Quant à Tobservation que M. du Castel a bien voulu me faire 
au sujet de la guérison peut-être momentanée de laglossite chez 
mes malades, je ne puis rien dire. En effet c'étaient des malades 
d'hôpital qui sont sorties aussitôt et que je n'ai plus jamais 
revues. 

M. Leredde. — On peut émettre, au sujet de la glossite exfo- 
liatrice marginée, une troisième hypothèse ; il se pourrait que 
l'on se trouvât en présence d'un érythème, avec chute de 
Tépiderme due à l'humidité de la région atteinte. Cette hypo- 
thèse s'accorde avec l'existence de ronds. 



REVUE DES LIVRES 



Cours de minéralogie biologique (4« série), par le D' J. GAUBB(du Gers), 
1 vol. in-18, 4 francs, Maloine, éditeur. 

Les leçons de cette quatrième série diffèrent des précédentes par la 
généralisation des idées et des faits qui font de la Minéralogie biolo- 
gique une science nouvelle à côté des autres sciences d'observation. Ce 
nouveau volume est divisé en deux parties : 

La première partie, intitulée : Sélection et minéralisation, spécifîcité 
de minéralisation, se compose de sept leçons. Au début de la première 
leçon, l'auteur dit que Ton doit distinguer la Minéralogie biologique, 
science fondée sur des principes certains, de la partie de l'Agronomie qui 
Iraite des engrais minéraux et de la Minéralothérapie qui sont Tune et 
l'autre des applications pratiques de la Minéralogie biologique ; il déve- 
loppe ensuite les points suivants : le potassium est le métal spécifique 
des liquides sanguins ; le sol, la minéralisation, sont les agents les plus 
puissants de la sélection naturelle ; l'hérédité correspondante de Darwin, la 
souvenance héréditaire d-e Darwin ; l'hérédité et l'âge correspondant de 
Darwin sont en rapport avec la spécificité de minéralisation, avec le rap- 
port de participation à la vie des éléments de minéralisation, avec les 
aptitudes protoplasmiques de minéralisation ; le calcium est le métal de la 
spécificité de construction des êtres ; le magnésium est le métal spécifique 
de la génération ; il existe des spécificités secondaires ou des spécialités 
de minéralisation. 

La deuxième partie est intitulée : Minéralisation et Pouvoir rotatoire 



386 BSYUE DBS LIYRES 

des sénunB; elle se divise en onze leçons. La première leçon est une 
sorte d'introduction aux leçons suivantes qui sont consacrées aux pou- 
voirs rotatoires et à la constitution de l'ovo-albumine, des sérums de 
bœuf, de taureau, de veau, de vache, de mouton, de bélier, de chèrre, de 
cheval, d'àse et de sérum antidiphtérique. On trouve, au début de 
chaque leçon, la densité, Tangle de rotation observé, l'angle de rotation 
calculé, le pouvoir rotatoire moléculaire, les poids deH éléments miné- 
ranx, de l'eau et des éléments organiques de chaque sérum étudié. 

Les points les plus saillants -de la deuxième partie de la quatrième 
série des leçons du Cours de Minéralogie biologique sont les suivants : 
Le pouvoir rotatoire droit des albuminoldes provient ée la présence 
d'une hexose ou d'une hexobiose; Tune et l'autre sont en relation avec 
une minéralisation particulière. — Formation d'urée sous l'influence du 
carbonate de potassium sur les peptones. — L*albumine considérée 
comme membrane colloïdale. — Le pouvoir rotatoire des albumines dialj- 
sées change avec la nature de leur minéralisation. — Les microbes 
nitrifiants ne sont pas une source directe d'azote. — Rôle de la potasse et 
de la soude dans la position du carbone asymétrique des corps naturels 
optiquement actifs. — La chaux, la magnésie et la potaSse rétrécissent 
l'ouverture de l'angle de rotation des sérums. — Action paradoxale de la 
matière minérale sur le pouvoir rotatoire des sérums. — L'angle de rota- 
tion du mélange de plusieurs sérums s'exprime par le quotient de la 
somme des angles de rotation par leur nombre ; il est mojen. — Les séro- 
réactions sont d'ordre chimique. 

Manuel d*analomiêf de physiologie €t de ftathoiogie^iémentaires à l'usage 
des sages-femmes^ par J. Gtourdet. Octave Doin, éditeur, Paris; Dugas, 
éditeur, Nantes, orné de 511 ligures dans le texte et de 3 planches hors 
texte. 

Cet ouvrage de 800 pages représente un excellent compendinm pour 
les sages-femmes qui trouveront difficilement un livre aussi complet, 
capable de leur fournir en un seul volume toutes les notions qui leur 
sont nécessaires. 

Les troubles nerveux de cause sexueUe, par E. Momif, i petit in-16. 
O. Doin éditeur. Prix : 1 fr. 50. 

Deuxième Gongi'ès de l'hypnotisme expérimental et thérapeutique^ 
publié par MM. BéaiLLoii et Fajiss, 1 vol. in-9, avec 5â figures. Octave 
Doin, éditeur. Prix : 10 francs. 

The Pharmacological Action and Tkerapeutic Uses of tke Nitrites and 
allied compeuntlSf bj D. J. LiBca, s. physicien to the Manchester 
royal infifmary, and prof, of pharmacology in the owen collège. Sher- 
ratt and Hughes, editors, Manchester. 

Nous signalons aux pharmacologues, l'intéressante série de leçons 
faites par M. Leech, sur les rapports entre la composition et l'action des 



PHAR1IA£0L06IE 387 

uîtrites. Ce volume se pJaoe à c6té de celui qui a été publié sur un sujet 
analogue, quoique plus général, par M. Lauders Brunton, il y a déjà 
•quelques années. On se préoccupe beaucoup, depuis quelque temps, d'éta- 
blir des lois sur les relations qui existent entre Taction phyBÎotogiqiie des 
corps et leur composition, leur formule. C'est un sujet certainement digne 
d'intérêt. C'est seulement dans de nombreuses années qu'il nous sera pos- 
sible de débrouiller cet écheveau compliqué, mais, en attendant Thenre où 
le physiologiste sera à même de fournir des explications certaines, nous 
devons saluer avec reconnaissance l'apparition de travaux, aussi élevés 
d'inspiration que ceux du genre de celui que nous signalons au lecteur. 

État actuel de nos connaissances sur les Oxydases et les Réductases, 
par M. Emm. Pozzi-Escot, chimiste-microbiologiste. Un volume in-16, 
librairie Dimod, quai des Orands-Augustins, 49. Prix 4 francs. 

L'ouvrage que vient de publier M. Pozzi-Escot est appelé à un grand 
et irès légitime succès auprès de tous ceux qui cherchent à pénétrer le 
mécanisme intime des phénomènes de la nature. A notre avis, la viticul- 
ture a tout à bénéficier des connaissances que l'on acquiert tous les jours 
SBr les singulières substances qu'on appelle des diastases; ce sont ellesi 
«n effet, qui président au phénomène de la casse des vins et des boissons 
fermentées ; ce sont elles encore que l'on retrouve quand le vin prend le 
goût d'œufs pourris ; les étudier «t les connaître, c'est préparer des annes 
pour les combattre. 

Nos lecteurs liront avec fruit l'ouvrage de M. Pozzi-Escot, ils appren- 
dront à connaître tout un groupe nouveau de diastases, les diastases 
réductrices, et ils trouveront sur les diastases oxydantes ou oxydases, sur 
l'œnoxydase, cause de la casse des vins en particulier, plusieurs chapitres 
très intéressante. 



REVUE ftES TRAVAUX FRANÇAIS ET ÉTRAKCERS 



Pharmacologie. 

Recherciies expérimentales sur Taotioii thérapeutiqpie de la 
levare de bière. — Des expériences sur les animaux faites par 
MM. Haillon et Oarrion (Congrè$ de médecine de Toulouse, 1902)^ 
dans le but d'élucider certaines questions relatives à raction thé- 
rapeutique de la levure de bière, ont conduit aux résultats sui- 
vants : 



388 REVUE DES TRAVAUX FRANÇAIS ET ÉTRANGERS 

i^ La levure de bière exerce sur la toxine diphtérique une action 
neutralisante directe des plus énergiques. 

29 La levure de bière fraîche ou desséchée, non seulement reste 
vivante, mais fermente activement dans le suc gastrique, même 
fortement hyperacide. Elle vit et fermente aussi dans une anse 
intestinale, chez Fanimal vivant. Par conséquent, ingérée par la 
bouche, elle parviendra, vivace encore, dans Tintestin. 

De ces faits on peut tirer des présomptions sur Tefficacité thé- 
rapeutique de la levure de bière : 

1» Il semble indiqué de badigeonner avec de la levure les fausses 
membranes diphtériques accessibles ; la levure, par ses sécrétions 
spéciales, n» neutraliserait-elle pas la toxine diphtérique au fur et 
à mesure de sa production ? 

2® La levure, vivant dans le trac tus gastro-intestinal, y agit 
probablement de deux manières : d'une part, en vertu des lois de 
la lutte pour l'existence, en gênant la pullula! ion des germes 
nocifs; d'autre part, en détruisant certaines toxines comme elle 
détruit la toxine diphtérique. 

3* C'est par là sans doute que la levure amende les diarrhées 
(Thiercelin, Chevrey). C'est probablement aussi parce mécanisme 
qu'elle agit sur la furonculose, l'acné, affections qui très souvent 
sont causées, favorisées ou aggravées par des fermentations 
digestives vicieuses et par T auto-intoxication qui en résulte. 

Ces mêmes considérations s'appliquent au képhir qui, d'ail- 
leurs, contient, parmi ses ferments, une levure à sécrétions acides 
comme la levure de bière. 

Emploi des amers contre l'anorexie. — L'usage des amers 
a été critiqué depuis longtemps, et un médecin allemand a dé- 
montré que l'eau ingérée avant le repas augmentait plus l'acide 
chlorhydrique dans les sécrétions gastriques que ne le faisait 
l'usage des amers. Les amers donnent surtout l'illusion de la 
faim et M. Huchard n'en prescrit presque plus à ses malades. 
De très petites quantités d'alcalins, au contraire, données avant 



MALADIES INFECTIEUSES 389 

le repas paraissent augmenter plus sûrement la sécrétion gas> 
trique. On peut prescrire ainsi : 

Phosphate neutre de soude. 12 gr. 

Bicarbonate de soude 6 » 

Pour 50 cachets, dont on prendra deux ou trois par jour une 
demi-heure avant le repas. 

De plus, pour activer la digestion, on peut donner à là fin deà 
repas, un verre à madère de : 

Eau distillée 450 gr. 

Acide chlorhydrique 6 » 50 

Liqueur de curaçao 50 » 

Il est à noter qu'on donne en général des doses beaucoup trop 
élevées d'acide chlorhydrique ; cette substance a en effet une 
action de présence et non de substitution, et il n'y a par consé- 
quent pas d'intérêt à en donner de fortes doses. 

Maladies infectieuses. 

L huile d'olive dans la fièvre typhoïde. — Paget a utilisé avec 
succès des injections rectales d'huile d'olive au cours de la 
diothiénentérie. Chaque 12 ou 24 heures, il fait .'pratiquer une 
injection de 56 centilitres environ (une pinte) que le patient doit 
tâcher de retenir le plus longtemps possible (12 heures et même 
24 heures). Si, au bout de ce temps, le malade ne rend pas spon- 
tanément l'huile injectée, on donne un petit lavement avec de 
l'eau savonneuse. Ce traitement peut être continué pendant 
10 jours environ. Après quoi on ne recommence que si la tempé- 
rature s'élève. S'il y a diarrhée, il faut prescrire aussi l'huile, on 
peut également faire prendre une petite dose de calomel (0 gr.03). 
Paget affirme éviter, en employant ce traitement, les complica- 
tions habituelles de la fièvre typhoïde telles que : tympanite, 
perforations, etc. 

Sur la contagion de la phtisie depuis Hippocrate jusqu'à Foch 
et incidemment sur la contagion en général. — Il y a une tren- 



390 REVUE DES TRAVAUX FRANÇAIS ET ÉTRANGERS 

taine d'années dans les hôpitaux de Pari^ dit M. Meunier (Bti/^ 
letin de la Société de médecine de (rond^ mars 1902) le chef de 
service qui, en interrogeant ses phtisiques, recherchait déjà 
comme étiologie, la possibilité de la contagion, était regardé 
comme un médecin hardi, sinon paradoxal. 

Depuis lors, tout le monde semble bien avoir accepté la doc- 
trine de la transmissihiUté, c'est-à-dire de la contagion de la 
phtisie. Cela ne s^est pas fait saas de grandes résistances et 
cependant il n'y avait rien de nouveau dans cette conception qui, 
déjà croyance populaire dans Tantiquité,' n^a jamais cessé d'être 
courante en médecine depuis le xvi" siècle jusqu'à nos jours. II 
n'y a eu d'arrêt que pendant la période du xix* siècle qui va de- 
1840 à 1870. En effet, vers 1854, personne ne croyait plus à la 
transmissibilité de la phtisie. Aussi quand Vîllemin en 1865 et 
surtout en 1868 communiqua ses expériences sur Tinoculabilité 
des produits tuberculeux de l'homme aux animaux, il souleva un 
peu partout des proteatationa. Et cependant Villemin n'avait pas 
prononcé le mot de contagion. Ses adversaires prétendirent que 
pour être inoculable une maladie n'était pas néceesatrenient 
contagieuse. Et il n'a fallu rien moins que la découverte de Kocb 
en 1882 pour vaincre toutes les résistances. 

Si quelques esprits sont encore réfractaires à la doctrine de la 
contagion de la phtisie, c'est qu'ils n'ont pas sur la définition de la 
contagion les mêmes idées, que Frascator et Mercuriali au xvi*^ 
Deleboé et Lazare Rivière au xvii«, Raulin au xviii* siècle, et 
que la plupart des savants contemporains, qui ne voient dans la 
contagion que la transmission d'une maladie d'un individu infecté 
à un individu sain, par l'intermédiaire de ce qu'autrefois on appe- 
lait principe morbifique {Hippocrate, Aristote), puis semences, 
germes (Frascator), puis miasmes (Deleboé, Rivière, Morton,. 
Raulin) et qu'aujourd'hui on appelle microbes pathogènes. 

Le mot contagion ne doit pas évoquer immédiai;emeat dans 
notre esprit l'idée de transmission rapide de la maladie, d'épi- 
démie grave et meurtrière. La contagion a ses degrés, des agents 
de transmission ont' des mœurs spéciales que les savants étu- 



MALADIES BU SYSTÈKB NBRVBUX 3^1 

(lient chaque jour avec le plus grand succès dans leurs labora- 
toires et l'on sait que le bacille de la peste n-'agit pas Tis-à-vis de 
l'organisme de la môme façon que le bacille de la tuberculose. 
Mais il n'en est pas moins vrai qu« la tuberculose comme la peste 
est une maladie transmissible, contagieuse. 

Maladies du tube digestif et de ses annexes. 

La glycérine formulée contre l'amygdalite aigné. — En raison 
de ses propriétés irritantes, l'aldéhyde formique n'a guère été 
utilisée en applications locales sur les muqueuses. M. A.«C. 
Jordan a trouvé que les malades tolèrent bien les badigeonnages 
de la cavité buccale et de la gorge avec cet antiseptique, à condi- 
tion de l'employer sous forme de glycérine formolée à i ou 
4 p. iOO. D'après les observations de notre con&ère, ces appli- 
cations pourraient rendre des services pour les traitements de la 
stomatite aphteuse, de Tan^^ine scarlatineuse ou diphtérique et, 
en particulier, de l'amygdalite aiguë. Dans cette dernière, un 
seul badigeonnage de la glande malade avec la glycérine for- 
molée à 2 ou 4^p. iÛO, pratiqué tout au début de l'affection, serait 
susceptible d'enrayer la fièvre en quelques heures et de faire 
avorter Fangine. La glycérine formolée provoque dans la gorge, 
pendant quelques heure», des sensations douloureuses , mais 
supportables. Après le badigeonnage, 4e malade doit s^abstenir 
de manger et de boire pendant une demi-heure ou une heure, 
a&n de ne pas entraver l'action antiseptique du formol sur les 
tissus amygdaliens. Un simple gargarisme au chlorate de potasse 
suffît ensuite pour parachever la guérison. 

Maladies dn système nervevoL. 

» » 

L'alitement en. aliénation mentale. — MM. Mairet et Ardin. 
Delteil ont entrepris des recherches sur raliteraent dans l'aliéna, 
lion mentale. (Jfon(pe^iier médical ^^1900, t. XI). Ils ont soumis à 
l'alitement 90 malades pouvant être répartis en deux groupes. 



392 REVUE DBS TRAVAUX FRANÇAIS KT ÉTRANGERS 

L'un comprenant les aliénés dont la maladie était déjà ancienne, 
lautre les malades atteints récemment. 

Pendant toute la durée de Talitement, les malades étaient sou- 
mis au même traitement que s'ils avaient été levés. 

Le résultat de ces recherches est que : 

I. — Dans la folie ancienne, l'alitement comparé au lever n'a 
aucun effet utile ni sur la marche de la maladie, ni sur le délire, 
ni sur l'agitation ou la dépression. 

H. — Dans les folies récentes : 

1* L'alitement est loin de pouvoir être considéré comme une 
méthode de traitement devant être généralisée à tous les cas ; 

2* La plupart du temps, il est inutile, ou produit divers troubles 
physiques ou psychiques qui obligent à faire lever les malades ; 

3» L'alitement, dans certains cas, paraît utile eii ce sens qu'il 
diminuerait la durée de la maladie, plus particulièrement dans la 
manie intermittente et les aliénations mentales post-infectieuse. 

4* L'alitement ne diminue pas le nombre des décès. 

Gynécologie et obstétrique. 

Soins à donner aux seins des jeunes mères qui allaitent. — 

L'enfant est mis au sein dans les 24 ou 36 heures qui suivent la 
délivrance. Dès ce moment, les précautions les plus minutieuses 
s'imposent pour ne pas infecter les canaux galactophores. 

On ne devra jamais toucher les seins qu'après lavage des 
mains. Avant et après chaque tétée, la mère se lavera les seins 
avec un tampon de coton imbibé d'eau boriquée. Dans l'intervalle 
des tétées, une compresse bouillie dans l'eau boriquée |et 
recouverte d'un taffetas gommé sera maintenue en permanence 
sur les seins à l'aide d'un bandage de corps. Les compresses 
humides valent mieux que le coton sec, qui colle au bout du sein 
et peut amener l'arrachement de lambeaux épidermiques. 

Malgré tout, disent MM. Gaulard et Rué, à. qui nous 
empruntons ces renseignements (Manuel thér. clinique), beaucoup 
de primipares ont des gerçures et des gerçures douloureuses, la 
succion est douloureusei et la porte d'entrée aux infections est 



GYNÉCOLOGIE ET OBSTÉTRIQUE 393 

ouverte. Il faut donc traiter avec éoia ces ulcérations. On peut 
employer les topiques suivants : 

I. Glycérine ) „ 

Liqueur de van Swieten ( 

(Lepage.) 

II. Eau de roses 40 gr. 

Glycérine 20 » 

Borate de soude 8 » 

Teinture de benjoin 12 » 

(Marfan.) 

III. Orthoforme pulvérisé, 
ou : 

Orthoforme en solution alcolique saturée. 

(Maygrier.) 

IV. Glycérine 10 gr. 

Tanin 1 » 

Er. trait de cannabis indica ". . » 60 

(Gaulard ET BuÉ.) 

Brindeau préconise le traitement suivant : 

1* Cocaïniser le bout du sein ; 

2* Frotter le mamelon avec un tampon imbibé d'éther; 

3* Toucher légèrement les crevasses avec delà teinture d'iode; 

4» Saupoudrer dans l'intervalle des tétées, les crevasses avec 
du bicarbonate de soude. 

5« Si l'enfant présente des lésions buccales, lui nettoyer la 
bouche avant la tétée ou faire usage de bouts de seins en verre. 

Indications et limites du traitemient médical des inflamma- 
tions annezielles. — M. Pichevin a fait sur ce sujet à la Société 
médicale de TÉlysée une communication (Journal de médecine de 
PariSf 22 décembre 1901), fort intéressante. Dans la phase aiguë 
c'est l'abstention. S'il y a une indication urgente d'opérer, c'est 
surtout à la çolpotomie qu'il faut avoir recours. 

Quand la première poussée algue a disparu, on examine les 
indications de l'opération. La durée et la gravité de cette poussée 



394 REVUE DES TRAVAUX FRATTÇAIS ET ÉTRANGERS 

V 

aiguB, le volume des lésions, It persisCancer des dbuleurs et des 
troubles divers (vésicaux, rectaux, etc.), Tinvalidîté de la malade, 
la situation sociale de la patiente, sont des éléments qui doivent 
entrer en ligne de compte dans Tappréciatiofi de la eonduite à 
tenir.. 

A-t-on diagnostiqué Texistence du pus, il faut opérée au mo- 
ment opportun. 

Si on a- remis l'opération par suite de raonélioratioii! de l'état 
général et de Tétat local et s'il survient une* ntiuvelle poussée, il 
faut se décider à l'intervention . 

Dans les formes sèches en particulier, chez les femmes qui ont 
de vieilles inflammations annexielles, on peut tenter le mas- 
sage qui donne dans un certain nombre de- cas de besnx résul- 
tats. 

Mais il ne faut pas se le dissimuler et se rappeler ce que disait 
Courty, l'inflammation péri-utérine est une affection grave, 
longue et diflîcile à guérir et il faut ajouter que très souvent la 
suprême ressource est l'acte chirurgical qui réussit à guérir défi- 
nitivement des femmes qui resteraient des invalides toute leur 
existence, quand elles ne succombent pas à l'évolution et aux 
progrès de l'affection. 

Maladies de la nutzition. 



Les iriotîoBS iodncées dans Im tcaitomdxit4«trobésité. — Chez 
les obèses présentant une accumulation de graisse dans les reins 
et 1» paroi abdominale, M; Kiseb (de MflrienbBd) a^ volMtîers 
recours, à côté du traitement diététique, aux firictiiiiis loeales 
avec une pommade iodurée. 

Pour les reins, M>. Kisc^ fait faire tous les soirs des f notions 
aveo la- pommade suivante : 

Vaseline » 30 g?*.. 

lodure de potassium 3f » 

Iode pur. 0' » 3Ct' 



MALADIES DE LA PEAU 395 

OU bien oyec une pommade formulée comme suit : 

Vaseline 10 gr. 

lodoforme '. 4 » 

Essence de menthe H gouttes 

La friction une fois faite, on recouvre les reins d'une large 
compresse trempée dans une solution d'acétate d'alumine : 

Eau distillée 100 gr. 

Acétate de plomb 5 » 

Alumine 1 » 

et on met par-dessus ime feuille, de gutta^percha qu'on maintient 
par une bande. 

Pour Les frictions sur les parois abdominales, M. Kisch rem- 
place la pommade par La solution suivante : 

Vinaigre scillitique: 200 gr . 

lûdure de potassium 1X)> » 

Maladies, de la peau. 

Traitement du lupus par les caustiques et les injections de 
substances modificatrices. — Ce traitement n'est pas le traite- 
ment de choix du lupus, il ne vaut pas les cautérisations, les 
scarifications, le raclage, la méthode de Finsen ou la cure radi- 
cale, mai's il est utile de le conBaitre, car il peut se trouver tetie 
ou telle circonstance oùJ''on soit obligé d'y avoir recours, 

Unna a' préconisé une pâte bacillicide ainsi constituée r 

Acide salicylique : ) ^^ ^ 

Chlorure d'antimoine liquide ) *^ ^^' 

CréosetB; *..» } .. , 

Extrait de chanvre indien | aa 4. >» 

Adeps knae 8 » 

Après cocainisation, on dépose cette pâte sur la surface malade, 
avec une spatule, on recouvre d'un emplâtre à l'oxyde de zinc et 
on renouvelle la cautérisation au bout de 48 heures. 

Lorsque* lé lupus est scléreux et résiste énergiquement, oti 



:]96 BEVUE DES TRAVAUX FRANÇAIS ET ÉTRANGERS 

ramollit le tisBU conjonctif qui eatoure les lupomes au moyen Je 
caustiques alcalins : 

Potasse caustique ■, . - . j 

Ohaux éteinte f 

Savon noir { ** 

Eau distillée ) 

Cette méthode s'applique aux lupus en surface, mais, pour les 
foyers profonds, on tamponne les lupomes avec des petites tiges 
de bois pointues trempées dans le chlorure d'antimoine liquide 
pendant un quart d'heure. On les fait touruer comme une vrille, 
jusqu'à 2 ou 3 millimètres de profondeur, on coupe au ras de la 
peau avec des ciseaux, et on laisse en place en recouvrant d'em- 
plâtre mercuriel. Ces pointes tombent (spontanément au bout de 
deux jours. On reprend ensuite la potasse. Ce traitement qui 
donne de bons résultats nst douloureux. 

Kaczanowski cité par le D' Darbois {Trailement du lupus sui- 
vant les indicaliom. Thèse Paris, 1901) a préconisé l'application du 
permanganate de potusse en poudre ; M. Balzer, après scariSca- 
tions, saupoudre avec : 

Permanganate de potasse 1 gr. 

Talc 5 » 



M. Hallopeau applique sur les surfaces ulcérées une compresse 
imbibée de solution de permanganate de potasse à 1/50. 

Le chlorure de zinc, l'acide lactique, le nitrate d'argent, ont 
également leurs partisans {Journ. des prat., 22 juin 1901). 

Maladies vénériennes. 

Traitement des syphilides palmaires par des applications 
Itératolytiqnes. — De tous les accidents cutanés de la vérole 
celui qu'on appelle improprement psoriasis palmaire se distingue 
par une ténacité particulière, résistant souvent au traitement 
mercuriel le plus énergique, poussé jusqu'à la disparition de 
toutes les autres manifestations syphilitiques . Or, d'après M. le 
D' Ohmann-Dumesnil (de Saint-Louis), on parviendrait assez 



CHIRURGIE 



GÉr^RALE 397 



facilement à faire disparaître ces syphilides squameuse de la 
paume de U main, qui parfois affectent la forme d'une véritable 
iiyperkératose, par l'application d'agents kératolytiques, notam- 
ment de l'acide salicylique, tout en instituant, bien entendu, un 
traitement spécifique général. 

A cet effet, notre confrère se sert de l'une des deux prépara- 
tions suivantes : 

Acide salicylique 1 gr . 20 

Ichtvol 2 » 

Cold-cream .- 30 » 

Mêlez. — Usage externe. 

Acide salicylique 1 gr. 20 

Chlorhvdrate de cocaïne » 25 

Collûdion riciné 30 >♦ 

Mêlez. — Usage externe. 

Lorsque, sous l'influence de la pommade ou du collodion sali- 
cylés, le psoriasis palmaire a complètement disparu, on prescrit, 
pour en prévenir la récidive, la préparation ci-dessous formulée : 

Calomel a la vapeur 1 gr. . 

Cold-cream 30 » 

Mêlez. — Usage externe. 

Avec cette pommade le malade se frotte les régions palmaires 
chaque soir, au coucher, en ayant soin de revêtir des gants pour 
la nuit. 

Chirurgie générale. 

Un procédé de cure radicale des hernies sans ouverture du 
péritoine. — Partant de ce fait que toute hernie abdominale 
n'est qu'une lésion de la paroi, M. le D' Poullet (de Lyon) a 
cherché, dans le traitement chirurgical des hernies, à restreindre 
le plus possible l'étendue de l'acte opératoire, de façon à obtenir 
la cure radicale sans ouvrir le sac herniaire, ni inciser les 
aponévroses. Voici d'après la Semaine médicale (n® 48, 1901), le 
procédé qu'il emploie : après avoir fait une incision cutanée dont 
la longueur ne dépasse jamkis 5 centimètres, il écarte les lèvres 



3M 



REVUE DES TRAYAU3L FRANÇAIS £T ETRANGERS 



de la plaie à l'aide d*un dilatateur ad hoc, manœuvre qui, en 
raison de Télasticité de la peau, donne toujours un jour suffisant. 
On procède ensuite à la recherche du collet du sac et on réduit 
sans ouvrir. On passe alors un fil métallique, par transfixion, 
dans le collet du sac, de manière à le coudre à la paroi abdo- 
minale ; avant de serrer .le fil, on le repasse deux ou trois fois à 

travers la brèche de la paroi pour en rapprocher les lèvres. 

• 

Cette intervention, qui dure en tout de quinze à vingt minutes, 
ne comporte naturellement pas les soins post-opératoires joiinu- 
tieux de la cure radicale ordinaire : aussitôt l'opération terminée, 
le patient peut se lever, aller uriner, etc., etc., et, au lieu de le 
maintenir au lit pendant plusieurs jours consécutifis, il suffît de 
lui ordonner un. repos relatif de quatre ou cinq jours sur une 
chaise longue ou sur un fauteuil. 

Le fil métallique, laissé à demeure, serait le phis souvent bien 
toléré ; dans quelques cas seulement on observerait de la suppu- 
ration sous-cutanée, de sorte quB la guérison^ qui habituellement 
se fait en huit à dix jours, nécessiterait en pareille occurrence de 
deux à trois semaines. 

M. PouUet a eu Foccasion d'opérer ainsi près de 400 sujets 
porteurs de hernies crurales, inguinales ou ombilicales; con- 
vaincu de l'innocuité absolu de ce procédé, il a pu intervenir, 
.avec succès, dhez des individus très âgés et, entre autres, chez un 
vieillard de quatre-vingt-quatre ans. 

Maladies dn hcc et des oreilles. 

XraitAmeiit m^ical ôm ▼«égétation» «dâioidM. — iËB «zBiployaiit 
la médication iodée à rintérieur, M. Lapeyre <(de (Fontain^leau) 
signale à la Soc, àe péd. (oct. 1901} qu'il a toujours pru faire 
disparaître les végétations adénoïdes même volumineuses et 
éviter à ses petits malades des ablations chirurgicales ^qui sont 
loin d'étire sans inconvénients* 

L'usage du vin iodé et les instillations d'huile mentholée dans 
les fosses nasales aurait donné 'de bons résultats à M. Sevesti», et 
Ton. sait qjie Parrot tcaitoit déjà les végétations adénoïdes par la 



CONGRÈS MÉDICAL DÏE BIARRITZ 399 

teinture d'iode incorporée au sirop de gentiane à la dose de 
6 grammes de teinture d*i6de et de 6 grammes d'iodure de 
potassium par litre. 

M. Lapeyre donne la teinture d'iode à dose croissante, en com- 
mençant par VI gouttes trois fois par jour, |iour les «nfants de 
cinq à neuf ans et en augmentant rapidement jusqu'à LX gouttes. 
Cette dose élevée est en général parfaitement supportée ;^elque- 
fois on observe un peu d'intoléranoe gastrique, mais janais d'acci- 
dents sérieux. L'iode se trouve dans l'urine par réactifs appro- 
priés. 



CoDiprès médical de BiarrltE. 

lie.8*'OoDgrè8 de Thalamothérapie (cnre marine), wni% la pré- 
sidence dlnmoeur de M. le ministre de l'Instractioa puhlifu&et 
sous la présidence effective de M. le D'' Albert Robin, s'ouvrira à 
Biarritz, le 19 :aTril pvocteiiL ^azsiû «es lOvgaEÎisateurs, nous 
citerons : MM. les D'» Beaudoin, Bouilly, Dalché, Fiessinger, 
Hamonic, Huchard, Josias, Labadie-^Lagrave, Lancereaux, 
Leredde, Leroux, Mathieu, Rochard, Segoad, Se^ve&tre, Seguel, 
pour Paris. Un comité de Biarritz fonotioime'fioug le patronage 
de la municipalité, M. le D'' Lobit en «est le Secrétaire général 
et M. Raynaud, pliarmacien, le trésorier. Cette manifestation 
scientifique est assurée d'un plein succès d'autant plus que le 
XIV*' grand Congrès de médecine de Madrid aura lieu quelques 
jours plus tard et que beaucoup de ses membjDefi doivent assister 
en passant au Congrès de Bianitz« Plusieurs iespositions auront 
lieu dans le local même de la salle des séances au grand' Casino 
Bellevue et notamment une Exposition Internationale corollaire 
d'Hygiène et de Sauvetage, produits et appareils intéressant le 
Congrès : Arts médicaux et Pharmaceutiques , Hygiène générale. 
Alimentation, Engins de Saumtage, sporM, Mmhtdaaoes^ etc. Cette 
Exposition compte à l'heure actuelle de nombreux exposants. 
Tous les produits intéressant le Congrès y sont admis ; s'adres- 
ser au délégué, H. A. Girard, 34, rue Sàint-l^azare, Paris. 



400 FORMULAIRE 

FORIULAIRE 



Farine lactée. ^Annales de la policlinique de Lille.) 

Sucre pulvérisé 715 gr. 

Cacao pulvérisé 250 » 

Phosphate de chaux thcalcique 15 » 

Glycérophosphate de chaux 15 » 

Farine de mais Î50 » 

— de lentilles 150 » 

— d'avoine 150 ^> 

Vanilline 5 » 

Alcool Q. S. 

Faire dissoudre la vanilline dans Talcool, mêler intimement 

au sucre, laisser sécher, puis ajouter les autres substances. 

Inhalations chez les phtisiques (Davbzag.) 

lodoforme 1 gr. 50 

Essence de térébenthine 30 » 

Huile d'arachides 1 50 » 

Essence de bergamotte i . , . 

Acide thymique i ^^ 2 g^. 50 

{Jour, de méd, int.) 

Potion hémostatique (Lutaud). 

Extrait dTiydrastis canadensis 4 gr . 

Extrait d'hamamelis virginica 2 » 

Ergotine 10 » 

Tanin 1 » 

En prendre une cuillerée à café toutes les demi-heures. 



Le Gérant : 0. DOIN 



IMP. F. LEVÉ, 17, RUE CASSETTE. — PARIS-Ô'» 



IÉCR0L06IE 



MORT DE M. BOUILLT 



Nous avons le grand, chagrin d'annoncer à nos lecteurs 
la mort de M. G. Bouilly, le très distingué chirurgien, qui 
depuis 1896 faisait partie du Comité de rédaction du Bul- 
letin général de Thérapeutique. 

Voici déjà près de deux années que la santé de G. Bouilly 
s'était profondément altérée;. frappé d'une des plus redou- 
tables affections qui puisse, menacer un homme et surtout 
un médecin — car il nous est, dans ces terribles occasions, 
impossible de nous faire illusion — il a lutté jusqu'au bout, 
il a stoïquement supporté les opérations jugées nécessaires. 
Mais hélas ! rien n'a puenrayer.une affection qui n'a jamais 
pardonné jusqu'ici et notre pauvre ami s'est éteint, au 
milieu des plus vives souffrances, le samedi J4 mars. 

Bouilly avait à peine 55 ans et c'est en plein succès que 
la mort Ta frappé. Notre collaborateur occupait en effet 
l'une des plus grandes situations de chirurgien à Paris. 
Chirurgien de l'hôpital Cochin depuis près de vingt ans, 
Bouilly s'y était fait la réputation d'un très habile opéra- 
teur en gynécologie ; la sûreté de son coup d'œil de clini- 
cien, comme celle de sa main, était hautement réputée, et 
son diagnostic sur avait la valeur d'une vérité scientifique. 

Nous remettons à plus tard le soin de retracer la vie 
scientifique de Bouilly, nous voulons seulement, aujour- 
d'hui, rappeler la haute valeur du médecin, nous voulons 
surtout mettre en relief l'importance de la situation morale 
qu'il avait su se faire auprès de ses confrères et auprès du 



BULL. DB THÉRAPBUTIQUF, — TOME CXLV. — M* LITR. 



402 NÉCROLOGIE 

public lui-même. Bouilly, en effet, était adoré de ses malades, 
estimé au plus haut point de ses élèves et de tous les médecins 
qui avaient l'honneur de le connaître. C'est que sa vie tout 
entière fut un acte d'honnêteté et de bonté. Serviable à tous, 
doux et compatissant, mieux que personne il savait réconforter 
le patient et lui inspirer l'espoir et la confiance la plus complète. 
Que de fois n'avons-nous pas entendu dire à des ihédecins, 
malades eux-mêmes : « Je verrai Bouilly, et s'il est d'avis que 
je me fasse opérer, je n'hésiterai pas une seconde. » Cet acte de 
foi est certainement le plus bel éloge que l'on puisse faire de 
l'admirable clinicien que la science vient de perdre, car nous 
savons tous combien le médecin est hésitant quand il s'agit de 
lui-même. 

Hélas ! toutes ces brillantes qualités n'ont pas pu le préserver 
des affres d'une fin atroce et il a fallu que ce chirurgien subît 
la torture de se condamner soi-même, sans merci. Nous ne pou- 
vons imaginer de supplice plus cruel que celui-là, cai' il est 
pire que la condamnation à mort juridique : le condamné en 
effet peut toujours espérer sa grâce, tandis que le médecin, quand 
il est atteint de certaines affections, ne peut qu'attendre avec 
certitude la plus cruelle des morts. 

Aussi, la fin vraiment dramatique de notre infortuné colla- 
borateur a-t-elle profondément frappé le corps médical de Paris : 
depuis trois ou quatre mois nous le savions tous condamné à 
brève échéance et c'est avec une pénible anxiété que nous inter- 
rogions les rares confrères qui pouvaient avoir accès auprès de 
lui, pour lui prodiguer leurs soins, malheureusement inutiles ! 

Cet honnête homme, cet homme charmant n'est plus, il est 
maintenant affranchi de ses dures souffrances ; il aura eu du 
moins, en mourant, la consolation suprême d'emporter Thom- 
mage unanime des regrets émus de toutes les personnes et de 
tous les confrères qui l'ont connu. Mourir sans avoir certaine- 
ment un seul ennemi et sans connaître d'indifférents, c'est une 
belle fin; et cette fin, G. Bouilly sera l'un des rares hommes 
qui l'auront eue. LA RÉDACTION. 



