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Full text of "Bulletin hispanique"

INIV.OF 
ORONTO 
■"RARY 



ANNALES DE LA FACULTÉ DES LETTRES DE BORDEAUX 



BULLETIN HISPANIQUE 



À FB., IV SÉRIE. — Bull, hispan., XIII, 191 1, i. 



Bordeaux. — Imp. G. Gounouilhol, 9-1 i, rue Guiraude. 



V 




4nnales de la Faculté des Lettres de Bordeaux 

et des Universités du Midi 

QUATRIÈME SÉRIE 

Conimuue aus Uuiversités dAix, Bordeaux, llonlpellier, Toulouse 

XXXIII" ANNÉE 



BULLETIN HISPANIOUE 



Paraissant tous les trois mois 



TOME XIII 
1911 




Bordeaux : 

FERET & FILS, ÉDITEURS, i5, COURS DE L'INTENDANCE 

Lyon: Henri GEORG, 36-43, passage de l'Hôtel-Dieu 
Marseille : Paul RUAT, 54, rue Paradis | Montpellier : G. GOULET, 5, Grand'Ri^ H^ 



Toulouse : Edouard PRIVAT, i4, RUE des Arts 

Madrid : MURILLO, Alcalâ, 7 ^ 

\'^ 

Pans : ^ 

Albert FONTEMOING, 4, rue Le Goff ^ ^ 
Alphonse PICARD & FILS, 82, rue Bonaparte. 



û'- 



6oô/ 



4' ^ 



Vol. XIII. Janvier-Mars 1911 No 1. 



L'ARCHEOLOGIE EN ESPAGNE ET EN PORTUGAL 

Mai 1908 — Mai 19 10. 



L'archéologie préhistorique est décidément privilégiée dans 
la Péninsule. MM. Cartailhac et Breuil ont réuni et développé 
dans un magnifique ouvrage tout ce qu'ils nous avaient déjà 
dit ou fait espérer de la merveilleuse grotte d'Altamira. La 
Caverne d'Altamira à Santlllane près Sanlander (Imprimerie de 
Monaco), tel est le titre du livre définitif qu'ils ont pu luxueu- 
sement éditer grâce à la libéralité du prince de Monaco. 
L'illustration, en particulier les admirables planches poly- 
chromes d'après les aquarelles de M. Breuil, est digne du 
texte, et c'est tout dire. Mais l'analyse de cette œuvre capitale 
ne peut ici trouver de place, et je le regrette ; je devais du 
moins la signaler, ne fût-ce que pour louer le chevaleresque 
esprit de confraternité scientifique qui a permis une fois de 
plus à des savants français d'étudier de très près avec l'aide 
des savants du pays, et de publier comme il convenait un des 
trésors les plus précieux de Tart espagnol. 

L'exemple a été bon, et voici que nous retrouvons l'abbé 
Breuil associé de la plus heureuse façon avec MM. Santiago 
Vidiella et J. Cabré pour l'étude de ces nouvelles peintures 
rupestres préhistoriques de l'Aragon et de la Catalogne que 
je signalais de façon sommaire et imprécise il y a deux ans. 

La nouvelle était bien exacte. Seulement il ne s'agissait pas 
de peintures exécutées dans une grotte, comme à Altamira, 
mais bien de fresques à l'air libre ornant un rocher. 

Ce rocher, désormais célèbre, se trouve à 5oo mètres du 
petit village de Cogul, situé sur le rio Set, à 18 kilomètres 
au sud de Lerida. Il était depuis longtemps connu des habi- 




2 BULLETIN HISPANIQUE 

tants du pays lorsque D. Ramon Huguet, curé de Cogul, le 
signala en 1907 à la curiosité publique. MM. Céferi Rocafort 
et Jules Soler prirent les premiers calques des figures et les 
publièrent dans le Butlleli del Centre excursionista de Cataliinya 
(mars 1908), dans un mémoire intitulé : Las plnlures rupestres 
de Cogal. MM. Breuil et Cartailhac signalèrent ce travail 
important dans l'Anthropologie (1908, p. 87 1). Bientôt M. Breuil 
se rendait à Cogul et relevait avec plus de précision toutes 

les images encore 
apparentes. Il les a 
reproduites et com- 
mentées dans V An- 
thropologie (1909), 
et l'étude qu'il en 
a faite, encore que 
sommaire, est très 
instructive. 
D'abord, ildistin- 

Fic. I. — Peinture rupestre à Cogul. , « 

gue sur la suriace 
peinte, qui mesure 
environ 2 mètres de large, c'est-à-dire que les images sont 
assez petites, plusieurs scènes indépendantes. En premier lieu, 
une Chasse au cerfffig. i), qui comprend deux tableaux, un cerf 
renversé sur le dos, les pattes dressées, puis un chasseur, 
armé d'un bouclier et d'une lance ou d'un arc, qui va tuer un 
cerf beaucoup plus grand que lui. L'homme et les animaux 
sont d'un dessin tout à fait schématique, réduits à de simples 
traits fortement appuyés. En second lieu, une Chasse au bison : 
un homme, ayant à la main une arme qui ressemble au foudre 
de Jupiter, mais qui est sans doute un faisceau de flèches, 
pique le front d'un bison planté devant lui. Le chasseur est 
traité à peu près comme celui du groupe précédent, mais le 
bison est dessiné avec quelque soin de la vérité, et couvert 
d'une teinte plate noire. Vient ensuite un groupe de petits 
cervidés et d'autres animaux. On y voit un cerf entouré de 
quatre biches, à la droite desquels se trouvent un bovidé et un 
autre cervidé (élan?). Le panneau n'a dans son ensemble que 



L ARCHEOLOGIE EN ESPAGNE ET EN PORTUGAL 



75 centimètres de large; mais, malgré leur petitesse, les ani- 
maux sont en général assez justement dessinés. Les uns, les 
meilleurs, une grande biche, un cerf à haute ramure, une biche 
plus petite, un bœuf dont le corps est teint en rouge, sont de 
forme correcte et de mouvement bien observé ; les autres sont 
simplement silhouettés d'un large trait de pinceau; ils sont 
moins naturels. Un 
quatrième tableau 
(Jig. 2) nous montre 
d'abord deux bou- ^^^^V^^ 



quetins bondissants, 
dont le corps est de 




deux couleurs, rou- 
ge et noire, super- 
posées, mais de 
telle façon que lune 
transparaît parfois 




FiG. 3. — Peinture rupestre à Cogul. 



SOUS l'autre. Les fi- 
gures qu'a groupées 
M. Breuil sous le numéro 5 sont plus curieuses et plus inté- 
ressantes. D'abord, une vraie miniature peinte sur une surface 
précédemment utilisée pour des peintures noires. On y voit 
« une très petite figure d'homme, bras et jambes écartés, 
isolé; un autre, tout aussi minuscule, faisant tète à un animal 
en traits noirs un peu modelés, très svelte, à longue queue, 
pieds bisulques, oreilles couchées, parties génitales saillantes, 
qui peut être, malgré l'absence de cornes visibles, un hos 
primigenus à formes légères » . 

Au-dessous de ce petit groupe, qui se trouve sur la même 
ligne que les bouquetins de tout à l'heure, il y a trois bœufs à 
longues cornes, dont l'un plus ancien que les autres, « est 
gravé, au moins en certaines parties : l'œil pupille, l'oreille, 
la tête déteinte sont discernables grâce à cela. La couleur 
rouge y intervient seule, par la ligne fine et égale qui silhouette 
les formes de l'encornure, de l'échiné, du ventre et de ce qui 
subsiste des pattes. Le flanc est zébré de nombreuses lignes 
verticales qui remplissent le champ de l'animal, exactement 



Ix BULLETIN HISPANIQUE 

comme dans les chevaux gravés de la grotte de Marsoulas et 
certaines biches d'Altamira également incisées». 

Ce bœuf marche vers la droite ; il est suivi d'un de ses 
congénères figuré suivant la même technique, mais ultérieu- 
rement teinté en noir. Au-dessus d'eux, marchant en sens 
inverse, un autre bœuf, peint en noir uni, sauf sur le flanc et 
une partie de la cuisse qui sont réservés et semés de hachures 
tracées selon la courbure du corps. Chose curieuse, on voit 
entre ses cornes voltiger un homoncule formé de quatre traits 
fins qui le réduisent à la plus simple expression, un tronc, 
un bras, deux jambes. 11 n'est pas d'ailleurs le seul personnage 
qui anime la scène; deux autres, tout à fait originaux, de figu- 
ration tout à fait nouvelle, lui font face. Le haut de leur corps 
se détach« en plus foncé sur le corps du second bœuf. Voici 
comment les décrit l'abbé Breuil : « En surcharge sur le bœuf 
situé à gauche, et très peii visible à première vue, sont deux 
personnages humains de grandes dimensions ; leurs têtes 
dépassent l'échiné du taureau, la partie inférieure du corps est 
complètement effacée, sauf les jambes et le bas de la robe de 
l'un, et quelques traits des mêmes parties de l'autre. Le haut 
du corps, peint en surcharge du champ noir du bœuf, est 
rouge, le bas était noir à en juger par ce qui reste. La tête de 
tous deux est faite d'une tache subtriangulaire à angles très 
arrondis ; le buste est étiré, linéaire ; de celui de droite se 
détache une ligne terminée par un crochet récurrent; la ligne 
peut être le bras du chasseur ou sa lance; le crochet récurrent 
est le croc de la pointe barbelée ou la partie de la hampe 
demeurée visible, le reste de l'arme étant enfoncé dans 
l'animal. Quant à la robe, on en voit le départ à la taille 
étranglée, et la terminaison carrée au genou des deux jambes 
noires. )^ 

Enfin le dernier tableau (fig. 3), le plus important de tous, 
représente la danse de neuf femmes autour d'un homme. 
M. Céferi Rocafort n'avait relevé d'abord que trois personnages 
sur dix; M. Breuil a reconnu et calqué les sept autres. Toutes 
ces figures ne forment qu'un panneau de 68 centimètres dans 
sa longueur transversale. Cette fresque est d'une nouveauté si 



L ARCHEOLOGIE EN ESPAGNE ET EN PORTUGAL 5 

mystérieuse qu'il y a lieu de transcrire ici presque toute la 
description de l'abbé Breuil : 

« Le groupe, qui nous semble devoir être interprété comme 
une scène de danse, est composé de dix personnages bien 
définis, répartis ainsi : cinq femmes à gauche et quatre autres 
à droite d'un homme placé au milieu. Ce dernier est beaucoup 
plus petit que ses voisines ; il est peint en brun foncé plutôt 
qu'en noir; sa tête est ronde, placée sur des épaules carrées 




FiG. 3. — Peinture rupestre à Cogul. 



donnant naissance à des bras droits et courts; le tronc est grêle 
et fort cambré ; les jambes, raides et grêles, se terminent par 
des pieds tournés vers la droite ; elles portent au genou un 
ornement figuré par deux lignes divergentes dirigées en bas, 
chacune d'un côté de la jambe, comme le vêtement du milieu 
du corps du chasseur de bison à dessin schématique ; les par- 
ties génitales... sont de dimensions excessives. A gauche de 
cet homme... cinq dames marchent en s'éloignant de lui. Les 
deux plus éloignées sont très visibles, d'un noir uniforme, et 
se serrent de près. La troisième est noire et rouge, ainsi que la 
cinquième, tandis que la quatrième est seulement rouge; elle 
est d'ailleurs mutilée par un écaillement de la roche. Tandis 



6 BULLETIN HISPANIQUE 

que les quatre voisines sont placées à peu près sur une ligne, 
cette dernière a les pieds situés à la hauteur de la taille de la 
plus à droite; ses jambes sont ployées et la taille s'incline en 
avant comme si elle sautait. 

» Les quatre dames de droite sont moins visibles ; on les 
discerne autant par la gravure qui accompagne les traits peints 
que par ceux-ci : les deux plus voisines de l'homme sont 
noires avec de faibles marques rouges en divers points; les 
deux plus éloignées, à l'instar de celles de l'extrémité opposée, 
sont noires. Ces quatre personnes sont nettement divisées en 
deux couples se donnant la main. La première montre diverses 
lignes obliques rayonnantes de la tête dans la direction de 
l'homme, qui évoquent une naïve représentation de l'action 
de souffler ou de cracher. La seconde, qui se tient par derrière, 
est vue de face, tendant un bras vers elle, et l'autre au-devant 
du dernier groupe, dans un mouvement de taille et de membres 
gracieux et bien féminin. 

» Les deux dernières dames, la seconde plus petite que la 
première, se dirigent d'un pas rapide vers la gauche. 

» la conception générale se retrouve, à de légères diffé- 
rences près, en toutes. 

» La tête est faite d'une tache subtriangulaire à angles 
arrondis dans huit d'entre elles ; cette tête, en forme de bonnet 
ou de capuchon, ne s'insère pas sur les épaules, elle ne se 
raccorde pas au corps ; la seconde (à partir de gauche) fait 
exception, deux petits traits noirs figurent le cou. 

)) Dans la troisième, autre exception : la tête a une forme 
arrondie par en haut; par en bas, elle repose directement sur 
les épaules, sans cou, et comme si un vêtement (.3), comme un 
capuchon, faisait la continuité. 

» Les bras sont grêles, coudés harmonieusement; la main ne 
se distingue pas ; les deux figures de gauche semblent avoir 
un renflement considérable au coude, dû à des bracelets 
huméraux massifs. La forme commune du buste est un trian- 
gle à sommet très aigu placé à la taille, extrêmement svelte et 
étranglée. 

» Des seins très pendants et volumineux ornent les poitrines 



l'archéologie en ESPAGNE ET EN PORTUGAL 7 

du plus grand nombre de ces dames; ils sont particulièrement 
frappants dans les deux de gauche ; ils semblent absents dans 
la quatrième image, qui saute, et dans la dernière, plus petite. 
Tantôt un seul, de profil, est représenté, pendant, en forme de 
blague (i, 2, 3, 6) ou plus réduit (8), tantôt le torse est sup- 
posé vu de face, et les deux seins sont dessinés, soit assez 
petits et à l'intérieur du torse (5), soit à droite et à gauche 
sous chaque bras. » 

Il suffit d'avoir lu la page précédente pour voir combien de 
problèmes obscurs soulève cette découverte. D'abord, a-t-on le 
droit d'attribuer à ces fresques grossières l'épithèle de préhis- 
toriques ? M. Breuil, il ne peut y avoir de meilleur juge, affirme 
que le « style des fresques animales de Gogul est bien le style 
de nos dessins quaternaires, et pas le plus récent », d'autant 
que le canton de Cogul est semé de stations magdaléniennes. 
D'ailleurs, si les animaux ne font qu'ajouter de jolis spécimens 
à des représentations déjà connues en Espagne comme en 
France, les figures humaines sont un élément tout nouveau et 
tout à fait inattendu. Pour la première fois apparaissent des 
femmes vêtues, et, chose très curieuse, ce costume ressemble 
étrangement à celui des femmes dans l'art minoen et mycé- 
nien ; on est surtout frappé de la forme de la jupe en cloche et 
de la nudité complète delà poitrine. Détail non moins surpre- 
nant, on retrouve à Cogul l'amincissement de la taille allon- 
gée. Mais ne tirons pas de ces faits une conclusion téméraire ; 
ce ne sont là des indications valables ni pour une origine 
ni pour une date, car le type des femmes, avec leurs longues 
mamelles pendantes, n'a rien de minoen. Il fait surtout 
songer à l'Afrique, et le style, d'une grossière et maladroite 
lourdeur, ne permet pas d'évoquer le souvenir des peintures 
ou des figures si originalement vivantes de Gnossos. 

Les fresques de Gogul n'en sont pas moins une révélation du 
plus haut intérêt, et l'on doit attendre avec impatience une 
exploration détaillée de cette province ; elle nous ménage 
certainement de belles surprises. 

Dès à présent ces peintures ne sont pas isolées, et depuis 
1907 on connaissait les rochers peints de l'abri de Calapata à 



8 BULLETIN HISPANIQUE 

Cretas, au sud de Calaceite, dans le Bas-Aragon. La découverte 
est due à M. Juan Cabré Aguilo qui, en ayant vu l'importance, 
la publia dès 1907'. Elle est maintenant bien connue grâce 
au travail de M. Cabré, et surtout à celui de M. Breuil^. 

Voici l'emplacement exact de l'abri : « Vers 5 kilomètres 
de la source du Calapata, mais sur le territoire de Cretas, au 
lieu dit la Tejeria, et sur la propriété de D. J. Antonio Villa- 
grassa, à 5o mètres de la tuilerie, au-dessus d'un versant 
rapide semé de roches, se trouve, dominant le fond du ravin 
de 7 à 8 mètres, une sorte de muraille légèrement surplom- 
bante en abri ; on l'appelle dans le pays Roca del Moro ou 
encore Roca de los Cuarlos. » La fresque, longue de 2"* 82, 
est peinte en rouge sombre sur le fond même de l'abri, à 
2'"5o environ de hauteur. Elle comprend, outre des traces 
de figures actuellement illisibles, trois cerfs, un taureau et un 
petit sujet indéterminé. Deux des cerfs, lun en train de se 
lever de terre, l'autre marchant vers lui, sont d'une anatomie 
exacte et d'un mouvement bien observé. Leurs bois sont 
surtout intéressants, car ils sont dessinés « d'une façon conven- 
tionnelle qui tient de la face et du profil », et cette disposition 
peu banale se retrouve dans toutes les figures de cerfs de Cogul 
ainsi que dans les figures de rennes de la grotte du Portel dans 
l'Ariège. Le bœuf est partiellement gravé et la surface de son 
corps aussi bien qu'une partie de la tête et de la queue ont 
beaucoup souffert. c< Il est d'une interprétation assez laborieuse, 
ce qui avait fait croire d'abord à un sanglier; mais la queue 
tombante et longue était bien celle d'un bœuf, ainsi que les 
pattes ; le corps est très incomplètement peint : deux masses 
rouges évitent intentionnellement de se fusionner et de le 
remplir, comme si l'artiste les destinait à marquer les larges 
zones foncées qui maculent aujourd'hui la robe de nos races 
domestiques; peut-être le blanc, moins stable, a-t-il disparu ; 
la gravure, fine et peu visible, supplée à ces absences ; elle 
seule marque le dos, les pattes antérieures, le ventre et la 

1. Las pinturas rupeslres del termina de Cretas, dans Boletin de Historia y Geografia 
del Bajo Aragon (mars-avril 1907). 

2. H. Breuil et J. Cabré Aguilo, Les peintures rupeslres du batsin inférieur de 
l'Êbre : I. Les rochers peints de Calapata à Cretas, dans VAntkropologie, 1909, t. XX. 



L ARCHEOLOGIE EN ESPAGNE ET EN PORTUGAL 




corne, courte, incurvée, nettement caractéristique d'une race 
taurine. » 

Mais ces trois animaux le cèdent beaucoup à d'autres qui 
étaient restés inaperçus jusqu'au passage de M. Breuil. Ce 
fureteur incomparable, à qui rien n'échappe, les a découverts 
le 2 septembre 1908, à 200 mètres de la Roca de los Moros. Ce 
sont un cerf rouge 
assez mal conservé, et 
en surcharge un cerf 
noir (fig. U), puis au- 
dessous d'eux deux 
jolis petits bouquetins 
et une chevrette au 
galop (12,21 et 12 cen- 
timètres). 

M. Breuil termine la 
description des deux 
rochers de Gretas par 
ces mots, oii l'on vou- 
drait voir une pro- 
phétie : (( Trois mois 
se sont à peine écou- 
lés, et M. J. Cabré 

écrit à M. Breuil qu'il a découvert neuf autres localités avec 
peintures ou gravures à l'air libre ; une dixième, située au sud 
de la province, nous a été signalée avec une précision suffi- 
sante pour opérer des recherches. On peut le dire, nous som- 
mes à la veille des plus imprévues résurrections, et peut-être 
aurons-nous la satisfaction de voir l'art quaternaire tendre la 
main, par-dessus Gibraltar, aux peintures et gravures rupes- 
tres de l'Afrique septentrionale. » 

Les découvertes de stations ibériques sont plus rares que 
celles de stations préhistoriques. Est-ce parce que l'attention 
est moins attirée sur les monuments de cette civilisation i* 
Quoi qu'il en soit, nous devons encore à M. Cabré, si avanta- 
geusement connu maintenant, une bien intéressante explora- 
tion de nécropoles ibériques des environs immédiats de 




Fig. h- — Peinture nipestrc à Cretas. 



iO BULLETIN HISPANIQUE 

Calaceite (province de Teruel). Malheureusement, nous ne 
connaissons encore les très nombreuses et importantes anti- 
quités qu'il a recueillies que par un rapport sommaire publié 
dans une revue peu répandue, le Boletin de Historiay Geografia 
del Bajo Aragon^. Son ami, M. Vidiella, dont nous avons le 
plaisir de retrouver encore ici le nom associé au sien, a fait 
à ce mémoire une préface, presque aussi importante que le 
mémoire lui-même, puisqu'elle donne l'historique des trou- 
vailles antérieures aux fouilles méthodiques. 

Nous y apprenons que sur les hauteurs qui entourent 
Calaceite, entre les rios Algar et Matarrana, les collines de 
San Gristobal (autrefois Puch) et San Antonio, on a toujours 
recueilli des objets antiques de toute sorte. En i8/i5 particu- 
lièrement, « on trouva sur le cerro de San Gristobal diverses 
armes de pierre de la période antédiluvienne » et de nombreux 
fragments de céramique qui pourraient bien être, selon les 
gens bien informés, des lacrymatoires, des bocaux, des am- 
phores cinéraires du paganisme. « Les enfants s'en servaient 
comme de jouets. » 

M. Vidiella, écrivant en 1896 une Histoire de Calaceite^ 
exprimait l'idée que San Antonio était épuisé, et il n'attendait 
plus de trouvailles que dans les sites voisins de Tosal Redo, 
Vall de la Cabrera, Basa del Coixet, Castellans, Valleta de la 
Fon, Misericordia, Ferreres, etc., où apparaissaient des traces 
de très anciennes populations. Il avait du reste l'impression 
heureuse que ces établissements appartenaient à la civilisation 
celtibère ou romaine. 

Or, en 1902, M. J. Cabré commença ses recherches à San 
Antonio et les étendit ensuite aux stations voisines- Il eut la 
main heureuse, et tomba d'abord à San Antonio sur une série 
de chambres funéraires extrêmement originales. Toutes ou 
presque toutes contiguës, elles se composent en général d'une 
salle basse contenant au centre ou dans un angle, mais isolé, 
un autel, et tout autour, sur une sorte de banquette, des cavités 
destinées à recevoir des urnes funéraires. Autour de l'autel 

t. Septembre et octobre 1908, Santiago Vidiella, Estaciones preliistôricas ; iv»i\ 
Cabré Aguilo, Hallazgos arqueolôgicos. 



L ARCHEOLOGIE EN ESPAGNE ET EN PORTUGAL i I 

était une banquette de même genre, et l'autel lui-même portait 
des vases variés. Il y avait place dans chaque chambre pour 
une quarantaine de vases à ossements. Partout entre les urnes 
étaient répandus des vases et récipients divers, en particulier 
des plats contenant encore des ossements de petits animaux, 
sans doute résidus de repas funéraires, des pesons en grand 
nombre et des objets de diverses sortes en terre cuite ou en 
métal. 

M. Cabré n'a donné, dans ses descriptions provisoires, que 
bien peu de détails sur les objets qu'il a si heureusement 
réunis, et les images qu'il montre sont en petit nombre et de 
qualité médiocre. Il faut exprimer le vœu qu'il publie bientôt 
un bon album de dessins et de photographies; il tarde certai- 
nement à tous les amis des antiquités ibériques de connaître 
par le menu les thèmes de la décoration des vases et urnes de 
terre cuite, car si nous sommes certains dès maintenant qu'un 
grand nombre sont certainement ibériques, et d'autres certai- 
nement grecs, nous avons hâte de savoir ce que les vases 
ibériques ont d'original, et de quel style, de quelle époque 
sont les vases grecs trouvés avec eux. Cette concomitance 
permettra peut-être à ceux que préoccupe si justement le pro- 
blème des origines de la céramique ibérique détablir quelques 
précieux synchronismes. Il ne nous suffît pas de savoir que 
dans la première chambre « fut trouvé un plat de forme 
et de goût exquis et de saveur grecque », ou « que les urnes 
funéraires sont ordinairement simples, mais que quelques unes 
apparaissent ornementées, et que, bien que le décor soit très 
varié, les motifs circulaires y dominent », ou que « l'autel ou 
pilastre de maçonnerie supportait trois vases sacrés très 
délicats, à vernis noir, de ceux qui sont connus communément 
pour grecs ou étrusques ». De même, on aimerait à mieux voir 
ce fragment d'urne de la deuxième chambre avec une pein- 
ture d'animal et à savoir si ce « plat très artistique et de goût 
grec » trouvé dans la neuvième chambre est ibérique ou grec. 
M. Cabré nous doit, et très prochainement, des explications 
complémentaires. Nous connaissons assez son ardeur scien- 
tifique pour être sûr qu'il nous les donnera bientôt. 





12 BULLETIN HISPANIQUE 

En attendant, il faut attirer l'attention sur toute la série des 
pesons dont il a eu raison de ne pas négliger un seul fragment, 
car beaucoup sont agrémentés de gravures nouvelles et 
curieuses. La série de dessins que je reproduis (fig. 5) montre 

tantôt de simples 
lignes de points 
et de traits verti- 
caux au sommet 
de Tune des faces 
de la pyramide, 
tantôt un double 
trait en X, suivant 
les diagonales, 
avec, parfois, un 
motif accessoire, 
rectilinéaire, ou 
un groupe de cros- 
ses, ici une sorte 
de tige de fougère 
ou de branche 
feuillue, et là, aux 
deux angles d'un 
carré, des espèces 
de flèches dont les 
barbes ont quel- 
que rapport avec les éléments du svastica. Ailleurs on voit 
un véritable svastica ; ailleurs des traits confus, véritable 
gribouillis ; ailleurs encore, sur chacune des deux grandes 
faces, un groupe de deux rosettes dans un rond, et au-dessous 
un groupe de deux espèces de fleurs de lis dans un motif en 
forme de larme. Ce dernier ornement semble plutôt peint que 
gravé. Enfin un dernier peson porte l'image d'un cheval avec 
son cavalier; le dessin est sommaire et enfantin, le cavalier 
semble porter une épée. 

C'est vraiment la collection de pesons la plus intéressante 
qui ait été trouvée en Espagne. M. Engel et moi en avions 
recueilli un grand nombre dans nos fouilles d'Almedinilla, 




Fig. 5. — Pesons ibériques de Calaceite. 



L AUGHEOLOGIE KM ESPAGNE ET EN PORTUGAL 



l3 



mais aucun n'avait de ces ornements typiques qui donnent à 
ceux-ci une valeur singulière. 

Les autres objets fréquemment ramasses sont des fusaioles, 
des pierres à aiguiser, des briques quelquefois peintes ou 
recouvertes de stuc coloré, des objets de fer, comme des lames 
et des socs de charrues. Il faut noter à part une fibule, deux 
épées à lame ondulée (?) et une autre plus 
courte, du type de Vensls Jalcala, ou, pour 
mieux dire, du type d'Almedinilla, qui toutes 
étaient repliées à dessein, et surtout un style 
qui mérite d'être reproduit (fig. 6). M. Cabré 
ne nous dit pas s'il est en os ou en métal, 
mais la décoration géométrique en est nou- 
velle et la forme intéressante. 

M. Cabré, je lai dit, ne s'en est pas tenu 
à ses recherches à San Antonio. Il a fouillé à 
Tosal Redo des chambres sépulcrales où se 
trouvaient des urnes assez primitives, cuites 
au soleil, où l'on remarque que les doigts du 
potier ont tracé des ornements dans l'argile 
molle, et des vases « qui ont de la ressem- 
blance avec ceux des Talayots des Baléares ». 
Voici un rapprochement de grand intérêt, 
et c'est ici que le regret d'un dessin morne très simple 
s'impose. 

A Umbries, M. Cabré a recueilli « un fragment de céramique 
de terre rouge jaunâtre étrusque, polychrome et présentant un 
fragment de figure humaine avec des contours et des plis 
gravés comme les vases archaïques de cette classe ». S'agit-il 
d'un vase grec ? Tout porte à le croire, mais on désire un peu 
plus de lumière. A noter, de même provenance, une figurine 
de bronze représentant un mouton; l'animal a un caractère 
indigène. 

A Piuro del Barranc Fondo, station qui est la plus élevée de 
toutes, la céramique « est d'un goût très délicat ». 

A Mas de Madelenes, près de Cretas, on a trouvé jadis une 
importante inscription ibérique qu'Hùbner a publiée, et qu'il 

Bull, hispan. a 



Fig. 6. 

Slyle ibérique de 
Calaceite. 



ilx 



BULLEIIN HISPANIQUE 



croyait perdue'. M. Cabré l'a retrouvée et redessinée, et il 
a corrigé une légère erreur de lecture. On a ramassé au même 
lieu de petits vases très fins et d'ornementation variée, des 

ustensiles de fer très 
oxydés, de grands 
ciseaux servant 
peut-être à couper 
le sparte, etc. 

Enfin, notre ami 
fait connaître deux 
objets de premier 
ordre. Le premier 
est, à ce que pense 
M. Cabré, et c'est 
aussi l'opinion de 
M. Déchelette qui 
s'est intéressé tout 
récemment à la 
chose, un candéla- 
bre en bronze trouvé 
à Ferreres (Jlg. 7). 
Sur un disque ajou- 
ré, qui malheureu- 
sement a beaucoup 
soudert, est debout 
un petit cheval très 
mal modelé par un 
ouvrier au talent 
enfantin. Sur son échine se dresse une colonnette qui sup- 
porte uu second disque horizontal, semblable au premier, 
et comme lui en mauvais état. Sous le ventre du cheval est un 
étai destiné à le renforcer. L'ensemble a une vingtaine de 
centimètres de haut. La colonne et les disques imitent le 
travail du filigrane, par la juxtaposition ingénieuse de guillo- 
chages qui simulent des cordons tressés. Le type et le style 
du cheval ne laissent aucun doute sur l'origine indigène du 

I. E. Hiibiier, MoiiumeiUa lingusp iberiac, n° XVIII, p. i5i. 




FiG. 7. — Caudélabie (?) en bronze de Ferreres. 



L AHCHEOLOGIi: EN ESPAGNE ET EN PORTUGAL 



l5 





curieux objet, mais j'avoue ne pas bien en comprendre l'usage; 

j'y vois difficilement un candélabre ou un lampadaire. D'autre 

part, j'ai peine à suivre M. Déchelettc qui, 

dans sa récente étude sur le Culte du 

Soleil aux temps préhistoriques {Revue 

archéologique, 1909, 1, p. 3o6-357), repro 

duit le dessin de M. Cabré, et dit que ce 

petit bronze « semble se ranger parmi les 

représentations du cheval solaire » . Par 

suite, nous n'oserions suivre le savant 

préhistorien dans les déductions où cette 

hypothèse l'entraîne. 

Le soi-disant lampadaire a été acheté 
par le Musée du Louvre. La photogra- 
phie que je reproduis ici, et que je dois 
à l'obligeance de M. E. Pottier, nous le 
montre dans son véritable état, et cor- 
rige le dessin un peu trop flatteur de 
M. Cabré. 

Le second monument est une stèle 
funéraire en pierre sablonneuse, que 
M. Cabré a sauvée de la destruction, car 
on l'avait brisée en quatre morceaux 
pour la faire servir à la maçonnerie 
d'un mur (Jig. 8). C'est un bloc de i'"70 
de haut et de ^o centimètres de large, 
découvert par un paysan dans un de ses 
champs, en bordure du chemin de Cala- 
ceite à Santa Ana. Sur une des faces, dans 
un cadre étroit formé de losanges oppo- 
sés par les sommets, sont déterminées 
six zones horizontales plus ou moins étroites. Les deux pre- 
mières sont décorées de six fers çle lances dressés côte à 
côte ; la troisième porte un cavalier avec grand bouclier 
ovale, la quatrième un sujet indistinct où M. Cabré songe à 
voir une inscription indéchiiîrable. Les deux dernières sont 
identiques aux deux premières. Tout le bas de la stèle est 



FiG. 8. 

Stèle funéraire do 

Calaceite. 



l6 BULLETIN HISPANIQUE 

lisse, et devait être enterré ou encastré dans la cavité d'une 
base de pierre. 

Cette stèle marquait vraisemblablement la tombe d'un 
guerrier: il est intéressant de noter que la stèle avec inscrip- 
tion de Cretas, que M. Cabré a retrouvée et plus correctement 
publiée dans le même article, porte la même ornementation 
de lances, intéressant aussi que le cavalier soit tout à fait de 
même style que celui qui est gravé sur le peson de Mas 
de Madelenes. 

Je ne puis, en terminant ce rapide résumé des découvertes 
de Calaceite, qu'adresser de vifs compliments à M. Cabré et 
lui demander encore de satisfaire promplement notre curio- 
sité, car il y a longtemps qu'un ensemble de monuments 
ibériques de cette valeur n'a pas été signalé. Tout intéresse 
dans ces fouilles : la forme, ladisposition, et, si je puis dire, 
l'architecture des chambres funéraires aussi bien que leur 
mobilier et les rites funéraires qu'elles nous font connaître. 

Remontons le cours de l'Èbre jusqu'à l'embouchure du rio 
Jalon, à quelques kilomètres à l'ouest de Saragosse,et le Jalon 
lui-même jusqu'à Monreal de Ariza, au delà de Calatayud. 
Toute la haute vallée du rio depuis Monreal est un domaine 
nouveau, très originalement fécond, de l'archéologie préhisto- 
rique et ibère: c'est le domaine que le marquis de Cerralbo, 
de la Royale Académie de l'Histoire, vient d'exploiter avec 
bonheur, et où il a fait des découvertes sensationnelles dans 
une vingtaine de stations'. (Carte, y^gf. g.) 

A Torralba, tout au pied de la Sierra Ministra, et près de 
la source du rio, nous sommes en pleine période chelléenne; 
des haches de cette époque se trouvent à côté de restes en 
nombre prodigieux de Yelephas rneridionalis, de Velephas aiili- 
(juus, dont il y a un étonnant cimetière, du bos primigenas, 
du cerf et du cheval. 

La caverne de Somaen est située au 177^ kilomètre de la 
route de Madrid à Saragosse. L'entrée en a été rétrécie par des 

I. El Alto Jalon — Descubrimientos arqueolôgicos — Discurso por el Excnio Sr. Don 
Enrique de Aguilera y Gainboa, marqués de Cerralbo, individuo de nninero de la real 
Academia de la Historia, leido en la junta pàblica del 26 de diciembre de 1909 (Madrid, 
Fortunel, loo'j)- 



l'archéologie en ESPAGNE ET EN PORTUGAL j- 

liabitants primitifs au moyen de blocs de pierres. L'intérieur 
est vaste et imposant. M. de Cerralbo y a recueilli de nombreux 



^^^ciadeZaraqo^^I 




lO BULLETIN HISPANIQUE 

tessons du style de Cienpozuelos; les gravures de dessins 
géométriques y sont incrustées, comme à Cienpozuelos, de 
pâte blanche, mais il semble que la technique est ici plus fine 
et délicate ; le décor linéaire y est plus menu et plus serré. Il 
y a pourtant des exceptions, et quelques débris sont gravés de 




FiG. 10. — Poteries de Somaen. 



chevrons plus larges et assez irréguliers. Ils sont d'époque 
postérieure et marquent comme une décadence de cette 
céramique ; ils ont été retrouvés, d'ailleurs, dans une couche 
supérieure de terrain. Voici que les découvertes de ce genre se 
sont singulièrement multipliées, depuis quelques années dans 
toutes les régions de l'Espagne et du Portugal, et l'on devra 
bientôt songer à écrire la très instructive histoire des ateliers 



L ARCHEOLOGIE E^ ESPAGNE ET EN PORTIGAI, I () 

dont ceux de Gienpozuelos, des Alcores, de Palmella et de 
Somaen sont actuellement les plus typiques (fig. 10). 

Une grotte détruite de l'Atalayo, vers le kilomètre 178 de la 
même route, station moins importante, a donné des outils en 
pierre polie et des fragments céramiques de même nature que 
la grotte de Somaen. 

Toute une série d'habitations rupestres, dans le canton que 
baignent le rio Blanco et le Jalon à leur confluent, se rapporte 
aussi sans doute à la fin de l'époque quaternaire. Ce sont les 
stations de Yaldecasa, de Velilla, de Val de Herreros, de Viana. 
Ces demeures sont le plus souvent creusées dans la roche 
abrupte, et l'accès en est difficile. C'est le cas de Valdecasa. 
L'entrée est un trou de 60 centimètres; on pénètre d'abord 
dans un couloir long de 7 mètres, puis dans une salle de ^^So 
sur 2 mètres, haute de i"" 70 ; une étroite galerie, longue à peine 
de 5 mètres avec des saillies disposées sur les parois, sert de 
rampe ou d'échelle jusqu'à un deuxième étage constitué par 
une grande salle irrégulière. Cette salle correspond elle-même 
avec une petite plate-forme à l'air libre. Là était peut-être la 
véritable entrée de la demeure. 

A Velilla la disposition n'est pas moins curieuse. C'est, taillé 
dans le roc, un couloir irrégulier et tortueux qui monte, 
descend, s'élargit, s'amincit, et aboutit à une petite chambre 
arrondie. M. de Cerralbo pense que c'est peut-être une 
chambre funéraire, et je crois qu'il a raison, car cela convient 
peu à un habitat d'hommes vivants, tandis qu'on reconnaît 
aisément le souci de tant de primitifs de dissimuler les lieux 
de sépulture. 

L'investigateur remarque que la roche a été taillée avec un 
outil de silex; il en est de même des chambres de Val de 
Herreros et de Viana ; ces deux groupes de chambres sont 
encore plus compliqués de plan, et les salles et couloirs sont 
disposés sur deux étages. Malheureusement il ne nous est pas 
dit qu'il ait été recueilli un seul objet pouvant indiquer si ce 
furent là des maisons ou des tombes. Pour quelques-unes 
M. de Cerralbo se range au premier parti, à cause de certains 
détails comme des saillies de rocher formant bancs en plu- 



3C BULLETIN HISPANIQUE 

sieurs salles et des trous ayant pu servir de placards. Ce n'est 
pas suffisant, et si le pays n'était pas si clairement désigné 
comme un grand centre de population préhistorique, si 
partout on ne trouvait des débris de céramique lisse préhisto- 
rique, on pourrait hésiter même sur la véritable époque oii 
furent creusés et occupés les rochers. 

M. de Gerralbo signale qu'il a copié dans diverses chambres 







FiG. II. — Mur cyclopéen à Santa Maria de Huerta. 



« des signes étranges, tous gravés avec quelque insistance, et 
qui révèlent l'aspiration à de rudimentaires inscriptions 
incompréhensibles ». 11 sera important de publier ces signes. 

Les monuments mégalithiques de la même région sont assez 
nombreux. Il faut encore savoir gré à l'infatigable académicien 
de les avoir fait connaître. 

Les bastions ou demi-cercles formés d'énormes pierres 
brutes dressées de Santa Maria de Huerta (M. de Gerralbo 
l'appelle un cromlech), la muraille d'enceinte de Monreal de 
Ariza (au i85*' kilomètre de la route de Madrid à Saragosse), 
« formée de rudes, inégales et informes roches fichées dans le 
sol ou posées debout sur des cales qui suffisent à affirmer leur 



L ARCHEOLOGIE E\ ESPAGNE ET E?î PORTUGAL 2 1 

disposition intentionnelle et la main de l'homme primitif, ne 
s'ordonnent jamais et ne se touchent que rarement, laissant 
d'ordinaire des espaces libres de 5o centimètres environ ». Un 
de ces blocs, le plus important, porte sur une de ses faces 
assez planes des cassolettes, quelques-unes réunies par des 
raies. Ce qu'il y a de curieux dans ces deux constructions, 
c'est qu'elles s'associent à des murailles et à des forts cyclo- 
péens qui occupent le plateau des deux collines (fig. ii). 

A Monreal de Ariza, le Castro cyclopéen est séparé par un 
fossé d'une hauteur contiguë où se cachait une grande nécro- 
pole. M. de Cerralbo y a recueilli à foison des tessons de pots 
très primitifs, cuits à l'air ou simplement séchés, provenant 
d'ustensiles très grands, puisque le diamètre en pouvait être 
de 70 centimètres. 

Voici la description de l'une des sépultures, toutes étant 
à peu près du même type : « A i^So de profondeur, » dit M. de 
Cerralbo, « sous la terre meuble, nous trouvâmes l'argile dure 
sur laquelle reposaient neuf pierres brutes alignées, leur 
épaisseur variant jusqu'à 20 centimètres, leur longueur et leur 
largeur étant de 5o centimètres et de 35 centimètres environ. 
Ayant levé ces pierres, qui servaient de couvercle grossier à la 
sépulture, nous vîmes celle-ci pleine d'une terre très fine qui y 
avait coulé au cours des siècles à travers les interstices des 
plaques informes. Ce dépôt extrait, apparut, parfaitement 
conservé, un squelette de taille gigantesque, car il mesurait 
i^gg. Il était étendu les bras allongés contre le corps, mais la 
tête était inclinée du côté droit, comme pour regarder vers 
l'Occident, avec ce détail étrange qu'il y avait deux briques 
placées entre la tête et les épaules ; elles étaient posées de 
champ, presque jointes, sans autre intervalle que l'espace 
nécessaire pour le cou du cadavre. La fosse était creusée dans 
l'argile, sans aucun revêtement, profonde de 5o centimètres et 
large de ko centimètres. Je ne trouvai aucun objet dans la 
tombe. » 

La rude poterie, des haches de pierre polie, un broyeur de 
grain trouvés au Castro semblent bien prouver que nous 
sommes à l'époque néolithique. Chaque tombe avait près 



HUIJ-ETIN HISPANIQUE 



d'elle un foyer, où sans doute le cadavre avait subi une demi- 
crémation avant d'être enterré. Il y avait de plus, à côté de la 
fosse et du foyer, une petite cavité circulaire oii du feu était 
allumé, peut-être pour brûler les habits du mort ou satisfaire 
à quelque rite inconnu. 

Dans une des fosses on a trouvé deux briques ayant vague- 
ment la forme, l'une d'une tête de bœuf, l'autre d'un scarabée, 
et ce fait reste très mystérieux. 

La nécropole de la Hoya de los Muertos, dans la montagne 
entre Monteagudo et Monreal de Ariza, a ceci de particulier 




Kk;. it. — rirande jarre de la niTropole du Sahinar. 

que les morts étaient brûlés dans une série de cinq longs 
couloirs compris entre des murs bas, couloirs que l'on a 
trouvés comblés de cendres et de poteries barbares. Le cime- 
tière du Sabinar, plus à l'ouest, près de la Sierra de Mata 
(région de Montuenga) a donné des débris intéressants de 
grandes jarres décorées en relief de rubans plissés disposés en 
guirlandes, de type nouveau, je crois, en Espagne (prj. 12). 

Le village dont dépendait cette nécropole semble s'être 
trouvé à Mirabueno, où M. de Cerralbo a copié la seule pein- 
ture rupestre qu'il ait remarquée dans la contrée. 

Sans insister sur les sépultures du Vado de la Lampara 
ou Moulin de Benjamin, ni sur la Cueva de las Cazoletas, 



l/.VRCHÉOLOGIE EN ESPAGNE ET EN PORTUGAL 23 

à Monreal de Ariza, ainsi nommée à cause d'une pierre cou- 
verte de petites cupules mystérieuses, j'arrive à la découverte 
des ruines d'une très antique ville ibérique et ibéro-romainc 
que M. de Gerralbo a de fortes raisons pour identifier avec 
Arcobriga. 

Jusqu'ici, sur la foi dAmbrosio de Morales qui publia une 
inscription du municipe d'/Vrcobriga soi-disant trouvée à 
Arcos, on plaçait dans cette dernière ville la cité antique. 
Mais cette inscription est douteuse, sinon fausse, et Arcos con- 
vient mal à ce qu'on sait d'Arcobriga. Il faut chercher la ville 
en face du Castro mégalithique plus haut signalé, au i85* kilo- 
mètre de la route de Madrid à Saragosse, sur la suite de 
hauteurs qu'on nomme le Monte Villar. 

M. de Gerralbo est le premier qui se soit aperçu non pas 
seulement de Timportance, mais de l'existence même de ce 
Castro. Il l'a exploré avec soin, et cette exploration fut accom- 
pagnée de fouilles. 

La ville s'étendait sur toute une longue colline ondulée, 
de 5oo mètres de développement dont elle occupait le plateau 
et les pentes. M. de Gerralbo en a reconnu l'enceinte, longue 
de i,6oo mètres, interrompue seulement à l'est, où la hauteur 
coupée à pic se défendait d'elle-même (Jîg. i3). G'est une 
double, et parfois une triple muraille qui rappelle les Gilanias 
du Portugal. La muraille externe est parfois épaisse de 3 mètres. 
Il y a trois entrées, dont une est défendue par deux tours, 
dont une autre, la première au nord-est, était accessible aux 
chars grâce à une pente douce. La cité elle-même se divisait 
en trois sections situées sur trois esplanades en escalier, et 
séparées entre elles par un mur percé de portes. Gelui qui 
sépare la plus haute terrasse de la précédente est extrêmement 
robuste, ayant de 6 à 4 mètres d'épaisseur. C'est que sans doute 
il bordait l'acropole. 

La ville renferme des monuments très anciens et d'autres 
d'époque romaine, mais toutes ces enceintes semblent bien 
purement ibériques et de travail barbare. Sur la première 
esplanade il n'y a guère que les restes de maisons petites et 
pauvres, et peut-être d'un modeste sanctuaire. On a reconnu 



24 BULLETIN HISPANIQUE 

des rues empierrées entre d'humbles logis à foyer central. Sur 
la seconde esplanade, les habitations sont plus importantes; là 
probablement était la ville romaine, avec une grande citerne, 
un forum et des thermes. Les fouilles n'ont pas été assez 
poussées pour qu'on puisse être affirmatif. Enfin, sur l'acro- 
pole on a retrouvé des rues, un palais que M. de Cerralbo 




Vu.. 



lUiiiies (le l"enreif:le d'Arcobrisa. 



appelle le Praelorium. D'après sa description il s'agirait tout 
au moins d'une belle maison de type pompéien, richement 
décorée de stucs à peintures. On y a recueilli un chapiteau 
pseudo- corinthien de style surchargé et de facture un peu 
rude. Dans les ruines d'une tour, au point culminant de la 
citadelle on a ramassé de nombreuses balles de catapultes en 
pierre, quelques-unes pesant jusqu'à 28 kilogrammes. 

M. de Cerralbo a aussi déterminé l'emplacement du théâtre 
romain, d'assez grandes dimensions, et aussi, en montant du 



L ABCHEOLOGIE EN ESPAGNE ET EN PORTUGAL 



35 



théâtre au Praetorium, les ruines d'un temple prostyle à six 
colonnes. Cet édifice semble très intéressant, et on en désire 
une étude précise. 

Ce court résumé des découvertes de M. de Cerralbo suffît à 
montrer les raisons que l'on aurait de pousser là des fouilles 
méthodiques, et je ne doute pas que le noble académicien n'y 
emploie tout son admirable zèle. Jusqu'à plus ample informé 
il restera des doutes sur l'identification d'Àrcobriga. Un seul 
fragment d'inscription romaine sans intérêt, cent monnaies 
ibériques et romaines, plus deux petits autels dont l'un porte 
une dédicace au dieu Mercurius Ocniorocus (lecture du 
K. P. Fita) et l'autre à Apollon ne sont pas des documents 
assez explicites. 

La récolte d'objets divers dans les ruines a été assez abon- 
dante. M. de Cerralbo parle de débris très nombreux de «barro 
sagontino», de céramique d'Ampurias (?), surtout de céra- 
mique ibérique « à dessins géométriques, à figures stylisées 
d'oiseaux, à symboles ». On aimerait à connaître ces dessins 
en détail, ainsi que «les petits bronzes ibériques et romains». 

Du moins l'heureux chercheur a-t-il publié un très inté- 
ressant vase ibérique presque complet, trouvé sur une marche 
d'escalier, dans la muraille de l'acro- 
pole. La forme est celle d'un cylindre 
évasé par le haut ; la pâte d'argile 
fine est grise ffig. i4). Ce qui fait le 
prix de l'ustensile, c'est la peinture 
noire qui le décore. L'image ci-jointe 
(fig. 15) dispense d'une description 
minutieuse ; qu'il nous sutïise de 
remarquer la rareté du sujet deux 
fois répété : un palmier en pot dans 
un édicule à colonnes historiées et à 
fronton que le sommet des colonnes 

dépasse, et, dans le champ, des coqs de figure très simplifiée, 
des plantes à tiges souples, les unes représentant du lierre, 
les autres peut-être des arômes. M. de Cerralbo a eu l'ingé- 
nieuse idée de rapprocher la plante et l'édicule d'un autel 




■•-'^•~-"..'.' 



Fig. i.'i. 
Vaso ibérique d'Arcobriga. 



26 

phénicien ou car 
thaginois de Mal- 
te (Hagiar-Kim)-. 
Il y a véritable 
identité entre la 
caisse et le pal- 
mier du vase et 
ceux de l'autel, et 
il semble que le 
vase soit appelé 
avec raison ibéro- 
punique. H est 
assurément un 
document de 
haute importan- 
ce, etuniquedans 
les séries de la 
céramique primi- 
tive espagnole, 
mais M. de Cer- 
ralbo a peut-être 
tort de chercher 
trop subtilement 
dans ce décor des 
sens religieux et 
symboliques, 
contre lesquels le 
commentaire de 
M. Perrot sur l'au- 
tel de Malle le 
mettait justement 

en garde. 

Quoi qu'il en 
soit, on voit com- 

i Perrol el Chipie/, 
Histoire de VArl dans 
l'Antiquilé, III, lig- "^- 




l'archéologie en ESPAGNE ET EN PORTUGAL 



27 



bien M. de Cerralbo a raison d'écrire : « L'importance de la 
ville d'Arcobriga est si grande que pour exposer ce qu'elle 




a8 BULLETIN HISPAÎNIQUE 

fut, ce qu'elle valut, comment elle se trouve actuellement, et 
ce que j'espère qu'elle sera après de grandes fouilles, il faudrait 
un livre. » Ce livre, M. de Cerralbo est en train de l'écrire. Il 
sera le très bien venu et digne du sujet, si l'auteur veut bien 
se défier parfois, lorsqu'il interprète ses belles découvertes, de 
son imagination un peu trop vive. 

Par exemple, je me permettrai de lui conseiller un peu de 
prudence lorsqu'il étudiera plus à fond ce qu'il appelle « l'assem- 
blée ibérique et la pierre des sacrifices humains». Il s'agit 
d'une assez vaste surface enclose de murs qui se trouve à 
I kilomètre environ à vol d'oiseau en face d'Arcobriga, sur la 
rive gauche du Jalon, de l'autre côté de la Vega. Je me défie 
beaucoup de l'identification avec un lieu d'assemblée, et je 
crois plus simplement que M. de Cerralbo a eu l'heureuse 
chance de retrouver, sur une hauteur qui fait face à la cité 
précédente, une cité plus ancienne et beaucoup plus barbare, 
si l'on en juge par la construction de l'enceinte et des divers 
murs de l'intérieur, et c'est déjà une assez jolie découverte. 
Quant à la « pierre aux sacrifices », ne serait-ce pas un simple 
bassin ou abreuvoir dont un côté a été brisé ? {Fig. i6.) 

Quand j'aurai mentionné la nécropole de Galiana, près de 
Somaen, qui est peut-être d'époque visigothique ou arabe, car 
la céramique que l'on y trouve — divers tessons décorés de 
cercles ou d'étoiles au moyen d'un cachet sans doute — ne 
semble ni préhistorique ni ibérique, j'aurai montré quelle 
admirable région, et combien riche, nous devons maintenant 
de connaître au plus enthousiaste et plus actif des grands 
seigneurs archéologues '. 

Si le marquis de Cerralbo a retrouvé Arcobriga, le comte de 
Romanones, ex-ministre de l'Instruction publique, s'est délassé 
de la politique en explorant Termes ou Termance, la rude cité 
des Arévaques que la glorieuse Numance a, comme il était 
juste, éclipsée 2. 

I. Avec une extrême courtoisie, M. le marquis de Cerralbo a bien voulu mettre à 
notre disposition quelques-uns des plus intéressants clichés de son livre. Nous lui 
adressons tous nos vifs remerciements. 

a. Conde de Romanones, Las ruinas de Termes, apunles arqiieolôgicos descriptivos. 
Madrid, 1910. 



L*ARCHEOLOGiE EN ÈSPAGME ET EN PORTUGAL 3^ 

L'emplacement en était depuis longtemps fixé à Tiermesj 
site sauvage perdu à l'extrémité de la province de Soria, entre 
les villages de Yaldcrroman, Garrascosa, Pedro Sotillos et 
Manzanares, où rien n'attire que, par intervalle, quelque pèle- 
rinage à Nuestra Senora de Tiermes. Les ruines s'étendent de 
l'ouest à l'est sur une longueur de 700 mètres. Elles occupent 
une série de collines surtout escarpées au nord et au sud- 
ouest, et étagées du côté sud. 

Tite-Live raconte que lorsque le consul Didius eut définiti- 
vement réduit les Termantins, il autorisa la reconstruction de 
la ville non plus sur sa hauteur, mais dans la plaine. Eux- 
mêmes occupèrent l'antique forteresse, au point culminant 
des collines. De fait, on distingue très nettement les deux 
villes juxtaposées. La première est remarquable surtout par 
sa porte principale « admirablement disposée pour la défense, 
car on ouvrit dans la roche, à coups de pic, une rue un peu 
oblique qui débouchait sur une vaste place dominée à son 
tour par d'importantes hauteurs en manière de forteresse». 
On admire encore les chemins de ronde ménagés tout autour 
de l'enceinte, et aussi la galerie souterraine qui, faisant suite 
à un aqueduc à ciel ouvert, amenait les eaux dans la ville. La 
ville romaine, à l'occident, garde plus de vestiges du passé. 
Le sol est littéralement semé de débris céramiques, et de 
pierres de construction. 11 faudrait de grandes fouilles pour 
retrouver et étudier quelques édifices et fixer le plan des 
maisons, des places et des rues. Peut-être l'ermitage de Nuestra 
Senora occupe-t-il l'emplacement d'un vieux temple. M. de 
Romanones a reconnu certainement les ruines d'un théâtre 
et de thermes imposants; il a même déterminé le site de la 
nécropole, avec de grandes sépultures ouvertes dans le roc. 

De cet ensemble imposant, M. de Romanones nous donne 
une description sommaire, mais heureusement précise. Il a 
aussi le soin de donner le catalogue de tous les objets, au 
nombre de 208, qu'il a fait recueillir, et qui comprend des 
monnaies, de la céramique ibérique et romaine. Mais il n'y a 
en somme aucune pièce hors ligne. Cependant on peut affirmer 
que la terre est riche en monuments précieux si l'on en juge 

Bull, hispan. 3 



OO BULLETIN HISPANIQUE 

par les deux patères de Ségovie, patères d'argent dont les 
anses sont décorées d'attributs bachiques, qui, trouvées autre- 
fois dans Tenceinte de l'ermitage, ont été vendues à un mar- 
chand de Ségovie, d'où le nom sous lequel elles sont connues 
en Espagne. 

Il y a là de quoi tenter M. de Romanones, et nul n'est mieux 
à rnême que lui d'entreprendre l'exploration définitive de 
Termance. La seconde cité des Arévaques est digne de ce 
même effort patriotique qui nous rend peu à peu Numance. 

A propos de l'héroïque cité, je n'ai pas appris de nouvelles 
des travaux que la Commission spéciale doit exécuter annuelle- 
ment dans la ville haute ', et, d'autre part, je n'ai pas à 
insister dans cette Revue sur les nouvelles recherches, tou- 
jours aussi heureuses de M. Schulten dans les camps de 
Scipion et dans les camps de Renieblas, théâtre d'événements 
tragiques, qu'il a si habilement retrouvés et autant que 
possible identifiés. 

Pierre PARIS. 
(A suivre.) 



I. Je reçois trop tard pour en parler une très intéressante étude de J.-R. Méiida 
sur les fouilles de la ville ibérique. 11 y publie en particulierdes fragments nouveaux 
de vases peints, à représentations humaines, qui sont d'une très grande valeur. 



QUELQUES FRAGMENTS DE VASES IBERIQUES 

D'AMP URIAS 
Planche I. 



L'étude de notre céramique ibérique, révélée à la science, 
il y a quelques années, par M. Pierre Paris, a provoqué dans 
ces derniers temps des discussions intéressantes. Nous croyons 
utile de publier tous les documents qui peuvent apporter de 
nouvelles données dans le débat: c'est dans cette pensée que 
nous nous permettons d'appeler l'attention sur quelques 
fragments récemment découverts, qui appartiennent à ce 
groupe de poteries. 

Parmi les innombrables tessons qu'on trouve confusément 
amoncelés sur l'emplacement de l'antique Ampurias, plusieurs 
céramiques sont abondamment représentées : la grossière 
céramique préhistorique des habitants primitifs, la céramique 
grecque, à figures noires ou rouges, introduite par les colons 
grecs, la céramique campanienne, arétine et gallo-romaine 
imitant l'arétine, enfin la céramique romaine ordinaire; mais 
jusqu'à présent les fragments de céramique ibérique prove- 
nant d'Ampurias étaient très rares : c'est à peine s'il s'en 
conservait quelques-uns dans la collection du musée de Gérone 
et dans la collection Alfaras (autrefois à Figueras, aujourd'hui 
au Musée municipal de Barcelone). 

Les fouilles pratiquées par la Commission des Musées de 
Barcelone ont eu pour résultat la découverte d'un bon nombre 
de fragments de cette céramique. Antérieurement, ces pote- 
ries, dont les couleurs ont peu d'éclat et d'où les figures sont 
absentes, n'avaient pas attiré l'attention des gens qui, à Ampu- 
rias, remuaient le terrain sans autre pensée que de découvrir 



03 BULLETIN HISPANIQUE 

des objets faciles à vendre : on s'explique ainsi qu'elles soient 
restées longtemps inaperçues. 

A vrai dire, les fragments de céramique ibérique mis au 
jour dans les fouilles de la Commission des Musées, fouilles 
dont elle me fil l'honneur de me confier l'inspection, n'ont pas 
fourni jusqu'à aujourd'hui de données vraiment nouvelles, ni 
par les dessins qui les ornent, ni par les rapports de position 
des couches oii ils ont été rencontrés. 

Presque tous les fragments, trouvés en des points très 
divers, ne présentent que des ornements géométriques, soit le 
thème très banal des cercles concentriques, soit des lignes 
irrégulières ondulées ou des grecques rudimentaires, soit des 
dents -de- loup, des lignes en S ou en zigzag, soit quelques 
décorations plus élégantes formées par des cercles qui se 
coupent ou par des carrés en damier. Nous n'avons à citer, 
comme motifs particulièrement curieux, quune bande d'orne- 
ments en forme d*E répétés un grand nombre de fois, et un 
dessin qui ressemble à la représentation d'un arbre. 

De même les formes sont les formes courantes, urne cylin- 
drique à bords droits en saillie vers lextérieur, ou bien olla 
ou calpis à une ou deux anses. 

Les couches qui ont fourni cette céramique se plaçaient 
à des niveaux très divers, si divers qu'il est malheureusement 
impossible d'arriver à des conclusions définitives. Dans la 
ville ibérico-romaine, des fragments ont été découverts à l'ex- 
trémité de la rue principale, à moins de 5o centimètres de 
profondeur, confondus avec toutes sortes de poteries romaines; 
dans un puits creusé au pied de la muraille, à l'intérieur, 
à droite et à un peu plus de 12 mètres de la porte, on a 
trouvé à 3"! 5 plusieurs fragments, avec de la céramique cam- 
panienne et romaine, et une monnaie de Juba 1" de Mauré- 
tanie. Dans les sondages ouverts près du mur commun qui 
montait de la ville grecque à la ville romaine, suivant la 
direction marquée aujourd'hui par un chemin, on trouva dans 
un silo de nombreux fragments, dont plusieurs provenaient 
d'une grande urne, presque complète; ils étaient à la pro- 
fondeur de i'"3o, mêlés à des poteries gallo-romaines (de celles 



QUELQUES FRAGMENTS DE VASES IBÉRIQUES d'aMPURIAS 33 

qu'on appelle improprement sagontines) et campaniennes. 
Près de la basilique chrétienne, plusieurs tessons étaient posés 
sur un fragment de mosaïque romaine de très basse époque. 
Ces faits, et beaucoup d'autres que nous pourrions citer, indi- 
quent que dans ces ruines, retournées mille fois par la bêche 
et la charrue, il faut renoncer à chercher une stratification 
claire. On peut seulement remarquer, d'une façon générale, 
que les fragments ibériques, et plus encore les fragments 
grecs de bonne époque, ne se rencontrent en abondance que 
dans les couches lés plus profondes. Jusqu'à environ 3 mètres 
de profondeur tout est confus, et même à fleur de terre on 
rencontre de nombreux échantillons de toutes les espèces 
de céramique. Mais au-dessous de 3 mètres, en général, les 
couches apparaissent intactes; la poterie sigillée ou sagontine 
est très rare; sont relativement fréquents, au contraire, les 
fragments ibériques, les fragments d'argile ordinaire d'époque 
indéterminée, d'autres tessons plus minces, peut-être grecs, 
de couleur grise et de pâte plus fine, et enfin les débris de 
céramique grecque à figures rouges. 

Nous ne prétendons pas faire ici l'étude détaillée de ces restes 
céramiques ni des conditions où ils se rencontrent : pour la 
mener à bien, il faut attendre que des données plus intéres- 
santes permettent des conclusions plus sûres. Mais nous dési- 
rons maintenant décrire quelques fragments plus importants, 
qui ont été découverts près des terrains qu'occupait la nécro- 
pole grecque, parmi des sépultures d'époque grecque, et que 
j'ai pu acquérir pour ma collection particulière. Mon attention 
avait été attirée sur ces fragments par mon excellent ami 
D. Pedro Villanueva, qui, avec un désintéressement, un zèle 
et une compétence si louables, fait des fouilles dans un terrain 
lui appartenant, compris dans l'enceinte de la ville romaine; 
là aussi il a trouvé un certain nombre de fragments ibériques. 

Les fragments que je possède sont intéressants par leur 
décoration, qui ne se limite pas à des ornements géométri- 
ques ni à des animaux plus ou moins fantastiques ; on y voit 
se dérouler toute une scène bien composée, exécutée avec une 
aisance et une habileté remarquables : ce sont plusieurs 



34 BULLETIN HISPANIQUE 

chasseurs en train de poursuivre des cerfs ; des arbres alter- 
nent avec les groupes de figures pour indiquer le paysage. 

Ces débris appartenaient à un grand vase, dont la forme 
était curieuse : elle rappelle plutôt le type des urnes que nous 
pourrions appeler barbares, par opposition aux types classi- 
ques. Cette forme dérive d'un modèle connu, le modèle carac- 
téristique des urnes villanoviennes : le vase était constitué par 
deux troncs de cône inégaux, unis par les bases; il avait deux 
anses latérales. Le col présentait aussi une particularité inté- 
ressante : il était droit, comme celui de la situla, haut d'en- 
viron i5 millimètres, et laissait tout autour de lui, à sa base, 
un espace lisse, presque horizontal, large de 2 centimètres. Le 
vase, autant que les fragments découverts permettent de le 
reconstituer, mesurait environ 28 centimètres de haut sur 
3o centimètres de diamètre à la panse et i5 centimètres à 
l'orifice. 

La décoration de ce vase est extrêmement complexe. Le col 
est lisse, sans ornements, puisqu'il devait s'emboîter dans un 
couvercle. La surface presque horizontale qui venait ensuite 
portait un semis de gros points de couleur noire; puis, sur la 
panse, se succédaient, de haut en bas: i" une zone de dents 
triangulaires qui n'occupent que la moitié du périmètre du 
vase ; dans l'autre moitié, elles sont remplacées par des lignes 
obliques entre-croisées; 2° une zone de demi-cercles concen- 
triques, exécutés à main levée, avec assez de négligence, et, 
à ce qu'il semble, postérieurement au paysage, car ils sont 
incomplets sur les points où ils pourraient couper les figures; 
3° le paysage principal, qui forme une scène animée, lâchasse 
au cerf; nous en donnerons tout à l'heure la description, qui 
mérite vraiment un paragraphe à part ; ce paysage occupe, sur 
la panse du vase, une zone d'environ 8 centimètres de haut; 
4° sur une grosse ligne qui entoure le vase à la partie la plus 
renflée, une série de dents, dont l'extrémité s'enroule en forme 
de crosse, et, sous cette ligne, six autres lignes parallèles, la 
dernière étant plus grosse que les autres; 5° une grecque 
formée par des métopes de lignes verticales parallèles, alter- 
nant avec d'autres que décorent des moitiés d'ellipses concen- 



QUELQUES FRAGMENTS DE VA.SES IBÉRIQUES d'aMPURIAS 35 

triques : la largeur de cette grecque est de Jt centimètres; 
6° trois bandes parallèles qui portent comme ornements des 
figures difficiles à préciser, peut-être des dauphins schéma- 
tises, disposés de telle sorte que dans les trois zones on voit 
alterner sur la même verticale ce que nous pourrions appeler 
la tête et ce qui serait la nageoire dorsale; 7" plusieurs lignes 
parallèles, jusqu'à la base du vase. 

Le paysage qui occupe la zone principale représentait, 
autant qu'il est permis d'en juger d'après les fragments décou- 
verts, des groupes de chasseurs armés de lances qui poursui- 
vent des cerfs; un arbre séparait chaque groupe du groupe 
voisin. Ainsi le fragment principal porte, à la droite de l'anse, 
un arbre dont le tronc et le branchage sont bien apparents, 
puis deux chasseurs peints en silhouette, d'une couleur noire 
mate, comme l'arbre et toutes les décorations. La tête semble 
couverte d'une chevelure abondante, bouffante et crépue 
comme celle d'un nègre; mais le nez, seul trait distinct dans 
le visage, n'a rien du nez de la race noire. Le corps est bien 
proportionné, avec la ceinture très étroite, comme dans 
beaucoup de figures de l'art grec archaïque; le vêtement ne 
comprend qu'un tablier, sorte de petite jupe courte ornée 
d'une seule ligne noire, et presque en forme de demi-lune, 
comme dans la céramique du Dipylon. Dans les deux figures, 
le bras droit est plié, et la main, à la hauteur de la hanche, 
tient une lance longue et mince ; le bras gauche est tendu en 
avant, l'index allongé vers le cerf qui fuit, comme on s'en 
rend compte sur un autre petit fragment qui peut se raccorder 
au plus grand: on y reconnaît la main et l'index du second 
personnage et la tête du cerf. Les jambes, dont le mollet et 
le talon sont bien indiqués, sont figurées de telle sorte que la 
droite forme un angle droit et que la gauche s'allonge en 
arrière, comme sur les vases grecs connus qui représentent 
des stadiodromes. Cette disposition donne aux chasseurs un 
aspect pour ainsi dire cinématographique; ils font penser à 
une de ces photographies instantanées où l'on surprend une 
des phases du mouvement. 11 n'y a sous les pieds des chasseurs 
aucune ligne qui figure le terrain, à moins que la grosse ligne 



36 BULLETIN HISPANIQUE 

qui vient au-dessous d'eux, avec les séries de croissants, ne 
veuille représenter le sol ; ces crosses seraient alors des plantes 
ou des accidents de terrain. 

A gauche de l'anse, sur le même fragment, apparaît un cerf 
en train de galoper, la langue pendante, le cou tendu; entre 
les oreilles part une ligne : la cassure empêche de voir si c'est 
un lasso par lequel l'animal est attaché, et dont les chasseurs 
se sont servis peut-être pour le capturer, comme font les 
gauchos pour les chevaux, ou si c'est quelque autre objet; une 
seconde ligne semblable touche le dos, et se continue sous le 
ventre en ondulant. Le corps du cerf est ocellé. Ce cerf doit 
faire partie d'un second groupe de figures, puisque, comme 
nous l'avons dit, on voit sur un autre petit fragment, avec le 
bras du second personnage, une autre tête de cerf. 

En outre, sur un autre fragment qui porte la seconde anse, 
on voit un autre chasseur qui court aussi avec sa lance. 11 a la 
bouche ouverte, et se rapproche plus que les autres du type 
nègre ; mais, au lieu d'être nu, il porte un manteau court, 
flottant en arrière, à la manière d'un sagum. Ce personnage 
est à droite de l'anse ; à gauche, au bord du fragment, appa- 
raît une oreille qui appartient à un troisième cerf. On peut 
donc supposer que sur les 96 centimètres que pouvait mesurer 
le périmètre du vase se déroulaient alternativement trois 
groupes de chasseurs et de cerfs poursuivis. 

L'attitude des coureurs, la structure de leur corps, les pro- 
cédés d'exécution du dessin, donnent à l'ensemble un air 
d'archaïsme très prononcé, dont il ne faut pas cependant tirer 
des conclusions exagérées, puisque tout art jeune est généra- 
lement archaïque. 

Des deux fragments les plus importants, qui comprennent 
les anses, le plus grand représente 3o centimètres du péri- 
mètre de la panse ; il part du bord supérieur et s'arrête au- 
dessus du renflement central, soit 21 centimètres de haut; 
l'autre représente 22 centimètres du périmètre; la place de 
l'anse indique qu'il était à l'opposé du premier fragment. 
La pâte est de couleur claire, un peu poreuse ; la couleur des 
figures est un noir vineux. 



QUELQUES FRAGMENTS DE VASES IBÉRIQUES d'aMPURIAS 87 

Quelles conclusions pouvons-nous tirer des peintures qui 
ornent ce vase? Il nous semble qu'il n'y a pas de doute 
possible. Tout nous fait reconnaître ici la copie d'un vase grec 
à figures noires du vi* siècle; l'archaïsme du dessin, la façon 
dont est rendu le mouvement de la course, de nombreux 
détails dans la décoration, manifestent évidemment une 
influence grecque, non celle de la céramique du Dipylon, ni 
celle des écoles d'Ionie ou de Corinthe, mais celle des vases 
à figures noires du vi" siècle, auxquels ces fragments, par 
conséquent, sont peu postérieurs. Il faut y noter un étrange 
amagalme de détails, qui prouve une combinaison d'influences. 
La forme est barbare, comme dans les vases préhistoriques 
dérivés de l'urne villanovienne, dont le type, comme le dit 
avec raison Sophus Muller dans son Europe préhistorique, 
s'étend du sud au nord de l'Europe et se maintient longtemps 
à l'époque primitive; l'argile, la technique du dessin, une 
grande partie de la décoration, et les couleurs, sont évidem- 
ment indigènes, comme dans les vases ibériques ; mais la 
composition du tableau est complètement grecque, de même 
que le style du dessin. 

