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Full text of "Bulletin hispanique"

Iilllliîfl!!iiii!iiiii!iiii!i!i!ii;ifêil; 




T.TOtt i/vj 1 ï; -1^93 



ANNALES DE LA FACULTÉ DES LETTRES DE BORDEAUX 



BULLETIN llISPAlMOUE 



A F B., IV* StKiE. — Bull, luspan., \.IV, 1912, i. 



BORDEAUX. — IMPRIMERIE G. GOUNOUILHOU, RUE GUIRAUDE, 9 -11. 




Annales de la Faculté des Lettres de Bordeaux 

et des Universités du Midi 

QUATRIÈME SÉRIE 

Commuue aux l'uiversilés d'Aix, Bordeaux, Montpellier, Toulouse 

XXXIV» ANNÉE 



BULLETIN HISPANIUUE 

Paraissant tous les trois mois 



TOME XIV 
1912 




.^^ 



Bordeaux : 

FERET & FILS, ÉDITEURS, i5, COURS DE L'INTENDANCE 

Lyon: Henri GEORG, 36-4-?, passage de l'Hôtel-Dieu 

Marseille: Paul RUat,54, rue Paradis Montpellier: G. GOULET, 5, Grasd'Rue 

Toulouse : Edouard PRIVAT, i4, rue des Arts 

Madrid : MURILLO, Alcalâ, 7 

Paris : 

Albert FOINTEMOING, 4, rue Le Goff 
Alphonse picard & FILS, 82, rue Ro.naparte. 



^, 






Vol. XIV. Janvier-Mars 1912 N» 1 

SCULPTURES DU CERRO DE LOS SANTOS 

(Planches I à l\) 



Les huit sculptures reproduites dans les planches I-IY 
proviennent du Cerro de los Santos'. Elles sont à ajouter à la 
liste, dressée en 1901 par M. Paris% des sculptures du Cerro 
conservées en dehors du Musée archéologique de Madrid : la 
seule d'entre elles (n° \ du présent article) qui soit mentionnée 
dans ce catalogue n'y est représentée que par un petit croquis^ ; 
M. Paris n'avait pu voir l'original. Une autre (n" 8) n'était 
connue que par une ancienne photographie reproduite par 
M. Paris dans son Essai, t. 1, fig. 9.'.\?k Enfin, une troisième 
(n° 5) est donnée en photogravure, sans commentaire, dans 
V Annuaire de l'Institut d'Etudes catalanes, 1907, p. 48o. 
Les cinq autres, que je sache, n'ont été jusqu'à présent ni 
reproduites ni signalées. Il m'a semblé qu'il était bon de 
publier tous ces morceaux : d'abord, rien n'est négligeable de 
ce qui contribue à faire mieux connaître le Cerro; en outre, 
deux d'entre eux n'ont pas seulement une valeur de docu- 
ments : ce sont de belles œuvres, sur lesquelles il convient 
d'appeler l'attention. 

Les n"' I, 2, 3 et 4 appartiennent à don Miguel Marti Esteve, 
de Valence; les n'"' 5, 6, 7 et 8 sont, depuis 1907, au Musée 
municipal de Barcelone : ils font partie de la série d'antiquités 
ibériques réunie sur l'initiative de M. Puig y Cadafalch. alors 
président de la Junta de Museos''. M. Marti a mis une extrême 

1. Dans les notes de cet article, je renverrai par l'indication Paris au tome I" de 
VEssni sur l'art et l'industrie de V Espagne primitive, où les sculptures du Cerro sont 
étudiées aux pages 162-279; P^'" l'indication Mélida au travail de M. Mélida, Las Es- 
culturas del Cerro de los Snntos, publié d'abord dans la Hevisla de Archivas, puis à 
part, Madrid, irjoO. 

2. Bulletin hispanique, IIF, p. iia-iS^. 

3. N* G5, p. 129, iig. 17 ; cf. Paris, fig. 284. 

It. Cette même série comprend en outre la tète de taureau, du Llano de la Conso- 
laciôn, qui appartenait à M. Vives quand M. Paris la publia, Essai. I, Ûg. 109. — 
C'est en signalant dans sa Chronique l'acquisition de ces sculptures que l'institut 



3 BULLETIN HISPANIQUE 

obligeance à me montrer les objets qu'il possède et à me 
laisser prendre les photographies et les notes dont j'avais 
besoin; M. Carlos de Bofarull, directeur du Musée de Barce- 
lone, m'a donné toutes les facilités désirables pour étudier la 
belle collection dont il a la charge et pour photographier les 
pièces qui mïntéressaient. J'adresse à l'un et à l'autre l'exprès 
sion de ma vive reconnaissance. 

Les huit monuments sont sculptés dans la pierre tendre qui 
a été presque exclusivement employée au Gerro. Il nest pas 
inutile d'ajouter qu'ils sont d'une authenticité à l'abri de tout 
soupçon, comme on s'en assurera au premier coup d'oeil jeté 
sur les planches. 

♦ » 

1. Le n" I (pi. III, à gauche) est un débris de tête féminine. Il 
est haut de o"'i5. La femme est coiffée d'un voile qui, au-dessus 
du front, laisse déborder les cheveux ou le serre-tete, et qui 
retombe à droite et à gauche sans cacher les oreilles : l'oreille 
droite est encore visible'. Le morceau est trop mutilé pour 
qu'on puisse rien en dire de plus. La face n'a conservé que de 
vagues traces d'orbites et de bouche. Cette léte rentre dans une 
série dont les diverses variantes ont été étudiées par M. Paris ^ 

2. Des cinq têtes viriles publiées ici, la tête n° 2 (pi. I, à 
gaucho), haute de o"'i9, est la seule qui se rattache à ce qu'on 
peut appeler le style libre du Cerro, à la série dans laquelle la 
chevelure, au lieu d'être stylisée, est traitée avec un souci de 
représentation réaliste. Les cheveux sont traduits par des 
lignes irrégulières, assez profondément gravées, réparties. en 
zones. C'est à peu près le même procédé qu'on retrouve sur 
deux têtes de Madrid, les n"' 7526 et 7680 du Musée : la tête de 
Valence se place, pour Ihabileté du travail, entre la tête 7580^, 
plus barbare, et la tête -7)9.6'', plus adroite. 

(l'Éludes catalanes fut amené à (ioiiner dans son Annuaire la reproduction, men- 
tionnée plus haut, de notre n° 5. 

I. Je ne suis pas absolument certain que ce que je prends pour une oreille 
ne soit pas le reste d'un faisceau de pendelociues, comme eu portent souvent les tètes 
du même type; cependant l'oreille me puruit probable. 

■j. Pages 188-19/1, lig. 1C3-17G. 

3. Paris, fig. 390. 
/». Paris, fig. 388. 



set T.PTURES m CEKRO DE LOS SAM'OS 3 

Dans le dessin de l'œil semble se manifester le même désir 
d'interpréter exactement la nature. L'oreille est mal conservée ; 
sur tout le visage la surface de la pierre est écaillée, et la 
partie g-auche est en très mauvais état; le nez a disparu. 

3. La tête virile n" 3 (pi. Ill^ à droite), haute de <)"'25, est 
réduite à la moitié gauche. Cette moitié a peu d'épaisseur, et 
il n'est pas impossible que dès l'origine la tête ait été exécutée 
telle qu'elle nous est parvenue, en relief, et non en ronde- 
bosse, ainsi que M. Mélida l'admet pour une tête analogue 
du Musée de Madrid ' . 

Le nez manque; tout le morceau est comme usé, et il est 
d'autant plus difficile d'en étudier les détails que cette tête n'a 
jamais dû être dun travail très poussé. 

Elle n'est intéressante que par la coiffure. A première vue, 
elle semble porter, comme d'autres têtes du Cerro^, une sorte 
de calotte qui se termine, en bas, en faisant sur la nuque une 
saillie très prononcée. Mais de petits traits gravés, qui ne 
peuvent représenter autre chose que des cheveux, ne s'aper- 
çoivent pas seulement sur le front, où la coiffure les laisserait 
déborder ; il y en a aussi sur le sommet du crâne, à un 
endroit que la calotte recouvrirait si elle existait vraiment-^. Il 
faut donc admettre que la tête est nue. Le sculpteur a com- 
mencé par délimiter par une forte saillie la partie que devait 
occuper la chevelure : dans l'exemplaire que je décris, cette 
ligne de démarcation est apparente sur la nuque; on voit 
qu'elle se prolongeait à gauche pour entourer aussi l'oreille. 
Il aurait pu ensuite représenter le détail de la chevelure à 
l'intérieur de la région ainsi déterminée, mais il s'est contenté 
de quelques traits jetés çà et là. Peut être la peinture venait- 
elle, dans les têtes de ce type, indiquer les détails qui man- 
quent aujourd'hui ; c'est une hypothèse que propose M. Paris 4. 

4. La tête n° /j (pi. I, à droite) a o'"2- de haut, et est bien 



1. Mélida, p. 79, n" i'i2 : c'est la tète Teproduite dans Paris, ûg. îGS et pi. XI, à 
gauche. 

2. Paris, fig. 258-2C0. 

3. La ligne horizontale qu'on voit à l'arrière de la ti'te, à peu près à la hauteur du 
nez, est une rayure accidentelle de la pierre. 

4. Page 289. 



tx BriXETO mSPVMQl'E 

conservée, quoique le nez et le menton aient souflert, et que 
la partie droite du visage soit en moins bon état que la partie 
gauclie. M. Paris la décrite, autant que le permettait le croquis 
qiiil avait à sa disposition, dans le Bulletin hispanique, 111, 
p. 129. L'original demande une étude plus minutieuse. 

Les yeux en amande, à fleur de tête, placés bas et tout près 
du nez, s'abaissent nettement vers l'angle intérieur; les coins 
de la bouche, bien modelée, se relèvent; les plis qui se 
creusent aux commissures des lèvres et à côté des narines 
achèvent do donner à la physionomie une expression très 
accentuée de sourire archaïque. L'oreille, très longue et presque 
verticale, est stylisée à l'excès : le lobe forme une sorte 
d'appendice rond qu'on est d'abord tenté de prendre pour 
un pendant d'oreille; il n'est pas douteux cependant que c'est 
l'oreille sans bijou que l'artiste a voulu représenter. 

La chevelure stylisée a la régularité d'un motif ornemental. 
Elle est divisée en mèches égales e( plates, qui dessinent des 
chevrons sur le crâne et se terminent sur le front par des 
enroulements tournés vers le milieu du visage. Au milieu 
du front, le sommet du preiuior chevron de droite touche le 
sommet du premier chevron de gauche : les pointes ainsi 
réunies ferment par en bas un petit espace en forme de cœur, 
strié de raies parallèles, isolé au milieu des mèches. Derrière 
l'oreille les mèches se terminent tout droit, sans enroule- 
ments. 

La régularité de cette disposition est telle, et l'exécution est 
si nette, qu'une parure métalli(|uo couvrant le front n'aurait 
pas un autre aspect. M. lleuzey a fait une remarque analogue 
sur la tête de femme mitrée qui porte au Musée de Madrid 
le n" yjio' : « Le front et les joues sont encadrés de trois cotés 
par des ondulations tellement symétriques qu'elles ressemblent 
à dos oves d'architecture... On ne sait au premier aspect si 
celle (loiilf'luio, d'un travail d(''li(at et <N»mpliqué, est un 
compléiMont i\c la paiure ou simpleiuonl une manière conven- 
tionnelle de représenter leschcveux^ » Mais tandis que dans 

I. l'aris, j(l. I\ ù ^aurhe et X à droite; Mélida, p. 57, n' /|, et pi. III, a. 
3. Heuzey, f<evue d'Anyriuloyin, II. p. io.'j, cite par l'aris, p, 196. 



SCrLPTTHES Dl CRRRO 1>F, LOS SWTOS ô 

la tête féminine c'est bien une parure métallique qui encadre 
le visage, comme le prouve l'examen du monument et comme 
l'a confirmé la découverte du diadème de Juvea, oii se recon- 
naissent les mêmes oves, dans la tête virile que nous étudions 
c'est la chevelure seule qu'a voulu représenter le sculpteur, 
par un procédé conventionnel dont il a su tirer un efl'et 
décoratif. 

Il faut noter enfin la forme du crâne, telle qu'on peut la 
constater sur Torio-inal : du front au sommet de la tête, il 
n'yti pas une courbe continue, mais trois plans qui se raccor- 
dent suivant des angles nettement marqués. 

Celte pièce n'est pas isolée dans la longue collection des 
têtes viriles du Cerro. Pour l'impression d'ensemble, tout ce 
qu'on a pu dire sur les alTinités orientales et grecques de l'art 
du Cerro en général est valable pour ce monument-ci. Si l'on 
entre dans le détail, on notera des particularités communes 
à cette tête et à d'autres têtes déjà publiées. 

Ainsi, l'étrange impuissance des sculpteurs du Cerro 
à représenter une oreille est un des traits les plus constants 
de leurs productions'. Il y a de nombreuses têtes viriles 
à propos desquelles on se demande — et souvent sans pouvoir 
répondre nettement comme nous le pouvons ici — si l'oreille 
se termine par un bijou ou par le lobe maladroitement 
dessinée 

Pour la chevelure, une disposition semblable se retrouve 
dans la tête 75/18 du Musée de Madrid (Paris, tig. 28.)) : dans 
celle-ci aussi les mèches se terminent sur le front par des 
enroulements; seulement, ces enroulements sont tournés vers 
l'oreille, et non plus vers le milieu du front. Cette tête rappelle 

I. Paris, p. aCâ; Mélida, p. jf*. 

■j. Parmi les têtes de Madrid, celles où le pendant d'oreille me paraît certain sont 
les tètes 7537 (Paris, lig. 267), 7657 (Paris, fig-. 255), 7075 (Paris, fig. aOo), et celle qui 
est reproduite ibid., pi. XI, à gauche. Le bijou est probable dans les têtes 7005 (Paris, 
pi. \l, à droite) et 755o (Mélida, p. 77, n" gO), douteux dans les têtes 7.Ï.1G (Paris, 
tig. 270), 73/18 (Paris, fig. 283), 7362 (Mélida, p. 78, n" ii5), 7080 (Paris, tig. aOS), 
7713 (Paris, iig. 2G1), 771^ (Paris, fig. 2O2), et dans la statuette 7G2G (Mélida, p. 70, 
n- 62, fig. 8). Dans la tète 753/4, l'oreille, traitée, dit M. Mélida (p. 7G, n" Sy), « cual 
verdadero ornato », est très semblable à celle de la lète étudiée ici; mais elle est 
placée beaucoup plus obliquement. Pour les sculptures conservées ailleurs qu'à 
Madrid, voir Paris, Bulletin hispanique., loc. cit., n" 3, 3, 5 (Yecla>, Gi (Bordeaux), 
69, 73, 75 (Louvre). 



O BULLETIN HISPAMQIE 

en outre la tête de la collection Marti par le dessin de loreille 
et de Toeil. Mais la ressemblance s'arrête là : la tête de Madrid, 
qui est de style médiocre, n'est nullement comparable à celle 
de Valence'. 

Je rapprocherais encore de la tête Martf une tête du Louvre, 
décrite et publiée par M. Paris, Essai, p. 255 et fig. 291^ : 
l'exécution en est maladroite, mais la figuration de la chevelure 
par a une série do longs angles emmanchés les uns dans les 
autres, et terminés à l'extrémité de l'un des côtés, sur le front, 
par une série de boucles en accroche cœur » permet de 
reconnaître dans la fête du Louvre une réplique lointaine du 
type représenté par la tête Marti •^. 

Mais tandis que la tête de Madrid et celle du Louvre sont 
des travaux de praticiens (juelconques, il y a peu de morceaux 
où l'art du Cerro manifeste autant de force et d'originalité 
que dans la tête Marti. La fermeté de l'exécution révèle un 
artiste conscient de ce qu'il veut faire, maître de sa conception 
et de ses moyens; l'œuvre a une espèce d'allure décidée et 
volontaire, et surtout un caractère de vérité, de vie et de jeu- 
nesse, qui la classent parmi les plus belles qu'ait produites le 
Corro. Parmi les plus anciennes aussi, sans doute, si, comme 
je le crois, sur aucune des têtes du Cerro le sourire archaïque 

I. La tèlc 75/(8 a o~i8 de haut; elle est mal conservée. — M. Mélida (p. 78, ii"' 11^ 
et 1 15) considère les deux tètes 7r)'i8 cl 7r)62 comme formant un groupe à part ; il y 
remarque la forme du crâne, «oblonf^a, abultada de arriba », et reconnaît « el 
recuerdo de un modelo egipcio hasla en el perlil occipital». 11 y a là une indication 
intéressante. Au même type se rattache, d'après M. Mèlida, la tète de la statuette 7O2G 
(Mélida, p. 70, n° Cz, t\g. H; M. Paris reproduit le corps de la statuette, lig. sjjîi, mais 
c'est postérieurement à son ouvraj^e que la tète, inventoriée d'abord à part, a été 
replacée sur le corps auquel elle appartient); j'ai noté en elTet dans la coifTure de 
cette tel»; des mèches ondulées, enserrant au milieu du front un petit espace de forme 
allongée, comparable à l'espace en forme de cœur que j'ai signalé en décrivant la 
tète Marti. 

9. Cette tète est déjà reproduite dans le Rapport de M. Engel, fig. 10 (p. 189), et 
pi. Il, n* 3 : la disposition de la chevelure est bien visible dans la planche (héliogra- 
vure). 

3. M. Paris a bien vu le rapport entre la tète 75'iS de Madrid et le croquis par 
lequel la tète Marti lui était connue: les deux tètes se suivent dans sa classification 
des têteg viriles du Cerro, p. aSo. Mais la stylisation de la chevelure, dans la tête 
Marti, est si comj)lètf que, pour ma part, je reiranclierais ces deux tètes (et avec elles 
la tète du Louvre) de la série (( où il y a un ctTort plus marqué pour reproduire la 
lilierlé de la nature », suivant les expressions de M. Paris (p. a.^xi); et je les rattache- 
rais à la série des tètes où les cheveux sont rendus par un procédé conventionnel : elles 
constitueraient, dans cette série, un troisième groupe, après le groupe des tètes à 
« dents chaldéennes » et le groupe des tètes à pointes imbriquées (Paris, p. a^a). 



SCULPTURES 1)1 CERRO DE LOS SWTOS 7 

n'est aussi franc que sur celle-ci : même sur les têtes fémi- 
nines mitrées dont M. Heuzey et M. Paris notent les rapports 
avec le style éginétique', il est indiqué plus discrètement. 
Quant aux têtes viriles dont l'expression est souriante, je n'en 
connais aucune qui sourie à la fois des lèvres et des yeux, 
comme la tête Marti ^ 

C'est une question de savoir si la statue de femme en pied 
du Musée de Madrid, qui reste notre document le plus complet 
sur l'art du Cerro'% est antérieure à la dame d'Elche, comme 
le croit M. Paris, ou postérieure, comme l'admet M. Mélida'; 
en d'autres termes, si la dame d'Elche est le produit d'un art 
plus avancé et plus parfait, donc plus tardif, que l'art du 
Cerro, ou si la statue du Cerro, dérivant d'un modèle ana- 
logue à la dame d'Elche, est un commencement de dégénéres- 
cence, et la première étape d'une longue décadence routinière. 
Mais si la réponse à cette question, dans l'état de nos connais- 
sances, est incertaine, pour la tête Marli je crois qu'on peut 
avec assurance la déclarer antérieure et à la dame d'Elche et 
à la grande statue féminine de Madrid. 



5. La plus grande et la plus belle des deux têtes viriles du 
Musée de Barcelone^ (pi. 11), est l'œuvre d'un archaïsme plus 
avancé. Elle est haute de o™2i; le nez est mal conservé; toute 
la partie gauche de la figure manque, et la forme de la cassure 
interdit ici de songer à une tête exécutée originairement telle 
quelle nous est parvenue, comme un relief. Dans la section 
du cou, on voit le trou rond qui devait servir à raccorder la 
tête avec le buste. 

La bouche, finement tracée, est vivante, mais ne sourit pas; 
l'œil, placé plus haut que dans la tête Marti, et de forme moins 
conventionnelle, ne se relève plus vers l'angle extérieur; il est 

I. Paris, pi. I>L à gauche et X à droite; pi. X au milieu et flg. 179. 

3. Voir Paris, p. 277-278, et note 2 de la page 278. 

3. Paris, pi. VII. 

'4. Paris, p. 3i3; Mélida, p. 4G-'(7. 

5. Cf. Anuari de l'Iustitut d'Études catalanes, mcmvii, p. iSo, 



s BLI.LETIN HISPAMQt'E 

peu saillant, ci la paupière inférieure est à peine indiquée. 
L'oreille est rendue sommairement, mais sans stylisation. 
Les cheveux forment au-dessus du front trois rangées de ces 
c« dents chaldéennes » qui sont le procédé favori de l'école'; 
le reste de la tète semble couvert d'une calotte étroite qui se 
termine en faisant saillie sur la nuque. Ici encore il est pro- 
bable qu'il ne s'agit pas d'une coifl'ure réelle : par simplifi- 
cation, le sculpteur, plutôt que de continuer la représentation 
des cheveux sur tout le crùne, en a laissé lisse la plus grande 
parties 

Moins originale que la tête Marti, celle-ci n'en est pas moins 
un très bel exemi)laiie de l'art ibérique. Si le type qu'elle 
reproduit est déjà connu par des répliques assez nombieuses '•. 
il n'y en a guère qui aient le même mérite, la même simplicité 
élégante. Elle va de pair- avec la tète 7008 de Madrid, qui fut 
choisie par M. lïeuzey, lors de ses premiers tiavaux sur les 
sculptures du Cerro, comme une des (l'uvres les plus heureuses 
et les plus caractéristiques de la collection; encore la tête de 
Madrid, dont la coitï'ure est exactement semblable, témoigne- 
t elle, dans le dessin du crâne, d'un art moins savant^. 

G. La seconde tête do Barcelone (pi. \\) se rattache à la 



I. Voir Paris, p. r>Ci_). 

■j. C'est un cas dillerent de relui dnnl nous avions un exemple tout à l'heure, 
dans notre n" }\ : là c'est hi tète tout enlirro tpie couvrait la pseudo-coillure, et peut- 
être le sculpteur laissait-il au peintre le soin de détailler les cliexeux; ici le sculp- 
teur s'attache à la rcîprésentation réf^ulière et uiênie ininulieuse d'une partie de la 
clieveliin?; mais les deux proci'-dés parlent du même désir de simplilication. Voir des 
tètes cnifl'ées de même, par boudes stylisées sur le Iront, le reste du <T;ine éiatit sou 
\ent lisse, dans Paris, fi^. aCfj el suivantes. J'ai noté en particulier, à Madrid, les tètes 
7J07 (Paris, li;,'. 2Û(]), 7507 (Mélida, p. 75, n* 78), 7083 (Mélida, p. 7."), n* ■;?>), -jïiSlt 
(Paris, liff. 2^7), qui ont trois raufrées de boucles stylisées, comme la tète de Barce- 
lone; la tète 7^87 (Paris, lig. 26(1) n'a que deux rangées de boucles, de même que 
deuv lèles d'Yecla (Paris, lig. y.-jlt et 270). 11 arrive que des traits soient gravés sur le 
reste du crâne (7r)07) ou sim|tlemcnt sur le sommet (7Ô8'|). (]e dernier exemple 
>>emble prouver (pa'il ne s'agit pas d'une coilTure réelle, d'un « gorro », comme le 
croit M. Mi'lida (\>. 'j'y), et fpi'il faut se ranger à l'opinion de M. Paris (p. 2.')7): «... le 
reste du cràno est lisse, non qu'il soit coillV' d'une calotte du genre de celle de nf>s 
enfants de chieur, mais parce que le ciseau s'est fatigué de reproduire indéfiniment 
Cl- même thèiiK! enfantin. » Si les statues ou les bustes étaient adossés à \in mur, el 
placés plus haut (pie les spectaleurs, il ny avait pas d'inconM'nienI à ne n-présenter 
que le-, premières rangées de boucles. 

.;. N'oir la note [irécédente; Paris, p. 2.'|.'> sqi].; Mélida, p. 7'i-7.'>, n" 71-8»!. 

'1. I.a tète 7 JoS de Madrid est reproiluite deux lois par M. Paris, pi. \ liis el lig. aG5 ; 
comparer particulièrement la pi. X /x.s- avec la reproduction de I4 tête de Barcelone 
dans l'Anuuri, la pose étant la même dans les deux photographies. 



SCULl'lLRES DLi CEKKO DE LOS SAMOS (j 

même série. Elle a o^iS de haut'. Les cheveux sont repré- 
sentés, comme dans la tète précédente, par trois rangées de 
dents chaldéennes, le reste du crâne étant lisse. L'oreille, le 
nez et le menton sont en mauvais état. L'œil est trop large; 
la face est sans expression, la facture banale et molle. La 
comparaison avec la tête voisine est très instructive : on saisit 
sur le fait le passage dun art intéressant et personnel à un 
métier monotone et froid. 

7. 11 y a peu de chose à dire du premier des deux torses 
conservés à Barcelone (pi. IV, à droite). llauldeo"':'i4, il a été très 
maltraité par le temps : il est réduit à un bloc presque informe 
de pierre blanchâtre et très friable. 11 provient probablement 
d'une figure virile dont les deux bras étaient ramenés sur la 
poitrine; le personnage devait être enveloppé d'un long man- 
teau dont on devine le bord supérieur, qui passait sur Tépaule 
gauche, puis revenait par derrière sur l'épaule droite, et coupait 
obliquement le haut de la poitrine. L'espèce d'excroissance 
qui se voit en arrière et à gauche du corps est inexplicable. 

8. Le second torse (pi. IV, à gauche), haut de o"'5i, est mieux 
conservé et plus intéressante C'est un fragment de statue 
virile : le personnage est vêtu d'une tunique à petits plis, visible 
sur la poitrine; par-dessus la tunique il porte un grand man 
teau. Le bras gauche, dissimulé sous le manteau, doit pendre le 
long du corps. L'avant-bras droit est ramené sur la poitrine, 
et la main droite sort du manteau pour saisir à poignée les 
plis qui remontent vers l'épaule gauche. La même attitude 
se retrouve sur des torses du Musée de Madrid^; le costume 
— tunique et manteau — est le costume courant des statues 
viriles du Cerro^; mais l'intérêt du torse de Barcelone est dans 
la parure que l'ouverture du manteau laisse voir sur la 
tunique : c'est un collier, formé par un double cordon, auquel 
est suspendue une bulle. 



I. Comptés à partir du socle, c'est-à-dire en y comprenant un raccord en plâtre 
dans lequel est noyée la partie conservée du cou. 

j. Voir Paris, fig. aoS, i (ancienne photographie), et p. aaS et aSô; M. Paris fait 
remarquer la présence du collier et de la bulle. 

3. Paris, fig. 2,11, 302, 33i. 

4. Paris, p. 32(3. 



lO BDLLETIN HISPANIQUE 

Cette bulle permet d'attribuer à l'époque romaine le torse 
sur lequel elle figure. C'est le même ornement que présentent 
les statues do jeunes Romains, comme on peut en voir, par 
exemple, à ïarragone' et à Sagonte^. Les statues romaines 
sont en marbre, et de grandeur naturelle, tandis que l'ex-voto 
du Cerro est de dimensions réduites, et que le sculpteur 
indigène est resté fidèle à la pierre tendre : mais le personnage 
dont il a sculpté l'image est bien un Togatns^^, et c'est à l'école 
des marbriers romains qu'il a appris ce travail facile et rond, 
très différent de la facture sèche qu'on note dans les torses 
de Madrid. On n"a jamais nié que les ateliers du Cerro aient 
pu rester actifs jusqu'à l'époque romaine : nous avons ici un 
exemple très clair de ces productions attardées^. 



Ainsi, dans le groupe des huit sculptures qui viennent d'être 
étudiées, l'une, le n° 4, doit être classée parmi les productions 
les plus archaïques du Cerro. Le n" 5 appartient à une époque 
plus avancée, mais où l'inllucnce grecque est encore direc- 
tement sentie. Les n"" 2, .') et G sont trois spécimens de l'art 
industrialisé qui perpétua pendant de nombreuses générations 
les traditions et les formules des anciens maîtres. Le n" 8 est 
contemporain de la domination romaine. Enfin, les n" i et 7 
sont trop mutilés pour qu'aucune chronologie, absolue ou 
relative, puisse s'y appliquer. 

EuGÈMi ALliEUTliM. 

Janvier 1911. 



I. Musée provincial, n» SSj. 

3. Slatnc conservée au llic.îlre, — monlionnéc par Iliihiicr, Anl. Bildircrke, p. 390, 
et reproduite par Cliabrot, Uisloria de Sagiinto, tome II, lig. ,'j(j. 

3. Cf. Slrabon, III, '4, y.o. 

'i. Sur la persistance de la production au Cerro sous la domination romaine, et 
sur 1 inlluence des modes romaines dans le costume masculin, voir Paris, p. ^og-Sio. 



LES DECLAMATEURS ESPAGNOLS 

AU TEMPS D'AUGUSTE ET DE TIBÈRE 

{Suite') 



III 



Vie de Sénéque le père.— Il ne mérite en rien le surnom de Séné- 
que le rhéteur. — Son voyage en Espagne où il se marie. — Ses 
trois fils.— Son œuvre littéraire et historique. — Son caractère. 
— Son amour pour les déclamations de l'école ne l'empêche pas 
de les apprécier avec impartialité. 

Sénèque ne dit rien de ses succès à l'école de Marullus. Il 
semble avoir aimé ce rôle d'auditeur, qui déplaisait tant à 
Juvénal'. Non content d'avoir été l'élève de Marullus, il se 
plaît à fréquenter en amateur les classes des rivaux et des 
successeurs de son maître. « Tous ceux — dit-iP — qui ont 
laissé un grand nom dans l'éloquence, je crois les avoir 
entendus. » Mais, s'il abonde en renseignements sur les écoles 
où il a écouté et applaudi, il ne parle jamais de celles où il 
aurait déclamé. 

Cependant, une légende s'est constituée, qui impose à 
Sénèque le surnom de rhéteur en parallèle à celui de son fils, 
Sénèque le philosophe, et qui veut que Seneca rhetor ait dirigé 
à Rome une école de déclamation. M. Bornecque désigne 
encore par le nom de u Sénèque le rhéteur » l'auteur des 
« Controverses et Suasoires » dont il donne une savante tra- 
duction. Pour ne citer qu'un ouvrage estimable publié dans la 
seconde partie da xix^ siècle, Y Éloquence sous les Césars, de 



I. Voir le Bull, hisp., t. XII, 1910, n" i. 

3. Juvénal, I, v. 1 : Semper ego auditor tantum? 

3. Sénèque, Controv., l, Praefat., 11. 



13 BULLETIN HISPAMQIE 

M. Arniel, fournissait, en i864, des renseignements précis sur 
l'école de déclamation de Sénèquc qui aurait succédé à celle 
de Latron: «De Latron, le sceptre de l'éloquence échut à 
Séncque le père... Sénèquc exerça à Rome, non sans éclat, la 
profession de rhéteur... Ses succès comme maître durent être 
rapides, puisqu'il amassa en peu d'années une grande fortune. 
... La fortune d'un côté, l'âge et la fatigue de l'autre, l'enga- 
gèrent à quitter son école. Après avoir professé la rhétorique 
jusqu'à l'âge de cinquante-deux ans, il retourna dans sa patrie 
et s'y maria avec llelvia... De retour dans la capitale de 
l'Empire, le rhéteur, désormais retiré de l'enseignement, se 
lia avec Cassius Severus, Claudius ïurrinus, Monlanus, avec 
les hommes les plus éclairés du temps, dont il nous a laissé la 
peinture vivante dans ses précieuses Con/rovci'ses' . » 

Cette biogra])hie traditionnelle de Sénèquc le père ne se 
fonde sur rien ; elle ne peut se recommander des rares indi- 
cations (jue nous donnent l'élève lui-même de Marullus et 
son fils le philosophe. Si, dans celles de ses œuvres qui ont 
survécu, le philosophe parle peu de son père, c'est qu'il lui 
avait consacré une biographie dont on ne connaît guère que le 
titre-. M. Gucheval regrette que, « par une modestie singulière, 
Sénèque le père parle à [X'ine de lui-même dans ses ouvrages ))•'. 
Mais M. Bornecque fait remarquer avec raison que, si Sénèque 
est tellement sobre de renseignements sur sa vie, c'est « parce 
que son livre s'adressait avant tout à ses enfants, qui étaient 
au courant de détails que nous serions heureux de posséder»^. 

(Jn ne sait rien de précis sur la vie de Sénèque. Voici les 
faits et les dates qu'on peut conjecturer avec le plus de vrai- 
semblance. 

L. Annaeus Seneca est né à Gordoue entre f>()i-fi3 et (î^o-Gq; 
il a commencé à fréquenter à Home lécole de Marullus vers 
712-42. Nous ignorons jusqu'à quelle date il a suivi l'enseignc- 



I. Amif-I, L'/Cloifiicnrc sous les Césars, Piiris, iSIl'i, pages i53-i50. 

?.. L. Annari Senccac o[)rra 'iiiae siipcrsunl (c«lil. Kr. Haasc), vol. III, j). /,,(C,, Frmj- 
mcnla, \\, <jH: Inciitil rjusdrni Aniuiri Senccac de rila jiulris... 

3. V. Ciichcval, Uisloire de l' liluqucncc romaine dei/uis la inurl de Ciccron, lomc I, 
['aris, 1H93, p. 3(13. 

'i. Horiicrf|iic, Les hcrlaiiiiilinns, [>. y. 



LES bÉCLAMATELRS ESPAGNOLS l5 

ment de son maître. Pendant de longues années, il s'intéresse 
aux exercices de déclamation présidés par les rhéteurs en 
renom. Il entend, entre 725-29 et 730-24, le jeune Ovide étu- 
diant déclamer chez ArelliusFuscus une controverse remarquée 
sur le Sernienl du mari et de la femme, sujet déjà traité à 
récole de Marullus'. 11 assiste encore en 707-17 à une séance 
où Porcins Latro déclame en présence d'Auguste, de Mécène 
et d'Agrippa : l'empereur songeait alors à adopter ses deux 
petits-fîls Lucius et Caius, nés du mariage de sa fille, la fameuse 
Julie, avec M. Vipsanius Agrippa'. 

Après l'an 707-17, à une date que l'on ne peut fixer, il part 
pour l'Espagne. On ne sait quel était le but et quelle fut la 
durée de ce voyage. Sénèque appartenait à Tordre équestre: à 
la fin de la République, les chevaliers s'occupaient volontiers 
de finances, comme fermiers de l'impôt; dès le commencement 
de l'Empire, c'est parmi eux que se recrutaient les procuralorcs 
Caesarum, qui remplissaient dans les provinces de l'Empereur 
les mêmes fonctions financières que les questeurs dans les 
provinces du Sénat. Les deux aïeuls du beau-père de Tacite, 
Agricola, originaire de l'illustre colonie de Fréjus, comme 
Sénèque était originaire de l'illustre colonie de Gordoue, 
avaient obtenu, l'un et l'autre, la charge de procurateurs 
d'Auguste et de Tibère-^. 11 se peut que Sénèque soit parti pour 
l'Espagne, qui était province impériale, comme procuraloi' 
Caesaris. Les chevaliers s'occupaient aussi de commerce, et 
Gordoue était un centre commercial très important'': Sénèque 
allait peut-être y tenir un comptoir. Il pouvait aussi revenir 
dans sa patrie pour gérer ses propriétés, faire valoir ses plan- 
tations d'oliviers et surveiller l'élève de ses troupeaux de 
moutons. 

Quelles qu'aient été les occupations de Sénèque, financier, 
commerçant ou propriétaire, il est certain qu'il acquit ou 
consolida en Espagne une fortune qui, d'après le témoignage 

1. Sénèque, Controv., II, ii, 8 et suiv. — Voir Bull, hisp., igio, n« i, p. ii, cl moa 
livre, La Jeunesse d'Ovide, Paris, Fonlemoiiig', 1906, p. g8-ioo. 
2-. Sénèque, Controv,, H, iv, i2-i3. 
3. Tacite, Agricola, iv. 
.'4. Strabon, III, 11, 1 ; iv, 9. 

Bull. Iiispan. a 



l4 BULLETI?i HISPANIQUE 

de son fils le philosophe, était considérable", et qui ne se 
serait pas accrue à Rome dans ses loisirs d'amateur de beau 
langage, uniquement soucieux de suivre les séances des écoles 
de déclamation. 11 prolongea son séjour en Espagne assez 
longtemps : son amitié, dit-il, est restée intime avec Latron 
jusqu'au dernier jour du célèbre déclamateur ^. Or, d'après 
saint Jérôme, c'est en Espagne que Latron se tua en yôo-zi ou 
en 7.") 1-3 pour se délivrer des souffrances d'une mauvaise 
fièvre ^. 

Mais Sénèque était rentré à Rome dans les premières années 
de l'ère chrétienne, puisqu'il dit avoir entendu déclamer 
Asinius PoUio, d'abord quand celui-ci était dans toute la force 
de 1 âge et ensuite quand il était parvenu à la vieillesse \ 
Pollion avait commencé à déclamer vers 719, après s'être retiré 
de la politique : c'est alors que, rhéteur dans toute la force de 
l'âge, il fut pour la première fois entendu par Sénèque. Il 
mourut, âgé de quatre-vingts uns, en 709; il avait déclamé 
jusqu'à la fin de sa vie. Sénèque était donc à Rome avant 
l'an 709 — l'an 6 de l'ère chrétienne — puisqu'il entendit de 
nouveau Pollion dans sa vieillesse. 

C'est en Espagne que Sénèque s'était marié; la date de ce 
mariage est inconnue : mais on peut fixer aux environs 
de l'ère chrétienne la naissance de ses trois fils^, Annaeus 
Novatus, qui prit le nom de L. .lunius Gallio par qui il avait 
été adopté; Annaeus Seneca, le philosophe, et Annaeus Mêla, 
qui fut le père du poète Lucain. Les doux premiers naquirent 
à Cordoue; c'est peu de temps après la naissance de Sénèfjue 
le philosophe que ses parents revinrent à Rome où ils ne 
[)ureiil le mener avec eux, car il était trop faible pour supporter 
les faligiK's de la traversée. La su'ur de sa mère se chargea plus 
tard de conduire en Italie le petit enfant à la santé délicate'^. 

I. .Scnèquo lo philosophe, Ad Uelviam rnatrem, v, /(. 

i. Sr'nèqnc, f'jml.roiK, I, Praefat., i3. 

3. C. Kr. IlcrriiHiifi, fJispulalio de scriploribus iUuslribus quorum Icmpora Ilirronymiis 
ad Eusehii chronica annolavit, Gollingae, r8i8, p. î6. — Cf. Borncc<|nc, Lrs Déclama- 
tions, p. 188-189. 

i. Scncquc, Conlrov., IV, l'rarfal., 3 : Audivi illum cl viridcm cl poslea jain scnem. 

5. Bornccquc, Lrs Jji'clainalions, p. ii, 

6. .'sûnL'ilUc le philoso|)hc, Ad llelviam inalrcm, xix, a. 



LES DÉCLAMATEURS ESPAGNOLS l5 

Sénèque le père semble ne pas avoir demeure constam- 
ment à Rome depuis qu'il y était rentré, puisque c'est au 
cours d'un voyage qu'il avait entrepris que sa femme reçut 
la nouvelle de sa mort '. 

La date de celte mort est postérieure à l'an ?>'] de l'ère chré- 
tienne. Tibère mourut, en effet, à la fin du mois de mars 87, 
le 16 ou le 26 2; et Suétone donne sur les derniers moments de 
la vie de Tibère des renseignements empruntés à un ouvrage 
historique de Sénèque : « Sénèque écrit que, se rendant compte 
de ses défaillances, Tibère enleva son anneau comme s'il 
avait eu l'intention de le remettre à quelqu'un; puis, qu'il le 
replaça à son doigt et resta longtemps immobile, la main 
gauche fortement serrée ; enfin, que, tout à coup, il appela 
ses serviteurs et que, personne ne lui ayant répondu, il se 
leva, mais que, les forces lui ayant manqué, il tomba mort 
près de son lit ^. » Dans le fragment De vita palris, dont il a 
déjà été parlé'*, Sénèque le philosophe dit que, parmi les 
nombreux ouvrages de son père, se trouvait une histoire 
contemporaine qu'il avait conduite jusqu'au jour de sa mort : 
« Si j'avais mis aux mains du public tout ce que mon père 
a composé, tout ce qu'il a voulu qu'on fît connaître, il s'était 
rendu compte lui-même que son nom serait devenu illustre... 
Quiconque aurait lu ses Histoires du commencement des 
guerres civiles... au jour presque de sa mort...^. » 

C'est peut-être à ces Hisioriae que Lactance fait allusion 
dans un passage bien connu des Institutions divines : 

« Ce n'est pas sans ingéniosité que Sénèque a divisé en Ages 
successifs les époques de la ville de Rome. Il a dit, en effet, 
qu'elle avait eu sa première enfance sous le roi Romulus, par 
qui elle fut mise au monde et comme nourrie; que son enfance 
continua ensuite sous les autres rois qui l'agrandirent et la 
formèrent par de nombreuses institutions et disciplines. Mais 
que, sous le règne de Tarquin, alors qu'elle commençait à 

I. Sénèque le philosophe, Ad Helviam matrem, n, 5. 

j. Tacite, Annales, VI, l; Dion Cassius, LVIH, xxviii. 

3. Suétone, Tibère, lxxiii. 

i. Voir plus haut, p. 892, n. a. 

5. L. Annaei Senecae, Fragmenta, xv, 98. 



l6 fit LLETIN HISPAMQt.Ë 

devenir adiilfo, elle ne supj)oiia pas la servitude; el que, 
rejetant le joug d'une domination superbe, elle préféra obéir 
à des lois qu'à des rois. Que son adolescence se prolongea 
jusqu'à la fin de la Guerre Punique et qu'alors, ayant acquis 
toute sa vigueur, elle entra dans la jeunesse. En cfl'of. qu'après 
avoir fait disparaître Garthage, qui avait été longtemps sa 
rivale pour l'empire du monde, elle étendit ses mains sur 
lerre et sur mer jusqu'aux limites de l'univers, et (|u'a\ant 
subjugué tous les rois et toutes les nations, toute matière 
de guerre venant à lui manquer, elle fit un mauvais usage 
de ses forces dont elle se servit pour saccabicr. Que ce fut 
le commencemenl de sa vieillesse; que, déchirée par les 
guerres civiles, tourmentée par un mal intérieur, elle retomba 
sous le gouvernement d'un pouvoir unique, comme si elle 
avait été ramenée à une seconde enfance. Gar, ayant 
perdu la liberté qu'elle avait revendiquée sur l'initiative et 
sous la direction de Brutus, elle vieillit comme si elle ne 
pouvait se soutenir elle-même, comme si elle avait besoin 
de s'appuyer sur l'aide de ceux qui la gouvernaient '. » 

Gc développement aurait été le ^ discours préliminaire » 
de l'ouvrage où Sénèque faisait l'histoire des guerres civiles 
et des principals d'Auguste et de Tibère. Il n'est pas sans 
rapports avec le Prowniiuni, où, au commencement de son 
Histoire romaine, Florus compare Home à un bomme dont 
ïinfatdia se serait passée au temps des rois, dont Vndolesrt'iiHa 
aurait duré du consulat de Brutus à la lin de la conquête de 
l'Italie et la Jiirenla, de la fin de la conquête de l'Italie à 
l'avènement de César Auguste, dont la senerlii.s se serait 
prolongée pendant deux siècles d'Empire. Avec Trajan serait 
venu, contre l'attente générale, un renouveau de cette vieil- 
lesse de Bome : itraeler spern omnium seneclns Imperii, (juasi. 
nuhlild jnvenluir rrvirescil ■. De ces rapports entre le fragment 
de Sénèque cité par Lactancc et le début de l'ouvrage de 
I lorus. on a prétendu conclure (\ur \,\ Ibéorie des âges de 
Bome appartient à Morus. 

I. l.acUncc, Jnslit. bii\, VII, w . l'i. 
a. Florus, I, i, 8. 



LES DÉCr.AMATECRS F.SPAONOt.S I7 

« Dans un passage très important — dit M. Pichon' — Lac- 
tance expose la théorie des quatre âges du peuple romain, 
et la met sous le nom de Sénèque. Pour certains commenta- 
teurs, Haase, Mai, Jahn, Rossbach, il s'agit de Sénèque le 
père ; pour d'autres, Vossius, Fabricius, ^^ esterburg, du 
philosophe; mais il est bien possible aussi que le véritable 
auteur de cette théorie soit Florus, dont le gentilice Annaeus 
a pu causer une confusion. » M. Pichon donne, à l'appui 
de cette dernière hypothèse, les opinions de Saumaise, de 
Spengel et d'Unger. Mais rien ne prouve que Florus soit un 
Annaeus. Dans le manuscrit le plus sur, le Banibergensis, qui 
est du IX* siècle, l'ouvrage de Florus est intitulé : Epitomu Jnli 
Flnri. C'est d'après le .\a:arius {Palalituis 894), qui est aussi 
du ix^ siècle et qui a pour titre Epilonia L. Annaei Flori, que 
les manuscrits plus récents attribuent les Epilomae libri II 
à un L. Annaeus Florus, que l'un d'eux même, le Palali/ins 
Heidelberge/isîs lôôS, contient un prologue où il est affirmé 
que l'ouvrage a été composé par un membre de la gens Annaea. 

Mais aucune preuve ne démontre que V Epilome qui date du 
temps de Trajan soit l'œuvre d'un Sénèque ou que Florus soit 
un Sénèque. Florus reprend, en la modifiant, une comparaison 
qui appartient à un Sénèque; et, comme on sait que Sénèque 
le père a composé une histoire de son temps, il est très 
probable que Florus lui a pris celte théorie des âges de Rome, 
qui est bien une seidenda développée à la manière des décla- 
ma leurs-. 

Le seul ouvrage de Sénèque que nous possédions est un 
recueil de Controversiae et de Suasoriae publié sous le titre de 
Oraloruni sententiae, divlsiones, colores. Cet ouvrage ne nous 
est pas parvenu complet. Les manuscrits, dont les meilleurs, 
le Bruxellensis 9081, et VAntverpiensis /|ii, sont du x' siècle, 
ne donnent avec des lacunes que les livres I et II (sans les 
Préfaces), VII, IX, X des Controversiae et un seul livre de 
Suasoriae. Le recueil comprenait au moins deux livres de 

1. R. Pichon, Laclance, Paris, 1901, p, 23o. 

2. Alfred Klotz a soutenu, dans le niieinisches Muséum (l. LVI, 1901, fasc. 3), que 
l'ouvragfe historique de Sénèque n'a pas été publié par son fils, qu'aucun fragment 
ne nous en est parvenu et que le passage cité par Lactance ne lui appartient pas. 



l8 BULLETIN HISPAMQLE 

Saasoriae et probablement plus de deux, puisque, dans les 
manuscrits, à la suite des sept Saasoriae qui nous restent, 
on lit : primas liber explicil ; incipil secandtis, — et non prior 
et aller qui eussent été les termes propres, si les Saasoriae 
n'avaient compris que deux livres. 

C'est dans la partie perdue du recueil que se trouvait le 
passage auquel Quintilien fait allusion : <( On use fréquem- 
ment du serment, quoiqu'il n'y ait pas lieu de recourir souvent 
à ce moyen. Car il convient peu à un homme sérieux de jurer, 
à moins que cela ne soit nécessaire, et Sénèque dit en termes 
heureux que c'est le fait non des défenseurs, mais des 
témoins'. » 

Au IV' ou au \* siècle, on fit, assez maladroitement et sans 
doule à l'usage des écoles, un extrait des Oratoram el rlie- 
torurn sentenliac, divisiones, colores. Ces Excerpla, qui ne 
donnent rien des Saasoriae, permettent de se faire une idée 
du contenu des livres III, IV, Y, YI, VIII, et ont surtout le 
mérite de nous fournir les préfaces des livres I, II, 111, IV 
(la Préface du livre VIII manque). 

C'est dans sa vieillesse, au moment où son excellente mémoire 
d'autrefois commençait à lui faire défaut, que, pour répondre 
aux prières de ses trois fils, Sénèque entreprit d'exposer son 
sentiment sur les déclamateurs dont il avait été le contem- 
porain et de rassembler en un recueil celles de leurs paroles 
remarquables qui ne s'étaient pas encore échappées de son 
souvenirs Ce recueil est, en somme, une histoire de la décla- 
mation et des déclamateurs; et le vieillard est capable de faire 
cette histoire, puisqu'il a suivi les progrès de la déclamation 
depuis son berceau'^, puisque, à partir de Cicéron (pi'il n'a pu 
connaître, il lui a été donné d'entendre tous ceux qui ont laissé 
un grand nom comme orateurs''. 

La rédaction des (Jonlroversiae précède celle des Saasoriae. 
A propos d'une conlrovrrsia, il fait allusion à une saasoria de 
Latron : « Ce qu'il a dit, je l'exposerai en temps et lieu, quand 

I. Quintilien, liislil. Oral., IX, ii, 98. 

■j. S(':nèque, Conlrov., I, Praefal., i-a. 

3. Sén(";quc, Conlruv., I, Praefal., 12. 

'4. Séuèque, Conlrov., l, Praefal., 11. 



LES DÉCLA^rATEURS ESPAGNOLS I9 

j'en serai venu aux saasoriae'. » Le développement annoncé 
ne se trouve pas dans le livre des Siiasoriae que nous possé- 
dons. Ce livre a été rédigé après la mort de Tibère; Sénèque, 
en effet, y parle dû successeur d'Auguste comme de quelqu'un 
qui n'existe plus. Tibère, dit-il, n'aimait pas le talent de 
Nicélès\ 

« L'œuvre que vous me demandez m'est plus agréable que 
facile, » dit Sénèque à ses fils dans la Préface de son recueil de 
Controversiae^. k Vous voulez que je vous expose mon senti- 
ment sur les déclamateurs qui ont été de mon époque, que je 
recueille celles de leurs paroles qui n'ont pas encore échappé 
à ma mémoire, pour vous permettre, bien que vous n'ayez pas 
connu ces hommes, de pouvoir les juger, au lieu d'en être 
réduits à ajouter foi à des assertions sur leur compte. 11 m'est 
agréable, je l'avoue, de revenir à mes anciennes études, de 
jeter un regard vers des années meilleures, et puisque vous 
vous plaignez de n'avoir pu entendre des hommes dont on 
avait une telle opinion, de les soustraire pour vous à l'injure 
du temps. » 

11 est probable que les fils de Sénèque — tout au moins, 
deux d'entre eux, Sénèque le philosophe et Novatus — s'in- 
quiétaient moins de connaître les anciens déclamateurs que 
de flatter la manie de leur vieux père. G. Boissier remarque 
avec raison qu'a il devait y avoir un désaccord » entre les fils, 
qui « voulaient être de leur temps », et. le père, o morose, 
découragé, qui proclamait que tout allait plus mal qu'autre- 
fois»^. Les confidences du philosophe, le seul des fils de 
Sénèque qui ait écrit, le seul en tout cas dont nous possé- 
dions les ouvrages, nous laissent deviner ce qu'était Vanliquus 
rigor^ de son père. 

L'ancien élève de Marullus s'était marié, assez tard, en 
Espagne; sa femme Helvia, dont la famille avait apparemment 



1. Sénèque, Controv., II. iv, S. 

2. Sénèque, Siiasor., m, 7 : Tiberitis... offendfbatur Nicetis ingénia. 

3. Sénèque, Controv., I, Praefat., i. 

[t. Boissier, Les Écoles de déclamation à Ftome, p. 210 (à la fin du volume sur Tacite), 
Paris, Hachette, igoS. 

5. Sénèque le philosophe. Ad Helviam malrem, xvii, 3, 



20 Bl LLETIN HISPANIQUE 

pris lo (jt'/tliliciuni de M. Ilelvius Blasio, édile en ôôG-iqH, 
préleur eu 5J7-197, puis propréteur de VfJispania Ulleriur, où 
il avait vaincu les Celtibériens', semble avoir été beaucoup 
plus intime avec ses fils, dont elle partageait les études % 
qu'avec son vieux mari, « le meilleur des hommes, mais un 
homme dont la sévérité, digne des temps antiques, rempêchait 
d'approfondir les préceptes de la philosophie, les doctes ensei 
gnemenls dont elle aimait à s'entretenir avec ses fils, plus 
volontiers que ne fait une femme, plus familièrement que 
ne fait une mère » ^. 

Sénèque traitait aussi rudement ses fils que sa femme. Il 
contrariait le penchant qui poussait aux éludes philosophiques 
son cadet, qui devait être Sénèque le philosophe. «Mon père, 
dit 1 auteur des Lettres à Lucilius, était très indulgent, mais 
il détestait la philosophie^. » La philosophie était à la mode, 
depuis que lEmpire avait pacifié l'éloquence politique. Les dis 
eussions sur les problèmes de la morale remplaçaient les luttes 
oratoires du Forum : le vieux Sénèque gène, autant qu'il le 
peut, les études philosophiques de son fils. Il ne comprend 
pas que la jeunesse s'occupe d'une autre étude (|ue celle de 
cette éloquence qui avait permis à Cicéron, qu'il admire telle 
ment, de devenir le premier citoyen de Rome. Il ne veut pas 
se rendre compte que la parole, de qui dépendait au temps de 
la Hépublique le peuple maître du gouvernement et esclave 
des orateurs politiques, a été annihilée par l'Empire qui lui a 
enlevé toute autorité dans l'I^tat, et que l'école de déclamalion 
ne donne qu une image vaine, une puérile parodie des grandes 
luttes oratoires du Forum. 

Cet homme de Cordoue est <> bien de son pays », comme le 
remarque M. Boissier; « le tempérament espagnol se trahit 
chez lui par des brusqueries, des e.iagéralions, des partis 
pris, des violences -^ » Il parle à ses fils comme le don Diègue 
de Corneille parle à Kodrigue. Mais c'est en latin qu'il |)arle, 

I. Tilc-Livc, XWII, xxviii, ^; XXXHI, xxi, 7; \\XI\ , x, 3. 

a. Sénèque \c. pliih^sophc, Ad Ilelvtum matrfm, xv, 1. 

3. .Sénèque le pliilosoplic. Ad llelinam matrem, iv, i; xvii, 3. 

U. Sénèque le philoiioplic, E[>iil. ad l.wiL, lxwiii, j ; cviii, j'j. 

&. Boissier, ouvr. cit., p. 309. 



LES nrCI.AMATELRS ESI'AOOr.S 



suivant la coutume des habitants de la Bétique, qui, d'après le 
témoignage de Strabon, étaient devenus Romains au point 
d'oublier leur propre langue et de ne plus porter que la toge'. 
Sans rancune pour les moqueries dont le Pro Archia et le Pvo 
Plancio accablaient les vers latins des poètes de Cordoue et les 
harangues latines des orateurs de la Tarraconaise ', il professe 
la plus respectueuse admiration à Fendroit de Cicéron dont il 
vénère le génie, le seul, dit-il, dont le peuple romain puisse 
s'enorgueillir comme ayant été aussi grand que son empire 3. 

Mais il semble être entré lui-même dans la cité romaine au 
temps et sous le patronage de Caton l'ancien, le vainqueur et 
le protecteur à Rome des Espagnols. Ce n'est pas, à la manière 
du vieillard d'Horace, le temps de sa propre jeunesse, mais 
bien le temps de Caton qu'il loue et qu'il regrette sans cesse; 
il se fait un dieu du rigide censeur dont Cicéron avait l'ait dans 
le De Senectute un sage vieillard plein de bienveillance ; il voit 
dans ses paroles autant d'oracles : «Qu'est-ce qu'un oracle, sinon 
la volonté divine énoncée par la bouche d'un homme? Et quel 
prêtre plus saint que Caton la Divinité pouvait- elle se choisir 
pour adresser au genre humain, non un précepte, mais un 
reproche ^.^ » 

Sénèque a sur les droits du paler familias, dont le nom 
« contenait jadis en lui, non pas l'idée de paternité, mais celle 
de puissance, d'autorité, de justice, de dignité majestueuse » ^, 
les mêmes idées que Caton et que ceux de ses contemporains 
qui ne voulaient pas permettre aux influences grecques 
d'amollir l'antique discipline romaine. Il appartient à l'école 
de ces pères que le poète comique Gaecilius mettait en scène 
et que Cicéron accusait d'avoir des cœurs de fer*^. Il ne com- 
prend ni la tendresse paternelle du Micion de Térence pour 
son fils adoptif, ni le désespoir de l'Egée de Catulle, qui se 
tue quand il croit que son fils Thésée a succombé, ni la douleur 



1. Slrabon, III, ii, i5. 

2. Cicéron, Pro Archia, x. 2G; Pro Plancio. xxxiv, 8^. 

3. Sénèque. Controv., \, Praefat.. 11. 

4. Sénèque, Controv., 1, Praefal, y. 

5. Fustel de Coulanges, La Cité antique, édil. de 1878, p. 98. 

6. Cicéron, Pro Hoscio Amerino, xvi. 46; Pro Caelio, xvi, 37. 



23 liri.T.ETIN HISPANIQUE 

de rÉvandre de Virgile qui pleure sans vouloir être consolé, 
quand il apprend la mort de son fils Pallas. Il admire Asinius 
Pollio. qui déclamait quatre jours après la mort de son fils 
et qui montrait ainsi la grandeur de son âme capable de défier 
la fortune: et il s'indigne contre la lâcheté de Q. Ilaterius : 
longtemps après avoir éprouvé le même malheur quAsinius 
Pollio, ayant à traiter la controverse de l'homme qui, arraché 
du tombeau de ses trois fils, intente un procès pour actes 
contraires aux lois, ce déclamateur fut forcé par ses larmes 
d'interrompre son discours ■. Sénèque veut qu'on respecte les 
convenances. Il n'aurait pas admiré Asinius Pollio déclamant 
le jour même de la mort de son fils et il inflige le même 
blâme à deu\ rhéteurs grecs de Mitylène, ses contemporains, 
Potamon et Lesboclès, qui avaient l'un et l'autre perdu leur 
fils à peu près le même jour. Lesboclès licencia son école, et 
on ne l'entendit plus déclamer. \ussitê)l après les funérailles 
de son fils, Potamon se rendit à son école et se mit à déclamer : 
l'un, estime-t-il, fit preuve d'une insensibilité peu convenable 
à un père, l'autre d'une mollesse indigne d'un homme ^. 

D'ailleurs, Sénèque paraît heureux de l'occasion qui lui est 
offerte de critiquer à la fois deu\ déclamateurs grecs. Il a la 
même haine que le vieux Caton pour l'hellénisme; et coiumc 
le fera au commencement du V siècle le Gaulois Uulilius 
Namatianus, l'Espagnol de Cordoue se montre plus Romain 
de cœur que les vrais fils de Rome; son patriotisme étroit 
n'admet en rien l'infériorité de la patrie romaine : « Je ne veux 
pas, » proclame-t-il, « que les Romains aient jamais le 
dessous^. » Il se fuit de la vertu romaine une telle idée (|ue, 
d'après lui, cette vertu doit surmonter tous les obstacles; 
il reproche au poète Cornélius Severus, dont il loue d'ailleurs 
les beaux hexamètres consacrés à l'éloge funèbre de Cicéron '', 
quelques vers où la grandeur de l'âme romaine n'est pas 

I. Sénèque, Controv., W , Praefat., f>. 

j. Sénèfiue, Suasor., ii, i5. — Sénèque le philosophe cite les exemples fameux 
(les pères et des mères qui ont supporté avec courage la mort de leurs enfants (Ad 
Marciam, de Consolatione, x i v). CI. Valère Maxime, V, x, Dr parentibus qui obitum 
tiherorum forli animo lulerimt. 

3. Sénèque, Controv., \, v, a8. 

/(. .Sénèque, Suasor., vi, jt). 



LES DÉCLAMATEIRS ESPAGNOLS 23 

sauvegardée '. Cette grandeur de l'âme et du génie de Rome 
se personnifie pour lui dans l'âme et le génie de Cicéron que 
l'on doit mettre au-dessus de tout ce que l'insolente Grèce 
a pu produire'. Et l'Espagnol, champion de Rome, montre 
pour l'insolente Grèce autant de haine et de mépris que Caton, 
Il se plaît à dénigrer les déclamateurs grecs incapables de 
rivaliser avec les Latins; il s'amuse à mettre en lumière leurs 
défauts ; il prétend que leurs qualités peuvent sans peine 
passer en latin. 11 s'excuse presque auprès de ses fils de leur 
citer quelques sententiae des déclamateurs grecs : <( Si je 
rapporte ici des traits grecs, c'est pour vous donner le moyen 
d'apprécier d'abord combien il est facile de les transporter de 
l'éloquence grecque à l'éloquence latine, ensuite pour vous 
permettre de comparer les génies entre eux et de conclure que 
la langue latine n'a pas moins de ressources, mais s'autorise 
moins de licences que la langue grecque » ^. 

Ces licences, les Grecs se les permettent toutes, parce qu'on 
leur permet tout '■* ; les sententiae des Grecs sont généra- 
lement remarquables par leur faiblesse ^. Sont-elles bonnes 
par hasard, c'est qu'elles viennent du latin : ainsi Agroitas de 
Marseille déclame en grec; mais à la vigueur de ses sententiae 
on reconnaît qu'il a étudié avec les Romains*^. Par contre, tout 
ce qui est mauvais en latin vient du grec : ainsi, Triarius a 
une sententia ridicule : rien d'étonnant, elle est traduite du 
grec ; et, en grec, elle est d'un goût encore pire ". 

Les mœurs de la Grèce sont aussi mauvaises, aussi funestes 
pour Rome que son éloquence. Horace blâmait la mollesse des 
jeunes Romains habitués à vivre à la grecque"^ : Sénèque est 
convaincu que de son temps tout va de mal en pis, et il est 
persuadé que la Grèce est responsable des tendances perverses 
qu'il constate et qu'il déplore. Les jeunes hommes ne pensent 

1. Sénèque, Suasor,, ii, 12. 

2. Sénèque, Controv., \, Praefat., G. 

3. Sénèque, Controv., X, iv, 28. 

4. Sénèque, Controv., l, 11, 22. 

5. Sénèque, Controv., I, vi, 12. 

6. Sénèque, Controv., II, vi, 12. 

7. Sénèque, Controv., VII, 1, îS. 

8. Horace, Sat., Il, 11, v, 11 : ... assuetum graecari. 



a'i rti i.i.r.TiN iiispamqie 

plus qu'ù se friser les cheveiix, à se déformer la voix pour faire 
assaut de gentillesses avec les voix des chanteuses, à lutter 
avec les femmes pour la grâce des attitudes; leur idéal, c'est 
l'oisiveté raffinée '. 

Alors que, malgré les eiï'orls d'Auguste, les Romains ne se 
soucient plus de la religion de leurs ancêtres, Sénèque est un 
dévot. Il confesse sa foi; il sait que, pour être souvent tardive, 
la vengeance des dieux immortels frappe toujours avec sûreté 
le coupable qui a violé leurs lois -. C'est parce qu'il est fidèle 
à la religion romaine qu'il méprise et qu'il hait la philosophie 
grecque qui nie ou (jui diminue la puissance absolue des 
dieux. 

On peut s'étonner que cet homme de la vieille roche n'ait 
pas term à suivre la carrière politique à l'exemple de son 
héros, Caton l'ancien, qui toute sa vie a servi la patrie 
romaine dans les commandements militaires et dans les fonc- 
tions civiles. Il donne bien à entendre qu'il a eu quelque envie 
de s'avancer dans les honneurs : s'il a renoncé à être fonction 
naire, c'est probablement parce qu'il s'est aperçu que le métier 
était souvent dangereux et n'était pas toujours honorable-^; ce 
n'est pas à cause de ses opinions politiques. Il était né à 
Cordoue, dans un milieu, probablement dans une famille qui 
avait des sentiments pomi)éiens. La fidélité à la mémoire du 
vaincu de Pharsalc n'était pas une cause de défaveur sous le 
principal d'Auguste, qui honorait de son amitié l'historien 
Tile-Livc, admirateur cl panégyriste de Pom])ée''. D'ailleurs, 
Sénèque était loin de professer un culte superstitieux pour le 
rival de César : il s'étonne de voir le déclamateur Labienus 
conserver longtemps après les guerres civiles une âme ardente 
de pompéien •'. Quant à lui, on ne voit nulle part dans ses écrits 
que ce dévot de la Home d'autrefois ait ('lé hostile au régime 

I. Sénèqiio, Conlrov., I, Praefal., 7-ij. 

u. Sénùqiie, Conlrov., \, Praejat., 0. 

y». Sénèt|iio, Conlrov., Il, Praefal., It : lUjo 'itioiiur ejus ttlioiiui /iroressnx aridus vd 
periculosae, duin lioneslae modo indusirine. 

.'1. Tacilo, Annal., IV, xxxiv. — Séiirquo cilf (Suaxor.. VI, uj) le ij;is»age île Tile- 
l.ive où, coniiiio il lo iJit, l'Iiistorion, <|iii apprécit' avec une entière franchise les 
lirimcnes d'un noble caractère, rend à Gicéron pleine jiiNtico. 

j. Sénèque, Conlrov., \, Pnirfal., j. 



LES DECIAMATEIRS ESPAGNOLS 



nouveau. Il constate que sous le divin Auguste, dont il loue 
la clémence', on jouissait d'une très grande libertés Peut être 
na-t-il pas les mêmes sentiments de respect dévoué pour le 
successeur d'Auguste : le blâme qu'il inflige au Grec Potamon, 
qui, en revenant des funérailles de son fils, va déclamer à 
l'école qu'il dirige, peut s'adresser indirectement à rempereur 
Tibère qui. Tan 776-23, alors que son fils Drusus venait de 
mourir et n'était pas encore enseveli, entra dans la Curie pour 
arrêter par un discours les larmes ofTîeielles des sénat(^urs\ 
Mais lors de l'avènement de Tibère, Sénèque avait plus de 
soixante-dix ans; il eût été déjà à la retraite, s'il avait suivi la 
carrière administrative , et ce n'est pas le peu d'estime qu'il 
semble montrer pour le successeur d'Auguste qui l'aurait em- 
pêché d'entrer, quarante ans auparavant, au service d'un 
empereur pour lequel il témoigne le plus vif attachement et la 
plus grande vénération. 

On ne peut donc imputer à son hostilité pour les inslitu- 
tions impériales et la ])ersonne de l'empereur le parti que prit 
ce bon Romain de Cordoue de rester éloigné des charges 
publiques; c'est plutôt son manque de confiance dans l'avenir 
de Rome dont il admire avec passion, dont il regrette la 
grandeur passée, qui le retient loin de la carrière adminis- 
trative. 

II se rend compte de la décadence où Rome se précipite, 
depuis que toute l'émulation des hommes politiques s'est 
détournée vers les seules occupations qui donnent, souvent 
par des moyens honteux, honneurs et profits. Il proclame 
avec tristesse que pour le monde romain le moment est venu 
où la loi de la fatalité veut que tout ce qui est parvenu au faîte 
retombe jusqu'en bas d'une chute plus rapide que ne fut la 
montée^. C'est pourquoi il s'est détourné de la carrière des 
honneurs et il aurait voulu en détourner ses fils. Deux d'entre 
eux étaient rebelles aux conseils paternels : Sénèque le philo- 
sophe, dont on sait la fortune au palais impérial et la disgrâce, 

1. sénèque, Controv., 1\ , Praefal., j. 

3. Sénèque, Controv., II, iv, i3. 

3. Tacile, Annal., IV, viii. 

4. Sénèque, Cunlrov., I, l'racfià., 7. 



26 BULLETIN HISPANIQUE 

Novatus qui, adopté par L. Junius Gallio, deviendra proconsul 
d'Achaïe et sera forcé de se donner la mort en même temps 
que l'ancien précepteur do Néron. Le troisième, Mêla, qui 
devait être le père du poète Lucain, se montrait plus docile; 
c'était le fils préféré du vieillard, qui lui rendait ce témoignage 
dans la dédicace du deuxième livre des Controversiae où il lui 
parlait du philosophe Papirius Fabianus: *( J'ai d'autant plus 
de plaisir à te donner ces renseignements, ô Mêla, mon très 
cher fils, que je vois l'horreur que toutes les charges publiques 
t'inspirent et ton éloignement de toute ambition: tu n'as qu'une 
seule passion, la même que Fabianus. Applique-toi donc à 
l'éloquence... Suis le penchant de ton esprit; contente-toi de 
rester dans l'ordre équestre, comme ton père; dérobe aux 
coups de la fortune une grande partie de toi-même. Ton génie 
naturel, plus vaste sans nul doute que celui de tes frères, était 
capable d'embrasser toutes les études libérales : la preuve 
même de ta supériorité intellectuelle, c'est que tu ne tes pas 
laissé séduire par l'excellence de tes facultés pour en mal user. 
Mais, puisque tes frères ont des soucis d'ambition, puisqu'ils 
se préparent à aborder le Forum et à entrer dans ces honneurs 
où les motifs d'espérance sont en même temps des sujets de 
crainte, alors que deux de mes fils naviguent en pleine mer. 
toi je te reliens dans le port'. » 

Au commencement du lirnlus, qu'il composait en 708-/16, 
peu de temps avant la bataille de Thapsus,Gicéron se plaignait 
d'avoir dû |)rcndre part au funeste conllit qui divisait César et 
Pompée, à un âge on il espérait, après avoir exercé les plus 
hautes fonctions de la République, pouvoir rentrer au port, 
non pour y rester dans l'oisiveté et dans l'inaction, mais pour 
\ jouir avec mesure d'un repos honorables Au moment où la 
tyrannie de César pesait lourdement sur Rome, en janvier 44, 
il écrivait à son ami M^. Curius qu'il n'aurait pu supporter les 
malheurs publics, s'il n'avait trouvé un refuge dans le port de 
lii pliilosrtpiiio '. 11 <iliiil encore l'exemple de l'orateur Antoine 

1. Scncqiic, Conlroi'., ||, l'nitfitt., 3-.'i. 

2. Cicéron, lirnlus, ii, s. 

3. Cicéron, Episl. ail Fainil., \ II, xxx, 3 



LES DECLAMATEIRS ESPAGNOLS 37 

qui espérait pouvoir, dans sa vieillesse, se réfugier loin du 
Forum, en une laborieuse solitude, comme en un port', et les 
paroles du célèbre homme d'État, Scipion, le premier Africain, 
qui avait coutume de répéter qu'il ne se voyait jamais moins 
oisif que lorsqu'il était libre des affaires publiques, jamais 
moins seul que lorsqu'il pouvait se mettre à l'abri de la foule 
et du monde dans le port tranquille de la solitudes 

Ce port de relâche ou de refuge, où l'on abrite le navire 
entre deux voyages, où on le désarme détinitivement, quand 
il ne peut plus tenir la mer, ce port où les grands hommes de 
la République venaient prendre un repos honorable consacré 
aux lettres — olium cum dignitate^ — dans l'intervalle qui 
sépare l'exercice de deux magistratures, les luttes de deux 
campagnes politiques, ou goûter le calme d'une retraite défini- 
tive consacrée aux plaisirs délicats de l'esprit après un cursus 
honorum normalement rempli, Sénèque veut que son très cher 
fils Mêla n'en quitte jamais l'abri protecteur pour aller se 
hasarder dans la tempête des affaires publiques. Il entend par 
ce port l'école de rhétorique. Le père attentif a reconnu que 
les exercices de déclamation font l'unique objet de l'activité 
intellectuelle de son fils bien-aimé^; il l'engage à se donner 
tout entier à la pratique désintéressée de l'art oratoire sans 
penser à en tirer un profit professionnel ou à y chercher un 
moyen de préparation au barreau. 

On peut remarquer une certaine contradiction entre cette 
préoccupation de retenir Mêla dans l'enceinte de l'école et les 
critiques que Sénèque adresse à la vanité de cette discipline 
scolaire. Elle prépare mal aux luttes du Forum : or, dit-il, un 
exercice n'est profitable que s'il se rapproche du but auquel il 
prétend préparer^. Quand il arrive à la fin de l'ouvrage où il 
a soigneusement recueilli les senlenliae, les divisiones, les colores 
des rhéteurs qu'il a entendus, l'historien de la déclamation 
éprouve un sentiment de lassitude et d'ennui; au début, il se 

I. Cicéron, De Oral., I. lx, 255. 
1. Cicéron, De Offic, III, i, 2. 

3. Cf. Cicéron, De Orat., I, i, i... in otio cum dignilale. 

4. Sénèque, Controv., il, Praefat., 4. 

5. Sénccjue, Controv., IX, PraefaL, 4. 



38 RL(.r.ETlN HtSPAMQlÉ 

réjouissait à l'idée de faire revivre la meilleure partie de sa 
vie; à mesure qu'il avançait dans son travail, il sentait bien 
qu'il ne faisait rien de sérieux; en dernière analyse, il caracté- 
risait avec une juste sévérité ces petites études d'écoliers : qu'on 
y louclie d'une main légère, on y trouve du charme; qu'on les 
serre de près, qu'on les soumette à un examen rigoureux, on 
s'en dégoûte aussitôt'. 11 semble donc que, dans son désir 
ardent d'éloigner Mêla de cette politique où ses deux frères 
s'étaient lancés, Sénèque laisse les termes de sa phrase dépas- 
ser sa pensée, quand il engage le jeune homme épris de décla- 
mation à se confiner pour toujours dans les exercices de 
l'école. Ailleurs, citant quelques textes des historiens Tite- 
Live, Aufidius Bassus et Cremutius Cordus, après avoir 
rappelé des traits de déclamateurs, il dit sa vraie pensée sur 
toute celte rhétorique : « J'espère, jeunes gens, en vous 
donnant lecture de ces pages si vigoureuses, si pleines de vérité, 
vous détourner des déclamations d'école". » On n'attendait pas 
moins de l'austère admiiateur de Caton et de Cicéron, (jui a, 
sans doute, occupé ses loisirs d'amateur de beau langage à 
suivre avec assiduité les séances des écoles où il lui semblait 
trouver quelques vestiges de l'éloquence cicéronienne, mais 
qui a consacré ses veilles laborieuses à écrire une histoire 
contemporaine qu'il faisait commencer aux guerres civiles et 
qu'il a conduite presque jusqu'au jour de sa mort, exactement 
comme Caton l'Ancien écrivait, à la fin de sa vie, le récit des 
événements de l'histoire romaine auxquels il avait pris une 
grande part. 

Sénèque dormait à cette histoire politique oii il racontait les 
guerres civiles et les principats d'Auguste et de l'ibère un 
complément naturel en rédigeant ses livres d'histoire liltéraiie 
sur les (Jonlrovcrsiae et sur les Siiasoriac, où il s'occupait d'un 
genre nouveau d'éloquence qu'il connaissait, disait il, parfai- 
tement, l'aNanl vu naîlre\ où il traçait les portraits des décla- 
miifcuis qui! axait tous cnlciidus cl dont plusieurs étaient de 



I. Sérioque, C.onlrov., \, l'nirfal., i. 

3. Scnèquc, Siiasor., vi, i(i. 

3. ÎJrnrqiic, Conirnv., I, t'rnrfnl., 13. 



LES DÉCLAMATElRS ESPAOOLS 29 

ses amis. Ses fils, dont deux se souciaient fort peu de la décla- 
mation et de son histoire, n'avaient fait que prévenir les désirs 
secrets du vieillard en lui demandant de rassembler en un 
recueil les développements des déclamateurs célèbres; ils 
n'avaient pas eu besoin de grandes prières pour décider leur 
père à entreprendre une œuvre qui lui était agréable : « Je dois 
avouer, leur disait-il, que j'éprouve un grand plaisir à revenir 
à mes anciennes études^ à jeter un regard en arrière vers des 
années meilleures'. » 

L'Espagnol de Cordoue avait des raisons particulières de 
trouver un grand plaisir à s'occuper des écoles de déclamation 
où ses compatriotes réussissaient si bien. Il lui était facile de 
démontrer par des exemples que les déclamateurs d'Espagne 
n'avaient aucun des défauts qu'il reprochait si durement aux 
déclamateurs de Grèce. L'un des maîtres les plus illustres de 
l'école était son condisciple et son ami Porcius Latro. A la fin 
de la République et au commencement de l'Empire, l'opinion 
romaine était peu favorable aux Espagnols; comme on les 
avait redoutés pendant les guerres civiles, on se plaisait à tour- 
ner en ridicule ces hommes qui avaient vaincu les légats de 
César, à railler la barbarie dune nation qu'on prétendait 
incapable de goûter et de cultiver les lettres. Il plaisait à 
Sénèque d'établir par des documents et de proclamer que 
l'Espagne avait aussi bien que Rome ses écoles de déclama- 
lion, et qu'à Rome même l'une des écoles de déclamation les 
plus prospères était dirigée par un Espagnol. 

H. DE LA MLLE DE MIRMONT. 
(A suivre.) 

I. Sénèque, Conlrov., 1, Praefat., 1. 



Bull, kispan. 



UNE CHROiMQUE LATINE INEDITE 

DES ROIS DE GASTILLE 
(1236) 

(MS. G I DE LA R. ACADEMIA. DE LA HiSTORIA.) 



La chronique dont le texte suit se trouve dans un manuscrit 
in-folio relié en parchemin, avec ce titre au dos : Chronica B. 
Isidori Um. el allorarn, et 280 folios de parchemin (233""" X 
301™"') répartis en cahiers de huit. Ce manuscrit' appartient 
à l'Academia de la Historia, et porte la cote G 1. 

L'écriture, très lisible, est la même d'un bout à l'autre du 
manuscrit. G'est celle quon appelle vulgairement et impro- 
prement gothique. Un des textes transcrits étant YEpiloma de 
reyibiis Apulie et Sicille de Felinus Sandeus, précédée d'une 
lettre de Michael Fernus à Pomponius Laetus en date des 
ides d'avril (i3 avril 1/195)^ comme on verra à la planche YH, 
notre manuscrit date donc au plus tôt des dernières années 
de XV' siècle. VEpiloma en question parut sans indication de 
lieu ni d'année, mais probablement l'année même marquée 
par l'éditeur, Michèle Ferno, dans la lettre citée ci dessus. 
Notre manuscrit ne contient vraisemblablement qu'une copie 
de l'édition. 

I. Voir Bulletin hisp., tome Mil, p. iMi et suiv., où je rappelle les mentions qui 
on ont été faites jusqu'à présent à ma connaissance, cl où j'ai mis en regard la liste 
des textes qu'il renferme et celle des textes compris dans le manuscrit A 189 de la 
même Académie. On trouvera, adjoint au même fascicule, un fac-similé, réduit de 
plus d'un tiers, du folio 5.3 recto. 

J'expliqtic au nième endroit dans (]uellcs circonstances j'ai découvert la chronique 
que je publie ici. Mais je tiens à renouveler l'expression de ma reconnaissance à 
M. Ignacio Olavide, dont le nom eût dû, en toute justice, figurer avec el avant le 
mien en bas du présent article. La part qu'il a |>rise à la découverte, les recherches 
minutieuses el acharnées auxquelles il s'est livré pour tirer au clair toutes les 
questions qui se [)osaicnt devant nous, la patience et le soin qu'il a montrés dans 
la revision des épreuve^ (revues par moi s\ir des photocopies cl par nous deux en 
présence du manuscrit), lui donnaient, lui imposaient le droil de metlro sa signa- 
ture. C'est la seule peine qu'il ait refusé de prendre, el il m'a interdit le plaisir de la 
prendre pour lui. 



UNE CHRONIQl E LATtlN'E INÉDITE DES ROIS DE CASTILLE 3l 

Les litres ef les dates sont en couleur, mais les lettres ini- 
tiales manquent au début des paragraphes. 
En voici le contenu : 

A. Les mêmes textes, et dans le même ordre que dans le 
manuscrit A 189, à savoir : 1° la Chronique léonaise (toi. 1-5/), 
sur laquelle on pourra voir le Bull, hisp., tome XI (1909), 
p. 269-282, et tome XIII (1911), p. i33-i56, 38i-/i39; — 2''l*Ilis- 
toire de Wamba par Julien de Tolède (fol. 58-68), comme dans 
VEspana sagrada : « In nomine diïi. Incipit liber de istoria 
gallie. que temporibus diuc mcmorie principis bàbe a diïo, 
iuliano toletane sedis epo. édita est: — In nomine sancte trini- 
tatis... (Florez, n" i) [Sjolet uirlus esse presidio... (n" 2). 
AfFuit enim in diebus nostris clarissimus bimba...» Termine 
« ...et qui iam cecidit in horum se bis semper proscriptionibus 
recognoscat. finit de paulo. », c'est-à-dire avec le n°3o de Florez, 
où manquent ces trois derniers mots ; manque le Judiclani 
in iyrannorum perfîdia qui suit dans Florez, et que l'on trouve 
également jusqu'aux premiers mots inclus du n" 37 dans 
Luc de Tuy tel que l'a édité Schott {Hisp. illuslrala, tome IV, 
p. 67, 1. I, à p. 68, I. 41); — 3° la Chronique latine du Cid 
(fol. 69-86') : « Incipiunt gesta roderici campi docti (également 
dans A 189, mais pas dans Risco). [Qjuoniam rerum tempo- 
ralium gesta... monaslerio collalis honorifice sepeliuit » ' ; 
k" les Généalogies des rois de Navarre, des comtes de Pailliars, 
de Toulouse et de Gascogne (fol. 87-88'), dont il est question 
dans l'article du Bail. hisp. cité plus haut (particulièrement 
tome XIII, p. 137, 1/47, et pour le texte même p. /i33). 

B. Chronique des rois de Castille (fol. 89-122). C'est le texte 
inédit qu'on trouvera plus loin. 

C. VEpitoma de reg/io Apulie et Sicilie de Felino Sandei, avec 
le prologue : «Ad lectorem. Michael. Parthenopes uarias qui 
nescis ordine clades... » Au fol. 1 24,1a lettre de c Michael Fernus 
mediolanus pomponio leto lilterarum principi. s. Quid agas 
in Quirinali tuo .. (fol. i25) id. apr. M.CCCC.XCV. » Au fol. 
120'^, dédicace « Alexandro VI pontifici maximo. Dum paulo 

1. Sur l'édition que M. Boniila vient de donner de celle chronique d'après A. 189 
et G. I, voir Bull, hisp., t. XIII, p. 438. 



33 BILLETIN HISPAMQIE 

ante desvderassel a me... ",puis le texte: <( Ciuitas neopolitana 
paulo ultra... (fol. lôiM Carolus antea fuerat uocatus ex 
hungaria contra tramam primam quam inlerfecit ». Enfin 
(ib.) K Michael Fernus Mediolanensis ad Felinum Sandeum... 
accusationis depiecaturum. Audio siiccense te mihi... i, et, 
fol. i5p., (( .\d 1). meum D. felinum Michael idem. Queque 
Selon, et que Gesar sanxere periti... Fata ego que uates cerla 
futura cano. F'inis ». 

D. Paralipnmrnon IJispanjc de Jnan de Margarit (fol. i53- 
280). Commence comme dans Bcalc, Jienini hispaidcarum, t. I, 
p. 1, avec la dédicace « |Q]uum descripsissem libris decem 
obliterata hispanic... », puis (fol. i54) le prologue « [Q|uuni 
inlcr rerum maximas hispanie ubertales... » (Beale, p. 2); 
enfin (fol. lôô') <( Incipit liber primus. Europe diuisio. Caput 
primum. Hispania Europe prouincia est >» (Beale : « Europa 
prouincia est »;, p. 3, par erreur sans doute). Finit comme 
dans Beale « El si qui plurcs addunt annos errant uehemcnter. 
Finis » (fol. 278). Suit lindex des dix livres (fol. •.>78'-28o''). 
Voir mon travail sur Les Uisloires (jénéndcs d Espwjne, p. ^|8. 



Ce manuscrit fait partie de la bibliothèque du grand généa- 
logiste D. Luis de Salazar y Castro, nommé par Charles II 
chroniqueur de Castille en i()85, et eroidsla mayor de Indias 
en 1691. Toute sa vie, qui fut longue, puisqu'il atteignit l'âge 
de soixante-seize ans, Sala/ar la consacra à l'étude et à la pro 
duction de nombreuses œuvres, principalement généalogiques • , 
en vue desquelles il forma peu à peu et à force de persévé- 
rance une riche collection de manuscrits et de documents, en 
partie grâce à la généiosité du roi, qui fit de lui le hiblio 
thccaire de sa Real Cdiimni. D'autres lui vinrent des ero/dstas 
ses prédécesseurs. H en acquit enfin dans les ventes, el tel fut 
le cas pour ceux du fameux cronisla Pcllicer y Tovar (ero/dshi 

I. Sur Luis de Salazar el ses nianuscrils géiicalo;,M(|ues, vi^ir Morcl-Falio, ilaiK 
Bull, hisp., l. VI, p. 3Gï. 



r>E CHRONIQUE LATINF, T?iÉDlTF. DES ROIS DE CASTILI.E ."^S 

mayor d'Aragon depuis i64o', mort en 1679), ainsi que pour 
une partie de ceux de Juan Lucas Cortés, dont Salazar dit : 
u Fallecio pobre y lleno de honor â 3i de agosto de 1701, sin 
dejar a sus herederos mas bien que una excelente librerîa. » 
Le noyau de cette collection considérable et variée était formé 
par les pièces généalogiques, de la richesse desquelles l'œuvre 
principale de leur possesseur, YHistoria genealôgica de la casa 
de Lara (1696 97). peut donner une idée. 

Craignant la dispersion de sa bibliothèque, Salazar l'avait 
déposée de son vivant au monastère des bénédictins de Mon 
serrate, à Madrid, et la leur légua à sa mort(i73/l). Il voulut 
être enterré dans leur église et fonda une chapellenie de deux 
cents ducats par an pour le moine chargé des fonctions de 
bibliothécaire, fonctions pour lesquelles il avait désigné son 
ami intime, le P. Diego Mecolaeta. Connaissant mieux que per 
sonne la valeur de ses manuscrits et sachant par expérience 
les dangers auxquels le prêt les exposait, il dicta un règlement 
sévère à cet égard; mais les bons moines ne surent pas 
toujours résister aux prières appuyées de puissantes recom 
mandations : si bien qu'il se produisit de lamentables dispa- 
ritions et de sacrilèges mutilations. 

Lors de la suppression des ordres religieux, dont les biens 
devinrent propriété de l'État, la bibliothèque de Monserrate 
fut remise à la Bibliothèque nationale, puis aux Gortes. Les 
bibliothécaires Patifio et Gallardo constatèrent alors de nom 
breux manques ; et on en constata d'autres lorsque le Congreso 
(25 juin i85o) remit la même bibliothèque à l'Académie de l'His- 
toire, qui l'avait réclamée comme héritière de Salazar y Castro 
dans les emplois officiels de u Cronista Mayor de los Reinos de 
Espana é Indias ». 



Nous savons donc que ce précieux manuscrit fît partie de la 
bibliothèque de D. Luis de Salazar. Mais qui le rédigea ou le fit 

I. k Ayer lunes 8 de! corriente (= 8 octobre iG^o), Don Josef Pellicer de Tobar 
juré su oficio de Chronista mayor de los Reynos de la Corona de Aragon, las dos 
Sicilias y Jerusalen. » (Avisos histôricos de D.José Pellicer y Tobar, dans Seinanario 
erudito, t. XXXI, p. a?5), Voir la notice d'Antonio dans la Bibl. hisp. nova. 



34 BULLETIN HISPANtQlE 

rédiger? Quel en fut le premier possesseur? A première vue, 
il paraît bien difficile de répondre, puisqu'on n'y trouve 
aucupe mention de nature à nous renseigner. 

Cependant, l'Académie de l'Histoire possède un autre 
manuscrit en parchemin coté G 2, identique comme dimen- 
sion et comme aspect, si bien que Ton peut les considérer 
comme deux jumeaux. S'ils ne sont pas de la main du même 
calligraphc (on en jugera par les fac-similés ci-joints, pl.Y-VIII), 
ils présentent tout au moins des écritures extrêmement voi- 
sines, la même distribution des couleurs bleue et rouge dans 
les titres et dates, la même répartition en cahiers de huit folios 
avec réclames pour chaque cahier. La seule différence consiste 
dans le nombre de lignes. Il y en a 36 à la page dans le G r, et 

35 seulement dans le G 2. Tout, jusqu'à la couverture, accuse 
l'intention de faire de ces deux recueils les deux tomes d'une 
seule collection, et le contenu confirme cette impression. 

En effet, le G 2, qui compte 3o3 folios et porte au dos : 
Chronicoram B. Isidori et Hislor'm Roderici Sancii, contient 
deux œuvres, qui sont : i" Chronlcon Mundi a Liica Tudensi 
diacono (fol. 1-127); 2" Compendiosn historia hispanica a Rode- 
rico SaiicUo episcopo PalenUno (fol. i28-3o3'). On voit que le 
G 2 est bien le complément du G i. 

De même que, dans G i , le texte de VEpiloma de regno Apulie 
el Sirilie a été copié sur l'édition imprimée, celui de Vllisloria 
hispa/iicd, dans G 2, est une transcription de l'édition parue 
ù Rome vers 1/470 par les soins d'Udalricus Gallus (voir Les 
Ilisloires fjénérales d'Espagne, p. 10), y compris le colophon 
(( De mandato R. P. D. Roderici Episcopi Palentini auctoris 
buius libri. Ego Vdalricus Gallus sine calamo aut pennis eûdem 
librum impressi », qu'on trouve dans les trois exemplaires 
de la Bibliothèque nationale de Paris et dans l'exemplaire de 
Ricardo Heredia ■. 

Or, au chapilrc XXWl de la quatrième partie de son 
ouvrage, Rodrigo Sanchez, parlant du mariage de Henri IV 
avec Jeanne de Portugal, et commettant une erreur volontaire 
ou non. écrit ceci (fol. 2(S2 du ms. G 2) : « Deinde Ilërricus ex 

I. <!ataliiijueUe la Hthlii)lliriiufi (If M. fiicurdo Heredia. n» SogS. 



INE CHRONIQUE T.ATllNE INÉDITE DES ROIS DE C\STII.I,E 35 

eadem Johaïïa regina inclitam filiam Eli(fol. 282 y.)sabeth : 
quam cuncli regni status in primogenitam iurarùt simul et 
receperunt » (même texte dans Beale, t. I, p. 4^5, 1. 43). Dans 
le manuscrit, en marge, d'une écriture toute semblable à celle 
du texte, quoique un peu plus menue (à cause du peu 
d'espace laissé libre sans doute), on trouve une note que voici 
(voir pi. VIll'): 

Aditio. ffallitur uehementer auctor complacere cupiens pocius 
henrrico quam ueritati Nam hec non Elisabet. Sed Johana henrrici 
huius exposita uel inposita filia fuit, uulgo beltraneja nuncupata que 
fuit jurata. adulatorie uel adultérine ut régi 'et regine côpiacerent 
jurantes Neque misterio vacat Elisabet pro Johanna hic nuncupata 
adulterina filia deo agente sublata nomine : sicut fuit priuata succe- 
sione : uera légitima quia Johannis régis filia elisabet nominata sic 
deo annuente fuit prolata in regnorum sucesione z fe... sime uidimus 
régnasse. Caruajal. 

Quel que soit le sens exact de la seconde partie, d'ailleurs peu 
lisible, de cette note, ce qui nous intéresse, c'est la signature 
Garvajal, accompagnée d'un paraphe. 11 est assez naturel de 
penser tout de suite au célèbre Lorenzo Galindez de Garvajal, 
dont on connaît le rôle sous les rois catholiques et la place 
dans l'historiographie espagnole (voir au tome XX de la 
Coleccion de Documentos inédilos l'étude que lui a consacrée 
Floranes, et Les Histoires générales d'Espagne, p. 116). Tel fut 
l'avis d'Abella, qui, dans une Noticia y plan de un viaje para 
reconocer y forniar la Coleccion diplomâlica de Espaàa, déclare, 
à propos du G 2, que 

Este codice fue de Garvajal, corne se déjà ver por su Arma original puesta 
al fin de una adicion marginal de la misma lelra, aun que mas menuda que 
la del codice. 

La signature est-elle de la même main que la note ? Ce n'est 
pas absolument sijr, car on y trouve une forme d'r qui est 
sans exemple dans la note elle-même et dans le texte. En ce 



I. Je n'ai malheureusement pu obtenir une photographie bien convenable de 
celte page du manuscrit et le bas de la note avec la signature n'a pu venir dans la 
simili comme il eijt fallu. 



30 BrM.F.Tt>' HISPAMQIE 

cas, on peut supposer que le copiste aura transcrit sous la 
dictée et Garvajal aurait signé. Il est possible aussi que 
le copiste ait simplement transcrit une note marginale ologra- 
phe qu'il trouvait sur l'exemplaire imprimé à copier, et qu'il 
ait cherché à imiter la signature. 

Parmi les manuscrits de l'Escorial, Ewald {\eues Arc/iiv, 
t. VI, p. 2/17) en décrit un, sous la cote f. I 18, en papier, fol. 
xv^ siècle, qui contient les deux mêmes textes que nous trou- 
vons dans G I, à savoir: 

r Luc do Tuy, avec cette note marginale: « Hinc incipit 
prologus et historia diaconi Lucae Tudensis extrada sub cura 
Pétri Ponce episcopi Placcntini ex libro vetusto membranis 
conscripto reperto in bibliotheca doctoris Laurentii Galindez 
de Garvajal a consilio iusticiae et a secretis régis et imperatoris 
Gharoli quinti ». 

2" L'IIisloria hispanica de Rodrigo Sanchez, avec le colophon 
de l'édition d'Ldalricus Galliis tel que nous l'avons lianscrit 
plus haut. 

Gest évidemment xvi*", et non xv*" siècle, qu'EAvald a voulu 
dire, car Pedro Ponce de Léon, évêqne de Plasencia de lôôi) à 
1073, année de sa mort, est sans nul doute le personnage 
nommé dans la note marginale. Plusieurs Garvajal l'ont 
précédé sur ce siège, entre autres Bernardino Garvajal, mort 
en 1023, et Gutierrc Vargas de Garvajal, son prédécesseur 
immédiat, mort en iBSg. C'est peut-être ce dernier qui avait 
hérité de la bibliolhèfiuc de Lorenzo, né à Plasencia et mort 
dans la même ville avant i53o (Floranes, p. 4f>3). 

Dans le « libro vetusto membranis conscripto » d'où Pedro 
Ponce fit tirer la copie de l'Escorial, devons-nous recotniaître 
le G 2;'. 11 est fort possible que ce dernier manuscrit, (jui, 
comme le G i, paraît à première vue beaucoup plus ancien 
qu'il n'est, tant à cause de l'éeritnrc (jue du parchemin, ail fait 
le même elfct à l'évêque de Plasencia, on à l'auteur de la note. 
Il y a dans le contenu des deux manuscrits une co'incidence 
qui rend dilficile l'hypothèse d'un Luc séparé ayant appartenu 
à Galîndez et retrouvé par Ponce. On est bien tenté de croire 
que le marjuserit de Galînde/ contenant le Luc comprenait 



UNE CHROMOLF. LATINE INEDITE DES ROIS DE C VSTII.I.E 07 

aussi la copie du Sânchez ou était joint à l'édition qui le 
contenait. Et de deux choses l'une : ou la signature dont il 
a été question est authentique, et c'est le G 2 qui a servi de 
modèle au manuscrit de l'Escorial ; ou elle n'est qu'imitée, et 
le G 2, comme le manuscrit de l'Escorial, serait une copie d'un 
recueil formé par Galindez^ aujourd'hui perdu. De toute façon, 
la collection constituée par le G i et le G 2 remonte à ce célèbre 
érudit. Et rien n'empêche d'admettre au surplus que ces deux 
manuscrits ont été exécutés sur son ordre. 

Ce ne seraient pas les seuls. Deux autres, de même format et 
de même aspect, contenant l'un la première et la deuxième 
Décades d'Alphonse de Palencia, l'autre la troisième, ont fait 
partie de la bibliothèque de Salazar tant qu'elle fut à Monse- 
rrate, mais avaient déjà disparu quand elle passa au Congreso, 
et par conséquent ne figurent pas dans le fonds de l'Académie 
de l'Histoire. D. Juan Iriarte les décrivait ainsi en i~og: 

Estân ambos escritos en pergamino, con titulos é iniciales coloradas y 
azules. Estân como acabados de escribir. Parecen de la misma mano que los 
dos que acabamos de describir (c'est-à-dire G i et G 2), como se conoce de la 
letra y calidad del pergamino: del tamaùo, etc , aunque estos dos liltimos 
tienen la letra y renglones un poco mas metidos... 

La supposition est des plus vraisemblables. Quoi qu'en dise 
Floranes (p. 899), parmi les rédactions castillanes plus ou 
moins fidèles des Décades d'Alphonse de Palencia, il y en a 
une, la moins connue, qui a pour auteur notre Galîndez (voir 
Bull, hisp., t. XI, 1909, p. 44 1)- Il est assez naturel que celui-ci 
ait voulu recueillir dans sa collection l'œuvre latine. 

Cette collection, ce n'était pas par bibliomanie que Galindez 
l'avait constituée. Nous savons par Morales [Discurso de los 
privilégias, t. VII, p.xvni de Téd. de la Coronica par Cano) que 
l'érudit professeur de Salamanque avait projeté d'écrire une 
Histoire de Castille. Il avait également recueilli un grand 
nombre de privilèges pour la documenter ibid.). Et, d'autre 
part, il avait formé un recueil des lois du royaume dont les 
Cortes de Valladolid en i5'i4 demandèrent en vain l'impres- 
sion, et dont il reste trois tomes à l'Escorial, selon Floranes 
(p. 346 8). Un tel ensemble accuse un effort vraiment considé- 



38 



BULLETIN HISPAMOUE 



Table, malheureusement inutile, puisque l'auteur ne publia 
rien do sa double collection (dont probablement ne faisaient 
pas partie la Chronique de Jean II et les Generaciones, qu'il 
édita en iSiy). Pour ne parler que des textes historiques, la 
Chronique latine du Cid fut publiée seulement 262 ans après 
la mort de Galindez, et d'après un autre manuscrit; la Chroni- 
que latine des rois de Castille ne voit le jour qu'à présent; la 
Chronique léonaise ne l'a vu que depuis peu; les Décades 
d'Alphonse de Palencia viennent seulement de paraître, mais 
dans une traduction, œuvre méritoire de M. Paz y Mélia. Luc 
n'attendit que jusque 1608; et Jean de Girone, i5/i5; mais 
il est douteux que les copies de notre érudit aient été 
utilisées. 



* 
* * 



Nous avons vu que Juan Iriarte, bibliothécaire du roi, avait 
connu et décrit les deux manuscrits G 1 et G 2 alors qu'ils 
étaient à Monserrate. Il avait en effet passé une année, de 1738 
à 1739, à étudier la collection laissée par Salazar. Et pourtant, 
chose à peine croyable, il ne sut pas distinguer les textes que 
renferme le G i, puisque dans la note qu'il lui consacre il fait 
un seul ouvrage de l'Histoire de Wamba par Julien, de la 
Gesta Roderki, des Généalogies des rois de Navarre, etc., et 
enfin de notre chronique. 11 les délimite en effet en bloc : 
« Incipit liber de hisloria Gallie... a domino Iuliano... Desinit: 
quam cito potuit equitare Toletum... burgis advenit», der- 
niers mots de ce dernier texte. 

C'est seulement un demi-siècle après qu'un érudit plus 
ciirienx se rendit compte de l'existence, dans ce même 
manuscrit, d'une chronique inédite des rois de Castille. 
Il s'agit de 1' \ragonais Manuel Abella, né à Pedrola en 1763 
(voir Latassa y Gomcz Uriel, liiUiolccas nitt'ujna y niicva de 
escritores aiutç/oneses), un homme trop oublié, qui a peu 
iriipi iini', mais dont le labeur énorme, représenté par de nom- 
breux volumes manuscrits, constitue une des richesses de 
l'Académie de l'Histoire. L'article que lui consacre Gomez 



UNE CHnOMQlE LATINE INÉDITE DES IlOIS DE CASTILLE .S9 

Uriel en donnera une idée. Ayant reçu du roi en lygSla mission 
de réunir les textes contemporains de l'histoire d'Espagne 
et de former une collection diplomatique aussi complète que 
possible, avec l'autorisation de travailler dans toutes les 
archives et bibliothèques du royaume, il fouilla d'abord, 
entre autres, celle de Monserrate à laquelle il emprunta, cette 
même année, sur reçu, les deux manuscrits G i et G 2. 
L'importance de la Chronique latine des rois de Caslille ne lui 
avait pas échappé. Voici en effet la longue notice que nous 
trouvons dans sa collection manuscrite d'Escritores coetcîneos 
de la Hisloria de Espana, parmi les textes du xin* siècle. 
Malgré les erreurs quelle contient, il y a intérêt à la citer, 
quand ce ne serait que pour laisser à cet érudit l'honneur 
de sa découverte. 

La crônica de Castilla que lie copiado se halla como he dicho arriba â la 
hoja 89 despues de la Genealogia de los Reyes de Navarra. No liene litulo 
alguno y empieza sin la letra inicial : [D] efundo comité fernando, etc. Faltan 
las letras iniciales en todas las palabras en que empiezan los apartés, que es 
la linica division que tiene la obra. No consta quien sea su autor, y solo se 
conoce fue coetâneo a los heclios que refiere, por varias expresiones y chiu- 
sulas que aqui copiaré. Hablando de la eleccion del Patriarca de Gonstanli- 
nopla, dice asi : Eligitur in Palriarcham quidam Venetiis, quem ego vidi consc' 
crari Romae in ecdesia Sancti Pétri per manum domini Inocenlii llll. Este 
Patriarca fue PantaleonJustiniano, a quien eligiô Inocencio TIII elano laSS '. 
De aqui se infierequeel autor de la crônica estuvoen Roma,pues dice vio la 
consagraciôn de este Patriarca. Prosigue diciendo : Ex illo tempore Lalini 
obtinuerunt Constantinopolitam et ecdesia constaniipolilana obedil Ecdesiae 
Romanae, cuius Patriarcham, non praedidum sed successorem eias uidi ego in 
Concilio Lateranensi convocato sub Innocentio lll. Qiiod Conciliiim celebratum 
est anno revoluto post mortem gloriosi régis, in que interfuerunt CCCC'XX 
Episcopi et LXMl Archiepiscopi et Patriarcha Constantinopolitanus et leroso- 
limitanas et Aqiiilensis et Grandensis. Abbatum vero et Prioruni et aliis dignita- 
tibus fulgentium non erat numerus. Hoc autemfuit in festo omnium sanclorum. 
et idus mensis lulii sequentis Dominus Innocentius tertius, vir bonus, cuius J'acta 
prosperauit Deus, ingressus est viam universae carnis. Este Concilio fue 
el Lateranense IV,celebrado bajo Inocencio III en el ano i2i5,al cual parece 

i. Abellase trompe, et de son erreur il a tiré des conséquences erronées. Il aurait 
dû voir que le copiste a mis un trait de trop au numéro d'ordre du pape, et qu'il laut 
lire Inocenlii lll et non ////. Après avoir parlé de la prise de Constantinople par les 
croisés (laoi), le ctironiqueur dit : « Eligitur in iniperatorem baldouinus cornes... 
flandrensis... Eligitur in patriarcham quidam venetus» etc. (phrase citée par Abella). 
En effet, Bcaudoin I", comte de Flandre, fut couronné empereur de Constantinople 
à Sainte-Sophie le iG mai \20'a, et Innocent consacra patriarche, à Saint-Pierre, le 
samedi 5 mars i2o5, le vénitien Thomas Morosini, élu par le chapitre constantino 
politain. 



^|0 m I.t.FTIX mSPAMQlE 

sasislioel aulor de la ciônica.couio da ;i enlendeicuando dice liaber vlslo en 
él al Patriarca de Gonstantinopla. anlecesor ' del veneciano Pantaleon 
Jusliniano. 

llablando del Rey D. Alfonso Vlll de Caslilla, dice asi : Anlequam rex 
iret in Vasconiain, filiam suam piiellam, Blancam nomine. quae nunc est 
coronata regina Francorum, tradidit nuptii Liulovico. filio Filippi régis Fran- 
corum. qui nunc régnât in Francin pro pâtre suo. Luis Vlli, hijo de Felipe 
Auguslo. casô con D" Blanca, y einpezô à reinar en el ano 1320 hastael laaG. 
en que se muriô. De aqui es que el autor de la crônica padece equivocacion 
en decir que reinaba Luis cuando escribia su historia, porque refiriendo en 
ella sucesos muy posteriores al ano laaG en que. segun queda diclio, niuriu 
aquel Rey, no podia decir con verdad que reinaba entonces ^. 

Tralando del Legado del Papa Gregorio 1\, Juan Abbisvilla, que entrô en 
Espana el ano 1228, dice haberle comunicado el mismo Legado las causas 
que liabian movido al Papa para su misiôn. 

De les sucesos que refiere el autor de la crônica, se puede entendcr que 
era persona constituida en dignidad. y aun sospechar que fuese obispo. 
Porque en aquellos tiempos no se hacian viajes fuera de Espana ni se iba 
â Roma sino por algunos negocios de estado. Nuestro autor dice haber visto 
en aquelle corte la consagraciôn del Patriarca de Gonstantinopla y â su 
antecesor3 en el Concilio Lateranense, y tambien refiere la conversacion 
tenida con el Legado del Papa Gregorio IX. Todas estas circunstancias 
prestan bastante fundamento para afianzar mi sospeclia de que el autor delà 
crônica fue persona de elevado carâcter. 

La crônica da principio desde la muerte de Fernân Gonzalez, primer 
conde de Castilla, y concluye en el ano 1286 y mes de noviembre de este ano, 
en el cual el santo rey D. Fernando, despues de la toma de Côrdoba, oida 
la muerte del noble y valeroso Lope Diaz, ocurrida en el dia 18 de octubre, 
saliô con su madré de Toledo y fue â Burgos. 

Kl autor refiere los sucesos de Castilla y concurrentes de Aragon, Navarra. 
con bastante novedad y buen crilerioen la mayor parte. Pero en los reinados 
de \>. Alonso \ III y de su hija D' Berenguela y I). Fernando III el Santo se 
detiene a historiar los sucesos con mayor individualidad, y los heclios de este 
liltimo rey los cuenta muy por menor, como que ténia noticia dt ellos por 
suceder en el mismo tiempo en que escribia. 

Su estilo es copioso y abundante, y usa frecuentcmente de apôstrofes, 
exclamaciones y sentencias de la Escritura. Nueva prueba para créer que el 
autor era persona eclesiâstica. — M. Abella. 

Peu après sa drcouverle, Abella avait eu Toccasion d'en tirer 
parti (Jans le Uiccionario geogrâfico-hislôrico de Espana por la 

1. Erreur qui est la conséquence de la précédente. Abella a cru qu'il fallait 
corriger sucressorem en anlecessorem. F.n fait, il s'agit du successeur de Morosini, 
• ierNaiso, élu en novembre ui.'), mort le 8 novembre 1Î19. 

2. Aiilri- conséquence erronée. Il n'\ a rien d'Impossible à ce que l'auteur ait écrit 
celle partie de sa chronique avant la mort de Louis Vlll (la-jG). La date la plus 
récente marquée par lui est celle de la prise de Cordoue, avec laquelle il termine (ia3C). 
Mai-* Abella croyait <jue l'auteur avait été à Home en ij!i3 et écrivait après celte 
date 11 aurait dû au moins se demander pourquoi la clironique s'arrêtait avec la prise 
de Cordoue, au lieu de continuer jusqu'à b jjrise de Sévllle (la'i»). 

j. Kecorriger en iucesor 



LiNE CHRONIQUE LATINE INÉDITE DES ROIS DE CASTILLE A I 

Real Academin paru en 1802, à l'article Guîpuzcoa, signé 
A(bella), p. 34 1- Les renseigneme.ils qu'il y donne ne font que 
confirmer ce que nous savons déjà ; mais il cite un passage 
relatif à la conquête de \ itoria, de l'Alava et du Guipuzcoa 
par Alphonse VIII, et que l'on trouvera au § 16 de notre édition '. 
Après plusieurs années d'explorations à travers les biblio- 
thèques et les archives, le 22 juin i8o/i, Abella, académicien 
de iinmero depuis 1797, remettait à l'Académie de l'Histoire 
plusieurs tomes de documents relatifs au règne d'Alphonse VIll ; 
et la commission de diplomatique, reconnaissant que celte 
collection était « laudable por su objeto, método y observa- 
ciones », déclara qu'il y aurait intérêt à imprimer quelques- 
unes des œuvres inédites qui y étaient comprises, et entre 
autres « la apreciable historia latina del cilado rey y su hijo 
D. Enrique, que fue escrita por uno que assistio al concilio 
lateranense, como apéndice de las memorias del marqués de 
Mondéjar, impresas por nuestro académico D. Francisco 
Gerdâ. » La réunion de cette commission avait eu lieu le 
10 août i8o4; et le 28 septembre Abella remporta le tout, ainsi 
qu'il résulte d'un reçu de lui, v para continuar la coleccion 
de documenlos y no repelir las copias de los que ya estân 
en estos tomos, y arreglar cronologicamente los que vaya 
aumentando d. Quand, après la guerre de l'Indépendance, 
en novembre i8i5, il remit à l'Académie sa collection telle 
qu'elle est à présent, la copie de la chronique n'y existait 

I. « Coetâneo [d|el arzobispo D. Rodrigo, y iiiuclio mas puntual y exàcto que este 
en referir los sucesos de D. Alonso VJII, es el autor anùnimo de una preciosa 
crônica de los reyes de Caslilla, inédita y desconocida liasta ahora, que tengo en mi 
coleccion copiada de un excelente ci'idice escrito en vitela, que se guarda en el 
archivo de! nionasterio de Monscrrate de Madrid entre las papeles (jue fuéron de 
D. Lixis de Salazar. Habla de las gloriosas acciones y con<niistas de D. Alonso Vlll 
con la mayor indi\idualidad, y cucnla entre ellas la loma de Viloria, Ala\a y Gui- 
puzcoa, cviyas palabras, por ser \\nx\ decisivas para nvieslro asunto, copiarénios como 
se hallan en el original. Gloriosus vero rex Castellac non oblilus maloruiii, quae rex 
Xavarrae intulerat sihi, et regno' suo. lempore angusiiae suae, intravit in regno suo. el 
cepit ipsum vastare. Rex Navarrae videns, quod non paierai ei resistere, derelklo regno 
confugit ad regeni Marroquilanam, et ivll ad c'wilalem Marrocos iinplorans ipsius auxiliuni 
et supplicans, ut ei subvenire dignaretur. Intérim vero rex Caslellue obsedit Virtoriani, el 
duni diiraret obsedio, castra omnia circuniadiacentia acquisivit, scilicet Trivinio. Argancon, 
Sancta Cruz, Alclio:ro:a, Victorian vetereni, Eslucia, terram quae dicitur Ipuzcaia, 
Sanctnin Sebastianum insuper, Maranon, Sanclum Vincentium, ei quœdam alia. Tandem 
redita est ei Victoria, el sir habuit lolam Alavam, el terras circaniadiacenles, et sic cum 
Virtoria reversas est in Castellam. » 



^3 BULLETIN HISPANIQUE 

probablement plus; en tout cas, seule la couverture où elle 
^ se trouvait figure au tome VIII de la collection. 

Abella mourut le 29 avril 1817; c'est donc de son vivant 
que remise fut faite de ses papiers à l'Académie. Sa copie de 
la Chronique latine des rois de Castille fut-elle enlevée du 
recueil pour être remise à l'imprimeur, en vue de la publica- 
tion, malheureusement jamais effectuée, au tome II des Memo- 
rias histôricas de la Mda y acciones del Rey D. Alonso el Noble? 
Va le Fuero de Cuenca, qui manque également à la collection, 
a-l-il eu le même sorl? Ou bien Abella, voyant sans beaucoup 
de plaisir que la décision de l'Académie condamnait cette 
chronique trouvée par lui à paraître obscurément paimi les 
appendices d'une publication faite par un autre que lui, 
pensa-t-il la publier lui-même à part, après avoir élucidé la 
question de paternité, et avec les notes nécessaires? et eut-il, 
à cause de cela, la précaution de la séparer de sa collection? Il 
est difficile de répondre d'une façon péremptoire. En tout cas, 
la lenlalion est grande de reconnaître la copie d'Abella dans 
la « Gronica latina de Alonso YIll, del monasterio de Mont- 
serrat; ilustrada con notas. 118 pâgs. de letra mui clara 
aunque pequena » comprise dans la d Miseehinea hi.sfôi'ica de 
papeles manuscritos perlenecientcs a la historia de l^spafia, 
rccogidos en su mayor parle por D. Eugenio Llaguno y Ami- 
rola » décrite par Salvà (n" 3o6o) comme formée de plusieurs 
volumes, cahiers et feuilles séparées, et renfermée en cinq 
grands cartons. Celte Mîscelanea passa dans la bibliothèque de 
Ricardo Ileredia, cl figure au n" 3io5 de son Catalogue, paru 
en 189.'). Où est-elle à présent? 

Une copie de la copie d'Abella se trouve au British Muséum 
(cf. Cayangos, (jdalogae 0/ Ihe Spanisli Mannscripls... in Ihe 
Brili.sh Muséum, t. 1, p. 203). Elle a la cote Egerton, H23. Sur 
le dos, on lit : anonimo | cronicon de alonso vni. mus. uiut. bibl. 
E(;i;itiON. ir.).') i'i,ui. dxi\. f. Elle contient9f folios utilisés. Sur 
le premier folio de garde, on lit : « Purchascd of St. Bohn 
i/i june i8'i"). » 

Au folio I, dune autre main (pie le texte : « Cro/iico/i del rey 
d". Mfonso \ l/l de fjisliUa escriln en el shjlo \in ropiado del q' 



UNE CHRONIQUE LATINE INEDITE DES ROIS DE CASTILLE l\Ô 

copia d" Manuel Abclla en el mnnns/erio de Mnnserrafe de Madrid. 
Suit le texte : « Defuncto comité... » A la fin : « ... Laus tibi 
Ghriste. — Comprovada Madrid 2^ de Setiembre de 1795. 
M. Abello » (sic). Le copiste a tout copié, jusqu'au nom 
d'Abella, qu'il a transcrit de travers. 

Le système employé pour la transcription dans cette copie, 
et par conséquent aussi dans celle d'Abella, est jusqu'à un 
certain point analogue à celui qui sera ici même employé, 
c'est-à-dire que l'original (le nlanuscrit de l'Academia, indubi- 
tablement) est reproduit avec ses fautes; les corrections (de la 
même main que le texte dans cette copie du British Muséum) 
sont mises en marge. Ainsi, Iciiuin (fol. 89)', air (fol. 91') dans 
le texte; tenait, /dsi en marge. Pourtant, on lit caediani pour 
cedum (fol. 91), frigide pour frigida (fol. f)^), olAitas pour 
ohlictas (fol. 96), scriplo pour scripla, qui pouvait subsister 
(fol. 118'), receperat pour reuerat (fol. 90). Ces corrections ont 
peut-être été faites inconsciemment, ou bien le copiste (le pre- 
mier ou le second, ou l'un comme l'autre) aura faibli dans son 
système. 

Les abréviations sont presque toujours résolues dans le texte 
même, sauf une fois : ..S. (en marge : Sancias). Les a sont 
remplacés par des v; les ae, restitués à la place des e ordinaires 
dans les manuscrits du moyen âge. L'orthographe du manus- 
crit n'est pas toujours respectée : tolias, pour tocias (fol. 91'). 
Les initiales qui manquent dans l'original sont suppléées sans 
signe particulier. Les mots considérés comme fautifs par le 
correcteur sont soulignés. Ils l'étaient déjà sans doute dans 
la copie d'Abella. Les noms propres sont mis avec majuscule. 

Il y a au surplus dassez nombreuses erreurs : Garsae pour 
Garsie (fol. 91'); misseruat pour niiseru/tt (fol. 100'); renteafeni 
pour re/dtenfem fïol. 98). Voici des bévues assez plaisantes. 
Au folio 90" de l'original, il manque un mot entre faeraf et 
indicabat : la copie du British Muséum porte faerat deesl indi- 
cabat. Au folio 98, il y a un blanc; sur la copie on lit : slupo- 

I. Les folios indiques sont ceux du ms. G i. 



44 BILLETIN HISPANIQUE 

rem Incus mendosiis et mulilus hostilnis. On devine sans peine 
que les notes d'Âbella onl été incorporées au texte, ce qui ne 
prouve pas l'intelligence de notre copiste. 

Les abréviations ne sont pas toujours bien résolues: prevenU 
pour nuciiil avec /) barré (fol. 92). La phrase quod dominus 
suus rex. s. j,doriosus baeciam que iam rehedificata erat » 
(fol. 101), déjà tronquée dans le manuscrit de l'Academia, 
porte deux fautes dans celui du British Muséum: Healiam et 
recdifîcaU'. « Aduersus eos iam preualebant » (fol. 100) est 
devenu « advcrsus ewm», etc., ce que Abella corrige en marge: 
« forte eos ». ^ enecias (écrit nenecias) (fol. io3) devient Venc- 
linni. (( Regni curam ijrvcret » (fol. io4) est transcrit « regni 
curam regercl », qu'Âbella corrige en marge, comme il con- 
vient, en (jererel. Le mot consilio est omis dans la phrase i< Rex 
igitur legionensis acquieuit comitis consilio » (fol. io5); le mot 
cor dans cette autre: « Rex cuius cor sps dni accenderat ». 
Abella les supplée; mais dans cette dernière phrase la copie a 
mis spes pour sps (spiritus), et ne porte en marge aucune 
correction. Nous y lisons souvent vir là où l'original commet 
la même sottise; mais aussi vix (fol. io5), alors qu'il y a bien 
nettement dans celui-ci uir; le copiste a peut-être voulu cor- 
riger, mais il la fait de travers: il fallait nisi. H transforme 
'fcessilur (fol. io()) en cessUur, quWbella corrige en ccssil. 

Ces fautes ne sont généralement pas imputables à l'auteur 
de la co])ie du l>ritish Muséum, (jui n"a guère fait que trans- 
crire ce qu'il voyait, mais à celui de la copie d'Abella, 
qu'Abella avait sans doute corrigée et signée de sa main, mais 
non copiée lui même. S'il l'eût copiée lui-même, on ne lirait 
pas sur le manuscrit du Britisli Muséum des erreurs que lui 
même amende dune favon dubitative, en revenant tout sim- 
plement au texte du manuscrit de l'Academia; ni encore iaris 
prudenlihus (fol. 9.') du manuscril de l'Academia) avec cette 
correction en marge: «forte viri.s prudenlihus n ., ni cnslrnin 
videnruin (fol. 9.5) amendé en marge « forte Judeornni ». Abella 
eût transcrit imiriédiatement uiris et Jndeoruin. qu'il C(jnsidé 
rait à bon droit comme la bonne lecture, car il est impossible 
de ciistiii^^Micr /// <l(! ///, v[ il (aul lire suivant le sens. 



L.NE CHROMQLE LATLMi INEDITE DES ROIS DE CASTILLE 45 

Notons enfin que la copie du British Muséum ne comporte 
dalinéas qu'aux endroits où il y en a sur l'original. 

On trouve en marge, outre les corrections, des renvois à des 
notes: nota 2", etc. Mais les notes manquent. Ces renvois se 
trouvent aux mois procurai um est (fol. 91); recuperauil (fol. 92); 
eodem tenipore niouU exercilum (ibid.). 

Cette copie du British Muséum n'étant qu'une transcription 
mauvaise et médiate du manuscrit de l'Academia, ne pouvait 
nous être utile que pour les corrections marquées en marge. 
Elles sont généralement bonnes. Tout au plus y en a-t-il 
quelqu'une de contestable : par exemple, quand Abella veut lire 
« Ipse vir nobilis » au lieu de « Ipse uero nobilis » (fol. io'\). 11 
aurait pu en faire qu'il n'a pas faites, par exemple quand il 
accepte la lecture « Proposuerant tamen reddere terram suam 
régi vix tune aliter cum comité Alvaro componere potuissent », 
où le manuscrit du British Muséum a iiix, qu'il faut recons- 
tituer en n' (nisi) (fol. loô). H lui suffisait d'avancer une virgule 
pour comprendre un passage qu'il trouve mendosuin, ponctué 
comme il l'est dans sa copie: « discordia et capitales inimi- 
citiae inter mauros sectae, et rixae de novo exortae » (fol. 109). 

En tout cas, toutes les fois que ses corrections (c'est-à-dire 
presque toujours) méritaient d'être adoptées, il n'était qu'hon- 
nête de marquer son nom, même quand elles s'étaient présen- 
tées toutes seules à notre esprit déjà avant l'examen de la 
copie qui nous les a transmises. 



Nous aurons à examiner la question de paternité, et à sou- 
ligner ce que ce nouveau texte apporte de nouveau à l'histoire 
des rois de Castille jusqu'à la prise de Cordoue. Mais il 
convient auparavant de le mettre sous les yeux du lecteur. 
Les notes que l'on trouvera en bas des pages ont paru néces- 
saires, soit pour permettre une comparaison de détail avec 
les textes déjà connus, soit encoie pour résoudre quelques 
difficultés. Elles prépareront les conclusions. Quant au texte 
lui-même, il eut été plus commode pour le lecteur de le lui 

Bull, hispan. !i 



46 BULLETIN HISPANIQUE 

présenter expurgé des innombrables fautes du manuscrit. Mais 
alors, de deux choses lune : ou il fallait procéder à une 
reconstitution orthographique complète, chose délicate sinon 
impossible, ou il fallait reproduire le manuscrit tel qu'il était. 
C'est ce dernier système qui a été employé pour la Chronique 
léonaise. Il n'est pas à l'abri de tout reproche, mais il a du 
bon, surtout quand le manuscrit est unique. L'imprimé devient 
alors l'équivalent du manuscrit, à condition que la copie en 
soit aussi fidèle que possible matériellement. On trouvera donc 
ici les fautes même les plus grossières et, la plupart du temps, 
les abréviations du manuscrit G i . Si l'on vient à découvrir 
une autre copie indépendante, il suffira d'en relever les 
variantes. .Notre édition fournira au moins une base sûre, et 
non un texte plus ou moins conjectural. 

(A sLiirre.) G. CIROT. 



LA COLOCACION DEL VERBO EN EL POEMA DEL CID 



El orden regular de las parles de la proposicion es « siijeto, 
complemenlo, verho » en latin (Romidus fratrem occidit) y 
« sujeto, verho, complemenlo » en romance (Romulo mato a su 
hermano). Sobre la causa de esta Irasformacion, hay diferentes 
pareceres. Véase ïhurneysen, Zeilschrifl XVI 28g, Meyer- 
Liibke, Romanische Grammalik III 798, Richter, Romanische 
Worislellnng 45. La opinion que me he formado yo, es la que 
voy a explicar. 

Wundt, Vôlkerpsychologie I 2 (190/1), p- oô-, advierte que 
son posibles, en latin, seis combinaciones'. 

1. Romulus Romani condidit. 

2. Romulus condidit Romam. 

3. Romam Romulus condidit. 

4. Romam condidit Romulus. 

5. Condidit Romam Romulus. 

6. Condidit Romulus Romam. 

Guando preguntamos por el sujeto, las conlestaciones ade 
cuadas son las que principian por Romulus. Cuando pregun- 
tamos por el objeto, las contestaciones adecuadas son las que 
principian por Romam. Cuando preguntamos por el verbo, las 
contestaciones adecuadas son las que principian por condidit. 

Ahora, comparando el castellano moderno con el latin, 
vemos que todavîa la proposicion piiede principiar por el 
sujeto, por el complemenlo y por el verbo : Romulo fundô d 
Roma, A Roma fundô Romulo, Fundô Romulo à Roma. De los 
seis tipos mencionados por Wundt, se conservan cuatro 
(2, 4, 5, 6). Han desaparecido dos (i y 3). èPor que ha suce- 
dido eso? La contestacion, a mi ver, es bastante sencilla. 

I, He allerado el orJen de las combinaciones. 



48 BLLLElIN HISPANIQUE 

Schinalz, Laleinischc Gramnudik, Mùnchen 1910, p. 6'ii, 
déclara que, ordinariamente, en latin el sujelo précède al 
verbo. Los modilicalivos del siijeto se le agregan a él; los 
modificativos del verbo preceden al verbo. « Asî résulta, dice 
Schmalz, una frase bien proporcionada, la que, a pesar de su 
formaciou bipartida, constituye una unidad armoniosa, por 
ejemplo Àppius iriler patres lectus \\ huad ita miiKo jmst in prin- 
cipum dignationem pervenil. » 

Este es el punto principal. El latin concède mayor indepen- 
dencia a las parles de la proposici<'jn (jue el romance. Particu 
larmente, le agrada al romano la biparticion, mientras que la 
proposicién normal de las lenguas neolatinas es unitaria. El 
verbo es la c( côpula »» de la proposicién. Se puede combinar 
con el sujeto y con el complemento. Por este molivo, liornukis 
condidit Romain puede formar una unidad indivisa. Pero 
Romains Romam condidil se divide necesarianiente en dos parles 
porque cl sujeto y el complemento son como dos 'polos 
opuestos. Las frases que el caslcllano modcrno recliaza perle- 
necen a las que se prestan para la biparliciôn : Romains 
4- Romam condidil, Romam -+- Romnlus condidil. 

Muy amenudo, la proposicion lalina se divide en dos parles, 
formando el sujelo el cenlro de una y cl verbo el ccntro de 
olra : Al Alcibiades, viclis Alhrniensibas, non salis Inla eadcm 
loca sihi arbitratus, penilas in Thraciam se aupra Proponlidem 
abdidil. En otros casos, queda aparté el complemento y el 
sujelo se combina con el verbo : Pisidas cum ils (/nos secnm 
habebal, ad resislendam Aspis comparai. La partici(')n es posible 
también en aquellas proposiciones que intercalan el verbo 
entre el sujeto y el complemento : Paler eius (jnniss<n'es, (juod 
el manu forlis el bello strenuus el régi mullis locis Jidelis eral 
reperlns, habuil provinciam parlent Ciliciae jn.rla (jippadociam 
quam incolanl Leucosyri. La divcrgcncia del latin y del romance 
es notiihle parlicularmenle en el caso cuando un [)ro!Hunbrc 
Personal es snjel(j. Tradi'izcase al frnncés ô al caslellano la 
fiase Tu vrlim a me a/iimam paramper averfas y se verâ (pu; cl 
pir)nombrc ///, que en latin contrapesa el verbo, se convicrtc 
en un rlcmento casi proclîlico. Compârese Meycr-Liibkc, 



LA COLOCACIÔN DEL VERBO EN EL POE MA DEL CID AQ 

Zeilschrift XXI 33i, Influye la extension de la proposicion. 
Los periodos largos se prestan naturalmente para la subdi- 
vision. En las proposiciones cortas, esta tendencia se nota 
también, pero no se nota en el mismo grado. 

La diferencia entre latin y romance no es absoluta en esta 
cuestion, sino relativa. También en latin, se hallan proposi- 
ciones de carâcter unitario y, todavia boy en dia, el castellano 
puede dividir la proposicion en dos clâusulas ritmicas. Ame- 
nudo se aparta el complemento: A mi hermuno mayov, no lo he 
Visio desde liace très dias, A su marido, nada quiso décide 
(Caballero, Cuadros de Costumbres, Leipzig 1882, p. i64). 
A veces, también el sujeto se considéra como miembro suelto: 
Los mas opuestos senlimienlos, pintnbanse en aqîiellos rosiros 
hurarios y altivos(0\ayarria, Tradiciones deTolodo, Madrid 1880, 
p. 57). El caso complemcntario pospuesto al verbo indica que 
la proposicion se dividc rilmicamente en dos hemistiquios. 

Pero estos casos son excepcionales. Generalmente, la propo- 
sicion castellana moderna es unitaria y el verbo enlaza el 
sujeto con el complemento; Napoléon pasô los Alpes, Los Alpes 
pasô Napoléon. Solamenle cuando el verbo ocupa el primer 
lugar, no es posiblc que enlace el sujeto con el complemento, 
y en este caso se conserva la libertad que concède la sintaxis 
latina. Se puede decir Pasô Napoléon los Alpes y también Pasô 
los Alpes Napoléon. 

Podemos considerar todo el movimiento por el cual se ha 
alterado el orden de palabras como consecuencia de la ten- 
dencia de unificar la proposicion'. Todavia es libre la coloca- 
cion de elementos adverbiales de carâcter independiente : En 
ese liempo, mi Ko adminislraba la provincia: Mi Ho adminislraba, 
en ese liempo, la provincia: Mi Uo, en ese liempo, adminislraba 
la provincia; Mi Uo adminislraba la provincia en ese liempo. La 
frase en ese liempo puede intcrrumpir la proposicion, pero no 
destruye su unidad, lo que sucederia si se concediera la misma 
licencia al sujeto 6 al complemento direclo. 

I. Gontribuye para la uni(icaci«')n y concenlraciôn de la proposicion neolatina, 
la conversion de algunas palabras que en latin son independientes (pronombres, 
negaciôn, verbos auxiliares) en elementos procliticos 6 encliticos. 



OO BULLETIN HISPANIQUE 

En el Poema del Gid, el desenvol vimiento sobre el cual 
estamos hablando lia principiado, pero no ha llegado û su 
termine, y el esludio de la coiocacion del verbo en este monu- 
menlo literario es de particular iiiterés porque hay indicios de 
que existen relaciones entre la constitucion ritmica de la frase 
y el orden de palabras. 

Antes de entrar a hablar de las seis combinaciones que 
arriba estan indicadas, conviene tratar de la coiocacion del 
verbo auxiliar. Sobre este tema, he escrito en los Problemas de 
Sintaxb publicados en los Anales de la Universldad de Chile en 
1907. He probado que hay notable diferencia entre el Poema 
del Gid y las poesfas de Berceo. En el Poema, no es costumbre 
dar al verbo auxiliar el primer lugar en la proposicion. iMien- 
tras tanto, en las poesias de Berceo, son frecuentes las frases 
de la siguiente forma: As lu sacado e/ide pobreza e contienda 
S. Dom. 2/^2 d, Fueron de laies omnes mâchas carias escriplas 
S. Dom. 63 G, Eran li eslas nuehas al dlablo pesadas S. Dom. 
17 d. 

Sobre el hecho mismo, no puede baber discusion. Lo reco- 
nocen Menéndez, Cantar de Mio Gid 1, p. 4 12, y Slaaff, 
Revue de Dialectologie II /|32. 

Muy importantes advertencias relativas al tema Irae Slaalï 
en el lugar indicado. iMe es grato poder decir que convengo 
con él en considerar la régla gramatical como dependiente del 
ritmo y acepto las indicaciones que da sobre la manera como 
se deben ponderar las excepciones. 

Al principio del verso se pospone el auxiliar. Numerosos 
ejemplos comprueban la régla. Hé aqui unos pocos: 

Poblado ha myo Cid el puerlo de A.lucant 1087. 
Atoi},'ado lo han esto los ylfantes de (;arrion afiSS. 
\ enidos son a CasHella aquestos ospedados zaGt). 
Nonbrados son los que yran en el algara ftïift. 
Alto es el poyo, maravilloso e grantSG/}. 
Apres son de Valençia a Ires léguas conladas 1559. 

La misina icgl;i valc para la ccsura: 

Mesnadas de niyo (Ad rrobado an cl canpo lySC. 
Los nioros de las llcrras ganado se an \ algo 1779. 



LA COLOCACION ItEL VERBO EN EL POEMA DEL CID 01 

Passada es la noche, venida es la manana i5:io. 

A tercer dia, dados fueron sin falla ;j23. 

Los avères que tenemos grandes son et sobeianos 254i. 

Pues adellant yran Iras nos, aqui sea la batalla 990 ' . 

El «exordio» (Thurneysen, Zeitschrift XVI, pâg. 289) puede 
ir combinado con una palabra proclitica : 

E dexada a Saragoça et a las tierras duca 1088. 

Que presa es Valençia, que non gela enparan laaS. 

Ca acusado sere de lo que vos he servido 73. 

Quando senoras son sus fijas de Navarra et de Aragon 3728. 

Es dia es passado, et entrada es la noch 2061. 

Luego legaron los sos, ca fecha es el arrancada 609. 

La cofia de rançal que blanca era commo el sol S^gS. 

E vos a el lo gradid, quando vivas somos nos 2861, 

Hé aqui los versos donde los auxiliares ser y arer ocupan el 
primer lugar en uno de los dos hemistiquios : 79, i55, 201, 
3iô, 491, 793, 810, 825, 834, io38, 1074, 1210, i4ii, 1760, 
i84o, 1845, 1903, 1924, 1962, 20^6, 2i38, 2162, 2193, 2454, 
2^71, 2032, 2794 (?), 3oo5, 3ii8, 3275, 3472, 3553. Su numéro 
es reducido en comparacion con los versos que afirman la régla 
y su fuerza disminuye cuando tomamos en cuenta las circuns- 
tancias especiales que a continuacion detallamos. 

Staaff déclara, en la Revue de Dialectologie : « Ces exemples 
paraissent montrer que, du moins lorsque le sujet était un 
pronom sous-entendu, la forme verbale avait assez de poids 
pour pouvoir commencer la phrase. » Efectivamente, en la 
gran mayorîa de los casos irregulares el sujeto esta callado : 

Sed membrados commo lo devedes far 3i5 ^. 
Oyd, Minaya, sodés myo diestro braço 810. 

Es natural que el verbo que va solo tenga mas peso que el 
que se combina con el sujeto. ïambién puede influir la ana- 
logîa, porque el verbo ocupa amenudo el primer lugar cuando 
no se expresa el sujeto. 

1. La posposiciôn del auxiliar es posible también en medio de un hemisliquio; 
pero entooces supone la existencia de una incision secundaria: 

Ayrolo el rrey Alfonsso, de tierra echado lo ha 629. 
Es dia es salido, et la noch entrada es 1699. 
Antes fu minguado, agora rrico so 2^94. 

2. En los l*roblemas de Sintaxis, supongo que se exceptûe el imperativo. 



03 BULLETIN HISPANIQUE 

La forma que le da el senor Staalî û esta régla présenta la 
gran ventaja de que la podemos aplicar, al inismo tiempo, 
a la Grônica General del Hey Alfonso \, sobre la cual digo en 
mis Problemas de Sinlaxis que la ley esta abolida para la 
copula. pero se conserva para los tiempos compuestos del 
verbo. Los ejemplos que alego en favor de esta idea, y otros 
mas que conservo en mis apuntes, prueban que el sujeto esta 
callado en los casos que présentai! el auxiliar al principio de 
la proposiciôn. 

Ademâs, se pueden tomar en cuenla algunas circunstancias 
de importancia secundaria. En frases como Seremos a las bodas 
de los y fautes de Car r ion 2162, Fucro/t en Valeur ia nmy bien 
arreados 2^71, no considero el verbo como auxiliar porque 
envuelve la idea de « estar en alguna parte ». Lo mismo sucede 
en Sean las vislas destas Ires semanas 1962, Sea la lid o manda- 
redes vos 3 '172, donde el verbo se puede interpretar por « tener 
lugar ». 

En otros casos, las causas de la acentuacicjn del auxiliar 
pueden ser de caracter fonético : )'a don Rachelel Vidas, aredes 
me olbidado lôj, Quando lai balalla avemos arrancado 790, Si vo 
alijun dia ris(/uier, scrvos lian doblados i~)\, Fncssede^ my haes - 
Ijed, si vos plocjuiesse^ senor ao^G. Se entiende que una conibi- 
nacion como servos han difîcilmente se puede considerar como 
inacentuada. loutre los versos que arriba cstân indicados, se 
encuentran 2G que contienen formas disilâbicas ô trisilâbicas 
de los auxiliares, y solamente siete veces el auxiliar es mono- 
silâbico (3ir>, Hjo.'i, 192/1, '^i93, 2454, 3ii8, 327Ô). 

llaN très casos cuva explicaci(jn es mas difîcil. En 2'|5'i, tal 
vez convenga escribir moros ha malado en lugar de ha nioros 
malado. VA segundo caso se présenta en 192/1. Parecc (pie abi 
la frase es parjado se pronunciaba con énfasis porque asi lo 
exijen las palabras que precedeh : ^; Commo son las salades 
de AlJ'o/isso r/iyo senor, Si es jxnjadtf o rreribio el don ? Dixo 
Mynaya : Dabna et de coraro/i Es iKojaih), el dauos su amor. 
El lercer caso se lia Ha en 2193: To(bj h) (/iw vos feches es de 
buena ynisa. 

En gênerai y pailicularmcnte con relacion al verso 2193, 



LA COLOCACIÙN DEL VERBO EN EL POEMA DEL CID 53 

se puede decir que la observacion de la régla es mas rigurosa 
en la primera parte del verso que en la segunda. Se puede 
comparar la régla que excluye los casos proclilicos de los 
pronombres del primer lugar de la proposicion. También ésia 
se observa con mas exactitud en la primera parte del verso que 
en la segunda. 

Estos son los puntos principales de la ley que rige con 
relacion al verbo auxiliar. Por mas destalles comparese mi 
artîculo que arriba esta citado y Menéndez, Cantar de Mlo Cid, 
p. 4 12. A continuacion, enlramos a examinar el uso de las 
seis combinaciones que nombra Wundt. 

I. Sujeto, Complemento, Verbo. 

Esta es la combinacion que prevalece en latîn. En la prosa 
moderna, casi no existe. En el Cid, se conserva, peio ya le 
corresponde un papol secundario. 

En la mayori'a de los casos, el sujeto con sus modificativos 
llena el primer hemistiquio y al complemento con el verbo 
le corresponde el segundo : 

-Myo Cid Ruy Diaz por Burgos entrava i."». 

Uios que no^* dio las aimas, conseio nos dara 382. 

Entre los casos restantes, hay algunos en los cuales la pro- 
posicion abarca mas de un solo verso (17Ô8, 1759). Es irre 
gular, por ejemplo, el verso •2'io\ : Myo Cid por sos yeriios 
demanda el no los f allô. 

Raras veces, un solo hemistiquio encierra toda la combi 
nacion : Yo desso nie pago i/|i. La escasez de los ejemplos 
de esta clase indica que la combinacion le agrada al poeta 
particularmente cuando la puede distribuir entre dos clausulas 
ritmicas. 

11. Sujeto, Verbo, Complemento. 

Numéricamente, esta combinacion no sobrepuja notable- 
mente la que acabamos de estudiar. La preponderancia incon- 
trastable que le concède el castellano moderno, no existe 



54 BII.LETIN HlSPANIQl'E 

lodavia en el lenguaje del Poema del Gid. La combinacion 1 
se encuentra de preferencia en las proposiciones que ocupan 
dos clausulas. La combinacitm II se présenta con frecuencia 
en las que estun encerradas en un solo hemistiquio : El uno es 
en parayso, eu el olro non entvo ala 35o, Hyn lo vere con el Çid, 
si Dios me lieva ala iA35, El unojinco con ellos el el olro lorno a 
Albarfanez i497, Eos monles son allos, las rramns puian con las 
nues 2698, etc. Véase el cuadro que signe : 

La combinacion I ocupa i hemistiquio 3o veces. 
La combinacion I ocupa 2 hemistiquios 1C6 veces. 
La combinacion II ocupa i hemistiquio i4i veces. 
La combinacion II ocupa 2 hemistiquios loi veces. 

Asî llegamos a sospechar que la generalizacion de la com- 
binacion II haya principiado por las proposiciones cortas. Sin 
embargo, las proposiciones largas no la rechazan tampoco y 
hay, entre ellas, varias que ritmicamente se dividen en dos 
clausulas. Très veces, el sujelo con sus modifîcativos ocupan 
el primer hemistiquio y el segundo principia por un participio 
combinado con el verbo auxiliar : 

Mesnadas de myo Çid rrobado an el canpo 173G. 
Los inoros de las tierras ganado se an y algo 1779. 
Chicos et grandes vestidos son de colores 1990. 

También los casos complementarios pospuestos son indicios 
de la division ■ : El Campeador dexar las ha en vuestra mano 117, 
Moros e moras lomaronse a quexnr 802, Essora el Campeador 
prisos a la harha .3280. Los ejemplos son numçrosos, pero es 
posible también la anticipacion del pronombre : Très rreyes de 
Arabia te vinieron adorar 336, Pues que laies mal calçados me 
vençieron de halalla io23. Véase StaafF, Romanische For- 
schunçjen XXIII 627. 

Pre-valecen los versos que reservan al sujelo el primer 
hemistiquio, pero se encuentra también la division sujelo y 
verbo -h cornplernrnlo : Aquesle consscio los yjanles de Carrion 
2999, etc. 

I. StaafT, Kom. Forsckungen XXIIi Oxf», dice : «Je regarde ces exemples comme 
une pic'tive de rexisleiico d'une côsure iiilciitionncllc dans les \crs du Cid. » 



LA COLOCAGIÔN DEL VERBO EX EL POEVLV DEL CID 55 

Es de iiso freciiente la forma sajeto, complenien/o, verbo, 
complemenlo. Esta se puede considerar como mezcla de las 
combinaciones I y II : 

Martin Antolinez un colpe dio a Galve 765. 
Fuerças de Marruecos Valençia vienen çercar 2812. 

III. Complemento, Sujeto, Verbo. 

Esta combinacion es de menos uso que las anteriores, pero 
siempre se encuentra con alguna frecuencia Son ejemplos los 
siguientes : 

Alen de Teruel don Rodrigo passava 91 1. 

Esta batalla el Criador la fera 2862. 

Estas apreçiaduras myo Çid presas las ha 325o. 

Por régla gênerai, el complemento ocupa el primer hemi- 
stiquio y el sujeto conel verbo se encuentra en el segundo. Son 
pocos los ejemplos que presentan toda la combinacion en un 
solo hemistiquio : Esta la ni/la dixo ^9, 2608, Estas yo las 
gane 3i5/i, 3 160. 

A veces, se intercala otro complemento y résulta la combi- 
nacion complemento, sujeto, complemento, verbo : 

Sobrel so cavallo Bavieca myo Çid salto dava 2127. 
A las fijas del Çid el moro sus donas dio 2654. 

Otras veces, se agrega un complemento al fin y résulta la 
combinaci()n complemento, sujeto, verbo, complemento : 

A la sierra de Miedes ellos y van posar 4i5. 

Por mis fijas quem dexaron yo non he desonor Si^g. 

Sobre la disminuciôn del uso de esta combinacion en los 
textos posteriores, traen noticias Staafî, Les pronoms abrégés, 
p. lo/i, y Menéndez, Cantar de Mio Cid 1, p. 4oo. 

IV. Complemento, Verbo, Sujeto. 

Esta combinacion es de uso frecuente. Se halla amenudo en 
proposiciones cortas que ocupan un solo hemistiquio : 
« Plazme » dixo el Cid 180, Apriessa cantan los gallos 235, 



56 BUI.LETUN HISPANIQUE 

Xuestra es la ganancia 098, Verdad vos digo yo i335, Miedo a su 
mugier 1660, Vermeio salio el asiil 3687, etc. 

Las proposiciones laigas que ocupan dos hemistiquios 6 
mas, estân en minoria. Se encuentra el verbo alternativamente 
en el primer hemistiquio 6 en el segundo : 

Grande duelo avien las yentes christianas 29. 
Daqueste acorro fablara toda Espana 4-^>3. 
Derccha viene la sena de Minaya 48a. 
Fata Valençia duro ol segudar 1 148. 
Bibdas rremandran fijasdel Campeador aSaS. 
ïaii a grant duelo fablava doua Sol 2796. 

Eslos ejemplos \ olras mas que existen, atestiguan que la 
division complcmento y verbo + siijeto es tan usual como 
complemenlo -\- verho y sujelo y demuestran el carâcter unitario 
de la combinacion. 

Se puede agiegar otro complcmento y résulta entonces la 
combinaci<m complemenlo, verho, sujelo, complemenlo : 

Hya salien les yfantes de Valençia la clara a6ii. 
Linpia salie la sangre sobre los ciclatones 2739. 

También se pucde intercalai- otro complcmento y résulta la 
combinacion complemenlo, verbo, complemenlo, sujelo : 

Grant tue el dia la coït del Campeador a'j7/i- 
Essora se levo en pie el buen rrey Alfonsso 3127. 

