INIV.OF
ORONTO
■"RARY
ANNALES DE LA FACULTÉ DES LETTRES DE BORDEAUX
BULLETIN HISPANIQUE
À FB., IV SÉRIE. — Bull, hispan., XIII, 191 1, i.
Bordeaux. — Imp. G. Gounouilhol, 9-1 i, rue Guiraude.
V
4nnales de la Faculté des Lettres de Bordeaux
et des Universités du Midi
QUATRIÈME SÉRIE
Conimuue aus Uuiversités dAix, Bordeaux, llonlpellier, Toulouse
XXXIII" ANNÉE
BULLETIN HISPANIOUE
Paraissant tous les trois mois
TOME XIII
1911
Bordeaux :
FERET & FILS, ÉDITEURS, i5, COURS DE L'INTENDANCE
Lyon: Henri GEORG, 36-43, passage de l'Hôtel-Dieu
Marseille : Paul RUAT, 54, rue Paradis | Montpellier : G. GOULET, 5, Grand'Ri^ H^
Toulouse : Edouard PRIVAT, i4, RUE des Arts
Madrid : MURILLO, Alcalâ, 7 ^
\'^
Pans : ^
Albert FONTEMOING, 4, rue Le Goff ^ ^
Alphonse PICARD & FILS, 82, rue Bonaparte.
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6oô/
4' ^
Vol. XIII. Janvier-Mars 1911 No 1.
L'ARCHEOLOGIE EN ESPAGNE ET EN PORTUGAL
Mai 1908 — Mai 19 10.
L'archéologie préhistorique est décidément privilégiée dans
la Péninsule. MM. Cartailhac et Breuil ont réuni et développé
dans un magnifique ouvrage tout ce qu'ils nous avaient déjà
dit ou fait espérer de la merveilleuse grotte d'Altamira. La
Caverne d'Altamira à Santlllane près Sanlander (Imprimerie de
Monaco), tel est le titre du livre définitif qu'ils ont pu luxueu-
sement éditer grâce à la libéralité du prince de Monaco.
L'illustration, en particulier les admirables planches poly-
chromes d'après les aquarelles de M. Breuil, est digne du
texte, et c'est tout dire. Mais l'analyse de cette œuvre capitale
ne peut ici trouver de place, et je le regrette ; je devais du
moins la signaler, ne fût-ce que pour louer le chevaleresque
esprit de confraternité scientifique qui a permis une fois de
plus à des savants français d'étudier de très près avec l'aide
des savants du pays, et de publier comme il convenait un des
trésors les plus précieux de Tart espagnol.
L'exemple a été bon, et voici que nous retrouvons l'abbé
Breuil associé de la plus heureuse façon avec MM. Santiago
Vidiella et J. Cabré pour l'étude de ces nouvelles peintures
rupestres préhistoriques de l'Aragon et de la Catalogne que
je signalais de façon sommaire et imprécise il y a deux ans.
La nouvelle était bien exacte. Seulement il ne s'agissait pas
de peintures exécutées dans une grotte, comme à Altamira,
mais bien de fresques à l'air libre ornant un rocher.
Ce rocher, désormais célèbre, se trouve à 5oo mètres du
petit village de Cogul, situé sur le rio Set, à 18 kilomètres
au sud de Lerida. Il était depuis longtemps connu des habi-
2 BULLETIN HISPANIQUE
tants du pays lorsque D. Ramon Huguet, curé de Cogul, le
signala en 1907 à la curiosité publique. MM. Céferi Rocafort
et Jules Soler prirent les premiers calques des figures et les
publièrent dans le Butlleli del Centre excursionista de Cataliinya
(mars 1908), dans un mémoire intitulé : Las plnlures rupestres
de Cogal. MM. Breuil et Cartailhac signalèrent ce travail
important dans l'Anthropologie (1908, p. 87 1). Bientôt M. Breuil
se rendait à Cogul et relevait avec plus de précision toutes
les images encore
apparentes. Il les a
reproduites et com-
mentées dans V An-
thropologie (1909),
et l'étude qu'il en
a faite, encore que
sommaire, est très
instructive.
D'abord, ildistin-
Fic. I. — Peinture rupestre à Cogul. , «
gue sur la suriace
peinte, qui mesure
environ 2 mètres de large, c'est-à-dire que les images sont
assez petites, plusieurs scènes indépendantes. En premier lieu,
une Chasse au cerfffig. i), qui comprend deux tableaux, un cerf
renversé sur le dos, les pattes dressées, puis un chasseur,
armé d'un bouclier et d'une lance ou d'un arc, qui va tuer un
cerf beaucoup plus grand que lui. L'homme et les animaux
sont d'un dessin tout à fait schématique, réduits à de simples
traits fortement appuyés. En second lieu, une Chasse au bison :
un homme, ayant à la main une arme qui ressemble au foudre
de Jupiter, mais qui est sans doute un faisceau de flèches,
pique le front d'un bison planté devant lui. Le chasseur est
traité à peu près comme celui du groupe précédent, mais le
bison est dessiné avec quelque soin de la vérité, et couvert
d'une teinte plate noire. Vient ensuite un groupe de petits
cervidés et d'autres animaux. On y voit un cerf entouré de
quatre biches, à la droite desquels se trouvent un bovidé et un
autre cervidé (élan?). Le panneau n'a dans son ensemble que
L ARCHEOLOGIE EN ESPAGNE ET EN PORTUGAL
75 centimètres de large; mais, malgré leur petitesse, les ani-
maux sont en général assez justement dessinés. Les uns, les
meilleurs, une grande biche, un cerf à haute ramure, une biche
plus petite, un bœuf dont le corps est teint en rouge, sont de
forme correcte et de mouvement bien observé ; les autres sont
simplement silhouettés d'un large trait de pinceau; ils sont
moins naturels. Un
quatrième tableau
(Jig. 2) nous montre
d'abord deux bou- ^^^^V^^
quetins bondissants,
dont le corps est de
deux couleurs, rou-
ge et noire, super-
posées, mais de
telle façon que lune
transparaît parfois
FiG. 3. — Peinture rupestre à Cogul.
SOUS l'autre. Les fi-
gures qu'a groupées
M. Breuil sous le numéro 5 sont plus curieuses et plus inté-
ressantes. D'abord, une vraie miniature peinte sur une surface
précédemment utilisée pour des peintures noires. On y voit
« une très petite figure d'homme, bras et jambes écartés,
isolé; un autre, tout aussi minuscule, faisant tète à un animal
en traits noirs un peu modelés, très svelte, à longue queue,
pieds bisulques, oreilles couchées, parties génitales saillantes,
qui peut être, malgré l'absence de cornes visibles, un hos
primigenus à formes légères » .
Au-dessous de ce petit groupe, qui se trouve sur la même
ligne que les bouquetins de tout à l'heure, il y a trois bœufs à
longues cornes, dont l'un plus ancien que les autres, « est
gravé, au moins en certaines parties : l'œil pupille, l'oreille,
la tête déteinte sont discernables grâce à cela. La couleur
rouge y intervient seule, par la ligne fine et égale qui silhouette
les formes de l'encornure, de l'échiné, du ventre et de ce qui
subsiste des pattes. Le flanc est zébré de nombreuses lignes
verticales qui remplissent le champ de l'animal, exactement
Ix BULLETIN HISPANIQUE
comme dans les chevaux gravés de la grotte de Marsoulas et
certaines biches d'Altamira également incisées».
Ce bœuf marche vers la droite ; il est suivi d'un de ses
congénères figuré suivant la même technique, mais ultérieu-
rement teinté en noir. Au-dessus d'eux, marchant en sens
inverse, un autre bœuf, peint en noir uni, sauf sur le flanc et
une partie de la cuisse qui sont réservés et semés de hachures
tracées selon la courbure du corps. Chose curieuse, on voit
entre ses cornes voltiger un homoncule formé de quatre traits
fins qui le réduisent à la plus simple expression, un tronc,
un bras, deux jambes. 11 n'est pas d'ailleurs le seul personnage
qui anime la scène; deux autres, tout à fait originaux, de figu-
ration tout à fait nouvelle, lui font face. Le haut de leur corps
se détach« en plus foncé sur le corps du second bœuf. Voici
comment les décrit l'abbé Breuil : « En surcharge sur le bœuf
situé à gauche, et très peii visible à première vue, sont deux
personnages humains de grandes dimensions ; leurs têtes
dépassent l'échiné du taureau, la partie inférieure du corps est
complètement effacée, sauf les jambes et le bas de la robe de
l'un, et quelques traits des mêmes parties de l'autre. Le haut
du corps, peint en surcharge du champ noir du bœuf, est
rouge, le bas était noir à en juger par ce qui reste. La tête de
tous deux est faite d'une tache subtriangulaire à angles très
arrondis ; le buste est étiré, linéaire ; de celui de droite se
détache une ligne terminée par un crochet récurrent; la ligne
peut être le bras du chasseur ou sa lance; le crochet récurrent
est le croc de la pointe barbelée ou la partie de la hampe
demeurée visible, le reste de l'arme étant enfoncé dans
l'animal. Quant à la robe, on en voit le départ à la taille
étranglée, et la terminaison carrée au genou des deux jambes
noires. )^
Enfin le dernier tableau (fig. 3), le plus important de tous,
représente la danse de neuf femmes autour d'un homme.
M. Céferi Rocafort n'avait relevé d'abord que trois personnages
sur dix; M. Breuil a reconnu et calqué les sept autres. Toutes
ces figures ne forment qu'un panneau de 68 centimètres dans
sa longueur transversale. Cette fresque est d'une nouveauté si
L ARCHEOLOGIE EN ESPAGNE ET EN PORTUGAL 5
mystérieuse qu'il y a lieu de transcrire ici presque toute la
description de l'abbé Breuil :
« Le groupe, qui nous semble devoir être interprété comme
une scène de danse, est composé de dix personnages bien
définis, répartis ainsi : cinq femmes à gauche et quatre autres
à droite d'un homme placé au milieu. Ce dernier est beaucoup
plus petit que ses voisines ; il est peint en brun foncé plutôt
qu'en noir; sa tête est ronde, placée sur des épaules carrées
FiG. 3. — Peinture rupestre à Cogul.
donnant naissance à des bras droits et courts; le tronc est grêle
et fort cambré ; les jambes, raides et grêles, se terminent par
des pieds tournés vers la droite ; elles portent au genou un
ornement figuré par deux lignes divergentes dirigées en bas,
chacune d'un côté de la jambe, comme le vêtement du milieu
du corps du chasseur de bison à dessin schématique ; les par-
ties génitales... sont de dimensions excessives. A gauche de
cet homme... cinq dames marchent en s'éloignant de lui. Les
deux plus éloignées sont très visibles, d'un noir uniforme, et
se serrent de près. La troisième est noire et rouge, ainsi que la
cinquième, tandis que la quatrième est seulement rouge; elle
est d'ailleurs mutilée par un écaillement de la roche. Tandis
6 BULLETIN HISPANIQUE
que les quatre voisines sont placées à peu près sur une ligne,
cette dernière a les pieds situés à la hauteur de la taille de la
plus à droite; ses jambes sont ployées et la taille s'incline en
avant comme si elle sautait.
» Les quatre dames de droite sont moins visibles ; on les
discerne autant par la gravure qui accompagne les traits peints
que par ceux-ci : les deux plus voisines de l'homme sont
noires avec de faibles marques rouges en divers points; les
deux plus éloignées, à l'instar de celles de l'extrémité opposée,
sont noires. Ces quatre personnes sont nettement divisées en
deux couples se donnant la main. La première montre diverses
lignes obliques rayonnantes de la tête dans la direction de
l'homme, qui évoquent une naïve représentation de l'action
de souffler ou de cracher. La seconde, qui se tient par derrière,
est vue de face, tendant un bras vers elle, et l'autre au-devant
du dernier groupe, dans un mouvement de taille et de membres
gracieux et bien féminin.
» Les deux dernières dames, la seconde plus petite que la
première, se dirigent d'un pas rapide vers la gauche.
» la conception générale se retrouve, à de légères diffé-
rences près, en toutes.
» La tête est faite d'une tache subtriangulaire à angles
arrondis dans huit d'entre elles ; cette tête, en forme de bonnet
ou de capuchon, ne s'insère pas sur les épaules, elle ne se
raccorde pas au corps ; la seconde (à partir de gauche) fait
exception, deux petits traits noirs figurent le cou.
)) Dans la troisième, autre exception : la tête a une forme
arrondie par en haut; par en bas, elle repose directement sur
les épaules, sans cou, et comme si un vêtement (.3), comme un
capuchon, faisait la continuité.
» Les bras sont grêles, coudés harmonieusement; la main ne
se distingue pas ; les deux figures de gauche semblent avoir
un renflement considérable au coude, dû à des bracelets
huméraux massifs. La forme commune du buste est un trian-
gle à sommet très aigu placé à la taille, extrêmement svelte et
étranglée.
» Des seins très pendants et volumineux ornent les poitrines
l'archéologie en ESPAGNE ET EN PORTUGAL 7
du plus grand nombre de ces dames; ils sont particulièrement
frappants dans les deux de gauche ; ils semblent absents dans
la quatrième image, qui saute, et dans la dernière, plus petite.
Tantôt un seul, de profil, est représenté, pendant, en forme de
blague (i, 2, 3, 6) ou plus réduit (8), tantôt le torse est sup-
posé vu de face, et les deux seins sont dessinés, soit assez
petits et à l'intérieur du torse (5), soit à droite et à gauche
sous chaque bras. »
Il suffit d'avoir lu la page précédente pour voir combien de
problèmes obscurs soulève cette découverte. D'abord, a-t-on le
droit d'attribuer à ces fresques grossières l'épithèle de préhis-
toriques ? M. Breuil, il ne peut y avoir de meilleur juge, affirme
que le « style des fresques animales de Gogul est bien le style
de nos dessins quaternaires, et pas le plus récent », d'autant
que le canton de Cogul est semé de stations magdaléniennes.
D'ailleurs, si les animaux ne font qu'ajouter de jolis spécimens
à des représentations déjà connues en Espagne comme en
France, les figures humaines sont un élément tout nouveau et
tout à fait inattendu. Pour la première fois apparaissent des
femmes vêtues, et, chose très curieuse, ce costume ressemble
étrangement à celui des femmes dans l'art minoen et mycé-
nien ; on est surtout frappé de la forme de la jupe en cloche et
de la nudité complète delà poitrine. Détail non moins surpre-
nant, on retrouve à Cogul l'amincissement de la taille allon-
gée. Mais ne tirons pas de ces faits une conclusion téméraire ;
ce ne sont là des indications valables ni pour une origine
ni pour une date, car le type des femmes, avec leurs longues
mamelles pendantes, n'a rien de minoen. Il fait surtout
songer à l'Afrique, et le style, d'une grossière et maladroite
lourdeur, ne permet pas d'évoquer le souvenir des peintures
ou des figures si originalement vivantes de Gnossos.
Les fresques de Gogul n'en sont pas moins une révélation du
plus haut intérêt, et l'on doit attendre avec impatience une
exploration détaillée de cette province ; elle nous ménage
certainement de belles surprises.
Dès à présent ces peintures ne sont pas isolées, et depuis
1907 on connaissait les rochers peints de l'abri de Calapata à
8 BULLETIN HISPANIQUE
Cretas, au sud de Calaceite, dans le Bas-Aragon. La découverte
est due à M. Juan Cabré Aguilo qui, en ayant vu l'importance,
la publia dès 1907'. Elle est maintenant bien connue grâce
au travail de M. Cabré, et surtout à celui de M. Breuil^.
Voici l'emplacement exact de l'abri : « Vers 5 kilomètres
de la source du Calapata, mais sur le territoire de Cretas, au
lieu dit la Tejeria, et sur la propriété de D. J. Antonio Villa-
grassa, à 5o mètres de la tuilerie, au-dessus d'un versant
rapide semé de roches, se trouve, dominant le fond du ravin
de 7 à 8 mètres, une sorte de muraille légèrement surplom-
bante en abri ; on l'appelle dans le pays Roca del Moro ou
encore Roca de los Cuarlos. » La fresque, longue de 2"* 82,
est peinte en rouge sombre sur le fond même de l'abri, à
2'"5o environ de hauteur. Elle comprend, outre des traces
de figures actuellement illisibles, trois cerfs, un taureau et un
petit sujet indéterminé. Deux des cerfs, lun en train de se
lever de terre, l'autre marchant vers lui, sont d'une anatomie
exacte et d'un mouvement bien observé. Leurs bois sont
surtout intéressants, car ils sont dessinés « d'une façon conven-
tionnelle qui tient de la face et du profil », et cette disposition
peu banale se retrouve dans toutes les figures de cerfs de Cogul
ainsi que dans les figures de rennes de la grotte du Portel dans
l'Ariège. Le bœuf est partiellement gravé et la surface de son
corps aussi bien qu'une partie de la tête et de la queue ont
beaucoup souffert. c< Il est d'une interprétation assez laborieuse,
ce qui avait fait croire d'abord à un sanglier; mais la queue
tombante et longue était bien celle d'un bœuf, ainsi que les
pattes ; le corps est très incomplètement peint : deux masses
rouges évitent intentionnellement de se fusionner et de le
remplir, comme si l'artiste les destinait à marquer les larges
zones foncées qui maculent aujourd'hui la robe de nos races
domestiques; peut-être le blanc, moins stable, a-t-il disparu ;
la gravure, fine et peu visible, supplée à ces absences ; elle
seule marque le dos, les pattes antérieures, le ventre et la
1. Las pinturas rupeslres del termina de Cretas, dans Boletin de Historia y Geografia
del Bajo Aragon (mars-avril 1907).
2. H. Breuil et J. Cabré Aguilo, Les peintures rupeslres du batsin inférieur de
l'Êbre : I. Les rochers peints de Calapata à Cretas, dans VAntkropologie, 1909, t. XX.
L ARCHEOLOGIE EN ESPAGNE ET EN PORTUGAL
corne, courte, incurvée, nettement caractéristique d'une race
taurine. »
Mais ces trois animaux le cèdent beaucoup à d'autres qui
étaient restés inaperçus jusqu'au passage de M. Breuil. Ce
fureteur incomparable, à qui rien n'échappe, les a découverts
le 2 septembre 1908, à 200 mètres de la Roca de los Moros. Ce
sont un cerf rouge
assez mal conservé, et
en surcharge un cerf
noir (fig. U), puis au-
dessous d'eux deux
jolis petits bouquetins
et une chevrette au
galop (12,21 et 12 cen-
timètres).
M. Breuil termine la
description des deux
rochers de Gretas par
ces mots, oii l'on vou-
drait voir une pro-
phétie : (( Trois mois
se sont à peine écou-
lés, et M. J. Cabré
écrit à M. Breuil qu'il a découvert neuf autres localités avec
peintures ou gravures à l'air libre ; une dixième, située au sud
de la province, nous a été signalée avec une précision suffi-
sante pour opérer des recherches. On peut le dire, nous som-
mes à la veille des plus imprévues résurrections, et peut-être
aurons-nous la satisfaction de voir l'art quaternaire tendre la
main, par-dessus Gibraltar, aux peintures et gravures rupes-
tres de l'Afrique septentrionale. »
Les découvertes de stations ibériques sont plus rares que
celles de stations préhistoriques. Est-ce parce que l'attention
est moins attirée sur les monuments de cette civilisation i*
Quoi qu'il en soit, nous devons encore à M. Cabré, si avanta-
geusement connu maintenant, une bien intéressante explora-
tion de nécropoles ibériques des environs immédiats de
Fig. h- — Peinture nipestrc à Cretas.
iO BULLETIN HISPANIQUE
Calaceite (province de Teruel). Malheureusement, nous ne
connaissons encore les très nombreuses et importantes anti-
quités qu'il a recueillies que par un rapport sommaire publié
dans une revue peu répandue, le Boletin de Historiay Geografia
del Bajo Aragon^. Son ami, M. Vidiella, dont nous avons le
plaisir de retrouver encore ici le nom associé au sien, a fait
à ce mémoire une préface, presque aussi importante que le
mémoire lui-même, puisqu'elle donne l'historique des trou-
vailles antérieures aux fouilles méthodiques.
Nous y apprenons que sur les hauteurs qui entourent
Calaceite, entre les rios Algar et Matarrana, les collines de
San Gristobal (autrefois Puch) et San Antonio, on a toujours
recueilli des objets antiques de toute sorte. En i8/i5 particu-
lièrement, « on trouva sur le cerro de San Gristobal diverses
armes de pierre de la période antédiluvienne » et de nombreux
fragments de céramique qui pourraient bien être, selon les
gens bien informés, des lacrymatoires, des bocaux, des am-
phores cinéraires du paganisme. « Les enfants s'en servaient
comme de jouets. »
M. Vidiella, écrivant en 1896 une Histoire de Calaceite^
exprimait l'idée que San Antonio était épuisé, et il n'attendait
plus de trouvailles que dans les sites voisins de Tosal Redo,
Vall de la Cabrera, Basa del Coixet, Castellans, Valleta de la
Fon, Misericordia, Ferreres, etc., où apparaissaient des traces
de très anciennes populations. Il avait du reste l'impression
heureuse que ces établissements appartenaient à la civilisation
celtibère ou romaine.
Or, en 1902, M. J. Cabré commença ses recherches à San
Antonio et les étendit ensuite aux stations voisines- Il eut la
main heureuse, et tomba d'abord à San Antonio sur une série
de chambres funéraires extrêmement originales. Toutes ou
presque toutes contiguës, elles se composent en général d'une
salle basse contenant au centre ou dans un angle, mais isolé,
un autel, et tout autour, sur une sorte de banquette, des cavités
destinées à recevoir des urnes funéraires. Autour de l'autel
t. Septembre et octobre 1908, Santiago Vidiella, Estaciones preliistôricas ; iv»i\
Cabré Aguilo, Hallazgos arqueolôgicos.
L ARCHEOLOGIE EN ESPAGNE ET EN PORTUGAL i I
était une banquette de même genre, et l'autel lui-même portait
des vases variés. Il y avait place dans chaque chambre pour
une quarantaine de vases à ossements. Partout entre les urnes
étaient répandus des vases et récipients divers, en particulier
des plats contenant encore des ossements de petits animaux,
sans doute résidus de repas funéraires, des pesons en grand
nombre et des objets de diverses sortes en terre cuite ou en
métal.
M. Cabré n'a donné, dans ses descriptions provisoires, que
bien peu de détails sur les objets qu'il a si heureusement
réunis, et les images qu'il montre sont en petit nombre et de
qualité médiocre. Il faut exprimer le vœu qu'il publie bientôt
un bon album de dessins et de photographies; il tarde certai-
nement à tous les amis des antiquités ibériques de connaître
par le menu les thèmes de la décoration des vases et urnes de
terre cuite, car si nous sommes certains dès maintenant qu'un
grand nombre sont certainement ibériques, et d'autres certai-
nement grecs, nous avons hâte de savoir ce que les vases
ibériques ont d'original, et de quel style, de quelle époque
sont les vases grecs trouvés avec eux. Cette concomitance
permettra peut-être à ceux que préoccupe si justement le pro-
blème des origines de la céramique ibérique détablir quelques
précieux synchronismes. Il ne nous suffît pas de savoir que
dans la première chambre « fut trouvé un plat de forme
et de goût exquis et de saveur grecque », ou « que les urnes
funéraires sont ordinairement simples, mais que quelques unes
apparaissent ornementées, et que, bien que le décor soit très
varié, les motifs circulaires y dominent », ou que « l'autel ou
pilastre de maçonnerie supportait trois vases sacrés très
délicats, à vernis noir, de ceux qui sont connus communément
pour grecs ou étrusques ». De même, on aimerait à mieux voir
ce fragment d'urne de la deuxième chambre avec une pein-
ture d'animal et à savoir si ce « plat très artistique et de goût
grec » trouvé dans la neuvième chambre est ibérique ou grec.
M. Cabré nous doit, et très prochainement, des explications
complémentaires. Nous connaissons assez son ardeur scien-
tifique pour être sûr qu'il nous les donnera bientôt.
12 BULLETIN HISPANIQUE
En attendant, il faut attirer l'attention sur toute la série des
pesons dont il a eu raison de ne pas négliger un seul fragment,
car beaucoup sont agrémentés de gravures nouvelles et
curieuses. La série de dessins que je reproduis (fig. 5) montre
tantôt de simples
lignes de points
et de traits verti-
caux au sommet
de Tune des faces
de la pyramide,
tantôt un double
trait en X, suivant
les diagonales,
avec, parfois, un
motif accessoire,
rectilinéaire, ou
un groupe de cros-
ses, ici une sorte
de tige de fougère
ou de branche
feuillue, et là, aux
deux angles d'un
carré, des espèces
de flèches dont les
barbes ont quel-
que rapport avec les éléments du svastica. Ailleurs on voit
un véritable svastica ; ailleurs des traits confus, véritable
gribouillis ; ailleurs encore, sur chacune des deux grandes
faces, un groupe de deux rosettes dans un rond, et au-dessous
un groupe de deux espèces de fleurs de lis dans un motif en
forme de larme. Ce dernier ornement semble plutôt peint que
gravé. Enfin un dernier peson porte l'image d'un cheval avec
son cavalier; le dessin est sommaire et enfantin, le cavalier
semble porter une épée.
C'est vraiment la collection de pesons la plus intéressante
qui ait été trouvée en Espagne. M. Engel et moi en avions
recueilli un grand nombre dans nos fouilles d'Almedinilla,
Fig. 5. — Pesons ibériques de Calaceite.
L AUGHEOLOGIE KM ESPAGNE ET EN PORTUGAL
l3
mais aucun n'avait de ces ornements typiques qui donnent à
ceux-ci une valeur singulière.
Les autres objets fréquemment ramasses sont des fusaioles,
des pierres à aiguiser, des briques quelquefois peintes ou
recouvertes de stuc coloré, des objets de fer, comme des lames
et des socs de charrues. Il faut noter à part une fibule, deux
épées à lame ondulée (?) et une autre plus
courte, du type de Vensls Jalcala, ou, pour
mieux dire, du type d'Almedinilla, qui toutes
étaient repliées à dessein, et surtout un style
qui mérite d'être reproduit (fig. 6). M. Cabré
ne nous dit pas s'il est en os ou en métal,
mais la décoration géométrique en est nou-
velle et la forme intéressante.
M. Cabré, je lai dit, ne s'en est pas tenu
à ses recherches à San Antonio. Il a fouillé à
Tosal Redo des chambres sépulcrales où se
trouvaient des urnes assez primitives, cuites
au soleil, où l'on remarque que les doigts du
potier ont tracé des ornements dans l'argile
molle, et des vases « qui ont de la ressem-
blance avec ceux des Talayots des Baléares ».
Voici un rapprochement de grand intérêt,
et c'est ici que le regret d'un dessin morne très simple
s'impose.
A Umbries, M. Cabré a recueilli « un fragment de céramique
de terre rouge jaunâtre étrusque, polychrome et présentant un
fragment de figure humaine avec des contours et des plis
gravés comme les vases archaïques de cette classe ». S'agit-il
d'un vase grec ? Tout porte à le croire, mais on désire un peu
plus de lumière. A noter, de même provenance, une figurine
de bronze représentant un mouton; l'animal a un caractère
indigène.
A Piuro del Barranc Fondo, station qui est la plus élevée de
toutes, la céramique « est d'un goût très délicat ».
A Mas de Madelenes, près de Cretas, on a trouvé jadis une
importante inscription ibérique qu'Hùbner a publiée, et qu'il
Bull, hispan. a
Fig. 6.
Slyle ibérique de
Calaceite.
ilx
BULLEIIN HISPANIQUE
croyait perdue'. M. Cabré l'a retrouvée et redessinée, et il
a corrigé une légère erreur de lecture. On a ramassé au même
lieu de petits vases très fins et d'ornementation variée, des
ustensiles de fer très
oxydés, de grands
ciseaux servant
peut-être à couper
le sparte, etc.
Enfin, notre ami
fait connaître deux
objets de premier
ordre. Le premier
est, à ce que pense
M. Cabré, et c'est
aussi l'opinion de
M. Déchelette qui
s'est intéressé tout
récemment à la
chose, un candéla-
bre en bronze trouvé
à Ferreres (Jlg. 7).
Sur un disque ajou-
ré, qui malheureu-
sement a beaucoup
soudert, est debout
un petit cheval très
mal modelé par un
ouvrier au talent
enfantin. Sur son échine se dresse une colonnette qui sup-
porte uu second disque horizontal, semblable au premier,
et comme lui en mauvais état. Sous le ventre du cheval est un
étai destiné à le renforcer. L'ensemble a une vingtaine de
centimètres de haut. La colonne et les disques imitent le
travail du filigrane, par la juxtaposition ingénieuse de guillo-
chages qui simulent des cordons tressés. Le type et le style
du cheval ne laissent aucun doute sur l'origine indigène du
I. E. Hiibiier, MoiiumeiUa lingusp iberiac, n° XVIII, p. i5i.
FiG. 7. — Caudélabie (?) en bronze de Ferreres.
L AHCHEOLOGIi: EN ESPAGNE ET EN PORTUGAL
l5
curieux objet, mais j'avoue ne pas bien en comprendre l'usage;
j'y vois difficilement un candélabre ou un lampadaire. D'autre
part, j'ai peine à suivre M. Déchelettc qui,
dans sa récente étude sur le Culte du
Soleil aux temps préhistoriques {Revue
archéologique, 1909, 1, p. 3o6-357), repro
duit le dessin de M. Cabré, et dit que ce
petit bronze « semble se ranger parmi les
représentations du cheval solaire » . Par
suite, nous n'oserions suivre le savant
préhistorien dans les déductions où cette
hypothèse l'entraîne.
Le soi-disant lampadaire a été acheté
par le Musée du Louvre. La photogra-
phie que je reproduis ici, et que je dois
à l'obligeance de M. E. Pottier, nous le
montre dans son véritable état, et cor-
rige le dessin un peu trop flatteur de
M. Cabré.
Le second monument est une stèle
funéraire en pierre sablonneuse, que
M. Cabré a sauvée de la destruction, car
on l'avait brisée en quatre morceaux
pour la faire servir à la maçonnerie
d'un mur (Jig. 8). C'est un bloc de i'"70
de haut et de ^o centimètres de large,
découvert par un paysan dans un de ses
champs, en bordure du chemin de Cala-
ceite à Santa Ana. Sur une des faces, dans
un cadre étroit formé de losanges oppo-
sés par les sommets, sont déterminées
six zones horizontales plus ou moins étroites. Les deux pre-
mières sont décorées de six fers çle lances dressés côte à
côte ; la troisième porte un cavalier avec grand bouclier
ovale, la quatrième un sujet indistinct où M. Cabré songe à
voir une inscription indéchiiîrable. Les deux dernières sont
identiques aux deux premières. Tout le bas de la stèle est
FiG. 8.
Stèle funéraire do
Calaceite.
l6 BULLETIN HISPANIQUE
lisse, et devait être enterré ou encastré dans la cavité d'une
base de pierre.
Cette stèle marquait vraisemblablement la tombe d'un
guerrier: il est intéressant de noter que la stèle avec inscrip-
tion de Cretas, que M. Cabré a retrouvée et plus correctement
publiée dans le même article, porte la même ornementation
de lances, intéressant aussi que le cavalier soit tout à fait de
même style que celui qui est gravé sur le peson de Mas
de Madelenes.
Je ne puis, en terminant ce rapide résumé des découvertes
de Calaceite, qu'adresser de vifs compliments à M. Cabré et
lui demander encore de satisfaire promplement notre curio-
sité, car il y a longtemps qu'un ensemble de monuments
ibériques de cette valeur n'a pas été signalé. Tout intéresse
dans ces fouilles : la forme, ladisposition, et, si je puis dire,
l'architecture des chambres funéraires aussi bien que leur
mobilier et les rites funéraires qu'elles nous font connaître.
Remontons le cours de l'Èbre jusqu'à l'embouchure du rio
Jalon, à quelques kilomètres à l'ouest de Saragosse,et le Jalon
lui-même jusqu'à Monreal de Ariza, au delà de Calatayud.
Toute la haute vallée du rio depuis Monreal est un domaine
nouveau, très originalement fécond, de l'archéologie préhisto-
rique et ibère: c'est le domaine que le marquis de Cerralbo,
de la Royale Académie de l'Histoire, vient d'exploiter avec
bonheur, et où il a fait des découvertes sensationnelles dans
une vingtaine de stations'. (Carte, y^gf. g.)
A Torralba, tout au pied de la Sierra Ministra, et près de
la source du rio, nous sommes en pleine période chelléenne;
des haches de cette époque se trouvent à côté de restes en
nombre prodigieux de Yelephas rneridionalis, de Velephas aiili-
(juus, dont il y a un étonnant cimetière, du bos primigenas,
du cerf et du cheval.
La caverne de Somaen est située au 177^ kilomètre de la
route de Madrid à Saragosse. L'entrée en a été rétrécie par des
I. El Alto Jalon — Descubrimientos arqueolôgicos — Discurso por el Excnio Sr. Don
Enrique de Aguilera y Gainboa, marqués de Cerralbo, individuo de nninero de la real
Academia de la Historia, leido en la junta pàblica del 26 de diciembre de 1909 (Madrid,
Fortunel, loo'j)-
l'archéologie en ESPAGNE ET EN PORTUGAL j-
liabitants primitifs au moyen de blocs de pierres. L'intérieur
est vaste et imposant. M. de Cerralbo y a recueilli de nombreux
^^^ciadeZaraqo^^I
lO BULLETIN HISPANIQUE
tessons du style de Cienpozuelos; les gravures de dessins
géométriques y sont incrustées, comme à Cienpozuelos, de
pâte blanche, mais il semble que la technique est ici plus fine
et délicate ; le décor linéaire y est plus menu et plus serré. Il
y a pourtant des exceptions, et quelques débris sont gravés de
FiG. 10. — Poteries de Somaen.
chevrons plus larges et assez irréguliers. Ils sont d'époque
postérieure et marquent comme une décadence de cette
céramique ; ils ont été retrouvés, d'ailleurs, dans une couche
supérieure de terrain. Voici que les découvertes de ce genre se
sont singulièrement multipliées, depuis quelques années dans
toutes les régions de l'Espagne et du Portugal, et l'on devra
bientôt songer à écrire la très instructive histoire des ateliers
L ARCHEOLOGIE E^ ESPAGNE ET EN PORTIGAI, I ()
dont ceux de Gienpozuelos, des Alcores, de Palmella et de
Somaen sont actuellement les plus typiques (fig. 10).
Une grotte détruite de l'Atalayo, vers le kilomètre 178 de la
même route, station moins importante, a donné des outils en
pierre polie et des fragments céramiques de même nature que
la grotte de Somaen.
Toute une série d'habitations rupestres, dans le canton que
baignent le rio Blanco et le Jalon à leur confluent, se rapporte
aussi sans doute à la fin de l'époque quaternaire. Ce sont les
stations de Yaldecasa, de Velilla, de Val de Herreros, de Viana.
Ces demeures sont le plus souvent creusées dans la roche
abrupte, et l'accès en est difficile. C'est le cas de Valdecasa.
L'entrée est un trou de 60 centimètres; on pénètre d'abord
dans un couloir long de 7 mètres, puis dans une salle de ^^So
sur 2 mètres, haute de i"" 70 ; une étroite galerie, longue à peine
de 5 mètres avec des saillies disposées sur les parois, sert de
rampe ou d'échelle jusqu'à un deuxième étage constitué par
une grande salle irrégulière. Cette salle correspond elle-même
avec une petite plate-forme à l'air libre. Là était peut-être la
véritable entrée de la demeure.
A Velilla la disposition n'est pas moins curieuse. C'est, taillé
dans le roc, un couloir irrégulier et tortueux qui monte,
descend, s'élargit, s'amincit, et aboutit à une petite chambre
arrondie. M. de Cerralbo pense que c'est peut-être une
chambre funéraire, et je crois qu'il a raison, car cela convient
peu à un habitat d'hommes vivants, tandis qu'on reconnaît
aisément le souci de tant de primitifs de dissimuler les lieux
de sépulture.
L'investigateur remarque que la roche a été taillée avec un
outil de silex; il en est de même des chambres de Val de
Herreros et de Viana ; ces deux groupes de chambres sont
encore plus compliqués de plan, et les salles et couloirs sont
disposés sur deux étages. Malheureusement il ne nous est pas
dit qu'il ait été recueilli un seul objet pouvant indiquer si ce
furent là des maisons ou des tombes. Pour quelques-unes
M. de Cerralbo se range au premier parti, à cause de certains
détails comme des saillies de rocher formant bancs en plu-
3C BULLETIN HISPANIQUE
sieurs salles et des trous ayant pu servir de placards. Ce n'est
pas suffisant, et si le pays n'était pas si clairement désigné
comme un grand centre de population préhistorique, si
partout on ne trouvait des débris de céramique lisse préhisto-
rique, on pourrait hésiter même sur la véritable époque oii
furent creusés et occupés les rochers.
M. de Gerralbo signale qu'il a copié dans diverses chambres
FiG. II. — Mur cyclopéen à Santa Maria de Huerta.
« des signes étranges, tous gravés avec quelque insistance, et
qui révèlent l'aspiration à de rudimentaires inscriptions
incompréhensibles ». 11 sera important de publier ces signes.
Les monuments mégalithiques de la même région sont assez
nombreux. Il faut encore savoir gré à l'infatigable académicien
de les avoir fait connaître.
Les bastions ou demi-cercles formés d'énormes pierres
brutes dressées de Santa Maria de Huerta (M. de Gerralbo
l'appelle un cromlech), la muraille d'enceinte de Monreal de
Ariza (au i85*' kilomètre de la route de Madrid à Saragosse),
« formée de rudes, inégales et informes roches fichées dans le
sol ou posées debout sur des cales qui suffisent à affirmer leur
L ARCHEOLOGIE E\ ESPAGNE ET E?î PORTUGAL 2 1
disposition intentionnelle et la main de l'homme primitif, ne
s'ordonnent jamais et ne se touchent que rarement, laissant
d'ordinaire des espaces libres de 5o centimètres environ ». Un
de ces blocs, le plus important, porte sur une de ses faces
assez planes des cassolettes, quelques-unes réunies par des
raies. Ce qu'il y a de curieux dans ces deux constructions,
c'est qu'elles s'associent à des murailles et à des forts cyclo-
péens qui occupent le plateau des deux collines (fig. ii).
A Monreal de Ariza, le Castro cyclopéen est séparé par un
fossé d'une hauteur contiguë où se cachait une grande nécro-
pole. M. de Cerralbo y a recueilli à foison des tessons de pots
très primitifs, cuits à l'air ou simplement séchés, provenant
d'ustensiles très grands, puisque le diamètre en pouvait être
de 70 centimètres.
Voici la description de l'une des sépultures, toutes étant
à peu près du même type : « A i^So de profondeur, » dit M. de
Cerralbo, « sous la terre meuble, nous trouvâmes l'argile dure
sur laquelle reposaient neuf pierres brutes alignées, leur
épaisseur variant jusqu'à 20 centimètres, leur longueur et leur
largeur étant de 5o centimètres et de 35 centimètres environ.
Ayant levé ces pierres, qui servaient de couvercle grossier à la
sépulture, nous vîmes celle-ci pleine d'une terre très fine qui y
avait coulé au cours des siècles à travers les interstices des
plaques informes. Ce dépôt extrait, apparut, parfaitement
conservé, un squelette de taille gigantesque, car il mesurait
i^gg. Il était étendu les bras allongés contre le corps, mais la
tête était inclinée du côté droit, comme pour regarder vers
l'Occident, avec ce détail étrange qu'il y avait deux briques
placées entre la tête et les épaules ; elles étaient posées de
champ, presque jointes, sans autre intervalle que l'espace
nécessaire pour le cou du cadavre. La fosse était creusée dans
l'argile, sans aucun revêtement, profonde de 5o centimètres et
large de ko centimètres. Je ne trouvai aucun objet dans la
tombe. »
La rude poterie, des haches de pierre polie, un broyeur de
grain trouvés au Castro semblent bien prouver que nous
sommes à l'époque néolithique. Chaque tombe avait près
HUIJ-ETIN HISPANIQUE
d'elle un foyer, où sans doute le cadavre avait subi une demi-
crémation avant d'être enterré. Il y avait de plus, à côté de la
fosse et du foyer, une petite cavité circulaire oii du feu était
allumé, peut-être pour brûler les habits du mort ou satisfaire
à quelque rite inconnu.
Dans une des fosses on a trouvé deux briques ayant vague-
ment la forme, l'une d'une tête de bœuf, l'autre d'un scarabée,
et ce fait reste très mystérieux.
La nécropole de la Hoya de los Muertos, dans la montagne
entre Monteagudo et Monreal de Ariza, a ceci de particulier
Kk;. it. — rirande jarre de la niTropole du Sahinar.
que les morts étaient brûlés dans une série de cinq longs
couloirs compris entre des murs bas, couloirs que l'on a
trouvés comblés de cendres et de poteries barbares. Le cime-
tière du Sabinar, plus à l'ouest, près de la Sierra de Mata
(région de Montuenga) a donné des débris intéressants de
grandes jarres décorées en relief de rubans plissés disposés en
guirlandes, de type nouveau, je crois, en Espagne (prj. 12).
Le village dont dépendait cette nécropole semble s'être
trouvé à Mirabueno, où M. de Cerralbo a copié la seule pein-
ture rupestre qu'il ait remarquée dans la contrée.
Sans insister sur les sépultures du Vado de la Lampara
ou Moulin de Benjamin, ni sur la Cueva de las Cazoletas,
l/.VRCHÉOLOGIE EN ESPAGNE ET EN PORTUGAL 23
à Monreal de Ariza, ainsi nommée à cause d'une pierre cou-
verte de petites cupules mystérieuses, j'arrive à la découverte
des ruines d'une très antique ville ibérique et ibéro-romainc
que M. de Gerralbo a de fortes raisons pour identifier avec
Arcobriga.
Jusqu'ici, sur la foi dAmbrosio de Morales qui publia une
inscription du municipe d'/Vrcobriga soi-disant trouvée à
Arcos, on plaçait dans cette dernière ville la cité antique.
Mais cette inscription est douteuse, sinon fausse, et Arcos con-
vient mal à ce qu'on sait d'Arcobriga. Il faut chercher la ville
en face du Castro mégalithique plus haut signalé, au i85* kilo-
mètre de la route de Madrid à Saragosse, sur la suite de
hauteurs qu'on nomme le Monte Villar.
M. de Gerralbo est le premier qui se soit aperçu non pas
seulement de Timportance, mais de l'existence même de ce
Castro. Il l'a exploré avec soin, et cette exploration fut accom-
pagnée de fouilles.
La ville s'étendait sur toute une longue colline ondulée,
de 5oo mètres de développement dont elle occupait le plateau
et les pentes. M. de Gerralbo en a reconnu l'enceinte, longue
de i,6oo mètres, interrompue seulement à l'est, où la hauteur
coupée à pic se défendait d'elle-même (Jîg. i3). G'est une
double, et parfois une triple muraille qui rappelle les Gilanias
du Portugal. La muraille externe est parfois épaisse de 3 mètres.
Il y a trois entrées, dont une est défendue par deux tours,
dont une autre, la première au nord-est, était accessible aux
chars grâce à une pente douce. La cité elle-même se divisait
en trois sections situées sur trois esplanades en escalier, et
séparées entre elles par un mur percé de portes. Gelui qui
sépare la plus haute terrasse de la précédente est extrêmement
robuste, ayant de 6 à 4 mètres d'épaisseur. C'est que sans doute
il bordait l'acropole.
La ville renferme des monuments très anciens et d'autres
d'époque romaine, mais toutes ces enceintes semblent bien
purement ibériques et de travail barbare. Sur la première
esplanade il n'y a guère que les restes de maisons petites et
pauvres, et peut-être d'un modeste sanctuaire. On a reconnu
24 BULLETIN HISPANIQUE
des rues empierrées entre d'humbles logis à foyer central. Sur
la seconde esplanade, les habitations sont plus importantes; là
probablement était la ville romaine, avec une grande citerne,
un forum et des thermes. Les fouilles n'ont pas été assez
poussées pour qu'on puisse être affirmatif. Enfin, sur l'acro-
pole on a retrouvé des rues, un palais que M. de Cerralbo
Vu..
lUiiiies (le l"enreif:le d'Arcobrisa.
appelle le Praelorium. D'après sa description il s'agirait tout
au moins d'une belle maison de type pompéien, richement
décorée de stucs à peintures. On y a recueilli un chapiteau
pseudo- corinthien de style surchargé et de facture un peu
rude. Dans les ruines d'une tour, au point culminant de la
citadelle on a ramassé de nombreuses balles de catapultes en
pierre, quelques-unes pesant jusqu'à 28 kilogrammes.
M. de Cerralbo a aussi déterminé l'emplacement du théâtre
romain, d'assez grandes dimensions, et aussi, en montant du
L ABCHEOLOGIE EN ESPAGNE ET EN PORTUGAL
35
théâtre au Praetorium, les ruines d'un temple prostyle à six
colonnes. Cet édifice semble très intéressant, et on en désire
une étude précise.
Ce court résumé des découvertes de M. de Cerralbo suffît à
montrer les raisons que l'on aurait de pousser là des fouilles
méthodiques, et je ne doute pas que le noble académicien n'y
emploie tout son admirable zèle. Jusqu'à plus ample informé
il restera des doutes sur l'identification d'Àrcobriga. Un seul
fragment d'inscription romaine sans intérêt, cent monnaies
ibériques et romaines, plus deux petits autels dont l'un porte
une dédicace au dieu Mercurius Ocniorocus (lecture du
K. P. Fita) et l'autre à Apollon ne sont pas des documents
assez explicites.
La récolte d'objets divers dans les ruines a été assez abon-
dante. M. de Cerralbo parle de débris très nombreux de «barro
sagontino», de céramique d'Ampurias (?), surtout de céra-
mique ibérique « à dessins géométriques, à figures stylisées
d'oiseaux, à symboles ». On aimerait à connaître ces dessins
en détail, ainsi que «les petits bronzes ibériques et romains».
Du moins l'heureux chercheur a-t-il publié un très inté-
ressant vase ibérique presque complet, trouvé sur une marche
d'escalier, dans la muraille de l'acro-
pole. La forme est celle d'un cylindre
évasé par le haut ; la pâte d'argile
fine est grise ffig. i4). Ce qui fait le
prix de l'ustensile, c'est la peinture
noire qui le décore. L'image ci-jointe
(fig. 15) dispense d'une description
minutieuse ; qu'il nous sutïise de
remarquer la rareté du sujet deux
fois répété : un palmier en pot dans
un édicule à colonnes historiées et à
fronton que le sommet des colonnes
dépasse, et, dans le champ, des coqs de figure très simplifiée,
des plantes à tiges souples, les unes représentant du lierre,
les autres peut-être des arômes. M. de Cerralbo a eu l'ingé-
nieuse idée de rapprocher la plante et l'édicule d'un autel
■•-'^•~-"..'.'
Fig. i.'i.
Vaso ibérique d'Arcobriga.
26
phénicien ou car
thaginois de Mal-
te (Hagiar-Kim)-.
Il y a véritable
identité entre la
caisse et le pal-
mier du vase et
ceux de l'autel, et
il semble que le
vase soit appelé
avec raison ibéro-
punique. H est
assurément un
document de
haute importan-
ce, etuniquedans
les séries de la
céramique primi-
tive espagnole,
mais M. de Cer-
ralbo a peut-être
tort de chercher
trop subtilement
dans ce décor des
sens religieux et
symboliques,
contre lesquels le
commentaire de
M. Perrot sur l'au-
tel de Malle le
mettait justement
en garde.
Quoi qu'il en
soit, on voit com-
i Perrol el Chipie/,
Histoire de VArl dans
l'Antiquilé, III, lig- "^-
l'archéologie en ESPAGNE ET EN PORTUGAL
27
bien M. de Cerralbo a raison d'écrire : « L'importance de la
ville d'Arcobriga est si grande que pour exposer ce qu'elle
a8 BULLETIN HISPAÎNIQUE
fut, ce qu'elle valut, comment elle se trouve actuellement, et
ce que j'espère qu'elle sera après de grandes fouilles, il faudrait
un livre. » Ce livre, M. de Cerralbo est en train de l'écrire. Il
sera le très bien venu et digne du sujet, si l'auteur veut bien
se défier parfois, lorsqu'il interprète ses belles découvertes, de
son imagination un peu trop vive.
Par exemple, je me permettrai de lui conseiller un peu de
prudence lorsqu'il étudiera plus à fond ce qu'il appelle « l'assem-
blée ibérique et la pierre des sacrifices humains». Il s'agit
d'une assez vaste surface enclose de murs qui se trouve à
I kilomètre environ à vol d'oiseau en face d'Arcobriga, sur la
rive gauche du Jalon, de l'autre côté de la Vega. Je me défie
beaucoup de l'identification avec un lieu d'assemblée, et je
crois plus simplement que M. de Cerralbo a eu l'heureuse
chance de retrouver, sur une hauteur qui fait face à la cité
précédente, une cité plus ancienne et beaucoup plus barbare,
si l'on en juge par la construction de l'enceinte et des divers
murs de l'intérieur, et c'est déjà une assez jolie découverte.
Quant à la « pierre aux sacrifices », ne serait-ce pas un simple
bassin ou abreuvoir dont un côté a été brisé ? {Fig. i6.)
Quand j'aurai mentionné la nécropole de Galiana, près de
Somaen, qui est peut-être d'époque visigothique ou arabe, car
la céramique que l'on y trouve — divers tessons décorés de
cercles ou d'étoiles au moyen d'un cachet sans doute — ne
semble ni préhistorique ni ibérique, j'aurai montré quelle
admirable région, et combien riche, nous devons maintenant
de connaître au plus enthousiaste et plus actif des grands
seigneurs archéologues '.
Si le marquis de Cerralbo a retrouvé Arcobriga, le comte de
Romanones, ex-ministre de l'Instruction publique, s'est délassé
de la politique en explorant Termes ou Termance, la rude cité
des Arévaques que la glorieuse Numance a, comme il était
juste, éclipsée 2.
I. Avec une extrême courtoisie, M. le marquis de Cerralbo a bien voulu mettre à
notre disposition quelques-uns des plus intéressants clichés de son livre. Nous lui
adressons tous nos vifs remerciements.
a. Conde de Romanones, Las ruinas de Termes, apunles arqiieolôgicos descriptivos.
Madrid, 1910.
L*ARCHEOLOGiE EN ÈSPAGME ET EN PORTUGAL 3^
L'emplacement en était depuis longtemps fixé à Tiermesj
site sauvage perdu à l'extrémité de la province de Soria, entre
les villages de Yaldcrroman, Garrascosa, Pedro Sotillos et
Manzanares, où rien n'attire que, par intervalle, quelque pèle-
rinage à Nuestra Senora de Tiermes. Les ruines s'étendent de
l'ouest à l'est sur une longueur de 700 mètres. Elles occupent
une série de collines surtout escarpées au nord et au sud-
ouest, et étagées du côté sud.
Tite-Live raconte que lorsque le consul Didius eut définiti-
vement réduit les Termantins, il autorisa la reconstruction de
la ville non plus sur sa hauteur, mais dans la plaine. Eux-
mêmes occupèrent l'antique forteresse, au point culminant
des collines. De fait, on distingue très nettement les deux
villes juxtaposées. La première est remarquable surtout par
sa porte principale « admirablement disposée pour la défense,
car on ouvrit dans la roche, à coups de pic, une rue un peu
oblique qui débouchait sur une vaste place dominée à son
tour par d'importantes hauteurs en manière de forteresse».
On admire encore les chemins de ronde ménagés tout autour
de l'enceinte, et aussi la galerie souterraine qui, faisant suite
à un aqueduc à ciel ouvert, amenait les eaux dans la ville. La
ville romaine, à l'occident, garde plus de vestiges du passé.
Le sol est littéralement semé de débris céramiques, et de
pierres de construction. 11 faudrait de grandes fouilles pour
retrouver et étudier quelques édifices et fixer le plan des
maisons, des places et des rues. Peut-être l'ermitage de Nuestra
Senora occupe-t-il l'emplacement d'un vieux temple. M. de
Romanones a reconnu certainement les ruines d'un théâtre
et de thermes imposants; il a même déterminé le site de la
nécropole, avec de grandes sépultures ouvertes dans le roc.
De cet ensemble imposant, M. de Romanones nous donne
une description sommaire, mais heureusement précise. Il a
aussi le soin de donner le catalogue de tous les objets, au
nombre de 208, qu'il a fait recueillir, et qui comprend des
monnaies, de la céramique ibérique et romaine. Mais il n'y a
en somme aucune pièce hors ligne. Cependant on peut affirmer
que la terre est riche en monuments précieux si l'on en juge
Bull, hispan. 3
OO BULLETIN HISPANIQUE
par les deux patères de Ségovie, patères d'argent dont les
anses sont décorées d'attributs bachiques, qui, trouvées autre-
fois dans Tenceinte de l'ermitage, ont été vendues à un mar-
chand de Ségovie, d'où le nom sous lequel elles sont connues
en Espagne.
Il y a là de quoi tenter M. de Romanones, et nul n'est mieux
à rnême que lui d'entreprendre l'exploration définitive de
Termance. La seconde cité des Arévaques est digne de ce
même effort patriotique qui nous rend peu à peu Numance.
A propos de l'héroïque cité, je n'ai pas appris de nouvelles
des travaux que la Commission spéciale doit exécuter annuelle-
ment dans la ville haute ', et, d'autre part, je n'ai pas à
insister dans cette Revue sur les nouvelles recherches, tou-
jours aussi heureuses de M. Schulten dans les camps de
Scipion et dans les camps de Renieblas, théâtre d'événements
tragiques, qu'il a si habilement retrouvés et autant que
possible identifiés.
Pierre PARIS.
(A suivre.)
I. Je reçois trop tard pour en parler une très intéressante étude de J.-R. Méiida
sur les fouilles de la ville ibérique. 11 y publie en particulierdes fragments nouveaux
de vases peints, à représentations humaines, qui sont d'une très grande valeur.
QUELQUES FRAGMENTS DE VASES IBERIQUES
D'AMP URIAS
Planche I.
L'étude de notre céramique ibérique, révélée à la science,
il y a quelques années, par M. Pierre Paris, a provoqué dans
ces derniers temps des discussions intéressantes. Nous croyons
utile de publier tous les documents qui peuvent apporter de
nouvelles données dans le débat: c'est dans cette pensée que
nous nous permettons d'appeler l'attention sur quelques
fragments récemment découverts, qui appartiennent à ce
groupe de poteries.
Parmi les innombrables tessons qu'on trouve confusément
amoncelés sur l'emplacement de l'antique Ampurias, plusieurs
céramiques sont abondamment représentées : la grossière
céramique préhistorique des habitants primitifs, la céramique
grecque, à figures noires ou rouges, introduite par les colons
grecs, la céramique campanienne, arétine et gallo-romaine
imitant l'arétine, enfin la céramique romaine ordinaire; mais
jusqu'à présent les fragments de céramique ibérique prove-
nant d'Ampurias étaient très rares : c'est à peine s'il s'en
conservait quelques-uns dans la collection du musée de Gérone
et dans la collection Alfaras (autrefois à Figueras, aujourd'hui
au Musée municipal de Barcelone).
Les fouilles pratiquées par la Commission des Musées de
Barcelone ont eu pour résultat la découverte d'un bon nombre
de fragments de cette céramique. Antérieurement, ces pote-
ries, dont les couleurs ont peu d'éclat et d'où les figures sont
absentes, n'avaient pas attiré l'attention des gens qui, à Ampu-
rias, remuaient le terrain sans autre pensée que de découvrir
03 BULLETIN HISPANIQUE
des objets faciles à vendre : on s'explique ainsi qu'elles soient
restées longtemps inaperçues.
A vrai dire, les fragments de céramique ibérique mis au
jour dans les fouilles de la Commission des Musées, fouilles
dont elle me fil l'honneur de me confier l'inspection, n'ont pas
fourni jusqu'à aujourd'hui de données vraiment nouvelles, ni
par les dessins qui les ornent, ni par les rapports de position
des couches oii ils ont été rencontrés.
Presque tous les fragments, trouvés en des points très
divers, ne présentent que des ornements géométriques, soit le
thème très banal des cercles concentriques, soit des lignes
irrégulières ondulées ou des grecques rudimentaires, soit des
dents -de- loup, des lignes en S ou en zigzag, soit quelques
décorations plus élégantes formées par des cercles qui se
coupent ou par des carrés en damier. Nous n'avons à citer,
comme motifs particulièrement curieux, quune bande d'orne-
ments en forme d*E répétés un grand nombre de fois, et un
dessin qui ressemble à la représentation d'un arbre.
De même les formes sont les formes courantes, urne cylin-
drique à bords droits en saillie vers lextérieur, ou bien olla
ou calpis à une ou deux anses.
Les couches qui ont fourni cette céramique se plaçaient
à des niveaux très divers, si divers qu'il est malheureusement
impossible d'arriver à des conclusions définitives. Dans la
ville ibérico-romaine, des fragments ont été découverts à l'ex-
trémité de la rue principale, à moins de 5o centimètres de
profondeur, confondus avec toutes sortes de poteries romaines;
dans un puits creusé au pied de la muraille, à l'intérieur,
à droite et à un peu plus de 12 mètres de la porte, on a
trouvé à 3"! 5 plusieurs fragments, avec de la céramique cam-
panienne et romaine, et une monnaie de Juba 1" de Mauré-
tanie. Dans les sondages ouverts près du mur commun qui
montait de la ville grecque à la ville romaine, suivant la
direction marquée aujourd'hui par un chemin, on trouva dans
un silo de nombreux fragments, dont plusieurs provenaient
d'une grande urne, presque complète; ils étaient à la pro-
fondeur de i'"3o, mêlés à des poteries gallo-romaines (de celles
QUELQUES FRAGMENTS DE VASES IBÉRIQUES d'aMPURIAS 33
qu'on appelle improprement sagontines) et campaniennes.
Près de la basilique chrétienne, plusieurs tessons étaient posés
sur un fragment de mosaïque romaine de très basse époque.
Ces faits, et beaucoup d'autres que nous pourrions citer, indi-
quent que dans ces ruines, retournées mille fois par la bêche
et la charrue, il faut renoncer à chercher une stratification
claire. On peut seulement remarquer, d'une façon générale,
que les fragments ibériques, et plus encore les fragments
grecs de bonne époque, ne se rencontrent en abondance que
dans les couches lés plus profondes. Jusqu'à environ 3 mètres
de profondeur tout est confus, et même à fleur de terre on
rencontre de nombreux échantillons de toutes les espèces
de céramique. Mais au-dessous de 3 mètres, en général, les
couches apparaissent intactes; la poterie sigillée ou sagontine
est très rare; sont relativement fréquents, au contraire, les
fragments ibériques, les fragments d'argile ordinaire d'époque
indéterminée, d'autres tessons plus minces, peut-être grecs,
de couleur grise et de pâte plus fine, et enfin les débris de
céramique grecque à figures rouges.
Nous ne prétendons pas faire ici l'étude détaillée de ces restes
céramiques ni des conditions où ils se rencontrent : pour la
mener à bien, il faut attendre que des données plus intéres-
santes permettent des conclusions plus sûres. Mais nous dési-
rons maintenant décrire quelques fragments plus importants,
qui ont été découverts près des terrains qu'occupait la nécro-
pole grecque, parmi des sépultures d'époque grecque, et que
j'ai pu acquérir pour ma collection particulière. Mon attention
avait été attirée sur ces fragments par mon excellent ami
D. Pedro Villanueva, qui, avec un désintéressement, un zèle
et une compétence si louables, fait des fouilles dans un terrain
lui appartenant, compris dans l'enceinte de la ville romaine;
là aussi il a trouvé un certain nombre de fragments ibériques.
Les fragments que je possède sont intéressants par leur
décoration, qui ne se limite pas à des ornements géométri-
ques ni à des animaux plus ou moins fantastiques ; on y voit
se dérouler toute une scène bien composée, exécutée avec une
aisance et une habileté remarquables : ce sont plusieurs
34 BULLETIN HISPANIQUE
chasseurs en train de poursuivre des cerfs ; des arbres alter-
nent avec les groupes de figures pour indiquer le paysage.
Ces débris appartenaient à un grand vase, dont la forme
était curieuse : elle rappelle plutôt le type des urnes que nous
pourrions appeler barbares, par opposition aux types classi-
ques. Cette forme dérive d'un modèle connu, le modèle carac-
téristique des urnes villanoviennes : le vase était constitué par
deux troncs de cône inégaux, unis par les bases; il avait deux
anses latérales. Le col présentait aussi une particularité inté-
ressante : il était droit, comme celui de la situla, haut d'en-
viron i5 millimètres, et laissait tout autour de lui, à sa base,
un espace lisse, presque horizontal, large de 2 centimètres. Le
vase, autant que les fragments découverts permettent de le
reconstituer, mesurait environ 28 centimètres de haut sur
3o centimètres de diamètre à la panse et i5 centimètres à
l'orifice.
La décoration de ce vase est extrêmement complexe. Le col
est lisse, sans ornements, puisqu'il devait s'emboîter dans un
couvercle. La surface presque horizontale qui venait ensuite
portait un semis de gros points de couleur noire; puis, sur la
panse, se succédaient, de haut en bas: i" une zone de dents
triangulaires qui n'occupent que la moitié du périmètre du
vase ; dans l'autre moitié, elles sont remplacées par des lignes
obliques entre-croisées; 2° une zone de demi-cercles concen-
triques, exécutés à main levée, avec assez de négligence, et,
à ce qu'il semble, postérieurement au paysage, car ils sont
incomplets sur les points où ils pourraient couper les figures;
3° le paysage principal, qui forme une scène animée, lâchasse
au cerf; nous en donnerons tout à l'heure la description, qui
mérite vraiment un paragraphe à part ; ce paysage occupe, sur
la panse du vase, une zone d'environ 8 centimètres de haut;
4° sur une grosse ligne qui entoure le vase à la partie la plus
renflée, une série de dents, dont l'extrémité s'enroule en forme
de crosse, et, sous cette ligne, six autres lignes parallèles, la
dernière étant plus grosse que les autres; 5° une grecque
formée par des métopes de lignes verticales parallèles, alter-
nant avec d'autres que décorent des moitiés d'ellipses concen-
QUELQUES FRAGMENTS DE VA.SES IBÉRIQUES d'aMPURIAS 35
triques : la largeur de cette grecque est de Jt centimètres;
6° trois bandes parallèles qui portent comme ornements des
figures difficiles à préciser, peut-être des dauphins schéma-
tises, disposés de telle sorte que dans les trois zones on voit
alterner sur la même verticale ce que nous pourrions appeler
la tête et ce qui serait la nageoire dorsale; 7" plusieurs lignes
parallèles, jusqu'à la base du vase.
Le paysage qui occupe la zone principale représentait,
autant qu'il est permis d'en juger d'après les fragments décou-
verts, des groupes de chasseurs armés de lances qui poursui-
vent des cerfs; un arbre séparait chaque groupe du groupe
voisin. Ainsi le fragment principal porte, à la droite de l'anse,
un arbre dont le tronc et le branchage sont bien apparents,
puis deux chasseurs peints en silhouette, d'une couleur noire
mate, comme l'arbre et toutes les décorations. La tête semble
couverte d'une chevelure abondante, bouffante et crépue
comme celle d'un nègre; mais le nez, seul trait distinct dans
le visage, n'a rien du nez de la race noire. Le corps est bien
proportionné, avec la ceinture très étroite, comme dans
beaucoup de figures de l'art grec archaïque; le vêtement ne
comprend qu'un tablier, sorte de petite jupe courte ornée
d'une seule ligne noire, et presque en forme de demi-lune,
comme dans la céramique du Dipylon. Dans les deux figures,
le bras droit est plié, et la main, à la hauteur de la hanche,
tient une lance longue et mince ; le bras gauche est tendu en
avant, l'index allongé vers le cerf qui fuit, comme on s'en
rend compte sur un autre petit fragment qui peut se raccorder
au plus grand: on y reconnaît la main et l'index du second
personnage et la tête du cerf. Les jambes, dont le mollet et
le talon sont bien indiqués, sont figurées de telle sorte que la
droite forme un angle droit et que la gauche s'allonge en
arrière, comme sur les vases grecs connus qui représentent
des stadiodromes. Cette disposition donne aux chasseurs un
aspect pour ainsi dire cinématographique; ils font penser à
une de ces photographies instantanées où l'on surprend une
des phases du mouvement. 11 n'y a sous les pieds des chasseurs
aucune ligne qui figure le terrain, à moins que la grosse ligne
36 BULLETIN HISPANIQUE
qui vient au-dessous d'eux, avec les séries de croissants, ne
veuille représenter le sol ; ces crosses seraient alors des plantes
ou des accidents de terrain.
A gauche de l'anse, sur le même fragment, apparaît un cerf
en train de galoper, la langue pendante, le cou tendu; entre
les oreilles part une ligne : la cassure empêche de voir si c'est
un lasso par lequel l'animal est attaché, et dont les chasseurs
se sont servis peut-être pour le capturer, comme font les
gauchos pour les chevaux, ou si c'est quelque autre objet; une
seconde ligne semblable touche le dos, et se continue sous le
ventre en ondulant. Le corps du cerf est ocellé. Ce cerf doit
faire partie d'un second groupe de figures, puisque, comme
nous l'avons dit, on voit sur un autre petit fragment, avec le
bras du second personnage, une autre tête de cerf.
En outre, sur un autre fragment qui porte la seconde anse,
on voit un autre chasseur qui court aussi avec sa lance. 11 a la
bouche ouverte, et se rapproche plus que les autres du type
nègre ; mais, au lieu d'être nu, il porte un manteau court,
flottant en arrière, à la manière d'un sagum. Ce personnage
est à droite de l'anse ; à gauche, au bord du fragment, appa-
raît une oreille qui appartient à un troisième cerf. On peut
donc supposer que sur les 96 centimètres que pouvait mesurer
le périmètre du vase se déroulaient alternativement trois
groupes de chasseurs et de cerfs poursuivis.
L'attitude des coureurs, la structure de leur corps, les pro-
cédés d'exécution du dessin, donnent à l'ensemble un air
d'archaïsme très prononcé, dont il ne faut pas cependant tirer
des conclusions exagérées, puisque tout art jeune est généra-
lement archaïque.
Des deux fragments les plus importants, qui comprennent
les anses, le plus grand représente 3o centimètres du péri-
mètre de la panse ; il part du bord supérieur et s'arrête au-
dessus du renflement central, soit 21 centimètres de haut;
l'autre représente 22 centimètres du périmètre; la place de
l'anse indique qu'il était à l'opposé du premier fragment.
La pâte est de couleur claire, un peu poreuse ; la couleur des
figures est un noir vineux.