Les représentations humaines sont rares sur les vases ibé- 
riques. Sur un grand vase de la collection Gil, au Musée 
municipal de Barcelone, on voit des figures d'hommes et 
d'animaux; au Musée de Soria, croyons-nous, il se trouve un 
vase provenant de Numance qui représente un véritable 
combat, peut-être d'un Geltibère contre un Romain, et une 
œnochoé, sur laquelle un homme très grossièrement dessiné 
conduit ou dompte des chevaux dont le profil rappelle l'art de 
la Tène'. M. Albertini a trouvé à Elche et publié dans le Bul- 
letin hispanique^ plusieurs fragments avec figures humaines : 
une des têtes rappelle les fragments d'Ampurias qui viennent 
d'être étudiés. Mais pour des scènes complètes, je ne crois pas 
qu'il s'en soit rencontré sur aucun autre vase ibérique. 

Cette décoration donne clairement au vase un caractère 
ibérico-grec ; elle lui assigne une date mieux marquée que 

1. Mélida, Pequehas monografias de arte, janvier 1910. 

2. Octobre-décembre 1906 et janvier-mars 1907. Voir surtout pi. Vil, n° 63. 



38 BULLETIN HISPANIQUE 

celle d'aucun autre débris céramique de ce style. Il ne serait 
pas difficile de citer des peintures semblables sur des vases 
grecs : au Musée même de Gérone, un alabastre du vi* siècle 
(reproduit dans les excellents travaux de MM. Botet et Fri- 
ckenhaus '), porte une bande blanche où l'on voit, délicatement 
représentée par de minuscules figures, avec cette finesse de 
détails qui caractérise les ouvrages des céramistes grecs 
appelés par les archéologues allemands die kleinen Meister, une 
scène presque identique : ce sont des satyres qui courent et 
sautent derrière des cerfs. L'attitude de la course traduite de 
la même façon, une jambe repliée à angle droit et l'autre 
tendue, se retrouve sur de nombreux vases reproduits dans 
le Répertoire de M. Reinach, (p. ex. : t. l, p. 49, n" 12 ; p. 2x3, 
n"^ 2 et 3) et aussi sur la première zone de figures du vase 
François. 

C'est un fait remarquable que cette influence grecque si pro- 
noncée sur la céramique ibérique d'Ampurias. Pour peu qu'on 
y réfléchisse, on comprendra qu'il est logique que les habitants 
du pays se soient efforcés de copier dans leur céramique gros- 
sière les belles œuvres que la colonisation grecque leur mettait 
sous les yeux. 

Ces influences, qui varient suivant les différentes régions 
d'Espagne, cette diversité d'écoles dans la céramique ibérique 
prouvent l'unité de cet art et démontrent que ce n'est pas un 
produit d'importation punique, comme quelques-uns l'ont cru, 
ou phénicienne; c'est une création du pays, création qui, avec 
une plasticité admirable, se laissait influencer, dans chaque 
région, par les éléments qui se trouvaient le plus à proximité : 
dans l'est de l'Espagne, c'est l'influence de l'art oriental qui a 
produit les dessins fantastiques des vases d'Elche, avec leurs 
monstres démesurés; au centre, en pays celtibérique, se mani- 
feste l'influence de la décoration géométrique qui atteignit son 



I. [Botet y Sis6, Data aproximada en qae'ls Grechs s'establircn à Emportes..., discours 
lu à l'Académie de Barcelone le 37 décembre 1908, publié à Gérone chez Dolores 
Torres, 1908. — Le travail de M. Frickenhaus sur les inscriptions grecques et les 
vases grecs d'Ampurias a paru (de même que l'original espagnol du présent 
article) dans le volume II (portant le millésime de 1908) de VAnuari del Institut 
d'Estiidis catalans.] 



QUELQUES FRAGMENTS DE VASES IBERIQUES d'aMPURIAS 89 

apogée dans l'art de la Tène ; et sur les points colonisés par 

les Grecs s'est fait sentir Tinfluence plus pure et plus noble 

de l'art hellénique. 

Manuel CAZURRO, 

Directeur du Musée do Géronc. 

Nous remercions M. Cazurro d'avoir bien voulu nous auto- 
riser à reproduire l'article qu'on vient de lire, emprunté au 
récent Anuari del Institut dCEstadis catalans, t. 11, 1908. La tra- 
duction en est due à M. Eugène Albertini, membre de l'École 
française d'Espagne. 11 était naturel que le Bulletin hispanique, 
où ont été publiés les vases purement ibériques à représenta- 
tion humaine d'Elche, publiât aussi le document unique 
d'Emporium, dont le caractère ibéro-grec a été si justement 
défini par M. Cazurro, et qui, toutes proportions gardées, a la 
même importance pour l'histoire de la céramique espagnole 
que le buste d'Elche pour l'histoire de la sculpture. 

P. P. 



CUESTIONES DE GRAMATICA 



Observaciones sobre la preposicion PARA. 

Meyer-Liibke, Gramâtica III /igS, déclara que la diferencia 
entre las preposiciones latinas per y pro se conserva ùnica- 
mente en francés. Posteriormente, se ha visto que la confusion 
no existe tampoco en los primeros documentos de la lengua 
portuguesa. Particularmente, Oscar Nobiling ha insistido en la 
necesidad de distinguir rigurosamente entre per y por : As 
Gantigas de Joan Garcia de Guilhade, v. 70; Romanische 
Forschungen XXlII,pàg. 35i. Amplificando las investigaciones 
de Nobiling, he tratado sobre este tema en un articulo publi- 
cado en los Anales de la Universidad de Ghile que tiene 
por tîtulo « Notas al Poema del Gid » (1910). 

Ya que en portugués per y por no se confunden, queda 
probado que la preposicion pera se ha formado por combina- 
cion de per con à. Esta misma es la opinion de Gornu, 
Romania XI, pâg. 96 : « Il ne me serait pas plus difficile de 
prouver, si je le jugeais nécessaire, que para, anc. port, pera, 
anc. esp. pora, vient de per ad et non de pro ad, comme Diez 
a cru devoir l'établir. » 

Sin embargo, no podemos pasar en silencio la circunstancia 
de que en antiguo portugués se hallan algunos ejemplos 
aislados de pora. Gonozco los siguientes : E do outr' aver movil 
que i posermos pora esta décima Testamento de D. Afonso II, 
afio i2i/i(Nunes, Ghrestomathia Archaica, pâg. i3), Gran ben 
per est' é pora mi (variante pera) Cancioneiro da Ajuda igS, 
E be'-no poden pora si têer Gancioneiro da Ajuda 83o2. 

En el castellano antiguo, domina, en todos los dialectos, la 
forma pora. Se convirtio pera en pora cuando por reemplazo 
a per, i esto sucedio a consecuencia de una evoluciôn sintâc- 



CUESTIONES DE GRAMÂTICA 4l 

tica. Tanto en Espana como en Portugal, el lenguaje moderno 
emplea para. En vista de la poca fe que merecen los copistas 
y a veces también los edilores, es dificil averiguar el origen y 
progreso de esta forma. En el castellano del siglo xiv, ya 
domina pora. En cuanto al portugués, he visto que los Irozos 
sacados de las obras del rey Duarle (iSqi-i/iSS) que Nunes 
publica confunden pera y para. 

Tocante al signifîcado, podemos distinguir très categorias 
principales. La preposicion expresa : i. Direccion (con verbos 
de movimiento) ; 2. Gonveniencia, aptitud (aplicada a perso- 
nas); 3. Fin, destino (aplicada a cosas). En esta tercera cate- 
goria, entra el infinitivo combinado con la preposici<3n. Véase 
Menéndez, Cantar de Mio Cid, pags 353 y 387. 

Algunos pocos ejemplos servirân para ilustrar esta clasifi- 
cacion : i. Nen sei pera a ir Cancioneiro da Ajuda 2704, 
Vou-nt eu, fremosa, pera 7 rei Cancioneiro 'da Ajuda 6257, De 
CasiieUa uos ydes pora las yenles estranas Poema del Cid 176, 
Et que los aduxesse poral su monesterio Berceo, Santo Domingo 
de Silos 267; 2. melhor é pera mi de morrer Cancioneiro da 
Ajuda 4657, Devera pera min prender lai conselho Cancioneiro 
da Ajuda 5617, Huebos me série pora loda mi compana Poema del 
Cid 83, Nuestro Senor las tiene pora ii condesadas Berceo, Santo 
Domingo de Silos 238. 3. Alal razon quai og' eu mester ei pera 
falar no que sempre cuidei Cancioneiro da Ajuda 5458, Fazemos- 
Ihe livre e para doaçan antre os vivos valedoira desie dia pera 
todo sempre Nunes, Chrestomathia Arcliaica, pàg. 19, Delta part 
e délia pora las vislas se adobauan Poema del Cid 1965, An tes tas 
aviedes pareias pora en braços las lener Poema del Cid 3449- 

En tiempos posteriores, el uso de para es mas frecucnte y 
mas variado. Particularmente, hay que notar que esta prepo- 
sicion desposeyo a por en el uso final. Notese que los très 
ejemplos de pora en lugar de pera tomados de documentos 
portugueses pertenecen a la segunda de las très categorias que 
acabamos de establecer. 

Para aclarar el uso local de pera procedente de per + ad, 
podemos confrontar algunos ejemplos franceses donde par en 
combinacion con otra preposicion expresa la direccion. Los 



42 BULLETIN HISPAÎVIQUE 

tomo de la Chrestomathie du Moyen Age de G. Paris y 
E. Langlois (Paris 1897) : Par devers destre se prisi a regarder 
Pag. 65, Or acordereni entre eus qu'il n avaient pouoir de Jaire 
chauciee par quoi il peiissent passer par devers les Sarrazins Pag. 
21 3, La fu la desconfiture si grans que plaseur de nos gens 
recuidierent passer a nou par devers le duc de Bourgoigne Pag. 
226. Compârese un ejemplo portugués que se halla en uno de 
los textos publicados por Cornu en la Romania XI 384 : E este 
home foy cliamado a juizo per ante et rrey. En las Poesias Selec- 
tas en Dialecto Asturiano fOviedo 1887) se encuentra una 
construccion parecida : ^Por que habemos d' andar per Iras 
d' Uviedo? Pag. 61. 

Son de especial interés los verbos de movimiento que pueden 
combinarse tanto con « como con pera (cast. pora). Cito los 
ejemplos que se hallan en el Poema del Cid. Adeliflalr se 
construye con una y otra preposiciôn : Myo Cid don Rodrigo a 
la puerta adelinaua k^)'] {ib^?) . 221 1. 2779. 3496); Adelino pora 
Valençia i2o3 (i3o9. i3i5. 1392. i58o. 2167. 2237.2297. 2929J. 
Con tornar se prefiere a, pero se encuentra también pora : 
Tornauas Martin Antolinez a Burgos e myo Çid a aguijar 2 32 
(1091, 1196, etc.); Tornos pora su casa 49 (23o3. 2643. 3o43. 
Lo mismo sucede con ir : Que a Castiella yran buenos mandados 
783 (4o6, etc.); De CasUclla uos ydes pora las yentes entraîlas 
176 (294, etc.). Es idéntico el régimen de enbiar : Conduchos 
largos el rrey enbiar mandaua a las aguas de Taio, 1973 
(2638, etc.); Myo Cid quando lo oyo, enbio pora alla, 976 (2977). 
Con venir y levar se combina a menudo d y excepcionalmente 
pora : Myo Cid Ruy Diaz a Alcoçer es venido 846 (i263, etc.); 
Vino pora la tiendadel que en buen ora nasco 202 ; E mando mitl 
marcos de plata a San Pero leuar 1286 (i4oi, etc.); Priso lo al 
conde, pora su tienda lo leuaua, 1012. 

El verbo tornar se construye también con por : Dexando uan 
los delant, por el castiello se tornauan 607. No hay necesidad de 
corregir este verso, porquc la preposiciôn per puede expresar 
la direccion : E ella passousse pella outra parte Romania XI, 
pâg. 369. Por lo tanto, podemos considerar la construccion 
tornar pora como combinacion de tornar d y tornar por. 



CtESTIONES DE GRAMATICA 43 

Prevalece evidentemente en pera el elemento a. El elemento 
per le agrega la idea de cierta incertidumbre (compârese por 
alla al lado de alla ). Por este motivo, los verbos que expresan 
un movimiento que necesariamente termina en un punto fijo, 
como llegar, no se construyen con pora. Son instructives 
algunos casos en los cuales las dos preposiciones se combinan : 
E yrien pora Valençia al buen Campeador i35/i; E lornaron se a 
palaçlo pora la cori 23o3; Enbia sus carias pora Léon e a Santi 
Yaguo 2977. 

El uso metaforico de la preposicion se dériva probablemente 
del uso local. Pero, en vista de la variante pora que se halla 
en antiguo portugués, séria posible que, en este lerreno, se 
hubiese unido per + ad con pro + ad. 



Sobre algunas formas 
de los pronombres posesivos castellanos. 

Gran parte de los textos escritos en la lengua literaria nacida 
en las cancillerias de los reyes Fernando III y Alfonso X 
empleaban, en la primera parte del siglo xiii, las siguientes 
formas de los pronombres posesivos : mio padre, mi madré, 
so padre, sa madré. Menéndez, Cantar de Mio Cad 1, pâg. 256 
y 267, registra este hecho : « La forma femenina «timi^ propa- 
gada al masculino, de lo que ya ofrece ejemplos Per Abbat : 
2/i9, i6o5, 2o46, 2129, 3487, debe ser desterrada, pues aun en 
la segunda mitad del siglo xni, los textos mas correctos no 
contienen esta confusion. » « Los manuscritos mas correctos 
del siglo xni todavîa distinguen con regularidad so masculino 
de sa femenino, por ejemplo, la Biblia Escurialense I-J-6, y 
debemos achacar su confusion en El Cid a los copistas mas 
bien que al autor. » 

Mientras que el castellano, en tiempos posteriores, remplazo 
las formas del masculino por las del femenino, sucedio todo lo 
contrario en el leonés. Véase Staaff, Le Dialecte léonais, 
pâg. 278 : « Quant au groupe I, le trait particulièrement 
léonais que relève M. Menéndez Pidal, Gram., § 96, et qui 



44 BULLETIN HISPANIQUE 

consiste dans le remplacement des formes féminines par celles 
du masculin (contrairement à ce qui a lieu en castillan) y est 
nettement accusé pour le pronom de la troisième personne et 
apparaît aussi pour la première. » 

(ïPor que renunciaria el idioma el uso de una distincion tan 
clara y al parecer tan necesaria? Menéndez, Manual 2, pâg. 
171, dice : « La causa de la confusion de los géneros es que 
éstos no se distinguian mediante la -0 y -a habituales. » Me 
parece que a esta circunstancia le corresponde un papel secun- 
dario; pero dudo que fuese la causa primordial. Tal vez séria 
mas probable la conjetura de que la semejanza fonética de so 
y su hubiese dado margen à equivocaciones. En todo caso, 
aqui encontramos un tropiezo que queda por allanar. 

Âunque no podemos precisar la razon de la confusion, 
siempre la formula que establece que las formas primitivas 
mio, mi, so, su, dieron por resultado definitivo mi, mi, su, su 
en Gastilla y mio, mio, so, so en Léon, se recomienda por su 
sencillez. Sin embargo, un estudio detallado de los hechos 
hace resaltar sérias dificultades. 

En primer lugar, es incontrastable la circunstancia de que 
la confusion de las formas no principio en la segunda parte 
del siglo XIII, sino mucho mas temprano. Un examen de los 
documentos mas antiguos de la lengua espafiola nos autoriza 
para declarar que la incertidumbre en el uso de mio y ml, so y 
su es simultânea con la aparicion de los primeros documentos 
lingiiisticos. Las Glosas Silenses del siglo xi emplean so en 
masculino y femenino : so capul 187, so cosa 3i, so memhra 
25o. En la publicacion de Brutails, Documents des Archives 
de la Chambre de Comptes de Navarre, Paris 1890, la primera 
forma que encontramos es irregular : su ermano Nùm. IV 
(ano 1228). El documento XII (ano 12/17) confunde mio y mi. 
El documento XIII (ano 12/17) tiene dos veces 5«5 herederos. 
En virtud de estos datos, no hay motivo para hacer sospe- 
chosa la exactitud de las escrituras publicadas por D. José 
Amador de los Rios, Historia de la Literatura Espafiola II, 
pâg. 586. La carta de venta procedente de TNavarra (aiîo 12 12) 
présenta misfillos, so mano, so mullier, sas entradas, sos essidas. 



CUESTIO?IES DE GRAMATICA 45 

El testamento de dona Sancha de Rueda (Zaragoza 1226) tiene 
mi seso, miorto, mifillo, mis fillos, sus dias (al lado de sos dias). 

Idénticos resultados obtenemos en el territorio leonés. El 
Fuero de Avilés tiene regularmente lo y so en el género 
masculine; pero se halla también su manlo (§ \[\). El Fuero de 
Oviedo confunde so y su en masculino. Aquf podri'amos dudar 
de la exactitud del lexto publicado. Pero los documentos que 
se leen en la ejemplar obra de Staaff atestiguan que en la 
primera parte del siglo xni ya existieron las formas mi y su 
en el género masculino. Véanse los datos que estân reunidos 
en la pagina 27/i. Se lee, por ejemplo, mi uassalo en un 
documente escrito en 1222 (Nùm. VIII). 

La misma confusion es propia de Gastilla. Una escritura 
publicada por Merino y reimpresa por Monaci, Testi basso- 
latini e volgari délia Spagna, Roma 1891, Nùm. XV (ano 
1173) confunde so y su : so regno, su uerto (dos veces). El 
documento VII de la coleccion de Staaff cuyo dialecto es castel- 
lano (Menéndez, Revue de Dialectogie II, 122), tiene su fijo, su 
hermano y no présenta ningùn ejemplo de so. En la coleccion 
de Férotin, Recueil des Chartes de l'Abbaye de Silos, Paris 1897, 
el ejemplo mas antiguo de un pronombre posesivo contradice 
la régla : su monesierio (Nùm. iio, ano 1228). La escritura 112 
(ano 1280) tiene su linage al lado de so fijo y sos fijos. 

Estos datos bastan para caracterizar de arriesgada la tentativa 
de normalizar el uso del pronombre posesivo en el Poema del 
Gid donde el texto tradicional vacila entre mio y mi, so y su. 
Es cierto que el Misterio de los Reyes Magos distingue entre el 
masculino mio y el femenino mi; pero la poca extension de 
esa obra no permite afirmar que su dialecto excluya el uso de 
mi en el masculino. 

Por las razones expuestas, me inclino a considerar la rigu- 
rosa distincion entre mio y mi, lo y tu, so y su que algunas 
obras del siglo xni observan como consecuencia de aquella 
tendencia de normalizar el uso de las formas gramaticales que 
es cualidad inhérente no solo del castellano literario sino de 
cualquiera lengua literaria. Las cancillerias prescribieron el 
empleo exclusive de mio, to, so para el género masculino, 

Bull, hispan. 4 



Ii6 BULLETIN HISPANIQUE 

reservando mi, tu, su para el femino. Evidentemente, en el 
lenguaje del pueblo se conserve la indécision que descubren 
les documentos arriba citados, porque de otra manera no se 
comprenderia la ràpida desaparicion de las formas mio, to, so 
en la segunda parte del siglo xiii. 

Asi Uegamos a la conclusion de que la lengua espanola 
vacilaba, desde tiempos antiguos, entre mio y mi, to y tu, so 
y su en el género masculino. Haciendo hincapié en esta supo- 
siciôn podemos explicar fâcilmente la confusion compléta de 
las formas de los dos géneros que, en una época posterior, 
tuvo lugar en Gastilla y Léon. 

Pero ccomo explanaremos la existencia de dos formas dis- 
tintas en el género masculino? Supongo que mio y mi sean dos 
variantes derivadas de meum en diferentes condiciones foné- 
ticas. Esta misma dualidad se présenta también en el 
femenino, porque al lado de mi existe mie, al lado de tu se 
halla tue y al lado de su encontramos sue. Esta diferencia no 
es cronologica ; las dos formas coexisten. De la misma 
manera, coexisten, en el verbo, avi y avie, en el sustantivo di 
y die (Staaff, Dialecte léonais, pâg. 291, nota), Gard y Garde 
(Férotin i ano 919, 3 aîio 981); compârese Menéndez, Revue 
de Dialectologie II, pâg. 127. Gonvengo con este autor en 
créer que una y otra variante procède de la fonética sintâctica : 
Gard Ferez y Garde Ferez al lado de Don Garda. Pero no 
desecho la hipotesis de que una consonante final pueda 
causar transformaciones parecidas : avies al lado de avia. 
Parece que las formas primitivas se conservaban ùnicamente 
en posiciôn final y que cualquiera aiïadidura, aunque fuese la 
de una sola consonante, alteraba su condicion fonética. 

La forma su en masculino tal vez tenga relaciones con suo. 
Fonéticamente suum se convirtio en so; pero por la analogia 
de saa se formé también suo. Notese que las frases mi, tu, su 
formadas por apocope de mio, tuo, suo se hallan también en 
Italia : Meyer-Liibke, Gramâtica II, pâg. m. Por otra parte, 
podria ser que la dualidad de mio y mi en primera persona 
hubiese tenido por consecuencia la dualidad de so y su en 
tercera. Federico HANSSEN. 



NUEVOS DATOS 
ACERCA DEL HISTRIONISMO ESPANOL 

EN LOS SIGLOS XVI Y XVII 

{Segunda série ') 

Siglo XVII 
(Suite.) 



1633 



240. — Obligaciôn de Luis de Toledo, autor de comedias, de ir el 
viernes después del Corpus â la villa de Cobena y hacer dos comedias 
en precio de 800 reaies. Madrid, 3 Marzo i633. 

(Bib. nacional, papeles de Barbieri.) 

241. — Obligaciôn de Diego Diez Navarrete y Antonia Manuel, su 
mujer, représentantes de la comparïia de Juan de Morales Medrano, 
de sacar â paz y â salvo â dicho autor, que ha salido fiador de los 
100 ducados por los que Juan Mendez de Leôn tenîa ejecutados â los 
otorgantes. Madrid, 5 Marzo i633. 

(Alonso Portero, i63[ à 33, f" 33 1.) 

242. — Memoria de la compaiiia de Antonio de Prado para los 
Autos de este ano de i633, en Madrid : 

Antonio de Prado. 
Alonso de Osuna. 
Juan de Escurigiiela. 

Antonio de Rueda, baila y représenta y esta embargado hoy por 
la Villa. 

Mateo Vicente, baila y représenta. 
Lorenzo de Prado, baila y représenta. 
Frutos Bravo, gracioso, canta y baila. 
Francisco Vicente, canta, baila y représenta. 
Mencos (c Diego de?), canta, baila y représenta. 
Pedro Jordan, canta y représenta. 
Juan de Leôn, canta. 

1. Voir le Bull, hispan., 1906, p. 71, i48, 363; 1907, p. 36o; 1908, p. a43; igio, 
p. 3o3. 



48 BULLETIN HISPANIQUE 

Engenio de Contreras, canta y représenta. 

Mariana de Morales. 

Francisca de Gôngora. 

Maria de Quinones. 

Catalina de Carbonera. 

Jusepa de Lobato. 

La hija de Maria Infanta. 

(Arch. municipal, clase i6, 2, 196, Sg.) 

243. — Memoria de la compania de Manuel de Vallejo para los 
Autos deste ano de i633 : 

Manuel de Vallejo, canta y représenta. 
Maria de Riquelme, baila y represanta. 
Miguel Jiménez, baila y représenta. 
Bernarda ïeloy, su muger, canta, baila y représenta. 
Damiân Arias de Penafîel, représenta. 
Maria Margarita, canta, baila y représenta. 
Jerônimo de Ayala, représenta. 
Maria Jiménez, su muger, canta, baila y représenta. 
Andrés de Abadia, canta con arpa contraltos. 

Francisca de la Concepciôn, su muger, canta con arpa, baila y 
représenta. 

Pedro de Valcazar, représenta y baila. 

Maria de Valcazar, su muger, canta, baila y représenta. 

Pedro Garcia de Salinas, baila y représenta graciosos. 

Francisco de Salas, représenta. 

Francisco de Valdés, canta tenores, baila y représenta. 

Francisco Rodriguez, baila y représenta. 

Marco Antonio, canta bajos, baila y représenta. 

Agustin de Molina, canta contraltos y représenta. 

Mùsica a diez : cinco mugeres y cinco hombres, con dos arpas. 

Bailes â doce : seis mugeres y seis hombres. 

(Arch. municipal, clase 16, 2, 196, 89.) 

244. — Memoria de la companfa de Avendaiïo para los Autos del 
Corpus de este présente ailo de i633. 

Maria de Candau, représenta primeros y baila. 

Maria de Çaballos, représenta segundos y baila y canta. 

Beatriz la nina, représenta terceros y baila y canta. 

Catalina Carbonera, représenta quartos y baila y canta. 

Luisa de Ribera, représenta, baila y canta. 

Antonia de Candau, représenta y baila. 

Crislôbal de Avendano, primeros. 

Antonio de Rueda ] segundos y terceros entre los dps, y entrambos 

Alonso de Bota ) bailan. 

Juan de Montemayor, cuartos y baila y canta. 



NUEVOS DATOS ACERCA DEL HISTRIOUISMO ESPANOL 49 

Bernardo de Medrano, graciosos y baila y canta. 

Juan Vicente Cucarella, barbas. 

Juan Matias, canta. 

Pantaleôn Borja, canta y toca el arpa. 

Diego de Guevara, canta. 

Juan Cano. 

Todos estos representan. 

(Arch. municipal, clase i6, 2, 196, 33.) 

245. — Acueido mandando que la joya de este ano se dé intégra à 
Antonio de Prado, y que â Manuel de Vallejo se den 3o ducados por- 
que el dia de la muestra llovio u y se moxaron los vestidos de los de 
su compafiia». Madrid, 3o Junio i633. 

(Arch. municipal, clase t6, 2, 196, 39.) 

246. — Partida de defunciôn de Doiia Catalina de Valcazar, viuda 
de Alonso Riquelme. 

« Dona Catalina de Valcazar, viuda, calle de Leal frontero del 
Marques de Baides, muriô en primero de Setiembre de i633 anos. 
Recibiô los santos Sacramentos, no testé, enterrola D^ Isabel de Rojas 
su hija que vive en la misma casa, pagô de fabrica quatro ducados. >» 

(San Sébastian, Libro de dif., fol. 56.) 

1634 

247. — Pedimento de Maria de Urbina, mujer de Santiago Valen- 
ciano, représentante, estante en Sevilla, para que se le entreguen los 
bienes que quedaron por muerte de Juan Bautista de Urbina, su 
hermano. Madrid, 26 Abril i634. 

(Alonso Portero, i634, I, f° 476.) 

248. — Ajuste de cuentos del arrendamiento de los corrales de 
comedias desde S. Juan de i633 â igual dia de i634. 

« Habiendose juntado â ajustar la quenta de lo procedido del aprove- 
chamiento de los corrales de comedias desta villa de Madrid, asi de las 
entradas como de lo procedido de los aposentos, celosias, bancos y 
taburetes, como de todo lo demas que procède de los dichos corrales 
entre Juan Paz del Rio, contador de résultas de Su Magestad en 
virtud de poder que le quedô de D. Alonso de Paz, su hermano 
difunto, y como su testamentario, y D. Juan de la Serna de Haro y 
Francisco Garro de Alegria en cumplimiento de una escriptura 
otorgada por los dichos Francisco de Alegria y don Juan de la 
Serna, como arrendadores que al présente son del aprovechamiento de 
los dichos corrales en veinte y ocho de Agosto del ano pasado de mil 
y seiscientos y treinta y très ante Juan Bautista de la Barrera escribano, 
en que dieron facultad al dicho don Alonso para nombrar persona 
que sirviese la caxa del dicho aprovechamiento, en cuyo poder entrase 



5o 



BULLETIN HISPANIQUE 



lo que procediese dél por su quenta y riesgo y con ochocientos ducados 
de salarie al ano con obligacion de pagar â los Hospitales desta villa 
lo que hubiesen de haber, y mas todo lo que fuese necesario cada 
ano para la buena administracion de los dichos corrales de comedias 
sin pedir dinero alguno aunque no le hubiese procedido del dicho 
aprovechamiento, en el discurso del ano que se quenta desde San Juan 
â San Juan si no hubiese procedido tanto como fuese menester para 
pagar los dichos Hospitales y los gastos de la dicha administracion y 
conque al fin de cada aiïo se hubiese de ajustar la quenta de lo 
recibido y gastado por la mayor parte de la dicha compania por todos, 
y que si la persona que se hubiese nombrado por caxa hiciese alcance, 
las personas comprehendidas en el dicho arrendamiento lo hubiesen 
de meter y entregar en su poder, cada uno la cantidad que le tocase 
conforme â la parte que tiene en el dicho arrendamiento, y si sobrase, 
hubiese de quedar en poder de la dicha persona que fuese caxa 
hasta fin del dicho arrendamiento; y en cumplimiento de la dicha 
escriptura hacen y ajustan la dicha quenta de lo que procediô desde 
el dia de San Juan de Junio del dicho aiïo de mil y seiscientos y 
treinta y très hasta la vispera del mismo dia del aîio pasado de mil y 
seiscientos y treinta y quatro, y de lo que se ha gastado en cosas 
tocantes â la dicha administracion y pagado â los dichos Hospitales 
todo en la manera siguiente. 



23iV65i 



Cargo. 

Monta el aprovechamiento que ha habido desde el 
dicho dia de San Juan de Junio del dicho ano de seis 
cientos y treinta y très hasta el mismo dia exclusive del 
pasado de seiscientos y treinta y quatro en las entradas 
de los dichos corrales ducientos y treinta y un mil seis- 
cientos y cinquenta y un reaies. 

Montan los aposentos y celosias arrendados, ecepto los \ 
del Sr. Duque de Médina de las Torres, Don Miguel de 
Monsalve y S' Bartolomé Espinola y parte del dicho ano 
de la del Marques de Alcanizas, que por no haberse \ 48V i54 
podido cobrar de las dichas personas, no entran en esta 
quenta, y se han de poner en la del ano donde se cobraren, 
quarenta y ocho mil ciento y cinquenta y quatro reaies. 

Mas doce mil setecientos y diez y ocho reaies que han j 
montado los bancos y taburetes arrendados, como parece > I2y7i8 
por nienor en el libro donde se tiene la quenta dellos. ) 

Mas très mil trescientos reaies que monta el precio en \ 
que esta arrendada â Francisco de Alegria la Aloja, Agua, ) 3V3oo 
y Fruta, que se vende en los dichos corrales. ) 



NUEVOS DATOS ACERCA DEL HISTRIONISMO ESPAÎÎOL 5l 

Mas mil novecientos y noventn y nueve reaies que ha \ 
pagado Roque de Figueroa en diferenles dias y partidas, / 
que fue dexando en la caxa por quenta de lo que debe l 
como parece por menor en el libro de las entradas. / 

Mas ducientos y noventa y seis reaies que ha pagado J 
Cristobal de Avendano en diferentes dias como parece en > V296 
el libro de las dichas entradas par quenta de lo que debia. 1 

Montan las dichas partidas que se cargan por las razo- 1 
nés contenidas en ellas ducientos v noventa y ocho mil ^ 298 V 118 
ciento y diez y ocho reaies. 

Datta de lo pagado d Hospltales. 

Primeramente se ponen en datta ducientos y setenta 
y un mil novecientos y sesenta y dos reaies que monta lo 
pagado a los Hospitales en el dicho aîîo como parece por 
el recudimienlo que para la administracion de la dicha 
renta se diô, y de las cartas de pago otorgadas por las ) 27i\962 
personas que las han cobrado por los dichos Hospitales, en 
que entran quarenta mil reaies que se dieron adelantados 
para los dichos Hospitales, puestos en poder de Juan de 
Arana, regidor desta villa de Madrid. j 

Gastos del dicho arrendamiento. 

Mas seis mil trecientos y setenta y cinco reaies que se 
gastaron en diferentes cosas tocantes al dicho arrenda- 1 
miento contenidas por menor en una Relacion firmada ' 
del dicho D. Juan de la Serna y Francisco de Alegria de 
quantia de once mil quatrocientos y treinta y cinco reaies; | 
los cinco mil y sesenta reaies restantes se componen de f 
4.400 reaies que de los dichos 11. 435 reaies se pagaron a 6V375 
Roque de Figueroa y se hacen buenos adelante en partida l 
de 1 5.628 reaies que los debe el dicho Roque de Figueroa, 1 
y los 660 reaies restantes de los mismos que se bajaron | 
de la dicha Relacion por tocar la paga dellos al Sr. D- 
Alonso de Paz por haberse gastado en cosas particulares 
suyas. 

Mas mil y ochocientos y sesenta reaies que se dieron 
prestados â Juan Martinez, autor de comedias; los 960 
reaies de que hizo obligacion, y los 900 reaies restantes f ^Qr 
para una comedia de D. Francisco de Rojas y D. Antonio 
Coello, que por haber muerto sin dejar bienes de que 
cobrarlos se ponen por costas del dicho arrendamiento. 



52 BULLETIN HISPANIQUE 

Mas se hacen buenos diez y ocho mil diez y ocho reaies 
que se han pagado a diferentes personas por las causas y 
razones contenidas en las partidas siguientes en esta 
manera. 

A Vallejo, aulor de comedias, quatrocientos reaies que 
se le dieron porque no représenté un dia, como parece J V^oo 
del libro de las entradas. 

AD. Alonso de Paz se pagaron ciento y treinta y seis 
reaies para diferentes gastos tocantes al dicho arrenda- ^ V i36 
miento. 

Al dicho Vallejo se dieron novecientos y quarenta y 
siete reaies para pagar las mulas del viaje que hizo desde 
Valladolid â Madrid, y se le dieron dados porque se anti- ^ V947 
cipo â venir â Madrid antes del tiempo que ténia obli- 
gacion. 

Al dicho Juan de la Serna ducientos reaies que se ce- 
dieron por gastos de escripturas tocantes al dicho arren- \ V 200 
damiento. 

Sesenta y très reaies que se pagaron, los diez de una 
escriptura que otorgô Diego de Santiuste en favor de la 
caxa, y quarenta y cinco talegos en que se trajo el dinero ^ Vo63 
que pagô y los ocho de un candado que se echô â un 
banco de D. Diego Gonzalez porque no le pagaba. 

Mil setecientos cinquenta reaies que se pagaron al dicho 
Juan de la Serna por su salario del dicho ano por los 
mismos que se le dan por la ocupacion que tiene en 
cobrar los salarios y bancos arrendados. 

Mas ducientos reaies que se dieron â Avendano para 
las apariencias de la co média Don Florisel de Niquea. 

Mas treinta y dos reaies que se dieron â Geronimo \ 
Buelta para seguir el pleito del aposento del Contador [ VoSa 
Gogenaga. 

Mas quinientos noventa reaies que se dieron al autor \ 
de los Titeres porque vino â representar la Guaresma de [ VSgo 
dicho ano. / 

Mas quinientos reaies que se dieron al autor de los 
Bolatines porque vino â representar la dicha Guaresma. 

Mas quatro mil quatrocientos reaies del salario de 

Francisco de Alegria del dicho afio que tiene por la f , ,, # 

, j . , . , ^. , ) 4V400 

ocupacion y costa de ir o enviar por la compania a su 

Costa. 

Mas ocho mil ochocientos reaies que se pagaron por el 

salario de tener la caxa y buscar el dinero y pagar el ^ 8V800 

dano de todo lo tocante al dicho arrendamiento. 



V750 



V200 



V5oo 



4V830 



NUEVOS DATOS ACEKCA DEL HISTRIONISMO ESPANOL 53 

Oue son los dichos diez y ocho mil diez v ocho reaies que ) ^ ,r o 
11-1 - . ' 1 •' i_ > I o V o I o 

se gastaron en el dicno ano, como esta dicno. ) 

Emprestidos. 

Mas se han de hacer buenos quinientos reaies que se \ 
dieron a Luis Vêlez para en quenta de una comedia que \ V 5oo 
ha de hacer para el dicho arrendamienlo. / 

Mas quince mil y seiscientoveinte y très reaies que se han \ 
pagado a Roque de Figuroa, autor de comedias, presta- / ^^rr, o 
dos de orden de los dichos arrendadores, de que tiene ( 
hecha escriptura de obligacion. 

-Mas quatro mil ochocientos y veinte reaies que en 
diferentes dias y partidas se dieron al dicho Roque de 
Figueroa de la dicha orden para diferentes efectos, de que 
tiene hechas cedulas y se le dieron en cinco partidas en esta i 
manera : ochocientos reaies para la comedia de El Drague; | 
novecientos y setenta reaies en otra partida de que 
hizo cedula ; cuatrocientos y veinte y seis reaies en veinte y 
seis de Diciembre de seiscientos y treinta y très ; dos 
mil reaies sobre un vaquero cuajado de pasamanos de 
oro que se entregô al dicho Don Juan de la Serna ; y 
los seiscientos reaies restantes que se le dieron para el 
viaje que hizo desde Toledo â Madrid, prestados. 

Mas novecientos reaies que se dieron prestados â 
D. Pedro Calderon, de que diô recibo. 

Mas ducientos y cinquenta reaies que se dieron presta- 
dos â Don Francisco de Roxas como parece del recibo que '- VaSo 
esta en el dicho libro de las entradas. 

Mas quinientos reaies que se dieron prestados à Vallejo, \ 
autor de comedias, como parece del recibo que esta en el ■ V5oo 
dicho libro. 

Mas quatro mil reaies que se dieron â Cristoval de Aven- ) ^ ^ 
dafio prestados para el viaje que hizo de Toledo â Madrid. ) 

Mas ochocientos reaies que se dieron prestados al dicho , 
Avendano para una comedia de Montalban, como parece / 
por su recibo que esta en el dicho libro, sentada la par- . V 800 
tida en once de Marzo del dicho ano, rubricada del l 
dicho Francisco de Alegria. ■ ] 

Mas ochocientos reaies que se dieron â Andres de la 
Vega de orden del dicho Francisco de Alegria para una 
comedia con obligacion de hacerla elveranodel dicho arïo ^ V800 
de i63^, y no haciendola, hubiese de volverlos, y no la 
hizo y se han de cobrar dél. 



V900 



V673 



54 BULLETIN HISPANIQUE 

Mas cinco mil y ciento y sesenta reaies que costaron 
quatro mil reaies de plata que se remitieron prestados â 
Antonio de Prado de orden del dicho Francisco de Alegria ) 5 V 160 
para la costa del viaje que hizo desde Zaragoza a Valladolid 
de que esta hecha escriplura de obligacion, 

Mas ciento y seis reaies que se dieron prestados al dicho " 
Andres de la Vega en primero de Mayo del dicho aflo de V 106 
i634, como parece por el dicho libro. 

Mas cien reaies que se dieron prestados â Juan de Coca, ] 
représentante en la compania de Roque de Figueroa, de ! Vioo 
que hizo cedula en 28 de Abril del dicho ano. 

Mas seiscientos y setenta y très reaies que se pagaron â 
Andres de la Vega en diferentes dias y partidas, como 
parece por menor en el dicho libro, por quanto habiendose 
hecho concierto con él de que hiciese veinte representa- 
ciones, y obligadose â darle trecientos y quarenta y très 
reaies por cada una, tomando el arrendamiento por su 
quenta ambas quentas, la que tocaba al dicho autor y la 
que tocaba al arrendamiento, hecha la quenta de los 
dichos dias parece puso la caxa del dinero de las entradas I 
los dichos seiscientos y setenta y très reaies. 

Monta la dicha datta trecientos treinta y dos mil ] 
quatrocientos quarenta y siete reaies, como parece por I ,0 t,-// 
menor en las dichas partidas, que se hacen buenos por ( 
las causas y razones en ellas contenidas. ) 

Resolucion y Jenecimiento de la dicha quenta. 

Monta el dicho cargo ducientos y noventa y ocho mil j cv S 

ciento diez y ocho reaies. \ 

Monta la dicha datta trecientos treinta y dos mil ) „„ -iw / 

'■ 332 V 447 
quatrocientos quarenta y siete reaies. ) 

Segun lo quai hace de alcance el dicho JuandelaSerna, 
como caxa, treinta y quatro mil trecientos y veinte y nueve 1 Alcance 
reaies que proceden del dinero que metiô en la nego- j que hace 
ciacion desle arrendamiento Don Alonso de Paz, que se [ la caxa. 
han de entregar en la caxa por los participes en la dicha \ 34V329 
compania y arrendamiento, como por la dicha escriptura 
estan obligados ; y la dicha quenta se fenecio de acuerdo 
de todos en Madrid â veinte y uno de Otubre de mil 
y seiscientos y treinta y quatro anos. 

Yes declaracion de esta quenta que va escrita en cinco foxas, con esta 
en que firmamos, que la tercia parte que toca pagar â Francisco de 
Alegria de los quarenta mil reaies que puso don Alonso de Paz adelan- 



NUEYOS DATOS ACERCA DEL HISTMONISMO ESPANOL 55 

tados, y se han decobrar para satisfacion del dicho alcance acabadoel 
arrendamiento si no se hubieren cobrado de los deudas que deberi los 
autores y poetas que han de servir para la paga del dicho alcance, de 
tal manera que todo el le baya de haber y cobrar la persona que 
tuviere poder del dicho contador Juan de Paz, en nombre del dicho 
Don Alonso de Paz, la cantidad que quedare por cobrar, ha de pagar 
la tercia parte el dicho Francisco de Alegria al fin del dicho arrenda- 
miento, y hasta entonces, no ha de haber Uegado el plazo de la paga 
de la dicha tercia parte y deudas de los dichos autores, porque asi 
estan de acuerdo y lo fîrmaron de sus nombres en Madrid a trece 
de Enero de seiscientos y treinta y seis anos, siendo testigos Don 
Francisco de Sardaneta y Mendoza y Antonio de Araoz, regidores 
desta villa y comisarios de este dicho arrendamiento. — Juan de 
Rio. — Francisco de Alegria. — Don Juan de la Serna de Paz del 
Haro. » 
(Diego de Cepeda. 1629 a 36, f° 257.) 

249. — Obligaciôn de Cristôbal de Avendano, aulor de comedias, 
de pagar a los diputados del Hospital real de Salamanca mil reaies 
que le entregaron por Marzo de este ano para que fuese a representar 
a dicha ciudad durante los vacaciones y por no haber podido ir â 
cumplir dicho concierto los pagarâ dentro de ocho dias en la villa de 
Piedrahita. Madrid, 28 Junio i634. 

(Antonio de Carvajal, 1682 â 35, f° Z|8.) 

250. — Orden de S. M. para que se reciban en cuenta â su tesorero 
8200 reaies, 6000 que se pagan â Cristôbal de Avendano y 2200 â 
Roque de Figueroa, autores de comedias, « por las que han hecho los 
dias que hemos estado la Reyna y yo en la casa del Buen Retiro ». 
Madrid, 9 Juho i634. 

(Arch. de Palacio, Espectâculos pùblicos y privados.) 

1635. 

251. — Venta de dos pares de casas que Hernân Sânchez de Vargas, 
autor de comedias, tiene en la calle de las Huertas en favor de D" Ma- 
riana de Vallecillo por cuantia de cinco mil ducados. Madrid, ao Enero 
i635. 

(Juan Garcia de Albertos, i634 y 35, f° 80.) 

252. — Obligaciôn de Gaspar Valentin de asistir durante un ano 
en la companfa de Andrés de la Vega para- cantar y poner la roùsica, 
ganando por la fiesta del Corpus 44o reaies, 6 ducados por cada una 
de las fiestas de N'. S" de Agosto y Septiembre y 4 por cada una de 
las ordinarias. Madrid, 24 Enero i635. 

(Juan Garcia de Albertos, i634 y 35, f° 99.) 

253. — Acuerdo de la Villa para que los autores de comedias 



56 BULLETIN HISPANIQUE 

présenter! listas de sus companias para escoger las que hayan de hacer 
los Autos sacramentales del présente afio. Madrid, 23 Febrero i635. 

Tomas Fernândez, Bartolomé Romero y Antonio de Prado dicen que 
por la esterilidad de los tiempos no pueden hacer los gastos y formar 
compania sufîciente para los Autos de Madrid. 

Roque de Figueroa, que ha llegado hace poco a la corte con su 
compania, se ofrece para lo que sea necesario. 

(Arch. municipal, III, !]']&, 9.) 

254. — Concierto de Sébastian de las Penas con Antonio de Prado, 
autor de comedias, para asistir en su compania durante 2 anos, 
ganando 4 reaies de raciôn y 5 por representacion y por la fiesta del 
Corpus lo acostumbrado. Madrid, 24 Febrero i635. 

(Juan Garcia de Albertos, i634 y 35, f" 316.) 

255. — Concierto de José Daza y Andrés de Biedma, con Francisco 
Galindo, apoderado de Juan de Salazar; autor de comedias résidente 
en Valencia, para asistir en la compania de este durante un ano. 

Daza harâ los segundos papeles y bailarâ, cobrando 8 reaies de 
parte en cada representacion. 

Biedma harâ los barbas y vejetes de los entremeses, ganando 7 reaies 
de parte en la misma forma. Madrid, 3 Marzo i635. 

(Juan Garcia de Albertos, i634 y 35, f° 261.) 

256. — Concierto de Pedro de Valdés, autor de comedias, por un 
ano con los représentantes que han de entrar en su compania : 

Alonso de la Paz para representar lo que se diere. 

Bernabela de Leôn, su mujer, para los primeros papeles de damas, 
y cobrarân 16 reaies de parte. 

Francisco Garcia, Sevillano, para cobrador. 

Maria de Quesada, su mujer, para lerceros papeles, y cobrarân 12 1/2 
reaies de parte. 

Bartolomé de Robles, para lo que se le mandare bacer. 

Alfonsa de Haro, su mujer, para cuartos papeles, cantar y bailar, 
cobrando ambos 10 1/2 reaies de parte. 

Juan de Malaguilla, para la graciosidad, y ganarâ 8 reaies de parte. 

Juan Gonzalez para los 2°^ y 3°' papeles, cobrando 7 reaies. 

Juan de Henao para hacer los barbas, y glosas, ganando 7 reaies. 

Juan Roman para cantar, bailar y representar, cobrando 7 reaies. 

Manuel de Silva para cantar y bailar, ganando 6 reaies de parte. 
Madrid, 7 Marzo i635. 

(Juan Garcia de Albertos, i634 y 35, f° 293.) 

257. — Asiento de Juan Antonio de Santa Ursula, autor de come- 
dias, y de su muger Ana Coronel, con los représentantes que han 
de formar su compania por un aîio : 

Nicolas de Alcântara y Laureana de Luque, su muger. 

Baltasar de Lechuga. 



NUEVOS DATOS AGERCA DEL HISTRIONISMO ESPANOL b"] 

Francisco Luis de Garvajal. 

Francisco Ferrer. 

Diego Munilla. 

Jerônima de Médina, viuda. Madrid, ir? Marzo i635. 

(Juan Garcia de Albertos, i63A y 35, f" 333.) 

258. — Poder de Francisco Lôpez, autor de comedias, â Juan Mar- 
linez, cobrador de los corrales de las comedias de Madrid, para 
asentar comediantes, concertar fiestas, y adquirir vestuarios. Madrid, 
i5 Marzo i635. 

(Diego de Cepeda, 1C29 â 36, f" 229.) 

259. — Poder de Francisco Lôpez, autor de comedias, a su mujer 
Damiana Pérez para concertar représentantes y ajustar fiestas. Madrid, 
i5 Marzo i635. 

(Diego de Cepeda, 1629 â 36, f" 227.) 

260. — Poder de Antonio de Rueda, représentante, résidente en 
Sevilla, â su muger Catalina de Sotomayor para concertar fiestas y hacer 
escrituras con los représentantes. Sevilla, 20 Marzo i635. 

(Juan Garcia de Albertos, i634 y 35, i'° 467.) 

261. — Obligaciôn de Antonio de Prado, autor de comedias, de ir 
â la ciudad de ïoledo y representar en el corral de dicha ciudad 
3o comedias desde mediados de Junio hasta fin de Julio, siendo con- 
diciôn poder salir y hacer alguna octava que le salière en tierra de 
Toledo, Yolviendo â continuar sus representaciones en la ciudad. 
Madrid, 25 Marzo i635. 

(Juan Garcia de Albertos, i634 y 35, f° 422.) 

262. — Obligaciôn de Catalina de Sotomayor, muger de Antonio de 
Rueda, représentante résidente en Sevilla, de asistir en la compania 
de Andrés de la Vega, autor de comedias, hasta primer domingo de 
Octubre, ganando 44o reaies por la fiesta del Corpus, 6 ducados por 
las de N". S' de Agosto y de Septiembre y 4o reaies por cada una de 
las ordinarias. Madrid, 3i Marzo i635. 

(Juan Garcia de Albertos, i634 y 35, f° 465.) 

263. — Obligaciôn de Roque de B^igueroa, autor de comedias, de ir 
â la villa de Daganzo de Arriba el dia lo de Junio y representar los dos 
Autos que hubiere hecho en Madrid el dia del Corpus y ademas una 
comedia de las puestas este ano, cobrando 2.5oo reaies. Madrid, 
3 Abril i635. 

(Juan Garcia de Albertos, i634 y 35, f* 493.) 

264. — Obligaciôn de Roque de Figueroa, autor de comedias, de ir 
para i" de septiembre â la ciudad de ïoledo y hacer 3o representa- 
ciones, con la compaîïia que hoy tiene, en el corral de comedias de 
dicha ciudad. Recibe adelantados 1800 reaies. Madrid, 9 abril i635. 

(Juan Garcia de Albertos, i634 y 35, f° 517.) 

265. — Obligaciôn de Antonia Manuela, en nombre de su marido 



58 BULLETIN HISPANIQUE 

Bartolomé Romero, autor de comedias, de pagar en Cuenca el dia 
28 del présente 800 reaies que les ha prestado Alonso Pérez de Mon- 
talban, vecino de Madrid. Madrid, 3 julio i635. 
(Juan Garcia de Albertos, i635, f" 23.) 

266. — Obligaciôn de Antonia Manuela, muger de Bartolomé 
Romero, autor de comedias que ahora esta en Ocana, de que dicho su 
marido ira con la compania que hoy tiene àlaciudad de Cuenca para el 
i3 del présente mes y harâ 24 representaciones cobrando para si los 
aprovechamientos de la casa de comedias, y recibiendo en el acto 
900 reaies. Madrid, 3 Julio i635. 

(Juan Garcia de Albertos, i635, f" 16.) 

267. — Poder de Juan Quirante, Jeronima de Morales, su mujer, 
y Pedro Guirante, su hijo, à Gregorio de Morales, mùsico, para que 
concierte a los très con algun autor de comedias, y contra te fiestas 
que hayan de hacer de por si. Madrid, 6 julio i635. 

(Juan Garcia de Albertos, i635, f" 33.) 

268. — Recibo de las escrituras que tiene D^ Catalina Pérez de 
Velasco dado por D* Jacinta de Herbias, para devolverlas dentro de 
20 dias. Madrid, 9 Julio i635. 

(Juan Garcia de Albertos, i635, f° 5o.) 

269. — Partida de casamiento de Segundo de Morales con Sebas- 
tiana de Segura. 

(( Certifico yo el licenciado Geronimo de Argaez cura teniente de la 
yglesia parrochial de el sefior San Gines i San Luis delà villa de Madrid 
que oi Domingo cinco de agosto de mil seiscientos treinta i cinco anos 
en virtud de un mandamiento de el senor Licenciado Lorenzo de 
Iturriçana, vicario gênerai de esta villa e su partido i despachado por 
ante Gaspar de Ribas, notario de su audiencia, su fecha en cinco de 
Agosto ihabiendo precedidolas moniciones que elsantoConcilio manda, 
desposé por palabras de présente que hacen verdadero i legitimo matri- 
monio a Segundo de Morales con Sebastiana de Segura, mis parro- 
chianos en la calle de San Chrislobal, casas de Luis de Monzon, siendo 
testigos Francisco Gomez, Francisco Raquerizo y Juan Bautista Garcia, 
en testimonio de lo quai lo firme ut supra. El Licenciado Geronimo 
de Argaez. » 

Al margen : «y velados oy lunes 7 de abril de i636 en San Blas, 
siendo padrinos Agustin Ramirez y Doiïa Madalena de Cardenas, y lo 
firme. Argaez. » 

(Archivo de S. Ginés.) 

270. — Obligaciôn de Francisco de Rojas de asistir durante dos 
aiïos en la compania de Antonio de Prado para hacer la parte de la 
graciosidad y los vejetes de los balles, ganando 8 reaies de raciôn, 
13 de representaciôn, 260 par cada fiesta del Corpus, dos caballeriasy 
llevada su ropa y 800 reaies prestados. Madrid, 8 agosto i635, 



NÙEVOS DATOS ACERCA. DEL HISTRIONISMO ESPANOL Ôg 

(Juan Garcia de Albertos, i635, f" 175.) 

271. — Obligaciôn de Antonio de Prado, autor de comedias, de ir 
â la ciudad de Salamanca con la companîa que hoy tiene y hacer desde 
el 28 de septiembre veinte representaciones sucesivas para lo cual se 
le entregan 1200 reaies de ayuda de costa. Madrid, i4 agosto i635. 

(Juan Garcia de Albertos, i635, f° 187.) 

272. — Acuerdo de los comisarios de las fiestas del Corpus man- 
dando « que los cien ducados de xoya que se dan al autor que mexo- 
res autos haze cada aîîo se den por los deste dicho présente â Antonio 
de Prado, autor de comedias, â quien declararon pertenecer por 
haber sido los autos que représenté mexores en todo que los de Roque 
de Figueroa, que tuvo la mitad de la fiesta, los quales mandaron se le 
libren en las sisas ordinarias desta villa en lo en ellos consignado para 
la dicha fiesta, y lo senalaron. » (Cuatro rûbricas.) Madrid, 22 Agosto 
i635. 

(Arch. municipal, clase 16, 2-196-41.) 

273. — Obligaciôn de Pedro de Linares, représentante de la com- 
panîa de Antonio de Prado, de pagar â Ana Diez, viuda, ii4 reaies 
que le debe de resto de la posada que le ha dado en su casa de la calle 
del Nino, y que pagarâ para el mes de Noviembre proximo. Madrid, 
2 Septiembre i635. 

(Juan Garcia de Albertos, i635, f° 279.) 

274. — Carta de pago de Antonio de Prado, autor de comedias, de 
cien ducados que se le ofrecieron de joya y que ha de haber porque 
hizo la fiesta del Corpus de este ano mejor que Roque de Figueroa que 
hizo la otra mitad. Madrid, 3 Septiembre iG35. 

(Si hizo la entrega â Jerônimo de Ayala, apoderado de Antonio de 
Prado.) 

(Manuel de Rohles, i635 y 30, f" 8i3.) 

275. — Carta de pago y finiquito entre Antonio Granados autor de 
comedias de los nomhrados por Su Magesiad, y Francisco de Velasco. 
Madrid, i5 Octubre i635. 

(Juan Garcia de Albertos^ i635, f" 4oo.) 

276. — Carta de recibo de dote otorgada por Segundo de Morales, 
hijo de Gerônimo de Castaneda y de Catalina de Morales, vecinos que 
fueron de Avila, en favor de su muger Sebastiana de Segura, hija de 
Lucas Ximénez y Maria de Segura, vecinos de Toledo. Importa la 
dote 16,703 1/2 reaies. Segundo de Morales le mandé en arras 3oo 
ducados. Madrid, 20 Octubre i635. 

(Diego de Cepeda, 1629 â 36, f° 249.) 

277. — Poder de D. Juan de la Serna, administrador de la renta 
de las comedias de esta villa de Madrid, al lie. Alonso de Cetina para 
cobrar del Duque de Pastrana 56oo reaies que Su Exc\ debe del arren- 
damiento del aposento de la casa de las comedias del corral del Prin- 



6o BULLETIN HISPANIQUE 

cipe a razôn de 2800 reaies cada ano, de los dos anos que comenzaron 
el dia de S. Juan de Junio de este ano y acaban en el mismo dîa 
de 1687. Madrid, 5 Noviembre i635. 

(Diego de Cepeda, iGag â 3G, f° 287.) 

278. — Obligacion de Roque de Figueroa, autor de comedias, de 
pagar a Pedro Ortiz de Urbina 890 reaies que le ha prestado. Madrid, 
39 Noviembre i635. 

(Diego de Cepeda, 1629 a 36, f° 240.) 

CRISTOBAL PÉREZ PASTOR. 
(Continuard.) 



INVENTAIRE DE LA COLLECTION EDOUARD FAVRE 

{Suite ' .) 



Vol. LU. 



Recueil de lettres et de pièces diverses provenant de D. Antonio Pedro 
Gomez Ddvila Alvarez Osorio y Toledo, X" marquis d'Astorga, IV^ mar- 
quis de Velada et de San Romdn, grand maître de la reine Marie-Louise, 
puis capitaine général de Varlillerie de l'Espagne, 1679-1687. 

Fol. I. Acte constatant la nomination faite, par le roi [Charles II], 
du marquis d'Astorga au poste de « mayordomo mayor » de la reine 
[Marie-Louise]; Madrid, ii février 1679. 

Fol. 3. « Para que el marques d'Astorga, a quien V. Mag"^ [Charles II] 
a nombrado por mayordomo mayor de la reyna que a de venir, pueda, 
en el intérim que llegare, firmar los libramientos que se dieren sobre 
el thesorero de la casa que se a formado en este corte... »; Madrid, 
27 mars 1679. — Original. 

Fol. 7. Dépêche du roi [Charles 11] au marquis d'Astorga pour lui 
annoncer sa promesse de mariage avec la princesse Marie-Louise; 
Madrid, 2 octobre 1679. — Original. 

Fol. \l\- Quarante-quatre minutes ou copies de lettres du marquis 
d'Astorga au roi Charles II, à la reine [Marie-Anne] et à D. Gerônimo 
de Eguia « con el motivo del viaje que se hizo por la reyna » [Marie- 
Louise]; Aranda, Irun, Salinas, Victoria, Pancorbo, etc., octobre- 
novembre 1679. 

Fol. i34. « Para que el marques de Astorga, a quien V. Mag'* 
[Charles II] ha hecho merced del cargo de capitan gênerai de la 
artilleria de Espana, le exerça en las armadas y llotas de la Carrera 
de las Indias y en otros qualesquier navios que se despacharen a 
ellas » ; S. Lorenzo, î5 octobre i68o. 

Fol. i36. u Titulo de capitan gênerai de la artilleria de Espana al 
marques de Astorga » ; S. Lorenzo, 3i octobre i68o. — Original. 

Fol. \l\o. «. Inslrucion al marques de Astorga, capitan gênerai de la 

I. Voir Bull, hisp., t. XI, p. 29a; t. XII, p. 49, i4o et 817. 

Bail, hispan. 5 



02 BULLETIN HISPANIQUE 

artilleria, de lo que ha de observar con dicho puesto»; S. Lorenzo, 
3i octobre 1680. 

Fol. 145. Lettre de D. Alonso de Carnero au marquis de Astorga; 
Madrid, 28 février 1686. — Original, avec la minute de la réponse. 

Fol. 1/19. Lettre du même au même; Madrid, i5 mars 1687. — 
Original, avec la copie et la traduction d'une lettre, en italien, du 
cardinal Azolino relative à l'accord intervenu entre les ambassadeurs 
de France et d'Espagne à Rome pour l'ordre de leurs carrosses dans 
les cortèges, le 26 décembre 1669. 

(i58 feuillets; 817 sur 233 millimètres.) 



Vol. LUI. 

Recueil de lettres et de pièces diverses relatives à l'ambassade de 
D. Antonio Ferndndez de Côrdova y Cardona, V" duc de Sessa, à Rome 
(1590-1605), et de lettres diverses adressées aux ducs de Sessa par les 
souverains d'Espagne (1605-172Ù). 

Fol. I. Onze lettres de Philippe II au duc de Sessa, ambassadeur 
d'Espagne à Rome; S. Lorenzo, i4 septembre iSgo : « el recibo de las 
de 27 [de Agosto] con aviso de la muerte del papa»; — Ségovie, 
7 juin 1692 : «en lo de la cabeça de S. Lorenzo»; — Aranjuez, 
2 mai lôgS : « sobre lo de la ligua con Grissones » ; — Madrid, 20 sep- 
tembre 1593 : « sobre lo de la investidura de Ferrara » ; — S. Lorenzo, 
3o juillet 1694 : « sobre la investidura de Ferrara » ; — S. Lorenzo, 
17 septembre 1594, sobre la misma materia; — Madrid, 17 dé- 
cembre 1694 : « sobre cosas de Marsella » ; — Madrid, 26 février iSqS : 
« sobre cosas del duque de Ferrara » ; — Madrid, 7 avril iSgS : « sobre 
los particulares del duque de Ferrara» ; — Aceca, 3 mai 1596 : « para 
que se hagan oficios con Su S"* en lo de la investidura de Ferrara 
que prétende aquel duque » ; — S. Lorenzo, 3o septembre 1 696 : « sobre 
la misma materia ». — Originaux ou copies. 

Fol. 33. Lettre du patriarche d'Alexandrie [H, Cajetan] au duc de 
Sessa; Madrid, 24 octobre 1597. — Original, en italien. 

Fol. 35. Lettre de la duchesse Marguerite de Ferrare au même 
(( con aviso de la muerte del duque su marido [Alphonse II d'Esté] » ; 
Ferrare, 28 octobre 1697. — Original, en italien. 

Fol. 37. Lettre de D. César d'Esté au même; Ferrare, 28 oc- 
tobre 1697. — Original, en italien. 

Fol. 39. Lettre du prince Philippe au même, « por el maestro 
Fr. Alphio visitador de la orden del Carmen n ; S. Lorenzo, i" no- 
vembre 1594.— Original. 

Fol. 41. Lettre du duc de Sessa à D. César d'Esté et à Marguerite de 



Inventaire de la. collection Edouard favre 63 

Ferrare : « el pesame de la muerte del duque » [Alphonse II|; Rome, 
i8 novembre 1597. — Copie. 

Fol. 44 • Lettre du même au duc de Feria « sobre lo de Ferrara » ; 
Rome, 29 novembre 1597. — Copie. 

Fol. 46. Lettre de D. César d'Esté au duc de Sessa «con el conde 
Ercole Rondinelli, gentilombre » ; Ferrare, 11 décembre 1597. — 
Original, en italien. 

Fol. 48. Lettre du duc de Sessa « al condestable de Castilla con una 
relacion y copia de carta de D. Gesar d'Esté » ; Rome, 2 décembre 1097. 
— Copie. 

Fol. 64. « Relacion de los papeles que dio a Su Mag"* el nuncio de 
Su S"* [Zaguia] a 4 de enero iSgS. » 

Fol. 72. « Copia de los papeles que dio a Su Mag** a siete de 
enero 1598 el conde Girardo Rangoni, embiado por D. César 
d'Esté. » 

Fol. 92. u Lo que Su Mag'' ha mandado responder al nuncio de Su 
S^ en la materia de Ferrara a los 27 de enero 1698. » 

Fol. 96. « Lo que Su Mag** manda responder al conde Girardo Ran- 
goni, embiado por D. César d'Esté, en la materia de Ferrara a los 
28 de enero 1598. » 

Fol. 100. « Relacion de la embaxada del obispo de Ancona [C. Conti] 
al emperador [Rodolphe U] sobre las cosas de Ferrara » ; s. d. — 
En italien. 

Fol. io4. Écrit relatif à l'ambassade de lévêque d'Ancône auprès de 
l'empereur; 4 janvier 1598. — En latin. 

Fol. 106. Deux lettres de l'empereur [Rodolphe 11] au pape [Clé- 
ment VIII] relatives à la succession du duché de Ferrare; Prague, 
9 et 10 janvier 1598. — Copies, en latin. 

Fol. 1 10. Deux lettres du duc de Sessa à D. Juan de Idiaquez « sobre 
cosas de Ferrara » ; Rome i3 et 17 janvier 1698. — Copies. 

Fol. 122. Deux lettres de Philippe 11 au duc de Sessa « sobre la 
materia de Ferrara » ; Madrid, 22 janvier 1698. — Copies. 

Fol. i35. Lettre du prince [Philippe] au pape [Clément Vlll] relative 
à la succession du duché de Ferrare; Madrid, 26 janvier 1598. — 
Original et copies. 

Fol. i4o. Lettre du même au duc de Sessa relative au même objet ; 
Madrid, 29 janvier 1598. — Original. 

Fol. 143. Lettre du même au même «con lo que Su Mag"* es servido 
se responde al nuncio extraordinario [Zaguia] de Su S"* sobre el negocio 
de Ferrara»; Madrid, 23 janvier 1698. — Copie. 

Fol. i48. Lettre du roi [Philippe 111] au même «en recomendacion 
del duque de Modena para que se le guarden las capitulaciones que 
hizo con la sede apostolica » ; Aranjuez, 16 décembre 1698. — Original. 

Fol. i5o. Lettre du même au même : Avis de la nomination de 



64 BULLETIN HISPANIQUE 

Francisco de Vera y Aragon comme ambassadeur d'Espagne à Venise 

à la place de D. Inigo de Mendoza; Aranjuez, 8 mai 1600. — Original. 

Fol. i52. Lettre de la reine [Marguerite] au même; Madrid, 17 mai 

1600. — Original. 

Fol. i5/j. Lettre de Philippe 111 au même «sobre la proteccion de 
Modena»; Valladolid, lô septembre 1601. — Transcription. 

Fol. i56. <( Copia de carta de mano de Su Mag'^ [Philippe 111] a Su 
S'' [Clément VIU] en lo de Modena » ; Valladolid, 17 septembre 1601. 

Fol. 157. Lettre de Philippe 111 au duc de Sessa «para que se 
favorezian las cosas del duque de Modena » ; Valladolid, 18 septembre 

1601. — Original et copie. 

Fol. 161. Lettre du même au même « en lo de Modena )) : Aranjuez, 
8 mai 1602. — Copie. 

Fol. i63. Lettre du [duc de Sessa] à PhiHppe 111 « sobre lo tocante 
al duque de Modena » ; Rome, 3 juin 1602. — Copie. 

Fol. i65. Lettre de Philippe 111 au duc de Sessa « con lo que Su 
Mag"* escrive al duque de Modena» ; Valladolid, 28 août 1602. — 
Copie. 

Fol. i68. Lettre [du duc de Sessa] à D. Pedro Franquesa ; Rome, 
33 septembre 1602. — Copie. 

Fol. 170. Lettre de l'impératrice Maria au duc de Sessa « por el Fr. 
Francisco Pereira, agustino » ; Madrid, 28 mars 1602. — Original. 

Fol. 172. Lettre de la même au même «en recomendacion de 
Francisco Malaespina, marques de Friggiana » ; Madrid, 18 août 1602. 
— Original. 

Fol. 174. Lettre de la même au même « para que se pida a Su S** 
[Clément VIII] que pueda llamar al monasterio las personas que uviere 
menester para su servicio » ; Madrid, juin 1601. — Original, avec 
la copie de la réponse du duc de Sessa. 

Fol. i83. Copies de quatre lettres du prince [Philippe] au pape 
[Clément VIII]; S. Lorenzo, 26 juillet 1697, ^o ^o"'' '^9^ ^^ ^ ^^^il 
1695. 

Fol. 189. Lettre de l'infante D" Isabelle au même; Madrid, 6 avril 
lôgô. — Copie. 

Fol. 191. Lettre de la reine [Marguerite] au même, « en recomendacion 
de D. Luis Cid « ; Valladolid, 12 avril 1601. — Original. 

Fol. igS. Lettre de la même au même « en recomendacion del 
ermano Obregon » : Valence, i" mai 1699. — Original. 

Fol. 197. Lettre de la même au même « para sacar de pila el hijo o 
hija que pariere la muger del conde Radmundo de Thorn, embassador 
del emperador » ; Mantoue, 22 novembre 1698. — Copies, en italien et 
en allemand. 

Fol. 202. Lettre de la même au même « sobre la dispensaçion para 
el marquisito de Villanueva » ; Madrid, ao janvier 1600. — Original. 



INVENTAIRE DE LA COLLECTION EDOUARD FAVRE 65 

Fol. 2o4. Lettre de Philippe III au cardinal Aldobrandino; S. Lorenzo, 
36 août 1598. — Copie. 

Fol. 2o5. Lettre du même au roi de Danemark; S. Lorenzo, juillet 
i586. — Copie. 

Fol. 207. Lettre de rarchiduc Ferdinand au duc de Sessa u con 
Joseph de Rabatta in Dorimberg a quien envia... a dar cuenta d'aver 
lomado possession de la provincia d'Esturia» : Gratz, 20 décembre 1 696. 

— Original, en latin. 

Fol. 209. Lettre du duc de Sessa au cardinal André d'Autriche; 
Rome, 8 mars lôg^. — Copie. 

Fol. 210. Deux lettres du duc Charles-Emmanuel de Savoie au duc 
de Sessa; Turin, 29 juin et 3 mars i6o5. — Originaux, en italien. 

Fol. 214. Cinq lettres de Ranuce Farnèse au même; Parme, 
20 avril i6o4-25 février i6o5. — Originaux, en italien. 

Fol. 224. Lettre de César d'Esté au même; Modène, 26 avril i6oi. 

— Original, en italien. 

Fol. 226. Trois lettres du duc d'Urbin [François-Marie II de la 
Rovère] au même; Pesaro, 12 avril 1604-21 mai i0o5. — Originaux, 
en italien. 

Fol. 282. Lettre de la République de Gênes au même; Gênes, 
5 août i6o5. — Original, en italien, avec la copie de la réponse du 
duc de Sessa. 

Fol. 235. Lettre de la République de Lucques au même; Lucques, 
27 août i6o5. — Original, en italien. 

Fol. 287. Lettre de Philippe III au même; Valladolid, i3 avril i6o5. 

— Original. 

Fol. 238. Deux lettres de Philippe lll à [D. Luis Fernândez de 
Côrdova y Cardona, VI'J duc de Sessa; Madrid, 11 décembre 160G: 
« nombra por capitan de la miliçia de la villa de Rute y Yznajar a 
D. Francisco Ordoflez de Vilbao » ; — Aranjuez, i" mai 1607 : 
u ordenando se prebenga toda la gante que fuere posible de a pie y de 
a cavallo en los estados [del duque de Sessa] y se remita con persona 
al duque de Médina Sidonia ». — Originaux. 