BlILUSTIN 403 



BULLETII 



Le régime végrétarien et les sports. — A l'adresse des anti- 
vaooinateurs. — Hygiène des plages balnéaires. — Le 
manuel des ohirurgiens américains du oorps expédition- 
naire de Cnba. — Inspections dentaires. 

Un match qui a eu lieu dernièreinent en Allemagne serait de 
nature à prouver que le régime végétarien convient parfaitement 
à ceux qui se livrent aux sports athlétiques. L'épreuve consistait 
à marcher de Dresde à Berlin, soit 200 kilomètres à parcourir. 
C'était un championnat international; aussi, des Français, des 
Anglais, des Russes, des Autrichiens, des Américains y ont-ils 
pris part avec une vingtaine d'Allemands. Un règlement très 
sévère interdisait aux concurrents de s'arrêter en route pottr 
dorm^ir et ne leur accordait qu'une heure pour les repas. Or les 
six premiers arrivants à Berlin étaient tous végétariens. Karl 
Mann le gagnant, âgé de vingt-huit ans, et qui depuis près de 
dix ans suit le régime, ayant couvert la distance en 26 heures 
53 minutes, a été déclaré le champion marcheur du monde. 



o 
o o 



Si l'on en était encore à chercher des arguments en faveur de 
la vaccination, on pourrait servir celui-ci : depuis le commence- 
mettl de l'année 1902, Montréal a eu à peu près 500 cas de variole 
dont If morts; sur le total de ces 500 cas; 432 n'avaient pas 
été vaccinés. 



IJ lie l^on it'hygiène pratique a été doDnée par la ville de New- 
^ iirk lors de la dernière saison balnéaire- Elle s'est imposée do 
HP plus déposer à l'avenir ses vidanges à la mer afin de ne pai^ 
L iicoramoder les plages des stations a voisin an te s. Ces dernières 
!<>calités auraient joui l'été dernier d'une propreté remarquable 
,Miitrs«lBMl avec les desiderata des années précédentes. 



Vu début de la guerre hispano-américaine, dit le Caducée, tous 
|«ii médecins du corps expéditionnaire recurentun guide pratique 
^ui n'était autre que la traduction de l'article du médecin-major 
f'oT|(iie. professeur de clinique chirurgicale à Montpellier, sur 
, L'antisepsie dans les formations sanitaires de l'avant «. Ce fait, 
A)Oute-t-il, rapproché du silence gardé en France à l'égard de ce 
travail, vérifie une fois déplus la justesse de notre vieux pro- 
M'rbe : « Nul n'est prophète dans son pays. " 



I m connaît la chanson : s Mieux vaut se la faire plomber que 
M' la faire arracher a ; dans ce but on procède dans la plupart des 
•'uoles du Danemark et dans un certain nombre d'établissements 
il'nistruction en Allemagne à l'inspection systématique, à des 
fjioques réglementaires, de la dentition des élèves. Dans nos 
lycées, OD devrait bien agir de semblable façon. Les dentistes 
ijui y sont attachés n'auraient pas à intervenir pour des dents 
déjà fortement endommagées, ils ajouteraient la prophylaxie à la 
ilif'rapeutique en arrêtant, à ses premiers débuts, la marche de 



LES SAINTS MÉDECINS 405 



CHROIIQUE 



L'H AGIOTHÉ R APIE 



Les saiuts luédeelus 

par le J)octeur Cabanes. 

Les peuples anciens ont presque tous attribué l'invention 
des sciences, des lettres et des art^, de toutes les choses 
utiles en un mot, à leurs divinités; c'est ainsi qu'Apollon et 
Ësculape ont été, dans les premiers âges, reconnus et honorés 
comme les dieux de la médecine* 

Cela vient-il, comme on l'a prétendu (i), soit de ce que les 
premiers hommes qui ont trouvé du soulagement aux maux 
de leurs semblables, ont été ensuite déifiés par reconnais- 
sance ; soit de ce que les premiers rois et les héros, qui ont 
été plus tard mis au rang des dieux, se sont fait un honneur 
d'exercer la médecine ; soit enfin de ce que les anciens 
peuples, ayant perdu le souvenir des hommes bienfaisants, 
desquels ils tenaient leurs premières connaissances médi- 
cales, ont préféré en faire honneur aux divinités qu'ils 
adoraient, que de confesser leur ignorance? Nous n'en 



(l) Gautier. Recherches historiques sur Vexercice de la médecine 
dans les temples. 



di-cideroDs p&s, imitant en cela l'exemple de ceoK qui nouB 
ont précédé. Le fait certain, c'est qne les prêtres se sont 
arrogé de bonne heure l'exercice de l'art de gnérir dans les 
temples, ob le peaple affloait, espérant, parses prières, coo- 
jorer la. colère do ciel, et détotimer les fléaux morbides et 
êpidémiques, considérés comme le cb&timent de leurs 
butes. 

Que fa médecine ail été, an débat, sacerdotale, les 
recherches modernes sur la question ne permettent guère 
d'en doutor. Quand les Grecs eurent commencé à adorer 
Esculape comme dieu de la médecine, ses prêtres ne tar- 
dèrent pas à avoir le monopole de l'exercice de notre art. 

Les Grecs ne faisaient en cela qu'imiter les Egyptiens et les 
Phéniciens, qui adoraient bien longtemps avant eux uo dieu 
du nom d'EsGulape — et il est même présumable (1) qu'il 
se> produisit dans l'esprit des Grecs une confusion entre cette 
divinité des Ëgyptiens et le père de Podalyre et Machaon. 

Le culte d'Eeculape ne parait pas, es effet, avoir existé 
aatérieurement au siège de Troie : le premier temple qui 
lui fut dédié semble avoir été b&ti par les soins du fils de 
Podiityre, en l'honneur de son aïeul, environ cinquante ans 
après la prise de Troie. Cette date a été, nous le savons, 
discutée; mais quelle que soit l'époque à laquelle remonte 
le culte rendu à Bscalape, on ne saurait contester que 
rcliii-cl ait compté rapidement de nombreux fidèles, qui 
reconnaissaient en lui la divinité curatrice. 

II est vraisemblable que les Romains empruntèrent des 
(Jrpcs le culte d'Esculape. Une peste, a-t-on conté (2), rava- 



(1) C'est du moin» l'opinion de Mslgaigot.' (Gazelle des UâpUav 
lft42). 

(2) Vàlèbi: Maïthe. 



LES SAINTS MÉOBGINS 407 

geait Rome depuis trois ans; on consulta les livres des 
sibylles, qui ordonnèrent d'amener Escuiape d'Epidaure à 
Rome. Quand celui qu'on avait chargé de cette mission 
arriva au temple du dieu, à Epidaure, un des serpents en 
sortit, entra dans le vaisseau et se plaça dans la chambre 
de l'envoyé romain. 

Lorsque le vaisseau fut parvenu à l'embouchure du Tibre, 
le serpent en sortit et se retira dans une des îles du fleuve, 
où il se roula sur lui-même : ce qui signifiait, prétendirent 
les augures, qu'Esculape voulait être adoré dans ce lieu. 
Pour obéir au présage, on lui bâtit un temple, qui devint 
bientôt très fréquenté. 

Mais les Romains ne se contentèrent pas d'adorer Escu- 
iape, ils honorèrent pareillement Apollon, Mercure, voire 
Minerve, qui ne pouvait du reste que leur donner de sages 
conseils. 

Deux exemples (1) vont nous permettre d'établir la filiation 
directe du christianisme au paganisme (2) et nous autoriser 
h rattacher directement les saints médecins aux divinités 
païennes. 

L'histoire — ou la légende — nous apprend que Romulus, 
se souvenant de son enfance aventureuse, devint, après sa 
mort, un dieu romain, protecteur spécial des jeunes enfants; 
aussi les mères et les nourrices avaient-elles l'habitude de 
porter les enfants malades, pour implorer le secours du 



(1) V. la CivWsatiofi primitive, de Ttu>r, t. II. 

(2) Dès la fin du iv siècle, au moment où le christianisme tend à s'im- 
planter à la place du paganisme, les moines détruisaient sans pitié les 
temples païens, les colonnes sur lesquelles étaient placés les faux dieux, 
et à la même place ils élevaient une petite église (Cf. la Médecine dans 
VÉglise^ etc., par Alb. Marignajï, 1887, et surtout Science et Religion, par 
Malvbrt.) 



408 CHRONIQUE 

dieu, dans le petit temple qn'on lui avait construit au pied 
du Palatin. 

. Bien des siècles après, le temple était remplacé par l'église 
de Saint-Théodore : le D' Conyers Middleton, qui appela 
l'attention du public sur cette curieuse légende, voyait, 
chaque fois qu^il entrait dans cette église, dix ou douze 
femmes portant chacune un enfant malade, prier avec fer- 
veur devant Tautél du saint; naguère encore, tous les jeudis 
matin, on faisait dans cette église la bénédiction des enfants, 
surtout lorsqu'ils venaient d'être vaccinés. 

Saint, Gôme et saint Damien devaient, selon Maury, leur 
privilège de thaumaturges à une série d'événements à peu 
près semblables. Ces saints furent martyrisés sous Dioclé- 
tien, à Egée, dans la Cilicie. Or, celte ville était célèbre pour 
le culte rendu à Esculape, dans le temple duquel on prati- 
quait Vincubatiorij c'est-à-dire le sommeil pour se procurer 
des rêves, constituant autant d'oracles. Il semble que cette 
fonction fut attribuée immédiatement aux deux saints 
locaux, car la première fois que nous entendons parler 
d*eux, ils apparaissent en songe à l'empereur Justinien, 
malade à Byzance. 

Lessaiats guérirent l'empereur, qui leur fit construire un 
temple; leur ciilte se répandit de toutes parts, et depuis ils 
apparurent souvent aux malades pour leur indiquer ce 
qu'ils avaient à faire. 

Gôme et Damien avaient-ils été médecins quand ils vivaient 
sur la terre? 

Il est à peu près certain qu'ils étudièrent tout au moins la 
médecine, dians les ouvrages d'Hippocrate et de Galien; ils 
auraient même, dit-on, inventé un médicament (i). 

(1) Au dire de Fabricius, Arnaud décrit, dans sa Pharmacopée, un 



LES SAINTS MÉDECINS i409 

A en croire tel de leurs biographes (i), « leur science étant 
accompagnée du don des miracles, ils faisaient des cures 
admirables. Ils rendaient la vue aux aveugles, le marcher 
aux boiteux, l'ouïe aux sourds, Tusage des membres aux 
paralytiques, la liberté de Tâme et du corps aux possédés, 
en chassant les démons, et généralement la joie, la force et 
ia santé aux affligés, aux languissants et aux malades; et 
comme ils exerçaient leur art purement par charité et pour 
l'amour de Dieu, sans recevoir aucun salaire, les Grecs leur 
donnèrent le surnom à'Anargyres^ c'est-à-dire sans argent ». 

Assurément, nous fait remarquer un humoriste, ce ne 
furent pas ces archiâtres qui inventèrent la dichotomie^ cette 
ingénieuse, sinon très délicate combinaison, fort usitée de 
.nos jours, au dire des méchantes langues. 

Tandis qu'ils observaient scrupuleusement le comman- 
dement du Seigneur : Voils avsz reçu gratuitement^ donnez 
gratuitement (Matth., xj, il advint un jour que l'un d'eux, 
Côme, sembla faillir à sa pieuse habitude : à la prière d'une 
malade qu'il avait guérie, Côme avait consenti à accepter 
d'elle, à titre de cadeau, deux œufs! Ce crime parut si 
énorme à Damien, que celui-ci interdit qu'après sa mort on 
donnât une sépulture commune à son frère et à, lui. Mais 
Dieu, plus indulgent que son serviteur, se hâta de le justi- 
fier. Pendant son sommeil Damien eut une vision. Côme 



médicament appelé opopira^ inventé par nos saints (Cf. Notice svr les 
saints médecins^ par le R. P. Dom Alphonse-Marie Fournier). 

Citons encore, comme remèdes dus à des saints, l'Emplâtre des saints 
Pierre et Paul^ indiqué par l'Anglais Gilbert, dans son Thésaurus pau- 
perum/Tantidote de saint Paul, mentionné par Galien et Aétius; le sirop 
de saint Ambroise, vanté contre les fièvres, par Guaynerius et Manlius. 

G. Bauhin a cité un certain nombre de plantes qui portent des noms de 
saints. 

(1) Les Petits Bollandistes, 

I3ULL. DE THÉRAPEUTIQUE. — . TOM CXLV. — 11* LIVH. 11* 



410 CHRONIQUE 

lui apparut et lui dit : « Mon frère, ce n'est point comme 
salaire que j*ai accepté ce présent, mais à cause du nom du 
Seigneur, et pour ne pas avoir Tair de le dédaigner. » 

Damien, convaincu par cette argumentation quelque peu 
subtile, consentit alors à lever Tinterdit que, dans un excès 
de foi, il avait prononcé. 

Les deux saints qui périrent victimes des fureurs de Dio- 
clétien (1), continuèrent, après leur mort, à faire des cures 
miraculeuses. Non seulement les malades allaient en pèle- 
rinage à leur tombeau, mais les médecins venaient s^înspirer 
de leur souvenir, pour acquérir plus d'habileté dans leur 
art. 

L'empereur Justinien, guéri par Gôme et Damien d'une 
affection incurable, fit agrandir et fortifier la ville de Gyr, 
par respect pour les restes des saints dont les cendres 
reposaient dans son enceinte. 

Ce souverain fit également bâtir à Gonstantinople deux 
superbes églises, qui furent placées sous leur invocation. 

Le culte rendu aux deux saints médecins ne fut pas moins 
célèbre en Occident; vers l'an 528, le pape saint Félix IV 
éleva sous leur vocable, prés de V ancien temple de Romtdus et 
d^ Rémus — notons le rapprochement — l'église que l'on 
voit encore aujourd'hui; c'est de laque partirent les pro- 
cessions ordonnées par le pape Grégoire le Grand contre 
la peste qui décimait Rome (2). 



(1) Dans une mosaïque du vi« siècle, à Ravenne, ils sont représentés 
tenant un rouleau. On les peint aussi tantôt décapités, tantôt ayant entre 
eux deux un jeune enfant à genoux. Ils tiennent chacun une fiole. Saint 
Cômu seul est représenté assis, tenant une espèce de boîte à médicaments; 
le même tenant une flèche et une petite fiole, et près de lui saint Damien 
tenant les mômes objets. {Les Petits Bollandistes, 1" édition, Bar-le-Duc, 
1874, t. XI, p. Ui.) 

(2) Home posséderait actuellemcni deux antres églises dédiées aux 



^LËS SAINTS MÉDECINS 411 

On trouve encore, dans divers pays d'Europe, des monas- 
tères élevés à la glorification de nos saints patrons (Ij. 

Leur culte semble avoir été introduit en France, au 
V® siècle; à cette époque, saint Germain, évéque d'Auxerre, 
leur consacra un monastère de son diocèse. 

Au siècle suivant, Grégoire de Tours rapporta de Rome 
quelques parcelles de leurs reliques et les déposa, ainsi 
qu'il le rapporte lui-même (2), dansTéglise de Saint-Martin. 

Au xii"^ siècle, un chevalier français, retour des Croisades, 
offrit à la petite ville de Luzarches deux gros ossements et 
plusieurs autres fragments des reliques des deux saints. 
Deux églises furent bâties en leur honneur, et dans celle 
dédiée à saint Gôme, fut établi un chapitre de chanoines, 
pour la desservir et veiller sur le trésor qu'elle renfer- 
mait (3). 

Plus tard, en 1320, les reliques des saints martyrs furent 
solennellement déposées dans des châsses en argent, don 
de la reine Jeanne, épouse de Philippe le Long. 

Avant que la cérémonie commençât, les chanoines de 
Luzarches invitèrent les chirurgiens de Paris à rendre 
visite aux ossements des saints, dont ils avaient la garde. 
Quand ils eurent rempli leur fonction, les chanoines deman- 
dèrent qu'il ne fût fait qu'une seule confrérie de celle 



saints Gôme et Damien : l'une d'elles, située Via dei Barbieriy est, depuis 
le XVI* siècle, le siège de la corporation des barbiers : la fête des saints 
martyrs y était encore, en ces dernières années, célébrée solennellement. 
(Dom FouRNiER, op. cit.) 

(1) Saint Gôme et saint Damien étaient plus spécialement considérés 
comme les patrons des chirurgiens. Les médecins se plaçaient générale- 
ment sous la protection de saint Luc et les apothicaires sous le patronage 
de saint Nicolas. (Cheylud, Les anciennes corporations des médecins^ chi- 
rurgiens et apothicaires de Murât.) 

(2) Historia Francorum, lib. X. 

(3) Dom FouRNiER. 



412 CHR0510LE 

des chirurgiens de Pans et de la leur, sous la direction des 
maîtres chirurgiens, à condition que ceux-ci dépoteraient 
chaque année, aux fêtes de saint Gôme et saint Damien, 
et des apôtres saint Simon et saint Jude, deux des leurs, 
pour assister au service divin, faire ensuite la visite des 
pauvres malades et inscrire ceux qui voudraient avoir part 
aux prières et bonnes œuvres de la confrérie (I;. 

Les reliques de Côme et Damien attirèrent à Luzarches 
un grand concours de peuple ; on s*v rendit en pèlerinage 
de divers points du territoire. 

D'illustres personnages, entre autres saint Louis, se Orent 
affilier à la confrérie placée sous le patronage des deux 
saints. Les rois Charles V et Louis XIII (2) tinrent également 
à honneur de leur rendre hommage 3). 

A Paris, des reliquaires d'argent, contenant leurs pré- 
cieux débris, furent exposés, chaque année, le jour de leur 
fête, à la vénération des fidèles, partie dans Téglise métro- 



(1) Dora Félibibn, Histoire de Paris. 

(2) Les chirurf^iens avaient reçu de ce prince, né le 27 septembre , jour 
de la fête de saint Côme, l'autorisation d'introduire la fleur de l^s dans 
leur blason, portant : trois boîtes à pilules avec fleur de Ijsen pal (Cf. Les 
armoiries des chirurgiens de Saint-Côme aux xvi", xvir et xviii^ siècles^ 
par le D' II. Dauchez, ancien interne des hôpitaux de Paris). 

Saint Côme et Damien figurent dans la plupart des armoiries des com- 
munautés de chirurgiens. Parfois ils sont accompagnés de saint Luc et 
les statuettes de nos saints patrons alternent le plus souvent avec les armes 
du Roi, de la ville et de l'Université dont ces communautés dépendent. 

(3) Les statuts, publiés par Jehan Pitard, chirurgien de Philippe le Bel, 
en 1268, nous révèlent que le pèlerinage annuel à Saint-Côme, de Lu- 
zarches, s'accomplissait le jour octave de la fête des saints. Tous étaient 
tenus de subvenir aux frais du voyage. En 1320, il fut décidé que deux 
maîtres y seraient députés au Jour même de la fête. 

An siècle dernier, de nombreux confrères parisiens (on cite, entre autres, 
Récamier, Laënuec, Cruveilhier, Maisonneuve) se rendirent à Luzarches, 
le 27 septembre, pour y vénérer les reliques de leurs sainte patrons et y 
donner leurs soins aux malades indigents de la région. 



LES SAINTS MÉDECINS 413 

poUtaine de Notre-Dame, partie dans l'église paroissiale de 
Saint-Gôine et Saiat-Damien, qui avait été bâtie par Tabbé 
de Saint-Germain-des-Prés, au coin des rues de la Harpe et 
des Cordeliers. C'est dans cette église que fut érigée, par 
saint Louis (1255), la fameuse confrérie des chirurgiens- 
barbiers (i). 

L'assemblée générale de la confrérie avait lieu le 27 sep- 
tembre. 

La fête de Saint-Côme et de Saint-Damîen était chômée, 
comme les principales fêles de TÉglise, et il y avait pour les 
confrères défense « d'ouvrer es jours dessuditz sous peine 
de V sols parisis d'amende, sauf et réservé qu'ils porront 
bien sainier à ceux qui besoin en auront (2) ». : 

Ce jour-là, les confrères devaient assister aux offices de 
l'église où était établie la confrérie. Le lendemain, ils fai- 
saient célébrer une messe des morts (3) pour les maîtres 
décédés (4). 

La veille, le son des cloches de la Collégiale annonçait la 
fête ; le carillon se renouvelait le lendemain de très bonne 
heure et aussi avant la messe. A cet appel, les membres des 
trois corporations se rendaient à l'église et prenaient place 



(1) A la fia du xvii« siècle, les chirurgiens élevèrent à côté un ainphiT- 
théâtre d'anatomie et quelques années plus tard une nouvelle salle, d'une 
i^rande étendue, fut jointe à cet amphithéâtre. Devenue propriété nationale 
et vendue le 12 nivôse an V, Téglise Saint-Côme fut transformée en ate- 
lier de menuiserie, et enfin démolie, en 1836, pour élargir les abords de 
la rue Racine (Doni Fournier) . 

(2) Recueil de documents inédits sur V histoire du Tiers-État, région 
du Nord, t. II, p. 92 (Statuts des Barbiers d'Amiens du 1"^ mars 1422). 

(3) Le jour des funérailles d'un confrère, le préposé de la Compagnie 
devait faire chanter les vigiles des morts avec trois leçons et. une .messe 
solennelle pour l'âme du défunt. Tous les membres, maîtres eu bachelier^, 
étaient tenus d'y assister (Statuts de 1268). • . i 

(4) Statuts de Jehan Pitard. 



414 CHRONIQUE 

dans la chapelle de la confrérie. Cette chapelle était décorée 
et illuminée avec soin; les statues de saint Gôme et de saint 
Damien se trouvaient sur un trône, et en face, la bannière 
de la confrérie. 

Une grand'messeavec orgues et chœurs était célébrée sur 
lautel de Saint-Gôme et Saint-Damien; la musique égayait 
la cérémonie et lui donnait plus d*éclat, 

Le sermon des grandes fêtes ne manquait pas : le prédi- 
cateur prononçait habituellement le panégyrique des deux 
saints. Après Tallocution avait lieu le reinage. 

Le reinage, coutume encore en vigueur dans certaines 
localités de la Haute Auvergne, consistait en une quête pour 
Tentretien de la chapelle de la confrérie, quête spéciale et 
' d'une forme si originale, que le mot est peut-être impropre 
pour définir le reinage, qui était presque une vente aux 
enchères. 

En effet, le sermon terminé , le prêtre annonçait qu'il 
allait procéder au reinage de Saint-Côme et Saint-Damien 
et, tout comme un commissaire^-priseur de nos jours, disait : 
« A combien le premier roi? » Aussitôt la lutte commençait, 
et médecins, chirurgiens et apothicaires se disputaient, à 
coups de sols et de livres, cette royauté de circonstance, 
qui était adjugée au plus fort et dernier enchérisseur. Il en 
était de même pour la première reine, le second roi, etc. 

Rois et reines avaient le bénéfice de quelques privilèges 
honorifiques ; certaines fonctions leur étaient réservées à la 
procession. C'est ce qui nous fait croire que le reinage 
n'était pas une quête, dans le sens absolu du mot. 

La messe était suivie d'une procession, manifestation 
extérieure qui avait beaucoup d'attrait pour la population. 
Médecins, chirurgiens et apothicaires, revêtus du costume 



LES SAINTS WËDECINS 4t5 

spécial réservé è. leur proTession, devaient en effet former 
un cortège très original, sinoa très beau. 

Les bailss marchaient en lëte, puis venait le premier roi 
porteur de la baouière i à la suite les statues de saint C6me 
et de saint Damien, placées sur une sorte de brancard, sou- 
tenues par les deuxième et troisième rois et entourés par 
les autres confrères. Les reines portaient des oriflammes ou 
d'autres insignes ; le clergé fermait la marche. 

Sur tout le parcours, des chants religieux ou la musique 
se faisaient entendre ; processionnellement ou revenait a 
l'église, et un salut solennel clôturait la cérémonie. 

11 est très probable que les confrères banquetaient à 
l'issue de cette dernière, mais rien ne l'indique dans leurs 
comptes. 

Quoi qu'il en soit, le programme de la fêle comprenait 
une réjouissance publique, un/«u de joie. Pendant l'après- 
midi du â7 septembre, les trois corporations tenaient leur 
séance annuelle dans la maison de l'un des membres (1). 

Les statuts de la confrérie de Saint-CAme et Saint-Damien 
avaient été rédigés dans un esprit empreint du plus large 
bnmanitarisme: chaque maître devait aider de ses res- 
sources les confrères tombés dans l'indigence; le service 
des malades pauvres était l'objet de règlements spéciaux. 

■ Le premier lundy de chacun mois non festés, les quatre 
recteurs de la confrérie devaient assister à dix heures du 
matin à la messe qu'ils font célébrer en l'église Saint-Cosme 
et Saint-Damien (à. Paris). 

« Le service divin parachevé, tous les pauvres navrés ou 
blessés et malades qui se trouvent es charniers bâtis à cet 



(I) Chbtlitd, op. cil. 



J 



d 



416 HÔPITAL DE LA PITIÉ. — LEÇONS DE THÉRAPEUTIOUK 

effet, sont visités sans salaires par lesdils recteurs, auquel 
lieu en hiver ils font chauffer les petits enfants, leur don- 
nant conseils et ordonnances par escrit pour remédier (si 
remèdes il y a) à leurs blessures et maladies (1). » 

Le torrent révolutionnaire entraîna la confrérie de Saint- 
Gôme, en même temps que les corporations, maîtrises et 
jurandes qui subsistaient encore ; ce n'est qu'en 1884 que 
quelques médecins chrétiens songèrent à établir les bases 
d'une société qu'ils placèrent à nouveau sous le vocable des 
saints dont nous venons d'écrire l'histoire. 

{A suivre.) 



HOPITAL DE LA PITIÉ 



Leçons de clinique thérapeatique, 

par Albert Robin, 

de l'Académie de médecine. 

IX. — Les retentissements des dyspepsies. — L*épilepsie 

et les troubles gastriques (2). 

1 

Le malade que je vous présente est un homme âgé de: 
trente-sept ans. Il est sujet depuis Vâge de douze ans à des 
crises d'épilepsie. Elles sont des plus caractéristiques; je 
n'insisterai pas sur leur symptomatologie. Il a eu dans 



(1) Règlement reproduit sur une vieille estampe de la corporation. 

(2) Recueillies et rédigées par le D*" Bertherand, assistant, du service. 



LES RETENTISSEMENTS DES DYSPEPSIES 417 

notre service plusieurs altaques, auxquelles nous avons pu 
assister. Le diagnostic est des plus fermes : ce sont de 
grandes attaques classiques. 

Jusqu'à présent le malade a été soumis au traitement 
habituel du mal comitial; il a pris du bromure de potassium 
à haute dose et d'une manière prolongée. Cependant il n'a 
pas tiré grand profit de ce médicament. Il ne se passe point 
de semaine qu'il n'ait une ou plusieurs crises, sans compter 
qu'il a la peau couverte de pustules d'acné. 

Nombreuses sont les causes qui sollicitent les attaques; 
mais tous les auteurs qui se sont occupés de l'épiiepsie 
ont noté l'influence des troubles dyspeptiques. 

Ce fait m'avait aussi vivement frappé. J'ai pratiqué l'exa- 
men du chimisme stomacal chez dix épileptiques : chaque 
fois il était anormal. Dans un de ces cas suivi avec l'aide de 
Kuss. nous avons observé une dyspepsie presque latente, et 
exerçant pourtant une action manifeste sur les crises d'épi- 
lepsie. 

Dans une communication à la Société de thérapeutique, 
M. de Fleury, qui s'occupe avec tant de distinction des 
affections qui relèvent de la pathologie nerveuse, avait 
bien mis en relief l'influence des troubles gastriques 
sur la production des attaques d'épilepsie. Il a noté que 
dans presque toutes les observations publiées sur ce suj«t, 
tous les médecins d'asiles spéciaux ont remarqué les rela- 
tions qui existent entre l'état de l'appareil gastro-inlestinal 
et le retour des paroxysmes. £n effet, il est fréquent que 
l'attaque comitiale s'accompagne de vomissements alimen- 
taires chez nombre de malades, et l'on peut prévoir souvent 
quelques jours à l'avance la venue de l'attaque, en surveil- 
lant l'état du tube digestif, qui présente tous les signes de 
l'embarras gastrique. 



418 HÔPITAL DE LA PITIÉ. -- LEÇONS DE THÉRAPEUTIQUE 

Avec 6. Ballet, Marînesco, P. Blocq et bien d*aulrcs 
auteurs encore, M. de Fleury pense que Tépilepsie à fprme 
gastro-intestinale dépend d'une auto-intoxication d'origine 
alimentaire. Pourtant il n'est pas sans faire quelques 
réserves, puisqu'il admet que la théorie réflexe peut avoir 
sa part de vérité. Je vous répète encore que jamais l'auto- 
intoxication n'a été démontrée, et qu'il est plus conforme à 
l'observation d'admettre une excitation réflexe de l'éqorce 
cérébrale et du bulbe sous l'influence de l'irritation exercée 
sur une muqueuse gastrique sensible par l'HCl en excès, 
aidé des acides de fermentation. C'est par ce procédé de 
l'irritation réflexe qu'agissent les vers intestinaux et les 
repas trop copieux qui provoquent la crise épileptique 
avant que la digestion leur permette d'agir chimiquement. 

Il y aurait donc une épilepsie d'origine gastrique. Cela est 
inexact en ce sens que très peu de malades ne présentent 
pas de troubles gastriques ou du moins n'ont pas d'alté- 
rations chimiques superposées ou parallèles à l'épilepsie ; 
mais il est vrai, d'autre part, que beaucoup d'épileptiques 
sont améliorés par un traitement gastrique. 

Quant à admettre une variété d'épilepsie vraie, dépen- 
dant uniquement de troubles digestifs et que l'on pourrait 
dénommer épilepsie d'origine gastro-intestinale, je ne sau- 
rais le faire encore avec les faits de mon observation per- 
sonnelle. Les troubles digestifs ne me semblent agir, que 
comme agents provocateurs des crises chez des individus 
en imminence virtuelle d'attaques ; mais ils ne créent pas de 
toute pièce la maladie épileptique. Car si je connais des cas 
où un bon traitement gastrique a diminué et espacé quel- 
quefois considérablement les crises, je n'en connais pas 
encore où il ait annihilé l'effet d'autres incitations à la 
crise et guéri définitivement l'épilepsie vraie. D'autre part, 



L ÉPILEPSIE ET LES TROUBLES GASTBIQUES 419 

j*adinets avec tout le monde que les troubles gastriques 
peuvent, chez certains névropathes prédisposés, créer des 
accès épileptiformes à répétition dont Taltaque ressemble 
parfois à s'y méprendre à celle de Tépilepsie vraie. 

J'ai soigné, avec un confrère de la ville, une jeune fille de 
vingt-quatre ans, atteinte d*une forme grave d'épilepsie. 
Tous les jours elle avait plusieurs crises et environ chaque 
mois, une grande crise convulsive. Elle avait été gorgée de 
bromure sans succès. Elle présentait le type le plus parfait 
des fermentations gastriques. Sous Tinfluence du traitement 
de la dyspepsie, très rapidement les accès s'atténuèrent et 
disparurent même. La malade resta quatorze mois sans 
avoir d'attaque. Il était donc permis de penser que Tépi- 
lepsie était d'origine gastrique , puisque le bromure avait 
échoué et que le traitement gastrique avait réussi. Mais les 
attaques de haut mal se reproduisirent, plus tard, à la suite 
d'un grand chagrin. La cause occasionnelle avait été guérie, 
mais non la maladie. La sollicitation gastrique était rem- 
placée par une sollicitation psychique. 

II 

Cependant il est utile de connaître les faits précédents et 
de rechercher s'il n'existe pas des troubles digestifs, chez 
les épiieptiques que vous aurez à soigner. Si on en constate, 
souvent le traitement de la dyspepsie diminuera le nombre 
ou la fréquence des crises. Vous les rechercherez aussi dans 
les autres états convulsifs ou épiieptiques en général, la 
chorée^ les convulsions, les accès épileptiformes. N'oubliez 
pas que les viciations digestives sont alors fréquemment 
latentes et qu'il sera nécessaire de recourir à l'analyse du 
chimisme stomacal, ou au moins de ne pas se contenter des 



420 HÔPITAL DE LA PITIÉ. — LEÇONS DE THÉRAPEUTIQUE 

réponses du malade, ni de Tabsence de symptômes subjec- 
tifs et de pratiquer Texamen. complet des organes digestifs. 

Pour en revenir à notre malade, il ne se plaint d*aucun 
trouble digestif; il affirme que ses fonctions gastro-intesti- 
nales s*accomplissentd'unefaçon tout à fait normale. Cepen- 
dant il y a un peu de clapotement gastrique k la palpation 
de l'estomac; la langue est recouverte d'un enduit blan- 
châtre. 

L'analyse du suc gastrique nous a fourni les renseigne- 
ments suivants : 

Le liquide extrait contient 1 gr. 70 d'HCl libre, au lieu de 
0,40, et 1 gr. 40 d'HCl combiné ; c'est-à-dire qu'il y a une 
chlorhydrie totale de 3 gr. 10 au lieu de i gr.40 qui est la 
moyenne: elle est donc doublée. Les acides de fermentation 
atteignent 0,80 par litre exprimés en HCl ; ils sont de i gr.968 
exprimés en acide lactique. 

Bien que le malade n'accuse aucun trouble subjectif ou 
objectif, l'examen du suc gastrique nous permet cependant 
de constater que nous sommes en présence d'une dyspepsie 
latente, d'une hypersthénie gastrique avec hyperchlorhydrie 
et fermentations secondaires. 

Bien entendu, on suivra concurremment les prescriptions 
médicamenteuses afférentes à chacun de ces modes de dys- 
pepsie. 

Dans les épilepsies liées à V hypersthénie, je vous recom- 
mande spécialement l'emploi du sulfate neutre d'atropine que 
j associe à la, piùrotoxine dans la formule suivante : 

Picrotoxine gr. 05 

. Alcool pour dissoudre q. s. 

Chlorhydrate de morphine gr. 05 

Sulfate neutre d'atropine » 01 

ErgotineBonjean i », 

Eau distillée de laurier-cerise 12 « 

M. s. a. et filtrez. 



I > 



L'ÉPILEPSIE ET LES TROiJBLES GASTRIQUES 42J 

Donnez V goattes de cette mixture dans un peu d'eau 
cinq minutes avant les repas ou avant les prises de lait sans 
dépasser en tout cas XX à XXV gouttes dans les vingt- 
quatre heures. 

En cas d'insuccès, j'emploie la teinture de menispermum 
cocculus, qui, à la dose de X à XX gouttes par jour, m'a 
quelquefois donné de bons effets. 

Quant au lavage de V estomac^ je n'en ai pas obtenu les 
excellents résultats qui ont frappé M. de Fleury ; mais je ne 
nie pas que dans les cas d'intenses fermentations avec 
stase gastrique, il ne puisse être employé occasionnelle- 
ment avec avantage, surtout si les autres moyens de traiter 
les fermentations ont échoué. 

Tous les médicaments anti-épileptiques , le bromure de 
potussium^le Iromure decamphre, le^ poli/bromures, etc., doivent 
être supprimés. On tolérera à la rigueur de petites doses de 
chloral ou d'opiacés, et cela bien plutôt en raison de leur 
action d'arrêt sur la sécrétion gastrique qu'à cause de leurs 
soi-disant effets anti-épilepliques. 

Nous ferons donc suivre à notre malade le traitement de 
ïhî/persthénie gastrique avec hyperchlorhydrie et fermentations 
lactiques secondaires. 

Je vous ai maintes fois énoncé les principes de ce trai- 
tement; je vais seulement vous énumérer les points princi- 
paux :,;,:' 

1** Avant le déjeuner et le dîner, cinq niinutes avant le 
repas, prendre VI gouttes de la mixture suivante dans une 
cuillerée d'eau : 



Ergotine Bonjean 3 gr. 

Eau distillée 4 n 



L ■» U MTtG. — LECOHS DE THÉRAPEUTIQUE 

k Sto«* M mélaager goutie à goutte avec : 

■ et inmiispeiaium cocculus i 

_ if «ratrum viride âà 5 nr 

_ Uiébaique J 

I jixwiWi' •*" déjeuner et du dtner j'ordonne, contre 
lUoos tactiques, une cuillerée & soupe de la soiu- 



Ogr. 2 



]KV Ik Bn du repas, pimr saturer les acides de fermenta- 
nj^ ilviiuez une des poudres saivantes diluée dans un peu 



Carbonate de chaux précipité 6 gr. 

Mugnésie calcinée 4 i> 

Iticaibonate de aoude 4 » 

4. t. a. Divisez en 12 paquet». 

1* Chaque matin au réveil et à Jeun, afin d'éviter la cons- 
u^tioQ, prendre un des paquets suivants dissous dans un 
ttouti'verre d'eau de iSeItz : 

Sulfate de soude 7 gr. 

— de mdBuêsie. 3 ■ 

Mêler na on paquel. 

Le régime prend une iinportance très grande, car de sa 
n^fueur et de sa durée dépend surtout le sucoës. 

La réalité de rinflueiice stomacale sur les crises sera 
confirinée par les résultats du traitement gastrique (1). 



CHIRURGIE GÉNÉRALE 4^3 



REVUE DES TRAVAUX FRANÇAIS ET ÉTRANGERS 



Chirurgie générale. 

L'appendicite. — Dès que rappeadicite est hors de doute, dit 
M. Lucas-Championnière (Journal des Praticiens, 17 mai 1902), il 
faut prendre le bistouri. Les chirurgiens d'enfants sont d'avis de 
temporiser. Brun, Jalaguier, Broca ne montrent pas d'empresse- 
ment à intervenir. Ils ont eu des accidents qu'ils attribuent à 
Topération. C'est possible. Chez les enfants, l'extension d'une 
inflammation s'opère avec plus de rapidité, les accidents post- 
opératoires peuvent être plus fréquents. 