QUELQUES FRAGMENTS DE VASES IBÉRIQUES d'aMPURIAS 87
Quelles conclusions pouvons-nous tirer des peintures qui
ornent ce vase? Il nous semble qu'il n'y a pas de doute
possible. Tout nous fait reconnaître ici la copie d'un vase grec
à figures noires du vi* siècle; l'archaïsme du dessin, la façon
dont est rendu le mouvement de la course, de nombreux
détails dans la décoration, manifestent évidemment une
influence grecque, non celle de la céramique du Dipylon, ni
celle des écoles d'Ionie ou de Corinthe, mais celle des vases
à figures noires du vi" siècle, auxquels ces fragments, par
conséquent, sont peu postérieurs. Il faut y noter un étrange
amagalme de détails, qui prouve une combinaison d'influences.
La forme est barbare, comme dans les vases préhistoriques
dérivés de l'urne villanovienne, dont le type, comme le dit
avec raison Sophus Muller dans son Europe préhistorique,
s'étend du sud au nord de l'Europe et se maintient longtemps
à l'époque primitive; l'argile, la technique du dessin, une
grande partie de la décoration, et les couleurs, sont évidem-
ment indigènes, comme dans les vases ibériques ; mais la
composition du tableau est complètement grecque, de même
que le style du dessin.
Les représentations humaines sont rares sur les vases ibé-
riques. Sur un grand vase de la collection Gil, au Musée
municipal de Barcelone, on voit des figures d'hommes et
d'animaux; au Musée de Soria, croyons-nous, il se trouve un
vase provenant de Numance qui représente un véritable
combat, peut-être d'un Geltibère contre un Romain, et une
œnochoé, sur laquelle un homme très grossièrement dessiné
conduit ou dompte des chevaux dont le profil rappelle l'art de
la Tène'. M. Albertini a trouvé à Elche et publié dans le Bul-
letin hispanique^ plusieurs fragments avec figures humaines :
une des têtes rappelle les fragments d'Ampurias qui viennent
d'être étudiés. Mais pour des scènes complètes, je ne crois pas
qu'il s'en soit rencontré sur aucun autre vase ibérique.
Cette décoration donne clairement au vase un caractère
ibérico-grec ; elle lui assigne une date mieux marquée que
1. Mélida, Pequehas monografias de arte, janvier 1910.
2. Octobre-décembre 1906 et janvier-mars 1907. Voir surtout pi. Vil, n° 63.
38 BULLETIN HISPANIQUE
celle d'aucun autre débris céramique de ce style. Il ne serait
pas difficile de citer des peintures semblables sur des vases
grecs : au Musée même de Gérone, un alabastre du vi* siècle
(reproduit dans les excellents travaux de MM. Botet et Fri-
ckenhaus '), porte une bande blanche où l'on voit, délicatement
représentée par de minuscules figures, avec cette finesse de
détails qui caractérise les ouvrages des céramistes grecs
appelés par les archéologues allemands die kleinen Meister, une
scène presque identique : ce sont des satyres qui courent et
sautent derrière des cerfs. L'attitude de la course traduite de
la même façon, une jambe repliée à angle droit et l'autre
tendue, se retrouve sur de nombreux vases reproduits dans
le Répertoire de M. Reinach, (p. ex. : t. l, p. 49, n" 12 ; p. 2x3,
n"^ 2 et 3) et aussi sur la première zone de figures du vase
François.
C'est un fait remarquable que cette influence grecque si pro-
noncée sur la céramique ibérique d'Ampurias. Pour peu qu'on
y réfléchisse, on comprendra qu'il est logique que les habitants
du pays se soient efforcés de copier dans leur céramique gros-
sière les belles œuvres que la colonisation grecque leur mettait
sous les yeux.
Ces influences, qui varient suivant les différentes régions
d'Espagne, cette diversité d'écoles dans la céramique ibérique
prouvent l'unité de cet art et démontrent que ce n'est pas un
produit d'importation punique, comme quelques-uns l'ont cru,
ou phénicienne; c'est une création du pays, création qui, avec
une plasticité admirable, se laissait influencer, dans chaque
région, par les éléments qui se trouvaient le plus à proximité :
dans l'est de l'Espagne, c'est l'influence de l'art oriental qui a
produit les dessins fantastiques des vases d'Elche, avec leurs
monstres démesurés; au centre, en pays celtibérique, se mani-
feste l'influence de la décoration géométrique qui atteignit son
I. [Botet y Sis6, Data aproximada en qae'ls Grechs s'establircn à Emportes..., discours
lu à l'Académie de Barcelone le 37 décembre 1908, publié à Gérone chez Dolores
Torres, 1908. — Le travail de M. Frickenhaus sur les inscriptions grecques et les
vases grecs d'Ampurias a paru (de même que l'original espagnol du présent
article) dans le volume II (portant le millésime de 1908) de VAnuari del Institut
d'Estiidis catalans.]
QUELQUES FRAGMENTS DE VASES IBERIQUES d'aMPURIAS 89
apogée dans l'art de la Tène ; et sur les points colonisés par
les Grecs s'est fait sentir Tinfluence plus pure et plus noble
de l'art hellénique.
Manuel CAZURRO,
Directeur du Musée do Géronc.
Nous remercions M. Cazurro d'avoir bien voulu nous auto-
riser à reproduire l'article qu'on vient de lire, emprunté au
récent Anuari del Institut dCEstadis catalans, t. 11, 1908. La tra-
duction en est due à M. Eugène Albertini, membre de l'École
française d'Espagne. 11 était naturel que le Bulletin hispanique,
où ont été publiés les vases purement ibériques à représenta-
tion humaine d'Elche, publiât aussi le document unique
d'Emporium, dont le caractère ibéro-grec a été si justement
défini par M. Cazurro, et qui, toutes proportions gardées, a la
même importance pour l'histoire de la céramique espagnole
que le buste d'Elche pour l'histoire de la sculpture.
P. P.
CUESTIONES DE GRAMATICA
Observaciones sobre la preposicion PARA.
Meyer-Liibke, Gramâtica III /igS, déclara que la diferencia
entre las preposiciones latinas per y pro se conserva ùnica-
mente en francés. Posteriormente, se ha visto que la confusion
no existe tampoco en los primeros documentos de la lengua
portuguesa. Particularmente, Oscar Nobiling ha insistido en la
necesidad de distinguir rigurosamente entre per y por : As
Gantigas de Joan Garcia de Guilhade, v. 70; Romanische
Forschungen XXlII,pàg. 35i. Amplificando las investigaciones
de Nobiling, he tratado sobre este tema en un articulo publi-
cado en los Anales de la Universidad de Ghile que tiene
por tîtulo « Notas al Poema del Gid » (1910).
Ya que en portugués per y por no se confunden, queda
probado que la preposicion pera se ha formado por combina-
cion de per con à. Esta misma es la opinion de Gornu,
Romania XI, pâg. 96 : « Il ne me serait pas plus difficile de
prouver, si je le jugeais nécessaire, que para, anc. port, pera,
anc. esp. pora, vient de per ad et non de pro ad, comme Diez
a cru devoir l'établir. »
Sin embargo, no podemos pasar en silencio la circunstancia
de que en antiguo portugués se hallan algunos ejemplos
aislados de pora. Gonozco los siguientes : E do outr' aver movil
que i posermos pora esta décima Testamento de D. Afonso II,
afio i2i/i(Nunes, Ghrestomathia Archaica, pâg. i3), Gran ben
per est' é pora mi (variante pera) Cancioneiro da Ajuda igS,
E be'-no poden pora si têer Gancioneiro da Ajuda 83o2.
En el castellano antiguo, domina, en todos los dialectos, la
forma pora. Se convirtio pera en pora cuando por reemplazo
a per, i esto sucedio a consecuencia de una evoluciôn sintâc-
CUESTIONES DE GRAMÂTICA 4l
tica. Tanto en Espana como en Portugal, el lenguaje moderno
emplea para. En vista de la poca fe que merecen los copistas
y a veces también los edilores, es dificil averiguar el origen y
progreso de esta forma. En el castellano del siglo xiv, ya
domina pora. En cuanto al portugués, he visto que los Irozos
sacados de las obras del rey Duarle (iSqi-i/iSS) que Nunes
publica confunden pera y para.
Tocante al signifîcado, podemos distinguir très categorias
principales. La preposicion expresa : i. Direccion (con verbos
de movimiento) ; 2. Gonveniencia, aptitud (aplicada a perso-
nas); 3. Fin, destino (aplicada a cosas). En esta tercera cate-
goria, entra el infinitivo combinado con la preposici<3n. Véase
Menéndez, Cantar de Mio Cid, pags 353 y 387.
Algunos pocos ejemplos servirân para ilustrar esta clasifi-
cacion : i. Nen sei pera a ir Cancioneiro da Ajuda 2704,
Vou-nt eu, fremosa, pera 7 rei Cancioneiro 'da Ajuda 6257, De
CasiieUa uos ydes pora las yenles estranas Poema del Cid 176,
Et que los aduxesse poral su monesterio Berceo, Santo Domingo
de Silos 267; 2. melhor é pera mi de morrer Cancioneiro da
Ajuda 4657, Devera pera min prender lai conselho Cancioneiro
da Ajuda 5617, Huebos me série pora loda mi compana Poema del
Cid 83, Nuestro Senor las tiene pora ii condesadas Berceo, Santo
Domingo de Silos 238. 3. Alal razon quai og' eu mester ei pera
falar no que sempre cuidei Cancioneiro da Ajuda 5458, Fazemos-
Ihe livre e para doaçan antre os vivos valedoira desie dia pera
todo sempre Nunes, Chrestomathia Arcliaica, pàg. 19, Delta part
e délia pora las vislas se adobauan Poema del Cid 1965, An tes tas
aviedes pareias pora en braços las lener Poema del Cid 3449-
En tiempos posteriores, el uso de para es mas frecucnte y
mas variado. Particularmente, hay que notar que esta prepo-
sicion desposeyo a por en el uso final. Notese que los très
ejemplos de pora en lugar de pera tomados de documentos
portugueses pertenecen a la segunda de las très categorias que
acabamos de establecer.
Para aclarar el uso local de pera procedente de per + ad,
podemos confrontar algunos ejemplos franceses donde par en
combinacion con otra preposicion expresa la direccion. Los
42 BULLETIN HISPAÎVIQUE
tomo de la Chrestomathie du Moyen Age de G. Paris y
E. Langlois (Paris 1897) : Par devers destre se prisi a regarder
Pag. 65, Or acordereni entre eus qu'il n avaient pouoir de Jaire
chauciee par quoi il peiissent passer par devers les Sarrazins Pag.
21 3, La fu la desconfiture si grans que plaseur de nos gens
recuidierent passer a nou par devers le duc de Bourgoigne Pag.
226. Compârese un ejemplo portugués que se halla en uno de
los textos publicados por Cornu en la Romania XI 384 : E este
home foy cliamado a juizo per ante et rrey. En las Poesias Selec-
tas en Dialecto Asturiano fOviedo 1887) se encuentra una
construccion parecida : ^Por que habemos d' andar per Iras
d' Uviedo? Pag. 61.
Son de especial interés los verbos de movimiento que pueden
combinarse tanto con « como con pera (cast. pora). Cito los
ejemplos que se hallan en el Poema del Cid. Adeliflalr se
construye con una y otra preposiciôn : Myo Cid don Rodrigo a
la puerta adelinaua k^)'] {ib^?) . 221 1. 2779. 3496); Adelino pora
Valençia i2o3 (i3o9. i3i5. 1392. i58o. 2167. 2237.2297. 2929J.
Con tornar se prefiere a, pero se encuentra también pora :
Tornauas Martin Antolinez a Burgos e myo Çid a aguijar 2 32
(1091, 1196, etc.); Tornos pora su casa 49 (23o3. 2643. 3o43.
Lo mismo sucede con ir : Que a Castiella yran buenos mandados
783 (4o6, etc.); De CasUclla uos ydes pora las yentes entraîlas
176 (294, etc.). Es idéntico el régimen de enbiar : Conduchos
largos el rrey enbiar mandaua a las aguas de Taio, 1973
(2638, etc.); Myo Cid quando lo oyo, enbio pora alla, 976 (2977).
Con venir y levar se combina a menudo d y excepcionalmente
pora : Myo Cid Ruy Diaz a Alcoçer es venido 846 (i263, etc.);
Vino pora la tiendadel que en buen ora nasco 202 ; E mando mitl
marcos de plata a San Pero leuar 1286 (i4oi, etc.); Priso lo al
conde, pora su tienda lo leuaua, 1012.
El verbo tornar se construye también con por : Dexando uan
los delant, por el castiello se tornauan 607. No hay necesidad de
corregir este verso, porquc la preposiciôn per puede expresar
la direccion : E ella passousse pella outra parte Romania XI,
pâg. 369. Por lo tanto, podemos considerar la construccion
tornar pora como combinacion de tornar d y tornar por.
CtESTIONES DE GRAMATICA 43
Prevalece evidentemente en pera el elemento a. El elemento
per le agrega la idea de cierta incertidumbre (compârese por
alla al lado de alla ). Por este motivo, los verbos que expresan
un movimiento que necesariamente termina en un punto fijo,
como llegar, no se construyen con pora. Son instructives
algunos casos en los cuales las dos preposiciones se combinan :
E yrien pora Valençia al buen Campeador i35/i; E lornaron se a
palaçlo pora la cori 23o3; Enbia sus carias pora Léon e a Santi
Yaguo 2977.
El uso metaforico de la preposicion se dériva probablemente
del uso local. Pero, en vista de la variante pora que se halla
en antiguo portugués, séria posible que, en este lerreno, se
hubiese unido per + ad con pro + ad.
Sobre algunas formas
de los pronombres posesivos castellanos.
Gran parte de los textos escritos en la lengua literaria nacida
en las cancillerias de los reyes Fernando III y Alfonso X
empleaban, en la primera parte del siglo xiii, las siguientes
formas de los pronombres posesivos : mio padre, mi madré,
so padre, sa madré. Menéndez, Cantar de Mio Cad 1, pâg. 256
y 267, registra este hecho : « La forma femenina «timi^ propa-
gada al masculino, de lo que ya ofrece ejemplos Per Abbat :
2/i9, i6o5, 2o46, 2129, 3487, debe ser desterrada, pues aun en
la segunda mitad del siglo xni, los textos mas correctos no
contienen esta confusion. » « Los manuscritos mas correctos
del siglo xni todavîa distinguen con regularidad so masculino
de sa femenino, por ejemplo, la Biblia Escurialense I-J-6, y
debemos achacar su confusion en El Cid a los copistas mas
bien que al autor. »
Mientras que el castellano, en tiempos posteriores, remplazo
las formas del masculino por las del femenino, sucedio todo lo
contrario en el leonés. Véase Staaff, Le Dialecte léonais,
pâg. 278 : « Quant au groupe I, le trait particulièrement
léonais que relève M. Menéndez Pidal, Gram., § 96, et qui
44 BULLETIN HISPANIQUE
consiste dans le remplacement des formes féminines par celles
du masculin (contrairement à ce qui a lieu en castillan) y est
nettement accusé pour le pronom de la troisième personne et
apparaît aussi pour la première. »
(ïPor que renunciaria el idioma el uso de una distincion tan
clara y al parecer tan necesaria? Menéndez, Manual 2, pâg.
171, dice : « La causa de la confusion de los géneros es que
éstos no se distinguian mediante la -0 y -a habituales. » Me
parece que a esta circunstancia le corresponde un papel secun-
dario; pero dudo que fuese la causa primordial. Tal vez séria
mas probable la conjetura de que la semejanza fonética de so
y su hubiese dado margen à equivocaciones. En todo caso,
aqui encontramos un tropiezo que queda por allanar.
Âunque no podemos precisar la razon de la confusion,
siempre la formula que establece que las formas primitivas
mio, mi, so, su, dieron por resultado definitivo mi, mi, su, su
en Gastilla y mio, mio, so, so en Léon, se recomienda por su
sencillez. Sin embargo, un estudio detallado de los hechos
hace resaltar sérias dificultades.
En primer lugar, es incontrastable la circunstancia de que
la confusion de las formas no principio en la segunda parte
del siglo XIII, sino mucho mas temprano. Un examen de los
documentos mas antiguos de la lengua espafiola nos autoriza
para declarar que la incertidumbre en el uso de mio y ml, so y
su es simultânea con la aparicion de los primeros documentos
lingiiisticos. Las Glosas Silenses del siglo xi emplean so en
masculino y femenino : so capul 187, so cosa 3i, so memhra
25o. En la publicacion de Brutails, Documents des Archives
de la Chambre de Comptes de Navarre, Paris 1890, la primera
forma que encontramos es irregular : su ermano Nùm. IV
(ano 1228). El documento XII (ano 12/17) confunde mio y mi.
El documento XIII (ano 12/17) tiene dos veces 5«5 herederos.
En virtud de estos datos, no hay motivo para hacer sospe-
chosa la exactitud de las escrituras publicadas por D. José
Amador de los Rios, Historia de la Literatura Espafiola II,
pâg. 586. La carta de venta procedente de TNavarra (aiîo 12 12)
présenta misfillos, so mano, so mullier, sas entradas, sos essidas.
CUESTIO?IES DE GRAMATICA 45
El testamento de dona Sancha de Rueda (Zaragoza 1226) tiene
mi seso, miorto, mifillo, mis fillos, sus dias (al lado de sos dias).
Idénticos resultados obtenemos en el territorio leonés. El
Fuero de Avilés tiene regularmente lo y so en el género
masculine; pero se halla también su manlo (§ \[\). El Fuero de
Oviedo confunde so y su en masculino. Aquf podri'amos dudar
de la exactitud del lexto publicado. Pero los documentos que
se leen en la ejemplar obra de Staaff atestiguan que en la
primera parte del siglo xni ya existieron las formas mi y su
en el género masculino. Véanse los datos que estân reunidos
en la pagina 27/i. Se lee, por ejemplo, mi uassalo en un
documente escrito en 1222 (Nùm. VIII).
La misma confusion es propia de Gastilla. Una escritura
publicada por Merino y reimpresa por Monaci, Testi basso-
latini e volgari délia Spagna, Roma 1891, Nùm. XV (ano
1173) confunde so y su : so regno, su uerto (dos veces). El
documento VII de la coleccion de Staaff cuyo dialecto es castel-
lano (Menéndez, Revue de Dialectogie II, 122), tiene su fijo, su
hermano y no présenta ningùn ejemplo de so. En la coleccion
de Férotin, Recueil des Chartes de l'Abbaye de Silos, Paris 1897,
el ejemplo mas antiguo de un pronombre posesivo contradice
la régla : su monesierio (Nùm. iio, ano 1228). La escritura 112
(ano 1280) tiene su linage al lado de so fijo y sos fijos.
Estos datos bastan para caracterizar de arriesgada la tentativa
de normalizar el uso del pronombre posesivo en el Poema del
Gid donde el texto tradicional vacila entre mio y mi, so y su.
Es cierto que el Misterio de los Reyes Magos distingue entre el
masculino mio y el femenino mi; pero la poca extension de
esa obra no permite afirmar que su dialecto excluya el uso de
mi en el masculino.
Por las razones expuestas, me inclino a considerar la rigu-
rosa distincion entre mio y mi, lo y tu, so y su que algunas
obras del siglo xni observan como consecuencia de aquella
tendencia de normalizar el uso de las formas gramaticales que
es cualidad inhérente no solo del castellano literario sino de
cualquiera lengua literaria. Las cancillerias prescribieron el
empleo exclusive de mio, to, so para el género masculino,
Bull, hispan. 4
Ii6 BULLETIN HISPANIQUE
reservando mi, tu, su para el femino. Evidentemente, en el
lenguaje del pueblo se conserve la indécision que descubren
les documentos arriba citados, porque de otra manera no se
comprenderia la ràpida desaparicion de las formas mio, to, so
en la segunda parte del siglo xiii.
Asi Uegamos a la conclusion de que la lengua espanola
vacilaba, desde tiempos antiguos, entre mio y mi, to y tu, so
y su en el género masculino. Haciendo hincapié en esta supo-
siciôn podemos explicar fâcilmente la confusion compléta de
las formas de los dos géneros que, en una época posterior,
tuvo lugar en Gastilla y Léon.
Pero ccomo explanaremos la existencia de dos formas dis-
tintas en el género masculino? Supongo que mio y mi sean dos
variantes derivadas de meum en diferentes condiciones foné-
ticas. Esta misma dualidad se présenta también en el
femenino, porque al lado de mi existe mie, al lado de tu se
halla tue y al lado de su encontramos sue. Esta diferencia no
es cronologica ; las dos formas coexisten. De la misma
manera, coexisten, en el verbo, avi y avie, en el sustantivo di
y die (Staaff, Dialecte léonais, pâg. 291, nota), Gard y Garde
(Férotin i ano 919, 3 aîio 981); compârese Menéndez, Revue
de Dialectologie II, pâg. 127. Gonvengo con este autor en
créer que una y otra variante procède de la fonética sintâctica :
Gard Ferez y Garde Ferez al lado de Don Garda. Pero no
desecho la hipotesis de que una consonante final pueda
causar transformaciones parecidas : avies al lado de avia.
Parece que las formas primitivas se conservaban ùnicamente
en posiciôn final y que cualquiera aiïadidura, aunque fuese la
de una sola consonante, alteraba su condicion fonética.
La forma su en masculino tal vez tenga relaciones con suo.
Fonéticamente suum se convirtio en so; pero por la analogia
de saa se formé también suo. Notese que las frases mi, tu, su
formadas por apocope de mio, tuo, suo se hallan también en
Italia : Meyer-Liibke, Gramâtica II, pâg. m. Por otra parte,
podria ser que la dualidad de mio y mi en primera persona
hubiese tenido por consecuencia la dualidad de so y su en
tercera. Federico HANSSEN.
NUEVOS DATOS
ACERCA DEL HISTRIONISMO ESPANOL
EN LOS SIGLOS XVI Y XVII
{Segunda série ')
Siglo XVII
(Suite.)
1633
240. — Obligaciôn de Luis de Toledo, autor de comedias, de ir el
viernes después del Corpus â la villa de Cobena y hacer dos comedias
en precio de 800 reaies. Madrid, 3 Marzo i633.
(Bib. nacional, papeles de Barbieri.)
241. — Obligaciôn de Diego Diez Navarrete y Antonia Manuel, su
mujer, représentantes de la comparïia de Juan de Morales Medrano,
de sacar â paz y â salvo â dicho autor, que ha salido fiador de los
100 ducados por los que Juan Mendez de Leôn tenîa ejecutados â los
otorgantes. Madrid, 5 Marzo i633.
(Alonso Portero, i63[ à 33, f" 33 1.)
242. — Memoria de la compaiiia de Antonio de Prado para los
Autos de este ano de i633, en Madrid :
Antonio de Prado.
Alonso de Osuna.
Juan de Escurigiiela.
Antonio de Rueda, baila y représenta y esta embargado hoy por
la Villa.
Mateo Vicente, baila y représenta.
Lorenzo de Prado, baila y représenta.
Frutos Bravo, gracioso, canta y baila.
Francisco Vicente, canta, baila y représenta.
Mencos (c Diego de?), canta, baila y représenta.
Pedro Jordan, canta y représenta.
Juan de Leôn, canta.
1. Voir le Bull, hispan., 1906, p. 71, i48, 363; 1907, p. 36o; 1908, p. a43; igio,
p. 3o3.
48 BULLETIN HISPANIQUE
Engenio de Contreras, canta y représenta.
Mariana de Morales.
Francisca de Gôngora.
Maria de Quinones.
Catalina de Carbonera.
Jusepa de Lobato.
La hija de Maria Infanta.
(Arch. municipal, clase i6, 2, 196, Sg.)
243. — Memoria de la compania de Manuel de Vallejo para los
Autos deste ano de i633 :
Manuel de Vallejo, canta y représenta.
Maria de Riquelme, baila y represanta.
Miguel Jiménez, baila y représenta.
Bernarda ïeloy, su muger, canta, baila y représenta.
Damiân Arias de Penafîel, représenta.
Maria Margarita, canta, baila y représenta.
Jerônimo de Ayala, représenta.
Maria Jiménez, su muger, canta, baila y représenta.
Andrés de Abadia, canta con arpa contraltos.
Francisca de la Concepciôn, su muger, canta con arpa, baila y
représenta.
Pedro de Valcazar, représenta y baila.
Maria de Valcazar, su muger, canta, baila y représenta.
Pedro Garcia de Salinas, baila y représenta graciosos.
Francisco de Salas, représenta.
Francisco de Valdés, canta tenores, baila y représenta.
Francisco Rodriguez, baila y représenta.
Marco Antonio, canta bajos, baila y représenta.
Agustin de Molina, canta contraltos y représenta.
Mùsica a diez : cinco mugeres y cinco hombres, con dos arpas.
Bailes â doce : seis mugeres y seis hombres.
(Arch. municipal, clase 16, 2, 196, 89.)
244. — Memoria de la companfa de Avendaiïo para los Autos del
Corpus de este présente ailo de i633.
Maria de Candau, représenta primeros y baila.
Maria de Çaballos, représenta segundos y baila y canta.
Beatriz la nina, représenta terceros y baila y canta.
Catalina Carbonera, représenta quartos y baila y canta.
Luisa de Ribera, représenta, baila y canta.
Antonia de Candau, représenta y baila.
Crislôbal de Avendano, primeros.
Antonio de Rueda ] segundos y terceros entre los dps, y entrambos
Alonso de Bota ) bailan.
Juan de Montemayor, cuartos y baila y canta.
NUEVOS DATOS ACERCA DEL HISTRIOUISMO ESPANOL 49
Bernardo de Medrano, graciosos y baila y canta.
Juan Vicente Cucarella, barbas.
Juan Matias, canta.
Pantaleôn Borja, canta y toca el arpa.
Diego de Guevara, canta.
Juan Cano.
Todos estos representan.
(Arch. municipal, clase i6, 2, 196, 33.)
245. — Acueido mandando que la joya de este ano se dé intégra à
Antonio de Prado, y que â Manuel de Vallejo se den 3o ducados por-
que el dia de la muestra llovio u y se moxaron los vestidos de los de
su compafiia». Madrid, 3o Junio i633.
(Arch. municipal, clase t6, 2, 196, 39.)
246. — Partida de defunciôn de Doiia Catalina de Valcazar, viuda
de Alonso Riquelme.
« Dona Catalina de Valcazar, viuda, calle de Leal frontero del
Marques de Baides, muriô en primero de Setiembre de i633 anos.
Recibiô los santos Sacramentos, no testé, enterrola D^ Isabel de Rojas
su hija que vive en la misma casa, pagô de fabrica quatro ducados. >»
(San Sébastian, Libro de dif., fol. 56.)
1634
247. — Pedimento de Maria de Urbina, mujer de Santiago Valen-
ciano, représentante, estante en Sevilla, para que se le entreguen los
bienes que quedaron por muerte de Juan Bautista de Urbina, su
hermano. Madrid, 26 Abril i634.
(Alonso Portero, i634, I, f° 476.)
248. — Ajuste de cuentos del arrendamiento de los corrales de
comedias desde S. Juan de i633 â igual dia de i634.
« Habiendose juntado â ajustar la quenta de lo procedido del aprove-
chamiento de los corrales de comedias desta villa de Madrid, asi de las
entradas como de lo procedido de los aposentos, celosias, bancos y
taburetes, como de todo lo demas que procède de los dichos corrales
entre Juan Paz del Rio, contador de résultas de Su Magestad en
virtud de poder que le quedô de D. Alonso de Paz, su hermano
difunto, y como su testamentario, y D. Juan de la Serna de Haro y
Francisco Garro de Alegria en cumplimiento de una escriptura
otorgada por los dichos Francisco de Alegria y don Juan de la
Serna, como arrendadores que al présente son del aprovechamiento de
los dichos corrales en veinte y ocho de Agosto del ano pasado de mil
y seiscientos y treinta y très ante Juan Bautista de la Barrera escribano,
en que dieron facultad al dicho don Alonso para nombrar persona
que sirviese la caxa del dicho aprovechamiento, en cuyo poder entrase
5o
BULLETIN HISPANIQUE
lo que procediese dél por su quenta y riesgo y con ochocientos ducados
de salarie al ano con obligacion de pagar â los Hospitales desta villa
lo que hubiesen de haber, y mas todo lo que fuese necesario cada
ano para la buena administracion de los dichos corrales de comedias
sin pedir dinero alguno aunque no le hubiese procedido del dicho
aprovechamiento, en el discurso del ano que se quenta desde San Juan
â San Juan si no hubiese procedido tanto como fuese menester para
pagar los dichos Hospitales y los gastos de la dicha administracion y
conque al fin de cada aiïo se hubiese de ajustar la quenta de lo
recibido y gastado por la mayor parte de la dicha compania por todos,
y que si la persona que se hubiese nombrado por caxa hiciese alcance,
las personas comprehendidas en el dicho arrendamiento lo hubiesen
de meter y entregar en su poder, cada uno la cantidad que le tocase
conforme â la parte que tiene en el dicho arrendamiento, y si sobrase,
hubiese de quedar en poder de la dicha persona que fuese caxa
hasta fin del dicho arrendamiento; y en cumplimiento de la dicha
escriptura hacen y ajustan la dicha quenta de lo que procediô desde
el dia de San Juan de Junio del dicho aiïo de mil y seiscientos y
treinta y très hasta la vispera del mismo dia del aîio pasado de mil y
seiscientos y treinta y quatro, y de lo que se ha gastado en cosas
tocantes â la dicha administracion y pagado â los dichos Hospitales
todo en la manera siguiente.
23iV65i
Cargo.
Monta el aprovechamiento que ha habido desde el
dicho dia de San Juan de Junio del dicho ano de seis
cientos y treinta y très hasta el mismo dia exclusive del
pasado de seiscientos y treinta y quatro en las entradas
de los dichos corrales ducientos y treinta y un mil seis-
cientos y cinquenta y un reaies.
Montan los aposentos y celosias arrendados, ecepto los \
del Sr. Duque de Médina de las Torres, Don Miguel de
Monsalve y S' Bartolomé Espinola y parte del dicho ano
de la del Marques de Alcanizas, que por no haberse \ 48V i54
podido cobrar de las dichas personas, no entran en esta
quenta, y se han de poner en la del ano donde se cobraren,
quarenta y ocho mil ciento y cinquenta y quatro reaies.
Mas doce mil setecientos y diez y ocho reaies que han j
montado los bancos y taburetes arrendados, como parece > I2y7i8
por nienor en el libro donde se tiene la quenta dellos. )
Mas très mil trescientos reaies que monta el precio en \
que esta arrendada â Francisco de Alegria la Aloja, Agua, ) 3V3oo
y Fruta, que se vende en los dichos corrales. )
NUEVOS DATOS ACERCA DEL HISTRIONISMO ESPAÎÎOL 5l
Mas mil novecientos y noventn y nueve reaies que ha \
pagado Roque de Figueroa en diferenles dias y partidas, /
que fue dexando en la caxa por quenta de lo que debe l
como parece por menor en el libro de las entradas. /
Mas ducientos y noventa y seis reaies que ha pagado J
Cristobal de Avendano en diferentes dias como parece en > V296
el libro de las dichas entradas par quenta de lo que debia. 1
Montan las dichas partidas que se cargan por las razo- 1
nés contenidas en ellas ducientos v noventa y ocho mil ^ 298 V 118
ciento y diez y ocho reaies.
Datta de lo pagado d Hospltales.
Primeramente se ponen en datta ducientos y setenta
y un mil novecientos y sesenta y dos reaies que monta lo
pagado a los Hospitales en el dicho aîîo como parece por
el recudimienlo que para la administracion de la dicha
renta se diô, y de las cartas de pago otorgadas por las ) 27i\962
personas que las han cobrado por los dichos Hospitales, en
que entran quarenta mil reaies que se dieron adelantados
para los dichos Hospitales, puestos en poder de Juan de
Arana, regidor desta villa de Madrid. j
Gastos del dicho arrendamiento.
Mas seis mil trecientos y setenta y cinco reaies que se
gastaron en diferentes cosas tocantes al dicho arrenda- 1
miento contenidas por menor en una Relacion firmada '
del dicho D. Juan de la Serna y Francisco de Alegria de
quantia de once mil quatrocientos y treinta y cinco reaies; |
los cinco mil y sesenta reaies restantes se componen de f
4.400 reaies que de los dichos 11. 435 reaies se pagaron a 6V375
Roque de Figueroa y se hacen buenos adelante en partida l
de 1 5.628 reaies que los debe el dicho Roque de Figueroa, 1
y los 660 reaies restantes de los mismos que se bajaron |
de la dicha Relacion por tocar la paga dellos al Sr. D-
Alonso de Paz por haberse gastado en cosas particulares
suyas.
Mas mil y ochocientos y sesenta reaies que se dieron
prestados â Juan Martinez, autor de comedias; los 960
reaies de que hizo obligacion, y los 900 reaies restantes f ^Qr
para una comedia de D. Francisco de Rojas y D. Antonio
Coello, que por haber muerto sin dejar bienes de que
cobrarlos se ponen por costas del dicho arrendamiento.
52 BULLETIN HISPANIQUE
Mas se hacen buenos diez y ocho mil diez y ocho reaies
que se han pagado a diferentes personas por las causas y
razones contenidas en las partidas siguientes en esta
manera.
A Vallejo, aulor de comedias, quatrocientos reaies que
se le dieron porque no représenté un dia, como parece J V^oo
del libro de las entradas.
AD. Alonso de Paz se pagaron ciento y treinta y seis
reaies para diferentes gastos tocantes al dicho arrenda- ^ V i36
miento.
Al dicho Vallejo se dieron novecientos y quarenta y
siete reaies para pagar las mulas del viaje que hizo desde
Valladolid â Madrid, y se le dieron dados porque se anti- ^ V947
cipo â venir â Madrid antes del tiempo que ténia obli-
gacion.
Al dicho Juan de la Serna ducientos reaies que se ce-
dieron por gastos de escripturas tocantes al dicho arren- \ V 200
damiento.
Sesenta y très reaies que se pagaron, los diez de una
escriptura que otorgô Diego de Santiuste en favor de la
caxa, y quarenta y cinco talegos en que se trajo el dinero ^ Vo63
que pagô y los ocho de un candado que se echô â un
banco de D. Diego Gonzalez porque no le pagaba.
Mil setecientos cinquenta reaies que se pagaron al dicho
Juan de la Serna por su salario del dicho ano por los
mismos que se le dan por la ocupacion que tiene en
cobrar los salarios y bancos arrendados.
Mas ducientos reaies que se dieron â Avendano para
las apariencias de la co média Don Florisel de Niquea.
Mas treinta y dos reaies que se dieron â Geronimo \
Buelta para seguir el pleito del aposento del Contador [ VoSa
Gogenaga.
Mas quinientos noventa reaies que se dieron al autor \
de los Titeres porque vino â representar la Guaresma de [ VSgo
dicho ano. /
Mas quinientos reaies que se dieron al autor de los
Bolatines porque vino â representar la dicha Guaresma.
Mas quatro mil quatrocientos reaies del salario de
Francisco de Alegria del dicho afio que tiene por la f , ,, #
, j . , . , ^. , ) 4V400
ocupacion y costa de ir o enviar por la compania a su
Costa.
Mas ocho mil ochocientos reaies que se pagaron por el
salario de tener la caxa y buscar el dinero y pagar el ^ 8V800
dano de todo lo tocante al dicho arrendamiento.
V750
V200
V5oo
4V830
NUEVOS DATOS ACEKCA DEL HISTRIONISMO ESPANOL 53
Oue son los dichos diez y ocho mil diez v ocho reaies que ) ^ ,r o
11-1 - . ' 1 •' i_ > I o V o I o
se gastaron en el dicno ano, como esta dicno. )
Emprestidos.
Mas se han de hacer buenos quinientos reaies que se \
dieron a Luis Vêlez para en quenta de una comedia que \ V 5oo
ha de hacer para el dicho arrendamienlo. /
Mas quince mil y seiscientoveinte y très reaies que se han \
pagado a Roque de Figuroa, autor de comedias, presta- / ^^rr, o
dos de orden de los dichos arrendadores, de que tiene (
hecha escriptura de obligacion.
-Mas quatro mil ochocientos y veinte reaies que en
diferentes dias y partidas se dieron al dicho Roque de
Figueroa de la dicha orden para diferentes efectos, de que
tiene hechas cedulas y se le dieron en cinco partidas en esta i
manera : ochocientos reaies para la comedia de El Drague; |
novecientos y setenta reaies en otra partida de que
hizo cedula ; cuatrocientos y veinte y seis reaies en veinte y
seis de Diciembre de seiscientos y treinta y très ; dos
mil reaies sobre un vaquero cuajado de pasamanos de
oro que se entregô al dicho Don Juan de la Serna ; y
los seiscientos reaies restantes que se le dieron para el
viaje que hizo desde Toledo â Madrid, prestados.
Mas novecientos reaies que se dieron prestados â
D. Pedro Calderon, de que diô recibo.
Mas ducientos y cinquenta reaies que se dieron presta-
dos â Don Francisco de Roxas como parece del recibo que '- VaSo
esta en el dicho libro de las entradas.
Mas quinientos reaies que se dieron prestados à Vallejo, \
autor de comedias, como parece del recibo que esta en el ■ V5oo
dicho libro.
Mas quatro mil reaies que se dieron â Cristoval de Aven- ) ^ ^
dafio prestados para el viaje que hizo de Toledo â Madrid. )
Mas ochocientos reaies que se dieron prestados al dicho ,
Avendano para una comedia de Montalban, como parece /
por su recibo que esta en el dicho libro, sentada la par- . V 800
tida en once de Marzo del dicho ano, rubricada del l
dicho Francisco de Alegria. ■ ]
Mas ochocientos reaies que se dieron â Andres de la
Vega de orden del dicho Francisco de Alegria para una
comedia con obligacion de hacerla elveranodel dicho arïo ^ V800
de i63^, y no haciendola, hubiese de volverlos, y no la
hizo y se han de cobrar dél.
V900
V673
54 BULLETIN HISPANIQUE
Mas cinco mil y ciento y sesenta reaies que costaron
quatro mil reaies de plata que se remitieron prestados â
Antonio de Prado de orden del dicho Francisco de Alegria ) 5 V 160
para la costa del viaje que hizo desde Zaragoza a Valladolid
de que esta hecha escriplura de obligacion,
Mas ciento y seis reaies que se dieron prestados al dicho "
Andres de la Vega en primero de Mayo del dicho aflo de V 106
i634, como parece por el dicho libro.
Mas cien reaies que se dieron prestados â Juan de Coca, ]
représentante en la compania de Roque de Figueroa, de ! Vioo
que hizo cedula en 28 de Abril del dicho ano.
Mas seiscientos y setenta y très reaies que se pagaron â
Andres de la Vega en diferentes dias y partidas, como
parece por menor en el dicho libro, por quanto habiendose
hecho concierto con él de que hiciese veinte representa-
ciones, y obligadose â darle trecientos y quarenta y très
reaies por cada una, tomando el arrendamiento por su
quenta ambas quentas, la que tocaba al dicho autor y la
que tocaba al arrendamiento, hecha la quenta de los
dichos dias parece puso la caxa del dinero de las entradas I
los dichos seiscientos y setenta y très reaies.
Monta la dicha datta trecientos treinta y dos mil ]
quatrocientos quarenta y siete reaies, como parece por I ,0 t,-//
menor en las dichas partidas, que se hacen buenos por (
las causas y razones en ellas contenidas. )
Resolucion y Jenecimiento de la dicha quenta.
Monta el dicho cargo ducientos y noventa y ocho mil j cv S
ciento diez y ocho reaies. \
Monta la dicha datta trecientos treinta y dos mil ) „„ -iw /
'■ 332 V 447
quatrocientos quarenta y siete reaies. )
Segun lo quai hace de alcance el dicho JuandelaSerna,
como caxa, treinta y quatro mil trecientos y veinte y nueve 1 Alcance
reaies que proceden del dinero que metiô en la nego- j que hace
ciacion desle arrendamiento Don Alonso de Paz, que se [ la caxa.
han de entregar en la caxa por los participes en la dicha \ 34V329
compania y arrendamiento, como por la dicha escriptura
estan obligados ; y la dicha quenta se fenecio de acuerdo
de todos en Madrid â veinte y uno de Otubre de mil
y seiscientos y treinta y quatro anos.
Yes declaracion de esta quenta que va escrita en cinco foxas, con esta
en que firmamos, que la tercia parte que toca pagar â Francisco de
Alegria de los quarenta mil reaies que puso don Alonso de Paz adelan-
NUEYOS DATOS ACERCA DEL HISTMONISMO ESPANOL 55
tados, y se han decobrar para satisfacion del dicho alcance acabadoel
arrendamiento si no se hubieren cobrado de los deudas que deberi los
autores y poetas que han de servir para la paga del dicho alcance, de
tal manera que todo el le baya de haber y cobrar la persona que
tuviere poder del dicho contador Juan de Paz, en nombre del dicho
Don Alonso de Paz, la cantidad que quedare por cobrar, ha de pagar
la tercia parte el dicho Francisco de Alegria al fin del dicho arrenda-
miento, y hasta entonces, no ha de haber Uegado el plazo de la paga
de la dicha tercia parte y deudas de los dichos autores, porque asi
estan de acuerdo y lo fîrmaron de sus nombres en Madrid a trece
de Enero de seiscientos y treinta y seis anos, siendo testigos Don
Francisco de Sardaneta y Mendoza y Antonio de Araoz, regidores
desta villa y comisarios de este dicho arrendamiento. — Juan de
Rio. — Francisco de Alegria. — Don Juan de la Serna de Paz del
Haro. »
(Diego de Cepeda. 1629 a 36, f° 257.)
249. — Obligaciôn de Cristôbal de Avendano, aulor de comedias,
de pagar a los diputados del Hospital real de Salamanca mil reaies
que le entregaron por Marzo de este ano para que fuese a representar
a dicha ciudad durante los vacaciones y por no haber podido ir â
cumplir dicho concierto los pagarâ dentro de ocho dias en la villa de
Piedrahita. Madrid, 28 Junio i634.
(Antonio de Carvajal, 1682 â 35, f° Z|8.)
250. — Orden de S. M. para que se reciban en cuenta â su tesorero
8200 reaies, 6000 que se pagan â Cristôbal de Avendano y 2200 â
Roque de Figueroa, autores de comedias, « por las que han hecho los
dias que hemos estado la Reyna y yo en la casa del Buen Retiro ».
Madrid, 9 Juho i634.
(Arch. de Palacio, Espectâculos pùblicos y privados.)
1635.
251. — Venta de dos pares de casas que Hernân Sânchez de Vargas,
autor de comedias, tiene en la calle de las Huertas en favor de D" Ma-
riana de Vallecillo por cuantia de cinco mil ducados. Madrid, ao Enero
i635.
(Juan Garcia de Albertos, i634 y 35, f° 80.)
252. — Obligaciôn de Gaspar Valentin de asistir durante un ano
en la companfa de Andrés de la Vega para- cantar y poner la roùsica,
ganando por la fiesta del Corpus 44o reaies, 6 ducados por cada una
de las fiestas de N'. S" de Agosto y Septiembre y 4 por cada una de
las ordinarias. Madrid, 24 Enero i635.
(Juan Garcia de Albertos, i634 y 35, f° 99.)
253. — Acuerdo de la Villa para que los autores de comedias
56 BULLETIN HISPANIQUE
présenter! listas de sus companias para escoger las que hayan de hacer
los Autos sacramentales del présente afio. Madrid, 23 Febrero i635.
Tomas Fernândez, Bartolomé Romero y Antonio de Prado dicen que
por la esterilidad de los tiempos no pueden hacer los gastos y formar
compania sufîciente para los Autos de Madrid.
Roque de Figueroa, que ha llegado hace poco a la corte con su
compania, se ofrece para lo que sea necesario.
(Arch. municipal, III, !]']&, 9.)
254. — Concierto de Sébastian de las Penas con Antonio de Prado,
autor de comedias, para asistir en su compania durante 2 anos,
ganando 4 reaies de raciôn y 5 por representacion y por la fiesta del
Corpus lo acostumbrado. Madrid, 24 Febrero i635.
(Juan Garcia de Albertos, i634 y 35, f" 316.)
255. — Concierto de José Daza y Andrés de Biedma, con Francisco
Galindo, apoderado de Juan de Salazar; autor de comedias résidente
en Valencia, para asistir en la compania de este durante un ano.
Daza harâ los segundos papeles y bailarâ, cobrando 8 reaies de
parte en cada representacion.
Biedma harâ los barbas y vejetes de los entremeses, ganando 7 reaies
de parte en la misma forma. Madrid, 3 Marzo i635.
(Juan Garcia de Albertos, i634 y 35, f° 261.)
256. — Concierto de Pedro de Valdés, autor de comedias, por un
ano con los représentantes que han de entrar en su compania :
Alonso de la Paz para representar lo que se diere.
Bernabela de Leôn, su mujer, para los primeros papeles de damas,
y cobrarân 16 reaies de parte.
Francisco Garcia, Sevillano, para cobrador.
Maria de Quesada, su mujer, para lerceros papeles, y cobrarân 12 1/2
reaies de parte.
Bartolomé de Robles, para lo que se le mandare bacer.
Alfonsa de Haro, su mujer, para cuartos papeles, cantar y bailar,
cobrando ambos 10 1/2 reaies de parte.
Juan de Malaguilla, para la graciosidad, y ganarâ 8 reaies de parte.
Juan Gonzalez para los 2°^ y 3°' papeles, cobrando 7 reaies.
Juan de Henao para hacer los barbas, y glosas, ganando 7 reaies.
Juan Roman para cantar, bailar y representar, cobrando 7 reaies.
Manuel de Silva para cantar y bailar, ganando 6 reaies de parte.
Madrid, 7 Marzo i635.
(Juan Garcia de Albertos, i634 y 35, f° 293.)
257. — Asiento de Juan Antonio de Santa Ursula, autor de come-
dias, y de su muger Ana Coronel, con los représentantes que han
de formar su compania por un aîio :
Nicolas de Alcântara y Laureana de Luque, su muger.
Baltasar de Lechuga.
NUEVOS DATOS AGERCA DEL HISTRIONISMO ESPANOL b"]
Francisco Luis de Garvajal.
Francisco Ferrer.
Diego Munilla.
Jerônima de Médina, viuda. Madrid, ir? Marzo i635.
(Juan Garcia de Albertos, i63A y 35, f" 333.)
258. — Poder de Francisco Lôpez, autor de comedias, â Juan Mar-
linez, cobrador de los corrales de las comedias de Madrid, para
asentar comediantes, concertar fiestas, y adquirir vestuarios. Madrid,
i5 Marzo i635.
(Diego de Cepeda, 1C29 â 36, f" 229.)
259. — Poder de Francisco Lôpez, autor de comedias, a su mujer
Damiana Pérez para concertar représentantes y ajustar fiestas. Madrid,
i5 Marzo i635.
(Diego de Cepeda, 1629 â 36, f" 227.)
260. — Poder de Antonio de Rueda, représentante, résidente en
Sevilla, â su muger Catalina de Sotomayor para concertar fiestas y hacer
escrituras con los représentantes. Sevilla, 20 Marzo i635.
(Juan Garcia de Albertos, i634 y 35, i'° 467.)
261. — Obligaciôn de Antonio de Prado, autor de comedias, de ir
â la ciudad de ïoledo y representar en el corral de dicha ciudad
3o comedias desde mediados de Junio hasta fin de Julio, siendo con-
diciôn poder salir y hacer alguna octava que le salière en tierra de
Toledo, Yolviendo â continuar sus representaciones en la ciudad.
Madrid, 25 Marzo i635.
(Juan Garcia de Albertos, i634 y 35, f° 422.)
262. — Obligaciôn de Catalina de Sotomayor, muger de Antonio de
Rueda, représentante résidente en Sevilla, de asistir en la compania
de Andrés de la Vega, autor de comedias, hasta primer domingo de
Octubre, ganando 44o reaies por la fiesta del Corpus, 6 ducados por
las de N". S' de Agosto y de Septiembre y 4o reaies por cada una de
las ordinarias. Madrid, 3i Marzo i635.
(Juan Garcia de Albertos, i634 y 35, f° 465.)
263. — Obligaciôn de Roque de B^igueroa, autor de comedias, de ir
â la villa de Daganzo de Arriba el dia lo de Junio y representar los dos
Autos que hubiere hecho en Madrid el dia del Corpus y ademas una
comedia de las puestas este ano, cobrando 2.5oo reaies. Madrid,
3 Abril i635.
(Juan Garcia de Albertos, i634 y 35, f* 493.)
264. — Obligaciôn de Roque de Figueroa, autor de comedias, de ir
para i" de septiembre â la ciudad de ïoledo y hacer 3o representa-
ciones, con la compaîïia que hoy tiene, en el corral de comedias de
dicha ciudad. Recibe adelantados 1800 reaies. Madrid, 9 abril i635.
(Juan Garcia de Albertos, i634 y 35, f° 517.)
265. — Obligaciôn de Antonia Manuela, en nombre de su marido
58 BULLETIN HISPANIQUE
Bartolomé Romero, autor de comedias, de pagar en Cuenca el dia
28 del présente 800 reaies que les ha prestado Alonso Pérez de Mon-
talban, vecino de Madrid. Madrid, 3 julio i635.
(Juan Garcia de Albertos, i635, f" 23.)
266. — Obligaciôn de Antonia Manuela, muger de Bartolomé
Romero, autor de comedias que ahora esta en Ocana, de que dicho su
marido ira con la compania que hoy tiene àlaciudad de Cuenca para el
i3 del présente mes y harâ 24 representaciones cobrando para si los
aprovechamientos de la casa de comedias, y recibiendo en el acto
900 reaies. Madrid, 3 Julio i635.
(Juan Garcia de Albertos, i635, f" 16.)
267. — Poder de Juan Quirante, Jeronima de Morales, su mujer,
y Pedro Guirante, su hijo, à Gregorio de Morales, mùsico, para que
concierte a los très con algun autor de comedias, y contra te fiestas
que hayan de hacer de por si. Madrid, 6 julio i635.
(Juan Garcia de Albertos, i635, f" 33.)
268. — Recibo de las escrituras que tiene D^ Catalina Pérez de
Velasco dado por D* Jacinta de Herbias, para devolverlas dentro de
20 dias. Madrid, 9 Julio i635.
(Juan Garcia de Albertos, i635, f° 5o.)
269. — Partida de casamiento de Segundo de Morales con Sebas-
tiana de Segura.
(( Certifico yo el licenciado Geronimo de Argaez cura teniente de la
yglesia parrochial de el sefior San Gines i San Luis delà villa de Madrid
que oi Domingo cinco de agosto de mil seiscientos treinta i cinco anos
en virtud de un mandamiento de el senor Licenciado Lorenzo de
Iturriçana, vicario gênerai de esta villa e su partido i despachado por
ante Gaspar de Ribas, notario de su audiencia, su fecha en cinco de
Agosto ihabiendo precedidolas moniciones que elsantoConcilio manda,
desposé por palabras de présente que hacen verdadero i legitimo matri-
monio a Segundo de Morales con Sebastiana de Segura, mis parro-
chianos en la calle de San Chrislobal, casas de Luis de Monzon, siendo
testigos Francisco Gomez, Francisco Raquerizo y Juan Bautista Garcia,
en testimonio de lo quai lo firme ut supra. El Licenciado Geronimo
de Argaez. »
Al margen : «y velados oy lunes 7 de abril de i636 en San Blas,
siendo padrinos Agustin Ramirez y Doiïa Madalena de Cardenas, y lo
firme. Argaez. »
(Archivo de S. Ginés.)
270. — Obligaciôn de Francisco de Rojas de asistir durante dos
aiïos en la compania de Antonio de Prado para hacer la parte de la
graciosidad y los vejetes de los balles, ganando 8 reaies de raciôn,
13 de representaciôn, 260 par cada fiesta del Corpus, dos caballeriasy
llevada su ropa y 800 reaies prestados. Madrid, 8 agosto i635,
NÙEVOS DATOS ACERCA. DEL HISTRIONISMO ESPANOL Ôg
(Juan Garcia de Albertos, i635, f" 175.)
271. — Obligaciôn de Antonio de Prado, autor de comedias, de ir
â la ciudad de Salamanca con la companîa que hoy tiene y hacer desde
el 28 de septiembre veinte representaciones sucesivas para lo cual se
le entregan 1200 reaies de ayuda de costa. Madrid, i4 agosto i635.
(Juan Garcia de Albertos, i635, f° 187.)
272. — Acuerdo de los comisarios de las fiestas del Corpus man-
dando « que los cien ducados de xoya que se dan al autor que mexo-
res autos haze cada aîîo se den por los deste dicho présente â Antonio
de Prado, autor de comedias, â quien declararon pertenecer por
haber sido los autos que représenté mexores en todo que los de Roque
de Figueroa, que tuvo la mitad de la fiesta, los quales mandaron se le
libren en las sisas ordinarias desta villa en lo en ellos consignado para
la dicha fiesta, y lo senalaron. » (Cuatro rûbricas.) Madrid, 22 Agosto
i635.
(Arch. municipal, clase 16, 2-196-41.)
273. — Obligaciôn de Pedro de Linares, représentante de la com-
panîa de Antonio de Prado, de pagar â Ana Diez, viuda, ii4 reaies
que le debe de resto de la posada que le ha dado en su casa de la calle
del Nino, y que pagarâ para el mes de Noviembre proximo. Madrid,
2 Septiembre i635.
(Juan Garcia de Albertos, i635, f° 279.)
274. — Carta de pago de Antonio de Prado, autor de comedias, de
cien ducados que se le ofrecieron de joya y que ha de haber porque
hizo la fiesta del Corpus de este ano mejor que Roque de Figueroa que
hizo la otra mitad. Madrid, 3 Septiembre iG35.
(Si hizo la entrega â Jerônimo de Ayala, apoderado de Antonio de
Prado.)
(Manuel de Rohles, i635 y 30, f" 8i3.)
275. — Carta de pago y finiquito entre Antonio Granados autor de
comedias de los nomhrados por Su Magesiad, y Francisco de Velasco.
Madrid, i5 Octubre i635.
(Juan Garcia de Albertos^ i635, f" 4oo.)
276. — Carta de recibo de dote otorgada por Segundo de Morales,
hijo de Gerônimo de Castaneda y de Catalina de Morales, vecinos que
fueron de Avila, en favor de su muger Sebastiana de Segura, hija de
Lucas Ximénez y Maria de Segura, vecinos de Toledo. Importa la
dote 16,703 1/2 reaies. Segundo de Morales le mandé en arras 3oo
ducados. Madrid, 20 Octubre i635.
(Diego de Cepeda, 1629 â 36, f° 249.)
277. — Poder de D. Juan de la Serna, administrador de la renta
de las comedias de esta villa de Madrid, al lie. Alonso de Cetina para
cobrar del Duque de Pastrana 56oo reaies que Su Exc\ debe del arren-
damiento del aposento de la casa de las comedias del corral del Prin-
6o BULLETIN HISPANIQUE
cipe a razôn de 2800 reaies cada ano, de los dos anos que comenzaron
el dia de S. Juan de Junio de este ano y acaban en el mismo dîa
de 1687. Madrid, 5 Noviembre i635.
(Diego de Cepeda, iGag â 3G, f° 287.)
278. — Obligacion de Roque de Figueroa, autor de comedias, de
pagar a Pedro Ortiz de Urbina 890 reaies que le ha prestado. Madrid,
39 Noviembre i635.
(Diego de Cepeda, 1629 a 36, f° 240.)
CRISTOBAL PÉREZ PASTOR.
(Continuard.)
INVENTAIRE DE LA COLLECTION EDOUARD FAVRE
{Suite ' .)
Vol. LU.
Recueil de lettres et de pièces diverses provenant de D. Antonio Pedro
Gomez Ddvila Alvarez Osorio y Toledo, X" marquis d'Astorga, IV^ mar-
quis de Velada et de San Romdn, grand maître de la reine Marie-Louise,
puis capitaine général de Varlillerie de l'Espagne, 1679-1687.
Fol. I. Acte constatant la nomination faite, par le roi [Charles II],
du marquis d'Astorga au poste de « mayordomo mayor » de la reine
[Marie-Louise]; Madrid, ii février 1679.
Fol. 3. « Para que el marques d'Astorga, a quien V. Mag"^ [Charles II]
a nombrado por mayordomo mayor de la reyna que a de venir, pueda,
en el intérim que llegare, firmar los libramientos que se dieren sobre
el thesorero de la casa que se a formado en este corte... »; Madrid,
27 mars 1679. — Original.
Fol. 7. Dépêche du roi [Charles 11] au marquis d'Astorga pour lui
annoncer sa promesse de mariage avec la princesse Marie-Louise;
Madrid, 2 octobre 1679. — Original.
Fol. \l\- Quarante-quatre minutes ou copies de lettres du marquis
d'Astorga au roi Charles II, à la reine [Marie-Anne] et à D. Gerônimo
de Eguia « con el motivo del viaje que se hizo por la reyna » [Marie-
Louise]; Aranda, Irun, Salinas, Victoria, Pancorbo, etc., octobre-
novembre 1679.
Fol. i34. « Para que el marques de Astorga, a quien V. Mag'*
[Charles II] ha hecho merced del cargo de capitan gênerai de la
artilleria de Espana, le exerça en las armadas y llotas de la Carrera
de las Indias y en otros qualesquier navios que se despacharen a
ellas » ; S. Lorenzo, î5 octobre i68o.
Fol. i36. u Titulo de capitan gênerai de la artilleria de Espana al
marques de Astorga » ; S. Lorenzo, 3i octobre i68o. — Original.
Fol. \l\o. «. Inslrucion al marques de Astorga, capitan gênerai de la
I. Voir Bull, hisp., t. XI, p. 29a; t. XII, p. 49, i4o et 817.
Bail, hispan. 5
02 BULLETIN HISPANIQUE
artilleria, de lo que ha de observar con dicho puesto»; S. Lorenzo,
3i octobre 1680.
Fol. 145. Lettre de D. Alonso de Carnero au marquis de Astorga;
Madrid, 28 février 1686. — Original, avec la minute de la réponse.
Fol. 1/19. Lettre du même au même; Madrid, i5 mars 1687. —
Original, avec la copie et la traduction d'une lettre, en italien, du
cardinal Azolino relative à l'accord intervenu entre les ambassadeurs
de France et d'Espagne à Rome pour l'ordre de leurs carrosses dans
les cortèges, le 26 décembre 1669.
(i58 feuillets; 817 sur 233 millimètres.)
Vol. LUI.
Recueil de lettres et de pièces diverses relatives à l'ambassade de
D. Antonio Ferndndez de Côrdova y Cardona, V" duc de Sessa, à Rome
(1590-1605), et de lettres diverses adressées aux ducs de Sessa par les
souverains d'Espagne (1605-172Ù).
Fol. I. Onze lettres de Philippe II au duc de Sessa, ambassadeur
d'Espagne à Rome; S. Lorenzo, i4 septembre iSgo : « el recibo de las
de 27 [de Agosto] con aviso de la muerte del papa»; — Ségovie,
7 juin 1692 : «en lo de la cabeça de S. Lorenzo»; — Aranjuez,
2 mai lôgS : « sobre lo de la ligua con Grissones » ; — Madrid, 20 sep-
tembre 1593 : « sobre lo de la investidura de Ferrara » ; — S. Lorenzo,
3o juillet 1694 : « sobre la investidura de Ferrara » ; — S. Lorenzo,
17 septembre 1594, sobre la misma materia; — Madrid, 17 dé-
cembre 1694 : « sobre cosas de Marsella » ; — Madrid, 26 février iSqS :
« sobre cosas del duque de Ferrara » ; — Madrid, 7 avril iSgS : « sobre
los particulares del duque de Ferrara» ; — Aceca, 3 mai 1596 : « para
que se hagan oficios con Su S"* en lo de la investidura de Ferrara
que prétende aquel duque » ; — S. Lorenzo, 3o septembre 1 696 : « sobre
la misma materia ». — Originaux ou copies.
Fol. 33. Lettre du patriarche d'Alexandrie [H, Cajetan] au duc de
Sessa; Madrid, 24 octobre 1597. — Original, en italien.
Fol. 35. Lettre de la duchesse Marguerite de Ferrare au même
(( con aviso de la muerte del duque su marido [Alphonse II d'Esté] » ;
Ferrare, 28 octobre 1697. — Original, en italien.
Fol. 37. Lettre de D. César d'Esté au même; Ferrare, 28 oc-
tobre 1697. — Original, en italien.
Fol. 39. Lettre du prince Philippe au même, « por el maestro
Fr. Alphio visitador de la orden del Carmen n ; S. Lorenzo, i" no-
vembre 1594.— Original.
Fol. 41. Lettre du duc de Sessa à D. César d'Esté et à Marguerite de
Inventaire de la. collection Edouard favre 63
Ferrare : « el pesame de la muerte del duque » [Alphonse II|; Rome,
i8 novembre 1597. — Copie.
Fol. 44 • Lettre du même au duc de Feria « sobre lo de Ferrara » ;
Rome, 29 novembre 1597. — Copie.
Fol. 46. Lettre de D. César d'Esté au duc de Sessa «con el conde
Ercole Rondinelli, gentilombre » ; Ferrare, 11 décembre 1597. —
Original, en italien.
Fol. 48. Lettre du duc de Sessa « al condestable de Castilla con una
relacion y copia de carta de D. Gesar d'Esté » ; Rome, 2 décembre 1097.
— Copie.
Fol. 64. « Relacion de los papeles que dio a Su Mag"* el nuncio de
Su S"* [Zaguia] a 4 de enero iSgS. »
Fol. 72. « Copia de los papeles que dio a Su Mag** a siete de
enero 1598 el conde Girardo Rangoni, embiado por D. César
d'Esté. »
Fol. 92. u Lo que Su Mag'' ha mandado responder al nuncio de Su
S^ en la materia de Ferrara a los 27 de enero 1698. »
Fol. 96. « Lo que Su Mag** manda responder al conde Girardo Ran-
goni, embiado por D. César d'Esté, en la materia de Ferrara a los
28 de enero 1598. »
Fol. 100. « Relacion de la embaxada del obispo de Ancona [C. Conti]
al emperador [Rodolphe U] sobre las cosas de Ferrara » ; s. d. —
En italien.
Fol. io4. Écrit relatif à l'ambassade de lévêque d'Ancône auprès de
l'empereur; 4 janvier 1598. — En latin.
Fol. 106. Deux lettres de l'empereur [Rodolphe 11] au pape [Clé-
ment VIII] relatives à la succession du duché de Ferrare; Prague,
9 et 10 janvier 1598. — Copies, en latin.
Fol. 1 10. Deux lettres du duc de Sessa à D. Juan de Idiaquez « sobre
cosas de Ferrara » ; Rome i3 et 17 janvier 1698. — Copies.
Fol. 122. Deux lettres de Philippe 11 au duc de Sessa « sobre la
materia de Ferrara » ; Madrid, 22 janvier 1698. — Copies.
Fol. i35. Lettre du prince [Philippe] au pape [Clément Vlll] relative
à la succession du duché de Ferrare; Madrid, 26 janvier 1598. —
Original et copies.
Fol. i4o. Lettre du même au duc de Sessa relative au même objet ;
Madrid, 29 janvier 1598. — Original.
Fol. 143. Lettre du même au même «con lo que Su Mag"* es servido
se responde al nuncio extraordinario [Zaguia] de Su S"* sobre el negocio
de Ferrara»; Madrid, 23 janvier 1698. — Copie.
Fol. i48. Lettre du roi [Philippe 111] au même «en recomendacion
del duque de Modena para que se le guarden las capitulaciones que
hizo con la sede apostolica » ; Aranjuez, 16 décembre 1698. — Original.
Fol. i5o. Lettre du même au même : Avis de la nomination de
64 BULLETIN HISPANIQUE
Francisco de Vera y Aragon comme ambassadeur d'Espagne à Venise
à la place de D. Inigo de Mendoza; Aranjuez, 8 mai 1600. — Original.
Fol. i52. Lettre de la reine [Marguerite] au même; Madrid, 17 mai
1600. — Original.
Fol. i5/j. Lettre de Philippe 111 au même «sobre la proteccion de
Modena»; Valladolid, lô septembre 1601. — Transcription.
Fol. i56. <( Copia de carta de mano de Su Mag'^ [Philippe 111] a Su
S'' [Clément VIU] en lo de Modena » ; Valladolid, 17 septembre 1601.
Fol. 157. Lettre de Philippe 111 au duc de Sessa «para que se
favorezian las cosas del duque de Modena » ; Valladolid, 18 septembre
1601. — Original et copie.
Fol. 161. Lettre du même au même « en lo de Modena )) : Aranjuez,
8 mai 1602. — Copie.
Fol. i63. Lettre du [duc de Sessa] à PhiHppe 111 « sobre lo tocante
al duque de Modena » ; Rome, 3 juin 1602. — Copie.
Fol. i65. Lettre de Philippe 111 au duc de Sessa « con lo que Su
Mag"* escrive al duque de Modena» ; Valladolid, 28 août 1602. —
Copie.
Fol. i68. Lettre [du duc de Sessa] à D. Pedro Franquesa ; Rome,
33 septembre 1602. — Copie.
Fol. 170. Lettre de l'impératrice Maria au duc de Sessa « por el Fr.
Francisco Pereira, agustino » ; Madrid, 28 mars 1602. — Original.
Fol. 172. Lettre de la même au même «en recomendacion de
Francisco Malaespina, marques de Friggiana » ; Madrid, 18 août 1602.
— Original.
Fol. 174. Lettre de la même au même « para que se pida a Su S**
[Clément VIII] que pueda llamar al monasterio las personas que uviere
menester para su servicio » ; Madrid, juin 1601. — Original, avec
la copie de la réponse du duc de Sessa.
Fol. i83. Copies de quatre lettres du prince [Philippe] au pape
[Clément VIII]; S. Lorenzo, 26 juillet 1697, ^o ^o"'' '^9^ ^^ ^ ^^^il
1695.
Fol. 189. Lettre de l'infante D" Isabelle au même; Madrid, 6 avril
lôgô. — Copie.
Fol. 191. Lettre de la reine [Marguerite] au même, « en recomendacion
de D. Luis Cid « ; Valladolid, 12 avril 1601. — Original.
Fol. igS. Lettre de la même au même « en recomendacion del
ermano Obregon » : Valence, i" mai 1699. — Original.
Fol. 197. Lettre de la même au même « para sacar de pila el hijo o
hija que pariere la muger del conde Radmundo de Thorn, embassador
del emperador » ; Mantoue, 22 novembre 1698. — Copies, en italien et
en allemand.
Fol. 202. Lettre de la même au même « sobre la dispensaçion para
el marquisito de Villanueva » ; Madrid, ao janvier 1600. — Original.
INVENTAIRE DE LA COLLECTION EDOUARD FAVRE 65
Fol. 2o4. Lettre de Philippe III au cardinal Aldobrandino; S. Lorenzo,
36 août 1598. — Copie.
