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Full text of "Bulletin hispanique"

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ORONTO 
.IBRARY 



ANNALES DE LA FACULTÉ DES LETTRES DE BORDEAUX 



BULLETIN HISPANIQUE 



A t- B., IV SÉRIE. - Bull, kispan., XV, 1910, 1. 



BORDEAUX. — IMPRIMERIES GOUNOUILHOU, RUE GUIRAUUE, ij-1 1 




4nnaies de la FacuKé des Lettres de Bordeaux 

et des Universités du Midi 

QUATRIÈME SÉRIE 

Coiiiniiiiie aux lliiiversités ùMx, ISordeaux, Mont|iellier, Toulouse 

XXXVe ANNÉE 



BULLETIN HISPANIQUE 



Paraissant tous les trois mois 



TOME XV 
1913 





Bordeaux : 

FERET & FILS, ÉDITEURS, 9, RUE DE GRASSI 

Lyon: Hesri GEORG, 36-^-2, passage de l'Hôtel-Dieu 

Marseille: Paul RUAT, 5/,, RUE Paradis Montpellier: G. GOULET, 5, Grand'Rub 

Toulouse : Edouard PRIVAT, ilx, RUE des Arts 

Madrid : MURILLO, Alcalâ, 7 

Paris : 

Albert FONTEMOING, 4, rue Le Goff 

Alphonse PICARD & FILS, 83, rue Bonaparte. 



,o 






Vol. XV. Janvier-Mars 1913 N» 1. 



L'AlSCllÉOLOiilK EN ESPAGNE ET EN PORTlidAL 

Mai 1910-MA1 191a. 
(Dessins de M"' P. Paris.) 



Si j'ai pu contribuer par de modestes efforls au développe- 
ment de l'archéologie hispanique, ce m'est une flatteuse 
récompense que la faveur dont cette étude, naguère encore 
assez négligée, jouit maintenant hors de la Péninsule comme 
dans la Péninsule même. Le sol prodigieusement riche de 
l'Espagne et du Portugal est plus exploré, mieux exploré 
surtout, et si l'activité et la chance de ceux qui le fouillent ne 
se démentent pas, c'est chaque année maintenant, et non plus 
tous les deux ans que je devrai demander la bienveillante 
hospitalité de cette Revue. 



Les découvertes d'antiquités et de stations préhistoriques 
continuent à être nombreuses et fort intéressantes. Je n'ai pas 
la compétence nécessaire pour insister longuement sur toutes 
les trouvailles qui ont une grande valeur archéologique, mais 
non artistique; je dois au moins citer les plus importantes. 

Telle est la station de Ciurana, à quatre kilomètres de la 
route de Reus à Gornudella et Lerida, au sommet d'un pro- 
montoire dépendant de Prades, au bord du rio Ciurana. Dan- 
tiques fortifications signalent le lieu où l'on a retrouvé sur la 
surface du plateau, et aussi sous des abris rocheux et dans des 
grottes, une quantité d'objets de silex. Le 22 septembre 1909 
ce fut la découverte d'un atelier, avec tout un matériel de 
pierres taillées, percuteurs, retoucheurs, poinçons, burins, 



(X^ 



1 BULLETIN HISPANIQUE 

grattoirs, râpes, scies, flèches, etc. A tous ces objets paléo- 
lithiques se joignent les pierres polies, haclies de fibrolithe 
et de basalte, poinçons, compresseurs, marteaux, etc. A ces 
outils assez rudimentaires et de types peu précis il faut ajouter 
des objets d'os ou d'ivoire très maltraités. Suivant M. Massot y 
Palmers qui a publié les résultats de cette trouvaille, et à qui 
je laisse la responsabilité de son jugement, u tous ces objets 
dénotent la décadence par leurs dimensions, leur variété, leur 
manque de beauté, décadence qui commence à la fin de l'épo- 
que magdalénienne, s'accentue à la tourassienne, arrive à 
l'apogée à la robenhausienne « '. 

Plus importante encore, parce que beaucoup plus antique, 
serait la station de Gapell^des (Parti judiciaire d'Igualada, près 
de Barcelone) oii M. Lluis Marian Vidal, au nom de V Institut 
dEstadis Catalans a retrouvé pour la première fois en Catalogne 
un outillage moustérien sous une couche magdalénienne 2. 

hWnuarl de l'Institut nous fait connaître encore par quelques 
bonnes images les derniers objets préhistoriques recueillis par 
le R. P. Furgus, qu'un horrible accident a ravi à la science 
espagnole sur le terrain même, au cours même de ses recher- 
ches, à Orihuela. Ce sont des outils d'os, des haches de bronze, 
des bols et coupes en grossière céramique qui sont entrés dans 
la collection de M. Rubio de la Serna; ils ont surtout une 
valeur de souvenir, car ils n'ajoutent rien de nouveau à notre 
connaissance de la station dOriola^. 

Les grottes de Serinya (Gérone) et les autres stations du 
nord-est de la Catalogne étaient connues après les fouilles de 
MM. Bosoms père et fils et depuis les explorations du P. José 
Cata (1866), de D. Pedro Alsius (1871), et de notre compatriote 
M. ffarlé (1881). Mais l'excellente étude d'ensemble que vient 
de leur consacrer D. Manuel Cazurro leur redonne une véri- 
table actualité'''. 



1. J. Massot y Palmers, Estacio - Taller de Ciurana {Institut d'Estiidis Catalans, 
Anuari, igog-io, p. 263-280). 

2. Ibid., p. 7of|. Estacio prekistorica de Capellndes. 

3. Ibid., p. 70. Els ultims trelmlls del P. Furgus a Oriola. 

II. M. Cazurro, Las Cuevas de Serinya y otras estaciones prehistoricas del N. E. de 
Cataluna (Anuari, 1908, p. /|3 et s.). 



L ARCHEOLOGIE EN ESPAGNE ET EN PORTUGAL 3 

La Bora grau d'en Carreras, ou plus simplement la cueva de 
Serinya est vraiment un abri el non une grotte; on y a déterré 
en foule de belles armes el de beaux ustensiles en cornes de 
cervidés et en os, caractéristiques de l'époque magdalénienne. 
Les harpons barbelés à un ou ù deux rangs, les hameçons, les 
aiguilles, les pointes de zagaies sont dans les précieuses collec- 
tions de M. AJsius ou de MM. Bosoms, à Besalu, de dimensions 
et de formes aussi belles que variées. Des poinçons, des 
racloirs, des outils de toute sorte forment d'importantes séries, 
et surtout des poignards en cornes dont quelques-uns sont 
décorés de coches et de trous en lignes, en groupes symétri 
ques, même de dessins plus compliqués, donnant l'illusion 
d'une écriture. On retrouve ces marques alphabétiformes sur 
nombre d'objets en os et en corne, ce qui permet de rapprocher 
heureusement Serinya des stations françaises ou suisses de la 
Madeleine, de Robenhaus, de Niaux, du Mas d'Azil, etc. 11 va 
sans dire que les instruments de silex caractéristiques de la 
même époque, racloirs, poinçons, burins, couteaux, etc., sont 
en grand nombre mélangés aux objets d'os et de corne, et aussi 
que les ossements d'animaux s'y rencontrent par milliers. 
Toute la faune magdalénienne est représentée. Les plus inté- 
ressants de ces débris sont des os certains de rennes, ce qui 
lè^ e tous les doutes anciens sur la présence de ces animaux au 
sud des Pyrénées à l'époque paléolithique. 

La grotte des Enchantés, de Los Encantados, voisine de la 
précédente, presqu'à l'embouchure du Ser, avait donné à 
M. Alsius, dès iSqB, des débris d'époques très diverses : de la 
céramique néolithique, des os travaillés, des objets de pierre 
et de métal, et aussi de la céramique assez moderne. 
MM. Bosoms en ont repris l'exploration et en ont retiré des 
haches en pierre polie, des pointes de flèches, des racloirs, 
des couteaux de silex, des objets en os, poinçons, poignards, 
écorchoirs, aiguilles, grains de colliers et pendeloques. Tout 
cela remonte à la fin du néolithique. Le premier âge du métal 
a donné de belles pointes de dards en bronze ou en cuivre, et 
même un anneau d'or pâle, formé d'un fil en spirale. Mais 
l'intérêt de la fouille est surtout dans la céramique qui appar- 



4 , BULLETIN HISPANIQUE 

tient à des époques diverses, qu'il s'agisse de poteries à la main, 
de pâte grossière, de forme lourde, de cuisson maladroite, 
qu'il s'agisse de tessons plus soignés, lissés à la spatule, à 
décoration variée de traits incis autour du col et de la panse, 
formant carrés, losanges, croix, grecques, arêtes ou fougères. 
Les formes dés bols, tasses, urnes et cruches, quoique toujours 
basses et trapues, sont de galbe plus élégant, et l'originale 
nouveauté du décor donne une véritable importance à l'atelier 
que l'on ne connaissait pas encore. Tous les autres morceaux 
de vases peuvent se distribuer de l'époque ibérique à l'époque 
romaine sans qu'il soit bien prudent de tenter une classifica- 
tion précise. 

Il serait fâcheux de ne pas signaler des stations secondaires 
qui complètent le groupe de Serinya, et dont les dépouilles, 
réunies par le regretté D. Romualdo Alfaras, sont passées 
après sa mort au Musée municipal de Barcelone. D. Romualdo 
retrouva une nécropole à incinération entre la plage de l'Aball 
etlaPunta del Pi, en face de Puerto de la Selva. Les sépultures 
étaient tantôt de simples urnes, tantôt de petits caissons formés 
par quatre pierres de champ couvertes par une pierre dressée, 
qui dépassait la surface du sol en forme de petit menhir. Les 
urnes étaient de modèles et de dimensions diverses, mais déjà 
bien connus; très rarement elles portent un dessin linéaire 
incis, simples traits groupés, dents-de-loup ou grecque assez 
élégante. Tous ces détails semblent révéler le début de l'âge 
du fer ou, pour préciser, la civilisation de Vilanova. 

A la même époque se rattachent par leur contenu les grottes 
voisines, creusées dans le mont Bufadors, dont l'une s'appelle 
aussi grotte des Enchantés, dont une autre, grotte de ta Porte, 
était curieusement fortifiée de murs et de portes en un lieu 
dangereusement abrupt. 

Enfin à cet ensemble se joignent quelques monuments de 
ceux dits mégalithiques, que M. Alfaras a reconnus et étudiés, 
la Tailla dels Ladres, à la Mora (à gauche du chemin de Puerto 
de la Selva à San Pedro de Rada), et le dolmen de ta Cendrera, 
presque complètement détruit. Un troisième, celui de Tabatlera, 
n'existe plus. 



l'archéologie en ESPAGNE ET EN PORTUGAL 5 

Les Musées du Portugal, grâce à ractivité sans seconde dont 
J. Leite de Vasconcellos donne l'exemple, et les collections 
particulières s'enrichissent avec une rapidité rare des dépouilles 
d'un sol très fécond en antiquités préhistoriques. A défaut de 
Porlngalia, cette belle revue morte, hélas! en son jeune âge, 
ou tout au moins bien irrégulière, VArcheologo porlugués 
signale sans se lasser, par malheur avec un peu de retard et 
d'intermittence, les trouvailles de ce genre. 

Le Musée ethnologique de Lisbonne a reçu, de la province 
deTras-os-Montes, une gouge et un couteau de schiste ardoisier 
provenant du Goncelho de Alijo, une hache de bronze du 
Goncelho de Villa Real', et des environs mêmes de Lisbonne 
quelques coups-de-poing chelléens, quelques instruments 
acheuléens, dons de M. J. Fontes. C'est, dit-on, la première 
découverte d'objets chelléens en Portugal, et la station de 
Casai do Monte d'où elle provient prend ainsi une importance 
exceptionnelle^. 

Les âges du bronze et du fer ont laissé dans ce pays des 
traces plus abondantes, aux environs de Setubal, au Castro de 
Chibanes. A. I. Marques da Costa y avait déjà fait des fouilles 
dont V ArcJieologo portugues avait rendu compte. L'heureux 
explorateur a continué ses recherches, et avec succès-'. 

La station, où il avait surtout trouvé des objets de cuivre, 
lui a donné maintenant, malheureusement dans des couches 
brouillées, des objets qui se distribuent depuis l'âge du bronze 
jusqu'à l'époque romaine. 

Aux plus anciens dépôts se rattache, avec des épingles d'os 
terminées par une spatule ornée sur chaque plat de deux 
cercles concentriques, un certain nombre de vases et de tessons 
que l'inventeur distribue en trois groupes : i° vases de pâte 
fine sans peinture, ou couverte d'une peinture noire qui ne 
résiste pas à la température du fer rouge; 2" vases de pâte plus 
fine et homogène avec peinture noire et rouge, couverte d'un 
vernis très vif et résistant à l'action des acides et à la tempe 

1. H. Botelho, /lr(7ieo%(a de Tras os Montes (Arclieologo porlugués, 1910, p.»3 ets.)- 

2. J. Fontes, Estaçao paleolUliica do Casai do Monte (1910, p. (j3 et s.). 

3. A.-I. Marques da Costa, Estaçôes preliistoricas dos aredores de Setubal (ArcU. 
port., içjio, p. 55-83 et XI pi.; cl'. 1908, p. ■j-o). 




FiG. I. 

Ornements sur des vases de Chibanes. 



6 BULLETIN HISPANIQUr: 

rature des fouis céramiques; 3" vases de pâte grossière sans 
aucune peinture ou simplement blanchis à la chaux. Les 
formes sont tanlol 1res simples, tasses ou bols à pied ou à fond 

arrondi, coupes plates à pied, 
petites cruches à une ou deux 
anses, une entre autres, à bec 
Irilobé et décor de chevrons 
incis. Parmi les tessons du 
troisième groupe il en est qui 
ont reçu l'impression d'orne- 
ments géométriques curieux 
inscrits dans un carré ou dans 
un cercle, formant losange ou 
toute autre figure régulière. Sont-ce de purs orne- 
ments ou des symboles (fig. i)') 

Il est plus intéressant et plus nouveau d'apprendre 
que Chibanes a donné un assez grand nombre d'am- 
phores à queue du genre des amphores puniques 
qui pullulent dans la nécropole de Sainte-Monique 
à Carthage, mais plus longues et de forme moins 
trapue (fig. 2). 11 n'est pas impossible qu'il y ait là, 
sinon importation, du moins imitation indigène de 
modèles étrangers, d'autant plus que l'un des plus 
intéressants débris recueillis dans la station est un 

petit morceau de 

pâte de verre à 

dispositionbleue, 

^^^ rouge et verdâtre, 

^•m 1 d^V ^ dont la fabrica- 

%^ y ^P f ^ tion est certainement phéni- 

^9^ ""^^^ cienne, comme celle de quel- 

FiG. 3. - Fibules de f.i.ibanes. ques pcrlcs de même matière 

trouvées au même endroit. 
L'introduction à CJdhanes en fut probablement contem 
poraine de plusieurs fibules de bronze, de celles qu'on peut 
appeler sans hésitation ibériques, toutes de type bien 
connu (fig. 3), 




Fig. 2 

Amphore 
de Chibanes. 



l'archéologie en ESPAGNE ET EN PORTUGAL 7 

Ces pâtes de verre et ces fibules peuvent naturellement 
dater de l'époque romaine, représentée en particulier par 
une monnaie portant au droit la tète laurée, en profil, de 
Jupiter ou plutôt de Neptune, avec une légende invisible, au 
revers, entre deux thons, le mot turdétan 5EhrfiBX: on attribue 
sans certitude ces pièces à Salacia, aujourd'hui Alcacer do Sal. 
Une autre monnaie de Clùbanes est un moyen bronze de 
l'empereur Claude. 

M. da Costa a fait suivre son inventaire descriptif d'intéres 
santés considérations sur la qualité des habitants probables de 
Chibanes depuis l'âge du bronze jusqu'à l'abandon de la place. 
L'état de confusion du sol, le manque de stratification bien 
nette rendent ses hypothèses assez précaires, et nous ne som- 
mes pas sûrs, même après ses réflexions spécieuses, que se 
soient établis à Chibanes dans des vues commerciales plus que 
conquérantes des étrangers, des orientaux antérieurs même 
aux Phéniciens (il évoque souvent le souvenir de Mycènes). 
Bien plus simplement, penserais-je, là fut une ville indigène, 
ouverte assez largement au commerce et à l'importation 
orientale. 

Ce compte rendu des découvertes préhistoriques s'allon- 
gerait singulièrement s'il nous était donné de pouvoir parler 
des travaux par lesquels notre éminent ami le marquis de 
Cerralbo est en train d'ajouter une illustration à son nom 
illustre, et que vient si justement de récompenser, au grand 
concours quinquennal de Barcelone, l'attribution du Prix 
Martorell. 

J'ai exposé avec ampleur, il y a deux ans, les campagnes 
mémorables qu'il conduisit dans la région du Ilaat-Jalon. 
Depuis lors la chance a souri avec non moins de faveur à 
l'érudit et passionné chercheur; mais si j'ai eu l'heureuse 
fortune d'admirer à Madrid, dans le somptueux palais du 
marquis, les trésors qu'il a retirés de la nécropole de Agnilar 
de Auyusta et les photographies si originalement instructives 
de ses nombreux champs de fouilles, je serais coupable de ne 
pas attendre pour en parler que M. de Cerralbo les ait livres 
le premier au pubhc; même j'aime mieux ne i)as ellleurer 



8 BULLETIN HISPANIQUE 

un si beau sujet, et je m'abstiens de reproduire les comptes 
rendus sommaires de la séance du 12 février 1912 au cours de 
laquelle le marquis a communiqué à ses confrères de l'Aca- 
démie de l'Histoire quelques résultats des fouilles'. 

Je remets donc à plus tard mon plaisir et celui de mes 
lecteurs et je reviens aux découvertes moins sensationnelles 




FiG. 4. — Rochers de Pefialba. 



aujourd'hui, mais toujours pleines d'intérêt, de peintures 
rupestres ou de peintures de grottes. 

Je ne signale qu'en passant l'étrange enchevêtrement de 
dessins, de signes, d'inscriptions que M. Cabré a relevés sur 
les rochers de Penalba, dans la province de Teruel, et que 
j'annonçais par allusion il y a deux ans. M. Cabré a publié 
cet ensemble dans le Boletin de l'Académie de l'Histoire avec 
beaucoup de soin, mais aussi en faisant une trop large part 
à l'hypothèse^ ; M. Albertini, membre de l'École de Hautes 
Études hispaniques, la étudié à son tour, et le rapport qu'il 
m'a adressé sur sa mission est d'une telle prudence, et cette 
prudence paraît si légitime, que je me contente de signaler ici 
la station où, c'est tout ce que l'on peut dire de certain, parmi 
beaucoup de traces de civilisations mal définies, plus ou moins 
anciennes, se distinguent avec précision de curieux graffitti 
romains [fig. //, 5 et 6)^. 

L'abbé Breuil nous fait marcher sur un terrain plus solide 

1. Boletin de la real Academia de la IJisloria, 1912, p. 275. 

2. Ibid., 1910, p. 2.'!i, La moiilana escrila de Penalba. 

3. E. Albertini, Rapport... sur une mission à Penalba Çlerue]) {Bulletin hispanique, 
«912. P- '97)' 



I/ARCIIKOLOGIE EN ESPAGNE ET EN l'ORTUGAE 




FlG. 



Grallili de Penalba. 



lorsqu'il nous conduit aux \allées de Ims Baliirais et de Gard- 
baey, sur les tlancs de la Pend Frauda, entre les Sierras de Gala 
et de Gredos, dans la partie la plus pittoresqucment sauvage 
de la province de Salamanque : 
u Cette vallée déserte et boisée 
est à cinq heures de cheval de 
la Alberca (Salamanque), village 
original éloigné de douze heures 
de cheval et de diligence de 
toute voie ferrée. Aller à Las 
Baluecas signifie de longue date 
faire un voyage absurde. » Mais 
pour récompenser le voyageur, 

il y a là vingt abris plus ou moins importants décorés de 
fresques, et « l'escalade sous la brousse des chênes verts et 
des chênes-lièges, peuplée de sangliers et de loups » a permis 

à l'abbé Breuil , non 
'nj' ,^ \i\ moins subtil que 
^y^J) "^^^V ^"^V hai'di et infatigable 
— il est le pionnier, 
j'allais dire le trap- 
peur idéal de la pré- 
histoire — et à son 
digne compagnon 
de route M. Cabré, de retrouver les cabras pinladas depuis 
longtemps oubliées. Les chèvres, ou plutôt les bouquetins 
rouges, noirs, blancs, les poissons, les oiseaux, les bons- 
hommes tirant de l'arc sur des cerfs, les bœufs, les félins, 
sans compter les points, les traits alignés et groupés, les 
motifs et symboles aziliens de toute sorte prouvent évidem- 
ment que la station est paléolithique. Lorsque MM. Breuil 
et Cabré auront publié les innombrables photographies en 
couleur qu'ils ont prises au cours de leur exploration, il 
deviendra évident que par le caractère de certains dessins Las 
Baluecas et Garcibuey se rattachent aux stations de Cogul 
(Lerida) qu'ils ont déjà fait connaître, et à celle d'Albarracin 
(Teruel) qu'ils ont aussi récemment découverte. 




FiG. 6. — Graffiti de Penalba. 



iO BULLETIN HlSPAtilQtJE 

A quatre kilomètres d'Albarracin il y a des rochers formant 
des abris appelés Los Toricos, et l'on voit au fond de l'un de 
ces abris «une frise assez unie, pointe sur environ quatre 
mètres de figures de taureaux se détachant en couleur blanc 
jaunâtre légèrement rosé sur le fond roux sombre de la roche » . 
Un seul taureau, en partie évanoui, en partie recouvert 
d'incrustations transparentes, était peint en rouge avec un 
liséré blanc jaunâtre. « Un second abri est décoré d'une frise 
analogue, mais parmi les taureaux peints en couleur claire 
sur un fond plus sombre se trouve un groupe de chasseurs, 
les uns noirs, les autres blancs, qui tirent de l'arc. » M. Breuil 
n'a fait que signaler ces fresques. Il nous apprend du moins 
u quelles sont d'un art magnifique, d'une exécution impeccable ; 
une gravure peu profonde accompagne la fresque légèrement 
polychrome. C'est le même art qu'à Calapaia et à Cogal, mais 
avec une palette où les tonalités blanches prédominent » ' . 11 
ne nous reste qu'à attendre avec impatience la publication de 
ces merveilles. Nous pouvons compter sur l'activité intense 
de l'abbé Breuil pour nous satisfaire promptement, si les nou- 
velles peintures d'extrême curiosité découvertes dans la région 
d'Albacete et dans la région andalouse ne lui fournissent pas 
un surcroît d'études plus pressées encore. 

Ce n'est point d'ailleurs en téméraire que l'abbé Breuil s'est 
lancé dans l'Espagne du Sud-Est et du Sud. Si des renseigne- 
ments d'amis très dignes de confiance ne l'y avaient attiré, il 
l'eût été par un récent mémoire de D. Manuel Gomez-Moreno 
dernièremment paru sous ce titre: Piclografias andaluzas^. 

L'auteur nous transporte au milieu de rochers sauvages de 
la province de Jaen, presque au confluent du Guadalquivir et 
du petit Guadiana, à un demi-kilomètre de Jimena. Là se 
trouve la grotte ou plutôt l'abri de La Graja, dans la cimbra 
de Caneva, où l'on savait de temps immémorial qu'il existait 
des peintures, sans qu'on songeât à les étudier comme anti- 
ques. Les figures, au nombre de quinze, les plus grandes ayant 

I. H. Breuil, Nouvelles découvertes en Espagne (L'Anthropologie, 1910, p. 869); 
H. Breuil et H. Obermaier, Les premiers travaux de l'Institut de paléontologie humaine 
(ibid., 1912, p. 17). 

a. Anuari, 1908, p. 89. 




FiG. 



Peinture dans la o:rotl<' de la Graja. 



L ARCHEOLOGIE EN ESPAGNE ET EN PORTUGAL t t 

quinze centimètres, les plus petites trois, sont placées partout 
on se trouve quelque surface un peu plu ne, à portrc de la 
main; un seul j^roupe, le plus important, est dans une cavité 
plus haute (Jig. 7 et <S' . 
Les dessins ont été tra 
ces au pinceau avec du 
cinabre et de l'ocre 
délayés, et résistent aux 
IVottements et aux lava- 
;>es. M. Gomez-Moreno 
ne doute pas de l'anti- 
quité des images d'hom- 
mes chasseurs et d'ani- 
maux très grossière- 
ment stylisés, de ces 
signes divers parfois 
très difficiles ou impos- 
sibles à interpréter. Ils ne sont pas d'ailleurs uniques, et 
les pictographies de Fuencaliente, dans la Sierra Morena, 
connues depuis 1780, de Velez-Blaiico (Almeria) décrites par 
Gongora, aussi bien que d'autres relevées en i83o près de 

Tarragone, dans la vallée du Ladron, 
forment avec celles de l'abri de L(i 
Graja un ensemble de dessins très 
originaux qui d'une part se ratta- 
chent à quelques ligures analogues 
de la région de Santander, d'autre 
part peut-être à certaines pictogra- 
phies rupestres de l'Algérie et du 
Maroc. 
Mais voici que maintenant, je l'ai dit, l'abbé Breuil est atta- 
ché à cette piste. Depuis que sa liberté lui a été rendue 
par la création de ïlnstiUit de palronlologie humaine, où 
le prince de Monaco lui a réservé une place d'honneur, il a 
déjà parcouru systématiquement l'Andalousie et la partie méri 
dionale de l'ancien royaume de Murcie; il a successivement 
visité avec M. Cabré de nouvelles roches peintes à Luhrin 




FiG. 8. — Détail de la fig. 7. 




12 BULLETIN IIISI'ANIQRE 

(Almcria), et les quatre abris de Velez-IUanco, les quatre abris 
de Fuencaliente {Jîg. 9). Partout ont été prises de nombreuses 

photographies en 
noir et en couleur, 
partout ont été rele- 
vées les stylisations 
d'hommes et d'ani- 
maux (Jîg. iO), les 
signes et symboles 
de toute espèce, et 
lorsque ce véritable 
Corpus des pétrogly- 
phes espagnols aura 
été publié, on pourra 
juger si, comme le 
croit M. Breuil, « la 
grande masse de ces 
images, en Andalou- 
sie comme à Las Ba- 
iuecas, appartient à un âge contemporain de notre magdalé- 
nien, mais est 
l'œuvre des po- 
pulations qui 
ont amené en 
France l'azi 
lien, et qui ont 
laissé dans les 
abris du paléo- 
lithique de la 
région d'Almé- 
ria un ensem 
ble de vestiges 
se rapprochant 
extrêmement 
du capsien supérieur d'Algérie et de Tunisie'.» 

1. H. Breuil et II. Obermaier, Les premiers travaux, etc. Pétroglyphes d'Andalousie 
et de Murcie méridionale {L'Anthropologie, 1912, p. a3 et s.). 



FiG. 



Peintures dans la grotte de Fuencaliente. 



1 f lî^èfi^^^f^ 



•A 



FiG. 10. — stylisations d'hommes et d'animaux 
dans des grottes d'Andalousie. 



L ARCHEOLOGIE EN ESP.\G\E ET EN l'OUTUC.AL 



l3 




Ces nouvelles enquêtes n'ont pas fait que MM. Breuil ot 
Ohermaicr, son collaborateur, se soient désintéressés des 
grottes de la région cantabri([ue dont iétude se continue grâce 
à leur activité jointe à celle de M. Alcalde del Hio, du 
P. Sierra et de notre compatriote M. rabi)é Bouyssonic. 
A Ilornos de In Pcila (San h'elices de Bueinaj et à Castilln 
(Pueiite Viesgo), les déblaiements commencés ont contiimé. 

Dans la première grotte les niveaux moustérien, aurigna- 
cien, solutréen, une coucbe magdalénienne ont ('té iceoiinus 
avec une précision sulfisante. L'aurignaeien a (l(»tiné en p;irli- 
culierun frontal de cbeval sur 
lequel est gravé un arrière- 
train du même animal ; à 
Castillo la stratification de 
dix couches a été de même 
rigoureusement établie de- 
puis le moustérien jusqu'au 
néolithique en passant par 
laurignacien, le solutréen, 
le magdalénien et l'azilien. 

Les zagaies et harpons magdaléniens se sont trouvés en 
nombre, et M. Breuil a déjà fait connaître une fine gravure 
de la même époque choisie parmi beaucoup d'autres, sur une 
omoplate de cerf. C'est une jolie tête de biche, malheu- 
reusement enchevêtrée avec d'autres dessins peu distincts 

Œg- i'i). 

Deux grottes ont aussi été fouillées pour- la première fois. 
Celle de Valle (Rasines) fut découverte par le P. Sierra ; trois 
couches de la fin du paléolithique ont été reconnues, et l'on 
a recueilli huit beaux harpons aziliens plats en bois de cerf à 
base perforée, à barbelures uni ou bilatérales, un galet azilien 
à plages coloriées rouges et jaunes, une série d'outils micro- 
lithiques du style dit tardenoisien, de nombreux harpons 
magdaléniens fort beaux, un bâton de commandement, et un 
radius d'oiseau très délicatement gravé de deux petits chevaux. 



FiG. II. — ïète de biche, 
sur une omoplate «le cerf, à Castillo. 



i. II. Breuil et H. Obermaier, loc. cit. 
Bull, hispan. 



l4 BULLETIN HISPANIQU;E 

d'une tête de cerf de face, d'une autre de profil et de quelques 
motifs stylisés, peut-être des poissons ^/Zgr. 12). 

La grotte de la Pasiega, près de celle de Caslillo, découverte 
par MM, Obermaier et Wernert, est une nouvelle et fort impor- 
tante grotte à dessins peints et gravés (226 peintures et 36 gra- 
vures), 5o biches, 5i chevaux, /j7 tcctiformcs, 46 signes 
divers, f6 bœufs, i5 bisons, 12 cerfs, 9 bouquetins, i chamois, 
et 16 divers. C'est toute une admirable décoration qu'il \ aura 

plaisir et profit à con- 




<^. 



naître bientôt, et qui 
^v.n'^^''^ '' ^^'^ place Pasie^ft en très bon 

FiG. 12. - Radius d'oiseau de Vaiie. rang à côté d'Altamira. 

Ce n'est pas tout: une 
région nouvelle s'est ouverte à l'investigation de nos infati- 
gables préhistoriens. D. Pascual Serrano, d'Alicante, corres- 
pondant de l'Académie de l'Histoire, avantageusement connu 
par la collaboration très désintéressée qu'il donne sans cesse 
aux archéologues de son pays ou de l'étranger, a fait une 
découverte sensationnelle, l'abri peint dit Cueva de la Vieja tout 
près d'Alpera (Albacele) et de la célèbre ville ibérique de Meca. 
Appelés par le marquis de Gerralbo, à qui D. Pascual avait 
communiqué la nouvelle, MM. Breuil et Cabré se sont rendus 
à Meca, ont commencé par découvrir un second abri, la Cueva 
dei Qiieso (du Fromage). Les deux abris, le premier avec une 
meilleure conservation, sont couverts de figures toutes peintes 
en rouge, d'hommes et d'animaux, et de signes. Il y en a i3o 
à la Vieja, 3o au Queso, qui se répartissent ainsi : hommes, 70; 
cerfs, 26; bœufs, 4; cheval, i; chèvres ou bouquetins, 3o; 
loups ou canidés, 7; élan, i; daims, 2; signes, 17. Beaucoup 
des figures d'hommes sont très semblables aux figures du Bas- 
Aragon et de la Catalogne, Cogul et Crelas. Mais ce qui fait la 
grande nouveauté de la découverte et lui donne une valeur 
hors ligne, ce sont des images humaines telles que l'on n'en a 
jamais trouvé encore de si abondantes et de si précises. Nos 
gravures montrent ce que sont ces chasseurs difllormes, mais 
agiles et vivants, avec leurs armes, leurs flèches, leurs 
anneaux de jambes, leurs plumes ou ramures plantées sur la 




Fio. i3. — PeinlurPs de la protte 
de la Vieja près d'Alpera. 



l'archéologie en ESPAGNE ET EN PORTir.AL l5 

tète, les uns debout, d'autres courant, d'autres penchés, 
d'autres à f,'enoux (fuj. 13 et 1^). M. Breuil, ù qui je laisse la 
responsabilité de son jugement, attribue toutes ces iinaf^esà la 
même époque que celles de Cogul (Lerida), Calapala vl Allxir- 
raci/i (Teruel), et cette époque 
correspondrait à notre époque 
magdalénienne. Il ajoute qu'elles 
paraissent l'œuvre de popula- 
tions dinérentes de celles de la 
France méridionale et de l'Espa- 
gne cantabrique '. 

Les derniers monuments pré 
historiques dont il me reste à 

parler sont d'époque bien plus récente, à savoir quatre slMes 
anthropomorphes du Musée ethnologique portugais. M. Leite 
de Vasconcellos les a tout récemment éditées '. 

La première a été trouvée à Casai, paroisse â'ïtisalde, conseil 
de Paredes de Coura. M. Leite de Vasconcellos la décrit ainsi : 

« Dalle largement équarrie dans sa 
moitié supérieure qui est tout entière 
sculptée. On peut supposer cette moitié 
divisée en deux parties égales. En bas 
se voient beaucoup de traits qui for- 
ment des figures rectangulaires enfer- 
mées les unes dans les autres. En haut 
on ne peut dire certainement ce que 
l'artiste a voulu représenter (personne 
..,,,,.. < ,.., ne sonirera que ce soit une tète). A 

grotle de la Vieja prcsd Alpera. '"^ ciijx.^v, « j 

peine à droite de l'observateur semble 
se dessiner une figure de poignard. » 

La seconde est une pierre plate, épaisse de 7 à 8 centimètres, 
découpée en forme de tête pointue surmontant des épaules 
sans bras, et un corps allongé sans pieds (hauteur, \"'i'.i\ lar- 
geur, o"'5/i à o'"56). Par derrière la dalle est fruste; du visage 




FiG. l4. 



Peinture dans la 



1. H. Breuil et H. Obermaier, /oc. 01/. . 

2. J. Leite de Vasconcellos, ^scu/p/uras i,rrhis(oricas do Mutea ethnologico portayues 
(Anh. port., 1910, p. 3i et s.). 




FiG. lô. — Stèle 

anthropomorphe 

du Musée 

Ethnologique 

Portugais. 



l6 BULLETIN HISPANIQUE 

on distingue seulement les yeux, deux trous, tout au sommet 
de la tetc. Le cou est marqué par un trait horizontal; quatre 
colliers s'arrondissent à l'endroit de la gorge. 
A droite et à gauche deux trous indiquent peut- 
être de façon étrange les mamelons des seins. 
" Une large bande verticale en léger relief veut 
A probablement exprimer les plis droits d'une 
robe. Provenance : la Sierra de Boulhosa (Haut 
Min ho) (fig. i5). 

Les ligures i6 et 17 dispensent de décrire les 
deux monuments suivants, ébauches plus que 
barbares de bustes, où les visa- 
ges sont réduits ici à un nez et 
à des yeux, là à des yeux, un 
nez et une bouche plus qu'em- 
bryonnaires, et dont l'ornemen- 
tation consiste surtout en col- 
liers arrondis sur la gorge. Notons sur la 
première tête un essai de résille ou peut-être 
de chevelure au moyen d'un quadrillage. La 
piemière stèle a été trouvée à Crato, la seconde 
à Quinla do Couquinho, 
territoire de Vide, conseil 
de Moncorvo. 

Enfin la cinquième, provenant aussi de 
la région de Moncorvo, représente une tête 
d'autre style: le visage est un creux où le 
nez saillit tout en haut, comme une dent 

{fig- ^8). 

L'éditeur de ces trop primitives statues 
néolithiques les a très utilement rappro- 
chées des statues-menhirs analogues, assez 
nombreuses maintenant dans le midi de la 
France, qu'il devient superflu d'énumérer 
depuis que M. Déchelette les a réunies dans 
son parfait Manuel d'archéologie préhistoriques M. Leite de 





Fie. 16. — Stèle 

anthropomorphe 

du Musée 

Ethnologique 

Portugais. 



Fir,. 17. 
Stèle anthropomorphe 

du Musée 
Ethnologique Portugais. 



I. T. I, ch. X, p. 5S3 et s. 



r. ARCHE(ji,(»(;iE r.N i:si'A(;me et i:n pouTtoAt, 



\ asconccllos a eu raison dy joindre les stèles d'Onjon. on 
Provence, et celles d'Asfjuerosu, près de Grenade, que j ai le 
premier fait connaître', et qui, ainsi que la cinquième iiguie 
du Musée de Lisbonne, ont la plus curieuse 
ressemblance avec les sculptures des grottes 
artificielles de la vallée du Petil-Morin. Com- 
bien il est intéressant de noter le même 
schématisme naïf à la fois à l'est, au centre, 
au sud de la France, en Portugal et en 
Andalousie, de retrouver aussi sur la dalle 
de Casai une ornementation similaire de 
celle des dalles de Gavr'inis en Morbihan. On 
sait d'ailleurs que ces monuments et leur 
interprétation préoccupent beaucoup actuel- 
lement les préhistoriens, et il est regrettable 
que M. Déchelette n'ait pas eu connaissance 
de ceux de Lisbonne en écrivant son tout 
récent et fort original article de VAnlhropolofjir inlilulé : Luc 
nouvelle inlerprélalion des gravures de Noé- Grange el de 

Gavr'inis '. 

Pierre PARIS. 

(A suivre.) 




Fit;. iï< 

Slèlo anthrnpoiiioriilic 

(lu Mus<'-c 

Klliiioloîîi(iiic 

Porlu';ais. 



1. Pierre Paris, Essni sur Vurl i-l l'industrie de l'Espagne /irimilivr, t. I, fig. 06. O7. 

2. L'Anthroiiolo'jie, nji^i, p. aySa. 



CHRONKJUK LATINE DES UOIS DE CASTILLE 

JUSQU'EN 1236 

(Suite*) 



[III. — A. — Henri I et Ferdinand III. Les Laras.J 

3i. Post mortem gloriosi régis cum adhuc uiueret uxor eius licet 
iam egrotaret un" et mortua est', henricus filius eius sublimatus est in 
regem et receptus ab omnibus castellanis et prelatis ecclesiarum 
et populis ciuitatum et fecerunt ei omagium manuale^. Puer autem 
erat bone indolis. sed nondum attigerat annum duodecimum^. Cum 
igitur dna regina alienor laboraret in extremis comendaQ filium 
suum regem enricum et regnum filie sue (fol. io4j regine domine 
b'eng. Post mortem uero matris regina dna bereng. fratrem suum 
regem henricum habuit in tutela sua et curam regni gessit cum 
archiepiscopo tolelano et episcopo palentino per 1res menses uel paulo 
plus^. Magnâtes autem quidam indigna ti ceperunt macliinari et 
quedam inuenire fîgmenta per que régi* puero subducto de potestate 
et cura sororis et prelatorumS ipsi diïarentur in regno pro sua 
uoluntate. factum est igitur quod maior pars uaronum consensit in 
aluarum nunnii ut fieret tutor régis et regni curam gereret. Inducta 
igitur regina dna bereng. ut cumque ut predictus aluarus nûnii 
regem et regnum teneret ita tamen quod in omnibus arduis 
et maioribus negociis consilium et uoluntas dne regine requireretur 

aj unde. — b) regc. 

* Voir Bull, hisp., t. XIV, p. 3o, 109, 244 et 353. 

3i. 1. Cf. § 28, notes. 

3i. 2. Le baisc-main. 

3i. 3. Il était né lo mercredi li avril laoi, selon les An. Toledanos 1. 11 navait 
donc même p?s onze ans à la mort de son père. 

3i. '1. Rodrigue de Tolède et Tello, évoque de Palencia, eurent donc alors la 
haute main sur les affaires, cela jusqu'au début de i2i5. 

3i. 5. Rodrigue (IX, 1) explique que ce fut par l'entremise d'un clicvalier de 
Palencia, Garcia Lorenzu, gouvernetir du prince, à qui Alvar Niiiicz promit une 
terre. De même la Chr. gén. (texte de Pidal, 709 ^, 1. i5; texte d'Ocanipo, fol. cccc".) 
Sur les faits qui suivent, voir Salazar, Lara, t. III, 1. XVI, ch. 8. 



ClIHUMfJlt; LATINE DES KOlS DE CASTILLE ig 

et sine ipsa nichil fierel. lioc lotum iurauil aluarus niinnii. cl super 
hiis fecit omagium dne regine''. Quod utrum tenunc" ipsc uiflcril. 

a) Sic (tenueriti. , 



3i. t). Entre les mains de KoJri^'ue de Tolède (Rodrigue, 1\, i), Maurice, cvcqnc 
de Murgos, Telk», évèquo de l'ak-ncia (texte d'Ocampo, fol. ceci;', et nis. 1347, 
fol. 4i8), et dans les contes réunies à Burgos en i2i5 (cf. Colmciro, Cortes de los anli- 
guos reiiios de Léon y CastiUa, t. I p. liy). — Alvar Nûnez de Lara était lils de Nuno 
Pércz de Lara. Kndrigue joint ici à son nom ceux de ses deux frères, Fernando et 
Cionzalo. Il était plus jeune que Fernando, peut-être même que (lonzalo (Salazar, 
Lara^ t. 111, p. l't et 5i). « Fue senor de Lerma, V illafranca de Montes Doca, Vusco, 
Amenguyo, \ elacanes, Tordeblanco, y san Leonardo. Tuvo en feudo las villas, y 
castillos de Tariego, Gerero, Amaya, Pacoruo, Belhorado, Nagera, Cancte de Cuenca, 
y Aiarcon. Uiole cl l\ey la villa do Castrouerde en la ribera de lisgucua, di/icndo 
le haze aquclla nierccd, por el notable seruicio que le hizo quando tuuo su uandcra 
varonilmentc contra el Miraniamolin de Africa... «(Salazar de Mendoi.a, (Jrigcn de las 
dignidades, fol. 5 2). 

Le comte D. Pedro Gonzalez de Lara (' i i3o) 

épouse D" Eva Pérez de Trava. 

I 



I 

Le comte D. Manrlque 

Pérez de Lara 

seigneur de Molina 

(t m 04). 



I 
Le comte D. Alvaro 
Pérez de Lara. 



Le comte D. Nuno 

Pérez de Lara (7 1 177) 

é[)ouse D' Tcresa 

Pércz de Trava. 



I 
Pedro 
de Molina. 



D* Maria épouse 
Diego Lôpez el Bueno. 
I 



D' Mafalda Manrique 

épouse 
AITonso de Portugal. 



Le comte 

D. Fernando 

Nûnez de Lara. 



Le comte 

D. Alvar Nûnez 

de Lara 

(t ' 2 ' 9) 

régent de Castille 

épouse D' Urraca Diaz 



Le comte 

D. Gonzalo 

Nûnez de Lara 

épouse 
D' Maria Diaz. 



I 

D" Teresa 

ép. Fernando H 

de Léon. 



I 
D" Sancha 
comtesse 
de Roussillon. 



Lope Diaz de Haro. D' Urraca Diaz. D' Maria Diaz. 

Gf. S 65, note 3. Voir Salazar de Mendoza, fol. 36, 46, 48, 02. Le Livra das Linhagens 
do conde D. Pedro remplace D. Alvar Pérez par D. Rodrigo. Pérez; et la seule fille qu'il 
donne au comte D. Nuno est « dona Eluira Nuniz que casou coni dom Fernam Ko- 
driguez de Castro » (p. 2O2). D'après la Crûnica de Ësi>ana édiléo par Ocampo, \luar 
Nûriez n'aurait trouvé de compétiteur que dans son frère, le comte Fernando : 
« E todos dixeron q série bie, sino tanlo cl conde don Ferrado q lo contradixo, ca lo 
quisiera para sy : po non lo ciuisicron oyr. c lo touiero a bien que lo diesen a do 
Aluar Nuiïez... » (fol. 400'; à peu près même texte dans 1347, fol. 617', mais al conde 
don aliiaro, au lieu de «do Aluar Nunez»). En tous cas, cela n'cmpêclia pas les deux 
frères de s'entendre fort bien ensuite, Le manuscrit 13.17 (fo'- '''/) 'l'fl'^^rc, a partir de 
cet endroit, à la fois du texte de Pidal et do celui d'Ocampo, et insiste longuement 
sur les promesses d'Alvar Nûnez (fol. !nf);\c manuscrit 8817 le suit de près, et j'en 
marque les principales variantes : ... « po la Rcyna temiendo sse delo q despues avino 
ante q gelo diesse en poder ante le n,-o jurar sob' los stos euagelios r. sobre la cruz 
los finojos fitos « que fuese maldilo z desconuilgado sy (8817 om. « fuese... sy ,>) n.. 
fuesc amigo del Rey en todo z verdadcro s leal vasallo z q le consejaric syep' bio 
t derecha meute ' E q aderesraria sienp" sa Rcyno (8817 : 7 o consscllassc semp' bem 
z q acrerentassc semp' sua onrra z sua prol) z cataria ssu pro ; horra c qle guardasc el 



30 » BULLETIN IIISPANIQLE 

32. Educlo rcge de polestate rcgine posl non miiltos (lies facta est 
(liiiisio intcr barones regni quibusdam adherentibus aluaro nunnii. 
s. goncahio rodcrici et IVatribus eius ot aliis niultis'. quibusdam 
uero inter se contra istos pacla firmissima ïc[. .?...] post 
non multum tcnipus aluarus nûnii factus est cornes. Postea uero 
gonzahius nunii factus" cQuies ^ regni status cotidie deleriorabalur. 
et non regimen sed pocius regni desolatio ab omnibus procura- 
batur. comcs aluarus nunnii ductus consilio quorunidam traclauil'' 
coniimgendo matrimoniaiiter de facto quia de iure' poterat dnam 
mafaldam filiam régis portugalie henrico régi castelle quod et 
factum est'^. Erant autem tune inimicie'' grauissime inter comitem 

a) suppléer est et mettre un point après cornes. — h) suppléer de. — ci ajouter iian. 
— d) Sic. 



cucrpo (le dafio » E q no toUiese a ningû Rico orne trra a menos de scr oydo z liljrado 
por der" • E niaiitouiessc derecha mente la trra z alas çibdadcs ■<: alas villas sus 
fueros ni que toUese a nîng" heredam" ninguno, nin flçiesse enel Reyno nigïi gra 
lecho syn la Reyna doua berenguella, ■<■ syn su mandado ' E esta jura fiço a don 
Rod'go arrob" de lolcdo (8817 ajoute (jUa tomou) r. a don tello obp" de palençia z a do 
inauris obispo de burgos ^ E ss,\ dcsto pasase q fuese maldito c desromulgado z de- 
mas traydor^ Ejuro mas q nunca fuese contra la Reyna doua berenguella pues q 
clla tan grande merçed le façia escogiendelo entre todos los de la trra • E q fuese 
siempre todo lo suyo guardado seiialada mente el castillo de burgos k vallîd s los 
puertos de la mar q erâ sus arrast sus çilleros(88i7 : çeleyr') 1 E todos los otros doro- 
chos E q sienp« la amase e la siruiese conio a su seiiora (ija de su senor natural * E 
todo esto juro los jnojos (incados ante los sobredichos perlados por corte. '> 

3a. I. De même Rodrigue (l\, i). Sur Gonzalo Ruiz Cirôn et ses frères, cf. le 
Livro das Linhagens do conde D. Pedro, p. 270 : «...dom Rodrigo Gomçalluez Girom 
loi casado con dona Mayor, e fez en ella dom Gonrallo Rodriguez Girom, e dom 
Munho Rodriguez Girom, e di<m Pero Rudriguez (iirom, e dom Aluar Rodriguez 
Girom, e todos estes forom na lide das naues de Tollosa com elrrey dom AfTomso... 
Este dom Gomrailo Rodriguez Girom foi casado com dona Eluira Diaz lilha de 
dom Diego de Castanlieda... l'oy despois mestrc da ordem de Samtiago de Castella ». 
il faut ajouter au V lils ici nommés de Rodrigo Gonzalvcz, Rodrigo Ruiz, el deux filles, 
Tcresa et Elvira (Niinez de Castro, Coronica de los sefiores reyes de Caslilla, p. 182). 
Cf. s a/i, note 5. 

02. 2. C'est donc lorsqu'ils eurent le roi entre leurs mains que les deux frères 
furent faits comtes. Fernân Nûilez l'était aussi, d'après Rodrigue (1\, i), qtii ne 
marque pas depuis quand ils l'étaient tous trois. Pour Alvaro, c'est après les cortes de 
Valladolid qu'il le devint, suivant le texte d'Ocampo: « Estôccs fuese du Vluaro con 
cl rcy para Médina k dëde pa Auila, r. alli lizo el rey code a don Aluaro, ca ante nô lo 
ora » (fol. cccci). Fernando s'y trouve dénommé comte auparavant (cf. la note G du 
s 3i). Etant l'aîné, il pouvait en effet avoir obtenu le titre antérieurement, sous 
Alphonse \ 111. Le manuscrit 1847, on l'a vu, est ici différent. Cf. Salazar {Lara, t. 111, 
p. 54), qui cite un privilège du la juillet 1:^16, dans lequel tous trois portent ce titre; 
et un autrcdu 28 avril i2i5, où Alvaro est déjà dénommé comte. Il ajoute que Cïonzalo 
eut le titre à la lin de juin ou au début de juillet 12 16 (p. 29). 

32. 3. Avant le sg août i2i5 (Florez, Reynas, t. I, p. 429, d'après un document cite 
par Ni'mez de Castro). Selon Rodrigue (IX, 2), le mariage ne fut pas consommé: « era 
donzella en cabellos », nous dit-on dans la Chr. gén. (p. 71 la, 1. 3). Mais on nous dit 
le contraire dans le texte édité par Ocampo: « k maguer queel rey era nifio z la reyna 
ora grand duena >■ guisada, lizo el rey su coprimioto con ella » (fol. cccci^). Le ma- 
nuscrit io47 diffère encore ici des textes d'Ocampo et de Pidal, mais ne jjrésente rien 
de particulier. Manuscrit 8817 : « s; po el Rey era muy peqno s ela era muy grâ dona 



CHROMOUIC I.ATIVK DKS KdlS DK i.Asrni.K ai 

aluariini et !u|)um didaci et rodeiiciiiii tlidiici de (Minbr'Ktis ' d {)nifii- 
rauit idem coiues cuiii fralribus ut re\ ^Mierram luouerel piedictis 
nobilibus quod et lactuin est. Eodeni teiupore cnm rex et illa regina 
(}ualis qualis essent" apud mirandani separati siint ab imiicetn de 
mandate dni innocencii. pape''. Tune et lacta est cunuenieiicia que- 
dam simulata (piidem et non uera inter comitem abj.inim et com- 
plices suos et alios nobiles. Postea uero circa l'estum a.ssumptioniï>'' 

a I csset : Abclla: «Incus mendosiis». 

i. muy ;ç'sada fezo eu el;i lodo seu ccinpliïïîto » (fi>l. ■•■•. i ). Manuscrit X-l-d : « lizn i;\ rcy 
IolIo su conplini'^ con ella » (fol. i'\]). — La trisaïeule d'Knrique, Oraca,et la bisaïeule 
(le Mafalda, Teresa, étaient sci-urs de père. Mais il y avait une auln- parenté plus 
raf)|irocliée : le t^rand-père île MaTalda et la hisaïeulc d'Knrinue étaient frère et sd-ur 
(cf. s 18, noie 2; Klc'irez, ibid.; Ilerculano, t. If, p. nj'!)- Le concile t,'enéral de Latraii 
(novembre ii!i5) fixa an quatrième degré inclus la parenté faisant empêchement au 
mariage (canons ,')o et Tu). Auparavant elle était dirimanle jusqu'au septième degré. 
Le mariage d'Enrique et Mafalda était donc nul de droit après comme a\ant le concile. 
— H n'est pas question dans nolri; texte ilu projet postérieur d'union entre Henri et 
sa cousine D'< Sancha, lille ainée d'Alplionse l\ de Ix-on et de D'' Theresa de Portugal 
(Mariana, \ll, G: Salazar, t.arit, l. III, p. 50). 

S?. 'i. Lope Diaz de; Haro « ((ue cliamaron Cabeza brava i>, (Livra das Linhagens du 
conde D. Pedro, p. a'ni), lils de Diego Lôpez(sur le(|uel cf. ^ l'i, noteS ; > 17, note <j ; > tH, 
note Ix) et de Maria Manrique (cf. i 65, note 'i). Sa s(Bur consangui;ie, Dona Lrraca, 
avait épousé Alvaro Ni'mez dtï Lara {Livra das Linhagem^ do conde D. Pedro, p. 'hij). Il 
était donc, comme le remarque l'auteur de la Casit de Lara (t. III, p. 55) beau-frère et 
neveu, mais à la mode de Bretagne, de l). Alvaro. (( Don Lope Diaz de llaro, undecimo 
senor, y sexto Code de Vizcaya, fue Alferez mayor de Caslilla... Hallosc con su 
padre don Diego en la de las Navas, y con el Key en la conquista de Andalucia, 
espccialmente en la de Bae<;a dia de San Andres, y por esto orlo el escudo de su> 
armas co ocho aspas de oro en campo rojo. Tuuo la tenencia de esta ciudad (cf. S 5o, 
note 2)... Resistiô valerosamente a los coudes de Lara... aunque eran sus primos, y 
por olra parte don Alvaro, y dô Gonralo, eran sus cunados, casados con dos licrmanas 
suyas. Casô don Lope con dotla Urraca Alonso, hija de el Key don Alonso de Léon. 
Fue su hija dona Mencia de llaro, que caso cô don Sancho Capelo, Hey «le Portugal 
(Salazar de Mendo<;a, Origen de las digiiidades, fol. 57). Celte dernière assertion est une 
erreur. Cf. s 05. — (hianl à Uodrigo Diaz de los Camcros, fils de Diego Ximénez de 
las Cameros eldc D' Ciuiomar, lille de D. Fernando de Trava (cf. Salazar de Meudora, 
Origeii, fol. 'm"), il épousa la fille de Diego Lopez, Lrraca, veuve <rAlvar Niïncz de 
Lara (Livra das Linhagens do conde D l'edro, p. ado, jiif) et :!7i!, où il faut corriger 
Alunr Pire: en Mmir Nunez). Sa lille épousa Guillén Pérez, lils de Pedro Uodrigucz 
de C.uzman (cf. ihid., et 5 i3, note i). « lluy Diaz, y Alvaro Diaz, fuero de los Scnores 
de los Cameros: hallaronse estos dos liermanos en la de las Na\as. Coiilirmaron los 
privilegios de el Rey don Alonso, que la ganô, y olros niuchos de el Uey. Huy Dia/ 
casô co dona AMonra Diaz de Haro, hija de do Diego Lopez de Haro, y fue su hijo 
don Simon Ruiz senor de los Cameros. Alvaro Diaz casô co dona Lrraca Diaz de llap>, 
hcrmana de dona Milonca... » (Salazar de Mendoça, fol. 58^). 

3:^ 5. De même Rodrigue (IX, 2), qui n'indique pas l'endroit où fut exécutée la 
sentence pontificale. La séparation fui ordonnée avant la mi-juillet iJiO, date de la 
mort d'Innocent 111. Rodrigue prétend que le comte Alvaro voulut alors épouser 
la princesse, affirmation reproduite dans le texte d'()campo(fol. (:i:cciv)et les manus- 
crits 13^7 (fol. ii8'j, 8S17 (fol. -j-m'), mais non dans les manuscrits de Lisbonne et de 
Paris (voir à l'appendice). A cette affirmation s'oppose Salazar (Lara, t. IH, p. 50), le 
comte étant marié à celte époque et sa femme lui ayant survécu ; et notre texte, par 
son silence, donnerait raison à Salazar. 

32. 0. Vers le i5 août (iJiO:'). Colmeiro (Corles, L I, p. i.lîi) marque iai5. L'époque 
n'est pas indiquéedans Rodrigue, qui parle aussi de celte assemblée curia (rorUs dans la 
C'/ir. gêner.). Suivant le texte d'Ocampo, la reine Bérengère n'y a.ssisla point (fol. cccci). 



22 BULLETIN IIISI'AMQUE 

cum conuenissentomnes magnales apud uallem oleti. ut de formatione 
pacis inter se tractarent orta est inter eos dissensio noua et tune reces- 
serunt a comité aluaro gonzalus rodcrici et fratres eius et omnes qui 
eum sequi tenebantur. et alfonsus telli et frater eius et adheserunt 
omnes regine dîïc bereng. Similiter | lupus didaci. et R. didaci 
et aluarus didaci et iohanncs goncalui et omnes isti confederati sunt 
inter se contra comitem aluarum et fratres eius et alios consan- 
guineos ipsius qui ci lauebanl 7. facta est igitur et firmata tanta dissensio 
et discordia inter predictas partes quanta numquam fuit antea in 
castella. Secessit igitur cornes aluarus pre timoré in partes toletanas 
et cunri trasitum" faceret per extremadura* ascium' animos maiorum 
sibi qui erant in ciuitatibus et in uillis et nexu indissolubilis' 
sibi eos conglutinauit. et ipsis fauentibus fauebat ei fere tota 
extremadura. et terra que est ultra serram 8. Igitur in yeme sequenti 

aj Sic. — b I Sic. — cj asciuit . — dj Sic. 

32. 7. Le texte d'Ocampo nous explique l'altitude de ces personnages (fol. cccC): 
« ...luego dô Aivaro comenro de cslranar los ricos ornes t dixo a don Lope diaz de 
Faro c a du Gorajo ruyz gyro s a otros ricos onies q se fuesen de la corte, ca non 
tenic por que estar enella sinon quando fucssen Uamados, e que non viniessen y 
sinon quado embiasen por ellos... » Le manuscrit l3l^^j no désigne pas nommément 
ici Lope Diaz et Gonzalo Ruiz. Le 8817 ne nomme que le second (fol. 220"). Les tètes 
du parti de J5érengère furent donc Gonzalo Ruiz Girôn et ses frères (brouillés avec 
les Lara), Alfonso Téllez de Meneses et son frère (Suero), Lope Diaz de liaro, lluy 
Diaz et Aivaro Di'az de los Cameros, Juan Gonzalez. 

Rodrigue (I\, 2) ne cite ici ni le dernier, ni Ruy Di'az, ni Suero Téllez. Il ajoute 
Rodrigo Rodrîgucz. Le texte d'Ocampo a seulement « Lope Diaz de Faro, du Gonçal 
ruyz gyron c sus liermanos, s du Aluar dias d' los Cameros, s do Alfonso Téllez ». — 
Gonzalo Ruiz Giron fut d'autant plus lioslile qu'Alvar Nûficz lui avait retiré la charge 
de majordome : « Eslûces lomo cl mayordomazgo a du Gonçalo ruyz gyron, z diol a su 
hermano el code don Fcrra/i iNuùez de Lara » (texte d'Ocampo, fol. cccci ; manuscrit 
8817, fol. 220'). Cf. Salazar, Lara, t. III, p. 55. .Sur Alfonso el Suero Téllez, cf. le 
Livro dus Liiiliaijcns du conde D. Pedro (p. 277 el SGa), d'après lequel ils étaient fils de 
Tello Itérez cl descendaient de Ramiro 11 de Léon; Alfonso Téllez épousa la lille 
de Ruy Gonzalez Giron, el est désigné parle Livro dus Linhagens d o velho oque pobro 
Albofjtierque ». ~ u Don Alonso Tellcz de Meneses, llamado de Alburquerque, 
porque poblu esta villa, fuc sefior de las villas de Meneses, y Montalegre, Fuente 
Empudia, San Cebrià, Poblacion, Villalba, Mojados, Alba de Aliste, Castrouerde, 
Caruajales, Castro Nufio, Tiedra, Grajal, y otras. llizo guerra siele anos a los Moros, 
dcsde el castillo de Alburquerque, y hallosc en la de las Navas. Casô con doua Teresa 
Ruiz, hija de don Rodrigo Goçalez, y de dona Mayor Nunez de Lara, hija de do 
Nuno de Lara; y uuo a du Alonsu Tello de Meneses, que murio sin hijos, y a don 
Alonso Téllez, y a dona Mayor de Meneses, muger de Du Ruy Gomez de Trastamar. 
Casù segunda vez c6 dona Teresa Sanchcz, hija de el Rey don Sancho el primero, de 
Portugal y de doua Maria Pcrcz de Ribera : y fue su hijo don loan Alonso Tello de 
Meneses, senor de Alburquerque. Don Suer Tello de Meneses, hermano de don Alonso 
Téllez de Meneses, hijos de Tel Pcrez. Tuuo la villa de Caberon per cl Rey don Alonso 
cl Buenu, y hallose con el en la de las Naiias. Casù con dona Maria, hija de don 
Gutierre Rodriguez de Castro, y de dona Eluira Osorez » (Salazar de Mendora, fol. 68). 
Cf. Herculano, t. II, p. 29^1. 

32. 8. Rodrigue (1\, 3) dit: «extrema Dorii peragrauit ... & inde se transtulil 
ultra Serram. Et cum venisset Maquedam ... ». Par serram, Rodrigue désigne ici la 
sierra de Gredos, qui continue vers l'ouest la sierra de Guadarrama, et au sud 



CIIKOMQUE I.AIIM: DES HOIS Ht CVMII.I.E aS 

curn regina dna bcreng niisissct quendam de domesticis suis ad 
fratrem suum pcr qucni possel certificare de slalu et saUile ipsius 
satellites quidam sathanc fraudulcnli uasa pessinia (jui étant cum 
comité aluaro fmxeunt diablicum" quoddain commentuin. compo- 
nentes ipiandaui maledictain cartam quani diveruiit se inuenissc 
apud predicluni nunciuin regine per quam iiitebautur probare quod 
dna regina conspiraueft in niortem Iratris cum goncaluo roderici 
et alfonso telli et (piibusdam aliis magnai ibus ut sic possent illos 
omnes inducere in odiuni régis quod cum mullis modis prius temp- 
tassent nunquam illud ellicere potuerant. llac igitur occasione suspen- 
derunt in patibulo predictum nuncinm regine. Volentes et sic 
denigare'' famam due regine el nobilium qui ei aderebanl. Sed 
iustus dnus qui iusticias dilexit cuius uultus cquitatem uidct qui 
saluât innocenlem et innoxium qui liberauit susanam de manibus 
iudicium iniquorum. Ipse siquidem imunem lanti criminis et inllo' 
sibi consciam dnam rcginara et eos qui fauebant ei liberauit de 
angustia et exaltaii in temporc tribulationis'j. Ipsa siquidem regina 
audita morte nuncii sui et intcllccta machinationc diabl'ica cognito 
et quod ei et sorori sue'" que circa erat minabanlur conlumeliam et 
dedecus reccssit de mon''' patris sui in quo morabalur cum sorore 
sua et iuit ad caslellum gonzalui roderici quod dicitur aotiello". Ipse 

a) Sic. — bi Abella : « forle denifirnre <>. — cj Sic— di in iiullo. — ej manastcrio. 



de laquelle se trouve Maqiicda. l lira scrram a donc, comme précédemment, dans 
notre auteur, le sens de «au delà des sierras de Grcdos et de Guadarrania ». Quant 
à Exlremadura, le texte de llodrigue montre aussi ce qu'il désif^ne: le pays situt- 
au delà du Duero. CI. i 2, note 5, et § Oi, note 2. I.a Chronique <,'énéralc (p. 711', 
1. ûi) traduit par » las Kxtrcniadiiras del Duero »; la Cnjnicade Esp.(boc. inéd., t. CV, 
p. i8(j), par (( por la ribera del Duero ». 

32. rj. Même histoire dans Kodriguc (1\, j), qui «omparc également Hércngcrc 
à Suzanne, et omet de dire <[ue Gonzalo Kuiz et All'onso Téllez étaient impliqués 
dans la conjuration supposée. Notre auteur ne parle pas de la tentative de Ruy 
Gonzalez de Valvcrde (Rodrigue, IX, 3). — Salazar {Lara, t. 111, p. 55) veut que 
l'alTaire de cette fausse lettre soit elle-même une « hablilla » inventée contre 
D. Alvaro. On voit en tout cas qu'elle est attestée par deux sources contemporaine». 
La même histoire est passée dans les textes de Pidal (p 71 1^-) etd'Ocampo(rol. cccci), 
ainsi que dans le manuscrit 8817 (loi. 221), mais non dans le 13^7. 

02. 10. AhV/ior (Rodrigue, IX, 2): Léonor, qui, en 1321, devait épouser I). Jayniel, 
roi d'Aragon (Flûrez, Reynas, t.- 1, p. '118 et 455). Le monastère où notre auteur dit 
ensuite que les deux sœurs se trouvaient alors est évidemment celui de Las llueicas. 

32.11. Rodrigue: Aplellum (l\, 2): Chronique générale: (Miello. Aulillo de 
Campos, à 26 kilomètres au nord-ouest de Palei.cia. Voir Madoz, qui dit que, selon 
la tradition, Bérengère y fut enfermée par le comte de Lara quand elle se sépara 
d'Alphonse IX. La vérité serait donc qu'elle y vint d'elle-même se mettre sous la 
protection de Gonzalo Ruiz. 11 est à noter que Rodrigue place ce fait avant riÉi>toire 
.le la fausse lettre, et même avant le mariage du jeune roi, tandis que noire auteur 
le place après. - Madoz fait allusion à un acte de donation par lequel ferdmau.l Ml 
cède la ville à Gonzalo Uuiz GirCn «por los servicios prcslados por lo» Laras... 
II y a là une étrange confusion, mais j'ignore le document en question. 



24 liLILI,i:ri> IIISPAMQUE 

uero nobilis benignissime recepit eas et humiliter et deuote seruium" 
eis se et suos et sua exponens uoluntati earum quamdiu ibi moram 
lecerunt quod fuit usque ad riiortem régis henrici. Cornes autem 
aluarus et sui cum rege uenerunt ad ualein oleti in quadragessima 
pioxima et iiî'' post pascha ' * exeunles cum militibuset extremaduranis 
qui ei fauebant ceperunt in ualle de Irigueros i3 uastare omnia bona 
.(j. rodetici et fratrum suorum et iiliorum qui eis fauebant sucedentes' 
domos eoruni igni et bona alia crudeliter dissipantes. Deinde uene- 
runt ad castrum quod (fol. io5) dicitur mont alegre et obsederunl 
illud et intus eranf' suerus telli. qui uidens regem reddiditei castrum 
suuni i''. Postea uero transitum facientes per terram de campis perue- 
nerunt usque carrionem uir*^ moram fecerunt per dies aliq?. Exinde 
reuersi sunt ad uillam aliam^^ del alcor et de nocle peruenientes alfon- 
sum lelli uulnerauerunt grauissime et rapuerunt equos et arma ipsius. 
Ipse uero protegente se diuina misericordia euasit de manibus eorum 
et recepit se in terram suam >â. Quam obsedit comes aluarus cum rege 
et fauctoribus ipis'' et tenuit multis diebus obsessam sed non potuerunt 
eam capere. Recedentes ab obsidione illa uenerunt palenciam. Regina 
uero dna bereng. et omnes qui ei fauebant erant in aotiello et in 
Castro cisneros '•' et in aliis uillis uicinis. Erant autem omnes in tanta 
angustia constituti ut quid agerent ignorarent. Proposuerant tamen 
reddere terram suam régi uir'' tune aliter cum comité aluaro com- 
ponere potuissent. Quod quasi impossibile uel saltem difficile uide- 
batur. Cum rex henricus luderet in palencia more solito cum pueris 
nobilibus qui eum sequebantur proiecit unus eorum lapidem et 
ipsum regem in capite grauiter uulnerauit. Ex quoquidem uulnere rex 
idem infra paucos dies uite terminum dédit '7. Cuius corpus exlra- 

al seruiuil. — hi inde. — c) Sic Abella : • forte suirendcnles »■ — d) Sic— ej \b*i]\a: 
• (orle ubi». — f'J aluum (albamj. — g) ipsius. — hj nisi? 