Ce que je sais, c'est qu'il n'en est pas de même des adultes. 
J'ai opéré des adultes à toutes les périodes et en pleine acuité du 
mal. Je n'ai pas eu à me repentir de ma conduite. Le traitement 
médical ne convient guère qu'aux pseudo-appendicites et par 
celles-ci j'entends surtout l'entéro-colite douloureuse. De la glace 
sur le ventre, un lavement dans les premières heures pareront 
aux premières indications. Le lendemain on donnera un pur- 
gatif léger (huile de ricin, 30 ^grammes). 

On s'abstiendra dé calomel qui, dans l'occurrence et chaque 
fois qu'il s'agit de déboucher un intestin, devient un déplorable 
remède. Ceci, fait, on aura la consolation de penser qu'on n'a pas 
nui à son malade. Le praticien, i'il donne de l'opium, ne pourra 
en dire autant. L'opium est très dangereux. Chez l'enfant comme 
chez l'adulte, il doit être proscrit, car il augmente la constipa- 
tion, masque les phénomènes réactionnels qui tracent la conduite 
du praticien, donne une sécurité trompeuse, affaiblit la vitalité 
des tissus. Opérez une appendicite, qui. vient d'être traitée par 
l'opium, une parésie intestinale peut se> montrer qni augmentera 
singulièrement les risques opératoires. 

Croire qu'avec Fofn»» 9» immolMlise aljsolument l'intestin, 



424 REVUE DES TRAVAUX FRANÇAIS ET ÉTRANGERS 

c'est une assertion bien hasardée. L'opium ne produit pas sem- 
blables elTets et si Ton s'imagine qu'il va empêcher la péritonite, 
c'est là une illusion qui n'a que ce tort : de ne 8*étre jamais tra- 
duite par une réalité. En revanche, Topium gêne le fonctionne- 
ment de cet intestin. 

Si le malade souffre trop et que rien ne soit prêt pour l'opéra- 
tion, calmez plutôt par une simple injection de morphine. Usez 
d'une faible dose, juste de quoi soulager. L'injection de morphine 
offre cet avantage de ne pas accumuler le remède dans l'intestin 
et si elle masque les symptômes, de ne les dissimuler que pour 
2 ou 3 heures. En cas d'urgence, c'est à elle qu'on aura recours. 
Ce ne sera, faut-il encore l'ajouter, qu*un expédient. Dans 
l'appendicite vraie, aussitôt que le diagnostic sera établi, ce n'est 
pas le médecin, c'est le chirurgien qui s'impose. 

De l'asepsie des mains en chirurgie. — M. Longuet a publié 
dans les n'^' des 6 juillet, 10 et 17 août de la Presse médicale, un 
substantiel travail à ce sujet qu'il termine par les conclusions 
suivantes : 

L — Les arguments théoriques pour ou contre l'asepsie des 
mains doivent faire place aux arguments expérimentaux et 
cliniques, car ils n'ont pas de valeur décisive. 

II. — Les arguments expérimentaux démontrent que si la sté- 
rilisation des mains par les méthodes usuelles est à la rigueur 
possible, pour un nombre de cas tout à fait exceptionnels, cette 
stérilisation n'est ni durable, ni constante; qu'elle est tout à fait 
douteuse ou nulle après un contact septique rapproché. 

III. •— Les arguments cliniques prouvent que la désinfection 
(les mains après un contact septique rapproché peut être abso- 
lument insuffisante et se traduire par des accidents post -opé- 
ratoires mortels. 

IV. — En conséquence, le chirurgien doit éviter tout contact 
septique, et s'il se trouve dans la nécessité de pratiquer ce 
contact de nature à compromettre la réussite d'une intervention 
aseptique consécutive, il devra, suivant les cas, recourir à l'une 



MALADIES DES REINS ET DES VOIES URINAIRES 4^ 

des méthode»- indiquées plus haut. Parmi les moyens les plus 
sûrs dont nous disposons actuellement pour éviter tout contact 
préjudiciable au malade, l'usage des gants imperméables, malgré 
de réelles imperfections, reste, quant à présent, un procédé de 
haute valeur. Presque tous les chirurgiens, à la suite de Mikulicz 
et de Quénu, reconnaisse i^t aujourd'hui la nécessité de leur 
emploi, non pas d'une manière systématique, mais pour certains 
cas nettement spécifiés, en particulier pour la grande majorité 
des interventions septiques. 

Maladies des reins et des voies urinaires. 

Cystite hémorragique grippale. — Trois malades, trois femmes 
observées par M. Breton (de Dijon) ont présenté simultanément 
des troubles vésicaux succédant aux troubles généraux de la 
grippe vulgaire et les remplaçant trois à quatre jours après leur 
apparition pour persister pendant quinze jours environ. (Gazette 
des hôpitaux 13 mai 1902.) 

Inutile de dire qu'un examen méticuleux du rectum, du vagin, 
de l'utérus, des annexes, de la vulve, de l'urètre, du méat ayant 
été fait, ne permit pas d'y voir là. cause de Thématurie constatée, 
dans une lésion, si minime fût-elle, d'un quelconque de ces 
organes. Le sang venait bien de la vessie. Pas de passé rénal, 
urinaire, chez ces trois malades. Elles furent prises de grippe en 
état de santé normal, et les signes de cystite éclatèrent soudain. 
Chez toutes les trois, début classique de la grippe avec son cortège 
de symptômes généraux, durée des prodromes pendant trois à 
quatre jours, localisation grippale sur la vessie et disparition de 
tous autres signes. Ce ne peut être là une coïncidence fortuite, 
vu la disparition des phénomènes généraux de la grippe lors de 
l'apparition de la cystite, vu l'évolution identique de la maladie 
chez les trois femmes. Il s'agit donc ici d'une forme spéciale, qui 
n'a pas lieu de surprendre, le microbe de Pfeiffer et ses toxines 
ayant uneaction élective congestive spéciale pour les muqueuses. 

La grippe hémorragique est déjà signalée :V hématurie grippale 



426 REVUE DES TRAVAUX FRANÇAIS ET ÉTRANGERS 

viendra se ranger à côté de Tentérorragie, des métrorragies 
connues pour avoir cette origine. 

Le traitement consiste dans le repos complet au lit, régime 
lacté, boissons émoliientes. Contre Thématurie, on emploiera 
utilement l'ergotine en potion, les injections vaginales très 
chaudes et les lavements chauds. Les suppositoires à la belladone 
et à l'opium auront raison de la douleur vésicale, du ténesme. 
Contre les signes propres de la cystite, les perles de térébenthine 

et le benzoate de soude nous rendront service. 

■ 

Maladies du larynx, du nez et des oreilles. 

Traitement de la laryngite diphtéritique. — En présence d'un 
enfant atteint de toux rauque avec dyspnée intense, dont la tem- 
pérature s'élève à 38<»5 et le pouls à 130, dont les urines peu 
abondantes sont légèrement albumineuses et qui présente des 
fausses membranes dans la gorge, on doit porter le diagnostic de 
laryngite diphtérique. 

Pour combattre l'intoxication qu'est la diphtérie, il faut, sans 
temporiser et attendre le résultat de l'examen bactériologique, 
injecter 20 ce. de sérum anti-diphtérique : si cette dose ne suffi- 
sait pas, on injecterait à nouveau 10 ce. 

Cette dose de 20 ce. de sérum est d'une ii^nocuité absolue, 
même dans le cas où il y aurait une erreur de diagnostic. 

Si les calmants ne diminuent pas la dyspnée, on recourra au 
tubage : on pourra prescrire 2 centigrammes de codéine dans un 
looch blanc de 90 grammes avec de bons résultats. 

Ou fera dans la chambre des pulvérisations chaudes d'acide 
borique à 2 0/0 et on y ajoutera des fumigations du mélange 
suivant : 

Teinture d'eucalyptus ) * * ^^ 

- debenjoin ...('«'^Ogr. 

Eau distillée i litre. 

qu'on fait évaporer en le chauffant sur une veilleuse. 

Si, malgré ce traitement, le malade continue à avoir du tirage, 
on pratiquera le tubage. 



MALADIES DES YEUX 4^7 

On pourra tenter le détubage au bout de 48 heures; en tout 
cas, on laissera le tube le moins longtemps possible. 

Pour favoriser Télimination du poison diphtérique, donner 
matin et soir un bain à 37» pendant iO minutes, suivi d'un enve- 
loppement dans une couverture de laine; boissons abondantes, 
injections de sénim artificiel : 

Chlorure de sodium 7 gr. 

Sulfate de soude 10 » 

Eau stérilisée 1 litrq. 

4 injections par jour de 100 ce. chacune dans les 24 heures. 

Pour remonter Tétat général, potion de Todd avec 5 à 20 gr. 
d'eau-de-vie, vin de Champagne, lait en abondance et alimenta- 
tion s'il n'y a pas d'albuminurie; 

En cas d'infection gastro-intestinale, donner le paquet suivant : 

Calomel , ( ., . .^ 

Sc^mmonée 1^ ^ ^' 20 

L'antisepsie de la bouche sera assurée par de larges irrigations 
d'une solution à 50/1000 de liqueur de Labarraque et celle du 
liez par des instillations d'huile mentholée à 1/100. 

A titre prophylactique, on injectera aux autres enfants de la 
famille 5 ce. de sérum antidiphtérique et on isolera le malade. 
(Ausset et Combemale. Echo médical du fford, 30 décembre 
1900.) 

Maladies des yeux. 

Ulcdres infectieux de la oomée et leur traitement. — Un trai- 
tement nouveau des ulcères infectieux de la cornée a été institué 
par M. Galezowski {Recueil d'ophtalmologie y avril 1901), dont voici 
les grandes lignes : 

a) Examiner et soigner attentivement les voies lacrymales, qui 
sont souvent le premier et l'unique foyer d'infection. L'injeètion 
faite dans les voies lacrymales deux fois ou une par jour avec de 
l'eau stérilisée amène très souvent à elle seule une amélioration 
de l'ulcère. 



428 REVUE DES TRAVAUX FRANÇAIS ET ÉTRANGERS 

Quelquefois, il faut agir plus énei^quement et faire de suite 
rincision du point lacrymal et le cathétérisme, car la suppuration 
du sac lacrymal, la dacryocystite, est bien souvent une cause 
principale de la maladie. 

b) L'application de quelques sangsues à la tempe pourra être 
utilement prescrite, quelquefois 2 et 3 fois dans le courant de la 
maladie. 

c) Des installations, des collyres de scopolamine ou duboisine, 
alternativement, amèneront un effet immédiat. Souvent il faudra 
joindre à ces deux collyres Tinstillation fréquente de cocaïne. 

Eau distillée 40 gr. 

Sulfate neutre de scopolamine.... » 05 
Cocaïne » 10 

4 fois par jour instiller dans Fœil. 

Eau distillée 10 gr. 

Nitrate neutre de pilocarpinQ » 15 

Cocaïne » 05 

Instiller 2 fois par jour quelques gouttes. 

d) L'œil devra être maintenu hermétiquement fermé par un 
bandage élastique et couvert avec du lint aseptique. 

e) Mais il arrive par moment que Tinflammation de la cornée 
gagne la conjonctive bulbaire, ou que cette dernière a provoqué 
l'ulcère infectieux. C'est alors que le badigeonnage de Tintérieur 
des paupières avec une solution de nitrate d'argent au 1/40, 2 fois 
ou 1 par jour selon la lésion, devient indispensable. Par ce 
moyen, on arrête le mal et on sauve les yeux, en revenant 
aux instillations des collyres. 

/) Les pommades sont de deux sortes : les unes sont asep- 
tiques à l'iodoforme, àl'aristol et aux cirsoforme,etles autres sont 
des pommades mercurielles. 

Rp. Vaseline, 10 gr. 

lodoforme porphyrisé » 10 

Chlorhydrate de cocaïne » 05 

Rp. Vaseline 10 gr. 

Cirsoforme » 10 

Eucaïne » 05 



HYGIÈNE ET TOXICOLOGIE 4^9 

fj) La première période de l'ulpère terminée, et lorsque la 
r'ornée commence à se cicatriser, on aura recours aux pommades 
mercurielles : 

Lanoline 10 gr. 

Calomel porphyrisé » 15 

Dionine » 05 



• 



Hygiène et toxicologie. 

Alcool méthyliqne ayant occasionné de la cécité. — Doit-on 
placer Talcool méthylique sur la liste des substances toxiques ? 
Telle est la question que se pose M. S. Burnett, de Washington 
{GaZi thérap,, 15 déc. 1901). Un certain nombre de substances 
semblent posséder une prédilection pour l'appareil nerveux de 
la vision. Parmi celles-ci : le tabac, la quinine, Talcool étbylique. 
11 peut se produire sous Tinfluence de ces divers agents de Tam- 
blyopie, voire même une cécité totale. L*amaurose produite par la. 
(juinine est ordinairement permanente, alors que les troubles 
occasionnées par le tabac et Talcool sont passagers. L'esprit-de- 
hois semble être, lui aussi, un agent toxique qui s'attaque à la 
vue. On a déjà publié depuis quelques années quelques observa- 
tions relatant des symptômes toxiques provenant du fait de 
Talcool méthylique. En général, les symptômes sont analogues ; 
quelques heures (12 à 48) après l'injection du poison, les malades 
s:e plaignent de l'obscurcissement de leur vue qui peut, après 
quelques heures, aller jusqu'à la perte complète de la vision. Les 
pupilles sont largement dilatées et ne sont pas sensibles à la 
lumière. Il n*y a pas de douleurs, à peine quelque gêne dans les 
orbites. Si la dose a été très forte, les symptômes habituels d'une 
grave intoxication entrent en scène : nausées, vomissements^ ver- 
tige, perte de la conscience, mort. 

Les quantités de la substance toxique nécessaires pour amener 
la mort peuvent être bien variables. Dans certains cas, une très 
faible dose peut déjà produire quelques symptômes toxiques. Pen- 
dant ces derniers temps, on rapportait un certain nombre de 
cas de cécité occasionnés par Tingestion de gin provenant de la 



430 RBVUE DES TRAVAUX FRANÇAIS ET ÉTRANGERS 

Jamûque^ et d'autres alcools plus ou moins frelatés. Il parait 
maintenant certain que ces boissons avaient été fabriquées à 
l'aide d*alcool méthylique. L'analyse montre que l'alcool utilisé 
dans ces fabriques d'essences contenait 7&p. 100 dVcool méthy- 
lique. 

La toxicité de l'alcool métbyhque peut exercer ses ravages en 
employant une autre voie que la voie stomacale. On a rapporté 
des observations qui montrent qu'il suffît d'être exposé aux 
vapeurs de ce produit pour en subir l'action toxique. Est-ce 
l'alcool métbylique lui-même qui occasionne ces intoxications ? 
Ne seraient-ce pas quelques produits qu'il contiendrait? Quoi qu il 
en soit, les observations sont maintenant nombreuses qui montrent 
qu'on ne doit pas considérer l'alcool méthylique comme un pro- 
duit inoffensif. 

De l'empoisonnement arsenical et des expertises médicales en 
matière criminelle {A propos de Vaffaire Danval). — Le pharma- 
cien Danval vient d'être gracié après 25 ans de bagne. Lorsqu'il 
fut condamné en 1877, un témoin à décharge, l'honorable M. Bouis, 
a dit : « Le verdict du jury est inattaquable, mais la question 
scientifique est ouverte. » 

On sait, en effet, que les questions relatives à l'empoisonne- 
ment par les préparations arsenicales ont été autrefois l'objet de 
vives controverses et il faut convenir que, malgré les récents pro- 
grès de la pathologie et de la chimie, beaucoup de points sont 
encore aujourd'hui contestés. 

Néanmoins à l'heure actuelle les propositions ci-après parais- 
sent bien établies : 

i^ L'arsenic n'existe pas normalement dans l'organisme humain, 
mais il se trouve répandu autour de nous en grande quantité ; 

2o II donne fréquemment lieu à des empoisonnements profes- 
sionnels ou accidentels ; 

3» L'empoisonnement criminel, très fréquent autrefois, a con- 
sidérablement diminué depuis trente ans. Cette diminution parait 
devoir être attribuée aux mesures administratives prises contre la 



HYGIÈNE ET TOXICOLOGIE 431 

vente du poison et aux progrès de la science qui ont permis d'en 
constater la présence dans réconomie ; 

4<> Il faut, pour déterminer les accidents très graves ou la mort, 
ringestion de 2 à 10 centigrammes d'arsenic; 

5* Il est toujours possible de constater la présence du toxique 
dans l'économie, même lorsqu'il n'y existe qu'à de très faibles 
doses ; 

6* L'empoisonnement arsenical, surtout l'intoxication chro- 
nique, détermine des lésions spéciales, parmi lesquelles la dégé- 
nérescence grai^euse du foie doit être placée au premier rang; 

7* Chaque fois que la dose d'arsenic trouvée dans l'organisme 
n'excède pas i centigramme et qu'on ne peut constater la présence 
de la lésion anatomique dont nous venons de parler, on ne doit 
pas, s'appuyant sur l'expertise médico-légale seule, conclure à un 
empoisonnement arsenical. {Joum, de méd. de Bordeaux, 27 avril 
1902.) 

L'aboulie chez les buveurs d'habitude. — Chez tous les buveurs 
d'habitude qu'il a observés, M. Bérillon (Revue de Vhypnotisme, 
juin 1902) a constaté l'existence d'un état à^ aboulie très mani- 
feste. Il est vrai que cette aboulie se montrait fréquemment d'une 
façon relative avant l'apparition des habitudes d'intempérance, 
mais toujours sous l'influence d'un choc moral, d'un événement 
ayant mis en jeu l'émotion d'une façon anormale, cette aboulie 
s'est aggravée et accentuée et c'est de ce jour que l'individu est 
devenu un buveur d'habitude. Aussi le traitement rationnel doit- 
il consister dans la rééducation de la volonté réalisée avec l'aide 
de la méthode hypno-suggestive. 



43^ FORMULAIRE 



FORIULAIRE 



L'ozycamphre dans la dyspnée. — M. Ëhriich» attaché au ser- 
vice du prof. Pal, de l'hôpital général de Vienne, a constaté que 
Foxy camphre jouit de propriétés sédatives très remarquahles, 
principalement dans la dyspnée, aussi bien quand celle-ci est 
produite par une lésion cardiaque ou pulmonaire (emphysème, 
tuberculose) que quand elle est d'origine nerveuse. Il semble 
donc posséder une action élective sur le centre respiratoire et 
mérite^ à ce titre, le nom d'antidyspnéique. 

On Tadministre, soit à la dose de 4 grammes par jour, sûus 
forme de cachets (4 à 6 cachets par jour), soit sous forme de 
potion : 

Solution alcool, d'oxycamphre à 50 p. 100. 2 gr. 

Esprit-de-vin : 5 . » 

Sirop de framboise 20 » 

Eau distillée q. s. pour faire 180 » 

A prendre dans la journée par cuillerées à soupe. 

(Rev. Int.) 

Injection contre la leucorrhée (Lutaud). 

R. Chlorate de potasse SO gr . 

Teinture d'opium. 50 » 

Eau de goudron 1 litre 

Dose : un demi-verre dans un litre d^eau pour injections matin 

et soir. 



Le Gérant : 0. DOIN 



IMP. F. LEVÉ, 17, RUE CASSETTE. — PARIS^* 



BULL'ETIN 433 



BULLETIR 



L'appendicite et la mode. — L'engraissement par les injec^ 
tiens hypodermiques d'huile d'olive. — Par le gros bout de 
la lorgnette. — Les secrets du cœur. — Effets variables 
du venin de vipère chez le chien et le lapi;i. — L'assu- 
rance sur décès d'enfants.— Dommages et intérêts. 

On prétend que, depuis l'opération d'appendicite subie par 
Edouard VIT, cette maladie est revenue à la mode en Angleterre, 
tout comme en France la fistule de Louis XIV fit considérer comme 
étant de très grand genre d'avoir cette infirmité. Cela touche à la 
vésanie. Il n'empêche que la fréquence de l'appendicite a consi- 
dérablement augmenté dans ces derniers temps en Angleterre et 
qu'on s'attend à la même recrudescence en AméiTique, parmi les 
anglomanes de New- Port et de New- York. 

o o 

Deux médecins de Turin, MM. Fornaca etMicheli, recomman- 
dent aux personnes trop maigres et qui désirent acquérir un 
certain embonpoint de s'injecter sous la peau, avec une seringue 
hypodermique d'un modèle spécial, de l'huile d'olive, dont la 
valeur alimentaire est d'ailleurs connue depuis longtemps. Sui- 
vant le cas, les injections varieront de 50 à 200 grammes. En 
général, très bien supportées, elles ne produisent à l'endroit de 
la piqûre aucune réaction inflammatoire. L'huile introduite dans 
l'organisme par ce moyen s'absorbe bien plus facilement que 

BULL. DE THÉRAPEUTIQUE. — TOME CXLV. — 12* LIVR. 12 



^ 



■.*r J estomac, ei cbei i 

JilTêronts ainsi Lviiite 

isialé nou seuletncm n! 

lajg eucore une améLcir 



! Au xxi'^ siècle, affirme le 
^ _j ■->"^.'a sensualité aura disparu de lasurfice 

^ )»;«■'■' ""A de pilules! ! 

^^^i. ■ .tiira plus que la dimension d'une pastille. 

— j ■-■■■ ra en petits tubes le potage en paquets 

___^ 1^.* nsse (te chocolat ne dépassera pas le volume 

^ 1~ ■»—*'■''■ !-« f''»''" entière d'un i,a-uf fie 300 kilo- 

^ MH-nt plus que 15 livres. Une pharmacie com- 

' _^ ^ .«aiensions d'une breloque de montre. Les provi- 

.^^f^aiiv» .i ur. explorateur tiendront dans une malle. On 

** ,^ hurr aussi facilemeni qu'un cacbet d'antipyrine. 

* '...«■'^ ittiK alimems que t'eau inutile qu'ils contiennent. 

^^ , ^uiir si l'estomac acceptera facilement l'ingestion de 

^ ^\'duiis concentrés. Et puis le xxi' siècle est tout de 

^^, .\.v\>i'<' si loin que la marge reste toute grande ouverte 



^SJMMSlli 



-«•J** 



1401VUI' t-st uu réactif délicat, et la moindre émotion, rappelle 
^ Borillou dans une communication récente faite à la Société 
^iHtJtK'iiir l'I >lf rhirurgie pratiques sur • l'inQuence de l'hypno- 
iMAiioii i<i ii<' hi suggestion sur la circulation de sujets byeté- 
rujtii'S 'I. :^t' iividuii chez la plupart des individus non seulement 
)^r di's moditii'aiions dans sua fonctionnement, mais aussi par 
Jt>^ M'iisalLtiiis circulatoires. L'influence des émotions sur le 
l>inils, ilii>il. fui l'imnue dès la plus baute antiquité. C'est ainsi 
,\w TiM?i^:riiif n'coHQUl par l'accélération survenue subite- 



^ 



BULLETIN 4âS 

ment dans le pouls d'Antiochus, fils de Séleucus Nicator, roi de 
Syrie, l'amour qu'il éprouvait pour sa belle-mère Stratonice. Dans 
des conditions analogues, Hippocrate, en constatant les modifica- 
tions survenues dans l'amplitude du pouls de PerdiccasII, roi de 
Macédoine, à l'entrée de Phila, devina l'amour qu'elle avait inspiré 
à son client. Voilà bien les secrets du cœur ! 



o o 



Le venin de vipère produit des effets inverses sur la coagula- 
bilité du sang suivant qu'il est inoculé au chien ou au lapin et 
M. Phisalix a récemment démontré qu'elle tient à une variation 
physiologique de l'espèce. Chez le lapin les globules rouges sont 
plus résistants que les globules blancs, et le sérum contient en 
excès une antihémolysine très active. Les globules rouges du 
chien sont moins résistants que les globules blancs et plus fragiles 
que ceux du lapin. Dans le sérum du chien prédomine une sensi- 
bilisatrice qui favorise l'hémolyse. Enfin c'est à l'action oxydante 
de l'échidnase qu'est due la transformation de l'hémoglobine et 
la mise en liberté dés substances anticoagulantes. 

o 

o o 

Dans une récente séance de V Académie de médecine, M. Budin 
a signalé que le taux élevé de la mortalité infantile dans le dépar- 
tement du Nord pourrait bien être attribué à l'existence d'assu- 
rances sur décès d'enfants. En effet des Compagnies belges ont 
envahi la région, qui, moyennant une faible rétribution hebdo- 
madaire, versent 20 francs lorsque les enfants meurent au-dessous 
d'un an; 25 francs lorsqu'ils succombent à deux ans, le taux 
alloué s'élevant à mesure qu'ils prennent de l'âge. Il est même 
des Compagnies qui, ayant assuré le père et la mère, versent au 
décès de chacun des enfants une prime aux parents sans qu'ils 
soient obligés pour cela de payer aucune somme supplémentaire. 



436 BULLETIN 

On comprend que dans ces cas les parents ne soient guère encou- 
ragés à soigner leurs enfants. 

Il y a plus, des personnes autres que les parents peuvent assurer 
un enfant. Certaines nourrices ne s'en font pas faute, et telle qui 
avait successivement assuré sept nourrissons les perdit tous ! 
M. Dupureux (de Gand) a constaté en treize mois la mort de 
141 enfants inscrits sur les rôles des Compagnies !! Sur de tels 
faits l'Académie de médecine vient d'appeler l'attention des pou- 
voirs publics. 

o 
o o 

Dans la libre Amérique, on accorde des dommages et intérêts 
quand une dépêche télégraphique ne parvient pas ou même lors- 
qu'elle est remise en retard. C'est ainsi que la Cour d'appel de 
l'État Nebraska a confirmé un jugement de première instance 
d'après lequel la Société télégraphique Western Union Telegraph 
Company a dû payer 960 dollars (4.800 francs) de dommages et 
intérêts à un sieur Church, pour n'avoir fait parvenir une dépêche 
télégraphique à un médecin que trois heures après sa remise au 
bureau. Cette dépêche mandait auprès d'une femme en couches 
un médecin accoucheur. Lorsque celui-ci arriva auprès de sa 
cliente, l'enfant, qui se présentait par le siège, était mort-né. 

Ne pas oublier qu'en France l'administration des télégraphes 
est aux mains de l'Etat et que sur tous les petits bleus on peut 
lire ce qui suit : « L'Etat n'est soumis à aucune responsabilité 
à raison du service de la correspondance privée par la voie télé- 
graphique. Aucune indemnité n'est donc allouée pour perte, 
retard ou altération de télégrammes... Mais dans certains cas les 
taxes perçues sont remboursées en totalité ou en partie. » Cela 
veut clairement dire que votre télégramme peut ne pas arriver ou 
arriver en retard et que vous n'en devrez pas moins vous tenir 
satisfait. 



LE TRAITEMENT DES DÉFORMATIONS DU NEZ 437 



THÉRAPEUTIQUE CHIRURGICALE 



L.e traitement des déformations du nez par les Injeetions 

sons-cutanées de paraffine, 

par le D"* Ch. Amat, 

Médecin-major de l*"' classe. 
I 

Il y a trois ans environ, un chirurgien viennois Gersuny, 
se basant sur ce que la vaseline incluse dans les mailles 
d'un tissu dilatable semblait demeurer indéfiniment en 
place sans s'altérer et sans produire d'irritation, montra 
qu'on pouvait par des injections interstitielles ou sous- 
cutanées de ce produit, corriger certaines difformités con- 
génitales ou acquises. Ce moyen prothétique qui avait déjà 
fourni des preuves entre ses mains dans un cas de double 
castration en permettant de reconstituer dans le sac scrotal 
deux masses arrondies, dures et donnant Tillusion de deux 
testicules, fut ultérieurement utilisé pour relever des cica- 
trices déprimées, pour refaçonner des nez aplatis ou effon- 
drés, pour corriger l'affaissement des joues après l'ablation 
du maxillaire, pour obtenir la réunion immédiate des solu- 
tions de continuité de la peau situées au-dessus des plaies 
cavitaires à parois rigides, pour mettre obstacle à la forma- 
tion d'ankyloses articulaires à la suite d'opérations, pour 
refaire des sphincters détruits par un traumatisme ou un 
processus pathologique, pour obturer les orifices de hernies 
réductibles, pour créer de bons moignons parfaitement 



436 TQÉRAPEUTIQUE CHIRURGICALE 

aptes à supporter des yeux artificiels. On tira encore parti 
de cette méthode dans Tincontinence d'urine à la suite de 
plaies de Turèthre, de cystite chronique; i pour remédier au 
prolapsus de la paroi antérieure du vagin, pour boucher 
l'ouverture rétro-auriculaire consécutive à l'opération radi- 
cale de l'otite suppurée, pour pallier à des difformités déter- 
minées par la périchondrite du .pavillon de l'oreille, pour 
diminuer la largeur des fosses nasales en vue de la cure de 
Tozène. 

La vaseline blanche dont se servait Gersuny, d'une con- 
sistance comparable à celle de Taxonge, était une disso- 
lution d*une partie de paraffine solide dans quatre par- 
ties d'hydrocarbures liquides, avec point de fusion situé 
entre 36 et 40**. Stérilisée par ébullition au • bain-marie et 
aspirée ensuite par une seringue de Pravaz, elle n'était 
injectée qu'après refroidissement suffisant pour que la vase« 
line sortit en fil fin. Déposée en cet état dans les tissus, elte 
restait en place à la condition qu'on exerçât une pression 
autour de la région ou du moins qu'on s'abstînt pendant 
l'opération de tout mouvement musculaire. 

Que devenait réellement le produit injecté? N'éprouvalt-il 
aucun changement comme le croyait Gersuny ou, au con- 
traire, était-il résorbé peu à peu comme le pensait Stein et 
remplacé par du tissu conjonctif bien défini, assurant le 
résultat plastique cherché? L'opinion d'Eckstein est, et en 
cela il se rapproche de Stein, que la vaseline disparaît in- 
sensiblement et qu'à sa place on trouve une trame de tissu 
conjonclif englobant laparaf fine durcie qui esbrestée intacte. 
Ifoîi cette* conclusion qu'il faut abandonner lavaseline pour 
ce dernier produit, à moins- qu'on n'ait avantage, eomme l'a 
i^cemmeilt fait Gersuny lui-môme à escompter ce pouvoir 
de résorption. Le chirurgien de Vienne estime qu'il eét des 



LE TRAITEMENT DES DÉFORMATIONS DU NEZ 439 

cas OÙ l'on doit chercher la disparition partielle et ultérieure 
du produit injecté lorsqu'on veut, par exemple, soit relever 
des cicatrices déprimées au niveau du cou, soit maintenir 
des lambeaux cutanés, transplantés suivant le procédé de 
Thiersch et effacer la différence de niveau entre les greffes 
et le reste de la région. Aussi pense-t-il que si la vaseline 
suffit pour obtenir une prothèse dure, on peut réaliser une 
prothèse molle, en utilisant un mélange d'une partie de 
vaseline avec quatre parties d'huile d'olives, composé qui 
aurait le double avantage d'être semi-fluide à la tempéra- 
ture ordinaire et de jouir d'une grande diffusibilité. 

Mais cette prothèse molle, comme la comprend Gersuny, 
présente des indications des plus restreintes, et loin de la 
rechercher on l'évite plutôt, et cela justement en abandon- 
nant la vaseline en raison de la trop grande malléabilité et 
de la trop grande flaccidité consécutive du point traité. En 
ces trois dernières années, Delangre a constaté, en effet, à 
la suite de nombreux traitements prothétiques à la vaseline 
institués, que les injections de ce produit, après avoir donné 
des résultats excellents tout d'abord, avaient, au bout de 
quelques mois, besoin d'être complétés par une intervention 
nouvelle., dans le but de remédier à l'affaissement ultérieur 
de la partie redressée. Pour lui, il est donc certain que la 
vaseline se résorbe partiellement, preuve obtenue du reste 
à l'autopsie d'une femme décédée à la suite d'une pneumonie 
franGhe, et qui avait été injectée l'année précédente à la 
région mammaire, au lieu et place d'un fibrome douloureux 
extirpé : la dissection permit de constater l'infiltration de 
cette substance avec couches conjonctives dans un certain 
périmètre du foyer de l'injection. Delangre ayant reconnu 
que dans le mélange de Gersuny, la vaseline disparaissait 
alors que seule persistait la paraffine solide, donne la pré- 



440 THÉRAPEUTIQUE CHIRURGICALE 

férence à la paraffine fasible à 55*, parce que, dit-il, dans 
une communication récente faite sur ce sujet au Congrès 
français de Chirurgie, « elle répond aux données du problème 
qui consiste à inclure dans les tissus une substance solide, 
indifférente, susceptible de se liquéfier par la chaleur, sub- 
stance dont le point de fusion soit supérieur à la température 
maxima capable d*étre atteinte par le corps humain, et en 
même temps la plus élevée possible, sans nuire aux éléments 
histologiques ». Et de fait, avec elle, il ne] constatait, après 
trois mois de séjour intra-organique, ni rétraction, ni tasse- 
ment appréciable, ce dont on pouvait s'assurer par Texamen 
du moulage en plâtre pris dans les quarante-huit heures de 
Tinter vention et trois mois plus tard. 

II 

A Theure actuelle, on délaisse la vaseline blanche em- 
ployée par Gersuny, dont on trouve le point de fusion trop 
bas et Eckstein, Broeckaert, Delangre, Baratoux et nombre 
d'autres utilisent une paraffine ne [fondant qu'au-dessus de 
50°, qui, injectée à l'était liquide, peut se solidifier rapide- 
ment et qu'on a le temps de façonner pendant son refroidis- 
sement sous la peau. La paraffine dont se sert M. Baratoux, 
homogène, de consistance solide, onctueuse, et de nature 
cristalline, fusible entre 50 et 60°, convient parfaitement au 
traitement des malformations nasales; il emploie une paraf- 
fine dont le point de fusion est de 57°5 pour le nez externe, 
et de 52°5 pour les fosses nasales. 

Il faut, avant tout, stériliser la préparation en la chauf- 
fant jusqu'à son point d'ébullition ou mieux en la mainte- 
nant une demi-heure dans une autoclave sous une pression 
de deux atmosphères, soit à une température de 134°. 



m TRAITEMENT DES DÉFORMATIONS btl ttEl 441 




442 THÉRAPEUTIQUE CHIRURGICALE 

M. Baratoux fait usage d*une seringue stérilisable de 3 à 
5 grammes dont le piston est en amiante ou en verre, à 
frottement assez dur, et Taiguille courte, assez forte, est 
montée à vis sur le corps de pompe. Il recommande de pro- 
céder à un essai préalable avec la paraffine pour voir si, la 
seringue ne perd pas et s'assurer de la pression qu'il est 
nécessaire d'exercer sur le piston pour que le liquide sorte 
assez rapidement de façon à ne pas, par un trop brusque 
refroidissement, obstruer la canule : une aiguille d'un cen- 
timètre, d'un calibre de 2/3 de millimètre, paraît remplir 
les conditions requises pour la prothèse nasale. 

En général, les seringues dont les rhinologistes préco- 
nisent l'emploi sont à piston court et gros avec aiguilles 
assez grosses; celle de Karewski à courant d'eau chaude est 
aussi très recommandée. Elle se compose d'un cylindre 
creux formant piston, glissant à frottement doux, mais d'une 
façon hermétique dans un cylindre à double paroi consli- 
tuant le corps de l'instrument. Un courant d'eau chaude 
circule dans la cavité du piston et entre les parois du 
cylindre extérieur, dont le débit peut être réglé. Une gaine 
de caoutchouc protège les mains de l'opérateur contre la 
température élevée. Avec une telle seringue on peut faire 
usage d*aiguilles fines qu'il est toutefois prudent de rem- 
plir d'eau avant le début de l'injection pour éviter que la 
paraffine ne s'y fige. 

Avant l'intervention, M. Baratoux place dans une petite 
étuve contenant de l'eau chaude la seringue ainsi que les 
niguilles dont il doit se servir et le flacon de paraffine déjà 
stérilisé dans lequel il introduit un thermomètre préala- 
blement flambé dont on se sert pour remuer le liquide. 
Dès que la température tombe à 65**, il convient de remplir 
la seringue sur laquelle on visse rapidement l'aiguille que 



>m 



LE TRAITEMENT DES DÉFORMATIONS DU NEZ 443 

Ton passe deux ou trois fois sur la flamme d'une lampe à 
alcool avant de procéder à l'injection. M. Baratoux a con- 
staté par des essais répétés que la température du liquide 
descendait à ce moment entre 62 et 60®. Le nettoyage de la 
région ayant été fait comme s'il s'agissait d'une opération 
sur la peau, on enfonce sans anesthésie préalable, l'aiguille 
dans le tissu sous-cutané du nez, un peu en dehors de la 
ligne médiane, de préférence du côté où la dépression est le 
plus accusée, pendant qu'un aide délimite exactement la 
région sur laquelle on opère, au moyen des doigts, afin 
d'éviter la diffusion du liquide dans les tissus voisins. 11 
importe d'exercer des pressions légères pour modeler le 
nez, pressions qui seront plus accentuées après avoir retiré 
Taiguille, afin de donner à l'organe la forme qu'on lui 
désire. 

Pratiquée dans ces conditions, l'injection sous-cutanée de 
paraffine ne donne lieu à aucun accident. On ne saurait 
considérer comme tel l'œdème qui survient assez souvent 
par suite de la compression exercée sur les vaisseaux et que 
des compresses trempées dans l'eau froide ne tardent pas à 
faire disparaître, ni la large brûlure suivie d'une petite 
eschare sèche qui obstrue parfois le trou fait par l'aiguille, 
jusqu'à formation de la cicatrice. 