Fol. 2o5. Lettre du même au roi de Danemark; S. Lorenzo, juillet
i586. — Copie.
Fol. 207. Lettre de rarchiduc Ferdinand au duc de Sessa u con
Joseph de Rabatta in Dorimberg a quien envia... a dar cuenta d'aver
lomado possession de la provincia d'Esturia» : Gratz, 20 décembre 1 696.
— Original, en latin.
Fol. 209. Lettre du duc de Sessa au cardinal André d'Autriche;
Rome, 8 mars lôg^. — Copie.
Fol. 210. Deux lettres du duc Charles-Emmanuel de Savoie au duc
de Sessa; Turin, 29 juin et 3 mars i6o5. — Originaux, en italien.
Fol. 214. Cinq lettres de Ranuce Farnèse au même; Parme,
20 avril i6o4-25 février i6o5. — Originaux, en italien.
Fol. 224. Lettre de César d'Esté au même; Modène, 26 avril i6oi.
— Original, en italien.
Fol. 226. Trois lettres du duc d'Urbin [François-Marie II de la
Rovère] au même; Pesaro, 12 avril 1604-21 mai i0o5. — Originaux,
en italien.
Fol. 282. Lettre de la République de Gênes au même; Gênes,
5 août i6o5. — Original, en italien, avec la copie de la réponse du
duc de Sessa.
Fol. 235. Lettre de la République de Lucques au même; Lucques,
27 août i6o5. — Original, en italien.
Fol. 287. Lettre de Philippe III au même; Valladolid, i3 avril i6o5.
— Original.
Fol. 238. Deux lettres de Philippe lll à [D. Luis Fernândez de
Côrdova y Cardona, VI'J duc de Sessa; Madrid, 11 décembre 160G:
« nombra por capitan de la miliçia de la villa de Rute y Yznajar a
D. Francisco Ordoflez de Vilbao » ; — Aranjuez, i" mai 1607 :
u ordenando se prebenga toda la gante que fuere posible de a pie y de
a cavallo en los estados [del duque de Sessa] y se remita con persona
al duque de Médina Sidonia ». — Originaux.
Fol. 242. Quatre lettres de Philippe IV au même; Madrid, 3o mars
1623 : « da quenta de la venida a esta corte del principe de Gales por
que dessea Su Mag"^ hazer demostraçiones de fiestas » ; — Madrid,
29 novembre 1628: « da quenta de como la reyna pario una hija dia
de S" Cathalina que se contaron 20 de noviembre » ; — Madrid, 3i jan-
vier 1G24 : « da quenta de como tiene deterpiinado de dar una vista al
Andaluzia en persona » ; — Madrid, i" décembre 1628. — Originaux.
Fol. 246. Trois lettres de Philippe IV' à [D. Antonio Fernândez de
Côrdova y Cardona, VIP] duc de Sessa; Madrid, 9 novembre 1648; —
6 novembre i653: «sobre el servicio de milicia de los lugares del
estado » [del duque de Sessa] ; — 4 juillet i654 : « sobre la cobranza de
66 BULLETIN HISPANIQUE
10 que deben los lugares del estado [del duque de Sessa] por raçon de
milicias ». — Originaux.
Fol. 267. Lettre de Philippe IV à [D. Francisco Fernândez de Cordova
y Gardona, VHP] duc de Sessa « sobre el fallecimiento del duque su
padre » ; Madrid, a février 1609. — Original.
Fol. aSg. Vingt lettres de la reine régente Marie-Anne au même;
Madrid, aS mars 1671; — Madrid, i4 janvier 1673; — Madrid, 18 jan-
vier 1673 : « sobre la causa que se hizo a D. Agustin de Médina » ; —
Madrid, 3o janvier, 3 mars (3 lettres), 7, 18, 19, 27, 29 et 3o avril,
11 mai, 18 mai (2 lettres), 23 mai, 28 mai, 3o mai et 11 juin 1673. —
Originaux.
Fol. 281. Lettre de Charles II au même : «sobre el casamiento
de D. Antonio de Toledo con la marquesa de Tavara»; Madrid,
8 mars 1686. — Original.
Fol. 283. Quatre lettres de Charles II à [D. Félix Fernândez de
Cordova, Gardona y Requesens, IX'] duc de Sessa; Madrid, 21 sep-
tembre 1688: « sobre el fallecimiento del duque, su padre » ; — Madrid,
25 février 1689: « sobre el fallecimiento de la reyna, D' Maria Luisa de
Orléans » ; — Madrid, 26 et 26 mai 1696: « sobre el fallecimiento de
la reyna D'' Maria Ana de Austria ». — Originaux.
Fol. 290. Deux lettres de la reine [Marie -Anne de Neubourg] et
des gouverneurs du royaume au même : « sobre el fallecimiento
del rey D. Carlos secundo»; Madrid, 7 et 12 novembre 1700. —
Originaux.
Fol. 293. Lettre de Philippe V au même; Madrid, 29 avril 1701. —
Original.
Fol. 295. Lettre de Louis XIV, roi de France, au même à l'occasion
de l'avènement du roi Philippe V; Marly, 23 juin 1701. — Original,
en français.
Fol. 297. Deux lettres de Philippe V au même; Barcelone, 18 et 28
novembre 1701 : annonce de ses fiançailles avec Marie-Louise Gabrielle
de Savoie. — Originaux.
Fol. 3oo. Lettre de la reine Marie- Anne de Neubourg au même
« sobre el casamiento de su hija con el marques de Jamaica » [Pedro-
Nufio Colon de Portugal y Ayala]; Tolède, 24 mars 1702. — Original.
Fol. 3o2. Lettre de Philippe V au même; Madrid, 20 janvier 170/i.
— Original.
Fol. 3o4. Lettre de la reine Marie-Anne de Neubourg au même
« sobre el casamiento de su hijo, el conde de Cabra, con D' Theresa
de Cordova y Guzman » ; Tolède, 10 février 1705. — Original.
Fol. 3o6. Deux lettres de Philippe V au même; Madrid, 3o novem-
bre 1706; — Madrid, 3o août 1707 : annonce de la naissance du
prince Louis. — Originaux.
Fol. 3i2. Cinq lettres de Philippe Va [D. Francisco-Xavier Fernân-
INVENTAIRE DE LA COLLECTION EDOUARD FAVRE 67
dez de Côrdova y Cardona, X'] duc de Sessa; Madrid, 17 juillet 1709 :
(( sobre el fallecimierito del duque su padre » ; — Madrid, aS février
1733 : « sobre los desposorios del principe D. Luis con la prinzesa de
Orléans [Elizabeth] » ; — S. Ildefonso, 17 septembre 1734 : « sobre el
faliecimiento del rey D. Luis » ; — Madrid, 3i octobre 1724; — Pardo,
3o janvier 1728 : (( sobre los desposorios del principe jD. Fernando |
con la ynfanta de Portugal, D" Maria, y de la ynfanta D' Maria Ana
Victoria con el principe del Brazil ». — Originaux.
(331 feuillets; 238 sur 3io millimètres.)
Vol. LIV.
Correspondance de D. Félix Ferndndez Côrdova Cardona y Reque-
sens, VI 1^ duc de Baena, IX" duc de Sessa, grand amiral de Naples,
du 1'' au 31 août 1690.
Fol. I. Lettres originales adressées au duc de Sessa par les person-
nages dont les noms suivent : Alcaçar y Çûniga (D. Felipe de); —
Almaxar (Pedro de), 4 L; — Barrientos (D. Antonio- Alexandre de),
2 1.; — Bejar (Les duchesses de); — Bocangel (D. Geronimo) ; — Bustos
(Francisco Pablo de), 2 1.; — Camacho iD. Juan), 4 1-; — Carrillo
(Antonio) ; — Gomez de Figueroa Lasso de La Vega y Côrdova
(D.), 7 1.; — Jimena (La ville de); — Jovenazo (duc de); — La Car-
rera (Juan de), 2 1.; — La Granja (marquis de), 2 1.; — La Sotta
Zevalos(D. Antonio de); — Laya (Mateo de), 2 I.; — Lopez de Ogaçon
(D. Antonio), 3 1.; — Lora (D. Manuel Francisco de); — Los Bios y
Mendoça (D. Pedro de) ; — Mesia (Juan) ; — Mirabal y Spinola (D.
Rodrigo), 2 1.; — Morejon (D. Cristobal Garcia), 3 1.; — Muçientes
(Andres de); — Oropesa ([D. Emmanuel Joachim Alvarez Toledo.
Côrdova..., VHP] comte d'), 2 1.; — [Palafox (J. de),] archevêque de
Séville; — Portocarrero (D. Gaspar), 2 1.: — Salçedo (D. Luis de);
— Sanchez Chumacero (Diego); — Solis y Mendoça (D. Fernando),
12 1.; — Solorzano (Manuel de): — Solo Guerrero (Francisco de), 3 1.;
— Soto y Herrera (D. Pedro); — Spinola (A.); — Tribugena (La ville
de); — Varona (D. Francisco Bernardo); — Velasco (Francisco de),
9 1.; — Villamarta (marquis de); — Villamediana et Oiîate ([D. Inigo
Emanuel Vêlez de Guevara, X"] comte de) ; — Villanueva ([D. Jos.-Fr.
de Toledo Osorio, IIP] marquis de), i5 1.; — Villaumbrosa (comte de),
marquis comte de Castronuevo.
Fol. 204. Minutes de lettres du duc de Sessa aux personnages dont
les noms suivent : Barrientos (D. Antonio-Alexandro de); — Camacho
(D. Juan), 5 1.; — Gomez de Figueroa (D.), 3 1.; — Jimena (La ville
de), 3 1.; — La Granja (marquis de); — Laya (Mateo de), 2 1.; —
Lopez de Ogazon (D. Antonio); — Mendez de Sotomayor (D. Pedro);
68 BULLETIN HISPANIQUE
— Monrral (marquis de); — Morejon (D. Cristobal Garcia), 41.; —
Muçientes (Andres de), 3 1.; — Solis y Mendoça (D, Fernando), 61.; —
Solorzano (Manuel de); — Soto Guerrero (Francisco de), 2 1.; — Va-
rona (D. Francisco Bernardo); — Velasco (Francisco de), 3 1.; —
[Villamediana] et Onate (comte de); — Villanueva (marquis de),
la 1.; — los officiales reaies del presidio de Cadiz.
(a65 feuillets; Sao sur a4o millimètres.)
Vol. LV.
Correspondance de D. Félix Ferndndez Côrdova Cardona y Reqae-
sens, VII^ duc de Baena, IX' duc de Sessa, grand amiral de Naples,
du i"- au 3i mai 1692.
Fol. I . Lettres originales adressées au duc de Sessa par les person-
nages dont les noms suivent : Aguirre (Joseph de); — Algatozin (La
ville de); — Angulo Bohergues (D. Bartolome de), al.; — Astorga
(D" Anna Dâvila y Osorio, XI° marquise d'); — Atesa (Pedro de); —
Açevedo (D. Geronimo de); — Baca Villamizar (D. Pedro); — Bar-
rientos (D. Antonio -Alexandro), 2 1.; — Benavenle (Ambrosio de),
al.; — Botello (Crispin-G.); — Bustamente (D. Garcia de), 41-; —
Bustillo (D. Pedro de); '— Camacho (D. Juan), 4 L; — Canales ([D.
Manuel Coloma y Escolano], marquis de), 4L; — Cartaya (La ville
de); — Christo (Francisco de); — Contreras (Galvan de), 2 1.; — Cor-
bete (Pedro de), 3 1.; — Côrdova y Ferrer (D. Manuel de); — Coronil
(La ville de); — Echeandia (Juan); — Espéra (La ville de); — Fer-
nandez Navarrete (Pedro), 3 1.; — Forrejon y La Sala (D. Blas); —
Hermossa (Francisco de), 3 1.; — Hernandez Almontte (Joseph); —
Herrera Hurtado (Diego Thomas de); — Hurtado de Mendoça (Ma-
nuel), 3 1.; — Infante (Juan Simon), 3 1.; — Juano (D. Bartolome); —
La Palma (La ville de); — [La Riva (Antonio-Ybanes de),] archevêque
de Saragosse; — La Serna Spinola (D. Antonio de) ; — Lepe (La ville
de); — Lopez de Ogazon (D. Antonio); — Lucena del puerto (La ville
de), a 1.; — Melo (Francisco de); — Mendez de Sotomayor (D. Pedro),
al.; — Molares (La ville de); — Montijo ([D. Cristobal Portocarrero,
IV'] comte de); — Morejon (D. Cristobal Garcia); — Muçientes (An-
dres de), 5 1.; — Niebla (La ville de) ; — Norona (Manrique de), 2 1. ; —
Olivares y Sotomayor (D. Joseph); — Pacheco (D. Diego), 6 1.; —
Ortega Canzillo (D. Pedro) ; — Osuna ([D. Gaspar Tellez Giron, \']
duc d'); — Perez de Altube (D. Miguel), 2 1.; — Riomolino (comte
de); — Rodriguez de Çisneros y Mendoça (Gregorio), 2 1.; — Romero
(F.-J. Mathias); — Roxas y Velasco (D. Ygnacio); — Salamanque (La
ville de); — Salçedo (Manuel de), 3 1.; — Soto y Herrera (D. Pedro);
— Ubrique (La ville de); — Valdelaguila (comte de), 2 1.; —
INVENTAIRE DE LA COLLECTION EDOUARD FAVRE 69
Vejarano (Luis Martin); — Vêla (Francisco Bernardo); — Velasco (D.
Francisco de), ii 1.; — Velasco y Herrera (D. Juan Esteban de); —
Veragua (duc de); — Villanueva ([D. Jos.-Fr. de ïoledo Osorio, IIP]
marquis de), 8 1.; — Villareal ([D. Pedro Damian Lugardo de Menesses,
Portocarrero y Noronha, IX'] marquis de), comte de Medellin, 4 L; —
Villarrasa (La ville de); — Villaumbrosa (comte de), marquis comte
de Castronuevo; — Vivira (Diego) ; — Xerez (La ville de).
Fol. 343. Minutes de lettres du duc de Sessa aux personnages dont
les noms suivent : Albe ([D. Antonio Alvarez de Toledo, VHP] duc
d'); — Alcala del Balbe (La ville de); — Algatozin (La ville de); —
Andrana y Espinosa (D. Alonso) ; — Angulo (Juan de), 2 1.; —
Arcos ([D. Manuel Ponce de Léon, VP] duc d'); — Barrientos
(D. Antonio- Alexandre), 2 1.; — Bejar (duchesse de); — Berraieva
(D. Ordono de); — Botello (Crispin-G.), 31.; — Bustamente (D Garcia
de), 4 1.; — Galanas (La ville de); — Camacho (D. Juan), 6 1.; —
Canales (marquis de), 3 1.; — Casadebante (D. Manuel); — Chavarri
(Joseph); — Contreras (Martin Gai van de), 2 1.; — Corbete (Pedro
de), 4L; — Coronil (La ville de); — Echeandia (Juan de); — Espéra
(La ville de), 2 1.: — Fernandez Navarrete (Pedro), 3 1.; — Hermosa
(Francisco de), 3 1.; — Hartado de Mendoça (Manuel); — Juano
(D. Bartolome); — La Palma (La ville de); — [La Riva (Antonio-
Ybanes de),] archevêque de Saragosse; — Lepe (La ville de), 2 1.; —
Lopez de Ogazon (D. Antonio), 3 1.; — Lozano (Juan); — Lucena
del puerto (La ville de), 2 1.; — Melo (Francisco de); — Molares (La
ville de); — Muçientes (Andres de), 3 1.; — Niebla (La ville de), 2 1.;
— Noroiîa (Manrique de); — Pacheco (D. Diego), 11 1.; — Puerto de
S'* Maria (La ville de) ; — Riata (La ville de) ; — Rodriguez de Çis-
neros y Mendoça (Gregorio); — Rota (La garnison de); — Setenil de
Las Cuevas (La ville de) ; — Sotta (Pedro de) ; — Tribugena (La ville
de); — Ubrique (La ville de); — Valdelaguila (comte de); — Veaz
(La ville de), 2 1.; — Velasco (D. Francisco de), 6 1.; — Vicuiîa (Diego
Azeniro de); — Villanueva (marquis de), 9 1.; — Villareal (marquis
de), comte de Medellin; — Villarrasa (La ville de) ; — Xerez (La ville
de); — Yanez de Barnueba (Lucas Francisco): — Zalamea la Real
(La ville de).
(4Ô9 feuillets; 320 sur 240 millimètres.)
Vol. LVI.
Recueil de lettres et de pièces diverses provenant de D. Diego-Philippe
Mesia de Gaznian, 1"' marquis de Leganés, gouverneur et capitaine
général du Milanais, relatives, pour la plupart, aux affaires du Pié-
mont et de la Savoie, i629-i6U6.
Fol. I. Dix-huit lettres adressées au marquis de Leganés par Gero-
7© BULLETIN HISPANIQUE
nimo Velaz de Medrano; Ivrée, 38 novembre 1640-18 janvier i64i.
— Originaux chiffrés, avec la transcription.
Fol. 82. Vingt-six lettres adressées au même par D. Antonio Saave-
dra; Ivrée, a/j novembre 1640- 18 janvier i64i. — Originaux, avec les
minutes de deux réponses du marquis de Leganés.
Fol. 168. Lettre de Carlo Francisco, s. adr. ; 8 janvier i64i. —
Original, en italien.
Fol. 169. Lettre de H. P. Pellegrino à D. Antonio de Saavedra
« tenente di maestro di campo générale para Su Mag'^ catholica » ;
8 janvier i64i. — Original, en italien.
Fol. 171. Lettre du comte de Siruela au marquis de Leganés ; Gênes,
29 janvier i64i. — Original, accompagné des pièces suivantes :
i) « Puntos tratados entre el conde de Siruela i conde Messerati en
Genova a i4 de henero de i64i ; » — 2) Copie d'une lettre du comte
Messerati au comte de La Ribera, 24 janvier i64i ; — 3) Copie d'une
lettre du comte de La Ribera au cardinal Maurice de Savoie et de la
réponse de ce dernier; Nice, 24 janvier i64i ; — 4) Copie d'une lettre
du comte de La Ribera au comte de Siruela; Nice, 26 janvier i64o
[i64i].
Fol. 196. Onze lettres adressées au marquis de Leganés par le comte
de La Ribera; Nice, 16 février-21 mars i64i. — Originaux, avec les
minutes de six réponses du marquis de Leganés et les pièces suivantes :
i) a Avisos de Canoas », 24 février 1641 ; — 2) « Papel que dio el conde
de La Ribera en Monaco, a 4 de março i64i, acerca de las cosas de los
principes de Saboya ».
Fol. 240. Trois lettres du comte de La Ribera à l'abbé Basquez ; Nice,
4, 7 et 18 mars i64i. — Originaux.
Fol. 246. Copie d'une lettre du cardinal Maurice de Savoie « a gover-
natori délie citta et luoghi dello stato [de Nizza] »; Nice, i4 mars i64i.
— En italien.
Fol. 248. Copie d'une lettre du cardinal Maurice de Savoie à Tévêque
[de Nice]; Nice, mars i64i. — En italien.
Fol. 25o. Lettre du marquis de Leganés au comte de Siruela; s. 1.,
7 mars i64i. — Copie.
Fol. 262. Remarques sur les propositions faites par le Piémont en
vue de la paix ; [i64i].
Fol. 255. « Copia de la escritura que han hecho los senores prin-
cipes de Savoya con la corona de Espafia »; avril i64i.
Fol. 265. Cinq pièces diverses relatives aux traités de Turin de i64o
et 1642.
Fol. 272. Trois lettres de JuanVasquez de Coronado au marquis de
Leganés; Milan, 19 septembre-25 novembre 1646. — Originaux.
Fol. 278. Lettre de Gerônima Doria, marquise de Los Balbases, au
même; Cornellan, 24 novembre i646. — Original.
inve:!Jtaire de la. collection Edouard favre 71
Fol. 280. Lettre de Giov.-Battista Cantone, sénateur, au même;
Milan, 3o décembre 1646. — Original, en italien.
Fol. 284. Mémoire sur la maison de Savoie; milieu du xvii' siècle.
Fol. 293. Remontrance adressée par le comte de La Rocca au duc de
Savoie à propos du rang assigné à l'ambassadeur d'Espagne; Turin,
10 juin 1682. — Copie.
Fol. 294. Lettre du marquis de Castaneda au marquis de Leganés;
Neusladt, 2 octobre i634. — Original.
Fol. 298. Lettre du cardinal Infant [D. Fernando] au même; Anvers,
26 août 1689. — Original.
Fol. 3oo. Lettre du roi Philippe lY au même; Madrid, 29 décembre
i64o. — Copie.
Fol. 3o2. (( Puntos de lo que contienen las cartas de D. Gonzalo de
Cordova, el maestro de campoD. Gerônimo Agustin, el veedor gênerai
D. Nicolas Cid, el secretario Antonio de Navaz, el duque de Saboya,
duque de Tursi, D. Melchor de Borja, secretario In° deOssa, marques
de Castaneda. y D. Christoval de Benavente y marques de Monténégro,
desde 3 de marzo hasla 7 de abril 1629.» — Ces extraits sont tous
relatifs aux événements d'Italie.
(3o7 feuillets; 3io sur 235 millimètres.)
Vol. LVII.
Recueil de lettres et de pièces diverses provenant de D. Gaspar
Felipez de Guzman, II" marquis de Leganés, gouverneur et capitaine
général des places d'Oran et de Mazalquibir, 1661-1666.
Fol. I . Copie de cinq lettres de Philippe IV [au marquis de Leganés];
1661-1664.
Fol. 5. Douze lettres de la reine régente [Marie-Anne] au marquis
de Leganés; 2 décembre i665-io juin 1666. — Originaux et une copie.
Fol. 45. Quarante- deux lettres du marquis de Leganés à la reine
régente [Marie-Anne], 29 janvier- 14 juin 1666. — Minutes ou copies
accompagnées de quelques mémoires, relations, etc., relatifs à la
garnison d'Oran.
Fol. 182. Dix-neuf lettres de D. Diego de La Torre au marquis de
Leganés; 3 octobre 1 665- 12 juin 1666. — Originaux.
Fol. 222. Vingt-deux lettres du marquis de Leganés à D. Diego de
La Torre; i" novembre 1 665-2 1 juin 1666. — Minutes ou copies.
Fol. 277. Lettre de liïigo Perez au même; s. I., 28 janvier 1666. —
Original.
Fol. 279. Deux lettres de D. Blasco de Loyola au même; Madrid,
i3 février-17 avril 1666. — Originaux.
72 BULLETIN HISPANIQUE
Fol. 283. Lettre du marquis de Leganés à D. Blasco de Loyola;
Carihagène, 3i mai 1666. — Minute.
Fol. 285. Six lettres de D. Francisco Yzquierdo de Berbegal au mar-
quis de Leganés; Madrid, i3 mars-8 juillet 1666. — Originaux.
Fol. 299. Neuf lettres du marquis de Leganés à D. Francisco Yz-
quierdo de Berbegal; 27 février-9 août 1666. — Copies.
Fol. 320. Deux lettres de D. Christoval Crespi de Valdaura au mar-
quis de Leganés; Madrid, 10 avril-i" juin 1666. — Originaux.
Fol. 326. Deux lettres de D. Pedro Fernândez del Campo y Angulo
au même; Madrid, 9 mai-io juin 1666. — Originaux.
Fol. 33o. Lettre du marquis de Leganés à D. Pedro Fernândez del
Campo y Angulo; Oran, 18 mai 1666. — Minute.
Fol. 332. Lettre du même à D. Antonio de Frias y Estradas, veedor
gênerai; Oran, 2 février 1667. — Minute.
Fol. 334. Lettre du même à [D. Garcia Avellanedo y Haro, II*]
cornte de Castrillo; Oran, 27 février 1666. — Minute.
Fol. 337. Lettre du même, sans adresse; Oran, 28 juillet 1666. —
Copie.
Fol. 338. « Copia del primer decreto del marques de Leganés diri-
jido a los veedor y contador de guerra de las plazas de Oran y Mazal-
quibir » ; Oran, i/j avril 1666.
Fol. 346. Neuf pièces diverses (nominations..., etc.) relatives à la
garnison d'Oran ; janvier-mars 1666.
Fol. 368. « Adbertencias para formaçion del titulo de virrey y cap-
pitan gênerai del reyno de Valencia en persona de D. Gaspar Felipez
deGuzman, marques de Leganés» [i665 ou 1666].
(373 feuillets; 32o sur 255 millimètres.)
Vol. LVIII.
Recueil de lettres et de pièces diverses provenant de D. Diego Felipez
de Giizman, HT marquis de Leganés, gouverneur du Milanais , relatives
au traité de Vigevano, 1696, et de lettres adressées au même marquis
de Leganés, général de rartillerie espagnole, ou écrites par lui,
1701-1702.
Fol. I. Lettre du comte de Mansfeld. plénipotentiaire de l'empereur,
au marquis de Leganés; Milan, 27 septembre 1696. — Original, avec
la minute de la réponse du marquis de Leganés.
Fol. 9. Lettre du marquis de Leganés à l'empereur; Milan, 10 octo-
bre 1696. — Minute.
Fol. 12. Lettre du marquis de Saint-Thomas, plénipotentiaire du
duc de Savoie, au marquis de Leganés; uau camp devant Valence »,
I" octobre 1696. — Original, en français, avec la copie d'une lettre du
même à l'abbé Grimani.
INVENTAIRE DE LA COLLECTION EDOUARD FAVRE 7^
Fol. 16. Lettre du [marquis de Leganés] au marquis de Saint-Tho-
mas; Vigevano, 2 octobre 1696. — Copie en français.
Fol. 18. Lettre de l'abbé Grimani [au marquis de Leganés] ; Milan,
3 octobre 1696. — Original, en italien.
Fol. 20. Deux lettres du marqiiis de Saint-Thomas an marquis de
Leganés; « camp devant Valence », 2 et 3 octobre 1696. — Originaux,
en français.
Fol. 24 « Projet de lettre de M. le marquis de Leganés à S. A. R. le
duc de Savoie Victor-Amédée 11»; Vigevano, 7 octobre 1696. — En
français et en espagnol.
Fol. 28. Deux lettres du marquis de Saint-Thomas au marquis de
Leganés; « camp devant Valence», 8 octobre 1696. — Originaux, en
français.
Fol. 32. Deux lettres du marquis de Leganés au marquis de Saint-
Thomas; Vigevano, 8 et 9 octobre 1696. — Minutes en français.
Fol. 36. Lettre du même au duc de Savoie; Vigevano, 9 octobre
1696. — Minute.
Fol. 4o. Lettre du marquis de Saint-Thomas au marquis de Lega-
nés; « camp devant Valence »,9 octobre 1696. — Original, en français.
Fol. 42. Lettre du marquis de Leganés au roi [Charles 11] ; Milan,
£1 octobre 1696. — Minute.
Fol. 48. Lettre du comte de Tessé au marquis de Leganés; « camp
devant Valence », i" novembre [1696]. — Original, en français.
Fol. 5o. Copie des pouvoirs conférés par le roi Charles II au mar-
quis de Leganés pour conclure une trêve avec les représentants de
l'empereur et du duc de Savoie; Madrid, 9 septembre 1696.
Fol. 02. Copie des pouvoirs conférés par l'empereur au comte Henri-
François de Mansfeld soit pour conclure avec les représentants de
l'Espagne et de la Savoie une trêve ou un armistice, soit pour décréter
la neutralité de l'Italie; Vienne, 3o juillet 1696. — En latin.
Fol. 54. Pouvoirs conférés par le duc de Savoie, Victor-Amédée H,
au marquis de Saint-Thomas pour conclure un traité avec les repré-
sentants de l'empereur et du roi d'Espagne; « camp de Valence»,
22 septembre 1696. — Original, en italien.
Fol. 58. Traité entre S. A. R. le duc de Savoie, Victor-Amédée 11,
d'une part, l'empereur Léopold et le roi d'Espagne Charles 11 d'autre
part, pour une suspension d'armes en Italie entre eux et la couronne
de France, signé à Vigevano, le 7 octobre 1696, par le marquis de Saint-
Thomas, le comte de Mansfeld et le mai'quis de Leganés. — Copie
munie des signatures autographes et des cachets des plénipotentiaires
(Impr. dans : Traités publics de la royale maison de Savoie, t. 11,
p. 166).
Fol. 66. Article secret accompagnant le traité de Vigevano. — Copie
•■jtx BULLETIN HISPANIQUE
munie des signatures autographes et des cachets des plénipotentiaires
( Impr., tètrfem, p. 170).
Fol. 70. Article ajouté au traité de Vigevano et signé par les pléni-
potentiaires à Turin, le 21 octobre 1696, et à Milan, le 26 octobre 1696.
— Copie munie des signatures autographes et des cachets des pléni-
potentiaires (Impr. en français, ibidem, p. 170).
Fol. 72. Acte par lequel le maréchal de Catinat et le comte de Tessé,
en vertu des pouvoirs qui leur ont été conférés par Louis XIV, s'en-
gagent vis-à-vis de S. A. R. le duc de Savoie à obtenir du roi de France,
dans le délai d'un mois, la ratification du traité de Vigevano; Valence,
lo octobre 1696. — Expédition originale, en français, sur parchemin,
avec signatures autographes.
Fol. 78. « Copia de la ratificazion de S. A. R. Victor-Amédée II del
tratado de neutralidad [de Vigevano] y del, tratado secreto » ; Valence,
9 octobre 1696.
Fol. 82. Copie d'une lettre du comte de Mansfeld au duc de Savoie;
s. 1. n. d. — En français.
Fol. 84. Copie de la ratification par le duc de Savoie, Victor-
Amédée II, de l'article secret du traité de Vigevano; Turin, a3 octo-
bre 1696. — En italien.
Fol. 86. u Copia de la ratificazion del Rei [Louis Xl\ ] del tratado
de neutralidad [de Vigevano] que se embio a S. Mag' [Charles II] en
28 de noviembre [1696] autenticada del marques de S. Thomas. »
Fol. 89. Lettres originales adressées au marquis de Leganés par
Domingo Lopez de Calo Mondragon, 1701-1702, 16 l. ; — D. Manuel
de Aperrigui, 1701, 2 l. ; — D. Luis Manuel Fernândez de Portocar-
rero, 1701;— D. Manuel de Vadillo y Velasco, 1702; et minutes de
lettres du marquis de Leganés à Domingo Lopez de Calo Mondragon,
1701-1702, i4 L; — Manuel de Aperrigui, 1701; — D. Luis Manuel
Fernândez de Portocarrero, 1701 ; — Charles 1, roi d'Espagne, 1701,
4L
(171 feuillets; 34o sur 2 55 millimètres.)
L. MICHELI
(A suivre.)
VARIKTI-S
Stylisation de la face humaine sur des ex-voto motlernes
d'Estremadure.
En avril 1910, je fis, avec mon ami Juan Cabré, un pénible et fruc-
tueux voyage sur la limite des provinces de Salamanqueet de Caceres,
dans la sauvage et pittoresque vallée de las Batuecas.
Nous devions la connaissance de peintures rupestres qui s'y trou-
vaient à un érudit de Plasencia, Don Vicente Paredes, qui en avait
entendu parler par un vieillard originaire de la Al berça.
Au retour de notre expédition, et chargés des nombreux décalques
recueillis, nous tînmes à honneur de présenter nos hommages, nos
remerciements et le fruit de nos recherches à celui qui en avait été
le point de départ, et nous nous rendîmes à la pittoresque cité de
Plasencia de Extremadura.
Grâce à notre guide et à ses nombreux amis, nous pûmes à notre
aise en explorer tous les recoins. C'est dans une de ses églises, celle de
San Esteban, si j'ai bon souvenir, que je trouvai, à gauche de l'autel
latéral dédié à sainle Lucie, une série d'ex-voto qui attirèrent mon
attention. A côté de tresses de cheveux, pieuse ofl'rande de quelques
jeunes filles à la vierge martyre, étaient accrochées quatre plaques
de métal dont les trois plus notables sont ci -joint reproduites'
presque de grandeur réelle. C'étaient des ex-voto offerts pour la
guérison de maladies d'yeux ; le nom de Lucia a semblé au peuple
prédestiner la sainte qui le portait à guérir les maladies d'yeux, et à
rendre ou conserver la lumière (lux).
L'un d'eux, en cuivre, de forme ovale, est relativement ancien. Deux
gros yeux ovales, avec un petit nez au milieu, sont estampés en relief.
Les sourcils, les pupilles, sont soigneusement figurés par de menus
guillochages faits au burin, et des figures ornementales géométriques
remplissent le dessous du visage, tandis que des bandes également
guillochées suivent les rebords de la plaque et encerclent aussi
ses reliefs.
I. Voir la planche hors texte 11,
76 BULLETIN HISPAKIQÙÉ
Les deux autres plaques, certainement très modernes, sont des
rectangles de fer-blanc étamé et repoussé; elles marquent des étapes
de stylisation très curieuse.
La moins ornemanisée conserve deux gros yeux en relief, mais ils
sont devenus circulaires; le nez médian est très réduit et se continue
en deux grands sourcils très arqués, pectines au-dessus et à l'inté-
rieur comme des palmettes. Sous le nez est figurée la bouche, très
petite, mais dont on distingue les deux lèvres. Enfin, une tige ondulée
court le long des bords de la plaque rectangulaire, au coin de laquelle
se trouvent de petits cabochons entourés d'une auréole ponctuée.
La troisième plaque est plus négligée ; on ne pourrait en deviner la
signification sans avoir vu les premières : il ne reste plus du visage
que deux yeux ajourés, des rosaces, dérivées des cabochons primitifs,
et quelques chevrons grossiers occupent tout le reste du champ.
Cette stylisation est curieuse à rapprocher de celles qui, à l'époque
néolithique, furent dérivées de la face humaine, où les yeux, le nez
et les sourcils jouent un rôle tout analogue.
l\ien de commun, sans aucun doute, entre les deux séries, que
l'altération, par des voies analogues, d'un motif primitif à peu près
identique.
H. BREUIL.
L'histoire et l'épopée.
A propos de « L'épopée castillane à travers la littérature espagnole w
de M. Ramôn Menéndez Pidal.
Un livre de M. Ramôn Menéndez Pidal, dont une université nord-
américaine a eu la primeur sous forme de conférence, qui a été mis
en français par M. Henri Mérimée et présenté au public par une pré-
face de M. Ernest Mérimée, n'attend pas les comptes rendus pour
être jugé digne d'une lecture attentive. Aussi n'est-ce pas dans la
Bibliographie de ce Bulletin que je parlerai de cet ouvrage, où l'un
des érudits les plus compétents sur la littérature espagnole du Moyen
Age traite en vulgarisateur une matière étrangement compliquée,
extraordinairement intéressante, que lui-même a débrouillée et étu-
diée en détail dans des publications bien connues.
Plus qu'une analyse, et surtout qu'une appréciation, ce qui con-
viendrait, ce serait de prendre quelques points pour faire ressortir,
en la développant, telle ou telle idée de ce livre, ou même, s'il y a
lieu, de discuter une assertion. Mais l'auteur a dit tout ce qu'il y avait
intérêt à dire, et son érudition est d'une sûreté trop indiscutable. Il
VARIETES
ne reste qu'à épiloguer et à gloser. Je me contenterai de ce rcMe peu
glorieux, pour le seul plaisir de parler d'un tel livre.
I. Dans son premier chapitre, intitulé « Les origines de l'épopée
castillane », M. Menéndez Pidal, entre autres choses, montre combien,
en regard de la poésie épique française, l'épopée espagnole aime peu
le merveilleux. « Tout au plus l'ange Gabriel apparaît-il en songe
au Gid pour lui rendre courage, tandis qu'il subit son exil... Au
total, il n'y a pas plus de quatre épisodes surnaturels dans toutes les
légendes épiques espagnoles... » (p. 28-29). G'est, d'ailleurs, à l'ima-
gination des moines que sont dus ces épisodes miraculeux.
Et en effet, si l'on met à part le poème consacré aux Enfances de
Rodrigue, auquel M. Menéndez Pidal assigne une date récente (ch. IV),
le merveilleux, ce n'est pas dans l'épopée, c'est dans l'histoire, je
veux dire dans les historiens, que nous le trouvons, en Espagne.
Sans parler des textes relatifs aux saints et aux sanctuaires, les vieilles
chroniques latines lui font une part considérable. Gelle dite de Sébas-
tian commence par un miracle. Au moment où Wamba est consacré
roi dans l'église métropolitaine de Tolède, une abeille sort de sa tête
et s'envole vers le ciel, présage divin de futures victoires (§ 2). Quand
Pelage est attaqué dans la grotte de Govadonga par les Maures que
conduisent Alkaman et le mauvais évêque Oppas, les pierres que
lancent les frondeurs ennemis rebondissent et vont tuer ceux qui les
ont lancées (§ 9). Puis, quand ils sont en déroute, une montagne
s'écroule sur eux et en ensevelit soixante-trois mille dans le lit du
fleuve (§ 10). Quand meurt Alphonse le Catholique, des voix angé-
liques se font entendre (§ i5). — A ces manifestations célestes, le
moine de Silos en ajoute une encore plus mirifique : celle de la Groix
des Anges d'Oviedo (§ 29). Alphonse le Ghaste, sortant de l'église
pour aller déjeuner au palais, et tenant dans les mains un beau lingot
d'or dont il ne sait que faire, rencontre deux pèlerins qui se disent
orfèvres. Il a confiance, il leur remet le précieux métal, leur indique
une maison où ils seront tranquilles pour travailler et continue son
chemin. Mais une fois à table, il est pris d'inquiétude. Il envoie sur-
veiller les deux inconnus. Or, quand on s'approche de la maison où ils
sont entrés, on voit qu'elle resplendit de lumière. On regarde par la
fenêtre : les pèlerins ont disparu. Seule, au milieu, une croix éblouis-
sante comme le soleil. Prévenu, le dévot monarque laisse là son déjeuner
et, d'un pas que rien n'arrête, accourt pour contempler ce miracle,
«inouï depuis le temps des apôtres». G'est ainsi que la piété est
récompensée. — Mais, de son côté, d'une façon surnaturelle aussi, le
Bull, hispan. G
7o BULLETIN HiSPAMQUE
crime est puni. Sampiro nous montre Froila II atteint de la lèpre
parce qu'il a exilé sans motif plausible l'évêque de Léon, Fronimio
(§ 20); et Pelage, Bermudo II attirant la sécheresse et la famine sur
son royaume pour avoir emprisonné l'évêque d'Oviedo, Gudesteo;
puis, incorrigible dans sa manie de persécuter les bons évêques,
livrant celui de Santiago, Ataulfo, à la fureur d'un taureau : mais
celui-ci ne s'élance sur le prélat que pour lui laisser, o miracle, ses
cornes dans les mains; il est vrai que, selon M. Blâzquez {Elogio de
Don Pelayo, dise, de réc. à l'Acad.de la Hist., 1910, p. 38), Pelage qui,
en 1182, avait consigné ces deux histoires dans sa chronique, n'y
croyait plus en 1142, et les en aurait retranchées lui-même; mais,
du moins, celle d'Ataulfo est-elle dans VHistoria Compostellana (p. 9)
et dans le Chronicon Iriense (§ 5). Et, en tout cas, voici un autre pro-
dige, que le Pelage de 1142 transcrit aussi bien que celui de ii32 et
qui est tout à fait dans le même style : l'ange de Dieu frappant un roi
maure de Tolède qui a voulu user de son droit d'époux vis-à-vis de la
sœur du même Bermudo (§ 2). — Selon Pelage, encore, qui se donne
pour témoin du fait (§ i3), huit jours avant la mort d'Alphonse YI,
on vit, dans la cathédrale de Léon, les pierres sur lesquelles le prêtre
se tient pour dire la messe se transformer en fontaine, et le miracle
dura trois jours. — La Chronique léonaise {Bull, hispanique, t. XI,
p. 269), qui relate les mêmes merveilles que Sébastian, Sampiro et
Pelayo, à peu près dans les mêmes termes, en ajoute d'autres. Je
me contenterai de citer l'apparition de saint Pierre à don Sanche
pour le contraindre à laisser la liberté à Alphonse (§ 10). A vrai
dire, il est fort possible que ce morceau ait une origine étrangère
et qu'il ait été emprunté à ÏEpitome Vitœ S. Hugonis ab Ezelone
atque Gilone, auquel il est presque littéralement identique.
Tous ces exemples suffiront à prouver que, si les jongleurs et leurs
auditeurs illettrés se montraient réfractaires au merveilleux, les éru-
dits, les intellectuels du temps l'accueillaient bien plus volontiers.
Il est vrai que ces intellectuels étaient des clercs, des moines, des
évêques. Et peut-être s'en réservaient-ils le monopole.
A côté du merveilleux miraculeux, il y a le merveilleux proprement
épique et qui consiste à attribuer à certains hommes une vaillance,
une force extraordinaire. C'est celui de l'Iliade : tel Hector devant qui
tous les Grecs fuient, saisis d'une folle terreur (chant XV). Mais encore
une telle panique ne dépasse-t-elle point les limites du possible. Dans
la Chanson de Roland le merveilleux devient le fantastique. Il semble
qu'en Espagne on ait eu à cet égard un sens délicat de la mesure.
« Le Cid », nous dit M. Pidal « se contente de renverser, en jouant de
sa lance, sept ennemis et d'en tuer quatre; c'est un exploit dont nous
savons que le Cid de l'histoire était capable, et même au delà,
puisque la chronique latine du héros nous raconte qu'il triompha seul
VARIETES '^(j
de quinze chevaliers à la fois » (p. 35). Jusqu'à quel point est histo-
rique ce que la chronique latine éditée par Risco nous raconte à ce
sujet, en le plaçant lors du siège de Zamora (p. xvii), il n'est pas
facile de le dire. Notons toutefois que la Chronique léonaise nous
montre (§ 69) le même héros luttant à Golpejar contre quatorze Léonais
pour leur arracher Sanche prisonnier, et que le même épisode se
retrouve dans la Chronique générale et ses dérivés : il pourrait bien
se faire que, avec des variantes, ce soit le même exploit que nous
relatent ces différents textes ; et si peu de constance dans les détails
prouverait peu de consistance dans le fait lui-même. Quoi qu'il en
soit, ce qui montre le goût de l'épopée castillane pour la vraisem-
blance, c'est un passage curieux en relation étroite avec celui que je
viens de rappeler et que seul nous fournit, que je sache, la Chronique
léonaise; qui, enfin, par son seul aspect, me paraît dériver de quelque
morceau d'épopée. Avant la bataille de Golpejar, Sanche exhorte les
siens : « Si nos ennemis sont plus nombreux, nous sommes, nous,
plus braves et plus forts. Ma lance, à elle seule, vaut mille soldats, et
celle de Rodrigue Gampeador en vaut bien cent. » A cela, Rodrigue
répondit qu'il se contenterait de combattre un seul soldat avec l'aide
de Dieu, et qu'il ferait ce que Dieu disposerait. Le roi revient à la
charge, prétendant que Rodrigue pouvait sûrement combattre contre
cinquante, contre quarante, contre trente, contre vingt, enfin pour le
moins contre dix. 11 ne put de Rodrigue tirer autre chose. Chaque
fois, celui-ci répondait qu'avec l'aide de Dieu il combattrait contre un
seul, et ferait ce que Dieu permettrait. — Comme on l'a vu, le Cid
devait se charger bientôt de se démentir glorieusement lui-même. 11 y
a là une scène très curieuse, qui a une saveur épique très marquée
et en même temps très populaire, par le tour comme par le fond.
Est-ce une critique détournée des rodomontades de quelque héros
étranger? Voilà, en tout cas, un trait bien caractéristique et qui
confirme singulièrement l'observation de M. Pidal notant « la forte
tendance réaliste qui prédomine à toutes les époques de la littéra-
ture espagnole et qui éclate aussi bien dans la première épopée
nationale, celle du Cid, que dans la meilleure épopée artistique, la
Araacanay) (p. 36).
II. A propos du meurtre de don Sanche, M. Menéndez Pidal (p. 65)
nous dit : « Beaucoup des circonstances de ce meurtre sont histo-
riques, mais la trahison, imaginée par les, Castillans, ne l'est point.
La trahison, d'après la Chanson, aurait consisté dans l'acte de Vellido
baisant à titre de vassal la main de Sanche, et le frappant ensuite par
derrière; mais ces deux faits sont faux, d'après le récit historique du
moine de Silos ». Cf. aussi page 77 : « l'ignorance où étaient les
Zamorans de la trahison n'a pu être imaginée qu'assez longtemps
après les événements, puisqu'elle est contraire à la réalité historique
8o BULLETIN HISPANIQUE
et que la complicité des Zamorans dans le meurtre est affirmée par
le moine de Silos. »
Quelle est ici la valeur du témoignage du Silense? Je voudrais,
là-dessus, présenter une timide observation.
D'abord, une chose m'étonne : c'est qu'un chroniqueur racontant
des faits authentiques éprouve le besoin d'y placer un vers, sans en
avoir l'air du reste, et peut-être sans s'en apercevoir. Si le vers est de
lui, voilà un historien bien littéraire, et je me méfierais. Si le vers n'est
pas de lui, à qui l'a-t-il emprunté? Ne serait-ce point, par hasard,
à quelque épopée latine, peut-être celle à laquelle la Chronique
léonaise emprunte de son côté quatre hexamètres, sans compter les
morceaux, plus un pentamètre ?
Mais passons. L'objet principal du Silense était de raconter le règne
d'Alphonse VI. 11 le dit lui-même : « ...stalui res gestas Domini Alde-
phonsi Orthodoxi Hispaniae Imperatoris, vitamque eiusdem carptim
perscribere » (§ 7). Et par conséquent l'auteur devait être ou se croire
bien renseigné sur ce règne. Ce qui est sur, c'est que sur les faits
relatifs aux démêlés des trois fils de Ferdinand 1"", et particulièrement
sur le rôle d'Alphonse vis-à-vis de Garsias, il est d'accord avec le
ChroniconCompostellaniim, qui peut avoir été rédigé en 11 26 (date où
il s'arrête), et qui est là-dessus très précis, donnant des dates qu'on
ne trouve pas ailleurs (cf. Bull, hisp., t. XI, p. 269, note). Cela est
important, d'autant que Pelage, sur les mêmes faits, parle d'une
façon assez analogue. 11 est vrai que le Chronicon Compostellanum et
la Chronique de Silos sont d*accord pour dire que c'est Urraca qui
donna à Alphonse le conseil d'emprisonner Garsias, chose que ne
dit pas Pelage. Ces trois textes forment, malgré tout, un groupe vers
lequel s'est rangé Luc de ïuy, et auquel s'opposent, toujours sur le
même point, la Chronique léonaise, le Liber Regum, Rodrigue de
Tolède (avec Gil de Zamora, qui le copie), et la Chronique générale
(texte de M. Pidal).
Même accord en ce qui concerne la mort de Sanche (cf. ibid., p. 275,
note 2).
Toutefois, Pelage, d'ailleurs très succinct, donne le nom du traître
(nomine Velliti Ayulphi), que taisent la Chronique de Silos et le
Chronicon Compostellanum; et celui-ci, en revanche, est seul à nommer
ici Urraca, sans d'ailleurs l'impliquer dans la trahison. Ils sont
d'accord sur deux points. D'abord il y a bien eu trahison : « prodi-
torie )) (Chr. Camp.), « per proditionem » (Pelage), « dolo » (Silos).
Ensuite, aucun des détails ou circonstances que nous trouvons plus
ou moins indiqués dans les autres textes ne paraît ici, si ce n'est que,
d'après le Silense, le traître, une fois son coup fait, s'enfuit à bride
abattue vers la ville, où les habitants le reçurent en lui ouvrant les
portes comme c'était convenu, « sicuti consilium fuerat». Luc, qui
VARIETES OI
(p. 98) nomme aussi le traître (Vellitus Arnulfi), donne comme
conseiller à Urraca, au lieu de Petrus Ansuri (Chr. Comp.), Arias
Gundisaluus, et par là rejoint Rodrigue.
Avec Rodrigue, nous voyons le récit s'enrichir de deux faits : la
poursuite du Cid et le serment que prête entre ses mains Alphonse.
Mais il n'accuse pas Urraca, comme le fait ouvertement le Liber Regum,
qui parle, lui aussi, de la poursuite du Cid. Ces deux textes étant
antérieurs, celui-ci à 1228, celui-là à 1243, nous savons 011 en était l'his-
torique du siège de Zamora dans la première partie du XIll" siècle.
Ce n'est que dans la Chronique générale et Gil de Zamora qu'apparaît
le reto et le combat de Diego Ordônez avec les fils d'Arias Gonzalez.
On voit le crescendo. Et l'on voit aussi que le moine de Silos est de
ceux qui en disent le moins et ont l'air de ne pas savoir. Mais on
comprend aussi, d'abord, que ni lui ni ses contemporains, Pelage et
l'auteur du Chronicon Compostellanum, pour une raison ou pour
une autre, n'aient connu ou n'aient jugé à propos de contribuer à
faire connaître certains détails et incidents du fameux siège. Faut-il
croire, avec l'auteur des Memorias histôricas de la Ciudad de Zamora
(t. I, ch. IX), que ce que les historiens les plus récents disent de plus
que les autres est tout aussi historique ? ou faut-il admettre que ce
qu'ils ajoutent est précisément la part de l'épopée, de la fantaisie
populaire et poétique, de la légende ?
J'avoue que l'argumentation de feu le capitaine de vaisseau et
secrétaire perpétuel de l'Academia de la Historia, D. Cesâreo Fernân-
dez Duro, est plus embarrassée qu'elle n'est embarrassante pour qui
soutient la seconde thèse. Que les mœurs dépeintes, par exemple dans
le récit du reto et du combat qui suit, soient bien celles du temps,
c'est possible ; mais il s'agit de savoir si ce reto et ce combat ont eu
lieu sous les murs de Zamora, après la mort de Sanche, à cause de
cette mort, et si les héros en sont bien Diego Ordônez et Arias Gonza-
lez avec ses fils, si enfin tout s'est bien passé comme on le raconte,
sauf, bien entendu, les erreurs et les variantes toujours possibles. Ce
n'est pas la vérité morale, c'est la vérité historique qui est en question.
Il y a pourtant quelque chose à retenir de l'argumentation de Fer-
nândez Duro. C'est l'épitaphe que les Castillans gravèrent sur le
sépulcre de Sanche, et où il est dit :
Femina mente dira soror hunç vita expoliavit.
lure quidem dempto non llevit fratre perempto.
puis, comme si cette accusation lapidaire n'était pas assez terrible:
Rex iste occisus est proditore consilio sororis suae Urracae apud Numan-
tiam Civitatem per manum Belliti Adelfis magni traditoris....
Cette épitaphe, que Berganza a publiée dans ses Antigûedades, et
82 BULLETIN HISPANIQUE
que Florez a reproduite (t. XIV, p. 478-479), est-elle authentique ?
Flôrez ne paraissait pas en douter. Elle est bien, en tout cas, dans le
style du temps, avec ses rimes léonines. S'il faut l'accepter comme
authentique, c'est-à dire ici comme remontant à l'époque de l'ensevelis-
sement de Sanche, voilà donc un témoignage qui supplée au silence
du Silense, et contredit singulièrement sa thèse, d'après laquelle
Urraca aurait été une femme digne de tout respect.
Admettons que l'accusation portée par les Castillans contre Urraca
soit fausse. Il n'en serait pas moins vrai que les contemporains des
événements l'ont connue, que beaucoup y ont cru, et que la question
appartient à l'histoire autant qu'à la littérature. Et de ce que le moine
de Silos n'en dit mot, il ne s'ensuit pas qu'il n'en ait jamais entendu
parler. Son insistance laudative a fort l'air d'un panégyrique. Il s'est
rattrapé sur les Zamorans.
En résumé, je crois que, sur ce point, son témoignage peut être
considéré comme incomplet et comme tendancieux.
Au surplus, toute cette histoire des temps héroïques de l'Espagne,
dont nous connaissons maintenant l'épopée, aurait bien besoin d'être
étudiée encore, et d'être écrite à nouveau.
Georges CI ROT.
Sur quelques archaïsmes de la conjugaison espagnole.
Aux Quelques remarques sur les archaïsmes de Mariana et la langue
des prosateurs de son temps, que j'ai publiées dans les Mélanges
Chabaneau (Romanische Forschungen, Band XXIII, 1907), je voudrais
donner ici un petit complément qui en sera la contre-partie, puisqu'il
s'agit d'archaïsmes que j'ai notés dans des prosateurs du xvi' ou du
XVII' siècle, ou dans des grammairiens, mais non pas dans Mariana,
En montrant que la plupart des archaïsmes de conjugaison que l'on
rencontre chez cet auteur sont employés par les contemporains, ou au
moins par quelques-uns, j'ai déjà réduit ses titres à la réputation
d'archaïsant qu'on lui a faite ; je vais les réduire encore en montrant
que d'autres archaïsmes de conjugaison qu'on rencontre çà et là,
un peu avant ou même après lui, sont sans exemple dans ses
œuvres.
Je dois dire que je ne considère pas la traduction espagnole du De
Rébus Hispaniae de Mariana comme une œuvre absolument person-
nelle, mais plutôt comme un travail collectif dans lequel nous ne
savons pas quelle a été la part de l'auteur. Cette façon de voir m'est
imposée d'un côté par les assertions, formelles et dignes de foi, de
Tamayo de Vargas (cf. mon livre sur Mariana historien, p. 1 44), de l'autre
par l'impossibilité d'admettre que l'auteur, se traduisant lui-même,
VARIÉTÉS 83
ait commis certaines bévues étranges, que son critique acharné,
Mantuano, a relevées (cf. Mariana historien, p, 210).
Quant au Tratado de la Moneda de vallon et au Tratado de los
juegos pûblicos, il est possible, mais non si'ir, que ce soit lui qui les
ait tirés de son De monelae muLatione et de son De spectacalis (cf. ibid. ,
P- 99)-
Au surplus, l'intérêt de telles remarques dépasse la question de
savoir si Mariana a eu réellement, et à quel degré, la manie de
l'archaïsme : il tient aux données qu'elles peuvent apporter sur
l'histoire de l'évolution de la langue au cours de l'époque classique.
Il faudrait les compléter et les étendre au vocabulaire et à la syntaxe.
Ce n'est pas là le travail d'un seul '.
I. D^ÎUXIÈMES PERSOINISES DU PLURIEL. — A. FoRMES GRAVES -ADES,
-EDES. -IDES. — M. Cuervo a montré qu'elles étaient abandonnées dès
la fin du xV siècle (Las segundas personas de plural en la conjugaciôn
castellana, Romania, t. XXII, 1898, p. 71), et que la suppression du d
se constate dès le îiv° siècle. La première édition de la (Chronique de
Valera (1482) donne podaes, sepaes; celle de 1/493, podays, sepays.
Lôpez de Avala employait les formes anciennes.
Zurita les emploie encore, non seulement dans les documents qu'il
reproduit, mais aussi quand il fait parler un personnage, que ce soit
ou non un discours à proprement parler : seades (XIII, i/i), auedes
(XII, 10), deuedes (ibid.); pas toujours cependant: querays, tengays
(XI, 2), vays (XVI, 33); cf. VIII, 17, XVII, 21). Dans le Didlogo de los
pages de Hermosilla, hallaredes (futur), suivi quelques lignes plus
loin de hallareis dans une phrase analogue, est peut-être pour halla-
reis (p. 71); et de même confiades doit être pour confiariades (p. 29).
Cervantes n'use que par plaisanterie de ces formes : « Aora lo veredes
dixo agrages » (D. Quijote, I, 8, f. 29'); « mucho agrauio me auedes
1. Je m'abstiens de reproduire ici, vu la place excessive qu'elles tiendraient, les
indications que j'ai données, dans l'article des Mélanges Chabaneau. sur les éditions
dont je me suis servi et les grammaires que j'ai pu compulser.
Voici quelques observations qu'a bien voulu mo faire M. Cuervo: « Ile veriflcado
los très pasages del Gazmdn que cita U. al principio de la p. (888), con las ediciones
de Tarragona i6c3, y Burgos, iGig, y en ambas se lee combidasles ({. 83, Tarr.; f. /ig,
Burgos),/u(s/es (f. i34, Tarr.; f. 79, Burgos). conocistes (f. 199, Tarr.; f. 117 v°, Burgos).
La duda de U. era, segûn esto, fundada. En la ediciôn de Mariana, 1608 (V, i5; t. I.
p. 2/»9'), se lee tambien sufristes. El estuvisteis, dijisteis de Lujân es estuvistes, dixistes
en la edicion de « Bracelas c, iGo4 (p. 19). » On voit qu'il faut se délier des exemples
de steis qu'on trouve dans les éditions modernes des auteurs de l'époque. — Je signa-
lerai, d'autre part, deux errata : p. goS, 1. i5, lire écoulé au lieu de écarté; p 903,
'1, i5, lire Blasco Ibânez au lieu de Pérez Galdôs. P. 885. lire les dates d'Espinel :
i55o-i62i, établies par D. Juan Pérez de Guzmân dans le prologue de l'édition (assez
fautive) de 1881. Quant à Mateo Alemân, M. Rodriguez Marin (Discours de réception
de l'Académie espagnole, 1907), a fixé la date de sa naissance (1647, Séville). J'aurais
dû rappeler que sa deuxième partie a paru en iGo4, à Lisbonne. Enfin, pour Lui's
Vêlez de Guevara lire ii>79, et non 1570.
84 BULLETIN HISPANIQUE
fecho » (1,2, f. ô); « porque os acuytedes ni mostredes mal talante »
(I, 3, f. 6); « non fayades » (I, 8, f. 36). Voir quelques autres exem-
ples dans Cejador, La lengua de Cervantes, p. i3o. Il prête aussi
ailleurs à son héros un langage plus moderne : (( Yosotros vereys el
pago q llevays de vuestra sandez, y demasia » (1, 3, f. 10'). « Si vos os
contentades de mi » que l'édition Rivadeneyra porte dans les Novelas
(p. io5) est sans doute à corriger en contentdredes. Avellaneda recourt
au même procédé plaisant que Cervantes : cuidades, perdonedes (p. 19).
Les articles de l'ordonnance académique de D. Cléofas, dans le Diablo
cojuelo, commencent par Sepades (p. 43'), imitation burlesque du
style de chancellerie.
Je n'ai trouvé dans Mariana aucun exemple de ces formes : partout
ays, eys, dans la première édition de VHistoria (par exemple XVI, 7;
XVIII, 18), et aussi dans celle de 1623.
B. Formes syncopées en -ardes, -erdes. — Elles représentent soit
-dredes, -éredes (subjonctif futur), soit -drades, -érades (subjonctif
imparfait). En fonction de subjonctif futur, elles étaient employées au
temps de Nebrija (cf. Guervo, Las segundas pers. de plural, p. 82,
et Menéndez Pidal, Gramdlica histôrica espafîola, 2* éd., § 118, 5).
Le Didlogo de las lenguas en présente un exemple, quisierdes (p. 363),
que l'éditeur Boehmer lit quisieredes par analogie avec la forme
ordinairement employée par Valdés (cf. p. 469). Le Lazarillo en offre
un autre exemple : « Despues oyreys a quien quisierdes » (p. 67), mais
l'édition de Burgos donne quisieredes. Sainte Thérèse écrivait pu-
dierdes pour pudiéredes, et d'autre part pasardes, tuvierdes, vierdes,
pour pasdrades, tuviérades, viérades (cf. La Fuente, Preliminares,
p. xvii). Il n'est pas toujours facile du reste de distinguer à quel
temps on a affaire : « Si haciendo vosotras esto murierdes de hambre,
bienaventuradas las monjas de San Josef» {Camino de perjeccion,
p. 319'). Enfin on trouve, dans le D. Quijote, quisierdes (I, p. i5o'),
dans la bouche du curé.
Oudin (1606-1670) marque vuierdes, iuuierdes, fuerdes, estuuierdes,
hablardes, etc., à côté de uuieredes, etc. Trigny met au tableau des
trois conjugaisons les doubles formes -redes, -rdes, -rades, -rdes
(1660-1687).
G. — Impératif s* pers. pi. mira, vexi, deci'. — Les formes d'impératif
veni (sainte Thérèse, Vida, p. 79'), deci, mird (Guzmdn, p. 3o5, 3o8)
expliquent la forme normale de cet impératif quand il est suivi de os,
forme déjà habituelle au xvi° siècle : asperdos (Valdés, p. 419),
acorddos (id., p. 396; Ribad., Cisma, III, 3o), venîos {Guzmdn,
p. 340), etc. Cf. Bello, Gramdt., § 6i4; Cuervo, Apunlaciones crîticas
sobre el lenguage bogotano, 5" édition, § 266; et Cejador, La lengua de
Cervantes, p. i35. On trouve du reste subid, decidme, considerad, sabed
VARIÉTÉS 85
dans le Guzman (p. 198, 266, 274). Mariana dit (éd. 1601 et 1628) miraa
(XIX, i5), poned (XXII, 6), a regozijaos y alegraos», vfestejad este
dia » (XX, 4). A noter que Rueda (Aceitamisj dit andad, poned à côte de
deci, hacé, te né.
II. Imparfait ie pour /.t. — Faut -il voir des fautes de copie ou
d'impression, ou plutôt un reste de l'ancienne langue dans les formes
auie, acabarienios que E. Boehmer a relevées daus le Diâlogo de la
lengua (p. 468), habien qu'on trouve dans Gômara (p. 180'), desenvol-
viemonos qui est dans la Vida de sainte Thérèse (p. 24')? Voir Menén-
dez Pidal, Gram. hist., § 117, 2.
III. Co>DiTio?i?JEL SYNCOPÉ. — A. Debria. — La syncope br pour
ber, qui est régulière dans le futur et le conditionnel de caber et saber,
était ordinaire au xvi' siècle pour deber au conditionnel. On en trouve
des exemples dans Valdés (p. 342, 878, 4o5, 4o6), B. Dîaz (p. 107),
Hermosilla (p. 27), Zurita (XX, 82 ; Hernando, VIII, 25), Garibay(t. 1,
p. 4, 10, 11), Lujân (p. 388; maxs aussi deber ia, p. 391), Coloma (p. 56).
B. REcmniAy. — Garibay, t. III, p. 547.
IV. Futur non syncopé. — A. Salliré. — « Algunos dizen saldrd
por salira, a mi mas me contenta salira porque viene de salir •»
déclare Valdés (p. 890), après avoir écrit plus haut v ^ Porque scrivis
salliré por saldré que scriven otros? Porque viene de saltir. » 11
semble avoir ét seul de son avis, car je n'ai pas trouvé d'exemple de
saliré ou salliré chez les écrivains postérieurs.
B. Valera. — Même observation pour cette forme, que je n"ai relevée
que dans Valdés (p. 348). Cf. Bello, Gramdtica, § 6x3.
V. Tmèse du futur et du conditionnel.
Valdés. tenerlo eis (p. 395).
Lazarillo. parlillo hemos (p. 12), hazerlo hemos (p. 87).
Sainte Thérèse, fréquent : quedarnos hemos ( Vida, p. 42 '), perderse ha
(p. 44 ')> procurarlo he {Carias, 1 082 , p. 826' ); — creerlo
hia {Vida, p. 82), hacerse hia {Carias, i582, p. 820).
B. Dîaz. mataros han (p. 109), dejallo he (p. ii4')-
Hermosilla. fréquent : verlo heis (p. 117), daros he (p. 4), sen-
tartehas {p. i48, proverbe)" — enlendersehia (p. 72),
estarsehian (p. 128), tenerlohia (p. 180), replicaroshia
(p. i48).
Garibay. fréquent : repiiiar lo he (t. 1, p. 22), tocar se han
(p. 26), dar se ha (ibid.), veer se ha (p. 8 1 j, continuar
se ha {p. 84), escriuir se ha (p. 86j.
86 BULLETIN HISPAïaQUE
Morales. assez fréquent : créeras he (t. III, p. 169), parecerles
ha (p, XIV, et t. VIII, p. aSg), hallar la heis (Opûs-
culos, t. I, p, 3o3).
L. de Léon. mandarlos hian (p. 58).
Cervantes. tomaros he, amarraros he (Quij., 35, f. 137'),
comeros han (II, 49, f- i84', proverbe), ayudarle he
(II, i4, f- 5i), vernos hemos (Novetas, p. 139); —
responderles hia (Qaij., I, 47, f- 289), parecermeia
(Novelas, p, i36'), llevarmeian (p. io4).
Avellaneda. decirnos heis (p. 6g), atreveros heis (p. 3à'J, hallarle
heis (p. iOW).
Pas d'exemple, à ma connaissance, dans Mariana.
Valdés condamnait ces tmèses : il voulait que l'on dît ayudardte,
sacardte, non ayudartea, sacartea (p. 36o); mais il laisse entendre
que c'était là une façon de voir personnelle, et l'on notera du reste
qu'il ne s'interdit pas de les employer.
(( Ahorcaros lenemos aqui si luego no lo dais » (Guzmdn de
Alfarache, p. 200) est l'équivalent de ahorcaros hemos.
Juan de Luna écrit « alcançar las he todas » (p. 4), « perder las
he » (p. 39), suplicar se lo he » (p. 71), « dezir le he » (p. i3i) « hazer
lo he n (p. iSa), « yr se nos han (p. i53), etc.
Oudin (16061670) signale la tmèse de llamarme has, emhiartela
he, dezirte hia, qu'il appelle une épenthèse. Techeda conjugue dirtee
et direte, etc.; dirle ya et diriate, etc. (p. 186). Ferrus semble distin-
guer, puisqu'il traduit dezirte hè par «je te dois dire » et le présente
comme équivalent de «hé de dezirte».
VI. Formes réduites de iiaber et de hacer. — A. Heis. — En
dehors des exemples où cette 2' personne du pluriel sert à former le
futur à tmèse (voir plus loin), je ne l'ai pas rencontrée dans les
ouvrages que j'ai signalés jusqu'ici.
Oudin met « vosotros heys y haueys» (1606-1670). De même Trigny
(i 660-1 681). On retrouve heis dans Bertera, mais avec la note
« pop[ulaire] ». Cf. Gramâtica de Bello, note 80 de Cuervo.
B. Her. — Valdés (p. 391) n'admet desher pour deshazer qu'en
vers. C'est par plaisanterie qu'Avellaneda met hendo (p. 18, deux fois)
et her (p. 20, 3o, deux fois) dans la bouche de Sancho.
VII. Participe et gérondif de ser. — A, Seydo. — Je n'ai noté
cette forme que dans Ocampo (Prol., p. 11, et t. I, p. 67, io4, 108,
III, 122, 123, 124) et dans Zurita (XVI, 33, discours). Ocampo
emploie du reste aussi sido (Prol., p. iv, et t. I, p. 83, i4i, 228).
VARIÉTÉS . 87
B, Seyendo. — Ocampo (t. I, p. 57, 69, 78, 116), ce qui n'empêche
pas siendo (p. 83). Trigny en 1660 marque les deux formes, alors que
Oudin, Salazar, Techeda, Franciosini ne donnent que siendo; mais il
n'indique plus*que celte dernière forme en i665-i683.