V. Verbo, Complemenlo, Sujeto. 

Casi siempre el verbo con el coinplemento ocupan el primer 
liemisli(|uio y al sujelo lo corresponde cl segundo : 

Kxien l(t ver niugieres e varones it». 
Non l'ueroii en cuenla los avères monedados -rj^-j '. 
E son ni vos yernos yfantes de Carrion a '190. 
Atorgado lo han esto los yll'antes de Carrion a583. 
Besaron las manos las (ijas al padre a89'). 

Excepciones casi no existen. A veces, no se sabe con segu 

I. Considero la negacion romo parte intégrante del verbo y tampoco tomo en 
cuenta las coujunciunes. 



LA COLOCACIO>' DEL VERBO EN" Er, POEMA DEL CID 07 

ridad donde esta la cesura (lool, 2177). Una vez tenemos la 
combinacion verho, complemenlo -\- coniplemcnlo, sujelo : 

t Non te viene en mien te en Valençia lo del leon ? 333o. 



VI. Verbo, Sujeto, Complemento. 

Ordinariamente, el verbo con el sujelo ocupan el primer 
hemistiquio y al complemento le corresponde el segundo : 

Fablo myo Cid bien et tan mesurado 7. 
Dixo el Campeador : a mi guisa fablastes 677. 
Gavalgo Minaya el espada en la mano 756. 
Poblado a myo Cid el puerto de Alucant 1087. 

Pocas veces, las très partes de la combinacion se cncuentran 
en un solo hemistiquio : Meçio myo Çid los ombras i3, Dixo el 
rrey al conde i348, Prendol yo los pecados 1700, Scdien los fie les 
de medio 36ii. A veces la proposicion abarca mas de un verso. 
Sucede también que el verbo llena todo el primer hemisti- 
quio (261). 

Las sels combinaciohes que hemos estudiado se dividen en 
dos clases. Son de caracter- unitario las combinaciones 2 y 4. 
Se preslan para la biparlicion las combinaciones i, 3, 5, 6. 

En las frases cortas, el poeta decididamente da la prefe- 
rencia â las combinaciones 2 y /i- Poi" este molivo supongo 
que la trasformacion del orden de palabras que se usa en latin 
debe de haber principiado por las frases de poca extensirjn. 

Puede ser que la posposicion del verbo auxiliar sea la 
primera manifestacion de esta lendencia. Tomando en 
cuenta las observaciones de Staafï podemos decir que la 
régla que excluye el auxiliar del primei- lugar de la pro- 
posicion rige propiamenlc para aquellos casos en los cuales 
se combina con el sujeto. Ahora la frase laudatus esl miles 
es inàs cohérente que est landnlns miles. Ya en el latin 
clâsico, se da la preferencia a laudatus non est 6 también non 
esl laudatus y se évita non laudatus est (Schmalz, Lateinische 
Grammatik, 19 10, p. 6^6) y esto sucede, al parecer, por la 



58 BULLETIN HISPANIQUE 

inisma raz<3n'. Publico esta hipotesis sin pretender que sea 
preferible a la que da Thurneysen, Zeilschrift XVI, p. 3oo. 

En cuanto a la frecuencia del uso de las seis combinaciones, 
puedo dar los siguientes datos. En los versos i-iooo, se emplea 

la combinaciôn I 69 veces 
la combinaciôn II 90 veces 
la combinaciôn III 30 veces 
la combinaciôn IV 86 veces ^ 
la combinaciôn V 6 veces 
la combinaciôn VI l\ô veces 

VII Las Combinaciones binarias. 

Estas no son de interés parlicular para los fines que persigue 
el présente artîculo. Se pueden distinguir cuatro formas fun- 
damenlales : a) sujeto -f vcrho; h) verho -{- sujeto; c) complenienlo 
-f- verho; d) verbo + complenienlo. Véanse los siguientes ejem- 
plos : 

a) Eilos lo temen a5oi. 

b) Sano el rrey Fariz 8/ji. 

c) A Dios vos hacomendamos 2628. 

d) Ensiellan le a Bavieca 1580. 

Guando el verbo liene dos complementos, puede précéder 
el uno y seguir el olro: fin mono prenden las rinelias 2728, 
A Mynaya Alharfanez, nialaron le el cavallo 7/i/i. 

La proposicion puede dividirse en dos clausulas ritmicas: 

Los de Vaiençia çercados nos han 1 1 19. 

Los avères ([ue teneinos grandes son et sobeianos 254 1. 

Los VI dias de pla/o passados los an 3o0. 

A caballeros et a peones fechos los ha rricos 848. 

Comparese lo que dicen Slaafl, Ronmnischc Forscimngen 
XXlll 62/i, y Menéndez, Canlar de Mio Cid I, p. 'joo. 

I. Mlles laudalns est so conserva (vcasc mis fijas vengadas son 37i'i), pcro siipoiic la 
cxislfMicia de iiiia incision y esa se évita entre palabras c>lrcclianionte ligadas como 
non j IditdnUis sum. 

1. Ile conlado en esta calcgon'a el predicado (|ue se lialla al principio de la propo- 
sicion, pcro no lie contado cl participio conibinado coti avcr y srr. 



LA COLOCACIÔN DliL VEKBO EN EL l'OEMA DEL GID Sq 



VIII. Proposiciones encabezadas por el pronombre relativo. 

El pronombre relativo y los adverbios relatives se pueden 
considerar como partes independientes de la proposicion : 

Dios que nos dio las aimas 882. 

Eslos dozientos cavallos qucm enbia mjo Cid 1868. 

Que non soplesse ninguno esta su poridad 680. 

Quando desperto el Cid 4 10. 

Don lo ovo a oio 2016. 

Pero también se puede combinar el relativo n el adverbio 
relativo en calidad de palabra proclitica con una palabra de 
mâs peso: 

Las arobdas que los nioros sacan 658. 
Legaron a Valençia la que myo Cid a conquista lOSo. 
Que myo Cid Ru y Diaz lid campai a vençida 784. 
Quando myo Cid el casliello quiso quitar 85 1. 
Legan a Valençia do el rrey Alfonso estava 1837. 

En casos como que los moros sacan no se puede decir que el 
orden de palabras sea complemento, sujelo, verho, porque esta 
combinacion no se emplea en castellano moderno y, sin em- 
bargo, todavia estan en uso las frases de esa configuraciôn. 

Compârese Spanische Granimaiik § 87, 6. 

Federico HANSSEN. 



DOMINIQUE SOTO 



ET LA 



SCOLASTIQUE PAKISIENNE 

( Suite K) 



XVIII 



Gomment Nicole Oresme a établi la loi du ^mouvement 
uniformément varié. 

TNon seulement Nicole Oresme a devancé Copernic en soute- 
nant contre la Physique péripatéticienne la possibilité du 
mouvement diurne de la Terre; non seulement il a précédé 
Descartes en faisant usage de représentations géométriques 
obtenues à l'aide de coordonnées rectangulaires à deux ou 
à trois dimensions, et en établissant l'équation de l;i ligne 
droite; il a encore fait une découverte que l'on attribue 
communément à Galilée: il a reconnu la loi suivant laquelle 
croît, avec le temps, la longueur parcourue par un mobile 
qu'entraîne un mouvement uniformément varié; c'est cette 
dernière partie de son o'uvrc qui va maintenant retenir notre 
attention. 

L;i seconde partie du Traclalus de di(Jonnilat<' ijanHluluni a 
pour titre : De fujundione el polenllariim sacccs.sivnrnm nni/nr- 
milale cl di/Jonnildle. C'est à l'élude des vitesses que cette partie 
du traité est spécialement consacrée. 

Les principes de Cinématique dont Oresme se réclame ne 
dînèrent pas de ceux qnAlIxirt de Saxe a posés en son Trarlu/ns 

I. Voir Hull. /us//., t. Ml, p. 27.'), S.57 ; l. XIII, p. 1.5;, af)i, 'l'io. 



DOMIIVIQI E SOTO ET LA SCOLASTIQtE PARISIENNE 6l 

proporlio/iuni cl en ses QaœsUoncs ht libvos de Cœlo cl Mundo, 
deux ouvrages qui, sûrement, furent à peu près contemporains 
du Traclatus de difforniilalc qaaidalam, soit qu'ils l'eussent 
précédé, soit qu'ils l'eussent suivi. 

Après VValter Burlev, et presque exactement dans les termes 
qu'a employés Albert de Saxe, Oresme nous apprend ' que le 
mouvement a deux sortes d'extensions, dont l'une dépend de 
la distribution de la vitesse aux divers points du sujet, c'est à- 
dire du mobile, et l'autre du changement de la vitesse au 
cours du temps. Gomme Albert de Saxe, il voudrait que les 
épithètes : uniforme, difforme, servissent exclusivement à 
caractériser la distribution qu'affecte la vitesse au sein du 
sujet, tandis que les qualificatifs : régulier, irrégulier, indi- 
queraient de quelle manière les valeurs de la vitesse se 
succèdent dans le temps. Mais il observe qu'il est d'usage 
d'employer les mots uniforme et difforme même pour dési- 
gner la régularité et l'irrégularité dans le temps, et il déclare 
qu'il se conformera à cet usage. 

Notre auteur se demande ensuite ^ de quelle manière on 
doit, en chaque espèce de mouvement, définir la grandeur de 
la vitesse; la vitesse du mouvement local, la vitesse angulaire 
de rotation, la vitesse de descente, la vitesse de dilatation ou de 
contraction, la vitesse d'altération sont successivement consi- 
dérées et déterminées exactement comme elles le sont au 
Traclalus proporlionum d'Albert de Saxe ; ici et là, les mêmes 
pensées se trouvent proposées, et éclaircies au moyen des 
mêmes exemples. 

Sans nous attarder à reproduire des considérations qui nous 
sont déjà connues, indiquons seulement une précision intro- 
duite par Oresme en la définition de la vitesse du mouvement 
local. 

Il dit d'abord 3, comme Albert de Saxe : « Dans le mouve- 
ment local, un degré de mouvement (inotas) ou de vitesse (velo- 
citas) est d'autant plus grand on plus intense que le mobile 

I. Oresme, Op. tout/., Pars 11, cap. I : Do diffonnilale motus. Ms. cit., loi. aott r". 
■1. Oresme, Op. laud., Pars II, cap. Hl : De quantilate velocitatis; cap. IV: De 
divcrsis modis velocitatis. Ms. cit., loi. 287 r° et fol. 288 r°. 
3. Oresme, Op. laud., Pars 11, cap. III. Ms. cit., fol. 287 r°. 

Bull. Iiispan. 5 



62 BULLETIN HISPAMQIE 

parcourt un plus grand espace ou une plus grande dislance 
en un temps égal. » Mais celte définition devient insulFisanle 
pour déterminer ce que l'on doit appeler vitesse à chaque 
iiistariL en un mouvement dont la vitesse change d'un instant 
à laulre; il convient alors de la compléter en ajoutant ce 
membre de phrase : En supposant que, pendant tout ce 
temps, le mobile continue à se mouvoir avec la vitesse qu'il 
avait à cet instant. Cette addition, notre auteur ne la formule 
pas en général; mais elle est bien dans sa pensée, et il lui 
arrive de l'expliciter : « Le degré de la vitesse de descente, » 
dit-il' « est d'autant plus grand qu'en un temps égal, le sujet 
mobile descend davantage ou qu'il descendrait davantage 
si le niouveineul coiili/iuait si/npletnenl (magls descendu vcl des- 
cenderet si cunliniiarelar simplicilcr). » 

Ce qu'Oresme ajoute à la Cinématique d'Albert de Saxe, c'est 
l'emploi des coordonnées. Comment les coordonnées rectan- 
gulaires devront être emplo\ées en une telle étude, il le dit 
avec son habituelle clarté, au début de la seconde partie de 
son traité^ : 

« On peut imaginer les deux extensions à la façon de deux 
droites qui se couperaient orthogonalement, en sorte que 
l'extension relative au sujet serait appelée latitude; l'intensité 
du mouvement pourrait alors être nommée altitude en un 
point (alliludo localis) du mouvement (moins) ou de la vitesse 
(velociins). 

» Mais selon ce qui a été dit au troisième chapitre de la pre- 
mière partie, la vitesse considérée dans le temps est commu- 
nément appelée latitude; alors chacune des deux extensions, 
lorsqu'on la comparera avec l'intensité, pourra être nommée 
longitude; ainsi, la vitesse aura une double longitude comme 
elle a une double extension, 

» En chacune de ces deux extensions, l'intensité de la vitesse 
pourra varier selon des modes multiples; comme la difformité 
naît do ce (jue l'intensité peut se distribuer de manière variée 
suivant l'extension, il en résulte que le mouvement ou vitesse 

I. Orcsinc, Op. Innd., Pars II, cap. IV. Ms. cit., fol. ^87 \°. 

a. Oresrne, Op. laud., l'ars II, cap. 1 : De diirormilatc motus. Ms. cit., fol. j'iù r*. 



DOMINIQUE SOTO ET LA SCOLASTIQUE PARISIENNE 63 

peut présenter deux sortes de ditïbrmités et aussi deux sortes 
d'uniformités. » 

Il est clair, dès lors, qu'à chacune des deux sortes de 
diftbrmités dont la vitesse est susceptible, on pourra appliquer' 
toutes les dénominations, tous les procédés de classification 
dont on a usé, d'une manière générale, pour des intensités 
quelconques; aussi bien par rapport à la durée que par rapport 
à l'extension, la vitesse pourra être uniformément diflbrme 
ou dilïormémenl difforme; elle pourra commencer ou non au 
degré nul. 

En une qualité quelconque, aussi bien qu'en un mouve- 
ment, Oresme ne se borne pas à considérer l'extension, figurée 
par la longitude, et l'intensité, figurée par la latitude; il étudie, 
en outre, ce qu'il nomme la quantité totale (qiiaiitUds tolalis)' 
ou la mesure (nieiisuraj. Cette mesure est l'un des principaux 
sujets de la troisième partie du traité, partie qui a pour titre : 
De acqaisUlone et niensura qaalilatis cl velocUalis. 

« D'une manière universelle, » dit Oresme 3, « la mesure ou 
le rapport de deux qualités, ou bien encore de deux vitesses, 
est égal au rapport des deux figures, comparables entre elles 
(ad invicem comparalœ), par lesquelles elles sont représentées. 
Je dis : comparables entre elles, à cause d'une remarque qui 
a été faite au chapitre septième de la première partie. » Cette 
remarque, que nous avons analysée en son temps, nous 
montre ce qu'Oresme entend par figures comparables; ce sont 
des figures où des intensités égales d'une qualité de même 
espèce sont représentées par une même longueur. 

Le contexte se charge également de nous apprendre ce que 
l'on doit entendre par rapport de deux figures ; c'est le rapport 
des aires de ces deux figures si elles sont planes, de leurs 
volumes si elles sont solides. 

De la définition qui. vient d'être donnée, se tire immédia- 
tement le corollaire suivant : Les mesures de deux qualités 

1. Oresme, Op laud., Pars II, cap. VI : De di(rorinitate velocilatis per partes quan- 
titativas. Ms. oit , fol. 208 v°. 

2. Oresme, Op. laïuL, Pars 11, cap. 111 : De quanlitate ^elocitalis. Ms. cit., loi. 337 r". 

3. Oresme, Op. laud , Pars III, cap. V: De merisura qualilatum uniformarum et 
velocitalum. Ms. cit., fol. 261 r°. 



(^!x m Ml, UN HISPAMQIK 

uniformes ont pour rapport le produit du rapport des exten- 
sions par le rapport des intensités. « En la susdite mesure, il 
faut toujours prendre Textension totale de la qualité, que cette 
qualité soit linéaire, superficielle ou même corporelle. Il en 
faut dire autant de la mesure de la vitesse, si ce n est que, 
par extension, il faut alors entendre le temps pendant 
lequel dure cette vitesse, et |)ar intensité, le degré de vitesse... 
Par exemple, une vitesse uniforme qui dure pendant trois 
jours est égale à une vitesse trois fois plus intense qui dure 
pendant un seul jour. » 

En ce cas où la vitesse est uniforme, la mesure ou quantité 
de la vitesse, telle qu'Oresme vient de la définir, se confond 
évidemment avec la longueur que le point mobile a parcourue 
pendant le temps qui remplace ici l'extension. La vérité de 
la même proposition se manifeste non moins clairement à 
notre auteur en d'autres cas où le mouvement, sans être uni- 
forme, est une succession de mouvements uniformes. C'est 
ce qui a lieu dans un problème qu'il résout par une démons- 
tration géométrique fort élégante '. 

Prenons la longitude d'une ligure ({ui représente une (jualité 
linéaire et, selon le langage usité au Moyen -Age, divisons -la 
en iKirlics propnvIioaneUps. Pour cela, nous la partageons 
d'abord en deux moitiés, la seconde moitié est ensuite tlivisée 
en deux quarts, le dernier (juart en deux huitièmes et ainsi 
de suite. La longitude .se trouve formée d'une suite de seg- 
ments mis bout à bout, et les longueurs de ces segments 
forment une progiession géométri(jue de raison 7 Ce sont les 
parlies projjorlioiuielles de la longitude. 

On suppose que la première partie proportionnelle est 
alTectée par une qualité uniforme d'une certaine intensité; (jue 
la seconde partie proportionnelle est alï'ectée d'une (jualité 
uniforme de même espèce et d'intensité double; que la troi- 
sième est alï'ectée dune qualité uniforme trois lois plus intense 
(pic la première, etc. Les intensités des qualités uniformes (pii 



I. Orcsnic, Oj). Inud., Pars Ml, cap.N I ; Adlnic ilc ««xlciii. Ms. cit., fol. jtU v". 
■j. Oresmc, Oii.laml., Pars III, cap. VIII : De rrmiisiira cl oxlcnsiotu! in inlitiiliiri) 
iiuaruiidam (|ualilaliiiii. Ms. cil., loi. j^Và v" et fol. a(')3 r». 



DOMINIQUE SOTO ET I.A SCOLASTIQIE PARISIENNE 65 

alleclent les parties proportionnelles successives sont entre 
elles comme les divers nombres entiers. 

La figure représentative est formée par une suite de rectan- 
gles de plus en plus étroits et de plus en plus élevés. Bien que 
les hauteurs de ces rectangles croissent au delà de toute limite, 
la somme de leurs aires demeure limitée; elle est quadruple 
de l'aire du premier de ces rectangles. 

Oresme applique aussitôt ce théorème au cas où la qualité 
est remplacée par une vitesse: c Si un certain temps avait été 
ainsi divisé en parties proportionnelles ; qu'en la première 
partie de ce temps, un certain mobile se miit avec une certaine 
vitesse; qu'en la seconde, il se mût deux fois plus vite, en la 
troisième trois fois plus vite, et ainsi de suite, la vitesse 
croissant toujours de môme, cette vitesse serait exactement 
quadruple de la hauteur de la première partie; en sorte qu'en 
l'heure entière, ce mobile parcourrait un chemin quadruple 
exactement de celui qu'il a parcouru en la première partie 
proportionnelle, c'est-à-dire en la première demi-heure; si, 
par exemple, en cette première partie proportionnelle, il a 
parcouru une longueur d'un pied, pendant le reste du temps, 
il parcourra trois pieds, et pendant la durée tout entière, il 
parcourra quatre pieds. » 

En ce cas, la définition qu'Oresme donnait de l'intensité de 
la vitesse suffisait à lui prouver que l'aire de la figure repré- 
sentative mesurait la longueur décrite par le point mobile. 
Savait-il qu'il en est de même en général? Pour qu'il le pût 
démontrer, il eût fallu qu'il possédât une définition précise de 
la vitesse instantanée, qu'il eût acquis les notions de dérivée 
et d'intégrale. Assurément, une telle démonstration passait de 
beaucoup les moyens que lui fournissait sa connaissance très 
rudimentaire des Mathématiques. Mais incapable de démontrer 
une telle proposition, en avait-il intuitivement reconnu la 
vérité? Nous ne trouvons, en son traité, aucune phrase qui 
l'affirme explicitement. 11 semble, toutefois, que ce silence 
résulte non pas d'un doute où l'auteur serait demeuré, mais 
bien d'une parfaite assurance en l'exactitude de la proposition 
qu'il sous-entend. 11 ne dit pas que l'aire de la figure représen- 



66 BULLETIN HISPAMQIE 

tative mesure, eu toutes circonstances, le chemin parcouru par 
le mobile parce qu'il pense que cela va de soi. Nous trouverons, 
d'ailleurs, dans un instant, un passage qui suppose clairement 
cette interprétation. Nous verrons, aussi, que beaucoup des 
disciples d'Oresme et de ses commentateurs ont interprété de 
la sorte la pensée du maître, et sans songer même que l'on pût 
l'interpréter autrement. 

Il importail que cette interprétation fùl signalée, car elle 
donne toute sa valeur au passage que nous allons maintenant 
traduire' : 

« Toute qualité uniformément diflorme a même quantité que 
si elle informait uniformément le même sujet selon le degré 
du point milieu ^Omnis qiialUns, si fneril iiniforniiler dijjormis, 
secnndiim gradum piincti medii ipsa est lanta quanta <jaalilas 
ejusdem subjecti). En disant: selon le degré du point milieu, je 
sous-entends : si la qualité est linéaire; si elle est superficielle, 

il faudra dire: selon le degré de la ligne moyenne 

1) Nous démontrerons cette proposition pour une qualité 
linéaire. 

» Soit donc une qualité qui puisse être représentée par un 
triangle ABC (fiy. 1); c'est une qualité uniformément difforme 
qui, au point B, se termine au degré nul; soit D le point 
milieu de la ligne qui représente le sujet (suhjectiva linea); 
le degré ou l'intensité qui alï'ecte ce point est figuré par la 
ligne DE. La qualité qui aurait partout le degré ainsi désigné 

est représon table par le quadri- 
latère \b'(iB, ainsi qu'il résulte 
du chapitre \ de la première 
partie. Mais par la XXVI'' propo- 
sition du premier livre d'Euclide, 
les deux triangles EEG et E(jB 
sont égaux. Le triangle qui repré- 
sente la qualité uniformément dilTorme et le (piadrilalère AFG B 
qui représente la qualité uniforme scion le degré du point 
moyen sont donc égaux entre eux; les deux qualités qui sont 



\^ 




I. Oresme, dp. laiid., Pars III, cap \ Il : Df nionsura <iii;ilitatiim et vciocilatnm 
dilTorriiarum. Vis. cit., fol. aCa r* cl v". 



nOMTXTQrE SOTO ET LA SCOLASTIQUE PARISIENNE 67 

imaginables lune par le triangle et l'autre par le quadrilatère 
sont aussi égales entre elles ; et c'est ce qu'on se proposait de 
démontrer. 

» On raisonne de la même manière au sujet d'une qualité 
uniformément dilforme qui, de part et d'autre, se termine à 
un certain degré 

» Au sujet de la vitesse, on peut dire exactement la même 
chose que d'une qualité linéaire, seulement, au lieu de dire: 
point milieu, il faut dire: instant milieu du temps pendant 
lequel dure cette vitesse. 

» Il est donc évident qu'une qualité ou une vitesse unifor- 
mément difforme quelconque se trouve égalée à une qualité ou 
à une vitesse uniforme. » 

Si, comme nous le pensons, la quantité ou mesure d'une 
vitesse s'identifie, dans l'esprit d'Oresme, avec l'espace linéaire 
que le point mobile parcourt, le résultat auquel notre auteur 
vient d'atteindre est singulièrement grave ; il peut, en effet, se 
formuler ainsi : Lorsqu'un mobile se meut, pendant un certain 
temps, d'un mouvement uniformément varié, le chemin qu'il 
parcourt est égal à celui qu'il parcourrait en un mouvement 
uniforme, de même durée, dont la vitesse serait égale à celle 
qui est prise en l'instant moyen du premier mouvement. 

Que ce soit bien là la proposition qu'Oresme entendait, nous 
en aurons l'assurance par la lecture de l'un des problèmes que 
traite notre auteur. 

Comme il l'a fait en un précédent problème, Oresme prend' 
une certaine longitude qu'il divise en parties proportionnelles 
de raison -^ ; mais, en chacune de ces parties proportion- 
nelles, il ne suppose plus que la longitude soit uniforme; 
il la suppose seulement uniforme dans les parties de rang 
impair et uniformément difibrme dans les parties de rang pair. 
H admet donc qu'en la première partie, la longitude garde 
uniformément un certain degré; qu'en la seconde, elle croisse 
uniformément de ce degré au degré double: qu'en la troisième, 
elle garde uniformément ce degré double; qu'en la quatrième, 

i. Oresme, Op. laud.. Pars III, rap. \ : Ouocldam aliud exemplum. Ms. cit., 
fol. 2 6i r" et v°. 



68 BULLETIN HISPANIQUE 

elle croisse uniformément de ce degré double au degré qua- 
druple, et ainsi de suite. Il énonce alors ce théorème : La 
mesure totale de la qualité est dans le rapport ^ ^ '^ mesure 
de la qualité qui afïecte la première partie. Pour démontrer ce 
théorème, il se sert, bien entendu, de la règle qu'il a posée au 
sujet de la mesure d'une qualité uniformément difforme. 

Une fois ce théorème démontré, Oresme ajoute : u On peut 
prouver une proposition semblable au sujet de la vitesse, et 
l'appliquer à la vitesse comme on l'a fait au chapitre pré- 
cédent. » Or, au neuvième chapitre, Oresme avait appliqué 
à la vitesse le théorème qu'il avait démontré, et cette appli- 
cation supposait essentiellement que la mesiin' de la vitesse 
pendant un temps donné fût l'espace qu'elle fait parcourir au 
mobile pendant ce temps. Il est donc clair qu'il admet la 
même supposition en son deuxième chapitre, qu'il l'admet 
aussi en la règle de laquelle dépend la solution que ce chapitre 
expose. Il entend que l'espace parcouru en un mouvement 
uniformément varié soit égal à celui qui serait parcoum en 
un mouvement uniforme de même durée, ayant pour vitesse 
la vitesse qu'atteint le premier à son instant moyen. 

Or, celte loi est celle dont on a coutume de faire l'un des 
titres de gloire de Galilée. 

Comment Oresme a-t-il été amené à concevoii" cette féconde 
pensée? On peut, je crois, le deviner. 

Il lui arrive d'insister sur cette idée que la vitesse a deux sortes 
d'extensions, l'extension selon le sujet et l'extension selon la 
durée; que chacune de ces deux extensions peut olre traitée de 
la même manière que l'autre: (piil y a, j)ar exemple, des 
vitesses uniformes, uniformément dillormes selon le sujet, 
comme il y a des vitesses uruformcs. uniformément dilTormcs 
dans le temps. 

Or, veut il donner un exemple de vitesse uniformément 
(lilVoriiic par- rapport au sujet, et (tOTuniciicaiit an de^té nul. 
il cite la \itessc d'un riiNoii (pii toninc autour du centre du 
cercle. 

I. Oresme, Op. laud., Pars II, cap. Vil: De i|iiu(laiii JifTerentia iiiter inotum 
localem et alteratioiiern. Vis. rit., fnl. 289 r". 



DOMINIQUE SOTO KT LA SCOLASTIQUE PARISIEiSNE Og 

C'est de cette vitesse que traitait le petit écrit : De proporlione 
motimm et magnlladinum dont le texte était déjà connu au 
\in^ siècle. L'auteur anonyme de ce traité montrait qu'un rayon 
ou une portion de rayon qui tourne autour du centre du 
cercle balaye un espace égal à celui que cette même ligne 
balayerait en une translation qui aurait pour vitesse la vitesse 
de son point moyen ; la démonstration qu'il donnait, fort 
analogue à celle que nous venons de trouver sous la plume 
d'Oresme, le conduisait à regarder la vitesse du rayon, variable 
d'un point à l'autre, comme équivalente à la vitesse du point 
moyen; en résumé, il formulait, pour la vitesse uniformément 
diftorme par rapport au sujet, la règle qu'Oresme devait for- 
muler pour la vitesse uniformément difforme par rapport 
au temps. 

Très certainement connu de Bradwardine, très probablement 
connu d'Albert de Saxe, le traité De proporlione moiuum el 
magnUadinum ne fut, sans doute, pas ignoré d'Oresme ; lors 
même que ce livre ne lui fût pas venu entre les mains, 
les idées qu'il contenait, résumées dans les Traclatas propor- 
lionum de Bradwardine et d'Albert de Saxe, étaient assuré- 
ment courantes à Paris au temps où le traité De difformilaU' 
qiinlilalum fut rédigé. Directement ou indirectement, donc, le 
petit écrit De proporlione nioluuni el magniludinuni a pu inspirer 
au grand maître du Collège de Navarre la règle que nous lui 
avons entendu formuler et que, désormais, nous nommerons 
Règle d'Oresme. Par ce nom, d'ailleurs, nous n'entendons pas 
affirmer qu'Oresme ait eu, le premier, connaissance de cette 
règle ; ce que nous dirons au paragraphe XXIII montrera 
que cette affirmation ne serait nullement assurée. 

En i368, Albert de Saxe rédigeait ses Qusesiiones in libros de 
Caelo el Miindo; en iSyi, Nicole Oresme regardait déjà comme 
ancien son traité De difforndlale qualitatum. Avant l'an i.'îyo, 
donc, deux grandes vérités avaient été Tune entrevue, l'autre 
découverte; on avait émis l'hypothèse que la chute des graves 
était un mouvement uniformément accéléré; on avait formulé 
la loi qui, en un tel mouvement, lie l'espace parcouru au 
temps employé à le parcourir. 11 suffisait de donner la pre- 



70 BULLETIN HISPAMQIE 

mière proposition comme assurée et de la comparer à la 
'seconde pour que les deux lois essentielles de la chute des 
corps se trouvassent formulées. Le fruit, semble-t-il, était 
mûr; le plus léger attouchement allait suffire à le détacher. 

Or, en dépit de cette prévision, plus dun siècle et demi 
va s'écouler avant que ce fruit soit cueilli ; c'est seulement 
dans les écrits de Dominique Soto que la supposition d'Albert 
de Saxe d'une part, que la découverte dOresme d'autre part, 
se compléteront en se rejoignant; jusqu'au jour oii elles seront 
réunies par le savant dominicain, ces deux idées vont se 
transmettre d'âge en âge et d'école en école, mais en demeurant 
séparées l'une de l'autre. Ce sont les péripéties diverses par 
lesquelles cette longue tradition s'est maintenue qu'il nous 
faut maintenant retracer. 



XIX 



L'influence de Nicole Oresaie a l'Université de Paris. — 
Le traité De latitudinibus formarum. Albert de Saxe. 
Marsile d'Inghen. 

Le texte manuscrit que nous avons étudié aux deux paragra- 
phes précédents porte en titre: Trarfalusdefiguralionepolenliarum 
el ntensiirarum dijforinituium. Mais une main, moins ancienne 
que celle du copiste, lui a attribué cet autre titre : De hililudi- 
nibus Jovmavnm ah Oresmr. 

Ce dernier litre est celui d'un autre ouvrage, dont Maximi- 
lian Gurtze a retrouvé un texte, datant probablement de la tin 
du XIV' siècle, en un manuscrit de la bibliothèque du Gymnase 
Royal de Thorii '. 

Cet écrit a été imprimé, à plusieurs reprises, à la fin du 
XV' siècle et nu commencement du xvi*" siècle 2. 

I. Maxiiiiilian Ciirl/o, I cher die llamlxrhrift U. '/*. 1'. l'nililnnalum lAuUdis exftli- 
calio der koniijl. fiymnaaiiiUiililiiilliek :n Tliorn (Zeitschrift fiir Mulhviuiiltk nnd l'Ityaili, 
Xlll"' .lalirgan^c, iHOS. Snpplt'menl, p|). ()s-i)7). 

a. I* Inrifiit ftrrulilts trartatiix île Idliliidinihiis formarum secundum lieverendum 
doctorem mmjistnim Mcliolaeum llore.n. Die deciiua laiiuaiij — (au fol. ii r») 



DOMINIQUE SOTO ET LA SCOLASTIQtE PARISIENNE 7I 

L'édition de i5o5 semble attribuer ce traité à Oresme lui- 
même ; mais l'édition de 1^86 se borne à dire qu'il est composé 
secundum Nicholaum Horen, et l'édition de i5i5 marque, plus 
explicitement, qu'il a été écrit secundum doclrinam Mngisiri 
Nicolai Horem. Il est certain, en effet, que nous n'y trouvons 
pas un ouvrage original du grand maître du Collège de 
Navarre, mais bien un résumé, composé par quelque disciple, 
du traité De difformiiate qualilalum. 

Réduit presque exclusivement à des définitions et à des 
énoncés de propositions qu'aucun raisonnement n'accom- 
pagne, ce sec compendium ne donne qu'une bien pauvre idée 
de l'œuvre qui l'a inspiré; telle est cependant la puissance 
de cette œuvre qu'on en peut encore deviner quelque chose 
en la médiocre imitation qu'en donne le traité De lalUudinihus 
formarum; Maximilian Curtze et M. Maurice Cantor' qui n'ont 
connu la pensée d'Oresme que par le petit écrit de son disciple, 
n'ont pas hésité, cependant, à regarder le futur évêque de 
Lisieux comme le précurseur de Descartes. 

Traclat\is de lalîtudinibus formarum a venerabili doctore magistro Nicolao horen 
editus fuit foeliciter. Impressus ac diligenti cura eraendatus padiie per magisirum 
Matheum cerdonis de vuindisgrech. Anno domini ii80. Die vero i8 mensis Februarij. 
— (au fol. 12 r°) [ncipiunt questiones super trac ta tu de laliludinibus formarum determi- 
nate per venerandum doctorem magisirum blasium de parma de pelicanis. — (fol. 19, r°) 
Expliciunt questiones super tractatum de latitudinibus formarum magistri 
lohannis (sic) Horen determinate per venerandum doctorem artiuni : magisirum 
Blasium de parma de pelicanis. Impressum Padue Die: mense et anno supradictis. 
In laude dei summi. 

2° Questio de modalihus Bassani Politi. -- Tractatus proportionum iiitroductorius ad 
calculationes Suisel. — Tractatus proportionum Thiime Braduardini.— Tractatus propor- 
tionum Nicholai Horen. — Tractatus de latitudinibus formarum ejusdem Nicholai. — Trac- 
tatus de latitudinibus formarum Blasii de Parma. — Auctorsex inconvenientibu's. — Questio 
sublilis doctoris Johannis de Casali de velocitate motus alterationis. — Questio Blasii de 
Parma de lacla corporum durorum. Colophon : Venetiis mandalo et sumptibus 
heredum quondam nobilis Viri D. Oclaviani scoti Civis Modoetiensis per Bonetum 
locatellum bergomensem presbyterum Kal. Seplembris i5o5. 

3° Contenta in hoc libello. Arilhmelica commuais. — Proportiones brèves. — De latitu- 
dinibus formarum. — Algorithmus M. Georgii Peurbachii in integris. ■— Algorithmus 
Magistri Joanis de Gmunden d/'. minuciis p/j/sjci.s. Colophon : Impressum Viennie per 
Joannem Singrenium Expensis vero Leonardi et Luca' Alantse fratrum .Anno 
domini MGCCGCW. Decimonono die Maii. 

Dans le corps du volume, les trois premiers traités sont ainsi intitulés: 

Incipit Arilhmelica commuais ex divi Severini Boetii Arithmetica per M. .loannem de 
mûris compendiose excerpla. 

Tractatus brevis proportionum : abbraviatus e.v libro de Proportionibus D. Thome 
Braguardiiii Anglici. 

Tractatus de latitudinibus formarum secundum doclrinam magistri Nicolai Horem. 
I. Moritz Gatitor, Vorlesungen i'iber die (ieschichte der Mathematik. Bd. 11, von 1200- 
1GC8, 2" Au 11., Leipzig, 1900 ; pp. 1 29- 13 1 . 



-ja RILLETIN HISP.WfQUE 

Ils neussenl pu, en loul cas, le saluer du litrede précurseurde 
Galilée; la proposition que nous avons convenu d'appeler règf/e 
cVOresme est passée sous silence au traité De laliludinibas forma- 
riini; nous n'y trouvons qu'une indication rapide sur la propor- 
tionnalité entre les qua/ilités de deux qualités de même espèce 
et les aires des figures qui représentent ces qualités : « Eadem 
est proporlio formœ adjormam qiue est Jigurœ adjujurinn. » 

Qu'un semblable manuel ait été rédigé, et cela, semble t-il, 
avant lu fin du xiv*" siècle, c'est, pour nous, la preuve manifeste 
que les métliodes d'Oresme, que l'emploi de la latitude et de 
la longitude, c'est-à-dire des coordonnées rectangulaires, pour 
figurer les variation^ des diverses propriétés mesurables se 
sont très vite répandus dans les écoles, du moins à Paris. 

De cette rapide ditVusion des doctrines proposées par le 
grand maître du Collège de Navarre, nous allons trouver deux 
témoins contemporains : Albert de Saxe et Marsile d'inghen. 

En l'une de ses (Jneslions sur la P/iysùjue, Albert de Saxe 
écrit ce qui suit' : 

(( Soit une ligne sur laquelle on décrive un demi-cercle. 
Supposons que chaque point marqué sur cette ligne soit blanc, 
et que les blancbeurs de deux quelconques de ces points soient 
entre elles comme les lignes menées de ces j)oints à la cir 
conférence; la dilVormité de cette blancbeur sera semblable au 
demi-cercle; ce demi-cercle, décrit sur la ligne [qu'afl'ecte celte 
blancheur], définit causal le rayon qui peut représenter 
l'intensité de la blancheur au point milieu de cette ligne. » 

Il est clair qu'Albert de Saxe em|)loie ici les coordonnées 
rectangulaires selon les principes posés par Oresme; la der- 
nière phrase s'inspire visiblement de cette pensée sur laquelle 
le grand maître du Collège de Navarre avait insisté : Une 
qu.ilité. figurée par un demi-cercle lorsque l'on choisit d'une 
cerlaine manière la longueui' <pii doit représenter l'unité 
(I inlensih'' de la (pialilé\ cessera d'rlre figurée de la sorte si 
Ton change (•cWc longueur". 



I. /Icij^iStV/iff 0(//'.s'/ii)«cs .s'ii/«7 //7/r((.s (/f /'/ly.sirri «u.sTiW/(j/io;if iib Allu'tio de Saxonia 
édite... Venetiis <iiim|itilius liPrcilnrii q. I). Oclaviani Senti Mmliiftieiisis: at Sociorum. 
2 1 Aiigiisti I ji(J. Lilj. \ II, qini'?^l. VI, fol. 7.'|, col. <i. 



OOMIMQLE SOTO El L\ SCOL.VSTIQLE PARISIENNE 78 

L'ouvrage imprimé où l'on a réuni' les écrits de Gilles de 
Rome, d'Albert de Saxe et de Marsile d'inghen sur le De gene- 
ratione et corruiiUone se termine par une table des questions 
traitées par ces divers auteurs; cette table porte la date 
suivante : io85, die i3 [prilis; cette date est évidemment celle 
du manuscrit que l'imprimeur a reproduit. 

Donc, avant l'an 1082, 011 la mort ravit l'évèquc de Lisieux, 
ou, au plus tard, dans le temps qui suivit immédiatement cette 
mort, Marsile d'inghen avait rédigé ses Quœslioncs in Ubros de 
generatione el corruplione. Or, en ces Questions, il est fait de la 
longitude et de la latitude un emploi qui est imité de Mcolc 
Oresme. 

Indiquons en deux mots la théorie au sujet de laquelle cet 
emploi se trouve être fait. 

Cette théorie, assez singulière, avait été imaginée par Jean 
Buridan ', 

Concevons un certain sujet inégalement chaud en ses divers 
points. Buridan supposait que chaque point était à la fois 
chaud et froid, que l'intensité du froid en un point, ajoutée 
à l'intensité de la chaleur au même point, donnait partout la 
iTième somme, que notre auteur désignait comme étant le 
gradiis sununas raloris. 

Cette opinion qu'il n'eùl pas fallu modifier beaucoup pour 
la transformer en celle-ci : L'intensité du froid n'est que 
l'intensité de la chaleur changée de signe, cette opinion, disons- 
nous, attira vivement l'attention des scolastiques de Paris. 

Albert de Saxe expose-^ avec soin cette opinion et, aussitôt 
après, l'opinion contraire, selon laquelle, aux divers points 

1. Egidius cum marsilio el alberlo de generatione. Commentaria Jidelissimi expasi- 
loris D. Egidii Romani in libros de generatione el corruidiune Aristotelis ciun texlu 
inlercluso singulis locis. — Questiuncs item subtilissime ciusdein docluris super primo Uliro 
de generatione : niinc quidem printum in puhlicum prodeuntes. — Questioiies quoquc claris- 
siini docloris Marsilii Inguem in prefatos libros de generatione. — Item questiones suhti- 
lissitne magistri Alljcrii de saxonia in eosdem libros de gène, nusguam alias inipresse. — 
Omnia aciuralissinie revisa : algue castigata : ac guantum ars enili poluit Fideliter impressa. 
Colophon : linpressum venetiis inandalo cl cx.pcnsis Nobilis viri Liiceanloiiii de 
giunta llorcnlini. Anno domini i5i8. die 12 meiisis Februarii. 

2. Magistri Joannis Buridam Quœstiones super octo Physicorum libros; lil). III. 
qu;pst. III. 

3. Alberli de Saxonia tjiuivstiones in libros Pliysicoruni ; li|j. V, quirsl. I\ ; éd. cit., 
fol. (J2, coll. a et b. 



•j4 BULLETIN HISPANIQUE 

d'un sujet inégalement chaud, existent seulement des chaleurs 
inégalement intenses, sans aucun mélange de froid; puis il 
ajoute, en manière de conclusion : « Je crois que celte seconde 
opinion est plus exacte, mais la première est plus répandue. » 

Entre ces deux opinions, Oresme ne veut pas discuter où se 
trouve la doctrine véritable'; il se propose seulement de 
montrer comment sa méthode permet de représenter géomé- 
triquement la théorie de Buridan, 

Il suppose que le sujet échauffé se réduise à une ligne droite. 
En chaque point de cette droite, il élève une latitude propor- 
tionnelle à l'intensité de chaleur en ce point; il prolonge celte 
droite d'une longueur proportionnelle à l'intensité de froid 
au même point; la latitude totale ainsi obtenue a, en tout 
point, la même longueur. On se trouve ainsi avoir dressé, sur 
la longitude qui représente l'extension, une figure rectan- 
gulaire; une ligne divise ce rectangle en deux parties qui 
représentent respectivement les deux qualités contraires 
associées lune à l'autre au sein du sujet. 

« Cette opinion, » dit Marsile d'inghen % « m'apparait proba- 
ble ; je ne sais si cela vient de ce que je me suis pris de passion 
pour l'opinion de mon Maître Jean Buridan, qui l'a proposée.» 
C'est au moyen de la représentation géométrique imaginée 
par Oresme que Marsile expose la théorie qui lui j)laîl si fort-^. 

Marsile d'inghen ne se contente pas de faire usage des 
coordonnées rectangulaires, de la longitude et de la latitude; 
il connaît également et emploie la règle d'Oresme ; il la cilc 
comme une vérité incontestée, d'usage courant, que l'on 
invoque à litre d'argument pour ou contre une proposition 
soumise à la discussion. C'est ainsi (|ue cette règle se trouve 
rappelée '' en une question sur le De (jeiicralione cl rorniplinne; 
(( S'il n'en était pas ainsi, » lisons nous en une argumentation, 

[ . Maf,M8lri Nirliolai Orcsmf Tractalus de difforinilalc qnnlHalitm ; Pars I, CHp. \ l\ : 
l)e ligiiralionc coiilrariorum ; iris, cil., fol. aj.'j, v", cl loi. aaG, r". 

a. Onesliones clarUsimi filiilosophi Marsilii iii<rucii super lihris de <ieneralione et 
corruplione. Lil». II. qiia>l. VI ; éd. cil., fol. io(J, coll. c cl d, el fol. 107, col. a. 

3. Marsile se sert encore, ru un atilrceridr.iil «lu incine Irailé, de la rcpréscnlalion 
par coordonn«';c8 reclangiilaircs (Vlarsilii ln;;ncn, Op. latid., lib. I, <|iiii'bt. Wlll; 
éd. cil., fol. 77. col. c). 

'1. Marsile d'inghen, Op. laud., lib. I, «luiisl. \\ ; éd. cil., fol. y", col. c. 



DOMINIQUE StjTO ET l,A SCOLASTIQI E PARISIENNE -,") 

« une latitude uiiiformémenl dilîorine ne correspondruit pas 
à son degré moyen. » 

L'Abrégé du livre des Physhjues a certainement été composé 
par Marsile d'Inghen à Paris, partant avant l'année i386, où 
l'auteur était recteur de Heidelberg. Or, nous y trouvons 
plusieurs allusions à la règle de Nicole Oresme. 

En cet abrégé, par exemple, nous lisons, sur les vitesses des 
divers mouvements, des considérations qui sont, pour la plu- 
part, empruntées au Tractatus proporlio/uim d'Albert de Saxe. 
Elles en diftèrent cependant en un point; contre Bradwardine et 
Albertutius, Marsile reprend l'opinion soutenue au traité Oepor- 
tionalilule motuum et magfiiiudinam; il admet qu'en un corps 
dont les diverses parties se meuvent inégalement, la vitesse doit 
être mesurée par la longueur que décrit un point moyen ; or, à 
l'appui de cette opinion, l'auteur invoque ■ la raison que voici : 

(( Une latitude difl'orme ne doit pas être dénommée par le 
point le plus intense, mais bien plutôt par le point moyen. » 

Ailleurs, Marsile se demande comment il l'aut entendre la 
proportionnalité, admise par la Dynamique péripatéticienne, 
entre la puissance qui meut un corps et la vitesse de ce corps, 
dans le cas où la puissance varie d'un instant à l'autre; il 
répond en ces termes ^ : 

(( En ce cas, il n'y a pas de puissance -^ uniforme qui demeure 
toujours la même, mais il y a une puissance difl'orme constam- 
ment la même, dénommée par son degré moyen ; de même, 
il n'y a pas une vitesse qui demeure uniforme, mais une 
vitesse difl'orme, dénommée par son degré moyen, ou par un 
autre degré si elle n'est pas uniformément difl'orme. » 

En ses Questions sur la Physique, Marsile d'Inghen revient 
à l'opinion de BradAvardine et d'Albert de Saxe; il veut que 
la vitesse d'un corps soit la vitesse du point qui se meut le 
plus rapidement. La règle d'Oresme ne peut plus lui servir 
d'argument en faveur d'une telle opinion; mais, à l'encontre 

1. lncii)iunl subtiles doctrinaque lAene abbrevialiones libri phisicorum édile a preslan- 
tissimo philosophe) Marsilio inguen doclore pirisiensi (s. 1. n. d.) (Pavia, Autoiiiiis de 
Carcano, ca. liyo), 3« fol. (non paginé) après lo fol. signé g h, col. d. 

2. Marsile d'Inghen, Op. laiid., fol. signé i 3, col. b. 

."). Le le.vlc au lieu de puissance (polenliw), dit proportion (proporlio). 



"6 BL^LLETIN HISPANIQUE 

de cet avis, elle devient une objection qu'il faul examiner. 
'Marsile a soin de formuler ' cette objection : « La blancbeur 
uniforménient difforme n'est pas plus intense que son degré 
moyen. » Cette objection sommairement écartée, la question 
traitée par notre auteur se trouve extrêmement semljlable, 
par le fond comme par la forme, au Tracddus proporlionum 
d'Albert de Saxe. 

Les diverses indications que nous venons de recueillir nous 
montrent qu'au temps où Nicole Oresme, évéquc de Lisieux, 
vivait ses derniers jours, l'usage des coordonnées rectan- 
gulaires, qu'il avait imaginé et recommandé, s'était répandu 
dans les écoles de Paris; en particulier, la règle relative aux 
latitudes uniformément difformes, que justifiait l'emploi de ces 
coordonnées, était couramment invoquée dans les discussions 
de Physique. 

Vers le même temps, cette règle n'était point ignorée à 
l'Université d'Oxford; peut-être môme l'y connaissait- on 
avant que Mcole Oresme l'eût exposée à Paris ; les Jean de 
Dumbleton, les Swineshead, les Guillaume Heytesbury l'invo- 
quaient en leurs captieux sophismala, en leurs épineuses calcula- 
liones. Avec la subtile Logique d'Oxford, elle pénétra en l'Italie 
du (hmUroceido et fut fréquemment commentée et discutée 
dans les chaires de Bologne et de Padoue. Mais nous ne pou- 
vons ici retracer les formes variées que la doctrine de la latitude 
des formes, que la loi du mouvement uniformément dill'orme 
ont reçues des maîtres anglais et italiens; nous ne pouvons 
rappeler les réflexions que ces théories ont suggérées à Léonard 
de Vinci. Nous ne suivrons donc pas à Oxford, à Bologne et à 
Padoue l'étude du mouvement uniformément varié '. D'emblée, 
nous allons rechercher ce qu'elle était devenue en l'Université 
de Paris un peu avant le temps où Dominique Solo viendrait 

s'asseoir sur les bancs de cette Université. 

P. DUllKM. 

(A suivre.) 

I. Qucsliones suhlilissimc J<jlianiiis Marcilii In^'ucii; suiirr orlo libros l'kysiconiin 
sccundum noininalium viuin. Lib. VI, qiiirsl. V : Ulniin vclorilas moins sil allcmloiida 
pênes spaliiim in taiilo Icniporc pcrlraiisiluni. 

1. L'histoire «le la <li>ctrinc de la latitude «les lumies à Oxford et en Italie est 
l'objet d'un article, intitule : La Dialectique d'O.rfnnl et In Snilasliquc itidirniic, qni 
sera prochainement insiTe au HuUelin italirii. 



INVENTAIRE DE LA (lOLLECTION EDflLARD FAVRE 

(Suite '.; 



Vol. LXVIII. 

Recueil de pièces relatives à la réforme des Franciscains d'Anda- 
lousie. 15-6-1577. 

Les pièces dont se compose ce recueil, des lettres autographes en 
général, sont adressées à Nicolas Ormaneto, évêque de Padoue et 
nonce du pape en Espagne, par des religieux ou des couvents fran- 
ciscains d'Andalousie. Les lettres ont surtout trait au conilit entre 
Fr.Juan Navarro, ancien provincial d'Andalousie, commissaire général 
de l'ordre pour l'Espagne, d'une part, et, d'autre part, Fr. Diego de 
Bonventura, récollet, commissaire du nonce apostolique, et le licencié 
Juan de Padilla. 

(379 feuillets; ^20 sur 240 millimètres.) 

Vol. LXIX. 

Recueil de pièces diverses relatives à différentes affaires religieuses 
ou ecclésiastiques des v\//« et xviir siècles. 

Fol. I . Mémoire d'un religieux de la compagnie de Jésus sur les 
idées de Pedro Gonzalez Galindo, membre de cette compagnie; Madrid, 
27 décembre i6l\3. 

Fol. 28. (( Valores de las rentas del obispado de Cordova para las 
pagas del ex'° que se an de hazer a Su Mag' este aiïo de 1646. » 

Fol. 39. Lettie de Buenaventura Fusler de Ribera au [\ II ] duc de 
Sessa [D. Antonio Fernândez de Cûrdova], ambassadeur d'Espagne 
à Rome, relative à la canonisation de Fr. Thomas de Nillaimeva; 
Madrid, 27 août i652. — Original. 

I. Voir Bull, tdsij., t. \.l, [). 295; \I(, p. 4y, i4<J, 017; Xlll, p. Gi, lyi, So;. 
Butl. htspuii. 



78 BULLETIN HISPANIQUE 

Fol. l\i. (( Origen de las religiones, sucession de ellas... desde Adan 
hasta nuestros tiempos » ; i652, — Pièce imprimée. 

Fol. ^3. Mémoire contre les statuts promulgués dans un grand 
nombre d'églises d'Espagne qui interdisent l'accès aux dignités ecclé- 
siastiques à tout homme ayant du sang juif ou sarrasin; s.l.n.d. — 
En latin. 

Fol. 88. K Copia de una carta del canonigo Giginta al conde de 
Chinchon : relacion de como el S ' San Lorenzo fue cardenal »> : 
s.l.n.d. 

Fol. 94. Écrits divers envoyés [au comte d'AltamiraPj par Johannes 
Libertus Hennebel, relatifs au jansénisme et au formulaire d'Alexan- 
dre Vil : Mémoire du cardinal Lauraea sur le formulaire de l'arche- 
vêque de Malines [Humbert-G. Frecipiano] ; en latin; — Réponse de 
J. Libertus Hennebel aux objections de l'archevêque de Malines; en 
latin; — Mémoire présenté au pape pour protester contre une nouvelle 
constitution qui confirmerait simplement celles d'Innocent X et 
d'Alexandre Vil; en italien; — Diverses mesures prises contre les 
jansénistes par le duc de Bavière, Maximilien Emmanuel, gouver- 
neur des Pays-Bas; en italien; — Deux requêtes adressées au pape 
par J. Libertus Hennebel; en italien; — Lettre des évêques des Pays- 
Bas espagnols au pape pour demander de nouvelles déclarations sur 
le formulaire d'Alexandre VII ; en latin ; — Mémoire adressé par les 
mêmes au duc de Bavière; en latin ; — Deux mémoires de J. Libertus 
Hennebel; en latin. — 1694 «<397. 

Fol. 196. « Relacion, copias de cartas y subcesos de Fr. Carlos 
de Austria, novicio de este convento de S. Lorenzo el Real » ; 
I 663 -1664. 

Fol. 228. Lettres et pièces diverses relatives à l'intervention du 
comte d'Altamira [D. Antonio Osorio y Moscoso, marquis d'AstorgaJ 
dans le différend pendant entre le Collège des jésuites et le chapitre 
de l'Eglise métropolitaine de Santiago de Compostella; août 1721. 

Fol. 33i. Mémoire de Francisco de Ortega, de l'ordre de St. Augus- 
tin, sur la possibilité d'envoyer un ambassadeur au roi de Chine et 
d'évangéliser les Chinois; s. I. n.d. 

Fol. 341. Requête de Pedro Fernandez de Quiros au roi pour 
obtenir certaines facilités en vue d'un voyage missionnaire au Pérou ; 
s. l. n. d. 

Fol. 3/|3. «Lista de los prebcndados (|ue tiencn ascenso y de los 
demas sugctos que se han mostrado pretendicntes a dos canongias 
vacantes en la santa yglesia catedral de Guadalaxara » ; s. l. n.d. 

Fol. 359. Lettres el pièces diverses relatives à la nouvelle chapelle 
de N.-D. des Augustins, au Buen Reliro, et à l'autorisation d'y admi- 
nistrer les saints sacrements; 1723. 

(5i7 feuillets; 3i5 sur 2/10 millimètres.) 



INVENTAIRE DE LA. COLLECTION EDOUARD FAVRE 79 

Vol. LXX. 

Copie de l'acte de fondation, par Philippe 11, du monastère de « S. Lo- 
renzo et Real », de l'ordre de SI Jérôme, et des approbations données 
à cette Jondalion par le Chapitre général de l'ordre de St Jérôme et 
par le pape Pie V, 1567 . 

(Parchemin; 45 feuillets; 3io sur 210 millimètres.) 

Vol. LXXI. 

Recueil de pièces diverses relatives à la maison royale d'Espagne: 
— à l'administration et aux finances du royaume ; — à l'armée et à la 
/lotte ; — à l'administration du duché de Sessa et à diverses affaires 
particulières, wr-wiir siècles. 

Fol. I. Sommaire des conditions du mariage de Philippe II et de 
Marie d'Angleterre; [i553]. — En italien. 

Fol. 3. « Forma de la enlrada que se ha de observar quando Su 
Mag' la haze en algun lugar, a cavallo » ; 26 novembre 1659. 

Fol. 6. Copie d'un bref de Grégoire XllI à la reine Anne d'Espagne, 
par lequel il lui annonce l'envoi d'une rose d'or bénie ; Rome, 18 mars 
1577. — En latin. 

Fol. 9. Lettre de Philippe 111 au marquis de Poza pour lui annon- 
cer que la reine est heureusement accouchée d'un fils [Ferdinand]; 
Valladolid, i3 avril 1609. — Original. 

Fol. 10. Relation du transport des corps des rois catholiques dans le 
Panthéon élevé par Philippe IV; s. 1. n. d. 

Fol. i4. Cinq' pièces diverses relatives au service de la chapelle 
royale et au traitement des artistes qui y chantent; s. 1. n. d. 

Fol. 2/4. « Asiento de las minas [del reyno] por tiempo de diez 
annos, i554asta i563. » 

Fol. 36. « Copia de un asiento que se tomo con Agustin y Lorenzo 
Spinola sobre la administracion de los naipes, en 9 de jullio i566. » 

Fol. 48. Avis donné par la junte du patrimoine royal sur les droits 
fiscaux aliénés en fiefs par le roi; 23 août i58o. 

Fol. 5o. Mémoire sur le droit qu'a le roi de prélever des impôts sur 
les biens de ses vassaux ; s. l. n. d. 

Fol. 52. (( Copia de las nuevas ordenes para el consejo real » ; 
Madrid, février 1598. 

Fol. 56. « Summario de los cinco puntos... que son causa que las 
cosas del govierno de la monarchia de Su Mag' no vayan como dcsea, 
y de los medios convenientes para el remedio de cada uno » [par Gas- 
par de Pons] ; s. 1. n. d. — Pièce imprimée. 



8o BULLETIN HISPANIQUE 

Fol. 70. Autorisation accordée par le Conseil du roi à la ville de 
Madrid de prélever un impôt poiu couvrir les frais occasionnés par 
l'aménagement du palais de la reine; ai octobre 1608. 

Fol. -2. « Ordenan(.as reaies para la nueva lorniacion de la junta 
del Atarazanal » ; iG33-i65(j. — Copies. 

Fol. 85. (' Discurso del comle Joan BaplislaBrembalo al duque de 
Sessa [D. (lonzalo Fernândez de Côrdova] tocante a la milicia del 
inar » ; s. d. 

Fol. 95. Notes sur les états de service dun certain nombre d'offi- 
ciers (D. Roque de Mella, D. Francisco de la Pena, D.Pedro de Men- 
doza, Luis Sanchez Pereira, etc.), s. d. 

Fol. 97. u Kelacion del dinero que montara en cada uno ano cl gasto 
de una armada de 3o navios y dos pataches, y la gente de guerra y 
inar que sera necessario para armarlos »> ; iCaS. 

Fol. 100. « Relacion de lo que a montado la compania ticl capilan D. 
Francisco de Vargas », signée par llernando de Sandoval ; s. 1. n. d. 

Fol. 100. « Koole des archiers de corps de Sa iMajesté pour les mois 
de may, juing, juillel et aoust de lOoo. » 

Fol. 109. « Discurso do Herrera, cura de \ ayona, sobre la milicia » ; 
s. 1. n. d. 

Fol. 1 15. Note sur l'approvisiomiement en armes ou en elTels d'équi- 
pement de certaines places ; iGSa. 

Fol. 117. <( Sobre lo que Sevastian de Oleaga obro con 9^,000 duca- 
dos que se le remitieron a Santander, el ano passado de i()3i, para el 
apresto del armada y demas cmbarcaciones que esluvicron a su cargo 
en aquel puerlo. » 

Fol. 1 19. c( Relacion do lo (pio sera necesario embarcar para cl ser- 
vicio de seis mcdios caiiones de artillera » : [i632 ou i633J. 

Fol. 123. « Relacion de los navios do que se a de conponer la 
armada que Su Mag' a mandado se aprosle para el mes de mayo deste 
ano de i()33. »> 

Fol. i-io. Memoria de los navios que se aprestan en Cadiz para el 
socorro del Hrasil » ; i5 septembre i633. 

Fol. 127. Avis sur les mesures à prendre en vnc do l'expédition du 
Brésil et du siège de Pernambuc; | il)33]. 

Fol. i3i. « Relacion del estado de las cosas del armada »; i(S juil- 
let i033. 

Fol. i33. Infoi ination sur l'occupalicn de Ciuaçao pai- les Hollan- 
dais; 22 octobre i63^. 

l'ol. 139. « Rolacion de los navios que Su Mag' tienc en la armada 
del mar O.cano )> ; s. d 

Fol. l 'i I . " Kelacion do l'artilleiia (pio ay en Terragona » ; 
avril i<)/|i. 

l'"ol. 143. « FI ostado de los navios qtie se provienon 011 (^adiz » ; s. d. 



INVENTAIRE DE LA COr.r.ECTION Él)Ol ARD FAVRE 8l 

Fol. 1^5. « Titulo de D. Fadrique de Toledo de capitan gênerai do 
la armada del mar Ozean )>: 21 mai 161 7. 

Fol. 1/19. « Gente que se a de ordenar para la batalla »; s. 1. n. d. 

Fol. i5i. « Cunto de li pecori donali per li citalini de Andri alla 
duchessa de Sessa » ; s. 1. n. d. — En italien. 

Fol. i53. Extrait d'une lettre du comte de Sessa [D. Gonzalo Fei- 
nândez de Gôrdova], au président de Grenade; 16 mai 1570. 

Fol. i54. Inventaire des pièces déposées par Assensio Lopez, le 
10 avril i58'i, relatives au procès du duc de Sessa contre les héritiers 
de Carlo y Antonio de Sangro à propos de l'état de u Torre Mayor ». 

Fol. i56. Lettre du duc de Médina Sidonia [Alfonso Ferez de 
Guzman] à la duchesse de Sessa [D' Francisca Fernândez de Gôrdova 
y de La Cerda] pour lui dire d'envoyer à Jerez, le plus vile possible, 
les troupes qu'elle a offertes à Philippe 11; 8 juin iôSq. — Original. 

Fol. 160. Copie d'une lettre de Philippe III au duc de Sessa [Luis 
Fernândez de Gôrdova], et à Ruy Diaz de Rojas y Manrique. gouver- 
neur des états de Baena; Hi juin 1(307. 

Fol. 162. Copies de deux lettres du duc Médina Sidonia fAlfonso 
Perez de Guzman] au duc de Sessa; 20 juin et 9 juillet 1607. 

Fol. i6fi. « Orden de Ruy Dias de Rojas y Manrique, gobernador 
gênerai de los estados de Baena y Cabra, a los consejeros de este 
estado para que levanten la gente de ynfanteria que a cada uno tocare »; 
Baena, i" juillet 1607; — Copie. 

Fol. 168. Lettre du duc de Sessa [Luis Fernândez de Gôrdova | 
relative à l'administration du duché de Baena; Baena, 3 février 1G21. 

— Copie. 

Fol. 170. Lettres du même à D. Juan Angel de Andrada (i62/i-i()20, 
10 L), à Simon de Otanes (i6a/|, 2 1.), et à la Junta de Baena (162/1). 

— Copies. 

Fol. 202. Deux lettres de D. Juan Angel de Andrada au duc de 
Sessa «sobre el negocio de Fernândez de Velasco » ; 12 mars et 
3 avril 1625. — Originaux. 

Fol. 206. Mémoire du même sur la situation du duché de Baena; 
Baena, 4 novembre i63i. — Original. 

Fol. 2i4. Avis au comte de Cabra [Antonio Fernândez de Gôrdova 
y Cardona] de sa nomination au poste de commandant de la place de 
Garthagène; février i636. 

Fol. 218. Lettre de Pedro de Moscoso au duc de Sessa (Luis Fer- 
nândez de Gôrdova] ce sobre el sueldo de gran almirante de Napoles » ; 
Madrid, 8 juillet i638. — Original. 

Fol, 22G. Lettre de Philippe IV au comte de Penaranda relative aux 
droits de succession dus par le duc de Sessa [Francisco Fernândez de 
Gôrdova, Cardona y Aragon] ; Madrid, 27 juillet iGôg. — (lopie. 

Fol. 228. Lettre de la reine Marie-Anne d'Autriche au cardinal 



Sa BILLETIX HISPANIQUE 

Panziaticho pour lui recommander le duc de Sessa [D. Félix Fer- 
nândez de Côrdova]; 21 décembre 1694. — Copie. 

Fol. aSo. Lettre du cardinal del Giudize au duc de Sessa; Rome, 
i5 juillet 1G96. — Original. 

Fol. aSi. Lettre de D. M. Lopez Carreno au même; Rome, 
21 avril 1697. — Original. 

Fol. 233. Lettre de l'archevêque de Thessalonique au même ; 
9 juin 1697. — Original, en italien, avec la minute de la réponse du 
duc de Sessa. 

Fol. 235. Lettre du duc de Sessa au pape [Innocent XIlj ; Madrid, 
37 juin 1O97. — Minute. 

Fol. 287. Minutes de cinq lettres du même sans adresse; 1697. 

Fol. 2^3. « Panegirico en accion de gracias por la venida a su estado 
del duque de Sessa, por D. Francisco Santaella » ; 1706. — Original. 

Fol. 262. Lettre du duc de Sessa à D. Bartolome de Miranda; 
4 mars 170G. 

Fol. 254. Titre de « corrector de los libros » accordé par Philippe 11 
à Juan Yazquez del Marmol, en remplacement du lie'" Hurtado; 
Madrid, 20 septembre 1572. — Copie. 

Fol. 256. Deu.\ pièces relatives au mariage du grand-duc de Toscane 
[F. -M. de Médicis] et de Blanca Capello, de Venise; 1579. — Copies, 
en italien. 

Fol. 2G0. Lettre de recommandation du cardinal Ascanio Colonna 
en faveur de Jean-Baptiste Capra de Montalboda; 5 septembre i588. 
— Copie, en latin. 

Fol. 2G2. Douze pièces relatives au testament et à la succession de 
D. Juan de Zûniga; i588-i592 et s. d. 

Fol. 292. Lettre de Philippe 111 au cardinal Aldobrandino pour le 
charger de demander au pape les dispenses dàge nécessaires au 
mariage de 1). Francisca de Sandoval, fille du duc de Lerme, avec 
D. Diego de Çûiïiga Baçan y Avellaneda, fils unicpie du cnmte de 
Miranda; Madrid, 18 décembre iGoo. — Original. 

Fol. 29/1. Enquête faite par D. Juan de Silva sur l'origine de la 
marquise d'FIchc; s. 1. n. d. 

Fol. 29G. (( Motibos que se dan para que Su Mag' sea servido dar 
licencia a la princessa de Estillano para (jue se casse con uno de su 
familia Carrafa » ; s. 1. n. d. 

Toi. 298. (( Relacion del negocio de Ilcnrifpie Stella, archero de Su 
Mag' » ; i6o3. — Trois pièces. 

Fol. 3o/». Confirmation par Philippe 111 du titre d" n Alcayde de los 
Donzeles » en faveur de D. Enrrique de Ci'»r(lova y Aragtm, marquis de 
Comares; Valladolid, 12 février iGo3. — Copie. 

Fol 3i2. Fragment d'une relation de voyage de Milan à Miranda ; 
1629-1632. 



INVENTAIRE DE LA COLLECTION ÉDOt ARD FAVRE 83 

Fol. 3i6. Copie des pouvoirs accordés par Philippe IV à D. Anto- 
nio de Contreras, D. Luys de Paredes, D. Fernando Piçarro et D. Se- 
bastien Cambrana, membres du Conseil de Castille, pour terminer le 
procès relatif à la succession de Dénia (royaume de Valence); Madrid, 
26 octobre i638. 

Fol. 3 18. « Copia de una caria del rey de Francia [Louis XIIl] a los 
jurados y consejo gênerai de Lerida » ; Paris, 28 mai 164^. — Traduc- 
tion en catalan. 

Fol. 320. Lettre de pardon accordée à la ville de Barcelone par 
D. Juan d'Autriche pour tous les délits et excès commis en Catalogne 
depuis 1640; Barcelone, 11 octobre 1602. — Copie. 

Fol. 332. Mémoire du duc de Médina de las Torres [Ramiro Nufiez 
de Guzman] sur son mariage avec Anne Carafïa, princesse de Stigliano ; 
1637. 

Fol. 328. (( Nuevas armas que el rey D. Alonso dio a los duques 
de Médina » ; Tolède, juin 1/167. — Copie du xvii" siècle. 

Fol. 332. H Memoria de los mayorazgos de D. Geronimo de Rojas » ; 
s. d. 

(333 feuillets; 3ôo sur 23o millimètres.) 

Vol. LXXIL 

« Escrilura de un zenso de un millon de /?* V"" otorgada por parte del 
g^mo gor ^Yicenle Osorio de Moscoso y Guzman Fernande: de Cordova 
Folch de Cardona Anglesola y Requesens] marques de Astorga, conde 
de AUamira, duque de Sessa, en 22 de septiemhre de 1778, a favor del 
supremo consejo de la santa y gênerai Ynquisirion unie Josef Ferez 
Tonielarne, escribano del rey. » 

(70 feuillets; 3io sur 210 millimètres.) 

Vol. LXXIII. 

Copies de lettres et de pièces diverses provenant de D. Luis Guillen 
de Moncada, V/I" duc de Monialto, vice -roi de Sardaigne, relatives 
à la Sardaigne. — 16^^6-16^jS. 

Fol. t. Instructions remises par le duc de Montalto au doyen d'Ales, 
D. Jayme Capay, pour traiter, avec les conseils du roi à Madrid, 
diverses affaires relatives au royaume de Sardaigne; i3 décembre 
i6/,6. 

Fol. i3. Mémoire du duc de Montalto relatif à la situation du 
royaume de Sardaigne [16/iG ou 1647]. 

Fol. 20-78, 84-88 et 91-92. Lettres écrites par le roi d'Espagne au 



o'i BUI.T.ETIN HISPAMQl E 

dvic de Montalto, par le dur de Montalto au roi, au conseil du Patri- 
rtioine, au doyen d'Ales, à D. Gaspar y Juan Francisco, au duc 
d'Arcos. au vice-chancelier d'Aragon, au comte duc d'Olivares, au 
comte de Lumiares, à D. Luis de Ilaro, relatives aux affaires de 
Sardaigne, 1 646- 1647. 

Fol. 79-83. Lettres du marquis de los Vêlez au roi et au duc de 
Montalto relatives aux troubles de Palerme; aS mai et T' juin 1647. 

Fol. 89. Lettre du duc de Bracciano au duc de Montalto et réponse 
de ce dernier; 10 août et 18 octobre 1647. 

{i)2 feuillets; a85 sur 212 millimètres.) 

Vol. LXXIV. 

Recueil de pièces diverses (instructions, mémoires, comptes, etc.) 
relatives aux ambassadeurs d'Espagne à Rome, wr-xvii' siècles. 

Fol. i. (I Lo que se offrece que advertir para el adverlimiento que 
Domingo de Çavala hizo para lo de las quentas de la embaxada de 
Roma » ; juillet 1076. 

Fol. 7. (( Relacion de las cartas de Su Mag', en virtud de las quales 
se han heclio algunos gastos en los negocios de Roma » ; septeriibre 
1576. 

Fol. i5. « Instrucion para Pedro do Solchaga para lo de las (juentas 
de la embaxada [de Roma] »; septembre 1576. 

Fol. 23. « Lo que paresce se deve hazer para dar la cueula de la 
embaxada [de Roma] »; septembre 1576. 

Fol. 28. « Lin adbertimiento sobre las quentas de la endjaxada [de 
l\oma] » ; septembre 1576. 

Fol. 3o. « Norma de escrivir à Su S' »> ; s. d. 

Fol. 33. « Relacion de la embajada de Roma y inslruclion al emba- 
jador » ; s. d. 

Fol. 49- *' Relacion del estado de los negocios do Roma, (pie se 
ombio a D. Antonio Ronquillo » ; [1647I. 

Fol. 65. « Computo de las carroças que se pneden disponer para ol 
embaxador de Espana |en Roma], hecho por Pedro Paolo » ; s. d. 

Fol. 67. (f <^)uenla de las carrozas que se pueden disponer para el 
embaxador de Espana liecha por Chrisloforo » ; 24 r<'Mrier 1697. — 
En italien. 

Fol. 85. (( Computo en liquido i\v las carro/as hcclio por Cliristo- 
foro ». — Trois pièces on italien. 

Fol. ICI. ((Nota distincta de las carrozas que se nccossilan para 
servicio de la embaxada de Su Mag' catholica en Roma, con el gasto 
por menor <\ue londia cada una do ollas, liccha por .losepli ^'alle, 
sillero i». 



INVENTAIRE DE LA COLLECTION ÉDOUAHD FAVHE 85 

Fol. 109. (( Nota de las raciones que daba en Roma a su famiglia el 
duque de Medinaceli », D. Luis Francisco de La Cerda y Aragon: vers 
1690. 

Fol. ii5. « Memoria de la familia que tubo el marques de Astorga 
[D. Antonio Pedro Gomez Davila Alvarez Osorio yToledo] en Roma » ; 
[vers 1671]. 

Fol. 119. « Relacion de la familia que tuvo 1). Pedro de Aragon 
estando en Roma », vers i665. 

Fol. 125. ((Memoria de la librea de verano para la familia del 
conde de Altamira [Luis de Moscoso Osorio], hecha por Juan Homano « , 
vers 1690. 

Fol. i3i. (( Nota de la familia que necesita el embaxador de Espana 
en Roma ». — Deux pièces. 

Fol. i35. (( Nota que dio el judio de la forma en que se necesita 
alajar el palacio [del embaxador de Espaiîa en Roma] » ; s. d. 

Fol. 139. (( Ajuste que ténia hecha Claudio La Busiera para el gasto 
ordinario de la messa del duque de Medinaceli en Roma » vers 1C90. 

Fol. 143. (( Nota de las raziones y modo con que el conde de Mar 
tinitz, embaxador de Su Mag' Cessarea en Roma, paga a su familia ». 
— Quatre pièces. 

(i5(i feuillets; 3i5 sur 235 millimètres.) 

Vol. LXXV. 

Recueil de lettres diverses, xv-ww siècles. 

Fol. I. Lettre de Gomez Rojas au maréchal de Caslille, D. Diego 
de Côrdova ; fin du xv" siècle. — Original. 

Fol, 2. Deux lettres du duc d'Albe au marquis de Velada: s. d. — 
Originaux. 

Fol. 6. Copie d'une lettre du duc d'Albe au Sacré Collège, dans 
laquelle il se plaint des mauvaises dispositions du pape à l'égard du 
roi d'Espagne; Naples, 21 août i556. 

Fol. 8. Lettre, sans adresse, de [D. Fadrique de Toledo], dans 
laquelle il expose son projet d'épouser D" Maria de Toledo malgré 
l'ordre de Philippe II qui voudrait lui faire épouser D" Madalena de 
Guzman; 1674 ou 1575. 

Fol. 10. Copie d'une lettre non signée au cardinal Espinosa; 1570. 

Fol. II. Copie d'une lettre, non signée et sans adresse, relative à la 
nomination du grand commandeur D. Luis de Requesens à Milan; 
3 novembre 1571. 

Fol. i5. Extrait d'une lettre de Philippe II à D. Juan; 1570. 

Fol. 17. Lettre du cardinal de Côme [Ptolomeo Gallo|, sans adresse; 
Rome, 5 septembre 1373. — Copie en italien. 



86 BUM.ETIN HISPAMQUE 

Fol. 19. Lettre de Pedro de Paz à Domingo de Çavala ; La Haye, 
17 juin 157/1. — Original. 

Fol. 21. Copie d'une lettre, non signée, au grand-duc de Toscane, 
et de la réponse de ce dernier; 22 mars et 22 avril 1576. — En italien. 

Fol. 28. Copie d'une lettre de l'évêque de Valence [Jean de Monlluc] 
au roi de France, relative à la lutte contre les huguenots ; 28 février 
1577. — En italien. 

Fol. 25. Copie d'une lettre du cardinal Madruzzo, sans adresse, 
relative à l'archiduc Matthias; 1578. — En italien. 

Fol. 27. Copie d'une lettre de Gaspar de Mendoça et de Pedro de 
Solchaga, sans adresse, relative aux moyens de payer la somme de 
cent mille ducats due par D" Luisa de la Cerda ; Madrid, 8 octobre 
1078. 

Fol. 29. Extrait d'une lettre écrite d'Alexandrie, en Egypte, le 
12 novembre 1578. 

Fol. 3i. Lettre de D. Pedro de Velasco à Diego a Ponte « alcayde de 
la encomienda mayor de Castilla ; 25 avril 1579 — Original. 

Fol. 33. Lettre de Ottavio Gnnzagn au marquis de Mnndejar, vice- 
roi de Naples; Maestricht, i5 novembre 1579. — Original. 

Fol. 35. Extrait d'une lettre du cardinal Granvelle à Gabriel Çayas 
relatif à l'ofRce de u présidente de la consciencia » ; i58(?). 

Fol. 3<). Copie d'une lettre du duc d'Albe à D. .luan de Silva; 
Uzeda, 2/4 janvier i58o. 

Fol. 38. Copie d'une lettre du duc |Jeanj de Bragance au cardinal 
Gambara; Almeria, février i58o. 

Fol. /|0. Extraits de lettres de Macinghi des 25 mars et 12 mai i58o. 

Fol li'6. Lettre de Mateo Vasquez à [Antonio Mauricio de Pazos], 
évêque tl'Avila; iiadajoz, 22 mai i58o. — Original. 

Fol. 45. Copie d'une lettre de la reine de Suède, Catherine, à 
Camillo Capihipi; Stockholm, 10 juillet i58o. — En latin. 

Fol. /j7. Lettre de 1). Alvaro de Bazan à llernando de Torres, 
relative à l'expédition de Portugal; 17 juillet i58o. — Original. 

Foi. l\ç). Lettres de Paolo Bellarditi et du cardinal Sforza au même; 
2O et 3o août i58o. — Originaux, en italien. 

Fol. 53. Lettre du nonce (Pliilippe Sega|, évêque de Plaisance, au 
cardinal Granvelle, relative à un projet d'expédition en Angleterre; 
Madrid, i5 septembre i58o.— Copie (hifTrée et transcription en 
latin. 

Fol. 57. Copie dune lettre «le G. Martin Angrisano, sans adresse; 
Varsovie, 17 septembre i58o. — En italien. 

Fol. 59. Lettre de D Luis de Toledo, Mutio Surgentes, F. Kull'»» et 
F. San Felice, etc., à llernando de Torres, relative au projet d'union 
des monastères de S. Pelito et de S. Arcangelo; Naples, 17 sep- 
tembre i58o. — Original, en italien. 



INVENTAIRE DE L\ COLLECTION EDOUARD FAVRE 87 

Fol. 61. Extraits d'une lettre de Melchior Maldonado, relatifs, entre 
autres, à la santé du roi Philippe 11; Séville, i" octobre i58o. 

Fol. 62. Lettre de Juan Francisco Moresini à Antonio Tiepolo, à 
Venise; Madrid, 12 décembre i58o. — Original, en italien. 

Fol. 64. Lettre du cardinal Golonna à Hernando de Torres; 
6 mars i58i. — Original, on italien. 

Fol. 66. Lettre de Joseph Hooghemberghe h Fabio Luschini, 
à Rome; Saint-Maur-des-Fossés, 9 juillet i58i.— Original, en italien. 

Fol. 68. Copie d'une lettre à Juan de Idiaquoz; 1" août i58i. 

Fol. 69. Lettre de Pedro Trevino à Gabriel de Çayas avec un 
mémoire sur les degrés de longitude; Naplcs, 4 juillet 1682. — 
Original. 

Fol. 77. Lettre du roi Philippe III au duc de Maqueda y Najera, 
vice-roi de Sicile, par laquelle il exprime le désir que le duc de 
Savoie remette au roi de France le marquisat de Saluées; Madrid, 
i3 septembre 1600. — Original. 

Fol. 79. Lettre de Fr. Hieronimo Battista de La Nuza à Philippe III, 
relatant son projet de lui envoyer une relique de saint Hamon de 
Peîïafort, et l'opposition faite à ce sujet par les conseillers de Barce- 
lone; 1*' août 1601. — Original. 

Fol. 81. Lettre, incomplète de la fin, relative à la paix conclue entre 
le duc de Savoie et le roi de France ; 26 janvier 1603. — Copie (?). 

Fol. 83. Lettre de Juan Père/ Valda à Ximenez de Murillo, relative 
aux événements des Pays-Bas; Anvers, i5 août i6o3. — Original. 

Fol. 85. Lettre de Fr. Domingo de Mendoça, sans adresse; S. Bar- 
tholome, 26 décembre 1609. — Original. 

Fol. 87. Lettre de D. Antonio Davila de Bibero à son cousin 
D. Antonio Davila; Madrid, décembre 1610. — Original. 

Fol. 89. Copie d'une lettre de D. Sancho de Luna au marquis de 
Bedmar; Milan, 14 octobre i6i5. 

Fol. 91. Copie d'une lettre du même au roi Philippe III, dans 
laquelle il se plaint du marquis de La Hinojosa [Juan de Mendoza] ; 
Milan, 27 décembre i6i5. 

Fol. 95. Lettre de Francisco de Molina Zeballos relative à la situa- 
tion des agriculteurs du royaume d'Andalousie; Ximena, 24 février 
.1621. 

Fol. 97. Copie d'une lettre du marquis de Spinola à son fils « sobre 
los negocios del marques de Los Balbases » ; Madrid, 6 mai 1628. 

Fol. 99. Copie d'une lettre du roi [Philippe IV] au pape, relative 
aux affaires d'Italie et aux moyens d'éviter la guerre; Madrid, 2 sep- 
tembre 1629. 

Fol. 101. Lettre du cardinal de La Cueva à Pedro de S. Juan, 
secrétaire du cardinal Infant en Flandre; Milan, 16 février i633. — 
Original chiffré et transcription!?) 



88 Bll.l FTIN TIISPAMOIT. 

Fol. io5. Lettre de au même; Naples, 8 février i633. — Original. 

Fol. 107. Lettre d'André Doria au marquis de Po/a ; Gènes, 
i.") mars i64a. — Original. 

Fol. 109. Lettre du marquis de Tavara au marquis de Leganés; 
Zamora. 20 juillet i655. — Original. 

Fol. III. Lettre du duc de Gelves, sans adresse; Milan, 28 dé- 
cembre i65G. — Original. 

Fol. II 3. Copie d'une lettre du marquis de Velada à D. Blasco de 
Loyola; ^ avril i(i6(). — Réponse de ce dernier; même date. Original. 

Fol. 1 17. Lettre du roi [Charles 11] au ix' comte d'.\ltamira [Luis de 
Moscoso Ossorio Mendo/.a y Hojas|, lieutenant et capitaine général du 
royaume de Sardaigne; Madrid, 4 août 1G93. — Original. 
(117 feuillets; 280 sur 220 millimètres.) 

Vol. LXXVI. 

Recueil de lettres et de pièces diverses des \'\ i/r et v/V siècles. 

Fol. I. Décret de Philippe V par lequel est accordé au lieu de 
l'uente cl Monge le titre de très fidèle et loyal (« titulo de fidelissimo 
\ muy leal o): Madrid, 12 décembre 1708. — Copie. 

Fol. 3. Lettre de Sanchez à (Francisco Xavier Fernande?, de C('»rdova 
y Cardona, I\'] duc de Sessa ; Alcalâ, 2a décembre 1709. 

Fol. ô. Copie d'une lettre adressée à la comtesse de Teba, relative 
au mariage du comte de \ illada avec D' Catalina de Portugal; 1709. 

Fol. 7. Lettres adressées à D. Bartholome de Miranda y Zûniga par 
D. Diego de Pineda y de las Infantas (1710); Margarila Zenalvo y 
Ma/.uelo ( 1710); — Francisco de la Chica (1710): — Juan de Figueroa 
(2 1., 171 1); — Zeferino Joseph Amo Polanio (1711); — Francisco 
Lorenzo Perry y? [nom illisible| (1713). — Originaux. 

Fol. 16. Copie d'une lettre adressée à D-' Maria Antonia Loyola et 
à la comtesse de Lemos relative au mariage du comte de Villada avec 
D' Maria Antonia de Toledo, fille du marquis de Villafranca ; Madrid, 
sept. 1719. 

Fol. 20. Lettre du marquis de? [nom illisible| à Joseph Rodrigo; 
7 mars 1720. — Original. 

l'ol. r>2. .\cte par lequel le cardinal Luis Relluga authenti<iue les 
reli(|U('S conservées dans la maison de Monfemar; Rome, 2/1 janvier 
173."). — Kn latin. 

Fol. j\. Relation de la mort de la reine Marianne de Neuhourg, de 
ses funérailles et de l'ouverture de son testaiiienl ; juillet i7'|0- ilneoni- 
plète de 'J Jf. ) 

Fol. /|G. « Mis pensaniientos )), travail rédigé en i7r)3. 

Fol 7(j. Dérision prise par les habitants de la ville d'Ayamonte de 



IMVEMAIKE DE LA COLLEGTIO?! EDOUARD FAVRE 89 

placer leur Église sous le co-patronage de la Vierge et de saint Joseph, 
sans porter préjudice au palrf»nage de saint Diego de Alcalâ auquel 
elle est dédiée; 1 1 janvier 1756. — Pièce imprimée. 

Fol. 83. (' Nota de la carga (juc condtijeron de \era-Crnz y la 
Havana los dos navios de guerra cl Tridenle y el Astulo... que... 
Uegaron... a Cadiz en a.j de agoslo de 17G0 d. 

Fol. 84. Description de la colonie de Sierra Moiena en Es[)agne, 
dans le cours de Tannée 1778. — En français. 

Fol. 96. Autorisation accordée par Philippe Berlran, inquisiteur- 
général, à Vincent Joachiiii Osorio de Moscoso, Guzman, l'ernande/ 
de Côrdova, d'avoir, dans sa bibliothèque, un certain nombre d'ou- 
vrages défendus; Madrid, 5 février 1785. 

Fol. 98. Requête adressée à la princesse des Asturies par Salvador 
Heus pour obtenir le titre de « sari,^ento graduado »; 1780. 

Fol. 100. « Carta en la que D" Maria Vsidora Gu/man y la Cerda da 
la enhorabuena al marques de S'' Cruz, director de la Academia espa- 
nola, con el motivo de haveile nombradi» nuestro calholico monarcha 
Carlos III, su mayordomo niayor, y nonibramiento deaquella S'", para 
dirigir con la marquesa de Penafiel, una escuela de ninas. Keglamento 
de esta escuela; 1787 .» 

Fol. 132. «(>artas escritas por varios sujetos al rey D. Carlos 1\ y a 
su familia por los condutos del conde de Altamira y del conde de 
Florida Blanca: Damian Antonio Pardo. 1788; — Ranion Abal y Pitta, 
1788; — Juan Alvarez, 1789; — Joseph Hodrigucz, 1789; — José 
Maria Cowley, 1789; — Félix Fernando de Pineda, 1789; — Francisco 
Josef Carratalan, 1789; — Joseph Perez Cobos, 1789; — \ eçinos del 
lugar y partido de la liera alta, jiuisdicion de la ciudad de Murcia, 
1789; — Pedro Augustin Echeverria, Hurlado de Mendoza, 1789; — 
Christobal Garcia Montalban, 1789; — Grabriel Ignacio Hodriguez, 
1789; — Ignacio Sanchez, 1790; — Francisco Hurlado y Hurtado, 
1790; — Maria Martinez Garrido, 1790; — Josef Antonio Nufiez del 
Prado, 1790; — Pedro Jacome Brignardelli, 1700; — Francisco 
Antonio Correa, 1792: — Maria Andréa Doze, 1792; — Antonio 
Azurin, 1792; — Josef Santiago Perez, 1792; — La priora, claveras y 
demas comunidad del convento de N'' S"^-' S' ' Maria el real, 1792; — 
Francisco del Castillo y Pasqual, 1792: — Francisco Brunet, 1792; — 
Isidro Rico, 1792 »). (Ces personnages sont, pour la plupart, des soldats.) 

Fol. 210. Sept pièces relatives au théâtre de « Los Cànos del Peral»; 

1796-1799- 
Fol. 228. Quatre lettres adressées au marquis d'Astorga, comte 

d'Altamira; i8o^-i8o5. — Originaux. 

Fol. a35. Lettre de François de Beauharnais, ambassadeur de l'em- 
pereur Napoléon, ministre plénipotentiaire du roi d'Italie, au même, 
avec la réponse de ce dernier; Ti et 20 février t8o8c — Copies. 



90 BULLETIN HISPANIQUE 

Fol. a4i- u Elhimologia, origen o denominazion del nombre del 
reyno de Espana... por D. \thanasio Francisco de ^ illalovos » ; s. d. 
(Incomplet). 

Fol. 209. Chronologie des papes et des rois d'Espagne jusqu'en iSSa. 

Fol. 267. Liste alphabétique des saints du calendrier de Castille, 
avec la date de leurs fêtes; i8^G. 

Fol. 273. Bulle d'indulgence accordée par D. Francisco Variez 
Bahamonde, « co.nmissario gênerai de la sanla cruzada », à Maria 
Moreno; Madrid, i" mai i8i4. — Pièce imprimée. 

Fol. 374. « Hieroglifico sacro del mysterio de la immaculada con- 
cepcion de la virgen Maria » : s. d. — Placard imprimé. 
(274 feuillets; 280 sur 220 millimètres.) 

Vol. LXXVII. 

Recueil de comédies inlilulées: 

Fol. I. « No ai fuerza contra el gusto, 
« Contra la hermosura armas, 
« Hesislencia contra amor, 
« Ni amor contra la palabra. » 
Fol. 63. « Lanzes de Amistad, honor y zelos. » 
F'ol. i3i. « El majico Andronio. » 

Fol. [9.5. « Lanzes de amistad, honor y celos. » (a^ copie.) 
Fol. 3i3. i( Yo no soi mio y lo que es la mujer Zelosa. » 
Fol. 383. Octaves composées à l'occasion de la représentation, 
chez la marquise d'Aslorga, de la comédie intilulcc : Qaicn es (/nieii 
premia el Amor? 

(390 feuillets; 220 sui' rOf) millimètres.) 

Vol. LXXVIII. 

liecucil de comédies inlitulces : 

Fol. I. (( Aun fingido cl cscarmicnio 

(I labra el mas viziado genio. « 
Fol. 71. « Satisfaccioncs de amor olensas de sangre borran. » 
Fol. 139. (' Lo que son duendes del miindo. » 
Fnj. -Ao-. « Obligado de 1res damas, 

<( pur nu ofender a nitiguna 

« a lodas très cnganai las. » 
Fol. 263. « La maxica de Ceilan. » 
Fol. 33 1. « Pncma cpicf». » 

^354 feuillets ; 22U sur it>ô millimètres.) 



INVENTAIRE DE LA COLLECTION EDOUARD FAVRE (Jl 

Vol. LXXIX et LXXX. 

Recueils de pièces de vers, imprimées ou manuscrites (poèmes, 
sonnets, dédicaces, n seguidiltasn, i< dezimas », etc.), pour la plupart 
pièces de circonstance, \\ W-wiir siècles. 

(896 et i48 feuillets; 226 sur i55 et 3i5 sur 220 millimètres.) 

Vol. LXXXI. 

Traités relatifs à l'organisation et à i administration d'un état. 

Fol. I. (( Discurso de estado. » 

Fol. 107. (( De las causas de la grandeza y manificenzia de las 
ciudades. » 

Ces traités semblent avoir été composés pour l'instruction d'un 
prince (peut-être par le 11' marquis de Velada pour Philippe lll), 
à la fin du \\\' siècle. 

(242 feuillets; 020 sur 280 millimètres.) 

Vol. LXXXII. 
Suppléments 

Fol. I. Donation par Domingo Munoz et sa femme, D' Gila, 
au doyen et au chapitre de N.-D. de Cordoue, d'un moulin sis au gué 
de « Martos » ; 18 juillet 1297. — Copie du xm' siècle. 

Fol. 3. Lettre du roi de Castillc, Ferdinand IV, à Alfonso Ferrandez 
portant ordre de restituer à D. llayn les biens qui lui ont été 
confisqués; Roa, 22 décembre 1298. — Copie du wi" siècle. 

Fol. 4. Lettre du pape Clément Vil aux commandants des trirèmes 
de l'Ordre de Saint-Jean pour les engager à demeurer fidèles au 
Saint-Siège; Rome, 1 5 juin 1626. — Copie. 

Fol. 5. « Mémorial o instruction de la forma que paresce se deve 
tener en la reformacion de los monasterios de frayles y monjas de las 
Ordenes de la Sanctissima ïrinidad, y de nuestra Sefiora del Carmen 
y de la Merced, en cumplimiento de lo que nuestro padre Pio papa 
quinto ha proveydo y mandado » ; Madrid, 3o août 1007, — Pièce 
imprimée. 

I. Ce recueil a été formé après le classement de la collection; la plupart des 
pièces dont il se compose auraient pu être placées dans les volumes précédemment 
décrits. 

Un certain nombre de pièces incomplètes ou non identifiées, réunies dans un 
portefeuille qui porte le numéro LX.-\.\11I, n'uiit pas été inventoriées. 



Ç)3 BULLETIN HISPANIQUE 

Fol. 7. Lettre du duc de Sessa aux autorités de la ville de Baeça 
pour faire transnictlie aux capitaines venant de Castille l'ordre de 
rallier l'armée de D. Juan; T' mars 1570. — Original. 

Fol. 8. « Avisos de Granada » ; 33 août 1570. 

Fol. 10. Attestation de la levée de l'excommunication encourue par 
le Grand Commandeur de Castille [D. Luis de KequesensJ ; cette 
attestation est signée par le marquis d'Ayamonte et Domingo de 
Çavala. 4 octobre i.'')73. — En italien. 

Fol. 12. Réponse du pape à une demande du Grand Conmiandcur 
de Castille relative à l'exportation des reliques de Flandre; s. d. 

Fol. i3. Bref du ])ape Grégoire \111 pour protester contre une 
décision prise par le Collatéral; Home, 2 mai 1077. — Copie, en latin. 

Fol. i5. Copie du rapport envoyé au roi Philippe 11 sur la cons- 
truction de l'hùpilal des Siciliens à Côme; Rome, "21 novembre 1677. 
— En italien. 

Fol. 16. (( Sumario de los puntos \ cabos que se han adjudicado 
a ambas parles en la causa de Coregio, en la sentencia que se dio 
a los 11 de seticmbre 1079, por Su Mag' Cesarea. » 

Fol. 18. <( Reverendissimorum ... dominorum, ad ncgocium Helgicac 
pacificationis, per Caesareain majeslatcm dcputatorum commissa- 
riorum recessus, régis llis])aniarum calliolici mandalario, duci de 
Terranova, et ordinum Belgii legatis, 13 mensis novenib. anno 1571) 
publicatus. » — Pièce imprimée. 

Fol. 24. Requête adressée à l'archiduc Ferdinand d'Autriche par 
les frères et sœurs des frères défunts Laurent et Georges llaimb, 
aux lins d'obtenir la succession de ce dernier; 4 février i58o. — 
En allemand. 

Fol. 26. (I Bando sopra i quatlrini » ; Rome, 3 juin i58i. — Pièce 
imprimée, en italien. 

Fol. 27. Avis d'Ormu/, contenant des nouvelles d'Ormu/,, des Indes 
et de Ceylan ; 29 juillet i58i. 

Fol. 28. Acte constatant l'identité du bandit Vntonio iVliralla; 
I' juin i582. — En italien. 

Fol. 3o. '< Copia de un mémorial dcl maestro Perez de las cossas 
que se an de suplicar a Su Mag' y a Su S' y consullar a la congre- 
gacion de los cardinales » ; 22 janvier i583. 

Fol. 34. « Reliicion del sucesso que se tuvo en la ysia de (^anaria, 
en el acomctimiento (|ue a ella hizo el armada vnglessa en que venian 
por générales .luan Ades y Francisco Draque »; ibgà. 

Fol. 30. " Memoria de las escripturas que se han de sacar de poder 
de Martin de \ illanucva » ; 1 1 novendjie i()o3(?). 

Fol. 37. Commission donnée par Philippe 111 au licencié Martin 
Fernande/, Portocarrero pour régler la succession du duc de .Medinaceli 
[D. .luan de La Cerda > de Aragon]; ly avril i()o8. — Copie. 



INVENTAIRE DE LA COLLECTION EDOUARD FAVRE 98 

Fol. 39. Autorisation accordée par Philippe III à Ru y Gomez de 
Silva, duc de Pastrana, de contracter un emprunt sur son majorât de 
Pastrana ; 5 juin 1612. — Copie. 

Fol. l\i. « Relacion... delà tradicion de la Santa Veroniça a la ciudad 
de Jaen... Por Juan Pardo Villegas de Cora » ; 1632. — Pièce imprimée. 

Fol. (43. Protestation du comte de La Roca contre la décision prise 
par Le duc de Savoie Victor- Amédée 1"' de donner la préséance à 
l'ambassadeur de France sur l'ambassadeur d Espagne ; Turin, 
lo juin i632. 

Fol. 4Ô. <f Copia de la cedula que D. Martin de Harnedo lienc para 
sacar las melizias de los lugares reserbados » ; i64o. 

F'ol. 47. Déclaration d'Alonso Perez de Guzman, duc de Médina 
Sidonia, à propos du duc de Bragance [Jean IV]; 9 septembre i64i- 

Fol. 5o. Note sur les soulèvements de la Catalogne d'après les 
Annales de Zurita. 

Fol. 03 . Proclamation des pouvoirs donnes par le roi d'Espagne 
à D. Martin Vnignez Arnedo pour faciliter el pour hâter, en Andalousie, 
les préparatifs de l'expédition de Catalogne: Gordoue, avril 1643. — 
Pièce imprimée. 

Fol, 54. ÏNote sur les événements de Catalogne (prise de Rosas, etc. ); 
[vers i64a]. 

Fol, 55. « Relacion del buen sucesso que liizo el senor D. Juan de 
Austria en Cataluiia » ; [vers i652]. 

Fol. 57, « Gacette d, nouvelles de Catalogne, de Barcelone, de 
Naples, de Sicile, etc.; 17 mars 1648. 

Fol, 58. « Manifieslo que hizieron los maestros de campu irlandeses 
que estan sirviendo a Su Mg' en el principado de Catalufia » ; 29 août 
i653. — Pièce imprimée. 

Fol. 60. Copie du traité de Munsler entre le roi d'Espagne et les 
États Généraux des Provinces-Unies des Pays-Bas; 7 juin 1647. 

Fol. 106. Relation du voyage fait en Andalousie par D. Luis 
[Mendez| âe Haro [Sûloma\or y (iu/man. II' comle-duc d'OlivaresJ; 
[entre iG45 et 1649J. — Pièce imprimée. 

Fol. 108. « \ovedades en Madrid, liasla 13 de ma\o de 1648. 
Gacetta. » 

Fol. 1 10, Observations sur une comète; 18 décembre iG52. 

Fol. 113. « Relacion diaria de la presteza con que se previno la 
armada real de Espana, a cargo del gênerai D. Pablo Fernândez de 
Contreras, y lo que le ha sucedido desde i5 de agosto... de i655... 
hasta 22 de octubre del dicho ano ». — Pièce imprimée. 

Fol. 116. (( Noticias del viaje > sucesso que ha tenido el capitan 
Marcos del Puerto con los navios de su cargo, aiîo i656. » 

Fol. 118. '< Salisfaçion que piden los Olandesses para mantener la 
paz » ; i663. 

Bull, kisfian. 7 



q4 BLLLE1IN HISFAMQIE 

Fol. I30. «Los nombres de los nobles honbres de Escocia que 
estuvieron en la batalla de Barvyc con el rev d'Escocia, de los quales 
no se sabe que aya escapado, syno el chanbelan del rey d'Escocia » ; 
s. d. 

Fol. 12 1. « Helacion de lo ({110 conlienen dos menioriales que Juan 
Gomez de Bedoya a dado, contradiciendo la concession que hesta hecha 
de 3o millones pagados en 20 afios, y dando la recompensa en olras 
cossas que en ellos se acussan »; s. d. 

Fol. 135. « Puntos que se abian de lener en cuenta para el cntierro 
de la Infanta D' Maria » ; s. d. 

Fol. 137. Requête adressée au pape par André \iniencz en vue 
d'obtenir les dispenses nécessaires à son mariage avec Maria \imenez, 
sa nièce; s. d. — Copie. 

Fol. 139. Lettre d'Angelo Bibiena, sans adresse, dans hupielle il 
demande à son correspondant de le recommander à l'empereur; s. d. 
— Copie, en italien. 

Fol. i3o. Avis sur les moyens de porter secours à la place de 
Brissac et de la ravitailler; s. d. 

Fol. i33. Avis du marquis de Velada et de D. Alonso de Occa sur 
le traitement dû à l' « Alguazil mayor » pour ses fonctions au Conseil 
des Indes; s. d. 

Fol. i34. Relation du manjuis de Cassano sur l'assassinat du doc- 
teur Marchiano; s. d. — En italien. 

Fol. i36. « Puntos sobre el sustento del exercito de Milan. » 

Fol. i38. Copie d'un manifeste du prince de Ligne [Claude Lamoral], 
gouverneur du Milanais; s. d. — En italien. 

Fol. i/io. K La prigionia del principe Guglielmo di Fursteniberg 
giuslificata )> ; s. d. — Pièce imprimée, en italien. 

Fol. i4(). « Novedades publicas en Logrono »> (relation de la mauvaise 
conduite de (pielques religieuses); s. d. 

Fol. i/j8. Mémoire sur le droit de présentation exercé par le roi 
d'Espagne pour les églises de Sicile; s. d. — En italien. 

Fol. iGo. « Relacion de los jue/.es de la gran corte, Platamon y 
Palmula, sobre la alargation de carzel al avogado fiscal D. Pedro del 
Ferro » ; s. d. — En italien. 

Fol. 164. Extrait des instructions données à D. Francisco de Bena- 
vides; s. d. 

Fol. iG5. Épître adressée à un vice-roi de Valence à l'occasion de 
son installation; s. d. 

Fol. 171. (' Discurso del capitan Pedro Ximenez Destellas y Cabrera 
sobre el exercito » ; s. d. 

Fol. 173. .Note relative à l'expédition contre Rayonne; s, d. 

Fol. \-'i. Deux rcfpjêtes adressées au roi d'Espagne par Nicolas 
Mclegari, consul d'Espagne à Gènes, l'une afin d'obtenir le rembour- 



ilNVE.NTAIRi; DE LA GOLLECTIO.N EDOUARD FAVRE QO 

sèment des dépenses qu'il a faites pour assurer pendant plus de six 
ans un service de bateaux entre l'Espagne et l'Italie, l'autre afin 
d'obtenir que sa charge de consul soit transmise à son fils; s. d. 

Fol. 178. Trois mémoires sur les moyens d'améliorer le commerce, 
adressés à la reine d'Espagne par Juan Cano; s. d. ^Pièces im- 
primées. 

Fol. i85. Mémoire de Luis de Cordova relatif au rendement de la 
soie dans la ville de Grenade ; s. d, — Pièce imprimée. 

Fol. 187. « Dubium spirituale », sans nom d'auteur. 

Fol. 194. « Kespuesla brève al mémorial dilatado, que se dio por 
parte de Domingo de Piiîa y Balthasar de Los Reyes, vezinos desta 
ciudad, al cabildo délia, prelendiendo su proteccion para ensenar sin 
titulo ni examen el scientifico arte matematico, y philosophica destreza 
de las armas. » — Pièce imprimée, avec notes manuscrites. 

Fol. 198. (( Tabula praeliguratae tetrapolis urbis Calaris. » (Plan de 
la ville de Cagliari, d'après la Cosnwg rapide universelle, avec mémoire 
explicatif). — Pièce imprimée. 

(200 feuillets; 32Ô sur 226 millimètres.) 

Léopold MICHELI. 



VARIÉTÉS 



El dor-tor Barlolome Hidalgo de Agiiero, renombrado el Pareo 
Espanol. Brèves Noticias de su vida y obras. 

Kl 5 de Enero de 1Ô97, ;'i lus (Hi anos, luoria pobic, hunradct y 
fainoso, en su ciiidad natal, Sevilla, el doclor Barlolome Hidalgo de 
Agiiero. iNada se sabe de sus |)rimeros anos, sino es su noble origen, 
coino declaran sus apellidos, y sus estudios cou los doclores Jiian de 
la Cueva y Alfonso Cuadra T» de la Ciiadra; mas fueion luego lan 
cxcelentes los recursus de su aile y lan. liberalmenle piodigados eu 
lavor d(; sus conciudadanos, que sin diula île él [Judo repelirse (jue 
viviô de modo r/ue d sa miierle lodos Uora/Hin y el solo reia, por (»j)usi- 
(•i(')n à su nacimienU) (fuc cl solo lloraixi, en binlo los dénias reinn; 
.Necesilàbas<' uiuclia liiz en el enlendimienlo ('» l'érica \ulunlad en la 
aplicaciun (') génial inspiraci<'m en el aile, para (|ue un liombre se 
hiciera nolable en el eminenle siglo \vi y maxime en la <iran Sevilla, 
lioina trian/ante en dninio y ri(juc:a. Muclios y merccidos elogios se 
lian liecho del siglo que iluslraron Cervanles, Lupe de Vega, Fray 
Luis de (îranada, Sla. Teresa de Jesûs, el Greco, Panloja de la Cru/,, 
Arias Moulano, \ ailes el divinu, Vlercadu, l)a(;a Cbacûn y ulros. Nu 
lie de anadir uno mâs, que resuUai'ia corlu aiuKpie le dedicara lodas 
las paginas (pie amablemenle me ofrecen l(js direclores tiel Bidlelin 
llisjxiniqae. Tampoeu lie de delenerme à ponderar la exubérante 
actividad de Sevilla en la seguiida milad del misiiio siglo; el (jue 
(pliera conocer â ciencia cierla el lorbellino vilal de la ciudad del Helis 
en aquella época, Ica y relea, la inlroducciôn que en su estudio 
ciilico de <i Rincoiiele y (^orladilk) » escribio el insigne académicu 
\ cervanlisia I). h'rancisco Kodriguez Marin \ bien lierlo (isloy de que 
cpiien siga mi consejo me qucdarâ agradecidu porque saborearâ 
(leli<;ida \ amena lileraluia (^onlempoiânea (pie pareee escrila por 
iina de las primeras plumas del siglo île Oro. Para salislacii'tn de mis 
aliciones cervânlicas y punlo de alcncion en l;i Imcna sombra de 
Sevilla en la lillima de(;ena del lantas vcces alabadu siglo, me baslarâ 
decir (jue conlaba enlre sus vecinos â Cervanles > (jue por dos de 
ellos se engendi.iroii, (oii pocos afios de inlervalo, Diego Velâ/que/ 
y \;\ piimerji [)ail<; del Ingenioso Hidalgo I). Onijole de la Mani^ha. 



VARIETES 97 

En la época en que declinaba y mon'a el Dr. Agiiero probablemenle 
tomaba notas Miguel de Cervantes para componer sus novelas ejem- 
plares sevillanas, singularmente « El Celoso Extremeno » y « Rin- 
conete y Cortadillo » ; y seguramonte liabia acumuladas en su memoria 
muchas felices observaciones que iluslraron mâs tarde las aventuras 
del héroe manchego. f-Conociô Cervantes â Agiiero? Nadie dejaba de 
conocerle en Sevilla, pues su fama, â la sazôn rebasaba la ciudad his- 
palense y se estendia por toda Espana y la Europa sabia; pero conocerle 
de trato parece que no, al uienos no iiay de este conocimiento indicio 
positivo, Cervantes era i() aùos menor que Agiiero y no pudo coin- 
cidir con él en los estudios que hizo en su primera cstancia, de niùo, 
en Sevilla, y aunque liijo de cirujano. su padre, Rodrigo de Cervantes, 
lo fué de la mâs modesia calegori'a, pobre ministrante sin arraigo ni 
relaciones en la gran urbe andalu/a. Pero si indicios positivos l'altan 
para probar relaciones de trato y afeclo entre Cervantes y Agiiero, son 
suficientes los negativos para no hacer cuenla de semcjante supuesta 
relaciôn, va que en ningiin pasaje de las obras cervantinas se nombra 
ô alude al célèbre cirujano. El doctor Pero Recio de Agiiero, natural 
de Tirteat'uera, nada tiene que ver con el Pareo sevillano. 

Por aquel entonces pululaban en Sevilla los pi'caros, jaques, rufos, 
rateros y demâs geutes de mal vivir y era ri las cârceles lugares en 
donde fermentaban todos los vicios y lacerîas: con semejante hampa, 
corriendo el oro y el vino, insuficiente la policîa y con las galeras en 
el puerto para hurlar el cuerpo â la justicia, era la ciudad de la 
Giralda campo continuo de contiendas y ocasiôn perenne para que 
los cirujanos se cansaran de curar heridos. Por esta abundancia pudo 
decir un discipulo de Aguero, Pedro Ponce de Leôn, que en cuatro 
afios que practicô con él habfa curado mâs de très mil heridos, cilVa 
tan alla que por ella discurriù un cn'tico que D. Baltasar habia practi- 
cado como cirujano castrense, pues en efecto, no se comprende 
semejante carniceria sin batallas, al menos de suponer, como era 
verdad, que la picardia sevillana las movîa âcualesquieras horas y que 
por los mâs futiles pretextos salîan â lelucir y visitaban las entranas, 
espadas, punales, dagas, cuchillos y herramientas de todas clases. 
Y quizâ no fuera solo la falla de temor al castigo, la causa de tanla 
crueldad, que â ella debiô contribuir la esperanza en la cura, pues 
cosidos â puûaladas y con los intestinos eventrados, aquellos duros 
matones, como no exhalaran el l'iltimo suspiro sobre el campo de la 
contienda, confiaban en la pericia del sabio y bondadosisimo cirujano 
y por esto exclamaban al dar 6 recibir las cuchilladas : [â Dios me 
encomiendo y al doctor Hidalgo de Agiiero! y para que mâs se esti- 
mara esta providencia, es de advertir que vino â remediar una época 
quirùrgicamente aciaga, pues si el doctor Hidalgo, cosiendo por aquî 
y con^ervando por alla, salvaba todos 6 los mâs de sus heridos, â su 



98 BULLETIN HISPAMOIE 

antecesor y maestro el doctor Ciievas, se le morîan los 25 de cada 3o, 
'porque los cirujanos antecesores â Daça Chacôn y â Hidalgo, creian 
ô practicaban en el concepto de que toda herida, maxime si era do 
bala, danaba los lejidos al punto de impedir la cicatrizaciôn, y para 
acudir al yerro traumâtico acudîan aquellos con sus hierros, con lo 
cual el pobre herido sufn'a el doble error de la teori'a y de la inter- 
vcnciôn. Espanta imaginar la situacicm del paciente, sometido â 
sangre fn'a y sin anestesia, al reconocimienlo con tientas y hierros 
de varias clases, sufriendo después dilataciones y contraverturas 
cuando no verdaderos destrozos en busca del proyectil. Con el calor 
de la lucha se disinuilaba el dolor de la herida, al tiempo de recibirla, 
y los atroces sufrimientos vonîan después, cuando al curarla, el 
prâctico de la via coniun, maltrataba los labios sangrientos, inflamados 
y doloridos y anadi'a el traumalisiuo quirûrgico al causado por el 
arma agresora. El enfermo, con toda la alenciôn puesta en la mani- 
obra, no se ahorraba sufrimiento alguno, antes al contrario, experi- 
mentaba el dolor en todo su amargo desarroUo y seguramenle â mâs 
de algûn herido debiô ocurrirle, que salva la intencii')n, eran mâs 
piadosos los matones que los cirujanos. Suslituir la dulzura, la lem- 
plan/a, y la limpieza y la oclusiôn de la herida â los atroces y 
cruontos procedimientos antes mentados, taies fueron en lo arlislico, 
los relevantes méritos de la via parlicalar, opuesla por el doctor 
Hidalgo (le A^iiero d la via comûn, cuyos estragos le escarmentaron 
en cabeza do sus maestros, Precisamenle en esta defensa de la herida 
esta el loque de la via particular preconizada por Agiiero : sus pre- 
ceplos que se diluyen on los 5i Avisos de su primero y principal 
tratalo (( |)o la verdadera ciruji'a » pueden sintetizarse en dos capitales 
preceptos : apartar de la herida todo cuanto pueda estorbar la cicatri- 
zaci('m, incluso la sangre extravasada y manicnor reunidos los labios 
para facilitar la obra de la naturaleza. l'onpie el Dr. Hidalgo adivint) 
por inspiraciôn la verdad que boy todos sabemos, que son los tojidos, 
los que se defienden y restauran y que todo el cuidado del tratamiento 
esta en evitar que se malogre ô relrase la cura natuial por agentes 
extranos ô desacertadas intorvenciones. Ignorantes de la infecciôn 
y sus remediùs, los cirujanos de antafio, es maravilloso el acierto de 
Aguero al oponer la scquedad â los menjurges que aplicados â la 
herida servian de cullivos â los microbios infectantes, si es <pie ollos 
mismos no estaban ya infectados. El aire scco, no os propiamonte 
antiséptico; pero al concrentar las secreciones, aglulina con allas, 
itnrnoviliza y aniila los microbios y las (-(tstras, sirvon lambién como 
ap<')>-ilos naturalos de las heridns. Siompro he iiotado con salisraccii'm 
en las obras de Daça Chacôn, Francisco Diaz y Agiiero, el sano buen 
sentido que eu todo tiempo lia sido patrimonio d(; los cirujanos y 
médicos espiinoles. Los dos ûllimos cirujanos, arriba mentados. 



VARIKTES 99 

convienen en la cura de las estrecheces de la uretra, con el suave 
y â la postre seguro tratamiento de la dilataciôn graduai. Cuando 
leîa sus préceptes en aquellas obras, impresas â fines del siglo xvi 
6 principios del xvii, recordaba las magnificas lecciones que sobre 
el mismo tema oî â mi maestro de ciruji'a, el eximio profesor 
D. Eduardo Garcia Duarte, y no podîa menos de ocurrirme que mâs 
estragos debié causar Marte con sus metâlicas algâlias que ^'enus 
con sus traidores contagios. 

El Dr. Hidalgo de Agiiero ensenaba curando y sus notas en forma 
de tratados no se publicaron liasta después de su muerte ; un cirujano, 
quizâ el mâs autorizado de la época, Daça Ghacon, los elogia sin 
réserva; otro cirujano, también con autoridad, Fragoso, los discute; 
la posteridad falla en pro del profesor quinirgico de Sevilla y los 
ha sancionado concediéndole el sobrenombre de Pareo espaiîol. 
En la dicha ciudad de Sevilla, se imprimieron por primera vez en iGo^ 
los diversos tratados ô capitulos de la obra de Agùero en un tomo 
en folio; la ediciôn va ilustrada con el retrato del autor y lleva una 
loa de su yerno, el doctor Ximénez Guillén, â quien piadosamente 
puede atribuirse la diligencia de la publicacion, pues por aquel 
entonces y mucho tiempo después, los libres de ciencia no daban 
dinero, ni aunque contubieran los avisos prâcticos que avaloran el de 
Agiiero : este, â lo que cntiendo, si muriô rico de honra, no debio 
dejar hacienda para costear la impresiôn de sus obras ; pues su 
pobreza, si no recuerdo mal, se déclara en su testamento exhumado, 
como tantos otros papeles preciosos, del fondo de los archives, 
por la sagaz diligencia de mi ya citado amige D. Francisco Rodriguez 
Marin. En una nota del Loaisa del « Gélose extremefio », publicado 
por este académico en 1901, se da neticia del testamento de Agiiero 
y de la pobreza del testader. 

He examinado la ediciôn principe en la biblioteca de la Facultad 
de Medicina de Madrid y he reparado en el retrato del autor; le 
représenta viejo, descarnado de rostre, las barbas de piata, les ojos 
inquisitivos y la actitud como la del que explica. Para demostrar 
su nobleza y profesiôn, aparecen, de una parte los cuarteles herâl- 
dices de la familia ; y de etra, una calavera en la que el Doctor apoya 
la siniestra mano. 

Pesée la misma biblioteca, etra ediciôn de las obras de Agiiero 
que es la tercera, impresa en Valencia en i654, en un volumen 
in folio : aparece ilustrada su portada, con los santosGosme y Damiân 
y como las etras ediciones esta favorablemente censurada por el 
licenciado Daça Ghacôn. La licencia para la impresiôn la etorga el 
entonces Arzebispe y Capitân General de la ciudad y reine de 
Valencia, Fray Pedro de Urbina. 

Adeniâs de estas dos ediciones, citan los biôgrafos y panegiristas 



lOO Bl LI.ETIN HISPANIQUE 

del Dr. Vgiiero (Hcrnândez Morejôn, de la Plata y Marcos, Memorias 
presentadas al concurso de premios de la Real Academia de Medicina 
de Madrid de 1866) una segunda ediciùn dedicada al Doctor Diego 
Hexarch é impresa en Barcelona, en 1624, en un tomo en cuarto. 

No séria oportuna la enumeraciôn, al pormenor, de las noticias 
contenidas en los catorce tratados que comprenden las obras del 
doctor Agiiero; â él le ocurria, poco mâs 6 menos, lo que û 
D. Quijote. y en sus textos salta â la vista la desproporciôn entre los 
propôsitos y los medios para lograrlos. Ya lie advertido que la 
orientaciôn del prâctico sevillano la suscribiria un cirujano del 
siglo w, con la diferencia que este acierla por ciencia y aquél adivino 
por inspiraciôn ; mas tocante à los medios, fuera del agua y del vino 
y del aire seco y de las suturas y de la réunion de los labios de la 
herida con aglutinantes, lo demâs era perteneciente â la misma extra- 
vagante farmacia que surtîa las recelas de los médicos del siglo \vi 
y de los posteriores. \ véase, en prueba de ello, la composiciôn de 
la lamosa (( coloradilla » en la que lanto confiaba el gran cirujano 
hispalense. Entraban como factores de la misma el incienso, la sangre 
de drago, el bolo armenico, el sândalo rojo, el sarco-cola, el acibar 
y el albin. A cstos simples, reducidos â polvo, se anadia el aceite bene- 
diclo y con la me/cla se liacia la cura. No son necesarias muchas noti- 
cias acerca de los ungiientos, bâlsamos, triacas, mixturas y cocimien- 
tos, usados en aquella época para com[)render que no era de las mâs 
complicadas, la recela de la coloradilla aunque sin embargo, excède 
por la calidad y numéro de sus coniponentes, al fanioso bâlsaino de 
Jlerahrds recomendado por D. Quijote. 

()ue diria el Doctor Agiiero si alcanzase la quîmica lisiolôgica 
moderna que con ra/.ôn apellida de impondérable, de inumerable 
y de inestable, mi sabioamigo el ptofesor Cli. Kichet; mas doblemos 
la h»»ja, que â los lectores del Bullelin Hispanique no les interesa, por 
aliora, estas maravillas de cantidad y calidad que vamos sacando 
ahora en los laboralorios de fisiologia, diluyendo los agentes y sir- 
viéndonos de los animales â guisa de réactives. 

El arte, por lo que tiene de inspiraciiSn, no espéra â la cioncia sino 
que se adelanta â ella y presla itiapreciables beneficios â la humanidad. 
Dlganlo las vidas salvadas por el doctor Barlholomé Hidalgo en pleno 
siglo \vi, sin qm'mica, con una anatomia rudimenlaria y con liigi(Uie 
tan atrasada (pie se crei'a posible prev(;nir la peste con sahumcrios : 
cierto que anadian el sabio, aunque egdista conseju, de irse luego 
y vol ver tarde. 

El arte no solo endulza y embellece l.i vida: lambiéii la alarga. 

DocroH J. GOMEZ OC AN A, 
de la Heal .\cademia de Medicina de Madrid. 



UNIVERSITES ET ENSEIGNEMENT 



L'Intercambio avec le Portugal. 

La mort de M. Consiglieri Pedroso, survenue peu de temps après 
la visite des universitaires bordelais à Lisbonne (voir Bu//. Iiisp., 1910, 
p. 339), autant que les événements politiques, avait jusqu'ici em- 
pêché la Société de Géographie de Lisbonne, dont il était le président 
et l'âme, de nous rendre notre visite par l'envoi de conférenciers. 
M. Consiglieri Pedroso s'était proposé de venir lui-même avec M. le 
comte de Penha Garcia, membre de la Société, qui aurait donc eu 
deux représentants; et il eût représenté en outre le Curso Superior 
de Leiras, dont il était directeur. 

M. le comte de Penha Garcia est venu seul. Ancien ministre des 
finances, ancien président de la Chambre des Députés, il nous était 
envoyé officiellement par la Société de Géographie de Lisbonne i il 
a été reçu officiellement par la Société de Géographie et par l'Univer- 
sité de Bordeaux. Devant une assistance sympathique pour laquelle 
l'immense salle de l'Athénée de Bordeaux était tout juste assez grande 
(18 décembre), il a parlé de l'œuvre coloniale du Portugal pendant 
les trente dernières années. 11 l'a fait dans un français non seulement 
facile, correct et élégant, mais agréable, avec charme et simplicité, 
sobrement — et efficacement, car il a bien atteint son but, qui était de 
montrer que le Portugal, dans ce que les événements lui ont laissé des 
domaines immenses découverts par lui, a su et sait encore être à la 
hauteur de sa mission. Des vues et des graphiques drtcumenlaient 
l'exposé. 

M. Radet, doyen de la Faculté des Lettres et vice-président de 
l'Université, en l'absence du recteur, avait été prié par la Société de 
Géographie de Bordeaux de présenter l'éminent conférencier, et de le 
remercier. 11 s'est acquitté de sa double tâche avec une autorité que 
doublait sa foi dans l'utilité de pareils échanges. Il a montré ce que 
représentait la personnalité du conférencier, qui, ancien élève de 
notre École des Sciences politiques, était arrivé tout jeune à l'une 
des plus hautes situations politiques de son pays, et continuait à le 
servir par ses publications, par ses conférences, enfin par son rôle 
à la Cour d'arbitrage de la Haye, dont il est membre. 



BULLETIN HISl'AMQUE 



Nous espérons que M. le comte de Penha (îarcia, que de fréquents 
jîassages à Bordeaux avaient déjà presque t'ait Tun des nôtres, se 
souviendra qu'il a acquis le droit de cité parmi nous. Nous ne lui 
avons pas dit adieu, mais u au revoir ». G. G. 



Diplôme d'études supérieures d'espagnol. 

M. Lhéritier candidat à l'agrégation d'histoire ot déjà pourvu du 
diplôme d'histoire et géograpliie, a présenté en juillet dernier à la 
Faculté des lettres de Bordeaux un mémoire sur « l'œuvre de Gadalso 
comme document historique», étude intelligente qui atteste une ini- 
tiation déjà sérieuse à l'histoire de la société espagnole au xviir siècle. 
— Il y a là un exemple à imiter pour les étudiants d'histoire et même 
de philosophie, sans parler de ceux des lettres. Gombien de sujets 
impossibles à traiter sans une préparation technique et qui par consé- 
quent échappent à la compétence des simples espagnolisants, et ne 
sont accessiblv-^s pourtant qu'à la condition de connaître la langue 
et la littérature historique, pliilosophique, scientitique de l'Espagne! 
G'est pour permettre des travaux de ce genre qu'à été créée l'École 
française de Madrid. 11 est à souliaiter qu'ils soient encouragés dans 
les Facultés, et surtout dans les Facultés méridionales. G. G. 

— M. Gapmartin a soutenu, à la Faculté des lettres de Toulouse, le 
i"^ juillet, un mémoire pour le diplôme d'Études supérieures d'espa- 
gnol sur le sujet suivant : « La femme et les caractères de femmes 
dans le Libro de biicn amor, de l'archiprêtre de Hita. » Dans une pre- 
mière partie, l'auteur a fait un exposé dos opinions courantes sur la 
femme dans le moyen Age espagnol. La deuxième partie était consa- 
crée à l'analyse des différents types de femmes dans le poème de Juan 
Ruiz. Dans le résumé de la querelle des féministes et des antifémi- 
nistes, il était difficile de trouver des indications vraiment nouvelles, 
après l'abondante littérature que cette querelle a provoquée, et l'auteur 
n'y pouvait réussir. L'étude des caraclères de femmes dans l'œuvre de 
Juan Ruiz se prêtait mieux à des recherches originales et à des conclu- 
sions précises. M. Gapmartin a passé en revue, dans un espagnol 
élégant et agréable, la galerie des portraits réunis par le galant archi- 
prêlre, mais ces portraits répondent-ils à la réalité? L'auteur ne s'est 
pas sérieusement demandé si toutes les aventures complaisaninient 
ra|)portées par le protagoniste ont un fondement historique, biogra- 
phi(pie, ou, au contraire, si la part de l'imagination et de la fantaisie 
n'\ est |jas pré()()ndéranto. Il a tout accepte coiiiine réel, même les 
Serrunas, malgrt' les invraisemblances ou les impossibilités malériclles, 
et c'est ce qui a (piehpie peu compromis la solidité des conclusions de 
la thèse, dont le jury s'est plu tr;iilleurs à reconnaître les qualités 
de stvie. H. M. 



BIBLIOGRAPHIE 



Collecçâo de manuscriptos ineditos agorn dados a eslampa. 
I. livra da Corle Impérial. II. livra da virtuasa bemj'eiloria 
da Infante Dam Pedra. III. Fa.stiyimia par Thamé Pinheira 
da Veiga Turpin). Porlo, 1 910- 191 1, in- 4", 27^, -"^oS, 
3-4 pages; introductions non paginées. 

Cette série de publications entreprises par la Bibliothèque publique 
de Porto, est destinée à mettre dans le domaine commun les manus- 
crits conservés par cet établissement, et dont quelques-uns seulement 
avaient été édités soit par l'Académie des Sciences, soit par Herculano, 
le baron do Castello da Paiva, Kopke, C. Aureliano da Silva e Souza, 
J. A. da Graça Barreto. Les trois textes publiés cette fois, et si près 
les uns des autres, sont précédés d'introductions signées par le 
directeur de la Bibliothèque, M. José Pereira de Sampaio. 

Du Livro da Corle impérial, M. Pereira nous dit peu de chose. 
Il se contente de reproduire deux affirmations de Theophilo Braga, 
à savoir que le titre, E.*ile livro he chamado Corte enperial quai he 
dafonso Uaasqiie: de Calvos morador na Cidade do Porlo, en indique 
non l'auteur, mais le possesseur, qui était au service du duc de 
Bragance en lA^a; et que, par ce livre, on peut savoir ce que l'on 
connaissait des livres arabes à une époque où on les ignorait dans les 
pays les plus civihsés de l'Europe. Quelle époque? C'est ce qu'on ne 
nous dit pas ici. M. Pereira rappelle seulement que le litre de ce livre 
figure parmi la liste de ceux que possédait le roi Duarte, liste publiée 
plusieurs fois, entre autre par l'abbé Roquette dans son édition du Leal 
Conselhero (Paris, 18/12). Le sous-titre, ou, pour mieux dire, le 
véritable titre, indique assez explicitement la nature de l'ouvrage : 
Este livro he chamado Corte enperial em que he dispulada a ffe crislna 
coni os ientyos e iudeos e mouros... L'auteur nous montre Jésus-Christ 
présidant les Corles célestes avec deux reines à ses côtés, l'Église 
triomphante et l'Église militante. C'est l'Église militante qui tient le 
rôle d'orateur; elle dispute tour à tour avec les gentils, les juifs et les 
maures, sans oublier les grecs, représentés par un évêque à la barbe 
chenue. Et c'est dans ses répliques à Valfaqui des maures, vers la fin 
de cette longue séance, qu'elle cite plusieurs livres arabes, qui se 



T04 Rt LI.ETIN HISPANIQUE 

réduisent au Coran (p. 2^8 et ss.j, an (lahiU-el-Bokhàri {hucary, 
p. 3^8), au Bourda {biirat, p. 269), au Kilàh-el-Mowata (moafa, ib.)- 
Du moins je n'en ai pas rencontré dautres. En tout cas les derniers 
chapitres, où est institué un parallèle entre la morale chrétienne et la 
morale musulmane, ne manquent pas d'attrait. 

livra de virtuosa bemfeitoria de l'infant Dom Pedro, dédié par 
celui-ci à son frère, Dom Duarte. alors prince héritier, par conséquent 
avant i^^S, se trouve, avec une traduction du De officiis de Cicéron 
due, semble-t-il, au même Dom Pedro, dans un manuscrit du 
\v' siècle, en parchemin, conservé à l'Académie de l'Histoire de 
Madrid; mais une copie complète, prise directement sur le manuscrit 
de Madrid, et deux autres incomplètes existent à la Bibliothèque de 
Porto; l'Académie des Sciences de Lisbonne en possède une copie 
datée de t8i3; et ces trois dernières paraissent dériver de la copie 
complète de Porto. M. Pereira, grâce à l'intelligente munificence de 
la municipalité de Porto, a pu comparer les cinq manuscrits et 
publier ce texte oublié, doublement intéressant comme oMivre litté- 
raire et comme document philologique. 

Du troisième ouvrage publié par l'actif bibliothécaire de Porto il 
existe plusieurs manuscrits, dont un lui appartient en propre et deux 
à la Bibliothèque même de Porto. Le titre en est des plus bizarres : 
Fasiigimia, ou Fa.stos geniaes, iirados da liimba de Merlim, cô a 
demanda do Santo Grial pelo Arcebispo D. Tiirpin. Descubertos, e 
Iirados a luz, pelo famoso lusitano Fr. Pantaliào de Aiieiro, q os 
sachou em hii Mosteiro de f'alouros. cô u seii ilinirario. Sub signo 
cornucopiae Cornuaria in fora Boario. Excudebal Cornélius Corneles 
ex (jenere Corneliorum; a cusla de Taim.es de Tempe, côprador de 
liuros de canalnria. Ce litre est une plaisanterie de l'auteur, (jui, bien 
que peu connu en somme, a du moins la réputation d'un facétieux. 
Le Proemio de Guevara (jui suit ce tilr(> est, on le devine, un pastiche, 
un assez joli pastiche, du célèbre épislolier; c'est même mieux que 
du Guevara, car c'est court. Suit une préface enjouée, signée « Turpini. 
Thomr Pinheyro da Veiga», (]u\ a donc malgré tout voulu se faire 
connaître. On est un peu étonné après de tels préambules de trouver 
une relation des incidents de la vie de raulcur et de la vie de la cour 
à \alladolid après la naissance du futur Philippe IV (8 avril HJoô), 
durant les mois d'avril -juillet. Cette relation est divisée en deux 
parties, intitulées l'une Pliilipslren, chronique courtisane, et l'autre. 
Segunda piirlr giit' tracta da Pratica do Prado e Baratilho t/uoti- 
ilianii, (•hmni(iMe s(;andaleuse des amusements du Prado après le 
dépail du r<»i chez le duc de Lerme, juscpiau départ de railleur pour 
Lisbonne. Une Pinrigraphia ou Descriprào e liistoria natural e moral 
de \'al hadolid con&lilue une troisième partie, description de la ville et 
observations sur les mœurs. Ce Turpin (puisque l'auteur tient à se 



BIBLIOGRAPHIE 1 OO 

donner ce nom) n'aimait pas seulement les facéties, mais aussi les 
histoires salées, et il n'en manque pas dans son livre. Mais tout 
Turpin qu'il soit, il n'a jamais l'air d'être un taux historien. 11 valait 
certainement la peine de publier son œuvre, d'autant que le style en 
est des plus alertes, et qu'on n'y trouve pas une page ennuyeuse. 

G. CIROT. 

Cenlenario do nascimenlo de Alexandre Hercalano, lypographia 
daAcademia. Lisboa, fqoS; in-8", 102 p.ages. 

Cette brochure, qui renferme trois discours académiques prononcés 
par MM. Teixeira de Oueiroz, Consiglicri Pedroso et Christovam Ayres 
dans la séance du 28 mars lyto, n'apporte aucun document de nature 
à moditier les idées reçues, mais elle permet de mesurer ce qui survit, 
au regard de la critique moderne, de la réputation d'Herculano, 
envisagé sous le triple aspect du romancier, de l'historien et du poêle. 
C'est une grande ligure, et vraiment représentative, que celle du 
solitaire de Val de Lobos. Entraîne malgré lui dans le courant de 
l'émigration libérale, il avait joué un rôle actif en 1802 et contribué 
au triomphe de la Charte pour se retourner ensuite, comme les 
romantiques espagnols de la même génération, contre les excès de 
la fraction avancée. Aucune vie, néanmoins, ne fut plus étrangère aux 
compromissions que celle d'Herculano, l'écrivain austère et incor- 
ruptible qui apparut aux yeux des contemporains comme une 
incarnation de l'idéal mystique et belliqueux du Moyen-Age el que 
M. Christovam Ayres n'hésite pas à comparer, pour la belle intégrité 
de son caractère et la ferveur de sa foi démocratique, au fondateur du 
tiers ordre, saint François d' Vssise. Une bonne partie de son œuvre, 
on le voit, ne saurait être détachée des polémiques du moment. Les 
représentants des classes privilégiées out parfois un rcMe odieux dans 
ses romans, imités pourlani de Waller Scott. Les poésies du « volon- 
taire de la reine »> célèbrent l'expédition des libéraux à lîle 'l'eiceira, 
leur débarquement à Mandello et les soullrances endurées pendant un 
hiver rigoureux dans les tranchées de Porto. On comprend qu'il n'ait 
pas toujours pu atteindre, quand il aborda l'histoire proprement dite, 
à la sérénité d'un juge impassible, qu'il ait maudit l'Inquisition et 
qu'il se soit déchaîné contre les ullramontains qui lui déclaraient la 
guerre pour avoir osé révoquer en doute l'authenticité du miracle 
d'Ourique. Il serait injuste, néanmoins, de prétendre que la passion 
étoulTe chez lui l'esprit critique. M. Consiglieri Pedroso, avec une 
autorité indiscutable, nous prouve qu'il n'ignorait, au moment d'abor- 
der sa tâche patriotique, aucun des travaux essentiels de Rancke, de 
Wilken, de Kaumer, d'Eichhorn, de Phsler, de Savigny, de Schaefer 
et qu'il a su l'aire le départ, mieux qu'Augustin Thierry, entre les 



Io6 BLLLETI.X HISPANIQUE 

documenls de provenance littéraire et les sources authentiques, réser- 
vant une place importante, sans éliminer d'ailleurs l'élément narratif, 
aux institutions, au régime municipal, aux privilèges locaux ou foraes. 
Mais l'œuvre qui le désigne aujourd'hui mieux que jamais au respect 
des érudits, ce sont les Portugaliac Moimmenta Historica, lesquels 
devaient rivaliser avec les Monumenta Gerrnaniae dans la pensée de 
leur auteur qui assuma courageusement, sans collaborateurs, tout le 
travail préalable de la documentation. 11 a donc sa place marquée au 
premier rang dans un genre qui demeure, suivant M. Consiglieri 
Pedroso, le plus riche de la littérature portugaise depuis l'apparition 
des grands historiens des Indes, Joào de Barros, DiogodeCouto, Lopes 
de Castanheda, Gaspar Corrêa, etc. Né en 1810 et mort en 1877, 
llerculano, leur glorieux continuateur, représente ce qu'il y a de 
moins cITéminé dans le romantisme citait pressentir l'avènement d'une 
méthode rigoureusement objective. 

G. LE GENTIL. 



Alfonso Reyes, Cuesliones estélicas, 1 vol. in-16. Paris, Paul 
OMeiidorf, 292 pages, s. d. (ir)!!). 

L'auteur de ce recueil d'essais et d'articles de critique n'a pas 
encore vingt ans, ainsi qu'il appert du court prologue de D. Francisco 
Garcia Caldcrôn. Il appartient à ce petit cénacle mexicain, (pii, au 
milieu des révolutions et des pronanciarnientos , poursuit paisiblement 
l'étude des problèmes de la philosophie, de l'esthétique, de la litté- 
rature, avec un esprit toujours ouvert à tout ce qui sollicite la 
curiosité des penseurs des deux mondes, et une sympathie manifeste 
pour toutes les tentatives nouvelles et originales. On retrouvera l'écho 
et comme le contre-coup de toutes les controverses et théories qui 
préoccupent la pensée contemporaine dans ce recueil d'articles du 
((Benjamin» de l'Académie mexicaine Les sujets les plus variés 
y sont abordés. Les trois Électres du théâtre athénien, la symétrie 
dans l'esthétique de (id-llie. le Procédé idéologique de Stéphane 



1. L'Aleneu de la Juveitlud, ^\e Mexico, fsl un rentre liltérairc, philosophique cl 
artistique où se réunit un groupe de jeunes gens pour mettre en commun leurs 
pensées, leurs efTorls ol leurs essais. Nous avons sous les yeux le volume publié 
en l'jio ((JonferenrAas del Aleneo Juventud, Mexico, Lacaud), pour céléhrcr le premier 
centenaire <ic l'indépendance mexicaine. II comprend six conlV-rencos, fort intéres- 
santes, qui toutes ont rapport à la littérature et au mouvement intellectuel de la 
;,'ratiiJe Héi)iil)li(|ue de l'.Vmérique Centrale, lui voici rémunération : 

Antonio Gaso, La Jilosofia mornl de Don Kngcnio M. de Hostos. 

\lff>nso Ueycs, Los poernas nistiros de Manuel ./usé Otkon. 

l'edrn llenriquez Lrena, La ohra de José Enriijuc llodû. 

flarlos (lon/.Hlcz l'cna, El pensndur Me.ricano (J, .1. Fcrnândez de Lizardi) y su licnii>o. 

José Kscofet, Sor Juana Inès de la C'uz. 

José \ asconcelos, Don Gabino Barreda y lus ideas conlenquiràncas. 



BIBLIOGKAPHIE IO7 

Mallarmé, les Blutes Byzaniines d'Auguslo de iVriiias, el une Ibulc 
d'autres d opiniones » et « intenciones » témoignent de l'activité intel- 
lectuelle du jeune critique et de son groupe. Nous appellerons ici 
l'allention sur les deux études se rattachant spécialement à la litté- 
rature espagnole. A propos de la Cdrcet de Amor de Diego de San 
Pedro, M. Reyes, aprrs Menéndez Pelayo, analyse avec un enthou- 
siasme communicatif les éléments nouveaux d'intérêt introduits dans 
la littérature d'imagination par ce roman, qu'il n'hésite pas à qualilier 
de (( novela perfecla » ce qui est peut-être beaucoup dire. L'essai sur 
V Esthétique de Gônyora, a été lu, le 26 janvier (910, à V Athénée de In 
Jeunesse, lors de la visite à Mexico de Don Rafaël Altamira. Je ne crois 
pas que la question si embrouillée du Gongorisme soit définitivement 
résolue dans les pages que lui consacre M. Reyes, mais ces dernières, 
méritent cependant d'être lues, d'abord parce qu'elles montrent la 
place prépondérante que la « couleur n et la « musique » occupent 
dans l'art de Gôngora, et ensuite parce qu'elles prétendent établir que 
« les défauts du Polyphème ou des Solitudes sont le couronnement 
et le point d'aboutissement naturel des qualités(?) qui depuis long- 
temps se montraient chez le poète, et constituent non point une 
déviation et une contradiction, mais le développement d'une faculté 
débordée et torrentielle. » — Et la thèse peut en effet se soutenir, quoi 
qu'il ne manque pas non plus de bons arguments pour soutenir la 
thèse contraire, à savoir qu'à un certain moment (vers iGioj, et sous 
l'empire de causes accidentelles, Gôngora se décide entre deux ten- 
dances entre lesquelles il semble partagé jusque-là. Mais, réduit à ces 
termes, le problème est un peu trop simplifié : ce qui mériterait d'être 
tiré au clair, ce sont les rayions de cette brusque transformation, et 
l'explication de la coexistence dans le même esprit de qualités et de 
défauts si contradictoires. La psychologie de Gôngora, d'ailleurs 
troublée peut-être par l'irruption subite de phénomènes morbides, 
reste toujours obscure, et d'autre part les raisons historiques et 
sociales qui ont rendu possible le triomphe de la secte cultiste ne sau- 
raient être négligées dans une recherche de cette nature. 

E. M. 



CHRONIQUE 



— Nous devons signaler tout spécialement deux nouveaux articles 
publiés dans les Anales de In Vniversidad de Ckile (1911) par notre 
collaborateur M. F'. Hanssen. L'un, sous le litre de Espicilejio grama- 
ticaly comprend diverses notes sur gelés, sos (pour os), ive (— ibi), 
aragon Inde (même sens), le groupement adverbial /<7/«fltw/?/i< c mnl- 
vada: sandio, arropea, entregnr. tanda: xe cl se dans la Cancioneiro 
de Ajuda: per dans l'ancien léonais. L'autre est intitulé !\olas al 
Poenm dcl Cid et comprend: r im compte rendu critique du livre de 
M. Mcnétidcz l*idal Canlar de tn'io Cid; a" un examen de la théorie de 
M. Menéndez Pelayo sur la versification du Poème du Cid; 3" une 
élude sur la proposition por dans le même poème. 

M. Hanssen vient également de faire paraître dans Homanischen 
Forschungcn (Band WIX, 191 1) un travail intitulé Das spanische 
l'assiv, qui apporte une riche contribution à la difficile histoire de 
ser et d\'slar. 

— Il y a dans Casi criticas de Luis Bonafoux des satires (jui rap- 
pellent Larra, par exemple Ih'l periodisrno en Madrid, et d'autres qui 
ne rai)pellent que Bonafoux. Parmi ces dernières (juelques-unes, 
d'ailleurs, sont assez bien allilées : telle, celle qui est intitulée Las 
Carias de D. Juan (Paris, Ollendorf, s.d.). 

— (i. Manzella Krontini. La tozana Andaluza (Catania, Mugla, 
1910. 101 p.)- L'auteur I appelle ce qu'on sait de Francisco Delicado 
(OU Delgado), et montre que les Irails de mœurs italiennes qu'on 
trouve dans sa nouvelle, lielralo de la lozana Andaluza, supposent un 
long séjour antérieur en Italie. Il fait ressortir l'intérêt et l'originalité 
de l'œuvre et en quoi elle dilTère de la Gélestine, à laquelle on l'a 
comparée, et comment du reste, ainsi que dans celle-ci, on y voit 
mêlés le romanesque et le réalisme le plus naturaliste ; le souci de 
la vérité y va jusqu'à l'emploi d'italianismes et même de phrases 
entières en italien, procédé si courant aujomd'hui: bref, c'est un petit 
chef-d'œuvie du genre pornographique. 

'— Juste pour nos étrennes, nous recevons les tomes 11 et 111 du 
Canlar de Mio Cid de M. Uamùn Menéndez Pidal (Madrid, Bailly- 
Baillière, 1911). Le mot « adnnrable » peut seul (pialilier une lellc 

«puvrc. 

G. C. 
a Janvier rjl2. 

LA RÉDACTION : K. MKIUMI.K. A MOHKI, KATIO, V. PARIf-. 

II. (AhOl. spcrcliurc : (i. Hk\)V,'i\ litrerleur-iieraïu. 



BOHDEAUX. — IMPKIMERIF. C. GOUNOL ll.HOU, HUE nUIRAUDE, 9- I I . 



Vol. XIV. Avril- Juin 1912 N» 2, 

CHROMQLE LATLXK DES ROIS DE CASTILLE 

JUSQU'EN 1236' 



[I. Des comtes de Castille à la mort de Sanche III **J. 