Fol. 242. Quatre lettres de Philippe IV au même; Madrid, 3o mars 
1623 : « da quenta de la venida a esta corte del principe de Gales por 
que dessea Su Mag"^ hazer demostraçiones de fiestas » ; — Madrid, 
29 novembre 1628: « da quenta de como la reyna pario una hija dia 
de S" Cathalina que se contaron 20 de noviembre » ; — Madrid, 3i jan- 
vier 1G24 : « da quenta de como tiene deterpiinado de dar una vista al 
Andaluzia en persona » ; — Madrid, i" décembre 1628. — Originaux. 

Fol. 246. Trois lettres de Philippe IV' à [D. Antonio Fernândez de 
Côrdova y Cardona, VIP] duc de Sessa; Madrid, 9 novembre 1648; — 
6 novembre i653: «sobre el servicio de milicia de los lugares del 
estado » [del duque de Sessa] ; — 4 juillet i654 : « sobre la cobranza de 



66 BULLETIN HISPANIQUE 

10 que deben los lugares del estado [del duque de Sessa] por raçon de 
milicias ». — Originaux. 

Fol. 267. Lettre de Philippe IV à [D. Francisco Fernândez de Cordova 
y Gardona, VHP] duc de Sessa « sobre el fallecimiento del duque su 
padre » ; Madrid, a février 1609. — Original. 

Fol. aSg. Vingt lettres de la reine régente Marie-Anne au même; 
Madrid, aS mars 1671; — Madrid, i4 janvier 1673; — Madrid, 18 jan- 
vier 1673 : « sobre la causa que se hizo a D. Agustin de Médina » ; — 
Madrid, 3o janvier, 3 mars (3 lettres), 7, 18, 19, 27, 29 et 3o avril, 

11 mai, 18 mai (2 lettres), 23 mai, 28 mai, 3o mai et 11 juin 1673. — 
Originaux. 

Fol. 281. Lettre de Charles II au même : «sobre el casamiento 
de D. Antonio de Toledo con la marquesa de Tavara»; Madrid, 
8 mars 1686. — Original. 

Fol. 283. Quatre lettres de Charles II à [D. Félix Fernândez de 
Cordova, Gardona y Requesens, IX'] duc de Sessa; Madrid, 21 sep- 
tembre 1688: « sobre el fallecimiento del duque, su padre » ; — Madrid, 
25 février 1689: « sobre el fallecimiento de la reyna, D' Maria Luisa de 
Orléans » ; — Madrid, 26 et 26 mai 1696: « sobre el fallecimiento de 
la reyna D'' Maria Ana de Austria ». — Originaux. 

Fol. 290. Deux lettres de la reine [Marie -Anne de Neubourg] et 
des gouverneurs du royaume au même : « sobre el fallecimiento 
del rey D. Carlos secundo»; Madrid, 7 et 12 novembre 1700. — 
Originaux. 

Fol. 293. Lettre de Philippe V au même; Madrid, 29 avril 1701. — 
Original. 

Fol. 295. Lettre de Louis XIV, roi de France, au même à l'occasion 
de l'avènement du roi Philippe V; Marly, 23 juin 1701. — Original, 
en français. 

Fol. 297. Deux lettres de Philippe V au même; Barcelone, 18 et 28 
novembre 1701 : annonce de ses fiançailles avec Marie-Louise Gabrielle 
de Savoie. — Originaux. 

Fol. 3oo. Lettre de la reine Marie- Anne de Neubourg au même 
« sobre el casamiento de su hija con el marques de Jamaica » [Pedro- 
Nufio Colon de Portugal y Ayala]; Tolède, 24 mars 1702. — Original. 

Fol. 3o2. Lettre de Philippe V au même; Madrid, 20 janvier 170/i. 
— Original. 

Fol. 3o4. Lettre de la reine Marie-Anne de Neubourg au même 
« sobre el casamiento de su hijo, el conde de Cabra, con D' Theresa 
de Cordova y Guzman » ; Tolède, 10 février 1705. — Original. 

Fol. 3o6. Deux lettres de Philippe V au même; Madrid, 3o novem- 
bre 1706; — Madrid, 3o août 1707 : annonce de la naissance du 
prince Louis. — Originaux. 

Fol. 3i2. Cinq lettres de Philippe Va [D. Francisco-Xavier Fernân- 



INVENTAIRE DE LA COLLECTION EDOUARD FAVRE 67 

dez de Côrdova y Cardona, X'] duc de Sessa; Madrid, 17 juillet 1709 : 
(( sobre el fallecimierito del duque su padre » ; — Madrid, aS février 
1733 : « sobre los desposorios del principe D. Luis con la prinzesa de 
Orléans [Elizabeth] » ; — S. Ildefonso, 17 septembre 1734 : « sobre el 
faliecimiento del rey D. Luis » ; — Madrid, 3i octobre 1724; — Pardo, 
3o janvier 1728 : (( sobre los desposorios del principe jD. Fernando | 
con la ynfanta de Portugal, D" Maria, y de la ynfanta D' Maria Ana 
Victoria con el principe del Brazil ». — Originaux. 

(331 feuillets; 238 sur 3io millimètres.) 



Vol. LIV. 

Correspondance de D. Félix Ferndndez Côrdova Cardona y Reque- 
sens, VI 1^ duc de Baena, IX" duc de Sessa, grand amiral de Naples, 
du 1'' au 31 août 1690. 

Fol. I. Lettres originales adressées au duc de Sessa par les person- 
nages dont les noms suivent : Alcaçar y Çûniga (D. Felipe de); — 
Almaxar (Pedro de), 4 L; — Barrientos (D. Antonio- Alexandre de), 
2 1.; — Bejar (Les duchesses de); — Bocangel (D. Geronimo) ; — Bustos 
(Francisco Pablo de), 2 1.; — Camacho iD. Juan), 4 1-; — Carrillo 
(Antonio) ; — Gomez de Figueroa Lasso de La Vega y Côrdova 
(D.), 7 1.; — Jimena (La ville de); — Jovenazo (duc de); — La Car- 
rera (Juan de), 2 1.; — La Granja (marquis de), 2 1.; — La Sotta 
Zevalos(D. Antonio de); — Laya (Mateo de), 2 I.; — Lopez de Ogaçon 
(D. Antonio), 3 1.; — Lora (D. Manuel Francisco de); — Los Bios y 
Mendoça (D. Pedro de) ; — Mesia (Juan) ; — Mirabal y Spinola (D. 
Rodrigo), 2 1.; — Morejon (D. Cristobal Garcia), 3 1.; — Muçientes 
(Andres de); — Oropesa ([D. Emmanuel Joachim Alvarez Toledo. 
Côrdova..., VHP] comte d'), 2 1.; — [Palafox (J. de),] archevêque de 
Séville; — Portocarrero (D. Gaspar), 2 1.: — Salçedo (D. Luis de); 

— Sanchez Chumacero (Diego); — Solis y Mendoça (D. Fernando), 
12 1.; — Solorzano (Manuel de): — Solo Guerrero (Francisco de), 3 1.; 

— Soto y Herrera (D. Pedro); — Spinola (A.); — Tribugena (La ville 
de); — Varona (D. Francisco Bernardo); — Velasco (Francisco de), 
9 1.; — Villamarta (marquis de); — Villamediana et Oiîate ([D. Inigo 
Emanuel Vêlez de Guevara, X"] comte de) ; — Villanueva ([D. Jos.-Fr. 
de Toledo Osorio, IIP] marquis de), i5 1.; — Villaumbrosa (comte de), 
marquis comte de Castronuevo. 

Fol. 204. Minutes de lettres du duc de Sessa aux personnages dont 
les noms suivent : Barrientos (D. Antonio-Alexandro de); — Camacho 
(D. Juan), 5 1.; — Gomez de Figueroa (D.), 3 1.; — Jimena (La ville 
de), 3 1.; — La Granja (marquis de); — Laya (Mateo de), 2 1.; — 
Lopez de Ogazon (D. Antonio); — Mendez de Sotomayor (D. Pedro); 



68 BULLETIN HISPANIQUE 

— Monrral (marquis de); — Morejon (D. Cristobal Garcia), 41.; — 
Muçientes (Andres de), 3 1.; — Solis y Mendoça (D, Fernando), 61.; — 
Solorzano (Manuel de); — Soto Guerrero (Francisco de), 2 1.; — Va- 
rona (D. Francisco Bernardo); — Velasco (Francisco de), 3 1.; — 
[Villamediana] et Onate (comte de); — Villanueva (marquis de), 
la 1.; — los officiales reaies del presidio de Cadiz. 

(a65 feuillets; Sao sur a4o millimètres.) 



Vol. LV. 

Correspondance de D. Félix Ferndndez Côrdova Cardona y Reqae- 
sens, VII^ duc de Baena, IX' duc de Sessa, grand amiral de Naples, 
du i"- au 3i mai 1692. 

Fol. I . Lettres originales adressées au duc de Sessa par les person- 
nages dont les noms suivent : Aguirre (Joseph de); — Algatozin (La 
ville de); — Angulo Bohergues (D. Bartolome de), al.; — Astorga 
(D" Anna Dâvila y Osorio, XI° marquise d'); — Atesa (Pedro de); — 
Açevedo (D. Geronimo de); — Baca Villamizar (D. Pedro); — Bar- 
rientos (D. Antonio -Alexandro), 2 1.; — Benavenle (Ambrosio de), 
al.; — Botello (Crispin-G.); — Bustamente (D. Garcia de), 41-; — 
Bustillo (D. Pedro de); '— Camacho (D. Juan), 4 L; — Canales ([D. 
Manuel Coloma y Escolano], marquis de), 4L; — Cartaya (La ville 
de); — Christo (Francisco de); — Contreras (Galvan de), 2 1.; — Cor- 
bete (Pedro de), 3 1.; — Côrdova y Ferrer (D. Manuel de); — Coronil 
(La ville de); — Echeandia (Juan); — Espéra (La ville de); — Fer- 
nandez Navarrete (Pedro), 3 1.; — Forrejon y La Sala (D. Blas); — 
Hermossa (Francisco de), 3 1.; — Hernandez Almontte (Joseph); — 
Herrera Hurtado (Diego Thomas de); — Hurtado de Mendoça (Ma- 
nuel), 3 1.; — Infante (Juan Simon), 3 1.; — Juano (D. Bartolome); — 
La Palma (La ville de); — [La Riva (Antonio-Ybanes de),] archevêque 
de Saragosse; — La Serna Spinola (D. Antonio de) ; — Lepe (La ville 
de); — Lopez de Ogazon (D. Antonio); — Lucena del puerto (La ville 
de), a 1.; — Melo (Francisco de); — Mendez de Sotomayor (D. Pedro), 
al.; — Molares (La ville de); — Montijo ([D. Cristobal Portocarrero, 
IV'] comte de); — Morejon (D. Cristobal Garcia); — Muçientes (An- 
dres de), 5 1.; — Niebla (La ville de) ; — Norona (Manrique de), 2 1. ; — 
Olivares y Sotomayor (D. Joseph); — Pacheco (D. Diego), 6 1.; — 
Ortega Canzillo (D. Pedro) ; — Osuna ([D. Gaspar Tellez Giron, \'] 
duc d'); — Perez de Altube (D. Miguel), 2 1.; — Riomolino (comte 
de); — Rodriguez de Çisneros y Mendoça (Gregorio), 2 1.; — Romero 
(F.-J. Mathias); — Roxas y Velasco (D. Ygnacio); — Salamanque (La 
ville de); — Salçedo (Manuel de), 3 1.; — Soto y Herrera (D. Pedro); 
— Ubrique (La ville de); — Valdelaguila (comte de), 2 1.; — 



INVENTAIRE DE LA COLLECTION EDOUARD FAVRE 69 

Vejarano (Luis Martin); — Vêla (Francisco Bernardo); — Velasco (D. 
Francisco de), ii 1.; — Velasco y Herrera (D. Juan Esteban de); — 
Veragua (duc de); — Villanueva ([D. Jos.-Fr. de ïoledo Osorio, IIP] 
marquis de), 8 1.; — Villareal ([D. Pedro Damian Lugardo de Menesses, 
Portocarrero y Noronha, IX'] marquis de), comte de Medellin, 4 L; — 
Villarrasa (La ville de); — Villaumbrosa (comte de), marquis comte 
de Castronuevo; — Vivira (Diego) ; — Xerez (La ville de). 

Fol. 343. Minutes de lettres du duc de Sessa aux personnages dont 
les noms suivent : Albe ([D. Antonio Alvarez de Toledo, VHP] duc 
d'); — Alcala del Balbe (La ville de); — Algatozin (La ville de); — 
Andrana y Espinosa (D. Alonso) ; — Angulo (Juan de), 2 1.; — 
Arcos ([D. Manuel Ponce de Léon, VP] duc d'); — Barrientos 
(D. Antonio- Alexandre), 2 1.; — Bejar (duchesse de); — Berraieva 
(D. Ordono de); — Botello (Crispin-G.), 31.; — Bustamente (D Garcia 
de), 4 1.; — Galanas (La ville de); — Camacho (D. Juan), 6 1.; — 
Canales (marquis de), 3 1.; — Casadebante (D. Manuel); — Chavarri 
(Joseph); — Contreras (Martin Gai van de), 2 1.; — Corbete (Pedro 
de), 4L; — Coronil (La ville de); — Echeandia (Juan de); — Espéra 
(La ville de), 2 1.: — Fernandez Navarrete (Pedro), 3 1.; — Hermosa 
(Francisco de), 3 1.; — Hartado de Mendoça (Manuel); — Juano 
(D. Bartolome); — La Palma (La ville de); — [La Riva (Antonio- 
Ybanes de),] archevêque de Saragosse; — Lepe (La ville de), 2 1.; — 
Lopez de Ogazon (D. Antonio), 3 1.; — Lozano (Juan); — Lucena 
del puerto (La ville de), 2 1.; — Melo (Francisco de); — Molares (La 
ville de); — Muçientes (Andres de), 3 1.; — Niebla (La ville de), 2 1.; 
— Noroiîa (Manrique de); — Pacheco (D. Diego), 11 1.; — Puerto de 
S'* Maria (La ville de) ; — Riata (La ville de) ; — Rodriguez de Çis- 
neros y Mendoça (Gregorio); — Rota (La garnison de); — Setenil de 
Las Cuevas (La ville de) ; — Sotta (Pedro de) ; — Tribugena (La ville 
de); — Ubrique (La ville de); — Valdelaguila (comte de); — Veaz 
(La ville de), 2 1.; — Velasco (D. Francisco de), 6 1.; — Vicuiîa (Diego 
Azeniro de); — Villanueva (marquis de), 9 1.; — Villareal (marquis 
de), comte de Medellin; — Villarrasa (La ville de) ; — Xerez (La ville 
de); — Yanez de Barnueba (Lucas Francisco): — Zalamea la Real 
(La ville de). 

(4Ô9 feuillets; 320 sur 240 millimètres.) 

Vol. LVI. 

Recueil de lettres et de pièces diverses provenant de D. Diego-Philippe 
Mesia de Gaznian, 1"' marquis de Leganés, gouverneur et capitaine 
général du Milanais, relatives, pour la plupart, aux affaires du Pié- 
mont et de la Savoie, i629-i6U6. 

Fol. I. Dix-huit lettres adressées au marquis de Leganés par Gero- 



7© BULLETIN HISPANIQUE 

nimo Velaz de Medrano; Ivrée, 38 novembre 1640-18 janvier i64i. 

— Originaux chiffrés, avec la transcription. 

Fol. 82. Vingt-six lettres adressées au même par D. Antonio Saave- 
dra; Ivrée, a/j novembre 1640- 18 janvier i64i. — Originaux, avec les 
minutes de deux réponses du marquis de Leganés. 

Fol. 168. Lettre de Carlo Francisco, s. adr. ; 8 janvier i64i. — 
Original, en italien. 

Fol. 169. Lettre de H. P. Pellegrino à D. Antonio de Saavedra 
« tenente di maestro di campo générale para Su Mag'^ catholica » ; 
8 janvier i64i. — Original, en italien. 

Fol. 171. Lettre du comte de Siruela au marquis de Leganés ; Gênes, 
29 janvier i64i. — Original, accompagné des pièces suivantes : 
i) « Puntos tratados entre el conde de Siruela i conde Messerati en 
Genova a i4 de henero de i64i ; » — 2) Copie d'une lettre du comte 
Messerati au comte de La Ribera, 24 janvier i64i ; — 3) Copie d'une 
lettre du comte de La Ribera au cardinal Maurice de Savoie et de la 
réponse de ce dernier; Nice, 24 janvier i64i ; — 4) Copie d'une lettre 
du comte de La Ribera au comte de Siruela; Nice, 26 janvier i64o 
[i64i]. 

Fol. 196. Onze lettres adressées au marquis de Leganés par le comte 
de La Ribera; Nice, 16 février-21 mars i64i. — Originaux, avec les 
minutes de six réponses du marquis de Leganés et les pièces suivantes : 
i) a Avisos de Canoas », 24 février 1641 ; — 2) « Papel que dio el conde 
de La Ribera en Monaco, a 4 de março i64i, acerca de las cosas de los 
principes de Saboya ». 

Fol. 240. Trois lettres du comte de La Ribera à l'abbé Basquez ; Nice, 
4, 7 et 18 mars i64i. — Originaux. 

Fol. 246. Copie d'une lettre du cardinal Maurice de Savoie « a gover- 
natori délie citta et luoghi dello stato [de Nizza] »; Nice, i4 mars i64i. 

— En italien. 

Fol. 248. Copie d'une lettre du cardinal Maurice de Savoie à Tévêque 
[de Nice]; Nice, mars i64i. — En italien. 

Fol. 25o. Lettre du marquis de Leganés au comte de Siruela; s. 1., 
7 mars i64i. — Copie. 

Fol. 262. Remarques sur les propositions faites par le Piémont en 
vue de la paix ; [i64i]. 

Fol. 255. « Copia de la escritura que han hecho los senores prin- 
cipes de Savoya con la corona de Espafia »; avril i64i. 

Fol. 265. Cinq pièces diverses relatives aux traités de Turin de i64o 
et 1642. 

Fol. 272. Trois lettres de JuanVasquez de Coronado au marquis de 
Leganés; Milan, 19 septembre-25 novembre 1646. — Originaux. 

Fol. 278. Lettre de Gerônima Doria, marquise de Los Balbases, au 
même; Cornellan, 24 novembre i646. — Original. 



inve:!Jtaire de la. collection Edouard favre 71 

Fol. 280. Lettre de Giov.-Battista Cantone, sénateur, au même; 
Milan, 3o décembre 1646. — Original, en italien. 

Fol. 284. Mémoire sur la maison de Savoie; milieu du xvii' siècle. 

Fol. 293. Remontrance adressée par le comte de La Rocca au duc de 
Savoie à propos du rang assigné à l'ambassadeur d'Espagne; Turin, 
10 juin 1682. — Copie. 

Fol. 294. Lettre du marquis de Castaneda au marquis de Leganés; 
Neusladt, 2 octobre i634. — Original. 

Fol. 298. Lettre du cardinal Infant [D. Fernando] au même; Anvers, 
26 août 1689. — Original. 

Fol. 3oo. Lettre du roi Philippe lY au même; Madrid, 29 décembre 
i64o. — Copie. 

Fol. 3o2. (( Puntos de lo que contienen las cartas de D. Gonzalo de 
Cordova, el maestro de campoD. Gerônimo Agustin, el veedor gênerai 
D. Nicolas Cid, el secretario Antonio de Navaz, el duque de Saboya, 
duque de Tursi, D. Melchor de Borja, secretario In° deOssa, marques 
de Castaneda. y D. Christoval de Benavente y marques de Monténégro, 
desde 3 de marzo hasla 7 de abril 1629.» — Ces extraits sont tous 
relatifs aux événements d'Italie. 

(3o7 feuillets; 3io sur 235 millimètres.) 



Vol. LVII. 

Recueil de lettres et de pièces diverses provenant de D. Gaspar 
Felipez de Guzman, II" marquis de Leganés, gouverneur et capitaine 
général des places d'Oran et de Mazalquibir, 1661-1666. 

Fol. I . Copie de cinq lettres de Philippe IV [au marquis de Leganés]; 
1661-1664. 

Fol. 5. Douze lettres de la reine régente [Marie-Anne] au marquis 
de Leganés; 2 décembre i665-io juin 1666. — Originaux et une copie. 

Fol. 45. Quarante- deux lettres du marquis de Leganés à la reine 
régente [Marie-Anne], 29 janvier- 14 juin 1666. — Minutes ou copies 
accompagnées de quelques mémoires, relations, etc., relatifs à la 
garnison d'Oran. 

Fol. 182. Dix-neuf lettres de D. Diego de La Torre au marquis de 
Leganés; 3 octobre 1 665- 12 juin 1666. — Originaux. 

Fol. 222. Vingt-deux lettres du marquis de Leganés à D. Diego de 
La Torre; i" novembre 1 665-2 1 juin 1666. — Minutes ou copies. 

Fol. 277. Lettre de liïigo Perez au même; s. I., 28 janvier 1666. — 
Original. 

Fol. 279. Deux lettres de D. Blasco de Loyola au même; Madrid, 
i3 février-17 avril 1666. — Originaux. 



72 BULLETIN HISPANIQUE 

Fol. 283. Lettre du marquis de Leganés à D. Blasco de Loyola; 
Carihagène, 3i mai 1666. — Minute. 

Fol. 285. Six lettres de D. Francisco Yzquierdo de Berbegal au mar- 
quis de Leganés; Madrid, i3 mars-8 juillet 1666. — Originaux. 

Fol. 299. Neuf lettres du marquis de Leganés à D. Francisco Yz- 
quierdo de Berbegal; 27 février-9 août 1666. — Copies. 

Fol. 320. Deux lettres de D. Christoval Crespi de Valdaura au mar- 
quis de Leganés; Madrid, 10 avril-i" juin 1666. — Originaux. 

Fol. 326. Deux lettres de D. Pedro Fernândez del Campo y Angulo 
au même; Madrid, 9 mai-io juin 1666. — Originaux. 

Fol. 33o. Lettre du marquis de Leganés à D. Pedro Fernândez del 
Campo y Angulo; Oran, 18 mai 1666. — Minute. 

Fol. 332. Lettre du même à D. Antonio de Frias y Estradas, veedor 
gênerai; Oran, 2 février 1667. — Minute. 

Fol. 334. Lettre du même à [D. Garcia Avellanedo y Haro, II*] 
cornte de Castrillo; Oran, 27 février 1666. — Minute. 

Fol. 337. Lettre du même, sans adresse; Oran, 28 juillet 1666. — 
Copie. 

Fol. 338. « Copia del primer decreto del marques de Leganés diri- 
jido a los veedor y contador de guerra de las plazas de Oran y Mazal- 
quibir » ; Oran, i/j avril 1666. 

Fol. 346. Neuf pièces diverses (nominations..., etc.) relatives à la 
garnison d'Oran ; janvier-mars 1666. 

Fol. 368. « Adbertencias para formaçion del titulo de virrey y cap- 
pitan gênerai del reyno de Valencia en persona de D. Gaspar Felipez 
deGuzman, marques de Leganés» [i665 ou 1666]. 

(373 feuillets; 32o sur 255 millimètres.) 

Vol. LVIII. 

Recueil de lettres et de pièces diverses provenant de D. Diego Felipez 
de Giizman, HT marquis de Leganés, gouverneur du Milanais , relatives 
au traité de Vigevano, 1696, et de lettres adressées au même marquis 
de Leganés, général de rartillerie espagnole, ou écrites par lui, 
1701-1702. 

Fol. I. Lettre du comte de Mansfeld. plénipotentiaire de l'empereur, 
au marquis de Leganés; Milan, 27 septembre 1696. — Original, avec 
la minute de la réponse du marquis de Leganés. 

Fol. 9. Lettre du marquis de Leganés à l'empereur; Milan, 10 octo- 
bre 1696. — Minute. 

Fol. 12. Lettre du marquis de Saint-Thomas, plénipotentiaire du 
duc de Savoie, au marquis de Leganés; uau camp devant Valence », 
I" octobre 1696. — Original, en français, avec la copie d'une lettre du 
même à l'abbé Grimani. 



INVENTAIRE DE LA COLLECTION EDOUARD FAVRE 7^ 

Fol. 16. Lettre du [marquis de Leganés] au marquis de Saint-Tho- 
mas; Vigevano, 2 octobre 1696. — Copie en français. 

Fol. 18. Lettre de l'abbé Grimani [au marquis de Leganés] ; Milan, 
3 octobre 1696. — Original, en italien. 

Fol. 20. Deux lettres du marqiiis de Saint-Thomas an marquis de 
Leganés; « camp devant Valence », 2 et 3 octobre 1696. — Originaux, 
en français. 

Fol. 24 « Projet de lettre de M. le marquis de Leganés à S. A. R. le 
duc de Savoie Victor-Amédée 11»; Vigevano, 7 octobre 1696. — En 
français et en espagnol. 

Fol. 28. Deux lettres du marquis de Saint-Thomas au marquis de 
Leganés; « camp devant Valence», 8 octobre 1696. — Originaux, en 
français. 

Fol. 32. Deux lettres du marquis de Leganés au marquis de Saint- 
Thomas; Vigevano, 8 et 9 octobre 1696. — Minutes en français. 

Fol. 36. Lettre du même au duc de Savoie; Vigevano, 9 octobre 
1696. — Minute. 

Fol. 4o. Lettre du marquis de Saint-Thomas au marquis de Lega- 
nés; « camp devant Valence »,9 octobre 1696. — Original, en français. 

Fol. 42. Lettre du marquis de Leganés au roi [Charles 11] ; Milan, 
£1 octobre 1696. — Minute. 

Fol. 48. Lettre du comte de Tessé au marquis de Leganés; « camp 
devant Valence », i" novembre [1696]. — Original, en français. 

Fol. 5o. Copie des pouvoirs conférés par le roi Charles II au mar- 
quis de Leganés pour conclure une trêve avec les représentants de 
l'empereur et du duc de Savoie; Madrid, 9 septembre 1696. 

Fol. 02. Copie des pouvoirs conférés par l'empereur au comte Henri- 
François de Mansfeld soit pour conclure avec les représentants de 
l'Espagne et de la Savoie une trêve ou un armistice, soit pour décréter 
la neutralité de l'Italie; Vienne, 3o juillet 1696. — En latin. 

Fol. 54. Pouvoirs conférés par le duc de Savoie, Victor-Amédée H, 
au marquis de Saint-Thomas pour conclure un traité avec les repré- 
sentants de l'empereur et du roi d'Espagne; « camp de Valence», 
22 septembre 1696. — Original, en italien. 

Fol. 58. Traité entre S. A. R. le duc de Savoie, Victor-Amédée 11, 
d'une part, l'empereur Léopold et le roi d'Espagne Charles 11 d'autre 
part, pour une suspension d'armes en Italie entre eux et la couronne 
de France, signé à Vigevano, le 7 octobre 1696, par le marquis de Saint- 
Thomas, le comte de Mansfeld et le mai'quis de Leganés. — Copie 
munie des signatures autographes et des cachets des plénipotentiaires 
(Impr. dans : Traités publics de la royale maison de Savoie, t. 11, 
p. 166). 

Fol. 66. Article secret accompagnant le traité de Vigevano. — Copie 



•■jtx BULLETIN HISPANIQUE 

munie des signatures autographes et des cachets des plénipotentiaires 
( Impr., tètrfem, p. 170). 

Fol. 70. Article ajouté au traité de Vigevano et signé par les pléni- 
potentiaires à Turin, le 21 octobre 1696, et à Milan, le 26 octobre 1696. 
— Copie munie des signatures autographes et des cachets des pléni- 
potentiaires (Impr. en français, ibidem, p. 170). 

Fol. 72. Acte par lequel le maréchal de Catinat et le comte de Tessé, 
en vertu des pouvoirs qui leur ont été conférés par Louis XIV, s'en- 
gagent vis-à-vis de S. A. R. le duc de Savoie à obtenir du roi de France, 
dans le délai d'un mois, la ratification du traité de Vigevano; Valence, 
lo octobre 1696. — Expédition originale, en français, sur parchemin, 
avec signatures autographes. 

Fol. 78. « Copia de la ratificazion de S. A. R. Victor-Amédée II del 
tratado de neutralidad [de Vigevano] y del, tratado secreto » ; Valence, 
9 octobre 1696. 

Fol. 82. Copie d'une lettre du comte de Mansfeld au duc de Savoie; 
s. 1. n. d. — En français. 

Fol. 84. Copie de la ratification par le duc de Savoie, Victor- 
Amédée II, de l'article secret du traité de Vigevano; Turin, a3 octo- 
bre 1696. — En italien. 

Fol. 86. u Copia de la ratificazion del Rei [Louis Xl\ ] del tratado 
de neutralidad [de Vigevano] que se embio a S. Mag' [Charles II] en 
28 de noviembre [1696] autenticada del marques de S. Thomas. » 

Fol. 89. Lettres originales adressées au marquis de Leganés par 
Domingo Lopez de Calo Mondragon, 1701-1702, 16 l. ; — D. Manuel 
de Aperrigui, 1701, 2 l. ; — D. Luis Manuel Fernândez de Portocar- 
rero, 1701;— D. Manuel de Vadillo y Velasco, 1702; et minutes de 
lettres du marquis de Leganés à Domingo Lopez de Calo Mondragon, 
1701-1702, i4 L; — Manuel de Aperrigui, 1701; — D. Luis Manuel 
Fernândez de Portocarrero, 1701 ; — Charles 1, roi d'Espagne, 1701, 
4L 

(171 feuillets; 34o sur 2 55 millimètres.) 

L. MICHELI 

(A suivre.) 



VARIKTI-S 



Stylisation de la face humaine sur des ex-voto motlernes 
d'Estremadure. 

En avril 1910, je fis, avec mon ami Juan Cabré, un pénible et fruc- 
tueux voyage sur la limite des provinces de Salamanqueet de Caceres, 
dans la sauvage et pittoresque vallée de las Batuecas. 

Nous devions la connaissance de peintures rupestres qui s'y trou- 
vaient à un érudit de Plasencia, Don Vicente Paredes, qui en avait 
entendu parler par un vieillard originaire de la Al berça. 

Au retour de notre expédition, et chargés des nombreux décalques 
recueillis, nous tînmes à honneur de présenter nos hommages, nos 
remerciements et le fruit de nos recherches à celui qui en avait été 
le point de départ, et nous nous rendîmes à la pittoresque cité de 
Plasencia de Extremadura. 

Grâce à notre guide et à ses nombreux amis, nous pûmes à notre 
aise en explorer tous les recoins. C'est dans une de ses églises, celle de 
San Esteban, si j'ai bon souvenir, que je trouvai, à gauche de l'autel 
latéral dédié à sainle Lucie, une série d'ex-voto qui attirèrent mon 
attention. A côté de tresses de cheveux, pieuse ofl'rande de quelques 
jeunes filles à la vierge martyre, étaient accrochées quatre plaques 
de métal dont les trois plus notables sont ci -joint reproduites' 
presque de grandeur réelle. C'étaient des ex-voto offerts pour la 
guérison de maladies d'yeux ; le nom de Lucia a semblé au peuple 
prédestiner la sainte qui le portait à guérir les maladies d'yeux, et à 
rendre ou conserver la lumière (lux). 

L'un d'eux, en cuivre, de forme ovale, est relativement ancien. Deux 
gros yeux ovales, avec un petit nez au milieu, sont estampés en relief. 
Les sourcils, les pupilles, sont soigneusement figurés par de menus 
guillochages faits au burin, et des figures ornementales géométriques 
remplissent le dessous du visage, tandis que des bandes également 
guillochées suivent les rebords de la plaque et encerclent aussi 
ses reliefs. 

I. Voir la planche hors texte 11, 



76 BULLETIN HISPAKIQÙÉ 

Les deux autres plaques, certainement très modernes, sont des 
rectangles de fer-blanc étamé et repoussé; elles marquent des étapes 
de stylisation très curieuse. 

La moins ornemanisée conserve deux gros yeux en relief, mais ils 
sont devenus circulaires; le nez médian est très réduit et se continue 
en deux grands sourcils très arqués, pectines au-dessus et à l'inté- 
rieur comme des palmettes. Sous le nez est figurée la bouche, très 
petite, mais dont on distingue les deux lèvres. Enfin, une tige ondulée 
court le long des bords de la plaque rectangulaire, au coin de laquelle 
se trouvent de petits cabochons entourés d'une auréole ponctuée. 

La troisième plaque est plus négligée ; on ne pourrait en deviner la 
signification sans avoir vu les premières : il ne reste plus du visage 
que deux yeux ajourés, des rosaces, dérivées des cabochons primitifs, 
et quelques chevrons grossiers occupent tout le reste du champ. 

Cette stylisation est curieuse à rapprocher de celles qui, à l'époque 
néolithique, furent dérivées de la face humaine, où les yeux, le nez 
et les sourcils jouent un rôle tout analogue. 

l\ien de commun, sans aucun doute, entre les deux séries, que 
l'altération, par des voies analogues, d'un motif primitif à peu près 
identique. 

H. BREUIL. 



L'histoire et l'épopée. 

A propos de « L'épopée castillane à travers la littérature espagnole w 

de M. Ramôn Menéndez Pidal. 

Un livre de M. Ramôn Menéndez Pidal, dont une université nord- 
américaine a eu la primeur sous forme de conférence, qui a été mis 
en français par M. Henri Mérimée et présenté au public par une pré- 
face de M. Ernest Mérimée, n'attend pas les comptes rendus pour 
être jugé digne d'une lecture attentive. Aussi n'est-ce pas dans la 
Bibliographie de ce Bulletin que je parlerai de cet ouvrage, où l'un 
des érudits les plus compétents sur la littérature espagnole du Moyen 
Age traite en vulgarisateur une matière étrangement compliquée, 
extraordinairement intéressante, que lui-même a débrouillée et étu- 
diée en détail dans des publications bien connues. 

Plus qu'une analyse, et surtout qu'une appréciation, ce qui con- 
viendrait, ce serait de prendre quelques points pour faire ressortir, 
en la développant, telle ou telle idée de ce livre, ou même, s'il y a 
lieu, de discuter une assertion. Mais l'auteur a dit tout ce qu'il y avait 
intérêt à dire, et son érudition est d'une sûreté trop indiscutable. Il 



VARIETES 



ne reste qu'à épiloguer et à gloser. Je me contenterai de ce rcMe peu 
glorieux, pour le seul plaisir de parler d'un tel livre. 



I. Dans son premier chapitre, intitulé « Les origines de l'épopée 
castillane », M. Menéndez Pidal, entre autres choses, montre combien, 
en regard de la poésie épique française, l'épopée espagnole aime peu 
le merveilleux. « Tout au plus l'ange Gabriel apparaît-il en songe 
au Gid pour lui rendre courage, tandis qu'il subit son exil... Au 
total, il n'y a pas plus de quatre épisodes surnaturels dans toutes les 
légendes épiques espagnoles... » (p. 28-29). G'est, d'ailleurs, à l'ima- 
gination des moines que sont dus ces épisodes miraculeux. 

Et en effet, si l'on met à part le poème consacré aux Enfances de 
Rodrigue, auquel M. Menéndez Pidal assigne une date récente (ch. IV), 
le merveilleux, ce n'est pas dans l'épopée, c'est dans l'histoire, je 
veux dire dans les historiens, que nous le trouvons, en Espagne. 
Sans parler des textes relatifs aux saints et aux sanctuaires, les vieilles 
chroniques latines lui font une part considérable. Gelle dite de Sébas- 
tian commence par un miracle. Au moment où Wamba est consacré 
roi dans l'église métropolitaine de Tolède, une abeille sort de sa tête 
et s'envole vers le ciel, présage divin de futures victoires (§ 2). Quand 
Pelage est attaqué dans la grotte de Govadonga par les Maures que 
conduisent Alkaman et le mauvais évêque Oppas, les pierres que 
lancent les frondeurs ennemis rebondissent et vont tuer ceux qui les 
ont lancées (§ 9). Puis, quand ils sont en déroute, une montagne 
s'écroule sur eux et en ensevelit soixante-trois mille dans le lit du 
fleuve (§ 10). Quand meurt Alphonse le Catholique, des voix angé- 
liques se font entendre (§ i5). — A ces manifestations célestes, le 
moine de Silos en ajoute une encore plus mirifique : celle de la Groix 
des Anges d'Oviedo (§ 29). Alphonse le Ghaste, sortant de l'église 
pour aller déjeuner au palais, et tenant dans les mains un beau lingot 
d'or dont il ne sait que faire, rencontre deux pèlerins qui se disent 
orfèvres. Il a confiance, il leur remet le précieux métal, leur indique 
une maison où ils seront tranquilles pour travailler et continue son 
chemin. Mais une fois à table, il est pris d'inquiétude. Il envoie sur- 
veiller les deux inconnus. Or, quand on s'approche de la maison où ils 
sont entrés, on voit qu'elle resplendit de lumière. On regarde par la 
fenêtre : les pèlerins ont disparu. Seule, au milieu, une croix éblouis- 
sante comme le soleil. Prévenu, le dévot monarque laisse là son déjeuner 
et, d'un pas que rien n'arrête, accourt pour contempler ce miracle, 
«inouï depuis le temps des apôtres». G'est ainsi que la piété est 
récompensée. — Mais, de son côté, d'une façon surnaturelle aussi, le 

Bull, hispan. G 



7o BULLETIN HiSPAMQUE 

crime est puni. Sampiro nous montre Froila II atteint de la lèpre 
parce qu'il a exilé sans motif plausible l'évêque de Léon, Fronimio 
(§ 20); et Pelage, Bermudo II attirant la sécheresse et la famine sur 
son royaume pour avoir emprisonné l'évêque d'Oviedo, Gudesteo; 
puis, incorrigible dans sa manie de persécuter les bons évêques, 
livrant celui de Santiago, Ataulfo, à la fureur d'un taureau : mais 
celui-ci ne s'élance sur le prélat que pour lui laisser, o miracle, ses 
cornes dans les mains; il est vrai que, selon M. Blâzquez {Elogio de 
Don Pelayo, dise, de réc. à l'Acad.de la Hist., 1910, p. 38), Pelage qui, 
en 1182, avait consigné ces deux histoires dans sa chronique, n'y 
croyait plus en 1142, et les en aurait retranchées lui-même; mais, 
du moins, celle d'Ataulfo est-elle dans VHistoria Compostellana (p. 9) 
et dans le Chronicon Iriense (§ 5). Et, en tout cas, voici un autre pro- 
dige, que le Pelage de 1142 transcrit aussi bien que celui de ii32 et 
qui est tout à fait dans le même style : l'ange de Dieu frappant un roi 
maure de Tolède qui a voulu user de son droit d'époux vis-à-vis de la 
sœur du même Bermudo (§ 2). — Selon Pelage, encore, qui se donne 
pour témoin du fait (§ i3), huit jours avant la mort d'Alphonse YI, 
on vit, dans la cathédrale de Léon, les pierres sur lesquelles le prêtre 
se tient pour dire la messe se transformer en fontaine, et le miracle 
dura trois jours. — La Chronique léonaise {Bull, hispanique, t. XI, 
p. 269), qui relate les mêmes merveilles que Sébastian, Sampiro et 
Pelayo, à peu près dans les mêmes termes, en ajoute d'autres. Je 
me contenterai de citer l'apparition de saint Pierre à don Sanche 
pour le contraindre à laisser la liberté à Alphonse (§ 10). A vrai 
dire, il est fort possible que ce morceau ait une origine étrangère 
et qu'il ait été emprunté à ÏEpitome Vitœ S. Hugonis ab Ezelone 
atque Gilone, auquel il est presque littéralement identique. 

Tous ces exemples suffiront à prouver que, si les jongleurs et leurs 
auditeurs illettrés se montraient réfractaires au merveilleux, les éru- 
dits, les intellectuels du temps l'accueillaient bien plus volontiers. 
Il est vrai que ces intellectuels étaient des clercs, des moines, des 
évêques. Et peut-être s'en réservaient-ils le monopole. 

A côté du merveilleux miraculeux, il y a le merveilleux proprement 
épique et qui consiste à attribuer à certains hommes une vaillance, 
une force extraordinaire. C'est celui de l'Iliade : tel Hector devant qui 
tous les Grecs fuient, saisis d'une folle terreur (chant XV). Mais encore 
une telle panique ne dépasse-t-elle point les limites du possible. Dans 
la Chanson de Roland le merveilleux devient le fantastique. Il semble 
qu'en Espagne on ait eu à cet égard un sens délicat de la mesure. 
« Le Cid », nous dit M. Pidal « se contente de renverser, en jouant de 
sa lance, sept ennemis et d'en tuer quatre; c'est un exploit dont nous 
savons que le Cid de l'histoire était capable, et même au delà, 
puisque la chronique latine du héros nous raconte qu'il triompha seul 



VARIETES '^(j 

de quinze chevaliers à la fois » (p. 35). Jusqu'à quel point est histo- 
rique ce que la chronique latine éditée par Risco nous raconte à ce 
sujet, en le plaçant lors du siège de Zamora (p. xvii), il n'est pas 
facile de le dire. Notons toutefois que la Chronique léonaise nous 
montre (§ 69) le même héros luttant à Golpejar contre quatorze Léonais 
pour leur arracher Sanche prisonnier, et que le même épisode se 
retrouve dans la Chronique générale et ses dérivés : il pourrait bien 
se faire que, avec des variantes, ce soit le même exploit que nous 
relatent ces différents textes ; et si peu de constance dans les détails 
prouverait peu de consistance dans le fait lui-même. Quoi qu'il en 
soit, ce qui montre le goût de l'épopée castillane pour la vraisem- 
blance, c'est un passage curieux en relation étroite avec celui que je 
viens de rappeler et que seul nous fournit, que je sache, la Chronique 
léonaise; qui, enfin, par son seul aspect, me paraît dériver de quelque 
morceau d'épopée. Avant la bataille de Golpejar, Sanche exhorte les 
siens : « Si nos ennemis sont plus nombreux, nous sommes, nous, 
plus braves et plus forts. Ma lance, à elle seule, vaut mille soldats, et 
celle de Rodrigue Gampeador en vaut bien cent. » A cela, Rodrigue 
répondit qu'il se contenterait de combattre un seul soldat avec l'aide 
de Dieu, et qu'il ferait ce que Dieu disposerait. Le roi revient à la 
charge, prétendant que Rodrigue pouvait sûrement combattre contre 
cinquante, contre quarante, contre trente, contre vingt, enfin pour le 
moins contre dix. 11 ne put de Rodrigue tirer autre chose. Chaque 
fois, celui-ci répondait qu'avec l'aide de Dieu il combattrait contre un 
seul, et ferait ce que Dieu permettrait. — Comme on l'a vu, le Cid 
devait se charger bientôt de se démentir glorieusement lui-même. 11 y 
a là une scène très curieuse, qui a une saveur épique très marquée 
et en même temps très populaire, par le tour comme par le fond. 
Est-ce une critique détournée des rodomontades de quelque héros 
étranger? Voilà, en tout cas, un trait bien caractéristique et qui 
confirme singulièrement l'observation de M. Pidal notant « la forte 
tendance réaliste qui prédomine à toutes les époques de la littéra- 
ture espagnole et qui éclate aussi bien dans la première épopée 
nationale, celle du Cid, que dans la meilleure épopée artistique, la 
Araacanay) (p. 36). 

II. A propos du meurtre de don Sanche, M. Menéndez Pidal (p. 65) 
nous dit : « Beaucoup des circonstances de ce meurtre sont histo- 
riques, mais la trahison, imaginée par les, Castillans, ne l'est point. 
La trahison, d'après la Chanson, aurait consisté dans l'acte de Vellido 
baisant à titre de vassal la main de Sanche, et le frappant ensuite par 
derrière; mais ces deux faits sont faux, d'après le récit historique du 
moine de Silos ». Cf. aussi page 77 : « l'ignorance où étaient les 
Zamorans de la trahison n'a pu être imaginée qu'assez longtemps 
après les événements, puisqu'elle est contraire à la réalité historique 



8o BULLETIN HISPANIQUE 

et que la complicité des Zamorans dans le meurtre est affirmée par 
le moine de Silos. » 

Quelle est ici la valeur du témoignage du Silense? Je voudrais, 
là-dessus, présenter une timide observation. 

D'abord, une chose m'étonne : c'est qu'un chroniqueur racontant 
des faits authentiques éprouve le besoin d'y placer un vers, sans en 
avoir l'air du reste, et peut-être sans s'en apercevoir. Si le vers est de 
lui, voilà un historien bien littéraire, et je me méfierais. Si le vers n'est 
pas de lui, à qui l'a-t-il emprunté? Ne serait-ce point, par hasard, 
à quelque épopée latine, peut-être celle à laquelle la Chronique 
léonaise emprunte de son côté quatre hexamètres, sans compter les 
morceaux, plus un pentamètre ? 

Mais passons. L'objet principal du Silense était de raconter le règne 
d'Alphonse VI. 11 le dit lui-même : « ...stalui res gestas Domini Alde- 
phonsi Orthodoxi Hispaniae Imperatoris, vitamque eiusdem carptim 
perscribere » (§ 7). Et par conséquent l'auteur devait être ou se croire 
bien renseigné sur ce règne. Ce qui est sur, c'est que sur les faits 
relatifs aux démêlés des trois fils de Ferdinand 1"", et particulièrement 
sur le rôle d'Alphonse vis-à-vis de Garsias, il est d'accord avec le 
ChroniconCompostellaniim, qui peut avoir été rédigé en 11 26 (date où 
il s'arrête), et qui est là-dessus très précis, donnant des dates qu'on 
ne trouve pas ailleurs (cf. Bull, hisp., t. XI, p. 269, note). Cela est 
important, d'autant que Pelage, sur les mêmes faits, parle d'une 
façon assez analogue. 11 est vrai que le Chronicon Compostellanum et 
la Chronique de Silos sont d*accord pour dire que c'est Urraca qui 
donna à Alphonse le conseil d'emprisonner Garsias, chose que ne 
dit pas Pelage. Ces trois textes forment, malgré tout, un groupe vers 
lequel s'est rangé Luc de ïuy, et auquel s'opposent, toujours sur le 
même point, la Chronique léonaise, le Liber Regum, Rodrigue de 
Tolède (avec Gil de Zamora, qui le copie), et la Chronique générale 
(texte de M. Pidal). 

Même accord en ce qui concerne la mort de Sanche (cf. ibid., p. 275, 
note 2). 

Toutefois, Pelage, d'ailleurs très succinct, donne le nom du traître 
(nomine Velliti Ayulphi), que taisent la Chronique de Silos et le 
Chronicon Compostellanum; et celui-ci, en revanche, est seul à nommer 
ici Urraca, sans d'ailleurs l'impliquer dans la trahison. Ils sont 
d'accord sur deux points. D'abord il y a bien eu trahison : « prodi- 
torie )) (Chr. Camp.), « per proditionem » (Pelage), « dolo » (Silos). 
Ensuite, aucun des détails ou circonstances que nous trouvons plus 
ou moins indiqués dans les autres textes ne paraît ici, si ce n'est que, 
d'après le Silense, le traître, une fois son coup fait, s'enfuit à bride 
abattue vers la ville, où les habitants le reçurent en lui ouvrant les 
portes comme c'était convenu, « sicuti consilium fuerat». Luc, qui 



VARIETES OI 

(p. 98) nomme aussi le traître (Vellitus Arnulfi), donne comme 
conseiller à Urraca, au lieu de Petrus Ansuri (Chr. Comp.), Arias 
Gundisaluus, et par là rejoint Rodrigue. 

Avec Rodrigue, nous voyons le récit s'enrichir de deux faits : la 
poursuite du Cid et le serment que prête entre ses mains Alphonse. 
Mais il n'accuse pas Urraca, comme le fait ouvertement le Liber Regum, 
qui parle, lui aussi, de la poursuite du Cid. Ces deux textes étant 
antérieurs, celui-ci à 1228, celui-là à 1243, nous savons 011 en était l'his- 
torique du siège de Zamora dans la première partie du XIll" siècle. 
Ce n'est que dans la Chronique générale et Gil de Zamora qu'apparaît 
le reto et le combat de Diego Ordônez avec les fils d'Arias Gonzalez. 

On voit le crescendo. Et l'on voit aussi que le moine de Silos est de 
ceux qui en disent le moins et ont l'air de ne pas savoir. Mais on 
comprend aussi, d'abord, que ni lui ni ses contemporains, Pelage et 
l'auteur du Chronicon Compostellanum, pour une raison ou pour 
une autre, n'aient connu ou n'aient jugé à propos de contribuer à 
faire connaître certains détails et incidents du fameux siège. Faut-il 
croire, avec l'auteur des Memorias histôricas de la Ciudad de Zamora 
(t. I, ch. IX), que ce que les historiens les plus récents disent de plus 
que les autres est tout aussi historique ? ou faut-il admettre que ce 
qu'ils ajoutent est précisément la part de l'épopée, de la fantaisie 
populaire et poétique, de la légende ? 

J'avoue que l'argumentation de feu le capitaine de vaisseau et 
secrétaire perpétuel de l'Academia de la Historia, D. Cesâreo Fernân- 
dez Duro, est plus embarrassée qu'elle n'est embarrassante pour qui 
soutient la seconde thèse. Que les mœurs dépeintes, par exemple dans 
le récit du reto et du combat qui suit, soient bien celles du temps, 
c'est possible ; mais il s'agit de savoir si ce reto et ce combat ont eu 
lieu sous les murs de Zamora, après la mort de Sanche, à cause de 
cette mort, et si les héros en sont bien Diego Ordônez et Arias Gonza- 
lez avec ses fils, si enfin tout s'est bien passé comme on le raconte, 
sauf, bien entendu, les erreurs et les variantes toujours possibles. Ce 
n'est pas la vérité morale, c'est la vérité historique qui est en question. 

Il y a pourtant quelque chose à retenir de l'argumentation de Fer- 
nândez Duro. C'est l'épitaphe que les Castillans gravèrent sur le 
sépulcre de Sanche, et où il est dit : 

Femina mente dira soror hunç vita expoliavit. 
lure quidem dempto non llevit fratre perempto. 

puis, comme si cette accusation lapidaire n'était pas assez terrible: 

Rex iste occisus est proditore consilio sororis suae Urracae apud Numan- 
tiam Civitatem per manum Belliti Adelfis magni traditoris.... 

Cette épitaphe, que Berganza a publiée dans ses Antigûedades, et 



82 BULLETIN HISPANIQUE 

que Florez a reproduite (t. XIV, p. 478-479), est-elle authentique ? 
Flôrez ne paraissait pas en douter. Elle est bien, en tout cas, dans le 
style du temps, avec ses rimes léonines. S'il faut l'accepter comme 
authentique, c'est-à dire ici comme remontant à l'époque de l'ensevelis- 
sement de Sanche, voilà donc un témoignage qui supplée au silence 
du Silense, et contredit singulièrement sa thèse, d'après laquelle 
Urraca aurait été une femme digne de tout respect. 

Admettons que l'accusation portée par les Castillans contre Urraca 
soit fausse. Il n'en serait pas moins vrai que les contemporains des 
événements l'ont connue, que beaucoup y ont cru, et que la question 
appartient à l'histoire autant qu'à la littérature. Et de ce que le moine 
de Silos n'en dit mot, il ne s'ensuit pas qu'il n'en ait jamais entendu 
parler. Son insistance laudative a fort l'air d'un panégyrique. Il s'est 
rattrapé sur les Zamorans. 

En résumé, je crois que, sur ce point, son témoignage peut être 
considéré comme incomplet et comme tendancieux. 

Au surplus, toute cette histoire des temps héroïques de l'Espagne, 
dont nous connaissons maintenant l'épopée, aurait bien besoin d'être 
étudiée encore, et d'être écrite à nouveau. 

Georges CI ROT. 



Sur quelques archaïsmes de la conjugaison espagnole. 

Aux Quelques remarques sur les archaïsmes de Mariana et la langue 
des prosateurs de son temps, que j'ai publiées dans les Mélanges 
Chabaneau (Romanische Forschungen, Band XXIII, 1907), je voudrais 
donner ici un petit complément qui en sera la contre-partie, puisqu'il 
s'agit d'archaïsmes que j'ai notés dans des prosateurs du xvi' ou du 
XVII' siècle, ou dans des grammairiens, mais non pas dans Mariana, 
En montrant que la plupart des archaïsmes de conjugaison que l'on 
rencontre chez cet auteur sont employés par les contemporains, ou au 
moins par quelques-uns, j'ai déjà réduit ses titres à la réputation 
d'archaïsant qu'on lui a faite ; je vais les réduire encore en montrant 
que d'autres archaïsmes de conjugaison qu'on rencontre çà et là, 
un peu avant ou même après lui, sont sans exemple dans ses 
œuvres. 

Je dois dire que je ne considère pas la traduction espagnole du De 
Rébus Hispaniae de Mariana comme une œuvre absolument person- 
nelle, mais plutôt comme un travail collectif dans lequel nous ne 
savons pas quelle a été la part de l'auteur. Cette façon de voir m'est 
imposée d'un côté par les assertions, formelles et dignes de foi, de 
Tamayo de Vargas (cf. mon livre sur Mariana historien, p. 1 44), de l'autre 
par l'impossibilité d'admettre que l'auteur, se traduisant lui-même, 



VARIÉTÉS 83 

ait commis certaines bévues étranges, que son critique acharné, 
Mantuano, a relevées (cf. Mariana historien, p, 210). 

Quant au Tratado de la Moneda de vallon et au Tratado de los 
juegos pûblicos, il est possible, mais non si'ir, que ce soit lui qui les 
ait tirés de son De monelae muLatione et de son De spectacalis (cf. ibid. , 

P- 99)- 

Au surplus, l'intérêt de telles remarques dépasse la question de 
savoir si Mariana a eu réellement, et à quel degré, la manie de 
l'archaïsme : il tient aux données qu'elles peuvent apporter sur 
l'histoire de l'évolution de la langue au cours de l'époque classique. 
Il faudrait les compléter et les étendre au vocabulaire et à la syntaxe. 
Ce n'est pas là le travail d'un seul '. 

I. D^ÎUXIÈMES PERSOINISES DU PLURIEL. — A. FoRMES GRAVES -ADES, 

-EDES. -IDES. — M. Cuervo a montré qu'elles étaient abandonnées dès 
la fin du xV siècle (Las segundas personas de plural en la conjugaciôn 
castellana, Romania, t. XXII, 1898, p. 71), et que la suppression du d 
se constate dès le îiv° siècle. La première édition de la (Chronique de 
Valera (1482) donne podaes, sepaes; celle de 1/493, podays, sepays. 
Lôpez de Avala employait les formes anciennes. 

Zurita les emploie encore, non seulement dans les documents qu'il 
reproduit, mais aussi quand il fait parler un personnage, que ce soit 
ou non un discours à proprement parler : seades (XIII, i/i), auedes 
(XII, 10), deuedes (ibid.); pas toujours cependant: querays, tengays 
(XI, 2), vays (XVI, 33); cf. VIII, 17, XVII, 21). Dans le Didlogo de los 
pages de Hermosilla, hallaredes (futur), suivi quelques lignes plus 
loin de hallareis dans une phrase analogue, est peut-être pour halla- 
reis (p. 71); et de même confiades doit être pour confiariades (p. 29). 
Cervantes n'use que par plaisanterie de ces formes : « Aora lo veredes 
dixo agrages » (D. Quijote, I, 8, f. 29'); « mucho agrauio me auedes 

1. Je m'abstiens de reproduire ici, vu la place excessive qu'elles tiendraient, les 
indications que j'ai données, dans l'article des Mélanges Chabaneau. sur les éditions 
dont je me suis servi et les grammaires que j'ai pu compulser. 

Voici quelques observations qu'a bien voulu mo faire M. Cuervo: « Ile veriflcado 
los très pasages del Gazmdn que cita U. al principio de la p. (888), con las ediciones 
de Tarragona i6c3, y Burgos, iGig, y en ambas se lee combidasles ({. 83, Tarr.; f. /ig, 
Burgos),/u(s/es (f. i34, Tarr.; f. 79, Burgos). conocistes (f. 199, Tarr.; f. 117 v°, Burgos). 
La duda de U. era, segûn esto, fundada. En la ediciôn de Mariana, 1608 (V, i5; t. I. 
p. 2/»9'), se lee tambien sufristes. El estuvisteis, dijisteis de Lujân es estuvistes, dixistes 
en la edicion de « Bracelas c, iGo4 (p. 19). » On voit qu'il faut se délier des exemples 
de steis qu'on trouve dans les éditions modernes des auteurs de l'époque. — Je signa- 
lerai, d'autre part, deux errata : p. goS, 1. i5, lire écoulé au lieu de écarté; p 903, 
'1, i5, lire Blasco Ibânez au lieu de Pérez Galdôs. P. 885. lire les dates d'Espinel : 
i55o-i62i, établies par D. Juan Pérez de Guzmân dans le prologue de l'édition (assez 
fautive) de 1881. Quant à Mateo Alemân, M. Rodriguez Marin (Discours de réception 
de l'Académie espagnole, 1907), a fixé la date de sa naissance (1647, Séville). J'aurais 
dû rappeler que sa deuxième partie a paru en iGo4, à Lisbonne. Enfin, pour Lui's 
Vêlez de Guevara lire ii>79, et non 1570. 



84 BULLETIN HISPANIQUE 

fecho » (1,2, f. ô); « porque os acuytedes ni mostredes mal talante » 
(I, 3, f. 6); « non fayades » (I, 8, f. 36). Voir quelques autres exem- 
ples dans Cejador, La lengua de Cervantes, p. i3o. Il prête aussi 
ailleurs à son héros un langage plus moderne : (( Yosotros vereys el 
pago q llevays de vuestra sandez, y demasia » (1, 3, f. 10'). « Si vos os 
contentades de mi » que l'édition Rivadeneyra porte dans les Novelas 
(p. io5) est sans doute à corriger en contentdredes. Avellaneda recourt 
au même procédé plaisant que Cervantes : cuidades, perdonedes (p. 19). 
Les articles de l'ordonnance académique de D. Cléofas, dans le Diablo 
cojuelo, commencent par Sepades (p. 43'), imitation burlesque du 
style de chancellerie. 

Je n'ai trouvé dans Mariana aucun exemple de ces formes : partout 
ays, eys, dans la première édition de VHistoria (par exemple XVI, 7; 
XVIII, 18), et aussi dans celle de 1623. 

B. Formes syncopées en -ardes, -erdes. — Elles représentent soit 
-dredes, -éredes (subjonctif futur), soit -drades, -érades (subjonctif 
imparfait). En fonction de subjonctif futur, elles étaient employées au 
temps de Nebrija (cf. Guervo, Las segundas pers. de plural, p. 82, 
et Menéndez Pidal, Gramdlica histôrica espafîola, 2* éd., § 118, 5). 
Le Didlogo de las lenguas en présente un exemple, quisierdes (p. 363), 
que l'éditeur Boehmer lit quisieredes par analogie avec la forme 
ordinairement employée par Valdés (cf. p. 469). Le Lazarillo en offre 
un autre exemple : « Despues oyreys a quien quisierdes » (p. 67), mais 
l'édition de Burgos donne quisieredes. Sainte Thérèse écrivait pu- 
dierdes pour pudiéredes, et d'autre part pasardes, tuvierdes, vierdes, 
pour pasdrades, tuviérades, viérades (cf. La Fuente, Preliminares, 
p. xvii). Il n'est pas toujours facile du reste de distinguer à quel 
temps on a affaire : « Si haciendo vosotras esto murierdes de hambre, 
bienaventuradas las monjas de San Josef» {Camino de perjeccion, 
p. 319'). Enfin on trouve, dans le D. Quijote, quisierdes (I, p. i5o'), 
dans la bouche du curé. 

Oudin (1606-1670) marque vuierdes, iuuierdes, fuerdes, estuuierdes, 
hablardes, etc., à côté de uuieredes, etc. Trigny met au tableau des 
trois conjugaisons les doubles formes -redes, -rdes, -rades, -rdes 
(1660-1687). 

G. — Impératif s* pers. pi. mira, vexi, deci'. — Les formes d'impératif 
veni (sainte Thérèse, Vida, p. 79'), deci, mird (Guzmdn, p. 3o5, 3o8) 
expliquent la forme normale de cet impératif quand il est suivi de os, 
forme déjà habituelle au xvi° siècle : asperdos (Valdés, p. 419), 
acorddos (id., p. 396; Ribad., Cisma, III, 3o), venîos {Guzmdn, 
p. 340), etc. Cf. Bello, Gramdt., § 6i4; Cuervo, Apunlaciones crîticas 
sobre el lenguage bogotano, 5" édition, § 266; et Cejador, La lengua de 
Cervantes, p. i35. On trouve du reste subid, decidme, considerad, sabed 



VARIÉTÉS 85 

dans le Guzman (p. 198, 266, 274). Mariana dit (éd. 1601 et 1628) miraa 
(XIX, i5), poned (XXII, 6), a regozijaos y alegraos», vfestejad este 
dia » (XX, 4). A noter que Rueda (Aceitamisj dit andad, poned à côte de 
deci, hacé, te né. 

II. Imparfait ie pour /.t. — Faut -il voir des fautes de copie ou 
d'impression, ou plutôt un reste de l'ancienne langue dans les formes 
auie, acabarienios que E. Boehmer a relevées daus le Diâlogo de la 
lengua (p. 468), habien qu'on trouve dans Gômara (p. 180'), desenvol- 
viemonos qui est dans la Vida de sainte Thérèse (p. 24')? Voir Menén- 
dez Pidal, Gram. hist., § 117, 2. 

III. Co>DiTio?i?JEL SYNCOPÉ. — A. Debria. — La syncope br pour 
ber, qui est régulière dans le futur et le conditionnel de caber et saber, 
était ordinaire au xvi' siècle pour deber au conditionnel. On en trouve 
des exemples dans Valdés (p. 342, 878, 4o5, 4o6), B. Dîaz (p. 107), 
Hermosilla (p. 27), Zurita (XX, 82 ; Hernando, VIII, 25), Garibay(t. 1, 
p. 4, 10, 11), Lujân (p. 388; maxs aussi deber ia, p. 391), Coloma (p. 56). 

B. REcmniAy. — Garibay, t. III, p. 547. 

IV. Futur non syncopé. — A. Salliré. — « Algunos dizen saldrd 
por salira, a mi mas me contenta salira porque viene de salir •» 
déclare Valdés (p. 890), après avoir écrit plus haut v ^ Porque scrivis 
salliré por saldré que scriven otros? Porque viene de saltir. » 11 
semble avoir ét seul de son avis, car je n'ai pas trouvé d'exemple de 
saliré ou salliré chez les écrivains postérieurs. 

B. Valera. — Même observation pour cette forme, que je n"ai relevée 
que dans Valdés (p. 348). Cf. Bello, Gramdtica, § 6x3. 

V. Tmèse du futur et du conditionnel. 

Valdés. tenerlo eis (p. 395). 

Lazarillo. parlillo hemos (p. 12), hazerlo hemos (p. 87). 

Sainte Thérèse, fréquent : quedarnos hemos ( Vida, p. 42 '), perderse ha 

(p. 44 ')> procurarlo he {Carias, 1 082 , p. 826' ); — creerlo 

hia {Vida, p. 82), hacerse hia {Carias, i582, p. 820). 
B. Dîaz. mataros han (p. 109), dejallo he (p. ii4')- 

Hermosilla. fréquent : verlo heis (p. 117), daros he (p. 4), sen- 

tartehas {p. i48, proverbe)" — enlendersehia (p. 72), 

estarsehian (p. 128), tenerlohia (p. 180), replicaroshia 

(p. i48). 
Garibay. fréquent : repiiiar lo he (t. 1, p. 22), tocar se han 

(p. 26), dar se ha (ibid.), veer se ha (p. 8 1 j, continuar 

se ha {p. 84), escriuir se ha (p. 86j. 



86 BULLETIN HISPAïaQUE 

Morales. assez fréquent : créeras he (t. III, p. 169), parecerles 

ha (p, XIV, et t. VIII, p. aSg), hallar la heis (Opûs- 
culos, t. I, p, 3o3). 

L. de Léon. mandarlos hian (p. 58). 

Cervantes. tomaros he, amarraros he (Quij., 35, f. 137'), 

comeros han (II, 49, f- i84', proverbe), ayudarle he 
(II, i4, f- 5i), vernos hemos (Novetas, p. 139); — 
responderles hia (Qaij., I, 47, f- 289), parecermeia 
(Novelas, p, i36'), llevarmeian (p. io4). 

Avellaneda. decirnos heis (p. 6g), atreveros heis (p. 3à'J, hallarle 

heis (p. iOW). 

Pas d'exemple, à ma connaissance, dans Mariana. 

Valdés condamnait ces tmèses : il voulait que l'on dît ayudardte, 
sacardte, non ayudartea, sacartea (p. 36o); mais il laisse entendre 
que c'était là une façon de voir personnelle, et l'on notera du reste 
qu'il ne s'interdit pas de les employer. 

(( Ahorcaros lenemos aqui si luego no lo dais » (Guzmdn de 
Alfarache, p. 200) est l'équivalent de ahorcaros hemos. 

Juan de Luna écrit « alcançar las he todas » (p. 4), « perder las 
he » (p. 39), suplicar se lo he » (p. 71), « dezir le he » (p. i3i) « hazer 
lo he n (p. iSa), « yr se nos han (p. i53), etc. 

Oudin (16061670) signale la tmèse de llamarme has, emhiartela 
he, dezirte hia, qu'il appelle une épenthèse. Techeda conjugue dirtee 
et direte, etc.; dirle ya et diriate, etc. (p. 186). Ferrus semble distin- 
guer, puisqu'il traduit dezirte hè par «je te dois dire » et le présente 
comme équivalent de «hé de dezirte». 

VI. Formes réduites de iiaber et de hacer. — A. Heis. — En 
dehors des exemples où cette 2' personne du pluriel sert à former le 
futur à tmèse (voir plus loin), je ne l'ai pas rencontrée dans les 
ouvrages que j'ai signalés jusqu'ici. 

Oudin met « vosotros heys y haueys» (1606-1670). De même Trigny 
(i 660-1 681). On retrouve heis dans Bertera, mais avec la note 
« pop[ulaire] ». Cf. Gramâtica de Bello, note 80 de Cuervo. 

B. Her. — Valdés (p. 391) n'admet desher pour deshazer qu'en 
vers. C'est par plaisanterie qu'Avellaneda met hendo (p. 18, deux fois) 
et her (p. 20, 3o, deux fois) dans la bouche de Sancho. 

VII. Participe et gérondif de ser. — A, Seydo. — Je n'ai noté 
cette forme que dans Ocampo (Prol., p. 11, et t. I, p. 67, io4, 108, 
III, 122, 123, 124) et dans Zurita (XVI, 33, discours). Ocampo 
emploie du reste aussi sido (Prol., p. iv, et t. I, p. 83, i4i, 228). 



VARIÉTÉS . 87 

B, Seyendo. — Ocampo (t. I, p. 57, 69, 78, 116), ce qui n'empêche 
pas siendo (p. 83). Trigny en 1660 marque les deux formes, alors que 
Oudin, Salazar, Techeda, Franciosini ne donnent que siendo; mais il 
n'indique plus*que celte dernière forme en i665-i683. 

VIII. Indicatif et subjonctif présent de ir. — A. Vauos, yais (subj.). 
— « Lo que yo os aconsejo es que vais... » (B Diaz, p. 95'); «No 
vais con tan ruin gente » (D. de Mendoza, p. 86'); « Ha llegado el 
tiempo que vamos a Toledo » (Rojas, p. 177); « Os pido por merced 
os vays manana a comer cômigo » (p. 299); « Pues que quiere Solano 
que vamos por ella » (p. 428) ; u Y mira si traes algo en essas alforjas 
que comamos, porque vamos luego en busca de algun caslillo donde 
alojemos esta noche, y hagamos el bâlsamo que te he dicho » (D. Qui- 
jote, I, 10, f. 37); (( A Dios vays, seîior » (I, 35, f. 212'); u Podreis 
tambien recoger la mayor suma de cosas de valor que podais, para 
que vamos asi seguros de no vernos jamas en necesidad » (Avellaneda, 
p. 54'); « Sera razon que nos vamos a acostar» (p. 86'); « No quiero 
que os vais)) (Sandoval, t. XI, p. 109); « Pareceme que os vais al 
castillo de Peiia negra y lo guardeis» (t. XII, p. 229). Cf. Gramdt. 
Bello, note 81 de Cuervo; Cuervo, Apuntaciones criticas sobre el 
lenguage bogotano, § 258; Cejador, La lengua de Cervantes, où l'on 
trouvera d'autres exemples, p. i48. 

Oudin : vamos, vays (1606-1670), exclusivement. De même Techeda, 
Franciosini, Trigny ( 1 660-1 68 i). — Vayrac, Sobrino, Bertera : vayamos., 
vayais. 

B. Ymos,ys (indic). — Luna, ymos (p. i32). — Oudin : n ymos ô 
vamos y), ((ysovays » (1606-1670). Techeda, seulement vamos, vais. 
Franciosini : v vamos o ymos, andamos», a vays, ys, anddisn. Des 
Roziers, vamos et ymos, vais et ys ; de même Trigny et Ferrus. 
Maunory, seulement vamos, vays, ainsi que Vayrac, Sobrino, Bertera. 

Cf. Gramdiica de Bello, note 81 de Cuervo; Cejador donne un 
exemple du Don Quijo/c, ydes (II, 26, f" 100 v"), mais c'est dans un 
romance que cite le garçon de maese Pedro. 

C. Vo POUR VoY. — Dans son prologue aux Obras del bachiller 
Francisco de la Torre (i63i, reproduction Huntington), Quevedo 
écrivait, à propos des archaïsmes de Fernando de Herrera : «... Como 
las voces Do pour Adonde, y vo por voy; que si bien Francisco de 
Rioja dize se hizo con cuydado y examen docto, consta de los obras 
no ser otra cosa sino no caber en el verso la palabra Adonde y Voy; 
porque muchas vezes, y siempre donde cabe, dize adonde, y voy, y en 
las partes que no cabe, dize do, y 60. » Vo pour voy était donc, au 
temps de Quevedo, un archaïsme choquant. 