VIII. Indicatif et subjonctif présent de ir. — A. Vauos, yais (subj.).
— « Lo que yo os aconsejo es que vais... » (B Diaz, p. 95'); «No
vais con tan ruin gente » (D. de Mendoza, p. 86'); « Ha llegado el
tiempo que vamos a Toledo » (Rojas, p. 177); « Os pido por merced
os vays manana a comer cômigo » (p. 299); « Pues que quiere Solano
que vamos por ella » (p. 428) ; u Y mira si traes algo en essas alforjas
que comamos, porque vamos luego en busca de algun caslillo donde
alojemos esta noche, y hagamos el bâlsamo que te he dicho » (D. Qui-
jote, I, 10, f. 37); (( A Dios vays, seîior » (I, 35, f. 212'); u Podreis
tambien recoger la mayor suma de cosas de valor que podais, para
que vamos asi seguros de no vernos jamas en necesidad » (Avellaneda,
p. 54'); « Sera razon que nos vamos a acostar» (p. 86'); « No quiero
que os vais)) (Sandoval, t. XI, p. 109); « Pareceme que os vais al
castillo de Peiia negra y lo guardeis» (t. XII, p. 229). Cf. Gramdt.
Bello, note 81 de Cuervo; Cuervo, Apuntaciones criticas sobre el
lenguage bogotano, § 258; Cejador, La lengua de Cervantes, où l'on
trouvera d'autres exemples, p. i48.
Oudin : vamos, vays (1606-1670), exclusivement. De même Techeda,
Franciosini, Trigny ( 1 660-1 68 i). — Vayrac, Sobrino, Bertera : vayamos.,
vayais.
B. Ymos,ys (indic). — Luna, ymos (p. i32). — Oudin : n ymos ô
vamos y), ((ysovays » (1606-1670). Techeda, seulement vamos, vais.
Franciosini : v vamos o ymos, andamos», a vays, ys, anddisn. Des
Roziers, vamos et ymos, vais et ys ; de même Trigny et Ferrus.
Maunory, seulement vamos, vays, ainsi que Vayrac, Sobrino, Bertera.
Cf. Gramdiica de Bello, note 81 de Cuervo; Cejador donne un
exemple du Don Quijo/c, ydes (II, 26, f" 100 v"), mais c'est dans un
romance que cite le garçon de maese Pedro.
C. Vo POUR VoY. — Dans son prologue aux Obras del bachiller
Francisco de la Torre (i63i, reproduction Huntington), Quevedo
écrivait, à propos des archaïsmes de Fernando de Herrera : «... Como
las voces Do pour Adonde, y vo por voy; que si bien Francisco de
Rioja dize se hizo con cuydado y examen docto, consta de los obras
no ser otra cosa sino no caber en el verso la palabra Adonde y Voy;
porque muchas vezes, y siempre donde cabe, dize adonde, y voy, y en
las partes que no cabe, dize do, y 60. » Vo pour voy était donc, au
temps de Quevedo, un archaïsme choquant.
OO BULLETIN HISPANIQUE
IX. Conjugaison de caer.traer.oir. — A. Cayo, trayo; oyo. — On
trouve raya, cayan, dans sainte Thérèse {Vida, p. Gi', ii3), mais
iraigo {Carias, 1682, p. 3i8); cayo, trayo, oyan, dans le D. Quijote
(I, 34, f. 2o5; I, 10, f. 37; 9, f. 3o'), mais aussi caigo (II, 7, f. 23,
traigo (II, 10, f. 33'), oigo (II, 9, f. 3i). Cf. Cejador, p. i43. Luis
de Leôn dit traygan {Perjecla casada, p. 37), Rojas, trayga (p. 285).
Quevedo (loc. cit.) montre qu'il considère trayo comme désuet. Voir
exemples de cayo, cayan (Granada) dans Cuervo, Diccionario, art.
caer. Dans le passage de Mariana (I, 16) cité au n° 6, c, y, cayan
peut être un imparfait : cf. même chapitre, « acordaron... acometer
las yslas que les cayan cerca del mar Méditerranée « (éd. de
1601 et de 1623 : cf. cayan et trayan imparfait, XII, i4, mêmes
éditions).
Ondin ne donne que traygo, trayga, oygo, oyga (160Ô-1613) caigo
caiga (1660- 1670). Salazar, traygo, trayga. ïecheda, oyo, oya, etc.,
« trayo ô traygo », « traya 6 trayga ». Franciosini, Des Roziers, Trigny,
comme Oudin.
On peut noter ici que Valdés écrit atribuigo (p. 399). Cf. Gramdt.
de Bello, note 76, IV, d, de Cuervo, et Cuervo, Apuntaciones criticas
sobre el lengiiage bogoiano, § 257,
B. Cay,tray ; CAYy,TRAY^ (3* PEBS. iND. PRÉS.). — Cette forme est
ordinaire dans sainte Thérèse {Vida, p. 49', 67, 70, 72', 80, 82, 83,
85, 118), ce qui n'empêche pas trae (p. 71', 95', 118') si l'on s'en
rapporte à l'éd. Rivadeneyra. On trouve encore dans les Carias de
l'année i582 cay (p. 324')» trayn (p. 3i6'). A noter que Calderôn
emploie tray et cay en fin de vers, rimant avec hay, dans des ociavas
reaies (La Cena del Rey Baltasar, esc. IV) dont tous les vers finissent
par des mots aigus. Il traite donc ces trois mots comme mono-
syllabes, et l'y comme consonne. De même à la scène XI, où alray
rime avec hay dans des octosyllabes aigus. Peut-être faut-il expliquer
l'origine de cay, tray (d'où cayn, trayn), par une position syntactique:
cf. «que te Irai asi acosado» dans Lucas Fernândez, p. 122 (voir
ex. de Moreto dans Cuervo, Diccionario, caer, 5 d.) ; ou par apocope
de caye?
X. Zgo pour zco. — Luzga (sainte Thérèse, Vida, p. 42' ; Luna,
p. 386). Techeda : conduzgo, condiizo; inlroduzgo, inlroduzo,induzgo.
induzo, traduzgo, tradazo, etc. (p. 159). Des Roziers, condusgo, a, et
de même tous les verbes en zir, y compris azir, luzir, nuzir. Trigny,
inlroduzgo, a, produzgo, a; de même pour azir, luzir, nuzir (nuire,
supprimé en i665); Ferrus (1680- 1704) est conforme, mais écrit
condusgo. Vayrac (1708- 1714) : inlroduzgo, etc. Sobrino (1777-1794)
Iraduzco, induzco, etc. De même Bertera.
VARIÉTÉS 8q
■ XI. Di^zio (prétérit). — Dans ses Apuntaciones criticas, i 263,
M. Cuervo note que cette forme et son analogue -duzieron étaient
fréquentes jadis. En voici quelques exemples : introducio (Hermosilla,
p. 44); introduzieron (Gaùhay, t. I, p. cjS). redtiziô (p. i43), Iraduziô
(t. III, p. 465). Valdés dit introduxo (p. 894), introduxeron (p. 4i5).
Techeda marque conduxe, conduzi, et de môme pour les autres
composés de *dacir (p. 160).
XII. -xiERoy. — Le Didlogo de la lengua présente les formes
edixiess, dixiessedes, dixiera, dixieredes, entrodiixieron, que M. Boeh-
mer (p. 469) a corrigées en conformant l'orthographe à celles d'autres
exemples sans i. On retrouve les formes avec i dans Garibay : dixie-
remos (t. I, p. 20), dixieron (t. III, p. 487), dixiesse (t. III, p. 493, 676).
XIII. Diz. — Diz que est employé sans intention plaisante dans le
Didlogo de la lengua (p. 354, 384). « Tambien dezimos diz que por
dizen, y no parece mal» (p. 391). De même dans Gômara (p. 294),
Bernai DIaz (p. 112), et le Guzmdn : « que diz que ha de estar sujeta
mi honra de la boca del descomedido » (p. 220). Cf. Cuervo, Diccion.,
decir, i, a, r,.
XIV. Prétérit Vide, vido. — Ces formes, que Cervantes emploie
encore parfois {Don Quijote^ I, 22, f. 89; II, 11, f. 3;: II, 58, f. 219,
exemples cités par Cejador, p. i43; Aooelas, p. 112'), se retrouvent
dans le judéo-espagnol d'Orient : voir Pulido, Espailoles sin patria,
p. 425 (lettre de Démotique), 452 (lettre de Smyrne). 17 et viù sont
à peu près exclusifs déjà au milieu du xvr siècle (Ocampo, Gômara,
le Lazarillo). Pourtant vido dans Lope de llueda, Los Engarlos, se. VI.
Des Roziers admet vido « par licence poétique » . Cf. Cuervo, Apun-
taciones, § 710.
XV. QuiJERA. — Cette forme et les autres analogues quijere, quijese,
qu'on rencontre dans sainte Thérèse (Carias, i582, p. 328', 33o', 334,
339)^ et que V. de la Fuente (t. II, p. 33-, note 6) attribue à la pronon-
ciation morisque de la secrétaire de la sainte, la sœur Ana de San
Bartolomé, paraissent s'être conservées dans le judéo-espagnol
d'Orient : on trouve en effet quijo dans une lettre adressée de Sarayevo
à M. Pulido, l'auteur de Espanoles sin patria (p. 33o). Voir Cuervo
(Apuntaciones, § 759), qui cite Valdés (p. 371) ((,;Qual lencis por
mejor, dezir quige y quigera, o quise y quisiera? y quai os contenta •
mas, escrivir vigitar o visilar? Porque veo algunos, y aun de los
cortesanos principales, usar mas la g que la s. — Yo por muy mejor
tengo la s y creo que la g no la aveis oido usar a muchas personas
90 BULLETIN HISPANIQUE
discretas nacidas y criadas en el reino de Toledo o en la corte, si ya
no fuesse por descuido ». Un des paysans de Lucas Fernândez dit
quijo deux fois (p. 164. et i65), mais qiiiso ailleurs (p. i45). — Qaijo
n'est donc pas morisque, mais simplement rustique.
XVI. Participes — A. ComiiADEZiDo. — Garibay, t. III, p. 629.
B. Impiumido. — Valdés, p. 36i : « no fue imprimido mas que una
vez». Sainte Thérèse emploie celte forme au sens figuré { Vida, p. 24,
35), ce qui est correct encore aujourd'hui; et à la fois au sens figuré
et au sens propre dans ce passage : « Su Majested ha sido el libro
verdadero adonde he visto las verdades. Bendito sea tal libro, que déjà
imprimido lo que se ha de leer y hacer, de manera que no se puede
olvidar ». Cf. Gramdi. de Bello, § 598 et note 88 de Guervo.
G. Resoluto. — D. de Mendoza, p. 89 : « Resolulo de huir. »
XVII. Participe présent actif. — Aux exemples cités par M. Guervo
dans ses notes à la Gramdiica de Bello (note i35), on peut ajouter :
« prodigio anunciante algun euento dudoso » (Garibay, t. III,
p. 507).
XVIII. Passé antékielr en fonction de plus-que-parfait. — On
peut rattacher à l'étude des formes de la conjugaison aussi bien qu'à
celle de la syntaxe l'emploi du passé antérieur en fonction de plus-
que-parfait. Il est fréquent dans Ocampo : « Le atribuyeron todos
los esfuerzos y hazanas que Hercules el Egipciano antiguo y otros
Hercules de naciones extraiîas hiibieron hecho por diuersas partes del
mundo » (t. I, p. f83); « Bestauraron y poblaron de nuevo la ciudad
que los de Gadiz y los Fenicios anliguos de Sydon y de Tyro sus
coniederados kubieron otro liempo cimenlado » (p. 376); hubieron
hecho (p. li]']), hubo puesto (l. 11, p. i5), hubo negociado (p. 120; cf.
encore t. I, p. ikj, 188-9). J'en ai relevé des exemples dans Gômara :
« Ga, segun pareciô, Gepeda le hubo avisado... » (p. 272); Diaz del
Gastillo : « Fue un buen soldado que hubo ido en nuestra compania a
las Honduras cuando fue Gortes » (p. 284); « Mostraronse traslados
de las cartas que hubimos escrito » (p. 233'),
XIX. Passé antérieur en fonction de passé indéfini. — Un exemple
dans Ocampo : « De los quales ambos muchas otras veces hubimos
hablado, como tambien hablaremos adelante » (t. 1, p. 260).
G. GIROT.
VARIÉTÉS (Jt
Un Diccionario latino-hebreo anônimo é inédito
compuesto en Espana.
Entre los diverses manuscritos de lenguas orientales que tanlo
abundan en esta faniosa Biblioteca del Escorial ha Uamado mi aten-
ciôn de una manera especial el H-III-i4. [signatura antigua jv. R. 12).
ïitùlase dicho côdice Dlctionariam ad explicandos Rabinos cum
ci/ris seii abreviaturis in principio cujusqiie litterae. Debajo del titulo :
Stus Ignalius Martir'.
El contenido de dicho manuscrite es, como el titulo lo indica, un
diccionario rabino-latino. Compuesto por autor espafiol, segûn el
carâcter de la letra, es de fines del siglo xvi; pero quien sea el autor
de dicho côdice es hoy por boy punto menos que imposible el averi-
guarlo, pues pertenece â una época en que los estudios hebraicos y
rabinicos estaban â gran altura en nuestra patria y eran muchos
y famosos los que en las Universidades de Salamanca y Alcalâ se
dedicaban â estos estudios con gran provecho y lucimiento para la
cultura patria, que en esta clase de estudios Espaiïa ha sido por
circuntancias especiales la que ha contado con mayor y mejor numéro
de hebraistas.
Si bien es verdad que por el carâcter de la letra pudieramos venir
en conocimiento del autor de dicho côdice, también es cierto que no
siempre la letra de un autor es signo seguro y cierto para atribuirle
la paternidad de una obra; porque cabe muy bien la congetura y
posibilidad de que sea una copia de otro côdice anterior, de que
suelen abundar los casos en esta Biblioteca.
Greyendo encontrar algùn dato que contribuyese â esclarecer el
asunto, he visto el indice primitive de la Biblioteca anterior al famose
incendie de 1671, heche, segûn se crée, por el primer bibliotecarie
P. Sigûenza; y no debia de existir en su tiempo, cuando no da noticia
de él. Tampoco figura en la lista de les libres de Serojas, Jerônimo
Zurita, Ambresie de Morales, ni en las de la Gapilla Real de Granada,
ni en la Memeria de la Libreria de Pence de Leôn», ni en las listas de
Diego de Mendoza, Antonio Agustin, Pâez de Gastre, que fueron los
primeros libres que entraron â formar parte de esta Biblioteca y de
los cuales se conserva relacién en el manuscrite &-II-i53.
1. [Voir les planches hors texte III et IV].
2. Esta Memoria fué publicada en la Revista de Archivas (1909) por el P. Guillermo
Antolin, bibliotecarie del Escorial.
3. Todas estas listas 6 relaciones (excepto la de Antonio Agustin) estân incluidas
en el Inventario de libros que fueron entregados para su custodia â los dipatados del
monaslerio de San Lorenzo el Real por Hernando de Briviesca, y guarda-joyas de su
magestad, 30 de abril de 1576, publicado por Rudolfo Béer con el titulo de Die Hand-
schriftenschenkung Philip II an den Escorial. von Jahre 1576, Wien, F. Tempski, igoS.
93 BULLETIN HISPANIQUE
Los libros dcl Conde Duque de Olivares entraron posteriormente ;
pero de ellos ne se conserva indice en esta Biblioteca'.
La encuadernaciôn del libro es una prueba, â mi modo de ver, de
que es entrega del Monasterio, porque todos los de dicha procedencia
llevan la misma encuadernaciôn, y esto me moviô â confrontar su
letra con la del P. Sigiienza y del P. Alaejos, autores de aquel tiempo,
sabios hebraistas de este Monasterio, bibliotecarios y discipulos aven-
tajadisimos del incomparable Arias Montano; pero la del P. Sigiienza
es màs recta y apretada, y la del côdice de que hablamos, mas oblicua
y ancha; mas parecido tiene con la del P. Alaejos, pero tampoco me
atrevo â asegurar sea de él, pues existe diferencia constante en el
modo de escribir algunas consonantes, especiaimente laspp, entre el
côdice y los diferentes autôgrafos del P. Alaejos que hemos visto. En
la parte interna de la cubierta lleva de letra posterior esta nota de
Pero Lopez de Ayala? pero en la Vida llterarla del Canclller D. Pedro
Lôpez de Ayala publicada por D. Rafaël Floranes en los tomos
19 y 20 de la Colecciôn de documentos inéditos para la Historia de
Espaîia no se menciona esta entre sus obras.
De la importancia que pueda tener este côdice pueden juzgar los
lectores por la muestra que ofrecemos en las fotografias adjuntas;
y conviene no olvidar que el manuscrito ha sido escrito en Espaîia
y en el siglo xvi, lo cual contribuye â darle mâs importancia porque
la relaciôn que existia entre judios y espanoles no cabe duda que
contribuiria â que la correspondencia entre una y otra lengua ofreciese
mayores garanlias y fuese lo mâs exacta posible.
P. PEDRO BLANGO SOTO,
Agiistino, Auxiliar de la Real Biblioteca del Escorial.
Escorial, h de Junio de 1910.
!. En el indice de la Biblioteca de dicho Conde publicado en el tomo cuarto de
Gallardo (1^79-1527) tampoco figura dicho côdice.
BIBLIOGRAPHIE
Garmelo de Echegaray et Serapio de Mugica, Villafranca de
Guipiîzcoa, monogrqfia histôrica. Irun, Valverde, 1908; i vol.
in-8° de xiv-5oii pages, avec planches hors texte.
Je ne crois pas qu'on doive séparer, dans l'histoire du Moyen-Age
et de la Renaissance, pour ne pas aller au delà, les destinées des diffé-
rents pays chrétiens. Elles s'éclairent les unes par les autres. Ce sont,
des deux côtés des Pyrénées et des Alpes, mêmes croyances, mêmes
pratiques, mêmes transformations sociales. Michelet, dans un passage
célèbre, a insisté sur le retour à l'isolement terrien au x* siècle ; Fustel
de Coulanges, dans un chapitre tout aussi beau, a insisté sur la peur
du danger immédiat et la vie qui se renferme. On pourrait tout aussi
bien insister sur les pensées communes, les relations entre les peuples,
la vie largement humaine, qui, malgré les pires dangers, leur a fait
regarder sans cesse les uns vers les autres. Ainsi, c'est au x' siècle
que se développent les pèlerinages de Saint-Jacques, qui sont un des
phénomènes les plus extraordinaires du cosmopolitisme religieux.
Et au xiii' siècle la renaissance de la vie bourgeoise, la création des
villes nouvelles sont autant de faits qu'a connus toute l'Europe
chrétienne.
C'est à cela que je pensais en parcourant l'histoire de la ville de
Villafranca en Guipûzcoa. Elle est l'œuvre de deux hommes qui se
sont fait un beau nom dans les études hispaniques, et qui, Dieu
merci, par leur bonne grâce d'accueil, leur goût de l'enseignement,
ont su n'être pas des isolés et créer autour d'eux des amis qui seront
des disciples.
Cette histoire, évidemment, intéresse surtout les gens du pays. On y
insiste sur les faits locaux. Peu d'événements généraux se sont passés
à Villafranca. Mais enfin l'histoire générale trouvera beaucoup à
glaner dans ces pages, sur les institutions particulières au Guipûzcoa,
sur l'intensité des traditions basques. Et enfin, elles sont écrites en un
style aimable et alerte, que les Espagnols savent souvent mettre dans
les exposés les plus arides.
Camille JULLIAN.
Bull, hispan. 7
9/1 BULLETIN HISPANIQUE
H.-R. Lang, Communications J'rom Spanish Cancioneros (reprinled
frorn the Transactions of the Gonnecticut Academy of Arts
and Sciences, vol. XV, july 1909).
Ce tiré à part contient: I. The works oj Juan de Valtierra (œuvres
catalanes et castillanes de ce poète navarrais, les unes inédites, les
autres mal publiées), suivies d'un poème catalan de l'aragonais Pedro
de Santa Fé. Avec notes.
II. The Cancionero de la Colonibina al Seville. Le contenu de ce
recueil (xv" siècle) n'était guère connu que par une copie de la B.
Nacional. Des remaniements empêchent de savoir quelle en fut la forme
primitive. M. Lang l'analyse sommairement; il donne les variantes de
deux compositions de Gomez Manrique (De los mas el mas per/eclo;
Pues este neyro morir) et d'une de Juan de Mena (Cantatu, Christiana
musa), publiées par M. Paz y Mélia, ainsi que de celles d'Anton de
Montoro, publiées par M. Cotarelo. Il n'a pu faire de même pour les
Vicios y Virludes de Pérez de Guzmân et pour le Laberinlo de Juan de
Mena, mais il nous promet une publication en fac-similé des premiers.
Suit un tableau de concordance des trois Cancioneros de la B. Nacio-
nal, du British Muséum et delà Colombine. p ^
J. Hazanas y La Rua, Maese Rodrigo, (i/i44-i5o9). Sevilla, 1909;
in-8, 53 1 pages.
L'auteur de ce livre, professeur à la Faculté de philosophie et
lettres de Séville, est connu des hispanisants par plusieurs publica-
tions, entre autres une édition de la comedia El rufian dichoso et de
l'entremés El rufian viudo de Cervantes, précédée d'une introduction
et suivie de notes copieuses (Los rufianes de Cervantes, Sevilla, 1906).
Maese Rodrigo est la première étape d'une histoire de l'Université
de Séville. C'est la biographie du fondateur de cette Université,
Rodrigo Fernândez de Santaella y Côrdoba, avec une bibliographie de
ses œuvres, parmi lesquelles le Vocabularium ecclesiasticum (77 édi-
tions ou refontes parues sous son nom ou celui du peu scrupuleux
Fray Diego Ximénez Arias). A propos de ce Vocabularium, M. Hazanas
relève (p. 44) une méprise d'Haebler qui a pris pour un incunable
(Séville, 1499) ^"® édition de Séville, i5r5. Sans vouloir triompher
bruyamment, le professeur sévillan regrette que le savant allemand ne
soit point passé par Saragosse, où il aurait vu le vrai incunable, et
n'ait pas poussé jusqu'à Séville, 011 il eût vu l'édition de i5i5. — Le
Libro de Marco Paulo (i5o2), les Sermones de San Bernardo et les
Constitutiones Collegii figurent parmi les œuvres les plus intéressantes
de cette bibliographie. Puis viennent des appendices sur le chapitre
BIBUOGKAPHIE 96
cattiédral de Séville au temps de Maese Rodrigo, la famille et les amis
de celui-ci, etc.
Ce premier livre, très consciencieux et très soigné, est assurément
d'une lecture un peu austère, mais l'auteur aura sans doute plus
d'occasions de nous égayer quand il nous dira la vie des étudiants du
collège de Maese Rodrigo, de la turbulence desquels nous savons déjà
quelque chose par ce que nous dit Sânchcz Arjona (dans PI lealro en
Sevilla, 1887) de leur façon de célébrer \afiesla del Obispillo.
G. CIROT.
Cervantes, Coignet et Conpillé (Hinconete et Cortadillo). Nouvelle
traduite en français, avec une Introduction et des Notes, par
Adolphe Coster. Paris, imprimerie Levé, 1909; 1 vol. in-8°
de xviii-Di pages.
Traduire en français l'admirable nouvelle de Rinconete et Cortadillo
est une entreprise aussi difRcile qu'attrayante. En son temps, Louis
Viardot s'était fort habilement acquitté de cette tâche, où l'on ne peut
réussir que si l'on joint à la science du philologue quelques-uns des
dons d'un artiste. Cependant, aujourd'hui, grâce à l'excellente édition
de M. Rodriguez Marin et en s'aidant des travaux qu'on a consacrés
en ces dernières années à l'argot espagnol et français, l'on peut
essayer de serrer de plus près l'original et d'en rendre mainte nuance
avec une plus minutieuse fidélité. C'est ce qu'a tenté M. Adolphe (Poster,
déjà connu de nos lecteurs par ses travaux sur le poète Herrera et sa
collaboration au Bulletin hispanique. En dépit de quelques défaillances
ou de quelques maladresses, sa traduction, à la fois exacte et animée,
n'a point déçu notre attente. Çà et là, on souhaiterait qu'elle fût moins
littérale, plus vive, plus expressive, voire même plus claire'. Rarement
un vocable trop remonté jette une fausse note dans le coloris pica-
resque du dialogue ou du récita. Notre préférence s'attachera-t-elle
désormais à la nouvelle traduction aux dépens de celle de Viardot ?
Mieux « outillé » que son devancier pour affronter certaines difficultés
de l'interprétation, M. Coster me semble parfois avoir pénétré moins
profondément que lui dans l'intelligence du texte espagnol et l'avoir
I p. I : alpargates Ion traidos eomo Uevados, « des espadrilles aussi portées qu'em-
portées ». Viardot n'avait-il pas mieux rendu le sens, en traduisant : « aussi usées que
portées »? — P. 7 : con los ya referidos naipes, Umpios de polvo y paja, « avec les caries
déjà mentionnées, dépourvues de poussière et de paille». Si je ne me trompe, il y a
dans cette locution une nuance qui a échappé au traducteur ou qu'il n'a pas su rendre
en français. — P. 38 : que lo tengo de echar todo a doce, aunque nunca se venda, « que je
vais tout mettre à douze, même s'il ne doit jamais se vendre». — P. 42 : corchetes
neutraleSj «cognes neutres».
a. P. 3"] : poner mâs fuego à la calera de Monipodio, «attiser la colère de Mono-
pole ». — P. 37 : enojada mia, « ma belle irritée ». Le même mot est mieux traduit à la
p. 4i : Détente, enojado, «Arrête-toi, gros fâché ».
96 BULLETIN HISPANIQUE
moins bien rendu en français. Mais, pour n'être pas sans défauts, son
œuvre fait néanmoins honneur à sa science et à son talent et mérite
d'être chaleureusement recommandée à ceux à qui il l'a destinée,
« aux curieux des choses d'Espagne qui n'en connaissent pas la
langue», et même à ceux qui, la connaissant, ne lisent pas couram-
ment les nouvelles picaresques et l'argot,
«J'ai suivi, nous déclare M. Coster (p. xvi), le texte définitif donné
par M. Rodriguez Marin, et je me suis appliqué à le reproduire le
plus fidèlement possible, en respectant jusqu'aux négligences, aux
répétitions, aux pléonasmes qui abondent chez Cervantes et qui, à mon
avis, donnent à sa phrase une saveur si originale, un caractère si
piquant de spontanéité. » Et plus loin : « J'ai cru qu'il était indispen-
sable, pour faire comprendre toute la gaîté de ce joyeux tableau, de
traduire jusqu'au^ sobriquets dont l'auteur a pourvu ses personnages,
et qui, empruntés à leurs qualités physiques ou morales, complètent
si heureusement leur physionomie : on ne saurait oublier, en effet,
qu'ils offraient un sens très clair pour les contemporains. Je ne me
flatte pas d'y avoir complètement réussi... »
A mon sentiment, cette innovation, que révèle d'emblée le titre mis
par M. Coster à sa traduction, est extrêmement heureuse; et, parmi les
noms ou sobriquets donnés par Cervantes aux personnages de la
nouvelle, il n'y en a que bien peu dont les équivalents français
n'aient été choisis avec beaucoup de finesse et de discernement.
(( Cabrillas, que j'ai rendu par Pléiades, offre une multitude de sens
entre lesquels il est fort malaisé de choisir. » Dans cette incertitude,
un nom tiré de la mythologie classique était assurément le plus mal
approprié au u goujat » du Bichonné. « Diego Cortado est exactement
traduit par Jacques Coupé. » Est-ce que, par hasard, M. Coster s'imagi-
nerait que Diego soit une forme castillane du nom de Jacques? Sinon,
pourquoi cette substitution de prénom, qui, aux yeux du traducteur,
semble aller de soi, mais qui, aux nôtres, ne se justifie d'aucune
façon? La traduction de Corladillo par Goupillé « donne,- je le recon-
nais, prise aux critiques; la plus grave, c'est que Cortadillo n'est pas
un participe... et que Cortadillo signifie de plus une monnaie
entaillée qui a perdu sa forme ronde, un gobelet, et enfin, en argot,
une manière de tricher au jeu... Mais ici j'ai dû me résigner à garder
seulement l'idée du diminutif. » A cela j'objecterai qu'il n'y a que
très peu de verbes français de la première conjugaison dont se dérive
un diminutif en -illet\ et que, par suite, le nom de Coupillé sonne mal
à nos oreilles, si toutefois il m'est permis de formuler en ces termes
généraux une impression personnelle. Sous la même réserve, oserai-je
encore exprimer le regret qu'en nommant les deux compagnons
Coignet et Coupillé le nouveau traducteur ait altéré cette symétrie
dans la succession des voyelles et des consonnes, dans le nombre des
BIBLIOGRAPHIE 97
syllabes et l'accentuation, qui a pour eiïet d'unir dans notre mémoire,
en un couple inséparable, les noms de Rinconete et Cortadillo ?
Après ces remarques générales ou particulières, je reliens encore
quelques passages dont la traduction n'est pas à l'abri de tout
reproche :
P. 2 : en un portai à cobertizo que delanie de la venta se hace, « sous
un hangar ou abri qui se trouve devant l'auberge». A la page 7,
le môme portai est traduit par «portail». Le mot «porche», déjà
employé par Viardot, ne conviendrait-il pas mieux aux deux endroits?
P. i4 : Que no entrevan, senores Murcios? respondiô el otro. — No
somos de Teba ni de Murcia... — «Vous n'entrevez pas, seigneurs
Murciens? répondit l'autre. — Nous ne sommes ni de Trêves ni de
Murcie... » Ici, le traducteur a eu plus d'esprit que Cervantes lui-
même... il en a eu trop; car le nom de Trêves détonne dans la bouche
de Goupillé et dans le cadre sévillan de la nouvelle. Pour expliquer
le jeu de mots sur entrevan et Teba, il convenait de rappeler que le v
et le b sont confondus en castillan depuis le xvi" siècle; mais il n'est
pas exact de dire (note 5) (\vi entrevan soit « prononcé enlreban ».
P. 18, 3* alinéa, une réplique de Coin est attribuée à Coupé.
76., 7' alinéa : un cdniaro desbocado, « une cruche ébréchée »,
« Égueulée » serait plus exact et plus pittoresque.
P. 20 : él represeniaba el mds rùstico y disfornie bdrbaro del mundo,
« c'était le type du plus rustique et du plus informe barbare du
monde». Encore ici je préfère la traduction de Viardot: «il repré-
sentait le barbare... ».
P. 27 : la hidalguia de los dos modernos^ « la ^^énérosité des deux
nouveaux venus». Le beau mot hidalguia serait mieux rendu par:
« la noblesse de sentiments ».
P. 28 ; dieslro mio, « Spadassin i de mon cœur ». Le mot « spadassin »
fait ici un effet un peu ridicule. Je dirais plus simplement : « mon
brave», ou (( brave de mon cœur », ainsi que M. Coster a traduit, à
la p. 39, valentôn de mis ojos.
P. 29 : un grandisimo gato de reaies, « un très grand sac de peau
de chat plein de réaux ». Du texte de Covarrubias cité par M. Rodri-
guez Marin à l'occasion de ce passage, il résulte que, dès l'époque de
Cervantes, gato. avait pris le sens général de « bourse » ou de « sac »
et perdu sa signification propre de « sac de peau de chat ».
P. 3i. Les mots pero no tengo trocado (mais je n'ai pas de monnaie)
ne sont pas traduits.
P. 32 : el escanciar con el corche de colmena, « le soin de verser à
boire avec la ruche de liège». Ainsi que M. Coster le remarque en note,
par corche de colmena Cervantes désigne « la coupe de liège dont les
I. Pourquoi la majuscule après une virgule?
98 BCLLETIN HISPANIQUE
dimensions rappellent les ruches faites en liège». Il ne fallait donc
pas traduire escanciar par « verser », mais par u servir à boire ».
P. 33 : Montas! que le di yo ocasiôn para ello! « Allons! je lui ai
donné occasion pour cela? » Plus loin : creyendo él que yo le sisaha
algo de la cuenta, a. lui, croyant que je lui diminuais quelque chose
du compte». C'est bien languissant, bien affadi! Viardot a mieux rendu
par « soufflais » l'expressif sisaba.
P. 37 : ese gesto de por demds, «cette figure dédaigneuse » i. En
note : (f Je ne suis pas sûr du sens de cette expression. » J'entends :
« ce visage qui est de trop ici ».
P. 4i : alganas seguidillas de las que se usaban, « quelques-unes de
ces seguidilles alors à la mode». Il y a une légère inexactitude dans
cet emploi superflu de l'adjectif démonstratif.
P. 48. A la dernière phrase du premier alinéa, « la Gagneuse » a été
substituée au Ganchoso du texte espagnol. A la fin de la même phrase,
les mots : pueslo que es justicia mera mixta que nadie se entre en per-
tenencia de nadie sont traduits à contresens dans les termes : « car
c'est une juridiction mixte: bien que personne ne doive entrer dans
les domaines d'autrui. » Je comprends : « quoique, en bonne justice,
personne ne doive...» 2. Ernest MURET.
A. Rodriguez del Busto, Altitudes y canalizaciôn. Cordoba,
1908; in-8°, 287 pages.
Depuis plusieurs années déjà, l'auteur de ce livre poursuit l'exposé
d'un programme général de canalisation sud-américaine, permettant
de relier par une voie navigable, uniforme et continue, les réseaux
accessibles de l'Amazone et du Rio de la Plata : le Cassiquiare, dit-il
dans son prologue, est une « prodigieuse leçon » ; unissant des tribu-
taires de rOrénoque et de l'Amazone, il nous apprend « comment les
peuples sud-américains doivent communiquer entre eux, par un
procédé pratique, économique et de sûre efficacité pour le développe-
ment de leurs richesses ».
Assurément, l'interposition d'immenses régions de médiocre
relief entre les Andes et les hauteurs atlantiques des Guyanes et du
Brésil est un trait caractéristique du continent sud-américain, et
l'idée se présente naturellement d'une jonction entre les fleuves géants
qui les drainent. Diverses missions, boliviennes et brésiliennes sur-
tout, ont étudié ce problème, depuis longtemps posé; l'opinion géné-
rale paraît être aujourd'hui en faveur de voies mixtes, ferrées et
fluviales, qui profiteraient des biefs navigables, et tourneraient les
1. Viardot: « cette mine renfrognée ».
2. Viardot: «bien qu'il soit de bonne justice que personne n'entre dans le
domaine de personne. »
BIBLIOGRAPHIE 99
rapides par des tronçons de chemin de fer; c'est ainsi que le rail
rattacherait les biefs du Mamoré et du Madeira, ouvrant à la Bolivie
un accès direct sur le réseau amazonien, et que la voie ferrée qui
monte du Matto Grosso vers Corumba et le haut Paraguay serait
ultérieurement prolongée jusqu'à se souder à la précédente.
M. Rodriguez del Busto préférerait des canaux, sur lesquels les
transports coûtent moins cher; il veut par là « donner des ports» à la
Bolivie, devenue toute continentale. Le réseau qu'il propose consiste
essentiellement en des canaux dont la courbed'ensemble soulignerait à
l'est celle du système andin; les sections boliviennes uniraient au
nord le Purus. affluent direct de l'Amazone, avec les diverses rivières
qui forment le Madeira, Madré de Dios, Béni, Mamoré; au sud, cette
dernière avec les cours supérieurs de tous les fleuves qui descendent
vers les steppes du Chaco et le lit collecteur du Paraguay. L'Argentine
posséderait alors, au pied des sierras andines, une voie navigable
artificielle, sensiblement parallèle au Paraguay.
Notre auteur observe qu'un tel canal serait aisément approvisionné
d'eau par les rivières issues des Andes, dont le débit très irrégulier
lui serait réservé, assagi et compensé au moyen de barrages, au
droit des principales vallées; des eaux aujourd'hui sauvages, dont
les inondations ne sont pas moins redoutables que la disette, suivant
les saisons, seraient ainsi disciplinées. Le canal passant non loin de
Salta, de Tucuman, de Santiago del Estero, de Côrdoba, serait ensuite
dirigé à l'est, vers le port de Buenos-Ayres ; il pourrait aussi par la
Mar Chiquita de Côrdoba, transformée en une sorte de réservoir
intermédiaire, avec chenal au centre, déboucher sur le Parana, à
Santa-Fé.
Présenté par M. del Busto avec une ardente conviction, appuyé
sur des données d'altitude qui nous ont paru sérieusement critiquées,
le projet est séduisant ; mais nous nous demandons si les conditions
techniques d'exécution ont été étudiées d'assez près; et c'est pourquoi
nous réservons notre opinion sur le caractère pratique de ce vaste et
beau programme, qui n'a pas été établi sans des travaux minutieux
dont le bénéfice, en tout cas, ne sera pas perdu. '
Hexri LORIN.
REVUE DES REVUES
Revue hispanique i.
4902 (IX). — R. J. Cuervo : « Lindo » ; — El elemento popular en el
Diccionario de la Academia espanola. — G. Baist : «Mono». —
J. Fitz-Gerald : Spanish Etymologies. II. — D. Lopes ; Toponymia
arabe de Portugal. — R. Foulché-Delbosg : Étude sur le Laberinlo de
Juan de Mena. — K. Haebler : Bemerkungen zur « Celestina ».
— R. Foulché-Delbosc : Observations sur la Célestine ; — La Peni-
tencia de amor de Pedro Manuel de Urrea. — J. Miret : La cabeza
del rey Jaime 1 de Aragon. — G. Marcel : Un éventail géographique.
— R. DE Flotte : Remarques sur la carte d'Espagne au i : 5o,ooo.
— J. Massô Torrents : Dos poèmes catalans del xiV" segle, sobre la
vida de la gent de mar. — Razonamiento que faze Johan de Mena con
la muerte. — Requesta al marques de Santillana. — Copias de Tres-
cientas cosas mas. — Deux romances de germania. — Huit petits
poèmes. — La vida del picaro, éditée par A. Bonilla. — La Comedia
muy exemptai- de la Marqiiesa de Saluzla llamada Griselda, par
Navarro, réimpression par G. Bourland. — Los Irabajos de Josef,
auto del 1**° Juan de Caxes, publié par A. Restori. — E. Gigas : Lettres
d'un diplomate danois en Espagne (i 798-1800). — A. Galante : Pro-
verbes judéo-espagnols. — Z. Co?fsiGLiERi Pedroso : Poesias popu-
lares portuguesas. — Varia. L. BARRAu-DmiGo : Note sur un diplôme
de Ferdinand l" octroyé à l'église d'Oviedo en mai io36; Fragments
inédits des Gesla Comitum Barcinonensium et Regum Aragoniae;
R. Chabâs : Doft Jofre de Borja y doua Sancha de Aragon ; R. F. -D. :
« Ganapan » ; H. Vaganay : L'Espagne en Italie; E. Guillon : Deux
voyages en Espagne au xvii" siècle; — G. Marcel : Un atlas manus-
crit de la Catalogne ; — J. Puyol : La traducciôn castellana de El
Bachilter de Saiamanca. — Comptes rendus : E. Guillon, Les guerres
d'Espagne sous Napoléon; T. Ximénez de Embùn, Descripciôn histô-
rica de la an'igua Zaragoza; Ant. Rodriguez Villa, Didlogo de los
pages; R. Altamira, Historia de Espana; E. Torres, Libro primera de
Cabildos de Lima; M. Serrano y Sanz, San Ignacio de Loyola en
», Voir Bull, hisp., 1902, p. 173.
REVUE DES REVUES lOI
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dans l'ancienne Espagne: J. H. Carreras, Karl von Oeslerreich und
Elisabeth von Braunsweig WolJenbUitel in Barcelona und Gerona
(G. Desdevises du Dézert) ; R. D. Perés, Musgo ; F. Rodrîguez
Marin, E/ loaysa de aElCeloso Extremenoy) (J. Fitzmai uice-Kem.v);
Blasco Ibâîlez, La Barraca {Terres maudites, trad. Hérelle)-, A. Calde-
rôn, Treinta articulos (H. Peseux-RichvkdV Clerc, Capitulation de
Baylen; Boppe, Les Espagnols à ta Grande Armée; Balagny, Cam-
pagne de Vempereur Napoléon en Espagne, 1. 1 (G. D. du D.); G. Pérez
Pastor, Nuevos datos acerca del hislrionismo espanol (A.'Restori);
Catâlogo de la Bibliotcca municipal de Madrid; J. Andreii, Catdlogo de
una colecciôn de impresos referentes d Cataluha (J. Chastenay); Ant.
Restori, Il cancionero classense 268 (R. F.-D.); Gonzalez de la Rosa, La
solution de tous les problèmes relatifs à Christophe Colomb (G. Viennet):
H. Vignaud, La lettre et la carte de Toscanelli sur la route des Indes
par l'ouest... (H. P. Biggar) ; La hisloria de los nobles cavalleros
Oliveros de Castilla y Artus dalgarbe ; El Diablo cojuelo, reproduction
de A. Bonilla; El libro de Patronio. reproduction de Krapf (R F.-D.).
1903 (X). — Ch. Pu. Wagner : The sources of El Cavallero Cifar.
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Laberinlo? — A. Restori : Il Manojuelo de Romances, parte primera,
de Gabriel Lasso de la Vega. — R. F.-D. : Dialogo entre Lain Calvo
y Nuno Rasura (1570); Vingt-six lettres de Gôngora. — L. Barrau-
DiHiGO : A propos des Gesta Comitum Barcinonensium. — R. F'.-D. :
ïestamento de Pedro Rodriguez de Fonseca (1/119); Copias de Tres-
cientas cosas mas, II; L'auteur de la Picara Justina. — II. Vaganay,
L'Espagne en Italie. — Comptes rendus : H. Vignaud, A critical
study oj the varions dates assigned to the birth oj Chr. Columbus (II. P.
Biggar); Ch. Oman, .4 History of the Pcninsular War (B. Pabsons);
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por la redacciôn de los Caldlogos en las Bibliotecas... (id.); Cl. Rocliel,
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léonaises). — J. Miret y Sans : La prince.-a griega Lascaris condesa
de Pallars en Cataluûa. — L. Bouvat : Notice bio-bibliographique
sur Ashîr ad Dîn Mohammed ibn Yoûsouf Aboû Hayyân Al-Gharnatî.
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Î02 BULLETIN HISPANIQUE
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logies portugaises. — P. Groussac : Le commentateur du Laberinlo.
— R. Foulché-Delbosc : Notes sur le sonnet Superbi colli. — J. Puyol
Y Alonso* : Una puebla en el siglo xiii (cartas de poblaciôn de El
Espinar). — G. Desdevises du Dezert : Souvenirs d'Emmanuel-
Frédéric Sprûnglin. — L. Bouvat : A propos d'Aboù Hayyân Al-Ghar-
natî. — R. Foulché-Delbosc : Las copias del tabefe. — H. Vaganay :
L'Espagne en Italie (suite). — Comptes rendus : \. Bonilla, Anales
de la Uieralura espanola (J. Fitzmaurice-Kelly); R. de Sèze, Baylen;
R. Altamira, Cuesliones modemas de hisloria (G. D. du D.).
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lardo Lôpez de Ayala (texte). — J. Puyol y Alonso : Cantos populares
leoneses (texte et musique). — J. F.-K. : Note on three sonnets. —
R. F.-D. : Un villancico retrouvé. — H. Vaganay : L'Espagne en
Italie (suite). — Comptes rendus : E. Ibarra, Colecciôn de documcntos
para el esliidio de la hisloria de Aragon. Documentas correspon-
dienles al reinado de Ramiro 1 (L. Barrau-Dihigo) ; — R. Altamira,
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the Spanish Ballad of Don Garcia. — A. Giménez Soler : Caballeros
espanoles en Africa y Africanos en Espana. — G. Desdevises du
Dezert : Luis Vives (d'après l'ouvrage d'A. Bonilla). — J. Massô
Torrents : Inventari dels bens mobles del Rey Marti d'Aragô. —
L. Barkau-Dihigo : Note sur le Tamho viejo, de l'Église cathédrale de
Lugo. — A. Bonilla : « Golfines ». — Comptes rendus .• Libro de los
enganos y los asayamientos de las mugeres, publié par A. Bonilla (J.
Chastenay); — A. Rodriguez Villa, Ambrosio Spinola (G. D. du D.);
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de très picos. — R. Salillas : Poesia rufianesca (jâcaras y bailes). —
J.- MiRET Y Sans : Négociations de Pierre IV d'Aragon avec la cour de
France (1866-1367). — -^- Bonilla : Curiosidades literarias de los
siglos XVI y XVII. — R. Foulciié-Delbosc : Los vicios de Madrid
[extraits d'un manuscrit daté de 1807J. — Carta critica sobre la obra
del Quixote. — R. F.-D. : Fragment d'un romance inconnu. — J. F.-K. :
Note on three sonnets (suite). — Comptes rendus : G. Cirot, Les his-
toires générales d'Espagne entre Alphonse X et Philippe II (L. Barrau-
REVUE DES REVUES Io3
DiHiGo); — Homenaje a D. Francisco Codera (J. CnASTENAY) ; — J-
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J. Lameire, Les occupations militaires en Espagne pendant les guerres
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Isabel de Orléans y Luis I; Fernando VlyDona Barbara de Braganza ;
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sio de Salazar. — L. Barrai -Dihigo : Un voyage en Espagne du début
du xviii^ siècle. — Hautyig Derembolrg et L. Bahral-Dihigo : Quatre
lettres de Josef Antonio Gonde à Silvestre de Sacy. — A. Chassaigne :
Ferdinand YIl et son directeur. — J. Chastenay : Une épigramme de
Marti'nez Villegas. — G. Desdevises du Dezert : c. r. de L'Espagne et
Napoléon, par G. de Grandmaison ; de La traite négrière aux Indes de
Castille, par G. Scelle. — 11. Peseux-Richard; c. r. de Sangre y arena,
par V. Blasco loâùez. — M. Meinéndez Pelayo : Dos opûsculos inéditos
de D. Rafaël Floranes y D. ïomâs Antonio Sânchez sobre los orfgenes de
la poesîa castellana. — R. J. Cuervo : Dos poesias de Quevedo a Roma.
— J. Fitzmaurige-Kelly : Norona's Poesias asidiicas. — R. Foi lché-
Delbosc. : D'où dérive El sombrero de très picos ; — 287 sonnets ; —
C. R. du Précis d'histoire de la tUtérature espagnole, par E. Mérimée.
(XIX). — W. W. Skeat : Againaldo, agailando. — J. Miret v
Sams : Documents en langue catalane (llaute-vallée du Sègre,
xi-xn- s.). — G. G. Browîsel : The positions of the attributive adjec-
tive in the Don Qaixote. — H. R. Laxg : The so-called Cancionero de
Pero Guillen de Segovia. — J. Mexéxdez Pidal : ï^an Pedro de Cardena
(restos y memorias del antiguo motiasterio) [planches]. — J. Miret
X Sans : Nuevos documentos de las 1res Princesas griegas. — R.
Salillxs : Una pagina histckica fologratiada. La ejecuciôn de Angiolillo
[planches reproduisant cinq moments de l'exécution de l'assassin de
GânovasJ. — R. F.-D. : Tragedia de Mirrha [réimpression d'après
l'exemplaire du British Muséum], - U. A. Renxert : Marco Antonio
y Cleopatra, a tragedy by Diego Lopez de Castro [publiée d'après le
ms. de la Bibl. nac.de Madrid]. — A. Th. Folrmer: La vie de Lazarille
de Tormes, traduite par le sieur de B. | réimpression]. — A. Pérez
Calamarte : Gustavo, novela inédita de A. Lôpez de Ayala. — J. P.
WiCKERSHAM Crawford : Represeutaciôn de los Mârtires Justoy Pastor,
de Fr. de Las Cuebas: — Some unpublished verses of Lope de Yega.
— Comptes rendus ; La jeunesse du Cid de Guillen de Castro, Irad.
de Marcel Dieulafoy (H. Peseux-Richard) ; V^' du Motey, Guillaume
d'Orange et les origines des Antilles Jrançaises (H. C Bell); Fr. Rous-
seau, Règne de Charles III d'Espagne; E. Gossart, La domination
espagnole dans les Pays-Bas à la fin du règne de Philippe II ; A.
Bonilla, Hisloria de la filosofia espanola; V. Lainpérez, Ilistoria de la
arquileciura cristiano -espanola en la edad média (G. D. du D.) ;
J. Fitzmaurice-Kelly, Chapters on Spanish literature (R. Schevill).
lo6 BULLETIN HISPANIQUE
1909 (XX). — Ph. II. Churchman : Byron and Espronceda. —
L. Médina : Frases lilerarias afortunadas. — J. Puyol : c. r. de El
Menandro, novela por Mallas de los Reyes, reimpresa por E. Cotarelo.
— E. Valentin : c. r. de Le Touriste français en Espagne et dans les
pays de langue espagnole, par J. Laborde. — H. Derenbourg et L.
Barhau-Dihigo : Une charte hispano -arabe de l'année i3e2. —
R. Foulché-Delbosc : Suma de las cosas maravillosas (Coronica del Cid
Ruy Diaz, Sevilla 1/198) [réimpression de la première édition d'après
l'exemplaire unique de Vienne]. — E. Gigas : Lettres inédites de
quelques savants espagnols du xvi" siècle [Pedro Chacon, Ambrosio
de Morales, Antonio Agustin, etc. ]. — L. Barrau-Dihigo : Voyage de
Barthélémy Joly en Espagne (i6o3-i6o/i) [ ms. de la Bibl. nat. de
Paris]. — (XXI). G. S. Williams : The Amadis question. — G. Tyler
NoRTHUP : La selva confusa de Pedro Calderôn de la Barca [ms. de
la Bibl. nacional de Madrid].
CHRONIQUE
M. R.-J. Cuervo a été, il y a quelques mois, nommé docteur honoris
causa par l'Université de Berlin. Le Bulletin hispanique a trop d'obli-
gation envers l'éminent maître pour ne pas se réjouir de cette dis-
tinction, dont il est regrettable que nos universités Irançaises ne
puissent disposer.
-— Les Discursos leidos ante la Real Acadeniia de la Historia en
la recepciôn de Rafaël de Ureha y Smenjaud (24 de Enero de 1909)
comprennent Una ediciôn inédita de las v Leges Gothorum Regum »
preparada por Diego y Antonio de Covarruvias, en la segunda milad del
siglo XVI et une nécrologie du général Gômez de Arteclie, bien connu
par sa Geografia histôrico-niilitar de Espafïa y Portugal et ses nom-
breuses publications historiques et géographiques : le tout par le réci-
piendaire ; puis Observaciones histôrico-étnicas sobre la composiciôn
de la raza espanola, par Bienvenido Oliver.
Dans son discours, après des considérations intéressantes sur les
diverses éditions des Leges Wisigothoruni (Sichard, Pithou, Linden-
brog, Bouquet, Canciani, Academia espanola, Walter, Weber,
Zeumer), sur les travaux de Knust, Guérard, Bluhme, Merkel, Haenel,
de Rozière, Lécrivain, etc., et STir la théorie moderne concernant
l'évolution de la Lex Wisigothorum {cinq formes : theorodoriciana,
antiqua, Recessvindiana, Ervigiana, Egicana), le savant professeur de
la Faculté de Droit de Madrid fait connaître quatre manuscrits de
la Bibliotheca Nacional, dont l'un, écrit au milieu du xvr siècle,
est dû à la collaboration des deux Covarruvias et constituait une
édition, malheureusement restée inédite (car elle était bien supé-
rieure à celle de Pithou et même à celles des xvii" et xvnrsiècles), des
Leges Gothorum regum, avec corrections et notes. De belles gravures
(portraits de Diego el d'Antonio de Covarruvias par le Greco et auto-
graphes des deux frères) illustrent ce magistral travail.
™- Le tome V' de VHisforia de Espaila y de la civilizaciôn espailola
de M. Rafaël Altamira, publié en 1900, paru depuis en seconde édition,
avait fait prévoir ce que serait l'ouvrage complet, un manuel plein de
faits, bien distribué, bien renseigné, et répondant à l'idée que nous
nous faisons aujourd'hui d'une histoire 'sérieuse destinée au public.
L'année 19 10, sous l'étiquette 191 1, nous a apporté le quatrième
volume de ce très estimable ouvrage. L'auteur s'arrête, dans l'exposé
des faits, au 2 de Mayo, et cet exposé, dans le tome IV, ne prend que
121 pages sur 556. Le reste est occupé par l'histoire sociale, écono-
mique et morale, et par une (]uia bibliogrdfica très détaillée qui rendra
I08 BULLETIN HISPANIQUE
les plus grands services. M. Altamira est un des hommes qui font
le plus d'honneur à l'Espagne; et cela, par son travail, par son
initiative, par la sympathie générale qui l'entoure. Ce livre ajoute
certainement beaucoup à là dette de ses concitoyens à son égard.
Un index alphabétique de tout l'ouvrage est promis à bref délai par
l'éditeur (Barcelone, Juan Gili).
-— Nous ne pouvons aujourd'hui que signaler la Spanische Gram-
malik auf hislorlscher Grundlage que vient de faire paraître notre
collaborateur, M. Friedrich Hanssen (t. VI de la Sammlung kurzer
Lehrbilcher der romanischen Sprachen und Literaturen, Halle, Nie-
meyer, 1910, xviii-277 p. in-S"). Ce manuel, bien au courant des
plus récents travaux philologiques, garni de nombreuses références
dont l'appareil ne fait pas de tort à la clarté de la rédaction, mettra
le lecteur au courant de l'état actuel des questions el lui permettra
de les approfondir par lui-même. Une place importante est faite à la
syntaxe. G. C.
— M. John D. Fitz-Gerald, de l'Université d'IUinois, a réuni dans
un joli volume fort bien illustré {Ramhles in Spain, New-York, s. d.,
Thomas Y. Crowell & C", in-8° de 3 10 pages), les souvenirs de ses
séjours en Espagne en 1899 ^^ ^^ 'Qo*^ ^ 1902. Aux descriptions de la
nature, des monuments et de diverses curiosités locales se joignent
des renseignements pédagogiques, par exemple sur YInsliliito Inter-
nacio liai para la ensenanza de la muger.
— M. Léo Rouanet vient de donner une nouvelle traduction du
texte portugais des Dialogues sur la peinture de Francisco de Hollanda
(Paris, Champion, 191 r, in-8'' de xxni et 287 pages). Cet ouvrage
célèbre n'était connu de ceux qui ne lisent pas le portugais que par
une traduction française inexacte et incomplète de i845 et par une
traduction allemande de M. Joaquim de Vasconcellos. M. Rouanet,
qui a profité des recherches de l'érudit portugais, ne s'est pas borné à
rendre avec une scrupuleuse fidélité les fameux dialogues, il a encore
illustré son travail par une belle reproduction du portrait d'après
nature de Michel-Ange qui se trouve dans l'album de Francisco de
Hollanda conservé à l'Escurial.
— M. H. Lorin, professeur à la Faculté des Lettres de Bordeaux,
traite cette année du Brésil politique et économique.
— Errata. — Dans notre tome \11 (1910), lire, p. i5o (milieu de
la page) : 335 sur 235 millimètres ; — p 326, note 3 : Marcellin Boule ;
— p. 446, 1. 10 : .V (franr. ch); — p. 463, 1. i et 1 1 : M"' Dillenius.
7 janvier i91i.
LA RÉDACTION : E. MERIMEE, A. MOREL-FATIO, P. PAKIfe.
G. CIROT, secrétaire; G. RADET, directeur-yérant.
Bordeaux. — Impr. G. Godnouilhou, rue Guiraude, 9-11.
Vol. XIII. Avril-Juin 1911 N« 2.
L'ARC11É0L0(;1E EN ESPAGNE ET EN PORTUGAL
Mai 1908 — Mai 1910.
{Saite^ .)
Il est un nom qui revient souvent depuis plusieurs années
dans les revues espagnoles ou françaises traitant d'archéologie
ibérique, c'est celui de M. Louis Siret. M. l'ingénieur Siret,
fixé avec l'un de ses frères dans le riche district minier de la
province d'Alméria, s'est pris de passion pour les explorations
et les fouilles, puis pour l'exégèse historique. Le beau livre
écrit en collaboration, qui valut à son frère et à lui le prix
Martorell, a paru en 1897 f^^^ premiers dges du métal clans le
Sud-Est de l'Espagne). Tout récemment, M. Louis Siret a écrit
dans la Revue archéologique, dans l'Anthropologie, des articles
remarqués autant pour l'originalité parfois téméraire de la
doctrine que pour la richesse de la documentation inédite.
Je n'ai pas à parler ici de ces mémoires, mais par bonheur je
dois signaler la très importante étude que M. Siret a imprimée
sous ce titre : Vlllaricos y Herrerias, Antiguedades punicas,
romanas, visigoticus y arabes, dans les Mémoires de l'Académie
de l'Histoire (1908). Là, en effet, l'auteur nous fait connaître
les résultais des fouilles qu'il a exécutées en dernier lieu, et
une quantité de documents, inédits pour la plupart, qu'il
utilise à soutenir ses doctrines très personnelles.
Villaricos est situé au point où la Sierra Almagrera projette
dans la mer son dernier éperon méridional, à l'embouchure
du Rio Almanzora. Le site est d'une telle importance géogra-
phique qu'il fut iDccupé dès les temps les plus reculés, tout
I. Voir le Bull, hispan., 191 1, p. i.
AFB. IV* SÉRIE. — Bull', hispan., XIII, 1911, 2. 8
110 BULLETIN HISPANIQUE
au moins à l'âge néolithique, el na cessé de l'être depuis
lors. A l'époque romaine il y avait là une ville et un port
importants, du nom de Baria. M. Siret a retrouvé les vestiges
de tous les établissements successifs, de la ville indigène où
se mêlèrent les éléments puniques, puis tour à tour les élé-
ments romains, visigothiques et arabes. La première de ces
cités superposées a donné les débris les plus intéressants,
surtout en céramique,
céramique ibérique
(que M. Siret croit puni-
que et importée, et c'est
là un sujet entre lui et
moi de polémique cour-
toise) (fig. 17) et céra-
mique grecque, vases à
figures rouges et fond
noir.
Mais l'intérêt de la né-
cropole est plus grand
que celui de la ville
même. M. Siret en a
divisé les sépultures en
six groupes, déterminés
chacun par l'objet qui
se rencontre de préfé-
rence à côté du mort :
i" coque d'œuf d'autruche en forme de vase; 2° coque d'œuf
d'autruche simplement percée d'un trou; 3° urne cinéraire;
A" alabastron de verre; 5° pendants de enchufe ; 6° urne cercueil.
Premier groupe. — Les sépultures sont des fosses ou puits
rectangulaires, quelquefois à double étage ; les corps y étaient
inhumés ; il est rare qu'il y en ait eu deux dans la même
fosse. Le mobilier en est restreint : un œuf d'autruche dont le
bout est coupé pour faire une large ouverture, et dont la
surface est peinte ou gravée. « La décoration des coques
consiste en deux bandes horizontales, une près de la bouche,
une près de la base, et entre elles d'autres bandes verticales
fWP
BBfiy'ff^îTWH?*'^-"^'^"*'^*^
:-^lj^l^'lill^^!
e
Fig. 17. — Vases ibériques de Villaricos.
I. AHCIIKOI.OOIE KN ESl'AGNK ET EN PORTUGAL
qui divisent la surface en tableaux, au centre desquels sont
des dessins variés. » M. Siret fait observer que ce qui paraît
souvent une gravure sur ces œufs d'autruche est souvent une
altération des surfaces non peintes qui se sont rongées, tandis
que les surfaces peintes se conservaient, formant relief (p,g. 18).
Avec ces œufs se
trouvaient des am-
phores longues, à
fond conique, avec
deux petites anses.
Elles contenaient
sans doute du vin
et étaient fermées
par un bouchon
d'argile . En fait
d'autres objets, on
ne peut guère
signaler que des
anses de bronze
provenant de quel-
ques coffrets et
quelques bijoux.
Second groupe.
— Les tombes sont de grandes cryptes auxquelles donnent
accès des couloirs latéraux, quelques-uns couverts d'une voûte.
C'est le type mycénien, sauf que la chambre n'est pas ronde.
Les parois sont enduites d'un mélange de plâtre et de sable,
et, par-dessus, d'une couche de plâtre avec des traces de
peinture rouge. Les morts tantôt y étaient déposés dans des
cercueils de bois, tantôt incinérés; les deux rites se trouvent
concurremment. Gomme mobilier, des œufs d'autruche sim-
plement perforés, témoins d'une industrie en décadence ; des
vases de diverses formes et de diverses fabrications, de peu
d'intérêt, quelques bijoux, parmi lesquels, peut-être, des
pendants de narine puniques.
Troisième groupe. — C'est le plus abondant : il compte cent
vingt-cinq sépultures. Les restes des corps incinérés étaient
FiG. 18. — Œufs d'autruches peints de Villaricos.
112 BULLETIN HISPANIQUE
placés dans des urnes que l'on enterrait, isolées ou par groupes
de dix tout au plus. Les urnes sont de types variés, quelques-
unes sans ornements; d'autres, décorées de ces dessins géomé-
triques que j'ai appelés ibériques; d'autres sont de beaux vases
grecs, des cratères ou des célébés à figures rouges du iv' siècle.
Il y a là une très instructive concordance, étant donnée
l'incertitude qui règne encore sur la chronologie de la poterie
décorée des Ibères. Cet intérêt
se double de la présence autour
de ces urnes d'armes de fer en
grand nombre : lames d'épées,
sabres, poignards, lances, flè-
ches, avec des débris de gaines
et de boucliers. Les épées et les
sabres sont plies, comme il arrive
si souvent ; mais ce qu'il y a de
plus notable, c'est que beaucoup
de sabres sont du type bien
connu, souvent décrit, mais en-
core assez mystérieux d'Alme-
dinilla (fig. 19). Quant au reste
du mobilier, il consiste surtout
en fibules de modèles indi-
gènes assez simples, de toutes
dimensions, boucles de cein-
tures, perles et pendeloques en argile, en pâte de verre,
boucles d'oreilles, bagues, colliers, bracelets de métal, fer,
bronze, argent et or, des osselets, parfois en très grand
nombre (ii3 dans une seule urne), et, enfin, des amulettes
égyptiennes et phéniciennes telles que le commerce phéni-
cien en a répandu à foison dans tout le bassin de la Médi-
terranée.
Quatrième groupe. — Il comprend des fosses moyennes, où
se trouvent avec des ossements, tantôt brûlés, tantôt non, des
objets clairsemés et médiocres, petis vases, anneaux de bronze,
clous de bronze ou de fer, et d'ordinaire des petits vases de
verre. Ce sont des sépultures pour quelques-unes contempo-
FiG. 19. — Sabres de fer du type
d'Âlmedinilla. — Villaricos.
l'archéologie en ESPAGNE ET EN PORTUGAL Il3
raines des précédentes, mais la poterie romaine commence
à y faire son apparition.
Cinquième groupe. — Ce groupe est mieux connu par la
nécropole à' AUnizaraque que par celle de Villaricos même, où
il est fort réduit. Les corps étaient allongés, quelquefois par
groupes, directement dans la terre, les fosses étant garnies
grossièrement de pierres ou de dalles; mais il y a aussi des
traces de cercueils de bois. On ne laissait aux morts que
quelques bijoux ou objets de toilette personnels, par exemple
des boucles d'oreilles de cuivre ou de bronze', des fibules, des
colliers de cornaline, de verre, d'ambre. M. Siret pense que
ces cimetières ont servi durant une longue période après le
iv" siècle et correspondent à la domination des Visigoths.
Sixième groupe. — Enfin, le dernier groupe est constitué à
Villaricos et Almizaraque par des amphores dans lesquelles
on enfermait des corps d'enfants. Il est contemporain du
cinquième et pourrait se confondre avec lui.
En résumé, Baria apparaît à l'origine comme une ville
ibérique oi^i ont dominé largement l'influence et les mœurs
puniques. Cette union des indigènes et des colons cartha-
ginois a duré longtemps, puisque dans une urne funéraire du
second groupe on _ ^
a recueilli une mon- ~ .; v -..
naie carthaginoise
au type d'Auguste.
Il est particuliè- %?/;<...,
rement utile de no- --«3^?È^ ;- v ^^ ., " ;, '\im\ iv . 4 J
ter l'importation de _, ^ , . , ^ v n ^
'^ FiG. 20. — Sphinx en pierre tendre. — Villaricos.
beaux vases grecs.
Ces objets devaient être de valeur assez mince, puisqu'on s'en
est servi en guise d'urnes funéraires; peut-être sont-ils arrivés
dans les cargaisons puniques. Mais, la céramique mise à part,
les objets les plus intéressants qu'ait récoltés M. Siret sont
puniques^ et il faut citer avant tout un petit sphinx de pierre
I. Les pendants caractéristiques que M. Siret appelle de enehafe sont sans doute
des bijoux composés de petits tubes de métal formant comme des perles longues, et
s'emboitant à la manière des tubes de canalisation, ou simplement des bijoux en
métal creux étiré.
[lZ| BULLETIN HISPANIQUE
tendre, malheureusement mutilé, sans tête et sans pattes, dont
les longues ailes sont étendues contre les flancs (fig. 20), puis
une sa luette informe de déesse-mère assise et une série de
petites stèles puniques dont une porte une épitaphe.
A l'époque romaine, Baria fut florissante. Cependant, les
monuments romains recueillis sont rares et sans grande
importance. M. Siret n'a retrouvé que trois inscriptions latines,
dont l'une, fragmentaire, est relative à une construction
d'édifice, l'autre est une dédicace de l'an 245 à l'empereur
Philippe par la Respublica Bariensium, et la troisième une
épitaphe. Une base de statue porte ces mot grecs KAEIfl
IITOPIAN, en caractères de l'époque romaine.
M. Siret ne s'en est pas
tenu aux ruines de Villa-
ricos; à Herrerias, à 3 kilo-
mètres de là, il a étudié
avec le plus grand soin les
traces de très importants tra-
vaux miniers des Phéniciens
à la recherche de l'argent,
et retrouvé leurs établisse-
ments et leurs cimetières.
11 a pu ainsi enrichir ses
collections d'objets indi-
gènes et puniques, en par-
ticulier d'une lampe d'ar-
gile en forme de tête de
bœuf d'aspect très original (fig. 2i) et faire sur la disposition
des maisons et des sépultures, aussi bien que sur l'art des
ingénieurs, des observations complémentaires de haut intérêt.
On voit dès lors quelle est la valeur tout à fait rare de la
contribution que M. Siret apporte à l'histoire de l'Espagne
primitive : on jugera de tout ce que ses investigations nous
apprennent de nouveau par les conclusions qu'il en tire et la
chronologie qu'il croit pouvoir établir grâce à elles: i° Décou-
verte et exploration des produits argentifères par les Sidoniens
à la fin de l'époque néolithique, quand les indigènes ne
Fig. 21.