1. (Fol. 89) [DJefuncto comilc fernando gundissaliii qui primus 
lenum" comitatum in castella post subuersionem populi x'ani. lemporc 
roderici régis gotorum factam in yspaniis sucessit ei filius cius cornes 
garsias fernandi. cui successit filius cornes sancius. cuius filius garsias 
infans interfectus fuit apud legionem cum iuisset ut duceret in uxorem 
filiani régis uel cuiusdam comitisi. f' quosdam légion' 2. Kelicla uero 

aj tenuit. — bj ser (lire per). Abella : « locus mendis scatens ». — c) tegionenses 

* Voir Bull, hisp., t. XIV, p. 3o. Reproduisant le texte tel qu'il est dans le 
manuscrit G. I, je laisse souvent les abréviations sans les résoudre, et en les repré- 
sentant de mon mieux, quitte à les résoudre en bas de page. Pour plus de commo- 
dité, je rappellerai ici que le Chronicon Buryense, le Chronicon Compostellanuin, les 
Annales Coinplutenses, le Chronicon Conimbrlcense, les Anales Toledanos I, Il et ///, les 
Annales Compostellani et le Chronicon de Cardeha se trouvent au tome XXII I de 
VEspaha sagrada; le Chronicon Cerratense au tome 11 ; la Chronique de Silos au tome 
XVU ; VHistoria Coinposlellana au tome XX, et la Chronica Adefonsi imperutoris au 
tome XXI ; que le Chronicon lAisilanum est au tome XIV, et se trouve aussi, avec 
le Conimbrlcense, dans le tome 1 des Portugaliae Monunienta historica, Scriptores 
(Olisipone, i856), qui contient en outre le Chronicon Lamecense, et que, malheu- 
reusement, je n'ai eu à ma portée que par intervalles. Les Généalogies du Liber 
Regam sont au tome I des Fteynas Calholicas de Florez (3* éd., p. ^92 et suiv.); la 
Chronique de .San Juan de la Pena, dans la Biblioteca de Escritores aragoneses 
(Seccion hislôrico-doctrinal, t. I, 187C). C'est, d'après l'édition de Beale, la seconde 
(1579), que je cite Rodrigue de Tolède, mais je liens compte de celles de Schott et de 
Lorenzana ; quant à Luc, il n'a eu qu'une édition, due à Mariana et à Schott, dans le 
tome IV de Vflispania illustrata (1G08). Outre la Primera Crônica gênerai éditée par 
M. Menéndez Pidal, il y a intérêt à consulter la Esloria de los Godos éditée par M. Paz 
y Mélia au tome LXXXVIII de la (Jolecciûn de Documentos inéditos. et la Crônica de 
Espana publiée aux tomes CV et CV' I de la même collection, toutes deux traductions 
libres de l'œuvre de Rodrigue de Tolède (cf. mes Histoires générales d'Espagne entre 
Alphonse X et Philippe II. p. 78). C'est d'après l'édition en quinze tomes que je cite 
Lal'uente, Historia gênerai de Espana. Je désignerai par l'abréviation Salazar, Lara, 
l'œuvre fondamentale de Luis de Salazar y Castro, Historia genealôgica de la Casa de 
Lara, k tomes, Madrid, 1696-97 et 169^. 

"* On peut diviser celte chronique en trois parties : 1° la partie préliminaire, des 
comtes de Castille à la mort de Sanche III ; -r le règne d'.\lphonsc VllI; 3" les règnes 
de Henri I et de Ferdinand III. C'est surtout pour le règne d'Alphonse Mil et celui de 
Ferdinand 111 (à partir de l'écrasement des Laras) qu'elle complète les textes connus. 

I. I. La Chronique léonaise (II, 92) est tout à fait affirmative : c'était la sœur de 
Bermudo 111, la fille d'Alphonse V, Sancha. Notre auteur n'est pas toujours bien 
informé pour ce qui s'est passé avant son époque. -Il résume de mémoire sans doute. 

I. 2. Cf. Chronique léonaise, H, 92, note 2. D'après Rodrigue, le meurtrier 
fut Ruy Vélaz, secondé par ses frères Diego et Inigo; mais la Chronique générale 
{% 788) relate aussi « la estoria del Romanz w, qui ajoute un autre acteur, Fernand 

AFB. W SÉRIE. — Bull, hispan., XIV, 191 3, 2. 8 



IIO BULLEÏl?! HlSl'AMQLÈ 

doiniia iiiaior filia iam dicti comitis sancii tradita luit nuplii' régi 
nauarrc. et naiare. s/ sanctio nepoti de sancho auarca. de qua maiorc 
dictus. s.' rex habuit duos tîlios. s. garsiam et fe'randum-' qui pugna- 
uerunt iuxta ataporcami. ^ bi inlerfeclus est rex garsias. Tune igitur 
rex fernandus habuit regnum suum et regnum fratris» et regnum 
légion rône'' uxoris qa* duxerat filiani régis légion vermudii : — 

3. [Mjortuo uero rege fe'rnando qui cognominatus est pinguis ' qui 
liberauit conimbriam de manibus mauroruni successerunl ei 1res 
lilii sui in regno. Rex sancius in castll'a. Rex alfonsus in legionc et 
asluriis et gallecia. Rex garsias in naiera et in nauarra^ Rex uero 
sancius tanquam uir slrenuus et bcllicosus impatiens consortis. 
in regno pris^^ iuxta illud. omnisque polestas inipaciens consortis. 
ut XXlli. q. \T1. c. qd' aùt-'circa principium erit^. regem garsiam 

n ' nuptu. — /'/ scilicel. — Cy saiitius. — d) ralionc. — c (juia. — f) patris— g) B. M. 
( = lopie du British Muséum) : autem. 

Llavnez. Voir R. Menénrtez Pidal, Elelemenlo hisU'irko en cl c rtonuiti: dell InJJ'itiil (iarcia » 
(dans Studi lellerari e Unguislici dcdit-s à Pio Hajna, Kirenzc, lyi i). 

1.3. Voici, pour plus de clarté, un tableau généalogique (reclilié en ce <iui 
concern? Doua Sancha) : 

Kcruân Gonzalez (7 970) îSancho Abarca (go.i-fiaô) 

j . , I . 

Garcia FcrnaDdcz (970-995) (^iarcia Sàuchcz, el Teinblun (((33-970) 

I 
Sancho Garces (995-1021) 



. I . I . 

Garcia Sâucbez iJoùa Mayor, éjiuusc Sancho Garcia, el .U'/jor (970-1035) 

(1011-1039) 



fiance à D* Sancha, | | | 

Hllc d'Alphonse V Garcia Sanchcz Fernando 1 (j ioG5) Raïuiro 1 

el sœur de Berniudo III (y io54) (Caslille et Léon) (bâtard) 

(Navarre) épouse D' Sancha, (Aragon) 

lille d'Alphonse V 
et so!ur de Hermudo 111 
Voir les Généalogies que jai publiées à la suite de la Chronifiue léonaise el 
l'inlroduclion à celle même clironi(]Uc. D'après ces Généalogies cl la (Chronique léo- 
naise (III, i), la fille du comle Sancho, Cenime du roi Sancho, s'appelail l rraai el non 
Mayor. Il csl donc probable que ces deux lexlcs sont restés inconnus à noire auteur. 
I. .'i. Atapuerca, à une vingtaine de kilomètres au nord-est de Hurgos. Cl. Chro- 
nique de Silos, S H!t. 

I, 5. Selon Rodrigue (VI, 11) Ferdinand ne garda en son pouvoir (juc Niijera el 
laissa le pays entre l'Kbre el les Pyrénées à son neveu Sanclio tiarcés (el de Pchnlen), 
lils aine de Garcia Siinche/. Luc dit pourlatit qt|'il étendit sa doininalion u ab ultimis 
linibus Gallecia- usque Tolo»am » (p 9.5, I. i3). 

3.1. Je n'ai pas rencontré ailleurs ce r|uali()ca(il' ap|ilii|ué à Ferdinand 1". 
■i. 1. Erreur manifeste à l'égard des lils di: Ferdinand I". La (ihronique léonaise 
présente aussi, dans son texte primitif, (|ue nous a conserM'- le manuscrit (_!. 1, une 
grosse inexactitude puisqu'elle fait d'Alphonse l'aîné (voir lUdl. hUp., t. Mil, p. ij'i 
cl pi. VII), ce qu'une main assez ancienne a corrigé dans A. 169 («6., pi. VI). 
j. 3. Lucain, I, 93 : 

... omnisque polestas 
Impatiens consortis eril... 
*^irrn principium s'entend bien, mais non ce qui précède, cl qui doit cire une réfé- 
rence. 



CHRONIQUE LATIiNt: DES ROIS DE CASïILLÊ 1 I I 

fratrem suum cepit qui no longo tempoie post'' mortuus est in eius 
captiuitatem ". Regem alfonsum fratrem suum expulit de regno. qui 
expulsus adiit regem maurorum qui tune dominabatur toleto. Sed 
rex sancius nil credens actum cum quid superesset agendum zamo- 
ram obsedit quam tenebat soror sua urraca. ubi et interfectus est a 
quodam satellite sathane prodiciose sicut fama reffert .s. a uellido 
adolfez. Ipso mortuo predicta soror régis misit nuncios suos ad 
fratrem suum regem alfonsum. qui ea tempestate apud toletum 
morabatur. Recepto nunciopredictus rex in continenti reuersus est et 
disponente deo regnum paternum plene adeptus est. Inspirauit ei 
dominus deus consilium salutare ut obsideret toletum. cuius statum 
ad plénum nouerat utpote qui eius interiora et secretiora duni ubi '' 
moram faceret non perfunctorie fuerat perscrutatus. Multis igitur 
annis eam impugnauit prudenler singulis annis seietes' uastando et 
fructus omnes destruendo. Tandem uirtute diuina compulsi mauri 
toUetani tradiderunt ciuitatem suam predicto régi alfonso ipsum 
recipientes honorifice in dominum et in regem. Adiecta conditione 
quod liceret eis remanere in ciuitale retinere domos et possessiones 
suas et quod seruirent ei sicut régi. Capta | nobilissima et munitissima 
ciuitate toleto. cepit predictus rex totam terram que dicitur extremadura 
populare castra multa et uillas alias ultra sorram^ per virtutem domini 
nostri ihii xpi. tanquam uir sapiens et potens eripiens de manibus 
sarracenorum. Sic igitur predictus rex regno mullipliciter ampliato 
cum filium non haberet nam unicus quem habuerat nomine sancius 
intertectus fuerat a sarracenis iuxta uillam que dicitur ucles. cepit 
tractare et diligenter inquirere ciii filiam suam nomine urracam quam 
de légitima uxore susceperat possetsaluo suo honore matrinionialiter''. 

a) sic. — b) ibi. — c) scgetes. — d) Sic (manque le verbe). 



•j. l*. Voir Chronique léonaise (Bull, hisp., 1909, p. 2O7, § 3). Mon longo lempurc jwsl 
n'est guère d'accord avec les vingl-tiiialre années d'emprisonnement marqués par la 
dite Chronique, ni avec les AA annos .f- amplius dont parle Pelage. Ou faut-il sup- 
primer non? 11 est à noter qu'ici les deu\ Chroniques sont d'accord (et avec elles le 
Liber Regum) pour attribuer à Sancho la mise de Garsias en captivité, tandis que 
Pelage et la Chronique dite de .Silos l'attribuent à Alphonse (voir Bull, hisp., p. 207, 
note 2). 

■i. .3. Le S 7 contient un passage qui montre assez bien ce qu'on entendait 
alors par Extremadura et ullra serram : « Abulam et Segouiam et alias uillas 
circumadiacentes in extremadura, et Toletum et omnia que sunt ultra serram 
versus partes illas. » Primitivement VExlremadura comprenait les pays au sud du 
Duero (cf. j 02,33 et (Ji), avec Soria comme limite extrême au nord (cf. Madoz). .Ségovie 
et Avila y étaient donc incluses. Quant à ultra serram c'est l'équivalent de ce qu'un 
document de 116/1, cité par Risco (Esp. sagr., t. XXW, p. 21G) appelle Traserra : 
« Fernando régnante Toleti, & in tota ïraserra, & in Extrematura... ». C'est le pays 
situé au sud des sierras de Cuadarraïua et de Gredos. L'Extremadura était donc au 
nord, et la Traserra au sud des sierras. On sait que le nom d' Extremadura a été 
appliqué successivement ensuite à des pays de plus en plus au sud. 



113 BLLLEri> HISPANIQUE 

Veniin cum in yspaniis non inueniret talem qui uidcrclur dignus esse 
gêner régis aduocauil de burgundie parlibus que sunl iuxla ararim 
qui lluuius uulgo dicitur saona uiruni nobilem in armis strenuuni 
ualde iamosum bonis moribus ornatum comitem. s. remondum cui 
predictani filiam suani urracam. s. in matrinionio copulauil. Diclus 
cornes non longo tempore uixit postea cum uxore de qua suscepit 
tilium allonsum nominalum. qui postea longo tempore regnauit in 
liyspaniis et nominatus est iniperator. Cum predicto comité remondo 
uenil quidam consanguineus suus nomine henricus (}ui et cornes eral 
cui predictus rex alfonsus ob amorem generi sui Iradidit in uxorem 
alteram quam lialjebal non de legitimo matrimonio'J. de qua predictus 
comes henricus lilium habuit. s. regem aldct'onsum portugalie. qui 
fuit pater régis sancii. patris régis alfonsi 7 quorum uterque mortuus 
est vicio malanconie'^ laborans. Viuente ad hue rege supradicto qui 
tolelum ceperat mortuus est gêner eius comes remondus. et rcmansit 
filius eius alfonsus. s. qui postea fuit iniperator puei- tenellus. qui et 
in gallecia nutritus est : — 

o. [Mjortuo uero supradicto regealfonso qui loletum ceperat tilia eius 
urraca regina supradicta ipsi successit in legno. quod postea pessime 
administrauit'. \upsit quidem post morlem pris" alfonso régi 
aragonum (ilio régis sancii qui obsedit oscam in cuius obsidione 
mortuus est cui successil filius suus potrus in regno et in obsidione 
predicte ville (juam cepil per gratiam dei uiclo rege cesaraguslano. 
et multitudine sarracenorum superata in bello. quod fuil factum in 
canq)o dalcoral iuxla oscam '. Cui petro legi cum prolem non reli- 
(piisset superstilem sucesit in regno patris predictus alfonsus rex 
aragonum ^ cui sicut tetigi supradicta regina urraca nupsil. Sed ipso 
despeclo et derelicto diucrtil ad alia indigna rolalu : — 

II) patris. 

2. tJ. Cf. Clironica Adefunsi Uni)., j 2() : « I[>sa aiilciiiTarasia eral lilia Uoj;is Doiiiiiii 
Adefonsi, sed de non légitima, valdc tanien a Ucgc dilecta, noiniiic Xiiiicna 
Mimioriis, qiiaiii \\v\ dilectionis et honoris causa dédit niarilatani Knrico coniiti, cl 
dotavit eam niai^iiifice, dans Porlutcalcnseni lerramjure liereditario. » 

2. •]. Alphonse II de l'orlugai (la i i-\i'>'.i). 

■À. 8. Ce harharisme, esl sans donhï di'i à la |)ri>noU('ialii)n |)oi)ul;nr(' dn mol dans 
le castillan d'alors. 

3. I. Pour les règnes d'Urraca el de son lils Alphonse Vil, voir Sandoval, llistuiiu 
de los reyes de Castilla y de Léon... (Cinco reyes), iCn.'); 'j.' éd. iCi'i. .le me sers de 
l'éd. Cano (Madrid, 17(12, en deu\ tomes), dans la<|uille les règnes d'Lrraca cl 
d'Alphonse \ Il occnpent h; Lomé 11. 

3. ï. Campos do Alcoraz, près de lluesca (uxjG). .Sur ces événemenls, cf. (llironi- 
<|uc de San Juan de la Pena, p. .j'i et suiv. Voir aussi lltiesra niiniuinental, par C. .Soler 
(lluesca, i8G'i). P 1 1 5 el suivantes; Dozy, Heclierrhes ('.i' ci\iUi>n), t. Il, p. s'i,'»- 

3.3. Cf. I.,uc, p. io3, 1. 8, où nous trouvons l'élrange assertion, tjuc « eral lune 
lemporis in Aragonia Uex Pclrus (jui amore IJrracii- Uegin.p fccit se uocari Hcgcm 
Adcfrinsiim ». — Sur le mariage d'Urraca a\ec Alphonse d'Aragon, Kodrigue ilonne 
plus de détail> (VI, .i'i). (;f. > '1, n. 'A. Selon lui, l'est avant la mort d'Alphonse VI que 
ce mariage aurait eu lieu; Sala/ar (Lara, t. I, p. yi) adopte celte opinion, mais 



CHRONIQUE LATINE DES ROIS DE CASTILT.E Il3 

4. (Fol. 90). [E]a igitur tempestate predictus alfonsus rexaragonuin 
tactus animi doloOL"' intrinsecus intrauit in castellam cum mullitu- 
dine armatorum et multa mala intulit regno castelle'. Multas quidcm 
munitiones et castra plurima tenebant honiines eius in regno castelle. 
que iam dicta regina tradiderat eidem régi 2. Vnde facta est tiirbatio 
magna et guerra longo tenipore diirans et ualde dampnosa in tolo 
regno castelle. Conuenientes castellani autem ciim comitte gomicio 
qui dictus est de campo spine qui niniis familiaris erat regino ultra 
quani decuit pugnauerunt contra sepedictutn regem alfonsum iuxta 
sepuluegann ubi et uicti sunt ab eo. et predictus cornes interfectus est3. 
Ipsa uero regina recepit comiteni petrum de lara patrem comitis 

aj doinrc. 

Ziirita (Anales, I, 87) préfère l'aulorité de Muùo Alfonso, c'est-à-dire de VHistoria 
CnmposteUana . Celle-ci pourtant est peu explicite (p. 98). Notre texte l'est tfiut à fait. 
Voici quelle était la parenté d'Urraca et de son second mari : 

Sancho el Mayor 
I 

I , I 

Uamiro 1 de Aragon Fernando I de Castilla 

I I 

Sancho Ramirez (loG.S-iogS) Alfonso YI 



Pedro I (1094.110/1) Alfonso I (iioi-i 1.^4) \ 

el de Fraga, épouse Urraca 

veuve de 

Raimond de Bourgogne 

I 
Alfonso Vil 

Pour ce qui suit, cf. Cliron. de San Juan de la Pena (p. 08 et ss.), qui indique 
la parenté d'Alphonse I avec Urraca « in tertio gradii consanguinilatis ». — On voit, 
que notre auteur donne tous les torts à Urraca, et ne dit rien des violences dont 
celle-ci se plaignait (llist. Compost., p. i ifi). 

4. I. Rodrigue parait d'un autre avis: « quam vt bonus princeps quiète et pacifiée 
occupauit — et regnum Castellae tanquam proprium undique dilatauit» (VII, i). 
— Notre auteur abrège beaucoup l'histoire d'Alphonse VII, qui n'est pour lui (|u'un 
préambule. Des démêlés du roi d'Aragon avec Urraca et le jeune roi, nous avons 
un copieux récit dans l'Historia Compost ellnna, suivie de près par Lafnente, t. H, 
p. 53^-549. 

t\. 2. Il en avait encore un grand nombre a[)rès la mort d'Urraca : « At Rex 
Aragonensium tenebat Carrionem ... et alia oppida et Villas vallatas et muratas, 
multas per circuitum, quae omnia Regina? Castelia" bello, et timoré abstulerat )> 
(C/ir. Adefonsi iinp., S 3). 

II. 3. Cf. Luc, p. io3, 1. i3, où le comte GiJmez est avec les Galiciens, et non avec 
les Castillans. Rodrigue dit que les comtes et les magnats avaient décidé de marier 
Urraca « comili Gomezoni, dicto postea de Campo Spinie » (VI. 3'i ; cf. Chron. de San 
Juan de la Pena, p. 71), mais ([u'Alphonsc VI la maria' avec Alphonse d'Aragon 
(cf. Lafuente, Hist. gen. de Esp., t. Il, p. 53'i, note). 11 nous dit aussi (VII, 2), de même 
que la Chron. de San Juan de la Pena ( [>. 72), que Pedro (Gonzalez) de Lara aban- 
donna le champ de bataille pour aller rejoindre la reine à Burgos. — Sepulvego = 
Sepûlveda, à une soixantaine de kil. au nord-est de Ségovie. Le nom du lieu de la 
bataille, Campo de Espina, resta attaché au nom du comte (n'>me/ (Gonzalez SaJva- 
dores). Sandoval (Cinco Reyes., t. Il de l'éd. Cano, p. i5) croyait que c'était le nom de 
sa terre. — La date (Era MGXLVIIII, VIL kal. Nov.) est donnée par les Ann. Complut. 
et Compostellani. 



J I 'l BLU.r.ETIN HISPAMQUf: 

lualrici cl couiilis nunii. el comitis aluari in niniiain laniiliarilateiu 
siiam. et ex ea dicitur suscepisse filiiim nomine ferrando furtado^. 
Sepediclus aiitem alfonsiis rex aragonie aragonum intérim per 
satellites suos et per se ipsuni quandoqne in regnuni castelle 
cssabatur" lotam terram miserabililer deuastando. utpote destitulam 
légitime defensore. Filins siquidem predicle regine urrace et comitis 
reniondi. s. alfonsns qui post ea diclus est imperator non dum 
peruenerat ad annos pubertatis. sed in gallecia nutriebalur"'. Tandem 
uero castellani cum gallecis et légion inierunt consilivmi contra 
prediclimi regem aragon et educeutes de gallecia predictum 
alfonsum fdium regine urrace iam puberem factum. parauerunl se 
ad pugnam contra regem aragonum sepe dictum. Quod uidens 
predictus rex et intelligens quia non haberet in stâ CÎI5'' bclli contra 
legitimnm terre dominum relicto regno recessit in terram suam"'". 
Erat autem rex iste uir bellicosus et magnanimus qui prelia multa 
comisit et in eis uictor extitit. et multa mala intulitsarracenis. Tandem 
obsedit iiillam ([\\c dicitur fraga iuxta iler Dam.' ubi non uirtute sarra- 
cenorum. sed t'ratide pociiis corum et perniissione dei cum ex inspe- 
rato multitudo sarracenoruni exisset de predicta uilla q se repat'' 
in eadem ignorante rege et exercitu eius dicitur a niauris fuisse 
interfeclus' Aliorum uero luit opinio quia tune euaseral de infurtunio 
illo maiori parte sui exercitus hostili gladio tune consumpta. sicut 

nj crassabatur pour grassabalur « s'acharnait», bas latin, cl. Uiicangi-, — lu iustam 
causnm.— c' llerdani. — ili que se recepcrat. 

U. 'i. Cf. Rodrigue (\ II, i), d'après lequel, comme d'après la Chron. de 
San Jiiati de la Peila (p. 71), ce Fernando Kiirtado serait fils de Gômez de Campo- 
despina. Luc no laisse soupçonner en rien la conduite d'Urraca; et, il'après lui, il 
semblerait qu'Alphonse d'Aragon ai;issait d'accord avec elle : ainsi, c'est sur le conseil 
de celle-ci (ju'il aurait volé les trésors des i'<çlises et en particulier de Saint-Isidore 
(de Léon), profanation dont il n'est d'ailleurs pas parlé exiiressémenl ici. D'autre 
pari, ce que Luc dit (p. lo.S, I. 33), et non notre chroni(iue, c'est que L rraca fut 
assiégée par son fils «in turribus Lej^iotiis » (in illas turres Kra MCLVII, dans les 
Ann. Complut., cf. Ann. Toled. I) et que s'étani rendue, elle fut ensuite traitée par 
lui avec égards. Cf. Rodrigue, VII, 3. Mais les faits sont bien plus couipli(|ués : voir 
Vllist. Composlellana. — VA. Chronicon Compostellanum : «(Lnaca)... apud castrum 
.Saidana sexto Idus Martii in Era MCLMIII (iiaO) in partu adulterini filii \itani 
infelicem liniuit»; et, sur cette (juestion de la conduite d'Urruca, Sandnv:d, '.'(Vko 
reyes, t. Il, p. 8, 3^, 102 ; Salazar, Lfira, t. I, 1. Il, c. 12-1 3; Flore/, Iteyniis Oitholira.'i, 
t. I, p. 2.">.'>-77 ; enfin la note au t. IV, p. 5c), do l'éd.de VHistoria ijriï. </<• /?.</(. do Mariana 
par Monforl, 1788. 

4.5. Il a\ait été confié au comte Pedro Froilaz de Trava. (Ilixl. Cuinfiii^^tctlana, 
p.()f(), qui fut birau-père du conile Pedro (ion/.ide/. de Lara (Salu/ar, l.aia, t, I, p. i|i|). 
/i. ft. Rodrigue (VII, 3) et la Chron. do San Juan île la Pena (p. 7')) attribuenl 
cette décision à une démarche déférente d'Alphonse de Castillo. Cf. au contraire la 
Chron. Adefnnsi imprrtiloris, S 7 : « ... nequo fui! ausu- pararo faciem suam contra 
faciem Régis Lei,'ioni« 



descri 

P y 



It. 7. Le i(| juillet ii34, «dia de Santa .lusla y Ruiina» (An. Tulrd. /). Voir une 
criplioQ de Fraga dans José-Marîa Quadradf>, Espana, Anuiint (Harcelona, i88ti). 



CHROMQLE LATINE DES ROIS nE CASTILLE 110 

ossuum niiiltitiido testatur. que usque hodie in quadani ecc" in 
predicta nilla. s. fraga occulis intuencium apparent. Qui post multa 
annorum curricula temporibus noslris.uenisse dicebatur in aragoniam 
ubi in principio aduentus sui honorifice receptus fuit a nobilibus et a 
rege alfonso filio comitis barcinone tanquam uere cognitus esset ab 
eis per multa | signa et occulta que antiquis hominibus quibus fueraf' 
indicabats. Eadem tempestate surrexit alius in castella qui se finxit 
falso tercium regem sancium fîlium imperatoris patrem illustrissimi 
régis alfonsi domini nostri, sed tam iste in castella quam ille in 
aragonia. miserabili morte uitam finiuitfj. Post illam miserabilem 
cedem iuxta fragam et post mortem ipsius régis si tn ibi mortuus est 
cum nullam prolem reliquisset. aragonenses destituti solatio régis et 
regimine extraxerunt de monasterio quemdam ramirum fratrem ipsius 
régis monachum et sacerdotem ut fama reffert. quem compulerunt ut 
uxorem duceret. quod et fecit. de qua suscepit filiam quam accepit 
postea in uxorem comes barcilon"'' unde comitatus ipse unitus est 
regno aragonum usque in presentem diem. Idem uero ramirus 
suscepta ftlia tamquam inutilis regni regimini reuersus est in monas- 
terium suum 'o. Sed hec actenus : — 

5. [Rjegis alfonsi qui postea dictus est imperator filii comitis remondi 
et regine urrace regni principium débile fuit, sed melior fortuna 
secuta est. fauente siquidem s' " diuina gratia in cuius manu 
sunt omnium potestates. et omnia rura regnorum totam galleciam et 
asturias et terram legioïs. et castellam et extrematuram et ultra 
serram • multis temporibus. in pace tenuit. et multa mala intulit sarra- 
cenis Cordubam siquidem cepit. et baeciam. et andujar. et niontor - 
et alia multa in partibus illis. castra et uillas obtinuit. Almariam 
insuper cepit '^. felix siquidem in acquirendo. sed minus discretus in 
retinendo. lerra siluitet quieuit in diebus eius. dilatum et amplialum 
est regnum eius. Rex nauarre'^ ramiri filius infantis ramiri (jui fuit 
filius sancii infantis de quadam dnn filii régis garsie qui fuit occisus 

a) ecclesia.— hj Sic (ajonler cngnihis). — c,' si tamen. — ri) bnrnloneiisi^ ou barri- 
liiiiie.— el silii.— f) .4bella : « Forte deesl Gnrsins ». 

ti. 8. « Alii dicunt qnod ad lempus venil in Aragfonia et loculus fuit nim quibus- 
dam qui noverant ejus sorlem. » (Ctiron. de .San .Juan de la Pena, p. 78.) Hodrig^ue 
(VU, 3) nous dit qu'il fut pendu par ordre d'Alphonse d'Aragon (Alfonso II). 

.'1. 9. .le ne vois pas qu'il soit question ailleurs de ce faux Sanche III. 
' /i. 10. Cf. Chron. de San Juan de la Pena, ch. W ; Chron. Adefonsi imper., % 2'|. 
Voir Trtfggia, Jlustracion del reynado de Don fiamiro II, dans le t. III des Memorias dr 
la R. Acnd. de la Ilist., p. 4^9 et suiv. ; Lafuente, Hist. gen. de Esp., t. II, p. 370. note; 
Longâs y Bartibâs, Barniro II el Monje y las supuestas cortes de Borja y Muii:t'iri 
en 1I3U. .San ton a, 191 1. 

5. I. Cf. S 2, note 5. 

5. 2. Baeza, Andûjar, Montoro. Lur écrit également Monter (p. io4, 1-8). 

5. 3. Cf. le Carmen sur la prise d'Almeri'a à la suite de la Chr. Adefonsi 
imperatoris. 



IlG BULLETIN HISPAMQUE 

iu\ta ataporcam ''. dicitur fuisse uasalus eius cum coronam adeptus 
fuit imperii et per uniuersum orbem nominalvis est imperator^. Cornes 
et barcinonie cuius sororem berengariam. s. duxit uxoreiu predictus 
iniperalor uasallus fuit imperatoris pro biis que circa iberuni fluuium 
in regno aragonie sunt constituta^'' : — 

6. [Cjirca inicium regni imperatoris predicti surrexit quidam sarra- 
cenus aventum mert nomine' qui iieniens de paitiljus ciuitatis nobilis 
et famose. s. baldac». ubi longo tempore studuerat predicauit in regno 
niarroquilano quod lune tenebant niauri. qui (fol. 91) speciali nomine 
dicebanlur moabite'\ quos uulgus uocat almorauedes et nomen régis 
eorum ali ''. Predicauit igitur specialiter contra superbiam et opres- 
sionem moabitarum quas gentes sibi subditas crudeliter oprimebant. 
exactioncs innioderatas facientes fréquenter ut liberalitalis sue imo 
pocius prodigalilalis uicium quo laborabanl. et in quo gloriabantur 
possent pro libitu suo exerce", \sciuit autem sibi gentes innumeras 
que libenter ipsum seqiiebantur uolentes excutere de ceruicibus suis 
iugum durissime seruitutis concilians sibi tanquam uir sapiens 
et discretus licet infidelis animos hominum promictens eis munus 
ineslimabile libertatis. Inter illos autem qui sequebantur predictum 
aventn mert fuit nir discretus largus. et bellicosus nomine abdel nù^ 

a) exercere. 

5. It. Garcia Sûncliez, el de Xâjera, lui' à Atapuorca (io54). 

I 
Infant Saiicho, lué.i lluoda. 

I 
Infant Ramiro. 

I 
Garcia Ramirez. 

CollP gcncalou:ie n'est pas d'accord avec celle de la Chronique léonaise (/>(;//. hixp., 
t. XI, p. î78)etelle l'est avec le lAher lieguin (p. V.irO- Voir Keniandez de lîéthenroiirl, 
IJisl. de la monarqui'a esp., t. I, p. 380. On ne voit pas bien s'il faut conslniire .< (ilins 
Sancii infantis de quadam domina» on «Sancii infantis de qnadani domina tilii 
régis Garsie»; en d'autres termes si cotte domina dési^jne la mère de l'infant Ramiro 
ou celle de l'infant Saiictio. On sait que celui-ci élait iils naturel, maison ne nmnait 
pas sa mère. 

5. 5. Cf. Chron. Adefonsi imii., S 2.') et a8. 

5. f.. Cf. Chron. Adefonsi imp., S '> et 26; Lnc, p. io4, 1. 3o. 11 s'agit de Ramôn 
Berenguel IV (1137-1162). Voir la note au t. IV, p. io3, de VJlist. (jen. de /•;«//. de 
Vlariana par Monfort. 

C. 1. Aventumerth dans Rodrigue (éd. Heale), VII, m. 

G. 3. Bagdad. 

r.. 3. Le mot Moabilae est employé une seule fois dans la Chronique léonaise 
fil, 5 37), et pour désigner les Maures d'Afrique. Il l'est souvent dans la Clirun. 
Adefonsi imp. Lafoentc le rend par moraliitas. Le Cltniniron iMsitnniim (Aéra 1180) 
rend par Arabes, comme Ismnelilae par Endeluces (Atidaluces). 

<■). Ix. .\liabou-llasan l)en-Vou>()f (1 107-1 i.'i3). 

(',. f). AI)d-al-moumin. AI>delmori dans Rodrigue, qui dit ipie c'éluit If liU iliin 
potier (VII, ut). Rodrigue ne concorde pas avec notre auteur. Il fait intervenir trois 
principaux personnages : Aventumertli, un savant du nf)m il'Almohadi.el Abdelmon, 
« qui regalia exercebal ». Sandoval (l. Il, p. jfi'i) le suit. 



CHRONÎQUE LATINE PES ROIS DE CASIILLE II7 

cuius ministerio in arduis negociis frequencius ulebatur. pugnanil 
autem predictus auentum mert et fautores sui contra regem moabita- 
rum siipradictum. et contra genteni et sepe uicti ab ipsis moabitis 
tandem ipsos uicerunt et eos de regno expellentes ciuitatem famosam 
.s. marrocos occnpauerunt. Institutus est autem rex inpredicta ciuitate 
et in regno moabitarum abdelmum supradictus per manum auenlnm 
mert. qi pph'e'' sui6. Nominati sunt autem illi sic qui obtinuerunt 
regnum predictum almohades hoc est uiuentos'' qa. s. unum deum 
se colère fa tebantur. quem predicauerat auentum mert sicut in libello 
quodam quem ipse composuit manifeste declaratur. De predicto 
abdelmum egressi sunt qui regnum marroquitai' tenuerunt usque 
in presens tempus. quod ex timc floruit usque nunc. sed modo per 
uirtutem domini nosiri ihu. xpi. mirabililer incipit desolari?. filius 
predicti abdelmum fuit auen iacob qui moituus est in portugalia 
quando obsedit uillam nobilem et famosam. s. sanctaremS. cuius' 
fuit in bello de allarcos et obtinuit permissiono dei contra xpianos 
et cepit calatraua et alarcos et alla castra circum adiacencia. et mala- 
gon. et turrem de guadalferzaî). De quo regeet factis eius in sequentibus 
dicetur. Sed bec actenus : — 

7. [F]iliam eiusdem imperatoris sanciam i nomine. Lodouicus rex 
francorum duxit in uxorem. Binarius fdiorum eius regnum ei'dem' 
imperatoris et causa fuit multarum cedum et midtorum malorum 
que in yspaniis acciderunt^. Diuisit siquidem regnum suum per- 
mittente deo propter peccata hominum duobusfiliissuis adinstanciam 
fernandi comitis de gallecia. Sancio. s. primogenito dédit cas | tellam 

ai Quasi prophète. — bj nnientes? Cf. Rodrigue, VII, 10 : uniios. — ci Sic (ajouter 
filins). — d) eiusdetii ? L'i ressemble à un /. AbelU li( de même. 

0. 6. Lafuente (t. Ilf, p. '18 et suiv.), qui remplace le nom Avenlumerlh par celui 
de Abu-Abdallah, expose les faits d'une faron assez dillerenle. Abu-Abdallah se fait 
nommer mahedi (prophète); Abdelniumcn ne devient calife et ne s'empare de 
Marruecos (Marrakech) qu'après la mort du mahedi. Tout cela est conforme a Conde 
{fliat. de la dominacion de los Arabes en Espai'ia, 'i* partie, ch. 30-38, 30-31.33-3(1, 3f)-/io), 
qui ajoute que le mahedi Abdala était fils de Tamurt : de là le nom Aben Tuinert (Ibn- 
Toumart). Cf. Asi'n, Origen y ran'icler de la revolucinn almnhdde {Rrv. de Aragon, njolt). 

G. 7. Allusion aux victoires d'Alphonse X'IIF. 

fi. 8. Cf. Dozy, Recherches, t. II, p. yi3. 

C>. 9. Cf. § 12, n. 4 ; S '8, n. 7, et § i3, n. '|. 

7. I. Elisabeth, d'après Luc (p. io3, 1. '17 et p. loG, 1. 8) et Flodripuc (VIT, 9), qui 
racontent à ce propos le voyage en Espagne de Louis (Nil) inquiet des bruits qui 
couraient sur la naissance de sa femme. Cf. Flûrez {Reynas, t. 1, p. 280), qui relève 
cinq noms différents pour les deux filles d'Alfonse Vil et de Bérengère, et les dis- 
tribue comme il peut, identifiant Isabelle avec Constance, Sancha avec Beala et 
Beatrix. II cite sur le voyage de Louis VII la chronique de Robert de Torigny. .Sancha 
épousa en ii53 .Sancho de Navarre (El Sabio). Une autre .Sancha, fille d'Alphonse VII 
et de Rica, épousa Alphonse II d'Aragon en 1 17^ {ibid., p. aijO); cf. j i5, note a. 

7. 2. Allusion à l'anarchie qui marcjua la minorité d'Alphonse VIII, et aux 
guerres de Ferdinand et Alphonse de Léon avec Alphonse Vlll et Ferdinand III. Le 
début de cette phrase doit avoir été estropié par le copiste, car on ne peut l'inter- 
préter littéralement. 



IlS BULLETIN Ursi'AMQiK 

et abulain. et segouiam et alias uillas circiimadiacentes in extrema 
dura et toUetum et omnia que sunt ultra serram uersus parles illas. 
Terram et de campis-î usque ad sanctum facundum'' etastinias sancte 
iuliane^. Residuum uero regni sui uersus legionem et galleciani tau- 
rum et camoram et salamanticam cum aliis circumadiacentibus 
uillis dédit ferrando minori filio suo. Post hanc autem infelicem diui- 
sionem cum predictus imperator reuerlorelur do terra sarracenoruni 
cum exercitu suo mortuus est iuxta portum de niuradal'"' et sepultus 
est in ecclesia toUetana:. 

8. Rex uero sancius filius eius duxerat in uxorem ante mortem 
patris dnâm blancam fdiam ramiri garsie" çegis nauarre de qua 
susceperat filium ante mortem imperatoris. s. alfonsum s. gloriosum 
et famosum dominum nostrum '. Idem rex sancius ardua quedam et 
mirabilia aggressus est in principio regni sui. itaquc omncs qui 
nouerant eum sperabant per ea que ante gesserat et per ea que de 
nouo agrediebatur qnod futurus esset rex uirtuosus. Sed altissimus 
qui ciincta disponit uno anno post mortem patris ipsius uilam 
liniiim''. et sepultus est iiixla patrem suum in ecclesia tolletana ^ 

G. CI ROT. 

(A siiirrc.) 

ai Abelln c forte Ciirri'ir Rntu ri ». Cf. Luc, p. lO.i, 1. .^0. — lu Sir, 

7. 3. Tiorm de Campos (pro\ . de Palericia cl de \ allmiolid ). 

7. '^. Saliagûn, à <'t;ale distance de Paleiuia et de Léon. 

7.5. Asiiirias de Saiilillaiia. 

7. ('>. Cf. Luc (p. io5, 1. Ai): « .. in loco (jui dicilur Fresneda » ; An. Toled. l : 
« Fiie el Kmperador con hiiest a lierra de Moios c tornose ende en XXI dias de 
.\crûsto al piiorlo de Muradal, e miirio y, Kra MdXCV»; Chr. de CardeTxi : « Rra 
MC\G\'.. en el piierlo île Muradal ». Cf. Sandoxai, Ciiico lieyes, l. II de l'éd. Gano, 
p. 339. Voisin du dclili- de Despenaperros, le port de Muradal est un des passaj^es )>ar 
où lV)n peul francliir la Sierra Morcna. Voir Gônie/ de Arteche, GeO(jr. histùrici)- 
iiiililor, p. lia.") de redit, de 1880. Cf. plus loin, js ti, 18 et 22. Ouanl au lieu dit 
Fresneda, il y en avait deux, selon Rodrigue (\'II1, i'>) et la Chr. générale (p. Cnj-], 1. 10). 

7. 7. Dans le niaiiuscril, il n'y a d'alinéas (|ue \ers le début el vers la lin ; ils y sont 
terminés par deux points et un trait, et l'initiale nian(|ue régulièreineul au para- 
graphe suivant. On distinguera donc facilement les alinéas du manuscrit de ceux 
i|ue j'ai étalilis moi-même. 

H. I. Mfonso \ll el Kmperailor (1 1 jO-i ir>7) 

épouse Herenguela 



I I 

>ani ho III, fl Itesendu, roi de (laslille Fernando II, roi de Léon 

riif.7-iij8) (ii.".7-i iKS) 

épouse h» Blanca de Navarra | 

tille de fiarcia Hann'rez (1 i.')i) All'onso IX ( 1 1S8-1 23o) 

1 
Alliin>.o \ III, (?f de laa AV/w/s 

C i.')8-i2i',) 

8.2. Cf. Kodrigue, VII, i2-i'i; Luc, p. 10.'», i. âo ; An. l'ulril. l: « Murio el Hey 

I). Sancho el poslrimir .lia Uago^to, V.v:\ MCXCN I .. (iifiS). 



NOTES 

SUR LES RAPPORTS DE \AN TES AVEC L'ESPAGNE 



1 
Premières relations de la Bretagne avec l'Espagne. 

Les populations bretonnes des premiers siècles du Moyen- 
Age étaient peu industrieuses et commerçantes. Guillaume 
de Poitiers et Raoul Glaber dépeignent la Bretagne comme 
un repaire de sauvages sans industrie et sans civilisation. 
Le géographe arabe Edrisi, parlant des Bretons, dit qu'ils sont 
grossiers, ignorants et insouciants. Ces expressions sont peut- 
être exagérées, mais il est cependant difficile d'admettre sur 
lintensité du commerce breton les conclusions trop favorables 
du savant auteur de l'histoire de Bretagne, M. de la Borderie. 
Antérieurement au règne de Jean IV, il y eut dans les havres 
et les villes de l'Armorique un commerce assez actif peut 
être, mais celui-ci était presque entièrement fait par des 
étrangers auxquels les habitants de la Péninsule armoricaine 
se souciaient peu de faire concurrence '. 

La présence des étrangers et notamment des Espagnols en 
Bretagne nous est attestée dès le xni" siècle par un assez grand 
nombre de faits. En 1379, les importantes sécheries de poissons 
de Saint-Mathieu étaient louées à des Rayonnais'; en 129C, 
le vicomte d'Avranches, ayant été chargé de faire une enquête 
économique, ne put obtenir de renseignements utiles que 



1. Bourde de la Rouerie, IiUriidnctioii à l'inveiUairc des Archives du Finutère. 
Série B, passim. 

•j. be la Borderie, fiecuvil d'actes iitédils concernant Chistoire de Brelaçjue. 



I20 BT LI.ETIN lIISPAMQt E 

de la paii d'étrangers établis dans le duché. Au début du 
^iv' siècle, le port de Redon était très prospère, mais il n'était 
fréquenté que par des Espagnols'. A la même époque, Michel 
de Fontarabie commerçait en Bretagne^; les Magon, origi- 
naires d'Espagne, étaient établis à Vitré et avaient fondé la 
plus importante maison de commerce de cette ville •^. Si nous 
ouvrons les inventaires dressés à la mort des ducs de Bretagne, 
nous constatons que les monnaies espagnoles avaient cours 
en Bretagne et étaient d'un emploi fréquent. On comptait en 
henriquos et en réaux. Le réal même était d'un usage si 
courant (juo sa dénomination est encore demeurée en Bretagne 
comme monnaie de compte. Dans certaines régions, dans 
le Finistère notamment, le réal désigne encore la somme de 
vingt cinq centimes. 

Si les Espagnols étaient attirés en Bretagne par le commerce 
qu'ils y pouvaient faire, les Bretons se rendaient fréquemment 
en Espagne pour des motifs religieux. Il est inutile de rappelei' 
la réputation dont a joui, au cours du Moyen Age, le pèleri- 
nage de Sainl-.lacques-de-Compostelle. De tous les pays du 
monde chrétien, chaque année, les tidèles allluaient en dalice 
pour vénérer les reliques du saint. Les Bretons ont fourni leur 
important contingent de pèlerins. Les uns se déplaçaient par 
piété, les auties par obligation. On sait quelle était alors la 
dureté des confesseurs pour leiiis pc'iiitents et maintes fois ils 
obligeaient les fidèles à se rendre à Saint-Jacques avant de 
leur accorder la remise de leurs fautes, l'ar testament, certaines 
personnes léguaient à des parents les sommes suflisaiiles jjour 
accomplir le pieux voyage. Le chanoine de Nantes, Pierre 
Dorenge, par- testament en date de i39'i, ordonna à deux 
membres de sa famille de partir pour Saint Jaccpies en (Jalice''. 
De nombreux documents attestent la fréquence des pèleri- 
nages bretons en Espagne. Des lettres d'Yves le Breton 
indiquent (\\it\ par deux lois, il lil le voyage de (Jalice^. 

I. 'l'n'védy, l.r l'art de ftedun. Sainl-Hrioiic, i()o3 (l)rocliiirc). 

■j. \'ic et iiiirnrlex de suint )vcx. Dôposilion dti lao* lémoin. 

''). l'rain de lu (iaulayrio, /.es Vitréens et le Comiiierrr intmatunuil. \ ;innes, iS()?<. 

U. L. Maiire, Histoire des ItôiiilniiT de .\(intes, [>. jt;. 

;i. t'inot, Htiideri sur les relations cominerriales entre la l'iuiidre et l' EiiiiKjne, Paris, i Syg. 



NOTES SUR LES RAPPOhiS DE NANTES AVEC i/esPAGNE 1 2 I 

Guillaume de Ricu, fondateur du couvent des Cordeliers de 
Nantes, mourut en i3io au cours de son pèlerinage à Saint 
Jacques'. En i4o5, Jehan de l'Angle reçut de Jean V un don 
de quinze écus pour eftectuer le voyagea En i4i7, Jean 
Moysen de Tréguier, qui, un peu avant la Toussaint, était allé en 
pèlerinage à Saint-Jacques, avec plusieurs compagnons, sur un 
sien navire, fut attaqué par une nef armée et amené àPlymouth. 
Jean V ne se rendit pas personnellement en Espagne^ mais il 
fît porter à Saint-Jacques une offrande de oo écus par son 
ancien valet d'échansonnerie Guillaume le Régnée^. 11 lui 
remit 21 écus pour ses dépenses et frais de messes. I/année 
suivante, Guillaume Vincent, fermier des devoirs du vin, 
tomba malade à son retour de Saint Jacques en Galice''. 

La dévotion des Bretons à Saint-Jacques-de-Compostelle 
était connue des religieux espagnols. En 1/107, Jean V accorda 
des lettres de sauvegarde à des clercs venus de Notre-Dame 
de Roncevaux, dans le but de faire des quêtes nécessaires 
à l'édification d un hospice destiné à héberger les pèlerins 
qui s'arrêtaient dans cette ville ^. 

Un historien du commerce des Flandres a retracé à grands 
traits rinlluence que les pèlerinages de Saint-Jacques de 
(^ompostelle ont eue sur les relations économiques de la 
Flandre et de l'Espagne''. 11 est possible, probable même, que 
les premiers liens qui s'étaient formés en Bretagne entre 
Espagnols et Bretons se soient resserrés à la suite de la 
fréquence des pèlerinages bretons en Espagne. Souvent les 
pieux voyages étaient un prétexte à quelques opérations 
commerciales. Des Flamands partaient dans les régions du 
Midi en emportant des marchandises qu'ils écoulaient à leur 
arrivée. Des habitants de FArmorique ont pu agir de la même 
manière et créer un courant dallaires qui s'est régularisé pur 
la suite. 

1. Abbé Durvillc, liludcs sur le vieux \antes, l. I, p. 2/17. 

2. Blanchard, Lettres et Mandements de Jean V, aclc 2ijO. 

3. ibid , acte 21^1. 

4. Ibid., acte 2181. 

5. Ibid.. acte 6^7 (noie). 

• 1. Fiiiut, Etude sur les relations commerciales entre la Flandre et l'EsinKjnr, Paris, 



lj-2 LilLLETl>' HLSPAKIQUË 

Il semble résulter d'un passage du Livre des Manières, écrit 
par Etienne de Foug-ères au milieu du vu' siècle, que des 
marchands bretons revenaient d'Espagne avec des produits 
de ce pays. (( Quand il ( le marchand | revient de France ou 
d'Espagne avec des emplettes, il est juste qu'il en tire prolit et 
qu'il en vive; mais il doit éviter toute tricherie; quil se garde 
donc de vendre eau pour vin, peau de lièvre pour lapin, 
fouine pour zibeline... » 

Des motifs économiques avaient attiré les Espagnols en 
Bretagne, un but religieux avait le plus souvent conduit les 
Bretons en Espagne. Sous celte double influence, des relations 
assez étroites s'étaient formées entre les deux peuples; celles-ci 
devaient se resserrer sous l'influence d'alliances politiques et 
commerciales. 

Dans plusieurs circonstances, en ellet, les [)artis bretons 
firent appel au concours des troupes espagnoles. Eu i342, 
sous le commandement de Louis d'Espagne, les soldats de 
la Péninsule abordèrent au Collet, au fond de la baie de 
Bourgneuf. Ils venaient dans le pays de Retz en alliés de 
Charles de Blois. Ils séjournèrent assez longtemps dans la 
légion, puisqu'on fut obligé de lever une taille pour subvenir 
aux frais de l'occupation. Les soldats espagnols furent traités 
aux frais de la population. Les comptes des receveurs notent 
les dépenses en vins que burent les Espaigimux, en pain et en 
poissons qu'on leur fournit'. Jean IV fit également appel aux 
marins espagnols commandés par- François de les Cases '. 

Au milieu du xi\' siècle, les ducs de Bretagne s'elTor- 
cèrent de régulariser les relations cordiales (pie leurs sujets 
entretenaient avec les autres pa>s au regard du (((innierce 
maritime. 

La plus ancienne convention commerciale connue en 
Bretagne remonte au règne de Jean IV. C'est un traité passé 
cnlre le due et les villes de lii liiscaxe — Verineo, Bilbiio, 
Luquele et IMaisance. — Jean 1\ l'ut le premier duc de lîretagne 
(pii se soit intéressé aux (pieslions commerciales. Il entie|)rit, 

I. \i]iii\r\\ari], Carttiliiirr tirs sirrs (Ir lliiys. Iiilrnd , |)|i. \\\ et \\\i. 
j. Arcli. de la Luire lui'.. E. ji'i. 



Notes slr les kapi'okts de jjaîstes avec l espag>e ijo 

avec le concours des marchands de Nantes, d'approfondir le 
chenal de la Loire de manière à permettre aux chalands d'un 
tonnage élevé de remonter jusqu'au port de cette ville. Il 
institua le convoi composé de deux escadres armées chargées 
de protéger contre les pirates les navires de commerce qui, au 
printemps et à l'automne, sortaient des ports de Bretagne à 
destination des Flandres, de l'Angleterre ou de l'Espagne. 

Son successeur, Jean \ , fut également plein de zèle pour 
développer dans son duché le commerce et l'industrie. Il 
attira les étrangers en leur accordant des lettres de naluralilé, 
(' désirant touz honz marchanz estrangiers attraire à ester et 
demourcr en nostre duché ». Il appela en Bretagne des 
normands qui s'établirent à Vitré, Fougères, Diuan, Bennes cl 
Nantes et y fondèrent des industries jusqu'alors inconnues. 
Ll régularisa les relations commerciales de ses sujets avec les 
peuples étrangers, et en i43o et 1^35 il signa avec les rois de 
Castille et de Léon deux traités intéressants et sur lesquels 
nous aurons à revenir au sujet de la contruclalioii^ . 

.\u cours de son règne, Pierre II exempta de la taille les 
ouvriers étrangers qui désiraient se fixer à Vannes. Etant dans 
cette ville, au mois de juin i452, ce duc reçut le boursier 
d'Espagne qui était venu pour renouveler les traités d'alliance 
entre son pays et la Bretagne. Ils regardèrent surtout, rapporte le 
chroniqueur, la sûreté du commerce et ils signèrent ensemble 
un traité qui fut renouvelé à Bedon le 28 septembre i456 '. 

F'rançois II, dès le début de son règne, envoya en Espagne 
Jean Buffîer, seigneur du Bois et Godelin, afin de ratifier avec 
la cour de Madrid les traités antérieurement signés. Le 8 sep 
tembre i/iÔQ, ses ambassadeurs traitèrent avec Don Lopc Bibas, 
évèque de Carthagène, et Don Luis de Velasco, évêquc élu de 
Léon. 

Pendant que cette ambassade bretonne était à Madrid, des 
envoyés du roi de Castille venaient à Nantes pour saluer le duc 
François IP. Les comptes des miseurs de cette ville signalent 



I. Cf. infra : La coiitractation de Nantes. 

3. Dom Lobineau, t. 1", p. G73, et t. Ml, p. iihl,. 

o, Arcli. iiiuii. de Nanlcs, CC. i|i!. 



13^ BLLLET1> HISPANIQUE 

en effet une dépense de 7 1. 7 s. G d. faite en i^og pour 
^i( poisson, vin, ypocras, espiceries et torches » fournis aux 
ambassadeurs espagnols. 

Plusieurs autres traités de commerce furent signés entre 
l'Espagne et la Bretagne au cours du règne de François 11. 
En i4<J6, une procuration à fin de signer un accord fut donnée 
par le duc au sénéchal de Nantes et à Vincent, abbé de Bégar'. 
A Victoria, le 12 novembre i483, Ferdinand et Isabelle rati- 
iîèrent les accords nouveaux intervenus entre leurs ministres 
et les envoyés du duc de Bretagne. 

A l'exemple de ses prédécesseurs, François 11 attira en 
Bretagne de nombreux étrangers. Il fit venir des Anglais, des 
Allemands et des Flamands. Les livres des comptes nous 
apprennent qu'il appela à Nantes un habile orfèvre espagnol, 
Fcrrando de Cordouc, auquel il assigna 60 livres de gages 
annuels-. 

Les bonnes relations de la Bretagne avec la cour d'Espagne 
ne se démentirent pas sous le règne de la duchesse Anne. 
-Mais les questions politiques primèrent les intérêts com- 
merciaux. 

Dès le début de son règne, la duchesse Anne reçut une 
ambassade qui venait la saluer de la part de Ferdinand 
le Catliolique. Cette ambassade débarqua à Nantes et y 
séjourna pendant neuf jours. H subsiste dans les comptes 
du niiseur de l'année 1 18() un ordre tie payer «pour la 
despence et defï'roy des Ambassadeurs d'Espaigne qui par 
neuf jours ont été en eeste ville la somme de 118/ \os pour 
lesquelz ambassadeurs qui aloient devers la duchesse »-^. 
Au moment de l'invasion des Français en Bretagne, le roi 
de Castille envoya au mois de mai i'i8<) un secours de 
•2000 hommes à la duchesse. Anne de Bretagne, au cours 
de l'année suivante, signait un accord avec Ferdinand le Catlio- 
lique, mais le mariage de la duchesse a\ec Cbai'les VIll, 
en scelliinl la picmière union de la Bretagne et de la l'rance, 



I. \rcli. I.oin-lnl.. It'i, I"' i.'Ui cl i .'). 
;;. Ihid., ]■:. Jl',. 

3. ,\rcli. iiiiiii. «le NiiiiUv-, \.\i. njii. 



Notes sir les rapports de nantes avec l espaoe 120 

rendait inutiles toutes les attentions intéressées du roi de 
Gastilie'. 

Anne de Bretagne comptait dans sa maison plusieurs Espa- 
gnols de marque. Son conseiller maître d'hôtel avait nom 
Lopez de Gastillo; son écuyer tranchant Jehan de Gastillo 
et sa garde-robière Alienor de Gastillo étaient sans doute 
apparentés à Lopez. Celui-ci fut toujours dévoué aux intérêts 
de la reine Anne. Il était son homme de confiance et était 
souvent chargé de missions intimes 2. 

Toute cette longue suite dalliances, de pactes et de conven- 
tions passés entre la Bretagne et les royaumes de Gastille 
et de Léon devenait caduque par suite du mariage d'Anne 
de Bretagne. Les guerres de Gharles VIII avec l'Espagne 
portèrent un coup sensible au développement du commerce 
hispano-breton. La ville de Nantes fut particulièrement 
touchée. 

Son port fut momentanément délaissé par les Espagnols. 
Lorsque le traité de Barcelone eut mis fin aux luttes de 
Charles VIII et de Ferdinand, le roi, par une ordonnance 
du 29 décembre i^go, célèbre dans les annales de la ville 
de Nantes, restitua aux Espagnols qui y commerçaient tous les 
privilèges qu'ils possédaient antérieurement. Quelques années 
après, il transportait de Lyon à Nantes la foire franche dite 
de YAparucion. Enfin, son successeur, Louis \ll, confirmant 
les privilèges des marchands de Gastille trafiquant en France, 
les étendit au duché de Bretagne et au comté de Nantes'. 

Depuis la fin du xiv siècle jusqu'au début du xvi% les ducs 
de Bretagne et les deux rois de France qui furent succes- 
sivement les époux de la duchesse Anne suivirent à l'égard 
du royaume d'Espagne une même politique économique. 
Grâce à des traités d'alliance, le commerce hispano-breton 
se développa constamment. Les villes de Saint-Malo, Rennes, 
Morlaix, Vitré, Nantes profitèrent toutes de cette activité 
commerciale. Mais il est à noter que les producteurs et les 

1. De la Borderie, Histoire de Bretagne : Anne de Bretagne. 

2. Le Roux de Lincy, La vie d'Anne de Bretagne, tome III, passim. 

3. Ord. Royales, t. \XI, pp. 226 et suiv. 

Bull, hispan. () 



126 HIM.LTIN HlSl'AM(JL !•; 

commerçants bretons attendirent beaucoup plu^ la clientèle 
espagnole qu'ils n'allèrent la chercher. Ils se déplaçaient peu 
pour leurs aflaires. Si l'on a pu citer quelques exemples 
de Bretons allant à l'étranger pour développer leur commerce, 
ceux-ci sont relativement rares. Il faut attendre les débuts 
du \vi' siècle pour constater leur présence en Espagne. 

Un Vitréen du nom de Gholet est signalé dans ce pays 
en 1019, et en i53o un voyageur de commerce de Morlaix 
parcourut le Nord de la Péninsule ibérique pour y vendre des 
toiles bretonnes. Par contre, les Espagnols avaient fondé dans 
les principales villes de Bretagne des colonies tlorissanlcs. 
Dans certaines régions bretonnes, les Castillans s'établirent en 
si grand nombre que même après plusieurs siècles le type 
espagnol s'est conservé assez pur. Tandis que les Bretons, 
entichés de leurs préjugés, abandonnaient la majeure partie 
du commerce aux étrangers, les Espagnols réalisaient chez eux 
des fortunes considérables. Souvent, après avoir réussi dans 
leurs aflaires, ils abandonnaient la province, mais dans bien 
des cas ils demandaient à être naturalisés et ils demeuraient 
en Bretagne ou en France. Ils apportèrent ainsi à notre pays 
un contingent important de population. Dans les pages qui 
suivent, nous avons étudié l'histoire et le rôle de la colonie 
espagnole de Nantes et l'on pourra constater qu'au xm" siècle 
notamment, les familles originaires d'Espagne ont été à la 
tète de ce que Ion est actuellement convenu d'appeler les 
classes dirigeantes. 

Jli,i:s MAriJOHi:/. 
(A suivre.) 



DOMINIQUE SOTÔ 



ET LA 



SCOLASTIQUE PARISIENNE 

(Suite'.) 



XX 



L'ÉTUDE DE LA LATITUDE DES FORMES 

A l'Université de Paris, au début du xvi' siècle. 
Jean Majoris, Jean Dullaert de Gand. 

Nous avons délaissé l'Université de Paris au moment où 
Marsile d'Inghen la quittait; c'est le moment où les querelles 
relatives au Grand Schisme vont se substituei' aux paisibles 
discussions de la Logique et de la Physique, et amoindrir le 
prestige, jusqu'alors incontesté, de VAlnia Mater; c'est aussi le 
moment où la guerre de Cent ans, où la rivalité des Armagnacs 
et des Bourguignons, où les épidémies meurtrières vont 
désoler Paris de la grande pitié qui est en tout le royaume de 
France. Nous avons passé la mer pour nous initier aux 
doctrines que l'Université d'Oxford professait au xiv' siècle; 
puis nous sommes venus suivre, en Italie, la fortune que les 
enseignements de France et d'Angleterre y ont rencontrée 
pendant la durée du Quattrocento^ Il est temps de revenir 
à Paris et de nous enquérir du sort qu'y ont eu les vérités 
découvertes au xiv siècle. 

1. Les résultais que nous avons recueillis en celte excursion au travers de la 
Scolastique anglaise et de la Scolaslique italienne sont exposés en une élude, 
intitulée : La Dialectique d'Oxford et la Scolastique italienne, à laquelle le Bulletin 
italien veut bien accorder fiiospilalilé. 



laS HLLLETI> HISPAMQÙË 

Des débuis du Grand Schisme au commencement du 
vW^ siècle, s'écoule une durée plus que séculaire pendant 
laquelle la vie intellectuelle de l'Université parisienne nous 
est fort mal connue; les documents peu nombreux que nous 
avons, pu consulter ne nous ont fourni que des renseignements 
rares et insuffisants. 

La moitié du xiv siècle était, sans doute, déjà écoulée 
lorsque Maître Jean Ilennon, bachelier en Théologie, composa 
un traité de Philosophie' où il exposait successivement les 
questions traitées dans les ouvrages suivants d'Aristote : Les 
Physiques, le De Cœlo et Mundo, le De generatione el corrapliotic, 
les Météores, le De anima, le De sensu et sensalo, le De nieniofid 
et venïudscentid, le De sonino et vigitia, le De caasis tongitudinis 
et l)revitatis vitœ, enfin les six premiers livres de la Métaphysique. 

François Fine, élève du collège de Navarre et de la Faculté 
des Arts, qui a copié cet écrit et ingénieusement enluminé les 
titres des diverses parties dont il se compose, a deux fois dalé 
son ouvrage. 

A la fin de l'exposition du De (udina\ il a écrit : « Expticit 
tiber 3"" de anima per me fnmciscum fine die prima octohris anno 
domiid i^ (]'.>. » 

Au dernier feuillet du U'\te manuscrite on lit : » Complétas 
est presens tilier pJntosopliie Aristolclis in (dîna Parisius univer- 
silate conditus ati e.rimio viro doctissimo magistro Jolianne hennon 
In saera pagina pra lune lta<<<d(inreo\formato. Scriptus per me 
franriscu/n fine in preetara arciu/n facaltate eo tune studentem 
in colle gio provinrie mwarre in monte Sanele genonefe virginis. 
<inno doinini /lostri Jhesu cliristi mitlesimo (JCCC" I.XIU°. Die 
vero prima octol>/-is. In fine rujus laudes extoltc terno et uni 
rivent i in seruta seculoruin amen. » 

Ln tout débat qui relève de la Mélaphysicjue, Jean Ilennon 
est nettement scotisle; presque toujours, c'est à lopinion du 
hoctor Sul/titi.s qu'il iicquiescc. 

En tout ce qui concerne la Physique et la Mécanique, au 



I. l:iililiolli>'<|iic Nationale, fonds luliii, rns. n° l'i^vjij. 
a. Ms. cit., fol. 2«i, v°. 
3. Ms, cit., fol. 3j7, r°. 



DOMINIQUE SOTO ET LA. SCOLASTIQUE PARISIENNE I29 

contraire, il suit, de préférence, l'opinion des Nominalistes 
parisiens du xiv siècle; il semble, surtout, faire grand usage 
des traités d'Albert de Saxe, dont il reproduit presque textuel- 
lement certaines questions. 

En particulier, maître Jean llennon admet pleinement la 
Dynamique professée par Jean Buridan et par Albert de Saxe. 

A la fin de la Physique, par exemple, il examine' cette diffi- 
culté : Par quoi sont mus les projectiles;» Après avoir exposé 
et discuté l'opinion péripatéticienne qui attribue à l'air ébranlé 
la continuation du mouvement de ces corps, il poursuit en 
ces termes : 

« Une seconde opinion dit que cette première explication 
est fausse. Cette seconde opinion est celle-ci : Celui qui lance 
le projectile lui imprime un impetus ou une vertu impulsive 
qui a son siège en ce projectile; à cet impetus font opposition 
la gravité du mobile et la résistance du milieu; le projectile 
se meut donc continuellement jusqu'à ce que cet impefus soit 
corrompu. 

)) Et en effet, comme le dit cette opinion, il semble impos- 
sible que le sabot, la meule du forgeron ou tout autre mobile 
animé d'un mouvement de rotation sur place soit mû par 
l'air qui l'entoure; il semble impossible que la flèclie ou la 
lourde pierre que lance une machine de guerre puisse être 
mue par l'air aussi vivement qu'elle est mue, ni qu'elle 
puisse être soutenue si longtemps en l'air, si ce n'est par un 
tel impetus. » 

Jean Hennon n'ignore pas, d'ailleurs, qu'en se rangeant 
à cette opinion, il va directement à l'encontre de la doctrine 
d'Aristote. « Quoique cette opinion soit probable, dit-il, elle est 
simplement et manifestement contraire au Philosophe et 
fausse selon lui. » Il n'en réfute pas moins les objections que 
les Péripatéticiens avaient coutume d'élever contre la théorie 
de V impetus. 



I. Magistri Johannis Hennon Op. laud.; Pliysicorum lib. Vlll, qua;sl. III: 
Outeritur utrum primus motor qui simpliciler est immobilis et nullani habet 
magnitudinem, sit infinita; virtutis. Difflcultas secunda : A quo moventur projecta 
post recessum a primo motore projiciente? Ms. cit., fol. 1^6, coll. b et c. 



l3o RLI.LETTN HISPANIQl'E 

L'exposition du De Cœlo amène notre auteur à rechercher' 
pourquoi le mouvement naturel est plus rapide à la fin qu'au 
commencement. Après avoir formulé et rejeté toutes les autres 
explications de l'accélération en la chute des graves, il pour 
suit en ces termes : 

« Ils disent donc que ce qui cause la plus grande vitesse 
prise vers la fin par le mouvement naturel, c'est Viinpt'his qui 
se trouve acquis au sein même du mobile; en sorte que, par 
son mouvement, le grave gagne une certaine pesanteur acci- 
dentelle qui vient en aide à la pesanteur essentielle et 
naturelle, afin de mouvoir plus vite ce grave; il en est 
semblablement de la légèreté. En eiïet, par le fait même que le 
corps se meut plus longtemps, il acquiert un impeius plus 
grand et, par conséquent, il se meut continuellement plus 
vite, à moins qu'il n'en soit empêché par une résistance qui 
croisse plus fortement que ïimpefus acquis par le mobile. 
Un tel impetus est une qualité de la deuxième espèce; la forme 
substantielle du mobile, par l'intermédiaire du mouvement, 
engendre cette qualité; cette qualité se corrompt par l'absence 
de ce qui l'a engendrée, c'est-à-dire du mouvement. » 

Ces deux citations nous montrent qu'au xv siècle, le 
scotlste Jean llennon garde les principes essentiels de la 
Dynamique formulée, au xvi' siècle, par l'Kcole nominaliste 
parisienne. Mais de ce que cette Ecole et, en particulier, 
Nicole Oresme avaient enseigné touchant la latitude des 
formes, nous ne trouvons pas trace au traité de Philoso])hie 
que nous analysons; peut-être les problèmes sur l'unifor- 
mément dilTorme étaient-ils regardés comme trop compliqués 
pour qu'il en fût fait mention en un ouvrage aussi élémentaire. 

Les (Jomnicnliirii in Hbros Philosophin' iiulnrulis el Mela- 
physicœ Arislolelis, publiés par Pierre Tataret, et dont la 
|)remière édition |)arul en i^ig'i', procèdent exacleineni du 



1. Jolianriis llcimoii ()/). lauil., \h- Cm'Iu cl MuikId lili. Il, Duhiuni III : I liiim 
omiiis mollis iiulurulis sit velocior in lino (|iiaiii in iirincipio. Ms. ril., fol. Hi.'t, 
coll. a, h el c. 

2. Cltirissima simiularisiiue totiux /iltilDSoiiliie neriion nielaiiliisicf Arit^tolclis : mciiiislri 
F'elri tatareli e.r/iosilio. (jolophon : KnicluoMiin fadleiiue (ipiis intnxliicloiium in 
lagicani pliilnsoiilii.iin nrcnciti inrhiphisii mih ;iri>li>li'lis (lo(■li^^imi \ir\ nm^^'islri pclri 



DOMIMQI E SOTO ET T,A SCOLASTIQUE PARISIENNE K^ I 

même esprit que le traité de Jean Hennon. Soumis à rinfluence 
de Duns Scot en toutes les questions que nous nommerions 
aujourd'hui métaphysiques, l'auteur suit les opinions des 
\ominalistes toutes les fois qu'il débat un problème que nous 
attribuerions à la Physique. Comme Jean Hennon, Pierre 
Tataret s'inspire volontiers d'Albert de Saxe; il va même 
jusqu'à lui emprunter textuellement des pages entières; c'est 
par un emprunt de ce genre que les considérations d'Alber- 
tutius sur la loi de la chute accélérée des graves ont, nous 
l'avons dit au paragraphe XI, passé dans le traité de notre 
scotiste, et bénéficié de la vogue extrême de ce traité. 

Mais aux Commentaires de Pierre Tataret, non plus qu'aux 
Commentaires de Jean Hennon, nous ne trouvons rien qui 
nous rappelle les enseignements d'un Nicole Oresme sur la 
difformité des qualités. 

A côté de cette École, scotiste en Métaphysique, mais large- 
ment accueillante à la Physique nominahste, dont Hennon et 
Tataret sont des représentants, l'Université de Paris compte, 
au xv^ siècle, une École thomiste dont l'écrivain le plus fécond 
semble avoir été Johannes Versoris', qui mourut vers i/|8o. 

Gomme Hennon et comme Tataret, Versoris a commenté 
la Physique d'Aristote, le De Cselo et Mundo, le De générât ione 
et corriiplione, les Météores, le De anima, les Parva naturalia et 
la Métaphysique; comme Tataret, il a exposé les Summutœ de 
Petrus Hispanus; mais l'esprit qui le guide est bien différent 
de celui qui anime ses émules scotistes. On no saurait, en into- 
lérante étroitesse, surpasser son Thomisme. Des progrès 

lalaret diligentissime castigatum impcnsis pnidentis viri lacobi bezanceau nierca- 
toris pictavensis consnmmatum parisii cura pervigili magislri andree bocai'd. Anno 
domini millesimo CCCG nonagesimo quarto, décima die februarij. 

1. Et non Johannes Verser, comme il est habituellement appelé. Une édition 
des : Johannis Versoris Qasestioites super Metnphysiram irestolelis, publiée à Lyon, 
vers i^go, par un typographe inconnu, porte, à la première page, une épitaphe de 
l'auteur; en cette épitaphe on lit : 

Parisee jacet hic urbis sludiique Johannes 
Versoris decus eximium doclissimus omnium. 

Cet epitajihium est précédé d'une exortatio oii on lit : « ...a divo preceplore nostro 
Jùhanne ]'ersoris. » 

Cette édition de la Métaphysique de Johannes Versoris est décrite par le savant 
libraire, M. Joseph Baer, de Francfort-siir-le-Mein, sous le n° C73, en son Layerca- 
talog OS.l (Incuntihilia xylo(jraphira et typoyraphica, ii55-i5oo). 



l32 BlLLETn HISPAMQUE 

accomplis, depuis le temps de l'Ange de l'Ecole, en maint 
qhapitre de la Physique, il n'a cure; des doctrines comme 
celles de ïimpetas n'obtiennent même pas l'honneur d'une 
mention. Aveuglé par son préjugé, Versoris croit sans doute 
qu'il ressuscite saint Thomas d'Aquin ; et, en elï'et, il le fait 
sortir de son tombeau, mais il ne lui rend pas l'ame; il ne 
nous présente que la momie desséchée de ce génie qui eut une 
vie si intense et si belle. 

Assurément, ce n'est pas dans les Commentaires de A ersoris, 
bien dignes de disputer le prix de routine aux traités des 
Averroïstes italiens,, que nous pourrons relever la moindre 
trace des enseignements d'un Albert de Saxe sur la loi de la 
chute des corps, d'un Nicole Oresme sur la difformité des 
qualités. 

Ainsi, au cours du xv siècle, nous n'avons recueilli aucune 
pensée, émise ou reproduite à l'Université de Paris, touchant 
les latitudes uniformément difformes. C'est seulement au 
début du wr siècle que furent composés les livres que nous 
allons lire, et où nous entendrons des maîtres parisiens trai- 
ter, avec grand détail, des latitudes et des problèmes qui s'y 
rapportent. En ces traités, les noms de ceux qui enseignaient 
à Paris au \i\'' siècle seront souvent invoqués ; souvent aussi 
seront cités lientisberus et le Calculateur; enfin, les auteurs 
auront mainte occasion de nommer Paul de Venise, Gaétan de 
Tiène, Jacques de Forli, Ange de Fossombrone ou Bernard 
Torni ; mais pas une fois, en leurs écrits, nous ne trouverons 
la moindre allusion à un maître parisien plus jeune que Mar- 
sile d'inghcn. Ainsi donc, tandis que l'Ecole d'Oxford, d'abord, 
que les Ecoles italiennes, ensuite, se passionnaient pour les 
méthodes, Jiouvellement découvertes, qui permettaient de 
soumettre au calcul les latitudes des formes, il semble que 
l'Université de Paris, oubliant la tradition d'Alberl de Saxe et 
de Nicole Oresme, ait délaissé ces j)rol)lèmes depuis le début 
du Grand Schisme jusqu'à la fin du xv' siècle. 

Au début du \vi' siècle, au contraire, les diatribes d'I^rasme 
et de Vives sufliraient au besoin à nous l'apprendre, les 
Facultés et les CoUèjfes de Paris devenaient autant d'académies 



DOMINIQUE SOTO ET L\ SCOLASTIQUE PARISIENNE 1 33 

d'escrime dialectique oii les calculationes^ imitées d'Heytes- 
bury, de Suiseth et de Jacques de Forli, étaient de continuel 
usage pour l'attaque comme pour la riposte; les maîtres espa- 
gnols se montraient, en ces duels, particulièrement acharnés 
ot habiles. Des dires de Didier Érasme et de Louis Vives, de 
nombreux documents vont nous confirmer l'exactitude. 

Rendons-nous d'abord à ce Collège de Montaigu dont 
Érasme a été le pensionnaire, dont Vives va être l'élève, et 
qui restera un objet d'horreur pour ces deux humanistes. 
A Montaigu, au début du xV^ siècle, le régent le plus honoré 
est le théologien écossais Jean Majoris. 

Jusqu'en la Théologie de Majoris, nous trouvons des consi- 
dérations sur la latitude des formes, sur les formes uniformé- 
ment difformes, sur leur réduction à l'uniformité. 

En son commentaire au premier livre des Sentences de Pierre 
Lombard ', le Régent écossais est amené à définir la latitude 
uniformément ditïbrmc ^ Il pose ensuite, au sujet de cette 
latitude, diverses conclusions dont voici la seconde : 

« L'intensité d'une qualité uniformément difforme se mesure 
par le degré moyen de cette intensité. Par exemple : Soit une 
qualité uniformément difforme, de la chaleur si vous voulez, 
qui est répandue, depuis le degré o jusqu'au degré 8, en un 
sujet A long de deux pieds. Je dis que A a une chaleur égale 
à 4. Je le prouve. Supposons que la chaleur dont l'intensité 
est comprise entre o et '\ augmente d'intensité jusqu'à être 
uniformément égale à /i ; à la fin de cette opération, la moitié 
du corps où se trouve cette chaleur se trouve uniformément 
échauffée avi degré ^|. Supposons que, pendant ce temps, la 
chaleur de la seconde moitié s'atténue jusqu'à ce qu'elle soit 
uniforme et égale à ^|. A la fin, le corps tout entier est chaud 
au degré 4; or, autant il a acquis de chaleui- en une moitié, 

i. Joannes Major In priinum sententiariiin ex rerognitione Jo. Barfi/. Veniindanlur 
apud eundem Badium. Au verso du litre, Epistola : Joannes Major Georgio llepbur 
i^Qsi. Cette lettre est datée de Montaigu et du 7 des calendes de juin lûog. Elle est 
suivie de ces mots : Impressit autem jam Hadius anno MDXIX. Celte édition de i5it) 
semble donc reproduire une précédente édition de i5og, que nous n'avons pu 
consulter. 

a. Jjaaanis Majoris Op. laiid., éd. cit., lib. 1, dist. WIl, qutesl. WUI, fui. L\XX, 
coll. b, c-et d. 



l3'| Bl I.I.KTIN IIISl'AMQrE 

autant il en a pei'du en l'autre; la chaleur d'un tel corps 
équivalait donc à \... 

.) De même, lorsque nos maîtres déposent entre les mains 
du chancelier, au sujet des candidats à la licence, des notes 
qui ne sont pas uniformes, il les faut réduire à l'uniformité ; 
une moitié des notes assignerait à Sortes le premier rang; 
l'autre moitié lui donnerait le troisième rang; il y a alors 
autant de raison pour qu'il occupe le premier rang que le 
troisième; on le réduit au second rang. » 

Jean Majoris devait être hahile vulgarisateur; à des étudiants 
en Théologie, probablement peu soucieux de Géométrie, il 
sait présenter sous forme concrète la substance du raisonne- 
ment de Nicole Oresme. 

Parmi les objections dressées contre la règle qu'il vient de 
fc^rmider, Jean Majoris rencontre celle-ci : La vitesse d'une 
roue, c'est la vitesse du point qui se meut le plus vite. Tel 
était, nous le savons, l'enseignement de Biadwardine, d'Albert 
de Saxe. d'Iïeytesbury. Cet enseignement, notre théologien 
le repousse pour s'en tenir .'i ranticpie opinion du Liber de 
jjroporlionalitale moiiium cl magnUiidinum : 

i« La meule du forgeron, » dit-il, « se meut avec la même 
vitesse que le point qui se trouve au milieu de la longueur du 
rayon de la circonférence; et il en est de même tie tout corps 
entre les diverses parties duquel le mouvement est réparti 
d'une manière niiiformémcn! dilVorme, » 

Les problèmes Ihéologiqucs ne prêtaient guère à di'battre 
longuement les propriétés des latitudes uniformes et difformes; 
Maître Jean Majoris en devait discourir |)lus à plein lorsqu'il 
traitait de la Physique; ce qu'il en disait, nous le saurons sans 
doute à fort peu près en lisant les écrits de ses disciples. 

L'tin de ses élèves les plus marcpiants paraît avoir été Jean 
Diillaeil (le (Jiind (pii, comme son maître et en même temps 
(jue son maître, régenta à Montaigu. Là, Jean Dullaert aimait 
à développer' les rdlcnhilinncs de Suiseth. au grand ennui de 
l'élève Louis \ ivès. 

Que rargtimetilalion de .Icmm Dullaert soit souvent fasti- 
dieuse, on raeecjrdera xolonliers ;'i \i\ès en lisant ]{'<■ Oiirslia/is 



DOMINIQUE SOTO ET I. A SCOF.ASTIQLE PARTSIENNE I 3.) 

sur la Physique dWristote que le maître gantois a publiées 
en i5o6'. Ces questions, cependant, vont nous apporter de 
précieux renseignements au sujet des leçons qui se donnaient, 
à Montaigu, sur les latitudes des formes. 

Pour commenter ce qu'Aristote, au troisième livre des 
Physiques, dit du mouvement, Duliaert déclare 2 u qu'il faut 
examiner diverses questions. Il faut examiner, tout d'abord, si 
le mouvement est une entité successive réellement distincte 
de toute chose permanente ;^ il faut chercher, en second lieu, 
par rapport à quoi doit être évaluée la Aitessc du mouvement 
local; en troisième lieu, par rapport à quoi doit être évaluée 
la vitesse du mouvement d'augmentation; en quatrième lieu, 
par rapport à quoi doit être évaluée la vitesse du mouvement 
d'altération ». 

Laissons de coté la première question qui n"a pas trait à 
notre sujet. Les trois dernières vont constituer un Tracta/us 
de tribus prsedicamenlis, un traité de la vitesse dans les trois 
sortes de mouvements que reconnaît la Physique péripatéti- 
cienne. Si nous ajoutons que ce traité est précédé"^ d'une 
introduction mathémathique sur les rapports et proportions, 
nous aurons suffisamment annoncé qu'il va être construit sur 
le même plan que le Traclatus proportionum d'Albert de Saxe. 

Des divers chapitres qui composent le petit traité de Méca- 
nique écrit par Albertutius, un seul n'a point ici son analo- 
gue ; c'est le premier, celui qui étudie la relation du mouve- 
ment avec les causes qui le produisent: Duliaert réserve 
l'examen de cette question pour le commentaire au VIP livre 
de la Physique. 

Si l'influence du Tracluius proportiouum d'Albert de Saxe 
est bien reconnaissable en la rédaction de notre Philosophe 
gantois, une autre influence y a, plus profondément encore, 

1. Johannis Duillaert quesliones in libros fikisiconim Aristolclis. Colophon : Hic finem 
accipiunt questiones phisicales Magistri ioliannis duliaert de gandavo quas edidit in 
cursu arlium regentando parisius in collcgio montisaciiU impensis lionesli viri 
Oliverii senant solertia vero ac caracteribus Nicolai depratis viri liujiis artis inipres- 
sorie solertissimi proiit caractères iiidicant anno domini millesimo quingentesinio 
sexto vigesima tertia martii. 

2. Johannis Duliaert Op. laud., lib. 111, quaest. I, fol. sign. f j, col. c. 

3. Johannis Duliaert Op. laud., loc. cit., fol. sign. gj. col. c. 



l36 BLLLETIN HISPAMQUE 

imprimé sa marque: c'est celle du Tractatus de ti'ihns pvsedi- 
ramenlis de Guillaume Heytesburv; le nom dllentisberus, 
d'ailleurs, apparaît souvent dans les dicussions menées par 
Jean Dullaerf et, parfois, il apparaît tout auprès de celui d'Al- 
bertus de Saxonia'. C'est rinflucncc d'Heytesbury, cest celle 
du Calculateur, dont le nom est également prononcé-^, qui ont 
introduit, en largumentation du Uégent de Montaigu, d'inces- 
sants sophisintdd : dressés à titre d'objections contre cliacune 
des opinions entre lesquelles 'il y a lieu de clioisir, ces 
sopbismes et les solutions qui en sont données mettent, en 
l'examen de la moindre question, une inextricable confusion; 
ce sont fagols d'épines qui eniravent l'esprit désireux de courir 
à la rencontre de la vérilé. 

Dullaert examine d'abord les problèmes relatifs à la distri- 
bution du mouvement au sein du sujel. Pour lui, comme 
pour Mbert de Saxe, cet examen se réduit à l'étude du 
mouvement de translation et à l'élude tlu mouvement de 
rotation. 

Pour définir la vitesse du mouvement de rotation, il refuse 
de se mettre du parti auquel Jean Majoris s'était rallié; reve- 
nant à l'opinion de Tbomas Bradwardine et d'yVlbert de Saxe, 
il veut fpie cette vitesse soit celh» du point qui se meut le plus 
vite parmi ceux cpii appartienncut au mobile. »» C'est, » dil-il', 
(( l'opinion d'Ilenlisber, et presque lous les calculateurs la 
suivent c<jmme subtile. » Elle a surtout donné à Ileytesbury 
l'occasion d'inventer et de résoudre de puérils sophisiiutla que 
notre Gantois se délecte à reproduire. 11 est plus beureusement 
inspirt' lorsqu'il einprunle"' à Albert de Saxe la dislinelion 
entre la vitesse des parties du mobile dans le mouvement de 
rotation et la vitesse angulaire de rotation. 

Ce qui méiilc le mieux de retenir notre attention, dans le 
Ti-arldliis de Irihils iinrdicdtiiridis dont Dullaert e\j)ose les 



I. .loliatinis Diillacrl Ofi. laiid., loc. cit., fol. sigii. pfiij, col. Ii cl c; Inl. sig^ii. iiij, 
col. il ; toi. siiiv , col. il. 

■j. .ioli.-ionis hiillaerl O/.1. /<;/!</., loc. cil., loi. si^ii. ffiij, col. a. 
'i. Joliaiiiiis I)iillacrl O/j. loud., loc. cil., fol. si^ii. iiij, col. d. 
/i. Joliaiiriis Dullaert Op. laud., loc. cil., loi. si^ii. ^iij, col. c. 
S. Johaniiis Uiillaert O/j. laud., loc. cil., fol. précédanl le lof. sigii lij, col b. 



DOMIMQUE SOTO KT \.\ SCOI. VSTIQDI^ PARISII^NMÎ iS"] 

articles successifs, c'est le chapitre consacré' au mouvement, 
rectiligne ou circulaire, difforme par rapport au temps. 

Pour représenter les diverses sortes de diflbrmités que le 
mouvement peut présenter, le Régent de Montaigu use volon 
tiers de figures géométriques (juil construit en employant la 
longitude et la latitude comme coordonnées; mais jamais il ne 
tire parti de cette représentation comme Oresme a conseillé de 
le faire; jamais il n'en use pour substituer des raisonnements 
géométriques aux raisonnements arithmétiques sur les degrés 
d'intensité des qualités; en son livre, comme en beaucoup de 
textes, manuscrits ou imprimés, publiés auparavant, les coor- 
données servent à construire des représentations graphiques; 
elles ne servent pas à établir une équivalence entre des calculs 
algébriques et des constructions géométriques, équivalence qui 
est l'essence même de la Géométrie analytique. 

DuUaert ne fait donc pas de Géométrie analytique. 

Cela se marque clairement lorsqu'il se propose- d'établir 
« quelques règles qui sont très communes auprès de tous les 
calculateurs ». 

La première de ces règles est ainsi formulée : d Toute lati- 
tude uniformément difforme, soit qu'elle commence à un cer- 
tain degré, soit qu'elle commence à zéro pour se terminer à 
un certain degré, correspond à son degré moyen. » 

En voici la démonstration : 

(( Je veux dire ceci : soient deux mobiles A et B; pendant une 
heure, A se meut uniformément d'un mouvement 4, tandis 
que B se meut d'un mouvement uniformément difforme qui 
croît de o à 8. Je dis que ces deux mobiles parcourront des 
espaces égaux, bien que, pendant toute la durée de la seconde 
demi-heure, B se meuve plus vite que A ; et la raison en est 
la suivante : Autant B se meut plus vite que A en cette seconde 
demi-heure, autant A s'était mù plus vite que B en la première. » 

Sans doute, la démonstration d'Oresme n'était pas, au fond, 
plus probante que celle-là; mais combien elle était plus claire. 



I. Johaniiis Dullaert Op. laud., loc. cit., loi. sign. liij, col. a, à loi. sign. ilij, 
col. c. 

3, Joliannis Dullaert Op. laud , loc. cil., loi. siga. hij, col. cl. 



lo8 BLLLlilirs Hlï^PA.MQUË 

et combien, surtout, mieux orientée vers les idées qui devaient, 
un jour, éclairer toute la Cinématique! 

A la suite de ce qui vient d'être rapporté, Dullaert démontre 
longuement diverses règles d'une enfantine facilité ; ce sont 
autant d'emprunts presque textuels au Traclalus de Iribus 
prœdicamentis el aux Probationes conclusionum de Guillaume 
lievtesbury. 

Bien des discussions sophistiques trouvent également place 
en la tin des considérations de Dullaert sur le mouvement 
local: en ces discussions, imitées du chancelier d'Oxford, le 
mouvement uniformément difforme est toujours désigné 
comme le mouvement u qui unifor/nilcr intcndilur vcl uiiifov- 
milcr reniillilur »; imj)licitcment, donc, il est admis que ce 
mouvement est identique au mouvement uniformément 
accéléré ou uniformément relardé; mais de l'argumentation 
compliquée de nolie (ianlois, nous ne voyons pas la notion 
d'accélération se dégager, comme elle se dégageait des Regidx 
d'ilcylesbury, comme elle s'est précisée par les commentaires 
italiens; les maîtres italiens ont introduit de l'ordre et de la 
clarté dans l'd'uvre anglaise qu'ils ont analysée; Dullaert en 
a plutôt accru l'obscurité et la confusion. 

Et cependant, Dullaert avait lu ces commentaires italiens 
ou, tout au moins, le plus récent d'enire eux, celui de Bernard 
Torni ; nous allons en avoir la preuve. * 

((Nous allons, » dit notre auteur', « insérer ici quelques 
conclusions el, en premier lieu, quatre conclusions de Nicole 
Oresme (Orem), dont les démonstrations sont très belles et très 
ingénieuses. » 

Il s'agit de ces problèmes où, pendant des temps qui se 
succèdent en progression géométrique décroissante, le mobile 
se meut avec des vitesses qui croissent suivant certaines lois. 

Des quatre conclusions que Dullaert attribue à [Nicole 
Oresme, les deux premières seules sont de ce maître; les deux 
autres sont celles ([uc Bernard Torni a imaginées. Même pour 
celles ([ui sont d'Oresmc, les démonstrations présentées par le 
Gantois ont la forme arithmétique dont l'Italien les avait 

I. JoliarmiK Dullucrl 0/y. UiuJ,, loc. cil., fol. siiivaiil le fol. si;,'ii. Iiiij, col. J. 



bOMlMQLt: SUTO liT !,\ SCOLASTlQlË l'AhlSIÔNE \S() 

revêtues, non la forme géométrique proposée par rinverUcur. 
Nous pouvons donc assurer que Dullaert axait lu le TrucUdus 
de molli locali de Bernard Torni; mais nous pouvons, en outre, 
affîrmer qu'il n'avait pas lu le De diJJormUidc qacdUaliua 
d'Oresme; c'est une remarque que nous nous bornons à 
indiquer ici pour la retrouver en son temps. 

Après qu'il a résolu les quatre problèmes empruntés à 
Bernard Torni, <( voilà, » écrit Dullaert', « ces quatre conclu- 
sions de Nicole Oresme, auxquelles jen vais ajouter quelques 
autres. » 

Oresme avait considéré des « parties proportionnelles » dont 
les durées formaient une progression géométrique de raison 1/2; 
Bernard Torni en avait pris qui eussent pour raison soit i/3, 
soit 2/3; le Régent de Montaigu en forme, à son tour, suivant 
des progressions géométriques qui aient pour laison i//i, i/5, 1/6; 
ce ne sont pas là des généralisations, mais de nouveaux cas 
particuliers, tout semblables à ceux que l'inventeur avait traités; 
la satisfaction que Dullaert semble avoir éprouvée en résolvant 
ces problèmes ne nous donne pas une très liante idée de son 
génie mathématique. 

Nous allons trouver chez un maître portugais qui enseignait 
à Paris en même temps que Dullaert, chez Alvarès Tbomé, 
une intelligence plus pénétrante de la science des nombres. 

P. DLllEM. 

(A sawre.) 

I. Johannis Dullaert (>/). /niid., loc. cit.. second fol. après le fol. sign. hiij, col.d. 



LE (illA.Ml SIKdi; DU (.IHIÎALTAIl DE 1782 



\'L PAR UN TEMOIN 



Le mardi iG avril 1782, alors que le jour n'avait pas encore 
paru, on put voir sortir de Valence des personnages peu habitués 
à lia nier les chemins do si bonne heure : une voiture emportait 
un vieux prêtre et trois chanoines, ses amis, auxquels s'étaient 
joints deux laïques, dont l'un était trésorier des Rentes royales 
du royaume de ^ alence. Au bout dune lieue environ, les 
voyageurs atteignirent le bourg de Catarroja où ils s'arrê- 
tèrent : là attendaient trois cavaliers avec des chevaux et des 
valets. Le vieux prêtre fit ses adieux à ses compagnons (|ui 
retournèrent à Valence. ()uanl à lui, il enfourcha bravement 
l'un des chevaux et s'en fut avec sa nouvelle escorte du côté 
opposé. Le voyage qui eomineneait là devait être long et 
pénible, car nos gens avaient l'intention de parcourir tout le 
sud de l'Espagne et du Porhigal entre Valence et Lisboiuie. 
A cette époque, malgré l'admirable effort du gouvernement 
de Charles III, les routes étaient encore rares et mal entre- 
tenues, les voitures de poste peu utilisées en dehors des grands 
parcours; force était donc d'avoir reconrs à ces petits chevaux 
résistants et doux, qui sont encore aujourd'hui, dans les cam- 
pagnes espagnoles, le moyen de transport le plus général et 
le plus sûr. Il fallait craiiulre anssi le soleil qui, au prinlem|)s, 
ne laisse pas d'être quelque peu persécuteur en Andalousie, 
sans compter les mauvaises rencontres et les mauvais gîles. 
VA pourtant le vieillard qui était le chef de celte petite expé- 
dition navail |)as craint d"y exposer ses soixante-dix ans, car 
il était un savant, et il s'agissait d'une (piestiou scientifique. 



LE GRA>D SIÈGE DE GIBRALTAR DE I 782 • 1^1 

D. Francisco Ferez Bayer était son nom. Il nous a donné lui 
même les détails qui précèdent dans un journal qu'il a laissé de 
son voyage : l'original, incomplet, se trouve à la bibliothèque 
de l'Université de Valiencc, une copie, qui est complète, en 
existe à Madrid au département des manuscrits de la Bibliotecn 
nacional, ainsi qu'im résumé à la bibliothèque de l'Académie 
de l'Histoire ^ D. Francisco naquit à Valence le ii novembre 
17 II. Il était sans doute de famille modeste, car il avait fait 
ses études comme boursier; une fois prêtre, il s'était consacré 
à l'érudition. Il avait été successivement professeur aux uni- 
versités de Valence et de Salamanque, chargé de missions à 
Tolède et en Italie, et avait publié divers ouvrages en latin et 
en espagnol. C'était un numismate et un collectionneur dis- 
tingué. Bref, sa réputation était déjà assez grande comme érudit 
lors de l'avènement de Charles lll, et elle lui avait déjà procuré 
quelques bénéfices. Elle lui valut, en 1762, la place de biblio- 
thécaire royal à l'Escorial. Ce fut lui qui commença à dresser 
les index des manuscrits latins, espagnols et hébraïques. Puis 
il devint précepteur des Infants. C'est lui qui devait donner 
en 1788 la nouvelle édition, enrichie de notes, de la Bibliotheca 
hispana Vêtus de Nicolas Antonio (Madrid, 2 volumes). Le goùl 
de l'érudition, qui s'était répandu peu à peu dans la haute 
société espagnole comme dans la haute société française, avait 
fait de cet humble ecclésiastique une manière de personnage. 
II avait acquis à la cour beaucoup de relations. 

Depuis 1775 il jouissait de la dignité d'archidiacre de la 
cathédrale de Valence, depuis 1781, de celle de chanoine La 
même année il avait publié le premier volume d'un ouvrage 
considérable, De numis hebraeo-samarikmis, qui ne devait être 
achevé qu'en 1790. Or, un de ses amis, le comte del Aguila, 
érudit et polygraphe sévillan dont l'activité fut universelle, lui 
avait communiqué des copies d'inscriptions inconnues, pour 
qu'il les publiât dans son deuxième volume. Bien longtemps 

I. Bibliothèque de l'Université de Valence, 88 4-i3 (le tome II seulement). Biblin- 
leca nacional Q Sao, 821 (Diario del viaje que hi:o desde Valencia a Andalucîa y Portugal 
en este aiio de 1782, 2 tomes). Bibl. de l'Acad. de l'Histoire, C 77, 12-25-4. La cote 
donnée par Muùoz (Diccionario, p. lO; et par Gallardo (Ensayu, t. Il, p. 136) n'est 
plus exacte. Cf. aussi la Bibliographie de Fouché-Delbosc, p. i3i, 

Bull, hispun. 10 



(^2 BULLETIN HISFA.MQLE 

avant lui, deux érudits du \vi' siècle, DiejiO Franco et Pedro 
Valera, avaient signalé des inscriptions semblables dans plu- 
sieurs villes d'Andalousie et d'ailleurs. Tout cela obligeait 
notre savant à étudier les choses de près en vue de son livre. 
Convaincu que rien ne vaut la vue directe des objets, il avait 
résolu de faire le voyage, sans avoir égard aux diiricultés. Et 
voilà comment il se trouvait, le i6 avril de grand matin, en 
compagnie d'un dessinateur et de quelques valets, cheminant 
sur les grandes routes '. 

Mais s'il avait l'œil ouvert sur les inscriptions et les monu- 
ments antiques, il ne le fermait pas pour cela devant le reste. 
Sa curiosité s'étendait à tout, et c'est ce qui fait çà et là Tinlérct 
de sa relation pour ceux qui ne sont pas archéologues. 11 note 
avec soin tout ce qu'il voit et tout ce qu'il fait. 11 n'oublie 
jamais de consigner avec une exactitude parfois monotone 
quand il dit ou entend la messe, à quelle église et dans quelles 
conditions; il décrit de quelle façon on le reçoit et son manus- 
crit nous apporte l'écho de ces politesses minutieuses, comme 
on les aime en Espagne, et comme devait en recevoir de la 
part d'érudils de village un homme aussi considérable que 
Perez Bayer. C'est grâce à cette manie de tout noter que notre 
archidiacre s'est trouvé avoir écrit une relation assez intéres- 
sante de l'attaque de Gibraltar par le duc de Crillon, lors du 
grand siège de 1782. Comme il longeait la cote depuis Gandia, 
il tomba au milieu du camp franco-<'spagnol. 11 y trouva des 
amis, des compatriotes, s'y attarda, alla à Cadix et en revint 
au moment de leflort suprême. 11 nous transmet un écho 
fidèle des opinions courantes dans l'armée. A le liic on revit 
toutes les phases de la crise, d'abord l'espérance du début 
devant les batteries flottantes, puis le bombardement, et enfin 
l'échec, qui provoqua chez les alliés un profond décourage- 
ment et de sourdes récriminations. L'absolue sincérité et la 

I. Voir sur la biographie cl les (ju>res de l'ère/, bayer, outre l'iiitroductioii assez 
courte de son iJinrio, le (^'ir/tus inscriplionuin lutimiruin, t. II. lnsciii)tiuiics Hisixininc 
lalinae, par lliibner, Hcrliii, iSfJQ, pracf. p. wiii. Voir CKaleiiieril le Dicriunariu Encl- 
clopcdic'j Uisixino- Aincricano. aux mots Père: Buyer. Voir siirloiil la bonne notice 
consacrée à l'en/. Haycr par Fuster dans sa Bibliolcca Valencuma, Valence, i83(), I. \\, 
p. l'ii à 162. — Ferez Haycr lut, après sou voyage, nommé en 1788 directeur de la 
Hcal Hiblioteca de Madrid. Il mourut le 27 janvier i7(>/i. 



LE GRAND SIEGE DE GIBRALTAK DE 1 782 1^3 

scrupuleuse conscience de Ferez Bayer donnent à son témoi- 
gnage une très grande valeur et le rendent digne d'être tiré 
de l'oubli '. 



Il voyageait assez lentement, examinant en chemin tout ce 
qu'il rencontrait d'antique. Aussi n'est-ce que le lo août qu'il 
parvint dans le voisinage de l'armée. Ce jour-là, après s'être 
reposée dans l'un des petits postes de cavalerie que l'on destinait 
à assurer la transmission des dépêches royales, notre expédi- 
tion archéologique arriva à San Roque. C'était une petite ville 
assez moderne, peuplée après la prise de Gibraltar en 1704 
par des Espagnols émigrés. Elle était alors pleine de monde 
par suite de la proximité du camp et de l'arrivée imminente 
du comte d'Artois, frère du roi de France. D. Francisco eut 
beaucoup de mal à rencontrer un gîte : enfin, grâce à une lettre 
de recommandation, il trouva chez un notable du lieu un lit 
dans une chambre qu'occupaient déjà deux officiers. Malgré 
l'incommodité de l'installation et une attaque d'influenza^ qui 



1. Voici les autres sources qui permettent de conlrùler les assertions de Ferez 
Bayer ou d'éclairer son récit : Description historique et topographique de la montagne, de 
la ville et des fortifications de Gibraltar avec un détail de la baie et du détroit et aussi des 
endroits qui peuvent contribuer à l'attaque et à ladéfense de cette place. Paris, 1782, in-S». 
Mémoire pour servir à l'histoire du siège de Gibraltar [par le chexalier Lemichaiid 
d'Ari;on], Madrid, 1788, in-S". A journal of the late and important blockade and siège of 
Gibraltar from the twelf'^ of September 1779 lo the Ihird day of february 1783, by 
Samuel Ancell, 3'-d édition, Edinburgh, 178C, in-8. A history of the late siège of Gibraltar 
with a description and account of that garrison from the earliest periods, by John Drinkwater, 
London, 1786, in-!i°. J. Baudry, Étude historique et biographique sur la Bretagne à la 
veille de la Révolution à propos d'une correspondance inédite (Î782-1790), Paris [i(jo5|, 
in-8°, l. I, p. 55 et suiv. (Lettre de M. de Bélizal, officier français, à sa femme. 
17 sept. 1782). Mémoires militaires du duc de Grillon, Par-is, 1791. Mémoires du duc des 
Cars, Paris, 1890. — On trouvera un récit complet du siège, où sont utilisés les 
documents des archives espagnoles, et une liste des brochures du temps dans 
l'Armada espahola de Fernandez Duro, t. VII, ch. XVll et app., et dans le Reinado de 
Carlos III de Danvila, t. V. 

2. Cf. Drinkwater, p. 253 : « About this time (august 1782) a species of inlluenza 
madc its appearance on board tlie frigates in the mole, and soon communicated 
with the garrison. Its gênerai symptoms were suddenpains accompanied witli a diz- 
ziness in the head; though others were alTected in a différent manner. For sevoral 
days near a hundred men were daily takcn to the Hospilal ; Ijut bleeding. and a 
night'srest, usually removed it. It was attributed, al this time, to the cxtraordinary 
heat of the atmosphère, which was unusually warm, owing lo Ihe prodigious Hres 



1^^ BLLLETiN HI>rAMO»E 

le tourmentait depuis quelquesjouis, il dut se contenter de cela. 
Le lendemain il alla voir au camp un officier de son pays, 
D. Ventura Caro, qui dans la suite lui facilita grandement son 
séjour. Ce fut là qu'il eut pour la première fois la vue de la 
place: 

Vî y toqué casi con la mano la plaza. \ i les reductos y baterias. en 
el antojo aun la gente. El penon \ ciudad de Gibraltar, en que ho> 
cstan puestos todos les ojos de la Europa, es el objeto mas gralo â la 
vista que puede figurarse; pero por olro lado el mas espantable y 
horrorozo, al ver que naturalo/a y arlc parece (jue hayan conspirado â 
fortilîcarle para hacerle theato (sic) de grande efusion de saiigre, 
sino nos mira Dios con ojos de piedad, lo que deve ser loda nuestra 
contîanza. Desde la tienda del sefior Ventura, que esta en el silio que 
llaman Bucna lista' contigua â la casa en que esta alojado el chique 
de Grillon, se ben el Pefion y la Plaza hacia oriente en la lîgura que 
iiiuestra el papel adjunlo (manque sur la copie). Por el frenle hacia 
el niedio dia se descubren los montes de \frica y la Sierra que llaniaii 
de Bullones s la mas elevada de toda aquella Cordillera, la plaza de 
Zeuta y algo hacia Poniente la embocadura del Estrecho; y ûltima- 
niente hacia poniente al puohlo de \lgeciras, dexando al parecer al 
mar cerrado entre los montes rcferidos como si Tuera un estanque. 

D. Ventura, pour lui faire les honneurs du camp, voulut le 
présenter au duc de Grillon. Ici se |)lace une assez jolie 
anecdote que raconte avec une naïve bonhomie Perez Bayer: 

Me di.KO (|uc \o ih,t liecho un luii;iiile. (icmocia yo a Su Ex'desde 
Madrid y \v hahia \isto y hablado \arias \ccc<^ eu Palacio. Hespondi â 
D. Ventura (pie yi» pur la luisoricordia de Dios lenia cou (pic haccimc 
un vestido biillanle : ([uo no iha rol(.» ni nianchado, pcio que quaienta 
anos ha via (pie no usaba de seda, y que un eclesiâstico no dévia 
parecer mal por ir modesto.. Ke|)lic('Mnc con que en todas partes se 
juzgava de lo.s sugetos segun la evtcrioiidad y mas los Franceses; que 
nianana vendria el conde de Artois, y como me havia yo de presentar 
;'i la hora de corle.' Dexéine pcrsuadir, vino cl scnor maestro tailleur, 

Iliade ()>' llic Spaiiiards on tliu iioi^libuiiriii;,^ liiMs, and lIn' ^ta^nunt slalc ul° llic air : 
liiit wc lia\c silice leanied Uial il was iinivcrsal over Europe; and wc liad rcasoii, at 
llial lime, lo Ihink Ihe eneniy werc iiol Icss allerUd hy il. • Poru/. Hayer rapporta 
'|M'on rroyait colle épidéiTiic oriffinairc de Russie. 

1. La colline de Muena-Visla est située au fond de la baie d'AI;:éciras, à |)eii près 
vers le milieu. Elle domine assez bien Ions les (;in irons. 

2. Enorme massil' monlat,'noiix f|iriiii appelle aussi le l)j<i)el Moiisii cl <|iii dcmiine 
les environs de Coula. 



LE GRAND SIKCrE DE GIBRALTAR DE 1 782 I '| 5 

tomôme la medida, v a otro dia me puso romo nuevo y nie ensenô a 
alarme las rodillas con las que se llaman charretaras, cosa que no 
habia usado en mi vida. Huvieron para eso de comprarse hevillas que 
yo no ténia, médias de seda, y lo que se llaman cabos. Si no huviera 
eslado yo, como estaba, enfermo, buviera consentido en que me bavia 
quitado diez aîîos de encima. 

Le même jour après le repas et la sieste, il alla voir l'atelier 
où se préparaient les matières explosibles. Voici ce qu'il nous 
en dit: 

Alli vi maravillas del ingenio humanu para arruinar y destruir â 
los de su especie, pôlvora de azufre, alquilran, betunes; unos que 
cnrgavan bombas, olros granadas. otros que disponian materiales, 
repuestos y almacenes en gran copia, todos tan asquerosos y bediondos 
como en un campo y en taies oficinas; pero todos alegres y contentos. 
Vcompanôme D. N. Ripoli, capitan agregado o destinado â aquel 
departamento, natuial de Nâpoles, el que ténia alguna nolicia de mi 
y me hizo mil bonras. Disparôse en mi presencia una espoleta de 
bomba y se hicieron otras pruevas. 

11 logeait toujours à San Roque, et, tous les matins, il se 
rendait au camp pour voir ses amis. Les opérations militaires 
n'étaient guère actives, car on attendait l'arrivée du comte 
d'Artois et l'achèvement des batteries tlottantes pour frapper 
le grand coup. Des heures, des journées entières passaient 
sans qu'on entendît uji coup de canon. Le lundi lo, Perez 
Bayer note la capture d'un navire anglais: 

Solo â lo lejos se oyeron tiros, y como se averiguô despues, fueron 
de unos barcos del patron o capitan Badia contra un bergantin ynglés 
que los dias antes bavia entrado en Gibraltar, y en la antécédente 
nocbe, se bavia escapado la vuelta de Levante, el quai ultiiiianienle 
[se] rindio y apresô delante de (►ran; y en el se cogieron pliegos por 
donde se supo que el governador de Gibraltar y la guarnicion estaban 
mu> confîados de que con las balas rojas incendiarian nuestras 
baterias dotantes, suponiendolas forradas o revestidas de corcbo, y 
que babia el governador eclio esperiencia de ello y le bavia salido bien. 
Lo que se oyô este dia y el antécédente en la plaza con gran frequen- 
cia lueron barrenos, y los \nteligentes decian que eran cuevas que se 
socavaban pararesguardarse de las bombas y bornillos (fue vohnan». 

I. Ces galeries, qui existent encore, sont creusées dans la paroi de rocher à pic qui 
constitue la face nord du rocher de Gibraltar. 



l/|6 Bir.I.ETIN HISPANIQUE 

Bien quil fût tous les jours plus faible et plus malade, la 
curiosité l'emportait toujours chez Ferez Bayer. C'est ainsi 
qu'il voulut visiter le parc d'artillerie : 

Fui despues al parque de artilleria que esta entre la tienda de 
D. Ventura Gare y la lînea ' un quarto de légua de une y otro extremo. 
Es cosa magnîfica. Inmensa canoneria, morteros, obuscs, bombas, 
granadas, sacos de tierra, salcliichones y otras m.'iquinas. I^resentéme 
al sefior conde Lasci a quien conoci y traté, antes que fuese a Suecia. 
en el quarto del sefior D. Ricardo Wall. Hi/.ome mil honores. Dixome 
que no podia acompafiarme, pero que me daria sugeto de satisfaccion 
que me ensenase sin réserva quanto huviese digno de verse. Medio 
en efecto â mi paisano y muy antiguo amigo D. Antonio de Arboreda, 
teniente coronel creo de artilleria, en cuyo cuerpo se criô desde que 
entro desde muchacho en el servicio, y es hombre de 66 anos y de 
grande inteligencia y prâctica. Ensenôme quanto alli havia que ver, 
y lo que mas estimé, hablamos solos y con loda contîanza. Vi que la 
ténia del fcliz, succeso del meditado ataque de la plaza, si no lo inter- 
rompia la armada ynglesa; lo mismo havia manifestado poco antes 
ol conde Lasci en nuestra conversacion, aunque non tan francamente. 
Uno y olro me consolô mucho. Mostrome Arboreda las baterias que 
el enemigo ténia [en la] cresta y el picacbo del monte sobre un gran 
fuerte que Uaman el Pastel a. Vcianse desde alH perfectamente y me 
dixo : « Senor paisano todas estas baterias al segundo dia de fuego ya 
no nos responderan. » Y anadia : « V no digo â pocas horas de fuego 
por no parecer que me lisongeo. » Tuve gran gusto en oirle. 

Le mercredi i/i, Ferez Bayer alla visiter le logement du comte 
d'Artois. Le prince arriva le i5. 

Este dia llegô al campo el conde de Artohis (sic). Antes de comer 
visilô la li'nea : comii) alli mismo, digo en ol campo, en la casa del 
gênerai duque de Grillon. A las cinco y média de la tarde se volvii» ;'i 
San Roque. \ada mas supe de este dia sino que en su noche para ol 
dia i6 se ompezaron los nuevos trabnjos de la Knoa, proycctados y 
mandados para la noche antécédente, pero suspondidos con motivo 
del aviso do la prôxima venida de su Alleza, de lo (|ue hablaré 
despues. 

I. F>a ligne des retranchements franco-espasrnols l>arrail l'isllimc de sal)lo qui 
rallactie Gibraltar à la terre ferme, à peu près vers le milieu. 

j. Les Français l'appelaient le Pu lé nu la Tour ronde. C'était un ouvrage antérieur 
de la place au j)icd «le la face nord du roclier. Il en sera souvent question dans le 
cours du récit de Ferez Bayer, car c'était le principal ouvrage à enlever dans une 
attaque de ti'rre. Au-dessus du PAté, sur le rocher mémo, s'étageaicnt une série de 
redan^ et d'ouvra(?es destinés à l'appuyer jusque ver>- le milieu de la ninritagne. 



LK GRAND SIÈGE DE GIBRALTAR DE 1782 I '17 

L'arrivée du comte d'Artois, en effet, marque une recru- 
descence d'activité dans les opérations du siège. Le i6 au 
matin, en arrivant au camp, Ferez Bayer rencontra l'un des 
officiers avec lesquels il avait dîné chez son ami D. Ventura. 
Il lui dit qu'on avait fait pendant la nuit, sans avoir été 
remarqué de la place, un épaulement de 760 pas qui permet- 
trait à la troupe de se tenir et de travailler à couvert. Cet 
épaulement achevait de couper la langue de terre qui unit le 
rocher de Gibraltar au continent; on en avait déjà construit 
une grande partie du côté ouest, et c'était là qu'étaient les 
batteries chargées de canonner la place, mais il restait à 
continuer l'ouvrage vers l'est et c'était ce qu'on venait de 
faire. On devait établir à l'abri de cet épaulement une ou 
deux nouvelles batteries '. A la suite de ce coup de collier 
la troupe se reposa pendant la nuit du 16 au 17, mais la nuit 
suivante on recommença à travailler pour renforcer les nou- 
veaux ouvrages et y mettre des revêtements. Cette fois la place 
fit un feu continuel contre les travailleurs, ce qui fit passer à 
notre archéologue une fort mauvaise nuit. Il écrit à la date 
du dimanche 18 août : 

Como dos horas antes deamanecer me levante, y desde un corrcdor 
de la Ecelequia que mira al campo y al Penon, estuve viendo las 
luminarias de tires, granadas y carcasas que arrojaba la plaza sobre el 
espaldon nuevo. Venia primero la carcasa (?) para dcscubrir nuestra 
gente : seguian los canonazos y granadas; objeto sumamente grato 
à la vista sino fuese tant fecondo do muertes y estragos, y los temiese 
yo en nuestra gente. 



I. Drinkwaler raconte (p. 253) que les Anglais virent le i5 un ofTicier g-énérai, 
qu'ils supposèrent être le duc de Grillon, qui visitait les ouvrages avancés. Ils suppo- 
sèrent plus tard que c'était pour reconnaître les travaux à exécuter. Ils furent en effet 
très étonnés le lendemain de voir le nouveau retranchement. 11 comprenait un épau- 
lement d'environ 5oo yards et un chemin couvert d'environ i,3oo yards qui, traver- 
sant l'isthme de biais, réunissait le nouvel épaulement situé à lest et l'entrée des 
lignes située au nord-ouest. Le chemin était protégé par des gabions et des fascines. 
L'épaulement était constitué uniquement de sacs de sable formant un abri deioà 
1 1 pieds de haut. Drinkwater qualifie ce travail de « a most stupendous work >■> (cf. aussi 
Ancell, p. 207). Les Anglais supposèrent qu'on avait dû y employer 10,000 hommes, 
ce qui leur fut confirmé dans la suite par des officiers espagnols. Ce qui est étonnant, 
c'est que les 10,000 hommes, travaillant à 800 yar.ls de la garnison, n'aient pas été 
soupçonnés. La nature du terrain — du sable presque ptir— explique en partie ce 
fait. 



l/jS BULLETIN HISPAMQL'E 

Cependant Ferez Bayer ne voulait pas trop s'attarder à San 
Roque. Ce même dimanche i8 août il partit pour Algeciras. H 
se trouva là en face de Gibraltar, qu'il vit sous un autre aspect, 
et il resta encore quelque temps dans ce village, où il eut autant 
de mal à trouver un gîte qu'à San Roque. Son premier soin 
fut de s'enquérir des effets du feu de la nuit. Il rencontra 
justement un jeune officier, fils d'un de ses compatriotes, qui 
revenait de la ligne, et qui lui dit qu'il y avait quatre morts et 
sept blessés. Il apprit aussi que le comte d'Artois devait venir 
le jour même vers midi visiter les batteries flottantes qu'on 
achevait de construire à Algeciras. Voici comment il décrit 
cette visite : 

En efecto como â las diez de aquella nianana, se embarc(') S. A. en 
Puente-Mayorga (que es un pequefio muelle que hay frente del campoj. 
Desde que entri'i en el mar le saiudô con 21 lires el navio San Ysidro 
y unas fragalas y otros buques de guerra que hav allf dando i'ondo, 
y successivamente olros barcos esparcidos por toda aquella ribcia. 
Fuésc acercando ;'i Algeciras. y le hizo el niismo saludo la fiagata 
coniandanle que monta D. Buenavenlura Moreno y olra tVagala y les 
javeques y varies buques armados que alli liavia y l'iltimamente una 
de las balerias tlolantes, e navio eiupalletado, (pie asi le llaman, el 
quai disparé sus veinte y un lires inmioble (sic), coine si fuese un 
baluarte: ebservélo con el niayer cuidado, por que estava en un mirador 
â tire de fusil del lai navio. Llegé a el Su Alleza y entré, y dicen lo 
visité Iode con mucho cuidado y que le parecié bien, y de alli se fue 
S. A. â la fiagata comandanle dende cemié. El naNio, quando liize 
esta maniebra, eslaba separado de les demas empallelados, y, 
concluida, se incorporé con elles cen gran desenibarazo, come 
pudlera cualquicia être navio. A las cinco de la larde de acpu^l dia, 
b(tlvl('i S .\. a enibarcarsc en su falua. Saludaronlo las fragalas y 
barcos de «guerre con sictc lires y le misme les que bavia en la 
ribera, y (piando llegé â Pnciile Maierga cl navio San Vsidre y 
demas barcos ([ue cslan alli aposlados; pore esta no lue triple, sine 
simple salva, este es de siel*- lims. Dicen (pie a(pi(;lla noclic (luiiiiii» 
S. A. <^'n San R<M|ue. 

l'erey. Rayei- avait encore roiicoiiti('' des amis à Algeciras, un 
noiniiK' 1). .Iiiaii de Lima el son fils, jeune e(;('lésiasli(pie qui 
lui servit de guide; le jeune mar(piis de la Romaiia, tils d'un 
otïicier tué peu de temps auparavant dans les opérations 



Lli GRAND SIÈGE DE GlimAI/lAK l>E I 782 ï AO 

contre Alger, et dont il connaissait beaucoup la famille'. Le 
marqaesUo, comme il Tappelle, était alors sur la frégate com- 
mandante et devait embarquer sur lune des batteries flottantes 
lorsqu'elles seraient terminées. Il alla le voir sur sa frégate 
avec D. Juan de Lima et son fils, et le marquis les emmena 
visiter une batterie flottante. Voici ce qu'il écrivit sur cette 
visite : 

Vimos la andana o bateria alta y baja niuy â nuestro placer. 
Ambas estan muy desembarazadas y bastante allas de techo. Medi lo 
grueso del costado por la parte donde esta la bateria ; tione cinco 
palmes y algo mas; consta de \arios palos o madères cru/ados entre 
si. Suvimes â la cubierta que es manera de una barraca o leme de 
asne. Esta revestida e forrada de cueres de Aaca crudos, y per cima 
de elles cerren â lo largo del buque, come de très en très palmes, unes 
cables muy grueses que sugetan les cueres contra la tablazon de la 
cuvierta, y al mismo liempo sirbcu de escalera para subir y cerrer 
libremente por la cubierta, y acudir â quanle pueda ocurrir, y dixeron 
que para atajar les incendies, snbiera centinuamente agua con bombas, 
y correra por un canal que nos enscnaron, y tambicn les veintola- 
teries para disipar el hume. A mi me parccié que havria come quatre 
o cinco de aquellas baterias acabadas, aunque en tedas, y aun en la 
misma de dende salimes, se estaba trabajando. llei demingo primer 
dia de Seliembre, en que esto oscribo en Câdiz, oigo decir que el dia 
28 de Ageste se estavan cencluiende la Begofia y la Pastora (que es 
la que mandara el sefier Morene y en que ira cl marquesite de la 
Remana) y que son las ùnicas que t'altan. De vuelta vîmes de i)ase 
las barcas caneneras y benvarderas, invencien del Seîier Barcele, 
adoptada per les Yngleses mismos, que ban censtruide algunas â su 
imitacien para su defensa, despues de baver evperimentado los daùos 
que les causavan. La virtud es promie de si misma 3. 



1. 1). Pedro Caro y Sureda, marquis de la Hoinana, était né en 17G1, k Palma. Il 
devait s'illustrer plus tard comme olficier de terre pendant les guerres de la Révolu- 
tion et de l'Empire. 11 combattit contre la France sur les Pyrénées de 1793 a ly^â, 
puis fut commandant général en Catalogne en 1800, et commandait en j8o8 le 
contingent espagnol qui a\aitété envoyé en Poméranie, Inrsqu'éclata l'insurrection 
de l'Espagne. Ramené dans la Péninsule avec ses troupes par une escadre anglaise, 
il fut l'un des généraux de la guerre de l'Indépendance. Il mourut en 181 1. 

a. Les batteries llottantes étaient constituées par do vieux vaisseaux de charge 
aménagés. Extérieurement elles présentaient du cùlé de l'ennemi l'aspect d'une 
maison tlottante dont le toit était à double pente, traversé en certains endroits par 
les mâts, et dont les fenêtres étaient les embrasures des cations. I/autre côté était 
dépourvu de protection (voir la gravure dans llrinkwaler). D'après leur in>enteur 
le chevalier d'.\rçon, ces batteries étaient insubmersibles et incombustibles. La carène 
était en effet cuirassée par une telle épaisseur de bois que les plus gros canons ne 



I.)0 BLI.I.rTlN HISPANIQUE 

Le mardi 20, après une nuit troublée par le feu continuel de 
la place. Ferez Bayer partit de bonne heure pour Tarifa et 
Cadix. 11 régnait un brouillard assez épais et il ne put voir les 
lueurs des salves d'artillerie. Dans tout le pays entre Algeciras 
et Tarifa, il trouva une activité énorme: les montagnes étaient 
peuplées de bûcherons et de charbonniers employés à ravi- 
tailler l'armée en charbon et en bois de construction pour les 
batteries flottantes'. Le 9.\ il était à Cadix. Là il put enfin se 
reposer de ses fatigues et se remettre de l'indisposition qu'il 
avait traînée courageusement sur tant de chemins. Pourtant 
la ville ne lui plut guère: elle lui parut convenir peu, par son 
luxe et la cherté de la vie, à un ecclésiastique, et il se prépa- 
rait à la quitter, quand il reçut le 2 septembre de son ami 
D. Ventura Caro une lettre l'informant que toutes les batleries 
flotlantes et les batteries de terre étaient terminées, ainsi que 
presque toutes les canonnières. 11 lui annonçait l'attaque 
décisive pour le 8 septembre, Jour de la Nativité de la Vierge, 
et il linvifait à revenir au camp pour assister au grandiose 
spectacle de la chute de Gibraltar. Ferez Bayer partit donc le 
5 septembre, et le 6 il était à Algeciras, où il logeait chez 
D. Juan de Lima. Le village regorgeait de monde, car il était 
venu des environs et de toute l'Andalousie une foule énorme 



pouvaient la percer. Gonlro les boulots roug'os, d'Arçon avait invontt'- un iJis|iosilif' 
ing:t''ni(Mi\ (pii faisait rirrulor l'eau par le moyen (J<; pompes et do conduits dans 
toutes les parties cxpost'-cs au feu. L'eau devait imbiber le bois de telle façon que les 
boulets roug;es s'éteindraient d'eux-mêmes. Dos matières sjiongieuses étaient dispo- 
rées entre les bonlages po\ir ommaj^asiner l'humidité. (D'Vrçon, Mémoire...). 

I. On construisait les batteries à Algeciras et à cette date on activait beaucoup les 
travaux. D'Arçon rapporte que le projet des batteries llottantos no fut adopté qu'on 
février 1782, et qu'on ne commença le travail qu'à la lin de mai, |)ar suite do la dilti- 
culté de rassembler des bois. Or, lo mois de s(^pt(>mbro était considéré par les marins 
comme le meilleur moment pour une attaque décisive. Le travail se ressentit de cette 
liiite. Le «7 septombn-, date fixée pour l'attaque, il y avait encore trois des plus 
faraudes batteries inachevées; les autres étaient terminées plutùt en apjiaronco (iu'cmi 
réalité. Moureusemont le \ent se leva de l'est, ce qui empêcha d'approcher de la 
place et donna aux ouvriers le temps d'ache\or en gros ce qui restait à faire. Vers la 
lin d'août, alors qu'on n'avait pas terminé les travaux, on chargeait dé|à les muni 
lions et on disposait les agrès. Le calfatage était d(''fectuoux, et lorsqu'on toida do 
faire fonctionner lo ^y-;lème do circulation de l'eau, l'humidit»' transpira vers l'inlé 
rieur et mil en péril les poudres. On bou(^ha donc h's conduits intérieurs, et on 
résolut do se boruiT, pfiur défondre les batteries contre les boulots rouges, à un 
arroiage superliciid. Ce défaut de construction fut une dos causes principales de 
l'échec des ballerios ilottanles. (Jn le constata ciiu| jours après la visite du comte 
d'.Vrtois. 



LE r.RANn SIÈGE DE GIBRALTAR DE I782 I i) I 

pourvoir prendre Gibraltar. Le lendemain 7, veille du combat, 
il alla revoir tous ses amis, et entre autres le jeune marquis de 
la Romana à bord de la Junon sa frégate. 11 devait, ainsi que 
son chef D. Buenaventura Moreno et le second D.N.Orteffa, com- 
battre à bord d'une batterie flottante. Perez Bayer les trouva 
très calmes. 11 dit à la Romana qu'il se tiendrait au camp dans 
la tente de D. Ventura Garo jusqu'à la fin de l'attaque; s'il avait 
besoin de lui, il pourrait l'y faire chercher à n'importe quelle 
heure et pour n'importe quel motif. Puis il se sépara de lui 
avec émotion. Il y avait encore à Algeciras trois batteries flot- 
tantes qu'on achevait en toute hâte; les sept autres étaient 
déjà à leur poste à Puente-Mayorga. Après une dernière visite 
à l'une d'elles que devait monter la Romana, la compagnie alla 
déjeuner chez D. Barcelo'. Pendant le repas, les commentaires 
allèrent leur train: tout le monde avait confiance. On assurait 
que l'escadre franco-espagnole était à Gadix, et que l'après-midi 
ou le lendemain elle entrerait dans la baie d'Algeciras. On 
disait qu'on avait demandé des pilotes pour l'y diriger. On ne 
doutait pas qu'un cordon de /jo navires de ligne, joints aux 9 
qui étaient en face de Puente-Mayorga, ne décourageât la gar- 
nison de la place. Barcelo se bornait à ajouter: « Si les vents 
nous favorisent ou ne nous sont pas contraires, o 

Nous avons résumé jusqu'ici les notes de Perez Bayer en 
citant textuellement les passages les plus intéressants. Il y a 
en effet beaucoup de longueurs et de détails inutiles dont la 
suppression importe peu. Mais à partir du 8 septembre, jour 
prévu tout d'abord pour l'attaque décisive 3, les opérations 
militaires deviennent véritablement actives, et le journal de 
notre voyageur mérite d'être repioduit en entier. Il constitue 



1. OfTicier espagnol qui avait eu l'idée de fixer sur des barques des canons et des 
bombardes pour aller inqiiiéter la garnison de près et seconder le feu des batteries 
flottantes. 

2. Dès le 7, Perez Bayer fut informé que l'attaque n'aurait pas lieu dans la nuit 
du 7 au 8, ni même dans la journée du 9. Cependant cette nuit-là la place fit un feu 
incessant. Perez Hayer nous raconte qu'étant au lit, il essayait de réciter des l'ater 
dans les intervalles des coups, mais il n'arrivait pas à les finir avant la détonation 
suivante. Drinkwaler (p. 209) nous donne la raison de ce feu. Les Anglais avaient vu 
des lumières et des signaux à peu de dislance d'une des deux digues, le Vieux Mole; 
ils avaient supposé que les Espagnols profitaient de la nuit pour faire des sondages. 
La manière dont s'exécuta l'attaque justifie pleinement cette hypothèse. 



lOa Hl'M.ETlN HISPAMOIE 

un récit continu de la grande attaque de Gibraltar, qui devait 
mettre fin au sicge et amener la prise ou la capitulation de 
la ville. L'échec de cet efTort considérable eut une iniluence 
capitale sur l'issue des opérations, et prépaia l'abandon dune 
entreprise où l'Espagne avait mis toutes ses espérances. Voici 
textuellement ce que dit Ferez Bayer : 



Domingo 8, ni\ nr. i>a Natividad de Niestra Senora. 

llavia yo dorrnidt) bien poco en la noclie antes deslc dia por cl 
ostruondo de Ins lires a que estava poco acostumbrado y me dispei- 
taban. Por la mafiana me dormi de niuy buena gana, pero me 
disperlt't un l'urioso eslriiendt) de canonazos. Figuréme que podria 
ser baver las e.*quadras combinadas llegado â Algeciras. Levan- 
léme, tonié mi capote, abri una venlana (serian como las siete) y vi 
como que ardia el penon de (Jibraltar. Disparava â un liempo las 
baterias de la puerla de tierra, los muclles nuevo y viejo, el l'aslol, y 
loda la série de baterias que hay colocadas sobre, como por escalerft, 
hasta lo alto del que llaman Picacho', balas rojas, bombas, carcasas 
incendiarias, contra el espaldori contiguo de iiuestra b'nea â fin de 
abrasarlo, 

Prosiguiô el fuego con igual furia bien dos boras largas, siii que de 
nuestras lineas se les respondicsc '. A eso de las ocho, se vieron pasar 
hacia ponienle dos buques grandes, y huvo quien creM» fuesen el 
navio de gucrra cl 'l'riunfanto y una IVagata, que bavian liido hacia 
Toiiosa y pucrlo de Alfaques â conducir un comboy de (^alalufia que 
Irae bombas, cafiones, valas, etc.. Yo me puse â rezar mi oficio para 
liirme â de<ir misa. Fuimc â la pequena Yglesia del liospilal (un 
(piarlo de légua de mi alojamienlo, y por mil cucstas y barrancos) cui- 
dada por padres capuchinos. 'l'ralaronme mucho vien, cediôme su vez 
cl Kdigioso (\uc estava en luirio para dccir misa, anncpic yo le di\e 
una y nlra ncz (juc cspcraria, (pic no ténia prisa. ObligfMue corlcsana- 

I. La Porto «lu Terre, commosoii nom riii(li((iie, utivrail sur rislliim; (|ui rallaoliP 
au nord Giliraltar à la terre IVriiie. F.e Vieux Mule el le Mule Neuf sont deux di-^ucs 
(|ul s'avaric<'iil dans la baie, et situées la prcuiièri! au nordouesl, la seconde au 
sud -ouest de la place. Les batteries dont [tarie ici Perez Bayer sont celbîs (]ui 
s'échelonnaient sur tout*; la bauteurdu rocber au nord jtour appuyer le Pair. 

a. Dritikwater dit (|ue le silence; des Rspa^nols dura j>re.A d'une liriire el non pas 
lieux lieur(;s. Les Anglais l'atlribuèrerit à ce qui; les ouvra^^es étaient encombrés |>ar 
iiu matériel ou à ce que les munitions ou les ordres faisaient ilél'aul. (le duel d'artil- 
lerie dura toute la journée: deux balleries espafjnoles el une frrande paitie île la 
parallèle furefil brûlées avant la unit. Il > a là-desMis (piehiue di\ei-;^en< e enln l'irez 
Bayer el Drinkwater. 



l.E GRAND SlEGi: tJE GIBRALTAh DE 1702 I OO 

mente a que admiliese. Dixe mi misa : combidaronme â lomai ciioco- 
late y no huvo expresion que no debiesc â eslos bucnos religiosos à 
quienes quedé muy agradecido. 

Volvîme â mi alojamiento. Proseguia con igual furia cl fuego de la 
Plaza. Veianse rebentar por el aire algunas bombas, otras caer en el 
mar; de io que nos alegravamos por el ningun dailo que hacian. 
Quando las veiamos caer o acercarse â la linea, nos ponian en cuidado. 
Quando liegué â mi alojamiento comenzaron â hacer fuego contra la 
Plaza las baterias viejas de nuestra linea, y no déjà va de conocerse u 
observarse alguna lentitud en las de la Plaza, especialmente en las 
que estan en la cresta del Picacho sobre el Pastel. El objeto del gover- 
nador Elliot fue incendiai parte de nuestro espaldon con las bombas, 
carcasas incendiarias y balas rojas. Logrôlo en parte, pues se incen- 
diô un reducto contiguo, Uamado de Maon, inûtil por su construc- 
cion. Durû el fuego de la Plaza todo el dia. Huvo en el de nuestra 
parte 12 Franceses muertos y 82 heridos, y Espaùoles 3 muertos y 
27 heridos. Huvo en esto alguna variedad, \ se asegun'» eran algunos 
mas los muertos de ambas naciones; y que llegarân en todo â .^o y los 
heridos â 66'. Ln soldado ynglés cayô con su uniforme y armas de 
io alto del Picacho, 36o y mas varas. Esta maûana se luvo nolicia de 
ha ver nuestros barcos apresado una fragata ynglesa. Las gentes 
anaden â esta noticia cierta que venia â Gibraltar con très mil bombas 
y que es de parte de 82 canones : la segunda y tercera parte puedc 
tambien ser cierta, pero aun no se ha confirmado. Dixeronme sugetos 
inteligentes que se habian disparado este dia de una y otra parte 
quatro mil tiros, y yo Io escribi asi ;'i Valencia ; pero hoy se[haj 
hablado sobre mesa con mayor rellexion por personas de grande expe- 
riencia, y han concordado en que no bajaron de seis mil. Desde el 
anochecer cesô enteramente el fuego de la Plaza. Durante la noche 
desde las diez hasta cerca del amanecer, de quarto en quarto de hora, 
se ha ohido un caAonazo : yo, que [hej estado dispierto casi toda alla, 
he contado hasta veinte y quatro. No ha ocurrido mas novedad. 



Llnes y. 

Este dia â las cinco y média de la maiîana, rompi(') el fuego de 
nuestras baterias antiguas y modernas de tierra. Dispararon primero 
cinquenla y seis morteros y secruzaban por el ayre en arco las bom- 
bas, Io que hacia un objeto muy agradable â la vista. Despues ciento 
y quince canones. Parecia el estruendo un trueno continuado. Cubriôse 
luego la plaza y el penon de una nube muy densa de humo. Prosi- 

I. Drinkwaler donne i^o hunimes lues et blessé-- de la brigade l'ranraise. d'après 
ce que les Anglais surent plus lard. 



104 IJLLLETiN lIlbPAMQlE 

guiô el fuego con igual furia algunas très o (lualro lioras sin que la 
Plaza haya disparado ni si quieia un tiro. Tambien a continuado el 
fuego todo el dia y aun despues de haber anochecido, pero no con 
tanto tesoni. Ha soplado y aun continua un recio Levante, el quai 
impedia que diez nabios que havia delantc de Algeciras se apostasen 
junlo à la punta de Europa^, y hiciesen por aquella parte alguna 
dibercion; hicieron lus navios varias tenlalibas, y despues de algunos 
bordos tomaron su rumbo liacia dicha punta. llaviamos visto sefiales 
y gallardetes en la vigia de Levante e ignorâbamos lo que signifi- 
carian. Despues bimos que el mas abanzado de los diez navios mucho 
anles de Uegar â liro de la Plaza disparaba; y eso nos hizo obseivar 
un pcqueno barco que se esforzaba â entrai" en la Plaza y estaba ya 
lan ccrca de ella que parecia ' imposible cortarle. Dudôse si queria 
salir V huvo algunos que lueron de ese parecer; y anadian que hiria 
carf'ado de clectos de los judios, anliguos vcciuos de Gibraltar, para 
trasladarlos a Africa. Pero el efecto mostrû que venia dirigido â la 
Plaza y que ha burlado la diligencia de los encargados de ccrrar cl 
paso, en lo que, si oi conlestar â los ynteligentes, es que el barco 
procedia de la parte de Levante, por que si viniera de Poniente le 
luivieran obserbado y perseguido en el Estrecho nuestros barcos. El 
de que hablamos entraria o Uegaria al muelle nuevo de la Plaza â eso 
de la una y média. 

Comimos y los navios havian tomado su altura para revolver sobre 
la punta de Europa, como lo executaron; pero eslo nccesitô de algun 
liempo. (^)uando yo disperté de un rato de siesta, ya estavan forniados 
en linea ; pero decian algunos de los espectadores que se liavian colo- 
cado â dcniasiada distancia. Batieronse por mas de hora y média con 
la artilleria de los Inertes de Punta de l'.uropa : y entonces bolbieron â 
unirse y permanecieron alli hasta que con la espesa niebla se ocul- 
taron. Kntre tanto que andaba esto en la Punta de Europa, nueslras 
balerias doblavan sus fiiegos de bombas y canonazos contra cl Pastel 
y las baterias superiores. Del Pastel no vi responder, sino con un 
canonazo, y poco mas hicieron las demas baterias : senal de que las 
liabria maltralado • mucho cl fuego de la manana \ del dia, y aun se 
vi(') arder por nmcho tienq)u uno do los ramales de comunicacion 
contiguoal picacho, al cual incendii» ntiadc nuestras bombas. 

Mientras nueslros navios se batian con l(is fucrtes de Punta de 
Europa, vimos salir de junto â Puentc Mayorga una como procesion de 

I. Dririkwatcr iiolc rpii' la taiiomiadc liu (> lui peu nicuiliièrt;,saul mt» lo nord cl 
roucsloii il V cul un peu plus de perles. Les Iroupcs s'élaiciil prohableincnl Icrrccs 
dans les casemates : r'csl ce qui expli([uc (pic la place no répondil pas. 

■i. La poinlc d'Kurf)[)e se trouve à l'extréniitc sud du rociicr de Ciibrallar. L'al- 
laipic de la poinlc d'Europe par les vaisseaux de ligne devail appuyer une aUa(iuc 
des chaloupes canonnières contre la place. 

3. L'asscrli<jn citée plus liaul de Drinkualer détruit celle hypollièse. 



1,E GRAND SIÈGE DE GIBRALTAR DE I 78:^ l55 

pequenos barcos, uno Iras otro, todos uniformes. Enderezaronse â la 
Plaza, y pusieronse conio â trescientas toesas del muelle nuevo. Eran 
estos barcos las famosas lanchas canoneras, invencion del senor 
D. Antonio Barcelo, de quien hablé no lia mucho, adoplada y con 
grande elogio por los Yngleses mismos. Presentaronse con grande 
desembarazo delante del muelle y murallas, hizocada uno su descarga 
por 1res, quatro, mas vezes, y cada vez se acercavan mas. Correspon- 
diôles la Plaza con muchos tiros; y se vehian saltar las valas por el 
agua â doblada distancia de la en que estaban de ella los barcos. A mi 
me espantava el ver que quatro barquichuelos, que paiecian unas 
sabandijas en el mar, pudiesen ocupar la atencion, y aun dar cuidado, 
y hacer que se precabiesc contra ellos una plaza de las mas respelables 
de Europa. Durô este mutuo saludo larga hora y média, con gran 
gusto de quanlos lo exlabamos mirando.Suspendiôse por poco licmpo 
el l'uegoi,y al anochecer se volviô olra vez â el con igual dclermina- 
cion que la primera, aunque no durô tanto tiempo y correspondiô 
ta m bien la Plaza. 

En la noche de este dia y (en que esto escribo) hasta ahoia que son 
las diez, nuestras baterias de tierra han hecho algun iuego contra el 
Pastel y demas baterias inmedialas â nuestra linea; y han sido, 
aunque muy lentamentc, correspondidas de las de el Picacho y olras 
inmediatas. Oiré con cuidado lo que succédera en el resto de la noche 
y lo conlinuaré, queriendo Dios, en mi diario el 



Martes io. 

En la noche y el Lunes para el Martes lo hicieron nuestras baterias 
de tierra un fuego conlinuo de canones y bombas contra el Pastel y 
demas baterias enemigas. El ruido continuo hacia que me pareciese 
â mi (que estava en la cama) unos mazos de batan o martinete de 
aiguna fragua o herreria. Al amanecer, vi acordonados nuestros 
navios frente de la Punta de Eùropa, pero no disparaban. Despues se 
ocultaron con la broma y con estar la maùana turvia. A las 8, se 
supo como en las canoneras que ayer tarde se presentaron y obraron 
contra la Plaza, huvo 6 hombres muertos, très en la del numéro 4, y 
otros 3 en la del numéro 9, y entre ambos quatro heridos. A las 
ocho y média, vino de Algeciras D. Antonio Barcelo, llamado segun 
dicen del gênerai duque de Grillon, lo que ha dado lugar â que las 
gentes discurran. Como â las nueve, se descubrieron otravez nuestros 
navios (menos uno que se quedô â reparar en Algeciras); â las nueve 
y média volvieron â disparar contra la Punta de Europa que les cor- 

I. Drinkwater assure que deux canonnières lurent gravement atteintes et que 
c'est ce qui provociua uu niou\ement de retraite en grand désordre. 



1Ô6 BULLETIN HlSPAMQlÈ 

respondio con sus l'iiegos. Dinô la fiesta poco mas de una hora : 
despues de lo quai volvieron â incorporarsc y en dcvcsar (sic) hacia 
Algeciias '. Esloy viendo esto que cscribiu (sic) desdc mi alojamiento 
cerca del medio dia. 

Coiiiimos, dormi un poco de siesta, desocupémc de mi oficio. No 
huvo esta larde novedad. Los navios Ibndearun en i^uente Mayorga ; 
nuestras baterias de tierra hicieron un fuego lento. Aun mas la Plaza, 
(|ue, hasta que quiso anochecer, no disparu un tiro sicjuiera. Despues, 
muy poco hasta esta hora (son las ocho). Aseguran todos ser grande 
el estrago que ha causado nuestro fuego en las baterias enemigas, 
espccialmente en las del Paster de Ulyses, la llerradura, la Carlota o 
Carolina, > en los que llaman Einplazamientos altos y baxos que estan 
por bajo del Pastel antes de llegar a la Puerta de Tierra. 

Conte\lan igualmente que el vigia de la Torre Nueva (desde la quai 
se descubre hasta lo mas menudo de la Plaza por su grande inme- 
diacion y mas con el auxilio de la oplica) ha dado parte al gênerai 
duquc de Grillon de las ruinas de las baterias ante dichas, y que 
anadc que en la muralla del muelle viejo abrio nuestro l'uego dos 
agujeros capaz cada »mo de dos hombres â la par : lo que prueva su 
debilitad y hace creible que no sea mas inerte la cortina o lienzo de la 
muralla de la ciudad; por que toda es una fabrica del tiemp<» de 
Carlos Ouinto : lo (|ue da grande aliento y esporanza â la tropa y 
oficialidad. 

En Pucnte Maiorga hay ocho baterias llotantes listas. Otras dos 
(juedan tambien ya acavadas en Algeciras. Kl vienlo Lovante que 
reina dos dias y medio bastantementc recio, impidc que se juntcn las 
diez, y retarda con eso la operacion. El mismo viento hace que no 
vcngan las esquadras coinbinadas, las quales se mantienen delante 
de Cadiz esperando oportunidad de endiarcarse en el Estrccho, y los 
prâcticos de Algeciras la estan esperando en Tarifa para conducirla sin 
riesgo al fondeadcro. Los prâcticos do este campo dan csperanza por 
su experiencia y observaciones de que maùana uiiércolcs reinarâ vienlo 
de Norte. Quiera Dios que asi' sea y que camine todo con felicitad. 

Ahora, que sera cerca de las nueve de la noche es muy lento cl 
fuego de nuestras baterias, y aun mcnos ■ el de la Plaza. Si algo 
ocurriese se alargarâ despues. 

A poco de averme acoslado se dobli'i el fuego de nuestras baterias 
y prosiguiô toda la nijche con lai furia, cpic cl conde de Lasci, 
gênerai de la artilleria, dixo el dia siguicnte en la mesa se havian 
echado al aire mil doscienlas treinla bombas. 



I. l/aprcs Driiikualcr, la rcIrHilc soinlaiiic dus \aissraiix du la pointe d'I^liirope 
rUail duc à une avarie laite à l'un d'en\ par un lioiilol rouge. 
'. Passage asi'cz rnaléiril: la l();;iqiie voudrait r/(jn mos. 



LE GRAND SIÈGE DE GIBRALTAR DE 1 7S2 107 



MlERCOLES II. 

Este dia hasta muy alto ci sol, prosiguiô cl boinbardeo, y la Plaza 
solo rcspondiô con uno u olro cailonazo desdc cl i'icacho y otra 
baleria inmediata. 

Advertimos en la vigia de la Torre \ueva barias senales que de 
quando en quando se mudavan, y despues se repetian. Ygnorabamos 
lo que anunciaban, hasta que de alli â poco vimos venir por la parle 
de Levante un gran buque que nos pareciô de guerra. Poco despues 
se supo que le seguian olros veinte y siete barcos : discurriose serian 
cl navio el Triun/ante y la fragata la CJara, que escoltavan el comboy 
que se esperaba de Cataluna. Era en efecto asi. Havia ya cesado 
el Levante y inclinaba el viento hacia medio dia, y, fuesc esto, o que 
el navio esperase â los barcos que conducia, tardô niucho en 
accrcarsc a la Bahia, y por la tarde se perdio de bista, y segun conge- 
turaron los peritos, se retiraria â Zeuta. La fragata la Clara si dicen 
que llegô â Algeciras con el aviso, lluvo quien decia que este no 
hera el comboy de Cataluna, sino otro que se esperaba de Tolon; pero 
se disipô la duda con decir uno de los circumstantes que el comboy 
de Tolon no traîna navio que le escoltase. El tal comboy seguramentc 
no llegô este dia a Algeciras. 

El viento comenzô â declararse de medio dia, y se templo la 
manana, pues las très antécédentes parecian de hibierno ; con lo que las 
gentes respiraron y con la llegada del comboy, en que vienen cantidad 
de balas, bombas, pôlvora, cafiones y otras provisiones de guerra. 