'i-2. 12. 1217. 

32. i3. C'est ce que Rodrigue appelle en lalin valleiii Irilicariam, «la vallée 
du Blé » (Chr. génér., p. 712, 1. 10 : Val de Trigucros). Le pays appartenait donc 
à Oonzalo Ruiz, à ses frères et à ses partisans. La ville de Trigiieros est entre Palencia 
et Valladolid, non loin du canal de Castille et du Pisuerga. 

02. iti. Rodrigue ajoute que Gonzalo Ruiz, ses frères et Alfonso ïéllez n'osèrent 
lui porter secours à cause de la présence du roi. Monlealegre, au sud-ouest de 
Palencia, ainsi que Villalba del Alcor, citée plus loin, et où le comte et le roi 
revinrent après une pointe au nord, à travers le pays de Campos jusqu'à Carriôn. 
La conformité avec Rodrigue est remarquable pour tous ces faits jusqu'à la mort 
du roi. 

82. i5. Il faut, je pense, lire «in lurrem suam », à cause de la suite. Rodrigue: 
«in municipic»; Chronique générale (p. 712, 1. 3i): « fortaleza ». Alfonso Téllcz l'ut 
surpris hors de sa forteresse (Villalba del Alcor), mais put s'y réfugier et y soutenir 
le siège. 

3a. i(). Cisneros (Rodrigue, l\, 4 : Cinisario), près d'Autillo. 

32. 17. Rodrigue (EX, 4) ajoute seulement ([ue le jeiuie prince était logé chez 
l'évèque (Cron. de Esp., p. /|iji : « ccrca de la yglesia de Sant Anton »); scion lui, ce 
n'est pas une pierre, mais une tuile, et du haut d'une tour, qu'un de ses compagnons 



CHROMOIF. r.VTINE I^rS ROIS DF, C.V^TIIJ.F. ^5 

licntes de palencia comes ahiarus et sui posuerunl ipsiim iii qnaclaiii 
lune, in castro quod dicilwr taricgo'S. Sic igitur niortuiis est re\ 
lienricus ante annos puhertatis aiino regni sui tcrcio nonduni 
completo. in mense iunii. 

33*. Audita morte fratris cum ndiidiiiu taiiien diiiulgata esset con- 

lui lança ra!<u. G'ost un Iraî^menl do luile, d'aprôs Luc ([>. im, I. 38), (|ui se l)nrii<', 
touchant ce prince, à diro l'accident qui causa sa mort. La date de la mort est doniiéf 
par les An. Toled. I : « Seis dias de Junio en dia Martes Kra MCCLV» (cf. l'Ii'ire/, 
Ueynas, t. I, p. '|33), ce (pii concorde avec l'indicalion |)artiolle doiniée plus loin par 
notre auteur. C'est la d;ite adoptée par Mariana (Ml, i>). — (If. I.ivnj dus l.iiiltaijrtts 
do condf D. Pedro: « ... e anidamdn trobolhando deii liuiim do linliaj.'-eni de Mendoça 
com huum tigello eni beyra de hunrn ttlliiido c dcu a lolha u clrreN na caltciii de 
que morreo ... » (p. aâo). 

32. 18. Au sud de Hurg'os. llndrisfiie : 'l'arecum. 

33 *. La biograjjliic de Ferdinand 111 par Juan Gil «le /aniora, puldit'c par le I*. Fila 
dans le Bolrlin de la lieal Aradeinia de la llistoria, t. V, 18.S.',, p. 3oS, d'après le 
manuscrit de la Hibl. Nacional d(! Madrid (xviii* siècle, extraits), n'est qu'un»- 
compilation abrégée laite à l'aide de Ro.lrif^ue de Tolède(S i -fl, j-iô) et de Luc(S 3-.'i), 
copiés presque à la lettre, ce qui permet de corriger leur texte quand il est 
défectueux. 11 y a seulement au début un passage qui ne se trouve ni chez Luc ni 
chez Rodrigue : « Hic Fernandus rex Monlaniis dictus est, (juia in monte quodam 
inter Zamoram et Salmanticam natus ruit)> (cf. (Jhr. Cerral.. qui dit u Uex Fer- 
nandus Montesinus »). — Gil s'arrête à l'endroit où s'arrête llodrigue, ce qui montre 
bien qu'il n'avait pas d'autre source. 11 n'a en tout cas point connu la nôtre. 

En io2(J, « a XX dias d'Agosto », parut à .Séville, imprimée par Jacob Cromljcrger, 
une Cronica del sancto rey don Fernando tercero desle nombre que tjano u Sevilla 
y a Cordoua y a Jaen s a toda cl Andalucia. Ciiyo cuerpo esta en la sancla yglesia 

de Seuilla Emendada por don Diego lopez nrcediano de Senilla dirigida al manijico 

t niuy noble senor don Fernando enrri'/z Idjo del illustre senor don Pedro eurrii/z 
adelantado mayor del andalu:ia que aya gloria (n"273j de Gallardo; Hritish Muséum, 
C. i^S. h. 3). Dans le prologue, dont Gallardo reproduit uni; partie, l'éditeur 
dit ceci: «Entre otras escrituras... <j êla libreria d'sta sêtâ iglesia de .Seuilla 
se guarda : halle la hystoria del sancto rey don Fernando q gano esta insigne -c muy 
noble ciudad. E como quier que algunos sumarios de su cronica se ayâ imprimido : 
paresciome que era bien publicar esta por s<>r mas copiosa y en ella largamente se 
cuentan sus notables hazanas... Coniiema la narratiua o exordio dcde el rey don 
Alonso su abuelo hijo del Rey don .Sanclio el desseado... La quai (cronica) fue 
emendada o hablando mas cierto renouada en la pronunciacion de algunos vocablos 
antiguos porque mejor los modernos l(»s entieudaii... Rien creo yo (|ue no fallara 
quien me reprehenda diziendo que no es justo mudar los \ocablos antiguos: porque 
me paresce que lienen magestad z mas auctoridad que los modernos. Pero a esto es 
facil la respuesta que quando alguna hystoria latina se torna en nueslra lengua t 
comun hablar : no usanios delos vocablos latines aunque son mas résonantes que el 
romance, sino delà cotidiana la quai sirue segun el tiempo corrc. Oue ya vemos en 
espacio de quarenta o cinquenla anos assaz diferencia y nuidamiento en muchos 
vocablos de entonces alos de agora... » C'est la même chronique qui a été reimprimée 
en i5/|0 à Salamanque, en i.'i5i à Séville, en i5J5 à Valladolid, en i5G(J el 1007 à 
Médina del Campo, toutes éditions signalées par Munoz dans son Dicriunariu 
{Castilla, n" 26), auquel s'en rapporte évidemment M. Rafa(;l Hallester y Caslell dans 
Las fuentes narratiuas de la historiu de Espaila durante la edad média {'il'i — lUltt), l'aima 
de Mallorca, 1908, p. 116, puisqu'il omet, lui aussi, de citer l'édition de i.i:i6. 
Gallardo, qui cite celle de i5G6 (n" 712) el en reproduit particulièrement le prologue 
comme pour celle de i52(j (prologue identique de. part et d'autre), ne renvoie pas de 
l'une à l'autre. Cristobal Pérez Pastor a aussi décrit, et plus complètemenl, d'après 
l'exemplaire de la Bibl. Nac. de Madrid, celle de i5(;G dans La imprenta en Mr.diua del 
Campo, u° 45. Il relève l'absurdité qu'on y trouve en tète du Prologue : « Prologo del 
Ulustrissimo y Reuerendissimo senor don liodrigo ArçoLispo de Toledo al magnilico 



26 BULLETIN HISPANIQUE 

festim regina dna bereng misit nuncios suos uiros nobiles etpotentes. 

y miiy noble sei'ior don Fernando Enriquez » ; et il note que «D. Rodrigo no pudo 
escribir este pnMogo, sino Diego Lôpez de Cortegana, Arcediano de la santa Iglesia 
de Sevilla, que fue el editor de esta obra y reformador de su ortografia, el cual la 
publiée por primera vez el afio lûiiî (lire iG-îO) en la imprenta de Jacobo Crom- 
berger... ». Dans le Prûlogo des Mernorias para La Vida del snnto Bey Don Fernando 
(voir plus bas), Miguel de Manuel Rodrigue/ dit : «La mas antigua que nota don 
Nicolas Antonio en su famosa biblioteca, es la de Valladolid de i5i5... » C'est i555 
qu'il faut lire; de même plus loin, r'est lôCjfi et non iSyG qu'il fallait mettre pour 
l'édition de Séville. Il est question, dans le même prologue, d'une refonte de cette 
Chronique par le P. Ajofrin (i658), travail resté inédit. Dans La Bibliothèque 
du Marijuis de Santillune, M. M. SchifT signale un manuscrit de la Bibl. Nac. de 
Madrid (li-i'îo) contenant uniquement le texte de cette Cranica de San Fernando 

(P- •^97)- 

La Vida de San Fernando el tercer rey de Castilla y Léon, par Alonso Niinez de Castro, 
Madrid, 1673 (British Muséum, ASaS. bb.i; Bibl. Nac. de Lisbonne, .'loSçi) est une 
laborieuse et emphatique compilation. Entres autres nombreuses sources, l'auteur 
cite « la coronica antigua del Santo Rey » ; il s'agit de la Chronique castillane, ainsi 
qu'il est aisé de s'en rendre compte en se reportant aux chapitres de cette chronique 
indiqués par les références que Nûûez a mises en marge de son propre texte. Une 
autre édition de cette Vida, en 1787, est signalée dans le Prôlogo des Mernorias para 
la Vida del Santo Bey D. Fernando, où l'œuvre est appréciée d'un mot : « en esta 
produccion ne fué mas feliz que en otras de igual clase ». 

Sur les biographies écrites par Juan Bernai et Juan Lucas Corlés, et disparues, 
voir le même Prôlogo (p. m), qui signale également, mais comme dénuées de valeur 
et d'intérêt, des Mernorias para la Vida de san Fernando, rey de Espaûa, recopiladas de 
monumentos antiguos, ouvrage manuscrit du cordubais Juan de Herrera y Silva, Pour 
l'œuvre de Juan Lucas Cortés (mort en 1701), écrite sur Tordre de D" Mariana, mère 
de Charles 11, voir aussi la Bibl. Iiisp. nova d'Antonio, et Gallardo, Ensayo, t. Il, 
col. 608. 

Les Acia Vitœ S. Ferdinandi régis Castellœ et Txgionis ejus nominis tertii..., publiés 
par le P. Daniel Papebrock en 1G8/1, à Anvers, comprennent, r une Vila brevior 
constituée par le texte de Luc de Tuy concernant ce roi (depuis la p. 112, 1. 3i 
jusqu'à la p. 1 13, 1. 3/| ; puis p. ii3, 1. 32-53; p. 1 14, 1. 9-20 ; de la p. ii/l, L 54 à la 
tin), et par une Legenda «ex libro hispano diclo Flos sanctorum anni MDXXXII»; 
3° des Acta prolixiora, qui ne sont autre chose qu'une traduction latine par Pape- 
brock de la Chronique castillane de Ferdinand III (édition de Valladolid, i555) y 
compris la préface; et cette traduction a été faite de façon que les passages tirés de 
Rodrigue par l'auteur de cette chronique se retrouvent ici selon la lettre même de 
Rodrigue. A celte traduction Papebrock a ajouté' des Parerga et des notes. Puis 
viennent Gloria postuma, c'est-à-dire un recueil de documents prouvant la sainteté du 
roi, et un Appendix de corrections et d'additions, plus VHisloria et miracula S. Crucis 
Caravacanœ... L'auteur a inséré son travail aans les Acta sanctorum, 3o mai. 

Les Mernorias para la Vida del Santo Bey Don Fernando déjà citées (Madrid, Ibarra, 
1800, \xxvi-57'4 p. in-folio) sont l'œuvre du P, Andrés Marcos Burriel, quoique son 
nom ne paraisse pas sur le titre, qui les présente comme « dadas â luz con apéndices 
y otras ilustraciones por Don Miguel de Manuel Rodriguez bibliotecario primero de 
los Reaies estudios de Madrid ». Dans le Prologo, Manuel Rodriguez explique 
comment le P. Burriel avait réuni des documents concernant Ferdinand III, les avait 
offerts au roi Ferdinand VI en lui demandant de les faire mettre en œuvre par un 
tiers et avait fini par rédiger luifmème une biographie sous le titre de Mernorias. 
Ce travail resté inédit. Manuel RoBriguez, l'avait complété et mis au point; mais il 
mourut avant la publicatif)n, qui n'eut pas toute l'ampleur à laquelle il avait songé, 
car des appendices et dissertations qu'il annonce dans le Prologo ne purent être 
retrouvés par l'éditeur définitif (Ibarra). L'ouvrage comprend trois parties : I, la Vie 
de Ferdinand; II, son Eloge; III, les Documents. A la fin viennent des notes de 
Manuel Rodriguez. — Ni ce dernier ni Burriel n'ont connu notre chronique. 

L'auteur de la Chronique de Ferdinand III que contient le manuscrit Egerton 44a, 
aux f°' 58-84' (cf. Gayangos, t. Il, j). i48) cite Luc de Tuy et l'archevêque de Tolède- 



CHRONIQUE LATINE DES ROIS DE CVSTII.I.E WJ 

S. lupum didaci et goncaluum roderici • ad regem légion qui tiiiic 
oral apud laurum. ut filiuni siiuni maiorern natu. s. domuni" lernan- 
duni qui tune erat cuin paire qdq-5'' simulatione. (piacumque arlc 
de patris educcrent. potestale et ad ipsam adduccrcnt habens [in] propo- 
sito quod uere comparuit ex post facto dare ipsi Pdio maiori regnum 
patris sui qwn\ ad ipsain reginam |)ertinebat ea rune ((ui' ipsa iiiaior 
etate ceteris sororibus cum filius masculus régis alfonsi nullus 
superstes csset. Declarabatur insuper quod hec fuisset «lolunlas 
gloriosi régis per quandani cartam sigillo siio plunibeo munitam 
que facta fueral in curia apud carrion<'ni celcbrata que roperta fuit in 
armario burgeû ccclesie '. Ihedicti uero nobiles accedentes ad regem 
légion ulilem simulationem inuenerunt per quani uoli compotes effecli 
sunt et puerum prodictum cum multa celeritate ad nialrem adiiiic 
apud aotielo | moram facicntem addnxerunt^. \ ère qiiidcrn ntilis fuit 
simulatio castellanis. nain nisi tam prudenter processum fuisset for- 

aj Sic— h) quandoque (lire quacumqui). — ci ratione quoniam ' (manque erat). 



Ce n'est du reste qu'un déhul de chronique avec une dissertation sur la (luestion 
de savoir qui était l'aînée de Bérengère ou de Blanche. 

L'article de Potthast, Biil. Uistorica medii aevii (iS^Ci), p. iSog, est peu exact, mais 
indique d'autres biographies que je n'ai pu consulter : Laureti (Naples, 1O80), Li^ny 
(Paris, 1739), Pineda (Sevilla, 1C27), Settier y (jimeno (Barceluna, 1889). Vergara 
(Ossano, 1629). 

33. I. De même Rodrigue, la Chr. gén. et la Cnin. de Ksp.; la Est. de los Oodos 
melGarei Royz au lieu de Gonzalo Rui/. (Doc. inéd.. t. LWW, p. lOâ). La Cronica 
del sancto rey don Fernando (lâaO) raconte ainsi l'enlèvement : <(... doua Hcn-guela 
êbio por su hijo cô alguna cautela como es va dicho : y fueron por el Lope dia/ y 
Gonçalo ruyz q erâ dos cauall'ros d'quié ella mucho fiaua. Los caualleros se partien» 
luego y llegados al rey dû AlOso no le dixerù cosa algûa de la iiiuerte d' 1 rey dû 
Enriq porq assi les era mandado : mas hablaufi con el rey en otras cosas q 
el se holgaua. E qndo los cauall'ros vieron tiépo oportuno c| ol rey estaua 
d' buena gana : suplicarô le c[ diesse licrcia al infante du fern;ido pa <( fuesse 
cô ellos a ver ala reyna doua Bercguela su madré : y <( despues q se viessen madré t 
fijo q ellos se lo bolueriâ. El rey do Alonso agrado se tâto delas huenas razones delos 
caualleros : q de buena gana les côcedio lo q le suplicarô. Auida pues la licicia ellos 
se partierô co el infante muy alegres : y lleuarô lo a Aotillo do eslaua la reyna su 
madré. » Papebrock traduit cela à la page Ci de ses Acla. 

33. 2. Rodrigue (IX, 5) parle aussi de ce document conservé « in armario Bnr- 
gensis ecclesi* » et datant de l'époque où il n'y avait pas d'héritier mâle. Les cartes 
de Garriôn mentionnées ici seraient celles dont il est question an > 11. Znrita dit que 
les Laras motivèrent leur opposition à Bérengère par le fait que Blanche «'lait l'ainée 
(Anales, M, 70), fait afTirmé par Rodrigue/ de Almella. Garihay et Mariana, et contre- 
dit par nombre d'auteurs, depuis Mantuano jusqu'à Lupiân Zapata (cf. les Mimorias 
de Mondéjar, ap., p. wxiii) et Salazar (Lara, t. Jll, p. '.8). Cf. S 11. note 5, el. à l'ap- 
pendice, le texte tiré du manuscrit de Lisbonne. 

33. 3. Une inscription moderne placée sur une chapelle à Autillo et reproduite 
par Madoz affirme que c'est en ce lieu que Ferdinand 111 fut proclamé roi la pre- 
mière fois. C'est ce (jue dit également la Chr. gén., p. 71.S, 1. i?,. — « Coronôse en 
Nâxera, adonde le llevô su madré desdc Utella... y fue la funcion debaxo de un 
olmo», est-il dit dans les Mem. para la vida del S. Rey D. Fernando (p. 19), qui f.la<enl 
ce couronnement avant l'entrée à Palencia. H n'est pas, après tout, impossible 
qu'il y ait eu une pareille cérémonie avant la proclamaiion Je V.illadnli.l (d. ., :L). 



28 BULLETIN HISPANIQUE 

sitam hodie regem propriuni non haberent. Inito ergo consilio regina 
aim magnatibns qui cum ca eranl uencrunl palenciam ubi recepli sunt 
nmler et filins honorilice cum proccssione soleiiipni ab episcopo. s. 
dno tellio qui tune preerat ecclesie palentine. Deinde uenerunt ad 
castelluin quod dicitur dônas et ipsum ui ceperunt^. Tune magnâtes 
(jui eum regina erant babuorunt eoUoquiuui eum eomile ahiaro 
sperantes quod possent ipsum regine reeoneiliare ut sie regnum 
posset pacificari. Scd niebil aclum est. Regina ergo eum suis uenil ad 
uallem olcti ubi honoiifiee recepta est. Deinde traelatu diligenti 
babito uisum est omnibus ut transiret" dorium et intrarent in extre- 
madiira''^. 

34. Volentesigitur ire segouiam uenerunt q"cam'. Ilabitatores auteni 
ipsius loci nokierunt eos recipere in uilla ipsa. Ibidem et intima- 
lum est eis quod non reciperent eos segouieiï née aUi extrema- 
durani '. Insinuatum est insuper eis quod nisi sibi eauerent saneius 
fernandi frater régis légion^ eum multitudine militum insequebatur 
eos ut eis noeeret. et eos si posset eaperet. Heuertentes igitur cum 
multa festinancia uenerunt ad ualem oleti un '^ exierant. Miserunt 
autem segouiam uir' eonueniebant extremadurani et illi qui erant 
ultra serrani ad tractandum de rege substituendo. Venientes autem 
segouiam inuenerunt predictos homines congregatos et induxerunt 
eos per se et amicos suos ut iterum conuenirent apud uallem oleti ad 
tractandum de rege substituendo quod et factum est'>. Cornes autem 
aluarus postquam regina eum suis reeessit de duennas accessit perso- 
naliter ad regem legionen et multa promietens ei que tamen per 
dei gratiam non potuit implere induxit ipsum regem ut congregato 
exercitu suo intrarent in regnum castelle et qrïï' uacabat regnum 
uel totum uel saltem magnam partem regni posset aequirere''. Rex 
igitur légion acquieuit comitis consilio et congregato exercitu cepit 

a) Sic. — II) Sic. — cj Rodrigue : Cauca (IX, 4). — dj unde.— e) ubi. — fj quoniam 

83. ti. Rodrigue : <( casirum quod Donia? dicitur »; Clir. gén. : Dueùas (au sud 
do Palencia). 

33. 5. De même Rodrigue. On voit encore par ce passage ce qu'on entendait par 
ËTlreinadura. 

3/1. I. Rodrigue ajoute que repoussés de Coca (entre Médina del Campo et. Ségovie), 
ils durent s'arrêter à Santiuste (de San Juan Bautista), situé auprès, et qu'on leur 
refusa l'accès d'Avila comme de Ségovie. La Chr. gén. (p. 718, 1. 3'i)porle Caheçon(aa 
nord de Valladolid, sur la route de Palencia) au lieu de Coca. L'erreur, voulue ou 
non, est manifeste. 

34. 2. Le fils que Ferdinand 11 eut de sa première femme, D' Urraca Lôpcz?(cf. 
S 24, note 3; Flôrez, fieynas, t. 1, p. 333) ou bien un autre fils, mais bâtard celui-là, 
et nommé aussi Sancho Fernândez? (cf. Salazar, Lara, l. 111, p. iS; Flôrez, ibid., 
p. 3a8). Le premier, el de Canamero, fut le héros et la victime d'une aventure que les 
An. Toi. placent en 1220 et Salazar en 1217. ' 

34. 3. [)e même Rodrigue {l\, k et 5). 

3'i. h. Cela n'est qtrimplicitoment dans Rodrigue. 



CHRONIQUE LATINE DES KOIS DE GASTIM.E aq 

iiillam garsiam. dein coroniaiu et cast" mont", ot uonil ad (jdaiii 
uillam que est inter uallem oleti et siet mancas que dicitur arrnyo cl 
ibi cast~ metatus est 5. 

35. Castella veio tune regem habebat. s. donfi fernando'' filinin dfîe 
bereiî. Extremadurani uanuiue et illi qui erant de ultra sorraui 
conucnientes apud uallem i>leti seeunda die (fol. loO) mensis iulii. 
tercia s. die antequam rex légion uenisset arroyo ' tractaueruntde rege 
substituendo et cum diuersi diuersa sentirent, tandem illo per (picm 
reges régnant et principes dominantur nolens dcstilucre caslellam 
proprii régis solatio uolens et stultam superbiam et elationem régis 
legiolî reprimere. discordiam discordantium ad concordiam reuocaii. 
Cunentes igitur extremadurani et alii qui conuenoranl extra porlam 
vallis oleti in campo quodam ueneruntad mercatum et supplicauerunl 
lit regina dna beren cum filiis suis exirct ad predictum locum '. Tanta 
siquidem erat multitudo populorum quod eos non posset capere 
palacium régis. Exiens igitur regina nobilis cum filiis suis fernando 
et alfonso^ et cum episcopis. s. burgeîï et palentiîl et cum aliis uiris 
religiosis et cum uaronibus qui ei fauebant iienit ad predictum 
locum ubi multitudo gentium expectabat aduentum ipsius. Ynus 
igitur loquens pro omnibus cunctis in idipsum consentientibus ex 
persona populorum recognouit regnum castella deberi de iure regine 
diïe berengarie et quod eam omnes recognoscebant dnam et regi- 
nam regni castelle. Verumptamen supplicauerunt omnes unani- 
miter ut regnum quod suum erat iure proprietatis concederet filio 
suo maiori. s. dôno fernando, quia cum ipsa fcmina esset labores 
regiminis regni tolerare non posset. Ipsa uero uidens quod ardenti 
desiderio concupierat petitis gratanter annuit et filio supradicto 
regnum concessit^. Clamatum est ab omnibus clamore ualido. \'\ua[ 

ajuroniam et castromonte. — b) Sic 

34. 5. Rodrigue ne mentionne pas la prise de V^illagarcia, Uniena et Castromonte 
(au sud de Médina de Rioseco). Arroyo (Airoium dans Rodrigue, texte de Lorcnzana), 
entre Valladolidet Simancas, comme indique notre texte, probablement Arroyo de la 
Encomienda (voir Madoz). Crôn. de Esp. (p. 'i<|2) : « Arrayazes, que es ccrca de Fompu- 
dia » {?). 

35. I. Cette date de la réunion des Cortes de Valladolid n'est pas indiquée dans 
Rodrigue, qui raconte à peu près de même la scène de la proclamation (I\, 5). Il 
semble bien que cette proclamation ait eu lieu le même jour. Il faut en tout cas rec- 
tifier la date du i" juillet trouvée par Fl»')rez {Reyrias, t. i, p. 430) dans un missel de 
Cardefia. Lafuente adopte la date du 3i août, que Lupiân Zapata tire d'un texte 
publié par lui dans sa Vida de Dona Berenguela, p. 96. Flôrez, qui la cite, s'en lient à 
celle du i" juillet : il n'avait sans doute pas grande confiance en Zapata. 

35. 2. «... â un lugar en que agora facen mercado, e en aquel tiempo era despo- 
blado, e ficieron despues el monesterio de Sant Francisco. » (Crôn. de Esp., p. '4^2). 

35. 3. Alfonso de Molina. Cf. F16rez, Beynas, t. I, p. 303; Salazar, Lara, t. I, 
1. IV, c. 2. — Les évèques de Burgos et de Palencia qui accompagnaient la reine sont 
Maurice et Tello. . 1 . • 

35. 4. Rodrigue dit que Bérengère «regnum sibi noluit relinere» (l\, .'j): la Croit, 
de Esp. (Doc. inéd., t. CV, p. 492), traduit: a non quiso tomar el revun para si.,. La 

Bull, hispan. 



3o BULLETIN HISPANIQUE 

rexf. ] Exinde cum ingenti leticia uenerunl omnes ad ecclesiam sancle. 
Marie, et ibidem deo" agentcs feccrunt omngium manuale omnes qui 
aderant tam magnâtes quam populi ciuitatum et aliarum uillarum 
régi dno fernando et sic mater cum honore et ingenti gaudio reuersa 
est ad palacium patris sui. Rex autem dônus fernandus incipiebat 
agerere'' sextum decimum annum^. 

36. Post hoc autem audiens regina et qui cum ea erant aduentum 
régis légion in uilla supra nominata arroyo miserunt ad eum duos epis- 
copos burgen et abuleh > rogantes ut desisteret ab inquietatione fihi sui 
iam régis castelle. Noluit autem rex legiorï preces admittere sed elatus 
uento inanis glorie quam conceperat sicut dicebatur de imperio habendo 
transiuit pisorgam et uenit lagunama' mansit diebus ahquot. Exinde 
duxx'' cursum suum uersus burg et uastans terram undique peruenit | 
usque ad arcos3 gerens in proponito burgis adiré spem habens licel 
uanam uanam'^ quod eam posset habere. Erat autem illis diebus burgis 
lupus didaci et multi nobiles et strenui castellani cum eo parati expo- 
nere animas suas si opus esset per ciuitate tuenda' . Videns autem rex 
legioneii quod spem uanam conceperat et quod inutiliter laboraret 
per aliam uiam reuesus'' est in terram suam. Regina uero cum tilio 
suo rege et cum uassalis suis tune erant palencie. Ad quem locum 
quinquaginta milites abuleiî ex parte concilii sui bn parati cum 
uexillo suo uenerunt et quinquaginta milites segouie" similiter 
ad seruicium régis et regine. Cum ergo rex légion redisset in 
terram suam rex et regina cum suis exierunt de palencia uersus 
burgis procedentes et miserunt duos episcopos mauricium burgen 
et tellium palentinum ad castrum quod dicitur tariego cum aliis 
uiris religiosis ut extraherent inde corpus régis henrici sepeliendum 
cum parentibus suis. Iam enim mandauerat comes aluarus dari 
corpus henrici sorori sue dne regine quod et factum est. Deinde 
uenerunt ad palenciam uir'' bene recepti sunt. Exinde profecti sunt 

aMbella « deest forle gratias». — h) Sic— cjAbella: « deest forte ubi ». — d) Sic 
(duxit).— e) Sic— I') Sic. — g) reuersus.— h) ubi. 

Chron. gén. rend comme s'il y avait uoluit : « quisiera tomar alli (c'est-à-dire dans le 
palais) luego el regao pora si » (p. 71^, 1, i); de même l'Est, de los Godos (Doc. inéd., 
t. LXXXVIII,p. iGO) : k quiso retener su regno ». Chose à noter, notre auteur-ne 
paraît pas considérer comme absolument spontanée la renonciation de Bérengère. 

35. 5. Selon Rodrigue, Ferdinand avait alors dix-sept ans : « anno aetatis suae 
decimo octauae ». Sur la date de sa naissance, Flôrez {Beynas, t. I, p. 357 et 368) tire 
d'un passage de Roger de Hoveden un argument sérieux contre la date de 1198 pro- 
posée par Papebrock, et accepte celle de 1 199, qui ressort du texte de Rodrigue. Or, 
celle de 1201, qu'implique ce que dit notre auteur, peut être acceptée, puisque la 
séparation d'Alphonse IX et de Bérengère n'eut lieu qu'en 120^ (Flôrez, ibid., p. 370). 

36. I. Rodrigue (IX, 5) les nomme : Maurice et Domingo. 
36. 2. Laguna, au sud de Valladolid. 

36. 3. Arcos, au sud de Burgos. Luc ne parle pas de cette première expédition du 
roi de Léon. 



CHROMQL'E LATINE DES ROIS DE C.VSIII.F,E 3| 

uersus castrum quod dicitur inuno quod statim obscderunt réma- 
nentes ibi cum rege^. 

37. Regina uero cum cpiscopis et aliis uiris religiosis fecit deferri 
corpus fratris sui ad monastcrium paternum et ibidem honorifioe 
sepeliuit. Exinde rouersa est regina ad castrum de muno quod 
uassalli sui potenter et uiriliter expugnantes ui ceperunt et milites qui 
ibidem erant captiuos eduxerunt. Progredientes inde ceperunt lerma 
post ea lara« et inde rcuersi sunt burgis. Tune aulem rerepli siinl in 
eadem ciuitate rex et regina cum processione solempni cum honore 
magno et gaudio infinito. Liberauerat enim dnus deus quasi 
miraculose ciuitatem burgen de manibus inimicorum suorum et 
restituit eam uere et naturali domine. \ bi dfia regina (jnecumque 
habere potuit donauit militibus. lam enim expenderat quicquid auri 
uel argenti reliquerat ei pater sua" in fine uitc suc. Deinde prolecti 
sunt de consilio hipi didaci uersus belli foramen et naieram • uir' 
recepti sunt a populis uillarum sed munitiones habere non potuerunl 
qui' tenebant eas miHtes comitis goncahii nûnii. Heuersi sunt ergo 
burgis S. 

38. Cum ibidem moram facerent comes ahiarus et fâs' et omnes 
fautores sui collecta multitudine militum transitum fecerunt per 
otardaios. Deinde per quin(fol. lOyjtana'" fortunno et uenerunt a^^ rio 
cereso. Exinde a uillam francam unde surgentes mane irruerunt 
in bilforado et eam intrantes ui rapierunt' bona quecumque 
inuenire potuerunt. quosdam de habitatoribus occidentes quosdam 
uulnerantcs alios uero captiuos ducentes et sic predicta uilla possita 
est in ruinam et desolationem. Nulli pepercerunt homini uel etati. 

ttj Sic— b) ubi.— c) quoniam.— d) fratves— ej Abella : «deesl forte et». — f) ad. — 
g) Sic. 

36. II. Tout ce paragraphe est conforme pour le fond au texte de Rodrigue, qui 
toutefois ne précise pas le nombre de chevaliers d'Avila et de Ségovio qui vinrent 
offrir leurs services. Il y a, au sud-ouest de Burgos, un grand norlihre de localités 
qui portent le nom de Muûo : Villamicl de Muno, Pedrosa de Muno, .Areniilas de 
Mufio, Vilviestre de Mufio, Palazuelos de Muno, Barrio de Muno. 

37. I. Lerma, à mi-chemin de Burgos et d'.Vranda de Duero. Lara, à gauche de 
la route de Burgos à Salas de los Infantes. 

37. 2. Belorado (anc. Bilforado) et Najera, sur la route de Burgos à Logrono. 
Rodrigue : « ad partes Belli forarainis, Anagari, vS: Naiarao» ; mais Anagarum n'est 
que le nom latin ou latinisé do Nâjera (cf. Govantes, Dicc. geogr. hisl. de Esp., p. inC). 
La Chron. gén. met à la place Nauarra (p. 715, 1. i). Quant à Belli foramen, c'csl 
également une forme latinisée (cf. Govanlcs, p. 26). Notre auteur emploie au s 38 
la forme Bilforado. 

37. 3. Ce paragraphe est encore conforme, quant au fond, au texte de Rodrigue 
(IX, 6 et 7). 

38. I. Rodrigue : «per aggerem Alliorum & Quintanam fortunii » (IX, 7). Tar- 
dajos (=Otero de ajos.^ puis Oterdajos, cf. § Sg, note- 1, et <i Go, note 8), et Quinlaua- 
fortufio (la conjecture d'Abella est erronée). Le comte et ses partisans font le tour do 
Burgos en passant par ces deux localités, situées l'une à l'ouest, l'autre au nord de 
la ville; et ils continuent, ce que n'indique pas Rodrigue, par lliocerezo (au nord- 
est) et Villafranca (sur le bord de l'Oca). 



Sa lUJLLETIN HISPAMQUE 

Exinde reuerlentes cum uictoria et rapina multa abierunt quilibet in 
locum suum. Rex autem et regina mater eius et qui eis adherebant 
audientes que fecerant comités et eorum complices in predicta uilla 
ingemuerunt tacti intrinsecus dolore uehementi. Sed altissimus qui 
paciens reditor est uidens mala que facta erant de excelso glorie sue 
uindictam cunctis seculis admirabilem ex'tuit" in comitem aluarum 
et in fautores ipsius. Décima namque die quarta. s. feria quatuor 
temporum mensis septembris cum rex et regina et quidam de magna-, 
tibus cxircnt de palenciola ut irent uersus palenciam* transitum 
facientes prope ferreruela^ ubi u"' erat cornes aluarus uiderunt eum 
extra uillam inter uineas unde uidere posset transeuntes. Videns autem 
ipsum alfonsus telli cui multa mala uitup'na' intulerat dixit fratri suo 
et aliis qui eum sequebantur precedebant enim regem et reginam 
armali et parati ad prelium. Ecce comes aluarus uenite et congredia- 
mur cum eo. Duxxerunt' igitur aciem suam contra eum. Ipse uero 
uidens hoc uoluit intrare uillam cum suis et cum postremus reman- 
sisset iam enim intrauerant sui qui eum insequebantur appropin- 
quantes ei retinuerunt ipsum et de equo precipitauerunt eum in 
luctum* tune enim pluerat. et sic inuolutum ceno captiuum ante 
dnam reginam adduxerunt. Videns autem dîïa regina inimicum 
suum capitalem qui tôt et tanta mala intulerat regine et illis qui eam 
diligebant gratias egit altissimo quantascumque potuit pro tanto 
beneficio sibi collato^. Exinde uenerunt palenciam. Deinde profecti 
sunt ad Uallem oleti trahentes secum predictum comitem aluarum 
captiuum et ipsum cum omni custodia custodiebant. Vbi per dies 
aliq""/^ detentus post longum tractatum pro liberatione s'» dédit régi 
et regine. munitiones omnes quas ipse tenebat. et omnes alii qui eidem 



a) exercuit. — h) Sic. — c) uituperia. — dj Sic. — e) lutum- — fj Sic (aliquot). 
g) Sic fsuij. 



38. 2. Decjma c/je, dix jours après le sac de Belorado. Rodrigue donne la même 
date du mercredi des Quatre-Temps de septembre. Il dit que le roi et sa mère allaient 
de Burgos à Palencia et qu'au moment où ils arrivaient à Palenciola (Chron. gén., 
p. 715, 1. 25: Palfnçiuela =^ Palenzuela, sur la rive droite de l'Arlanza et sur la rive 
gauche de l'Arlanzôn, près de la route de Burgos à Palencia), le comte Fernando était 
campé « in Ripella vallis Guiariae » (Chron. gén., p. 710, 1. 26 : (( en la Ribiella de 
Val de Guijera » = Revilla Vallejera sur la rive droite de l'Arlanzôn, en face de 
Palenzuela). 

38. 3. Ferreriolam (Rodrigue), Ferrera (Ghr. gén., p. 716, 1. 28; Crôn. de Esp.. 
p. lxç)ti) : Herrera (selon Madoz et Lafuente), au nord-est de Palencia. Salazar (Lara, 
t. III) dit Villa de Herrera, p. 29, et Ferrezuela, p. 58. Luc écrit Ferrerola (p. 112, 
1. 58), et mentionne brièvement l'aventure d'Alvaro. Gil de Zamora, § 3 : Terrerola (?). 

38. 4. Rodrigue raconte l'affaire à peu près de même. Il explique que le roi avait 
envoyé les Téllez pour protéger sa marche sur le flanc (et il nomme avec eux Alvar 
Ruiz); que le comte, par gloriole, n'avait pas voulu se réfugier dans la ville. Il le 
montre bien couché à terre et se protégeant de son bouclier, mais non pas souillé de 
boue. 



<:iiaoMoi E i.\ 1 i\i; uEs rois ok castu.mc 



33 



lauebant. evceptis castro soriz. et or/einâ. (jue duo castra conios 
fernandus IVafer eiiis tenebat contra queiii ex pacte debuit iuuare 
regem cum ccntuni niilitibus douce prcdicta castra recuperarct rcx 
si frater eius restituere nollet régi. ITueriint auteiu munitiones quas 
rcx recuperauit i pro liberationc coniilis ahiari. ultra scrrarn. Alarcon. 
Canêt[.J cilra dorium. Tariego. Aniaya. VillalVanca. Cercso. Pancoruo. 
Turrem belli foraminis et alia quedam. et Naierâ". qnani lupus didacl 
cepit[.] Predictus igitur cornes aluarus fuit in potestate goncalui 
roderici donec ista data fuerunfj. Quibus datis liber perniissus est 
abire. Consequenter re\ et regina uenerunt ad castrum soriz contra 
comitem fernandum qui rebellare parabat ibidem. Multos namquc 
milites sccum babebat. Iriticuni et ordoum'' et uinum. Carnes et 
alia necc. in longum tempus sibi et biis qui cum co erant prepa- 
rauerat in moUa de castro. Saniori tamen ductus consilio regem 
recepit et dfim. et ci castra que tenebat reddens eadem recepit 
statim de manu régis et factus est uassallns ipsius. Sic igitur diuina 
id agente misericordia infra sex menses turbatio regni castcUe que a 
quibusdam sperabatur perpétua resedit. et rex cum matre sua cepit 
in cunctis partibus regni sui régis ofïiciâ' exercere?. 

39. Sequenti uero esta te proxima cornes aluarus et Iralres sui et 
complices sui uidentes se de regno expulses receperunt se in uilla'' que 
dicitur ualde nebro uir' parauerunt se iteruni ad rebellandum. \enil 
autem rex cum matre sua et cum multitudine milituiu ad medinam 
de riuo seco '. Factum est autem non post multos dies ut comes et qui 
cum eo erant relicta predicta uilla régi legioncn adbcscrunt^ Tune 
iterum ductus consilio eorum rex legionensis mouit guerram lilio 

a) Sic— bj Sic (ordeum).— ci Sic.—d) Sic.—e) ubi. — f) Abella : « forlc adliaesvriiit: 

38. 5. De même Rodrigue. Castrogeriz, à l'ouest de Fiurgos. Au lieu de ()r:rionem 
(Rodrigue), que VEsl. de los Godos (Doc. inéd., t. LXXWIII, p. 1G7) Iniduit par Or- 
ceiofi, la Chr.gén. aMon-.wt (p. 71»; 1^, l. 1 i)=Monz6ii de Campes (i'), prèsde l'alencia; 
la Cran, de Esp. {Doc. inéd. t. CV, p. igo) : Orejon. Cf. à l'appendice le texte d'Ocampo, 
qui tronque l'exposé des faits, et d'après lequel le comte Fernando serait parti tout 
de suite après pour le Maroc. 

38. C. Cf. Rodrigue (IX, 81, qui ne parle pas ici de Lope Diaz, rend Cereso par 
Caesareum (Chr. gén.: Cesareo) et ajoute Villam francam (Chr. gcu.: Villafranca de 
Montes d'Oca, p. 71G, 1. ô). Son texte porte encore ici Naiarain à cùlé de Anagarum. 
— Canet = Canete, à Test de Cuenca. — Cerezo dcl Rio Tir.in, au nord-est, et \ illa- 
franca à l'ouest de Belorado. 

38, 7. De même Rodrigue, avec la même léllexion et le même mot exercera pour 
finir. Cf. Salazar, Lara, t. 111, p. 3o. 

39. I. De même Rodrigue (IX, .j), qui ne marque pas l'époque, et rendValdcnebro 
(à l'est de Médina de Riosecoj par Valle iuniperii, et Tordeliumos (au nord -ouest), 
que ne cite pas notre auteur, par Aggereni fumorum (Clir. gén. : Oler de humus, 
p. 717, I. Il), —«...al valquediablo numiua... », dans VEst. de los Godos (Duc. med., 
(t.LXXXVllI, p. iG8), est évidemment un non-sens pour traduire valle iuniperu.— Le 
manuscrit 8817 place le mariage du roi avant les faits relatés dans ce S 3<j : «^l cl 
rey estando ena çidade de burgos fazendo suas vodas obcgoullc mandado conio •> 
conde de Alaua (sic) lie fazia guerra de val denebro ». 



34 BULLETIN HISPANIQUE 

suo. Tandem cum apud castreionem ^ aldeam quandam de médina 
obsedisset rex regionên" pl'es de'' magnalibus régis castelle quibusdam 
mcdianlibus pacificatum est inter patrem et filium. Videntes autem 
comités et qui cum eis erant se deslitutos consilio et auxilio tam régis 
legionen quam régis castelle. doluerunt ignorantes quo irent et quid 
agerc dcbcrent. Tune comes aluarus incidit in lectum egritudinis apud 
taurum 3 et desperans de uita sua suscepit habitum et ordinem fratrum 
milicie sancti iacobi et sic mortuus est et sepultus in ucles''. Comes 
autem ferrandus transfretaû regemque marroquitanum adiit cum 
quibusdam uassaliis et consanguineis suis. Apud quem cum moram 
fecisset per aliquantum tempus tandem mortuus est in marrocos 
ipse et quidam alii qui secuti fuerant ipsum. Cuius comitis corpus 
inde allatum sepultum est in ecclesia hospitalis potis*^ de fitero^. 

Ixo. Anno (fol. io8) secundo i dria regina bereng cuius inlencio tota 
et desiderium sumum ' erat honorem filii modis omnibus procurare, 
ccpit tractare de querenda uxore filio suo. Sed cum diuersi diuersa 
sentirent placuit predicte regine de iilius matrimonio tractare que sibi 

aj legionensis.— bjplures dies?— cj pontis. — d) Sic. 



39. 2. Luc : Castellon. Rodrigue : « in Aldea Medinae del Campo que Castellio 
dicitur»; Ghr. gcn. : Casteion (p. 417, 1. 43); Gil de Zamora § 3 : Castrelon. Salazar 
(Lara, t. III) dit, p. 3o, Castellon, et p. 62 : «.Caslejon... eutrc Médina del Campo y 
Salamanca». Sans doute Gastrejôn (comme on lit dans la Crôn. de Esp., Doc. inéd., 
t. GV, p. 496), à l'ouest de Médina del Campo. — Luc expose les faits à peu près de 
même; mais, d'après lui, les nobles castillans assiégés dans la ville s'y étaient réfu- 
gies après uue défaite. 

39. 3. Rodrigue ne présente pas tout à fait les choses ainsi. C'est avant qu'il ne 
fût question de paix et au moment où il mettait ses chaussures de fer (caligisferreis; 
Ghr. gén., p. 717, 1. 5i : hrahoneras), que le comte Alvaro tomba tout à coup malade. 
Pour le reste il est d'accord avec notre auteur. Luc ne parle pas ici des Laras. 

3g. 4. Cf. Salazar, Lara, t. 111, p. Ga. — « Aunque cl Padre Juan de Mariana 
(lib. II, fol. 471) siguiendo el corriente de los Ilistoriadores dize, que la muerte 
del Gonde fuc muy saludablc para todo el Reyno, â el passo que su vida auia sido 
inquiéta, y perjudicial; no faltaran parciales, que dissimulando los defcctos, 
escribiessen clausulas honorificas en la piedra de su sépulcre : porque en lo natural 
se componen grandes vicios con prendas relevantes ...» (Nùnez de Castro, Vida de 
San Fernando, fol. 13°). 

39. 5. Puente Fitero «en la ribera de Pisuerga e en el camino frances et en el 
obispado de Palencia» (Ghr. gén., p. 717, 1. 53). Hitero del Gastillo? Rodrigue ajoute 
à cela que le comte Fernando se lit transporter de Marrakech dans un bourg situé 
auprès et habité par des chrétiens, Elbora (Crôn. de Esp., Doc. inéd., t. GV, p. 497 : 
el Boran); plus quelques autres détails. Cf. Salazar, Lara, t. III, p. 3o. — Son fils, 
Alvar Fernândez, épousa Dona Maria Alfonso, fille naturelle d'Alphonse de Léon et de 
ïeresa Gil (Livro das Linhagens do conde D. Pedro, p. agS). 

40. I. Pas de date dans Rodrigue, qui expose encore les faits à peu près de la 
même façon (IX, 10), et que suit la Chronique Générale, texte de Pidal. Le manus- 
crit 8817 réduit à ceci le récit : « Conta a estoria q a reyna dona beringla ouuc muy 
grâ sabor de casar el rey seu fillo s enuiou demandar pa elle . a Alla do empador de 
alemana aq diziam dona Beat'x . z qndo o empador viu as cartas ,puguelle muyto 
E envioulle logo muy onrradamente s el rey fezo logo suas bodas cô ela muy 
onrradas t ouue en ella estos fiUos ... » 



CHRONIQUE LATINE DES KOlS DE CASTII.LE 35 

uidebalur in loto " xpianilate precellere céleris in generis nobilitalc. 
Eratautcm lune in alomannia puella nobilissinia pnicra ualde nioiibus 
el honesl'' ut in luli elatc honcsla. lïilia. s. philipi régis alcmannic 
elccli in imperatorem romanum filii frederici niagni romanoruni 
imperaloris. Mater uero predicte puellc filia fucrat ysaac iinpcratoris 
constanlinopolitan et sic ipsa no[)tis cral duurum iini)cratoruni qui 
maiores et preclariorcs habentur in uiiiuerso mundoa. Post alios ergo 
nuncios quos dna regina prcmiserat in partes aleniannic pro facto 
isto3 receptis litteris régis aleniannic l'uturi imperaloris romanoruni de 
mittendis nunciis solempnioribus pro ad ducenda domicella" misil 
mauricium burgcn episcopum et pelrum onarii priorcm hospitalis cl 
abbatcm sancti pctri de asilancia. el coîïïarium carrioneil et garsiam 
gonzalui quondam magistrum ordinis uclen hoc est milicie sancti 
iacobi^. Qui adcuntes rcgcm alemanie rcccpti sunl lionorificc ab ipso 
et cum uioram Iccissent in alemania fere pcr quatuor menscs. tandem 
no'' compotes domiccllam nobilissimani cl pnlchcrrimam post mulla 
pericula tam longe uie^ ad reginam dnam bereng. que ultra uictoriam 
occurrit nunciis predictis et domiccUe cum nobili comictatn uirorum 
religiosorum et driarum*^ ipsam sanam cl incolumem addnxerunt. 
Exinde eucnientcs burgis uir'^ rcx erat cum magnatibus suis et aliis 
nobilibus multis et primoribus ciuitatum et uillarum rcgni sui recepta 
est ab ipso rege domicella et nuncii supradicli cum honore magno el 
gaudio. ïercia igitur^' anle festum sancti andree. Ke\ fernandns in 
monasterio regah quod auus et auia sua conslruxerant gladium 
militarem in signum milicie auctoritale propria de ailari accepil 
benedictum prius cum céleris armis a mauricio burgcn cpiscopo 
missa prius ab eodem ibidem solempniter celebrata. ffactum est igitur 

a) Sic. — b) Sic (lin de ligne). — c) Sic. — d) Lire évidemment uoli : Abella : " locus nien- 
dosus ». — e) que... dnaruni forme une incidente. — f) uhi — rj) Abella : « deest forte die ». 

4o. 1!. Cf. Flôrez, Reynas, t. I, p. 442. Rodrigue et la Chronique Générale écrivent 
Corsac au lieu à'Ysaac, L'Est, de los Godos (Doc. inéd., l. CKXXVIII, p. iG.j) : Corsar. 

4o. 3. Rodrigue ne parle pas de cette aniijassade préliminaire. 

4o. 4. Outre l'évèque Maurice, Rodrigue nomme aussi « Petrus Odoarii prior 
Hospitalis» et Pedro, abbé de Sati Pedro de Arlanza. L'auteur ou le copiste de notre 
clironique semble confondre les deux personnages. Rodrigue ne nomme pas Garcia 
Gonzalez (de Aranzo? cf. Lara, t. IV, p. i60), grand-maître d'Uclés (siège principal 
de l'ordre de Saint Jacques à cette époque; cf. Salazar, Lara, t. IV, p. 12, où D^Pedro 
Gonzalez, grand-maître de Santiago est aussi appelé maestre de Uclés), ni ce comarium 
carrion, que je ne puis identifier. En revanche, il cite Rodrigo, abbé de Ricseco, que 
la Chr. génér. transforme en Pedro (p. 718, 1, 5o). — Peirus Ouarii ou ndoarii est le 
même que Te Petrus Ouarii du § lô, Pedro Ovarez ou « Pedro Odoardo prior del 
Hospital de San Juan de Acre, que asi llainaban enlônces por razon del lugar de los 
Caballeros, que antes se Uamaron de Jérusalem, luego de Rodas, y l'iltimamcnle de 
Malta » {Mem. para la Vida del S. R. D. Fernando, p. aO). 

4o. 5. Rodrigue, qui mentionne aussi les quatre mois du séjour en Allemagne, 
ajoute que le roi de France, Philippe(- Auguste) reçut a Paris la prin'-<--^"- ^t 1» li' 
accompagner à travers son royaume. 



36 I5UM-ETIN HISPANIQUE 

magnum gaudium in predicta ciuitate in ipsa die. Post tcrcium uero 
diem. s. in festo sancli andree rex dônus fernandus duxit solempnitcr 
in uxorem predictam nobilissimam domicellam reginam diiam bealri- 
cem in ecclesia sancle marie burgeîi per manum mauricii burgen 
episcopi recipiens bcnodiclioncm sacerdotalem cum eadem. Cele- 
berrima curia lune | habita est burgis. magnatum et militum et 
primorum ciuitatum multitudine conuocataC. Astiterunt preterea 
rcgine dne bereîï in curia illa omnes nobiliores dîïc tam religiose 
quam seculares cp quoi" erant in regno castelle. A diebus antiquis 
non fuit uisa talis curia in ciuitate burgen. 

4i. Procedentem tpa* cum rodericus didaci de cambcros rebcUare 
uoluisset contra regem tandem dimisit ei terram suam reccpta 
quadam suma pecunie uolens ire in sucursum terre sancte. Erat 
enim iam cruce signatus a multis rétro diebus i. Anne iterum postea 
reuoluto. Gonzaluus pétri de molina ductus consilio minus sano* cum 
fauctoribus suis cepit partem regni uicinam moline uastare et rapinas 
exercere. Rex autem cum clarissima génitrice sua congregatis uassallis 
suis iuit super molinam et uastauit totam terram dni de molina. 
Tandem obsedit castrum de zafra et firmata obsidione dictus gonzaluus 
pétri uidens quod non posset resistere potencie régis recognouit rege' 
dnum. et quicquid habuerat in molina rex clarissimus donus alfonsus 
auus eius et ut dicitur aliquid amplius recognouit 3. 

Ii2. Septimo anno régis dni fernandi rex ihrl'imitanus iohannes iter 
agens ad sanctum iacobum veniebat ducturus in uxorem unam de 
filiabus régis légion cum qua promissum erat ei regnum legioneïl. 
Premisit tamen nuncios suos dictus rex ad reginam dnam berengariam 

a) quodquot fquotquot). — b/ Sic (procedente tempore). — c) rcgcm. 



4o. G. Le mariage eut lieu le 3o novemijre, mais l'année n'est indiquée nulle 
part. Lal'uente marque i2i<j, adopté par Flùrez (Reynas, t. I, p. 415); Golmeiro (Corles, 
t. I, p. i5i), 1220. La date de 1284, marquée par la Chr. Cerralense, prouxe que l'on ne 
doit pas faire la chronologie avec les chroniques de celte espèce. Elles ne valent qtie 
pour confirmer. 

Ixi. 1. Rodrigue, suivi par la Chr. gén. (§ io35), et la version portugaise des 
manuscrits de Lisbonne et de Paris, mais non par le texte d'Ocampo, donne plus de 
détails et indique le chiffre de i4,ooo aiirei donnés à Ruy Dîaz de los Cameros. Sur ce 
dernier, cf. § Sa, note 4. 

4i. 2. Rodrigue : « Anno postea iterum reuoluto, Gonzalus Pétri, Molinae domi- 
nus (texte de Lorenzana) consilio Gomitis Gundisalui... » Mais malgré cette identité 
littérale du début, il expose très différemment les faits : il ne dit pas que le roi 
dévasta les terres du seigneur de Molina; et il dit en revanche que le roi ne put 
prendre le château de Zafra (Crén. de Esp.: Carhar). 

4i. 3. Rodrigue, qui attribue aux conseils du comte Gonzalo Nûnez la rébellion du 
seigneur de Molina, explique ici que le comte retourna chez les Arabes et mourut à 
Baeza (cf. Salazar, Lara, t. III, p. 3o), en nai, selon Madoz (t. 111, p. 206). La Chr. 
gén. dit Baena au lieu de Baeza; de même la Crôn. de Esp. {Doc. inéd. t. CV, p. 499). 
VEst. de los Godos (Doc. inéd., t. LXXXVIU, p. 1G9) en fait Bayne et transforme Gon- 
:alo en Sancho. Le manuscrit portugais de Lisbonne a beeça, et celui de Paris baeça. 



(;iin<»>njLi: i.atim: dks rois di; gamii.i.i; 87 

et ad regeiii iilium cius. rogans ul placerel eisquod uideret eos. Eranl 
aulcm tune toleli. IMacuit auteiii régi et rcgine et sic idem rex adiciens" 
tolelum recepliis lionorificc a rege et regina. tractauil cum eis de iiialri- 
nionio fdie regine et sororis''. Hcgina iicro diïa bereng precauens in 
futnrniii et ta(iuam prudons leiiiina preuidens inipcdiiiieiilinn «luod 
dictus Hcx ilu'liiuitanus posset ailerre lilio suo régi doiiiinu l'ernandn 
in iure quod habebal in regno legionen si prediclus rex contraherel 
malrimoninm cnni altéra iiiiaruiu régis legionen (pias snsccperal ex 
regina dna Therasia et si reuianerel in ipso regno. l'rcelegil dare diclo 
régi filiam suam b'efi' nomine in uxoreni. Promisit regina. proniissnin 
soluilin reditu sepedicti régis de peregrinatione sua. Erat autein idem 
rex uir magni consilii. slrenuus in armis polens in ope' cl sermonc. 
Celebrata est igitur curia burgis et tradita est puella prcdicta régi 
sepedicla* solempniter in uxorem. Rex et regina mater eius et uxor 
conduxerunt regem ihrl'imilanum et uxorcni ipsiiis uscjuc lucronium 
et eis munera larga dantes comendauerunt eos gratie dei. ipsi (fol. 109) 
uero reuersi sunt burgis '. 

Georges CIROÏ. 
(A suivre.) 

a) Abella: « forte adiens». — b) ajouter rer/is. — c) berenijoriam. — dj upcrv'! — vj Sic. 

li-2. I. An. Tolcd. II : Vino el Iley de Acre, Jaleiit dol mar pora Toledo. c rcciviolo 
el Rey D. Ferrando, e ficicronlo grand alborozo en Toledo. Esto fiié en viernes, en 
cinco dias de Abril. De si fuesel a Sant Yago, e de su vcnida caso ( on la hermana dcl 
Rey de Castiella, Era MCCLXII ». C'est bien l'année indiquée par noire auteur, ijilt 
(cf. aussi § 43). Ce passage des An. de Toled. II est le seul texte cité par Flôrez au 
sujet du mariage de Jean de Brienne avec Bérengère, fille d'Alphonse 1\ etdc Béren- 
gère. Il n'y a rien dans Rodrigue. Ce que notre auteur nous apprend, c'est que le 
prince était venu pour épouser une des filles d'Alphonse I\ et de sa première femme 
D' Theresa de Portugal. L'habileté et la prévoyance do la reine Bérengère éclatent ici 
plus que jamais : on sait que, par son testament, le roi de Léon devait laisser son 
royaume aux deux filles issues de son premier mariage. Le plus piquant, c'est que, 
l'accord conclu avec le roi de Caslille et sa mère, Jean de Brienne s'en alla dans le 
royaume de Léon faire son pèlerinage, pour revenir à Burgos épouser la liancéc sub- 
stituée. — Comme on voit par la suite, le mariage eut lieu avant la Penlccùle. 



LOUIS DE LA CERDA OU D'ESPAGNE 



Le hasard d'une recherche dans les archives départemen- 
tales du Gard' a mis sous nos yeux quelques documents du 
xiv" siècle provenant du fonds de l'abbaye de Saint-Gilles et 
se rapportant à deux membres de l'illustre famille de La Gerda 
laquelle tire, comme on sait, son origine des maisons royales 
de France et de Castille: Louis I", prince de Fortunie, comte 
de ïalmont et son fils Louis IL L'un et l'autre s'établirent à un 
moment de leur existence aux confins de la Provence et du 
Languedoc, dans la sénéchaussée de Beaucaire, au château de 
La Motte-sur-Rhône ^ et entretinrent avec les moines de Saint- 
Gilles des relations assez amicales pour léguer à ceux-ci une 
partie de leurs biens. G 'est en raison de cette circonstance que 
des expéditions authentiques de leurs testaments se trouvaient 
dans le chartrier du monastère d'où elles ont passé dans les 
archives du département du Gard. L'examen de ces pièces et 
d'une autre qui s'y rattache, permet de compléter les rensei- 
gnements trop sommaires qu'on possède sur le compte de ces 
deux hommes dont le premier joua au début de la guerre de 
Cent Ans un rôle militaire et naval important et dont le second 
était jusqu'à ces dernières années presque ignoré des historiens 
et des généalogistes. Les plus savants, les mieux informés 
d'entre eux, ceux dont les grands recueils restent pour les 
travailleurs modernes des guides indispensables, soit en 
France, soit en Espagne, le P. Anselme ^ d'une part, Luis de 
Salazar y Gastro de l'autre^, ne fournissent au sujet de certains 

1. C'est pour nous un devoir d'adresser à M. Bligny-Bondurand, archiviste du 
Oard, nos plus sincères remerciements pour son bienveillant accueil et pour les pré- 
cieuses indications qu'il nous a données. 

2. La Motte, château, Gard, commune de Saint-Gilles. 

3. Histoire généalogique et chronologique de la maison royale de France (Paris, 1726- 
1733, 9 vol. in-fol.) 

4. Historia genealôgica de la casa de Lara (Madrid, 1690-1697, i vol. in-/i°). 



I.Ol IS DE LA CEKDA Of o'eSI'AGNE Sp 

membres de la famille de La Corda, qui vécurent à la (in du \m. 
et pendant la première moitié du \iv' siècle, que des données 
incomplètes et parfois inexactes. Le tome cinquième de 
Vllisloria genealôgica y heri'ddica de la inoiianiuia espanola' de 
D. Francisco Fernandez de Béthencourt, qui parut en i|)o'i et 
qui est consacré au titre de Mcdina Geli appartenant à la maison 
de La Gerda, marque un véritable progrès sur les travaux 
antérieurs. 

L'auteur a pu pénétrer dans certaines archives privées; il en 
a tiré un excellent parti pour l'établissement de la généalogie 
de cette famille et la rédaction des notices relatives à chacun 
des personnages qui la composent. Il a eu notamment entre 
les mains la copie d'une des pièces que nous avons rencontrées 
dans les archives du Gard, le testament de Louis 1" de La Cerda 
et a reconnu l'intérêt qu'il présentait tant au point de vue 
généalogique qu'au point de vue biographique. Sans prétendre 
à renouveler entièrement ce que l'on sait de la vie de ce person- 
nage et de celle de son fils, on peut essayer de compléter les 
résultats acquis par Béthencourt et les contrôler, ce qui ne 
sera sans doute point jugé inutile, cet érudit négligeant le plus 
souvent d'indiquer où se trouvent les textes dont il se sert. 



Rappelons d'abord en quelques mots l'origine de la famille 
de La Cerda. Au cours de l'année 1266, des négociations 
avaient été entamées et suivies ^ dans le but de marier à 
Blanche, troisième fille de saint Louis, le fils ahié d'Alphonse \, 
roi de Gastille, l'infant D. Fernando auquel une particularité 
physique assez singulière avait fait attribuer le surnom de La 
Cerda. L'accord s'était conclu le 28 septembre de la mènic 
année où les représentants des deux souverains avaient rédigé 
à Saint-Germain-en-Lave3 le texte des conventions matrimo- 



1. Madrid, 1897-1910, 8 vol. in-4°. 

2. Layelles du Trésor des Charles, t. IV, p. 173, n" Siôli et 5i5i. 

3. Achery, Spicilegiam, t. XII, p. 5fj3. 



(tO BUIJJ!;TI> IIISPAMQIE 

niales qui réglaient le montant de la dot, celui du douaire et 
fixaient la date du mariage à l'époque où les fiancés attein- 
draient l'âge de la puberté. Tout s'exécuta suivant les stipula- 
tions arrêtées alors': la princesse française fut menée en 
Espagne et la cérémonie nuptiale célébrée à Burgos le 
3o novembre 12692. De cette union naquirent deux fils, 
Alphonse et Ferdinand qui sont connus dans l'histoire sous le 
nom des infants de La Cerda; ils paraissaient destinés, l'un à 
défaut de l'autre, à ceindre la couronne en Castille après leur 
aïeul et leur père. Mais il arriva que le père mourut sans avoir 
régné, terrassé en quelques jours par une maladie, à Ciudad 
Real au mois d'août 1275, dans sa vingtième année. 

C'était alors l'usage que l'héritier du trône fût d'avance 
proclamé et reçût de ses futurs sujets le serment de fidélité. 
Le problème de l'héritage royal se posa donc inopinément, et 
pour le résoudre, la législation en vigueur n'offrait que des 
règles incertaines: la preuve en est qu'on hésita avant de 
désigner le successeur d'Alphonse X^. Serait-ce l'aîné des 
infants de La Cerda ou son oncle D. Sancho? Ce dernier, déjà 
parvenu à l'âge d'homme et qui dans les circonstances critiques 
où s'était trouvé récemment le royaume, avait fait preuve 
d'énergie et de vaillance, se croyait digne du trône; ses pré- 
tentions, appuyées par la grande majorité de la noblesse, 
eurent assez vite raison des hésitations d'Alphonse \. Les fils 
orphelins de D. Fernando de La Cerda furent évincés au profit 
du frère cadet de leur père qui régna effectivement sous le nom 
de Sanche IV. Mais il ne régna pas sans contestations : dune 
part le roi d'Aragon, d'autre part certains seigneurs mécontents 
ne se firent point faute de l'inquiéter en soutenant par les 
armes le parti d'Alphonse de La Cerda. 

Ils ne réussirent pas à mettre celui-ci sur le trône, mais la 
lutte se prolongea pendant des années, s'éteignant et renaissant 
à maintes reprises suivant les occasions: elle durait encore 
lorsque Sanche mourut et ce fut seulement son successeur, 

I. Layettes, t. IV, p. 370, n° 5555; p. .572, n" 5558 et 555(j; p. 378, n" 550i. 
î. Florez, Meinorias de las reynas calitôlicas, t. II, p. Sas. 

3. Crunica de D. Alfonso X dans les Crunicas de los reyes de Caslilla (coll. Rivade- 
neyra), t. 1, p. 53. 



LOI IS DE L\ CIKROA OU d'eSPAG>E ^I 

Ferdinand IV, (|ui termina celte querelle dynastique. Los sou 
verains d'Aragon et de Portugal, choisis comme arbitres, 
rendirent à Torrollas près de Taïa/.ona, le samedi S août i3o^i, 
une sentence' en vertu de laquelle linfantdc LaCerda renonçait 
définitivement à la couronne de Castille; il se reconnaissait 
vassal du roi cl recevait une dotation constituée en domaines 
et en revenus. 

La carrière d'Alpliunsc de La Cerda, soit comme prclcndanl, 
soit comme f'eudataire de Ferdinand IV et d'Alphonse \1 de 
Castille, est connue, du moins dans ses grandes lignes^ l'clil- 
fils de saint Louis, fils d'une princesse française, c'est en France 
qu'il passa sa vie d'exilé, qu'il se maria et que se fixèrent 
plusieurs de ses fils qui y furent connus sous le nom 
â' Espagne. 