Il est bon d'ajouter que la question de la toxicité de la 
paraffine ne saurait être mise en cause, car, ainsi que l'a 
démontré Stein, on peut injecter sans inconvénient à une 
souris pesant 15 grammes, 5 grammes de paraffine, c'est-à- 
dire le tiers du poids de l'animai. 

Malgré l'accueil plutôt froid que le corps médical a fait à 
la méthode des injections interstitielles de vaseline, à cause 
sans doute des accidents emboliques observés dans les 
débuts par Pfannensliel, Halban et Lciser, accidents que 






444 THÉKAt^EUtlQtJË CUlRtAGlCALË 

remi^ldi d'une parafBne t>ure, à jpôiiit de fUsidti t-elativômëtit 
élevé et ne se diâùsâht pas, a ravantàge de rendre à peu 
pifèâ iitipossibled, celle-ct n*eh constllUe pas moins une des 
plus élégantes acquisiliôùs de la chirurgie moderne. Ail lieu 
de procéder à des reslautatîons thinutieUfies auto oU hëtérd- 
plastiques qui, il tkut btéu le dii^e, né Satisfont pas toujouirs 
^esthétique, uU o|)ét*ateur soignent parviendra à Taide de 
quelques centimètres cubes de paraf&ne introduits SdUs la 
^eau à faire disparaître, côttinie j^ar enchantement les ihâl^ 
fûk*matîons de là figuré humaine. 

Âu point de vue de la prothèse UaSale, c'est uh procédé de 
choix à Tabri de toute critique, et lesprbtogra^hies ci-contre 
empruntées au Progrh Vnèâical [Vi niai 190^) et àUx Annàteê 
dé la Société de médecine âê ftàM et dueS les quatre premières 
à M. Baratoux et les deux secondes à M. Broecl^aert rendent 
évident le bénéfice que les injections soUs-culânéés de 
paraffine procurent. 

Chàéiin sait que le nei jôUe un rôle im^bi^tànt dans la 
caraclél^rstique physique de Tindividû et que nômbrëUlc sôhl 
ceux qui ad prix des grands sacrifices Vbiidraîent bléh voir 
modifier lés malformations ddUt ils sont atteints. LéS dif- 
formités dû nez ont des effets désastreux et pbùt^ ne parler 
que des jeunes filles, on n'est plus à côîhptër les mariages 
manques de ce chef. U est à désirer que le procédé par les 
injectionlà dé pâràffihe doiii on connaît l*efficacité et Tinno- 
cuité se généralise, pour réparer, dans la mesure du pos- 
sible, ces erreurs de la natut^e. 



LES SAINTS H^PECINS 449 



ÇHII9IIIQV( 



"! ■ H P' . 1 Jl. l " M 



L 'HAOIOTHÉRAPIE 



p^r le Docteur Cabanes 
(SkiUê et Fin). 

Nous avons parlé avec quelques détails de aaint Côme et 
de saint Damien, généralement considérés coiprae les 
patrons de notre corporation ; nous serons plus sobre sur 
les autres béatifiés (i), dont s'honore Part de guérir. 

Un d'entre eux, pourtant, mérite plus qu'une brève men»- 
tion : c'est Tapôtre saint Luc, l'Ëvangéliste, le disciple du 
grand docteur des Gentils, le * compagnon », le a coopéra^ 
teur » de saint Paul, qu'il égala presque en renoiQmée. 
Mais nous n'avons ici qu'à nous occuper du médecin et non 
du catéchisant. 

Saint Paul, en l'appelant, dans son épi Ire ^ux Go\ossi6ns, 
Luc midecm^ seml)le indiquer que la médecine était l'habi* 
tuelle occupation de ce dernier. La tradition veut, en effet, 
qu'après avoir fréquenté les écoles, alors célèbres, d'Au- 

. I 1 I . . 1 I J ■ . ' ■ ' " ^ ■' I ' ..- - ■■■■■■■ II» i | i H| ; .« j, ■ Il I . Il II- Il II 11 J^ . 

(1) Sur les médecins kMifiéSy oo p^Mt copsult^r ui^ article, 4'uqç réd»c- 
%\on par trgp spmmsiirç, paru daos 1^ Qazetiç f^ebifomadqirti de médecine 
et chirurgie^ 18 octobre 1872. Nous ne l'avonf pas mis ^ profit 



446 CHRONIQUE 

tiocbe, Luc ait voyagé en Grèce et en Ëgyple, pour se perfec- 
tionner dans la science et plus spécialement dans la méde- 
cine. L'Ëvangéliste ne dut pas manqaer, au cours de sa 
mission apositolique, de prodiguer les secours de son art à 
ceux qui les réclamaient. Il serait même, dit-on, entré en 
relations avec saint Paul, & l'occaeiou d'une maladie qui 
menaçait d'entraver, presque dès le début, l'apostolat du 
grand apâtre. 

Une particularité digne de remarque, c'est que, dans le 
récit des miracles du Christ, alors que les autres évangé- 
listes se servent d'expressions vulgaires pour désigner les 
diverses maladies, saint Luc emploie des termes techniques, 
qu'où retrouve dans Galien et qui étaient sans doute déjà en 
usage parmi les médecins grecs (1). 

Le patronage de saint Luc fut adopté par les médecins au 
moyeu Age, k l'époque où les chirurgiens choisirent de leur 
c6té saint C6me. L'Ecole de médecine, fondée rue de ta 
Bficherie, vers la On du w siècle, fixa la fête patronale de 
la corporation au jour de la Saint-Luc, et les bacheliers en 
médecine durent placer désormais leur thèse sous l'invoca- 
tion du Dieu tout-puissant, de la sainte Vierge et du saint 
Ëvangélisle, qu'un pieux doyen, Guillaume du Val, appe- 
lait, dans une prière composée en l'honneur des saints 
médecins, lemedicorumcAriatianoTumprincepsetpatronusii]. 

A Bordeaux, les médecins étaient tenus de payer une 
redevance, afin que la fêle de saint Luc (3), sous les heu- 



{!) Dom FouRMEH. 

(3) Cf. Saint Luc médecin et théologien, par le chanoine Didiot. 

(3) La fête de saint Luc est célébrée dsnn l'Église le IS oclobre. Ce 
jour-là on n'honore pas seulement le patron des médecins chrétiens, mais 
encore le patron des peintres : saint Luc était, en effet, aussi habile ï 
manier la palette que le scalpel. 



r 



LES SAINTS MÉDECINS 447 

reux auspices duquel était placé leur collège, fût célébrée 
avec plus de magnificence. 

.A Amiens, a le jour de la fête de M. Sainct-Luc », se 
célébrait une messe à haute voix, au couvent des reli- 
gieux de Saint- Martin, c la chapelle estant ornée des 
paremens selon le jour et de chapeaux de fleurs à toutes les 
images (1) o. Les médecins et apothicaires y assistaient en 
corps et priaient le saint de hâter la guérison de leur 
malades et de conserver leur propre santé. 

La plupart des écoles de médecine avaient alors saint Luc 
pour patron, et actuellement encore, il serait, nous dit-on, 
solennellement fêté par les facultés de Beyrouth et de Mon- 
tréal (2). 

« Pour peu que Ton étudie les actes de nos premières 
écoles, écrit le D"" Dauchez (3), on reste frappé de l'asso- 
ciation presque constante du culte de saint Luc et de la 
très sainte Vierge... Dès le xiii® siècle, on vit figurer, sur le 
sceau de la célèbre Université de Paris, la Vierge assise 
avec Tenfant Jésus, accostée d'un croissant et d'une étoile, 
assistée de deux docteurs, assis sur des chaises, de profil, 
se faisant vis-à-vis et lisant dans des livres. » 

L'image de Marie se retrouve sur les sceaux de diverses 
Facultés de médecine, et dans beaucoup d'Ecoles et de 
Facultés, les thèses étaient dédiées Deo O^iimo Maximo^ Vir- 
GiNi DEiPARiE, et Saricto Lucœ^ orthodoxorum medicorum palrono. 

Mais ce n'est pas seulement sur les chartes universitaires 
que Ton peut trouver des traces de cette dévotion à la 
Vierge. Sous le décanat de 6. du Val, tous les samedis, 



(1) Becueil des documenls inédits de l'hitoire du Tiers-État, Région 
du Nord, t, II, par Augustin Thierry. 

(2) Dauchez. Notice historique sur la confrérie de Saint-Côme, 

(3) Saint Luc, patron des anciennes Facultés de médecine. 



449 CHRONIQUE 

joup qui e^t, on le Bail, plus spéci«|,leinqwt çonsç^aré Jl Mg^rje 
dans la liturgie catholique, une messe ^tait chantée 4^Q§ la 
chapelle de la Faculté, et, après la messe, avait lieu la réci- 
tfttfpn 4^s Litapies de la mère du Christ, et VinvQc^tiQP des 
saints et saiutes qui, 4p leur vivaQt, ^^vaiçnt pratiqué la 
fnédeciue. Cette piçsse était suivie de h visite des malades 
déuués de ressour^îes, H paraît (i) que la Faculté de méde- 
cine de Louvain célôbre encore de nos jours sa fête patro- 
nale, le jour de la Puriflqation de la Vierge. 

Bst-il besoin de preuves plus abpndaptes ppiir inscrire la 
Vierge sur le qç^lendrier dee saints médecins? Nous n'appré- 
cions paSi pous enregistrons , notre rôle de narrateur et 
d'historien ne devant pas aller au delà. 

Compter des apO très, des évangélistes, et jusqu'à, la mère 
de Dieu ^u nombre de ses parrains, en voilà^ plus qu'il p'en 
faut assurément pour attester l'antique noblesse de notre 
profession. Nous pouvons cependant nous réclamer encore 
d'un arçhaPfçe ^ c'est-J^-dire UP de ces sept apges n^essa- 
gers, qui sopt debout sur le trône diyin, prêts ^ accomplir 
les prdres du TrèsT^aut, et d'une kyrielle de saints de 
moindre importance , 

1,'arcbange se nomme Bç^haël^ qui signifie pj'écisément, 
en bébreu, guèrisçn y médecine de Dieu, 

C'est lui, aQPPnpent les livres sacrés, qui conseilla à 
Tpbie de frotter les yeuij: de son père avec du flel de 
rénprme poissou qui avait failli le dévorer. Âppès une pa- 
^•eille cure, on ne saurait s'éto?iner de voir l'archange Ra- 
phaël invoqué par les médecins. « l^orsque vous serez apper 
lés, ô médecins, lit-on dans un poème médical du 
xm* siècle, auprès d'un de vos malades, demandez le 



J f >w ^m ' ^im ii T I Xi ^ p tfm. ' \* ' «I i J ^WJfc^^i^^*i*«^>^^ 



(1} Dauchez, ojp. cit\ 



L 



LES SAINTS MÉDECINS 449 

secours à Celui qui gouverne tout, afin que Vangedu Seigneur 
qui accompagna Tobie dirige vos intentions, vos actions et 
vos pas dans une paix salutaire (i). j> 

L'iconographie chrétienne représente, d'ailleurs, Raphaël 
tenant d'une main le jeune Tobie, et de Tàutre, un bocal de 
pharmacie : ne sont-ce pas des armes parlantes?... 

Ceux dont il nous reste à parler et que l'Église honore 
d'un culte public, ou qui sont mentionnés comme saints ou 
bienheureux dans des recueils hagiographiques sont, nous 
devons le reconnaître, plus recommandables par leur sain- 
teté que par leur science ; nous en citerons quelques-uns 
seulement, et nous ne rappellerons que quelques traits de 
leur carrière peu accidentée (2), 

Un médecin de Montpellier, Michel Baldit (3), après bien 
des recherches, a trouvé jusqu'à cinquante de ses confrères 
mis au nombre des saints; le Révérend Dom Alphonse-Marie 
Fournier, moine bénédictin de Solesmes et docteur en méde- 
cine, n'en compte pas moins d'une soixantaine ; il inscrit, il 
est vrai, sur sa liste, des femmes-médecins qui ont eu les 
honneurs de la canonisation : «ette marque de galanterie 
posthume lui conciliera bien des sympathies. 

Cela nous démontre — mais des publications récentes 
nous Tavaient appris déjà — que les doctoresses ne datent pas 
d'hier; nos consœurs seront certainement heureuses d'ajou- 
ter à leur couronne ce nouveau fleuron. Elles pourront rap- 
peler avec orgueil que saiiite Léonilla^ qui vivait en Cappa- 



(1) Histoire littéraire de la France^ par les Bénédictins, t. XXII. 

(2) Pour plus de détails, voir, outre l'opuscule de Dom Fournier, pré- 
cité, un petit livre paru à Lille, chez L. Lefort, imprimeur-libraire, 
en 1858, sous le titre de : Les médecins les plies célèbres; et le Médecin 
chrétien, par Mgr Scotti, p. 277 et suivantes. 

(3) Spéculum sacro-medicum. Lyon, 1670. 

BULL. DB THÉRAPEUTIQUE. — TOME CXLV. — 12* LIVR. 12** 







450 GBItONIOVE 

doce, sous l'empereur Maro-Aurèle, jouissaî^t d'une réputa- 
tion sans rivale pour ses connaissances en médecine; de 
même sainte Nicérate^ qui réussit à guérir saint <(ean Ghry- 
sostome d'ude maladie d'eslomac, on ne nous dit malheu- 
reusement pas à, Taide de quels remèdes. Sainte Sophie^ 
u qui périt par le glaive », est également qualifiée de méde- 
cia. Sainte Zénaïde, parente de saint Paul, aurait exercé la 
médecine à Tarse où elle vivait, mais elle y aua^ait renoacé 
après sa conversion. 

Enfin nous ne ferobs pas Tinjure à ceux qui nous lisent 
de supposer qu'ils ne connaissent pas au moins de nom la 
fameuse abbesse du mont Saint-Rupert, sainte HUd6§aràû^ 
dont rinfluence fut si grande sur son siècle. 

Sainte Hildegarde^ selon lexpression même d un de ses 
l^ogFiiphes (1), « remporte sur toutes les moniales qui, ftu 
npioyenàge, ontexercé la médecine ou écrit sur cette science». 
Elle a abordé toutes les branches de la médecine ; elle a 
traité tout à la fois de physique et de botanique médicales, 
de minéralogie et de zoologie, d*hygiène «t de thérapeu* 
tique. Elle ne se bornait pas k la théorie; elle a encore 
composé nombre de remèdes pour les malades auxquiels 
elle prodiguait ses soins. 

Étaient aussi des praticiens : saM Cyr, qui exerçait 4 
Alexa^rie^ au temps de Dioclétien, et qu'on représea4e 
parfois tenant dans les mains une petite touffe d'herbe» 
médicinales; saint Biaise^ qu'on a coutume d'invoquer, dans 
le peuple de nos campagnes, contre la toux, la coqueluche 
et les maux de dents, et surtout contre les corps étrangers 
des voies respiratoires, en souvenir de la guérison d'un 



(1) V. MiGNE, Patrol. laL, t. CLXXXXVII, col. 1122, et VOistoirB de» 
Femmes-médecins, de Mme Lipinska. 






LES SAINTS MÉDECINS 4i!^i 

enfant qui avait avalé une aréle et avait failli mourir 
d'asphyxie. 

JSami Gésaire jouissait d'un tel renom comnne médecift, 
que, passant par Constantinople, l'empereur Constance lui 
fît proposer, avec les fonctions de médecin de la Cour, le 
titre de sénateur et une riche alliance. Il refusa ces offres 
superbes et devint plus tard le médecia de Julien l'Apostat, 
qui l'excepta, comme en un autre temps Charles IX agit à 
l'égard d'Ambroise Paré, des mesures de persécution contre 
les chrétiens. 

Saint Isidore^ évéque de Séville, dans son grand ouvrage 
De etymohgm ^ sorte d'encyclopédie scientifique du vu® siècle, 
a consacré tout un livre de son recueil, le quatrième, à la 
médecine. Un chapitre y est réservé aux maladies de la 
peau, un autre à la description anatomique de l'homme ; 
l'ouvrage se termine par une ciu'icuse étude sur les 
monstres. 

Le savant évèque de Chartres, saint Falbert^mévïiQVdli^ à 
lui seul, une monographie (i). 

Saint Basile le Orand^ un des docteurs de l'Ëglise, avait 
également des connaissances étendues sur notre art. 

Raymond Lulle^ le bienheureux Raymond, surnommé le 
Docteur illuminé^ a écrit de nombreux ouvrages, dont plu- 
sieurs se rapportent à la médecine. Saint Eusèbe^ ûls de 
médecin, exerça, paraît-il, la profession paternelle. Le bien- 
heureux Albert le Grand, évêque de Ratisbonne, est trop 
connu (2) pour que nous nous y arrêtions. 

Parmi les nouveaux saints, promus aux honneurs du 



(1) Cf. Mabillon, Annaks 0. S. B., t. IV, p. 73; Bist. lUi. de la 
France, par les Bénédictins, t. VII, etc. 

(â) V. SiGHART, Albe7't le Grand, sa vie et sa scie/ict, trad. par le 
R. P. MuLLER ; Ose. Havard, Le moyen^âge et ses inslitutions. 



»^ 



I ■ 



Vt»;. : -*^.. qiv niumi j .>*inoae en 1503 el *C2iîa la 
nvv<,\ -«M- 7> ^rn:v.»r^'n <** ''i'^'S où il recut le diju ose de 

\ », i ij,-.» .Mxn. .n-:-. a que nous venons de faire serait 
xf»1^v .,, ». ^ • .^ wt>i4oas sous silence les vertus îîlsi»a- 
^ ,,...,, . ,. »..> au\ saints médecins. 

^ . , , . i.; .ouuaître quelques-unes de leurs ga«i- 

^ , ^ • . ., ,^.^; mais là ne se bornait pas leur pouToir 

^ ^ !cs temps où la fol comptait de nombreux 

os mettait à contribution même après leur 

^i les remèdes terrestres avaient épuisé leur 

v^o était bien de recourir aux remèdes sur- 

. V os remèdes, qui n'ont pas trouvé place — et pour 

dans nos formulaires, il en était de fort appréciés. 

• <^^uredu tombeau d'un saint, par exemple, passait, tout 

. ;uiu' che^ les païens la cendre de l'autel d'Esculape, pour 

. i a" toutes les maladies. On grattait la pierre tombale, et 

' i mettait cette poussière dans un mélange de vin et 

vi oau (4) ; il suffisait d'avaler celte potion pour voir la fin 



(1) La religion musulmane reconnaît à quelques saints ou cheiks le 
|u)uvoir de guérir les malades. Le D"" Godard rapporte {Egypte et Pales- 
line-> p. 29) avoir visité, au Caire, les tombeaux des cheiks et des der- 
vicliea tourneurs : 

1" Saïd-Hassan-Sadaka, mort il y a six cent cinquante-sept ans. Tous 
les malades qui peuvent approcher son tombeau sont guéris. 

2** Adam-Dada, mort il y a trois cents ans. Si un pauvre vient au tom- 
beau et s'il fait une prière, il n'a qu'à mettre sa main dans sa poche et il 
y trouve de l'argent. 

3° Abdul-Gelil-Effendi, mort il y a trois cent soixante ans. Sous le 
tombeau il y a une pierre qu'on ne voit pas, mais qui se transforme alter- 
nativement en diamant et en pierre précieuse. 

(2) De virtutibus sancti Martini^ liv. II, ch. u, cité par Alb. Mari- 
ONAN, La médecine dans l'Église, 



LES SAINTS MÉDECINS 453 

de SOD mal. Comme, dans les grandes basiliques, il était 
défendu de s'approcher du tombeau du saint, le prêtre 
délivrait la poudre sacrée & qui la sollicitait, soit pour lui- 
même, soit pour quelqu'un des siens : en ce cas, l'inter- 
médiaire l'emportait dans une boite ; la poudre se conser- 
vait, du reste, parfaitement. Elle avait surtout de l'efficacité 
contre la dysenterie. 

On faisait prendre encore aux malades crédules, non pas 
la cire des cierges qui brûlaient autour du tombeau, mais la 
mèche brûlée 1 Les malades qui ne pouvaient venir à la basi- 
lique se contentaient des cierges bénis. Avant de prendre 
la mèche en question", triturée dans un liquide approprié, 
le patient devait réciter une prière, pour se recommander au 
saint dont il implorait la grâce. 

' Un autre remède très employé était le mélange de vin et 
d'eau qui avait servi à laver l'autel. Grégoire de Tours nous 
apprend que les malades avaient l'habitude de faire couler 
de la bière et du vin sur la pierre du tombeau de saint 
Bénigne, dans les petites cavités où les pieds du saint furent 
fixés avec du plomb. Cette mixture passait pour guérir les 
maladies des yeux et les blessures. 

Ceux qui avaient mal aux lèvres n'avaient qu'à loucher le 
voile du tombeau avec leur bouche pour élre guéris; ce 
voile avait également la propriété précieuse d'arrêter les 
hémorragies. On pouvait en emporter des fragments, pour 
appliquer sur la partie malade ; le voile qui recouvrait les 
ofTrandes servait de remède aux maladies mentales. 

A qui avait mal à la langue, il sufltsait de passer celle-ci 
entre les barreaux de la grille courant à l'entour du tom- 
beau, pour voir son mal disparaître. 

Les objets que le saint avait touchés servaient aussi de 
remèdes: son lit principalement, sur lequel on n'aviiil 



454 CHRONIQUE 

qu'à s étendre ; même en se plaçant dessons, on éproovait 
du soulagement. Il était consenré dans le sanctuaire, recou- 
vert d'un voile de soie, et éclairé par des lampes qui brû- 
laient sans discontinuer. 

Le saint avait-il touché un ari>re, possédait-il un petit 
bosquet autour de sa maison, les fenillesde ces arbres et de 
ces plantes étaient douées de vertus curatives. Un morceau 
de bois provenant de ces végétaux calmait instantanément 
les maux de dents les plus violents; le bois des portes de 
Téglise avait la même propriété. 

Le saint avait-il été évêque, sa crosse avait des pouvoirs 
magiques : elle mettait en fuite les démons ! 

On pourrait croire que ces superstitions grossières n'ont 
trouvé de zélateurs qu'aux époques de barbarie. Il est cer- 
tain que, dans les premiers temps de Tère chrétienne, elles 
étaient fort répandues et Tïîglise elle-même qui les encou- 
rageait n*était pas loin de partager à cet égard les convic- 
tions du peuple (1). Ce €[ui paraîtra plus incroyable, c'est 
qu'elles aient pu trouver créance en un siècle qui se pique 
pourtant de lumières, à la fin du xix* siècle. 

En 1870, un opuscule anglais (2) relatait la guérison mira- 
culeuse dont suit le récit : 

Un père Jésuite avait recommandé à uile dame italienne, 
affligée d'une tumeur et d'un cancer au sein, de s'adresser à 
saint Jean Berchmans^ pieux novice Jésuite belge, qui mourut 
en 1621 et fut béatifié en 1865. Le jésuite procura à cette 
dame « trois petits paquets de poussière provenant do cer- 
cueil du saint, une petite croix faite avec du bois de la 



(1) A. Marignan, op. cit. 

(2) J.-B. Beste, Nowadays at home and abroad. Londres, 1870, vol. II, 
p. 44 ; A new ynlvacle at Rome, being on account of a miraculous cure, etc. 
Londres (Washlmrne, 187Ô). 



GORRBSPONDANGE 4&5 

chambre qu'occupait le saint homme, ainsi qu'une partie 
de la ouate qui entourait sa vénérable tète ». 

La malade fit immédiatement une neuvaine à saint Jean 
Berckmans ; elle avala dans de Teau la poussière provenant 
de son cercueil et enfin elle pressa la croix sur son sein avec 
tant de vigueur qu'elle s'évanouit ; elle s'endormit ensuite 
et quand elle se réveilla, il ne restait plus trace de la 
maladie. 

Quand son médecin, le D' Panegrossi, eut constaté cette 
guérison incroyable et qu'il eut appris que la malade s'était 
adressée à saint Jean Berckmans, il se contenta d'incliner 
la tète, en disant : « Quand de tels médecins s'en mêlent, 
nous n'avons plus rien à faire (i). » 

C'est à peu près le langage que, sur la fin de sa carrière, 
tiendra Gharcot, dont l'article sur la Foi qui guérit causa 
naguère un émoi si profond 

D' CABAlfÉS. 



SOCIÉTÉ DE THÉRAPEUTIQUE 



SEANCE DU il MARS 1903 



Présidence de M. du Castel 

Le procès- verbal de la dernière séance, lu et mis aux voix, est 

adopté. 

Correspondance . 

M. te D' Zimneru pose sa candidature à Tune des places libres 
de membre titulaire dans la section de médecine. 



(1) Edwat'd B. Tylor, La civilisation pnmîHve, t. II. 



456 SOCIÉTÉ DE THÉRAPEUTIQUE 

M. NoGUERA, correspoadant étraDger, adresse un travail inti- 
tulé : les Encaïnes, 

M. POPOF,' correspondant étranger, adresse un travail intitulé : 
Insuffisance temporaire relative des valvules semi-lunaires de l'aorte, 

M. le professeur Dehio adresse un travail intitulé : Sur la 

m 

fonction du cœur des vieillards. 

MORT DE M. LEBLANC 

M. DU Castel, président. — J*ai, Messieurs, une triste nou- 
velle à vous annoncer, M. Leblanc, doyen de la section des vété- 
rinaires, a succombé samedi dernier. Membre de la Société 
depuis 1875, M. Leblanc était Tun de ces hommes aimables qui 
rendent si agréable la fréquentation de la Société de thérapeu- 
tique. D'une grande instruction, d'une décision prompte et 
éclairée, il rendait à l'occasion des services considérables toutes 
les fois qu'une question épidémique se trouvait en jeu; aussi 
avait-il acquis une grande autorité dans tous les milieux qu'il 
fréquentait. C'est avec un profond chagrin que nous voyons dis- 
paraître ce collègue aimé de tous. 

Le secrétaire général a représenté Ta Société aux obsèques de 
M. Leblanc et a prononcé sur sa tombe le discours suivant : 

« Messieurs, 

« ATi nom de la Société de Thérapeutique de Paris, dont il fai- 
sait partie depuis 1875, je viens apporter un dernier, un amical 
hommage au collègue savant et à l'homme sympathique que fut 
M. Leblanc. 

D'autres voix, beaucoup plus autorisées que la mienne, vous 
ont retracé la carrière scientifique de l'homme distingué dont la 
mort, à jamais regrettable, creuse un vide immense dans une 
foule de Comités savants. Ils vous ont montré le côté pratique 
du grand savoir de M. Leblanc, la sagacité de ses décisions, 
comment, dans une foule de ces occasions délicates où il s'agit 
de prendre des mesures graves pour les intérêt publics, sa 



MORT DE M. LEBLANC 457 

parole sûre çt son rare bon sens ont plus d'une fois permis ele 
trancher favorablement les questions les plus difficiles. 

Ne voulant pas faire de redites, je laisserai de côté toute cette 
partie du rôle joué par notre collègue, mais je m'attacherai à 
mettre en relief la figure si originale et si sympathique du galant 
homme que nous venons d'avoir la grande douleur de voir dis- 
paraître. 

C'est en 1884 que j'eus pour la première fois l'honneur de ren- 
contrer M. Leblanc, lors de la petite épidémie du choléra qui, un 
moment, émotionna Paris. Au laboratoire de Dujardin-Beau- 
metz, à l'hôpital Cochin, se réunirent un matin quelques hommes 
réputés parmi les hygiénistes, et, parmi eux, se détachaient vive- 
ment trois figures, remarquables à la fois par la précision de leur 
langage et la netteté de leurs opinions, appuyées par l'autorité 
vraiment grande de leur prestance corporelle : ces trois hommes 
étaient Bouley, alors président de l'Académie, Weber et Leblanc. 
La discussion traînait, les avis étaient partagés, sur les mesures 
à prendre, quand, après Bouley, son collègue Leblanc prit la 
parole; en quelques mots, la question fut mise sur son véritable 
terrain ; par des exemples topiques, empruntés aux épizooties, il 
montra comment on pouvait arriver à circonscrire rapidement 
une épidémie, et, ce jour-là, j'eus la vive sensation de me trouver 
en présence d'un homme, dans la plus noble acception du mot. 
C'est de ce jour, que je compris bien la grandeur du rôle que 
peuvent jouer les vétérinaires, dans nos réunions scientifiques de 
médecins, c'est de ce jour aussi que je commençai à apprécier à 
sa valeur la grande science pratique de Leblanc. 

C'est de cette manière qu il a su prendre, partout où il passa, 
une place importante et très personnelle. Tous, nous verrons 
longtemps 'devant nos yeux cette physionomie si originale, cette 
face maigre à l'expression un peu hautaine, animée par un 
regard d'une vivacité si intelligente, ce regard si jeune et qui 
prenait dans certaines occasions une intensité d'expression vrai- 
ment remarquable, indiquant cette droiture et cette franchise qui 
furent certainement les plus belles qualités de son caractère. 



458 SOGIÉTé ]»E THÉRAPEUTIQUE 

' Et quand je me retrace cette physionomie si virante, qua^nd 
sa voix au timbre net et sympathique frappe encore mon oreille, 
je ne puis m'habituer à cette idée que tous ces- précieux dons de 
la nature sont à tout jamais disparus ! 

II y a quinze jours à peine, fidèle jusqu'au bout à ses amis, 
Leblanc assistait encore à notre dernière séance, où nous avons 
tous pu le voir pour la dernière fois ; il se félicitait de ce que sa 
vigoureuse vieillesse lui permît encore de mener une vie aussi 
active qu'autrefois. Et voilà que samedi, tout d'un coup, par 
une rupture d*artère, cette puissante et riche nature est jetée- à 
terre, et nous recevons l'affreuse nouvelle que jamais nous ne 

■ 

reverrons notre ami, que sa parole, que ses conseils si appréciés 
et si recherchés nous manqueront à tout jamais ! 

Hélas ! quelque regrettable que soit, pour tous ses amis, cette 
fin inattendue, quelque cruelle que puisse être, pour sa famille, 
cette disparition foudroyante, nous ne devons pas la regretter 
pour celui qui portait si vaillamment sa vertie vieillesse. Il vaut 
mieux pour lui disparaître d'un seul coup, en plfeine jouissance 
de ses facultés vigoureuses, que d'avoir vu décliner ses forces et 
s'amoindrir son énergie. 

Avec Leblanc disparaît l'avant-dernier représentant de cette 
pléiade si intéressante de vétérinaires hardis, au coup d'oeil sûr, 
à l'expérimentation sagace et pleine de tact, si bien armée en 
données sur la pathologie générale, de cette pléiade de génie qui 
sut porter si haut l'art médical parmi les jeunes vétérinaires. 
C'est grâce à toutes ces grandes figures que la science a ses 
représentants aussi autorisés dans les écoles vétérinaires que 
dans les écoles de médecine humaine. Saluons donc avec respect 
et d'un hommage ému l'ami et le collègue qui disparaît, entraî- 
nant avec lui dans la iomhe l'une des dernières réalités vivantes 
d'un grand passé. 

Au nom de la Société de Thérapeutique de Paris, au nom de 
tous ses collègues, j'adresse un dernier souvenir à Leblafic, 
j'adresse à sa famille le respectueux hommage de nos regrets 
émus et profonds. » 



PROCÈS- VERBAL 459 

A roccasion du prooès-yerbal. 

M. Leredde. — Je voudrais ajouter un mot à ce qu'a dit 
M. Bardet à ravant-dernière séance ; je me risquerai même à faire 
une proposition. 

Toute découverte scientifique repose sur des faits. Pour que 
cette découverte soit reconnue telle, il faut que les faits soiemt 
établis. Or, j'ai cherché dans ma communication sur la méthodie 
de comparaison en thérapeutique à montrer pourquoi les faits 
ne sont pas établis dans cette science. La thérapeutique reste un 
art, tout au plus une science individuelle, et dont les progrès sont 
extrêmement lents. Plus sceptique que M. Bardet, je ne crois pas 
à la divinité du Progrès; je crois qu'il existe dans la mesure où 
la volonté humaine intervient pour le déterminer. Et tout n'est 
pas progrès en thérapeutique! Si nous croyons que 100 malades, 
pris au hasard, sont mieux soignés aujourd'hui qu'il y a vingt 
ans, ne nous faisons-nous pas désillusions? Pourquoi verrions- 
nous reparaître des procédés connus par nos grands-pères et 
abandonnés par nos pères, si le progrès était nécessaire et régu- 
lier? N'en serait-il pas autrement si les premiers avaient 
démontré Tutilité des procédés par eux employés et si les seco<nds 
avaient découvert des procédés supérieurs et démontré leuir 
supériorité!. Les uns et les autres ont négligé de nous donner des 
éléments de démonstration, et le médecin qui soigne un malade 
peut souvent penser qu'ils ont eu tort. Cette démonstration, nous 
devons la réclamer quand il es-t possible de l'obtenir, et peut-être 
serait-ce là souvent chose possible. 

S'il est une Société où le contrôle des faits devrait être re- 
cherché, exigé même, c'est bien la Société de Thérapeutique ! Et 
je voudrais que tout auteur, en annonçant une médication nou- 
velle, réclame et puisse obtenir les moyens de contrôle néces- 
saires pour établir la valeur de son travail. Pourquoi ne pas 
nommer des rapporteurs ayant pour tâche de la démontrer, lorsque 
faire se peut? Ils devraient critiquer les faits, indiquer les causes 
d'erreur, comparer les résultats de l'auteur à ceux d'un autre. Et 



460 SOCIÉTÉ DE THÉRAPEUTIQUE 

plus ils seraient sévères et précis dans leur critique, dégagés de 
toute influence personnelle, plus ils pourraient rendre service à 
ceux qui ont réellement trouvé quelque chose d'utile. 

Une objection m'a été présentée par un de nos collègues auquel 
j'exposais mes idées sur la nécessité d'employer la méthode de 
comparaison, t Ai-je le droit, me disait-il, si je découvre un pro- 
jcédé qui guérit une maladie peu curable, de ne pas traiter tous 
mes malades, et d'en laisser succomber certains, pour démontrer 
la valeur de ma découverte? » Un tel argument devait m'embar- 
rasser; certes, il est impossible à celui qui croit pouvoir sauver 
quelques malades par une méthode nouvelle, rendre la vie à des 
condamnés à mort, de renoncer à le faire, de garder vis-à-vis des 
résultats la même impassibilité qu'un astronome ou un physi- 
cien cherchant une vérité scientifique. On ne peut dire à un 
médecin qui, après tout, est un homme : mieux vaut laisser 
quelques malades mourir sous vos yeux et établir la vérité d'une 
façon telle que d'autres malades, en beaucoup plus grand nombre, 
puissent en profiter presque immédiatement. Ces scrupules, la 
foi, explicable sinon légitime, que chacun a dans la rectitude de 
son observation exigent presque impérieusement l'intervention 
d'autres personnes, dont le rôle serait en présence d'afiBrmations 
d'en établir la vérité ou l'erreur, et d'agir pour permettre aune 
\M0 d'être acceptée, à une erreur d'être reconnue. 

Kt, tlu roste, avons-nous souvent affaire à des découvertes théra- 
|MMili(jtt(»H qui soulèvent avec une telle facilité des problèmes de 
vif* oi» do mort? Non, malheureusement. Qu'on nous apporte 
iltiMHMl) mi« méthode de traitement de la pneumonie, annonçant 
t\ti MjtillJjMirK résultats que par les méthodes anciennes, personne 
im bMi rt H<^ni*« ])Our utiliser la méthode de comparaison et traiter 
f^^jti ^millr^ doH malades par le procédé nouveau, l'autre partie par 
un Hmi^ pliitt iiiicion. 

W. MfMilMt n'a peut-être pas vu assez nettement que la méthode 
ijiti CMlMimiMinnii 08t précisément faite pour supprimer les hasards 
ilui: f^m )j;o. iJlmi ontoudu, il faut qu'elle soit appliquée à un nombre 
&u/)jiiuiil (|^ iiuUiulos; mais, si deux groupes de malades, choisis 



PROCÈS-VERBAL 461 

au hasard, sont Qtudiés simultanément, le hasard n'intervient 
plus, dans les cas au moins où la supmorité d^un procédé sur un 
autre est telle que les résultats puissent être réellement différents. 

Si quelque chose peut me démontrer combien le travail que 
nous faisons tous les jours est inutile, c'est bien le scepticisme 
de M. Bardet sur la question du traitement mercuriel, ou, pour 
être plus précis, sur celle des doses de mercure qui a été discutée 
ici même. C'est bien pour cela que je serais heureux de voir mes 
idées contrôlées par la méthode de comparaison, et qu'un membre 
de notre Société veuille bien traiter vingt syphilitiques atteints 
d'accidents cutanés, divisés au hasard en deux séries, les uns par 
une quantité de mercure A, les autres par une quantité A-\-a. 
Un travail de ce genre fait par moi-môme n'entraînerait pas la 
même conviction qu'un travail fait par d'autres. 

M Bardet déclare que la vérité est claire et lumineuse, qu'elle 
ne peut pas être contredite et qu'elle s'impose. Or, nous avons pu 
voir le contraire dans un procès récent! La vérité existe en 
dehors de nous : les microbes provoquaient des maladies bien 
avant Pasteur. Mais le rôle du savant est de rendre la vérité claire 
et lumineuse, et de l'imposer aux contradicteurs. 

M. Linossiera beaucoup insisté sur la proposition que j'ai faite 
de diviser au hasard les malades en deux séries . Je n'attache pas d'im- 
portance à ce point. Je crois qu'un expérimentateur peut diviser 
les malades en tenant compte d'éléments d'ordre clinique. Il 
devra surtout s'attacher à ceux qui, dans chaque cas, permettent 
de porter un pronostic de manière à avoir dans chaque série le 
même nombre de cas bénins et graves. Mais un mathématicien 
dirait, je crois, qu'on peut arriver au même résultat, en divisant 
au hasard les malades, par exemple en prenant pour base l'ini- 
tiale de leur nom, pourvu qu'on en prenne un nombre suffisant, 
et admettrait avec moi, contrairement à M, Linossier, que le 
hasard suffit à éliminer le rôle du hasard. 