Supose tambien este dia que la l'ragala que en uno de los pasados 
se dixo haberse apresado a los Yngleses, hera de parte de 26 canones, 
propia de un corsario, pero mandada por un olicial, y cargada de 
cuenta del Rey con mil quinlales de pôlbora, dos mil bombas y 1res 
mil granadas. 

Vo estaba combidado â comer con el conde de Lasci : llebôme halla 
en su berlina el amigo D. Ventura Caro, séria como la una y quarto. 
A las dos nos pusimos â comer. Desde mi silla estaba yo biendo la 
Plaza, que parecia poderse tocar con la mano, y via(5/cj de quando en 
quando rebentar algunas de nuestras bombas sobre las baterias 
enemigas. Comieron con nosotros el Principe de Nassau • y el 

I. iJharles-Hcnri-iNicolas Uthoii prince de Nassau-Siegen était né en 1745.83 mère, 
Charlollc de Mailly, ayant abandonné son mari, il ne fut pas reconnu par son père. 
Jl mena une existence d'a\enturier : d'aljord au service de la France, il accompagna 
Bougainville dans son voyage autour du monde, puis il passa au service de l'Espagne 
où nous le trouvons en 1782. Plus tard, il devait, en qualité d'amiral russe, com- 
battre les Turcs (1788), puis les Suédois (1789-1790). 11 mourut à Paris en i8o5. 
Cf. D'Aragon, Un pal-idin au .\viil« siècle. Le prince Charles de Nassau-Siegen, d'après 
sa correspondance (178'i-1 789). Paris, 189."?. 

Bull, hispan. 1 1 



l58 BLLLETIN HISPAMQLE 

marques de Vaudrevili, y seriamos de inesa como catorce o quince : 
hablôse de la llegada del coniboy como de asunlo l'avorable, y aun 
mas de la miidan/a de vieiito. El Principe, luego que se asegurô de 
que inclinaba â ponienle se lebantô de la mesa sin espéra r â los 
poslres, y se puso â cavallo para Puente Mayorga a embarcarse allî 
para Algeciras, y tomar el mando de la Vateria flolante, puesla à su 
cargo. Âsi se dixo publicamente en la mesa. 

Algo mas de las très me voivi con el amigo D. Nenlura a su 
bariaca, dormi un poco de siesla. Vino ei marquesilo de la Komana 
à visilar â su lio. Tuve nmcho guslo de verlo y de saber que, ni en 
la funcion de anles de ayer tarde, ni de ayer manana contra la Punta 
de Europa {en que el marques se hallô con su gefe, D. Ventura Moreno 
en el navio comandante) liuviese esperimentado desgracia, ni trabajo 
alguno. Di â Dios niuchas gracias, y me congratulé muy de veras con 
el marques. 

La mafiana y tarde de este dia no ccsô el fuogo de nueslras batcrias. 
aunquc no tan vivo como por las noclics. La Plaza correspondiô con 
mucha lenlitud, disparandu de quando on quando un canonazo. 

A las ochu y média de la nocho, vimos arder la estacada del enemigo 
ruas cercana â nuestras lincas y aviuizadas, habicndola incendiado los 
nuestros y reliradose inmedialamente â sus puestos. Los Yngleses 
hicieron gran luego de fusileria sobre ellos desde varios sitios del 
tnonte, dispersos â modo de MrK|uelctes. Durô el luego de los cnemi- 
gos cornu una hora ocerca, el del incendio de la estacada nmcho mas, 
hasla (jue se consumiô. Esta empresa, oi^^o que tiene mas de boalo 
que de ulilidad. Para lo que pucde conducir dicen es para l'acilitar la 
discrcion de la Plaza. 

A esta misma ora de las ocho y média, llegô al campo y alojamienlo 
del général duque de Crillon un desertor yngles, el quai se ^inoâ 
nado y no Iraia sobre sus carnes sino una capa que le prestû un 
soldado. Declarù que la guarnicion de la Plaza esta muy bien Iralada 
por su governador M' de Elliol. <jue cada sen)ana se les dan â cada 
soldado siete libras de pan y una libra de carne salada y otros admi- 
niculos, pero que estaba sumamente disgustada y lastidiada de el 
largo cncicrro en aquel penon. Dice que declararâ en que partes de la 
muralla de mas esta lo debil. Eslo oi a quien se lo oyô al mismo 
desertor déclarante. .V las diez y média de la noche tome chocolaté y 
me rocoji. 



I. M s'a^il proijabloincdl du iiianiiiis de Vaiidrciiil. Il était né en 173c! et était 
entré tout jeune dans la marine. Il avait Tait canipagiic pendant la guerre de Sept 
ans, V.n 177^^1 il a^ail commandé un vaisseau au combat d'Oucssanl et l'année sui- 
vante il avait conquis le Sénégal el lait de nombreuse* prises sur les Anglais. Il 
■ levait •■Ire |)lus lard député aux Flats-(îénéraux ; puis il émipra, revint après le 
18 Brumaire el mourut en 1S02. 



LE GRAND SIEGE DE GIBRALTAR DE 1 783 lOQ 



J LEVES 13. 

En la entrada de este dia 12 a la fina de la noche un gran numéro 
de lanchas canoneras y algunas bombarderas se acercaron secreta- 
mente â la Plaza desde el muelle nuevo a Punta de Europe, y hicieron 
sus descargas. La Plaza les correspondiô. Durô el fuego cerca de très 
horas. 

Amancciô con vicnto Poniente suave que arreciô algo despues. A 
esc de las sietc de la mafiana vimos asomar dos buques grandes por 
la Punta que llaman dcl Carnero'. Puso la vigia que hay en ella 
varias senales. Nos hizo cntrar en esperanza de que podian ser 
nuestras esquadras. Fueron succesivamente asomando otros buques. 
y acabamos de persuadirnos y experimentar que era asi. Ahora que 
son las once, esta la mayor parte de dichas esquadras va dentro de la 
bahîa. Ha sido y es grande la alegria de las gentes, y otra tanta se 
crée sera la consternacion de la Plaza â vista de tan gran nab& que la 
amenaza de pronto. 

Por la tarde todo a estado tranquilo. Solo una de nuestras baterias 
a disparado de quando en quando alguna bomba, â que el Picacho à 
respondido con uno y olro canonazo. El conde de Artois entré â bordu 
de los navios franceses que estavan empavesados y le hicieron los 
acostumbrados saludos. Yo me fuy paseando al Puente Mayorga en 
compania del Coronel D. Juan Sala 2, pero dexamos prevenido que 
nos Uevasen alla los cavallos en que volvimos. No puede ponderarsc 
el concurso de gentes y la bulla que havia en aquel embarcadero. El 
mar parecia una selva espesîsima. 

En las lanchas canoneras dicen que en la l'uncion de esta 
madrugada tuvieron un muerto y très o quatro heridos ; pero ase- 
guran que se pusieron tan cerca de la muralla que una de allas llegô 
a varar. 

Este ocurre hasta ahora que son las ocho de la noche. Las gentes 
estan en expectacion de que en la misma o en la madrugada del dia 
siguiente se pondra en execucion la idea de las baterias flotantes, 
otros dicen que aun tardarâ dos dias lo menos, y que faltan algunas 
cosas muy substanciales que prévenir 3, 

En el resto de la noche todo estuvo tranquilo. 



1. Pointe située à l'est de (Jibraltar, au sud d'AIgéciras et à l'entrée du 
détroit. 

2. D. Juan Sala était l'un des commensaux de D. Ventura Caro et de Perez 
Bayer. 

3. D'après ce que dit d'Arçon dans >ori Mémoire, cela était exact. 



i6o - BtLLErrs hîspamqle 



s .V[ER>'ES lO. 

Este dia y el siguicntc lo sallaria yo de buena gana y pasaria en 
silencio por cl horror y sentimientô que me causan los aconteciniientos 
do el ' : 

<^)uaeque ipse miserrima vidi. 

Asta eso de las oclio y média de la manana no huvo movimienlo 
altruno. La gente eslava con grande inquielud por que veia quietas las 
Rotantes. Deciase que el gênerai duque de Grillon se havia aquella 
noche consumido por la misnia ra/.on, que ha\ia enviado varios 
recados â los que liavian de mandarlas, y especialmenle al comandante 
D. Buenaventura Moreno para que comenzasen la maniobra '. 



1. Avant d'fnt;iiiier le récif de l'altnque, il est ln>n de domior quehiiies iiidicalioiis. 
Le rocher de Gibraltar pn'senle vers l'est el \ers le nord une pente très raide; pour 
s'abaisser en pente plus douce vers l'uuesl — \ers la baie — et vers le sud. La ville 
se trouve sur la baie. Les coniuiunications a\ec la terre ferme se font par le riva|.'e 
ouest de l'isllinie, car à col endroit le roclier s'abaisse au niveau de la mer. C'était là 
qu'étaient la Porte de l'erre, le Faté et les ou^rafrcs avancés anglais. Ce point faible 
de la position était un peu protégé par une lagune, lui suivant le rivage de la baie 
vers le sud on trou\ait le bastion .'^aint-l'aul, fnrniant l'angle nord-ouest de la 
Place, puis le Vieux Môle, défendu ()ar un fort carré, puis la Porte de Mer, puis, 
à l'angle sud-nuest de la place, le bastion du Uosairc. Elnlre ces différents points 
d'ap[)ui courait une muraille, ou foH//iV/<% assez faible. La ville se terminait au bastion 
du Rosaire el la courtine alors s'éloignait de la mer vers l'intérieur. Cette face sud 
de la ville était traversée par la Porte Neuve (|ui était forliliée. Kn coulinuant vers le 
sud, dans la direction de la Pointe d'Lurope, on lrou\ail une autre courtine qui 
bordait le rivage jusqu'au Môle Neuf (jui était l'orlilii'. .Après le MtMe Neuf le rivage 
devenait |)lus e>car|)é el était encore couronné d'une muraille, sauf en certains 
endroits où cela avait paru inutile. Sur la face sud du rocher, à côté de la Pointe 
d'Lurope, l'escarpemetit était très faible el on avait cru bon de construire une 
muraille. Ln résumi-, Cibraliar élail dillicilemenl attaquable par lerre à cause de 
rélroilesse du terrain et des ou\ rages ennemis; mais par mer la courtine était faible 
entre le N'ieux Môle el le bastion du Kosaiic. La face >ud de la place était assez forte, 
mais on pouvait prendr-' pied dans la presqu'île en dehors de la place, soif à la 
Pointe d'Europe, soit entre le liaslion du Kosaire el le MiMe Neuf. (Cf. l.a description 
lilslorique el tO[iOgritiihi(iiie... [lassiin.) 

2. Dans les conseils qui précédèrent l'attaciue l'indécision fut extrême. i< Cet étal 
de crise, de contratlictions, d'ombrage el de jalousie ne nous a [toint quittés [lendant 
les derniers jours. » (l)'.\rçon, p. i r.) D'.Arçon était en coiitlit avec le duc de Crillon; 
il aurait voulu qu'on fît des essais à boulets rouget» sur les batteries; on le lui refusa. 
Il ne dit rien, respectant les raison> supc'-rieures qu'on avait d'être pressé, et ne 
voulant pas él)ranler le moral des troupes. Comme la circulation de l'eau était 
impossible, les batteries présenlaient moins de sécurilé; aussi d'.Xrçon voulaif-il leur 
permettre di' battre en retraite jai'ilemenl, si cela devenait nécessaire. Pour cela il 
no fallait pas les comluire à des emplacements où il y eût de grands fonds, car la 
manœuvre se faisait en mouillant des ancres et en tirant dessus. De phis, il jugeait 
avantageux de se tenir en liaison étroite avec rattacjue de terre. Aus>i était-il d'avis 
d'attaquer avec les batteries du Vieux Môle, en face duquel la profondeur était 
faible, et qui, se trouvant à proximité de la Porte de Terre, recevrait au>si bien les 
projectiles lancés de l'isthme que ceux des biTlleries. Il soutint très énergi(jucmenl 



r,E GRAND SIÈGE DE GIBRALTAR DE 178:^ I fi I 

En etecto, coino â las nueve. despuntô una de las notantes del 
cuerpo de las deiiias. Esta era segun se dixo la Paslora mandada poi 
el senor Moreno; siguiô la otra llamada Tag lia-Pied ra a cargo del 
principe de Nassau. 

V estas fueron sigiiiendo las ocho restantes a distancia unas como 
â un tiro de fusil, otras de dos y très. Presentaronse las dos primeras 
gallardamente ante la Plaza conjo â doscientas toesas; hicieron sus 
descargas y fueron correspondidas. Jiinlaronse las demas y todas 
dispararon contra la ninralla con el mayor vigor, y recibieron con 
igual constancia los liros del enemigo. Dirigianse nuestros fuegos â la 
cortina de la muralla de la Plaza, que médian entre los dos muelles 
viejo y nuevo, y asi tenian que siifrir très descargas â un liempo. Esta 
colocacion de nuestras notantes oi yo despues censurar â sugetos 
inteligentes, los quales decian deberse habcr comenzado la operacion 
por el niuclle viejo y asf progro?i\amenlc '. 

El proyecto, segun se decia vulgarmenle en las conversaciones, era 
que al mismo tiempo que las notantes (»brasen contra la muraya, las 
barcas canoneras y bombarderas, y que los nueve o diez navios que 
havia en la bahia antcs df Uegar las esquadras combinadas, hiciesen 
una diversion por Punta de Europa; y que contemporâneamente 
nuestras batorias de tierra de ôfi morteros y 109 cafiones biciesen vivo 
fuego contra la Plaza. Lisongeabanse con eso de que la guarnicion no 
podria acudir â tantas partes y que la fatiga la rendiria y la haria 
rendir la Plaza. Eso es lo que se oia en qualquier corrillo aun de los 
mas vulgares. 

No sucedicj asi. Las baterias notantes no tuvieron otro auxilio que 
el de las de tierra que dispararon incesanlemente lodo aquel dia y 

son avis et faillit se l'aire exclure du Conseil de guerre. Grillon lui dit un jour en 
présence du comte d'Artois : « Lorsque j'ai demandé que l'on vous fît venir en 
Espagne, car c'est moi qui vous ai demandi', c'était pour exécuter mon projet, car 
mon projet a toujours été d'attaquer Gibraltar avec des batteries lloltanles. A présent, 
Monsieur, votre commission est linie, le reste m'appartient. » (D'Arçon, p. 17.) Une 
autre fois, le duc répliqua à une obscr\alion de d'Arçon (p. i((): «Vous avez des 
entrailles de père pour vos batteries, mais j'ai d'autres vues, et si l'encemi voulait 
s'en emparer, je les ferais brûlera sa barbe...» Cependant, le la au soir, d'Arçon 
obtint que l'attaque serait concentrée sur le Vieux Môle, mais on prit cette résolulion 
tumultueusement. Aucune entente n'existait avec la Hotte, ni avec les canonnières et 
les bombardes. Le i.?, à deux heures du malin. Grillon envoya l'ordre à i). Buena- 
ventura Moreno, commandant général des batteries flottantes, d'attaquer sous peine 
d'être destitué. Grillon, hostile aux batteries, n'a pas dû parler comme le dit d'Arçon. 
I. D'Arçon rapporte que la manœuvre s'exécuta mal : on s'éloigna trop du \'ieux 
Môle vers le sud, ce qui compromit la liaison avec l'attaque de terre. Les batteries 
étaient, en outre, trop inégalement réparties, la Paslora et la Taglia-Piedra ayant 
supporté au début presque tout le feu de l'ennemi. Il en résulta que le nombre de 
canons efficacement mis en ligne sur les batteries fut de 60 au lieu de i52, el que 
l'artillerie ennemie fut supérieure. Bélizal, dans sa lettre du 17 septembre, donne 
comme chiffre des canons jao pièces en fonte du calibre i'^. 11 confirme, du reste, 
que seules les deux batterie» flottantes commandées par Moreno el par le prince de 
.Nassau furent à portée convenable. 



102 BlLr.ETIN HISPANIQUE 

ocasiouarian algiin dano a la guarnicion. ^o huvu navios au\iliares, 
sîn embargo de estar 5o a la vista. ^o se viô cafionera ni bombardera 
algiina, por que havia algo de marejada y se dixo que no podrian 
aguantar la mar'. De los navios se que pidieron quatro al sefior 
Côrdova para la proyectada diversion por Punta de Europa^ y que este 
gênerai se nego a ello, por decir que esperaba por momentos la armada 
Ynglesa y no podia desmembrar de la suya ningun navio. Era la 
verdad que se esperaba por punlos a los Yngleses y que las vigias lo 
habian anunciado asî, y que havian pasado ya por Cadiz con treinta y 
siete navios. pero se enganaron las vigias, y el tieinpo lo manifiestô 
asi, y pudo el engano ser nos muy perjudicial. 

Hallabame yo en un fuerte que Uaman Punta Mala^, el quai apenas 
dislarâ média légua de Gibraltar, y esta a la orilla del mar. Veiamos 
desdeallicon mucha claridad nuestros tiros y los de la Plaza y los sitios 
donde caian y rebentavan las bombas de nueslras baterias de tierra. 
Serian como las doce del dia, quando llegô un barco de las flolantes 
con aviso al gênerai duque de Grillon de que batian perfectamente en 
brecha la muralla de la Plaza, que havia ya alguna ruina; que las 
balas incendiarias se apagaban presto, que las olras no penetravan la 
lablazon, y en suma que todo iba bien. Gon esta noticia el gênerai 
duque de Grillon despachô posta â la corte. Vuelto yo â mi aloja- 
miento, que séria algo mas de la una, halle â toda la olicialidad 
imbuida de esta noticia y muy alegre\ 

Prosiguit» el fuego de las diez tlotantes y el de las baterias de 
tierra toda aquella tarde; pero â las quatro lioras de la misma, 
ya conocieron las primeras que no podrian desmontar las de la 
Plaza ni permanecer mucho tiempo en el sitio en «pie se havian 

1. Le rôle des canonnières devait être de tirer sur les Iroiijies etinemies, 
tandis que les batteries tlottantes tireraient sur les murailles pour y faire une brè» lie. 
Ainsi les positions de tir des artilleurs anf^lais auraient été intenables et ils n'auraient 
pn tirer à boulets routes sur les batteries llottantes. D'Arçon conteste que la ntor ail 
été trop forte, car quelques canonnières coururent Jusqu'au détroit. Les bombardes 
devaient agir sur les ailes et en ariière des batteries llottantes, en exécutant des tirs 
plongeants. A défaut de ces deux moyens, on lit demander à l'allaiiue de terre de 
tirer [tar élévation jjour atteindre par derrière les canonniers anglais qui bombar- 
daient les llottantes. On ne le lit pas. L';dde de l'attaque de terre fut nulle, d'aut;iiit 
plds qu'à un certain moment les munitions lui manquèrent. 

2. Lieu situé sur I(ï boni de la baie en deçà des lignes esi)agnoles. 

.{. Drinkw ater rapporte en elfel (ju'au <lébut les boulets espagnols passaient trop 
liaul, mais que \ers midi le tir, rectilié, devint etïlcace Voici ce qu'il dit de la résis- 
tance d<;s batteries llottantes: « Our beaviest sliells often reboundcd fi-om Ibeir tops 
wliilsl the 'i-2 poiinds sliot seemed incapable of making any xisible impression upon 
tbeir liulls. Frequently \\n llatlered ourselves tbe) «ère en lire; but no sooner did 
tlie smoke appear, Iban, witb Ibe niosl perse\eriiig intrepidily men were obser\ed 
upplying water, frnm tbeir engines within, to tbo>es places wbi-nce tlie smoke 
issued. Tlie.ses circumslanccs, willi tlie prodigious caïuionade wliicb lliey maintained, 
gave us reason lo imagine tbal tlic atluck would nnt be so soon decided, as, from our 
récent success againsl tbeir land batteries, \\r lia fondly expecled. » DArçon signale 
également que le feu anglais ralentit vers midi. 



r.E GRAND SIÈGE DE GIBRALTAR DE I7f^3 \C)?i 

colocado >. Hicieron senas pidiendo socorro, y se les eiiibiarou 
algunos barcos, pero ninguno de guerra ; y huvieran sido ociosos, 
por que ya estaban las flotantes en el momento de abandonarse y 
quemarse ; y asî se resolviô por los générales Grillon y Côrdova que 
se hiciese^. Dixose que el primero se viô en la dura précision de 
despachar un alcanze, para detener el primer correo que havia 
embiado A la Corte, y dar noticia de lo que iba ocurriendo, 

Sobrevino la noche; fue creciendo cl fuego enemigo especialmente 
de balas incendiarias. Ya qucdava poco que hacer. Tuvieron algunas 
flotantes la precaucion de arrojar sus repuestos de polvora al mar; 
otras no. Fueron Uegando barcos para rccoger la gente; no todos, por 
que muchos de elles se desviaron recelosos de los canonazos que se 
disparavan y de los de la Plaza, y aun mas de que se volase alguna 
Santa Barbara. Huvo grandisima confusion, y no fallaron desgracias, 
aunque no tantas como se contaban on los principios. Muchos llegaron 
â nado â tomar algunos de nuestros barcos. El governador Elliot 
ténia sus barcas caùoneras A la punla del muelle nuevo, pudo observar 
el conflicto y confusion que havia en el recoger de nuestra gente, por 
que hay poca distancia. Hizolas acercar y recogiô con mucha humanidad 
hasta trescientos y treinta y cinco, muchos de los quales huvieran 
seguramente perecido. Havia entre elles quatro oficiales y très capel- 
lanes; pero esto fue ya al amanecer del dia siguiente^. 

I. D'Arçon dit que le leu des Espagnols fut soutenu jusqu'à trois heures de 
l'après-midi. A ce moment un boulet rouge s'est enfoncé dans la Taglia-Piedra sans 
qu'on puisse l'éteindre, et il continue à pénétrer dans le bois. L'inquiétude que cela 
provoque amène un ralentissement du feu. tandis que celui des Anglais augmente. 
Les autres batteries qui n'étaient pas atteintes diminuent aussi leur feu. A trois 
lieurcs sur la Taglia-Piedra, on noie les poudres et on cesse de tirer. La fumée s'étant 
dissipée elle devient une cible excellente pour les canonniers anglais : c'est alors que 
d'Arçon demanda qu'on la ramenât en arrière pour permettre d'éteindre le commen- 
cement d'incendie cau.sé par le boulet rouge. Cet incendie ne fut irrémédiable 
qu'après minuit et en tout cas les autres batteries pouvaient, à son avis, rester sur 
place. Les signaux de la Taglia-Piedra ne furent pas compris. 

a. D'après Drinfcwater, à sept heures ou huit heures du soir leTen espagnol avait 
presque complètement cessé, sauf sur une ou deux batteries vers le nord, plus 
éloignées et qui avaient moins souffert. Il semble y avoir eu de l'aiVolement à bord 
des batteries : d'Arçon rapporte que sur la Taglia-Piedra on ne put pas rassembler 
assez de matelots pour aller mouiller des ancres en arrière et assurer la retraite. 
Dans les autres non plus on ne pensa pas à la retraite, et Grillon, voyant l'afTaire 
manquée, décida de brûler les batteries bien qu'elles ne fussent nullement à toute 
extrémité. Cet ordre fut exécuté si précipitamment qu'on oublia parfois de faire 
évacuer l'équipage auparavant, et il était si peu justifié qu'à six heures du niatiu le 
lendemain la plupart étaient encore debout ayant résisté au feu des Anglais et aux 
ellorts des Espagnols pour les brûler. Bélizal écrit : « Dans la nuit, sur le rapport de 
M. de Nassau, le duc de Crillon, voyant l'expédition manquée, envoya l'ordre, après 
avoir sauvé tout le monde des dites batteries flottantes, de les brûler ce qui tut 
exécuté. » Grillon était donc informé de la situation des batteries et c'est en connais- 
sance de cause qu'il se décida. 

3. Les Anglais au début ne crurent pas leur victoire si complète. Aussi conti- 
nuèrent ils à tirer toute la nuit. Mais vers six heures du malin, leurs artilleurs, étant 
épuisés, prirent quelques repos. L'opération de sauvetage à laquelle se livrèrent les 



l6/| BULLETIN HISPANIQUK 

Los nuestros, hasta el punto de haver de abandonar las baterias, 
dicen que hicieron prodigios de valor, pero no era el valor contrario 
quien les vencia. sino su suerte dura y la posicion o la mayor industria 
del eneniigo. De Moreno, del Principe de Nassau, del sefior (iravina 
(que mandaba la bateria San Gristobal) y de otros, oî que se havian 
portado como unos Cesares : 

Quis cladem illius noctis. 



Sabadû 1/4. 

Serian como las dos de la madrugada de este dia, quando ol aniigo 
D. \ enlura Caro me dixo desdc su cama : « Amigo, estamos ya en el 
triste lance de arder por todas partes nna de nuestras baterias (la 
Taglia-Piedra) , y la misma fortuna van a experinienlar las demas. » 
Oîlo con dolor que dexa considerarse. De alli â una hora se «tyô el 
estampido de la Santa Barbara, y la claridad de la Uama iluminô 
loda la bahia. El misnio curso iban liaciendo las demas notantes, 
disparandose sus caûones quando llegaba a ellos el fuego. Amaneci- 
mos en fin, y vimos con el mayor dolor aquellas funestas luminarias, 
sin alrevernos a niirar unos a otros, y, por concluir brève, todo aquel 
dia se paso en este triste espectaculo liasta las quatro de la tarde, (pie 
vimos la llamarada y oimos el estruendo de la ultima de las baterias 
que no havia arrojado la polvora al mar. Una o dos que no tenian 
pôlvora tardaron mas en consumirse. 

Todo este dia se estuvo en el campo y en las esquadras esperando 
por momenlos la esquadra ynglesa, sobre el engaùo y falso aviso de 
las vigias de que liablé antes. Con la misma espectacion, me detuve 
este dia y el siguiente en el campo, sin animo ni valor para tomar la 
pluma y continuar mi diario, hasta hoi 17, en que me hc esfor/ado 
â voncer esta dilicultad, por estar para volverme a Algeciras y temer 
que me cargaba demasiado de especies. 

Aii^^laix eut lieu vcpn tif)is heures du matin. A ce moment deux batteries éliiienl en 
llammes depuis onze heures du soir, les autres s'enllanimiMout peu à jx-u. Le veut 
l'ianl tombé, le brijfadier Curtis avec les canonnières an;;laises partit ilu MtMe Neuf 
j)Our prendre de tlanc l'eiuiemi. Au lever du Jour, quand le feu de la place cessa, il 
s'avança et captura deux chaloupes. Les prisonniers lui apprirent (|ue des hommes 
avaient dû être laissés à bord des batteries; il \oulut les sauxer. mais (piehiues-uns 
de ceux-ci craif^nant d'être exécutés par les Anglais — on le leur avait l'ail croire — 
refusèrenl. Apre- fpielque.s instants ils se résignèrent à accepter. Vers cin(| heures du 
matin deux batteries ayant sauté, Curlis trouva prudcid de revenir vers la place; 
il visita en chemin deux autres batteries où il recueillit ilu monde. Le total de» 
prisonniers s'éleva à y officiers espagnols, 2 prêtres, 33/i soldats et marins; i ollicier 
el 1 1 soldats français avaient été retirés de l'eau la veille. (Drinkwater.) 



LE GKAND SIÈGE DE GIBKALTAR UE 1 7S2 i G5 



Domingo i5. 

Este dia octava de la Natividad de Nuestra Senora y fiesta del dulce 
nombre de Maria, dixe misa en una capilleja andante del regimiento 
de Yoluntarios de Catalufia. Ya comenzô a disiparse la voz de la venida 
de la armada ynglesa, y las gentes se fueron desenganando. Yo me 
huviera hido el mismo dia, pero se me puso un cavallo malo y lo huve 
de suspender. Vino al medio dia y comiô con nosotros el niarquesito 
de la Romana, Tuve gran gusto dî verle, por que corriô aqui y en 
Algeciras que lo havian muerto, aunque quando vino ya sabia- 
mos que era falsa la voz. Ofreciônos a su lio D. Ventura y â mî que 
el dia siguiente volveria y traeria consigo a su hermano, D. Joseph, 
que esta en el navio la S "'" Trinidad. No lo pudo cumplir, segun me 
dixo despues su tio. Esperamos si vendran hoi. A todo caso yo estoy 
en ânimo de visitarle â bordo en Algeciras. 

En la tarde de este dia hicieion las esquadras combinadas salba al 
conde de Artois, que estubo â bordo del dicho navio .S""" Trinidad, 
y no se si comiô alli. Huvo dos descargas. Sin duda se dispararon 
mas de mil caiîonazos ; pero estava muy cahido nueslio animo para 
que nos causasen alegria, como ni los continuos tiros de dia y de 
noche de nuestras baterias de tierra contra la Plaza,quo no sirven sino 
de ahuyentar los pâjaros y consumir la polvora y municiones. Ni los 
enemigos responden sino muy lentamente. 



LuiNES 16. 

De este dia apenas se que decir. A eso de las dos de la tarde, saliô 
un barco parlamentario de la Plaza. Saliôle al encuentro otro de 
nuestra parte. Dixose que el de la Plaza traia razon de los Espanoles 
que havian sido recogidos por M' Elliot, quando se abandonaron las 
notantes. Por ella se supo â punto fijo su numéro y calidad. Ya se 
dixo ser en todo 335. En la tarde de este dia, me encontre de manos, 
como dicen, â boca con el gênerai duque de Grillon. Huve de presen- 
tarme a Su Ex" (por que me conocîa), excuséme de no haberme pre- 
sentado la vez pasada que estuve en el campo, con [que] Su Ex' estuvo 
aquellos dias incomodado en su salud, como era la verdad. Estava 
Su Ex' con varios oficiales générales, entre los quales solo conoci al 
marques de ïorre Manzanar. Yo iba con el coronel D. Juan Sala y el 
comandador de San Juan, D. Francisco Zamora. Llenôme Su Ex' de 
honras; combidôme una y otra bez a comer. Excuséme con mi inmi- 
nente marcha. Dixome y en presencia de todos que era un infeliz 



!♦)(] BTIJ.ETIN HISPANIQUE 

obligado a llevar adelante un proyecto que no havia comenzado >. 
Contesté a Su Ex" como major pude, y, despues de un ratito de con- 
bersacion sobre quien es quien da las victorias, pedî el permiso a 
Su Ex' y me despedi. 

En la noche de este dia â eso de la nueve y quarto, oimos varios tiros 
de nuestras esquadras (como un centenar de ellos). Dixeronme que en 
las mismas se havian disparado cohetes; y ni entonces, ni ahora (que 
es la una de este dia 17) se lia podidodescubrir â punto lîjo el molivo. 
Dicen que las vigias havian descubierto y anunciado embarcaciones 
enemigas. Como se eslâ con el cuidado de si viene o no la esquadra 
ynglesa al socorro de la Plaza, se avisa al menor asomo de qualquiera 
barco sospechoso. 

En efecto ayer 17 (escribo ya esto miércoles 18) pasaron hacia 
Levante varias barcos con vêlas quadras y latinas ; y se discurri('i que 
podria ser el comboy que Uebô â Londres â los Yngleses que se hicieron 
piisioneros en Mahon, el (|ual, ejecutada su comision, se volvia para 
{^atalufia v Mallorca. 



Martes 17. 

Tampoco este dia ocurriô novedad. V eso de las diez del dia, saliô de 
la IMaza un barco parlamentario. Occurriôle otro nueslro y dicen se 
tratô de recoger algunos vestidos y ropa de nuestros prisionoros en el 
abandono y quema de las baterias dotantes: pues M' Elliot pensaba 
en end)iarnoslos. 

Este dia y los antécédentes se hizo algun fuego de nuestras Kneas 
conlia el Pastel y los inertes y baterias que le dominan. Dixose que 
liabian los nuestros observadoque los Yngleses subian fraguasa dichas 
baterias para inoendiar nuestras Kneas avanzadas con balas rojas, y 
(jue se pondria gran cuidado de nuestra parte para impedirlo, o 
deslruhir los fuegos enemigos. Vlgo de esto insinuô el gênerai duque 
de Crillon, pues en la conversacion que yo tuve con Su Ex' dixo, en 
presencia de todos los circumsiantes, (pie Su E\' no cpicria provocar 
ni ser el primeio <pie usase de las balas rojas o incendiarias, por no 
dar este mal exemplo, poro (pie lambicn en nueslio e\('M-cito liabia 
provision de este mortil'ero g(»nero, y (pie le ((irresponderia con la 
misma moneda. 

^a yo este dia me huviera hido A Algeriras j)ara tomar desde alK 
mi iiita a San Lucaiy a las riveras del (iuadahpiivir liasla Sevilla; [)ero 
me lo impidi»! el continuai- mi cavallo malo y el liempo llovioso, y la 
réflexion de rpio si en otra parle (bubiera de] me detener un jiar de 

1 . Crillon axail «lis !<• d«';l)iil fail Ijcaticniip de rt-sorvos sur le projet d'Arçon, et il 
avait laissé en partant de Madrid un fili cadielé où il déclinait toute responsabilité. 



I,E GRANM) SIÈGE DE GIBRALTAR DE 1 782 1 67 

tlias, en ninguna parle es mejor que nie delenga que aqui, por la 
suma satisfaccion y libertad que logro en compania delamigoD. \'en- 
tura y de los ofîciales de su regimiento y brigada, que lodos â una 
me favorecen lo que no es decible. 



iMlERCOLES 18. 

Este dia, fiesta en mi pais del seàor Santo Thomas de Viila- 
nueva, nada occurriô de particular en el campe ni en la Plaza. Por 
la noche, madrugada y dia, huvo tiros de nuestras li'neas que, en 
mijuicio, sirben poco mas que de azotar el aire. La Plaza corres- 
pondiô tambien sin dàno nuestro, de suerte que, liaviendo yo 
oido varies sugetos inteligentes lo infructuoso de estas descargas, 
pregunté que objeto podian tener o û que se dirigian, y se me di\o 
que cada bateria ténia su dotacion diaria de pôlvora y municiones. 
Veinte tiros verbi gracia o veinte y cinco por cada canon, y que esos 
se disparavan y no mas. Gallé, pero interiormente decia que esa dota- 
cion diaria podria reservarse para quando el disparar fuese util : y 
mas, habiendose perdido tantos repuestos de pôlvora en las baterias 
notantes, y haviendo oido decir al Conde Lasci que no havia gran 
copia de este genero. 

Este dia vinieron el marquesito de la Ilomana y su hermano D. Pope, 
alferez de fragala, el quai va en el navio de la S"'"" Trinidad (nuestro 
comandante), â comer con su tio D. Ventura. Yo al D. Pepe no lo 
havia visto hace mucho tiempo. Tuve muchi'simo gusto en verle tan 
bello y tan bien dispueslo (es mas alto très dedos que el marques 
aunque mas cepceùo) y tan despejado y marcial. Hablô proguntando 
lie su navegacion tic ciento y diez y nueve dias por el canal de \ngla- 
terra, y de algunos de los acontecimientos que ocurrieroii, de la 
calidad de los navios ynglesos y los nuestros, de lo poco velero de 
estos; de su gran defecto en no estar forrados en cobre. Concluic't con 
decir que, sino fuese por alguna casualidad que una niebla o noche 
obscura juntase a nuestras esquadras con las de los Vngleses c hiciese 
inévitable un combate, no pelearian sino quando quisiesen, y no 
querrian sino con manifiesta ventaja y superioridad de fucrza. 

Tambien este dia huvo barcos parlamentaiios. Discurrese tratan de 
acavar de embiarnos nuestros prisioneros. Algunos han vuello ya y 
no acaban de hablar de la humanidad con que los ha tratado 
M" EUiot, lo que a la verdad nos obliga mucho. Pero al mismo 
tiempo me Uena de vergucnza y de confusion lo que este babil geneial 
haria de rellexiones, viendo que entre 335 prisioneros (que sin el 
socorro de los barcos yngleses huvieran los mas o casi todos segura- 
mente perecido sumcrgidos o abrasados) no habia sino quatro oficia- 



ir>8 BlM.EriN HISPANIQUE 

les: senaldeque los demas havian cuidado de si con liempo, sallando 
en los barcos y abandonando la tropa que quedava en las notantes. 
Oigo (jue esta misma retlexion \ cargo se liizo en la tertulia o sobre- 
mesa del duqiie de Grillon a algunos ofîciales (no se si de las flotantes) 
y que â todos pareciô muy fundado». 

Veria tambien (y lo veianios todos) que las llotanles hiban sin barcos 
que sirbiesen de hospitales para los heridos, y se supo que estos se 
bajaban a las estivas de las mismas, y aun se dixo despues que no por 
escaleras, sino por traspasa, de que naciô despues la dificultad de 
volverlos â subir y recogerla (sic) : y fue causa do que perecieran 
alH miserablemente muchos : cosa digna de la mayor compasion. 

Veria asi mismo que, luego que se resolviô por los générales duque 
de Grillon y (Jôrdova que, pueslo (jue no podian soslenerse las 
notantes, se las dièse luego, se puso en egecucion la orden sin 
dar antes providencia para recoger la génie, que déviera ser lo pri- 
mero. Es de saver que quando se dio la orden para quemar las 
notantes se einbiaron por el gênerai Gôrdova las lanchas de todos los 
navios para que se embarcase en cllos la gentc : que de estas solo 
Uegaron â las notantes las que biban con olicial o guardia-niarina que 
las mandase, las demas no Uegaron y se dosviaron de proposito del 
peligro. Con que en esta parte no se lalt('t por no se liaber dado provi- 
dencia, sino por no se haber egecutado conio debia. 

Ilavian tambien venido de Cadiz los barcos de las renias que llaman 
del resguardo, mandadas pov el teniente-coronel D, Antonio Galvez, 
comandante de la baliia de Cadiz en el ramo de renias, para servir en 
lo que se olVeciese. Serian como veinfe faluas y se hallavan en el 
Fuente Mayorga â la vista de lodo, y no mas de â média légua de dis- 
tancia de las notantes. Era nalural que on aquel conniclo mas que 
nunca (o sino para que eran venidos) ayudasen a recoger la gente (pie 
por la escasez de barcos se motia en ellos |)recipitadamente. Vo ignoro 
la orden que lendrian de su gcfo, y séria sin duda (lue se acorcasen de 
las notantes; y en efecto salicron, pcro devicron de toniar olro rumbo, 
poco acoslumbrados A liros de mayor calibre (pie el de sus Irabucos. 
Dicese que se fueron liacia la punta del C-arnero. I.o cierlo es que no 
se save queoficial ni soldado alguno se re(;ogiese y salvase en los laies 
barcos. Piidioion scgiiramenle liavor sido estos barcos do mucbo 
auxilio en a((uel conllicto, y salbado la vida a algunos infelices, pero 
antepusieron a lodo el no poner â riesgo la suya. 

( hiando yo volbia de Cadiz para este campo, el dia .S dol corriente 
por la tarde, encontr(î cpic venia una gran comiliba de guardias de ;'i 

I. Il y avait eu réalité ij ofliciets, mais la n'Ilexioii de Père/ l$ayer est exacte: 
(J'ajirès l)rink\valor, l'amiral Momio (|tiilta la l^usloru un peu avaut minuit; dWrçou 
nous dit qu'il alla a terre à minuit cl demi, mais les An<;l:iis avaient \ ii (Ji-k oflicier» 
quitter lis batteries |jcau(Oup plus tôt. 



LE GRAND SIÈGE DE GltiRALTAh DE I 782 169 

cavallo hacia Algeciras. Serian liasla cienlo, casi todos montados, y 
muchos en cavallos buenos, traian regularmcnlea la dcrecha una esco- 
peta, que la faltaria un coto para llegar al suelo ; â la izquierda 
otra mas corta, o trabucode bocaancha, pislolas, espada,etc.... llabian 
sesteado en Médina Sidonia, y asi por la tarde venimos casi pareados 
hasia unos chozos que llanian Casas Viejas, donde pernotaron, y asi 
tuve basiante lugar de observarlos. Vo no acabé de hacer juicio dei 
niérito de aquella nueva tropa, ni si podria en alguna ocasion ser de 
algun probecho o utilidad a nuestro exército ; pero en gênerai me 
parecia aquel espectaculo cavalleresco y conio cosa de pavorada. 
Ygnoro aun si persisten en Puente Mayorga, y aunque con solo 
asomarme pudiera salir de la duda (porque esloi a la \isla) no he 
querido sino permanecer en ella, porque no me importa. 

Esté donde quisiere. En su propio deslino seran tropa util; la guerra 
necesita escuela, y es arle que requière tiempo para aprenderse. No se 
si es genio maldiciente mio, o lâstima de las pasadas desgracias 
lo que me hace prorrumpir en estas espresiones. A todos quisiera 
elogiar, pero, aun â los que nada entendemos de guerra ni de silios, 
nos salian de ojo y nos parccian precipitadas o prematuras algunas 
disposiciones que veiamos practicar. Basla de esto. 



JlEXES K(. 

Esta manana quando eslaba para proscguir mi ruta, nie han dicho 
permaneceria aun mi cavallo malo, y que séria arriesgarlo mucho si 
me ponia con el en marcha; por lo que a sido preciso suspender mi 
viage. Espero se halle manana mejor, Ya no me hacen fuerza tiempos 
Trios ni llovias : llegare a Madrid (juando llegare y (luisiere Dios. El 
viaje se ha de concluir como haya salud segun se proyeclô. Nada me 
gusla a médias. 

A las once de la mafiana de este dia saliô de la Plaza un barco 
parlamenlario. Dicen tratô con el, que le saliô de nueslra parte al 
cncuenlro, de la restitucion de nueslros prisioneros de las ilotantes. 
Trajo la noticia de ha ver muerlo en la Plaza uno de nuestros oficiales 
recogidos y heridos, llamado D. N. Amuleri, theniente de navio 
natural de Carlagena, sugeto acreditado y de valor; y haversele 
cnterrado en la yglesia de los caltolicos, haviendo antes recibido los 
santos sacramentos y lenido la dévida asistencia espirilualy corporal. 

Este dia hablé largo con D. Antonio de Guenca, altérez del regi- 
miento de dragones de Numancia, el quai el dia u de este mismo mes 
saliô de Porsmeuth (sicj \ en la dias justos llegô a este acampamento. 
llabia ido hallâ â conducir los prisioneros yngleses hechos en 
Mahon. Gontôme que el dia que el saliô de Pon^nieutli fsic). eslaba 



1-0 BULLETIN HISPANIQUE 

en aquel puerto el comboy destinado para cl socorro de Gibraltar, 
y que estaban con el, esperando tiempo favorable, treinta y siete navios 
de linea, las doce de très puenles, prontos â hacerse â la vêla; que se 
decia que benian resueltos â roniper por todo y pegar con las 
esquadras combinadas, y con quanto pudiesse embarazar el socorro 
de la Plaza; que el pueblo braveava y no se contenta va con esto, sino 
que havia de queniar y deslruir quanlo se le pusiese por delanle. 
Anadia este oHcial que viô el numéro y calidad de sus buques y que 
le parecia que qualquiera de nuestros navios de oclienta cafïones (sin 
conlar los sietc que hay de 1res puentes) podria balirse con uno de los 
doce que los Yngleses tienen de este porte. Esta relacion me hizo el 
citado oficial. cl (}ual me pareciô sugelo de juicio (aunquc joven), 
y que diria verdad, scgun lo que pudo baver vislo y obscrvado. 

El Senor, hasta ahora, nos lia alligido y tocado conio a Job con su 
dedo. Que sabemos si se habrâ ya contentado, y si nos de para su 
misericordia algun lance que nos consuele? El Hey es justo, y â los 
justos alterna Dios las penas y las salisi'acciones. Quiera el Senor 
succda asi, y que los que justamenlc somos afligidos por nuesiros 
pecados, respiremos algun tanlo por la consolacion de la divina mise- 
ricordia. 

Yo prolcsto que nada enticndo de gucrra ni de intcrcses politicos, 
aun de los nacionales y caseros. Es muy divcrsa mi profesion. La 
memoria de la pasada desgracia en las llotantcs, la vista de la Plaza y 
la dilicuUad de su conquista. la situacion dcl Keino y la del cxércilo 
(que de cada dia se disminuyej y otras muclias consideiacioncs, me 
hacen concluir dentro de mi, sin mas auxilios ni conocimienlos que 
mi corta lûgica, que no nos queda â los Espaiiolcs otro recurso ni 
espcranza de tejas abajo, sino la de aventurar una accion con los 
Yngleses. A mas se exponen aun ellos que nosolros si llcgamos â un 
combatc, porque eslan lejos de sus puerlos. Nadic mas que ellos a 
rchusadu cl batirse mientras ban podido, y esto les ha sido muy facil, 
cslando cercanos y â la vista de su casa, y ahora dentro de la luieslra 
vienen ;'i provocar â los mismos que mas de una vez les han tcnido 
bloqucados en Torbay y en sus mares. Prueba de que es grande 
su apuro. Pues yo, atendidas las circunstancias que cxpresc anles, no 
conlemplo que sea mcnor el nueslro, \a pues (jue lanto se arriesgan 
los Yngleses para salir de el, por que no nos hcmos de arriesgar 
nosotros ? Jacla esto aléa. 

Este era mi interior modo de discurrir (|uc nn ha mni;ho me resolvi 
â comunicar â un oficial prâctico y esperimentado. Hespondiômc que 
los Yngleses jamas pelcarian, que tcnian cl admitir y el rchusar cl 
combatc por lo mas velero de sus buques; y que jamas lo admitirian 
sino leniendo superioridad. 

En obscquiii de la vcidad dire lambicn baver nido a algunos de los 



LE GRAND SIEGE DE GIBRALIAR DE 1 782 1^1 

marinos mismos, sugetos de conocimienlo y practica, confesar que los 
Yngleses tienen otra pericia que nosotros en todo lo que es marina, la 
quai pericia, sobre la mayor agilidad de sus naves, les daba duplicada 
venlaja. l'areciame al oir esto que leia olra vez en Thucidides, o en la 
continuacion de su liistoria por \enofonte, el suceso de Clearcho, 
embiado por los Lacedemonios a Chalcedonia y Bizancio con quince 
galeras, para impedir que viniesen de aquclla parle socorros de Irigo 
a Alhcnas; las quales galeras, dicc el autor citado, que eran mas a 
propôsito para conducir Iropa (jue para pelear. En efecto nueve solo 
galeras athcnicnses que guardaban el Eslrecho de Scsto, echaron Ires 
de las quince â fondo y obligaron â relirarse â las «lemas. 

No pienso yo, con esta desaventaja de nueslros navios y de nuestra 
pericia naval rcspecto de los navios y pericia de lf»s Yngleses, aunque 
sea preciso confesarlo, la superioridad que les dan en anibos ramos 
los que hablan con plcno conocimiento de causa, ni veo lampoco 
exemplar de que nueve navios yngleses hayan vencido, ni aun atre- 
vidosc â pelear con quince espanoles. Tengan en hora buena los 
Yngleses las ventajas (pie dicen, pero no sienipre lian de poder apro- 
vecharse de ellas. Especialmenle si enlrasen en la baliia de (Jibrallar 
donde no en lodas parles hay londo baslanle para sus buques, y donde 
no seran lan faciles las evoluciones como en plena niar, l'uera de que 
ei inlroducir el coniboy en la l'iaza, que es su primer objelo, les ba 
de ser sumamenle embarazoso, y que les excedemos en once o doce 
navios todos bien Iripulados; y que nueslras lanchas bombarderas 
y caiioneras (dicen que son las primeras 29 y las segundas 07) les 
pueden incomodar mucho, y ùilimamcnle algo se ha de arriesgar con 
la esperanza de resarcir alguna de las pasadas pérdidas. 



Ici, se termine le récit de la grande attaque du i3 sep- 
tembre 1782. J'ai été amené à citer les notes des jours suivants 
parce qu'elles contiennent des détails intéressants connus 
après coup, ou qu'elles reflètent l'état desprit des olïiciers et 
des spectateurs du côté des assiégeants. Avec une partialité 
toute patriotique, Ferez Bayer, pour juger les forces de son 
pays sur mer, se laisse encore aller à l'optimisme sur les seules 
impressions d'un jeune officier de dragons et malgré l'avis de 
deux ofRciers de marine. Aussi se montre-t-il partisan d'actes 
énergiques, qui semblent assez loin des intentions de l'étal 
major franco espagnol : déjà en elïet le bruit court que treize 



l~2 tîlLLETlX HtSPAMQL'E 

navires français vont quitter Gibraltar pour aller à la Jamaïque; 
on attend de la Cour des ordres, demandés à la suite de l'échec 
du i3 septembre. Tout cela n'indique pas un parti pris très 
ferme d'ofïensive, et en réalité une telle solution eût été hasar- 
deuse. Pendant ces quelques jours dincertitude, la pensée de 
Perez Bayer ne pouvait se détacher du désastre : il écrit le 
19 qu'il faut l'attribuer à la précipitation avec laquelle on a 
engagé l'attaque en négligeant les précautions nécessaires'. 
11 y revient plus tard avec ses amis; c'est ainsi que rencon- 
trant le lundi :?,), à Algéciras, Barcelo, l'inventeur des cha- 
loupes canonnières, il le trouva furieux : 

llablava con el ardor que pudiera un joven, y se explayô mucho 
conniigo... Ilavia pedido las lanchas bombarderas y caùoneras para 
hacer una diversion por Punta de Europa, mientras durara la accion 
y empeno de las notantes, y qiie se le negô: que sin embargo fue balla, 
por ({ue no le sufriô olra cosa su ânimo : que viô aquella catastrofe, 
que recogiô â los que pudo y les condujo â Algéciras, penelrado de 
amargura â visla de lantas desgracias y pérdidas. Dixomc aun mas, y, 
aunque no me encargô secreto ni reserba, hay cosas que la Uevan 
consigo, ni yo crehi que en aquel sugeto fuesen sino mero desaogo de 
su dolor. 

Après le grand ellorl du 10, une certaine accalmie avait 
succédé aux tempêtes du bombardement. La canonnade avait 
d'ailleurs provoqué les pluies auxquelles Perez Bayer fait 
allusion. Le 20, il y eut une alerte vers une heure du matin : 
on entendit des coups de canon vers la Punta del Carnero. 
Perez Bayer se mit à la fenêtre croyant voir déboucher la 
tlotte anglaise : 

ll.icia poco viento ponicnlc inclinado â norle, y veiamos algunas 
que nos parecian l)onibas que iban liacia Africa, pero en la realldad 
hcran espoletas separadas de las bombas que llebaba el vienlo hacia 
aquella parle; vimos despues rebentar uiia u otra bomba en cl monte 
do (iibrallar y en la Pla/a, y sacamos que cran rmeslras bombarderas 
(pie liacian aquella diversion. Sobrevino poco dospues cl marques de 
Alos, cl (pial venia de la casa del gcricral du(pic de Ctillon, y nos 
contiruK» lo rnisnio. y dixo se las havia dadd ordcn para (|ue salicsci). 

I. C<->t aussi l'iivi^ de irAnoii. \\ csl iiiU'-rcssHiil de le Miir tonliiinr \>i\v l'en/ 
ItaMT i|iii répf'lf ici ili-s coiiMT^iilioiis il'olTiciers. 



LE GRAND SIÈGE DE GIBRALTAR DE 1 783 IJ^ 

Reparamos que muchas de las bombas perdian en el camino sus 
espolelas, y por consiguiente llegarian a la Plaza sin disparar y que 
otro dia nos las volverian los Yngleses mejor dispuestas. Duraria el 
fuego de las bombarderas hasta las dos y média. La Plaza no corres- 
pondiô ni alcanzarian alla sus tiros. 

Ce jour-là et le 21 les négociations continuèrent pour la 
restitution des prisonniers espagnols. On s'occupait en même 
temps de dresser le bilan du désastre. Mais les chiffres des 
tués et des blessés variaient tellement que Ferez Bayer se 
refuse à en donner aucun'. 

Enfin, le mercredi 23, à trois heures de l'après-midi, il 
s'éloigna d'Algéciras et de sa baie désormais tragique. 

Albert GIRARD, 
Membre de l'École des Hautes Études hispaniques. 



I. Drinkwater écrit que, d'après ce que les Anglais ont vu de morts sur les 
batteries et d'après les dires des prisonniers, on peut évaluer les pertes, y compris les 
prisonniers, à environ 2,000 liommes; les Anglais auraient eu 16 tués et G8 blessés. 
D'après d'Arçon, les batteries perdirent 3oo hommes et les Anglais 80. D'après Bélizal, 
il y eut 8 ofliciers tués sur la Pastora, lo sur la TagliaPiedra, et pour l'ensemble 
des dix batteries 900 hommes tués, blessés ou noyés. Ces deux derniers chiffres 
semblent assez près de la vérité et ne sont pas contradictoires, car d'Arçon ne 
comprend pas les blessés dans le chiffre des pertes et il n'est pas extraordinaire de 
supposer 600 blessés pour 3oo tués. La Gaceta de Madrid du 24 septembre donna 
comme perles 898 morts, 638 blessés, 18 contusions, 53 noyés, 335 prisonniers. Ces 
perles relativement élevées à bord des batteries étaient toutes ducs au canon, aucune 
aux bombes. Les Anglais, nous dit en effet d'Arçon, visaient les embrasures et 
tiraient avec une grande précision. Il y avait sur les batteries 5,20o hommes. La 
garnison de la place d'après Ancell (op. cit., p. aSi) s'élevait à 5, 703 hommes. 



Bull, hlspan. 



QLELQUES PARTICULARITÉS DE LA LANGUE PARLÉE 

D'APRÈS LE THEATRE DE M. JACINTO BENAVENTE 



S'il existe, comme l'assurent certains philologues, une 
différence capitale entre la stylistique, étude générale des 
phénomènes d'expression, et le style, système de procédés 
individuels coordonnés en vue d'une fin esthétique, on ne 
saurait, en principe, considérer comme document authen- 
tique sur la langue parlée un texte, même familier, quand 
il est d'origine littéraire. C'est du moins ce que prétend 
M. Gh. Bally qui annonce l'intention de réagir contre 
« l'habitude vingt fois séculaire d'étudier le langage à travers 
la littérature » : « On a dit que le style c'est l'homme, ajoute 
le professeur de Genève, et cette vérité que nous ne contestons 
pas, pourrait faire croire qu'en étudiant le style de Balzac, par 
exemple, on étudie la stylistique individuelle de Balzac. Ce serait 
une grossière erreur. Il y a un fossé infranchissable entre 
l'emploi du langage par un individu dans les circonstances 
générales et communes imposées à tout un groupe linguis- 
tique et l'emploi qu'en fait un poète, un romancier, un 
orateur'. » 

Pourtant M. Ch. Balh admet l'existence de cas intermé- 
diaires. Or, si la règle formulée plus haut soulïre quelques 
exceptions, c'est assurément en ce qui regarde les romans 
dialogues ou les œuvres dramatiques. Au théâtre, cl surtout 
dans la comédie, les personnages ne vivent que dans la 
mesure où ils reflètent les sentiments d'une collectivité. Le 
langage qu'on leur prête n'est pas toujours celui de la grande 
majorité de leurs contemporains, mais il doit se rapprocher 
assez de l'usage courant pour permettre au spectateur de 

I. Ch. Ually, Traité de stylistique franraisc, l*;iri>, Kliiicksicck, l. I, p. if). 



(QUELQUES PAKTICULARITÉS DE LA LANGUE PARLÉE l'O 

localiser la scène immédiatement. On aura donc quelques 
chances, dans un dialogue qui prétend reproduire l'actualité 
ou peindre un milieu social, de saisir les tendances essen- 
tielles d'une langue en voie de transformation. 

Mais il importe, en premier lieu, d'écarter de cette enquête 
les phénomènes qui trahissent une intention esthétique et qui 
relèvent, par conséquent, du style proprement dit. M. Bena- 
vente fait à 1' « optique théâtrale », pour reprendre une 
formule de Victor Hugo, des concessions de deux sortes. 
Tantôt il vise à l'esprit, tantôt il cherche à obtenir un efl'et de 
pathétique. Dans le premier cas, il multiplie les alliances de 
mots, les oppositions, les relraécanos, les calembours (Ex. : El 
papel hombre ha subido mucho, 1, 8; Tu vida es asi, toda 
verdad, pero una verdad cada ora, que es una mentira de toda 
la vida, 111, 170; La primogenitura del arte vendida... por 
menos que unas lenlejas, por cl brillo de unas lentejuelas, 111, 
i38')- Dans le second, il s'inspire des traditions du style 
oratoire. On sait que les Romains, habitués à relier toutes 
leurs phrases au moyen de conjonctions ou de relatifs, usaient 
parfois de l'asyndètc ou disjonction. Cette habitude s'est 
conservée en espagnol. On peut regarder comme tout à fait 
régulière la suppression de por lo menos quand il s'agit de 
rendre l'idée marquée en français par du moins ^. 11 est plus 
rare qu'on omette pero ou sino que. Cependant M. Benavente 
n'hésite pas à le faire dès que le ton s'élève. Ex. : « llay 
palabras irréparables, no las que se dicen sin pensar, por 
duras que sean, — las que revelan que se han pensado antes 
muchas veces y muy despacio », III, 180. Cf. V, 229 ; VI, 49. 

Il est nécessaire, d'autre part, de tenir compte des modi- 
fications linguistiques imposées par la peinture d'un milieu 
trop spécial. C'est ainsi que dans les pièces à décor champêtre, 
notamment dans Senora ama, où il met en scène des paysans 



1 . Je cite l'édition complète (Madrid, siiccsores de Hernando) pour tous le» 
ouvrages mentionnés, sauf pour le Tealro Ràpido qui fait partie de la collection 
Diamanle. 

2. « Todavi'a influye eu nosotros, si no por sus libres, apenas leidos y a, — por el 
jugo y la médula que estos libros contenian » Menéndez y Pelayo; cité par M°* Pardo 
Bazân, Lit. francesa, El romanticismo, p. 75. 



1-^6 BLLLETlN HISPAMQL E 

de la Nouvelle Castille, M. Benavente emploie systéma- 
tiquement les archaïsmes de syntaxe. Par exemple, après le 
gérondif précédé de en, il répète d'une façon pléonastique le 
verbe employé à un mode personnel (En Juntdndose que .se 
junlan dos mujcres, ya esta el infîerno. XVII, 21'). II fait 
suivre de la préposition de un certain nombre de verbes ou de 
locutions qui ne l'admettent plus aujourd'hui devant un 
infinitif (No, Feliciano, que yo no puedo permitir de perder 
mi honra, XVII, i^'i; que si viejo da yloria de verlo, que no 
séria cuando era mas nuevo, XVII, i4^). Enfin il renverse à 
plaisir l'ordre des pronoms, soumis aujourd'hui à des règles 
fixes (que no hay como que le deseen a uno la muerte, pa ano 
no morirse nunca, XVIII, 211'^). 

On doit noter enfin que beaucoup d'individus, principalement 
dans les milieux populaires, se distinguent de leur groupe lin- 
guistique par l'emploi de certaines locutions qu'ils affectionnent 
et qui reviennent, dès qu'ils prennent la parole, comme une 
sorte de leit-rnotiv. Les romanciers ont très souvent tiré parti 
de ces midelillas, utiles surtout pour camper des grotesques^. 
On remarquera toutefois que les tics ne correspondent pas 
toujours à des innovations verbales. D'ordinaire l'originalité 
d'un personnage se manifeste moins par un néologisme de 
syntaxe ou de vocabulaire que par la répétition abusive d'une 
formule courante (A'o créa usled, IV, 19; lîiase usied, XVIII, 91; 
Sabe usted, VI, 2i3). Certains verbes d'emploi trivial, comme 



1. Comparer dans Cervantes: « Dijo lambi('-n c('>ni() >u seTHir, en trayendo que le 
Irujese buen despacho de la sefiora Dulcinea del Toboso, se babi'a de poner en ramino 
â procurar ci')mo ser emperador 6 por lo menos inonarca », D. Quijote, Ed. Dubois, 
r,arnier, p. 2o(J. 

2. Dans son Dicclonario de Galicisinos, Harall a nionlr('' <pie cet emploi était géné- 
ralisé au w II* siècle. 

3. De même dans la Crûnica gênerai: « Senor, grant lucrto séria en vos yo non 
servir)}, cité par M. Menéndez y Pelavo. Ant. de Poêlas liricos, I. M, p. ?>ii\. Dans le 
I)ortuj^ais qui se parle aujourd'hui, on retrouverait, à côté des constructions cal(|uées 
M\T le castillan moderne, une foule de tournures manifestement archaïques et «pii 
font double em|)loi avec les précédentes. Ex. : poder-se-hia dizer; elle, cm verdade, 
era o culpado de me terem eleito; aproveito a occasiào para llie recomendar niuito 
(yic,..; depois d'elln <!star na sala, etc. 

4. M. Pérez Galdos en fait un emploi constant. Dans Fortunata y Jacinla, Casa 
Miitioz répète involucrar; Torqucmada, materialisino ; le prêtre, esta es la cosa; une 
commerçante qui a vécu en France, por «yempio ," Doua Lupe, en loda la extension de 
la palabra. 



QUEJ.QUES PARTICULARITES DE LA LANGUE PARLEE 1 77 

descolyarse, pegar, [jinlar, nous avertissent, à la manière d'une 
clé musicale, que les idées sont transposées dans le mode 
vulgaire. On en peut dire autant de l'accumulation de usled 
ou de uno (dans le sens de on) Ex. : « Dejar aquel Madrid con 
aquella casa, que abre usted los balcones anochecido y tiene 
usled que cerrarlos; y ustedes los seiiores, que tienen nsledes 
aquel Recoletos 6 se pasean ustedes en tranvia arriba y abajo, 
que se constipa una de fresco ! ; Es una que tiene que estar al 
lado del fogon, y no lo cambio por este poblacho! jy la de 
bichos que le pican a una » VI, i86. 

Ces réserves faites, dès qu'on élimine les artifices de style, 
les tours de langage destinés à peindre un milieu restreint, 
les tics individuels, il reste possible de circonscrire les phéno- 
mènes qui relèvent du langage inconscient et qui trouvent 
leur expression, sous des formes distinctes suivant le degré de 
culture des interlocuteurs mais non contradictoires, dans la 
conversation intermédiaire entre l'argot semé de barbarismes 
et la prose oratoire. 



Renouvellement de l'expression. 

Il ne serait pas juste d'affirmer que la langue parlée recher- 
che, d'une manière uniforme, l'expression intense. Nous avons 
montré dans un article précédent qu'elle atténue parfois. Au 
terme propre elle substitue volontiers un équivalent de sens 
plus compréhensif. Ex. : « Son cosas incompatibles. Pero me 
quedo con el tranvia (prefiero), VI, 182; Gracias a que cada 
ano van siendo menos » (disminuyen), XVIII, 37. Ces tournures 
analytiques offrent l'avantage de renfermer des mots très 
familiers et par suite dépourvus de toute affectation. Il n'en 
est pas moins certain que les phénomènes d'intensification 
sont fréquents dans la conversation banale. Quelques termes 
acquièrent, par leur sonorité même, une valeur augmentative. 
Tels sont les substantifs terminés en ad (preciosidad, barba- 
ridad). On les utilise aussi au pluriel (un conjunto de poqne- 



1-8 BI LLETIN HISPANIQUE 

dades, I, 89). D'autres passent du sens restreint au sens large' 
(ïodas las mananas hace que me traigan una porciôn de ellas, 
I, 37; Y mira que yo te he visto reces enamorada, II, 206). Un 
mot peut se trouver renforcé par la suppression de radjectif 
qui l'accompagne habituellement (Yo no me voy sin despe- 
dirme de la senorita; esas no son formas de persona, II, 271. 
Il faut sous-cntendre décente). Le plus souvent, c'est par un 
procédé de transposition que l'importance d'un terme se 
trouve accrue: passage du concret à l'abstrait (pujan por 
capricho y sube todo un disparate, II, 208. De même on dit: 
come un sentido); emploi d'un singulier dans le sens d'un 
pluriel (La localidad alta amenaza hundirse, V, [\i\ j Ay que 
bonito! ; Cuanto torerol, Y, i6/i) emploi d'un pluriel dans le 
sens d'un singulier (Yo hice los imposibles para reunir una 
noche a la semana en mi casa a lo mejor de Moraleda, II, 107). 
Un mot incolore peut être mis en relief par le contexte, au 
moyen des adjectifs puro, limpio, maldito, real, sanlo, murho 
(Es mwr/io jabonero aquel segundo, V, 5/i ; ; Si no bas pensado 
nunca mas que en tu real persona!, IV, io3); du pronom cada 
(Y toma cada cocktail, I, i56. Cf. Y, 198, 209'); de la conjonc- 
tion (]ue (Un loco hace ciento y don Espiritu, como yo le 
llamo, esta... pero que de remate, II, 206). Une ressource 
dernière, c'est le néologisme, ramené aux procédés usuels de 
juxtaposition {aguafiestas, 1, 44; yernocracia, II, 179) ou de 
dérivation (mariposear, I, 9; plumeor, I, 18^1; matrimoniar, Y, 
59 ; novelatde, lY, 99 ; mieditis, V, i42). Mais il est incontestable 
que le gallicisme 2 intervient, dans le renouvellement de 



I. Nous retrouvons quelques-uns de ces procédés en français. Ex.: Suppression 
(l'un mot utile: t une nouvelle paire de lactées aux pâlies », l,a\ edan. Nouveau jeu, p. ;^o ; 
Pluriel pour un singulier: « on s'inquiète de la f^randeur de ces espaces, de ces immobi- 
lités noires cl lisses de la mer», ChovnWon, Sanctuaires et paysages d''Asie,p. lo; Adjec- 
lijs emplialiques : « Dans quel sacré de sacré de pélrin », Nouveau Jeu, p. 8/| ; Dérivation: 
<< L'épagneul grondaille », ib., p. io.3 « Je m'aphone à le le dire », ib., iS; Emploi de que 
erclamatif: « Tu peux y complcr. El (/u'elles ne Iraîneraienl pas mes respeclueuscs ! 
(ju'cWus l'arriveraionl toutes les Irois, bien mignonnes, à la (lie indienne », ib., i8. 

1. Cr. Pio Baroja, La Busca: « A mf me dan cada siislo » p. id'i. 

2. M. Benavcnlc, renouvelant les plaisanteries de Uretim, s'esl moqué à dilTérentes 
reprises, notamment dans La fuerza l>ruta el Modas, de l'accent de nos compalrioles 
qui écorchent l'espagnol. Notons sans esprit de représailles que la plupart des cita- 
tions franvaises de son œuvre sont détlgurécs par des fautes d'impression qu'il serait 
facile de l'aire disparaître des éditions suivantes. 



QUELQUES PARTICULARITES DE LA LANGUE PARLEE 1 79 

l'expression, comme un facteur important. Négligeons les 
termes répondant à des besoins nouveaux et qu'on nous 
emprunte comme nous les empruntons nous-mêmes aux 
Anglais {neceser, antuca, chauffeur, reportera). On s'explique 
moins que les mots chantage, morgue, parvenu soient inva- 
riablement cités en français'. En admettant que le premier 
s'impose par suite de l'évolution des mœurs, le second serait 
assez bien rendu par ceno"^ et M. Benavente donne lui-même 
une traduction du troisième, nobles allegadlzos^, à laquelle on 
pourrait ajouter les termes proposés par Baralt : hombre de 
fortuna, advenedizo, hombre de ayer, hombre nuevo. Même si 
l'on accorde que JJanear'* n'a pas d'équivalent, est- il bien 
nécessaire d'adopter flirleo quand on a coquetear, sport quand 
on a déporte'^, sandunch quand on a emparedado, serre quand 
on dispose de trois synonymes <•, estufa, inverndculo, inverna- 
dero. A Santa Niluche (XVII, 255), Breton, qui ne transigeait 
pas, aurait substitué la mosquita muerta ou la gatita de Mari- 
Ramos. Toujours est-il que le gallicisme calculé (una de mis 
clientes mas distinguidas, IV, lo) ou involontaire (con que 
frescura hace el arlfculo, I, m ; he notado que haces la corte 
a la hija de Montes, I, 192; Sienten la provincia de una légua 
IV, 18) entre mieux que jamais dans les habitudes de la 
société polie. Nous aurions d'ailleurs mauvaise grâce à nous 
en plaindre. 

1. Benavente XVII, 188: «Todo el mundo dice que se trata de un chanta(je, que 
esas cartas no pueden ser de Don Patricio ». De même Baroja, Mala hierba, p. i4i: 
« El chantage en manos del dircctor del peri(')dico se convertia en terrible arma de 
combate ». — Benavente, Figulinas, 167: « Bien sabes el tono de aquella corte. Una 
morgue insufrible ». — Benavente WII, i58: « Dominan \os parvenus... y el dinero es 
insolente ». 

2. Larreta, La gloria de Don Ramiro, p. 79: «Su ceno altivo, asf como sus ancbas 
espaldas imponian, à todo cl que hablaba con él, un trato ceremonioso ». 

3. Benavente, Figulinas, p. 80: « Todos estos nobles allegadizos llevan ti'tulos de 
santost. 

Ix. BenaAente, FiguL, 99 : * Flaneo solo û con el primer amigo que encuentro ». 

5. C'est du moins l'avis d'un philologue américain, M. Juan B. Selva : « Hay, en 
America como en Espana, quienes encuentran mâs propio decir 6 escribir block, 
confort, briganle, enquête, sport, réclame, etc., sin saber que el habla propia ticne 
voces que significan lo mismo (bloque, conforte, bergante, encuesta, déporte, reclamo) ». 
Reproduit dans La Lectura, février 191 1, p. aSi. 

C. Pardo Bazân, La Madré naturaleza, p. 8 : « Siendo muy bajo el sitio é impregnado 
del agua que recogîa como tina urna, y del calor que almacenaba en su recinto, orien- 
tado al mediodia,encerraba una vegetaci(')n de inverndculo )>, Benavente, 1. i^a : « Acom- 
pâiïame al invernadero». Ib., XVII, i5S: «La distinciôn es llor de estufa delicada », 



l8o BULLETIN HISPANIQUE 



Tournures exclamatives. 

Dans le dialogue animé les phrases régulièrement agencées 
et présentant un sens complet ne sont pas les plus fréquentes. 
L'intonation suffit, d'ordinaire, pour éclairer les constructions 
elliptiques. Mais il n'est pas toujours facile de marquer au 
moyen des signes de ponctuation à quelle nuance du sentiment 
et de la pensée elle correspond. Pour les souhaits, par exemple, 
l'espagnol emploie des tournures faussement interrogatives ou 
faussement dubitatives ([Quién supiera escribir! Campoamor 
— ; Si se hubieran conocido antesl)'. De même, à côté des 
locutions positives formées par l'adjectif précédé de mas ou de 
tan, par le verbe précédé de y eso que ou lo que, on rencontre 
des phrases exclamatives où la négation sert à exprimer l'évi- 
dence et la certitude (iAo he de acordarme ! XVIIl, 'à^). Celte 
exclamation n'est en réalité qu'une interrogation à réponse 
prévue, comparable au latin nonne. Il est d'autres cas où la 
présence de la négation s'explique par une sorte de raisonne- 
ment par l'absurde (Sin dinero, en todas partes es mala. Pero 
con la mitad del dineral que gasta una en este extranjero, 
vamos, que no viviria una en Madrid ricamente, y sobre todo, 
luciria una con los amigos y daria una déniera a mus de cualro, 
III, 25o). Toujours est-il que l'emploi de la négation scst 
généralisé après les interjections (; Setenla afios corriendo por 
esos mundos! j Lo que yo no baya vistol, V. 208). On peut 
justifier cet usage de deux manières, d'abord en montrant que 
ces exclamations sont des interrogations directes ou indirectes-, 
d'autre part en rappelant que la négation est souvent explétive 
en espagnol après les comparatifs, après hasla, apenas, por 
poco, etc.'^... 

1. Palacio Valdés. El Maeslranle, p. ii/i. 

2. « Il est préftrablc, dit M. Mally, de supprimer cotte disliiiclioa usuelle entre 
deux groupes de faits d'iiilouation (|ui en réalité ne sont séparés par rien d'essentiel. 
Disons cjue l'interrogation qui n'interroge pas appartient au langage dit exclaniatif », 
Traité de stylistique française, l. 1, p. a6(j. On trouve aussi en français des inlerroga- 
ticns devenues exclamatives. Ex.: «Vas-tu assez t'ennuyer, mon pau\re vieux In, 
Lavedan, Le nouveau jeu, p. 65. 

3. Fortuiiata y Jacinta, t. Il, p. 79: « Me parecii'> l»ien no decirtc nada Itastu no 
tralarle un poco ». — Baroja, I.n liusca, p. 33: « Irène, la culpable del escrindalo de la 



QUELQUES PARTICl LVRITÉS DE LA LANGUE PARLEE l8l 

Par un procédé analogue, dans des phrases qui n'ont plus 
rien de dubitatif, si intervient comme une affirmation, avec la 
valeur du français puisque (No se porqué presiento que hemos 
de ser muy buenas amigas. ,rTiene usted muchas? jYa lo he 
visto ! Yo también : ; Si todas las muchachas que conozco son 
amigas mi'as, I, 197). Cet emploi n'est pas sans rapport avec 
la syntaxe des propositions conditionnelles. En effet, la con- 
jonction si exprime non seulement les hypothèses réalisables 
ou irréalisables, mais encore les hypothèses réalisées. 11 en va 
de même pour le latin siquidem, qu'on rend quelquefois par 
attendu que. Ajoutons que la tournure exclamative est souvent 
le résultat d'une ellipse. La proposition principale a disparu 
et avec elle l'affirmation qu'elle contenait. Il ne reste plus que 
l'argument destiné à la motiver (Pero si me pierdo, que no me 
busquen en Madrid ni en el extranjero. Si en Madrid no es 
posible tratarse con nadie. II, 98). D'autre part les constructions 
interrogatives, par un processus différent, conduisent aux 
exclamations affirmatives. On voit déjà poindre le sens inter- 
rogatif dans cette phrase conditionnelle (Y por si a ti te ciegan 
antiguos rencores que no deben subsistir entre nosotros, 
Maria juzgara, I, 19)'. De cet emploi on passe à l'interrogation 
indirecte proprement dite {En cuanto a si la nina sera bien 
recibida 6 mal recibida ya me parece que exagéras, I, i53)2. 
Qu'une ellipse intervienne, nous aurons une interrogation 
directe (Voy a la Presidencia del Gonsejo... dQue si me dejarun 
entrar? Lo mismo que si entrara en mi propio domicilio)^. 
Entre le si interrogatif et le si exclamatif la transition est facile 
(jcuidado si estas guapa esta noche!, 1, i38; ;0h! si es un 

noche anterior, una muchacha de quince â diez y seis aùos, de cabeza gorda, manos 
y pies grandes, cuerpo sin desarrollo complelo y ademanes pesados y lorpes, no 
hablaba apenas ni separaba la vista del plato ». — 76., p. 76: « Y al dia siguieiîte yo 
cogi un delantal obscuro de mi padre y lo até en un palo y fuimos detrâs de los que 
Uevabao la bandera espaùola, y por poco no se la quitamos ». 

1. Comparer en latin: « Aeneas scopulum interea conscendit et omnem | prospec- 
lum laie pelago petit, Anthea si quem | jactalum vento videat », Aen., I, 180-82. 

2. Cf. « Ce n'est pas à moi à prononcer sur la question si l'Espagne ne pouvant 
faire le commerce des Indes par elle-même, il ne vaudrait pas mieux qu'elle le rendit 
libre au.t étrangers», Esprit des Lois, L. XXI, Cb. XXIII. 

3. Taboada, Cursilones, p. 76. Nous avons bien en français un si exclamatif, mais 
surtout dans les pbrases négatives. « Si ce n'est pas une calamité! », Courteline, Les 
ronds-de-cuir, p. 8. 



I<52 BULLETIN HISPANIQUE 

acontecimiento que vengan cuatro personas de la familia a 
almorzar, IV, 72). A ces deux explications il en faut ajouter 
une troisième: si peut se construire, aussi bien que no, dune 
manière explétive. Dans ce dernier cas il double sans utilité la 
conjonction que (Ella hasta parece que se alegra si alguién 
viene y le dice que Feliciano Ueva a sus majas como unas 
reinas y </iie si lucen y que si triunfan, XYIl, 66). 



Anacoluthe. 

On a constaté maintes fois que les langues ne sont pas gou- 
vernées par la logique. Souvent les déformations inconscientes 
sont régularisées par l'usage et ratifiées par les grammairiens. 
Entre les incorrections de la foule ignorante et les exceptions 
faisant corps avec la syntaxe, la distance ne paraît pas infran- 
chissable'. 

C'est peut-être en ce qui regarde la syntaxe d'accord (ju'il 
règne, dans les langues romanes, la plus grande incertitude. 
Chez les illettrés, la syllepsc est naturellement beaucoup plus 
fréquente que dans la conversation des gens du monde (Pero 
que os teniais creîo, que nadie estdbamos enteraos? XVII, 10; 
an tes, aquî el que leniamos un carro y un par de bueyes o de 
vacas, nunca le faltaba naa y siemprc podfa decirse que ténia 
dinero, XVIII, 228). Quittons le village, élevons-nous de quel- 
ques degrés dans la hiérarchie sociale, nous retrouverons des 
constructions analogues (quiero ver trajes y senoras élégantes 
y que me digas (luiéii son, ahora que conoccs a tanta gentc, 
lll, i35). On peut dire que ces tournures sont essentiellement 
conformes aux tendances de l'espagnol moderne. Souvent 
dans la langue écrite un singulier sert à exprimer une idée 

I. C'est une vérité que les grammairiens ne contcstont plus aujnur<rhui :<(Todosos 
fcnomenos linguislicos i(n-n\ sua razào de scr, e mcTcrem scr cstudados,ainda os casos 
nionstruosos, os fcnomenos leratoligicos. R' o que fazcm os mostres acluais da ciéncia 
da linguaj(,'ni, que analisam, espcculam as rausas, determinam as condicôes em que 
os factos se produziram, nào lanzam, de ânimn lovo, anatemas sobre palavras e 
fxpressûes e cliegam a provar que as iocurûcs clianiadas viciosas nào se Ibrmaram 
por procf'ssos divcrsos da(|uol('s scgundoos quais se coiistiluiram os termos e locu(,ô('s 
da linj,'ua classica. x Marii) Hnrrcln, Almanaqiie lirftsili'iro, n)ii, p. 3GK. 



QUELQUES PARTICULARITÉS DE LA LANGUE PARLEE 1 83 

collective (Todo el que se proponga obtener el dineio consuetu- 
dinario... debe tener en cuenta que la mayorîa de los mortales 
esta en Babia'). Le verbe s'accorde régulièrement avec un 
attribut au pluriel quand le sujet reste au singulier (El tiempo 
ha demostrado que lo nacional en Francia son Racine y Cor- 
neille =*). Il n'en a pas toujours été ainsi. Tandis que Cervantes 
écrivait : « Y el primero que Maese Nicolas le àiôfac los cualro 
de Amadis de Gaula», M™" de Sévigné disait : « Sa maladie 
sont les vapeurs^ ». On voit que les deux langues ont évolué 
dans une direction opposée. 

L'espagnol en use plus librement encore avec les relatifs. Dans 
la bouche des ignorants (jae sufïit à exprimer tous les rapports de 
corrélation et de subordination^ (Seis pesetas porun cuartucho 
con una ventana à un patio y una cama que yo sola no cojo, 
V, i5. Cojo est ici un barbarisme pour quepo). On retrouve en 
français les mêmes incorrections : « Un homme que j ai été à 
sa noce » (Moinaux)». Elles ont même été ratifiées, dans certains 
cas, par la langue littéraire : a Les jours qu'il faisait trop chaud, 
ils ne sortaient pas » (Flaubert)''. On ne s'étonnera donc pas de 
rencontrer chez M. Benavente des phrases comme celles-ci : 
« Llevan mucho esos trajes que me gustan tanto, esos que dices 
tu que parecen bizantinos, III, i35; Visitas y compras que a 
cualquier hora y cualquier dia da lo mismo », 1 , 1 4 . H faut noter 
cependant que les rapports de subordination sont moins nette- 
ment indiqués en espagnol qu'en français. On se rappelle que 
les Latins remplaçaient par un démonstratif un relatif qui 
arrivait après une première proposition, déjà relative: « Omnes 
tum fere qui nec extra urbem banc vixerant nec eos aliqua 
barbaries domestica infuscaverat, recte loquebantur". » \oilà 



1. Taboada, Cursilones, p. i65. 

2. Pardo Bazân, Lit. francesa, El Romanticismo, p. 190. 

3. J'emprunte ces exemples à M. Dubois, qui a fait la même remarque dans son 
édition du Don Quijote, p. ;!i5. 

4. Chez les classiques que équivaut à un pronom relatif construit avec une prépo- 
sition. Voir à ce sujet la remarque de M. Morel-Fatio dans son étude sur « Graciân 
interprété par Schopenhauer », § 19S Bulletin hispanique, octobre-décembre 1910. 

5. Haas, Neufranzusische Syntax, p. 2Cib. 

6. ]bid., p, 33i. 

7. Riemann, Syntaxe latine, 3' éd., p. /i3. De même en français : « Ils avaient aussi 
des boucliers d'airain (/a'ils tiraient tout rouges du feu et les remplissaient de sable 



l84 BULLETIIN HISPANIQUE 

qui justifie certaines constructions du castillan moderne ou 
ancien (A ver falleciô D. Fulano de Tal, Alcalde de este pueblo, 
que era un solemne bribon y no babia quien le sacara una 
peseta'). La seconde proposition est plutôt coordonnée que 
subordonnée (Se que ha dispuesto usted una visita al circulo 
de que soy présidente honorario ,v propietario de la finca, Y, 
109). Cette habitude paraît si conforme au génie de la langue 
espagnole, qu'elle trouve son application même dans la 
syntaxe des prépositions, où nous rencontrons toutes les 
formes du zeugma et de la brachylogie (Ya sabe usted que don 
Teodoro es el unico que sabe escribir comedias â la medida y 
paru usted sobre todo, I, 261; Gierto que, si cuando nos 
sentamos à escribir hubieramos de tomar la escopeta y el 
morral y echarnos al monte, cada y cuando que nos ocurre el 
« punto de vista » para andar à caza de otra frase, ni fiambrc- 
escribirîamos). Il y a vraisemblablement une intention d'ar- 
chaïsme dans la dernière des phrases que nous citons. On 
retrouve en effet cada y cuando chez Cervantes 3. 

D'autre part, c'est en vain qu'on chercherait l'application 
d'une logique rigoureuse dans les diilerentes constructions de 
l'infinitif. On le rencontre sans sujet ou sans complément 
(Salîa Gucrra de alli con la cabeza medio trastornada, porque 
las ideas expuestas con tanto donaire y sencillez por su amiga 
le seducîan y cautivaban sin nielerse a examinarlas con auxilio 
de la razon''; — llay palabras irréparables, no las que se 
dicen sin pensar, por duras que scan, III, 180). Quand deux 
infinitifs se suivent, il est naturel (jue le sujet ou le complé- 
ment du premier ou du second soient sous-enlendus (Ks Mr. 
lilaw uno de los hombres m;is estimables que puedan hallarsc 



embrase» (\augolas) Syntaxe française du xvil' siècle, A. Ilaasc, Irad. Olicrt, Paris, 
i8f)8, p. iaâ. 

I. Taboada, Cnrsilones, p. 5'|. De même: « ; â él â {piicii habi'a qtic sacar las pala- 
bras con tirabiizôn y on su vida babîa praslado la nias scncilla chanza!» l'alacio 
Valdés, lU Maeslranle, j). 172. 

u. Lcctura, septiembre l'ji i, p. iji. Article tie M. Julio Ccjador. 

3. : a Dorotea consolô â Santlio l*an/.a, «liciénilolo (juo radn y cuando <iae pareciese 
babcr sido vcrdad que su amo liul)icse descabezado al fîi;,''anlc, le pronielia eu vién- 
dose pacîlica en su reino, de darle el mejor condadu que en él bubiese.» lui. Dubois. 
p. 3G2. 

4. Pérez Galdc'is. Anijel Guerra, II, 207. 



QLÊLQLJES PARTÎCL f. VRITÉS IlE LA t.\>GUE PAKLÉK. iS5 

y d quien es imposible conocer sin amar^; — Pero mire usted, 
el matrimonio yo creo que se ha hecho para completarse y 
encontrar cada uno lo que le hace falta, XVIII, 91). L'infinitif, 
comme on le voit par ce dernier cas, peut se construire aussi 
d'une manière impersonnelle (Senti cierla mortificacion del 
amor propio por no haberse contado conmigo para formar 
parte de aquella denodada légion 2). Si l'on ajoute qu'il s'em- 
ploie souvent avec la valeur d'un substantif et qu'il forme 
avec la proposition sin de véritables mots composés à sens 
négatif (Tenîamos aquellos terrenos sin cultivai-, I, 108), on 
comprendra qu'il s'émancipe quelquefois de la construction 
normale pour entrer dans des locutions vicieuses et irréduc- 
tibles à l'analyse (Le puede a uno enganar su mujer y ser un 
buen gobernador, V, 49^). Les deux infinitifs sont juxtaposés 
et paraissent jouer le même rôle. Cependant, le complément 
de l'un est sujet de l'autre. De même dans l'exemple suivant : 
Telefonee usted, para saher lo que ocurre, XVIII, 46, le sujet 
de saber n'est pas usted comme on pourrait le supposer, mais 
nosotros sous-entendu, ainsi qu'il résulte du contexte. Quel- 
quefois, cette construction illogique correspond à un véritable 
renversement des valeurs ( ! Que no vean que hcmos Uorao ! 
Buena cara tienes pa no conocerlo'*, XVII, loô). Celui qui 
paraît exercer l'action est au contraire celui qui la subit. Le 
passage du sens actif au sens passif ou du sens passif au sens 
actif n'a du reste rien de contraire au génie même de la 
langue espagnole. On s'en apercevra pour peu qu'on étudie la 
valeur du participe passé, soit dans les verbes transitifs (Noso- 
tros, los de los latiguillos, estamos mandados retirar, I, 262. 

I. Z,ec<ura, julio 191 1, p. 333. 

3. Pereda, Penas arriba, p. 4oo. 

3. Il y a une irrégularité du même genre dans celte phrase de Cervantos : « llizo 
Sancho costal de su gabân, y rccogiendo toJo lo que pudo y cupo en cl lalego, cargo 
su jumento.» Ed. Dubois, p. i35. 

i. En pareil cas les Portugais emploient « l'infînitir personnel» qui supprime 
l'amphibologie. Ex. : « Fecha bem a porta, para nào te roubarem ». Les exemples que 
nous avons relevés dans l'espagnol moderne paraissent confirmer cette hypothèse de 
M°* Michaclis de V'asconcellos : « Trotzdem vermute ich. dass auch das spanische 
Volk, vor grauen Jahren, Keime des personnlichen Infinitivs besessen, dass aber die 
Gebildeten sie geknickt haben». Homanische Forschungeii, t. VII, p. 87. Cependant on 
trouve dans Molière : c Rends-le moi sans te fouiller (sans que je te fouille), Syntaxe 
franraise du wir siècle, A. Haase, Paris, 1898, p. 208. 



l86 BULLETIN HISPANIQUE 

Cf. en laiinjussi; No seas mal pensada mujer, Y, 197; Ya esta 
consentida en veros, YI, 12; Esta despierto, pero esta muy 
callado, XYIII, 210), soit dans les verbes intransitifs (Ninguna 
niiïa déjà de casarse, pues las salva, aun pasadas de los treinta 
anos, IV, 85; acahadltos de coger, XVIll, 229). 



Atténuation. 

Beaucoup de motifs, dans la conversation, empêchent les 
interlocuteurs de donner à leur pensée une expression tran- 
chante. Certaines atténuations sont dictées par le besoin de ne 
pas heurter brutalement l'opinion d'autrui. D'autres ménage- 
ments correspondent à l'incertitude de celui qui parle, aux 
différents degrés du doute. C'est principalement en ce qui 
regarde la syntaxe des propositions conditionnelles que la 
langue parlée se distingue de la langue écrite. 

11 est bien rare qu'on utilise les trois imparfaits du subjonctif 
pour rendre l'idée du conditionnel, sauf dans le langage 
étudié, prétentieux et pour ainsi dire officiel (Y si Inibiera 
llegado a Présidente del Consejo, como le pronosticaba un 
periôdico que él dirigia, entonces me hubiera costado una 
enfermedad, XYll, 161). En revanche l'emploi de l'indicatif 
présent au lieu de plus-que-parfait du subjonctif correspond 
à une émotion plus vive ou témoigne d'une éducation infé- 
rieure chez celui qui parle (A Joseliyo se le olvido ponerlas en 
la maleta, y si yo no doy un vistazo, se le olvida el smoking, 
Y, 56). Dans tous les autres cas, c'est l'imparfait de l'indicatif 
qui s'impose'. On le trouve au moins dans la proposition 
principale (No creo que en el cielo nadie pueda tener disgustos; 
no ocdia la pena de estar en el cielo, XYll, 176) ou dans la 
proposition subordonnée dépendant de la proposition princi- 
pale au conditionnel (Yo daria la vida por ti y no diria que 
riunplla un deber; diria que coniplelaba mi fclicidad, H, 2/jG). 
En français le présent de l'indicatif serait ici de rigueur. Avec 

1. Do même en l'raïK.ais «Je sentais que si je l'écoulais seulement une niinule, 
yélais pincé o. Le .\ouvciiii Jeu, p. [).'i. 



QUELQUES PARTICULARITÉS DE LA LANGUE PARLÉE 187 

les verbes fréquemment employés comme lener, haber, ser, 
deber, poder, ir, hacer, toute construction autre que l'imparfait 
de l'indicatil semblerait déconcertante (V aunque haciendo 
ustedes Un esfuerzo pudieran cambiar de vida por una tempo- 
rada ^que adelantarîamos?, si después era inévitable la com- 
pensaciôn, que vendrfa con mayores angustias, XYllI, loi). 
Aussi, quand le sens exige un plus-que-parfait du subjonctif, 
ce n'est pas l'auxiliaire qui prend la marque du passé, mais 
bien Tinfinitif suivant (iNo faltaba mas! Pero podiais haber 
avisado antes, IV, 72'; ya hubiera sido yo director y ministre 
y habia de haber, dado mucho que hacer^; y ni tan siquiera 
respeta lo que mas leni'a que haber respelado siempre^ XVII, 02 ; 
jque mi hija iba d haberle conscnlido lo que te consiente la 
Dominica, XVII, 35)'^. 

Cette règle souffre néanmoins une exception : Deber, par 
une survivance de la syntaxe latine, exprime l'irréel au moyen 
du parfait et non de l'imparfait de l'indicatif (Lo que no debisle 
hacer, es marcharte solo; porque conozco tu genio y te opu- 
siste con energia, no insistî en acompafiarte, pero debi hacerlo, 
I, 28). Il en est de même du verbe créer, toutes les fois que la 
supposition qu'il implique n'a pas été confirmée par la réalité 
(Yo no crei que volverias tan pronto, 1, 28; Pero, querido 
amigo, yo le crei a usted de mas caràcter, XVIII, i3). Or, la 
construction de ces deux verbes tend à se confondre aujour- 
d'hui avec celle de tener, haber, ser, ir, hacer, poder, etc. Nous 
trouvons d'abord deber employé au parfait d'une façon pléo- 
nastique avec un infinitif passé (que nunca debimos haber 
hecho causa nosotros con los descargadores, XVIII, 204). Ce 
parfait simple se résout parfois en parfait composé (Y no solo 
he podido ser Diputado, sino Director de Pénales 6 de lo que 

1 . De même en français : « Je devais par la royautc avoir commencé mon ouvrage t 
(La Fontaine); « ce qu'il y a de vrai pourtant, c'est que dans les règles je devais avoir 
fait il y a longtemps cette note que je fais aujourd'hui » (Boileau). Sy.fr. du W'il* s., 
p. 173. 

2. Frontaura, Gente de Madrid, c. Diamante, p. 29. 

3. 11 faut distinguer nettement cet emploi de l'exemple suivant, conforme à 
l'usage français: « Quedô usted viuda muy joven... La vida no podia haber terminado 
para usted » XVII, 162. Dans la langue écrite on emploiepodri'a haber ou hubiera podido. 
Ex. : « refiriéndose al iiltimo adjetivo de esta tiramira de ellos dice que hubiera podido 
omilirse », Rodn'guez Marin, Ed. du Quijote, t. I, p. jgi. 



i 



t88 BtLLËTIN HlSPAMQLÈ 

hubiera querido)'. Enfin deber se construit aussi comme les 
autres auxiliaires, à l'imparfait devant un infinitif au passé 
(Es decir que empecé a vivir cuando debia haberme muerh, el 
dia en que perdi à mi madré, V, 807) 2. La confusion qui 
s'établit progressivement entre deber, créer et les verbes tener, 
haber, scr, ir, poder, hacer, etc., peut s'expliquer de deux 
façons. D'abord l'imparfait joue, en espagnol comme en 
français, un rôle envahissant. D'autre part il n'est pas invrai- 
semblable que le parfait simple recule, chez nos voisins comme 
chez nous, devant le parfait composé. 

Loi du moindre effort. 

Les phénomènes du langage, conscients au moment 011 ils 
se produisent, finissent par tomber, quand ils se répètent, 
dans le domaine de l'inconscient. Une sorte de concurrence 
s'établit entre les mots fréquemment employés. Le résultat de 
celte lutte pour la vie, c'est Télimination progressive des 
formes et des constructions qui ont cessé de répondre aux 
besoins de l'activité mentale. Nous oublions les termes dont 
l'utilité n'est plus évidente. Nous les sacrifions à d'autres, à 
ceux qui permettent d'éviter les règles compliquées, les formes 
rares de conjugaison. On constate à chaque instant que telle 
catégorie grammaticale, par une sorte d'usurpation mécanique, 
tend à empiéter sur la catégorie voisine. 

Article. L'idée de possession est souvent exprimée par un 
datif éthique (Esta manana entn') en ini despacho y también 
me dejo caer la estatua de la Filosofia, 1, i/iO; ,;Y le aceptan la 
dimision?, XVIIl^ 2:1). Môme en l'absence du pronom personnel, 
l'article garde une valeur possessive (Un hombre clevado por 
los propios méritos, I, 187)^. 

1. Froiilaiira, dente de Madrid, p. aij. Do incnic: «En cfccto: cl cstiidianle (juicrc 
aprcndcr en iiiias cuanlas noches lo que lia dcbido estudiar en sois mescs de curso », 
Taboada, Cursilones, p. 35. 

2. \)c même en portugais ■< Kra vcnladc' O conscllieiro devio-sc ter casadon Kra do 
Quciroz, O jiriino Bnz'dio, p. .'187. Il va sans dire (juc deber pont être employé à 
rimparlaildans le sensd'un potentiel: « Ai^ninas personas no f/c^(Vjnmorirsc nunca», 
Taboada, Ciirsilones, p. û'i. 

3. Dans le midi de la France on répète couramment «prendre le pardessus» 
pour (' prendre son pardessus ». 



QUELQUES PARTICULAaiTÉS DE LA LANGUE PARLEE 1 89 

Substantif. A tous les verbes fréquemment employés corres- 
pondent des tournures substantives, dont l'usage se généralise 
de plus en plus (por eso tuve miedo d querer, I, 25; (hizo 
aprecio del libro 6 de los caballos?, 111, ii). Elles ont parfois 
une valeur augmentative, le substantif pouvant être accom- 
pagné d'un adjectif qui le renforce (Nosotras no podemos 
quejarnos. Tuvimos buen acierlo, 1, lo). On évite ainsi les 
propositions infinitives ou relatives. Ex. : « Les convido a 
ustedes en celebridad de (para celebrar) tan buenas esperanzas », 
Y, /( 6; Si en otro tiempo podia derrumbarse una grandeza en 
un instante, por salisfacciôn vengativa 6 caprichosa de un 
principe (para satisfacer), Fig.,8fi ; « Gracias a que don Rosendo 
sabe el niiino que tienes (lo miniada que estas)' »; V, 25. Non 
seulement le substantif usurpe la place du verbe, mais il rem- 
place même Tadjectif (; Que egolsmo de hijo!, XVlll, 8i ; j Que 
ingratilud de hijo!, XVlll, io8)-. Quelquefois la valeur mal 
définie du suffixe permet d'enfermer plusieurs idées dans un 
seul mot. Ex. : « Se me niega el cuniplimienlo (los medios de 
cumplir) de mis compromisos ante la opinicjn, ante el pais», 
XVlll, i3. Cette abréviation correspond à une tendance bien 
populaire, le désir d'économie. On peut se demander toutefois 
si l'influence de la presse, des ouvrages techniques, des voca- 
bulaires spéciaux, en multipliant les néologismes, n'est pas 
venue augmenter l'importance relative de la catégorie des 
substantifs au détriment des autres formes grammaticales : A 
mesure que diminue le nombre des illettrés, la langue écrite 
réagirait à son tour sur la langue parlée. 

Verbe. L'emploi envahissant des auxiliaires permet d'éviter 
les principales difficultés de la conjugaison, pierre d'achoppe- 
ment des ignorants. Ils sont, en effet, suivis d'infinitifs, de 
gérondifs, de participes, formes qu'on retient sans effort. 

1. Cf. «La vision entr'aperçue d'une journée entière de paresse, inévitabienient 
compliquée d'un lâchage en règle du bureau », Courteline, Les ronds-de-ciiir, p. 8; 
« retenu à la dernière minute, comme il allait prendre son chapeau, par la violence 
d'une averse et la tombée inopinée, en son appartement de garçon, de Gabrielle, sa 
maîtresse», ib., p. 9. 

2. Cette habitude se retrouve en français, mais chez les écrivains qui visent au 
pittoresque: «Immense est ce vide éblouissant du ciel, car la ville s'étale sur la 
plalilade du delta », Chevrilion, Saiitluaircs et paysatjes d'Asie, p. uoi. 

Bull, kispun. i3 



igo nLLLETiN HISPANIQUE 

Beaucoup d'entre eux s'affaiblissent par suite d'un usage 
répété. Aussi l'on tend à remplacer haber, ser, eslar par des 
verbes moins ressassés, tels que tcner, traer, ir, venir : ceux-ci, 
en usurpant des fonctions nouvelles, se fatiguent à leur tour 
et se vident pour ainsi dire de leur contenu primitif. La vogue 
de tener s'explique par des raisons multiples. On sait qu'il était 
employé concurremment avec hdbcr dans l'ancienne langue. 
Cette construction s'est perpétuée dans le portugais moderne 
et dans le castillan légèrement archaïque des populations 
rurales'. Teuev a l'avantage d'exprimer, sans le secours d'un 
adjectif ou d'un pronon, l'idée de possession (La verdad es 
que te/tian la casa muy mal distribuîda, II, 263), d'animer le 
récit par l'intervention d'un interlocuteur fictif (y hoy la tienes 
casada con un senor de edad, II, 256). On comprend que le 
peuple finisse par l'employer comme un équivalent de haber 
(He trabajado ya por los pueblos y en un cine y me tienen 
aplaudido, XVIl, 202). Quant aux verbes Iraer et ir, on peut 
les considérer aujourd'hui comme de simples substituts de 
tener et de estar. Il serait illusoire, dans les exemples suivants, 
de tenir compte de leur valeur originelle. (La condesa Olivia le 
frae vuelto el juicio, III, 18; El escudo de la provincia, todo 
de flores, que va en el centro de la mesa. Y, 90). 

La distinction entre les verbes transitifs, intransitifs, réci- 
proques et impersonnels tend à s'alTaiblir de jour en jour «. 
Olvidar, l'un des spécimens les plus caractéristiques de la 
conjugaison espagnole, peut être utilisé, au choix, sous les 
formes olvido, nie olvido de, se me ha olvidado. La vogue de la 
construction impersonnelle vient de ce qu'elle permet de 
rapprocher deux pronoms au commencement d'une phrase, 
groupement essentiellement conforme au génie de la langue. 
De « Se lo suplico à usted, IV, i44 », on passe facilement, bien 
qu'il n'y ait aucun rapport logique entre les deux tournures, à 
(' .se me résiste llamarle tu marido, XVII, 17^^^, à « Yo no se 



I. Voir à ce point de \uc Senora amn, tome Wll. 

3. De même en français : " Alors un matin, tout bêtement, elle m'arrivcra au 
l)onl du pinceau, et je te sortirai M"' Costard, non, mais ne blague pas)>. Le Nouveau 
Jeu, p. VJ. 



QUELQUES PARTICULARITÉS DE LA LANGUE PARLEE igl 

porqué se me figura que Paris no habîa de gustarme, VI, 180 ». 
L'abus, maintes fois constaté, des verbes faussement récipro- 
ques mène à la création des verbes essentiellement pronomi- 
naux (No ves que ella se aconseja de mî, V, 189 ; No hay dama de 
calidad en Paris que no tenga a su servicio un negro, desde que 
Madame Du Barry se acompatia en todas partes de su Medoro, 
VI, I I ; Es que tii también bas ido à creerte de mas de cuatro, 
XVII, II), Il est plus fréquent de voir des verbes actifs trans- 
formés en verbes neutres {atravesar, atravesar por; créer, créer 
en; resistir, resislir à) ou des verbes neutres changés en verbes 
actifs (La gente habla horrores del matrimonio, I, i/jS; Si no 
podias quererme dporqué mentir curino'}, III, i-ô; Su muchacha 
de ustedes que vieneâ avisarles a ustedes que el nino pequeno se 
ha despertado... y no puede callarle con nada, XVIII, 120). La 
complication des formes verbales n'est qu'apparente. En 
réalité, l'espagnol cherche à créer, pour chaque idée, trois 
systèmes de constructions. Beaucoup de verbes ne sont pas 
encore parvenus, ou ne parviendront jamais au terme de cette 
évolution. Ils se contenteront de deux types, pronominal- 
impersonnel, transitif-intransitif. Il est facile, néanmoins, de 
prévoir dans quel sens pourront se faire les innovations. En 
tout cas la tendance à l'uniformité est bien visible dans la sup- 
pression du régime indirect devant les propositions subor- 
données. Consentir en que devient consentir que (De ningûn 
modo podia yo consentir que fuese declarado en quiebra, I, 
28). Bien que le groupe de que soit l'un des plus stables de 
la langue, on commence à dire seguro que au lieu de seguro 
de que. 

Prépositions. Comme les substantifs, elles ont une tendance 
marquée à empiéter sur les autres catégories grammaticales. 
On les emploie souvent comme adverbes (Ya es hora de que 
le eche â usted la vista encima, i, 276). Mais elles aspirent sur- 
tout ù remplacer les conjonctions". En suivi du gérondif cor- 
respond au français pourvu que; {; â la gente de Madrid, en ddn- 
dola de comer y en divirtiéndola!..., I, 187). De tient la place 

I. â, de, con, por, sobre servent à former aussi des propositions infinitives à sens 
conditionnel, teaiporel, causal, etc.. 



lya BULLETO HISPANIQUE 

d'une proposition temporelle (al teatro, como de chicos, I, Sy, 
çPiensas llevar de casado la misma vida que de soUero^ l, io3); 
ou bien causale (,; Ustedes por aquî? — Si, de curiosos y de 
personas de gusto, 11, 190) ou même finale (Si, ya noto que 
andàis siempre juntos... de conspiraciôii, por lo visto, i, 6i). 
Con peut exprimer une idée de condition (debemos alegrarnos 
de que se case. Porque la felicidad de nuestra hija corrîa 
peligro con elki libre y cerca de Enrique, 1, iô/|) ou de temps 
(Gonde del Encinar, por cesion que le hizo su padre al volver 
de la universidad de Deusto con su carrera de leyes lerminada, 
{Fig., 116). 

Il est à noter d'autre part que les prépositions de, «, en, por, 
con éliminent progressivement toutes les autres. Sohre a de la 
peine à se maintenir devant em ; à et con suffisent à exprimer 
tous les rapports d'avantage, de désavantage, de réciprocité, 
réduisant d'autant le domaine de para et de contra. Quelques 
exemples nous permettront de rendre manifeste ce genre 
d'usurpation. Ex.: « Esta muy quejosa contigo (de), 1, 102 » ; 
Pregunté porqué tu madré esta furiosa conndgo (contra), I, 
191 » ; Tendra injlucncias con el partido libéral (en), V, 168 ». 
Enfin nous avons montré ailleurs que sin arrive à former avec 
des substantifs et des infinitifs de véritables mots composés, 
ce qui étend singulièrement son emploi. 

De tout ce qui précède, il résulte qu'il n'y a pas, dans la 
langue parlée, de créations ex nihilo. Si des intlucnccs étran- 
gères s'exercent, c'est principalement et presque exclusive- 
ment en ce qui regarde le vocabulaire. Mais de la plupart des 
innovations de la syntaxe on peut dire ou bien qu'elles 
étaient contenues en germe dans la tradition des siècles précé- 
dents ou bien qu'elles ne consistent que dans l'application à 
une nouvelle catégorie de mots d'une tendance reconnue et 
consacrée par les prosateurs. 11 n'y a pas, en eflet, de solution 

I. Il est assez rare qu'où puisse rendre le français sur par sobrr. Ex. : " Se i^luvo 
un ralito con la tnano en cl f)icaporlrfl, ForUmnln y Jacinln, :!, ttin; " apoyarJH niojiiia 
en ci pufio », ibid , a, li'ii ; « lamliicii Icnia un nianlijn iicyro por los lionit)ro.s », ihid. 
3, -^37; « frciile ii la e^lacioii, una senora subidu â uu coclie rojo. peroraba y olrpcia 
un un^iienlo para las heri<las », P. liaroja, La Buscu, p. ïi5. 



QUELQUES PARTICULARITÉS DE LA LA\GUE PARLEE I qS 

de continuité entre le présent et le passé, pas plus qu'entre les 
incorrections du peuple et les rafïînements des classes cultivées. 
L'intérêt d'une étude générale sur les écrivains de la dernière 
heure serait de montrer en quoi l'évolution de l'espagnol 
ressemble à celle des autres langues romanes et comment, 
d'autre part, le langage inconscient reste fidèle, même dans 
ses plus grandes hardiesses, à certains principes immuables, 
au génie même de la race. 

G. LE GENTIL. 



VARIÉTÉS 



Le site antique de Costig die de Majorque). 

Dans le courant de mai 1896, D. Juan Vallespir, en nivelant un 
champ de sa propriété de Son Corrô à Costig, découvrait, au 
milieu d'un amas mégalithique, les fameuses têtes de taureaux qui 
enrichissent actuellement le musée de Madrid. Comme la presque 
totalité des trouvailles archéologiques dues au hasard, celle-ci 
échappait à toute constatation scientifique quant aux circonstances 
qui en avaient accompagné la mise au jour, et l'inventeur ne 
notait aucun indice qui aurait pu, dans la suite, éclairer l'étude de 
ces pièces. L'une des premières personnes qui se sont préoccupées 
de la découverte, M. Bartolomé Ferra, y consacre à peine quelques 
lignes dans le Buleiin de la Sociedad arqueolôgica hitiana • et encore ne 
tire-t-il aucune conclusion de son bref communiqué. Il m'a donc paru 
intéressant de présenter ime courte description de ce site devenu 
célèbre, puisque aucun auteur n'en a tenté l'essai. 

J'ai visité Costig en 1909, après avoir étudié et relevé les plans 
d'environ deux cents talayots ou enceintes, épars dans l'île de 
Majorque. La plupart de ces groupements m'avaient laissé l'impres- 
sion d'oeuvres vastes et combinées pour les besoins de la défense, 
mais aucune ne me paraissait, en face de Costig, avoir retenu aussi 
longtemps la préférence de ses habitants. 

Le village est construit, entre Inca et Sineu, sur un plateau peu 
élevé qui domine, au nord-est, le site antique. L'ensemble des talayots 
occupe le fond de la vallée et les coteaux qui l'enserrent. A l'est, une 
chaîne de collines, premiers contreforts des montagnes qui séparent 
la plaine d'Inca de celle de Manacor; au sud et à l'ouest, une série de 
monticules aux flancs escarpés guident le cours d'un ruisseau vers 
le lit du rio Garros. On rencontre les talayots, tantôt sur les plateaux 
du sud, tantôt au niveau même de la plaine; ils ne sont point dissé- 
minés, mais groupés par quatre ou cinq, comme s'ils formaient des 
nécropoles distinctes. Les races qui les ont édifiés et terminés n'ont 
point compris l'utilité d'une défense supplémentaire, puisque les 
accidents géologiques présentaient, par eux-mcnies, une fortification 
naturelle. En elfet, tous ces petits plateaux, isolés les uns des autres, 
sont bordés de falaises hautes de deux à cinq cents mètres et dillicilc- 
ment accessibles. Les monuments quadrangulaires n'ollront, ni par 

1, l'aima de Malinrca, junio de 1895. 



VARIETES 190 

leurs dimensions, ni par leur orientation des caractères techniques 
qui pourraient les différencier d'un modèle répandu dans Tîle entière ; 
ils demeurent sous la protection d'un ou de deux talayots ronds qui 
s'élèvent sur la colline dont le front domine la sortie du cirque. Dans 
la vallée, quatre constructions quadrangulaires paraissent isolées, c'est 
dans l'une d'elles qu'ont été découvertes les têtes de taureaux. 




Le site de Costig. 



11 apparaît donc que l'antique Costig, abrité des vents, alimenté par 
une source abondante, et situé presque au centre de l'île, conditions 
que ne réunissent ni les centres d'Artâ ou de Pollensa, ni ceux de Lluc 
Mayor, devait attirer, de fous côtés, les peuplades contemporaines, et 
l'on comprend qu'on ait apporté un soin particulier à l'architecture 
du talayot principal, devenu, avec ses magnifiques ex-voto un lieu 
de pèlerinage renommé. Aucune donnée n'en permet malheureuse- 
ment la reconstitution même approximative, mais il est à croire que 
la construction primitive avait été remaniée, évidée, et que les piliers 
rudimentaires, en partie retrouvés, supportaient une couverture modi- 
fiée. J'ai étudié ces cas de remaniement par des civilisations succes- 
sives et je n'y insisterai point'. Les restes de cet édifice (A) se 
distinguent au pied de l'un des plateaux, au long de rochers abrupts 
où les blocs d'un mur sont superposés suivant les règles connues; 

I. lievue archéologique, 1909, t. XIV, p. 333 : Contribution à l'étude des monuments 
firimilifs des Baléares. 



19') BULLETIN HISPANIQUE 

parallèlement, à onze mètres, les substructions dune muraille 
analogue sont encore visibles et l'aspect des angles autorise à penser 
que ces murs étaient reliés en équerre. Nous voici en présence du plan 
et des dimensions d'un talavot quadrangulaire, les spécimens voisins 
affectent, du reste, la même forme et les mêmes mesures. Primitive- 
ment aucune recherche de style ne le caractérisait, ce n'est que plus 
tard que, grâce à sa position spéciale un peu au-dessus de la plaine et 
pas encore sur le plateau, il a été distingué et reconstruit. Peut-être, 
à cette époque, en a-t-on fait un temple vénéré, prêt à recevoir des 
offrandes importantes et riches. Actuellement les fragments do 
colonnes, au nombre de treize, gisent à la file et retiennent de leur 
masse les terres du champ. M. Ferra les a vues en place, mais la 
disposition irrégulière dans laquelle elles se trouvent sur son croquis 
permettent déjuger qu'elles étaient déjà déplacées. 

En l'état actuel de la science, je suis donc amené à supposer que les 
bronzes ont été découverts dans un talavot commun, adapté par des 
besoins différents à un nouvel usage; que ce monument avait perdu 
sa destination primitive de mausolée, puisque l'intérieur en était acces- 
sible alors que les plus anciens monuments étaient pleins ; que la 
valeur des découvertes qu'on y a faites était le signe de sa réputation. 
Ce cas ne doit pas être isolé, il est presque certain, que des fouilles 
conduites scientifiquement dans un grand nombre de talayots donne- 
raient des résultats analogues, sinon en richesse, du moins en intérêt, 
et apporteraient un contingent réel d'objets précieux à l'élude des 
civilisations méditerranéennes. ^ _ç;,j WATELIN. 



Les pointes de lances représentées sur les stèles funéraires. 

M. Juan Cabré, le très actif explorateur de la Celtibérie, a publié" 
plusieurs stèles funéraires trouvées dans la province de Toruel, sur 
lesquelles sont représentées, arrangées en plusieurs zones superposées, 
des pointes de lances ou javelots. Il me semble qu'un passage d'Aris- 
tole donne le commentaire de cette curieuse représentation. Aristote 
dit en parlant des peuples guerriers, noXiTix-r; VII 2-5 (p. iSaZj G) : |v cà 
-clz'l^Tip'Zv/ IOv£i TuoAsixiy.ô) tojoûtO'jç tôv àp',0[J.cv c^zKhy.O'j: y.x-a.r^r^-^vdz'jzi 
r.zoX Tbv Taçov otsuç xv o'.aa-Os'.pY; Toiv r.z\z\)Mù^., c'est-à-dire : « Chez les 
Ibères, peuple belliqueux, on fixe autour du tombeau tel nombre de 
pointes de lances que le défunt avait tué d'ennemis. » 11 semble bien 
que ces pointes de lances représentées sur la stèle remplacent les 
pointes placées autour du tombeau. ^ SCHULTEN. 

I. liolelin de lihloria y geografia del bajo Aragnn, 1908. Une dos, stèles a été 
reproduite par P. Paris dans l'Arcluii)l. An:eiger, lyio, p. agi; cl'. Bulletin hispanique, 
19(1, p. i5, fig. 8. 



VARIETES 



Ï97 




Rochers de Penalba. 



Rapport à M. le Directeur de l'École française d'Espagne 
sur une mission à Penalba (Teruel). 

Monsieur le Directeur, 

Sur votre proposition, l'Université de Bordeaux a bien voulu me 
confier la mission d'aller examiner les gravures rupestres découvertes 
au mont de Penalba, près de Teruel, par M. Juan Cabré. A en juger 
par les renseignements, les photographies et les calques qui vous 
avaient été communiqués par M. l'abbé Breuil, et que vous m'aviez 
transmis, il y avait là un ensemble de documents énigmaliques, 
d'époque et de signification incertaines, dont l'étude directe pouvait 
être intéressante. C'est de cette mission que j'ai maintenant à vous 
rendre compte. 

Mon premier devoir était de me mettre en relation avec M. Cabré, 
le seul archéologue qui connût les gravures de Penalba, signalées par 
lui à la Academia de la Historia dès le 12 novembre 1909 {Bol. Acad. 
Hist., LV, 1909, p. 5/j4). Mais ses occupations, au moment où la 
mission me fut-confiée, l'avaient appelé hors de la province de Teruel, 
et c'est à Madrid que je pus le voir et m'entretenir avec lui de sa 
découverte. Quel que fût mon désir de visiter Penalba en sa com- 
pagnie, je dus renoncer à le réaliser, et M. Cabré n'était pas à Teruel 
quand j'y allai, au mois de septembre dernier. Dans l'intervalle, il 
avait publié dans le Boletin de la Academia de la Historia un article, 
accompagné de nombreuses illustrations, sur La moniana escrita de 
Penalba (L\\, 1910, p. 241-208). 



198 BULLETI>' HISPANIQUE 

En l'absence de M. Cabré, un de ses amis, M. Salvador Gîsbert, 
secrétaire de la Comisiôn de Monumentos de Teruel, me renseigna 
sur le chemin à suivre pour arriver à la (( montana escrita ». Je savais 
que je ne trouverais plus en place toutes les gravures observées par 
M. Cabré : depuis que les recherches de M. Cabré avaient attiré 
l'attention sur les rochers de Penalba, il était devenu nécessaire de 
protéger les gravures contre la curiosité des gens du pays. Les pierres 
les plus intéressantes avaient été sciées et détachées de la roche, pour 
être mises en lieu sûr : une vingtaine avaient été emportées par 
M. Cabré à Calaceite; deux pierres, avec de petites inscriptions, 
étaient chez M. Gisbert, qui me les montra; cinq ou six étaient 
conservées au village de Villel, à quelques kilomètres de Penalba. 
La visite de Penalba n'en restait pas moins indispensable, autant pour 
examiner la situation des rochers que pour voir les gravures restées 
en place. 

Le mont de Penalba se trouve sur le territoire de la commune de 
Villastar, à quatre kilomètres environ du village, qui est lui-même 
à huit kilomètres de Teruel. La route de Teruel à Villastar descend 
la rive droite du Turia; la vallée est fertile et ne manque pas d'arbres. 
Mais dès qu'on a quitté la route pour s'élever vers Penalba, on marche 
sur un sol caillouteux où ne pousse qu'une herbe rare. De Penalba 
l'on découvre au loin le pays, et le contraste est frappant entre la 
gaieté de la vallée que l'on domine et l'aridité morne des hauteurs. 

Les rochers de Penalba s'étendent sur une longueur d'environ 
3 kilomètres; ils forment, immédiatement au-dessous du sommet de 
la montagne, un escarpement de hauteur variable, et c'est sur cette 
sorte do falaise qu'ont été gravés les dessins et les inscriptions. 
L'orientation générale est du nord-est au sud-ouest. 

Cotte roche est un calcaire très tendre, facilement rayable à l'ongle. 
Les instruments les plus rudimenlaires suffisent pour y graver des 
traits durables. Les bergers et les chasseurs qui fréquentent Penalba 
y ont inscrit en plus d'un endroit leur nom et leur date de visite. Je 
notai (luelquesunos de ces inscriptions, les unes remontant ù une 
cinquantaine d'années, les autres toutes récentes. Je reconnus aussi 
plusieurs dessins d'origine également moderne, surtout des silhouettes 
humaines grossièrement indiquées. 

Sur d'autres points, je retrouvai les gravures beaucoup plus 
anciennes que je connaissais déjà par les calques et les reproductions 
de M. Cabré : représentations d'animaux, cupules, combinaisons 
diverses de lignes. Mais, ainsi cjue j'en étais averti, les figures les 
plus curieuses avaient été enlevées, et des surfaces unies et blanches 
en marquaient l'emplacement. 

Par terre, au pied du rocher, je ramassai un petit fragment de 
céramique peinte, (était un tesson arabe. M. Cabré, à tjui je l'ai 



VARIETES 



199 



montré par la suite, m'a dit n'avoir trouvé aucun autre vestige arabe 
à Pefialba. Mais le village voisin de Villel a été occupé par les Arabes : 
le castillo ruiné qui le domine date en partie de leur époque. 

Après avoir suivi l'escarpement rocheux, j'allai jusqu'à Villel. 11 me 
fut impossible de voir les pierres qui y sont conservées. La personne 
qui détenait la clef du local où elles sont déposées était, me dit-on, 
absente pour plusieurs jours. 

Je pus obtenir des renseignements complémentaires en allant, 
quelques semaines plus tard, voir M. Cabré à Calaceite, où est sa 








Fig. I. — Falaise couverte de dessos et i.><criptio>s. 



résidence habituelle. La bourgade de Calaceite est dans le nord de la 
province de Teruel, sans communication directe avec Teruel, et loin 
du chemin de fer; des voitures publiques y conduisent de la gare 
d'Alcaniz et de celle de Tortose. — M. Cabré me montra plusieurs des 
pierres provenant de Penalba qu'il conserve chez lui; je feuilletai en 
outre sa collection de photographies, de calques et de dessins. 

De ces diverses observations, voici les constatations que je peux 
dégager : 

Il y a lieu d'abord^ étant données la nature de la roche et la faible 
profondeur d'une partie des gravures, d'examiner soigneusement 
chaque dessin^ afin de ne pas confondre les rayures accidentelles de 
la pierre avec les traits marqués intentionnellement ; il y a lieu d'éli- 
miner en outre un certain nombre de gravures d'origine récente. 



200 BULLETIN HISPANIQl E 

parmi les figures formées de lignes, les signes cruciformes el les 
silhouettes humaines. 
Ces précautions prises, il reste à étudier un ensemble important de 




fe^ 




Fiof. 3. — Chevaux. 



gravures : cupules, lignes diversement disposées et groupées {Bol., 
l. /. , p. 2/18), représentations rudimentaires d'animaux, dont les 





Fio;. 3. — U> COQ. 



Fiof. ''1. SiLHOL'FTTFS HUMAINFS. 



plus nettes sont des images de cerfs (flg. 5), de chevaux (fig. 2) et 
d'oiseaux (ftg.3) (ihid., p. 350-252), silhouettes humaines le plus 




N 



f=^\ 



Fig. 5. — Cfrfs ft Inscriptions latinfs. 



souvent très maladroites ffîg. U) (ibid., p. 254), inscriptions. C'est 
parmi les représentations animales et les inscriptions que se trouvent 
les gravures dont l'aspect est le plus antique. 

De ces inscriptions les unes sont en caractères latins cursifs, et l'on 



VARIETES 



y reconnaît des lettres ou des groupes de lettres : agilis (p. 354, 
n" i3), turros, turios ou turos (p. 256 et 257, n" 20), cuandos (p. 257, 
n' 17), etc. Sur la reproduction publiée par M. Cabré, /. /., p. 300 et 
267, d'une pierre dont je n'ai pas vu l'original, je reconnais un vers 
de Virgile {En., 11, 268) ffig. 5J : 

tempus eral quo prima qiiies morlalibus aegris 

et, plus bas, en caractères plus grands : iiescio qui. Daulres inscrip- 
tions semblent se composer de caractères ibériques plus ou moins 

V\g. G. — InSCIUPTION lBtRIQI,E(?) 

déformés (p. 357, n" 20; (Jlg. Oj. D'autres enfin sont une réunion de 
signes que je ne sais à quel alphabet rattacher (p. 259) (Jig. 7i. 
D'après ce que m'a dit M. Cabré, le P. Fila préparc une étude sur 
tous ces textes : j'ignore oii en est ce travail. 

Ce qu'il faut noter, c'est qu'aucune de ces incriptions n'est gravée 
en caractères réguliers et d'aspect monumental : partout les signes 
sont de petite taille et peu profonds. Les 
dessins sont aussi, le plus souvent, de dimen- 
sions très restreintes. Inscriptions et dessins 
ne sont que des graffiti. 

Aucune monnaie, aucun objet n'a été trouvé // l< 



ti^^.i^^ 




au voisinage des rochers; le tesson arabe /( (/, > , 

mentionné plus haut ne prouve pas grand'- / 1 /l v 

chose. ^ I 

En résumé, il y a encore beaucoup d'in- pj„ 

connues à résoudre pour éclaircir le sens des l-«scriptio> kn LA^GLE 
gravures de Penalba. Ce que l'on peut dire inconnue. 

dès maintenant, sans trop craindre de se 

tromper, c'est que ces rochers étaient fréquentés à l'époque romaine, 
et vraisemblablement aussi au Moyen-Age, comme ils sont encore 
fréquentés de nos jours, par des gens qui y passaient mais n'y séjour- 
naient pas, et laissaient en graffiti hâtifs la trace de leur passage. 
Quant à tenter une explication d'ensemble des dessins qui semblent 
les plus anciens, comme l'a fait M. Cabré dans le Boletin, ce ne 
peut être en ce moment qu'une recherche extrêmement conjecturale. 

Ces conclusions, Monsieur le Directeur, comportent, comme vous 
le voyez, beaucoup plus de réserves que d'affirmations positives. Je me 



3Ô3 BULLETIN HISPANIQUE 

félicite du moins que cette mission m'ait amené à visiter la région de 
Calaceite, si riche en vestiges ibériques, comme vous l'avez indiqué 
dans Y Archaologischer Anzeiger. M. Cabré m'a fort obligeamment 
guidé dans ces stations qu'il connaît très bien : les traces d'une occu- 
pation ancienne sont visibles en un grand nombre d'endroits, sur les 
collines incultes ou dans les champs d'oliviers. Les restes d'habi- 
tations, les sépultures, les stèles, la céramique, les petits bronzes 
fournissent un important ensemble de renseignements sur la civili- 
sation de cette contrée à l'époque ibérique. 11 ne serait pas étonnant 
que les plus étranges parmi les figures gravées à Peiîalba fussent 
éclaircies un jour par les documents que M. Cabré continuera à 
recueillir autour de Calaceite. 

Veuillez agréer. Monsieur le Directeur, l'expression de mon respec- 
tueux dévouement. 

E. ALBERTINI, 

M(Miibre de l'École française 
d'Espagne. 



Serranillas d'un manuscrit de la Bibliothèque royale 
de Madrid. 

Le manuscrit 2 F5 (olim VII A, ) de la Bibliothèque du Palais, à 
Madrid, contient une dizaine de serranillas. Quelques-unes, celles 
qu'écrivirent Bocanegra, Diego Hurtado de Mendoza et le marquis de 
Santillana, sont connues grâce à Amador de los Bios. Les autres, au 
nombre de trois, sont encore inédites. Nous avons pensé être utile, 
en les publiant, à ceux qu'intéresse l'histoire de la serranilla. Nous 
les publions, d'ailleurs, en leur laissant scrupuleusement l'ortho- 
graphe du manuscrit, et sans corriger les fautes évidentes qu'elles 
présentent. 

Serrana el comendador de Segura. 

De Lozoya a Navafria 
acerca de un colincnar 
tope serrana que amar 
todombre codicia avria 

A la quai desqne llcgue 
■" pregunte siéra casada 
respondio no ent)ucnafc 
nin tan poco dcsposada 
que a un oy en este dia 
mi padre lo va fablar 
aqui çerca a un lugar 
con fixo de .tohan Garcia 

(fol. 13.) 



VARIETES 200 



Garcia de Pedraza. 



Serrana si vos queredcs 
dexar destos su consexa 
yo fare que vos casedes 
con fixe de nyngo vexa 
creet que grant bien séria 
quelo fuesemos iamar 
car mas vale su solar 
que de otros gran valia. 



Serrana Mendo de Campo. 

Vy una serrana 
al pie duna sierra 
epor me dar guerra 
de mores mengana 

Vi tal graciossa 
serrana estar 
que nunca su par 
vy ny tan fermossa 
gentil et geytossa 
que desque naçi 
nunca yo tal vy 
por ende me condana. 



(fol. 13 yt".) 



(fol. t3 vto.) 



Au folio 94 se trouve la « Respuesta de Goniez Carzillo Dagman » à 
la serranilla du marquis de Sanlillana qui commence par le vers 

Madrugando en Robledillo 

(fol. 93 vio.) 

Amador de los Rios n'ayant pas reproduit cette réponse, écrite, 
selon l'usage, « por los mismos consonantes » nous la recopions 
ci-dessous. 

Respuesta de Gomez Carzillo Dagman, 

Senyor yo me maravyllo 
siendo vos galan onrrado 
este fecho tan poquillo 
aver vos tan agradado 



La que un sentido apanyé 
esto no tomes por glosa 



30^ BULLETIN' HISPANIQUE 

que no biuen loda Espanya 
senyora mas generossa 
^ y fermosa cosastranya ' 

si alguna desto sensanya 
loela su namorado 



(fol. r,4.) 



Signalons enfin que l'on peut lire au folio 82, avec le litre de « Otro 
désir de Suero de Hibera », le « villancico » du marquis de Sanlillana 
(' â unas très lijas suyas » lAniador de los Ki'os — Obras, page ^61). 
Cette poésie n'étant donnée par aucun des manuscrits qui contiennent 
les œuvres du marquis et étant attribuée à Suero de Ribera par un 
manuscrit antérieur à i445 « siendo probable que fuese uno de los 
libros donde el marqués hizo buscar las canciones é decires compues- 
tos en su juventud para remitirlas al Condestable de Portugal» 
(Aniador de los Rios — Obras, page CLXV), il y a lieu de penser que 
c'est Suero de Ribera qui l'a composée. 

G. MARTIN. 



La Renaissance eu Espagne et en Portugal. 

L'art qui a llcuri dans la Péninsule ibérique, depuis le milieu du 
\\' siècle jusqu'au milieu du xvi', est, comme le dit son plus récent 
historien, une « \égétation merveilleusement touffue ». Celui qui 
arriverait à débroussailler ce maquis, à y tracer (juelques avenues 
maîtresses et à y placer quelques tables d'orientation, serait une 
manière de c conquistador » rendant accessible un nouveau monde. 
C'est à cette tâche méritoire que s'est employé M. Emile Bertaux dans 
le livre Mil de V Histoire de l'Arl, publiée sous la direction de 
M. André Micheb. 

Son étude embrasse deux périodes coïncidant à peu près, l'une, 
avec le règne des « Rois catholicpies », Ferdinand el Isabelle (1/17'»- 
i5i6), l'autre avec le règne de leur pelit-fils Charles-Ouinl(ir)i<)-i556). 
« .\vant la Renaissance », c'est l'art du Nord, en particulier celui de 
la l''landre, qui s'associe aux traditions indigènes. Puis, vient « La 
Renaissance », et c'est alors de ritalie que pari le souflle de transfor- 
mation. 

1. Ln arcliileclure, la prise de Grenade (i4;).ij ne uiel nullement fin 
à la suprématie artistique exercée par les Mores. Le style « mudéjar » 
persiste; mais il se combine avec le gothique flamboyant. Exemples 

I. Le sivièmo vers iJc lii dciixièiiio str<)[)Iic marKiiic. 

■j. Tome IV, 2* i)arlic, p. Xi7-<j<ji. Armand Colin, uililciii, Paris, l'jii. 



VARIETES» 2O0 

de ces créations composites : le palais du duc de l'Infanlado à Guada- 
lajara ; — la tour-lanterne ou « cimborio » de la cathédrale de Burgos. 
Ici, les « voûtes arachnéennes sont de la dentelle de pierre. Le réseau 
des dessins rectangulaires tendus entre les nervures répète les motifs 
mudéjars des toiles espagnoles, décorées de jours de fil tiré » (p. 828); 
— le sanctuaire de San Juan de los Reyes, à Tolède, avec sa phalange 
d'aigles porte-écussons, transportant dans leur frise héraldique « la loi 
qui régit la génération des polygones sur les murailles de l'Alham- 
bra » (p, 842) ; — le tombeau royal de l'église de Miraflores, où des 
figures d'un symbolisme gothique reposent sur une étoile à huit 
pointes de tracé mudéjar (p. 845). 

Cet art des Rois catholiques, dont Juan Gûas, à Tolède, et Gil de 
Siloé, à Burgos, sont les principaux représentants, n'a pas encore de 
nom dans l'histoire. M. Emile Berlaux propose de lui attribuer celui 
de la reine pour le compte de qui s'opéra le plus souvent cette union 
des formes de l'Orient et de l'Occident. On peut l'appeler, en effet, (( le 
style Isabelle >^. 

Le mudéjar espagnol a pour équivalent portugais le moiirisco. Mais, 
sous Manuel-le-Fortuné, qui fut un impétueux bâtisseur (Capellas 
imperfeitas de Batalha, tour de Bélem, église deThomar), les grandes 
découvertes maritimes intluent à leur tour sur l'inspiration, et l'Orient 
arabe se double monstrueusement de l'Orient hindou. Le style 
« manuélin » est une architecture de périple, où les motifs empruntés 
à la vie pittoresque des ports fusionnent avec tout ce qu'en ses 
abîmes l'Océan renferme d'algues, de monstres et de coraux. 

On sait quelle prédilection, aux temps minoens et mycéniens, les 
artistes de l'Argolide et de la Crète manifestèrent pour les thèmes de 
décoration que leur offraient la flore et la faune de la mer. Pareille 
frénésie marine renaît, quelque vingt-cinq siècles plus tard, à l'autre 
extrémité du monde méditerranéen, cliez les riverains du Tagc : 
(( (^)uand le Portugal se fut ouvert sur la grande lioule les chemins des 
richesses fabuleuses, l'art portugais retrouva sur l'Océan et jusque 
dans ses profondeurs des formes aussi mystérieuses que celles 
qu'avaient ramenées dans leurs antiques filets les premiers peuples 
de la mer » (p. 869). 

En sculpture, qu'il s'agisse de la sculpture sur pierre des mausolées 
ou de la sculpture sur bois des retables et des stalles d'éghses, la 
collaboration des imagiers du Nord et des « entalladores » du Midi 
couvre la Péninsule d'œuvres que singularisent les mêmes alliages 
luxuriants. Deux de ces compositions méritent une mention spéciale : 
la sUleria de Tolède et celle de Coïmbre. « A Tolède, les histoires 
religieuses font place à des scènes de bataille et de camp, à des sièges 
et à des redditions de villes ; les armures se mêlent aux turbans. C'est 
toute la guerre de Grenade, une épopée en miniature, détaillée avec 

buU. hispan. i4 



2o6 BULLETIN HISPANIQUE 

une naïveté pittoresque» (p. 833-83A). A Coïmbre, la frise qui 
surmonte les stalles du chœur de Santa Cruz « déroule un long 
panorama d'îles et de villes fabuleuses, de vagues portant sur leurs 
dos monstrueux des flottilles dont les voiles montrent les emblèmes 
de la sphère et de la croix » (p. 861). En Portugal, l'Odyssée des navi- 
gateurs prend la place de l'Iliade des Rois catholiques figurée sur les 
stalles de la cathédrale de Tolède. 

Pour la peinture, malgré la suprématie qu'exercent les écoles 
flamandes, plus d'un artiste indigène se fait jour. Tel, à Lisbonne, 
Nuno Gonçalves, que Francisco de Hollanda mentionnait en i54<j 
dans son « Tableau des célèbres peintres que l'on nonjme les Aigles ». 
Ce maître original, évocateur puissant de l'épopée portugaise, était 
depuis longtemps tombé dans l'oubli et l'on attribuait uniformément 
ses œuvres, comme celles de tous ses contemporains, à ^'asco Fcr- 
nandes, surnommé le u Grand Vasco », lorsque M. José de Figuciredo 
retrouva son monogramme et lui rendit, au palais du Patriarche, le 
triptvque des Princes. Tel, un autre méconnu, qui signe Barlolomeus 
Riihciis et dont on faisait, au lendemain dune exposition de Primitifs, 
soit un (( Meistcr Koth », soit un « Maître Houx», quand M. Ramôn 
Casellas, se fondant sur une Pielà de 1^90 conservée <lans la salle 
capitulaire de la cathédrale de Barcelone, montra que la traduction 
latine du mol c< Rouge » s'appliquait à un artiste espagnol et désignait 
Bartolomé « Vermejo » de Cordoue. 

H. L'ilalianisalion de la Péninsule ibérique commence avant 
Charles-Quint. On l'observe à Tolède dès le temps où cette ville avait 
Ximénez pour archevêque : u Si l'on voulait trou\er iin nom pour le 
style qui a rapproché en Espagne l'Islam et l'Italie, comme le style 
Isabelle avait rapproché l'Islam et l'Europe du Nord, on pourrait 
prendre le nom même du cardinal qui fut le roi d'Espagne après la 
mort de Ferdinand » (p. «)ô4j. Au « style Ximénez » succède le « style 
Charles-Quint», dont l'emphase redondante et surchargée triomphe 
dans les églises, les palais et les collèges de Salamanque. 

Tandis que l'architecture s'abandonnait à une décoration d'or- 
ic\ rerie (plaleresco)^ d'où vint la qualification de style « plateresque », la 
sculpture adoptait de son côté «les modèles ilalo-antiques, mais pour 
les revêtir bicnlûl de couleurs et de dorures dont la richesse était 
à demi orientale, ou pour perdre statues et groupes dans des ordon- 
nances de tombeaux et de retables dont la masse démesurée n'avait 
plus la clarté latine » (p. 90:^). 

On peut citer, comme spécimens de cet art: le monument commé- 
muratif de l'évèque \lfonso de Madrigal dans la cathédrale d'Avila, 
par Vasco de la Zarza, œuvre somptueuse que le marbrier florentin 
Dumcnico Fancelli vint expertiser en i5i8; — le mausolée du cardinal 



VARIETES 207 

Ximénez dans l'église magistrale d'Alcalâ de Henares, par Barlolonic 
Ordônez; — l'Eve de la sllleria de Tolède, par Alonso Berruguele, le 
premier disciple espagnol de Michel-Ange, disciple infidèle, qui attrista 
plus d'une fois par un réalisme funèbre les leçons qu'il avait reçues de 
l'idéaliste lerrlhilUà du maître; l'autel d'albâtre de la cathédrale de 
Huesca, par Damiân Forment, composition d'une richesse éclatante 
où l'auteur « unissait la nouvelle religion de l'Italie, le culte de la 
gloire, à sa dévotion pour la vierge » (p. 9/49). 

Les peintres, comme les sculpteurs, subissent l'ascendant italien. 
Deux disciples de Léonard de Vinci, Ferrando de Llanos et Ferrando 
de l'Almedina, imitent le sourire de la Joconde. Moins servilc, Pedro 
Berruguete, le père d' Alonso, tout en cédant à l'élégance florentine, 
sait exprimer l'ascétique passion de la foi castillane dans le Saint 
Pierre Martyr en prière et dans le Saint Dominique présidant un 
aato de fé peints à la demande de l'inquisiteur général Tomâs de 
Torquemada. 

Il y a lieu, dans cette vie artistique de l'Espagne au xvi' siècle, de 
mentionner le rôle joué par une pléiade de Français, dont les plus 
notables sont; Juan de Borgoiîa, venu de l'une des provinces compo- 
sant les anciens États de Charles le Téméraire; — Léon Picard, qui 
fut, à Burgos, le peintre du connétable D. liîigo de Velasco, comme 
Jean de Bourgogne avait été, à Tolède, celui du cardinal Ximénez; — 
Philippe Biguerny, du diocèse de Langres, l'auteur du Portement de 
croix de la cathédrale de Burgos et du grand retable de la chapelle 
royale de Grenade (achevé avant tôaG); — un autre sculpteur, Juan 
de Juniou Jean de Jony, peut-être originaire de Joigny en Bourgogne, 
qui travailla pour les cathédrales de Ségovie, de Leôn et de Salaman- 
que. La plupart de ces artistes, malgré la tyrannie de leur éducation 
italienne, n'ont pu se défendre contre une invincible hispanisation : 
« Un Philippe Biguerny, sans perdre sa gravité et sa douceur, avait 
pris à l'art castillan la richesse de sa polychromie et la grandeur 
démesurée de ses retables; lorsqu'il a célébré les Rois catholiques, 
dans leur chapelle de Grenade, ce Bourguignon s'était fait une âme 
espagnole » (p. 980-981). 

En dehors des aperçus que nous venons de grouper, on trouvera 
dans les cent soixante-quinze pages du travail de M. Emile Bertaux un 
abondant répertoire de noms et d'œuvres. Peut-être même nous a-t-il 
à cet égard trop libéralement comblés. On se fût accommodé volontiers 
d'un certain nombre de sacrifices si, par compensation, l'auteur, 
après avoir élagué des unités, s'était complu davantage à caractériser 
des ensembles, besogne dans laquelle il excelle et qui forme le complé- 
ment naturel de toute classification. D'ailleurs, hâtons-nous de le 
reconnaître, cet effort de synthèse, qui est comme la plastique de la 
critique d'art, lorsqu'il cède le pas dans le texte à lénumération. 



3o8 BLLLETl.N HISPANIQUE 

prend sa revanche avec l'image. Les cent trente gravures qu'a choisies 
M. Bertaux, et dont beaucoup reproduisent des photographies prises 
par lui-mcine', constituent un magnifique album, ou plutôt, pour 
conserver la langue de notre sujet, une frise de sUleria, aussi expres- 
sive que celles de Coimbre et de Tolède. 

Georges KADET. 



Herculano et l'histoire des Arabes. 

Le volume III du Boletim da Segiinda classe de l'Académie des 
sciences de Lisbonne (1910) contient, entre autres articles consacrés 
pour la plupart à Herculano, une très intéressante élude de M. David 
Lopes, Os arabes nas ohras de Alexandro Herculano. Cette étude est 
divisée en six parties, dont nous regrettons de ne connaître que les 
quatre premières, les fascicules \-l\ nous étant seuls parvenus. 
Dans la première, l'auteur examine la transcription des noms arabes 
employée par Herculano, qui, ignorant tout de l'arabe, na pas pu 
y apporter beaucoup de régularité ni d'exactitude. Dans la seconde, 
il s'agit des sources arabes qu'il a utilisées, moyennant les traduc- 
tions, bien entendu, quand ce n'est pas de seconde main qu'il les cite, 
quand ce n'est pas à Conde qu'il s'en rapporte (Conde, que l'on veut 
réhabiliter aujourd'hui en rabaissant Dozy, son Aristarque), ou à 
l'Almacary interpolé par Gayangos (bataille de Calatanazor), ou 
à Casiri, ou à Moura. Dans la troisième partie, M. David Lopes 
examine un à un les noms arabes dans les œuvres d'Herculano, qui 
s'est surtout servi d'Edrisi, traduit par Joubert. Enfin, dans la 
quatrième, il s'attache à quelques points inexactement exposés par 
l'historien national : i" L'histoire d'ibn Caci, inspirée par Conde; 
2" celle de (Jiraldo sein pavor, d'après (iayangos. Or, Conde et 
Gayangos l'ont induit en erreur. M. David Lopes rétablit sur ces deux 
question la vérité d'après les textes. En ce qui concerne Giraldo, 
il donne la traduction d'un passage d'Ibn Sahib Açala, avec le texte 
arabe (planche) et d'un passage dlbn Caldun. M. David Lopes 
trouvera dans la Chronicjue latine des rois de Castille, en cours de 
publication dans le Ballelin hispann/ue, un passage qui confirme 
le texte dlbn Sahib Arala touchant la prise, par Giraldo, de Trujillo 
et Montânchez, attribuée par Herculano à AfTonso llenriques. 

G. C. 

1. L'auteur, grâce à la bienveillance du Gouvernemcnl espagnol, a pu consulter 
en manuscrit, dans les arcliives du Ministère de l'Inslruclion publi(jue à Madrid, 
une S(5ric de »talisliquc.-> monunicnlalos, acrompagnces de photographies et tle doru- 
menl!>, qui lui ont fourni beaucoup d'inédit. L'Kspagnc^ est le pays d(;s trésors. Noire 
École des liantes Études hispaniques contribuera c-flicacement à leur publication. 



UNIVERSITÉS ET ENSEIGNEMENT 



Rapport sur les concours d'agrégation d'espagnol 

et du certificat d'aptitude à l'enseignement de la langue espagnole 

dans les lycées et collèges en 1911. 

Monsieur le Ministre, 

J'ai l'honneur de vous soumettre le rapport suivant sur les épreuves 
écrites et orales des concours d'agrégation d'espagnol et du certificat 
d'aptitude à l'enseignement de la langue espagnole dans les lycées et 
collèges pour la présente année 191 1. 

I. AGRÉGATION 

Sept candidats seulement étaient inscrits cette année. L'un d'eux 
a abandonné après avoir subi les deux premières épreuves écrites. 
Six candidats donc se disputaient l'unique place qui avait été 
annoncée. 

A. Epreuves écrites. — i . Le texte du thème tiré d'un roman de 
Jules Sandeau {Madeleine, XI, 6) ne présentait aucune de ces difficultés 
d'interprétation ou de vocabulaire qui peuvent faire hésiter le meilleur 
candidat. Le sens en était clair et la langue courante. Il ne s'agissait 
donc, dans la traduction, que d'être correct et d'éviter le gallicisme, 
tout en restant fidèle au texte. Un seul candidat cependant a franche- 
ment dépassé la moyenne et deux l'ont atteinte tout juste. Une seule 
note, il est vrai, a été vraiment inférieure et a accusé une préparation 
générale manifestement insuffisante. 

2. Le texte de la version, emprunté aux Carias de Sébastian de 
Miîïano, ne contenait pas non plus de véritables difficultés: les hispa- 
nismes ou idiotismes que l'on peut y relever doivent être familiers 
à quiconque connaît la langue plus que superficiellement. Mais le 
jury a été peu satisfait, dans l'ensemble, de cette épreuve, et son 
impression sur ce point a fortifié cette année celle que lui avaient 
laissée les concours précédents. On croit avoir assez fait lorsque l'on 



310 BUT.T.ETIN HISPAMQIE 

a rendu en gros la pensée du texte; on ne tient point compte des 
nuances, du tour particulier, de la couleur générale du style: on 
montre une inexpérience, une absence de méthode et souvent une 
gaucherie qui semblent dénoter un manque d'entraînement fâcheux. 
L'ensemble des copies était médiocre : une seule a dépassé légèrement 
la moyenne. 11 y a évidemment bien des progrès à faire en ce genre 
d'exercices. 