Mais au sujet de son mariage d'abord, au sujet de sa descen- 
dance ensuite, des confusions ont été faites et des erreurs 
commises. On a déjà relevé les unes et corrigé les autres; nous 
nous bornerons ici à consigner les résultats acquis. A une 
date qui n'est point connue, Alphonse épousa Mahaud, fille 
d'Aimeri VI, vicomte de Narbonne. Il eut sept enfants, trois 
filles et quatre fils: 

i" D' Margarita, qui épousa l'infant D. Felipe, seigneur de 
Cabrera et Ribera, «pertiguero mayor de la tierra de Santiago»'^, 
grand majordome du roi, « adelantado « et « merino mayor n^ 
de Galice, dernier fils de Sanche IV et de Marie de Molina. — 
2° D'' Inès, mariée à D. Fernando Rodriguez de Viilalobos, 
seigneur de Viilalobos. — 3° D'' Maria, femme de D. Alonso 
Meléndez de Guzman, XXIV" Maître de Santiago &. — 4° Louis 
d'Espagne, prince de Fortunie et comte de Talmont, qui fait 
l'objet de la présente étude. — 5° D. Juan Alfonso, seigneur de 

1. Le texte de cette sentence est publié dans les Crônicas de los reyes de Castilla 
(collection Rivadeneyra), t. II, pp. i5j et i56. — Torrellas, prov. de Saragosse, dist. 
jud. de Tarazona. 

2. Cf. Salazar, op. cit., t. I, pp. i8o-i8D, et Béthencourt, op. cit., t. V, pp. ai-4i. 

3. C'est une dignité de l'église métropolitaine de Santiago qui conférait au seigneur 
qui en était revêtu un droit de patronage et un devoir de protection. 

4. Charges qui correspondent respectivement â celles de gouverneur et de juge 
supérieur d'une province. 

5. Salazar n'a point connu cette fille d'Alphonse de La Cerda; son existence nous 
a été révélée par Béthencourt (op. cit.. t. V, p. !^(j). 



Il2 BULLETIN HISPANIQUE 

Gibraleon, lluelva, ei Keal de Manzanares et Deza, vécut en 
Portugal, dont le roi Denis lui fit épouser sa fille naturelle, 
D^ Maria; en i333, il accompagna Alphonse XI au secours de 
Gibraltar, puis retourna en Portugal. Il abandonna définitive- 
ment ce pays en iSSy et devint vassal du roi de Gastille qu'il 
servit dans la suite, notamment à la bataille du Salado et au 
siège de Gibraltar; on pense qu'il mourut après i3/i6. — 
6° Alphonse d'Espagne, seigneur de Lunel, souvent confondu 
avec son père; M. H. -François Delaborde a publié son testament 
auquel est joint un codicille et donné de lui une substantielle 
biographie'. Il a écut exclusivement en France: destiné d'abord 
à l'Église, il fut archidiacre de Paris, mais bientôt après devint 
homme de guerre et favori du roi Charles le Bel. Il épousa 
Isabeau d'Antoing et fut père du célèbre connétable Charles 
d'Espagne. — 7° Henri d'Espagne, qui reçut la dignité d'archi- 
diacre de Paris après que son frère eut renoncé à la carrière 
ecclésiastique. 

Il convient d'observer que cet Henri d'Espagne est inconnu 
aux généalogistes espagnols, aussi bien à Salazar qu'à Béthen- 
court; son existence nous est révélée par un passage d'une 
chronique anonyme qui fait suite à celle de Jean de Saint- 
Victor. L'auteur de cet écrit prétend que le seigneur de Lunel 
et Henri étaient fils d'Alphonse de La Cerda et d'une dame 
de Normandie qu'il ne nomme pas^ : s'il dit vrai, l'un et 
l'autre seraient des bâtards, car nous savons de source abso- 
lument certaine 3 que Mahaud de Narbonne survécut à son 
mari et nous ne possédons aucune preuve que leur union ait 
été dissoute par l'autorité ecclésiastique. Un doute subsiste 
donc sur la légitimité d'Alphonse, seigneur de Lunel et 
d'Henri, archidiacre de Paris. 

On voit d'après ce qui précède que les trois filles d'Alphonse 

1. II. -F. Delaborde, Un arriere-pelit-fds de saint Louis, Alfonse d'Espagne (Mélanges 
Julien Havet, pp. 412-427), Paris, in-8*, 1895. 

2. Historiens de France, t. XXI, p. 680. D'après ce chroniqueur, Alphonse de 
La Cerda épousa cette dame de Normandie qui l'avait rendu père du seigneur 
de Lunel; après le mariage, un autre fils, nommé Henri, serait né. Cf. Delaborde, 
op. cit., p. il 3. 

3. Le testament de Louis d'Espagne, rédigé le 3o juin i348, atteste que Mahaud 
était encore vivante à cette date (Archives du Gard, H i). 



LOL IS DE LA CEROA OU d'eSI'AONE ^3 

de La Gerda se marièrent en Castille, qu'un de ses fils s'établit 
également dans la péninsule ibérique et que les trois autres 
se fixèrent en l'rance. 



II 



L'aîné, Louis, naquit certainement dans ce pays pendant 
l'exil de son père à une date qu'il n'est point possible de fixer 
même approximativement. Du moins savons-nous que lors 
de la réconciliation des deux branches de la maison royale de 
Castille et de la renonciation à la couronne qui fut imposée 
à l'infant de La Cerda, Louis était tout près d'atteindre l'âge 
de la puberté, car on le voit, deux ans après, en i3oG, épouser 
à Séville D" Leonor de Guzman, fille d'Alonso Ferez de 
Guzman u el Bueno », le glorieux défenseur de Tarifa, et 
de D" Maria Alonso Goronel. Devenu, du chef de sa femme, 
seigneur de Deza, Enciso et du Puerto de Santa Maria, il vécut 
quelque temps en Gastille, où sa présence est constatée en 
i332 au couronnement d'Alphonse XI qui lui conféra l'ordre 
de la chevalerie, et l'année suivante dans les rangs de l'armée 
qui alla secourir Gibraltar assiégée par les Maures'. Depuis 
cette époque, il cesse de figurer parmi les grands vassaux 
appelés à souscrire les privilèges royaux, et les annales de 
Gastille ne font plus mention de sa personne. Il est certain 
qu'il se rendit en France, mais nous ne connaissons point 
les motifs qui le déterminèrent à quitter l'Espagne. 

L'hypothèse d'une disgrâce royale, d'une rupture sérieuse 
et durable entre Alphonse XI et Louis de La Cerda semble 
devoir être écartée, car celui-ci conserva jusqu'à sa mort 
la propriété de ses domaines espagnols et en disposa par son 
testament; or, ces domaines auraient été sans nul doute 
confisqués si le roi avait eu de graves sujets de plainte contre 
son vassal. Une preuve que leurs relations ne furent point 
altérées, c'est la promesse d'un appui bienveillant que le 
souverain de Castille fit à son cousin lorsque celui ci tenta 

I. Crnnica de D. Alfonso \l (('-d. cit.), I. I, p. 235, aSC et ult-j. 



44 BULLETIN HISPANIQUE 

de so rendre maîlre des îles Canaries. Il y a donc lieu de 
penser qu'on regagnant le pays de sa naissance, Louis avait 
simplement l'espoir dy faire une fortune plus brillante que 
celle qu'il pouvait attendre en Espagne. 

Il arriva à la cour du premier roi de la dynastie de Valois 
au moment oii s'engageait la grande lutte contre l'Angleterre, 
et trouva sans doute lors des premières opérations militaires 
qui ouvrirent la guerre de Cent Ans l'occasion de se distinguer 
assez pour mériter de recevoir dès iSSg une brillante récom- 
pense. Par un acte donné à Vincennes au mois de janvier 
de cette année', Philippe VI, voulant reconnaître les « bons et 
aggréables services » que lui avait rendus Louis d'Espagne, 
octroyait à celui-ci, en échange de l'hommage lige, le château, 
la châtellenie et la ville de Tal mont-sur-Gironde ^ ainsi que 
l'île d'Oléron avec toutes leurs dépendances, fiefs et arricre- 
fiefs, avec la haute, moyenne et basse justice, sans retenir 
autre chose que le droit de battre monnaie. Cette donation 
était faite à perpétuité et les terres qui la composaient devaient 
après la mort de Louis passer à ses descendants légitimes et, 
à défaut de ceux-ci, à ses plus proches héritiers. Le roi 
érigeait l'ensemble de ces domaines en un comté qui porterait 
le nom de Talmont. Situé à l'extrême frontière du royaume, 
dans le voisinage immédiat des possessions anglaises de la 
Guyenne, ce comté se trouvait particulièrement exposé aux 
entreprises de l'ennemi, et ce fut peut-être à dessein que 
Philippe en confia la garde à l'homme de guerre éprouvé 
qu'était Louis d'Espagne. II s'engageait du reste par avance 
à le dédommager lui ou ses hoirs si le fief venait dans la suite 
à être cédé au roi d'Angleterre : il assurerait au possesseur 
ainsi dépouillé, des domaines équivalents comme dignité et 
comme revenus et l'indemniserait des frais qu'il aurait faits 
pour améliorer la défense de ces territoires. 

Là ne se borna point la générosité du roi à l'égard de son 
cousin : l'année suivante 3, en considération des services qu'il 



1. Arch. nat., JJ 71, n° 160. 

2. Gharenle-lnférieure, arrondissement de Saintes, canton de Cozes. 

3. Arch. nat., JJ 71, n" 3.'5G. Lettres datées de Vincennes en février 18(^0 (n. st.). 



LOUIS DE LA CERDA OU D ESPAGNE ^5 

rendait « de jour eu jour en plusieurs manières », le comte 
de Talmont se voyait encore gratifié, moyennant prestation 
de l'hommage, de mille livres tournois de rente à prendre 
perpétuellement par lui et ses héritiers sur les recottes des 
seigneuries de Poitou et de Saintonge ou de tout autre lieu 
du royaume. 

Ces largesses prouvent que le roi de France appréciait le 
zèle de son nouveau vassal. Les documents sont trop rares 
pour nous permettre de suivre celui-ci dans le détail de ses 
actions guerrières, mais de brèves mentions relevées dans les 
comptes nous le montrent figurant en i339 dans l'armée que 
Philippe de Valois conduisit jusqu'à Buironfosse", tenant en 
i3Ao garnison dans son château de Talmont^, puis chargé 
après le désastre de l'Ecluse de défendre Lille en qualité de 
« capitaine souverain ))^. 

Il reçut un témoignage plus éclatant de la confiance royale 
lorsqu'il fut appelé le l'ô mars de l'année suivante à remplir 
la charge d'amiral que laissait vacante Hue Quiéret, blessé 
mortellement dans cette bataille navale. Durant la trt'vo (pii 
suivit, on travailla avec ardeur du côté français à reconstituer 
la marine si durement éprouvée, et tandis que la plus grande 
activité régnait dans les chantiers de construction et qu'on 
armait les nefs disponibles dans tous les ports de France, 
le nouvel amiral s'employait à recruter des équipages parmi 
les populations maritimes des provinces basques. Quittant 
Paris quelques jours après avoir été investi de son office, il 
s'embarqua à La Rochelle et sa petite escadre jeta l'ancre 
devant Bermeo^ le 21 avril. Pendant deux mois il négocia 
sans obtenir autre chose que des promesses et rentra à 
La Rochelle le 3 juillet. A peine une nouvelle campagne 
commençait-elle qu'une trêve conclue au mois d'août suspendit 
les opérations^. 

1. Bibl. Nat., Nouvelles acquisitions françaises yiiS (collection de Camps), 
fol. It!i8 recto. 

2. Bibl. Nat., Clairambault 43, p. 3235. 

3. Bibl. Nat., Nouvelles acquisitions françaises 7^1 13, fol. 3io %erso. Cf Froissart, 
éd. Luce, t. II, p. xviii. 

4. Bernoeo, province de Biscaye, dist. jud. de Guernica. 

5. La Roncière, Histoire de la marine française (Paris, 1&90, in-<^*)> ^- '' P- 'i^Q-i*'' 

Bull, hispan. 4 



46 BULLEtîN Hispanique 



III 



La période de la vio de Louis d'Espagne qui correspond aux 
années i34i, i3,^2 et i3/j3 est celle qui nous est le mieux 
connue grâce aux détails qu'ont transmis les chroniqueurs Jean 
Le Bel et Froissart sur la guen-e de la succession de Bretagne. 
On sait que la possession de ce duché était disputée par 
Charles de Blois et Jean de Montfort et que la lutte entre les 
deux prétendants constitue un simple épisode de la guerre de 
Cent Ans, l'un des compétiteurs étant soutenu par le roi 
de France, l'autre par le roi d'Angleterre. Lorsque les pairs 
du royaume se furent prononcés en faveur de Charles de Blois, 
celui-ci entreprit de conquérir son héritage et une expédition 
s'organisa sous le commandement du duc de Normandie : 
sollicité d'y prendre part, le comte de Talmont promit son 
concours et en octobre i3^i se rendit à Angers où se concen- 
trait l'armée française. Nous le voyons conduire avec le 
vicomte de Rohan, les seigneurs d'Avaugour, de Clisson et de 
Beaumanoir la première bataille qui se composait de cinq 
cents lances'. Le principal fait de guerre de cette campagne 
entreprise à l'arrière-saison fut le siège de Nantes où le comte 
de Montfort s'était retranché : un jour, aux premières lueurs de 
l'aube, les défenseurs de la place s'étant emparés d'un convoi 
de vivres destiné aux assiégeants furent aperçus par Louis 
d'Espagne, qui exerçait alors le commandement et vivement 
poursuivis jusqu'au pied des murailles, oii une furieuse mêlée 
s'engagea; une partie du butin put être mis en sûreté dans la 
ville dont on ferma les portes, mais une bonne moitié des 
Nantais qui avaient pris part à cette sortie, se trouvant acculés 
au rempart, furent tués ou faits prisonniers 2. 

Vers la Toussaint, les Français, grâce à la complicité de 
quelques habitants, pénétrèrent dans Nantes par surprise et 
capturèrent Jean de Montfort, puis, Ihiver survenant, leur 

1. Froissart, éd. Lace, t. II, p. 107. — Jean Le Bel, éd. Viard, l. I, p. î6/i. 

2. Froissart, éd. cit., t. II, p. 3i2. 



t.OLlS DE I.A CERD.V OU d'eSPAC^E '17 

armt^e se disloqua; elle devait se réunir au printemps suivant 
pour continuer la conquête de la Bretagne. 

En effet, si Charles de Blois était débarrassé de son compé- 
titeur que lo roi de France ^^irdait étroitement à Paris dans le 
cliàteau du Louvre, le parti de Monlfort n'était point abattu : 
à défaut de son mari, la comtesse Jeanne, avec une énergie 
virile, se préparait à la lutte; elle comptait sur le secours de 
l'Angleterre et en l'attendant manifestait l'intention do ne rien 
céder à l'adversaire. On en eut bientôt la preuve et celte cam 
pagne de i342 allait être particulièrement rude. 

Entre temps, le comte de Talmont avait résigné sa charge 
d'amiral ' : nommé, comme nous l'avons vu, au mois de 
mars lo^i, il y renonça le 18 décembre suivant sans que nous 
connaissions les motifs d'une si prompte démission. Mais 
nous savons qu'au printemps de iS/la, il rejoignit l'armée de 
Charles de Blois où il exerçait un commandement important. 
11 est probable qu'il assista à la prise de Rennes et les chroni 
queurs nous le montrent sous les murs dllcnnebont, où la 
comtesse de Montfort s'était enfermée 2. Un jour que les 
Français montaient à l'assaut, cette vaillante princesse, accom- 
pagnée de trois cents hommes d'armes, sortit de la place cl 
s'en vint mettre le feu aux tentes des assiégeants qui n'étaient 
gardées que par quelques valets. Attiré par les cris et la fumée, 
Louis d'Espagne rassembla en hâte des cavaliers et chargea 
l'escorte de la comtesse. Celle-ci, obligée de s'enfuir, fut assez 
heureuse pour échapper à la poursuite et se réfugier dans un 
château voisin. On regretta dans le parti français de n'avoir 
pu la faire prisonnière, mais comme elle était l'âme de la 
défense d'Hennebont, on se consola en pensant qu'elle s'en 
trouvait désormais éloignée et par conséquent moins dange- 
reuse. Aussi le désappointement fut-il grand lorsque, peu de 
jours après, Jeanne de Montfort, déjouant la surveillance, 

I. Ce fait n'a pas échappé au P. Anselme, (t. VII, p. 751); '1 ressort avec évidence 
de l'examen du précieux compte de Nicolas de l'Ospilal, clerc des arbalétriers : 
« M'-^Loys d'Espaigne... du Xlll'jourde mars Tan .CCC\L que il fut fait admirai 
jusques au XXVIII» jour de décembre l'an CCCXLI que il se démisl dudit oITirc. - 
(Bibl. Nat., Nouv. acq. fr., 92/ir, fol. 9.) 

a. Cf. Froissart, éd. cit., t. II, pp. ilt^-iU-]. — Jean Le Bel, éd. ci/., t. I, p. 809. — 
Hennebont, Morbihan, chef-lieu de canton de l'arrondissement de Lonent. 



l\È BULLETIN itlSPAINIÔUfc 

rentra dans la ville et réchauffa par sa présence l'ardeur de 
ses fidèles. Bientôt lassés de la résistance qu'ils rencontraient, 
les assaillants se décidèrent à porter leurs efforts sur un autre 
point et à attaquer Auray ' ; on ne laissa devant les murs d'Hen- 
nebont qu'une partie de l'armée sous le commandement de 
Louis d'Espagne ^. Ce prince, pourvu de grosses machines de 
siège qu'on avait amenées de Rennes, poussa les opérations 
aussi vivement qu'il put, et la détresse des défenseurs fut 
bientôt telle qu'il crut avoir ville gagnée; déjà s'engageaient 
des pourparlers en vue d'une capitulation lorsqu'une flotte 
anglaise parut à l'horizon; elle portait des hommes d'armes 
et des vivres. Ce secours opportun sauva Hennebont, car les 
assiégés ainsi réconfortés firent une sortie heureuse et détrui- 
sirent un des engins de guerre qui battaient leurs remparts. 
Un tel coup porta à son comble le découragement parmi les 
Français : dans un conseil qu'il tint avec ses principaux lieu- 
tenants, Louis d'Espagne, perdant tout espoir d'emporter une 
ville si bien ravitaillée, résolut de lever le siège et de rejoindre 
devant Auray Charles de Blois. 

Pour chercher une revanche de ce grave échec, les troupes 
du comte de Talmont^ furent alors dirigées sur Dinan ; 
chemin faisant on s'empara d'un mauvais petit château que 
les chroniqueurs nomment Conquest, dont la garnison fut 
massacrée et qui fut d'ailleurs repris dès le lendemain par les 
partisans de Monfort. 

La ville de Dinan n'avait pour toutes défenses que la rivière 
de la Rance et des palissades ; pour faire franchir l'eau à ses 
soldats, Louis d'Espagne ordonna de construire des bateaux, 
mais ces préparatifs mêmes furent superflus, car au bout de 
quatre jours, les bourgeois tuèrent leur capitaine qui préten- 
dait les forcer à la résistance et ouvrirent leurs portes. Après 
cette facile victoire, l'armée traversa la presqu'île de Bretagne 
dans toute sa largeur et vint assiéger Guérande^ qu'on investit 

1 . Auray (Morbihan), chef-lieu de canton de l'arrondissement de Lorient. 

2. Froissart, éd. cit., t. II, pp. 1^7 à i54. — Jean Le Bel, éd. cit. , t. I, pp. 3i3ets. 

3. Froissart, éd. cit., t. II, pp. i.ô4 à i58. — Jean Le Bel, éd. cit., t. I. pp. 020 et s. 

4. Guérande (Loire-Inférieure), chef-lieu de canton de l'arrondissement de Saint- 
Nazaire. 



LOUIS DE I,A CERD\ OU d'eSPAGISE ^9 

du côté de la terre; non loin de là, dans la haie du Croisic, se 
trouvaient un certain nombre de navires chargés de vins 
provenant du Poitou et de la Saintonge. L'ancien amiral eut 
l'idée d'y embarquer ses auxiliaires espagnols et génois, de 
sorte que la place, assaillie de tous côtés, fut promptement 
emportée d'assaut. Sans faire quartier aux habitants, les vain- 
queurs se livrèrent ù un pillage elVréné et ne respectèrent 
même pas les églises, dont cinq furent profanées et brûlées. 
Ce dernier forfait parut au chef de l'expédition excéder la 
mesure des licences permises aux gens de guerre et il lit 
pendre sur le-cliamp vingt-quatre des principaux coupables. 
Chargée du butin recueilli dans une ville riche et commerçante, 
l'armée se divisa: tandis que les seigneurs bretons allaient 
rejoindre Charles de Blois toujours occupé devant les murs 
d'Auray, Louis d'Espagne et Antonio Doria s'embarquèrent 
avec leurs Espagnols et leurs Génois sur les navires saisis au 
Croisic et, mis en goût d'aventures et de gain^ firent voile 
vers les côtes occidentales de la Bretagne. Ils y continuèrent 
leurs fructueuses opérations, rançonnant et pillant la région 
de Quimper et de Quimperlé', chargeant les vaisseaux du 
produit de leurs rapines. 

Cette expédition, qui tenait plus du brigandage ([ue de la 
guerre, eut une issue fatale pour ceux qui l'avaient entreprise. 
En effet, à la nouvelle des ravages commis, Gautier de Mauny 
sortit d'Hennebontet atteignit le port de Quimperlé au moment 
où les bandes de Louis d'Espagne étaient à terre et faisaient 
le dégât; il s'empara sans peine des vaisseaux mal gardés, 
y mit cent hommes d'armes et trois cents archers, et débarquant 
le reste de ses troupes qu'il partagea en trois corps, se mit à la 
recherche des pillards. Son avant-garde fut repoussée avec 
perte par le comte de Talmont qui, tout heureux de cette 
victoire, arma chevalier sur le champ de bataille un de ses 
neveux qui l'accompagnait nommé Alphonse ^ Succès éphé- 
mère que l'arrivée du gros des forces de Gautier de Mauny, 

1. Froissart, é.i. cit., l. U, pp. .0o-i03. — Jean Le Bel, éd. cit., l. I. i)p. 3^0 cl ^m^ . 

2. On ne saurait identifier avec certitude ce personnage que ni Salazar m 
Béthencourt ne mentionnent: c'est peut-être un fils de D. Juan Allonvo. ..,i-tiiMir 
de Gibraleon, Irère de Louis d'Espagne. 



5o BULLETIN HISPANIQUE 

auquel s'étaient joints les paysans des environs, changea 
vite en déroute : le nouveau chevalier périt dans la mêlée 
et ce lut à grand' peine que Louis d'Espagne blessé put 
gagner le rivage et se jeter avec une poignée de compagnons 
dans une barque qui mit aussitôt à la voile pourchassée par les 
vaisseaux des partisans de Montfort. Elle aurait été rejointe 
si elle n'avait trouvé refuge dans la Vilaine qu'elle remonta 
jusqu'à Redon. Ayant pris terre sans tarder, le comte de 
Tahnonl réquisitionna les chevaux du pays et galopa jusqu'à 
Rennes, où, enfin à l'abri de la poursuite de l'ennemi, il soigna 
ses blessures. Guéri au bout de six semaines, il rejoignit 
Charles de Blois qui tentait pour la seconde fois le siège 
d'Hennebont après s'être emparé d'Auray et de Carhaix', et 
en fut très bien accueilli, « car il estoit^ dit Froissart, moult 
honnorés et amés... et tenus pour très bon homme d'armes et 
vaillant chevalier » 2. Sa présence, cependant, n'intimida en 
aucune façon les défenseurs de la place, qui, instruits de sa 
récente défaite, le narguaient du haut des remparts et lui 
conseillaient ironiquement d'aller au champ de Quimperlé 
chercher ceux de ses compagnons qui y étaient restés. 

Si l'on en croyait Jean Le Bel et Froissart, ^ ces moqueries 
s'ajoutant au dépit qu'il éprouvait de son humiliant échec et 
au chagrin que lui causait la mort de son neveu, auraient irrité 
le comte de Talmont à tel point qu'elles l'auraient porté 
à chercher une vengeance en tout indigne d'un homme de 
cœur. Ces chroniqueurs, dont l'un, du reste, a en cet endroit 
fidèlement copié l'autre, racontent qu'il se présenta un jour 
dans la tente de Charles de Blois, et devant les seigneurs qui 
entouraient ce prince, le pria de lui octroyer une grâce en 
récompense de ses services. Le duc de Bretagne n'attacha 
pas grande importance à ce propos et promit de le satisfaire. 
Louis demanda alors qu'on lui remît deux chevaliers du parti 
de Montfort récemment capturés, Jean le Bouteiller et Hubert 
de Frenay, qui s'étaient trouvés à l'affaire de Quimperlé; il 

1. Carhaix (Finistère), chef-lieu de canton de rarrondisscment de Chàteaulin. 

2. Froissart, éd. cit., t. II, p. 170. 

3. Jean Le Bel, éd. cit., t. I, pp. 336-33ij. Froissart, éd. cit., t. II, pp. 171 à 177. 



LOUIS DE LA GERDA OU d'ESPAGNE 5i 

ajouta qu'il les ferait décapiter au pied des remparts sous les 
yeux de leurs compagnons. Charles de Blois, étonné, lui fit 
observer ([u'en agissant ainsi à l'égard de prisonniers de guerre, 
on commettrait une cruauté inutile et déshonorante ; il l'engagea 
à réfléchir et h modérer sa colère. Mais Louis d'Espagne refusa 
nettement de changer sa résolution et menaça de (juitter 
l'armée s'il n'obtenait satisfaction. 11 fallut lui céder, et les 
deux chevaliers, qui étaient gardés au château du Faouët, furent 
amenés au camp; le comte de Talmont les alla voir, et savou- 
rant d'avance sa vengeance, leur reprocha de lavoir blessé, 
d'avoir tué son neveu bien-aimé et les avertit de pourvoir au 
salut de leurs âmes, car leur dernier jour était arrivé. Les 
seigneurs français eurent beau joindre leurs instances à celles 
de Charles de Blois pour obtenir que les deux malheureux 
aient la vie sauve, Louis demeura inaccessible à la pitié et 
annonça que l'exécution aurait lieu le jour môme après dîner. 
Aucun détail de ces événements n'était resté inconnu à Gautier 
de Mauny et à Amaury de Clisson, qui, enfermés dans Henne- 
bont, entretenaient des espions dans le camp français. Lors- 
qu'ils surent à quel péril pressant se trouvaient exposés Jean 
le Bouteiller et Hubert de Frenay, ils résolurent de tout tenter 
pour les arracher au supplice. Tandis que Clisson simulait 
une sortie pour attirer l'attention des assiégeants, Mauny 
gagnait par un détour le camp français dégarni et se dirigeait 
vers le lieu où l'on gardait les deux chevaliers voués à une 
mort prochaine, les délivrait et les mettait en siireté derrière 
les solides remparts de la place. Ainsi Louis d'Espagne vit-il sa 
vengeance lui échapper et ne lui resta-t il que la honte d'avoir 
voulu accomplir un assassinat. 

On a fait remarquer avec raison combien cette histoire était 
invraisemblable" : il est certain que la mise à mort de cheva- 
liers pris les armes à la main, de prisonniers reçus à rançon 
est en tout contraire aux usages chevaleresques; en admettant 
même que Louis d'Espagne ait eu la pensée de contrevenir ù 
une loi aussi bien établie que l'inviolabilité de la personne 
des captifs d'un rang distingué, on peut douter que Charles 

I. La Borderie, Histoire de Bretagne (Paris, 1899, i""^'). t- '"> P- ^^^^ "ote 2. 



52 BULLETIN HISPANIQUE 

de Blois et ceux qui l'entouraient aient permis qu'on exécutât 
froidement Jean le Bouteiller et Hubert de Frenay. Il y a donc 
lieu de penser que les deux chroniqueurs se sont faits sur ce 
point les échos d'un récit calomnieux; il faut observer cepen- 
dant que ni l'un ni l'autre n'ont une parole de blâme pour le 
comte de Talmont. 

Que cet épisode soit vrai ou faux, le second siège d'Hennebont 
se prolongeait sans que l'armée de Charles de Blois fît aucun 
progrès; on abandonna l'entreprise vers le milieu d'octobre' 
et le duc de Bretagne s'attaqua à la petite ville de Jugon^ avec 
une partie de ses troupes, tandis que l'autre tenait garnison 
à Carhaix sous le commandement de Louis d'Espagne. 

La chronologie de Froissart est trop incertaine et les docu- 
ments d'archives trop peu précis pour que l'on puisse raconter 
dans l'ordre où ils se passèrent réellement les événements de 
cette période de la guerre de Bretagne. C'est ainsi que les 
historiens ne savent au juste à quelle époque de l'année i3/j2 3 
il faut placer une bataille navale qui se livra dans les parages 
de l'ile de Guernesey entre une flotte anglaise amenant des 
secours au parti de Montfort, portant la comtesse Jeanne et 
Robert d'Artois^ et la flotte française qui lui barrait la route. 
Celle-ci, composée de navires espagnols, était commandée par 
Grimaldi, Doria et le comte de Talmont qui brûlait du désir 
de prendre une revanche de la journée de Quimperlé, Il atta- 
qua l'ennemi avec impétuosité et u fist... grand fuison de 
belles apertises d'armes » ^ mais la lutte engagée à la fin de 
l'après-midi se trouva interrompue par le crépuscule. Les 
combattants ne pouvant se reconnaître dans l'obscurité jetèrent 
l'ancre pour garder leurs positions et recommencer le combat 
à l'aube du jour suivant. Une tempête qui s'éleva pendant la 
nuit força les adversaires à se séparer, mais pas avant que les 
Français aient capturé quatre nefs anglaises chargées de vivres 
et de chevaux. Ils n'en avaient pas moins manqué leur but 



I. Froissart, éd. cil , t. II, p. /|i5. 

a. Jugon (Côtes-du-Nord). chef-lieu de canton de l'arrondissement de Dinan. 

3. Cf. La Roticière, op. cit., t. I, p. Z|G8. 

4. Froissart, éd. cit., t. III, p. 9, 



LOUIS DE I.A CERDA OU d'eSPAGNE 53 

puisque Koberl tlArlois et ses troupes purent aborder en 
Bretagne. 

Contrairement au\ habitudes f,^énéralement suivies, la cam 
pa^rne de i3V? n'avait pas pris tin avec la belle saison ; elle se 
continua pendant l'automne et une partie de l'hiver jusqu'à la 
conclusion de la trcve de Malestroit (nj janvier i'6\?t). 
Edouard 111 vint en personne sur le théâtre des opérations, qui 
se bornèrent au siège de quelques villes occupées par Charles 
de Blois. Nous y voyons paraître Louis d'Espagne qui, après 
avoir tenu la mer un certain temps en compagnie de Grimaldi 
et de Doria sans se faire faute, si l'on en croit Froissart', de 
rançonner les navires marchands des deux partis, débarqna à 
Guérande et vint secourir Nantes; nous le voyons encore avec 
les deux Génois s'efibrcer d'arrêter les convois de vivres desti 
nés aux Anglais qui assiégeaient Vannes, et surprenant un 
jour la flotte ennemie qui mouillait non loin de là, s'emparer 
de quatre navires chargés dapprovisionnoments, dont trois 
furent coulés \ 



IV 



La suspension des hostilités en Bretagne faisait au comte de 
Talmont des loisirs; il ne les consacra pas au repos dans sa 
seigneurie de Saintonge ou dans sa maison de La Rochelle'^ 
Possédant, à n'en point douter, des sommes considérables qui 
provenaient du butin recueilli pendant ses dernières expé- 
ditions, son ambition fallait pousser à tenter une fortune plus 
haute et à employer ses gains à la conquête d'un royaume. 
A vrai dire, ce royaume était situé dans des régions plutôt 
devinées que connues et habité par des peuplades sauvages: il 
s'agissait de l'archipel qui porte dans la nomenclature géogra- 
phique moderne le nom de Canaries. Des navigateurs génois 

I. Froissart, éd. cil., t. III, p. 229. 

3. Froissart, éd. cit., t. III, pp. 28 et s.j. 

3. Louis d'Espagne avait acquis à La Rochelle antérieurement a., mois de juin i3,3 
pour le prix de 5oo livres tournois une maison llanquce d'une grosse tour et un 
jardin sis en face de l'église Saint-Barthélémy (Arch. nat , JJ -!*, n' 499)- 



bli BULLETIN HISPANIQUE 

en quèle do la roule des Indes avaient découvert à la fin du 
XIII" siècle', non loin de la cote occidentale d'Afrique, un 
groupe d'îles que les Carthaginois et les Romains avaient 
certainement visitées, et dans l'une desquelles un autre Génois, 
Lanzaroto Malocello, avait vécu vingt ans. Vers i3Ai, des Italiens 
au service du roi de Portugal avaient fait dans ces parages 
peu fréquentés une expédition dont ils avaient ramené divers 
objets curieux et même quatre indigènes. La nouvelle de ce 
voyage d'exploration et de ses résultais eut un retentissement 
assez grand pour venir aux oreilles de Louis d'Espagne et lui 
inspirer le désir de se rendre maître et souverain de ces terres 
lointaines à défaut du royaume de Caslille, dont un caprice du 
sort l'avait privé. Il serait intéressant de savoir comment il 
fut informé de ces découvertes et quels renseignements il 
recueillit sur ces régions extraordinaires, mais il faut se rési- 
gner à ignorer tout cela et se borner à dire comment il se 
prépara à exécuter un si hardi dessein. 

Les terres qu'il s'agissait de conquérir n'appartenant à 
aucun prince chrétien et étant habitées par des païens dont la 
conversion intéressait l'Eglise, c'est au Pape que le comte de 
Talmont s'adressa pour se faire donner l'investiture. On ne 
connaît pas le détail des négociations qu'il engagea à ce sujet 
avec le Saint-Siège, mais on constate qu'il était à Avignon au 
mois de novembre i344 et qu'il y reçut de Clément VI le titre 
de prince de Fortunie ou des îles Fortunées avec les insignes 
de sa dignité, la couronne et le sceptre. Pétrarque rapporte 
que le jour où il traversa solennellement la cité papale, une 
pluie soudaine troubla la cérémonie, trempant jusqu'aux os 
Louis de la Cerda et son cortège; le poète vit là un présage de 
ce qui attendait le nouveau souverain dans son royaume 
entouré d'eau et qu'on croyait doté d'un climat pluvieux^. 

Des lettres pontificales 3 datées du i5 novembre \3f\^ confé- 
raient à Louis la souveraineté de onze îles, les unes habitées, 
les autres désertes, dont dix étaient situées dans l'Océan et la 



1. La Roncière, op. cil., t. II, pp. io4-ioG. 

2. Pétrarque, Vita solUaria, lib. II, sectio VI, cap. 111. 

3. Raynaldi, Annales ecclesiasUci, t. VI, pp. 359 et suiv. 



LOUIS DE LA CERDA OU d'eSPAO'E 55 

onzième dans la Méditerranée; elles éluieiit énumérées et dési 
gnées sous leurs noms antiques, transmis par Pline. Le \m\n' 
les érigeait en un fief héréditaire qui se transmettrait dans la 
descendance légitime, masculine ou féminine, du comte de 
Talmont; celui ci et ses héritiers > exerceraient tous les droits 
royaux, y compris la frappe des monnaies, ptjurraicnt \ fonder 
des églises et des monastères et leur assurer une dotation. Ces 
établissements ecclésiastiques ainsi que le personnel qui les 
desservirait jouiraient dune pleine et entière liberté. Le 
nouveau souverain et ses successeurs reconnaîtraient la suze- 
raineté du pontife romain, lui prêteraient le serment de lidélité 
et lui paieraient chaque année à la fête de saint Pierre et de 
saint Paul un cens de /400 florins d'or de Florence, sous peine 
d'encourir l'excommunication et la déchéance de leur dignité. 
Toutefois, ce tribut ne serait exigible que lorsque Louis 
d'Espagne ou ses hoirs auraient elfectivement occupé la totalité 
ou la majeure partie des îles Fortunées; lEglise ne s'engageait 
d'ailleurs à fournir aucun subside pour aider à la conquête. 
L'hommage et le serment de vassalité seraient renouvelés en 
personne ou par procureur à chaque changement de pontificat. 
Le texte de l'engagement souscrit par le prince d'observer 
toutes ces conditions et d'être d'une façon générale entière 
ment soumis au siège apostolique fut inséré dans la bulle du 
i5 novembre i3/i4- 

Clément VI ne se borna pas à donner ainsi l'investiture à 
Louis d'Espagne, il voulut encore recommander aux princes 
chrétiens une entreprise qui devait étendre à des populations 
pa'iennes le bienfait de la foi catholique. Il écrivit donc aux 
rois de France, de Sicile, d'Aragon, de Castille et de Portugal, 
au dauphin de Viennois et à la seigneurie de Gênes' pour les 
engager à favoriser l'expédition projetée en permettant au 
prince de Fortunie de se fournir dans leurs Etats de soldats, 
d'armes^ de navires et de provisions de toutes sortes. Il accor- 
dait de plus des indulgences à ceux qui participeraient à la 
conquête de ces terres nouvelles. 

Mais parmi les souverains à la bonne volonté de qui le pape 

I. Annales ecclesiastici, t. NI, p. 3G2. 



56 BULLETIN HISPANIQUE 

faisait ainsi appel, il en était deux que la concession des îles 
Fortunées à Louis d'Espagne ne pouvait laisser indifférents, car 
l'un et l'autre avaient sinon des droits, du moins des préten- 
tions sur ce lointain archipel: c'étaient les rois de Portugal et 
de Caslille. Aussi eurent-ils soin de répondre aux lettres ponti- 
ficales en formulant d'expresses réserves. Tous deux se trouvant 
en lutte presque continuelle avec les Musulmans, espéraient 
conquérir un jour ou l'autre des territoires sur le continent 
africain ; et si des troubles intérieurs et des guerres avec leurs 
voisins les avaient jusqu'alors empêchés d'étendre leurs 
domaines au delà du détroit de Gibraltar, l'établissement d'un 
prince chrétien sur une portion des terres qu'ils convoitaient 
devait exciter leur jalousie. Par une lettre' adressée au pape le 
12 février i345, Alphonse IV de Portugal exposa que les îles 
Fortunées étaient plus proches de ses Etats que d'aucun autre 
royaume, et qu'il en avait déjà pris possession en quelque 
sorte puisqu'il y avait envoyé des navires; il avait la ferme 
intention d'en faire la conquête et d'y porter le christianisme, 
et il aurait déjà accompli ce projet s'il n'en avait été détourné 
par des soins plus pressants. Il réservait donc formellement 
ses droits et annonçait que ses ambassadeurs iraient prochai- 
nement à la cour pontificale pour les faire valoir. Il ajoutait 
cependant que, par déférence pour le Saint-Siège et en raison 
des liens de parenté qui l'unissaient à Louis d'Espagne, il 
autoriserait ce dernier à se pourvoir dans son royaume, moyen- 
nant un prix raisonnable, des hommes et des objets qui lui 
seraient nécessaires pour son expédition. Le roi de Castille, 
Alphonse XI, pour justifier ses prétentions sur l'archipel des 
îles Fortunées, ne pouvait alléguer que des vaisseaux de sa 
nation y eussent abordé, mais il se réclamait, dans une lettre 
datée d'Alcalà de Henares, des droits acquis par ses prédéces- 
seurs sur l'Afrique en général ^ ; il n'insistait d'ailleurs pas sur 
ce point et promettait de favoriser l'entreprise de son cousin. 
Le prince de Fortunie, cependant, s'occupait activement de 
ses préparatifs de départ et l'on possède le texte d'un contrat 

I. Annales ecclesiastici, t. VI, pp. 3G2-363. 
3. Ibidem, t. VI, pp. 363-364- 



l.Ol'IS DE I.A CEROA OU D ESPAGNE 67 

qu'il passa le .'î Janvier i.'î'i') dans le hiit de si- procurer une 
tlotle, avec Ilumbeil, tlaupliin de \iennois'. Il paraît singulier 
au premier abord (piil se soit adressé pour cela à un seigneur 
dont les Klals irélaicnt bornés par aucune mer. mais on doit 
remarquer, d'une pari, (pie la navi^ati<jn sur le Hlione était à 
cette époque très active et, d'autre pari, (pie les montagnes 
boisées du Daupbiné étaient susceptibles de louinir d'excellents 
matériaux pour la construction des vaisseaux, llundjcrt se 
préparait d'ailleurs lui-même à partir pour une croisade dont 
le pape lui avait conlié le commandement; il n'est donc pas 
étonnant de le voir en i3/|5 s'employer aux choses de la m.n ine. 
Il s'engagea à fournir, dans un délai qui n'est point spécifié 
dans l'acte, douze huissiers et six galées munis de voiles, 
d'ancres et de cordages moyennant le prix de mille cent 
onze florins et demi de Florence pour chaque unité ; il se 
réservait de garder pour son usage, s'il en avait besoin, douze 
de ces vaisseaux, le prince de Fortunie ne conservant plus 
dans ce cas que la disposition des six autres. Il est évident que 
la construction de cette flotte devait exiger un délai assez long, 
trop long pour l'impatience de Louis d'Espagne. 11 est probable 
qu'il résilia le contrat qui le liait au dauphin de Viennois et 
qu'il chercha ailleurs des moyens plus prompts de réaliser son 
dessein. On constate que dès la fin de décembre i344, le Saint 
Siège s'efforça d'intéresser à l'entreprise le roi d'Aragon' et 
qu'au cours de l'été suivant, le comte de Talmont se rendit à 
l'abbaye de Poblet, où résidait Pierre IV le Cérémonieux : 
accueilli avec distinction, il fut pendant plusieurs jours l'hôte 
de ce prince et obtint de lui la promesse d'un concours effectif-^. 
On ne peut dire si cette promesse fut tenue et nous ne savons 
en quel pays Louis recruta ses équipages et arma les vaisseaux 
qui devaient le conduire dans son royaume. Encore n'est-on 
pas sûr qu'il ait réussi à réunir le personnel et le matériel 
nécessaires: aucun texte ne donne la certitude qu'il se soit 
réellement mis en route vers les Canaries. Son voyage, en tout 

1. Valbonnais, Histoire du Dauphiné (Genève, 1722, in-lol.), f. il, p. 5oj. 

2. Crônica del rey de Aragon D. Pedro IV el Ceremonioso, éd. Bofarull (Barcelone, 
i85o, iJi-S"), p. 239. 

3. Ibidem, p. 246. 



58 BULLEttN HISPANIQUE 

cas, s'il eut lieu, devrait se placer dans les derniers mois de 
l'année i3/i5 et les auteurs modernes qui en parlent ne donnent 
sur ce sujet aucun détail: ils se bornent à nous apprendre que 
le comte de Talmont ne put même pas atteindre l'archipel des 
Fortunées; seul, un de ses lieutenants, nommé Alvaro Guerra, 
aurait débarqué dans l'île qui porte aujourd'hui le nom de 
Lancerote, mais sans être capable de s'y maintenir'. Ainsi 
s'évanouit pour Louis d'Espagne ce rêve de royaume africain. 



Revenu en France, il reprit le harnais de guerre au service 
de Philippe de Valois, et les chroniqueurs ^ nous apprennent 
qu'il participa à la campagne menée par le duc de Normandie 
en Guyenne contre les Anglais du comte de Derby pendant la 
première moitié de l'année i3/i6, campagne qui se termina par 
l'échec de l'armée française devant la place forte d'Aiguillon, 
dont elle dut abandonner le siège presque au moment oij 
le roi se faisait battre de la manière que l'on sait à Crécy. 
D'après Froissart, le comte de Talmont se distingua au siège 
d'Aiguillon par l'ingéniosité dont il fît preuve en inventant 
« maint nouviel et soutil enghien » pour battre les murailles 
de la forteresse. Mais ses talents d'ingénieur ne purent avoir 
raison de la valeur et de la ténacité des défenseurs. Il est 
probable que ce fut sa dernière expédition guerrière; avant d'y 
prendre part, il avait, au mois de mars de cette même année, 
épousé Guiote, fille de Robert P', vicomte d'Uzès^. 

I. Verneau, Cinq années de séjour aux îles Canaries (Paris, 1891, in-S"), p. 17. — Le 
meilleur historien de cet archipel, Viera y Clavijo, dans ses Xolicias de la historia 
gênerai de las islas de Canaria (Madrid, 1772, in-4°), t. I, pp. 270-272, parle des projets 
de Louis d'Espagne, mais ignore s'ils eurent un commencement d'exécution. — 
M. Verneau n'a pas cité les documents dont il s'est servi : il prétend que le comte de 
Talmont s'embarqua à Cadix au mois d'avril i345. Cette date est certainement inexacte, 
puisque dans l'été de cette même année le prétendant négociait avec le roi d'Aragon^ 
ainsi que ce prince le dit lui-même dans sa chronique. 

3. Jean Le Bel, éd.Viard, t. H, p. 47 — Froissart, éd. Kervyn de LeUenhove, t. V, p. 88. 

3. G. Charvet, Étude généalogique sur la première maison d'ihès dans les Mémoires 
et comptes rendus de la Société scientifique et littéraire d'Alais, 1870, 1. 11, p. 97. — Guiole 
d'Uzès était née à la fin de i332 ; son père était Robert 1", vicomte d'Uzès, et sa mère 
Guiote de Posquières. Leonor de Guzman, première femme de Louis, mourut posté- 
rieurement à l'ilti, date à laquelle elle fît son testament (Béthencourt, op. cit., p. 50). 



LOUIS DE I,A CERDA OU d'eSF'AGîIE Ôq 

Ce second mariage tardif fi va Louis d'Espagne pour ses 
derniers jours dans le Languedoc. On se rappellt- (juau mois 
de février lo/io, le roi de France lui avait fait don d'une rente 
perpétuelle de i,ooo livres à prendre sur les revenus du Poitou 
et de la Sainlonge: désormais allaclié au Midi par ses nouveaux 
liens de famille, il demanda et ol)lirit ([uc celte renie lui 
assignée sur des terres plus voisines de la région qu'il se 
proposait d'habiter. Par un acte' donné à Paris au mois de 
janvier lo'jS, Philippe de \ alois lui concéda, moyennant 
prestation de l'hommage, la maison forte de La Molte-sur- 
Rhône, sise dans la sénéchaussée de Beaucaire, avec toutes ses 
dépendances, haute, moyenne et hasse justice, dont le revenu 
annuel montait à 600 livres tournois; quant aux /ioo livres 
nécessaires pour parfaire la somme de 1,000 livres équivalente 
à celle qu'il abandonnait en Poitou et en Saintonge, on les 
prendrait sur le château et la chatellenic de Grèzes ' en Gévau- 
dan et sur le péage de Marvcjols; tous ces biens étant trans- 
missibles aux héritiers de Louis d'Espagne après sa mort. 

Le prince de Fortunie ne devait pas jouir longtemps de 
ces domaines et lorsque le 00 juin i348 il dicta son testament^, 
il était déjà malade, comme il le dit lui même. Il choisit pour 
le lieu de sa sépulture le célèbre monastère de Saint-Gilles, 
voisin de son château de la Motte; il demanda qu'on l'ensevelît 
dans l'église, qui était alors une des plus belles de la chrétienté, 
à une place convenable qui serait choisie par ses exécuteurs 
testamentaires, et si quelque empêchement survenait, dans 
la chapelle des Franciscains d'Uzès. Ce fut naturellement à 
l'abbaye de Saint-Gilles qu'il attribua la plus large part de 
ses legs pieux: il lui faisait don en effet de deux rentes, l'une 
de 4o livres tournois à charge de dire chaque jour deux messes 
pour le repos de son âme et de celles de sa grand'mère. Blanche 
de France, de son père, Alphonse de La Cerda, et de sa seconde 
femme, Guiote d'Uzès; l'autre de 10 livres tournois spéciale- 
ment destinée à la nourriture des moines, à condition que 



1. Arch. nat., JJ 76, n" 52. 

2. Grèzes (Lozère), arrondissement et commune de Marvejols. 

3. Archives du Gard, H i . 



60 BUIJ.ETIN HISPANIQUE 

chaque année on colcbrùl deux services, le premier au jour 
anniversaire de sa mort et le second en mémoire de son aïeule 
la feue reine de Castillc. De plus, on verserait au monastère 
une somme de cinq livres tournois pour les frais de l'enter- 
rement. Ces dispositions ne devaient recevoir leur effet qu'au 
cas où le corps de Louis d'Espagne reposerait à Saint-Gilles. 
D'autres établissements religieux de la contrée, les Frères 
Mineurs, les Carmes, les Augustins et les Glarisses de Nîmes, 
les Franciscains de Saint-Gilles pour la construction de leur 
couvent se voyaient gratifiés chacun de loo sous tournois; 
l'hôpital de Saint-Antoine de Viennois recevait 5o livres. 
Enfin une somme de loo livres était affectée à la célébration 
de 2,000 messes pour les âmes des défunts qui auraient été 
à quelque titre attachés à la personne et à la maison de Louis 
d'Espagne. 

A l'époque où fut rédigé le document que nous analysons, 
les héritiers directs du comte de Talmont étaient sa seconde 
femme, Guiote d'Uzès, sa mère, Maliaud de Narbonne, deux fils 
et une fille issus de son premier mariage, Louis, Jean et 
Isabelle, ainsi qu'un fils naturel qui portait également le 
prénom de Jean. C'est entre ces personnages qu'il partagea 
ses biens. 

Les îles Fortunées et le titre de prince revenaient au fils 
aîné, Louis ; Jean, le cadet, posséderait la quatrième partie de 
ces terres lointaines qu'il tiendrait en fief de son frère à 
condition de l'aider à les conquérir. Au cas où Louis décéderait 
sans postérité légitime, Jean recueillerait la totalité de l'archi- 
pel; si tous deux mouraient sans enfants, la principauté ferait 
retour au Saint-Siège, qui en disposerait à son gré. 

Le château de la Motte avec les meubles qu'il contenait 
et ses dépendances était attribué à titre viager à Guiote d'Uzès, 
qui le conserverait même au cas où elle contracterait une 
nouvelle union, pourvu toutefois que son second mari fût 
d'un rang équivalent au sien. Si de son mariage avec Louis 

I. La personne que le testateur veut ainsi désigner est certainement Blanche de 
France, fille de saint Louis, sa propre grand'mère en ligne paternelle, qui aurait été 
efTectivement reine de Gastille si l'infant D. Fernando de La Cerda, son mari, 
eût vécu. 



LOI.IS DE I,A CERDA OU d'eSPAGNE fî l 

d'Espagne, Guiote d'Uzès avait des enfants, ceux-ci se parta- 
geraient après elle en parts égales la seigneurie de la Motte; 
dans le cas contraire, ce serait Jean qui lobtiendrait. 

Quant au comté de Talmont et ù l'île d'Oléron, le testateur 
les réservait encore aux entants qui naîtraient de lui et de 
sa seconde femme; celle-ci en jouirait do toute manière 
jusqu'à sa mort, et si elle décédait sans postérité, Louis, ou à 
son défaut Jean, hériterait de ces domaines de Saintonge. 

Mahaud de Narbonne, sa mère, recevait les revenus de trois 
seigneuries situées en Espagne, revenus qui à la mort de 
celte princesse seraient employés à fonder quatre chapel 
îenies, deux dans l'église du Puerto Santa Maria- et deux dans 
l'église Notre-Dame de la Consolation à Séville, chacune étant 
dotée de Aoo maravédis. Louis d'Espagne conGait spécialement 
l'exécution de ce legs à l'évêque d'Avila. Il attribuait le reste 
des biens qu'il possédait encore soit en France, soit en Espagne, 
par portions égales à ses deux fils et à sa fille. Son fils naturel, 
Jean, recevait une somme de loo livres tournois et devait 
rester jusqu'à sa quinzième année confié à Guiote d'Uzès, qui 
prendrait soin de lui. Ses serviteurs enfin, écuyers, valet 
de chambre, courrier, secrétaire, cuisinier, pannetier, valets 
d'écurie, femmes attachées à la maison de la princesse, dont 
plusieurs portent des noms qui décèlent leur origine espagnole, 
se voyaient gratifiés de sommes variant entre Go sous et 
20 livres tournois; à Ortun Garcia, prévôt d'Oléron, il laissait 
sa maison de La Rochelle. Pour le paiement de ses dettes et 
des obligations qu'il avait pu contracter, il assignait les revenus 
qu'il possédait à Grèzes et à Marvejols. 

Il mettait ses volontés dernières sous la protection du pape, 
du roi et de la reine de France et du duc de Normandie, les 
priant, en considération de ses services et des liens de parenté 
qui l'attachaient à la famille royale, de protéger sa femme 
et ses enfants. 

1. C'étaient Gargaiila la 011a, Torremcnga et Pasaron, localités sise» dans la 
province de Câceres, dist. jud. de Jarandilla. Ce legs fait supposer que Mahaud était 
restée en Espagne après la mort de son mari ; elle fut enterrée avec lui au couvent 
des Carmes de Gibraleon (cf. Salazar y Castro, op. cit.. t. I, p. i8't). 

2. Puerto Santa Maria, cher-lieu de district judiciaire de la province de Càdiz. 

Bull, hispan. ° 



02 BULLETIN HISPANIQUE 

Il désignait comme exécuteurs testamentaires Guiote d'Uzès, 
]'abbé et le prieur de Saint-Gilles et le gardien du couvent des 
Franciscains d'Uzès. 

On ne connaît point la date de la mort de Louis d'Espagne, 
du moins la date d'année; le mois et le quantième sont 
indiqués sur l'expédition du testament déposé dans les archives 
de l'abbaye de Saint-Gilles en marge de l'article où il est 
question du service funèbre que le testateur demandait qu'on 
célébrât au jour anniversaire de son décès^ et c'est le 5 juillet. 
Des lettres de rémission accordées au mois d'octobre i35o' 
à un certain Jean de Bondys qui, en état de légitime défense, 
avait tué un individu nommé Etienne Bernard, mentionnent 
expressément que le meurtrier avait appartenu à la compagnie 
de feu Louis d'Espagne: on doit donc placer la mort de celui- 
ci soit en i348, c'est-à-dire peu de jours après la confection du 
testament, qui est du 3o juin, soit en iS/ig, soit en i35o. 

Il y a lieu de rectifier un renseignement donné par le 
P. Anselme et accueilli par Salazar y Castro : d'après lui, 
le prince de Forlunie aurait été encore vivant le 8 mars i35i. 
Le savant généalogiste a été probablement induit en erreur par 
l'examen superficiel d'une pièce insérée dans un des registres 
du Trésor des Chartes ^ donnée le 8 mars i35i et qui est en 
réalité du 8 mars i352 si on en ramène, comme on le doit, la 
date au nouveau style. Cette pièce est bien relative à un per- 
sonnage du nom de Louis d'Espagne, mais qui est le fils aîné 
du comte de Talmont et non le comte de Talmont lui-même. 



VI 



La vie de ce Louis II d'Espagne est fort peu connue: Salazar 
y Castro ignore même son existence, et le P. Anselme qui en 
fait le fils cadet du prince de Fortunie, se borne à nous 

I. Arch. nat., JJ 80, n" ii6 « ... in comitiva defuncti carissimi et fidelis consan- 
guine! no-lri Ludovic! de Yspania ...» Jean de Bondys figure en eiret parmi les gens 
de guerre attachés à Louis d'Espagne lorsque celui-ci remplissait la charge d'amiral 
(Compte de François de l'Ospital, Bibl. Nat., Nouv. acq. fr. 9241, p. 10). 

a. Anselme, op. cit., t. VII, p. 761. 

3. Arch. nat., JJ 81, n° 189. 



Louis de lA cerda où d'espagne 63 

apprendre quil mourut jeune. Au vrai, il était encore de ce 
monde en i383 et dès l'année i3/j5, il était dàge à porter les 
armes. INous possédons en elïet d'une part son testament daté 
du i5 octobre i383', et d'antre part des documents qui ne 
peuvent s'appliquer qu'à lui le montrent servant dans les 
armées du roi de France et recevant des gages au mois de 
septembre i345 en Saintonge, au mois d'août i3''|6 à Paris, 
au mois de juin i357 en Angoumois et au mois d'octobre i358 
en Languedoc 2; dans les deux premières do ces (piiHancos il 
est qualifié d'écuyer et dans les deux autres de chevalier. 

11 ne semble pas qu'il ait jamais pris dans un acte public le 
titre illusoire de prince de Forlunie non plus que celui de 
comte de Talmont, attaché cependant à un fief qui n'était point 
situé aux extrémités du monde et dont il possédait, de par le 
testament de son père, la nue propriété. 

D'ailleurs, les documents que nous avons sous les yeux 
prouvent que les volontés dernières de Louis 1" d'Espagne ne 
furent pas entièrement exécutées, du moins en ce qui concerne 
l'attribution de ses biens à chacun de ses héritiers. En effet, 
s'il paraît certain que Louis 11 ne reçut jamais le comté de 
Talmont qui aurait dû lui revenir après le décès de sa belle- 
mère, ce qui s'explique à la rigueur par ce fait que Guiote 
d'Uzès a pu survivre à son beau-fils, on le voit au contraire dès 
l'année i35i maître du château de la Motte, ainsi que des 
revenus assis sur la châtellenie de Grèzes et le péage de 
Marvejols,qui auraient dû passer à son frère cadet, Jean, lorsque 
Guiote aurait disparu. Or, celle-ci était bien vivante à cette 
époque, puisqu'en cette même année elle épousa en secondes 
noces Aymar de Poitiers, seigneur de Chalançon^; et Jean 
n'était point mort non plus. Une seule hypothèse est plausible, 
c'est que les héritiers s'entendirent pour échanger leurs parts 
et que Guiote d'Uzès, se disposant à un nouveau mariage, 
préféra abandonner La Motte et les rentes du Gévaudau moyen- 
nant une compensation en argent. Incapable de la verser à sa 



1. Archives du Gard, H a. 

2. Bibl. Nat., Glairambault 43 et Pièces originales io65, n° !t. 

3. Gharvet, op. cit., p. 97. 



64 BULLETIN HISPANIQUE 

belle-mère, Louis II, pour se procurer des fonds, songea à 
vendre le produit de la châtellenie de Grèzes et du péage de 
Marvejols, qui montait par an à /|Oo livres tournois : il trouva 
un acquéreur en la personne d'un chevalier, Astorge seigneur 
de Pierre, qui les lui paya 7,000 florins d'or. Mais comme cette 
portion de l'héritage paternel provenait d'un don royal, il dut 
pour que l'aliénation fût valide, solliciter et obtenir l'agrément 
du roi de France. Jean II le Bon approuva en juin i35i ce 
transfert de propriété' et consentit à exempter le vendeur du 
paiement des droits de lods et ventes; mais le seigneur de 
Pierre fut obligé, pour son acquisition, de verser au trésor 
royal 2,000 florins 2. II semble aussi qu'à ce moment, Louis II 
d'Espagne ne se souciait pas de conserver le château de 
La Motte qui, du reste, avec ses dépendances, ne produisait 
pas plus de 3oo livres de revenu annuel, quoiqu'on eût estimé 
celui-ci à une valeur double lorsque le prince de Fortunie en 
avait été gratifié. L'héritier demanda donc la permission de 
s'en dessaisir, renonçant à réclamer une indemnité pour les 
sommes que son auteur et lui-même avaient, de ce chef, 
perçues en moins ; et le 8 mars 1 352, le roi l'autorisa 3 à aliéner 
ce fief entre les mains de toute personne soit séculière, soit 
ecclésiastique, et même à le céder à un établissement de main- 
morte; il le dispensa aussi du paiement des droits de mutation. 
L'acquéreur de la seigneurie de La Motte fut, à n'en pas 
douter, Jean II lui-même. Un acte dont l'analyse seule a été 
conservée^ fournit en effet la preuve que ces terres situées au 
bord du Rhône avaient été achetées par le roi de France 
et qu'en i358 le régent du royaume les donna à Imbert de 
Peschiés, écuyer et chambellan, pour le récompenser de ses 
services; plus tard, le roi Jean, sorti de captivité, confirma 
cette donation. 

I. Arch. nat., JJ 80, n'ôii. 
a. Ibid., JJ 83, n* lOi. 

3. Lettres données à Poissy (Arch. nat., JJ 81, n» 189). Dans la notice qu'il a consacrée 
à Louis II d'Espagne, Béthencourt (op. cit., t. V., p. 60) visant cette pièce citée par le 
P. Anselme prétend qu'elle avait pour objet de confirmer à Louis la possession du 
comté de Talmont. Cette assertion est complètement inexacte. 

4. Archive» du Gard, B i, p. 124 : « ...donnation faite en i358par le fils du roi Jean 
à Imbert de Peschiés écuyer et chambellan, du château de La Mote avec ses apparte- 
nances que le roy avoit acheté de Louis d'Espagne... » 



LOIIS DE LA CERDA OV UESPAGNE 65 

Un autre lait demeure certain, c'est que Louis II s'établit et 
mourut sans postérité dans une région assez éloignée du 
diocèse de Nîmes: son testament, rédigé le i5 octobre i383, 
alors qu'il était gravement malade, nous le montre installé 
dans le pays de Caillac, au château de Belbèse, sur la rive 
droite du Tarn, près de Lisle-d'Albi '. C'est dans la chapelle 
des Augustins de cette ville qu'il demandait à être enterré et 
il faisait aux églises, aux couvents et aux confréries pieuses de 
la contrée différents legs, mais il n'avait point oublié le Lan- 
guedoc, car l'abbaye de Saint fiilles était appelée à recueillir 
l'ensemble des biens qu'il possédait en France, moyennant 
certaines charges; quant à ceux de ses domaines qui étaient 
situés en Espagne, il les laissait à sa sœur, Isabel de La Cerda, 
dame du Puerto Santa Maria et comtesse de Médina Celi, ou à 
ses descendants. 

Après la mort de Louis, qui dut suivre de peu la confection 
du testament, les moines de Saint-Gilles commencèrent les 
démarches nécessaires pour entrer en possession de leur part 
d'héritage, mais ils se virent contrariés par la sœur du défunt, 
qui prétendait que son frère était décédé intestat et que la 
succession tout entière devait lui revenir, La cause fut portée 
à la cour du sénéchal de Toulouse et un procès se serait engagé 
si les parlies n'eussent préféré transiger. Elles en vinrent à un 
accord qui fut scellé à Saint-Gilles^ dans le courant de l'année 
i386: les fondés de procuration de la comtesse de Médina Celi 
et les religieux s'entendirent pour revendiquer de concert 
l'ensemble des biens de Louis II d'Espagne sis en France et 
pour se les partager dans une proportion déterminée. Nous ne 
savons d'ailleurs pas à quel résultat leurs efforts aboutirent. 

D^" Isabel de La Cerda, qui vint ainsi réclamer contre tout 
droit, si l'on s'en rapporte à la lettre du testament, une part 
dans la succession de Louis, était la seule proche parente qui 
lui restât, car son frère Jean était mort dans des circonstances 
tragiques que nous rappellerons plus loin. Elle était le dernier 

1. Archives du Gard, H 2. 

2. Lisle-d'Albi (Tarn), chef-lieu de canton de l'arrondissemenl de Gaillac, 

3. Arcliives du Gard, Il 3. La date du mois est elïacée. 



66 BULLETIN HISPANIQUE 

enfant du prince de Fortunie et de Leonor de Guzman ; on 
ignore la date de sa naissance et on ne sait si elle vint jamais 
en France. Mariée d'abord à D. Rodrigo Alvarez de Âsturias, 
seigneur de Gijon, Trastamara et Norona, (( adelantado mayor » 
de Léon et des Asturies,, elle épousa en secondes noces D. Ruy 
Ferez Ponce, seigneur de la Puebla de Asturias, Cangas et 
Tineo', l'un des grands à qui Alphonse XI conféra l'ordre de 
la chevalerie en i332 lors de son couronnement. Devenue 
veuve, elle fut, dit-on, en butte aux poursuites amoureuses de 
Pierre le Cruel. Par un acte daté de Séville, le 20 mai 1066, 
Henri II lui confirma la possession du Puerto Santa-Maria 
qu'elle avait hérité de son frère Jean et lui concéda en outre 
des domaines dans la région de Jerez de la Frontera. Son 
troisième mari fut Bernard de Foix, fils bâtard de Gaston 111 
Phébus, venu en Espagne pour servir Henri II dans sa lutte 
contre Pierre le Cruel et qui reçut en récompense le comté de 
Mediua Celi^ De cette union naquit un fils, D. Gaston de La 
Cerda dont les descendants formèrent une des plus illustres et 
des plus puissantes familles de la monarchie espagnole. 

Nous avons dit déjà que le second fils de Louis 1" s'appelait 
Jean; de même que pour sa sœur, il ne reste nulle trace des 
séjours qu'il put faire en France. Fixé dans la péninsule ibéri- 
que, il est connu sous le nom de D. Juan de La Cerda et 
posséda les seigneuries de Gibraleon et du Puerto Santa-Maria. 
De son mariage avec D^ Maria Coronel il n'eut point d'enfants^. 
En 1357, pendant une guerre contre FAragon, il commandait 
sur la frontière un corps de troupes avec D. Alvar Ferez de 
Guzman, qui avait épousé D* Aldonza Coronel et était par 
conséquent son beau-frère. Là ils apprirent que le roi Pierre I", 
lors de son dernier séjour à Séville, s'était épris de D" Aldonza 
et l'on savait que ce pripce ne connaissait aucun obstacle 
quand il s'agissait de satisfaire son désir. Offensés, les deux 



I. Béthencourt, op. cit., t. V, pp. 176 et 177. 

a. Represenlacion documentada del duque de Médina Celi sobre precedencia en el acto 
de la coberlura como grande de Espana (Madrid, 1900, in-8°), pp. 35 et suiv. 

Par un acte daté de Burgos, ir, décembre 1371, Henri II confirma à Isabel de La 
Cerda la possession de la ville de Médina Celi (ibid., pp. 43 et suiv.). 

3. Béthencourt, op. cit., t. V, pp. 61 et suiv. 



LOUIS DE I,A CERDA OU d'eSPAGNE 67 

beaux-frères résolurent de quitter le service d'un roi qui voulait 
attenter à leur honneur. Abandonnant son poste, D. Alvar 
Ferez de (Ju/nian passa à rcnneini, tandis (jue I). Juan de La 
Ccrda gagnait l'Andalousie où étaient situés ses domaines, dans 
rintenlion de soulever le pays. Le roi, inquiet de cette défection, 
songea un moment à venir en personne combattre les rebelles, 
mais il crut pouvoir se confier à la fidélité des autorités de 
Séville'. Et de fait, les bandes réunies par D. Juan de La Cerda 
furent vaincues aux environs de Béas et Trigueros^; leur chef 
fut fait prisonnier et enfermé dans la tour del Oro. Pierre l'"', 
prévenu, dépêcha aussitôt un des arbalétriers de sa garde, qui 
étaient les ministres ordinaires de ses vengeances, avec l'ordre 
de tuer le seigneur de Gibraleon. Sur ces entrefaites, la femme 
du rebelle vint se jeter aux pieds du roi, implorant la grâce de 
son mari. Elle l'obtint, mais si grand que fût son empresse- 
ment à rejoindre et à devancer l'exécuteur de la fatale sentence, 
lorsqu'elle arriva à Séville, il y avait huit jours que D. Juan 
avait cessé de vivre -^ La veuve désolée chercha un asile dans 
le couvent des Clarisses de cette ville et y embrassa la vie 
religieuse ; elle fonda plus tard un autre monastère placé sous 
le vocable de sainte Inès et c'est là qu'elle mourut^'. 