M. Linossier me parait à tort sévère pour la méthode de sta- 
tistique, seule susceptible d'apporter une conviction collective. Je 
crois qu'il confond la méthode avec la manière dont elle est 



463 SOCIÉTÉ &£ THÉRAPEUTIQUE 

employée. Les chirurgiens s'en servent tons les, jours. Si elle ne 
leur donne pas toujours les indications qu'elle devrait leur 
donner, c'est — j'ose le dire, parce qne je ne vois pas d'autre 
explication — qu^ls ne l'emploient pas toujours bien. Si tel 
auteur a 10 p. 100 de mortalité dans l'hystérectomie vaginale, 
tel autre 20 p. 100, n'est-il pas nécessaire, avant de conclure que 
le premier emploie un meilleur procédé, de savoir si le second 
n'intervient pas dans des cas que le premier refuserait d'opérer ? 

Ce qui fait pour moi la valeur de la méthode de comparaison, 
c'est qu'elle est une méthode individuelle. — Je m'explique. — 
Une statistique n'a aucune valeur en soi, elle ne prend de valeur 
que comparée à une autre statistique, recueillie exactement dan& 
les mêmes conditions. Les statistiques globales concernant la mor- 
talité par fièvre typhoïde ne peuvent être comparées entre elles,^ 
parce qu'elles sont l'addition de statistiques faites par des auteurs 
différents, dans des milieux différents, à des époques différentes. 
La statistique de M. Ghantemesse ne peut leur être comparée. 
Mais, à mon avis, nous aurions la preuve scientifique delà valeur 
du sérum antityphique, si, sur 50, ou môme sur 100 malades 
traités par un seul expérimentateur, ce sérum n'était employé^ 
que dans la moitié des cas, les autres étant soignés par une 
autre méthode, celle que Texpérimentateur emploie d'habitude 
et qu'il considère par suite comme la meilleure. Peu importerait, 
je pense, que les malades fussent répartis au hasard dans une 
série ou dans une autre, mais on pourrait aussi, comme le con- 
seille M. Linossier, les diviser autrement, à condition toutefois 
de prendre une base unique de division, par exemple en recher- 
chant la date du début de l'infection et en divisant les patienta 
de manière que les malades ayant la même durée d' infection 
soient répartis des deux côtés. 

Bien certainement, il est des maladies chroniques où il est 
difficile déporter un jugement sur l'efficacité d'un traitement quel- 
conque, parce que leur durée est longue. Il faut bien alors se 
résigner à une observation prolongée. Je crois qu'en deux ans 
un observateur, qui a à sa disposition une cinquantaine de para- 



ALTÉRATIONS DE LA TEINTURE D^IODE 46^ 

ly tiques généraux, viderait la question de la curabilité de la para- 
lysie générale par le traitement mercuriel, en les divisant en 
deux séries ; pour le tabès, dont la marche est plus lente, il fau- 
drait peut-être trois ou quatre ans de travail. Mais ce travail 
fait et contrôlé, une question des plus graves serait résolue. 

Je ne veux pas insister davantage sur ce sujet. 

J'exprimerais ma pensée tout entière en répétant que nous 
sommes débordés par la quantité de travaux qui paraissent tous 
les j.0urs, que la qualité devrait importer et non la quantité^ et 
que nous devrions chercher pour nous-mêmes quelles sont les 
conditions nécessaires pour qu'un travail soit bien fait, établisse 
nue vérité, si petite soit-elle, d'une manière définitive. J'avoue 
qu'aujourd'hui le cerveau humain me semble trop peu intelligent 
pourr arriver en médecine à la vérité au milieu du nombre 
imxnenee d'erreurs accumulées de toutes parts, et je crains que 
nous confondions Tagitation scientifique avec le prqg-rès de la 
science. 



Présentations. 



I. — Contribution à V étude des moyens propres à empêcher 
les altérations de la teinture d'iode et à modérer son action, 

par A. Claret (présentée par M. Vogt). 

La teinture d'iode du Codex est encore un des révulsifs les plus 
employés, tant par les praticiens que par le public, auquel les 
pharmaciens la délivrent volontiers sans ordonnance. Ce médica- 
ment n'est pourtant pas inoffensif, surtout, lorsque s'altérant par 
une conservation prolongée, il est arrivé à contenir de notables 
proportions d'acide iodique. Son application produit alors une 
vive douleur; puis, dans les jours qui suivent, la peau, pro- 
fondément atteinte, se desquame, s'excorie, porte ouverte à des 



« 



464 SOCIÉTÉ DE THÉRAPEUTIQUE 

infections, dont une poussée furonculeuse fournit parfois la 
preuve tangible, comme j'ai eu occasion de l'observer. 

On a proposé, pour empêcher les altérations du produit, d'em- 
ployer à sa préparation l'alcool à 96°, produit moins répandu dans 
le commerce et d'un prix plus élevé que l'alcool il 90^. 

Il m'a semblé que le problème de la conservation de la teinture 
d'iode serait résolu, si l'on pouvait y ajouter un corps, dont les 
propriétés soient telles que, sans affinité pour le métalloïde dis- 
sous, il s'empare de l'acide iodique au fur et à mesure de sa 
formation, pour donner naissance cà des composés dont la pré- 
sence ne modifie pas les propriétés du médicament. 

Le borax ou tétraborate de soude m'a paru répondre le mieux 
théoriquement à ces desiderata; le métalloïde iode ne pouvant 
déplacer l'acide de la combinaison B^O'Na^; en revanche, 
l'acide iodique, acide énergique, devant éliminer B*O^H* selon 
la formule : 
B^O'NaS (tétraborate) + 2HI ^2 Nal + B^O'^H» (ac. tétraborique). 

L'expérience m'a paru confirmer sur ce point la théorie. Une 
teinture d'iode ancienne, donnant au tournesol une réaction for- 
tement acide, a été essayée de nouveau après addition de borax, 
et n'a plus donné au tournesol bleu qu'une faible coloration 
vineuse, indiquant la présence de l'acide borique, conformément 
à la réaction ci-dessus. Enfin, malgré l'addition d'un excès de 
borax, sa teneur en iode, à en juger par sa coloration, n'a paru 
nullement modifiée. 

Comme conclusion, je proposerai donc de formuler ainsi la 
teinture d'iode du Codex, pour en assurer la conservation : 

Iode 1 gr , 

Alcool à 90« 42 » 

Borax officinal 2 » 

Caries a proposé, pour atténuer les effets d'une application trop 
forte de teinture d'iode, d'employer le monosulfure de sodium. 
Un produit que l'on peut avoir partout sous la main, l'amidon, 
ou à défaut la farine, peut rendre le même service, si l'applica- 



\ 



RÉSULTATS DE LA RÉJ^DUCATION 465 

tion est récente, en faisant passerTiode à Tétat d'iodure d*amidon, 
inoffensif pour les téguments. Il suffit d^en faire une pâte avec de 
Teau et l'appliquer loco dolentû 

II. TTT Pmentati<m (l'«p|iar«f(s, 

M, J^AFAY, au nom de H, Henry, pharmacien à Bourgfis, pré- 
spute un p,jutage destiné à vider les aipppules dans toutes la? 
seringues hypodermiques, 

Cet appareil pffre les avantages suiv^^its : 

Il e&t facilement stérilissihle ; 

U s'adapte sur toutes lea seringues ; 

Il permet de vider n'importe quelle apapqule, en ne Touvrapt 
qu'à uue seule çxtréqiHé (doue ps^s de contact avec l'i^ir} ; 

Il est donc d'un pri^ très minime. 

GommnnloatioiiB . 

I. — Bémltats de la rééducation dans le traitement 
des troubles du mouvemtnty 

pftr M. FAUaE. 

(Résumé.) 

L'Institut de rééducation motrice de La Malou a reçu, pendant 
la saisou de 1902, 1^6 malades, dont 84 p,taxiques. Les 4? autres 
malades peuvent être divisés en deux groupes. Le premier 
groupe est formé de mï^lades atteints de tics, crampes, spasmes, 
chorée, astasie, ^hasie, cQutractures secQndaires aux arthrite^, 
atrophiei?, paralysies sucçédapt çiuip contusions, aux fractures, 
aux immobilisations. Tous ces malades ont été très largement 
améliorés ou guéris. L<e deuxième groupe est formé par les hémi- 
plégiques, les paraplégiques, les paralytiques agitants. Ces 
maUdes sqnt peu ^méliqrés p^r la thérapeutique mécanique, 
mais cependant çelle-çi leur donpe quelques avantages appré- 



466 SOCIÉTÉ DE THÉRAPEUTIQUE 

ciables par rapport à la pauvreté des autres moyens thérapeu- 
tiques à leur égard. 

Parmi les 84 ataxiques, 6 ne présentaient pas d'indications bien 
nettes de la rééducation ou présentaient des contre-indications. 
Ils n'ont pas été traités, et on n'en tiendra pas compte dans les 
résultats. Reste : 78. 

Dix-neuf n'ont pu accepter une thérapeutique suivie et métho- 
dique soit par défaut de volonté ou d'intelligence, soit par manque 
de forces ou de temps. Reste : 59. Ainsi, en raison des difficultés 
et de la durée de ce traitement, il faut prévoir un déchet 
de 25 p. 100, parmi les malades qui viennent s'y soumettre. 

Dix-neuf malades ont pu obtenir la disparition complète de leurs 
accidents et une amélioration de leur état général équivalant à 
la guérison. L'expérience montre que ces rémissions de l'ataxie 
sont durables, et qu'elles peuvent être définitives si le malade 
reste, à l'avenir, dans une ligne de conduite thérapeutique sage. 
Donc, 32 p. 100 de succès complet. 

Quarante malades ont obtenu des améliorations variables, sui- 
vant l'intensité de leur maladie et la durée de leur traitement. 
Succès incomplet : 68 p. 100. Mais 33 d'entre eux n'avaient pu faire 
qu'un traitement insuffisant. L'amélioration est donc proportion- 
nelle à la régularité du traitement, et la durée de celui-ci est 
proportionnelle à l'étendue et à l'intensité de l'ataxie. 

Les ataxiques améliorés ou guéris avaient des troubles moteurs 
variés : troubles des mouvement des yeux , des mouvements 
respiratoires et digestifs, de la miction et de la défécation, etc. 
Principalement, ils avaient des troubles de la station debout et 
de la marche, parfois légers, parfois d'intensité très grande. 
Ainsi, 14 avaient complètement perdu là possibilité de se tenir 
debout et de faire un seul pas, et 15 ne pouvaient marcher qu'à 
grand'peihe et avec un appui. 

En aucun cas, il n'y a eu d'accident ou d'aggravation de la 
maladie. La durée maximum des traitements a été de quatre mois ; 
la durée minimum, d'un mois. L'importance des résultats obtenus 
se mesure non seulement à l'amélioration, ou à la disparition 



PRÉPARATIONS ARSENICALES 4&7 

du trouble moteur, mais encore au changement de l'état générai 
du sujet qui, sous Tinfluence de l'exercice et de l'amélioration 
morale qui accompagne naturellement l'amélioration physique, 
se remet à se nourrir, à respirer, augmente de poids^ et retrouvé 
peu à peu son état normal physique et moral. 

Le pronostic de l'ataxie locomotrice, qui, du reste, est beau- 
coup moins pessimiste qu'autrefois, peut donc être considéré 
comme très amélioré dans 75 p. 100 des cas, par la thérapeu- 
tique rééducatrice. Mais celle-ci exige un traitement sérieux, 
une technique difficile et encore peu connue, et une longue sur- 
veillance. C'est ce qui explique les échecs, ou les résultats 
médiocres, que cette thérapeutique peut donner, quand elle e^t 
mal ou insuffisamment appliquée. 



II. — Modifications à deux formules clcissiques de 
préparations arsenicales, 

par M. Danlos. 

Comme médecin de l'hôpital Saint-Louis, je me suis beaucoup 
occupé de l'emploi thérapeutique de l'arsenic. J'ai été le promo- 
teur de la médication cacodylique qui, depuis, a fait dans les mains 
du professeur A. Gautier une si brillante fortune. Mais je n'em- 
ploie pas cependant les cacodylates d'une manière exclusive, 
et souvent aussi j'ai recours aux préparations anciennes. Parmi 
celles-ci, je considère les préparations d'acide arsénieux comme 
très supérieures à celles dont les arséniates sont la base. La 
liqueur de Fowler et les pilules asiatiques sont d'excellents mé- 
dicaments. Il m'a semblé, toutefois, que les pilules asiatiques 
étaient mieux supportées à quantité égale d'arsenic que la liqueur 
de Fowler. XV gouttes de celle-ci, représentant 6 milligr. 8 
d'acide arsénieux, sont une dose que Ton ne peut souvent pas 
dépasser ou même atteindre sans révolte de l'estomac ; tandis 



498 BOeiÎTK DI TBÉBAPBUTIQUE 

que i^nx pilules asiatiques, soit 10 miHignunmas, sont une dose 
quotidienne assez généralement tolérée. On peut objectef que 
sous forme pilulaire Tarsenio n'est peut-être pas absorbé, et qua 
les vieilles pilules durcies par le temps traversent quolquefoia 
sans se désagréger le tube digestif, 

Four éviter cet inconvénient, j'ai modifié la préparation des 
pilules asiatiques. La formule classique de celles-ci dans la 
pharmacopée française est la suivante : 

Acide arsénieux gr. 50 

Poudre de poivre noir 5 » 

Poudre de gomme arabique 1 » 

Pajt Q. s. 

le roui pour iOO pilules. 

Voici maintenant ma formule : 

Acide arsénieux • gr. 50 

Glycérine 3 » 

Poivre noir porphyrisô 5 » 

Poudre de gentiane Q. s. pour donner la 
consistance pilulaire. 

La masse est divisée en 100 pilules. 

On fait dissoudre à chaud Tacide arsénieux dans la glycérine, 

puis m incorpore les poudre^ à Ift nuM^e pilulaire, 

I^a formule ainsi modifiée me somble avoir sur raaoifinn9 les 
avantages suivants : 

40 Ji'apide îirsénieui^, dissous dans la glycérine, se présente à 
l'organisme dans un é|;at d'extrémp 4ivision, @t pur conséquent 
doit; é^re plus façilemoot absorbé, 

p En secppd Jieu, la dissolution dans h glycérine doit dimi- 
nuer, pour la muqueuse 4e l'estomac, Tactipp topique irritante de 

l'arsenia. Il est, en eff^t, de notion vulgaire qu» la glyeéripe 
diminue }a c^^eticit^ de tons les corps qu^ l'on y di&^OUt 
L^ f^it est tellement vrai pour Tarseniç, qu^ayant autrefois 
essayé de cautériser des oancroldes ulcérés avec dp Taçide af^^^ 
QÎQUX à saturation dans la glycérine, et il y est soluble k ^0 p. IQO, 
je n'ai pu obtenir le plus petit effet caustique: 



3<* Eufin, mes pilules à base de glycérine durcissent bien un 
peu ayec le temps, mais restent beaucoup plus loaglîsmps tODlles 
et facilement absorbables que celles préparées suivant la formule 
ordinaire. 

J*ai fait également subir, et je crois avec quelque avantage, 
une modification à la poudre caustique arsenicale, qui nous rend 
dé si grândg serVîceè ddns le traitemenj; dés câtft;h)ïdes ulcérés 
de là peau. Lt fbï'muïe dû frère CÔtoe ël celles qui fen dériv^ilt, 
contiénnéttt l'ài^éûiti aéfeôcîé â dëS subètknces itiérlés. J'ai éU 
ridée dé tigtoplàéiôr celles-ci par des sùbslanteé Capables de dimi- 
iiuer la doùletir qui, Vous le savez, èèt uh des grands défauts dé 
m mode du traitement. J^emplolé dans ce but là formulé 
suiVaîite : 

Acide arsénieux porphyrisé * i gr* 

Chlorhydrate de cocaïne 4 » 

Orthoforme 8 » 

Là ôocaïne a pour but d'âttèûUer la dôufeur prochaine et l^jr- 
thofotrtie la dbulèur côiiséeutive. 

Cette poUdiie s'empldiiè dé!àyéë àVeé quelques gouttes d*eàu 
pour lui donner la consistance pâteuse. Avec elle, là doUleur- 
provoquée par l'aéide arsénieux persiste ehcore, tnâis tirés 
dithtàttée. L'ëfrêt thérapeutique est céiUl diés Formules ancl^riiieè 
un peu atténué peut-être, niàià encore très Suffisant. 

Ou pourrait d'ailleurs aUgtUéGter l'activité dû produit en aUg- 
metttànt laproportiott de l'âcidé ârséfaieux. 

M. Lafay. *-- Tous les pharmaciens savent que la goUioiè est 
un détestable excipient, qui rend les masses pilul^ir^s dures^ àUssi 
la nèmpl«tc«H'*t)n à maintes tiret àsious pftf la glycérine. Â Sieiiht- 
LouiS) cette pi^&tique est ancienne déjà en m qui <iOncernè lés 
pilules pfotoiotâure ; dans i« service de M. Bèsnier, par éieMJ^é, 
on r^Usait toutd pilule qui ne se déformait pas iquand on la lais^ 
sait tomber à terre, et, pour éviter ce refùs^ l'interne en phart 
macie préparait ses pilules à la glycérine. 



470 SOŒTE BS TÛRAriOlXIQtlS 

III. — Dm tr«ilemMl des aeeit d!asthme par le pyrautidon, 
par M. G. Bardet. 

Lors <9e£ premières recherches que j'ai faites avec H. Albert 
Robin sur les propriétés thérapeutiques du pyramidon , uoue 
avons sartoat insisté sur les avantages remarquaUes de ce pro- 
doii dans 1^ traitement des névralgies, et l'expérience prolongée et 
g^n^rale du médicament nous a donné raison, puisque, à la suite 
de nouv travail, le pyramidon est déctdémeat entré dans la pra- 
tique ei teud de plus en plus à y prendre la place de l'antipyrine , 
doai il n'est d'ailleurs qu'une modification heureuse, â la Tais 
chimique et thérapeutique. 

Dès cette époque nous avions pensé à utiliser les propriétés si 
ÎDtèressaates de ce médicament sur le système nerveui dans le 
tniiement d'une maladie fort pénible et contre laquelle nous 
sommes encore mal armés, mais les résultats ne s'étant pas 
montrés favorables, nous avons renoncé à en parler dans nos 
communications. 

Depuis lors, un certain nombre de médecins ont publié des 
observations assez nombreuses qui montrent que le pyramidon 
peut produire des résultats non seulement utiles, mais encore 
très remarquables. J'ai donc voulu voir par moi-même pour- 
quoi j'avais échoué lors de ma première tentative et, profitant du 
hasard qui m'a mis en présence de malades atteints d'accès 
d'asthme fort pénibles, j'ai pu reprendre mes premiers essais. 

En 1940, j'avaig donné le pyramidon à trois asthmatiques, un 
enfant de dix ans qui souffrait d'accès fréquents et douloureux, 
un avocat fujet à des crises périodiques Fort pénibles et un jar- 
dinier, très ancien asthmatique qui présentait des accès toutes 
les fois que sa profession lui faisait subir un refroidissement, ce 
qui malheureusement arrivait fréquemment. 

Chez l'enfant le médicament n'a absolument rien donné. Mais, 



TKAITEMKNT DlilS ACCÈS d'ASTHME 471 

depuis cette époque on a constaté chez lui révolution normale d'une 
tuberculose alors ignorée ; il est donc logique de supposer que les 
troubles nerveux qui prenaient la forme d'accès d'asthme ne pou- 
vaient pas être influencés, puisqu^il y avait sous cette apparence 
nerveuse une affection bacillaire persistante. 

L'avocat était lui aussi un très ancien asthmatique, chez lui une 
longue série d'accès avait déterminé un volumineux emphysème 
et par conséquent on conçoit facilement qu'un accès était suivi 
de phénomènes catarrheux devant lesquels un modificateur ner- 
veux devait se montrer impuissant. 

Le jardinier lui, quoique ancien asthmatique, présentait seule- 
ment un peu d'emphysème ; chez lui, les accès étaient parfois mais 
non pas toujours suivis de bronchites plus ou moins accentuées. 
En interprétant les feuilles d'observation, je constate que cet 
homme vit parfois son état amélioré, et, chaque fois que ce résultat 
heureux est marqué, il coïncide avec un accès court à caractère 
purement nerveux. J'avoue que j'ai cru dans ce cas avoir jugulé 
l'accès et ainsi prévenu l'apparition de la bronchite, mais je crois 
que cette interprétation doit être abandonnée, on verra pourquoi 
tout à l'heure. 

Cette année, j'ai pu voir quatre asthmatiques; chez trois d'entre 
eux, Tadministration de doses de gr. 30 de pyramidon, prises dès 
qu'un peu de tirage se faisait sentir, ont produit un excellent 
effet : l'accès était littéralement supprimé et il suffisait le plus 
souvent de réitérer la dose une fois toutes les deux heures, rare- 
ment trois, pour voir l'état normal rétabli. Mais, chez le quatrième 
malade, j'eus un insuccès complet, même en forçant les doses et 
en les répétant à de courts intervalles. 

L'état pulmonaire des malades permet, je le crois, d'interpréter 
de manière satisfaisante ces apparentes contradictions. Il y a les 
accès d'asthme pur et il y a des accès à caractère asthmatique 
greffés sur un état local inflammatoire. Mes trois premiers malades 
(de la seconde série) appartenaient au premier type, car chez eux 
on pouvait reconnaître que l'emphysème présentait un très minime 
développement et que jamais Taccès n'était causé par des intem- 



j 



1 






I ■ I I U^-mmJÊ^m,' BT 



REVUE DES TRAVAUX FRANÇAIS ET ÉTRAIfiERS 



iPhai'Jàai&côlôgie. 

Pour les maladies consomptives, ou il est urgeot dé conserver 
rintégrité des fonctions digestivds, on emploie de préférence les 
injections hypodermiques. 

Cacodylatè de sodium pur 6 gr * 40 

Eau distillée lOO » 

Alcool phéniqùé X gouttes 

Chaque centimètre cube de cette solution répond à ^ centi- 
grammes d'acide cacodylique pur : chaque jour une ou deux 
injections hypodermiques de i ce. chacune. Ne pas dépasser 
gr. 10 d'acide cacodylique par jour. 



I 



472 RGVUË DBS TRAVAUX FRANÇAIS BT ÉTRANGERS 

péries et ne s'accompagnait d'aucun phénomène bronchitique. 
C'était l'accès nocturne le plus souvent, ou bien l'accès provoqué 
par une cause morale! Le quatrième malade, au contraire, présen- 
tait des accès au moment des périodes humides, l'emphysème 
chez lui était intense et presque toujours l'accès était précédé 
d'un état congestif manifeste. 

Par conséquent, l'indication du pyramidon me parait pouvoir 
être nettement définie ; ce médicament pourra être prescrit avan-^ 
tageusemeut chez tous les malades à asthme pur, à accès nerveux 
bien caractérisés, mais on n'aura aucun avantage à insister 
quand on aura reconnu que les accès sont compliqués de phéno- 
mènes inflammatoires ou congestifs et surtout quand ces mani- 
festations auront précédé l'accès. Le pyramidon, en effet, est un 
agent spécial du système nerveux et ne peut agir favorablement 
que quand son indication est nette et logique. 



MÉDECINE GÉNÉRALE 473 

Le professeur Renaut préfère les injections rectales, il en 
donne deux formules : 
1° Solution faible. 

Cacodylate de sodium pur gr. 25 

Eau distillée 200 » 

2® Solution forte. 

Cacodylate de sodium pur gr. 40 

Eau distillée. 200 » 

Chaque injection rectale est de 5 ce. ; deux injections par 
jour pendant six jours ; trois pendant dix jours : repos pendant 
trois à cinq jours et reprise de la série. 

Pour les dermatoses, M. Danlos emploie soit la voie hypo- 
dermique, soit l'ingestion stomacale. Pour cette dernière, il use 
de pilules : 

Cacodylate de sodium ^ gr. iO 

Extrait de gentiane Q. s. 

pour une pilule n^ 30. 

ou encore de la potion suivante : ' 

Cacodylate de sodium 2 gr . 

Rhum ) - * oA 

d- j ,^ aa 20 » 

Sirop de sucre \ 

Eau distillée 60 » 

Essence de menthe II gouttes 

Chaque cuillerée à café renferme gr. 16 de cacodylate de 

soude. 

Médecine générale. 

L'examen du sang peut-il servir au diagnostic du cancer? — 

Le cancer paraît posséder une formule leucocytaire assez cons- 
tante, dit M. Labbé (Journal des Praticiens, 31 mai 1902). Dans la 
majorité des cas, on trouve une leucocytose polynucléaire ; Strauss 
et Rohnstein l'ont notée dans 60 p. 100 des cas; elle est relative- 
ment assez marquée; la proportion des polynucléaires est de 
84 p. 100 en moyenne; dans les autres cas, l'équilibre leucocy- 
taire est normal ; il est rare que le nombre des mononucléaires soit 



474 REVUE DES TRAVAUX FRANÇAIS ET ÉTRANGERS 

augmenté; dans quelques cas très rares, on a noté une éosino- 

« 

philie légère. Cette formule serait indépendante du siège et de la 
période d'évolution du cancer. 

Telle est aussi dans ses grandes ligne l'opinion de Tuffier et 
Milian qui ont observé la leucocytose arec polynucléose dans les 
sarcomes; dans les cancers épithéliaux à une période avancée, 
ils ont trouvé aussi une leucocytose avec polynucléose ; mais au 
début des cancers, avant que des infections secondaires aient pu 
se produire, il y aurait, suivant eux, une mononucléose. 

Il existe donc une formule héniatologique du cancer. 

Dans les néoplasmes : 4" le nombre des globules rouges est 
diminué, souvent d'une façon assez considérable; ces globules 
sont de forme irrégulière et de volume variable, les uns très gros, 
les autres très petits; il y a souvent quelques hématies nucléées. 

2® La quantité d'hémoglobine diminue eu même temps que celle 
des hématies, de sorte que la valeur globulaire reste relativement 
assez forte. 

3° Une hyperleucocytose moyenne de 10 à 15.000 globules 
blancs par millimètre cube de sang s'observe dans la majorité 
des cas; cette leucocytose est en général caractérisée par l'aug- 
mentation du nombre des polynucléaires dont le pourcentage est 
de 84 p. 100 en moyenne. 

Cette formule hématologique n'est pas absolue ; elle est sujette 
à des variations d'un cas à l'autre. Elle ne permet pas d'établir 
avec certitude le diagnostic du cancer, mais elle peut servir à 
diriger le clinicien dans les cas douteux. 

Maluâies an tube 'liigestîf et de cses mansexes. 

Stomatite due à Tacide horique. -— Un malade de M. Le Clerc 
(communication à la Société de médecine du Calvados) ayant à 
la suite d'un refroidissement contracté une grippe à détermi- 
nation gastrique et gutturale fut soumis à des gargari&mes com- 
posés d'infusion de fleur de tilleul, coupée par moitié avec une 
solution boriquée à 3,75 p. 100. Mais le malade désireux d'en 



MALADIES DU TUBE DIGESTIF ET DE SES ANNEXES 475 

finir avec son angine eut la pensée de substituer au gargarisme 
primitif de Teau boriquée pure. Dans Tespace de quinze heures, 
il employa deux litres de solution d'acide borique. 

A la visite du lendemain il se plaignit d'une recrudescence du 
mal de gorge qui, disait-il, s'était étendu à toute la bouche. On 
constatait en effet, inégalement réparties sur la muqueuse buc- 
cale, des taches grisâtres, de forme irrégulière, semblant en cer- 
tains points comme étendues au pinceau,. Les lieux d'élection 
étaient : le vestibule de la bouche et surtout les gencives infé- 
rieures à leur face externe, les joues et le voile du palais avec 
ses piliers antérieurs sur lesquels le pinceautage était parfai- 
tement net. Les taches grisâtres de l'isthme du gosier rappelaient 
exactement l'aspect de certaines angines syphilitiques : point est 
besoin de dire que le malade n'est aucunement entaché de 
syphilis, he reste de la muqueuse était rouge vif et le siège d'une 
sensation de brûlure fort incommode. 

La suppression de l'acide borique et son remplacement par de» 

lavages à l'eau de Vichy rendit à la muqueuse son aspect normal, 

M. Le Clerc n'a trouvé qu'un seul travail où il soit question 

des effets toxiques de l'acide borique : c'est celui inséré par Géo 

Welcli dans le New York med. Record du 3 novembre 1888. 

Welch traitait alors les écoulements vaginaux de toute nature 
par des applications locales d'acide borique en poudre, laissant 
en place le pansement pendant deux ou trois jours. Dans un cas, 
il trouva sa malade avec la face, les mains et les pieds comme 
s'ils avaient été trempés dans une solution alcaline caustique : 
un liquide acre s'écoulait du vagin ; la leucorrhée était revenue 
abondante. Dans un second cas, et bien que le traitement ait été 
appliqué sept fois sans incident, la malade se plaignit de douleurs 
dans le vagin, dont la muqueuse était exulcérée par places et le 
siège d'un écoulement abondant. 

En résumé, il ressort de là que Tacide borique peut donner lieu 
à des effets toxiques locaux et même généraux, analogues, à 
l'intensité près, à ceux qui occasionnent les caustiques alcalins. 



476 REVUE DES TRAVAUX FRANÇAIS ET ÉTRANGERS 

Chirurgie générale. 

Traitement des douleurs de la carie dentaire (Redier). — 

Les mixtures calmantes qui sont préférables sont les suivantes : 

i" Teinture de benjoin du Codex 6 gr. 

- d'opium , ., 2 „ 

Chloroforme ( 

ou 

2* Teinture de benjoin du Codex 4 gr, 

— d'opium , 

Chloroforme - 'âà2 » 

Créosote pure ) 

Cette seconde formule, malgré sa saveur désagréable et persis- 
tante, s'applique surtout aux cas rebelles, lorsque la sensibilité 



ï 



Ces mixturrs serviront k faire un pansement dans la cavité de 
la dent que l'on aura préalablement nettoyée et asséchée. On 
introduit dans la cavité dentaire un petit tampon de coton hydro- 
phile imbibé d'une cie ces mixtures, puis pour qu'il y reste, on le 
recouvre d'un second tampon imbibé d'une sufastaRce résineuse 
dont la résine, uu contact de la salive, se précipite dans les 
mailles du coton et forme avec lui une petite masse consistante, 
glutineuse, adhérent aux parois de la cavité et plus ou moins 
imperméable. 

Voici deux formules de mixture : 

A, Mixture occlusive au benjoin. 

Benjoin de Siam 1 ,. 

Alcool à 80" j "* 

Faites dissoudre, laissez reposer et décantez. 

B. Mixture occlusive à la sandaraque : 

Camphre 2 gr. 

Résine mastic 5 » 

Baume du Pérou 2 » 

Résine sandaraque 30 • 



Alcool à 



àâ 40 



CaiRURGIE GÉNÉRALE 477 

Faites dissoudre les résines pulvérisées dans le mélange d'al- 
cool et d'éther«; agitez fréquemment; laissez déposer et décantez. 

La première formule est la plus couramment employée, la 
seconde donne un pansement plus dur et surtout plus collant et 
doit être réservée pour les cas où la cavité est largement ouverte 
et peu profonde. 

Les pansements peuvent être laissés en place 48 heures et 
renouvelés suivant les besoins. 

Traitement du furoncle par le gaz oxygène. — Dans les cas 
de furoncle et d'anthrax, le plus modeste praticien, dit M. J. 
Thiriar, pourra se procurer une bonbonne d'oxygène comprimé. 
A la tubulure de cette bonbonne on fixe un tube en caoutchouc 
terminé par une aiguille de Pravaz ou un tube en verre selon 
qu'on doit employer le gaz en injection sous-cutanée ou en insuf- 
flation dans des cavités infectées. La seule précaution, c'est de 
régler le débit de l'oxygène; on s'en rend compte en plongeant 
de rhuile dans de l'eau aseptique et en ouvrant alors peu à peu le 
régulateur, le bouillonnement du gaz dans Teau fait facilement 
apprécier la rapidité et la quantité de l'écoulement. Ceci fait, 
après avoir au préalable aseptisé la région à injecter, on fait les 
injections dans les tumeurs et à sa périphérie en y enfonçant la 
petite aiguille de Pravaz. Pour un furoncle une seule injection, 
bien faite à la base de la petite tumeur ou dans son cratère, suffit ; 
si le bourbillon existe déjà, on y fait également passer de l'oxy- 
gène. 

Pour un anthrax volumineux, il faut 4 à 6 injections qui le 
circonscrivent. S'il existe déjà un processus gangreneux, on 
injecte avec soin de l'oxygène dans tous les pertuis qui existent. 
En résumé, il faut avoir soin de largement insuffler tous les 
points infectés où s'accumulent le pus et les bourbillons, il faut 
modifier les masses gangrenées ; on doit surtout circonscrire le 
mal par une atmosphère d'oxygène, ne pas craindre de dépasser 
les limites de la zone envahie. 
C'est par la périphérie que gagne et progresse l'infection. C'est 



478 SOCIÉTÉ DE THERAPEUTIQUE 

par la périphérie qu'il faut Tattaquer autant que par le centre. 

Ce qu'il y a de remarquable dans ce mode de traitement du 
furoncle et de l'anthrax, c'est sa rapidité d'action. 

Au bout de peu de temps, l'anthrax devient insensible, les 
élancements douloureux n'existent plus ; dès le swr même, le 
lendemain au plus tard, l'œdème périphérique a diminué oa 
même a disparu totalement ; le plastron induré, surélevé, rouge 
et si douloureux s'est affaissé, a pâli; la dureté ligneuse a 
fondu. 

La lymphangite, lorsqu'elle existe, s'est effacée ; en un mot, la 
marche en avant de l'anthrax et du furoncle s'arrête instantané- 
ment, l'évolution est entravée, la tumeur rétrocède, la suppura- 
tion diminue et cesse ; en quelques jours, tout se cicatrise. Le 
calme renaît chez le patient. Résultats excellents. 

• 

Hygiène. 

Atelier de battage en grand de tapis et tentures à Paris. — 

Sur le rapport présenté par M. Chauvel au Conseil d'hygiène 
publique et de salubrité du département de la Seine (Comptes 
rendus des séances, 18 avril 1902), l'autorisation a été donnée à 
la Société Le Rénovateur^, d'établir, boulevard Pasteur, aux condi- 
tions ci-après, un atelier pour le nettoyage et la remise à neuf des 
tapis et tentures au moyen de procédés mécaniques brevetés : 

i® Les ateliers n'auront d'ouvertures ni sur le boulevard Pas- 
teur, ni sur les voisins ; leur sol sera imperméable ; ils seront 
toujours largement éclairés et ventilés ; 

2o Toutes les opérations de battage, de brossage et de lavage 
d'étoffes se feront dans des appareils hermétiquement clos; 

3* Les appareils de battage et de brossage seront pourvus d'as- 
pirateurs disposés de façon que les poussières ne puissent se 
répandre au dehors et soient refoulées dans un local bien fenné 
où elles pourront être recueillies et emportées au dehors en 
vase clos ; 

4<^ L'approvisionnement de benzine et d'essence ne dépassera 



MALADIES DES YEUX 479 



/ 



jamais 100 litres. Il sera contenu clans des récipients métalliques 
et placé dans un local spécial, iérmé, en matériaux incombus- 
tibles, éclairé par la lumière du jour; 

5° Il n'y aura aucun foyer, ni dans ce local, ni dans les ate- 
liers des rénovateurs et autres, où il serait fait usage de benzine 
et d'essence ; il sera interdit d*y fumer et d'y pénétrer avec de la 
lumière ; 

6° Les appareils mécaniques et les transmissions seront installés 
de façon à ne pas incommoder les voisins ; 

7» Dans les ateliers où Ton fait emploi de benzine et d'essence, 
il y aura un approvisionnement de sable meuble, suffisant pour 
éteindre un commencement d'incendie ; 

8® Les eaux résiduaires des lavages seront conduites souterrai- 
nement à l'égout; 

9» Rien ne sera modifié à l'installation prévue sans Tautorisa- 
tion préalable de l'Administration. 

Maladies des yeux. 

La famille du strabique. — La pathogénie du strabisme n'est 
pas élucidée. Les anciennes théories de Buffon, de Grœfe. ne 
sont plus que des souvenirs historiques, et celle plus scientifique 
de Donders ne saurait satisfaire l'esprit. Pour M. E. Ginestous 
{Bulletin médical, n« 2, 1903), le strabisme doit être considéré le 
plus souvent comme un vice de développement de l'appareil de 
vision binoculaire du à des malformations congénitales. 

L'alcoolisme, l'hystérie et les névroses se retrouveraient fré- 
quemment chez les ascendants. La syphilis du procréateur sem- 
blerait devoir être rarement incriminée. Contrairement à l'opi- 
nion de Fournier et d'Antonelli, le strabisme ne doit pas être con- 
sidéré comme un stigmate d'hérédo-syphilis. 

Par les caractères de la morbidité, .la famille du strabique peut 
être rapprochée, non des familles d'aliénés vésaniques, mais des 
familles d'alcooliques et d'hystériques. Les signes de dégénéres- 
cence tant physique que psychique permettent de considérer le 
strabique comme un dégénéré. 



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BULLETIN ' 481 



BUUETII 



IjO « tout à régout » chez les Romains. ~ Le Oongrès do 
Brème. — Assurances sur décès d*enfants. — La plnme d'oie 
comme oathétôr. — Bizarres records. — Contre l'alcoo- 
lisme. '— L'eau oxygénée dans les affections de la gorge. 
— Empoisonnement par des cachets portant des lettres 
coloriées. 