3. La dissertation espagnole se rapportait assez directement à l'une 
des questions du programme. Le sujet était le suivant: H(,Hasta tjué 
punto las ideas morales se modificaron en Espana durante el reinado 
de Isabel II, y en que confianza podemos tener d tos costumbrisias en 
ciianto d las causas que originaron dicha evolucion?» — On ne pouvait 
songer, sans risquer de tomber dans un développement vague et 
superficiel, à tracer un tableau général de la société espagnole 
sous Isabelle II. C'est pourtant un écueil que n'ont pas su éviter la 
plupart des candidats. Le sujet devait être restreint à l'étude des 
modifications essentielles que subirent les idées morales pendant un 
règne où se manifeste, de si curieuse façon, l'Espagne moderne. Les 
peintures que nous en tracent les humoristes contemporains sont-elles 
une caricature imitée de modèles étrangers, ou bien, au contraire, 
répondent-elles à une réalité exactement observée? C'était toute la 
([uestion. La copie classée la première (27 sur /|0) avait le mérite de 
n'en point sortir, mais toutes les autres, plus ou moins, s'en sont 
écartées trop souvent pour développer des lieux communs sans préci- 
sion. Sauf dans une copie, la forme est en général assez facile et 
mrme correcte, malgré des distractions peu excusables, mais elle 
manque de couleur et de mouvement. Les transitions sont lourdes 
et maladroites. 

A. Disserlation en français. « Quelles sont, parmi les satires litté- 
raires (en vers ou en prose) des Aiv, WU' et wiii' siècles, celles ipii 
rous paraissent particulièrement intéressantes pour la connaissance 
lies doctrines et des goûts littéraires de ces diverses époques? » — Ce 
sujet ne pouvait surprendre les candidats bien préparés sur les ques- 
tions portées au programme de l'année, mais il était difficile aux 
autres d'y répondre avec quelque précision. Il faut reconnaître 
d'ailleurs qu'un seul des candidats paraît s'être trouvé dans ce dernier 
cas. Aussi a-t-il remplacé les faits trop vaguement connus par des 
aperçus fantaisistes et des développements dont la prétention dissimule 
mal les grossières erreurs. C'est ainsi que l'on fait Jean II [iostérieur 
à if\^A et que l'on prend la Comedietade l*onza\)0\iv wnt pièce île théâtre. 
On trouve moyen de parler des aviateurs, mais on ignore Barahona de 
Solo el Forner. On ne saurait se montrer trop sévère pour de telles 
improvisations. Les autres copies heureusement témoignaient d'une 
préparation plus sérieuse et d'une érudition plus solide. Elles prêtaient 



UNIVERSITES ET ENSEIGNEMENT 2 l l 

toutes à des critiques assurément: l'art d'ordonner ses arguments, de 
grouper les faits, de faire ressortir avec netteté les conclusions de 
chacune des parties de la dissertation ou la conclusion générale de la 
dissertation manque trop souvent ; il y a bien des oublis^ bien des 
méprises sur l'importance relative des faits. L'expression, rarement 
incorrecte ou barbare, laisse cependant parfois trop à désirer. Mais, 
dans l'ensemble, les qualités compensent les défauts ou parfois 
même l'emportent sur ces derniers : aussi ces copies sont-elles 
toutes notées entre 20 et 24, et c'est un résultat dont le jury ne peut 
que se féliciter. 

B. Epreuves orales. — Le petit nombre des candidats ayant fait 
toutes les épreuves écrites, et une coupure assez nette entre celui (\m 
arrivait en seconde ligne et le troisième, ont décidé le jury (le nombre 
des places étant seulement d'une) à ne faire que deux admissibles. 
Les épreuves orales ont d'ailleurs eu lieu selon la méthode dos années 
précédentes, c'est-à-dire que les candidats ont eu les mêmes leçons 
à faire, les mêmes textes à expliquer. Cette méthode facile à appliquer, 
vu le nombre restreint des admissibles, présente, pour les candidats 
et pour les membres du jury, de tels avantages d'équité et de clarté que, 
loin d'y renoncer, il faudrait plutôt l'étendre et l'appliquer ailleurs 
dans la mesure du possible. 11 y aurait lieu seulement de prendre 
pour la préparation des leçons certaines mesures que l'expérience 
de cette année ont montrées nécessaires. L'arrêté du 3o juillet igoO 
(inséré au Bulletin administratif du 4 août de la même année) sur 
l'Agrégation des langues vivantes, porte à l'article i". $S a et b, que 
«chacune des leçons sera faite après cinq heures de préparation 
surveillée; les ouvrages demandés par le candidat seront, autant que 
possible, mis à sa disposition». Les sujets, dans le système que nous 
avons adopté, étant les mêmes pour tous les candidats, ce sont aussi 
les mêmes ouvrages qui sont généralement demandés par eux. 11 en 
résulte certaines incommodités auxquelles plusieurs candidats ont 
cru pouvoir remédier en apportant leurs propres livres, dans l'inten- 
tion, d'ailleurs franchement avouée, de s'en servir au besoin et même 
de les mettre à la disposition de leurs concurrents. Cette pratique, 
sur laquelle l'attention du jury n'avait pas été appelée jusqu'ici, 
présente évidemment des inconvénients, dont les principaux sont, 
à mon avis, les suivants. Les Hvres personnels des candidats peuvent 
être annotés et contenir des indications manuscrites dont l'usage 
constitue un avantage pour cehii qui sait où les trouver, et il semble 
d'autre part peu pratique que le surveillant désigné par l'Académie de 
Paris, ou à plus forte raison l'un des membres du jury, examine, 
séance tenante, tous les livres ainsi apportés en vue de la préparation. 
En second lieu, les candidats arrivent à la salle fixée pour cette prépa- 



a 12 BULLETIN HISPANIQUE 

ration de la leçon de trois quarts d'heure en trois quarts d'heure 
(puisque telle est la durée fixée pour la leçon elle-même). Dans ces 
conditions, il est vraisemblable que tous les candidats n'auront pas 
toujours les mêmes livres et seulement ceux-là. 11 faut donc, croyons- 
nous, s'en tenir exactement à la lettre du règlement, et n'autoriser que 
l'usage des livres fournis, sur la demande des candidats, par la 
Bibliothèque universitaire, en invitant les concurrents à se commu- 
niquer loyalement les ouvrages que cette bibliothèque ne possède pas 
en plusieurs exemplaires, et qui seraient réclamés par eux. De la 
sorte, alors même qu'il serait impossible de fournir aux candidats les 
ouvrages qu'ils estiment utiles ou nécessaires à leur préparation, tous 
les candidats se trouveront du moins exactement dans les mêmes 
conditions, et ce n'est qu'à la solidité et à l'étendue de leur préparation 
antérieure qu'ils devront avoir recours. 

1. Epreuve d'italien. La page à expliquer était tirée d'un article de 
L. F. Benedetto (Bulletin italien, \, n" 3) sur «Le osservazioni inédite 
di Gilles Ménage sopra l'Aniinta del Tasso ». — Aucune des deux 
explications n'a obtenu la moyenne, et l'une d'elles même s'est 
à peine élevée jusqu'à la note 4 (sur 20). On ignore le sens de mots 
courants, et l'on se tire difficilement de phrases fort simples cependant. 
La conjugaison est mal sue et les fautes d'accentuation ou de pronon- 
ciation abondent. Sans doute, beaucoup de candidats sont abandonnés 
à eux-mêmes pour la préparation de cette épreuve: tous ne peuvent 
profiter des avantages qu'offrent certaines Universités. Le jury admet 
bien volontiers toutes les circonstances atténuantes, mais il n'en est 
pas moins obligé de constater un fait: c'est que cette épreuve de 
langue complémentaire, dont l'existence peut se défendre par de 
bonnes raisons, n'a point produit jusqu'ici, sauf d'honorables excep- 
tions, tout ce qu'on était en droit d'en attendre. 

2. Thème oral. Il s'agissait de traduire une page de Henri Heine 
{Une procession à Celte, Lutèce, 1871, p. 2/44)- Sans demander à une 
traduction improvisée une élégance et une sûreté difficiles parfois 
à obtenir même à tête reposée, on pourrait cependant exiger, 
semble-t-il, d'une part, que les intentions littéraires de l'auteur 
fussent mieux respectées et rendues, ce dont l'on n'a pas généralement 
un souci suffisant, et, d'autre part, que l'on se montrât plus scrupuleux 
dans remploi de certaines formes qui côtoient le barbarisme ou 
même qui y tombent pleinement (espinos pour espinas, estigmatas 
pour estigmns, dignilarios pour dignatarios, monadas pour monas, 
eshirras pour cshirros). Aucun des deux candidats ne savnit (jue le 
chapeau d'un cardinal se nomme capelo et que bordon ou baslon 
traduisent fort mal la boulette (cayado). Que la véritable expression 
à employer ne se présente pas toujours à la mémoire et que poui- y 
suppléfr l'on ait recours à des formes douteuses ou manifestenicnl 



UNIVERSITES ET ENSEIGNEMENT 2IÔ 

inexactes, nul ne songera à s'en étonner, mais il est plus difficile 
d'admettre que le candidat invité à corriger lui-même les imperfections 
excusables dans toute improvisation, ne sente pas les points faibles 
de sa première traduction et ne signale point spontanément, en tentant 
de l'améliorer, ce que celle-ci présentait d'inexact, d'insuffisant ou 
même d'incorrect. Il est rare cependant que cette critique de la 
traduction par le traducteur lui-même ait sérieusement amélioré 
cette dernière, 

3. Leçon en français. « Comment l'auto religieux primitif est-il 
devenu au xvi' siècle l'auto sacramental? n 

L'auto sacramenlal est, en Espagne, le point d'aboutissement 
naturel du drame religieux primitif. Il se constitue, au \vi' siècle, en 
réunissant les divers éléments auxquels Lope de Vega et Galderôn 
donneront ensuite leur plein et entier développement. C'est l'histoire 
de cette formation dont on demandait aux candidats de tracer les 
grandes lignes. L'un d'entre eux, qui n'a vu dans Vaulo sacramenlal 
qu'une œuvre de combat, a, pour donner plus de force à sa thèse, 
singulièrement restreint et parfois faussé son sujet. L'autre, frappé 
surtout par l'épanouissement de ce genre avec Galderôn, a été amené 
plus d'une fois à sortir du cadre qui lui était tracé. Ni l'un ni l'autre 
ne se sont très nettement rendu compte des diverses phases d'une 
évolution qui d'ailleurs n'a pas été étudiée en raison de son importance. 
L'exposition, plus sèche et plus correcte chez l'un, plus vive et plus 
facile chez l'autre, manquait chez l'un et l'autre de relief et de finesse. 
Les notes ont été 22 et 20,70 sur ^o. 

4. Explications. L'explication de deux textes, l'un ancien, l'autre 
plus moderne, doit se faire après une préparation d'une heure, sans 
autres livres qu'un lexique. La première doit fournir au candidat 
l'occasion de montrer ce qu'il sait de grammaire historique. Il saisira 
donc l'occasion d'étudier certaines formes intéressantes et d'expliquer, 
au point de vue de la morphologie et de la phonétique, les particula- 
rités les plus remarquables du texte proposé. La seconde explication 
dont le texte peut être emprunté à la période classique ou à la littéra- 
ture contemporaine, lui permettra de montrer ses qualités de pro- 
fesseur, son expérience pédagogique, et il doit traiter ce texte comme il 
pourrait le faire devant des élèves déjà assez avancés, en mêlant aux 
remarques nécessaires de syntaxe et de grammaire les observations 
littéraires ou historiques qu'il comporte. 

Les deux textes choisis celte année étaient: rUn fragment d'une 
vingtaine de vers de l'Auto de Los Reyes Magos; 2" Un passage de la 
scène II de la Cena del Rey Baltasar, auto sacramenlal de Galderôn. 
— L'épreuve a montré chez l'un des candidats, pour le texte ancien, 
une connaissance un peu courte des questions philologiques, et, pour 
le texte classique, trop peu de méfiance à l'égard des contresens. Le 



2î4 BULLETIN HISPAMQUE 

style de Calderôn, il est vrai, est parfois bien recherché: sa pensée 
trop chargée de métaphores, est difficile à suivre: elle l'était particu- 
lièrement dans ce passage. Cependant une connaissance plus familière 
de ses procédés habituels et de sa manière aurait permis aux candidats 
de dégager plus nettement et plus fermement la pensée de l'auteur 
des ornements poétiques qui la masquent et la déguisent trop souvent. 
Celte épreuve, fort importante pour de futurs professeurs, n'a point 
pleinement satisfait le jury. Les candidats n'y pourront réussir qu'en 
s'y exerçant longtemps à l'avance et en s'efforçant d'acquérir une 
bonne méthode d'interprétation et d'exposition. 

5. Leçon en espagnol. H^,Ciidles fneron, desde el piinto de visla orn 
de la inspiracion poélica, ora de la Jortna rnétrica, las venlajas y los 
inconvenienles de la iniroducciôn dcl italianismo en Espana en el 
siglo \V[», y cuâles fueron los resullados duraderos?)) — Les candidats 
ont assez bien vu (et la rédaction même de la question posée leui' 
facilitait la tache sur ce point) les divisions essentielles de ce sujet où 
il convenait d'exposer ce que la poésie espagnole avait gagné et ce 
qu'elle pouvait avoir perdu par suite de l'influence prépondérante 
qu'exerça sui- elle au xvr siècle la poésie italienne, el de dire, en 
résumé, ce qui élail resté de cette révolution littéraire. 11 n'est guère 
de sujets plus importants dans l'histoire dos lettres espagnoles; ce 
n'esl point l'absence do documents, mais plutôt leur abondance qui 
peut ici embarrasser. L'un et l'autre candidat a paru d'ailleurs avoir à sa 
disposition les renseignements sullisants pour traiter convenablement 
le sujet, mais chez, l'un, dont la doctrine était plus ferme el les conclu- 
sions plus nettes, ce grand sujet a paru quelque peu étriqué et exposé 
sous une forme maigre et sèche, quoique généralement corrode, chez. 
l'autre la pensée semblait quelquefois hésitante; le plan n'avait pas 
toute la netteté désirable ni les diverses parties les justes proportions 
qtie réclamait leur importance relative; enlin certaines assertions ne 
reposaient point sur des arguments suffisamment solides. Les deux 
candidats, avec des qualités d'ailleurs très dilléreutes, s'exprimaient 
avec aisance en espagnol, et leur prononciation a été jugée correcte. 
L'ensemble de celte épreuve, sans présenter rien de particulièremont 
lemaïquable, a témoigné chez les candidats d'une piéparation suffi- 
samment sérieuse el d'une aptitude réelle à manier avec aisance sa 
langue espagnole. 

Le candidat classé premier a réuni un total général de i8i,5o j)oints. 
Son concurrent, qui le suivait de près, avait obtenu 178 points. — 
Avant la cloluie du concrturs, les (Mudidals ont été a\erlis ipi'à partir 
de la prochaine année, ils auraient à traduire un texte latin, dont la 
note entrerail pour un cincpiième dans le coefficient de l'épreuve 
d'explication orale. 



UNIVERSITES ET ENSEIGNEMENT 



II. CERTIFICAT D'APTITUDE 

Dix-huit candidats ont, cette année, subi les çpreuves écrites. Le 
nombre avait été de vingt-quatre l'an dernier. 11 y a donc eu une dimi- 
nution assez sensible dans le nombre des candidats. 

A. Epreives écrites. — i. Le texte de la composition française 
éliminatoire était le suivant: ^^ En mettant à profit ce que vous savez 
de l'histoire et de la littérature espagnole, vous discuterez celle ré/Iexion 
d'Angel Ganivet: Asicomo creo que para las aventuras de la dominaciôn 
material, muchos pueljlos de Europa son superiorcs â nosotros, creo 
lambien que para la creaciôn idéal no hay ninguno con aptitudes 
naturales tan depuradas como las nuestras. » — Plus encore que des 
connaissances historiques et littéraires, ce sujet demandait de la 
réflexion et une juste intelligence des termes employés par l'auteur et 
de sa pensée générale. La majorité des douze candidats soumis à cette 
épreuve paraît avoir été surprise et même un peu effrayée par ce 
sujet. L'épreuve a été médiocre. Deux candidats seulement sont entrés 
dans la pensée d'Angel Ganivet, mais le premier finit par s'égarer 
dans un verbiage grandiloquent et le second offense trop souvent 
notre langue. La plupart des autres copies sont maladroites ou super- 
ficielles. Elles ne révèlent point une connaissance sérieuse de l'histoire 
et de la littérature espagnoles, ni surtout l'habitude de la réflexion. 
La composition en est généralement confuse et décous-ue. La forme 
se laisse aller à d'étranges familiarités et elle n'évite la prétention que 
pour tomber dans la banalité. Elle est enfin assez souvent peu correcte. 
Deux copies seulement ont obtenu une note supérieure à lo: quatre 
sont restées au-dessous de la note 8. La conclusion, c'est que les 
futurs candidats doivent se préparer à cette épreuve plus sérieusement 
qu'ils ne paraissent l'avoir fait jusqu'ici. C'est un conseil que nous 
leur avons déjà donné les années antérieures et que nous sommes 
obligés de leur renouveler avec plus d'insistance, en leur signalant 
une fois de plus le danger auquel ils s'exposent en ne prêtant pas 
à cette épreuve une attention suffisante. 

2. Thème. Le thème non plus n'a guère été satisfaisant. Pris dans 
le Charles XII de Voltaire, il pouvait sans doute, comme tout autre, 
donner lieu à des solécismes et à des barbarismes {ce dont on ne 
s'est pas gardé du reste), mais non à des contresens ou à des faux sens; 
et pourtant on en a commis. Deux copies seulement (sur dix-huit) ont 
dépassé la note moyenne. 11 faut donc (et ceci encore confirme ce que 
nous venons de dire au sujet de la composition française), il faut 
donc que les candidats au certificat d'espagnol commencent par se 



2l6 BULLETIN HISPANIQUE 

fortifier dans la connaissance du français, connaissance dont le défaut 
se trahit encore plus peut-être dans le tht'me ot la version que dans 
la rédaction en français. 

3. \'ersion. Le texte à traduire était une page de la Vida del Buscôn, 
de Quevedo, dans laquelle ce dernier nous décrit, avec sa verve 
familière, comment les hidalgos besogneux résolvent la délicate 
question du costume. 11 offrait quelques difficultés sérieuses de voca- 
bulaire. Il demandait surtout un effort intelligent pour faire passer 
en français les nuances de l'humour espagnol. Les candidats classés 
les premiers ont compris le sens général; trop de détails leur ont 
échappé. Quelques-uns se sont laissé arrêter par des mots qu'ils 
n'avaient pas cependant le droit d'ignorer. D'autres ont été dupes de 
tournures avec lesquelles ils devraient être familiarisés. Sauf une ou 
deux copies, où apparaissent quelque vivacité et quelque couleur, 
la. traduction est le plus souvent sèche, lourde et maladroite. 

l\. Composition en espagnol, d Caria de un esludianle madriletw 
leclor de espanol en un eslablecimiento de Francia, à un amigo suyo 
participdndole lo que mds le ha llamado la atenciôn en la poblaciôn y en 
el colegio en que vive. » — Cette épreuve a été, dans l'ensemble, sensi- 
blement meilleure que les autres. Deux copies surtout témoignaient 
dune réelle facilité et d'une connaissance familière de la langue 
courante espagnole, et même des mœurs et habitudes de ce pays. 
L'abondance même du développement, malgré le temps assez restreint 
dont disposent les candidats, montrait clairement qu'ils étaient 
habitués à penser et à écrire dans cette langue. Quatre autres copies 
étaient encore fort honorables. Il n'y en avait que trois ou quatre tout 
à fait mauvaises cl pai tro[) inlerieuies au niveau au-dessous duquel 
il n'est point permis de descendre dans ce concours. Faut-il répéter 
encore que même ici les candidats seraient bien plus à l'aise pour 
montrer ce (ju'ils peuvent faire en langue étrangère, s'ils savaient 
clairement ordonner leurs pensées el se tracer un plan logi(iue, solide 
et simple? Trop de copies donnent encore l'impression d'une impro- 
visation négligée et décousue. 

B. Ei-uEi viis ouAi.Ks. — A la suilc des épreuves écrites le jury a 
décidé (le proposera M. le Ministre de déclarer sept admissibles. Vous 
avez bien voulu y consentir-. 

I. Thème. La Fontaine, Le Loup et l'Agneau. — Quatre traductions 
de ce texte, en somme assez facile, ont été bonnes ou satisfaisantes: 
les trois autres ont paru pénibles, vagues, lourdes, pleines d'hésita- 
tions, de reprises el de longs silences. Ici encore, il faut répéter ce 
(|ne nous disions pour l'agrégation: res|)ril crilicpie manque trop: on 
ne sait pas se corriger, réparer, à la réllexion, les insuffisances dn 
premier jel. On le ferait sans doute plus lacilemenl si l'on avait un 



UNIVERSITES ET ENSEIGNEMENT 3 1 



plus riche vocabulaire à sa disposition, et surtout plus d'habitude de 
cet exercice, si nécessaire à un futur professeur. 

3. Version. Le texte de Larra (^,Entre que génies estamos? depuis: 
Déjà mi criado la 5e/ia/... jusqu'à... un capricho de Goya) ne présen- 
tait quelque délicatesse que dans l'expression et la syntaxe. Certains 
mots de la langue courante {birlocho, eje, macas, etc.) ont amené 
cependant des hésitations et quelques faux sens. Aucune traduction 
n'a été vraiment élégante et facile. La malice de Larra est générale- 
ment comprise; elle n'est presque jamais rendue. Le jury a eu plus 
d'une fois à noter de fâcheuses négligences et trop de facilité à se 
contenter d'à peu près. 

3. Commentaire grammatical. Les candidats avaient à faire le com- 
mentaire, au point de vue grammatical, dune scène de la zarzuela 
de Javier de Burgos, Los Valientes (Escena l'\[quiès decirme... por 
panoli). Le texte offrait un certain nombre de mots ou de tournures 
de la langue populaire de Madrid, que les candidats ont dû entendre 
souvent pendant leurs séjours en Espagne, ou qui, dans tous les cas, 
auraient dû attirer leur attention lors de la préparation de cette 
comédie. Ce commentaire cependant n'a vraiment approché de ce 
qu'il doit être que dans l'épreuve d'un candidat sur sept. Les autres 
ont fourni des remarques désordonnées ou superflues, sans voir 
toujours que dans un texte comme celui-là, ce qui était intéressant 
c'était non pas l'étymologie de decir ou autres choses de même force, 
mais des remarques sur les formes populaires {quiès, abristes, perdios, 
limond, esaveniencias, etc.) ou sur les modismes (primaoera, dans le 
sens de tonto, perder la chaveta, etc. ) employés par les personnages 
de ce saynète. Le candidat auquel il est fait allusion dans ce qui 
précède a certainement dû son succès final à la bonne méthode qu'il 
a suivie dans cette épreuve. 

4- Lecture expliquée. La page de la Estafeta romdntica, de Pérez 
Galdôs (page 89: A Pepe Zorrilla), qui était proposée, olVrait aux 
candidats, par les nombreuses allusions qu'elle contient à la littérature 
contemporaine, une excellente occasion de montrer leurs connais- 
sances sur ce point, et d'enrichir celles de leurs élèves. Tous assuré- 
ment n'ont point su (et pour cause) saisir cette occasion, mais 
cependant cette épreuve a certainement été, dans l'ensemble, la plus 
satisfaisante de toutes. Elle en est aussi la plus importante puisque 
c'est celle qui permet le mieux au jury de se rendre compte de la 
facilité de l'improvisation et de la connaissance de la langue courante 
que possèdent les concurrents. L'une des épreuves a été de tous points 
satisfaisante. Elle a obtenu la note 17 (sur 30), et elle aurait sans 
doute obtenu davantage encore, si l'auteur avait mis un peu plus 
d'ordre dans les intéressantes remarques présentées à propos de ce 
texte. Il a du moins montre une connaissance peu ordinaire du sujet 



2l8 BULLETIN HISPAMQLE 

et fait preuve de véritables qualités d'expression. Deux autres épreuves 
ont encore, mais à un degré moindre, satisfait le jnrv, l'une d'abord 
un peu confuse, par la correction et la facilité de l'élocution, l'autre, 
par un effort très méritoire pour mettre de l'ordre dans le commen- 
taire et par une égale aisance dans l'expression. Les autres épreuves 
ont été plus ou moins au-dessous de la moyenne. On ne peut 
d'ailleurs que s'étonner de voir certains candidats, que l'on écoute 
sans fatigue et parfois même* avec plaisir dans une épreuve de ce 
genre, montrer tant d'inexpérience, de sécheresse ou d'insuiïisance, 
quand il s'agit de traduire en langue étrangère un texte français et 
d'en justifier leur traduction. C'est sans doute qu'il est relativement 
facile, à qui possède une certaine habitude de la langue, de discourir 
sur un texte littéraire, tandis qu'une traduction précise, exacte, 
intelligente d'une page qu'il faut faire passer dans une langue diffé- 
rente (thème ou version) exige une méthode et demande des qualités 
qui ne s'improvisent pas et que l'on ne peut acqiiérir qu'au prix d'un 
entraînement laborieux et suivi. C'est une vérité d'expérience que les 
futurs candidats feront bien de ne point perdre de vue. 

A la suite des épreu\es orales, l'un des candidats, qui arrivait facile- 
ment en tète de la liste, a déclaré au jury qu'étant espagnol et ne se 
destinant point d'ailleurs à l'enseignement, il se retirait du concours 
pour ne point priver ses concurrents de l'une des trois places fixées. 
Vous avez bien voulu, Monsieur le Ministre, autoriser le jury à rece- 
voir, à titre étranger, ce candidat dont la conduite était inspirée par 
un sentiment si louable, et, par suite, à ajouter à la liste des admis le 
candidat primitivement classé en (jualrièmc ligne, lequel, au surplus, 
n'était séparé de celui qui le précédait que par un quart de point. 

N'euillez agréer. Monsieur le Ministre, l'expression de mes senti- 
ments respectueusement dévoués. 

Le Président du Jury, 

E. MÉRIMÉE. 



Institut français en Espagne (Union des Étudiants français 
et espagnols). - Cours de Pâques à Madrid eu 1912. 

A. (Juurs d'esiHUjnoi. — Les cours de langue et de littérature espa- 
gnoles pour les candidats aux divers examens (agrégation, licence, 
certificats, etc.) et, en général, pour toutes les personnes (jui désirent 
se perfectionner dans la pratique de l'idiome et la connaissance de la 
littérature, commenceront le mardi 9 avril, et dureront jusqu'au 
iï> mai. Ils auront lieu au Museo Petlagôgico. Tous les cours sont 
gratuits. 

riiur iti-criplidus et renseignements s'adresser à M. E. Mérimée, 



UNIVERSITES El E>SEIG.NEMEM 2 KJ 

professeur à l'Université de Toulouse, directeur de Vinion des Etu- 
diants, rue des Chalets, 54. 

B. Cours publics de liltérature française, d'histoire et d'histoire de 
l'art. — Ces cours commenceront le mercredi 10 avril. Ils auronl 
lieu à l'Université Centrale et seront faits par : 

MM. Bertaux, professeur à l'Université de Lyon. 

Courteault, professeur à l'Université de Bordeaux, 
Reynier, maître de conférences à l'Université de Paris. 

Les Conférences pratiques de langue et littérature françaises seront 
données, à LUniversilé Centrale, par MM. Courteault, Beynier 
et E. Mérimée. 

Un programme détaillé des cours et conférences sera ultérieu- 
rement distribué. 

Le Directeur de C Union, 

E. MÉKIMÉE. 



Diplôme d'études supérieures. 

Le i" décembre 191 1, M. G. Martin, professeur d'espagnol au 
collège de Castelnaudary, a présenté, à la Faculté des lettres de 
Toulouse, un mémoire pour l'obtention du diplôme d'études supé- 
rieures sur le sujet suivant : Origenes y evoluciôn de la serranilla. Les 
deux textes à expliquer étaient : F'r. Luis de Leôn : La Perjecta 
Casada, et V. Blasco Ibâilez, Sangre y arena. 

Le mémoire, incomplet sur certains points et sur quelques autres 
insuffisamment approfondi, a été en somme très favorablement appré- 
cié par le jury. 11 traçait avec netteté les lignes essentielles d'une étude 
sur ce curieux genre littéraire, en indiquait clairement les origines, 
autant du moins que les documents qui nous ont été conservés per- 
mettent de le faire, et en suivait le développement jusqu'à l'époque 
classique, où l'auteur l'abandonnait, un peu trop tôt sans doute. Le 
mémoire, écrit dans un espagnol correct et ferme, se terminait par un 
certain nombre de serranillas jusqu'ici inédites et empruntées à 
un cancionero manuscrit de la Bibliothèque du Palais, de Madrid. 
Ces textes nouveaux, que nous publions ci-dessus (p. ^o'j), ajoutaient 
au mémoire un mérite trop rare dans des travaux de ce genre. 

Après la soutenance, M. Martin a obtenu le diplôme avec la mention 
bien. 



BIBLIOGRAPHIE 



R. Menéndez Pidal, Canlar de inio Cid, tome II (pp. ^23 904) 
et tome III (pp. 907 à 1181). Madrid. Bailly-Baillièie, 1911. 

Le Bidlelin hispanique, dans son dernier numéro, n'a pu consacrer 
(piun seul mot aux deux volumes dont le titre précède, mais ce mot: 
<( Admirable »> sera sans doute le dernier terme el la conclusion de 
tous les comptes rendus plus détaillés. C'est qu'aucun texte, à ma 
connaissance, na été jusqu'ici, en Espagne, l'objet d'une étude plus 
complète, plus personnelle et plus pénétrante, et que l'ensemble de 
ces trois volumes, publiés en 1908 et 191 1 (pour ne point parler de 
l'édition du Poema del Cid de 1898), constitue un monument qui lait 
le plus grand honneur à l'érudition espagnole. Dans ce champ, par- 
couru déjà par tant de chercheurs, il n'y aura plus désormais qu'à 
glaner. Non certes que toutes les questions si complexes que soulève 
l'étude du Canlar soient définitivement résolues: plusieurs paraissent 
jusqu'à nouvel ordre insolubles: mais, du moins dans l'état actuel de 
nos coimaissances, tout ce que la critique la plus attentive a fait pour 
l'établissement du texte, tout ce qu'elle a pu réunir de renseignements 
et de rapprochements, tout ce qu'elle a pu tirer de ce texte pour la 
connaissance du vocabulaire et delà grammaire du castillan archaïque, 
se trouve rassemblé avec une méthode et exposé avec une précision 
capables de satisfaire les plus dilliciles. 

Nous ne pouvons songer à entrer dans l'examen détaillé de ces 
deux nouveaux volumes, pleins de faits et d'observations qui par leur 
nature échappent à l'analyse. Il sutïîra de résumer ici leur contenu, 
de caractériser la méthode et de signaler les conclusions générales les 
plus importantes. Rappelons que le tome prctnier, préparé dès 1892, 
couronné en 1895 par l'Académie Espagnole et paru en 1908, contient, 
dans une première partie, la crilicpie du texte (étude du manuscrit, 
de la to|)ographie, du mètre et des assonances, des relations axoc les 
Chroniques), et que la seconde |)arlie fornje la (îramrnaire de la 
langue du Cid. Nous avons eu l'occasion de résumer les résultats 
essentiels de cette première étude: les deux volumes actuels fournis- 
sent les éléments ou matériaux en même temps que la confirmation 
des conclusions formulées dans le premier. 

Le volume second renferme en elfet le vocabulaire alphabétique. 
Tous les mots importants du Canlar y sont l'objet d'un article séparé. 
Chaque article comprend: le renseignement diplomalicpie qui permet 
de lixcr la graphie, toutes les fois qu'elle parait douteuse, le sens ou 



BIBLIOGRAPHIE 2 2 I 

les sens divers, avec renvoi d'une part aux vers où se trouve le mot, de 
l'autre à la page et à la ligne de la Grammaire où il est étudié, des 
rapprochements avec d'autres textes, enfin l'étymologie. On voit déjà 
ce qu'un tel programme représente de travail, et aussi quelle en est 
l'utilité. La statistique, par exemple, des emplois divers de ser et de 
eslar permet seule de formuler une conclusion qui, pour cette période, 
prendra la valeur d'une règle, si elle est confirmée par d'autres textes 
analogues. L'exacte et complète analyse des emplois de /e, afé n'est 
pas sans importance pour la détermination de l'étymologie. (M. M. Pidal 
se prononce pour l'étymologie arabej. 

Mais le Vocabulaire contient autre chose encore. Ce n'est point sur 
la forme seulement, c'est aussi sur la chose qu'il fournit les détails les 
plus instructifs. Aussi ressemble-t-il parfois à un u Dictionnaire des 
antiquités », ou à un répertoire des mœurs et institutions du moyen- 
àge. Ouvrons-le, dès les premières pages, aux mots adtor, aiiinla, 
alcatde, algara, almo/ar, arma, arras, ave, axuar, etc., on verra tout 
ce que l'on peut retirer d'un lexique ainsi compris pour l'intelligence 
de la civilisation à celte époque. De brèves mais substantielles discus- 
sions (voyez par exemple celle sur le sens de campeador = vencedor 
de batallas) montrent excellemment la manière de l'auteur. Il va de 
soi que ce dictionnaire n'est pas moins précieux pour l'histoire et la 
géographie. [Voyez les mots Albar Fdnez, Alfonsso, Anrrich, Bellrân, 
Carriôn, Garcia Ordônez, Remond, Sol (doiïa)J. L'article sur les 
Infants de Carriôn, qui comprend vingt-quatre pages compactes, plus 
un tableau généalogique hors texte, est un véritable traité qui prouve, 
sur un point précis, le caractère essentiellement et scrupuleusement 
historique du Cantar, puisque tous les détails qu'il fournit sur les 
infants Diego et Fernân, sur Pedro et Gonzalo Ansûrez et sur la 
parenté de ces derniers avec les Vanigômez se trouvent confirmés par 
les diplômes ou par les Chroniques. 

Quant aux renseignements géographiques, si importants pour 
l'intelligence de cette Chronique rimée qui se tient toujours très 'près 
des réalités concrètes, que l'on veuille bien se reporter aux mots 
Burgos, Montes Claros, Ovirna, Pena Cadiella, San Servan, Tevar 
(dont la situation est déterminée à l'aide d'un diplôme de Pedro II 
d'Aragon du 3 avril laog), Valencia, etc. Une carte très claire de 
l'Espagne des vingt dernières années du xi" siècle, avec les divers 
itinéraires du Cantar, et, en lettres rouges, tous les noms de lieux cités 
dans ce dernier, permet de s'orienter aisément, surtout si on la 
complète par celle insérée entre les pages 72 et 73 du tome l". Elle 
constitue une illustration du texte qui devrait servir de modèle pour 
d'autres œuvres historico-liltéraires analogues. 

Ainsi qu'il l'avait fait déjà au tome 1" pour la « localisation » du 
Cantar, M. Pidal a soin d'agrémenter son texte de vues pittoresques, 
Bull, kispan. i5 



à33 BULLETIN HISPANIQUE 

de représentations d'objets et d'œuvres d'art, comme le curieux ivoire 
de San Millan (déjà publié, si je ne me trompe, par M. Sentenach 
dans le Bolelin de la Sociedad espaiwla de excursiones, en 1908), de 
reproductions photographiques des monuments contemporains, 
comme l'église de San Vicente d'Avila ou le cloître de S'*" Domingo de 
Silos, ou encore des enluminures de manuscrits, comme le San Beato, 
du même monastère. Rien de plus intéressant, et rien aussi de plus 
reposant, que ce commentaire artistique, dont l'auteur a d'ailleurs usé 
sobrement'. 

Le tome 111' contient un double texte du Canlar. Le premier est la 
reproduction paléographique du manuscrit, avec mention et discussion 
des lectures des éditeurs antérieurs, Ulibarri en 109(3, Pellicer 1793, 
Sânchez i779,Janer 186^, VolmoUer 1879, Huntington 1897. La partie 
délicate de cette constitution du texte est la distinction des diverses 
mains des correcteurs. «Je n'admettrai, dit M. Pidal, que ce qui a été 
écrit de la main de Per Abbat, et parfois quelques-unes des corrections 
de première main, «[uand ces corrections paraissent autorisées par un 
texte écrit, ou quand elles redressent des erreurs manifestes du copiste». 
Les corrections postérieures ne sont indiquées que lorsqu'elles ont été 
admises par d'autres éditeurs, sans que les motifs pour les adopter 
paraissent sutïisants. Ce travail patient et ingrat, poursuivi à la loupe 
et, au besoin, à l'aide de réactifs, permet de se rendre compte de 
l'état du manuscrit mieux peut-être que si on l'avait lui-même sous 
les yeux, car l'éditeur ne le montre pas seulement, il l'explique. Si 
nous comparons ce texte de 191 1 à celui déjà donné par M. Pidal on 
1898, on constatera que ce dernier a été amélioré, soit par la correc- 
tion de quelques fautes d'impression (p. ex. v. 3i: adelino et non 
adelido), soit par la résolution en lettres italiques des abréviations 
(vera au lieu de vera). Ainsi que je l'ai indiqué, l'annotation a pour 
but de préciser certaines particularités matérielles du manuscrit, de 
distinguer les diverses mains dans les retouciies et corrections inter- 
linéarres ou de noter, en les discutant souvent, les lectures des autres 
éditeurs. Kn résumé, si dans un travail de ce genre des réserves sont 
toujours possibles et des doutes permis sur certains points, il convient 
de tenir cette reproduction du (]a/ilar pour la plus parfaite, et, selon 
nous, pour supérieure même à une reproduction photographique: elle 
restera définitive tant (juun manuscrit meilleur de ce texte ne sera 
point décou\erl. 

I. Au mol Cascovelcs, aux textes allégués pour prouxer l'iisage des grelots cl 
>onnaillcs (surtout dans le hofurdo), j'ajouterais volontiers le Livre de la Coiilréric de 
^jantiago de Hurgos, (pii explique l'emploi et fournil par les miniatures une illustra- 
tion extrêmement riche. — Au mol /uH^a, j'aurais bien voulu trouver une cxplicaliou, 
et mieux encore une rcf)ri:>ontation de la lanza de ilos hierros, si fréqurnlr- dans le 
Homanrrro, et puisque l'auteur (suh voce) allègue des textes du xvii* siècle, je lui 
aurais volontiers pardonné c<;l anachronisme. 



BIBLIOGRAPHIE a 3. H 

Toutes les fois qu'il sera question du Cantar, c'est donc de ce texte 
qu'il faudra partir. Mais il est clair que le texte de Per Abbat, même 
restitué dans la mesure possible à sa pureté, à son authenticité origi- 
nelle, est défectueux. D'abord, il est incomplet, ensuite, en bien des 
passages, il est manifestement incorrect et erroné. Aussi Bello, 
Volmôller, Baist, Restori, Milâ, Cornu, Nyrop, Lidforss ont-ils 
tenté de l'améliorer en proposant des corrections, fondées le plus 
souvent sur la métrique et les assonances. 

Après eux, M. Pidal, utilisant dans leurs travaux les matériaux qui 
lui paraissent pouvoir être conservés, tente la reconstruction du texte 
primitif, en une édition critique distincte de la paléographique. Les 
principes sur lesquels il fonde sa méthode, il les avait exposés déjà 
dans la première partie du volume I : ils reposent sur la théorie de la 
division des séries métriques, sur sa conception du mètre original 
(très différente de l'hypothèse octosyllabique de Cornu), sur l'étude 
comparée du texte et des Chroniques, particulièrement de celle dite 
des Vingt Rois pour la suppression des lacunes. 

Sur ce point, la reconstitution du début perdu du poème attire tout 
d'abord sen attention. On sait combien diffèrent les opinions sur 
l'étendue de cette lacune initiale, que les uns réduiraient à un seul 
vers tandis que d'autres retendraient dans des proportions considé- 
rables. M. Pidal montre, comme l'avaient supposé R. Béer et G. Baist, 
que cette lacune ne devait pas dépasser une page d'une cinquantaine 
de vers environ. S'il en est ainsi, il n'est guère possible de relier au 
Cantar, autrement que par une simple allusion, l'épisode de la Jurti 
à Santa Gadea. Ce n'est pas que cette scène ne paraisse en effet une 
préface assez naturelle à l'exil de Rodrigue. Mais, d'une part, il y a 
d'autres raisons pour expliquer cet exil, et de l'autre, elle se rattache 
plus logiquement au Canlar du Siège de Zamora et au meurtre de don 
Sancho, si, comme M. J. Puyol paraît bien l'avoir démontré', ce 
Canlar a vraiment existé. Si l'on objecte que dans cette Geste perdue, 
comme dans la partie correspondante des Chroniques, le rôle du Cid 
n'est que de second plan, tandis qu'il devient dans la scène de la 
Jura le personnage principal, avec le roi Alphonse, on répondra 
qu'en tout état de cause il n'en pouvait être autrement, puisque ce 
changement du lieu de la scène et la disparition des autres person- 
nages ne laissaient plus en présence que le roi léonais et le chef 
castillan. Mais répétons-le, sans exclure absolument cette explication, 
l'exil de Rodrigue pouvait se justifier autrement. L'histoire latine du 
Cid, et certaines Chroniques qui s'en sont inspirées, prêtent au Roi 
des griefs suffisants: elles s'accordent à attribuer sa jalousie et son 
ressentiment aux exploits de Rodrigue contre les Maures, soit dans 
son expédition d'Andalousie pour le recouvrement du tribut ou parias 

1, Arrhivo de InvesHyaciones historicas, Arm I, tu'im, i (191 ij. 



324 BULLETIN HISPANIQUE 

d'Almutamiz, roi de Séville, soit dans une seconde expédition, en 
Castille même, pendant l'absence du roi Alphonse. M. Pidal remarque 
que sur trois détails caractéristiques le Cantar et l'Histoire latine 
coïncident: le tribut, la défaite de Garcia Ordônez à Cabra, les 
calomnies des envieux. C'est donc dans le récit de la Chronique de 
Vingt Rois, qui suit l'Histoire Latine, que l'on a chance de retrouver 
le sens général de la lacune du début. Les quarante ou cinquante 
vers qui manquent peuvent être approximativement restitués à l'aide 
d'un passage de cette dernière Chronique (où l'on croit d'ailleurs 
reconnaître des traces d'assonances), et par un remaniement de la 
Geste conservé assez fidèlement dans la Chronique de Castille et dans 
la Chronique Particulière du Cid. On verra, à la page i025, les douze 
vers ainsi restitués (assonance a-o), qui auraient immédiatement pré- 
cédé le premier vers actuel. Quant aux deux pages qui manquent, 
l'une après le vers a337, l'autre après le vers 35o7, M. Pidal y supplée 
par le texte correspondant de cette même Chronique des Vingt Rois, 
et non, comme Lidforss, par celui de la Troisième Chronique. 

En somme, si l'on estime à cent cinquante environ les vers que 
pouvaient contenir les trois pages perdues, et si l'on tient compte des 
vers épars qui ont été omis çà et là, le nombre total des vers devait 
sensiblement approcher de 4ooo. Ils sont actuellement répartis en 
132 laisses d'étendue très diverse. M. Pidal divise la Geste entière en 
trois Cantares : celui de l'Exil (i,o8G vers); celui des Noces (1,191 v.); 
celui de Corpes ( i, 463 v.), divisions d'ailleurs nettement indiquées 
par le texte lui-même, et généralement adoptées par les divers éditeurs 

Indépendamment de ces trois grandes lacunes, il y a, dans le texte 
de Per Abbat une foule d'autres omissions moins graves aux(juelles il 
faut remédier dans la mesure du possible, un grand nombre aussi de 
mauvaises lectures qu'il faut redresser, de substitutions et de confu- 
sions de mots, de gloses vicieuses introduites dans le texte, de distrac- 
tions du scribe, d'assonances irrégulières, de doubles vers fondus en 
un seul, ou, au contraire, de vers indûment coupés en deux. En 
réalité, il n'est guère de vers où ne se pose un petit problème, (jne le 
plus souvent l'éditeur résout avec élégance, ou dont tout au moins il 
pose les termes avec plus de précision qu'on ne l'avait fait. Sa parfaite 
connaissance des (^hronicpies, dont il a débrouillé la filiation, de la 
langue archaïtiuc et de tous les travaux critiques dont ce texte a été 
l'objet donnent à ce commentaire une valeur de premier ordre. Ce 
travail de mosaïste adroit et patient aboutit à une restauration en 
son état premier aussi satisfaisante que possible de l'œuvre antique, et 
d'autre part — résultat dont le commun des lecteurs lui saura gré, — 
à un texte plus accessible à tous et icndu plus intelligible encore par 
une (lithographe, une ponctuation cl une accentuation modernisées. 

Tfl est, dans ses lignes essentielles, l'ouvrage de M. rid.il. Ces liois 



BIBLIOGRAPHIE 3 25 

volumes semblent épuiser l'étude objective du Cantar de mio Ciel. Ils 
la dépassent même sensiblement, en ce sens qu'une grammaire, un 
vocabulaire et une métrique, conçus et exécutés avec cette ampleur, 
servent et valent non seulement pour ce texte particulier, mais encore 
pour toute la période archaïque de la littérature. Ce serait là, s'il en 
était besoin, la meilleure réponse à ceux qui s'étonneraient de voir 
consacrer tant de temps et d'efforts à l'illustration d'une œuvre dont 
la valeur littéraire ne leur apparaît point avec évidence comme au- 
dessus de toute discussion. 

Ce mérite intrinsèque, même après ces trois volumes, resterait donc 
encore à démontrer, la démonstration ne rentrant point dans le plan 
que l'auteur s'était tracé, et dont délibérément il ne voulait pas sortir. 
Il a fourni avec abondance et sûreté tous les éléments nécessaires à la 
complète connaissance du poème dans son état actuel et dans sa 
forme probable antérieure. S'en servira-t-il lui-même pour nous dire 
maintenant, avec une autorité si bien conquise, ce qu'il faut penser 
de la valeur réelle de cette épopée, de son originalité, de ses sources 
historiques ou littéraires, de la conception artistique dont elle 
témoigne, de l'orientation intellectuelle qu'elle révèle, enfin des juge- 
ments dont elle a été l'objet et de l'influence qu'elle a pu exercer? 

Il est permis de penser que, même après tant de travaux consacrés à 
ce sujet et peut être même à cause de l'abondance et de la diversité 
un peu confuse de ces travaux, des conclusions de ce genre compléte- 
raient heureusement, en en montrant la portée, la monographie vrai- 
ment admirable dont il vient d'être parlé. e, MÉRIMÉE. 

Spanish Ballads (romances escogidos) ediled wi/h inlroduclion, 
notes, and vacabulary by S. Griswold Morley. New-York, 
Henry Holt, 191 1; 226 pages. 

M. Griswold Morley nous offre là un bon petit recueil de romances 
espagnols, plus tout ce qu'il faut pour les lire et les comprendre, 
notes explicatives, grammaticales, vocabulaire, bibliographie, quelque 
chose comme ce qu'avait donné M. Ducamin dans la collection 
Mérimée, mais avec tout l'avantage que tant de textes et de travaux 
publiés depuis pouvaient assurer à un éditeur en 191 1. Pour montrer 
en quoi la légende a déformé l'histoire, M. Griswold Morley a soin 
d'esquisser, quand il y a lieu, la réalité historique, à grands traits 
bien entendu, car il est bien difficile, dans le détail, de dégager celle-ci 
de la légende qui la recouvre déjà dans les textes dits historiques, 
même relativement anciens, même presque contemporains. Son 
travail ne peut manquer d'être bien accueilli du public anglais et 
américain, qui a pu prendre goût à ces romances en lisant les traduc- 
tions de Lockhardt. G, C. 



CHRONIQUE 



— ~ Nous avons reçu le tome II du Don Qiiijofe de M. Kodriguez 
Marin (édition des CIdsicos Castellanos de la Lecliira). Il va 
du chap. \\ au chap. XXVI inclusivement de la première partie. 
Lannotation est toujours aussi riche, intéressante et ingénieuse que 
dans le tome premier. Bien des passages du texte reçoivent une 
nouvelle lumière, parfois mrme une nouvelle interprétation, grâce 
aux rapprochements présentés par le savant éditeur et à la ponctuation 
qu'il adopte. 

— La Leclura a publié le i ' tome (El liey Lear) d'une traduction 
espagnole des œuvres complètes de Shakespeare, traduites par Jacinto 
Benavente. Le tome II contiendra La Tempes tad (sous presse). 

— - M. Rudolf Schevill, de l'Université de Californie, a publié en 
tirage à part un intéressant article paru dans le Recueil des publica- 
tions de philologie moderne de cette Université (vol. 2, n" 3, pp. i83- 
287), sur les Questions énigmatiques et ingénieuses dans la littérature 
populaire. Il étudie à ce point de vue la i4' Palrana de Timoneda, 
en recherche les origines, les formes diverses dans toutes les littéra- 
tures, et dresse, en appendice, une triple liste, des types mis en action 
dans les nombreux remaniements de ce conte, des différentes questions 
ou énigmes dont la solution est proposée, enfin de tous les contes 
reproduisant la même anecdote. Il n'en a pas trouvé moins de 70, 
qui, de près ou de loin, ont quelque rapport avec la palrana du Roi, 
de Vahbé el du cuisinier racontée par Timoneda. Excellent travail de 
folk-lore et de littérature populaire comparée. 

— Nous recevons au dernier moment le tome 18' de la Nueiui 
HibUoieca de Aulores Espanoles, éditée par M. Bailly-Baillière. 11 
forme le second volume du tome premier de la collection d'Entre- 
meses, Loas, Halles, etc., de la fin du xvi' au milieu du wni" siècle. 
Cette abondante collection, mise en ordre par M. Emilio (^otarclo 
y Mon', si compétent en matière de théâtre, compte déjà un premier 
volume, dont il a été cpicstion ici, et doit réunir la Heur de l'énorme 
récolte amassée par le laborieux collectionneur. Le présont volume 
comprend les textes suivants : 1° Les 34 loas qui se trouvent dans 
le Viaje enlrctenido (iGo/i) d'Agusti'n de Rojas. — 2" 68 loas 
empruntées à d'autres recueils du tem|)s. — 3" 23 halles, jdcaras 
et mojigangas de différents auteurs. — 7i' i/i2 enlremeses , halles, etc., 
de Luis (Juinones de Benavente. insérés soit dans sa Jocoseria ( ii>\'^), 
soit dans d'autres recueils. L'éditeur a joint à ces 9;)-; pièi-es ilrama- 



f.HROMQt E 2 2- 

tiques, qui forment, avec les 84 antérieurement publiées, une matière 
d'étude extrêmement riche, Veniremes de los sordos, attribué à Lope 
de Vega, et publié en fac-similé par M. A. lluntington. Grâce à cette 
publication, toute cette littérature des genres dramatiques secon- 
daires, dont la valeur littéraire n'égale pas toujours l'intérêt documen- 
taire, pourra être consultée plus rapidement et plus commodément. 

E. M. 

— M. Morel-Fatio a publié dans le tome XXXIX des Mémoires de 
l Académie des Inscriptions el Belles-Lettres (1911), sous le titre 
de Une histoire inédite de Charles-Oaint par an fourrier de sa cour, 
une élude, avec extraits, d'un manuscrit acquis récemment par la 
Bibliothèque Nationale de Paris grâce à la libéralité de la marquise 
Arconati Visconti. C'est un abrégé des Commenlarii de Jean Sleidan, 
traduits par Robert Le Provost ( 1 507 ),• auquel Hugues Cousin (Hugues 
le Vieux, car il a eu un frère plus jeune du même prénom), fourrier 
de l'empereur, a ajouté des morceaux de son cru sur des événements 
auxquels il avait été mêlé, et sur lesquels l'historien allemand 
n'insistait pas assez à son gré. 

— Algunas relaciones entre las leyendas moriscas y las crislianas, 
article paru dans Studies in honor of A. Marschall Elliot, t. 11, et tiré 
à part, s.d.). M. H. Menéndez Pidal signale trois légendes morisques 
qui ont leur origine dans les Vitae Patrum : Jésus et la Tête de mort; 
L'ermite qui se brûle la main; Le santon qui apostasie par amour. 

— L'étude des rapports de la légende avec l'histoire, des œuvres 
poétiques avec les textes historiques, préoccupe de plus en plus les 
hispanisants, â commencer par M. Ramûn Menéndez Pidal lui-même, 
qui vient de publier dans les Sludi lelterari e linguistici dédiés à 
Pio Rajna un article sur El elemento histôrico en el y> Homanz delt 
Inffant Garcia » (tiré à pari, Florence, 191 1). — Suivant l'exemple si 
brillamment donné par l'auteur de La leyenda de los Infantes de Lara, 
M. Julio Puyol y Alonso a su démêler, dans la prose de la Chronique 
générale, le Cantar de gesta de Don Sancho II de Castilla (Madrid, 
Suârez, 191 1). Peut-être M. Puyol y Alonso aurait-il trouvé, dans le 
morceau de la Chronique léonaise publié dès juillet 1909 ici-même, 
quelques passages intéressants touchant les faits ou légendes dont il 
s'occupe. Mais à vrai dire, que ce morceau ait été publié avant l'appa- 
rition de la thèse si curieuse de M. Puyol y Alonso, cela est infiniment 
plus regrettable pour l'éditeur de ladite chronique. La malechance, au 
surplus, doit le poursuivre, car au moment où il faisait paraître le 
reste de cette chronique (fin novembre 191 1), il recevait le beau tra- 
vail de M. Menéndez Pidal, qu'il aurait eu profit à connaître pour le 
commentaire d'un passage relatif à l'Infant Garcia (pp. 427-428); et 
lui-même publiait son texte trop tard pour pouvoir contribuer à la 
documentation de rcxccllent érudit. 



3 30 BULLETIN HlSPAMQL'E 

— La librairie Karl AV. lliersemann (Kônigstr., 39, Leipzig) nous 
prie de signaler son dernier catalogue d'Hispanica (1913, n" ^07). 

— La littérature des pèlerinages à Compostelle n'est pas une litté- 
rature morte: à preuve la plaquette in pèlerinage à Saint-Jac(pies de 
Compostelle, par André Rebsomen, Bordeaux, Feret, 191 1. 

— ^- Les cent millors poésies de la Llengua Catalana triades pcr 
Ernest Moliné y Brases (Barcelona, Antoni Lôpez) forment un joli petit 
volume qui a le mérite de ne pas tenir de place, d'être bien imprimé, 
et de contenir la quintessence de toute une poésie. Le choix, bien 
entendu, est affaire de goût. Mais le lecteur trouvera bien dans le 
nombre ses préférences. 

— Mcditando, recueil posthume d'articles par lequel la maison 
Ollendorf a inauguré sa Biblioteca Quisqueyana, contient, avec une 
étude sur Ilamlet, d'intéressantes pages d'Kugenio Maria de Hostos 
(de Puerto Hico, 1839-1903) sur la littérature et les choses améri- 
caines . sur le poète cubain Gabriel de la Concepciôn Valdés (Placido), 
le poète argentin Carlos Guido Spano, le poète chilien Guillermo 
Matta, la poétesse dominicaine Salomé Lrefia de Henrique/, etc. 

— Une Académie de l'Histoire a été constituée officiellement à La 
Havane en 19 10, et les membres en sont présentés au public par 
M. Carlos de Velasco dans uno plaquette avec notices et poriraits 
i Reoista de la Biblioteca nacional, tirés à part. La Havane, 1910). 

— La Bibliotheca Ronianica (Heitz, Strasbourg) s'est enrichie d'un 

nouveau volume, qui contient la Coniedia de Calislo y Melihea 

(n"' i42-i/i5), éditée par M. Fritz Holle. Une substantielle introduction 

expose l'état de la question relative à l'auteur, ou aux auteurs, et 

caractérise brièvement l'inspiration de l'œuvre. Pour établir son 

texte, M. Holle a utilisé, directement ou indirectement, un grand 

nombre d'éditions, qu'il énumère en tête et marque en bas de pages. 

Il a employé un ingénieux système de notes qui permet, chose 

dilïicilc autrement, de s'assurer des variantes ortliographiques de 

i5ot et de i5i/j, par rapport à l'édition de 1/199, qu'il suit et considère 

comme la princeps. Le travail paraît avoir été fait avec beaucoup 

de soin. 

G. C. 



25 mars 1912. 



LA RÉDACTION : K. MKFUMKE, A. MORKL FATIO, P. PARlb, 

<i. ('.\\{(y\\ srcrélnire ; it. WWiET, dircclcur-géranl. 

Bordeaux. — Impr. G. Golsouilhou, rue Guiraude, 9-11. 



^rv 



Vol. XIV. Juillet -Septembre 1912. N» 3. 

LES DÉCLAMATEURS ESPAGNOLS 

AU TEMPS D'AUGUSTE ET DE TIBÈRE 

{Suite ' ) 



IV 



Rapports de l'Espagne avec Rome à la fin de la République et au 
commencement de l'Empire. — Sentiments pompéiens des 
Espagnols. — La guerre civile. — Rataille de Munda (17 mars 
709-45). — Sextus Pompée en Espagne. — Longue insurrection 
des Astures et des Cantabres contre l'empereur Auguste (de 
724-30 à 734-20). 

Quand Sénèque arriva ù Rome en 712-/12, il y trouva l'opi- 
nion publique fort mal disposée pour ses compatriotes. L'Italie, 
épuisée par les guerres civiles, s'abandonnait sans résistance 
à la domination nouvelle des triumvirs par qui elle espérait 
voir garantir cette paix dont elle avait tant besoin. On était 
hostile aux Pompéiens qui n'avaient pas désarmé à la mort 
de (lésar, et que les vainqueurs de Philippes avaient eu grand' 
peine à réduire à l'impuissance. 

Or, depuis une quinzaine d'années, l'Espagne n'avait cessé 
de se montrer favorable ù Pompée; entre toutes les villes 
espagnoles, Cordoue, la patrie de Sénèque, s'était distinguée 
par son loyalisme pompéien. 

Pendant l'hiver de 698-06, César, Pompée et Crassus 
s'étaient réunis à Luca, sur les frontières de la Ligurie, pour 
renouveler leur pacte de l'an 6g4-6o. A la suite des conférences 
qui avaient réglé les conditions de cette nouvelle coitio, il 
avait été décidé que César conserverait les Gaules, que Pompée 
aurait l'Espagne et l'Afrique et Crassus la Syrie, pendant une 
période de cinq années. Grâce à une pression électorale savam- 

I. Voir le Bull, hisp., t. \II, 1910, p. i ; t. XIV, 1912, p. 1 1. 

A FB., 1V« SÉRIE. — Bull, hisp., XIV, 1912, 3. 16 



23o BULLET1> HISPANIQUE 

ment organisée, Pompée et Grassus, qui avaient déjà exerce le 
consulat ensemble en (38^-70, étaient consuls pour la seconde 
fois en 699-55 '. 

Ces dispositions qui réglaient le sort du monde romain une 
fois prises, César était retourné en Gaule où il continuait la 
conquête. Grassus s'engageait follement dans une expédition 
contre les Parthes où il était tué (701-53). Pompée restait à 
Rome durant lout son quinquenniam . Il invoquait pour se dis- 
penser d'aller dans sa province le texte d'une loi de 697-57, en 
vertu de laquelle la poteslas rei frumenlariue ioio orbe per quin- 
quennium lui avait été conférée jusqu'en 702-52. Il prétendait 
que ce contrôle des approvisionnements rendait sa présence 
nécessaire à Rome où il tenait à rester pour soigner sa popu- 
larité 2. Contrairement aux lois et à tous les précédents, le 
proconsul d'Espagne et d'Afrique faisait gouverner ses pro- 
vinces par des legati^. Pour l'Espagne, X'Hispdiiia Cilerior était 
confiée à L. Âfranius, ancien légat de Pompée en Asie, consul 
de l'an 69/1-60 avec Q. Caecilius Metellus Geler; la Lusitania, à 
M. Petreius, le vainqueur de la bataille de Pistoia où Catilina 
avait été tué en 692-62; YIHspatiia UUerior, à M. Terentius 
Varro, le lettre éminent, auteur de nombreux ouvrages dont 
il nous reste une partie du De lingua lalina et les Berum riisli- 
carum libri ires. 

Pompée et Varron connaissaient bien l'Espagne. De 677-77 
à 683-71, Pompée avait dirigé la guerre contre Sertorius avec 
Yarron comme proquesleur. Le général romain avait compris 
que si Sertorius était parvenu à établir si solidement son auto- 
rité en Espagne, c'est qu'il avait su se concilier par son habi- 
leté et sa justice les indigènes dont il faisait les égaux des 
Romains, admettant les plus notables d'entre eux à côté des 
proscrits dans un sénat de trois cents membres, faisant élever 
les enfants de bonne famille à Osca, dans la Tarraconaise, 
suivant la discipline des écoles latines. Pompée avait suivi la 
politique de Sertorius dans les régions de l'Espagne qui 



I. Epilome, de Titc-Livo, GV; Dion (^as.tius, \XXI\, xxxiii. 

1. Cicéron, Efiisl. ad Allie, IV, i, 7; iJion f.assius, XXXIX, xxxix. 

3. Ai)pii;n, (iuirrrs civilrs, 11, xmii ; César, De Hrllo civili, I, xxxviii. 



LES DÉCL.VMATEURS ESPAGNOLS 23 1 

n'étaient pas inféodées au chef des rebelles; en prodiguant le 
droit de cité, il s'était fait de nombreux partisans parmi les 
nouveaux citoyens romains'. 

Il est probable que, conformément aux instructions de leur 
chef, les légats du consul de 699-55, Varron surtout, réus- 
sirent, par une administration intelligente et bienveillante à 
faire de l'Espagne un pays absolument pompéien, puisque, 
dans l'été de 705^9, dès le début de la guerre civile, avant de 
poursuivre Pompée en Épire, César jugea utile d'aller en per- 
sonne soumettre la province qu'il savait dévouée à son adver- 
saire. Il craignait — il le dit lui-même ^ — que les vétérans de 
Pompée qui servaient dans la péninsule hispanique et que les 
habitants des deux Espagnes dont l'une surtout, VHispania 
Ullerior, avait été comblée de bienfaits par les ordres du gou- 
verneur, ne s'unissent pour prendre l'offensive et pour porter 
la guerre en Italie. La campagne, rapidement conduite, fut 
terminée en quarante jours. Le 2 août 705-49, Afranius et 
Petreius, qui avaient concentré leurs deux armées dans le 
nord de l'Espagne, à llerda, furent forcés de capituler : ils 
devaient licencer leurs troupes et sortir de la province^. Aus- 
sitôt débarrassé des armées de la Lusitania et de VHispania 
Citerior, César passait dans VHispania Ulterior où Yarron se 
préparait à la lutte : des levées de troupes avaient été faites 
dans toute la province, de grandes quantités de blé et d'argent 
réunies à Gadès, que l'on fortifiait''. Mais César établissait son 
quartier général à Cordoue; il y convoquait l'assemblée géné- 
rale de la province. Bientôt, un mouvement de sympathie se 
produisait partout en sa faveur. Les magistrats, les délégués 
des sénats municipaux, les principaux citoyens des villes qui 
se rendaient au convenlus, se souvenaient que César avait fait 
son entrée dans les charges publiques comme questeur de 
VHispania Ullerior en 686-68, qu'il y était revenu comme pro- 
préteur en 693-61, que, dans ces deux fonctions, il s'était 
montré administrateur bienveillant; on oubliait Pompée, qui 

I. Cicéron, Pro Balbo, viii, 19; xxii, 5o. 
a. César, De Bellocivili, I, xxix, 3. 

3. César, De Bello civili, 1, lxxxv, 12. 

4. César, De Bello civili, II, xviii. 



aSa BULLETIN HISPANIQUE 

était loin: on ne pensait qu'à César qu'on voyait pour la troi- 
sième fois dans la province à qui il disait avoir voué dès sa 
(juesture une affection toute particulière. Les portes de Cor- 
doue se fermèrent devant Yarron. qui, abandonné par ses 
troupes, dut faire sa soumission. Cependant, à l'assemblée 
provinciale, César prodiguait les bonnes paroles et les récom- 
penses; il pouvait bientôt quitter Cordoue et retourner devant 
Marseille dont ses lieutenants faisaient le siège, laissant les 
trois provinces de l'Espagne pacifiée réunies sous le gouver- 
nement du tribun de la plèbe Q. Cassius Longinus2. 

Quelque temps après, la guerre recommençait''. La présence 
de César, ses bonnes paroles, le souvenir de ses bienfaits et 
l'espoir des récompenses qu'il avait promises avaient ébranlé 
la fidélité pompéienne des principaux citoyens des villes d'Es- 
pagne réunis à l'assemblée provinciale de Cordoue. Entraînés 
par un revirement subit, ceux-là mêmes qui avaient promis 
avec sincérité d'être fidèles à César redevenaient pompéiens, 
quand ils apprenaient la mort misérable de leur ancien bien- 
faiteur Pompée. Désespérés du désastre de Thapsus, les cliefs 
du parti vaincu réunis à Utique reprenaient courage à la nou- 
velle que l'Espagne se révoltait contre César pour embrasser 
la cause des fils de Pompée-'. On décidait d'abandonner 
l'Afrique; et, en voyant débarquer dans leur pavs Cnaeus et 
Sextus, les liabitants de la vieille Bétique accueillaient avec 
enthousiasme les deux fils de l'homme qui avait acquis une 
si grande popularité en Espagne. Les Espagnols venaient en 
foule aux fils de Pompée, comme leurs pères étaient venus à 
Scrtorius; les Celtibères s'armaient; les habitants de la partie 
la plus romaine de la |)roviii(e armaient même leurs esclaves •''; 
la population de Cordoue était à la tète du mouvement insur- 
rectionnel qui réussit presque à mettre en échec la fortune de 
César. 

I. Cf. Pseudo-César, De Bello Jlisii., mai : Cacsar... cnmmcmoral inilio ijuncslurac 
Siinr ram provinciam ex omnihus [>rovinriis ^ihi jïeciiliarein rorislilnissr. 

a. Césnr, Ifr lirllo civili, 11, \ix-xxi. 

3. I.e récit de celle ^^ucrre fjiil rol)jet du De licllo Jlispnnu'itsi, œu^^c de (luelquc 
lieutenaiil ili; César. 

II. Plulan|ue, (Mon )l'l]H<inv, i.ix, 'i. 
5. Appicn, Giicrrrs civiles, II, cm. 



LES DÉCLA.MA.TEURS ESPAGNOLS 233 

La bataille définitive fut livrée le 17 mars 709 -43 à Munda. 
L'auteur du De Bello Hispaniensl dit simplement que l'impé- 
tuosité des ennemis fut telle que les soldats de César désespé- 
raient de la victoire'. Mais la tradition a amplifié les dangers 
d'une lutte oîi les Espagnols qui formaient une grande partie 
de l'armée pompéienne auraient pu infliger à Rome un 
désastre semblable à celui de l'Allia. D'après les historiens 
grecs et romains de l'époque impériale, César, contrairement 
à sa coutume, paraissait triste avant la bataille, car il lui sem- 
blait que sa fortune l'abandonnait; pendant l'action, il dut 
descendre de cheval, se jeter en face de ses soldats qui lâchaient 
pied, les haranguer, les ramener à l'ennemi ; au moment le plus 
critique, il pensa même à se tuer; après la défaite des Pom- 
péiens, il déclara qu'il venait de combattre pour la vie, lui qui 
avait toujours combattu pour la victoire 2. Lucain et Silius Ita- 
liens comparent la funeste bataille de Munda et la bataille 
maudite de Pharsale^. 

A Rome, oîi l'insurrection des Espagnols causait de profondes 
inquiétudes, l'enthousiasme fut grand quand on apprit, le 
20 avril, que si César avait eu de sérieuses difficultés pour 
vaincre, sa victoire était définitive. Parmi les vétérans de Pom- 
pée, les Espagnols qui avaient rang équestre, les volontaires 
des villes d'Espagne, les esclaves enrôlés par ordre de leurs 
maîtres, on comptait trente-trois mille morts; dix-sept officiers 
supérieurs des Pompéiens avaient été faits prisonniers; les 
deux principaux, Labienus et Yarus, étaient tombés sur le 
champ de bataille^. Le Sénat ordonna cinquante jours de 
supplications; il décréta que César triompherait, qu'une sta- 
tue lui serait élevée dans le temple de Quirinus, et que désor- 
mais, aux fêtes des Palilia, le 21 avril, on célébrerait avec 
l'anniversaire de la fondation de Rome sa seconde naissance 
due à la victoire de Munda. Les victoires remportées dans 
les guerres civiles ne méritaient pas le triomphe aux vain- 

1. Pseudo-César, De Bello Uisp., xxxi. 

2. Velleius Paterculus, II, lv, 3 ; Suétone, César, xxxvi ; Florus, II, xiii, 77 et suiv.; 
Plutarque, César, lvi; Appien, Guerres civiles, II, civ. 

3. Lucain, I, v. ^o; Silius Italicus, III, v. ioo. 

4. Pseudo-César, De Bello Hisp., xxxi. 



234 BULLETIN HISPANIQUE 

queurs', car on estimait qu'achetées au prix du sang romain et 
non du sang étranger, elles étaient un sujet de deuil '. César ne 
pouvait triompher des Pompéiens : c'est de l'Espagne seule que 
le dictateur triompha au commencement d'octobre 709-/15^. 

Mais, au moment de ce triomphe, la guerre était loin d'être 
finie. Deux mois après la bataille de Munda, en mai 709 -4^, 
Gicéron écrivait à Atticus : « Une lettre d'Ilirtius m'apprend 
que Sextus Pompée est sorti de Cordoue et s'est réfugié dans 
l'Espagne Citérieure et que Cnaeus s'est enfui je ne sais où et 
je ne me soucie guère de le savoir''. » 

Cnaeus s'était échappé de Munda, grièvement blessé; on le 
portait dans une litière, il fut reconnu, tué aussitôt, et César 
lit exposer sa tête à Hispalis pour montrer à tous que la ruine 
des Pompéiens était complète^. Mais Sextus, qui n'avait pas 
assisté à la bataille ou qui avait fait retraite avant la déroute, 
occupait Cordoue. 11 n'y attendit pas les vainqueurs. Laissant 
les habitants de la cité pompéienne s'opposer inutilement à 
l'entrée de César*^, qui s'emparait de presque toutes les places 
de la province, il se fortifiait dans Ursao, ville qui était déjà 
protégée par des défenses naturelles capables de détourner 
l'ennemi d'en entreprendre le siège". Malgré la force de la 
position où il s'était retranché, Sextus ne se jugeait pas en 
sûreté au milieu d'une province dont toutes les villes capitu- 
laient devant l'ennemi. 11 sortit donc d'Ursao et conduisit dans 
V llispania ('Àlerior tous ceux de aes soldats et de ses fidèles 
Espagnols qui avaient échappé au désastre de Munda. Les 
légats de César devaient venir l'y poursuivre^, après le départ 
du dictateur qui allait triompher à Rome de l'Espagne dont il 
n'avait pacifié (pic la partie méridionale. 

Le De Bello llisixinicfisi, qui nous est parvenu incomplet, 

1. Liicain, I, v. 12 : lirlla... nullns iLahiliira triuiiii>lios, 

2. ValércVIaxime, II, viii, 7. 

'A. Efiil'inifi i\ii Tilf!-I,ivc, cxvi ; Vcllciiis l'atcrculns. II, i.vi. 

'(. (iicôron, A7*i.s7. ad Allie, \ll, xxxvii, 4. 

.'». l*sci](l(»Cr'sar, l)r licllo llinf)., wxvui- \xxix; Appien. (Uirrm ririlrs. 11, cv. 

lï. Pseiido-Ccsar, hr liiUo llisp., xxxii -xxxiv. 

7. Psoiido-Crsar, Ih; Hflla llisp., XLi. -- On idcntiCio Ursao a\cc la villt; moderne 
(i'Ossuna. — Voir Muniicrt, deofjrapliie der Cr. und lUim., Nnremlicrg, 178;', Ilispanicn, 
p. 3«)S. 

K. Api)iori, Giirrres cii'ilfS, II, cv, cxxii. 



LES DKCLAMATEURS ESPAGNOLS 335 

s'arrele au moment où le fils de Pompée abandonne Cordoue 
pour se rendre à Ursao. La guerre que Sextus soutint en 
Espagne contre les légats de César nous est mal connue par 
les rares renseignements que fournissent des historiens hos- 
tiles au parti de Pompée : Yelleius Paterculus, cet ancien légat 
de l'empereur Tibère, très dévoué à la famille impériale, 
ennemi naturel de quiconque a pu résister à Jules César; — 
Appien, ce Grec d'Alexandrie, procuraior sous Antonin et sous 
Marc Aurèle, admirateur de l'empire, écrivain dont l'œuvre 
(( représente une tradition césarienne qui arrange doucement 
les choses conformément à ses vues en évitant les partis pris 
trop évidents » ' ; — Dion Cassius, cet autre Grec, qui a pour 
les empereurs « les sentiments d'un parfait fonctionnaire «^ et 
des haines violentes contre les gens en qui il voit des ennemis 
de l'empereur, que cet empereur soit César ou Alexandre 
Sévère. 

Au dire d'Appien, Sextus était réduit à se cacher et à vivre 
de brigandages. Velleius Paterculus fait un portrait défavo- 
rable du fils de Pompée, qu'il représente comme un jeune 
homme^ sans éducation, à la parole grossière, à la valeur 
fougueuse, prompt à l'action, rapide dans ses décisions, très 
différent de son père sous le rapport de la bonne foi, ayant 
l'air d'être l'affranchi de ses affranchis et l'esclave de ses 
esclaves, jaloux des personnes distinguées, très docile à l'in- 
fluence des gens de la basse classe''. Cependant, ce jeune 
homme de médiocre mérite, réduit à se cacher et à vivre de 
brigandages, battait les armées qu'on envoyait contre lui. La 
Fortune — dit le déclamateur Florus'» — dérobait jalousement 
Sextus Pompée à ses ennemis; elle le gardait au fond de la 
Celtibérie, le réservant pour les guerres qui devaient suivre la 
mort de César. En réalité, Sextus ne se cachait pas; il sortait 
de la Celtibérie pour vaincre les Césariens dans toutes les 
régions de la péninsule; deux ans après la bataille de Munda, 

1. M. Croiset, Histoire de la Littéraliire grecque, tome V, Paris, 1899, p. C77. 

2. Boissier, Tacite, p. 122. 

3. Né en 75, Sextus Pompeius Magnus avait alors trente ans. 
h. Velleius Paterculus, 11, lxxii, i. 

5. Florus, II, XIII, 87. 



236 BULLETIN HISPANIQUE 

le pays tout entier continuait à être hostile à Antoine qui se 
prétendait l'héritier de la politique césarienne. Si l'Espagne 
professait cette aversion pour le parti qui se recommandait du 
nom de César, c'est qu'elle avait été conquise par le jeune 
Pompée, si docile, d'après Yelleius Paterculus, aux influences 
des gens de la basse classe, c'est-à-dire si dévoué aux intérêts 
•des Espagnols dont il défendait l'indépendance contre la 
tyrannie de Rome. 

Sextus s'était établi en Celtibérie, dans la région où, trente 
ans auparavant, pendant la guerre contre Sertorius, son père 
avait passé l'hiver de yy--^, d'après Salluste chez les Vascones 
au sud des Pyrénées», d'après Plutarque chez les Yaccaei 
au pied des monts Gantabres-. Les souvenirs laissés par le 
père aidèrent le fils à s'assurer dans la Tarraconaise la {popu- 
larité dont il jouissait déjà dans la province de Gordoue. 
Et, grâce aux montagnards de Yllispania Cilerior, le dernier 
chef du parti écrasé à Munda pouvait résister victorieusement 
aux lieutenants du dictateur. 

Appien est bien forcé de reconnaître que Sextus Pompée 
était très puissant grâce aux brigands — c'est à dire aux Espa- 
gnols patriotes qni s'étaient groupés autour de lui et qui 
lui permettaient de parcourir en maître toute la province. 11 
évitait les batailles rangées avec les légats de César. On com- 
prend que les « guerrillas » harcelaient et fatiguaient les 
légions romaines. II fallut envoyer Garrinas à la tête d'une 
armée importante. Mais les Espagnols continuaient avec 
succès la guerre de partisans; ils attaquaient le légat à l'iin- 
proviste et se trouvaient déjà bien loin quand les soldats de 
Garrinas se décidaient à prendre PolVensive ; les villes, grandes 
et petites, tombaient au pouvoir de Sextus. Garrinas était 
vaincu par cet ennemi insaisissable: César lui donna G. Asi- 
nius Pollio pour successeur-^. 

Créé préteur par Gésar\ avec (pii il avait fait campagne en 
Afrique, G. Asinius Pollio sortait de charge (jnaiid il fut 

1. Salliisle, Ilisl., II, yS («'•«lil. Miiiireiibrccher). 

2. Pliitarfuie, Serloriiis, xii, f». 

3. Appien, Guerres civiles, IV, lxxxiii-lixijv. 
U. Dion Cassius, XLIII, xlvii. 



LES DÉCLAMATEURS .ESPAGNOLS 287 

envoyé comme praetorius en Espagne. Velleius Paterculus 
prétend qu'il conduisit la guerre d'une manière très brillante ' ; 
mais de ses faits d'armes nous ne connaissons qu'un désastre 
raconté par Dion Cassius. Profitant d'une absence de Sextus 
Pompée, Pollion avait pris l'otTensive. Mais le clief des Espa- 
gnols revient à l'improviste et met en fuite l'armée césarienne; 
pour fuir plus facilement, le praetorius se dépouille de son 
manteau de général en chef qui tombe aux mains des 
ennemis; les Romains croient leur imperator tué, et, dans leur 
désespoir, la défaite se change en déroutes 

Après la mort de César, les meurtriers du dictateur aussi 
bien que ses amis se préoccupent de la conduite que suivra 
Sextus Pompée, chef d'un parti puissant avec lequel les uns 
et les autres doivent compter. En avril 710-44, D. Junius 
Brutus écrit aux deux libevatores patriae, Cassius et Brutus, 
pour leur exposer ses inquiétudes : que fera Sextus Pompée, 
quand il aura appris le meurtre de César^P On voit par la 
correspondance de Cicéron l'intérêt que Rome prenait aux 
affaires d'Espagne. Dans les lettres adressées à Atticus du 
mois d'avril au mois de juin 710-44, il n'est question que de ce 
que font ou de ce que feront Sextus et les Espagnols. Le 
concours de l'Espagne permet à Sextus de se présenter comme 
le chef d'un tiers parti entre Brutus et Antoine. Il a appris 
la mort de César le jour même où il s'était emparé de la ville 
de Barea, dans VlUspania Citerior, mais il est retourné dans 
VHispania Ullerior où il possède six légions. On craint qu'il 
ne conduise son armée en Italie. Au mois de juillet, il envoie 
par un de ses affranchis aux consuls Antoine et Dolabella une 
lettre très digne et très noble où le purisme de Cicéron ne 
trouve à reprendre que quelques expressions impropres^. 

Antoine s'attirait les acclamations et se conciliait les bonnes 
grâces des sénateurs, qui étaient presque tous pompéiens, en 



i. Velleius Paterculus, II, lxxiii, i: Hispaniu, ubi adversas euin [Ponipeium] cla- 
nssimum bellam Pollio Asinius praetorius gesseral. 

2. Dion Cassius, XLV, x. 

3. Cicéron, Epist. ad FamiL, XI, i, i, 

A. Cicéron, Epist. ad Attic, XIV, i, 2; iv, i; viii, 2; xxii, 2 ; XV, xx, 3; xxi, 3; 
XXII ; ixix, I ; XVI, i, i ; iv, 



a38 BULLETIN HISPANIQUE 

proposant un décret par lequel Sextus Pompée était remis 
en possession de ses biens paternels qui avaient été confisqués 
et devait recevoir une indemnité du trésor en dédommagement 
de ceux qu'on ne pouvait recouvrer; le même décret lui 
conférait le commandement de toutes les flottes romaines et 
l'empire de la mer, tel qu'il avait été donné au grand Pompée 
par la lex Gabinia. au temps de la guerre des pirates'. Ce 
décret ne semble pas avoir été suivi d'efTet; le fils de Pompée, 
soutenu par les Espagnols, traitait bien d'égal à égal avec 
Antoine, mais il n'était pas appelé au commandement de la 
marine: il restait en Espagne où il réduisait à l'impuissance 
le pr.aelorius qui avait reçu mission de le vainci e. A la fin de 
710-44, C. Asinius Pollio avait dû faire prendre leurs quartiers 
dbiver à ses troupes au fond de la Lusitanio, bien loin de 
l'ennemi-. Au printemps, il était à Cordoue, capitale de sa 
province, mais il ne pouvait débarrasser les environs de 
sa capitale des soldats de Pompée qui tenaient la campagne. 
Le 16 mars 711-43, il écrivait à Cicéron que ses courriers 
étaient arrêtés dans les montagnes de Castulo-^ : les bandes de 
partisans infestaient tout le pays et il n'y avait moyen de 
recevoir ni d'envoyer de nouvelles que par mer''; au mois 
de juin, il se vantait comme d'un succès d'avoir pu maintenir 
la province dans la paix et les légions sous son autorité^. Le 
28 juillet 711-43, Munatius Plancus écrivait à Cicéron que 
l'Espagne pompéienne manifestait des sentiments tout à fait 
défavorables à Antoine''. Sextus Pompée ne devait quitter 
l'Espagne qu'en vainqueur, rappelé par le Sénat pour la 
défense de la Hépublique. 

L'ancien magister eqiiihini du dictateur César, M. Aemilius 
Lepidus, cbargé de gouverner la Narbonnaise et le nord de 
l'Espagne, n'avait pas encore ])assé les Pyrénées': il attendait 

I. Appien, Guerres civiles, 111, i\. 

■j. Cicôroii, Kpisl. ad Fnmil., \, wxiii, 3. 

.■?. I,(! saillis Cnstiilonensis (aujnunriiui, la sierra Cazorla) tiiail >(>ii nom de la \illo 
do Caslulo (aujoiinl'IiiM Cazorla), ilaris la |)rovinc(î de Jaoïi. 
,'i. Cicéron, Kpisl. ad Fainil., X, xxxi, i. 
.'i. Cicéron, Episl. ad Faniil., X, xxxii, .j. 

II. Cicéron, Epist. ad Fainil., \, xxiv, (). 

7. Vflk-ins PalfTcnliis, II, i.xiii, i. — Lépidc a\ail déjà élé' char/jfé du g-ouvcrno- 
nieid di,' rKspaffiio en 4.S (A|)pi<'n, Giierrex civiles. II,xi.viii, cvii). 



I 



LES DÉCLAMATEURS ESPAGNOLS 289 

en Gaule le résultat de la lutte entre Antoine et le Sénat dirigé 
par Gicéron; à la suite de longues négociations, il arrivait 
à éviter tout embarras du coté de l'Espagne, en traitant avec 
Sextus Pompée. Dans sa cinquième Philippique, prononcée au 
Capilole le i^' janvier 71 i-'io, Gicéron, qui comptait assurer 
au Sénat l'appui de Lépide et de Pompée, demandait qu'on 
élevât une statue équestre à Viniperalor qui avait rendu à la 
patrie et conservé à la République une de ses gloires, le fils, 
si semblable à son père, d'un des plus illustres citoyens de 
Rome. Gependant, Antoine, déclaré ennemi public, assiégeait 
Modène. Les consuls de l'an 711-/^3, G. Vibius Pansa et 
A. Hirtius, marchaient contre lui avec le concours d'Octave, 
qui semblait dévoué à Gicéron et au Sénat. Au mois d'avril 
la treizième Philippique demandait l'exécution du décret pro- 
posé par Antoine l'année précédente pour remettre Sextus 
Pompée en possession des biens paternels, et l'adoption d'un 
sénatus consulte accordant des louanges à ce jeune homme 
qui, par la promesse qu'il faisait au Sénat et au peuple romain 
de leur donner laide de son armée, avait montré pour la 
République le même zèle que ses ancêtres '. Les votes du Sénat 
rappelaient Sextus d'Espagne et lui confiaient la garde du 
littoral de la Méditerranée ^ ; mais le fils de Pompée ne se 
hâtait pas de sortir de l'Espagne, et, une fois en Gaule, il 
s'était arrêté pour attendre les événements à Marseille, ville 
qui était dévouée à son parti. Gependant, Octave, Antoine et 
Lépide se reconciliaient; h la fin d'octobre 7ir-43, ils se réu- 
nissaient près de Bologne, dans une île du petit fleuve Reno et 
formaient le second triumvirat. Les triumviri Piei publicae 
constiluendae faisaient porter par le consul sujfectas Q. Pedius 
une loi de proscription contre les meurtriers de César 3. 
Gicéron était tué le 7 décembre. Sextus Pompée, qui se trouvait 
au nombre des parricides proscrits par la lex Pedia, avait une 
flotte puissante; depuis la guerre des pirates, toute la marine 
était fidèle au nom de Pompée; les mécontents, les proscrits, 

1. Gicéron, Pliilipp., V, xiv. 89; sv, tu ; Mil, iv, 8; v, 10, is; vi, i3; xxi, jo; 
Appien, Guerres civiles, IV, lxxiiv. 

2. Vclleius Paterculus, H, lxxiu, i. 

3. Vclleius Paterculus, II, lxix, 5. 



aAO BULLETIN HISPANIQUE 

les esclaves fugitifs venaient se grouper autour de l'ennemi des 
triumvirs qui, pour s'assurer d'un point d'appui, occupait la 
Sicile dont il faisait périr le propréteur, U. Pompeius Bilhyni- 
cus ' . Il se maintenait dans ses positions, affamant Rome, détrui- 
sant les flottes envoyées contre lui, pendant que les triumvirs 
faisaient en Macédoine contre Brutus et Cassius la campagne 
qui se terminait dans l'automne de /|2 par les deux batailles 
de Philippes et la ruine définitive du parti républicain. 

Au moment où le jeune Sénèque et son ami Latron venaient 
terminer leurs études à Rome sous la direction de leur compa- 
triote Marullus, le monde romain tout entier était soumis. 
Seule, la Sicile résistait encore aux vainqueurs de Philippes. 
L'opinion, généralement favorable aux triumvirs, faisait res- 
ponsables de cette insurrection d'une île, qui seule troublait la 
paix romaine, les Espagnols, qui suivant l'expression de 
Florus, avaient gardé Sextus Pompée pour cette guerre impie. 
Sans le secours fidèle de l'Espagne, la carrière du fils de Pom- 
pée aurait cessé après la bataille de Munda, et la paix aurait 
été définitivement assurée par la mort de Cassius et de Brutus. 
C'est seulement en 35 que Sextus Pompée fut vaincu, pris 
et tué. 

Rome était à peine débarrassée depuis quelques années d'un 
ennemi à qui le concours de l'Espagne avait permis d'entre- 
prendre une guerre qui devait durer dix ans, quand elle fut 
inquiétée par une révolte de quelques peuplades hispani(}ues 
qui, cette fois, s'insurgeaient sans avoir à leur tête un chef 
romain. 

La région montagneuse, resserrée entre le cours supérieur 
de l'Ebre, la mer Cantabrique et l'Océan, n'avait jamais été 
soumise d'une manière définitive. Les Astures et les Cantabres 
dont les nombreuses tribus habitaient cette région s'insurgè- 
rent en 72^i-3o et réussirent à entraîner quelques peuplades 
voisines dans cette révolte que Rome ne devait pas apaiser 
avant 73^20. Cette guerre (pi'il fallait sans cesse recommencer 
alors qu'on la croyait terminée à la suite de quelque victoire, 

I Ain)i('n, Guerres civiles, IV, nxxiv; \, i.ix. 



LES DÉCLAMATEURS ESPAGNOLS a/jl 

entretint de longues inquiétudes en Italie. Yelleius Paterculus' 
la compare aux guerres de Sertorius et de Viriathe et fait 
honneur à l'empereur Auguste d'avoir enfin pacifié cette terre 
féroce qui avait été le tombeau d'un si grand nombre de per- 
sonnages consulaires et prétoriens. Florus^ se complaît à un 
tableau dramatique des expéditions fécondes en épisodes san- 
glants que l'empereur et ses légats conduisirent dans ce pays 
de sauvages. 

L'auteur de VEpilome de Tito Livio montre Auguste, qui 
dirige en personne l'armée romaine, établissant son quartier 
général à Segisama% où il s'occupe de cerner de toutes parts, 
comme des bêtes féroces dont on entoure le repaire de filets, 
les sauvages Cantabres qu'il fait attaquer du côté de l'Océan 
par une flotte formidable. Dans une bataille livrée sous les 
murs de Bergida^, il met en fuite les révoltés qui se réfugient 
sur le mont Yindiusâ, « dont le sommet est si élevé qu'ils pen- 
saient que les flots de l'Océan y monteraient avant les armées 
romaines ». La place d'Aracelium*' oppose une vive résistance : 
pour s'en emparer, les Romains entourent le mont Medullius' 
d'une tranchée de dix-huit mille pieds de circuit. Réduits aux 
dernières extrémités, les barbares se tuent par le fer, par le 
feu, par le poison, pour ne pas être pris vivants. Quand 
Auguste, qui avait établi ses quartiers d'hiver à ïarraconae 
Maritimae^, apprend ces succès remportés par ses légats Antis- 
tius, Furnius et Agrippa, il va tout régler en personne, forçant 
certaines peuplades à descendre de leurs montagnes pour 
s'établir dans la plaine, exigeant de celles-ci des otages, vendant 
celles-là en bloc à l'encan, suivant le droit de la guerre. Le 



1. Velleius Paterculus, 11, \c, !\. 

2. Florus, II, xxiiii. 

3. On n'a pas identifié Segisamo, ville des Segisamojtenscs ou des SegisfimajuUenses, 
peuples qui dépendront l'un et l'autre du Conveittus Clunicnsis (Pline. V. //., III, m, 
aG). Clunia est aujourd'hui Corufia del Conde, à l'est d'Aranda. 

4. Bergida ou Bergiduin, dans la partie la plus occidentale de la région des Asturcs, 
entre lirigantium (Belanzos) et Asturia (Astorga). 

5. On n'a pas identifié le mont Vindius, un des plus hauls de la chaîne des Can- 
tabres. 

6. Capitale des Aracelitani (Pline, A. H., III, m, ai), aujourd'hui Araquil, petite 
ville voisine de Pampelune. 

7. Mont de la chaîne des Cantabres, qui n'a pas été identifié. 

8. Capitale de la Tarraconaise, sur la mer Méditerranée; aujourd'hui Tarragone. 



2^3 BULLETIN HISPA>Î1QUE 

Sénat voulait récompenser l'empereur par le laurier et le char 
triomphal. « Mais César était déjà assez grand pour dédaigner 
les honneurs du triomphe. » 

Cependant, tout le nord de lEspagne n'était pas encore 
pacifié. Divisés eu trois corps bien disciplinés, les Aslures 
abandonnaient les sommets neigeux de leurs montagnes et, 
ayant pris position auprès du fleuve Astura', ils se préparaient 
à attaquer à la fois les trois camps romains. Les légions redou- 
taient une bataille pénible et sanglante qui aurait pu leur être 
funeste, quand la trahison des Brigaecini^ permit à Carisius 
de déconcerter les projets des Astures. Le combat toutefois fut 
acharné; mais les barbares vaincus durent se réfugier dans la 
place forte de Lancia •5. Maîtres de cette ville, les soldats de 
Carisius voulaient la détruire : le légat de lempereur leur fit 
comprendre que Lancia conservée intacte serait un monument 
éternel de leur victoire, i< Tel fut à la fois le terme des exploits 
guerriers d'Auguste et des révoltes de l'Espagne. » 

Strabon, qui fait la géographie de l'Espagne au commence- 
ment du principat de Tibère, rapporte les traditions sur la 
bravoure et la férocité des habitants de la région septentrionale 
de la péninsule Ibérique que les soldats romains, revenus de la 
guerre contre les Cantabres et contre les Astures, avaient 
répandues en Italie. On racontait que des mères avaient tué 
leurs enfants, pour ne pas les laisser tomber aux mains des 
vainqueurs; qu'un jeune garçon dont le père, la mère et les 
frères étaient enchaînés les égorgea tous, sur l'ordre du chef 
de la famille, à l'aide d'un fer qui lui était tombé sous la 
main; qu'un prisonnier s'était précipité volontairement dans 
les flammes d'un bûcher, que d'autres^ mis en croix, entonnaient 
leur chant de victoire''. On attribuait à l'héroïque folie des 
Cantabres et des Astures les mômes traits que Ton citait un 

1. ].'Aslura est prolj.iblcnicril l'I^sla, qui a sa source dans les monts Cantabres et 
qui se jelti; dans lo Doiiro. 

3. Les Brùjaccini avaient pour ville Urifraecum, aujourd'hui bcnavcntc, dans la 
province de Zamora, entre les rivières l'Orhigo et l'KsIa. 

3. C'est aux environs de Ijincin que le camp de la Lc<]ii) scplima ijcmina donna plus 
tard naissance à la ville appelée Lcgio, qui est aujourd'hui l.i'on. — Voir, Mannert. 
p. 3.'i8. 

.'i. .Strabon, 111, iv, i';-i8. 



LES DÉCLAMATEURS ESPAGNOLS 3^3 

siècle auparavant des défenseurs de Numance qui, en 62i-i33, 
pour ne pas devenir les prisonniers de Scipion, s'entre-luaient 
au milieu des ruines de leur ville qu'ils avaient incendiée'. 
Longtemps après la victoire définitive d'Auguste sur ces peuples 
farouches de l'Espagne, la poésie romaine célébrait les Can- 
tabres insensibles au froid de l'hiver, à la chaleur de Télé, à la 
faim et à la soif, incapables de vivre loin des combats, em- 
pressés à se tuer dès que la vieillesse les empêche de porter 
les armes. On expliquait le noble courage dos Aslures en leur 
donnant pour héros éponyme un compagnon d'armes de 
Memnon, fils de l'Aurore, Aslyr, qui, après la guerre de Troie, 
aurait émigré au fond de l'Espagne 2, 

H. DE LA VILLE DE MIRMONT. 

(A suivre.) 

1. Cf. Epitome de Tite-Livc, LIX ; Florus, 1, xxxiv; Appien, Guerres d'Espagne, 
xcvin. 

2. Silius Italicus, III, v. 32G et suiv. 



CHROMUUE LATIXE DES ROIS DE CASTILLE 

JUSQU'EN 1236 

(Suite*) 



[II. Alphonse VIII. — A. — Alarcos et Salvatierra.]** 
9. Post ipsius mortem remansit filius eius gloriosus alfonsus infans 

" Voir Bull, hisp., t. XIV', p. 3o et 109. 

** Pour le court règne deSanctie III et celui d'Alphonse Vlll,nous avons un livre de 
bonne critique dans Memorias histôricas de la vida y acciones del Rey D. Alonso el Aoble 
oclavo del nombre recogidas por el Marques de Mondexar e ilustradas con notas y apendices 
por D. Francisco Cerdâ y Rico (Madrid, 1783). Mondéjar y refait l'œuvre d'Alonso 
Nûnez <le Castro, Coronica de los scfiores reyes de Castilla, Don Sancho cl Deseado, Don 
Alonso Oclavo, y Don Enrique el Primero (Madrid, lOGâ, n° 3o83 de Salvâ), dont il 
blâme « la cortedad y desaliiio », les lacunes et la négligence, et qu'il attaque avec 
une animosité que Cerdâ juge exagérée. En appendice à ces Memorias, qu'il a illustrées 
de nombreuses notes, Cerdâ a placé les textes concernant le règne d'Alphonse VIII, 
entre antres cciix qui ont trait à la bataille de las Navas : la lettre d'Alphonse Mil au 
pape Innocent III (p. xcviii-ciii), celle d'Arnaud Amalrich, archevêque de Narbonne 
(p. ciii-cvii); le récit d'Albéric, abbé des Trois-Fontaines, dans son Chronicon. Voir 
note initiale de II, B. Il y a mis également, de Rodrigue de Tolède, les chapitres i5-3G 
du livre VII et i-ii du livre VIII, pour lesfpiels on jiourra donc se re])orter aux 
Memorias, d'autant qu'on y trouve (jnelcjucs variantes et notules; enfin un texte 
castillan sur la bataille de las Navas (p. cvm-cxxi), qui est à |)eu près littéralement 
identique à celui des ch. CCII (à partir de A cabo de un aFio..) à CCXIII de la soi- 
disant Cronica de Espana del arzobispo Don liodrigo Jiménez de Rada publiée au t. CV 
de la Colecciun de Documentos inéditos para la hist. de Espana, en réalité quatrième 
rédaction de la Chronique générale, d'après M. Menéndez Pidal (signalée en tète de ces 
notes). 

Le texte de la Chronique générale édité à Zamora par Florian de Ocampo, en 
i54i, sous le titre do Las quatro partes enteras de la Cronica de Espana que mnndo com- 
poner el Serenissimo rey don Alonso llamado cl .Sa6iO, dilTère considérablement, au 
moins pour les règnes d'Alphonse VIII, Henri I et Ferdinand III, de celui qu'a édité 
M. Menéndez Pidal. Ce texte a été publié de nou\eau en iiKi/|,à Valladolid. Voir là- 
dessus U. Menéndez Pidal, La leyenda de los Infantes de Lara, p. ')i, etc., mes Hist. 
générales d'Esp. entre Alphonse \ et Philippe II, p. 1 1 1. Ni l'une ni l'autre de ces deux 
éditions n'étant très accessible, j'ai cru bon de reproduire en note les passages, si 
longs fussent-ils, qui pouvaient éclairer notre Chronique. J'ai de plus confronté 
avec le texte d'Ocampo celui d'un ms. portugais du xv« siècle, conservé (sans cote) à 
l'Académie des Sciences de Lisbonne, qui a avec lui beaucoup de rapports quant an 
fond, mais contient des additions intéressantes et importantes. On en trouvera la 
description, a\cc plusieurs chapitres, à l'appendice. L'Académie des Sciences de Lis- 
bonne possède aussi une coi)ie moderne d'un ms. portugais de la Chronique générale 
qui se trouve à la Biblifithèquc Nationale de Paris (11° 4 du Catalogue Morel-Fatio), 
et «|ui est très proche parent de celui de Lisbonne, .l'ai noté les variantes en me 
servant de cette copie, qui parait avoir été faite avec soin, et qui fut publiée, mais 



CHRONIQUE LATINE DES HOIS DE CASTILLE 2^5 

tenellus uix Irium annorum' tantaque turbatio fuit in regno castelle 
quanta non fuerat a longe rétro actis temporibus. Discordantibus 
siquidem inter se regni magnatibus ferrandus roderici filius roderici 
ferrandi fratris guterrii fernando de caslro et fratres sui^ et alii amici 
et consanguinei qui sequebantur eum partem fecerunt uolentes 
effugere persecutionem et oppressionem fdiorum comitis pétri delara. 
s. comitis malrici et comitis nunnii" aluari^. et tocius parentele sue. 

a) Abella: <■ forle deest et comitis». 

assez inutilemenl, car presque tous les exemplaires ont été détruits : il n'en existe 
plus, m'a-t-on dit, que deux ou trois. Pour les passages du manuscrit ancien de Lis- 
bonne que Je cite en note, je fais précéder de la lettre P les variantes du manuscrit 
de Paris. J'ai examiné d'autre part un manuscrit galicien conservé à la Hiblioteca 
nacional de Madrid et décrit par M. Menéndez Pidal dans Leyenda de los Infantes de 
Lara, p. 38i, sous la lettre A, cote X-Oi (aujourd'liui 8817), xi\' siècle. M. Menénder 
Pidal le range parmi les manuscrits de la Première Chronique générale. Mais il 
se rattache nettement, pour la partie qui nous occupe, à ce que Térudit espagnol 
appelle la Troisième Chronique générale, puisqu'on y trou\e les additions caracté- 
ristiques de cette rédaction, dont le texte d'Ocarapo est un des exemplaires. J'en dirai 
autant du manuscrit i3!i7 ^ancien F-ia), en castillan, que le même savant désigne 
par la lettre B et considère aussi comme un des exemplaires de la première rédaction : 
pour toute cette partie, on y retrouve souvent littéralement le texte d'Ocampo, ainsi 
qu'on s'en rendra compte par les variantes que j'en ai tirées et les parties que j'en 
reproduis en note ou en appendice. 11 résulte de tout cela que le classement des 
manuscrits, si nombreux et si divers, de ce qu'on peut continuer à appeler, comme 
d'un nom générique, la «Chronique générale», ne saurait être le même selon que 
l'on a égard à une partie (par evemple le récit relatif aux Infants de Lara) ou à une 
autre, comme les règnes d'Alphonse V'Ill, Henri I et Ferdinand 111. 11 y a eu des 
croisements, dont il faut tenir compte, mais qui s'enchevêtrent d'une façon singu- 
lièrement compliquée. — Sur les mss. portugais et galiciens de la Chr. gén., cf. Leite 
de Vasconcellos, Texlos archaicos (njoS, p. !i?>). — Je rends les y ou y de 8817 par y. 

Des manuscrits de l'Escorial, je n'ai pu examiner que les manuscrits x-l-0(ancien 
106 1-6), papier, xv» siècle (J de Pidal), assez voisin du manuscrit 1347, et x-I-ia 
(ancien 106-I-12), papier, très résumé pour les règnes d'Alphonse Vlll et de Ferdi- 
nand 111. Je ne pouvais songer à relever toutes les variantes de tous les manusciils 
accessibles. Je ne voulais qu'illustrer le texte de la présente Chronique par celui, ou 
plutôt ceux de la Chronique générale, et montrer combien les rédacteurs successifs 
de celle-ci ont parfois transformé et augmenté le texte primitif, soit par des correc- 
tions intéressées, soit par des bévues, soit enfin par l'insertion de morceaux d'un 
caractère spécial, à propos desquels peut se poser cette question : tradition légen- 
daire.^ épopée prosaïfiée ? ou pseudo-histoire consciente? 

g. I. « -Nasci(') el Rey D. Alfonso noche de San Martin (11 novembre), e fue dia de 
Tiernes,Era MCXCIII » (An. Toled., I). Il n'avait donc pas trois ans à la mort de son père. 

9. a. Rodrigo Fernândez de Castro, el Calvo, frère de Gutierre Fernândez de 
Castro (tuteur d'Alphonse VIII), eut pour fils Fermln Ruiz el Castellano (beau-frère 
de Ferdinand 11), Gutierre Ruiz de Castro, Pedro Ruiz de Castro, et Alvar Ruiz de 
Castro; il eut une fille, Sancha, mariée à Alvaro Ruiz de Guzmân. Cela d'après 
Rodrigue (VII, i5), qui entre dans plus de détails sur ces faits. Cf. Fernândez de 
Béthencourt (Hist. genealôg., t. IV, p. 4o5 et ss.), qui ajoute une autre fille, .\ldonza, 
sur laquelle voir j G5, note 4 ; et le Livra das Linhagens do conde D. Pedro (dans Porta- 
galiœ Monumenla, Scriptores, vol. I, p. 209 et 368), d'après lequel Fernân Ruiz serait 
le plus jeune des fils de Rodrigo Fernândez, et qui remplace Sancha par Orraca 
(p. 265-2G6). Fernân Ruiz fut, comme l'avait été son père pour Alphonse VII, 
alcaide de Tolède, mais pour Ferdinand de Léon, qui s'en était emparé (Salazar de 
Mendoça, Origen de las dignidadcs seglares de Castilla y Léon, i6i8, fol. 3ret Sa'). 

9. 3. Les fils de Pedro Gonzalez de Lara furent Manrique Pérez de Lara, Alvar 
Pércz de Lara, Nufio Pérez de Lara. La conjecture d'Abella s'impose. Cf. Rodrigue, 

Bull, hispan. 17 



al\6 BLLLETIN HISPANiQtJË 

Predictils namquc fernandus roderici et fratres sui et consanguinei. 
multa castra et forcia et munita tenebant de manu régis sancii a quo 
mandatum receperant tam ipsi quam alii potentes in regno circa 
morlem suam. ne terras quas tenebant uel castra darent alicui uir" 
filio suo. sed cum ad annum. XV. peruenisset. Orta igitur discordia 
et inexorabili hodio inter predictas partes potentum cornes mahicus 
et frater eius cornes nunius regeni alfonsum habuerunt^ et tenuerunt 
longo tempore. regnum qa '' totum mediante piiero ad honorem ipsius 
et utilitatem sicut dicebant sibi subicere conabantur. Procuratuni est 
tune sicut creditur ex parte aliorum quod rex fernandus fdius 
imperatoris intraù' in regnum castelle. et quia propinquior erat 
puero uoluit tutelarn pueri et curam regni habere. sed im (fol. g-j) 
pedientibus predictis comitibus tum fraude .S3.'' laudabili. tum ui. 
non potuit assequi quod uolebat». Illa tempestate cèdes innumerabiles 

a) Abella : « forte nisin. — b) quia pour (/uad. — c) IntrauU : Abella : « forte liilrarrtiK 

— d) sed. 

qui monlrc le rôle joué en ces circonstances par le frère utérin des Laras, Garci 
Garciez de Aza, et qui est plein d'éloges pour les Laras (VU, 15-17). Voir Salazar, 
Lara, t. I, p. loo, 109, 121 ; le Livra das Linkagens do conde D. Pedro, dans Porlugaliae 
Mon., Script., t. I, p. 2C3. CI'. § 3i, note G. — Contrairement à SaLizar, Mondéjar 
(Memorias, p. 26), suivi par l'annotateur de Mariana (t. IV, p. iG3), fait de Garci Garciez 
de Aza le frère utérin de Gulierre Fernândez. — Le comte Pedro Gonzalez était mort 
en n3o, ou peu après (Salazar, J6.,p. 110). •< Don Pedro de Lara, llamado comunmente 
el Conde dû Mairie. Casù en Francia con doua Ermesenda, liija y successora de Ayme- 
rico Vizconde de Narhona... y por esta causa el Conde fue llamado en Latin Aymé 
ricus, y en Castellano el Conde dû Almeric y despues conuirtiendo la L. en N. se- 
llamô Manrique. Otros le Uaman el Conde <lon Manrique Perez de Lara, por ser hijo 
de do Pedro Gonzalez de Lara. Gozù este de el senorio de Molina que es en Caslilla, a 
la raya de Aragon. Copetian el Emperador do Alonso, y el Key de Aragon don Alùso 
segûdo, sobre este senorio, y i)usieron al Code por juez arbitro, y adjudicosele a si 
mismo: sentencia ([ne coiisintieron los competidores. En algunos privilégies se dize 
ténia la mitad de ïoledo, que es dezir, ténia los dos Alcaçares de los (juatro que ubo 
en esta ciudad. En olros se liama de Haeça, porque tuuo su guarda y dcfensa» (Salazar 
de Mendora, Origen de las dignidades scglares de Caslilla y Léon, fol. !\Ct). « El conde 
don Nufio Perez de Lara, liijo de el conde do Pedro, el (jue defendio a los hijos dalgo 
de el tributo de los cinco maravedis que el Uey (juiso cargar a cada uno (voir à 
l'appendice), parael cerco de (^uenca. Por <!sto dizen (jue los Iiijos dalgo se obligaron a 
darle un yantar cada ano, y quedù el hablar por cllos la casa de Lara en las Corles. .. 
En Toledo tuuo un [)alacio cerca de el Alcarar, y en su reyno nuichos beredamien- 
los...» ((■(/., fol. /|,S). 

.9. It D'après Luc (p. loO, 1. 1), c'est Eerdinaiid de L/oii qui avait eonlîé le jeune 
Alphonse au comte Manrique. 

[). .">. Cf. Luc, [). loCi, I. 2 : «Tune regnauil Fernandus Ue\ in loto imperio palrl-s 
sui, undc Rex llispaniarum fuit vocalus. Sed concordantibus comité Maïuico. 
et fratre eius comité .Nunno, cum omnibus qui ad regnum Casteliae pertinebaiil, 
Adcfonsum filium domini sui Régis .Sancii sibi Regem constituerunt. Fredenandus 
aulcm Re\, vt erat plus v't bilaris acceplauit cpiod feceranf Casteliani. » Il ne 
larcepta pas si facilement, à ce quo dit Rodrigue (Vil, iC), (|ui raconte comment 
l'infant fut soustrait à son oncle « fraude; laudabili ». comme dit notre auteur. 

— Le manuscrit ancien de l'Acadi-mie de Lisbonne ajoute ceci comme épilogue au 
récit de Chronique générale, texte de Pidal (S 98g) el d'Ocampo: v ca oepie elle fezera 
fora por liurar scu senhor de scruidon. mas que elle lomaisse en scu corpo (jual 
cmcnda por bcn tcuessu. FI rrcy pus eslc fcito (P : esta) e conselho. F respoiid<(> 



Chronique laîi.ne des rois DE castIlle -j^x' 

infinité rapine, passim et indistënter" in cunctis regni partibus exerce- 
bantur. Illo tempore cornes malricus pugnauit contra fernandum 
roderici cum quo erat populus obtensistJ. Cornes autem secum habebat 

a) indiftanter? 

fernam rodriguez castelaâo dizendo. Senhor non o p'odees prcnder adcreito. nem Ihc 
dizer mal por esta rrazon (P : por esto). ca elle fez ben 5 aguisado (omis dans P) c 
grande lealdade. Edaquy adeante non tenhaaes femOça por cobrar elrrey. caaiealdade 
dos castelâaos uollo defendeo. — EntO lodos os condes e Ricos homOOs que hy esla- 
uon outorgaron que fernam rrodriguez dizia uerdade. s por esto o deu elrrey por 
quite da menagem que Ihe fezera ». — Le manuscrit 8817 ^^ ^^ Bibl. Nacional de 
Madrid contient le même épilogue, mais la lettre est différente: « ...Etoconde disesse 
oq tcuesse por bem. maVs el q liuraria seu senor de seruidûe c q tomasse êno seu 
corpo vingança ql teuesse por bem. Et el Rey demandou consello q faria en tal p'ylo. 
E rrespondeulle fernâ rrujz o castelaO. s disse senor nOUj podedes de dereyio pndcr 
né diz' mal. por esta rrazO ao conde dO amriq. Ca el guardou oq deuia z nôlle pode- 
des diz' mal por esto seno q fezo bem t dereyto c lealdad. e oge mays nO tenades 
inaTs ollo. por el Rey. Ca lealdad' dos Castelaos uoloam tollido. Et ento todos. os 
condes. E os oîTis onrrados da corte. teuerô q dizia muy bem dO f.' rrujz. z el Rey 
por esto deo por q'to. da menagem qllj fezera» (fol. 20G). — Le manuscrit i3'47 de la 
Bibl. Nacional de Madrid est conforme au manuscrit 8817 pour le sens (fol. 388^): 
« ...lo q touiesse por bien, mas q el libraria a su senor de tributo e q tomasse ven- 
gaça de su cuerpo q"l touiese por bien. * mas el q nû qdaria ende ni su senor nî 
série en consejo dello. * E el Rey demando consejo t q farie sobrello r. Respondiole 
ferran Rui; el castellano e dixo le senor non le podedes prender nin de;ir mal por 
esta Ra:on 1 q el conde guardo muy biô su der° e lealtad z de oy mas nû tengadesojo 
por el que... ». La suite a été coupée et remplacée par ceci, d'une main plus récente : 

• aver al infante E lealtad de caslellanos vos han tollido z desto que dixo liô fernan 
rruya tovolo toda la corte por muy bien... » Texte à peu près semblable dans x-I-O. 

g. 0. Huete, à 5o kil. à l'ouest de Cuenca. Cette bataille, «jui eut lieu en ii6!i, 
n'est signalée ni par Luc ni par Rodrigue. Mondéjar (Memorias, p. 4o), cite la 
Chronique générale, mais d'après l'édition d'Ocampo. Le texte de M. Menéndez 
Ptdal n'eu parle pas. An. Toled. I : « Mataron al Conde Manrich en 1\ dias del mes 
de Julio, Era MCCII ». Cf. Salazar, p. 120. Le récit de la bataille de Huete, qui, dans 
le texte d'Ocampo, occupe six colonnes de l'édition de î5ii (celle dont s'est servi 
Mondt^jar), fol. cccLxxxiir-cccLxxxim', est résumé ainsi dans le manuscrit i3i7 
(fol. 389) : « Caiiit". CCCXCVI coTiio malo don ferra Biiy^ al code don mOrriq g p'ndio al 
conde don nuno g: le solto en çiertas côdiriones. Cuenta la esloria q do fernâ Ruy: de 
cast" * syntiendo sse mvicho ap'miado dl'os cods salio a ellos al câpo z lidio conellos 

• otro sy el conde dO manrif7 des q ouo ordenado como firiesen del Rey e fue con su 
poder ql estaua atendiendo e lidiarO en vno * po don ferra Ruyr con miedo delà lança 
del conde do manrriq q flria morlalmente troco las armas • E des que fue meçclada 
la lid el conde dû mârriq nu cato por otro sy no por el q ténia las armas de don ferra 
Ruy; * E dio le tal lançada q nû le touo pro las armas e dio conel muerto en trra 
^ E di.to a grandes bo:es ferid los de Re:io q muerto es don ferra Ruy; ' E dû ferra 
Rui; vino de trauiesso z dio le tan grâd lançada qle derribo en trra z ante q se 
leuâtase ende el cûde fue muerto * E ante q muriese el conde dixo a don ferra Rui; 
artero mas nû buê cauall'o. » Tout cela, sauf la dernière phrase, se trouve traduit 
mot à mot dans le manuscrit 8817 (fol. 306"^). Ce qui suit (fol. SSg') se retrouve dans 
le 8817 et n'est pas dans le texte d'Ocampo: «e fue preso el conde dû nuno * E 
estonçes gi« g°s (garcia gonrale: ?){SSf] : G' Gon: deçà) fuese conel Rey pa çorila fuyêdo 
z dende fuese pa auila conel ' E los de auila Reçibierû lo muy bië e g"desçierû gelo 
muy mucho por q y vino e touierû se conel por pagados (8817 : z os da vila rreçeberO 
muy bem el fiey seu senor. g achegOsse. cO elle g darou y bem très ahos) ' E des q el Rey 
ouo die; aûos enbio por sus Ricos oïïis c por sus vasallos q viniesen y * E fi;ierû le 
andar por la trra a cada lug"r z fue cobrando lo q auia tomado su tio el Rey don ferr° 
^ E fuerà conel çiento z qnq^nta cauall'os qlo ag"rdaua z andauâ conel * E don fernâ 



248 BÙLLÉttN itlSPAMQUÈ 

regem puerum. et succubuit in bello. et interfectus est in eodeni 
bello : — 

lo. [C]Vm uero predictus rex gloriosus peruenit ad annum quintum 
decimum predictus ,f. roderici et fratres sui et amici terras quas 
tenebant et castra régi alfonso iuxta mandatum patris restituerunt •• 

Ruy; de caslro teniêdo p'so al conde don nuiïo, mouio le q le soltase delà psyon t q 
le dexasse yr a solerrar a su hr° el conde dô mârriq. ■ E desq fucse soterrado q se 
tornaria pa su psiô r. desto q le faria pl'itn c omenagc el r. otros con el. • E ferra 
Rui; nO se cato del engano touolo por hiO r. li;o le tal omenag'e el c otros fijos dalgo 
conel. ■ E sollole delà psio c leuo dende a su lir° el conde don mârriq s mica lo qso 
enterrar por non tornar al onienaje que fiçicra q tal ora como lo enterrase <J tornasc 
a su psiô • E por esto non lo soterro r. pusolo en vn ataud en una torre. * E qndo don 
ferra Ruy; bio q nô venia (phrase tronquée que complète lo 8817: envioiiUe di:' ijsse 
veese serw qlli enviaria diz' mal por ello. Et oconde) enbio le dedr q non era tenudo de 
venir a su psion fasta q solerrase a su hr° lo (} cl non ciiydaua fa;er ni lornar a su 
psiû * E q si soijre esto le qsiese deçir mal q le responderia sobre ello cada q el qsiose 
• E don ferra Kui; touose por engafiado. >> Tout différent est l'épilogue de la bataille 
dans Ocampo, dont le texte ne laisse même pas à entendre que Don Nufio ait été fait 
alors prisonnier: «Sobre este fecho el conde don ^uûo q gran pesar auie de la 
niuerte del code don Malrriq su hermano, estonçes començo a reptar a don Ferran 
ruyz, E deziale mal por la muerte de su hermano el conde, ca le ponia que lo 
matara como nO deuie. z sobre esto ouicron grandes roydos s grandes rebafes 
ô grandes asonadas : z ouieran de lidiar, mas los perlados z los otros omes honrrados 
del rcyno vieron que en tal lid como esta podrie nasçer tal cnmistad q nadi fuese 
efil reyno r\ de la vna parte z de la olra y non fuessen : z C[ podrie y venir al rey 
perdida z dano tal que podrie porédepderel reyno, como el rey do don (sic) Ferrando 
Alfonso su tio estaua aparejando z auie voluntad defazerlo. E el conde don Nufio 
estaua cnl rio d' (^auia o fuera parada la lid con muy gran poder q fraye consigo d" 
muy buena caualieria atrdiëdo a don Ferra ruyz. E do Ferran ruyz otrosi <j estaua cO 
su caualieria muy buena z muy grande para yr olrosi alla, z estoruaronlos z non los 
dexaron, z partieron los asi de afjlla vez . z de alli adelante lincaron enmigos 
mortales : z ouieron siemprecôsejos z lydcs z grandes ruydos segû la estoria lo contara 
adelante» (fol. ccci.xxxv). Le manuscrit x-I-O a également une version différente 
(foi. ii'i): « Pues q fue vonçido el conde don manrriq z muerlo el conde don nuno 
z garci gonçales su hermano fuerose conel Hey t metierose en çorita, • dcspues 
lleuaro el Key para avila...» Uodn'gucz de Almclla, dans le V aie rio de las historias 
(lib. VII, lit. III, cap. VII), suit la version des manuscrits 1847 et 8817. 

10. 1. Ce ne fut pas aussi volontairement (juc le dit notre auteur (ainsi que la 
Chronique ("lénérale, texte de Pidal, p, G73, 1. .'^7, et texte d'Ocampo, fol. ccc\c). 
(^f. Mondéjar, Memorias, p. !,\ et suivantes ; Pisa, Descripcion de la impérial ciudad 
de Toledo, fol. i-y.'. Le manuscrit ancien de l'Académie de Lisbonne remplace ce 
qui est dit au début du § gyi du texte de Pidal (auquel celui d'Ocampo, fol. ccccx 
esta quelques mots près identique) par ceci: «El rrey doni afonso de Castcla per 
enduzimento (1*: conselho) dos coudes de tara lomou a terra a do fernam rodriguez 
decasfc deitoulio fora do rreyno. E elle foisse logo j)a os mouros z ajuntou gram 
poder délies pcra hir sobre cidadc rodrigo... )i Même version, sauf l'allusion aux 
Laras, dans le manuscrit 8817 (fol. 208'): <( Conta a estoria q cl rrey don afon de 
castela. ouue sana cont" dô f rrnyz de cast" t tomoulli at'ra q del tijna z deytouo 
de la...» Le marmscrit x-I-O donne la mémo (fol. iiO 'J: « Este rey do alfon de 
castilla lomo la trra a don ferrad el castellero (sir) r. échoie del Reyno...»; mais le 
manuscrit 13^17 en présente une autre bien différente de son côté (fol. Sg't): « cap", 
cccc'ii. como fue echado d'I Heyno de leo don fer ni Hiiy; de casl" z de las cossas <j fico 
Cuenta la estoria q el Rey de leô ovo safia con don ferra Ruy; de cast" • E tollio de la 
trrâ q del ténia z échoie délia z fuese luego pa los inoros ' E ayunlo muy gra gcte 
de moros z fue sob" çibdat Rodgo... ». 

F^n voici une autre du manuscrit de Lisbonne touchant le même Fcrnan Ruiz 
après la défense de Ciudad Rodrigo (très résumée dans ce manuscrit): «Mas doni 



CHRONIQUE LATINE DES ROIS DE CASTILLE 2^9 

Grandiusculus autem factus idem rex cepit uiriliter agere et confortari 
in domino et exercere iusticiam quam semper dilexit et potenter et 
sapienter exercuit usque in finem uite sue. In adolescentia consti- 
tutus obsedit concama. quam longo tempore tenuit obsessam. et per 

fernam rodriguez posesse en tal logar con toda sua gente que se nO q's uencer. — 
(cf § 990, Pidal) EIrrey dom Fernando ue<"do como dom fernam rodriguez era muj 
nobre fidalgo s de gram coraçô z que andando elle c<3 os mouros, podiasse delo 
seguir grande mal aos cristaâos, moueolhe preitesia que se ueesse pera elle e que 
llie daria muy boa terra que del teuesse. E dom fernam rodriguez ficou con 
elle. — Este dom fernam rodriguez. era homen de forte coraçon. s senliasse 
muito do mal que Ihe buscaron os condes de tara, moueo sua contenda con 
elles. E lidou (P: pelleiou) con elles en campo en hûû logar que chaman lobrega. 
e uenceuhos. e matou seu sogro o conde dom ossoryo por que vijnha contra 
elle. E matou aluaro goterrez (P ajoute j>m««o de dom Rodrigo Goterrez ; manus- 
crit 1347: hr° de Ruy grr's). z prendeo o conde don nuno z muitos outros caualeiros. 
E dom fernam rodriguez disse ao conde don nuno. Certamente (omis dans P) 
conde. p'so uos tenho agora, nom embargando que outra uez saistes de mlnha prisô 
p uossa menagen z nû quisestes hy tornar. Eo conde Ihe disse que nom era tehudo 
pois non soterrara seu yrmââri. Dom fernan rodriguez teendoo en pouco s queren- 
dosse délie hOrrar disselhe. Se me outra uez fezerdes menagen. que acerto dia 
tornees amynlia prison, lexaruos ey hir soterrar uosso yrmaao aluaro goterrez z pcnsar 
de vossas feridas. Eo conde dom nuno pensou que Iho dizia descarnho (P : por 
escarnho). mas dom fernam rodriguez compriolhe (P : fez) o q disse : E elle fezlhe 
menagen. k entom o soltou. z o conde foisse pa castella. Ouando foy o dia do prazo 
aque o code auya de tornar aa prison (etc., à peu près comme p. 67^ % 1. 25, de Pidal). 
Le fond est le même quoique la lettre diffère dans le manuscrit 8817 de la Bibl. 
Nac. de Madrid; on le retrouve très evactement dans le castillan du manuscrit i.l'i7 
(fol. 394 '). Mais, dans cette rédaction, l'histoire devient toute différente de ce qu'elle 
est dans les textes de Pidal et d'Ûcampo : elle forme une suite à ce qui est raconté aux 
folios 389" du manuscrit 13/17, et ^06" du manuscrit 8817, comme épilogue de la 
bataille de Huete (cf. note précédente). Enfin le manuscrit x-l-6 présente encore les 
choses autrement (cf. n. G du § 9) «... c lidio con los condes de castilla en canpos en 
vn lugar q Uamauan lobregal z vençiolos z mato asu suegro el conde don suero que 
era con los castellanos z a alaar gutierres hermano de Buy gutierres t mato otros 
muchos z catiuo dellos e siguio los otros z prendio al conde dô nuno z a Ruy 
gutierres. 1 Mas fideron ellos pl'ito z omenage a don ferrâd Ruys q les dexase yr 
entrar (sic) aaluar gutierres z quando le oviesen ent'rado q tornasen luego a la 
prision • Mas lluy gutierres que lue artero metio a su hermano en vn athaut... r, 
Dans le texte de Pidal, Alvar Royç prend la place d'Alvar Gutierrez; dans les autres 

textes, Alvar (iutierrez devient le frère du comte Nuno. Enfin, dans la Suma 

escrita por Fernan Martinez de Burgos, publiée par Mondéjar à l'ap. XVI de ses 
Memorias, l'auteur déclare ne pas savoir son nom. mais qu'il était «hermano de 
madré de los condes de Lara ». 11 s'est produit de bizarres confusions, qui ont 
déformé le fait initial, historique ou légendaire; et il serait intéressant de recons- 
tituer la version primitive. 

10. 2. Ann. Toled. 1 (1177): « En el mes de octubre priso el Rey D. Alfonso a 
Cuenca, Era MCCXV. » Le Chr. Cerratense marque Era MCCXIIII, mais le Chr. Burg. 
est d'accord avec les An. Toi. I. Cf. Rodrigue (VII, 26), qui s'étend davantage sur 
ce succès. L'Académie de l'Histoire possède une copie d'une Histoire de Cuenca 
et de sa Conquête par Alphonse VllI, écrite en i2i2(.5), et sur laquelle voir Munoz 
(Cuenca, i). Elle comprend deux parties : la conquête d'Alphonse VI et celle 
d'Alphonse VIII. On trouvera la seconde partie p. 585-696 du tome I de VHistoria de la 
muy N. L. e I. Ciudad de Cuenca e del territorio de su provincia y obispado desde lûs 
tiempos primilivos hasta la edad présente por el presbitero Dr. D. Trifon Munoz y .Soliva 
(Cuenca, i8GG, 2 tomes in 8"), qui rejette l'authenticité de ce texte pour des raisons 
qui ne sont pas toutes justes: mais celles qui sont justes suffisent. Comme sa copie 
présente quelques inexactitudes et n'est pas fidèle à l'orthographe de l'original, 
chose pourtant désirable en l'occurrence; que d'autre part la première partie n'est 



2 00 BULLETIN HISPAMQUE 

gfain dei cxpugnauil eani et cepit. quam per induslriam suam 
dignilate pontificali decorauit. et est hodie una de nobilioribus et 
luunitioribus natura et arte ciuitatibus regni castelle. Recuperaû 
postea lucronium^ et alias uillaset castra uersiis nauarrain que auun- 
culus eius rex sancius. fraler .s. matris sueMongo tempore detinuerat 
occupata. Eodem tempore mouit exercitum grandem et fortem contra 
patruum suum ferrandum regem légion, et recuperaû terram cjue 
dicilur infantitum^. Rex ferrandus predictus duxerat in uxorem urra- 

pas dénuée d'intérêt, je reproduis le tout en appendice d'après la copie de l'Académie, 
à titre d'échantillon de la pseiido-liistoire espag^nole. C'est évidemment une coiitre- 
fac^on assez récente. 11 est éloiuiant que Mondéjar (jUemo/-ias, p. 87) ne s'en soit pas délié. 

La Chronique générale mentionne aussi la prise de Cuenca. Cf. le texte de Pidal, 
«999. Celui d'Ocampo (fol. CCCXCIM) est très différent: « E este rey don .\lfoiiso 
qndo côprio edad d' veynte z dos anos fuc cercar a Cuéca que va oysles, e yogo sobre 
ella luieve meses e ganola. E estonçes quito al rey de Aragon cl tributo del servi(,io 
que le auie de fazer por el niucho bien s ayuda que le lizo enesla cerca (cela con- 
lirme le fait que Juan Pablo Martir Rizo allègue dans son Historia de la ciudad de Cuenca 
et que Mondéjar accueille avec scepticisme dans ses Memorias, p. 88). r. d'si gano 
Alarcû (cf. § 13, note 1) e tomo los omes de la Estreniadiira c fizolos yr pobrar a 
Cuenca. z Alarcû E fizo de Cuêca obispado c ouo noljre el primero obispo don 
Yanes: e pobro muy bié sus fronteros enderredor e anparo lâbic su licrra que todos 
sus vezinos lo dubdauan e lo resçeleuan» (à peu jirès pareil dans i3.'i7 et traduit 
dans 8817, fol. aiT). Malgré les mots « que ya oystes » (8817: Q desuso oystes; omis 
dans i-^i7), je ne vois pas qu'il soit question do Cuenca auparavant. Peut-être y at-il 
une confusion avec rorita. Dans le manuscrit 8817, conca devient con/o,-et rorila, 
corica. On a pu prendre l'un [)0ur l'autre. 

De la prise de Zurita, notre auteur ne dit rien. Le texte d'Ocampo la place 
(fol. cccLWw) avant celle de Cuenca et la raconte longuement, l.e récit se trouve 
abrégé dans les manuscrits i3'i7 (fol. Sijd) et 8817 (fol. 20G). Je mets à l'appendice cet 
abrégé d'après le 13/17, ^^^^' '<^* variantes du 8817. On trouvera aussi l'histoire dans 
le Valerio de las Historias de Diego Rodriguez de Almella (Mb. \ I, lit. VllI, cap. V). 

10. 3. Logroilo. Cf. Rodrigue, qui énumère les \ilies reprises à Sanrhe (Vil, r>(i). 
Le texte d'Ocam|)o donne des villes reprises une énumi'ration dillérente de celle (pii se 
trouve dans Pidal (j 91(9). On le trouve traduit dans le manuscrit 8817 (fol. 2i2),<iue je 
crois intéressant de niproduirn ici de préférence: dCapitl' (( fala delrey don al'ofi de 
castella Contu a estoria ([ depojs desto qsse alçou o Rey de Navarra. nulle conoçendo 
ne huû senorio. e el Rey do afon foy sobr' el e tomoulle vijnte e çîco enl" vilas e 
castolos q era muy boos. Et dcspoys desto vêeô asna mesura conoçëdo <(llj errara. 
E el rey dô afoû lornoulle endc qlorze. e releue pa sy os onze, q fo2r esles. font rrabia 
E a uila de bitoyra e hupëi). e capeço e santa cruz. k toda alaua e toda g'pozooa e 
treueno e portilia de torre.s. e portela d'yhuda. Et poblou ento cast° de orgaas e sam 
viçenle de barcjyra. e santandre. e g'taria <. laredo e nol'ço c toda essa cosleyra do 
mar. » Ocanipo: «... Euete rabia .San Sabiistia, e la villa d' Vitoria, Luenuena (13/17 : 
hurueua), t Capeço, e Sata cruz e toda Alaua, e Lipuzca (13/47 • y/>"''"0«). <: estoçes 
pobro a Castro de ordiales k (Juitarya e Laredo e Molrico (om.dans i3'i7) e San ander 
e Sa vicete delà bartiuera, e todo eslo enla cosla del mar » (fol. nccxcm'). 

10. /|. Sanciio Giircés, cl Sabio (i i5o-i ig'i), frère de Doua MIanca de Navarra, mère 
d'Alphonse VllI. Cf. <; 7, note 1 ; S 8, note 1 ; S l'i, note (j; Rodrigue, VII, u. Il était 
doublement l'oncle de celui-ci, puisqu'il avait épousé Sancha, fille d'Alphonse VU 
el de Hcrengère. 

10..^. Infantazgo de Le<')n. En 1180 ou 1181. Cf. note '1 du s 11. la Chr. gén. 
(texte de Pidal, [». ^72, I. 30) y fait une allusion : « et aun el Inllanlydgo, que era en 
dubda ciiyo dévie ser, elle le tomo yl ouo dalli adelanl». Le texte d'Ocampo dit seu- 
lement • cobrando todo lo suyo c algund poco mas t (fol. ccci.xxwn'). Le manuscrit 
i3'47 s'étend ()articulièremcril sur les reprises du roi de Castille (fol. 391'): « E el rey 
fue cresciendo e salio de bue cnlendiml» e de buenas mai'ias r. fue andando por 



CHRONIQUE LATINE DES ROIS DE CASTILLE 25 1 

cani filiam alfonsi régis portugalie que tamen non poterat esse uxor 
légitima, cum atineret ipsi in tercio gradu. f-" computationem 
canonicam. nam imperator et dictus rex. portugale atinebat sibi in 
secundo gradu. quia rdii«J erant duarum sororum filiarum régis alfonsi 
qui cepit toletum. Propter predictam coUigationem impietatis multa 
castra sepe dictus rex tradiderat régi portugalie quepostea recuperauit 
ab eodem. quando fuit captus in badaioz, et exhancatus ita quod 
postea nunquam potuit equitare?. Tune et captus fuit giraldus qui 

a) per. 

su Reyno a todas ptes ^ E cobro las villas c castillos qle auia tomado su tio el Rey 
dô ferr° e ovo conel muchas façiendas e grâ conlienda • E despus por cOsejo del conde 
don nufio e deot°s oms bu°sq le syruierO biO s lealmente * maguerqdelas villas auian 
fecho omenaje al Rey de leon con todo esto luego que vierO al Rey su ssefior gelas 
dierô e Reçibiero io muy biê por q muchos dellos larrarù despus q les fl:o el Rey 
de leô mucho mal * mas. elles antes qriâ scr la;rados q nô aleuosos r dessconosçi- 
dos al Rey su seiîor ' E el Rey despues que cob» todo lo suyo fi;o ffol. 892) grand 
guerra al Rey de leon su tio veniendo le emientes el mal que del Rescibiera mientra 
era nino * E qria gelo acalofiar miiy crua mente asy qlo senliâ enel Reyno de leO z 
pensauâ enl mal q fiàerâ en caslilla z pesaua les dello ' E despus el Rey paro biê 
su Reyno t mado aies de auila q se fuesen pa alla e ténia sse por bie seruido dellos ' 
E estonçes vinierô a el todos los Ricos oms c dierù le la tPfa cada vno como la ténia 
ante de los plaros q deuiâ segû q el Rey don Sancho mandata. » 

10. G. Alphonse Vil l'Empereur, fils d'Urraca, et Alphonse de Portugal, fils de 
ïeresa, étaient en eflet cousins germains : 

Alfonso YI 



Urraca Teresa (illégitime) 

I I 

Alfonso VII Affonso I de Portugal 

I , I 

Fernando II, épouse Urraca 

Cf. Luc, p. 107, 1. 3i. Rodrigue dit que Ferdinand divorça après l'expédition de 
Santarem, où il alla au secours de son beau-père (VII, 23); cette expédition eut 
lieu en 1171, et la séparation en 1175 (Flûrez, Reynas, t. I, p. 325). Le mariage avait 
été célébré en iiOô (ibid., p. 322"). Voir les textes cités à la note suivante; Hercu- 
lano, Hisloria de Portugal (b' édition), t. I. p. ^19, 427, iili, 5^3. Pour ce qui concerne 
le-i relations des rois de Léon et de Castille avec ceux de Portugal, l'ouvrage d'Her- 
culano est une base sérieuse. Son ouvrage est d'ailleurs bien supérieur, pour la 
critique comme pour l'exposé des faits, à VHistoria de Espaiïn de Lafuente. Je renvoie 
à la 5' édition (Bertrand, Lisbonne) parce que c'est celle que j'ai en mains; mais 
on peut se servir de la i» ou de la 3'^, la dernière qu'ait préparée et revue l'auteur. 
— Selon Rodolphe de Diceto, Ferdinand II serait allé encore au secours de Sanche de 
Portugal lors du deuxième sièga de Santarem en ii8i (Herculano, t. I, p. 469 et 
l. II, p. 16). 

10. 7. Cf. Luc, p. 107, 1. 9-18, et Rodrigue, VII, 23. Noter que Luc emploie à peu 
près les mêmes mots: « ... quod de cetero non potuit equitare ». Le fait eut lieu 
en 11G9 eit non ii68, comme marque le Chr. Lusit.; cf. p. 358 de l'article signalé à 
la note qui suit. Voir Chron. gén., p. ^-ô', 1. Z12; Flôrez, Esp. sagr., t. XXII, p. 96; 
Herculano, Hisl. de Portugal, t. I, p. 434. Cet accident dont fut victime Affonso 
Henriques, sa mère Teresa le lui avait prédit, à ce que raconte le Livro dos Linhagens 
do conde L>. Pedro, p jbb. — • D'après notre texte, les places que Ferdinand reprit 
à son beau-père après l'affaire de Badajoz, « lierra de Limia el Turon» (Chr. gén., 
p. G75, 1. 3-3), il les lui avait données en épousant Urraca. Ce n'est pas d'arras, de 
douaire qu'il s'agit là. 11 semble donc que le mariage avait été, avec la cession de ces 
places fortes, une des conditions de la paix à un moment où Ferdinand avait le des- 



202 BULLETIN HISPANIQUE 

dicebatur sine pavore^ et traditus in manus roderici fernandi castel- 

sous et où, comme le conjecture Herculano (p. 419), il avait besoin d'un appui dans 
ses desseins sur la Castille. — Herculano explique aussi bien que possible, surtout 
p. 433, ce que fut ensuite la situation politique du gendre et du beau-père respecli- 
vement. 

Le manuscrit ancien de l'Académie de Lisbonne présente cette affaire de Badajoz 
d'une manière toute différente de ce qu'on trouve dans la Chron. trénér. (§ 991'), et 
fol. cccxcr du texte d'Ocampo, à peu près identique): « Depois desto, ouue elrrey 
dom fernâdo hùa batalha con elrrey dom afonso de portugal. porque elrrey dom 
afonso con pesar que ouue por quanto elrrey dom fernando pobrara cidade rodrigo 
donde Ihe vijnlia muyto dampno. c especialmente por ([ue llie leixara sua fillia : foy 
cercar badalhouçe que era da conquista delrrey dom fernâdo. E foy elrrey dom 
afonso preso en essa batalha. z. fez menagem aelrrey dom fernâdo (jue tanto que 
caualgasse en besta que se tornasse a sua prison, e el nunca depois quis caualgar 
por non aver razon de tornar aella. E cobrou elrrey dom fernando a villa ■<: depois 
aperdeu. E sabendo os mouros como elrrey dom afonso de polUugal nô caualgaua 
en caualo. o ueherô cercar a santarem. E este Rey dom fernâdo foy con sua hoste pa 
o decercar e os mouros fugiron. — Depois de todas estas cousa.s. as quaacs uos conta- 
remos côpridamente quando falarmos das estorias dos lleis de portugal. por que ia 
era morta arrainha dona orraca filtia delrrey de portugal que el leixara. casou este 
rrey dom fernando con doiïa tareyia lilha do conile dom fernando de Iraua que fora 
molher do conde don nuno de lara...» On voit que l'auteur a fortement déformé les 
faits. Le manuscrit de Paris a ici un autre texte (ch. a'xxv, n° 455): « El rrey dom 
fernando de leon foy contra elrrey dom affon de portugal. c achouo en badalhouçe. 
(lue elle entom tomara aos mouros. c prendeo per desauentura segundo he contado 
na cronica do primeiro Rey dom affom de portugal Despois que o prendeo sayrom 
os mouros do castello. z conhoceronlhe sefiorio e fezeronlhe preito <; menagem. E elle 
leixou hi por alcalde hiui mouro que auya nome abuhabud (même fond que dans 
Pidal, p. ù-]i)', 1. 10)... Depois desto os mouros sabendo como elrrey de portugal non 
caualgaua en besta. juntou se grande poder t entraronlhe pella terra fazeudo grande 
dampno, c cercaronno en santarem. Elrrey dom fernando logo que o soube. juntou 
grande tioste e foisse pera santarem por o descercar. elrrey de portugal quando o 
soube pesoullie porque non sabla como vijntia. E quando os mouros forom certos da 
vijnda delrrey de leon, dcscercaron santarem, z fugirom. Muyto Ihe gradeceo elrrey 
de portugal porque o veera descercar. E despois que elrrey dom fernando soube como 
fugirom os mouros. tornouse pera sua terra. E porque ia era morta a rreynha dona 
orraca filha delrrey de portugal. casou el rey dom fernando, etc. ». — Le maïuiscrit 
8817 de la Bibl. Nac. de Madrid, conforme pour le sens avec le manuscrit i3'i7, se 
rapproche des textes de Pidal et d'Ocampo, mais ajoute ceci (fol. aog'^): « Et el rrey 
do r... ouue avijnça cô elle (|llj desse oq tiina tomado en galira. r. qo leixassc yr a 
sua trâ. guarer' da i)na. z logo coïïïo fosse sâo tal ora coïïïo caualgasse qsse verria as\i 
p'iom ([irisom). Et el Uey do f soltoo r. el fezollc tal menagr. z foysse aseii rreyno r. 
mandoulli ent'gar o([llj tomara en Galiza e el punou de guareç' ([nlo mays pode 
(<< £ el punou... pode» omis dans 1347). z dcsq foy sao nuca ia majs q'so caualgar 
en besta por no viir amenagem q fezera <[ tal ora. corïîo caualgasse en besta qsse 
verria asua p'Iom delrrey (i3/i7 : al omena(je asu poder dcl Ficy don ferr°) Et daly 
adeafil semp andou en andas en colos de oïîïs ala q lliiou... desy os mouros souberô 
coïïïo cl Uey de portugal nô caualgaua eu besta por razo da pna r. ajùlarosse muy grâ 
poder délies... Desy tornouse (fernando) j)a sua t'ra. Et por q era la el partido (i347 : 
E era ya <llo de su muger) da lleyiia dona tareyia filla delrrey (i3.'i7 ajoute : por q ei a 
ssu cormana) casou cO dona tareyia 11 lia do conde. dom f. r[ fora moll'r do conde do 
m*... » (Jn voit que les manuscrits de Lisbonne el de Paris ont résumé le récit tlu 
manuscrit de Madrid au point de le défigurer; mais Ils ont gardé le fait du serment 
du roi Afonso el de sa ruse, f|ui rappelle l'histoire de Fcrnan Hulz et du comte 
Nufio. Noter aussi la variante morta i^nur partido, qui transforme bien les choses. 

10. 8. Glraldo, surnommé Sempavor, conquérant d'IOvora. (^f. (^hron. Lusitaiium : 
t Aéra iao4. Civllas Elbora capta... a Glraldo cognomlnato sine pauore...» Il est 
question de son rôle à liadajoz dans le Clir. Lameeense : a Gcraldus alcayde Intrault 
badalloucium VI nonas mail. Era M*. CC" VII" ». Cf. Clir. Conimbricrnse l : u In 



CHRO:?IOUE LATINE DES ROIS DE CASTILLE 253 

lani. cui pro liberatione sua dédit idem giraldus montanges. Trujellum. 
Sancta crux. monfrao. que idem giraldus acquisierat a sarracenis. 
Depaupertatus autem et destitutus omni auxilio transtulit se ad 
sarracenos quibus multa dampna intulerat. a quibus nacta qdam" 
occasiuncula in partibus marroquitanis. capite truncatus est 'o. 

II. De predictaurracarexferrandussuscepiîlium .s. alfonsum regem 
Icgiori qui nunc pro pie régnât'. Mortuo uero rege ferrando filius 

a) Abella : « nacta quaedam, locus mendosus. Forte nata quadam ». Mais nous trourons 
d'autres exemples de cl pour /; et le 7 porte noo un simple trait, mais le signe abrévlalif 
de a, qu'on peut représenter pjr ••. C'est donc ou nacta ou uala quadam. 

Era MCCVI quinto nonas maii interiit Alcaide GeralJus Badalouci », où la correction de 
interiit en intravit est tout indiquée. Voir dans le Boletim da Segunda Clase de l'Aca- 
démie des Sciences de Lisbonne, volume III, avril 1910, un article de M. David Lopes 
(signalé dans le Bail, liisp., t. XIV, p. 208), qui donne un texte inédit d'ibn Sahib 
Açala et un d'Ibn Caldoun sur ce personnage, et conclut avec raison que « elle foi urn 
verdadeiro heroe nào de romança, mas de epopeia » (p. 327). Le premier de ces 
textes contient un passage curieux sur la manière de Giraldo, et que M. David Lopes 
traduit ainsi: « ...elle avançava, sem ser apercebido, na noite chuvosa, escura, tene- 
brosa, e (insensivel) ao vento e â neve, ia contra as cidades (inimigas). Para isso 
levava escadas de madeira de grande comprimcnto, de modo que com ellas subisse 
acima das muralhas da cidade que elle procurava surprebender; e quando a vigia 
muçulmana dormia, encostava as escadas â muralha e era o primeiro a subir ao 
castello, e empolgando a vigia, dizia-lhe : « Grita como tens por costume de noite, 
que nào ha novidade. » E entào os seus homens d'armas subiam acima dos muros 
da cidade... » Le Chr. Lusilanurn indique bien qu'Evora fut prise d'une façon ana- 
logue. Voici maintenant le passage qui confirme, en le complétant, celui de notre 
auteur : « Quanlo a Giraldo — o maldito de Deus! — elle tomou por surpreza varias 
cidades, Trujillo foi a primeira, no mes de « jumada 2° », do anno 50o; e depois as 
seguintes : Evora, no mes de « dulcada » do anno de 5Go, povoando-a de chrislàos; 
Ciiceres, no mes de « sâfar » de 061 ; castello de Montânchez, em «jumada 1° » de 
061 ; castello de Serpa, no fim de k jumada 1° », tambem de 5Gi ; castello de Juro- 
menha, perto de Badajoz, e ahi se conservou com toda a sua gente execranda, comba- 
tendo e incommodando constantemente os muçulmanos de Badajoz, — mas Deus 
havia de dar a vantagem aos subditos do principe dos crentes...; e (inalmente a 
cidade de Badajoz (em 5G/i). » D'après la table de concordance des dates établie par 
M. David Lopes, les villes de Trujillo, Evora, Câceres furent prises par Giraldo, 
respectivement en avril, septembre et décembre ii(j5; celles de Montânchez, Serpa 
(à l'est de Beja), et Juromenha (sur le Guadiana, frontière du Portugal, sud-ouest de 
Badajoz), en mars 1 166; celle de Badajoz en i iG8. Cet excellent article, dont l'auteur 
a bien voulu nous envoyer un tiré à part, met au point l'exposé d'Herculano (Hist. de 
Portugal, t. I,*p. 42.3 et ss.), qui paraissait peu disposé à croire à l'authenticité des 
exploits de Giraldo, et n'identifiait que d'une façon dubitative ou inexacte les noms 
arabes des trois places fortes de Montânchez, Serpa et Juromenha. — Aux villes 
indiquées par Ibn-Saliib, comme ayant été prises par Giraldo, notre chronique en 
ajoute deux, Santa Cruz et Monfra (cf. la note suivante). 