OO BULLETIN HISPANIQUE 

IX. Conjugaison de caer.traer.oir. — A. Cayo, trayo; oyo. — On 
trouve raya, cayan, dans sainte Thérèse {Vida, p. Gi', ii3), mais 
iraigo {Carias, 1682, p. 3i8); cayo, trayo, oyan, dans le D. Quijote 
(I, 34, f. 2o5; I, 10, f. 37; 9, f. 3o'), mais aussi caigo (II, 7, f. 23, 
traigo (II, 10, f. 33'), oigo (II, 9, f. 3i). Cf. Cejador, p. i43. Luis 
de Leôn dit traygan {Perjecla casada, p. 37), Rojas, trayga (p. 285). 
Quevedo (loc. cit.) montre qu'il considère trayo comme désuet. Voir 
exemples de cayo, cayan (Granada) dans Cuervo, Diccionario, art. 
caer. Dans le passage de Mariana (I, 16) cité au n° 6, c, y, cayan 
peut être un imparfait : cf. même chapitre, « acordaron... acometer 
las yslas que les cayan cerca del mar Méditerranée « (éd. de 
1601 et de 1623 : cf. cayan et trayan imparfait, XII, i4, mêmes 
éditions). 

Ondin ne donne que traygo, trayga, oygo, oyga (160Ô-1613) caigo 
caiga (1660- 1670). Salazar, traygo, trayga. ïecheda, oyo, oya, etc., 
« trayo ô traygo », « traya 6 trayga ». Franciosini, Des Roziers, Trigny, 
comme Oudin. 

On peut noter ici que Valdés écrit atribuigo (p. 399). Cf. Gramdt. 
de Bello, note 76, IV, d, de Cuervo, et Cuervo, Apuntaciones criticas 
sobre el lengiiage bogoiano, § 257, 

B. Cay,tray ; CAYy,TRAY^ (3* PEBS. iND. PRÉS.). — Cette forme est 
ordinaire dans sainte Thérèse {Vida, p. 49', 67, 70, 72', 80, 82, 83, 
85, 118), ce qui n'empêche pas trae (p. 71', 95', 118') si l'on s'en 
rapporte à l'éd. Rivadeneyra. On trouve encore dans les Carias de 
l'année i582 cay (p. 324')» trayn (p. 3i6'). A noter que Calderôn 
emploie tray et cay en fin de vers, rimant avec hay, dans des ociavas 
reaies (La Cena del Rey Baltasar, esc. IV) dont tous les vers finissent 
par des mots aigus. Il traite donc ces trois mots comme mono- 
syllabes, et l'y comme consonne. De même à la scène XI, où alray 
rime avec hay dans des octosyllabes aigus. Peut-être faut-il expliquer 
l'origine de cay, tray (d'où cayn, trayn), par une position syntactique: 
cf. «que te Irai asi acosado» dans Lucas Fernândez, p. 122 (voir 
ex. de Moreto dans Cuervo, Diccionario, caer, 5 d.) ; ou par apocope 
de caye? 

X. Zgo pour zco. — Luzga (sainte Thérèse, Vida, p. 42' ; Luna, 
p. 386). Techeda : conduzgo, condiizo; inlroduzgo, inlroduzo,induzgo. 
induzo, traduzgo, tradazo, etc. (p. 159). Des Roziers, condusgo, a, et 
de même tous les verbes en zir, y compris azir, luzir, nuzir. Trigny, 
inlroduzgo, a, produzgo, a; de même pour azir, luzir, nuzir (nuire, 
supprimé en i665); Ferrus (1680- 1704) est conforme, mais écrit 
condusgo. Vayrac (1708- 1714) : inlroduzgo, etc. Sobrino (1777-1794) 
Iraduzco, induzco, etc. De même Bertera. 



VARIÉTÉS 8q 

■ XI. Di^zio (prétérit). — Dans ses Apuntaciones criticas, i 263, 
M. Cuervo note que cette forme et son analogue -duzieron étaient 
fréquentes jadis. En voici quelques exemples : introducio (Hermosilla, 
p. 44); introduzieron (Gaùhay, t. I, p. cjS). redtiziô (p. i43), Iraduziô 
(t. III, p. 465). Valdés dit introduxo (p. 894), introduxeron (p. 4i5). 
Techeda marque conduxe, conduzi, et de môme pour les autres 
composés de *dacir (p. 160). 

XII. -xiERoy. — Le Didlogo de la lengua présente les formes 
edixiess, dixiessedes, dixiera, dixieredes, entrodiixieron, que M. Boeh- 
mer (p. 469) a corrigées en conformant l'orthographe à celles d'autres 
exemples sans i. On retrouve les formes avec i dans Garibay : dixie- 
remos (t. I, p. 20), dixieron (t. III, p. 487), dixiesse (t. III, p. 493, 676). 

XIII. Diz. — Diz que est employé sans intention plaisante dans le 
Didlogo de la lengua (p. 354, 384). « Tambien dezimos diz que por 
dizen, y no parece mal» (p. 391). De même dans Gômara (p. 294), 
Bernai DIaz (p. 112), et le Guzmdn : « que diz que ha de estar sujeta 
mi honra de la boca del descomedido » (p. 220). Cf. Cuervo, Diccion., 
decir, i, a, r,. 

XIV. Prétérit Vide, vido. — Ces formes, que Cervantes emploie 
encore parfois {Don Quijote^ I, 22, f. 89; II, 11, f. 3;: II, 58, f. 219, 
exemples cités par Cejador, p. i43; Aooelas, p. 112'), se retrouvent 
dans le judéo-espagnol d'Orient : voir Pulido, Espailoles sin patria, 
p. 425 (lettre de Démotique), 452 (lettre de Smyrne). 17 et viù sont 
à peu près exclusifs déjà au milieu du xvr siècle (Ocampo, Gômara, 
le Lazarillo). Pourtant vido dans Lope de llueda, Los Engarlos, se. VI. 
Des Roziers admet vido « par licence poétique » . Cf. Cuervo, Apun- 
taciones, § 710. 

XV. QuiJERA. — Cette forme et les autres analogues quijere, quijese, 
qu'on rencontre dans sainte Thérèse (Carias, i582, p. 328', 33o', 334, 
339)^ et que V. de la Fuente (t. II, p. 33-, note 6) attribue à la pronon- 
ciation morisque de la secrétaire de la sainte, la sœur Ana de San 
Bartolomé, paraissent s'être conservées dans le judéo-espagnol 
d'Orient : on trouve en effet quijo dans une lettre adressée de Sarayevo 
à M. Pulido, l'auteur de Espanoles sin patria (p. 33o). Voir Cuervo 
(Apuntaciones, § 759), qui cite Valdés (p. 371) ((,;Qual lencis por 
mejor, dezir quige y quigera, o quise y quisiera? y quai os contenta • 
mas, escrivir vigitar o visilar? Porque veo algunos, y aun de los 
cortesanos principales, usar mas la g que la s. — Yo por muy mejor 
tengo la s y creo que la g no la aveis oido usar a muchas personas 



90 BULLETIN HISPANIQUE 

discretas nacidas y criadas en el reino de Toledo o en la corte, si ya 
no fuesse por descuido ». Un des paysans de Lucas Fernândez dit 
quijo deux fois (p. 164. et i65), mais qiiiso ailleurs (p. i45). — Qaijo 
n'est donc pas morisque, mais simplement rustique. 

XVI. Participes — A. ComiiADEZiDo. — Garibay, t. III, p. 629. 

B. Impiumido. — Valdés, p. 36i : « no fue imprimido mas que una 
vez». Sainte Thérèse emploie celte forme au sens figuré { Vida, p. 24, 
35), ce qui est correct encore aujourd'hui; et à la fois au sens figuré 
et au sens propre dans ce passage : « Su Majested ha sido el libro 
verdadero adonde he visto las verdades. Bendito sea tal libro, que déjà 
imprimido lo que se ha de leer y hacer, de manera que no se puede 
olvidar ». Cf. Gramdi. de Bello, § 598 et note 88 de Guervo. 

G. Resoluto. — D. de Mendoza, p. 89 : « Resolulo de huir. » 

XVII. Participe présent actif. — Aux exemples cités par M. Guervo 
dans ses notes à la Gramdiica de Bello (note i35), on peut ajouter : 
« prodigio anunciante algun euento dudoso » (Garibay, t. III, 
p. 507). 

XVIII. Passé antékielr en fonction de plus-que-parfait. — On 
peut rattacher à l'étude des formes de la conjugaison aussi bien qu'à 
celle de la syntaxe l'emploi du passé antérieur en fonction de plus- 
que-parfait. Il est fréquent dans Ocampo : « Le atribuyeron todos 
los esfuerzos y hazanas que Hercules el Egipciano antiguo y otros 
Hercules de naciones extraiîas hiibieron hecho por diuersas partes del 
mundo » (t. I, p. f83); « Bestauraron y poblaron de nuevo la ciudad 
que los de Gadiz y los Fenicios anliguos de Sydon y de Tyro sus 
coniederados kubieron otro liempo cimenlado » (p. 376); hubieron 
hecho (p. li]']), hubo puesto (l. 11, p. i5), hubo negociado (p. 120; cf. 
encore t. I, p. ikj, 188-9). J'en ai relevé des exemples dans Gômara : 
« Ga, segun pareciô, Gepeda le hubo avisado... » (p. 272); Diaz del 
Gastillo : « Fue un buen soldado que hubo ido en nuestra compania a 
las Honduras cuando fue Gortes » (p. 284); « Mostraronse traslados 
de las cartas que hubimos escrito » (p. 233'), 

XIX. Passé antérieur en fonction de passé indéfini. — Un exemple 
dans Ocampo : « De los quales ambos muchas otras veces hubimos 
hablado, como tambien hablaremos adelante » (t. 1, p. 260). 

G. GIROT. 



VARIÉTÉS (Jt 

Un Diccionario latino-hebreo anônimo é inédito 
compuesto en Espana. 

Entre los diverses manuscritos de lenguas orientales que tanlo 
abundan en esta faniosa Biblioteca del Escorial ha Uamado mi aten- 
ciôn de una manera especial el H-III-i4. [signatura antigua jv. R. 12). 

ïitùlase dicho côdice Dlctionariam ad explicandos Rabinos cum 
ci/ris seii abreviaturis in principio cujusqiie litterae. Debajo del titulo : 
Stus Ignalius Martir'. 

El contenido de dicho manuscrite es, como el titulo lo indica, un 
diccionario rabino-latino. Compuesto por autor espafiol, segûn el 
carâcter de la letra, es de fines del siglo xvi; pero quien sea el autor 
de dicho côdice es hoy por boy punto menos que imposible el averi- 
guarlo, pues pertenece â una época en que los estudios hebraicos y 
rabinicos estaban â gran altura en nuestra patria y eran muchos 
y famosos los que en las Universidades de Salamanca y Alcalâ se 
dedicaban â estos estudios con gran provecho y lucimiento para la 
cultura patria, que en esta clase de estudios Espaiïa ha sido por 
circuntancias especiales la que ha contado con mayor y mejor numéro 
de hebraistas. 

Si bien es verdad que por el carâcter de la letra pudieramos venir 
en conocimiento del autor de dicho côdice, también es cierto que no 
siempre la letra de un autor es signo seguro y cierto para atribuirle 
la paternidad de una obra; porque cabe muy bien la congetura y 
posibilidad de que sea una copia de otro côdice anterior, de que 
suelen abundar los casos en esta Biblioteca. 

Greyendo encontrar algùn dato que contribuyese â esclarecer el 
asunto, he visto el indice primitive de la Biblioteca anterior al famose 
incendie de 1671, heche, segûn se crée, por el primer bibliotecarie 
P. Sigûenza; y no debia de existir en su tiempo, cuando no da noticia 
de él. Tampoco figura en la lista de les libres de Serojas, Jerônimo 
Zurita, Ambresie de Morales, ni en las de la Gapilla Real de Granada, 
ni en la Memeria de la Libreria de Pence de Leôn», ni en las listas de 
Diego de Mendoza, Antonio Agustin, Pâez de Gastre, que fueron los 
primeros libres que entraron â formar parte de esta Biblioteca y de 
los cuales se conserva relacién en el manuscrite &-II-i53. 

1. [Voir les planches hors texte III et IV]. 

2. Esta Memoria fué publicada en la Revista de Archivas (1909) por el P. Guillermo 
Antolin, bibliotecarie del Escorial. 

3. Todas estas listas 6 relaciones (excepto la de Antonio Agustin) estân incluidas 
en el Inventario de libros que fueron entregados para su custodia â los dipatados del 
monaslerio de San Lorenzo el Real por Hernando de Briviesca, y guarda-joyas de su 
magestad, 30 de abril de 1576, publicado por Rudolfo Béer con el titulo de Die Hand- 
schriftenschenkung Philip II an den Escorial. von Jahre 1576, Wien, F. Tempski, igoS. 



93 BULLETIN HISPANIQUE 

Los libros dcl Conde Duque de Olivares entraron posteriormente ; 
pero de ellos ne se conserva indice en esta Biblioteca'. 

La encuadernaciôn del libro es una prueba, â mi modo de ver, de 
que es entrega del Monasterio, porque todos los de dicha procedencia 
llevan la misma encuadernaciôn, y esto me moviô â confrontar su 
letra con la del P. Sigiienza y del P. Alaejos, autores de aquel tiempo, 
sabios hebraistas de este Monasterio, bibliotecarios y discipulos aven- 
tajadisimos del incomparable Arias Montano; pero la del P. Sigiienza 
es màs recta y apretada, y la del côdice de que hablamos, mas oblicua 
y ancha; mas parecido tiene con la del P. Alaejos, pero tampoco me 
atrevo â asegurar sea de él, pues existe diferencia constante en el 
modo de escribir algunas consonantes, especiaimente laspp, entre el 
côdice y los diferentes autôgrafos del P. Alaejos que hemos visto. En 
la parte interna de la cubierta lleva de letra posterior esta nota de 
Pero Lopez de Ayala? pero en la Vida llterarla del Canclller D. Pedro 
Lôpez de Ayala publicada por D. Rafaël Floranes en los tomos 
19 y 20 de la Colecciôn de documentos inéditos para la Historia de 
Espaîia no se menciona esta entre sus obras. 

De la importancia que pueda tener este côdice pueden juzgar los 
lectores por la muestra que ofrecemos en las fotografias adjuntas; 
y conviene no olvidar que el manuscrito ha sido escrito en Espaîia 
y en el siglo xvi, lo cual contribuye â darle mâs importancia porque 
la relaciôn que existia entre judios y espanoles no cabe duda que 
contribuiria â que la correspondencia entre una y otra lengua ofreciese 
mayores garanlias y fuese lo mâs exacta posible. 

P. PEDRO BLANGO SOTO, 

Agiistino, Auxiliar de la Real Biblioteca del Escorial. 
Escorial, h de Junio de 1910. 



!. En el indice de la Biblioteca de dicho Conde publicado en el tomo cuarto de 
Gallardo (1^79-1527) tampoco figura dicho côdice. 



BIBLIOGRAPHIE 



Garmelo de Echegaray et Serapio de Mugica, Villafranca de 
Guipiîzcoa, monogrqfia histôrica. Irun, Valverde, 1908; i vol. 
in-8° de xiv-5oii pages, avec planches hors texte. 

Je ne crois pas qu'on doive séparer, dans l'histoire du Moyen-Age 
et de la Renaissance, pour ne pas aller au delà, les destinées des diffé- 
rents pays chrétiens. Elles s'éclairent les unes par les autres. Ce sont, 
des deux côtés des Pyrénées et des Alpes, mêmes croyances, mêmes 
pratiques, mêmes transformations sociales. Michelet, dans un passage 
célèbre, a insisté sur le retour à l'isolement terrien au x* siècle ; Fustel 
de Coulanges, dans un chapitre tout aussi beau, a insisté sur la peur 
du danger immédiat et la vie qui se renferme. On pourrait tout aussi 
bien insister sur les pensées communes, les relations entre les peuples, 
la vie largement humaine, qui, malgré les pires dangers, leur a fait 
regarder sans cesse les uns vers les autres. Ainsi, c'est au x' siècle 
que se développent les pèlerinages de Saint-Jacques, qui sont un des 
phénomènes les plus extraordinaires du cosmopolitisme religieux. 
Et au xiii' siècle la renaissance de la vie bourgeoise, la création des 
villes nouvelles sont autant de faits qu'a connus toute l'Europe 
chrétienne. 

C'est à cela que je pensais en parcourant l'histoire de la ville de 
Villafranca en Guipûzcoa. Elle est l'œuvre de deux hommes qui se 
sont fait un beau nom dans les études hispaniques, et qui, Dieu 
merci, par leur bonne grâce d'accueil, leur goût de l'enseignement, 
ont su n'être pas des isolés et créer autour d'eux des amis qui seront 
des disciples. 

Cette histoire, évidemment, intéresse surtout les gens du pays. On y 
insiste sur les faits locaux. Peu d'événements généraux se sont passés 
à Villafranca. Mais enfin l'histoire générale trouvera beaucoup à 
glaner dans ces pages, sur les institutions particulières au Guipûzcoa, 
sur l'intensité des traditions basques. Et enfin, elles sont écrites en un 
style aimable et alerte, que les Espagnols savent souvent mettre dans 
les exposés les plus arides. 

Camille JULLIAN. 

Bull, hispan. 7 



9/1 BULLETIN HISPANIQUE 

H.-R. Lang, Communications J'rom Spanish Cancioneros (reprinled 
frorn the Transactions of the Gonnecticut Academy of Arts 
and Sciences, vol. XV, july 1909). 

Ce tiré à part contient: I. The works oj Juan de Valtierra (œuvres 
catalanes et castillanes de ce poète navarrais, les unes inédites, les 
autres mal publiées), suivies d'un poème catalan de l'aragonais Pedro 
de Santa Fé. Avec notes. 

II. The Cancionero de la Colonibina al Seville. Le contenu de ce 
recueil (xv" siècle) n'était guère connu que par une copie de la B. 
Nacional. Des remaniements empêchent de savoir quelle en fut la forme 
primitive. M. Lang l'analyse sommairement; il donne les variantes de 
deux compositions de Gomez Manrique (De los mas el mas per/eclo; 
Pues este neyro morir) et d'une de Juan de Mena (Cantatu, Christiana 
musa), publiées par M. Paz y Mélia, ainsi que de celles d'Anton de 
Montoro, publiées par M. Cotarelo. Il n'a pu faire de même pour les 
Vicios y Virludes de Pérez de Guzmân et pour le Laberinlo de Juan de 
Mena, mais il nous promet une publication en fac-similé des premiers. 

Suit un tableau de concordance des trois Cancioneros de la B. Nacio- 
nal, du British Muséum et delà Colombine. p ^ 

J. Hazanas y La Rua, Maese Rodrigo, (i/i44-i5o9). Sevilla, 1909; 
in-8, 53 1 pages. 

L'auteur de ce livre, professeur à la Faculté de philosophie et 
lettres de Séville, est connu des hispanisants par plusieurs publica- 
tions, entre autres une édition de la comedia El rufian dichoso et de 
l'entremés El rufian viudo de Cervantes, précédée d'une introduction 
et suivie de notes copieuses (Los rufianes de Cervantes, Sevilla, 1906). 

Maese Rodrigo est la première étape d'une histoire de l'Université 
de Séville. C'est la biographie du fondateur de cette Université, 
Rodrigo Fernândez de Santaella y Côrdoba, avec une bibliographie de 
ses œuvres, parmi lesquelles le Vocabularium ecclesiasticum (77 édi- 
tions ou refontes parues sous son nom ou celui du peu scrupuleux 
Fray Diego Ximénez Arias). A propos de ce Vocabularium, M. Hazanas 
relève (p. 44) une méprise d'Haebler qui a pris pour un incunable 
(Séville, 1499) ^"® édition de Séville, i5r5. Sans vouloir triompher 
bruyamment, le professeur sévillan regrette que le savant allemand ne 
soit point passé par Saragosse, où il aurait vu le vrai incunable, et 
n'ait pas poussé jusqu'à Séville, 011 il eût vu l'édition de i5i5. — Le 
Libro de Marco Paulo (i5o2), les Sermones de San Bernardo et les 
Constitutiones Collegii figurent parmi les œuvres les plus intéressantes 
de cette bibliographie. Puis viennent des appendices sur le chapitre 



BIBUOGKAPHIE 96 

cattiédral de Séville au temps de Maese Rodrigo, la famille et les amis 
de celui-ci, etc. 

Ce premier livre, très consciencieux et très soigné, est assurément 
d'une lecture un peu austère, mais l'auteur aura sans doute plus 
d'occasions de nous égayer quand il nous dira la vie des étudiants du 
collège de Maese Rodrigo, de la turbulence desquels nous savons déjà 
quelque chose par ce que nous dit Sânchcz Arjona (dans PI lealro en 
Sevilla, 1887) de leur façon de célébrer \afiesla del Obispillo. 

G. CIROT. 

Cervantes, Coignet et Conpillé (Hinconete et Cortadillo). Nouvelle 
traduite en français, avec une Introduction et des Notes, par 
Adolphe Coster. Paris, imprimerie Levé, 1909; 1 vol. in-8° 
de xviii-Di pages. 

Traduire en français l'admirable nouvelle de Rinconete et Cortadillo 
est une entreprise aussi difRcile qu'attrayante. En son temps, Louis 
Viardot s'était fort habilement acquitté de cette tâche, où l'on ne peut 
réussir que si l'on joint à la science du philologue quelques-uns des 
dons d'un artiste. Cependant, aujourd'hui, grâce à l'excellente édition 
de M. Rodriguez Marin et en s'aidant des travaux qu'on a consacrés 
en ces dernières années à l'argot espagnol et français, l'on peut 
essayer de serrer de plus près l'original et d'en rendre mainte nuance 
avec une plus minutieuse fidélité. C'est ce qu'a tenté M. Adolphe (Poster, 
déjà connu de nos lecteurs par ses travaux sur le poète Herrera et sa 
collaboration au Bulletin hispanique. En dépit de quelques défaillances 
ou de quelques maladresses, sa traduction, à la fois exacte et animée, 
n'a point déçu notre attente. Çà et là, on souhaiterait qu'elle fût moins 
littérale, plus vive, plus expressive, voire même plus claire'. Rarement 
un vocable trop remonté jette une fausse note dans le coloris pica- 
resque du dialogue ou du récita. Notre préférence s'attachera-t-elle 
désormais à la nouvelle traduction aux dépens de celle de Viardot ? 
Mieux « outillé » que son devancier pour affronter certaines difficultés 
de l'interprétation, M. Coster me semble parfois avoir pénétré moins 
profondément que lui dans l'intelligence du texte espagnol et l'avoir 

I p. I : alpargates Ion traidos eomo Uevados, « des espadrilles aussi portées qu'em- 
portées ». Viardot n'avait-il pas mieux rendu le sens, en traduisant : « aussi usées que 
portées »? — P. 7 : con los ya referidos naipes, Umpios de polvo y paja, « avec les caries 
déjà mentionnées, dépourvues de poussière et de paille». Si je ne me trompe, il y a 
dans cette locution une nuance qui a échappé au traducteur ou qu'il n'a pas su rendre 
en français. — P. 38 : que lo tengo de echar todo a doce, aunque nunca se venda, « que je 
vais tout mettre à douze, même s'il ne doit jamais se vendre». — P. 42 : corchetes 
neutraleSj «cognes neutres». 

a. P. 3"] : poner mâs fuego à la calera de Monipodio, «attiser la colère de Mono- 
pole ». — P. 37 : enojada mia, « ma belle irritée ». Le même mot est mieux traduit à la 
p. 4i : Détente, enojado, «Arrête-toi, gros fâché ». 



96 BULLETIN HISPANIQUE 

moins bien rendu en français. Mais, pour n'être pas sans défauts, son 
œuvre fait néanmoins honneur à sa science et à son talent et mérite 
d'être chaleureusement recommandée à ceux à qui il l'a destinée, 
« aux curieux des choses d'Espagne qui n'en connaissent pas la 
langue», et même à ceux qui, la connaissant, ne lisent pas couram- 
ment les nouvelles picaresques et l'argot, 

«J'ai suivi, nous déclare M. Coster (p. xvi), le texte définitif donné 
par M. Rodriguez Marin, et je me suis appliqué à le reproduire le 
plus fidèlement possible, en respectant jusqu'aux négligences, aux 
répétitions, aux pléonasmes qui abondent chez Cervantes et qui, à mon 
avis, donnent à sa phrase une saveur si originale, un caractère si 
piquant de spontanéité. » Et plus loin : « J'ai cru qu'il était indispen- 
sable, pour faire comprendre toute la gaîté de ce joyeux tableau, de 
traduire jusqu'au^ sobriquets dont l'auteur a pourvu ses personnages, 
et qui, empruntés à leurs qualités physiques ou morales, complètent 
si heureusement leur physionomie : on ne saurait oublier, en effet, 
qu'ils offraient un sens très clair pour les contemporains. Je ne me 
flatte pas d'y avoir complètement réussi... » 

A mon sentiment, cette innovation, que révèle d'emblée le titre mis 
par M. Coster à sa traduction, est extrêmement heureuse; et, parmi les 
noms ou sobriquets donnés par Cervantes aux personnages de la 
nouvelle, il n'y en a que bien peu dont les équivalents français 
n'aient été choisis avec beaucoup de finesse et de discernement. 
(( Cabrillas, que j'ai rendu par Pléiades, offre une multitude de sens 
entre lesquels il est fort malaisé de choisir. » Dans cette incertitude, 
un nom tiré de la mythologie classique était assurément le plus mal 
approprié au u goujat » du Bichonné. « Diego Cortado est exactement 
traduit par Jacques Coupé. » Est-ce que, par hasard, M. Coster s'imagi- 
nerait que Diego soit une forme castillane du nom de Jacques? Sinon, 
pourquoi cette substitution de prénom, qui, aux yeux du traducteur, 
semble aller de soi, mais qui, aux nôtres, ne se justifie d'aucune 
façon? La traduction de Corladillo par Goupillé « donne,- je le recon- 
nais, prise aux critiques; la plus grave, c'est que Cortadillo n'est pas 
un participe... et que Cortadillo signifie de plus une monnaie 
entaillée qui a perdu sa forme ronde, un gobelet, et enfin, en argot, 
une manière de tricher au jeu... Mais ici j'ai dû me résigner à garder 
seulement l'idée du diminutif. » A cela j'objecterai qu'il n'y a que 
très peu de verbes français de la première conjugaison dont se dérive 
un diminutif en -illet\ et que, par suite, le nom de Coupillé sonne mal 
à nos oreilles, si toutefois il m'est permis de formuler en ces termes 
généraux une impression personnelle. Sous la même réserve, oserai-je 
encore exprimer le regret qu'en nommant les deux compagnons 
Coignet et Coupillé le nouveau traducteur ait altéré cette symétrie 
dans la succession des voyelles et des consonnes, dans le nombre des 



BIBLIOGRAPHIE 97 

syllabes et l'accentuation, qui a pour eiïet d'unir dans notre mémoire, 
en un couple inséparable, les noms de Rinconete et Cortadillo ? 

Après ces remarques générales ou particulières, je reliens encore 
quelques passages dont la traduction n'est pas à l'abri de tout 
reproche : 

P. 2 : en un portai à cobertizo que delanie de la venta se hace, « sous 
un hangar ou abri qui se trouve devant l'auberge». A la page 7, 
le môme portai est traduit par «portail». Le mot «porche», déjà 
employé par Viardot, ne conviendrait-il pas mieux aux deux endroits? 

P. i4 : Que no entrevan, senores Murcios? respondiô el otro. — No 
somos de Teba ni de Murcia... — «Vous n'entrevez pas, seigneurs 
Murciens? répondit l'autre. — Nous ne sommes ni de Trêves ni de 
Murcie... » Ici, le traducteur a eu plus d'esprit que Cervantes lui- 
même... il en a eu trop; car le nom de Trêves détonne dans la bouche 
de Goupillé et dans le cadre sévillan de la nouvelle. Pour expliquer 
le jeu de mots sur entrevan et Teba, il convenait de rappeler que le v 
et le b sont confondus en castillan depuis le xvi" siècle; mais il n'est 
pas exact de dire (note 5) (\vi entrevan soit « prononcé enlreban ». 

P. 18, 3* alinéa, une réplique de Coin est attribuée à Coupé. 

76., 7' alinéa : un cdniaro desbocado, « une cruche ébréchée », 
« Égueulée » serait plus exact et plus pittoresque. 

P. 20 : él represeniaba el mds rùstico y disfornie bdrbaro del mundo, 
« c'était le type du plus rustique et du plus informe barbare du 
monde». Encore ici je préfère la traduction de Viardot: «il repré- 
sentait le barbare... ». 

P. 27 : la hidalguia de los dos modernos^ « la ^^énérosité des deux 
nouveaux venus». Le beau mot hidalguia serait mieux rendu par: 
« la noblesse de sentiments ». 

P. 28 ; dieslro mio, « Spadassin i de mon cœur ». Le mot « spadassin » 
fait ici un effet un peu ridicule. Je dirais plus simplement : « mon 
brave», ou (( brave de mon cœur », ainsi que M. Coster a traduit, à 
la p. 39, valentôn de mis ojos. 

P. 29 : un grandisimo gato de reaies, « un très grand sac de peau 
de chat plein de réaux ». Du texte de Covarrubias cité par M. Rodri- 
guez Marin à l'occasion de ce passage, il résulte que, dès l'époque de 
Cervantes, gato. avait pris le sens général de « bourse » ou de « sac » 
et perdu sa signification propre de « sac de peau de chat ». 

P. 3i. Les mots pero no tengo trocado (mais je n'ai pas de monnaie) 
ne sont pas traduits. 

P. 32 : el escanciar con el corche de colmena, « le soin de verser à 
boire avec la ruche de liège». Ainsi que M. Coster le remarque en note, 
par corche de colmena Cervantes désigne « la coupe de liège dont les 

I. Pourquoi la majuscule après une virgule? 



98 BCLLETIN HISPANIQUE 

dimensions rappellent les ruches faites en liège». Il ne fallait donc 
pas traduire escanciar par « verser », mais par u servir à boire ». 

P. 33 : Montas! que le di yo ocasiôn para ello! « Allons! je lui ai 
donné occasion pour cela? » Plus loin : creyendo él que yo le sisaha 
algo de la cuenta, a. lui, croyant que je lui diminuais quelque chose 
du compte». C'est bien languissant, bien affadi! Viardot a mieux rendu 
par « soufflais » l'expressif sisaba. 

P. 37 : ese gesto de por demds, «cette figure dédaigneuse » i. En 
note : (f Je ne suis pas sûr du sens de cette expression. » J'entends : 
« ce visage qui est de trop ici ». 

P. 4i : alganas seguidillas de las que se usaban, « quelques-unes de 
ces seguidilles alors à la mode». Il y a une légère inexactitude dans 
cet emploi superflu de l'adjectif démonstratif. 

P. 48. A la dernière phrase du premier alinéa, « la Gagneuse » a été 
substituée au Ganchoso du texte espagnol. A la fin de la même phrase, 
les mots : pueslo que es justicia mera mixta que nadie se entre en per- 
tenencia de nadie sont traduits à contresens dans les termes : « car 
c'est une juridiction mixte: bien que personne ne doive entrer dans 
les domaines d'autrui. » Je comprends : « quoique, en bonne justice, 
personne ne doive...» 2. Ernest MURET. 

A. Rodriguez del Busto, Altitudes y canalizaciôn. Cordoba, 
1908; in-8°, 287 pages. 

Depuis plusieurs années déjà, l'auteur de ce livre poursuit l'exposé 
d'un programme général de canalisation sud-américaine, permettant 
de relier par une voie navigable, uniforme et continue, les réseaux 
accessibles de l'Amazone et du Rio de la Plata : le Cassiquiare, dit-il 
dans son prologue, est une « prodigieuse leçon » ; unissant des tribu- 
taires de rOrénoque et de l'Amazone, il nous apprend « comment les 
peuples sud-américains doivent communiquer entre eux, par un 
procédé pratique, économique et de sûre efficacité pour le développe- 
ment de leurs richesses ». 

Assurément, l'interposition d'immenses régions de médiocre 
relief entre les Andes et les hauteurs atlantiques des Guyanes et du 
Brésil est un trait caractéristique du continent sud-américain, et 
l'idée se présente naturellement d'une jonction entre les fleuves géants 
qui les drainent. Diverses missions, boliviennes et brésiliennes sur- 
tout, ont étudié ce problème, depuis longtemps posé; l'opinion géné- 
rale paraît être aujourd'hui en faveur de voies mixtes, ferrées et 
fluviales, qui profiteraient des biefs navigables, et tourneraient les 

1. Viardot: « cette mine renfrognée ». 

2. Viardot: «bien qu'il soit de bonne justice que personne n'entre dans le 
domaine de personne. » 



BIBLIOGRAPHIE 99 

rapides par des tronçons de chemin de fer; c'est ainsi que le rail 
rattacherait les biefs du Mamoré et du Madeira, ouvrant à la Bolivie 
un accès direct sur le réseau amazonien, et que la voie ferrée qui 
monte du Matto Grosso vers Corumba et le haut Paraguay serait 
ultérieurement prolongée jusqu'à se souder à la précédente. 

M. Rodriguez del Busto préférerait des canaux, sur lesquels les 
transports coûtent moins cher; il veut par là « donner des ports» à la 
Bolivie, devenue toute continentale. Le réseau qu'il propose consiste 
essentiellement en des canaux dont la courbed'ensemble soulignerait à 
l'est celle du système andin; les sections boliviennes uniraient au 
nord le Purus. affluent direct de l'Amazone, avec les diverses rivières 
qui forment le Madeira, Madré de Dios, Béni, Mamoré; au sud, cette 
dernière avec les cours supérieurs de tous les fleuves qui descendent 
vers les steppes du Chaco et le lit collecteur du Paraguay. L'Argentine 
posséderait alors, au pied des sierras andines, une voie navigable 
artificielle, sensiblement parallèle au Paraguay. 

Notre auteur observe qu'un tel canal serait aisément approvisionné 
d'eau par les rivières issues des Andes, dont le débit très irrégulier 
lui serait réservé, assagi et compensé au moyen de barrages, au 
droit des principales vallées; des eaux aujourd'hui sauvages, dont 
les inondations ne sont pas moins redoutables que la disette, suivant 
les saisons, seraient ainsi disciplinées. Le canal passant non loin de 
Salta, de Tucuman, de Santiago del Estero, de Côrdoba, serait ensuite 
dirigé à l'est, vers le port de Buenos-Ayres ; il pourrait aussi par la 
Mar Chiquita de Côrdoba, transformée en une sorte de réservoir 
intermédiaire, avec chenal au centre, déboucher sur le Parana, à 
Santa-Fé. 

Présenté par M. del Busto avec une ardente conviction, appuyé 
sur des données d'altitude qui nous ont paru sérieusement critiquées, 
le projet est séduisant ; mais nous nous demandons si les conditions 
techniques d'exécution ont été étudiées d'assez près; et c'est pourquoi 
nous réservons notre opinion sur le caractère pratique de ce vaste et 
beau programme, qui n'a pas été établi sans des travaux minutieux 
dont le bénéfice, en tout cas, ne sera pas perdu. ' 

Hexri LORIN. 



REVUE DES REVUES 



Revue hispanique i. 

4902 (IX). — R. J. Cuervo : « Lindo » ; — El elemento popular en el 
Diccionario de la Academia espanola. — G. Baist : «Mono». — 
J. Fitz-Gerald : Spanish Etymologies. II. — D. Lopes ; Toponymia 
arabe de Portugal. — R. Foulché-Delbosg : Étude sur le Laberinlo de 
Juan de Mena. — K. Haebler : Bemerkungen zur « Celestina ». 

— R. Foulché-Delbosc : Observations sur la Célestine ; — La Peni- 
tencia de amor de Pedro Manuel de Urrea. — J. Miret : La cabeza 
del rey Jaime 1 de Aragon. — G. Marcel : Un éventail géographique. 

— R. DE Flotte : Remarques sur la carte d'Espagne au i : 5o,ooo. 

— J. Massô Torrents : Dos poèmes catalans del xiV" segle, sobre la 
vida de la gent de mar. — Razonamiento que faze Johan de Mena con 
la muerte. — Requesta al marques de Santillana. — Copias de Tres- 
cientas cosas mas. — Deux romances de germania. — Huit petits 
poèmes. — La vida del picaro, éditée par A. Bonilla. — La Comedia 
muy exemptai- de la Marqiiesa de Saluzla llamada Griselda, par 
Navarro, réimpression par G. Bourland. — Los Irabajos de Josef, 
auto del 1**° Juan de Caxes, publié par A. Restori. — E. Gigas : Lettres 
d'un diplomate danois en Espagne (i 798-1800). — A. Galante : Pro- 
verbes judéo-espagnols. — Z. Co?fsiGLiERi Pedroso : Poesias popu- 
lares portuguesas. — Varia. L. BARRAu-DmiGo : Note sur un diplôme 
de Ferdinand l" octroyé à l'église d'Oviedo en mai io36; Fragments 
inédits des Gesla Comitum Barcinonensium et Regum Aragoniae; 
R. Chabâs : Doft Jofre de Borja y doua Sancha de Aragon ; R. F. -D. : 
« Ganapan » ; H. Vaganay : L'Espagne en Italie; E. Guillon : Deux 
voyages en Espagne au xvii" siècle; — G. Marcel : Un atlas manus- 
crit de la Catalogne ; — J. Puyol : La traducciôn castellana de El 
Bachilter de Saiamanca. — Comptes rendus : E. Guillon, Les guerres 
d'Espagne sous Napoléon; T. Ximénez de Embùn, Descripciôn histô- 
rica de la an'igua Zaragoza; Ant. Rodriguez Villa, Didlogo de los 
pages; R. Altamira, Historia de Espana; E. Torres, Libro primera de 
Cabildos de Lima; M. Serrano y Sanz, San Ignacio de Loyola en 

», Voir Bull, hisp., 1902, p. 173. 



REVUE DES REVUES lOI 

Alcald de Uenares; P. Lafond, Goya; G. Reynier, La vie universitaire 
dans l'ancienne Espagne: J. H. Carreras, Karl von Oeslerreich und 
Elisabeth von Braunsweig WolJenbUitel in Barcelona und Gerona 
(G. Desdevises du Dézert) ; R. D. Perés, Musgo ; F. Rodrîguez 
Marin, E/ loaysa de aElCeloso Extremenoy) (J. Fitzmai uice-Kem.v); 
Blasco Ibâîlez, La Barraca {Terres maudites, trad. Hérelle)-, A. Calde- 
rôn, Treinta articulos (H. Peseux-RichvkdV Clerc, Capitulation de 
Baylen; Boppe, Les Espagnols à ta Grande Armée; Balagny, Cam- 
pagne de Vempereur Napoléon en Espagne, 1. 1 (G. D. du D.); G. Pérez 
Pastor, Nuevos datos acerca del hislrionismo espanol (A.'Restori); 
Catâlogo de la Bibliotcca municipal de Madrid; J. Andreii, Catdlogo de 
una colecciôn de impresos referentes d Cataluha (J. Chastenay); Ant. 
Restori, Il cancionero classense 268 (R. F.-D.); Gonzalez de la Rosa, La 
solution de tous les problèmes relatifs à Christophe Colomb (G. Viennet): 
H. Vignaud, La lettre et la carte de Toscanelli sur la route des Indes 
par l'ouest... (H. P. Biggar) ; La hisloria de los nobles cavalleros 
Oliveros de Castilla y Artus dalgarbe ; El Diablo cojuelo, reproduction 
de A. Bonilla; El libro de Patronio. reproduction de Krapf (R F.-D.). 
1903 (X). — Ch. Pu. Wagner : The sources of El Cavallero Cifar. 

— R. Foulché-Dklbosc : Le (( Commandeur grec » a-t-il commenté le 
Laberinlo? — A. Restori : Il Manojuelo de Romances, parte primera, 
de Gabriel Lasso de la Vega. — R. F.-D. : Dialogo entre Lain Calvo 
y Nuno Rasura (1570); Vingt-six lettres de Gôngora. — L. Barrau- 
DiHiGO : A propos des Gesta Comitum Barcinonensium. — R. F'.-D. : 
ïestamento de Pedro Rodriguez de Fonseca (1/119); Copias de Tres- 
cientas cosas mas, II; L'auteur de la Picara Justina. — II. Vaganay, 
L'Espagne en Italie. — Comptes rendus : H. Vignaud, A critical 
study oj the varions dates assigned to the birth oj Chr. Columbus (II. P. 
Biggar); Ch. Oman, .4 History of the Pcninsular War (B. Pabsons); 
A. Lôpez Ferreiro, Galicia historica (L. Barrau-Dihigo); Inslrucciones 
por la redacciôn de los Caldlogos en las Bibliotecas... (id.); Cl. Rocliel, 
Cervantes inédit (R. F.-D.); M. Rodriguez Marin, Luis Barahona de 
Solo; R. Leôn Mâinez, Primera ediciôn dil Quijoie en Jerez; Fr. 
Wadieigh Chandler, Romances of Rogucry; Fonger de Haan, .1// 
oulline of the History of the Novela Picaresca in Spain (J. FrrzMAURicE- 
Kelly); p. Groussac, Le u Don Quichotte» d'Avellaneda; L. R. Fors, 
Criptografia Qaijotesca; La Celestina, éd. Garnier (H. F.-D.); A. 
Bonilla, Comedia Tibalda (]. Chastenay). — R. Foui.ciié-Demîosg : 
Deux chansonniers du xv siècle. — I'.. Barrau-Diiiigo: Notes et 
documents sur l'histoire du royaume de Léon (/41 chartes royales 
léonaises). — J. Miret y Sans : La prince.-a griega Lascaris condesa 
de Pallars en Cataluûa. — L. Bouvat : Notice bio-bibliographique 
sur Ashîr ad Dîn Mohammed ibn Yoûsouf Aboû Hayyân Al-Gharnatî. 

— H. P. Biggar : The voyages of the Cabots and of the Corte-Reals to 



Î02 BULLETIN HISPANIQUE 

North America and Greenland (1/197- i5o3). — A. Galante : Quatorze 
romances judéo-espagnols. — R. F.-D. : Las copias del tabefe. — 
Comptes rendus : M. Menéndez Pidal, Manual elemenlal de gramdtica 
hislôrica (A. R. Gonçalve- Vianna) ; W. Edw. Purser, Palnierin oj 
England(J. F.-K.). 

1904 (XI). — Floresta de philosophos (édition du ms. de la Bibl. 
Nacionalj. — G. Baist : Hispaniolus? - A. Goxçalves Vianna, Etymo- 
logies portugaises. — P. Groussac : Le commentateur du Laberinlo. 
— R. Foulché-Delbosc : Notes sur le sonnet Superbi colli. — J. Puyol 
Y Alonso* : Una puebla en el siglo xiii (cartas de poblaciôn de El 
Espinar). — G. Desdevises du Dezert : Souvenirs d'Emmanuel- 
Frédéric Sprûnglin. — L. Bouvat : A propos d'Aboù Hayyân Al-Ghar- 
natî. — R. Foulché-Delbosc : Las copias del tabefe. — H. Vaganay : 
L'Espagne en Italie (suite). — Comptes rendus : \. Bonilla, Anales 
de la Uieralura espanola (J. Fitzmaurice-Kelly); R. de Sèze, Baylen; 
R. Altamira, Cuesliones modemas de hisloria (G. D. du D.). 

1905 (XII). — C. B. BouRLAND : Boccaccio and the Decameron in 
castillan and catalan literature. — R. D. Perés : Elespiritu castellano 
y el catalan en la poesia espanola. — A. Bonilla : Epistola de Ade- 
lardo Lôpez de Ayala (texte). — J. Puyol y Alonso : Cantos populares 
leoneses (texte et musique). — J. F.-K. : Note on three sonnets. — 
R. F.-D. : Un villancico retrouvé. — H. Vaganay : L'Espagne en 
Italie (suite). — Comptes rendus : E. Ibarra, Colecciôn de documcntos 
para el esliidio de la hisloria de Aragon. Documentas correspon- 
dienles al reinado de Ramiro 1 (L. Barrau-Dihigo) ; — R. Altamira, 
Psicologîa y Lileratura (G. D. du D.). — 0. M, Johnston : Sources of 
the Spanish Ballad of Don Garcia. — A. Giménez Soler : Caballeros 
espanoles en Africa y Africanos en Espana. — G. Desdevises du 
Dezert : Luis Vives (d'après l'ouvrage d'A. Bonilla). — J. Massô 
Torrents : Inventari dels bens mobles del Rey Marti d'Aragô. — 
L. Barkau-Dihigo : Note sur le Tamho viejo, de l'Église cathédrale de 
Lugo. — A. Bonilla : « Golfines ». — Comptes rendus .• Libro de los 
enganos y los asayamientos de las mugeres, publié par A. Bonilla (J. 
Chastenay); — A. Rodriguez Villa, Ambrosio Spinola (G. D. du D.); 
M''^ de Laurencin, Libro de la Cofradia de Caballeros de Santiago de la 
Faente (L. B.-D.). — (XIII) A. Bonilla : Los origenes de El sombrero 
de très picos. — R. Salillas : Poesia rufianesca (jâcaras y bailes). — 
J.- MiRET Y Sans : Négociations de Pierre IV d'Aragon avec la cour de 
France (1866-1367). — -^- Bonilla : Curiosidades literarias de los 
siglos XVI y XVII. — R. Foulciié-Delbosc : Los vicios de Madrid 
[extraits d'un manuscrit daté de 1807J. — Carta critica sobre la obra 
del Quixote. — R. F.-D. : Fragment d'un romance inconnu. — J. F.-K. : 
Note on three sonnets (suite). — Comptes rendus : G. Cirot, Les his- 
toires générales d'Espagne entre Alphonse X et Philippe II (L. Barrau- 



REVUE DES REVUES Io3 

DiHiGo); — Homenaje a D. Francisco Codera (J. CnASTENAY) ; — J- 
Saroïhandy, Remarques sur la conjugaison catalane (P. Fabra); 
J. Lameire, Les occupations militaires en Espagne pendant les guerres 
de l'ancien droit: — Derecho consueludinario y economla popular de la 
provincia de Alicante, par R. Altamira ; — G. de Grandmaison, Cor- 
respondance du comte de la Forest; A. Salcedo, El coronel de Mondra- 
gôn (G. D. du D.). — L. Baurau-Dihigo : Correspondance d'Espagne 
[Lettres de Charles GrauxJ. — J. Moreira : Faclos de syntaxe do 
portuguès popular. — R. Menéndez Pidal : Razôn de Amor con los 
Denuestos del Agua y el Vino [texte avec fac-similéj. — R. F.-D. : 
Proverbios de don Apostol de Castilla; — Copias de despedida. — 
Comptes rendus: A. Danvila, Esludios espanoles del siglo xvm: Luisa 
Isabel de Orléans y Luis I; Fernando VlyDona Barbara de Braganza ; 

— E. Gossart, L'établissement du régime espagnol dans les Pays-Bas et 
l'insurrection (G. D. du D.); — F. Aznar, Forum Turolii (F. B.-D.). 

1906 (XIV). — J. Moreira, Factos de syntaxe de portuguès popular. 

— R.F.-D.: La traduction latine des Copias de Jorge Manrique [texte]. 
G. Antolin : Sobre el traductor latino de las Copias de Jorge Man- 
rique. — A. BoiLLA : ïractado de Amiciçia du « Doctor » Ferran 
Nunez, xv' siècle, texte]. — R. F.-D. : Poésies attribuées à Gôngora 
[sonnets, canciones, romances, letrillas, etc.]. — Z. Consiglieri 
Pedroso : Contos populares portuguezes. — Ciro Bato : Vocabulario 
de provincialismos argentinos y bolivianos. — R. F.-D. : Doctrina de 
la Discriçion [texte]. — Letrillas. — A. Giménez Soler : Un auto- 
grafo de Don Juan Manuel. — (XV) J. Puyol : Vocablos usados en 
Leôn. — P. Fabra : Les e toniques du catalan. — A. R. Gonçalves 
ViANNA : Quantidade prosôdica das vogais em portuguès. Diferen- 
ciaçôes de sentido. — F. Adolfo Coelho : Casos de analogia na lingua 
portuguesa. — J. Fitzmaurice-Kelly : Some corrélations of Spanish 
Literature. — H. R. Lang : Contributions to Spanish Literature : 
Testamento del Maestre de Santiago por Fernando de la ïorre ; Versos 
de Cabo roto. — A. Coester : Compression in the Poema del Cid. — 
P. Groussac : Le Livre des Castigos e documentos attribué au roi 
D. Sanche IV. — R. F.-D. : Les Castigos e documentos de Sanche IV. 

— A. BoNiLLA : Antécédentes del tipo celestinesco en la literatura 
latina. — R. Salillas : Poesia matonesca. — H. A. Reivnert : The 
staging of Lope de Vega's comedias. — J. Massô-Torrents : Historio- 
grafîa de Cataluna en catalâ durant l'epoca nacional. — L. Barrau- 
DiHiGO : Les premiers rois de Navarre. Notes critiques. — C. F. Sey- 
BOLD : Die geographische Lage von Zallàka-Sacralias (1086) und 
Alarcos (iigô). — Fr. Carreras y Candi : Espases maravelloses en 
lo régnât de Jaume lo Conqueridor. — J. Mtret y Sans : Très prin- 
cesas griegas en la corte de Jaime II de Aragon. — L. Bouvat : Sur 
quelques manuscrits de la Société Asiatique relatifs à l'Espagne. — 



lOli BULLETIN HISPANIQUE 

G. S. WiLBERFORCE : Josep e Zulayme. — H. Derenbolrg et L. Bar- 
RAU-DiHiGO : Une charte hispano-arabe de l'année i3i2. — A. L. 
Stiefel : Unbekaunte Spanische Romanze. — J. F.-K. : Caspar Ens* 
Translation of Lazarillo de Tormes. — Gtro Iîaio : Cantos populares 
americanos. — J. Moreira : A palavra « Taibo » en Camôens, Antonio 
Prestes, Ribeiro Ghiado e Jorge Ferreira de Vasconcellos. — R. F.-D. : 
La pkis ancienne mention d'Amadis. — A. Bonilla : Una imitacion 
de Lazarillo de Tonnes en el siglo wii. — J. Brimeur : Supplément 
français à la Bibliographie de Rius. — H. P. Biggar : A Cabot 
source Avhich does not exist. — J. Chastenay : Le Cid de Chateau- 
briand. — Dessins inédits de Goya. — Comptes rendus : F. M. 
Josselyn, Études de phonélique espagnole (A. R. Gonçalves Viana); — 
A. Carnoy, Le latin d'Espagne d'après les inscriptions, 2' édition 
(A. Erkout) ; J. Puyol, Estado social que refleja el Qaijoie (H. Peseux- 
Richard) ; — M. Quillardat, Espagnols et Portugais chez eux (H. 
P.-R ); — R. de Ureiia y Smenjaud, La legislaciôn gôtico-hispann; 
Sampere y Miquel, Fin de la naciôn catalana (G. D. du D.); — L. Gay- 
lord Bourne, The American Nation, t. III (H. Biggar); — F. Carreras 
y Candi, Miscellanea histôrica catalana (W. J. Mûller). 

1907 (XVI). J. MoREiRA : Factos de syntaxe de português popular. 

— H. R. LuNG : A propos of Caçafaton in Ihe Rhyma Dictionary of 
Pero Guillén. — R Foulché-Delbosc : Élude bibliographique sur 
Fernân Pérez de Guzmân. — A. Giménez Soler : Caballeros espanoles 
en Africa y Africanos en Espana. - J. Desdevises du Dézert : Un 
consul général de France à Madrid sous Ferdinand VI (1748- 1756). 
Le consul général Partyet — G. Marcel : Le géographe Toinas 
Lopez. Essai de biographie et de cartographie. — G. U. Umphrey : 
Aragonese texts now edited for the first time [extrait de la .'V' partie de 
la Grant Coronica de los Conquiridores de Juan Fernândez de Ileredia]. 

— R. F.-D. : Cancion real a una Mudanza [texte]. — Aarox Wittstein : 
An unedited Spanish Cancionero. — H. A. Rennert : Spanish actors 
and actresses betwen i56o and 1680. — L. Barrau-Dihigo : Notes et 
documents sur l'histoire du royaume de Léon. — V. Lampérez : Sobre 
algunas posibles influencias de la arquiteclura cristiano-espailola de 
la edad média en la francesa. - Comptes rendus : S. Sanpere y 
Miquel, Los cuatrocentistas catalanes (G. D. du D.); — F. Vézinet, 
Les maîtres du roman espagnol contemporain; J. Wakans, Cuadros de 
miseria (H. Peseux-Richard). — (XVII) P. Fabre : Le catalan dans la 
Grammaire des langues romanes de W. Meyer-Liibke et dans le 
Grundriss der Rom. Philologie. — G. W. Bacon : The Comedias of 
Doctor Juan Pérez de Montai vân. — G. Desdevises du Dezert : Le 
Conseil de Castille en 1808. — A. Bonilla : Erasmo en Espana. — 
Ph. H. GiiURCHMAN : Esproncedà's Blanca de Borbon [texte; en 
appendice, morceaux inédits et bibliographie d'Espronceda]. 



KEVUE DES UEVUES I05 

1908 (XVIII). — JoHA?ïisES JuNGFEK : Mcigeril-Madvid. — U. Pastor-. 
Yocabulario de rnadrilenisnos. — R. Kollciié-Delbosc : Bibliographie 
de Gôngora. — L. Médina : Frases literarias afortunadas. — C.-B. 
Boi KLAiM) : An unknown manascripl of tlie Caida de Principes.— 
R. Foulché-Delbosc : Por mares nunca de anles navecjados ; — \ ers sur 
Alvaro de Luna. — A. -Th. Fournieu : Un opuscule inconnu d'Ambro- 
sio de Salazar. — L. Barrai -Dihigo : Un voyage en Espagne du début 
du xviii^ siècle. — Hautyig Derembolrg et L. Bahral-Dihigo : Quatre 
lettres de Josef Antonio Gonde à Silvestre de Sacy. — A. Chassaigne : 
Ferdinand YIl et son directeur. — J. Chastenay : Une épigramme de 
Marti'nez Villegas. — G. Desdevises du Dezert : c. r. de L'Espagne et 
Napoléon, par G. de Grandmaison ; de La traite négrière aux Indes de 
Castille, par G. Scelle. — 11. Peseux-Richard; c. r. de Sangre y arena, 
par V. Blasco loâùez. — M. Meinéndez Pelayo : Dos opûsculos inéditos 
de D. Rafaël Floranes y D. ïomâs Antonio Sânchez sobre los orfgenes de 
la poesîa castellana. — R. J. Cuervo : Dos poesias de Quevedo a Roma. 

— J. Fitzmaurige-Kelly : Norona's Poesias asidiicas. — R. Foi lché- 
Delbosc. : D'où dérive El sombrero de très picos ; — 287 sonnets ; — 
C. R. du Précis d'histoire de la tUtérature espagnole, par E. Mérimée. 
(XIX). — W. W. Skeat : Againaldo, agailando. — J. Miret v 
Sams : Documents en langue catalane (llaute-vallée du Sègre, 
xi-xn- s.). — G. G. Browîsel : The positions of the attributive adjec- 
tive in the Don Qaixote. — H. R. Laxg : The so-called Cancionero de 
Pero Guillen de Segovia. — J. Mexéxdez Pidal : ï^an Pedro de Cardena 
(restos y memorias del antiguo motiasterio) [planches]. — J. Miret 
X Sans : Nuevos documentos de las 1res Princesas griegas. — R. 
Salillxs : Una pagina histckica fologratiada. La ejecuciôn de Angiolillo 
[planches reproduisant cinq moments de l'exécution de l'assassin de 
GânovasJ. — R. F.-D. : Tragedia de Mirrha [réimpression d'après 
l'exemplaire du British Muséum], - U. A. Renxert : Marco Antonio 
y Cleopatra, a tragedy by Diego Lopez de Castro [publiée d'après le 
ms. de la Bibl. nac.de Madrid]. — A. Th. Folrmer: La vie de Lazarille 
de Tormes, traduite par le sieur de B. | réimpression]. — A. Pérez 
Calamarte : Gustavo, novela inédita de A. Lôpez de Ayala. — J. P. 
WiCKERSHAM Crawford : Represeutaciôn de los Mârtires Justoy Pastor, 
de Fr. de Las Cuebas: — Some unpublished verses of Lope de Yega. 

— Comptes rendus ; La jeunesse du Cid de Guillen de Castro, Irad. 
de Marcel Dieulafoy (H. Peseux-Richard) ; V^' du Motey, Guillaume 
d'Orange et les origines des Antilles Jrançaises (H. C Bell); Fr. Rous- 
seau, Règne de Charles III d'Espagne; E. Gossart, La domination 
espagnole dans les Pays-Bas à la fin du règne de Philippe II ; A. 
Bonilla, Hisloria de la filosofia espanola; V. Lainpérez, Ilistoria de la 
arquileciura cristiano -espanola en la edad média (G. D. du D.) ; 
J. Fitzmaurice-Kelly, Chapters on Spanish literature (R. Schevill). 



lo6 BULLETIN HISPANIQUE 

1909 (XX). — Ph. II. Churchman : Byron and Espronceda. — 
L. Médina : Frases lilerarias afortunadas. — J. Puyol : c. r. de El 
Menandro, novela por Mallas de los Reyes, reimpresa por E. Cotarelo. 
— E. Valentin : c. r. de Le Touriste français en Espagne et dans les 
pays de langue espagnole, par J. Laborde. — H. Derenbourg et L. 
Barhau-Dihigo : Une charte hispano -arabe de l'année i3e2. — 
R. Foulché-Delbosc : Suma de las cosas maravillosas (Coronica del Cid 
Ruy Diaz, Sevilla 1/198) [réimpression de la première édition d'après 
l'exemplaire unique de Vienne]. — E. Gigas : Lettres inédites de 
quelques savants espagnols du xvi" siècle [Pedro Chacon, Ambrosio 
de Morales, Antonio Agustin, etc. ]. — L. Barrau-Dihigo : Voyage de 
Barthélémy Joly en Espagne (i6o3-i6o/i) [ ms. de la Bibl. nat. de 
Paris]. — (XXI). G. S. Williams : The Amadis question. — G. Tyler 
NoRTHUP : La selva confusa de Pedro Calderôn de la Barca [ms. de 
la Bibl. nacional de Madrid]. 



CHRONIQUE 



M. R.-J. Cuervo a été, il y a quelques mois, nommé docteur honoris 
causa par l'Université de Berlin. Le Bulletin hispanique a trop d'obli- 
gation envers l'éminent maître pour ne pas se réjouir de cette dis- 
tinction, dont il est regrettable que nos universités Irançaises ne 
puissent disposer. 

-— Les Discursos leidos ante la Real Acadeniia de la Historia en 
la recepciôn de Rafaël de Ureha y Smenjaud (24 de Enero de 1909) 
comprennent Una ediciôn inédita de las v Leges Gothorum Regum » 
preparada por Diego y Antonio de Covarruvias, en la segunda milad del 
siglo XVI et une nécrologie du général Gômez de Arteclie, bien connu 
par sa Geografia histôrico-niilitar de Espafïa y Portugal et ses nom- 
breuses publications historiques et géographiques : le tout par le réci- 
piendaire ; puis Observaciones histôrico-étnicas sobre la composiciôn 
de la raza espanola, par Bienvenido Oliver. 

Dans son discours, après des considérations intéressantes sur les 
diverses éditions des Leges Wisigothoruni (Sichard, Pithou, Linden- 
brog, Bouquet, Canciani, Academia espanola, Walter, Weber, 
Zeumer), sur les travaux de Knust, Guérard, Bluhme, Merkel, Haenel, 
de Rozière, Lécrivain, etc., et STir la théorie moderne concernant 
l'évolution de la Lex Wisigothorum {cinq formes : theorodoriciana, 
antiqua, Recessvindiana, Ervigiana, Egicana), le savant professeur de 
la Faculté de Droit de Madrid fait connaître quatre manuscrits de 
la Bibliotheca Nacional, dont l'un, écrit au milieu du xvr siècle, 
est dû à la collaboration des deux Covarruvias et constituait une 
édition, malheureusement restée inédite (car elle était bien supé- 
rieure à celle de Pithou et même à celles des xvii" et xvnrsiècles), des 
Leges Gothorum regum, avec corrections et notes. De belles gravures 
(portraits de Diego el d'Antonio de Covarruvias par le Greco et auto- 
graphes des deux frères) illustrent ce magistral travail. 

™- Le tome V' de VHisforia de Espaila y de la civilizaciôn espailola 
de M. Rafaël Altamira, publié en 1900, paru depuis en seconde édition, 
avait fait prévoir ce que serait l'ouvrage complet, un manuel plein de 
faits, bien distribué, bien renseigné, et répondant à l'idée que nous 
nous faisons aujourd'hui d'une histoire 'sérieuse destinée au public. 
L'année 19 10, sous l'étiquette 191 1, nous a apporté le quatrième 
volume de ce très estimable ouvrage. L'auteur s'arrête, dans l'exposé 
des faits, au 2 de Mayo, et cet exposé, dans le tome IV, ne prend que 
121 pages sur 556. Le reste est occupé par l'histoire sociale, écono- 
mique et morale, et par une (]uia bibliogrdfica très détaillée qui rendra 



I08 BULLETIN HISPANIQUE 

les plus grands services. M. Altamira est un des hommes qui font 
le plus d'honneur à l'Espagne; et cela, par son travail, par son 
initiative, par la sympathie générale qui l'entoure. Ce livre ajoute 
certainement beaucoup à là dette de ses concitoyens à son égard. 

Un index alphabétique de tout l'ouvrage est promis à bref délai par 
l'éditeur (Barcelone, Juan Gili). 

-— Nous ne pouvons aujourd'hui que signaler la Spanische Gram- 
malik auf hislorlscher Grundlage que vient de faire paraître notre 
collaborateur, M. Friedrich Hanssen (t. VI de la Sammlung kurzer 
Lehrbilcher der romanischen Sprachen und Literaturen, Halle, Nie- 
meyer, 1910, xviii-277 p. in-S"). Ce manuel, bien au courant des 
plus récents travaux philologiques, garni de nombreuses références 
dont l'appareil ne fait pas de tort à la clarté de la rédaction, mettra 
le lecteur au courant de l'état actuel des questions el lui permettra 
de les approfondir par lui-même. Une place importante est faite à la 
syntaxe. G. C. 

— M. John D. Fitz-Gerald, de l'Université d'IUinois, a réuni dans 
un joli volume fort bien illustré {Ramhles in Spain, New-York, s. d., 
Thomas Y. Crowell & C", in-8° de 3 10 pages), les souvenirs de ses 
séjours en Espagne en 1899 ^^ ^^ 'Qo*^ ^ 1902. Aux descriptions de la 
nature, des monuments et de diverses curiosités locales se joignent 
des renseignements pédagogiques, par exemple sur YInsliliito Inter- 
nacio liai para la ensenanza de la muger. 

— M. Léo Rouanet vient de donner une nouvelle traduction du 
texte portugais des Dialogues sur la peinture de Francisco de Hollanda 
(Paris, Champion, 191 r, in-8'' de xxni et 287 pages). Cet ouvrage 
célèbre n'était connu de ceux qui ne lisent pas le portugais que par 
une traduction française inexacte et incomplète de i845 et par une 
traduction allemande de M. Joaquim de Vasconcellos. M. Rouanet, 
qui a profité des recherches de l'érudit portugais, ne s'est pas borné à 
rendre avec une scrupuleuse fidélité les fameux dialogues, il a encore 
illustré son travail par une belle reproduction du portrait d'après 
nature de Michel-Ange qui se trouve dans l'album de Francisco de 
Hollanda conservé à l'Escurial. 

— M. H. Lorin, professeur à la Faculté des Lettres de Bordeaux, 
traite cette année du Brésil politique et économique. 

— Errata. — Dans notre tome \11 (1910), lire, p. i5o (milieu de 
la page) : 335 sur 235 millimètres ; — p 326, note 3 : Marcellin Boule ; 
— p. 446, 1. 10 : .V (franr. ch); — p. 463, 1. i et 1 1 : M"' Dillenius. 

7 janvier i91i. 

LA RÉDACTION : E. MERIMEE, A. MOREL-FATIO, P. PAKIfe. 
G. CIROT, secrétaire; G. RADET, directeur-yérant. 

Bordeaux. — Impr. G. Godnouilhou, rue Guiraude, 9-11. 



Vol. XIII. Avril-Juin 1911 N« 2. 



L'ARC11É0L0(;1E EN ESPAGNE ET EN PORTUGAL 

Mai 1908 — Mai 1910. 

{Saite^ .) 



Il est un nom qui revient souvent depuis plusieurs années 
dans les revues espagnoles ou françaises traitant d'archéologie 
ibérique, c'est celui de M. Louis Siret. M. l'ingénieur Siret, 
fixé avec l'un de ses frères dans le riche district minier de la 
province d'Alméria, s'est pris de passion pour les explorations 
et les fouilles, puis pour l'exégèse historique. Le beau livre 
écrit en collaboration, qui valut à son frère et à lui le prix 
Martorell, a paru en 1897 f^^^ premiers dges du métal clans le 
Sud-Est de l'Espagne). Tout récemment, M. Louis Siret a écrit 
dans la Revue archéologique, dans l'Anthropologie, des articles 
remarqués autant pour l'originalité parfois téméraire de la 
doctrine que pour la richesse de la documentation inédite. 
Je n'ai pas à parler ici de ces mémoires, mais par bonheur je 
dois signaler la très importante étude que M. Siret a imprimée 
sous ce titre : Vlllaricos y Herrerias, Antiguedades punicas, 
romanas, visigoticus y arabes, dans les Mémoires de l'Académie 
de l'Histoire (1908). Là, en effet, l'auteur nous fait connaître 
les résultais des fouilles qu'il a exécutées en dernier lieu, et 
une quantité de documents, inédits pour la plupart, qu'il 
utilise à soutenir ses doctrines très personnelles. 

Villaricos est situé au point où la Sierra Almagrera projette 
dans la mer son dernier éperon méridional, à l'embouchure 
du Rio Almanzora. Le site est d'une telle importance géogra- 
phique qu'il fut iDccupé dès les temps les plus reculés, tout 

I. Voir le Bull, hispan., 191 1, p. i. 

AFB. IV* SÉRIE. — Bull', hispan., XIII, 1911, 2. 8 




110 BULLETIN HISPANIQUE 

au moins à l'âge néolithique, el na cessé de l'être depuis 
lors. A l'époque romaine il y avait là une ville et un port 
importants, du nom de Baria. M. Siret a retrouvé les vestiges 
de tous les établissements successifs, de la ville indigène où 
se mêlèrent les éléments puniques, puis tour à tour les élé- 
ments romains, visigothiques et arabes. La première de ces 
cités superposées a donné les débris les plus intéressants, 

surtout en céramique, 
céramique ibérique 
(que M. Siret croit puni- 
que et importée, et c'est 
là un sujet entre lui et 
moi de polémique cour- 
toise) (fig. 17) et céra- 
mique grecque, vases à 
figures rouges et fond 
noir. 

Mais l'intérêt de la né- 
cropole est plus grand 
que celui de la ville 
même. M. Siret en a 
divisé les sépultures en 
six groupes, déterminés 
chacun par l'objet qui 
se rencontre de préfé- 
rence à côté du mort : 
i" coque d'œuf d'autruche en forme de vase; 2° coque d'œuf 
d'autruche simplement percée d'un trou; 3° urne cinéraire; 
A" alabastron de verre; 5° pendants de enchufe ; 6° urne cercueil. 
Premier groupe. — Les sépultures sont des fosses ou puits 
rectangulaires, quelquefois à double étage ; les corps y étaient 
inhumés ; il est rare qu'il y en ait eu deux dans la même 
fosse. Le mobilier en est restreint : un œuf d'autruche dont le 
bout est coupé pour faire une large ouverture, et dont la 
surface est peinte ou gravée. « La décoration des coques 
consiste en deux bandes horizontales, une près de la bouche, 
une près de la base, et entre elles d'autres bandes verticales 



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Fig. 17. — Vases ibériques de Villaricos. 



I. AHCIIKOI.OOIE KN ESl'AGNK ET EN PORTUGAL 



qui divisent la surface en tableaux, au centre desquels sont 
des dessins variés. » M. Siret fait observer que ce qui paraît 
souvent une gravure sur ces œufs d'autruche est souvent une 
altération des surfaces non peintes qui se sont rongées, tandis 
que les surfaces peintes se conservaient, formant relief (p,g. 18). 
Avec ces œufs se 
trouvaient des am- 
phores longues, à 
fond conique, avec 
deux petites anses. 
Elles contenaient 
sans doute du vin 
et étaient fermées 
par un bouchon 
d'argile . En fait 
d'autres objets, on 
ne peut guère 
signaler que des 
anses de bronze 
provenant de quel- 
ques coffrets et 
quelques bijoux. 

Second groupe. 
— Les tombes sont de grandes cryptes auxquelles donnent 
accès des couloirs latéraux, quelques-uns couverts d'une voûte. 
C'est le type mycénien, sauf que la chambre n'est pas ronde. 
Les parois sont enduites d'un mélange de plâtre et de sable, 
et, par-dessus, d'une couche de plâtre avec des traces de 
peinture rouge. Les morts tantôt y étaient déposés dans des 
cercueils de bois, tantôt incinérés; les deux rites se trouvent 
concurremment. Gomme mobilier, des œufs d'autruche sim- 
plement perforés, témoins d'une industrie en décadence ; des 
vases de diverses formes et de diverses fabrications, de peu 
d'intérêt, quelques bijoux, parmi lesquels, peut-être, des 
pendants de narine puniques. 

Troisième groupe. — C'est le plus abondant : il compte cent 
vingt-cinq sépultures. Les restes des corps incinérés étaient 




FiG. 18. — Œufs d'autruches peints de Villaricos. 



112 BULLETIN HISPANIQUE 

placés dans des urnes que l'on enterrait, isolées ou par groupes 
de dix tout au plus. Les urnes sont de types variés, quelques- 
unes sans ornements; d'autres, décorées de ces dessins géomé- 
triques que j'ai appelés ibériques; d'autres sont de beaux vases 
grecs, des cratères ou des célébés à figures rouges du iv' siècle. 
Il y a là une très instructive concordance, étant donnée 
l'incertitude qui règne encore sur la chronologie de la poterie 

décorée des Ibères. Cet intérêt 
se double de la présence autour 
de ces urnes d'armes de fer en 
grand nombre : lames d'épées, 
sabres, poignards, lances, flè- 
ches, avec des débris de gaines 
et de boucliers. Les épées et les 
sabres sont plies, comme il arrive 
si souvent ; mais ce qu'il y a de 
plus notable, c'est que beaucoup 
de sabres sont du type bien 
connu, souvent décrit, mais en- 
core assez mystérieux d'Alme- 
dinilla (fig. 19). Quant au reste 
du mobilier, il consiste surtout 
en fibules de modèles indi- 
gènes assez simples, de toutes 
dimensions, boucles de cein- 
tures, perles et pendeloques en argile, en pâte de verre, 
boucles d'oreilles, bagues, colliers, bracelets de métal, fer, 
bronze, argent et or, des osselets, parfois en très grand 
nombre (ii3 dans une seule urne), et, enfin, des amulettes 
égyptiennes et phéniciennes telles que le commerce phéni- 
cien en a répandu à foison dans tout le bassin de la Médi- 
terranée. 