Lampe ibérique trouvée à Herrerias.
L ARCHEOLOGIE E?î ESPAGNE EN EX PORTIGAL Il5
connaissaient pas encore le précieux métal. Ce commerce se
soutient pendant plusieurs siècles du second millénaire anté-
rieur à notre re. 2" Invasion de peuples du Nord jusqu'au
xi' siècle et formation de la nation celtibérienne. Ruine du
commerce phénicien. Exploitation et utilisation dans le même
pays des richesses minières. Civilisation du bronze et première
civilisation du fer. 3" Arrivée des premiers marchands cartha-
ginois. Fondation de Baria vers le vi" siècle. Reprise du com-
merce de l'argent. Sépultures archaïques, purement puniques
à Villaricos, avec mélange du premier âge du fer à Herrerias.
Absence d'armes. 4° Deuxième période punique, 11% m* et iv"
siècles. Invasion à main armée, conquête d'Hamilcar Barca.
Mélange, dans la nécropole de Baria, de l'art punique avec
l'art indigène du deuxième âge du fer. Urnes cinéraires
grecques et pseudo-mycéniennes. Armes abondantes, princi-
palement sabres ondulés. 5° Conquête romaine, à laquelle sur-
vécurent quelque temps les mœurs antérieures. Avènement du
Christianisme, etc.
Sans donner mon adhésion à cette théorie révolutionnaire,
qui a déjà soulevé de vives critiques, et sans avoir à la
discuter ici, je devais la faire connaître.
On s'est déjà rendu compte au cours de cet article, et parti-
culièrement à propos des fouilles de M. Siret, que la question
des vases peints ibériques est à Tordre du jour et préoccupe
justement les archéologues. A ce titre je me permets de
signaler l'étude que jai consacrée à une série céramique de
cette catégorie qui se trouve au Musée de Saragosse'.
C'est grâce à l'amitié de MM. les professeurs de l'Université
de Saragosse que j'ai pu voir et examiner à loisir ces précieux
documents, tous vraiment inédits, grâce au talent de M. Carlos
Palan, professeur à l'École des Beaux-Arts, que j'ai pu en
donner de très bons dessins. Les vases du Musée de Saragosse
proviennent sans doute de fouilles faites avant 1870 par M. Pablo
Gil, qui est mort professeur à l'Université de cette ville, à la
Zaida, petite ville voisine de Hijar, à 67 kilomètres de
I. Pierre Paris, Vases ibériques du Musée de Saragosse (Monuments et Mémoires
de la fondation Eugène Piot, t. XVII, i" fascicule).
FiG. 23.
Vase ibérique du Musée de Saragosse.
Tifi BULLETIN HISPANIQUE
Saragosse. Les dimensions des ustensiles sont assez grandes,
et leurs formes, sans être très originales, sont caractéristiques
d'un atelier jusqu'à présent
inconnu, aussi bien que
leur décoration peinte. Cette
décoration, quoique ratta-
chée étroitement à celle de
toute la céramique pour
laquelle j'ai réclamé et je
maintiens l'épithète d'ibé-
rique, c'est-à-dire d'indi-
gène, n'en a pas moins son
faciès bien à elle. Le dessin
des vases est du style géo-
métrique, mais les éléments
qu'il emploie, et où domine
la crosse agrémentée de
fioritures, sont disposés,
groupés, alternés, opposés de façon à former des figures
inédites, parfois fort heureuses. Les peintres d'ailleurs ne
s'interdisent pas de mêler
aux motifs géométriques,
qui dominent, des motifs
empruntés au végétal, mais
ils les stylisent toujours
pour leur donner un aspect
plus linéaire. D'autre part,
ils n'hésitent pas à puiser
au fonds commun des fabri-
ques du reste de l'Espagne,
et l'on retrouve sous leur
pinceau tel assemblage que
son fréquent usage a par-
tout rendu banal. Désor-
mais, la céramique de Saragosse, ou mieux de la Zaida, aura
sa place d'honneur à côté de celle de l'Amarejo, d'Elche,
d'A.rchena et de Numance. Sa réputation grandira quand
FiG. 23.
Vase ibérique du, Musée de Saragosse.
l/ ARCHÉOLOGIE EN ESPAGNE ICT EN POHTtGAf.
117
paraîtra l'étude de M. Pijoan sur les vases de même prove-
nance, plus beaux encore et plus variés, qui, de la collection
Gil, sont heureusement entrés au Musée municipal de Barce-
lone dont ils sont un des joyaux (Jlg. 22 et 23) '.
Ce splendide Musée, de formation si récente, et dont la
FiG. ai. FiG. 35.
Vases d'Archena an Musée municipal de Barcelone.
richesse croît de jour en jour, a du bonheur. Je ne puis
oublier de dire qu'il possède deux superbes vases d'Archena.
On a bien voulu me demander de les faire connaître aux
lecteurs de VAnuari de UInstitat d'Estudis Catalans, en même
temps qu'un vase de même origine acheté par le Musée du
Louvre, et qu'un autre trouvé en Catalogne même, à la
Higueta, près Figueras^. La décoration est, sur les quatre
1. Cette étude vient de paraître, mais ne nous est pas encore parvenue.
2. Institut d'Estudis Catalans. Anuari MCMVII (paru en 1909). Pierre Paris,
Quelques vases ibériques inédits (p. 7G et suiv.).
Il8 liUlJ.KTIN HISPANIQUE
exemplaires, du style que les fouilles d'Elche ont si brillam-
ment illustré; l'élément géométrique y est fort réduit, tandis
que la plante stylisée abonde, et que l'animal, sous une forme
heureusement conventionnelle, y tient une place prépondé-
rante. Les carnassiers, les oiseaux fantastiques s'y déploient
parmi les végétations étranges, et l'ensemble dénote un art
très développé, hardi et libre en son principe, mais déjà
compromis par des tendances manifestes vers la convention
et même la routine (fig. 2à et 25). Il est intéressant de noter
que le vase de la Higueta, quoique apparenté de si près
avec ceux d'Archena, ne sort pas de la même fabrique ; il
donne l'impression d'une main plus ancienne et quelque
peu hésitante dans le choix et l'exécution de motifs moins
familiers.
J'ai profité de l'occasion pour défendre de mon mieux, une
fois de plus, la théorie, vivement attaquée depuis quelque
temps, de l'origine espagnole de toute cette céramique. Je
suis particulièrement heureux que les découvertes se multi-
plient, et que des savants comme MM. Déchelette et Siret
serrent de près le problème. Nul plus que moi ne désire le
voir résoudre, même si la solution en est contraire à mes
idées.
Certains indices semblent indiquer que les fouilles qui se
poursuivent depuis assez longtemps à Ampurias nous appor-
teront aussi un peu de lumière; mais les résultats de ces beaux
travaux sont assez lents à se divulguer. Peut-être le second
volume, sous presse, de V Anuari portera-t-il quelque aliment à
notre cusiosité'.
Cependant, avec leur libéralisme coutumier, nos amis catalans
ont permis à M. Eugène Albertini, membre de l'École française
d'Espagne récemment fondée par l'Université de Bordeaux,
de présenter à l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres
la belle et classique statue d'Esculape découverte, dans les
derniers jours d'octobre 1909, à l'intérieur de l'enceinte
I. En effet, V Anuari (a« vol.) a paru et il y est longuement question d'Âmpurias,
mais il est trop tard pour que nous en parlions cette année.
t'aKCHKOI.OOIE RN ESI'VONE KT KN POKTr(.\L IIQ
grecque'. J'ai pu moi-même donner à la Revue des Études
anciennes une exquise terre cuite grecque, une Déméter de
grand style sévère, qu'un colon venu d'Attique ou de Béotie
avait eu le bon goût d'emporter dans ses bagages, et que M. de
Ferrer a eu la cliance de retrouver dans les sables d'une dune^.
C'est un privilège de cet admirable sol espagnol de livrer par
intervalles de ces précieux joyaux de l'art grec. Qui sait tout
ce qu'Ampurias a déjà donné de trésors qui se sont reperdus,
qui sait tous ceux qu'elle réserve encore, mais qui désormais
seront pieusement recueillis et sauvés grâce à l'active Jnnta
de Museos de Barcelone?
L'époque romaine n'a pas été non plus mal partagée en
Espagne au cours de ces deux dernières années. Les œuvres
de sculpture retrouvées sont assez rares, ou du moins on en a
peu signalé. Sans rappeler VEsciilape d'Anipurias, je ne puis
parler en connaissance de cause que de deux Vénus. C'est
d'abord un petit bronze provenant d'Heramelluri, l'antique
Liria. La déesse est à demi nue, sa tunique ayant indiscrète-
ment glissé un peu plus bas que ses hanches ; elle se regardait
sans doute en un miroir qui a disparu avec la main droite. Le
travail est délicat, sans que rien dénote une pièce de rare
valeur^. L'autre Vénus est en marbre; elle mesure 5o centimè-
tres de hauteur; sa tête manque malheureusement. Elle a été
découverte en juin 1909, dans la commune de Tardajos
(Burgos), mais elle est passée aux mains d'un antiquaire,
comme du reste la figurine de Liria : autant dire qu'elles sont
perdues toutes les deux. M. Huidrobo, qui a donné une image
du marbre dans le Boletin de la Real Academia de la Historia^,
l'appelle Vénus de Deobriga parce que Deobriga semble avoir
été la ville antique la plus proche de Tardajos. Vénus est
debout, retenant de la main droite chastement placée une dra-
perie qui ne cache plus qu'une partie de la jambe droite. Elle
était groupée avec un petit Amour dont on voit l'aile gauche
1. Comptes rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Relies-Lettres, 3 décem-
bre 1909 (1909, p. 989).
2. Revue des Études anciennes, 19 10, p. ibi, pi. IV.
3. Boletin de la Real Academia de la Hisloria, 1908, p. 5u3.
4. 1909, p. 002.
I20 BULLETIN HISPANIQUE
contre la statue^ à gauche, et les pieds posés sur une coquille
marine, à gauche de la déesse. L'arliste avait du goût et il était
habile. Autant que j'en puis juger d'après une gravure qui
laisse un peu à désirer, cette statue peut soutenir la compa-
raison avec la jolie Vénus du Musée d'Agen, qui lui ressemble
beaucoup.
En revanche, la récolte d'inscriptions latines est abondante,
et, comme toujours, le savant Père Fita les édite avec une
inlassable activité. Laissant de côté les épitaphes, j'ai noté
d'abord un assez grand nombre de bornes milliaires, parmi
lesquelles les plus intéressantes sont celles de la Via Augusta.
Deux kilomètres avant d'arriver à la Garlotta, entre les kilo-
mètres /il 7 et 4i8 de la route de Madrid à Séville par Bailen et
Gordoue, se trouve la Casa de Postas ou de Mongonegro;
c'est là que se trouve une colonne indiquant une station à
78 milles ab Jano Augusto ad Baetem iisqiie ad Oceanam.
La pierre date du cinquième consulat de l'empereur Tibère,
c'est-à-dire de l'an 35-36 de notre ère. Non seulement elle
a une véritable importance géographique, mais l'indication de
la XXXVIP puissance tribunitienne de Tibère, qui est très
nette, permet de rendre confiance à des textes similaires que
l'on avait cru devoir corriger • .
A la sortie d'un pont romain jeté sur l'Arlanza, à Tordomar,
dans la province de Burgos, on n'avait jamais remarqué deux
inscriptions pourtant peu dissimulées. L'une date du règne de
Trajan en 98 ou 99, et rappelle une réparation faite au pont,
l'autre date de l'an 121 (.^), sous Hadrien, et marque que le
pont est distant de Glunia de 29 milles ^
Parmi les dédicaces à des divinités, j'ai relevé deux ex-voto
d'Italica, l'un à Domina Regia, c'est-à-dire Junon, l'autre à
Domina Ourania, qui doit être la même déesse. En effet, les
deux stèles sont ornées de deux pieds, et ceux de la seconde ont
même six doigts chacun ; on a du reste trouvé beaucoup de
pieds votifs à Italica^.
I. Bolelin delà Real Academia de la Historia, mars 1910.
a. Ibid., 1909, p. 323 (Fidel Fita).
3. Ibid., 1908, p. U (Fidel Fita).
L AUCIIEOLOGIP: E>' ESPAGNE ET E\ PORTUGAf- 13 1
A Cordoue, dans la muraille antique, à la Puerta de Gallegos,
on a trouvé le texte suivant :
A RAM
PORTIS. GEMINIS
L. IVNIVS. PLATON
ET. IVNIA. LYCIAS. FIL
" OB. SERVILIOS. PATRICIVM
ET PATRICIENSEM. ET
NEPONTINAM. PARENT
ES
VOT. LIB. SOL.
Ces deux portes sont celles dont parle Virgile {En., VI,
893):
Sunt (jeminae somni porlae.
placées à l'entrée des Champs-Elysées, et auxquelles préside le
Sommeil. Le Sommeil, par les songes, est une divinité fati-
dique, et c'est ce qui explique Vex-voio d'italica".
Transportons-nous à Carthagène. M. Diego Jimenez de
Cisneros y Hervas, au cours de travaux de terrassement
exécutés au croisement de la rue del Aire et de la rue de Jara,
a reconnu les ruines de constructions importantes auxquelles
il a donné le nom de Forum romain, ou Forum de Numisius,
parce qu'il a lu sur un piédestal linscription suivante :
L.NVMISIO
CN.F.SER.LAETO
AED.II.VIR.ET.H.VI
QVINQ.FLAM.AV
GUSTOR.PONTIF.
PRAEF.COHORT
MVSVLAMIORVM
FLAMINIPRO
VINCN H.C.BIS
D. D.
Ce personnage était déjà connu par la dédicace d'un autel et
de statuettes aux dieux lares.
I. Bolclin de la Real Academia de la Historia, 1908, p. 453.
123 m I.LETlN ttISPAMOUE
Son piédestal se trouvait parmi les restes d'une colonnade :
on a retrouvé au même endroit un chapiteau, quelques débris
de bas-reliefs, dont une tête humaine vue de face, une tête
de lion et un cheval, sans parler d'un fragment de torse de
marbre blanc et d'un bras ' .
De là provient aussi cette inscription funéraire, dont la
formule est curieuse : « Phila, salve et vale. Salve qui monu-
mentum visitum venisti. Vale. Sit tibi terra levis. »
Enfin un heureux hasard a fait retrouver à M. Manuel
Gomez-Moreno quatre inscriptions publiées au Corpus, mais
dont la provenance aussi bien que le lieu de retraite étaient
totalement inconnus 2. Elles sont actuellement incrustées dans
le mur de l'église de Villalis, petit village à dix kilomètres
au sud d'Astorga. M. Gomez-Moreno en a pris de meilleures
copies avec la copie de deux autres textes restés inédits. Les
six inscriptions, gravées sur des plaques de marbre blanc, se
ressemblent toutes matériellement, et se rapportent toutes au
même objet, la septième légion gemina qui tint si longtemps
la garnison de Léon. Ce sont des invocations à Jupiter Optimus
Maximus pour le salut des empereurs à l'occasion de fêtes
anniversaires qui se succèdent entre les années i63 et 177. Ces
fêtes avaient lieu aux jours anniversaires de l'Aigle, des
Sangliers (aprunculi), des Enseignes, les animaux étant,
comme on sait, les emblèmes qui surmontaient les étendards.
Ce sont les officiers, centurions, décurions, préfets de la
cavalerie, porte-étendards, d'autres encore qui prennent l'ini-
tiative de la dédicace. Voici d'ailleurs la transcription de l'une
des inscriptions inédites :
Jovi Oplimo Maximo sacrum pro soluté Imperatoris Caesaris
Marci Aurelii Antonini Augusli ob natalem Aprunculorum. Milites
cohortis primae Gallaecorum sub cura Marci Sexti Baccoris
centurionis cohortis eiusdem et Valerii Semproniani benejlciarii,
procuratoris Augusli. X kalendas maias, Pisone et Juliano
consulibus. (Année 175.)
La découverte de M. Gomez-Moreno a le grand avantage
I. Boletin de la Real Academia de la Historia, 1908, p. 488.
3. Ibid.) 1909, p. 19.
l'archéologie E?i ESPAGNE ET EN l'ORTUGAT, 133
d'amender sérieusement le Corpus, qui avait dû se contenter
des lectures de Muratori, et d'augmenter de façon très intéres-
sante une série de documents relatifs à l'histoire de la septième
légion.
Passons d'Espagne en Portugal. Nous y trouverons une non
moins intéressante activité d'investigation et de publication,
où les Portugais ont d'autant plus de mérite qu'aucun secours,
pour ainsi dire, ne leur vient des savants étrangers.
Je rendais compte en 1908 des belles découvertes de M. dos
Santos Rocha à Santa Olaya et dans les stations préromaines
de l'âge du fer dans les environs de Figueira da Foz. Le
quatrième fascicule du second volume de Portugalia nous a
apporté la suite de cet important travail'. Mais une triste
nouvelle nous est parvenue ; l'illustre érudit de Figueira, le
fondateur du riche musée qui fait tant d'honneur à sa ville,
est mort le 28 mars dernier. Qui désormais entreprendra ces
fouilles minutieuses dont celles de Santa Olaya sont le type,
dont nous retrouvons un exemple dans l'exploration de
Crasto? M, dos Santos Rocha avait découvert cette originale
station dans les environs de Figueira. C'est une petite éminence
en tronc de cône, assez escarpée, et régularisée par la main
des hommes, qui domine la vallée de Sampaio, non loin de la
route de Figueira à Guiaios. Le lieu est sauvage et perdu dans
la Sierra ; il n'y avait place dans l'enceinte fortifiée que
pour quelques familles, une soixantaine au plus, vivant dans
des cabanes en branchages de 3 mètres de côté. Dans le fond
de ces cabanes, à quelque 3o centimètres au-dessous du sol,
se sont trouvés des fragments de poteries du type de Santa
Olaya, avec des débris de tuiles romaines, témoins d'une
occupation luso-romaine.
La découverte la plus curieuse faite à Crasto est celle de ce
que les fouilleurs ont appelé le « deposito negro». C'était une
espèce de vase ou de boue noire épaisse, pâteuse, chargée de
détritus de toute sorte, qui atteignait parfois l'épaisseur de
i^ôo. La couche s'étendait le long du parapet du nord sur
I. p. '-x^Z et s. Estacôes pre-romanas da idade do ferrn nas visinhas de Figueira,
Parte a» O Crasto.
134 BULLETIN HISPANIQUE
une longueur de 76 mètres et une largeur de 4 à 12 mètres. Ce
réceptable d'immondices, par les jours de pluie, répandait une
odeur infecte qui incommodait les ouvriers. M. dos Santos
Rocha le fit pourtant fouiller et y recueillit des objets de toute
nature, en particulier de la céramique semblable à celle de
Santa Olaya, mais très peu de céramique décorée, des armes,
des fibules de bronze assez nombreuses, peu de fer. En géné-
ral Grasto paraît plus ancien que Santa Olaya, mais en est
cependant à peu près contemporain. L'enceinte a de l'intérêt
en ce qu'elle se compose d'un mur en grosses pierres brutes,
unies avec de la terre bumide, que contrebute à l'extérieur
une levée de terre; l'épaisseur totale est de k mètres. Quant
aux cabanes, elles étaient sans doute, comme je l'ai dit, faites
de branchages, et quelquefois les parois en treillis étaient
revêtues d'argile, suivant un procédé déjà connu en Espagne
et en Gaule.
M. dos Santos Rocha ne collaborait pas seulement à Portu-
galia et au Bolelim da Sociedade archeologica Santos Rocha qu'il
avait fondé. V Archeologo português, si riche en informations,
a souvent profité de son activité féconde, et j'ai plaisir à
rappeler le dernier article qu'il a publié sous ce titre : Trésor
funéraire de Lameira Larga, époque lusoromalne^. Il s'agit
d'objets de l'époque romaine trouvés dans une sépulture à
5 kilomètres au sud de Penamacor (Beira Baixa) par M. Fran-
cisco Augusto da Gosta Falcâo. Ge sont une fiole de verre,
une lampe, deux vases d'argent et une patère de même métal,
qui, enfermés dans une caisse de plomb, avaient été cachés
dans un trou de rocher. La patère d'argent est une pièce tout
à fait hors ligne. Elle est en forme de disque concave, de
187 millimètres de diamètre, et décorée d'une très belle scène en
relief (^gf. 26). L'argent était revêtu par endroits d'une feuille
d'or dont on retrouve des traces assez nombreuses. M. dos
Santos Rocha a certainement bien expliqué le sujet; on y voit
Persée nu, sauf qu'une chlamyde flotte sur ses épaules, le
bonnet phrygien en tête, la harpe à la main, qui s'avance
I. 1909, p. kU.
l'archéologie en ESPAGNE ET EN PORTUGAL !25
avec élan vers deux Gorgones endormies dans une grotte,
nues et vues à mi-corps. Hermès, debout à sa gauche, semble
l'exciter et le protéger. Il porte le caducée, et en même temps
soulève des deux mains deux pointes de la chlamydc du héros,
formant ainsi une sorte de voile entre Persée et les monstres
au regard redoutable •. A sa droite Athéna le suit, s'abritant der-
rière son grand
bouclier, et Per-
sée détourne la
tête aussi pour
éviter les yeux
dangereux des
Gorgones. Au-
dessus des per-
sonnages est des-
siné un olivier
dont le tronc et
les branchés
s'arrondissenten
suivant la courbe
du disque, et sur
lequel perche
une chouette.
Sous les pieds
sont divers ob-
jets. Tout cela est en général conforme à la tradition mytho-
logique, et le sujet est composé et exécuté avec une habileté
et une correction qui donnent à la patère une place très hono-
rable dans l'art gréco-romain. M. dos Santos Rocha l'attribue
à l'époque d'Auguste et son jugement peut être accepté. Elle
n'est pas moins intéressante que le célèbre plat Otanes, mais
le style en est plus ferme et plus classique, et la technique
plus savante.
FiG. î6. — Patère d'argent de Lameira Larga.
I. C'est la seule explication plausible, il me semble, du geste d'Hermès, et
j'ignore si quelque monument antique nous montre la scène ainsi disposée. De
toutes façons j'estime que la patère portugaise doit désormais figurer parmi les
documents et les œuvres d'art les plus importants relatifs au mythe de Persée et des
Gorgones.
Bull, hispan. g
126 BULLETIN HISPANIQUE
Pour revenir à la préhistoire, Portugalia nous fait connaître
diverses découvertes paléo ou néolithiques sur lesquelles je
n'ai pas ici à insister, comme la nécropole de Ganidello (Terra
da Maia, au nord de Porto), dans une région où abondent les
cividades', les cachettes de haches de bronze de Ganfei
(Valença^) et de Famalicâo et Barcellos-^, les vases en forme
de chapeau renversé de Villa do Conde et de la cité de
Terroso^, vases grossiers, faits à la main, mais intéressants en
ce qu'ils ont un vaste rebord plat orné de petits traits en
creux. Mais M. Fortes a aussi publié dans cette revue un très
beau collier d'or qu'il rattache à la protohistoire, et que l'on
peut simplement appeler ibérique^. Il provient d'Estella, près
de Varzim, où il
fut trouvé dans
un pot d'argile
avec des pen-
dants d'oreilles
FiG. 27. — Collier d'or d'Estella. ^^ même type
que ceux de
Laundos dont j'ai parlé dans mon bulletin de igo8,un torques
d'or et des grains d'or et d'argent. Ce collier (Jig. 27) se
compose de petites plaques couvertes de légères bossettes
pointues très régulières alternant avec d'autres plaques sur
lesquelles sont fixés en saillie de petits cônes creux et d'où
pendent de menues lentilles décorées de traits fort simples. Le
groupement de ces divers éléments adopté par M. Fortes est
ingénieux et probable, sans être certain, mais peu importe en
somme. Il ne faut pas manquer de remarquer du moins la
ressemblance qu'il y a entre les petits cônes de ce collier et
ceux qui bordent les bandeaux dits de Caceres, bien qu'ils
soient d'origine asturienne, du musée du Louvre, et aussi le
magnifique diadème de Javea au musée de Madrid. C'est un
beau spécimen de l'art des orfèvres espagnols, et il faut savoir
1. Portugalia, II, p. 619. Abbade Sousa Maia, A nécropole de Canidello.
2. Ibid., p. 661. Esconderijo morgeano de Ganfei (J. Fortes).
3. Ibld., p. 662. Machados avalsos da idade do bronze (J. Fortes).
4. Ibid., Vasos em forma de chapeu invertido (J. Fortes).
5. Ibid., p. hob et pi. XXXVIII. Ouros protohisioricos da Eslella.
r. ARCHEOLOGIE EN ESPAGNE ET EN PORTUGAL I37
gré à M. Rocha Peixolo qui en a assuré la conservation au
musée de Porto.
V Arcficologo Porlugucs, dont notre actif ami M. Leite de
Vasconcellos est l'âme, ne nous a pas en ces deux ans apporté
une moisson moins riche qu'autrefois. Presque à chaque
page il nous annonce la décou-
verte de quelque monument ^
ou de quelque document d'im- ^ \
portance, parmi lesquels nous
n'avons que l'embarras du
choix.
Par ordre d'antiquité il faut
citer une pierre de schiste de '
Defesa (S. Tiago de Cacem)>, à
la surface de laquelle est sculp-
tée en très bas relief une véri-
table panoplie (fig. 28). On y , i
voit à gauche, disposée obli- --éâi*''
quement, l'image d'une épée à
la partie supérieure de laquelle |
se lient deux traits parallèles y
qui peut-être représentent des /
courroies de suspension ; à ^
droite une haste qui vient se tiu. 2«.
terminer juste contre Tépée, stèle de Dcvesa (S. Tiago de Cacem).
haste d'une arme certainement,
mais d'une arme qu'on ne peut définir. Ce n'est pas une
lance, parce que lorsque la dalle était intacte de ce côté, elle
n'était pas beaucoup plus large, et il n'y avait pas de place
pour une lance. Serait-ce une massue? Au centre de la pierre,
posée par-dessus les deux objets précédents, verticalement,
il y a une autre arme, espèce de hache, dont la lame a la forme
du bouclier appelé pclla, et dont le manche est terminé par
un appendice semi-lunaire. Ce trophée est destiné certaine-
ment à tenir une place de choix parmi les monuments de l'âge
I. J. Leite de Vasconcellos, Estados sobre a epoca do bronze em Portugal, dans
O Archeologo Português, igoS, p. 3oo et fig. i.
128 BULLETIN HISPANIQUE
du bronze en Portugal. M. Leite de Vasconcellos qui l'a publié
publie aussi un fragment de plaque analogue où est représentée
la partie supérieure d'une hache semblable {Jîg. 29); il provient
d'un cimetière de l'âge du bronze des environs de Panoias de
Ourique, et fouillé par M. José de Almeda Carvalhaes, prépa-
rateur du Musée archéologique de Lisbonne'.
C'est à la même époque, un
peu postérieure sans doute, mais
pas de beaucoup, que remontent
les « cités mortes » étudiées par
M. Albano Bellino, et dont nous
avons connaissance par un arti-
cle posthume de ce collection-
neur et archéologue très re-
grettée Ces citanias, pour leur
donner le nom portugais popu-
laire adopté par les historiens,
sont situées dans les environs
de Braga. M. Bellino fut incité à
les explorer après une visite à la
citania de Briteiros, que l'illustre
Martins Sarmento a rendue célè-
bre. Tour à tour, depuis 1898,
il visita le mont de Santa Maria da Falperra, le mont Espinho,
le mont de Castro, San Martinho de Dame, le mont de Cônes, le
mont de San Pedro Fins, a dans une situation fantastique,
enchanteresse, » le mont de San Juliao, le mont Vermelho, et
surtout le monte Redondo, près de Veiga de Penso.
A Santa Marta da Falperra et à Monte Redondo il a retrouvé
nettement la triple muraille d'enceinte et les maisons circu-
laires caractéristiques des citanias, avec toute une série de ces
pierres décorées de tresses et de torsades en relief, comme
celles de Briteiros, où Martins Sarmento/le premier, songea à
reconnaître une influence orientale.
De même que les citanias de Sarmento, celles de M. Bellino
FiG. 29.
stèle de Panoias de Ourique.
I. J. de Vasconcellos, op. cit., p. 3o5, fig. 8.
a. Archeologo Português, 1909, p. i. Cidades mortas.
L ARCHEOLOGIE EN ESPAGNE ET EN PORTUGAL
\3\/!<B/]
ont été habitées pendant l'époque romaine et jusqu'à la fin de
l'Empire. A côté de la céramique indigène, toute grossière,
gardant en sa pâte de petits cailloux et des grains de mica, se
trouvent en quantité les tessons romains, spécialement le
barro sagontino. Les monnaies romaines sont fréquentes, et
M. Bellino cite un trésor trouvé par un laboureur sur le
versant d'une colline, dans la paroisse de Figueiredo, trésor
qu'il fut prié d'examiner; il contenait plus de 5o kilogrammes
de petits bronzes de
Constantin, Cons-
tance, Valentinien,
Maxence, Théodo-
se, Magnence, etc.
Or, des amateurs
avaient déjà séparé
de la masse une très
grande quantité de
pièces diverses. Les
inscriptions mêmes
sont fréquentes
dans la région, et
l'article de M. Bel-
lino nous présente
la photographie
d'une dizaine que
par malheur il n'a
pas transcrites, et qui sont, sur l'image, illisibles.
Quand sera faite l'étude d'ensemble sur les citanias que
nous attendons? Il est besoin, pour la mener à bien, d'un
explorateur infatigable qui soit à la fois versé dans la
préhistoire, l'histoire ibérique et l'histoire romaine. La
tâche est longue et un peu rude, mais combien attrayante
pourtant !
L'épigraphie luso-romaine doit encore beaucoup, depuis
deux ans, à V Archeologo Portugués. Des ruines déjà connues
de Devesa de Villa nova M. Albino Pereira Lopo publie trois
nouvelles épitaphes : l'une surtout est intéressante par le crois-
FiG. 3o.
FiG. 3i.
Stèles luso-romaines de Devesa de Villa nova
et de \ illa nova de S. Jorge.
l3o BULLETIN HISPANIQUE
sant renversé qui surmonte les noms propres'. Le même
symbole, mais renversé et cantonné de trois étoiles s'est trouvé
aussi récemment sur une stèle inscrite de Villa nova de S. Jorge
(Braga)^ (fig. 30 et 31).
Mais il y a lieu de s'arrêter surtout à la collection que publie
F. Alvarez Pereira sous ce titre : u Ruinas de ruinas ou Estudos
Igeditanos^. » 11 s'agit de huit inscriptions que l'auteur appelle
hiérologiques, provenant d'Idanha-a-Velha, la vieille capitale
des Igeditani (Beira Baixa), dont le Corpus avait déjà recueilli
quelques textes. Ce sont des dédicaces à Junon, à Jupiter
Conservateur, à Mars, ce qui est banal, mais aussi à des dieux
indigènes. Quelques-unes de ces dernières ne sont pas inédites,
mais une au moins est nouvelle et intéressante. M. Leite de
Vasconcellos 't la transcrit ainsi :
VELANGANIl AECO
THOSTIADELIGANDA
VCANUSADIEI. F
ce qui doit se lire : [Re]velanganitaeco[es]t hostia deliganda.
[Ljucanus Adiei f(ilius). Sans parler de la forme curieuse donnée
à l'ex-voto, il faut noter la forme latine du nom de dieu,
Revelanganilaecus, qu'une autre dédicace de même provenance
appelait, à la mode lusitanienne, Revelanganidaeiguis .
Mais toutes ces antiquités portugaises, malgré leur valeur, le
cèdent en importance à celles qu'a découvertes M. Félix
Alvarez Pereira dans le Castro de Santiago de Gentufe, sur la
rive droite du rio Luna, non loin du confluent du rio Vez.
Je ne puis mieux terminer cette longue revue qu'en en par-
lant avec détail 5.
Ce sont trois fragments de très vieilles statues de pierre.
L'un d'eux, haut de 68 centimètres, qui représente le torse
1. O Archeologo Português, 1909, p. 5i. As ruinas da Devesa de Villa nova.
a. Id. Ibid., 1908, p. 3i3. Villa nova de S. Jorge (Bragança) : Uma curiosa lapide
inedita.
3. Ibid., 1909, p. 169.
4. Ibid., p. 243. Um deus igiditano.
5. Ibid., 1908, p. 202. Novo material para estudo da estatuaria e architectura dos
caslros do alto .Minho.
L ARCHEOLOGIE EN ESPAGNE ET EN PORTUGAL
l3l
sans tête et sans bras, le bassin et la moitié des jambes d'un
homme, mérite toute l'attention que lui a donnée M. Alvarez
Pereira (fig.32j. C'est le reste d'un soldat lusitanien, apparenté
aux fameux soldats d'Ajuda, de Viana, de Fafe, et à leurs
congénères, mais d'un type tout nouveau. Il était vêtu d'une
tunique courte décorée d'un
réseau de losanges et serrée à
la taille par une ceinture à
triple tour. 11 était armé d'un
sabre court dont on aperçoit
la trace sur son flanc droit, et
portait devant la poitrine un
bouclier rond large comme
son corps. Sans tenter une
restitution de détail très pro-
blématique, on peut admettre
que le guerrier était exacte-
ment dans latlitude de ses
camarades d'Ajuda. Mais sa
tenue était plus élégante,
comme en fait foi l'ornemen-
tation de sa tunique. Sa dague
n'est pas le sabre du type
d'Almedinilla, dont le Por-
tugal a pourtant livré quelques
exemplaires, mais la lame en
est large, à pointe courte, du
type des épées et poignards à antennes dont un très beau
spécimen, trouvé à Salacia, se conserve au musée ethnogra-
phique portugais. Quant au bouclier, plus grand que les
rondaches des statues d'Ajuda, c'était un disque légèrement
concave, avec un petit umbo ; la surface était ornée de lignes
droites et courbes formant labyrinthe. M. Pereira a très savam-
ment rapproché ce modèle de ce qu'il appelle la cetra lusita-
nienne, bouclier représenté au revers de monnaies autonomes
d'Alcacer do Sal, et de monnaies mal attribuées encore et
portant au droit la tête d'Auguste.
FiG. 32. — Guerrier lusitanien
de Santiago de Centufe.
l3a BULLETIN HISPANIQUE
M. Pereira estime que la statue était celle « d'un lusitanien
ou d'un Gallaique divinisé » — je crois plutôt à une statue
funéraire — et il juge que c'est une œuvre de l'époque
romaine, malgré le caractère archaïque du costume et la forme
archaïque des armes; pour lui, le rapprochement avec les
monnaies à la tête d'Auguste est un argument irréfutable. Si
la statue est matériellement contemporaine d'Auguste, je ne
sais; mais elle évoque en nous le souvenir d'une époque très
antérieure, d'un art indigène très vieux et resté immuable à
travers plusieurs siècles. J'ai dit, je crois, qu'on peut et doit
admettre une de ces survivances lorsque jai étudié les guer-
riers lusitaniens et les becerros funéraires dont les toros de
Guisando restent le type'. La découverte de M. Pereira n'a
qu'à gagner à mon hypothèse. De toutes façons elle est de
première importance, et, toute mutilée qu'elle est, la statue
mérite qu'on en répande l'image,
Pierre PARIS.
Bordeaux, mai 1910.
Ces pages ont été écrites pour le lahrbuch de l'Institut
archéologique de Berlin. Je dois Texpression de ma gratitude
à M. 0. Perchstein, secrétaire général de l'Institut, qui m'a
gracieusement autorisé à les reproduire dans le Bulletin,
comme il avait fait pour un article analogue en 1908, et a bien
voulu mettre à ma disposition tous les clichés du lahrbuch.
1. Un nouveau becerro doit être ajouté au troupeau déjà si nombreux. Il se
trouve entre Trujillo et Gaceres, à 21 kilomètres de Gaceres, sur le bord de la route.
Les pattes de derrière sont cassées, la tête endommagée. Mario Roso de Luna, Un
nuevo berraco prehistôrico, dans Boletin de la Real Anademia de la Historia, 1909, p. 5oG.
LA CHRONIQUE LEONAISE
(MSS. A 189 ET G I DE L\ R. ACADEMIA DE LA HiSTORIa)
Dans le tome XI du Bulletin hispanique, page 269, j'ai
publié, sous le titre Une chronique léonaise inédite, une partie
d'une chronique qui se trouve, avec la fameuse Chronique
latine du Cid (publiée par Risco), dans le manuscrit A 189 de
la Bibliothèque de la Real Academia de la Historia.M. Antonio
Blâzquez ayant le premier donné, en 1908, quelques extraits de
cette chronique inédite, que j'avais étudiée et copiée en 1901 et
dont j'avais eu l'occasion de donner une brève analyse en 1905,
je m'étais contenté de publier la partie qui contient les règnes
de Sanche II et d'Alphonse VI, laissant à l'érudit membre de
l'Académie le soin de faire connaître la partie antérieure, dont
il s'était occupé plus particulièrement.
M. Blâzquez ayant bien voulu me déclarer qu'il n'avait pas
l'intention de préparer une telle publication, j'ai pensé qu'il y
avait intérêt à ne pas la différer davantage, et j'ai profité d'un
séjour à Madrid, en avril 19 10, au cours d'une mission dont
m'avait chargé M. le Ministre de l'Instruction publique, pour
revoir la copie que j'avais faite jadis.
Le manque de temps m'avait jusque-là empêché de tirer
parti d'une indication que Mufioz fournit dans son précieux
Diccionario bibliogrdfico-histôrico (i858) au mot Castilla, n° 10,
où, après avoir signalé ledit manuscrit, il ajoute :
Existe tambien en la misma (biblioteca) otro codice que contiene
les mismos croniconesi y la citada historia del Cid, aunque escrito
dos siglos despues.
Amador de los Ri'os {Historia crilica de la literalura espaflola,
t. II, note 2 de la page 174), déclare de son côté (en 1862) que
I. <( Varios cronicones, » a-t-il dit plus haut sans préciser davantage.
l34 BULLETIN HISPANIQUE
l'Académie, avant l'acquisition du manuscrit A 189, « poseîa
ya una estimable copia, hecha en el siglo xv».
L'indication aurait besoin d'être complétée de part et
d'autre, puisque cet autre manuscrit, coté G i, contient, outre
les chroniques qui se trouvent dans A 189', d'autres textes,
parmi lesquels une chronique latine des rois de Castille dont
je dirai un mot tout à l'heure.
Aussi P. Sabau, page 5o de la Noticia historica qui est en
tête du tome VllI des Memorias de la /?. Academia de la Hisioria
(paru en 1862), pouvait-il, à propos du manuscrit de Risco, que
l'Academia venait de recouvrer, dire que, à défaut de ce
manuscrit, un manuscrit du xv'' siècle (c'est le G i), trouvé par
Munoz dans le fonds Salazar, aurait pu y suppléer. Il avait
encore plus raison qu'il ne pensait, sans doute. La découverte
de Muîioz n'était au surplus qu'une redécouverte, car le même
manuscrit avait été, comme j'aurai à l'expliquer, étudié par
Manuel Abella; et Joaquin Traggia le désigne indubitablement
lorsque, à propos d'une généalogie des rois de Navarre, sur
laquelle je reviendrai tout à l'heure, il écrivait, page 4 de son
i. Il ne contient pas le De preconiis ciuitatis Numantine, édité par le P. Fita
d'après A 189 (voir p. i44). Mais, à part cela, il contient d'abord, dans le même ordre,
les mêmes textes que A 189. Voici du reste, pour plus de clarté, un tableau qui per-
mettra de se rendre compte de la composition respective de chacun des deux
manuscrits.
A 189 G I
I. F" 1-64 Chronique léonaise (pour le 1. F" 1-67 id.
détail V. p. i46).
II. F" 64-75 Histoire de Wamba par II. F" 58-68 id.
Julien de Tolède.
III. F" 75-96 Chronique latine du Cid. III. F" 69-86' id.
IV. F" 96-98 Généalogies des rois de IV. F" 87-88' id.
Navarre et d'Aragon, des
• comtes de Pailhars, de
Toulouse et de Gascogne.
V. F" 99-1 36 (cahier séparé) De preconi/s V. F" 89-122 Chronique latine des
dvitatis numantine. Rois de Castille.
VI. F" 1 23-1 5a Epitoma de regno Apulie
et Sicilie... a Felino
Sandeo.
VII. F" 153-278' Paraiipomenon Hispanie
de Jean Margarit (finit
comme dans Bel, fterum
hispan. t. I, p. i34).
278-280' Table des dix livres du
Paralipomenon.
LA CHRONIQUE LÉONAISE l35
Discurso histôrico sobre el origen y succesion del Reyno Pyrenaico
husla Don Sancho el Mayor (discours lu en 1799 et publié dans
le tome IV des Memorias de la Real Academia de la Ilisloria,
Madrid, i8o5):
En la preciosa bibliotcca de manuscritos, que D. Luis de Salazar
dex(') al nionasterio de Monserrate de esta corte, se lialla una copia
de dicha genealogia en un côdice de pergamino in folio maxinio; es
conforme al texto del legionense.
Seulement, au temps do Traggia, le manuscrit se trouvait
au couvent de Monserrate, à Madrid ; et c'est dans la biblio-
thèque de l'Académie de l'Histoire, enrichie du fonds Salazar,
que Munoz le retrouva.
E^vald, dans sa Reise nach Spanien {Neues Archiv, t. VI,
p. 339), reproduit la description qu'on en trouve dans VIndice
de los libros que quedaron porfin y niuerte de D. Luis de Salazar
y se entregaron al real nionasterio de esta corte, formé par
Juan Iriarte en lySg. Il y est coté caj. f. Il est étonnant
qu'Ewald, qui avait étudié le A 189, n'ait pas reconnu dans
cette description les textes qu'il trouvait dans A 189.
C'est le même codex que signalent, comme une copie de
A 189, Mommsen (Monunienta Germaniae, Auctor. anti(/uiss.
t. XI, 1894, p. 2G0), et M. Rudolf Béer, dans Ilandscltriflen-
schatze Spaniens (Wien, 189/i, p. 3i3), oîi, après avoir men-
tionné le manuscrit A 189, il continue :
Eine Abschrift dieser Handschrift s. xv wird gleichfalls in dieser
Bibliothek Est. 3, gr., 4, G i, aufbewart.
J'avais eu bien tort de négliger ce manuscrit, tout récent
qu'il fût relativement, car non seulement il contenait un texte
très intéressant, inédit et oublié, mais il fournissait, malgré
son effrayante incorrection, quelques bonnes variantes au texte
de la Chronique léonaise contenu dans A 189, et même
suppléait deux lacunes. Aussi ai-je la plus vive reconnais-
sance pour M. Ignacio Olavide, archiviste attaché à la Biblio-
thèque de l'Académie de l'Histoire, pour avoir recommandé à
mon attention ce manuscrit G i, 011 il avait noté de son côté
l36 BULLETIN HISPANIQUE
l'existence d'une copie de la Chronique léonaise, et où, dès la
première inspection, je suis tombé en arrêt sur un texte
complètement inconnu de moi : la Chronique latine des rois
de Castille, à laquelle je viens de faire allusion et qui fut ter-
minée à peu près en même temps que les chroniques de Luc
de Tuy et de Rodrigue de Tolède.
Je réserve pour l'introduction que je mettrai en tête de la
Chronique latine des rois de Castille, quand je la publierai',
la description détaillée du manuscrit G i. 11 me suffira d'en
donner ci-joint un fac-similé (planche Vil), à savoir celui du
folio 53 recto, où se trouve l'un des passages que ce manus-
crit nous permet de reconstituer après les grattages et les
surcharges constatés dans A 189 (à savoir le début même de la
partie que j'ai déjà publiée). 11 convient aussi de préciser,
touchant l'âge de ce codex, les indications de Munoz et
de M. Béer. Écrit tout entier, semble-t-il, par une même
main, il est postérieur au i3 mars i^qS, puisqu'il contient
VEpitoma de regibus Apulie et Sicilie de Felinus Sandeus (mort
en i5o3), avec une lettre préliminaire de Michael Fernus (qui
édita cette œuvre sans indication de lieu ni d'année) à Pom-
ponius Laetus ; et cette lettre est datée « id. apr. M. cccc.xcv ».
Il est, du reste, fort probable que nous n'avons ici qu'une
copie de l'édition de Michael Fernus, mais je n'ai pu faire la
comparaison.
Gomme le marque l'Indice d'Iriarte cité par Ewald, le
manuscrit est en parchemin et en « letra gothica », c'est-à-dire,
ici, en gothique ^.
Quant au manuscrit A 189, on sait qu'il fut découvert par
Risco dans la bibliothèque du couvent de San Isidoro (ou
Isidro) de Léon, occupé par les chanoines réguliers de saint
Augustin depuis 11 48 (cf. Risco, Iglesia de Léon y monasterios
antigaos y modernos de la misma ciudad, Madrid, 1792, p. m,
et Esp. sagr., t. XXXVI, p. cxcii), et antérieurement par des
I. Le texte en est d'ores et déjà composé et les épreuves ont été revues par
M. Olavide et par moi en présence du manuscrit.
a. On sait que « letra gôtica » désigne tantôt l'écriture wisigothique (dans
Morales, par exemple), tantôt l'écriture dite improprement gothique (cf. Mufioi
y Rivero, Manual de paleografia diplomâlica espafiola, a* éd., Madrid, 1889, p. 3o).
LA CHRONIQUE LÉONAISE 187
religieuses (cf. Morales, Viage, t. X, p. 56 de l'édition Cane).
Ces chanoines de Saint-Augustin n'existaient que depuis ii/i4,
date 011 révoque de Léon leur avait installé un monastère à
Carvajal (cf. Risco, p. i35, et Esp. sagr., t. XXXVI, p. cxv).
C'est dans son traité Iglesia de Léon, p. vni, que Risco
signala pour la première fois le manuscrit :
Otro en quarto, que contiene la historia de Isidoro el junior,
y algunas olras. A continuacion de estas se halla la de Rodrigo Diaz
de Bivar con este titulo : Incipiunt gesta Ruderici Campi-docli.
Il en annonçait la publication pour la même année, 1792;
et il tint parole en faisant paraître cette année-là son livre
intitulé La Castilla y el mas famoso Castellano, parmi les appen-
dices duquel (ap. VI, p. xvi-lx) il donnait ce texte si impor-
tant. Pour le reste du manuscrit, il se contentait de reproduire
les deux incipit qui figurent au folio i (voir la planche I),
et d'ajouter :
Concluye esta historia en la muerte del Rey Don Alonso VI. Siguese
la de Juliano...
Parmi les Documentos Justificativos que Traggia a annexés à
son Discurso hislôrico sobre el origen y succesion del reyno pire-
naico figure une double généalogie que Manuel Abad y
Lasierra, prieur de Santa Maria de Meyâ, avait trouvée dans
un manuscrit du x" siècle appartenant à son couvent et qu'il
avait communiqué à Traggia (v. p. /i et 5i). Et ce même texte,
mais pourvu d'additions et de variantes importantes, Traggia
nous explique que Ambrosio de Morales l'avait vu « en un
codice de S. Isidro de Léon escrito en el siglo xii », et qu'il en
existait une copie conforme au texte léonais dans le manuscrit
de Monserrate de Madrid provenant du legs Salazar (c'est-à-dire
le G I de l'Académie de l'Histoire)'.
I. C'est ce qu'il dit encore dans le Diccionario geogrâfîco-histôrko de Espana por la
Real Academia de la Espana (t. II, 1802, p. 67) : « En S. Isidro de Léon vio Morales
una doble genealogia de las dos casas que reynâron en el Pirineo, y de ella diô una
l38 BULLETIN HISPANIQUE
Or, ce que Traggia donne comme étant le texte du codex de
Léon n'est autre chose que ce que nous trouvons du folio 96
recto au folio 98 recto du manuscrit A 189 (même texte dans
G I, fol. 87'-89''), lequel a seulement en plus les courtes généa-
logies des comtes de Pailhars (ou Pallas), de Toulouse et de
Gascogne, dont Traggia ne parle pas et dont il n'avait que
faire. 11 semblerait donc que le manuscrit de Traggia et celui
de l'Académie de l'Histoire ne fassent qu'un ; mais ce qui
m'empêche vraiment de le croire, étant donnée la grande
lisibilité du A 189, c'est le nombre exagéré de fautes de détail
qu'aurait alors commises Traggia, ainsi qu'on pourra s'en
assurer en comparant sa lecture au texte que je donne à la
suite de notre Chronique'.
D'autre part, Traggia (p. 5i) semblerait nous donner un
signalement du manuscrit de Léon qui lui a fourni (directe-
ment ou indirectement) son texte :
La primera genealogi'a pertenece a la casa Arista, y la otra â la
Ximena. Aquella es de una sola mano : esta en el codice de Meyâ es
de dos, y en el de Léon de très.
C'est peu clair : s'agit-il de l'écriture .•> La première généa-
logie serait d'une seule main dans le codex de Léon; et la
seconde, de trois. Or, il sera facile de se rendre compte par
le simple examen des fac-similés ci-joints 2, que toutes les
ligera noticia. La lelra del escrito es del siglo xii. Otro exemplar de las mistnas
genealogîas se halla en un codice de la biblioteca de manuscritos que fué de D. Luis
de Salazar y legô al monasterio de Monserrate de Madrid. »
I. La même raison m'empêche d'admettre qu'il ait employé le manuscrit G i,
soit seul, soit en le combinant avec A 189.
Parmi les variantes de A 189 par rapport au Legionense de Traggia, il me suffira
ici de relever celles qui se trouvent aux S§ 19-20 de Traggia, dans un passage qui
manque au Medianense : Tremellonis (A 189 tremulos?) — aybari (ayuari) — sanzio
(sanctii) — ferrardum (ferrandû) — comitem (conilis) — legionis (legioneh) — ex ea
(ex ead') — santius (sanccius) — alabe (alaue).
3. Traggia distingue la généalogie de la Casa Arista, qui va des mots a Enneco
cognomento arista » jusqu'à «Item ex alia parle...» dans son Legionense el A 189;
puis celle de la Casa Semena, qui commence à cet endroit. D'après ce qu'il dit, cette
dernière aurait été rédigée par trois mains différentes : la première aurait écrit ce
qui concerne Garsias Semenonis et Enneco Garsie:; la seconde depuis Semeno Garsiez
jusqu'à Garcia el Tembloso exclu; la troisième le reste, jusque Aznarius Galindi
exclu, puisque là commence la généalogie des rois d'Aragon. Je me contenterai donc
de reproduire en fac-similé les folios 96 verso et 97 verso, qui suffiront à faire voir
qu'il n'y a pas changement d'écriture aux endroits indiqués.
r.A CHRONIQUE LÉOISAISE iSg
généalogies sont d'une même main et d'une même écriture
dans A 189.
Admettons plutôt que Traggia veuille parler, non de trois
mains, de trois écritures différentes, mais de trois additions
d'auteurs différents. 11 reste une troisième difficulté : comment
se ferait il que, dans un travail lu à l'Académie de l'Histoire
en 1799, il n'eût pas eu l'idée de dire que ce manuscrit de
San Isidoro de Léon d'où il avait tiré les généalogies était le
même doù son collègue Risco avait tiré la Chronique latine
du Cid?
On l'aura remarqué, Traggia nous déclare qu'Ambrosio de
Morales avait vu la double généalogie des rois de Pampelune
dans le manuscrit de Léon. C'est au livre XV, ch. XXXVI^ § i,
(p. 102 du tome VIII de Cano), que Morales, en effet, nous
expose la notice « nueva y extrafia » (le mariage d'irdga, veuve
d'Aznario Fortuniones, avec Abdalla) qu'il a trouvée
en un libre muy antiguo de la libreria de santo Isidore de Léon,
cuya copia esta en el Real Monasterio de San Lorenzo del Escorial...
M. J. de Jaurgain (La Vasconie, t. I, Pau, 1898, p. 268) se
hàtc un peu de dire là-dessus :
Il y avait au couvent de San Isidro de Léon une copie du Codex de
Meya, avec quelques gloses et additions — je crois qu'elle est aujour-
d'hui dans la Bibliothèque de la Real Academia de la Ilistoria — et
on en conserve une autre à l'Escurial, qui est la reproduction de celle
de Léon.
Pour parler franchement, j'ai bien peur qu'il n'y ait dans
tout cela que des conjectures plus ou moins énergiquement
affirmées.
Où M. de Jaurgain a raison sans conteste, c'est quand il
fait observer iibUl.) que Morales relate très inexactement le
passage relatif au mariage de l'Infante Onneca (ou Iniga) avec
Abdallah.
Et, en effet, Morales fait de cette Iniga la femme d'Aznario
Forluniones et la fille de Garci liuguez. Or, le A 189, conforme
ici, d'ailleurs, au Legionense de Traggia et au Medianense (sauf
l4o BULLETIN HISPANIQUE
variantes orthographiques), en fait la femme d'Aznarius Sanc-
tionis et la fille de Forlimius Garsiet : cela est dit et précisé deux
fois. D'autre part, Morales dit que Ifiiga était la tante de son
mari. Le A 189 et le Legionense de Traggia disent : suam
congermanam, c'est-à-dire « sa cousine ». Il est bien question
dans les généalogies d'une Onneca, fille de Garsias eneconis . . .
que fuit uxor de aznario galindonis de aragone (texte de A 189),
et qui était par conséquent la tante d'Aznarius Fortanionls. Mais
comment Morales a-t-il pu commettre un quiproquo pareil? Et
est-on sûr qu'il ait vu le même texte que Traggia i' Celui-ci peut
très bien s'être trompé en croyant que son manuscrit et celui
de Morales ne faisaient qu'un. Bien entendu, ce qui me paraît
impossible, ce n'est pas que Morales ait identifié la femme
d'Abdallah avec la fille de Garci Ifiiguez : M. F. de Béthencourt
en fait autant [Hist. genealôgica y herald, de la monarquia esp.,
t. 1, 1897, p. 3/47); mais c'est qu'il ait pu tirer cela de nos
Généalogies.
De plus, si Morales a connu le manuscrit A i8g, comment
n'en a-t-il pas utilisé le contenu? Comment n'a t-il jamais fait
allusion à la Chronique latine du Cid? Car bien que, dans sa
continuation à la Chronique d'Ocampo, il n'ait pas dépassé
le règne de Bermudo III, il a analysé ou signalé de nombreux
manuscrits, notamment ceux de San Isidoro de Léon {Viage,
t. X, p. 68-70 de l'édition Cano ; Coronica, XII, xx, t. VI,
p. iio); n'aurait-il pas dit au moins un mot d'un texte si
important? Et comment ne renvoie-t-il jamais à notre chro-
nique, qui certes ne pouvait lui paraître méprisable?
L'identité du Legionense de Morales, de celui de Traggia
et du A 189 était affirmée dès 1878 par Tomâs Ximénez de
Embun dans son Ensayo hislôrico acerca de los origenes de
Aragon y Navarra, p. A9 : j'ignore sur quoi se fonde pareille
conviction, car l'auteur ne l'explique point; c'est probablement
sur elle, en tout cas, que M. de Jaurgain (qui cite cet ouvrage
p. i36) a appuyé sa conjecture.
En somme, rien ne nous prouve que le codex léonais vu par
Morales soit le même que celui de Traggia, et rien ne nous
prouve qu'il faille le reconnaître, non plus que celui de
LA CHRONIQUE LEONAISE l4l
Traggia, dans le A 189. Quant au manuscrit qui se trouvait
à l'Escorial au temps de Morales, j'ignore s'il s'y trouve
encore. Ewald ne le cite pas, que je sache; non plus que le
P. Guillermo Antolîn dans le t. l du Caldlogo de los Côdices
latinos de la R. Biblioleca del Escortai (Madrid, 19 10).
Traggia ajoute ceci (p. !x) :
El P. Pedro de Vbarca, que se valiô de un pedazo que traduxo el
primer descubridor, hubiera hecho un gran servicio â la verdad en
consultar el côdice entero. Porque segun las luces que ténia, cote-
jando las genealogias de los reyes con las de los condes de Aragon,
que trae el misnio côdice, hubiera salido de la equivocacion nacional
que pone por primer rey â Garcia Ximenez, y no le colocâra entre los
disputados.
Ce P. Pedro Abarca, un jésuite, est l'auteur d'un ouvrage
intitulé : Los Reyes de Aragon en anales /i/s/dr/cos, paru en deux
tomes datés de 1682 et i684 (cf. Munoz, Dicc., Aragon, n° 78,
et Latassa, à ce nom). Je n'ai pu l'examiner pour voir quel
parti il avait tiré du morceau traduit, nous dit Traggia, par
le premier découvreur (Morales), ni dans quelles conditions
il avait eu connaissance de ce morceau. Traggia semble bien
dire que ce P. Abarca eut le manuscrit de Léon à sa dispo-
sition, puisqu'il lui reproche de ne pas l'avoir « consulté
entièrement ».
D'après le sommaire ou extrait (du xvin' siècle) analysé par
par M. Menéndez Pidal dans son Caldlogo de la Real Biblioleca,
n" 44, il paraît que les mêmes généalogies que nous avons
dans A 189 et G i se trouvaient dans un autre manuscrit de
San Isidoro de Léon, dont le contenu, par ailleurs, n'était pas
le même que celui de A 189, et qui portait cette mention :
De Froila sum liber et Munio Presbiteri me scripsit... Initiatus
fuit et completus in tempore Fredenandi Rex prolis santius in era
qLX"VII..
Il résulterait de cette note que le manuscrit avait été com-
mencé et fini en 1069. Ce manuscrit existe-t-il encore.^* Est-ce le
manuscrit Reserv. 4-i de la Biblioleca nacional de Madrid, qui
contient le Fuero Juzgo, et que M. Antonio Blâzquez, dans son
Bull, hispan. lo
l42 BULLETIN HISPATdIQUE
article La Hitaciôn de Wamba {Revista de archivas, 1907, t. XVI,
pp. 83, 84, 98) cite en le datant de io58; qui enfin est bien,
en effet, de cette année^là (Era 1096), ainsi que M. Urefia,
averti par M. Blazquez d'une erreur qu'il avait commise à ce
sujet, s'en est assuré (Discursos leidos ante la R. Acad. de la
Historia, Madrid, 1909, p. 47, note i)P Le sommaire analysé
par M. Menéndez Pidal porte à cet endroit un i de trop, en
tout cas : il ne l'a pas dans Ewald, qui analyse sous la cote 2 J 8
(p. 347) le même manuscrit que M. Menéndez Pidal sous la
cote 2 F 4 (p. 122, 123, i45). A part cela, la mention « De
Froila sum... » se retrouve littéralement dans le manuscrit de
la Bibl. nacional, que Eguren décrivait comme un des trois
manuscrits latins du Fuero Juzgo : « el de San Isidoro de Léon,
copiado en la era 1096 (ano io58 de Jesucristo), de otro
manuscrito muy antiguo, se guarda en la seccion de manu-
scritos de la Biblioteca nacional » (Memoria descripliva de los
côdices mas notables... de Espatia, 1869, p. 85).
M. Menéndez Pidal n'explique pas les raisons pour lesquelles
il identifie le manuscrit dont l'extrait de la Biblioteca de
Palacio a été tiré, avec le manuscrit de Traggia. Ce dernier
date du xii' siècle le manuscrit auquel il se réfère; on peut
admettre que ce n'était qu'une copie exécutée, en effet, au
xn* siècle». Mais, copie ou original, ce n'était pas le A i8g,
I. Risco, dans Jglesia de Léon, p. i56, donae bien une description détaillée du
Fuero Juzgo de io58, alors à San Isidoro; mais il ne mentionne pas les Généalogies.
Peut-être, dira-t-on, ne les distinguait-il pas du fragment du «Cronicon inédito,
algo maltratado, pero en la mayor parte legible, y util, por las uoticias que comunica
concernientes â la historia de Espana», lequel fragment se trouvait en lète, dit-il,
et lui a fourni un passage qu'il cite dans son Historia de la ciiidad y corte de Léon,
p. 196 ; ou de la Cronologia de los Reyes Godos qui commençait « Régule. Goti
ingressi... » et finissait avec Ordoiïo I : «Ordonius regnavit annos XV. menses 111...
quod fiunt sub uno de domno Pelagio, usque ad domoo Ordonio anni CXLVII »,
chronologie qui venait après le Fuero Juzgo, divisé en cinq livres. Mais notons tout
de suite qu'il n'a vu que cinq livres. Or, dans l'extrait de la Bibl. de Palacio
il est dit que «esta memoria (les généalogies qui précèdent dans l'extrait, ou ce qui
suit?) se halla... despues del libro 6 t[itulo] 1 ». Est-il possible que Risco n'ai pas vu
ce livre VI? Ce n'est pas tout. D'après les description donnée par Ewald et Menéndez
Pidal de l'extrait de la Bibl. de Palacio, la mention « De Froila sum... » se trouvait,
dans l'original, au feuillet 5. La feuille i était en mauvais état, et le copiste a lu
difficilement une courte chronique qui commence : « In era DCLVI profetavil
Mahomati...» et finit « Garsea Santio Deo gratias ». On peut y reconnaître le
cronicon inédito qui était en tète du manuscrit de Risco. Ensuite venait un itinéraire
de Gades à Rome (Ewald) et un De provinciis Spanie. Or, d'après Risco, l'itinéraire
allait jusqu'à Constantinoplc, comme dans la chronique d'AIbelda. Quant aux
Généalogies, la place qu'elles occupaient n'est pas marquée dans l'extrait. Ewald
LA CHRONIQUE LEONAISE l43
ainsi que M. Barrau-Dihigo, influencé par les affirmations
d'Embun et de M. de Jaurgain, le pensait, dubitativement dans
son article sur Les origines du royaume de Navarre [Revue hispa-
nique, 1900, p. 161, note 3), puis résolument dans un Erratum
publié au fascicule suivant (p, 5o/i) :
Tandis que les identilications proposées page 161, note 3, pour le
manuscrit de Léon, sont exactes, il n'en est pas de même en ce qui
concerne le manuscrit de Meyâ.
Il faut donc un erratum à cet erratum, car l'identification
proposée pour le Lcgioncnse de Léon n'est pas plus exacte que
ce qui concerne le codex de Meyâ. Et il en résulte aussi que le
manuscrit de Traggia n'est pas « sûrement du xm" siècle»
{Barrau-Dihigo, p. i63) puisqu'il ne s'agit pas du A 189, qu'on
semble même les considérer, à tort probablement, comme ne provenant pas du
même manuscrit. En tout cas, dans l'extrait, elles précèdent le texte « Reguli Gotti
ingressi... ». Je ne vois pas comment Risco a pu omettre de les citer s'il les a vues
dans son exemplaire avant ce même texte; or il dit que ce dernier était â coniinuacion
de las leyes. Je remarque d'autre part i° que ce même texte va, selon Menéndez
Pidal, jusque Alphonse 111, et, selon Ewald, jusque « Adefonsus filius domini ordo
nii II (?) Kalcndas Maias era DCGCU (?) et regnavit annos XLVIl, menses VI»
(corriger Ordonii I et DCCCCII?), et non pas Ordoûo 1 ; 2° que ce texte est suivi d'un
autre, non indiqué par Risco : Liber cronice de libro reijum, depuis Atanaricus
jusque <i Radcmirus regnavit annos XVllIl, menses Vil, dies XI « (Ewald), soit
Ramiro H (Pidal).
Je me demande donc si le manuscrit de Risco et celui dont la Bibliothèque
de Palacio possède un extrait ne font qu'un. Il serait possible que ce dernier fût
celui de Traggia (xii'' siècle), et constituât une copie de celui de Risco avec des
additions, parmi lesquelles nos généalogies. Lequel des deux est celui de la Biblio-
teca nacional.^ Je n'ai malheureusement point pensé, étant sur place, à étudier
ce manuscrit Reserv. /|-i ; mais il serait facile d'après les signalements fournis
(assez distincts et précis, comme on voit) de faire l'identification. Je ne crois pas que
les Généalogies s'y trouvent, car Manuel Oliver y Hurtado, «[ui (p. 5o du Discurso
cité plus loin, p. 1(17) en allègue le calendrier, les y aurait bien remarquées.
C'est seulement d'après Risco que le P. Tailhan parle du codex de io58 dans les
Nouveaux Mélamjes d'archéologie... au moyen âge du P. Cahier, t. IV (1877), p. 3o8 ;
et naturellement il ne mentionne pas plus que hii les généalogies.
A noter que parmi les manuscrits utilisés pour l'édition du Fuero Juzgo en latin
y castellano par la R. Academia espanola (i8i5) figure « un côdice gôtico en folio,
con dibuxos iluminados, propio del cabildo de San Isidro de la ciudad de Léon, que
ademasdel Fuero Juzgo contiene otros varies opuscules » : celui de Risco.' celui de
Traggiai* — Dans son Viage (t. X, p. 69 de Cano), Morales déclare avoir vu à Léon
« un Fuero Juzgo en latin, de letra gothica (= wisigothique). Ha mas de 55o anos
que se escribiô, como parece al cabo». Mais 1578, date de la rédaction du Viage
(cf. t. X, p. 25i), moins 55o font 1028 et non io58; or la date marquée « al cabo »
devait être encore plus ancienne, puisque Morales dit qu'il avait plus de 55o ans.
Et même en admettant qu'il ait pris un X' (= Ao) pour un X, et qu'il ait donc lu
Era 1066 au lieu de 1096, cela ne ferait encore que 545 ans. Enfin dans le Fuero
Juzgo de io58, la date est au folio 5" et non à la fin. Ce Fuero Juzgo de Morales est
donc distinct de celui de Risco.
l4/i BULLETIN HISPANIQUE
a daté de cette époque. Et jusqu'à ce qu'on ait identifié son
manuscrit, on est bien obligé de s'en rapporter à lui pour la
date à assigner.
L'existence ou tout au moins l'antiquité du manuscrit
allégué par Rtsco fut, on le sait, niée par Masdeu, qui déclare
être resté quatorze mois, en 1799 et 1800, à Léon, sans pouvoir
le retrouver, malgré, dit- il, toute la bonne volonté des cha-
noines {Hisloria crilica de Espana y de la cullura espanola,
t. XX, p. làS). Le manuscrit fut, en tout cas, un moment
perdu pour l'Espagne. Une note qui s'y trouve aujourd'hui
nous avertit que
El Dr. Guillermo G. Heine adquiriô este côdice y lo llevô â Ale-
mania, de donde lo devolvio â su muerte su familia, en 1848.