Georges DAUMET. 



I. Crônicas de hs reyes de Castilla, éd. cit., t. I, p. 477. 

a. Béas el Trigueros, prov. et dist. ,jud. de Huelva. 

3. Crônicas de los reyes de Castilla, éd. cit., t. I, p. 478. 

4. Mérimée, Histoire de Don P'cdre /'''■ (Paris, i865, in-iC), p. 226. 



NOTES 

SUR LES RAPPORTS DE NANTES AVEC L'ESPAG^E 



II {Suite'.) 



III. Les Espagnols à Nantes 
sous le gouvernement du duc de Mercœur. 

On a écrit que le duc de Mercœur avait transformé Nantes 
en une cité espagnole. Ainsi présentée, cette affirmation est 
inexacte, car la lecture des pages qui précèdent suffît à démon- 
trer que la colonie espagnole de Nantes était prospère et 
florissante bien avant son gouvernement. Néanmoins la poli- 
tique suivie par lui et son alliance avec Philippe II furent pour 
la colonie espagnole une cause indirecte de développement. 
Sous le gouvernement du duc de Mercœur, la Bretagne et la 
ville de Nantes reçurent un nouvel apport de population 
méridionale, car de nombreux soldats et marins déserteurs se 
fixèrent sur nos côtes et dans nos ports. 

Nous n'entreprendrons pas de raconter les intrigues de 
Philippe II et du duc de Mercœur 2; néanmoins, il nous faut 
retracer dans les grandes lignes les événements qui ont gran- 
dement influencé Thistoire économique de Nantes. Durant la 
période qui s'étend de la mort d'Henri 111 à l'année iSqS, le 
duc eut deux attitudes différentes. De 1089 à iBgS, le gouver- 
neur de Bretagne garda au cœur ses ambitions secrètes. 
Pendant cette phase de six ans il accorda et refusa tour à tour 
son concours à Philippe II. Il tergiversa, changea d'attitude 



1. Voir Bull, hispan., t. XIV, p. 119 et 383. 

2. De Carné, Correspondance du duc de Mercœur et des ligueurs bretons avec l'Espagne, 
3 vol. in-4°, Hennés, 1899. Cf. Introduction et Correspondance, 



NOTES SUR LES nAI'POUTS DE NANTES AVEC I.'eSPAGNE 69 

et de tactique, cherchant surtout ù obleiiir du roi d'Espagne 
des secours en hommes et en urgent. Après l'année lôyy, il se 
lia définitivement à la cause de Philippe II par des serments 
solennels. Mais, ce roi ne tenant pas à son égard les engage- 
ments qu'il avait contractés, Merco'ur ne prit pas une position 
très nette entre le roi d'Espagne et Henri IV. Aussi, an luoniciil 
où ce dernier triompha définitivement des ligueurs bretons, 
le duc n'eut-il pas de peine à faire son évolution, évolution 
profitable d'ailleurs et dont le terme fut marqué par le niaiiage 
de sa fille Françoise avec César, duc de Vendôme. 

Cette période de dix ans est intéressante au point de vue 
de l'histoire des Espagnols à Nantes. Au cours de l'année 1089, 
arrivait dans la ville Diego Maldonado, ancien secrétaire 
d'ambassade à Paris. Homme de confiance de Philippe 11, il 
était chargé de lui faire connaître tout ce qui se passait en 
Bretagne et de le tenir au courant des faits et gestes du duc de 
Mercœur. Ce fut par son intermédiaire que le gouverneur de 
Bretagne obtint un premier secours de troupes destinées à 
combattre l'armée française. Ce corps d'expédition débarqua 
à Saint-Nazaire le 12 octobre iSgo et vint ensuite à Nantes. 
Cette armée de secours fut traitée aux frais de la ville. A cette 
occasion le miseur paya 589 écus pour 29 pipes de vin 
clairet d'Anjou et d'Orléans et 687 écus pour les frais de 
nourriture '. 

Les soldats furent-ils trop bien traités, trouvèrent-ils du 
charme à l'existence de Nantes, toujours est-il que le 25 novem- 
bre, trois cents hommes se déclarèrent malades, au moment 
011 le corps d'expédition devait rejoindre au Blavet le gros de 
Tarmée. Ces soldats se répandirent dans les faubourgs de 
Nantes 011 ils commirent mille bassesses. Malgré les réclama- 
tions de Don Juan d'Aguila qui commandait en Bretagne les 
forces espagnoles, Diego Maldonado ne put jamais faire rejoin- 
dre les déserteurs. La municipalité de Nantes dut même, pour 
les surveiller, créer un poste d'administrateur des soldats 
malades. Cette fonction échut à Lycentrado Vglayme, qui, à 

i, ArcU. mun. Nantes, CC. i3C. 



70 BULLETIN HISPANIQUE 

titre d'honoraires, reçut une somme de 3o écus". Bon nombre 
de ces pillards s'établirent définitivement à Nantes et entrè- 
rent au service des marchands de la Fosse. 

Une grande partie de la population de Nantes était à ce 
moment complètement gagnée à la cause de l'Infante d'Espa- 
gne. Des lettres de la municipalité, datées de 1690 et iôqi, 
nous renseignent sur les sentiments qu'elle professait à l'égard 
du roi d'Espagne. Dans celles-ci, le maire et les échevins 
remercient Philippe II d'avoir envoyé des secours à la ville, 
ils supplient le roi de les autoriser à faire venir d'Espagne de 
la poudre, des boulets de Biscaye et des munitions. Non seule- 
ment la municipalité était en correspondance avec le roi 
d'Espagne, mais elle lui envoyait même un ambassadeur 
spécial pour l'assurer de ses sentiments de sympathie. 

Pour soutenir la cause de l'Infante, les Nantais versaient des 
fonds. Dans les comptes des années 1689 et lôgi, on relève 
une souscription de 11,000 écus donnés par le Chapitre de 
Nantes; 3, 000 écus furent versés par Bocaz. Les fournisseurs 
ouvraient des crédits aux troupes espagnoles. François Le Goff 
et José Merceron, boulangers, Pierre Hernao, apothicaire^ 
d'origine espagnole, étaient créanciers du roi d'Espagne pour 
fournitures faites à ses troupes. A la fin de l'année ibg^, plus 
de 8,000 écus étaient dus par Philippe II à la ville de Nantes. 

Des particuliers rédigeaient des mémoires sur les droits de 
l'Infante. De la MotheJacquelot et sa fille écrivaient au roi 
d'Espagne des épîtres suppliantes : « J'ozere supplier très hum- 
blement S. M. de croire que si en peu de temps elle n'envoyt 
nouvelles forces pour la rivière de Loyre et conquester les 
provinces qui la voisinent et villes qui sont sçituées sur icelle 
et sur la rivière de Meyne, l'établissement de l'hérétique 
prendra tel fondement qu'il sera impossible d'y remédier. » 

L'opinion publique de Nantes était nettement favorable à la 
cause de l'Infante, ce qui n'a pas lieu de surprendre, estimera- 
t-on, car vu le nombre et l'importance de la colonie espagnole 
établie dans la ville, celle-ci avait pu influencer les sentiments 

i. Ibid., ce. i36, 



NOTES SUU I.ES RAl'I'ORTS DE NA,NÏES AVEC l'eSI'AGNE 7I 

des nantais. Or, c'est un fait qui parait indéniable, les {grandes 
familles espagnoles, à quelques rares exceptions près, parais- 
sent être demeurées fidèles à la cause du roi de France. En 
1589, Charles de ilarrouys^ sieur de Lespinay, conseiller du 
roi et président présidial de Nantes, était maire pour la seconde 
fois. Le 7 avril, la duchesse de Mercœur, le trouvant trop 
dévoué aux intérêts du roi, le fit enlever et jeter dans une 
chambre étroite du château'. 11 demeura deux ans en prison 
et pour en sortir il dut payer 3,ooo écus de rançon, deux écus 
par jour pour ses gardes et un écu et demi par jour pour sa 
nourriture. Pendant sa détention ses biens avaient été saccagés 
et pillés. Sa veuve ne fut indemnisée qu'en 1619. Lors de son 
séjour à Nantes, Henri IV devait reconnaître les services de 
Charles de Harrouys en le nommant maire de Nantes pour 
Tannée lôgS-iSgg. 

Jean de Santo Domingo, échevin, subit le même sort que 
Charles de Harrouys. H fut remplacé dans ses fonctions par 
Etienne PouUain. Si nous ouvrons le Livre doré de la ville, 
nous constatons que pas un membre de la colonie espagnole 
n'appartint au corps municipal pendant plusieurs années. 
Seul Bernardin d'Espinoze fut élu échevin au mois de mai logô; 
il avait d'ailleurs embrassé le parti du duc de Mercœur, qui le 
récompensa en le pourvoyant d'une charge de conseiller au 
Parlement de Bretagne en septembre 1^97. 

L'opinion publique de Nantes, durant toute la première 
période de l'alliance de Philippe 11 et de Mercœur, fut surtout 
travaillée par les envoyés et les aiïîdés du roi d'Espagne. En 
dehors de ses agents officiels, ce roi avait en Bretagne de nom- 
breux agents secrets. Outre Maldonado, on vit arriver à 
Nantes, au mois de mai lôgi, Martin de Çamudio et un corde- 
lier espagnol, Matteo de Aguirre. Ils étaient accrédités auprès 
de Mercœur et chargés de lui faire des propositions person- 
nelles au cas où les droits de l'Infante sur la Bretagne seraient 
officiellement reconnus. Ces envoyés furent reçus au son du 
violon, des fêtes furent données en leur honneur, la munici- 

j. Livre doré de l'hôtel de ville de Nantes, art. Charles de Harrouys. 



7^ BULLETIN HISPANIQUE 

palité les logea à ses frais et prit même à sa charge leurs 
dépenses de location de linge et de blanchissage, ainsi qu'il 
résulte d'une quittance donnée par Marie Juchaud, marchande 
de lingeries. 

A cette époque, Nantes avait pris les allures d'une cité espa- 
gnole. Dans la ville circulaient les ambassadeurs et leur 
suite. Des soldats espagnols erraient dans les rues. La langue 
castillane était parlée à la Fosse, dans le quartier de Saint- 
Nicolas et sur la paroisse de Sainte-Croix. Outre les navires de 
commerce venant de Bilbao, des vaisseaux battant pavillon du 
roi d'Espagne amenaient ses courriers Martin de Çamudio, 
Juan Reyero de Penayoras. Les maîtres de camp, Rodrigo de 
Horosco et Carlos de Amecola, commandants des troupes de 
renfort envoyées par Philippe II, stationnaient à Nantes avec 
de nombreux officiers. De toutes les villes de la Péninsule 
débarquaient à Nantes des facteurs espagnols qui se firent 
naturaliser par la suite. Les Domingo, les Jean Darroque, les 
Jacques de Sangon, les Hortuno de Barec, les Petro de Les- 
campo, les Seanche de Villeab et tant d'autres qui n'ont pas 
laissé de traces apparentes dans les annales de la ville vinrent 
se fixer à Nantes dans le dernier quart du xvr siècle. A aucun 
autre moment la colonie espagnole de Nantes ne fut plus nom- 
breuse et plus envahissante. Et cependant les crises politiques, 
les troubles causés par les guerres de religion, les coquetteries 
même de Mercœur et du roi d'Espagne n'allaient pas sans de 
graves inconvénients pour le commerce maritiine de la ville. 
Nous rapporterons ailleurs les méfaits des marins espagnols 
commandés par don Diego Broschero. Ceux-ci croisaient sur 
les côtes de Bretagne et pillaient les navires. Les nantais, que 
leur zèle pour Philippe II n'aveuglait pas absolument, se plai- 
gnaient de l'insécurité des mers et de l'absence d'affaires 
commerciales. Ils avaient beau faire décréter la liberté du 
commerce par les États réunis à Vannes, leur négoce était 
dans le marasme le plus complet. Il était urgent qu'un admi- 
nistrateur habile reprît en main la cause du commerce et de 
l'industrie et rétablît l'ordre dans un pays que les factions et 
les guerres civiles conduisaient à la ruine. 



NOTES SUR LES HAI'PORIS DE .NANTES AVEC i/eSI'AGNE 



TV. La Contractation. 

Dans la notice (juil a consacrée à la ville de Nantes, tl'l'ix- 
pilly, en parlant de la (Contractation, dit après la Martinière : 
« On remaïque à Nantes une société bien singulière, établie 
depuis plus d'un siècle entre les marchands de cette ville et 
ceux de Bilbao. Cette société s'appelle la Contractation et a 
un tribunal réciproque en forme de juridiction consulaire. 
Un marchand de Nantes qui se trouve à Bilbao a droit d'assis- 
ter aux séances de ce tribunal et y a voix délibérative. De 
même les marchands de Bilbao, quand ils sont à Nantes, sont 
traités de la môme manière. C'est à cause de cette société que 
les laines d'Espagne ne paient à Nantes qu'un droit fort léger, 
en revanche, les toiles de Bretagne sont traitées sur le même 
pied en Espagne. » Depuis le xvni'' siècle, presque tous les 
historiens de la ville se sont contentés de reproduire cette 
notice du dictionnaire d'Expilly et sauf M. de la NicolUère- 
Teijeiro, dans un article consacré aux Cordeliers de Nantes', 
nul n'a cherché à retracer, même brièvement, les origines et 
l'histoire de cette confrérie commerciale et religieuse. 

La Contractation est cependant l'institution qui a le plus 
contribué au développement des relations de la ville de Nantes 
avec les cités commerçantes de l'Espagne et notamment avec 
Bilbao. Pour saisir les origines de cette institution, il nous 
faut faire une incursion dans l'histoire des Flandres et dans 
celle de Bilbao. 

Le II octobre 1/^28, le duc de Bourgogne, Philippe le Bon, 
accordait au roi de Castille quelques privilèges, au nombre 
desquels étaient les suivants : le roi de Castille et ses suc- 
cesseurs avaient le droit d'instituer à Bruges un ou plusieurs 
consuls et gouverneurs de marchands, maîtres de navires et 
marins de la nation d'Espagne résidant en Flandres ^ Ces 
consuls, conjointement avec les Espag'nols habitant la contrée, 

1. Bull, de la Soc. des Archives de Nantes, année 1877. 

2. Finot, op. cit., passim. 



7/i buLLËttN Hispanique 

pouvaient tenir lofje cl assemblée pour y délibérer et ordonner 
les mesures utiles au commerce, connaître de toutes les 
actions civiles entre gens de leur nation. Le droit de vingtième 
denier sur les biens et marchandises des négociants des cinq 
provinces d'Espagne était aboli. Les souverains prenaient 
également l'engagement de ne plus délivrer de lettres de 
marque sur les innocents et non coupables de la nation 
d'Espagne à l'occasion de roberies ou prises faites par les 
sujets du roi de Castille au préjudice des Flamands. Ce traité 
fut la charte constitutive de la Chambre de commerce espa- 
gnole de Bruges, la Casa de Coniraciacion. 

Au xv" siècle, la ville de Bilbao, malgré sa fondation 
récente, était devenue la cité la plus florissante et la plus 
prospère d'Espagne, et lorsqu'au siècle suivant les principaux 
commerçants de cette ville eurent fondé à Bilbao une Casa de 
Contractation, celle-ci entretint avec les Chambres de com- 
merce privilégiées des pays étrangers les relations les plus 
suivies. Les membres de la Contractacion de Bilbao prirent 
en quelque sorte l'initiative de la direction du commerce 
espagnol'. Nous en avons une preuve dans les faits suivants. 
Par suite de perturbations politiques et économiques, plu- 
sieurs années se passèrent sans que fût remplie ù Bruges la 
charge de consul de la nation d'Espagne. Le /» mai i585, 
considérant que cet état de choses était dommageable à leurs 
intérêts et à ceux du commerce de la Péninsule, les consuls de 
Bilbao réunis aux négociants de la ville désignèrent d'office, 
Pierre de Orozeo comme consul de Bruges, et Louis Vasseur 
comme trésorier de la Chambre de commerce de cette ville. 
En 1610, Louis Vasseur ayant dû faire des avances aux 
Espagnols résidant en Flandres se trouva leur créancier et 
voulut, pour se rembourser, faire saisir la maison de la Con- 
tractation de Bruges. Les négociants de Bilbao décidèrent que 
pour le dégagement de cet immeuble on appliquerait à toutes 
les marchandises venant d'Allemagne ou des Flandres un droit 
d'un réal. Exception était faite pour les marchandises advenant 
par la voie de Nantes. 

I. Teofilo Guiard Larauri, //isforja de la noble villa de Bilbao, paasim., Bilbao, 1900. 



NOTES SUR LES RAPPORTS DE NANTES AVEC L ESPAGME 7Ô 

Les traités de conunerce uncieniieniont passes ciilre les 
Flandres et le roi de Castille étaient donc toml)és en désuétude; 
seule, la ville de Bill)a() avait ciierché à maintenir à liru^'es 
les prérogatives que iMiilipj)e le lion avait octroyées aux 
Espagnols. 

Les événements qui se sont passés en Flandres se sont sans 
doute reproduits en Bretagne. Aussi bien quelques historiens 
ont-ils pu croire que l'institution de la Contractatioii, au lieu 
d'avoir, dans les débuts, le caractère d'un accord hispancj- 
breton avait été le résultat dune entente entre les deux seules 
villes de Nantes et de Bilbao. 

Ces faits exposés, revenons en Bretagne. 

Au moment de la mort du duc Jean IV, en 1^99, son fils, 
à peine âgé de dix ans, fut placé, jusqu'en i/io/î, sous la tutelle 
de son oncle Philippe, duc de Bourgogne. Après son retour 
en Bretagne, l'oncle et le neveu entretinrent des relations 
cordiales; il n'est pas surprenant que Jean V ait adopté sur 
plusieurs points les idées de son tuteur et notamment ses 
vues économiques. 

Jean V fut toujours disposé à favoriser les relations commer- 
ciales des Bretons et des étrangers. 11 en a donné maintes 
preuves. Or, en i43o, il conclut avec le roi de Castille et 
de Léon un traité de commerce qui fut confirmé dès l'année 
1435. Si l'on rapproche cet instrument du traité passé entre 
le duc de Bourgogne avec le roi de Castille en i/(28, on 
constatera une analogie complète entre les deux actes. Dans 
l'un et dans l'autre, on relève des modérations de droits 
fiscaux, la suppression des lettres de marque ou de repré- 
sailles. Le traité hispano-breton prévoyait à Nantes l'établis- 
sement d'un consul, procureur et boursier d'Espagne, ayant 
juridiction sur les commerçants de sa nation trafiquant en 
Bretagne. Outre ce consul, était créé à Nantes un conservateur 
des alliances entre la Bretagne et l'Espagne. 

Ce traité, publié dans les actes et mandements de Jean V, 
a un caractère général'. A part la résidence du consul qui est 

I. Blanchard, Lettres et mandements de Jean V, année i/(3o. Le dispositif seul du 
traité a été publié. 



76 BULLETIN HISPANIQUE 

fixée à Nantes, il n'est stipulé aucun avantage spécial pour 
cette ville. 

Le traité de i/|3o fut signé le 20 avril par Nicolas de Villa- 
musar et Alfonso de Vergianos, ambassadeurs du roi d'Es- 
pagne. Jean de iVlalestroit, éveque de Nantes et Ghancho 
d'Escarre, furent établis juges des contestations qui avaient pu 
naître depuis le 10 avril 1429'. ^ nigo d'Arceo de Burgues fut 
institué consul auprès des officiers du duc pour défendre les 
intérêts des Espagnols. 

Ce traité fut la base et l'origine de la Gontractation. Dans 
quelles conditions fonctionnèrent, au cours du xv- siècle, les 
institutions qu'il avait créées ? Nous l'ignorons. Toutefois on 
peut affirmer que le juge conservateur des alliances existait 
en i/i66. Jean d'Orbieto, sujet espagnol, ayant été fait 
prisonnier à cette date, le duc de Bretagne ordonna aux gens 
de la justice de Rennes de se dessaisir de l'affaire concernant 
cet étranger, l'instruction de celle-ci étant de la compétence du 
chancelier de Bretagne, résidant à Nantes, son juge naturel, 
comme conservateur des alliances entre la Bretagne et 
l'Espagne 2, 

Au point de vue fiscal, les Espagnols prétendaient à des 
immunités à la fin du xv*" siècle. Le 21 mai 1^92, les fermiers 
du denier pour livre sur les marchandises foraines repré- 
sentent que leurs bénéfices ont fléchi par suite du ralentissement 
du commerce et surtout par suite des prétentions des Espagnols 
qui se prétendent exempts de droits en vertu des anciens 
traités 3, 

Les documents du xv" siècle sont muets sur l'organisation 
de la Ghambre de commerce des Espagnols de Nantes et sur le 
rôle de leur consul. 

Les faits semblent toutefois démontrer que ces étrangers 
possédaient une organisation commerciale. En effet, pendant 
la guerre entre la France et la Bretagne, le commerce n'étant 

1. Pâques tombant le i(3 avril i4oo, la rétroactivité du traité ne dut porter que sur 
dix jours; il faut lire par conséquent lo avril i43o. 

2. Arch. de la Loire-Inférieure Livre des mandements de la Charnière des 
comptes, B 4, f° 76. 

3. Arch. mun. de Nantes, CC. 383. 



NOTES SVh LES KAPl'OUT.S DE NANTES A\EC l'eSI'AG.\E ~- 

pas sur à Nantes, les maîtres de navires espagnols avaient 
délaissé ce port cl peu à peu les étrangers s'étaient retirés à 
La Rochelle. Or, en i4y3, le 29 décembre, par mandement 
spécial, Charles VIII constate que les l]spagnols avaient avant 
la guerre bourse et csUippe coiilutiiicre et qu'à la suite des évé- 
lu'uienls politiques ils ont cessé de se réunir comme ils avaient 
l'habitude de le l'aire; aussi, pour favoriser le développement 
du commerce hispano-nantais rétablit-il les privilèges jadis 
accordés aux Espagnols. 

Il résulte de ces différents faits qu'au cours du xV siècle, 
les négociants espagnols avaient à Nantes des prérogatives 
spéciales dont ils avaient su profiter et tirer parti. 

A dater du règne de François I", la colonie espagnole de 
Nantes pritun essor considérable. Les Ruys, les Santo-Domingo, 
les Myrande, les d'Espinoza, les Compludo, les de la Presse et 
tant d'autres allaient donner au trafic hispano-nantais un essor 
considérable. 

Ce fut sans doute vers celte époque que les habitants de 
Bilbao cherchèrent à profiter exclusivement des avantages 
dont jouissaient à Nantes les trafiquants de la nation d'Espagne. 
Ils voulurent absorber à leur profit la majeure partie du 
commerce existant entre le port de Nantes et la Péninsule 
ibérique. 

Ils accordèrent aux Nantais le droit de prendre part aux 
délibérations de leur Chambre de commerce. En octroyant ce 
privilège aux négociants nantais ils ne se compromettaient 
guère, car bien rares étaient à cette époque les commerçants 
français qui se déplaçaient pour leurs affaires. Les habitants 
de Bilbao, en revanche, faisaient valoir leurs prérogatives 
commerciales. Depuis le début du xiv*^ siècle, ils avaient 
supprimé dans leur port les droits de péage, ils avaient obtenu 
à Séville, à Malaga, aux Canaries diverses exemptions de droits. 
Les Bretons avaient donc avantage à faire transiter leurs 
marchandises par le port de Bilbao. En outre, ils avaient même 
intérêt à les faire partir par le port de Nantes. En effet, si les 
toiles de Bretagne exportées en Espagne parvenaient par les 
navires sortant de ce port, elles ne payaient pas de taxes 

Bail, hispan. *' 



*7^ BtLLETJN HISPANIQUE 

à Bilbao. Ce privilège avait été rappelé en 1610 lorsqu'on dut 
établir des droits d'entrée pour le dégagement de la Casa de 
Contractacion de Bruges. Par contre, les laines d'Espagne arri- 
vant en Bretagne par Nantes étaient exonérées de droits. C'était 
là un avantage appréciable, car, à certaines époques, le droit 
de la prévôté de Nantes atteignit Ao"/» de la valeur des laines'. 

Peu à peu, en se basant ainsi sur les anciens traités, en 
s'octroyant de mutuels avantages, il s'était formé une alliance 
tacite entre les habitants de Nantes et de Bilbao. En même 
temps une association s'était établie à Nantes entre les 
armateurs français et les courtiers espagnols. Us avaient 
institué une société chargée d'affréter des navires en commun. 
Cette Société était dénommée Compania de los Seîiores del 
Salvo Gonduto^. Les affrètements étaient le plus souvent 
effectués par les soins du consul espagnol de Nantes que les 
documents dénomment parfois /ac/eur général. 

Cette institution du consul espagnol fut du reste fortement 
attaquée par les Nantais, lorsque, aux environs de l'année i56o, 
commença ù se faire sentir, contre les Espagnols, le mouve- 
ment de réaction dont nous parlerons. Quand Charles IX eut 
institué dans les grandes villes la juridiction consulaire, les 
Nantais demandèrent la suppression du consul espagnol. Ils 
arguaient de son inutilité, de son favoritisme à l'égard de ses 
nationaux et ils s'élevaient principalement contre l'usage en 
vertu duquel ce facteur général se chargeait de l'affrètement 
des navires pour le compte des membres de la Compagnie 
du Sauf-Conduit, en excluant les marchands non affiliés à la 
société. Une enquête fut ouverte par les juges- consuls de 
Nantes sur les us et coutumes admis pour les chargements des 
navires destinés à la traite d'Espagne. L'information fut 
ouverte au mois de février 16673, mais il ne semble pas que 
les habitudes aient été modifiées puisque jusqu'en 1783, les 
membres de la Contraclation ont toujours élu un consul choisi 
parmi leurs membres. 



I. Arch. de la Chambre de commerce de Nantes^ C. C97, cote 3; G. G99, cote 2, f°5. 
a. Arch. de la ville Nantes, HH. 190, 191. 
3. Arch. mun. de Nantes, HH., 188. 



NotES SUR Les hAPi'ORxs bi: nantès avec l'esi'Agne 7;) 

Tandis que les Nantais entamaient la lutte contre le consul 
espagnol, quelques-uns de leurs compatriotes commerçaient 
difficilement en Espagne et principalement à Bilbao. Sans 
doute, n'étaient-ils pas alliliés à la Société du Saul-Gonduil; 
toujours est-il que les ennuis ne leur étaient pas épargnés. 

La doctrine mercantile s'était inliltrée à liilbao. Au mois 
d'octobre i566, Vezerra, juge des traites de celte ville, ordonna 
que tous les négociants étrangers dussent, à l'arrivée au port, 
manifester toutes leurs marcbandises, en déclarer la valeur; 
puis, à leur départ, dire celles qu'ils avaient vendues, et indi- 
quer le montant de leurs achats, de manière que l'on fût assuré 
que le numéraire ne sortît pas du pays. Cette mesure fut 
l'origine de la Saca, dont des Gaseaux proposa l'établissement 
en France dans son mémoire sur le commerce'. 

Les Nantais eurent beaucoup à souffrir de la sévérité des 
lieutenants de la Saca. Noël Breton et Louis Poullain, avant 
eu des difficultés avec ces officiers, furent jetés en prison et du 
fond de leur cachot ils firent connaître aux. maires et échevins 
de Nantes les mauvais traitements qu'on leur avait infligés. La 
municipalité s'émut de ces plaintes et de celles d'autres Nantais. 
Aussi, le 25 août lôyS, le maire de Nantes écrivit-il aux 
alcades de Bilbao pour protester contre les mauvais traite- 
ments subis par ses compatriotes. Sa lettre se terminait par 
ces mots : « V^euillez permettre que l'ancienne amitié et con- 
tractation de votre ville et de celle-ci ne se perdent. » Cette 
lettre de 1678 est le seul document du siècle où se rencontre 
l'expression de Contractalion^ . 

De l'ensemble des faits que nous avons rapportés, il semble 
bien résulter que si les Espagnols n'avaient pas à Nantes, 
comme à Bruges, une Chambre de commerce installée dans 
une demeure spéciale, ils possédaient au moins une organisa- 
tion complète. 

Les négociants espagnols résidant à Nantes devaient même 
avoir des archives au xvi' siècle, car une partie des comptes 
du fameux André Ruys a passé aux archives de la Conlrac- 

I. De Boilisle, Correspondance des contrôleurs généraux, t. Il, p. ttç,2. 
a. Arch. mun. de Nantes, HH., i88. 



8o hlJtLETIN mSfANlQL'Ë 

talion. Les registres qui les contiennent nous sont parvenus, 
ainsi que les cahiers des délibérations des membres de la 
Contractation de 1602 à 1783. 

Au xvn* siècle, la Contractation apparaît comme une asso- 
ciation commerciale fortement constituée et empreinte d'un 
caractère religieux très marqué. 

La Contractation était composée de commerçants nantais et 
de facteurs espagnols'. Le but poursuivi par la Société était 
Taffrètcment en commun des navires à destination de l'Espagne. 
Les connaissements étaient rédigés par le consul de la con- 
frérie. Quiconque violait les règlements était passible d'une 
amende de dix livres, destinée à subvenir aux frais du service 
divin célébré dans l'église des Cordeliers. Seuls pouvaient 
utiliser les navires de la Contractation les membres de cette 
Société. Ainsi fut-il décidé, lorsqu'on 1628 les Portugais, parti- 
culièrement nombreux à Nantes, émirent la prétention de 
jouir des prérogatives accordées aux commerçants affiliés à la 
Contractation. 

La Compagnie soutenait des procès commerciaux d'un 
intérêt commun, elle émettait des vœux analogues à ceux que 
les Chambres de commerce actuelles font parvenir au gou- 
vernement. En 162 1, la Contractation soutint devant le 
Conseil d'État un procès contre le fermier de la Traite. Celui ci 
prétendait faire payer des droits aux importateurs de laines 
provenant de Bilbao. S'appuyant sur des pancartes anciennes 
de 1537, les membres de la Société soutenaient qu'ils étaient 
libres d'importer des laines espagnoles franches de droit. En 
i635, le bureau de la Compagnie émettait un vœu sur la 
liberté du commerce avec l'Espagne. 

Un consul, un trésorier et des administrateurs constituaient 
le bureau de la Contractation. Cette Société avait un budget 
établi tous les ans à la réunion du 3i décembre. 

Celui-ci était alimenté par les droits d'entrée, les cotisations, 
les amendes et des taxes spéciales frappant les importations et 
sorties des marchandises appartenant à ses affiliés. Ces taxes 
furent fixées, en 1642, à cinq sous par fardeau de toiles, deux 

I. Arch. mun. de Nantes, HH., i88 et suivants. 



NOTES SUR LES RAPPORTS DE NANTES WEC 1,'eSPAGNE 8i 

SOUS par balle do papiers, trois sous par fardeau de laines 
d'Espagne. Les dépenses étaient de natures diverses. Elles 
comprenaient les frais de chargotncnl des navires, les frais de 
procès, les dons à etîectucr aux religieux et les impenses 
occasionnées par les cérémonies diverses. 

Le trésorier de la Conlractation rendait compte du budget 
à la réunion de fin d'année. A titre d'exemple, voici le compte 
des dépenses présenté par Hené Drouin. Elles se montent 
à 792 1. 12 s. et comprennent notamment : 16 I. 12 s. pour 
!\i paires de gants; 1/4 livres pour frais du feu à la veille de la 
Saint-Jean; 200 livres au cirier; i4o livres aux Gordeliers; 
83 livres au Bon-Pasteur; i33 livres au traiteur, pour le repas 
des soixante -six membres à la Fête-Dieu. Les recettes de 
l'année se sont élevées à 108 1. 12 s. pour droits d'entrée et 
à 28 livres payées comme prix de certificats pour l'Espagne'. 

Le budget de la Contractation ne se serait pas équilibré si la 
Compagnie n'avait eu d'autres ressources personnelles, mais 
elle possédait une fortune propre qui était placée de diverses 
manières. En 17 16, le bureau avait placé 1,700 livres à 35 0/0 
sur les navires l'Aurore partant pour la Guinée, le Jasnn et la 
Mariede-Bon Secours qui faisaient voile pour Saint-Domingue. 
En 17 19, les membres de la Contractation préférèrent placer 
leurs fonds en actions de la Compagnie des Indes plutôt que 
de les risquer directement dans des aventures maritimes. 

Les réunions des associés de la Contractation avaient lieu 
au couvent des Cordeliers. Dans cet établissement se trouvait 
la chapelle des Espagnols, De tous temps les membres de leur 
colonie avaient enrichi celle-ci de leurs dons généreux; la 
lecture des registres des délibérations de la Contractation 
prouve que les tenants de celte confrérie ne négligèrent pas 
la chapelle des Espagnols. Une somme de 160 livres fut votée 
en i632 pour réparer l'église des Cordeliers; en it)63, ordre 
fut donné au consul de la Contractation de faire blanchir 
la chapelle et d'y faire peindre les armes d'Espagne. 

La réunion la plus importante de l'année avait lieu le jour 
de la Saint-Sylvestre. C'était au cours de cette assemblée que 

i, Arch, mun. Je Xantes, HH-, 195- 



8a BULLETIN HISPANIQUE 

le budget était voté et qu'avaient lieu les élections du bureau. 
La nomination du consul était surtout intéressante, puisqu'il 
était l'âme même de la Compagnie. Ce haut dignitaire fut 
presque toujours choisi parmi les membres de la colonie 
espagnole. Tour à tour au xvii" siècle, Jacques de Bourgues, 
André de Santo-Domingo, Etienne de Bourgues, Bonaventure 
de Marques, Jacques et Pierre d'Espinoze, remplirent la charge 
de consul de la Gontractation. 

Les statuts de la Société demeurèrent presque immuables 
jusqu'en l'année 171/1. A. cette époque, ils furent modifiés en 
assemblée générale et les règles suivantes furent établies : le 
nombre des adhérents sera limité à quatre-vingt-dix. Il ne sera 
reçu, pour combler les vides, que des négociants domiciliés 
à la Fosse de Nantes. — Les droits d'entrée seront de 25 livres 
pour les fils des membres de la Société et de 5o livres pour 
les autres personnes. Le récipiendaire devra aller remercier les 
anciens dont les noms seront désignés par le consul. Le consul 
recevra /lo sols, au lieu de 20, pour les dépenses du repas qui 
se fait le jour de l'octave de la Fête-Dieu. — Un bedeau sera 
nommé pour aller porter à chacun des membres de la Société 
un billet d'avertissement, la veille de chaque cérémonie. — Le 
jour de la Fête-Dieu, il sera présenté à chacun des membres de 
la Conlraclation une paire de gants blancs. — Une grand'messe 
de requiem sera célébrée pour les défunts à Saint-Julien de la 
Fosse. — On ne pourra assister aux services et cérémonies des 
RR. PP. Cordeliers qu'en habit noir etgants blancs, sauf à peine 
de 3o sols d'amende et de la privation du cierge qui doit être 
présenté au jour de la Purification... etc. 

Ces règles nouvelles ne devaient pas subsister très long- 
temps ; l'ancienne Gontractation des marchands de la Fosse 
disparut le 26 janvier lySS. A cette date, les membres de la 
Société se réunirent une dernière fois; puis, considérant que, 
par suite du grand nombre de démissions, les derniers 
membres étaient contraints de payer aux Cordeliers de Nantes 
i/jo livres par an pour entretien de leur chapelle, ils décidè- 
rent de se retirer de leur couvent. 

Ainsi prit fin la Gontractation de Nantes. La chapelle des 



NOTES SUR LES RAPPORTS DE NANTES AVEC l'eSI'AONE 83 

Espagnols n'en subsista pas moins jusqu'en 1875. A celle 
époque, le couvent des (iordeliers fut démoli et la chapelle 
disparut avec lui. 



y. Rapports de Nantes et de l'Espagne 
aux xvir et xviii siècles. 

La colonie espagnole de Nantes atteint son apogée à lu lin 
du xvi" siècle. Durant cent cinquanle ans, elle s'est développée, 
ses membres ont acquis des fortunes rapides, se sont fait 
naturaliser Français, se sont confondus avec la population et 
ont infusé un sang nouveau dans les veines des anciens habi- 
tants du Comté nantais. Si quelques-uns des Espagnols sont 
repartis vers leur pays d'origine, la majeure partie d'entre 
ceux qui ont commercé à Nantes ont élu domicile dans cette 
ville et ont francisé leurs noms. Au xvii" siècle, aussi bien 
dans les charges municipales que dans les fonctions consu- 
laires, nous retrouvons les noms déjà connus des Marquez, 
des Jacques de Bourgues, des d'Espinoze, des Hérédié, des 
Sanlo- Domingo. De nouveaux Espagnols arrivent encore et 
renforcent le contingent de la colonie, mais ces nouveaux 
venus s'adonnent seulement au négoce et ne se mêlent pas à 
la vie de la cité à l'instar de ceux qui les avaient précédés. 
Toutefois, le nombre des naturalisations diminue sensible- 
ment à dater de l'avènement de Henri IV. Sur les registres 
de la Chambre des Comptes, on relève cependant les noms de 
Sébastien de Segnantes (de Bilbao), de Gilles Barberan, de 
Martin Gueldo (de Bilbao), de Domingo Durquixo, de Domingo 
Verguno, de Jean Antoine de Lares (de Bilbao) '. 

De celte diminution du nombre des lettres de naturalisation, 
on ne saurait cependant inférer que les marchands espagnols 
fussent, à Nantes, moins nombreux que par le passé. Le 
commerce nantais était entièrement aux mains des étrangers. 
Jamais les négociants français ne subirent une crise semblable 

I. Arch.de la Loire-Inférieure. Mandements de la Chambre des Comptes, Y* XV-WJ 
et suivants, 



84 BULLETIN HISPANIQUE 

à celle qui dura depuis la mort de Henri III jusqu'au début 
du xvii" siècle. La marine marchande était réduite à néant; 
la piraterie sévissait de toutes parts; les guerres de religion 
avaient affaibli et ruiné le pays. De tous côtés s'installaient 
en France des étrangers qui s'emparaient des meilleures 
affaires. 

A Nantes, les Hollandais affluaient déjà, les Portugais 
s'étaient peu à peu introduits dans la ville à la fin du xvi^ siècle 
et leur nombre allait encore s'accroître à partir du moment où 
Henri IV les prit sous sa protection. Sur cent cinquante navires 
de commerce ayant appartenu aux négociants de la ville de 
Nantes, douze seulement subsistaient à cette époque. Dans tous 
les ports de France et dans les grandes cités commerciales, les 
habitants faisaient entendre de lamentables supplications. 

A Nantes, un mouvement de réaction contre les Espagnols 
avait commencé à se faire sentir vers i565. Il était dû à diverses 
causes. Les commerçants de la place jalousaient les fortunes 
rapides des étrangers venus de Bilbao, de Burgos et des autres 
cités de la Péninsule. En parlant de la contractation nous avons 
déjà relaté l'animosité des Nantais contre le consul espagnol. 
En 1676, les Nantais protestaient auprès du roi de la trop 
grande facilité avec laquelle était accordée la qualité de Français 
aux étrangers établis dans leur ville. Leur supplique visait 
principalement les Espagnols, ils demandaient que les lettres 
de naturalisation ne leur fussent accordées que s'ils étaient 
mariés à une Française, en ayant déjà des enfants, et après 
deux ans de séjour dans la ville ■. 

Les habitants de Nantes suivaient alors le mouvement géné- 
ral qui poussait tous les Français à se plaindre de la trop grande 
multiplicité des maisons espagnoles établies en France. « Jour- 
nellement les estrangers s'habituent et prennent pied dans la 
ville, jouissant de pareils privilèges que les bourgeois... ils 
embrassent tout le traffic. » écrivait au roi le Parlement de 
Rouen. Il n'y a pas vingt familles de négociants français en 
Espagne, tandis que la seule ville de Rouen ne compte que des 

\. Le Bœuf, Du Commerce de Nantes, ch, I", 



NOTES SUR LES RAPPORTS DE NANTES AVEC I. 'ESPAGNE 85 

maisons hollandaises, espagnoles ou flamandes, rapporte un 
ambassadeur étranger, au début du xvii" siècle'. 

Il faut avouer, d'ailleurs, que les procédés adoptés par les 
Espagnols à l'égard des commerçants français trafiquant dans 
leur pays n'étaient pas faits pour encourager ceux-ci à fonder 
des comptoirs dans la Péninsule. Nous avons rapporté plus 
haut les mauvais traitements infligés à Noël Breton et à Louis 
Poullain. S'étant rendus à Bilbao, ils furent maltraités par 
les olïiciers de la Saca. La municipalité de Nantes protesta. 
D'autres marchands de Nantes avaient été obligés, pour se 
dérober à de mauvais traitements, de fuir dans les montagnes 
ou de se réfugier dans les églises 2. Les Etats de Bretagne 
s'émurent de ces plaintes fréquentes des sujets bretons com- 
merçant en Espagne et à la session du mois de décembre 1578, 
les membres des États demandèrent au roi des lettres de 
marque contre les Espagnols. A titre de représailles contre les 
marchands de Bilbao qui molestaient les Bretons, ils sollici- 
tèrent l'autorisation d'arrêter huit ou dix sujets du roi 
d'Espagne 3. 

Si les Espagnols s'installaient en France comme en pays 
conquis, ils supportaient difficilement la présence des négo- 
ciants français. En Biscaye, ils n'accordaient que très peu de 
lettres de naturalisation, tenant à conserver intacte la pureté 
de leur sang, la limpieza de sangre'*. 

Sous le gouvernement de Mercœur, le mouvement de réac- 
tion contre les Espagnols alla en s'affaiblissant. Nantes eut 
bien à subir des dommages de la part des marins de Don Diego 
Broschero,mais les plaintes des habitants furent plutôt indivi- 
duelles que générales. Quand devint définitif le triomphe 
de Henri IY,les lamentations des Nantais se firent entendre de 
nouveau. Ils avaient espéré que le traité de Yervins, signé en 
1098, allait ramener l'harmonie entre la France et l'Espagne. 
Leurs illusions furent de courte durée. Les Espagnols avaient 
établi sur les marchandises importées sous paviljnn fiMinai^ 

I. De la Iloncière, Histoire de la marine française, t. IV. 
■'.. Arch. mun. de Nantes, HH., i88. 

3. Arch. d'Ille-et- Vilaine, C, 26^7. 

4. Hye Hoys, cité par Finot, op. cit., p. 398. 



86 BULLETIN HISPANIQUE 

un droit ad valorem de 'Sa o/o. Henri IV répondit par l'établis- 
sement d'un droit analogue. Les Hollandais elles Anglais seuls 
profitèrent de cette taxe, car ils vinrent à la Fosse de Nantes 
chercher des affrètements. La traite avec l'Espagne fut même 
un instant interdite. La liberté du commerce avec ce pays ne 
reprit qu'en 1602, mais bien que l'interdiction de commercer 
avec la Péninsule eût été levée, la traite des blés ne fut auto- 
risée à Nantes qu'à dater de Tannée i6o4'. 

Le commerce hispano-nantais fut tellement atteint au début 
du xvii" siècle, que les fermiers des droits de la prévôté de 
Nantes obtinrent des remises importantes sur leurs prix de 
ferme. Pararrêts du Conseil du roi, en date du 18 décembre i6o4, 
les cautions et associés de feu Georges Moucheron, fermier 
de la prévôté de Nantes^ obtinrent une remise de 6,000 livres, 
« attendu les pertes causées par les épidémies et la défense de 
trafiquer avec l'Espagne » 2. L'année suivante, un arrêt du 
12 mars i6o5 accordait un rabais dun quart aux fermiers des 
deniers de la prévôté, « à cause de l'interdiction de commercer 
avec l'Espagne » 3, 

Durant toute cette période, les marchands de Nantes qui 
s'étaient rendus en Espagne avaient été maltraités de diverses 
manières. Ils adressèrent au roi de nouvelles suppliques en 
1601, mais celles-ci ne furent sans doute pas écoutées, car à 
quelques années de là ils eurent encore occasion de réclamer 
au gouvernement aide et protection contre les autorités 
espagnoles^. 

A dater de cette époque, il est presque impossible de suivre 
les rapports de l'Espagne et de Nantes. Pour ce faire, il serait 
nécessaire de retracer l'histoire générale du commerce de la 
France. Aussi relaterons-nous seulement quelques faits ayant 
spécialement trait à l'histoire de ce port. Malgré les diverses 
phases des luttes engagées entre la France et l'Espagne, le 
port de Nantes continua sous les règnes de Louis XllI et de 
Louis XIV à entretenir des relations commerciales avec Bilbao 

j. Travers, tome 111, Lettre de Henri IV à M. de Manba:oii. 
■2. iNoël Valois, Arrêts du Conseil, n° 8828. 

3. IbiJ., n° 91 57. 

4. Arch, mun. de Nantes, HH. 188, 189. 



NOTES SUR I.ES RAPPORTS DE NANTES AVEC l'espaGNE 87 

et Cadix. Les récits des voyageurs comme Jouvin de Roche- 
fort, les statistiques commerciales comme celles de Béchanieil 
de ^'ointel nous renseignent à ce sujet. Nous savons par les 
tiélibérations des membres de la Contractation qu'au cours 
du xvu" siècle, les navires sortant de la Loire à destination de 
l'Espagne emportaient les marchandises les plus diverses. 
A cet égard les registres de l'Amirauté de Nantes nous sont une 
source abondante de renseignements, peu variés il est vrai. 
Cenlrecours des marchandises entre Nantes et la Péninsule 
n'alla pas sans quelques dilïicullés nouvelles. l"]n lOli'j. le 
gouverneur de cette ville interdit l'entrée du port aux navires 
nantais sous le prétexte qu'ils pouvaient être contaminés par 
la peste'. A Cadix, en i683, les Espagnols entrepositaires de 
denrées françaises furent taxés de droits très lourds par le 
Conseil d'Espagne et les Nantais joignirent leurs protestations 
aux autres négociants française Ces plaintes motivèrent 
d'ailleurs l'expédition du maréchal d'Estrées qui, à la tète de 
quarante navires de guerre, alla menacer Cadix. 

Comme bien d'autres, les Nantais eurent à souffrir de la 
mesure prise par les États d'Aragon, lorsque ceux-ci interdirent 
aux Français non naturalisés de faire le commerce de gros ou 
de détail^. 11 est probable enfin que certains marchands de 
Nantes périrent à Saragosse, en 169/1, lorsque les habitants de 
cette ville massacrèrent les Français qui s'y trouvaient^. 

Durant le xvu^ siècle ont subsisté à Nantes les grandes 
maisons fondées par des Espagnols qui s'y étaient établis du 
temps de François F'. Nous retrouvons la trace des Ruys, des 
de Bourgues, des Marquez, des Rocaz, des Hérédié, des Santo- 
Domingo et des d'Espinoze. En revanche, nous perdons la trace 
de mutiples Espagnols arrivés plus tardivement et de tous ceux 
qui se fixèrent à la Fosse à partir du règne de Henri 1\ . Il faut 
toutefois excepter les Polo, qui s'installèrent à Nantes vers 1680. 
Venus de Burgos, ils fondèrent une maison de taillanderie 
importante et leur descendance a fait souche dans la ville. 

I. Arch. mun. de Nantes, HH, i88, i8(j. 

a. Ihid. 

3. De Boilisle, Correspondance des contrôleurs (jénérauçc. 

4. Ibid. 



88 «IJLLETIN HISPANIQUE 

Moins énergiques, moins audacieux sans doute, les nouveaux 
venus ne réalisèrent pas les mômes fortunes que leurs prédé- 
cesseurs. Il convient d'ajouter, d'ailleurs, que ceux-ci furent, 
au xvi' siècle, les maîtres du commerce nantais. A peine eurent- 
ils à lutter contre quelques Anglais ou Hollandais. Les Espa- 
gnols qui émigrèrent à Nantes au xvii" siècle eurent au 
contraire à subir la concurrence des Portugais et des Hollan- 
dais, dont la colonie fut toute-puissante pendant près de 
cent ans. 

Au xviii" siècle, la concurrence commerciale devint encore 
plus vive. En dehors des étrangers de tous les pays et dont le 
nombre s'accrut par suite de l'émigration des Jacobites, les 
Espagnols durent compter à Nantes, tout au moins, avec les 
armateurs et les commerçants indigènes, dont l'esprit d'entre- 
prise s'était réveillé. Ceux-ci, à leur tour, dans des affaires de 
toutes sortes, constituèrent des fortunes considérables et don- 
nèrent un essor nouveau au port de Nantes. 

Ce ne fut pas toutefois au début du nouveau siècle que les 
négociants nantais purent faire aux étrangers une concurrence 
sérieuse. Le commerce était retombé dans le marasme le plus 
absolu. Des Caseaux signale dans son mémoire le triste état du 
port de Nantes à la fin du règne de Louis XIV '. 

Le négoce avec l'Espagne était très ralenti, les Nantais 
avaient espéré que l'avènement du petit-fils de Louis XIV 
aurait modifié le cours des choses, mais les traités de com- 
merce qu'on avait étudiés en 1705 n'avaient pas abouti. Les 
relations avec Bilbao, Barcelone et quelques autres ports 
étaient déjà bien amoindries quand éclata la guerre, en 17 19. 
Cette déclaration des hostilités surprit les commerçants. Ils 
demandèrent au comte de Toulouse l'autorisation de continuer 
pendant six mois la traite d'Espagne de manière à pouvoir 
retirer leurs effets et recevoir ceux qui étaient en souffrance; 
ils désiraient aussi adresser dans ce pays les approvisionne- 
ments qu'ils avaient effectués en vue de la campagne d'été. 
Cette autorisation leur fut refusée^. Les armateurs des deux 

I. Gabory, La marine et le commerce de Nantes. 1902. 

:j. Arch. cje la Chambre de commerce (4e Nantes, G. 8ç)3. 



NOTES SI H LES HVIM'ORIS DE NANTES WEC i/esI'AGNE 8<J 

pays essaycTctil de se livrer à leurs opérations et ils y réussis- 
saient tant bien ([iie mal. I()is([ue, le 2O janvier 1720, l'Amirauté 
donna l'ordre de ne plus délivrer de congés aux navires 
emportant des marchandises à destination de l'Espagne el du 
l*orlugal. Les Maniais prolestèrent contre celte mesuic, ils 
écrivaient : « Le commerce soulï're beaucoup de ces inlcriup- 
tions du trafic avec l'Espagne. Il \ a en ce moment trois on 
quatre vaisseaux de Bilbao qui chargent oïdinairement du 
sucre, du cacao et de la toile... il taut bien que ces l)àlimenl.s 
s'en retournent chez eux'.» L'Amirauté fut inllexible et il 
fallut attendre encore six ans avant de voir renaître la liberté 
absolue du commerce avec l'Espagne. La paix fut signée en 
1729 et notre orientation politique se modifia. 

Lorsqu'une alliance étroite l'ut intervenue entre la France et 
l'Espagne, nos navires voguèrent librement dans les mers du 
Sud. Les grands armateurs nantais des Caseaux, Montaudouin 
et d'autres s'adonnèrent principalement au commerce des 
matières d'or et d'argent. La fièvre de l'or sévit en France, 
galvanisa en quelque sorte la marine marchande à son déclin 
et lui donna une vie nouvelle. Des mers du Sud arrivaient à 
Nantes des navires chargés de riches cargaisons et de métaux 
précieux. Sur tous les effets venant de la mer du Sud un droit 
de 5 à 6 0/0 était perçu au profit du roi d'Espagne. Ce droit 
était connu sous le nom d'Induit du roi d'Espagne. Les Nantais 
qui comptaient alors parmi les principaux armateurs de France 
ne cessaient de réclamer l'abolition de cette taxe el leurs 
doléances étaient d'autant plus vives que le taux de l'induit 
n'était pas toujours fixe, d'une part, ni par ailleurs, propor- 
tionné à leurs bénéfices. Après l'expédition de Gibraltar, par 
exemple, l'assemblée des commerçants de Cadix, présidée par 
Francisco de Vaxas décréta que, pour couvrir les frais de la 
guerre, l'induit serait porté à 20 0/0 pour les commerçants 
étrangers. Les négociants espagnols avaient, quant à eux, 
accordé un induit de 18 3/7j 0/0 sur les matières d'argent et de 
12 1/2 0/0 sur celles d'or. Les étrangers établis à Cadix proles- 
tèrent. Les Nantais écrivirent à leur député pour lui demander 

i. Arch. de la Chambre de commerce de Nantes, G. 898. 



^Ô eULLÉriN iilSPANIQtÈ 

d'intervenir auprès de l'ambassadeur d'Espagne alin de l'aire 
rapporter cette mesure'. Ils établissaient dans leur mémoire 
les charges qui pesaient sur le commerce des métaux précieux. 
Celles-ci se chiflraient de la manière suivante : 

5 o/o d'induit ordinaire — i o/o pour le consulat espagnol— 
ijlx o/o pour la reconstruction de la cathédrale de Cadix — 
1/2 0/0 comme droit de navigation — i 1/2 0/0 de fret. 

Les frais généraux de ce négoce se montaient donc à 
8 1/4 o'^o. Les Nantais faisaient valoir dans leur supplique les 
risques considérables qu'ils couraient en armant des navires 
au long cours chargés d'apporter des métaux précieux. Les 
navires de guerre qui accompagnaient ces bateaux de com- 
merce ne réussissaient pas toujours à éloigner les corsaires. 
Le désastre de Vigo est, du reste, une preuve célèbre de la 
véracité des faits avancés par les Nantais. 

L'intervention de l'ambassadeur réussit à faire donner satis- 
faction aux Français. 

La nature du commerce nantais s'était complètement modifiée 
aux environs de l'année 1780. Les armateurs au long cours 
tiraient principalement de Hollande les pacotilles qui leur 
servaient de monnaie d'échange avec les nègres de Saint- 
Domingue et des Antilles. L'Espagne ne profitait guère de 
leur nouvelles entreprises. Entre le port de Bilbao, déserté au 
profit de ceux de Cadix, de Barcelone et de Lisbonne, et le 
port de Nantes, il n'existait plus guère qu'une navigation de 
grand cabotage. Les membres dé la Conlraclatioii abandon- 
naient peu à peu leur association dont les jours étaient désor- 
mais comptés. Grâce à leur union et à leur entente avec leurs 
correspondants de Bilbao, ils avaient durant plusieurs siècles 
développé des liens d'amitié entre les deux villes; malgré des 
difficultés passagères, ceux-ci subsistaient encore au xviu* siècle. 
Les habitants de Bilbao demandaient à Nantes tout ce dont ils 
avaient besoin. On en trouve un exemple curieux dans une 
lettre de Lusancay, commissaire du roi dans cette ville: «Mes- 
sieurs de Bilbao ont écrit icy de leur envoyer un maître de 

1. Arch. de la Chambre de commerce de Nantes. Lettres reçues et adressées 1727- 
1738. 



NOTES SUR LES RAI'PORTS DE NANTES A\EC l'eSPAGNE f) i 

danse pour apprendre à daneer à la Irançaise; ils lui donnent 
cent écus pour le voyage, six cent livres de [jcnsion cl ce (|u il 
pourra tirer des écoliers ({ui voudiont api)rendre'. n 

Malgré le déclin du commerce hispano-nantais, il résulte 
d'une statistique de 1729 ' que les importations d'Espagne à 
Nantes se montaient encore à 4o2,ooo livres. Le chifïre des 
exportations atteignait 285,685 livres. L'Angleterre el la 
Hollande seules dépassaient le montant de ce trafic. En 170a, 
celui-ci avait fortement baissé, en 176/1 sur un total de '|58 
navires sortis du port de Nantes, ki seulement s'étaient dirigés 
sur les ports d'Espagne et de Portugal, 61 navires étaient 
arrivés d'Espagne sur 971 bateaux entrés dans le port de 
Nantes^. 

Les principaux articles d'exportation étaient les sucres 
raffinés et les toiles de Bretagne. En 1768, le gouvernement 
espagnol défendit l'importation des mouchoirs peints, des 
tissus de fils et des toiles. Celte interdiction portait un coup 
terrible au commerce hispano-nantais. Les exportateurs de 
Nantes protestèrent contre cette mesure. Ils adressèrent au 
roi un long mémoire. Pour faire rapporter celle interdiction 
ils se basaient sur le traité de Ryswick dont certaines clauses 
proclamaient la liberté du commerce. En outre, ils invoquaient 
à l'appui de leur thèse un argument spécieux. Depuis la 
signature du Pacte de famille, les deux nations ne font 
qu'une, écrivaient-ils, les produits fabriqués en France ne 
doivent pas être considérés comme étrangers''. 

Le gouvernement du roi d'Espagne maintint l'interdiction 
prononcée et les exportations sur la Péninsule tombèrent 
sensiblement. En 1790, sur 271 navires du port de Nantes 
destinés au grand cabotage, i5 seulement abordèrent en 
Espagne. 

Peu à peu, beaucoup d'Espagnols s'étaient retirés des affaires. 
Les vieilles familles avaient liquidé leurs maisons de com- 
merce. Dans la liste des grands négociants nantais dressée à la 

t. Arch. de la Marine, B?' ii6, p. 25?. 

2. Le Bœuf, Du Commerce de Nanles. 

3. Ibid. 

4. Arch. de la Gh. de com. de .Nantes. Lettres écrites, mai 1768. 



92 BULLETIN HISPANIQUE 

lin (lu wiii' siècle, on ne trouve plus un seul des noms que 
nous avons rencontrés antérieurement. 

Plusieurs membres de l'ancienne colonie espagnole avaient 
encore exercé des fonctions municipales au xvii" siècle. Le 
Livre doré ne mentionne plus un seul Espagnol parmi les 
échevins de Nantes à partir du xv!!!** siècle. Et si, cependant, 
quelques descendants des anciennes familles sont allés se fixer 
dans des provinces voisines, comme les Rocaz par exemple, 
d'autres sont restés dans le Comté nantais. Ils sont parfois 
difficiles à retrouver, car ils ont changé de nom. Les d'Espinoze 
par exemple, sont devenus marquis de Frossay en i']6liK 
Les Ruys possédaient encore en 1761 la terre de la Brosse- 
Gaspoil sur la paroisse de Saint-Colombin^. Les de Santo- 
Domingo et les de Bourgues n'avaient pas quitté la ville de 
Nantes. Le premier fut pris au combat de Bourmont en vendé- 
miaire an VIII et le second fut emprisonné en 1798 3. 

On ne saurait douter malgré tout que la ville de Nantes n'ait 
reçu un fort appoint de population espagnole. Après une ou 
deux générations, les filles des opulents marchands à la Fosse 
s'alliaient à des autochtones, et bien que l'histoire n'ait pas 
conservé la trace de tous les négociants venus d'Espagne et 
qui se sont contentés de vivre modestement leur existence sur 
les bords de la Loire, il serait téméraire de penser que tous 
ont abandonné la Bretagne et la ville de Nantes. 

Jules MATHOREZ. 

(A suivre.) 

I. E. de Cornulier, Dictionnaire des terres et des seigneuries du Comté nantais, i858. 
a. Marquis de Surgères, Notes d'État civil, igoS. 
3. Arch. de la Loire-Inférieure, série L, passim. 



NOTES BIBLIOGRAPHIQUES 

SUH LES (^)tEST10NS ET ALTEUKS DES PROGRAMMES d' AGRÉGATION ET DE 
CERTIKIGAT SECONDAIRE FOUR LA LANGUE ESPAGNOLE EN lf)l'à- 



1. Questions. 
N» 1. Les historiens espagnols de l'Amérique au XVI« siècle. 

Les candidats trouveront les textes principaux dans : i" Ilistoria- 
dores primitivos rie India, colecciôn dirigida é ilustrada par don Enri- 
q lie de \ed'ia. (Bibl. Rivadeneyra, t XXII et XXVI); 2" i\ueva bihlio- 
teca de autores espanoles (t. XIII et XV), por D. M. Serrano y Sanz. 

Les renseignements bibliographiques les plus importants se ren- 
contrent dans les préliminaires de ces deux collections. 11 sera néces- 
saire de les compléter avec les notes bibliographiques du tome IV 
(pages 52 1 à 532) de 1\. Altamira : Uistoria de Espana y de la civil i- 
zaciôn espanola, Barcelona, 191 1. 

Il suffira de s'en tenir à la conquête du Mexique et à celle du Pérou 
et de se rendre compte des conditions dans lesquelles elles furent 
accomplies. 

On s'attachera de préférence aux historiens les plus significatifs : 
Gômara, Bernai Diaz, Zârate, etc. (Sur Gômara, cf. Bull, hisp., t. IV, 
p 364). 

On étudiera les sources d'information, les méthodes d'exposition, 
le style, et on tâchera de dégager de cette étude les diverses 
conceptions de l'histoire qui sont alors en honneur. On s'efforcera 
enfin de délimiter la place et la portée qu'il convient d'attribuer aux 
historiens de l'Amérique dans l'Espagne du xvi" siècle et dans sa litté- 
rature. 

Pour le Pérou, en dehors des ouvrages indiqués dans les notes 
d'Altamira, on pourra consulter aussi José de la Riva Agiiero : La 
historia en el Perii, Lima, 1910. 

11 est indispensable de consulter l'édition de Bernai Diaz dcl Cas- 
tillo par Genaro Garcia (Mexico, 190/4, 2 vol. in-8°), où le texte cou- 
rant, détestable, est absolument remanié. 

Voir pour l'ensemble de la question, Fueter, Gescliichte der iieuercn 
Historiographie, p. 291-307 (cf. Bull, hisp., t. XIV, p. l\h^). 

Bullm hispan. 7 



9^ BULLETIN HISPANIQUE 

N" 2. L'influence française sur la littérature espagnole au 
XVIIie siècle, de Philippe V à Charles IV (1700 à 1788). 

Pour l'étude de cette question, iJ conviendra, avant tout, de lire les 
œuvres didactiques ou satiriques les plus marquantes de la période 
indiquée, notamment la Poética de Luzan(i737; édition Llaguna y 
Amirola, 17H9); la Salira contra los vlclos introducidos en la poesia 
caslellana (1782), de Juan Pablo Forner, et la satire Contra los malos 
escritores de sa tiempo, de Jorge Pitillas, pseudonyme de José Gerardo 
de Hervâs (1741); sur les œuvres de ces deux derniers auteurs, on 
trouvera des renseignements bibliographiques dans le Bull, hisp., 
t. XII, p. /i4o-4/ji. On lira aussi avec profit quelques-unes des œuvres 
de polémique de Forner, notamment la Oraciôn apologéllca por la 
Espaiïa y su mérilo literario, les Excquias de la lengua caslellana, qui 
complètent la Salira contra los vicias introducidos en la poesia. On 
pourra même glaner quelques détails intéressants dans le Fray 
Gerundio du père Isla, particulièrement au chapitre Vlll du livre IV, 
où l'on trouvera cités nombre de gallicismes dont certains ont pros- 
péré et dont les autres n'ont pu obtenir droit de cité dans la langue, 
mais qui tous permettent d'étudier l'une des conséquences de 
l'influence française sur la littérature : à savoir, son action sur la 
langue elle-même. 

On pourra consulter aussi la Historia critica de la Poesia Caslellana 
en el siglo xvin, du marquis de Valmar (3" édition, 1898, 3 vol.). 

En ce qui concerne plus particulièrement l'influence française au 
théâtre, on pourra lire : 1° dans les œuvres de Nicolas Fernândez de 
Moratin {Bibl. de Aut. Esp., t. Il), la préface de la Petimelra et les 
satires Desengano al teatro espanol; 2" La Escena espaiîola defendida, 
de Vicente Antonio Garcia de la Huerta. De même, bien que l'ouvrage 
de Quintana, Las Reglas del Drama, n'ait paru qu'en 1791, on 
pourra le lire avec profit, parce que sur bien des points l'auteur ne 
fait qu'exposer certaines des idées qui avaient cours vers la fin de la 
période à étudier. — On trouvera enfin quelques détails intéressants 
dans les premières pages du chapitre Vil de L'épopée castillane à 
travers la littérature espagnole, de R. Menéndez Pidal, traduction 
H. Mérimée, Paris, Armand Colin. 

11. Auteurs, 

No 1. Poeraa de Fernân Gonzalez, depuis le quatrain 328 jusqu'au 
quatrain 372 (édition C. Carroll Marden). 

Le poème de Fernân Gonzalez ayant déjà figuré au programme de 
l'agrégation (pour le concours de 1902), on trouvera des renseigne- 
ments bibliographiques sur cet ouvrage dans le Bull, hisp., t. 111, 



NOTES BIBLIOGRAPHIQUES 96 

p. /|34-/i35. Mais l'édition Carroll Marden, qui alors était simplement 
annoncée, a paru depuis [Pocnia de FcrnanGonrale:, le.clo critico, con 
inlrodacciôn, notas y ijlusarin, por (1. Carroll Marden; Baltimore, The 
Johns ilopkins Press; Madrid, Murillo, «904). Sur la plupart des 
questions relatives au poème, cette édition dispense presque enlirre- 
nierit d'avoir recours à d'autres sources. Toutefois, on pourra consulter, 
dans le Bull, hisj)., t. 11, p. 167 et suiv., une série de trois A'o/es au 
Poeina de Fernân Cion:(ile: : 1. \'enla del cahallo ydel azor{(]. Pilollct). 
11. \ ariantes. III. ]'as<juebanas (E. Mérimée). Voir aussi l'étude de 
Kederico llansen : Sobre el melro del Poema de Fernân Gonzalez^ San- 
tiago de Chilc, 1904, et un compte rendu critique de cet opuscule 
dans le Bull, hisp., t. VU, p. 69-71. 

N" 2. H. Cortés : Carias de relaciôn... Carta tercera. 

Dans la correspondance de H. Cortés, cinq lettres ont une extension 
et une importance spéciales. Ce sont de longs rapports adressés à l'em- 
pereur Charles-Quint. Le premier fut écrit en 1619; le second, écrit en 
IÔ30, ne fut envoyé qu'en 1624; le troisième est de i522, le quatrième 
de i524 et le cinquième de 1626. Ces rapports, peu de temps après 
avoir été lus par l'empereur, furent publiés en pliegos suellos, la plu- 
part à Séville, par les soins de l'imprimeur allemand Crombergcr. On 
trouvera les renseignements essentiels sur les vicissitudes cju'iis ont 
subies dans les préliminaires des deux éditions les plus facilement 
accessibles : 

1° Tome premier des Hisioriadores primllivos de Indias, coleccion 
dirigida é iluslrada poT don Enrique de Vedia (Madrid, Rivadeneyra, 
i852). 

2° H. Cortés, Carias y relaciones . . . al Emperador Carlos V...cole(jidas 
por P. de Gayangos (Paris, 1866). 