Quatrième groupe. — Il comprend des fosses moyennes, où 
se trouvent avec des ossements, tantôt brûlés, tantôt non, des 
objets clairsemés et médiocres, petis vases, anneaux de bronze, 
clous de bronze ou de fer, et d'ordinaire des petits vases de 
verre. Ce sont des sépultures pour quelques-unes contempo- 




FiG. 19. — Sabres de fer du type 
d'Âlmedinilla. — Villaricos. 



l'archéologie en ESPAGNE ET EN PORTUGAL Il3 

raines des précédentes, mais la poterie romaine commence 
à y faire son apparition. 

Cinquième groupe. — Ce groupe est mieux connu par la 
nécropole à' AUnizaraque que par celle de Villaricos même, où 
il est fort réduit. Les corps étaient allongés, quelquefois par 
groupes, directement dans la terre, les fosses étant garnies 
grossièrement de pierres ou de dalles; mais il y a aussi des 
traces de cercueils de bois. On ne laissait aux morts que 
quelques bijoux ou objets de toilette personnels, par exemple 
des boucles d'oreilles de cuivre ou de bronze', des fibules, des 
colliers de cornaline, de verre, d'ambre. M. Siret pense que 
ces cimetières ont servi durant une longue période après le 
iv" siècle et correspondent à la domination des Visigoths. 

Sixième groupe. — Enfin, le dernier groupe est constitué à 
Villaricos et Almizaraque par des amphores dans lesquelles 
on enfermait des corps d'enfants. Il est contemporain du 
cinquième et pourrait se confondre avec lui. 

En résumé, Baria apparaît à l'origine comme une ville 
ibérique oi^i ont dominé largement l'influence et les mœurs 
puniques. Cette union des indigènes et des colons cartha- 
ginois a duré longtemps, puisque dans une urne funéraire du 
second groupe on _ ^ 

a recueilli une mon- ~ .; v -.. 

naie carthaginoise 
au type d'Auguste. 

Il est particuliè- %?/;<..., 

rement utile de no- --«3^?È^ ;- v ^^ ., " ;, '\im\ iv . 4 J 

ter l'importation de _, ^ , . , ^ v n ^ 

'^ FiG. 20. — Sphinx en pierre tendre. — Villaricos. 

beaux vases grecs. 

Ces objets devaient être de valeur assez mince, puisqu'on s'en 
est servi en guise d'urnes funéraires; peut-être sont-ils arrivés 
dans les cargaisons puniques. Mais, la céramique mise à part, 
les objets les plus intéressants qu'ait récoltés M. Siret sont 
puniques^ et il faut citer avant tout un petit sphinx de pierre 

I. Les pendants caractéristiques que M. Siret appelle de enehafe sont sans doute 
des bijoux composés de petits tubes de métal formant comme des perles longues, et 
s'emboitant à la manière des tubes de canalisation, ou simplement des bijoux en 
métal creux étiré. 



[lZ| BULLETIN HISPANIQUE 

tendre, malheureusement mutilé, sans tête et sans pattes, dont 
les longues ailes sont étendues contre les flancs (fig. 20), puis 
une sa luette informe de déesse-mère assise et une série de 
petites stèles puniques dont une porte une épitaphe. 

A l'époque romaine, Baria fut florissante. Cependant, les 
monuments romains recueillis sont rares et sans grande 
importance. M. Siret n'a retrouvé que trois inscriptions latines, 
dont l'une, fragmentaire, est relative à une construction 
d'édifice, l'autre est une dédicace de l'an 245 à l'empereur 
Philippe par la Respublica Bariensium, et la troisième une 
épitaphe. Une base de statue porte ces mot grecs KAEIfl 
IITOPIAN, en caractères de l'époque romaine. 

M. Siret ne s'en est pas 
tenu aux ruines de Villa- 
ricos; à Herrerias, à 3 kilo- 
mètres de là, il a étudié 
avec le plus grand soin les 
traces de très importants tra- 
vaux miniers des Phéniciens 
à la recherche de l'argent, 
et retrouvé leurs établisse- 
ments et leurs cimetières. 
11 a pu ainsi enrichir ses 
collections d'objets indi- 
gènes et puniques, en par- 
ticulier d'une lampe d'ar- 
gile en forme de tête de 
bœuf d'aspect très original (fig. 2i) et faire sur la disposition 
des maisons et des sépultures, aussi bien que sur l'art des 
ingénieurs, des observations complémentaires de haut intérêt. 
On voit dès lors quelle est la valeur tout à fait rare de la 
contribution que M. Siret apporte à l'histoire de l'Espagne 
primitive : on jugera de tout ce que ses investigations nous 
apprennent de nouveau par les conclusions qu'il en tire et la 
chronologie qu'il croit pouvoir établir grâce à elles: i° Décou- 
verte et exploration des produits argentifères par les Sidoniens 
à la fin de l'époque néolithique, quand les indigènes ne 




Fig. 21. 
Lampe ibérique trouvée à Herrerias. 



L ARCHEOLOGIE E?î ESPAGNE EN EX PORTIGAL Il5 

connaissaient pas encore le précieux métal. Ce commerce se 
soutient pendant plusieurs siècles du second millénaire anté- 
rieur à notre re. 2" Invasion de peuples du Nord jusqu'au 
xi' siècle et formation de la nation celtibérienne. Ruine du 
commerce phénicien. Exploitation et utilisation dans le même 
pays des richesses minières. Civilisation du bronze et première 
civilisation du fer. 3" Arrivée des premiers marchands cartha- 
ginois. Fondation de Baria vers le vi" siècle. Reprise du com- 
merce de l'argent. Sépultures archaïques, purement puniques 
à Villaricos, avec mélange du premier âge du fer à Herrerias. 
Absence d'armes. 4° Deuxième période punique, 11% m* et iv" 
siècles. Invasion à main armée, conquête d'Hamilcar Barca. 
Mélange, dans la nécropole de Baria, de l'art punique avec 
l'art indigène du deuxième âge du fer. Urnes cinéraires 
grecques et pseudo-mycéniennes. Armes abondantes, princi- 
palement sabres ondulés. 5° Conquête romaine, à laquelle sur- 
vécurent quelque temps les mœurs antérieures. Avènement du 
Christianisme, etc. 

Sans donner mon adhésion à cette théorie révolutionnaire, 
qui a déjà soulevé de vives critiques, et sans avoir à la 
discuter ici, je devais la faire connaître. 

On s'est déjà rendu compte au cours de cet article, et parti- 
culièrement à propos des fouilles de M. Siret, que la question 
des vases peints ibériques est à Tordre du jour et préoccupe 
justement les archéologues. A ce titre je me permets de 
signaler l'étude que jai consacrée à une série céramique de 
cette catégorie qui se trouve au Musée de Saragosse'. 

C'est grâce à l'amitié de MM. les professeurs de l'Université 
de Saragosse que j'ai pu voir et examiner à loisir ces précieux 
documents, tous vraiment inédits, grâce au talent de M. Carlos 
Palan, professeur à l'École des Beaux-Arts, que j'ai pu en 
donner de très bons dessins. Les vases du Musée de Saragosse 
proviennent sans doute de fouilles faites avant 1870 par M. Pablo 
Gil, qui est mort professeur à l'Université de cette ville, à la 
Zaida, petite ville voisine de Hijar, à 67 kilomètres de 

I. Pierre Paris, Vases ibériques du Musée de Saragosse (Monuments et Mémoires 
de la fondation Eugène Piot, t. XVII, i" fascicule). 




FiG. 23. 

Vase ibérique du Musée de Saragosse. 



Tifi BULLETIN HISPANIQUE 

Saragosse. Les dimensions des ustensiles sont assez grandes, 
et leurs formes, sans être très originales, sont caractéristiques 

d'un atelier jusqu'à présent 
inconnu, aussi bien que 
leur décoration peinte. Cette 
décoration, quoique ratta- 
chée étroitement à celle de 
toute la céramique pour 
laquelle j'ai réclamé et je 
maintiens l'épithète d'ibé- 
rique, c'est-à-dire d'indi- 
gène, n'en a pas moins son 
faciès bien à elle. Le dessin 
des vases est du style géo- 
métrique, mais les éléments 
qu'il emploie, et où domine 
la crosse agrémentée de 
fioritures, sont disposés, 
groupés, alternés, opposés de façon à former des figures 
inédites, parfois fort heureuses. Les peintres d'ailleurs ne 
s'interdisent pas de mêler 
aux motifs géométriques, 
qui dominent, des motifs 
empruntés au végétal, mais 
ils les stylisent toujours 
pour leur donner un aspect 
plus linéaire. D'autre part, 
ils n'hésitent pas à puiser 
au fonds commun des fabri- 
ques du reste de l'Espagne, 
et l'on retrouve sous leur 
pinceau tel assemblage que 
son fréquent usage a par- 
tout rendu banal. Désor- 
mais, la céramique de Saragosse, ou mieux de la Zaida, aura 
sa place d'honneur à côté de celle de l'Amarejo, d'Elche, 
d'A.rchena et de Numance. Sa réputation grandira quand 




FiG. 23. 

Vase ibérique du, Musée de Saragosse. 



l/ ARCHÉOLOGIE EN ESPAGNE ICT EN POHTtGAf. 



117 



paraîtra l'étude de M. Pijoan sur les vases de même prove- 
nance, plus beaux encore et plus variés, qui, de la collection 
Gil, sont heureusement entrés au Musée municipal de Barce- 
lone dont ils sont un des joyaux (Jlg. 22 et 23) '. 

Ce splendide Musée, de formation si récente, et dont la 




FiG. ai. FiG. 35. 

Vases d'Archena an Musée municipal de Barcelone. 

richesse croît de jour en jour, a du bonheur. Je ne puis 
oublier de dire qu'il possède deux superbes vases d'Archena. 
On a bien voulu me demander de les faire connaître aux 
lecteurs de VAnuari de UInstitat d'Estudis Catalans, en même 
temps qu'un vase de même origine acheté par le Musée du 
Louvre, et qu'un autre trouvé en Catalogne même, à la 
Higueta, près Figueras^. La décoration est, sur les quatre 



1. Cette étude vient de paraître, mais ne nous est pas encore parvenue. 

2. Institut d'Estudis Catalans. Anuari MCMVII (paru en 1909). Pierre Paris, 
Quelques vases ibériques inédits (p. 7G et suiv.). 



Il8 liUlJ.KTIN HISPANIQUE 

exemplaires, du style que les fouilles d'Elche ont si brillam- 
ment illustré; l'élément géométrique y est fort réduit, tandis 
que la plante stylisée abonde, et que l'animal, sous une forme 
heureusement conventionnelle, y tient une place prépondé- 
rante. Les carnassiers, les oiseaux fantastiques s'y déploient 
parmi les végétations étranges, et l'ensemble dénote un art 
très développé, hardi et libre en son principe, mais déjà 
compromis par des tendances manifestes vers la convention 
et même la routine (fig. 2à et 25). Il est intéressant de noter 
que le vase de la Higueta, quoique apparenté de si près 
avec ceux d'Archena, ne sort pas de la même fabrique ; il 
donne l'impression d'une main plus ancienne et quelque 
peu hésitante dans le choix et l'exécution de motifs moins 
familiers. 

J'ai profité de l'occasion pour défendre de mon mieux, une 
fois de plus, la théorie, vivement attaquée depuis quelque 
temps, de l'origine espagnole de toute cette céramique. Je 
suis particulièrement heureux que les découvertes se multi- 
plient, et que des savants comme MM. Déchelette et Siret 
serrent de près le problème. Nul plus que moi ne désire le 
voir résoudre, même si la solution en est contraire à mes 
idées. 

Certains indices semblent indiquer que les fouilles qui se 
poursuivent depuis assez longtemps à Ampurias nous appor- 
teront aussi un peu de lumière; mais les résultats de ces beaux 
travaux sont assez lents à se divulguer. Peut-être le second 
volume, sous presse, de V Anuari portera-t-il quelque aliment à 
notre cusiosité'. 

Cependant, avec leur libéralisme coutumier, nos amis catalans 
ont permis à M. Eugène Albertini, membre de l'École française 
d'Espagne récemment fondée par l'Université de Bordeaux, 
de présenter à l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres 
la belle et classique statue d'Esculape découverte, dans les 
derniers jours d'octobre 1909, à l'intérieur de l'enceinte 



I. En effet, V Anuari (a« vol.) a paru et il y est longuement question d'Âmpurias, 
mais il est trop tard pour que nous en parlions cette année. 



t'aKCHKOI.OOIE RN ESI'VONE KT KN POKTr(.\L IIQ 

grecque'. J'ai pu moi-même donner à la Revue des Études 
anciennes une exquise terre cuite grecque, une Déméter de 
grand style sévère, qu'un colon venu d'Attique ou de Béotie 
avait eu le bon goût d'emporter dans ses bagages, et que M. de 
Ferrer a eu la cliance de retrouver dans les sables d'une dune^. 
C'est un privilège de cet admirable sol espagnol de livrer par 
intervalles de ces précieux joyaux de l'art grec. Qui sait tout 
ce qu'Ampurias a déjà donné de trésors qui se sont reperdus, 
qui sait tous ceux qu'elle réserve encore, mais qui désormais 
seront pieusement recueillis et sauvés grâce à l'active Jnnta 
de Museos de Barcelone? 

L'époque romaine n'a pas été non plus mal partagée en 
Espagne au cours de ces deux dernières années. Les œuvres 
de sculpture retrouvées sont assez rares, ou du moins on en a 
peu signalé. Sans rappeler VEsciilape d'Anipurias, je ne puis 
parler en connaissance de cause que de deux Vénus. C'est 
d'abord un petit bronze provenant d'Heramelluri, l'antique 
Liria. La déesse est à demi nue, sa tunique ayant indiscrète- 
ment glissé un peu plus bas que ses hanches ; elle se regardait 
sans doute en un miroir qui a disparu avec la main droite. Le 
travail est délicat, sans que rien dénote une pièce de rare 
valeur^. L'autre Vénus est en marbre; elle mesure 5o centimè- 
tres de hauteur; sa tête manque malheureusement. Elle a été 
découverte en juin 1909, dans la commune de Tardajos 
(Burgos), mais elle est passée aux mains d'un antiquaire, 
comme du reste la figurine de Liria : autant dire qu'elles sont 
perdues toutes les deux. M. Huidrobo, qui a donné une image 
du marbre dans le Boletin de la Real Academia de la Historia^, 
l'appelle Vénus de Deobriga parce que Deobriga semble avoir 
été la ville antique la plus proche de Tardajos. Vénus est 
debout, retenant de la main droite chastement placée une dra- 
perie qui ne cache plus qu'une partie de la jambe droite. Elle 
était groupée avec un petit Amour dont on voit l'aile gauche 

1. Comptes rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Relies-Lettres, 3 décem- 
bre 1909 (1909, p. 989). 

2. Revue des Études anciennes, 19 10, p. ibi, pi. IV. 

3. Boletin de la Real Academia de la Hisloria, 1908, p. 5u3. 

4. 1909, p. 002. 



I20 BULLETIN HISPANIQUE 

contre la statue^ à gauche, et les pieds posés sur une coquille 
marine, à gauche de la déesse. L'arliste avait du goût et il était 
habile. Autant que j'en puis juger d'après une gravure qui 
laisse un peu à désirer, cette statue peut soutenir la compa- 
raison avec la jolie Vénus du Musée d'Agen, qui lui ressemble 
beaucoup. 

En revanche, la récolte d'inscriptions latines est abondante, 
et, comme toujours, le savant Père Fita les édite avec une 
inlassable activité. Laissant de côté les épitaphes, j'ai noté 
d'abord un assez grand nombre de bornes milliaires, parmi 
lesquelles les plus intéressantes sont celles de la Via Augusta. 
Deux kilomètres avant d'arriver à la Garlotta, entre les kilo- 
mètres /il 7 et 4i8 de la route de Madrid à Séville par Bailen et 
Gordoue, se trouve la Casa de Postas ou de Mongonegro; 
c'est là que se trouve une colonne indiquant une station à 
78 milles ab Jano Augusto ad Baetem iisqiie ad Oceanam. 
La pierre date du cinquième consulat de l'empereur Tibère, 
c'est-à-dire de l'an 35-36 de notre ère. Non seulement elle 
a une véritable importance géographique, mais l'indication de 
la XXXVIP puissance tribunitienne de Tibère, qui est très 
nette, permet de rendre confiance à des textes similaires que 
l'on avait cru devoir corriger • . 

A la sortie d'un pont romain jeté sur l'Arlanza, à Tordomar, 
dans la province de Burgos, on n'avait jamais remarqué deux 
inscriptions pourtant peu dissimulées. L'une date du règne de 
Trajan en 98 ou 99, et rappelle une réparation faite au pont, 
l'autre date de l'an 121 (.^), sous Hadrien, et marque que le 
pont est distant de Glunia de 29 milles ^ 

Parmi les dédicaces à des divinités, j'ai relevé deux ex-voto 
d'Italica, l'un à Domina Regia, c'est-à-dire Junon, l'autre à 
Domina Ourania, qui doit être la même déesse. En effet, les 
deux stèles sont ornées de deux pieds, et ceux de la seconde ont 
même six doigts chacun ; on a du reste trouvé beaucoup de 
pieds votifs à Italica^. 



I. Bolelin delà Real Academia de la Historia, mars 1910. 
a. Ibid., 1909, p. 323 (Fidel Fita). 
3. Ibid., 1908, p. U (Fidel Fita). 



L AUCIIEOLOGIP: E>' ESPAGNE ET E\ PORTUGAf- 13 1 

A Cordoue, dans la muraille antique, à la Puerta de Gallegos, 
on a trouvé le texte suivant : 

A RAM 
PORTIS. GEMINIS 
L. IVNIVS. PLATON 
ET. IVNIA. LYCIAS. FIL 
" OB. SERVILIOS. PATRICIVM 
ET PATRICIENSEM. ET 
NEPONTINAM. PARENT 

ES 
VOT. LIB. SOL. 

Ces deux portes sont celles dont parle Virgile {En., VI, 
893): 

Sunt (jeminae somni porlae. 

placées à l'entrée des Champs-Elysées, et auxquelles préside le 
Sommeil. Le Sommeil, par les songes, est une divinité fati- 
dique, et c'est ce qui explique Vex-voio d'italica". 

Transportons-nous à Carthagène. M. Diego Jimenez de 
Cisneros y Hervas, au cours de travaux de terrassement 
exécutés au croisement de la rue del Aire et de la rue de Jara, 
a reconnu les ruines de constructions importantes auxquelles 
il a donné le nom de Forum romain, ou Forum de Numisius, 
parce qu'il a lu sur un piédestal linscription suivante : 

L.NVMISIO 
CN.F.SER.LAETO 
AED.II.VIR.ET.H.VI 
QVINQ.FLAM.AV 
GUSTOR.PONTIF. 
PRAEF.COHORT 
MVSVLAMIORVM 
FLAMINIPRO 
VINCN H.C.BIS 
D. D. 

Ce personnage était déjà connu par la dédicace d'un autel et 
de statuettes aux dieux lares. 

I. Bolclin de la Real Academia de la Historia, 1908, p. 453. 



123 m I.LETlN ttISPAMOUE 

Son piédestal se trouvait parmi les restes d'une colonnade : 
on a retrouvé au même endroit un chapiteau, quelques débris 
de bas-reliefs, dont une tête humaine vue de face, une tête 
de lion et un cheval, sans parler d'un fragment de torse de 
marbre blanc et d'un bras ' . 

De là provient aussi cette inscription funéraire, dont la 
formule est curieuse : « Phila, salve et vale. Salve qui monu- 
mentum visitum venisti. Vale. Sit tibi terra levis. » 

Enfin un heureux hasard a fait retrouver à M. Manuel 
Gomez-Moreno quatre inscriptions publiées au Corpus, mais 
dont la provenance aussi bien que le lieu de retraite étaient 
totalement inconnus 2. Elles sont actuellement incrustées dans 
le mur de l'église de Villalis, petit village à dix kilomètres 
au sud d'Astorga. M. Gomez-Moreno en a pris de meilleures 
copies avec la copie de deux autres textes restés inédits. Les 
six inscriptions, gravées sur des plaques de marbre blanc, se 
ressemblent toutes matériellement, et se rapportent toutes au 
même objet, la septième légion gemina qui tint si longtemps 
la garnison de Léon. Ce sont des invocations à Jupiter Optimus 
Maximus pour le salut des empereurs à l'occasion de fêtes 
anniversaires qui se succèdent entre les années i63 et 177. Ces 
fêtes avaient lieu aux jours anniversaires de l'Aigle, des 
Sangliers (aprunculi), des Enseignes, les animaux étant, 
comme on sait, les emblèmes qui surmontaient les étendards. 
Ce sont les officiers, centurions, décurions, préfets de la 
cavalerie, porte-étendards, d'autres encore qui prennent l'ini- 
tiative de la dédicace. Voici d'ailleurs la transcription de l'une 
des inscriptions inédites : 

Jovi Oplimo Maximo sacrum pro soluté Imperatoris Caesaris 
Marci Aurelii Antonini Augusli ob natalem Aprunculorum. Milites 
cohortis primae Gallaecorum sub cura Marci Sexti Baccoris 
centurionis cohortis eiusdem et Valerii Semproniani benejlciarii, 
procuratoris Augusli. X kalendas maias, Pisone et Juliano 
consulibus. (Année 175.) 

La découverte de M. Gomez-Moreno a le grand avantage 

I. Boletin de la Real Academia de la Historia, 1908, p. 488. 
3. Ibid.) 1909, p. 19. 



l'archéologie E?i ESPAGNE ET EN l'ORTUGAT, 133 

d'amender sérieusement le Corpus, qui avait dû se contenter 
des lectures de Muratori, et d'augmenter de façon très intéres- 
sante une série de documents relatifs à l'histoire de la septième 
légion. 

Passons d'Espagne en Portugal. Nous y trouverons une non 
moins intéressante activité d'investigation et de publication, 
où les Portugais ont d'autant plus de mérite qu'aucun secours, 
pour ainsi dire, ne leur vient des savants étrangers. 

Je rendais compte en 1908 des belles découvertes de M. dos 
Santos Rocha à Santa Olaya et dans les stations préromaines 
de l'âge du fer dans les environs de Figueira da Foz. Le 
quatrième fascicule du second volume de Portugalia nous a 
apporté la suite de cet important travail'. Mais une triste 
nouvelle nous est parvenue ; l'illustre érudit de Figueira, le 
fondateur du riche musée qui fait tant d'honneur à sa ville, 
est mort le 28 mars dernier. Qui désormais entreprendra ces 
fouilles minutieuses dont celles de Santa Olaya sont le type, 
dont nous retrouvons un exemple dans l'exploration de 
Crasto? M, dos Santos Rocha avait découvert cette originale 
station dans les environs de Figueira. C'est une petite éminence 
en tronc de cône, assez escarpée, et régularisée par la main 
des hommes, qui domine la vallée de Sampaio, non loin de la 
route de Figueira à Guiaios. Le lieu est sauvage et perdu dans 
la Sierra ; il n'y avait place dans l'enceinte fortifiée que 
pour quelques familles, une soixantaine au plus, vivant dans 
des cabanes en branchages de 3 mètres de côté. Dans le fond 
de ces cabanes, à quelque 3o centimètres au-dessous du sol, 
se sont trouvés des fragments de poteries du type de Santa 
Olaya, avec des débris de tuiles romaines, témoins d'une 
occupation luso-romaine. 

La découverte la plus curieuse faite à Crasto est celle de ce 
que les fouilleurs ont appelé le « deposito negro». C'était une 
espèce de vase ou de boue noire épaisse, pâteuse, chargée de 
détritus de toute sorte, qui atteignait parfois l'épaisseur de 
i^ôo. La couche s'étendait le long du parapet du nord sur 

I. p. '-x^Z et s. Estacôes pre-romanas da idade do ferrn nas visinhas de Figueira, 
Parte a» O Crasto. 



134 BULLETIN HISPANIQUE 

une longueur de 76 mètres et une largeur de 4 à 12 mètres. Ce 
réceptable d'immondices, par les jours de pluie, répandait une 
odeur infecte qui incommodait les ouvriers. M. dos Santos 
Rocha le fit pourtant fouiller et y recueillit des objets de toute 
nature, en particulier de la céramique semblable à celle de 
Santa Olaya, mais très peu de céramique décorée, des armes, 
des fibules de bronze assez nombreuses, peu de fer. En géné- 
ral Grasto paraît plus ancien que Santa Olaya, mais en est 
cependant à peu près contemporain. L'enceinte a de l'intérêt 
en ce qu'elle se compose d'un mur en grosses pierres brutes, 
unies avec de la terre bumide, que contrebute à l'extérieur 
une levée de terre; l'épaisseur totale est de k mètres. Quant 
aux cabanes, elles étaient sans doute, comme je l'ai dit, faites 
de branchages, et quelquefois les parois en treillis étaient 
revêtues d'argile, suivant un procédé déjà connu en Espagne 
et en Gaule. 

M. dos Santos Rocha ne collaborait pas seulement à Portu- 
galia et au Bolelim da Sociedade archeologica Santos Rocha qu'il 
avait fondé. V Archeologo português, si riche en informations, 
a souvent profité de son activité féconde, et j'ai plaisir à 
rappeler le dernier article qu'il a publié sous ce titre : Trésor 
funéraire de Lameira Larga, époque lusoromalne^. Il s'agit 
d'objets de l'époque romaine trouvés dans une sépulture à 
5 kilomètres au sud de Penamacor (Beira Baixa) par M. Fran- 
cisco Augusto da Gosta Falcâo. Ge sont une fiole de verre, 
une lampe, deux vases d'argent et une patère de même métal, 
qui, enfermés dans une caisse de plomb, avaient été cachés 
dans un trou de rocher. La patère d'argent est une pièce tout 
à fait hors ligne. Elle est en forme de disque concave, de 
187 millimètres de diamètre, et décorée d'une très belle scène en 
relief (^gf. 26). L'argent était revêtu par endroits d'une feuille 
d'or dont on retrouve des traces assez nombreuses. M. dos 
Santos Rocha a certainement bien expliqué le sujet; on y voit 
Persée nu, sauf qu'une chlamyde flotte sur ses épaules, le 
bonnet phrygien en tête, la harpe à la main, qui s'avance 

I. 1909, p. kU. 



l'archéologie en ESPAGNE ET EN PORTUGAL !25 

avec élan vers deux Gorgones endormies dans une grotte, 
nues et vues à mi-corps. Hermès, debout à sa gauche, semble 
l'exciter et le protéger. Il porte le caducée, et en même temps 
soulève des deux mains deux pointes de la chlamydc du héros, 
formant ainsi une sorte de voile entre Persée et les monstres 
au regard redoutable •. A sa droite Athéna le suit, s'abritant der- 
rière son grand 

bouclier, et Per- 
sée détourne la 
tête aussi pour 
éviter les yeux 
dangereux des 
Gorgones. Au- 
dessus des per- 
sonnages est des- 
siné un olivier 
dont le tronc et 
les branchés 
s'arrondissenten 
suivant la courbe 
du disque, et sur 
lequel perche 
une chouette. 
Sous les pieds 
sont divers ob- 
jets. Tout cela est en général conforme à la tradition mytho- 
logique, et le sujet est composé et exécuté avec une habileté 
et une correction qui donnent à la patère une place très hono- 
rable dans l'art gréco-romain. M. dos Santos Rocha l'attribue 
à l'époque d'Auguste et son jugement peut être accepté. Elle 
n'est pas moins intéressante que le célèbre plat Otanes, mais 
le style en est plus ferme et plus classique, et la technique 
plus savante. 




FiG. î6. — Patère d'argent de Lameira Larga. 



I. C'est la seule explication plausible, il me semble, du geste d'Hermès, et 
j'ignore si quelque monument antique nous montre la scène ainsi disposée. De 
toutes façons j'estime que la patère portugaise doit désormais figurer parmi les 
documents et les œuvres d'art les plus importants relatifs au mythe de Persée et des 
Gorgones. 

Bull, hispan. g 




126 BULLETIN HISPANIQUE 

Pour revenir à la préhistoire, Portugalia nous fait connaître 
diverses découvertes paléo ou néolithiques sur lesquelles je 
n'ai pas ici à insister, comme la nécropole de Ganidello (Terra 
da Maia, au nord de Porto), dans une région où abondent les 
cividades', les cachettes de haches de bronze de Ganfei 
(Valença^) et de Famalicâo et Barcellos-^, les vases en forme 
de chapeau renversé de Villa do Conde et de la cité de 
Terroso^, vases grossiers, faits à la main, mais intéressants en 
ce qu'ils ont un vaste rebord plat orné de petits traits en 
creux. Mais M. Fortes a aussi publié dans cette revue un très 
beau collier d'or qu'il rattache à la protohistoire, et que l'on 
peut simplement appeler ibérique^. Il provient d'Estella, près 

de Varzim, où il 
fut trouvé dans 
un pot d'argile 
avec des pen- 
dants d'oreilles 

FiG. 27. — Collier d'or d'Estella. ^^ même type 

que ceux de 
Laundos dont j'ai parlé dans mon bulletin de igo8,un torques 
d'or et des grains d'or et d'argent. Ce collier (Jig. 27) se 
compose de petites plaques couvertes de légères bossettes 
pointues très régulières alternant avec d'autres plaques sur 
lesquelles sont fixés en saillie de petits cônes creux et d'où 
pendent de menues lentilles décorées de traits fort simples. Le 
groupement de ces divers éléments adopté par M. Fortes est 
ingénieux et probable, sans être certain, mais peu importe en 
somme. Il ne faut pas manquer de remarquer du moins la 
ressemblance qu'il y a entre les petits cônes de ce collier et 
ceux qui bordent les bandeaux dits de Caceres, bien qu'ils 
soient d'origine asturienne, du musée du Louvre, et aussi le 
magnifique diadème de Javea au musée de Madrid. C'est un 
beau spécimen de l'art des orfèvres espagnols, et il faut savoir 

1. Portugalia, II, p. 619. Abbade Sousa Maia, A nécropole de Canidello. 

2. Ibid., p. 661. Esconderijo morgeano de Ganfei (J. Fortes). 

3. Ibld., p. 662. Machados avalsos da idade do bronze (J. Fortes). 

4. Ibid., Vasos em forma de chapeu invertido (J. Fortes). 

5. Ibid., p. hob et pi. XXXVIII. Ouros protohisioricos da Eslella. 



r. ARCHEOLOGIE EN ESPAGNE ET EN PORTUGAL I37 

gré à M. Rocha Peixolo qui en a assuré la conservation au 
musée de Porto. 

V Arcficologo Porlugucs, dont notre actif ami M. Leite de 
Vasconcellos est l'âme, ne nous a pas en ces deux ans apporté 
une moisson moins riche qu'autrefois. Presque à chaque 
page il nous annonce la décou- 
verte de quelque monument ^ 

ou de quelque document d'im- ^ \ 

portance, parmi lesquels nous 
n'avons que l'embarras du 
choix. 

Par ordre d'antiquité il faut 
citer une pierre de schiste de ' 

Defesa (S. Tiago de Cacem)>, à 
la surface de laquelle est sculp- 
tée en très bas relief une véri- 

table panoplie (fig. 28). On y , i 

voit à gauche, disposée obli- --éâi*'' 

quement, l'image d'une épée à 

la partie supérieure de laquelle | 

se lient deux traits parallèles y 

qui peut-être représentent des / 

courroies de suspension ; à ^ 

droite une haste qui vient se tiu. 2«. 

terminer juste contre Tépée, stèle de Dcvesa (S. Tiago de Cacem). 

haste d'une arme certainement, 

mais d'une arme qu'on ne peut définir. Ce n'est pas une 
lance, parce que lorsque la dalle était intacte de ce côté, elle 
n'était pas beaucoup plus large, et il n'y avait pas de place 
pour une lance. Serait-ce une massue? Au centre de la pierre, 
posée par-dessus les deux objets précédents, verticalement, 
il y a une autre arme, espèce de hache, dont la lame a la forme 
du bouclier appelé pclla, et dont le manche est terminé par 
un appendice semi-lunaire. Ce trophée est destiné certaine- 
ment à tenir une place de choix parmi les monuments de l'âge 

I. J. Leite de Vasconcellos, Estados sobre a epoca do bronze em Portugal, dans 
O Archeologo Português, igoS, p. 3oo et fig. i. 



128 BULLETIN HISPANIQUE 

du bronze en Portugal. M. Leite de Vasconcellos qui l'a publié 
publie aussi un fragment de plaque analogue où est représentée 
la partie supérieure d'une hache semblable {Jîg. 29); il provient 
d'un cimetière de l'âge du bronze des environs de Panoias de 
Ourique, et fouillé par M. José de Almeda Carvalhaes, prépa- 
rateur du Musée archéologique de Lisbonne'. 

C'est à la même époque, un 
peu postérieure sans doute, mais 
pas de beaucoup, que remontent 
les « cités mortes » étudiées par 
M. Albano Bellino, et dont nous 
avons connaissance par un arti- 
cle posthume de ce collection- 
neur et archéologue très re- 
grettée Ces citanias, pour leur 
donner le nom portugais popu- 
laire adopté par les historiens, 
sont situées dans les environs 
de Braga. M. Bellino fut incité à 
les explorer après une visite à la 
citania de Briteiros, que l'illustre 
Martins Sarmento a rendue célè- 
bre. Tour à tour, depuis 1898, 
il visita le mont de Santa Maria da Falperra, le mont Espinho, 
le mont de Castro, San Martinho de Dame, le mont de Cônes, le 
mont de San Pedro Fins, a dans une situation fantastique, 
enchanteresse, » le mont de San Juliao, le mont Vermelho, et 
surtout le monte Redondo, près de Veiga de Penso. 

A Santa Marta da Falperra et à Monte Redondo il a retrouvé 
nettement la triple muraille d'enceinte et les maisons circu- 
laires caractéristiques des citanias, avec toute une série de ces 
pierres décorées de tresses et de torsades en relief, comme 
celles de Briteiros, où Martins Sarmento/le premier, songea à 
reconnaître une influence orientale. 

De même que les citanias de Sarmento, celles de M. Bellino 




FiG. 29. 
stèle de Panoias de Ourique. 



I. J. de Vasconcellos, op. cit., p. 3o5, fig. 8. 

a. Archeologo Português, 1909, p. i. Cidades mortas. 



L ARCHEOLOGIE EN ESPAGNE ET EN PORTUGAL 




\3\/!<B/] 



ont été habitées pendant l'époque romaine et jusqu'à la fin de 
l'Empire. A côté de la céramique indigène, toute grossière, 
gardant en sa pâte de petits cailloux et des grains de mica, se 
trouvent en quantité les tessons romains, spécialement le 
barro sagontino. Les monnaies romaines sont fréquentes, et 
M. Bellino cite un trésor trouvé par un laboureur sur le 
versant d'une colline, dans la paroisse de Figueiredo, trésor 
qu'il fut prié d'examiner; il contenait plus de 5o kilogrammes 
de petits bronzes de 
Constantin, Cons- 
tance, Valentinien, 
Maxence, Théodo- 
se, Magnence, etc. 
Or, des amateurs 
avaient déjà séparé 
de la masse une très 
grande quantité de 
pièces diverses. Les 
inscriptions mêmes 
sont fréquentes 
dans la région, et 
l'article de M. Bel- 
lino nous présente 
la photographie 
d'une dizaine que 
par malheur il n'a 
pas transcrites, et qui sont, sur l'image, illisibles. 

Quand sera faite l'étude d'ensemble sur les citanias que 
nous attendons? Il est besoin, pour la mener à bien, d'un 
explorateur infatigable qui soit à la fois versé dans la 
préhistoire, l'histoire ibérique et l'histoire romaine. La 
tâche est longue et un peu rude, mais combien attrayante 
pourtant ! 

L'épigraphie luso-romaine doit encore beaucoup, depuis 
deux ans, à V Archeologo Portugués. Des ruines déjà connues 
de Devesa de Villa nova M. Albino Pereira Lopo publie trois 
nouvelles épitaphes : l'une surtout est intéressante par le crois- 




FiG. 3o. 



FiG. 3i. 



Stèles luso-romaines de Devesa de Villa nova 
et de \ illa nova de S. Jorge. 



l3o BULLETIN HISPANIQUE 

sant renversé qui surmonte les noms propres'. Le même 
symbole, mais renversé et cantonné de trois étoiles s'est trouvé 
aussi récemment sur une stèle inscrite de Villa nova de S. Jorge 
(Braga)^ (fig. 30 et 31). 

Mais il y a lieu de s'arrêter surtout à la collection que publie 
F. Alvarez Pereira sous ce titre : u Ruinas de ruinas ou Estudos 
Igeditanos^. » 11 s'agit de huit inscriptions que l'auteur appelle 
hiérologiques, provenant d'Idanha-a-Velha, la vieille capitale 
des Igeditani (Beira Baixa), dont le Corpus avait déjà recueilli 
quelques textes. Ce sont des dédicaces à Junon, à Jupiter 
Conservateur, à Mars, ce qui est banal, mais aussi à des dieux 
indigènes. Quelques-unes de ces dernières ne sont pas inédites, 
mais une au moins est nouvelle et intéressante. M. Leite de 
Vasconcellos 't la transcrit ainsi : 

VELANGANIl AECO 

THOSTIADELIGANDA 

VCANUSADIEI. F 

ce qui doit se lire : [Re]velanganitaeco[es]t hostia deliganda. 
[Ljucanus Adiei f(ilius). Sans parler de la forme curieuse donnée 
à l'ex-voto, il faut noter la forme latine du nom de dieu, 
Revelanganilaecus, qu'une autre dédicace de même provenance 
appelait, à la mode lusitanienne, Revelanganidaeiguis . 

Mais toutes ces antiquités portugaises, malgré leur valeur, le 
cèdent en importance à celles qu'a découvertes M. Félix 
Alvarez Pereira dans le Castro de Santiago de Gentufe, sur la 
rive droite du rio Luna, non loin du confluent du rio Vez. 
Je ne puis mieux terminer cette longue revue qu'en en par- 
lant avec détail 5. 

Ce sont trois fragments de très vieilles statues de pierre. 
L'un d'eux, haut de 68 centimètres, qui représente le torse 

1. O Archeologo Português, 1909, p. 5i. As ruinas da Devesa de Villa nova. 
a. Id. Ibid., 1908, p. 3i3. Villa nova de S. Jorge (Bragança) : Uma curiosa lapide 
inedita. 

3. Ibid., 1909, p. 169. 

4. Ibid., p. 243. Um deus igiditano. 

5. Ibid., 1908, p. 202. Novo material para estudo da estatuaria e architectura dos 
caslros do alto .Minho. 



L ARCHEOLOGIE EN ESPAGNE ET EN PORTUGAL 



l3l 



sans tête et sans bras, le bassin et la moitié des jambes d'un 
homme, mérite toute l'attention que lui a donnée M. Alvarez 
Pereira (fig.32j. C'est le reste d'un soldat lusitanien, apparenté 
aux fameux soldats d'Ajuda, de Viana, de Fafe, et à leurs 
congénères, mais d'un type tout nouveau. Il était vêtu d'une 
tunique courte décorée d'un 
réseau de losanges et serrée à 
la taille par une ceinture à 
triple tour. 11 était armé d'un 
sabre court dont on aperçoit 
la trace sur son flanc droit, et 
portait devant la poitrine un 
bouclier rond large comme 
son corps. Sans tenter une 
restitution de détail très pro- 
blématique, on peut admettre 
que le guerrier était exacte- 
ment dans latlitude de ses 
camarades d'Ajuda. Mais sa 
tenue était plus élégante, 
comme en fait foi l'ornemen- 
tation de sa tunique. Sa dague 
n'est pas le sabre du type 
d'Almedinilla, dont le Por- 
tugal a pourtant livré quelques 
exemplaires, mais la lame en 
est large, à pointe courte, du 

type des épées et poignards à antennes dont un très beau 
spécimen, trouvé à Salacia, se conserve au musée ethnogra- 
phique portugais. Quant au bouclier, plus grand que les 
rondaches des statues d'Ajuda, c'était un disque légèrement 
concave, avec un petit umbo ; la surface était ornée de lignes 
droites et courbes formant labyrinthe. M. Pereira a très savam- 
ment rapproché ce modèle de ce qu'il appelle la cetra lusita- 
nienne, bouclier représenté au revers de monnaies autonomes 
d'Alcacer do Sal, et de monnaies mal attribuées encore et 
portant au droit la tête d'Auguste. 




FiG. 32. — Guerrier lusitanien 
de Santiago de Centufe. 



l3a BULLETIN HISPANIQUE 

M. Pereira estime que la statue était celle « d'un lusitanien 
ou d'un Gallaique divinisé » — je crois plutôt à une statue 
funéraire — et il juge que c'est une œuvre de l'époque 
romaine, malgré le caractère archaïque du costume et la forme 
archaïque des armes; pour lui, le rapprochement avec les 
monnaies à la tête d'Auguste est un argument irréfutable. Si 
la statue est matériellement contemporaine d'Auguste, je ne 
sais; mais elle évoque en nous le souvenir d'une époque très 
antérieure, d'un art indigène très vieux et resté immuable à 
travers plusieurs siècles. J'ai dit, je crois, qu'on peut et doit 
admettre une de ces survivances lorsque jai étudié les guer- 
riers lusitaniens et les becerros funéraires dont les toros de 
Guisando restent le type'. La découverte de M. Pereira n'a 
qu'à gagner à mon hypothèse. De toutes façons elle est de 
première importance, et, toute mutilée qu'elle est, la statue 
mérite qu'on en répande l'image, 

Pierre PARIS. 

Bordeaux, mai 1910. 

Ces pages ont été écrites pour le lahrbuch de l'Institut 
archéologique de Berlin. Je dois Texpression de ma gratitude 
à M. 0. Perchstein, secrétaire général de l'Institut, qui m'a 
gracieusement autorisé à les reproduire dans le Bulletin, 
comme il avait fait pour un article analogue en 1908, et a bien 
voulu mettre à ma disposition tous les clichés du lahrbuch. 



1. Un nouveau becerro doit être ajouté au troupeau déjà si nombreux. Il se 
trouve entre Trujillo et Gaceres, à 21 kilomètres de Gaceres, sur le bord de la route. 
Les pattes de derrière sont cassées, la tête endommagée. Mario Roso de Luna, Un 
nuevo berraco prehistôrico, dans Boletin de la Real Anademia de la Historia, 1909, p. 5oG. 



LA CHRONIQUE LEONAISE 

(MSS. A 189 ET G I DE L\ R. ACADEMIA DE LA HiSTORIa) 



Dans le tome XI du Bulletin hispanique, page 269, j'ai 
publié, sous le titre Une chronique léonaise inédite, une partie 
d'une chronique qui se trouve, avec la fameuse Chronique 
latine du Cid (publiée par Risco), dans le manuscrit A 189 de 
la Bibliothèque de la Real Academia de la Historia.M. Antonio 
Blâzquez ayant le premier donné, en 1908, quelques extraits de 
cette chronique inédite, que j'avais étudiée et copiée en 1901 et 
dont j'avais eu l'occasion de donner une brève analyse en 1905, 
je m'étais contenté de publier la partie qui contient les règnes 
de Sanche II et d'Alphonse VI, laissant à l'érudit membre de 
l'Académie le soin de faire connaître la partie antérieure, dont 
il s'était occupé plus particulièrement. 

M. Blâzquez ayant bien voulu me déclarer qu'il n'avait pas 
l'intention de préparer une telle publication, j'ai pensé qu'il y 
avait intérêt à ne pas la différer davantage, et j'ai profité d'un 
séjour à Madrid, en avril 19 10, au cours d'une mission dont 
m'avait chargé M. le Ministre de l'Instruction publique, pour 
revoir la copie que j'avais faite jadis. 

Le manque de temps m'avait jusque-là empêché de tirer 
parti d'une indication que Mufioz fournit dans son précieux 
Diccionario bibliogrdfico-histôrico (i858) au mot Castilla, n° 10, 
où, après avoir signalé ledit manuscrit, il ajoute : 

Existe tambien en la misma (biblioteca) otro codice que contiene 
les mismos croniconesi y la citada historia del Cid, aunque escrito 
dos siglos despues. 

Amador de los Ri'os {Historia crilica de la literalura espaflola, 
t. II, note 2 de la page 174), déclare de son côté (en 1862) que 

I. <( Varios cronicones, » a-t-il dit plus haut sans préciser davantage. 



l34 BULLETIN HISPANIQUE 

l'Académie, avant l'acquisition du manuscrit A 189, « poseîa 
ya una estimable copia, hecha en el siglo xv». 

L'indication aurait besoin d'être complétée de part et 
d'autre, puisque cet autre manuscrit, coté G i, contient, outre 
les chroniques qui se trouvent dans A 189', d'autres textes, 
parmi lesquels une chronique latine des rois de Castille dont 
je dirai un mot tout à l'heure. 

Aussi P. Sabau, page 5o de la Noticia historica qui est en 
tête du tome VllI des Memorias de la /?. Academia de la Hisioria 
(paru en 1862), pouvait-il, à propos du manuscrit de Risco, que 
l'Academia venait de recouvrer, dire que, à défaut de ce 
manuscrit, un manuscrit du xv'' siècle (c'est le G i), trouvé par 
Munoz dans le fonds Salazar, aurait pu y suppléer. Il avait 
encore plus raison qu'il ne pensait, sans doute. La découverte 
de Muîioz n'était au surplus qu'une redécouverte, car le même 
manuscrit avait été, comme j'aurai à l'expliquer, étudié par 
Manuel Abella; et Joaquin Traggia le désigne indubitablement 
lorsque, à propos d'une généalogie des rois de Navarre, sur 
laquelle je reviendrai tout à l'heure, il écrivait, page 4 de son 

i. Il ne contient pas le De preconiis ciuitatis Numantine, édité par le P. Fita 
d'après A 189 (voir p. i44). Mais, à part cela, il contient d'abord, dans le même ordre, 
les mêmes textes que A 189. Voici du reste, pour plus de clarté, un tableau qui per- 
mettra de se rendre compte de la composition respective de chacun des deux 
manuscrits. 

A 189 G I 

I. F" 1-64 Chronique léonaise (pour le 1. F" 1-67 id. 

détail V. p. i46). 

II. F" 64-75 Histoire de Wamba par II. F" 58-68 id. 
Julien de Tolède. 

III. F" 75-96 Chronique latine du Cid. III. F" 69-86' id. 

IV. F" 96-98 Généalogies des rois de IV. F" 87-88' id. 

Navarre et d'Aragon, des 
• comtes de Pailhars, de 

Toulouse et de Gascogne. 
V. F" 99-1 36 (cahier séparé) De preconi/s V. F" 89-122 Chronique latine des 

dvitatis numantine. Rois de Castille. 

VI. F" 1 23-1 5a Epitoma de regno Apulie 
et Sicilie... a Felino 
Sandeo. 
VII. F" 153-278' Paraiipomenon Hispanie 
de Jean Margarit (finit 
comme dans Bel, fterum 
hispan. t. I, p. i34). 
278-280' Table des dix livres du 
Paralipomenon. 



LA CHRONIQUE LÉONAISE l35 

Discurso histôrico sobre el origen y succesion del Reyno Pyrenaico 
husla Don Sancho el Mayor (discours lu en 1799 et publié dans 
le tome IV des Memorias de la Real Academia de la Ilisloria, 
Madrid, i8o5): 

En la preciosa bibliotcca de manuscritos, que D. Luis de Salazar 
dex(') al nionasterio de Monserrate de esta corte, se lialla una copia 
de dicha genealogia en un côdice de pergamino in folio maxinio; es 
conforme al texto del legionense. 

Seulement, au temps do Traggia, le manuscrit se trouvait 
au couvent de Monserrate, à Madrid ; et c'est dans la biblio- 
thèque de l'Académie de l'Histoire, enrichie du fonds Salazar, 
que Munoz le retrouva. 

E^vald, dans sa Reise nach Spanien {Neues Archiv, t. VI, 
p. 339), reproduit la description qu'on en trouve dans VIndice 
de los libros que quedaron porfin y niuerte de D. Luis de Salazar 
y se entregaron al real nionasterio de esta corte, formé par 
Juan Iriarte en lySg. Il y est coté caj. f. Il est étonnant 
qu'Ewald, qui avait étudié le A 189, n'ait pas reconnu dans 
cette description les textes qu'il trouvait dans A 189. 

C'est le même codex que signalent, comme une copie de 
A 189, Mommsen (Monunienta Germaniae, Auctor. anti(/uiss. 
t. XI, 1894, p. 2G0), et M. Rudolf Béer, dans Ilandscltriflen- 
schatze Spaniens (Wien, 189/i, p. 3i3), oîi, après avoir men- 
tionné le manuscrit A 189, il continue : 

Eine Abschrift dieser Handschrift s. xv wird gleichfalls in dieser 
Bibliothek Est. 3, gr., 4, G i, aufbewart. 

J'avais eu bien tort de négliger ce manuscrit, tout récent 
qu'il fût relativement, car non seulement il contenait un texte 
très intéressant, inédit et oublié, mais il fournissait, malgré 
son effrayante incorrection, quelques bonnes variantes au texte 
de la Chronique léonaise contenu dans A 189, et même 
suppléait deux lacunes. Aussi ai-je la plus vive reconnais- 
sance pour M. Ignacio Olavide, archiviste attaché à la Biblio- 
thèque de l'Académie de l'Histoire, pour avoir recommandé à 
mon attention ce manuscrit G i, 011 il avait noté de son côté 



l36 BULLETIN HISPANIQUE 

l'existence d'une copie de la Chronique léonaise, et où, dès la 
première inspection, je suis tombé en arrêt sur un texte 
complètement inconnu de moi : la Chronique latine des rois 
de Castille, à laquelle je viens de faire allusion et qui fut ter- 
minée à peu près en même temps que les chroniques de Luc 
de Tuy et de Rodrigue de Tolède. 

Je réserve pour l'introduction que je mettrai en tête de la 
Chronique latine des rois de Castille, quand je la publierai', 
la description détaillée du manuscrit G i. 11 me suffira d'en 
donner ci-joint un fac-similé (planche Vil), à savoir celui du 
folio 53 recto, où se trouve l'un des passages que ce manus- 
crit nous permet de reconstituer après les grattages et les 
surcharges constatés dans A 189 (à savoir le début même de la 
partie que j'ai déjà publiée). 11 convient aussi de préciser, 
touchant l'âge de ce codex, les indications de Munoz et 
de M. Béer. Écrit tout entier, semble-t-il, par une même 
main, il est postérieur au i3 mars i^qS, puisqu'il contient 
VEpitoma de regibus Apulie et Sicilie de Felinus Sandeus (mort 
en i5o3), avec une lettre préliminaire de Michael Fernus (qui 
édita cette œuvre sans indication de lieu ni d'année) à Pom- 
ponius Laetus ; et cette lettre est datée « id. apr. M. cccc.xcv ». 
Il est, du reste, fort probable que nous n'avons ici qu'une 
copie de l'édition de Michael Fernus, mais je n'ai pu faire la 
comparaison. 

Gomme le marque l'Indice d'Iriarte cité par Ewald, le 
manuscrit est en parchemin et en « letra gothica », c'est-à-dire, 
ici, en gothique ^. 

Quant au manuscrit A 189, on sait qu'il fut découvert par 
Risco dans la bibliothèque du couvent de San Isidoro (ou 
Isidro) de Léon, occupé par les chanoines réguliers de saint 
Augustin depuis 11 48 (cf. Risco, Iglesia de Léon y monasterios 
antigaos y modernos de la misma ciudad, Madrid, 1792, p. m, 
et Esp. sagr., t. XXXVI, p. cxcii), et antérieurement par des 

I. Le texte en est d'ores et déjà composé et les épreuves ont été revues par 
M. Olavide et par moi en présence du manuscrit. 

a. On sait que « letra gôtica » désigne tantôt l'écriture wisigothique (dans 
Morales, par exemple), tantôt l'écriture dite improprement gothique (cf. Mufioi 
y Rivero, Manual de paleografia diplomâlica espafiola, a* éd., Madrid, 1889, p. 3o). 



LA CHRONIQUE LÉONAISE 187 

religieuses (cf. Morales, Viage, t. X, p. 56 de l'édition Cane). 
Ces chanoines de Saint-Augustin n'existaient que depuis ii/i4, 
date 011 révoque de Léon leur avait installé un monastère à 
Carvajal (cf. Risco, p. i35, et Esp. sagr., t. XXXVI, p. cxv). 

C'est dans son traité Iglesia de Léon, p. vni, que Risco 
signala pour la première fois le manuscrit : 

Otro en quarto, que contiene la historia de Isidoro el junior, 
y algunas olras. A continuacion de estas se halla la de Rodrigo Diaz 
de Bivar con este titulo : Incipiunt gesta Ruderici Campi-docli. 

Il en annonçait la publication pour la même année, 1792; 
et il tint parole en faisant paraître cette année-là son livre 
intitulé La Castilla y el mas famoso Castellano, parmi les appen- 
dices duquel (ap. VI, p. xvi-lx) il donnait ce texte si impor- 
tant. Pour le reste du manuscrit, il se contentait de reproduire 
les deux incipit qui figurent au folio i (voir la planche I), 
et d'ajouter : 

Concluye esta historia en la muerte del Rey Don Alonso VI. Siguese 
la de Juliano... 



Parmi les Documentos Justificativos que Traggia a annexés à 
son Discurso hislôrico sobre el origen y succesion del reyno pire- 
naico figure une double généalogie que Manuel Abad y 
Lasierra, prieur de Santa Maria de Meyâ, avait trouvée dans 
un manuscrit du x" siècle appartenant à son couvent et qu'il 
avait communiqué à Traggia (v. p. /i et 5i). Et ce même texte, 
mais pourvu d'additions et de variantes importantes, Traggia 
nous explique que Ambrosio de Morales l'avait vu « en un 
codice de S. Isidro de Léon escrito en el siglo xii », et qu'il en 
existait une copie conforme au texte léonais dans le manuscrit 
de Monserrate de Madrid provenant du legs Salazar (c'est-à-dire 
le G I de l'Académie de l'Histoire)'. 



I. C'est ce qu'il dit encore dans le Diccionario geogrâfîco-histôrko de Espana por la 
Real Academia de la Espana (t. II, 1802, p. 67) : « En S. Isidro de Léon vio Morales 
una doble genealogia de las dos casas que reynâron en el Pirineo, y de ella diô una 



l38 BULLETIN HISPANIQUE 

Or, ce que Traggia donne comme étant le texte du codex de 
Léon n'est autre chose que ce que nous trouvons du folio 96 
recto au folio 98 recto du manuscrit A 189 (même texte dans 
G I, fol. 87'-89''), lequel a seulement en plus les courtes généa- 
logies des comtes de Pailhars (ou Pallas), de Toulouse et de 
Gascogne, dont Traggia ne parle pas et dont il n'avait que 
faire. 11 semblerait donc que le manuscrit de Traggia et celui 
de l'Académie de l'Histoire ne fassent qu'un ; mais ce qui 
m'empêche vraiment de le croire, étant donnée la grande 
lisibilité du A 189, c'est le nombre exagéré de fautes de détail 
qu'aurait alors commises Traggia, ainsi qu'on pourra s'en 
assurer en comparant sa lecture au texte que je donne à la 
suite de notre Chronique'. 

D'autre part, Traggia (p. 5i) semblerait nous donner un 
signalement du manuscrit de Léon qui lui a fourni (directe- 
ment ou indirectement) son texte : 

La primera genealogi'a pertenece a la casa Arista, y la otra â la 
Ximena. Aquella es de una sola mano : esta en el codice de Meyâ es 
de dos, y en el de Léon de très. 

C'est peu clair : s'agit-il de l'écriture .•> La première généa- 
logie serait d'une seule main dans le codex de Léon; et la 
seconde, de trois. Or, il sera facile de se rendre compte par 
le simple examen des fac-similés ci-joints 2, que toutes les 



ligera noticia. La lelra del escrito es del siglo xii. Otro exemplar de las mistnas 
genealogîas se halla en un codice de la biblioteca de manuscritos que fué de D. Luis 
de Salazar y legô al monasterio de Monserrate de Madrid. » 

I. La même raison m'empêche d'admettre qu'il ait employé le manuscrit G i, 
soit seul, soit en le combinant avec A 189. 

Parmi les variantes de A 189 par rapport au Legionense de Traggia, il me suffira 
ici de relever celles qui se trouvent aux S§ 19-20 de Traggia, dans un passage qui 
manque au Medianense : Tremellonis (A 189 tremulos?) — aybari (ayuari) — sanzio 
(sanctii) — ferrardum (ferrandû) — comitem (conilis) — legionis (legioneh) — ex ea 
(ex ead') — santius (sanccius) — alabe (alaue). 

3. Traggia distingue la généalogie de la Casa Arista, qui va des mots a Enneco 
cognomento arista » jusqu'à «Item ex alia parle...» dans son Legionense el A 189; 
puis celle de la Casa Semena, qui commence à cet endroit. D'après ce qu'il dit, cette 
dernière aurait été rédigée par trois mains différentes : la première aurait écrit ce 
qui concerne Garsias Semenonis et Enneco Garsie:; la seconde depuis Semeno Garsiez 
jusqu'à Garcia el Tembloso exclu; la troisième le reste, jusque Aznarius Galindi 
exclu, puisque là commence la généalogie des rois d'Aragon. Je me contenterai donc 
de reproduire en fac-similé les folios 96 verso et 97 verso, qui suffiront à faire voir 
qu'il n'y a pas changement d'écriture aux endroits indiqués. 



r.A CHRONIQUE LÉOISAISE iSg 

généalogies sont d'une même main et d'une même écriture 
dans A 189. 

Admettons plutôt que Traggia veuille parler, non de trois 
mains, de trois écritures différentes, mais de trois additions 
d'auteurs différents. 11 reste une troisième difficulté : comment 
se ferait il que, dans un travail lu à l'Académie de l'Histoire 
en 1799, il n'eût pas eu l'idée de dire que ce manuscrit de 
San Isidoro de Léon d'où il avait tiré les généalogies était le 
même doù son collègue Risco avait tiré la Chronique latine 
du Cid? 

On l'aura remarqué, Traggia nous déclare qu'Ambrosio de 
Morales avait vu la double généalogie des rois de Pampelune 
dans le manuscrit de Léon. C'est au livre XV, ch. XXXVI^ § i, 
(p. 102 du tome VIII de Cano), que Morales, en effet, nous 
expose la notice « nueva y extrafia » (le mariage d'irdga, veuve 
d'Aznario Fortuniones, avec Abdalla) qu'il a trouvée 

en un libre muy antiguo de la libreria de santo Isidore de Léon, 
cuya copia esta en el Real Monasterio de San Lorenzo del Escorial... 

M. J. de Jaurgain (La Vasconie, t. I, Pau, 1898, p. 268) se 
hàtc un peu de dire là-dessus : 

Il y avait au couvent de San Isidro de Léon une copie du Codex de 
Meya, avec quelques gloses et additions — je crois qu'elle est aujour- 
d'hui dans la Bibliothèque de la Real Academia de la Ilistoria — et 
on en conserve une autre à l'Escurial, qui est la reproduction de celle 
de Léon. 

Pour parler franchement, j'ai bien peur qu'il n'y ait dans 
tout cela que des conjectures plus ou moins énergiquement 
affirmées. 

Où M. de Jaurgain a raison sans conteste, c'est quand il 
fait observer iibUl.) que Morales relate très inexactement le 
passage relatif au mariage de l'Infante Onneca (ou Iniga) avec 
Abdallah. 

Et, en effet, Morales fait de cette Iniga la femme d'Aznario 
Forluniones et la fille de Garci liuguez. Or, le A 189, conforme 
ici, d'ailleurs, au Legionense de Traggia et au Medianense (sauf 



l4o BULLETIN HISPANIQUE 

variantes orthographiques), en fait la femme d'Aznarius Sanc- 
tionis et la fille de Forlimius Garsiet : cela est dit et précisé deux 
fois. D'autre part, Morales dit que Ifiiga était la tante de son 
mari. Le A 189 et le Legionense de Traggia disent : suam 
congermanam, c'est-à-dire « sa cousine ». Il est bien question 
dans les généalogies d'une Onneca, fille de Garsias eneconis . . . 
que fuit uxor de aznario galindonis de aragone (texte de A 189), 
et qui était par conséquent la tante d'Aznarius Fortanionls. Mais 
comment Morales a-t-il pu commettre un quiproquo pareil? Et 
est-on sûr qu'il ait vu le même texte que Traggia i' Celui-ci peut 
très bien s'être trompé en croyant que son manuscrit et celui 
de Morales ne faisaient qu'un. Bien entendu, ce qui me paraît 
impossible, ce n'est pas que Morales ait identifié la femme 
d'Abdallah avec la fille de Garci Ifiiguez : M. F. de Béthencourt 
en fait autant [Hist. genealôgica y herald, de la monarquia esp., 
t. 1, 1897, p. 3/47); mais c'est qu'il ait pu tirer cela de nos 
Généalogies. 

De plus, si Morales a connu le manuscrit A i8g, comment 
n'en a-t-il pas utilisé le contenu? Comment n'a t-il jamais fait 
allusion à la Chronique latine du Cid? Car bien que, dans sa 
continuation à la Chronique d'Ocampo, il n'ait pas dépassé 
le règne de Bermudo III, il a analysé ou signalé de nombreux 
manuscrits, notamment ceux de San Isidoro de Léon {Viage, 
t. X, p. 68-70 de l'édition Cano ; Coronica, XII, xx, t. VI, 
p. iio); n'aurait-il pas dit au moins un mot d'un texte si 
important? Et comment ne renvoie-t-il jamais à notre chro- 
nique, qui certes ne pouvait lui paraître méprisable? 

L'identité du Legionense de Morales, de celui de Traggia 
et du A 189 était affirmée dès 1878 par Tomâs Ximénez de 
Embun dans son Ensayo hislôrico acerca de los origenes de 
Aragon y Navarra, p. A9 : j'ignore sur quoi se fonde pareille 
conviction, car l'auteur ne l'explique point; c'est probablement 
sur elle, en tout cas, que M. de Jaurgain (qui cite cet ouvrage 
p. i36) a appuyé sa conjecture. 

En somme, rien ne nous prouve que le codex léonais vu par 
Morales soit le même que celui de Traggia, et rien ne nous 
prouve qu'il faille le reconnaître, non plus que celui de 



LA CHRONIQUE LEONAISE l4l 

Traggia, dans le A 189. Quant au manuscrit qui se trouvait 
à l'Escorial au temps de Morales, j'ignore s'il s'y trouve 
encore. Ewald ne le cite pas, que je sache; non plus que le 
P. Guillermo Antolîn dans le t. l du Caldlogo de los Côdices 
latinos de la R. Biblioleca del Escortai (Madrid, 19 10). 
Traggia ajoute ceci (p. !x) : 

El P. Pedro de Vbarca, que se valiô de un pedazo que traduxo el 
primer descubridor, hubiera hecho un gran servicio â la verdad en 
consultar el côdice entero. Porque segun las luces que ténia, cote- 
jando las genealogias de los reyes con las de los condes de Aragon, 
que trae el misnio côdice, hubiera salido de la equivocacion nacional 
que pone por primer rey â Garcia Ximenez, y no le colocâra entre los 
disputados. 

Ce P. Pedro Abarca, un jésuite, est l'auteur d'un ouvrage 
intitulé : Los Reyes de Aragon en anales /i/s/dr/cos, paru en deux 
tomes datés de 1682 et i684 (cf. Munoz, Dicc., Aragon, n° 78, 
et Latassa, à ce nom). Je n'ai pu l'examiner pour voir quel 
parti il avait tiré du morceau traduit, nous dit Traggia, par 
le premier découvreur (Morales), ni dans quelles conditions 
il avait eu connaissance de ce morceau. Traggia semble bien 
dire que ce P. Abarca eut le manuscrit de Léon à sa dispo- 
sition, puisqu'il lui reproche de ne pas l'avoir « consulté 
entièrement ». 

D'après le sommaire ou extrait (du xvin' siècle) analysé par 
par M. Menéndez Pidal dans son Caldlogo de la Real Biblioleca, 
n" 44, il paraît que les mêmes généalogies que nous avons 
dans A 189 et G i se trouvaient dans un autre manuscrit de 
San Isidoro de Léon, dont le contenu, par ailleurs, n'était pas 
le même que celui de A 189, et qui portait cette mention : 

De Froila sum liber et Munio Presbiteri me scripsit... Initiatus 
fuit et completus in tempore Fredenandi Rex prolis santius in era 
qLX"VII.. 

Il résulterait de cette note que le manuscrit avait été com- 
mencé et fini en 1069. Ce manuscrit existe-t-il encore.^* Est-ce le 
manuscrit Reserv. 4-i de la Biblioleca nacional de Madrid, qui 
contient le Fuero Juzgo, et que M. Antonio Blâzquez, dans son 

Bull, hispan. lo 



l42 BULLETIN HISPATdIQUE 

article La Hitaciôn de Wamba {Revista de archivas, 1907, t. XVI, 
pp. 83, 84, 98) cite en le datant de io58; qui enfin est bien, 
en effet, de cette année^là (Era 1096), ainsi que M. Urefia, 
averti par M. Blazquez d'une erreur qu'il avait commise à ce 
sujet, s'en est assuré (Discursos leidos ante la R. Acad. de la 
Historia, Madrid, 1909, p. 47, note i)P Le sommaire analysé 
par M. Menéndez Pidal porte à cet endroit un i de trop, en 
tout cas : il ne l'a pas dans Ewald, qui analyse sous la cote 2 J 8 
(p. 347) le même manuscrit que M. Menéndez Pidal sous la 
cote 2 F 4 (p. 122, 123, i45). A part cela, la mention « De 
Froila sum... » se retrouve littéralement dans le manuscrit de 
la Bibl. nacional, que Eguren décrivait comme un des trois 
manuscrits latins du Fuero Juzgo : « el de San Isidoro de Léon, 
copiado en la era 1096 (ano io58 de Jesucristo), de otro 
manuscrito muy antiguo, se guarda en la seccion de manu- 
scritos de la Biblioteca nacional » (Memoria descripliva de los 
côdices mas notables... de Espatia, 1869, p. 85). 

M. Menéndez Pidal n'explique pas les raisons pour lesquelles 
il identifie le manuscrit dont l'extrait de la Biblioteca de 
Palacio a été tiré, avec le manuscrit de Traggia. Ce dernier 
date du xii' siècle le manuscrit auquel il se réfère; on peut 
admettre que ce n'était qu'une copie exécutée, en effet, au 
xn* siècle». Mais, copie ou original, ce n'était pas le A i8g, 

I. Risco, dans Jglesia de Léon, p. i56, donae bien une description détaillée du 
Fuero Juzgo de io58, alors à San Isidoro; mais il ne mentionne pas les Généalogies. 
Peut-être, dira-t-on, ne les distinguait-il pas du fragment du «Cronicon inédito, 
algo maltratado, pero en la mayor parte legible, y util, por las uoticias que comunica 
concernientes â la historia de Espana», lequel fragment se trouvait en lète, dit-il, 
et lui a fourni un passage qu'il cite dans son Historia de la ciiidad y corte de Léon, 
p. 196 ; ou de la Cronologia de los Reyes Godos qui commençait « Régule. Goti 
ingressi... » et finissait avec Ordoiïo I : «Ordonius regnavit annos XV. menses 111... 
quod fiunt sub uno de domno Pelagio, usque ad domoo Ordonio anni CXLVII », 
chronologie qui venait après le Fuero Juzgo, divisé en cinq livres. Mais notons tout 
de suite qu'il n'a vu que cinq livres. Or, dans l'extrait de la Bibl. de Palacio 
il est dit que «esta memoria (les généalogies qui précèdent dans l'extrait, ou ce qui 
suit?) se halla... despues del libro 6 t[itulo] 1 ». Est-il possible que Risco n'ai pas vu 
ce livre VI? Ce n'est pas tout. D'après les description donnée par Ewald et Menéndez 
Pidal de l'extrait de la Bibl. de Palacio, la mention « De Froila sum... » se trouvait, 
dans l'original, au feuillet 5. La feuille i était en mauvais état, et le copiste a lu 
difficilement une courte chronique qui commence : « In era DCLVI profetavil 
Mahomati...» et finit « Garsea Santio Deo gratias ». On peut y reconnaître le 
cronicon inédito qui était en tète du manuscrit de Risco. Ensuite venait un itinéraire 
de Gades à Rome (Ewald) et un De provinciis Spanie. Or, d'après Risco, l'itinéraire 
allait jusqu'à Constantinoplc, comme dans la chronique d'AIbelda. Quant aux 
Généalogies, la place qu'elles occupaient n'est pas marquée dans l'extrait. Ewald 



LA CHRONIQUE LEONAISE l43 

ainsi que M. Barrau-Dihigo, influencé par les affirmations 
d'Embun et de M. de Jaurgain, le pensait, dubitativement dans 
son article sur Les origines du royaume de Navarre [Revue hispa- 
nique, 1900, p. 161, note 3), puis résolument dans un Erratum 
publié au fascicule suivant (p, 5o/i) : 

Tandis que les identilications proposées page 161, note 3, pour le 
manuscrit de Léon, sont exactes, il n'en est pas de même en ce qui 
concerne le manuscrit de Meyâ. 

Il faut donc un erratum à cet erratum, car l'identification 
proposée pour le Lcgioncnse de Léon n'est pas plus exacte que 
ce qui concerne le codex de Meyâ. Et il en résulte aussi que le 
manuscrit de Traggia n'est pas « sûrement du xm" siècle» 
{Barrau-Dihigo, p. i63) puisqu'il ne s'agit pas du A 189, qu'on 

semble même les considérer, à tort probablement, comme ne provenant pas du 
même manuscrit. En tout cas, dans l'extrait, elles précèdent le texte « Reguli Gotti 
ingressi... ». Je ne vois pas comment Risco a pu omettre de les citer s'il les a vues 
dans son exemplaire avant ce même texte; or il dit que ce dernier était â coniinuacion 
de las leyes. Je remarque d'autre part i° que ce même texte va, selon Menéndez 
Pidal, jusque Alphonse 111, et, selon Ewald, jusque « Adefonsus filius domini ordo 
nii II (?) Kalcndas Maias era DCGCU (?) et regnavit annos XLVIl, menses VI» 
(corriger Ordonii I et DCCCCII?), et non pas Ordoûo 1 ; 2° que ce texte est suivi d'un 
autre, non indiqué par Risco : Liber cronice de libro reijum, depuis Atanaricus 
jusque <i Radcmirus regnavit annos XVllIl, menses Vil, dies XI « (Ewald), soit 
Ramiro H (Pidal). 