C'est ce que nous apprennent également Munoz (Diccionario,
Caslilla, n° 10), et plus explicitement Sabau dans la Noticia citée
plus haut, Eguren, qui nous dit que Hayne (sic) le montra à
Herculano (p. 96), et Amador de los Ri'os (Hisl. critica de la
nierai, esp., t. II, note 2 de la page 174) : enfin Ewald dans Reise
nach Spanien {Neues Archiv, t. VI, 1881, p. 343). Je rappellerai
que c'est du même manuscrit que le P. Fita a tiré le texte du
De preconiis cluilalis Numantine de Juan Gil de Zamora (Bolelln
de la R. Academia de la Hisloria, sept. i884); mais ce traité
forme un cahier à part et est d'une écriture bien postérieure
(xv* siècle)'.
Je ne reviens pas sur la description que j'ai donnée de ce
codex dans le Bull, hisp., 1909, p. 269, si ce n'est pour dire que
les 98 premiers folios ont exactement, non pas 226""" X 160"",
mais 227""" X i63""", et que l'Histoire de Wamba (Liber de
hysloria gallie) commence au folio 64 et non i64.
Pour ce qui est de l'époque du manuscrit A 189, Amador
I. Je puis dire que c'est précisément parce que j'étudiais les manuscrits de Gil de
Zamora, ainsi que les continuations aux histoires d'Isidore, que j'ai été amené à
examiner le A 189 et la chronique qu'il contient.
LA CHRONIQUE LÉONAISE ll\5
marque le xii® siècle, et Munoz le xiii^. M. Blàzquez serait de
l'avis d'Amador, car c'est bien le A 189 qu'il semble désigner
{La Hitaciôn de Wamba, p. 98) par ces mots :
Gôdice de la Academia de la Historia. Sigloxii. Procède de lalglesia
de Léon.
Ewald (p. 343), qui l'avait étudié, le date du xiii^, et de
même Mommsen, pour qui Ewald et Bernays avaient colla-
tionné la partie isidorienne {Mon. Germ., Aiict. aiiliquiss. t. XI,
p. 260). Les fac-similés que l'on trouvera ci-joints (pi. V et VI)
permettront de juger de la question. Mais je ne vois pas qu'il y
ait lieu de tenir compte, pour l'âge à donner au Legionense
de Traggia ou tout autre contenant les Généalogies, de l'obser-
vation de M. Jaurgain (p. 268, note 4) d'après laquelle « la
notice sur les comtes d'Aragon que l'on y trouve est évidem-
ment postérieure à 1260 » (cf. p. 277).
Les 98 premiers folios (la Chronique du Cid occupe les
folios 75-96 ro, et les Généalogies les folios 96 ro-98 r°) sont d'une
même main. L'Académie avait jadis pensé à publier en deux
couleurs un fac-similé du texte de la Gesta Roderici, ei j'ai sous
les yeux une épreuve des deux premières pages. Le fac-similé
qu'Amador a annexé à son tome II (quatre premières lignes
de la prenfiière page), exécuté à la main, est loin d'être parfait.
La grande régularité de l'écriture et certaines bévues dans
la disposition (par exemple II, §§ 29 et 3o) donnent tout lieu de
penser que le manuscrit A 189 n'est probablement qu'une
copie. D'autre part, l'incorrection du G i et l'extraordinaire
ignorance qu'elle accuse chez le copiste par rapport au latin
interdisent de considérer comme des corrections les variantes
préférables à la leçon de A 189 qui peuvent y être relevées.
Le copiste avait simplement un texte meilleur, que par
endroits il se trouve avoir mieux copié que n'a fait le scribe
du A 189. Il faut donc supposer un prototype de A 189 et
de G I.
La longueur assez constante des bouts de phrase omis dans
G I me fait supposer que le scribe avait sous les yeux un
manuscrit à deux colonnes. On trouve des omissions d'une
l46 BULLETIN HISPANIQUE
dimension double; ce serait qu'alors il passait deux lignes
à la fois.
Les bévues de A 189 auxquelles je fais allusion ci-dessus,
se retrouvent identiques dans G i, et ne s'expliquent, à mon
sens, que par l'ineptie d'un copiste ayant sous les yeux un
brouillon ou des feuillets avec des renvois parmi lesquels il se
sera égaré. Comme il serait bien extraordinaire que le scribe
de G I et celui de A 189, à plus de deux siècles de distance,
se fussent égarés de la même façon, il faut supposer encore
que le prototype de A 189 et de G i n'était lui-même qu'une
copie. Ce nombre d'intermédiaires n'est du reste qu'un mini-
mum. On peut en admettre davantage; mais s'il n'est resté
que deux copies, c'est sans doute que ce texte n'a guère été
transcrit.
Il est clair, dans ces conditions, que l'époque assignée par
plusieurs au manuscrit A 189 (xiii'' siècle) n'empêchera pas de
placer la rédaction de notre chronique au xii*^ siècle, si rien
dans le texte même ne s'y oppose.
Dans A 189 comme dans G i, la Chronique léonaise est
divisée en trois livres. Le premier comprend (fol. 1-2/i v°) la
Chronique d'Isidore, un fragment inspiré de la Conlinuaiio
hidorlana byzantia-arabica^ les Histoires des Vandales, Suèves
et Goths d'Isidore, puis, à partir de Recesuindus, un texte
assez voisin de celui de Sébastian, mais néanmoins différent
en maint endroit. Le livre II va de Pelage jusqu'au mariage
de doua Sancha et de Ferdinand I. Le troisième (fol. ^g^-àh)
s'arrête avec la mort d'Alphonse VI.
Cette fois encore, je renonce à tout publier. C'est à l'endroit
où finit l'Histoire des Goths d'Isidore que je commencerai,
pour terminer avec le début du règne de Ferdinand l, dont
je me contenterai d'indiquer les variantes (presque insigni-
fiantes) par rapport au texte du Silense. Je laisse également
I. Je corrige ici ce que j'ai mal exprimé page ix de Les Histoires générales d'Espagne,
et page 260 du Bulletin hispanique, 1909. En efTet, il s'agit d'un passage que Mommsen
{Monumenta Germaniae, Auct. antiquiss. t. XI, p. 829) reproduit, et qu'il considère,
ajuste titre, comme inspiré par le passage analogue de cette Continuatio byzantia-
arabica (pp. 334-335). — Le texte de la Continuatio hispana (= Isidore de Béja =
Anonyme de Cordoue), qui est en regard, est bien loin de présenter les mêmes
analogies littérales.
LA CHRONIQUE LÉONAISE 1^7
de côté la division des diocèses par Wamba, dans le com-
mentaire de laquelle il serait imprudent et inutile pour moi
de m'engager, la question ayant été étudiée à fond et le texte
publié, d'après ce manuscrit et beaucoup d'autres, par M. Blaz-
(juez dans son article La Ililaciôn de Wamba. En revanche,
je donne le texte des Généalogies dont j'ai parlé plus haut,
et qui ont, comme on verra, des relations étroites avec notre
chronique.
Le texte des Généalogies publié par Traggia d'après le Media-
nense et le Legionense a été reproduit par M. Arturo Campion
dans son Ensayo apologélico, hislôvico y cvltico acerca del Padre
Moret y de los orfgenes de la Monarquia naharra publié en 1892
(et à nouveau, avec des modifications, dans Euskariana, cuarla
série, Pamplona, 1905), et par M. de Jaurgain dans son tome I
de La Vasconie'. Mais l'un et l'autre ont simplement transcrit
les variantes du Legionense d'après Traggia -, en les disposant
dune autre façon (Campion, pp. /i7 1-/^76; Jaurgain, pp. 269-
274), ce dernier avec quelques fautes 3.
On trouvera aux pages 107-109 de l'Appendice des Disciirsos
leidos anle la Real Academia de la Ilisloria en la recepcion
1. Il l'avait été aussi par Romey, Histoire d'Espagne, t. IV, app. V, s IH: sous le
titre de Codex généalogiijue de la maison de Navarre de la fin du A" siècle, conservé aux
archives du prieuré de Meya, il donue seulement les vingt premiers numéros de
Traggia, dont il re[)roduit le texte sans les variantes du /.e</io/iense; il ne cite d'ailleurs
même pas celui-ci, bien qu'il reproduise une partie qui manque (sans qu'il s'en
doute) dans le Mediancnse et que Traggia avait tiré de son Legionense, à savoir la (in
du n° 19 et tout le n° 20 (cf. p. i38, n. i).
2. Je ne leur reproche nullement : on ne peut pas, toutes les fois qu'on reproduit
un texte, se reporter aux manuscrits; seulement il serait bon de bien spécifier, en
pareil cas, que l'on suit le texte publié.
M. de Jaurgain, p. i/i5, reproche à M. Bladé d'avoir, dans son article Les comtes
carolingiens de Bigorre et les premiers rois de Navarre (publié dans la Fieviie de l'Agenais
1895-1897) ignoré le Codex généalogique (?) de Meya. M. Bladé n'en avait pas encore
parlé quand M. Jaurgain écrivait son ouvrage (paru en 1898); mais il en parle à la
p. 202 du tome correspondant à l'année 1897; seulement c'est d'après Dozy {Recher-
ches, t. I, p. 212, 3' éd.), du reste cité en note. 11 cite aussi (p. 323) le « texte tiré par
Morales des archives de l'église de San Isidro de Léon » avec une référence composite
et fausse : << Viage por orden del rey Phelippe II, etc., liv. XV, chap. 3(1 », qui fait
craindre que l'information ne «oit encore ici de seconde main. Il est clair que, dans
ces conditions, M. Bladé n'a pas eu absolument tous les éléments du problème auquel
il s'était courageusement et très doctement, certes, attaqué : d'autant que Morales,
ainsi que je l'ai dit, allègue un texte qui n'est pas, il s'en faut, conforme à celui du
manuscrit de Traggia.
3. Anos .VF///, pour annos XVJIIJ (S 4); uxorem Tutam, pour uxorem dominam
Tatam (ibid.); filii, pour _/î/iiS (S 7); suan, pour suant (§ 19): toutes fautes imputables
sans doute à l'imprimeur, mais qui nous écartent encore plus du texte de A 189.
l/|8 BULLETIN HISPANIQUE
publica de D. Manuel Oliver y Hurtado (1866), une autre trans-
cription du texte de Meyà. Elle contient en plus la Généalogie
des comtes de Pailhars, que Traggia avait négligée, et qui se
trouve plus complète que dans A 189. Tirée de la copie fac-
similé que possède l'Académie (fol. 191-192), elle est à coup
sûr meilleure et rend inutile celle de Traggia, qui n'avait eu
qu'une copie évidemment plus ou moins bien transcrite.
L'auteur ne s'est pas préoccupé du Leglonense, quoiqu'il ait
connu le Legionense de l'Académie (c'est-à-dire le A 189), dans
lequel il a cru retrouver celui de Traggia (p. ^6).
M. Barrau-Dihigo, qui fait observer avec raison que la Généa-
logie des rois de Navarre « appartenait à un ensemble de
généalogies, relatives non seulement aux rois de Navarre,
mais encore aux comtes d'Aragon, de Pailhars, de Gascogne et
de Toulouse » {Rev. hisp., pp. i84-i85), ainsi que l'indiquaient
Ewald et M. Menéndez Pidal, regrettait que Manuel Oliver y
Hurtado n'eût pas, avec les trois premières, publié les deux
dernières. Satisfaction lui sera donnée par la présente publi-
cation : peu de chose, d'ailleurs, car ces deux généalogies ne
prennent que quelques lignes. A noter que celle des comtes de
Pailhars n'a rien de commun avec la notice sur les origines
du comté de ce nom, qu'Ewald (Reise, p. 34o) a relevée dans
un Recueil de catalogues de l'Académie de l'Histoire et qui
provient d'un manuscrit de la cathédrale de Roda (xii" siècle).
T. Ximénez de Embun qui affirmait que les généalogies, outre
ce que Traggia a publié, contenaient « las de los condes de
Pallas, Tolosa, reyes de Francia, y otras varias» (p. 5o) n'avait
probablement pas bien regardé le manuscrit A 189 auquel il
renvoie, et qu'il identifiait avec celui de Traggia et celui de
Morales.
Comme je l'ai fait pour la partie qui concerne Sanche II et
Alphonse VI, j'imprime en plus gros caractères ce que je ne
retrouve pas dans d'autres textes; en moins gros, ce dont nous
avons l'analogue ailleurs quant au fond; et en italique les
mots ou parties de mots identiques dans notre chronique et
tel ou tel autre texte, dont naturellement je donne l'indication,
en me reportant à YEspafia sagradu, et aux numéros des divi
LA CHRONIQUE LEONAISE 1^9
siens adoptées par Florez. Je reproduis le texte de A 189, avec
les variantes les plus notables de G i en bas de page.
Dans ce que je publie aujourd'hui, on trouvera qu'il y a, en
somme, assez peu d'inédit, presque tout se retrouvant dans la
Chronique dite de Sébastian, dans Sampiro, Pelayo, la Chro-
nique d'Albelda, celle de Silos, le Chronicon Iriense, les Annales
Compostellani; mais je pense que cette publication avait malgré
tout son intérêt, quand ce ne serait que comme élément nou-
veau dans la position de la question qui touche à la paternité,
à l'époque de rédaction, aux interpolations et aux refontes des
vieilles chroniques latines de l'Espagne médiévale. Quant aux
passages inédits, si peu nombreux qu'il soient, les textes
n'abondent pas tellement sur cette période, qu'il convienne
de rien dédaigner.
Si le P. Tailhan avait connu notre chronique, il eût hésité
un peu plus à attribuer à Rodrigue de Tolède et à Luc de Tuy
ce qu'il considère comme des inventions, sous prétexte qu'il
n'en est pas dit un mot dans la Chronique rimée^. Il nous dit,
page XIV de sa Préface :
Persuadé, d'autre part, que la couronne était héréditaire chez les
Goths d'avant la conquête arabe, comme chez les Castillans de son
temps, ce même Rodrigue s'ingénie de son mieux à rattacher les uns
aux autres les rois wisigoths d'Espagne par des liens de parenté dont
personne avant lui n'avait entendu parler... Chindasvinthe, à son
tour, par Récesvinthe et ïheudefrède, donne à l'Espagne Rodrigue
son dernier roi ; Ervige, enfin, cousin de Récesvinthe, ne trouve d'autre
moyen de protéger les débuts de son règne usurpé contre les droits
héréditaires conférés à Theudefrède par Rodrigue Ximenez, que de
donner la main de sa fille au très noble Egica, devenu, de par la
volonté du prélat chroniqueur, le cousin du roi Wamba de sainte et
glorieuse mémoire.
I. Anonyme de Cordoue, Chronique rimée des derniers rois de Tolède (Paris, i885).
C'est le même texte qu'a édité Mommsen en 189/i, en regard précisément de la Conli-
nuatio byzanlia- arabica et sous le titre de Continuaiio hispana a. DCCLIV (cf. note i
de la p. 1^6). De l'édition du P. Tailhan, Mommsen dit (p. 333) qu'elle est pessiina;
mais il reconnaît l'utilité et la beauté des fac-similés. C'est déjà quelque chose, et le
P. Tailhan n'en a pas moins rendu service.
l5o BULLETIN HISPANIQUE
Si ce sont là des inventions, Rodrigue n'en est pas l'auteur.
Tout au plus a-t-il essayé de les coordonner ou de les amender.
S'il fait de Theodofredus le fils de Recensuindus (111, 12), et
par conséquent le petit-fils de Gindasuindus, notre chronique
(1, § 12), comme Luc (p. 69, 1. Ii6), en fait le fils de ce dernier;
et, comme Rodrigue, elle fait d'Egica le gendre d'Ervigius
(de part et d'autre la femme s'appelle Cisilo, Chr. léon., 1, § 9,
et Rodrigue, 111, 12) et le neveu de Wamba : auunculus eiiis
Wamba, dit la Chronique, 1, § 10. C'est peut-être pour indiquer
ce lien de parenté que la même Chronique et Rodrigue (ibid.)
emploient le mot consobrinus en parlant d'Egica'. Au surplus,
laChronique dite de Sébastian ou d'Alphonse 111 dit exactement
comme notre chronique : u Filiam suam Cixilonem... uiro
Egicano consobrino Wambanis in conjugio dédit. » En quoi
Rodrigue a t-il fait acte de volonté ici?
Le P. Tailhan n'admet pas non plus (p. lo/j et 120) que
Wamba, après son abdication, ait, comme le veulent Rodrigue
(111, i3) et Luc (p. 69, 1. i3), imposé à Egica, successeur de
son successeur, l'obligation de divorcer d'avec la fille d'Er-
vigius. Soit. Mais notre Chronique (1, § 10) le dit dans les
mêmes termes que Luc. Au surplus, la Chronique d'Albelda
{filiam Ervigii cum juratiotie Wambani subjecit) est bien ici,
comme l'indique le P. Tailhan (p. io4, note 3), la source de
Rodrigue, qui a corrigé ou lu : conjuvalione Bambae abiecit. Ce
n'estdoncpas Luc et Rodrigue qui ont inventé la chose, comme
le leur reproche, avec beaucoup d'ironie perdue, l'éditeur de
V Anonyme de Cordoue.
« Rodrigue de Tolède et Luc de Tuy, » ajoute le P. Tailhan
(p. i33), « affirment de concert que Witiza était issu de l'union
de son père avec la fille d'Ervige. Mais cette affirmation,
comme tant d'autres des mêmes écrivains, est inadmissible. »
Soit encore, mais la même assertion est aussi dans notre
Chronique (I, § 10).
On voit combien l'accusation portée contre Luc et Rodrigue
tombe souvent à faux.
I. Cela, je l'avoue, excuserait le P. Tailhan de traduire tantôt par « cousin t
(p. xiv), tantôt par « oncle » (p. uo).
LA CHRONIQUE LÉONAISE l5l
Cela ne veut pas dire que tout ce qu'on trouve dans Luc et
dans Rodrigue soit déjà dans notre chronique. En ce qui
concerne Luc, il me suffira ici de dire que les passages de
cet auteur dont M. Menéndez Pidal (Ilomenage d Menéndez
Pelayo, t. 1, note 2 de la page kk']) pense que s'est inspiré le
poète du Ferndn Gonzalez manquent dans notre texte. Tels,
ceux qui sont relatifs à la destruction des armes du royaume
par ordre de Rodrigue (Luc, p. 70, 1. ii), à la prise de Séville
(1. 26), à la lettre de Charlemagne à Alphonse II (p. 76, I, 27).
Les conclusions de M. Menéndez Pidal subsistent donc entières.
De même Luc de ïuy et le navarrais Rodrigue de Tolède
continueront à porter devant l'histoire et M. Arturo Campion
la responsabilité de cette assertion contre laquelle le savant
auteur d'Euskariana (p. 282) s'élève avec indignation, à savoir
qu'Alphonse le Catholique prit et peupla l'Alava, la Biscaye,
Alaon, Orduna, Pampelune et la Berrueza. Car ce que dit
la chronique attribuée à Sébastian (§ i4) au sujet de l'auttjno-
mie de ces pays se retrouve à peu près identique dans la nôtre
(II, § 9). Et l'on ne voit pas encore oîj Luc (p. 78, 1. 5 et 28)
et Rodrigue (IV, 5) ont puisé leur information.
Pas un mot non plus du vœu de Santiago et de la bataille
de Glavijo, non plus que de bien d'autres choses dont Rodrigue
passe pour l'inventeur.
Mais ce n'est pas seulement à cause des passages qu'on ne
rencontre pas dans les autres chroniques antérieures à Luc
et à Rodrigue, c'est aussi à cause des variantes heureuses
apportées par notre texte à plus d'un passage de ces chroni-
ques, que la présente publication avait son utilité. C'est ainsi
que telle phrase de la Chronique de Silos s'y trouve corrigée
(voir liv. II, § 35, 87, 38, 69 de notre texte).
J'espère donc que l'on admettra l'utilité de ma publication.
Ce qu'on acceptera sans doute moins aisément, c'est le système
que j'ai adopté pour la transcription. D'avance je passe
condamnation, si l'on trouve que cette façon de garder les
abréviations, en les représentant d'une façon approximative
et en somme pas toujours très exacte, en les figurant, pour
mieux dire, au lieu de les résoudre comme on fait d'ordinaire.
l52 BULLETIN HISPANIQUE
est mal commode et engage peu à entrer en relation suivie
avec le texte. C'est vrai. Mais le lecteur, pour de telles lectures,
est plutôt rare, et celui qui a vraiment la vocation ne se
rebutera pas pour si peu. Il appréciera peut-être en revanche
le souci de l'exactitude, même exagéré, même poussé jusqu'à
la manie, qui lui donne au moins la certitude de n'être pas
constamment la dupe d'un éditeur résolvant, corrigeant,
arrangeant de toutes petites choses qui n'ont l'air de rien,
mettant à son gré une m ou une n là où il y avait une tilde ;
dominas, domnus, ou donus, pour dus; domina, domna, donna
ou doiîa, pour dila; legionis ou legionensis pour légion; un nom
écrit en entier, par conséquent au jugé (et l'on sait combien
l'orthographe varie pour un même nom au cours d'un même
texte), là oii il n'y a qu'une initiale, etc., etc.
Il est vrai qu'il y avait un moyen d'être exact tout en étant
lisible, c'était de mettre en italique les lettres suppléées aux
abréviations. MaisTitalique a déjà, dans mon système de trans-
cription, la destination que j'ai indiquée. Pour tout dire, il m'a
semblé intéressant de garder le plus possible la physionomie
du manuscrit. L'idéal eût été de reproduire celui ci intégrale-
ment en fac-similé, et d'en donner une transcription imprimée,
toutes abréviations résolues, comme a pu faire le P. Tailhan
pour son édition de Y Anonyme de Cordoue. Des difficultés
matérielles m'ont empêché de mener à bien un tel programme.
Mieux vaut encore se débattre avec l'imprim'eur qu'avec le
photographe, surtout à distance. J'ai donc adopté un moyen
terme. Qu'on me passe d'en avoir fait l'essai. On verra l'effet
et ce que cela vaut. Je dois dire du reste qu'à part une page
(le folio Ixo^), j'ai résolu beaucoup d'abréviations, me conten-
tant d'en reproduire telles quelles un certain nombre, surtout
quand il s'agit de mots très courants.
Au surplus, la difficulté ne sera pas bien grande de déchiffrer
les abréviations, surtout quand il s'agit de mots revenant
souvent comme xjn, xjnanus, eccVia, sci, apl'i (aposloli), epi
(episcopi), gVia (gloria), mris (marliris ou marlyris?), b'ii (beati),
bb'e (bapiisie), nfa (nos Ira), fr ou ff (f rater), mVto (multo), ul'
fuel), lé (lune), g' (ergo), oms (omnes), cû (causa), é (est),
LA CHRONIQUE LEONAISE 1 53
m" (modo), q" ; (qiioqae), s; (sed), an (anle), Wm (iierurn),
a" (aero), qd' (quod), (jeit ou g' (genuil), Ipre (ïempore), sw
(sicul), sans parler des simples tildes qui remplacent u ou m,
du p (pre), du n (per), de 2,' (= rum), ;o {=^eUam ou eciam?),
5 (= el).
Une dilTiculté que je n'ai pu surmonter, c'a été la reproduc-
tion typographique exacte des signes d'abréviation. En ce qui
concerne celui de m ou de n, je le rends d'ordinaire par un
trait, quoiqu'il aflecle souvent dans le manuscrit la forme ^ qui
désigne les brèves en prosodie. Je rends par une apostrophe,
le signe d'abréviation de cr, qui a tantôt en effet cette forme,
tantôt celle d'un petit 7. Le trait ou l'apostrophe figurent le
signe général d'abréviation, qui, dans le manuscrit prend
l'une ou l'autre des trois formes ci-dessus indiquées. L'apos-
trophe me sert encore pour le signe ? = us. Un tilde isolé
rend le signe de ur. Je résouds généralement le signe de con, et
toujours celui depro.
Je n'ai pas cherché à rendre le signe en forme de tilde ~ qui
représente a à la fin des adjectifs numéraux, et je rends par un
trait ou par un • le même signe au-dessus de q. Je le résouds
quand il équivaut à ra.
Autant que possible, je laisse le signe au-dessous de la lettre
qui le porte dans le manuscrit, même s'il est mal placé.
En somme, j'ai plutôt voulu indiquer le signe d'abréviation
que le représenter. Si peu d'habitude qu'on ait des manuscrits,
on ne peut hésiter, et au besoin je résouds en note.
J'ai tenu à respecter la ponctuation du manuscrit A 189, et
j'espère y avoir mieux réussi cette fois que pour la partie
que j'ai déjà publiée; j'ai seulement remplacé le '. par i .
J'ai mis en égyptienne (caractères gras) les mots (rubriques
ou ères) qui sont en rouge dans A 189. Cela avait parfois son
utilité, ainsi qu'on verra au liv. II, § i3 et aux Généalogies, § 12.
Il convient de reconstituer dès maintenant, d'après G i, les
deux passages grattés dans A 189. L'un est au paragraphe i
l54 BULLETIN HISPANIQUE
{Bull, hisp., p. 267); G I (folio 53 recto; cf. pi. VII) donne le
texte primitif, altéré dans A 189 (folio ôq recto, planche VI) :
Primo genitus aldefonsus in legione. Sancius médius in castella.
Garsias minimus in portugale. Urra' infantis^a cum sorore sui geluira
apiid Zamoram resedit^.
L'autre est au paragraphe i/i où, comme je le supposais,
était consigné le détail naturaliste que donne la Chronique
générale. On lit en effet à cet endroit dans G i :
...et rex de equo descendens . c nature sed'ei^ neccessaria.
Voici, pour la partie que jai déjà publiée, les variantes de
G I (fol. 53 r* - 57 v"). Je les mets entre parenthèses (en
italiques quand elles me paraissent devoir être adoptées de
préférence au texte de A 189).
S I. diue(diuine). — S 2. particione (portiôe). — §3. relion (légion).
— § 5. Inler hoc (Inter hec). — nuntii (muncii). — truciabantur
(cruciabantur). — § 6. ma iore priori exercitu (maiorem priori exerci-
lum). — iiulpellera(uulpera). — §7. sanioris (cm.). — pscire(p l'are?).
— hortatus (hortatur). — nos meliores (nos c meliores). — meam mille
militibus lanceam (om.). — uel ad minus cum X (cm.). — tamen
(tum). — S 8. campum obtinentibus addefonsus rex legionen a cas-
tellanis (cm.). — uulpeiara (uulpeiera). — S y. dum suum regem
(dnm suum regem). — uel que uictoria (uel qa'» uictoria). —
reddatis ut (reddatis et). — euaderet (euaderent). — S 10. suum
uinculis (suum m uinculis). — nec tamen (nec cum). — c etiam {z t). —
cluniam cum (cluniacum). — vehementer (vehementius). — exturbatus
(ê turbatus). — soluit (solum, faute continuelle dans G i). — dormitur
(dormilurus). — § 11. surrexit (surrent). — suum (om.). — disccdat
(dispdat). — retrudendum (recrudendum). — minitatur (minatur). —
tm 5 (tum). — nutricis (nutricio). — § i3. succensus irani (suc-
census i iram, fin de vers). — se dederent (se redderent). — § i4.
I. Urraca.
3. J'avais mal lu l'addition marginale de A 189, qui porte : « 7 uocat~ (uocatur)
infantadgo Ehtire... » — A signaler deux mots (jui auraient dû être sépares (S 9) :
reditu alium. De même ($ i4) in tm (in tantum eum carum... habuit, quod...)
3. Céder et.
U. Quiaf
5. Tantum.
LA CHRONIQUE LEONAISE 1 55
persensisset (ppensisset). — dolose (de sorore). — nos (om.j —
disccderet (discederej. — urbis (orbis). — allum equum (allerum
cquum). — residens (insidens). — reddiens (rediens). — respondit
(responde, faute fréquente dans G i). — animo (no). — mudo
(mundo). — detergebant (detegebantj. — § i5. defertur fdejeriint).
— § i6. preciperet (perciperet). — Almemon (Alemon). — uelle,
corrige sur iiale (ualle). — para (parât). — § 17. placet (placerel).
— formidabant (formidabat). — sciscitatus (sciscitatur). — ab ald'
(ab eo). — uterquc uno (uterque yo«, leçon préférable à celle de
Silos, inlerque uno mordebalur vaincre, qui pourrait bien être une
correction, assurément méritante, de la mauvaise lecture de A 189 :
uterque uno morderelur ; seulement pour être heureuse tout à fait,
cette correction devrait être elle-même corrigée ainsi : uterque uno
mordebatur uulnere). — presentiens (prescientes). — § 18. regnorum
(om.). — massiliensem (mansiliensem)2. — § 19. de ramis (om. de).
— lupus (luppus). — et uiclus e (om.) — sub tali conditione (om.).
— flectat (fletantur, c. à d. Jlectantur, ainsi que j'ai corrigé, ce qui
nous donne un vers). — § 20. dédit (om.). — MGXIX (MCXVI). —
preditus (prediclus). — VI annos (Vil annos). — § 2L. Sancta Eulalia
(Sancta ulalia). — Alfamin (Alfanim). — almodouar (almodauar). —
alahet (alaeth). — cauria (curia). — (G i intercale «Dauar» entre
« Olixbona » et «sintriai)). — Vlmetum Metinam Secouiam Yscar
Collar (Vlme, om. le reste). — § 23. Inter bec era MCXXl (om.).
— missi (missis). — pampilon (pampilone). — § 24- Supradictusque
(supradictus q° ; ■^) — aduentti (aduenlu). — § 26. beatam tuscia
ariundam (bt'ani't jtuciam ariumdam). — rotgerius (ratgen'j. — Sicilie
(froylie). — Quinta (quinlani). — propria (propriani). — § 27. munioz
(munox). — uxorem comitis henrici.Qui ex ea genuit (om. ; en marge
main récente : <( uxor Comitis Henrici, qui ex ea genuit »). — Xl° Kls
octob. z geloyra que obiit era MCXXW II XV11° (om.), — fuit (om.).
— auenabeth (euenabeth). — régis hyspalensis que baptizata hely-
sabeth (om.). — (Après «comités », G i intercale « noiatur. Tantum
fuit t'ribil' », mais le tout est biffé). — § 28. nuUus index (om.). —
Negociatoreset(negocialoresyero et). — uaccaret (uocaret). — lucronio
(locronio). — pauperum (pauper), — ab ill' (ab eis). — § 29. Regnauit
(regum). — esset (om.). — omni die tanien omni (tn ami die). — non
per iuncturas sed (om.). — nona (hora). — usque in eam horam
dominice diei (om.). — sca processione (Jca^ processione). — dei
I. V'eru, «par la vérité», a pu devenir facilement uno, que Silos a complété par
vulnere.
3. Lire Marsiliensem,
3. Quoque.
II. Bertam.
5. Fada.
l56 BULLETIN HISPANIQUE
(c dei). — ouet (oueti). — ad fletum (aflectum). — commoue-
rent (common'ent), — Obiit (ob'). — gloriose (glorioso). — MGVII
(MCXLVIl). — dies (om.).
A la fin Laus tibi xpe dans G i .
Quelles sont les relations de cette chronique avec les autres
chroniques connues, qu'offre-t-elle de particulier et quelles
données peut-on tirer de là pour fixer l'époque comme le
milieu où elle a été rédigée? C'est ce qu'il faudra examiner de
près. Mais auparavant, il convient de faire connaître le texte
lui-même, en l'annotant de manière à aider le lecteur à
s'orienter, et afin de souligner, sinon de résoudre, les difficultés.
G. CIROT.
(A suivre.)
DOMINIQUE SOTO
ET LA
scolâstique parisienne
(Suite ' .)
XI
Albert de Saxe et la loi suivant laquelle
s'accélère la chute d'un grave.
Albert de Saxe ne s'est pas contenté de définir le mouvement
régulier ou irrégulier dans le temps; tout aussitôt^, il s'est
préoccupé de rechercher la loi qui préside au mouvement
qu'il avait pris comme exemple de mouvement irrégulier, à
la chute accélérée d'un grave; et ce qu'il a dit à ce sujet peut
être, à bon droit, regardé comme un des plus remarquables
passages de ses Quœstiones sur le De Cselo d'Âristote.
Albert remarque, d'abord, que cette proposition : Le mouve-
ment devient plus intense vers la fin, peut s'entendre de
diverses manières. Selon un premier sens, le mouvement
(et par ce mot : motus, Albert, comme tous ses contemporains,
entend ce que nous entendons par vitesse instantanée) peut
croître en devenant double, triple, quadruple, etc. Selon un
second sens, il peut croître de telle manière qu'à sa valeur
première s'ajoute la moitié de cette valeur, puis la moitié de
1. Voir Bull, hisp., t. XH, p. 276, 357.
2. Alberti de Saxonia Quœstiones in libros de Cœlo et Mundo ; lib. II, quœst. XIV :
Utrum omnis motus naturalis sit velocior in fine quam in principio? — Comme
nous l'avons dit, celte question manque dans les éditions données à Paris en i5i6 et
en i5i8.
Bull, hispan. 11
l58 BULLETIN HISPANIQUE
cette moitié, etc. En langage moderne, on dirait que la vitesse
peut croître suivant une progression arithmétique, ou bien
que les accroissements successifs de cette vitesse peuvent
former une progression géométrique décroissante.
Ces énoncés nous paraissent incomplets. Quelle est la
variable indépendante à laquelle sont rapportées les valeurs
de la vitesse dont il y est fait mention? Le silence d'Albert
à cet égard provient de ce qu'il suppose son lecteur au courant
de la science de son temps, et la connaissance de cette science
nous permet de suppléer à ce silence. Lorsque les scolastiques
du xiv" siècle traitaient de l'intensité d'une propriété quelcon-
que (inlensio formœ), ils la regardaient comme fonction de
l'extension (extensio) de la même propriété; dans le cas du
mouvement, ils distinguaient deux sortes d'extensions, l'ex-
tension selon le chemin parcouru (extensio secnndum dislantiam)
et l'extension selon la durée (extensio secandiun tempus).
Les énoncés abrégés d'Albert doivent donc s'entendre ainsi :
Lorsqu'on range suivant une progression arithmétique
croissante soit les chemins parcourus par le grave, soit les
durées de chute, on peut supposer ou bien que les valeurs
de la vitesse croissent suivant une progression arithmétique,
ou bien que les accroissements successifs de ces valeurs
suivent une progression géométrique de raison inférieure à
l'unité.
Admettre que la loi de la chute des corps appartient néces-
sairement à l'un de ces quatre types, c'est faire une sup-
position qui nous paraît singulièrement étroite; une infinité
d'autres lois nous apparaissent comme également possibles.
Que l'on puisse concevoir d'autres lois de la chute des graves,
Albert ne l'ignore pas et, tout à l'heure, il va en définir qu'il
discutera. Mais ces quatre-là, par leur plus grande simplicité,
séduisent particulièrement son attention et lui semblent les
plus probables. Et d'ailleurs, Huygens, en i6/i6', ne regardait-
il pas encore comme certain que la chute des corps dût suivre
l'une de ces quatre lois, et ne lui paraissait-il pas suffisant de
I. Huygens et Boberval, Documents nouveaux, par G. Henry; Leydc, 1880. Lettre
de Christiaan Huygens à Mersennc en date du 28 octobre iG4(3.
DOMINIQUE SOTO KT LA SCOLASTigi E l'ARISlEINNE 169
décider, par l'exclusion de trois d'entre elles, que la quatrième
était exacte?
Albert de Saxe se propose un objet analogue à celui que
Gliristiaan Huygens devait, un jour, s'eflorcer d'atteindre.
Pour fixer son choix, il invoque, à titre d'axiome, une
proposition qu'il regarde comme l'expression de la pensée
d'Aristote : Si un grave était placé infiniment loin du centre
du Monde et si on le laissait tomber, la vitesse de ce grave
croîtrait au delà de toute limite, et elle deviendrait infinie
avant que le mobile eût atteint le centre de l'Univers.
Fort de cet axiome, notre auteur exclut les lois de chute
de la seconde forme, car selon ces lois, quelque grande que
soit la durée de la chute ou quelque long que soit le chemin
parcouru par le mobile, la vitesse ne pourrait jamais dépasser
une certaine limite assignable d'avance.
Une considération du même genre lui permet d'exclure
certaines autres lois que Ion pourrait proposer; on pourrait
imaginer que la vitesse crut en progression arithmétique alors
que les accroissements successifs du temps formeraient une
progression géométrique de raison fractionnaire, de raison
V par exemple, ou bien encore, alors que les accroissements
successifs de l'espace parcouru suivraient une semblable
progression. Ces hypothèses, en effet, permettraient à la vitesse
de chute de prendre toute valeur, si grande soit elle, avant
la fin du mouvement, et cela quelque petite que soit la durée
de ce mouvement ou quelque petit que soit l'espace par-
couru, ce qui est absurde : « Nam lune sequerelur quod qidUbet
moins naturalis qui per quanlumcanque lenipus parvuni duraret,
vel qiio quanlumcunque parvum spalUim pcrlransireluv, ad queni-
cunque gradum velocitatis pertingeret anlejinem; modo eslfalsum.n
Il est permis d'admirer la finesse et la précision avec laquelle,
au milieu du xiv" siècle, un maîlre-ès-arls savait mettre en
évidence l'absurdité de certaines suppositions touchant la loi
de la chute accélérée des graves.
A la discussion que nous venons d'analyser, Albert donne
la conclusion suivante :
(( Il faut donc entendre que l'intensité du mouvement du
l6o BULLETIN HISPANIQUE
grave devient double, triple, etc., dans le sens suivant : Quand
un certain espace a été parcouru, ce mouvement aune certaine
intensité (vitesse); quand un espace double a été parcouru^ la
vitesse est double; quand l'espace parcouru est triple, elle est
triple, et ainsi de suite. El Ideo terlia conclusio intelligilur , quod
intenditur per duplum, triplurn etc., ad islum inlelleclam quod,
quando Ipso pertransitam est aUqiiod spatiam, est allquanlus; et
quando ipso est pertransitam duptum spatiam, est in duplo
velocior; et quando ipso pertransitam est triplum spatiam, est in
triplo velocior; et sic ultra. »
La loi ainsi formulée par Albert de Saxe comme loi possible
de la chute des graves n'est pas la proportionnalité de la vitesse
à la durée de la chute; c'est la proportionnalité de la vitesse
à l'espace parcouru par le mobile. On sait que cette loi devait
séduire Galilée dans sa jeunesse et qu'il en devait, plus tard,
démontrer l'absurdité. Mais on doit remarquer qu'en l'analyse
d'Albert, Vextensio secundum tempus est, constamment, mise en
parallèle de Vextensio secundum distantiam ; sauf en la conclusion
que nous venons de citer, notre auteur a toujours soin de
répéter de l'une ce qu'il a dit de l'autre ; la concision seule de
son exposé l'a, sans doute, détourné de prolonger cette répé-
tition jusqu'à la fin, et de signaler comme également recevable
la proportionnalité de la vitesse à la durée de la chute ; entre
cette loi exacte et la loi erronée, son choix, très certainement,
demeurait suspendu; l'attention d'un lecteur intelligent pouvait
se porter aussi bien sur la loi exacte qu'Albert n'avait pas
formulée que sur la loi erronée dont il avait donné l'énoncé
explicite.
Chez aucun des contemporains ni des successeurs immé-
diats d'Albert de Saxe nous n'avons rien trouvé qui précisât
la loi selon laquelle croît la vitesse de chute d'un grave. Mais
la grande vogue des Quœstiones in libros de Cselo composées
par notre auteur suffit à nous assurer que TEcole de Paris, au
cours du Moyen -Age, ne demeura pas ignorante de ce qu'il
avait enseigné touchant cette importante question. L'impri-
merie se chargea d'ailleurs, au moment de la Renaissance, de
donner à cet enseignement une plus grande extension. A la
DOMINIQUE SOTO ET LA SCOI, ASTIQUE PARISIENNE r6l
vérité, deux éditions des Qussslioiies in lihros de Cselo, celles
qui furent données à Paris en i5i6 et en i5i8, ont omis la
question où se trouve étudiée la loi d'accroissement de la
vitesse en la chute accélérée d'un grave ; mais les éditions
données à Pavie en i48i, à Venise en 1492, en 1^97 et en 1620
suffisaient à réparer cette omission.
Qu'à la fin du xv*" siècle, qu'au début du xvi* siècle, on lût
attentivement les Queslions rédigées par Maître Albert de Saxe,
les témoignages en sont innombrables; que le passage dont
nous venons de faire l'analyse eût, à cette époque, attiré
l'attention de certains scolastiques, nous en pouvons citer une
preuve convaincante.
Vers la fin du xv" siècle, le Parisien Pierre Tataret rédige
un manuel de Philosophie intitulé : Clarissima singalarisque
tolins Philosophiœ necnonMetaphyslcad Avislotells expositio, ou bien
encore : Commenfationes in libros Aristotelis secundum Suhiilis-
sinii Doctoris Scoli sentenliam. Comme bon nombre de ceux
qui, au xv*" siècle, enseignaient la Théologie en Sorbonne,
Pierre Tataret, par ses doctrines métaphysiques, se rattache
à l'École scotiste, tandis qu'il emprunte ses théories de Méca-
nique à l'Ecole nominaliste parisienne et, en particulier, à
Albert de Saxe ou à Marsile d'inghen. C'est ainsi que son
manuel, en ce qui touche la loi suivant laquelle s'accélère la
chute d'un grave, se borne à reproduire textuellement ' ce
qu'Albertutius avait écrit en ses Quœstiones in libros de Cselo
et Manda.
Or le résumé de Philosophie composé par Pierre Tataret
eut une vogue extrême ; le Repertorium bibliographicam de
Hain en mentionne sept éditions incunables, et d'autres
éditions, fort nombreuses, furent imprimées pendant le pre-
mier tiers du xvi" siècle. Par là, la doctrine d'Albert de Saxe
reçut une nouvelle et très considérable diffusion. Nul ne
l'ignorait, sans doute, parmi les maîtres parisiens, au temps
où Léonard de Vinci vint en France terminer sa glorieuse
existence, au temps où Soto recueillit les enseignements de
l'Université parisienne. Lors donc que nous entendrons
I. Pétri Tatareti, Op. laud., De Cselo et Mundo lib. 11"^, tract. II, circa finem.
l62 BULLETIN HISPANIQUE
Léonard de Vinci d'abord, Dominique Solo, ensuite, enseigner
que la chute d'un grave est un mouvement uniformément
accéléré, nous serons en droit de penser que leur affirmation
a été suggérée par les suppositions qu'Albert de Saxe avait
indiquées.
Nous aurons ainsi, semble t-il, découvert la source de l'une
des lois essentielles de la chute des corps. D'où provient
la seconde loi, celle qui relie l'espace parcouru par le mobile
à la durée de la chute ? C'est ce que nous allons maintenant
rechercher; et cette recherche nous amènera à reconnaître
le très grand rôle qu'a joué, en cet acte du progrès scien-
tifique, un savant contemporain d'Albert de Saxe, Maître
Nicole Oresme.
XII
De IlSTENSIOTNE ET REMISSIONE FORMARUM
Quantité et qualité constituaient, pour Aristote, deux
catégories essentiellement distinctes. Discontinue, comme le
nombre, la quantité est une somme d'unités ; le nombre croît
par l'addition de nouvelles unités à celles qui le compo-
saient déjà. Continue, comme la longueur, la surface ou le
volume, la quantité est une juxtaposition de parties ; les
parties d'une grandeur ont, toutes, même nature les unes
que les autres et même nature que la quantité formée par
leur réunion ; toutes les parties d'une longueur sont des
longueurs, toutes les parties d'une surface sont des surfaces,
toutes les parties d'un volume sont des volumes; une quantité
croît par l'addition de parties nouvelles aux parties préexis-
tantes, et les parties ajoutées sont de même espèce que les
parties auxquelles elles s'ajoutent.
Qu'il s'agisse donc de la quantité discontinue ou de la
quantité continue, certaines propositions demeurent égale-
ment vraies; des quantités de grandeurs différentes peuvent être
cependant de même nature, de même espèce; elles sont toutes
deux formées par la réunion de parties homogènes les unes
DOMINIQUE SOTO ET I,A SGOLASTIQUE PARISIENNE 1 63
aux autres ; seulement, la plus grande des deux quantités
contient un plus grand nombre de parties que la plus petite;
elle peut être engendrée, à partir de cette plus petite quantité,
par l'addition de nouvelles parties absolument semblables à
celles qui formaient cette plus petite quantité; dans la
quantité plus giande ainsi obtenue, la quantité plus petite
demeure contenue; l'opération par laquelle on l'a fait croître,
simple juxtaposition de parties nouvelles, ne l'a ni détruite,
ni modifiée.
La catégorie de la qualité est essentiellement distincte de la
catégorie de la quantité; rien de ce qui peut être dit de celle ci
ne saurait être témérairement étendu à celle-là.
Il peut arriver que deux qualités de même sorte n'aient pas
même infensilé; un corps peut être plus chaud qu'un autre;
au premier corps, cette forme qualitative qu'est la chaleur est
plus intense (intendituv) ; au second, elle est plus alténuée
(remilliliir). Gardons-nous bien de répéter au sujet de ïintensio
et de la remissio de la chaleur ce que nous sommes en droit
de dire de la grandeur et de la petUesse d'une quantité. Ni la
chaleur intense ni la chaleur atténuée n'est une réunion de
parties de chaleur qui soient toutes de même espèce, qui
soient toutes homogènes à des chaleurs plus intenses qu'elles
fourniraient en s'ajoutant les unes aux autres; la chaleur
plus intense ne saurait aucunement être engendrée en prenant,
sans la détruire ni la modifier, la chaleur moins intense et en
adjoignant à celle-ci de nouvelles parties de chaleur; la chaleur
moins intense n'existe pas, actuellement et réellement, en la
chaleur plus intense de la même manière que le contenu plus
petit existe, actuellement et réellement, à l'intérieur du conte-
nant plus grand. Chaque chaleur d'une intensité donnée est une
chaleur d'une espèce déterminée, et cette espèce est distincte
de l'espèce à laquelle appartient toute chaleur d'une autre
intensité ; une chaleur atténuée ne peut être regardée comme
une partie d'une chaleur plus intense ; toute chaleur d'intensité
donnée est quelque chose d'essentiellement indivisible.
Puisqu'une chaleur atténuée ne se transforme pas en chaleur
intense par l'addition de nouvelles parties de chaleur, à la
l64 BULLETIN HISPANIQUE
façon d'une grandeur qui croît, comment donc se produit
celle transformation ? Celle question pose le problème de
l'exaltation d'intensité et de l'alténualion des formes qualita-
tives, de intensione et remissione formarum, qui a si longue-
ment préoccupé la Scolastique médiévale. Elle se rattache par
des liens fort étroits et fort apparents à certaines discussions
de la Physique moderne; pouvons-nous, par exemple, définir
ce qu'il convient d'entendre par le mol température sans
analyser de nouveau, comme les analysaient les maîtres du
Moyen -Age, les caractères qui distinguent la catégorie de la
qualité de la catégorie de la quantité ?
Avides des précisions que marque la Logique comme des
vérités que découvre la Science positive, les théologiens du
Moyen-Age recherchaient volontiers, en l'étude du Dogme,
l'occasion de montrer leur subtilité de dialecticiens ou leurs
connaissances de physiciens; aussi la Science moderne a-t-elle,
bien plus que l'Apologétique, tiré profit de mainte discussion
dont les docteurs en Théologie ornaient ou surchargeaient
leur enseignement.
Ainsi en a-t-il été du problème de intensione et remissione
formarum. En son premier livre des Sentences, Pierre Lombard
avait fait cette remarque' : «En l'homme, la charité augmente
ou diminue et, à des époques diverses, elle y est plus ou
moins intense. » Ce texte a fourni aux docteurs en Théologie
un prétexte qui leur permît de développer leur manière de
voir sur l'exaltation et l'atténuation des formes qualitatives ;
et ainsi, des théories destinées à éclairer l'étude des propriétés
diverses que le physicien est appelé à considérer ont été
exposées, tout d'abord, à propos de la charité.
Ces théories peuvent se classer en deux groupes ; il en est
qui, fidèles aux principes de la Logique péripatéticienne,
établissent une extrême différence entre l'opération par
laquelle s'exalte l'intensité d'une forme qualitative et l'addition
par laquelle s'accroît une quantité ; il en est, au contraire,
qui supposent une grande analogie entre ces deux opérations
I. Pétri Lombard! Episcopi Parisiensis Sentenliarum libri IV ; Lib. I, Dist. XVII :
De missione Spiritus sancti qua invisibiliter raittitur.
DOMINIQUE SOTO ET LA SCOLASTIQUE PARISIENNE l65
et qui, par là, tendent à effacer la ligne de frontière entre la
catégorie de la qualité et la catégorie de la quantité.
Saint Thomas d'Aquin se range nettement parmi les parti-
sans de la distinction péripatéticienne; écoutons ce qu'il dit,
en son Commenlaire sur les livres des Senlences^, de l'opération
par laquelle la charité augmente d'intensité :
<( Ceux qui soutiennent que la charité peut être accrue en
son essence professent des opinions qui se peuvent réduire à
deux. L'une d'elles prétend que cette vertu croît par addition
d'une charité à une autre charité, l'autre opinion soutient que
la charité croît en intensité parce qu'elle approche davantage
de son terme, c'est-à-dire de la perfection de charité... Mais je
ne puis comprendre la première supposition ; en toute addi-
tion, en effet, il faut entendre deux choses différentes dont
l'une est ajoutée à l'autre. Soient donc deux charités diffé-
rentes; elles se distinguent ou par différence spécifique ou
seulement par différence numérique; mais elles ne peuvent
différer d'espèce, car toutes les charités sont une vertu de
même espèce; elles ne peuvent non plus être numériquement
distinctes, car plusieurs formes accidentelles de même espèce
ne peuvent coexister en un sujet numériquement un, alors
surtout qu'il s'agit de formes absolues et non pas de formes
relatives. Cette supposition donc provient d'une fausse imagi-
nation; certains conçoivent l'augmentation de la charité à la
façon de l'accroissement d'un corps, opération en laquelle il
y a addition d'une quantité à une autre quantité. Je dis donc
que, lorsque la charité croît, il ne se produit, en ce change-
ment, aucune addition; de même, au quatrième livre des Phy-
siques, le Philosophe affirme qu'un corps devient plus blanc ou
plus chaud sans aucune addition de blancheur ni de chaleur;
mais la qualité préexistante devient plus intense parce qu'elle
s'approche davantage de son terme. »
Les mêmes pensées sont reprises, en sa Somme Ihéologique,
par le Docteur Angélique 2.
1. Sancti Thomœ Aquinatis Scriplum super primum librum Senlentiarum : Lib. I,
Dist. XVII, pars II, quaest. II : Utrum charitas augeatur pcr additionem ? ,
2. Santi Thomte Aquinatis Summa theologica, lia II;'-, quest. XXIV, art. 5.
l66 BULLETIN HISPANIQUE
Selon Saint Thomas, donc, il est de l'essence même de la
charité, de la blancheur, de la chaleur d'être plus ou moins
voisines de la charité parfaite, de la blancheur absolue, de
l'extrême chaleur, et cette proximité plus ou moins grande
au terme suprême constitue l'intensité, Vinlensio plus ou
moins forte; pour une qualité, devenir plus intense, ce n'est
pas s'accroître par addition ; c'est se perfectionner en sa propre
essence.
Gilles de Rome ne croit pas plus que Saint Thomas à l'addi-
tion par laquelle une charité s'associerait à une autre charité
pour donner une troisième charité plus intense que chacune
des deux premières; mais il se sépare du Docteur dominicain
en ce qu'il place» en l'existence (esse) la raison d'être de l'in-
tensité que Saint Thomas plaçait en l'essence (essentiel). Par
essence, selon Gilles de Rome, la charité n'est pas plus ou
moins intense, la blancheur n'est pas plus ou moins blanche;
il n'y a qu'un seul degré de charité, qu'un seul degré de
blancheur; mais cette charité unique, cette blancheur unique
sont plus ou moins complètement réalisées dans le sujet où
elles résident et, par là, ce sujet est charitable ou blanc à un
degré plus ou moins élevé.
Le débat entre Gilles de Rome et Saint Thomas d'Aquin
dépend ainsi de la distinction entre l'essence et l'existence,
distinction subtile, mais qui joue un rôle d'une extrême impor-
tance en la Métaphysique du Docteur Angélique et de ses
continuateurs.
En ce débat, Henri de Gand (12 17 -1293) se range nettement
au parti de Saint Thomas d'Aquin : <( Vinlensio et la remissio
des formes, » dit-il % u se doivent produire en leur essence et par
leur nature même, car en leur essence même, elles possèdent
une certaine latitude (lalilado). Ce n'est donc pas en la nature
du sujet, mais en la nature même de la forme, considérée en
I. iEgidii Romani In quatuor libros Sententiarum quœstiones; Lib. I, Dist. XVIl. —
iïgidii Romani Quodlibeta; Quodlib. V, quapst. XI V.
a. Quodlibeta Magisiri Henrici Goothals a Gandavo doctoris Solemnis : Socii Sorbo'
nici:et archidiaconi Tornacensis. cum duplici tabclla. Venundantur ab lodoco Badio
Ascensio, sub gratia ot privilegio ad finem explicandis. — Colophon : lu chalcogra-
phia lodoci Badii Ascensii... undecimo kalondas Seplembris Anno domini MDXVIM.
Quodlibntum V, qua'sl. XIX; fol. cxcv, r° ot v*.
DOMINIQUE SOTO ET LA SCOLASTIQUE PARISIENNE 167
soi, qu'il faut cherclier la raison et la cause de l'augmentation
dont cette forme est susceptible. »
En son essence môme, cette forme est capable de plusieurs
degrés; chaque degré inférieur est en puissance du degré
plus élevé; la mise en acte de ce degré plus élevé constitue
l'accroissement de la forme.
Henri de Gand ne s'interdit pas de dire que chaque degré
est une certaine (juanlilé de la forme, que le degré inférieur
est une partie du degré supérieur; mais ces termes, il les
entend assurément au sens métaphorique, au sens où l'on
peut dire que l'existence en puissance est une partie de l'exis-
tence en acte, que cette existence-ci est plus grande que
celle-là, 11 se garde bien de croire que Taccroissement d'une
forme se fasse comme l'augmentation d'une grandeur, qu'elle
résulte de l'apposition de parties nouvelles à des parties
préexistantes, u L'augmentation des formes, dit-il, ne se fait
pas par une apposition de parties en leur substance ou en leur
essence; c'est un accroissement de force (in virliite), grâce
auquel la forme augmentée devient plus efficace en sa propre
opération, ce que ne saurait produire l'addition du semblable
à son semblable; une tiédeur ajoutée à une tiédeur égale ne
fait pas une chaleur plus grande. » L'exemple dont le Docteur
Solennel vient d'user pour mettre en évidence la distinction
qui existe entre l'augmentation d'une grandeur et l'exaltation
d'intensité d'une qualité va être d'un constant usage dans les
discussions scolastiques.
L'essence même de la forme, selon la doctrine thomiste,
comprend divers degrés dont chacun, plus parfait que les
degrés inférieurs, possède en acte quelque chose qui était
seulement en puissance dans les degrés inférieurs; imitant
mieux la perfection divine que ne l'imitent les degrés infé
rieurs, le degré supérieur est plus grand d'une grandeur de
perfection (magniludo perfectionis) et ■ non d'une grandeur de
masse (magniludo molisjK
Afin de faire comprendre les rapports qu'ont entre eux les
degrés de plus en plus parfaits d'une même forme qualitative,
I. Henrici a fiandavo Quorf//6^<a .Quodiibetum V, qatest, III; éd. cit., loi. clvi, v°.
l68 BULLETIN HISPANIQUE
Hervé de Nédellec (f 182 2) use d'une comparaison' qui met
bien en évidence la pensée essentielle de la doctrine thomiste:
« Le degré atténué, » dit le Docteur breton, a est contenu dans
le degré plus intense, comme l'âme végétative est impliquée
en l'âme sensitive et celle-ci en l'âme intellectuelle. »
Sous la plume d'Henri de Gand,nous avons rencontré, pour
la première fois, ce terme nouveau : latitude d'une forme
(latitudo formse) ; ce terme désigne la propriété essentielle par
laquelle cette forme est plus ou moins voisine de son terme
suprême, plus ou moins parfaite, partant plus ou moins
intense; ce mot nouveau, nous Talions voir prendre une
singulière vogue en la Scolastique du xiv" siècle.
L'expression latitudo formœ est nettement définie en une
Somme de Logique que Ton rencontre parmi les Opuscules de
Saint Thomas d'Aquin, mais qui fut sûrement rédigée long-
temps après l'époque oh vécut le Docteur Angélique 2. Voici
ce que nous lisons en cette Somme^:
« La substance a, en commun avec certains accidents, deux
caractères : Elle n'admet rien qui lui soit contraire, et elle
n'est susceptible ni de plus ni de moins. Pour comprendre ces
propositions, il faut savoir que certaines formes sont douées
de latitude et d'autres non; et c'est parce que certaines formes
sont susceptibles de la susdite latitude qu'elles admettent un
contraire, bien que cela ne soit pas vrai de toutes ces formes.
» Afin de savoir ce qu'est cette latitude, remarquez que,
pour les choses spirituelles, on conçoit l'augmentation par
extension de ce que l'on sait de la grandeur des choses corpo-
relles; or, lorsqu'il s'agit de quantité corporelle, on dit d'une
chose qu'elle est grande lorsqu'elle approche de la perfection
1. Sublilissima Hervci Natalis Britonis... quodlibeta undecim cum octo ipsius profun-
dissimis tractatibus... De beatitudine, De verbo. De eternitate timndi, De materia celi. De
relatione, De pluralitate formarum. De virtutibus, De molu angeli. — Venetiis, i5i3.
Quodlibetum VII, qua^st. XVII.
2. Cari PrantI, Geschichte der Logik ini Abendlande, Leipzig, 1867; Bd. III, pp. 260-
257. — P. Duhem, Le mouvement absolu et le mouvement relatif. Note : Sur une Somme
de Logique attribuée à Saint Thomas d'Aquin (Revue de Philosophie, 9* année, n' li,
i" avril 1909; p. /»36). — P. Mandonnet O. P., Des écrits authentiques de Saint Thomas
d'Aquin; Fribourg, 1910 (Extrait de la Revue Thomiste, 1909-1910).
3. Sancti a'hom.-n Aquinatis Opuscula; Opusc. XLVIII : Totius logicœ Aristolelis
summa; tract. II : De pncdicamentis; cap. IV.
DOMINIQUE SOTO ET LA SCOLASTIQUE PARISIENNE 169
qui convient à sa grandeur ; voilà pourquoi telle chose suscep-
tible de quantité est dite grande en un homme qui ne serait
point réputée grande en un éléphant. De même, lorsqu'il
s'agit de formes, une chose est dite grande dans la mesure où
elle est parfaite.
» Mais la perfection d'une forme peut être considérée à deux
points de vue, selon que l'on considère la forme elle-même,
ou bien la participation du sujet à cette forme. Dans le premier
cas, la forme est dite grande ou petite; on dira, par exemple,
une petite blancheur. Dans le second cas, on emploie les mots
plus ou moins; on dit d'un corps qu'il est plus ou moins
blanc. Lorsqu'une forme est douée par elle-même d'une indé-
termination telle qu'elle puisse être réalisée plus ou moins
dans le sujet, c'est-à-dire d'une manière plus ou moins par-
faite, on dit qu'elle est douée de latitude et qu'elle atteint tel
ou tel degré d'intensité ou de rémission. »
Henri de Gand avait pris le mot latitude pour formuler la
théorie thomiste de l'intensité des formes; il faisait de la lati-
tude une propriété qui résidait en l'essence même de la forme.
C'est au sens égidien que l'auteur de la Somme de Logique
prend cette même expression ; ce n'est pas par essence, mais
par existence que la forme est douée de latitude ; indéterminée
par elle-même, elle est déterminée à telle ou telle latitude,
à tel ou tel degré d'intensité, selon qu'elle se trouve mise en
acte, au sein du sujet, d'une manière plus ou moins parfaite.
Vintensio de la forme, qui marque son degré de perfection,
se doit bien distinguer de Vextensio, qui marque la grandeur
du sujet où cette forme est réalisée; autre chose, pour un
corps, est d'offrir aux yeux une blancheur plus ou moins
intense, autre chose d'être un objet blanc d'étendue plus ou
moins grande. Il est si naturel de faire cette distinction qu'on
la trouve, plus ou moins nettement marquée, par tous les
Scolastiques «t, en particulier, par Saint Thomas d'Aquin.
L'auteur de la Somme de Logique la signale à son tour; il a
soin d'opposer la latitudo à Vextensio :
« La perfection ou l'imperfection de la quantité dépend de
l'extension plus ou moins grande; c'est d'après cette extension
I-JO BULLETIN HISPANIQUE
qu'un objet est dit plus grand ou plus petit. Mais une exten-
sion plus ou moins grande n'est pas toujours une cause suffi-
sante pour que l'on dise d'une chose qu'elle est plus ou moins,
car il se peut que Ton ne juge pas de son existence par l'ex-
tension... Certaines formes, on le voit, sont susceptibles de
plus ou de moins et certaines autres non ; celles qui sont
susceptibles de plus ou de moins, ce sont celles qui sont
douées de ce que l'on a nommé latitude. »
C'est un égidien, nous l'avons fait remarquer, qui vient
d'user du mot laliludo formœ, alors qu'Henri de Gand s'en
était servi pour formuler la théorie thomiste. Ce mot, nous le
retrouvons constamment sous la plume de Durand de Saint-
Pourçain qui, en son Commentaire sur les Sentences, rédigé
vers i33o, adopte la théorie thomiste de l'intensité des formes»
et combat vivement la théorie égidienne. Durand émet, en
effet, des assertions telles que celles-ci :
« 11 nous faut affirmer que l'intensité et la rémission de la
forme dépendent des degrés divers de l'essence de cette forme.
Cela peut se prouver de la manière suivante : Ce que l'exten-
sion plus ou moins grande est pour la quantité, l'intensité
plus ou moins grande l'est pour la qualité. Mais l'extension
plus ou moins grande dépend de l'essence même de la quan-
tité; celle-ci, en effet, a, en son essence, une latitude capable
de s'étendre plus ou moins. L'intensité plus ou moins grande
dépend donc, elle aussi, de l'essence même de la qualité, en
tant que cette qualité est douée, à cet effet, d'une latitude
susceptible de degrés divers.
» En second lieu, cela se voit encore de la manière suivante :
l'indivisibilité d'une forme est la raison pour laquelle cette
forme n'est pas susceptible de plus ou de moins; de même, la
divisibilité en degrés est la raison qui rend la forme capable
de plus ou de moins; or l'indivisibilité d'une forme dépend de
l'essence de cette forme; il en doit donc être de même de la
divisibilité. »
La divisibilité de la forme en degrés ne ressemble d'ailleurs
I. Durandi a Sancto Portiano Super senlentias Pétri Lombardi cummenlarii ;
LU). I, Dist. XVII, quaîst. V: Uirum charilas possit augeri ?
DOMINIQUE SOTO ET LA SCOLASTIQUE PARISIENNE I7I
aucunement, en la pensée de Durand de Saint-Pourçain, à la
divisibilité d'une quantité en parties ; les degrés successifs
désignent une perfection de plus en plus grande de la forme;
chacun d'eux est virtuellement contenu dans le degré plus
élevé; mais il n'en saurait être détaché comme une partie le
peut être d'un tout; la division d'une forme en degrés doit
être assimilée à la division d'un genre en espèces que l'on
peut échelonr^er selon leur degré plus ou moins élevé de
perfection.
De cette comparaison, il est bien aisé de glisser à une
doctrine que Durand combat vivement', mais qui, avant
comme après lui, eut de nombreux partisans.
Tous les auteurs dont nous avons, jusqu'ici, analysé les
opinions attribuent à une forme qualitative une certaine
indétermination, une certaine latitude; par cette latitude, la
forme peut, en un sujet, demeurer la même et, cependant,
atteindre des intensités diverses, des degrés divers; soit que
son essence approche plus ou moins de la perfection dont
elle est susceptible, soit que cette essence, sans devenir ni plus
ni moins parfaite, se trouve plus ou moins complètement
réalisée dans le sujet.
D'autres philosophes veulent, au contraire, qu'une forme ne
soit affectée d'aucune indétermination; pas d'indétermination
en l'essence de cette forme, par laquelle cette essence puisse
être dite plus ou moins parfaite; pas d'indétermination en
l'existence, par laquelle le sujet puisse participer à la forme
d'une manière plus ou moins complète. Chaque forme est
entièrement déterminée et dans son essence, et dans son
existence; elle n'est susceptible que d'une seule perfection
et ne peut affecter que dune seule manière le sujet en lequel
elle est réalisée.
Chaque forme, donc, est incapable d'une plus ou moins
grande intensité; chacune d'elles possède un degré absolument
invariable. Lorsque, par un langage vicieux, on parle des divers
degrés d'une môme forme, on veut, en réalité, désigner des
I. Durandi a Sancto Portiano Op. laud.; Lib. I, Dist. XVII, qua3st. VU : Ltrum
eadem forma numéro possit essciutensa et remissa?
t72 BULLETIN HISPANIQUE
formes diverses, spécifiquement distinctes les unes des autres,
et appartenant seulement à un même genre; en ce genre, on les
peut ranger de telle sorte que chacune d'elles soit plus parfaite
que celle qui la précède et moins parfaite que celle qui la suit;
mais aucune d'elles ne peut, par inlensio, se transformer en
celle qui la suit ni, par remissio, se réduire à celle qui la
précède.
Gomment donc doit-on concevoir l'accroissement d'une
qualité? Que sera, par exemple, un corps qui s'échauffe?
Que l'on admette la doctrine thomiste ou que l'on adopte la
théorie égidienne, en ce corps qui s'échauffe la chaleur est
numériquement une, elle est toujours la même forme; seule-
ment, d'instant en instant, l'essence de cette chaleur devient
de plus en plus parfaite ou bien encore son essence est de
mieux en mieux réalisée dans le corps échauffé.
En ce corps qui s'échauffe, la théorie que nous exposons en
ce moment voit non pas une seule et même chaleur qui
acquiert successivement des degrés de plus en plus élevés,
mais une infinité de chaleurs numériquement et spécifiquement
distinctes les unes des autres. A chaque instant, une chaleur
est détruite et, à sa place, une autre chaleur plus parfaite est
engendrée; en la seconde chaleur, il ne subsiste rien de la
première. L'échauffement n'est pas le mouvement par lequel
l'essence d'une forme unique tend vers sa perfection; ce n'est
pas non plus le mouvement par lequel une forme d'essence
déterminée s'actualise de mieux en mieux en un certain sujet ;
c'est une continuelle succession de générations et de destruc-
tions par lesquelles une forme n'est produite que pour être tout
aussitôt anéantie.
Que cette opinion comptât déjà des partisans au temps de
Saint Thomas d'Aquin, nous n'en saurions douter; le Docteur
Angélique écrit, en effet', en son Commentaire sur les Sentences :
« Certains prétendent que la charité ne subit, par essence,
aucune augmentation; que, lorsque advient une charité plus
grande, la charité moindre qui existait auparavant se trouve
I. Sancti Thontiii; Af|iiinalis Scriplum in Ubros Senlentiarum ; Lib. 1, Dist. XVII,
pars II, quajst. I : Ulruin charitas augeatnr?