Les Carias de relaciôn... deH. Cortés ne tardèrent pas à être traduites 
en latin et dans les principales langues étrangères. Le livre publiéen 1 588, 
à Paris, par Guillaume Le Breton, sous le titre : Voyages ei conquHcs 
du capitaine Ferdinand Courtois, est tiré autant d'Oviedo etdeGômara 
que des lettres du conquérant du Mexique. Le vicomte de Flavigny 
a publié à Paris, en 1778, sous le titre : Correspondance de Fernand 
Cortés avec l'empereur Charles Quint sur la conquête du Mexique, une 
traduction française des trois rapports de Cortés imprimés à Mexico 
en 1770 par Lorenzana. Ce sont les rapports 2, 3 et 4- Dernière traduc- 
française : D. Charnay, Lettres de Cortés à Charles-Quint. Paris, 1896. 

H., Cortés n'est pas un grand écrivain, mais sa correspondance nous 
donne une image exacte de l'état de la langue de son temps, telle 
qu'elle était écrite par des hommes d'une culture moyenne. C'est 
d'abord à ce point de vue qu'il conviendra d'étudier le texte proposé. 



96 BULLETIN HISPANIQUE 

Mais l'effort principal de rexplication devra porter sur le commentaire 
historique et géographique. Il s'agit avant tout de mettre en lumière 
les conditions dans lesquelles s'est accomplie une conquête d'nne 
portée aussi considérable et les sentiments qui animaient les conqué- 
rants et leur chef. 

Les trois livres essentiels à consulter sont : 

î" Francisco Lôpez de Clomara, Hisloria de las Indias (éd. Rivade- 
neyra). (Cf. dans la traduction delà Conquête de la Nouvelle -Espagne, 
par Heredia, la polémique du chapelain de Hernân Cortés avec Bernai 
Diaz del Caslillo.) 

2° A. Soli's, Hisloria de la conquis ta de Méjico... i6l\8. 

3° Prescott, Histoire et conquête du Mexique, traduction par Amédée 
Pichot, 3 volumes. 

No 3. Fernando de Herrera, Canciôn por la pérdida del Rey don 
Sébastian. — Canciôn al S'' D. Juan de Austria. 

Les deux textes les plus importants pour l'étude de ces Canciones 
sont : 1° celui de l'édition donnée par Herrera lui-même, en 1682 
(Algunas Obras de Fernando de Herrera. En Sevilla,ario de MDLWXll); 
2" celui de l'édition posthume, publié en 1619, à Séville également, par 
Francisco Pacheco (Versos de Fernando de Herrera emendados i divi- 
didos por el en très lihros, aiïo 1619, Sevilla). — Le premier a été repro- 
duit par M. A. Coster, dans la réédition critique du recueil de i582, 
avec le même titre (Paris, Champion, 1908, thèse de doctorat de Paris). 
Les variantes qu'offre le texte de 1619 sont données dans cette 
réédition, où l'on trouvera en outre (pp. 42 et 98) une notice historique 
sur les événements chantés par le poète, et quelques remarques de 
métrique. 11 conviendra de rapprocher de la Canciôn sur le désastre 
d'Alcazar Kebir les quatre sonnets consacrés par Herrera à ce même 
événement (/6tt/.. , p. 43^. Les deux Canciones, et surtout la première, 
ont été souvent reproduites dans les anthologies. La Canciôn sur la 
mort du roi Sébastian a été traduite en vers italiens par Conti {Scella 
di poésie castigliane Iradotte in verso toscano, tomo III, Madrid, 1783, 
p. 124) et commentée par le même auteur (Ibid., p. 299), qui a donné 
les « pasages de la Escritura cuyas imâgenes ha entretexido con las 
suyas el poeta ». 

Sur le poète et sur son œuvre en général, l'ouvrage suivant de 
M. Coster fournira toutes les indications nécessaires : Fernando de 
Herrera (el divinoj, i534-i597... Paris, Champion, 1908, 45o pages. 
Il n'en faudra pas moins lire l'opuscule de M. A. Morel-Fatio : Fer- 
nando de Herrera, l'hymne sur Lépante, publié et commenté..., Paris, 
Picard, 1893. 37 pages, et consulter la réédition donnée en 1870, par la 
Sociedad de Bibliôfilos aiidaluces, des Observaciones del Lice nciado Prête 



NOTES BIBLIOGRAPHIQUES 97 

Jacopin à las Anolaclones de F. de II. à las ohras de Garcilaso, avec 
une introduction par M. J. M. Asensio (i" série, tomo II). Rappelons 
que les œuvres poétiques de Herrera se trouvent au tome \\\1I de 
la Biblioteca de Aiilores Espanoles, de Rivadeneyra, et, en partie, au 
tome XVll (le la petite Biblioteca Universal. 

H" 4. Cervantes, D. Quijote, Primera parte, capit. XVIII. 

A plusieurs reprises nous avons eu l'occasion de résumer, dans les 
Notes bibliographiques du Bulletin hispanique, certaines parties de la 
bibliographie de Cervantes. On voudra bien se reporter aux notes 
antérieures sur ce sujet. Pour la préparation et l'interprétation du texte 
fixé au programme pour igiS, l'on trouvera les secours nécessaires 
dans les éditions annotées qui suivent : D. Clemencin, Madrid, i833 
(6 volumes), tome II, pp. Gô-go. — C. Cortejôn, Madrid, Suârez, 190G 
(f) volumes, inaclievé), tome II, pp. 60-90. — F. Rodrigue/ Marin, 
Madrid, Ediciones de la Lecturo, 1911-12 (5 volumes, inachevé), au 
lome II, p. 71-100. C'est l'édition commentée la plus récente et la plus 
accessible. On y peut joindre les 163:) .\otas puestas por... Ifarlzen- 
busch d la 1^ ediciôn... reproducida por D. Francisco Lapez Labra, 
Rarcelona, Ramirez, 1874 (pp. 89 et suiv.) et quelques observations 
sur le commentaire de Rodriguez Marin par Juan Givanel y Mas, sous 
le titre de Examen de Ingenios, apostillas, comentarios y glosas al 
comentario del (( Don Quijolc » editado por I). Francisco Rodriguez 
Marin, Madrid, 1912, 124 pages. 

Une nouvelle édition de Clemencin a paru récemment chez Ollendortî 
(cf. Bull, hisp., t. XIV, p. 455). 

No 5. Lope de Vega, El perro del hortelano. 

La comedia El perro del hortelano ne figure pas dans les manuscrits 
conservés à la Biblioteca Nacional de Madrid. On la rencontre sous 
ce titre : Amar por ver amar dans un manuscrit daté de iGôg et (jui 
fait partie de la bibliothèque de lord Ilolland. 

On la trouve comme comedia suelta au British Muséum et dans la 
collection de John Rutter Charlcy. 

Elle est aussi comme comedia suelta attribuée à Moreto sous le titre : 
La condesa de Beljlor. 

Son authenticité ne saurait cependant être mise en doute puisqu'elle 
est comprise dans les comedias (pie Lope déclare avoir composées 
dans la liste de la 6" édition de /•:/ peregrino en su palria (Madrid, 
1618). 

Le texte doit être établi d'après la \I° partie des Comedias de Lope 
à laquelle l'auteur a donné son aveu et qui ne soulève aucune des 



gS BULLETIN HISPANIQUE 

difficultés que présentent quelques-uns des vingt-cinq tomes de cette 
grande collection. El perro del horlelano est la première des douze 
comedias contenues dans cette partie dont deux éditions parurent en 
1618, l'une à Madrid, l'autre à Barcelone. 

Éditions postérieures: 

r Dans le XXV' tome de la Colecciôn de comedias escogidas de los 
mejores ingénias de Espana (i652 à 1704)- 

2° Dans le tome II du Tesoro ... d'Ochoa (Paris, Baudry, i838j. 

3° Dans le tome I des Comedias escogidas par Hartzenbusch, Bibl. 
Rivadeneyra, t. XXI, i853-6o. 

Cette charmante comedia a été composée avant i()i8 et probable- 
ment après 160/i. Elle appartient à la période du plein épanouissement 
du génie de Lope. C'est une de celles où l'on peut le mieux étudier 
la richesse de son imagination et les ressources de sa psychologie. 
Elle traite un thème qui a été souvent repris par les contemporains 
et les successeurs de Lope. La recherche de ses sources et la compa- 
raison avec les imitations qui en ont été faites seront particulièrement 
instructives. Pour ce qui concerne les emprunts que lui a faits notre 
théâtre classique, on pourra consulter: E. Martinenche, La comedia 
espagnole en France de Hardy à Racine, Paris, 1900; et du même 
auteur: Molière et le théàlre espagnol, Paris, 1906. 

N° 6. Zorrilla, Granada, libro primero. 

Sur Zorrilla on trouvera quelques renseignements bibliographiques 
dans le Bull, hisp., t. IX, p. 420. On y trouvera signalées, notamment, 
deux biographies du poète, l'une publiée dans l'édition de ses Ohras, 
Paris, 1864, 2 vol., et dont l'auteur est Ovejas; l'autre, par Isidoro 
Fernândez, dans la collection des Personages Iluslres. On pourra lire 
aussi La poésie castillane contemporaine, de M. Boris de Tannenberg 
(Paris, 1889, pp. 77-1 19). On consultera également La literatiira espa- 
nola en el siglo xix, du P. Blanco Garcia, passim, mais surtout t. II, 
pp. 202-222 ; le Florilegio de poesias castellanas del siglo xix, de Juan 
Valera, Madrid, Fernando Fe, 5 vol. (voir particulièrement les tomes 
I, III et V); et aussi El romanticismo en Espana, de Enrique Pifieyro, 
pp. 1G9-198, Paris, Garnier (voir un compte rendu critique de ce 
dernier ouvrage, par E. Mérimée, dans le Bull, hisp., t. VI, p. 2(io 
et suiv.). — Sur la poésie lyrique contemporaine en général, on pourra 
consulter une série d'articles de J. Valera, parus dans La llustraciôn 
Espanola y Americana, de janvier à octobre 1901 ; Diserlaciones y 
Jiiicios, Esludios crlticos sobre literatura, et aussi les Bocetos de 
M. de la Revilla, dans ses Ohras, Madrid, i883. 

Comme en étudiant l'œuvre de Zorrilla on ne peut faire abstraction 
du 0. Juan Tenorio, qui par ses défauts même est si caractéristique 



NOTES BIBLIOGRAPHIQUES 99 

de certains des aspects du talent de Zorrilla, on pourra consulter 
à cet égard la traduction de /). Juan Tenorio par Henri de Curzon 
(Paris, Fischbacher), et le compte rendu critique de cette traduction, 
par E. Mérimée, Bull, hisp., t. iil, p. 73-7G. 

N" 7. Angel Ganivet, Idearium espanol. 

La deuxième édition de l'ouvrage d'Angel Ganivet (iSOô-iSgS) 
intitulé Idearium espanol, est de 1905 (Madrid, Suârez). La biographie 
de cet auteur a été écrite par V. Navarro y Ledesma. ^L Mi^'uel 
de Unamuno a étudié sa philosophie et Azorin (Martine/. Ruizj sa 
psychologie. Enfin, M. C. Roman Salamero nous a présenté «l'homme 
et l'écrivain». Ces quatre études ont été réunies dans un opuscule: 
Angel Ganivet, qui forme le tome II (igoô) de la Coleccion Serred 
(vol. à o,5o cent.), Libren'a Serred, Valencia. — Les principales œuvres 
de Angel Ganivet sont les suivantes : Carias finlandesns , i vol.; Los 
Irabajos del infatigable creador Pio Cid, 2 vol.: Epislolario, i vol. ; El 
escullor de su aima, drama iiu'slico, i vol. ; Granada la bella, i vol. ; 
Nombres del Norte y el porvenir de Espana, i vol. 

Auteur spécial au certificat. 
J. y S. Quintero, El patio. 

El patio, comédie en deux actes des frères Serafi'n et Joaquîn 
Alvarez (^)uintero, fut représenté pour la première fois au théâtre 
Lara, à Madrid, le 10 janvier 1900. Publiée la même année, réim- 
primée l'année suivante (Madrid, Velasco, 1901, Sociedad de- Autores 
Espanoles), avec une intéressante dédicace à E. Narbona et Francisco 
Bravo, celle œuvre a été insérée au tome I des Comedias escogidas 
de ces auteurs, éditées par la Biblioteca Renacimiento (Madrid, Pon- 
lejos, 8). Cette collection comprend actuellement cinq tomes, qui ne 
renferment qu'une quinzaine de pièces, c'est-à-dire une minime 
partie de l'œuvre dramatique des Quintero. Une foule d'articles de 
journaux ou de revues ont été consacrés à ces œuvres, mais nous ne 
sachons pas qu'aucune élude d'ensemble ait encore été tentée sur cet 
abondant et charmant théâtre. 

E. M., E. M., H. G. 



NECROLOGIE 



Henri Léonardon. 

Le Bulletin hispanique vient d'être encore douloureusement atteint 
dans la personne d'un de ses collaborateurs de la première heure et 
qui lui était très fidèle, ?^otre ami Henri Léonardon, conservateur de 
la bibliothèque de Versailles, est mort en cette ville le aS novembre, 
à l'âge de quarante-neuf ans, après une courte maladie. Sur les bancs 
mêmes de l'École des Chartes, il s'adonna aux études hispaniques et 
soutint une thèse sur la conquête du Portugal par Philippe 11 et sur 
les agissements d'un de ses compétiteurs, Catherine de Médicis, qui 
aboutirent à un désastre naval dont les trophées, recueillis par le mar- 
quis de Santa Cruz, ornent aujourd'lmi l'armeria de Madrid. Plus 
tard, il s'occupa de l'histoire diplomatique du xvii' siècle, et, après 
avoir collaboré aux deux derniers volumes des Instructions d'Espagne 
pour le Ministère des Affaires étrangères, il entreprit une histoire de 
Marie-Louise d'Orléans, femme de Charles II d'Espagne, que de mul- 
tiples labeurs professionnels ne lui ont pas permis de mener à bonne 
fin. Très régulièrement, il rendait compte dans la Revue Critique et 
dans la Revue Historique des ouvrages nouveaux concernant l'Espagne 
et les colonies espagnoles. Il eut aussi l'occasion de toucher à 
l'histoire contemporaine : on lui doit une très bonne biographie du 
général Prim, où certaines origines de la guerre de 1870 ont été 
étudiées avec beaucoup de sagacité. 

L'auteur de ces quelques lignes perd en Léonardon un de ses plus 
chers élèves et de ses meilleurs amis, car à la lucidité et à la vigueur 
de l'intelligence il alliait un caractère d'une loyauté absolue et d'une 
sûreté à toute épreuve. Ceux qui l'ont connu et qui ont pu apprécier 
ses qualités d'esprit et de cœur le regretteront profondément; ils 
déploreront que sa vie de travail et de dévouement à ses devoirs n'ait 
pas obtenu toutes les satisfactions et les récompenses qu'elle méritait 
si bien. 

A. M.-F. 



BIBLIOGRATHIE 



Bonilla y San Martin (Alfredo), llislorid <lf la filosoffa eapunola 
(siglos \'iii-\ii^ JudiosJ. i voluino in V, ''i<)i pa^'-es. l'ihlioteca 
de derecho y de ciencias sociales. Suârez. Madrid, H)ii 

Lévy (Louis-Germain), Maïmnnide. i vol. grand in-S", 28/1 pages, 
de la Collection des grands philosophes. Alcan. 1911. 

Voici deux livres qui se complètent. M. Bonilla ('-tudic le développe- 
ment de la philosophie juive en Espagne, du vui' au \u siècle t-t 
consacre près de la moitié de son livre à la personne et aux doctrines 
de Maïmonide. De son côté, si M. L.-G. Lévy se donne pour objet 
propre d'étude la philosophie de Maïmonide, il ne manque pas d'en 
chercher les sources dans les écoles juives, arabes et même hellé- 
niques (chapitre II). — A vrai dire, les deux auteurs se placont à des 
points de vue quelque peu différents. Professeur à l'Université de 
Madrid, M. Bonilla voit dans la pensée juive un moment de la pensée 
de sa nation et il pousse ce nationalisme expansif et sympathique 
jusqu'à faire de Spinoza un philosophe espagnol (p. /|ii). M. L.-G. 
Lévy est un rabbin parisien qui, après s'être fait connaître par une 
savante et vigoureuse thèse sur la Famille dans ranlûjuilé israélilei, a 
consacré sa vie à la conciliation du judaïsme libéral et do la philo- 
sophie spiritualiste?. Il n'est peut-être pas disposé à faire hommage 
de la pensée de sa race à une terre qui ne lui fut pas toujours aussi 
sympathique et hospitalière que l'est la critique de M. Bonilla. Quoi 
qu'il en soit, ces deux œuvres rappelleront l'attention des historiens 
de la philosophie sur tout un côté de l'histoire des idées qui est très 
souvent négligé et laissé dans l'ombre par l'enseignement ofHciel. 

I. M. Bonilla était déjà connu de tous ceux qui s'intéressent à la 
pensée orientale par son édition de la traduction castillane du célèbre 
Cazary de Yehuda-Ha-Levi^. L'œuvre qu'il nous présente est une 
nouvelle contribution à la connaissance des rapports de la pensée 
sémitique avec la pensée occidentale. Elle intéresse autant l'histoire 

1. Alcan, 190/4. 

2. Ses idées sur ce problème sont résumées dans Une religion rationnelle et 
laïque, 3" édition. Paris, Emile Xourry, 1908. 

3. El-Cu:arY. Didlogo filosôfico par Yehuda-Ha-Levi, Iruducido del arabe al hebreo 
par Yehuda Abentibho y del hebreo al castellano por Jacob Abendann: piiblicado por 
D. Adolfo Bonilla y San Martin, con un apéndice «le D. Marcelino Menéndez v l'.'hivo 
(in Colecciàn de filôsofos espanoles de Victoriaqo Suârez. Madrid j. 



I02 BULLETIN HISPANIQUE 

externe des écoles juives que l'histoire interne de l'évolution des doc- 
trines. L'auteur nous peint, les alternatives de tolérance et de persé- 
cution à travers lesquelles se développa la philosophie juive en 
Espagne. Rarement inquiétés pendant la période romaine et celle de 
l'arianisme gothique, les Juifs commencent à éprouver les traitements 
les plus rigoureux quand les princes wisigoths se convertissent au 
catholicisme. La domination arabe leur rend une liberté relative. Sous 
les khalifes ommyades et leurs successeurs immédiats, ils peuvent 
fonder et développer librement leurs académies 'de théologie et de 
philosophie (aljamas). Mais à dater de i\l\8 la conquête almohade, 
œuvre du fanatisme berber, met fin à cette heureuse période. Les 
rois chrétiens de Castille et d'Aragon leur accordent une tolérance pré- 
caire qui s'affaiblit et prend fin à dater de l'ère des Rois CathoUques. 
L'Iiistoire interne est celle des luttes engagées depuis Philon au 
sein même de la conscience juive entre la tendance à chercher une 
justification rationnelle de la foi, au risque d'en réduire le contenu 
historique à de purs symboles, et la revendication absolue des titres de 
la foi dans ses conflits avec la raison. Aben-Gabirol et Maïmonide sont 
par excellence les représentants de la première tendance, Yehuda-Ha- 
Levi, auteur du Cuzary, l'interprète le plus brillant de la seconde. 

Nous ne suivrons pas l'auteur dans le détail des écoles et des doc- 
trines juives. Constatons seulement son souci de nous faire connaître 
à la fois la personnalité des auteurs, la physionomie de leurs œuvres 
et leur place dans l'histoire des idées. M. Bonilla ne conçoit pas l'his- 
toire de la philosophie à la manière de l'école hégélienne; elle est 
pour lui autre chose qu'une succession dialectique de concepts; elle 
consiste à revivre autant que possible l'âme et la pensée des auteurs; 
elle suppose une sympathie profonde du critique pour les œuvres et 
pour les états de pensée, de croyance et de sentiment qui en sont 
l'origine. Ces qualités, M. Bonilla n'en a fait nulle part une appli- 
cation plus heureuse qu'à la reconstitution de la personnalité doulou- 
reuse et géniale d'Aben-Gabirol, le mystérieux Avicebron de nos 
scolastiques. Gabirol fut un poète autant qu'un philosophe. Bonilla 
nous donne une traduction castillane de quelques-unes de ses plus 
belles strophes^ et à elle seule cette page mérite à son livre l'attention 
des lettrés (pp. i lo-i ii). Mais l'intérêt qu'il porte au poète ne lui fait 
pas négliger le philosophe. Nous lui devons une claire et copieuse 
analyse de la « Source de Vie» (pp. 149-162). La portée de cette 
œuvre est que l'on y trouve déjà l'esquisse d'une philosophie de la 
volonté. La forme qui fait l'unité de la matière dans les substances 
composées est une lumière qui découle d'une lumière supérieure, 
essence de la vertu agissante, la Volonté : c'est elle qui tire la forme 
de la puissance et la fait passer à l'acte. Par là Gabirol se sépare pro- 
fondément des Alexandrins, dont il paraît ailleurs s'inspirer. 



BIBLIOGRAPHIE Io3 

II. Le livre de .M. L.G.Lévy esta un plus haut degré l'exposition d'un 
système. Cependant i'iiistoire externe n'en est pas absente. La lecture 
du premier chapitre suffît à nous convaincre de l'extrême importance 
que conservait au Moyen-Age la diaspora juive. Au douzième siècle, 
un penseur juif mettait, comme en se jouant, les Irois parties du 
monde en rapport. M. Lévy nous montre un homme qui, né à Cor- 
doue et après avoir passé au Maroc les années de sa jeunesse, se fixe 
en Egypte, embrasse la profession médicale parce que son frère, 
négociant en pierres précieuses, a ruiné sa famille dans les alTaires 
qu'il faisait avec l'Inde. Encore sous le coup de la proscription que 
font peser sur lui les Musulmans d'Afrique, il devient le médecin et le 
conseiller du plus puissant sultan de l'Asie et doit résister aux offres 
de Richard Cœur de lion qui veut l'enlever à Saladin. 11 entretient 
une active correspondance religieuse avec les Juifs de l'Arabie méri- 
dionale et avec ceux du Languedoc et de la Provence, confirmant la 
foi des premiers et le zèle philosophique des autres. Tour à tour, il 
codifie la législation biblique et rabbinique dans la Mischné Torah et 
rationalise la foi dans le Guide des Indécis, Les .Juifs d'Egypte et de 
Syrie, dont il a été le chef, lui font des obsèques solennelles à Tibériade, 
mais tandis que les maîtres de la scolastique catholique, les Albert le 
Grand et les saint Thomas d'Aquin le citent comme une autorité sous 
le nom de Rabbi Moyses, sa mémoire devient suspecte aux orthodoxes 
de sa religion ; et, contre son école, les communautés juives vont parfois 
jusqu'à faire appel à l'Inquisition. 

Pour l'histoire de la philosophie, Maïmonide reste l'auteur du Guide 
des Indécis i. Comme le Cuzary de Yehuda-Ha-Levi, le Guide est une 
apologie, mais au lieu que la Foi y soit opposée d'emblée aux incer- 
titudes de la raison au nom de l'expérience et de l'histoire, la raison 
est présentée comme le guide naturel de ceux qui doutent des fon- 
dements de la révélation. Maïmonide vient après la série des philo- 
sophes arabes; il reprend les données du grand problème <}ui les avait 
tous arrêtés, la difficulté d'accorder l'Absolu de l'Unité et de la Liberté 
divines, inhérent aux dogmes des grandes religions sémitiques, avec 
la doctrine de l'Émanation que sous l'influence alexandrine les 
Arabes voulaient retrouver dans l'aristotélisme. Sa philosophie est 
donc avant tout une théologie rationnelle à laquelle la psychologie et 
la physique servent seulement d'introduction. Le moment capital de 
l'œuvre, c'est la démonstration de l'existence d'iui Dieu sans attributs, 
même dans l'hypothèse de l'éternité du monde. « On ne saurait 
démontrer l'existence de Dieu par la nouveauté du monde, attendu 
qu'il est impossible d'établir démonstraliv'emenl ni que le monde est 
éternellement ni qu'il est créé. Ce problème passe notre entendement. 

I. M. Lévy traduit ainsi l'aral)e Dalalat-el-Haïrim, de préférence à la forme 
courante : Guide des Egarés, 



I04 RULLETIN HISPANIQUE 

Or comment conclure à l'existence de Dieu d'une prémisse douteuse? 
Si le monde est créé, dira-t-on, il y a un Dieu, mais si le monde est 
éternellement, il n'y a pas de Dieu. La vraie méthode qui ne comporte 
point de doute consiste à établir l'existence de Dieu par les procédés 
des philosophes, procédés fondés sur l'éternité du monde. Ce n'est 
qu'en se plaçant dans l'hypothèse de l'éternité du monde, quitte à 
réfuter plus tard cette hypothèse, qu'on obtiendra la démonstration 
rigoureuse de l'existence de Dieu, n (Chap. VIII, pp. 125-126.) 

Maïmonide retient de la philosophie arabe, et notamment d'Al- 
Kindi, la critique des attributs divins. Dieu est l'Un absolu; il n'a pas 
d'attributs essentiels. Nous ne saisissons rien de lui sinon qu'il est; 
nous ne savons pas ce qu'il est. Tou t attribut que nous prêtons à Dieu est 
ou la négation d'un privatif ou un attribut d'action. Tels sont ceux dont 
parle l'Écriture : ils désignent des manifestations de l'activité divine. 

Néanmoins le rapport de Dieu à l'éternité de l'Univers peut être 
discuté, tout au moins au point de vue de la Foi. Les opinions sur ce 
point se ramènent à trois : la première (mosaïque) n'admet rien 
d'éternel à côté de Dieu qui a évoqué l'Univers du néant pur; la 
seconde (platonicienne) fait la matière coéternelle à Dieu qui la 
façonne à son gré ; la troisième (aristotélicienne) professe la coéter- 
nité de l'univers et de Dieu. Les objections que l'on peut faire au 
système d'Aristote valent contre tous les philosophes. 

« Étant donné que la question de savoir si le monde est éternel ou 
créé demeure indécise, notre auteur se rallie à la solution mosaïque. 
Ayant établi que l'opinion juive est possible, il chercha à la faire 
prévaloir sur l'opinion péripatéticienne pour la raison que, si nous 
sommes conduits à quelque absurdité dans l'hypothèse de la création, 
nous aboutissons à une absurdité plus forte encore dans l'hypothèse 
de l'éternité... L'absurdité, c'est que l'éternité du monde implique la 
nécessité dans l'univers et supprime toute liberté divine. » (Chap. IV, 
p. 10, sq.) 

L'habileté dialectique de Maïmonide consiste à passer d'Aristote 
à la Bible, de la Pensée pure, coéternelle à un Univers qui ne 
s'ordonnerait pas sans elle, à la Volonté pure. Mais cette dialectique, 
on le voit assez, présuppose une critique agnostique qui dépouille 
l'Absolu divin de tout attribut positif. 

m. Ces livres, on le voit, sont de nature à intéresser également l'his- 
torien de la philosophie et l'ami de la culture espagnole. Ils nous rensei- 
gnent sur les sources de la philosophie catholique dont l'Espagne est, 
aujourd'hui encore, un des principaux foyers. N'est-il pas frappant 
de voir le professeur espagnol et le rabbin français s'accorder sur la 
dette de la scolastique chrétienne envers la pensée juive et sur la 
contribution que celle-ci a reçue de la pensée arabe? Sans les Gabirol 
et les Maïmonide, ni les Albert le Grand ni les saint Thomas 



BIBLIOGRAPHIE lOO 

n'auraient sans doute posé connue ils l'ont lait les problèmes de la 
dogmatique et de rapologéti(jue et réussi provisoirement à concilier 
la métaphysique d'Aristote avec la double croyance à l'immortalité et 
à la création: mais sans les yM-Kindi, les Al-Farabi, les Avicenne, 
sans les discussions des Motekallemin, ni la Source île Vie ni le daide 
des Indécis n'auraient peut-être été écrits. 

D'ailleurs l'étude des origines judéo-arabes de la scolaslique 
chrétienne intéresse la [)ensée contcm()oraine plus rjue ne le S()U|)çon- 
nerait un lecteur superficiel. Nous assistons aujourd'lnii à la lutte 
ardente de l'intellectualisme et des philosophies dites « irration- 
nelles », au conllit des diverses formes du rationalisme et d'ime 
philosophie de l'action qui cherche encore sa voie. L'enjeu de cette 
lutte, c'est la représentation du monde moral et religieux lui-même et 
la lutte ne sévit pas seulement, comme on pourrait le croire, entre les 
Églises chrétiennes et la libre pensée issue de la science; on la 
retrouve au sein même de l'Église catholique, où les vieux thomistes 
ne peuvent avoir raison d'un esprit nouveau discernant dans leur 
dogmatisme intellectualiste plus de difficultés qu'eux-mêmes n'y 
savent en voir. Ce conflit du Rationalisme et du Volontarisme, ne le 
retrouvons-nous pas dans les antinomies de la Critique kantienne? Mais 
où faut-il (historiquement parlant) chercher l'origine des antinomies 
les plus profondes, des antinomies de la causalité, sinon, comme 
l'a montré Diltheyi, dans l'effort des apologistes chrétiens, juifs et 
musulmans pour concilier la foi à l'absolu de la liberté divine avec la 
tradition de la philosophie grecque qui postulait l'éternité de l'univers 
ou tout au moins la coéternité de Dieu et de la matière'* Le docteur 
chrétien pouvait se sentir séparé du Juif et du Musulman par sa 
conception du salut et par toutes ses expériences religieuses. Mais s'il 
mettait mieux qu'eux un acte de la liberté humaine à l'origine de 
notre espèce, il plaçait comme eux, à l'origine de l'univers physique, 
un acte de la Uberté divine. Là était l'abîme qui le séparait de la 
science grecque. 11 devait donc sympathiser avec ceux qui, par un 
acte de foi, passaient du Dieu-Pensée d'Aristote au Dieu -Volonté de la 
Bible. En cette opération consiste, nous l'avons vu, l'originalité des 
juifs espagnols. Gaston RICHARD. 

Cristôbal Espejo y Juliân Paz, Las antig mis ferlas de Médina del 
Cainpo. Yalladolid, 19 12, vii-343 pages in-8". 

Le présent ouvrage fut composé à l'occasion des Jeux floraux qu'on 
célébra à Médina del Campo en 190/», pour le centenaire d'Isabelle la 
Catholique. Un concours avait été ouvert, et ce fut le mémoire de 
MM. Espejo et Paz qui remporta le prix. Ils le publient aujourd'lnii. 

I. Einleitang in dieGeisteswissenschaften,li\reAÏ, 3« section, cliap. VI(Leipzip, i883). 



to6 btJLLÈtlN HISPANIQUE 

C'est un livre riche d'indications précieuses sur l'histoire économique 
et financière de l'Espagne au xV et au xvi" siècle, et qui mérite d'être 
signalé. 

Les foires étaient dans l'Espagne du Moyen-Age, comme ailleurs, 
un des éléments les plus importants de la vie économique, et toute 
une législation — surtout au xiV et au xv° siècle — fleurit pour 
régler leur activité. Parmi les foires, espagnoles, celles de Médina 
étaient sans contredit les principales. Il est difficile, faute de 
documents, de remonter jusqu'à leur origine : MM. Espejo et Paz 
admettent, avec beaucoup de vraisemblance, qu'elles existaient dès 
le xiV siècle, mais qu'elles n'eurent d'éclat que grâce aux encourage- 
ments de l'infant D. Fernando de Antequera, frère de Henri III, 
seigneur de Médina del Campo, qui était chargé, vers 1421, du gou- 
vernement de la Gastille. La première ordonnance que nous connais- 
sions touchant Médina, et qui date précisément de i/iai, nous donne 
une idée de l'importance de ces foires. 11 existait en effet un maréchal 
général des logis (aposentador mayor) chargé de répartir dans les 
maisons suivant des règles minutieuses les marchands du dehors. 
11 était assisté par de nombreux agents, élus par les corps de métiers. 
A cette époque, arrivaient à Médina des produits de toutes les pro- 
vinces espagnoles et des principaux pays étrangers, surtout de France, 
et il était nécessaire chaque année de faire de gros paiements à 
l'étranger pour solder les comptes. C'était également aux foires que 
le roi effectuait le remboursement de ses créances. La fin du xv" siècle 
et le début du xvi' furent donc pour la ville une époque de prospérité, 
que n'arrivaient à entamer ni les incendies ni les inondations, et qui 
fut marquée par des travaux d'utilité publique considérables pour 
le temps. 

Elle eut à se défendre contre la concurrence des villes voisines, 
Valladolid et Villalar en particulier, qui auraient voulu attirer chez 
elles le commerce des foires; mais, protégée par les rois, et principa- 
lement par Isabelle la Catholique, elle sut conserver sa prospérité. 
Les foires de Médina étaient surtout au début, jusque vers le temps 
de Charles-Quint, consacrées à l'échange des marchandises ; plus tard, 
leur caractère se transforma et elles devinrent un grand marché 
d'argent. Les changeurs furent peu à peu dépositaires de grosses 
sommes et servirent d'intermédiaires pour les prêts des capitalistes. 
Ainsi, leurs comptoirs devinrent de véritables banques, 011 les paie- 
ments se faisaient par simples virements, ce qui facilitait grandement 
les transactions. Ces procédés, d'abord employés pour les paiements 
à faire à l'étranger, finirent par être appliqués au commerce intérieur. 
L'importance des changeurs explique l'abondante législation par 
laquelle, dès le xv° siècle, on essaie de limiter le prix du change. 11 ne 
semble pas que, là plus qu'ailleurs, la loi ait été respectée : on exigeait 



BIBLIOGRAPHIE 1 O7 

de trop fortes primes, et on pratiquait, sous le couvert du (■liauj,'e, le 
prêt à intérêt, proscrit par l'Kglise. Il y avait cependaul des agents 
ollicieis, les agents de eliange (corredores de canihlo), qu\ étaient 
chargés de régler le cours de l'écu sur les places étrangères, et y 
Caisaienl passer l'ar^^eiit sur les avis (ju'ils en recevaient. Ils n'avaient 
pas le droit de faire du commerce. A côté d'eux, des courtiers en 
marchandises (corredores de niercdderids) servaient d'intermédiaires 
pour les ventes. 

On rencontrait aussi à Metlina ce qu'on apjielait les usenlislds ou 
hombres de negocio. C'étaient de gros capitalistes (|ui l'oruiaicnl dans 
toute l'Europe, mais surtout en Allemagne et en Italie, un réseau 
immense, avec leurs agents et leurs succursales, qui se soutenaient 
toutes entre elles. Ils déposaient chez les changeurs de grosses 
sommes, et suivant l'emploi qu'ils en faisaient, le stock de numéraire 
nécessaire au commerce augmentait ou diminuait, et h; taux de 
l'intérêt variait. Sans doute la loi exigeait un délai de vingt jours 
après la fin de la foire pour pouvoir retirer son argent d'une banque, 
mais cette disposition était généralement tournée. En outre, pour 
augmenter leurs bénéfices, les hommes d'affaires accaparaient l'argent, 
en l'empruntant à bas prix, au début de la foire, pour le prêter ensuite 
à un taux élevé. Par leur intermédiaire les petits capitalistes, confiants 
dans la solidité de leur crédit, pouvaient participer aux grandes affai- 
res. Ils accaparaient également les marchandises. Ces spéculations 
donnaient souvent lieu à des faillites et à des crises, mais sans les 
hommes d'affaires il n'y avait pas de foire possible, et la loi exigeait 
leur présence. Ils étaient les prêteurs des rois : Juan H, les Hois catho- 
liques eurent recours à eux, mais c'est surtout au \\\' et au xvn" siècle 
que leur rôle grandit avec Charles-Quint, Philippe II et Philippe lll. 
Ils fournissaieiît à l'État de l'argent en numéraire ou en lettres de 
change sur diverses places, et on les remboursait sur les retours 
d'Amérique, sur le produit de certains impôts ou de certains domaines. 
Ils couraient des risques, car l'État manquait parfois à ses engage- 
ments, comme cela arriva lors de la grande banqueroute de 1570, qui 
provoqua des ruines immenses en Espagne et dans toute l'Europe, 
et fut cause de l'interruption des foires de Médina. On suspendit 
encore les paiements en 1696, 1607, 1647, 1662^ 1664. Le résultat de 
ces pratiques fut la perte du crédit, les hommes d'affaires cessèrent 
de venir en personne aux foires, qui déclinèrent très vite. 

Parmi les marchandises échangées, les plus importantes étaient 
sans contredit les laines. L'Espagne fut en elfet, au Moyen-Age, le 
principal fournisseur de laines de l'Europe, et Médina en était l'un 
des plus grands marchés. Mais peu à peu les restrictions apportées 
par les lois, le poids des impôts, la découverte de l'Amérique, qui 
attira le commerce vers les ports, le développement de l'industrie qui 



I08 BULLETIN HISPANIQUE 

ralentit l'exportation, toutes ces causes vinrent atteindre le commerce 
des laines, qui resta néanmoins, jusqu'à la fin du xviu' siècle, l'un des 
plus florissants de l'Espagne. Il en fut de même du commerce des 
draps pendant le premier tiers du xvr" siècle, époque à laquelle l'in- 
dustrie espagnole soutint la concurrence avec l'étranger. Médina était 
également un grand marché de livres : on en envoyait de France et on 
en expédiait de Médina pour l'Amérique. 11 en était de même de la 
papeterie. Les soieries, les tapisseries, l'argenterie et l'orfèvrerie, la 
céramique, l'épicerie, etc., étaient également l'objet d'échanges très 
actifs. La question des subsistances avait une grande importance, 
d'abord à cause de la nécessité d'alimenter une énorme population 
tlottante, ensuite à cause du rôle régulateur que jouaient les foires 
dans la vie économique de l'Espagne. Aussi le pouvoir politique 
taxait-il les objets nécessaires à la vie, et c'est cette législation qui 
permet à MM. Espejo et Paz de nous donner quelques aperçus des 
prix. Naturellement ces lois n'étaient pas ponctuellement obéies. 

Le marchand au détail, ou le regrailier (i^egatôn), était comme la 
cheville ouvrière du commerce des subsistances. Il jouait parfois le 
rôle de courtier et d'usurier; il était en rapport avec les changeurs 
et les hommes d'affaires; il faisait de l'accaparement en allant acheter 
dans les villes ou les campagnes toutes sortes de choses qu'il reven- 
dait ensuite avec un gros bénéfice. On le détestait, on le rendait 
responsable de la cherté de la vie, mais on avait besoin de lui. 

11 y avait des conflits fréquents entre tous les intérêts qui se pres- 
saient aux foires de Médina. Il semble que le logement ait été une 
source de discussions inépuisable; le droit du poyo que les maîtres 
drapiers devaient à leurs hôtes fut en particulier l'objet de nombreux 
procès. La municipalité, le corregidor ou Vaposentador décidaient de 
ces litiges. Plus tard on créa un consulat à Médina, mais à cette date 
(1602) les foires n'avaient plus, tant s'en faut, l'importance de jadis. 
L'état des voies de communications pouvait avoir beaucoup d'in- 
fluence sur l'activité des foires. Malgré la difficulté qu'il y a à se ren- 
seigner sur cette matière, on peut assurer que les chemins étaient 
rares, mal entretenus et peu sûrs. Les chemins de pèlerins allant vers 
Compostelle semblent avoir joué un grand rôle commercial. Le 
transport par eau était à peu près inexistant; force était donc aux 
marchands de se contenter des voies de terre, qu'on parcourait à dos 
de mulet, et parfois en chariot, ce qui revenait très cher. Pour la 
poste, déjà développée sous les Rois catholiques, elle fit des progrès 
dans la suite; on utilisait les courriers qui allaient en Italie, et il 
y avait entre \ alladolid et Madrid une estafette rapide qui rendit de 
srrands services aux hommes d'affaires de Médina. 

Les foires étaient en relation étroite avec les retours des flottes des 
Indes, dont les voyages n'étaient ni sûrs ni ponctuels. Même arrivé 



niBLIOGRAPHlE lOg 

à bon poil;, l'aryent n'élail pas encore en sùrelé, car le fisc négligeait 
souvent de payer ses créanciers, ou bien il s'emparait par voie de 
réquisition de l'argent des particuliers. Dans l'un et l'autre cas le 
numéraire mancjuait au commerce, l'es paiements ne se faisaient pas 
et tout le trafic soulFrait. Ce fut la raison des prorogations qui finirent 
par disloquer complètement le système des foires. Quand on prolon- 
geait la durée de la foire avec toutes ses exemptions, cela permettait 
à toutes les opérations de s'achever et les commerçants n'avaient qu'à 
s'en féliciter. Mais quand on prorogeait les échéances seules, — ce qui 
arrivait le plus souvent, — on enlevait aux négociants le profit de leurs 
opérations et on les forçait de l'attendre parfois plus d'un an. C'était 
toujours à la suite des embarras du Trésor qu'on agissait ainsi; le roi 
ne pouvant pas payer ses créanciers leur accordait la faculté d'en faire 
autant. Il en résulta que les foires chevauchèrent les unes sur les 
autres et qu'aucune ne fut plus à sa place pour ce qui concerne les 
échéances, en même temps que l'absence d'argent les paralysait. On 
chercha à plusieurs reprises, en 1075, en 1078, en i582, à rétablir les 
choses dans l'ordre, mais ce fut en vain. 

. Les causes de la décadence étaient nombreuses : d'abord le fameux 
décret du i" septembre 1675 qui suspendit les paiements de l'État; 
à partir de ce moment il n'y eut plus aucune régularité dans les foires. 
En second lieu, sous Philippe 11, on augmenta l'impôt des alcobalas, 
et la franchise de Médina, qui avait fait sa fortune, en fut atteinte : 
alors la ville se dépeupla, le commerce l'abandonna, les facteurs des 
maisons étrangères ou espagnoles la quittèrent, les ventes se firent 
dans les lieux de fabrication ou dans les ports de Biscaye. La varia- 
tion des monnaies ne fut pas non plus sans influence. Quant à la 
guerre des Coniiincros, son action fut passagère et la véritable déca- 
dence ne commença pas avant i55o. En avril 1082, une enquête fut 
confiée par Philippe II au contador Francisco de Garnica pour trouver 
les moyens de ranimer le commerce de l'Espagne, Les réponses vin- 
rent de partout, des villes, des consulats de Burgos et de Séville, des 
asentistas, des changeurs, des marchands. Le 7 juillet i583 on établit 
à Médina trois foires au lieu de deux, car on trouvait trop longues les 
échéances de six mois, on interdit la prorogation des foires, on régle- 
menta le commerce de l'argent et les paiements. Mais cette réforme ne 
changea pas grand'chose. En 1602, de nouvelles ordonnances établi- 
rent quatre foires au lieu de trois, et renouvelèrent les anciennes 
prescriptions, mais en vain : pendant tout le xvii' siècle la décadence 
continua. On peut considérer qu'à cette époque les foires ne sont plus 
qu'un souvenir. Elles furent supprimées très probablement vers 1708, 
sous Philippe V, lors de la réunion de la Junta de Incorporaciôn, 
qui supprima de nombreux privilèges et exemptions. 

On voit que l'ouvrage de MM. Espejo et Paz touche à beaucoup de 

BuU. hispa)i. ^ 



1 to BULLETIN HISPANIQUE 

points du plus haut intérêt pour l'histoire économique de l'Espagne. 
L'importance des foires de Médina fait qu'à chaque instant ils sont 
amenés à s'occuper soit des finances royales, soit du commerce général 
de la Péninsule. C'est grâce à des monographies comme celle-là 
qu'on arrivera à connaître d'une façon précise la vie intérieure de 
l'Espagne. Albert GIRARD. 

Azoriu, Lecturas espafîolas. Madrid, 1912; in-8*, 200 pages. 

Le dernier livre de M. Martinez Ruiz se recommande, comme les 
précédents par une forme très personnelle, où tous les effets sont pré- 
vus et mesurés. Mais l'atticisme n'est pas inconciliable chez lui avec 
le casticisme. Azorin connaît les ressources du vocabulaire castillan; 
il ne lui déplaît pas d'en faire étalage et de pousser jusqu'au pastiche, 
au moins dans les chapitres qu'il consacre à Gôngora ou à Guevara, 
le respect de la couleur. Pourtant son but n'est pas d'exhumer par 
une satisfaction frivole de virtuose des vocables déconcertants. La 
tenue même de la phrase, toujours ferme et volontairement conden- 
sée, nous avertit que l'auteur vise plus haut et plus loin. Dans ces 
courtes études, entre lesquelles un lecteur non prévenu aurait peine 
à saisir un lien apparent, il ne s'agit de rien moins que d'éclairer la 
nation sur ses destinées, en consultant les hommes représentatifs de 
l'Espagne d'autrefois. Trois noms, placés en vedette au seuil même 
du livre, lui assurent, mieux qu'une déclaration de principes, une 
portée sociale. M. Martinez Ruiz se réclame de Gadalso, qui incarne 
ici le besoin de savoir, d'avancer par la science; de Larra, dont il aime 
la curiosité inquiète, les angoisses de patriote passionné ; enfin, de 
Joaquin Costa, le moins chimérique des réformateurs. Nous retrou- 
vons dans les prescriptions terre à terre de sainte Thérèse (entre los 
pucheros anda el Senor), dans les observations dictées par la sagesse 
positive de Saavedra Fajardo (son los frutos de la tierra la principal 
riqueza) et jusque chez Mor de Fuentes, ce curieux aventurier du 
xviii" siècle finissant, la même alliance du sens pratique et de l'idéai- 
lisme. L'ouvrage se termine par un éloquent plaidoyer en faveur de la 
culture : « Esos espanoles eminentes, que hemos hecho desfilar por 
estas paginas, movidos estaban de una insaciable curiosidad intelec- 
tual. » Félicitons Azorin d'avoir pris à tâche de réveiller le goût des 
choses nationales. Ceux mêmes que sa thèse ne convaincra pas se 
rallieront à son impressionnisme. Car il excelle à replacer les âmes 
dans une atmosphère espagnole. Ses paysages ont tantôt le charme 
vaporeux des toiles de Santiago Rusinol, tantôt la précision dure des 
Zuloaga. Dans le domaine de la critique proprement dite et de l'éru- 
dition, il appocte, avec des qualités éprouvées de psychologue, un vil 
sentiment des réaUtés. S'il est vrai que la connaissance des classiques 



BIBLIOGRAPHIE I I I 

espagnols est entrée pour une faible pari dans la formation intellec- 
tuelle de la génération présente, pourquoi ne cliercherait-on pas 
dans l'étude patiente des chefs-d'dnivre wirlistiques et littéraires de la 
péninsule un remède à ce cosmopolitisme superficiel et un peu naïf 
(jui a fait dévier trop souvent l'actiNilt' bien intentionnée des classes 
dirigeantes? G. LE GENTIL. 

Azorin, La rida dr Don (Jnijole. Madrid, njia. in-S"; 2o3 pages. 

Cette jolie réimpression mérite à bien des égards d'être signalée. 
M. M. Rui/ a eu l'idée excellente, en reproduisant le texte de ujod, de 
l'enrichir au moyen des photographies publiées jadis par le Blanco y 
Negro, qui montrent chez les campagnards de la Manche, paysans ou 
fonctionnaires, la persistance du type ethnique. On en pourrait tirer 
le meilleur parti dans nos classes afin de rendre un intérêt d'actualité 
aux explications de Cervantes. D'autre part, les faits rassemblés, qu'ils 
proviennent de l'expérience d'Âzorin ou des archives locales, contri- 
bueront à préciser les données psycho-physiologiques du problème 
soulevé par l'interprétation morale du Don Quijote. Il est possible 
qu'il y ait quelques traces d'arrangement littéraire et quelque exagé- 
ration dans le piquant chapitre intitulé « La exaltaciôn espanola » et 
consacré aux hallucinations, mais combien de coïncidences sugges- 
tives! Enfin les impressions d'Argamasilla et duToboso, assaisonnées 
de la malice coutumière à l'auteur de Los Puehlos, qui semble s'être 
spécialisé dans l'élude de la vie provinciale, promettent de rester 
classiques en leur genre, au même titre que la description de la Sierra 
Morena chez Gautier. q LE GENTIL. 

Augustin Bernard, Le Maroc. Paris, Alcan, 190.3 ; 4 12 pages 
in-8", cinq cartes. 

Non seulement parce que désormais une partie du Maroc est terre 
espagnole, mais bien aussi parce que l'histoire de ce pays est liée à 
celle de l'Espagne (et du Portugal), et enfin parce que sa transformation 
politique récente s'est trouvée déterminée par les négociations qui 
viennent d'aboutir entre les gouvernements espagnol et français, le 
livre de M. Augustin Bernard, abondamment documenté sur l'histoire, 
la géographie, les ressources de ce pays, doit être signalé dans notre 
Balletin. L'auteur s'y est placé, nul ne s'en étonnera, au point de vue 
français, opposé, c'était encore vrai hier, au point de vue espagnol. Il 
intéressera pourtant nos voisins autant que nous-mêmes, aussi bien 
pour tout ce qu'il contient sur le passé d'un empire naguère si mysté- 
rieux, qu'à cause de l'actualité encore toute fraîche des questions expo- 
sées. Nul doute que le succès de ce livre ne soit grand ; il le mérite par 
le fond comme par la forme, alerte et bien française. G. C. 



CHRONIQUE 



— Nous ne pouvons qu'annoncer Sanla Tcresa de Jesâs, su vida, 
su espiritu, sus fundacloncs, un chef-d'œuvre de D. Miguel Mir 
(2 vol., Madrid, J, Ratés, 191 2), qui nous arrive pour nos étrennes 
de igiS. 

— Touring in 1600, a Sludy in the developmeni oftravel as a means 
of éducation, by E. S. Bâtes (London, Constable and C°., 191 1, 
4i8 pages in-8), est une jolie et intéressante publication, agréablement 
et richement illustrée, où l'Espagne tient une place assez importante, 
comme de juste, puisqu'à cette époque c'était, après l'Italie, le pays 
qui attirait le plus les étrangers, à cause des pèlerinages de Saint-Jac- 
ques et de Montserrat. Les vrais touristes étaient-ils bien nombreux? 
Un homme comme Jacques Sobieski, qui voyageait pour son plaisir et 
son instruction, se rencontrait-il souvent? 11 \ avait aussi les érudils, 
ceux qui cherchaient des inscriptions ou des manuscrits : le nombre 
n'en fut pas très grand. Les touristes d'alors, en Espagne du moins, 
c'étaient plutôt les pîcaros, ou ces jeunes gens de bonne famille que 
Cervantes nous montre, dans ses Nouvelles, traversant l'Espagne 
du nord au midi, pour le seul plaisir de se déplacer. Au surplus, ce 
qui arrête l'auteur de Touring in 1600, ce sont moins les voyageurs 
eux-mêmes, quoiqu'il nous retrace plusieurs silhouettes historiques, 
que les conditions mêmes des voyages d'alors : les moyens de loco- 
motion, les routes, les auberges, les dépenses, les risques, les agré- 
ments. L'Espagne ne gagne pas toujours à la comparaison, si ce 
n'est, comme on nous le rappelle, avec le Portugal ; mais enfin, un 
peu partout, il fallait s'attendre à n'être pas aussi bien que chez soi. 
Pour faire du touring en ce temps-là, en Espagne et même ailleurs, 
il fallait vraiment avoir la vocation ; et si le livre de M. Baies avait 
paru en l'an 1600, il eût fait une mauvaise réclame pour les agences 
de voyage. C'est un de ces livres dont l'intérêt gagne vraiment à être 
rétrospectif. — L'auteur donne à la fin une bibliographie qui même 
pour la seule Espagne est intéressante, tant à cause des manuscrits 
(Bodleian L., BritishM., Tournay) que des imprimés cités. 

— La collection des CIdsicos castellanos (Ediciones de la « Lectura ») 
s'est encore enrichie de plusieurs volumes, datés de 191 2. C'est d'abord 
la suite de Cervantes, Don Quijote de la Mancha, éditée et annotée par 
M. Francisco Rodriguez Marin, et dont la primera parte finit avec le 
tome IV. Le tome V a paru également. Puis Duque de Rivas, Romances 
(t. 1 et 11), avec introduction et notes par Cipriano de Rivas Cherif, qui 
a mis en tête des Romances le Prôlogo où l'auteur a cherché à justifier 



CHRONIQUE I t 'd 

l'emploi du vers octosyllabe dans l'épopée. En troisième lieu, Tories 
Villarroel, l'ida, avec une introduction et des notes abondantes par 
Federico do Onîs, qui a pu profiter de VEnsayo biogràfico do M. Ant. 
Garcia Boiza (cf. linll. hisp., t. XIV, p. 336) et d'ailleurs reconnaît 
très honnêtement sa dette, et dont le labeur comme commentateur 
n'en est pas moins considérable. Enfin, B" Juan de .Avita, Epistolario 
espirilual, avec prologue et notes de Vicente Garcia de Diego, qui 
reproduit l'cdilion de lâ-S en respectant les traits caracléristi(iucs de 
l'époque, tels que l'emploi du h, du v et de Vu, de Vh, de \'j:, de ss, 
de r, mais en substituant /', c, /, à /)//, ch, tli ; cciôn à ction; i à y 
dans ay, oy, Imya, etc. Peut-être aurait-on pu ne pas fairo do telles 
exceptions, et se borner à réunir les enclitiques aux verbes, et à mettre 
une ponctuation rationnelle ; mais les exceptions indiquées n'ont pas 
d'importance, au lieu (pie les formes respectées par l'éditeur en avaient 
une. En tout cas, on nous annonce que le SNStème adoplé restera 
désormais celui de la collection des Cldslcos caslellanos. 

— La librairie Ollendorff nous a envoyé de nouveaux volumes 
faisant partie de sa collection d'Escrilores esparwles y sud-amerlcanos. 
Nous les mentionnons bien volontiers. Les Iloras de estudio de M. Pedro 
llenriquez Urefia contiennent des articles sur Comte, Nietzsche et 
Ilostos, sur Gabriel y Galân, Rubén Dario, les poètes dominicains José 
Joaquîn Pérez et Gaston F. Deligne, sur la vie intellectuelle à Saint- 
Domingue, etc., et enfin sur le vers endécasyllabe, à propos duquel 
l'auteur fait des remarques réellement intéressantes. Au total, un 
bon recueil qui se détache par son caractère plus particulièrement cri- 
tique et littéraire dans celte collection un peu mélangée. — Les Dilectos 
decires de M. A. Bôrquez-Solar sont constitués par divers articles 
sur le pays de l'auteur, le ChiU : il y en a un sur la psychologie des 
habitants des îles Chiloe, sujet assez neuf, semble-t-il, même pour les 
géographes, et un autre sur l'épopée chilienne, c'est-à-dire V Araucaria, 
avec une apologie des Conquistadores entre parenthèses. M. Bôrquez- 
Solar, qui n'oublie pas qu'il est de race espagnole, a compris parmi 
ces Dilectos decires une étude sur la tristesse de Don Quichotte (Det 
dolor del Ouijote), où il met bien en relief le caractère mélancolique de 
l'œuvre, et qu'il termine en reprochant à ses compatriotes de ne plus 
guère s'y attrister du reste. — La muerte del Cisne de M. Carlos Reyles, 
4^ édition, dépasse, par son aspect philosophique, le cadre de notre 
Bulletin, mais a bien droit à une mention dans une revue française, 
pour la culture toute française et la hardiesse de l'auteur comme 
moraliste et comme sociologue. La muerte del Cisne, c'est la mort de 
la morale idéaliste et le triomphe de la Force, de l'Or et de la Beauté. 

— M. Henri Collet, agrégé d'espagnol, vient de publier chez Delà- 
grave les textes espagnols portés au programme du brevet supérieur 
pour 1914-1917, avec des notes explicatives ou grammaticales et des 



Il4 BULLETIN HISPANIQUE 

notices sur les auteurs (Romancero, Lupercio Leonardo de Argensola, 
Juan Ruiz de Alarcôn, Bécquer, Pereda, Juan Valera, Palacio Valdés, 
M"" Pardo Bazân, Blasco Ibânez, Jacinto Benavente). 

— ~ Nous avons reçu le tome premier d'une Historia de la Univer- 
sidad central de Venezuela, par J. de D. Méndez y Mendoza (Caracas, 
Typogr. americana, 191 1). Cette Université fut fondée par Philippe V 
en 1721, par la concession faite au Collège-séminaire de Santa Rosa 
de Lima des mêmes privilèges que ceux dont jouissait l'Université de 
Saint-Domingue. Par ces temps de centenaires universitaires et acadé- 
miques, il devient indispensable d'être renseigné sur la chronologie 
de telles fondations. On trouvera d'ailleurs dans ce volume de4i4 pages 
de nombreux documents et renseignements intéressants sur la vie de 
l'Université vénézuélienne. 

— - Une Société d'Histoire de l Amérique latine s'organise en ce 
moment en vue de la publication d'ouvrages relatifs aux pays améri- 
cains de langue espagnole ou portugaise. Le comité d'initiative qui 
s'est constitué pour cette fin est présidé par M. Seignobos, professeur 
à la Sorbonne. 11 vient de publier un programme spécimen d'une 
Histoire des nations de l'Amérique latine à laquelle nous sommes heu- 
reux de voir collaborer plusieurs universitaires, MM. Desdevises du 
Dézert, Mariéjol, Lorin et Humbert. Ces deux derniers, professeurs 
l'un à la Faculté des Lettres, l'autre au Lycée de Bordeaux, s'occupent 
depuis longtemps d'une façon toute spéciale de l'Amérique latine, et 
contribueront grandement au succès de cette vaste entreprise. 

-— Le Bulletin de la Bibliothèque américaine, consacré à l'Amérique 
latine, et dirigé par MM. Appell, Martinenche et Juge, a commencé sa 
troisième année d'existence, et, par des articles signés Texeira da Silva 
Telles, D'" Capitan, Eugenio Egas, Jules Humbert, D"^ Pozzi, Jules 
Superville, José de la Riva Agûero, Oliveira Lima, Ramôn Alvarez de 
Toledo, Georges Battanchon, P. Aguirre Cerda, Ventura Garcia Cal- 
deron, Carlos E. Porter, Ch. Lesca, Carlos Villanueva, A. Velloso- 
Rebello, José Verissimo, Carlos Cuervo-Marquez, R. da ïrindade, 
Ch. Axel, Albert Girard, F. Garcia Calderon, J. Nicolas Matienzo, 
M. Arrojado Ribeiro-Lisboa, E. W. Dalgren, Hugo D. Barbagelata, 
J. Pérès, colonel Pedro Dartnell, a prouvé son utilité et sa vitalité. 

Ce n'est pas d'hier que datent les rapports intellectuels entre l'Amé- 
rique latine et la France; mais ils ont pris depuis peu un aspect plus 
officiel et plus universitaire. 11 est à noter aussi que, au cours de ces 
deux ou trois dernières années, plusieurs professeurs de l'Université 
de Bordeaux sont allés en Argentine et jusqu'au Chili : MM. Henri 
Lorin, Duguit, Jacob, Sauvaire-Jourdan, ces trois derniers appelés 
pour faire des conférences, ou plutôt des cours suivis, sur le droit 
administratif, les sciences naturelles et l'économie politique. Le mou- 
vement n'est donc pas enfermé dans la sphère parisienne ; et en 



CrtRONIQUE I I 5 

fondant le « (Jnmpemont des Universités et grandes écoles de France 
pour les relations avec l'Amérique latine», en centralisant encore 
quelque chose en France, le Comité de direction que préside 
M. Âppell n'a voulu que coordonner les elîorts et les ressources. 
Aus>i trouvera-t-il avec lui toutes les bonnes volontés. 

— M. Henri Lorin, qui, depuis 1906, consacre son cours public 
de la Faculté des Lettres de Bordeaux à l'Amérique latine, traite cette 
année du Mexique. La conférence d'ouverture a été honorée de la 
présence de M. Diaz Lombardo, ministre du Mexique à Paris. 

— C'est avec plaisir que nous signalerons une élude de M. Juan 
M. Dihigo, professeur à l'Université de la Havane, intitulée Bréal, 
estiidio crilico (Habana, 191 1). 

— » M. J.-D. Monsalve a publié à Bogota (Imprenta nacional, 191 1), 
sous le titre de Alanasio Girardot, un éloge du héros de la Nouvelle- 
Grenade, petit-fils de deux Français de Paris, tué le 3o sept. i8i3, 
étant colonel sous les ordre? de Bolivar, qui le pleura éloquemment. 

«— A la collection de documents publiés par lui, en 1909, sous le 
titre de Nota acerca das invasôes francezas em Portugal, et men- 
tionnée dans le Bail, hisp., (t. XIII, p. 5ii), M. Brito Aranha a ajouté 
des notes publiées dans le Boletim da Segunda Clase (vol. H, n" 7, 
setembro de 1910) del'Academia das Sciencias de Lisboa, sous le titre 
Antes e depois da halalha do Bussaco. (Tiré à part.) 

— La Junte supérieure de Catalogne (Extrait du tome Wll de la 
Revue hispanique, 1910) est une étude tirée des documents, comme 
tout ce que publie M. Desdevises du Dezert. Les conclusions en sont 
nettement favorables à la Junte : « La Junte supérieure de Catalogne 
a été une autorité révolutionnaire..., a réellement représenté la Cata- 
logne..., a été essentiellement traditionnaliste et conservatrice..., a été 
l'àme de la résistance..., n'a eu recours à aucun procédé violent ou 
illégal..., a tiré de la province des ressources énormes..., a levé, 
équipé, armé et nourri quatre armées successives... » 

— M. Carlos Roma du Bocage, colonel du génie portugais et 
membre de l'Académie des Sciences de Lisbonne, a publié dans la 
Revista de Engenheria militar les détails de l'opération du débarque- 
ment des troupes du duc d'Albe près de Cascaes, en i58o (0 desem-^ 
barque do duqae d'Alba em 1580. Lisboa, Typ. do Gommercio, 1910). 

— Dans Historia e Me marias da Academia das Sciencias de Lisboa 
(Nova série, 2' classe, Sciencias moraes e politicas e Eellas Arles, 
tomo XII, parte II, n" 2), M. Edgar Prestage, professeur de Utlérature 
portugaise à l'Université de Manchester, dont nous avons déjà men- 
tionné d'autres publications préparatoires a un ouvrage d'ensemble 
{Bull, hisp., t. Xlil, p. 38o), a édité des Carias de D. Francisco Manuel 
de Mello escritas a Antonio Luis de Azevedo, au nombre de soixante 
et une, et tirées d'un manuscrit (n" i55) de la Bibliotheca Nacional de 



ir6 BULLEtlN HtSJPANlQUE 

Lisbonne, copie du xvnr siècle. Elles sont des années 16/^7 à i653. 
Neuf seulement avaient été publiées, avec des variantes sensibles, par 
Azevedo dans les Cnrtas funùlinres du célèbre historien (Koma, i66A^. 
Une introduction fait ressortir l'importance de ces lettres ; des notes 
en éclaircissent le texte et les allusions. (Tiré à part, 191 1). 

— Le numéro précédent du même recueil de TAcadémic des 
Sciences de Lisbonne contient une Noticia acerca da vida c obras de 
Joào Pinto Delgado, par M. Sousa Viterbo (tiré à part, 1910). L'auteur 
du Poenia de la Reyna Ester, Lamentaclones del propheta leremlas, 
Hlsloria de Rat y varias poesias, le tout publié à Rouen en 1627 (n"88i 
de Salvâ), était juif de race, portugais de naissance, nouveau chrétien 
par force, et espagnol de langue. C'est en castillan qu'il a écrit. 
Menéndez Pelayo le loue dans son Historia de los heterodoxos (t. II, 
p. 606); Rodriguez de Castro donne des extraits de son œuvre, qu'il 
admire également (Biblioteca espanola, t. II, p. 5io-5i6). Diego Bar- 
bosa Machado le confond avec un homonyme mort en lôgo. Il était 
donc utile que M. Sousa Viterbo établît une biographie sur des données 
au moins probables. Il pense que l'auteur du Poema de la Reyna Ester 
vivait encore vers 1687. Il suppose que c'est par erreur que Rodriguez 
de Castro place l'impression de son œuvre au xyiii^ siècle, et que 
celle-ci n'a en tout cas jamais été réimprimée. q q 

-— On sait combien étaient rares, il y a quelques années encore, 
les collections de classiques espagnols. 11 semble depuis quelque temps 
que les éditeurs veuillent rattraper le temps perdu. On connaît la 
collection de Clàsicos Castellanos éditée par la revue La Leclura. Elle 
compte actuellement treize volumes. Quatre autres sont sous presse: 
Las Mocedades del Cid, par Victor Said Armesto, El Libro de buen 
amor de l'Archiprêtre de Hita, par Julio Cejador, le Cantar de Mio 
Cid, par Ramôn Menéndez Pidal, les Poesias escogidas de Villegas, 
par Narciso Alonso Gortès. — On annonce de plus la prochaine publi- 
cation de classiques espagnols et étrangers, entreprise par la librairie 
Renacimiento, dirigée par D. Gregorio Martinez Sierra. Ces éditions, 
qui ne contiendront que le texte, coûteront deux pesetas. La même 
maison prépare deux anthologies, l'une de poètes lyriques espagnols 
depuis la fin du romantisme jusqu'à nos jours, l'autre de lyriques 
français traduits en vers espagnols depuis la période romantique. Les 
noms de Diez-Canedo et de Fernando Fortùn font bien augurer de ces 
deux derniers recueils, qu'ils sont chargés de publier. E. M. 



2 janvier 1913. 



LA RÉDACTION : E. MÉRIMÉE, A. MOREL-FATIO, P. PARI&. 

G. CIROT, secrétaire ; G. KA.DET, directeur-gérant. 

Bordeaux. — Imprimeries Gounouilhou, rue Guiraude, 9-1 1 . 



Vol. XV. 



Avril- Juin 1913, 



N° 2. 



L^vllCll^:(lLo(ill: kn Espagne et e> rouTUiiAL 

Mai i()K)-Mm 1912. 
{SuUe et fin '.) 



L'art cl l'industrie ibériques n'auront pas aussi longtemps à 
nous retenir, les monuments continuant à en être assez rares. 

Cependant le catalo- 
gue des sculptures du 
Gerro de los Santos doit 
un heureux accroisse- 
ment de numéros iné- 
dits à M. Eug. Albertini. 
dont j'ai déjà cité, dont 
je citerai encore plu 
sieurs fois le nom dans 
cette chronique, et qui 
mérite aussi bien de 
l'archéologie espagnole 
que les Cerralbo, les 
Cabré, les Melida, les 
Cazurro, les Breuil". 

M. Albertini a publié 
six tètes et deux torses 
appartenant les uns au 
Musée de Barcelone, les 
autres à la collection 
Marti de Valence, et qui 
jusqu'à présent avaient échappé (sauf I'uik' des lèles) aux 




FiG. II). — Tète du Ccrro de los Sanlos 
(Collection Marli à Valence). 