Je me demande donc si le manuscrit de Risco et celui dont la Bibliothèque 
de Palacio possède un extrait ne font qu'un. Il serait possible que ce dernier fût 
celui de Traggia (xii'' siècle), et constituât une copie de celui de Risco avec des 
additions, parmi lesquelles nos généalogies. Lequel des deux est celui de la Biblio- 
teca nacional.^ Je n'ai malheureusement point pensé, étant sur place, à étudier 
ce manuscrit Reserv. /|-i ; mais il serait facile d'après les signalements fournis 
(assez distincts et précis, comme on voit) de faire l'identification. Je ne crois pas que 
les Généalogies s'y trouvent, car Manuel Oliver y Hurtado, «[ui (p. 5o du Discurso 
cité plus loin, p. 1(17) en allègue le calendrier, les y aurait bien remarquées. 

C'est seulement d'après Risco que le P. Tailhan parle du codex de io58 dans les 
Nouveaux Mélamjes d'archéologie... au moyen âge du P. Cahier, t. IV (1877), p. 3o8 ; 
et naturellement il ne mentionne pas plus que hii les généalogies. 

A noter que parmi les manuscrits utilisés pour l'édition du Fuero Juzgo en latin 
y castellano par la R. Academia espanola (i8i5) figure « un côdice gôtico en folio, 
con dibuxos iluminados, propio del cabildo de San Isidro de la ciudad de Léon, que 
ademasdel Fuero Juzgo contiene otros varies opuscules » : celui de Risco.' celui de 
Traggiai* — Dans son Viage (t. X, p. 69 de Cano), Morales déclare avoir vu à Léon 
« un Fuero Juzgo en latin, de letra gothica (= wisigothique). Ha mas de 55o anos 
que se escribiô, como parece al cabo». Mais 1578, date de la rédaction du Viage 
(cf. t. X, p. 25i), moins 55o font 1028 et non io58; or la date marquée « al cabo » 
devait être encore plus ancienne, puisque Morales dit qu'il avait plus de 55o ans. 
Et même en admettant qu'il ait pris un X' (= Ao) pour un X, et qu'il ait donc lu 
Era 1066 au lieu de 1096, cela ne ferait encore que 545 ans. Enfin dans le Fuero 
Juzgo de io58, la date est au folio 5" et non à la fin. Ce Fuero Juzgo de Morales est 
donc distinct de celui de Risco. 



l4/i BULLETIN HISPANIQUE 

a daté de cette époque. Et jusqu'à ce qu'on ait identifié son 
manuscrit, on est bien obligé de s'en rapporter à lui pour la 
date à assigner. 



L'existence ou tout au moins l'antiquité du manuscrit 
allégué par Rtsco fut, on le sait, niée par Masdeu, qui déclare 
être resté quatorze mois, en 1799 et 1800, à Léon, sans pouvoir 
le retrouver, malgré, dit- il, toute la bonne volonté des cha- 
noines {Hisloria crilica de Espana y de la cullura espanola, 
t. XX, p. làS). Le manuscrit fut, en tout cas, un moment 
perdu pour l'Espagne. Une note qui s'y trouve aujourd'hui 
nous avertit que 

El Dr. Guillermo G. Heine adquiriô este côdice y lo llevô â Ale- 
mania, de donde lo devolvio â su muerte su familia, en 1848. 

C'est ce que nous apprennent également Munoz (Diccionario, 
Caslilla, n° 10), et plus explicitement Sabau dans la Noticia citée 
plus haut, Eguren, qui nous dit que Hayne (sic) le montra à 
Herculano (p. 96), et Amador de los Ri'os (Hisl. critica de la 
nierai, esp., t. II, note 2 de la page 174) : enfin Ewald dans Reise 
nach Spanien {Neues Archiv, t. VI, 1881, p. 343). Je rappellerai 
que c'est du même manuscrit que le P. Fita a tiré le texte du 
De preconiis cluilalis Numantine de Juan Gil de Zamora (Bolelln 
de la R. Academia de la Hisloria, sept. i884); mais ce traité 
forme un cahier à part et est d'une écriture bien postérieure 
(xv* siècle)'. 

Je ne reviens pas sur la description que j'ai donnée de ce 
codex dans le Bull, hisp., 1909, p. 269, si ce n'est pour dire que 
les 98 premiers folios ont exactement, non pas 226""" X 160"", 
mais 227""" X i63""", et que l'Histoire de Wamba (Liber de 
hysloria gallie) commence au folio 64 et non i64. 

Pour ce qui est de l'époque du manuscrit A 189, Amador 

I. Je puis dire que c'est précisément parce que j'étudiais les manuscrits de Gil de 
Zamora, ainsi que les continuations aux histoires d'Isidore, que j'ai été amené à 
examiner le A 189 et la chronique qu'il contient. 



LA CHRONIQUE LÉONAISE ll\5 

marque le xii® siècle, et Munoz le xiii^. M. Blàzquez serait de 
l'avis d'Amador, car c'est bien le A 189 qu'il semble désigner 
{La Hitaciôn de Wamba, p. 98) par ces mots : 

Gôdice de la Academia de la Historia. Sigloxii. Procède de lalglesia 
de Léon. 

Ewald (p. 343), qui l'avait étudié, le date du xiii^, et de 
même Mommsen, pour qui Ewald et Bernays avaient colla- 
tionné la partie isidorienne {Mon. Germ., Aiict. aiiliquiss. t. XI, 
p. 260). Les fac-similés que l'on trouvera ci-joints (pi. V et VI) 
permettront de juger de la question. Mais je ne vois pas qu'il y 
ait lieu de tenir compte, pour l'âge à donner au Legionense 
de Traggia ou tout autre contenant les Généalogies, de l'obser- 
vation de M. Jaurgain (p. 268, note 4) d'après laquelle « la 
notice sur les comtes d'Aragon que l'on y trouve est évidem- 
ment postérieure à 1260 » (cf. p. 277). 

Les 98 premiers folios (la Chronique du Cid occupe les 
folios 75-96 ro, et les Généalogies les folios 96 ro-98 r°) sont d'une 
même main. L'Académie avait jadis pensé à publier en deux 
couleurs un fac-similé du texte de la Gesta Roderici, ei j'ai sous 
les yeux une épreuve des deux premières pages. Le fac-similé 
qu'Amador a annexé à son tome II (quatre premières lignes 
de la prenfiière page), exécuté à la main, est loin d'être parfait. 

La grande régularité de l'écriture et certaines bévues dans 
la disposition (par exemple II, §§ 29 et 3o) donnent tout lieu de 
penser que le manuscrit A 189 n'est probablement qu'une 
copie. D'autre part, l'incorrection du G i et l'extraordinaire 
ignorance qu'elle accuse chez le copiste par rapport au latin 
interdisent de considérer comme des corrections les variantes 
préférables à la leçon de A 189 qui peuvent y être relevées. 
Le copiste avait simplement un texte meilleur, que par 
endroits il se trouve avoir mieux copié que n'a fait le scribe 
du A 189. Il faut donc supposer un prototype de A 189 et 
de G I. 

La longueur assez constante des bouts de phrase omis dans 
G I me fait supposer que le scribe avait sous les yeux un 
manuscrit à deux colonnes. On trouve des omissions d'une 



l46 BULLETIN HISPANIQUE 

dimension double; ce serait qu'alors il passait deux lignes 
à la fois. 

Les bévues de A 189 auxquelles je fais allusion ci-dessus, 
se retrouvent identiques dans G i, et ne s'expliquent, à mon 
sens, que par l'ineptie d'un copiste ayant sous les yeux un 
brouillon ou des feuillets avec des renvois parmi lesquels il se 
sera égaré. Comme il serait bien extraordinaire que le scribe 
de G I et celui de A 189, à plus de deux siècles de distance, 
se fussent égarés de la même façon, il faut supposer encore 
que le prototype de A 189 et de G i n'était lui-même qu'une 
copie. Ce nombre d'intermédiaires n'est du reste qu'un mini- 
mum. On peut en admettre davantage; mais s'il n'est resté 
que deux copies, c'est sans doute que ce texte n'a guère été 
transcrit. 

Il est clair, dans ces conditions, que l'époque assignée par 
plusieurs au manuscrit A 189 (xiii'' siècle) n'empêchera pas de 
placer la rédaction de notre chronique au xii*^ siècle, si rien 
dans le texte même ne s'y oppose. 

Dans A 189 comme dans G i, la Chronique léonaise est 
divisée en trois livres. Le premier comprend (fol. 1-2/i v°) la 
Chronique d'Isidore, un fragment inspiré de la Conlinuaiio 
hidorlana byzantia-arabica^ les Histoires des Vandales, Suèves 
et Goths d'Isidore, puis, à partir de Recesuindus, un texte 
assez voisin de celui de Sébastian, mais néanmoins différent 
en maint endroit. Le livre II va de Pelage jusqu'au mariage 
de doua Sancha et de Ferdinand I. Le troisième (fol. ^g^-àh) 
s'arrête avec la mort d'Alphonse VI. 

Cette fois encore, je renonce à tout publier. C'est à l'endroit 
où finit l'Histoire des Goths d'Isidore que je commencerai, 
pour terminer avec le début du règne de Ferdinand l, dont 
je me contenterai d'indiquer les variantes (presque insigni- 
fiantes) par rapport au texte du Silense. Je laisse également 

I. Je corrige ici ce que j'ai mal exprimé page ix de Les Histoires générales d'Espagne, 
et page 260 du Bulletin hispanique, 1909. En efTet, il s'agit d'un passage que Mommsen 
{Monumenta Germaniae, Auct. antiquiss. t. XI, p. 829) reproduit, et qu'il considère, 
ajuste titre, comme inspiré par le passage analogue de cette Continuatio byzantia- 
arabica (pp. 334-335). — Le texte de la Continuatio hispana (= Isidore de Béja = 
Anonyme de Cordoue), qui est en regard, est bien loin de présenter les mêmes 
analogies littérales. 



LA CHRONIQUE LÉONAISE 1^7 

de côté la division des diocèses par Wamba, dans le com- 
mentaire de laquelle il serait imprudent et inutile pour moi 
de m'engager, la question ayant été étudiée à fond et le texte 
publié, d'après ce manuscrit et beaucoup d'autres, par M. Blaz- 
(juez dans son article La Ililaciôn de Wamba. En revanche, 
je donne le texte des Généalogies dont j'ai parlé plus haut, 
et qui ont, comme on verra, des relations étroites avec notre 
chronique. 

Le texte des Généalogies publié par Traggia d'après le Media- 
nense et le Legionense a été reproduit par M. Arturo Campion 
dans son Ensayo apologélico, hislôvico y cvltico acerca del Padre 
Moret y de los orfgenes de la Monarquia naharra publié en 1892 
(et à nouveau, avec des modifications, dans Euskariana, cuarla 
série, Pamplona, 1905), et par M. de Jaurgain dans son tome I 
de La Vasconie'. Mais l'un et l'autre ont simplement transcrit 
les variantes du Legionense d'après Traggia -, en les disposant 
dune autre façon (Campion, pp. /i7 1-/^76; Jaurgain, pp. 269- 
274), ce dernier avec quelques fautes 3. 

On trouvera aux pages 107-109 de l'Appendice des Disciirsos 
leidos anle la Real Academia de la Ilisloria en la recepcion 

1. Il l'avait été aussi par Romey, Histoire d'Espagne, t. IV, app. V, s IH: sous le 
titre de Codex généalogiijue de la maison de Navarre de la fin du A" siècle, conservé aux 
archives du prieuré de Meya, il donue seulement les vingt premiers numéros de 
Traggia, dont il re[)roduit le texte sans les variantes du /.e</io/iense; il ne cite d'ailleurs 
même pas celui-ci, bien qu'il reproduise une partie qui manque (sans qu'il s'en 
doute) dans le Mediancnse et que Traggia avait tiré de son Legionense, à savoir la (in 
du n° 19 et tout le n° 20 (cf. p. i38, n. i). 

2. Je ne leur reproche nullement : on ne peut pas, toutes les fois qu'on reproduit 
un texte, se reporter aux manuscrits; seulement il serait bon de bien spécifier, en 
pareil cas, que l'on suit le texte publié. 

M. de Jaurgain, p. i/i5, reproche à M. Bladé d'avoir, dans son article Les comtes 
carolingiens de Bigorre et les premiers rois de Navarre (publié dans la Fieviie de l'Agenais 
1895-1897) ignoré le Codex généalogique (?) de Meya. M. Bladé n'en avait pas encore 
parlé quand M. Jaurgain écrivait son ouvrage (paru en 1898); mais il en parle à la 
p. 202 du tome correspondant à l'année 1897; seulement c'est d'après Dozy {Recher- 
ches, t. I, p. 212, 3' éd.), du reste cité en note. 11 cite aussi (p. 323) le « texte tiré par 
Morales des archives de l'église de San Isidro de Léon » avec une référence composite 
et fausse : << Viage por orden del rey Phelippe II, etc., liv. XV, chap. 3(1 », qui fait 
craindre que l'information ne «oit encore ici de seconde main. Il est clair que, dans 
ces conditions, M. Bladé n'a pas eu absolument tous les éléments du problème auquel 
il s'était courageusement et très doctement, certes, attaqué : d'autant que Morales, 
ainsi que je l'ai dit, allègue un texte qui n'est pas, il s'en faut, conforme à celui du 
manuscrit de Traggia. 

3. Anos .VF///, pour annos XVJIIJ (S 4); uxorem Tutam, pour uxorem dominam 
Tatam (ibid.); filii, pour _/î/iiS (S 7); suan, pour suant (§ 19): toutes fautes imputables 
sans doute à l'imprimeur, mais qui nous écartent encore plus du texte de A 189. 



l/|8 BULLETIN HISPANIQUE 

publica de D. Manuel Oliver y Hurtado (1866), une autre trans- 
cription du texte de Meyà. Elle contient en plus la Généalogie 
des comtes de Pailhars, que Traggia avait négligée, et qui se 
trouve plus complète que dans A 189. Tirée de la copie fac- 
similé que possède l'Académie (fol. 191-192), elle est à coup 
sûr meilleure et rend inutile celle de Traggia, qui n'avait eu 
qu'une copie évidemment plus ou moins bien transcrite. 
L'auteur ne s'est pas préoccupé du Leglonense, quoiqu'il ait 
connu le Legionense de l'Académie (c'est-à-dire le A 189), dans 
lequel il a cru retrouver celui de Traggia (p. ^6). 

M. Barrau-Dihigo, qui fait observer avec raison que la Généa- 
logie des rois de Navarre « appartenait à un ensemble de 
généalogies, relatives non seulement aux rois de Navarre, 
mais encore aux comtes d'Aragon, de Pailhars, de Gascogne et 
de Toulouse » {Rev. hisp., pp. i84-i85), ainsi que l'indiquaient 
Ewald et M. Menéndez Pidal, regrettait que Manuel Oliver y 
Hurtado n'eût pas, avec les trois premières, publié les deux 
dernières. Satisfaction lui sera donnée par la présente publi- 
cation : peu de chose, d'ailleurs, car ces deux généalogies ne 
prennent que quelques lignes. A noter que celle des comtes de 
Pailhars n'a rien de commun avec la notice sur les origines 
du comté de ce nom, qu'Ewald (Reise, p. 34o) a relevée dans 
un Recueil de catalogues de l'Académie de l'Histoire et qui 
provient d'un manuscrit de la cathédrale de Roda (xii" siècle). 

T. Ximénez de Embun qui affirmait que les généalogies, outre 
ce que Traggia a publié, contenaient « las de los condes de 
Pallas, Tolosa, reyes de Francia, y otras varias» (p. 5o) n'avait 
probablement pas bien regardé le manuscrit A 189 auquel il 
renvoie, et qu'il identifiait avec celui de Traggia et celui de 
Morales. 

Comme je l'ai fait pour la partie qui concerne Sanche II et 
Alphonse VI, j'imprime en plus gros caractères ce que je ne 
retrouve pas dans d'autres textes; en moins gros, ce dont nous 
avons l'analogue ailleurs quant au fond; et en italique les 
mots ou parties de mots identiques dans notre chronique et 
tel ou tel autre texte, dont naturellement je donne l'indication, 
en me reportant à YEspafia sagradu, et aux numéros des divi 



LA CHRONIQUE LEONAISE 1^9 

siens adoptées par Florez. Je reproduis le texte de A 189, avec 
les variantes les plus notables de G i en bas de page. 



Dans ce que je publie aujourd'hui, on trouvera qu'il y a, en 
somme, assez peu d'inédit, presque tout se retrouvant dans la 
Chronique dite de Sébastian, dans Sampiro, Pelayo, la Chro- 
nique d'Albelda, celle de Silos, le Chronicon Iriense, les Annales 
Compostellani; mais je pense que cette publication avait malgré 
tout son intérêt, quand ce ne serait que comme élément nou- 
veau dans la position de la question qui touche à la paternité, 
à l'époque de rédaction, aux interpolations et aux refontes des 
vieilles chroniques latines de l'Espagne médiévale. Quant aux 
passages inédits, si peu nombreux qu'il soient, les textes 
n'abondent pas tellement sur cette période, qu'il convienne 
de rien dédaigner. 

Si le P. Tailhan avait connu notre chronique, il eût hésité 
un peu plus à attribuer à Rodrigue de Tolède et à Luc de Tuy 
ce qu'il considère comme des inventions, sous prétexte qu'il 
n'en est pas dit un mot dans la Chronique rimée^. Il nous dit, 
page XIV de sa Préface : 

Persuadé, d'autre part, que la couronne était héréditaire chez les 
Goths d'avant la conquête arabe, comme chez les Castillans de son 
temps, ce même Rodrigue s'ingénie de son mieux à rattacher les uns 
aux autres les rois wisigoths d'Espagne par des liens de parenté dont 
personne avant lui n'avait entendu parler... Chindasvinthe, à son 
tour, par Récesvinthe et ïheudefrède, donne à l'Espagne Rodrigue 
son dernier roi ; Ervige, enfin, cousin de Récesvinthe, ne trouve d'autre 
moyen de protéger les débuts de son règne usurpé contre les droits 
héréditaires conférés à Theudefrède par Rodrigue Ximenez, que de 
donner la main de sa fille au très noble Egica, devenu, de par la 
volonté du prélat chroniqueur, le cousin du roi Wamba de sainte et 
glorieuse mémoire. 

I. Anonyme de Cordoue, Chronique rimée des derniers rois de Tolède (Paris, i885). 
C'est le même texte qu'a édité Mommsen en 189/i, en regard précisément de la Conli- 
nuatio byzanlia- arabica et sous le titre de Continuaiio hispana a. DCCLIV (cf. note i 
de la p. 1^6). De l'édition du P. Tailhan, Mommsen dit (p. 333) qu'elle est pessiina; 
mais il reconnaît l'utilité et la beauté des fac-similés. C'est déjà quelque chose, et le 
P. Tailhan n'en a pas moins rendu service. 



l5o BULLETIN HISPANIQUE 

Si ce sont là des inventions, Rodrigue n'en est pas l'auteur. 
Tout au plus a-t-il essayé de les coordonner ou de les amender. 
S'il fait de Theodofredus le fils de Recensuindus (111, 12), et 
par conséquent le petit-fils de Gindasuindus, notre chronique 
(1, § 12), comme Luc (p. 69, 1. Ii6), en fait le fils de ce dernier; 
et, comme Rodrigue, elle fait d'Egica le gendre d'Ervigius 
(de part et d'autre la femme s'appelle Cisilo, Chr. léon., 1, § 9, 
et Rodrigue, 111, 12) et le neveu de Wamba : auunculus eiiis 
Wamba, dit la Chronique, 1, § 10. C'est peut-être pour indiquer 
ce lien de parenté que la même Chronique et Rodrigue (ibid.) 
emploient le mot consobrinus en parlant d'Egica'. Au surplus, 
laChronique dite de Sébastian ou d'Alphonse 111 dit exactement 
comme notre chronique : u Filiam suam Cixilonem... uiro 
Egicano consobrino Wambanis in conjugio dédit. » En quoi 
Rodrigue a t-il fait acte de volonté ici? 

Le P. Tailhan n'admet pas non plus (p. lo/j et 120) que 
Wamba, après son abdication, ait, comme le veulent Rodrigue 
(111, i3) et Luc (p. 69, 1. i3), imposé à Egica, successeur de 
son successeur, l'obligation de divorcer d'avec la fille d'Er- 
vigius. Soit. Mais notre Chronique (1, § 10) le dit dans les 
mêmes termes que Luc. Au surplus, la Chronique d'Albelda 
{filiam Ervigii cum juratiotie Wambani subjecit) est bien ici, 
comme l'indique le P. Tailhan (p. io4, note 3), la source de 
Rodrigue, qui a corrigé ou lu : conjuvalione Bambae abiecit. Ce 
n'estdoncpas Luc et Rodrigue qui ont inventé la chose, comme 
le leur reproche, avec beaucoup d'ironie perdue, l'éditeur de 
V Anonyme de Cordoue. 

« Rodrigue de Tolède et Luc de Tuy, » ajoute le P. Tailhan 
(p. i33), « affirment de concert que Witiza était issu de l'union 
de son père avec la fille d'Ervige. Mais cette affirmation, 
comme tant d'autres des mêmes écrivains, est inadmissible. » 
Soit encore, mais la même assertion est aussi dans notre 
Chronique (I, § 10). 

On voit combien l'accusation portée contre Luc et Rodrigue 
tombe souvent à faux. 

I. Cela, je l'avoue, excuserait le P. Tailhan de traduire tantôt par « cousin t 
(p. xiv), tantôt par « oncle » (p. uo). 



LA CHRONIQUE LÉONAISE l5l 

Cela ne veut pas dire que tout ce qu'on trouve dans Luc et 
dans Rodrigue soit déjà dans notre chronique. En ce qui 
concerne Luc, il me suffira ici de dire que les passages de 
cet auteur dont M. Menéndez Pidal (Ilomenage d Menéndez 
Pelayo, t. 1, note 2 de la page kk']) pense que s'est inspiré le 
poète du Ferndn Gonzalez manquent dans notre texte. Tels, 
ceux qui sont relatifs à la destruction des armes du royaume 
par ordre de Rodrigue (Luc, p. 70, 1. ii), à la prise de Séville 
(1. 26), à la lettre de Charlemagne à Alphonse II (p. 76, I, 27). 
Les conclusions de M. Menéndez Pidal subsistent donc entières. 

De même Luc de ïuy et le navarrais Rodrigue de Tolède 
continueront à porter devant l'histoire et M. Arturo Campion 
la responsabilité de cette assertion contre laquelle le savant 
auteur d'Euskariana (p. 282) s'élève avec indignation, à savoir 
qu'Alphonse le Catholique prit et peupla l'Alava, la Biscaye, 
Alaon, Orduna, Pampelune et la Berrueza. Car ce que dit 
la chronique attribuée à Sébastian (§ i4) au sujet de l'auttjno- 
mie de ces pays se retrouve à peu près identique dans la nôtre 
(II, § 9). Et l'on ne voit pas encore oîj Luc (p. 78, 1. 5 et 28) 
et Rodrigue (IV, 5) ont puisé leur information. 

Pas un mot non plus du vœu de Santiago et de la bataille 
de Glavijo, non plus que de bien d'autres choses dont Rodrigue 
passe pour l'inventeur. 

Mais ce n'est pas seulement à cause des passages qu'on ne 
rencontre pas dans les autres chroniques antérieures à Luc 
et à Rodrigue, c'est aussi à cause des variantes heureuses 
apportées par notre texte à plus d'un passage de ces chroni- 
ques, que la présente publication avait son utilité. C'est ainsi 
que telle phrase de la Chronique de Silos s'y trouve corrigée 
(voir liv. II, § 35, 87, 38, 69 de notre texte). 

J'espère donc que l'on admettra l'utilité de ma publication. 
Ce qu'on acceptera sans doute moins aisément, c'est le système 
que j'ai adopté pour la transcription. D'avance je passe 
condamnation, si l'on trouve que cette façon de garder les 
abréviations, en les représentant d'une façon approximative 
et en somme pas toujours très exacte, en les figurant, pour 
mieux dire, au lieu de les résoudre comme on fait d'ordinaire. 



l52 BULLETIN HISPANIQUE 

est mal commode et engage peu à entrer en relation suivie 
avec le texte. C'est vrai. Mais le lecteur, pour de telles lectures, 
est plutôt rare, et celui qui a vraiment la vocation ne se 
rebutera pas pour si peu. Il appréciera peut-être en revanche 
le souci de l'exactitude, même exagéré, même poussé jusqu'à 
la manie, qui lui donne au moins la certitude de n'être pas 
constamment la dupe d'un éditeur résolvant, corrigeant, 
arrangeant de toutes petites choses qui n'ont l'air de rien, 
mettant à son gré une m ou une n là où il y avait une tilde ; 
dominas, domnus, ou donus, pour dus; domina, domna, donna 
ou doiîa, pour dila; legionis ou legionensis pour légion; un nom 
écrit en entier, par conséquent au jugé (et l'on sait combien 
l'orthographe varie pour un même nom au cours d'un même 
texte), là oii il n'y a qu'une initiale, etc., etc. 

Il est vrai qu'il y avait un moyen d'être exact tout en étant 
lisible, c'était de mettre en italique les lettres suppléées aux 
abréviations. MaisTitalique a déjà, dans mon système de trans- 
cription, la destination que j'ai indiquée. Pour tout dire, il m'a 
semblé intéressant de garder le plus possible la physionomie 
du manuscrit. L'idéal eût été de reproduire celui ci intégrale- 
ment en fac-similé, et d'en donner une transcription imprimée, 
toutes abréviations résolues, comme a pu faire le P. Tailhan 
pour son édition de Y Anonyme de Cordoue. Des difficultés 
matérielles m'ont empêché de mener à bien un tel programme. 
Mieux vaut encore se débattre avec l'imprim'eur qu'avec le 
photographe, surtout à distance. J'ai donc adopté un moyen 
terme. Qu'on me passe d'en avoir fait l'essai. On verra l'effet 
et ce que cela vaut. Je dois dire du reste qu'à part une page 
(le folio Ixo^), j'ai résolu beaucoup d'abréviations, me conten- 
tant d'en reproduire telles quelles un certain nombre, surtout 
quand il s'agit de mots très courants. 

Au surplus, la difficulté ne sera pas bien grande de déchiffrer 
les abréviations, surtout quand il s'agit de mots revenant 
souvent comme xjn, xjnanus, eccVia, sci, apl'i (aposloli), epi 
(episcopi), gVia (gloria), mris (marliris ou marlyris?), b'ii (beati), 
bb'e (bapiisie), nfa (nos Ira), fr ou ff (f rater), mVto (multo), ul' 
fuel), lé (lune), g' (ergo), oms (omnes), cû (causa), é (est), 



LA CHRONIQUE LEONAISE 1 53 

m" (modo), q" ; (qiioqae), s; (sed), an (anle), Wm (iierurn), 
a" (aero), qd' (quod), (jeit ou g' (genuil), Ipre (ïempore), sw 
(sicul), sans parler des simples tildes qui remplacent u ou m, 
du p (pre), du n (per), de 2,' (= rum), ;o {=^eUam ou eciam?), 
5 (= el). 

Une dilTiculté que je n'ai pu surmonter, c'a été la reproduc- 
tion typographique exacte des signes d'abréviation. En ce qui 
concerne celui de m ou de n, je le rends d'ordinaire par un 
trait, quoiqu'il aflecle souvent dans le manuscrit la forme ^ qui 
désigne les brèves en prosodie. Je rends par une apostrophe, 
le signe d'abréviation de cr, qui a tantôt en effet cette forme, 
tantôt celle d'un petit 7. Le trait ou l'apostrophe figurent le 
signe général d'abréviation, qui, dans le manuscrit prend 
l'une ou l'autre des trois formes ci-dessus indiquées. L'apos- 
trophe me sert encore pour le signe ? = us. Un tilde isolé 
rend le signe de ur. Je résouds généralement le signe de con, et 
toujours celui depro. 

Je n'ai pas cherché à rendre le signe en forme de tilde ~ qui 
représente a à la fin des adjectifs numéraux, et je rends par un 
trait ou par un • le même signe au-dessus de q. Je le résouds 
quand il équivaut à ra. 

Autant que possible, je laisse le signe au-dessous de la lettre 
qui le porte dans le manuscrit, même s'il est mal placé. 

En somme, j'ai plutôt voulu indiquer le signe d'abréviation 
que le représenter. Si peu d'habitude qu'on ait des manuscrits, 
on ne peut hésiter, et au besoin je résouds en note. 

J'ai tenu à respecter la ponctuation du manuscrit A 189, et 
j'espère y avoir mieux réussi cette fois que pour la partie 
que j'ai déjà publiée; j'ai seulement remplacé le '. par i . 

J'ai mis en égyptienne (caractères gras) les mots (rubriques 
ou ères) qui sont en rouge dans A 189. Cela avait parfois son 
utilité, ainsi qu'on verra au liv. II, § i3 et aux Généalogies, § 12. 



Il convient de reconstituer dès maintenant, d'après G i, les 
deux passages grattés dans A 189. L'un est au paragraphe i 



l54 BULLETIN HISPANIQUE 

{Bull, hisp., p. 267); G I (folio 53 recto; cf. pi. VII) donne le 
texte primitif, altéré dans A 189 (folio ôq recto, planche VI) : 

Primo genitus aldefonsus in legione. Sancius médius in castella. 
Garsias minimus in portugale. Urra' infantis^a cum sorore sui geluira 
apiid Zamoram resedit^. 

L'autre est au paragraphe i/i où, comme je le supposais, 
était consigné le détail naturaliste que donne la Chronique 
générale. On lit en effet à cet endroit dans G i : 

...et rex de equo descendens . c nature sed'ei^ neccessaria. 

Voici, pour la partie que jai déjà publiée, les variantes de 
G I (fol. 53 r* - 57 v"). Je les mets entre parenthèses (en 
italiques quand elles me paraissent devoir être adoptées de 
préférence au texte de A 189). 

S I. diue(diuine). — S 2. particione (portiôe). — §3. relion (légion). 

— § 5. Inler hoc (Inter hec). — nuntii (muncii). — truciabantur 
(cruciabantur). — § 6. ma iore priori exercitu (maiorem priori exerci- 
lum). — iiulpellera(uulpera). — §7. sanioris (cm.). — pscire(p l'are?). 

— hortatus (hortatur). — nos meliores (nos c meliores). — meam mille 
militibus lanceam (om.). — uel ad minus cum X (cm.). — tamen 
(tum). — S 8. campum obtinentibus addefonsus rex legionen a cas- 
tellanis (cm.). — uulpeiara (uulpeiera). — S y. dum suum regem 
(dnm suum regem). — uel que uictoria (uel qa'» uictoria). — 
reddatis ut (reddatis et). — euaderet (euaderent). — S 10. suum 
uinculis (suum m uinculis). — nec tamen (nec cum). — c etiam {z t). — 
cluniam cum (cluniacum). — vehementer (vehementius). — exturbatus 
(ê turbatus). — soluit (solum, faute continuelle dans G i). — dormitur 
(dormilurus). — § 11. surrexit (surrent). — suum (om.). — disccdat 
(dispdat). — retrudendum (recrudendum). — minitatur (minatur). — 
tm 5 (tum). — nutricis (nutricio). — § i3. succensus irani (suc- 
census i iram, fin de vers). — se dederent (se redderent). — § i4. 



I. Urraca. 

3. J'avais mal lu l'addition marginale de A 189, qui porte : « 7 uocat~ (uocatur) 
infantadgo Ehtire... » — A signaler deux mots (jui auraient dû être sépares (S 9) : 
reditu alium. De même ($ i4) in tm (in tantum eum carum... habuit, quod...) 

3. Céder et. 

U. Quiaf 

5. Tantum. 



LA CHRONIQUE LEONAISE 1 55 

persensisset (ppensisset). — dolose (de sorore). — nos (om.j — 
disccderet (discederej. — urbis (orbis). — allum equum (allerum 
cquum). — residens (insidens). — reddiens (rediens). — respondit 
(responde, faute fréquente dans G i). — animo (no). — mudo 
(mundo). — detergebant (detegebantj. — § i5. defertur fdejeriint). 

— § i6. preciperet (perciperet). — Almemon (Alemon). — uelle, 
corrige sur iiale (ualle). — para (parât). — § 17. placet (placerel). 

— formidabant (formidabat). — sciscitatus (sciscitatur). — ab ald' 
(ab eo). — uterquc uno (uterque yo«, leçon préférable à celle de 
Silos, inlerque uno mordebalur vaincre, qui pourrait bien être une 
correction, assurément méritante, de la mauvaise lecture de A 189 : 
uterque uno morderelur ; seulement pour être heureuse tout à fait, 
cette correction devrait être elle-même corrigée ainsi : uterque uno 
mordebatur uulnere). — presentiens (prescientes). — § 18. regnorum 
(om.). — massiliensem (mansiliensem)2. — § 19. de ramis (om. de). 

— lupus (luppus). — et uiclus e (om.) — sub tali conditione (om.). 

— flectat (fletantur, c. à d. Jlectantur, ainsi que j'ai corrigé, ce qui 
nous donne un vers). — § 20. dédit (om.). — MGXIX (MCXVI). — 
preditus (prediclus). — VI annos (Vil annos). — § 2L. Sancta Eulalia 
(Sancta ulalia). — Alfamin (Alfanim). — almodouar (almodauar). — 
alahet (alaeth). — cauria (curia). — (G i intercale «Dauar» entre 
« Olixbona » et «sintriai)). — Vlmetum Metinam Secouiam Yscar 
Collar (Vlme, om. le reste). — § 23. Inter bec era MCXXl (om.). 

— missi (missis). — pampilon (pampilone). — § 24- Supradictusque 
(supradictus q° ; ■^) — aduentti (aduenlu). — § 26. beatam tuscia 
ariundam (bt'ani't jtuciam ariumdam). — rotgerius (ratgen'j. — Sicilie 
(froylie). — Quinta (quinlani). — propria (propriani). — § 27. munioz 
(munox). — uxorem comitis henrici.Qui ex ea genuit (om. ; en marge 
main récente : <( uxor Comitis Henrici, qui ex ea genuit »). — Xl° Kls 
octob. z geloyra que obiit era MCXXW II XV11° (om.), — fuit (om.). 

— auenabeth (euenabeth). — régis hyspalensis que baptizata hely- 
sabeth (om.). — (Après «comités », G i intercale « noiatur. Tantum 
fuit t'ribil' », mais le tout est biffé). — § 28. nuUus index (om.). — 
Negociatoreset(negocialoresyero et). — uaccaret (uocaret). — lucronio 
(locronio). — pauperum (pauper), — ab ill' (ab eis). — § 29. Regnauit 
(regum). — esset (om.). — omni die tanien omni (tn ami die). — non 
per iuncturas sed (om.). — nona (hora). — usque in eam horam 
dominice diei (om.). — sca processione (Jca^ processione). — dei 

I. V'eru, «par la vérité», a pu devenir facilement uno, que Silos a complété par 
vulnere. 

3. Lire Marsiliensem, 
3. Quoque. 

II. Bertam. 
5. Fada. 



l56 BULLETIN HISPANIQUE 

(c dei). — ouet (oueti). — ad fletum (aflectum). — commoue- 
rent (common'ent), — Obiit (ob'). — gloriose (glorioso). — MGVII 
(MCXLVIl). — dies (om.). 

A la fin Laus tibi xpe dans G i . 

Quelles sont les relations de cette chronique avec les autres 
chroniques connues, qu'offre-t-elle de particulier et quelles 
données peut-on tirer de là pour fixer l'époque comme le 
milieu où elle a été rédigée? C'est ce qu'il faudra examiner de 
près. Mais auparavant, il convient de faire connaître le texte 
lui-même, en l'annotant de manière à aider le lecteur à 
s'orienter, et afin de souligner, sinon de résoudre, les difficultés. 

G. CIROT. 
(A suivre.) 



DOMINIQUE SOTO 



ET LA 



scolâstique parisienne 

(Suite ' .) 



XI 



Albert de Saxe et la loi suivant laquelle 
s'accélère la chute d'un grave. 

Albert de Saxe ne s'est pas contenté de définir le mouvement 
régulier ou irrégulier dans le temps; tout aussitôt^, il s'est 
préoccupé de rechercher la loi qui préside au mouvement 
qu'il avait pris comme exemple de mouvement irrégulier, à 
la chute accélérée d'un grave; et ce qu'il a dit à ce sujet peut 
être, à bon droit, regardé comme un des plus remarquables 
passages de ses Quœstiones sur le De Cselo d'Âristote. 

Albert remarque, d'abord, que cette proposition : Le mouve- 
ment devient plus intense vers la fin, peut s'entendre de 
diverses manières. Selon un premier sens, le mouvement 
(et par ce mot : motus, Albert, comme tous ses contemporains, 
entend ce que nous entendons par vitesse instantanée) peut 
croître en devenant double, triple, quadruple, etc. Selon un 
second sens, il peut croître de telle manière qu'à sa valeur 
première s'ajoute la moitié de cette valeur, puis la moitié de 

1. Voir Bull, hisp., t. XH, p. 276, 357. 

2. Alberti de Saxonia Quœstiones in libros de Cœlo et Mundo ; lib. II, quœst. XIV : 
Utrum omnis motus naturalis sit velocior in fine quam in principio? — Comme 
nous l'avons dit, celte question manque dans les éditions données à Paris en i5i6 et 
en i5i8. 

Bull, hispan. 11 



l58 BULLETIN HISPANIQUE 

cette moitié, etc. En langage moderne, on dirait que la vitesse 
peut croître suivant une progression arithmétique, ou bien 
que les accroissements successifs de cette vitesse peuvent 
former une progression géométrique décroissante. 

Ces énoncés nous paraissent incomplets. Quelle est la 
variable indépendante à laquelle sont rapportées les valeurs 
de la vitesse dont il y est fait mention? Le silence d'Albert 
à cet égard provient de ce qu'il suppose son lecteur au courant 
de la science de son temps, et la connaissance de cette science 
nous permet de suppléer à ce silence. Lorsque les scolastiques 
du xiv" siècle traitaient de l'intensité d'une propriété quelcon- 
que (inlensio formœ), ils la regardaient comme fonction de 
l'extension (extensio) de la même propriété; dans le cas du 
mouvement, ils distinguaient deux sortes d'extensions, l'ex- 
tension selon le chemin parcouru (extensio secnndum dislantiam) 
et l'extension selon la durée (extensio secandiun tempus). 

Les énoncés abrégés d'Albert doivent donc s'entendre ainsi : 

Lorsqu'on range suivant une progression arithmétique 
croissante soit les chemins parcourus par le grave, soit les 
durées de chute, on peut supposer ou bien que les valeurs 
de la vitesse croissent suivant une progression arithmétique, 
ou bien que les accroissements successifs de ces valeurs 
suivent une progression géométrique de raison inférieure à 
l'unité. 

Admettre que la loi de la chute des corps appartient néces- 
sairement à l'un de ces quatre types, c'est faire une sup- 
position qui nous paraît singulièrement étroite; une infinité 
d'autres lois nous apparaissent comme également possibles. 
Que l'on puisse concevoir d'autres lois de la chute des graves, 
Albert ne l'ignore pas et, tout à l'heure, il va en définir qu'il 
discutera. Mais ces quatre-là, par leur plus grande simplicité, 
séduisent particulièrement son attention et lui semblent les 
plus probables. Et d'ailleurs, Huygens, en i6/i6', ne regardait- 
il pas encore comme certain que la chute des corps dût suivre 
l'une de ces quatre lois, et ne lui paraissait-il pas suffisant de 

I. Huygens et Boberval, Documents nouveaux, par G. Henry; Leydc, 1880. Lettre 
de Christiaan Huygens à Mersennc en date du 28 octobre iG4(3. 



DOMINIQUE SOTO KT LA SCOLASTigi E l'ARISlEINNE 169 

décider, par l'exclusion de trois d'entre elles, que la quatrième 
était exacte? 

Albert de Saxe se propose un objet analogue à celui que 
Gliristiaan Huygens devait, un jour, s'eflorcer d'atteindre. 

Pour fixer son choix, il invoque, à titre d'axiome, une 
proposition qu'il regarde comme l'expression de la pensée 
d'Aristote : Si un grave était placé infiniment loin du centre 
du Monde et si on le laissait tomber, la vitesse de ce grave 
croîtrait au delà de toute limite, et elle deviendrait infinie 
avant que le mobile eût atteint le centre de l'Univers. 

Fort de cet axiome, notre auteur exclut les lois de chute 
de la seconde forme, car selon ces lois, quelque grande que 
soit la durée de la chute ou quelque long que soit le chemin 
parcouru par le mobile, la vitesse ne pourrait jamais dépasser 
une certaine limite assignable d'avance. 

Une considération du même genre lui permet d'exclure 
certaines autres lois que Ion pourrait proposer; on pourrait 
imaginer que la vitesse crut en progression arithmétique alors 
que les accroissements successifs du temps formeraient une 
progression géométrique de raison fractionnaire, de raison 
V par exemple, ou bien encore, alors que les accroissements 
successifs de l'espace parcouru suivraient une semblable 
progression. Ces hypothèses, en effet, permettraient à la vitesse 
de chute de prendre toute valeur, si grande soit elle, avant 
la fin du mouvement, et cela quelque petite que soit la durée 
de ce mouvement ou quelque petit que soit l'espace par- 
couru, ce qui est absurde : « Nam lune sequerelur quod qidUbet 
moins naturalis qui per quanlumcanque lenipus parvuni duraret, 
vel qiio quanlumcunque parvum spalUim pcrlransireluv, ad queni- 
cunque gradum velocitatis pertingeret anlejinem; modo eslfalsum.n 

Il est permis d'admirer la finesse et la précision avec laquelle, 
au milieu du xiv" siècle, un maîlre-ès-arls savait mettre en 
évidence l'absurdité de certaines suppositions touchant la loi 
de la chute accélérée des graves. 

A la discussion que nous venons d'analyser, Albert donne 
la conclusion suivante : 

(( Il faut donc entendre que l'intensité du mouvement du 



l6o BULLETIN HISPANIQUE 

grave devient double, triple, etc., dans le sens suivant : Quand 
un certain espace a été parcouru, ce mouvement aune certaine 
intensité (vitesse); quand un espace double a été parcouru^ la 
vitesse est double; quand l'espace parcouru est triple, elle est 
triple, et ainsi de suite. El Ideo terlia conclusio intelligilur , quod 
intenditur per duplum, triplurn etc., ad islum inlelleclam quod, 
quando Ipso pertransitam est aUqiiod spatiam, est allquanlus; et 
quando ipso est pertransitam duptum spatiam, est in duplo 
velocior; et quando ipso pertransitam est triplum spatiam, est in 
triplo velocior; et sic ultra. » 

La loi ainsi formulée par Albert de Saxe comme loi possible 
de la chute des graves n'est pas la proportionnalité de la vitesse 
à la durée de la chute; c'est la proportionnalité de la vitesse 
à l'espace parcouru par le mobile. On sait que cette loi devait 
séduire Galilée dans sa jeunesse et qu'il en devait, plus tard, 
démontrer l'absurdité. Mais on doit remarquer qu'en l'analyse 
d'Albert, Vextensio secundum tempus est, constamment, mise en 
parallèle de Vextensio secundum distantiam ; sauf en la conclusion 
que nous venons de citer, notre auteur a toujours soin de 
répéter de l'une ce qu'il a dit de l'autre ; la concision seule de 
son exposé l'a, sans doute, détourné de prolonger cette répé- 
tition jusqu'à la fin, et de signaler comme également recevable 
la proportionnalité de la vitesse à la durée de la chute ; entre 
cette loi exacte et la loi erronée, son choix, très certainement, 
demeurait suspendu; l'attention d'un lecteur intelligent pouvait 
se porter aussi bien sur la loi exacte qu'Albert n'avait pas 
formulée que sur la loi erronée dont il avait donné l'énoncé 
explicite. 

Chez aucun des contemporains ni des successeurs immé- 
diats d'Albert de Saxe nous n'avons rien trouvé qui précisât 
la loi selon laquelle croît la vitesse de chute d'un grave. Mais 
la grande vogue des Quœstiones in libros de Cselo composées 
par notre auteur suffit à nous assurer que TEcole de Paris, au 
cours du Moyen -Age, ne demeura pas ignorante de ce qu'il 
avait enseigné touchant cette importante question. L'impri- 
merie se chargea d'ailleurs, au moment de la Renaissance, de 
donner à cet enseignement une plus grande extension. A la 



DOMINIQUE SOTO ET LA SCOI, ASTIQUE PARISIENNE r6l 

vérité, deux éditions des Qussslioiies in lihros de Cselo, celles 
qui furent données à Paris en i5i6 et en i5i8, ont omis la 
question où se trouve étudiée la loi d'accroissement de la 
vitesse en la chute accélérée d'un grave ; mais les éditions 
données à Pavie en i48i, à Venise en 1492, en 1^97 et en 1620 
suffisaient à réparer cette omission. 

Qu'à la fin du xv*" siècle, qu'au début du xvi* siècle, on lût 
attentivement les Queslions rédigées par Maître Albert de Saxe, 
les témoignages en sont innombrables; que le passage dont 
nous venons de faire l'analyse eût, à cette époque, attiré 
l'attention de certains scolastiques, nous en pouvons citer une 
preuve convaincante. 

Vers la fin du xv" siècle, le Parisien Pierre Tataret rédige 
un manuel de Philosophie intitulé : Clarissima singalarisque 
tolins Philosophiœ necnonMetaphyslcad Avislotells expositio, ou bien 
encore : Commenfationes in libros Aristotelis secundum Suhiilis- 
sinii Doctoris Scoli sentenliam. Comme bon nombre de ceux 
qui, au xv*" siècle, enseignaient la Théologie en Sorbonne, 
Pierre Tataret, par ses doctrines métaphysiques, se rattache 
à l'École scotiste, tandis qu'il emprunte ses théories de Méca- 
nique à l'Ecole nominaliste parisienne et, en particulier, à 
Albert de Saxe ou à Marsile d'inghen. C'est ainsi que son 
manuel, en ce qui touche la loi suivant laquelle s'accélère la 
chute d'un grave, se borne à reproduire textuellement ' ce 
qu'Albertutius avait écrit en ses Quœstiones in libros de Cselo 
et Manda. 

Or le résumé de Philosophie composé par Pierre Tataret 
eut une vogue extrême ; le Repertorium bibliographicam de 
Hain en mentionne sept éditions incunables, et d'autres 
éditions, fort nombreuses, furent imprimées pendant le pre- 
mier tiers du xvi" siècle. Par là, la doctrine d'Albert de Saxe 
reçut une nouvelle et très considérable diffusion. Nul ne 
l'ignorait, sans doute, parmi les maîtres parisiens, au temps 
où Léonard de Vinci vint en France terminer sa glorieuse 
existence, au temps où Soto recueillit les enseignements de 
l'Université parisienne. Lors donc que nous entendrons 

I. Pétri Tatareti, Op. laud., De Cselo et Mundo lib. 11"^, tract. II, circa finem. 



l62 BULLETIN HISPANIQUE 

Léonard de Vinci d'abord, Dominique Solo, ensuite, enseigner 
que la chute d'un grave est un mouvement uniformément 
accéléré, nous serons en droit de penser que leur affirmation 
a été suggérée par les suppositions qu'Albert de Saxe avait 
indiquées. 

Nous aurons ainsi, semble t-il, découvert la source de l'une 
des lois essentielles de la chute des corps. D'où provient 
la seconde loi, celle qui relie l'espace parcouru par le mobile 
à la durée de la chute ? C'est ce que nous allons maintenant 
rechercher; et cette recherche nous amènera à reconnaître 
le très grand rôle qu'a joué, en cet acte du progrès scien- 
tifique, un savant contemporain d'Albert de Saxe, Maître 
Nicole Oresme. 



XII 



De IlSTENSIOTNE ET REMISSIONE FORMARUM 

Quantité et qualité constituaient, pour Aristote, deux 
catégories essentiellement distinctes. Discontinue, comme le 
nombre, la quantité est une somme d'unités ; le nombre croît 
par l'addition de nouvelles unités à celles qui le compo- 
saient déjà. Continue, comme la longueur, la surface ou le 
volume, la quantité est une juxtaposition de parties ; les 
parties d'une grandeur ont, toutes, même nature les unes 
que les autres et même nature que la quantité formée par 
leur réunion ; toutes les parties d'une longueur sont des 
longueurs, toutes les parties d'une surface sont des surfaces, 
toutes les parties d'un volume sont des volumes; une quantité 
croît par l'addition de parties nouvelles aux parties préexis- 
tantes, et les parties ajoutées sont de même espèce que les 
parties auxquelles elles s'ajoutent. 

Qu'il s'agisse donc de la quantité discontinue ou de la 
quantité continue, certaines propositions demeurent égale- 
ment vraies; des quantités de grandeurs différentes peuvent être 
cependant de même nature, de même espèce; elles sont toutes 
deux formées par la réunion de parties homogènes les unes 



DOMINIQUE SOTO ET I,A SGOLASTIQUE PARISIENNE 1 63 

aux autres ; seulement, la plus grande des deux quantités 
contient un plus grand nombre de parties que la plus petite; 
elle peut être engendrée, à partir de cette plus petite quantité, 
par l'addition de nouvelles parties absolument semblables à 
celles qui formaient cette plus petite quantité; dans la 
quantité plus giande ainsi obtenue, la quantité plus petite 
demeure contenue; l'opération par laquelle on l'a fait croître, 
simple juxtaposition de parties nouvelles, ne l'a ni détruite, 
ni modifiée. 

La catégorie de la qualité est essentiellement distincte de la 
catégorie de la quantité; rien de ce qui peut être dit de celle ci 
ne saurait être témérairement étendu à celle-là. 

Il peut arriver que deux qualités de même sorte n'aient pas 
même infensilé; un corps peut être plus chaud qu'un autre; 
au premier corps, cette forme qualitative qu'est la chaleur est 
plus intense (intendituv) ; au second, elle est plus alténuée 
(remilliliir). Gardons-nous bien de répéter au sujet de ïintensio 
et de la remissio de la chaleur ce que nous sommes en droit 
de dire de la grandeur et de la petUesse d'une quantité. Ni la 
chaleur intense ni la chaleur atténuée n'est une réunion de 
parties de chaleur qui soient toutes de même espèce, qui 
soient toutes homogènes à des chaleurs plus intenses qu'elles 
fourniraient en s'ajoutant les unes aux autres; la chaleur 
plus intense ne saurait aucunement être engendrée en prenant, 
sans la détruire ni la modifier, la chaleur moins intense et en 
adjoignant à celle-ci de nouvelles parties de chaleur; la chaleur 
moins intense n'existe pas, actuellement et réellement, en la 
chaleur plus intense de la même manière que le contenu plus 
petit existe, actuellement et réellement, à l'intérieur du conte- 
nant plus grand. Chaque chaleur d'une intensité donnée est une 
chaleur d'une espèce déterminée, et cette espèce est distincte 
de l'espèce à laquelle appartient toute chaleur d'une autre 
intensité ; une chaleur atténuée ne peut être regardée comme 
une partie d'une chaleur plus intense ; toute chaleur d'intensité 
donnée est quelque chose d'essentiellement indivisible. 

Puisqu'une chaleur atténuée ne se transforme pas en chaleur 
intense par l'addition de nouvelles parties de chaleur, à la 



l64 BULLETIN HISPANIQUE 

façon d'une grandeur qui croît, comment donc se produit 
celle transformation ? Celle question pose le problème de 
l'exaltation d'intensité et de l'alténualion des formes qualita- 
tives, de intensione et remissione formarum, qui a si longue- 
ment préoccupé la Scolastique médiévale. Elle se rattache par 
des liens fort étroits et fort apparents à certaines discussions 
de la Physique moderne; pouvons-nous, par exemple, définir 
ce qu'il convient d'entendre par le mol température sans 
analyser de nouveau, comme les analysaient les maîtres du 
Moyen -Age, les caractères qui distinguent la catégorie de la 
qualité de la catégorie de la quantité ? 

Avides des précisions que marque la Logique comme des 
vérités que découvre la Science positive, les théologiens du 
Moyen-Age recherchaient volontiers, en l'étude du Dogme, 
l'occasion de montrer leur subtilité de dialecticiens ou leurs 
connaissances de physiciens; aussi la Science moderne a-t-elle, 
bien plus que l'Apologétique, tiré profit de mainte discussion 
dont les docteurs en Théologie ornaient ou surchargeaient 
leur enseignement. 

Ainsi en a-t-il été du problème de intensione et remissione 
formarum. En son premier livre des Sentences, Pierre Lombard 
avait fait cette remarque' : «En l'homme, la charité augmente 
ou diminue et, à des époques diverses, elle y est plus ou 
moins intense. » Ce texte a fourni aux docteurs en Théologie 
un prétexte qui leur permît de développer leur manière de 
voir sur l'exaltation et l'atténuation des formes qualitatives ; 
et ainsi, des théories destinées à éclairer l'étude des propriétés 
diverses que le physicien est appelé à considérer ont été 
exposées, tout d'abord, à propos de la charité. 

Ces théories peuvent se classer en deux groupes ; il en est 
qui, fidèles aux principes de la Logique péripatéticienne, 
établissent une extrême différence entre l'opération par 
laquelle s'exalte l'intensité d'une forme qualitative et l'addition 
par laquelle s'accroît une quantité ; il en est, au contraire, 
qui supposent une grande analogie entre ces deux opérations 

I. Pétri Lombard! Episcopi Parisiensis Sentenliarum libri IV ; Lib. I, Dist. XVII : 
De missione Spiritus sancti qua invisibiliter raittitur. 



DOMINIQUE SOTO ET LA SCOLASTIQUE PARISIENNE l65 

et qui, par là, tendent à effacer la ligne de frontière entre la 
catégorie de la qualité et la catégorie de la quantité. 

Saint Thomas d'Aquin se range nettement parmi les parti- 
sans de la distinction péripatéticienne; écoutons ce qu'il dit, 
en son Commenlaire sur les livres des Senlences^, de l'opération 
par laquelle la charité augmente d'intensité : 

<( Ceux qui soutiennent que la charité peut être accrue en 
son essence professent des opinions qui se peuvent réduire à 
deux. L'une d'elles prétend que cette vertu croît par addition 
d'une charité à une autre charité, l'autre opinion soutient que 
la charité croît en intensité parce qu'elle approche davantage 
de son terme, c'est-à-dire de la perfection de charité... Mais je 
ne puis comprendre la première supposition ; en toute addi- 
tion, en effet, il faut entendre deux choses différentes dont 
l'une est ajoutée à l'autre. Soient donc deux charités diffé- 
rentes; elles se distinguent ou par différence spécifique ou 
seulement par différence numérique; mais elles ne peuvent 
différer d'espèce, car toutes les charités sont une vertu de 
même espèce; elles ne peuvent non plus être numériquement 
distinctes, car plusieurs formes accidentelles de même espèce 
ne peuvent coexister en un sujet numériquement un, alors 
surtout qu'il s'agit de formes absolues et non pas de formes 
relatives. Cette supposition donc provient d'une fausse imagi- 
nation; certains conçoivent l'augmentation de la charité à la 
façon de l'accroissement d'un corps, opération en laquelle il 
y a addition d'une quantité à une autre quantité. Je dis donc 
que, lorsque la charité croît, il ne se produit, en ce change- 
ment, aucune addition; de même, au quatrième livre des Phy- 
siques, le Philosophe affirme qu'un corps devient plus blanc ou 
plus chaud sans aucune addition de blancheur ni de chaleur; 
mais la qualité préexistante devient plus intense parce qu'elle 
s'approche davantage de son terme. » 

Les mêmes pensées sont reprises, en sa Somme Ihéologique, 
par le Docteur Angélique 2. 



1. Sancti Thomœ Aquinatis Scriplum super primum librum Senlentiarum : Lib. I, 
Dist. XVII, pars II, quaest. II : Utrum charitas augeatur pcr additionem ? , 

2. Santi Thomte Aquinatis Summa theologica, lia II;'-, quest. XXIV, art. 5. 



l66 BULLETIN HISPANIQUE 

Selon Saint Thomas, donc, il est de l'essence même de la 
charité, de la blancheur, de la chaleur d'être plus ou moins 
voisines de la charité parfaite, de la blancheur absolue, de 
l'extrême chaleur, et cette proximité plus ou moins grande 
au terme suprême constitue l'intensité, Vinlensio plus ou 
moins forte; pour une qualité, devenir plus intense, ce n'est 
pas s'accroître par addition ; c'est se perfectionner en sa propre 
essence. 

Gilles de Rome ne croit pas plus que Saint Thomas à l'addi- 
tion par laquelle une charité s'associerait à une autre charité 
pour donner une troisième charité plus intense que chacune 
des deux premières; mais il se sépare du Docteur dominicain 
en ce qu'il place» en l'existence (esse) la raison d'être de l'in- 
tensité que Saint Thomas plaçait en l'essence (essentiel). Par 
essence, selon Gilles de Rome, la charité n'est pas plus ou 
moins intense, la blancheur n'est pas plus ou moins blanche; 
il n'y a qu'un seul degré de charité, qu'un seul degré de 
blancheur; mais cette charité unique, cette blancheur unique 
sont plus ou moins complètement réalisées dans le sujet où 
elles résident et, par là, ce sujet est charitable ou blanc à un 
degré plus ou moins élevé. 

Le débat entre Gilles de Rome et Saint Thomas d'Aquin 
dépend ainsi de la distinction entre l'essence et l'existence, 
distinction subtile, mais qui joue un rôle d'une extrême impor- 
tance en la Métaphysique du Docteur Angélique et de ses 
continuateurs. 

En ce débat, Henri de Gand (12 17 -1293) se range nettement 
au parti de Saint Thomas d'Aquin : <( Vinlensio et la remissio 
des formes, » dit-il % u se doivent produire en leur essence et par 
leur nature même, car en leur essence même, elles possèdent 
une certaine latitude (lalilado). Ce n'est donc pas en la nature 
du sujet, mais en la nature même de la forme, considérée en 

I. iEgidii Romani In quatuor libros Sententiarum quœstiones; Lib. I, Dist. XVIl. — 
iïgidii Romani Quodlibeta; Quodlib. V, quapst. XI V. 

a. Quodlibeta Magisiri Henrici Goothals a Gandavo doctoris Solemnis : Socii Sorbo' 
nici:et archidiaconi Tornacensis. cum duplici tabclla. Venundantur ab lodoco Badio 
Ascensio, sub gratia ot privilegio ad finem explicandis. — Colophon : lu chalcogra- 
phia lodoci Badii Ascensii... undecimo kalondas Seplembris Anno domini MDXVIM. 
Quodlibntum V, qua'sl. XIX; fol. cxcv, r° ot v*. 



DOMINIQUE SOTO ET LA SCOLASTIQUE PARISIENNE 167 

soi, qu'il faut cherclier la raison et la cause de l'augmentation 
dont cette forme est susceptible. » 

En son essence môme, cette forme est capable de plusieurs 
degrés; chaque degré inférieur est en puissance du degré 
plus élevé; la mise en acte de ce degré plus élevé constitue 
l'accroissement de la forme. 

Henri de Gand ne s'interdit pas de dire que chaque degré 
est une certaine (juanlilé de la forme, que le degré inférieur 
est une partie du degré supérieur; mais ces termes, il les 
entend assurément au sens métaphorique, au sens où l'on 
peut dire que l'existence en puissance est une partie de l'exis- 
tence en acte, que cette existence-ci est plus grande que 
celle-là, 11 se garde bien de croire que Taccroissement d'une 
forme se fasse comme l'augmentation d'une grandeur, qu'elle 
résulte de l'apposition de parties nouvelles à des parties 
préexistantes, u L'augmentation des formes, dit-il, ne se fait 
pas par une apposition de parties en leur substance ou en leur 
essence; c'est un accroissement de force (in virliite), grâce 
auquel la forme augmentée devient plus efficace en sa propre 
opération, ce que ne saurait produire l'addition du semblable 
à son semblable; une tiédeur ajoutée à une tiédeur égale ne 
fait pas une chaleur plus grande. » L'exemple dont le Docteur 
Solennel vient d'user pour mettre en évidence la distinction 
qui existe entre l'augmentation d'une grandeur et l'exaltation 
d'intensité d'une qualité va être d'un constant usage dans les 
discussions scolastiques. 

L'essence même de la forme, selon la doctrine thomiste, 
comprend divers degrés dont chacun, plus parfait que les 
degrés inférieurs, possède en acte quelque chose qui était 
seulement en puissance dans les degrés inférieurs; imitant 
mieux la perfection divine que ne l'imitent les degrés infé 
rieurs, le degré supérieur est plus grand d'une grandeur de 
perfection (magniludo perfectionis) et ■ non d'une grandeur de 
masse (magniludo molisjK 

Afin de faire comprendre les rapports qu'ont entre eux les 
degrés de plus en plus parfaits d'une même forme qualitative, 

I. Henrici a fiandavo Quorf//6^<a .Quodiibetum V, qatest, III; éd. cit., loi. clvi, v°. 



l68 BULLETIN HISPANIQUE 

Hervé de Nédellec (f 182 2) use d'une comparaison' qui met 
bien en évidence la pensée essentielle de la doctrine thomiste: 
« Le degré atténué, » dit le Docteur breton, a est contenu dans 
le degré plus intense, comme l'âme végétative est impliquée 
en l'âme sensitive et celle-ci en l'âme intellectuelle. » 

Sous la plume d'Henri de Gand,nous avons rencontré, pour 
la première fois, ce terme nouveau : latitude d'une forme 
(latitudo formse) ; ce terme désigne la propriété essentielle par 
laquelle cette forme est plus ou moins voisine de son terme 
suprême, plus ou moins parfaite, partant plus ou moins 
intense; ce mot nouveau, nous Talions voir prendre une 
singulière vogue en la Scolastique du xiv" siècle. 

L'expression latitudo formœ est nettement définie en une 
Somme de Logique que Ton rencontre parmi les Opuscules de 
Saint Thomas d'Aquin, mais qui fut sûrement rédigée long- 
temps après l'époque oh vécut le Docteur Angélique 2. Voici 
ce que nous lisons en cette Somme^: 

« La substance a, en commun avec certains accidents, deux 
caractères : Elle n'admet rien qui lui soit contraire, et elle 
n'est susceptible ni de plus ni de moins. Pour comprendre ces 
propositions, il faut savoir que certaines formes sont douées 
de latitude et d'autres non; et c'est parce que certaines formes 
sont susceptibles de la susdite latitude qu'elles admettent un 
contraire, bien que cela ne soit pas vrai de toutes ces formes. 

» Afin de savoir ce qu'est cette latitude, remarquez que, 
pour les choses spirituelles, on conçoit l'augmentation par 
extension de ce que l'on sait de la grandeur des choses corpo- 
relles; or, lorsqu'il s'agit de quantité corporelle, on dit d'une 
chose qu'elle est grande lorsqu'elle approche de la perfection 



1. Sublilissima Hervci Natalis Britonis... quodlibeta undecim cum octo ipsius profun- 
dissimis tractatibus... De beatitudine, De verbo. De eternitate timndi, De materia celi. De 
relatione, De pluralitate formarum. De virtutibus, De molu angeli. — Venetiis, i5i3. 
Quodlibetum VII, qua^st. XVII. 

2. Cari PrantI, Geschichte der Logik ini Abendlande, Leipzig, 1867; Bd. III, pp. 260- 
257. — P. Duhem, Le mouvement absolu et le mouvement relatif. Note : Sur une Somme 
de Logique attribuée à Saint Thomas d'Aquin (Revue de Philosophie, 9* année, n' li, 
i" avril 1909; p. /»36). — P. Mandonnet O. P., Des écrits authentiques de Saint Thomas 
d'Aquin; Fribourg, 1910 (Extrait de la Revue Thomiste, 1909-1910). 

3. Sancti a'hom.-n Aquinatis Opuscula; Opusc. XLVIII : Totius logicœ Aristolelis 
summa; tract. II : De pncdicamentis; cap. IV. 



DOMINIQUE SOTO ET LA SCOLASTIQUE PARISIENNE 169 

qui convient à sa grandeur ; voilà pourquoi telle chose suscep- 
tible de quantité est dite grande en un homme qui ne serait 
point réputée grande en un éléphant. De même, lorsqu'il 
s'agit de formes, une chose est dite grande dans la mesure où 
elle est parfaite. 

» Mais la perfection d'une forme peut être considérée à deux 
points de vue, selon que l'on considère la forme elle-même, 
ou bien la participation du sujet à cette forme. Dans le premier 
cas, la forme est dite grande ou petite; on dira, par exemple, 
une petite blancheur. Dans le second cas, on emploie les mots 
plus ou moins; on dit d'un corps qu'il est plus ou moins 
blanc. Lorsqu'une forme est douée par elle-même d'une indé- 
termination telle qu'elle puisse être réalisée plus ou moins 
dans le sujet, c'est-à-dire d'une manière plus ou moins par- 
faite, on dit qu'elle est douée de latitude et qu'elle atteint tel 
ou tel degré d'intensité ou de rémission. » 

Henri de Gand avait pris le mot latitude pour formuler la 
théorie thomiste de l'intensité des formes; il faisait de la lati- 
tude une propriété qui résidait en l'essence même de la forme. 
C'est au sens égidien que l'auteur de la Somme de Logique 
prend cette même expression ; ce n'est pas par essence, mais 
par existence que la forme est douée de latitude ; indéterminée 
par elle-même, elle est déterminée à telle ou telle latitude, 
à tel ou tel degré d'intensité, selon qu'elle se trouve mise en 
acte, au sein du sujet, d'une manière plus ou moins parfaite. 

Vintensio de la forme, qui marque son degré de perfection, 
se doit bien distinguer de Vextensio, qui marque la grandeur 
du sujet où cette forme est réalisée; autre chose, pour un 
corps, est d'offrir aux yeux une blancheur plus ou moins 
intense, autre chose d'être un objet blanc d'étendue plus ou 
moins grande. Il est si naturel de faire cette distinction qu'on 
la trouve, plus ou moins nettement marquée, par tous les 
Scolastiques «t, en particulier, par Saint Thomas d'Aquin. 
L'auteur de la Somme de Logique la signale à son tour; il a 
soin d'opposer la latitudo à Vextensio : 

« La perfection ou l'imperfection de la quantité dépend de 
l'extension plus ou moins grande; c'est d'après cette extension 



I-JO BULLETIN HISPANIQUE 

qu'un objet est dit plus grand ou plus petit. Mais une exten- 
sion plus ou moins grande n'est pas toujours une cause suffi- 
sante pour que l'on dise d'une chose qu'elle est plus ou moins, 
car il se peut que Ton ne juge pas de son existence par l'ex- 
tension... Certaines formes, on le voit, sont susceptibles de 
plus ou de moins et certaines autres non ; celles qui sont 
susceptibles de plus ou de moins, ce sont celles qui sont 
douées de ce que l'on a nommé latitude. » 

C'est un égidien, nous l'avons fait remarquer, qui vient 
d'user du mot laliludo formœ, alors qu'Henri de Gand s'en 
était servi pour formuler la théorie thomiste. Ce mot, nous le 
retrouvons constamment sous la plume de Durand de Saint- 
Pourçain qui, en son Commentaire sur les Sentences, rédigé 
vers i33o, adopte la théorie thomiste de l'intensité des formes» 
et combat vivement la théorie égidienne. Durand émet, en 
effet, des assertions telles que celles-ci : 

« 11 nous faut affirmer que l'intensité et la rémission de la 
forme dépendent des degrés divers de l'essence de cette forme. 
Cela peut se prouver de la manière suivante : Ce que l'exten- 
sion plus ou moins grande est pour la quantité, l'intensité 
plus ou moins grande l'est pour la qualité. Mais l'extension 
plus ou moins grande dépend de l'essence même de la quan- 
tité; celle-ci, en effet, a, en son essence, une latitude capable 
de s'étendre plus ou moins. L'intensité plus ou moins grande 
dépend donc, elle aussi, de l'essence même de la qualité, en 
tant que cette qualité est douée, à cet effet, d'une latitude 
susceptible de degrés divers. 

» En second lieu, cela se voit encore de la manière suivante : 
l'indivisibilité d'une forme est la raison pour laquelle cette 
forme n'est pas susceptible de plus ou de moins; de même, la 
divisibilité en degrés est la raison qui rend la forme capable 
de plus ou de moins; or l'indivisibilité d'une forme dépend de 
l'essence de cette forme; il en doit donc être de même de la 
divisibilité. » 

La divisibilité de la forme en degrés ne ressemble d'ailleurs 

I. Durandi a Sancto Portiano Super senlentias Pétri Lombardi cummenlarii ; 
LU). I, Dist. XVII, quaîst. V: Uirum charilas possit augeri ? 



DOMINIQUE SOTO ET LA SCOLASTIQUE PARISIENNE I7I 

aucunement, en la pensée de Durand de Saint-Pourçain, à la 
divisibilité d'une quantité en parties ; les degrés successifs 
désignent une perfection de plus en plus grande de la forme; 
chacun d'eux est virtuellement contenu dans le degré plus 
élevé; mais il n'en saurait être détaché comme une partie le 
peut être d'un tout; la division d'une forme en degrés doit 
être assimilée à la division d'un genre en espèces que l'on 
peut échelonr^er selon leur degré plus ou moins élevé de 
perfection. 

De cette comparaison, il est bien aisé de glisser à une 
doctrine que Durand combat vivement', mais qui, avant 
comme après lui, eut de nombreux partisans. 

Tous les auteurs dont nous avons, jusqu'ici, analysé les 
opinions attribuent à une forme qualitative une certaine 
indétermination, une certaine latitude; par cette latitude, la 
forme peut, en un sujet, demeurer la même et, cependant, 
atteindre des intensités diverses, des degrés divers; soit que 
son essence approche plus ou moins de la perfection dont 
elle est susceptible, soit que cette essence, sans devenir ni plus 
ni moins parfaite, se trouve plus ou moins complètement 
réalisée dans le sujet. 

D'autres philosophes veulent, au contraire, qu'une forme ne 
soit affectée d'aucune indétermination; pas d'indétermination 
en l'essence de cette forme, par laquelle cette essence puisse 
être dite plus ou moins parfaite; pas d'indétermination en 
l'existence, par laquelle le sujet puisse participer à la forme 
d'une manière plus ou moins complète. Chaque forme est 
entièrement déterminée et dans son essence, et dans son 
existence; elle n'est susceptible que d'une seule perfection 
et ne peut affecter que dune seule manière le sujet en lequel 
elle est réalisée. 