Le tout à Tégout ne serait pas chose nouvelle. M. rBougon, 
dans \dL Chronique médicale, cite à Pappui ce passage des. Ac^es des 
martyrs décrivant le cachot souterrain de la prison Mamertine ou 
plutôt du Tullianum : 

« Erat ima custodia in carcere Tulliano, unde pudor horribilis 
adscendebat, quia cloacarum cuuiculis digesta domorum stercora 
illic jugiter decurrebant. » 

Il est clair que cet ima custodiaj que ce caveau bas servait de 
lieux d'aisances aux infortunés obligés de vivre dans cette pri- 
son infecte. De là, les ordures de la ville,que le mot stercora carac- 
térise suffisamment, allaient se déverser dans la rivière qui était 
proche. 

o 
o o 

Le désir a été exprimé au ministre des Affaires étrangères, par 
l'ambassadeur d'Allemagne, au nom de son gouvernement et du 
Sénat de Brème, de voir son département représenté au 9« Con- 
grès international contre Talcoolisme qui se tiendra dans cette 
ville du 14 au 19 avril. 

Le ministre de l'Instruction publique demaude Tavis de l'Aca- 
démie sur l'intérêt de cette réunion scientifique» et, au cas où cet 
avis serait favorable, de lui communiquer les noms des membres 
de cette Compagnie qui seraient disposés à y représenter le minis- 
tère de l'Instruction publique. 

BULL. DE THÉRAPEUTIQUB. — TOME CXLV. — iZ* LIVR. 13 



■482 BIU.LETIN 



o 



La récente communication de M. Budin à l'Académie de mé- 
decine ne tardera pas, semble-t-il, à porter ses fruits. MM. Bon- 
nevay et Thierry ont déposé, sur le bureau de la Chambre des 
députés, une loi stipulant que toute combinaison d'assurance, 
reposant sur la tête d'enfants de moins de sept ans et dont l'évé- 
nement, donnant droit à l'indemnité, sera le décès de l'enfant, est 
déclarée contraire à l'ordife public et interdite en France ; qu'au- 
cune société, dont les statuts autoriseront ce genre d'assurance, 
ne pourra exercer sur le territoire de la République ou de ses 
colonies. 



o 
o o 



Il faut se débrouiller et se passer d'un instrument lorsqu'on ne 
l'a pas sous la main. C'est ainsi que M. Julien (de Tourcoing), 
ayant à sonder une femme atteinte de rétention d'urine, eut l'in- 
géniosité de se servir du tuyau d'une pipe. A son tour M. Mon- 
tagnon nous apprend dans la Loire médicale qu'en pareil cas, se 
trouvant dans une ferme, loin de tout centre habité, sans possi- 
bilité d'avoir même le tuyau d'une pipe, il y suppléa par la plume 
d'une oie . L'ayant sectionnée à la longueur voulue, il fit latéra- 
lement à 5 millimètres de l'extrémité mousse à l'aide d'un canif 
un œilk cette sonde, ce qui permit le cathétérisme à la satisfac- 
tion de tous et à la sienne particulièrement. 



o 



Détenir un record doit être le nec plus ultra de la vanité 
humaine, si l'on en juge par la quantité des records qu'on 
invente avec le secret espoir, ^ans doute, d'exceller dans l'un 
d'eux; mais combien plus beau doit être de battre qui déjà 
détient ce record ! Quelle joie a dû éprouver un citoyen de New- 
York qui a battu dernièrement le champion des « mangeurs de 



BULLETIN 483 

bœuf » en dévorant, en une courte séance, sept livres de bœiif ! 
L'ancien champion n'était pas ce jour-là, en bonne foriïie» car, 
dans une précédente rencontre, il avait établi le record en 
engloutissant 14 livres de roatsbeef. > 

C'est encore en Amérique qu'on trouve le champion des huîtres 
(sans jeu de mot!) qui gobe 100 de ces mollusques en 9 minutes, 
le champion des pâtés qui mange 14 pâtés en 19 minutes, et 
enfin le champion des œufs qui consomme 50 œufs à l'heure. 

o 
o o 

Tandis que le gouvernement français. ne trouve d'autre moyen 
de combattre l'alcoolisme que de demander à l'Académie de 
médecine de dresser la liste des essences toxiques qui entrent 
dans la fabrication des boissons, la police danoise, dit la Méde- 
cine modetTte, vient d'avoir une idée dont elle attend les meilleurs 
résultats pour diminuer le nombre des ivrognes dç Copenhague. 

Elle a décidé de mettre à la charge du débitant du « dernier 
verre » les frais du retour de l'ivrogne à domicile en voiture, ceux 
de réparation des dégâts commis et de médication s'il y a lieu> 

On espère que les débitants seront très prudents dans le verse- 
ment du « dernier verre ». 

o 
o o 

L'eau ' oxygénée produit les meilleurs effets dans certaines 
affections de la gorge, et en particulier dans la laryngite tuber-- 
culeuse. MM. Maget et Planté (de Toulon) ont constaté que les 
vapeurs d'eau oxygénée contiennent encore de l'oxygène, en pro- 
portions moindres et variables, il est vrai, et que Tévaporation ne 
fait pas disparaître, comme on l'avait cru, toute trace de ce gaz 
vital. Ils ont vu concurremment, avec M. Lucas-Championnière, 
qui a repris leurs expériences, que l'eau oxygénée possède une 
réelle action microbicide, dont il sera peut-être possible d'ac- 
croître la puissance lorsqu'on sera arrivé à conserver complète- 
ment et même à augmenter le taux de l'oxygène en suspension 



484 BULLETIN 

dans les vapeurs. Cette méthode, ajoute M. Lucas-Championnière, 
dans sa communication à V Académie de médeaine^ parait devoir 
être appelée à rendre de grands services dans la pratique, d'abord 
en raison de son action avérée sur le microbe tuberculeux ; en 
second lieu, en raison de sa simplicité et de la non-toxicité des 
vapeurs employées. 

* • 

Un médecin d'Anvers, dit le Répertoire de pharmacie^ a eu 
l'occasion d'observer des accidents chez un malade qui avait 
absorbé un cachet de 30 centigrammes de p-naphiol et 30 centi- 
grammes de benzoate de bismuth ; l'usage des cachets ayant été 
suspendu, le malaise du malade disparut subitement; le malade 
reprit ses cachets, et, les mêmes phénomènes se reproduisant, le 
médecin ^ut frappé de leur similitude avec ceux qui ont été indi- 
qués comme étant causés par des chaussures teintes avec une 
couleur d'aniline. Les cachets portaient sur chacune de leurs 
faces des caractères imprimés en couleur avec une encre d'ani- 
line, soit un ensemble de soixante-six lettres. La poudre enlevée 
des rondelles de pain azyme n'ayant déterminé aucun accident, le 
médecin incrimina nécessairement la matière colorante qui avai|. 
servi à Timpression des cachets. Il est vraisemblable que, dans 
cette circonstance, le malade était exceptionnellement impres* 
sionnable à l'action d'une matière colorante dont la dose devait 
être extrêmement faible. Nous en concluons volontiers qu'il con- 
vient d'appliquer aux cachets pharmaceutiques ce qui s'applique 
^ si bien aux gravures recherchées par les collectionneurs : c'est-à- 

;j dire de tâcher de se les procurer « avant la lettre ». 



PRÉSENTATIONS 485 



SOaÉTÉ DE THÉRAPEUTIQUE 



SEANCE DU 25 MARS 1903 



Présidence de M. du Castjel. 

Le procès-verbal de la dernière séance lu et mis aux voix est 
adopté. 

Présentations. 

I. — M. Triboulet. J'ai l'honneur de présenter à la Société 
un appareil dû à' M. le D'^ Rochon. 

M. le D»" Rochon a cherché à réaliser un appareil peu coûteux, 
d'un emploi facile, capable d'être utilisé sans fatigue par les 
plus inhabiles et de devenir ainsi pour les hôpitaux» les dispen- 
saires et les sanatoria une arme nouvelle dans la lutte contre la 
tuberculose. , . 

Nous pensons, dit-il, être arrivé, pour ainsi dire, à l'idéal delà 
simplicité, de la propreté et du bon marché. 

Notre inhalateur est presque une pipe ordinaire, adaptée seu- 
lement à ses nouvelles fonctions. En verre ou en cristal, il suf- 
fit pour stériliser cet appareil de le passer à l'eau bouillante. 
Pour inhaler, on le remplit d'un tampon peu serré d'ouate hy- 
drophile que l'on imbibe de quelques gouttes du liquide médica- 
menteux choisi : on recouvre d'un autre tampon d'ouate hydro- 
phile sèche pour empêcher l'évaporation extérieure et filtrer 
l'air. 

Dès la première séance les malades s'en servent admirable- 
inent ; la plupart d'ailleurs ont fait déjà leur apprentissage avec 



486 



SOCIÉTÉ DE THÉRAPEUTIOCE 



le tabac ; il BuFQt de leur donner le rythme voulu, de leur iodi- 
quer la profoudeur séceBeaire aux ÎDspirations et expirations. 

Cet inhalateur a encore deux autres avantages : d'abord, il 
peut être tenu et serré dans ta main, ce qui suiTit à échauffer l'air 
A son passaite et à faciliter l'évaporation du médicameat dont on 
a imprégné le coton hydrophile. 

De plus, grâce à une boule qu'il porte à sa partie inférieure et 
qui peut dans iiiua les cas recueillir un excédent de liquide que 




ne pourrait retenir le colon, il devient capable de servir à sur- 
charger également l'air aspiré d'un gaz quelconque, d'oxygène 
par exemple. Il suffit pour cela de remplir cette boule d'eau oxy- 
gt'Uée aussi concentrée que possible et d'en amener la décompo- 
sition lente parl'addition d'un petit grain de bioxyde de manga- 
nèse ou mieux encore d'un cristal de permanganate de potasse. 
Quant au prix de revient, il pourra descendre, nous a-t-on 
atCrmé, k cinquante centimes pour les établissements de bien- 
faisance. 



NOUVEAU DISPOSITIF « SIPHON » 487 

11. — Nouveau dispositif ■ Siphon » pour ta conservation 
et remploi du chlorure d'étkyle. 

[PréBenté par M. Bard».) - 

J'ai l'honneur de présenter à la Société, au nom du O*: Kraus, 
un dispositif orignal pour l'usage du chlorure d'éthyle ou d'un 
mélange de chlorure d'éthyle et de méthyle. On remarquera que 
l'originalité du système est d'avoir simplement imité le siphon 
qui sert couramment pour l'emploi de l'eau de Seltz, mais encore 
fallait-il penser à la chose. 




Un tube plonge au fond du siphon et communique à l'orifice,' 
qui naturellement est capillaire, et encore faut-il ajouter' qu'on 
peut se dispenser de faire un tube capillaire, un simple trou réduit 
dans ses dimensions sufBt, ce qui simplifie beaucoup la construc- 
tion de l'appareil. 

Pour l'usage, on soulève l'opercule, appuyé par un ressort, en 
agissant sur un petit levier semblable à celui qui est' placé sur 
les siphons, ta manœuvre est donc facile, l'opérateur peut faire 



488 SOCIÉTÉ DE THÉRAPEUTIOUËT '. 

l'anestbésie locale en maintenant le sipbon debout, et celui*ci 
peut se yider en totalité. 

Le cblorure d'éthyle contenu dans ces petits appareils est cbi- 
iniquement pur, on peut donc Tutiliserjpour la pratique de l'anes- 
tbésie générale. 

Certainement l'appareil constitue un progrès très réel sur les 
tubes jusqu'ici en usage, c'est pourquoi j'ai cru intéressant d'ap- 
peler sur lui votre attention. 



ri 



, . III. — Excitateur de la pupille pour la recherche 

du réflexe lumineux^ 

par M. Maurice Dupont. 

J'ai l'honneur de présenter à la Société un petit appareil pour 
la recbercbe du réflexe lumineux. 

Etant donnée Timportance du signe d'Argyll-Robertson pour le 
diagnostic précoce du tabès et de la paralysie générale, il m'a 
paru intéressant de combiner un appareil et une technique qui 
permettent de faire cette recherche ex tempore, au lit du malade, 
sans avoir recours au miroir et au cabinet noir. Le procédé con- 
siste à utiliser le réflexe consensuel, en provoquant une excitation 
lumineuse sur une rétine pour examiner le réflexe de la pupille 
du côté opposé. 

L'appareil se compose d'une œillère que l'on adapte sur un 
œil : c'est la chambre noire ; au fond de l'œillère se trouve une 
petite lampe à incandescence alimentée par une pile contenue 
dans: lé corps- même de l'appareil. . Un contact permet de fermer 
le.circuit en déterminant un éclair brusque, instantané. > 

La technique est la suivante : le malade, assis sur une chaise, la 
tète inclinée en arrière, regarde au plafond: : l'appareil étant placé 
sur un œil, l'opérateur examine une pupille^ au moment où il 
projette. l'éclair sur la rétine opposée. i 

Fait intéressant à noter : l'éclair, se produit instantané, puis, . 
phénomène ultérieur, apparaît à 'son tour la. contraction de. la 



RECBBRCHB DU RÉFLEXE LUMINEUX 489 

pupille du côté opposé. Malgré l'arc réflexe très court, il n'y a 
donc pas de synchronisme entra l'excitation et la contraction de 
la pupille. Ce retard ou « temps perdu », abaolument normal, 
s'accuse d'une façon appréciable à l'état pathologique et m'a paru 
un symptôme précurseur du signe d'Argyll-Robertson. 

L'étude de ce retard peut Ëlre faite avec un autre appareil que 
je me réserve de présenter à la Société, mais je tiens à signaler 
que, à l'aide même de ce n simple excitateur de la pupille >, on 
obtient la notion réelle a du temps perdu >, et, par l'babitude. 
l'opérateur est en état d'attribuer à ce retard une valeur pronos- 



tique au point de vue de l'apparition ultérieure et prochaine du 
signe d'Argyll-Robertson. A l'état normal, ce retard sera réduit 
à trente centièmes de seconde avec une lumière très vive pour 
atteindre trois quarte de seconde dans les cas pathologiques. 

L'examen successif de chaque pupille permet de constater que 
souvent la perte du réflexe lumineux s'observe d'un côté avant 
de se localiser sur les deux pupilles. 

Chez les aliénés indociles, la recherche du réflexe lumineux est 
parfois difficile daûs le cabinet noir, alors que cette recherche est 
Faite aisément en plein jour, même siir des agités qui se défen- 
draient dans l'obscurité. 

Il faut retenir que le signe d'Argyll ne doit être regardé comme 
absolu et confirmé qu'alors que la pupille résiste devant un foyer 
intense, sinon il ne saurait y avoir qu'une paresse de la pupille et 
un faux signe d'Argyll. 

En résumé, si on veut bien juger ce procédé d'une façon impar- 

BULU. DE THÉRAPEUTIQUE. — TOME CïLV. — 13' L1VK. 13' 



490 SOCIÉTÉ DE THÉRAPEUTIQUE 

tiak et en se mettant dans les coaditions voulues, cette méthode 
restera le procédé « de choix » pour rechercher d'une façon cer- 
taine le réflexe lumineux, et permettra au clinicien de rechercher 
facilement un signe souvent négligé ou méconnu. 



Communications. 

I. — La question de V alcool-aliment, 
par M. Paul Gallois. 

'"'?A la fin de l'année dernière, M. Duclaux a fait paraître dans 
Içs Annales de Vlnstitut Pasteur un exposé des recherches de 
MM. Atwater et Benedict sur l'alcool-aliment. La conclusion de 
ce travail est que l'alcool ingéré se brûle dans l'organisme et que 
la chaleur produite par cette combustion est une source d'énergie 
utilisable par l'homme. Désirant attirer l'attention sur un travail 
qui l'avait évidemment fort intéressé, M. Duclaux accompagnait 
son analyse de commentaires très élogieux-, qui en exagéraient 
quelque peu la portée. Si l'article de M. Duclaux était resté con- 
finé dans des milieux exclusivement médicaux, ce grossissement 
n'aurait pas un grand inconvénient. Chacun de nous aurait su où 
commençait l'hyperbole ; on aurait fait les réductions nécessaires 
et on n'en aurait retenu qu'un point : c'est que le travail d'Atwater 
et de Benedict avait une grande valeur. 

Malheureusement cet article a paru à un moment où une lutte 
assez vive était engagée entre partisans et adversaires de l'alcool. 
Comme il fournissait, sous la signature d'un membre de l'Insti- 
tut, des arguments favorables aux partisans de l'alcool, cet 
article eut un retentissement énorme. La presse politique le repro- 
duisit et les commerçants en vins utilisèrent quelques-unes de ses 
formules les plus caractéristiques, dans leur manifeste en réponse 
à PafiBche de TAssistance publique sur l'alcoolisme et ses dan- 
gers. De ce fait, l'article de M. Duclaux subissait une sorte de 



LA QUESTION DE l' ALCOOL-ALIMENT 4(>1 

transposition qui en changeait le caractère et eu acoi-oissait la 
portée. Telle formule laudative destinée sans doute; dans l'esprit 
de Tauteur, à attirer l'attention des médecins 6ut uti travail inté- 
ressant, paraissait devenir raffîrmation d'uci dogme scientifique 
irréfutable. Etant donné le bruit fait autour de cet article et la 
signification qui lui a été donnée dans les miliéuk extra-scienti- 
fiques, il est indispensable de remettre les choses 'âu point et de 
rétablir les faits dans leur sens exact. 

Tout d*abord, les conditions <lans lesquelles s*est produite la 
divulgation du. travail de M. Duclaux ont exagéré quelque peu 
l'importance des recherches de MM. Atwater et Benedict. Il sem- 
blerait vraiment que les auteurs américains ont fait une décou- 
verte considérable et absolument inattendue, comparable à celle 
de la vaccination charbonneuse, par exemple. Personne avant 
eux ne se serait demandé à quoi pouvait servir l'absorption de 
Talcool : l'alcool était un poison et on ne se serait jamais douté 
qu'il pouvait être un aliment. Certains passages du travail de 
M. Duclaux semblaient accréditer cette opinion. Il écrivait, en 
effet : «L'alcool est-il un aliment?... Voilà évidemment une 
grosse question qu'on pourrait croire étudiée... Quand on cherche 
dans cette direction, on s'aperçoit que l'alcool a été totalement 
négligé. On ne sait ce qu'il vaut comme aliment... » 

Or, il y a plus d'un demi-siècle que la question est posée, et 
déjàLiebig,se demandant ce que devient l'alcool dans l'organisme, 
avait formulé précisément la même opinion que MM. Atwater et 
Benedict. Il considérait que l'alcool se brûle dans nos tissus et 
s'élimine sous forme d'eau et d'acide carbonique. Hepp, Hirtz, Bou- 
chardat, Sandras, Duchek, etc., avaient soutenula même théorie. 
Mais Lallemand, Perrin, Duroy émirent une hypothèse inverse. 
Pour eux, l'alcool traverse l'organisme sans s'y brûler et s'exhale 
en nature par divers émonctoires. Dès lors, deux camps se for- 
mèrent parmi les physiologistes, les uns tenant l'alcool pour un 
aliment, les autres lui refusant toute valeur à ce point de vue. Je 
n'ai pas fait le relevé complet des auteurs s'étant occupés de ces 



492 SOCIÉTÉ DE TBËRAPKUTIOOE 

importantes questioDB, mais je puis citer, au hasard des docu- 
ments que je possède sur ce point, Zuntz, Wolfers, Geppert, 
Binz, Heubacb, Bodlaender, Stammreicb,Ton Noorden, Schmidt, 
Bunge, Miura, Neumann, Rosemann, Offér, Kassowitz, Gaspari, 
Jaquet (de Baie), Cbauveau, Contejean, Destrée, Deladrier, etc., 
et je suis persuadé qu*un physiologiste un peu au courant de la 
question ne serait pas embarrassé pour ajouter une vingtaine de 
noms à cette liste. Le rôle de l'alcool ingéré n'était donc pas une 
« question délaissée » . La tendance actuelle était même de con- 
sidérer l'alcool comme un aliment. C*est Topinion que professait, 
en 1887, M. Hayem dans ses leçons de thérapeutique, et que nous 
adoptions également. Gaucher et moi, dans notre thérapeutique 
des maladies des reins, en 1896. 

MM. Atwater et Benedict ont donc simplement pris parti dans 
un débat ouvert depuis plus d*un demi-siècle, et n'ont guère fait 
qu'abonder dans le sens de la majorité. Pour montrer combien 
leurs résultats diffèrent peu de ceux qui avaient été déjà obtenus, 
je mentionnerai ce seul fait. Ils admettent que, chez l'homme, 
99 p. 100 de Falcool ingéré se brûle dans l'organisme. Bodlaender 
donnait le chiffre de 95 p. i 00 au moins, pour l'homme égale- 
ment. La différence n'est pas énorme. J'admets volontiers que 
les expériences d'Atwater et Benedict ont eu une précision plus 
grande que les recherches antérieures, mais ce ne serait vrai- 
ment pas la peine d'entreprendre un travail, si l'on ne cherchait 
à faire mieux que ses devanciers. 

A qui voudrait se rendre un compte exact de la valeur de 
l'œuvre d'Atwater, je ne pourrais donner de meilleur conseil que 
de se reporter à l'article que mon ami Henry de Varigny lui a 
consacré dans sa causerie scientifique du journal le Temps (13 jan- 
vier 1900). On y trouvera une analyse précise et une critique 
très juste de ton. L'article étant destiné au grand public est 
écrit de façon à ne pouvoir prêter aux interprétations erronées. 
Quoique publié dans la presse politique, il n'a soulevé, que je 
sache, aucune émotion ; cela seul démontre combien l'agitation 
présente est artificielle. En somme, donc, tout en reconnaissant 



LA QUESTION DE L' ALCOOL- ALIMENT 493 

les mérites des auteurs américains^ il ne faut pas donner à leur 
œuvre les allures d'une illumination subite éclatant au milieu 
des ténèbres. Ils ont étudié une question discutée et ont formulé 
une solution déjà plus qu*entrevue. Je n'afiBrmerais pas qu'ils 
entraînent l'adhésion sans réserve des adversaires de leur thèse. 

. Admettons qu'ils ont pleinement raison : l'alcool se brûle dans 
l'organisme. M. Berthelot a déjà fait observer qu'on peut en con- 
clure que c'est un combustible, et qu'on n'a pas encore le droit 
d'affirmer que ce soit un aliment. Il faudrait encore, pour 
cela, démontrer qu'il est capable de se fixer dans les tissus et d'y 
constituer des réserves. Mais ne chicanons pas; allons jusqu'à 
accepter que l'alcool est un aliment. Que nous importe? Ce n'était 
pas cela qui était en discussion. La question intéressante pour les 
ligues anti-alcooliques était de savoir si l'alcool était un poison. 
Le travail d'Atwater et Benedict n'en dit rien. Or, en ce point 
s'est glissé dans l'esprit du public un sophisme qu'on ne saurait 
trop dénoncer. L'alcool étant un aliment, on en a conclu qu'il ne 
pouvait être un poison. C'est aussi inexact comme raisonnement 
que si Vo9 disait : « Le mercure est un médicament, donc il n'est 
pas un poison. » Là encore M. Duclaux avait rendu l'erreur 
presque inévitable quand il écrivait « que l'alcool n'est pas un 
poison, mais qu'il doit être placé à côté de l'amidon et du sucre, 
qu'il dépasse même en valeur alimentaire ». 

De ce qu'une substance est un aliment, cela ne veut pas dire 
qu'elle ne peut être un poison. Le nombre des intoxications ali- 
mentaires est même assez grand. On peut être empoisonné par 
des moules, par des crustacés, par la chair d'animaux forcés, par 
des aliments avariés. Les conserves alimentaires, même non alté- 
rées, produisent à la longue le scorbut, si on ne trouve pas à les 
associer à des aliments frais. Le lait stérilisé lui-même, quand 
son emploi est mal réglé, peut provoquer le scorbut infantile 
décrit par Barlow. D'ailleurs, certains aliments inoffensifs pour 
telle personne sont nocifs pour d'autres. Les fraises, les œufs, le 
porc, les poissons- provoquent de l'urticaire ou de l'eczéma chez 



494 : SOGII^TÉ DE THÉRAPEUTIQUE 

les sujets ! priddisposés. Le bouillon gras .est une « solution de 
poison»^, po.ur.^es albuminuriques, suivant l'expression de.Gau- 
cher« et.M'oHucbard a fait voir que la viande pouvait être dange- 
reuse pour. tes artério-scléreux chez lesquels elle provoque la 
fl dyspnée ptomûnique ». L'abus de certains aliments peut 
causer des accidents : c'est ainsi qu'un régime trop animalisé 
est parfois nuisible. M. Duclaux signalait lui-même, dans la 
Revue de' Paris du iR juin 1897, les risques d'empoisonnement 
que nous font constamment courir les aliments quand il écri- 
vait : <c Tout-est dangereux pour le consommateur, tout ce qu'il 
mange et tout ce qu'il boit, sauf peut-être le pain sans levain et 
l'eau pure. » 

Ainsi donc, même en acceptant que l'alcool soit un aliment, il 
y a lieu de se demander s^il est un poison, l'un n'excluant pas 
l'autre. Or, pour être renseigné sur ce point, il n'est pas néces- 
saire d'être grand clerc, il suffît de regarder un homme en état 
d'ivresse. Et encore cette manifestation de l'alcoolisme aigu est 
relativement peu grave et peu importante en comparaison des 
accidents de l'alcoolisme chronique. Ces accidents sont bien 
connus des médecins ; ce sont, par exemple, l'ulcère dé nsstomac, 
la cirrhose hépatique, la névrite périphérique, le delirium 
trepaens, la tuberculose pulmonaire. MM. Atwater et Benedict 
ne nous démontrent pas que nous avons à tort incriminé l'alcool 
dans leur pathogénie, et je ne vois pas que, suivant l'expression 
de M. Duclaux, nous soyons réduits à « lui faire des excuses » 
pour l'avoir injustement accusé de ces méfaits. L'alcool reste 
donc bien un poison et l'on n'est pas près de rayer le chapitre 
alcoolisme de la liste des intoxications. 

Le point important à préciser, ce serait la dose journalière à 
partir de laquelle l'alcool devient dangereux. Or, c'est également 
im point fort difficile à établir. Il est même probable que cette 
dose est assez variable. Elle doit dépendre d'une foule dé circon- 
stances : des qualités de la boisson alcoolique ingérée, du genre 
de vie du buveur et de sa sensibilité individuelle à l'égard du 
poison. La seule chose que nous puissions dire, nous médecins, 



LA QUESTION DE l' ALCOOL-ALIMENT 495 

c'est qu'un individu prend trop d'alcool lorsque aous constatons 
chez lui du tremblement des lèvres et des mains, des cram][^es 
dans les jambes, des cauchemars nocturnes, des pituites mati- 
nales qui sont déjà des signes très révélateurs. On peut même 
soupçonner l'alcoolisme avant cela, chez certains sujets au teint 
coloré, un peu hâbleurs, agités, irritables ou présentant de la 
dyspepsie et de la perte d'appétit. Eh bien ! si l'on interroge ces 
malades; il en est. quelques-uns qu; n'avouent prendre qu'un 
litre de vin par jour sans supplément d'alcool 'OU' d'apéritif. 
Faut-il accepter cette dose journalière d'un litre de via, comme 
la limite dangereuse? Il est bien difficile de le dire puisqu^on n'a 
pour garant que la sincérité fort problématique du buv«ur. Il 
serait certainement préférable de rester au-dessous de cette 
limite, les 55 centilitres qu'on donne aux malades des hôpitaux 
étant très tsuffisàhts. Il n'y a, d'ailleurs, nul inconvénient à 
s'abst«nir totalement. . 

En résumé, quelle formule adopter.^ Celle de MM. Debove et 
Faisans, dans l'affiche de l'Assistance publique, « l'alcool n'est 
utile à personne ; il est nuisible pour tout le monde % «st peut- 
être un' peu intransigeante; elle risque de ne pas convaincre les 

* 

intéressés. Il importe, en effet, dans la lutte contre l'alcoolisme, 
de se montrer très prudent et de ne pas< avancer d'affirmations 
qui pourraient prêter à des réfutations trop faciles. Â cet égard, 
on pourrait prendre modèle sur le manifeste des marchands de 
vins, qui est extrêmement habile sous son apparente conciliation: 
< Usez, mais n'abusez pas. » La formule caractéristique de^ ce 
manifeste est la suivante dérivée d'une phrase de M. Dnclaux : 
« L'alcool est un aliment et non pas un poison. » Son inexactitude 
la rend inacceptable. 

Entre ces' deux' aphorismes extrêmes il y a place,* Je crois, 
pour une formule' interméjdiâire plus voisine de la vérité. 
« L'alcool est un aliment et un poison. Comme aliment, il est 
loin d'être indispensable; et puisqu'il est un poison, il faut ou 
s'en abstenir ou le prendre en quantité modérée: » .ri. ' , 



496 SOCIÉTÉ DE THÉRAPEUTIQUE 

II. — U obésité avec surcharge gramèusedu emur, 
par le D' Fibssinger, 

membre correspondant de l'Académie de médecine, 
rédacteur en chef du Journal des Praticiens. 

On connaît les accidents de la surcharge graisseuse du cœur. 

On sait aussi les moyens d'y remédier. Ce qu'on ignore davan- 
tage, c'est que tous les obèses sont loin de présenter constam- 
ment les symptômes d'adipose cardiaque qui sont décrits : faible 
choc de la pointe, bruits cardiaques faibles, mal frappés ; pouls 
faible, mou, souvent ralenti. Aux obèses de cet ordre, nul doute 
pour le traitement : soumis à une cure d'amaigrissement, ils se 
remettent très vite. Quelle sera cette crue ? Nous Talions dire 
tout à l'heure. 

Seulement, à côté de ces obèses qu'on pourrait appeler hypo- 
tendus, existe le groupe des obèses hypertendus. Ce dernier 
rassemble des sujets assez nombreux. Sur 400 cas d'obésité, 
Kisch (1) compte 24 p. 100 de ces obèses hypertendus, avec ten- 
sion artérielle élevée, et deuxième bruit aortique très accentué. 

En présence de cette deuxième catégorie d'obèses qui offrent 
des signes d'artério-scléreux, la question de traitement se com- 
plique. Quel régime leur ordonner? Le régime lacté ou le régime 
camé? L'artério-sclérose, comme l'a montré mon maître et 
ami M. Huchard, est toujours un organisme en imminence d'in- 
toxication : il semble donc indiqué de lui prescrire le régime 
lacto- végétarien. Ce régime lacto-végétarien est éliminateur des 
toxines ; il abaisse la tension artérielle. Tout de suite l'artério- 
scléreux s'en trouve bien. 

Seulement que cet artério-scléreux soit obèse, les résultats de 
ce régime ne sont pas toujours aussi satisfaisants. Bien plus que 
par le régime lacto-végétanen, il se trouve soulagé par le régime 
carné. Ce dernier, en combattant Tobésité, arrive maintes fois à 
réduite l'hypertension artérielle, comme si l'hypertension arté- 

{i)Kjsca, Deutsch,med,Wochen8.t décembre. i990'. 



L*OBÉSITÉ AVEC SURCHARGE GRAISSEUSE DU CQBUR 49? 

rielle était en pareil cas en grande partie fonction de Tobésité. Il 
s*agit seulement, dans une telle occurrence, d'user de prudence 
et de doigté clinique. 

L'artério-scléreux obèse ne pourra bénéficier du régime carné 
que tout au début de son mal, et quand les accidents d'intoxica- 
tion ne sont pas à redouter. Le rein est normal et élimine les 
déchets. On peut prescrire de la viande. 

Le tout est de savoir quand le rein est normal. 

Ce n'est pas commode. Les procédés expérimentaux indui- 
sent en erreur. M. Merklenme parlait dernièrement d'un cardio- 
rénal de son service. La perméabilité de son rein était démontrée 
parles méthodes en faveur : cryoscopie et bleu de méthylène. Et 
cependant la clinique disait tout le contraire. Assuré sain par le 
laboratoire, le rein de cet homme était reconnu malade par la cli- 
nique. Cet homme avait la dyspnée toxi-alimentaire de M. Hu- 
chard et ne se rétablit que par la prescription du régime lacté. 

Chez un obèse atteint d'hypertension artérielle, il convient 
donc avant tout d'interroger les troubles fonctionnels enregistrés 
par la clinique. Ils sont au nombre de deux : . la dyspnée et la 
céphalée. L'examen urinaire sera également pratiqué. Il ne fournit 
pas de résultats décisifs. La présence d'albumine, si elle se 
rencontre, ne signifie pas toujours lésion rénale ; Talbumine chez 
l'obèse peut être d'origine hépatique, non rénale. L'absence 
d'albumine d'autre part ne dégage pas le rein : une toxémie 
rénale peut exister sans albuminurie. Une diminution, appré- 
ciable de l'urée serait d'un signe moins trompeur, s'il n'était pas 
établi que, dans l'obésité sans lésions rénales, l'urée peut être 
diminuée dans près de la moitié des cas. 

Il faut donc d'autres signes que l'analyse des urines. ^La 
dyspnée peut fournir des indications utiles. Sans doute on constate 
chez l'obèse la dyspnée d'efifort, la dyspnée nocturne et la distinc- 
tion de cette dyspnée d'avec la dyspnée toxi-alimentaire n'est 
pas toujours aisée. C'est, ce semble, avant tout, une question .de 
nuances. Une fois que la toxémie rénale intervient comme fac- 
teur étiologique, les crises sont plus intenses, leurs paroxysmes 



498 SOCIÉTÉ DE THÉRAPEUTIQUE 

pseudcHisthmatiques plus accusés. Il appârtieHt'aii tact du clini- 
cien de diébrouiller ces nuances. 

La céphalée constitue un phénomène de signification moins 
incertaine. Toutefois elle ne se présente que dans les cas d'intoxi- 
cation déjà avancée. Quand elle existe et se prolonge, Tëlément 
rénal entre souvent en jeu. 

Le cardiaque obèse n'a ni dyspnée toxi-alimentaire, ni maux 
de tête, ni albuminurie. D*autre part, il montre des signes d'hyper- 
tension artérielle : pouls dur, tendu, retenlissement diastolique 
de Taorte. 

On va lui prescrire le régime camé, mais en insistant sur cette 
recommandation : A la moindre dyspnée nocturne ou à la 
moindre exagération de cette dyspnée, si l'obèse la présente déjà, 
au moindre mal de tète aussi, le régime carné sera interrompu. 
Grâce à cette précaution, rien n'est à craindre. Que si le malade 
au contraire va mieux, on continue. 

Le régime le meilleur à ordonner en pareil cas semble le 
régime de Schwenninger modifié par notre msûtre et ami 
M. Albert Robin. Schwenninger recommandait le vin aux repas 
(2 verres de vin blanc); M. A. Robin préfère du thé léger et 
chaud ; en outre M. Robin défend le sucre ; le médecin de Berlin, 
l'autorise. Au surplus, ce dernier ne se montrait pas trop sévère 
sur la quantité de pain : 2 petits pains environ étaient tolérés 
chaque jour. 

M. A. Robin ne dépasse pas une quantité de 75 grammes de 
pain. Aussi bien voilà son régime, tel que nous l'avons appliqué 
chez nos malades : 

A 7 heures du matin : viande froide à volonté. Pain : 10 gram- 
mes ; une tasse d'eau chaude légèrement aromatisée de thé sans 
sucre. 

A 10 heures du matin : un œuf à la coque. 

Ali heures du matin : viande froide à volonté. Légumes verts 
à volonté. Les légumes sont cuits à l'eau, sans beurre ni graisse. 
Pain, 30 grammes. Une tasse de thé léger, non sucré comme le 
matin. 



l'obésité avec surcharge graisseuse du cobur 499 

A 3 heures du soir, une tasse de thé comme précédemment. 

A 7 heures du soir : -viande froide à volonté. Légume» verts 
cuits à Teau ; pain, 30 grammes ; une à deux tasses de thé chaud. 
Salade et cresson sans aucun assaisonnement, sauf le sel. <. 

Une règle d'hygiène ensuite : se promener pendant une demi- 
heure après chaque repas. 

Quant à la constipation, des pilules d'aloès la combattront 
avec succès. 

En résumé : 75 grammes de pain par jour, environ 3/4 de 
litres à 1 litre de thé ; viande et légumes verts cuits à l'eau et à 
volonté ; pas de farineux, de graisses, ni de sucre. Les boissons 
chaudes ordonnées dans ce régime favorisent la digestion ; de 
plus, elles calment la soif à dose faible. Double avantage. 

Cette alimentation, réglée de la sorte, assure un amaigrisse- 
ment rapide : 20 livres en moyenne en 3 semaines. Elle semble 
réussir aussi bien chez les azoturiques que chez ceux qui pré- 
sentent une quantité d'urée normale. Et les malades reviennent 
enchantés. Ils ne souffrent plus et, pour arriver à la guérison, 
n'ont pas été condamnés à un régime d'abstinence qui les laisse 
souffrir de la faim. C'est là une condition essentielle : ne 
pas recourir dans les cures d'obésité à des régimes draconiens 
dont celui de Bouchard présente le type : 1 .250 grammes de lait 
et 5 œufs, le tout réparti en 5 repas dans les 24 heures. Aucun 
autre aliment ou boisson. C'est maigre. Les malades protestent. 
Ils ont faim. Que s'ils consentent à se soumettre, ils n'ont pas 
fini avec leurs ennuis. Une constipation opiniâtre se montre 
qui les oblige à des laxatifs quotidiens. Ils ne reculent pas, pour- 
suivent leur régime les trois semaines indiquées. Au bout de ce 
terme, ils ont, en effet, maigri de 10 à i5 livres. 