10. 9. Montânchez, Trujillo, Santa Cruz de la Sierra et Monfra, dans la province 
de Câceres (sud-est). — Je suppose qu'il faut lire a fernandi roderici castellani ». 

10. 10. Détails inédits. On comprend alors comment Juromenha et Badajoz, et 
d'autres places aussi sans doute, retombèrent entre les mains des Arabes (Herculano, 
t. Il, p. 28). 

11. I. Cette partie de la Chronique a donc été rédigée avant 1280, date de la mort 
d'Alphonse de Léon. La biographie d'Alphonse de Léon par Gil de Zamora, publiée 
par le P. Fita au tome XIll du Bol. de la R. Acad, de la Hist. (1888), p. 291-296, n'est 
guère, ainsi que l'observe l'éditeur, qu'une compilation de Rodrigue et de Luc (sauf 
au 5 8), 



254 ~ BULLETIN HISPANIQUE 

eius qui tune adolescens erat tiniuit priuari regno per potenciam 

domini .a. gloriosi régis castelle | cuius laus et fama magnam parlem 

orbis iam impleuerat qui tune terribilis erat. et timendus omnibus 

regibus uicinis. tam sarracenis quam xpianis. Traclatum igitur fuit 

et prouissum ut dieto alfonso régi légion desponsaretur una de 

lîliabus régis eastelle^. contra deum et eanonieas sentiones". nani idem 

reges sibi acjinebant in secundo gradu sieut filii duorum fratrum''. 

Fuit preterea positum et firmalum ut idem rex legioiî fieret miles a 

predicto rege castelle. et tune oseularetur manum eius quod et factum 

est. Celebrata namque curia famosa et nobili apud carrionem'' idem 

a) sic. 

11.2. On ne nous dit pas laquelle, mais ce ne devait pas être Bérengèrc, puisque 
l'on ajoute ensuite que, deux mois plus tard, .\lpiionse le Noble fiançait celle-ci, 
âgée de huit ans, à Conrad, fils de rcnipereur Frédéric (Harberousse). 11 n'est pas 
parlé ailleurs de ces premières liaiii-ailles d'Alphonse de Léon avec une tille d'AI- 
|)iionse VIII, mais Rodrigue semble bien y faire allusion quand il dit que le mariage 
suhséquent du Léonais avec Thérèse de Portugal fut fait « in odium Régis Castellae » 
(VII, 2.'i). l.'Estoria de los Godos (Doc. iitéd., t. LWWlll, p. 147) semble dire que le 
roi de Léon fut fiancé à Bérengère après Conrad, mais a\ant son mariage avec 'l'hérèsc. 
Quant au mariage d'.\lphonse de Léon avec sa cousine-germaine Thérèse, fille de 
Sancho I de Portugal, célébré en iiyi (Ilerculano, Hist. de Portugal, t. Il, p. O7), 
notre auteur n'y fait aucune allusion. Ce n'est qu'après la mort de ce roi qu'il parle 
de cette reine et de ses filles {i Go). 

Affonso I de Portugal 



I I 

Fernando II de Léon, épouse D» Urraca Sancho I 

I I 

Alfonso I\ D» Theresa 

Cf. s 18, note 2. Ce mariage fut rompu en 1 190 ou i ujCi (Herculano, t. H, p. 7a). 

II. 3. Alfonso Vil 



I I 

.Sancho m de Castilla (■; ii:)8) Fernando H de Leôii (•'• 1188) 

I I 

.\lfonsoVHi Alfonso IX 

1 1. '|. (^arriôn de los Condes (à 'io kilomètres au nord de l'alencia) .Sur ces cortes 
de Carri('jn, cf. Rodrigue, Vil, ■>',. Mondéjar, Memorias, cap. LVT et ap. II, oi'i se 
trouve le texte des capitulations d'après les éditions do Francisco de .Sola et d'Antonio 
Siiiirez de .\larc('>n, et la coi)ie (sincère à ce qu'il parait) du faussaire Antonio Liipiân 
'/M\):ild; Colmc'xro, Corles de los anliguos reinos de Léon y de Castilln, publiées par la 
R. Acad. delà ilistoria, t. I de Vlntrodiicciôn, p. 13, 1.'), jg, iSç). Noter que le mot em- 
|)loyé ici et au S '■*<> est curia. Le manuscrit 8817 porte que c< Kt vei-o y el Rey de Por- 
tugal r. ficaron ambos (lui et le roi de Léon) por sens va.salos k beyiarolle amâô » 
(fol. '.«lo). Cela est aussi dans le x-I-G de l'Kscorial (fol. 118'): <( F vino y el Rey de 
Portugal t lincaron amos por sus vasallos r. bcsaronio la mano ». Le même manus- 
crit 8817 fait allusion à d'autres chevaliers armés à Cordoua (loi. ai C), mais il y a là 
une mauvais lecture d'un passage du texte d'Ocampo (fol. cccxci'): «Codes ;. altos 
ornes otrosi resçibierO caiialleria d' I de i\ ante d'uiera colar la estoria, coiuo del 
code du Remo tlaçada de Tolosa, r. do Liiys code d' (Chartes a <j este rey dr> Alfonso 
de Castclla en Cuellar armo c fizo cauaU'os .. » (cf. au loi. cccxiii). 

Qu'AIfonsc VMI, aux cortes de Carrion ait fiancé au moins deux de ses filles, 
c'est ce qirindi(pienl les Ann. Comijosteltuid : a Era MCCWNI. Desponsavit Rex 
Aldephonsiis iilias suas ». Et ces Cortcjs eurent lieu en ellet en 1 1K8 (cf. Fl(')rez, lieynus, 
t. I. p. .3,îo). Pour Rérengère, le contrat fut signé le aï avril (ibid.). A cette date, 
d'après notre auteur, elle avait à peine huit ans. Elle serait donc née après le 



CHRONIQUE LATINE DF.S ROIS DE GASTILLE 255 

rcx légion accitus est gladio a prediclo rege castelle in ecclesia sancli 
zoili et osculatus est manum régis castelle presenlibus gallecet légion 
et castellanis. Interiecto modico intervalo uix duorum niensium 
conradus filius froderici romanomm imperaloris in eadem uilla .s. 
carrione celebrata iteiuni magnifica cuiia factus est miles a sepedicto 
rege castelle cui desponsauit filiam suam dnam beren. que uix erat 
octo annorum. et fecit sibi fieri omagium de toto rcgno. ut idem 
conradus regnaret post eum si contingeret ipsum decedere sine lîlio. 
Tnncenim non habebat lilium rcx gloriosus donus .A. sed. filias^, 

a.'? avril 1180, et non en 1171 comme Mondéjar (.UeAnor/as, p. GG) et Fli'>rez (Heyrias, 
t. I, p. 'io3)le déduisent d'une cliarlo publiée par Manrique (Ann. Cisterc, année 1171, 
2/1 août), reproduite par Nûfiez de Castro dans sa Coronica de los senores de Castilla, 
p. 87. Cette cliarte est fausse ou mal datée. Loonor était née en iiGo, d'après 
Robert de Torigny qui fut présent à son baptême; elle fut mariée en septembre 1 170 
(VIondéjar, ch. X\; Fl<'irez, p. SyS-Sç)!)) : on ne peut admettre que le mariage ait été 
consommé à ce moment (son mari n'avait même pas quinze ans), et qu'elle ait été 
mère déjà en août 1171, à l'âge de onze ans. <^u'en juin 1 173, à l'âge de treize ans, 
elle soit mère d'un fils (Mondéjar, p. 05; Flôrez, p. io.")), c'est moins improb.ible, 
quoique bien extraordinaire. Notre texte est le seul explicite sur celte question, et il 
a pour lui la vraisemblance. Noter qu'on ne cite pas d'autre charte où soit nommée 
lîérengcre, avant celle de 1181, que connaissait Colmenares. Celui-ci induisait 
(pie la princesse avait dû naître peu auparavant. 11 semble bien avoir eu raison. Ce 
qu'il y a de plaisant, c'est que Flôrez tirait argument du jeune âge de Léonor en 1171 
pour conclure que Bérengèrc était sûrement l'aînée de Blanche. L'argument, en 
effet, était péremptoire. Trop, peut-être. Et ce qui est sûr, c'est le jeune âge de 
Mérengcre en ii88, ce qui du reste ne [)ouvait empêcher de l'accorder, ou plutôt de 
la promettre en mariage. 

Le texte d'Ocampo fixe le mariage d'.\l[)honse V'III et de Leonor en iiGo 
(fol. GCCLXxvii). Il y a là une erreur évidente. Quant aux manuscrits 1347,8817 et x-l-Ci, 
ils confirment ce que je dis plus haut touchant l'âge respectif d'Alphonse Vlll et de 
Léonor lors de leur mariage. Voici le texte du manuscrit 88 17 (fol. 208) traduit mot pour 
mot du 13^7 (fol. 3ç)2) : <( Capitolo <] fala do casamenlo delrey don afonso. Agora con- 
tarem? como foy casado ci Rcy dom al'on. mandou faz' suas cortes en burgos. c forO 
y ajûlados todos os oTTïs de seu scnorio k os plados s oïïïes boos dos conçellos 
c ouuerO todos seu acordo en hnu q poys (j el Rey auia doze anos q asaz era temp» pa 
casar c en viarollj pedir doua leonor lilla del Rey de Ingla Ira q era nina de IX afios . 
t forn mesegeyros dous obpos. c dous rricos ouïs. el Rey de Ingla tra. deulla muy 
degrado. s fezollis muyto bem r. moyla onrra. z ellos vôêrOssc cona Infant i)a burg?. 
de hu forô muy bem rreçebudos. z el Rey fezo logo y suas vodas. muy rricas e muy 
nobles, de todos compli...intos. Et forO y moy las gèles de caslela... » Le i" mai 1181 
(era MCC,XV[IIf, kal.maiij u anno quinto ex quo serenissimus Rex prefatus A. Con- 
chani lidei xptiane subiugauit, anno primo quo Infanlalium à Rege Ferrando patruo 
suo recuperavit (cf. note suivante), vice>simo octavo die post quam natus est Burgis 
Rex sancius... >', Alphonse VIU acconlait une terre à la nourrice de Bérengère el à 
son mari (Memorias para la vida del Santo fiey Don Fernando III dadas â luz por 
D. Miguel de Manuel Rodriguez, Madrid, 1800, p. aig). On peut admettre sans diffi- 
culté que l'infante avait alors de dix à douze mois (dix au moins puis(pie son frère 
Sancho en avait un), que l'allailemcnt était terminé, et que la nourrice retournait 
chez elle. La^nourrice de D' Blanca obtint un privilège semblable (|uinze ou dix-huit 
mois après la naissance de la princesse (cf. Bull. Iiisp., t. V, 1903, p. 5); celle de 
Bérengère fut peut-être plus pressée. 

II. â. Berenguela, Urraca et Blanca, qui naquit le 4 mars 1188, selon Flôrez, 
lieynas, t. 1, p. liii. Sur l'assertion de Mariana qui faisait de Blanche l'aînée, voir 
mon Mariana liislorien, p. 20G et 270. Cf. § 33, note 2. Flôrez établit aussi qu'avant 
1189, année de la naissance de l'infant Fernando dont il est question aux §§ i8-'>o, 
tous les fils qu'Alphonse VHI avait eus de Léonor étaient morts (ibid., p. iio). 



206 BULLETIN HISPANIQUE 

12. lam tune edificauerat ciuitatem famosani et opulentam .s. 
plasenciam. et castrum munitissimum quod dicitur alarcô. [...]Ac- 
quisierat a sarracenis'. Incepit autem hedificare uillam que dicitur 
alarcos2. et muro nondum consumato. et eiusdém populatoribus loci 
nondum radicatis mouit guerram régi marroquitano, cuius regnum 

1 3. I . Anales Toled. I (i i84) : « El rey D. Alfonso prendiô Alarcon, Era MCCXXII. » 
Cf. j 10, n. ' ; Rodrigue, Vil, 27. Pour Plasencia, voir aussi Rodrigue, VII, 28. Alarcon 
est entre Ciienca et Albacete. — Le ms. F. iG3 de la Bibl. Nac. de Madrid (— 12 >3) 
contient, entre autres écrits d'Ambrosio de Morales, un article intitulé Fundacion de 
Ptdsencia (t 170), sur lequel cf. Barrantes, Aparato para la hisloria de Extremadura, 
t. III, p. 23. Morales y a copié une partie du privilège do fondation inclus dans 
un privilège d'Alphonse X le confirmant. D'autre part, ce dernier a été copié intégra- 
lement par Ascencio de Morales dans son Inuenlario gênerai de los privilégias, bulas... 
de la ciudad de Palencia, formant le tome VII de la Coleccion de Privilégias, bulas, dana- 
clones de las Iglesias de Espana (cf. Barrantes, ib., p. 87), conservé à l'Académie de 
l'Histoire et portant la cote C. 7, est. 5, gr. i'. On trouvera le tout p. 9 de VHistoria 
y Anales de la ciudad y obispado de Plasencia. jiaT Fray Alonso Fernandez (Madrid, 1627, 
folio), d'où il a été reproduit dans les Memorias de Mondéjar (ap. Vlll). Les copies 
d'Ambrosio de Morales et d'Ascencio de Morales présentent toutes deux quelques 
variantes sans importance par rapport au texte publié. Ascencio avait trouvé le 
privilège dans l'Archivo de Plasencia. 11 note que « es este Privilegio original escrito 
en Pergamino. Tiene un signo rodado pintado de los colores de los lilos de Plomo 
pendiente, con una cruz en su centro, y por orla estos letreros en sus circonfcrencias... 
Lo que va rayado por vajo (il s'agit des mots vnde... aniniarum et sicut diuidil per 
illum vadum de Alay: (Mondéjar Alar:a} quad est in Tagos sicut ilur in directum) falta 
en el original, roto, y \orrado eu muchos partes, y se ha suplido de otra copia aulho- 
rizada del mismo ■). 

12. 2. Sur la rive gauche du Guadiana, à une lieue à l'ouest de Giudad-Rcal, 
selon Madoz, qui fait observer : 1" ([u'il s'agit là d'une reconstruction, la ville 
ayant existé antérieurement; a° qu'elle n'existe plus; un sanctuaire qui en mar- 
quait l'emplacement fut détruit lors de l'invasion napoléonienne. Voir Gômez de 
Arteche, Geagrafia histûrica-militar, p. GSg. Rodrigue écrit Alarcuris et non Alarcos : 
il l'identitiait avec la Larcuris de Ptolémée. Le Bn'deker signale (p. 44'Jj éd. de 1908), 
une église de Xueslrn Scnara de Alarcos, lieu de pèlerinage, à 11 kil. à l'ouest de 
Ciudad-Real et occupant la \ ille d'Alarcos détruite en 1 1((."). 11 y a, en cITet, plutôt deux 
lieues qu'une: voir le Mapa itineraria mililar de Espana publié par le Depôsilo de la 
guerra (feuille G5). — Le texte d'Ocampo (fol. cccxcur) diffère beaucoup de celui 
de Pidal (S 1000) touchant les mesures prises contre les Maures (suite du passage cité 
à la note 3 du S «o ; je mets entre < > ce qui manque dans i3'i7): « r. pobro Aguilar 
de Gampo : t < en la Estramadura > pobro Bejar r. Plazençia < i- Mon ferrado 
c Mirabel e Segura. E entre tanto por no qucdar de fazer mal a los moros > este rey 
refizo (i3't7 ■ Jho) la ordc de Satiago t dioles jior cabcva la villa de Ucles c dioles 
a Ocana t a otros logares de ribera de Tajo r. dioles Orcja 1; Mora c otros hereda- 
mientos muy buenos. E dio a la ordc d'Galatraua Goryla k Macjda o.Cogolludo r. otros 
heredamiëtos muchos por (f les saco de pobreza en q estauan. i)0 q enel su tiempo 
perdieron a (Jalatrava, k d'spues la cobro este mesmo rey por guarda de su tierra. 
c fizoles el casticllo de \larcf>s. » Gomparcr la traduction qu'en donne le manuscrit 
8817 : « Et poblou aguillar do c;ipo. c plazença r. mOnt fern. ;. murabel r. seg'a. E 
ent* tanto non «[dou fazendo muylo mal aos ntouros. Et este rrcs J'ezo a ordem d'San- 
liago c deulli por cabeça a vila d'ocles. r. deullis çorica r oufs lugarcs mojtos on 
rribeyra d'teio. Et deullis out's lugares. r. out°sy orreya c moura c oufs muytos 
h'daîTitos p qos sacou de pobleza en<j eslauâ. j)0 <[ eno seu lcmi)0 jxlcni calatraua. c 
d'poys a cobrou este rroy mecsmo. Kt por guardar sua frontoyra fezo laurar o casielo 
de larcos <> (fol. ^17). La phrase « E dio a la f>rden de (^alatrava... >> a été supprimée, 
ce qui transforme toute la suite. Remarquer les variantes refizo, d'une j)art, //';o et 
fezo de l'autre. Le manuscrit x-l-C, pfiurtant plus voisin ici du texte d'Ocampo, a 
aussi /i;ù (fol. 120). 



CHRONIQUE LAtllSE DES ROIS DE CASTlLLE 2 57 

tune florebat et in iiirtute et gloria maxima a uicinis regibus tinnebatur. 
Misit autem dnus rex castelle archiepiscopum toletanum dnum 
m'num" felicis recordationis. nirum discretum benignum et largum 
qui adeo ab omnibus diligebatur. riuod pater omnium putaretur. 
Duxit autem idem archiepiscopus secum uiros generosos et strenuos. 
et multitudine'' militum et peditum cum quibus uastauit magnam 
partem terre maurorum cismarine spolians eam multis diuiciis et 
infinita multitudine vacarum peccorum et iumentorum^. Quo audito 
rex marroquitanus tercius .s. ab abdelmun de quo supra ^ facta est 
mentio ingemuit tactus dolore cordis intrinsecus et statim exium" 
marrocos. et congregata infinita multitudine militum et peditum mare 
transium'' cordubam adiit et portum de muradal transiens cum 
magna festinancia in planiciem castri quod nunc dicitur salua tierra J 
se extendit. Gloriosus autem rex dônus alfonsus audito aduentu 
predicti mauri .s. almira momilim. sic enim nominabantur reges 
marroquitani. mandauit uassallis suis, ut ipsum cum omni festi 
(fol.93)nancia sequerentur. Ipse uero tanquam leo^ fremens etrugiens 
ad predam precedebat suos. et cum nimia celeritate peruenit usque 
toletum. Vbi diebus aliquantis moram fecit expectando magnâtes terre 
et nobiles uasallos et multitudinem populorum qui eum sequebantur. 
Inde castramouit uersus alarcos et ibidem castrametatus est firmis- 

1 Abella : Martinum [Lopez de Pisuerga, archevêque de Tolède de lllU à 1208"; 
cf. Vallejo, Memorias i dtsertactottes para la historla de Totedo (ms. de la Real .\cademia). 
La dale de llil't marquée par Garas est erronée, —hj Sic. — ri eriiiit. — d) transiuit. 

12. 3. Dans Rodrigue (V^ll, 28) et la Chronique générale, qui le traduit (S looi), 
on trouve un éloge de cet archevêque et un exposé de son expédition, mais dans un 
style tout oriental et qui se retrouve d'ailleurs dans les chapitres 2G-27 et 29 de 
Rodrigue. Celui-ci doit avoir eu pour ces faits une source toute spéciale, à moins 
qu'il n'ait eu recours à ce pathos quand il voulait être sublime: il a su pourtant 
l'être, sans cela, dans son récit de la bataille de las Navas de Tolosa. Salazar de 
Mendo<;a, dans Origen de las dignidades seglares, nous dit que ce fe don Martin Lopez 
de Pisuerga, Uamado el Magno, Arçobispo de Toledo » fut nommé chancelier en i -'.où, 
du vivant de Diego Garcia, qui l'était et qui devait le rester toute sa vie: l'archevêque 
n'avait que l'expectative, et il mourut avant celui auquel il devait succéder. Le 
successeur de Diego Garcia fut Juan, évèque d'Osma (cf. S 65 et 73). 

12. i- Cf. § G. A Abd-el-Moumin, qui s'empara du Maroc en n46, avait succédé 
son fils Abou-Yacoub-Yousof (i iG3), qui prit Guenca et mourut à la suite du second 
siège de Sanlarem (ti8i). Celui-ci eut pour successeur son fils Abou-Vousof-Yacoub 
.\l-Mançour, le vainqueur d'Alarcos (ii()5). D'après Rodrigue, celui-ci était frère 
d'Abou-Yacoub. Cf. § 18, note 7. Mais, selon Dozy, c'était son fils (^Recherches, t. 11, 
p. 452, 4Gi). Lafuente ne précise nulle part, mais il a dû accepter l'opinion de Rodri- 
gue, puisqu'il fait d'Abdelmumen Vahuelo du vaincu de las Navas (t. 111, p. 119)- Le 
Chron, Lusit. (sub fine) fait bien du reste de Jacob Abenjuceph le fils de Juceph Abenjacob, 
et il paraît fort renseigné sur les princes arabes, quoique dans l'addition finale on 
confonde ce Jacob avec le vaincu de las Navas. 

12. 5. Salvatierra, près de Calatrava la Nueva : siège principal de l'ordre de Cala- 
Irava après la défaite d'Alarcos. Noire auteur ne dit pas un mot des origines de cet 
ordre, sur lesquelles voir Rodrigue, Vil, li. 

12. 6. Même expression dans Luc, p. loS, 1. i, à propos d'Alphonse Vlll de 
Castille, et p. 109, 1. i, à propos d'Alphonse de Léon. 



358 BULLEtlN HiSPAMQlE 

simum tenens propositum quod ex post facto conipaniit. congredi 
cum almiramolï supradiclo si transiret locum qui dicitur el congoslo: 
iiersus alarcos. iibi uidebatur principium regni caslellc. Malcbat 
etenim iiltam suam et regnum exponere tanto discrimini. et mittere 
iioluntali dei pugnando contra supra dictum regem mauronmi qui 
potentior et dicior sarracenis omnibus habebatur. quam suslinere 
quod idem rex regnum eius intraret. per spacium quantumcumque. 
Propler hoc et idem gloriosus rex castelle noluit expectare regem 
legionenscm qui ibatin auxilium eius. agens iam in parlibus lalauereS 
licet hoc consultum fuisset ei. a quibusdam uiris prudentibus. et 
rerum bellicarum expertis. Démens igitur dictus maurus. s. almira- 
momelim ad locum qui dicitur congosto inter castrum quod dicitur 
salua tierra et alarcos ibidem castra melatus est. 

i3. Ouod audiens gloriosus rex castelle mandauit omnibus homi- 
nibus suis ut summo mane in campum prodirent armati contra sepe 
dictum regem maurorum pugnaturus". Credidit siquidem quod idem 
rex maurorum eadem die uenturus esset ad prelium. Mane igitur 
facto in campum prodeunt castellà'' pugnare i)arali si hoslis esset 
in quem tela uibrarent. Mauri uero quieuerunt illa die se ad diem 
alteram préparantes uolentes et hostes suos sic eludere ut illa die 
fatigali armorum pondère et siti in die altéra minus apti bello reperi- 
rentur. Quod et factum est. Predictus namque gloriosus rex castelle et 
exercilus eius cxpectantes hostem in campo a summo mane usque 
post meridiem pressi pondère armorum et siti reuersi sunt in castra, 
credentcs quod rex maurorum non auderet pugnare cum eis. Idem 
uero rex maurorum preccpit suis ut circa mediam noctcm se pararent 
ad bellum et summo mane in campo in quo rex castelle precedenti 
die steterat. subito comparuerunt. (Tactus est tumultus in caslris 
xpianorum. et quod solet fréquenter accidere. iuiprouissa stuporem 

[ I hostibus pariter et timorem. Exeuntes igitur de castris subito 

et minus ordinale in campum prodeunt. congrcdiuntur cum mauris 
in prima xpianorum acie magni uiri ceciderunt. Ordonius garsias 
de roda et fralres sui. Petrus roderici de guzman. et rodericus 
sancii gêner eius et alii qm pres"^'. Yagabanlur arabes in perniciem 

a) Sic. — bi cnstellanl. — c, quidam plurvs? H.\I . (/uam plurcs. 

n. 7. L'itiiicrairo du roi maure est donc parfaitement indiqué: Cordonc, le 
port de Muradal, Salvatierra, Kl Con^rosto, tandis (lu'Alphonse venait l'attendre à 
Alarcos. .Selon [.afiicnte (t. III, p. lOi), Al-Mançour, pour arriver devant Salvatierra, 
aurait traversé la cordillère de Soniosicrra ; mais la cordillère de Somosierra fait 
partie île la Sierra de (Juadarrama et non de li .Sierra Morena. — lit Congosto, entre 
.Salvatierra et Alarcos (comme il est dit plus loin). 

lî. 8. CJ. Luc (p. loS, I. i(j), qui dit : « licet Rex legionensis... iam esset Toliîli. f 

i3. I. Le Chr. flunimbriçcnse cum|)te, parmi le? inorls, « Ires Episci.)pi, videlicet 

Abilensis, Sccf>biensis, & Scgonlinus, vV Magister Gon/. Vcnegas,!.^; Ilodcricus Sancii ». 

Ce dernier, comme on voit, est aussi nommé dans notre Chronique. Ilcrciilano 



CHROMQLE LAT1>E DES ROIS DE CAStiLLE sÔQ 

populi xpiani. | sagitarum infinita mullitudo de faretris parcorum 
evlracta uolat per aéra et in incerlum misse sagile cerla infligunl 
vtilnera xî5ianis. Piignalur ulrlque potenter liumani sanguinis dies 
prodiga mauros miltit ad carlhara" xpianos Iransmiltit ad eterna 
palacia. Kex nobiiis et gloiiosus uidens suos in bello sucumbere 
processil in antea et in medios hosles prorumpens uiriliter multos 
mauros dexlra leuaque cum iliis qui ei assistebant prosternit. 
Videntes autem sui qui ei familiarius assistebant quod infinitam 
multitudinem maurorum sustinere non possent cum iam multi de 
suis occubuissent in bello. Durauerat enim bellum longo tempore et 
incaluerat sol in meridie in feslo sancle marine supplicauerunt ci ut 
exiret et uitam suam seruaret. Quum iratus uidebatur dîTs deus 
populo xpiano. Noiens autem eos audire malebat gloriosa morte 
uitam finire quam uictus de bello recedere. Sui iiero intelligentes 
periculum Iminere toti ispanie ipsum de prelio quasi inuictum'' et 
renitentemeduxeruntz. Venitergo toletum cum paucis militibus dolens 
et gemens de tanto infortunio quod acciderat. Didacus lupi de uizcaya 
nobiiis uasallus eius recepit"^ in Castro de alarcos ubi obsessus fuit a 
mauris. scd per gratiam dei qui eum ad grandia reseruabat datis 
quibusdam obsidibus euasit et sccutus regem post aliquantos dies 
toletum aduenit^. Prediclus rex maurorum expolia diripuit. castra 

a' larlhara. — In cl liés, mais le sens veiil évidemment iiiHituin. — cj Abel a: «defsl 
forle se ». 

l'identifie avec Valcaide de Silves (t. il, p. 54, 08, 7O; à l'app. M, auquel il renvoie, 
il a fait des modifications dans sa 'A' édition, et le nom de U. Sanchez n'y ligure plus), 
peut-être un bâtard de .Sanche de Portugal {ib., p. gS); en tout cas, d'après notre 
texte, le gendre de Pedro Rodriguez de Guzmân. Celui-ci, neveu de Fernân Ruizde 
Castro (voir le Livra das Linhagens do conde D. Pedro, p. 36O et 272), fut encore, 
d'après notre Chronique, le père de Thibaut de Hlazon, qui vint du Poitou pour 
prendre part à la croisade contre les Maures, en 1312, et fut un des rares ultramon- 
tains qui restèrent jusqu'au bout avec Alphonse \ III. — (^)uant à Ordoiiô (iarci'ez de 
Roda, je ne le vois pas nommé ailleurs. « Roda, que es Roa, pueblo bien conocido a 
una Jornada de Segovia, silo a los faldas deSomosierra.... ))(Nûriez de Castro, Coronica 
de los S''^" Reyes de Caslilla, p. 190). — Le « magister Gonzalo » nommé par le Chr. 
Conimbricense est Gonzalo V'iegas, grand-maître de l'ordre d'Evora (Herculano, t. Il, 
p. 70). Les Portugais ne s'étaient pas désintéressés de cette croisade. 

l'S. 2. Cf. Rodrigue (VII, 29), où une phraséologie ampoulée remplace la descrip- 
tion de la bataille. On y voit pourtant que le roi fut emmené de force par les siens 
hors de la mêlée. Luc dit simplement : « Cesserunt nostri pugnœ »,et que le Mirama- 
molin avait avec lui Pedro Fernândez de Castilla (p. 108, I. 20). La Chronique géné- 
rale traduit simplement Rodrigue (<l 1002). Pour la date de celte bataille Rodrigue 
marque : << XV Kalendas .\ugusti », soit le 18 juillet (i 19.")), qui est bien le jour de 
Sainte Marine, indiqué par notre auteur. 

i.î. 3. Ni Luc, ni Rodrigue, ni les textes de Pidal et d'Ocampo ne signalent le rôle 
de Diego Lôpez en celte circonstance. L'épisode se trouve raconté avec plus de détails 
dans l'Historia kisfjanica de Ruy .Sânchez (III, 3^; et le Valerio de las Historias de Diego 
Rodriguez de Almella (lib. v'i, tit. VI, cap. IV; cf. lib. VII, lit. VI, cap. Vl). Ces 
deux auteurs se sont inspirés d'un chapitre qu'on trouve dans la rédaction de la 
Chronique générale que représentent le manuscrit portugais de l'Académie des 
Sciences de Lisbonne et celui de Paris. Voir l'appendice. Si l'on en croit le texte de 



260 BULLETIN HISPANIQUE 

quedam cepit. s. lurrem de guadalferza. Malagon. Beneuentum 
Calatrana. Alarcos. caracuel. et sic in terrani suam reuersus est 4. 

i4- Rexuerolegioiî qui ibatinauxiliuni régis castelle ucnit toletum et 
consilio quorumdam satcUitum sathane. conuersus est in arcum 
puu^"' querens occasiones quibus discederet ab amico. et de amico 
factus est crudelissimus ininicus'' nempe manebat alta mente repos- 
titum'^a quod ei contigerat in curia de qua supra facta est mentio in 
carrione celebrata. Recessit igilur de toleto a rege glorioso indignans 
quia quedam castra que petierat ei dare noluerat^. graculabundus' et 
gaudens de infortunio quod accidcrat castellanis. Confederatus est 
statim régi marroquitano. et accepta pecunia ab eodem et mullitudine 
militum armatorum guerram mouit régi castelle. ita quod*^ anno 
sequenti eo tempore quo reges soient ad bella procedere cum almira- 
momelim terram que est ultra serram uastart. et to(fol. 94)letum 
ciuitatem diebus multis quasi obsessam tenêf*. idem rex legioifi 
intrau in regnum castelle. per terram de campis cum maurorum mul- 

aj prauum. — b/ Sic. — cj Sic. — dj Sic. — ej Abella «forle itaque. » : mais celle correc- 
tion proode de préjugés puristes. 

la Chron. gén. édité par Ocampo, Diego Lôpez aurait, dans la bataille même, 
combattu assez mollement: «Edô Diego seiior de Bizcaya e los lijos dalgo no cstanan 
pagados del rcy porque dixera que tan buenos eran los cauall'ros enlas villas d'ia 
Estreniadura como los fijos dalgo e ta bien caualgâtes : q fazic tan bio armas como 
cllos z porOJe non le ayudarO en aqlla lid como deuien, ca non eran sus coraçones 
dellos conel rey, porq touieron q les dixera gran desonrra» (fol. cccxciii). Même 
fond dans les manuscrits 8817 et 1367 (fol. ho\). 11 y a peut-être un souvenir et une 
contrepartie de cette maladresse royale dans les llatteries que, selon le texte de 
Pidal, p. 693, Alplionse Vlll adressait séparément à ses diverses troupes avant la 
bataille de las .Navas. — Cf. S s'i, note 3. Sur Diego Lôpez de Haro, voir le Livro das 
Linhagens do conde D. Pedro. Fils de don Lope de Biscaya, « o que chamarom de 
Nagera » et de doua Aldonza Uodriguez, fille de llodrigo de Castro (cf. § 9, note 2, 
et S 65, note 4j, le Livro l'appelle Diego Lopez de Fenar, « o que; chamarom despois 
Diego Lopez o boo: e o porque Ihe chaniaron de Fenar foy por{iue lidou lii com os 
mouros e foy comtra elles muy beadamte. Este dnm Diego o boo foy casado com 
dona Maria Manrriquoz, fillia do condc dom Manrriqucz de Lara... » (p. 269). << Don 
Diego Lopez de Haro, decimo senor de Vizcaya, llamado el Bueno, Alferez mayor de 
el lley (.\lfonso el Noble). Tuuo en feudo de honor la ciudad de Nagera, y toda la 
lUoja; las tierras, y lugares de Bureua, Trasmiera, Asturias de Santillana, la ciudad 
de Soda, y la mitad de Burgos... » (Salazar de Mendo^a, fol. /i7^). 

i3. .'(. H y a déjà une allusion à ces faits à la lin du s 0. — C.uadalerza, près de 
Castillejo; MalagiJn, à 20 kilomètres au nord, Benavente, à i,j kilomètres à l'ouest, et 
Caracuel, à 20 kilomètres au sud ouest de Ciudad Beal. Madoz signale les restes du 
château fort de Caracuel, ainsi que celui de Guadalcrza. 

l'i. I. Psaume LXXVII, v. h-] : « conversi sunt in arcum pravum. » 

li. 2. Enéide, I, v. 2') : 

... manet alla mente repostum... 
Cf. S 18, note /|. 

li. 3. Luc n'indique pas le motif de la querelle, non plus (juc Kodrigue (Vil, 3o). 
— Selon Rodrigue, Alphonse de Léon n'avait joué (ju'une comédie en faisant sem- 
blant de \onir au secours de son cousin. Notre auteur ne va pas si loin, mais il est 
d'accord avec Rodrigue pour dire que le roi de Li'on se lit l'allié des Maures. 

l'i. '1. Cf. Rodrigue, \ II, 3o. Luc fait à peine allusion à celle agression (p. 108, 
1. 3'i;, et ni lui ni Rodrigue ne disent (|u'Al{ihotise de Léon prit part au blocus de 
Tolède. Sur l'expédition d',\l-.Man(;our cette année-là (119(3), cf. i i5, noie 7. 



i 



CHRONIQUE LATIME DES ROIS DE CASTILLE 261 

titudine supradicla. Qui uelud inimici crucis xi multa enormia 
contiimeliam et dedecus xpiane religionis in ecclesiis et eccle- 
siastica si- lectile" comitebant. peruenit autem usque carrionem ubi 
uisus fuit purgarc dedecus quod sibi credebat illatum quando 
manum régis castelle fuit osculatus». Eadem tempestate rex nauarre 
sancius qui régi castelle altinebat in secundo gradu consanguinitatis ex 
ulraque parte'j hedificauit castrum quoddam iuxta uineas de locronio 
quod uocauit coruû: Regnum et castelle cepit ex illa parte uastare. 
cuni ullam iustam causam belli crederetur habere. Sic igitur 
xpiani cum mauris colligati colligatione impietalis in désola lionem 
régis castelle conspirasse uidebanlur mala quecumque poterant 
atrociter tolo regno undique inferentes adeo quod nusquam in toto 
regno ul' angel' '' unus inueniri posset. in quo quisquam securus esset. 
Ignis ascensus uidebatur in furore domini et elationem animi si 
quam conceperat rex nobilis ex gloria précèdent! deprimere uidebatur. 
ut intelligeret rex prudens et nobilis quani regnum filiorum homi- 
num in manu dei est. et cuicumque uoluerit dabit illud. 

i5. Rex autem gloriosusutpote qui non multumfrangebaturaduersis 
nec nimis extollebatur in prosperis accinxit se iiiriliter ad defenden- 
dum regnum suum. ponens spem suam et fidiiciam in uirtute domini 
nostri ihù. x'. cuius fîdem semper firmissime credidit et tenuit. et 
contra omnem hereticam prauitatem défende'. Ea tempestate sancia 
regina aragon amica'' eiusdem régis castelle fdium suum petrum 
regem aragonum adulescentulum et regnum eius tenebat in manu 
sua. Post bellum siquidem de alarcos non multo tpr. Alfonsus 
rex aragonum filius comitis barcinonie paler predicti régis pétri 
uiam ingressus est uniuerse carnis '. de quo supplicabantur' homines 

a) supclleclile. — bj uel angellus. — cj défendit. — cl) aimia. — ej Abella : « forte 5i(5- 
picabanturo. 

l'A. 5. Cf. § II. 

li. 6. Sancho Sânchez, el F//er/e (iigi-iaSi), était fils de Sancho el Sabio (qui 
était frère de Blanche de Navarre, mère d'Alphonse V III) et de Sancha, fille d'Al- 
phonse VII et de Bérengère (cf. > 8, note i, et S 10, note 4): 

Garcia Ramirez de Navarra (i i34 - 1 i5o) 



D* Blanca de Navarra, Sancho el Sabio, 

épouse Sancho III de Castilla (i t5i). épouse Sancha, sœur de Sancho III 

I de Castilla (i i53). 

Alfonso VIII. I 

Sancho el Fuerle . 
14.7. J'ignore quel est ce château bâti près des vignobles de Logrofio et appelé 
Corvo (ou Ciiervo.^). Il n'en est ciueslîon ni dans Madoz, ni dans le Dicc. geogr.-hist. 
de Espaha, por la R. Acad. de la Ilist., t. III (Rioja et Logrono, par Govanles), et il ne 
figure pas sur Y Atlas do Coello. Rodrigue (VII, 3o) dit que Sanche dévasta Soria et 
Almazân. 

i5. I. ft Muriô el Rey D. Alfonso de Aragon en abril, Era MCCXXXIV » (Anales 
Toledanos Ij. 

Bull, hispan. t8 



262 BULLETIN HISPANIQUE 

quod malum quantumcumque poterat machinabatur in dampnum 
régis regni castelle. Predicta uero regina diligebat regem castelle 
super omnes homines et in uitam mariti sui. ita quod propter hoc 
eidem uiro suo erat non modicum odiosa. Nata igitur opportunitale 
ignis amoris qui aliquantuluni latuerat in pectore rcgine in uita uiri 
sui propter metuin eiusdem erupit in flammam manifestam et filium 
suum confederauit firmissime régi castelle procurans tanquam 
prudens abigail qualiter et potenter régi castelle". Vt autem expe- 
dicius rex aragonum posset subuenire régi castelle quum paupertate 
laborauerat aliquanta multam sumam pecunie donc recepit a rege 
castelle'^. Predictus igitur rex petrus iam adolescens factus consilio 
prudentis | matris comitatus nobilibus uassallis suis uenit ad regem 
castelle et eidem inseparabiliter adhesit quamdiu guerra durai! . 
habito igitur prudenti consilio regcs castra metati sunt iuxta auilam 
in loco sanissimo et frigida''. in estate média qui uulgo palomera3. 
unde si opus esset commode subuenire possent suis qui erant ultra 
serram et defendebant uillas et castra contra regem marroquitanum 
et illis qui erant in terra de campis. Sic et in medio constituti 
timebantur ab hostibus utrinque. nec iicebat eis uagari passim 
sicut uellent. Comperlo uero quod rex marroquitanus reuertebalur 
in terram sua m. mouerunt castra uersus regem legioîï premitentes 
uirum nobilem. prudentem et strenuum. fernandum roderici de 
aluerrazim'' cum multitudine militum qui detincrent regem legioii. 

a) Manque un verbe. — h) f'riyidu; siippriiner le point qui suit. 

i5. 2. Luc ne dit rien de celle alliance de Pierre d'Aragon avec Alplionse VIII. Ni Un 
ni Rodrigue (Vil, ?>o), qui la mentionne : « ... fd'derato sibi fideli amico Petro 
Rege...», ne font allusion à l'atreclion qu'Alphonse avait inspirée à sa tante. Je crois 
qu'il faut l)ien corriger plus haut ainica en ainita : Sancha était lille d'Alphonse VII 
et de Rica (Fkjrez, lieynas, t. I, p. 29O; cf. Anales Toled., année i'>o8, et Chron. de San 
Juan do la Pena, p. iji.i), tante par conséquent d'Alphonse \ III. L'afl'ection qu'elle 
portait à son neveu était-elle coui)able.'' C'est ce que paraît bien dire notre auteur. 
Elle aurait donc été à la fois amita cl arnica. Alphonse était né le 1 1 nov. 1 i.ï5 (cf. la 
note I du S 9); son grand père avait épousé Rica en 1 iSa {ibid., p. 294). Le neveu pou- 
vait donc avoir à peu près le même âge que la tante; il était peut-être plus Agé 
qu'elle, puisqu'elle ne fut mariée (pi'en janvier 117! (ibid., p. 2<)(')), et elle dut l'être 
dès qu'elle fut nubile. Il avait alors, lui, dix-huit ans. C'est lui qui la conduisit en 
Aragon lorsqu'elle épous;i Alphonse II. 11 est bien possible que ce roman étrange, 
auquel aucun autre texte ne fait allusion, à ma connaissance, soit une fabh; dans le 
genre de celle des amours d'Alphonse VIIL avec la juive de Tolède, fable dont il n'y 
a rien dans notre chroni(|ue, et contre laquelle se sont élevés Mondéjar (Mcniorias, 
p. 68), Flôrcz {Reynas, t. I, p. /|23), et tout récemment le P. Kita (art. cité au § 17, 
note 2).— On sait (|ue Pedro ne s'entendait guère avec sa mère (Cf. Garibay, \II, 27). 

10. 3. Cf. Rodrigue (VII, .'.o) : « ... Rex Castcllac et Rex Aragonum iuxta Abulam 
in monte Palumbaria morabantur. » Chron. générale,*; ioo3 : " çcrca Auila, en cl 
mont de la Palonicra. » Madoz cite une localité appelée Palomarcjo, à l'ouest il'.Vviia 
(Avila, p. 1O8, et Marli Herrerof ; la même sans doute que le Pnloinar qui figure sur 
l'Atlas de Coello (Aviln), à 7 ou 8 kil. à l'ouest de cette ville. 

1.^. .'1. II y'esl question, ni dans Luc ni dans Rodrigue, de Fornan Ruiz ou Hernân 
Rodrigue7.(dcA/.agra)dcuxièmcscigncurd'AII)arracin, sur lequel voir Madoz, 1. 1, p. .loi. 
Mais VEstoria de los Codas {Duc. incd , t. LWVVlll, p. i5(.)dit à propos des villes 



CHRODIQUE LATINE DES ROIS DE GASTILLE 263 

et exercitum eius in regno castelle ne libère possent ad propria 
remearc. Presciuit autem hoc rex legionensis et cum nimia feslinancia 
reuersus est in terram suam. ita quod dictus uir nobilis. f. roderici 
non potuit eum consequi in regno castelle. sed tamen persécutas 
est eum usque in regnuni suum. Insecuti uero reges cum exercilu 
suo milites quos premiserant intrauerunt in regnum légion, uastantes 
undique totam terram, utpote que non habebat defensorem. Expu- 
gnauerunt et ui ceperunt opidum quod dicitur castrum uiride. 
ubi captus fuit comes fernandus de cabrera, et aluarus pelagii uir 
nobilis et petrus ouarii. et alfonsus armillez. portugalen quidam 
nobilis. cum omnibus militibus suis 5. Dein procedentes ulterius 
apropinquauerunt beneuento ubi erat rex legioiî cum mauris 
et xpianis uasallis suis, et peruenerunt usque astoricaz". quidam 
et usque rauanal. Alii uero usque in ingressum terre que dicitur 
bereso. Sic igitur uastantes regiones circuadiacentes reuersi sunt 
legionem et obsidenles castrum iudeorum ui ceperunt illud et 
munientes retinuerunt et sic cum honore magno et preda multa 
reuersi sunt in regno castelle 6. Anno sequenti. s. tercio post bellum 

aj astoricam [s pour 5). 

assiégées par le roi maure en 1 196 : « En todas estas cercas fue dentro Ferrand Ruiz, 
sennor de Albarazin, non por su uasallo, mas por ruego de su muger donna Teresa, 
que era de Caslilla, con. c c. caualleros â su costa et â su mision. » Les seigneurs 
d'Azagra ne reconnaissaient d'autres suzerains que la Vierge Marie, à laquelle était 
dédiée l'église cathédrale d'Albarracfn, et dont l'image figurait au revers de leur sceau 
(cf. Ferrân de Sagarra, Segells del temps de Jaunie I, Barcelona, 191 2, p- 27 : sceau de 
Pero Fernândez de Azagra, i-îiC). Cf. Salazar de Mendoça, fol. /jg^'. Zurita (Anales, II, 
32, et Indices, p. 78) place dans l'année 1172 une alliance d'Alphonse \ 111 et du roi 
Alphonse d'Aragon contre Pedro Ruiz, premier seigneur d'Albarracin et frère de 
Fernân Ruiz; cette alliance paraît a\oir dégénéré en brouille, et manqué son objet. 
Elle aurait été renouvelée en 118C (Zurita, Anales, 11, ii, et Indices, p. 82). On voit 
par notre Chronique que le successeur de Pedro Ruiz devint l'allié du même 
Alphonse VIII et de Pierre d'Aragon; mais lui-même, en 11 79, se serait en fait 
reconnu vassal du roi de Castille, d'après un document allégué par le P. Moret 
{Anales de Navarra, XIX, 7) et reproduit par Mondéjar (Memorias, p. 1 17). 

i5. 5. 11 n'est pas davantage question de ces personnages dans Luc ni Rodrigue, 
ni dans la Chronique générale. Fernan Rodn'guez de Cabrera, selon le Livro das 
Linhagens do conde D. Pedro (p. 267), descendait d'un fils que le roi Uamiro III de 
Léon aurait eu de sa sœur consanguine, Ermesinda. C'est le père de Ruy Fermindez 
el Feo, dont il est question au j 60. Je ne puis identiiler VAlvarus Pelagii (Alvar Pelaez) 
vir nobilis, non plus que V Alfonsus Armillez. Quant à Pelrus Ouarii (Pedro Ouarez?). 
il fut prieur de l'Hôpital; il est encore question de lui au § io. — De quel côté com- 
battaient ces personnages? Sans doute, d'après le contexte, du côté du roi de Léon. 
Alfonso Armillez était portugais, et le roi de Portugal était en guerre en ce moment 
avec son ex-gendre (cf. Herculano, t. II, p. 82); mais cela n'a rien d'extraordinaire. 

i5. 6. 1,3 prise de Castrum viride (Caslroverde de Campos, à l'est de Benavente, sur 
le Valderaduey) est aussi mentionnée par Luc (p. 108, 1. 30), et par Rodrigue, lequel 
distingue assez nettement deux campagnes, qui n'en font qu'une dans Luc. D'après 
celui-ci, Alphonse de Castille prit en outre Caslrum Ardon (Ardon au sud de Léon, 
Coyancam (voir plus loin), Castrum Judaeorum iaxta ipsam civitatem [Legionensem] 
(sur les bords du Torio, cf. Kisco, Esp. sagr., t. XXXV, p. 269), Castrum quod dicitur 
Alba (voir plus loin), et il ajoute: « Obsedit eliam Astoricam, sed non cepit eam » 
(p. 108, 1. 38). De son côté, Rodrigue écrit : «... obtinuit plura castra, scilicet Boi- 



26Zi 



liULLETi>' HISPAMQUÈ 



de alarcos rex marroquitanus iterum uenit ad terrain que est 
ultra serram. et obsedit uillam que dicitur niadrit et tenuit obsessam 
multis diebus. quaiu protexit uirtus diuina per ministerium didaci 
lupi et aliorum nobiliuni et populoruni qui erant in ipsa uiila. 
ïunc rex predictus recedens ab obsi(fol. 9Ô)dione iuit uersus ucles 
et obte et concam et sic reuersus est in terram suaui:. Eodem tem- 



?anos (Chr. gén., p. 682', 1. 20 : Bolaùos), Vallein Arearuin (Valderas), Castruin viride, 
Coiancam, quae mulato nomine Valencia nuncupatur (Valencia de Don Juan), Car- 
pium (VA Carpio) et Paradinas (de San Juan) ». Les quatre premières villes sont près les 
unes des autres, et les deux dernières plus au sud. C'est dans une seconde campagne 
qu"Alplionse VIII et son allié auraient pris Castruin Legionis (Chron. gén., ft el cas- 
tillo ijLie dizen de Léon » = Caslrum Judxorum) Ardon, Caslriim (iundisalui (Casirogon- 
zalo, à l'est de Hcnavcnte). Castruin terrer (Castrotierra, près d'Aslorga), Albain de 
Aliste (castillo de Alba, sur l'Aliste), puis a ... usquc ad Astoricam ... vastauerunt... 
et Montem regalein (Chr. gén. : Mont lleal) castrum nobile occupauerunt » (Vil, 3o). 
Ni Luc ni Rodrigue ne mentionnent Beneventiiin (Henavente), liavanai (llal)anal del 
Camino, à l'ouest d'Astorga), ni Bereso (t]l Vierzo, territoire de Ponfcrrada et de 
\ illafranca del \ ierzo), jusqu'où les alliés poussèrent des pointes (évidemment dans 
cette seconde campagne). \ oir Mondéjar (Memorias, p. i()4 et suiv.), qui place la pre- 
mière campagne en 119G et la seconde en 1197-111)8. La prise de Castro de Leôn ou 
Castro de los Judios eut lieu le 9 août 119O, d'après la Chronique de Joseph hen 
Zaddic, de Arévalo, publiée par Ad. Neubauer et citée par le P. Fila dans l'article 
mentionné au S 17, note 2. Les deux campagnes avaient donc eu lieu la même 
année (i 196) et n'en feraient qu'une en deux parties. C'est bien ce qui semble ressortir 
de notre texte, comme de celui de Luc, — Notre auteur ne dit rien des hostilités de 
Sancho de Portugal contre le Léonais à la même époque (Cf. Ilerculano, t. 11, p. 82); 
c'est qu'il ne s'occupe du royaume de Leôn ([ue dans ses rapports avec la Castille. 

I.'). 7. Notre chronique, celle de Rodrigue et les Anales Toledanos 1 sont d'accord 
pour distinguer deux campagnes du roi maure en 1 19O et 1 197 : 



Chr. des Rois de Castille 

119G .... ita quod anno 
sequenti, cum Almiranio- 
melim terram que est 
ultra serram uastarct et 
Toletum ciuitatcm diebus 
multis (juasi obsessam 
tenerel.... (S i4). 



1197 Anno sequenti scilkct 
lerlio [lost iicllum de Alar- 
cos rex marrofiuilanus 

obsedit villam (|uc dicitur 
madrit ... iuit uersus ucles 
cl obte (lluete) et concam 
(CuencaJ et sic reuersus 
est in terram suam. 



Anales Toled. I 

Priso el Uey de Mar- 
ruecos à Alontanches, e 
Santa Cruz, e Truxiello, 
c Placencia, e vinicron 
por Talavera, e corlaron 
el Olivar, e Olmos, santa 
Olalla, e Escalona e lidia- 
ron Maqueda, e non la 
[)risieron, e vinieron cer- 
car Toledo, c cortaron las 
vinas,elos arbolos, e ilura- 
ron y X dias en cl mes de 
Junio, Era MCCXWIV. 

A otro aho vino el Rey de 
Marruecos [)ara Talavera, e 
porMaqueda,cpor'i'<)ledi>, 
e por Madrit, e por Alcahi, 
e por Orclla, e por Uclés, 
e por lluete, e por Cucnca, 
e por Alarcon, cde si fues 
por la ira de Dios, Era 
MCCXX.W. 



UODRKiUE 

Re\ Almohadum,dictus 
lucef, anno secundo ohsviiW. 
Toletum, dcinde Maieri- 
tum, ol Alcalarn, Optam, 
et Concham, et Lclesiuru, 
et (leindc per Alcarasium 
est reuersus (Vil, 3o). 



Tertio autein anno Rex 
Almohadum ... iterum 
\eniens obsedit Toletum, 
Maqucdam et Talaueram, 
sed nullam carum potuil 
oblinere : cvcrtit latnon 
Sanctam Eulaliam... cepit 
i'iacenliam, Sanctam cru- 
com, Monteni aiigii, et 
Turgellum, cl inde cum 
faslu et supcrbia est re- 
uersus (ih.). 
Un rcniar'iuera que c'est entre notre chroni(jue el les Anales Toledanos qu'il y a le 



CHRONIQUE LATINE DES ROIS DE C VSTILLE 205 

pore rex legioîî recuperauit castrum iudeorum iuxta legionem[.] Rex 
uero castelle et rex aragonum iterum intrauerunt in regnum legio- 
nense et multa mala légion intuleriints. Rex légion semel iuit ad 
regem marroquitanum quera inuenil apud vspalim. Tandem treuguao 
facta inter regem marroquitanum et regem castelle. ipso reuerso 
in sedem regni sui. s. marrocos reformata est pax inter regem 
légion et regem castelle. que non potuit aliter reformari. nisi rex 
castelle fîliam suam diiam berengariam régi légion copularet. 
in matrimonio de fiicto. quia de iure non poterat cum ipsi reges 
attinerent sibi in secundo gradu consanguinitatis «o. 

i6. Gloriosus uero rex castelle non oblictus" malorum que rex 
nauarre intulerat sibi et regno suo tempore angustie sue intraû in 
regno suo. et cepit ipsam uastare. Rex nauarre uidens quod non 
poterat ei resistere derelicto regno confugit ad regem marroquitanum. 
et iuit ad ciuitatem marrocos implorans ipsius auxilium et supplicans 
ut t'' subuenire dignaretur. Intérim uero rex castelle obsedit uictoriam 
et dum duraret obsedio castra omnia circumadiacencia acquisiuit. 

aj oblittu!!, ol/litui(cel t liés).— b) Abella <• forte eiv. 

plus de concordance et aucune contradiction. Rodrigue semble avoir interverti 
l'ordre des campagnes, ainsi que l'a remarqué Herculano, t. II, p. 8i. 

i5. 8. Rodrigue abrège ici l'histoire des luttes entre les rois de Castille et de 
Léon. Il marque comme projetée cette nouvelle expédition d'Alphonse VIII et de son 
allié, et arrive tout de suite au mariage d'Alphonse IX avec Béren gère (Vil, 3o et 3i). 
Luc parle : i° d'une paix qui suivit l'expédition dans les Asturies et qui fut ménagée 
par Pedro Fernândez ((de Castella » (=^ el Castellano) «qui tune erat cum Rege 
Legionensi » (p. io8, 1. Sg); 2' d'une reprise des hostilités « per très continuos 
annos », au cours desquelles « tradente Rege Legionensi Rex Castelhe castrum de 
Pozolo accepit, qui iam acceperat villam Barxem (Buraon?), Caparios, et alia plura 
ad ecclesiam beati Isidori spectantia (1. ia-Sg), sans doute par le traité de 1207 
(Esp. sagr., t. XXXVl, p. cxlv); 3° de nouvelles discordes suivies d'une paix (p. 109, 
1. 9), Alphonse de Léon cédant à son épouse Bérengère « quae tum degebat cum paire 
suo in Castella ... Villarpandum (Villalpando), Ardon, Rodam(Rueda), Arbolium(?), 
Gordonem (Gordon) et Lunam (Luna). » Ce dernier accord doit être celui de 1209, 
{Esp. sagr., ibid., p. cxlvu) où l'on voit mentionnées « très villas, scilicel Villarpando, 
et Ardon, et Rueda. » Luna, Argueyo et Gordon le sont dans le traité de 120G 
{ibid.. p. cxxxiii) comme données à Ferdinand par son père. Cf. Herculano, t. Il, p. 84, 
note 3. 

i5. 9. La forme treugua est habituelle : ex. Esp. sagr., t. XXXVI, p. cxlviii. 
— Rodrigue (\'II, 3o) signale aussi cette trêve, et VEstoria de los Godas {Doc. inéd., 
t. LXXXVIII, p. i5o), ajoute qu'Alphonse VIII donna en otage son neveu Semen 
Gômez, fils de Gonzalo Royz de Aça, lequel ne revint jamais. 

i5. 10. Ainsi, d'après notre auteur, le mariage d'Alphonse de Léon et de Béren- 
gère fut conclu, non pas tout de suite après la campagne de 1196, comme semble le 
croire le P. Fita, dans l'article cité au § 17, note 2, mais après que le roi léonais eut 
repris Castro de los Judios (1197, semble-t-il), et alors que les rois de Castille et 
d'Aragon revenaient pour une nouvelle expédition contre lui. Il eut même le temps 
d'aller à .Séville; et le roi de Castille, celui de négocier la paix avec le vainqueur 
d'Alarcos. Au surplus, Rodrigue marque bien que c'est au moment oîi une nouvelle 
invasion du royaume de Léon commen(.ait, qu'il fut question de mariage et de paix. 
Il est étonnant que Luc ne mentionne pas le mariage. Fierez (Reynas, t. I, p. 352), 
le place avant le 17 décembre 1 197. Notre chronique n'y contredit pas. 



266 BULLETIN HISPANIQUE 

S. triuino. Arganzon, Sancta cruz. Alchorro/.a. Victoriam ucterem". 
Eslucia '. Terrain que dicitur ipuzcaia^. Sanclum sebastianuni insuper. 
Maranô. Sanctum uincentium^ et quedam alla. Tandem redita est ei 
uictoria. et sic habuit totam alauam. et terras circumadiacentes et sic 
cuni uictoria '• reuersus est castellam[.] Rex nauarre destitutus omni 
auxilio recepta quadam summa peccunie et quibusdani reditibus sibi 
assignatis a rege marroquitano in ualencia» ibi multo tempore moram 
fecit. Tiruga* facta est inter regem castelle et eumdem regem nauarre. 
remanentibus cunctis castellis et uillis que acquisierat rex castelle in 
regno régis nauarre. in potestale re' dem' régis castelle. 

17. Post istauerogloriosus rex castelle cui non erat quies n'nunquani 
quiescere. neque delectatio. nisi labor continuus '. laliorauit ut haberet 
totam uasconiam quam sibi credebat de iure competere tanquam sibi 
promissam ab henrico rege angloruni socero suo. Duxerat quidem 
nobilis rex castelle liliam dicli henrici régis dïïani alienor nobilis- 
simam moribus et génère, pudicam et ualde prudentem cum qua 
sepe dictus rex henricus dicebatur genero suo régi castelle uasconiam 
promisissea. Ea tempestate regnum anglie lenebat rex iobannes cogno- 
inento sine terra, frater predicte regine alienor. Rexsiquidem henricus 
quatuor habebat fdios. s. regem iuuenem*^. Comitem britanie ''. qui 

(tj En marge (écriture penchée) : Cnnquista de Vitovia y Alaha par l>. Aliniso el S°.— 
ht treiiga. — c) einsdem ? 

iii. 1. 11 n'est pas probable que Victoriam veterem désigne ici la Villasiiso de 
\ itoria (cf. Madoz, t. XVI, p. 3'»3), et je ne puis identifier Alchorroza {Arzorociam 
dans Rodrigue, VII, Zi; Lorenzana indique les variantes Ayzorociam, Aicorroziam): 
Aizoroz (cf. Madoz), dans le Guipûzcoa, au nord de Vitoria? Toutefois le Crûnica 
de Esp. dit « Azcorrocia, que llaman Victoria la vieja » {Doc. inéd., t. CV, p. /i.^g). Les 
autres localités seraient Trevifio, Puebla de Arganzon, Santa Cruz de Campezo? 
(cf. Dicc. gcog.-hisl.de Esp , por la II. Acad. de la Ilist.), Arliicea ou Aslucea (MadozJ, 
toutes au sud-ouest et sud-est de Vitoria. 

ili. 1. Guipûzcoa. 

iC. 3. San .Sébastian, Maranôn (près d'Arlucea et de Santa Crviz), San Vicente(ù/.). 

iC. 4. Calembour sur le mot Victoria, analogue à celui que fait l'auteur sur 
Salvatierra (> i<j). Sur la prise de cette ville, voir le Dicc. géogr.-hisl. de Esp., t. I, 
p. 35. Tout ce passage est cité par .\bella dans le Dicc. géogr.-hisl. de Esp., t. I, p. S'u 
(voir mon irjtroiiuction, litill. kisp , t. XIV, p. 4i). Luc dit seulement: « fines Nauarrae 
inuadit, et bitoriam (Ms. llli. 98 et ï-c-d) cepit. Ceperat iam l'ère (mêmes ms; fere 
manque dans l'édition) totam terram de .\laua, et alla plura in regno suo » (p. 108, 
I. 3i). Rodrigue (\'II, 3j) donne beaucoup de détails, en particulier sur le siège et la 
reddition «le Victoria. 

iC. â. Rodrigue dit bien ([ue Sanche séjourna chez les .\rabes, mais sans préciser 
où. Nous voyons qu'il alla d'abord à Marrakech, puis à Valence. Cf. Mondéjar, Mémo- 
rias, cap. LXVI-LXVII. 

17. I. Cf. Luc (p. lOf), 1. i3) : 6 labori cedcrc nescius ». Luc appiitjue la même 
expression à .\lphonse VI (p. io;>, 1. 8). 

17. î. Voir l'idel Fita, Elogio de la reina de Caslilla y esposa de Alfonso VIII, 
D' Leonor de Inglaterra, dans Itolelin de la H. Acad. de la Historia, i()"S, t. LUI, p. 4ri- 
^i3o. — Le mariage avait eu lieu en 1170 (cf. S 1 1, note h). 

17. 3. On sait que Henri II, de son vivant, en 1170, avait fait couronner roi son 
fils aîné, Henri Court-Manlol, qui mourut six ans avaril lui. en 1 183. 

17. 4. GeolTroy, duc de Bretagne, mort en ii8r». 



CHRONIQUE LATINE DES ROIS DE CASTILLE 267 

ambo I ante mortem patris mortui sunt. Ricardum comitem pitaueti^ 
qui patri successit in regno qui reuersus de ultra marinis par- 
libus cum obsedisset castrum quodam in terra lemouicenG uel 
prope cum sagita letaiiter uulneratus uiam ingressus est uniuerse 
carnis. Quartum iohannem sine terra qui fratri ricardo successit in 
regno. cum idem ricardus sine proie decessisset. Tempore huius 
iohannis régis quem filipus rex francorum priuauerat normania et 
andegauia. et terra turonensium. et ciuitate famosa pictaui. s". 
rex castelle cum quibusdam de uassallis suis intrauit uasconiam et 
fere totam occupuit prêter baioionam'' et burdegalim. habuit et 
blayam. et bore' que sunt ullra garonam. et terram que est inter duo 

a) scilicet. — II) Sic. 

17. 5. Comte de Poitou et duc de Bretagne; il succéda à son père en 1 189. 

17. 6, Le château de Ghalus, en Limousin (i 199). 

17. 7. Blaye et Bourg-sur-Gironde. Le texte de Pidal (p. 686 i', 1. 18) traduit sin- 
plement Rodrigue. Le texte d'Ocampo entre ici dans plus de détails (f cccxciui); on 
le retrouve à peu près pareil dans le manuscrit i3l7, et en partie traduit dans le 
manuscrit portugais ancien de l'Académie de Lisbonne : « Como el rrey dont Afonso 
foy sobre yasconlia g cercoii logo bayona. Depois que elrrey dom Afonso ouue pobrada 
a villa da maya, ueolhe en mente como en ont" tempo gasconha fora do senhorio de 
castelle. s que por esta razon deuia de seer sua. z ajuntou logo sua hoste e foy cercar 
bayona. E teendo cercados os que dent" jaziam. preileiaron con elle de Ihe pagar a 
custa <[ue auia feita em aquella vijnda. c q os dccercasse e fosse sobre bordeos r. sobre os 
outros logares. z que Ihe faryam menagem que tanto q ele tomasse bordeos. Ihe dessem 
bayona. E elrrey teueo porbem. s decercouhos e fuisse sobre bordeos. zcorreocestragou 
toda a terra de gasconha. E os da villa e de loda a terra esso meesmo. vironse en grande 
perigo por que non sperauOacorrode nemhfia parte, s poresto demouyâ aelrrey muy- 
tas preitesias. ca Ihe dauâ muy grande au (auer) z elle non qria se nû a villa. E conta 
aestoria en este logar que estando elrrey en csto que Ihe chegou recado como miraa- 
molin de marrocos era passado aaque mar. e vijnha cô gram poder por Ihe estragar 
atrra. E elle quandoo ouuya pesoulhe muyto e entom preitciou cô os de bordeos 
que Ihe pagassem acusta q auya feita z q os descercaria. E elles teueronno por bem 
s derOlhe muy grande auer z lornousse pa caslella. ca elle pensaua de lydar cô os 
mouros. z depois que os déliasse da terra que entô tornaria sobre gasconha. z que 
se iha elrrey dingraterra non defendesse per batalha q la tomaria toda. Como elrrey 
dom afonso mandou seu filho jffanle dO fernando carrer a terra de mouros. Depois que 
elrrey dom afOso ueo de gasconha. mandou logo seu filho o jffanle dom fernando con 
grande hoste correr z estragar terra de mouros... » La fin est un peu différente du 
texte d'Ocampo, qui est ainsi rédigé : «... Enfonces traxo la preytesia con los d' la 
villa que le diesen la costa q auie fecha z q los deçercarie en tal manera, q yrie côtra 
los moros z lidiarie con ellos o los echarie de la tierra : c si le dios dexasse tornar 
en saluo q el rey d'Ynglaterra q le viniesse dar guerra en el canpo en tal manera que 
los librase por batalla, synon que llanamente le diesen la villa z la tierra z fuesen 
sus vasallos. z ellos touieron por bié esta preytesia; z afirmaron su preyto en vno 
z dierô le muy gran auer... s Le manuscrit 8817 (fol. 21 3) suit de plus près le texte 
d'Ocampo. Le manuscrit de Paris (d'après la copie de Lisbonne) contient seulement 
ceci (fol. 4i6", ch. V xxv, n° /|65) : « E despois que ouue pobrada a villa de Maya len- 
broulhe como gasconha fora do senhorio de castela. z juntou sua hoste t foy çercar 
bayona. E dhy se partio com preitesia que os da cidade Ihe pagassem acusta que 
fezera. z que tomando bordeeos que os de bayona Iheobedeecessem. Teendo elrrey 
cercada a cidade de bordeeos ueolhe noua como miraamolim era passade en espanha 
com grande gente. z poren aueosse com os de bordeeos que Ihe pagassem acusta que 
auya feita. z ueosse pera castela. E como hi foy. mandou seu filho o iffante dom fer- 
nando correr terra de mouros.... » 



368 BULLETIN HISPANIQUE 

mariaS. et sic reuersus est in regnum suum. Ante quam iret in 
uasconiam. facta fuerat treugua inter ipsum et regem légion. De 
uasconia uero rediens pacem firmauit. cum codem rege recepitque 
dn5 didacum lupi qui iam diu exulaueratg. Causa uero discordie 



17. 8. C'est ce qu'on appelle, en effet, l'Entre-deux-Mers, rétrion comprise entre les 
deux neuves de la Garonne et de la Dordogne, jusqu'à l'endroit où la marée (le mas- 
caret) cesse de se faire sentir. Luc, de son côté (p. 109, 1. i/i), nomme ici « Sanctum 
Sebastianum, Orles (Orttiez), Burgum de Ponte (Bourg?) Saluaterram (Sauveterre, 
dans l'Entre-deux-Mers), Ciuitatem Aquensem (Dax, anc. Acqs). Il paraît avoir 
confondu la campagne contre le roi de Navarre et l'expédition de Gascogne. La prise 
de Saint-Sébastien date de la première. Rodrigue ne fait qu'une allusion à la seconde : 
« Et postquam fere totam Vasconiam pr.-ï-ter Burdegalam, Regulam (La Réole), et 
Vaionam sutesubdidcrat ditioni...» (VII, 3'i). Ni l'un ni l'autre n'en donne les motifs. 
Dom Devienne est muet sur ces événements. Mais Hierosme Lopes (L'Église mélropo- 
litoine et primatiale Saint-André de Bordeaux, réédition de l'abbé Callen, t. Il, p. 219) 
note que, suivant la Chronique de Saint-Etienne de Limoges, le siège fut mis devant 
Bordeaux par le roi de Castille en l'année 1206, et il ajoute : « Il y a de quois'estonner 
que ny la Chronique de Bourdeaux, ny nos historiens fraoçois, ny Mariana dans 
l'Histoire d'Espagne n'en ayent pas dit im mot. J'ay néanmoins leu la mesme chose, 
escriteà la fin d'un vieux Bréviaire, escrit à la main seize ans après ce siège, lequel 
Bréviaire a esté conservé dans l'église Sainte-Colombe de cette ville. » Et en note : 
« An. 1206, obsessa civitas Burdeg. à Rege Ilispano. In Breviario manu scriplo. ad 
usum Eccl. S. Columba», Rurdig. » 

Mondéjar (Memorias, cap. LXWVII et LXXXIX) distinguait deux campagnes en 
Gascogne, et, pour placer la première en i2o'i, se basait sur un privilège accordé par 
Alphonse ^ 111 à l'évèque de Dax cette année-là; et il déduisait la date de la seconde, 
i2o5, d'un texte publié par Pierre de Marca. Notre auteur, de même que les diffé- 
rentes rédactions de la Chronique générale, semble bien ne connaître qu'une seule 
expédition, (jui se termina par la renonciation du roi de Castille (cf. plus loin), ce 
qu'ignorait Mondéjar. 

17. 9. Rodrigue dit bien (VII, 33) que Diego Lôpez s'était brouillé avec Alphonse 
le Noble, mais il ne mentionne pas la ri'conciliation. Inversement notre auteur ne 
nous dit rien de la brouille elle-même ni de ses suites (siège d'Estella). Le texte 
d'Ocampo (fol. cccxcn) est là -dessus fort différent de celui de Pidal (§ looC) : 
« Desq el rey don Alfonso ferrandez d' Leô se vie sin guerra d' Gastiella touo que 
podrie deseredar a su madrastra la reyna doua Urraca Lopez d' las arras e d' la 
heredad que tenie en el su rey no... Pero que do Diego Lopez d'haro hermano desta 
reyna q fue d' Leô doua Urraca Lopez fuera a ser vasallo del rey don Ferrando de 
Léon t su alferez s mucho su priuado: c esta reyna le pidio q tomasse boz cO don 
Sâcho ferrâdez su fijo c ql dièse el pcdo del reyno d' LeO por ql reynase s nô don 
Alfonso su alnado q era mayor : po ([ do Diego nol quiso fazer catado lealta, ca era 
buen fidalgo, mas prometiola esta reyna su hermana d' la det'endcr eiisu heredad 
si el don Alfonso ferrandez le contrallasse las sus arras, c fue bien asi como lo 
cuydara don Diego, ca el rey do Alfonso ferrandez enbio pedir ayuda a su suegro 
cl rey de Castiella para çcrcar los castiellos de su madrastra. E el rey de Castiella 
embiojela muy de grado. t estonces <;crco los castiellos de Aguilar c de mute Agudo. 
t por esta razo se partio dcsauenido do Diego lopez del rey de (Castiella : r. fuesse 
para Nauarra c comrro d' fazer guerra al rey de Castiella. E el rey de Leo dexo los 
castiellos rercados c fuesse para el rey su suegro, t: mouieron luego entlc : <■ fuerO 
sobre don Diego q cstaua en Estella...». Deux chapitres d'un contenu é<iuivalcnt 
se trouvent dans les manuscrits 8817 et 18/17 '^'^ '*" Biblioteca Nacional de Madrid. 
Le manuscrit ancien de l'Académie des Sciences contient sur la réconciliation de 
Diego Lopez avec Alphonse VIII un passage qui n'est ni dans le texte d'Ocampo 
ni dans celui de Pidal. Mais cette réconciliation se rattache à une tout autre histoire, 
qui se trouve tout au long dans ce manuscrit: Como elrrey dom afonso de castella 
pedyu apeita aos ftdalgos, histoire que l'on trouvera en appendice, et que Rodriguez 
de .\lmella a rcsuiuée dans son Valerio de las Uistorias (1. \l, lit. II, c. V). 



CHRONIQUE LATINE DES ROIS DE CASTILLE 369 

inter gloriosum regem castelle et regem legioiî fuerat" idem rex 
légion dimiserat filiam régis castelle reginam. s. dnam bercn- 
gariam. De qua idem rex legioiî iam susceperat duos fdios et 
duas filias lo. \obilis igitur rex castelle licet tanquam uir sapiens et 
discretus intelligeret. quod laborare in acquisitione uasconie hoc 
esset litus arare neccessitate tamen quadam compulsas non poterat 
desistere ab incepto. Paupertas siquidem terre in constancia'' liomi- 
num in quibus rara fides inueniebatnr terram uasconie ipsi régi 
rediderant odiosam. sed amor coniugis. et ne ipsam conlristaret 
ipsum cepto pertinaciter insistere compellebat. Videns tandem quod 
non proficeret uascones ipsos tam nobiles quam populos ciuitatum 
absoluit a iuramento et omagio quo ei tenebantur astricti. felix dies et 
regni castelle semper amabilis qua gloriosus rex pertinacie cessit 
et destitit ab incepto. Auri fontem irriguum dessicasset uasconia et 
nobilitatem procerum hausisset'i. 

18. Ante quam rex nobilis iret in uasconiam filiam suam puellam 
blancam nomine que nunc est coronata regina francorum tradidit 
nuptu lodouico filio philipi régis francorum qui nunc régnât in regno 
francie pro pâtre suoi. postquam (fol. 96) rediit de uasconia alteram 
filiam suam. s. urracam tradidit in uxorem alfonso filio sancii 
régis portugalie qui postea regnaù pro pâtre suo sancio in eodem 
regno 2. Eodem tempore gloriosus rex duos habebat filios. fernandum 
et henricum, fernandus cum peruenit ad annospubertatis tante libera- 
litatis erat. ne dicam prodigalitatis. quod cum multa daret se nicliil 

a) Abella : " forte deest quod ». — b) inconstantia. 

17. 10. Il est assez singulier que notre auteur explique ces démêlés par le divorce qui 
fut imposé à Alphonse de Léon par le pape. Voir Mondéjar {Meinorias, p, aôg et suiv.), 
qui cite les textes relatifs à celte affaire, notamment les Actes et Lettres d'Innocent IIL 
Les lettres sont à Tappendice \. Cf. aussi Fierez, Bejnas, t. f, p. 36G. 

Luc compte cinq enfants d'Alphonse de Léon et de Bérengère ; « Fernandum, 
Adefonsum, Alienor {sic mss.) primogenitam, Constantiam et Berengariam » 
(p. 109, 1. 40). Voir Flôrez, Reyuas, t. 1, p. 356 et suiv.), qui note (p. 365) que Leonor 
mourut en laoT, par conséquent avant la séparation, laquelle eut lieu en laol 
(p. 370). 

17. II. Ainsi, d'après notre auteur, c'est la reine Léonor qui avait poussé le roi à 
faire valoir par les armes ses droits ; lui-même était assez peu enthousiaste : la 
pauvreté du pays (aujourd'hui peut-être le plus riche de France) et l'inconstance des 
Gascons le découragèrent complètement. Liltus arare : l'expression est assez heu- 
reuse, si l'on songe à ce qu'est une partie du sol de la Gascogne, et à ce qu'il était 
alors : une vaste plage de sable. 

18. I. La phrase est grammaticalement ambiguë, mais puisqu'on nous dit que 
Blanche « est à présent reine des Francs d, l'antécédent de « qui nunc régnât » est 
Lodouico et non P/ij/ipi. Cette partie de la Chronique à donc été rédigée entre laaS 
et 1226, dates de Louis VIII. 

18. 2. Cf. Luc, p. 107, 1. 57. Il s'agit d'Alphonse II (laii-iaaS), fils de Sanche I. 
Voir Florez {Reynas, t.I,p. 4i-i), qui marque les dates du mariage, 1208 (c(.Esp. sagr., 
t. XXI, p, 93), et de la mort d'Urraca, laao. Cf. Herculano, tome H, page m. Il est 
étonnant que notre auteur ne signale pas la parenté dirimante des deux époux, la 



370 BULLET1>' HISPAMQUE 

dédisse credebat. cum adhuc superessent. qui pelèrent quorum 
cupiditati explende suffîcere non ualebat. Ex omni parte yspanie 
cateruatim confluebant ad ipsum nobiles quos omnes uelud notissi- 
mos. recipiebat. et multis muneribus eorum indigenciam releuabat. 
Imberbis iuuenis tandem custode reuioto. Gaudebat equis canibusque 
et aprici gramine campi\ Ludebat in auibus diuersi generis. Mores 
eius supra modum a quo equalibus" laudabatur. ITactus autem 
grandiusculus circa finem adolescentie prudenciam induens cum 
robore iuuenilis elatis cepit omnia predicta in quibus gloriabatur 
uilipendere et armorum usui cepit unare '' libenter adherens illis quos 
in armis strenuos nouerat et rerum bellicarum expertos. Adebat'' 
desiderio guerre sarracenorum. lllam tractans cum familiaribus et 
eam sepe uoluens in animo nec ei iam studium aliud placere poterat 
nisi milicia et usus armorum. Videns autem rex gloriosus desiderium 
filii et pulcritudinem eius. erat enim ualde pulcher. et robur iuue- 
nilis elatis. delectabatur in eo gralias agens domino qui filium talem 
dederat ei qui possel iam quo adiutor' eius existere in regni regimine 
et in rébus bellicis uices eius supplere possel in parle. Manebal in alla 
mente régis positum^ quod nunquam de ipsa exciderat infortunium 
quod passus fuerat in bello de alarcos. Sepe reuocabat ad animum 
diem illam. habens desiderium uicem reddere régi marroquilano et 
pro hac re sepe dnrrï deprecabatur. Allissimus qui paciens redditor 

a) a coaequulibus. — lij iuuarv. — c) ardebat. — d) Abella : « forte coadiutari. 

même exactement qui devait faire obstacle au mariage de leurs frère et sœur 
respectifs, Enriqne et Mafalda (cf. § Sa, n. 3) : 

Hamon Berensruer 111 



D" Hercngucia, cp. Alfonso Vil Ramûii Ucrengucr IV 

I I 

Sancho III de Castilla D' Dulcc, 

j ép. Sancho I de Portugal (117/i) 
Alfonso VIII I 

I \ 

I II I 

U' Urraca lliiricjuo AffonsoU D" Mafalda 

ép. .Mfonso II épouse 

de Portugal D' Mafalda 

Par le mot regnavit, comme d'après le >> î {uterque morluus est vicio malanconir 
lahoram, cf. Ilerculano, [»eu explicite sur ce genre de ma'adie, commune au père et 
au lils. t. II, p. iri. 121, iSq, iùi et 2G.')), on voit encore que l'auteur de toute celle 
première partie de la Chronique écrivait après 122.^, ce qui contirme l'obsorvation de 
la note précédente. 

18. 3. Horace, Eftist. ad l'isones, v. i(ji-i(i'> : 

Imberhus iuuenis tandem custode remoto 
Gaudet equis canibusque et aprici gramine campi... 
18. 'i. Cf. 5 i4, 2. Uodrigue (VII, 33) emploie à ce même propos une expression 
analogue : « ... bellum de Alarcuris corde allissimo reponebat ». 



CHRONIQUE LATINE DES ROIS DE CASTILLE 27 1 

est uidens desiderium gloriosi régis inclinaû aurem suam et de 
excelso solio glorie suc orationem eius exaudiuit. Irruit igitur domini 
spiritus in regem gloriosum et induit eum uirtus ex alto sicque quod 
tam longo tempore preconceperat produxit in actum. Mouit igitur 
guerram régi marroquitanoS confisus de niïa" domni nostri ihu 
xpi et statim intraû cum filio suo in terram predicti régis, uersus 
partes murcie. sed quia paucos habuitde uassallis ..''s non multum 
nocere potum' niaurisC. Sed dum ipse ageret in partibus illis. Alfonsus 
telli. et rodericus roderici uassalli eius cum quibusdam tolletanis 
obsederunt turrem de guadalferza. | et machinis apoîtis eani ui 
ceperunt. Rex uero marroquitanus quartus' abdelimù (ilius eius qui 
uenit ad alarcosT audilo quod rex castelle mouerat ei guerram indi- 
gnans et furore repletus tanquam uir strenuus et bellicosus impaciens 
more colecta infinita multitudine militum et peditum apertis siqui- 
dem thesauris suis stipendia largissima largitus est suis, tune enim 
florebat regnum marroquitanum prudencia et diuiciis et multitudine 
bellatorum transfretauit. transitum facit per yspalim. et cordubam 
transiens portum de muradais. obsedit castrum quod dicitur salua 
tierra. tune erat caput milicie fratrum de calalraua munitum quidem 

a) misericordia. — b) une lettre peu lisible: peut-ftre c fcentumj s fscilicetj, — 
c) potuit. — dj manque ab (cf. g 12 : tercius ab alidelmum). 

18. 5. Alphonse VIII suscita en effet l'occasion d'une guerre en peuplant la ville 
de Mora, selon Luc (p. iio, 1. Si). Dans Rodrigue il y a aussi une allusion obscure 
à ce fait: « postquam et Moiam populauerat » (VII, 3i). Les niss. de Luc, Hh f)8 
de la Bibl. Nacional et 2-c-5 de la Bibl. Real, ont Moa et non Mora. Mondéjar 
{Memorias, p. 289) corrige avec raison en Moya, Cette ville est sur l'evtrème frontière 
orientale de la Castille, à l'est de Cuenca et de Cafiete.Mora est en .\ragon. On ne peut 
penser à la ville de ce nom qui est au sud de Tolède, puisque la frontière était gardée 
alors de ce côté pdr Salvatierra, Alarcos, donc plus au sud. — Il est fait allusion, dans 
un document de laSo (Mein. para la Vida del Santo liey D. Fernando, p. ôaS) aux 
obligations contractées, sous Alphonse VIII, par le concejo de Moya vis-à-vis de l'ordre 
de Santiago. Cf. § ^6, où il est dit que le roi de Valence vint à Moya reconnaître la 
suzeraineté de Ferdinand III. 

18. 0. Les.4rt. Toled. l parlent d'une expédition d'Alphonse et du prince Ferdinand 
vers Alaxarch (El Caroch?) et Jâtiva, jusqu'à la mer, en mai 121 1. C'est probablement 
celle dont parle notre auteur. Il n'est question de ceUe pointe vers Murcie ni dans 
Luc ni dans Rodrigue. Celui-ci (\I1I, 35) parle d'une expédition i( in terra Beatiae 
(Baeza), Endugari (Andùjar), et Glemini (Jaen) ». Ni l'un ni l'autre ne parle non 
plus de la prise de Guadalerza par Alfonso Tcllez et Rodrigo Iluiz. Sur ces deux 
personnages, cf § 82, note i et 7. Ils étaient beaux-frères. 

18. 7. Abenjacob (Luc, p. 1 10, I. 5); Mahomat (Rodrigue, VII, 35): Mohammed 
Abou-Yacoub, (ngg-i'îiS), fils d'Al-Manrour. Rodrigue établit ainsi sa généalogie: 
<< ... Mortuo Abdelmuno lilius Aueniacob successit in regno, qui in Hispanias veniens 
a quodam Christiano occisus fuit in Portngali. Cui successit fra ter eius Adueniucepli 
(lire Aueniuceph), qui in bello Alarcuris repulit christianos, et hoc mortuo sucessit ei 
filius eius Auenmahomath, qui in Nauis Tolosa^ ab Aldephonso Rege nobili fuit 
victus.. » (VII, 10). Cf. S 12, note h- Rodri'guez de Almella (lib. III. lit. IV, cap. V) 
simplifie en faisant du vainqueur d'.\larcos (Abuhamad) le fils et le successeur direct 
d'Abdelmumen, qu'il appelle Abdemon. 

18. 8. C'est par là qu'était passé son père (cf, j 12) pour pénétrer dans la plaine 
de Salvatierra. 



273 BULLETIN HISPANIQUE 

mullis armis diuersi generis frumento et ordeo et multiplicis generis 
legumine. carnibus et uiris strenuis fratribus. s. et aliis nobi- 
libus et preclaiis uiris. firmata est obsessio ceperuntque castruin 
expugnare cuni inacbinis mire magnitudinis'.i quod alias inexpugnabile 
uidebatur. 

19. Rex aulem nobilis hoc audito precepil dôno didaco ut cum 
uasallis suis et quibusdam aliis magn'tibus apud toletum morani 
faceret. Ipse uero rex discurrebat per uillas et caslella que sunt 
ultra serram 1 confortans animos hominum [.] exercitus autem quem 
potuit habere manebat in serra sancli uincencii». Pauca nanique 
concilia secuta fuerant ipsum in illo tempore. Post duos menses et eo 
amplius de mandato gloriosi régis predictum castrum. s. salua tierra 
redditum fuit régi marroquitano. quia iani ipsum defendcre non 
ualebant. salua uita illorum qui intus erant. et saluis rébus mobilibus 
quas secum asportare potuerunt. quantus luctus hominum nox una 
mulierum plangenlium et pertutiencium" pectora sua. pro amissione 
salue Ire-^. sed luctus ille per miam et uirtutem dni nostri ihû. xpi. 
qui adiutor est suorum in oportunitatibus in tribulatione anno reuo- 
luto in gaudium est conuersus. Yere quidem presagio quodam castrum 
predictum nominatum est saluatierra. saluauit enim terram totam per 
illud castrum di dupliciter. qui'' aduentus régis marroquitani in 
nullo alio nocuit terre in anno illo. cum multa dampna inferre potuis- 
set. Preterea captio salue tre fuit occasio precipua belli gloriosi 

a) peicutientium, — b) quoniam. 

18.9. Luc (p. 1 10, l. 4o) et Rodrigue (VM, 35) signalent aussi l'emploi de 
machines de f^uerre lors de ce sit'ge. De même Innocent IH dans sa lettre CLV Seno- 
nensi Archiep. (p. xcv des Ap. aux Memorias de Mondéjar; dans la Pair. lat. de Mif^ne, 
t. CCXVl, col. bi!i). Sur Salvatierra, voir § 13, note 5. 

19. I. La Sierra de Gnadarrama. 

19.2. La Sierra de San Vicente. <( Circa conlinia ïalauerae», dit Rodrigue 
(Vil, 35). La petite armée royal^ était donc campée en arrière do. Talavera, en 
réserve, et dans l'attente de temps meilleurs. Cf. An. Toled. l, année 121 1 ; Cron. de 
Espana éditée par Ucampo (f" cccxi-iiii') : >< temiose que vernie el moro mas adelante 
cô sus gentes grades que traye: e el mitenie guisado d'iydiarcûei : t mando aperrebir 
q se g\iardascn t el sobiosc enla sierra de sant Uirite c cstudo alla bien vn mes 
c despucs tfirnarose los muros para su tierra » ; texte que traduit le manuscrit S817 
de la IJibl. \ac. de Madrid: «... tcuesse. <[ vetssem ns moiiros mays adcaùt como erà 
muy grandes gentes r, el n<>n tijna logo g'sado pa lidarcoej. Mt mandou apclidar 
toda at'ra e el sobiosse ala serra de San Viccnro c estcue en ela bem liuii mes. r. os 
mouros tornarôse p a sua t'ra « (fol. ai3). Le manuscrit i3'i7 présente une variante: 
"... temio q venia mas adelante c mâdo •[ se gsasen. • K el subio ala sierra de sant 
barlolome ^mauvaise lecture pour saM»F*?) r. estouo ay vn mess c los moros tornarôse 
pa su Irrâ » (fol. 4"3'). D'après Luis del Marmol Carvajal, cité par Mondéjar 
(Memorias, p. 296), et dontiant jtour toutes références « los .Marabes que tratan de 
esta guerra 0, le roi de Castille aurait été retenu de ce côté par les (iallegos, c'est à- 
dire par les troupes d'Alplionse IX. 

M), 3. « In opprol>riurn lidci cliristianii- », déclare Rodrigue (Vil, 35), qui, comme 
notre auteur, mais en un style apocalypti<|U(', développe cette idée que ce castrum 
fut le castrum salulis, puisqu'il fut l'occasion de la victoire de las Navas. 



CHRONIQUE LATINE DES ROtS DE CASTILLE 278 

qilod comissuni est in anno seqvienti. in nauas de lolosa in quo per 
uirtutem crucis xpi uictus est rex marroquitanus. Taclus namque 
dolore cordis intrinsecus rex gloriosiis posuit animara suam in 
manibus suis et habito tractatu et deliljcratione cum fdio suo et cum 
dijno didaco et cum archiepiscopo lolclano et aliis magnatibus 
regni firniatuni est ut in anno sequen (fol. 97)ti'' spem suam ponentes 
in deo pugnarent contra regem marroquitanum. nisi per eum staret. 
Exiit igitur edictum a rege glorioso per nniuersum regnum ut inter- 
missa constuctione maurorum" oui omnes insistebant arma bellica 
compararent et se ad bellum futurum prepararenti>. 

20. Posthocelapsis uix XV"'". diebuspredictusferrandusfdius régis, 
Flos iuuenum decus regni. patris dextera uile sue correptus acuta febre 
in madrit terminum dédit •. Emarcuit cor régis obstupuerunt principes 
eius et nobiles terre, populi ciuitalum extabuerunt sapientes et territi 
suntanimaduertentesquod iradeietindignatiodecreueratlerramponere 
' desolatam. Nusquam luctus aberali''. seniores consperserunt capita sua 
cinere. induti sunt omnes saccis et cilicio. uirgines omnes scalide*^ faciès 
terre penitus ïmutata est. Nobilissima regina aliéner audita morte fdii 
mori cum eo uoluit et intraù lectum in quo iacebat fdius. et sup- 
ponens os ori. et manus manibus complicans nitebatur uel eum 
uiuificare uel cum eo mori. Sicut asserunt qui uiderunt nunquam 
dolor illi similis uisus fuit. Exclamare libet cum populo. altitudo 
diuiciarum sapïe et scié'' dei quam in comprehensibilia sunt 
îudicia eius et inuestigabiles uie ipsius. profunde nimis facte sunt 
cogitationes eius et nos insensati non intelligimusa. Que uidebanlur 
inicia dolorum et confirmatio malorum. ipsa fuerunt finis malorum. 
et inicinm gaudii et consolationum. Sepulto namque prediclo filio 
régis, in monasterio regali quod est iuxta burgis - situm per manum 

a) constructirme muronim. — b) .\bella: «forte aberat». — cj squnlide. — dj sapientie 
et scientie. — e) Sic. 

ig. 4. De même Rodrigue (VII, 35). 

iij. 5. Ce fut donc une mesure générale. Le texte d'Ocampo la limite aux murailles 
de Maqueda : « Este fecho vieno el rey a Maqueda c vio como labrauâ el castiello 
E mâdo que lo non labrasen: c ouo su consejo ou prelados z con los omes bucnos de 
su tierra que mas valdrie lydiar con los moros e moryr o vençer que ver de cada dia 
tantes pesares e tanto agrauamirlo en su tierra » (fol. ccc\ciiir), texte qui est à 
peu près identique dans le manuscrit iSiy et que traduit littéralement le 8817. 

20. I. Luc (p. III, 1. g) dit que le jeune prince haïssait les juifs et que ceux-ci, « vt 
fertur», l'empoisonnèrent. — L'infant était né le jour de Saint-Saturnin (29 nov.) 
de 1 189 (Fierez, lieynas, t. I, p. 4i5) et il mourut le i4 octobre 121 1 (p. 417). Cf. Ann. 
Compost.: « Era MCGXLIX, idus octobris »; yln. To/ed. /.•« dia viernes en la noche 
en XIV dias doctober, Era MCCIL». 

20. 2. 'Ni Rodrigue ni Luc n'ont trouvé d'aussi beaux accents pour pleurer le 
jeune prince, ni pour montrer la douleur que causa sa mort. Il y a là une belle page, 
très touchante, d'où ressort l'héroïsme d'Alphonse le Noble, qui resta à son poste 
pendant qu'on enterrait son fils. Albéric (cf. note initiale de II, B) a confondu les 
deux flls d'Alphonse, il a mis Henricus pour Fernandus. 



2 74 BULLETIN HISPANIQUE 

archiepiscopi toletani. présente regina dna berengaria et lamentan- 
tibus cunctis qui erant in castella''. Rex nanique gloriosus et iixor eius 
et donus didacus remanserunt ultra serram. Reuersus est archiepi- 
scopus et regia" dna berengaria ad regem quem inuenerunt apud 
guadalfaiaraiu i Exinde rodericus archiepiscopus toletanus missus est 
ad regem francie et ad principes et alios nobiles iliarum parcium ut 
ostenderet eis angustlam populi xpi et discrimen belli futuri^. Rex uero 
nobilis iuit concam uir'' colloquiuni habuit cum amico suo petro rege 
aragon. et iuraniento sibi eum astrinxit ut octaua die fesli pentc- 
costes proximo uenturus' esset apud toletuui cum rege castelle. paratus 
ad bellum contra regem marroquitanumij. Recesserunt ab inuicem 
coUoquio babito. et rex nobilis indutus uirtute ex alto iuit ad castruni 
quod dicilur alarcon et ibidem dimissis uxore et fdia. cum paucis 
militibus et bominibus quarumdam uillarum et domesticis suis cepit 
infra ,XV. dies nobile castrum de xorqra quod inex | pugnabile 
uidebatur. et castrum de alcala. et las cuevas de garanden. queomnia 
muniu5'' armis et bominibus et sic cum gaudio reuersus est in terram 
suam7. 

Georges CIROT. 
(A suivre.) 

a) Sic — b) h/u' (erreur de Iransciiplion de u). — c) Xb^.Ua: l'iorle proxime venluri »: 
proxivie est une tonne correction si on en fait un adjectif (proximae) : mais nenlurtis 
doit subsister. — d) tiiuniitit. 

20. 3. « In monaslciio sancla- Mari.T», précisent Luc (p. iii, 1. 10) et nodrijrue, 
qui ajoute « a Roderico Toletauo pontifice, & mullis episcopis, vS; mag^natibus s;ticula- 
ribiis vS: rclif^iosis. », et qui place ici un éloge de Bérengère (Ml, 30). 

20. 'i. (iuadalajara i< Dcsi alos quarenla dias acabados tornuse la rcyna para su 
padre que era en Guadalfajara» (texte d'Ocampo, fol. i:(:(:\(;nii, et manuscrit iS'i;, 
fol. Ito'i). Le manuscrit 8817 dilTèreici: <( de»! aos X" dias acabados. tornouse pa 
Madrid du era alteyna sua mad'. <- eslaua y scu |)adrc » (fol. j.io'). 

30. 5. Luc dit que Rodrigue avait l'autorisation du pape Innocent (111) pour 
prèclier cette croisade (p. no, 1. 55). Rodrigue lui-même ne fait qu'une modeste 
allusion à son propre rôle (VHI, i). 

ao. 0. Rodrigue mentionne aussi celte entrevue de Cucnca cl ajoute que Pierre 
arriva au jour dit, l'octave de la Pentecôte, comme le note pl\is loin notre auteur 
(Sa.). 

ao. 7. Luc ne mentionne pas ces succès préliminaires. Rodrigue (Vil, 36) les 
détaille: /l/ca/<i (del Jûcar), Surcariam (Jor(iuera), Garndem{?) <j- Cubas (près de Jor- 
quera, voir Madoz, Cubai). La (^hronic|uc générale précise « non Alcala la que dizen 
de Sant Yuste, sinon cil daquella tierra » (p. 688", 1. 37), cl traduit « Garadem v*t Cubas n 
par « (iradicn et a Cubas». Cf. An. Toled. I : « .. S()r(iuera, c las Cuevas, c Alcala, 
e otros casliellos, Lra MCCIL. » Texte d'Ocampo (fol. CCCCVCIIII) : « ... r las cueuas 
de .\lgarande r a Cubas ». 



DOMlMQLi: SOTO 



ET LA 



scolâstique parisienne 

( Suite ^.) 



XXI 



L'ÉTUDE DE L\ LA.TITUDE DES FORMES A l'UmVERSITÉ DE 

Paris, au début du xvi'^ siècle (suite). — Alvarès 
Thomé de Lisboxjne. 

Si nous en croyons Louis Vives, les plus subtils, les plus 
abstrus disputeurs de l'Université de Paris, au début du 
xvi^ siècle, étaient les maîtres venus d'Espagne ; en eux, 
la Dialectique combinée à Oxford trouvait ses plus fermes 
champions. 

Aux minutieuses chicanes du Calculateur, les Scolastiques 
portugais ne trouvaient pas moins d'attrait que les Scolastiques 
espagnols, si nous en jugeons par Maître Alvarès Thomé ou 
Alvarus Thomas de Lisbonne. 

Ce maître était, au début du xvr siècle, régent au Collège, 
peu connu, de Coqueret, à Paris. Il y composa un traité sur 
les trois mouvements : le mouvement local, le mouv-ement 
d'augmentation et le mouvement d'altération. Dans la pensée 
de l'auteur, ce Livre du triple mouvement avait pour principal 
objet d'élucider les calculationes de celui que l'erreur générale 
nommait Suiseth; et, en effet, c'était un véritable commentaire 

I. Voir IMU. hisfi., t. XU. p. 276, 35-; t. XIII, p. 107, 291, l'io;!, XIV, p. 60, 137 



276 BtLLETÎN lIlSPAMQt'E 

de VOpus aureuni calcalationum. Achevé par son auteur le 
II février lôog, le Livre du triple mouvement fut, aussitôt après 
sans doute, imprimé à Paris'. Cent soixante-deux feuillets 
couverts, sur deux colonnes, d'un texte gothique très fin 
y sont consacrés à ces calculationes qui avaient le don de 
mettre les humanistes en fureur. 

Le Tracta tus de proportionibus de Thomas Braduardine 
était, en réalité, un traité du mouvement local-, le Tractatus 
proportionum d'Albert de Saxe était un traité des trois mouve- 
ments, le premier que nous ayons rencontré. Chacun de ces 
deux traités de Mécanique était précédé d'une introduction, 
purement mathématique, où le lecteur trouvait les notions 
d'Arithmétique utiles pour la lecture du reste de l'ouvrage. 
Une telle introduction manquait au livre du Calculateur; 
Riccardus de Ghlymi Eshedi supposait que son disciple eût 
appris ailleurs la théorie des proportions, par exemple en 
l'opuscule de Bradwardine, auquel il renvoyait explicitement. 

Certains maîtres jugèrent que VOpus calcalationum serait 
plus parfait s'il était précédé d'une introduction arithmétique 
où les règles des rapports et proportions seraient établies, 
et ils entreprirent de composer une telle introduction. De ce 
nombre fut un certain Bassanus Politius; son Tractatus pro- 
portionum i/ilroduclorius ad calculationes Suisset fut imprimé 
à Venise, en i5o5, en une collections qui contenait également 
les Tractatus proportionum de Thomas Bradwardine et de 
Nicole Oresme, le Tractatus de latitudinibus formarum ilaussemenl 
attribué à Oresme, et l'écrit sur le même sujet qu'avait 
composé Biaise de Parme. 

Maître Alvarès Thomé ne trouve nullement que Bassanus 



I. Liber de Iriplici motii proportionibus annexis magistri Ahiari Thome. Ulix- 
boncnsis philosophicas Suiselk calculationes ex parte declarans. Vciiundaiiliir parrhisiiis 
el a ponceto le preux eiusdciii civilalis bibliopola ad si^^'num potli staiinci in vico 
sancli iacobi propc divi yvonis cdem commoraiile. — l'remicr colopboii, à la fin 
du texte de l'auteur: Kx|)licit lib(;r de triplici niotu compositus pcr Ma;;isfruin 
Aluarum Thomam ulixboiiciiscni Uegentcni Parrliisius in Collr;,MO Coquorcli. Anno 
domini lâofj. Die Februarii 11. — Second colophoii, au vcrs.0 du dernier feuillet: 
Impressum parrisius per Guillernium Anabat commorantein apud parvuni ponlem 
anle hospiliurn dei prope intersignium Imperatoris expensis ponseti le preux eius- 
dem civilatis bibliopole. Oinnia pro meliori. 

a. Nous avons décrit celte collection au S XIX. 



DOMINIQUE SOTO ET LA SCOLASTIQUE PARISIENNE 277 

Polilius ait réussi en son entreprise d'écrire une introduction 
aux Calculationes de Suiseth ; à cette introduction, il adresse 
de vives critiques'. «En son exorde, » dit-il, «l'auteur professe 
que son traité des proportions est introductoire aux calcu- 
kitions Suiséthiques; mais au sujet de la proportionnalité des 
rapports, le Calculateur Suiseth pense tout autrement que lui 
et s'écarte extrêmement de lui... Il na donc pas compris 
l'intention du Calculateur; son traité, bien loin de nous 
introduire en l'intelligence de cet auteur, nous en éconduit 
plutôt. » 

Cette introduction arithmétique qu'il reproche à Bassanus 
Politius d'avoir mal faite, Âlvarus Thomas tente, à son tour, 
de l'écrire, et il y consacre les deux premières parties de son 
livre. Il se montre fort au courant des divers traités, tant 
anciens que modernes, sur les proportions; il cite ceux de 
Thomas BradAvardine' et de Nicole Oresme, qu'il nomme 
Horen^; il use des Elemenla Jordanie, c'est-à-dire de l'Arithmé- 
tique de Jordanus Nemorarius, alors fort à la mode, et que 
Lefèvre d'Étaples avait fait imprimer à Paris en i/jgG. Même 
lorsqu'il invoque les auteurs de l'Antiquité, il entend s'adresser 
aux bonnes éditions. « Bemarquez, » dit-il^, «que, chaque fois 
que j'invoque Euclide, je me sers de la nouvelle traduction 
de Bartholomaeus Zambertus. » 

L'étude du triple mouvement fait l'objet de la seule troi- 
sième partie du livre; cette partie est, il est vrai, de beaucoup 
la plus étendue. Destinée surtout à commenter l'œuvre du 
Calculateur, cette étude n'est cependant pas construite sur le 
plan du traité de Biccardus de Ghlymi Eshedi; c'est le Trac- 
tutus proporfionum d'Albert de Saxe qui continue à marquer à 
Maître Alvarus Thomas l'ordre qu'il va suivre, comme il a 
marqué l'ordre suivi par Guillaume Heytesbury au Tractatus 
de tribus prsedicamentis, et, plus récemment, l'ordre adopté 

I. Alvari Thom.c Op. laud., parsl, capitulum quitiluni in quo recitalur paucis et 
impugnatur opinio Basani Polili de proportione sive commensurabililate propor- 
lioQum; fol. sign. diii, col. d; fol. sign. diii, recto et verso; fol. suivant, col. a. 

a. Alvari Thomae Op. laud., fol. sign. eii, col. a. 

3. AIvrfri ThomiE Op. laud., fol. suivant le fol. sign. diii, col. d. 

4. Alvari Thomae Op. laud , fol. sign. diii, col. c. 

5. Alvari Thomae Op. laud., fol, suivant le fol. sign. diii, col b. 

Bull, hispan. 19 



378 BULLETIN HISPANIQUE 

par Jean Dullaert en son étude du mouvement. La seconde 
partie du Liber de triplici motu est donc divisée en quatre 
traités que caractérisent les titres suivants : 

Tractatus P* : De motu locali quoad causam. 
ÏRACTATUS II°* : De molli locali quoad ejjechun. 
Tractatus IIP* : De mola augmentationis. 
Tractatus IV" : De mola alleralionis . 

Non seulement le Maître portugais a substitué au plan 
adopté par le Calculateur un plan plus logiquement conçu, 
mais il a mis, en ses discussions, beaucoup plus de clarté que 
n'en avait introduit le logicien d'Oxford; sans doute, nous 
reprocherions volontiers à beaucoup de ces discussions d'être 
encore trop chicanières et trop compliquées; bien souvent, 
cependant, on les peut suivre sans éprouver cette impression 
de mortel ennui que cause la lecture de VOpiis aureum calcula- 
lionum. 

L'ordre plus logique adopté par Alvarus Thomas lui permet 
d'être plus complet que ne l'a été le Calculateur; c'est ainsi 
qu'en son quatrième traité, il examine le problème de 
l'intensité et de la rémission des formes dune tout autre 
manière que Riccardus de Ghlymi Eshedi ne l'avait fait. 
Il distingue' trois théories : celle de Saint Thomas d'Aquin, 
celle de Burley, enfin celle qu'ont développée Duns Scot et 
des Nominalistos, celle selon laquelle Tintensité d'une forme 
s'accroît par addition de degrés nouveaux à des degrés de 
même espèce. 

Lorsqu'il se propose de présenter la théorie thomiste, il 
invoque non seulement l'autorité de l'Ange de l'Ecole, mais 
encore celle de son commentateur Du Chevreul (Capreolns "■ . 
Son érudition, d'ailleurs, se montre fort étendue; les diverses 
discussions relatives au mouvement d'altération lui donnent 
occasion de citer r«on seulement Saint Thomas d'Aquin, Duns 
Scot, Grégoire de Himini, \V aller Burley et Hobcrt llolkot\ 

1. Alvari Thomic Op. laud., (liirs III, Iracl. IV, capiluhim sciMindiim in quoagitur 
«le iiilcDisionf; et rcmissioni! forrnanirii. 

2. Alvari Thomas Op. laud., loc. rit., fol. siyn. A. 1, coll. a el b. 

.'5. Alvari Thom;i' Op. laud., fol. sign. A i., col. a; fol. sij,Mi. B a, col. a. 



DOMINIQUE SOTO ET LA SGOLASTIQUE PARISIENNE 279 

non seulement le Tracfatus proportionum d'Albert de Saxe>, 
les Sophismala d'Heytesbur\ ^ et les Calculationes du prétendu 
Suiselh, mais encore le De f/eneraiione et corruptione de 
Marsile d'inghen^ et la Siiinma phUosophue de Paul de Venise'', 
le traité que Jacques de Forli a intitulé De inlensione et 
remissione formarum^ et les commentaires qu'il a composés 
sur les Canons d'Avicenne^'-, l'opuscule De moiii allerationis 
écrit par Jean de Casai" et le livre De primo et uliimo instanti 
de Pierre de Mantoue^. 

Lorsqu'il cite soit le De motu locali^, soit les Sophi^mata^^^ 
de Guillaume Heytesbury, Alvarès Thomé dit parfois : « Henlis- 
berus cum suo commentatore o. Le commentateur auquel il fait 
allusion, il lui arrive aussi de le désigner par son nom, assez 
étrangement déformé '•; c'est Gaétan de Tiène, qu'il appelle 
Gaythanus de Thebis. 

Quant à Nicole Oresme, nous avons vu que notre auteur le 
connaît et le cite; tout à l'heure il nous dira lui-même ce 
qu'il lui doit. 

Cette liste d'auteurs cités, qu'il serait facile d'allonger, nous 
dit assez quelle était l'érudition de maître Alvarus Thomas ; son 
éclectisme n'est pas moindre. S'il commente le Calculateur, 
ce n'est pas pour en suivre aveuglément toutes les opinions; 
bien au contraire ; de ces opinions il en est be^iucoup qu'il 
condamne, et sévèrement. S'il a étudié de près Heytesbury, ce 
n'est pas, tant s'en faut, pour adopter l'avis du logicien 
d'Oxford. Enfin, malgré son admiration pour Nicole Oresme, 
lorsqu'il rencontre, en lisant cet auteur, une démonstration 
qui lui semble insulTisante, il signale ce défaut et le corrige '2, 

1. Alvari Thom.'e Op. laad., premier fol. après le fol. sign. yii, col. b. 

2. Alvari Thomie Op. laud., fol. sign. B i, col. a. 

3. Alvari Thom.'e Op. laud., fol. sign. C i, col. b. 

4. Alvari Thom.-c Op. laud., premier fol. après le fol. sign. yii, coll. a et b. 

5. Alvari Thoma? Op. laud., premier fol. après le fol. sign. B. 3, col. d; troisième 
fol. après B. 3, col. a. 

0. Alvari Thomie Op. laud., premier fol. après yii, col. d; fol. sign. G i, col. a. 

7. Alvari Thom.n Op. laud., premier fol. après le fol. sign. z 3, col. d. 

8. Alvari Thom;e Op. laud., ihid., et premier fol. après le fol. sign. A i, col. h. 
f). Alvari Thomas Op. laud., fol. sign. x 2, col. d. 

10. Alvari Thomas Op. laud., fol. sign. B i, col. a. 

11. Alvari Thomie Op. laud., fol. sign. gii, col. a. 

II. Alvari Thoma- Op. laud., premier fol. après le fol. sign. diii, col. d. 



:J8o BULLETtN HlSPAJJlQÙË 

Le mouvement est capable de deux sortes d'uniformités ou 
de difformités; l'une a trait au sujet et l'autre au temps. Cette 
distinction classique trace à notre Maître ])ortugais le plan de 
son étude du mouvement local considéré comme effet; c'est la 
difformité par rapport au sujet qui l'occupe tout d'abord. 

Touchant 1q mouvement de rotation, une définition est 
commune depuis le temps où Bradwardine l'a proposée: La 
vitesse du corps qui tourne, c'est la vitesse du point qui se 
meut le plus rapidement. Motre auteur connaît et expose cette 
opinion qu'il nomme opinion de Guillaume Heytesbur\ '. 
Chose digne de remarque, il la rejette, comme Jean Majoris le 
faisait au même temps, pour reprendre la théorie soutenue en 
ce traité De proportionalitale motaiim et mag/iitadinum que nous 
avons rencontré à l'origine même de la Cinématique '. Lorsque 
le rayon d'un cercle ou une partie de ce rayon tourne autour 
du centre du cercle, le mouvement de ce segment de droite 
est uniformiter dijformis quoad subjectuni; « la vitesse ^ de ce 
mouvement uniformément diflorme par rapport au sujet doit 
être regardée comme équivalente en mesure (comme nsurari) au 
degré moyen de la latitude totale de ce mouvement unifor- 
mément difforme. » 

Celte conclusion nous laisse entrevoir en quel sens Alvarcs 
Thomé, abordant l'étude du mouvement difforme par rapport 
au temps, répondra aux questions suivantes'' : 

(( Tout mouvement uniformément difforme par rapport au 
temps doit il être mesuré par le degré moyen? Tout mou- 
vement difformément diiîorme par rapport au temps doit-il 
être mesuré par réduction à l'uniformité? » 

Si nous en croyons notre auteur, la discussion de ces 
questions avait pris, à l'Université de Paris, une grande 
ampleur en même temps qu'une extrême complication. « Nous 
examinerons, » dit-il^, « en fonction de quoi se doit mesurer 



I. Alvari Thom.T! Op. laud., fol. suiv. le fol. sign. n a, col. c. 
j. Voir S VIII. 

3. Alvari Tlioin;r Op. laud., fol. sign. o 3, col. c. 
It. Alvari Tliom.i' Op. Inwl., fol. sign. o 3, col. d. 

.S. Alvari Ttionitr; Op. loud., premier fol. après le fol. sign. n i, col. d; fol. suiv., 
col. a. 



DOMINIQUE SOTO ET LA. SGOLASTIQUE PARISIENNE 28 1 

la vitesse du mouvement diflbrme par rapport au temps, 
aussi bien du mouvement uniformément difforme que du 
mouvement difïbrmément diflbrme; nous discuterons cette 
question dans la limite de notre faible intelligence. En cette 
ré^on, en effet, s'ouvre un gouffre profond ; le labyrinthe qui 
enserre cette matière est inextricable et incompréhensible 
pour une raison finie; parmi les divers cas qui seront posés, 
on verra quelles monstruosités et quelles difformités on peut 
imaginer en des mouvements difformément difformes, o 

En effet, les arguments de ceux qui veulent rejeter cette 
opinion : Le mouvement uniformément diflbrme est mesuré 
par son degré moyen, se dressent en une longue suite de sed 
contra; c'est une belle liste de sophismata, propres à exercer la 
sagacité des dialecticiens désireux de les résoudre; il suffît de 
comparer cette discussion épineuse au chapitre si simple et si 
clair oîi Oresme avait traité le même sujet pour comprendre 
tout le mal que la Logique oxfordienne a fait à la Logique 
parisienne. 

De celle-ci, cependant, Alvarès Thomé retrouve la netteté 
lorsqu'il s'agit de rejeter la multitude de ces sed contra et 
d'aboutir à une conclusion : « A. l'opposé de ces objections, » 
dit-il >, « est l'opinion commune des philosophes; et, en cette 
partie, cette opinion a beaucoup de vigueur et de force. 
En outre, en la durée totale d'un tel mouvement diflbrme, 
quel qu'il soit, un certain espace est franchi. Ce même espace 
peut, dans le même temps, être franchi à l'aide d'une certaine 
vitesse uniforme. Cette vitesse uniforme vaut donc autant que 
la vitesse de ce mouvement difforme, puisquà l'aide de ces 
deux vitesses, le même espace est franchi dans le même 
temps; cela résulte évidemment de la définition des mouve- 
ments égaux en vitesse. Donc, tout mouvement diflbrme 
correspond à un certain mouvement uniforme auquel il 
équivaut. » 

Ce passage définit d'une manière très claire ce que sera la 
réduction d'un mouvement difforme quelconque à l'unifor- 
mité. 

I. Alvari Thomae Op. laud., troisième fol. après le fol. sign. o 3, col. b. 



28a BULLETIN HISPANIQUE 

Comment se fera cette réduction dans le cas du mouvement 
uniformément difforme? 

« Le mouvement uniformément difforme peut se terminer à 
zéro en l'une de ses extrémités' ou bien il peut être terminé, 
de part et d'autre, à un certain degré. De chacun de ces 
mouvements uniformément difformes, on dit qu'il correspond 
à son degré moyen, c'est-à-dire au degré de mouvement qu'il 
a au milieu de sa durée. En effet, en la moitié la plus intense 
du mouvement, le mobile mû de mouvement uniformément 
difforme se meut plus vite [que ce degré moyen]; et en la 
moilié moins intense, il se meut moins vite d'une quantité 
égale; il se meut donc avec la même vitesse que s'il se mouvait 
avec ce degré moyen. » 

C'est là, on le voit sans peine, une sorte de résumé du 
raisonnement de Nicole Oresme, fort semblable à celui que 
Jean Majoris donnait à ses élèves. 

Le Maître portugais poursuit en énumérant, du mouvement 
uniformément difforme, diverses propriétés dont il emprunte 
les énoncés et les démonstrations au Traclatiis de mofii locali 
et aux Probationes conckisionum de Guillaume lleytesbury. 
En particulier, Heytesbury et ses commentateurs italiens lui 
suggèrent la remarque suivante"^: « Autre chose est, pour la 
latitude du mouvement, de croître ou de décroître unifor- 
mément en intensité, autre chose est, pour le mobile, de se 
mouvoir uniformément. Lorsqu'en effet, la latitude du mou- 
vement croît uniformément en intensité depuis zéro ou depuis 
un certain degré jusqu'à un certain autre degré, le mobile 
se meut toujours dun mouvement uniformément dilTorme. 
Et de même, quand la latitude du mouvement se relâche 
uniformément depuis un certain degré jusqu'à zéro ou jusqu'à 
un certain autre degré, le mobile se meut d'un mouvement 
uniformément difforme. Il reste donc que tout mouvement 
acquis ou perdu d'une manière uniforme est un mouvement 
uniformément dilforme. Vous pouvez étudier plus amplement 
cette matière en recourant au premier chapitre du Traité du 

I. \lvari Tliom.iî Op. laud., fol. cit., col. c. 

a. Al va ri Thomii! Op. laud., f«l. sigii. p -j, col. c, 



DOMINIQUE SOTO ET LA SGOLASTIQUE PARISIENNE - 283 

mouvement local d'Hentisber, et aux commentaires du même 
Hentisber, qui se trouvent adjoints à la fin de ce traité'. » 

Guidé par les Proballones coaclasionam d'Heytesbury et par 
les Calciilaiiones du Pseudo-Suiseth, Alvarès Thomé formule 
et établit les propositions suivantes ^ : 

En tout mouvement dont l'intensité croît ou décroît d'une 
manière uniforme, la vitesse correspond au degré moyen, car 
un tel mouvement est uniformément difforme. 

Tout mouvement dont l'intensité croît de plus en plus 
vite correspond, en vitesse, à un degré moins intense que le 
degré moyen entre les deux intensités extrêmes. 

Tout mouvement dont l'intensité croît de plus en plus 
lentement correspond, en ce qui concerne l'espace parcouru, 
à un degré plus intense que la moyenne entre les deux 
intensités extrêmes. 

Après avoir ainsi développé les enseignements d'Henlis- 
berus et du Calculateur, le Régent du Collège de Coqueret 
va tirer parti des leçons d'Oresme; c'est à cet auteur, en 
particulier, qu'il emprunte quatre lemmes au sujet desquels 
il s'exprime en ces termes ^ : « Pour ne pas paraître triompher 
en portant des dépouilles qui ne sont pas nôtres, nous décla- 
rerons ceci : Ces quatre conclusions sortent de la fabrique 
et proviennent de l'intelligence perspicace du très docte 
Maître Nicole Horen; vous les trouverez au quatrième chapitre 
de son Traité des proportions, pourvues de tous leurs appuis 
et de leurs démonstrations mathématiques. » 

Ces lemmes, d'ailleurs, vont servira résoudre des problèmes 
dont Oresme a donné le type'* : Une heure a été divisée en 
parties proportionnelles successives dont les durées décroissent 
en progression géométrique de raison 1/2; pendant chacune 
de ces durées, un mobile se meut de mouvement uniforme; 
les vitesses de ces mouvements uniformes successifs sont 
entre elles comme les nombres entiers successifs; quel est 
l'espace parcouru par le mobile, en cette heure? 

1. C'est-à-dire aux Probationes conclusionam. 

2. Alvari Thom.nR Op. laud., fol. siga. p 2, coll. c et d; fol. suiv., coll. a, b et c 

3. Alvari Thom.T Op. laud., second fol. après le fol. sign. p 2; col d. 
U. Voir S XVIII. 



284 BULLETIN HISPANIQUE 

A ce problème, Oresme en avait joint un autre de même 
sorte, où les mouvements uniformément variés alternaient 
avec les mouvements uniformes; Bernard Torni en avait traité 
quelques uns du même genre et Jean DuUaert en avait ajouté 
d'autres. Alvarès ïhomé se propose de résoudre des questions 
beaucoup plus générales que celles qui avaient été éludiées 
avant lui; soit qu'il laisse une entière indétermination à la 
raison de la progression géométrique suivant laquelle décrois- 
sent les parties proportionnelles de l'heure, soit qu'il impose 
diverses lois à Taccroissement des vitesses successives, il 
ne cherche plus à résoudre des problèmes numériquement 
particularisés, mais à établir des théorèmes dont chacun 
comprenne une infinité de telles solutions. 

Les problèmes examinés par le Maître portugais se ramènent 
fréquemment à des sommations de séries très simples et 
apparentées à la progression géométrique; il sait alors mener 
la solution jusqu'au bout, démontrer que l'espace franchi est 
infini ou, s'il est fini, en donner la valeur. 

En d'autres cas, il rencontre des séries qu'il ne sait pas 
sommer, celle ci, par exemple, qui figure en sa douzième 
conclusion ' : 

1 2 3 /i 5 

2 22 2.2^ 3,2^ fi.2^ 

Mais il remarque que la somme en est plus grande que celle 
de la progression géométrique 

I I I I I 



2 2 2 2^ 2^' 

et plus petite que celle de la série 

12345 

+ + 7- + ■ — 7- + + = 2 

2 2» 2-* 2'* 2^ 

qui a été évaluée par Oresme. 

D'autres problèmes seraient moins aisés à résoudre, et 
notre auteur pense qu'on en pourrait composer qui excédas- 

I. Alvari Tliûm;i; Op. lauJ., second fol. après le fol. sign. q 3, col. d, el fol. suiv. 
coll. a el b. 



DOMINIQUE SOTO ET L\ SCOLASTIQUE PARISIENNE 285 

sent la portée d'une intelligence naturelle de capacité finie. 
Il ne faut point se hâter, cependant, de déclarer que tel cas 
particulier est insoluble. « Ici, en effet, il faut remarquer' que, 
parfois, un homme pensera qu'il n'y a aucune suite ni aucun 
ordre de proportions en un cas qui lui est proposé; néan- 
moins, s'il mûrit davantage la question, il pourra se faire que 
cet ordre lui saute aux yeux. » 

Ces sommations de séries plus ou moins compliquées et leur 
emploi en des problèmes de Cinématique n'étaient nullement, 
au temps où écrit le Régent de Coqueret, des exercices réservés 
à quelques rares mathématiciens; les problèmes de ce genre 
se proposaient couramment, en ces sortes de joules dialectiques 
qui trouvaient si grande faveur près de l'Université de Paris; 
nous en lisons la preuve en ces conseils qu'Alvarès Thomé 
donner à celui qu'embarrasserait une telle question : 

« Mais, me direz-vous, que faut-il riposter au calculateur 
qui propose de tels cas, en un tournoi littéraire public, par 
devant une nombreuse assistance? 

» Pour répondre, j'admets une certaine proposition qu'a 
admise le très docte auteur qui a étudié les proportions. 
Maître Nicole Oresmc : Lorsqu'on se trouve en présence d'un 
très grand nombre de grandeurs et que les valeurs des rapports 
de ces grandeurs n'apparaissent pas aisément, on doit penser 
que beaucoup de ces grandeurs sont incommensurables entre 
elles^. Ainsi, les espaces parcourus sont, généralement, incom- 
mensurables entre eux. Lors donc qu'on vous propose un 
semblable cas, il vous faut répondre que l'espace parcouru en 
l'heure entière est incommensurable avec l'espace parcouru 
en la première partie proportionnelle. « 

En affirmant ainsi que la somme d'une série de nombres 
commensurables sera, en général, un nombre incommen- 
surable, notre Régent du Collège de Coqueret fait preuve 
d'une divination qu'il est permis de déclarer fort perspicace. 



I. Alvari Thomae Op. laud., troisième fol. après le fol. sign. 3 q, col. d. 
s. Alvari Thoma; Op. laud., ibid. 

3. Celte proposition est, eii effet, le fondement du Tractalus de proporlionaUtale 
motuum cselestiunx composé par Nicole Oresme. 



286 BULLETIN HISPANIQUE 

Il prévoit cependant le cas où la réponse qu'il vient de dicter 
ne satisferait pas le calculateur auquel elle serait donnée, 

« Mais, me direz-vous, le calculateur va insister de toutes 
ses forces, avec aigreur et brutalité; sa bouche distendue 
fera rouler les paroles à grand effet; le sourcil relevé, le 
front plissé, le Visage tragique, il affirmera bruyamment que 
son argument est insoluble; par ses clameurs répétées, il 
s'efforcera de démontrer au vulgaire que son adversaire est 
vaincu et défait. 

» En une semblable circonstance, répondrai-je, j'estime qu'il 
vous faut user de deux sortes de ruses. 

» Première ruse : Il vous faut tourner l'argument de l'adver- 
saire en ridicule et en dérision, le traiter comme question 
inutile et inintelligible; demandez que l'on vous donne une 
plume et un encrier, afin qu'à grand renfort de multiplications 
et d'algorithmes de toutes sortes il vous soit possible de 
calculer l'intensité de la vitesse dans le cas qu'il vous a 
proposé. 

» Seconde ruse : Répondez brièvement à celui qui vous 
argumente que cette vitesse ne se peut calculer d'une manière 
infaillible et précisément exacte; qu'il en est de même d'une 
foule d'autres vitesses difformes que l'on ne saurait, d'une 
manière naturelle, réduire à l'uniformité. Peut-être va-t-il, à 
grands cris, en affirmant le contraire, chercher à mettre hors 
de combat celui qui lui fait cette réponse. Que le répondant, 
à son tour, lui propose un autre cas analogue et lui dise 
d'évaluer l'espace parcouru par un mobile mù de telle vitesse 
dilTormc. S'il dit qu'il n'est pas possible, en ce cas, de trouver 
d'une manière naturelle la vitesse équivalente, le répondant 
ajoutera aussitôt qu'il en est de même, et pour la même 
raison, dans le cas proposé par le calculateur. Si celui-ci 
déclare, au contraire, que cet espace est naturellement assi- 
gnable mais (ju'il ne le veut pas assigner, qu'on lui en dise 
autant. » 

(iràce à Maître Alvarès Tlioiné, nous venons, pour ainsi 
dire, d'assister à une de ces disputes scolaires pour lesquelles 
les humanistes n'ont trouvé ni assez de mépris ni assez de 



DOMINIQUE SOTO ET L\ SCOLASÏIQL'E PARISIENNE 287 

colères. A n'en regarder que la mise en scène, elles étaient, 
il faut l'avouer, du dernier ridicule; ces deux maîtres-ès-arls 
qui se défient de sommer une série, avec les altitudes que 
prenaient les héros d'Homère pour se provoquer au combat, 
sont faits à souhait pour fournir des personnages à la comédie. 
Mais combien l'impression change, si l'on considère les ques- 
tions débattues avec tant de passion, et non plus la manière 
de les débattre! Les problèmes que ces maîtres et régents 
s'acharnent à résoudre, dont ils entrevoient parfois la solution, 
en dépit de leurs connaissances rudimenlaires en Mathéma- 
tiques, ce sont les deux grands problèmes de l'intégration des 
fonctions et de la sommation des séries. Et l'on se demande 
alors quels résultats ces hommes n'eussent point obtenus, 
quelle promotion ils n'eussent point imprimée aux Mathé- 
matiques s'il leur eût été donné de lire Archimède. 



XXII 

L'ÉTUDE DE LA LATITUDE DES FORMES A l'UnIVERSITÉ DE 

Paris, au début du xvi'' siècle (fin). — Les maîtres 
ESPAGNOLS. Jean de Celaya. Louis Coronel. 

A l'Université de Paris, les Espagnols et les Portugais 
faisaient partie de la même nation, la nation berrichonne; 
entre eux, les rapports devaient être intimes et fréquents. 

Ainsi l'espagnol Jean de Celaya, originaire du Royaume de 
Valence, est régent à Sainte-Barbe; son plus fidèle disciple est 
un portugais, Jean Ribeyro, de Lisbonne. 

A la fin de YExposilion de la Physique de Jean de Celaya', on 

I Exposilio niagistri ioaniiis Je Celaya Valeritini in octn libros phisicoruni Arislo- 
telis : ctim questionibui eiusdem, secundum Irlpllcem viam beali Thome, realium et nomi- 
nalium. Venundatur Parrhisiis ab llemundo le Feure in vico sancti Jacobi propeedeni 
sancti Benedicti sub intersi^^nio crescenlis lunecommorantis.Cum gratiaet Privilegio 
régis amplissimo. — Coloplion : Explicit in iibros phisicorum Aristotelis exposilio a 
magistro Joanne de Celaya Hyspano de regno Valentie édita : diini regeret Parisiusin 
famatissimo dive Barbare gymnasio pro cursu secundo anno a virgineo partu decimo- 
septimo supf-a millesimum et quingentesimum \^I[ idus Dccembris. diligenter im- 
pressa arle Johannis de pralo et Jacobi le messier in vico purelarum propccollegium 



288 BULLETIN HISPANIQUE 

trouve une lettre que Jean Ribeyro adresse, de Paris, à son frère 
Gonzalve. Après avoir navigué sur les côtes de l'Ethiopie dans 
l'espoir de faire fortune, après avoir fort mal réussi dans ses 
affaires, Jean Ribeyro sest dirigé vers Paris afin d'y rentrer en 
grâce auprès des belles-lettres. Là, il s'est attaché aux ensei- 
gnements de Jean de Celaya pour lequel il professe une si 
grande admiration qu'il regrette de ne pas voir son frère 
parmi les auditeurs dun tel maître; l'éloge qu'il en fait atteint 
aux plus hauts sommets du dithyrambe. 

Jean Ribeyro devait marquer, plus tard, sa piété envers Jean 
de Celaya en publiant et annotant les Introductions dialectiques, 
composées par celui-ci". 

L'attachement de Jean Ribeyro pour Jean de Celaya nous 
montre quelles intimes relations s'établissaient parfois, à 
Paris, entre maîtres espagnols et maîtres portugais. Il est 
permis de croire que le régent espagnol du Collège Sainte- 
Barbe, Jean de Celaya, n'était point sans connaître le régent 
portugais du Collège de Coqueret, Alvarès Thomé; les rap- 
prochements que nous aurons à faire entre les écrits de ces 
deux maîtres n'auront donc rien que de très naturel. 

En ses Expositions sur les P/iysirjues, sur le De Cœlo et 
Mundo, sur le De generatione et corruplione, Jean de Celaya 
suit, en général, cet ordre : 11 donne le texte d'Aristote, il en 
expose le commentaire littéral, puis, sous ce titre : Setjuilur 
glosa, il discute les opinions diverses et formule celle qui lui 
est propre. 11 agit tout autrement au troisième livre des Physi- 
ques, après qu'il a commenté ce qu'Aristote, aux trois premiers 
chapitres de ce livre, dit du mouvement. Le litre : Sequilur 
traclatus proportionum annonce % entre le troisième chapitre 
d'Aristote et le quatrième, l'insertion d'un écrit qui n'a plus 

cluniacensc coiiitiiorantium : SiimpUbns vcro lioncsti viri llcmuridi le feure ii» vico 
sancti Jacobi prope edein saricti benedicti Sub iiitcrsignio cresccntis lune moram 
Irabenlis. Laus deo. 

I. iJialecUce inlroduotiones sive Icrinini MajJtislri Joannis de celaya Valenlini : cum 
nonnullis (Ma^islri Jobannis ribeyro Llyxl)Oiieiisis siii discipuli) addilionibus rccenter 
iinpresse : el i>er eundem suc inltujriidU restitute. Colopbon : Imprime a Caen pour Micbcl 
eKlirard dict/ aubier, et Jacquet berlbelot libraires Deiiieuraiis audictlieii a leiiseigne 
du mout-Saiiut Micliel Près les Cordeliers. Et a este aclieue le. xxviij. iour de 
juillet MDWVIJ. 

». Joannis de Celaya Expositio in libros idiysicorum, fol. Ixi ij, col. d. 



DOMINIQUE SOTO ET LA SCOLASTIQtE PARISIENNE 289 

rien dun commentaire à l'œuvre du Stagirite, et qui ne rem- 
plit pas moins de soixante-quatorze feuillets'. 

« Comme nous nous proposons de traiter la triple forme du 

mouvement îmolus IriplicUalem rinmlari » C'est en ces 

ternies que débute le traité des proportions de Jean de Celaya. 
Ces mots évoquent tout aussitôt à notre esprit le titre du Liber 
de triplici motii composé par Alvarès Thomé. Et en effet, le traité 
que le Régent espagnol insère en son Exposifio in libres Physi- 
coriim suit exactement le même plan que le traité publié, peu 
d'années auparavant, par son collègue portugais; celui-là ne 
diffère guère de celui-ci que par une plus grande concision. 

La documentation de Jean de Celaya est la même que celle 
d'Alvarus Thomas. Le nom le plus souvent cité en son traité 
est celui du Calculateur; il est prononcé un douzaine de fois. 
Celui de Guillaume Heyiesbury est prononcé presque aussi 
souvent. Jacques de Forli est cité deux fois ; en l'une de ces 
citations 2, on rappelle qu'il voulait caractériser une latitude 
uniformément difforme, non par son degré moyen, mais par 
son degré le plus intense. 

Le Régent de Sainte-Barbe a lu les commentateurs italiens 
d'Heytesbury ; ici, à propos d'un sophisme relatif à l'accélé- 
ration, il citC'^ la réplique d'« Àngehis Forsempionensis, com- 
menlalor Entisberi » ; là, il rappelle' comment Gaétan de ïiène 
démontre une conclusion d'Heytesbury. 

Le nom de Gaétan de ïiène avait été cité par Alvarès Thomé; 
celui d'Ange de Fossombrone ne l'avait pas été ; le Régent 
portugais n'avait pas davantage prononcé le nom de Bernard 
Torni ; nous allons le trouver sous la plume de Jean de Celaya, 
en des circonstances qui méritent d'attirer notre attention. 

Un chapitre J du traité de Jean de Celaya porte ce titre : 
Sequuntur conclusiones Nicolai Orem. Il commence en ces 
termes : 

« Ces préliminaires posés, nous allons formuler quelques 

1. Joannis de Celaya Op. laud , fol. Ixi ij, col. d, à fol. cxvij, col. c. 

2. Joannis de Celaya Op. laud., fol. Ixxxiij, col. d. 

3. Joannis de Celaya Op. laud., fol. Ixxxv, col. a. 

4. Joanrys de Celaya Op. laud., fol. xcv, col. a. 

5. Joannis de Celaya Op. laud., fol. Ixxxviij, col. b. 



390 BULLETIN HISPANIQUE 

conclusions que Bernard Torni de Florence, commentateur 
d'ilenlisberus, attribue à Nicole Oresme. » 

Jean de Celaya ne saurait déclarer plus nettement qu'il n'a 
pas vérifié la justesse de l'attribution formulée par Bernard 
Torni et, donc, qu'il n'a pas lu le De difformikde qualilatam de 
Nicole Oresme. 

Alvarcs Thomé avait donné les solutions d'Oresme et de 
Torni sans faire mention d'aucun nom d'auteur, et cela bien 
qu'il eût soigneusement cité le nom d'Oresme cliaque fois 
qu'il empruntait une proposition au Tractalus proportionum. 

Quant à Jean DuUacrt, il avait attribué à Oresme quatre 
conclusions dont deux étaient de cet auteur et deux de Bernard 
Torni; visiblement, il ne connaissait l'œuvre du Maitre nor- 
mand que par le traité du Maître florentin. 

De même, Louis Goronel de Ségovie, en ses Perscrukdiones 
p/iysicœ ' que nous allons étudier tout à l'heure, donne une 
démonstration de la première proposition de Nicole Oresme; 
il la fait suivre de ces réflexions ^ : 

(( En son commentaire au traité du mouvement local 
d'Heytesburv, Bernard Torni prouve cette conclusion; Nicole 
Horent en a également donné, en ses Sop/iisrmda, une preuve 
que Bernard déclare admirable; c'est une belle conclusion, 
dit-il, et la démonstration en est extrêmement belle... Le Cal- 
culateur Suiset, lui aussi, en son traité De dijjbrmibus, formule 
cette conclusion, et il se sert dune autre démonstration qui 
est la suivante... » 

Les diverses remarques que nous venons de produire 
conduisent nécessairement à celte conséquence : A Paris, au 
début du wi" siècle, tous les maîtres lisent couramment le 
Trnclalas de moia locali de Bernard Torni; aucun d'entre eux 
ne lit le Tractalus de fujarallone polcidianim el iticnsnrannn 

I. l'Iiysice perscrutaliones magistri Ludovici Coroncl llispani Scj^oviensis. Proslarit 
in cdibiis Joaiinis Harhior librarii jurait Parrliisionsis académie sut) si^rio citsis in 
via re;,'ia ad divinn .lacohiun. An verso du [»reniier feiiilh;!, après le litre, une Icllre 
de Simon A;,'oberl à Jean A;,'ol)erl est dal(';e : l'arrliisiis, MDXI. — Une anlre édition 
de cet ouvrage a été donnée, en ir».'<<), l^n<;(luni, in e(lil)us .1. (liiinti; elle csl inliln- 
iée : Physire perscrutaliones e'iregii inlerprrlis magislri I.ndoviei Ooroncl. Nos citations 
sont toutes tirées de la première édition. 
^ j. Ludovici Coronel Op. latid., lih. III, De ditrormihus; édil. i5ii, fol. i,\ix, 
col. d. 



DOMINIQUE SOTO ET LA SCOLASTIQUE PARISIENNE 29 1 

dlfformitalum de Nicole Oresme; de ce dernier ouvrage, on ne 
connaît que ce qui a été répelé par le premier. 

De ce fait, quelle explication peut-on donner? Celle-ci et, 
semble t-il, celle-ci seulement : Le traité de Bernard Torni 
était irtiprimé; celui d'Oresme était demeuré manuscrit. 

Si Ion parcourt, en effet, la liste des ouvrages cités par Jean 
Dullaert, par Âlvarès Thomé, par Jean de Celaya, par Louis 
Coronel, on constate que ce sont tous livres que l'impri- 
merie naissante avait reproduits. Le Calculateur, dont le traité 
compte déjà plusieurs éditions, est l'auteur le plus constam- 
ment lu. La collection imprimée à Venise en 1/194 fait 
connaître Heytesbury et ses commentateurs. On cite les traités 
des proportions de Thomas Bradwardine, d'Albert de Saxe, de 
Nicole Oresme parce qu'ils ont tous été imprimés. En revanche, 
nul ne lit le De dijjovmilaie qualUalum d'Oresme qu'aucun 
imprimeur n'a édité; le même oubli atteint le De primo motore 
de Swineshead et la Samma de Jean de Dumbleton. 

Pendant le demi-siècle qui suivit sa naissance, l'imprimerie 
assura vogue et durée à une foule d'écrits composés au Moyen- 
Âge ; mais, en même temps, elle habitua les doctes à ne plus lire 
que les pages transcrites par la presse. Tout ce qui, pendant ce 
demi-siècle, n'eut pas le bonheur d'être imprimé, tomba dans 
un profond oubli, d'où beaucoup d'oeuvres ne sont plus jamais 
sorties. 

Or le hasard, bien plutôt qu'un choix raisonné, avait désigné 
les écrits que les premiers imprimeurs devaient publier. Il 
advint ainsi que l'invention de l'imprimerie fut l'occasion de 
grandes injustices. En reproduisant en foule certains livres de 
seconde main, la presse leur procura une renommée imméritée, 
tandis qu'elle délaissait l'œuvre de l'inventeur, dont les rares 
exemplaires manuscrits, oubliés des lecteurs, allaient devenir 
la proie de la moisissure et des vers. VOpus auream calculalio- 
nuin, fatras ennuyeux, sans originalité, sans idée, fut avide- 
ment lu, profondément étudié, ardemment discuté en l'Uni- 
versité même où Nicole Oresme avait enseigné; et nul, pen- 
dant des siècles, ne s'est avisé que le Traclatus de difformilate 
qualitatum abondât en vues géniales. 



aga BULLETIN HISPANIQUE 

Revenons à Maître Jean de Celaya et aux problèmes qu'il 
emprunte à Oresme par l'intermédiaire de Bernard Torni. Ces 
problèmes, il les généralise de telle manière que chacun des 
théorèmes formulés comporte une infinité de cas particu- 
liers; ces théorèmes sont, d'ailleurs, presque textuellement 
empruntés à Alvarès Thomé dont linlluence se marque, très 
reconnaissable, en maint passage. 

Au moment où il annonce ces problèmes, Celaya, pour en 
faire valoir l'importance, tient ce curieux langage' : « Ces 
conclusions peuvent s'appliquer non seulement à la Médecine, 
mais encore à la Théologie sacrée; il suffît, en eftet, d'y rem- 
placer les termes : se mouvoir, mouvement, par certains de 
ceux-ci : avoir la fièvre, fièvre, ou bien : mériter, mérite. » 

Nous avons là un exemple de cet étrange confiance en la 
portée de la méthode mathématique que nous avions déjà 
signalée^ en étudiant l'École d'Oxford. Forts de cette confiance, 
les Scolastiques de Paris, au début du xvi^ siècle, n'hésitaient 
pas à considérer non seulement des intensités de fièvre, mais 
encore des degrés de mérite moral qui procédassent suivant 
des séries convergentes ou divergentes ; non contents de créer 
la Mécanique et la Physique mathématiques, ils rêvaient d'une 
Médecine mathématique, d'une Morale mathématique, d'une 
Théologie mathématique ; émerveillés par la puissance de 
l'instrument qu'ils s'essayaient à manier, ils ne pensaient 
pas qu'il existât aucune œuvre à laquelle cet instrument fût 
impropre. Les Humanistes se moquaient de cet enthousiasme, 
et les rieurs étaient du côté des Humanistes; les rieurs persi- 
fleront toujours l'inventeur, car entre la vérité qu'il entre- 
voit et l'illusion dont le séduisant mirage prolonge celte vérité 
jusqu'à l'infini, l'inventeur ne discerne jamais la frontière. 

Des quolibets dont la Scolastique parisienne était l'objet, 
l'écho parvenait assurément aux oreilles de Celaya. Or, en celte 
Scolastique, tout semblait bonne aubaine pour les moqueurs, 
faciles à réjouir à peu de frais. Que deux mobiles marchassent 



1. Joannis de Cnlaya Op. laud., fol. lixxviij, col. h. 

2. Voir le S III fie notre étude sur La Diakctique d'Oxford et la Scolastique italienne, 
publiée dans le liullelin italien. 



DOMINIQUE SOTO ET LA SCOLASTIQUE PARISIENNE 398 

de mouvements différents, que deux hommes eussent des 
fièvres inégalement fortes, que deux chrétiens péchassent plus 
gravement lun que Tautre, ces deux mobiles, ces deux hom- 
mes, ces deux chrétiens s'appelaient invariablement Socrate et 
Platon ou, plutôt, Sortes et Plalo; en tous les sophismala, en 
toutes les calculationes qui encombraient la Physique, la 
Médecine, la Théologie, on voyait réapparaître l'inévitable 
Sortes; aussi les calculatores parisiens recevaient-ils de leurs 
adversaires les sobriquets imaginés par Nifo : captiunculatores, 
Sorticolse. 

Celaya souffrait, sans doute, de sentendre appeler Sorticole ; 
il s'excuse d'imposer si souvent à Sortes des mouvements de 
difformité variée. « Ne vous étonnez pas, dit-il ', si, pour établir 
ces conclusions, je me suis servi de noms ic\s que Sortes et Plato, 
et non pas de lettres de l'alphabet; ces lettres mettent beaucoup 
de brouillard en l'intelligence d'un grand nombre d'écoliers ; 
aussi, dans ce qui va suivre, je n'en userai que fort peu. » 

L'extrême analogie que l'on peut reconnaître entre le Liber 
de triptici mota d'Alvarès Thomé et le traité inséré par Jean de 
Celaya en son Expositio in oc ta libros Physicorum nous engage 
à ne point analyser ce dernier traité; indiquons seulement, en 
peu de mots, ce qu'il dit de la latitude uniformément difforme. 

Guillaume Heytesbury, Albert de Saxe et Paul de Venise 
ont pensé que la vitesse d'une roue qui tourne était la vitesse 
du point qui se meut le plus rapidement- ; contre cette opinion, 
on peut élever une foule d'objections, en sorte que l'on est 
amené à faire intervenir une seconde opinion, soutenue par 
d'autres iSominales^; selon cette opinion, la vitesse d'un mou- 
vement uniformément difforme par rapport au sujet doit être 
évaluée par la vitesse du point moyen ; si le mouvement est 
difformément difforme, cette évaluation doit se faire par 
réduction à l'uniformité. 