Chaque forme, donc, est incapable d'une plus ou moins 
grande intensité; chacune d'elles possède un degré absolument 
invariable. Lorsque, par un langage vicieux, on parle des divers 
degrés d'une môme forme, on veut, en réalité, désigner des 

I. Durandi a Sancto Portiano Op. laud.; Lib. I, Dist. XVII, qua3st. VU : Ltrum 
eadem forma numéro possit essciutensa et remissa? 



t72 BULLETIN HISPANIQUE 

formes diverses, spécifiquement distinctes les unes des autres, 
et appartenant seulement à un même genre; en ce genre, on les 
peut ranger de telle sorte que chacune d'elles soit plus parfaite 
que celle qui la précède et moins parfaite que celle qui la suit; 
mais aucune d'elles ne peut, par inlensio, se transformer en 
celle qui la suit ni, par remissio, se réduire à celle qui la 
précède. 

Gomment donc doit-on concevoir l'accroissement d'une 
qualité? Que sera, par exemple, un corps qui s'échauffe? 

Que l'on admette la doctrine thomiste ou que l'on adopte la 
théorie égidienne, en ce corps qui s'échauffe la chaleur est 
numériquement une, elle est toujours la même forme; seule- 
ment, d'instant en instant, l'essence de cette chaleur devient 
de plus en plus parfaite ou bien encore son essence est de 
mieux en mieux réalisée dans le corps échauffé. 

En ce corps qui s'échauffe, la théorie que nous exposons en 
ce moment voit non pas une seule et même chaleur qui 
acquiert successivement des degrés de plus en plus élevés, 
mais une infinité de chaleurs numériquement et spécifiquement 
distinctes les unes des autres. A chaque instant, une chaleur 
est détruite et, à sa place, une autre chaleur plus parfaite est 
engendrée; en la seconde chaleur, il ne subsiste rien de la 
première. L'échauffement n'est pas le mouvement par lequel 
l'essence d'une forme unique tend vers sa perfection; ce n'est 
pas non plus le mouvement par lequel une forme d'essence 
déterminée s'actualise de mieux en mieux en un certain sujet ; 
c'est une continuelle succession de générations et de destruc- 
tions par lesquelles une forme n'est produite que pour être tout 
aussitôt anéantie. 

Que cette opinion comptât déjà des partisans au temps de 
Saint Thomas d'Aquin, nous n'en saurions douter; le Docteur 
Angélique écrit, en effet', en son Commentaire sur les Sentences : 
« Certains prétendent que la charité ne subit, par essence, 
aucune augmentation; que, lorsque advient une charité plus 
grande, la charité moindre qui existait auparavant se trouve 

I. Sancti Thontiii; Af|iiinalis Scriplum in Ubros Senlentiarum ; Lib. 1, Dist. XVII, 
pars II, quajst. I : Ulruin charitas augeatnr? 



DOMINIQUE SOTO ET LA SCOLASTIQUE PARISIENNE I 78 

détruite; ainsi dit-on que les jours s'allongent lorsque des 
jours plus longs succèdent à des jours plus courts. » 

Cette doctrine est très certainement celle de l'auteur inconnu 
auquel on doit attribuer un traité De la pluralité des formes mis 
à tort' parmi les opuscules de Saint Thomas. Voici ce qu'on 
lit^, en effet, en ce traité, au sujet de l'accroissement des 
quantités et de l'opération qui exalte l'intensité d'une forme; 
la netteté de ce passage est digne de remarque : 

« De deux formes qui sont de même genre, il en est une, 
la plus parfaite, qui contient virtuellement l'autre, la moins 
parfaite; si une forme de moindre perfection était conjointe 
avec une forme plus parfaite, elle ne donnerait aucunement 
une forme encore plus parfaite; cette adjonction serait opéra- 
tion vaine. Or, dans la Nature, rien ne se fait en vain ; il ne 
peut donc, entre espèces différentes, y avoir une addition telle 
qu'une forme préexistante demeure en même temps que la 
forme qui survient. Voici, dès lors, comment il faut com- 
prendre l'analogie dont nous avons parlé : Lorsqu'une forme 
plus parfaite survient, la forme préexistante est détruite, de 
telle sorte qu'une seule forme demeure dans le composé; cette 
forme unique contient la forme moins parfaite et contient 
davantage encore ; par conséquent, elle ajoute quelque chose 
à la forme moins parfaite; de même que le nombre plus grand 
contient en soi le nombre moindre qui existe aussi en dehors 
de lui, et qu'il y ajoute quelque chose; que, par exemple, le 
nombre quatre contient en soi, dune manière virtuelle et 
quantitative, le nombre trois qui existe aussi à part, et qu'il 
y ajoute une unité; de même, la forme la plus parfaite ajoute 
une certaine perfection à la forme moins parfaite qu'elle 
contient virtuellement. Mais, en ce qui concerne les nombres, 
on peut, au plus petit nombre, au nombre trois par exemple, 
ajouter une unité nouvelle qui constitue, avec les trois unités 
précédentes, le nombre quatre qui est un nombre plus grand; 

1. Sur la nature apocryphe de l'opuscule De pluralitate formarum, voir : P. Man- 
donnet 0. P., Des écrits authentiques de Saint Thomas d'Aquin, Fribourg, 1910, p. gS 
(ExtrAit de la Revue Thomiste, 1909-1910). 

2. Sancti Thomae Aquiaatis Opuscula; Opusc. XLV : De pluralitate formarum, 
Gap. I. 

Bull, hispan. 12 



174 BULLETIN HISPANIQUE 

au sujet des formes, une semblable opération n'est plus pos- 
sible; une nouvelle forme ne peut survenir et s'adjoindre à 
une forme déjà existante en la matière pour constituer une 
forme plus parfaite. 

» Et double est la raison de cette différence. L'addition du 
nombre au nombre se fait par parties entières et quantitatives 
qui représentent la grandeur de l'excès d'un nombre sur 
l'autre; et cet excès est d'une nature telle qu'il revient au 
même, pour obtenir le plus grand nombre, que nous prenions 
le plus petit nombre et que nous ajoutions quelque chose, ce 
qui fait du plus petit nombre une partie du plus grand, ou 
bien que nous formions le plus grand nombre d'une manière 
indépendante en réunissant toutes les unités dont il se com- 
pose; d'une manière comme de l'autre, le plus grand nombre 
surpasse le plus petit de la même quantité. Mais si une forme 
surpasse une autre forme de même genre, c'est en perfection 
[et non pas en quantité] ; toute la perfection qui se trouve en 
la forme la moins parfaite est aussi, de soi, en la forme la 
plus parfaite; en cette dernière, donc, la perfection ne croîtrait 
aucunement si on lui adjoignait la forme moins parfaite. 
Toute forme est simple; aucune d'elles n'est composée de 
plusieurs formes ; plus une forme est simple, plus elle est 
parfaite; or, en ce qui concerne les nombres, il en est tout 
au contraire, car un nombre est d'autant plus composé qu'il 
est plus grand; il ne saurait donc y avoir addition d'une forme 
à une forme préexistante comme il peut y avoir addition d'un 
nombre à un nombre préexistant. 

» Voici la seconde raison de cette difterence : Le nombre 
n'est pas quelque chose qui soit simplement un; c'est un 
agrégat d'unités ; il est de sa nature d'avoir plusieurs parties 
dont chacune existe d'une manière actuelle; en sorte que, de 
quelque manière que l'on ajoute une partie à une autre partie, 
on obtient un nombre plus grand. Mais une substance maté- 
rielle est quelque chose qui est simplement un ; il ne peut 
donc, en elle, se trouver plusieurs réalités en acte. Voilà 
pourquoi lorsqu'une forme substantielle survient, il faut que 
la forme substantielle préexistante lui cède la place... De même 



DOMINIQUE SOTO ET LA SCOLASTIQUE PARISIENNE I70 

en doit-il être de toute addition ou soustraction qui se fait en 
la substance des choses; lorsqu'une forme nouvelle advient, 
celle qui existait auparavant doit être anéantie. » 

Godefroid de Fontaines est ordinairement tenu pour un 
partisan déterminé de l'opinion qui vient d'être exposée; 
cependant, sa conviction à cet égard a dû éprouver des 
fluctuations. Ceux de ses Qiiodlibets qui ont été publiés par 
MM. De Wulf et Pelzer contiennent une question ■ où l'auteur 
professe une opinion très opposée à celle de Saint Thomas, 
très voisine de celle qu'a tenue Gilles de Rome. L'essence 
spécifique de la charité ou d'une qualité analogue est essen- 
tiellement indivisible, essentiellement incapable de plus ou de 
moins ; elle ne peut s'approcher ou s'éloigner de la perfection 
qu'en changeant d'espèce. Si donc une qualité est capable de 
présenter des degrés divers, si elle est susceptible de plus ou 
de moins, ce ne peut être par essence, mais seulement par 
accident, en tant que le sujet participe plus ou moins à cette 
forme. « Si la blancheur était séparée de tout sujet, et si l'on 
supposait qu'il pût y avoir plusieurs blancheurs séparées, 
toutes ces blancheurs seraient également parfaites... Si donc 
elles peuvent avoir certains degrés virtuels, tandis que les 
formes substantielles ne sont pas considérées comme douées 
de tels degrés et comme susceptibles de plus ou de moins, 
voici ce que l'on doit certainement entendre par là : Ces 
qualités ont une nature et une vertu telles que le sujet puisse 
participer d'elles à des degrés divers, soit plus, soit moins, 
ou encore que le sujet soit apte à recevoir d'elles une 
perfection plus ou moins grande. » C'est bien la doctrine 
égidienne que formulent ces lignes. 

En un autre Qaodlibel encore inédit^, Godefroid de Fontaines 
entendait ainsi l'accroissement de la charité : La charité 



1. Magistri Godefridi de Fontibus Quodlibeta reporlala; Quodlibetiim II, 
qiiacst. II : Utrum caritas sive quicumque habitus possit augeri per essontiam? (Les 
philosophes belges; textes et études. Tome II : Les quatre premiers quodlibets de Godefroid 
de Fontaines, par De Wulf et Pelzer; Lovivain, 1904; pp. 189 seqq.) 

2. Godefridi de Fontibus Quodlibeta; Quodlib. VII, quœst. VII. Nous tirons ce 
renseignement de l'ouvrage suivant : Commentariorum in primum librum Sententiarum. 
Pars prima. Auctore Petro Aureolo Verberio. Romae. Ex typographia Vaticana. 
MD\CVI; p. 435, col. a. 



176 BULLETIN HISPANIQUE 

moindre qui préexistait est anéantie; une autre charité est 
engendrée, qui contient virtuellement la première, mais qui 
la surpasse en perfection et qui, pour cette raison, est dite 
plus intense que la première. 

Gérard d'Odon, de Châteauroux, qui fut, en iSag, élu supé- 
rieur général de l'ordre franciscain; qui devint, en i3^2, 
évêque de Catane et, vers i3/j8, patriarche d'Antioche ; qui 
mourut enfin à Catane en iS^g, Gérard d'Odon, disons-nous, 
avait adopté, touchant Taccroissement des formes qualitatives, 
la théorie dont nous venons de donner l'exposé. C'est, du 
moins, ce qu'afRrme Jean le Chanoine : c II faut savoir, » 
dit- il', « que l'opinion de Gérard d'Odon est la suivante : 
lorsque quelque chose qui était blanc devient plus blanc ou 
moins blanc, la forme précédente est détruite en totalité et une 
forme nouvelle, qui est un individu nouveau, est engendrée. » 

Mais aucun scolastique n'a, plus fermement que Walter 
Burley, adhéré à cette opinion ; toutefois, comme Godefroid de 
Fontaines, notre auteur a, d'abord, admis la théorie égidienne. 

Nous trouvons, en effet, un premier exposé des idées de 
Burley dans le Commentaire aux Catégories dCAristote que ce 
maître a composé ; voici cet exposé 2 : 

« Je dis qu'aucune forme n'est susceptible de plus ou de 
moins, mais que la forme est plus ou moins reçue par le sujet, 
en sorte que ce sujet est plus parfait ou moins parfait. Aucune 
blancheur n'est susceptible de plus ou de moins, mais le corps 
blanc est susceptible de l'être plus ou moins parce qu'il prend 
une blancheur plus ou moins parfaite — quia suscipit alhedinem 
magis perfectam et minus perfectam. » 

Les derniers mots de ce passage glissent déjà de la théorie 
de Gilles de Rome vers la théorie que l'on attribue communé- 
ment à Godefroid de Fontaines. Si aucune blancheur n'est 

1. Joannis Canonici Quœstiones super VIII libros Physicorum Aristotelis; libri V 
quœst. III; quantum ad 4° articulum. 

2. Exposilio Burlei super libro predicamentorum; coll. a et 6 du fol. qui suit le 
fol. signée !t en l'édition dont le titre est : Preclarissimi viri Gualterii Burlei anglici 
sacre pagine professoris excellentissimi super artem veterem Porphyrii et Aristotelis expo- 
silio sive scriptum féliciter incipit. Le coiophon est le suivant : Explicit scriptum pre- 
clarissimi viri Gualterii Burlei Anglici sacre pagine professoris eximii. in artem 
veterem Porphyrii et Aristotelis. arte et diligentia Boneti de locatellis sumptibus 
vero D. Octaviani Scoti impressum Venetiis Anno 1/188. Octavo idus. Julii. 



DOMINIQUE SOTO ET LA SCOLASTIQUE PARISIENNE 1 77 

susceptible de changer d'intensité, ils impliquent l'existence 
de blancheurs multiples, inégalement parfaites, et ils suppo- 
sent qu'en un corps qui devient plus ou moins blanc, ces 
blancheurs diverses se substituent les unes aux autres. 

C'est cette doctrine que Burley a ensuite développée en un 
traité spécial qu'il a intitulé : De intensione et remissione for- 
marumK Ce traité a, plus que tout autre, contribué à faire 
connaître, parmi les Scolastiques, la théorie à laquelle nous 
venons de faire allusion. 

Le système de Godefroid de Fontaines, de Gérard d'Odon, 
de Walter Burley est celui oii se marque au plus haut point 
l'opposition péripatéticienne entre la qualité et la quantité. 
Tandis que certains Scolastiques s'attachaient à défendre un tel 
système, d'autres s'efforçaient de rapprocher autant que pos- 
sible la catégorie de la qualité de la catégorie de la quantité. 

Nous avons entendu Saint Thomas d'Aquin s'élever vive- 
ment, en son écrit sur les Sentences de Pierre Lombard, contre 
ceux qui, en l'accroissement de la charité, voient l'addition 
d'une charité nouvelle à une charité préexistante; il y avait 
donc, en son temps, des philosophes pour lesquels l'intensité 
d'une qualité s'exaltait par addition d'une partie à une autre 
partie, comme grandit une quantité. 

Ces philosophes vont devenir nombreux à partir des der 
nières années du xiii^ siècle, au moment de la réaction anti- 
péripatéticienne qu'ont provoquée ou signalée les condamna- 
tions portées, en 1277, par l'évêque de Paris, Etienne Tempier, 
et par les théologiens de la Sorbonne. 

L'un des promoteurs de la Scolastique affranchie du Péripa- 
tétisme fut le Franciscain Richard de Middleton, dont les 
Commentaires aux Sentences de Pierre Lombard furent probable- 
ment composés peu après l'année 1281. 

Richard de Middleton n'hésite pas à voir, en l'accroissement 
d'une forme qualitative telle que la charité, le résultat d'une 
addition de parties les unes aux autres ; l'analogie qui en 

I. Burleus de intensione et remissione formarum. — Jacobus de forlivio de intensione 
et remissione formarum. — Tràctatus proportionum Alberti de Saxonia. — Colophon : 
Venetiis mandate et expensis nobilis viri domini Octaviani scoti civis Modoetiensis. 
1496. quarto kal. decemb. par Bonetum locatellum bergomensem. 



l'jS BULLETIN HISPANIQUE 

résulte entre l'intensité d'une qualité et la grandeur d'une quan- 
tité ne lui échappe nullement; bien loin de cherchera dissimu- 
ler cette analogie, il la déclare de la manière la plus formelle»; 
à côté de la quantité entendue au sens d'Aristote, et qu'il 
nomme quantité de masse (quantitas molis), il place l'intensité 
de la qualité, qu'il nomme quantité de force (quantitas virtutis). 

« La charité peut augmenter, dit-il, parce que toute quantité 
qui est imparfaite peut augmenter. Or il y a deux sortes de 
quantités, savoir : la quantité de masse (quantitas molis) et la 
quantité de force (quantitas virtutis); dès lors, il y a deux sortes 
d'augmentations, l'augmentation relatiAe à la quantité de 
masse et l'augmentation relative à la quantité de force. La 
charité étant une quantité, elle peut augmenter en force tant 
qu'elle n'a pas atteint son terme. Et comme, par essence, la 
charité est force, de telle sorte que la charité et la force de la 
charité ne sont distinctes l'une de l'autre qu'en la seule raison, 
il faut admettre que la charité croît par essence 

» La quantité de force ne se mesure pas seulement par le 
nombre des objets (soumis à l'action de cette force), ce qui en 
donne la mesure extensive, analogue à celle de la quantité 
discontinue; elle se mesure encore par l'intensité de l'acte 
produit en un même objet et, par là, elle ressemble davantage 
à la quantité continue. C'est de cette seconde manière que la 
charité augmente, non de la première. » 

Que, d'ailleurs, cette augmentation de la charité résulte de 
l'addition d'une charité nouvelle à une charité préexistante, 
Richard de Middleton va l'affirmer 2 : 

u L'âme devient plus charitable parce qu'à la charité qui 
préexiste en cette âme, la puissance divine ajoute un degré 
nouveau de cette essence qu'est la charité; de ce degré 
nouveau et du degré préexistant de charité, une essence 
de charité plus parfaite se trouve constituée; le premier degré, 
en effet, était en puissance de recevoir le degré ultérieur, de 

1. Clarissimi Tkeologi Magistri Ricardi de Mediavilla super quatuor libros Sententia- 
ruin Pétri Lombardi quœstiones subtilissimœ. Brixiae, MDXCI.I.ib. I, Dist. XVII, art. II, 
qu.rst. 1 : Utrum charitas possil augcri? Tom. I, p. 1C2. 

2. Ricardi de Mediavilla Op. laud.; Lib. I, Dist. WII, qii.Tst. II: Utnuii charitas 
augealur per additionem novae cliaritatisi' T. 1, pp. i6*>-i6/î. 



DOMINIQUE SOTO ET L\ SGOLASTIQUE PARISIENNE I79 

la même manière qu'une chose incomplète est en puissance 
du degré plus complet. » 

« ... Si l'on oppose à cette opinion l'objection suivante : Une 
chose simple ajoutée à une chose simple ne donne rien de plus 
grand, je réponds en ces termes : Bien que la charité soit 
simple en ce sens qu'elle n'a pas de quantité de masse, elle 
possède cependant une quantité de force. Bien plus ! Elle est, 
à vrai dire, une certaine quantité de force (quantitas viriualis). 
De morne qu'une certaine quantité de masse (quantum mole), 
ajoutée à une quantité semblable, donne quelque chose qui 
est plus grand en masse; de même un certain degré d'une 
quantité de force ajouté à un degré semblable produit quelque 
chose qui est plus grand en force. On peut dire également, 
selon l'opinion que le Philosophe expose au IIP livre de la 
Métaphysique : Bien qu'un indivisible ajouté à un indivisible 
ne fasse pas quelque chose de plus grand, il donne néanmoins 
quelque chose de plus. En ce qui concerne la charité, bien 
que ce qui est ajouté soit simple et qu'il en soit de même de ce 
à quoi on l'ajoute, de cette addition résulte cependant quelque 
chose qui, en essence, est plus, partant, quelque chose qui est 
meilleur et, par conséquent, quelque chose qui est plus 
grand; car, selon Saint Augustin (VI De Trinitale, capp. VII et 
VIII): Dans le domaine des choses qui ne sont pas grandes par 
la masse, être plus grand, c'est être meilleur. » 

Le franciscain anglais Guillaume Vare ou Varon commentait 
assurément les Sentences vers la fin du xiii" siècle ; il a été, 
en effet, le maître de Jean de Duns Scot. En ses Questions sur 
l'écrit de Pierre Lombard ',11 ne faut pas chercher la netteté et 

I. Nous avons lu ces Questions dans le manuscrit n» i63 de la Bibliothèque muni- 
cipale de Bordeaux. C'est un beau manuscrit du \iv' siècle, écrit sur parchemin, à 
deux colonnes, orné de capitales rouges et bleues; l'écriture est très lisible, malgré 
de noml)reuses ligatures; malheureusement, le copiste, ignorant le latin aussi bien 
que le sujet traité, a semé son ouvrage d'une multitude de fautes; un lecteur du 
XIV' siècle en a corrigé un bon nombre par des annotations marginales. L'ouvrage 
ne porte pas de titre; il commence (fol. i, col. a) en ces termes : Queritur utrum finis 
per se et proprius théologie ut est habitas srientijîcus perficiens viatorem sit cognitio vert 

vel dilectio boni. Quod cognitio boni videtur quia Johannis 3° dicitur La dernière 

phrase de l'ouvrage est :... Quod non o6sian<e quod sit cognocitivus qualitatum tangibi- 
lium, tamen patitur qualitatibus tangibilibus. Elle est suivie de ces mots : Explicit liber 
quartus Varonis. Vient ensuite une Summa omnium questionum hujus libri et une 
Reduccio precedentium questionum oer alfabetam. 



l8o BULLETIN HISPANIQUE 

la vigueur de pensée qui se marque en celles de Richard de 
Middleton ; prolixe, confuse, peu ordonnée, la discussion de 
Guillaume Varon n'aboutit bien souvent qu'à des conclusions 
hésitantes, qui sont moins une synthèse des opinions émises 
par divers auteurs qu'une cote mal taillée entre ces opinions. 

La charité croît-elle par addition de quelque partie positive? 
C'est une des questions que Guillaume Yaron discute comme 
l'ont discutée ses prédécesseurs». 

En faveur de la réponse affirmative, certains présentent cet 
argument : « L'augmentation des qualités se comporte par 
rapport à la qualité exactement comme l'augmentation des 
quantités se comporte par rapport à la quantité; l'augmen- 
tation des qualités se fait donc par addition. » 

La réponse négative est, au contraire, commune à deux 
théories, que Yaron décrit sans en nommer les auteurs, mais 
où nous reconnaissons sans peine la doctrine de Saint Thomas 
d'Aquin et la doctrine de Gilles de Rome. 

Selon cette doctrine -là, « lorsque Dieu a créé la première 
charité qu'il a, tout d'abord, infusée à un homme, il a créé 
en puissance, en cette charité, tous les degrés qu'elle est 
susceptible de prendre en acte; lorsqu'il plaît à Dieu d'ac- 
croître cette charité, il tire à l'acte un de ces degrés de charité 
qui étaient en puissance et ainsi, l'habitude totale en devient 
plus intense. » 

A cette doctrine-là, les partisans de l'autre doctrine ripostent 
que « la chaleur n'est pas, par elle-même, en puissance d'une 
plus grande chaleur; cette puissance à une chaleur plus 
grande, c'est dans le sujet même qu'elle se trouve; si le sujet 
ne possédait cette puissance au changement, il ne pourrait 
pas recevoir une chaleur plus grande; la chaleur plus grande 
se tire donc de la puissance du sujet, et non pas de la puis- 
sance de la chaleur. « 

De l'une comme de l'autre doctrine, les tenants refusent de 
voir en l'accroissement de la charité ou de la chaleur l'addi- 



I . Guillelmi Varonis QuassUones in libros Sententiarum ; quaest. 67' : Queritur utrum 
charitas augetur per aJditionem alicujus partis positiva;? (Circa Lib. I, Dist. XII; 
ms. cit., fol. b'4, col. a, à fol. 5G, col. a.) 



DOMINIQUE SOTO ET LA SCOLASTIQUE PARISIENNE l8l 

tion d'une nouvelle charité ou d'une nouvelle chaleur à une 
charité ou à une chaleur préexistante. « Une telle addition 
d'une partie à une autre partie ne peut pas faire que la charité 
devienne plus grande. De même qu'une tiédeur ajoutée à une 
autre tiédeur ne fait pas une chaleur plus intense, de même, 
une partie de charité ou une charité tiède ajoutée à une autre 
charité tiède ne fera pas qu'elle devienne plus grande. » 

A cette argumentation, Varon répond en ces termes : « Ce 
que l'on dit ici de la tiédeur ajoutée à la tiédeur est sans 
valeur; voici, en effet, la raison pour laquelle une tiédeur 
ajoutée à une autre tiédeur ne fait pas une chaleur plus 
intense : Lorsqu'on ajoute ainsi une tiédeur à une autre, on 
ajoute en même temps le sujet de l'une de ces tiédeurs, de 
l'eau par exemple, au sujet de l'autre tiédeur; ces sujets, 
ajoutés l'un à l'autre, empêchent la chaleur de devenir plus 
intense. Si d'un corps tiède, on prenait ce qui est précisément 
la chaleur, si l'on prenait de même ce qui est chaleur en un 
autre corps tiède et que l'on plaçât ces deux chaleurs en un 
même sujet, je dis que cela ferait une chaleur plus grande. » 

Cette réponse vaut d'être notée; nous entendrons bientôt 
Jean de Bassols la reprendre avec plus de précision. 

Entre les diverses opinions qui ont été émises touchant 
l'addition des qualités, la raison de Varon demeure singuliè- 
rement flottante. 11 admet que l'essence d'une qualité ne 
comporte pas de parties essentielles et formelles, mais qu'elle 
admet des parties matérielles et accidentelles ; ce sont ces der- 
nières parties qui, s'ajoutant les unes aux autres, rendent la 
qualité de plus en plus intense. D'autre part, il accorde à 
Gilles de Rome que le sujet, plus ou moins disposé à recevoir 
une qualité déterminée, contribue à l'intensité plus ou moins 
grande de cette qualité. 

La latitudo formas , selon Varon, ne se trouve pas en la forme 
en tant que cette forme est à son degré infime ou à son 
degré suprême ; elle s'y trouve en raison des degrés intermé- 
diaires entre le premier et le dernier; ce n'est ni une latitude 
potentielle ni une latitude actuelle, mais une latitudo in 
consequenti; par ces mots, il entend quelque attribut où se 



l82 BULLETIN HISPANIQUE 

rencontrent à la fois de la puissance et de l'acte. Lorsque la 
forme est à son degré suprême, sa latitude n'a plus rien de 
potentiel; elle est en entier réduite à l'acte. Ce sont là pensées 
qui nous ramènent de nouveau à la doctrine thomiste ; c'est 
bien ainsi, selon cette doctrine, que se doit concevoir la lati- 
tude de la forme. 

Plus ferme et plus cohérente que celle de son maître 
Guillaume Varon, l'opinion de Jean de Duns Scot semble 
s'être inspirée de la doctrine de Richard de Middleton dont 
elle n'égale cependant pas la netteté. 

Jean de Duns admet formellement, tout d'abord', a que 
cette réalité positive qui existait en une charité moindre 
demeure réellement la même en une charité plus grande». 
Par là, le Docteur Subtil rejette la théorie selon laquelle ce que 
l'on nomme augmentation d'une qualité serait une suite inin- 
terrompue de destructions et de générations, une qualité étant, 
à chaque instant, anéantie et remplacée par une qualité plus 
intense. 

Après avoir ainsi repoussé le système de Godefroid de Fon- 
taines, Duns Scot argumente vivement contre celui qu'avait 
soutenu Gilles de Rome, et il conclut en ces termes : 

« La réalité positive qui préexiste en une charité moindre 
n'est pas toute la réalité positive qui existe en une charité plus 
grande. Bien plus! Je dis que si cette charité plus grande et 
cette charité moindre étaient toutes deux séparées du sujet où 
elles se trouvent, la plus grande^urait, en elle, la réalité posi- 
tive de la plus petite et, en outre, une autre réalité ajoutée 
à celle-là ; et cela en supposant, par impossible, que toute 
relation avec le sujet fût supprimée. De même, si l'on suppo- 
sait que la quantité de masse (quantitas molis) fût séparée de 
son sujet et, par impossible, qu'elle n'eût aucune inclination 
vers ce sujet, une quantité étendue continuerait à être plus 
grande qu'une autre; la plus grande contiendrait' toute la 
réalité positive de la plus petite et, en outre, quelque chose 
qui serait ajouté à cette réalité. » 

I. Primas liber Joannis Duns Scoti Doctoris Subtilis saper S entent ias ; Dist. XVIF, 
quaest. III. 



DOMINIQUE SOTO ET LA SCOLASTIQUE PARISIENNE lS3 

Comme Richard de Middleton, Duns Scot admet que la 
forme qualitative « est douée de la simplicité qui s'oppose à 
la quantité de masse; lorsqu'on ajoute une telle forme à une 
forme semblable, on n'obtient rien qui soit plus grand en 
masse (majiis seciindum molem)... Qu'on accorde donc à la 
forme cette simplicité opposée à la quantité de masse; il 
n'y aura rien là qui contredise à l'intensité, car celle-ci se 
rapporte à la quantité de perfection et de force (qiianlilas 
perfectioïiis et virtulis) » . 

La théorie dont Richard de Middleton et Jean de Duns Scot 
ont tracé l'esquisse, nous la voyons dessinée en contours très 
fermes par l'élève préféré de Duns Scot, Jean de Rassois. 

Du premier coup', la discussion de Jean de Rassois pénètre 
au cœur même de la question; elle définit le sens étroit du 
terme quantité en la Logique d'Aristote et le sens infiniment 
plus large que lui ont attribué Richard de Middleton et Jean 
de Duns. 

« Je dis, en premier lieu, qu'il y a deux sortes de quantités. 

» Il y a, d'abord, la quantité de masse (qiianlilas molis) qui 
est un rapport d'étendue^ ou la quantité discontinue (quantitas 
discretionis) ; cette quantité-là est une catégorie; par le genre 
dans lequel elle se range, elle est une détermination de l'être. 

» Il y a, d'autre part, une quantité transcendante; c'est la 
quantité de perfection en l'essence ou la quantité de force en 
Vaction (quantitas perfectionis in essendo vel virtutis in agendo) ; 
cette quantité-là n'est d'aucun genre déterminé. » 

A l'appui de cette distinction, Jean de Rassois, comme 
l'avait fait Richard de Middleton, invoque ce texte de Saint 
Augustin : « Dico quod in hiis qux non sunt mole magna, illud 
est majus quod melius. » Puis il poursuit en ces termes : 

« De même qu'il y a deux sortes de quantités, il y a deux 
sortes de mouvements de quantité. 



1. Opéra Joannis de Bassolis Doctoris Subtilis Scoti (sua lempexlate) fidelis Discipuli, 
Philosophi, ac Theologi profundissimi, In Quatuor Sententiarum Libros (crédite) Aurea... 
Veriundantura Francisco Regnault : Et Joanne Frellon. Parisiis. In fine : Anno JESU 
Aeterni Régis sesquimillesimo decimoseptimo Nono Idus Septembres. Lib. I, 
Dist. XVli, quaest. II : Utrum charitas augeatur vel potest augeri? f(jll. cxiiii-cxvii. 

2. Au lieu de: extensionis, le texte, très fautif, porte : intensionis. 



l8/i BULLETIN HISPANIQUE 

» L'un de ces mouvements va d'une quantité de masse 
imparfaite à une quantité de masse parfaite ou inversement; 
c'est le mouvement que l'on nomme augmentation ou diminution. 

» L'autre va d'un degré imparfait qu'atteignait une forme 
en son essence ou une forme en son action à un degré parfait, 
ou bien il va en sens contraire; il est proprement nommé 
tension (intensio) ou détente (remissio); mais on le désigne 
aussi par le même nom que le mouvement précédent, savoir 
augmentation ou diminution, n 

Après avoir réfuté les diverses opinions émises, au sujet de 
la tension et de la détente des formes, par Gilles de Rome, 
dune part, et par Godefroid de Fontaines, d'autre part, notre 
auteur formule sa propre opinion : 

« La charité et, de même, toute forme susceptible de tension 
ou de détente augmente par l'apposition d'un nouveau degré 
réel, de même sorte que le degré préexistant; ce degré nouveau 
est ajouté au degré préexistant au sein du même sujet; ils 
forment alors un individu unique de la même forme, mais 
cet individu est plus parfait que celui qui existait auparavant. » 

En effet, « en toute forme spécifique, en toute qualité 
naturelle susceptible de tension ou de détente, il est possible 
de marquer des degrés multiples qui en sont les parties 
matérielles, au sens où Aristote, au septième livre de la 
Métaphysique, prend le mot parties matérielles 

)) Par degré de charité ou d'une forme quelconque, j'entends 
un certain individu de cette forme ; cette forme se trouve, en 
cet individu, limitée et définie quantitativement de la manière 
qui lui est propre, de la manière selon laquelle on peut dire 
que la forme, en cet individu, a telle ou telle quantité 
déterminée. Je donne donc le même sens, en la proposition 
qui m'occupe, aux mots : degré de forme, et aux mots : 
individu limité de cette forme ; il revient au même de comparer 
un sujet qui a un plus grand degré de cette forme à un autre 
sujet qui en a un moindre degré ou de dire que l'on a affaire 
à un individu plus parfait de cette forme et à un individu 
moins parfait. 

» De là résulte aussitôt la conséquence suivante : De même 



DOMINIQUE SOTO ET LA SCOLASTIQUE PAHISIEINNE l85 

qu'un sujet unique ne possède en soi qu'un seul individu 
de la forme considérée, de même il ne possède cette forme, 
en un même temps, que sous un seul degré. Lors donc qu'en 
l'accroissement dont nous parlons, au degré de cette forme 
qui préexistait dans le sujet vient s'adjoindre un nouvel 
individu de la même forme, il est manifeste que du degré 
précédent et du degré nouveau se constitue un individu total 
unique, et l'on a la forme en un autre degré. » 

Un exemple précisera pour nous la pensée de Jean de 
Bassols. 

Considérons des corps échauffés. En chacun de ces sujets, 
la forme qualitative qu'est la chaleur a une certaine extension, 
qui dépend de la grandeur du corps échauffé, et une certaine 
intensité, qui fait dire que tel corps est plus chaud que tel 
autre sans que l'on tienne compte de leurs grandeurs respec- 
tives. Chacune de ces intensités est un individu de la même 
forme spécifique que nous nommons chaleur; elle est aussi 
un degré de chaleur. Ces chaleurs individuelles sont, d'ailleurs, 
plus ou moins fortes, ces degrés .de chaleur sont plus ou 
moins élevés, selon que les divers sujets où nous les voyons 
réalisés sont plus ou moins chauds. Mais en un même sujet, 
à un même instant, il y a une seule chaleur individuelle, un 
seul degré de chaleur. 

Si nous prenons la chaleur individuelle ou le degré de 
chaleur qui était réalisé en un certain corps tiède ; si nous 
le supposons détaché du sujet où il se trouvait concrétisé 
pour le transporter en un autre corps tiède, il va se joindre 
à la chaleur individuelle, au degré de chaleur qui préexistait 
en ce dernier sujet, et de ces deux chaleurs individuelles se 
formera une chaleur individuelle unique plus parfaite, partant 
plus intense, que chacun des deux individus composants ; 
de ces deux degrés de chaleur se constituera un degré unique 
plus élevé que chacun des deux degrés préexistants; en ajou- 
tant une tiédeur à une tiédeur, on aura produit une chaleur. 

Que l'on n'aille pas faire à notre auteur cette objection : 
De l'eau tiède ajoutée à de l'eau tiède ne donne pas de l'eau 
chaude; Guillaume Varon lui a appris à ne pas redouter 



l86 BULLETIN HISPANIQUE 

cette objection; il répond, fort justement d'ailleurs, qu'après 
cette opération, les deux tiédeurs ne sont, pas plus qu'avant, 
au sein du même sujet : 

(( Les deux corps chauds que voici sont quelque chose 
de plus que chacun d'eux; cela résulte clairement de l'effet 
qu'ils produisent, car, réunis, ils engendrent en un troisième 
corps une chaleur plus intense que celle que chacun d'eux 
y engendrerait isolément ; si donc on ajoutait la chaleur 
de l'un à la chaleur de l'autre, on produirait quelque chose 
de plus grand en intensité, de même que l'effet de ces deux 
chaleurs est plus intense que l'effet de chacune d'elles prise 
isolément. Cela se voit clairement en prenant exemple des 
poids; deux pierres ou deux graves pris ensemble pèsent 
plus que Tun d'entre eux, et cela d'une manière extensive; 
mais si l'on ajoutait la pesanteur ou gravité de l'un de ces 
corps à la pesanteur ou gravité de l'autre, et cela de manière 
à faire une seule pesanteur ou gravité par l'union des deux 
pesanteurs ou gravités, le résultat serait plus pesant en inten 
site que chacune des deux pesanteurs prise isolément ; et cela 
est naturel, bien qu'aucune de ces deux pesanteurs, considérée 
séparément, ne soit plus parfaite que l'autre. » 

Le choix de ce dernier exemple semble particulièrement 
propre à rendre la pensée de Jean de Bassols accessible à nos 
modernes intelligences; sous l'influence d'un texte de Saint 
Augustin, et à l'imitation de Richard de Middleton et de 
Duns Scot, Bassols a distingué deux sortes de quantités, la 
quantité de masse et la quantité de force; or, ici, il se trouve 
que l'extension, qui est une quantitas molis, correspond préci- 
sément à ce que nous nommons masse, et que la quantitas 
virtutis est ce que nous appelons force. 

La netteté que nous venons d'admirer en la doctrine de 
Jean de Bassols ne se retrouve pas toujours dans les théories 
de ses contemporains et de ses successeurs; d'ailleurs, parmi 
ceux-ci, plus d'un, même parmi les Franciscains ou parmi 
les disciples de Duns Scot, tendaient à abandonner la doctrine 
inaugurée par Richard de Middleton pour revenir à des opi- 
nions plus voisines de celle de Saint Thomas. 



DOMINIQUE SOTO ET LA SCOLASTIQUE PARISIENNE 187 

Ainsi, Antonio d'Andrès, en son Commentaire aux Sentences^, 
admet bien qu'en un corps qui blanchit, le degré préexistant 
de blancheur n'est pas détruit et que raccroissement de blan- 
cheur est dû à l'addition d'une réalité nouvelle, d'un degré 
nouveau, qui s'unit au précédent pour composer une forme 
individuelle unique; mais son exposition est fort concise, fort 
peu explicite, en sorte qu'on la pourrait aussi bien solliciter 
dans le sens de renseignement thomiste que dans le sens de 
renseignement scotiste. 

C'est vers le premier de ces enseignements que semble 
pencher Antonio d'Andrès lorsqu'il commente le Livre des six 
principes de Gilbert de la Porrée-. A cette question : « En 
l'essence d'une forme accidentelle, y a-t-il des degrés intrin- 
sèques et essentiels par lesquels se produise l'accroissement ou 
la diminution de cette forme? » il répond en ces termes : 
« La forme accidentelle considérée possède de tels degrés. Et 
j'ajoute que la raison précise qui permet à la forme de croître 
ou de diminuer est la latitude de degrés (latitudo graduam) qui 
est en elle ; cette latitude n'est pas autre chose qu'une absence 
de limitation en la forme qui est susceptible de plus ou de 
moins. » C'est, semble-t-il, l'opinion thomiste qui inspire ces 
lignes où le mot latitudo paraît employé au sens même que lui 
donnait Henri de Gand, que lui conservait Durand de Saint- 
Pourçain. 

L'opinion qu'Antonio d'Andrès esquisse brièvement, le 
Franciscain Pierre Auriol la développe avec netteté en son 
second commentaire au premier livre des Sentences, commen- 
taire qui fut composé en i3i8 ou, au plus tard, en iSig^. 

1. Ant. Andreae Conventualis Franciscani, ex Aragoniae provincia ac loannis Scoti 
Docloris Subtilis discipuli celeberritni In quatuor Sententiarum Libros opus longe absolu- 
lissimum... Venetiis, Apud Damianutn Zenarum. MDLXXVIII. In. I Lib. Distinct. 
WII, quaest. III, foll. 30 v» et 87 r». 

2. Questiones Scoti Super Universalia Porphy. necnon Aristotelis Predicamenla ac 
Periarmenias — Item super libros Elenchorum. — Et Antonii Andrée sufier libro Sex 
principiorum — Hein questiones Joannis Angelici super questiones universales eiasdem 
Scoti. Coloplion : Subtilissime questiones... féliciter expliciunt. Impresse Venetiis 
pei. Philippum pincium Mantuanum. Anno Domini 1312. die i Decembris. — 
Questiones clarissimi doctoris Antonii Andrée super sex principiis Gilberti Porretani. 
Quest. XVII : Utrum in essenlia forme accidentalis sit dare gradus intrinsecos 
essentiales secundum quos possit suscipere magis et minus? fol. 61, coll. c et d. 

3. Noël Valois, Pierre Auriol, frère mineur (Histoire littéraire de la France, 
t. \XXIII, lyoG; p. 485 et p. 5oij>. 



BULLETIN HISPANIQUE 



Pierre Auriol admet, en premier lieu', avec Duns Scot, que 
toute forme dont l'intensité croît fait l'acquisition d'une 
certaine réalité nouvelle; il admet, en second lieu% à ren- 
contre de l'opinion soutenue par Godefroid de Fontaines, 
que cette acquisition d'une réalité nouvelle n'entraîne la 
destruction d'aucune réalité contenue en la forme préexis- 
tante. Mais il n'admet pas en sa plénitude la doctrine 
soutenue par Richard de Middleton, par Jean de Duns Scot, 
par Jean de Bassols. « Cette réalité, dit-il^, par laquelle une 
charité moindre devient plus parfaite et plus intense n'est 
pas une charité entière, qui puisse être distinguée d'une 
manière précise; elle n'a pas reçu en partage la réalité, 
la raison spécifique que possède une charité individuelle; elle 
participe à la réalité, à la raison spécifique de la charité par 
l'effet d'une sorte de réduction ; elle est, pour ainsi dire, une 
co-clicirité (concharllas). C'est une réalité qu'il est absolument 
impossible, soit d'une manière effective, soit par abstraction, 
de prendre séparément. La divine Puissance elle-même ne 
pourrait la produire d'une manière isolée; elle ne peut ni 
recevoir une existence distincte et déterminée, ni être conçue 
par l'intuition; elle n'est intelligible qu'autant qu'elle est 
conçue avec autre chose qui la termine. L'intelligence même 
d'un ange ne pourrait, par intuition, diviser en deux charités 
distinctes la charité qui a subi une augmentation. Lorsque la 
charité augmente, elle se comporte comme un être auquel on 
ajoute quelque chose qui n'est pas une charité, mais qui fait 
partie de la charité (aliquid charilatis, non charitas). On doit 
comprendre de la môme manière l'augmentation de la blan- 
cheur, de la chaleur et de toute autre forme. » 

Le Carme anglais Jean Baconthorpe (f i3/i6) emploie le 
mot latitudo fonnœ en le définissant comme l'ont défini 
Henri de Gand et Antonio d'Andrès : « La cause précise, 



I. Commentariorum in primum Ubrum Sentcnliaram. Pars prima. Auctore Petro 
Aureolo Verberio Ordinis Minorum Archiepiscopo Aquensi S. R. E. Cardinali.- Ad 
Clementem VllI. Pont. Opt. Max. Roraac. Ex Typographia Vaticana. MDXCVl. 
Lib. I, Disl, XVII, pars tertia, artic. secundus, p. 435. 
• 3. Petrus Aurcoli, loc. cit., p. 436. 
3, Petrus Aureoli, loc. cit., p. 44i. 



DOMINIQUE SOTO ET LA SCOLASTIQLE PARISIENNE 189 

dit-il', pour laquelle une forme est susceptible de plus ou de 
moins, c'est la latitude que la forme possède, en son essence 
même, d'acquérir ou dé perdre des degrés. Si vous me 
demandez pourquoi la blancheur peut être, en un même sujet, 
tantôt plus intense et tantôt plus affaiblie, je dis que la cause 
précise en est la suivante : La blancheur peut tantôt affecter 
son sujet et tantôt le délaisser, de telle manière qu'elle y ait 
une existence plus intense ou moins intense. » De la théorie 
thomiste, l'auteur semble glisser, en ce passage, à la théorie 
égidienjie. 

Mais lorsqu'il s'agit de préciser de quelle manière se fait, en 
une forme qui croît, cette acquisition de degrés nouveaux, 
Baconthorpe admet pleinement la théorie de Pierre Auriol 
dont il invoque l'autorité 2 et dont il cite à peu près textuelle- 
ment les paroles. 

C'est contre cette opinion de Pierre Auriol, son confrère en 
l'ordre franciscain, que Guillaume d'Ockam argumente avec la 
netteté et la rudesse dont il est coutumier^; et lorsqu'il veut, 
avant de la réfuter, exposer cette opinion, ce sont les termes 
mêmes d'Auriol qu'il reproduit sans y rien changer. 

u Cette réalité qui advient à la charité préexistante, » répond 
le Venerabilis Inceplor, « est une véritable charité, tout comme 
une partie d'eau est de l'eau véritable, comme une partie de 
blancheur, abstraction faite du lieu qu'elle occupe et du sujet 
qu'elle informe, est une véritable blancheur. » 

Lorsqu'on ajoute l'une à l'autre deux réalités qui se trouvent 
en des sujets distincts, la somme a plus d'extension, mais non 

1. En Lector Doctoris resoluti loannis Bacconis Anglici Carmelitœ radiantissimum 
opus super quatuor sententiaruni libris — Colophon du premier livre : Theologi excei- 
lentissimi Joannis Bacconis Anglici Carmelitae Questiones disputate in primum 
sententiarum. Explicite Mediolani. In officina libraria Leonardi Vegii anno MDX 
die XXIII Aprilis. Lib. 1, Dist. XIV, quaest. I, art. V; fol. cviii, col. c. 

2. Joannis Bacconis Op. laud.. Lib. I, Dist. XVl, quaest. I, art. III; fol. cxvii, 
col. 6. 

3. Tabula ad diversas hujus operis Magis<ri Guilh'elmi de Ockam super quatuor libros 
sententiarum annotationes et ad centilogii theologici ejusdem conclusiones facile repe- 
riendas opprime conducibiles. Colophon (à la fin des Questiones super quatuor senten- 
tiarum libros): Impressum est autem hoc opus Lugduni per M. Johannem ïrechsel 
Alemannum: virum hujus artis solertissimum. Anno domini nostri MCCCGXGV. 
Die vero décima mensis Novcmbris. Libri primi Dist. XVII ; quajst. XVII : Item quœro 
utrum in augmentatione charitatis illud quod additur sit ejusdem speciei specialis- 
sime cum charitate prtccedente separata ab ea? 

Bull, hispan. i3 



190 HULLETIIN HlSP\i\IQUE 

plus d'intensité que les parties. « Mais lorsque deux réalités de 
même espèce peuvent exister en un même sujet, l'addition de 
l'une de ces réalités à l'autre ne fait pas qu'une même chose 
devienne plus grande en extension, mais seulement en intensité ; 
on dit non que cette chose est devenue plus grande (majus taie), 
mais qu'elle est devenue p/Ms de telle manière (magis taie)... 

» Entre l'augmentation d'une quantité et l'accroissement 
d'une qualité, il y a une ressemblance et une difï'érence. 
La différence consiste en ceci : En l'augmentation de la qualité, 
il y a une certaine réalité absolue et totalement nouvelle qui, 
avec la réalité précédente, forme une chose unique; il n'en est 
pas de même en l'augmentation d'une quantité... 

» Contre ce que nous venons de dire, un certain docteur 
argumente de la sorte: Le semblable ajouté à son semblable 
n'en est point accru. Gela est évident, car si l'on ajoute une 
tiédeur à une autre tiédeur, la chaleur n'est point augmentée. 
L'augmentation ne peut donc être l'effet d'une telle addition... 

» A cet argument, je réponds ainsi : Lorsqu'on ajoute une 
tiédeur à une autre tiédeur, ces deux chaleurs atténuées 
demeurent en des sujets distincts, comme auparavant ; aussi 
la chaleur n'en est-elle pas augmentée; mais elle serait accrue 
si l'addition des deux tiédeurs se faisait en un même sujet. » 

Entre la pensée de Jean de Bassols et celle de Guillaume 
d'Ockam, l'accord est parfait. 

Forte, à la lois, de l'autorité de Duns Scot et de celle de 
Guillaume d'Ockam, la théorie qui assimile l'accroissement 
d'une qualité à l'augmentation d'une quantité ne manqua pas 
de s'imposer aux maîtres les plus célèbres de l'École de Paris. 

Jean le Chanoine nous apprend' qu'en l'opinion de certains 
docteurs, tout degré qui vient s'ajouter à une forme préexis- 
tante pour fortifier l'intensité de cette forme est plus parfait, 
plus riche d'existence actuelle que le degré précédent. Il com- 
bat cette opinion et, avec Guillaume d'Ockam, il soutient 
« qu'une forme douée d'intensité comprend plusieurs degrés 
de même espèce, tels que le degré précédent et le degré sui- 

I. Joannis Canonici Qasestiones super VllI libros Physicoruin Arislotelis perulUes; 
lu lib. V qua^'st. III; tcrtiuin diibiuin. 



DOMINIQUE SOTO tT LA SCOLASTIQLE PAKISIENNE KJl 

vaut; que le degré suivant, pris d'une manière précise qui Ife 
distingue du degré précédent, n'est ni plus parfait, ni moins 
parfait que celui-ci; que si, au contraire, on considère ce degré 
comme comprenant en lui le degré inférieur, comme pris en 
même temps que ce degré inférieur, il est plus parfait que ce 
degré plus faible considéré isolément. » 11 admet que deux 
tiédeurs font, lorsqu'on les ajoute entre elles, une chaleur 
plus forte, pourvu que l'addition se fasse au sein du même 
sujet. 

L'Augustin Grégoire de Rimini, en son célèbre commentaire 
sur les deux premiers livres des Sentences, qu'il acheva en 
1344, tient également pour la doctrine commune à Duns Scot 
et à Ockam; il admet' « qu'en toute tension d'une forme, 
qu'elle se produise successivement ou qu'elle ait lieu subite- 
ment, le sujet qui devient davantage de telle sorte [inagis laie) 
acquiert une certaine partie de forme qu'il ne possédait pas 
auparavant; de même, en toute détente, le sujet perd une 
partie de forme qu'il contenait antérieurement. » Grégoire 
emploie toutes les ressources de sa très subtile et très puissante 
dialectique à réfuter les opinions contraires à cette théorie, 
particulièrement celle de Gilles de Rome et celle de Walter 
Burley. Il termine son exposé par ces lignes, qui sont la con- 
tradiction formelle de ce que Saint Thomas avait dit de la 
question qui nous occupe : « Si l'on dit qu'une forme est 
d'autant plus imparfaite quelle est plus composée, je nie cette 
proposition; au sujet de la composition que j'admets, je 
prétends qu'une forme est d'autant plus parfaite quelle est 
plus composée. » 

En la première moitié du xiv" siècle, donc, les plus célèbres 
des Scotistes et des Nominalistes ont conspiré à l'achèvement 
de l'œuvre que Richard de Middleton et Jean de Duns Scot 
avaient inaugurée; délaissant la doctrine péripatéticienne, 
efl'açant la distinction si tranchée qu'elle marquait entre la 
catégorie de la quantité et la catégorie de la qualité, ils ont 
établi une étroite analogie entre l'augmentation d'une quantité 
et la tension d'une forme qualitative ; l'accroissement d'une 

1. Gregorius de Arimiiio In primuin SeiiLenliarum ; Dist. XVIl, qutest. IV 



1(J3 BULLETIN HISPANIQUE 

intensité, comme l'accroissement d'une grandeur, résulte de 
l'addition de parties à d'autres parties de même espèce. 

Cette théorie entraîne tout aussitôt un corollaire d'une 
extrême importance : L'intensité d'une qualité est désormais 
susceptible de mesure, comme lest la grandeur d'une quantité; 
de même qu'ils s'appliquent à de telles grandeurs, les raison- 
nements et les opérations de l'Arithmétique peuvent combiner 
entre elles les diverses intensités de formes de même espèce ; 
il sera permis de considérer des lallludes multiples et sous- 
multiples les unes des autres. 

Sans même prendre la peine de formuler explicitement ce 
principe que leur doctrine justifiait, les Scolastiques se sont 
hâtés d'en faire un constant usage. 

Déjà, en i3/i/i, Grégoire de Rimini considère' des latitudes 
qui sont doubles l'une de l'autre ; déjà il parle de la vitesse 
avec laquelle se produit la tension d'une forme, distinguant le 
cas oiJ ce changement est uniforme (uniformis) et se fait avec 
une vitesse constante du cas où cette vitesse change avec le 
temps ; le même langage arithmétique lui sert à traiter du 
mouvement d'altération et du mouvement local. 

A la fin de son Tractatus proportioniim, après avoir traité du 
mouvement local et du mouvement de dilatation, Albert de 
Saxe traite du mouvement d'altération. «. 11 faut savoir, dit-il, 
qu'en l'altération, on peut considérer deux sortes de succes- 
sions, la succession en extension et la succession en intensité. » 
Il admet, d'ailleurs, que, « dans le mouvement d'altération, la 
vitesse croît comme la qualité acquise en tant de temps... Si, 
par exemple, des sujets inégaux acquièrent en une heure des 
qualités égales, ils sont altérés avec une égale vitesse ; si les 
qualités acquises sont inégales, ces sujets lie sont pas altérés 
avec une égale vitesse. » 

Le langage qui avait cours pour traiter du mouvement 
local ne tarde pas à s'étendre, afin qu'il soit possible de 
discourir des formes qualitatives. Walter Burley et Albert de 
Saxe nous ont appris qu'un mouvement devait être appelé 
uniforme (uniformis) lorsque la vitesse a même grandeur en 

I. Gregorii de Arimino Op. Laud., Lib. I, Dist. Wll, quaest. V. 



DOMINIQUE SOTO ET LA SCOLASTIQIJE PARISIENNE IqS 

tout point du mobile; s'il n'en est pas ainsi, le mouvement est 
difforme (dijformis). Ces qualificatifs : uriiformis, difformis, nous 
les voyons bientôt servir à désigner une qualité selon qu'elle 
atteint ou qu'elle n'atteint pas même intensité en tous les 
points du sujet quelle affecte. 

L'Arithmétique, d'ailleurs, ne manque pas de préciser 
l'allure de certaines qualités difformes. Imaginons que le sujet 
informé par une certaine qualité ait la figure d'une simple 
ligne droite ; si l'accroissement que subit l'intensité de la forme 
qualitative, lorsqu'on passe d'un point à l'autre de cette droite, 
est proportionnel à l'augmentation de la distance entre le point 
affecté et l'origine de la droite, la qualité est dite uniformément 
difforme (uniformiter difformis). Entre les latitudes uniformé- 
ment difformes, on distingue celles qui commencent à zéro 
(incipiens a non gradu) et celles qui commencent à tel ou tel degré. 

Ce langage va bientôt devenir courant dans les écoles. Les 
mots: chaleur uniforme, chaleur uniformément difforme (ccdor 
uniforniis, calor uniformiter difformis) se rencontrent déjà en 
l'une des questions qui sont adjointes aux Commentaires sur les 
Sentences composés par Robert Holkot'. Or le Dominicain 
anglais Robert Holkot mourut en i349, après avoir enseigné 
à Oxford et à Paris. A la vérité, il est permis de mettre en 
doute l'authenticité des Determinatœ quœsliones qui lui sont 
attribuées ; en les publiant, Josse Bade les fait précéder de 
l'avertissement que voici : « Beaucoup supposent que ces 
questions ont été réunies par les disciples d'Holkot ou que 
celui-ci, au cours de son enseignement, les a professées en un 
gymnase public. » En tout cas, que la question Sur le maxi- 
mum et le minimum soit ou non d'Holkot, elle n'en témoigne 
pas moins que ces expressions : qualitas uniforniis, qualitas 
uniformiter difformis étaient communément entendues, dans 
les écoles, vers le milieu du xiv* siècle; et ces expressions 
supposent de la manière la plus évidente que les formes quali- 

I. Magistri Roberti Holkot Saper quatuor libros sentent iarum questiones. Quedam 
conferentie. De imputabilitate peccati questio longa. Determinationes quarundam aliarum 
questionum. Tabule daplices omnium predictorum. Colophon : Hujiis operis diligenter 
impressi Lugduni a magistro Johanne Trechsel alemanno. anno salutis nostre. 
MCGCCXCVII. ad nonas Aprilis. Determinatio questionis I : De maximo et minimo. 



T94 BULLETIN HISPANIQUE 

tatives puissent, comme les grandeurs, être soumises à la 
mesure et donner prise aux opérations de l'Arithmétique. 

Les réflexions des physiciens modernes sur la définition de 
certaines propriétés, telles que la température, nous ont appris 
à suivre le détour logique par lequel il nous est possible de 
repérer l'intensité de telles propriétés à l'aide de degrés, partant 
d'en discourir en langage mathématique, sans les dépouiller 
de leur caractère qualitatif, sans en faire des quantités compo- 
sées de parties et susceptibles d'addition et de mesure. Mais ce 
détour ne pouvait s'offrir, tout d'abord, à l'esprit des philoso- 
phes. Il est naturel que la faculté de soumettre les latitudes des 
formes qualitatives aux opérations arithmétiques ait été le prix 
de l'hypothèse qui assimilait les intensités de ces formes à des 
quantités. Ce que la Physique a gagné tout aussitôt par l'usage 
d'une telle faculté, nous Talions connaître en étudiant l'œuvre 
de Nicole Oresme. 

P. DUHEM. 

(A suivre.) 



INVENTAIRE DE LA COLLECTION EDOUARD FAVRE 

( Suite'.) 



Vol. LIX. 



lieciiell de pihes diverses relatives à l'histoire de la France et de 
l'Espagne {.\v''-.\vi'' siècles). — Copies dii x\i' siècle. 

Fol. I. Testament du roi René [1" d'Anjou]; 22 juillet il\'jf\. 

Fol. i5. Testament du roi Charles [II d'Anjou]; 10 décembre i^Si. 
— En latin. 

Fol. 3i. Acte d'alliance héréditaire conclue entre les cantons helvé- 
tiques et la maison d'Autriche, à Badcn le 7 février i5ii. — En 
français. (Voir le texte allemand de ce traité dans Amtliche Sammlung 
der àltern eidgenôssischen Abschiede, Eand 3, Abt. 2, Lucerne, 1869, 
in-/io, p. iSlii-iSf\'].) 

Fol. /ji. u Les ordonnances faictes [par l'empereur Maximilien] sur 
l'ostel de Monseigneur l'archiduc Cliarles d'Austrice, prince d'Es- 
paigne» ; Malines, mars i5ii. — En français. 

Fol. 67. w Comme les ducz de Bourgoingne sont descenduz des 
Roys de France» ; s. 1. n. d. Ce mémoire s'arrête au règne de 
Charles-Quint. — En français. 

Fol. 77. « Mémoire sur l'estat de la Maison du duc Charles de 
Bourgouigne » ; [vers i5io]. — En français. 

Fol. 119. (I De l'ornement de l'église de Saint-Rambaull de Malines 
et de la serviture de la chappelle royalle», à l'occasion des honneurs 
funèbres rendus à [Philippe le Beau]; mémoire adressé à Marguerite 
d'Autriche; [i5o6]. — En français. 

Fol. 129. Traité conclu à Madrid entre Charles-Quint et François I", 
le i4 janvier lôaô. — En français. 

Fol. 159. Traité conclu à Cambrai entre Charles-Quint et François I", 
le 5 août 1629. — En français. 

Fol. 189. Traité conclu en i535 entre Charles-Quint et Mouley 
Alhacen, roi de Tunis. — En français, 

I. Voir Bull. hisp.. l. \I, p. 293; \II, p. /19, i/|0. 317; XIH, p. 61. 



If)^ BULLETIN HISPANIQUE 

Fol. 197. (( Ordonnances et instructions faictes par l'empereur 
[Charles -Quint], en la ville de Bruxelles, le 28 jour d'août i54i, 
sur la conduicte de la Chambre des comptes en Brabant. » — En 
français. 

Fol. 2i3. Copie incomplète du traité conclu à Soissons, entre 
Charles V et François I", le 18 septembre i544- — En français. 

Fol. 233. « Recueil fait en brief des gaiges, pensions et aussi des 
livrées ordinaires que preignent et lièvent de l'empereur les s" grand, 
second et autres chambellans, grand maistre et autres maistres 
d'hostelz, les gentilshommes de la chambre de la bouche de sa 
Maison, et autres seigneurs gentilshommes et officiers de la Maison de 
Sa Majesté... ; le dit recueil fait à Utrecht... au mois de janvier i546. » 
— En français. 

Fol. 25/i. Mémoire adressé de Vaucelles, au roi de France, le 
4 janvier i555. — En français. 

Fol. a65. « La négociation de Vaucelles » ; i555. — En français. 

Fol. 291. « La capitulacion de la trefve d'entre l'empereur Charles- 
Quint, Philippe roy d'Angleterre, son fils, et Henry II, roy de France, 
à Vaucelles auprès de Cambray, le 5 février i555. » — En français. 

Fol. 299. « L'ordre que fut tenu à la pompe funèbre de l'empereur 
[Charles-Quint] laquelle se feit à Bruxelles le jeudi après Noël de l'an 
i558. » — En français. 

Fol. 3o3. « Sommaire du traicté de la paix entre le Roy de France 
et le roi d'Espaigne, à Cambresy au mois d'avril lôôg. » — En 
français. 

Fol. 3o5. « Mémoire de ce que fut fait à Madrid pour les obsèques du 
feu roy de France Charles IX.. les 18 et 19 juillet 1574. — En français. 

Fol. 32 1. « ïraicté de la paix faicte... entre les estatz de ce Pays- 
bas assemblés en la ville de Bruxelles et le prince d'Oranges, estatz de 
Hollande et Zelande avec leurs associez, et publiée le 8° jour de 
novembre 1576. » — En français. 

Fol. 341. « Ce qu'il semble se devra observer pour l'encommence- 
ment du service de son Alteze [Charles] à la mode de Bourgouigne; » 
s. d. — En français. 

(362 feuillets; 333 sur 241 millimètres.) 



VoL LX. 

Recueil de pièces diverses relatives aux Pays-Bas, 1556-i628. 

Fol. I. Copie des pouvoirs donnés parle roi d'Espagne, Philippe II, 
à sa soeur, Marguerite de Parme, pour le gouvernement des Pays-Bas; 
[Gand,] 8 août ibbg. — En français. 



INVENTAIRE DE LA COLLECTION EDOUARD FAVRE I97 

Fol. 3. Copie des pouvoirs donnés par le même à la même pour le 
gouvernement du comté de Bourgogne; Gand, 8 août lôSg. — En 
français. 

Fol. 5. « Instruction particulière à... la duchesse de Parme, de 
Plaisance, etc., touchant la régence et gouvernement général ...de noz 
pays et subjectz de par-deça » [Pays-Bas]; Gand, 8 août i55g. — 
Copie en français. 

Fol. 9. Titre de capitaine-général des armées des Pays-Bas, donné 
par PhiUppe 11 à D. Fernando Alvarez de Toledo, duc d'Albe; Madrid, 
ai avril 1667. — Copie. 

Fol. 1 1 . « Très copias sacadas del Registro de los placartes de la 
Villa de Anvers » (délais accordés aux marchands pour leurs 
payements); Bruxelles, 16 novembre i556, 16 novembre i563 et 
19 juin 1072. — En flamand avec la traduction espagnole. 

Fol. 23. (( Relacion de las personas de los Estados Baxos a quien Su 
Mag*^ hizo merced, y en que cosas y cantidades, en la consulta que 
firrao en el Escorial a quatre de junio del ano de 1670, y de lo que el 
duque de Alva les dixo de parte de Su Mag', y ellos respondieron, » 

Fol. 32. « Copia de carta que el duque de Alva scrivio a los solda- 
dos espaîïoles amotinados en Harlem, por julio de 1673. » 

Fol. 34. « Copia de poder de lugartheniente, governador, y capitan 
gênerai de los stados de Flandes » pour D. Luis de Requesens y Çûniga ; 
Madrid, 19 octobre 1573. 

Fol. 39. « Copia de carta que el comendador mayor [D. Luis de 
Requesens y Zûniga] scrivio a Su Mag**, en 3o de deciembre i573. » 

Fol. 43. Quatre lettres de Guillaume de Nassau, prince d'Orange, à 
Julian Romero « maestre de camp et général de l'armée espagnoUe 
estant par deçà »; Delft, 7, 8, 9 et 10 novembre 1673. — Originaux, 
en français. 

Fol. 5i. Lettre de Philippe [de Sainte Aldegonde, sieur] de Noir- 
carmes, au duc d'Albe; Utrecht, 10 décembre i573. — Original, en 
français. 

Fol. 55. Deux lettres de Philippe de Marnix au prince d'Orange; La 
Haye, 7 novembre et Utrecht, 4 décembre 1573. — Copies, en français. 

Fol. 61. Copie d'une lettre du prince d'Orange à Philippe de 
Marnix; Delft, 28 novembre 1573, 

Fol, 65. Deux lettres de Juan de Albornoz, sans adresse; Bruxelles, 
24 décembre 1573 (original) et s. 1. n. d. (copie). 

Fol. 69. Déclaration de Philippe de Marnix sur les intentions du 
prince d'Orange; 21 novembre 1573. — En français. 

Fol. 71. « Copia de una carta o patente del principe de Oranges a 
los Estados Baxos de Flandres, sacada de Aleman en latin d ; s. d. 

Fol. 73. « Unos medios que V. Ex" mando poner por escrito de 
como nmy presto podriamos socorrer à Midelburg con los bacheles 



TgS BULLETIN HISPANIQUE 

que se retiraron en Berghes; [signé :] Jehan van Halle»; [i574]. — 
Copies, en espagnol et en français. 

Fol. 77. «Copias de las cartas que el principe de Oranges y Mons. 
de Mondragon se escrivieron, y de las propositiones, capitulaçiones y 
conclusion délias sobre lo de Middelbourg » ; [1574]. 

Fol. 93. Mandement de Philippe II à Francisco de Lixialde, tréso- 
rier de l'armée espagnole des Pays-Bas, pour payer à D. Luis de 
Requesens dix mille écus par an; Madrid, i octobre 1574. 

Fol. 95. « Relaçion del dinero que se pago a los officiales y solda- 
dos del castillo de Enveres por la muestra que se les tomo.. en dos de 
mayo 1674. » 

Fol. io3. Ordres de D. Luis de Requesens pour l'évacuation sur Gand, 
Valenciennes, Utrecht ou Anvers de 82 soldats estropiés appartenant 
aux régiments d'infanterie espagnole de Naples, de Sicile et de Lom- 
bardie en service aux Pays-Bas; Bruxelles, juin 1674. 

Fol. 180. Fragment du procès d'un juif accusé d'avoir tué, au 
cours d'une rixe, un homme de la garnison de Mastricht; 1674. — En 
latin et en hollandais. 

Fol. 206. «Remostrança de los stados de Bravante de los desor- 
denes de los soldados que en el estan, que se presento en Bruselas, 
por jullio 1574. » — En français. 

Fol, 212, Quatre lettres de Francisco de Valdés aux soldats qui ser- 
vent sous ses ordres; novembre et décembre 1574. — Originaux, 

Fol. 217. « Très puntos principales y utiles para la buena direccion 
del estado de las cosas del Pais-Baxo » ; s. d. 

Fol. 222. M Relaçion de lo succedido en la entrada que hizo la gente 
que el commendador mayor de Gastilla, [D. Luis de Requesens,] 
embio a occupar las islas de Duvelant y Scooven (Beveland et Schor- 
wen) »; s. d. 

Fol. 228. (( Mémorial sin nombre de las contrataciones que se hazen 
en perjuizo de Su Mag** » ; 1574. 

Fol. 280 « Discurso de Geronimo de Curiel » sobre cosas del Pais- 
Baxo ; s. d. 

Fol. 236. « Memoria y apuntamientos de la gênerai quexa de los 
comunes destos estados » ; s. d. 

Fol. 240. « Discurso sobre cosas destos stados, especialmente sobre 
el armada de Olanda » ; s. d. 

Fol. 246. Supplique de Philippe II au pape Grégoire XIII pour lui 
demander le pardon des Pays-Bas; s. d. — Copie, en latin, avec un 
mémoire adressé à l'ambassadeur d'Espagne à Rome. 

Fol. 261 his. « Lo que el comendador mayor dixo a los estados 
générales antes que se le hiziese la proposicion, en frances » ; [1576]. 

Fol. 262. « Propusicion que se ha dé hazer a los stados que se han 
juntado en Brusselas » ; [1576]. 



TNVENI\IRE OF, LA COLLECTION EDOUARD FAVRE 199 

Fol. 306. (( \puntamientos dados al conde de La Rocha sobre lo 
que importa procurar de cobrar el plat pays de Waterlant y Noor- 
derlant, y el provecho que el enemigo saca del » ; s. d. 

Fol. 262. Autre mémoire sur le même sujet; Utrecht, 4 février. 

Fol. 268. « Vvisos particulares de la trafica y négociation de la mar, 
por donde se puede conocer de la manera que los reynos de Dane- 
marca y Suebya han tractado los destos Estados Baxos... y de los 
grandes tributos que les hazen pagar n ; s. d. 

Fol, 27/i. « Advertimientos del doctor Arias Montano sobre el 
remedio de las cosas de Flandes » ; s. d. 

Fol. 280. « Recuerdo para el senor Juan Ossorio de UUoa » ; Bru- 
xelles, 17 avril 1575. 

Fol. 281. « Discurso que Juan Ossorio de UUoa ha hecho de lo que 
parece que deve hazer la armada de Su Mag' quando en buen ora aya 
llegado en la costa de Flandes » ; s. d. 

Fol. 284. Copie d'une lettre de l'archiduc Matthias aux députés des 
États généraux réunis à Bruxelles; i"' novembre 1577. — ^^ italien. 

Fol. 280. « El juraniento que se pedio al consejo de Artues, en 
Arras, a 3o de junio 1578.» — Copie, en italien. 

Fol. 288. « Relacion de lo que ha passado en los estados de 
Flandres, desde que el s' D. Juan de Austria enlro en ellos, hasta los 
i8 de octubre 1577. » 

Fol. 3o2. « Carta del capitan de los Franceses [Gérard Boutoit 
de Chamilly] que entraron en Borgona, el afio de 1578, para Mons' de 
Lullin » ; 28 septembre 1578. — Copie, en italien. 