1. Voir Bull, hisii., t. X.V, p. i. 

2. E. Albertini, Sculptures du Cerro de los Sanlos (Batl 
pi. 1-IV). 

AFB. l\' SÉKI12. — Bull, hispan., XV, igiS, 2. 



i8 



m IJ.lillN IIISl>A.MOUL 



invesliyali()ii8 des savants qui se sont intéressés au (jerio. Cas 
Fragments sont de valeur inégale, mais trois tètes viriles au 
moins, lune de style assez libre, les autres à la chevelure 
lortement stylisée suivant la convention dont le Cerro nous 
a donné beaucoup d'exemples, l'une souriant à la manière 
archaïque, les autres sérieuses avec une heureuse recherche 
de pureté classique, sont parmi les plus caractéristiques qui 
soient sorties du sanctuaire célèbre (fiy. J!> \ 

Les sculpteurs ibériques, on le sait, employèrent la pierre 

tendre de préfé- 
rence à toute autre 
matière, sauf le 
bronze, et comme 
il est de règle, ce 
choix n'était pas 
sans influence sur 
le style de leurs 
œuvres, tantôt lour- 
desetmolles, tantôt 
sèchement préci- 
ses, La lourdeur et 
la mollesse carac- 
térisent un corps de bœuf accroupi trouvé aux environs 
d'Elche, et dont l'Institut d'études catalanes a reproduit une 
photographie due à l'actif historien et archéologue d'Elche, 
D. Pedro \ barra '. Cet animal, découvert à la Sierra del Mokir, 
non loin de la mer, augmente une série déjà longue de loros, 
de sphinx, de bicims, pour lesquels les ateliers tartessiens ont 
eu une véritable prédilection (fig. 20). 

Mais dans ce groupe vient prendre une place de choix le 
grand lion qui, de Bacna, en Andalousie, est récemment venu 
à Madrid. Il fait heureuse figure au Musée archéologique en 
face du monstre célèbre de Balazote, près du moulage de la 
lionne de Bocairente. Il est étonnant qu'il soit resté inédit 
jusqu'au jour tout récent où M. Edmond Pottier, au nom de 




FiG. 20, — Corps d'un hiBui d'Elclie. 



Anuari, i<)o8, p, 55o, Vn (dire loro ihcridia El.r (li<;, lo). 



I 'Mu:rii':f)i.()(;ir, kn kspagnk 1:t r.s PouTic.M, 



"9 



M. Alberliiii, la picsciilc à rÂcadcinic des InsciipLions '. 
Ici c'est la sécheresse qui rcmpoiie. Sans doule la tète, très 
mutilée, et le cou sont massifs; la crinière est maladroitemenl 
traitée par grosses saillies, ou naïvement indiquée par des 
traits en arètc; mais le corps taillé par plans soudés à angles 
vifs, les pattes creusées à la gouge de sillons rectilignes, le 
ventre aminci cl relevé ont vraiment un aspect héraldique. 
La surface du dos, du ventre, des cuisses est raclée, polie, 
sans modelé. Nous sommes loin, très loin de la nature, et 




Vu 



Lion du IJaciia, au Miiscc de Madrid. 



l'œuvre csl le produit d'un art décoratif loul de routine, de 
convention et d'à peu près, intéressant néanmoins parce qu'il 
a son air bien à lui (Jig. 21). 

Parmi les idoles de bronze, dont la piété des dévots rendit 
pourtant, nous le saxons, l'industrie assez florissante, à peine 
pouvons nous en citer deux, provenant de Sanlcslcban dei 
Puerto, au nord de la province de Jaen. L'une a été trouvée 
au CasUllo; c'est une demi-figure presque informe, avec deux 
petits moignons en guise de bras. L'autre provient du cerro 
de San Marcos : étroite, allongée, comme serrée dans une 
gaine, coiffée peut-être d'une mitre, non moins informe que 
la première^ elle est d'un type connu. M. Mariano Sanjuan 
Moreno, qui la publie, y retrouve le style égyptien '. Quand 



1. séance du lo mai njia. 

•i. Mariano Sanjuan Moreno, Anl'uii'K'dndei île Sanlcslcban drl Pwrlo (linlclin ilc lu 
Arnilrmin, igio, p. !i(];) ot s.). 



120 ItUF.LETlN lirSI'AMOl !•: 

donc les l^spagnols cesseronl-ils enfin de poursuivre ces 
fantômes d'Egypte à travers leur histoire ancienne? Oublient- 
ils la cause de ces mystifications déplorables, les statues 
égyptisantes de l'horloger Amat au Cerro de los Santos et le 
sépulcre néo-égyptien de Tarragone? 

Un autre domaine récemment ouvert de rarchéologic ibé- 
rique est celui qui nous offre toujours les plus intéressantes 
et les plus nouvelles découvertes; c'est celui de la céramique. 
Des ateliers très divers, bien qu'ayant entre eux des relations 
plus ou moins proches, se révèlent successivement à nous. 

M. Pijoan a donné l'étude des vases ibériques du Musée 
municipal de Barcelone que j'annonçais il y a deux ans. 
Nous connaissons maintenant la collection complète des vases 
trouvés il y a plus de trente ans à La Za'ida par M. Paul Gil 
y Gil, et dont j'avais édité seulement les spécimens conservés 
au Musée de Saragosse, le reste ayant été acheté par Bar- 
celone'. 

On retrouve sur les dessins excellents donnés par M. Pijoan 
les motifs que j'ai analysés en détail, c'est-à-dire les crosses, 
les spirales et les rinceaux agencés en bandes circulaires, les 
ornements courants mi-géométriques, mi-floraux, mi-animaux, 
où l'imagination du peintre s'est répandue en combinaisons 
ingénieusement variées, mais où l'on retrouve sans cesse 
un goût singulier pour la stylisation plus ou moins consciente. 

A ce propos on a lu le mémoire tout à fait intéressant de 
l'abbé Breuil dans le Bulletin hispanique, sur VOrigine de quel- 
ques niolifs ornementaux de la céramique peinte d'Aragon-. Il 
y est montré par un très habile groupement de figures tirées 
des vases ibériques de VAmarejo (Albacete), de Numance, de 
Calaceite et de La Zaida, que des motifs qui paraissent, 
détachés, de pures fantaisies décoratives, sont issus très 
simplement de représentations plus ou moins heureuses de la 
tcte et de l'encolure du cheval vues de profil, ou bien de 
la tête de cheval vue de face, ou bien encore de petits chevaux 
très stylisés et disposés de différentes manières en théorie. 

1. J. Pijoan, La Ceramka ihrrira a l'Arago (Anuari, 1908, p. 241 cl s.). 

2. Bull, hisfj., 191 1, p. 253-3(')i|. L'article est signé de Rreuil et J. Cabré Aguilo. 




i.'ARCiii':<ii,ur;ii: e> kspagm: i:t e>" i'Oktloai, lai 

Noire gravure 22 donne la meilleure idée de la sublililé 
spirituelle que l'abbé Breuil 
applicjue à cescurieuses recher- 
ches. On y voit comment, sui" 
des vases de La Zaida, un petit 
cheval fort amusant en arrive, 
par un jeu de transformations 
hardies, à n'être plus qu'une 
moitié d'accolade, que l'élé- 
ment, désormais méconnais- 
sable, d'un ornement très peu 
significatif. 

Le Musée de Barcelone a 
recueilli quelques vases sinon 
plus originaux, du moins plus 
rares que ceux de Saragosse, 
et je note dans les images qu'a 
justement prodiguées M. Pi- 
joan un couvercle où de cha- 
que creux d'une ligne ondulée 
se détachent des feuilles et des baies de lierre d'un dessin assez 

naturel (fig. 2,3), un autre où 
se placent entre les rayons 
d'une étoile des fleurs à peine 
déformées. Mais surtout les 
débris d'un grand pot sont 
curieusement instructifs; on 
voit sur le premier, tout le 
long d'une large zone courant 
entre des bandeaux circulai- 
res, ici cinq chiens superposés 
chassant probablement des 
animaux dont l'un a disparu, 
dont l'autre semble un gros 
mouton suspendu entre deux 
palmettes compliquées. Der- 
rière les chiens et leur tournant le dos s'aperçoivent quatre 



Fig. 22. 
Chevaux stylises sur des vases de la Zaida. 




Fig. 23. 

Couvercle d'un vase de la Zaida 

(Musée de Barcelone). 



\2-2 IUJI,I,ET1\ HISPANIQUE 

gros oiseaux volants dont il ne subsiste que les queues, les 
bouts d'ailes et parfois les pattes. Sur le second, un oiseau 




FiG. 24. — Débris d'un pot ibérique 
(Musée de Barcelone). 



posé, un oiseau volant, un petit taureau font face à quatre 
oiseaux au repos ou en plein vol (fig. 2'i et '25). Toutes ces 




FiG. 23. — Débris du même pot. 

images sont superposées comme les précédentes. Les animaux 
sont traités en silhouettes opaques, de couleur noire brune, 



I.' vK(;iir;oi.(»<iiK EN i:spa(;.m: ei i.\ i'nuri(,\i, laS 

avec seulement quelques réserves pour indiquer les yeux ou 
des plumes. Leur superposition en échelle est peut-être une 
perspective de convonlion à la modo de lanl d'ails archaïques, 
peut-être l'inlenlion est elle j)urement décorative, l'image de 
l'oiseau, du chien ou du taureau jouant le même rôle qu'ail 
leurs, ou ici même, le motif linéaire ou floral. Mais le prix du 
vase augmente encore si l'on remarque sur deux autres tessons 
des silhouettes d'hommes mêlées à des silhouetles d'animaux 
et à des plantes stylisées JUj. 25 . Que le fragment de droite 
n'est-il plus grand ! Nous y verrions sans doule un pelit lahleau 
de composition et de style bien nouveaux, si Ion en Juge par 
la position et le geste des personnages dont lun semble coilTé 
et vêtu, et nous saurions assurément s'il est jusie, comme le 
soutient M. Pijoan, ce dont je crois pouvoir douter encore, 
de reconnaître ici l'influence des vases grecs à figures noires. 
(Cependant je dois dire que le regretté professeur Cil y Gil, à 
qui l'on doit le trésor de La Zaida, semble avoir recueilli avec 
cette vaisselle ibérique de la poterie grecque archaïque. 

M. Pijoan a eu la bonne idée de joindre à son élude des 
vases Gil quelques pages sur des vases ibériques recueillis par 
M, Cabré à Calaceite, au Pnig de Sa/i \nlon. Cette station, dont 
j'ai parlé en 1910 en regrettant de n'en avoir pas une descrip- 
tion plus précise, se révèle vraiment comme de première 
importance. En attendant qu'on nous en présente les vases 
grecs, notons que si la vaisselle il)éri({ue semble parfois sortir 
des mêmes ateliers que celle de La Zalda, nombre de pièces 
semblent plus anciennes, car elles n'ont que des ornements 
géométriques beaucoup plus simples, de ceux qui furent 
adoptés, paraît il, par tous les ateliers. D'autres semblent plus 
récentes, car cette fois-ci les dessins, par exemple, des oves 
très régulièrement tracés au compas, en sont directement 
empruntés aux modèles grecs'. Une décoration de même 
style s'est déjà rencontrée à VArnnreJo', et certaines figures 
de M. Pijoan évoquent la pensée d'une fabrique connue par 



1. J. Pijoan, l. i, p. 2!i'u i'ig. 6, 7, 8. 

2. Cf. Piorre Paris. R.<.'iai, I. II. 0°-. ïori. et Pijnaii. /, t.. i]g. C, 



124 



BULLETIN HISPANIQUE 



des tessons de Meca'. Ces rapprochemenls sont importants, 
étant plus inattendus, car ils prouvent bien que l'on n'a pas 
tort de parler de l'unité de l'art et de l'industrie de l'Ibérie. 

Les produits des ateliers numantins s'accumulent de plus 
en plus nombreux et de plus en plus intéressants au Musée de 
Soria. C'est que les fouilles se poursuivent avec méthode au 
sommet de la colline héroïque. Les rues ibériques se dégagent 




Fie. 2O. — Ruines de Numance. 



sous le croisement des rues romaines, les vieilles habitations 
indigènes sous la superstructure des maisons des conquérants 
colons (fig. 26). Il n'a pas paru encore sur ces travaux d'étude 
approfondie et de détail, telle que celles de M. Schulten sur 
les camps des Romains en pays arévaque. Mais M. Melida a 
donné dans les Pequenas monograjias de arte espanol un article, 
Numancia, écrit avec amour, abondamment illustré de vues 
des fouilles, rues et maisons, et d'images des principaux objets. 
J'ai dit ici même, en i9io,ce qu'était la ville, et les lecteurs du 
Bulletin hispanique connaissent en partie les travaux excep- 
tionnellement heureux aux environs de la ville qui illustrent 
à jamais le nom d'Adolf Schulten. 

Le persévérant archéologue continue à déblayer méthodi- 
quement les camps romains qui font autour de la ville, les 

I. Cf. Pierre Paris, Essai, t. II, fig. 178, et Pijoan, i. l., fig. 8. 



I, AMCHKOI.OGIE EN ESPACiNE ET E\ POHTUr.AL 



I 2b 



uns tout proches, les autres à grande distance, une formi- 
dable ceinture. Avec une patience égale à sa science sagace, 
il est arrivé à reconstituer ces vastes cités militaires et à 
débrouiller l'enchevêtrement des installations successives. 
L\[fc/taolo(jiscfier Anze'ujcv de i!)i2 (p. (S2 et s.) nous fait con- 
naître en détail la superposition des six camps do Renieblas^ 
et deux camps nouveaux, l'un situé à i kilomètre au nord de 
Soria, l'autre à 3 kilomètres d'Almazan, sur la rive droite 
du Duero, gardant la route antique de Numancc ù Okilis- 
Medinaceli, c'est-à-dire sur la ligne d'étapes des Romains qui 
allaient investir l'héroïque cité des Arévaques. M. Schulten 
a besoin d'une dernière campagne pour terminer ses heureuses 
investigations. Grucc à lui, nous connaîtrons admirablement, 
avec une précision inespérée, l'ensemble grandiose des œuvres 
que sut créer le génie militaire des Romains pour assurer la 
conquête et la domination des peuples qui 
leur furent les plus rudes à dompter. 

Quant ù Nurnance même, les fouilles pour- 
suivies n'apprennent rien de nouveau sur la 
distribution de la cité, mais je puis parler de 
quelques monuments archéologiques pré- 
cieux que M. Melida s'est empressé de nous 
faire connaître comme ils le méritaient. 

A côté des peintures de vases déjà connues, 
décors géométriques, têtes de chevaux , oiseaux 
stylisés, en voici d'autres ovi apparaissent 
deux poissons singulièrement confondus en un seul, près d'un 




Fie. 27 «. 
Vase de Niiiiiance. 




FiG. 276. — Détail du vase Fig. 27 a. 

non moins monstrueux cheval (fig. 27 " et *j; un autre où l'on 



■J«i 



Hll.l.KTIN IMSPAMgl l. 




\oit doux lorsos d'Iioinmos du pins naïf dessin ffig. 28), un 

autre encore où un affreux 
rire qui veut représenter 
un homme, impossible à 
décrire tant il est dilTorme, 
est eolorié en hlanr sur 
fond rouge. La tête est sur- 

F.o. ,S. - Frusmonis .lo vases .1. \umanco. j^^j^j^^^ ,]p ^^^^^ maladroi- 
tes cornes de cerf, à moins que ce ne soient des plumes; deux 
gros points noirs en guise d'yeux 
constituent tout le visage; deux 
liges coudées, les pointes en l'air, 
tiennent lieu de bras en attitude 
d'adoration ou de bénédiction, et 
cinq traits rayonnants simulent 
de part et d'autre des mains aux 
doigts écartés (fuj. 2U). 

C'est la première fois que l'on 
trouve à 
?s umance 
des figures 
humaines; 

décidément c'est à cette difficulté 
qu'ont échoué les peintres céramistes 
de la vieille Espagne. J'en donne 
encore poui- témoin, après les tessons 
d'Elche publiés par Albertini, après 
les tessons de La Zaîda, après ces 
fragments numantins, ce débris 
d'une œnochoéde même origine, où 
paraît, rouge sur fond blanc, le plus 
barbare palefrenier devant le plus 
barbare cheval au galop (pg. 30) '. 
La stylisation est plus favorable au pinceau numantin que 

I. Ce \ase est donné par M. Melida (Peqiicnas monografias de artr, 1(109-1910, 
\umancia, lig. o(j), avec ceux que j'ai cilés en môme temps. [JAnuari de Harcelone en 
a publié une meilleure image, 1908, fig. -tô el sG, dans un compte rendu des fouilles 
de Numance (p. ôfio-jO.'? el 5 figures). 





Fig. ai|. 
Fragment de vase de \unuuiee. 



Fig. 3o. 
Œnochoé de Numance. 



I. AUCiir.oi.cM.ii; i;.\ im'\(.m, kt f.n i>()ki i (iAi. \2- 

la copie de la nature. Le coroplasle d'ailleurs n'est pas plus 
habile que le céramiste, et les quelques idoles dargile «pie 
nous présente M. Melida sont de la j)lus infime catégorie 
(I'k/. .'il): ce sont daussi enfantines ébauches que les plus 





FiG. 3i. — Idoles d'arn-ile do Xumanro. 




mauvaises des figurines de bronze connues, celle de Gulina, 
par exemple'. Bien qu'un peu plus soigné, un taureau mal 
encorné, planté sur quatre basses pattes en piquets, obèse et 
boufTi, n'a d'amusant que l'enroulement de sa queue à plumet 
sur sa grosse croupe ronde: c'est le vrai frère de toutes ces 
lourdes hôtes ibériques dont les toros 
de Guisando et les cerdos dWvila restent 
le type (Jig. 32). 

Il est intéressant de noter qu'à côté 
de trois fibules en bronze de pure fac- 
ture indigène, — deux sont au type 
du cheval — dont il nous donne les 
images, M. Melida en a placé une 
quatrième, plus grande, dont le corps reproduit exactement 
le taureau de terre cuite; rarement l'art du bronze et celui de 
l'argile se voient si fraternellement confondus. 

Pour revenir à la céramique, on ne sera pas étonné que les 
ateliers plus rapprochés de la c(jte orientale, où la culture 
étrangère avait une plus naturelle influence, aient été parfois 
mieux inspirés que ceux de l'intérieur. C'est la vue des vases 

I. Pierre Paris, Essai, t. II. litr. 221. sa-?. 



Fi<;. ?,2. 
iaiiroau d'arpriie df Xiimancc 



r^S BULLETIN IIISPAMQL'E 

grecs à ngures noires qui, sans qu'on puisse le nier, a inspiré 
le décorateur des curieux fragments qui appartiennent à 
M. Cazurro, et qu'il a publiés lui-même dans le Bulletin liispa- 
n'uiue et dans 1' /l////r/r/ '. Ils ont été trouvés à Ampurias, o parmi 
des sépultures d'époque grecque ». Sur une zone que bordent 
en liaut et en bas des lignes et des groupes de demi-cercles, 
motifs courants de la poterie indigène, sur un terrain planté 
darbrcs dont des crosses figurent les aspérités, des chasseurs 
armés de la lance poursuivent des cerfs à toutes jambes. Ces 




FiG. oS. — Fragment de vase ibérique d'Ainpurias. 

chasseurs, vêtus d'un simple pagne, semblent des nègres; ils 
ont la taille fine et sont vigoureusement musclés; le cerf qui 
est conservé galope, le cou tendu, la langue pendante. C'est 
le seul vase ibérique que je connaisse où le peintre ait montré 
le souci de la vérité des formes et le goût du pittoresque; pour 
la première fois je constate de la correction dans les lignes et 
les mouvements d'un animal et surtout d'un homme, et de la 
liberté dans une composition formant tableau. Le décorateur 
doit ce progrès à l'imitation des vases dont usaient de son 
temps les Grecs d'Emporiae; le contact de l'art hellénique a 
une fois de plus vivifié l'art ibérique, et c'est pour cela que, 
je le répète, toutes proportions gardées, le tesson de M. Cazurro 

I. M. Caztirro, HM. /its/i., 1911, p. 3i, pi. I ; Annari, 1908, p. û5i. 



I, .vR(;iiKOi.(»(iiE i:n Esi'.vdM:: et l•;^ I'outujai, 129 

a la même importance pour l'histoire de la céramique espagnole 
que le buste d'Elche pour l'histoire de la sculpture (Jlg. 33). 

Il prend d'autant plus de valeur que toute la céramique 
puiemcnt ibérique d'.\inpurias est moins orifi^inalc, réduit 
qu'en est le décor aux niolifs linéaiics les plus simples et les 
plus courants. Elle reste, jusqu'à nouvelles découvertes, très 
intérieure à celled'Elche, d'.Vrchena, de La Zaida, de Numance, 
ou même de rAmarejo. Le fait est du reste fort explicable, 
puisque les Emporitains pouvaient se fournir de vaisselle 
élégante dans les magasins des colons de Marseille. 

Je suis amené tout naturellement à parler des fouilles 
d'Ampurias, qui sont assurément avec celles de Numance la 
plus grande entreprise archéologique de ces dernières années 
en Espagne'. 

On connaît les textes anciens relatifs à celle petite ville indi- 
gène, Indica, située sur une côte très découpée et rocheuse, au 
fond du golfe de Kosas, tout près du cap Greus, et aux portes 
de laquelle les Phocéens de Marseille vinrent établir une 
colonie florissante. Strabon et Titc Live, d'après Caton, nous 
ont dit comment les Grecs occupèrent d'abord une petite île 
qu'ils appelèrent Palaeopolis, en face d' Indica, ensuite le conti- 
nent, tout contre la ville, dont ils restèrent séparés par un 
mur. EmporicC devint ainsi une cité double. Avec le temps, 
bien que le mur subsistât, les voisins s'unirent cl fondirent 
leurs lois sous un même gouvernement. Plus lard encore 
Gésar établit à Emporiic une colonie romaine, mais la ville 
garda son double aspect d'autrefois, ses ports largement 
ouverts, ses fortes murailles étroitement surveillées du côté 
de la terre, sa population hybride, alfinéc parce quelle avait 
du sang grec, enrichie de commerce, et redoutant les attaques 
de voisins grossiers et belliqueux. 

Emporiae, grand centre de culture grecque, le seul qui se soit 
vraiment développé etqui ait résisté sur ces côtes au fond assez 
fermées aux établissements, sinon aux visites des étrangers. 



1. J. Puig y Cadafalch, Les Excavacions d'Einpuries (Anuari, 1908, p. 1 50-194), avec 
45 gravures et un grand plan hors texte. — Cronica de rrrmHu-i,,,<-^. ni,!,!., p. :i'y^ el s.; 
1909-10, p. 'yoô et s.). 



i3o 



m LI.KIIN IIISI'AMQI i: 



a hjiijours, au cours des siècles, sollicite la curiosité des archéo- 
logues, d'autant plus que le sol en livrait sans cesse, au hasard 
des travaux de terrassement, de culture ou de fouilles désor- 
données, des centaines d'objets précieux. Qui dira, dans les 
Musées et les collections d'Espagne ou d'ailleurs, les monnaies, 
les vases, les bronzes, les terres cuites, les statues grecques 




Vu;. 34. — Restes des murailles de la ville grecque à Ampurias. 



même qui proviennent d'Ampurias? L'état des lieux, avec 
quelques restes encore visibles des murailles de la ville 
grecque (Jlg. 3^i) et du mole du port, l'ondulation des dunes 
cachant assurément des ruines d'édifices, les études déjà 
anciennes et les plans de Jaubert de Passa (182a), du regretté 
Botet y Sisos (1878), de Pella y Forga (1888), les trouvailles 
incessantes, les précieux objets, particulièrement les vases 
recueillis dans les Musées et collections particulières de Gérone 
et de Barcelone, l'importance même d'une ville originale où 
so prolongeait si merveilleusement la Grèco d'ionie, fout 



i,'AKc.m';(H.(Miii, i:>' ksi'acm. ici f,n I'ohii.cm, i.ii 

poussait au dcblaieiucnl (l'EmixjritL-, cl ccsl lliuniicur de la 
Juiila de Mii.scos de Barcelone de l'avoir entrepris. 

Depuis 1908, M. Villanueva, le corps des Inj^énicars des 
Monts, M. Manuel Cazurro, directeur du Musée provincial 
de Ciérone, s y sont employés avec un zèle qu'un juste succès 
a récompensé. Les résultats de leurs travaux commencent à se 
répandre. Le très savant architecte, M. Puig y Catafalch, a 




Fit;. 35. — Muraille cl [inrte (rAiiniuria>. 

donné à VAnuari une élude de la topo^a-aphie; M. Frickcnhaus, 
une étude des vases; 'M. llamon Casellas, une étude sur les 
trouvailles de sculpture. On trouve dans la belle revue des 
comptes rendus des déblaiements successifs, avec des photo- 
graphies des ruines retrouvées, des [)rincipau\ objets 
découverts. 

De ces publications il résulte que lile de Paheopolis est une 
presqu'île, la pointe de terre où se trouve ractuelle Saint- 
Martin d'Ampurias. On a reconnu les murailles et la porte 
dont parle Tite Live : « La partie de mur qui regardait la 
terre, dit-il, était la plus forte et n'avait qu'une porte; un 
magistrat gardait cette enlrée sans pouvoir abandonner son 
poste un seul instant Jig- ''•^)- " 



i3a nut,i,F/n\ iiispamque 

Les iniiiaillcs, avec de forts bastions carrés, sont construites 
en assez <^ros appareil. Quand la presqu'île devint trop étroite, 
les Grecs s'installèrent sur la terre ferme, autour du port très 
bien défendu par les rochers. Le centre de la nouvelle ville 
paraît être le couvent de la Vierge de Grâce. L'enceinte qui la 
protégeait et laséparaitde la ville des Indicètes est maintenant 
bien déterminée. Les murs sont plus régulièrement établis par 
filesà peu près horizontales. Levillage de Saint Martin ne permet 




FiG. 3G. — lîscalicr à Ampurias. 

pas les fouilles dans la vieille ville, mais la ville nouvelle, qui était 
petite, 4<>o pas de tour, dit Tite Live, se déblaie avec ses rues 
irrégulières, les larges escaliers qui rachetaient quelques 
dinérences de niveau (Jlg.36), les citernes privéesou publiques, 
les ruines de constructions dont les murs sont plus ou moins 
bien appareillés, mieux d'ordinaire que le mui- d'enceinte. 
Mais l'on ne retrouve avec certitude les vestiges d'aucun 
temple (celui d'Artémiséphésienne devait être dans Paheopolis, 
véritable acropole de la colonie) et les maisons étaient sans 
doute édifiées en terre (lapla). 

Le système des eaux semble avoir été particulièrement soigné 
à Emporiœ, si l'on en juge par la savante disposition des 
citernes. On a même trouvé dans une maison située dans la 



r, ARCIIKOLOCIE EN ESPAGNE ET EN POR I TGAL 



l33 




Fk;. 07 
.SYslèrnc de (lUracrc à Ampurias. 



partie haute de lu ville, près d'une de ces citernes, une sorte 
de caveau dont les parois sont construites avec des amphores 
dressées côte à côte, maintenues par du mortier. Ces vases sont 
décapités par en haut, et percés d'un trou latéral un peu au- 
dessus du pied. Il est pro- 
bable, comme on y a songé, 
que c'était là un système 
de liltrage. Je ne crois pas 
qu'une telle disposition ail 
encore été signalée; on ne 
peut penser d'ailleurs à une 
de ces constructions de mu- 
railles, comme lantiquité 
et les temps modernes en 
donnent des exemples, où 
l'usage de récipients creux 
comme matériaux de remplissage s'explique par des raisons 
de légèreté, d'économie ou de sonorité {Jhj. .77^. 

Quant à la ville indigène, que les textes anciens mentionnent 
avec tant de précision, on n'en a pas reconnu de traces 
certaines en dehors des murailles grecques, là où l'on était en 
droit de la chercher. De là pour les explorateurs la nécessité 
d'hypothèses qu'il est peut-être trop tôt pour vulgariser ou 
même pour discuter. La suite des fouilles, qu'il faudra pousser 
très profondes, apprendra peut-être tout simplement que la 
ville romaine s'est superposée à la ville ibérique jusqu'au 
point de la recouvrir complètement ou même d'en faire 
disparaître les vestiges si cette ville n'était qu'une humble et 
pauvre bourgade mal construite. Car il est remarquable de 
voir que les lieux où l'on s'attendait à retrouver Indica sont 
couverts de constructions romaines d'époques diverses. C'est 
ainsi qu'une large porte percée dans une muraille au couchant 
est constituée par une série d'assises anciennes en pierres 
que surmonte un arc en ciment d'époque postérieure %. 38}. 

Mais il va sans dire qu'à l'époque romaine la ville entière, 
aussi bien l'ibérique que la grecque, fut romanisée, comme il 
convenait à un port que sa situation rendait important et très 

Bail, hispaii. •" 



\'6^4 UULLETIN HISPANIQUE 

utile aux dominateurs, où César, après Monda, établit une 
colonie. Suivant l'habitude, cette colonie à forme de camp se 
construisit sur plan rectangulaire (700 ù 800 mètres environ). 
La porte que je viens de signaler était au bout du Cardo maxl- 
nius, belle voie d'allée, bordée d'une colonnade dont plusieurs 
chapiteaux de bel ordre toscan ont été retrouvés, ainsi que des 
bases et des fragments de fûts encore en place, et de maisons 
en partie édifiées en pisé, avec revêtement de stuc. Le plan de 




Fiu. 38. — Porte et arc en cimenl d'époque romaine à Ampurias. 

la colonie a, du reste, besoin d'être encore précisé, aussi bien 
hors de la ville grecque que sur l'emplacement de cette ville. 
Elle paraît n'avoir jamais été bien luxueuse, malgré le déblaie- 
ment de quelques alria entourés de colonnes et pavés de 
mosaïques, et quelques débris de peintures sur stuc. Quelques 
ruines semblent marquer la place d'édifices publics, peut être 
de temples, mais il reste à étudier tout cela dans le détail, à 
préciser l'époque des diverses constructions depuis l'établisse- 
ment des Romains jusqu'au m* siècle, où une série de sarco- 
phages, les plus anciens monuments chrétiens de Catalogne, 
marque à la fois la décadence de lanlique Emporiœ et l'avè- 
nement de l'ère nouvelle, où Saint-Martin d'Ampurias trouve 
son origine. 



r, Anciii:oLOGiE en Espagne et r.y poniLCAL lôo 

La suite de cette investigation si bien commencée fera la 
lumière sur cette histoire; mais déjà les fouilles ont livré des 
œuvres d'art ou d'rndustric dont les unes ont une grande 
A^aleur de beauté, dont les autres servent à résoudre d'impor- 
tantes questions. C'est ainsi que la céramique grecque, 
recueillie dans les ruines ou dans la nécropole du Porlichol, 
découverte sur une petite colline de sable au sud de la ville 
grecque, près de la mer, classifiée et étudiée en détail par 
M. Frickenhaus s fixe de façon indiscutable l'époque où les 
Grecs fondèrent leur comptoir : aucun vase ou fragment n'est 
antérieur à la moitié du vi' siècle. La poterie ionienne, et en 
général asiatique, est extrêmement rare, et déjà même dans 
les plus anciennes sépultures comme dans les couches les 
plus profondes de la ville c'est l'industrie attique qui domine. 
Or, on sait que, à la fin du vT siècle, cette industrie a tué la 
concurrence d'Asie. Dans le catalogue de M. Frickenhaus, on 
trouve, sur un peu plus de i5o vases classés, i vase cypriote, 
et i3 vases asiatiques piovenant de fabriques diverses, 2 chal- 
cidiques, 8 corinthiens et italo-corinthiens; en revanche, les 
lécythes attiques, forme presque unique dans la nécropole, 
avec les alabastres à figures noires sont au nombre de 46, les 
lécythes à figures rouges au nombre de 26. Il faut y ajouter : 
i3 lécythes décorés d'un réseau de traits, 20 alabastres à 
figures noires, souvent sur fond blanc; 6 autres vases à figures 
noires de formes variées, dont une amphore de la forme des 
panathénaïques, sont encore importés d'Athènes, et aussi trois 
œnochoés dont la panse est formée d'une tête humaine. Ces 
dernières se rattachent aux vases à figures rouges de même 
origine, au nombre de quatre seulement, une kylix, une 
hydrie, un cratère et une grande péliké. On a noté seulement 
trois vases ilalo-grecs sans importance. 

Dans cette collection, il y a peu de pièces vraiment rares ou 
belles. Parmi les vases de type oriental, il faut citer le rhy- 
ton(?) formé d'un oiseau à tête d'homme cornu, que AL Ueuzey 



I. Aug. Frickcnhaub, Griechischc l'asen aus Emporion (Aniinri. i<)o8, p. lyô-aio), 
avec tji lig. et 2 pi. 



56 



BULLETIN HISPANIQUE 




a déjà public avec un savant commentaire', et un autre de 
même genre, mais oii la tête d'homme est remplacée par une 

tête de bélier (fig. 39). 
Parmi les alabastres, 
le plus remarquable me 
semble celui oii est peinte 
une femme drapée dans sa 
robe blanche et son long 
manteau noir (fig. ^40). 
Mais la pièce la plus belle 
était la grande péliké à 
figures rouges, malheu- 
FiG. 39. - Rhyton d'Ampurias. reusemcnt très incom- 

plète. On y voit représenté, d'un côté, le banquet des noces 
de Pirithoos, au moment de l'irruption des Centaures; de 
l'autre, des Victoires et Hygie couronnant 
un trépied en présence d'Apollon joueur de 
lyre, de Dionysos et d'autres personnages, 
le Jeu (Paidia), une muse tenant le masque 
tragique, un satyre, etc. Combien le dessin 
des personnages est élégant, on en peut 
juger par la Niké que reproduit la figure 4i- 
Elle est, par sa grâce ailée, la contemporaine 
et la digne sœur des exquises Victoires du 
petit temple de la Victoire aptère à l'Acro- 
pole d'Athènes. M. Frickenhaus songe, en 
étudiant cette belle œuvre de la fin du v*^ siè- 
cle, au peintre Aristophanès, et même à 
Meidias. 

Le cimetière du Portichol ne cessa de rece- 
voir les morts depuis l'arrivée des Marseillais 
jusque sous l'Empire romain. J'ai dit combien 
la ville romaine fut florissante. Dans la terre 
et le sable qui la recouvrent, on a recueilli 
par centaines les débris de vases rouges à reliefs, que les 
Espagnols appellent sagontins. D. Manuel Cazurro en a fait 

I, Léon Ileuzey, Monuments Piol,\l, p. i23. 




Fig. 4o 
Vase d'albàlrc 
d'Ampurias. 



I. ARCHEOLOGIE EN ESPAGNE ET EN POHTUfiAI. 



i3- 



une longue étude d'ensemble, un peu trop toulïue peut-être, 
sous ce titre: Terra sigillala; les vases arélins el leurs imita- 
tions gallo-romaines à Ampurias^ Les ustensiles complets de 
ce genre sont aussi clairsemés que 
les fragments sont abondants. 11 a 
été néanmoins facile à M. Cazurro 
d'inventorier les formes aussi bien 
que d'étudier les divers décors et 
relever les estampilles qui, comme 
on le sait, ajoutent beaucoup à lin- 
térêt des vases sigillés. Les types 
emporitains se retrouvent tous par- 
mi ceux qu'ont classifiés MM. Dra- 
gendorff et Déchelette, bols plus 
ou moins ouverts, à pied plus ou 
moins haut, gourdes, coupes plus 
ou moins plates et basses. Deux 
groupes s'y forment naturellement, 
celui des formes plutôt arétines, 
celui des formes plutôt gallo-romai- 
nes. Les marques de fabrique sont 
extrêmement variées, plus de mille 
diverses au seul Musée de Gérone. Elles servent encore mieux 
que les formes ou les motifs de décoration à préciser l'origine 
des vases. M. Cazurro retrouve les marques arétines dont voici 
le type : L. RAISINUS PISANUS ; les marques gallo-romaines, 
plus simples, comme OF. AMAN [of(icina) Aman(di|, ou 
seulement AMAN. Une marque grecque, AIOXl'llOV est 
particulièrement intéressante; elle est imprimée sur un frag- 
ment arétin. 

Toutes ces estampilles ont permis à M. Cazurro de classer la 
céramique rouge d'Emporiœ en poterie arétine primitive et de 
beau style, et en poterie gallo-romaine, où sont représentés 
surtout les ateliers de Lézoux, de la Graiifesenque, de Monlans et 
de Banassac. Le résultat le plus important de cette enquête est 
que tous les vases sigillés d'Ampurias et de Sagonte même, 

I . Anuari, 1909-10, p. agA-SGo (3o grav. el un catalogue des estampilles). 




FiG. Ai 
\iké sur une péliké d'Ampurias. 



l38 BULLETIN HISPANIQUE 

sans aucune exception, proviennent d'Italie ou de Gaule. A 
moins de supposer que les ateliers espagnols et même ceux de 

Sagonte employaient 
des moules importés, 
il faut admettre que la 
poterie sagonline très 
estimée au temps de 
Pline, moins estimée 
par Martial de Bilbilis, 
n'était pas celle qu'on 
appelle par abus barro 
saguntino. 

La lerra sigillata étant 
bien connue par de 
récents travaux, aux- 
quels celui de M. Cazurro ajoute un beau chapitre, ce n'est 
pas le lieu d'inventorier la collection emporitaine. 11 suffira de 




Fie, /i2. — Coupe arétine d'Ampurias. 




FiG. 43. — Fragment de terra sigillata gauloise d'Ampurias. 

montrer deux beaux spécimens, Tun arétin, l'autre gaulois 
(fig. ^2-^3). 

Je ne sais trop s'il faut rattacher à ces séries la petite 
amphore que reproduit la figure /i/i, et sur la panse de laquelle 
on voit un aigle debout sur ses pattes, les ailes éployées. Faite 
de pâte plus sombre, moulée en deux parties, elle est d'une 
technique et d'un aspect qui semblent nouveaux». 

Plutôt que sur ces produits d'une industrie étrangère, j'aime 



I. Anuari, i(joi|-io, ]>. 72O, lig. 3i. 



I. AKCiiKoi.ocii: i;n ksi'Ag.m-: r/r E^ portu(;al 



.H() 




FiG. Vi. 

Amplioro 

(l'Ampiirias. 



mieux insister sur les trouvailles de sculptures exposées dans 
un copieux mémoire de M. Ramon Gasellas'. 

Bien avant les fouilles actuelles, les découvertes fortuites de 
fragments plus ou moins précieux ont été signa- 
lées : une tête d'empereur romain (Hadrien!'), une 
lele de Silène, les pieds d'une table de marbre, 
formés de pattes surmontées de têtes de lions, un 
oscillum de marbre. Une curieuse tête de femme 
en bronze, de l'époque des Flaviens, de la collec- 
tion du comte de Giiel, à Barcelone, a été i)lu- 
sieurs fois publiée. 

Parmi les récentes découvertes il faut citer 
une magnifique tête de lion en bronze qui déco- 
rait peut-être l'extrémité d'un timon de cliar; 
c'est la seule sculpture archaïque d'Âmpurias. 
Une jolie tête de femme en marbre (M. Gasellas 
y voit à tort, je crois, un Eros ou un Téleslor), toute petite 
(o™o8), nous conduit en plein ùge classique. Elle est fort 

gracieuse, quoique mutilée, et d'un joli 
mouvement. Elle le cède pourtant à une 
admirable tête de Diane, selon M. Ga 
sellas, mais je crois plutôt ù une Aphro- 
dite. Très grassement modelée, d'un art 
très savant et très sûr, je la rattacherais 
volontiers à l'école de Scopas, tant 
l'expression des yeux noyés et de la 
bouche un peu mélancolique semble 
vivante et passionnée; mais on peut 
aussi songer à Praxitèle (fig. ^i5). 

G'est là un morceau de choix, et je 
le préfère, pour ma part, à une statue 
colossale d'Esculape dont la découverte 
a fait beaucoup de bruit, mais qui me 
semble d'un art plus banal et un peu 
conventionnel. Plus que la tête un peu molle et sans style ou 

1. Ramon Gasellas, Les Iroballes esculploriques a las excavacions d'Empuries {Anuari, 
ii)0((-io, p. 28i-a()5). 




Fig. ^5. 

Tèle d'Aphrodite (:') 

d'Ampurias. 



l4o BULLETIN HISPANIQUE 

que le lorse lourdement modelé, j'estime l'ampleur des drape- 
ries, la belle pondération des plis simplement massés, la noblesse 

calme de l'attitude. L'œuvre, sans 
doute romaine, est inspirée des 
bons modèles de la statuaire grec- 
que classique (fuj. UG). 

Il en est de même d'une statue 
de femme malheureusement sans 
tête et sans bras, dégagée des 
fondations d'une église détruite à 
Besalu (Catalogne) et qui est entrée 
au Musée de Gérone'. Les plis de 
la tunique et du manteau sont 
d'un beau style, mais ce qui est 
tout à fait nouveau et digne de 
remarque, c'est que l'œuvre, quoi- 
que romaine, est taillée dans une 
sorte d'albâtre très friable extrait 
de la montagne proche appelée de 
la Mare de Deu del Mont (fig. U7). 

A r Esculape d'apparat je préfère 
encore l'humble figure de terre 
cuite de beau style sévère que j'ai 
eu plaisir à publier dans la Revue 
des Études anciennes^. C'est une 
Déméter archaïque, de grande 
noblesse, qui peut prendre place 
à côté des plus beaux exemplaires 
dus au génie des coroplastes de 
Phocide, de Béotie ou d'Attique, 
une statuette que sa majesté divine 
élève au rang des grandes statues 
Fig. 46. de culte (flQ. U8). 

statue d'Esouiape d'Ampurias. Le Muséc de Gérone a récem- 




I. Adquiskions del Museo de Girona (Anaari, 1908, p. 567, fig. 29). 
a. Pierre Paris, Bev. des Etudes anciennes, 1910, p. i52, pi. IV; cl. Anuari, ic 
p. 5Go, fig. 21 {Cronica de las excavacions d'Empiiries, p. 56o fig. 21). 



L ARCHEOLOGIE EÎS ESPAGNE ET EN POUTUGAL 



l4l 



ment acheté, provenant encore d'Ampurias, les fragments de 
deux plaques de bronze travaillées au repoussé et argentées'. 
Sur l'une est l'élégante image d'un Dioscure debout devant 
son cheval qui pialTe. Une 
étoile à si\ rayons est dans 
le champ, près du bonnel 
du héros. Le dessin est pur 
et franc, mais il est étrange 
que l'arrière train du cheval 
ait été supprimé (ficj. ^!Jj. 
Sur l'autre se voit une scène 
beaucoup plus compliquée, 
011 figure au centre un roi 
ou un dieu barbare, coifïe 
du bonnet phrygien, vêtu 
de braies brodées. Il fait de 
la main droite un geste de 
bénédiction, tandis qu'il 
s'appuie de la main gauche 
sur une longue lance. Le 
corps a malheureusement 
beaucoup souffert, mais on 
reconnaît aisément un per- 
sonnage oriental. Il appuie 
son pied droit sur une tête 
de mouton. Entre ses pieds, 
sur le sol, sont posées 
trois petites amphores. A sa droite se dresse un tronc de 
lierre supportant un buste couronné, Dionysos assurément. 
Au pied de l'arbre un autel porte sur chacune de ses cornes 
en volute une main emmanchée d'une tige et ayant les deux 
derniers doigts repliés. Devant l'autel un grand cratère; à 
gauche, un buste d'Hermès coiffé du pétase, et, au-dessus de 
l'autel, un caducée; en croix devant le tronc d'arbre, deux 
thyrses d'oij pendent un tambourin et des clochettes. Dans 
le champ, près du buste de Dionysos, une courte épéc plate, 

I. Adijuisicions del Museo de Girona (Anuari, tgoS, p. dC'i et 5^5, lig', 27 el ^S). 




FiG. /17. — Statue de femme de Besalu. 



1^2 nUI.MVriN HISPAMQUK 

le soleil, la lune et des étoiles. La partie gauche de la plaque 
est occupée par un pin autour duquel s'enroule un serpent 
dont la tête s'orne d'une créle. Au pied du pin marche un 

homme brandissant une 
bipenne, comme s'il vou- 
lait couper l'arbre. El sous 
chacun des arbres, dans 
une grotte en dôme, on 
aperçoil, ici une femme 
drapée devant un autel 
allumé, ayant derrière elle 
une tortue, devani elle une 
autre tortue et un lézard, 
et là une femme assise 
tenant un enfant; un gros 
oiseau et un serpent occu- 
pent le champ. Le dessin 
de cette plaque est très 
inférieur à celui de la précé- 
dente ; lœuvre, aussi bien 
par son sujet confus que 
par sa négligence, se date 
naturellement de l'époque 

FiG. ^8. — Statue de Déméter d'Ampurias. > • i, . , 

'^ OU les cultes orientaux se 

mêlèrent de si curieuse façon, dans le monde romain, aux 
cultes classiques. Le bronze mystérieux d'Ampurias se rapporte 
sans aucun doute à la religion de Mithra, et en deviendra 
peut-être un des monuments les plus utiles (fig. 50). 

Les deux plaques ont été trouvées par Pedro Martin Pujol 
dans la nécropole romaine; elles devaient servir de revêtement 
à quelque coffre de bois. 




Les fouilles de Merida n'ont pas l'ampleur, ni l'intérêt 
vraiment exceptionnel de celles d'Ampurias ; elles n'en sont 
pas moins très importantes, et, faites au nom de l'État, comme 
celles de Numance, par le savant et expérimenté D. .1. Ramon 



I, AHCHEOI.OCIK KN ESHACVE ET EN l'OUTL'GAL 



/,3 



Melida, elles montrenl clans quelle heureuse voie s'est engagée 

l'Espagne pour la insurrection de ses trésors antiques. La 

grande colonie romaine méritait que l'on songeât sans larder 

à elle; il s'imposait de dégager non plus au hasard, mais 

daprès un plan rigoureux ses monu 

ments devinés superhes sous lamon- 

cellemenl des terres. La fouille était 

nccessaii<' au momcTit de la réorga 

nisalion d'un riche musée (jui n'était 

encore qu'un magasin poussiéreux 

et sombre. 

Il y a déjà quelques années nom- 
bre de statues avaient été retrouvées 
dans l'Amphithéâtre et autour de 
cet édifice ; plusieurs, provenant 
d'un sanctuaire de Mithra, étaient 
de grande valeur historique. En 
déblayant à fond le théâtre ', M. Me- 
lida est parvenu jusqu'à l'orchestre 
dallé de marbres de couleur, et a 
réussi à rendre au jour vingt quatre 
files de sièges, dont un siège de 
marbre, fauteuil présidentiel sans 
doute, orné sur le coté d'un beau 
sphinx de marbie en relief. On a 
déblayé aussi un passage latéral voûté, conduisant de l'exté- 
rieur à l'orchestre, le mur avant de la scène, les restes de la 
colonnade à double étage du mur arrière, avec des bases et 
de magnifiques chapiteaux corinthiens en marbre blanc. 

M. Melida a retrouvé une grande inscription disparue ainsi 
rédigée : 

Al -AGRIPPA • L F • COS • III • TRIB • POT • III 

qui prouve que le théâtre fut achevé en l'an XVI avant Jésus- 
Christ, sous le troisième consulat du cendre d'Auguste '. 

1. J. R. Melida, Exrav. animol. en la riudad de Mcrida (Holetin de la Academhi, 1911 
(LVIU), p. 62 et s,). 

u. M., Inscripcionex romnims de Merida {Ihid., p. 187 et s., n* i). 




FlG. /,.,. 

PlaqiK! de l)roiize 

avec >iu Dioscuro d'Ampurias. 



l4/| BULLETIN HISPANIQUE 

Mais la découverte qui, à elle seule, eut payé l'explorateur 
de sa peine est celle d'une grande statue de femme assise en 
marbre blanc {9."']o) (ftg. 51). L'attitude, la gravité de la lete 




FiG. 5o. — Plaque de bronze avec représentation mithriaque d'Anipurias. 

couverte d'un voile, l'ampleur matronale, l'opulence des dra- 
peries sévères, tout révèle la déesse Déméter, et cette Déméter, 
cela saute aux yeux, est la sœur de la Déméter de Cnide. 
L'éloge est d'autant moins banal que l'œuvre de Merida est 
certainement romaine, puisque le théâtre date du début de 
notre ère, et qu'elle était faite pour décorer le fond de la scène. 
Le sculpteur, comme celui de l'Esculape d'Ampurias, a bien 
choisi son modèle dans la grande tradition classique du 
iv^ siècle, et si la statue, mutilée d'ailleurs, un peu trop allongée 



l'aUGHÉOLOGIE en ESPAGNE ET EN PORTUGAL 1^5 

et maigre, de technique quelquefois un peu sèche, n'a pas la 
saveur d'un bel original de l'école de Scopas, elle n'en est pas 
moins une des bonnes œuvres gréco-romaines que l'on con- 
naisse; elle est digne que le moulage 
en ligure dans les grands musées 
de reproductions, et l'étude en sera 
toujours instructive comme la vue 
en est impressionnante. Espérons 
que la fortune servira encore son 
heureux inventeur, et que Merida 
réserve à Melida d'autres surprises 
non moins flatteuses. Nous aime- 
rons à être des premiers à l'en 
féliciter. 

Il est étonnant qu'ayant de tels 
exemples sous les yeux, les sculp- 
teurs indigènes de l'époque romaine, 
aussi bien les tailleurs de pierre que 
les fondeurs de bronze, se soient 
montrés le plus souvent si irrémé- 
diablement maladroits. Ceux qui ont 
voulu décorer de bas-reliefs des stèles 
funéraires se sont d'ordinaire conten- 
tés d'innommables ébauches, telles 
quecellesquej'ailîontede reproduire. 

Si la pierre tombale de Q. Articuleias AlhIus, trouvée à 
Merida, nous montre deux personnages debout assez corrects, 
bien que trop courts et trop lourds, et assez bien vctus à la 
romaine', que dire de la stèle de Tiberius Poslumus Viclo- 
rimis^ ;fig. 52 j ou de celle de Jidiiis Severia/ms^ (fig. 5oy 
provenant de la région de Caiido et de Noya vers l'embouchure 
du Tambre. 11 est vrai que nous sommes au fin fond de la 
Galice, mais cela ne sufQl pas ù excuser l'aspect par trop 




Fig. ôi. 
Slaluc de Dûmétcr de Merida. 



1. J. II. Melida, ibid., n" (3. 

2. F. Fila, .VHCuas lapidas roinanas de Moya, Cando, Cerezo y Juinilln {liolrlin, irpi 
(Ll\), p. 398 et s., fig. à la p. ioS). 

3. Ibid., fig. à la p. io6. Cf. 1910 (LVI), fig. p. 3(ii. 



i/iO 



UL'LLET1> IIISPAMOUE 



préhistorique de Victorinus et le comique du grand Severianus 
et de son petit cheval. Sans doute les signes astronomiques 
qui accompagnent l'un et l'autre ajoutent quelque intérêt à ces 
humbles travaux d'ouvriers présamar- 
qUes ; plaignons seulement les Romains 
de n'en avoir pas suscité de plus 
habiles. 

Le cheval au galop figuré sur la stèle 
de Lucius Jalius Biliciis (fig. 5^i) n'est pas 
beaucoup meilleur, mais il a du moins 
l'avantage de nous rappeler celui que 
nous avons vu peint tout à l'heure sur 
un vase ibérique de Numance. La pierre" 
où il est sculpté provient de la région de 
Cordoue, et appartient à Dona Julia, fille 
du collectionneur D. Victoriano Rivera 
y Romero'. 

Pour ne pas laisser le lecteur sur la 
fâcheuse impression de ces pierres bar- 
bares, je lui présente deux bas-reliefs 
qui sont de véritables œuvres d'art, et 
dont nous devons la connaissance à 
FiG. 52. M. Albertini; il les a communiqués à 

silIc lie Tiberius Posiumus l'Académic dcs Inscriptions et Belles- 

Vicluriims (Cando). t .. i • i i ' i 

Lettres, le premier dans la séance du 
a/l janvier, l'autre dans la séance du 27 octobre 191 1 ^. 

Le premier bas-relief est grec ; il provient de la région de 
Juvca (Alicante), célèbre par la découverte de beaux bijoux 
d'or analogues à ceux qui parent quelques saintes du Gerro 
de los Santos et la Dame d'Elche. On y voit un des Dioscures 
à cheval entre un homme barbu, nu-tète, vêtu d'une tunique 
à manches courtes et d'un manteau qui passe sur l'épaule 
gauche et enveloppe le bras gauclie, et un autre homme à 
pied, imberbe et nu-tete, portant une lance sur lépaule droite. 




I. E. Romero de Torres, \uevas insrripcioiies romanas lialladas en Cordoba {Bolelin, 
7910 (LVl), n* 2, fig. p. 45.'i). 

T. (lonijdi's rendus de VArad. des Inuriidions, 1911, p. iii.') et G52. 



I, vHCHi:o[.oGii': en i:si>a(;.ne et en poutucal 



"'•7 




Slèlc de Jiilius Sc\criaiiiis (Nova). 



cache cil partie par la croupe tlu clicvul el pur un l)ouclier 
rond. Le marbre étant brisé à gauche, on ne sait s'il y avait, 
faisant face à ces trois personnages, 
un second Dioscure ou simple- 
ment un autel, comme semblerait 
l'indiquer l'attitude d'olVrande (hi 
premier piéton qui avance la main 
droite, fàclieusement brisée, tandis 
que dans la gauche il tient conjre 
sa taille un objet rond, sans doute 
un fruit. Quoi qu'il en soit, l'essen- 
tiel est que le bas-relief est grec, et 
l'on sait combien les marbres grecs 
sont raies en Espagne, même sur 
cette côte orientale, aux enviions 
immédiats de VHcnieroscopion. Ce- 
lui-ci a beaucoup de prix, qu'il 
soit de l'époque hellénistique ou 
plutôt, comme je le pense avec MM. GoUignon et Potlier, du 

IV* siècle avant notre ère 

ifuj. ->r>}. 

L'autre a été découvert 
il y a plusieurs années à 
Cordoue, et il est conser- 
vé à l'École des Beaux 
Arts de cette ville. iM. Al- 
bertini l'a étudié et pho- 
tographié sur un mou 
lage du Centra de Esladios 
Idsiôricos récemment or- 
ganisé à Madrid. C'est 
un pideal qui vaut plus 
encore par le sujet que 
par le style. La scène figurée à trois personnages, Alhéna, 
Poséidon et un Triton, est bien indiquée par la présence d'un 
tronc d'olivier entre les deux divinités qui se disputèrent 
l'Attique, et nous sommes transportés à l'Acropole uu moment 




FiG. 54. 

Cheval au galop sur la stèle 

de Lucius Junius Biliciis. 



1^8 BULLETIN niSPAMQLE 

de la dispute (Juj. 56). Alhéna est tournée vers Poséidon. La 
tête manque; d'après le mouvement du cou, il semble qu'elle 
était de trois quarts et non de profil. La déesse est debout, 
s'appuyant sur la jambe droite, la jambe gauche un peu 
en arrière et légèrement relevée. Elle porte une longue tunique, 
un manteau qui descend jusqu'au-dessous du genou, et 
vraisemblablement l'égide, placée de biais et dégageant le sein 
gauche. La main droite semble tenir un court bâton; la 




FiG. 55. 



Dioscurc sur un bas-relief de Javea. 



main gauche est posée sur la hanche. Quant à Poséidon, 
il est (( debout, le pied gauche posé sur un objet qui semble 
être une proue de navire. Le dieu a une chevelure abondante, 
une barbe en pointe; il est nu, mais un petit manteau est jeté 
sur la cuisse gauche; de la main droite il tient le trident, sur 
lequel il sappuie; la main gauche semble ouverte et est 
tendue en avant dans un geste de conversation. » Le grand 
intérêt de ce curieux jiuleal est dans sa grande ressemblance 
avec la peinture d'un vase du Musée de Madrid, signalé 
auparavant à l'Académie par MM. Leroux et Gollignon, et où 
le savant professeur en Sorbonne a reconnu la transcription 
d'une œuvre sculpturale du iv" siècle vue et décrite par 
Pausanias (I, 2^, 3). Seul le Triton paraît un intrus : 
(( Introduit ici pour symboliser la source sacrée, le v/jij.x créé 
par Poséidon, il est d'un relief plus prononcé que les deux 
autres figures, et semble de style plus tardif. Il faut remarquer 



.'ARCHICOLOGlt EN ESPAGNE Et E> l'ORTLT.Al. 



.49 



\ 



f: 



que rien n'y correspond sur le vase. Cette figure secondaire 
peut représenter la pari il'intervention personnelle de l'artiste 
qui a sculpté le puteal, et qui, pour les figures principales, 
était lié par le modèle dont il sinspirait. )> N'est il pas tout 
à fait inattendu de relrou- 
ver à Cordoue un document / 
sculpté de cet intérêt et de 
cette importance pour l'his- 
toire artistique de l'Acro 
pôle? Mais l'Espagne est le 
pays de toutes les surprises. 

Il ne me reste plus, pour 
être complet, qu'à relever 
quelques inscriptions lapi- 
daires recueillies en Espa- 
gne • pendant ce dernier 
biennium, je parle de celles 
qui ne sont pas purement 
funéraires, celles-ci n'ayant 
même pas, le plus souvent, 
l'intérêt d'enrichir l'onomastique des Ibères et des Geltibères. 

Les plus dignes d'être notées, d'ordinaire, sont celles qui 
font connaître le nom de quelque divinité locale; telle est une 
dédicace aux Lucovcs, dieux galiciens déjà connus par plusieurs 
textes, sur une pierre trouvée à Sinoga, à deux lieues au nord 
de Lugo, et transportée au Lycée de La Corogne^, A Lugo, 
un autel porte un vœu à Jupiter Ahoparaliomegus. Est-ce bien 
ainsi qu'il faut couper l'épithèle, et y a-t-il lieu d'en rappro- 
cher le grec -x^-Xuzz, ce qui ferait de ce Jupiter le Sauveur 
des naufragés^? Une pierre de Mosterio de Biveira (Orense) 
porte un vœu à la déesse Rêva, dont on retrouve peut-être 




FiG. 5G. 

Bas-relief Je Cordoue 

avec Athéna, Poséidon et Triton. 



I. L'Archeologo ])orluguès, comme toujours, a régulièrement enregistré jusqu'aux 
moindres fragments épigraphiques nouveaux de Portugal; mais aucun n'entre dans 
la série que seule j'admets ici, pour me restreindre. 

■2. Andres Martinez Salazar, Los Lugovrs, dioses gallcios y celtihericos (Boletin, 1910 
(LVl), p. 3irj). 

3. F. Fita, Naevas laindas romanas del Norle de Galicia [Bolelin, 1910 (L^ I), p. 3di. 
Ara votÂva de Lugo). 

Bull. hLspan, 'i 



IDO ËULLEtlN HlSPANiQlJÈ 

le nom dans celui des Arévaques'. Une stèle de Cerezo 
(Caceres) est dédiée au dieu Aernus, déjà connu par deux 
textes de Castro de Arelates^; enfin à Barbariii, en Navarre, 
Pomponius Belaims, dont le nom est romano-celtique, et 
G. Germanus ont inscrit des dédicaces à la déesse Stelatesa'^. 

Les offrandes aux dieux romains importés sont moins 
fréquentes. J'ai noté d'abord celle d'un Procurateur des 
Augustes Garacalla et Géta, L. Dldiiis Marinas, à Mars Gradivus, 
invoqué pour la première ibis à Ore/ise, et, si je ne me trompe, 
en Espagne^'; ensuite celle du consulaire Catinus, trouvée 
à Léon en démolissant une maison près de la Cathédrale, 
Minervœ et Magnœ Deum Matri Ideœ, palrise conservatricibas, 
et numini Imperatorls Cœsaris Marci Anrelu Cari^; celle d'un 
certain Tongius à Vesta*^; enfin celle de la République des 
Murgitani à Mars Dominas. Celle-ci a de plus une valeur 
géographique; elle provient du Cerro de Ciaveja, à dix-huit 
kilomètres de Daims, où sans doute il faut placer la ville 
des Murgitans'. 

Parmi les inscriptions diverses, je n'ai connaissance d'au- 
cune pièce de prix^ car deux ou trois bornes milliaires où, 
parfois, manque l'indication des distances, ou la mention sur 
une pierre des environs de Jaen dun Legalas pro prsetore de 
Marcus Licinius Crassus, consul en l'an 27 de Jésus-Christ, 
n'ont qu'un intérêt secondaire 8, 

11 en est de même pour quelques inscriptions grecques 
d'Ampurias. La plupart sont impossibles à restituer ou funé- 
raires et d'époque assez récente'-'. Les plus notables sont un 



1. F. Fita, ibid., 1911 (LVllI), p. 012, et fig. à la p. âi3. 

2. Ibid., 191 1 (LIX), p. 4o8. 

3. Ibid,, 191 1 (LVIll), p. 323 et s. A'ueuas lupidas romanas de Barbariii (Navarre), etc. 

4. M. Macias, Aras votivas de Lucio Didio Marina {Bolelin, 1911 (LVIII), p. 88, 
d'après Boletin de la Comision de monunienlos de Oreiise, IV, p. iC-21). 

5. F. Fita, Nuevas lapidas romanas (Léon) (Boletin, 191 1 (LVIII), p. 229). 

6. Ibid., 191 2 (mai), p. 439, Autel votif d'Arroyo (Caceres). 

7. Ibid., igii (LVll), p. 121. 

8. F. Fita, Nuevas inscripcioncs de Ilasla regia (Bolelin. 1910 (LVl), p. 72 et s.). 
L'inscription est au Deposito arqueologico municipal de Jerez. 

9. A. Frickenhaus, Griechische Vasen aus Einporion(Anuari, 1908, fig. i, 2, 3, p. j<jiI]- 
198). Il faut faire exception pour la stèle du Marseillais Thespis: OElllI APIÏTO- 
AEOr MAXAAIHTA XAIPE. 



L ARCHEOLOGIE E.\ ESPAGNE ET EN PORTLGAL 101 

graffîto grave en beaux caractères sur un tesson qui a dû 
servir de jeton ou de tessère", et dont je renonce, pour ma 
part, moins intrépide que D. Lluis Nicolau, à deviner la resti- 
tution et le sens : 

2ANHIAIZHI0A 
EPMHinN 

et une inscription bilingue, latino grecque, difficile à recons- 
tituer. D'après ces lettres, d'assez mauvaise époque, APAIII, 
c'était une consécration à Sérapis^. 

Je regretterais de terminer cette revue biennale sans men- 
tionner une découverte que M. l'ingénieur anglais Horace San- 
dars, le savant et généreux hispanopliilc, en collaboration 
avec M. G. -F. Hill, a fait connaître dans un mémoire aussi 
sobre que lumineux -5. Dans la Sierra Morena, à douze kilo- 
mètres environ de La Caroline (Jaen), la Compagnie anglaise 
qui exploite la mine de plomb argentifère à' El Cenlenillo a 
relevé de nombreuses traces de l'exploitation romaine. On a 
retrouvé les restes du matériel d'épuisement des eaux, soit des 
vis d'Archimède desservant des citernes superposées, fort bien 
établies et conservées. A la surface, aux environs des puits, on 
a recueilli des monnaies, depuis des monnaies ibériques ou 
autonomes, jusqu'à des monnaies de Constantin. L'une de ces 
monnaies, en bronze, porte au droit une tête d'Auguste avec, 
de chaque côté du cou, les lettres S- C-; au revers, une jument 
ayant une clochette suspendue au cou, et en exergue les 
mêmes lettres S- C- La fabrication, disent les auteurs, est his- 
panique. Ces lettres répétées sur les deux faces de la pièce 
peuvent difficilement se traduire autrement que par Senatus 
Consulto. Mais il est très curieux qu'on les retrouve, avec un 



1. Anuari, 111, p. 709 et 710, iîg. ta. 

2. Ibid., p. G09, fig. II. 

3. G. F. Hill, M. A. anJ H. W. Saudars, F. S. A., Coins from Ihc iieighbuurhood 
ofa roman mine in Soutkern Spain (extrait du Journal of roman sUidifs, I, part I, 1911, 
avec I pi.). Plus récemment encore MM. Hill et Sandars ont publié dans la A'umi.s- 
matic Chronicle (5° série, vol. XII) de très intéressantes Notes on a find of roman 
republican silver coins and of ornaments from the Cenlenillo mine, Sierra Morena. 
Il y a là en particulier les images curieuses d'un bracelet et d'un collier en argent 
(fig. I et 3). 



rSa lîULMiTlN lllSi'AMQLE 

sens différent sans aucun doute, au pointillé, sur un grand 
seau d'épuisement en cuivre provenant de la mine, sur des 
sceaux de plomb de même origine destinés à plomber des sacs, 
et, aussi tracés au pointillé, comme contremarques sur des 
monnaies de Cose (ïarragone) ramassées au même endroit. 
Ces caractères, par une curieuse coïncidence, sont justement 
les initiales de la Société anglaise d'El Gentenillo. Si la lettre S 
est bien la première lettre du mot Societas, comme cela ne 
semble pas douteux, ce doit être aussi la première lettre du 
nom antique de la mine romaine. Quoi qu'il en soit, il y a dans 
le mémoire de MM. Sandars et Hill un ensemble de faits rares 
qu'il est intéressant de noter. 



Les grottes des Asturies, de l'Aragon, de l'Andalousie, de la 
province d'Albacete, tous les abris et toutes les stations pré- 
historiques, Numance l'ibérique et ses camps romains, Empo- 
riae la grecque, Merida la romaine, voilà des champs d'explo- 
rations et de fouilles admirablement choisis pour nous faire 
connaître les étapes de la civilisation antique dans la Pénin- 
sule. 11 manque à cet heureux ensemble, depuis la mort 
regrettée de D. Juan Roman y Galvet, l'exploration de la 
punique Iviza. J'ai parlé, il y a quatre ans, des merveilleuses 
trouvailles de ce chercheur passionné, et reproduit quelques 
spécimens des terres cuites qu'il avait exhumées. Quand 
connaitrons-nous maintenant les figures vraiment extraordi- 
naires dans leur nouveauté bizarre, dépouilles d'un sanctuaire, 
qu'il voulut bien me montrera Madrid? Certes^ les recherches 
continuent, et c'est une bonne fortune que le savant collec- 
tionneur académicien, D. Antonio Vives y Escudero, s'y 
emploie avec succès. J'ai vu dans son cabinet de Madrid des 
terres cuites puniques et grecques de grande valeur, des 
masques de faïence, d'un esprit, d'une verve, d'un comique 
qui les égale aux beaux masques de Carthage conservés au 
Musée du Bardo. Tout cela est en bonnes mains ; mais il 
faudrait à l'exploitation scientifique d'Ebusus plus que les 



i/AUGiiK()r,or.iE FN f.si'A(;nf, f.t en i>ORTUf;\i, i53 

ressources et le zèle d'un particulier, pour si utile et actif qu'il 
soit. C'est avec raison que VAnuari de Barcelone, en publiant 
quelques bonnes pièces de la collection Vives, demande qu'à 
ce savant si bien qualifié pour travailler dans les Baléares, 
son pays, soit confiée par l'Etat ou par la Société archéolo- 
gique ébusitanc la mission olHcielle de continuer, avec plus 
de précision encore, l'œuvre qui illustra Juan Roman y 

Calvet'. 