Par analogie avec la première de ces deux opinions, Jacques 
de Forli voulait^ que la vitesse d'un mouvement difforme fût 

1. Joannis de Celaya Op. laud., fol. Ixxviij, col. a. 

2. Joaanis de Celaya Op. laud., fol. Ixxxj, col. c. 

3. Joannès de Celaya Op. laud., fol. Ixxxij, col. c. 

4. Joannis de Celaya Op. laud.^ fol. Ixxxiij, col. d. 

Bull, hispan. 20 



2g4 BULLETIN HISPANIQUE 

la vitesse atteinte au moment où le mouvement est le plus 
intense. « Une autre opinion est celle de Guillaume Heytesbury, 
du Calculateur et de presque tous les autres philosophes; ils 
tiennent qu'en un tel mouvement difforme par rapport au 
temps, les diiTormités doivent être réduites à runiformité, et 
que la vitesse doit être évaluée par le degré auquel conduit 
cette réduction. 

)) De cette opinion découlent quelques corollaires. Le premier 
est celui-ci: Tout mouvement uniformément difforme com- 
mençant à zéro et finissant à un certain degré, ou commençant 
à un certain degré et finissant à un certain degré, correspond 
au degré moyen entre zéro et le degré extrême, ou bien entre 
les deux degrés extrêmes... » 

Cette opinion donne lieu à une longue argumentation où 
les noms d'Heytesbury et du Calculateur reviennent sans 
cesse, et avec justice, car, en cette théorie, leur influence est 
incessante; mais l'influence d'Alvarès Thomé n'est ni moins 
constante ni moins reconnaissable, bien que le nom du Maître 
portugais ne soit pas prononcé. 

La règle qui réduit à luniformité un mouvement uniformé- 
ment difforme est fréquemment appliquée au cours de cette 
argurnentation ; elle ne s'y trouve pas démontrée. Pour en 
obtenir une démonstration, il nous la faudra chercher là où 
Celaya traite, d'une manière générale, des qualités difl'ormes. 

Dans le cas général d'une qualité difforme quelconque, 
contrairement ù ce que soutiendra Jacques de Forli, « le 
Calculateur' défend une opinion qui est communément tenue 
comme la plus probable. L'intensité d'une forme difforme ne 
doit pas être évaluée par la partie la plus intense de cette 
forme, mais par réduction des difformités à l'uniformité. » 

En particulier, (( une qualité uniformément difforme entre 
zéro et un certain degré est aussi intense que le degré moyen 
entre zéro et ce degré extrême. Si, par exemple, une ([ualité 
est uniformément difforme entre o et 8, elle est aussi intense 
que le degré 4, qui est le degré moyen entre o et 8. Ce que je 

I. Joannis de Celaya Op. lawl., fol. ciij, coll. c. cl d. 



DOMINIQUE SOTO ET LA SCOLASTIQUë PARISlEMfE 290 

démontre ainsi : Que l'on prenne l'excès par lequel la moitié 
la plus intense surpasse k\ que l'on pose cet excès sur l'autre 
moitié de telle manière que l'extrémité la plus intense de cet 
excès soit posée sur l'extrémité où la moitié la plus faible 
atteint le degré zéro, et que l'extrémité la moins intense de cet 
excès soit placée du côté qui regarde la moitié la plus intense. 
La qualité ainsi obtenue sera uniforme et de degré [\. Or, autant 
elle a perdu en une de ses moitiés, autant elle a acquis en 
l'autre. Auparavant, donc, elle correspondait aussi au degré k. 

» Et si vous demandez ce qu'est cet excès, je vous dirai que 
c'est une qualité [uniformément difforme] commençant à o et 
finissant au degré 4... 

)) Une seconde conclusion est celle-ci : Si une qualité uni- 
formément difforme commence à un certain degré et finit à 
un autre degré, elle correspond au degré moyen entre les 
deux degrés extrêmes... Cette conclusion peut se prouver de la 
même manière que la précédente. » 

Aucun des maîtres anglais, italiens ou parisiens que nous 
avons cités jusqu'ici n'a donné à cette démonstration une 
forme plus voisine de celle qu'Oresme avait adoptée; à vrai 
dire, c'est ici la démonstration même d'Oresme; il n'y manque 
que la figure, qui y eût mis une plus grande clarté. 

A regarder de près, il y manque aussi la définition de la 
quantité d'une forme, définition qu'Oresme seul a donnée 
explicitement. 

Les quelques extraits du livre de Gelaya, donnés en ce qui 
précède, suffisent à montrer que le Régent de Sainte-Barbe 
était des plus versés en la science des latitudes difformes et de 
leur réduction à l'uniformité; l'intérêt qu'il portait à cette 
étude se remarque même en d'autres ouvrages que YExposilio 
in libros Physicorum. Ainsi, en VExposUio in libros de Cœlo el 
Miindo qu'il donna un au plus tard, nous l'entendons' 
rectifier une application illégitime de la règle d'Oresme. 

t. Exposilio magistri ioannis de Celaya Valentini in. quator libros de celo et mundo 
Aristotelis: cum questionibus eiusdem. Venundantur inedibus Hemundi le Feure in via 
divi Jacobi prope edem sancti Benedicti sub signo crescentis Lune moram trahcntis. 
Cum Gratia et Privilégie régis ainplissimo. Colophon : Explicit cxpositio Magistri 
Joannis de Celaya Valentini in quatuor Libros Aristotelis de Celô et Mundo, cum 



296 BtLtEtlN HiSPANiQUÈ 

Les écrits de Jean Dullaert de Gand, d'Alvarès Thoiné de 
Lisbonne," de Jean de Celaya de Valence nous ont montré quel 
développement létude mathématique du triple mouvement, 
du mouvement local, de l'augmentation et de l'altération, 
avait pris, à Paris, au début du xvT siècle. 

Les Quœstiones in libros physicorum de Dullaert furent 
imprimées en i5o6; le Liber de tripliei inotii d'Alvarès Thomé 
est daté de 1Ô09; VExpositio in libros physicorum de Celaya 
parut en 1017; c'est donc entre ces deux derniers écrits que 
l'ordre chronologique place les Perscrutationes physicse com- 
posées par un régent espagnol du Collège de Monlaigu, 
Louis Coronel de Ségovie; la première édition' de ces Perscru- 
tationes porte, en effet, la date de i5ii. 

Comme aux Questions de Dullaert, comme en ï Exposition de 
Celaya, c'est le troisième livre des Physicse perscrutationes qui 
nous apprendra ce que l'on doit penser des trois mouvements 
et de leurs vitesses. Louis Coronel divise, en effet, ce livre en 
quatre parties. La première partie, consacrée au mouvement 
local, traite de la nature de ce mouvement et, en particulier, 
du mouvement des projectiles et de Vimpetus. La seconde 
partie a pour objet le mouvement d'altération; on y trouve 
non seulement la discussion des diverses doctrines sur l'in- 
tensité des formes, mais aussi, sous le titre : de dijformibus, 
la plupart des considérations sur les latitudes uniformes et 
difformes dont nous pailerons ici. La troisième partie, très 
courte, étudie le mouvement d'augmentation. Enfin la qua- 
trième recherche comment doit être évaluée la vitesse en 
chacun de ces trois mouvements; l'analogie de cette quatrième 
partie avec le Traité des proportions d'Albert de Saxe est 
visible et, d'ailleurs, avouée par l'auteur. « L'étroilcsse du 
temps, » écrit-il en la terminant ', « me presse d'avancer avec 

questionibus piusdcm, novissime cl cum maxima vigilanlia in lucem rcilacta : ac 
impressa arlc ac artilicio Joaiinis du pr<; et Jacobi le messicr. Aiino a parla vir^inoo 
Millcsimo, Qiiingonlesimo deciinoocla\o die yicesiinaprima Mensis Juuii Sumptibus 
vero Hcdinuudi le feiire : iii vico sancli Jacobi propc edem sancti Beoedccli, sub 
intersi;,'nio crcscciilis Lune moram trahenlis; loi. xix, col. c. 

I. Nous avons décrit plus haut cette édition, dont toutes nos cilalions seront 
tirées. 

a. Lndovici Coronel Op. laud., Mb. III, pars IV; éd. i5ii, fol. Ixxx, col. b. 



DOMINIQUE SOTO ET LA SCOLASTIQLE PARISIENNE 297 

rapidité; je ne m'attarderai donc pas plus longtemps en 
l'étude de la vitesse. Que ceux qui voudraient être informés 
plus à plein de cette matière voient ce qu'Hentisberus et le 
Calculateur ont écrit sur le mouvement local, et ce qu'Albert 
de Saxe en a dit dans le petit livre Des proportions. » 

Ce passage nous apprend, à la fois, de quels auteurs Louis 
Coronel s'est inspiré, et quelle forme résumée il a donnée aux 
chapitres suggérés par eux. 

Les principales sources auxquelles il puise sont, en effet, 
celles qu'il vient de nommer : Le Tractatus proportionum 
d'Albert de Saxe, le Tractatus de tribus prœdicamentis de 
Guillaume Heytesbury, enfin le traité du Calculateur. Il a lu 
également, et cite volontiers, la Sunima philosophiœ de Paul de 
Venise et le De intensione et remiss ione formarum de Jacques de 
Forli. Enfin, il a sûrement étudié les commentateurs italiens 
d'Heytesbury; il cite' une opinion émise « par Gaétan en son 
commentaire au traité du maximum et du minimum dHen- 
tisberus » ; et nous avons vu qu'il emprunte à Bernard ïorni 
un théorème de Nicole Oresme. 

La documentation de Louis Coronel est donc identique à 
celle d'Alvarès Thomé et de Jean de Celaya; la doctrine qu'il 
en extrait est aussi toute semblable à celle qu'ils en avaient 
tirée; mais il ne lui accorde pas l'ample développement que 
ses collègues de Coqueref et de Sainte-Barbe lui avaient donné. 
De cette doctrine, le Régent de Montaigu se borne à formuler 
les propositions qui lui semblent les plus importantes. 

Sur quelques problèmes de Nicole Oresme et de Bernard 
Torni, Alvarès Thomé avait greffé une théorie mathématique 
assez étendue, ébauche de la théorie des séries ; Jean de Celaya 
allait reproduire en entier cette théorie. Louis Coronel ne 
reprend ni les quatre problèmes exposés par Bernard Torni 
ni même les deux premiers, qui sont d'Oresme; il se borne 
à résoudre le premier de ces problèmes. 

En traitant de dijformibus, Coronel énonce ' la règle par 
laquelle une qualité uniformément difl'orme correspond à son 

I. Ludovici Coronel Op. laud., lib. II, pars III; éd. i5ii, fol. xl, col. a. 
3. Ludovici Coronel Op. laud., lib. III, pars II; éd. i5i i. fol. Irix, col. a. 



agS BULLETIN HISPANIQUE 

degré moyen; cette règle, il n'en produit aucune démons 
[ration; il se borne à détruire une interprétation erronée que 
le Calculateur en avait donnée. 

Cette règle, il l'invoque encore pour réduire à l'uniformité 
une vitesse distribuée d'une manière uniformément difforme, 
soit au sein du sujet, soit au cours du temps: ce qu'il dit de 
cette réduction se termine en ces termes ■ : 

« Si l'un de ces deux mobiles ou tous deux se meuvent d'une 
manière uniformément difforme, ou bien encore si la vitesse 
est difformément difforme, la difformité devra être réduite 
à l'uniformité selon son degré moyen, et l'on dira que le 
mobile se meut d'une manière difforme avec ce degré de mou- 
vement. Presque tout ce qui a été dit des qualités diilbrmes 
peut s'appliquer au mouvement difforme; aussi n"insisté-je pas 
davantage sur ces considérations. Que l'on consulte les règles 
données par lleytesbury dans le Tractât us de motii iocali; elles 
sont assez bonnes et faciles. Quant à celui qui désire user son 
temps en pure perte, qu'il voie les règles de Suiset; car, pour 
moi, je juge inutile d'insister plus longuement sur ces 
questions. » 

Le désir d'être bref n'a pas seul, semble-t-il, dicté ce propos; 
on y devine une grande lassitude de ces minutieuses chicanes 
auxquelles se complaisait le Calculateur. Cette lassitude, que les 
Humanistes portaient jusqu'au dégoût le plus profond, on en 
ressentait les premières atteintes, nous le savons 2, jusqu'en 
l'entourage de Jean Majoris; au gré des disciples du Maître 
écossais, et de ce maître lui-même, il était temps d'imposer 
un terme aux excès dialectiques que rinflucnce d'Oxford avait 
misa la mode; il était urgent de simplifier la Logique et la 
Physique. Les Perscrutationes physicx de Louis Coronel 
s'eflorcent, dune manière visible, à celte simplification. Mal- 
heureusement, le départ entre la paille inutile et encombrante 
qu'il convenait d'abandonner et le grain fécond (ju'il était bon 
de garder n'est pas, on ces Pfrscriitdtionrs, toujours fait avec 

I. Ludovici Coronel Op. Uiwi., Mit Ml, pars I\ ; éd. i5ii, foi. Ixxix. col. b. 

a. La Iradilion de Jean Burulan et la Science italienne au A VV" siècle, IV : La décadence 
de la Scolasliqiie parisienne après la niorl de Léonard de Vinci. Les attaques de 
rilii tnanisrni' hidier l'Tastnc et Louis N'ivès. 



DOMINIQUE SOTO ET LA SCOLASTIQl E PARISIENNE 299 

un entier discernement; bien des « broutilles à la Suiseth » ont 
été conservées, tandis que l'auteur rejette certaines théories 
dont l'avenir prouvera la fertilité ; pour que Louis Coronel 
évitât toute méprise de ce genre, il eût fallu qu'une prophétique 
intuition lui découvrît tout le progrès futur de la Science. 

Pierre DUHEM. 

(A suivre.) 



NUEVOS DATOS 
ACERCA DEL HISTRIONISMO ESPANOL 

EN LOS SIGLOS XVI Y XVII 

{Seganda série ^) 

Siglo XVII 

(Suite.) 



1638 

324. — Podcr de Pedro Ortiz de Urbina, tesorcro de la cofradia de 
N* S' de la Novena, â Juan de Nieva, autor de comedias, résidente 
al présente en Valencia, 6 donde estaviere, para cobrar de los autores 
de comedias y de sus companias los maravedises que hayan allegado 
de liniosnas para la dicha cofradia. Madrid, 21 Enero iC38. 

(Diego de Cepeda, 1687 à 42.) 

325. — Obligaciôn de Diego Robledo de asistir en la companfa de 
Bartolomé Romero, autor de comedias, desdc Carnestolendas de lOSg, 
hacer los segandos papeles, y cantar, ganando diez reaies de raciôn y 
20 por representaciôn, por la fiesta de! Corpus /ioo reaies, y très cabal- 
lerias para los viajes. 

Ademâs le ha de dar de présente 5, 000 reaies, que se descontarûn 
de las representaciones que haya después del Corpus. Madrid, 
26 Enero iG38. 

(Diego de Cepeda, 1687 à /ja.) 

326. — Concierlos de Andrcs de la Vega con algunos représentantes 
que le han de ayudar en las fiestas y oclavas del présente ano: 

Jerônimo Velâzquez representarâ, ganando 180 reaies por la fiesta 
del Corpus, 36 por cada fiesta de las de Agosto ô Septicmbre y 2() por 
cada una de las ordinarias. 

Juan de Trejo ganarâ 80 reaies por el Corpus, 2/» por las fiestas 
de Agosto ô Sepliembre y 18 por una de las ordinarias. Madrid, 
5 Febrero i638. 

(Juan Garcia de Albertos, iG38, f' 84.) 

I. Voir le Bull, hispan., 190C, p. 71, i!tS, 303; 1907, p. 36o; 1908, p. a43; 1910, 
p. 3o3; 191 1, p. 47, 3o6. 



NUEVOS DATOS ACEKCA DEL HISTRIONISMO ESPA>OL 3oi 

327. — Obligaciôn de Luis Candau y Mariana de Velasco, su muger, 
de pagar â Pedro Ortiz de Urbina 3,200 reaies que les ha prestado 
para desempenar unas ropas, y que le devolveran dentro de un ano, 
para cuya seguridad hipotecan unas casas que tienen en la calle del 
Infante. Madrid, 12 Febrero i638. 

(Diego de Cepeda, 163- à 42.) 

328. — Obligaciôn de Pedro de Ascanio, autor de comedias, y 
Antonia Infanta, su muger, de pagar a Pedro Ortiz de Urbina 2,200 
reaies que les ha prestado para socorrer a su compaîiia y représen- 
tantes de ella tanto de raziones como de préstamos. Madrid, 8 Marzo 
i638. 

En i3 de Junio pagaron esta cantidad y Pedro Ortiz de Urbina les 
devolvio el arca que le habfan entregado conteniendo varios vestidos 
y alhajas de plata. 

(Diego de Cepeda, 163; à 42.) 

329. — Gonciertos de Pedro de Linares con los représentantes que 
han de asistir en la compania que esta formando. 

Jerônimo de Médina harâ los segundos graciosos cuartos papeles, 
y tendra 6 1/2 reaies de parte. 

Isidro Gil, primer miisico, tendra 7 reaies de parte y una caballeria 
para los viajes. 

Pedro de Carmona, représentante, tendra 11 reaies de parte y 
2 caballerias. 

Pedro de Guzmân, gracioso, tendra 7 1/2 reaies de parte y una 
caballeria. Madrid, 3 Marzo i638. 

(Juan Garcia de Albertos, i638.) 

330. — Gonciertos de Hernân Sânchez de Vargas para las Restas 
del Corpus fuera de Madrid. 

Manuel Ruiz, représentante, ganarâ por la fiesta del Corpus 
200 reaies, por las demâs fiestas, si las hay, lo que entre ambos 
convengan. 

Hipôlito de Avilés, mùsico y représentante, con las mismas condi- 
ciones. 

Francisco Angel, para cantar y representar durante la Octava del 
Corpus, ganando 3oo reaies 

Gerônimo Velâzquez, représentante, ganarâ 100 reaies. Madrid, 
1 1 Marzo i638. 

(Juan Garcia de Albertos, 1648, f° 192.) 

331. — Obligaciôn de Bartolomé Romero, autor de comedias, de 
hacer la mitad de la fiesta del Corpus, cobrando 800 ducados, en que 
entran los 200 de ayuda de costa, por la representacion, 5o de la mitad 
de la joya y 100 ducados por si representare el sâbado. 

Se obliga a dar los Autos y los Entremeses dos meses antes de la 
fiesta. Madrid, 26 Marzo i638. 



3o3 BULLETIN HISPANIQUE 

Otra firmada por Antonio de Kueda y Pedro Ascanio en igual fecha 
y con las mismas condiciones. 
(Arch. mun., clase i6, 2-196-4/i.) 

332. — Concierto de Angela Corbella, niuger de Luis Lôpez Sus- 
taele, autor de comedias, con Francisco Garro de Alegri'a, arrendador 
de les corrales de Madrid, sobre dejar desembarazado el corral del 
Principe desde el 17 del présente para que Luis Lôpez représente en él 
con su compania durante un mes, siendo los aprovechaniientos por 
partes iguales, una para el arrendador y otra para el autor, permi- 
tiendo ademâs â este que pueda salir de Madrid y hacer alguna fiesta 
que tuviere concertada. Madrid, 4 Agosto i638. 

(Juan Garcia de Albertos, 1648, f" 543.) 

1639 

333. — Concierto de Maria de Côrdova, muger de Andrés de la 
Vega, autor de comedias, en virtud del poder que le diô en 19 de 
Abril de i63i (y que no le esta revocado) ante Juan de Salazar, con 
Ana Alvarez, viuda, para asistir esta en la compania de Yega desde 
hoy hasta fin de Diciembre de este ano cobrando por las fiestas del 
Corpus 33o reaies, por cada fiesta de N ' S'^ â 5 ducados y por las ordi- 
narias â 3 ducados. Madrid, i"' Febrero iôSq. 

(Juan Garcia de Albertos, iCSg, f° 49) 

334. — Poder de Hernân Sânchez de Vargas â Bartolomé Manso 
para concertar fiestas que ha de hacer con su compania. Madrid. 
28 Febrero 1G39. 

(Juan Garcia de Albertos, 1639, f" 99.) 

335. — Capitulaciones matrimoniales entre Antonio Ramos de 
Villegas, hijo de Antonio Ramos y Eugenia de Villegas, con Francisca 
Manso, hijo de Bartolomé Manso y Angela ïorrada, représentantes. 

Durante los 4 anos primeros después de celebrado el matrinionio 
andarân juntos las 4 partes con los autores de comedias que Antonio 
Ramos estuviese concertado 6 en la compania que él formare, excep- 
tuando las fiestas â que antes de esta escritura estân comprome- 
tidos. 

Antonio Ramos le ha de dotar a su inuger en 300 ducados. Madrid, 
17 Marzo i()'A[). 

(Juan (îarcia de Albertos, 1639, f" 120.) 

336. — (Jbligaciôn de Luis Lôpez Sustaete, autor de comedias, de 
pagar al tesorero de la cofradia de N ' S' de la Novena 3Go reaies que 
de su compania se dieron de limosna de las representaciones que se 
hicieron hasta Carnestolendas de este ano, y que entregarâ para el 
r de Agosto de este ano. Madrid, 3o Marzo 1G39. 

(Diego de Cepeda, 1G37 à 42.) 



KUEVOS DATOS ACERCA DEL HISTRIONISMO ESPA5iOL 3o3 

337. — Obligaciôn de Daniiân de Espinosa, autor de comedias, de 
pagar â Pedro Orliz de Urbina, mayordomo y lesorero de N' S' de la 
Novena, 170 reaies « que se sacaron de limosna en la compania de 
Francisco Solano, autor de comedias, el ano pasado do 638 en las 
represenlaciones que se hicieron en ella. que el susodicho me dio y 
entrega para el efecto de los onlregar en esta corte el dicho Pedro de 
Urbina ». 

Los entregarâ para el di'a del Corpus pn'jximo. 
Testigos: Jusepe Hurtado, Antonio de Villalba y Barlolomé Manso. 
Madrid, 3 Abril 1639. 

(Diego de Cepeda, 1637 à /»2.) 

338. — Obligaciôn de Andrés de la Vega, autor de comedias, de 
pagar â Pedro Ortiz de Urbina, lesorero de la cofradîa de la Novena, 
838 reaies; 4oo que le entregô en Sevilla Pedro de la Rosa, autor de 
comedias, para entregar â la dicha cofradîa y eran de la limosna que 
procediô de su compania, y 238 reaies, procedentes de las limosnas 
de las represenlaciones bêchas por la compania del otorgante, y los 
200 restantes que le ha preslados el dicho Pedro Orliz de Urbina. 
Pagarâ para el dia del Corpus. Madrid, 5 Abril lôSg. 

(Diego de Cepeda, 1637 â 42-) 

339. — Caria de pago de Miguel de Rojo y Monzôn en favor de Luis 
Bernardo de Bovadilla,de 1,000 reaies y otros 1,000 y lantos,â cuenta 
de los 5,000 y tantos que le debia y por los cuales le lenîa ejecutado. 
Madrid, ii Abril 1639. 

(Juari Garcia de Albertos, 1639, f" i53.) 

340. — Obligaciôn de Hernân Sânchez de Vargas, aulor de come- 
dias, de ir â Navalcarnero con sus hijas Francisca y Maria Luisa, ha- 
ciendo las susodichas represenlaciones y cobrando 1,000 reaies. 

No harân sus hijas papeles de hombre, villana. frayle, monja ni 
angel, que lian de ser por cuenta de los comisarios de fiestas. Madrid, 
23 Abril 1639. 

(Juan Garcia de Albertos, 1639, f" 172.) 

341. — Cédula de erecciôn de la Escribania de Prolecciôn : 

(( Don Felipe por la gracia de Dios ". Por hacer bien y merced a vos 
Juan Garcia Albertos, mi escribano, y porque para las ocasiones que 
tengo de gastos me servis con docienlos y cinquenta ducados pagados 
en diez y ocho meses, y 1res pagas, con inlereses de ocho por ciento, 
de que con inlervencion del Licenciado José Gonzalez, del mi Consejo 
y Camara, olorgasleis escrilura de obligaciôn en forma anle 
Francisco de Yanguas, mi escribano, mi volunlad es que anle vos y no 
ante olro ningun escribano, pasen y se hagan lodas las escrituras de 
asienlos de comediantes de las companias que hubiere en mi corle, 
y de los de la Légua, y las demas escriluras de carruages, fieslas y 
alquileres de vestidos para allas, con calidad de que podais nombrar 



3o4 BULLETIN HISPANIQUE 

perSona que use del dicho oficio en vuestias ausencias y enfer- 
medades, siendo la que asi nombraredes, mi escribano, o aprobado 
por los del mi Consejo, y prohibe, defiendo y mando que ahora ni en 
ningun liempo no se puedan hacer, ni hagan ante otro ningun 
escribano las dichas escrituras de las cosas referidas, y si por algun 
accidente se mudare mi Corte de esta villa de Madrid, ha de pasar 
esta ocupacion y oficio donde quiera que residiere. Dada en Madrid 
a 29 de Mayo de 1689 aîîos = Yo el Rey. » 

i ••!.... . 12-2-5 ^ 

(Academia de la liistoria, — .) 

342. — Certificaciôn del escribano sobre los Autos del ano 1689. 

« Los quatro Autos de esta fiesta hicieron Manuel Vallejo y 
Antonio de Rueda, autores de comedias, que fueron, los dos que 
hizo Manuel Vallejo intitulados La Carcet del miiwlo que le escribio 
D. Antonio Coello, y el otro de Hercules que le escribio D. Francisco 
de Roxas, y los dos de Rueda, se intitula uno Santa Maria Egipciaca, 
y el otro sacramental se intitula El mejor huesped de Espana, que los 
escribio D. Pedro Galderon. Alargaronse las represenlaciones hasta el 
Domingo por la que se hizo a la seîiora Princesa de Carignan, que 
no estuvo con Sus Magestades por tener su hijo con viruelas, y no 
representarse viernes por la maùana por ser dia de San Juan. » 
Madrid, 22 Junio 1639. 

(Arch. mun., clase 16, 3-470-28.) 

343. — Obligaciûn de Andrés de la Vega, autor de comedias, de ir 
con su compafiîa, â la villa de Ruitrago y representar en el dia del 
Rosario y el siguiente très comedias de las que tiene puestas este ano, 
cobrando i,55o reaies. Madrid, 7 Julio 1689. 

(Juan Garcia de Albertos, 1689, f" 279.) 

344. — Asiento de Salvador de Vega con llernân Sânchez de Vargas 
sobre asislirenla compafifa de esta autor de comedias para representar, 
danzar y bailar desde 1° de Octubre de este ano hasta fin de Septiembre 
de 1640, ganando por la fiesta del Corpus 26 ducados y un vestido 
con cabos, por los fiestas de Agosto y Septiembre â 6 ducados cada 
una y por las demâs ordinarias à 4 ducados. Madrid, 80 Agosto 1G89. 

(^Juan Garcia de Albertos, 1689, f" 349.) 

345. — Poder de llernân Sânchez de Vargas, autor de comedias, â 
Salvador de Vega, représentante de su compania, para concertar com- 
paneros y senalarles sueldo. Madrid, 3o Agosto 1G89. 

fJuan Garcia de Albertos, 1689, f" 848.) 

346. — Poder de Maria de C;')rdoba a Matco Tendero, vecino de 
Leôn, « para que en su nombre pueda parecer y parezca ante el sefior 
Obispo de la dicha ciudad y Audiencia eclesiastica de ella y pedir y 
pida se le dé un traslado autentico y en forma de la sentencia que se 
diô en el pleito matrimonial que la susodicha tratû con Andres de la 



NUEVOS DATOS ACEIlCA DEL HlSTRlONlSMO ESPANOL 3oÔ 

Vega, su marido, por las causas y razonas en él declarados, que 
pendiô en la dicha Audiencia eclesiastica el ano pasado de mil y 
seiscientos y veinte y siete. » Madrid, i3 Noviembre i63g. 

(Juan Garcia de Albertos, 1689, f'/iGa.) 

347. — Carta de pago de los arrendadorcs del aprovechamiento de los 
corrales de comedias de Madrid de 120 ducados por 4 ailos del arren- 
damiento de unaposento û 3o ducados cada afio. Madrid, 21 noviem- 
bre 1639. 

(Juan Garcia de Albertos, 1689, f" l\6S.) 

1640 

348. — Obligacion de Andrés de Vega, autor de comedias, de ir à 
la villa de Fuentelencina para el sâbado y domingo infra octava del 
Corpus de este aîioy hacer con la compania que hoy tiene, 4 represen- 
taciones, dos autos y très comedias de las que tiene puestas para este 
dicho ano, cobrando 2,5oo reaies. Madrid, 1° Febrero i64o. 

(Juan Garcia de Vlbertos, i64o, f" 35.) 

349. — Poder de Andrés de Vega, autor de comedias, a Felipe 
Dominguez, de su compania, para concertar fiestas y asentar repré- 
sentantes. Madrid, 9 Febrero i64o. 

(Juan Garcia de Albertos, i64o.) 

350. — Obligacion de Juan Pérez de asistir durante un ano en la 
compania de Francisco Vêlez de Guevara para represenlar y bailar, 
ganando 6 reaies de raciôn y 7 por representaciôn, y para la fiesta del 
Corpus se le han de dar 220 reaies, dos caballerias y llevarle su hato. 
Madrid, 28 Febrero 1640. 

(Juan Garcia de Albertos, 1640, f" 63.) 

351. — Poder de Gabriel Cintor en nombre y con poder de los de 
su compaiîia (Hernân Sânchez de Vargas ; Francisca Maria Sânchez 
de Vargas, hija; Luisa Sânchez de Vargas, hija; Juan de Navia ; Luis 
Antonio; Juan de Bustaniante; Alonso Maldonado; Juan de Cogolludo 
y Juan Camacho) â Bartolomé Manso para concertar fiestas en su 
nombre. Madrid, 2 Abril i64o. 

(Juan Garcia de Albertos, i64o, f" 102.) 

352. — Obligacion de Luis Lôpez Sustaete, autor de comedias, de 
ir il la villa de Arganda para el miércoles infraoctava del Corpus y re- 
presentar dos comedias 6 autos de los que tienen puestos, cobrando 
1,600 reaies, mas los carros para el viaje, camas y posadas para la 
compania. Madrid, 20 Abril iG4o. 

(Juan Garcia de Albertos, i64o, f° i25.) 

353. — Poder de Andrés de la Vega, autor de comedias, por S. M., 
a Felipe Ordôiïez, représentante, que esta en Côrdoba, para que en 
su nombre gobierne y administre la compaiïia que tiene y haga todos 



3o6 BL"M,ETIN HISPANIQUE 

los contratos y conciertos necesarios desde lioy hasta Martes de Car- 
neslolendas de i64i. Madrid, 2 Abril iG/jo. 
(Juan Garda de Albertos, i64o, f° loi.) 

354. — Cerlificaciôn del escribano mayor del Ayuntamienlo de 
Madrid sobre los Autos del Corpus hechos en Madrid el ano de i64o. 

(i Los quatro carros que se representaron este ano fueron : los dos 
que compuso D. Pedro Calderon : Los Misierios de la Misa y El Jiiicio 
final: representôlos la compania de Luis Lopez, y los otros dos com- 
puso D. Francisco de Rojas,que fueron El Rico avarienlo y Las ferlas 
de Madrid; representôlos Bartolomé Romero. 

» En Madrid a 8 de Junio de iG^o. Francisco Mendez Testa. » 

(Arcli. mun., clase 16, [\-Zok-k-) 

355. — Carta de pago de Angela de Corbella, muger de Luis Lnpez 
Sustaele, aulor de comedias, de 1,000 reaies, primera paga de los 
2,000 en que esta conceptada la fiesta que su marido ha de hacer en la 
villa de El Barco de Avila para el dia de N" S' del Rosario. Madrid, 
r6 Junio lO/io. 

(Juan Garcia de Albertos, iG^o, f" i3o.) 

356. — Obligaciôn y concierto de Andrés de la Vega, autor de 
comedias, de enviar para los dîas 16 y 17 de Septiembre a la villa de 
Hita très mugeres que hagan los papeles que se les repartan de dos 
comedias que se han de hacer para la fiesta de la Santisima Cruz en 
dicha villa , siendo una de las comedias la de El primer condenado, y 
otra, la que enviare Andrés de la Vega. 

Ira ademâs un mûsico y un bailarin > se pagarâ por todo gSo reaies. 
Madrid, i3 Agosto lO/io. 
(Juan Garcia de Albertos, iGZio, f° 26/».) 

357. — Concierto de Francisco Vêlez de Guevara, Pedro de Covaleda 
y Francisco Alvarez de Vitoria, aiUores los très de una compania, 
sobre el viaje que han de hacer con su compania a la ciudad de 
Sevilla. 

Llevarân 21 mulas con 4 mozos, 3 literas con 2 mozos cada una, y 
las acemilas necesarias para llevar el hato, 

Saldrân el dia 1 1 de este mes y llegaràn â Sevilla el dia aS del 
mismo. 

Pagarân por las literas 1,740 reaies, por las mulas 2,53o reaies, y 
10 reaies por cada arroba del hato. Madrid, G Diciembre iG4o. 

(Juan (Jarcia de Albertos, i64o, f° 330 ) 

358. — Obligaciôn de Antonio Messia de rcpresentar los segundos 
papeles y bailar en l;i compania de Juana de Espinosa, viuda de 
Tomas Fernândcz de Cabredo, desde Carnestolcndas de iG'ji â las de 
iG'ii, cobrando 9 reaies diarios de raciôn y it por cada representa- 
ciûn que hicierc. Madrid, 11 Diciembre 1640. 

(Juan Garcia de Albertos, i64o, l" 338.) 



MJEVOS DATOS ACERCA DEL HISTRIOMSMO ESPA>OL 3o7 

359. ~ Poder de Francisco Vêlez de Guevara. Pedro de Covaleda y 
Francisco Alvarez de Vitoria, aiitores de comedias por S. M. y lodos 
de iina companla, â Luis Bernardo de Bovadilla para cobrar «cinco 
parliculares que a la diclia su compania se le quedaron debiendo de 
resto de los hechos en el aiîo pasadn de 633 y en este présente de G^o 
y por ellos mil reaies de vellon, segun S. M. la Reyna N" S" los manda 
pagar. » Madrid. i3 Diciembre i64o. 

(Juan Garcia de Albertos, i64o, f' Zkk-) 

1641 

360. — Concierto de Jaime Salvador, représentante, con Juana 
de Spinosa, viuda de Tomas Fernândez de Cabredo, autor que fué de 
comedias, de asistir durante un ano en su compania ganando 6 reaies 
de raci(jn y 8 de cada representaciim. iMadrid, - Enero i6Ai. 

(Juan Garcia de Albertos, i64i, f° k-) 

361. — Partida de defuncion de Antonio de Granados. 

(( Antonio de Granados pobre de solemnidad calle de (lantarranas 
murio en diez de Enero de i64i anos, enterrole la cofradia de Nuestra 
Senora de la Novena, fabrica très ducados 33. » lo Enero i64i. 

Es probable que la feclia del teslamento de Granados, publicado 
en la primera Série, esté equivocada, y sea de 8 de Junio de i64o. 

(San Sébastian.) 

362. — Obligaciôn de Pedro de la Rosa, autor de comedias, de 
pagar dentro de 24 boras 4,o3G r/4 reaies que ban importado los portes 
del hato de su compania desde Granada â Madrid. Madrid, i3 Enero 
i64i. 

(Juan Garcia de Albertos, iG4i, f° i6.) 

363. — Obligaci('>n de Santiago Valenciano, como padre de Antonia 
de Santiago, de que esta asistirâ en la compania de Juana de Espi- 
nosa, autora de comedias, durante un aiïo, cobrando 8 reaies de 
raciôn, ocbo por representaciôn, 3oo por la fiesla del Corpus, 
y 1,000 reaies prestados durante la Cuaresma. Madrid, i3 Enero i64i. 

(Juan Garcia de Albertos, iG4f, f" 24.) 

364. — Conciertos de Juana de Espinosa, autora de comedias, para 
reforzar su compaiiia, con los représentantes siguientes: 

Esteban Niïiïez y su mujer Josefa deSalazar asistirân en dicha com- 
pania durante un afio para hacer respeclivamente los terceros galanes 
y primeros papeles de damas, cobrando para ambos i3 reaies de 
racion, 20 de cada representaciôn, 5oo reaies y cuatro caballerias para 
la fiesta del Corpus y 2,700 adelantados en calidad de préstamo. 

Josefa Roman, viuda, harâ los terceros papeles, ganando 10 reaies 
de racion, i4 de representaciôn, 5o ducados para el Corpus y 3oo de 
préstamo. 



3o8 BtLLEtlN HlSPANlQtJË 

Francisco Garcia, para representar, canlar y bailar, ganando 5 reaies 
de raciôn, 7 de cada representaciôn, oo para el Corpus y 5oo de prés- 
tamo. 

Juan de Leôn, para canlar y poner la mûsica, ganando 6 reaies de 
racion, 8 por representaciôn, 200 para el Corpus y 400 prestados. 

Juan Mati'as Lôpez, para cantar, bailar y representar, ganando 
7 reaies de raciôn, 10 por representaciôn, 20 ducados para el Corpus 
y 3oo reaies de préstamo. 

Pedro de Cifuentes, para cantar, bailar y representar, ganando 
6 reaies de raciôn, 8 de cada representaciôn, y 5oo reaies prestados. 

Bernardo de Medrano, para el mlnisterio de la graciosidad, ganando 
9 reaies de raciôn, i5 por cada representaciôn y para el Corpus 
aSo reaies y très caballerias. Madrid, 19 Enero i6Z|i. 

(Juan Garcia de Albertos, i(3/»i, f" 25 y siguientes.) 

365. — Conciertos de Pedro de la Rosa, autor de comedias, con 
algunos représentantes que han de entrar en su companià. 

Pedro de Contreras asistirâ durante un ano en dicha companià, 
harâ los cuartos papeles y ganarâ 6 reaies de raciôn, 7 por cada repre- 
sentaciôn y 200 para el Corpus. 

Jerônimo de Ayala y Maria Ximénez, su mujer, para representar, 
ganando 19 reaies de raciôn y representaciôn para ambos, 3oo y dos 
caballerias para la fiesta del Corpus y 5oo prestandos durante la Cua- 
resma. 

Antonio de Velasco, mùsico, ganarâ 5 reaies de raciôn, l\ por repre- 
sentaciôn y para el Corpus i5o reaies y dos caballerias. Madrid, 
27 Enero iGA' • 

(Juan Garcia de Albertos, i64i, f°' 4i à 44.) 

366. — Conciertos de Antonio de Rueda con algunos représen- 
tantes para reforzar su companià. 

Luis Fernândez se obliga â que su hija Isabel Millân asistirâ 
durante un aâo, de Carnestolendas de este ano â las del 642, para 
representar los terceros papeles de damas, ganando 7 reaies de raciôn, 
8 por cada representaciôn, 4oo por la fiesta del Corpus, mâs très cabal- 
lerias, y se le prestarân 600 reaies. 

Juan de Navia, gracioso, ganarâ 11 reaies de raciôn, 11 de cada 
representaciôn, 3o ducados y dos caballerias para el Corpus, y 
5oo reaies de préstamo. 

Francisca de Narvaez, hija de Inigo de Narvaez, harâ los segundos 
papeles, ganando con su padre, que también representarâ, i4 reaies 
de raciôn, i4 cada representaciôn, 5o ducados para cl Corpus, mâs 
4 caballerias y llevado su hato, y de préstamo 2,000 reaies. Madrid, 
39 Enero i64'. 

(^Juan Garcia de Albertos, i64ij 

367. — Conciertos de Andrés de la Vega y Felipe Dominguez, 



NUEVOS DATOS ACERCA DËL UISTRIOI^ISMO ESPA5iOL SoQ 

autores de comedias, con los représentantes que han de asistir en su 
compani'a : 

Inès de la Cruz, para representar y bailar, ganando i,ioo reaies 
por las Restas del Corpus, ii ducados por cada una de las fiestas 
de N" S" de Agosto 6 Septiembre y 7 ducados por cada una de las 
ordinarias. 

Juan de Aldama, para representar la parte de graciosidad, ganando 
3oo reaies por las fiestas del Corpus y 5 ducados por cada una de las 
fiestas de Agosto ô Septiembre y 3 por las ordinarias. 

Josefa Maria, viuda, representarâ primeros papeles y ganarâ 1,100 
peales por la iiesta del Corpus, 11 ducados por cada fiesla de las de 
Agosto 6 Septiembre mâs 5 reaies de racion durante los viajes. 

Francisco Sânchez Ortiz y su majer Isabel Ortiz, ganarân 4oo reaies 
por la fiesta del Corpus, 4 ducados por cada Iiesta de las de Agosto 
ô Septiembre y 3 por cada una de las ordinarias. 

Gabriel Sedeiio, para cantar y poner la mûsica, ganando 600 reaies 
por el Corpus, 8 ducados por las fiestas de Agosto ô Septiembre y 
6 por cada una de las ordinarias. 

Salvador de Vega, para representar, cantar y bailar, ganando 
22 ducados por el Corpus, l\G reaies por cada fiesla de N" S' de Agosto 
6 Septiembre y 36 por cada una de las ordinarias. 

Juan Lôpez, para cantar, bailar y representar, ganando i5o reaies 
por el Corpus, 46 reaies por cada fiesta de Agosto ô Septiembre y 
36 por cada una de las ordinarias. 

Francisco de Leôn, para representar y bailar, ganando 16 vlucados 
por el Corpus, 34 reaies por cada fiesta de Agosto 6 Septiembre 
y 26 por las ordinarias. Madrid, Enero y Febrero de i64i. 

(Juan Garcia de Albertos, i64r). 

368. — Obligaciôn de Isabel Maria, mujer soltera, de asistir en la 
compania de Antonio de Rueda durante un aùo para hacer los 
primeros 6 segundos papeles de damas, y no rnenos, cobrando 7 reaies 
de raciôn, 10 por cada representacion, 3 reaies y très caballerîas para 
la fiesta del Corpus, y ademâs i,5oo reaies de préstamo. Madrid, 
i3 Febrero i64i. 

(Juan Garcia de Albertos, i64i, f" 76.) 

369. — Conciertos de Gabriel Cintor y Antonio de Benavente con 
los représentantes que han de asistir en su compania hasta Carnes- 
tolendas del aiio 1642. 

Francisco Rodrîguez y su mujer Sebastiana Mùiioz representarân 
ambos y ganarân 18 reaies de raciôn y representacion, 3oo reaies y dos 
caballerîas y llevado su hato para los fiestas del Corpus y ademâs les 
prestarân 25o reaies para mediados delà Cuaresma. 

Blas de la Cruz. para representar, ganando 4 1/2 reaies de racion, 
5 1/2 de representacion, 80 para el Corpus y i5o de préstamo. 

Bull, hispan, 21 



3lO BULLETIN HISPANIQUE 

Josefa Maria harâ primeras damas, ganando 7 reaies de racion, 
3 por cada representaciôn, 260 por el Corpus y i5o prestados. 

Nicolas de Fonseca, para cantar y representar, ganando 5 reaies de 
racion, 6 por cada representaciôn, i3o por el Corpus y otros i5o de 
préstamo. 

Diego Tomâs, para representar, ganando 5 reaies de racion, 7 por 
representaciôn, loo para el Corpus y i5o prestados. 

Toribio Bustamante y Maria de los Santos, su mujer, para repre- 
sentar, ganando 6 reaies de racion, 10 por representaciôn, 260 por el 
Corpus, mas dos caballerias, y 35o de préstamo, 

Juan Gonzalez y Maria Polonia, su mujer, ganarân 1 1 reaies de 
racion, iG por cada representaciôn, 5o ducados para el Corpus y 
5oo reaies prestados. 

Pedro de Cifuentes y Teresa de Briones, su mujer, ganarân (5 reaies 
de racion, 7 de cada representaciôn, 160 para el Corpus y 80 de 
préstamo. Madrid, 20 Febrero idlti. 

(Juan Garcia de Albertos, i04i.) 

370. — Poder de Bartolomé Romero û su mujer Antonia Manuela 
para concertar fiestas, admitir représentantes en su compania, cobrar 
y hacer escrituras de obligaciôn en su nombre. Toledo, aa Febrero 

(Juan Garcia de Alberlos, iG^i, f° i58.) 

371. — Obligaciôn de Andrés de la Vega y Felipe Dominguez de ir 
â la villa de Paracuellos y hacer en el dia del S"" Sacramento de este 
aûo dos comedias con sus bailes y entremeses : « la primera por la 
manana que ha de ser la de San Antonio y otra por la tarde, â lo 
humano, de las que tienen prestas para este aûo », por precio de 
3,250 reaies y ademâs la comida, camas y posadas. Madrid, 33 Fe- 
brero 16/41. 

(Juan Garcia de Albertos, iGZji, f° i3G.) 

372. — Concierto de Agustin Coroiiel y Juan Rodriguez de 
Antriago, aulores de comedias, para formar una compaîïia de racion 
y representaciôn durante este afio hasta Carnestolendas del prôximo, 
â pérdidas y ganancias igualcs, salvo 8 realcs de cada representaciôn 
y 100 reaies de la fiesta del Corpus, (jue se iian de sacar para Juana 
Bernabela, mujer de Juan Rodriguez de Antriago, y (pie no han de 
entrar en las pérdidas. Madrid, 23 Febrero 16/1 1. 

(Juan Garcia de Albcrtos, i6/ji, f" i38.) 

373. — Obligaciôn de Pedro de la Rosa y de su mujer Catalina de 
Nicolas de pagar ;'i liartolomé Romero, autor de comedias, y â su 
mujer Antonia Manuela, i,5oo rcales que les quedan â deber de rcsto 
de 3,000 « que los susodichos hubieron de haber por razon de très 
comedias que eran suyas y nosotros se las bicimos con nucstra 
compania, por cuya razon nos convinimos y concertamos en que 



NUEVOS DATOS ACEUCA DEL HISTRIOMSMO ESPA>OL 3ll 

los hubiesemos de pagar los dichos très mil reaies ». Madrid, 
2 Marzo i64i. 
(Juan Garcia de Albertos, 16A1, f" 167.) 

374. — Obligaciôn de Diego de Robledo, de asislir en la compania 
de Bartolomé Romero, autor de comedias, durante un ano para repre- 
sentar y cantar, ganando 10 reaies de raciôn, 22 de cada representa- 
ciôn, 55o reaies por la fiesta del Corpus y ademâs se le darân adelan- 
tados 2,5oo reaies. Madrid, 2 Marzo i6/ii. 

(Juan Garcia de Albertos, i64i, f' 169.) 

375. — Concierto de Antonio de Sierra, autor de comedias, sobre 
formar compania con los siguientes représentantes : 

Alonso Jiménez y su mujér Catalina de Padilla, esta para los pri- 
meros papeles de damas y su marido para representar; han de haber 
i5 reaies de parte. 

Nicolas de Alzamora y su mujer Juana \ erda, ambos para segundos 
papeles; i4 reaies. 

Juan de Abidamontes, primeros papeles, y su mujer Ana Maria, 
tercera papeles ; i5 reaies. 

Gregorio de Morales, para cantar, Angela Maria, su mujer, para 
li" papeles, y Maria de Morales, su hija, para representar lo que el 
autor le ordene, i5 reaies. 

Francisco Tribino, gracioso, ganarâ 10 reaies. 

Juan Maldonado, barba, cobrarâ 7 12 reaies. 

Jerônimo Nùnez, apuntador, ganarâ 4 reaies. 

Pedro Vâsquez, cobrador, ganarâ 5 reaies. 

Luis Diaz, cantor, ganarâ 6 1/2 reaies. 

Antonio Sierva, autor, representarâ los terceros papeles, y Agueda 
Corveda, su mujer, ayudarâ â cantar; ganarân 10 reaies de parte. 

Se seilala caja y para esta 8 reaies de parte que han de servir para 
beneficio de la compania ; para misa y ?s^ S^ de la Xovena se sefialan 
4 reaies que retendra el autor para entregar â la cofradia. Madrid, 
a Marzo i64i. 

(Juan Garcia de Albertos, i64r, f° 173.) 

376. — Obligaciôn de Luis Lôpez Sustaete de ir con su compania â 
Alcalâ de Henares ocho dias antes de Navidad de esie ano y hacer 
20 representaciones sucesivas en la casa de comedias de dicha villa, 
cobrando todos los aprovechamientos de cinco dias â su elecciôn, â 
excepciôn del aposento del Ayuntamiento. Madrid, 3 Marzo i64i. 

(Juan Garcia de Albertos, i64i, f" 178.) 

377. — Testamento de Gerônima de Burgos. 

« In Dei nomine, amen. Sepan quantos esta carta de testamento, 
ultima y postrimera voluntad, vieren como yo Gerônima de Bur- 
gos, viuda muger que fué de Pedro de Yaldes, difunto, estando 
enferma en la cama de enfermedad que Dios >uestro Sefior ha sido 



3l2 BULLETIN illSPA>iQUÈ 

servido de me dar y en mi buen juicio y enlendimiento natural... 
ordeno este mi testamento en la manera siguiente : 

» Primeramente encomiendo mi aima â Dios Niiestro Senor que la 
criô y redimio con su preciosa sangre, pasion y muerte, y el cuerpo à 
la tierra de donde fue formado = Y que quando su divina Magestad 
fuere servido de me llevar desta présente vida, mando se sepulle mi 
cuerpo en la parroquial de senor San Sébastian desta villa en la sepul. 
tura que pareciere â mis testamentarios, y que el dia de mi falleci- 
miento, si fuere liora, se me diga una misa cantada, cuerpo présente, 
vigilia y responso, y si no fuere hora, pase al dia siguiente y que se 
vista mi cuerpo con el habito de San Francisco. 

» Item declaro que soy cofrada de la cofradia de Nuestra Senora de 
la Novena, encargo a los cofrades de la dicha cofradia hagan con mi 
lo que tienen obligacion. 

» Mando se digan por mi aima cinquenta misas de aima en altares 
de privilegio. » 

(Otras 5o misas por el aima de Ana Garcia, su criado, difunta.) 

(A las mandas forzosas dos reaies.) 

(Que se venden las casas que tiene en Valladolid, parroquia de 
S. Pedro, y que pagadas las deudas, se aplique el rémanente â misas, 
sufragios y obras pias por su aima y la de Pedro de Valdés, su 
marido.) 

(Que se tomen dos bulas de composiciùn para descargo de su con- 
ciencia.) 

(Albaceas : Bernardino Ordônez, vecino de Toledo, Pedro Orbina 
y Antonio Vâzquez.) 

« Dexo y instituyo por mi unica y universal heredera a mi aima y al 
aima del dicho Pedro deValdes, mi marido, para que tod(» lo (jue fuere 
se gaste y distribuya en misas y sufragios por cllas y en obras pias...» 

Madrid, 3 de Marz<» do iG/ii. 

(Juan Garcia de Albertos, 16/41, f" 188,) 

378. — Obligacion de .luana de Espinosa de ir con su com[)ania â la 
villa de Loechcs para el lunes infraoctavadel Corpus y haccrdos rcprc- 
sentaciones,por la manana los Autos que baya bccho en Madrid y por 
la larde una comedia, en precio de i,4oo rcales. Madrid, 3 Marzo i6'ii. 

(Juan Garcia de Albertos, i6/ii, f° '77-) 

379. — Oijligaciôn de Cipriano Enn'ciuc/. y Krancisca Maria, su 
mujer, de asistir él como guardarropa, y cUa para rcprcsrniar los 
cuartos p.ipclcs en la compania de Juan Kodrigucz de Aniriago, 
autor de comcdias, ganando 8 rcales de racion, 8 de cada reprcscn- 
tacion, ao escudos para la Resta del Corpus, y a5o reaies prcstados, 
([ue se les darân en Toledo para descmpenar varias prcndas. Madrid, 
Ix Marzo 19/ii. 

(Juan Garcia de Albertos, lO^i, f" i83.) 



NUEVOS DATOS ACERCA DEL HISTRIOMSMO ESPANOL 3l3 

380. — Obligaciôn de Antonio Cintor de asistir hasta Carnesto- 
lendas del aîîo prôximo en la compafua de Antonio de Benavente y 
Gabriel Cintor, autores de comedias, para cobrar en la puerta de las 
mugeres, ganando 5 reaies de racion, 5 de cada representaciôn, mâs 
dos caballeri'as para los viajes y llevado su hato. Madrid, 9 Marzo 16^1. 

(Juan Garcia de Albertos, i64i, f" 2o5.) 

381. — Obligaciôn de Juan Rodrîguez de Antriago, autor de 
comedias, de pagar para Abril de este ano â Andrés de la Vega, autor 
de comedias, 4/io reaies de vellon, « los quales confieso deberle del 
precio y por un traslado de la comedia de senor San Antonio para 
poderla representar con mi compaûia, de cuya comedia me doy por 
entregado â toda mi voluntad y su precio le confieso por justo.., » 
Madrid, 9 Marzo i64i. 

(Juan Garcia de Albertos, i64i, f^ 199-) 

382. — Poder de Pedro de la Rosa, autor de comedias, a D. Juan 
Gabanilles, para concertarle con el administrador de la casa de 
comedias de Yalencia sobre ir a este ciudad y hacer 5o representa- 
ciones sucesivas, cobrando los aprovechamientosacostumbrados y con 
i4,ooo reaies de préstamo. Madrid, i3 Marzo i64i. 

(Juan Garcia de Albertos, i64i, f" 208.) 

383. — Obligaciôn de Juan de Navia, de asistir hasta Carnesto- 
lendas de 1642 y hacer el papel de la graciosidad en la compania 
de partes que dirige Laurencio de Prado y Péri, autor de comedias, 
cuyos compaiieros son : 

Gaspar de Segovia, 

José de Reynoso, 

Miguel de Aguirre, 

Jerônimo de Sandoval, 

Miguel de Miranda, 

Jerônimo de Médina 

y Luis Diaz, 
ganando 8 reaies de raciôn, Sa de cada representaciôn, para la fiesta 
del Corpus 20 ducados, se le pagarân las raciones de Cuaresma y 
25o reaies prestados. Madrid, i5 Marzo 1641. 

(Juan Garcia de Albertos, i64«, f" 212.) 

384. — Concierto de varios représentantes para former compania 
para este ano hajo la direcciôn de Laurencio de Prado y Péri, autor : 

Laurencio de Prado harâ primeros y segundos papeles, y su mujer 
Manuela Morana representarâ terceras damas, y tendrânambos 24 reaies 
de parte. 

Gaspar de Segovia, para i"" y 2*' galanes, tendra 12 reaies de parte. 

Isabel dç Castro, primera dama, tendra 12 reaies. 

Miguel de Aguirre, para 3°' papeles, 10 reaies. 

José Reynoso, barba, tendra 8 reaies. 



3l4 BULLETIN HISPANIQUE 

Miguel de Miranda, cobrador, y Juana Bautisla, su mujcr, que harâ 
a"' damas, tendrân 17 reaies. 

Jerùnimo de Médina, segundo gracioso, 6 reaies. 

Luis Dîaz, mùsico, 7 reaies. 

Jerùnimo de Sandoval, apuntador, 6 reaies. 

Se senalan 12 reaies para la caja, y servirân para las necesidades de 
la compani'a; dos reaies para ^' S' de la Novena. Madrid, i5 Marzo 
i64i. 

(Juan Garcia de Albertos, i64i, f" 216,) 

385. — Goncierlo sobre los carruajes y caballerias que se han de 
dar à Francisco de Guzmân y Morales, autor de comedias, para 
Uevar su compania desde Madrid â la ciudad de ^'alladolid. Madrid, 
i5 Marzo i64t. 

(Juan Garcia de Albertos, 1641, f" 21 4.) 

386. — Obligacion de Laurencio de Prado y Péri, autor de come- 
dias, de ir â la ciudad de Segovia para iiacer los Autos Sacramentales 
de la fiesla del Santisimo, enviando ocho para que se elijan los dos que 
haya de hacer, cobrando 6,600 reaies por todo. Madrid, 16 Marzo i64i. 

(Juan Garcia de Albertos, i64i, f" 318.) 

387. — Obligacion de llernân Sânchez de Vargas, autor de come- 
dias, de ir â la villa de Cifuentes para el dia del Corpus y hacer con 
sus hijas P'rancisca Maria y Luisa ires representaciones, cobrando 
800 reaies. Madrid, i3 Abril 1641. 

(Juan Garcia de Albertos, i64r, f" 267.) 

388. — Conciertos de Laurencio de Prado y Péri, autor de comedias, 
por aigu nos représentantes para reforzar su compania hasta Carnesto- 
lendas de 1642. 

Jacinto Manuel y Petronila de Anaya, su muger, el r para cobrar y 
la 2' para representar, ganarân 10 reaies de raciôn, 12 por represen- 
taciôn, 220 para el Corpus y très caballerias. 

Maria Antonio y su hija Maria de Vivas, para representar, ganando 
10 reaies de raciôn, 10 por representaciôn y 200 para la fiesta del 
Corpus. 

José de Heynoso, barba, ganarâ 4 rcales de raciôn, 6 cada represen- 
taci(Jn y para el Corpus i5o reaies. 

Jerônimo de Sandoval, apuntador, ganarâ 3 reaies de raciôn, 4 por 
representaciôn y 7 ducados para el Corpus. 

Miguel de Aguirre, para representar, tendra (J reaies de raciôn, 
7 por represenlacii'tn y 180 reaies para el Corpus. 

Bartolomé de Hobles, para representar, y Alfonsa de Haro, su 
muger, para hacer segundas y terceras damas, ganarân 6 reaies de 
raciôn, 8 por cada representaciôn y i5o par la fiesta del Corpus. 

Gaspar de Segovia, para representar, tendra 8 reaies de raciôn, 
I i por cada representaciôn y 3oo para la fiesta del Corpus. 



?fUEVOS DATOS ACERC.V DEL HISTRIOMSMO ESPANOL 3t5 

Manuela Infanta representarâ, ganando 6 reaies de raciôn, 6 decada 
representaciôn y 4oo reaies prestados. Madrid, 17 Abril i64i. 
(Juan Garcia de Albertos, iG/ii, f" 260 y sig.) 

389. — Concierto de Pedro de la Rosa, autor de comedias, con 
D. Fernando de Ribera Coronado, agente gênerai del Duque de Bejar, 
de hacer en esta villa seis representaciones y très particulares, para la 
fiesta de San Juan de este ano. 

Ha de haber 9 comedias a elecciôn del Sr. Duque. 

Por todo se pagarân i,o5o ducados; 3, 000 reaies en el acto, 3, 000 
al salir para Bejar y los restantes al terminar la l'iltima representaciôn. 
Madrid, 24 Abril i64i. 

(Juan de Pineda, i64i, f" 178.) 

390. — Concierto de Juana de Espinosa, autora de comedias, con 
Segundo de Morales sobre alquiler de varios vestidos de représenter. 

Segundo de Morales entregarâ dichos vestidos la vispera del dia en 
que se baya de dar â la villa la muestra de la compania para los 
Autos del Corpus. 

Servirân para el di'a de la muestra, Jueves (dia del Corpus), viernes, 
sàbado, domingo y lunes infraoctava y pagarâ 1,200 reaies por el 
alquiler de los mismos. 

Si los ocupare en los corrales de Madrid, pagarâ cada dia 4o reaies. 
Madrid, 10 Mayo i6/ir. 

(Juan Garcia de Albertos, \6l\i , 1° 340.) 

391. — Obligaciôn de Juana de Espinosa de ir con su compania â la 
ciudad de Toledo para el 20 Junio de este ano y hacer 4o representa- 
ciones sucesivas, 3o précisas y 10 voluntarias, cobrando 55 reaies de 
ayuda de costa por cada representaciôn y adelantândole 6,000 reaies. 

Es condiciôn que si de la ciudad de Valencia la llaman, ha de ser 
obligada â concluir los representaciones fijas; pero podrâ dejar de 
hacer en Toledo las voluntarias. Madrid, 20 Mayo i64i. 

(Juan Garcia de Albertos, i64i , f" 343.) 

392. — Carta de pago de Pedro de la Rosa, autor de comedias, de 
4,000 reaies que le entrega Don Fernando de Ribera Coronado, agenle 
gênerai del Duque de Béjar, â cuenta de los i,o5o ducados que ha de 
haber por las 9 representaciones que ha de hacer en Béjar el dia de 
San Juan de este ano y los dos dfas siguientes. Madrid 17 junio i64i. 

(Juan de Pineda, i64i, f° 262.) 

393. — Escritura de ratificacion del concierto hecho por Juana de 
Espinosa y todos los de su compania obligândose â ir â Valencia y 
hacer las representaciones convenidas. Firman : 

Juana de Espinosa, autora. 

Ifiigo de Loaysa por si y por su muger Maria de Jesûs. 
Santiago Valenciano por si y por su hija Antonia Valenciano. 
Josefa Roman, viuda. 



3l6 BULLETIN HISPANIQUE 

Bernardo de Medrano. 
Juan de Léon. 
Francisco Garcia. 
'^ Juan Mati'as. 
Antonio Messia. 
Francisco Antonio Becerra. 
Jaime Salvador. Madrid, 22 de Junio i64i. 
(Juan Garcia de Albertos, i64i, f" 425. 

394. Obligacion de Juana Suârez, viuda de Juan Quadrado, de 
asistir en la companîa de Francisco de Guzmân, autor de comedias, 
desde hoy hasta Carnestolendas de 1642 por representar los terceros 
papeles ganando 7 reaies de parte. Madrid, 28 Junio 1641. 

(Juan Garcia de Albertos, i64i, P 428.) 

395. — El Gonsejo de Castilla propone â S. M. varios puntos y entre 
ellos que conviene mandar que no se hagan representaciones en los 
conventos de religiosas y religiosos, como se hace en Madrid que lo 
évita el Gobernador del Gonsejo, Madrid, 8 Agosto 1641. 

(Arch. hist. — Gonsejo, Leg. 53, n" 9.) 

396. — Obligacion de Alfonso de Osuna, représentante, résidente 
en la corte, de pagar a Francisco Martine/ de Uriarte i,io4 reaies que 
le debe. Madrid, 21 Agosto i64i. 

(Juan de Pineda, 164 1, f" 4o6.) 

397. — Poder de Antonio Garcia de Prado y Péri, autor de come- 
dias, y de su mujer Mariana de Morales Vaca â Jeronimo Povedano, 
vecino de Granada, para cobrar de Don Alvaro Nûnez de Lisboa, dos 
sortijas de diamantes que tiene en su poder, y, vendidas, pagar al 
mismo la cantidad en que se las dejô empeiîadas. Madrid, 3o Sep- 
tiembre i64i. 

(Juan Garcia de Albertos, i64i, f* 525.) 

398. — Poder de Andrés de la Vega, autor de comedias, a Pedro 
Ascanio para hacer en su nombre una compania de représentantes en 
la forma y con las condiciones que le parecieren convenientes. Madrid, 
24 Diciembre i64i- 

En virtud de este poder hizo los siguientes conciertos en el mismo 
dia. 

José de Garriôn, barba, servira en dicha compania desde el martes 
de Carnestolendas de 1642 â igual dia de ir)43, ganando 9 reaies de 
racion, i5 de cada represenlaci('»n, 3oo reaies por la liesta del Corpus 
y 800 prestados en cl acto. 

Pedro Manuel de Castilla representarâ los primeros papeles, 
ganando 10 reaies de racion, 20 por represenlaciùn, Goo y très cabal- 
lerias para la fiesla del Cor|)us y se le dan'i de préstamo lodo lo que 
quedare debiendo û Antonio de Kueda después de ajustadas sus 
cuentas. 



NUEVOS DATOS ACERCA DEL HISTRIONISMO ESPA^ÏOL 817 

Diego Osorio, gracioso, ganarâ 8 reaies de raciôn, i5 por represen- 
taciôn, 4oo y très caballerîas para el Corpus y 600 de préstamo. 

Juan Morana, mi'isico y cantor, y Josefa Morana, su liija, tercera 
dama, ganarân 16 reaies de raciôn, 18 de cada representaciûn, 700 y 
cuatro caballerîas para la fiesta del Corpus y cômo préstamo 1,000 
reaies. 

(Juan Garcia de Albertos, i64i, f'ôiS y siguientes.) 

CRISTÔBAL PÉREZ PASTOR. 
(Continuard.) 



VARIÉTÉS 



Infante = Infanta. 

En prononçant, le i" septembre iG83, l'oraison funèbre de Marie- 
Thérèse, Bossuet fut naturellement conduit à parler de la jeunesse de 
la reine et du temps qu'elle passa à la cour du roi Philippe IV son 
père. 11 imperte peu de savoir comment il se documenta sur la 
période espagnole de cette existence, ce qu'il en dit n'ayant rien (jue 
d'assez banal : un seul détail du récit mérite d'être noté, car il fait 
allusion à un usage local que les commentateurs des Oraisons n'ont 
pas su expliquer. 

Ôa la regardait en Espagne non pas comme une infante, mais comme un 
infant; car c'est ainsi qu'on y appelle la princesse qu'on reconnaît comme 
héritière de tant de royaumes. 

Là-dessus, M. P. Jacquinet pique cette note : « On la regardait 
comme un infant. A cause des deuils qui frappaient coup sur coup 
Philippe IV dans sa postérité mâle. (^)uatre > infants languirent et 
moururent très jeunes avant la naissance de don Carlos (Charles II) 
qui arriva en i66i. On avait donc pu croire que l'héritage de tant de 
couronnes tomberait aux mains de Marie-Thérèse. » La note en ques- 
tion ne rend pas compte du fait précis et curieux signalé par Bossuet 
qu'en Espagne on nomme infant au masculin la princesse héritière. 
Pour s'instruire de cette particularité espagnole, Bossuet n'eut pas à 
cherclipr bien loin ; il la trouva dans le récit de l'ambassade du maré- 
chal de Gramont, qui se rendit à Madrid en i65f) pour demander, au 
nom de Louis \IV, la main de Marie-Thérèse, c'est-à-dire dans le 
Journal du voyage d'Espagne de Franc.ois Bertaut, imprime à Paris 
en 16G9, on on lit à la page 07 : 

Le Jeudy 2,5 [octobre] on manda le Hoy en diligence, à cause de la maladie 
du petit Infant, car l'aisné on l'appelle El Principe, le Prince, et les autres 
Infantes. Infants, et l'aînée des Infantes, comme par exemple uoslre Heine 
future, on l'appelle Infante avec un e, et la seconde, on l'appelle Infanta avec 
un a. 

I. Non pas quatre, mais (rois: Balthasar, mort le 9 octobre i64G; Philippe, mort 
le i" novembre iGOi ; Ferdinand, mort le a3 octobre 1659. 



VARIÉTÉS 3 19 

Le même renseignement revient dans le même volume (p. 279; au 
chapitre (( De la cour du roy d'Espagne » : 

Kt l'on m'a dit une chose assez particulière, qui est que les Princesses se 
nomment Infantes, avec cette distinction que, quand il n'y a point de 
Princes, l'aisnée se nomme Infante comme si c'estoitun garçon, et les autres 
Infanlas avec un a. 

Bertaut recueillit-il vraiment sur place l'information qu'il a insérée 
dans son récit, et, si cela est, les Espagnols qu'il vit lui donnèrent-ils 
un renseignement exact;' A la première question, on peut sans aucun 
doute répondre afTirmativement, car ce détail d'étiquelte ne pouvait 
être appris nulle part ailleurs qu'en Espagne. Pour répondre à la 
seconde, il faut prendre un peu plus de peine. Une anecdote inédite qui 
a trait à une autre infante d'Espagne, destinée elle aussi à devenir reine 
de France, j'entends Anne d'Autriche, nous fournit déjà un premier 
témoignage à l'appui de ce que Bertaut affirme qu'on lui raconta 
en 1659. Voici cette anecdote telle que la narra à son sou\erain, Phi- 
lippe 111, l'ambassadeur espagnol Don Inigo de Cârdenas, dans une 
lettre datée de Paris, 27 janvier 1610. 

Après dîner, je me rendis chez la Reine et en entrant je vis, sur le bureau 
où elle était assise, un portrait de l'Infante Doua Ana, madame... « Ambas- 
sadeur, Mie dit-elle, regardez votre infante d'Espagne. » Je m'approchai 
pour regarder, comme il convenait, le portrait, et je dis : « Il est très bien 
et ressemble à Son Altesse. » Là-dessus la Reine se mit à rire : « Eh bien ! 
apprenez que ce polisson de Dauphin disait qu'elle serait très bien en habit 
de dame française, et demandait qu'on la peignit ainsi. » Je répondis : 
« Jésus! Votre Majesté dit-elle cela sérieusement? — Mais oui. — Que votre 
Majesté sache alors que cet habit de dame française lui siéra mal, car elle est 
infant et non infante. — Mais un infant n'est pas une femme! — Elle se 
nomme Doua Ana, mais elle est i'infant Doua Ana, et cela est aussi sûr 
que je le dis à Votre Majesté. » A ces mots, la Reine devint rouge comme 
une dinde et dit : « Je ne sais;» puis elle leva les épaules et se tut '. 

Pourquoi la reine Marie de Médicis rougit-elle en écoutant les 
propos do Don Inigo de Cârdenas, et qu'est-ce qui put alarmer sa 
pudeur de reine et de femme de quarante ans.^ On ne le voit pas. 

1. (« Fui despues de comer a la Reyna, y en entrando vi sobre el bufete donde 
ostava arrimada un relrato de la ynfanta Dona Ana, mi senora .. « Embaxador, mira 
vuestra ynfanta de Espana. » Holvi haçiendo lo que dévia con el relrato y dise : 
«Esta muy bueno y pareçe a Su Alteza. » Bolvio la Reyna riyendo : « Pues savé quel 
vellaco del Delfin deçia estaria muy buena en avito de dama françessa, que la pin- 
lassen ansî. » Respondi : « Jésus ! dizelo de veras V. M !* — Si os prometo. >' — Répli- 
qué : « Sepa V. M. no le bendra bien avito de dama françessa, ques ynfante y no 
ynfanta. » Replicô : « Ynfante no es muger. » Respondi : « Lamasse Dofia Ana,pero 
es el ynfante Dona Ana, y esto es çierto como lo digo a V. M. » La Reyna se puso 
colorada como una pava. Dixo : « No se. » Y subiendo los ombres calhi. » (Archives 
Nationales, K 1/162, n" 8.) 



030 BULLETIN HISPANIQUE 

Quoi qu'il en soit, le récit qu'on vient de lire nous prouve qu'en 1610, 
non pas l'héritière présomptive — Anne ne l'était plus — mais 
simplement laînée des infantes dEspagne était couramment appelée 
Infante au lieu d'infanta, au moins dans le jargon de la cour. En fait 
nous pouvons remonter encore plus liaut et constater que cet usage 
appartient déjà au siècle précédent. Le bon chroniqueur basque 
Estéban de Garibay, après avoir relaté dans son Compendio historial 
(livre XIX, chapitre VI), la mort du prince Don Juan, fils des Rois 
Catholiques, et la fausse-couche de sa femme Marguerite d'Autriche, 
événements qui eurent pour conséquence de faire passer le droit de 
succession au trône sur la tête d'Isabelle, infante d'Espagne et reine de 
Portugal, s'en prend à l'ignorance des gens de cour qui, pour faire 
les entendus, ont voulu, du temps de l'empereur Charles-Quint, appli- 
quer le nom d'infante, au masculin, aux infantes, lesquelles doivent, 
disent-ils, être nommées ainsi à cause de leur capacité à hériter de la 
couronne. Absurde, s'écrie Garibay, parce que contraire aux règles de 
la grammaire, qui établit la distinction des genres, et parce qu'on ne 
trouverait dans aucun document ancien, castillan ou latin, un seul 
exemple d'une telle confusion. Au surplus, à suivre ces novateurs, il 
faudrait, dit-il, nommer les princesses pnnces, car si le nom masculin 
d'infante doit être attribué aux infantes qui ne possèdent que la capacité 
d'hériter, à plus forte raison doit-on masculiniser les princesses 
royales qui sont en possession d'un droit. Et pourquoi s'arrêter en si 
beau chemin et ne pas nommer les reines rois, après leur avènement 
au trône? Toile est l'argumentation de Garibay, que je crois devoir 
transcrire à la lettre avant de la discuter. 

En este lugar no puedo dexar de notar la grande ignorancia de algunas 
gantes, especialmente cortesanos, que despuntando de agudos. han querido 
introduzir en tiempo d'el Emperador Don Carlos Maxime, nombre de 
infante en genero masculino a las infantas, pareciendoles, segun su enten- 
dimiento. que por ser capaces para la ercncia de les reynos, deven ser 
Uamadas assi. Esta es una absurda introduclon, por que allende de ser cosa 
contra todos los preccptos de granunalicas de quales quiera lengnas, en 
hazer dicion masculina feminina, no liallanin tal nombre en ningun grave 
auctor anliguo, ny en instrunienlos viejos de los arcliivos d'cstos reynos en 
lengua Lalina ny Caslellana, pero lo contrario en todas las ocasiones, hasta 
en algunas escripturas muy antiguas, llamando en Latin injantisa a la 
infanta. D'esla ignorancia por légitima consequcncia, se avia de seguir, que 
con mejor titulo, a las Princesas avian de Uaniar l^rincipes, por que quando 
las inl'antas hallandose reniotas de la sucession Real deven gozar, segun su 
parecer, d'el nombre masculino de infante, por ser solo capaces a la erencia 
Real, mas ocasion ay para ser llarnadas las Princesas Principes, por estar 
tan propincos y conjuntos a la corona Real, y assi segun eslo déviera ser 
Uamada Principe la nueva Prlncesa Dona Ysabel, Reyna de Portugal, que por 
la nmerte d'el Principe don Juan su hermano, venia a ser légitima y forçosa 
eredera de los reynos de Castilla y .\ragon ; pero gracioso sonido lernia, 



Variétés Sai 

dezir'por muger Principe Doua Ysabel? De lo mesmo resultaria otro mayor 
inconveniente, que las Princesas proprietarias venidas a reynar, con mayor 
titulo se avian de llamar Reyes y no Reynas, pues los reynos son suyos, de 
donde se seguia que a la Reyna Doua Y^sabcl, madré de la Princesa, avian 
de llamar Rey Doua Ysabel, cosa tan absurda, crassa y sin fundamentoquerer 
hazei' de infanla infante, y de Princesa Principe, y de Reyna Rey. Exemplos 
podria yo referir de graves y doctissinios varones para anular esta fragil 
inlroducion, pero porque en cosa tan clara y manifiesta séria superflue 
querer gaslar mas liempo en confcrencias, no ay para que mas tralar d'ello, 
deziendo que las hembras se han de llamar infanlas, Princesas y Reynas, y 
solos los varones infante, Principes y Reyes, especialmentc no adquiriendo 
por ello derecho alguno para la succession Real, ny para otro efîeto 
ninguno '. 

L'argumentation de l'excellent Guipuzxoain soulève plusieurs objec- 
tions. D'abord, la question grammaticale. On s'étonne que Garibay, 
si versé dans la connaissance des vieilles chroniques et des vieilles 
chartes, puisse dire que infante ne se trouve pas employé au féminin 
en ancien castillan. Or, on ne trouve que cela! Infante ou infant est 
régulièrement accolé à des noms féminins, en langue vulgaire ou en 
latin, depuis le plus haut Moyen-Age jusque vers la fin du xv" siècle 
et même au delà, ce qui n'a rien que de très naturel, puisqu'il s'agit 
(l'un adjectif ^enrm communis, qui n'a pris qu'assez tard l'a féminin 
par assimilation aux adjectifs à deux genres. Si donc les gens de cour 
prétendirent appliquer le mot infante aux infantes sans distinction, 
c'est-à-dire à toutes les filles du roi qui ont en etlet toutes la capacité 
d'hériter, il n'y avait lieu que de leur reprocher un archaïsme de lan- 
gage j. Mais est-ce bien là ce qui s'est passé? Je ne le pense pas. A mon 
sens, les cortesanos, si vertement tancés par Garibay, voulaient réserver 
la qualification d'infante aux seules infantes qui, à défaut de mâle 
vivant, acquéraient le droit de succession à la couronne : à celles-ci 
on donna aussi le nom de princesses par imitation du titre de prince 
(prince des Asturies) de l'héritier mâle, mais seulement quand elles 
avaient été Jurées par les cortes '. Au xvii° siècle, ni Anne ni Marie- 
Thérèse n'ont été appelées princesses, même pendant le laps de temps 
011 il fut possible de les tenir pour héritières présomptives : on ne les 
nomma jamais qu'infantes. 

Résumons : des divers textes qui viennent d'être produits résulte 

1. Compendio hislorial de las chronicas y universal hisloria de todos los reynos de 
Espana, Anvers, loyi, livre XIX, ch. VI. 

2. C'est ce qu'a commis, par exemple, le secrétaire qui a tenu la plume au nom 
de Marguerite d'Autriche, dans une lettre de cette princesse à Ferdinand le Catho- 
lique, datée de Bruxellrs, 2b novembre 1609, où on lit très distinctement : « la infante 
dona Ysabel... las olras infantes... la infante dona Maria... la in/an<c dofia Leonor». 
La lettre en question se trouve au fol. 82 du ms. Espagnol 3 18 de la Bibliothèque 
Nationale. 

3. Voir à ce sujet D. Manuel Colmeiro, Curso de derecho politico, Madrid, 1873, 
p. 307. 



33 2 BULLETIN HISPANIQUE 

évidemment que, dès le xvi" siècle, l'usage s'introduisit à la cour 
d'Espagne, et se continua jusque dans la seconde moitié du xvii', de 
dénommer infante, au masculin, les infantes ayant des droits assez pro- 
ches à la couronne et que l'on assimilait ainsi à des héritiers mâles, 
mais que cet usage ne reçut jamais de consécration officielle. En ce 
qui concerne Anne d'Autriche, l'appellation d'injante lui aurait même 
été donnée, d'après l'ambassadeur Cârdenas, après qu'elle avait perdu 
le droit d'hériter, car en 1610 elle avait un frère vivant, le futur 
Philippe IV, né à Valladolid le 8 avril i0o5: mais on doit croire 
qu'étant venue au monde le premier des enfants de Philippe lll, en 
1601, son entourage se plut à lui conserver la prérogative du titre 
d'infante. 

Ces considérations nous ramènent à Bossuet. Sachons gré au grand 
panégyriste d'avoir su mettre dans une de ses plus belles oraisons 
funèbres un détail de bonne couleur locale et un détail exact, comme 
il faut aussi lui savoir gré d'avoir, dans un autre de ses panégyriques, 
celui de Condé, désigné sous son vrai nom de comte de Fontaine l'un 
des glorieux vaincus de Rocroi, alors que nos historiens du xviir siècle, 
Voltaire en tête, ont changé ce nom en comte de Fuentes, erreur qui 
traîne encore dans bon nombre de livres. 

A. M. -F. 



UNIVERSITÉS ET ENSEIGNEMENT 



A propos du livre de M. Ernesto Quesada, 
«La enseiianza de la historia en las universidades alemanas» ■. 

Le Conseil académique de l'Université de la Plata (Facultad de 
Cienclas jarîdicas y sociales), voulant fonder une section littéraire 
proprement dite (filosojia, historia, letras), avait chargé un poly- 
graphe connu, M. Ernesto (Quesada, professeur d'économie politique, 
de poursuivre en Europe une enquête sur la méthodologie et la péda- 
gogie de l'histoire. Le gros volume où celui-ci a consigné, en rentrant 
d'Allemagne, le résultat de ses observations, marque dans le dévelop- 
pement des universités sud-américaines une date importante. On 
peut, sans exagération, lui attribuer la portée d'un manifeste. Il ne 
s'agit plus, en effet, de répondre aux besoins immédiats d'un pays 
en voie d'organisation. Le corps enseignant de Buenos-Ayres forme 
depuis longtemps des avocats, des médecins et des ingénieurs. Mais 
il est permis à l'Argentine, maintenant qu'elle possède le nécessaire, 
de se donner, comme les nations du vieux continent, le luxe envié 
d'une culture désintéressée. Ajoutons que, pour un Etat qui s'accroît 
par l'apport incessant de l'émigration, où les étrangers, notamment 
les Basques et les Italiens, forment des groupements homogènes, le 
problème de l'assimilation et de la nationalisation s'impose aux 
classes dirigeantes qui reconnaissent le besoin de constituer, au moyen 
de manuels scolaires mieux compris, une tradition intellectuelle repo- 
sant sur la connaissance précise et directe de l'histoire américaine. 
C'est à cette tâche que vont désormais collaborer, sans sortir de leurs 
domaines respectifs, l'enseignement secondaire et l'enseignement 
supérieur. 

On peut regretter que M. Quesada n'ait pas jugé à propos de se 
renseigner chez nous 2. Comment lui en faire un grief lorsqu'il s'ap- 
puie, pour établir la supériorité des historiens allemands, sur des 

1. La Plala, 1910, in-8°, iSiy pages. 

2. Sur le mèmesujetil existe un livre de M. RicarJo Rojas (La Reslauraciàn nacio. 
nalista. Buenos Aires, njog), qui étudie l'enseignement de l'iiistoire en France, en 
Allemagne, en Espagne, en Italie, aux États-Unis. Mais comme le titre même l'in- 
dique, il dépasse les proportions d'une enquête universitaire. L'auteur se propose 
avant tout de combattre les forces « desargentinizantes ». 



3a4 BULLËtlN HISPANIQUE 

témoignages français? Très bien informé d'ailleurs, il évite les écarts 
de l'enthousiasme irréfléchi. Ancien élève du gymnase de Dresde, 
ancien étudiant des universités de Leipzig et de Berlin, il se donne 
ouvertement comme un germanophile. Mais il ne cache pas que 
l'enseignement de l'histoire est subordonné, dans les établissements 
secondaires d'outre-Rhin, à la glorification des Mohenzollern, au 
devoir officiellement imposé de combattre les doctrines socialistes, 
communistes et anarchistes. Il remarque, d'autre part, que les univer- 
sités sacrifient trop souvent la pratique (Kônnen) à la spéculation pure 
(W'issen). Les jeunes gens, mal préparés au travail scientifique, se 
spécialisent prématurément, résignés à ne connaître à la fin de leurs 
études qu'une portion d'un chapitre de l'histoire nationale. Tout en 
rendant justice aux qualités indéniables qui justifient chez nos voi- 
sins le prestige de l'enseignement supérieur (liberté absolue des 
étudiants et des professeurs affranchis de la préparation des examens 
d'État, concurrence utile entre le titulaire et le privatdocent, collabo- 
ration des maîtres et des élèves dans les séminaires où l'on apprend 
à remonter aux sources, échange admirablement organisé entre les 
bibliothèques de l'Empire), M. Quesada reste fidèle aux traditions du 
génie latin. On ne voit pas que la méthode qu'il recommande aux 
futurs historiens de l'Argentine puisse les détourner de la culture 
française; car une bonne partie de l'Allemagne, et tout d'abord la 
Prusse, hésite à se rallier aux théories de M. Lampreclit, l'éminent 
professeur de Leipzig, dont le séminaire va servir d'archétype au 
centre d'études supérieures de la Plata. Son but est de constituer 
l'histoire de la civilisation mondiale. Dans un pays où la spéciali- 
sation a été poussée à ses dernières conséquences, il fait respecter les 
idées générales et démontre l'utilité des grandes synthèses. Comme 
Auguste Comte, c'est à la psychologie des groupes et des masses qu'il 
demande l'explication des phénomènes politiques et économiques. 
Et pour que la ressemblance avec le positivisme soit plus frappante 
encore, rappelons que M. Lamprecht divise l'histoire de la civilisation 
en séries, nous pourrions dire en étapes, dont l'étude comparée nous 
conduit, à travers des périodes d'intégration et de dispersion succes- 
sives, à un état social de plus en plus stable. 

Il ne nous appartient pas de discuter la thèse de la Kiilturgeschichie. 
On sait qu'elle soulève, aujourd'hui encore, de vives contradictions. 
La Bévue de synthèse historique a reproduit en njoô les arguments de 
M. Lamprecht et ceux de M. Bernlieim, son adversaire. Bornons-nous 
à constater que la sociologie sous toutes ses formes, ethnologie, 
folklorisme, anthropogéographie, est fort en honneur, depuis un 
demi-siècle environ, dans les pays de langue espagnole et surtout de 
langue portugaise. Il semble bien, sans qu'on puisse en indiquer les 
origines avec précision, que cette faveur se rattache au magnifique 



UNIVERSITES ET ENSEIGNEMENT 325 

épanouissement de l'École de Coïmbre, qui se proposait d'embrasser 
simultanément et successivement l'histoire sous tous ses aspects : 
« Nous commençâmes à aimer l'humanité, écrivait Eça de Queiroz 
avec une nuance de persiflage, comme jadis, au temps de l'ultra- 
romanlisme on aimait Elvire, tout de blanc vêtue au clair de lune. »> 
Les uns penchèrent vers lélude philologique des traditions popu- 
laires : « Je faisais des recherches qui duraient des semaines et des 
mois, déclare Capella, pour connaître l'origine et la signification du 
rameau de laurier suspendu à la porte des tavernes. » D'autres, et nous 
parlons des plus illustres, inclinèrent vers la philosophie. Le système 
d'Auguste Comte, introduit dans la péninsule par des ingénieurs 
formés à Paris, par des médecins qui lisaient les ouvrages de Robin 
et de Blainville, gagna ^bientôt l'Amérique. On se rappelle que les 
positivistes de Rio-de-Janeiro contribuèrent puissamment à l'organi- 
sation du centenaire de Camôes en i8So. A Buenos-Ayres même, 
leur doctrine s'est propagée. M. Ernesto Quesada, tout en penchant 
vers l'école de Spencer, ne peut refuser au conitisme une part de son 
attention. 11 faut convenir que la méthode sociologique, (ju'on l'ap- 
pelle ou non Kullnrhisiorische Méthode, s'accorde admirablement avec 
le programme des américanistes. Jusqu'ici, dans l'histoire universelle, 
on avait réservé une place prépondérante, pour ne pas dire exclusive, 
à l'élément indo-germanique. Mais l'heure est venue, semble-t-il, de 
réhabiliter les quatre cinquièmes de l'humanité. Déjà M. Lamprecht 
organise line vaste enquête sur le Japon. Ses disciples américains 
n'oublieront pas qu'on parle encore le guarani dans la province de 
Corrientes, le quichua dans celle de Santiago del Estero, l'araucanien 
à Mendoza. Au lieu de s'appuyer sur le témoignage des explorateurs 
et des missionnaires, ils voudront connaître de visu et in situ ce qui 
reste des civilisations disparues. Et lorsqu'il s'agira de peindre les 
conflits des races, plus tard la rivalité entre la métropole et ses colo- 
nies, enfin lorsqu'on abordera les problèmes soulevés par l'établisse- 
ment du régime parlementaire et de nos jours par l'immigration, ce 
sera encore, et toujours, la méthode comparative qui s'imposera. 
M. Quesada, il faut le reconnaître, a donc raison d'organiser l'ensei- 
gnement argentin u con amplio criterio sociologico ». 

Beaucoup de professeurs allemands, historiens et géographes, 
s'intéressent aux questions américaines. Citons au hasard MM. Hettner 
à Halle, AVeule à Leipzig, Ehrenreich à Berlin, Leonhard à Breslau, 
Wagner à Goettingen, Oestreich à Marburg, Lie à Rostock, etc.. Il ne 
semble pas toutefois qu'un Français doive tirer du livre de M. Quesada 
une conclusion décourageante. Jamais les relations intellectuelles 
entre Paris et Buenos-Ayres n'ont été aussi étroites. Les ouvrages de 
MM. Clemenceau et lïuret viennent de tourner une fois de plus l'at- 
tention du grand public vers l'Argentine. Nous commençons même 
Bull, hispan. aa 



326 BULLETIN HISPANIQUE 

à deviner qu'il existe une littérature américaine. On a traduit deux 
romans, tous deux historiques, mais d'inégale valeur, Des larmes et 
du sang, de M. C. 0. Bunge, La gloire de Don Raniire, de M. Enrique 
Larreta. Enfin Vlntercambio universitaire, grâce aux conférences de 
M. Loriu et de M. Martinenche, est entré dans la voie des réalisations 
pratiques. Nous espérons que les disciples argentins de M. Lamprecht 
se souviendront que l'école sociologique représentée chez nous par 
M. Durkheim a résolument orienté ses recherches dans le sens de la 
psychologie sociale des races primitives. C'est un nouveau terrain sur 
lequel Américains du Sud et Français peuvent ^e rencontrer pour 
faire œuvre commune. 

Georges LE GENTIL. 



L'Intercambio à Oviedo. 

Les professeurs chargés de représenter l'Université de Bordeaux 
à Oviedo cette année ont été MM. Bréhier et Dresch. Le premier, 
nommé tout récemment professeur de philosophie à Bordeaux, a eu 
ainsi tout de suite l'occasion de se rendre compte que l'Université 
d'avant-garde qui a pour recteur M. Canella était résolument et 
étroitement attachée à la culture française et à l'amitié française. 
11 avait pris pour sujet: La philosophie d'Henri Bergson, et ne pouvait 
mieux choisir pour contribuer à faire connaître notre vie intellectuelle. 
M. Dresch, professeur adjoint de littérature allemande, a parlé sur 
Les influences lilléraires de l'Espagne, en se limitant à celles qui se 
sont exercées sur la France et l'Allemagne. 

Ces deux conférences, qui ont eu lieu les 20 et 26 mars, ont obtenu 
un très vif succès. 



NECROLOGIE 



D. Marceline Menéndez y Pelayo. 

La mort de Menéndez y Pelayo a été pour l'Espagne un véritable 
deuil public : académies et sociétés, revues et journaux ont célébré 
à l'envi ses mérites et exprimé éloquemment leurs regrets. Ceux-là 
mêmes que les choses de l'esprit laissent d'ordinaire indifférents sen- 
tirent qu'avec lui disparaissait l'un de ceux qui font encore honneur 
à l'Espagne et qui ont su le mieux plaider sa cause, protester contre 
des dédains humiliants, mettre en lumière ses titres à l'estime, à 
l'admiration et parfois à la reconnaissance. Dans un pays ou la répu- 
tation d'un savant, si grand soit-il, n'a guère de chances de balancer 
celle d'un politicien ou d'un général, son nom était devenu presque 
populaire. Il représentait pour le grand public, comme en d'autres 
époques, celui d'im Pic de la Mirandole, toute la science humaine. 
La légende elle-même, fondée sans doute sur son extrême précocité, 
sur sa merveilleuse mémoire, sur l'abondance de son œuvre, s'était 
emparée de son nom; il était devenu, à l'égal de Lope de Vega (et 
la remarque n'a point échappé à ses biographes), l'un de ces types 
caractéristiques et représentatifs pour lesquels on créait jadis les 
épithctes de El Monstruo. el Divino, el Fenix. 

Cette admiration que, par un accord rare et touchant, toutes les 
classes de la société espagnole ont exprimée à l'unisson, sera certaine- 
ment partagée, hors d'Espagne, par quiconque connaît l'œuvre du 
critique prématurément disparu. Lorsqu'il y a treize ans on résolut de 
fêter la vingtième année de professorat de Menéndez y Pelayo à l'Uni- 
versité de Madrid, de tous les pays du monde ses amis, célèbres ou 
obscurs, apportèrent avec un égal empressement leur pierre au monu- 
ment érigé en son honneur {Homenaje d M. P., 2 vol., Madrid, 1899). 
Depuis cette date ses œuvres se sont multipliées, son talent a rayonné 
avec un éclat de jour en jour plus grand : il est devenu sans contesta- 
tion le grand maître de la critique espagnole. 

Nous n'avons pas l'intention de résumer ici, encore moins celle de 
juger cette œuvre : il y faudrait plus de loisirs que nous n'en avons, 
plus de science que nous n'en possédons. Nous voudrions simplement 
joindre l'hommage du Bulletin hispanique (auquel il avait souvent 



âaS BULLËTtN HISPANIQUE 

manifesté sa sympathie) à tous ceux que sa mémoire a déjà reçus. En 
dehors des spécialistes, le public français a jusqu'ici trop imparfaite- 
ment connu, me semble-t-il, les travaux, cependant si accessibles à 
tous, si larges d'inspiration, et d'une lecture si attachante, de Menéndez 
y Pelayo. Que n'ont-ils été rédigés en allemand! ils seraient traduits 
depuis longtemps. Mais, en espagnol, à quoi bon? C'est un axiome 
que -tout le monde chez nous comprend cette langue, sans l'avoir 
apprise. Bien rares aussi sont en France les notices sur l'auteur. 
Quelques critiques cependant, et, en particulier M. Boris de Tannen- 
berg, dans une substantielle étude, aussi bien documentée que sage- 
ment pensée et agréablement écrite i, l'ont présenté au public. Mais 
le public s'enthousiasme d'autant plus difficilement pour un savant 
que les sujets, les livres ou les auteurs dont il traite lui sont moins 
familiers, et comme au temps de Montesquieu, il est toujours commode 
de dire que ce que l'on ne connaît pas ne vaut pas la peine d'être 
connu. 

Bornons -nous donc à renvoyer ceux qui voudraient connaître 
l'homme et l'œuvre aux pages très consciencieuses de notre collabora- 
teur, M. de Tannenbcrg, et essayons, après lui, de rappeler rapide- 
ment quelques-uns des traits les plus caractéristiques de l'érudit, du 
lettré et de l'homme. 

De l'érudit (quoiqu'il n'ait jamais fait de l'érudition proprement dite 
le but dernier et exclusif de ses travaux) il avait certes les qualités 
essentielles : la passion du document patiemment poursuivi dans les 
manuscrits et les livres, une méthode exacte et intelligente, qui ne 
consistait pas dans l'amoncellement indéfini et indiscret des fiches, 
mais à laquelle présidait un goût délicat, un sentiment très sur, très lin 
des valeurs relatives. Dans son travail de recherche et de préj)aralion 
il était aidé par l'une des plus extraordinaires mémoires connues, à la 
fois prompte et tenace, qui classait sans fatigue faits, dates et noms, et 
qui les rendait au premier aj)pel avec plus de sûreté et d'à-propos que 
le plus perfectionné des classeurs imaginés pour parer aux défaillances 
ordinaires. Cette inépuisable réserve lui fournissait spontanément et 
comme à point nommé, avec une abondance dont il a cependant 
rarement abusé, les détails précis, les citations, les rapprochements, 
les indications bibliographiques. Un noni; un titre sullisait, sous sa 
plume comme sur ses lèvres, à faire jaillir la source que l'on sentait 
chez lui toujours prête à allleurer. Cette richesse qui s'épanchait ainsi 
spontanément donnait à sa conversation le même intérêt, la même 
vie (ju'à ses écrits. Heureux celui pour qui tout livre lu est un livre su 
et qui porte toujours en lui-même sa bibliothè([ue! En quelque langue 
qu'ils fussent écrits, tous les ouvrages qu'il avait lus ou simplement 

I. Espwjne liltéraire, i" s(';ri(.', i'aris-Toulousc, iijo'i, y>i). 8ï)—jio, 



NÉCROLOGIE 829 

feuilletés (car par un privilège qui fut aussi, dit-on, celui de Brune- 
tière, il semblait avoir des yeux au bout des doigts), avaient enrichi 
cette mémoire qui n'oubliait plus. 

Aussi avait-il l'amour du livre. Et cela apparaît à l'abondance de sa 
documentation bibliographique, qui devient, au cours de son œuvre, 
de plus en plus riche, de plus en plus précise. A la mort de Tamayo 
y Baus, on le nomma Directeur de la Bibliothèque Nationale : il en fut 
très heureux, car il se sentait là dans son vrai milieu. Mais si l'on 
s'était imaginé trouver en lui l'administrateur idéal, le réformateur 
après lequel on soupire, on se trompa : il lut la Bibliothèque, il ne 
l'administra pas, — et il ne la réforma pas, hélas! Les abus, il les 
voyait, il les constatait (il n'avait pas grand mérite à cela!); il en 
parlait, dans l'intimité, avec une verve amusante, qui, dans cette 
bouche, ne manquait point de saveur, mais il se sentait sans doute 
inhabile à les corriger. Bien entendu, la Nationale de Madrid ne 
suffisait point à ce terrible lecteur. Il n'est point en Espagne, où il y 
en a cependant plus qu'on n'imagine communément, de dépôts de 
livres, de collections publiques ou privées, d'archives hermétiquement 
fermées ou chichement entr 'ouvertes, il n'est point de trésors cachés 
où il n'ait pénétré (car on n'osait guère l'évincer), ou envoyé ses 
émissaires. Et je crois bien aussi que ses rapides voyages à l'étranger 
n'ont guère été que des courses au livre rare. Une correspondance 
extraordinairement étendue avec les savants du monde entier élar- 
gissait singulièrement le champ de ses explorations. Souhaitons que 
cette correspondance, éparpillée aux quatre coins de l'univers, puisse 
un jour être réunie et publiée. Elle ne serait ni moins instructive ni 
moins savovueuse que celle des grands érudits de la Benaissance ou 
des humanistes du xviiT siècle, des Juste Lipse ou des Mayans. Car il 
ne se publiait point de livre sur l'Espagne qu'on ne lui envoyât, qu'il 
ne lût et qu'il ne corrigeât, pour le plus grand profit des auteurs, 
auxquels il communiquaiflibéralement ses notes copieuses. 

Peu à peu cependant il se constituait, pour son agrément particulier, 
une Bibliothèque à lui, moins précieuse par le nombre (respectable 
certes) des ouvrages que par l'extraordinaire rareté ou l'importance 
exceptionnelle de certains manuscrits ou de certaines éditions. Cette 
bibliothèque, il l'a léguée en mourant à sa chère ville natale de San- 
tander, comme son ami Serrano Morales avait laissé la sienne à 
Valencia. Et en voilà du moins deux que les hispanisants ne seront 
pas obligés d'aller consulter à Baltimore ou à New- York ! Ce fut là, je 
crois, la" vraie passion de sa vie, l'unique Dame de ses pensées: c'est 
pour elle qu'il soupirait quand il en était loin ; c'est à elle qu'il appor- 
tait chaque printemps, dès qu'il pouvait s'évader, des dons, des joyaux 
nouveaux, qui encombraient, rangés dans des caisses, sa cellule de 
l'iVcadémie de l'Histoire, où il avait l'air d'être campé. C'est auprès 



33o BULLETIN HISPANIQUE 

d'elle aussi que les heures passaient plus douces et plus fécondes, car 
de ces rendez-vous prolongés dans le tranquille et riant sanctuaire 
élevé au fond du modeste jardin de famille, il revenait toujours avec 
quelque œuvre nouvelle, conçue dans la jiaix et dans la joie, comme 
il convient à celles qui doivent vivre. 

Plus qu'un érudit, Menéndez y Pelayo fut un historien des idées et 
des œuvres. Il les jugeait en philosophe tout autant qu'en savant. Par 
delà les faits ce qu'il prétendait atteindre, c'était la pensée et c'est 
cette préoccupation qui donne à l'ensemble de son œuvre toute sa 
portée. C'est par la philosophie qu'au sortir de l'école il avait été 
d'abord séduit. Avec l'intrépidité de la jeunesse (et l'on sait combien 
dans le domaine des idées la sienne fut fougueuse) il avait projeté 
d'écrire l'Histoire de la philosophie espagnole. 11 ne l'a point fait, 
et un autre s'est chargé de ce soin ; mais toute sa vie il est resté 
fidèle à ses premières études et ses goûts premiers persistèrent, alors 
même que les recherches littéraires devinrent sa préoccupation 
dominante. 

11 y a, dans son œuvre de critique, une partie essentiellement 
dogmatique, où s'affirme avec franchise sa double foi religieuse et 
politique. C'est à cette lumière qu'il juge, qu'il approuve ou qu'il 
condamne. Aussi ne faut-il point chercher dans ses écrits, surtout 
dans ceux de sa jeunesse, ni cette indulgence, fille suspecte de l'indif- 
férence ou de la tolérance, ni ces complaisances pleines de sou})lesse 
auxquelles se laisse aller trop souvent le scepticisme contemporain. 
Ce qui fait son originalité, sa force, ce qui constitue proprement sa 
physionomie, c'est précisément la solidité, l'intransigeance de sa foi. 
Il faut le prendre tel qu'il est, tel qu'il s'offre, en bloc : il se refuse, 
parce que la conscience, le devoir ne lui permettent pas d'en faire, 
à toute concession. « A ceux qui le traitaient de néo-catholique, dit 
fort justement M. de Tannenberg, M. Menéndez y Pelayo répondit 
jadis par cette déclaration de fière allure : je suis catholique, ni 
nouveau, ni vieux, mais catholique d mâcha martilh, comme mes 
parents et mes aïeux, et comme toute l'Espagne historique, fertile en 
saints, en héros, en savants un peu plus que l'Espagne moderne. » 
Ceux-là mêmes qui, ne partageant point ses convictions, auront le 
plus de réserves à faire sur ses conclusions, ne contesteront pas du 
moins la noblesse de cette attitude. Peut-être y auraient-ils voulu 
parfois, au début surtout, un peu plus de discrétion et de mesure, 
mais nous savons de reste qu'en Espagne, (juand il s'agit du point 
d'honneur, on a coutume de faire bonne mesure. On a rappelé souvent 
le grand signe de croix qui ouvrit la première leçon du précoce 
candidat dans les fameuses oposiciones, où il gagna sa chaire à 
l'Université, comme Rodrigue gagna ses éperons en pourfendant les 
Maures. (]e geste qui marqua son entrée dans la carrière, accompagna 



! 



NÉCROLOGIE 33 I 

fidèlement tous les actes de sa vie comme il devait accompagner son 
dernier soupir. 

Intransigeant dans les doctrines, il tempéra, il assouplit toutefois, 
à mesure qu'il avançait dans la vie, la raideur de son attitude pre- 
mière. En comparant à la première 1 édition récente des Hétérodoxes 
on verra ce que le temps et l'expérience avaient apporté d'adoucis- 
sement, non point certes à la rigueur de la doctrine, mais à sa 
manière de la défendre. Son intelligence était trop pénétrante, tout 
en restant inébranlablement attachée à son point d'appui, pour ne 
point percevoir toute la complexité de la pensée humaine; son cœur 
était trop généreux pour ne pas rendre hommage, lorsqu'il la 
rencontrait, à une beauté morale qui s'inspirait d'autres principes 
que les siens. A mesure qu'il montait plus haut, son point de vue 
s'élargissait: il découvrait dans des tendances bien éloignées des 
siennes un point d'aboutissement qui rapprochait les unes des autres 
au-delà de l'horizon trop borné des regards mortels. On a comparé 
Menéndez y Pelayo â Joseph de Maistre, on pourrait le comparer 
avec plus de justesse, je crois, à Louis Veuillot, dont il avait 
parfois la passion, la verve et la puissante ironie. Avec plus de 
science et une instruction plus vaste, il a porté comme lui dans la 
défense du catholicisme et jusque dans l'apologie de l'Inquisition 
une franchise robuste, une chaleur d'âme, et, quand il rencontre les 
préjugés ou les injures vulgaires, une éloquence savoureuse et prime- 
sautière, qui séduit, et qui instruit, même lorsqu'elle ne convainc pas. 
Il était d'ailleurs mieux armé que lui pour la démonstration. Les 
esprits les plus libres devront certainement, avant de proclamer 
l'insignifiance de la pensée philosophique ou la ftiillite de la science 
espagnole, tenir grand compte des habiles et abondants plaidoyers de 
Menéndez y Pelayo, soit dans cette Histoire des Hétérodoxes , soit dans 
les trois volumes de la Science Espagnole, si riches de faits nouveaux, 
auxquels ni Picatoste ni Vallin n'ont pu ajouter grand'chose, soit 
dans sa lettre à son ami et coreligionnaire Laverde Ruiz, soit dans 
ses Leçons de l'Ateneo ou ses Discours académiques, soit dans ses 
Essais de critique philosophique. La valeur de cette brillante apologie 
de l'intellectualité espagnole devra être reconnue même par ceux qui 
se refusent à le suivre jusqu'au bout de ses conclusions. D. Juan 
Valera qui fut, par certains côtés, tout l'opposé de son ami, a pu dire 
avec raison «qu'en philosophie et en sciences et dans toutes les matières 
spéculatives, Menéndez y Pelayo a voulu présenter et faire valoir nos 
titres de noblesse, restaurer nos gloires dans l'esprit des hommes, 
revendiquer nos droits méconnus par le vulgaire. Il s'est efforcé en 
même temps, sans rabaisser les autres nations, mais en les jugeant 
sans préjugés, sans jalousie, avec justice et même avec une sympathie 
généreuse, de nous rendre notre place, non pas au-dessous, ni à la 



333 BULLETIN HISPANIQUE 

suite, mais au niveau et à côté de ces nations, et son verdict est vrai 
et juste »>. 

Les critiques que peut çà et là soulever cet ample plaidoyer pour 
l'Espagne religieuse et traditionnelle n'ont plus grand'raison d'être 
quand il s'agit uniquement d'histoire littéraire. Ici, il n'y a qu'à 
admirer et à profiter. Des œuvres telles que l'Histoire des Idées esthé- 
tiques, tout incomplète et bizarrement ordonnée qu'elle soit, son 
Horace en Espagne, le recueil des conférences sur Calderôn et son 
Théâtre, les préfaces de l'Anthologie des poètes lyriques, avec son 
Traité des romances et la u note » sur Juan Boscân qui est un volume 
de près de 5oo pages, ses Études de critique littéraire, ses discours 
académiques et tant d'autres œuvres que j'oublie, forment la plus 
riche étude d'histoire littéraire espagnole qui ait jamais été écrite, et, 
sans contredit aussi, la plus (( vivante » et la plus (( suggestive », deux 
épithètes qui reviennent forcément sous la plume ou sur les lèvres 
quand il s'agit de Menéndez y Pclayo. Non pas assurément qu'ici 
encore quelques réserves ne soient nécessaires. La composition est 
parfois flottante et lâche; l'exposition s'étend indéfiniment et se 
complique hors de toute mesure : il semble que ce ne soit plus 
l'auteur qui conduise son sujet, mais le sujet qui mène l'auteur où il 
ne voulait pas aller tout d'abord, et où il ne devait pas aller. Si l'on ne 
savait avec quelle conscience l'œuvre est préparée, on croirait à une 
improvisation et l'on songerait à cette pensée de Menéndez y Pelayo 
lui-même, qui s'applique à tant d'auteurs espagnols depuis Lull et 
Lope de \ ega jusqu'à Gastelar et Zorilla : « Ici, en Espagne, la force 
s'est manifestée toujours par l'abondance. Tout Espagnol, dans la 
science, dans les arts et jusque dans la vie politique, est improvisateur. » 
Lui-même semble parfois obligé de s'arrêter en présence des pro- 
portions énormes que prend l'œuvre commencée : ni les Idées esthé- 
tiques, ni V Anthologie, ni les Œuvres de Lope de Vega ne sont achevées 
et elles ne l'auraient peut-être été jamais. Mais telles qu'elles sont, elles 
restent infiniment précieuses par la richesse et la nouveauté des 
points de vue. par la valeur du commentaire, par l'agrément d'une 
exposition débordante de vie et de mouvement. 

Ces qualités de science et de talent, dont l'union est toujours rare, 
se trouvaient déjà dans les premiers écrits de Menéndez y l*elayo; elles 
atteignent leur perfection dans ceux de l'âge mur, par exemple, dans 
ce Traité des vieux Romances, où se trouve habilement fondu tout ce 
([ue l'érudition avait accumulé sur ce sujet capital, dans le Boscân, 
monographie pleine d'aperçus originaux sur un poète plus grand par 
son rôle d'initiateur que par ses œuvres, dans les Origines du Uoman, 
vaste tableau d'ensemble dont le peintre n'a pu terminer quckpies 
parties. Nul n'a parlé avec une intelligence plus profonde, un sens 
plus délicat, une chaleur plus sincère des grands hommes et des 



NÉCROLOGIE 333 

œuvres maîtresses, de Ramôn Lull par exemple, de Juan Ruiz ou de 
la Célestine, de Luis de Leôn ou de Luis de Granada, de Cervantes ou 
de Lope, et de tant d'autres anciens ou modernes, classiques ou 
contemporains, illustres ou trop oubliés. L'aisance et la simplicité 
robuste de son style ne cherchent point à forcer l'attention par des 
ornements ambitieux. Si espagnol par tant de côtés, M. Menéndez 
y Pelayo a échappé cependant à la tyiannie de cette grandiloquence, 
de cette enflure gongorique et de cette subtilité conceptiste qui furent 
les grands écueils des écrivains de son pays. Sa phrase, ample d'ordi- 
naire et volontiers périodique, suit sans effort les tours et détours de 
la pensée; çà et là elle se colore comme celle du poète (et l'on sait 
que, comme Sainte-Beuve et bien d'autres, ce critique a été poète); 
au besoin, elle s'anime comme celle de l'orateur, quoiqu'il n'ait 
guère atteint à la véritable éloquence que la plume à la main. Rien de 
plus juste, à mon avis, que cette définition du style de Menéndez 
y Pelayo par M. de Tannenberg : « Une prose du meilleur aloi, facile 
et limpide, à laquelle ne manquent, à l'occasion, ni le souille oratoire 
ni l'image poétique, mais sans les défauts souvent signalés de la prose 
castillane, la verbosité oiseuse, l'abus des clichés et des épilhètes 
banales, l'art de l'exposition claire et attrayante; une faculté d'assi- 
milation merveilleuse; une large sympathie pour toutes les beautés 
littéraires; une intelligence ouverte à toutes les idées, voilà les rares 
mérites par lesquels M. Menéndez y Pelayo se place au premier rang 
des écrivains de son pays et des critiques de notre temps. » 

Quels que fussent les mérites exceptionnels du savant, du lettré, de 
l'écrivain, l'homme en lui-même valait plus encore. Sa sincérité, sa 
simplicité, son dévouement absolu à sa tâche, sa fidélité à ses amis, 
la haute idée qu'il se faisait de la dignité de l'écrivain et du rôle de la 
critique, son incroyable ardeur au travail qui le suivit jusqu'au dernier 
soupir, ses vertus, en un mot, témoignent de sa haute valeur morale. 
Le récit de ses derniers moments, alors que mourant il s'acharnait à 
vouloir lire ses livres dont les lignes se brouillaient à ses yeux sans 
lumière, alors que sa main défaillante s'efforçait de noircir les der- 
nières ciiartillas, ces pleurs, que la douleur n'avait pu lui arracher, 
mais qui s'échappèrent quand il fallut s'avouer vaincu et quitter à 
jamais cette bibliothèque où il voulut se traîner jusque dans son 
agonie, tout cela forme à cette vie si noblement remplie une fin vrai- 
ment digne d'elle. 

11 laisse derrière lui un monument qui suffira à sa gloire. 11 n'est 
pas terminé en toutes ses parties, mais des mains pieuses sont là qui 
pourront- l'achever. Le 26 mars 191 1, à la fin de sa réponse au 
discours de réception à l'Académie Espagnole de M. Adolfo Bonilla 
y San Martfn, le savant auteur du Vives et de l'Histoire de la philo- 
sophie espagnole, Menéndez y Pelayo, dans une page émue, traversée 



334 BULLETIN HISPANIQUE 

de je ne sais quels pressentiments, après avoir rendu hommage à ses 
premiers maîtres depuis longtemps disparus, à Gumersindo Laverde, 
homme de douce mémoire et de renommée modeste, de pensée 
droite, de parole élégante, à l'àme suave, candide, pleine de vertu et 
de patriotisme », après avoir rappelé modestement ce qu'il devait au 
(( vénérable et austère » Milâ y Fontanals, adressait comme un appel 
à ceuv auxquels il songeait peut-être déjà^ transmettre le flambeau 
devenu lourd pour ses mains, u Pardonnez -moi, disait-il, s'il y a 
(juelque immodestie dans l'affirmation de la parenté qui nous lie tous 
dans notre œuvre universitaire, mais quand je me rappelle qu'au 
pied de ma chaire j'ai vu D. Kamôn Menéndez Pidal et D. AdoUb 
Bonilla, je commence à croire que mon passage ici-bas n'a pas été 
inutile, et j'ose dire, avec le Bermudo du Romance, que si je n'ai point 
vaincu les rois Maures, j'ai engendré du moins ceux qui devaient 
les vaincre. » 

Puisse cet appel être entendu et cette prophétie se réaliser! 

E. MÉRIMÉE. 



D. Antonio Rodriguez Villa. 

La mort de D. Antonio Rodriguez Villa, survenue le 3 mai dernier, 
causera un grand vide dans les éludes historiques. Auteur d'un 
nombre considérable d'ouvrages très documentés sur l'Espagne 
des \vi% XVII' et x vin' siècles, sa perte sera vivement ressentie par tous 
ceux (jui appréciaient son ardeur au travail, sa passion pour le 
document inédit qu'il savait si bien trouver et aussi sa très grande 
serviabilité, car cet érudit modeste et affable ne travaillait pas que 
j)Our lui, il travaillait de très bonne grâce pour les autres. Moi qui ai 
été son collaborateur pour quelques publications et qui l'ai si souvent 
mis à contribution, je le sais mieux que personne et tiens à le dire 
pour honorer sa mémoire. 

La longue liste des publications de Rodriguez \ illa, qui atteste une 
activité de plus de quarante années, se trouve reproduite sur la 
couverture de ses derniers écrits. On y voit l'extrême variété et l'éten- 
due de ses connaissances. 

A. M.-K. 



BIBLIOGRAPHIE 



Jean Régné, archiviste de l'Ardèche. Catalogue des ailes de 
Jaime I" , Pedro III et Alfonso III, roui d'Arago/i, concernant tes 
Juifs (1213-1291 ). Tome I", deuxième partie : Actes de 
Jaime I" (1213-1270). Extrait de la Revue des Éludes juives. 

M. Régné, ayant reçu mission de faire des recherches dans ce 
merveilleux dépôt que sont les Archives du royaume d'Aragon, a 
choisi un sujet d'un indiscutable intérêt : la condition des Juifs 
au xiii' siècle. Sans doule, l'étude n'est pas absolument neuve et bien 
des documents publiés par mon jeune confrère ont été signalés déjà. 
11 n'en reste pas moins que son travail a pour résultat de mettre au 
jour un ensemble imposant de pièces relatives à l'un des chapitres les 
plus curieux de l'histoire sociale du Moyen-Âge. 

La publication donne prise à un certain nombre de critiques ! je les 
formule, en exprimant le désir qu'elles contribuent à améliorer les 
fascicules suivants. 

M. Régné ne donne pas le texte même des documents, mais une 
analyse. Quelquefois, il rencontre un terme intraduisible et il le 
reproduit entre guillemets. Rien de plus normal, surtout lorsque ce 
mot est accompagné d'une note explicative. 11 arrive que M. Régné 
traduit; mais, au lieu de chercher le mot français dont le sens se 
rapproche le plus du mot catalan ou latin, il s'arrête au mot français 
dont la forme rappelle le catalan ou le latin : queslia, taille, est rendu 
par quête; porter, huissier, par portier ; castelt, village fortifié, et 
villa, village ouvert, par château et villa; heretatge, bien-fonds, par 
héritage; taula, comptoir, banque, par table. Une analyse cite les 
(( tailleurs » ; je me demandais pourquoi les tailleurs plutôt que les 
cordonniers, quand je m'aperçus ([u'il s'agissait des répartiteurs de 
la taille. 

Trop souvent aussi l'auteur forge des barbarismes : barater, au lieu 
de troquer; guidage, au lieu de sauvegarde; peite, au lieu d'imposition 
ou de taille. Et ces néologismes en engendrent d'autres : peiter est issu 
Ae^ peite. « Barater aux chrétiens », « peiter avec l'aljama », (( emprunter 
par albaran », etc.; ce n'est plus du catalan, ce n'est pas du français. 
c'est un idiome intermédiaire, quelque chose comme du gavach. 



336 BULLETIN HISPANIQUE 

D'autre part. M. Régné donne aux noms des personnages un traves- 
tissement castillan qu'il serait difficile de justifier. Dès la couverture 
il est question de Jaime, de Pedro, d'Alfonso : pourquoi ne pas dire 
Jacques, Pierre et Alphonse? Pourquoi surtout habiller à la mode 
castillane des catalans? Dans « J offre de Rocabertino », c'est le nom 
de famille qui est défiguré ; dans u Raimundo de Penafort », le prénom 
est castillan, le nom n'appartient à aucune langue. 11 eût mieu.v valu 
dire tout simplement u Raimond de Penyafort ». 

Çà et là, quelques erreurs dans la façon de distribuer les accents : 
« Alcala de Ilénarès » s'appelle en réalité Alcalâ de Henares. « Adénan- 
tades », représentants de la communauté juive, ne prend pas d'accent 
sur la seconde syllabe. M. Régné, qui écrit toujours u les Juifs », « les 
Sarrasins », avec une majuscule, n'est pas logique en écrivant systé- 
matiquement « les chrétiens » avec une minuscule. 

Enfin, quelques passages semblent indiquer une connaissance 
insufTisante des institutions locales : je ne sais ce que peuvent être des 
« propriétaires directs » ; acapilare ne signifie pas prendre à bail, mais 
prendre à cens; la fafica n'est pas le droit de mutation, mais le 
retrait. 

Ce sont des imperfections sans gravité, souvent des vétilles : elles 
rendent fatigante la lecture d'un recueil qui est, je le répète, inté- 
ressant au possible. 

Rien n'est étrange comme la situation de ce peuple qui vit, en 
Aragon, de sa vie propre, qui conserve ses lois(n'" 1 13, 359, '^^7» etc.), 
qui a ses autorités particulières (n"" aSi, 25/i, ^/j6, l\Gi, etc.), son rôle 
social : le commerce et le prêt. Il est inutile de dire qu'il se produisait 
entre les trois races. Chrétiens, Sarrasins, Juifs, des conflits, des 
heurts douloureux : les Juifs ne sortaient pas sans danger le vendredi 
saint, parce qu'on leur jetait des pierres. 

Mais je ne saurais entreprendre ici de mettre en œuvre les 
657 documents de ce premier fascicule : M. Régné nous annonce qu'il 
donnera, pour terminer, une introduction où il commentera évidem- 
ment l'ensemble do ses pièces. Souhaitons qu'il ne nous fasse pas trop 
attendre la réalisation de cette alléchante promesse. 

J.-A. R. 

Antonio Garcia Boiza, Don Dier/o de Torres Villaroel, ensayn 
hi(j(jr<îJico. Sulaiiianca, 191 1 ; 20.'5 pages. 

Villaroel est l'un des types les |)Uis curieux et les plus significatifs 
de la société universitaire espagnole au xviii' siècle. Certains chapitres 
de sa vie, tels qu'il les a écrits lui-même, [)araissent empruntés à la 
\'ida del liascnn: plus tard, il représente la science espagnole à Sala- 
manqiie, et il loiirnit sur l'état des études officielles des renseignements 



I 



fitBLIOGRAPHlÊ 337 

aussi abondants que singuliers. Dans ses œuvres, qui forment 
quinze volumes, on trouve de tout, dans un pêle-mêle qui représente 
assez fidèlement sa bizarre personnalilc. des fantaisies satirico-morales 
à la manière de Quevcdo, son modèle, des traités plus ou moins 
scientifiques, des calendriers, des recolles de toute 'nature, des 
pronostics pour chacune des années de 1728 à 1753, des récits de 
voyages, des satires, des biographies pieuses, des poésies et enfin son 
autobiographie. 

A tous les points de vue Villaroel méritait une étude plus complète 
que celles qui lui ont été consacrées jusqu'ici. M. Boiza a entrepris la 
réhabilitation du jadis illustre et depuis si oublié professeur salmantin, 
qui lui paraît former «avec Feijôo, Martînez, Salafranca et le P. Isla, 
la phalange des audacieux réformateurs » au xviu" siècle. Et pour 
commencer, il étudie sa biographie dans cette thèse doctorale, 
laquelle, avec quelques autres, inaugure un renouvellement et un 
progrès évident dans ce genre de littérature universitaire. Les dix-neuf 
chapitres qui la composent, et les appendices empruntés en majeure 
partie aux registres de l'Université de Salamanque, nous introduisent 
agréablement dans l'intimité de ce singulier docteur et précisent bien 
des traits de cette figure. M. Boiza fixe définitivement la date de sa 
naissance (1693) et celle de sa mort (19 juin 1770), fort mal connues 
jusqu'ici. 11 nous donne sur sa sépulture, sur sa famille, ses amis, 
son enseignement, ses rapports avec ses collègues, des renseignements 
définitifs et il publie son testament. Nous savons, grâce à lui, à peu 
près tout ce qu'il importe de savoir pour pénétrer utilement dans 
l'étude de l'œuvre au seuil de laquelle il nous abandonne, non 
cependant sans avoir jeté sur elle un premier coup d'œil d'ensemble 
(chap. XIX). Lui-même promet de nous y introduire dans une 
prochaine Etude critique et bibliographique. Elle sera la bienvenue et 
contribuera sans nul doute, de concert avec la réédition de la Vida 
del Doctor D. Diego Torres, faite par la Lectura, à redonner quelque 
lustre à la figure 

« Del gran Torres salmaniino, 
Por sus obras adamado 
El Quevedo de este siglo. » 

E. M. 



CHRONIQUE 



— L'ouvrage de D. Gabriel Maura Gamazo, intitulé Carlos II y su 
corte, dont le tome I", consacré aux années 1661 à 1669, a paru l'an 
dernier (Madrid, librerîade F. Beltrân, 191 1, i vol. in-4°de 655 pages), 
réjouira fort les amis des études historiques. Fruit d'un long et intel- 
ligent labeur, ce remarquable écrit, solidement documenté et très 
soigné pour la forme et pour le fond, accroît et précise beaucoup notre 
connaissance des événements politiques et sociaux du règne de 
Charles II. M. Maura Gamazo, loin de se cantonner dans les documents 
que lui offraient les archives et les bibliothèques de son pays, a étendu 
son enqu«'te au dehors, et, sans qu'on puisse dire qu'il ait épuisé les 
moyens d'information, en ce qui concerne par exemple les archives 
diplomatiques, on constate au moins qu'il s'est servi de tout ce qui lui 
était facilement accessible. Nous attendons avec infiniment d'intérêt la 
fin de ce beau travail, qui marquera une date dans l'historiographie 
espagnole. A. M. -F. 

— - Le tome IX de V Ilistoria genealôgica y herdldica de la monarquîa 
espanola de D. Francisco Fernande/, de Béthencourt, qui a paru 
récemment (Madrid, 1912, i vol. in-fol. de 644 pages) contient la suite 
et la fin de la maison de Côrdoha. On y trouve notamment les 
généalogies si importantes des alcaides de los Donccles marquis de 
Comares, des comtes d'Alcaudete, des marquis de Gualdalcâzar et de 
bien d'autres lignées de cette puissante maison. 

L'exécution de ce neuvième volume est digne des précédents et fait 
grand honneur à M. de Béthencourt, dont l'érudition si étendue et si 
précise a rendu tant de services à l'histoire d'Espagne, qui réclame 
depuis longtemps des instruments perfectionnés tels que celui-ci. 

Un avis inséré dans ce tome 1\ annonce la publication très prochaine 
d'un index, par noms de famille et par titres, de toutes les personnes 
mentionnées dans les neuf premiers volumes de l'ouvrage. Un tel 
index facilitera singulièrement l'utilisation de cette masse énorme de 
données historiques. A. M. -F. 

-— Nous ne pouvons aujourd'hui, pressés par le temps, que signa- 
ler ici quelques ouvrages récemment parus et envoyés au Bulletin 
fiispanit/uc. Sur plusieurs d'entre eux nous nous proposons de revenir 
plus à loisir dans le prochain numéro. 



CHhONlQtJE 339 

Les deux thèses pour le Doctorat ès-lettres de M, Aniédée Pages, 
l'une, la principale, sur m Aiizias Mardi et ses prédécesseurs », [Paris, 
Champion, 4-0 p.], l'autre, imprimée par l'Institut d'Études Catalanes 
(Les Obres d'Auzias Marchjy sont des travaux de longue haleine et 
de grande valeur, qui feront époque dans l'histoire des Lettres 
catalanes. Elles méritent l'une et l'autre une étude approfondie que 
nous nous excusons de ne pouvoir leur consacrer aujourd'hui. 

Nous devons mentionner en second lieu l'édition critique de 
El Casamienio engaiîoso et du Coloquio de los perros, de Cervantes, 
avec introduction abondante et notes non moins riches, [Madrid, 
Bailly-Baillière, 7/14 p.]» P^^ D. Agustin G. de Amezùa y Mayo. 
Cet ouvrage vient de recevoir la médaille d'or de l'Académie Espa- 
gnole. 

Azorin (Marlinez Ruîz) a publié, sous le titre de Lecturas Espanolas, 
un original et suggestif recueil d'essa-is sur certains auteurs plus 
particulièrement représentatifs du caractère espagnol, [Madrid, 
Imprenla de la Revista de Archivos, 201 p.]. Le même auteur a donné 
une seconde édition illustrée de sa Riita de Don Quijole, si favora- 
blement accueillie, en 1905, par la critique et les lecteurs, [Madrid, 
1913, 2o5 p.]. 

Le Cancionero Castellano del Siglo X\\ tomo /, ordenado por R. 
Foiilclié-Detbosc, forme le tome dix-neuvième de la Nueva Bihlioleca 
de Autores Espatloles {Madrid, Bailly-Baillière, 1912, 771 p.). 

Misceldnea VaUisotelana, par D. Narciso Alonso Cortés, [Valladolid, 
imprenta del Colegio Santiago, 1912, 181 p.]. Série d'études sur les 
sujets suivants : El hermano de Lope; — D. Aguslln de Montiano; — 
La Milicia nacional en Valladolid; — El supuesto aiilor de v Fray 
Gerundio n ; — Un poeta suicida (Vicente Sâinz-Pardo); — Dos escritos 
de Quevedo; — El « le n y el « la »; — De cômicos; — Las ibonas; — 
D. Gabriel de Cor rai. 

Historia poUlica de los Afrancesados (con algunas cartas y docu- 
mentos inéditos), por D. Mario Méndez Bejarano (Madrid, Felipe 
Peiïa Cruz, 1912, 43i p.). 

La perfecta casada, segùn Fr. Luis de Leôn, conférence par D. José 
Rogerio Sânchez (Madrid, Hijos de Gômez Fuentenebros, 191 2, 91 p.). 

Genova nel iealro classico di Spagna, Discorso kilo... il giorno 
U novembre 1911 dal Doit. Antonio Reslori, monographie pleine de 
faits nouveaux et d'idées, qui donne beaucoup plus que l'on n'atten- 
dait tout d'abord du sujet assez restreint annoncé par le titre 
[Genova, Societâ tipo-litografica Ligure E. Olivieri, 191 2, 45 p.]. 

Un théâtre d'idées en Espagne — Le théâtre de José Echegaray , étude 
analytique par Henri de Carton. Extrait de la Nouvelle Revue. [Paris, 
Fischbacher, 19 13, i44 p.] 

Glanures catalanes et hispano-romanes , 2' série, par M. Oiva Joh, 



34o BULLETIN HISPANIQUE 

Tallgren. — Tirage à part des Neaphilologischen MittciUingen d'IIel- 
singfors (1912, p. i2-3Z|), savantes notes d'élymologie et de séman- 
tique, qui font suite à la première série, publiée sous le même litre 
(et en français également) dans le même recueil, aux pp. 151-74, 
en I 9 I I . 

Nous recevons enfin, au dernier moment, le premier numéro d'une 
revue destinée à resserrer les liens intellectuels entre l'Espagne et les 
républiques américaines : La Cultiira hispano-americana, organe du 
Centre hispano-américain de Madrid, où une riche série de conférences 
a été déjà donnée. Le numéro débute par un appel éloquent de 
D' Blanca de Los Rîos, laquelle a donné, d'autre part, dans la 
Collection complète de ses œuvres, une 2" édition de ses poésies, 
Ksperanzas y Recuerdos, et un recueil de nouvelles Madrid (ïoyesco. 

E. M. 

— La Bibliotheca Romanica (Heitz, Strasbourg) ajoute deux nou- 
veaux volumes à sa section espagnole: La hija de Celcstina, d'après 
l'édition de 16 12, avec les additions de 161 4 (d'après l'édition de 1737), 
avec notice, par M. Fritz Holle (n" i49-ï5o), qui a déjà donné dans la 
même collection la Comedla de Calisto y Melibea (cf. Bull, hisp., 191 2, 
p. 328); et d'autre pari la fin de la Primera Parte du Don Quijote, 
publiée par M. Wolfgang von Wurzbach (n"' i5i-i53; cf. Bidl. hisp., 
191 1, p. 5 10). Chaque numéro est compté 4© pfennige. Ce sont donc 
des éditions fort économiques, et elles sont très soignées. Il y aurait 
seulement à amender par endroits l'espagnol d'une ou deux notices. 

— ■ Sieben spanische dramalische Eklogen, mit eincr Einleitang ilber 
die Anfiinge des spanischen Dramas, Anmerkiingen and Glossar, hgg. 
von D' Eugen Kohler. Dresde, 191 1 (t. XXVll de la (iesellschaft J'iir 
romanische Litcralur), xiv et 365 pages gr. in-8°. Étude consciencieuse 
et agréablement présentée sur l'ancienne églogue castillane du 
XVI" siècle, celle de Juan del Encina, de Lucas Fernande/, do Lôpcz 
de Vanguas, etc. La deuxième partie du volume est occupée par la 
reproduction de sept de ces églogues qui renferment un certain 
nombre de mots rares ou inintelligibles (quelques-uns sans doute 
altérés) dont l'auteur a fait le relevé. 



28 juin 1912. 



LA RÉDACTION : E. MÉRIMÉE, A. MORKL KATIO, P. PARIS, 
(i. CIROT, secrétaire; G. RADET, directeur-gérant. 

Bordeaux. — Impr. G. Gounouilhou, rue Guiraude, 9-11. 



Vol. XIV. Octobre-Décembre 1912 N» 4. 

LES DÉCLAMATEURS ESPAGNOLS 

AU TEMPS D'AUGUSTE ET DE TIBÈRE 

{Suile ■ ) 



L'Espagne et l'opinion romaine au temps de César et d Auguste. 
— Catulle et Horace tournent en ridicule la barbarie et la 
grossièreté des Espagnols. — Quand l'Espagne est enfin pacifiée, 
on fait à Rome l'éloge de son agriculture, de son commerce et 
de son industrie ; on ne dit rien de son activité littéraire. 

Au temps de la jeunesse de Sénèque, la poésie romaine 
s'occupait déjà des Espagnols; ce n'était pas pour leur trouver 
des ancêtres dans les combattants de la guerre de Troie, mais 
pour lancer des épigrammes contre ces ennemis dont Home 
avait éprouvé le courage et qu'elle s'efforçait de tourner en 
ridicule. 

L'élève de Marullus avait pu lire avec indignation les 
pièces écrites quelques années avant son arrivée en Italie par 
Catulle', qui raillait grossièrennent les fils de la Celtibérie, le 
pays des lapins, ces bellâtres chevelus, qui n'avaient pour se 
recommander que leur barbe épaisse et leurs dents blanchies 
par des frictions d'urine, à la mode de leur pays -5. Vers 696-59, 
l'amant de Lesbie s'était brouillé avec sa maîtresse; il lui 
reprochait de sèlre éprise d'un Espagnol nommé Egnatius 
dont elle avait fait la connaissance dans un bouge, de s'être 
laissé séduire par les grâces de cet imbécile qui riait sans 

1. Voir le Bull, liisp., t. Ml, 1910, p. i ; t. XIV, ly! :;, p. 11, 229. 

2. Catulle, XXXVII et \x\ix. 

3. Diodore de Sicile (V, xxxiii, 5) et Straboa (III, iv, 16) attestent l'emploi que 
les Espagnols et surtout les Cantabres faisaient de cet étrange dentifrice qui rendait 
leurs dents blanches et leurs gencives rouges. 

AFB. IV* SÉRIE. — Bull, kispan., \1V, 1912, 4. aS 



3^2 BULLETIN HISPAMQLE 

cesse, à tout propos et hors de propos, pour montrer ses dents 
blanchies et ses gencives rougies par l'usage de l'urine comme 
dentifrice. Cet Egnatius rivalise d'élégance douteuse avec les 
jeunes débauchés de la suite de Gatilina que Gicéron repré- 
sentait dédaigneusement reluisants de parfums, la barbe frisée, 
le corps enveloppé dans de longues tuniques dont les man- 
ches recouvrent les mains et dont les pans retombent jusqu'aux 
talons ■ . Ce nouvel amant de Lesbie n'est pas même un débauché 
de Rome : c'est un Celtibère; et, comme les médailles représen- 
tent l'Kspagne sous les traits d'une jeune femme ayant à ses 
pieds un lapin-, emblème des galeries creusées dans les mines^, 
Catulle l'appelle «fils de la Geltibérie abondante en lapins»''. 
Le poète reconnaît d'ailleurs que les bellâtres et les lapins 
ne sont pas les seules productions de l'Espagne : il sait que le 
Tage roule de l'or et n'ignore point que, pendant sa propré- 
ture, César a pillé pour lui et pour ses amis beaucoup de l'or 
de l'Espagne '. Alors que Pompée, consul en Tan (hjq-ô."), faisait 
administrer par ses légats les deux Espagnes, Cilérieure et 
Lltérieurc, et la Lusitanie, quelques amis de Catulle, jeunes 
gens de l'ordre équestre, allaient commencer leur carrière en 
province comme attachés aux légats d'Espagne; deux d'entre 
eux, Veranius et Eabullus, qui faisaient partie de la coliors de 
L. Afranius, envoyaient à leur ami les fines étofl'es de lin que 
Ion fabriquait à Saetabis, ville de VHispania Cilerior^. Catulle 
attendait avec impatience le retour de Veranius, qui avait 
coutume de raconter ses voyages avec esprit et de qui il 
comptait apprendre ce qu'étaient les Ibères, leurs nations, 
leur pays et leurs mœurs^. 11 est probable que l'opinion de 

I. Ciccron, Catil., Il, x, 22. 

3. Spanhcim, Disscrlationes de praeslantia et usu nuinismatuin antiquoniin, llotne, 
i6G4. Dissent, iv, p. 71J. 

3. Le mol cuniculiis, la[)in, sif^iiific aussi Irou de lapin cl, par suilc, toiilo ospî-cc de 
souterrain. 

'i. Caluilc, wxvii, \. 18: Cuiiiculosae Celliberiae Jîlius. 

5. Calulle, ixi\, v. içj-ao. — Cf. Suétone, César, liv ; IMulaniuc, César, \ii. 
(j. Catulle, vu, V. i!i ; xxv, v. 7. — Jativa, raticicimc Sactaljis, clicl lieu de 
district de la pro^iucc de Valence, située au pied du mont Bernisa et dominant fa 
liurrla de Valencia, possède encore des Qlatures de lin dont les produits sont estimés. 
7. Catulle, IX, V. G : 

Visam le incolumem audiamque Hibcruin 
Narrantem loca, facto, nationes, 
l't nios est iuiis... 



LES DÉCLAMATEIRS ESPAGNOLS S^S 

Veranius était défavorable aux Ibères, puisque, après avoir 
écouté ses récits, Catulle ne dit jamais rien de bon au sujet 
des Espagnols. 

Sur la loi de Varron, l'ancien légat de Pompée en Espagne, 
qui rapporte que les Espagnols de Lusitanie rendaient par 
leurs pillages toute exploitation agricole impossible', Virgile, 
âme candide et ignorante de toute malveillance^, fait du nom 
d'Espagnol un synonyme de voleur de troupeaux : <> Si tu es 
gardé, disent les Géorgiques, par des chiens vigoureux, tu 
n'auras pas à craindre que les voleurs et les loups envahissent 
la nuit tes étables, ni que l'Espagnol dont les pillages ne 
s'arrêtent jamais t'attaque par derrière quand tu marches avec 
ton Iroupeau''. » Il est bien évidenl que les Espagnols ne 
viennent pas attaquer en Italie les paysans italiens auxquels 
le poème de Virgile s'adresse; aussi, dans son commentaire, 
Servius explique qu'Espagnol signifie voleur de troupeaux, et 
il ajoute : c En eflet, presque tous les Espagnols sont de déter- 
minés voleurs de troupeaux''. )> 



1. Varron, De He Huslica, l, xvi. — Les Rerum fiusticaruni libri 1res de Varron, 
composés en 717-37, donnent de nombreux renseignements sur l'agriculture en 
Espagne: on y trouve une vigne d'espèce rampante, qui n'a pas besoin d'échalas 
(I, viii); lejugum est la mesure agraire dans l'Hispania LUerior (I, \); les Espagnols 
font en pisé la clôture de leurs champs (1, xiv); les habitants de VHispania Cilerior 
usent d'une machine appelée p/os<e//um Piinicum pour séparer de la paille le grain de 
blé (I, lu); ils conservent le blé dans des puits ou d;ins des greniers construits 
au-dessus des champs (I, lvii). On rencontre des chevaux sauvages dans quelques 
contrées de VHispania Cilerior ; dans la partie maritime de la Lusitanie, près de la 
ville d'Olisippo, les cavales sont fécondées par le vent (II, \); les Bastules et les 
Turdules, habitants de la Bétique, sont impropres aux fonctions de pâtre (il, x) ; 
dans VHispania Citerior on tond les brebis deux fois par an (II, xi) ; en Espagne, les 
lièvres sont de taille moyenne; il en est une espèce qui se nomment cuniculi à cause 
des terriers où ils se cachent : cuniculi dicti ah eo quod sub terra cuniculos ipsi facere 
soleanKUl, m); Varron, qui est resté longtemps en Espagne, s'y est procuré de ces 
cu/iicu/i (lapins). — Abstraction faite de sa remarque sur les pillages des Lusitaniens, 
Varron ne dit rien de défa\orable aux Espagnols: il rend hommage à la véracité et à 
l'érudition d'un certain Atilius, Hispanieiisis minime mendax et mullarum rerum peritus 
in doctrina (II, iv). Dans ceux de ses ouvrages que nous ne possédons pas, Varron 
devait fournir d'utiles indications sur le pays qu'il connaissait si bien. Au dire de 
Pline (.V. H., VIU, wix, loi), il rapportait qu'une Aille d'Espagne fut détruite par 
les fouille? des lapins. L'auteur de V Histoire Naturelle ne nous apprend pas de «luelle 
ville il s'agit et dans quel ouvrage \arron en parlait. 

2. Cf. Horace, Sal., I, v, v. ko : 

...Varius... Vergiliusque 
Occurrant, animae quales neque candidiores 
Terra tulil... 

3. Virgile, Géorg., III, v. 4o6-4o8. 

4. Servius, ad Georg., III, v. 407 : Fere enim Hispani omnes acerrimi abactores sunt. 



34A BULLETIN HISPANIQUE 

Horace, (jui succède à Catulle dans la poésie lyrique, reprend 
pour son compte et exagère l'injuste sévérité dont son prédé- 
cesseur faisait preuve à l'endroit des habitants de la péninsule 
ibérique. Fils d'un receveur des enchères dans les ventes, 
affranchi après avoir été esclave public, le poète de Venouse 
ne possède ni ancêtres ni traditions de famille; il n'a aucun 
regret pour la République où ses ancêtres n'ont rien été, 
aucune estime pour l'ancienne poésie romaine, pour ces 
comédies de Plante qui charmaient encore de vieux latins 
comme Cicéron. Il vit dans le présent; ses odes civiques, reli- 
gieuses et morales célèbrent les réformes politiques et légales 
d'Auguste et la gloire militaire des lieutenants qui combattaient 
sous les auspices de l'empereur; ses satires et ses épîtres atta- 
quent tous ceux qui, en littérature, en philosophie, en politique, 
ont l'audace de professer des théories, de manifester des 
préférences qui ne sont pas à la mode dans la société officielle 
et mondaine de Rome. Fidèle interprète des opinions et des 
partisans du régime nouveau qui voient dans Auguste un 
homme providentiel et qui ne veulent rien estimer, rien 
connaître en dehors de la Rome impériale, Horace a « l'esprit 
romain » — au sens où Ion dit aujourd'hui « l'esprit parisien ». 
Le Forum et les villas de la Sabine sont pour lui ce que sont 
de nos jours pour beaucoup de Parisiens le boulevard et 
certaines localités où il est de bon ton d'aller en « villégiature » ; 
le reste du monde — qu'on appelle d'un nom général et 
méprisant « la province » — n'existe pas; les provinciaux, les 
étrangers sont des barbares qui ignorent tout de la vie litté- 
raire et polie. 

11 y a cinquante ans, icspril piuisien a créé le « rasta- 
quouère » ; l'habilunt de l'Amérique du Sud, le Brésilien en 
particulier, est devenu avec Meilhac et Halévy un des types 
grotesques du vaudeville et de l'opérclte. H y a plus de dix- 
neuf cents ans qu'Horace a fait de l'Espagnol un « rasla 
quouèrc ». Les dents blanches et la belle barbe de l'Egnatius 
de Catulle séduisaient Lesbie qui se laissait séduire sans peine 
et se donnait volontiers à tout venant. C'est à prix d'or que 
l'Espagnol (riloiucc triomphe de la vertu chancelante des 



LES DÉCLAMATEURS ESPAGNOLS 3Z15 

matrones romaines. Le riche armateur d'Espagne est arrivé 
sur son navire chargé de marchandises; quand il a bien vendu 
les produits renommés de son pays, — les cordes et les 
sparteries fabriquées avec les filaments du genêt d'Espagne', le 
(jarum, saumure très appréciée que Ton préparait avec les 
entrailles marinées des scomhri ^maquereaux) péchés sur la 
côte de Garteia dans la Bétique, à l'ouest du mont Calpé', le 
fer des rnines d'Ibérie et le cuir de Cordoue dont on faisait de 
solides cuirasses -5, — il peut acheter très cher le déshonneur 
dune jeune femme. Il fait son choix; et, s'il ne se donne pas 
la peine de venir prendre lui-même livraison de la marchan- 
dise achetée, c'est un commis qui se présente dans la salle du 
festin : en présence des convives, sous les yeux de son mari 
complice, la jeune épouse se lève et suit l'agent de l'armateur^. 
Si l'Espagnol qui vient à Rome ne s'occupe que de 
débauches, celui qui reste dans son pays est un sauvage : 
comme les Gelons et les Scythes, les Goncaniens^ se délectent 
à boire le sang de leurs chevaux''. Quand les Astures et les 
Cantabres se révoltent, Horace s'indigne que ces sauvages 
osent entreprendre contre Rome une guerre dont il ne 
comprend pas l'importance. L'auteur inconnu d'un pané- 
gyrique adressé à M. ValeriusMessalla à l'occasion du consulat 
qu'il venait d'obtenir pour 728-31, cite parmi les pays où le 
nouveau consul pourrait continuer le cours de ses exploits 
l'audacieuse Espagne aux vastes territoires''. Deux ans après, 
en 725-29, Horace croit que l'audace de l'Espagne est à jamais 
brisée. Dans une ode où il prie Mécène à dîner pour le jour 
des calendes de mars 725-29, le poète se réjouit de la paix 
générale qui permet à son ami d'oublier les soucis de la 

1. Horace, Epod., iv, v. 3: Hibericis... funibus. 

2. Horace, Sat., II, viii, v. 46 : ... garo de sucis piscis Hiberi. 

3. Horace, Od., I, xxi\, v. i5 : loricis Hiberis. — Le fer d'Espagne était très estimé; 
mais, comme le mot lorica (lorum) désigne la cuirasse de cuir par opposition au mot 
thorax, cuirasse de fer, Horace fait sans doute allusion aux cuirasses faites en cuir de 
Cordoue. 

4. Horace, Od., III, vi, v. 29-32. 

5. On identifie Concana, ville des Concaniens, soit avec Cuenca de Campos, soit 
avec Santillana, soit avec Infiesto. — Voir Manncrt, p. 35o. 