Fol. 3o4. Lettre de [Matthieu Moulart,] évêque d'Arras à [Louis de 
Berlaymont,] archevêque de Cambrai; Namur, 28 septembre 1578. — 
Copie, en italien. 

Fol. 3o6. « Copia de capitulos de carta que el principe de Parma, 
[Alexandre Farnèse,] escrivio al marques de x\yamonte [Antonio de 
Guzman y Zi'ifiiga] de Namur, a 27 de noviembre 1578. » 

Fol. 3o8. (( Relacion del progresso que Su Alteza [D. Juan] hizo con 
el exerçito desde ultimo de jullio hasta très de agosto 1678. » 

Fol. 3i2. «Relacion de la persecuçion que an padecido los padres 
de la compana de Jésus en Anverez » ; s. d. 

Fol. 3i8. Décret relatif à l'exercice des deux cultes dans la ville de 
Gand ; 16 décembre 1578. — Copie, en latin. 

Fol. 322. c< Articulos propueslos a los de Gante sobre los desor- 
denes de los Valones malcontentos d ; 1578. — Copie, en italien. 

Fol. 326. « ïraicté et accord faict et passé entre Monsieur le baron 
de Montigny (Emmanuel de Lalain) et Monsieur de La Motte » ; G avril 
1679. — Copies, en français et en italien. 

Fol. 33o. Copie d'une lettre de l'archiduc Matthias aux États d'Artois : 
Anvers, 16 janvier 1379. — En italien. 



200 BULLETIN HISPANIQUE 

Fol. 332. « Traslado de una carta de Daniel Prinz escrita al 
s"" [Adamo] Diatristain [Dietrichstein] » : Anvers, 17 janvier 1579. 

Fol. 334. Copie d'une lettre de l'archevêque de Cambrai [Louis de 
Berlaymont] au comte de Lalain et de la réponse de ce dernier; i3 mai 
1579. — En italien. 

Fol. 336. Copie d'une lettre du même, à son archidiacre, à Rome; 
20 mai 1579. — En italien. 

Fol. 338. Copie des articles présentés par les députés des États de 
Flandre aux commissaires de l'empereur, à Cologne, le 24 mai 1579- 
— En latin. 

Fol. 342. « Articuli pacifîcationis Belgicae per ... commissarios 
Caesareos, Coloniae concepti et utrique parti, 18 julii 1579, commu- 
nicati. n — Pièce imprimée, en latin, et traduction manuscrite en italien. 

Fol. 35o. Copie d'une lettre du chapitre de Cambrai à l'archevêque, 
Louis de Berlaymont et de la réponse de ce dernier; 22 et 24 décem- 
bre 1579. — En italien. 

Fol. 352. (( Copia de carta del principe de Parma [Alexandre Far- 
nèse] al duque de Terranova [Carlos de Aragon] » ; Mastricht, 1 7 mai 
1579. 

Fol. 356. « Exemplum eorum quae ab arciduce Mathia Ordinibus 
Antverpiae congregatis exposita sunt, die 22 julii i58o. » 

Fol. 358. « Respuesta sobre una carta de los Estados de Holanda, 
de 7 de junio de 1602 escripta a los Estados de las provincias fieles del 
Pays Baxo. » 

Fol. 373. (( Cedula del almirantazgo de los comercios de los paises 
obedientes de Flandes con la provincia de Vndaluçia y reino de Gra- 
nada i> ; 1624. — Copie. 

Fol. 383. Interdiction aux sujets du roi d'Espagne d'entretenir des 
relations commerciales avec les rebelles et les ennemis de la couronne, 
notamment avec les Anglais et les hollandais, et énumération des mar- 
chandises prohibées ; 1628. 

(388 feuillets; 35o sur 25o millimètres.) 

Vol. LXL 

Recueil de pièces diverses (copies de lettres, (( avis », etc.) relatives 
surtout aux ajfaires de France et des Pays-Bas, 1569- i62i. 

Fol. I. Copie de deux lettres de D. Frances de Alava contenant la 
relation des batailles de Dreux et de Saint-Denis ; Tours, 9 octobre 1569. 

Fol. 3. « Respuesta que se dio à Diatristan [baron Adam de Die- 
trichstein] en lo que propuso de parte del emperador sobre la conser- 
vacion de la paz con Francia » ; Madrid, i septembre 1572, — Copie 
chiffrée et transcription. 



INVEMAIRE DE LA COLLECTION EDOUARD FAVRE 30I 

Fol. 8. « Humilissime rimoslranze délia citta di Parigi et delli 
habitanti et cittadini di quella al re, lor supremo Signore )> ; i5 décem- 
bre 1075. — En italien. 

Fol. 17. (( Peticion que dieron los reformados de Languedoc, al 
rey de Francia sobre el concierto de la paz » ; 1073 ou [1574]. — Copie. 

Fol. 24. « Relacion hecha al duque Cassimiro, el ano de 1578, por 
un ministre suyo que embio a ciertos tratos con los herejes de 
Francia. » — En italien. 

Fol. 32. « Requesta dada en nombre del clero de Francia a los 
estados de los nobles, el ano de 1078. » — Copie, en italien. 

Fol. 36. Copies de deux lettres de \ eroy, gouverneur de Bourgogne, 
au cardinal Granvelle, «con avisos de Flandes » ; i4 avril et 3 sep- 
tembre 1578. — En italien. 

Fol. 44- Copie de deux lettres de D. Juan, l'une à Juan Andréa 
Doria, l'autre à Pedro de Mendoça^ ambassadeur d'Espagne à Gênes, 
interceptées toutes deux à Namur; 16 septembre 1678. 

Fol. 46. Trente-huit « Avisos » datés d'Anvers, Cologne, Tournay, 
Mastricht, etc.; ii octobre 1578-20 septembre i582. — En espagnol 
ou en italien. 

Fol. io3. Douze « Avisos » datés de Rome, Bologne, Milan, ^'enise 
et Gênes : i58o-i582. — En italien ou en espagnol. 

Fol. 129. Six « Avisos » ou copies de lettres datées de Londres, i58o. 

— En italien ou en espagnol. 

Fol i38. « Avisos » du Piémont: mars i58o. — En italien. 

Fol. i4o. Vingt « Avisos n datés de Paris; 1578-1082. — En italien. 

FoL 180. Onze « Avisos » datés de Lyon; 1 078-1580. — En italien. 

Fol. 199. (( Avisos de Francia »> ; 6 septembre 1080. — En italien. 

Fol. 200. « Avisos» de Flandes y Francia » ; 12 décembre i58i. — 
En italien. 

Fol. 202. « Avisos de Espana » ; i582. 

Fol. 200. « Aviso circa Ginevra e Bisançon » ; s. d. — En italien. 

Fol. 207. « Peticion dada a Su Mag'^ christianissima por los stados 
de Borgona. » 

Fol. 209. (( Relacion traduzida de frances, embiada de Lila a 27 de 
abril i588. » 

Fol. 211. (( Copia de la sentencia que pronuncio el Parlamento de 
Paris a 1 1 de março 1589 contra los culpados en la muerte del cardinal 
y duque de Guisa. » 

Fol. 2i3. Bulle du pape Sixte V par laquelle il enjoint au roi 
Henri III, sous peine d'excommunication, de mettre en liberté le 
cardinal de Bourbon et l'archevêque de Lyon; Rome, 7 octobre ibSg. 

— Copie, en latin. 

Fol. 221. « Avisi di Francia, di 3o maggio 1595. » — En italien. 
Fol, 224. Copie des propositions faites au pape par le cardinal 



202 BULLETIN HISPANIQUE 

Borja, au nom du roi d'Espagne, en vue de résister au roi de Suède ; 
s. d. 

Fol. 226. (( Relatione délie cose appartenenti alla cognitione del' 
stato présente del regno di Suetia » [sous le règne du roi Jean 111]. 

Fol. 258. Copie d'une lettre de Londres, du 17 juillet i6o3, dans 
laquelle il est question, entre autres, de la conclusion de la paix. 

Fol. 260. « Articulos de las treguas propuestas por los embajadores 
de los reyes de Francia y Grand Bretana en la junta de los Estados 
générales; » 1608. 

Fol. 266. (( Relacyon que hizo D. Alvaro de Losada de los sucessos 
del Palatynado desde que salyo a esta jornada el marques Espynola 
[Ambroise, marquis de Spinola] hasta que el seiïor D. Gonzalo de 
Cordova la acabo »; [1620-162 1]. 

(a85 feuillets, 35o sur 280 millimètres.) 



Vol. LXII. 

Recueil de pièces diverses relatives à la Ligue contre les Turcs et aux 
affaires de Turquie, 1570-1623. 

Fol. 1. (' Las copias de las cartas de Su Mag*^ [Philippe 11] para Su 
S"* [Pie V] y para los ministros de Italia y otros potentados sobre la 
Liga » ; Séville, 16 mai 1570. 

Fol. 9. Mémoire sur les dépenses qu'occasionne annuellement 
l'entretien de l'armée et de la flotte de la Ligue formée contre les 
Turcs; Madrid, 1 5 juillet 1671. 

Fol. 33. (( Relacion de lo que monta el gasto de la gente de guerra, 
galeras, navios y otros gastos estraordinarios de la armada que Su Mag'* 
ha mandado juntar con la de la santa Liga destc ano de 1671 ... desde 
primero de junio ... hasta los quinze de noviembre. » 

F'ol. 37. (( Vilanço de las galeras, naos y infanteria que sirvieron el 
ano passado 1671 por parte de Su Mag"* y de Veneçianos en la armada 
de la Liga. » — Trois pièces. 

Fol. 54. « Relacion de lo que monta el gasto de très naos y très 
galeras que perdieron los Veneçianos en su golfo, y se presupone que 
fue a los veinte de agosto del ano passado de 1671, y assi mismo el de 
otras onze galeras y très galeaças que toparon al s' D. Juan, por fin 
de octubre^ a la salida de Corfu. » 

Fol. 67. « Memoria de los recaudos que se han de embiar para las 
quentas que se tralan en Roma entre Su Mag' catholica y la s' de Ve- 
neçia de los gastos que se hizieron el ano passado de 1571. n 

Fol. 61 • «La respuesta que se dio a los senores Veneçianos sobre 
las quentas del ano de 1 671 . » 



IMVENTAIRE DE LA COLLECTION EDOUARD FAVKE 203 

Fol. (37- (' Lo que se ha de responder a Roma sobre la cuenta de 
Venecianqs con Su iMag'» ; [1571]. 

Fol. 69. Deux pièces relatives au règlement de comptes entre l'Es- 
pagne et Venise à propos des frais occasionnés par l'armée de la Ligue; 
[1571J. — En italien. 

Fol. 72. Neuf pièces relatives à l'exportation des blés de Naples, 
Sicile et Malte de i5r)Q à 1670; 1570-1572. 

Fol. 91. « Memoria sobre lo del trigo que Venecianos tomaron el 
arïo de 1570. » — En italien. 

Fol. 93. Note adressée au cardinal Granvelle sur le même objet ; 
[1670 ou 1571]. — En italien. 

Fol. 95. « Apuntamiento de la diferencia que hay de la nota de los 
granos que tomaron los senores Venecianos, que se da por parte del 
raçional de la Sumaria, a la que dan los interessados. « 

Fol. 97. Note des grains et des vivres qui furent transportés en 1670 
à Barletta, et là embarqués sur les navires de Ph. Riccio pour Naples 
où ils furent pris par les Vénitiens. 

Fol, III. « Relacion que haze el secretario Juan de Soto al duque 
de Terranova del vizcocho que le paresce que ... a menester el 
armada de Venecianos en cada mes»; Palerme, 23 février ibj2. — 
Copie. 

Fol. 117. «Relacion del mismo al mismo ... cerca de lo que toca 
a la extraçion del trigo y vizcocho que pretenden sacar los sefiores 
Venecianos de los reynos de Sicilia y Napoles; » 12 février 1572. 

Fol. 128. Quatre lettres de D. Carlos de Aragon, duc de Terranova, 
et une lettre de D. Juan de Zûûiga au cardinal Granvelle, relatives à 
l'entretien de l'armée de la Ligue; i4 25 avril 1572. — Originaux, en 
italien ou en espagnol. 

Fol. 137. Lettre du même à D. Juan de Zimiga, ambassadeur 
d'Espagne à Rome; Palerme, i4 avril 1572. — Copie, en italien. 

Fol. i4i. Quatorze pièces diverses relatives à l'entretien et au ravi- 
taillement de l'armée de la Ligue; 1570- 1572. — En italien ou en 
espagnol. 

Fol. 177. (( Relacion de lo que sucedio a Juan de Contreras que 
yva por sobrecargo de Juan de Castrati » ; s. 1. n. d. 

Fol. 179. Pouvoirs donnés par Philippe 11 au cardinal [Francisco] 
Pacheco, à D. Luis de Requesens et à D. Juan de Zûniga pour traiter, 
en son nom, avec les représentants du pape et ceux de la République 
de Venise, toutes les questions relatives à la Ligue et à l'expédition 
contre les Turcs; Madrid, 11 janvier 1572. — Parchemin. 

Fol. 180. Copie d'une lettre de D. Juan, général de l'armée de la 
Ligue, et de deux lettres de D. Luis de Requesens adressées à Diego 
de Guzman de Silva, ambassadeur d'Espagne à Venise; janvier- 
février 157a. 



2 0i BULLETIN HISPANIQUE 

Fol. i84- Copie de l'accord conclu entre les repiésentants de 
Grégoire XIII, de Philippe 11 et de la République de Venige en vue 
de l'expédition contre les Turcs pendant l'année 1578; Rome, 
37 février i573. 

Fol. 195. Quatre pièces diverses relatives aux affaires de la Ligue; 
1573. — Copies. 

Fol. 201. u Relacion de las prevenciones que Su Mag"* ha mandado 
hazer en sus reynos para la defensa dellos, en caso que la armada 
del ïurco baxe este verano del ano de 1077. » Chiffre et déchiffrement. 

Fol. 204. Extraits de lettres de l'ambassadeur de l'empereur à 
Constantinople; avril-mai 1677. 

Fol. 206. « Relacion de lo que se trato y concerto en Conslantinopla, 
a 7 de hebrero 1578. entre Mohamed Baxa y Juan de Margliano. » 
Chiffre et déchiffrement. 

Fol. 210. « Memoria de los que han de ser comprehendidos en la 
tregua con el Turco » : [1578]. Chiffre et déchiffrement. 

Fol. 2i4. « Copia de la relacion de la armada del Turco que ha 
venido por via de Terranova » ; 2 septembre i58i. 

Fol. 216. Avis, copies ou extraits de lettres envoyés de Constanti- 
nople par Chfistoval Ferez, Bartolome Pusterla, G. -A. Santa Croce. 
Livio Zelini, etc.; i58o-i582. — Quarante pièces, en espagnol ou en 
italien. 

Fol. 268. « Apuntamientos que el duque de Sessa [D. Gonzalo 
Fernândez de Côrdova] dio al S' D. Juan » ; s. 1. n. d. 

Fol. 270, Mémoire envoyé au roi d'Espagne [Philippe IVJ par le 
duc d'Albe [D. Antonio Alvarez de Toledo] pour lui proposer d'entre- 
prendre une expédition contre les Turcs ; [1622 ou 1628]. 

Fol. 274. Mémoire d'un nonce adressé au grand commandeur de 
Castille pour empêcher le roi d'Espagne de suspendre les hostilités 
contre les Turcs. — Copie en italien. 

(277 feuillets; 34o sur 25o millimètres.) 

L. MICHEL!, 

(A suivre.) 



REMARQUES SUR LE STYLE 



DE 



LA ESTAFETA ROMANTICA 



M. Pérez Galdos semble afTranchi, en matière de style, de 
toute influence étrangère. Il ne se donne pas, à vrai dire, pour 
un champion du casticisme. Toutes les nouveautés lui semblent 
bonnes, dès que l'usage les consacre, puisqu'elles servent 
à enrichir ses moyens d'expression. On relèverait dans son 
œuvre maint gallicisme de vocabulaire et de syntaxes II ne 
s'est jamais efforcé néanmoins, comme M""" Pardo-Bazân et 
M. Blasco Ibânez, d'introduire les procédés plastiques de 
Chateaubriand, de Flaubert et de Maupassant dans le castillan 
moderne. On ne peut même pas dire qu'il se soit créé, à la 
façon d'Anatole France et de Juan Valera, un style personnel 
et uniforme, toujours identique à travers les créations les plus 
diverses, car sa préoccupation dominante paraît être de se 
dissimuler, comme un dramaturge, derrière les personnages 
qu'il anime. Ajoutons que l'auteur des Episodios Nacionales 
a dû se plier aux nécessités du genre historique. Dans la Esla- 
Jela Româiitlca la convention du roman par lettres lui imposait 
un style objectif, adapté aux caractères et aux situations par 
un pastiche adroit. C'est ainsi qu'un lecteur averti reconnaîtra 
sans peine la bonhomie enjouée et sentencieuse de J.-M. de 
Navarridas, la dignité fière et la réserve de Demetria, la malice 
pétulante de Gracia, la rondeur de l'aumônier militaire Pedro 
Hillo, l'outrecuidance guindée de la marquise de Sarinân, les 

I. UiEstafeta Romântica, Madrid, Perlado Pàez, 1907 : p. 3;, una confianza basada 
en flonen'as reli^iosas — i35, cô es que sobre eso hay dudas todavfa? 

Bull, hispan. i4 



206 BULLETIN HISPANIQUE 

écarts de langage ' et les oscillations sentimentales de la 
duchesse Pilar, incarnation vivante du romantisme, la cama- 
raderie empressée et joviale du militaire Pedro Uhag6n% 
l'insouciance spirituelle, l'immoralité souriante du vieux 
courtisan incorrigible D. Beltran ^, celui qu'on pourrait 
appeler le u père prodigue», enfin, l'inquiétude ténébreuse du 
protagoniste Fernando de Calpena, troublé par le mystère de 
sa destinée, par la rancune d'un amour déçu et par lémoi 
d'une passion qui commence-'. Il n'est pas jusqu'aux crises 
passagères traversées par chacun des correspondants qui ne 
contribuent à modifier la structure même de la phrase : joie 
de revoir un ami qu'on croyait fusillé &, indignation du fiancé 
trahi, réveil du patriotisme en présence des luttes intes- 
tines, etc.'J. Comment ramener à une formule unique, à un 
système de procédés invariables, un style dont la qualité pri- 
mordiale paraît être la souplesse? Une étude sur la langue de 
La Eslajeta Honiânlica n'est pourtant pas impossible a priori. 
Tous les personnages, si l'on excepte Sabas, le domestique de 
Fernando, appartiennent au même monde, intermédiaire entre 
la noblesse de cour et la bourgeoisie. Le romancier ne s'ap- 
plique pas à dater scrupuleusement les tournures qu'ils 
emploient. Presque toujours le ton de ces lettres nous rap- 
proche de la conversation familière, de l'usage courant. 
L'exemple n'est donc pas mauvais pour expliquer par quels 

I. i83, lambién soy tostada.... Me ac/itc/iarra este hombrc; 187, Manuel Cortina, 
ante quien dcscorrî ayer la que encubria mis sccretos ; i3o, abalieDdo para siempre 
los hocicos de mi média hermana; 194, me compensarâ de mis pasados bcrrinches el 
placer de birlarle la nina de Castro. 

a. Calembours à la manière de Breton et de Gerardo Lobo: io5, sin contar las 
heridas, de las cuales, en el reparto diario, me han tocado très como 1res soles que 
me han hecho ver las estrellas — rudesse militaire: loG, A Lacy Evans le zurraron 
en Ernani — Souvenirs littéraires: 107, digno de que Marte me prohije y Belona me 
quiera. 

3. Parodie des événements politiques : 25o, Sale la Infanta Carlota, mujcr de 
pcsquis : 258, por la Solemnidad del Te Deum que nos endilgô con desusada fiesta 
de polvora. 

4. Exemple d'emphase romantique: p. 39, euando un hombrc se cquivoca en el 
grado de mis equivocacioncs; euando las propias iniciativas salen de tal modo 
frustradas, justo es que imponga â su torpe voluutad esta penitencia de la radical 
anulaciôn. 

5. P. 22, 1 que no fuera este papel ave ligerisima, que de un vuelo llegasc à las noble» 
manos de usled, y con ella mi alegri'a... 

6. P. 242, El brazo derecho y el brazo izquierdo de la Naciôn, contra el pecho de 
éfita descargan à compas luribundos golpes. 



REMARQUES SUR I.E ST\LE OE 1,A ESTAFETA ROMÂNTICA JO'] 

moyens M. PérezGaldos s'est efforcé d'atteindre le style naturel. 
On peut ramener les faits que nous avons observés à quatre 
tendances principales : l'abréviation, la simplification, le ren- 
forcement, la dissymétrie. 



I. ABREVIATION. 

La langue familière est d'abord une langue abrégée. On se 
dispense, quand on est sûr d'être compris à demi-mot, d'em- 
ployer les constructions rigoureusement conformes aux règles 
que la grammaire impose dans le style soutenu. 

Article. — C'est un fait d'observation courante que le cas- 
tillan tend à supprimer l'article devant les mots fréquemment 
employés. Aux substantifs casa, caza, misa, palacio, paseo, qu'on 
cite d'ordinaire, il faudrait ajouter mano, brazo, mes, dia, hora, 
vida, clase, haiios, Gobcrtiaciô/i, etc.. (p. 182, no pasarâ el dia 
de maiïana sin que le escriba, pidiéndole hora para una 
consulta). Outre le cas prévu des oppositions (100, INi à desalen- 
ciôn ni olmdo, sino a la indolencia que el estado de mi ânimo 
me imponi'a, debe atribuirse...), qui s'explique par la ressem- 
blance avec les proverbes, la plupart des cas de suppression 
de l'article indéfini (2o3, no puedo ya pensar en cosa ni persona) 
ou de l'article défini (77, el poder afectivo que pareci'a desafiar 
cielo y tierra; 166, ya se lo que es calor de familia) se ramènent 
à l'habitude qui consiste à traiter les mots comme faisant 
partie d'un groupe au lieu de les considérer isolément {pre- 
dicar en desierlo, tiene costunibre de, por amor de Dios). Or la 
langue de la conversation crée tous les jours de ces associations 
qui à la longue deviennent indissolubles. 

Substantif. — La faculté qu'ont les Espagnols de forger un 
très grand nombre d'augmentatifs et de diminutifs leur permet 
d'exprimer avec un seul mot plusieurs idées accessoires. Quel- 
ques-uns de ces dérivés ont acquis une signification historique 
(23 i,sargentada, appliqué k la révolution de La Granja). Souvent 
le substantif tient la place d'une proposition entière. Rien de 
plus naturel quand il vient d'un ancien participe passé, d'abord 



208 ' BULLETIN HISPANIQUE 

accompagné de l'article neutre lo (84, para este négocie de 
contar lo sucedido) et finalement substantivé (77, aqui estoy 
dispuesto a dar a los impostores su merecido). D'autre part, les 
noms et les adjectifs en or, que la langue fournit avec une 
abondance croissante, appellent généralement un complément 
et expriment la pensée en raccourci (46, aquella misma noche 
supe que la murddora del precipitado casorio... 82, queriendo 
atravesar a la dama infiel, al segundo galân solapado, al 
primer barba, que es el padre, al segundo, que hace de sacer- 
dote, y a la caracteristica, zurcidora de aquel enredo). Enfin, le 
substantif conserve souvent la construction et le régime, du 
verbe dont il dérive (70, a ratos se aparta Fernando conmigo 
y me cuenta su historia : el conocimiento de esa buena pieza en 
la casa de una diamantista; 68, practico al pie de la letra tus teo- 
rias acerca de la sustiluciôii del carino legitimo por el prestado ; 
191, con aima y vida le expresé la abdicaciôn de mi voluntad en 
la suya'). De tous les cas que nous venons d'examiner, il 
résulte un effet de concision. 

Adjectif. — L'emploi de qualificatifs doubles répond au 
même besoin (i3, manirroto ; 38, zanquilargo : 88, cejijunto; 
223, alicaido). Et dans les tournures elliptiques formées avec 
le féminin pluriel ou singulier de l'adjectif, celui ci absorbe 
l'acception du substantif sous-entendu (42, Hoy estoy de malas; 
180, quiero decir de peores; 72, trabajan à la desesperada ; 79, De 
Serrano no se mas sino que esta en las dllimas; i58, no hemos 
de estar los de acà siempre « las agrias y tu à las niaduras^.) 
Ces locutions sont d'ailleurs beaucoup plus fréquentes dans 
les romans contemporains el madrilènes où M. Pérez Galdos 
imite les tours du langage populaire. L'adjectif joue parfois 
le rôle d'une proposition complète (126, por ley de costumbre 
y no insensible a la obra del liempo, he adquirido resignacion). 
Il est plus facile de sous-entendre un infinitif qu'un verbe 
à un mode personnel (210, extremado en la cortesia sin llegar 

I. La transition nous est fournie par l'infinitif précédé de l'article et, par suite, 
traité conime un simple substantif. Exemple: 35, el vivirun noble en sus propiedades 
rurales ha venido à ser rareza exôtica. 

a. A rapprocher les tournures formées de l'article féminin : ao, la emprendimos; 
3o, ha de pagarme la que me ha hecho; 4i, no te quiero decir ia que se armô aqui. 



REMARQUES SUR LE STYLE DE LA ESTAFETA ROMÂNTICA 209 

â empalagoso ; 270, [vaya, que preciarme de tan lista...). Dans les 
tournures de ce genre l'adjectif est précédé généralement des 
prépositions de ou â (61, pero como à terco y voluntarioso no 
me gana nadie). 

Pronom. — L'habitude qu'on a de répéter les pronoms d'une 
façon pléonastique, en employant dans la même phrase la 
forme accentuée et la forme atone, permet souvent, par une 
conséquence inattendue, de sous-entendre usted que représente 
suffisamment le, datif ou accusatif de la troisième personne. 

Verbe. — Le même besoin de concision fait qu'on trans- 
forme parfois en verbes neutres des verbes réciproques (108, el 
mayor de los très hermanos que caso hace poco con la chica 
de Busturia). Mais la tendance la plus caractéristique, qu'on ne 
retrouverait pas aussi accentuée chez d'autres romanciers 
contemporains, consiste à employer les formes simples du 
verbe là où la grammaire recommanderait les formes compo- 
sées. Ex. : 45, (( Emprendi mi Via crucis por calles jamâs por 
mi pisadas, buscando al clérigo que debia darme la clave de 
aquel nuevo misterio de mi existencia. No podria^ lanzarme 
en peor ocasion a la caceria de un sujeto desconocido » 
(«podria» au lieu de « hubiera podido o); 109, « De lo sucedido 
el otono ùltimo, cuando fuimos â vistas, te enteraria^ tu padre, 
de seguro pintando las cosas con exageracion » (« enteraria » 
pour (( habrâ enterado »); 45, « Los conyuges se habîan ido, 
después de la boda, â un pueblo de la costa donde se embar- 
carian^ para Francia » (« embarcarian » tient la place de l'infinitif 
« embarcar » et d'un auxiliaire); Ay, « hizome ver la fuerza que 
al complot de los Negrettis debiô ^* dar mi prolongada ausencia » 
(« debio )) ne marque pas suffisamment l'antériorité). En espagnol 
comme en français on constate que l'imparfait tend à usurper 
la fonction des autres temps. Ex. : 90, u Corrî â dar un abrazo 

1. De même Fortunata y Jacinta, I, 289, trataba âsu raujer con un carino tal que... 
se le tomaria por enamorado. 

2. Cf. F. y J., I, 262, Adân, echado del paraiso, no miraria de otro modo el bien 
que perdi'a. 

3. Cf. F. y J. , I, 4i I, La comida estaba dispuesta para los niûos porque los papas 
cenarian aquella noche en casa del tio Cayetano. 

II. Cf. F. y J., I, 3o5, Era una mujer mas envejecida que vieja y bien se conoci'a que 
nunca habia sido herniosa. Debiô de tener en otro tiempo buenas carnes. 



2IO BULLETIN HISPANIQUE 

â Zorrilla de quien soy amigo del aima... Juntos estudidbamos ^ 
en Valladolid la ciencia del derecho... por los lextos de Victor 
Hugo, Waller Scott y Byron » (le correspondant se représente 
comme assez proche une période qui néanmoins précède logi- 
quement l'action marquée par u corri »). Enfin l'indicatif du 
verbe deber, par une sorte de survivance de la syntaxe latine, 
remplace régulièrement l'irréel. Ex.: 117, «A los veintiochoanos 
de casados, es triste, tristisimo que mi marido tenga que hacer 
méritos para conquistar sentimientos mîos, que debiô poseer 
desde el primer dîa^. » L'espagnol manifeste donc une répu- 
gnance visible à l'égard des temps compliqués. C'est pour 
une raison analogue que nous renonçons, en France, au 
passé antérieur et à l'imparfait du subjonctif^. M. R. J. Cuervo 
signale dans ses Apuntaciones criticas'* l'abus que les écrivains 
récents font des subjonctifs en ara et era, employés dans le 
sens de parfaits et de plus-que parfaits de l'indicatif. Il faut y 
voir sans doute un résultat de la même tendance, bien que cet 
usage remonte au Poema del Cid et survive dans le portugais 
actuel. 

Prépositions. — Certaines locutions s'abrègent grâce à l'el- 
lipse de la préposition (188, reclamando una audiencia larga, 
de un par de horas lo menos). Il arrive aussi que la préposition, 
par suite de l'ellipse du verbe, se trouve directement en contact 
avec une conjonction qui commence un membre de phrase 
(206, sabras que Felipe y yo andamos desde Julio en desa- 
cuerdo por si salimos 6 no de Madrid ; 26, tratando ayer en la 
mesa de este punto grave, de si convenia 6 no escribirle). 
La préposition de, soit dans le sens causal (8/i, que no apesten 
de viejas; 86, morîa de viejo), soit avec la valeur d'un condi- 
tionnel (162, De lo contrario, tendria yo que imaginarlo, expo- 



I, Cf. F. y J., I, 43.'), Podia habértelo dicho; pero,; y si lo interpretabas mal ? 

a. Cf. F. y J., II, 98, Debiô de haber seguido otra carrera. — Tile Live, V, 3 : Aut 
non suicipi bellum oportuit, aut geri pro dignitate populi romani el perlici quana- 
primum oportet. 

3. Voir à ce propos la Neuframùsische Syntax de J. Haas, Halle, 1909, p. 377. 

II. Apuntaciones crilinas sobreel lenguaje bogotano, Paris, 1907, p. iSO. En lo antiguo 
fué lambién indicati\a, pero no en el senlido que arriba hemos censurado, sino en 
el de la aclual forma compuesta habia bnscadu, habia dicho.... Aigunos escrilores 
niodernos lian resucitado este uso. 



REMARQUES SUR LE STYLE DE LA ESTAFETA ROMANTICA 2 1 I 

niéndome a errores), permet de former des locutions d'une 
extrême brièveté. 

Conjonction. — Il n'est jamais nécessaire de répéter la 
conjonction au commencement d'une seconde ou d'une troi- 
sième proposition. On en arrive à la supprimer dans des cas 
où elle serait indispensable (6^, y no sigo tratando de este 
delicado punto, no sea que la pluma se me corra de la sinceri- 
dad afectuosa a la oficiosidad impertinente). 

Adverbe. — La forme savante de l'adverbe, caractérisée par 
la terminaison mente, n'est employée que pour obtenir un 
effet spécial que nous aurons l'occasion d'étudier. On se con- 
tente le plus souvent de l'adjectif, précédé ou non de la prépo- 
sition. C'est ainsi que l'usage a consacré largo, fiierte, pronto, 
recio, infinito, etc. Dans certains cas l'adjectif reste variable, 
bien qu'il joue le rôle d'un adverbe. 11 n'est donc pas impos- 
sible de saisir la transition (i3o, solo este rasgo basta para que 
yo la ponga cien codos mas alla que todas las de nuestro sexo). 
Voici quelques exemples de locutions formées au moyen d'une 
préposition et qui sont encore plus courtes, par suite plus 
employées, que l'adverbe correspondant (ii4, el horrendo 
trastorno de una ilusion arrancada de cuajo; 189, de seguro 
harîa Felipe demostraciones imponentes; t88, tenîa que ha- 
blarle de un asunto en exlremo delicado). 

Construction de la phrase. — L'espagnol admet de fortes 
ellipses consistant dans la suppression d'un mot ou d'un 
membre de phrase. Exemples : 16, u Nada te digo de la mante- 
leria, pues ya sabes que esta es mi pasion, y que gracias a 
Dios poseo y conserve piezas que no tienen que envidiar a las 
del palacio de un rey » (« nada » sous-entendu); 28, « bien se que 
ustedes le adoran ç Como no, si es tan bueno, aunque pro- 
digo?» (on a jugé inutile de répéter le verbe); 3o, «y no me hace 
maldita gracia volver sobre sucesos que mas son para olvi- 
dados que para rej'eridos » (il est de règle ici de supprimer 
l'infinitif); 78, « y algunos, no se si por chunga 6 por inocencia 
me daban la enhorabuena » (suppression du verbe dans la 
proposition subordonnée); 229, » cierto que mi salud exige 
descanso » (suppression du verbe dans la proposition princi- 



213 BULLETIN HISPANIQUE 

pale). Dans le français moderne on constaterait des faits 
analogues, notamment l'emploi de la phrase substantive', dont 
La Estafeta Româniica nous fournit d'ailleurs plus d'un 
exemple (129, Por mi gusto, cosa pensada, cosa realizada; 
18, Las sefloras, d sus quehaceres de casa...; 116, Benditas 
cacerlas de la Encomienda y benditos clavos de Segovia). 
D'autre part, beaucoup de phrases espagnoles remarquables 
par leur rapidité se ramènent, en dernière analyse, à l'ablatif 
absolu. Nous le trouvons d'abord à l'état pur : ce qui permet 
de le reconnaître, c'est que le participe, le gérondif ou l'ad- 
jectif est suivi de son sujet et que ce sujet n'est pas celui de 
la proposition {!\?>, No es la primera vez que ocurren estas 
coacciones monstruosas, confahulândose diversas personas para 
someter e1 albedrio de un sér débil). Mais le gérondif s'étend 
à beaucoup d'autres emplois. 11 remplace tour à tour des pro- 
positions relatives, conditionnelles, temporelles, causales, 
concessives, prenant parfois le sens inchoatif, causal ou celui 
d'une simple particule de coordination 2. M. Pérez Galdos ne 
craint pas de lui donner même le sens français (19, La mayor 
parte representan hermosuras francesas 6 espanolas afran- 
cesadas del tiempo del Imperio, con aquellos trajes cenidos, 
ensenando las carnazas del cuello), bien que cette construction 
soit condamnée par les grammairiens. Dans la plupart des cas 
que nous venons d'énumérer, le gérondif peut être remplacé 
par l'infinitif. La parenté qui relie ces deux constructions est 
attestée par ce fait que le sujet, au lieu de précéder, doit 



1 . Cf. « Ce Paris qui traite les inconnus comme les petites filles font leurs poupées : 
elles les ouvrent d'un coup de ciseau après s'en être bien amusées, et sitôt ouvertes, 
sitôt jetées. — Allons, petit Jean, apporte-nous ce verre d'eau, et vous tous, à bas les 
chapeaux, et du recueillement, noble Dieu ! — Drôle de caractère pour un homme qui 
se pique d'être positif. » Exemples donnés par Haas : Neufranzôsische Syntax, p. lo. 

2. Tous ces emplois se retrouvent en français, soit dans la langue archaïque, soit 
au contraire dans la langue ultra moderne. Exemples; Ablatif absolu: Ëtant venue 
m'ouvrir, je lui demandai (Manon Lescaut). Cause : m'étant couché fort tard, il s'en- 
suit que j'ai la migraine (Balzac). Sens inchoatif ou simultanéité : Il est entré et m'a 
trouvée t'écrivant (Balzac). Condition .• Halévy et Coppce, ayant présente à l'esprit 
cette considération, n'auraient voulu chagriner personne (Harduin, 3/atirt). Coordi- 
nation : Je suis revenu par le Simplon, ayant pour compagnon de voyage une amie 
de. M"'Carraud (Balzac). Concession : Et je ne ferai jamais rien, même croyant avoir 
raison, pour les détruire (Balzac). Temps: Aussitôt Emilie partie, tout en s'habillant, 
René se laissa entraîner (Bourget). J'emprunte ces exemples à la Neufranzôsische 
Syntax de M. Haas, p. aSS-ayo. 



REMARQUES SUR LE STYLE DE LA ESTAFETA ROMÂNTICA 2l3 

suivre, comme dans le cas de l'ablatif absolu (97, Son espejos 
que, sin quererlo yo, reproducen mis ocultos esplendores). Or, 
nous relevons ici des propositions infinitives qui expriment 
la cause (i3, Teniamos nuestras disidencias por ser mi carâcter 
totalmente distinto del suyo), linstrument (i36. Le dire que 
solo con medir la distancia entre su mérito altisimo por los 
cuatro costados y la bajeza de los que le han ofendido, ha de 
sentir gran consuelo), la condition' (94, alégrate conmigo de 
que te baya salido mal lo que, de salir bien, habria sido para ti 
la primera piedra de la piràmide de tus infortunios; 198, y de 
tal modo me prendaron su gracia y su nobleza, que d no 
hallarme imposibilitado por mis votos, de que son emblema 
las negras ropas que visto, entre el primer saludo que le dirigî 
y una respetuosa declaracion de amor, habrian mediado pocos 
alientos). De la proposition infmitive on passe tout naturelle- 
ment à la proposition participiale, puisque celle-ci suppose 
à l'origine l'ellipse de l'infinitif (86, En fin, querido Fernando, 
suspiramos fuerte y salimos después de bien mirado y remirado 
el rostro frîo del gran Figaro). Cette construction, introduite 
par después de, al ano de, una vez, a généralement le sens tem- 
porel. Mais elle peut exprimer la cause et la conditions De 
tout ce qui précède, il résulte que l'ablatif absolu, le gérondif^, 
l'infinitif et la proposition participiale permettent d'éviter le 
retour fréquent des conjonctions et des relatifs qui alour- 
dissent la phrase en lui donnant une allure solennelle. Quand 

1 . De même en français,rinfinitif peut se substituer au participe présent.Exemples : 
Cause : Pauvrette, de se voir si liaut perchée, elle se croyait au moins aussi grande que 
le monde (Daudet). Instrument : A vieillir, tout change. Condition : Le mariage, à ne 
le considérer que comme une union civile, est un contrat (Revue Bleue). Conséquence : 
C'est ainsi que .M"° de Corcieux lui était apparue, telle qu'elle l'avait rencontrée à 
l'époque de la rupture avec Casai, consternée de mélancolie et changée à ne pas 
la reconnaître (Bourget). Haas, p. 3i/i et ssq. 

2. Fortunala y Jacinta, III, iig, « PoTsabido se calla. o M°* Pardo Bazân, Lit. franc, 
cent., El Romanticismo, 35 : « Mas de esto â que influyese en el romanticismo, de esto 
â que apareciese renovando la poesia francesa, va gran distancia, aun consideradas 
sus innovaciones ritmicas y reconocida en él mâs libertad de forma que en el mismo 
Lamartine. » — De même en français. Exemples : Temps: Et à peine tombée plutôt 
qu'assise sur le fauteuil, elle dit (Bourget), Condition: C'était une pièce à conviction 
qui pouvait perdre de sa valeur, touchée par une main maladroite (Maupassanl). 
Haas, p. 286 et suiv. 

3. Pour remédier à l'abus du gérondif, on multiplie les participes présents. Nous 
relevons dans La E. R. insignificante, désespérante, culminante, informante, plei- 
teante, dénigrante, cargante, etc. 



2l4 BULLETIN HISPANIQUE 

nous retrouvons en français des substitutions de ce genre, 
c'est principalement dans la poésie, où la concision est de règle, 
et chez les romanciers de la dernière heure parce qu'ils imitent 
la marche rapide et pour ainsi dire trépidante de la conver- 
sation parisienne. 



II. SIMPLIFICATION 

La langue familière se distingue du style soutenu par la 
recherche du terme usuel. Or l'usage ramène sans cesse les 
mêmes mots, dont le sens s'élargit peu à peu, et qui finissent, 
à la longue, par suffire à tous les besoins. Nous voyons tous 
les jours et nous verrons encore la mode imposer tel adjectif 
qui résume, pendant une saison, les nuances de l'éloge et du 
blâme. Pour qu'une expression se charge ainsi d'acceptions 
multiples, il faut, d'abord, qu'on puisse la prononcer facile- 
ment, et aussi qu'elle soit conforme aux procédés traditionnels 
de construction ou de dérivation. 

Article. — Dans la langue populaire, l'article sert à intro- 
duire une phrase entière qui joue le rôle de substantif ou de 
complément du substantif. Au masculin et au féminin, dont 
on trouverait pourtant des exemples', on préfère la forme 
neutre /o, qui se plie aux besoins les plus variés. Elle tient, en 
effet, la place d'un démonstratif (to que le tiene con el aima en 
un hilo2), d'un substantif (87, lo endeble de su salud), enfin 
d'un adverbe. Dans ce dernier cas, elle peut modifier un 
adjectif, un verbe^, ou même figurer à titre de locution indé- 
pendante (lo que), généralement emphatique et hyperbolique 
(93, gozaba lo que no puedes figurarte). 

Substantif. — Nos écrivains, quand ils cherchent les elTets 
pittoresques, emploient volontiers les substantifs abstraits 
terminés en eur. La forme correspondante (blancor, espesor) 
ne s'est pas encore généralisée en Espagne. Au contraire, les 

I. Fortunala y Jacinta, I, i5o, Y aliora viene la de me caso y â Roma por todo. 
a. Ibid., I, a6o. 

3. Ibid., I, sa8, Ya saben todos lo avariento que ères; I, i/|3, los paYos de la 
escalerilla no esiân todo lo bien cebados que debi'amos suponer. 



REMARQUES SUR LE STYLE DE LA ESTAFETA ROMA^TIGA 2 15 

mots en ion, malgré la lourdeur qu'ils communiquent au style, 
sont tellement nombreux que les puristes ont dû réagir contre 
cette invasion'. Mais la langue usuelle préfère visiblement les 
substantifs en e (pase, toque), en a (renuncia, busca) et surtout 
en o (tropiezo, soplo, arreglo, arrimo). Un procédé curieux de 
formation et qui tend à se répandre, utilise comme préfixe 
la préposition sin^ (266, el siniiûmero de clérigos; 106, un sin fin 
de enfermos). 

Adjectif. — L'espagnol fait un grand usage de certains 
adjectifs envahissants qui offrent l'avantage d'exprimer, outre 
leur sens étymologique, des façons générales de sentir. Les 
plus connus sont maldito, snnio, puro, gordo^ (27, en que otro 
romântico de los mus gordos pone el ejemplo del enamorado 
que se mata; 217, la idea de que entrase Felipe en mi cuarto 
a recriminarme, pronunciando el trueno gordo). Gr««^ joue 
un rCAe analogue dans la langue familière, de même que Jlojo, 
qui revient plusieurs fois dans La Eslafeia Romdntica (i83, no 
son Jlojos rîos de lâgrimas los que he derramado sobre ellos; 
289, no esjlojo gusto, el que me da la carta). S'agit-il de former 
les comparatifs et les superlatifs, on préfère au radical tiré du 
latin le mot qu'on peut forger mécaniquement sur le positif 
(58, bonisimo). 

Pronom. — Notons d'abord la prédilection du castillan pour 
les neutres lo, eso, esto, ello, aquello, dont le principal avantage 
est d'exprimer l'idée sous sa forme la plus vague et par suite 
la plu» compréhensive (17, y vamos a lo niiesfro ; 26, en esto del 
daca y toma de cartas). N'abuse-t-on pas chez nous de cela, 
abrégé en ça'? Quelques phrases de M. Pérez Galdos ont du 
reste un faux air de gallicismes (27, y ello es una historia muy 

1. El Estudiante, cnleccion de composiciones sérias y festivas, Madrid, iSSg, p. a5, He 
notado que aun en aquellos de mas pura diccion y mâs corrientelocuiion, lienen tat 
predileccion por Ueiiar cada oracion de nombres acabados en on, etc. 

2. En réalité, c'est le retour à une habitude ancienne. On a dit sinsahor. sinrazôn 
parce que le préfixe latin in n'était plus compris dans sa valeur négative. 

.S. Parfois (/ordo sert à renforcer l'idée de grand el tient la place d'un véritalile 
comparatif. Ex. : premio gordo. Certains stibstantifs ont la même \aleur emphatique 
et hyperbolique. Ex. : La mar de cosas. 

4. La de Bringas, 55, Volviô con Milagros à tiendas al dia sigulente con âninio de no 
entrar en la deSobrino donde la gran tentaciôn estaba; 2/17, no : antes deliumillarse 
tanlo y perder tan en absoliito su dignidad, la Bringas preferia que su niarido le 
diera el ^ran escândalo. 



2lG BULLETIIN HISPANIQUE 

sentimental y triste; 19/i, esto no es suspicacia). Les règles 
imposées par l'Académie en ce qui regarde le datif et l'accu- 
satif pluriel et singulier des pronoms de la 3""* personne ne 
sont pas encore entrées dans l'usage courant. Beaucoup 
d'écrivains les négligent, et pour des raisons qui ne relèvent 
pas toujours de l'euphonie. L'origine de la confusion entre le 
datif et l'accusatif vient probablement de ce que la préposition 
d remplit tour à tour ces deux fonctions, sans qu'il soit facile 
de les distinguer dans la pratique. Nous trouvons dans la 
Es. Rom. la forme du datif pluriel employée avec le sens 
d'un accusatif (38, su raquitismo, malamente combatido con 
la vida del campo, con los continuos paseos, el estudio y el 
cuidado que en alimentar/esse emplea; /j3,/esveo desarrollando 
su odiosa maquinacion). La même hésitation subsiste chez 
nous dans les tournures laisser, voir, entendre, faire k A la 
rigueur on pourrait considérer comme un régime indirect au 
datif la construction suivante (i 56, Desde que perdi a mi Angel, 
tiemblo cuando les oigo toser). Chacun sait, d'autre part, que 
l'espagnol aime à grouper les pronoms. Ils suivent l'infinitif 
et le gérondif (174, ya puedes figurar/e/o) ou précèdent le 
verbe quand il est à un mode personnel (i85, no se le habia 
encontrado papel ni prenda alguna). Mais un pronom isolé, 
s'il n'est pas renforcé par l'adjonction d'un autre, tend fatale- 
ment à devenir enclitique ou proclitique. Toutes les fois qu'il 
se présente après un repos sensible, point terminant la phrase 
(188, Ayuddbame D. Manuel anticipândose con gran perspi- 
cacia a mis juicios), virgule marquant un arrêt dans le débit 
(189, cuatro largas horas duro la conferencia, pues en la segunda 
parte, cuando ya me habia serenado y abordamos la cuestion 
légal, hizome una exposicion clarisima de las di versas solu- 
ciones), changement d'intonation (2x3, los sentimientos y 
visiones que me turban paréceme que no son mios), le verbe 
l'attire et l'absorbe. Seul un groupe offre assez de résistance 
pour se maintenir au commencement d'une proposition. Afin 

I. Pour qu'un père et une mère... puissent espérer de la voir suivre leurs avis 
(Balzac). .S'il t'entendait, il serait trop payé! Mais laisse-ie achever sa tâche ("Augier). 
Cette admiration attendrie la faisait se dire à elle-même (Bourget). Le souvenir des 
beaux yeux lui faisait se répondre tout bas (Bourget). Cf. Haas, A'. S., p. 89. 



REMARQUES SUR LE STYI,E DE LA ESTAFETA ROMÂNTICA 217 

d'obtenir ce redoublement indispensable du pronom, on crée 
des verbes réciproques, on utilise le datif explétif (169, ; Dichoso 
D. Beltrân ! Dios me le perdone). La combinaison du datif et 
du verbe réciproque permet souvent d'éviter l'adjectif possessif 
(i55, el legitimo orguUo se le sale por los ojos en llamaradas), 
nouvelle application de la loi qui oblige à réunir les pronoms. 
Verbes. — L'« écriture artiste », si l'on en croit M. Albalat, 
se distingue non seulement par la recherche du substantif 
rare, mais encore par la préoccupation d'éviter les auxiliaires. 
La conversation familière, en revanche^, repousse les verbes 
à sens trop précis qui témoigneraient d'une intention artistique, 
déplacée dans un simple entretien. Il est facile, en général, de 
les remplacer par la tournure substantive (66, Déjeme tomar 
resuello para decirle que Higinio me escribe...; i5, He tenido 
que poner mesa para todos los sefiores dignidades, canonigos 
y racioneros que han lenido la dignaciôn de asistir à las honras). 
Or, ce qui contribue le mieux à donner au style de M. Pérez 
Galdos un air d'aisance, — ou, suivant le point de vue des 
modernistes, de banalité, — c'est le retour périodique de ser, 
eslar, lener, ir, andar, continuar, venir, hacer, prestar, etc.. 
Certains verbes comme dar et echar, en vertu de la loi que 
nous énoncions à propos des adjectifs et qui consiste à ramener 
l'inconnu au connu, finissent par ajouter à leur sens propre 
une foule d'acceptions empruntées. Dar, par exemple, se prête 
à tous les usages et sert à former d'innombrables locutions. 
Tour à tour il exprime l'idée de former, faire, livrer, rencontrer, 
se produire, pousser, me tire, penser, frapper, souffrir', etc.. 
On pourra de même constater qu echar signifie, suivant les cas, 
acquérir, prendre, fumer ^, etc.. Nous remarquons d'autre part 

1. Forianata y Jacinta, II, 120, las fotografiasque daban guardia de hoaor al lieiizo; 
i55, no mediando ningun pagarc, daba gusto tratar con aquella senora ; i6g, y casi 
triunfante en la descomunal liatalla que estaba dando â s>u familia. La de Bringas, 18, 
el camino que habiamos de seguir para dar con la casa de nuestro amigo; 09, pero 
daba la maldita casualidad de que su administradora no lehabia traido ai'in la recau- 
dacién de las casas; i3(j, Daba unos suspiros que partian el aima; aio, antes de dar 
fuego. Fortanata y J., II, 98, al ver en el espejo su linda cara pâlida did/e por eraplear 
argumentes comparatives. Nazarîn, 261, cuando diô de punaladas â otra pûblica como 
ella. F. y J., II, i34, Todo eso que te da no es mis que debilidad del cerebro. 

2. F. y J., II, 39, ; que carâcter estoy echando ! La de Bringas, 98, Anteayer me los 
eehé en el portamonedas. F. y J., II, i3o, como ténia tanta confianza, iba à echar un 
cigarro. 



•2 l 8 BULLETIN HISPANIQUE 

que les auxiliaires sont de plus en plus nombreux en castillan 
et que leur emploi s'étend tous les jours. Traer, llevar^ seguii\ 
andav, aparecer, qiiedar, resuUar, continuai' se construisent soit 
avec le gérondif (i 80, ha eslado trayéndome y Uevândome reca- 
dilos con las alas de mi ansiedad), soit avec le participe passé 
(117, Tu marido te résulta ajustado a tu sér intelectual), soit 
avec l'adjectif (129, tras de una idea se me ocurreolras y cuando 
quiero recordar, ya tengo bien llenitos de garabatos cuatro 
pliegos de papel), soit avec une locution qui joue le rôle de 
participe (26, y aunque todavîa sigue à su servicio). Cette cons- 
truction est si conforme au génie de la langue que la plupart 
des verbes à un mode personnel, se comportant comme auxi- 
liaires, attirent le participe passé ou le gérondif (124, corria 
disparado tras multitud de mentiras ; i52, y se lanza decidida en 
busca del hombre a quien habîa jurado fe). La même tendance 
à la simplification apparaît dans l'emploi des temps et des 
modes. C'est ainsi que l'indicatif présent usurpe le rôle du 
futur (58, alla te mandaré la birreta con el ordinario, y la 
estrenas en la primera corrida de toros a que asistas) et souvent 
du conditionnel. Cette dernière fonction lui est disputée par 
l'imparfait (211 , si yo los luviese,ahora mismo lo arregldbamos). 
Préposition. — 11 semble, a priori, que le domaine de 
chaque préposition soit nettement délimité. On notera cepen- 
dant qu'en espagnol beaucoup de verbes se construisent avec 
différents régimes, lesquels ne correspondent pas toujours à 
des nuances bien tranchées. On discute encore pour savoir s'il 
faut dire ocuparse en ou ocuparse de. 11 n'est donc pas impos- 
sible que les prépositions, quand elles sont très employées, 
exercent, au même titre que les verbes dar et echar, une sorte 
d'attraction. Un exemple suffira pour l'établir en montrant le 
caractère envahissant de la préposition de lorsqu'elle exprime 
le métier ou la fonction {i2'],ejerciendo de definidor y pontifice; 
1/19, Da gracias à Dios por lenerme ci ml de reguladora de tu 
carâcter; 266, poniéndole de compinches al indispensable D. Pio 
Pita Pizarro; io3, como los que le mandaron de regalo las de 
Alava). On voit qu'elle peut s'associer à une foule de verbes 
qui étendront son emploi. D'autre part, les prépositions placées 



REMARQIES SUR LE STYLE DE LA ESTAFETA ROMAM'ICA 2iy 

devant un infinitif usurpent souvent la place des conjonctions. 
Ex. : con (malgré), pov (parce que), â (si), de (si), sobre (outre). 

Conjonctions. — De la proposition infinitive nous sommes 
tout naturellement conduits aux locutions de que, â que, 
cou que, suivies d'un verbe à un mode personnel. Or, la 
conjonction que jouit d'une faveur sans bornes. Comme au 
temps de Cervantes elle tient la place de toutes les autres 
(ai, sin duda le liabrâ valido su buen corazon, que en verdad lo 
ténia excelente). Parfois, quand elle joue le rôle d'une simple 
particule de liaison, elle se confond avec le relatif (120, ya me 
tienes fuera de mi centro natural y atada â otro centro que no 
se lo que es; 162, todo ello no cuadra muy bien a un personaje 
que no se sabe de donde ha salido). Comme ce mot frappe 
souvent l'oreille, il tendrait, si l'influence des théoriciens n'y 
faisait obstacle, à supplanter les conjonctions composées. Pour 
se rapprocher de la langue parlée, M. Peréz Galdos tient à 
employer mas que au lieu de sino. 

Construction de la phrase. — La conversation banale se 
complaît dans l'imprécision. Elle aime ces formules stéréo- 
typées dont les éléments, même s'ils sont associés d'aujour- 
d'hui, paraissent indissolubles (i3i, Demetria es su pazde toda 
la vida). Or les modismes, si pittoresques aux yeux de l'étran- 
ger, fournissent à l'écrivain national un fonds inépuisable 
d'expressions consacrées, de clichés de sens ambigu. Mieux 
que personne M. Peréz Galdos a su les enchâsser dans son 
style en les rajeunissant. Tantôt il les abrège (26, No, no : bien 
se esta San Pedro... en Villarcayo), tantôt il les déforme avec 
intention pour leur rendre la saveur qu'ils commencent à 
perdre (117, Averigilelo quien quiera, pues ni Vargas creo yo que 
domine tan dificil averiguacion). Chez nous, l'emploi systéma- 
tique de ces phrases toutes faites aurait quelque chose d'aflecté. 
Ne reprochait-on pas à Gherbuliez d'exhumer intentionnel- 
lement certaines locutions bien françaises, mais vieillies, 
comme sorti de page, trié sur le volet? 11 n'en est pas de même 
en Espagne où la conversation vit de ces formules commodes, 
remontant parfois à plusieurs siècles, et toujours susceptibles 
d'applications nouvelles. 



2 20 BULLETIN HISPANIQUE 



III. RENFORCEMENT 



Au laisser-aller de la conversation, gouvernée par la loi du 
moindre effort, il convient d'ajouter une autre tendance, en 
contradiction apparente avec la première, bien qu'elle n'en 
soit que la résultante. Beaucoup de mots s'usent. 11 faut que la 
langue remédie, par une création continuelle, à cette consom- 
mation journalière. D'autre part, l'imagination du peuple, 
naturellement impressionnable et portée à l'exagération, 
réclame l'expression colorée, le mot intense. Or le renforcement 
nous apparaît sous le double aspect de l'allongement et de la 
transposition. 

Article. — Si au lieu de précéder, comme d'ordinaire, un 
terme court, l'article annonce un groupe de mots ou une 
phrase véritable, l'attention se trouve réveillée par ce renver- 
sement brusque des habitudes.. Deux procédés conduisent au 
même résultat. Le premier semble d'origine savante. Il 
consiste à intercaler plusieurs adjectifs modifiés par des 
adverbes entre l'article et le substantif (88, al descubrir el 
ataùd y ver las ya macilentas facciones del gran satirico). 
L'autre, vraiment populaire, se ramène à traiter comme subs- 
tantif un groupe de mots qu'il est permis d'allonger indé- 
finiment (i/i6, et acabôse de lo bonilo). L'article indéfini, d'autre 
part, a souvent chez M. Peréz Galdos une valeur intensive (i 56, 
Toda la noche se la pasa en un sudor; 170, te aseguro que si no 
existiera mi madré y la cadena que à ella me une, para mi no 
habria un bien como la muerte). Le premier cas s'explique par 
une ellipse, le second par la tendance à considérer les groupes 
comme formant une unité indivisible. 

Substantif. — Il est inutile d'insister sur le rôle trop connu 
des augmentatifs. Notons seulement que la faculté de créer des 
mots composés n'est pas le privilège exclusif des langues ger- 
maniques. Vaivén, correvedile suffiraient pour l'établir. Outre 
les locutions substantives accueillies par le dictionnaire, on a 
toujours le droit, pour marquer une intention de style, d'em- 



REMARQLES SUR LE STVLE DE LA ESTAFETA ROMAMTICA 33 1 

ployer des groupements improvisés (47, El carâcter de Werther 
sin suicidio no me convenia en modo alguno). Ici encore on 
peut recourir aux transpositions et ciianger un verbe à un 
mode personnel en nom commun (64, va sabra usted que 
aquel magnifico plan mfo, que tuve el honor de comunicarle 
en la sacristîa de mi iglesia, ha quedado en veremos). 

Adjectif. — Pour les mêmes raisons, un substantif jouera 
parfaitement le rôle d'adjectif (8, pues no hay otro mas cabal- 
lero y delicado), et inversement un adjectif sera substantivé 
(i3, y ademàs el primer manirroto que se ha conocido desde 
Moncayo al Pirineo). Même quand le qualificatif existe, il peut 
céder le pas à une locution capable de recevoir les marques du 
comparatif et du superlatif (i 46, Los Mdr lires, que dice son cosa 
bonita y muy de religion). 

Pronoms. — On ne saurait dire que le redoublement du 
pronom ait une valeur intensive puisqu'il rentre dans les 
habitudes consacrées. Un moyen non moins efficace de déta- 
cher yo et td, c'est de les placer après le verbe, ou d'une façon 
plus générale à l'endroit sur lequel porte l'accent rythmique 
(i63, pues siempre fuiste là su amiga y confidente; igS, Si, la 
mal intencionada soy yo). Un pronom placé après son régime 
est toujours plus accentué (ii8, En la noche aquélla de 
Zaragoza). 

Verbe. — Le changement brusque de mode, de temps, de 
personne, ou plus exactement l'intervention d'une personne 
fictive contribue à donner un relief inattendu au verbe (54, Nos 
hemos metido en un coloquio de extremada dificultad, pues 
su sordera es désespérante, y lienes que valerte de signos y 
modulaciones labiales muy acentuadas para hacerte compren- 
der; 126, \ Si al menos hubiera yo podido lograr una separacion 
decorosa! ique si quieres! ;Para separaciones esta el tiempo!). 
La transformation d'un verbe neutre en verbe réciproque est 
encore un phénomène d'intensification (128, que haya desafio, 
que se peleen dos caballeros por cualquier futesa de politica). 
On en peut dire autant de la transformation d'un verbe 
neutre en verbe actif (79, se dedico à besar peanas que antes 
habia escupido). Enfin, le néologisme est une dernière ressource 

Bull, hispan, i5 



222 BUM.ETIN HISPANIQUE 

pour attirer l'attention. Il suffît d'ajouter ear au substantif 
dont on veut tirer un effet plaisant (19, nada tiene que ver el 
muerto de alla con el calabaceado de Vizcaya). 

Préposition. — On a connu de tout temps les combinaisons 
de deux prépositions (por entre, por debajo, para entre). Une 
habitude plus récente consiste à employer adverbialement 
dentro, delaiite, encima* qui, dans ce cas, modifient le verbe. 
Notons à ce propos que les formes normales adentro, adelanle 
servent à former des locutions de plus en plus nombreuses 
(de mostrador adentro, por el callejon adelante). Par contre, 
certains substantifs comme camino, esquina, sont en train de se 
changer en prépositions. 

Conjonction. — On l'emploie parfois comme un simple nom 
commun (63, He aqui, mi sefior ilustre, el por que de estos 
desalinados renglones). D'autre part, l'antithèse permet de 
renforcer l'affirmation (''42, que no te digo sean ejemplares, pero 
5f divertidisimos) et l'antiphrase est un bon moyen d'accentuer 
la négation (198, j Pues si yo fuera seglar y joven, caalqulera 
me qiiilaha a mi esa sin par hembra !...). Qae placé au commen- 
cement d'une phrase donne du relief au verbe (17, En fin, que 
creo no hemos quedado mal con estos reverendos senores). 
Inmedialamente que, substitué à luego que, nous apparaît à la 
fois comme une création et comme un phénomène d'allonge- 
ment (i/jo, Plântenlos inmedialamente que llegan). 

Adverbe. — La forme savante terminée en mente produit 
souvent un effet oratoire (18, Enleramente angelical es esa idea 
tuya de que D. Fernando nos va a dar el rasgo de ausentarse 
para siempre). 11 est vrai qu'elle répond aussi à un besoin 
d'euphonie (5o, se mantuvo a distancia de cuatro 6 cinco pasos 
mirândome con la fijeza que a sus amargas bromas precedia 
comunmenle). Pour insister davantage sur l'idée, on remplace 
quelquefois l'adverbe, dans la langue très familière, par un 
membre de phrase (6, las niiîas estân que da gozo vertus; 65, se 
fortifica de cuerpo y espirilu que es un primor). 

I. F. y J., II, 312, « rabiaba por echarle la visla enciina al basilisco. » Il est vrai 
qu'on trouve déjà dans Quintana, Vidas de Es. CéL, coll. Mérimée, p. lai, « exaltado 
con la perspectiva de gloria y de fortuna que se le presentaba delanle. » — Comparez 
en rran<;ais : « Bientôt il pourra jouer avec » (Renard, Poil de Carotte). 



REMARQUES SUR LE STYLE DE LA ESTAFETA ROMÂMICA 2 23 

Construction de la phrase. — Deux procédés contribuent 
à modifier l'allure d'une phrase : l'inversion qui renverse 
l'ordre logique et grammatical, et l'emploi des diminutifs qui 
dénature l'idée en changeant la forme du participe ou de 
l'adjectif (6i, lo dejo bien gaardadito para otro dia; 99, c Y esta 
su cabeza tan Irastornadita que no ha caîdo en mi gracioso 
enredo?). Il est vrai que l'inversion est parfois dictée par une 
simple raison d'euphonie. Par exemple, étant donné qu'une 
proposition ne peut pas finir sur un mot trop court, on place 
le sujet après le verbe lorsqu'il est accompagné d'une apposi- 
tion ou d'une détermination quelconque (7, las tremendas cala- 
bazas que ha dado al sujeto su novia, una lai Aarora, que dicen 
es mesliza de ilaliana é inglesa). Tenons compte, au surplus, de 
la construction particulière à certains verbes comme parecer 
qui doit suivre et non précéder le sujet de la proposition 
subordonnée (119, pues el tiempo parece que se complace en 
desafinar mâs â Felipe siempre que se empena en sonar junto 
à mi). On ne contestera pas cependant que le romancier veut 
produire un effet déterminé quand il fait un sort au complé- 
ment direct (21, libros devotos de los mejores poseia también), 
à l'attribut (io4, riquisimo lo hacia una monja de Médina de 
Pomar), au participe (3o, condenada la tengo a desempenar por 
ahora en mi vida un papel semejante al de los diputados). 
Mais il n'est pas toujours facile de distinguer si l'ordre logique 
est sacrifié au sens ou à la musique de la période. 



IV. DISSYMÊTRIE 

Ce terme, que nous empruntons au vocabulaire des sciences 
expérimentales, peut servir à désigner une catégorie de faits 
importants. Nous le définirons ainsi : la variété dans la 
symétrie ou le parallélisme dans la diversité. Le type de la 
construction dissymétrique nous est fourni par certaines 
locutions doubles (a roso y velloso, de tomo y lomo) qu'on 
rencontre fréquemment dans la langue populaire. Une phrase, 
pour échapper à la banalité de la conversation, doit être 



22^ BULLETIN HISPANIQUE 

harmonieuse. Mais il ne faut pas que le rythme soit trop 
sensible pour l'oreille. Nous verserions alors dans le genre 
oratoire; il y aurait désaccord entre le fond et la forme, entre 
le prosaïsme du sujet et les raffinements du style. 

Article, — Quand l'article est supprimé devant le premier 
terme, on le rétablit devant le second et le troisième (89, daré 
hoy comienzo a mi tarea de armar bastidores y el tablado 
y la bateria de luces). On obtient le même résultat avec l'article 
indéfini en faisant suivre d'un complément le dernier subs- 
tantif d'une énumération (202, solo encuentro vergûenza, 
cortedad, iina infinita modestia ante criatura tan fuerte y 
grande; 120, A tal extremo Uega el fanatisme que si hubiera 
inquisicion de esos dogmas él séria familiar primero de ella 
y un implacable quemador de herejes). 

Substantif. — On peut considérer comme tel tout mot ou 
tout groupe précédé de l'article. Ce rôle peut être joué par 
l'adjectif précédé de lo, par le verbe à l'infinitif, par l'infinitif 
suivi d'un complément, par l'infinitif suivi d'un sujet et d'un 
complément. Or, ces différentes formes de la construction 
substantive alternent régulièrement dans une même phrase. 
Exemple : 5o, « Sa boca entreabierta dejaba ver los dientes 
ennegrecidos y lo blanco de sus ojos amarilleaba mas de lo 
habituai)) (substantif et adjectif); 88, « Pero todo este observar 
indiscreto, irreverente, fué ahogado por la emociôn que nos 
embargo» (infinitif sujet, substantif complément); igS, u (jLa 
suma suspicacia no puede Uegar a ser el sumo adivinar? » 
(substantif sujet, infinitif attribut); /JQ, « La dictadura me ha 
traido la paz, y aunque me entristece el pisar mis iniciativas, 
caidas de mi como coronas marchitas y deshojadas^ me con- 
suelo con la conservaciôn de mi existencia denlro de una plâcida 
esclavitud » (infinitif et substantif accompagnés de complé- 
ment); 175, « Grée que celebraremos muy de veras la recon- 
ciliaciôn, y ver terminadas vuestras desavenencias con un tierno 
abrazo » (substantif et infinitif jouant le rôle de complément 
direct); 93, « La cual debia de consistir en alegres Jeslines y en 
gozar de cuanto Dios crio » (substantif et infinitif jouant le 
rôle de compléments indirects). 



REMARQUES SUR LE STYLE DE LA ESTAFETA ROMANTICA 2 25 

Adjectif. — Un premier adjectif est suivi assez souvent d'un 
substantif qui dépend d'une préposition (82, cosa también 
vulgarisima y de clavo pasado; i46, Los Mdrtires que dice son 
cosa bonita y muy de religion). Dans une série d'ablatifs 
absolus on voit de même l'adjectif alterner avec le gérondif 
(42, Todo lo tienes ya revuelto en la casa, suspendidos los 
trabajos de arquitectura teatral y de estudio de papeles, la vida 
de todos amargada y descompuesta, los pequenos recaidos en 
sus enfermedades, un trasiego confinuo de medicinas de la 
botica a la casa, alteradas las horas de comida y cena y sobre 
esto el chaparron de visitas de pésame). 

Pronoms. — L'habitude de rapprocher les pronoms conduit 
naturellement au chiasme (191, pues para conocerto le bastan 
las copias del pleito con Osuna; 58, como el primero de los 
humildes que miro debajo de mî ... ères ta, por // empiezo el 
derroche de mercedes con que quiero manifestar mi alegrîa). 
Deux mots qui ont un sens différent et une forme identique 
peuvent contribuer au parallélisme de la phrase (9^, No hay 
cosa mas feliz que el que à uno le planten, con lo que se libra 
del enfadoso problema de plantar). 

Verbe. — Rien de plus naturel que de faire alterner dans les 
propositions subordonnées les subjonctifs en aro, ese{li'], acon- 
sejome que dièse por terminado aquel asunto y la enterrara 
antes que sobreviniese la descomposicion), quelquefois la dis- 
symétrie s'obtient aux dépens de la correction (20, y si por 
desgracia viniese con veras lo que antes vino con engano, 
cumples disponiendo un cérémonial decoroso y modestito). Ici 
l'indicatif remplace le conditionnel ; ailleurs, c'est l'ordre des 
mots qu'on change arbitrairement (92, Despertar yo y él abra- 
zarme sentado al borde del mullido lecho potronil, fué todo 
uno). L'inversion de él n'est motivée que par le chiasme. C'est 
au contraire le parallélisme qui justifie le déplacement du 
participe passé dans le cas suivant (86, después de bien mirado 
y remirado el rostro fri'o del gran Figaro, de color y pasta de 
cera, no de la mas blanca; la boca ligeramente entreabierta, el 
cabello en desorden). 

Préposition et Adverbe. — L'adverbe est souvent contre- 



226 BULLETIN HISPANIQUE 

balancé par une locution prépositive (82, Uegaste al fin, pero 
llegaste tarde) ou par le gérondif (97, te escribo de prisa y 
corriendo). 

Construction de la phrase. — Les exemples qui précèdent 
prouvent que M. Peréz Galdos a poussé à l'extrême le souci de 
la variété. 11 y aurait donc quelque imprudence à ramener 
artificiellement ses phrases à un type uniforme. Nous raison- 
nerons néanmoins sur deux exemples, pour la commodité de 
l'exposition. La période espagnole, telle que nous la trouvons 
dans Quintana, est avant tout symétrique. 

Pero si esta ambiciôn y este poder, tan largo tiempo combatidos de 
una parte, y tan bien defendidos de la otra, se miden con el objeto y 
uso a que les dirigiô el Condestable; si se pregunta gué engrandeci- 
miento le debio el reino, que majoras las leyes, que adelantamientos 
la civilizaciôn y las costumbres, en que disposiciôn y estatutos procurô 
afianzar para le future la quieUid y prosperidad del Estado, ya la 
respuesta séria mâs dificil y