DOMINIQUE SOTO ET LA SCOLASTIQUE PARISIENNE I 78
détruite; ainsi dit-on que les jours s'allongent lorsque des
jours plus longs succèdent à des jours plus courts. »
Cette doctrine est très certainement celle de l'auteur inconnu
auquel on doit attribuer un traité De la pluralité des formes mis
à tort' parmi les opuscules de Saint Thomas. Voici ce qu'on
lit^, en effet, en ce traité, au sujet de l'accroissement des
quantités et de l'opération qui exalte l'intensité d'une forme;
la netteté de ce passage est digne de remarque :
« De deux formes qui sont de même genre, il en est une,
la plus parfaite, qui contient virtuellement l'autre, la moins
parfaite; si une forme de moindre perfection était conjointe
avec une forme plus parfaite, elle ne donnerait aucunement
une forme encore plus parfaite; cette adjonction serait opéra-
tion vaine. Or, dans la Nature, rien ne se fait en vain ; il ne
peut donc, entre espèces différentes, y avoir une addition telle
qu'une forme préexistante demeure en même temps que la
forme qui survient. Voici, dès lors, comment il faut com-
prendre l'analogie dont nous avons parlé : Lorsqu'une forme
plus parfaite survient, la forme préexistante est détruite, de
telle sorte qu'une seule forme demeure dans le composé; cette
forme unique contient la forme moins parfaite et contient
davantage encore ; par conséquent, elle ajoute quelque chose
à la forme moins parfaite; de même que le nombre plus grand
contient en soi le nombre moindre qui existe aussi en dehors
de lui, et qu'il y ajoute quelque chose; que, par exemple, le
nombre quatre contient en soi, dune manière virtuelle et
quantitative, le nombre trois qui existe aussi à part, et qu'il
y ajoute une unité; de même, la forme la plus parfaite ajoute
une certaine perfection à la forme moins parfaite qu'elle
contient virtuellement. Mais, en ce qui concerne les nombres,
on peut, au plus petit nombre, au nombre trois par exemple,
ajouter une unité nouvelle qui constitue, avec les trois unités
précédentes, le nombre quatre qui est un nombre plus grand;
1. Sur la nature apocryphe de l'opuscule De pluralitate formarum, voir : P. Man-
donnet 0. P., Des écrits authentiques de Saint Thomas d'Aquin, Fribourg, 1910, p. gS
(ExtrAit de la Revue Thomiste, 1909-1910).
2. Sancti Thomae Aquiaatis Opuscula; Opusc. XLV : De pluralitate formarum,
Gap. I.
Bull, hispan. 12
174 BULLETIN HISPANIQUE
au sujet des formes, une semblable opération n'est plus pos-
sible; une nouvelle forme ne peut survenir et s'adjoindre à
une forme déjà existante en la matière pour constituer une
forme plus parfaite.
» Et double est la raison de cette différence. L'addition du
nombre au nombre se fait par parties entières et quantitatives
qui représentent la grandeur de l'excès d'un nombre sur
l'autre; et cet excès est d'une nature telle qu'il revient au
même, pour obtenir le plus grand nombre, que nous prenions
le plus petit nombre et que nous ajoutions quelque chose, ce
qui fait du plus petit nombre une partie du plus grand, ou
bien que nous formions le plus grand nombre d'une manière
indépendante en réunissant toutes les unités dont il se com-
pose; d'une manière comme de l'autre, le plus grand nombre
surpasse le plus petit de la même quantité. Mais si une forme
surpasse une autre forme de même genre, c'est en perfection
[et non pas en quantité] ; toute la perfection qui se trouve en
la forme la moins parfaite est aussi, de soi, en la forme la
plus parfaite; en cette dernière, donc, la perfection ne croîtrait
aucunement si on lui adjoignait la forme moins parfaite.
Toute forme est simple; aucune d'elles n'est composée de
plusieurs formes ; plus une forme est simple, plus elle est
parfaite; or, en ce qui concerne les nombres, il en est tout
au contraire, car un nombre est d'autant plus composé qu'il
est plus grand; il ne saurait donc y avoir addition d'une forme
à une forme préexistante comme il peut y avoir addition d'un
nombre à un nombre préexistant.
» Voici la seconde raison de cette difterence : Le nombre
n'est pas quelque chose qui soit simplement un; c'est un
agrégat d'unités ; il est de sa nature d'avoir plusieurs parties
dont chacune existe d'une manière actuelle; en sorte que, de
quelque manière que l'on ajoute une partie à une autre partie,
on obtient un nombre plus grand. Mais une substance maté-
rielle est quelque chose qui est simplement un ; il ne peut
donc, en elle, se trouver plusieurs réalités en acte. Voilà
pourquoi lorsqu'une forme substantielle survient, il faut que
la forme substantielle préexistante lui cède la place... De même
DOMINIQUE SOTO ET LA SCOLASTIQUE PARISIENNE I70
en doit-il être de toute addition ou soustraction qui se fait en
la substance des choses; lorsqu'une forme nouvelle advient,
celle qui existait auparavant doit être anéantie. »
Godefroid de Fontaines est ordinairement tenu pour un
partisan déterminé de l'opinion qui vient d'être exposée;
cependant, sa conviction à cet égard a dû éprouver des
fluctuations. Ceux de ses Qiiodlibets qui ont été publiés par
MM. De Wulf et Pelzer contiennent une question ■ où l'auteur
professe une opinion très opposée à celle de Saint Thomas,
très voisine de celle qu'a tenue Gilles de Rome. L'essence
spécifique de la charité ou d'une qualité analogue est essen-
tiellement indivisible, essentiellement incapable de plus ou de
moins ; elle ne peut s'approcher ou s'éloigner de la perfection
qu'en changeant d'espèce. Si donc une qualité est capable de
présenter des degrés divers, si elle est susceptible de plus ou
de moins, ce ne peut être par essence, mais seulement par
accident, en tant que le sujet participe plus ou moins à cette
forme. « Si la blancheur était séparée de tout sujet, et si l'on
supposait qu'il pût y avoir plusieurs blancheurs séparées,
toutes ces blancheurs seraient également parfaites... Si donc
elles peuvent avoir certains degrés virtuels, tandis que les
formes substantielles ne sont pas considérées comme douées
de tels degrés et comme susceptibles de plus ou de moins,
voici ce que l'on doit certainement entendre par là : Ces
qualités ont une nature et une vertu telles que le sujet puisse
participer d'elles à des degrés divers, soit plus, soit moins,
ou encore que le sujet soit apte à recevoir d'elles une
perfection plus ou moins grande. » C'est bien la doctrine
égidienne que formulent ces lignes.
En un autre Qaodlibel encore inédit^, Godefroid de Fontaines
entendait ainsi l'accroissement de la charité : La charité
1. Magistri Godefridi de Fontibus Quodlibeta reporlala; Quodlibetiim II,
qiiacst. II : Utrum caritas sive quicumque habitus possit augeri per essontiam? (Les
philosophes belges; textes et études. Tome II : Les quatre premiers quodlibets de Godefroid
de Fontaines, par De Wulf et Pelzer; Lovivain, 1904; pp. 189 seqq.)
2. Godefridi de Fontibus Quodlibeta; Quodlib. VII, quœst. VII. Nous tirons ce
renseignement de l'ouvrage suivant : Commentariorum in primum librum Sententiarum.
Pars prima. Auctore Petro Aureolo Verberio. Romae. Ex typographia Vaticana.
MD\CVI; p. 435, col. a.
176 BULLETIN HISPANIQUE
moindre qui préexistait est anéantie; une autre charité est
engendrée, qui contient virtuellement la première, mais qui
la surpasse en perfection et qui, pour cette raison, est dite
plus intense que la première.
Gérard d'Odon, de Châteauroux, qui fut, en iSag, élu supé-
rieur général de l'ordre franciscain; qui devint, en i3^2,
évêque de Catane et, vers i3/j8, patriarche d'Antioche ; qui
mourut enfin à Catane en iS^g, Gérard d'Odon, disons-nous,
avait adopté, touchant Taccroissement des formes qualitatives,
la théorie dont nous venons de donner l'exposé. C'est, du
moins, ce qu'afRrme Jean le Chanoine : c II faut savoir, »
dit- il', « que l'opinion de Gérard d'Odon est la suivante :
lorsque quelque chose qui était blanc devient plus blanc ou
moins blanc, la forme précédente est détruite en totalité et une
forme nouvelle, qui est un individu nouveau, est engendrée. »
Mais aucun scolastique n'a, plus fermement que Walter
Burley, adhéré à cette opinion ; toutefois, comme Godefroid de
Fontaines, notre auteur a, d'abord, admis la théorie égidienne.
Nous trouvons, en effet, un premier exposé des idées de
Burley dans le Commentaire aux Catégories dCAristote que ce
maître a composé ; voici cet exposé 2 :
« Je dis qu'aucune forme n'est susceptible de plus ou de
moins, mais que la forme est plus ou moins reçue par le sujet,
en sorte que ce sujet est plus parfait ou moins parfait. Aucune
blancheur n'est susceptible de plus ou de moins, mais le corps
blanc est susceptible de l'être plus ou moins parce qu'il prend
une blancheur plus ou moins parfaite — quia suscipit alhedinem
magis perfectam et minus perfectam. »
Les derniers mots de ce passage glissent déjà de la théorie
de Gilles de Rome vers la théorie que l'on attribue communé-
ment à Godefroid de Fontaines. Si aucune blancheur n'est
1. Joannis Canonici Quœstiones super VIII libros Physicorum Aristotelis; libri V
quœst. III; quantum ad 4° articulum.
2. Exposilio Burlei super libro predicamentorum; coll. a et 6 du fol. qui suit le
fol. signée !t en l'édition dont le titre est : Preclarissimi viri Gualterii Burlei anglici
sacre pagine professoris excellentissimi super artem veterem Porphyrii et Aristotelis expo-
silio sive scriptum féliciter incipit. Le coiophon est le suivant : Explicit scriptum pre-
clarissimi viri Gualterii Burlei Anglici sacre pagine professoris eximii. in artem
veterem Porphyrii et Aristotelis. arte et diligentia Boneti de locatellis sumptibus
vero D. Octaviani Scoti impressum Venetiis Anno 1/188. Octavo idus. Julii.
DOMINIQUE SOTO ET LA SCOLASTIQUE PARISIENNE 1 77
susceptible de changer d'intensité, ils impliquent l'existence
de blancheurs multiples, inégalement parfaites, et ils suppo-
sent qu'en un corps qui devient plus ou moins blanc, ces
blancheurs diverses se substituent les unes aux autres.
C'est cette doctrine que Burley a ensuite développée en un
traité spécial qu'il a intitulé : De intensione et remissione for-
marumK Ce traité a, plus que tout autre, contribué à faire
connaître, parmi les Scolastiques, la théorie à laquelle nous
venons de faire allusion.
Le système de Godefroid de Fontaines, de Gérard d'Odon,
de Walter Burley est celui oii se marque au plus haut point
l'opposition péripatéticienne entre la qualité et la quantité.
Tandis que certains Scolastiques s'attachaient à défendre un tel
système, d'autres s'efforçaient de rapprocher autant que pos-
sible la catégorie de la qualité de la catégorie de la quantité.
Nous avons entendu Saint Thomas d'Aquin s'élever vive-
ment, en son écrit sur les Sentences de Pierre Lombard, contre
ceux qui, en l'accroissement de la charité, voient l'addition
d'une charité nouvelle à une charité préexistante; il y avait
donc, en son temps, des philosophes pour lesquels l'intensité
d'une qualité s'exaltait par addition d'une partie à une autre
partie, comme grandit une quantité.
Ces philosophes vont devenir nombreux à partir des der
nières années du xiii^ siècle, au moment de la réaction anti-
péripatéticienne qu'ont provoquée ou signalée les condamna-
tions portées, en 1277, par l'évêque de Paris, Etienne Tempier,
et par les théologiens de la Sorbonne.
L'un des promoteurs de la Scolastique affranchie du Péripa-
tétisme fut le Franciscain Richard de Middleton, dont les
Commentaires aux Sentences de Pierre Lombard furent probable-
ment composés peu après l'année 1281.
Richard de Middleton n'hésite pas à voir, en l'accroissement
d'une forme qualitative telle que la charité, le résultat d'une
addition de parties les unes aux autres ; l'analogie qui en
I. Burleus de intensione et remissione formarum. — Jacobus de forlivio de intensione
et remissione formarum. — Tràctatus proportionum Alberti de Saxonia. — Colophon :
Venetiis mandate et expensis nobilis viri domini Octaviani scoti civis Modoetiensis.
1496. quarto kal. decemb. par Bonetum locatellum bergomensem.
l'jS BULLETIN HISPANIQUE
résulte entre l'intensité d'une qualité et la grandeur d'une quan-
tité ne lui échappe nullement; bien loin de cherchera dissimu-
ler cette analogie, il la déclare de la manière la plus formelle»;
à côté de la quantité entendue au sens d'Aristote, et qu'il
nomme quantité de masse (quantitas molis), il place l'intensité
de la qualité, qu'il nomme quantité de force (quantitas virtutis).
« La charité peut augmenter, dit-il, parce que toute quantité
qui est imparfaite peut augmenter. Or il y a deux sortes de
quantités, savoir : la quantité de masse (quantitas molis) et la
quantité de force (quantitas virtutis); dès lors, il y a deux sortes
d'augmentations, l'augmentation relatiAe à la quantité de
masse et l'augmentation relative à la quantité de force. La
charité étant une quantité, elle peut augmenter en force tant
qu'elle n'a pas atteint son terme. Et comme, par essence, la
charité est force, de telle sorte que la charité et la force de la
charité ne sont distinctes l'une de l'autre qu'en la seule raison,
il faut admettre que la charité croît par essence
» La quantité de force ne se mesure pas seulement par le
nombre des objets (soumis à l'action de cette force), ce qui en
donne la mesure extensive, analogue à celle de la quantité
discontinue; elle se mesure encore par l'intensité de l'acte
produit en un même objet et, par là, elle ressemble davantage
à la quantité continue. C'est de cette seconde manière que la
charité augmente, non de la première. »
Que, d'ailleurs, cette augmentation de la charité résulte de
l'addition d'une charité nouvelle à une charité préexistante,
Richard de Middleton va l'affirmer 2 :
u L'âme devient plus charitable parce qu'à la charité qui
préexiste en cette âme, la puissance divine ajoute un degré
nouveau de cette essence qu'est la charité; de ce degré
nouveau et du degré préexistant de charité, une essence
de charité plus parfaite se trouve constituée; le premier degré,
en effet, était en puissance de recevoir le degré ultérieur, de
1. Clarissimi Tkeologi Magistri Ricardi de Mediavilla super quatuor libros Sententia-
ruin Pétri Lombardi quœstiones subtilissimœ. Brixiae, MDXCI.I.ib. I, Dist. XVII, art. II,
qu.rst. 1 : Utrum charitas possil augcri? Tom. I, p. 1C2.
2. Ricardi de Mediavilla Op. laud.; Lib. I, Dist. WII, qii.Tst. II: Utnuii charitas
augealur per additionem novae cliaritatisi' T. 1, pp. i6*>-i6/î.
DOMINIQUE SOTO ET L\ SGOLASTIQUE PARISIENNE I79
la même manière qu'une chose incomplète est en puissance
du degré plus complet. »
« ... Si l'on oppose à cette opinion l'objection suivante : Une
chose simple ajoutée à une chose simple ne donne rien de plus
grand, je réponds en ces termes : Bien que la charité soit
simple en ce sens qu'elle n'a pas de quantité de masse, elle
possède cependant une quantité de force. Bien plus ! Elle est,
à vrai dire, une certaine quantité de force (quantitas viriualis).
De morne qu'une certaine quantité de masse (quantum mole),
ajoutée à une quantité semblable, donne quelque chose qui
est plus grand en masse; de même un certain degré d'une
quantité de force ajouté à un degré semblable produit quelque
chose qui est plus grand en force. On peut dire également,
selon l'opinion que le Philosophe expose au IIP livre de la
Métaphysique : Bien qu'un indivisible ajouté à un indivisible
ne fasse pas quelque chose de plus grand, il donne néanmoins
quelque chose de plus. En ce qui concerne la charité, bien
que ce qui est ajouté soit simple et qu'il en soit de même de ce
à quoi on l'ajoute, de cette addition résulte cependant quelque
chose qui, en essence, est plus, partant, quelque chose qui est
meilleur et, par conséquent, quelque chose qui est plus
grand; car, selon Saint Augustin (VI De Trinitale, capp. VII et
VIII): Dans le domaine des choses qui ne sont pas grandes par
la masse, être plus grand, c'est être meilleur. »
Le franciscain anglais Guillaume Vare ou Varon commentait
assurément les Sentences vers la fin du xiii" siècle ; il a été,
en effet, le maître de Jean de Duns Scot. En ses Questions sur
l'écrit de Pierre Lombard ',11 ne faut pas chercher la netteté et
I. Nous avons lu ces Questions dans le manuscrit n» i63 de la Bibliothèque muni-
cipale de Bordeaux. C'est un beau manuscrit du \iv' siècle, écrit sur parchemin, à
deux colonnes, orné de capitales rouges et bleues; l'écriture est très lisible, malgré
de noml)reuses ligatures; malheureusement, le copiste, ignorant le latin aussi bien
que le sujet traité, a semé son ouvrage d'une multitude de fautes; un lecteur du
XIV' siècle en a corrigé un bon nombre par des annotations marginales. L'ouvrage
ne porte pas de titre; il commence (fol. i, col. a) en ces termes : Queritur utrum finis
per se et proprius théologie ut est habitas srientijîcus perficiens viatorem sit cognitio vert
vel dilectio boni. Quod cognitio boni videtur quia Johannis 3° dicitur La dernière
phrase de l'ouvrage est :... Quod non o6sian<e quod sit cognocitivus qualitatum tangibi-
lium, tamen patitur qualitatibus tangibilibus. Elle est suivie de ces mots : Explicit liber
quartus Varonis. Vient ensuite une Summa omnium questionum hujus libri et une
Reduccio precedentium questionum oer alfabetam.
l8o BULLETIN HISPANIQUE
la vigueur de pensée qui se marque en celles de Richard de
Middleton ; prolixe, confuse, peu ordonnée, la discussion de
Guillaume Varon n'aboutit bien souvent qu'à des conclusions
hésitantes, qui sont moins une synthèse des opinions émises
par divers auteurs qu'une cote mal taillée entre ces opinions.
La charité croît-elle par addition de quelque partie positive?
C'est une des questions que Guillaume Yaron discute comme
l'ont discutée ses prédécesseurs».
En faveur de la réponse affirmative, certains présentent cet
argument : « L'augmentation des qualités se comporte par
rapport à la qualité exactement comme l'augmentation des
quantités se comporte par rapport à la quantité; l'augmen-
tation des qualités se fait donc par addition. »
La réponse négative est, au contraire, commune à deux
théories, que Yaron décrit sans en nommer les auteurs, mais
où nous reconnaissons sans peine la doctrine de Saint Thomas
d'Aquin et la doctrine de Gilles de Rome.
Selon cette doctrine -là, « lorsque Dieu a créé la première
charité qu'il a, tout d'abord, infusée à un homme, il a créé
en puissance, en cette charité, tous les degrés qu'elle est
susceptible de prendre en acte; lorsqu'il plaît à Dieu d'ac-
croître cette charité, il tire à l'acte un de ces degrés de charité
qui étaient en puissance et ainsi, l'habitude totale en devient
plus intense. »
A cette doctrine-là, les partisans de l'autre doctrine ripostent
que « la chaleur n'est pas, par elle-même, en puissance d'une
plus grande chaleur; cette puissance à une chaleur plus
grande, c'est dans le sujet même qu'elle se trouve; si le sujet
ne possédait cette puissance au changement, il ne pourrait
pas recevoir une chaleur plus grande; la chaleur plus grande
se tire donc de la puissance du sujet, et non pas de la puis-
sance de la chaleur. «
De l'une comme de l'autre doctrine, les tenants refusent de
voir en l'accroissement de la charité ou de la chaleur l'addi-
I . Guillelmi Varonis QuassUones in libros Sententiarum ; quaest. 67' : Queritur utrum
charitas augetur per aJditionem alicujus partis positiva;? (Circa Lib. I, Dist. XII;
ms. cit., fol. b'4, col. a, à fol. 5G, col. a.)
DOMINIQUE SOTO ET LA SCOLASTIQUE PARISIENNE l8l
tion d'une nouvelle charité ou d'une nouvelle chaleur à une
charité ou à une chaleur préexistante. « Une telle addition
d'une partie à une autre partie ne peut pas faire que la charité
devienne plus grande. De même qu'une tiédeur ajoutée à une
autre tiédeur ne fait pas une chaleur plus intense, de même,
une partie de charité ou une charité tiède ajoutée à une autre
charité tiède ne fera pas qu'elle devienne plus grande. »
A cette argumentation, Varon répond en ces termes : « Ce
que l'on dit ici de la tiédeur ajoutée à la tiédeur est sans
valeur; voici, en effet, la raison pour laquelle une tiédeur
ajoutée à une autre tiédeur ne fait pas une chaleur plus
intense : Lorsqu'on ajoute ainsi une tiédeur à une autre, on
ajoute en même temps le sujet de l'une de ces tiédeurs, de
l'eau par exemple, au sujet de l'autre tiédeur; ces sujets,
ajoutés l'un à l'autre, empêchent la chaleur de devenir plus
intense. Si d'un corps tiède, on prenait ce qui est précisément
la chaleur, si l'on prenait de même ce qui est chaleur en un
autre corps tiède et que l'on plaçât ces deux chaleurs en un
même sujet, je dis que cela ferait une chaleur plus grande. »
Cette réponse vaut d'être notée; nous entendrons bientôt
Jean de Bassols la reprendre avec plus de précision.
Entre les diverses opinions qui ont été émises touchant
l'addition des qualités, la raison de Varon demeure singuliè-
rement flottante. 11 admet que l'essence d'une qualité ne
comporte pas de parties essentielles et formelles, mais qu'elle
admet des parties matérielles et accidentelles ; ce sont ces der-
nières parties qui, s'ajoutant les unes aux autres, rendent la
qualité de plus en plus intense. D'autre part, il accorde à
Gilles de Rome que le sujet, plus ou moins disposé à recevoir
une qualité déterminée, contribue à l'intensité plus ou moins
grande de cette qualité.
La latitudo formas , selon Varon, ne se trouve pas en la forme
en tant que cette forme est à son degré infime ou à son
degré suprême ; elle s'y trouve en raison des degrés intermé-
diaires entre le premier et le dernier; ce n'est ni une latitude
potentielle ni une latitude actuelle, mais une latitudo in
consequenti; par ces mots, il entend quelque attribut où se
l82 BULLETIN HISPANIQUE
rencontrent à la fois de la puissance et de l'acte. Lorsque la
forme est à son degré suprême, sa latitude n'a plus rien de
potentiel; elle est en entier réduite à l'acte. Ce sont là pensées
qui nous ramènent de nouveau à la doctrine thomiste ; c'est
bien ainsi, selon cette doctrine, que se doit concevoir la lati-
tude de la forme.
Plus ferme et plus cohérente que celle de son maître
Guillaume Varon, l'opinion de Jean de Duns Scot semble
s'être inspirée de la doctrine de Richard de Middleton dont
elle n'égale cependant pas la netteté.
Jean de Duns admet formellement, tout d'abord', a que
cette réalité positive qui existait en une charité moindre
demeure réellement la même en une charité plus grande».
Par là, le Docteur Subtil rejette la théorie selon laquelle ce que
l'on nomme augmentation d'une qualité serait une suite inin-
terrompue de destructions et de générations, une qualité étant,
à chaque instant, anéantie et remplacée par une qualité plus
intense.
Après avoir ainsi repoussé le système de Godefroid de Fon-
taines, Duns Scot argumente vivement contre celui qu'avait
soutenu Gilles de Rome, et il conclut en ces termes :
« La réalité positive qui préexiste en une charité moindre
n'est pas toute la réalité positive qui existe en une charité plus
grande. Bien plus! Je dis que si cette charité plus grande et
cette charité moindre étaient toutes deux séparées du sujet où
elles se trouvent, la plus grande^urait, en elle, la réalité posi-
tive de la plus petite et, en outre, une autre réalité ajoutée
à celle-là ; et cela en supposant, par impossible, que toute
relation avec le sujet fût supprimée. De même, si l'on suppo-
sait que la quantité de masse (quantitas molis) fût séparée de
son sujet et, par impossible, qu'elle n'eût aucune inclination
vers ce sujet, une quantité étendue continuerait à être plus
grande qu'une autre; la plus grande contiendrait' toute la
réalité positive de la plus petite et, en outre, quelque chose
qui serait ajouté à cette réalité. »
I. Primas liber Joannis Duns Scoti Doctoris Subtilis saper S entent ias ; Dist. XVIF,
quaest. III.
DOMINIQUE SOTO ET LA SCOLASTIQUE PARISIENNE lS3
Comme Richard de Middleton, Duns Scot admet que la
forme qualitative « est douée de la simplicité qui s'oppose à
la quantité de masse; lorsqu'on ajoute une telle forme à une
forme semblable, on n'obtient rien qui soit plus grand en
masse (majiis seciindum molem)... Qu'on accorde donc à la
forme cette simplicité opposée à la quantité de masse; il
n'y aura rien là qui contredise à l'intensité, car celle-ci se
rapporte à la quantité de perfection et de force (qiianlilas
perfectioïiis et virtulis) » .
La théorie dont Richard de Middleton et Jean de Duns Scot
ont tracé l'esquisse, nous la voyons dessinée en contours très
fermes par l'élève préféré de Duns Scot, Jean de Rassois.
Du premier coup', la discussion de Jean de Rassois pénètre
au cœur même de la question; elle définit le sens étroit du
terme quantité en la Logique d'Aristote et le sens infiniment
plus large que lui ont attribué Richard de Middleton et Jean
de Duns.
« Je dis, en premier lieu, qu'il y a deux sortes de quantités.
» Il y a, d'abord, la quantité de masse (qiianlilas molis) qui
est un rapport d'étendue^ ou la quantité discontinue (quantitas
discretionis) ; cette quantité-là est une catégorie; par le genre
dans lequel elle se range, elle est une détermination de l'être.
» Il y a, d'autre part, une quantité transcendante; c'est la
quantité de perfection en l'essence ou la quantité de force en
Vaction (quantitas perfectionis in essendo vel virtutis in agendo) ;
cette quantité-là n'est d'aucun genre déterminé. »
A l'appui de cette distinction, Jean de Rassois, comme
l'avait fait Richard de Middleton, invoque ce texte de Saint
Augustin : « Dico quod in hiis qux non sunt mole magna, illud
est majus quod melius. » Puis il poursuit en ces termes :
« De même qu'il y a deux sortes de quantités, il y a deux
sortes de mouvements de quantité.
1. Opéra Joannis de Bassolis Doctoris Subtilis Scoti (sua lempexlate) fidelis Discipuli,
Philosophi, ac Theologi profundissimi, In Quatuor Sententiarum Libros (crédite) Aurea...
Veriundantura Francisco Regnault : Et Joanne Frellon. Parisiis. In fine : Anno JESU
Aeterni Régis sesquimillesimo decimoseptimo Nono Idus Septembres. Lib. I,
Dist. XVli, quaest. II : Utrum charitas augeatur vel potest augeri? f(jll. cxiiii-cxvii.
2. Au lieu de: extensionis, le texte, très fautif, porte : intensionis.
l8/i BULLETIN HISPANIQUE
» L'un de ces mouvements va d'une quantité de masse
imparfaite à une quantité de masse parfaite ou inversement;
c'est le mouvement que l'on nomme augmentation ou diminution.
» L'autre va d'un degré imparfait qu'atteignait une forme
en son essence ou une forme en son action à un degré parfait,
ou bien il va en sens contraire; il est proprement nommé
tension (intensio) ou détente (remissio); mais on le désigne
aussi par le même nom que le mouvement précédent, savoir
augmentation ou diminution, n
Après avoir réfuté les diverses opinions émises, au sujet de
la tension et de la détente des formes, par Gilles de Rome,
dune part, et par Godefroid de Fontaines, d'autre part, notre
auteur formule sa propre opinion :
« La charité et, de même, toute forme susceptible de tension
ou de détente augmente par l'apposition d'un nouveau degré
réel, de même sorte que le degré préexistant; ce degré nouveau
est ajouté au degré préexistant au sein du même sujet; ils
forment alors un individu unique de la même forme, mais
cet individu est plus parfait que celui qui existait auparavant. »
En effet, « en toute forme spécifique, en toute qualité
naturelle susceptible de tension ou de détente, il est possible
de marquer des degrés multiples qui en sont les parties
matérielles, au sens où Aristote, au septième livre de la
Métaphysique, prend le mot parties matérielles
)) Par degré de charité ou d'une forme quelconque, j'entends
un certain individu de cette forme ; cette forme se trouve, en
cet individu, limitée et définie quantitativement de la manière
qui lui est propre, de la manière selon laquelle on peut dire
que la forme, en cet individu, a telle ou telle quantité
déterminée. Je donne donc le même sens, en la proposition
qui m'occupe, aux mots : degré de forme, et aux mots :
individu limité de cette forme ; il revient au même de comparer
un sujet qui a un plus grand degré de cette forme à un autre
sujet qui en a un moindre degré ou de dire que l'on a affaire
à un individu plus parfait de cette forme et à un individu
moins parfait.
» De là résulte aussitôt la conséquence suivante : De même
DOMINIQUE SOTO ET LA SCOLASTIQUE PAHISIEINNE l85
qu'un sujet unique ne possède en soi qu'un seul individu
de la forme considérée, de même il ne possède cette forme,
en un même temps, que sous un seul degré. Lors donc qu'en
l'accroissement dont nous parlons, au degré de cette forme
qui préexistait dans le sujet vient s'adjoindre un nouvel
individu de la même forme, il est manifeste que du degré
précédent et du degré nouveau se constitue un individu total
unique, et l'on a la forme en un autre degré. »
Un exemple précisera pour nous la pensée de Jean de
Bassols.
Considérons des corps échauffés. En chacun de ces sujets,
la forme qualitative qu'est la chaleur a une certaine extension,
qui dépend de la grandeur du corps échauffé, et une certaine
intensité, qui fait dire que tel corps est plus chaud que tel
autre sans que l'on tienne compte de leurs grandeurs respec-
tives. Chacune de ces intensités est un individu de la même
forme spécifique que nous nommons chaleur; elle est aussi
un degré de chaleur. Ces chaleurs individuelles sont, d'ailleurs,
plus ou moins fortes, ces degrés .de chaleur sont plus ou
moins élevés, selon que les divers sujets où nous les voyons
réalisés sont plus ou moins chauds. Mais en un même sujet,
à un même instant, il y a une seule chaleur individuelle, un
seul degré de chaleur.
Si nous prenons la chaleur individuelle ou le degré de
chaleur qui était réalisé en un certain corps tiède ; si nous
le supposons détaché du sujet où il se trouvait concrétisé
pour le transporter en un autre corps tiède, il va se joindre
à la chaleur individuelle, au degré de chaleur qui préexistait
en ce dernier sujet, et de ces deux chaleurs individuelles se
formera une chaleur individuelle unique plus parfaite, partant
plus intense, que chacun des deux individus composants ;
de ces deux degrés de chaleur se constituera un degré unique
plus élevé que chacun des deux degrés préexistants; en ajou-
tant une tiédeur à une tiédeur, on aura produit une chaleur.
Que l'on n'aille pas faire à notre auteur cette objection :
De l'eau tiède ajoutée à de l'eau tiède ne donne pas de l'eau
chaude; Guillaume Varon lui a appris à ne pas redouter
l86 BULLETIN HISPANIQUE
cette objection; il répond, fort justement d'ailleurs, qu'après
cette opération, les deux tiédeurs ne sont, pas plus qu'avant,
au sein du même sujet :
(( Les deux corps chauds que voici sont quelque chose
de plus que chacun d'eux; cela résulte clairement de l'effet
qu'ils produisent, car, réunis, ils engendrent en un troisième
corps une chaleur plus intense que celle que chacun d'eux
y engendrerait isolément ; si donc on ajoutait la chaleur
de l'un à la chaleur de l'autre, on produirait quelque chose
de plus grand en intensité, de même que l'effet de ces deux
chaleurs est plus intense que l'effet de chacune d'elles prise
isolément. Cela se voit clairement en prenant exemple des
poids; deux pierres ou deux graves pris ensemble pèsent
plus que Tun d'entre eux, et cela d'une manière extensive;
mais si l'on ajoutait la pesanteur ou gravité de l'un de ces
corps à la pesanteur ou gravité de l'autre, et cela de manière
à faire une seule pesanteur ou gravité par l'union des deux
pesanteurs ou gravités, le résultat serait plus pesant en inten
site que chacune des deux pesanteurs prise isolément ; et cela
est naturel, bien qu'aucune de ces deux pesanteurs, considérée
séparément, ne soit plus parfaite que l'autre. »
Le choix de ce dernier exemple semble particulièrement
propre à rendre la pensée de Jean de Bassols accessible à nos
modernes intelligences; sous l'influence d'un texte de Saint
Augustin, et à l'imitation de Richard de Middleton et de
Duns Scot, Bassols a distingué deux sortes de quantités, la
quantité de masse et la quantité de force; or, ici, il se trouve
que l'extension, qui est une quantitas molis, correspond préci-
sément à ce que nous nommons masse, et que la quantitas
virtutis est ce que nous appelons force.
La netteté que nous venons d'admirer en la doctrine de
Jean de Bassols ne se retrouve pas toujours dans les théories
de ses contemporains et de ses successeurs; d'ailleurs, parmi
ceux-ci, plus d'un, même parmi les Franciscains ou parmi
les disciples de Duns Scot, tendaient à abandonner la doctrine
inaugurée par Richard de Middleton pour revenir à des opi-
nions plus voisines de celle de Saint Thomas.
DOMINIQUE SOTO ET LA SCOLASTIQUE PARISIENNE 187
Ainsi, Antonio d'Andrès, en son Commentaire aux Sentences^,
admet bien qu'en un corps qui blanchit, le degré préexistant
de blancheur n'est pas détruit et que raccroissement de blan-
cheur est dû à l'addition d'une réalité nouvelle, d'un degré
nouveau, qui s'unit au précédent pour composer une forme
individuelle unique; mais son exposition est fort concise, fort
peu explicite, en sorte qu'on la pourrait aussi bien solliciter
dans le sens de renseignement thomiste que dans le sens de
renseignement scotiste.
C'est vers le premier de ces enseignements que semble
pencher Antonio d'Andrès lorsqu'il commente le Livre des six
principes de Gilbert de la Porrée-. A cette question : « En
l'essence d'une forme accidentelle, y a-t-il des degrés intrin-
sèques et essentiels par lesquels se produise l'accroissement ou
la diminution de cette forme? » il répond en ces termes :
« La forme accidentelle considérée possède de tels degrés. Et
j'ajoute que la raison précise qui permet à la forme de croître
ou de diminuer est la latitude de degrés (latitudo graduam) qui
est en elle ; cette latitude n'est pas autre chose qu'une absence
de limitation en la forme qui est susceptible de plus ou de
moins. » C'est, semble-t-il, l'opinion thomiste qui inspire ces
lignes où le mot latitudo paraît employé au sens même que lui
donnait Henri de Gand, que lui conservait Durand de Saint-
Pourçain.
L'opinion qu'Antonio d'Andrès esquisse brièvement, le
Franciscain Pierre Auriol la développe avec netteté en son
second commentaire au premier livre des Sentences, commen-
taire qui fut composé en i3i8 ou, au plus tard, en iSig^.
1. Ant. Andreae Conventualis Franciscani, ex Aragoniae provincia ac loannis Scoti
Docloris Subtilis discipuli celeberritni In quatuor Sententiarum Libros opus longe absolu-
lissimum... Venetiis, Apud Damianutn Zenarum. MDLXXVIII. In. I Lib. Distinct.
WII, quaest. III, foll. 30 v» et 87 r».
2. Questiones Scoti Super Universalia Porphy. necnon Aristotelis Predicamenla ac
Periarmenias — Item super libros Elenchorum. — Et Antonii Andrée sufier libro Sex
principiorum — Hein questiones Joannis Angelici super questiones universales eiasdem
Scoti. Coloplion : Subtilissime questiones... féliciter expliciunt. Impresse Venetiis
pei. Philippum pincium Mantuanum. Anno Domini 1312. die i Decembris. —
Questiones clarissimi doctoris Antonii Andrée super sex principiis Gilberti Porretani.
Quest. XVII : Utrum in essenlia forme accidentalis sit dare gradus intrinsecos
essentiales secundum quos possit suscipere magis et minus? fol. 61, coll. c et d.
3. Noël Valois, Pierre Auriol, frère mineur (Histoire littéraire de la France,
t. \XXIII, lyoG; p. 485 et p. 5oij>.
BULLETIN HISPANIQUE
Pierre Auriol admet, en premier lieu', avec Duns Scot, que
toute forme dont l'intensité croît fait l'acquisition d'une
certaine réalité nouvelle; il admet, en second lieu% à ren-
contre de l'opinion soutenue par Godefroid de Fontaines,
que cette acquisition d'une réalité nouvelle n'entraîne la
destruction d'aucune réalité contenue en la forme préexis-
tante. Mais il n'admet pas en sa plénitude la doctrine
soutenue par Richard de Middleton, par Jean de Duns Scot,
par Jean de Bassols. « Cette réalité, dit-il^, par laquelle une
charité moindre devient plus parfaite et plus intense n'est
pas une charité entière, qui puisse être distinguée d'une
manière précise; elle n'a pas reçu en partage la réalité,
la raison spécifique que possède une charité individuelle; elle
participe à la réalité, à la raison spécifique de la charité par
l'effet d'une sorte de réduction ; elle est, pour ainsi dire, une
co-clicirité (concharllas). C'est une réalité qu'il est absolument
impossible, soit d'une manière effective, soit par abstraction,
de prendre séparément. La divine Puissance elle-même ne
pourrait la produire d'une manière isolée; elle ne peut ni
recevoir une existence distincte et déterminée, ni être conçue
par l'intuition; elle n'est intelligible qu'autant qu'elle est
conçue avec autre chose qui la termine. L'intelligence même
d'un ange ne pourrait, par intuition, diviser en deux charités
distinctes la charité qui a subi une augmentation. Lorsque la
charité augmente, elle se comporte comme un être auquel on
ajoute quelque chose qui n'est pas une charité, mais qui fait
partie de la charité (aliquid charilatis, non charitas). On doit
comprendre de la môme manière l'augmentation de la blan-
cheur, de la chaleur et de toute autre forme. »
Le Carme anglais Jean Baconthorpe (f i3/i6) emploie le
mot latitudo fonnœ en le définissant comme l'ont défini
Henri de Gand et Antonio d'Andrès : « La cause précise,
I. Commentariorum in primum Ubrum Sentcnliaram. Pars prima. Auctore Petro
Aureolo Verberio Ordinis Minorum Archiepiscopo Aquensi S. R. E. Cardinali.- Ad
Clementem VllI. Pont. Opt. Max. Roraac. Ex Typographia Vaticana. MDXCVl.
Lib. I, Disl, XVII, pars tertia, artic. secundus, p. 435.
• 3. Petrus Aurcoli, loc. cit., p. 436.
3, Petrus Aureoli, loc. cit., p. 44i.
DOMINIQUE SOTO ET LA SCOLASTIQLE PARISIENNE 189
dit-il', pour laquelle une forme est susceptible de plus ou de
moins, c'est la latitude que la forme possède, en son essence
même, d'acquérir ou dé perdre des degrés. Si vous me
demandez pourquoi la blancheur peut être, en un même sujet,
tantôt plus intense et tantôt plus affaiblie, je dis que la cause
précise en est la suivante : La blancheur peut tantôt affecter
son sujet et tantôt le délaisser, de telle manière qu'elle y ait
une existence plus intense ou moins intense. » De la théorie
thomiste, l'auteur semble glisser, en ce passage, à la théorie
égidienjie.
Mais lorsqu'il s'agit de préciser de quelle manière se fait, en
une forme qui croît, cette acquisition de degrés nouveaux,
Baconthorpe admet pleinement la théorie de Pierre Auriol
dont il invoque l'autorité 2 et dont il cite à peu près textuelle-
ment les paroles.
C'est contre cette opinion de Pierre Auriol, son confrère en
l'ordre franciscain, que Guillaume d'Ockam argumente avec la
netteté et la rudesse dont il est coutumier^; et lorsqu'il veut,
avant de la réfuter, exposer cette opinion, ce sont les termes
mêmes d'Auriol qu'il reproduit sans y rien changer.
u Cette réalité qui advient à la charité préexistante, » répond
le Venerabilis Inceplor, « est une véritable charité, tout comme
une partie d'eau est de l'eau véritable, comme une partie de
blancheur, abstraction faite du lieu qu'elle occupe et du sujet
qu'elle informe, est une véritable blancheur. »
Lorsqu'on ajoute l'une à l'autre deux réalités qui se trouvent
en des sujets distincts, la somme a plus d'extension, mais non
1. En Lector Doctoris resoluti loannis Bacconis Anglici Carmelitœ radiantissimum
opus super quatuor sententiaruni libris — Colophon du premier livre : Theologi excei-
lentissimi Joannis Bacconis Anglici Carmelitae Questiones disputate in primum
sententiarum. Explicite Mediolani. In officina libraria Leonardi Vegii anno MDX
die XXIII Aprilis. Lib. 1, Dist. XIV, quaest. I, art. V; fol. cviii, col. c.
2. Joannis Bacconis Op. laud.. Lib. I, Dist. XVl, quaest. I, art. III; fol. cxvii,
col. 6.
3. Tabula ad diversas hujus operis Magis<ri Guilh'elmi de Ockam super quatuor libros
sententiarum annotationes et ad centilogii theologici ejusdem conclusiones facile repe-
riendas opprime conducibiles. Colophon (à la fin des Questiones super quatuor senten-
tiarum libros): Impressum est autem hoc opus Lugduni per M. Johannem ïrechsel
Alemannum: virum hujus artis solertissimum. Anno domini nostri MCCCGXGV.
Die vero décima mensis Novcmbris. Libri primi Dist. XVII ; quajst. XVII : Item quœro
utrum in augmentatione charitatis illud quod additur sit ejusdem speciei specialis-
sime cum charitate prtccedente separata ab ea?
Bull, hispan. i3
190 HULLETIIN HlSP\i\IQUE
plus d'intensité que les parties. « Mais lorsque deux réalités de
même espèce peuvent exister en un même sujet, l'addition de
l'une de ces réalités à l'autre ne fait pas qu'une même chose
devienne plus grande en extension, mais seulement en intensité ;
on dit non que cette chose est devenue plus grande (majus taie),
mais qu'elle est devenue p/Ms de telle manière (magis taie)...
» Entre l'augmentation d'une quantité et l'accroissement
d'une qualité, il y a une ressemblance et une difï'érence.
La différence consiste en ceci : En l'augmentation de la qualité,
il y a une certaine réalité absolue et totalement nouvelle qui,
avec la réalité précédente, forme une chose unique; il n'en est
pas de même en l'augmentation d'une quantité...
» Contre ce que nous venons de dire, un certain docteur
argumente de la sorte: Le semblable ajouté à son semblable
n'en est point accru. Gela est évident, car si l'on ajoute une
tiédeur à une autre tiédeur, la chaleur n'est point augmentée.
L'augmentation ne peut donc être l'effet d'une telle addition...
» A cet argument, je réponds ainsi : Lorsqu'on ajoute une
tiédeur à une autre tiédeur, ces deux chaleurs atténuées
demeurent en des sujets distincts, comme auparavant ; aussi
la chaleur n'en est-elle pas augmentée; mais elle serait accrue
si l'addition des deux tiédeurs se faisait en un même sujet. »
Entre la pensée de Jean de Bassols et celle de Guillaume
d'Ockam, l'accord est parfait.
Forte, à la lois, de l'autorité de Duns Scot et de celle de
Guillaume d'Ockam, la théorie qui assimile l'accroissement
d'une qualité à l'augmentation d'une quantité ne manqua pas
de s'imposer aux maîtres les plus célèbres de l'École de Paris.
Jean le Chanoine nous apprend' qu'en l'opinion de certains
docteurs, tout degré qui vient s'ajouter à une forme préexis-
tante pour fortifier l'intensité de cette forme est plus parfait,
plus riche d'existence actuelle que le degré précédent. Il com-
bat cette opinion et, avec Guillaume d'Ockam, il soutient
« qu'une forme douée d'intensité comprend plusieurs degrés
de même espèce, tels que le degré précédent et le degré sui-
I. Joannis Canonici Qasestiones super VllI libros Physicoruin Arislotelis perulUes;
lu lib. V qua^'st. III; tcrtiuin diibiuin.
DOMINIQUE SOTO tT LA SCOLASTIQLE PAKISIENNE KJl
vaut; que le degré suivant, pris d'une manière précise qui Ife
distingue du degré précédent, n'est ni plus parfait, ni moins
parfait que celui-ci; que si, au contraire, on considère ce degré
comme comprenant en lui le degré inférieur, comme pris en
même temps que ce degré inférieur, il est plus parfait que ce
degré plus faible considéré isolément. » 11 admet que deux
tiédeurs font, lorsqu'on les ajoute entre elles, une chaleur
plus forte, pourvu que l'addition se fasse au sein du même
sujet.
L'Augustin Grégoire de Rimini, en son célèbre commentaire
sur les deux premiers livres des Sentences, qu'il acheva en
1344, tient également pour la doctrine commune à Duns Scot
et à Ockam; il admet' « qu'en toute tension d'une forme,
qu'elle se produise successivement ou qu'elle ait lieu subite-
ment, le sujet qui devient davantage de telle sorte [inagis laie)
acquiert une certaine partie de forme qu'il ne possédait pas
auparavant; de même, en toute détente, le sujet perd une
partie de forme qu'il contenait antérieurement. » Grégoire
emploie toutes les ressources de sa très subtile et très puissante
dialectique à réfuter les opinions contraires à cette théorie,
particulièrement celle de Gilles de Rome et celle de Walter
Burley. Il termine son exposé par ces lignes, qui sont la con-
tradiction formelle de ce que Saint Thomas avait dit de la
question qui nous occupe : « Si l'on dit qu'une forme est
d'autant plus imparfaite quelle est plus composée, je nie cette
proposition; au sujet de la composition que j'admets, je
prétends qu'une forme est d'autant plus parfaite quelle est
plus composée. »
En la première moitié du xiv" siècle, donc, les plus célèbres
des Scotistes et des Nominalistes ont conspiré à l'achèvement
de l'œuvre que Richard de Middleton et Jean de Duns Scot
avaient inaugurée; délaissant la doctrine péripatéticienne,
efl'açant la distinction si tranchée qu'elle marquait entre la
catégorie de la quantité et la catégorie de la qualité, ils ont
établi une étroite analogie entre l'augmentation d'une quantité
et la tension d'une forme qualitative ; l'accroissement d'une
1. Gregorius de Arimiiio In primuin SeiiLenliarum ; Dist. XVIl, qutest. IV
1(J3 BULLETIN HISPANIQUE
intensité, comme l'accroissement d'une grandeur, résulte de
l'addition de parties à d'autres parties de même espèce.
Cette théorie entraîne tout aussitôt un corollaire d'une
extrême importance : L'intensité d'une qualité est désormais
susceptible de mesure, comme lest la grandeur d'une quantité;
de même qu'ils s'appliquent à de telles grandeurs, les raison-
nements et les opérations de l'Arithmétique peuvent combiner
entre elles les diverses intensités de formes de même espèce ;
il sera permis de considérer des lallludes multiples et sous-
multiples les unes des autres.
Sans même prendre la peine de formuler explicitement ce
principe que leur doctrine justifiait, les Scolastiques se sont
hâtés d'en faire un constant usage.
Déjà, en i3/i/i, Grégoire de Rimini considère' des latitudes
qui sont doubles l'une de l'autre ; déjà il parle de la vitesse
avec laquelle se produit la tension d'une forme, distinguant le
cas oiJ ce changement est uniforme (uniformis) et se fait avec
une vitesse constante du cas où cette vitesse change avec le
temps ; le même langage arithmétique lui sert à traiter du
mouvement d'altération et du mouvement local.
A la fin de son Tractatus proportioniim, après avoir traité du
mouvement local et du mouvement de dilatation, Albert de
Saxe traite du mouvement d'altération. «. 11 faut savoir, dit-il,
qu'en l'altération, on peut considérer deux sortes de succes-
sions, la succession en extension et la succession en intensité. »
Il admet, d'ailleurs, que, « dans le mouvement d'altération, la
vitesse croît comme la qualité acquise en tant de temps... Si,
par exemple, des sujets inégaux acquièrent en une heure des
qualités égales, ils sont altérés avec une égale vitesse ; si les
qualités acquises sont inégales, ces sujets lie sont pas altérés
avec une égale vitesse. »
Le langage qui avait cours pour traiter du mouvement
local ne tarde pas à s'étendre, afin qu'il soit possible de
discourir des formes qualitatives. Walter Burley et Albert de
Saxe nous ont appris qu'un mouvement devait être appelé
uniforme (uniformis) lorsque la vitesse a même grandeur en
I. Gregorii de Arimino Op. Laud., Lib. I, Dist. Wll, quaest. V.
DOMINIQUE SOTO ET LA SCOLASTIQIJE PARISIENNE IqS
tout point du mobile; s'il n'en est pas ainsi, le mouvement est
difforme (dijformis). Ces qualificatifs : uriiformis, difformis, nous
les voyons bientôt servir à désigner une qualité selon qu'elle
atteint ou qu'elle n'atteint pas même intensité en tous les
points du sujet quelle affecte.
L'Arithmétique, d'ailleurs, ne manque pas de préciser
l'allure de certaines qualités difformes. Imaginons que le sujet
informé par une certaine qualité ait la figure d'une simple
ligne droite ; si l'accroissement que subit l'intensité de la forme
qualitative, lorsqu'on passe d'un point à l'autre de cette droite,
est proportionnel à l'augmentation de la distance entre le point
affecté et l'origine de la droite, la qualité est dite uniformément
difforme (uniformiter difformis). Entre les latitudes uniformé-
ment difformes, on distingue celles qui commencent à zéro
(incipiens a non gradu) et celles qui commencent à tel ou tel degré.
Ce langage va bientôt devenir courant dans les écoles. Les
mots: chaleur uniforme, chaleur uniformément difforme (ccdor
uniforniis, calor uniformiter difformis) se rencontrent déjà en
l'une des questions qui sont adjointes aux Commentaires sur les
Sentences composés par Robert Holkot'. Or le Dominicain
anglais Robert Holkot mourut en i349, après avoir enseigné
à Oxford et à Paris. A la vérité, il est permis de mettre en
doute l'authenticité des Determinatœ quœsliones qui lui sont
attribuées ; en les publiant, Josse Bade les fait précéder de
l'avertissement que voici : « Beaucoup supposent que ces
questions ont été réunies par les disciples d'Holkot ou que
celui-ci, au cours de son enseignement, les a professées en un
gymnase public. » En tout cas, que la question Sur le maxi-
mum et le minimum soit ou non d'Holkot, elle n'en témoigne
pas moins que ces expressions : qualitas uniforniis, qualitas
uniformiter difformis étaient communément entendues, dans
les écoles, vers le milieu du xiv* siècle; et ces expressions
supposent de la manière la plus évidente que les formes quali-
I. Magistri Roberti Holkot Saper quatuor libros sentent iarum questiones. Quedam
conferentie. De imputabilitate peccati questio longa. Determinationes quarundam aliarum
questionum. Tabule daplices omnium predictorum. Colophon : Hujiis operis diligenter
impressi Lugduni a magistro Johanne Trechsel alemanno. anno salutis nostre.
MCGCCXCVII. ad nonas Aprilis. Determinatio questionis I : De maximo et minimo.
T94 BULLETIN HISPANIQUE
tatives puissent, comme les grandeurs, être soumises à la
mesure et donner prise aux opérations de l'Arithmétique.
Les réflexions des physiciens modernes sur la définition de
certaines propriétés, telles que la température, nous ont appris
à suivre le détour logique par lequel il nous est possible de
repérer l'intensité de telles propriétés à l'aide de degrés, partant
d'en discourir en langage mathématique, sans les dépouiller
de leur caractère qualitatif, sans en faire des quantités compo-
sées de parties et susceptibles d'addition et de mesure. Mais ce
détour ne pouvait s'offrir, tout d'abord, à l'esprit des philoso-
phes. Il est naturel que la faculté de soumettre les latitudes des
formes qualitatives aux opérations arithmétiques ait été le prix
de l'hypothèse qui assimilait les intensités de ces formes à des
quantités. Ce que la Physique a gagné tout aussitôt par l'usage
d'une telle faculté, nous Talions connaître en étudiant l'œuvre
de Nicole Oresme.
P. DUHEM.
(A suivre.)
INVENTAIRE DE LA COLLECTION EDOUARD FAVRE
( Suite'.)
Vol. LIX.
lieciiell de pihes diverses relatives à l'histoire de la France et de
l'Espagne {.\v''-.\vi'' siècles). — Copies dii x\i' siècle.
Fol. I. Testament du roi René [1" d'Anjou]; 22 juillet il\'jf\.
Fol. i5. Testament du roi Charles [II d'Anjou]; 10 décembre i^Si.
— En latin.
Fol. 3i. Acte d'alliance héréditaire conclue entre les cantons helvé-
tiques et la maison d'Autriche, à Badcn le 7 février i5ii. — En
français. (Voir le texte allemand de ce traité dans Amtliche Sammlung
der àltern eidgenôssischen Abschiede, Eand 3, Abt. 2, Lucerne, 1869,
in-/io, p. iSlii-iSf\'].)
Fol. /ji. u Les ordonnances faictes [par l'empereur Maximilien] sur
l'ostel de Monseigneur l'archiduc Cliarles d'Austrice, prince d'Es-
paigne» ; Malines, mars i5ii. — En français.
Fol. 67. w Comme les ducz de Bourgoingne sont descenduz des
Roys de France» ; s. 1. n. d. Ce mémoire s'arrête au règne de
Charles-Quint. — En français.
Fol. 77. « Mémoire sur l'estat de la Maison du duc Charles de
Bourgouigne » ; [vers i5io]. — En français.
Fol. 119. (I De l'ornement de l'église de Saint-Rambaull de Malines
et de la serviture de la chappelle royalle», à l'occasion des honneurs
funèbres rendus à [Philippe le Beau]; mémoire adressé à Marguerite
d'Autriche; [i5o6]. — En français.
Fol. 129. Traité conclu à Madrid entre Charles-Quint et François I",
le i4 janvier lôaô. — En français.
Fol. 159. Traité conclu à Cambrai entre Charles-Quint et François I",
le 5 août 1629. — En français.
Fol. 189. Traité conclu en i535 entre Charles-Quint et Mouley
Alhacen, roi de Tunis. — En français,
I. Voir Bull. hisp.. l. \I, p. 293; \II, p. /19, i/|0. 317; XIH, p. 61.
If)^ BULLETIN HISPANIQUE
Fol. 197. (( Ordonnances et instructions faictes par l'empereur
[Charles -Quint], en la ville de Bruxelles, le 28 jour d'août i54i,
sur la conduicte de la Chambre des comptes en Brabant. » — En
français.
Fol. 2i3. Copie incomplète du traité conclu à Soissons, entre
Charles V et François I", le 18 septembre i544- — En français.
Fol. 233. « Recueil fait en brief des gaiges, pensions et aussi des
livrées ordinaires que preignent et lièvent de l'empereur les s" grand,
second et autres chambellans, grand maistre et autres maistres
d'hostelz, les gentilshommes de la chambre de la bouche de sa
Maison, et autres seigneurs gentilshommes et officiers de la Maison de
Sa Majesté... ; le dit recueil fait à Utrecht... au mois de janvier i546. »
— En français.
Fol. 25/i. Mémoire adressé de Vaucelles, au roi de France, le
4 janvier i555. — En français.
Fol. a65. « La négociation de Vaucelles » ; i555. — En français.
Fol. 291. « La capitulacion de la trefve d'entre l'empereur Charles-
Quint, Philippe roy d'Angleterre, son fils, et Henry II, roy de France,
à Vaucelles auprès de Cambray, le 5 février i555. » — En français.
Fol. 299. « L'ordre que fut tenu à la pompe funèbre de l'empereur
[Charles-Quint] laquelle se feit à Bruxelles le jeudi après Noël de l'an
i558. » — En français.
Fol. 3o3. « Sommaire du traicté de la paix entre le Roy de France
et le roi d'Espaigne, à Cambresy au mois d'avril lôôg. » — En
français.
Fol. 3o5. « Mémoire de ce que fut fait à Madrid pour les obsèques du
feu roy de France Charles IX.. les 18 et 19 juillet 1574. — En français.
Fol. 32 1. « ïraicté de la paix faicte... entre les estatz de ce Pays-
bas assemblés en la ville de Bruxelles et le prince d'Oranges, estatz de
Hollande et Zelande avec leurs associez, et publiée le 8° jour de
novembre 1576. » — En français.
Fol. 341. « Ce qu'il semble se devra observer pour l'encommence-
ment du service de son Alteze [Charles] à la mode de Bourgouigne; »
s. d. — En français.
(362 feuillets; 333 sur 241 millimètres.)
VoL LX.
Recueil de pièces diverses relatives aux Pays-Bas, 1556-i628.
Fol. I. Copie des pouvoirs donnés parle roi d'Espagne, Philippe II,
à sa soeur, Marguerite de Parme, pour le gouvernement des Pays-Bas;
[Gand,] 8 août ibbg. — En français.
INVENTAIRE DE LA COLLECTION EDOUARD FAVRE I97
Fol. 3. Copie des pouvoirs donnés par le même à la même pour le
gouvernement du comté de Bourgogne; Gand, 8 août lôSg. — En
français.
Fol. 5. « Instruction particulière à... la duchesse de Parme, de
Plaisance, etc., touchant la régence et gouvernement général ...de noz
pays et subjectz de par-deça » [Pays-Bas]; Gand, 8 août i55g. —
Copie en français.
Fol. 9. Titre de capitaine-général des armées des Pays-Bas, donné
par PhiUppe 11 à D. Fernando Alvarez de Toledo, duc d'Albe; Madrid,
ai avril 1667. — Copie.
Fol. 1 1 . « Très copias sacadas del Registro de los placartes de la
Villa de Anvers » (délais accordés aux marchands pour leurs
payements); Bruxelles, 16 novembre i556, 16 novembre i563 et
19 juin 1072. — En flamand avec la traduction espagnole.
Fol. 23. (( Relacion de las personas de los Estados Baxos a quien Su
Mag*^ hizo merced, y en que cosas y cantidades, en la consulta que
firrao en el Escorial a quatre de junio del ano de 1670, y de lo que el
duque de Alva les dixo de parte de Su Mag', y ellos respondieron, »
Fol. 32. « Copia de carta que el duque de Alva scrivio a los solda-
dos espaîïoles amotinados en Harlem, por julio de 1673. »
Fol. 34. « Copia de poder de lugartheniente, governador, y capitan
gênerai de los stados de Flandes » pour D. Luis de Requesens y Çûniga ;
Madrid, 19 octobre 1573.
Fol. 39. « Copia de carta que el comendador mayor [D. Luis de
Requesens y Zûniga] scrivio a Su Mag**, en 3o de deciembre i573. »
Fol. 43. Quatre lettres de Guillaume de Nassau, prince d'Orange, à
Julian Romero « maestre de camp et général de l'armée espagnoUe
estant par deçà »; Delft, 7, 8, 9 et 10 novembre 1673. — Originaux,
en français.
Fol. 5i. Lettre de Philippe [de Sainte Aldegonde, sieur] de Noir-
carmes, au duc d'Albe; Utrecht, 10 décembre i573. — Original, en
français.
Fol. 55. Deux lettres de Philippe de Marnix au prince d'Orange; La
Haye, 7 novembre et Utrecht, 4 décembre 1573. — Copies, en français.
Fol. 61. Copie d'une lettre du prince d'Orange à Philippe de
Marnix; Delft, 28 novembre 1573,
Fol, 65. Deux lettres de Juan de Albornoz, sans adresse; Bruxelles,
24 décembre 1573 (original) et s. 1. n. d. (copie).
Fol. 69. Déclaration de Philippe de Marnix sur les intentions du
prince d'Orange; 21 novembre 1573. — En français.
Fol. 71. « Copia de una carta o patente del principe de Oranges a
los Estados Baxos de Flandres, sacada de Aleman en latin d ; s. d.
Fol. 73. « Unos medios que V. Ex" mando poner por escrito de
como nmy presto podriamos socorrer à Midelburg con los bacheles
TgS BULLETIN HISPANIQUE
que se retiraron en Berghes; [signé :] Jehan van Halle»; [i574]. —
Copies, en espagnol et en français.
Fol. 77. «Copias de las cartas que el principe de Oranges y Mons.
de Mondragon se escrivieron, y de las propositiones, capitulaçiones y
conclusion délias sobre lo de Middelbourg » ; [1574].
Fol. 93. Mandement de Philippe II à Francisco de Lixialde, tréso-
rier de l'armée espagnole des Pays-Bas, pour payer à D. Luis de
Requesens dix mille écus par an; Madrid, i octobre 1574.
Fol. 95. « Relaçion del dinero que se pago a los officiales y solda-
dos del castillo de Enveres por la muestra que se les tomo.. en dos de
mayo 1674. »
Fol. io3. Ordres de D. Luis de Requesens pour l'évacuation sur Gand,
Valenciennes, Utrecht ou Anvers de 82 soldats estropiés appartenant
aux régiments d'infanterie espagnole de Naples, de Sicile et de Lom-
bardie en service aux Pays-Bas; Bruxelles, juin 1674.
Fol. 180. Fragment du procès d'un juif accusé d'avoir tué, au
cours d'une rixe, un homme de la garnison de Mastricht; 1674. — En
latin et en hollandais.
Fol. 206. «Remostrança de los stados de Bravante de los desor-
denes de los soldados que en el estan, que se presento en Bruselas,
por jullio 1574. » — En français.
Fol, 212, Quatre lettres de Francisco de Valdés aux soldats qui ser-
vent sous ses ordres; novembre et décembre 1574. — Originaux,
Fol. 217. « Très puntos principales y utiles para la buena direccion
del estado de las cosas del Pais-Baxo » ; s. d.
Fol. 222. M Relaçion de lo succedido en la entrada que hizo la gente
que el commendador mayor de Gastilla, [D. Luis de Requesens,]
embio a occupar las islas de Duvelant y Scooven (Beveland et Schor-
wen) »; s. d.
Fol. 228. (( Mémorial sin nombre de las contrataciones que se hazen
en perjuizo de Su Mag** » ; 1574.
Fol. 280 « Discurso de Geronimo de Curiel » sobre cosas del Pais-
Baxo ; s. d.
Fol. 236. « Memoria y apuntamientos de la gênerai quexa de los
comunes destos estados » ; s. d.
Fol. 240. « Discurso sobre cosas destos stados, especialmente sobre
el armada de Olanda » ; s. d.
Fol. 246. Supplique de Philippe II au pape Grégoire XIII pour lui
demander le pardon des Pays-Bas; s. d. — Copie, en latin, avec un
mémoire adressé à l'ambassadeur d'Espagne à Rome.
Fol. 261 his. « Lo que el comendador mayor dixo a los estados
générales antes que se le hiziese la proposicion, en frances » ; [1576].
Fol. 262. « Propusicion que se ha dé hazer a los stados que se han
juntado en Brusselas » ; [1576].
TNVENI\IRE OF, LA COLLECTION EDOUARD FAVRE 199
Fol. 306. (( \puntamientos dados al conde de La Rocha sobre lo
que importa procurar de cobrar el plat pays de Waterlant y Noor-
derlant, y el provecho que el enemigo saca del » ; s. d.
Fol. 262. Autre mémoire sur le même sujet; Utrecht, 4 février.
Fol. 268. « Vvisos particulares de la trafica y négociation de la mar,
por donde se puede conocer de la manera que los reynos de Dane-
marca y Suebya han tractado los destos Estados Baxos... y de los
grandes tributos que les hazen pagar n ; s. d.
Fol, 27/i. « Advertimientos del doctor Arias Montano sobre el
remedio de las cosas de Flandes » ; s. d.
Fol. 280. « Recuerdo para el senor Juan Ossorio de UUoa » ; Bru-
xelles, 17 avril 1575.
Fol. 281. « Discurso que Juan Ossorio de UUoa ha hecho de lo que
parece que deve hazer la armada de Su Mag' quando en buen ora aya
llegado en la costa de Flandes » ; s. d.
Fol. 284. Copie d'une lettre de l'archiduc Matthias aux députés des
États généraux réunis à Bruxelles; i"' novembre 1577. — ^^ italien.
Fol. 280. « El juraniento que se pedio al consejo de Artues, en
Arras, a 3o de junio 1578.» — Copie, en italien.
Fol. 288. « Relacion de lo que ha passado en los estados de
Flandres, desde que el s' D. Juan de Austria enlro en ellos, hasta los
i8 de octubre 1577. »
Fol. 3o2. « Carta del capitan de los Franceses [Gérard Boutoit
de Chamilly] que entraron en Borgona, el afio de 1578, para Mons' de
Lullin » ; 28 septembre 1578. — Copie, en italien.
Fol. 3o4. Lettre de [Matthieu Moulart,] évêque d'Arras à [Louis de
Berlaymont,] archevêque de Cambrai; Namur, 28 septembre 1578. —
Copie, en italien.
Fol. 3o6. « Copia de capitulos de carta que el principe de Parma,
[Alexandre Farnèse,] escrivio al marques de x\yamonte [Antonio de
Guzman y Zi'ifiiga] de Namur, a 27 de noviembre 1578. »
Fol. 3o8. (( Relacion del progresso que Su Alteza [D. Juan] hizo con
el exerçito desde ultimo de jullio hasta très de agosto 1678. »
Fol. 3i2. «Relacion de la persecuçion que an padecido los padres
de la compana de Jésus en Anverez » ; s. d.
Fol. 3i8. Décret relatif à l'exercice des deux cultes dans la ville de
Gand ; 16 décembre 1578. — Copie, en latin.
Fol. 322. c< Articulos propueslos a los de Gante sobre los desor-
denes de los Valones malcontentos d ; 1578. — Copie, en italien.
Fol. 326. « ïraicté et accord faict et passé entre Monsieur le baron
de Montigny (Emmanuel de Lalain) et Monsieur de La Motte » ; G avril
1679. — Copies, en français et en italien.
Fol. 33o. Copie d'une lettre de l'archiduc Matthias aux États d'Artois :
Anvers, 16 janvier 1379. — En italien.