6. Horace, Od., III, iv, v. 34. — Cf. Silius Italiens, III, v, 3Gi : Cornipedis fusa 
satiaris, Concane, vena. 

7. Tibulle, IV, i, v. i38 : ... latis audax llispania terris. 



3^6 BULLETIN HISPANIQUE 

politique et d'accepter, comme un simple f>articulier, une 
invitation en ville : sur les rivages de l'Espagne, le vieil 
ennemi de Rome, le Cantabre, est enfin dompté et lié par des 
chaînes contre lesquelles il s'est longtemps insurgé'. Ces 
chaînes qu'on avait eu tellement de peine à lui imposer 
n'étaient pas très solides; la guerre recommençait bientôt. 
A la fin de 728-26, Horace écrit à son ami Quinctius Hirpinus 
de ne pas s'inquiéter des desseins hostiles du belliqueux 
Cantabre, trop éloigné de l'Italie pour que Rome ait rien 
à redoutera Quant à lui, il n'a aucune intention d'aller, soit 
au nord de l'Espagne où le Cantabre indocile se révolte contre 
le joug romain, soit même au midi dans la pacifique ville 
de Gadès qui lui semble au bout du monde^. Dans ses voyages il 
ne veut pas dépasser Tibur dont les vertes olives le disputent 
aux olives renommées du mont Vénafre, en Campanie; tout 
au plus irait-il jusqu'au Galèse, le fleuve cher aux bre!)is de la 
région de Tarenle qu'on enveloppe de peaux pour préserver 
leurs toisons 't : il ne connaît pas et il ne tient pas à connaître 
les oliviers de la plaine de Cordoue et le Bétis, fleuve cher aux 
brebis du pays des Turdétans. 

Cependant, l'empereur, qui jugeait la guerre assez sérieuse 
pour en prendre lui-même la direction, était loin de Tibur et 
de Parente; en 728-26, il commençait son huitième consulat 
à Tarragone où, après une campagne contre les Cantabrcs, 
la maladie le forçait de revenir et de passer l'hiver de 729 25 5; 
en 730-24, il rentrait en Italie, laissant à ses légats le soin de 
terminer la guerre. Horace chante le retour heureux d'Auguste 
qui, après avoir conquis le laurier qu'on achète souvent au 
prix de la vie, vient revoir ses dieux Pénates, victorieux de 
l'Espagne, setnblable à Hercule qu\ a traversé jadis en vain- 
queur la péninsule ibérique*'. 

La victoire d'Auguste était bien précaire. En 784-20, Agrippa 
devait encore partir en guerre contre les Cantabres et les 

I. Horace, Od., III, viii, v. ai-aa. 
s. Horace, Od., Il, xi, v. i-:>.. 

3. Horace, Od., II, vi, v. 1-2. — Cf. Od., Il, t', v. 10 : ... remotis Gadibus. 

II. Horace, Od., Il, vi, v. i5-iC, v. 10-11. 
5. Dion Cassius, Mil, xxv. 

C. Horace, Od., III, mv, v. i-V 



LES DÉCLAMATEURS ESPAGNOLS 347 

Astures. Pendant l'été de 735-19, au moment de l'année 
où se doraient les moissons de l'Italie, Horace, dans une lettre 
où il donne des nouvelles de Rome à Iccius, qui administrait en 
Sicile les domaines d'Agrippa, annonce qu'on vient d'apprendre 
la soumission définitive des Cantabres'. Agrippa avait réussi à 
détruire ou à désarmer les insurgés, à s'emparer des forteresses 
bâties dans les montagnes et à forcer les indigènes à sétablir 
dans la plaine. Vers la même date, le poète rappelle à Lollius 
que son passé lui interdit de s'abandonnera l'oisiveté. Lollius 
n'a-t-il pas fait, tout jeune, un rude apprentissage de la guerre, 
lui qui a combattu en 728-36 les féroces Gantabres sous les 
ordres de Tibère qui faisait ses premières armes comme tribun 2 ? 

Mais la pacification complète du pays vaincu ne pouvait 
être l'œuvre d'un jour. C'est seulement en l'an 74i-i3, au 
moment où Auguste rentre à Rome après une longue absence 
pendant laquelle il avait rejeté les Germains de l'autre coté 
du Rhin et réorganisé l'administration de la Gaule et de 
l'Espagne^, qu'Horace proclame qu'on n'a plus désormais 
à redouter les révoltes de la farouche Ibérie, des Gantabres, 
si longtemps indomptables, dociles maintenant aux ordres de 
l'empereur et admirateurs respectueux de sa puissance'*. 

Cette fois le poète ne se trompait pas: c'est à l'an 7'ii-i3 
qu'Appien termine son récit des guerres d'Espagne^. Velleius 
Paterculus, qui écrit à la fin du principat de Tibère, constate 
que, grâce à la paix imposée par Auguste, le brigandage 
a disparu d'un pays qui ne cessait d'être le théâtre de guerres 
considérables^. Un historien gaulois contemporain d'Auguste, 
Trogus Pompeius, reconnaît que l'empereur seul a réussi à 
soumettre définitivement l'Espagne et à faire une province 
réellement romaine de ce pays barbare que ses lois ont conquis 
à la civilisation'. 



1. Horace, Epîtr., I, xii, v. 26-29. 

2. Horace, Epîlr., I, xvm, v. 5^-50. 

3. Dion Cassius, LR , xix. 

!i. Horace, Od., IV, v, v. 27-28 :/(erae... Hiberiae. — Od.,IV, xiv, v. 4i : Te Cantaber 
non anle domabilis... Miratur; v. 49: Te... duraeque tellus audit Hiberiae. 

5. Appien, Guerres d'Espagne, cii. 

6. Velleius Paterculus, H, \c, [>. 

7. Justin, XLIV, V, 8. 



3^8 BULLETIN HISPANIQUE 

Les villes conquises sollicitaient l'honneur de recevoir le 
nom du conquérant: Olisippo, la moderne Lisbonne, devenait 
Felicilas Julio : Ebora (Evora), IJbe r aidas Jiilia; Ituci, près de 
Castulo. Virtus Julia: Ucubi, près de Cordoue, Clarilas Julia; 
Osset, sur le Bétis, en face d'Hispalis, Julia Constantia, eiLacini 
murgi, Conslanlia Julia; Séria (Jerez de los Gaballeros), P'ama 
Julia; Nertobri^ia, en Bétique (Valera lavieja), Concordia Julia '. 
Beaucoup de villes prenaient le cognonien d' 1 ugusla, entre autres 
Emerita (Merida), qui àexenaii Emerila Augusia; \siigi& (Ecija). 
Augusta Firma; Bilbilis [cerro de Bambola près de Calatayud), 
Bilbilis A ugusla: Bracara (Braga), Bracaruni Augusla: ïucci 
(Martos, dans la province de Jaen), Augusla Gemella; une ville 
des Arevaci, Augusla Nova-. L'antique Gadès, la civitas Gaditana 
de Cicéron^, s*a])pelait désormais Augusla Julia Gaditana''; et 
Salduba prenait le nom de Caesaraugusla colonial, d'où vient 
le nom moderne de la ville de Saragosse. Beaucoup de peuples 
devenaient })euples d'Auguste, Augustani. Les Astures eux- 
mêmes se mettaient au nombre des Augustani'\ Ces peuples 
farouches, qui avaient fait à Bome une guerre si rude, hono- 
raient maintenant l'empereur comme un Dieu. L'Espagnol 
Pomponius Mêla rapporte que sur un promontoire de leurs 
côtes ils élevèrent trois autels consacrés au culte d'Auguste: 
ces autels s'appelaient Seslia/iae arae"' . L'empereur devenait la 
divinité tutélaire du pays qu'il avait soumis. «L'Espagne ne 
voulut plus compter que par l'ère d'Auguste qu'elle conserva 
jusqu'à la fin du moyen age^, » 

Du jour où l'Espagne tout entière se montre complètement 
romaine, dévouée sans réserve à l'empereur, les écrivains 
contemporains d'Auguste et de Tibère s'empressent de vanter 

I. Pline, A. H., IV, xxi, 117; III, 1, 12; 11, i4. 

a. Pline, A^. //., IV, \ii, 117; 111, i, 12 ; ni, 27; IV, tx, 1 13. 

3. CictTon, Pro Balbo, vi, i4. 

4. Pline, A^. //., IV, xxn, 119. 

5. Pline, A. //., III, m, 23. 
C. Pline, A^. //., III, m, 28. 

7. Pomponius Mêla, III, 1, i3. 

8. Duruy, llist. des Porn., t. III, Paris, 1877, p. a/|5. — Colle ère qui commençait 
à l'an 38 av. J.-C, se conserva en Aragon jusqu'en i358, en Porlu<ïal jus([u'en i4i5. 
M. Ch.-V. Langlois (article Kre, t. XVI, p. 170, Grande Encyclopédie) atllrnie que 
Vire d'Es/-agne n'a pas clé inslituce sous Auguste; mais il ncililpasà quel événement 
se raltaclie l'origine de cette ère. 



LES DÉCLAMATEURS ESPAGNOLS 3^9 

la richesse de son sol, la variété de ses produits, l'activité de 
son industrie, l'étendue de son commerce. L'Empire fait de la 
péninsule ibérique, si longtemps barbare et indomptée, dont 
la soumission terminait enfin les guerres d'Auguste et permettait 
à la paix romaine de régner dans le monde entier, le même 
éloge que la République faisait de la Sicile, la première des 
nations étrangères qui avait porté ce nom de province, si hono 
rable pour Rome, la première qui avait fait connaître aux 
Romains la gloire d'établir leur pouvoir hors des frontières de 
l'Italie, qui, entrée la première dans l'alliance de Rome, n'en 
était jatnais sortie, et n'avait jamais cessé de nouriir l'Italie 
de son blé'. 

Trogus Pompeius fait de l'Espagne un éloge semblable à 
l'éloge de la Sicile qui sert d'exorde à la seconde Verrine de 
Cicérone II détruit les légendes qui avaient été imaginées alors 
que le pays était mal connu et qui se perpétuaient encore 
depuis qu'il était devenu romain. On prétendait qu'en Lusi- 
tanie, sur les bords du Tage, le vent féconde les cavales. 
Varron, qui avait longtemps vécu en Espagne, l'affirmait^; 
Golumelle, qui est Espagnol, devait le répéter^; Pline, qui se 
moque de la crédulité grecque et qui remarque fort justement 
qu'il n'est pas de mensonge si impudent qui ne soit appuyé 
d'un témoignage^, Pline lui-même donnera comme un fait 
certain qu'en Lusitanie les juments se tournent du côté d'où 
vient le vent d'ouest, aspirent son souflle fécondant et mettent 
bas des poulains aussi rapides que le vent, leur père*^. Trogus 
Pompeius explique l'origine de cette légende : les cavales de la 
Gallécie et de la Lusitanie sont si fécondes, leurs poulains si 
nombreux et si rapides à la course qu'ils semblent être les fils 
des vents *^. 

Il n'est pas nécessaire d'inventer des fables pour louer un 

1. Cf. Gicéron, Verr.,(\\), II, i. 

2. Le livre \LIV de Justin est consacré tout entier à l'Espagne; comme Justin ne 
fait qu'un abrégé des Hisloriae de Trogus Pompeius, il est certain que l'ouvrage 
original devait donner sur l'Espagne des renseignements beaucoup plus abondants. 

3. Varron, De lie Ruslica, II, i. 
l^. Golumelle, VI, xwii, 3. 

5. Pline, A^. //.. VIII, xxii,82. 

6. Pline, N. H., VllI, xm, i66. 

7. Justin, XLIV, m, i. 



35o BULLETIN HISPANIQUE 

pays dont les productions réelles sont si admirables. Située 
entre l'Afrique et la Gaule, préservée des ardeurs du soleil qui 
brûle l'Afrique et des violences du vent qui fatigue la Gaule, 
l'Espagne tient le milieu entre ces deux régions; elle jouit 
d'un climat tempéré par des pluies douces et abondantes qui 
lui donnent une fécondité capable de pourvoir non seulement 
à ses propres besoins, mais à ceux de l'Italie où elle exporte 
les produits de son sol, blé, vin, miel, huile, lin, sparterie ; — 
de son sous-sol, fer, cuivre, plomb; — de ses fleuves qui 
abondent en poissons et qui roulent des parcelles d'or. 

Certaines contrées de l'Espagne sont remarqual)les par leurs 
richesses minières. La Gallaecki' produit en abondance le 
cuivre, le plomb et le minium d'où le fleuve qui arrose le pays 
a tiré son nom 2, l'or si abondant que le soc de la charrue fend 
souvent des glèbes aurifères. Le fer du nord de l'Espagne, très 
dur naturellement, acquiert une solidité remarquable quand 
il est trempé dans la rivière qui passe à Bilbilis"^, ou dans le 
Chalybs, dont les riverains ont reçu le nom de Chalybes''. 

Le minium d'Espagne, très réputé^ n'avait d'autre rival que 
celui qu'on tirait de la Cappadoce et dont la préparation se 
faisait et le marché se tenait à Éphèse^. Dans son traité De 
Archilecliira qu'il dédiait à Auguste en 7/10-1^, Vilruve affirme 
que l'Italie n'est plus tributaire des usines d'Éphèse depuis 
qu'on exploite le minium en Espagne et qu'on l'importe 
directement à Rome où des ouvriers spéciaux le préparent dans 
des ateliers situés entre le temple de Flore et le temple de 

1. La Galice, au nord-est de la péninsule, entre les Astures, l'Océan et le 
Portugal. 

2. Justin, XLIV, 111,4. — Le minium est un plomb oxydé rouge, qui se présente 
à l'état naturel en niasses pulvérulentes. Le fleuve Minius s'appelle aujourd'hui en 
Kspiigne, où il prend sa source, le MiFto, et en Portugal, oi^i il a son emboucliure, 
le Minfio. 

;^i. Martial, originaire de Uilliilis, nous apprend dans une de ses IJpigranmies 
(X, r.iv, V. G) que le fleuve qui arrose sa ville natale s'appelle le Salo, aujourd'hui 
le Jalon. On identifie la colline oîi Bilbilis était bâtie avec le cerro de Bainhola au\ 
environs de Galatayud. 

'4. Justin, XLIV, III, 9. — Les (irecs avaient donné le nom de Chalyhes (yâÀu'}/, 
acier) à un peuple des bords du Pont-Euxin (jui était habile à travailler le fer et qui 
passait pour avoir inventé l'acier. Il est probable que les Grecs avaient donné le 
Uléma nom de Ghalybes aux riverains de c|ucl(iue torrent d'Espagne dont les eaux 
étaient réputées pour la trempe de l'acier. Ce torrent est peut-être le kalipos de 
Pt«jléniée (cf. Mannerl, p. Sîi). 

5. Slrabon, XII, ii, lo. 



LES DECLAMATEURS ESPAG>'OLS 



35 I 



Quirinus'. Dans son Histoire Naturelle qu'il présentait à Titus 
en 83o-77, Pline dit que de son temps Rome ne reçoit plus de 
minium que de lEspagne, surtout des mines de Sisapon en 
Bétique^, qui fait partie du domaine de l'État. Le minium, 
qu'on n'a pas le droit de travailler sur place, est envoyé par 
lingots marqués d'un cachet à Rome où on le prépare et où 
une loi en fixe le prix de vente". 

Strabon fait une description détaillée de tous les produits 
qui sont exportés de l'Espagne, en particulier de cette Turdé- 
tanie'' dont la richesse dès longtemps proverbiale permettait à 
Plante^ qui jouait sur les mots, de dire que les Turdétans 
étaient gros comme des grives 3. La Turdétanie jouit, en effet, 
d'une merveilleuse fertilité et ses fleuves lui permettent 
d'envoyer à Rome en abondance du blé, du vin, de l'huile 
excellente, de la cire, du miel, de la poix, des coques de 
kermès, du minium, de l'or, de l'argent, du cuivre et du fer 
que son sol produit à l'état natif en des conditions remarqua- 
bles de pureté ; ses mines de sel lui donnent le moyen de faire 
une grande quantité d'excellentes salaisons avec les poissons 
que Ton pêche dans les rivières et sur le littoral de la Méditer- 
ranée'". D'autres contrées de l'Espagne exportent des chevaux 
qui ont beaucoup de vitesse et de fond et qui sont dressés 
à gravir les montagnes et à fléchir les genoux". Les principales 
fabriques où l'on tisse le lin se trouvent à Emporium, dans la 
Tarraconaise"^. Les vastes plaines de cette région produisent 
l'espèce de sparte qui sert à faire des cordages et qu'on exporte 
surtout en Italie^. 

Strabon, qui donne d'abondants renseignements sur l'agri- 
culture, le commerce et l'industrie de l'Espagne, constate que 
les habitants de la Bétique sont si bien convertis à la civi- 
lisation latine qu'ils ont renoncé à leur idiome national 

1. Vitruve, VII, ix, 

2. Almaden, dans la province de Ciudad-Real. 

3. Pline, A'. H., XXXIII, vu, ii8. 

II. Le pays des Turdetani correspond à l'Andalousie. 

5. Plaute (Les Captifs, I, ii, v. 60) fait venir Turdetani de tardas, grive. 

6. Strabon, III, 11, 4, 6, 7, 8. 

7. Strabon, III, iv, i5. 

8. Aujourd'hui, Caslello de Ampurias. Cf. Mannert, p. 4oi. 

9. Strabon, III, tv, 9. 



302 BULLETIN HISPANIQUE 

et que les Geltibères eux-mêmes portent la toge romaine'. Il 
rappelle que les divers peuples de l'Espagne avaient dans 
leurs dialectes toute une littérature, des annales des anciens 
temps, des poèmes remontant à une haute antiquité 2. Mais il 
ne dit pas que, depuis que les habitants de la Bétique ont 
renoncé à leur idiome national et que les Celtibèies portent 
la toge, les peuples de ÏIHspania Cilerior et de VHispaiiia Ulle- 
rior cultivent avec succès l'éloquence et la poésie latine. 

Au temps de Sénèque, les auteurs qui vantent le plus volon- 
tiers les productions agricoles et industrielles de l'Espagne ne 
font aucune allusion à ses productions littéraires. Les poètes 
eux-mêmes qui citent les littérateurs avec lesquels ils entre- 
tiennent des relations d'amitié ne semblent connaître aucun 
Espagnol qui écrive en vers ou en prose. A la fin de sa longue 
carrière, le vieillard de Cordoue devait s'indigner de l'oubli 
dédaigneux 011 Rome s'obstinait à laisser les œuvres de ses 
compatriotes; et, dans son recueil de Controvcrsiue et de Sua- 
soriae, il s'eilorce de prouver que l'Espagne est aussi littéraire 
que commerçante et induetrielle. 

II. DE LA VILLE DE MIRMONT. 

('A suivre.) 



I. Strabon, III. ii, i 
a. Siraboii, III, i, tj. 



CHRONIUUK LATINE DES ROIS DE CASTILLE 

JUSQU'EN 1236 

(SuUe*) 



[II. Alphonse VIII. — B. — Las Navas.J" 

•21. Inicia gaudii hec fuerunt. Omnes qui in captione salue iTe et in 
morte filii régis pre dolore et angustia defecerant animis. confortati 
sunt in domino et in potencia bonitatis eius. adeo quod ex tune 
omnium tam nobilium quam ignobilium desiderium summum erat 
bello lascessere regem marroquitanuni. Yere uirtus dîïi noslri ih'u 
xpi qui uere deus est et homo latenter operabatur. q lam subito 
corda hominum potuit imulare. de timoré in audanciain. de despera- 
tione in confidenciam sumani. Archiepiscopus autcni toletanus adiit 
regem francie cui cum exposuisset cam" uie et necessitatem et 
angusliam populi xpiani neque uerbum bonum habere pocuil'' ab ore 
eius. Cirtuiû' totam franciam supplicans magnatibus et multa polli- 
cens eis ex parte régis castelle sed nec unum ex eis moucre potuit'. 

a) causam. — b) potuit. — ci circuiuit. 

■ Voir Hall, /iis/»., t. \IV, p. 3o, 109 cl 2^/4. 

•* Sur les événements (ini sniveni, jusqu'à la (in de la campagne de las Navas. 
nous avons les récits de témoins oculaires et même actifs, parmi lesquels il ne semble 
pas qu'il faille compter Luc, quoicju'il ne s(jit pas en désaccord avec les autres. C'est 
d'abord Rodrigue de Tolède; puis Alphonse Vlli,dans sa lettre au pape lnn<jcenl III, 
comprise dans le livre XV des lettres de ce pape(édit. Baluze, reproduite par Migne. 
Patrol. lai., t. CCXVI, col. <J9ij-7o3) et mise par Gerdâ en appendice aux Memorias de 
Mondéjar (cf. Il, A, note '*); enlin Amalric Arnaud, archevêque de Narbonne, dans sa 
lettre « Arnoldo abbati cistercicnsi cctcrisque abbatibus in generali capitulo consli- 
lutis », publiée par Ughelli, d'après un manuscrit du monastère cistercien de Flo- 
rence, dans Vllalia sacra; par les frères Sainte- Marthe, et par Cerdà (Memorias). 
Albéric,abbé des Trois-Fontaines, dont la Chronique s'arrête en i^'n, et qui est mort 
en 1202, put avoir des renseignements de témoins; on trouvera son récit au tome Wlll 
du Recueil des Hislorieiis des Gaules (édition Léopold Uelisle, p. 779); également dans 
Cerdâ. Je renverrai, dans les notes qui suivent, aux pages de l'appendice de Cerdâ. 
Les Anales Toledanos donnent une relation brève, mais pleine de détails. 

21. 1. Sur l'accueil que lui fit le roi de France, Rodrigue garde le mutisme d'un 
diplomate. Il ne nomme à vrai dire aucun Français parmi ceux qui vinrent au 
secours d'Alphonse Vlll. Bordeaux, Nantes, Narbonne n'étaient pas en pays français, 
mais, comme il dit, « de parlibus Galliarum ». Luc dit pourtant « alluerunt Portuga- 



354 BULLETIN HISPANIQUE 

Misit preterea rex nobilis cuius intencio tota et studium in hoc erat in 
partes pitauie et uasconie uirum industrium magistrum arnaldum 
fisicum suuma qui concitaret animos potentum multa promictens ex 
parte régis ad bellum futurum. De partibus illis muiti nobiles et 
magntes cum archiepiscopo burdcgalen uenerunt in auxilium 
régis castelle. in estate proxima cum iam inmineret tempus belli. 
De prouincie uero partibus per quas transitum fecerat archicpiscopus 
predictus uenit archiepiscopus narbonen et quidam alii de prouincia 
uienensi3. Girca festum igitur penthecostes ceperunt undique gentes 
contluere ad ciuitatem toletum. et in octaua die eiusdem festi petrus 
re\ aragoïï supradiclus intrauit toletum sicut promiscrat uno 
tantum milite cumitatus. Secuti sunt eum postea uasalli sui 
inulti et boni et ad res bellicas expedicti^. Dum conuenirent nobiles 

lenses & eliam Franci & Gallœci (ms. 2. c. 5 : Gallici)». Mais dans la lettre d'Arnaud, 
archevêque de Narbonne, sont mentionnés « riuillelmus Bnrdegalensis, Archiepi- 
scopus, vV alii Ecclesiarum Pnclati, Barones ([uoquc,ac milites ex partibus Pictaviac, 
& Andeg. ac Brilan. ^: de Lcmovic. & Piclagoric. & Santon. iS: Burdegalcnsis diœcesi- 
bus vV aliqnot de aliis partibus ultramontanis ». 11 n'est pas question des Franci. Il 
faut se rappeler ce ([u'était la France proprement dite au début du règne de Plii- 
lippe-Auguste pour comprendre ce que dit notre auteur, et l'accorder avec ce que dit 
Arnaud. Luc a peut-être pris le mot Franci dans le sens large; l'abbé des Trois- 
Fonlaines (p. \xii) a fait de même. 11 est étonnant que notre auteur ne dise rien des 
secours venus de Portugal (cf. Ilerculano, t. il, [>. i05 et s.). Le texte d'Ocampo nomme 
« el arçobispo de Burdeos, s el abad de Cistel, e Jofre rodel d'Uaca, s Jofre de 
Argento, s don llicarte de la poypeça, z Tilbato de blaçon, s el vizcode de Copere, e 
el conde de Benaueto r. G<tol île Astaratc, t .Sancs de la Marca » (fol. cccxcv), omis 
dans le manuscrit io'i7. Le manuscrit 8817 (fol. 2ii) énumùre : « o arçb'po d' bordel 
z oarçb'po de Nari)ona. El oai)bade Çistel. c Jolfre da carait s Jofre deltoro. c obis- 
conde de castel arce <, Jofre dargo i; don rinal d' [jiranca t libalt d'blascO e o cond'de 
lurena e vgo dargulo e Jofre d' narrai, e onris de breo z vgo d' lofert. E oconde 
debena neb<t r. sans d' la barca. » 

21. 2. il n'est pas parlé ailleurs, (lue je sache, de ce maître Arnaldo, médecin 
d'Alphonse le iNoble. 

21. 3. L'archevêque de Narbonne, Arnaud, est nommé par Rodrigue, qui ra|)pelle 
son rôle dans la prédication de la croisade contre les Albigeois. Ancien abbé de 
Poblet, puis de Giteaux, Amaliic .Vrnaud avait été élu archevèrpie de Narbonne 
le 12 mars 1212. Il mourut en 122.'). Dans sa lettre il déclare êlre arrivé à Tolède 
«tertio die Martii {martis? addition marginale.^) post octavam diem Pentocostes », 
c'est-à-dire «le surlendemain (mardi) de l'octave de la Pentecôte», soit le ■!2 mai. 
Il était, comme on voit, depuis peu archevêque. — Aux archevêques de Bordeaux et 
de Narbonne, Rodrigue (VIII, 2)el Alphonse VIII dans sa lettre à lnnoc(!nt III ajoutent 
l'évêque de Nantes, (jue la Ghron. (iénérale transforme en « obispo de Na> arrêt » ou 
(' Navarrcte» (i loii). .Vrnaud devient Girailr dans le texte d'Ocampo (fol. cccxcv') 
el Giruldi} dans le manuscrit iS'iy (fol. /ioG). 

31. U, Pierre avait dû prendre les devants pour ne pas manquer à la parole 
donnée. Ge détail n'est noté nulle part ailleurs. D'après les An. Toled. I, 
.\lphonsc VllI fit son entrée le même jour que lui. D'après la Chr. géncr. (texte de 
Pidal, p. 08<j', 1. 3; texte d'Ocampo, fol. cccxcv), les croisés avaient commencé à 
arriver en février (de même manuscrit i3'i7, fol. /|O.V, et 8817, fol. 2i3). — Le texte 
d'Ocampo ne nomme [jas les nobles aragonais (jue mentionne celui de Pidal (p. (icjo'', 
I. 4o); el, de la liste d'évêques castillans ou aragonais (p. ijfji'', 1. •>), il retranche «don 
Rodrigo, obispo de .Siguenza », et remplace Mclcndo par Sancho, Tarazona par l'ai ra- 
ijona. Aux nobles castillans (l. i.'i) il ajoute Alvaro Diaz de los Gameros, Garcia Armil- 
dez <( prior de San Juan », il retranche « cl maestro Roy diaz de Calatraua » et le 



CHRONIQUE LATINE DES ROIS DE CASTILLE 355 

et populi régis castelle et régis aragonum cunctis qui uenerant de 
pictauia et. de uasconia et de prouincia. et de aliiz" partibus. et ipsi 
régi aragofî expensas us nobilis rex castelle sulFicienter ministrabat. 
^ * tanta copia aiiri efFundebatur cotidie quam uix et numeratores 
et ponderatores multitudinem denarriorum qui neccessarii erant ad 
expensas poterant numerareâ. Vniuersus clerus regni castelle ad 
peticionem regni medietatem omnium redituum suorum in eodem 
anno concesserant (fol. 98) dno régi 6. Prêter stipendia cotidiana 
régi aragon multam sumam pecunie misit antequam ipse de regno 
suo exiret. pauper enim erat. et multis debitis obligatus. nec sin- 
adiutorio régis castelle potuisset militibus suis qui eum sequi debe- 
bant stipendia necessaria largiri?. Ardentes igitur uniuersi desiderio 
belli futuri festinabant castra mouere sed pictauini et alii ultra 
montanis nec habebant equos aptos ad prelium nec iumenta ad 

a) Sic. — b) Vbi. — c) sine. 

prieur de l'ilôpilal, Gulierr Rauiirez; cnliii, au lieu de « GunraUio lluiz Girou », il 
mel «Diego ruyz Gyron». Le uiaiiuscrit 8817 nomme « don iranbpod' loledo. du telo 
obispo de palenca. Don Sancho obpo de seguença. Don meei.do obispo dosma. Don 
pcdro bispodavila. Et do lleyno darango obispo d' lardguna. t do bcringuel obispo 
d' barçellona. El Ricos oïïis d' caslclla don dicgo lopz del faro. e os coudes de lara. 
Don aluaro « dO fernâdo c do G» s lopo diaz c lloy diaz de los cameros. >■ aluar diaz 
seu yrmao. Don Gonraluo Royz giron e seus yrmâos. t niuylos ouTs nobl's orïîs 
q séria longa cousa d' coutar. Don po ares maestro d' stiago. Don guari arnaldez p'or 
d' san loh'n. Don Roy diaz maeslre de calatraua. du goms ramiis meestre do 
temple. » Le manuscrit iSi; cite les mêmes personnages que le texte de Pidal, sauf 
le Rodrigo évêque de Siguenza, <iu'il remplace par Sancho; « Aluar dias » et «do gur 
por de saut Jua w, qu'il ajoute comme Ocampo. 11 résume d'ailleurs lortement, ne 
nomme pas non plus les nobles aragonais, mais donne un chilTre pour les contin- 
gents d'Aragon : ■< mill « seyscientos cauall'ros » (Ocampo : iiiill z seleçientos), et de 
Navarre : « mill e trescientos cauall'os >• (pas de chifTre dans Ocampo). — Il est éton- 
nant que notre auteur ne nous dise rien des secours venus de Portugal : cf. llcrcu- 
lano, t. Il, p. iG5 et suiv. 

21. 5. Cf. Luc, p. III, 1. 20. — Rodrigue, qui fait un tableau de toute cette 
multitude vivant aux frais du roi (VllI, /i), compte dix mille cavaliers et cent mille 
piétons, et dit que chaque cavalier recevait par jour vingt « solidi vsuales » (« W 
sueldos de los burgaleses », Chr. Génér., p. (jg/i*, 1. i5), et chaque piéton, cinq, sans 
compter qu'on n'oubliait ni les femmes, ni les enfants, ni les infirmes. Dans sa lettre 
à Innocent, Alphonse note qu'il eut à fournir des chevaux à presque tous les 
cavaliers. Les An. Toled. I parlent amèrement de ce séjour des croisés. Voir VEstoria 
de los Godas {Doc. inéd., t. LWWllI, p. i53) sur la façon dont on les flt sortir 
de Tolède. Noter que beaucoup étaient arrivés vers la Pentecôte (i3 mai). 

21.6. Je ne vois pas qu'il soit parlé ailleurs de cette concession du clergé 
castillan. 

21. 7. Seul notre auteur parle du dénuement de Pierre d'Aragon et de l'argent 
que lui avait ensoyé Alphonse. 

ji. 8. 11 faut peut-être l'aire exception pour les Provençaux: cf. Arnaud: «Nos 
quippe cum comitatu militum ac peditum salis honesto et bene armato de Lugdu- 
nensis, et Vienensis, et Valentineiisis diocœsibus ... » (p. civ). — Quant aux bêtes 
de somme, Rodrigue dit qu'il fallut en fournir soixante mille et plus avec leurs 
conducteurs : (C cibariorum véhicula cum cieteris necessariis sexaginta millia 
summas et ultra cum summariis erogavit » (VIII, 4). La Crônica de Espaha (t. CV 
des Doc. inéd., p. ^67) parle de « nueve mil cargas de pan para talegas con nueve 
mil acémilas que le levasen ». 



356 BULLETIN HISPANIQUE 

ferendas sartinas" in expedictione neccias. Quibus omnibus nobilis 
animus principis gloriosi qui auruni uelud aquam efFu'ndebat necc'' 
largissime donaii. 

32. Mouentes igitur castra in nomine domini ihû x\ profecti sunt 
uersus malagon. quod in momento ot uelud in ictu oculi rapuerunt 
de manibus mauiorum concidentes in frust*' q' quot ibi reperti 
sunt'. Dein apropinquantibus illis ad calatrauam redita est eis per 
manum mauri qui dicebatur auencalem reseruata uita uiris et 
mulieribus qui reperti sunt ibidem 3. Ceperunt tune beneuentum 
alarcos et caracuel^. Videntes autem ultra montani qui solebant 
in unib'3'' degere in temperatis regionibus estum nimium et 
feruorem solis^ ceperunt murmurare dicentes quod ad bellum uene- 
ranl contra regem marroquitanum sicut eis fuerat predicatum. Quem 
cum îî inueniebanl^ uolebant m°is "^ omnibus repatriare. Quo 
audito dolebant omnes xpiani de recessu quem parabant. Erant 
etenim feie mile milites nobiles in armis strenui et polentes. et fere 
sexaginta millia peditum armatorumO quorum quasi caputet princeps 

a) sarcinas. — b) necessarium. — o frusta, «mellanl en pièces». — d) uniucrsum. 
— e) modis. 

1-i. I. C'est la première opération signalée par Luc (p. iii, 1. 2/1), Rodrifriic 
(VIII, 5), Alplionse (p. xcviii), Arnaud (p. civ), l'abbé des Trois-Fontaines (p. cxxi). 
Rodrigue, Alplionse et Arnaud sont d'accord pour en attribuer le succès aux seuls 
ultramontains ; Luc et Ui>driguc, pour dire que tous les défenseurs furent mis en 
pièces. Arnaud, qui donne plus de détails, dit qu'on ne lit grâce qu'au chef et à ses 
deux (ils, et que les autres, laissés à la merci des peregrini, furent tous tués, « prirter 
paucos». — On était jiarti de Tolède « duodccimo kalendas lulii », le 20 juin, selon 
Rodrigue (VIII, 5), uti mardi, selon Arnaud (le nj), ([ui dit en outre qu'on arri\a 
à « Magalon )i le dimanche, jour de la Saint-Jean (2/1). Le trajet est d'erniron 
100 kilomètres. 

■•■2. 2. Pour plus de détails voir Rodrigue, qui nomme aussi Avcncaliz (VIII, G); 
Alphonse ([). xcix), et Arnaud (|). civ), qui signale la part des \ iennois dans celte 
action; enfin l'abbé des Trois-Fontaincs, qui raconte que ce furent les « Franci « qui 
prirent la i)Iace, que le premier qui y pémUra fui un prêtre; porteur de l'hostie, 
qu'il reçut i)lus de soixante llcches sur son aube, et que le départ des « Franci » eut 
pour cause les conditions obtenues secrètement d'Alphonse par les assiégés (p. cxx 11). 
La i)rise eut lieu le tlimanclie après la .Saint-Paul (i" juillet), selon Rodrigue et 
Arnaud, celui-ci ajoute qu'une i)artie du château avait été emportée la \cille. 

v.A. ^. Luc ajoute Pelruin bonum (p. iii, I. 2')). Rodrigue ne nomme (pic 
« Alnn-iiris... necnon etcastella alla in vicino » (VIII, (j). Alphonse : /l/nrco.'?, Cnracovia 
Bemivenluni Petrahona « (p. \i:i\). L'abbé des Trois-Fontaincs île même (mais 
Calnrhimia). D'après ers trois derniers, le dr'[)art des ultramontains aurait eu lieu 
auparavant; de même, d'a[)rès le texte d'Ocampo, (pii cite aussi Aiarcos, Beurle et 
Caraciiri (sic). Les An. Toled. I citent Mnlagou, Calatrava. Alarcos, Benavent, Piedra- 
huenn, Cnracui'l et h'ernil (cf. S aâ, note .">). Pi(;drabuena est à M) kilomètres k l'ouest 
de Ciudad Real; (^aracuel, à 20 kilomètres au sud-ouest; Henavenlc, colline à 
i.T kilomètres à l'ouest. Voir le Mai>(i mililar ilinerurio de Espana, feuilles O/i et 65. 

32. .'i. C'est à la même raison que Luc (p. 111, I. iO) et Alphonse attribuent leur 
défcclion (p. xci\). 

aa. 5. Autre raison, ou prétexte, (jue seul indique notre auteur. 

aa. ('). t Ultra rjuadraginta millia », selon Arnaud (p. ex); <■ ad duo millia miiitum 
cum suis armigeris, et usqiie ad decem millia serxientium in equis, et usque ad 
quinquaginla millia servicntium sine equis », selon Alphonse (p. \cviii). 



CHRONIQUE LATINE DES ROIS DE CASTILLE 867 

erat archiepiscopus burdegalenv. Laboraû rex nobilis cum rege 
aragoïï ut eos retineret. sed istud niillatenus effîcere potuerunt. 
Licet autem consultum fuisset régi nobili. ut eos terreret uerbis 
aspersil" atque minis. quia sua consumpserant et ab eo munera multa 
receperant. noluit tamen acquiescere predicto consilio sed in pace 
permisit eos abire. donans archiepiscopo burdegaleiî munera et 
expensas. Tune autem exercitus régis marroquitani non distabat ab 
exercitu xanorum per dietas duasS. Mirabilis deus in sanctis suis 

a i Abella : « forte asperis ». 

22. 7. L'archevêque de Bordeaux était Guillaume Amanieu ou de Genève, ou de 
Géhennes, ou de Gebennis, un prélat fougueux qui ne craignit pas de se livrer à des 
voies de fait sur son collègue de Bourges, à qui il disputait la primatie. Voir l'Histoire 
de la Villede Bordeaux {2' partie, p. 1x2 de l'éd. de 1862), de Dom Devienne, qui nous 
dit aussi (p. 43) que ce prélat était allé oITrir ses services à « Alphonse-le-Petit, roi de 
Castille, qui était en guerre contre les Sarrazins. La paix qui se fit alors ne permit 
pas à Guillaume de donner des marques plus éclatantes de sa hra\oure ». Ce n'est 
pas tout à fait ce que disent les textes contemporains. Voir d'autre part llierosme 
Lopes, L'Église ... de Sainct André de Bourdeaux, t. 1, p. 276 de la réédition de Callen. 
On y trouxera aussi au t. H, p. 221, un passage dont s'est évidemment inspiré Dom 
Devienne: «11 alla l'an 1212. au secours d'Alphonse, surnommé le Petit Roy de 
Castille, avec plusieurs des plus nobles et des plus \aillans du Royaume, contre les 
Sarrasins. Mais ce Roy ayant fait la paix a\ec ses ennemis, sans la participation des 
François, ils s'en retournèrent mescontents ». Celte paix est probablement l'accord 
secret par lequel, suivant l'abbé des Trois-Fontaines, Alphonse aurait permis aux 
défenseurs de Calatrava de s'échapper à l'insu des Français (cf. § 22, note 2). L'é\èque 
de Nantes accompagna l'archevêque de Bordeaux dans sa retraite (Alphonse, p. cvix ; 
Albéric, p. cxxin). Le texte de Pidal (p. OyC, 1. 3) attribue au diable la décision des 
étrangers. Le texte d'Ocampo, que traduit le manuscrit 8817 (fol. 21 4'), est beaucoup 
plus réaliste : a Estâdo en este (après la prise de Calatrava) vinieron a d'zir al rey 
q los estrageros cruzados q no lenio q comer estonçe el rey partioles mill cargas 
d' viâda e çinqueta mill marauedis en dineros, e co todo esto non los pudo 
detener... » (même fond dans i3/i7, fol. 4o6). Ils trouvaient donc qu'on ne leur 
donnait pas assez à manger; et le texte de Pidal contient là-dessus un aveu (p. 097, 
1. 4*5) touchant « la mingua que era de las \ iandas, et fuera ante de la couquista 
de Calatrava ». L'étal sanitaire, de plus, était mauvais : i< z por verdad assi lue que 
enfermaron muchos dellos (les chrétiens) s morieron, ca los prouo la tierra z el agua 
de Guadiana» (texte d'Ocampo, fol. cccxcvi). Mais ((las génies de allende de lo» 
puerlos de Aspa » avaient aussi sans doute un autre grief, que le texte d'Ocampo 
(fol. cccxcv"), confirmant Albéric, nous permet de deviner : c'est que venus pour 
massacrer les infidèles, on les en empêchât dès la première, ou du moins dès la 
seconde occasion : «... los moros (de Calatrava) vieronse mal trechos z sin remedio, 
e traxeron preytesia que los dexassen salir con los cuerpos z q dari(j la villa z todo 
lo al q teni(>, mas los Frâceses cruzados z los otros estrangeros non querie sinij 
q los matasen . mas los reyes touieronlo por bien q los dexasen yr porq erâ 
cavalleros z omes honrrados: z asi entraron la villa . s los moros fuenjse su via sin 
aueres s sin armas, z don Diego lopez d'Haro pusoles en saluo » (à peu près 
identique dans i347, et traduit dans 8817). Or Diego Lcipez était précisément le chef 
des étrangers (Chr. gén., p. 094'% 1. 40; texte d'Ocampo, fol. cccxcv') : on comprend 
le mécontentement de ses subordonnés. Quelque chose d'analogue s'était passé au 
siège de Silves en 1189 (cf. Herculano, t. II, p. 5i). — Dans tout cela, il y a une 
chose certaine, c'est que, au rebours des carabiniers d'Offenbach, nos méridionaux 
partirent avant la bataille; mais fut-ce par excès d'ardeur, ou par suite des priva- 
tions endurées? Pour ces deux causes peut-être. 

33. 8. Même expression dans Arnaud : « per dietas duas >>, mais depuis Alarcos. 

Bail, hispan. 24 



358 BULLETIN HISPANIQUE 

qui lani mirabiliter prouidit yspanie et precipue regno castelle ut 
recedentibus ultra montanis gloria uictorie belli famosi yspanis non 
ultra montanis atribueretur. Illis autem abeuntibus pauci remanserunt 
cum thcobaldo de blazon filio pelri roderici de guzman. et cum 
archiepiscopo narbonensi qui oriundus fuerat de cataloniao. Exhilarati 
autem xpiani contra meditationem qui prius fuerant contristati'o 
castra mouerunt uersus saluatrâ uir" et castra metati suntu. Sequenti 
uero die ibidem remanserunt. | et de mandat© regum tam nobiles 
quam populi armati prodierunt in campum quasi iam pugnaluri 
contra hostes. Terribiles quidem erant castrorum acies ordinale, 
nunquam tôt et talia arma ferrea in hispaniis uisa fuerunt. Exhilarati 
reges tam dulci et tam terribili uisione concipiunt ingentes animos et 
robur addide* cunctorum animis et corporibus spes uictorie prccon- 
tepta' . Mouentur castra céleri ter et ilariter uersus portum de muradal '^ 
cui cum appropinquarent pro certo comperiunt partem exercitus 
régis marroquitani. tenere portum de losa. qua nulli prêter corum 
eorum' uoluntatem transire licebat. In cetum abeunt proceres conue- 
niunt in temptorium régis castelle. Rex aragon et rex nauarre qui 
tune iam aderat licetcum paucis militibus aduenisset'3. Archiepiscopi 
toletanus et narbon nobilis uassallus régis gloriosi didacus lupi 
et alii magnâtes utriusque regni deliberaturi quid in tanti' necessitatc 
agende^^ cet. Aliis uisum est ut rediret ([\$" in terram suam. 
quod cum honore et gloria fieri posset. ex quo montes nullo modo 
transire licebat. Aliis uero uisum est qucrendum esse alium portum. 
Sed régi glorioso uisum est esse turpe referre pcdem •'•. Discedunt hora 

a) saluaterram ubi. — b) addidit. — c). preconccpta. — d) Sic. — c) lauta. — 
f) agendum. — g) quilibet. 

32. 9. llodrigue (VIII, G) et Alphonse (p. \ci\) disent bien que le [loitcvin Tlii 
haut de Blazon par son ori;?ine était espagnol, castillan même, mais non qu'il était 
lils de Pedro Kodriguez de Guzmân (tué à Alarcos, cf. S i3, note i). VEsl.delos 
Gudos {Doc. incd., t. LXXXVIII, p. i55) dit : « de la una parte castcUano » ; Mariana : 
((de parte de su madré ». Quant à Arnaud, son origine catalane, alTirmée j)ar notre 
chronique, l'est encore par les Actas de Poblet (cf. Amal, Memorias para un dicc. cril. 
de los Escritores catalanes, ]i. i5). 

22. 10. Je ne sais à quel texte l'auteur fait allusion. 

22. II. (( ... et primo die castrametati sunt in circnitu Saluirtcrnc » (Uodriguc, 
VIII, G). La revue ({u'on y passa le lendemain (dimanche) est aussi mentionnée par 
IWjdriguc (ibid.J. 

22. i:!. Cf. S7, note G; S 18, note 8. Selon Luc (|). m, I. 3o), il y aurait eu à 
ce moment un premier engagement. C'est prohahlcmcnt celui que Rodrigue (VIII, 7) 
place à l'entrée du port de Losa, et celui dont Arnaud (p. cv) attribue l'heureuse 
issue aux Viermois et aux Poitevins; à moins ([u'il ne s'agisse de la prise de Ferrai 
(Chr. gén., p. G(j7''-0(j8'; texte d'Ocampo, fol. cccxcvi). 

22. i3. « ... \ix fuit in exercitu de suis plusquam ducentis militibus comitalus » 
(Alphonse, p. xcix). 11 avait rejoint l'armée à Alarcos (cf. S 24, note i). Voir Garibay, 
Compendio, \XIV, uj. 

22. I 'i. llodrigue et Alphonse, (jui parlent de celte délibération, ne nomment pas 
ceux (|ui y prirent part, et ne disent pas ([ue quekiues-uus aient conseillé d'aban- 
donner l'entreprise. 



CHRONIQUE LATINE DES ROIS DE CASTILIE SÔg 

uesperlina nllm consilium inuenientes quod eis placeret. sed dispo- 
nunt implorare diuinum auxilium iuxta consilium régis iosaphat. de 
quo legitur in libro regum. ciim ignoramus quid agere debeamus 
hoc solum residuum habemus ut occulos ad celum leuemus'S. 

23. Solus garsias ronierus uir nobilis prudens strenuus et fidelis 
uasallus régis aragon reraanserat cum rege glorioso in tentorio suo'. 
tune misit deus quendam in spé" pastoris qui régi glorioso locutus 
est secreto promittens se indicaturum cui ipse mandaret locum ualde 
propinquum per queni totus exercitus sine periculo transire posset 
montes altissimos. gauissus rex gaudio magno iussit acersiri dictum 
garsiam romeruni et eidem que a pastore didicerat indicauit. Qui 
statim exiens de mandato régis gloriosi uocatis militibus suis pastore 
duce peruenit ad quendam locum sole iam occidente. Vnde aspexit 
occulis quod pastor promiserat nobili régi. Letus et ouans ad regem 
gloriosum reuertilur cum festinancia nuncians ei quod ita inuenerat 
sicut pastor dixerat supradictus. Creditur ab his qui recte sapiunt. 
quia non purus homo. sed aliqua diuina uirtus extitit qui in tanta 
angustia subuenit populo xpiano. cum tôt adaiides tôt paslores. tôt 
fratres de calatraua (fol. 99) per loca illa sepe discurrerent. nullus 
tamen eorum de loco illo aliquid sciret. nec idem pastor postea 
comparuita. Siluerunt illa nocte. summo mane diuulgatum est uerbum 

a) specie. 

22. i5. La réfûrence est fausse et la citation inexacte quant à la lettre. L'auteur 
a dû citer de mémoire. Le passage est au livre II des Paralipomcnes, ch. XX, v. 13 : 
«Cum ignoremus quid agere debeamus, hoc solum habemus residui, ut oculos 
nostros dirigamus ad le». 

a3. I. Seul notre auteur signale ce détail. 

23. 2. Luc mentionne sommairement cet épisode du berger (p. m, 1. 34). De 
même Rodrigue (VIII, 7) et Alphonse (p. c). — Albéric (p. wiii) nous décrit ce mys- 
térieux, personnage: « corio cervino, non tannato, vestitus et calceatus ». « Paslor 
o coneiero », chasseur de lapins, dit VEstoria de los Godos (Doc. inéd., t. LXXXVllI, 
p. i56). Tous croient à une intervention divine. Mais notre auteur seul va jusqu'à 
dire que ce n'était pas un purus homo; Albéric ajoute un fait quasi miraculeux : 
l'homme, avec une bêche, fait jaillir de l'eau en abondance. Flôrez (Clave historial, 
p. 253) fait allusion à la croyance que le pasteur n'était autre que San Isidro La^ 
brador, ce que Nûnez de Castro n'est pas loin d'affirmer dans sa Cor. de los Serwres... 
(p. 23G). Le texte de Pidal manifeste bien la croyance à une intervention divine 
(p. 698,1. i5), mais celui d'Ocampo (fol. cccxcvi), auquel le manuscrit i3/i7 (fol. 407"') 
est encore ici presque identique, opère déjà la transformation en ange : « ...llego 
vn home por la merçed de dios a semejança de pastor que demandaua por los reycs 
a muy grand priessa, mas como quier que les pastor paresria : clerto angel mensa- 
gero de dios deuie ser. E estonces fueron con el ante los rcyes, c dixoles, no estedes 
en este cuydado, ca yo vos mostrare muy buen logar por donde passedes syn peligro 
d'ios moros, ca muchas vegadas andude por aqui cO mio ganado, e yo vos lleuare 
por logar onde ayades buenas yeruas s muy buenas aguas frias e sanas. » Dans le 
manuscrit 13/47, ^^ ®^nt les rois qui viennent à lui : (( E los reyes qundo esto oyerô 
fuerô pa el... » Arnaud ne parle pas du pasteur et dit simplement qu'on lit «quasi 
circuitum per aliam partem » p. (cv). — De même les An. Toled. I : « derrompieron 
la sierra, e pasaron ». Selon Rodrigue, Diego Lûpez de Haro aurait accompagné Garci 
Romero (ou Garcia Romeu) dans cette exploration (Mil, 8). 



3Go BULLETIN HISPANIQUE 

istud in castris. replecti sunt omnes gaudio magno et mouentes 
castra, transierunt eadem die .s. die sabbati^ prerupta montium et 
concaua iialium et descendentes in planicieni castrametati sunt ex 
opposite castrorum régis marroquitani. Videntes autem mauri castra 
xpianoruni stupore repleti sunt pariter et timoré^. Mane sequenti die 
doniinice mauri prodeunt in canipum pugnare parati. sed xpiani 
quieuerunt illa die defendentes tentoria ab incursu sarracenorum. 
Mauri etenim in superbia elati c'cùq3'^ précipites ferebanlur usque 
ad tentoria xpianorum peruenientes. sed intelligentes quod xpiani 
pugnare nolebant illa die reuersi sunt cum rege suo tanquam 
uictores in locum castrorum suorumS. Aurora lucis rutilât precedens 
preclarissimam et felicissimam diem. qi'' quid uel obprobri contra- 
xerat rex gloriosus et regnum eius in bello de alarcos purgandum 
erat per uirtutem dni nostri ili'u. xpi. et uictoriosissime crucis. In 
qua blasfemauerat ore poluto rex supradictus marroquitanus. 
Audito namque quod rex gloriosus miserat archiepiscopum tole- 
tanum et legatos suos in franciam et in alias regiones x'anorum 
inuitare populum catolice fidei sectatorem ad bellum futurum fertur 
dixisse rex marroquitanus quia ipse potens erat bellare contra 
oinnes qui signiim crucis adorabant^. Dïïe ih'u. xpe. tu deiecisti 
eum dum aleuaretur. nam taies tolluntur in altum effrenata superbia 
ut lapsu grauiore ruant. 

2/1. Surgunt igitur xpiani post mediam noctem i in qua hora 

aicircuinquaque. — b) quasi? pour qua si (quid labis contraxerat). 

a3. 3. De même Rodrigue (VII[, 8), Alphonse (p. c), Arnaud (p. cv) et Albéric 
p. cxxiii), qui donne un quantième erroné : « decimo tertio Kalendas Augusti » 
à corriger en « XVIll kalendas Augusti »(?) pour le mettre d'accord avec Alplionse et 
Rodrigue, ou en <( \1X K. A. »(?) pour le mettre d'accord avec Arnaud et les An. Toled. I 
(cf. S -ifi, n. 1). <( E et sabado d'maùana particron de Ferrai, t dexaru el casticllo 
derribado o mouieron por aquel logar por do fueron los ricos omes, que dizc agora 
la Senda del emperador » (texte d'Ocampo, fol. cccxcvr). 

a3. 'i. Luc (p. III, 1. 35) dit que, lorsqu'ils aperçurent l'armée chrcticnnc, les 
Maures, profitant de la direction du vent, allumèrent de grands feux de broussailles 
pour qu'elle fût incommodée par la fumée, mais que le vent tourna et poussa la 
fumée de leur côté. Selon Rodrigue (VIII, 8), ils se mirent dès ce jour-là (samedi) en 
bataille, « ab hora sexta usque ad vcsperum ». Alphonse dit aussi qu'il y eut «quaedam 
praeludia belli in modum torneamenti », mais « circa serotinam horam ». 

23. 5. Cf. Luc (p. III, 1. 3()), Rodrigue, qui donne plus de détails (VIII, 8), 
Alphonse (p. c), Arnaud, qui parle ici d'une sorte de tournoi «non more Francorum 
sed... cum lanceis, sivo cannis» (p. cv). — Les chrétiens semblent s'être souvenus 
alors de la tactique des Maures à Alarcos (<, i3), et avoir voulu à leur tour les fatiguer 
par une longue attente, choisissant leur heure. Noter que c'est vers minuit (S î.'))qu'ils 
se lèveront pour la bataille; c'est l'heure où les Maures s'étaient préparés pour 
l'attaque à Alarcos. 

33. 6. Luc rapporte la même chose, p. 11 1, 1. 17. 

■j'x. I. De mémo Rodrigue (VIII, 9). La bataille eut lieu le lundi, d'après tous les 
témoignages; « decimo sexto Kalendas Augusti », d<inc 17 juillet, d'après Rodrigue 
(VIII, 13 1, la Criinicit de IJsj). (Doc. inéd., t. CV, p. ,'183) et ['Est. de los Gudos (hoc. inéd., 
\. LXXX VIII, p. i()i). La Chronique générale (p. 70.^'', I. 5) précise « XVI dias antesde 



CHRONIQUE LATINE DES ROIS DE CASTILI.E 



36i 



xps. quem collebant uictor surrexit a morte, et auditis mis- 
sarum solëpniis recreati uiuificis sacramentis corporis et sanguinis 
dei nostri ih'u. xpi munientes se signe crucis sumunt celeriter 
arma bellica et gaudentes currunt ad prelium tanquam ad epulas 3 
inuictati. non illos retardant fragosa et saxosa loca. non concaua 
uallium neque prerupta montium, feruntur in hostem parati mori 
uel uincere. In prima acie ex parte gloriosi régis erat nobilis uassallus 
eiu« fîdelis et strenuus didacus lupi. et cum eo sancius fernandi filius 
fernandi régis légion et urrace sororis eius3 et lupus didaci filius eius 

las Kalendas del mes de Agosto esto es XVI dias por andardel mes de Julio», manière 
de compter qui exclut le jour même des calendes (on la retrouve ailleurs, p. GgAt», 
1. Ai; p. 708a, 1. 22), et qui donne le i6 juillet. C'est la véritable date, puisque 
le 17 tomba un mardi. Arnaud, d'accord avec les Anales Toledanos I, dit en effet 
« XVIi Kal. Augusti. II. feria ante MagdalentR» (le lundi avant la Sainte-Madeleine), 
donc certainement le 16 juillet, date adoptée par Mariana (XI, 24), Flôrez {Esp- 
sagr., t. XXIII, p. 324), Lafuente (t. III, p. 124), ainsi que par la tradition, qui 
fête ce jour-là le triomphe de la Croix sur les infidèles. Voici un tableau qui per- 
mettra de se rendre compte des coïncidences et des divergences entre Rodrigue, 
Arnaud et notre Chronique touchant les dates des opérations depuis le 3o juin, en 
retranchant une unité aux quantièmes qui résultent du texte de Rodrigue : 



Rodrigue, VIII, 6-7 (et 
Chr. Géh., s ioi5-ioi6). 



Arnaud. 



Chr. lat. dbs rois de 
Castille. 



Prise partielle de Cala- 
trava (samedi 30 juin). 
Comme Rodrigue. 

Retraite des ultra-mon- 
tains (mardi 3 juillet). 



Reddition de Calatrava 
(dimanche 1" juillet). 

Retraite des ultra-mon- 
tains. 

Alarcos, arrivée du roi 
de Navarre. 

Salvatierra (samedi 7). 

Revue (dimanche 8j. 
— (lundi 9). 

Fresneda, 

Autre Fresneda. 

Le Guadalfaiar, au pied 
du Muradal (jeudi 12). 

Arrivée au sommet et 
prise de Ferrai (rendredJ/3) 

Passage avec le pasteur 
(samedi 14). 

Attente (dimanche lô). 

Bataille (lundi 16). 

Les divergences entre Rodrigue et Arnaud peuvent s'expliquer par le fait que les 
ultra-montains marchèrent à part. 

24. 2, Même expression dans Luc à propos des Franci &. Gallœci: t ad praelium 
tanquam ad epulas properabant » (p. 1 10, 1. 55). 

24. 3. De même Luc (p. m, 1. 4i). Rodrigue, qui indique les chefs et la compo- 
sition des quatre actes de l'armée d'.\lphonse, mentionne ici Diego Lc)pez,et plus loin 
son fils, mais non Sancho Fernândez (VIII, 9). Ce dernier était fils de Fernando II de 
Léon et d'L'rraca Lôpez de Haro, sœur de Diego Lôpez. Mepote, dans Luc, doit donc 
être ici traduit par « neveu ». — On a vu, au S i3, note 3, quelle altitude le texte 
d'Ocampo attribue à Diego Lôpez lors d'Alarcos. Le même texte apporte ici 



Départ de Calatrava (di- 
manche) et arrivée à Alarcos 
en même temps que le roi 
de Navarre. 

« Deinde per dictas duas 
ad radiées montes qui di- 
citur Portus de Muradal. » 



Détour (samedi li). 
Comme Rodrigue. 



Départ des ultra-mon- 
tains. 



Salvatierra. 

Revue le lendemain. 



« Versus portum de Mu- 
radal. » 



Comme Rodrigue. 



363 BULLETIN HISPANIQUE 

et alii consanguinei ipsius et amici et uassalli. Ex parle uero régis 
aragon aciem primam regebat. Garsias romerus. uir nobilis strenuus 
et fidelis et cum eo erant alii qm pl'es" aragonenses nobiles 
et potentes''. Alie uero acies disposite sunt dextra leuaque sicul ordo 
bellorum exigit. Vltiinas uero acies reges | dirigebant. uterque suam 
separatam ab altéra. Rex auteni nauarre in parte sua tenebal aciem. 
armis et uiris nobiliter instructis^. et sic q'cq5'' coram facie sua 

a) cf. § 13. — b) qiiicumque. 

(fol. cccxcvi') un épilogue à la fois brutal et glorieux : « E estonçe se le paro Lope 
Diaz de Faro delante c dixo a don Diego lopez su padre, pido vos por merçed como 
a padre z senor que pues el rey vos dio la delanlera que en guisa fagades como me 
non llamen Ojo de Iraydor; e mienbre se vos el buen prez que perdistes enla de 
Alarcos : s por Dios quered lo oy cobrar, ca oy en este dia podredes fazer emienda 
a dios si en algii yerro le caystes. E estnces don Diego boluiose contra el muy 
sanudo e dixol, Uamar vos hâ fijo d' puta mas nO fijo de traydor, ca en tal guisa fare 
yo con la merçed de dios. mas yo vere oy en q"l guisa aguardaredes a vuestro padre 
E seùor en este logar. E estnçes fue a el Lope diez z besol la mano z dixol senor padre 
vos seredes aguardado d'mi como nunca fue padre de lijo : z enel nonbre de dios 
entremos en labatalla quâdo qiierades. » Il y a là, semble-t-il, un thème épitiue. — Le 
même texte continueen nommant quelques-uns des compagnons de Diego : « Don Diego 
lopez lomo consigo quinientos caualleros muy bien guisados c a sus fijos Lope diaz 
Pero diaz s a su cormano Vnigo de Mrdoza z a sus sobrinos Sancho Ferrâcfez e Martin 
muiloz E era su alferez don Pero arias de ïoledo que touo aquel dia su pendu, z era 
con el côcejo de Madrid. » Les deux neveux sont appelés, an fol. cccxcvi, Sancho 
Ferrandez de Cafiamero (cf. § S't, n. 2) et Martin Niifiez de Finojosa. Tout cela se 
retrouve à peu près identique dans le manuscrit 1.^/17 et traduit dans le 8817; mais le 
l'-i'i'j porte :«...e su lijo lope diaz, z pero diaz su hr» z don ynigo de mendoça z sus sobri- 
nos c min munos, z sancho fens... » Le manuscrit x-l-C a aussi cette histoire (fol. 12/1). 

24. It. De même Hodrigue (\ III, ij), qui indique en outre la composition des 
quatre acies du roi d'Aragon. 

■i'i. 5. Cf. Hodrigue «a dextris Régis nol)ilis procedebat». Les An. Tuled. 1 indi- 
quent ainsi l'ordre de marche : « El Uey de Navarra era la costaiiera diestra, e el Rey 
de Aragon era la siniestra, e el Rey de (Pastilla ténia la zaga con todas las otras 
gientes del niundo». Le texte de PidaL nomme un certain nombre de ceux (jui 
prirent part au combat (p. 700), mais le texte d'Ocampo, à peu près le même que 
celui du manuscrit i3/)7, en nonune beaucoup plus, en dehors des compagnons de 
Diego Lôpez (fol. cccxcvii): « z la vna coslanera dio el rey a Ruy Diaz delos cameros 
z a su liermano Aluar diaz z cran con ellos Gomoz Perez el esturiano z don (iarcia 
Ordonez z Juan Gonzalez de vzcro z don Gonçalo (Jomez (i3/i7, au lieu de ces deux 
derniers: don (iil Cornes) z los conçejos de Soria z de Almaçan c de Atiença z de san 
Esteuan de gormaz (13/17 ^ l>erlanga, au lieu de (( degormaz ») z de Ayllon z de Médina 
çoli. c enla otra coslanera yua el (1347 : Ë dio el Rey la otra coslanera al) conde don 
Gonçalo z eran conel las ordenes de Santiago z de san Juan z de Calatraua (13/17: 
Akùlara) z la orden del Tcnple z los conçejos de Cuenca z de Iluete z de Alarcon 
z todos los otros conçejos de la frotera fasta en Toledo. E yua el rey don Alfonso enla 
postrimera haz : 1. yua conel cl arçobispo de Toledo z don Aluar nunez de Lara su 
alfere/ que leuaua la su sena, que gano aquel dia buen prez conella, z el coude don 
Ferrando z don (ionçalo ruyz giron z sus liermanos Nuno royz z Rodrigo rodriguez 
t pero ruyz z Aluar Ruyz z don Gil mairrique i3'i7 : mirrique) t don Gomcz malrri- 
que z don Alfonso tellez de Mcneses z Ferra Garcia z lluy Garcia todos très liermanos 
(i347 omet Mencses... liermanos el ajoute z don tji" lells) z don Rodrigo perez de Auila 
(i^lfj: de villalobos) z Guillen gynes, t Gonçalo yanez (jue fue despucs mestre de 
Calatraua z do Guille perez (omis dans 1347) t Nuno perez d' (luzmâ z Tyballe de 
blasco : z otros muchos ricos ornes q aqui non son conlados enesta parte, c los 
cOçejos z los caualleros d' Toledo z de Médina (13/17: e los caualleros de toledo z los 



CHRONIQUE LATINE DES ROIS DE CASTILLE 363 

gradiebantur nec reuertebantur cum nmbularent. In primis acies" 
dispoîtiG maures inueniunt paratos ad preliiim?. Congrediuntur 
pugnatur utrinque cominus lanceis censibus'' et clauis nec erat 
locus sagittariis. Insistant xpiani resistunt mauri fit fragor et tumul- 
tus amiorum. Stat bellum neutri uincunlur licet hii quandoque 
procellant hostes quandoque» ab hostibus repellantur. Conclamatuni 
fuit aliquando a quibusdam perditis xpianis retrocedentibus et fugien- 
tibus quod succubuerant xpiani 8. Audito feriali' clamore rex castelle 
gloriosus et nobilis qui paratus erat magis mori quam uincio precepit 
illiqui uexillum eiusio anteipsum gestabatut urgeret equum calcaribus 

a) aciebus. — b) ensibus. — c) ferait. 

concejos de médina) del câpo e de Ualladolid de Olmedo, z de Areualo, z d' toda esa 
tierra (iS!*' : areualo, z coca, r. de cuellar e de palença z de bejar). E el rey dô Sâclio 
de \auarra yua delà diestra (iS^y : otra siniestra) parte, z cO el yuan sus ricos ornes 
don Almoraui, c don pero martinez de lerte, z dr> Pero Garcia de primiz, z don Gomez 
garcia dorgociello (18/17, ''" 'i^^ de ((Almoraui... dorgocicllo » : p ms de chinchel, 
E dô almenrriq, z po g"ia de pernis C?j z gonû gta di agonrillo) su alferez que tcnie 
la su sena z con el los côcejos de Segouia z de Auila. E el rey don Pedro de Aragon 
ouo la siniestra parte (18^7 : yua delà otra pte diestra), z dio la su delantera a don 
Garcia romero (13/17: Ramiro); z de la vna costanera yua don Ximon coroiiel z don 
Aznar pardo. z enla otra costanera yua d(") Artal fo(-ez (1847: union defoçes), z <lô Pero 
maça de corella (1347: çarella). z ("-la postrimera haz yua ese rey cô estos ricos ornes, 
don Sancho z Nuno sanchez que fue aquel dia cauallero nouel (1847 supprime (( que 
nouai ...») z el conde de Ampurias (1847 : fipar) z don Guillen d' Cardona con gran 
compana de fijos z de parientes z don Giiielk- de curuera z el conde de Urgel z de sant 
Pedro de la barca c don Gêtol de Astarad, z don Guillen de caberta, c don Miguel de 
Inaysa que era alferez del rey que touo su sena z don Ximon de Aeuar z dû Rodrigo 
de Liçena (1847, au ''^"^ ^^ (( con gran compana... Li(,'ena»): z el conde durgel, z don 
gilen destrad, z don gralte de cabrera, z don guillen de lixa q era mayordorno del Bey). 

Le manuscrit 8817 (fol. ai G) suit le texte d'(Jcampo, avec des variantes : u alma(;an 
z bellâga z santo esteuoo r. médina i.ele z aelbj — aluar/)S de lara — au lieu de « me- 
neses... hermanos » : c dô g" telles z f ga z abril g", z Roy g" ts yrmàos — vila lobos, au 
lieu de « auila » — gofns au lieu de « gynes » — Et conçelos ode Médina del câpo. z ode 
valedolid'. z o de olonedo. z od' cota, z o de lollar. z ode plazença z o de beiar — Dom 
almeriq z dom p° nuh: de hecha z po g'^ de peynes z gorns g", de angonziello — Xemen 
coronel. z dalo de fouzes z dô arnal pardo — «arlal foçez» manque — nouel z o conde 
de Pytôs z dom g'IIem de Cordoua — dom g'ilem d' r'ueyra — urgel de satâs dl'a 
barca — g^ral de collera, z g'ilem. miguel de leysa — xemen ajunar — g'ilem de 
çullêna ». 

s!i. G. « Ceux qiii étaient dans les premières lignes ». 

24. 7. Rodrigue (V11I,()) explique la composition et la disposition de l'armée maure. 

a4. 8. Selon Rodrigue, quelques-uns, (( non tamen de magnis » (VIII, 10), et selon 
Arnaud, d'abord les Serani (serranos, montagnards), puis tous ceux qui étaient de- 
vant la dernière ligne, « prœter quosdam nobiles Hispanos et ultramontanos » firent 
mine de fuir. II y a dans Almella un chapitre curieux au sujet des gens de Madrid et 
de Médina (lib. VI, tit. V. cap. III) ; bien qu'il y soit question de Rodrigue de Tolède, 
il n'est emprunté ni au texte latin de celui-ci, ni aux traductions publiées dans les 
Documentas inéditos (t. LXXXVIII et CV). 

24. 9. Rodrigue relate ici une scène sublime qui rappelle la Chanson de Roland : 
à deux reprises, le roi désespéré lui dit qu'il va falloir mourir là, et l'archevêque le 
réconforte. 

a4. 10. Rodrigue et Alphonse (p. c) disent que l'étendard royal portait l'image 
de la Vierge. D'après Albéric (p. cxxiii), cet étendard avait été envoyé à Alphonse 
par la Vierge de Rocam.adour. 



364 BULLETIN HISPANIQUE 

et properatet" concito montem ubi erat impelus belli conscendere quod 
et statim factum est. Quo cum ascenderunt xpiani uidentes mauri sibi 
quasi nouas acies Iminere cedunt uirtute dni nostri ih'u \pi. 
superati. Rex autem marroquitanus qui sedebat in medio suorum 
stipatus satellitibus electis ad pugnain surrexit. equuni uel equam " 
ascendit terga fuge dédit ceduntur sui ruuntque cateruatim et locus 
castrorum et tentoria maurorum fîunt sepulcra occisorum. Qui 
euaserunt de bello dispersi errabant in montibus tanquani oues non 
habentes pastorem ubicumque inueniebantur trucidabantur. 

20. Quot millia maurorum ceciderunt in die illa et in profundum 
inferni descenderunt. quis numerare queatO Ex parte uero x'ano- 
rum paucissimi mortui sunt in die illa 2. Cantare potuerunt xpiani. 
cum psalmista \ Dnus dnus deus meus qui docet manus meas ad 
bellum et digitos meos ad prelium. Mîa'' mea et refugium meum 
susceptor meus et liberator meus z c. Saciati sanguinis maurorum 
effusione xpiani et lassati armorum pondère et estu et siti nimia 
aduesperacente iam die reuertuntur in castra maurorum. et ibidem 
nocte illa quieuerunt uir' uictualia quibus indigebant ad habundan- 
ciam repererunt^. Consequenter autem mouentes castra processerunt 

a) properaret. — b) Misericordia. — c) ubi. 

24. II. Hésitation assez plaisante. Rodrigue dit : « iumento varii coloris insi- 
dens » (VIll, 10); la Ghr, génér. : « en una beslia de muchos colores » (p. 702*, 1. 4a). 
Selon Mariana (X.1, 24), c'était un mulet; et selon Julian del Castillo (Hist. dt- los 
Heyes Godos, 1G34, p. 243), une jument, yegua, ce qui est l'opinion de Lafuente 
(t. IJI, p. 122). 

25. I. Rodrigue: c circiter bis centum millia» (VIll, 10); Alphonse : « centum 
millia armalorum et amplius » (p. ci); Arnaud : « post bellum sunt interfeeti 
sexaginta millia...» (p. cvi, passage peu clair); Albéric : u centum millia » (p. cxxiii). 

25. 2. Rodrigue : «vix viginli quinque» (VIII, 10); Alphonse: « vix viginti quinque 
aut triginta » (p. ci); .\rnaud : (i non... quinquaginta » (p.cvi); Albéric : « jam plures 
ceciderant, sed post demonstrationem vexilli vix triginta... » (p. \xiii). Lafuente 
(t. III, p. 128) interprète Rodrigue en disant 20,000; mais il est obligé de recon- 
naître que les autres textes ne se prêtent pas à semblable correction. Almella (lib. I, 
tit. IV, cap VII) marque CL; la Chr. générale, comme Rodrigue (p. 70."?, I. 12); mais 
le texte d'Ocampo, k nô mas de ciento e quinze » ffol. cccxcvnr). 

25. .'?. Psaume GXLIII, v. 1-2. Le texte est cité de mémoire, car les mots bellum et 
prelium sont intervertis (du moins si l'on s'en réfère au texte de la \ ulgate). 

20. 4- Il est étonnant que, non plus que Rodrigue (qui le fait, il est vrai, implici- 
tement, VIII, 7), Alphonse et Albéric, notre auteur ne nomme le lieu de la bataille. 
Las Navas de Tolosa, comme fout Luc (p. m, I. 48) et Arnaud (p. cvii), qui voit dans 
ce nom un mauvais augure pour les Toulousains hérétiques. La Chronique de San 
Juan de la Peria (p. i4i), qui intervertit cette bataille et la prise d'Ubeda, dit « ad 
locum dictuin saltus Tholosic, — el liigar clamado Lauds de Tolosa ». Quant à la 
Chronique (îénérale, elle la désigne sous le nom de batalla de Hubeda, tout en nom- 
mant l'endroit « Las Navas que di/en de Tolosa )>. Las Navas de Tolosa se trouvent près 
de Santa Elena, première station du chemin de fer au sortir du défilé de Despeùape- 
rros. C'est sur le plateau de Santa Kleiia que les chrétiens débouchèrent, après avoir 
passé par le Puerto del Rey ou del Emperador; et ils trouvèrent devant eux les 
Arabes campés dans la plaine de las Navas (Gômez .\rteche. Geografia historico-militar, 
p. G25). Le Puerto del Rey est le passage du chemin muletier de Viso à La Carolina 
(id., p. 628). Pisa (Descripciôn'dc Toledo, fol. 177), écrit que le lieu dit Navas de Tolosa 



CHRONIQUE LATINE DES ROIS DE CASTII.LE 365 

in antea et inuenientes nobile castrum. s. bilche uacuum et dere- 
lictum intrauerunt et munieriint ilhid. Vanos insuper retinuerunt 
et tolosa et ferrât ». Dein peruenientes ad ubedam obsederunl illam. 
uir" inuenerunt infinitam multitudidem maurorum conclusam. 
Desertis etenim aiiis ciuitatibus sicut baecia quam inuenerunt 
uacuamS (fol. loo) et aliis uillis uicinis confluxerant omnes ad ubedam. 
tamquam ad locum munitiorem et eorum defensioni aptiorem. 
Sed ipsa multitudo conclusa sibi grauis erat et honerosa et pre 
nimia pressura fere moriebanlur. Videntes autem mauri potenciarn 
xpianorum qui aduersus eos iam preualebant ipsos uiriliter expu- 
gnando intelligentes et se destitutos omni consilio et auxilio quum 
rex marroquitanus? aufugerat in yspalin nn'' et transfertare' dis- 
ponebat. tradiderunt se in manus régis gloriosi et régis arago- 
num tali paclo û'' conseruatas* sibi uita preda fièrent hostibus tam 
ipsi quam omnia sua 8. Sicut referebant aliqui de mauris ipsis qui 
tune in eadem uilla capti fuerunt. quibus nns'^ inclusorum notus 
esse credebatur. fuerunt ibi capti fere centum millia sarracenorum 
paruulis et mulieribus cOnûatis^'g. Omnia mobilia que preciosa 
fuerunt inuenta data fuerunt régi aragon et illis qui uenerant cum ipso 
ad bellum 'o. De ma '' mauris et multos secum duxit captiuos. Dispersa 

aj ubi. — bj necnoii. — ci Sic. — dj ut. — ey Sic. — fj numerus.— g) connumeralis.— 
h) Sic (fin de ligne;. 

était aussi appelé -\avas de la Condesa. Voir le récit qu'il fait de la bataille, en parti- 
culier sur les trophées conservés à Tolède (fol. i8o). Le Livro das Linhagens do conde 
D. Pedro dit, p. 256 : « A batalha de Muradal ». On sait que, pour les Arabes, ce fut la 
bataille d'Alacab. 

25. 5. De même Rodrigue (VIII, 12); Alphonse, moins Ferrai, dont il mentionne 
la première prise antérieurement (p. xcix et ci); Luc (p. ni, 1. i8), moins Tolosa. — 
Les An. Toled. I : Bahos, Tolosa, Ferrât, Bilch. Arnaud seulement Bilche (p. cvii) 
Rodrigue et la Chron. génér. écrivent Ferrai = t Castro Ferrai à la parte oriental 
de las Navas » (Lafuente, t. 111, p. /ii6). — Bilche = Vilches; Vanos = Banos de la 
Encina. Cf. Annal. Compost, et Chr. Conimbr. III. 

25. 6. Cf. Rodrigue, Vlll, 12. 

25. 7. Voir dans Rodrigiie (VIII, 10) sa réponse aux habitants de Baeza. 

25. 8. Rodrigue et Arnaud donnent plus de détails, et insistent sur l'attitude 
(quelque peu étrange pour nous) des prélats, qui exigèrent la destruction de la ville. 
Alphonse et Albéric donnent comme raison de cette mesure qu'il n'y aurait pas eu 
assez de monde pour la peupler. Rodrigue et Arnaud marquent la date de l'attaque : 
huit jours après la bataille de Las Navas, un lundi. 

20. 9. « Bene perierunt ibi se\aginta millia Sarracenorum; quorum quosdam 
interfecimus, quosdam captivos duximus... » (Alphonse, p. ci). Arnaud compte que 
quarante mille Sarrasins périrent à Lbeda et Baeza (p. cxxii). 

20. 10. Détail inédit. Ce n'était d'ailleurs que justice, puisque les Aragonais 
avaient joué un rôle important dans l'attaque, selon Rodrigue (VIII, 12), Arnaud 
(p. cvii) et la Chron. do San Juan de la Pena (p. lio). — Cf. Gesta comitum Barcinonen- 
sium (fragments édités par Barrau-Dihigo, dans Bévue hispanique, p. ^71, 1902) : 
« Multas victorias assecutus est a Mauris, inter quas fuit illa excellentissima Ubed», 
in quam profeclus fuit cum magno exercitu auxilio régis Gastellœ. » Mais il faut 
voir là plutôt une allusion à la bataille de las Navas, que la Chronique générale, 
la Chronique de Cardena, le Chr. Cerratense, les An. Toled. III (et aussi Zurita, 
Anales, 11, Oi) désignent sous le nom de bataille d'Ubeda. 



366 BULLETIN HISPANIQUE 

est et distributa illa multitudo maledicta que inclusa fuit in predicta 
uilla per omnes regiones xpianorum cum de diuersis mundi partibus 
aliqui pauci interfuerunt in predicto glorioso et triumphali bello [.] 
proposuerant ulterius procedere. sed deus cuius uoluntati résistera 
nemo potest impediuisse uidebatur. Occulta quidem sunt iudicia dei. 
fTortase aliquid elationis et superbie contraxerunt xpiani ex uictoria 
supradicti belli cum soli soli" deo non sibi atribuere debuissent. Nam 
oum aliqu"?'' diebus moram fecissent in obsidione predicte uille tôt 
et tantos de x'anis inuasit multiplex infirmitatum uarietas et pre- 
cipue flu\us uentrium quod pauci remanserunt sani. qui si néces- 
sitas postularet contra hostes se defendere possent. Eadem et 
tempestate tanta mortalitas accidit in hiis qui remanserant de bello 
(pîantum nô'' illo magna pars maiorum et seniorum in uillis et 
ciuitatibus uite tenninum dederunt 1 1 . Yidentes igitur reges quod nullo 
modo poterant ulterius procedere habito tractatu et diligenti délibé- 
ra tione uisum est fere omnibus ut redirent in terram suam. Diruptis 
ergo pro parte mûris sepedicte uille domibus et conglagratis '' 
sucisis arboribus et uineis^ quas sucidere potuerunt. ponita/^ et 
baecia in desolatione munientes castra supradicta uiris armis et aliis 
necessariis reuersi sunt ad propria cum uictoria et honore et cum 
multa preda. Tune gloriosus rex régi nauarrorum qui in auxilium 
eius uenerat licet cum paucis restituit quedam castra de hiis que ipse 
rex nobihs ceperat de regno nauarre'2. Uex gloriosus et | nobilis hoste 
superbissimo deuicto et prostrato receptus est in toleto cum exulta- 
tione et gaudio ab uniuersis populis clamantibus et dicentibus 
benedictus qui uenit in nomine dni'3. Tempore supradicti nobilis 
triumphi dum reges catholici et eorum uasalli animas exponerent et 
régna pro exultatione nominis xpiani rex legioîï guerram mouit régi 
castelle sicut fecerat tempore alterius guerre. Rex autem gloriosus cum 
honore et gloria cupiens uilam finire in guerra maurorum non reuocafi 
ad animum quod rex légion fecerat. si' uoluit amicabilitcr compo- 
nere cum eo ut sibi inuicem prestarenl auxilium contra mauros'''. 
36. Intérim dum de pace Iractarctur circa inicium quadragessime 
proximo secute post belluni'. rex gloriosus cum tota intencio 

a) Sic (fin de ligne).— b) aliquod? pour atiquot. — cj Sic fqxiinl in aulumnoj.— di cou- 
llagratis. — ej nineis. — f'J Sic. — g) sed ? (si pour s; ou ss). 

20. II. Luc (p. III, 1. 5o) et Uodrigue (VIII, 12), l'ont allusion à cette ('•pidémie. 

23. 12. Autre détail inédit. 

aâ. i3. Cf. Rodrigue, VIII, 12. Les An. Toled. I marquent une reprise des liostilités 
en septembre 1212. 

20. i!). Luc (p. m, 1. 5.'5) donne plus de détails sur ces hostilités et ces arran- 
gements. 

aC. i. En 12 13. Hodrigue : « code m anno, mense februario » (VIII, i3). Sur cette 
manière de compter, voir F'iôrez (Iteynas, t. I, p. acji) : « No de Enero â Eiiero, sino 
desde el dia del suceso hasta cumplir el afio», 



CJIHOMQl E LATINE DES ROIS DE CASTIEI.E 'M^-j 

in herat" paucos homines secum milites cum domesticis suis et cum 
quibusdam de consiliis de ultra scrram iuit ad castellum dnarum 
quod nunc dicitur calalraua nueua et cepit ipsum et retinuit^. Dein 
cepit hecuauexoreS qui locus nunc dicitur sanctus iacobus et est 
castrum fratrum milicie sancti iacobi iuxta montiel. Deinde obsedit 
cum illis paucis qui cum eo erant nobile caslrum. alcaraz quod 
mirabile fuit. Superuenit tamen postea dônus didacus et quidam 
alii magnâtes et firmata est obsidio. Expugnatum fuit uiriliter 
et potenter cum machinis mirabilibus. Tandem per gram dei 
reditum fuit régi glorioso salua uita niaurorum qui tune ibi erant. In 
die ascensionis receptus fuit rex gloriosus in eadem uilla cum proces- 
sionesolempniab archiepiscopo toletano purgata sp''' maurorum spur- 
cicia recedentibus ipsis de uilla et eadem die archiepiscopus missam 
celebraii ibidem^. Tune et rex nobilis cepit castrum aliud munitis- 
simum nalura quod est inter securam et alcaraz .s. riopal» et sic 
cum honore et gloria circa festum pentecostes reuersus est ad parles 
de guadalfaiara*^. Exinde uero dirigens iter suum in partes castelle 
cum unicum et sumum desiderium esset ci claudere diem extremum 
contra sarracenos pro exultatione noîs ih'u. xpi. uidens quod rex 
legioiî prestaret magnum impedimentum illi tam sancto proponito'. 
tanquam laudabili stipendia multa dede' nobilibus et munera magna 
magnatibus. conuocauitque mullitudinem populorum innumerabilem 
ut sallem metu perterritus rex legioiî pacem firmaret cum rege 
glorioso et si nollet iuuare ipsum contra mauros saltem non impe- 
dire". ffirmata igitur lune pace inter regcs medianle didaco expulso ' 
(fol. loi) et pelro fernandi de utroque regno rex legioiî debuit 
intrare in lerram maurorum ex parte sua quod factum est. Timens 
autem rex gloriosus inconslanciam régis legioiî dédit ei donum 
didacum uassallum suum qui seculus est eum cum sexcenlis militibus 
ad minus, et lune expugnauerunt alcanteram et ceperunl eam et 



aj Sic fin hoc erat plutôt que inhererntK — b) premières lettres tlu mot spurcicia 
écrites par erreur. — cj Sic. — d, (ledit. — ej impediret. — fj expulsa se rapporte à 
{'etro. 



26. 2. Duenas. Rodrigue: <i Castrum iJomiiiarum... rcsliluit, quorum fueral, fra- 
tribus Calatrauœ » (VIII, i.S). 

2G. 3. An. Toled. I : n priso al Gastiel de Dios (Dfias ?) e el castiello de Avenxore, 
mediado marzo». Rodrigue : « Eznauexore » ; Chron. générale : « el castiello que 
dizen Eznauexol» (p. 705^, 1. 3G); Cn'm. de Esp. : « Asnavexer » (Doc- inéd., t. CV, 
p. 483) : Gastellarde Santiago de la Mata? — Cette localité avait donc déjà changé de 
nom du temps de l'auteur. 

26. !t. De même Rodrigue (VIII, i3). 

a6. 5. Rodrigue : « Riuus Oppae » (VIII, i3). Aujourd'hui Riopar, entre Alcaraz 
et le Segura. — An. Toled. I : « cerco Alcaraz e lidiola... » (i2i3). 

26. G. Cf. Rodrigue (VIII, i3), qui ne parle pas de Guadalajara, où le roi se trou- 
vait déjà avant la guerre, 



368 BULLETIN HISPANIQUE 

mutuentes " retinuerunt illam 7. Dein moiierunl castra uersus emeritam 
et cum ibi per dies aliquot moram fecisset rex légion 8 tum'' exer- 
citu suo in' reuersus est in terram suam. resistente sibi dôno 
didaco atque contrarium suadente. Idem uero nobilis uassallus 
gloriosi régis uidens régis legiorï inconstanciam et pussillanimita- 
tem audiens et quod dns suus rex. s. gloriosus '' baeciam que 
iam rehedificata erat et mûri reparati nolum'" sine dïïo redire in 
terram suam. sed per déserta montium et fragosa loca siluarum transi- 
tum faciens inter castella maurorum eis inuictis'' et renitentibus per- 
uenit ad dnum suum gloriosum regem ad supradictam uillam ubi 
obsidio iam firmata erat. Rex nanque gloriosus et nobilis eo tempore 
quo rex légion ymmo pocius dOnus didacuso cepit alcanteram cum 
recenter surrexisset de lecto egritudinis ex qua peruenerat usque ad 
portas mortis. licet per se nuUo modo posset equitare sine adminiculo 
alicuius cui inniteretur uenit usque toletum 10 et habens propositum 
firmissimum finire uitam suam in terra maurorum. tempore guerre 
obsed''' prediclam uillam. s. baeciam. cum paucis nobilibus et 
cum paucis hominibus de populis ciuitatum et aliarum uillarum 
Hoc autem factum est in principio mensis decembris et durauit 
obsidio usque post festum purificationis'i. Deficientibus autem uictua- 
libus exercitui et aliis neccessariis j^ coactus'' rex nobilis recedere ab 
obsidione et redire in terram suam. Tanta siquidem fuit penuria 
ciborum in expeditione illa quod carnes asinine. et caballine charis- 
sime uendebantur in macello. lUo nempe anno tanta fuit famés in 
regno castelle presertim ultra serram et extremadura' quanta nun- 
quam uisa fuit nec audita in terris illis a seculis antiquis. Moriebantur 
siquidem homines cateruatim ita quod uix erat qui sepelliret. Tune 

aj munieules. — bj cmhi. — cj inde. — d) Abella : • deest forte obsedissel »■, plutôt 
ohsideret ; mamiue aussi Alfhnsus après sïcilicet] gloriosus. — e) noluit. — fj iituitis.— 
yj olisedit. — h/ Abella : « forte deest: est, vel liiit ». — ij sic. 

ai). 7. Cf. Uodriyiio (VIII, i 3) , qui ajoute que le roi de Castille rendit au roi de 
l.éon El Garpio et Monlein regalcin (Mont lieal, Ghron. génér., p. 70(1'', 1. /|3), et que 
celui-ci remit Alcântara aux ctievaliers do la (laiatrava, mais qui ne parle pas de Pedro 
Feriiândcz, donc Luc montre le rôle auprès d'Alphonse de Léon (p. 108, 1. 20, 39; 
p. 1 1 1 , 1. 53). Luc énumère plus en détail les places restituées à ce dernier (p. 1 1 a, 1. G). 
(^1. An. Toted I : « ... e dio el Uey I). Alloiiso al Rey de Léon Diago Lop, e Lop Diaz 
con 1)C caballeros... e prisicron Alcântara/). 

Itodrigue (NUI, i3) dit (|uo Alphonse IX donna ensuite Alcântara à l'ordre de 
Calatra»a, ce que confirme Uisco (Hist. de Léon, p. 37/1). Voir pourtant la note do la 
page 27Ô, t. IV de l'édition de Vliistoria. gen. de Ksp. de Mariana par Monh^rt, 
Valence, 1788. 

■jC). 8. Détail inédit. 

■A). I). On remarquera les tendances léonophobes de notre auteur. 

aC. 10. Le (S des kalendes de décembre (a/i n(jvembre) i;!i3, selon Rodrigue, qui 
ne parle pas de cette maladie du rf)i (\ III, 1/4). 

qO. II. C'est aussi la date (jui ressort du texte de Rodrigue. .In. Tolcd. I : e 
duraron très sodmanas de Jaiiero subre liaeza, e non la prisieron. » 

■jC>. 12. « E fuo hora que custô cl almud de la cevada L\ soldes.» (/In. Toled.I.) 



CHRONIQUE LATINE DES ROIS DE CASTILLE 869 

autem firmata fuit treugua inter regem marroqiiitanum et nobiiem 
regem castelle. Pauci siquidem equi et alia pauca iumenta remanserant 
in regno castelle et hominum pars magna famé consumpta perierat'S. 
Mauri e contrario equis frumento ordeo et oleo et et aliis diuersis gene- 
ribus ciborum multipliciter habundabant. Siluit igitur terra et rex 
quieuit et in quadragessima proxima reuersus est in castellam. ubi 
moram fecit usque ad inicium septembris sequentis '''. 

27. Eadem tempestate rex aragon petrus | exium" de terra sua cum 
multitudine militum et profectus est in partes tolose in auxilium comitis 
tolosani senioris qui duxerat sororem eiusdem régis in uxorem et filiam'' 
eiusdem comitis duxerat alteram sororem régis similiter in uxorem». 
ïunc autem franci erant in partibus tolosanis et tenebant fere tolum 
uice comitatum bit'rensem et maiorem partem comitatus tolosani. 
Papa siquide romanus innocencius tercius dederat remissionem gene- 
ralem omnium peccatorum omnibus illis qui uenirent super albigenses 
et alios hereticos qui erant in partibus illis. Pululauerant namque 
hereses diuerse faciès quidem habentes diuersas et caudas colligalis', 
et multiplicabantur cotidie adeo quod periculosum erat uniuersali 
eclesie amplius talia dissimulare. Catholici ergo de diuersis partibus 
et precipue de regno francie uenientes fere totam terram illam in 
modico tempore xpi fidei subiugauerunt castra multa et ciuitates 
munitissimas q5'' inexpugnabiles in momento lemporis subuerlentes 
hereticos ipsos diuersas "^ pénis aftligentes et uariis mortibus interi- 
mentes. Operabatur siquidem manifeste et miraculose uirtus dni. 
ïï ih'u. xpi. qui est rex regum et dnus dominancium per ministe- 
rium illustrissimi et fidellissimi comitis simonis montis fortis qui 
uelud alter iudas macabeus legem dei zelans uiriliter et polenter 
bella dïîi preliabatur. Predictum comitem symonem monlis fortis 
cum quo erant fere qngêti milites obsedit rex aragoiî memoratus 
et comes tolosanus et alii comités cum eis et bar[..o..Jnes et nobiles 
terre et populi multi in quodam Castro fiduciam habentes firmam quod 
possent ipsum capere. Erat autem comes symon uir strenuus et belli- 
cosus et cor eius habens fiduciam firmam in dno ih'u. xpo. pro 
quo cotidie baborabat^ Videns igitur periculum sibi et suis imminere 
in uirtute dni nostri ih'u. xpi. exeuntes de Castro obsesso irruerunt 

a) exiuit. — bj Abella: «forte filius». — cj coUigatas. — dj quasi. — ej diuersis. — 
f) laborabat. 

26. i3. Rodrigue (VIII, \'i) parle aussi de cette disette sans oublier les services 
qu'il rendit alors par des distributions charitables. An. Toled. I : « duro la fambre en 
el regno hasta el verano, e murieron las mas de las gentes; e comieron las bestias, 
e los perros, e los gatos, e los mozos que podian. » 

36. 14. Cf. S 28 et S 45, note a. 

27. I. Leonor et Sancha, sœurs de Pierre H d'Aragon, avaient épousé respective- 
ment Raymond VI, comte de Toulouse, et le fils de celui-ci, Raymond (Vil). 
Cf. Chronique de San Juan de la Peila, p. i36; Salazar, Lara. I, p. 172. 



370 BULLETIN HISPANIQUE 

in castra et cos per uirtuteni x' uerlerunt. in fugam et ipsum regem 
aragon cum multis mililibus interfecerunt^ lïelix fuisset rex ille si 
uitam finisset statim post nobile triumphum belli ?missi" in nauasde 
tolosa contra rcgem marroquitanum. 

28. Gloriosus auteni et nobilis rex castelle circa principium mensis 
septembris exium burgis et cepit proficisci uersus extremaduram. 
Proposuerat siqnideni habere colloq'um cum rege portugalie genero 
suo in partibus placentinis. Igitur cum esset apud ualeni olen '' 
uenit nuncius ex insperato qui nunciauit ei morlem (fol. 102) 
nobillissimi et fidcUissimi uasalli sui dîîi didaci de cuius morte 
doluit inconsolabilitcr dibgebat siquidem eum et in eo super 
omnes uiuenteS confidebat et cum iam cerneret sibi mortes'', 
periculuin iminere quia iam ualde debilis erat seneclute contec- 
lus et laboribus multis et doloribus atrictus proposuerat regnum 
et filium impuberem et uxorem et tilias. fidei predicti uasalli 
nobilis et fidclis comictere et omnia in manu cius et potestate 
dimictere certam gerens fiduciam quod ipso'' cuncla fideliler minis- 
traret et omnia débita eius quibus multis obligatus tenebatur soluere 
festinaret. Tanta igitur spc et in d'c*^ articulo constitutus frustratus 
rex gloriosus doluit ultra moduni. Paucis diebus autë^ audierat 
mortuum esse petrum fernandi castellanum in partibus de marrocos 
quem velud inimicum capitalem rex nobilis persequebatur'. Sic igitur 
leta tristibus et tristi' lotis alternatim suscedunt'* ut nemo gloriari 
possit dum est in uila presenti se felicem esse. Resunlo autem spiritu 
rex gloriosus processit in antea. et cum perucnisset ad quandam 
aldeam intcr areualo et auilam que dicitur' ^ cepit paulatim delicere et 

al cnmmissi. — h) uleti. — c) ninrlis. — dj ipxr.— ej Sic 1 et morlis?). — f) antca.— 
g) tristia. — /(,/ Sic.— i) Abella : « deesl forle 'i'u//(Tft' JWhho^ ». 

27. 2. Bataille de Muret (l'.'i sept. lai^i. CI', (llironique de San .luan de la l'efia, 

p. l43-l'|i. 

-.'S. I. Noire auteur ue nous dit pas pourquoi, mais Luc nous montre en Pedro 
P'ernândez el Caslcllano, lils de Fernân Huiz de Castro el llaslellano (cf. § 9, note a), 
le bras droit d'Al|)honse de Léon (cf. S 3<'>, note 7), son cousin. A un moment donné 
pourtant, d'après Luc (p. io8, 1. Sg), ce personnage avait contril)ué à rétablir la paix 
entre les deux rois (cf. S lâ, note 8). Mais il acconiijagnait le roi maure à Alarcos 
(l^uc, p. 108, 1. 21). Le Livra das Liithagrns do londc U. l'rdru relate une K'aticure tenue 
I)ar lui contre .Mphonse \'\\\ (p. aUl'»). Voir liétliencourt (Hist. ijem'aU'xj., l. IV, p.^nj), 
qui place sa mort d'une faron dubitative en i 2 1 .'1, date indiquée par les Ann. Compost. 
Notre chroni(iue précise davantage : avant celle de Diego L<')pe/, (jui mourut le 
iG septendjre (voir même paragraphe, note 4); les An. Toled. I précisent tout à 
fait : « en Marriiecos,cn Wlll. dias de Agoslo Kra MCCLII ». Uodriguo ne mentionne 
ni la mort du Pedro Fernjndcz ni celle de Diego Lôpez, ce que fait au contraire Luc 

(p. «12, 1. l'j)- 

28. 2. Le mot qui man<iue a été suppléé par Abella d'après Rodrigue «in aldea 
(|uadam Areuali, qua; dicitur Guterrius Muniouis » (VIII, if»); « Cuticrr Munoz, 
a dos léguas de .Vrévalo» (Lafuenle, t. III, p. laS), au sud de cette ville. — D'après 
le Livro das Linhagcns do cundc I). l'edro, Alphonse VIII serait mort de colère parce 
que le roi de Portugal ue voulut pas venir au rendez-vous : « E morreo com gran 



CHRONIQUE LATINE DES ROIS DE GASTILLE 071 

circa mediam noctem paucis de familiaribus suis sibi assislentibus 
ingresus est uiam uniuerse carnis. Nobilis siquidem uxor eius tune 
laborabat quartana. Noctem illam tenebrosus turbo possideat non 
illustrent eam sidéra celi que ausa fuit tanto sole mundum priuare. 
fllos regni fuit, decus mundi omni morum probitate conspicuus. 
iustus. prudens strenuus. largus ex nulla parte maculam in gloria 
sua posuit. Obiit autem octaua die post festum sancti michaelis^. 
Dnus didacus obierat circa festum exaltationis sancte crucis^. 
Causam doloris perpetui quamdiu mundus iste durauerit. habet 
castella. uno et eodem tempore tanto dno et rege tantoque uiro et 
tam famoso uasallo ipsius orbala. Maturant qui cum regc erant ipsa 
tempestate. s. uxor régis et filia. Archiepiscopus toletanus et epi- 
scopus palentinusâ et alii nobiles corpus iam uita priuatum déferre 
ad monasterium régale^ quod idem rex de nouo construxerat propriis 
suptibus'' uix* burgis. Concurrunt undique populi ciuitatum et nobiles 
audita morte tanti dni et uidentes se desolatos tanto rege uersi 
sunt in stuporem intra se pre angustia spiritus gementes. Omnes 
mulieres sumpssere lamenta uiri consperxerunt puluere capila accinti 
ciliciis induti saccisT. Omnis gloria castelle subitoet uelud in ictu occuli 
imutata est. Igitur gloriosi régis corpore j magnifice et honorifice 
tradito sépulture, nobilis uxor eius regina dna alenor tanti uiri 
solatio deslituta pre dolore et angustia spiritus mortem habens in 

a) Sic— b) iuxta. 

sanha que ouue deirrey de Portugall porque nom quis hir a ssas vislas, teemdosse 
por desdenhado » (p. 35o). Il est difficile de dire ce qu'Alphonse Vlll voulait deman- 
der à son gendre (cf. Herculano, t. Il, p. nj2). 

38. 3. « In die Fidis virginis, secunda feria, decimo Kalendas Oclobris, » selon 
Rodrigue (Vlll, i5). De même les An. Toled. III. Cf. la Créa, de Esp. (Doc. inéd., t. CV, 
p. 48(j), qui traduit «lunes veinte e très dias de Setiembre ». 11 faut évidemment 
corriger en «II Nonas Oct. », octobre, jour de Sainte-Foi, date adoptée par 
Lafuente (cf. plus loin, note 8). Ce serait le dimanche 5 octobre » por la noche », 
d'après les An. Toled. I et les Ann. Compostellani ; « III Nonas Octobris » (C/ir. Cerra- 
lense). Cf. Mondéjar, Memorias, p. 308. 

28. 4. « ... Martes en XVI dias de September » (An. Toled. /); ^< XVI Kal. Octob. » 
{Ann. Compostellani). Risco, dans Historia ... de Léon (p. 370), donne les épitaphes de 
Diego Lôpez et de Pedro Fernândez, trouvé» par lui dans les nécrologes de l'Archivo 
de la cathédrale de Léon: les dates seraient respectivement 18 septembre 1:214 et 
3 1 août 13 10. H faut corriger tout au moins cette dernière date en 1214 (cf. S 28, n. i). 
Il y a une erreur de mois dans le Livro das Linhagens do conde D. Pedro : « \V1 dias 
doitubro era de mill CCLII annos » (p. 259). 

a8. 5. Rodrigo Ximénez de Rada, l'hislorien, archevêque de Tolède, cl Tello, 
évêque de Palencia. Rodrigue nomme aussi Domingo, évêque de Plasencia, qui 
assista à la mort, ainsi que Rodrigo, évêque de .Siguenza; Menendo, évêque d'Osma, 
et Giraldo, évêque de Ségovie, lesquels, avec Rodrigue de Tolède et Tello, assistèrent 
aux funérailles. 

28. 6. Cf. Rodrigue. Luc le désigne par son nom : <( in monasterio de Olgis », las 
Huelgas (p. 113, 1. 23). 

28. 7. Rodrigue dit aussi le deuil général que causa la mort du roi; mais les 
détails qui sont ici sont intéressants en ce qui concerne les manifestations publiques 
de la douleur à cette époque. 



37a BULLETIN HISPANIQUE 

desidorio incidit continuo ilectum" egritudinis et in uigilia omnium 
sanctorum circa mediam noctem secuta uirum diem claiisit extre- 
mumS. Sepulta est autem iuxta regem in monasterio memorato. Quos 
una mens iunxerat et morum nobilitas decorauerat idem locus sépul- 
ture conseruat. Infans erat fere triuni annorum gloriosus et nobilis 
rex cum regnare cepisset. Regnauit autem fere .L. annis et ampliuso. 
Mortuus est autem sub era. M. CC. LU. 

39. Circa tricessimum annum regni eius' capta fuit ciuitas sancta 
ihrl'm et tota terra sancta prêter tyrum qui uulgariter dicitur sur et 
prêter tripolin que est in partibus anthiocenis Zaladinus siquidem 
soldanus damasci et babilonie pugnauit contra regem ihrl'mtanum et 
fralres liospital' et templi et permittente diuina iusticia sfanit'" eos et 
multis ex eis i.iterfectis aliis autem captiuatis totam terram cepit prêter 
predictas ciuitates et sanclam crucem dni que capta fuit in ipso bello 
duxit captiuam. Quo audito doluit ultra modum uniuersus populus 
xpianus. et papa romanus misit predicatores suos ad uniuersos prin- 
cipes populi xpiani ut inuitarent eos ad liberationem terre sancte. 
fredericus autem romanorum imperator signum crucis suscepit quem 
omnes principes germanie secuti sunt et cum innumera multitudine 
militum et aliorum bellatorum transium per unguariam. Dein per 
uulgariam. postea per romaniam et peruenit in terram soldani yconii^ 
que confinis est terre principis anthiochie deuictis omnibus etconfectis 
qui uoluerantei et exercitui suo resisterene transiret. Erat autem sicut 
fama refTerebat proponitum ' firmum babens ire prius in damascum et 
in babiloniam et destruere totum regnum zaladini et subicere xpianis. 
Deinde uenire in terram sanctam et ciuitatem sanctam ihrl'm cum 
gloria et honore. Istud quidem proposuit imperator terrenus. sed 
aliter disposuit rex rcgum et dominus dominancium in cuius manu 
sunt omnes potestates et onmia iura rcgnorum. Nam cum esset in 
finibus ycomorum uersus antiochiam cum uellel se ualneare' in 
quodam modico llumine ^ estns quippe erat descendit in aquam et 
ibidem subito suflbcatus est. Ecce iudicia dei abissus multa. Pars 
exercitus mortui sunt pars autem residua coruicrtil facicm suam ad 
loca que xpiani tencbant adhuc inlra terminos terre sancte. 

aj m lectum. — h) supcrauit. — cj Sic, — d) halneare. 

28. 8. « Viemes el postrimer dia de octubre» (An. Toled. /), t II Kal. No>embris)) 
(Ann. Compost.); a Fxplelis posl morlcni viri siii vip^inti septcin diebiis » (Luc, p. 112, 
1. 2tj). Il y a on edel viii;,'t sept jours do l'octave »1(; Saiiit-Micbel (0 cet.) à la Toussaint 
en comprenant eos deux jours eux-mêmes. Uodrigue (l\, 1; n'en compte que vingt- 
cinq, ce (jui esl plus exact, puisque la reine nuiurut la veille de la 'l'oussaint. Notre 
auteur nous dil (ju'elle était d<'ji) nuilade quand son mari expira. 

a8. <). Cinquante-trois, au compte de Uodrij^ue (VIII, ib). Cinquante-cinq, selon 
Luc (p. 113, I. aV)' H>n n'-alité, un peu plus de cinquante-six. 

ag, I. En 1187, 2 octobre. Alphonse VIII était roi depuis le .ii août ii58. 

3(j. a. Le Soudan d'Iconium. 

2(j. Z. I>e Kalycadnus ou Selef ( 1 190). 



CHRONIQUE LATINE DES ROIS DE CASTILLE 878 

3o. Eodein tempore (fol. ro3j philipus rex francorum et ricardus 
rex anglorum ex condicto pace inteer" se firmata cum ducibus et comi- 
tibus et aliis baronibus et militibus multis mare transierunt et apli- 
cuerunt a^ acre quam tune tenebant sarraceni. Obsederunt eam reges 
et potenter et uiriliter expugnantes ui ceperunt ipsam. Rex autem 
ricardus priusquam["Jibidunri'' ueniret cepit ciprum insulametsibieam 
subiugauit. Rex autem philipus correptus infirmitate grauissima ita 
quod de uita eius desperabatur transfretaû et reuersus est in terram 
suam. Sed rex ricardus strenuus et magnanimus remansit et longo 
tempore moram fecit in partibus illis. defendens que tenebant xpiani 
et alia de nouo acquirens. Sed audito quod rex francie uolebat ei 
guerram mouere transfretanit. et dum transitum faceret terram ducis 
austrie que uulgo dicitur esterrichia captus est ab eodem duce et 
longo tempore detentus in captiuitate. Tandem pro liberatione sua 
solutis centum milibus marcarum '' argenti reuersus in terram 
suam et cum obsedisset quodam castrum sagitta letaliler uulneratus 
nature debitum soluit sicut supradictum est'. Girca quadragesimum 
annum. annum^^ regni gloriosi régis comes flandrensis et comes ble- 
sensis et alii barones de regno francie miserunt in italiam pro mar- 
chione montis ferrati quem sibi profeceruntî' et promiserunt firmiter 
quod ei tamquam dno obedirent. Conduxerant siquidem inter se 
quod irent ultra mare seruire dno ih'u. xpo. Conuenerunt igitur 
omnes apud nenecias'' et' ibidem longam moram fecissent propter 
inaliciam et fraudem uenecorum uenit ad eos alexius imperator cons- 
tantinopolitanus filius ysaac imperatoris qui interfecerat andronicum 
proditorem notissimum sicut fama refert qui post mortem emanuel 
imperatoris usurpauerat sibi per uiolenciam et prodconem imperium 
constantinopolilanum. Dictus autem ysaac imperator fuit auus dne 
nostre regine beatricis^ pater. s.' matris eius. Venit igitur prcdictus 
alexius miserabilem querimoniam deponens de subiectis suis qui 
eum iniuste priuauerant imperio suo supplicansque ipsis humi- 
liter ut dignarentur ipsum iuuare pietatis intuitu. Quod si forte 
per eorum auxilium et recuperare posset imperium omnia necc 
francis et lombardis in subsidium terre sancte largissime ministraret. 
Victi ergo pietate et paupertate compulsi secuti sunt illum quo- 
rum timoré constantinopolitani repeperunt dnum suum. simulantes 
fidem exterius cum interiora ipsorum plena essent dolo. Receden- 
tibus igitur francis et lombardis et nauigantibus uersus terram 

aj Sic. — bj Sic. — c) un blanc. — dj Sic. — e) Sic. — fj Sic. — g/ pref'ecerunt. — 
h) uenecias. — i) Abella : « forte deest : cum *. — jj scilicel . 

3o. I. Cf. s 17, note 6. , 

3o. 3. Beatrix, femme de Ferdinand 111 (cf. § 4o). Celle partie, tout au moins, de 
la Chronique est donc d'un contemporain de Ferdinand 111, sans doute du même 
auteur que la Vie de Ferdinand qui suit (en supposant que toute la Chrouique 
ne soit pas d'un seul et même auteur). 

Bull, hispan. aô 



07a BULLETIN HISPANIQUE 

sanctam conque | rebantur autem de imperatore alexio quod non rcs- 

ponderet eis sec " promisa conslantinopolitani terga uerterunt ad 

dnum suum imperatorem alexiiim et ipsum subiectione et obe- 

diencia promissa et débita priuauerunt. Videns autem alexius nequi- 

ciam subdictorum misit post francos et lombardos nuncios suos qui 

reuocarent eos quod et faclum est. ^'enientes autem aplicuerunt 

iuxta ciuitatem. s. constantinopolim erant autem paucissimi respectu 

multitudinis populi conslantinopolitani. Sed potens est dnus sic 

in paucis ut in multis cum uoluerit triumphare. Adiuti ergo diuina 

gra sine qua nichil possent facere. intrauerunt per uim ciuitatem 

et interficientes dextera leuaque multos de habitatoribus loci obti- 

nuerunt ciuitatem et spolia eius infinita diripuerunt. aurum argentum 

lapides preciosos. pannos sericos diuersi generis ornamenta quibus 

plus omnibus supra omnes ciuitates que in mundo erat '' constan- 

tinopolis. haljundabat. Eligitur in imperatorem baldouinus comes 

flandrensis. Marchio uero montis ferati factus est rex in salonica. 

Eligitur in patriarcham quidam uenecus- quem ego uidi consecrari 

rome in ecclesia sancti pétri per manum dni Innocencii. 11113. Ex 

illo tempore latini obtinuerunt constantinopolitan' et ecclesia cons- 

tantinopolitana obedit ecclesie romane cuius patriarcham non predictum 

sed successorem'» eius uidi ego in consilio lateranen conuocato sub 

innocentio tercio. Quod concilium celebratum est anno reuoluto post 

mortem gloriosi régis in quo interfuerunt. CCCC'. XX. episcopi, 

et Ixx 11. archiepiscopi et patriarcha constantinopolitanus et ilirli- 

mitanus et aquilen" et grandèsis^ Albatum'/ uero et prior'' et aliis 

dignitatibus fulgencium non erat numerus». Hoc autem fuit in festo 

omnium sanctorum et idus' mensis iulii sequentis donus innoccncius 

tercius uir bonus cuius facta prosperaiî deus ingressus est uiam 

uniuerse carnis^. ^ ^,...^r., 

Georges CI ROT. 

(A suivre.) 

U; juillet 1912. 
7(XJ'' anniversaire de la bataille de las Navas 

aj secundum (la phrase conquerebantur... promis[s]a forme parenthèse).— b) Sic — 
C) Sic. — d) Abella : «forte constantinopolim». — e) Abella : « forle aquileiensiS'>. — 
IJ gradvHsis. — g) Abbanun. — h) Abella : « forte piiorum«. — i) Abella : « forte idibus ». 

3o. 3. Lire Innocent 111. Cf. mon iiitrotluction (p. 89). 

3o. 4. L'auteur a donc vu le premier patriarche de Conslanlinoplc, Mauroccnus 
(Morosini, mort en 1211), lors de sa consécration en irîo5 à Saint-Pierre de Rome; 
puis, lors du concile de Latran (1210), son successeur Gervaisc, élu en novembre 
niD et mort en 1219 (cf. Gams, Séries Episcopoi-um). 

3o. 5. Luc (p. ii3, 1. 37) parle aussi de ce concile, qui eut lieu, dit-il, « par omne 
annum antequam Rex Fernandus rcgnare inciperat », et auquel assistèrent 407 évê- 
ques, 71 primats et métropolitains, les palriarclies de Constantinoplc et de Jérusa- 
lem, les vicaires dfts [)atriarches d'.^nlioche et d'Alexandrie ; 800 îibbés ou prieurs, 
un nombre incalculable de procureurs d'évèques, d'abbés, d'empereurs, de rois et 
de princes. Il omet les patriarches d'Aquilée et de (irado (sur ces deux palriarchats, 
voir Eni). snçfr., t. I, p. 117). 

3o. ti. Innocent III mourut le iG (non le i5) juillet laiG. 



DOMINIQUE SOTO 



ET LA 



scolâstique parisienne 

{Suite'.) 



XXIII 



Dominique Soto et les lois de la chute des graves. 

Il est difficile de lire les écrits de Jean Dullaert, d'Alvarès 
Thomé, de Louis Goronel, de Jean de Celaya, sans faire une 
remarque, ni de faire cette remarque sans en être surpris. 
Tous ces auteurs, à la suite d'Heytesbury, du Calculateur, de 
leurs commentateurs italiens, traitent longuement du mouve- 
ment uniformément difforme; aucun d'entre eux ne prend 
soin de montrer par un exemple qu'un tel mouvement se 
rencontre ou peut se rencontrer dans la nature. L'exemple, 
cependant, paraissait être à l'immédiate disposition de nos 
régents de Montaigu, de Coqueret et de Sainte-Barbe. Albert 
de Saxe avait indiqué l'hypothèse du mouvement unifor- 
mément accéléré comme étant l'une des deux suppositions que 
l'on pouvait faire sur la chute des corps graves ; cette opinion 
était reproduite dans les diverses éditions, alors imprimées, 
des Quaestiones in libros de cselo et niundo; seules les éditions 
données à Paris, en i5i6 et en i5i8, allaient l'omettre. Nos 
scolastiques, qui lisaient et citaient si volontiers Albert de Saxe, 

I. Voir Bail, hisp., t. XII, p. 276, 357; t. XIII, p. 157, 291, 44o ; t. XIV, p. 60, 
137, 375. 



0-6 BULLETIN HISPANIQUE 

ne pouvaient guère n'y avoir pas rencontré cette hypothèse; 
l'y eussent-ils laissé passer inaperçue qu'ils l'eussent retrouvée 
au manuel de Philosophie de Pierre Tataret, si souvent imprimé 
de leur temps, oii elle était recopiée. Si étonnant que le fait 
puisse paraître, il est cependant de constatation sûre et facile; 
aucun maître parisien, au début du wi' siècle, n'a eu la pensée 
de citer la chute des graves comme exemple de mouvement 
uniformément difforme. 

Vers le même temps, Léonard de Vinci, guidé sans doute 
par la lecture d'Albert de Saxe, s'est fortement attaché à 
proclamer cette vérité : La chute des graves est un mouvement 
uniformément accéléré. Mais, bien qu'il eût étudié les écrits 
d'Heytesbury, du Calculateur, d'Ange de Fossombrone, il ne 
paraît pas avoir tiré profit de ce que ces écrits enseignaient 
au sujet du mouvement uniformément difforme; il n'a pas su 
reconnaître avec exactitude la loi qui relie au temps écoulé 
le chemin parcouru en un mouvement uniformément accéléré. 

Au début du xvi* siècle, donc, les deux propositions qui 
règlent la chute des graves ont été formulées depuis cent cin- 
quante ans; depuis ce temps, chacune d'elles a été répétée un 
très grand nombre de fois; mais, toujours, ceux qui formulent 
la première de ces propositions semblent ignorer la seconde, 
ceux qui enseignent la seconde ne soufflent mot de la première; 
personne encore ne semble avoir songé à les réunir et, en 
les réunissant, à créer la théorie du mouvement des corps 
pesants. 

Qui donc eut, le premier, l'idée de souder l'une à l'autre ces 
deux propositions? Nous ne saurions le dire; mais en lisant les 
Questions de Soto, nous constatons que la soudure est faite; 
le savant Dominicain, d'ailleurs, ne paraît pas nous la présenter 
comme chose nouvelle et dont il soit l'auteur. 

Nous savons que Francisco Soto, lors(ju'il vint étudier à 
Paris, fut reçu par son compatriote Louis Goronel de Ségovie; 
nous ne serons donc pas étonné que Soto enseigne, touchant 
la difformité des latitudes, une doctrine semblable à celle que 
Goronel a professée; et en effet, si l'exposition que le professeur 
de Salamanque donne de cette question diffère de celle qu'a 



DOMI?IIQUE SOTO ET LA SCOLASTIQUE PARISIENNE 877 

donnée le régent de Montaigu, c'est seulement par une plus 
grande brièveté et par un délaissement plus complet des 
subtilités mathématiques. 

C'est en ses Questions sur le septième livre de la Physique 
d'Aristote que Soto développe son opinion touchant la vitesse 
du mouvement local ; pour se conformer à un usage presque 
constamment suivi depuis Bradwardine et Albert de Saxe, et 
auquel DuUaert, Alvarès Thomé et Jean de Gelaya n'ont eu 
garde de se soustraire, il fait précéder ce développement d'une 
introduction arithmétique' qu'il intitule : Digressio de propor- 
tionihus. Aussitôt après cette digression mathématique, vient 
une question formulée en ces termes : <( La vitesse d'un mou- 
vement, considéré en son effet, s'évalue t-elle par la grandeur 
de l'espace qui est franchi ^P » 

La difformité du mouvement peut dépendre soit de sa répar- 
tition au sein du mobile, soit de sa succession dans le temps; 
cest la difformité relative au sujet mobile qui, d'abord, retient 
l'attention du Professeur de Salamanque. 

En un mouvement de rotation, la vitesse est celle du point qui 
est mû le plus rapidement. Soto se range^ à cette « conclusion 
d'Hentisberus, que les philosophes admettent à juste titre». 
Mais, pour cela, il lui a fallu rejeter cette objection^: uEn tout 
genre de mouvement, on doit adopter la même mesure. Or, 
dans le mouvement d'altération, lorsque la chaleur se distribue 
d'une manière uniformément difforme en quelque sujet, du 
degré zéro, par exemple, au degré 8, on dénomme cette chaleur 
non par son degré le plus élevé, mais par son degré moyen, 
savoir le degré 4- Puis donc qu'en une roue, mue d'un mou- 
vement de rotation, la vitesse du mouvement s'étend avec 

une uniforme difformité du centre à la circonférence , la 

vitesse du mouvement de toute la roue se devrait évaluer 
par la vitesse du point milieu du rayon. » 



1. Reverendi Patris Dominici Soto Segobiensis Theologi ordinis prœdicatorum super 
octo libros Physicoram Aristotelis Quœstiones. Cum Privilegio. SalmanticcR In sedibus 
Domiaici à Portonariis, Gath. M. Typographi. MDLX.XII. Fol. 90, col. a à fol 92 col. b. 

2. Dominici Soto Op. laud., lib. VIII, quaest. III; éd. cit., fol. 92, col. b. 
S. Dominici Soto Op. laud., quaest. cit.; éd. cit., fol. gS, col. b. 

i. Dominici Soto Op. laud., quœst. cit.; éd. cit., fol. 92, col. c. 



378 BULLETDi HISPANIQUE 

Venons à ce que le Professeur de Salamanque enseigne' du 
mouvement difforme dans le temps. 

<( Le mouvement uniformément difforme par rapport au 
temps est celui dont la difformité est telle : Si on le divise 
suivant le temps, c'est-à-dire suivant des parties qui se succè- 
dent dans le temps, en chaque partie, le mouvement du point 
milieu excède le mouvement extrême le plus faible de cette 
même partie, d'une quantité égale à celle dont il est excédé 
par le mouvement extrême le plus intense. 

» Cette espèce de mouvement est celle qui est propre aux 
corps qui se meuvent de mouvement naturel et aux projectiles. 

» Toutes les fois, en effet, qu'une masse tombe d'une 
certaine hauteur au sein d'un milieu homogène, elle se meut 
à la fin plus vite qu'au commencement. Au contraire, le 
mouvement des corps projetés [de bas en haut] est plus faible 
à la fin qu'au commencement. Et même le premier s'accélère 
uniformément, et le second se retarde uniformément. » 

De ce passage si net et si important, donnons le texte latin 
en son entier : 

u Motus uniformiter difformis quoad tempiis est motus ita 
dijformis ut, si dividatur secunduin tempus (scilicet secundum 
prius et posterius), cujuscunque partis punctum médium illa 
proportione excedit remissimum exlremum illius partis qua exce- 
ditur ab intensissimo. 

)) Hsec motus species proprie accidit naturaliter motis et projectis. 

n Ubi cnim moles ab alto cadit per médium uniforme, velocius 
movetur in fine quam in principio. Projectorum vero motus 
remissior est in fine quam in principio. Atque adeo primas unifor- 
miter difformiter intenditur, secundus vero uniformiter difformiter 
remiilitur. » 

Une évidente inadvertance a introduit deux fois, en la 
dernière phrase, le mot difformiter qui n'y devrait pas figurer; 
Soto veut que la chute du grave et l'ascension du projectile 
soient deux mouvements uniformiter difformes ; dès lors, 
comme Ilcytesbury le fait constamment, et une foule d'auteurs 
après lui, il aurait dû dire du premier uniformiter intenditur, 

I. Dominici Solo Op. Iniid., qntrsL cit.; od. cit., fol. 92, col d. 



DOMINIQUE SOTO ET LA SGOLASTIQUE PARISIENNE 879 

et du second, uniformiler remitlitar . jNous avons vu, au § XXIV^, 
que Gaétan de Tiène, Messino et Ange de Fossombrone 
avaient, tous trois, insisté sur la synonymie de ces expressions 
avec la qualification uriiformiier dijjormis. 

Ces expressions, nous les avons ainsi traduites : le mouve- 
ment s'accélère uniformément, se retarde uniformément. Pour 
justifier l'exactitude de cette traduction, nous pourrions 
recourir à l'autorité de Messino ; nous allons en invoquer 
une plus probante encore; Jean de Celaya va nous dire que 
ce sens est bien celui que l'on attribuait à de telles expressions 
parmi les maîtres espagnols de l'Université de Paris, au 
temps oij Soto recueillait leurs enseignements. 

u II est une chose, dit Celaya', dont il faut être averti ; 
à parler proprement, on ne doit aucunement dire que le 
mouvement est intense (intensus) ou faible (remissus), mais 
bien qu'il est rapide (velox^ ou lent (lardas); mais la commune 
manière de parler en a décidé au contraire; or c'est l'avis du 
Philosophe qu'il faut parler comme la foule et penser comme 
le petit nombre; nous emploierons donc constamment ces 
termes : mouvement intense, mouvement faible, à la place 
de ceux-ci : mouvement rapide, mouvement lent; nous 
emploierons l'expression : croît en intensité (intenditur) à la 
place des mots : s'accélère fvelocitatar), les mots : s'affaiblit 
(remittiiur) à la place des mots : se retarde (retardetur) . » 

Ces diverses explications ne nous paraissent laisser place 
à aucun doute; nous pouvons, avec assurance, attribuer ces 
deux propositions à Dominique Soto : 

La chute d'un grave est un mouvement uniformément 
accéléré. 

L'ascension d'un projectile est un mouvement uniformément 
retardé. 

En un tel mouvement, quelle loi fera connaître le chemin 
décrit parle mobile en un temps donné? Soto va maintenant 
nous le dire 2 : 

« Le mouvement uniformément difforme par rapport au 

I. Magistri Johannis de Celaya Expositio in libros Physicorum; fol. Ixxxv, col. d. 
a. Dominici Soto, Op. laud., qusest. cit.; éd. cit., fol. gS, col. d et fol. gl, col. a. 



38o BULLETIN HISPANIQUE 

temps suit presque la même règle que le mouvement uniforme. 
Si deux mobiles, en effet, parcourent en un même temps 
des longueurs égales, bien que l'un se meuve uniformément 
et l'autre d'une manière difforme quelconque, décrivant par 
exemple un pied durant la première demi-beure et deux pieds 
pendant la seconde, du moment que ce dernier, en l'heure 
entière, parcourt juste autant de pieds que le premier, qui 
se meut uniformément, ces deux mobiles se mouvront éga- 
lement. 

» Mais ici survient un doute : La vitesse d'un mobile mû 
de mouvement uniformément difforme doit elle être dénommée 
par son degré le plus intense? Si, par exemple, la vitesse d'un 
grave qui tombe pendant une beure croît du degré zéro au 
degré 8, doit-on dire que ce grave a un mouvement de 
degré 8? Il semble que la réponse affirmative soit la vraie, 
car c'est bien là la loi qui semble suivie par le mouvement 
uniformément difforme quant au sujet mobile. Nous répon- 
drons néanmoins que la vitesse du mouvement uniformément 
difforme par rapport au temps s'évalue par le degré moyen 
et doit recevoir sa dénomination de ce degré. On ne doit pas 
raisonner à son égard comme à l'égard du mouvement uni- 
formément difforme quant au sujet. En ce dernier cas, en 
effet, la raison de la règle adoptée était la suivante: La ligne 
que décrit le point le plus rapidement mû, tout le mobile 
la décrit avec lui, en sorte que le tout se meut aussi vite que 
ce point là. Tandis qu'un mobile mû de mouvement unifor- 
mément difforme par rapport au temps ne décrit pas un 
chemin aussi grand que s'il se mouvait uniformément, pendant 
la même durée, avec la vitesse qu'il atteint à son degré 
suprême; cela est évident de soi. Nous pensons donc que 
le mouvement uniformément difforme doit être dénommé par 
son degré moyen. Exemple : Si le mobile A. se meut pendant 
une heure en accélérant constamment son mouvement du 
degré zéro jusqu'au degré 8, il parcourra juste autant 
de chemin que le mobile B qui, pendant le même temps, se 
mouvrait uniformément avecle degré 4. 

» 11 résulte de là que, toutes les fois que des mobiles sont 



DOMINIQUE SOTO ET LA SCOLASTIQUE PARISIENNE OOI 

mus de mouvement difforme, il faut réduire ces mouvements 
à l'uniformité. » 

De cette réduction, Oresme a donné des exemples, qui sont 
d'une analyse mathématique quelque peu relevée, et ces exem 
pies ont été à l'envi multipliés et généralisés par Bernard 
Torni, Jean Dullaert et Âlvarès Thomé ; Jean de Celaya avait 
reproduit la théorie de Thomé. mais Louis Goronel s'était 
horné à emprunter à Oresme un seul de ses problèmes, le pre- 
mier et le plus simple. En cette étude mathématique, Soto 
pénètre moins encore; il se borne à montrer, en traitant deux 
cas particuliers, comment on peut réduire à l'uniformité un 
mouvement de ^itesse continue, formé par la succession de 
deux mouvements uniformément accélérés. 

Au cours de la lecture du passage qui vient d'être cité, deux 
remarques peuvent être faites : 

En premier lieu, la chute d'un grave y est prise comme 
exemple de mouvement uniformément difforme ; par là se 
trouve affirmée de nouveau cette proposition qu'une telle chute 
est uniformément accélérée. 

En second lieu, Soto discute si le degré moyen de mouve- 
ment doit servir à dénommer un mouvement uniformément 
difforme; mais au sujet de la règle qui permet de mesurer le 
chemin parcouru en un semblable mouvement, il n'éprouve 
aucune hésitation ; il affirme d'emblée que ce chemin est égal 
à celui que le mobile décrirait, dans le même temps, par un 
mouvement uniforme où la vitesse serait la moyenne entre 
la plus grande et la plus petite vitesse du mouvement unifor- 
mément difforme. 

De cette règle, Soto n'esquisse aucune démonstration; 
visiblement, il la regarde comme une vérité d'usage courant; 
la lecture de Jean de Celaya nous a d'ailleurs montré que ceux 
qui la. voulaient justifier savaient au besoin, en ce temps-là, 
reprendre les considérations développées par Nicole Oresme. 

Voici donc ce que le témoignage de Soto nous apprend : 

Avant le milieu du xvi*" siècle, les Scolastiques parisiens 
et leurs disciples regardaient ces vérités comme banales : 

La chute libre d'un grave est un mouvement uniformément 



383 BULLETIN HISPAMQIIE 

ACCÉLÉRÉ ; l'ascension VERTICALE d'uN PROJECTILE EST UN MOUVE- 
MENT UNIFORMÉMENT RETARDÉ. 

En un MOUVEMENT UNIFORMÉMENT VARIÉ, LE CHEMIN PARCOURU 
EST LE MÊME QU'eN UN MOUVEMENT UNIFORME, DE MEME DURÉE, 
DONT LA VITESSE SERAIT LA MOYENNE ENTRE LES DEUX VITESSES 
EXTRÊMES DU PREMIER MOUVEMENT. 

Le labeur immense dont les pages précédentes ont briève- 
ment retracé l'histoire avait porté ses fruits; on connaissait 
deux des lois essentielles de la chute des corps ; en faveur de 
ces lois, Galilée pourra bien apporter de nouveaux arguments, 
tirés soit du raisonnement, soit de l'expérience ; mais, du 
moins, il n'aura pas à les inventer. 

Pierre DUHEM. 



NOTES 

SUR LES RAPPORTS DE NANTES AVEC L'ESPAGNE 

[Snile'.) 



II 



I. La colonie espagnole de Nantes. 
Son importance au xvp siècle. 

On ne saurait fixer avec précision la date de l'installation 
à Nantes des premières familles espagnoles. On s'accorde à 
penser que les juifs ayant été chassés de Bretagne en la/io, 
quelques commerçants sont, à ce moment, venus d'Espagne 
pour s'adonner au trafic de l'argent et aux opérations de 
change. De bonne heure, des Espagnols établis sur la paroisse 
Sainte-Croix, près de la place aux Changes, auraient exercé la 
profession de banquiers. Le fait ne saurait surprendre. Sans 
avoir encore une grande importance, le port de Nantes était 
déjà un lieu d'échanges entre les produits des Flandres et 
ceux de la Péninsule ibérique; des Espagnols apportaient des 
fers, ils venaient acheter des vins. En outre, Nantes était un 
port d'embarquement pour de nombreux pèlerins se rendant 
à Saint- Jacques de Compostelle; aussi le mouvement d'espèces 
qui s'effectuait sur la place pouvait-il être assez important 
pour laisser aux Espagnols et aux Lombards une marge de 
bénéfices rémunérateurs. 

Nantes était aux xni'' et xiv* siècles le rendez-vous d'étrangers, 
venus en nombre déjà suffisant pour émouvoir la population 

I, Voir Bull, hispan., t. XIV, p. 119. 



381 BULLETIN HISPANIQUE 

de la ville. Plusieurs fois, ses habitants firent entendre leurs 

doléances aux ducs de Bretagne et à diverses reprises ceux-ci 

interdirent aux a non regnicoles » de vendre des draps ou 

d'acheter des vins. Pour tourner ces diiTicultés, des maisons 

étrangères établirent peut-être à Nantes des facteurs ou des 

représentants qui se soumirent aux conditions commerciales 

imposées par les souverains bretons. Le cosmopolitisme de la 

ville de Nantes nous est attesté dès le xv*" siècle par diftérents 

documents. L'auteur du Blason de Nantes écrivait à celte 

époque : 

C'est bonne ville à tous venans 
Et y sont très bons les niarchans 
Très riches... 

Nous ne possédons pas de renseignements concernant les 
Espagnols établis à Nantes au xiv* siècle; mais nous sommes 
mieux informés pour la période qui s'ouvre avec le règne de 
Jean V. La colonie espagnole de Nantes était en 1/467 suffîsam- 
ment riche pour que l'on ait pu, à titre de représailles, faire 
une saisie de 00,000 écus de marchandises appartenant à des 
commerçants espagnols fixés à la Fosse de Nantes". A quelques 
années de là en i^y^i, les fermiers de la taxe du denier pour 
livre demandent à être déchargés de leur ferme en raison de 
ce que les principaux marchands de la nation d'Espagne ont 
été pris et retenus de leurs personnes es prisons du Bouflav^. 
Dans leur requête, ils indiquent qu'à la suite de tracasseries 
faites aux négociants espagnols leur commerce avec la ville a 
beaucoup diminué. Ce document marque l'importance des 
affaires de Nantes avec l'Espagne. 11 en est de même du 
préambule de l'ordonnance du 29 décembre i/jQ.'i, rendue par 
Charles Vlll, et rétablissant dans tous leurs privilèges les 
Espagnols négociant à Nantes. Cet acte constate qu'avant la 
guerre ils avaient l'habitude de tenir en cette ville une bourse 
coulumière cl qu'ils ont abandonné cette pratique depuis 
quelques années-^. 



I. Arch. de la Loire-Inf , Br>, f ^o. 
■j. Arch. miin. do Nantes, GC. 3M3. 
3. L(î lÎPiif, l>ii rommerrr dr .\antes, \i<^f^. pp. 2f< el ar». 



NOTES sua LES RAPPORTS DE NANTES AVEC l'eSPAGNE 385 

Sous l'influence du courant commercial, une colonie espa- 
gnole s'était cependant formée à Nantes au milieu du xv' siècle. 
Nous en avons des preuves nombreuses. La famille Rocaz 
s'était fixée dans le Comté nantais bien avant i44ô. Olivier 
Rocaz était un riche marchand qui possédait à Nozay une 
maison où les ducs de Bretagne avaient coutume de descendre 
quand ils venaient à Nantes. En récompense de l'hospitalité 
qu'il offrait aux souverains bretons, Olivier Rocaz fut anobli 
en i4/i6'. A cette même époque, la famille Darande était 
également installée à Nantes. Elle avait exercé le commerce et 
y avait fait fortune. Elle avait enrichi de dons l'église des 
Cordeliers et avait son tombeau dans le cloître de leur couvent. 
Une inscription gravée sur une pierre tombale nous apprend 
que la mort cruelle avait frappé, le 23 août 1^62, Gonsallo 
Alfonseo d'Arande. Son fils avait été ravi à l'affection des siens 
le 2 avril i/jôy^ Si nous ouvrons le premier registre des 
baptêmes de la paroisse Saint Nicolas, daté de 14673, nous 
constatons la présence de nombreux marchands espagnols 
demeurant à la Fosse de Nantes. On y relève en effet les noms 
de Martin de Bitone, marchand des parties d'Espagne, de 
François et de Diego de Pamplique, de Alonzo, fils de Martin 
de Myrande, ayant pour parrains Alonzo de Myrande, des 
parties d'Espagne et pour marraine Perrine, femme de Perico 
Rouys, d'Espagne. 

Sont encore cités dans les premiers registres de baptême les 
noms suivants : Pierre de Valence, d'Espagne, Jean fils de 
Consalvo de Gompludo, Ferrand de Contrerez, Diago de 
Oustize, Maria de Gournez, François de Heredia, Jean, fils 
de Consalvo de Lerma, Jean, fils de Jean de la Presse, mar- 
chand des parties d'Espagne, Sebastien de Vildiago. Outre ces 
noms extraits des registres de la paroisse Saint-Nicolas, les 
documents d'archives nous signalent encore à Nantes à la fin 
du xV et au début du xvi" siècle la présence de bien d'autres 

1. Livre doré de l'hôtel de ville de Nanles, éd. De la Nicollière-Teijciro, art, fioca:. 

2. De la Nicollière-Tcijeiro, Notice sur l'ancien couvent des Cordeliers de Nanle». 
(Bulletin de la Soc. arch. de IVantes, 1877). 

3. Arch. mun. de Nantes, GG. 168 et suivants. (Actes de baptême de la paroisse 
Saint>Nicolas). 



386 BULLETIN HISPAiVIQUE 

Espagnols: un chang^eur du nom de Harvyz', des marchands 
de laines Martinez et Ryaga% un entrepositaire de fers, le 
comte Salvador. 

' Au moment du siège de Nantes, Sanche de Ringuez^ reçoit 
2 1 livres pour avoir remis en état treize canons; Jean Houys, 
qui fut garde de l'artillerie de Nantes au début du xvi'' siècle, 
est qualifié de marchand et citoyen dans un acte de i5o/i^ 
Les Harrouys qui devaient jouer un rôle considérable dans 
l'histoire de Nantes percevaient des droits de pêche qui leur 
avaient été concédés par les ducs de Bretagne^. En 1627, un 
Harrouys est clerc de la trésorerie et dès i536 ils sont sei- 
gneurs de la Rivière. 

La politique des ducs, de Charles VIII et de Louis XII ne fut 
pas sans inlluencer le développement de la colonie espagnole 
de Nantes, mais les vexations que subirent les marranes 
d'Espagne à la fin du xv" siècle les poussèrent sans doute 
à émigrer vers d'autres régions. Il est à présumer qu'un 
certain nombre d'entre eux vinrent s'établir à Nantes et contri- 
buèrent au développement de la colonie espagnole de cette 
ville. 

Si les pièces d'archives concernant l'installation des Espa- 
gnols à Nantes sont assez abondantes pour nous donner un 
aperçu de l'importance de leur colonie au commencement du 
xvi'^ siècle, elles deviennent plus nombreuses encore à partir 
du règne de François I®"^. En même temps, elles sont plus 
explicites et nous permettent de faire revivre l'histoire de ce 
groupement. Les registres des paroisses, les registres des 
mandements de la Chambre des comptes oi"! sont transcrites 
les lettres de naturalité, le Catalogue des actes de Franrois I"', 
les collections conservées aux archives départementales et 
communales de Nantes sont autant de sources dans lesquelles 
l'on peut puiser des renseignements variés. 

Les registres des mandements de la Chambre des comptes 

I. ArcFi. de la Loire-lnf., G. 147. 
3. Arcli. mun. do Nantes, EE. 189. 
3. Arch. iTiun. de Nantes, GG. 228. 
ft. Arcli. mun. de Nantes, EE. a66. 
5. Arcti. de la Loire-lnf., B. i885. 



NOTES SUR LES RAPPORTS DE NANTES AVEC l'esPAGNE 887 

nous livrent les noms des Espagnols naturalisés au cours du 
xvi*^ siècle. Le nombre des naturalisations fut considérable 
depuis le règne de Louis XII jusqu'à celui de Henri IV. On 
accordait même la qualité de Français avec une telle facilité 
qu'en 1676 nous verrons les Nantais s'élever contre l'abus des 
lettres de naturalité'. On peut du reste juger du mouvement 
des naturalisations par le relevé suivant établi d'après les 
registres de la Chambre des comptes. 

I" livre. 1 492-1531. Bernardin de Médines, Jean d'Ariagne, Michel 
Marquier. 

3' livre. i533-i546. François de Nantedilles, Ferrando de Astou- 
dille, Lopezet Jean-Baptiste Dache. 

3* livre. i546-i555. André Ruys. Sanchez Deheriva, François 
Ferray, Gatien d'Aragon, Jean Moneybras, 
François le Quetro, Francisque de Léon, 
Pierre Colludo, Absencion de Acquière, 
Rodrigo de Valtaze, Diago Victoria. 

4' livre. i555-i56i. Diego de Bourgues, Pierre de Villiers-Real, 
AUonzo de Medines, Heurtino d'Abandaro, 
Haronce d'Aragon, Antoine Deredia, Alonzo 
d'Astoudille, Bernard de Medines, Diago de 
Lessuma. 

5" livre. i56i-i57l. Jean Mandiel, François de Carosse, Ballhazar 
de Saines, Ollivier Ferrer, Martin de Monti- 
bon, Lopez d'Asche. 

Nous arrêtons ici une liste qui serait interminable si nous la 
donnions aussi complète que nous pourrions le faire, en indi- 
quant tous les noms qu'il serait possible de relever sur les 
registres jusqu'au moment de Favènement de Henri IV. Il est 
à remarquer qu'au milieu de ces noms, nous n'avons pas 
retrouvé ceux d'un certain nombre de grandes familles d'ori- 
gine espagnole qui ont tenu une place marquée à Nantes : les 
Harrouys, les Santo-Domingo, les Myron, les d'Espinoza, les 
Marquez et tant d'autres qui nous sont connus, dont nous 
aurons à parler et dont les noms reviennent continuellement 

I. Le Beuf, Du commerce de Nantes. — Celte même année les États de Blois 
demandent également la diminution des lettres de naturalité. 



388 BULLETIN HISPANIQUE 

dans les actes de létat civil ou dans l'histoire de la ville. Le 
fait est d'ailleurs facile à expliquer. Quelques anciens membres 
de ces familles ont pu être fixés à ?santes avant l'année 1/192, 
'date à laquelle on rencontre les premières lettres de naturalité. 
En outre, certains Espagnols omettaient de faire enregistrer 
leurs lettres à la Cour des comptes. Quelquefois, les droits de 
chancellerie étaient remis aux impétrants cl, tenant du roi 
lui-même leur qualité de Français, ils jugeaient inutile de faire 
constater en Bretagne leur nouveau statut personnel. Ferrand 
d Asloudille, marchand espagnol domicilié à la Fosse, se vit 
ainsi remettre les droits de chancellerie qu'il devait". Des 
Espagnols nouvellement naturalisés faisaient entériner leurs 
lettres au Parlement de Bretagne. Sanson de Gasteignasse, 
naturalisé en i548, y fit enregistrer ses lettres en i566; 
Domingo d'Urquixo, marchand de Nantes, attendit à avoir 
besoin d'exciperde sa qualité de Français pour faire reconnaître 
celle-ci par le Parlement de Bretagne. Dans ces conditions, il 
n'est pas surprenant que les registres de la Chambre des 
comptes ne révèlent pas tous les noms des Espagnols habitant 
Nantes et naturalisés Français. 

Les riches marchands étrangers demeuraient presque tous à 
la Fosse de Nantes sur la j)aroisse Saint-Nicolas. Aussi, la 
lecture des registres de baptêmes et de mariages de cette 
paroisse nous renseigne t elle sur certains points intéressants. 

Au début de leur installation à Nantes les familles originaires 
d'Espagne s'allient d'abord entre elles. Les Myrande, les Huys, 
les de la Presse, les Compludo, les Santo-Domingo, les Rocaz 
contractent ensemble leurs alliances, ils sont seuls parrains 
des enfants qui naissent de leurs unions. Vers i55o ils se 
mêlent franchement à la population autochtone. Ils se sont 
alors enrichis, ont acheté des terres nobles, sont entrés dans 
la vie publique et font partie intégrante de la société nantaise. 

Au milieu du xvi*' siècle, le nombre des Espagnols fixés 
à Nantes s'est tellement accru que l'idiome castillan a conquis 
droit de cité dans la ville. Borv nombre d'actes de baptême 

I. Catalogue des ucles de François I'''', n' ti-j'j'j. 



NOTES SUR LES RAPPORTS DE NANTES AVEC l'eSPAGNE 889 

sont rédigés en langue espagnole. A titre d'exemples nous 
citons les actes suivants : 

An diez et seys de setiembre i546 fue batizada Glauda de Juan 
Xupeo. Fueron compadres... etc.. 

Gregoiiohijo de Juan Duset, el quai a retenido Gregorio de Legonia 
y Jehan de la llet e Francisca de Astoudillo a sido batizado el 9 
deziembre de mil et quis° y quaranta y seis anos. 

En dos de noviembre i55o fue bautizado Pierres Hernaot, hijo de 
Francisco Harnaot y de su muger Ju" Tuyet. Fueron sus padrinos 
Pierres de Espinosa y Guillomo Tuyet y madrina Maria de Espinoza 
muger de Juan Moteil. 

Les familles espagnoles furent particulièrement prolifiques ; 
on constate que celles de six à huit enfants ne sont pas rares. 
La majeure partie de ceux-ci s'étant fixés dans le comté nantais 
et en Bretagne, il n'est pas surprenant que les noms d'origine 
espagnole soient encore nombreux dans la péninsule armo- 
ricaine. 

A la différence des Hollandais, qui formèrent toujours un 
clan très fermé, les Espagnols, au contraire, se mêlèrent 
rapidement à la vie de la cité nantaise. Dans les familles mar- 
quantes^ si l'une des branches continua à exercer le négoce, 
les autres achetèrent des offices, entrèrent dans les finances, à 
la Chambre des comptes ou au Parlement de Bretagne. 

Dans le commerce, l'activité des Espagnols s'étendait de 
tous côtés. Ils s'adonnaient à la commission des marchandises, 
à l'armement des navires, au commerce d'exportation; ils 
étaient également banquiers et changeurs, fermiers des impôts. 
Les uns achetaient des vins, des eaux-de-vie, des toiles; les 
autres vendaient des draps et des fers. Gonsalve de Compludo 
faisait le commerce des vins en i5o6; il était fournisseur attitré 
de la ville. En i5i3, il y eut beaucoup de joie à Nantes à la 
suite des nouvelles reçues annonçant que la paix était faite 
entre la France et l'Angleterre. On distribua au peuple quatorze 
poinçons de vin qui furent achetés chez Gonsalve de Com- 
pludo moyennant 1 4 L 2 s. ' . Le comte Salvador était installé sur 

I. Arch. mun. de Nantes, CC. a85. 
Bull, hispan. 36 



3gO BULLETIN HISPANIQUE 

les bords de la Chézine en i5o5 et vendait des fers importés 
d'Espagne. Yves Rocaz était fermier des impôts, il était associé 
d'André liuys, adjudicataire du bail de la prévôté de Nantes et 
fermier général de la traite des bêtes vives. Jean de Compludo, 
fils du négocia