Mais à quel prix ce résultat? Trois semaines de jeûne et, ce qui 
pis est, trois semaines déjeune qui n'aboutissent même pas à un 
résultat durable. Dès (i]ue les malades reprennent leur alimenta- 
tion, Tembonpoint revient. A cinq obèses, nous avons jadis 
recommandé le régime de Bouchard. Les inconvénients sont 
grands, les rés^tats transitoires. Nous y avons renoncé*' > 



500 ' .SOCIÉTÉ DE THÉRAPEUTIOUE 

Le régime de M. A. Robin offre au contraire l'avantage d'être 
suivi de résultats durables. Il ne soumet le malade à aucune 
épreuve pénible, conduit à des effets qui se prolongent. C'est là 
une double raison pour qu'il soit préféré. 

Nous ne parlons pas des succès qu'il assure dans les cas d'obé- 
sité habituelle avec surcharge graisseuse du cœur, alors qu'il 
n^'existe pas d'hypertension artérielle. Nous pourrions donner de 
nombreuses observations, et MM. A. Robin et Huchard ne comp- 
tent plus leurs guérisons. 

Ce qui est moins connu, c'est l'effet de cette médication chez 
les obèses en état d'hypertension artérielle et quand les phéno- 
mènes de dyspnée toxi-alim en taire ne se sont pas encore montrés. 
CVst, réduite à son premier terme, la méthode d'Œrtel dont l'au- 
teur a eu tort de généraliser les indications. On sait que la première 
règle de la méthode d'Œrtel était la sudation et la restriction des 
boissons; la seconde était de relever la force contractile du 
myocarde par l'exercice méthodique et la gymnastique ascen- 
sionnelle. 

Ce second article de la médication nous a toujours semblé 
beaucoup moins important. A quoi bon soumettre le malade A la 
marche ascensionnelle? D'abord cela peut être dangereux, par la 
fatigue que pareil effort cause au malade et ensuite quand le 
cœur es t. débarrassé de sa graisse, la recommandation, si elle n'est 
plus dangereuse, devient inutile. Un malade dont le cœur n'est 
plus gras semble assez rarement avoir besoin d'être soumis à la 
marche ascensionnelle. Il montera les côtes de lui-même et sans 
qu'il s'çn doute, dès que l'oppression aura disparu. 

Le point de beaucoup le plus important de la cure d'Œrtel est 
la réduction de liquide et encore l'auteur allemand n'a-t-il pas 
circonscrit le terrain- de ses applications. M. Huchard a eu raison 
de lui opposer les dangers de sa méthode dès qu'elle n'établit pa:s 
la , distinction, entre les intoxiqués rénaux et ceux qui ne le 
sont pas. / • 

. i I .Voici , .maintenant quelques observations résumées. Nous 
regrettons de. ne pouvoir fournir des analyses d'urine complètes; 



l'obésité avec surcharge graisseuse du gobur 501 

il y a une lacune regrettable de ce côté. Néanmoins les résul- 
tats cliniques dans leur ensemble sont intéressants et ont trait à 
une série de faits assez peu connus. 

Observation I. — En octobre dernier se présente à la consul- 
tation de Necker, dans le service de M. Huchard, un bomme 
de 52 ans; grand (l'^74), gros (il pèse 245 livres), oppressé au 
moindre effort et ayant des palpitations fréquentes. Nuits bonnes; 
pas de maux de tête, pas d'albumine dans les urines. Le pouls 
est dur, difficile à déprimer ; le cœur bat avec force ; le second 
bruit aortique est claquant. Urines normales. Noué proposons de 
soumettre ce malade, non au régime lacto- végétarien qui sem- 
blait indiqué, mais au régime carné d'amaigrissement. Il revient 
au bout de trois semaines. Il a maigri de 22 livres et tous ses 
troubles ont disparu. Le retentissement diastolique semble moins 
marqué. Depuis cette époque le malade a continué de bien aller. 

Obs. II. — Chez un second malade, fonctionnaire dans le Jura, 
les symptômes et le résultat du traitement ont été les mêmes. 
C'est un bomme de 54 ans, plutôt petit (1°>65) et pesant 112 kilo^r. 
Le pouls est fréquent et dur, il existe un retentissement du 
second bruit aortique. Le foie déborde les fausses côtes et les pieds 
sont légèrement enflés le soir. Le malade est oppressé au moindre 
mouvement. Urines normales, pas d'albumine, urée 30 grammes. 
Les médecins de la région avaient en vain prescrit le régime 
lacto-végétarien et Tiodure de potassium ; aucune amélioration ne 
s'était produite. Nous ordonnons le régime lacté exclusif trois jours 
de suite, de la digitaline à faibles doses (X gouttes de la solu- 
tion Nativelle au 1/1000 trois jours de suite), et ensuite le régime 
carné tel que nous l'avons exposé. Les trois premières semaines, 
le malade maigrit de 18 livres. Nous l'avions vu au commence- 
ment de septembre. En novembre, il avait maigri de 25 livres, 
allait tout à fait bien et avait repris toutes ses occupations. 

Obs. III. — Un troisième malade, âgé de 47 ans, pesant 
1 10 kilogr. et atteignant une taille de 1"65, cultivateur dans TOise, 
nous consulte en janvier pour une oppression continue avec 
insomnie. Le malade ne pouvait rester dans la position horizon- 



502 SOCIÉTÉ DE THÉRAPfiUTIQlfE' 

taie. Hypertensioa artérielle : tensioQ artérielle =s 10 et bruit cla- 
({uant du second bruit aortique. Pas de maux de tète. Pas d'albu- 
minurie, urée 45 grammes par litre. Prescription du régime carné . 
Le 10 mars il ne ressent plus d'oppression, dort normalement , 
a maigri de 24 livres en vingt-quatre jours, le retentissement 
diastolique de l'aorte est moins marqué, la tension artérielle est 
tombée à 14; légère douleur au niveau du gros orteil depuis 
quelques jours. Sans avoir jamais présenté d'accès réel de 
goutte, le malade avait déjà ressenti à plusieurs reprises des dou- 
leurs de cet ordre, durant trois à quatre jours. 

De ces faits, je crois pouvoir conclure que le régime carné dans 
la surcharge graisseuse du cœur, alors même qu'il existe des 
symptômes d'hypertension artérielle, peut être ordonné avec 
d'excellents résultats. Mais, pour que les effets favorables se 
produisent, il faut une double condition, que celte hypertension 
artérielle ne s'accompagne pas de phénomènes de toxémie rénale 
et aussi que le cœur ne soit pas trop dilaté. 

Quand il existe d«s phénomènes de toxémie rénale ou d'insuf- 
fisance cardiaque accompagnée de gros œdèmes, alors le régime 
lacté semble préférable, et c'est celui que nous avons ordonné 
chez plusieurs malades qu'ensuite nous avons suivis et dont nous 
avons constaté l'amélioration pendant de longues années. Il est 
à remarquer que les malades dont nous allons parler présentaient 
tons de gros foies, des foies débordant de 6 à 8 travers de 
doigt le rebord costal. C'étaient de grands mangeurs, de fort 
buveurs. Le régime lacté, prôné dernièrement par Le Menant 
des Chesnais h, Idi Société de médecine pratique , comme traitement 
général de l'obésité, a peut-être ses applications les plus immé- 
diates chez certains obèses cardiaques, à foie énorme. Tous nos 
malades ont guéri et ont succombé à des maladies d'un autre 
ordre au bout de plusieurs années. Chez eux intervenait, comme 
élément de pronostic favorable, tout juste ce volume énorme du 
foie. C'est là un sujet sur lequel nous réunissons en ce moment 
les derniers matériaux. Les idées classiques qui ont cours 



l'obésité avec surcharge graisseuse du coeur 503 

négligeât trop ce facteur essentiel qu'est la grosse hypertrophie 
hépatique dans la marche des affections du cœur. 

Nos malades ayant ^éri dans ces conditions sont au nombre 
de cinq. 

Obs. IV. — L'un d'eux, diabétique (40 grammes de glycose et 
35 grammes d'urée daus les 24 heures), petit et trapu (1™65), 
pesait 220 livres. 

Agé de 64 ans, il avait un foie qui débordait de huit travers de 
doigt. Pris d'accidents asystoliques à plusieurs reprises en 1892 
et 1893, il vit son cœur se remettre et se régulariser avec des 
infusions de digitale. En outre, le régime lacté auquel il fut 
soumis eut le double avantage de faire disparaître le sucre des 
urines et de faire maigrir. Le malade diminua de 75 livres en 
quelques mois. Son cœjir se remit pour de longues années ; de 
temps à autra, tous les mois ou tous les deux mois, en cas d'op- 
pression, une infusion de digitale était absorbée. Le sucre ne 
reparut pas ; mais des troubles trophiques envahirent les membres 
inférieurs, un œdème éléphantiasique avec ulcérations profondes 
grossit démesurément les jambes et les recouvrit tout au pour- 
tour des plaies de lames épidermiques verruqueuses et sèches. Le 
malade ne succomba qu'en août 1902, c'est-à-dire au bout de 
10 ans. Je n'ai pas su la cause exacte de sa mort. 

Obs. V. ^— Un second obèse à gros foie était hôtelier. Il avait 
l^^Ta de taille et pesait 250 livres. Agé de 66 ans, il buvait ferme 
et mangeait mieux. En octobre 1892, accidents asystoliques : 
dilatation du cœur, avec arythmie, œdème considérable des 
membres inférieurs, foie énorme. Il débordait de 8 travers de 
doigt les fausses côtes. Urines très albumineuses, urée 20 gr. 
par litre. La digitale demeura impuissante. Les injections de 
caféine, par contre, firent merveille : la diurèse s^établit, l'œdème 
se résorba, l'albumine disparut. Soumis au régime lacté, puis 
lac to- végétarien, le malade maigrit de 70 livres. Son cœur se 
remit tout à fait. Le malade quitta sa profession d'hôtelier, se 
retira à la campagne. Il vécut encore 10 ans, dut prendre seule- 
ment dans cet intervalle 3 à 4 fois quelques doses de digitaline 



I 



504 SOCIÉTÉ DE THÉRAPEUTIQUE 

(solution alcool, à i p. 1000 : XXX à XL gouttes ea uoe fois ; 
XX gouttes, 4 jours plus tard) pour renforcer son cœur qui se 
laissait distendre, et mourut,en 1902, d'une hémorrhagie cérébrale. 

Obs. VI. — Un autre malade était boulanger et comme tel 
gros buveur. Il était également grand, i«73, et gros, 245 livres. 
Quand nous le vîmes en 1896, il se plaignait d*oppression et 
était atteint d'une ascite très apparente. Le foie toutefois était 
perçu et débordait de plus du travers de la main ; il était lisse, 
non bosselé. Le cœur battait fort et régulièrement, mais vite. 
Peu de signes cardiaques ; à peine un peu de gonflement des 
jugulaires, très peu marqué. Léger œdème des membres infé- 
rieurs. Pas d'albumine dans les urines. Nous crûmes tout d'abord 
à une cirrhose hypertropbique du foie. Le malade fut soumis au 
régime lacté, on lui donna du calomel. De la digitale, ordonnée 
plus tard, fut suivie d^une diurèse abondante. Le malade maigrit 
de 40 livres, son foie resta gros, ne diminua que peu à peu, mais 
Tascite disparut et l'oppression avec elle. Mort 6 ans plus tard, en 
1902, d'une pneumonie. 

Obs. VII. — L'histoire du malade suivant est plus intéres- 
sante encore, parce que obèse (240 livres, taille 1"»68) et gros 
buveur, il présenta, pendant toute l'année 1893, des accidents 
asystoliques graves, avec œdème des membres inférieurs, con- 
gestion des bases du poumon, urines albumineuses, foie énorme, 
lisse, débordant de 6 travers de doigt le rebord costal. 

Le malade prenait tous les 15 jours environ de la digitatine 
(solution au 1 p. 1000, XX à XXX gouttes), il buvait du lait, 
mais ne cessa pas d'aller à la cave. Il continua de boire au 
moins une demi-bouteille de bordeaux tous les jours, plus sans 
doute tout ce qu'il refusait d'avouer. En dépit de nos pronostics 
très sombres, ~ nous traitions ce malade avec le D' Levraut (de 
Nantua) — le malade guérit. Il ne maigrit que d'une vingtaine de 
livres, mais le cœur reprit de la vigueur et la mort ne survint que 
8 ans plus tard, en 1901, à la suite d'un cancer de l'estomac. 

Plusieurs particularités signalent ces dernières observations : 
l'un des malades guérit de son diabète avec le régime lacté. Un 



l'obésité aycg surcharge graisseuse du cœur 505. 

second fut rétabli définitivement grâce aux injections de caféine. 
Un autre, qui ne présentait pas d'accidents cardiaques et ne 
montrait qu'un gros foie avec ascite, guérit avec le régime lacté 
et la digitale; un autre',* ivrogne fieffé, continua de boire tout le 
temps, se remit quand même et mourut plus tard d'une maladie 
plus directement imputable à ses excès de boissons : d'un cancer 
de l'estomac. 

Tous ces malades avaient des foies énormes, et cette augmenta- 
tion de volume du foie a exercé peut-être son influence dans le 
peu de gravité du pronostic. Mais la cause essentielle de la gué- 
rison semble avoir résidé dans l'amaigrissement. Tous ces sujets 
ont maigri d'un poids variant de 20 à 80 livres. 

Le régime lacté seul ordonné avait produit cet amaigrissement. 
C'est que tous ces malades étaient des obèses par alcoolisme et 
suralimentation. Le lait, en leur fournissant une alimentation 
moins abondante et aussi plus favorable aux combustions intra- 
organiques, devait sans doute à cette double action la raison de 
son efficacité. Donner moins à manger, activer les oxydations, 
voilà une double formule à laquelle répond le régime lacté. 

En résumé, chez les obèses à surcharge graisseuse du cœur, un 
double régime d'amaigrissement peut être institué : 

lo Au début, le régime carné avec restriction des boissons, qui 

,1 

convient non seulement aux cœurs mous avec pouls faible, mais 
aussi aux cœurs qui luttent contre l'hypertension artérielle, à 
condition toutefois que cette hypertension artérielle ne soit pas 
accompagnée de phénomènes de toxémie rénale. 

2o Quand la maladie est plus avancée, que le cœur est dilaté 
fortement, que les gros œdèmes se sont montrés, et surtout que 
le foie est fortement hypertrophié ; quand aussi aux phénomènes 
d'hypertension artérielle, s^adjoignent des accidents de toxémie 
rénale, le régime lacté est préférable. A noter en pareil cas et 
surtout quand les accidents se portent sur le foie, le pronostic 
souvent favorable de pareils états morbides qui peuvent se ter- 
miner par une guérison complète et définitive, la mort survenant 
au bout de longues années par une affection d'un tout autre ordre. 



506 SOCIÉTÉ DE THÉBAPËUTIQUE 

ni. — A propos d'un caê^ iympanisme ctkdrnnitta 

causé par V aérophagie, 



« •' 



par M. ALBERT Mathieu. 

Depuis environ trois ans, je me suis aperçu que Taérophagie 
est un phénomène très fréquent chez les dyspeptiques. M. Bou- 
veret. de Lyon, avait vu que Taérophagie explique le hoquet 
spasmodique de certains hystériques, et c'est la connaissance de 
son travail qui m*a permis de me rendre compte que la prétendue 
flatulence de certains dyspeptiques est également attrihuable à 
la déglutition de Tair atmosphérique. M. ,Bouvei'et, dans un 
travail qui a suivi de près la communication que j'ai faite sur ce 
sujet à la Société médicale des hôpitaux ^ avec mon élève regretté 
Follet (1), est arrivé à des conclusions identiques aux nôtres. 

Depuis cette époque, l'observation clinique m'a démontré la 
fréquence inattendue de Faérophagie chez les dyspeptiques ner- 
veux; il n'est pas de semaine où je n'en voie plusieurs cas indis- 
cutables. Je suis, du reste, arrivé à cette. for^nule clinique que, 
lorsqu'il se produit une demi-douzaine au moins de renvois 
gazeux en série, à la suite les uns des autres sar^s intervalle, on 
peut affirmer l'aérophagie. Parfois les éructations sont extrê- 
mement nombreuses : on peut en compter des centaines et des 
milliers par jour. Un notaire de province, homme exact et méti- 
culeux par profession, avait compté ses r6ts; il en avait de 5 à 
6.000 par jour. Remarquez qu'il ne rotait ni la . nuit au lit, ni 
lorsqu'il était en conférence avec un client. Il se rattrapait dans 
les autres moments. 

Règle générale, le dyspeptique n'a pas consicience de son aéro- 
phagie. Il prend le bruit produit par la déglutition d'une gorgée 
d'air pour un bruit d'expulsion, pour un vérits^ble rôt. Il ne 
s'aperçoit pas, lorsque les rôts véritables se produisent qu'ils 
sont consécutifs à des ingestions d'air dans Testomac. Lorsqu'on 

! ' ■■.. '■' '- ■ ■ . ■ 

(l) Société méd. des hôpit.^ !•' mars 1901. 



CAS DE TYMPANISME ABDOMINAL 507 

a réussi à lui démontrer son erreur, le plus souvent la guérison 
de Faérophagie est facile, et sa suppression amène souvent un 
soulagement très marqué tout autant psychique parfois que 
physique. 

Mais je né veux pas revenir sur la séméiologie de Taérophalgie 
que j*ai traitée à fond ailleurs (1), et je veux me borner à vous 
rapporter sommairement un fait qui démontre que Faérophagie 
peut être la cause méconnue d'un tympanisme abdominal bien 
analogue au tympanisme abdominal des hystériques. 

Une jeune fille de vingt-cinq ans est entrée dans mon service le 
3 déceicnbre dernier. Elle déclarait souffrir de l'estomac depuis 
environ cinq ans. Elle avait fait un séjour assez prolongé dans le 
service du professeur Dieulafoy, au mois de juillet précédent. 
Là on lui fit des lavages de l'estomac qui la soulagèrent beaucoup. 
Le matin à jeun on retirait, dit-elle, environ un demi-verre de 
liquide jaunâtre. L'analyse du suc gastrique aurait démontré 
aussi un degré assez élevé d'hyperchlorhydrie. Elle présentait de 
plus des douleurs tardives intenses, des crampes quelquefois 
violentes, et dans cet ensemble symptomatique, il est facile de 
reconnaître le syndrome de Reichmann. Il ne parait n'y avoir 
jamais eu ni hématémèse ni mélœna. 

Au moment de son entrée dans mon service, les chaleurs 
étaient beaucoup moins intenses ; mais la malade déclarait les 
éprouver presque en permanence. Les médications les plus 
diverses n'ayant pas amené d'amélioration sensible, et la malade 
présentant un degré marqué d'excitation nerveuse, je résolus de 
l'isoler, bien qu'il n'y eût pas chez elle de stigmate hyôtériiiiie. 

L'isolement amena une détente évidente, mais toutefois une 
détente incomplète. 

Tout à coup, le 25 décembre, le ventre augmente brusqueit^ent 
de volume, et le lendemain on constate un tympanisme marqué, 
tout à fait analogue au tympanisme hystérique. 



(4) Gazette des Hôpitaux, 16 octobre 1902. 



- - ■ 



â 



\ 



508 SOCIÉTÉ DE THÉRAPEUTIQUE 

.Ce tympanisme persista jusque vers la fini de. .janvier tantôt 
augmentant, tantôt diminuant ; plus marqué lorsque la constipa- 
tioa avait été intense. • 

L*examen de l'abdomen avait montré qu'il n'y avait aucun 
abaissement du foie; par conséquent, il était . difficile d'ad- 
mettre l'existence du spasme du diaphragme qui parait avoir 
expliqué certains cas de tympanisme hystérique. 

J'étais très intrigué par ce tympanisme dont le mécanisme 
m'échappait, lorsqu'on s'aperçut que la malade faisait à certains 
moments des mouvements de déglutition, comme si elle avalait sa 
saliyecoup sur coup, et l'on sut alors que ces crises de déglutition 
spasmpdique existaient déjà depuis le début du tympanisme 
abdominal. 

Il nous vint alors, l'idée qu'il devait s'agir de mouvements de 
déglutition aérophagique. La malade fut sermonnée; il lui fut 
enjoint de cesser ces mouvements de déglutition ; mon interne, 
M. Mauban, y tint sévèrement la main et, dès le lendemain, le 
tympanisme abdominal avait presque complètement disparu. 

Malheureusement, la malade ayant réclamé sa .sortie, l'expé- 
rience ne put durer que trois jours : elle nous a cependant paru 
démonstrative. Il semble bien que, dans ce cas, le tympanisme 
ait été dû à une aérophagie plus difficile à dépister parce qu'elle 
était silencieuse et ne s'accompagnait pas du bruit qui, le plus 
sou vent,, simule l'éructation gazeuse chez les aérophages. 

Tout incomplète qu'elle soit, cette observation nous a paru 
digne de vous être soumise. Elle parait démontrer que le tympa- 
nisme analogue au tympanisme hystérique, peut être dû à la 
déglutition de l'air atmosphérique. 

Rien d'étonnant à ce que l'insufflation de l'intestin puisse se 
faire par ce mécanisme aussi bien que l'insufflation stomacale que 
certains suyets exécutent sous vos yeux en quelques instants. En 
effet, Pair introduit s'échappe en partie par l'intestin et le nombre 
des émissions gazeuses par l'anus, auquel se trouvent amenés bon 
nombre d'aérophages, trouble souvent leur quiétude et celle de 
leurs voisins. . . i • . 



CAS DE TYMPANISMIS ABDOMINAL 509 

Ce qui doit surtout intéresser les thérapeutes dans l'histoire de 
l'aérophagie avec ou sans éructation, avec ou sans |tympanisme 
abdominal, c'est qu'il est souvent très facile d'en amener la gué- 
rison. Il suffit d'obtenir que le malade renonce à produire les 
mouvements de déglutition à vide par lesquels il charge son 
estomac à la façon d'un fusil à vent. 

Avec les gens intelligents qui comprennent, le succès est immé- 
diat. Avec les gens moins intelligents qui sont étonnés et blessés 
de ce soupçon d'aérophagie, on échoue parfois. Ils continuent à 
déglutiner de l'air, ils restent aussi venteux que par le passé. Ils 
continuent à faire appel sans succès aux médicaments antifer- 
mentescibles ou absorbants qui doivent les débarrasser de leur 
flatulence. L'irritation médicamenteuse de l'estomac est une 
complication fréquente bien qu'indirecte de l'aérophagie. 

M. Barbet. — La qu»istion des gaz produits par le tube 
digestif et de l'aérophagie est extrêmement intéressante, et bien 
des opinions ont été émises à leur sujet. Moi-même il y a quelques 
années, j'ai communiqué à la Société de médecine pratique une 
observation à ce sujet. Ayant pu recueillir des gaz éructes par 
un malade en pleine crise d'hyperchlorhydrie paroxystique, j'ai 
pu constater que les gaz émis contenaient une quantité considé- 
rable de CO^. J'ai même expliqué la production de ces masses 
de gaz, si considérables, par une exosmose gazeuse se passant à 
la surface des glandes gastriques. 

En efifet, il n'y avait pas lieu de croire à une action tde fermen- 
tation, car le renouvellement était pour ainsi dire permanent et 
Ton sait que la production de gaz par fermentation, quelque abon- 
dante qu'on la suppose, ne permet pas d'admettre une action aussi 
rapide. Quant à la question de l'aérophagie je ne pouvais y 
croire, puisque je constatais dans les gaz rejétés la présence d'une 
quantité de gaz carbonique de beaucoup supérieure à celle de 
l'air. 

Malheureusement je n'ai jamais pu retrouver des conditions 
d'expérimentation semblables. J'ai plus d'une fois fait l'analyse 



510 SOCIÉTÉ DE TUÉRAPKUTIOUE 

des gaz d'éructation et jamais je n'ai pu constater à nouveau la 
présence d'une quantité notable d'acide carbonique. Dernière- 
ment encore, prévenu par M. Mathieu de la communication qu'il 
devait faire, j'ai voulu reprendre une dernière fois la question. 
J'ai donc recueilli avec le plus grand soin des gaz, chez plusieurs 
malades au cours d^une crise gastrique. Je dois dire qu'en sur- 
veillant un des malades, qui d'ailleurs étudiait soigneusement le 
phénomène sur lui-même, il nous fut à l'un et à l'autre impos- 
sible de noter l'avalement de l'air : la salive était avalée de la 
manière la plus naturelle du monde. De temps en temps le 
malade souffrait de crampes, une grosse éructation volontaire 
était pratiquée, rejetant d'un seul coup jusqu'à 250 ce. de gaz, ce 
qui amenait la disparition de la distension douloureuse, puis au 
bout de cinq minutes il fallait recommencer. 

J'ai pu recueillir ainsi plusieurs prises de gaz, soit au total 
chez chacun de ces trois sujets trois litres en plusieurs prises de 
petits volume. L'analyse m'adonne exactement la composition de 
l'air, sacs la moindre augmentation de Tacide carbonique. Par 
conséquent je suis forcé de revenir sur l'opinion que j'émettais 
avec réserves en 1893. Certainement l'air éructé provenait d'aéro- 
phagie, malgré les apparences. Je suppose donc que, dans le cas 
rapporté en 1893, je me suis trouvé, par hasard, recueillir une 
petite quantité de gaz provenant de fermentations, fait qui, depuis, 
ne s'est jamais renouvelé. Mais aujourd'hui, après examen^ 
j'admets avec M. Mathieu et presque tous les neurologistes qu'il 
s'agit uniquement d'aérophagie dans les grands accès d'éruc- 
tations. 

Mais j'ai voulu serrer le problème de plus près. Je disais tout 
à l'heure que, malgré la surveillance du sujet particulièrement 
étudié, je n'avais pu le prendre en flagrant délit d'avalement 
d'air. Cependant, en l'interrogeant j'ai pu constater qu'il accusait 
de fréquents spasmes du pharynx, spasmes souvent pénibles 
pendant lesquels se produisaient de véritables mouvements de 
déglutition convulsive, répétée pendant quelques minutes. Ces 



CAS DE TYMPANISME ABDOMINAL oli 

accès se produisaient notamment toutes les fois que des sensa- 
tions gastriques pénibles se produisaient. 

Le sujet est un homme des plus sérieux, mais il n'en est pas 
moins, comme tous les dyspeptiques hypersthéniques, un véri- 
table nerveux, et cette manifestation spasmodique une fois mise 
en lumière vient éclairer d'un jour très suffisant Tétiologie de 
ses crises d'éructation. 

J'ai voulu arrêter celles-ci par le procédé que notre collègue 
Mathieu m'avait indiqué et qu'il vient de nous décrire , ouvrir la 
bouche et la maintenir ouverte. Mais j'avoue que le sujet a trouvé 
le moyen très pénible;. Il fallait, en effet, maintenir les mâchoires 
écartées avec un bouchon de caoutchouc. Certes la déglutition ne 
pouvait plus se produire, mais le spasme pharyngien apparaissait 
et les efforts de déglutition devenaient si douloureux que le sujet 
renonça et préféra subir le supplice de l'éructation. 

J'estime que, pour obtenir un bon résultat, ce procédé méca- 
nique est insuffisant* et qu'il faut exercer une action calmante 
locale sur la muqueuse gastrique, dont l'irritation provoque cer- 
tainement le spasme de déglutition. 

Je suis heureux que M. Mathieu m'ait fourni l'occasion de 
revenir sur une de mes anciennes communications et de bien 
établir que l'observation d'un cas unique m'avait entraîné à des 
suppositions erronées. 




,\i.nfî 



512 



FORMULAIRE < 

FORIIIUIRE 



Néyralgie intercostale. 

Badigeonnages avec : 

Gaîacol 5 gr. 

Essence de térébenthine 35 » 

Alcool de lavande 120 • 

Potion contre la bronchite fébrile des arthritiqnes. 

Eau de laitue 200 gr. 

Alcoolature de racine d'aconit i >• 50 

Teinture de sem. de colchique 4 » 

Eau de laurier-cerise 6 » 

Sirop simple 50 >* 

Une cuillerée à bouche toutes les 2 heures. 

Mélange pour inhalations dans les affections bronchiques 

on pulmonaires. 

Menthol 4 gr . 

Eucalyptol 1 i> 

Essence de thym 5 » 

— de lavande. . . 5 » 

Teinture de tolu iO » 

Alcool à 90* 100 » 

Mettre une cuillerée à café de ce mélange dans une casserole 
d'eau bouillante qu'on recouvrira d'un entonnoir ou d'un cornet 
en carton, et aspirer les vapeurs par la douille de l'entonnoir. 

Cette médication réussit également bien comme traitement du 
coryza. 

On peut encore plus simplement faire une infusion d'euca- 
lyptus dans laquelle on verse un filet d'une solution de menthol 
ai p. 400. 

Le Gérant : 0. DOIN 

IMP. F. LEVÉ, 17, RUE CASSETTE. — PARIS-6* 



BULLETIN 513 



BULLETII 



La statistique médioale de la marine. — La lutte contre les 
charlatans . — Nouvelle profession pour les aveugles. — 
L'assistanoe de la vieillesse. — Un remède oontre la pa- 
ralysie. — Les villes sans famée. — Les suites de la 
symphyséotomie. — Cours d'eau et poissons. 

- Il est à craindre que le ministre de la Marine ne continue pas 
rétablissement de la statistique médicale de ce département. 
M. Cher vin signale dans le Bulletin médical que les employés des 
bureaux chargés de cette « utile et particulièrement démocra- 
tique besogne » viennent d'être disposés aux quatre vents de 
l'administration de la rue Royale. Il voudrait bien qu'on rappe- 
lât u que la loi prescrivant l'établissement d'une statistique mé- 
dicale vaut la peine d'être respectée, surtout au point de vue 
social et de la préservation de la santé des enfants du peuple qui 
alimentent l'armée de mer ». 

o 

o o 

On essaierait de lutter en Allemagne contre les annonces et 
les réclames des charlatans en s' adressant non pas à la justice 
criminelle, mais à la justice civile. C^est ainsi qu'un médecin de 
la ville de Breslau a intenté une action contre un droguiste qui, 
depuis longtemps, publiait des annonces dans les journaux poli- 
tiques comme quoi il guérissait radicalement et sans récidives 

BULL. DE THÉRAPEUTIQUE. — TOME CXLV. — 14* LIVR. 14 



514 BULLETIN 

tous les cas, sans exception, de bégaiement « avec garantie par 
écrit ». L^affaire est venue devant la Chambre civile, le 
21 octobre. L>xpert, le professeur Wernicke, a déclaré qu'en 
Tétat actuel de la science» nul ne saurait promettre la guérisonà 
tous les bègues sans récidives, et encore moins donner des assu- 
rances par écrit. Le tribunal a condamné le droguiste à cesser ses 
annonces sous peine d'une amende de 100 marks pour chacune 
de:> infractions à cet arrêté. 

o 
o o 

i: *f»araît qu'au Japon les aveugles remplissent à la satisfaction 
sA' •sv>a!!^ les fonctions de masseurs. Aussi M. Matignon qui les a 
> UvS. ;î Tueuvre, pense qu'on aurait tout avantage en France, au 
tiouK^ut où le massage commence à se répandre, à apprendre à 
^:v^ infortunés ce métier qui leur permettrait de gagner leur vie. 
Un auraient des débouchés dans les villes d'eaux, dans les éta- 
bhsHements hydrotbérapiques. On pourrait en adjoindre quel- 
quoH-uns dans les salles d'armes et de gymnastique. Et tout le 
uuui de trouverait son avantage à cette innovation, depuis la 
Soi'itHô qui utiliserait des forces encore là méconnues, jusqu'à 
U\ femme pudibonde qui pourrait abandonner ses formes aux 
uuùns de son opérateur sans crainte de regards indiscrets et 
troublants. 

o o 

Puisque les lits d'hospice manquent au point qu'un tiers des 
vieillards qui sollicitent leur placement meurent avant d'avoir pu 
l'obtenir, M. Félix Roussel propose de faire pour les vieillards ce 
qu'on fait pour les aliénés, c'est-à-dire des colonies familiales de 
vieux. 

On remplacerait l'hospitalisation par le placement libre chez 
l'habitant, au grand air de la campagne. Avec les hospices, les 
places sont limitées; avec le système de M. Roussel, on trouvera 
facilement autant de familles qu'on aura de vieillards à placer. 




BULLETIN 515 

Sans compter que ce mode de placement a T avantage d'être 
plus économique que l'hospice : d'après M. Roussel, le vieillard 
placé dans une famille coûtera moitié moins. 

o 
o o 

Un médecin de Long Island City s'est avisé, et avec succès 
dit le Journal, d'appliquer à des paraplégiques ou ataxiques un 
nouveau remède : le venin de serpent. La vésicule du crotale 
fournirait un suc capable de redonner des jambes à tous les para- 
lysés abandonnés par les médecins. Mais comme ca reptile n'est 
pas de la plus grande docilité et qu'on ne peut aisément lui ravir, 
sans danger le produit qu'il sécrète, on l'a délaissé pour employer 
le venin du gila, lézard monstre de l'Amérique centrale, d'humeur 
plus facile, et dont les propriétés curatives sont, paraît-il, égale- 
ment merveilleuses. 

o 
o o 

On vient de mettre à l'épreuve un procédé, trouvé à Londres 
pour supprimer les fumées des manufactures, si incommodes et 
si malsaines dans les grandes villes. Il suffit, semble-t-il, de mêler 
au charbon une certaine quantité de salpêtre : celui-ci provoque 
en brûlant une oxygénation intense qui active la combustion. 
L'idée d'utiliser le salpêtre dans ce bût résulterait de cette obser- 
vation que certains tabacs qui en contiennent, continuent à 
brûler même lorsque la cigarette est posée sur un objet quel- 
conque. Puissent les essais entrepris répondre aux espérances et 
arriver à rendre plus saines et moins tristes les villes indus- 
trielles ! 

o 
o o 

La symphyséotomie ne serait pas aussi bénigne qu'on veut 
bien le dire. Il résulte de la communication faite par M. Tissier 



516 BULLETIN 

à la Société (Tobstétrique de Paris que sur vingt symphyséoto- 
misées reçues à l'asile de convalescence de Fontenay, seize avaient 
des troubles fonctionnels très marqués : douze présentaient de 
l'incontinence d'urine ; huit avaient des traces de phlébites, enfin 
la plupart de ces femmes marchaient difficilement. On comprend 
qu'avec de tels résultats les accoucheurs aient pour la plupart 
renoncé à la pratique de cette opération. 



o 
o o 



On ne veille pas assez, en France, à éviter la contamination des 
cours d'eau et à ne pas nuire à la vie et à la multiplication des 
poissons. Ceux-ci constituent cependant une ressource alimen- 
taire qu'il importe de ne pas tarir. Dans ce but, le Syndicat des 
pécheurs à la ligne a adressé aux pouvoirs publics un appel 
réclamant l'installation d'usines d'expérimentation permettant de 
mettre en évidence des procédés rapides et peu coûteux d'épu- 
ration soit des eaux d'égout, soit des eaux résiduaires des 
diverses variétés d'industrie. Il semble qu'il y a là, en effet, une 
bonne conception utilitaire, sauf à trouver les moyens financiers 
de réalisation pratique. 



i: 



LES DANGERS DE LA SURALIMENTATION 517 



THÉRAPEUTIQUE lÉDICALE 



La ration alimentaire utile du taberealeax. 
Les dangers de la suralimentation, 

par le D' Fernand Barbary (de Nice). 



« L'eslomac du tuberculeux doit 
être entouré de soins pieux. » 
(Cliniques de Peter.) 



§ !«'. — Les dangers de la suralimentation 

Les discussions récentes, ouvertes dans les Sociétés 
savantes, sur a Fimportance du régime en quantité chez les 
dyspeptiques » ont soulevé des questions annexes de patho- 
logie générale et, en particulier, la question très importante 
du danger possible de la suralimentation chez les tuber- 
culeux. 

Parmi les nombreux tuberculeux que, depuis sept ans, 
nous avons eu à traiter à Nice, il nous a été donné de 
recueillir des observations dont les conclusions nous parais- 
sent venir, à leur heure, dans la question toute d'actua- 
lité de la suraUmeniaiion utile ou dangereuse chez les tuber- 
culeux. 

D'une façon générale, pour les esprits les mieux pensants, 
la tuberculose est une affection à laquelle correspond le 
schéma thérapeutique suivant : 

Hygiène générale — cure d'air — antisepsie pulmonaire 
— injection du dernier remède le plus vanté et Y inévitable 



518 THÉRAPEUTIOCE MÉDICALE 

9ur alimentation. Nous disons VinévUable suralimentation, car, 
Logiquement, elle parait s'imposer. M. Albert Robin a prouvé, 
en effet, que, chez les tuberculeux, les combustions sont 
excessives, que leur nutrition est exagérément active. Dans 
de semblables conditions, la suralimentation paraît devoir 
être la base même du traitement de la tuberculose. 

L'application stricte de la suralimentation est cependant 
une utopie par cela même que, si la tuberculose semblé 
réclamer la suralimeniatiohj la plupart des tuherctdeux ne peur- 
vent pas la tolérer. 

Les malades et la maladie sont deux choses à consi- 
dérer. 

II 



§ 2. — L'estomac des tuberculeux 

Presque tous les tuberculeux sont des dyspeptiques. Là est le 
fait qu'il convientde mettre en lumière. C'est de cette notion 
qu'il faut se pénétrer si Ton veut, efficacement, nourrir les 
tuberculeux. 

Depuis longtemps déjà, notre pratique courante nous a 
permis de constater que, si le schéma classique du traite- 
ment de la tuberculose devait être modifié, ce serait préci- 
sément en ce qui concerne la suralimentation que V habitude a 
re^tdue pour ainsi dire obligatoire. 

Les tuberculeux sont des malades fort peu semblables les 
uns aux autres ; si la maladie évolue chez eux avec des 
allures très différentes, c'est précisément dans le fonctionne- 
ment du tube digesUfqu^l faut presque toujours en rechercher U 
véritable cause. Chez quelques rares tuberculeux, surtout au 
début, on peut ne rien rencontrer d'anormal du ,c6té du 
tube digestif ; ces quelques privilégiés supportent admira- 



LES DANGERS DE LA SURALIMENTATION 519 

blement la saralimeatatlon, même établie comme une. 
formule, de parti pris. D'autres sont des hypo ou des 
hyperchlorhydriques. 