200 BULLETIN HISPANIQUE
Fol. 332. « Traslado de una carta de Daniel Prinz escrita al
s"" [Adamo] Diatristain [Dietrichstein] » : Anvers, 17 janvier 1579.
Fol. 334. Copie d'une lettre de l'archevêque de Cambrai [Louis de
Berlaymont] au comte de Lalain et de la réponse de ce dernier; i3 mai
1579. — En italien.
Fol. 336. Copie d'une lettre du même, à son archidiacre, à Rome;
20 mai 1579. — En italien.
Fol. 338. Copie des articles présentés par les députés des États de
Flandre aux commissaires de l'empereur, à Cologne, le 24 mai 1579-
— En latin.
Fol. 342. « Articuli pacifîcationis Belgicae per ... commissarios
Caesareos, Coloniae concepti et utrique parti, 18 julii 1579, commu-
nicati. n — Pièce imprimée, en latin, et traduction manuscrite en italien.
Fol. 35o. Copie d'une lettre du chapitre de Cambrai à l'archevêque,
Louis de Berlaymont et de la réponse de ce dernier; 22 et 24 décem-
bre 1579. — En italien.
Fol. 352. (( Copia de carta del principe de Parma [Alexandre Far-
nèse] al duque de Terranova [Carlos de Aragon] » ; Mastricht, 1 7 mai
1579.
Fol. 356. « Exemplum eorum quae ab arciduce Mathia Ordinibus
Antverpiae congregatis exposita sunt, die 22 julii i58o. »
Fol. 358. « Respuesta sobre una carta de los Estados de Holanda,
de 7 de junio de 1602 escripta a los Estados de las provincias fieles del
Pays Baxo. »
Fol. 373. (( Cedula del almirantazgo de los comercios de los paises
obedientes de Flandes con la provincia de Vndaluçia y reino de Gra-
nada i> ; 1624. — Copie.
Fol. 383. Interdiction aux sujets du roi d'Espagne d'entretenir des
relations commerciales avec les rebelles et les ennemis de la couronne,
notamment avec les Anglais et les hollandais, et énumération des mar-
chandises prohibées ; 1628.
(388 feuillets; 35o sur 25o millimètres.)
Vol. LXL
Recueil de pièces diverses (copies de lettres, (( avis », etc.) relatives
surtout aux ajfaires de France et des Pays-Bas, 1569- i62i.
Fol. I. Copie de deux lettres de D. Frances de Alava contenant la
relation des batailles de Dreux et de Saint-Denis ; Tours, 9 octobre 1569.
Fol. 3. « Respuesta que se dio à Diatristan [baron Adam de Die-
trichstein] en lo que propuso de parte del emperador sobre la conser-
vacion de la paz con Francia » ; Madrid, i septembre 1572, — Copie
chiffrée et transcription.
INVEMAIRE DE LA COLLECTION EDOUARD FAVRE 30I
Fol. 8. « Humilissime rimoslranze délia citta di Parigi et delli
habitanti et cittadini di quella al re, lor supremo Signore )> ; i5 décem-
bre 1075. — En italien.
Fol. 17. (( Peticion que dieron los reformados de Languedoc, al
rey de Francia sobre el concierto de la paz » ; 1073 ou [1574]. — Copie.
Fol. 24. « Relacion hecha al duque Cassimiro, el ano de 1578, por
un ministre suyo que embio a ciertos tratos con los herejes de
Francia. » — En italien.
Fol. 32. « Requesta dada en nombre del clero de Francia a los
estados de los nobles, el ano de 1078. » — Copie, en italien.
Fol. 36. Copies de deux lettres de \ eroy, gouverneur de Bourgogne,
au cardinal Granvelle, «con avisos de Flandes » ; i4 avril et 3 sep-
tembre 1578. — En italien.
Fol. 44- Copie de deux lettres de D. Juan, l'une à Juan Andréa
Doria, l'autre à Pedro de Mendoça^ ambassadeur d'Espagne à Gênes,
interceptées toutes deux à Namur; 16 septembre 1678.
Fol. 46. Trente-huit « Avisos » datés d'Anvers, Cologne, Tournay,
Mastricht, etc.; ii octobre 1578-20 septembre i582. — En espagnol
ou en italien.
Fol. io3. Douze « Avisos » datés de Rome, Bologne, Milan, ^'enise
et Gênes : i58o-i582. — En italien ou en espagnol.
Fol. 129. Six « Avisos » ou copies de lettres datées de Londres, i58o.
— En italien ou en espagnol.
Fol i38. « Avisos » du Piémont: mars i58o. — En italien.
Fol. i4o. Vingt « Avisos n datés de Paris; 1578-1082. — En italien.
FoL 180. Onze « Avisos » datés de Lyon; 1 078-1580. — En italien.
Fol. 199. (( Avisos de Francia »> ; 6 septembre 1080. — En italien.
Fol. 200. « Avisos» de Flandes y Francia » ; 12 décembre i58i. —
En italien.
Fol. 202. « Avisos de Espana » ; i582.
Fol. 200. « Aviso circa Ginevra e Bisançon » ; s. d. — En italien.
Fol. 207. « Peticion dada a Su Mag'^ christianissima por los stados
de Borgona. »
Fol. 209. (( Relacion traduzida de frances, embiada de Lila a 27 de
abril i588. »
Fol. 211. (( Copia de la sentencia que pronuncio el Parlamento de
Paris a 1 1 de março 1589 contra los culpados en la muerte del cardinal
y duque de Guisa. »
Fol. 2i3. Bulle du pape Sixte V par laquelle il enjoint au roi
Henri III, sous peine d'excommunication, de mettre en liberté le
cardinal de Bourbon et l'archevêque de Lyon; Rome, 7 octobre ibSg.
— Copie, en latin.
Fol. 221. « Avisi di Francia, di 3o maggio 1595. » — En italien.
Fol, 224. Copie des propositions faites au pape par le cardinal
202 BULLETIN HISPANIQUE
Borja, au nom du roi d'Espagne, en vue de résister au roi de Suède ;
s. d.
Fol. 226. (( Relatione délie cose appartenenti alla cognitione del'
stato présente del regno di Suetia » [sous le règne du roi Jean 111].
Fol. 258. Copie d'une lettre de Londres, du 17 juillet i6o3, dans
laquelle il est question, entre autres, de la conclusion de la paix.
Fol. 260. « Articulos de las treguas propuestas por los embajadores
de los reyes de Francia y Grand Bretana en la junta de los Estados
générales; » 1608.
Fol. 266. (( Relacyon que hizo D. Alvaro de Losada de los sucessos
del Palatynado desde que salyo a esta jornada el marques Espynola
[Ambroise, marquis de Spinola] hasta que el seiïor D. Gonzalo de
Cordova la acabo »; [1620-162 1].
(a85 feuillets, 35o sur 280 millimètres.)
Vol. LXII.
Recueil de pièces diverses relatives à la Ligue contre les Turcs et aux
affaires de Turquie, 1570-1623.
Fol. 1. (' Las copias de las cartas de Su Mag*^ [Philippe 11] para Su
S"* [Pie V] y para los ministros de Italia y otros potentados sobre la
Liga » ; Séville, 16 mai 1570.
Fol. 9. Mémoire sur les dépenses qu'occasionne annuellement
l'entretien de l'armée et de la flotte de la Ligue formée contre les
Turcs; Madrid, 1 5 juillet 1671.
Fol. 33. (( Relacion de lo que monta el gasto de la gente de guerra,
galeras, navios y otros gastos estraordinarios de la armada que Su Mag'*
ha mandado juntar con la de la santa Liga destc ano de 1671 ... desde
primero de junio ... hasta los quinze de noviembre. »
F'ol. 37. (( Vilanço de las galeras, naos y infanteria que sirvieron el
ano passado 1671 por parte de Su Mag"* y de Veneçianos en la armada
de la Liga. » — Trois pièces.
Fol. 54. « Relacion de lo que monta el gasto de très naos y très
galeras que perdieron los Veneçianos en su golfo, y se presupone que
fue a los veinte de agosto del ano passado de 1671, y assi mismo el de
otras onze galeras y très galeaças que toparon al s' D. Juan, por fin
de octubre^ a la salida de Corfu. »
Fol. 67. « Memoria de los recaudos que se han de embiar para las
quentas que se tralan en Roma entre Su Mag' catholica y la s' de Ve-
neçia de los gastos que se hizieron el ano passado de 1571. n
Fol. 61 • «La respuesta que se dio a los senores Veneçianos sobre
las quentas del ano de 1 671 . »
IMVENTAIRE DE LA COLLECTION EDOUARD FAVKE 203
Fol. (37- (' Lo que se ha de responder a Roma sobre la cuenta de
Venecianqs con Su iMag'» ; [1571].
Fol. 69. Deux pièces relatives au règlement de comptes entre l'Es-
pagne et Venise à propos des frais occasionnés par l'armée de la Ligue;
[1571J. — En italien.
Fol. 72. Neuf pièces relatives à l'exportation des blés de Naples,
Sicile et Malte de i5r)Q à 1670; 1570-1572.
Fol. 91. « Memoria sobre lo del trigo que Venecianos tomaron el
arïo de 1570. » — En italien.
Fol. 93. Note adressée au cardinal Granvelle sur le même objet ;
[1670 ou 1571]. — En italien.
Fol. 95. « Apuntamiento de la diferencia que hay de la nota de los
granos que tomaron los senores Venecianos, que se da por parte del
raçional de la Sumaria, a la que dan los interessados. «
Fol. 97. Note des grains et des vivres qui furent transportés en 1670
à Barletta, et là embarqués sur les navires de Ph. Riccio pour Naples
où ils furent pris par les Vénitiens.
Fol, III. « Relacion que haze el secretario Juan de Soto al duque
de Terranova del vizcocho que le paresce que ... a menester el
armada de Venecianos en cada mes»; Palerme, 23 février ibj2. —
Copie.
Fol. 117. «Relacion del mismo al mismo ... cerca de lo que toca
a la extraçion del trigo y vizcocho que pretenden sacar los sefiores
Venecianos de los reynos de Sicilia y Napoles; » 12 février 1572.
Fol. 128. Quatre lettres de D. Carlos de Aragon, duc de Terranova,
et une lettre de D. Juan de Zûûiga au cardinal Granvelle, relatives à
l'entretien de l'armée de la Ligue; i4 25 avril 1572. — Originaux, en
italien ou en espagnol.
Fol. 137. Lettre du même à D. Juan de Zimiga, ambassadeur
d'Espagne à Rome; Palerme, i4 avril 1572. — Copie, en italien.
Fol. i4i. Quatorze pièces diverses relatives à l'entretien et au ravi-
taillement de l'armée de la Ligue; 1570- 1572. — En italien ou en
espagnol.
Fol. 177. (( Relacion de lo que sucedio a Juan de Contreras que
yva por sobrecargo de Juan de Castrati » ; s. 1. n. d.
Fol. 179. Pouvoirs donnés par Philippe 11 au cardinal [Francisco]
Pacheco, à D. Luis de Requesens et à D. Juan de Zûniga pour traiter,
en son nom, avec les représentants du pape et ceux de la République
de Venise, toutes les questions relatives à la Ligue et à l'expédition
contre les Turcs; Madrid, 11 janvier 1572. — Parchemin.
Fol. 180. Copie d'une lettre de D. Juan, général de l'armée de la
Ligue, et de deux lettres de D. Luis de Requesens adressées à Diego
de Guzman de Silva, ambassadeur d'Espagne à Venise; janvier-
février 157a.
2 0i BULLETIN HISPANIQUE
Fol. i84- Copie de l'accord conclu entre les repiésentants de
Grégoire XIII, de Philippe 11 et de la République de Venige en vue
de l'expédition contre les Turcs pendant l'année 1578; Rome,
37 février i573.
Fol. 195. Quatre pièces diverses relatives aux affaires de la Ligue;
1573. — Copies.
Fol. 201. u Relacion de las prevenciones que Su Mag"* ha mandado
hazer en sus reynos para la defensa dellos, en caso que la armada
del ïurco baxe este verano del ano de 1077. » Chiffre et déchiffrement.
Fol. 204. Extraits de lettres de l'ambassadeur de l'empereur à
Constantinople; avril-mai 1677.
Fol. 206. « Relacion de lo que se trato y concerto en Conslantinopla,
a 7 de hebrero 1578. entre Mohamed Baxa y Juan de Margliano. »
Chiffre et déchiffrement.
Fol. 210. « Memoria de los que han de ser comprehendidos en la
tregua con el Turco » : [1578]. Chiffre et déchiffrement.
Fol. 2i4. « Copia de la relacion de la armada del Turco que ha
venido por via de Terranova » ; 2 septembre i58i.
Fol. 216. Avis, copies ou extraits de lettres envoyés de Constanti-
nople par Chfistoval Ferez, Bartolome Pusterla, G. -A. Santa Croce.
Livio Zelini, etc.; i58o-i582. — Quarante pièces, en espagnol ou en
italien.
Fol. 268. « Apuntamientos que el duque de Sessa [D. Gonzalo
Fernândez de Côrdova] dio al S' D. Juan » ; s. 1. n. d.
Fol. 270, Mémoire envoyé au roi d'Espagne [Philippe IVJ par le
duc d'Albe [D. Antonio Alvarez de Toledo] pour lui proposer d'entre-
prendre une expédition contre les Turcs ; [1622 ou 1628].
Fol. 274. Mémoire d'un nonce adressé au grand commandeur de
Castille pour empêcher le roi d'Espagne de suspendre les hostilités
contre les Turcs. — Copie en italien.
(277 feuillets; 34o sur 25o millimètres.)
L. MICHEL!,
(A suivre.)
REMARQUES SUR LE STYLE
DE
LA ESTAFETA ROMANTICA
M. Pérez Galdos semble afTranchi, en matière de style, de
toute influence étrangère. Il ne se donne pas, à vrai dire, pour
un champion du casticisme. Toutes les nouveautés lui semblent
bonnes, dès que l'usage les consacre, puisqu'elles servent
à enrichir ses moyens d'expression. On relèverait dans son
œuvre maint gallicisme de vocabulaire et de syntaxes II ne
s'est jamais efforcé néanmoins, comme M""" Pardo-Bazân et
M. Blasco Ibânez, d'introduire les procédés plastiques de
Chateaubriand, de Flaubert et de Maupassant dans le castillan
moderne. On ne peut même pas dire qu'il se soit créé, à la
façon d'Anatole France et de Juan Valera, un style personnel
et uniforme, toujours identique à travers les créations les plus
diverses, car sa préoccupation dominante paraît être de se
dissimuler, comme un dramaturge, derrière les personnages
qu'il anime. Ajoutons que l'auteur des Episodios Nacionales
a dû se plier aux nécessités du genre historique. Dans la Esla-
Jela Româiitlca la convention du roman par lettres lui imposait
un style objectif, adapté aux caractères et aux situations par
un pastiche adroit. C'est ainsi qu'un lecteur averti reconnaîtra
sans peine la bonhomie enjouée et sentencieuse de J.-M. de
Navarridas, la dignité fière et la réserve de Demetria, la malice
pétulante de Gracia, la rondeur de l'aumônier militaire Pedro
Hillo, l'outrecuidance guindée de la marquise de Sarinân, les
I. UiEstafeta Romântica, Madrid, Perlado Pàez, 1907 : p. 3;, una confianza basada
en flonen'as reli^iosas — i35, cô es que sobre eso hay dudas todavfa?
Bull, hispan. i4
206 BULLETIN HISPANIQUE
écarts de langage ' et les oscillations sentimentales de la
duchesse Pilar, incarnation vivante du romantisme, la cama-
raderie empressée et joviale du militaire Pedro Uhag6n%
l'insouciance spirituelle, l'immoralité souriante du vieux
courtisan incorrigible D. Beltran ^, celui qu'on pourrait
appeler le u père prodigue», enfin, l'inquiétude ténébreuse du
protagoniste Fernando de Calpena, troublé par le mystère de
sa destinée, par la rancune d'un amour déçu et par lémoi
d'une passion qui commence-'. Il n'est pas jusqu'aux crises
passagères traversées par chacun des correspondants qui ne
contribuent à modifier la structure même de la phrase : joie
de revoir un ami qu'on croyait fusillé &, indignation du fiancé
trahi, réveil du patriotisme en présence des luttes intes-
tines, etc.'J. Comment ramener à une formule unique, à un
système de procédés invariables, un style dont la qualité pri-
mordiale paraît être la souplesse? Une étude sur la langue de
La Eslajeta Honiânlica n'est pourtant pas impossible a priori.
Tous les personnages, si l'on excepte Sabas, le domestique de
Fernando, appartiennent au même monde, intermédiaire entre
la noblesse de cour et la bourgeoisie. Le romancier ne s'ap-
plique pas à dater scrupuleusement les tournures qu'ils
emploient. Presque toujours le ton de ces lettres nous rap-
proche de la conversation familière, de l'usage courant.
L'exemple n'est donc pas mauvais pour expliquer par quels
I. i83, lambién soy tostada.... Me ac/itc/iarra este hombrc; 187, Manuel Cortina,
ante quien dcscorrî ayer la que encubria mis sccretos ; i3o, abalieDdo para siempre
los hocicos de mi média hermana; 194, me compensarâ de mis pasados bcrrinches el
placer de birlarle la nina de Castro.
a. Calembours à la manière de Breton et de Gerardo Lobo: io5, sin contar las
heridas, de las cuales, en el reparto diario, me han tocado très como 1res soles que
me han hecho ver las estrellas — rudesse militaire: loG, A Lacy Evans le zurraron
en Ernani — Souvenirs littéraires: 107, digno de que Marte me prohije y Belona me
quiera.
3. Parodie des événements politiques : 25o, Sale la Infanta Carlota, mujcr de
pcsquis : 258, por la Solemnidad del Te Deum que nos endilgô con desusada fiesta
de polvora.
4. Exemple d'emphase romantique: p. 39, euando un hombrc se cquivoca en el
grado de mis equivocacioncs; euando las propias iniciativas salen de tal modo
frustradas, justo es que imponga â su torpe voluutad esta penitencia de la radical
anulaciôn.
5. P. 22, 1 que no fuera este papel ave ligerisima, que de un vuelo llegasc à las noble»
manos de usled, y con ella mi alegri'a...
6. P. 242, El brazo derecho y el brazo izquierdo de la Naciôn, contra el pecho de
éfita descargan à compas luribundos golpes.
REMARQUES SUR I.E ST\LE OE 1,A ESTAFETA ROMÂNTICA JO']
moyens M. PérezGaldos s'est efforcé d'atteindre le style naturel.
On peut ramener les faits que nous avons observés à quatre
tendances principales : l'abréviation, la simplification, le ren-
forcement, la dissymétrie.
I. ABREVIATION.
La langue familière est d'abord une langue abrégée. On se
dispense, quand on est sûr d'être compris à demi-mot, d'em-
ployer les constructions rigoureusement conformes aux règles
que la grammaire impose dans le style soutenu.
Article. — C'est un fait d'observation courante que le cas-
tillan tend à supprimer l'article devant les mots fréquemment
employés. Aux substantifs casa, caza, misa, palacio, paseo, qu'on
cite d'ordinaire, il faudrait ajouter mano, brazo, mes, dia, hora,
vida, clase, haiios, Gobcrtiaciô/i, etc.. (p. 182, no pasarâ el dia
de maiïana sin que le escriba, pidiéndole hora para una
consulta). Outre le cas prévu des oppositions (100, INi à desalen-
ciôn ni olmdo, sino a la indolencia que el estado de mi ânimo
me imponi'a, debe atribuirse...), qui s'explique par la ressem-
blance avec les proverbes, la plupart des cas de suppression
de l'article indéfini (2o3, no puedo ya pensar en cosa ni persona)
ou de l'article défini (77, el poder afectivo que pareci'a desafiar
cielo y tierra; 166, ya se lo que es calor de familia) se ramènent
à l'habitude qui consiste à traiter les mots comme faisant
partie d'un groupe au lieu de les considérer isolément {pre-
dicar en desierlo, tiene costunibre de, por amor de Dios). Or la
langue de la conversation crée tous les jours de ces associations
qui à la longue deviennent indissolubles.
Substantif. — La faculté qu'ont les Espagnols de forger un
très grand nombre d'augmentatifs et de diminutifs leur permet
d'exprimer avec un seul mot plusieurs idées accessoires. Quel-
ques-uns de ces dérivés ont acquis une signification historique
(23 i,sargentada, appliqué k la révolution de La Granja). Souvent
le substantif tient la place d'une proposition entière. Rien de
plus naturel quand il vient d'un ancien participe passé, d'abord
208 ' BULLETIN HISPANIQUE
accompagné de l'article neutre lo (84, para este négocie de
contar lo sucedido) et finalement substantivé (77, aqui estoy
dispuesto a dar a los impostores su merecido). D'autre part, les
noms et les adjectifs en or, que la langue fournit avec une
abondance croissante, appellent généralement un complément
et expriment la pensée en raccourci (46, aquella misma noche
supe que la murddora del precipitado casorio... 82, queriendo
atravesar a la dama infiel, al segundo galân solapado, al
primer barba, que es el padre, al segundo, que hace de sacer-
dote, y a la caracteristica, zurcidora de aquel enredo). Enfin, le
substantif conserve souvent la construction et le régime, du
verbe dont il dérive (70, a ratos se aparta Fernando conmigo
y me cuenta su historia : el conocimiento de esa buena pieza en
la casa de una diamantista; 68, practico al pie de la letra tus teo-
rias acerca de la sustiluciôii del carino legitimo por el prestado ;
191, con aima y vida le expresé la abdicaciôn de mi voluntad en
la suya'). De tous les cas que nous venons d'examiner, il
résulte un effet de concision.
Adjectif. — L'emploi de qualificatifs doubles répond au
même besoin (i3, manirroto ; 38, zanquilargo : 88, cejijunto;
223, alicaido). Et dans les tournures elliptiques formées avec
le féminin pluriel ou singulier de l'adjectif, celui ci absorbe
l'acception du substantif sous-entendu (42, Hoy estoy de malas;
180, quiero decir de peores; 72, trabajan à la desesperada ; 79, De
Serrano no se mas sino que esta en las dllimas; i58, no hemos
de estar los de acà siempre « las agrias y tu à las niaduras^.)
Ces locutions sont d'ailleurs beaucoup plus fréquentes dans
les romans contemporains el madrilènes où M. Pérez Galdos
imite les tours du langage populaire. L'adjectif joue parfois
le rôle d'une proposition complète (126, por ley de costumbre
y no insensible a la obra del liempo, he adquirido resignacion).
Il est plus facile de sous-entendre un infinitif qu'un verbe
à un mode personnel (210, extremado en la cortesia sin llegar
I. La transition nous est fournie par l'infinitif précédé de l'article et, par suite,
traité conime un simple substantif. Exemple: 35, el vivirun noble en sus propiedades
rurales ha venido à ser rareza exôtica.
a. A rapprocher les tournures formées de l'article féminin : ao, la emprendimos;
3o, ha de pagarme la que me ha hecho; 4i, no te quiero decir ia que se armô aqui.
REMARQUES SUR LE STYLE DE LA ESTAFETA ROMÂNTICA 209
â empalagoso ; 270, [vaya, que preciarme de tan lista...). Dans les
tournures de ce genre l'adjectif est précédé généralement des
prépositions de ou â (61, pero como à terco y voluntarioso no
me gana nadie).
Pronom. — L'habitude qu'on a de répéter les pronoms d'une
façon pléonastique, en employant dans la même phrase la
forme accentuée et la forme atone, permet souvent, par une
conséquence inattendue, de sous-entendre usted que représente
suffisamment le, datif ou accusatif de la troisième personne.
Verbe. — Le même besoin de concision fait qu'on trans-
forme parfois en verbes neutres des verbes réciproques (108, el
mayor de los très hermanos que caso hace poco con la chica
de Busturia). Mais la tendance la plus caractéristique, qu'on ne
retrouverait pas aussi accentuée chez d'autres romanciers
contemporains, consiste à employer les formes simples du
verbe là où la grammaire recommanderait les formes compo-
sées. Ex. : 45, (( Emprendi mi Via crucis por calles jamâs por
mi pisadas, buscando al clérigo que debia darme la clave de
aquel nuevo misterio de mi existencia. No podria^ lanzarme
en peor ocasion a la caceria de un sujeto desconocido »
(«podria» au lieu de « hubiera podido o); 109, « De lo sucedido
el otono ùltimo, cuando fuimos â vistas, te enteraria^ tu padre,
de seguro pintando las cosas con exageracion » (« enteraria »
pour (( habrâ enterado »); 45, « Los conyuges se habîan ido,
después de la boda, â un pueblo de la costa donde se embar-
carian^ para Francia » (« embarcarian » tient la place de l'infinitif
« embarcar » et d'un auxiliaire); Ay, « hizome ver la fuerza que
al complot de los Negrettis debiô ^* dar mi prolongada ausencia »
(« debio )) ne marque pas suffisamment l'antériorité). En espagnol
comme en français on constate que l'imparfait tend à usurper
la fonction des autres temps. Ex. : 90, u Corrî â dar un abrazo
1. De même Fortunata y Jacinta, I, 289, trataba âsu raujer con un carino tal que...
se le tomaria por enamorado.
2. Cf. F. y J., I, 262, Adân, echado del paraiso, no miraria de otro modo el bien
que perdi'a.
3. Cf. F. y J. , I, 4i I, La comida estaba dispuesta para los niûos porque los papas
cenarian aquella noche en casa del tio Cayetano.
II. Cf. F. y J., I, 3o5, Era una mujer mas envejecida que vieja y bien se conoci'a que
nunca habia sido herniosa. Debiô de tener en otro tiempo buenas carnes.
2IO BULLETIN HISPANIQUE
â Zorrilla de quien soy amigo del aima... Juntos estudidbamos ^
en Valladolid la ciencia del derecho... por los lextos de Victor
Hugo, Waller Scott y Byron » (le correspondant se représente
comme assez proche une période qui néanmoins précède logi-
quement l'action marquée par u corri »). Enfin l'indicatif du
verbe deber, par une sorte de survivance de la syntaxe latine,
remplace régulièrement l'irréel. Ex.: 117, «A los veintiochoanos
de casados, es triste, tristisimo que mi marido tenga que hacer
méritos para conquistar sentimientos mîos, que debiô poseer
desde el primer dîa^. » L'espagnol manifeste donc une répu-
gnance visible à l'égard des temps compliqués. C'est pour
une raison analogue que nous renonçons, en France, au
passé antérieur et à l'imparfait du subjonctif^. M. R. J. Cuervo
signale dans ses Apuntaciones criticas'* l'abus que les écrivains
récents font des subjonctifs en ara et era, employés dans le
sens de parfaits et de plus-que parfaits de l'indicatif. Il faut y
voir sans doute un résultat de la même tendance, bien que cet
usage remonte au Poema del Cid et survive dans le portugais
actuel.
Prépositions. — Certaines locutions s'abrègent grâce à l'el-
lipse de la préposition (188, reclamando una audiencia larga,
de un par de horas lo menos). Il arrive aussi que la préposition,
par suite de l'ellipse du verbe, se trouve directement en contact
avec une conjonction qui commence un membre de phrase
(206, sabras que Felipe y yo andamos desde Julio en desa-
cuerdo por si salimos 6 no de Madrid ; 26, tratando ayer en la
mesa de este punto grave, de si convenia 6 no escribirle).
La préposition de, soit dans le sens causal (8/i, que no apesten
de viejas; 86, morîa de viejo), soit avec la valeur d'un condi-
tionnel (162, De lo contrario, tendria yo que imaginarlo, expo-
I, Cf. F. y J., I, 43.'), Podia habértelo dicho; pero,; y si lo interpretabas mal ?
a. Cf. F. y J., II, 98, Debiô de haber seguido otra carrera. — Tile Live, V, 3 : Aut
non suicipi bellum oportuit, aut geri pro dignitate populi romani el perlici quana-
primum oportet.
3. Voir à ce propos la Neuframùsische Syntax de J. Haas, Halle, 1909, p. 377.
II. Apuntaciones crilinas sobreel lenguaje bogotano, Paris, 1907, p. iSO. En lo antiguo
fué lambién indicati\a, pero no en el senlido que arriba hemos censurado, sino en
el de la aclual forma compuesta habia bnscadu, habia dicho.... Aigunos escrilores
niodernos lian resucitado este uso.
REMARQUES SUR LE STYLE DE LA ESTAFETA ROMANTICA 2 1 I
niéndome a errores), permet de former des locutions d'une
extrême brièveté.
Conjonction. — Il n'est jamais nécessaire de répéter la
conjonction au commencement d'une seconde ou d'une troi-
sième proposition. On en arrive à la supprimer dans des cas
où elle serait indispensable (6^, y no sigo tratando de este
delicado punto, no sea que la pluma se me corra de la sinceri-
dad afectuosa a la oficiosidad impertinente).
Adverbe. — La forme savante de l'adverbe, caractérisée par
la terminaison mente, n'est employée que pour obtenir un
effet spécial que nous aurons l'occasion d'étudier. On se con-
tente le plus souvent de l'adjectif, précédé ou non de la prépo-
sition. C'est ainsi que l'usage a consacré largo, fiierte, pronto,
recio, infinito, etc. Dans certains cas l'adjectif reste variable,
bien qu'il joue le rôle d'un adverbe. 11 n'est donc pas impos-
sible de saisir la transition (i3o, solo este rasgo basta para que
yo la ponga cien codos mas alla que todas las de nuestro sexo).
Voici quelques exemples de locutions formées au moyen d'une
préposition et qui sont encore plus courtes, par suite plus
employées, que l'adverbe correspondant (ii4, el horrendo
trastorno de una ilusion arrancada de cuajo; 189, de seguro
harîa Felipe demostraciones imponentes; t88, tenîa que ha-
blarle de un asunto en exlremo delicado).
Construction de la phrase. — L'espagnol admet de fortes
ellipses consistant dans la suppression d'un mot ou d'un
membre de phrase. Exemples : 16, u Nada te digo de la mante-
leria, pues ya sabes que esta es mi pasion, y que gracias a
Dios poseo y conserve piezas que no tienen que envidiar a las
del palacio de un rey » (« nada » sous-entendu); 28, « bien se que
ustedes le adoran ç Como no, si es tan bueno, aunque pro-
digo?» (on a jugé inutile de répéter le verbe); 3o, «y no me hace
maldita gracia volver sobre sucesos que mas son para olvi-
dados que para rej'eridos » (il est de règle ici de supprimer
l'infinitif); 78, « y algunos, no se si por chunga 6 por inocencia
me daban la enhorabuena » (suppression du verbe dans la
proposition subordonnée); 229, » cierto que mi salud exige
descanso » (suppression du verbe dans la proposition princi-
213 BULLETIN HISPANIQUE
pale). Dans le français moderne on constaterait des faits
analogues, notamment l'emploi de la phrase substantive', dont
La Estafeta Româniica nous fournit d'ailleurs plus d'un
exemple (129, Por mi gusto, cosa pensada, cosa realizada;
18, Las sefloras, d sus quehaceres de casa...; 116, Benditas
cacerlas de la Encomienda y benditos clavos de Segovia).
D'autre part, beaucoup de phrases espagnoles remarquables
par leur rapidité se ramènent, en dernière analyse, à l'ablatif
absolu. Nous le trouvons d'abord à l'état pur : ce qui permet
de le reconnaître, c'est que le participe, le gérondif ou l'ad-
jectif est suivi de son sujet et que ce sujet n'est pas celui de
la proposition {!\?>, No es la primera vez que ocurren estas
coacciones monstruosas, confahulândose diversas personas para
someter e1 albedrio de un sér débil). Mais le gérondif s'étend
à beaucoup d'autres emplois. 11 remplace tour à tour des pro-
positions relatives, conditionnelles, temporelles, causales,
concessives, prenant parfois le sens inchoatif, causal ou celui
d'une simple particule de coordination 2. M. Pérez Galdos ne
craint pas de lui donner même le sens français (19, La mayor
parte representan hermosuras francesas 6 espanolas afran-
cesadas del tiempo del Imperio, con aquellos trajes cenidos,
ensenando las carnazas del cuello), bien que cette construction
soit condamnée par les grammairiens. Dans la plupart des cas
que nous venons d'énumérer, le gérondif peut être remplacé
par l'infinitif. La parenté qui relie ces deux constructions est
attestée par ce fait que le sujet, au lieu de précéder, doit
1 . Cf. « Ce Paris qui traite les inconnus comme les petites filles font leurs poupées :
elles les ouvrent d'un coup de ciseau après s'en être bien amusées, et sitôt ouvertes,
sitôt jetées. — Allons, petit Jean, apporte-nous ce verre d'eau, et vous tous, à bas les
chapeaux, et du recueillement, noble Dieu ! — Drôle de caractère pour un homme qui
se pique d'être positif. » Exemples donnés par Haas : Neufranzôsische Syntax, p. lo.
2. Tous ces emplois se retrouvent en français, soit dans la langue archaïque, soit
au contraire dans la langue ultra moderne. Exemples; Ablatif absolu: Ëtant venue
m'ouvrir, je lui demandai (Manon Lescaut). Cause : m'étant couché fort tard, il s'en-
suit que j'ai la migraine (Balzac). Sens inchoatif ou simultanéité : Il est entré et m'a
trouvée t'écrivant (Balzac). Condition .• Halévy et Coppce, ayant présente à l'esprit
cette considération, n'auraient voulu chagriner personne (Harduin, 3/atirt). Coordi-
nation : Je suis revenu par le Simplon, ayant pour compagnon de voyage une amie
de. M"'Carraud (Balzac). Concession : Et je ne ferai jamais rien, même croyant avoir
raison, pour les détruire (Balzac). Temps: Aussitôt Emilie partie, tout en s'habillant,
René se laissa entraîner (Bourget). J'emprunte ces exemples à la Neufranzôsische
Syntax de M. Haas, p. aSS-ayo.
REMARQUES SUR LE STYLE DE LA ESTAFETA ROMÂNTICA 2l3
suivre, comme dans le cas de l'ablatif absolu (97, Son espejos
que, sin quererlo yo, reproducen mis ocultos esplendores). Or,
nous relevons ici des propositions infinitives qui expriment
la cause (i3, Teniamos nuestras disidencias por ser mi carâcter
totalmente distinto del suyo), linstrument (i36. Le dire que
solo con medir la distancia entre su mérito altisimo por los
cuatro costados y la bajeza de los que le han ofendido, ha de
sentir gran consuelo), la condition' (94, alégrate conmigo de
que te baya salido mal lo que, de salir bien, habria sido para ti
la primera piedra de la piràmide de tus infortunios; 198, y de
tal modo me prendaron su gracia y su nobleza, que d no
hallarme imposibilitado por mis votos, de que son emblema
las negras ropas que visto, entre el primer saludo que le dirigî
y una respetuosa declaracion de amor, habrian mediado pocos
alientos). De la proposition infmitive on passe tout naturelle-
ment à la proposition participiale, puisque celle-ci suppose
à l'origine l'ellipse de l'infinitif (86, En fin, querido Fernando,
suspiramos fuerte y salimos después de bien mirado y remirado
el rostro frîo del gran Figaro). Cette construction, introduite
par después de, al ano de, una vez, a généralement le sens tem-
porel. Mais elle peut exprimer la cause et la conditions De
tout ce qui précède, il résulte que l'ablatif absolu, le gérondif^,
l'infinitif et la proposition participiale permettent d'éviter le
retour fréquent des conjonctions et des relatifs qui alour-
dissent la phrase en lui donnant une allure solennelle. Quand
1 . De même en français,rinfinitif peut se substituer au participe présent.Exemples :
Cause : Pauvrette, de se voir si liaut perchée, elle se croyait au moins aussi grande que
le monde (Daudet). Instrument : A vieillir, tout change. Condition : Le mariage, à ne
le considérer que comme une union civile, est un contrat (Revue Bleue). Conséquence :
C'est ainsi que .M"° de Corcieux lui était apparue, telle qu'elle l'avait rencontrée à
l'époque de la rupture avec Casai, consternée de mélancolie et changée à ne pas
la reconnaître (Bourget). Haas, p. 3i/i et ssq.
2. Fortunala y Jacinta, III, iig, « PoTsabido se calla. o M°* Pardo Bazân, Lit. franc,
cent., El Romanticismo, 35 : « Mas de esto â que influyese en el romanticismo, de esto
â que apareciese renovando la poesia francesa, va gran distancia, aun consideradas
sus innovaciones ritmicas y reconocida en él mâs libertad de forma que en el mismo
Lamartine. » — De même en français. Exemples : Temps: Et à peine tombée plutôt
qu'assise sur le fauteuil, elle dit (Bourget), Condition: C'était une pièce à conviction
qui pouvait perdre de sa valeur, touchée par une main maladroite (Maupassanl).
Haas, p. 286 et suiv.
3. Pour remédier à l'abus du gérondif, on multiplie les participes présents. Nous
relevons dans La E. R. insignificante, désespérante, culminante, informante, plei-
teante, dénigrante, cargante, etc.
2l4 BULLETIN HISPANIQUE
nous retrouvons en français des substitutions de ce genre,
c'est principalement dans la poésie, où la concision est de règle,
et chez les romanciers de la dernière heure parce qu'ils imitent
la marche rapide et pour ainsi dire trépidante de la conver-
sation parisienne.
II. SIMPLIFICATION
La langue familière se distingue du style soutenu par la
recherche du terme usuel. Or l'usage ramène sans cesse les
mêmes mots, dont le sens s'élargit peu à peu, et qui finissent,
à la longue, par suffire à tous les besoins. Nous voyons tous
les jours et nous verrons encore la mode imposer tel adjectif
qui résume, pendant une saison, les nuances de l'éloge et du
blâme. Pour qu'une expression se charge ainsi d'acceptions
multiples, il faut, d'abord, qu'on puisse la prononcer facile-
ment, et aussi qu'elle soit conforme aux procédés traditionnels
de construction ou de dérivation.
Article. — Dans la langue populaire, l'article sert à intro-
duire une phrase entière qui joue le rôle de substantif ou de
complément du substantif. Au masculin et au féminin, dont
on trouverait pourtant des exemples', on préfère la forme
neutre /o, qui se plie aux besoins les plus variés. Elle tient, en
effet, la place d'un démonstratif (to que le tiene con el aima en
un hilo2), d'un substantif (87, lo endeble de su salud), enfin
d'un adverbe. Dans ce dernier cas, elle peut modifier un
adjectif, un verbe^, ou même figurer à titre de locution indé-
pendante (lo que), généralement emphatique et hyperbolique
(93, gozaba lo que no puedes figurarte).
Substantif. — Nos écrivains, quand ils cherchent les elTets
pittoresques, emploient volontiers les substantifs abstraits
terminés en eur. La forme correspondante (blancor, espesor)
ne s'est pas encore généralisée en Espagne. Au contraire, les
I. Fortunala y Jacinta, I, i5o, Y aliora viene la de me caso y â Roma por todo.
a. Ibid., I, a6o.
3. Ibid., I, sa8, Ya saben todos lo avariento que ères; I, i/|3, los paYos de la
escalerilla no esiân todo lo bien cebados que debi'amos suponer.
REMARQUES SUR LE STYLE DE LA ESTAFETA ROMA^TIGA 2 15
mots en ion, malgré la lourdeur qu'ils communiquent au style,
sont tellement nombreux que les puristes ont dû réagir contre
cette invasion'. Mais la langue usuelle préfère visiblement les
substantifs en e (pase, toque), en a (renuncia, busca) et surtout
en o (tropiezo, soplo, arreglo, arrimo). Un procédé curieux de
formation et qui tend à se répandre, utilise comme préfixe
la préposition sin^ (266, el siniiûmero de clérigos; 106, un sin fin
de enfermos).
Adjectif. — L'espagnol fait un grand usage de certains
adjectifs envahissants qui offrent l'avantage d'exprimer, outre
leur sens étymologique, des façons générales de sentir. Les
plus connus sont maldito, snnio, puro, gordo^ (27, en que otro
romântico de los mus gordos pone el ejemplo del enamorado
que se mata; 217, la idea de que entrase Felipe en mi cuarto
a recriminarme, pronunciando el trueno gordo). Gr««^ joue
un rCAe analogue dans la langue familière, de même que Jlojo,
qui revient plusieurs fois dans La Eslafeia Romdntica (i83, no
son Jlojos rîos de lâgrimas los que he derramado sobre ellos;
289, no esjlojo gusto, el que me da la carta). S'agit-il de former
les comparatifs et les superlatifs, on préfère au radical tiré du
latin le mot qu'on peut forger mécaniquement sur le positif
(58, bonisimo).
Pronom. — Notons d'abord la prédilection du castillan pour
les neutres lo, eso, esto, ello, aquello, dont le principal avantage
est d'exprimer l'idée sous sa forme la plus vague et par suite
la plu» compréhensive (17, y vamos a lo niiesfro ; 26, en esto del
daca y toma de cartas). N'abuse-t-on pas chez nous de cela,
abrégé en ça'? Quelques phrases de M. Pérez Galdos ont du
reste un faux air de gallicismes (27, y ello es una historia muy
1. El Estudiante, cnleccion de composiciones sérias y festivas, Madrid, iSSg, p. a5, He
notado que aun en aquellos de mas pura diccion y mâs corrientelocuiion, lienen tat
predileccion por Ueiiar cada oracion de nombres acabados en on, etc.
2. En réalité, c'est le retour à une habitude ancienne. On a dit sinsahor. sinrazôn
parce que le préfixe latin in n'était plus compris dans sa valeur négative.
.S. Parfois (/ordo sert à renforcer l'idée de grand el tient la place d'un véritalile
comparatif. Ex. : premio gordo. Certains stibstantifs ont la même \aleur emphatique
et hyperbolique. Ex. : La mar de cosas.
4. La de Bringas, 55, Volviô con Milagros à tiendas al dia sigulente con âninio de no
entrar en la deSobrino donde la gran tentaciôn estaba; 2/17, no : antes deliumillarse
tanlo y perder tan en absoliito su dignidad, la Bringas preferia que su niarido le
diera el ^ran escândalo.
2lG BULLETIIN HISPANIQUE
sentimental y triste; 19/i, esto no es suspicacia). Les règles
imposées par l'Académie en ce qui regarde le datif et l'accu-
satif pluriel et singulier des pronoms de la 3""* personne ne
sont pas encore entrées dans l'usage courant. Beaucoup
d'écrivains les négligent, et pour des raisons qui ne relèvent
pas toujours de l'euphonie. L'origine de la confusion entre le
datif et l'accusatif vient probablement de ce que la préposition
d remplit tour à tour ces deux fonctions, sans qu'il soit facile
de les distinguer dans la pratique. Nous trouvons dans la
Es. Rom. la forme du datif pluriel employée avec le sens
d'un accusatif (38, su raquitismo, malamente combatido con
la vida del campo, con los continuos paseos, el estudio y el
cuidado que en alimentar/esse emplea; /j3,/esveo desarrollando
su odiosa maquinacion). La même hésitation subsiste chez
nous dans les tournures laisser, voir, entendre, faire k A la
rigueur on pourrait considérer comme un régime indirect au
datif la construction suivante (i 56, Desde que perdi a mi Angel,
tiemblo cuando les oigo toser). Chacun sait, d'autre part, que
l'espagnol aime à grouper les pronoms. Ils suivent l'infinitif
et le gérondif (174, ya puedes figurar/e/o) ou précèdent le
verbe quand il est à un mode personnel (i85, no se le habia
encontrado papel ni prenda alguna). Mais un pronom isolé,
s'il n'est pas renforcé par l'adjonction d'un autre, tend fatale-
ment à devenir enclitique ou proclitique. Toutes les fois qu'il
se présente après un repos sensible, point terminant la phrase
(188, Ayuddbame D. Manuel anticipândose con gran perspi-
cacia a mis juicios), virgule marquant un arrêt dans le débit
(189, cuatro largas horas duro la conferencia, pues en la segunda
parte, cuando ya me habia serenado y abordamos la cuestion
légal, hizome una exposicion clarisima de las di versas solu-
ciones), changement d'intonation (2x3, los sentimientos y
visiones que me turban paréceme que no son mios), le verbe
l'attire et l'absorbe. Seul un groupe offre assez de résistance
pour se maintenir au commencement d'une proposition. Afin
I. Pour qu'un père et une mère... puissent espérer de la voir suivre leurs avis
(Balzac). .S'il t'entendait, il serait trop payé! Mais laisse-ie achever sa tâche ("Augier).
Cette admiration attendrie la faisait se dire à elle-même (Bourget). Le souvenir des
beaux yeux lui faisait se répondre tout bas (Bourget). Cf. Haas, A'. S., p. 89.
REMARQUES SUR LE STYI,E DE LA ESTAFETA ROMÂNTICA 217
d'obtenir ce redoublement indispensable du pronom, on crée
des verbes réciproques, on utilise le datif explétif (169, ; Dichoso
D. Beltrân ! Dios me le perdone). La combinaison du datif et
du verbe réciproque permet souvent d'éviter l'adjectif possessif
(i55, el legitimo orguUo se le sale por los ojos en llamaradas),
nouvelle application de la loi qui oblige à réunir les pronoms.
Verbes. — L'« écriture artiste », si l'on en croit M. Albalat,
se distingue non seulement par la recherche du substantif
rare, mais encore par la préoccupation d'éviter les auxiliaires.
La conversation familière, en revanche^, repousse les verbes
à sens trop précis qui témoigneraient d'une intention artistique,
déplacée dans un simple entretien. Il est facile, en général, de
les remplacer par la tournure substantive (66, Déjeme tomar
resuello para decirle que Higinio me escribe...; i5, He tenido
que poner mesa para todos los sefiores dignidades, canonigos
y racioneros que han lenido la dignaciôn de asistir à las honras).
Or, ce qui contribue le mieux à donner au style de M. Pérez
Galdos un air d'aisance, — ou, suivant le point de vue des
modernistes, de banalité, — c'est le retour périodique de ser,
eslar, lener, ir, andar, continuar, venir, hacer, prestar, etc..
Certains verbes comme dar et echar, en vertu de la loi que
nous énoncions à propos des adjectifs et qui consiste à ramener
l'inconnu au connu, finissent par ajouter à leur sens propre
une foule d'acceptions empruntées. Dar, par exemple, se prête
à tous les usages et sert à former d'innombrables locutions.
Tour à tour il exprime l'idée de former, faire, livrer, rencontrer,
se produire, pousser, me tire, penser, frapper, souffrir', etc..
On pourra de même constater qu echar signifie, suivant les cas,
acquérir, prendre, fumer ^, etc.. Nous remarquons d'autre part
1. Forianata y Jacinta, II, 120, las fotografiasque daban guardia de hoaor al lieiizo;
i55, no mediando ningun pagarc, daba gusto tratar con aquella senora ; i6g, y casi
triunfante en la descomunal liatalla que estaba dando â s>u familia. La de Bringas, 18,
el camino que habiamos de seguir para dar con la casa de nuestro amigo; 09, pero
daba la maldita casualidad de que su administradora no lehabia traido ai'in la recau-
dacién de las casas; i3(j, Daba unos suspiros que partian el aima; aio, antes de dar
fuego. Fortanata y J., II, 98, al ver en el espejo su linda cara pâlida did/e por eraplear
argumentes comparatives. Nazarîn, 261, cuando diô de punaladas â otra pûblica como
ella. F. y J., II, i34, Todo eso que te da no es mis que debilidad del cerebro.
2. F. y J., II, 39, ; que carâcter estoy echando ! La de Bringas, 98, Anteayer me los
eehé en el portamonedas. F. y J., II, i3o, como ténia tanta confianza, iba à echar un
cigarro.
•2 l 8 BULLETIN HISPANIQUE
que les auxiliaires sont de plus en plus nombreux en castillan
et que leur emploi s'étend tous les jours. Traer, llevar^ seguii\
andav, aparecer, qiiedar, resuUar, continuai' se construisent soit
avec le gérondif (i 80, ha eslado trayéndome y Uevândome reca-
dilos con las alas de mi ansiedad), soit avec le participe passé
(117, Tu marido te résulta ajustado a tu sér intelectual), soit
avec l'adjectif (129, tras de una idea se me ocurreolras y cuando
quiero recordar, ya tengo bien llenitos de garabatos cuatro
pliegos de papel), soit avec une locution qui joue le rôle de
participe (26, y aunque todavîa sigue à su servicio). Cette cons-
truction est si conforme au génie de la langue que la plupart
des verbes à un mode personnel, se comportant comme auxi-
liaires, attirent le participe passé ou le gérondif (124, corria
disparado tras multitud de mentiras ; i52, y se lanza decidida en
busca del hombre a quien habîa jurado fe). La même tendance
à la simplification apparaît dans l'emploi des temps et des
modes. C'est ainsi que l'indicatif présent usurpe le rôle du
futur (58, alla te mandaré la birreta con el ordinario, y la
estrenas en la primera corrida de toros a que asistas) et souvent
du conditionnel. Cette dernière fonction lui est disputée par
l'imparfait (211 , si yo los luviese,ahora mismo lo arregldbamos).
Préposition. — 11 semble, a priori, que le domaine de
chaque préposition soit nettement délimité. On notera cepen-
dant qu'en espagnol beaucoup de verbes se construisent avec
différents régimes, lesquels ne correspondent pas toujours à
des nuances bien tranchées. On discute encore pour savoir s'il
faut dire ocuparse en ou ocuparse de. 11 n'est donc pas impos-
sible que les prépositions, quand elles sont très employées,
exercent, au même titre que les verbes dar et echar, une sorte
d'attraction. Un exemple suffira pour l'établir en montrant le
caractère envahissant de la préposition de lorsqu'elle exprime
le métier ou la fonction {i2'],ejerciendo de definidor y pontifice;
1/19, Da gracias à Dios por lenerme ci ml de reguladora de tu
carâcter; 266, poniéndole de compinches al indispensable D. Pio
Pita Pizarro; io3, como los que le mandaron de regalo las de
Alava). On voit qu'elle peut s'associer à une foule de verbes
qui étendront son emploi. D'autre part, les prépositions placées
REMARQIES SUR LE STYLE DE LA ESTAFETA ROMAM'ICA 2iy
devant un infinitif usurpent souvent la place des conjonctions.
Ex. : con (malgré), pov (parce que), â (si), de (si), sobre (outre).
Conjonctions. — De la proposition infinitive nous sommes
tout naturellement conduits aux locutions de que, â que,
cou que, suivies d'un verbe à un mode personnel. Or, la
conjonction que jouit d'une faveur sans bornes. Comme au
temps de Cervantes elle tient la place de toutes les autres
(ai, sin duda le liabrâ valido su buen corazon, que en verdad lo
ténia excelente). Parfois, quand elle joue le rôle d'une simple
particule de liaison, elle se confond avec le relatif (120, ya me
tienes fuera de mi centro natural y atada â otro centro que no
se lo que es; 162, todo ello no cuadra muy bien a un personaje
que no se sabe de donde ha salido). Comme ce mot frappe
souvent l'oreille, il tendrait, si l'influence des théoriciens n'y
faisait obstacle, à supplanter les conjonctions composées. Pour
se rapprocher de la langue parlée, M. Peréz Galdos tient à
employer mas que au lieu de sino.
Construction de la phrase. — La conversation banale se
complaît dans l'imprécision. Elle aime ces formules stéréo-
typées dont les éléments, même s'ils sont associés d'aujour-
d'hui, paraissent indissolubles (i3i, Demetria es su pazde toda
la vida). Or les modismes, si pittoresques aux yeux de l'étran-
ger, fournissent à l'écrivain national un fonds inépuisable
d'expressions consacrées, de clichés de sens ambigu. Mieux
que personne M. Peréz Galdos a su les enchâsser dans son
style en les rajeunissant. Tantôt il les abrège (26, No, no : bien
se esta San Pedro... en Villarcayo), tantôt il les déforme avec
intention pour leur rendre la saveur qu'ils commencent à
perdre (117, Averigilelo quien quiera, pues ni Vargas creo yo que
domine tan dificil averiguacion). Chez nous, l'emploi systéma-
tique de ces phrases toutes faites aurait quelque chose d'aflecté.
Ne reprochait-on pas à Gherbuliez d'exhumer intentionnel-
lement certaines locutions bien françaises, mais vieillies,
comme sorti de page, trié sur le volet? 11 n'en est pas de même
en Espagne où la conversation vit de ces formules commodes,
remontant parfois à plusieurs siècles, et toujours susceptibles
d'applications nouvelles.
2 20 BULLETIN HISPANIQUE
III. RENFORCEMENT
Au laisser-aller de la conversation, gouvernée par la loi du
moindre effort, il convient d'ajouter une autre tendance, en
contradiction apparente avec la première, bien qu'elle n'en
soit que la résultante. Beaucoup de mots s'usent. 11 faut que la
langue remédie, par une création continuelle, à cette consom-
mation journalière. D'autre part, l'imagination du peuple,
naturellement impressionnable et portée à l'exagération,
réclame l'expression colorée, le mot intense. Or le renforcement
nous apparaît sous le double aspect de l'allongement et de la
transposition.
Article. — Si au lieu de précéder, comme d'ordinaire, un
terme court, l'article annonce un groupe de mots ou une
phrase véritable, l'attention se trouve réveillée par ce renver-
sement brusque des habitudes.. Deux procédés conduisent au
même résultat. Le premier semble d'origine savante. Il
consiste à intercaler plusieurs adjectifs modifiés par des
adverbes entre l'article et le substantif (88, al descubrir el
ataùd y ver las ya macilentas facciones del gran satirico).
L'autre, vraiment populaire, se ramène à traiter comme subs-
tantif un groupe de mots qu'il est permis d'allonger indé-
finiment (i/i6, et acabôse de lo bonilo). L'article indéfini, d'autre
part, a souvent chez M. Peréz Galdos une valeur intensive (i 56,
Toda la noche se la pasa en un sudor; 170, te aseguro que si no
existiera mi madré y la cadena que à ella me une, para mi no
habria un bien como la muerte). Le premier cas s'explique par
une ellipse, le second par la tendance à considérer les groupes
comme formant une unité indivisible.
Substantif. — Il est inutile d'insister sur le rôle trop connu
des augmentatifs. Notons seulement que la faculté de créer des
mots composés n'est pas le privilège exclusif des langues ger-
maniques. Vaivén, correvedile suffiraient pour l'établir. Outre
les locutions substantives accueillies par le dictionnaire, on a
toujours le droit, pour marquer une intention de style, d'em-
REMARQLES SUR LE STVLE DE LA ESTAFETA ROMAMTICA 33 1
ployer des groupements improvisés (47, El carâcter de Werther
sin suicidio no me convenia en modo alguno). Ici encore on
peut recourir aux transpositions et ciianger un verbe à un
mode personnel en nom commun (64, va sabra usted que
aquel magnifico plan mfo, que tuve el honor de comunicarle
en la sacristîa de mi iglesia, ha quedado en veremos).
Adjectif. — Pour les mêmes raisons, un substantif jouera
parfaitement le rôle d'adjectif (8, pues no hay otro mas cabal-
lero y delicado), et inversement un adjectif sera substantivé
(i3, y ademàs el primer manirroto que se ha conocido desde
Moncayo al Pirineo). Même quand le qualificatif existe, il peut
céder le pas à une locution capable de recevoir les marques du
comparatif et du superlatif (i 46, Los Mdr lires, que dice son cosa
bonita y muy de religion).
Pronoms. — On ne saurait dire que le redoublement du
pronom ait une valeur intensive puisqu'il rentre dans les
habitudes consacrées. Un moyen non moins efficace de déta-
cher yo et td, c'est de les placer après le verbe, ou d'une façon
plus générale à l'endroit sur lequel porte l'accent rythmique
(i63, pues siempre fuiste là su amiga y confidente; igS, Si, la
mal intencionada soy yo). Un pronom placé après son régime
est toujours plus accentué (ii8, En la noche aquélla de
Zaragoza).
Verbe. — Le changement brusque de mode, de temps, de
personne, ou plus exactement l'intervention d'une personne
fictive contribue à donner un relief inattendu au verbe (54, Nos
hemos metido en un coloquio de extremada dificultad, pues
su sordera es désespérante, y lienes que valerte de signos y
modulaciones labiales muy acentuadas para hacerte compren-
der; 126, \ Si al menos hubiera yo podido lograr una separacion
decorosa! ique si quieres! ;Para separaciones esta el tiempo!).
La transformation d'un verbe neutre en verbe réciproque est
encore un phénomène d'intensification (128, que haya desafio,
que se peleen dos caballeros por cualquier futesa de politica).
On en peut dire autant de la transformation d'un verbe
neutre en verbe actif (79, se dedico à besar peanas que antes
habia escupido). Enfin, le néologisme est une dernière ressource
Bull, hispan, i5
222 BUM.ETIN HISPANIQUE
pour attirer l'attention. Il suffît d'ajouter ear au substantif
dont on veut tirer un effet plaisant (19, nada tiene que ver el
muerto de alla con el calabaceado de Vizcaya).
Préposition. — On a connu de tout temps les combinaisons
de deux prépositions (por entre, por debajo, para entre). Une
habitude plus récente consiste à employer adverbialement
dentro, delaiite, encima* qui, dans ce cas, modifient le verbe.
Notons à ce propos que les formes normales adentro, adelanle
servent à former des locutions de plus en plus nombreuses
(de mostrador adentro, por el callejon adelante). Par contre,
certains substantifs comme camino, esquina, sont en train de se
changer en prépositions.
Conjonction. — On l'emploie parfois comme un simple nom
commun (63, He aqui, mi sefior ilustre, el por que de estos
desalinados renglones). D'autre part, l'antithèse permet de
renforcer l'affirmation (''42, que no te digo sean ejemplares, pero
5f divertidisimos) et l'antiphrase est un bon moyen d'accentuer
la négation (198, j Pues si yo fuera seglar y joven, caalqulera
me qiiilaha a mi esa sin par hembra !...). Qae placé au commen-
cement d'une phrase donne du relief au verbe (17, En fin, que
creo no hemos quedado mal con estos reverendos senores).
Inmedialamente que, substitué à luego que, nous apparaît à la
fois comme une création et comme un phénomène d'allonge-
ment (i/jo, Plântenlos inmedialamente que llegan).
Adverbe. — La forme savante terminée en mente produit
souvent un effet oratoire (18, Enleramente angelical es esa idea
tuya de que D. Fernando nos va a dar el rasgo de ausentarse
para siempre). 11 est vrai qu'elle répond aussi à un besoin
d'euphonie (5o, se mantuvo a distancia de cuatro 6 cinco pasos
mirândome con la fijeza que a sus amargas bromas precedia
comunmenle). Pour insister davantage sur l'idée, on remplace
quelquefois l'adverbe, dans la langue très familière, par un
membre de phrase (6, las niiîas estân que da gozo vertus; 65, se
fortifica de cuerpo y espirilu que es un primor).
I. F. y J., II, 312, « rabiaba por echarle la visla enciina al basilisco. » Il est vrai
qu'on trouve déjà dans Quintana, Vidas de Es. CéL, coll. Mérimée, p. lai, « exaltado
con la perspectiva de gloria y de fortuna que se le presentaba delanle. » — Comparez
en rran<;ais : « Bientôt il pourra jouer avec » (Renard, Poil de Carotte).
REMARQUES SUR LE STYLE DE LA ESTAFETA ROMÂMICA 2 23
Construction de la phrase. — Deux procédés contribuent
à modifier l'allure d'une phrase : l'inversion qui renverse
l'ordre logique et grammatical, et l'emploi des diminutifs qui
dénature l'idée en changeant la forme du participe ou de
l'adjectif (6i, lo dejo bien gaardadito para otro dia; 99, c Y esta
su cabeza tan Irastornadita que no ha caîdo en mi gracioso
enredo?). Il est vrai que l'inversion est parfois dictée par une
simple raison d'euphonie. Par exemple, étant donné qu'une
proposition ne peut pas finir sur un mot trop court, on place
le sujet après le verbe lorsqu'il est accompagné d'une apposi-
tion ou d'une détermination quelconque (7, las tremendas cala-
bazas que ha dado al sujeto su novia, una lai Aarora, que dicen
es mesliza de ilaliana é inglesa). Tenons compte, au surplus, de
la construction particulière à certains verbes comme parecer
qui doit suivre et non précéder le sujet de la proposition
subordonnée (119, pues el tiempo parece que se complace en
desafinar mâs â Felipe siempre que se empena en sonar junto
à mi). On ne contestera pas cependant que le romancier veut
produire un effet déterminé quand il fait un sort au complé-
ment direct (21, libros devotos de los mejores poseia también),
à l'attribut (io4, riquisimo lo hacia una monja de Médina de
Pomar), au participe (3o, condenada la tengo a desempenar por
ahora en mi vida un papel semejante al de los diputados).
Mais il n'est pas toujours facile de distinguer si l'ordre logique
est sacrifié au sens ou à la musique de la période.
IV. DISSYMÊTRIE
Ce terme, que nous empruntons au vocabulaire des sciences
expérimentales, peut servir à désigner une catégorie de faits
importants. Nous le définirons ainsi : la variété dans la
symétrie ou le parallélisme dans la diversité. Le type de la
construction dissymétrique nous est fourni par certaines
locutions doubles (a roso y velloso, de tomo y lomo) qu'on
rencontre fréquemment dans la langue populaire. Une phrase,
pour échapper à la banalité de la conversation, doit être
22^ BULLETIN HISPANIQUE
harmonieuse. Mais il ne faut pas que le rythme soit trop
sensible pour l'oreille. Nous verserions alors dans le genre
oratoire; il y aurait désaccord entre le fond et la forme, entre
le prosaïsme du sujet et les raffinements du style.
Article, — Quand l'article est supprimé devant le premier
terme, on le rétablit devant le second et le troisième (89, daré
hoy comienzo a mi tarea de armar bastidores y el tablado
y la bateria de luces). On obtient le même résultat avec l'article
indéfini en faisant suivre d'un complément le dernier subs-
tantif d'une énumération (202, solo encuentro vergûenza,
cortedad, iina infinita modestia ante criatura tan fuerte y
grande; 120, A tal extremo Uega el fanatisme que si hubiera
inquisicion de esos dogmas él séria familiar primero de ella
y un implacable quemador de herejes).
Substantif. — On peut considérer comme tel tout mot ou
tout groupe précédé de l'article. Ce rôle peut être joué par
l'adjectif précédé de lo, par le verbe à l'infinitif, par l'infinitif
suivi d'un complément, par l'infinitif suivi d'un sujet et d'un
complément. Or, ces différentes formes de la construction
substantive alternent régulièrement dans une même phrase.
Exemple : 5o, « Sa boca entreabierta dejaba ver los dientes
ennegrecidos y lo blanco de sus ojos amarilleaba mas de lo
habituai)) (substantif et adjectif); 88, « Pero todo este observar
indiscreto, irreverente, fué ahogado por la emociôn que nos
embargo» (infinitif sujet, substantif complément); igS, u (jLa
suma suspicacia no puede Uegar a ser el sumo adivinar? »
(substantif sujet, infinitif attribut); /JQ, « La dictadura me ha
traido la paz, y aunque me entristece el pisar mis iniciativas,
caidas de mi como coronas marchitas y deshojadas^ me con-
suelo con la conservaciôn de mi existencia denlro de una plâcida
esclavitud » (infinitif et substantif accompagnés de complé-
ment); 175, « Grée que celebraremos muy de veras la recon-
ciliaciôn, y ver terminadas vuestras desavenencias con un tierno
abrazo » (substantif et infinitif jouant le rôle de complément
direct); 93, « La cual debia de consistir en alegres Jeslines y en
gozar de cuanto Dios crio » (substantif et infinitif jouant le
rôle de compléments indirects).
REMARQUES SUR LE STYLE DE LA ESTAFETA ROMANTICA 2 25
Adjectif. — Un premier adjectif est suivi assez souvent d'un
substantif qui dépend d'une préposition (82, cosa también
vulgarisima y de clavo pasado; i46, Los Mdrtires que dice son
cosa bonita y muy de religion). Dans une série d'ablatifs
absolus on voit de même l'adjectif alterner avec le gérondif
(42, Todo lo tienes ya revuelto en la casa, suspendidos los
trabajos de arquitectura teatral y de estudio de papeles, la vida
de todos amargada y descompuesta, los pequenos recaidos en
sus enfermedades, un trasiego confinuo de medicinas de la
botica a la casa, alteradas las horas de comida y cena y sobre
esto el chaparron de visitas de pésame).
Pronoms. — L'habitude de rapprocher les pronoms conduit
naturellement au chiasme (191, pues para conocerto le bastan
las copias del pleito con Osuna; 58, como el primero de los
humildes que miro debajo de mî ... ères ta, por // empiezo el
derroche de mercedes con que quiero manifestar mi alegrîa).
Deux mots qui ont un sens différent et une forme identique
peuvent contribuer au parallélisme de la phrase (9^, No hay
cosa mas feliz que el que à uno le planten, con lo que se libra
del enfadoso problema de plantar).
Verbe. — Rien de plus naturel que de faire alterner dans les
propositions subordonnées les subjonctifs en aro, ese{li'], acon-
sejome que dièse por terminado aquel asunto y la enterrara
antes que sobreviniese la descomposicion), quelquefois la dis-
symétrie s'obtient aux dépens de la correction (20, y si por
desgracia viniese con veras lo que antes vino con engano,
cumples disponiendo un cérémonial decoroso y modestito). Ici
l'indicatif remplace le conditionnel ; ailleurs, c'est l'ordre des
mots qu'on change arbitrairement (92, Despertar yo y él abra-
zarme sentado al borde del mullido lecho potronil, fué todo
uno). L'inversion de él n'est motivée que par le chiasme. C'est
au contraire le parallélisme qui justifie le déplacement du
participe passé dans le cas suivant (86, después de bien mirado
y remirado el rostro fri'o del gran Figaro, de color y pasta de
cera, no de la mas blanca; la boca ligeramente entreabierta, el
cabello en desorden).
Préposition et Adverbe. — L'adverbe est souvent contre-
226 BULLETIN HISPANIQUE
balancé par une locution prépositive (82, Uegaste al fin, pero
llegaste tarde) ou par le gérondif (97, te escribo de prisa y
corriendo).
Construction de la phrase. — Les exemples qui précèdent
prouvent que M. Peréz Galdos a poussé à l'extrême le souci de
la variété. 11 y aurait donc quelque imprudence à ramener
artificiellement ses phrases à un type uniforme. Nous raison-
nerons néanmoins sur deux exemples, pour la commodité de
l'exposition. La période espagnole, telle que nous la trouvons
dans Quintana, est avant tout symétrique.
Pero si esta ambiciôn y este poder, tan largo tiempo combatidos de
una parte, y tan bien defendidos de la otra, se miden con el objeto y
uso a que les dirigiô el Condestable; si se pregunta gué engrandeci-
miento le debio el reino, que majoras las leyes, que adelantamientos
la civilizaciôn y las costumbres, en que disposiciôn y estatutos procurô
afianzar para le future la quieUid y prosperidad del Estado, ya la
respuesta séria mâs dificil y