Pierre PARIS. 

BordcaiiN, mai 191a. 

J'ai, comme toujours, de vifs remerciements à adresser à mes 
confrères de l'Institut archéologique allemand, qui me permettent de 
reproduire dans le Bulletin hispanique ces comptes rendus écrits pour 
VAnzeiger des lahrbuchs, et si libéralement mettent à ma disposition 
les clichés qui leur appartiennent. Ma gratitude et celle de la rédaction 
de notre Bulletin va tout particulièrement à l'extrême bienveillance 
de M. Dragendorff. 

I. Anuari, 1908, p. 55 cl s., fig. i3-i6. Excnvadons a Ibica. 



LES DËCLAMATEURS ESPAGNOLS 

AU TEMPS D'AUGUSTE ET DE TIBÈRE 

{Suite ' ) 



VI 



Les déclamateurs espagnols en Espagne et à Rome. — L'école de 
Tarragone : Gavius Silo. — L'école de Cordoue : Clodius Turri- 
nus. — Le poète Sextilius Ena de Cordoue. — L'Espagnol Stato- 
rius Victor, déclamateur et poète à Rome. — Catius Crispus. — 
Cornélius Hispanus. — Broccus. — Quintilianus Senex. — 
Seneca Grandie. 

Horace disait d'un mauvais recueil de vers que, s'il ne peut 
se vendre à Rome, il est assez bon pour qu'on l'expédie à 
Ilerda, dans la Tarraconaise 2 : les soldes de la librairie 
romaine auraient suffi à la consommation littéraire des com- 
patriotes d'Egnatius aux dents blanches et des armateurs 
d'Espagne qui venaient en Italie débaucher les matrones 
à prix d'or. 

Sénèque tient à prouver que la Tarraconaise a ses littéra- 
teurs et à proclamer que, moins dédaigneux qu'Horace, l'em- 
pereur Auguste se plaisait à les entendre. Il rappelle à ses fils 
que, lorsque l'empereur avait son quartier général à Tarra- 
gone, 011 la maladie devait le retenir tout l'hiver de 729-25, il 
occupa ses loisirs, avant la campagne de 728-26 ou pendant 
sa convalescence, à écouter les plaidoiries du déclamateur 
Gavius Silo, à qui il rendait pleine justice : « Je n'ai jamais, .) 
disait-il, « entendu père de famille plus éloquent^. » L'élo- 



I. Voir le Bull, hisp., t. MF, 1910, p. i ; t. \IV, 1912, p. 11, 229, 3u'ti. 

î. Horace, Epîtr., I, xx, v. i3. 

3. Sénèque, Controv., X, Praefat., i/|. 



I.ES DÉCLAMATEURS ESPAGNOLS l55 

quence du pater familiae est celle du simple bourgeois, brave 
père de famille, qui entend plaider suivant le bon sens et un 
certain esprit de finesse naturelle, sans s'inquiéter des théories 
et des règles techniques dont les professionnels abusent; c'est 
I t'ioquoiico simple et familière que le Crassus du De Oratnrc 
prétend posséder'. Mais ce père de famille développe dans 
son école les mômes sujets que les déclamateurs de Rome et 
imagine des traits aussi brillants ot aussi subtils que ses con- 
frères de la grande ville '. 

Tarragone n'était pas la seule cité d'Espagne qui possédât 
une école de déclamation. Sénèque donne un souvenir à ces 
déclamateurs que ses fils ne connaissent pas et à qui ce n'est 
pas le talent qui manquait pour conquérir la célébrité, mais 
un théâtre où ce talent pût se faire apprécier'^. L'Empire 
souffrait de ce qu'on appelle aujourd'hui la centralisation : les 
écoles provinciales de rhétorique n'existaient pas pour Rome, 
parce que Rome ne s'inquiétait pas de connaître leur 
existence. 

Les fils de Sénèque avaient un ami que Sénèque aimait 
comme l'un de ses fils, Turrinus, qui étudiait à Rome, jeune 
homme modeste^ qui aurait été un grand orateur s'il n'eût 
mieux aimé cultiver les qualités qu'il possédait que de 
s'etlbrcer d'en acquérir de nouvelles, mais qui se contentait 
de mettre un soin scrupuleux à ses controverses sans cher- 
cher l'éclat, et qui, dans la vie politique, n'ambitionnait pas 
les hautes dignités où son mérite aurait pu l'élever^. Le père 
de ce jeune homme, Clodius Turrinus, était lié avec Sénèque 
qui avait été son condisciple à l'école de grammaire de Cor- 
doue, ou qui avait fait sa connaissance pendant son séjour en 
Espagne, entre l'an 707-17 et l'an 75o-4. Turrinus n'était 
jamais sorti de Gordoue où il instituait des controverses avec 
Lalron, quand l'illustre déclamateur revenait dans sa ville 

1. Cicéron, De Oral., 1, xxix, iSa ; xxxiv, lâg. 

2. Sénèque, Controv., X,ii, 7, lU; m, i4; iv, 7;.v, i. 

3. Sénèque, Controv., X, Praefat., i.H. 

4. Sénèque, Controv., X, Praefat., if\) 16. — On ne trouve dans les œuvres de 
Sénèque le philosophe aucune mention de ce Turrinus, qui, au dire de Sénèque le 
père, était uni à ses fils par les liens d'une amitié fraternelle, fraterno vobis amore 
conjunclus. 



l56 BULLETIN HISPANIQUE 

natale. C'est peut-être le manque de fortune qui l'avait em- 
pêché d'aller à Rome : petit-fils d'un homme qui avait eu 
l'honneur d'être l'hôte de Jules César, fils d'un père de haute 
distinction, il dut rétablir la fortune de sa famille ruinée par 
les guerres civiles; et c'est sa seule éloquence, comme décla- 
mateur et comme avocat, qui lui valut sa richesse qui fut 
grande et son rang qui fut le premier dans la province d'Es- 
pagne. Sénèque dit qu'il n'a rien manqué à Turrinus pour 
être illustre, que de pouvoir se produire sur une scène digne 
de lui. Mais il reconnaît que le déclamateur de Gordoue avait 
beaucoup perdu de sa vigueur oratoire en suivant ApoUodore 
dont il tenait la méthode pour la loi souveraine de l'éloquence '. 

L'école d'Âpollodore de Pergame avait été vaincue par celle 
de Théodore de Gadara. A la fin de la République, ApoUodore 
professait à Rome avec un succès qui avait déterminé César à le 
choisir pour précepteur d'Octave, qu'il accompagna, en 710-/1/1, 
à Apollonie, ville d'Épire, pour y diriger son instruction dans 
les lettres grecques; il était le chef de la première école de 
déclamation, le représentant d'un genre d'éloquence régulier 
et un peu étroit, soumis aux disciplines précises de la dis- 
cussion judiciaire; il fixait scrupuleusement les divisions 
immuables du discours, exorde, narration, argumentation et 
péroraison, l'étendue et le caractère de chacune de ces parties 
du développement, le style qui devait être précis, le ton qui 
devait être calme et mesuré. C'était la vieille méthode, voisine 
de celle des plaidoyers civils, prononcés au Forum. 

Théodore, qui fut le précepteur de Tibère, dégageait de ces 
règles étroites la déclamation qui devenait un genre propre, 
affranchi de toutes les traditions de l'ancienne éloquence 
judiciaire; il introduisait les traits, la fantaisie dans les déve- 
loppements auxquels on demandait le brillant et non la rigueur, 
la passion dans le style et dans le ton, qui ne conservaient 
rien du calme des discussions académiques. L'école de Gordoue 
n'avait pu suivre les progrès de l'art de la déclamation. 
Clodius Turrinus, disciple fidèle d'Apollodore, n'avançait 
aucun argument sans preuves; il ne manquait pas de vigueur, 

1. Sénèque, Cnniror., \, l'rneful., t"), \C<. 



I.FS ItKCLAMV lEl US KSI'AGNOI.S t57 

mais il était timide à force de circonspection. Ce déclamateur 
précis et solide semblait arriéré par rapport à ses confrères 
de Rome. 

Horace, qui n'avait pas accompagné yVuguste en Espagne et 
qui regardait Gadès comme une ville perdue au bout du 
monde, pouvait à la rigueur ignorer l'existence des déclama- 
tcurs de Cordouc et le jugement favorable que l'empereur 
portail sur Gavius Silo de Tarragone. Mais des déclamateurs 
espagnols tenaient école à Rome avec succès. Le poète familier 
de l'empereur et do son entourage ne savait-il pas que César 
\uguste assistait en compagnie dAgrippa et de Mécène aux 
controverses plaidées par Latron'? Le fondateur de l'empire, 
qui avait intérêt ;i encourager toutes les manifestations litté- 
raires capables de détourner les esprits de la politique, assistait 
avec une patiente bienveillance aux séances de déclamation, 
aux récitations publiques mises à la mode par Pollion; il 
entendait en donnant des marques d'intérêt les controverses, 
les poèmes, les morceaux historiques ^ 

Le critique des Satires n'avait pas les mêmes raisons que 
l'empereur de supporter toute lecture de poème, toute décla- 
mation de controverse; il avait des motifs personnels pour 
désapprouver ces manifestations d'une activité intellectuelle 
qui lui semblait mal dirigée. Toutes ces réunions de littérateurs 
qui lisaient des vers ou déclamaient de la prose oratoire deve- 
naient des cénacles d'admiration mutuelle où le goût se 
corrompait^. Gros petit homme d'aspect peu élégant, dépourvu 
d'assurance et incapable de trouver ses mots quand il était inti- 
midé ^, Horace n'avait rien de ce qu'il fallait pour réussir dans 
les séances publiques; il les évitait et ne consentait à réciter 
ses vers devant un auditoire restreint d'amis que lorsqu'il y 
était contraint et forcé"'. 11 n'aimait pas plus à être specta- 
teur qu'auteur dans ces séances de récitation ou de déclamation. 
Comme parmi les poètes qui disaient leurs vers il y avait des 

1. Sénèque, Conlrov., H, iv, i2-i3. 

:>.. Sénèque, Conlrov., IV, Praefat., 2 ; Suétone, Aiigin^lr, \.\\\i\. 

^. Horace, Epîlr., II, 11, v. 87-105. 

li. Horace, Sal., II, m, v. 009 ; Épîtr., I, iv. v, lï ; xx. v. ?.', : Sat., I, vi, v. ôlî-'i;. 

5. Horace, Sat., ï, iv, v. aS, v. 7^-7^1. 



l58 BULLETIN HISPANIQUE 

Espagnols, comme les plus illustres des déclamaleurs qui trai- 
taient des controverses étaient Espagnols, la mauvaise humeur 
d'Horace s'aigrissait du succès de ces barbares dans des mani- 
festations littéraires qui lui étaient interdites et qui lui parais- 
saient d'ailleurs dangereuses pour l'éloquence et pour la poésie 
romaines. Aussi, malgré la flatteuse assiduité de l'empereur 
aux déclamations des Espagnols à Tarragone et à Rome, il 
s'obstine à voir dans les Espagnols qui ne sortent pas de la 
péninsule des gens grossiers, qui méritent qu'on leur envoie 
des livres de rebut, et à considérer comme type des Espagnols 
qui viennent à Rome le commerçant débauché qui profite de 
la richesse acquise dans les affaires pour acheter l'honneur 
des femmes d'Italie. 

On peut s'étonner de ne trouver aucune mention des littéra- 
teurs espagnols chez des poètes qui n'avaient pas les mêmes 
raisons qu'Horace de fuir et de condamner les récitations 
publiques. Délie, Cynthie et Corinne s'étaient-elles laissé 
séduire, comme jadis la Lesbie de Catulle, par la belle barbe 
et les dents blanches de quelque Egnatius, ou s'étaient-elles 
vendues à quelque opulent marchand de Gadès? Tibulle ne 
parle pas de l'Espagne ; Properce fait une simple allusion 
à l'éclat du minium de l'Ibérie' ; Ovide se borne à dire du mal 
du vin d'Espagne, qui n'est bon, selon lui, qu'à endormir, 
quand on le lui offre en abondance, le gardien dune belle dont 
quelque galant veut forcer la porte 2. Ovide avait le goût 
difficile : les auteurs contemporains d'Auguste et de Tibère 
vantent les vins d'Espagne; plus tard, Pline les classe, appré- 
ciant l'abondance des crus de la Lacélanie, dans le bassin de 
l'Èbre, la finesse (elegantia) de ceux de la Tarraconaise, la 
supériorité de ceux des Baléares, qui valent ce qu'on récolle 
de meilleur en Italie •'. 

Si Ovide appréciait mal les vins d'Espagne, il connaissait 
bien les littérateurs espagnols. Deux des plus illustres décla- 
maleurs sont, l'un Latron, son maître, l'autre Gallion, son 



1. Properce, II, m, v. ii... niinio... Hihcro. 

2. Ovide, Art d'aimer, III, v. 645-6^0. 
.?. Pline, A^. //., XIV, vi, 71, 



LES DBCLAMATEURS ESPAGNOLS iSq 

camarade d'école', avec qui il reste en relations d'intimité 
toute sa vie : une de ses dernières lettres écrites h Tomes, 011 
il est exilé, est adressée en 767-14 à son cher Gallion^. Et 
cependant les Espagnols de Home ne tiennent aucune place 
dans le tableau de la vie mondaine et littéraire que Fauteur 
de VArf d'aimer trace avec un tel luxe de détails : on ne voit 
les Espagnols ni sous les portiques, ni dans les temples, ni au 
Forum, ni au théâtre, ni aux bains de Baies. 

Ovide connaît tous les poètes de Rome; il les cite tous dans 
les Amours, dans les Tristes et dans les Poniiqaes; il est l'ami 
de Cornélius Severus^, dont les Pontiques vantent une épopée 
que Quintilien n'hésitera pas ù rapprocher de VÉfiéide->. 
Il assistait peut-être avec Cornélius Severus ù la lecture qui 
était faite par un poète espagnol chez Messalla et qui donna 
lieu à une incartade assez ridicule de Pollion. Sénèque raconte 
toute la scèneâ : son compatriote de Cordoue, Sextilius Ena, 
commence par ce vers : « Il faut pleurer Cicéron et le silence 
de l'éloquence latine''. » L'assistance applaudit; mais Pollion 
se lève furieux : libre à Messalla de laisser réciter des sottises 
dans sa maison; quant à lui, il n'écoutera pas plus longtemps 
un homme qui le traite de muet. Ayant ainsi parlé, il quitte 
la place. 

Pollion n'aimait pas les Espagnols qui l'avaient si bien battu 
au temps de sa propréture; il critique durement Latron et ne 
devait pas être bien disposé pour son concitoyen Sextilius 
Ena. Pollion n'aimait pas Cicéron dont il attaquait sans mesure 
l'éloquence, trop asiatique à son goût'; il se jugeait lui-même 
un pur attique, bien supérieur à l'orateur d'Arpinum, et les 
contemporains de Tacite, qui voyaient en lui le chef de la 
nouvelle école oratoire plus savante que celle de Cicéron, 
lisaient ses discours avec athniration^. 



I. Sénèque, Suasor., ni, 7. 

■2. Ovide, Pont., IV, xi. 

3. Ovide, Pont., IV, n ; xvi. v. y. 

Ix. Quintilien, Inst. Orat., X, i, 89. 

5. Sénèque, Suasor., vi, 27. 

6. Dejlendus Cicero est Latiaeque silentia lingiiae. 

7. Sénèque, Suasor., vi, i^, i5, 24. 

8. Dialogue des Orateurs, xxxiv. 



ifio BULLETIN HISPANIQUE 

Quant à Sextilius Ena, c'était un poète inégal, qui avait 
plus de facilité que de science. Malgré sa prédilection pour 
les Espagnols, Sénèque, qui juge toujours ses compatriotes 
avec une louable impartialité, reconnaît qu'il a tous les défauts 
de ces poètes de Gordoue auxquels Cicéron reprochait une 
latinité dont la lourdeur se ressentait de son origine exotique. 
Mais, ajoute-t-il, Cornélius Severus ne se leva pas comme 
Pollion; il assista à la lecture et profita du premier vers de 
Sextilius Ena pour en faire un des meilleurs de l'éloge 
de Cicéron qui se trouve dans son poème : « Frappée avec lui, 
portant son deuil, l'éloquence latine a gardé un triste silence'.» 
Ovide ne dit rien du poète de Cordoue dont Cornélius Severus 
s'était inspiré pour ce carmeii regale dont il loue la beauté^, 

L'Espagne avait peut-être envoyé aussi à Rome un poète 
dramatique. Sénèque dit, en effet, que son compatriote de 
Cordoue, Slatorius Victor, est fauteur de Jahalae très dignes 
de mémoire auxquelles beaucoup de personnes prennent 
un plaisir extrême^. Par fabalae, M. Bornecque entend des 
apologues et il fait de Statorius Victor un «fabuliste»^. 
Mais Sénèque le philosophe, qui connaît bien la senlentia de 
ce déclamateur cité dans la Suasoria ii, puisqu'il l'imite^, 
ignore ses fables puisqu'il écrit, alors que le recueil de Phèdre 
n'est pas encore parvenu dans l'île de Corse où il est exilé, 
que les fables*^ et les apologues à la manière d'Esope consti- 
tuent un genre littéraire où le génie des Romains ne s'est pas 
essayé. Sans doute, Ennius et Lucilius mettaient des fables 
dans leurs satires et nous connaissons celles qu'Horace a 
développées ou citées par allusions dans ses Satires et dans 
ses ÉpHres. Mais Phèdre est le premier fabuliste latin. Les 

1. ... Iclaqiie luctii 
Conticuit Latiae tristis facundia linguap. 

2. Ovide, Pont., IV, xvi, v. g. 
.">. Sénèque, Suasor., ii, iS. 

k. Bornecque, Les déclamations, p. lyB. 

5. Sénèque, Suasor., ii, i8 : Trecenti, sed viri, sed armali, sed Lacones, scd ad 
Thermopylas. — Sénèque le philosophe, De Consl. Sap., xiu, 4 : Baclrianos, sed quos 
meta contiiies, sed propler quos remittere arcuni libi non contigit, sed postremos, sed 
vénales, sed novurn aucupantes dominiuni. 

(i. Sénèque le philosophe. Ad Polyh., de ConsoL, vm, 5... fabellas. — C'est le mot 
propre pour désigner les fables. Ouinlilien (Insl. Orat., I, ix, a) garde le mol j'ahellae 
pour les apologues d'Esope et réser\ e fahulae pour les contes de nourrices, 



LES UKCL.VMAliaiHS liSl'AGNOLS I H I 

orateurs d'Athènes, pour exciter Tattention de ceux qui 
les écoutaient mal, agrémentaient leurs discours d'apologues 
ou d'anecdotes. Dans le De Oratore, C. Julius Caesar Strabo 
dit qu'on peut faire rire les auditeurs en leur racontant des 
fables'. On connaît par Tite-Live le succès qu'aurait eu, l'an 
260-494, le consul Menenius Agrippa en racontant à la plèbe 
insurgée l'apologue des membres et de l'estomac^. Sénèque 
fait-il allusion à des fables que Slalorius aurait intercalées 
dans ses déclamations pour l'agrément de son public!' Il n'y 
a guère de place pour des fables dans le cadre des controversiae 
et des siiasoriae; et, d'ailleurs, immédiatement après avoir 
parlé des fahalae de Statorius, Sénèque parle des fabalae de 
. Silon. Cette fois, il précise : ce sont des /a6a/«e écrites pour les 
pantomimes^. Les fabulae de Statorius, qui n'étaient pas des 
pièces pour les acteurs pantomimes, devaient être des tragé- 
dies. Le passage du déclamateur cité dans la Suasoria 11 est 
bien d'un auteur tragique. Statorius fait parler les trois cents 
Lacédémoniens aux Thermopyles : « Nous ne sommes que 
trois cents, dira-t on. Oui, trois cents. Mais ces trois cents 
sont des hommes, mais ces trois cents sont armés, mais ces 
trois cents sont des Lacédémoniens, et ils défendent les Ther- 
mopyles : jamais je n'ai vu trois cents hommes plus nombreux.» 
Ce dernier trait ne serait pas désavoué par le matamore du 
théâtre espagnol^. 

C'est incidemment que Sénèque, dans son recueil de sujets 
traités par les maîtres et par les élèves des écoles de rhétorique, 
parle de ceux de ses compatriotes qui n'étaient pas décla- 
mateurs ou des œuvres de ces déclamateurs qui ne sont 
pas des déclamations^. Mais il n'oublie aucun des Espagnols 

I. Cicéron, De Oral., II, lxvi, aO^ : Et ad hoc genus adscribainus etiam narraliones 
apologorum. 

3. Tite-Live, II, xxxii. 

3. Sénèque, Suasor., ii, 19 : Pantoinimis fabulas scripsil. 

4. J'ai développé les arguments qui me paraissent démontrer que les/a6u/ae de 
Statorius étaient des tragédies dans une étude sur « les Fabulae de Statorius V'ictor» 
(Revue de philologie, juillet 1911). 

5. Sénèque ne dit rien de l'illustre grammairien G. Julius Hyginus, affranchi 
d'Auguste, qui lui contia la direction de la bibliothèque du Palatin. Grand ami 
d'Ovide, Hygin avait peut-être eu le futur poète comme élève à son école de gram- 
maire. Il était Espagnol d'origine, dit Suétone (De Grammat., xx), qui rapporte une 
autre tradition d'après laquelle, né à Alexandrie, l'affranchi d'Auguste aurait été. 



i6a ëtiLLEtiN iiisPANiQUË 

qui ont déclamé avec plus ou moins de succès à Rome ou 
dans leur patrie. En même temps que Gavius Silo, qui est 
resté à Tarragone, et, Glodius Turrinus, qui n'a pas quitté 
Gordoue, il cite à côté de Statorius Victor, le déclamateur 
auteur de Fabulae, d'autres Espagnols qui réussissaient plus 
ou moins heureusement dans les écoles de Rome. « Le 
Gaulois et l'Espagnol, — dit M. Boissier", — voyant le succès 
qu'obtenait la rhétorique, s'y adonnaient avec passion. Dans 
une civilisation qu'il commence à connaître, l'étranger prend 
d'abord les exagérations, c'est ce qui frappe le plus, et ce qu'il 
est le plus facile d'imiter. » Ces exagérations convenaient bien 
à la tournure d'esprit des Espagnols qui paraissent être assez 
nombreux parmi les déclamateurs dont parle Sénèque. 

Faut-il mettre dans les Espagnols ce Gatius Grispus dont 
Sénèque constate le goût arriéré et blâme l'enflure maladroite 2? 
Nous savons, dit M. Bornecque, que Gatius Grispus est Espagnol 
et qu'il n'est jamais sorti d'Espagne^, k la vérité, nous savons 
simplement que, dans la Suasoria 11, Gatius Grispus est appelé 
municipalis orator. Rien ne prouve que le municipe où Gatius 
est né soitle municipe espagnol de Gordoue, patrie de Sénèque. 
Quand Tacite traite Séjan de municipalis adidler^, c'est pour 
faire ressortir l'humble origine du parvenu, issu d'un simple 
municipe, qui a séduit Livie, femme de Drusus. Quand Sénèque 
traite Gatius Grispus de municipalis orator, il donne à entendre 
que si ce personnage déclame si médiocrement, c'est qu'il 
vient d'un simple municipe, et il ne permet en rien de sup- 
poser que ce municipe soit Gordoue ou toute autre ville 
d'Espagne. 

lout enfant, après la prise de sa ville natale, amené comme esclave à Rome par 
César. L'Espagnol de Gadès L. Junius Moderatus Columella, qui fait un grand éloge 
du traité De agri cultura d'Hygin (De Re Ruslica, I, i, i3) ne dit pas que son prédé- 
cesseur dans lu littérature agricole soit son compatriote. Hygin a écrit des ouvrages 
d'agriculture, de mythologie, d'astronomie, de géographie, d'histoire. Mais ce fécond 
polygraphe n'a été quun grammaticus; il n'est pas sorti de son école de grammaire 
pour déclamer dans les écoles de rhétorique. C'est pourquoi Sénèque n'avait pas 
à mentionner dans ses livres de Controversiae et de Suasoriae ce contemporain qu'il 
connaissait certainement et qui était peut-être son compatriote. 

1. Boissier, Taciie, p. 234. 

■2. Sénèque, Controv., VII, iv, g; Suasor., ii, iG, 

3. Bornecque, Les déclamations, p. i38. 

.'i. Tacite, Annal., IV, m. 



LES DECLAMATEURS ESPAGNOLS l63 

Le cognotneii de Cornélius Hispanus permet-il d'attribuer à 
ce déclamateur une origine espagnole ? Sénèquo, qui est seul 
à nous le faire connaître, ne fournit sur lui aucune indication 
biographique. Mais les renseignements qu'il donne sur le 
talent de Cornélius Hispanus caractérisent bien une éloquence 
espagnole dont les qualités vigoureuses sont gâtées par ces 
exagérations, ces subtilités, ces outrances qui déparent les 
déclamations des plus célèbres compatriotes du rédacteur des 
Controversiae et des Suasoriae. L'argumentation de Cornélius 
Hispanus est souvent énergique, juste et précise'. Dans la 
controverse traitée par Marullus^, où il est question du jeune 
homme chassé par son oncle qui l'a recueilli, pour avoir 
secouru son propre père qui Tavait auparavant banni de sa 
maison, Cornélius fait parler avec une véritable éloquence 
ce fils qui doit se justifier d'avoir fait preuve de piété filiale'^ 
Mais, dans la Suasoria sur les Lacédémoniens auxThermopyles, 
il fait déclamer en matamores, au goût de Stalorius Victor, ces 
héros qui se réjouissent d'avoir été abandonnés par les autres 
Grecs : a Le Lacédémonien ne sera plus perdu dans la foule: 
partout où Xerxès portera ses regards, ce sont des Spartiates 
qu'il verra''. » H abuse des subtilités. Dans la controverse où 
le brave amputé des deux mains à la suite des blessures reçues 
à la guerre chasse son fils qui a refusé de tuer son frère surpris 
en flagrant délit d'adultère avec la seconde femme de son père, 
il prête cette antithèse au guerrier mutilé: « Qui ne penserait 
ou que je n'ai pas de fils, ou que mon fils n'a pas de mains ^P» 
Il apostrophe ainsi le proconsul qui, pendant un repas, fait 
décapiter un condamné à la demande d'une courtisane, sa 
compagne de table: « Vis sans courtisane, soupe sans bour- 
reau*»!» Les subtilités de Cornélius Hispanus sont souvent 
obscures. Une vestale, condamnée pour avoir violé ses vœux 
de chasteté, a invoqué Vesta avant d'être précipitée de la Hoche 



1 . Séiièque, Conlrov., I, ii, > ; 11, ni, 17 ; VII, i, 7 ; vi, 5 ; Suaaor.,\x, 7. 

2. Voir Bulletin, 1910, p. !■!. 
0. Sénèque, Conlrov., I, i, y. 

4. Sénèque, Suasor., 11, 7. 

5. Sénèque, Controv., l, iv, i. 
G. Sénèque, Conlroi\, 1\, 11, :i2. 



l64 BULLETIN HISPANIQUE 

Tarpéienne, et elle a survécu à sa chute; le déclamateur lui 
reproche en ces termes d'avoir adressé ses prières à Vesta : 
« Pourquoi as-tu invoqué les dieux? Si lu es innocente, c'est 
qu'il n'y a pas de dieux. Voyez combien est grand le crime de 
cette prêtresse qui n'a pu réussir ni à être acquittée, ni à 
mourir' ! » Il se complaît à décrire avec exagération les 
horreurs d'un supplice, et Sénèque reconnaît que les gens de 
goût (prudentes) reprochent à Cornélius d'abuser de couleurs 
trop dures (duro colore)^. Cette outrance est bien dans la 
manière espagnole. 

Gomme le cognomen Hispanus, le nometi Broccus semble 
indiquer une origine espagnole : Broccus, forme latinisée du 
mot indigène brokko, qui signifie blaireau, se trouve souvent 
comme nom propre dans les inscriptions d'Espagne^. Sénèque 
ne dit pas la patrie de Broccus. assez bon rhéteur (ito/i malus 
rhetor), dont il rapporte, sans donner d'autres renseignements 
sur son compte, une hypothèse introduite dans la controverse 
où il est question du jeune homme pauvre qui refuse de se 
laisser adopter par le vieillard riche qui a chassé ses trois 
fils^ 

Sénèque, qui cite beaucoup de déclamateurs, juge inutile 
d'apprendre à ses fils comment déclamaient ceux dont la 
renommée ne leur a pas survécu; parmi ces rhéteurs qui 
étaient déjà morts au moment oîi il rédigeait son recueil de 
Controversiae et de Suasoriae, il nomme le vieux Quintilien — 
Qaintiliaiius senex^ — dont il ne cite qu'une seule senlentia. 
C'est à propos de la controverse sur les mendiants estropiés 
où il s'agit d'accuser et de défendre un homme qui estropiait 
les enfants abandonnés et les forçait à mendier à son profit. 
Quintilien disait : « Des deux malheurs dont vous êtes vic- 
times, je ne saurais dire quel est le plus grand : est ce parce 
que vous recevez des aliments, ou parce que vous en donnez à 



1. Sénèque, Controv., I, m, 5. 

2. Sénèque, Controv., IX, vi, i ; Vil, i, 2/1. 

3. Carnoy, Le latin d'Espagne d'après les inscrij>lions, Bruxelles, 1906, a'édit, p. 106 
et 142. 

4. Sénèque, Controv., II, i, aS. 

5. Sénèque, Controv., X, Praefat., 2. 



LES DÉCLAMATELRS ESPAGNOLS l65 

cet homme? Kn ertet, c'est en votre qualité destropiés que 
vous recevez des aliments, et vous devez en donner à celui qui 
vous a estropiés'. » Sénèque loue médiocrement ce petit déve- 
loppement antithétique qui ne manque ni de vigueur ni de 
justesse; il semble peu bienveillant pour le vieux Quintilien. 
Le père de Quintilien était déclamateur. L'auteur de Vlnsti' 
laliori Oratoire s'excuse de citer un exemple domestique de 
l'emploi heureux d'un contraste de mots. Dans la controverse 
qui avait pour sujet l'ambassadeur qui s'est vanté de pour- 
suivre son ambassade jusqu'à la mort et qui rentre avant 
d'avoir accompli sa mission, Qamlilianus pater s'écriait : « Je 
ne demande pas que tu meures (immoriaris) dans ton ambas- 
sade, mais que tu y demeures (immorare)^. » Quintilien est né 
vers 788-35 ; il est peu probable que son père soit le Quinlilia- 
nus senex dont Sénèque parle comme d'un vieillard déjà mort 
au moment où il rédigeait son ouvrage, peu de temps après 
l'année -go-Sy. Ce senex pouvait être le grand-père de Quinti- 
lien, l'Espagnol de Calagurris, qui ne mentionne nulle part 
l'ouvrage de Sénèque le père^ et qui juge très défavorablement 
Sénèque le philosophe^. M. Fabius Quintilianus dit qu'on 
l'accusait de malveillance à l'endroit du philosophe : était-il 
suspect de se venger sur Sénèque le fils de ce que Sénèque 
le père avait dit qu'il convenait de passer sous silence Quin- 
tilianus senex, déclamateur dont la renommée était morte avec 

lui;» 

Sénèque fait le portrait d'un maniaque bien singulier, 
homme à l'esprit confus et brouillon, un certain Seneca dont, 
dit-il à ses fils, «le nom est peut-être parvenu jusqu'à vous n'^. 
A la manière dont L. Annaeus Seneca parle de son homonyme, 
déclamateur de la génération antérieure à celle de ses fils, il 

1. Sénèque, Controv., X, iv, ly. 

2. Quintilien, Instit. Oral., I\, m, 78. 

3. Quintilien cite (/nsiif. Orat., IX, ii, ^2) un trait de Sénèque dans la Contro- 
versia où il est question du père aveugle qui se fait conduire par un de ses fils à la 
chambre où il tue son autre fils surpris en flagrant délit d"aduUère avec sa marâtre. 
Nous ne connaissons pas celte conlroversia. Quintilien ne dit pas si ce trait apparte- 
nait à une déclamation de Sénèque ou au développement de quelque déclamateur 
qu'il reproduisait. % 

4. Quintilien, Inslit. Orat., X, i, 123. 

5. Sénèque, Suasor., u, 17. 

. Bull, hispan. 12 



l66 BULLETIN HISPANIQUE 

esl peu probable que ce personnage appartînt à la ge/is 
Annaea. C'était du moins un Espagnol, car le mot Seneca est la 
forme hispanique du cognomen latin Senecio. 

Ce déclamateur était atteint de la maladie qui se nomme 
aujourd'hui mégalomanie ou folie des grandeurs. 11 voulait 
posséder de grandes choses, dire de grandes choses, faire de 
grandes choses : si bien qu'on le surnomma Grandio. Mais le 
terme ordinaire de cognomen (surnom) était trop court pour 
cet ami des grands mots ; et Sénèque rapporte qu'au dire de 
M. Valerius Messalla Corvinus, celui des contemporains d'Au- 
guste qui connaissait le mieux la propriété des vocables et des 
expressions de la langue latine, c'est par un « surnommement » 
(cognomentum) que Seneca devint Seneca Grandio. Un grand 
mot était nécessaire pour désigner cet original épris de 
grandeur. 

Un homme de bon sens s'inquiète peu de la taille de ses 
esclaves, pourvu que leur service soit irréprochable. Quelques 
personnages de l'aristocratie ont des nains musiciens. Un cer- 
tain Conopas, haut de quatre-vingts centimètres, fait les délices 
de Julie, petite-fiUe d'Auguste; à la table de Tibère, un nain 
favori a son franc-parler dont il abuse. Seneca Grandio se 
soucie peu des avortons : il veut pour esclaves des hommes 
dans le genre de ces géants contemporains d'Auguste, Pusio et 
Secundilla, dont Pline l'Ancien a vu les squelettes longs de 
trois mètres que l'on conservait comme des curiosités dans le 
caveau souterrain des jardins de Salluste'. Il ne se contente 
pas des vases d'argent dont on se sert d'ordinaire : il recherche 
les plus grands qui se peuvent trouver chez les marchands. Il 
ne s'accommode pas de brodequins à sa mesure : il s'en fait 
confectionner d'immenses. A sa table, il n'admet qu'une 
espèce de figues, les mariscae : elles sont de la plus mauvaise 
qualité, mais ce sont des figues géantes. Il se met en quête de 
la courtisane la plus gigantesque qu'on puisse lui procurer 
pour en faire sa maîtresse, concubinam ingentis slaiurae. 

Lorsqu'il déclamait, ce mégalomane voyait tout très grand. 

I. Pline, N. H,, VII, xvi , 70; Suétone, Tibère, lïi. 



LES DÉCLAMATtL'RS ESPAGNOLS 167 

Un jour que l'on traitait à l'école cette suasoria où Statorius 
Victor faisait parler en matamores les trois cents Lacédémo- 
niens aux Thermopyles, quand vint le tour de Seneca Grandio, 
il se dressa sur la pointe des pieds, — c'était, dit Sénèque, son 
habitude pour se grandir, — il leva les bras — ce qui le gran- 
dissait encore — et il s'écria d'une grande voix : « Tous ceux 
que la Grèce avait envoyés pour combattre à nos côtés se sont 
enfuis! Quel bonheur! Ah! quel bonheur! » On se demandait 
avec étonnement quel grand bonheur était arrivé aux Lacédé- 
moniens; mais, après un temps, il continua: « C'est pour moi 
tout seul que Xerxès est réservé. » 11 devait pourtant concéder 
dans la suite de son argumentation que les dieux ses alliés 
auraient leur part de sa victoire sur le roi des Perses, car 
il ajoutait : « Ce tyran qui a caché les mers sous ses flottes, 
qui a réduit les limites du continent et élargi le domaine 
des eaux profondes, ce tyran qui a donné un nouvel aspect 
à la nature, va, sans doute, établir son camp pour menacer 
le ciel: j'aurai les dieux comme compagnons d'armes! » 
Faire campagne avec les dieux olympiens contre Xerxès, 
c'était l'apothéose de Seneca Grandio. 

Ce grotesque personnage aurait mérité une place dans le 
catalogue de Théophraste; son portrait pourrait se trouver 
dans la galerie de La Bruyère, à côté de ceux de Pamphile, 
« riiomme plein de lui-même », ou de Diphile, l'amateur 
d'oiseaux. Et l'un des plus burlesques héros de Scarron a des 
traits frappants de ressemblance avec lui. Ragotin, « ce petit 
homme, avocat de profession, le plus grand petit fou qui ait 
couru les champs depuis Roland, » aime, lui aussi, le grandiose 
dans ses œuvres : une pièce de sa façon est intitulée Les Faits 
et Gestes de Charlemagne en vingt-quatre journées. Le décla- 
mateur romain se faisait confectionner d'immenses chaussures: 
pour aller à une noce, l'avocat du Mans se hisse, une grande 
épée au côté, sur le plus grand cheval qu'il peut trouver. 
Seneca Grandio prend pour maîtresseune géante : ce « gode- 
not n de Ragotin se montre à l'auberge trop entreprenant 
avec u une puissante servante », qui l'enferme dans un grand 
coffre 011 il pousse « des hurlements fort peu différents de 



jG8 BL'M-ETIN HlSf'AMQtJE 

ceux que fait un pourceau qu'on égorge». Ce petit homme 
qui abuse des grands discours, a de nombreuses disgrâces qui 
auraient bien pu arriver à Seneca Grandio s'il s'était trouvé 
dans la compagnie des personnages du Roman comique. 

Il ne serait pas étonnant que Scarron se fût souvenu du 
déclamateur des Saasoriae, quand il a imaginé le personnage 
de son petit avocat qui avait une petite charge dans une petite 
juridiction voisine du Mans. Au xvn^ siècle, on lisait beaucoup 
le livre de Sénèque et on en usait. Les thèmes romanesques 
développés à l'école de déclamation entraient dans le roman 
d'aventures et de galanterie. Une des controverses où s'escri- 
maient les plus illustres déclamateurs que Sénèque ait 
entendus, notamment ses compatriotes M. Porcins Latro et 
L. Junius Gallio, avait pour matière l'histoire de la fille 
du pirate, qui délivre par amour un jeune prisonnier de 
son père, s'enfuit avec lui et l'épouse'. Toute cette histoire 
se retrouve dans un roman de Scudéry, Ibrahim ou Vlllusire 
Bassa. Le Roman comique est à peu près du même temps que 
rillusire Bassa. Scarron a bien pu emprunter au recueil pillé 
par Scudéry le déclamateur Seneca Grandio pour en faire 
l'avocat Ragotin. S'il eût été d'origine romaine, ce Seneca se 
serait nommé Senecio, ce qui veut dire séneçon, la plante que 
les Grecs appelaient le vieillard du printemps , 5 yjp'.yépwv, parce 
que le séneçon, au printemps, devient tout blanc, quand il 
développe les aigrettes de ses graines. Les deux personnages 
falots de l'avocat manceau et du déclamateur romain ressem- 
blent bien à des séneçons qui se haussent sur la crête de 
quelque vieille muraille et dont la brise du printemps secoue 
et disperse les blanches aigrettes. 

Sénèque se moque franchement de Seneca Grandio ; il 
n'accorde que des louanges modérées aux autres Espagnols 
qu'il a entendus à Rome. Gavius Silo et Clodius Turrinus, 
dont il apprécie particulièrement le talent, déclament, l'un à 
Tarragone, l'autre à Cordoue. Mais d'autres Espagnols avaient 
à Rome même la gloire dont Gavius Silo et Clodius Turrinus 

I. sénèque, Conlrov., I, m. 



I.FS Dl'cf.AMA TEURS ESPAr.\0[.S 1 Oc) 

jouissaient dans leurs municipes. Sénèque place en tête des 
déclamateurs qui composent ce qu'il appelle le premier 
quadrige (primum tetradeum) ses deux compatriotes, M. Porcius 
Latro et L. Junius Gallio. » Toutes les fois — dit-il à ses fils 
— que les orateurs du premier quadrige auraient fait assaut 
d'éloquence, la gloire eût été pour Latron, la palme pour 
Gallion. Les autres, rangez-les dans l'ordre qu'il vous plaira'.» 
Et le recueil des Conlroversiae abonde en renseignements 
sur Latron et sur Gallion dont les mérites suffisent à affirmer 
la supériorité des Espagnols dans l'art de la déclamation. 

(A suivre.) 

H. DE LA VILLE DE MIRMONT. 

I. Sénèque, Controv., X, Praefat., i3. 



CHRONIQUE LATINE DES ROIS DE CASTILLE 

JUSQU'EN 12.36 

(Suite*) 



[III. — B. — Ferdinand III. — Quesada (1224); Salvatierra (1225); 

Capilla (1226).] 

43. Celebrato festo penthecostes tune instant! sub era. M'. CC. LXII. 
burgis solempniter rex secessit in loc qui dicitur munnoi. Erant 
autem tune in euria régis. Lupus didaci et gonzaluus roderiei et 
alfonsus telli. et rodericus roderiei 2 et fere omnes magnâtes regni. 

* Voir Bull, hisp., t. XIV, p. 3o, 109, 244 et 353; t. XV, p. 18. 

43. I. Cf. S 36, note 4. 

43. 2. Lope Diaz (cf. §32, note 4), Gonzalvo Rodnguez ou Ruiz Girôn (cf. S 32, 
note i); Alfonso Tcllez (f. S 32, note 7); Rodrigo Rodnguez Girôn, frère de Gonzalo 
rs 32, note i). Salazar de Mendoça parle d'un autre « Dô Rodrigo Rodriguez, 6 Ruiz, 
Rico Home, y como tal tratado en el repartimienlo de Seuilla, fue hijo de Roy Fer- 
nandez Seûor de Cabrera, y Ribera... Fue familiar de la orden (de Galatrava)... uiuio 
en Galicia en la torre de Ribera » (fol. 58'). 

La scène qui suit et qui se déroula devant la cour (il ne s'agit pas précisément de 
Portes), s'est-elle passée réellement comme la décrit notre auteur et d'une façon si 
théâtrale, ou avons-nous là un avant-goût des procédés chers à Mariana ? Toujours 
est-il que Rodrigue présente les choses d'une façon beaucoup plus simple (IX. 12): 
c'est Bérengère qui, voulant profiter de la paix établie entre les rois chrétiens, aurait 
décidé de ne pas proroger la trêve avec les Arabes. 11 est vrai que Rodrigue ne put 
être témoin de ce qui se passa à Muno. La Chr. gén. dénature l'exposé de Rodrigue, 
traduisant « noluit ulterius prolelari » comme s'il y avait uohiit (p. 720, 1. 3i); de 
même le manuscrit portugais de l'Acad. de Lisbonne. La Crôn. deEsp.(p. 5oo) traduit 
bien: cf. S 35. note 4. L'Est, de los Godos également (Doc. inéd., t. LXXXV, p. 170). — 
Le texte d'Ocampo (fol. ccccv) présente les choses tout différemment, et entame ainsi 
l'exposé des luttes de Ferdinand III contre les Maures : « Cuenta la estoria que los de 
Cuenca c los de huete c los de Alarcô r. los de Moya entraron tierra de moros : c que- 
brarô (ms. Acad. Lisb. queymaron) muclias alcarias e catiuarô muchos moros c moras. 
E entonçes el rey don Fernando de Castiella quâdo esto sopo saco su hueste muy 
granada sobre moros. E quando fue al pie del puerto d' Muladar (cf. fin du S 44) 
estremo por algarras que fuesen correr la lierra adeiante a don Lope diaz de Faro, 
t: don Ruy gonçalez giron, z a don Alfonso tellez de mencses con quinienlos caualleros 
muy bie guisados. E estonçes el rey de Baeça (cf. S 45 et 46) quando aqueslo tiopo 
vinose para el rey don Ferràdo que era en Guadalhimar z finco por su vasallo con 
quanto auie. Enlôçes el rey de Castiella mouio de alli z fue se sobre Quesada e tomol 
por fuerça s mato (cf. S 44 et 46) y muohos moros c catiuo y bien siete mill. e fallo 
très castillos desmanparados Lacra c Toua £ Pahes (ms. Acad. Lisb, Leira, Tena, 
l'ollos): -c déde fuese pa Esnader c mâdo dcrribar cl castiello : c fuese para Esclamel 



niIROMOlE I-AIINE OF.S IU)IS DE CASTIUF 17I 

Quadam uero die. Rex ex insperato humiliter et deuote tanquam 
filius obediencie cum irruisset in eum spirilus dni coram nobilissima 
génitrice sua magnatibus cunctis astantibus uerbum proposuit in 
hune modum. Karissima genitrix et dna dulcissima quid michi 
prodest regnum castelle quod ufa liberalitas a se uelud sibi de iure 
debiluni abdicauit niihique concessitur. Quid nobilissima coniux de 
longinquis paiiibus per nram" solicitudie et induslriam adducta. 
niihique cum honore inenarrabili matrimoniahter ropulala? Quid 
({uod desideria mea preuenitis in dulcedine materna et antequam sint 
a me plene concepla elTeclu celeberrimo consumalis? Si ignauia 
torpeo.si flos mee iuuenlutis euanescit. sine fructu si lux glorie regalis 
que iani uelud radios quosdam efTundere ceperat in se extinguitur et 

a) Pour uTam (uestramj. 

c para Espeluy, t preytearon con el rey quo los dexare salir tan solmente cOlos 
cuerpos e quel darien los castiellos. z el rey touol por bien, z niando derribar los 
castiellos. Eslâdo el rey dô Ferrâdo d' Castiella eneste logar ouo sabiduria de grandes 
gèles d' Alaraiies q erâ en Biuorias (ms. Ac. Lisb. : burores) cô sus ganados t cô sus 
mugeres z cô sus lijos, e embio alla a doa Lope diaz con trezientos caualleros, z enbio 
cô el a do Ferra coçi maestre d' Santiago c al maestre de Galatraua con grandes con- 
panasd'l'reyles.E llegaron alos morosqeran y bien mill equiniêtos caualleros couieron 
y lid muy grande e moriero y muchos moros, z fueron los moros vençidos, t cali- 
uaron muchos : c dexaron los en guarda a vna pieça d' ornes a pie. z los moros que 
yuan fuyendo apartaronse vna alcanela dellos c dieron tornada alos que guardauR 
los presos e mataron dellos, z ellos mataron los moros que guardauan z dieron 
buella sobre los que vinieron, z ganaron dellos muchas tiédas z paûos z ganados 
z cauallos s muchas otras cosas c tornaronse con gran honrra para el rey. z tal fue 
el comienço de la primera entrada quel rey don Fernando fizo en lierra de moros. » 
— *i El rey de Ualençia fecho uassallo del rey de Castiella. 1 Fincaron los moros d'sta vez 
muy quebrâtados z mal trechos z mucho espantados. z tornoso el rey d' Castiella pa 
Toledo do era su madré s su muger, z mouio ende z fuese para Cuéca : z andâdo 
por esa trra cuydo como podiese ctrar a trfa d' Murcia z de Ualécia, z ouol d' saber 
Caet abuçeit rey d' Ualéçia z vinose pa el rey dô Ferrâdo z finco por su uasallo cô 
qnta trra auie z besol la mano» (cf. s ^6). 

Pour cet exposé, le manuscrit 8817 suit de très près le texte d'Ocampo jusqu'à la 
reconnaissance de Ferdinand comme roi de Léon, avec quelques variantes (ainsi, dans 
ce qui précède on lit donpedro au lieu de don Fernan Cocï). Le manuscrit 1847 présente 
un texte fort voisin de celui d'Ocampo. On le trouvera en entier à l'appendice. Le 
manuscrit portugais de l'Acad. de Lisbonne et celui de Paris compilent le texte 
d'Ocampo relatif aux premières opérations de Ferdinand contre les Maures, avec le 
texte de Pidal. On y trouve en effet d'abord le texte d'Ocampo, depuis « Cuenla la 
hisloria que los de Cuenca... » jusqu'à « non lo podieron tomar por ningiia guisa » 
(fol. ccccvii, cf. § ig, note 3); ensuite, depuis « quando fueron andados seys anos » 
jusqu'à « era del linage de Abëalfâge » (fol. ccccviii; cf. S 53, note i). Puis vient un 
résumé du ch. 1037 de Pidal à partir de la ligne .'lO de la page 721''; puis les ch. io35- 
io36. Une histoire das palauras que elrrey doin afonso disse contra auôotade de ds per 
que depois foy deserdado do Reyno est insérée dans le ch. io36 de Pidal avant les 
mots (( Et la noble reyna Berenguela... queriendol estoruarde yruengar los tuertos ». 
Enfin, les ch. 1037-1047 (pour nous en tenir à la partie qui nous occupe). — L'histoire 
d'Abanhut est donc deux fois répétée, avec des variantes, et les campagnes de Ferdi- 
nand contre les Maures sont en partie exposées deux fois. Le tout traduit assez libre- 
ment Le ch. io!i7 ^st fortement allégé dans le manuscrit de Lisbonne, et plus encore 
dans celui de Paris, qui abrège en outre le ch. io46. Les ch. :o45-io47(prise d'Ubeda 
et de Gordoue) se retrouvent du reste à peu de chose près dans le texte d'Ocampo. 



(72 nULLETlN HISPANIQUE 

adnichilatur? Ecce tempus reuelatur ab omnipotente deo. in quo nisi 
tamquam pusillanimis et deses dissimulare uelim. dno ih'u xpo 
per quern reges régnant seruirc possum contra inimicos fidei x'ane, 
ad honorem et gloriam nominis eius. Porta siquidem aperta est, et 
uia manifesta, pax nobis reddita est in regno nostro. Discordia et ' 
capitales inimicicie inter niauros [.] secte et rixe de nouo exhorte, x'. 
deus et homo ex parte nostra. ex parte uero maurorum infidelis et 
dampnatus apostata machometus. Quid ergo restât? Supplice clernen- 
tissima genitrix a qua post deum teneo quicquid habeo ut placeat 
uobis quod guerram moueam contra mauros. Hiis dictis rex cuius cor 
spsdni accenderat et inflamauerat tacuit. Barones omnes qui adhérant 
obstupuerunt et pre nimio gaudio fere omnes lacinati" sunt uidentes 
régis animositatem et propositum gloriosum. 

44- Nobilis regina uidens cor filii inflamatum et tam nobili desiderio 
accesum*. ut erat mos eius breuibus filiurn allocuta est. ffîli dulcis- 
sime gloria mea. et gaudium meum nos ■ estis. beatitudinem nram''. 
et successus semper ex animo desideraui et quantumcumque potui 
procuraui. Astant uasalli uestri curia inter c' ipsi consulant nobis 
sicut tenentur et consilium eorum sequimini in hoc facto. Rex de 
uoluntate magnatum ad modicum i secessit in partem. Ipsi uero 
rémanentes cum regina nobili tractatu modicoetdeliberatione | habita, 
omnes in eadeni /^ sniam* conuenerunt. ut rex modis omnibus 
guerram sarracenis moueret. Rex autem intellecta uoluntate matris 
et audito responso magnatum exultauit in dno ultra quam credi 
possit. Nec mora comendator uclen mittitur ad archiepiscopum. 
Tolletanum et magistrum de calatraua^. qui erant ultra serram ut omni 
mora et excusatione postponita. personaliter ad regem. Carrionem 
accédèrent, ubi rex erat celebraturus curiam super hoc facto. In 
principio igitur mensis iulii. Rex intrauit carrionem uir '' cum nobili 
génitrice sua et cum archiepiscopo toUetano et episcopo burgen et 
cunctis magnatibus regni ubi^ tractatu habilo firmatum est consilium 
mouendi guerram contra sarracenos. Mandauit igitur rex omnibus 
magnatibus et aliis uassallis suis et magistris ordinum vt in prin- 
cipio septembris instantis toletum accédèrent parati cum eo intrare 
in terram sarracenorum. Ipse uero rex tanquam leo fredens^ quasi 

a) lacrimati. — b) accensum. — c) uos. — d) uestram. — e) inlerest? — f) Sic. — 
g) sententiam. — h) ubi. — ij supprimer cet ubi. — j) fremens ou frendens. 

lil\. I. «Pour un moment». De même plus loin, tractatu modico, « un court 
examen ». 

^t^. 2. Le commandeur d'Uclés était, en 1222 du moins, D. Pedro Gonzalez; le 
grand maître de Galatrava était Frey D. Gonzalo Yaiïez de Novoa, élu en 12 18 et mort 
en 1238. Cf. S 5o, fin de la note 2 et Francisco de Rades y Andrada, Chronica de las 
très ordenes, Santiago, p. 26', Calatrava, p. 34'-/io'; Madoz, au mot Calatrava, donne la 
liste chronologique des grands-maîtres. 



r.IIUONIQT:R LATINE DES MOIS DK CASlIl.I.n I ^3 

uoti compos transiens per extremaduram circa festum assump- 
tionis béate marie toletum intrafi. Conuenerunt ad eum barones sui 
et archiepiscopus et fratres ordinum [.] in septembri proximo circa 
festum sancti michaelis castra uersus mauros mouerunt '. Transeuntes 
igitur portum de muradal uersus uillam que dicitur quesada iter 
arripuerunt ad quam peruenientes quasi in momento \iillam inua- 
serunt. quani inuenientes retertam diuiciis. bonis omnibus spolia- 
uerunt. mûris ad solium" dirutis uiros et feminas maiores cum lac- 
tentibus'' capliuos duxerunt. uir"" tanta multitudo hominum inuenta 
est. quanta uix ab ullo prius credi posset. 

45. Rex baecie tempore illo reginostroadherebat. Expulsis'' namque 
de regno suo. s. de iahen et de ubeda et de aliis uillis que ad illud 
regnum pertinebant in uaecia morabatur illa namque sola remanserat 
ei 1. Mortuo siquidem rege marroquitano ^ filio eius quem illustrissimus 

a) solum. — b) Sic — c) ubi. — d) Sic fexpulsusj. 

k!*. 3. Fin septembre 122^. Cf. les An. Toled. II (122^), qui marquent que l'on 
partit en septembre et que l'on revint € por la fiesta de San Martin ». C'est probable- 
ment à cette expédition que se rapporte le document publié dans les Mem. para la 
Vida del s. rey D. Fernando (p. 352) avec la date « Vil idus septembris, sub era 
M.CC.LXII », traduite en note d'une façon erronée « era 1268, afiode 1226 », à moins 
que ce ne soit le texte lui-même qui soit fautif. L'archevêque de Tolède y accorde 
à ceux qui travaillèrent pendant un mois à la construction projetée par Alfonso 
Téllez, du « castrum situm in Sarracenorum frontaria, quod Ayalaguiella vocatur » 
les mêmes indulgences qu'à ceux qui cqmbattent contre les Maures. Cf. S 60, note i. 
On remarquera qu'il n'est pas question d'autres combattants, que les barones et les 
fratres ordinum. C'est une expédition de nobles, à laquelle les milices ne prennent 
pas part, vu l'époque avancée de l'année. Le projet de campagne n'a, du reste, été 
agité qu'entre les nobles et le roi (curia). 

Rodrigue omet encore tout ce qui précède et arrive tout de suite à l'expédition, 
qui commença par le ravage de la contrée de Baeza et d'Ubeda et la prise de Quesada, 
dont on ne garda pas la forteresse parce que, dit-il, les assauts l'avaient mise en 
ruine. Pas plus que notre auteur il nefaitla moindre allusion à l'expédition (cruzadoj 
peu fructueuse de 1219, que lui-même dirigea contre Requena (An. Toled. I). 

45. I . Abou-Mohammed AlBayasi Adh-Dhafir. Dans ce qui suit, l'auteur explique 
pourquoi ce roi (wali) dut s'allier avec Ferdinand. 

45. 2. Abou-Abd-AUah Mohammed An-Nacir ben Yacoub, fils d'Al-Mançour, et le 
vaincu de las Navas (cf. S «8, note 7), mourut le 25 décembre laiS. Son fils, Yousof 
Al-Mostancir (ou Al-Monlacir) Billah, mourut en janvier 1234, empoisonné, disent 
les uns, d'un coup de corne de vache, disent les autres. Voir la Chronique des Almo- 
hades et des Hafçides attribuée à Zerkechi, traduite par Fagnan (Constantine, 1895), 
p. 26 et 268. On trouve dans cette histoire un résumé des origines des souverains 
almohades, utile à consulter pour les généalogies, mais à peu près vide de faits en 
ce qui concerne l'Espagne : il n'y est question ni d'Alarcos, ni de las Navas (une 
allusion peut-être, p. 24 : « En-Naçir s'occupa ensuite de faire en Espagne la guerre 
sainte avec plus de décision qu'aucun prince avant lui » !), ni enfin d'Ibn-Houd 
(cf. S 53). Au t. II, p. 161-257, de VHistoire des Berbères et des dynasties musulmanes de 
l'Afrique septentrionale, d'Ibn-Khaldoun, trad. par le baron de Slane (Alger, 4 vol., 
i854), il y a un historique plus détaillé de la domination almohade, qu'il est utile 
de consulter pour se reconnaître dans l'exposé assez confus mais pourtant précis et, 
semble-t-il, exact, que donne ici notre chronique. J'aurai du reste à revenir, pour 
toute la période qu'elle comprend, sur ce que nous fournissent les clironiques 
ci-dessus désignées et avec elles particulièrement le Roudh-el-Karlas, Histoire des souve- 



r7^ nuM.F.in itisi'amqik 

rex castelle dônus a' fugaû de bello quod fuit enlas nauas de tolosa. 
Regnum marroquitanum uacauit aliquanlis diebus cum nuUum pre- 
dictus rex sibi suslituisset heredem in regno paruulis filiis dereliclis. 
Tune uero diuisis uotis in curia almohode apud niarrocos qui quidem 
floruerat mulUs diebus usque ad tempus iliud eleclus fuit unus in 
regem quem alii quibus non placebat. post paucos dies interfecerunt"». 
Ex q cam'' tanta discordia inter potenles illius terre orta est quanta 
sedari non potuit visque modo et durât adhuc. et utique duret in 
eternum. Sicque factum est ut alii alium in regem nominarent et 
quisque pro libitu suo uellet habere dfim quem sibi sperabat fore 
propicium. Illa igitur discordia ultra (fol. iio) mare orta redundaû 
in yspaniam ita quod rex murcie nominatus fuit in regem marroqui- 
tanum, et yspal' ei faû'". et maior pars terre sarracenorum citra 
mare^ Rex uero biacie et qui dominabatur ualencie frater ipsius^ 

a) alfonsiis. — bj Sic f causa J. — c) fauit. 

rains du Maghreb (trad. Beaumier, Paris, 1860), ainsi que l'Histoire des Almohades 
d'Abd-el-Wahid Merràkechi (Irad. Fagnan, Alger, 1898), lequel s'arrête avec la 
mort d'Abou-Yacoul) (i22!i), dont il dit ignorer les circonstances (p. 28C). 

^5. 3. Abou-Mohammed Abd-al-Wahid Al-Makhlou, frère d'Al-Mançour, oncle 
d'An-Nacir et successeur d'Al-Mostancir, fut déposé et tué en septembre (?) 1224. Cf. 
Roadhel-Karlas. p. 3/18. 

45. 4. Le roi, ou plutôt gouverneur (vvali), de Murcie était Abou-Mohammed 
Abd-Aliah (Al-Adil), fils d'Al-Mançour; il prit la place de son oncle Al-Makhlou, fut 
noyé et étranglé en septembre ou octobre (P) 1227, et remplacé à Marrakech par son 
neveu Abou-Zakariya Yahya Al-Motacim, fils d'An-Nacir, et à Séville par son frère 
Abou-1-Ala AI-Mamoun. Cf. § .ô3, note i ; Roudh-el-Kartas, p. 352. 

I. Abd-al-Moumin -;- iiC3. 

I 
II. Abou Yacoub Yousof -'- 118^4. 



III. Abou-Yousof Yacoiib Al Mançour y iigç). 



IV. Abou-Abd Allah Mohammed An-Nacir ■; 1214. 



V. Abou-Yacoub Yousof Al-Montacir Billah y 1224. 



VI. Abou Mohammed Abd-al-Wahid Al-Makhlou ' 1124 



VU. Abou-Mohammed Abd-\llah Al-Adil y 1227. 

. Abou 1-Ala Idris Al-Mamoun 



332. 



VIII. Abou-Zak:iriya Yahya Al-Motaçim . 
Voir S 12, note 4; § 18, note 7. 

45. 5. .\bou-Zeyd, celui que notre auteur nomme plus loin ylce«7 (cf. S 46. note 3). 
Ibn-Khaldoun (t. 11, p. 23o) dit que parmi les premiers partisans d'Al-Adil fut 
Al Bayasi, alors gouverneur de Jaen. 11 en fait le « fils d'Abou-Ahd Allah-Mohammed, 



ClinOMQtJK T.ATIXF. DES UOIS HE CXSTIII.E I 7;) 

fauctores ipsorum opposuerunt se predicto régi murcie iam nominato 
rege" marroquitano. Sicque diuisio magna facla est inter mauros 
ultra mare et citra mare et iam non regnum quod mutare'' constat 
illud marroquitanum. sed discidium uerius poterat nominari. Et^'quo 
quidem facto quisque uere potest scire quod daniel propheta dixit. 
quia regnum hominum in manu dei est et cuicumque uoluerit dabit 
illud 6. Implectum est et illud oraculum ysaye prophète. De' q' predaris 
nonne depredaberis ? et qui spernis nonne sperneri s P Cum consumaueris 
depredationem depredaberis?. Sic z almehedi qui dicebatur abdelmum 
de haz'dusS qui moabitas dfïos suos ad predicationem auêtûmerit 
philophosi" de baldach regno priuaû contra iusticiam sibique gentes 
et régna subiecito cum consumaû isla. per deum zelotem qui uisitat 
pcca parentum in filios in terciam et quartam generationem priuatus 
est regno in potest'is ' suis in diebus nostris '". Sit nomen domini 
benedictum. 

46. Memoratus igitur rex biacie cum rege nostro ferr fedus iniit. 
cum fdium suum minorem natu dede' ut cum eo uenire'' in 
regnum castelle. ' de predicto rege biatie plenius confideret •. Rex 
igitur noster predicla uilla. s. quesada penitus desolata qiïï tempus 
yemis instabal reuersus est cum magno gaudio et preda mulla 
in terram suama. Tune uero rex ualencie frater sepedicti régis biacie 
misit ad regem nostrum nuncios solempnes supplicans. ut man- 
daicl ei uenire ad se. Volebat ei ' ipsum uidere. et siderabat'' ei 

a) rcfji. — b) untare? — c) ex — dj VefvaeJ — e) Sic. — f) posteris —g) dédit. — 
h) ueuiret. — J> ajouter ut. — ji enim. — kj desidernbat. 

petit-fils d'Abou-IIafs cl arrière-petit fils d'Abd-el-Moumen» (cf. S h'/, note i). Tandis 
que son frère Abou-Zeyd restait fidèle à Al-Makhlou, Al-Bayasi, furieux ilavoir été 
destitué par celui-ci, se serait rallié à Al-Adil. Ce n'est qu'ensuite qu'il se serait 
l'ait proclamer kalife à Baoza. Notre auteur abrège donc les faits. 

45. G. Cette citation est encore faite de mémoire et par à peu près : « ... donec 
scias quod dominelur Excelsus in regno hominum, et cuicumque voluerit det illud. » 
(Daniel, IV. 29; cf. V, 21.) 

i)5. 7. Même observation : « Vae qui praedaris, nonne et ipse praedaberis ? et qui 
spernis, nonne et ipse sperneris? cum consummaveris deprœdationem, dcpr» ia- 
beris... «(Isaie, XXXllI, 1.) 

45. 8. J'ignore ce que veut dire ce mot, coupé par la fin de la ligne ainsi haz^\dus. 
En tout cas ce n'est pas le inahedi qui s'appelait Abdelmum, mais son disciple. Notre 
auteur semble ici croire qu'Abd-al-Moumiii était mahedi lui-même; son inspirateur 
deviendrait tout simplement un « philosophe ». — Ibn-Toumert enfin n'était pas de 
Bagdad comme il est dit ici et au § (j, mais y avait seulement étudié. 

45. 9. Cf. § C) et les histoires arabes citées à la noie 2 du ^ 4^. 

45. 10. Ce nesi qu'en 1269, par l'entrée du chef mérinide Yacoub ben-Abd-jl- 
Hakk à Marrakech, que la dynastie almohade disparut après une souveraineté de 
i44 ans (Chronique des Almohades, p. 270; Ibn-Khaldoun, t. 11, p. 237). Mais elle fut 
chassée de l'Espagne dès 1228-9 par la révolte d'Ilm-Houd (Abenhut) qui contraignit 
Al-Mamoun à partir pour le Maroc : cf. § 53, et Ibn-Khaldoun, t. II, p. 2.'i.'4-C. 

4G. I. Rodrigue ne dit rien de cela. 

46. 2. Rodrigue (ix, 12) place tout de suite après l'expédition contre Quesada une 
pointe vers Jaeu, dont ne parle pas notre auteur. Du reste, à parlir de ce moment 



\-b DULLETI> HISPAMOUE 

modis omnibus seruire. Veniens igitur dictus aceit de ualencia ad 
dnum nostrum regem ad villam que dicitur moya ibidem factus 
est uassallus do' nostri régis, cunctis qui aderant uidentibus et 
manum eius osculatus est et pactum firmatum est inter eos. quod 
postea idem aceit de ualencia tâquam uilis apostata nulla iusta câm " 
ductus dirupit^. Sequenti uero anno sub era .M. GG. LXIII. Rex 
noster in castellam ^ reuersus est distributisque stipendiis militibus 
largissime congregato magno fortique exercitu circa festum sancti 
iohannis tempore. s. quo soient reges ad bella procéderez portum de 

a) causa. 

il est très difficile de faire cadrer son exposé avec celui que nous allons trouver. 
Rodrigue est beaucoup plus succinct, et pourtant il indique des faits dont il n'y a 
trace ici. Pour plus de clarté, voici un tableau de concordance des faits signalés de 
part et d'autre jusqu'à la mort d'Alphonse IX, que Ferdinand III apprit en quittant 
le siège de Jaen : 

Rodrigue. Chkomque latine des rois de ca.stillk. 

1. « Caseata occupata.... ad partes a Quesada... desolata » (S 46). 
peruenit Giennii » (IX, 12). 

2. «CepitBeatiam, Andugarum,atque 
Martos. » 

3. « Cepit Seuiot, Xolarum & Car- 
iiez. » (texte de Lorenzana). 

4. « Cepit Eznatoraph, turrem de « Jaen...obsederunt — Pegoet Loxa... 
Albep, Sanctum Stephanum, & Chicra- ceperunt — quandam villam (Alhama)... 
nam, & alla vice duxit exercitum per desolatampenitus reliquerunt. — Appro- 
Giennium circa festum sancti Johannis pinquantes... Cranada... mala multa 
quod... non potuit expugnari — cepit intulerunt » (§ 46). « Praetergredientes 
Pegum — Alhama dissipauit. — In hac Jaen... penitus destruxerunt — RexBiacie 
expeditione non interfuit Rodericus. » dédit Marrocos (Martos), Jaen et An- 

duiar » (S 47). 