L HYPERCllLORHYDRIE DOMINE CHEZ LES TUBERCULEUX 

Il faut considérer les tuberculeux comme des C'andidats à la 
dyspepsie^ parfois même comme des dyspeptiques vrais. Très 
souvent les tuberculeux peuvent prendre place dans la 
classe des dyspeptiques en état de misère physiologique, et 
nos observations nous ont montré, ce que M. Bardet a 
reconnu dans ses recherches sur les dyspeptiques, à savoir 
que, « chez les dyspeptiques en état de misère physiologique, 
« l'amaigrissement a souvent pour cause l'inondation des 
a humeurs par des liquides alimentaires surchargés d'am- 
« moniaques organiques qui les suralcalinisent et per- 
a mettent par cette réaction, des oxydations énormes, et 
« par suite une désassimilation intense et dangereuse ce 
« ce qui est la contradiction absolue d'une suralimenta- 
« tion azotée ». 

Tous les médecins qui se sont occupés de tuberculose ont 
pu souvent constater qu'à des lésions pulmonaires peu impor- 
tantes d'après Vauscultation coïncidait un très mauvais état 
général du malade. 

Nous pouvons affirmer que, dans ce cas, le tuberculeux est 
un dyspeptique dont l'état général a plus à souffrir de la dys- 
pepsie que des bacilles. En un mot, chez de semblables 
malades nous avons constaté que la suralimentation n'est 
qu'un gavage apparent dont la conséquence est une auto-in- 
toxication d'arigine alim&ntaire avec tout son cortège. 

11 faut, comme le dit M. A. Robin, alimenter et non surali- 
menter les tuberculeux. « Lorsqu'on les suralimente avec de 



520 THÉBAPEUTIQUE MÉDICALE 

« la viande, on augmente la tendance déjà exagérée de ces 
« malades à fixer de Toxygène sur les tissus. » 

Nous avons personnellement, comme M. Robin, constaté 
dans ces circonstances, des poussées congestives graves du 
foie et même des néphrites. 

L'examen du tube digestifs rétablissement du régime en quantité 
pour chaque tuberculeux est aussi utile que V examen des voies res^ 
piratoires. Nous ne croyons pas trop nous avancer en faisant 
cette déclaration. Entre toutes, nous avons choisi quelques 
observations types qui, jointes à ce travail; fourniront les 
preuves de ce que nous avançons. 

Nombreuses sont les conclusions que nous pourrons en 
tirer. 

g 3. — La suralimentation réclame un tube digestif normal 

La première conclusion qui s'impose est, que Ton ne 
doit pas départi pris^ comme Mwe/<?rmttZc, 'appliquer la surali- 
mentation à un malade parce qu'il est tuberculeux. La sura- 
limentation, pour remède idéal qu'elle puisse paraître, ré^ 
clame un tube digestif normaï. Chaque malade a un estomac 
qui lui est propre, et les tuberculeux n'échappent pas à la 
règle. Avant toute chose, Vexamen de V estomac^ voire de VintesUn 
s'impose. Deux cas peuvent se présenter : 

1° Ou le tuberculeux a un tube digestif normal; 

2° Ou le tuberculeux est un dyspeptique. 

Tuberculeux non dyspeptique, — Si le tuberculeux a le pri- 
vilège rare d'avoir un bon estomac, il conviendra encore de 
fixer pour lui un régime en quantité; d'augmenter progres- 
sivement, avec prudence la dose quotidienne de ses ali- 
ments. Dans ce cas il sera fort naturel d'essayer les moyens 
habituels, féculents, œufs, poissons, même viande crue ou 



LES DANGERS DE LA SURALIMENTATION 5^1 

JUS de viande, mais à la condition spéciale d'assurer 
Tasepsie intestinale. 

Hygiène du tube digestif applicalle à tom Us tuberculeux. — 
Chez tous nos tuberculeux nous ne craignons pas d'ordonner 
des lavements, lavages quotidiens à l'eau boratée, d'ajouter 
un verre d'eau de Montmirail à prendre régulièrement 
chaque semaine, de ne donner comme boisson que de l'eau, 
du lait ou de la bière suivant les cas, de prescrire chez les 
dilatés avec hypochlorhydrie l'acide chlorhydrique et mieux 
la gastérine à la dose de trois cuillerées à soupe au milieu 
du repas dans du bouillon tiède. 

Aux hyperchlorhydriques les alcalins, mais les alcalins 
terreux. 

En un mot nous avons autant de souci de leur tube 
digestif que de leur état pulmonaire. 

Nous avons donné des périodes de repos à l'estomac et à 
l'intestin; nous avons surveillé la fonction du foie. C'est 
pour ne pas avoir agi avec prudence que bien d6£ praticiens ont 
attribué à la viande crue et au jus de viande, à la zomothé- 
rapie si l'on veut, des méfaits qui n'étaient que le résultat 
d'un mode d'administration défectueux. Nos observations i et m 
en sont des preuves. Elles démontrent, en particulier, com- 
bien est importante la question de la suralimentation chez 
les tuberculeux en collectivité. 

Dans quelques sanatoria par exemple, les repas fixés 
d'avance sur un type identique, à des heures déterminées, 
comprennent une quantité voulue de légumes, d'œufs, de 
viande crue dont l'ensemble a la prétention de fournir à 
chaque malade le maximum de nourriture qu'un être humain 
peut avaler. Nous disons avaler ^ mais non digérer. 

Le gavage fait trop souvent oublier que, pour chaque indi- 

BULL. DE THÉRAPEUTIQUE. — TOME CXLV. — 14* LIVR. 14* 



522 THÉRAPEUTIQUE MÉDICALE 

vidu, il est une dose de matériaux assimilables qu il ne faut 
pas dépasser et que la surcharge est Unijours dangere%ise. 

Tuberctûêux dyspeptiques. — Le tuberculeux est-il dyspep- 
tique? Avant tout, il conviendra de traiter sa dyspepsie, d'en 
rechercher la forme hypo ou hyperchlorhydrique. 

Une alimentation appropriée à la dyspepsie peut paraître 
insuffisante pour un tuberculeux. C'est pourtant à cette der- 
nière seule qu'il faudra avoir recours, jusqu'à ce que l'inté- 
grité du tube digestif soit revenue. 

Rien ne ressemble autant à un tuberculeux qu'un dyspep- 
tique méconnu; puisque nous avons pu constater avec 
M. Bardet qu'une jeune femme traitée depuis longtemps 
pour de la tuberculose n'était en réalité qu'une dyspeptique. 
Cette femme, dans un état de misère physiologique extrême, 
pesait 34 kilogrammes; elle a été guérie par l'élablissement 
d'un régime en quantité extrêmement réduite, alors que des 
tentatives de SAiralime^itation avaient aggravé son état. 

Si donc la simple dyspepsie peut entraîner une ' telle 
cachexie, que penser de l'état d'un tuberculeux dyspeptique, 
qui possède, joint à son facteur bacilles, celui d'une affec- 
tion du tube digestif, capable de le cachectiser à elle seule? 

Tous les tuberculeux dyspeptiques ne sont pas dans un 
tel état ; mais même chez ceux qui présentent des symptômes 
de dyspepsie moins alarmants, les phénomènes d'auto- 
intoxication sont à redouter. 

Parmi les malades dont nous avons recueilli les observa- 
tions les uns ont présenté de la congestion du foie, d'autres 
de la néphrite que nous pourrions considérer comme Valhu- 
minisme décrit par M. Bardet à la Société de thérapeutique. 
« Il s'agit bien là en effet d'un état morbide déterminé par 
« l'introduction dans l'organisme de matériaux amidés en 



LES DANGERS DE LA SURALIMENTATION 523 

a quantité supérieure à la capacité uréopoiétique du foie. » 
(12 novembre 1902.) 

D'autres, enfin, ont présenté les symptômes propres à 
rintoxication secondaires à la dilatation d'estomac sans en 
excepter les accidents cardiaques (observations ii et v). 

Nous avons eu raison de ces différents accidents en appli- 
quant, chez tous nos tuberculeux, une méthode rigoureuse 
visant un double but. 

1° Traiter scrupuleusement la dyspepsie fréquente chez 
ces malades après. avoir constaté en eux la forme hypo ou 
hyperchlorhydrique ; 

2** Chez tous, sains ou dyspeptiques, assurer l'asepsie et le 
fonctionnement normal et quotidien du tube digestif. 

3^ Chez tous enfin tâter la tolérance propre à chaque 
individu. Aussi peut-on mettre en pratique cette formule 
applicable réellement aux tuberculeux : 

Connaître V estomac de chacun deux et les nourrir en leur four- 
nissant la dose alimentaire maxima capable d'être assimilée sans 
surcharge. 

Comme documents à l'appui des considérations que je 
viens de développer, je fournis le tableau détaillé d'un cer- 
tain nombre d'observations que l'on lira, je l'espère, avec 
fruit, car elles sont démonstratives. 

è 

OBSERVATION I 

Observation de tuberculose à forme torpide. — Chez ce malade, 
des tentatives de suralimentation ont abouti à de l'auto- 
intoxication gastro-intestinale avec insomnie, température, 
troubles^^ardiaques, albumine. 

C. L..., 24 ans. Nice, 1900. Poids, 52 kgr. 160. Mère et 
frère morts de tuberculose. Le malade lui-même a eu une 
hémoptysie il y a trois ans. Depuis, traité pour de la tuber- 



r" 



v;^ 



THÉRAPEUTIQUE MÉDICALE 



V uloiu^. Nous sommes demandé en mars auprès du malade 
Uout r^tat général, depuis quelques jours, donne de Fin- 
^ui^Ude à son entourage. 



poumons à gaueJhe. 



Poumons à droite. 



Cœur. 



Foie. 



Estomac. 



Intestin. 



Etat général. 



Crachats. 

Examen microscopique. 



EXAMEN 

Au sommet, en arrière, frotte- 
ments, râles fins, crépitants. 

En avant, sous la clavicule, râles 
crépitants. 

En arrière, matité légère, frotte- 
ments, respiration rude, expiration 
prolongée. 

En avant, riea d'anormal. 

Pas de souffle, mais léger brait 
de galop. 

Déborde légèrement les fausses 
côtes. 

Très dilaté. Le malade souffre de 
gonflement après les repas. 

Constipation fréquente suivie de 
débâcles. Langue très sale. 

Très mauvais. Dès que le malade 
veut faire un effort un peu brusque, 
la respiration devient courte, haie- 
tante. Les battements du cœur sont 
précipités. 

La température oscille entre 37*» le 
matin et 37-38* le soir. 

L'examen donne 8 à 10 bacilles de 
Koch par champ visuel, et quelques 
streptocoques avec un grossisse- 
ment 1.200. 



^ 



LES DANGERS DE LA SURALIMENTATION 525 

I Indique de Tanurie, de la phos- 
phaturie et 42 cenligrammes d'albu- 
mine par vingt-quatre heures. 

Traitement suivi à cette époque : 

1*" Cure d'air ; 

2® Injections de cacodylate de soude ; 

3"^ Suralimentation. 

La suralimmtation était ici un véritable gavage à en juger 
par ce qui suit : 

( Potages, viandes grillées, pois- 
1** Aux repas, | sons, féculents, dessert, Champagne, 

( café. 

r 5 à 6 œufs par jour, 2 litres de 
2'^n dehors des repas, < lait, tartines de beurre, viande crue, 

( suc de viande. 

Le tableau de la viande crue et du suc de viande fera voir 
à quelle dose, en dehors d'une nourriture très suffisante le 
malade était parvenu. 

suc DE VIANDE VIANDE CRUE 

Janvier 30 480 gr. 145 gr. 

Février 1" 550 » \ 35 » 

— 2 550 » 105 » 

— 3....- 550 » 110 » 

— 4 510 » 130 » 

— 5 550 » 75 » 

— 6 550 » 60 » 

— 7 600 » 125 » 

— 8 510 » 180 » 

— 9 6t)0 » 185 » 

— 10 580 » 120 i> 

— 11 530 » » » 

-- 12 560 » 120 » 

— 13 600 » 125 » 

— 14 580 » 120 » 

— 15 » » 65 » 



TBÉDAPEUTIQUE MÉDICALE 



La dilatation d'estomac — l'atonie intestinale — les phé- 
nomènes secondaires tels que les cauchemars, les indis- 
positions subites la nuit vers 2 heures du matin, l'albumine 
constatée dans les urines, nous conduisent à songer qu'en 
dehors de l'inrection bacillaire le malade présente des 
symptômes d'auto-intoxication gastro-intestinale, Le tubei^ 
culeux est un dyspeptique avec dilatation par atonie que la 
suralimentation surcharge de toxines. 

Nous soumettons le malade à des lavages de l'intestin, au 
sulfate de magnésie à doses fractionnées et quotidiennes, à 
l'eau de Monlmirail prise deux fois par semaine. 

Comme alimentation, régime lacté, quelques légumes en 
purée. 

Après une quinzaine de jours la température est des- 
cendue progressivement à la normale. Le malade a des 



LES DANGERS DE LA SURAUMENTATION 527 

nuils d'un sommeil tranquille mais Tatonie gaslro-intesti- 
nale persiste. Le D' Frémont demandé en consultation fait 
un examen du suc gastrique qui donne de Vhypôchlorhydrie 
très nette. 

Un régime est institué. Régime alimentaire et gastèrine. 
Continué pendant trois mois environ ce régime permet au 
malade de reprendre peu à peu une alimentation azotée, des 
féculents. 

Dans la suite, on augmente progressivement la dose ali- 
mentaire quotidienne tout en surveillant de ti^s près le 
fonctionnement du tube digestif, antisepsie intestinale, pur- 
gatifs légers, lavages de Ymi^^im^ gastérine à petites doses, 
massages de Testomac. 

Les symptômes aigus disparaissent peu à peu, le trai- 
tement spécifique de Taffection bacillaire repris dès lors 
procura au malade une amélioration qui dure encore. 

Examen d'urine fait en pleine suralimentation mal dirigée 
avec auto-intoxication gastro-intestinale et albumine. 

Volume 700 ce. 



par 
par litre 24 neures 



Urée.,.: 18,40 152,88 

Acide urique 0,36 0,252 

Acide sulfurique 3,12 2,18 

Chlorure de sodium 9,34 6,53 

Chlore 5,66 3,96 

Acide phosphoriqtce 4,86 3,40 

Acidité totale en Ph^ 0\ 3,10 2,17 

— enSO^m., i,60 1,085 

Albumine 0,42 centigrammes par 24 heures. 



i/50* 



i/308 



528 THÉRAPEUTIQUE MÉDICALE 

OBSERVATION II 

Cardiaque et tuberculeux dyspeptiques , — Chez ce sujet, le 
traitement de Taffection au second degré n*a pu être suivi 
pendant cinq années que grâce à la surveillance étroite du 
tube digestif. 

M. L. P. vu pour la première fois en 1895. 

Antécédents personnels : Enfance délicate ; il y a cinq ans a 
été traité pour de la dyspepsie avec hyperchlorhydrie par 
M. Hayem\ 

Antécédents héréditaires : En 1895, à notre premier examen, 
le malade dont l'état général est très mauvais présente : 

!En arrière, au sommet craque- 
ments, ràleâ humides en avant, râles 
crépitants. 
Poumon à droite, \ Frottements, respiration rude. 

^ i Souffle à la pointe au premier 

/ temps. 

Estomac. ^ | Dilatation et atonie. 

r [ Granulations, œdème des cordes 

Larynx. \ , ' 

( vocales. 

Th^ ^ 1 1 1 \ Très mauvais, fièvre, sueurs noc- 

Etat général. } . . . ' 

( tûmes, amaigrissement. 

TRAITEMENT 

Antisepsie des voies respiratoires, inhalations, garga- 
rismes, cure hygiénique, cure d'air, cure thérapeutique, 
injections d'huile créosotée au 1/15® (méthode de Gimbert). 
Régime alimentaire : lait, œufs, viandes grillées, féculents, 
poissons, beurre et deux fois par jour peptone sèche dans 
du bouillon. 



LES DANGERS DE LK SURALIMENTATION 529 

Durant deii% années ce traitement a été interrompu très 
fréquemment par des accidents du tube digestif : embarras 
gastrique simple, crise d'intolérance gastrique et enfin 
dyspepsie hyperacide qui a nécessité un régime particulier 
composé de lait, d'œufs, de féculents, un peu de poisson et 
très peu de viande. 

Durant ces deux années, Tinfection tuberculeuse n'a pas 
subi de grands changements ; le malade a de la toux 
accompagnée dje crachats surtout le matin. Par crises les 
poumons subissent des poussées congestives qui s'amendent 
avec les révulsifs : pointes de feu, ventouses, etc. 

De 1897 à 1898, une transformation nette s'opère dans 
la maladie. Le régime sévère et la surveillance du tube 
digestif ont permis une alimentation sinon abondante du 
moins régulière. Le malade a dû cependant à la suite d'une 
ou deux crises d'hyperacidité se faire des lavages d'estomac 
auxquels du reste il est habitué. Sous l'influence du régime 
alimentaire du côté estomac, sous l'influence de l'anti- 
sepsie pulmonaire, des révulsifs, de l'hygiène générale, d'un 
traitement du larynx par un spécialiste, enfin d'une cure 
d'air et de lait à la campagne durant Tété, une amélioration 
très manifeste se montre vers le milieu de 1898, et quoique 
les troubles digestifs n'aient jamais permis la suralimen- 
tation tentée à plusieurs reprises sous forme de viande crue 
et de jus de viande, à la fin de 1898, le malade pèse 
60 kilogrammes — 10 kilogrammes de plus qu'en 1895 ; les 
sueurs et la température avaient disparu, l'appétit était bon, 
les lésions pulmonaires en voie de régression se localisant 
seulement au sommet gauche. 

Au régime alimentaire on associa une solution chlor- 
hydrique à prendre aux repas. 

A ce moment des symptômes de dilatation d'estomac se 

BULL. DE THÉRAPEUTIQUE. — TOME CXLV. — 14* LIVR. 14** 



530 THÉRAPEUTIQUE MÉDICALE 

montrèreat de nouveau, et Texamen prouva que le malade, 
jusqu alors hyperchlorhydrique, était devenu franchement 
hypochlorhydrique. 

En 1899-1900, le malade put supporter facilement des 
atteintes de grippe qui détermina seulement des poussées 
congestives au sommet gauche de courte durée. 

En 1901, le malade qui, autrefois, s'était plaint à de rares 
intervalles de palpitations eut à souffrir de symptômes car- 
diaques nouveaux. L'auscultation révéla de l'hypertension 
cardiaque et artérielle, probablement secondaire à de 
l'auto-intoxication d'origine gastrique. 

L'examen des urines révéla des urates et de Tacide urique 
en excès, des traces d'albumine. On institua donc un 
traitement basé sur le régime alimentaire lacto-mitigé, et 
les diurétiques et toniques du cœur : iodure de caféine, 
iodure de sodium, etc. 

Les symptômes s'amendèrent pour reparaître en 1902. 
Une analyse, faite en mai 1902 par M. Gautrelet, démontre 
bien qu'il s'agissait de troubles vasomoteurs secondaires à 
des troubles fonctionnels du foie, à de la dyspepsie 
catarrhale hypochlorhydrique, à de la neurasthénie par 
auto-intoxication. 

Le fonctionnement défectueux du tube digestif chez ce 
malade a toujours été le grand obstacle au traitement de sa 
maladie. 

Il est à remarquer cependant que, grâce à la surveillance 
établie de ce côté, la cure antituberculeuse a pu être suivie 
de très près. 

Le malade est aujourd'hui en voie de guérison. Le 
poumon droit, à l'auscultation, paraît normal ; le poumon 
gauche présente seulement à son sommet et en un point 
très limité, de la matité et des frottements, pas de toux, 



LES DANGERS DE LA SURALIMENTATION 531 

pas de crachats, à Texamen pas de bacilles. Enfin, malgré 
Vimpossibilité de la suralimentation, M. L., qui, en 1895, pesait 
50 kilogrammes pèse actuellement 62 kg. 500. Son état général 
est excellent. 11 dirige avec facilité un commerce très impor- 
tant, et Ton peut dire que M. L. n'est plus un tuberculeux 
mais un dyspeptique chez lequel les écarts de régime 
déterminent des troubles secondaires à de T auto -intoxica- 
tion, troubles cardiaques et apparition d'albumine. 

POIDS 

1893. — Octobre 51 kgr* 200 

1894. — Janvier 53 » 

Février 52 » 500 

Mars 51 » 500 

Avril 50 » 500 

Juillet 49 » 600 

Octobre 32 » 500 

1895-97. — Juillet 50 » 

Septembre 56 » 

Octobre 57 » 

Décembre 59 » 500 

1898. — Mai 60 » 400 

i«9P. — Janvier 59 » 400 

Mai 60 » 

Octobre 62 » 500 

1900 . — Janvier 64 » 

Mai 63 » 

Avril 63 » 

1901. — Août 64 » 

1902. — Février 62 » 

Mai 61 » 

190S. — Janvier 62 « 500 



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TUtBAPBUTIQUE MÉDICALE 




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LES DANGERS DE LA SURALIMENTATION 



533 



ANALYSE D'URINE 

Résultats dooimasiques 
Volume en 24 heures 900'*. 



ELEMENTS 

NORMAUX 



Eléments fixes à +100* G. 

Acidité totale dosée en 
(PHOt-) 

Chlore (des chlorures). 

Urée 

Acide urique (total) 

Acide phosphorique (to- 
tal) 

Urobiline 

Uroérythrine 

Leucomaïnes 

Mucine 



Dosage 

par 

litre d'urine 

examinée 



53.18 

0.80 

6.60 

22.09 

0.32 

2.10 
0.32 
0.20 



Dosage 
par 

24 heures 



47.86 

0.72 

5.94 

20.61 

0.28 

1.89 
0.28 
0.18 



abondantes 
traces nettes 



Normales 

en 24 heures 

pour 

le sujet 

examiné 



70.00 

2.10 

7.00 

31.50 

0.70 

3.50 
0.70 



Rapport 

à 

la normale 

représentée 

par 100 



67 

34 
84 
65 
40 

54 
40 



Éléments anormanx 

Glucose (sucre diabétique; . . Traces très faibles non dosables 

Acides biliaires Traces très faibles 

Serine (albumine vraie) Traces nettes 

Peptones 0.40... 0.36 



ANALYSES D URINE 



Gondtisims sémèioîogiques. 

1° Aberration de la nutrition (arthritisme d'origine dia- 
thésique) , forme hypo-désassimilatrice (hyperacidilé vir- 
tuelle) ; 

2° Troubles fonctionnels du foie ; 

3** Dyspepsie catarrhale-hyperchlorhydrique; 

4* Neurasthénie par auto-intoxication. 



534 THÉRAPEUTIQUB MÉDICALE 

Bémfné comparatif. 

Cette urine diffère d'une urine normale par : 
i° L augmentation des éléments normaux 

absolue : leucomaînes, 

relative : chlorures ; 
2® La diminution des éléments normaux 

absolue : d'ensemble, 

relative : acidité-phosphates ; 
3® La présence des. éléments anormaux 

glucose - acides biliaires, 

peptones. 

OBSERVATION III 

SuraUmentaùion ehêz un iuderetdeux cardiaque ayant abouti 
à de ïinsuffisance hépatigue et à V albuminurie. 

M. G. M., 35 ans. Pas d'antécédents héréditaires. 

En 1895, a eu une congestion pulmonaire. Quelque temps 
après une hémoptysie se déclare. De 1895 à 18%, fut traité 
par les injections d'huile créosotée de Oimbert. En 1896- 
1897-1898, pas de traitement suivi. 

Nous avons vu le malade en 1898-1899. 

Respiration rude, matité ausom- 
Poumons à droite. { met en arrière. En avant, rien d'anor- 
mal. 



Poumons à gauche. 



Estomac. 



En arrière au sommet frottement, 
expiration prolongée. 

Dilatation très nette; le malade se 
plaint de mauvaises digestions. 



LES DANGERS DE LA SURAUBfENTATION 335 

iRien d'anormal à Texamen mais 
le maladeaeu,paratt-il, des coliques 
hépatiques 
j Souffle à la pointe au premier 
] temps d'insuffisance mitrale. 

Examen des urines i Urates-acide urique — pas de 

en 1899 avant l'auto- J «„^»^ -.«« ^»«iVv«,v*i«o> 

intoxication intestinale. ( «"«re — pas d albumine. 

Ëtat général assez bon — le malade sort chaque jour, se 
livre à ses occupations sans trop de fatigue. Il fait de l'hy- 
giène et se soigne fort bien — pas de température — poids 
53 kg. iOO. 

! Bacilles tuberculeux n** 3 de l'é- 
chelle de Gaffky. 
Leur caractère est maladif, dégé- 
nère. 

En 1899-1900, nous avons suivi ce malade qui, sous l'in- 
fluence d'une cure hygiénique et d'une cure thérapeutique 
était très amélioré. 

De 1900 à 1901 nous l'avions perdu de vue tout en ayant 
de ses nouvelles qui continuaient à être bonnes. 

Fin 1901, commencement de 1902, le malade revenu à 
Nice nous fit demander. Il arrivait d'un sanatorium suisse, 
où il avait fait un long séjour. Le malade se plaignait d'une 
douleur au genou, d'enflure au pied droit et de palpi- 
tations. 

Notre examen eut comme résultat de constater de l'œdème 
des membres inférieurs. 

Les poumons, à l'auscultation, présentaient à peu près les 
mêmes symptômes que l'année précédente, toutefois le 
sommet gauche paraissait le foyer d'une poussée con- 
gestive. 



â 



I 



K36 THÉRAPEUTIQUE MÉDICALE 

Le malade se plaignait également de crises dUntolérance 
stomacale survenant par périodes et s'accompagnant de 
vomissements surtout bilieux jaunes ou verdâtres. 

Le cœur présentait à Tauscuitation un bruit de galop 
très net. 

L'estomac était dilaté, le foie très gros. L'examen des 
urines indiqua de Turobilinurie, une diminution deTurée, de 
Tindicanurie et enfin gr. 50 d'albumine par litre. 

Depuis quelque temps, durant son séjour au sanatorium, 
M. C. avait été suralimenté, gavé de parti pris à des heures 
déterminées avec des rations faites sur un type identique 
pour tous les hospitalisés. Le gavage, remède obligatoire et 
sauveur, avait abouti ici à de l'auto-intoxication avec insuf- 
fisance hépatique et albuminurie. 

Le cœur, les reins et surtout le tube digestif, estomac et 
foie, réclamaient un examen aussi sérieux que les poumons. 

L'état général du malade relativement bon à son entrée 
au sanatorium était maintenant très mauvais. Ici la tuber- 
culose jouait un rôle secondaire, les lésions étant relative- 
ment bénignes. M. C. qui aurait pu trouver un très grand 
bénéfice de sa cure d*altitude sous un climat très favorable, 
en revenait beaucoup plus malade et victime de l'obligatoire 
suralimentation. 

L'amélioration que donna le régime lacté, puis l'alimen- 
tation mixte — des diurétiques, théobromines — lavements 
salés, etc., en fournit la preuve. 

L'amélioration persiste encore actuellement sous l'in- 
fluence du régime alimentaire nettement déterminé. 

Bésuliat de VanàlyM des crachats. — Dans les préparations 
on remarque des épithéliums alvéolaires et pavimentenx, 

Beaucoup de globules blancs ; 

Pas de fibres élastiques ; 



LES DANGERS DE LA SURALIMENTATION 537 

Des bacilles tuberculeux n** 3 de l'échelle de GafFky. Leur 
caractère est maladif dégénéré. 
Cocci et diplococci. 



OBSERVATION IV . 

Période de germination tuberculeuse favorisée et aggra'ûée par 
un état dyspeptique négligé. 

Mlle A... 18 ans. — Pas d'antécédents héréditaires. 

Vue antérieurement par M. le professeur Grasset qui 
trouva un sommet droit douteux, prescrivit de Thygiène 
générale et de Thypophosphite de chaux ; plus tard par un 
confrère de Paris qui la mit au régime de la viande crue et 
du jus de viande; enfin, par un confrère de Vichy qui 
l'envoya à Nice en 1900. 

A cette époque, nous examinons Mile A... Le malade a 
maigri de 2 kg. 500. Le visage présente une teinte subic- 
térique très marquée, elle n'a aucun appétit et se plaint de 
lassitude. Elle tousse un peu le matin, mais ne crache pas. 

A l'examen nous constatons. 

IAu sommet de la respiration rude 
et de l'expiration prolongée en ar- 
rière. 

„ , T . (En avant rien d'anormal, rien de 

Poumon a drotte, \ 

{ net. 

L'état du poumon nous paraît peu en rapport avec l'état 

général. 

Paraît normal, mais la malade se 

Le Cœur, { plaint de palpitations survenant 

surtout la nuit. 




538 THÉRAPEUTIQUE MÉDICALE 

I La malade n'a pas d'appétit avons- 
nous dit; elle est oppressée après 
les repas, elle a parfois des indiges- 
Estomac, { tions accompagnées de syncopes ou 

de vomissements. 

A Texamen Testomac très dilaté 
clapote au moindre mouvement. 

Le foie, \ Déborde les fausses côtes. 

Les urines ne renferment ni sucre ni albumine, et n'indi- 
quent qu'une grande déperdition de phosphate .et de 
chlorure. 

La lésion pulmonaire chez Mlle A. est donc des plus 
bénignes. Par contre, les voies digestives présentent une 
atonie presque complète avec dilatation stomacale intoxi- 
cation gastro-intestinale. 

Nous supprimons le régime qu'elle suivait jusque-là : 
viande crue, jus de viande, suralimentation. 

Nous ordonnons comme hygiène du tube digestif des 
lavages de l'intestin quotidiens à l'eau boratée. 

Deux fois dans la semaine, à jeun, un grand verre d'eau 
de Montmirail. 

Au milieu du repas de midi un verre à bordeau d'une solu- 
tion chlorhydrique à 4/1000, à prendre par série de huit 
j ours. 

Gomme alimentation, des œufs, du lait, des purées de 
légumes, des potages, du pain grillé, du poisson, des fécu- 
lents, café, eau pure et bière. 

Nous traitons en même tetnps la période de germination 
tuberculeuse par des injections de cacodylate de gaïacol, 
par des révulsifs aux sommets : pointes de feu, garga- 
rismes et lavages de la cavité buccale avec une solution 



LES DANGERS DE LA SURALIMENTATION 539 

mentholée; cure d'air et de soleil. Le mieux ne tarde pas à ' 
se produire ; et deux mois après le début du traitement, les 
voies digestives en meilleur état permettent d'ajouter des 
viandes blanches, des viandes grillées. La malade engraisse. 
A ce mieux de Tétat général correspond un mieux à Taus- 
cultation du sommet douteux. L'été suivant la malade 
retourne à Vichy et, sur notre indication, elle consulte 
M. le D' Frémont. 

L'examen du suc gastrique^ fait par M. le D' Frémont, in- 
dique de rhypochlorhydrie. 

La malade suivie au point de vue du tube digestif est 
mise par M. Frémont au régime du suc gastrique naturel et 
en ressent rapidement les excellents effets ; elle prend une 
moyenne de 200 grammes de gastérine par jour pendant 
quatre mois et augmente de 6 kilogrammes. 

L'année suivante elle suit encore une cure de gastérine. 

Elle digère et assimile, va de mieux en mieux. Actuelle- 
ment elle est aussi bien que possible. 

Mlle A., traitée pour de la tuberculose suivant le schéma 
habituel, était donc surtout une dyspeptique. Son très mau- 
vais état général n'était secondaire que pour une très faible 
partie à l'évolution tuberculeuse encore à la période de 
germination. La suralimentation chez cette malade n'aurait 
pu qu'augmenter les troubles dyspeptiques et par suite 
favoriser l'évolution de l'affection bacillaire sur un terrain 
privé de plus en plus de ses moyens de défense naturels. 

Le traitement de son état dyspeptique a permis d'enrayer 
très facilement l'évolution de la période pré- tuberculeuse. 



540 THÉRAPEUTIQUE MÉDICALE 

OBSERVATION V 

Tuberculeux syphilitique ^ dyspeptique ^ hypochlorhydrique. 
Symptômes graves d'auto'intoxication gastro-intestinale, 

Y. A..., 38 ans. Pas d'antécédents héréditaires. 
A 18 ans, excès yénériens. Jusqu'à 24 ans, surmenage 
physique. 
A 25 ans, syphilis. 
A 32 ans, première hémoptysie. 
Un an après, seconde hémoptysie. 
Dans la suite trois autres hémoptysies. 

En 1898, nous voyons le malade pour la première fois. 
Poumon à gauche. Frottements, râles humides. 

Poumon à droite, I Craquements, râles crépitants. 

Cœur, I Rien d'anormal. 

\ ( Pas de signes de dilatation, mais 

Estomac. \ digestions pénibles au dire du ma- 

( lade. 
Poids 65 kilogrammes. 

M. V. A... passe des nuits très fréquentes au dehors, a 
une vie très agitée. Excès de toute nature. 

Le traitement jusqu'à cette époque a été gaïacol, liqueur 
de Fowler, pointes de feu. Le malade qui, à chaque hémop- 
tysie, a promis de se soumettre à un traitement sérieux, 
oublie ses promesses dès que les forces reviennent et reprend 
sa vie de fatigue. 

Nous soumettons le malade au traitement suivant : injec- 
tions d'huile créosotée au 1/15, 15 grammes, asepsie buc- 
cale par un gargarisme antiseptique, cure d*air et de repos, 
lever tard, coucher de bonne heure, fenêtres ouvertes. 



LES DANGERS DE LA SURALIMENTATION 541 

Alimentation azotée abondante ; 

Révulsifs par les pointes de feu. 

Le mieux ne tarde pas à paraître. 

Dans le milieu de l'hiver 1898 à 1899, le malade a une 
hémoptysie très grave. Notre enquête nous révèle que 
depuis quelques jours il a repris sa vie agitée d'autrefois» 
mauvaise hygiène, nuits de cercle. 

Le malade fut mis en observation très sévère. De 1899 à 
1900 il eut encore deux hémoptysies durant l'hiver. Son 
traitement, consistait en injections de cacodylaté de gaïacol, 
cure d'air, révulsifs, nourriture abondante, mais par petits 
repas. Le malade digérait admirablement et pesait 69 kilo- 
grammes. 

En 1901, il commence pour la première fois à souffrir de 
mauvaises digestions. Ballonnement après les repas, insom- 
nies durant la nuit, cauchemars, l'estomac est dilaté, par 
poussées le foie présente de l'hypertrophie. Enfin du côté 
du pouls on constate de l'hypertension très nette. 

Du côté des voies respiratoires on constate à l'ausculta- 
tion une grande amélioration : matité légère aux deux som- 
mets, quelques frottements, de la respiration rude à droite. 

Pas de toux, pas d'expectoration. 

Il y a donc eu malgré les écarts de régime du malade un 
mieux très manifeste dans la tuberculose elle-même. 

Par contre, le tube digestif présente des symptômes de 
dyspepsie avec atonie et dilatation d'estomac avec auto- 
intoxication, gastro-entérite. 

Nous soumettons le malade au traitement spécial suivant: 
lavages quotidiens de l'intestin avec de l'eau bouillie boratée. 

Un verre d'eau de Montmirail par semaine, le matin à 
jeun. Au milieu du repas de midi un verre à Bordeaux d'une 
solution d'acide chlorhydrique à 4/1000. 



■ti ■ 



542 THÉRAPEUTIQUE HÉDICALE 

Le malade pèse 66 kg. 500. 

L'état général se maintient assez bon jusqu'en 1902. A ce 
moment, de lui-même, M. V. a voulu faire de la saralimeD- 
tation. 

Il prenait du jus de viande, des œufs en quantité, des 
viandes grillées. Les troubles dyspeptiques se montrent de 
nouveau. 

L'estomac est très dilaté, le foie gros. La nuit, les caucbe- 
mards reparaissent et, dans l'espace de quatre h cinq mois, 
le malade tombe à 59 kg. 500. . 

L'état des poumons n'indique aucune aggravation . Res- 
piration rude sax sommets, matité à droite. 

C'est donc du côté du tube digestif exclusivement que 
nous devons chercher la cause du dépérissement du malade. 
A ce moment, nous donnons à H. V. la gastérine de Fré- 
mont qui nous avait déjà réussi dans les observations I 
et III. Sous l'influence de la gastérine & la dose de trois 
cuillerées & soupe par repas, les digestions se font plus faci- 
lement, l'assimilation devient régulière et, après quatre 
semaines environ, le malade se nourrit très sufBsammeot et 
sans troubles dyspeptiques. 11 digère normalement, dort, et 
son poids remonte progressivement. 

H. V. représente bien le type d'un tuberculeux à forme 
torpide avec dyspepsie hypoacide, poussées d'auto-intoii- 
cation secondaire. Les crises d'intoxication gastro-intesti- 
nale ont constamment entraîné chez le malade des poussées 
de déminéralisation. 

Ici encore l'état dyspeptique était le plus grand auxiliaire 
de l'évolution tuberculeuse. 

Voici l'analyse des crachats pratiquée à diverses époques 
par MM. Colin et Ardoin et l'analyse d'urine : 



r 



LES DANGERS DE LA SURALIMENTATION 543 

Analyses des crachats^ 3 mars 1897. 

Couleur blanc grisâtre, sans stries sanguinolentes. Con- 
sistance épaisse, gluante, élastique. 

Éléments anatomiques observés : 

Cellules épithéliales pavimenteuses. Epithélium des 
bronches. Globules muqueux et leucocytes. Fragments de 
tissu élastique. Hématies décolorées peu abondantes. Cel- 
lules des alvéoles recouvertes de granulations graisseuses. 
Globules graisseux très nombreux dont Foriglne peut être 
en partie rapportée à l'absorption du lait dont la matière 
grasse