5. « Obsedit Gapellam » (IX, i3). « Era MCGLXIIII... Capellam obsedit 

(S 49) — reddiderunt... Capellam» (S5o). 

G. « Obsedit Giennium... inde reces- « (Sub anno MGCXXX)... obsedit. . . 

sit » (IX, i4)- Jaen... ab ossidione recessit » (S 60). 

46. 3, Rodrigue ne parle pas de cette soumission du roi de Valence. Voir aux 
§S 48 et 54. Le privilège accordé à l'ordre de Santiago le 26 mai 1226 {Memorias para la 
Vida del santo Bey Don Fernando, p. 35o), est daté « eo videlicet anno quo Zeyt Abuzyt 
rex Valentia? accedens ad me apud Moyam devenit vasallus meus, et osculatus est 
manus meas. » Un autre document, du 10 des kalendes de juin de la même année 
{ibid., p. 35 1) est daté « el anno que el rey don Fernando entré en tierra de moros, é 
ganô por vasallos el rey de Valencia, e su hermano el rey de Baeza »>. Sur la ville de 
Moya, cf. s 18, note 5. 

46. 4- Sens propre. 11 avait dû passer l'hiver de 1224-1225 à Tolède et à Cuenca, 
selon le texte d'Ocampo (cf. s 43, noie 2). 

46. 5. 24 juin (1220). Cette campagne est donc distincte de la précédente (celle 
de Quesada), bien que Rodrigue les confonde. Le texte d'Ocampo la distingue en effet 
nettement (fol. ccccv) : a Primer çerco sobre Jaen. ETil mes d' março saco el rey 
do Ferrâdo d' Gastiella su huestc muy grade c mouio d' Toledo alas nauas de Tolosa : 
£ llegol luego y el rey de Baeça (ms. Acad. Lisb. : Ualença) Abë mahomad (nom omis 
dans 8817) su v.assallo . d' si paso el rey a Baeça, e llego côtra Jaen al pie d'una torre 
s posieronle fuego : e morieron y los moros todos que ende auia quemados : 



ciinoMouE i,\iim: dks rois de castiij.e 177 

muradal cum festinancia Iransiit. ibique rex biacie occurrit ei. et factus 
est uasallus eius ipse et Jilii sui. et inseparabiliter adhesit ei. et usque 
ad mortem. | Mouent castra procedunt alacres acies uersus iaen diri- 
gentes. terrain circri(j5 " uastantes prêter illam que erat de dominio 
régis biacie. Appropinquanles igitur nobili et famose ciuitati de iaen 

a) circumquaque. 

c despenauanse c recogien los en las lanças. E otro dia paso cabo de Jahc, c defendio 
el rey que non se acoslase ninguno a las barreras, c ninguno oso pasar de su manda- 
miento. E los moros qiïdo esto vieion atreuieronse a ellos : t venien fasta las tiendas, 
c matauan ornes c lleuauan bestias ?: fazien daûo. E el rey ouo su cOsejo, e dio 
dozientos caualleros q derranchasen con ellos s trezientos otros caualleros que los 
acorriessen. e los moros recodien como soljen. ^ los dozientos caualleros entraron 
entrellos 1; la vila, e los trezientos caualleros recodieron de la otra parte t los otras 
gentes granadas de la hueste : z fueron feriendo c matando enellos fasta en la villa : 
c caualleros y ouo que entraron dentro cùellos feriendo s matando, z alla tomaron 
dentro muerte. E morierô enesta espolonada bien çiento c ochenta caualleros de 
moros delos honrrados z largos, z presos bien dos mill delos de pie. c desta gnisa 
escarmentaron los moros q nô osaron empues salir al real. E estôces qmarô los 
cristianos las fazinas que tenië cabo la villa, c todas los paruas que trillaban, que non 
les fynco ninguna cosa fuera del muro. E entonces el rey mando flncar las tiendas 
en el fonsario cerca delà villa. E los conçejos de Segouia c de Avila z de Cuellare 
E de Sepoluega pasaron de la otra parte delà villa cabo la carrera que va a Granada. 
E estonces fue la génie tan mouida a combatir la villa que los non podiê asosegar, 
e deziê q los ricos omes auit^ tomado d' los moros grâ algopor q nô dexasen combatir. 
1 Quando el rey don Fernando de Castiella entendio lo que deziê mando côbatir 
la villa mas por lo que dezien que non porque fuesse guisado, ca la villa era muy 
fuerte z muy torreada. z yazie dentro don Aluar perez de Castro con ciento z sesenta 
caualleros cristianos, c bien très mill caualleros de moros, z bien çinquenta mill 
omes de pie. z côbatieronla tan de rezio que allanaron las cauas que eran fondas : 
z furacaron las baruacanas : z feriense los caualleros a manteniente dentro en la 
baruacana. e murieron y muchos omes de cada parte, z murierô y pieça d' caualleros 
cristianos: z perdierôse y muchos ca los matauan de piedras y saetas q venien tan 
espessas como lluuia. e estonces mando el rey dô Ferrando que non combatiessen. 
^ De que todos fueron asosegados en sus posadas, z los moros vieron como estauan 
asosegados los quatre cOçejos apartados que vos deximos, salleron a ellos z come- 
tieron los muy de rezio, z ellos otrosi defendieronse muy bit-, z maguer que los 
moros erâ muchos vêçieronlos dos vezes, mas ta grade era el poder delos moros que 
les fazié grâ daûo : z materô cauallos z derribaron caualleros z ferieron y muchos, 
ca los cristianos menguauan z los moros cresçié z querié los preder a manos : 
z entre tâto fizo se el ruydo : z acorrieronlos. z anle que los moros se acogiessen 
ala villa destajaron los. z morieron muchos d' los caualleros z peones z metieronlos 
por las puerlas faziêdo les gran dafio. 1 Estando alli sobre Jahen ouo el rey don 
Ferrando de Castiella su acuerdo con los omes buenos de su reyno como no estauan 
nin venien guisados para çercar villa ninguna pues non trayen engefios, z que série 
mejor d'andar por la tierra z quel astragasen q non fincar alli. E el rey auie loda 
essa trrâ astragado fasta Guadalbullô (ms. 8817 : Guadabellom; ms. Acad. Lisb. 
ajoute : z alaa gadahynar); z fasta las sierras d' Susana. d' si mouio de alli z fuese 
para Martos, z el rey d' Baeça pidiol merçed po"!- ellos que les non fiziesse mal, 
z ala tomada que fario quanto mandasse : z el rey don Ferrando flzo su ruego : 
z fuese a Bivoras (ms. 8817 : biberas) z quiso combatir el castiello mas el rey de 
Baeça pidiol merçed q sel dexase, z el rey touol por bien, z mouios dêde c fuese 
sobre Alcaudete, z pidiose la el rey d' Baeça, otrosi ayudarô le los omes buenos, 
c el rey por su côsejo diogela, mas con tal preyto quel non demandasse mas. » 
Tout cela concorde bien avec notre texte, en le complétant, et en comblant la grosse 
lacune de Rodrigue, qui ne mentionne même pas la vassalité du roi de Baeza. 



17!^ BtJlXETlN IIISPaMqI'Ë 

ipsaiii obsederunt et multis diebus irnpugnauerunt omnesque qui in 
eadem uilla erant conclusos tenuerunt. ortos" et uineas et arbores 
et segetes deuastantes. Denigrala est faciès illius nobilis ciuitalis 
florentis et uirentis super carbones, emarcuit terra squalebant arua. 
decidit. decidit. gloria prima. Videns aulem rex et qui cum eo erant. 
quia non possent eam ui capere cum sit fortissima et munitissima 
natura et artificio moverunt inde castra, uersus alias uillas. s, pegoC et 

a} Sic. 

46. fi. Rodrigue Pegum. « Villam que vocatur Pego, que est inter Loxam, et 
Luch» lisons nous dans un privilège de i245, dans Memorias para la Vida del Santé 
Rey D. Fernando, p. 479; mais la conquête ne fut pas définitive, car de ce privilège 
il résulte que la ville, le 01 décembre 1240, appartenait encore aux Maures. 
La Chr. générale 1 texte de Pidal, p. 720, 1. 5o; texte d'Ocampo, p. ccccvi) et la 
Crôn. de Esp. (p. 5oo) écrivent Priego; le nianuscrit i347 pëgo. — La même campagne 
est relatée par Rodrigue avec des différences notables. S'il parle de la prise de cette 
ville et du siège inutile de Jaen, il ne nomme pas Loja; il ne parle pas expressément 
de la pointe vers Grenade, ni du retour par Jaen (cf. § 47). Comparer son texte avec 
celui de la Chr. générale. En revanche, il signale la prise de plusieurs villes (cf. S l\6, 
note 2), Iznatoraf (à 4o kil. au nord-est d'Ubeda) et Alhama (Chr. gén., p. 721, 1. 3 : 
Alhanbra; Crôn. de Esp., p. 5oo : Alliama), que notre auteur désigne plus loin par les 
mots « quandam villam magnam et fortem ». Il a soin de dire qu'il n'assista pas 
à cette campagne, étant tombé malade à Guadalajara fGuadaïp/iaJare^ et qu'il se fit 
remplacer auprès du roi par l'évèque de Plasencia, Domingo, son chapelain. — 
An. Toi. I : « El Rey D. Ferrando cercô Jahen, è Losa, Era MCGLXII » (1224). 

Cf. le texte d'Ocampo (fol. ccccvi): «1 El rey mouio dëde t fue sobre Priego 
vna villa fuerte c abôdada e rica z muy sano logar e d' muchas buenas aguas 
B pobrada muy bien e de rezio alcaçar: e alli folgaron dos dias cabo aqllas buenas 
aguas astragâdo toda la tierra enderredor : z al tercer dia combatieron la villa : 
s aql dia la entraro por fuerça, asi q todos los moros morierô sinô los que se 
acogieron al alcaçar. s ganaion alli muy grâ algo en la villa, ca era d' los caualleros 
Almohades z de gran cuêla. De si côbatieron el alcaçar, c los moros sentieronse por 
mal trechos c truxeron preytesia cô el rey por el rey de Baeça ql dariê quanto auer 
yazie enel alcaçar, q era muy grade sin cuenta, por los cuerpos tan solmente, 
c q darien bien ochêta mill marauedis de prata. z el rey touolo por bien, s dieronle 
en rehenes por el auer çinquéta z çinco duefias muy fermosas c çinquenla caualleros 
d' los mas honrrados de la tierra, e de la otra gente dieron nueveçientos moros. d' si 
partio el rey sus rehenes por los omes buenos z por las ordenes. z el rey d' Baeça 
pidiol en guarda las moras dueâas fasta la salida. '^ Esto fecho el rey d' Castiella 
mouio d' alli b fue aluergar en un valle muy fermoso entre unas penas, z a média 
noche mouio dende z fue contra Loxa : z el rey erro el rasiro z tomo otro camino. 
z yuan con el Gôçalo Ruiz gyrou z Garci ferrandez de Villa mayor z caualleros de su 
raesnada, que eran por todos quairoçientos caualleros. t la hueste fue derechamente 
a Loxa : e cercarô la enderredor. E el rey z los que cô el yuan vieronse en gran 
afrenta, ca non tenien que comer nin en que lo aguisar : z entretanto fallarô vna 
alcayria buena t bien encastiellada, s côbatierô la z entraron la por fuerça (ms. 
Acad. Lisb. ajoute z malarô hy muilos mouros) z fallaron y mucha viada : z cuydaron 
y aluergar, mas era mal logar de biuoras, ca les mataron y dos omes, z salleron dëde 
t fuerô aluergar mas adelante. • Loxa destroyda. ' otro dia pasaron por vn cabo do 
dezien estar siete dormientes que dormié de luengos aûos, z entro el rey, por ver 
que série, z entonçes Uegol mâdado como su hueste tenie çercada Loxa (ms. Acad. 
Lisb.: alexa partout; de même 8817). z Uego el rey a hora de vispras a su hueste, 
desi al tercer dia combatieron la villa z furacaron los muros todos, z quemaron las 
puertas, t entraron la villa por fuerça, z mataron todos los moros sy non los que se 
acogieron al alcaçar, e ganaron y muy grand algo : z cada vno quanto ganaua lanto 



CMhONlQLE LVTlNE DES ROlS t)E CAStlLLË fîQ 

loxa quas ui ceperunt. bonis omnibus spoliaueruut. muJla milia 
maurorum inteifecerunt. multos captiuauerunt. et sic castra versus 
nobilissimam ciuitatem que dicitur granada mouerunt Inuenerunt 
autem quandam uillam magnam et fortem. s. uacnati c'' hominibus 
pre timoré régis et exercitus ipsius in qua multam annonam. et 
quedam alia inuenerunt. unde recedentes ipsam desolatam penitus 
reliqucruntT. Appropinquantes autem dicte ciuitati. s. granada mala 
non multa inlulenint cidem ciuitati 8. Videntes autem quia uictualia 
detTiciebant exercitui proposuerunt redire per aliam uiam uersus 
terram xpianorum. ponita'' tota supradicta terra in desolationem 9. 
47. Pretergredienles igitur iaen si quid remanserat in partibus illis 

a)$ed uacuatam^ — b)Sic. 

anie. E combatieron el alcaçar e lolleronles el agua de vna fuente que nascie al pie 
de la lorre, e en lai suerte los quexaron que dixerô que querien dar el alcaçar, z que 
los dexassen salir solmente con los cuerpos. E entonces mando el rey tomar el su 
pëdon f- que lo sobiessen suso, t los moros arrepentieronse c.dixeronquelnô querien 
dar. r. al rey vinol gran safia, r. mâdoles combatir : c los moros con gran cuyta 
dixeron que querien dar el alcaçar, k el rey non querie por lo que de antes auien 
fecho, mas los ornes buenos trabajaro con el rey e dixeron que escusarie grand dano 
que y podrien resçebir las gentes. E quando el rey ya quiso, arrepentierô se como 
de cabo <; dixeron q gela non darien sinô q querié morir c matar : e eslôçes el rey 
mouido cô fuerte saûa mâdol côbatir terribre. s los moros vieronse alincados s querié 
dar el alcaçar d' todo é todo, mas el rey nô quiso sinô que los matasen como dixeran. 
c tan fuerte los acometierô que les tomaron el alcaçar e matarù c catiuaron todos. 
E segQ dixerô los catiuos perdieron y en la villa de treze fasta catorze mil personas, 
î ganarô muy grâ algo ademas : r. màdola el rey d' struir ». Cf. ms. 8817, fol. 226 '. 

^6. 7. Cf. le texte d'Ocampo, fol. ccccvi : « Esto fecho el rey dô Fernâdo mouio 
sobre Alhâbra (ms. Acad. Lisb. : Ihandra; ms. 8817, fol. 227 : vila ambra) villa fuerte e 
bien çercada q estaua en somo duna pena tajada : c fallarola desmâparada q non 
fallarô y ninguno, ca nô osaron y atëder los moros temiêdo que les acaesçerie lo q 
acaeçio alos d'Loxa, c fuxerô cô los cuerpos là solméte: c finco en la villa todo el 
algo z cô los ganados. c robarola : r derribarôla por el suelo. » 

/i6. 8. Le texle d'Ocampo continue (fol. ccccvii) : «E mouieron déde, e entraron 
por la vega de Granada que era muy rica cosa. <; çercarôla toda : z d'rribaron todas 
las torres q y eran, .; astrago muclios viçiosos logares q y auie, >■ malaron muchos 
moros : s fizierô grades ganâcias. c mataron a vn adalid entonces q auie nombre 
Harrippas (ms. 8817, fol 227 : han adaly muy hoô, q auia nome [un blanc] ; ms. Acad. 
Lisb. : hûu mouro andaluz muy forte rauuleiro) ome que fazie grand dano enla tierra 
delos cristianos. • El rey fuese acoslando ala villa d' Granada e los moros ouicron 
miedo q los çercarie. Dô .\luar perez de Castro era y eslonçes, c los moros rogaron 
le q les traxese preytesia con el rey e q fincarié por sus vasallos. (ms 8817 : c q Jicaria 
el Rey mouro por seu vasalo; ms. .Acad. Lisb. : c que ficarya elrrey de Graada por seu 
vassallo). >■ quel darië quâtos catiuos auie en Granada. z el rey por sacar los catiuos 
touo por biê la preytesia que dô Aluar perez traye, e otorgosela. z entregaron al rey 
delos catiuos que fueron fasta mill e treziêtos. » 

4G. 9. Texte d'Ocampo, fol. ccccvii': « E el rey vinose para Montijar (ms. 8817: 
Montsucar; m-;. Acad. Lisb. : Monte firar) e d' ribola toda, z fuese pa Catena c fizo 
esso mismo. empero que don .\luar perez en la preytesia delos moros cobro la mer- 
çed del rey e vinose con el (cf. § '47), z vinoi guiâdo por Boniel c por Pegalfajali, z 
por Montija (ms. 8817 : z guioo p pegalfaira z p Witixar; ms. Acad. Lisb.: guyouho per 
agua dalfaiara z per mentixa) z el rey astragol todo por suelo en guisa que por toda 
esa trrâ nô finco sierra nin llano nin logar q nô fuese escudrinado (ce qui suit man- 
que dans le manuscrit .\cad. Lisb.), 5 llego el rey a Esteuel ya de vcnida. » 



l8o BULLETIN HISPANIQUE 

iiilacluni penitus destruxerunt. et sic ad lluuium ueteri''qui arabice 
dicitur guadalquiuir peruenerunt. Recedentibus autem de loco illo 
populis vniuersis in terram suam. remansit rexcum nobilibus magna- 
tibus. s. et aliis militibus. et tune rex biacie iuxta pactum quod cum 
rege nostro firmauerat dédit ei castrum nobile munitumque natura. s. 
marrocosi. laen et anduiar. et quedam alia minora castella. ïenebatur 
etenim ex pacto dare régi nostro munitiones omnes quas ipse uellet 
accipere. et retinerc in terra niaurorum. quas idem rex biacie posset 
habere. Tune aluarus pétri nobilis iuuenis filius pétri fernandi. qui 
iam reeesserat ab amicieia maurorum, factus est uassallus régis 
nostri recepitque predicta castra de manu régis et tenum . etdefende' 
longo tempore postea fideliter et potentera. Remansit preterea (fol. 1 1 1 ) 
tune temporis in frontaria illa magister et fratres calatrauefi. et 
commendator et fratres uclen et quidam alii nobiles qui omnes 
dampna multa inferebant sarraeenis cum rege biacie. cui iam multi 
milites qui dicuntur alaraues adherebantS. Hiis igitur ita dispositis. 
reuersus est rex noster cum gaudio et gloria magna toletum ad 
matrem et uxorem suam. que tune temporis ibidem morabantur^. 

a) Sic (betim). — b jtenuit. — c) Sic (défendit). 

h-. I. Lire Martos. Rodrigue (IX, la) place la remise de ces trois villes lors de la 
seconde campagne, celle de Jaen-Priego n'étant d'après lui que la quatrième (cf. S 46, 
note 2); et celui qui les livra serait a Auomahomat, qui erat Arabum princeps 
nobilis filius Auoabdellae filii Abdelmuni»: cf. § 45, n. 1 et 5. Suite d'Ocampo 
(fol. ccccvii) : « Guenta la estoria que el rey de Baeça entrego estonces al rey don 
Ferrâdo el alcaçar de Martos c de Andujar. e el d'xolos a dô Aluar perez de Castro, 
z diol çinquêta mill marauedis alfonsis en retenêçia. e finco y côel el maestro d'Cala- 
traua, t Tello alfonso d' meneses fijo de dô Alfonso Tellez z otros omes buenos por 
fronteros. e el rey fizoles preyto q fuese conellos a março auiédo salud. » (Les deux 
derniers mots manquent dans le manuscrit de l'Acad. Lisb.; ms. 8817: avendo saude). 

— Remarquer que les milices (populis uniuersis) sont parties et que seuls les nobles 
(nobilibus magnatibus et aliis militibus) sont restés avec le roi. (Cf. S 44, n. 3 et S 6°. n. i). 

— La ville de Martos fut donnée par Ferdinand à l'ordre de Calatrava le 7 décem- 
bre 1228 (.)/em. para la Vida del Santo Rey D. Fernando, p. 305). 

47. 2. Rodrigue ne parle pas d'Alvar Pérez (de Castro), dont le rappel vaut à Fer- 
dinand les éloges de Luc (p. 11 4, 1. 10), et qui était fils de Pedro Fernândez el Castel- 
lano. Cf. Livro das Linhagens docondeD. Pedro, p. 2GO; Béthencourt, t. IV, p. 4i5-43i, 
et plus loin, S 65-O7. Le texte d'Ocampo nous apprend (cf. S 46, note 5) qu'il était 
parmi les défenseurs de Jaen lors du premier siège; cf. la note précédente. « Don 
Aluar Perez de Castro, Uamado el Castellano, saccedio a don Pedro Fernâdez de 
Castro, su padre, en los seùorios de el Infantado de Léon, y de las villas de Paredes, 
Cigales, Mucientes, Iscar, santa Olalla, y otros. Siguio la opiniô de el Rey dô Alonso 
de Léon, padre de el Rey. Passô a Andalucia cô ciento y sesenta caualleros sus 
parientes, amigos, vassallos, y quâdo el Rey puso cerco à Jaen, se la defendio por el 
Moro, este don Aluaro (etc., cf. la note 8 du S 46)... El Adelantado mas antiguo de los 
tiempos de el Rey (Fernando III) fue don Aluaro Perez de Castro... que murio en 
Orgaz el ano de mil y dozientos y treinta y nueve, Ueuândo socorro a Cordoua por su 
mandado : y su titulofuede la Frontera, y Andalucia «(Salazarde Mendoça,f"59et6r). 

47. 3. Cf. même paragraphe, note i. — Rien de cela non plus dans Rodrigue, 
non plus que de l'expédition dont il est question quelques lignes plus loin. 

47. 4. Le texte d'Ocampo continue (fol. ccccvir) : « z d'si tornose para Toledo do 
estavia su madré z la reyna dofia Beatriz su muger, t alli partie sus donas cô allas 



CHKOMQLE LATINE DES ROIS DE CASTILLE 10 1 

Magister uero supradictus cum fratribus suis et commendator et 
fralres eius et aluarus pétri, et rodericus roderici cum militibus suis 
descenderunt ad partes yspalensis" et ibidem congressi sunt cum 
exercitu régis yspaleâ qui se pro almiramolelino gerebat iuxta 
yspalim et uicerunt eos et fugauerunt de campo multis mauris 
interemptis in belloâ. Tune autem fere omnes uille et castra que trant 
inter cordubam et yspali conuerse sunt ad regem biacie. et ipsum 
in dilum receperunt. Tandem uero corduba nobilis et famosa ciuitas 
eumdem in regem recepit. et se ipsius dominio subiugauit. capto 
rege proprio et in uinculos'' compedito. fratre. s. régis yspalerîG. 

48. Eadem tempestate alfonsus telli nobilis miles, et conchen epis- 
copus cum consiliis '^illius episcopatus uersus partes murcie intraue- 
runt. ubi post obsidionem cuiusdam castri cum omnibus fere 
mauris illius frontarie innumerabili. s. multitudine prelium inierunt 
in quo per uirtulem diîi nostri ih'u xpi. contra mauros obtinue- 
runl multis milibus maurorum in eodem prelio interfectis i . Dns 
autem ualencie qui aceit uocatur. iam tune recesserat rupto fédère 
sine causa a dno'' et amicicia régis nostri. Re\ autem firmum 
gerens proponitum et irreuocabile destruere gentem illam maledic- 

a)Sic. — h) Sic. — cj conciiiis. — d) donnnio. 

muy granadamOte. z dio alas ygresias muchas cortinas s muchos paûos nobres q 
empreo muy bic. e estudo y yaquàto tiempo, desi paso la tierra faziendo justifia t 
sosegando su tierra. » Cf. nis. 8817, fol. -i^-^. 

h-]. 5. Suite du texte d'Ocampo (ibid.). « Don Aluar perez de Castro e les otros q 
fincaron en la l'rontera r. el rey d' Baeça con elles fueron a correr tierra de Souilla 
T. eslragaronla toda. Estôçes asonaronse los moros de Seiiilla s de Xerez c de Carmona 
€ de Eçija (ms. Acad. Lisb. : telhada: ms. 8817 : qyiada) ^- de toda esta tierra, r. junta- 
ronse grand poder z vinieron lidiar con los cristianos. y- fu la fazienda muy 
ferida de amas las partes, empero que prugo a dios e venrieron los cristianos, 
E duro el alcançe bië çinco léguas feriendo y matando : en guisa que se perdieron 
y bien veynte mill moros entre muertos e catiuos. e tornaronse con muy grandes 
ganancias e cô muy gran bonrra. » Le roi, ou plus exactement gouverneur, 
de Séville auquel notre auteur fait allusion, était Abou-1-AIa, frère de l'ancien 
roi de Murcie Al-Adil. Celui-ci était devenu Amir al-Mouminin (prince des 
croyants): Abou-1-Ala était son lieutenant en Espagne. C'est du moins ainsi que je 
comprends « se pro almiramomenino gerebat» ici et encore au début du § 53, bien 
que Ibn-Klialdoun (t. 11, p. 23.'4) place la prise de Cordoue par le roi de Baeza après 
la mort d'Al-Adil et la proclamation d'Abou-1-Ala (cf. § /|5, n. 4). Le même auteur 
met d'ailleurs la bataille de Tejada avant la mort d'Al-Adil ; or celte bataille dont il 
parle (t. Il, p. 232) doit être celle que mentionne ici, sans désignation de lieu, notre 
chronique, et la même aussi ([ue signale Luc (p. ii4, 1. 3) « in loco qui dicitur 
Teiada » (ms. 2-c-5 : tey'da), comme ayant été livrée par les troupes du roi de 
Léon sous le commandement de don Martin Sânchez (Tejada est à une quarantaine 
de kilomètres à l'ouest de Séville). En tout cas, le Roudh-cl-Kartas (p. 35 1) met la prise 
même de Cordoue avant cette grande bataille perdue par Abou-1-Ala, et bien avant 
la mort d'Al-Adil. 

47. G. Rodrigue ne parle pas davantage de ces faits. Le roi de Cordoue, frère dis 
roi de Séville, était-il Abou-1-Hacen, ou Abou-Mouça, gouverneurs l'un de Grenade, 
l'autre de Màlagaau moment de l'avènement d'Al-Adil (Ibn-Khaldoun, t. II, p. 23o)? 

'18. I. Rodrigue no parle pas de cette expédition des gens de Cuenca, commandée 
par Alfonso Téllez et leur évéque. 

Bull, hispan. '3 



iSa BULLETIN illSl^ANiQUË 

tam. utpote qui spiritu dei agebatur circa festum omnium sanctorum 
uoluit reuerti ad partes illas ut uisitaret et consolaretur magislrum 
calatraueiî. et alios quos in frontaria reliquerat. Cuius uoluntati 
omnes fere magnâtes et consiliarii sui resistebant. non quod ignauia 
uel desidia torpere uellent. sed temporis yemalis asperitatem et 
aquarum inundanciam". metuentes quod régis proponito ad futuram 
estatem dampnosum posset esse factum istud* cum propter pauci- 
latem militum et aliorum hominum timeretur ne mauris nocere non 
posset et sibi suisque dampnosum existeret. Rex uero in queni spiritus 
domini irruerat ductus saniori consilio. tanquam a diïi spiritu [.] post- 
positis ne dicam spretis omnium uoluntatibus | et consiliis. toletum<^ 
feslinanter exium'' et uersus partes illas gloriosus miles xpi. cepit ire. 
Cum uero peruenit ad partes illas mandaû per solempnes nuncios 
suos régi biacie qui tune cordube morabatur quam paucis diebus 
ante nouus rex et dîius intrauerat ut postpositis omnibus aliis 
negociis ueniret ad eum ad partes de auduiar uir " tune rex noster erat. 
Rex uero biatie nuneiis reeeptis et largis muneribus honoratg^^ dni 
iubentis imperio aequieuit. et eoleeta magna multitudine militum et 
peditum ad drî5 nostrum regem uenit. Videntes illam multitu- 
dinem quidam de nostris uiri nobiles in armis strenui et magni 
consilii. timuerunt timoré magno. suspieantes perfîdiam gentis illius 
que Sibi desolationem ïminere uidebat-' régi et suis insidias parauisse. 
Rex autem stetit imperterritus [.] regem biaeie lamquam uassallum 
suum.'' eonuenit iubentis usus imperio ul ei munitiones daret. quas 
ipse uellet eligere de regno corduben. quod de nouo acquisierat. 
iuxta paetum inter eos scriptum et firmatuma. Tune rex biacie et 
cordube utpote qui de mauris non eonfidebat. et in rege nostro totam 
suam spem posuerat. promisit se dalurum ei statim eastrum famo- 
sum. s. salua tierra et borialamel et capellam ad quas promissiones 

a) mettre le point après metuentes. — b) le froid et les inondations. — c) Sic. — d) exiuit. 
— e) ubi. — f) honoratis. — gj que sibi... Mîrfetaî forme parenthèse. — h) le point est de trop. 

48. 2. Suite du texte d'Ocampo (fol. ccccvii): « Ueniendo los caualleros cristianos 
con esta Victoria llegoles mandado como tenien çercado los moros a Martin gordiello 
ea Garçies (ms. Acad. Lisb. : gaas; ms. 8817 ; gs) c mouieron a grâ poder por le 
acorrer : c passarô Guadalqueuir. Otrosi el rey don Ferrando veniêdo al preyto que 
auie con don Aluaro perez oyo esto mismo como era çercada Garçies z yua en su 
acorro : mas antes que ninguno llegase era perdido el castiello. z veniê con el rey dû 
Lope Diaz de Faro, z don Gonçalo ruyz gyrù s don Alfonso tellez de meneses, z don 
Guillen perez de Guzman, z don Garci ferrâdez de villa mayor, z don Ruy Gôçalez 
z olros ricos ornes. El rey fuese pa Andujar z para Enxaldaliella (ms. 8817 : z pousou 
en xanduella; ms. Acad. Lisb.: z pousou en xandella) z alli Uegol el rey d'Baeça 
con très mill caualleros de Aimohades s de Alaraves z de moros Andaluzes z bien 
veynte mil ornes a pie con muchas trompas z atanbores, z estonces sallo el rey a 
resçebirle muy luene (ras. 8827 : rreçebeuo muy hem; ms. Acad. Lisb. : recebeiiho muy 
hem z fezlhe muyla hôrra), t veniô con el don Aluar perez z Tello Alfonso de meneses 
s los otros omes buenos que fincaron por frôteros. s el rey don Ferrando cogiolos 
muv bien z iîzo les mucha honrra. » 



CHRONIQUE t.ATlS'E i)ÉS ROIS DÉ GASTILLE l83 

obseruandas tiadidil slalin" magislro de calaliaua alca/ar de baeza. 
ita quod nisi prornissa compleret. ipsum alcaçar de baeza magister 
absque optini calumpnia et contraditione rederet* régi nostro^. 

Zig. Recedentibus igitur ad inuicem rege nostro et rege biacie pactoque 
primo confirmato munitis et castris que rex nî acquisierat de nouo 
et inagistro calalraue cum fratribus constituto in alcazar de baeza 
rex noster cepit reuerli uersus toletum et tune traditum est ei castrum 
borialameli. Post longum tempus nobilis quidam maurus cordubensis. 
s. auenharach de mandato régis biacie. procurauit prudenter ut 
castrum quod dicebatur. Salua tierra redderctur régi nostro. Mauri 
siquidem qui tenebant ipsum castrum rebellabant contra regem 
biacie. et nolebant ei restituere castrum ipsum. Dictus ergo maurus 
stali ut habuit castrum tradide' ipsum fatribus ' de calatraua et 
hominibus régis noslri quos ad hoc specialiter destinarat. Sic ergo 
castrum illud famosum arte et natura munitum. quod illustrissimus. 
a. post gloriosum Iriumphum licet alia omnia castra recuperasset que 
amissa fuerant in partibus illis tempore belli de alarcos z x, quedam 
alia de noua"" acquisierat ultra portum de muradal ulla ratione 
potuil acquirere/^. Rex ferdinandus cuius facta dirigunlur a dn^' breui 
labore. breuique tempore acquisium'' per uirtutem (fol. 112) et 



a) Sic. — bj Sic. — c) tradidil. — d) Sic — e) nouo. — f) quod illustrissimus... acquirere 
forme une incidenle. — g) a domino. — h) acquisiuit. 

48. 3. Pour Salvatierra, cf. S «2, n. 5. Borialamel = Burgalimar? Capilla, à l'ouest 
d'Almaden. Rodrigue ne dit rien d'équivalent au contenu de ce paragraphe, dont 
l'essentiel est dans Madoz, t. III, p. 296. Suite du texte d'Ocampo (fol. ccccvi) : 
(( * Estando alli troxeron preytesia q dièse el rey de Baeça al rey don Ferrando estos 
castrellos : Saluatrfa, Capiellas, Burgaihimar (ms. Acad. Lisb. : biezmar; ms. 8817: 
burinar). c diol en rehenes el alcaçar de Baeça quel louiesse fasta ql entregasse estos 
casliellos. E el rey dexo eïîl alcaçar a dô gonçal yuanes macstre d' Calatraua » (ms. 
.\cad. Lisb. ajoute e ao meeslre docres; ms. 8817 ao mestre de huql's). 

49. I. La prise de possession de l'alcazar de Baeza et de Borialamel n'est pas 
signalée par Rodrigue, non plus que celle de Salvatierra, dont il est question 
ensuite. De son côté, notre auteur ne parle pas de l'occupation de la ville de Baeza, 
signalée sans détails par Rodrigue (cf. S 46, note 1). Suite du texte d'Ocampo 
(fol. ncccvii): « E el rey d'Baeça dio por maïiero al fijo de Aboaques (ms. Acad. Lisb. : 
dahuera) quel entregasse. E el rey don Fernando mouio luego pa alla : c quâdo Ilego 
a Burgalhymar(ms. Acad. Lisb.: 6iermar) dierôgelo luego c fuese pa Saluatrfa, c refer- 
tarongela bië quinze dias, c al cabo dierôsela : c fuese para Gapiella mas nô sel 
quisieron dar, z por esto finco el rey conel alcaçar de Baeça : c sosego su frontera 
c tornose para Toledo». Le ms. 8817 de la Bibl. nac. de Madrid porte «e el rey de 
baeça deullj por maneyro o fillo de Abuhazam q ent'gasse os castelos al Rey» 
(fol. 277°); cf. «; 73, où il est question d'un Abohazan. 

11 semble résulter des textes que Ferdinand prit possession de l'alcazar de Baeza 
parce que le roi de celte ville ne put lui livrer Capilla; ce qui ne l'empêcha pas de 
venir assiéger Capilla. Herculano, t. II, p. 297, signale l'envoi, attesté par une lettre 
du pape Honorius, d'un légat qui avait pour mission de pousser à la guerre contre 
les infidèles. Ferdinand n'avait guère besoin, semble-t-il, de tels encouragements, 
mais le légat, par ses prédications et ses indulgences, lui procurait des soldats et des 
subsides. Voir Madoz, t. III, p. 296. 



l84 BlJLLEtt?i HISPA>tQDË 

graliaiu dni nostri ih'u. xpi. Reuersus iterum dFis rex in caslellam 
distribut" stipendiis. nobilibus uasallis suis régla munificentia tole- 
toque* exercitu non multo circa festum penthechostes. Sub. Era. 
M. ce. LXIIII. primo cum paucis castrum nobile fortissimum et 
famosum. s. capellam obsède'', flfirmata obsidione dum rex noster 
machinis mirifîcis castrum Ipsum impugnaret. mauri cordubenses. 
qui nec deum timentnec hominem reuerentur more solito in neccem'' 
régis et diii sui régis, s. biacie conspirauerunt[.] comperto rex idem 
cum paucis aufugit quem corduben insequentes consecuti sunt iuxta 
castrum quod dicitur almodouara ubi decapitauerunt eum et caput 
eius miserunt régi marroquitano inimico eius capitali qui de yspali 
non multis diebus ante transierat in partes de marrocos. quod ut 
oblm' est ei sicut asseritur a multis virga quam tenebat in manu 
percussit \erbis contumeliosis usus ê'^ in dedecus ipsius et tocius 
parentele eius. Cui cum respondisset aspere quidam frater régis biacie 
percussus est ab ipso rege marroquitano cum gladio et sic orta sedi- 
tione mul[ti] ex utraque parte cède mutua occubuerunt. Ista didicimus 
fama referente^. 

5o. Rex noster ceptis u'ili'» insistens et infatigabiliter die noctuque 
si ne intermissione castrum quod obsederatmodisquibuscumquepoterat 

a) distributis? — b) ajouter exiens et faire abstraction des points jusqu'à obsède, — 
cj obsedit. — d) necem. — e) oblatum. — f) et? — g) uirilius. 

hi). 2. Almodovar del Rio, sur la rive droite du Guadalquivir, à 26 kilomètres au 
sud-ouest de Gordoue. 

'jg. 3. Rodrigue (I\, i3) ne dit que quelques mots sur la prise de Capilla, et ne 
parle pas du complot dont fut victime le roi de Baeza. — Suite du texte d'Ocampo : 
K A q'nto aûo que reyno el rey don Ferrando saco su hueste (ms. Acad. Lisb. : Logo 
que el rrey dom Fernando foy en toledo « poucos dyas partio dhi con sua hosle ; ms. 8817 ; 
fol. 327° : Conta a estoria q el Rey dô fnando sacoii sua oste); c fue çercar a Gapiella, 
c estouo sobrella gran tiempo : s el rey de Baeça embiol mucha farina e mucho 
lierro c cuerdas para los engenos quel rey'le ponie, ca el castiello era fuerle e cercado 
de très çinchos : t esta en una pefia biua z torres mucho allas z el alcaçar muy 
fuerte. e el rey pusol sus engeâos z combatiol muy fuerte, assi q entraron la villa 
por fuerza : desi combatierô el alcaçar. e pues q los moros vieron que non auiê 
acorto nin se podiê defender dierô lo al rey, z que los dexasse salir con los cuerpos 
tan solmëte, z antes que ende mouiesse dierôle sant Esteiian z Aznaltoraf (cf. § 5o). 
1 Mientra quel rey touo çercado Gapiella, el rey de Baeça eslaua en Gordoua. 
E quando vieron los moros que enbiaua vianda a los cristianos alboroçaronse para el 
por lo matar. e el con miedo salio d'ia villa por una puerta que es contra las 
huertas por se acoger al castiello de Almodouar z los moros fueron empos el z alcâ- 
çarôlo ante q se acogiese al castiello en la cuesta z alli mataronlo. c dos moros 
cortaronle la cabeça z lleuaronla en présente a Bullale rey de Seuilla coydando quel 
fuzien serciçio, mas entendiol mejor, c por la trayçion que fîzieron en matar su 
scnor mandoles cortar las caberas s que los ecbasen alos perros. e los moros qndo 
esto sopieron alçaronse todos por la tierra, z los moros de la tierra combaticron el 
alcaçar q\ia tenien los cristianos, z non lo, podieron tomar por ninguna guisa. » 
(Voir la suite à la note 2 du § 00). Ibn-Klialdoun (t. 11, p. 23/i) dit que ce fut Abou- 
Ibourk, le propre vizir du roi de Baeza qui tua celui-ci et porta sa tète à Al-Mamoun, 
à Séville, D'après notre chronique, celui-ci n'était plus à Séville, mais bien au 
Maroc. 



CIIUONIOIE LATINR DES ROIS DE CASTIf.I.E 1 85 

impugnabat. Et licet quibusdam inexpugnabile uideretur. qui audita 
morte régis biacie régi consulebant utab ossidione" recederet et tran- 
siret ad partes cor[du]be, ubi multa dapna posset inferre mauris et 
precipue cordubiî in ultionem nobilis uassalli sui régis biacie. 
ipse tanien rex prudcntis matris consilium secutus que ipsi consu- 
lerant*. ut nullo modo recederet ab obsidione donec castrum caperet 
firmus et constans in propoïto perseuerans. mauris obsesis non 
dabat requiem die ac nocte mauri fatigati labore diutuno''. et longa 
expectatione uidentes. et régis animositatem et constanciam fedus 
cum ipso inieriint datis obsidibus. ut si rex yspalensis qui tune erat 
cordube uellet eis sucurrere infra octo dies ita quod regem nostruui 
ab ossidione recedere cogèrent, obsides suos sin'' omni dampno et 
iniuria saluos reciperet. Alioquin castellum ipsum saluis personis 
et rébus mobilibus quas asportare possent redderent régi nostro. Missis 
igitur nunciis yspaleii régi eisdemque receptis certi quod rex pre- 
dictus non subueniret eis. horrendum enim erat régi grandeuo contra 
iuuenem animosum et in propoïto pertinacem | confligere reddiderunt 
castrum supradictum. s. capellam dîïo nostro régi ad bonorem 
et gloriam dîîi nostri ih'u. xpi. Ipse uero rex fidem seruans et 
inimicis mauros ipsos et uxores et filios eorum cum rébus mobilibus 
saluos deduci fecit sicut promiserat usque ad castrum quod dicitur 
gaheti. Archiepiscopus vero toletanus et episcopus palentinus et alii 
uiri reb"giosi qui cum episcopis erant mezquitam maurorum omni 
spurcicia mahomelice superstitionis per uirtutem dni nostri ih'u. 
xpi. et uictoriosissime crucis eius purgata^ dedicauerunt ecclesiam 
dfîo ih'u. xpo. Missam et diuina officia cum magno gaudio célé- 
brantes. Rex autem reparatis pro temporis oportunitale ruinis et 
irruptionibus/^ murorum munitoque ipso Castro uictualibus. armis et 
machinis bellicis uirisque bellicosis. reuersus est toletum ad matrem 
suam circa festum assumptionis béate marie ^ cum multo gaudio et 
honore. Eadem estate rex legioïî obsedit badaioz. et rex portuga- 

a) Sic. — bj Sic. — c) Sic. — dj Sine. — ej Sic. — f) pour ruptionihus? 

5o. I. Rodrigue ne dit rien de tout cela.— Gaete (?) près de Trujillo : «esta 
arruinada en su mayor parte, y demuestra gran estension y fortaleza» (Madoz). Le 
roi de Séville dont il est question ci-dessus est toujours Abou-1-Ala (cf. S ^47, note 5). 

5o. ■!. Rodrigue (IX, i3) dit que l'expédition de Capilla dura quatorze semaines. 
Elle avait commencé, nous dit notre auteur (§ 49), vers la Pentecôte de 1326; et la 
Pentecôte cette année-là, tomba le 7 juin : cela ne ferait donc que dix semaines. Les 
An. Toled. II, mettent cette expédition en 1226: «... El rey D. Fernando priso 
Capiella Era MCGLXIII. » On arriverait alors à Irei'ze semaines, la Pentecôte tombant 
le 18 mai en 1225; mais l'ensemble de notre texte interdit cette date, et Rodrigue 
indique 1326, puisqu'il dit que c'est en revenant de Capilla que le roi jeta la 
première pierre de la nouvelle cathédrale de Tolède, événement daté de 122G par les 
An. Toled. III (je ne sais où le vicomte de Palazuelos, comte de Cedillo, a pris la date 
du II août 1227 qu'il marque dans sa Gui. de Toledo, 1890, p. hi). .\ii surplus 



1(80 m r.i.niN iiispamikt 

lefi obsedit ieluesSiuxta badaioz. Qui post longam obsidionem spe 
frustati" recedentes a uillis obsessis reuersi sunt uterque in terram 
suam. Quid autem egerint et qualiter se habuerint ipsi reges et 

a) Sic. 

Rodrigue compte sans doute dans les quatorze semaines le temps nécessaire à a 
mobilisation. Le Chr. Cerralense porte 132G. Cf. Herculano, t. Il, p. a97, note 2. 

Il n'est plus question de la lutte de Ferdinand III contre les Maures jusqu'au 
S 60 (second siège de Jaen). Au § 53, il est parlé de la trêve conclue avec le roi de 
Séville. Entre la prise de Capilla et cette trêve, le texte d'Ocampo place une série 
d'opérations qu'il est bon de mettre ici dans leur cadre (fol. ccccvn) de manière à 
compléter la lacune laissée par notre auteur : « Quando el rey don Fernando sopo en 
como era muerto el rey de Baeça su vasallo diz quel peso mucho do coraçon, s 
teniédo que sel querrië alçar los moros enbio a Andujar a don Aluar perez de Castro 
<■ a dû Alfonso tellex de meneses 1; los moros temiédose dclo que començaran conlra 
el alcaçar dexaron la villa z fueronse todos que non finco ninguo c finco la villa al 
rey. Eso mismo fizierô los de Martos que non finco y ningûo : e otrosi finco al rey el 
alcaçar de Baeça e dexol a dô Lope diaz de Faro (cf. § 82, note l\) con quinientos 
caualleros mucho valientes. e dexo en Martos a don Aluar perez de Castro Ea dô Tello 
Alfonso de meneses. t el rey vinose para ïoledo. 1 Don ïello Alfonso guiso co la 
gente q pudo auer z fue correr Uaena (omis dans 8817) e Luçena e Castro del rio e 
toda esa tri'a. E entonçes AbuUale (omis dans 8817) rey de Sévi lia era ende salido cO 
muy grâ poder z fue correr la tierra q los cristianos auié ganado nueuamête, l Uego 
a Biuoras (ms. 8817: biberas). Dô ïello Alfonso fue en gran coita q non sabie 
del. E por aventura prendierô vn moro de quié sopierô como era alli Abullale 
con gran hueste e como yua sobre Martos. dô Tello alfonso era en coita, ca 
non auie por do entrase a Martos, e fuese pa alla quanto pudo, ca la villa 
nô era aun bié çercada : z eslaua y la condesa dona Yrenia muger d' don 
Aluar perez de Castro q auie ydo al rey dô Fernâdo. Enô auie dô Tello alfonso 
por do êtrar si nô por la hueste de los moros. Entonçes fizo un tropel de su gête e 
endreço ala villa. Los rnoros recudierô côel e fizierôle dafio enlos q yuan derramados 
del tropel : b yua se d'fendiêdo quanto podiê e llegarô ala puerla de la villa, e los 
moros con ellos, z alli fue grande la prisa q los moros le.dierô. e mataron y un buô 
cauallero Ferran gomez (ms. 8817 : guterrez) de Padiella q traye el pendon de don 
tello alfonso : e don tello alfonso moriera y synon por vna compaûa d* escuderos 
que salierô de la villa que les ayudaron a defender. Entôçes Abullele (ms. 8817 : el 
rey mouro) çerco toda la villa en derredor. e la peûa nô era aun bien çercada sinô 
de vn tapial. e conbatierô la muy rezio los moros en guisa quel tomaron e mata- 
ron y bien doziêtos (ms. 8817 : t'zentos L') caualleros d' cristianos mucho garridos. 
E entôçes quisieran los moros labrar la pefia, mas nô quiso dios que ta grâ vagar 
oviessen. *\ Los cristianos perdida la peûa quedaron en la villa muy cuytados, z 
temiê delà perder, ca nô teniê uiâda, e comiê los cauallos t los cueros (e los cueros, 
omis dans 8817). Don gonçalo yuanes (8817 : g° eans) fijo del conde don Gomez (8817 : 
g°) estaua en Baeça, z quâdol sopo uinose para Martos con set(5ta caualleros z metiose 
enla villa, e ellos eslando en eslo llegol mandado al rey don Ferrando que era en 
guadalfajara, z ëbio luego alla a dô Aluar perez de Castro q era aun y conel e a dô 
Alfonso tellez de meneses (ms. 8817 : a doin aluar pc:. z dom a/onso telles q erâ y 
cô el. Et Adon po gohz meestre de Santiago) z a dô Gonçalo yvanez maestre de Cala- 
traua (cf. § hh n. 2) e fuerôse para Martos, r. metierôse en la villa e defendieronla 
mucho fuerte z cobraron la peûa alos moros e fuerôse ende su via. e embiaron luego 
mâdado al rey como eran desçercados, e el rey que yua pa alla los acorrer, llegol 
mâdado en la caiçada. desi tornose para Toledo. » Tout ce passage manque dans le 
manuscrit de l'Académie de Lisbonne. 

5o. 3. Même année que la prise de Capilla (122G). — Elvas, en Portugal, à l'ouest 
de Badajoz. La forme ielues, restée en espagnol, était employée par les Arabes ; 
mais ceux-ci avaient aussi une forme correspondante à la portugaise. Cf. David 
Lopes, p. 199 et 227 de l'article signalé à la note 8 du s 10 (p. G.5 du tiré à par! ). 



CHROMOIiE I-ATIÎiR Dl-S ROIS OR CASTIM.K 1 S7 

uassalli eonim in facto tam nobili qnod aggressi fuerant ex condCo 
pacto firmalo inter cos inultis diebus antc non est nostruin dicere cuni 
diuersi diuersa sentient omnium tamen sitconcors et una sententia qi 
post innumeras expensas et mortes hominum. sarraceni gloriantur in 
defensione uillarum et eas retinent nsque modo [.] asseritur tamen a 
miiltis lide dignis qa rex portugalc destitutus a suis gemens cl 
dolens ultra quam credi potest abscessit. Rex uero légion estui" caloris 
incessionem'' ncquiens tolerare faciem suam conuertit versus galle- 
ciam. dispones' beati lacobi apostoli limina uisitare -' : — 

Georges CIROT. 
(A suivre.) 

ai aestiui — bj l'approclie, ou incensionevi ? — cj disponens. 



5o. 4. Rien dans Rodrigue sur celle double expédilion du roi de Léon el du roi de 
Porlugal. Luc (p. iiii, 1. 5) : « Rex Adefonsus ilerum cuni magno exercilu lerraui 
Maurorum ingressus cuncta quae eranl in circuilu de Badaioz exlerminauit. Simili- 
ter Sancius Rex Porlugaliae cum exercilu suo, omnia quae eranl circum circa 
Elves vaslauit : & ambo Reges ad propria reuersi sunl ». Voir Herculano (l. IL 
p. 293-399), qui avait raison, comme on voit par noire texte, de penser que les deux 
rois s'étaient concertés, et qui explique très bien les circonstances, la situation res- 
pective des chrétiens et des Maures de ce côté de la péninsule, les progrès accomplis 
par les premiers depuis la reprise d'Alcacer (1217). L'historien portugais s'étonnait 
(p. 5i2) que Luc ne mentionnât pas la prise d'Elvas en 122G, que laisse pourtant 
supposer certain diplôme daté apud Elvas. Mais notre auteur est encore plus expli- 
cite que Luc : ni le roi de Porlugal ni celui de Léon ne vinrent à bout de leurs 
assiégés respectifs; tous deux s'en retournèrent peu glorieusement. Il a ici des sous- 
entendus et des allusions qui nous échappent, mais qui laissent deviner que, quoi 
qu'en pense Herculano, les Léonais n'eurent rien à envier aux Portugais; et Luc n'a 
pas cherché à taire le succès de ceux-ci pour pallier l'échec de ceux-là. Sancho H 
mérita t-il alors personnellement l'éloge que lui accorde ici Herculano.* C'est po.s- 
sible, el notre auteur semble l'admettre; mais, soit par sa faute, soit par celle de 
son entourage, il n'aboutit cette fois-là qu'à un piteux résultat. — Retenons que, 
dans ce passage, il est dit que les deux villes d'Elvas et de Cadajoz sont encore aux 
mains des Maures. Il a donc été écrit avant laSo, date de la prise de ces deux villes 
(cf. S 07 et S 1 1, note i). 



NOTES 

SUR LES RAPPORTS DE NANTES AVEC L'ESPAGNE 

{Suite et firiK) 



III 



I. Marchandises diverses faisant l'objet du trafic 
hispano- nantais. 

I. Blés. — L'exportation des blés sur l'Espagne était pour 
le port de Nantes un élément de trafic considérable. Lorsque 
ce commerce se ralentissait, les négociants nantais se plai- 
gnaient amèrement. Aux environs de l'année iSgo, les cultures 
françaises avaient été délaissées par suite des circonstances 
politiques, l'hectolitre de blé avait atteint le prix de 47 francs. 
Henri IV, à son avènement, avait interdit l'exportation des 
blés. L'armement de Nantes s'éleva contre cette mesure, mais 
les doléances des commerçants de la ville ne furent pas 
écoutées. Ce fut seulement en 1601 que l'exportation des blés 
fut de nouveau permise et la traite directe des blés avec 
l'Espagne ne fut autorisée qu'au mois d'octobre i6o4. C'est à 
cette date seulement que le gouverneur de Nantes, M. de Mon- 
bazon, reçut des ordres de Paris et recommença à délivrer 
des certificats pour les navires à destination des ports de la 
Péninsule^*. 

L'exportation des blés bretons en Espagne laissait aux 
commerçants du pays des bénéfices importants. M. de Beaulieu 
Beloteau, échevin, écrivait à l'intendant de Bretagne, le 

1. Voir Bail, hispan., t. XIV, p. 119 et 383; t. XV, p. 68. 

2. Travers, Histoire de la ville de Nantes, t. III. 



NOTES SUR LF.S RAPPORTS DE NANTES AVEC t/cSPAGNE I Sf) 

lo juin 1720 : « La ville de Nantes est à la veille de manquer 
de froment..., il n'en vient point de Bretagne, très peu d'Anjou, 
et le comté nantais ne peut en fournir étant épuisé. La raison 
pour laquelle il n'en vient point de Bretagne est que l'on y 
charge des quantités prodigieuses pour le Portugal et l'Espa- 
gne où il y a un profit considérable à faire. » Les blés bretons 
étaient si estimés en Espagne et en Portugal que les Anglais 
n'y accréditaient les leurs qu'en les vendant sous le nom de 
blés de Bretagne. On constate d'après une statistique dressée 
en l'année lySo que la moitié des blés bretons étaient exportés 
par Nantes. Cette année-là les navires chargèrent à la Fosse 
9,876 tonneaux à destination de l'Espagne et 10,882 tonneaux 
à destination du Portugal'. 

II. Vins. — Les Espagnols entreposaient à Nantes les vins 
de Touraine, d'Anjou, de l'Aunis et de la Saintonge. Ils expor- 
taient sur les Flandres ou sur leur pays les boissons qu'ils 
allaient acheter aux foires d'Ancenis. C'était dans cette petite 
ville qu'avaient lieu les plus fortes transactions de toute la 
région sur les vins de la vallée de la Loire. Les vins du comté 
nantais proprement dit étaient moins estimés que les autres, 
car on les trouvait trop faibles. La plupart du temps, ils 
étaient transformés en eau de-vie sur le pied de huit barriques 
de vin pour une barrique d'alcool. Le commerce des vins 
ordinaires fut fait à Nantes par des Espagnols dès le xv* siècle. 
Nous avons eu occasion de faire connaître le nom d'un facteur 
espagnol, de Compludo, qui s'occupait de cette nature de 
commerce. 

De tous temps les étrangers enlevèrent par le port de Nantes 
de fortes quantités de vins et d'alcools. Dans son mémoire sur 
le commerce en Bretagne, Béchameil de Nointel estime que 
chaque année il sortait par la Loire sept mille pipes d'eaux-de- 
vie, vendues de 80 à 100 livres et huit mille tonneaux de vins 
de quatre barriques. 

Si les Espagnols achetaient des vins à Nantes, ils y vendaient 

I. Letaconnoux, Le Commerce des grains en Bretagne au XViU' siècle. Rennes, 1909. 



IQO RULI.ETIN mSPAMOLE 

également du vin de Madère, Celui-ci était considéré comme 
un cordial et un stimulant. Lors du siège de Nantes, en 1/187, 
on en donna à boire aux hommes d'armes qui devaient effec- 
tuer une sortie'. Aux grands personnages on faisait présent 
de vin d'Espagne. En 1686, on en offrit trente bouteilles à 
M. le maréchal de Schomberg% et lorsque la maréchale 
d'Estrées fît son entrée à Nantes, le 4 août 1701, on lui offrit 
« 60 livres de bougies, 60 livres de confitures sèches et six dou- 
zaines de bouteilles de vins d'Espagne n^. Le vin de Madère se 
conservant ])ien,les armateurs nantaisdu xviii* siècle en ache- 
taient des quantités importantes pour les exporter aux îles. 

III. Poissons. — L'Espagne achetait à Nantes des poissons 
de diverses natures et y vendait des sardines lorsque la pêche 
bretonne avait été infructueuse. Il est un produit nantais que 
les Espagnols appréciaient particulièrement : nous voulons 
parler des lamproies. De tous temps, ce poisson eut une répu- 
tation supérieure. Le Dit de l' A postoille, qui date du xnf siècle, 
présente une énumération des villes célèbres à celte époque 
par leurs denrées et produits. Les lamproies de Nantes y sont 
mentionnées. 

Les seigneurs de Biscaye avaient coutume de s'en faire 
adresser au moment du carême. Ils paraissent en avoir été 
très friands, car ils payaient même d'avance leurs commandes. 
Quelquefois, celles-ci étaient tardivement expédiées. Dans sa 
séance du 10 février 1702, le corps des échevins de Nantes 
dut intervenir pour faire activer l'envoi des « boettes de lam- 
prets confits » aux seigneurs de Biscaye qui déjà avaient 
envoyé /j8o livres pour solder le prix de cette expédition''. 

Lorsque les Irlandais eurent pris pied à Nantes, ils expor- 
tèrent sur la Péninsule des poissons salés et séchés. En 1712, 
la Laiire, navire de 60 tonneaux, emporte io5 tierçons de sau- 



I. Arch. mun. de Nantes CC. 102. Paiement de 12 livres pour une pipe de vin 
d'Espagne «prinse durant le syège pour faire boyre les gens de guerre qui dévoient 
saillyr sur les franczoys ». 

ï. Ibid., BB.55. 

3. Ihid., BB. 64. 

h. Arch. mun. de Nantes, BB. 64. 



NOTFS SI U l.l'S UAIM'OUr?; I1F N'AMES AVEC f, ESI'AONE I f) t 

mon salé d'Irlande'. Les registres des entrées et des sorties de 
navires mentionnent fréquemment cette même nature de 
cargaison. 

IV. Fers. — Le fer ne manquait pas en Bretagne, mais les 
mines étaient exploitées dans de mauvaises conditions. D'une 
enquête faite en 1/179, il ressort que les forges de Loudéac 
étaient bien alimentées par des minerais de Bretagne, mais dans 
une faible proportion. Les populations de l'Armorique, à plus 
de cent ans de là, n'avaient pas fait de progrès dans l'art de 
l'exploitation de leurs mines, et dans son mémoire au 
roi d'Espagne daté de 1692, Yves Gourmil de Goedor citait à 
Philippe II comme une source importante de richesses les 
mines de Plougé, du Ilelgoual, de Locmaria, et il ajoutait que 
l'extraction des fers qu'elles contenaient était depuis longtemps 
abandonnée. 

La majeure partie des fers importés en Bretagne provenait 
de la péninsule ibérique. De tous temps, les Espagnols intro- 
duisirent des fers à Saint-Malo, Bedon et Nantes. En i /|o8, les 
moines de l'abbaye de Bedon furent amenés à faire une enquête 
sur des faits remontant à soixante ans de là \ Nous lisons dans 
les dépositions des témoins que les fers d'Espagne affluaient 
au port de Bedon. Un seul des déposants affirme qu'au cours 
d'une seule année il en a fait venir plus de « cent milliers », 
c'est-à-dire cinquanle-deux tonnes environ. A Nantes, les 
Espagnols faisaient un commerce de fer des plus importants. 
Généralement, ils importaient des fers bruts et ceux-ci étaient 
travaillés par la corporation des casseurs d'acier. 

L'association des casseurs d'acier paraît avoir été très 
remuante. Au début du xvi*^ siècle, l'importation des fers 
d'Espagne s'étant ralentie, les métallurgistes de Nantes s'adressè- 
rent au bureau de la ville pour qu'il pi*it leur fournir des 
matières premières afin d'éviter le chômage. Le bureau de la 
ville les autorisa, à s'emparer des fers- entreposés chez le comte 
Salvador, marchand espagnol. Gette saisie, autorisée en i5o3, 

I. Arch. mun. de Nantes, IIH. aSg. 

a. Trévcdy, Le port de Bedon aux .v/ve gt xv siècles, Saint-Brieuc, igoS. 



192 BULLETIN inSPAMQUE 

n'eut sans cloute pas lieu, car elle aurait découragé et ruiné ce 
facteur qui deux ans après louait de nouveaux magasins près 
de la Chézine. 

Cinquante ans plus tard, en i553, des droits ayant été mis 
sur les importations de fer d'Espagne, les casseurs d'acier 
obtinrent de la Cour des comptes des lettres de surséance 
invitant le fermier de la traite à s'abstenir de percevoir ces 
droits '. Au début du xvn* siècle, lorsque le commerce fut 
momentanément suspendu avec l'Espagne, les casseurs d'acier 
firent entendre de nouvelles doléances, mais elles furent de 
courte durée. Il n'en fut pas de même en 1688. Par un arrêt 
du Conseil, les fermiers de la Prévôté de Nantes avaient obtenu 
que le droit sur les fers fût majoré. Les casseurs d'acier 
protestèrent et firent écrire à Paris par l'intendant de la marine 
Des Gatines. Celui-ci, par une lettre datée de janvier 1688, 
faisait valoir que l'arrêt du 26 novembre 1687 n'était pas 
applicable aux fers d'Espagne 2. L'Espagne, écrivait-il en 
substance, est la meilleure cliente de la France, il ne faut pas 
donner prise à l'établissement de nouveaux droits contre nous, 
ceux-ci sont trop difficiles à faire lever. Pour protéger quelques 
maîtres de forge français, nous risquons de ruiner toute une 
branche de notre commerce. Des Gatines fut toujours un 
fonctionnaire malheureux; on lui répondit qu'il faisait trop 
d'histoires (sic) et qu'il eût à faire appliquer les nouveaux 
droits 3, 

V. Livres, Papiers, Cartes a jouer. — Le commerce des 
livres fut particulièrement florissant entre la France et 
l'Espagne, notamment au xvi* siècle. Les libraires de Paris 
et principalement ceux de Lyon adressaient aux nombreux 
libraires d'Espagne ou à leurs propres représentants des ballots 
de livres considérables. Les achats étaient effectués soit par 
correspondance, soit lors des visites faites aux foires de Lyon 
par les libraires espagnols. Quelques libraires lyonnais choi- 



I. Arch. de la Loire-Inf., B. 678, Pôo. 

3. Arch. nationales, Marine, B3 55, p. t^Z!^. 

3. Ibid., B3 55, p. 459. 



NOTES SUR LES llAI'POKTS DE NAMES A \ EC I. ESPAGNE U)0 

sissaient parmi les membres de leur famille des facteurs qui 
s'installaient à Salamanque, à Saragosse et à Médina del 
Campo. André de Portonariis représentait dans cette dernière 
ville la maison de Vincent de Portonariis ; Charles Pcsnot avait 
également un comptoir à Mcdina. Philippe de Giunta représen- 
tait à Burgos la fameuse société des héritiers de Jacques de 
Giunta. Pierre Landry fréquentait les foires de Lyon et ses 
achats achevés il repartait pour Médina del Campo. On pourrait 
multiplier les exemples, mais l'histoire des relations commer- 
ciales des libraires espagnols et des libraires lyonnais est trop 
connue pour qu'on y insiste '. La manière dont se faisaient les 
expéditions de livres est moins connue. Ceux ci étaient la 
plupart du temps adressés à des facteurs de Nantes qui 
centralisaient les envois dans leurs magasins et les faisaient 
ensuite parvenir à Bilbao. 

De Lyon, Claude Senneton, Gaspard de Portonariis, Philippe 
de Giunta, Louis Pesnot, Guillaume Rouville et d'autres, 
adressaient leurs envois soit à André Ruys, soit à Mathelin 
Popelin, libraire à Nantes. Ceux-ci les acheminaient ensuite 
sur l'Espagne. Quelquefois, les envois parvenaient à Nantes par 
l'intermédiaire de Pierre Treperil, libraire à Orléans. 

Outre les colis de Lyon, les facteurs de Nantes faisaient 
parvenir à leurs destinataires les envois de Colin Petit, Gilles 
Gilles, Guillaume Debues, libraires à Paris. En Espagne les 
principaux clients des maisons françaises étaient André de 
la Siéra, Barthélémy de Catalinaga, Martin de Anuncibay, 
libraires à Bilbao, Miguel de Çamora, Diego de Curiel, Chris- 
tophe d'Avila, imprimeurs et libraires à Burgos, Charles 
Pesnot, Jean d'Espinosa, Pierre Landry, libraires à Médina 
del Campo, Jean Peruso de Tolosa, Guillaume Chaodiera, 
à Salamanque -. 

La vente des livres était toujours assurée en Espagne. Le 
grand archidiacre Le Gallo, mort à Nantes, donna tous ses 
biens et sa bibliothèque aux pauvres de la ville. Sa bibliothèque 
devait être vendue, elle fut mise en adjudication et l'un des 

1. Baudrier, Bibliographie lyonnaise, passim. 

2. Arch. mun. de Nantes, H H. i88, i8g, 190, 191. 



19''» ilÙI.LÈTIN HISPAMQtË 

échevins de Nantes, Etienne Poulain, chercha à se rendre 
acquéreur des livres qui composaient cette collection à seule 
fin de les vendre en Espagne '. 

Ce n'étaient pas seulement des envois de livres que les 
facteurs espagnols centralisaient dans leurs entrepôts de la 
Fosse. Ils exportaient également des papiers et de la tiarle^. 
Dans les connaissements de navires on constate de fréquents 
envois de papiers. Le Santiago de Rohart charge de la part de 
Pierre et Joseph Ossandon 2I1 balles de papiers pour Salvator 
Ferrando, de Yalladolid. Deux barques de Nantes emportent 
229 et 178 balles de papiers pour Diego Hernandez de Cordoue, 
imprimeur de Valladolid, et Petro de Val Puesta, imprimeur 
à Burgos. Dans le chargement de la Perrine sont comprises 
5o balles de papiers et des cartes à jouer. 

Si livres et papiers exportés par Nantes provenaient de Lyon, 
Paris et Thiers, les cartes à jouer, au contraire, paraissent avoir 
été faites dans cette première ville. Il existait à Nantes de 
nombreuses fabriques de cartes à jouer aux portraits d'Espagne. 
Joseph Dutertre, ayant reçu inopinément la visite des commis 
des fermes, le 19 octobre 1719, jeta au feu deux grosses de 
cartes à portraits d'Espagne 3. Le 3 novembre de la même 
année, Jeanne Elbout, veuve Thébaut, cartière, rue Gasserie, 
présenta aux commis i/i/ijeux à figures d'Espagne. Le lende- 
main Pierre Brèche montra à ces mêmes employés 800 jeux 
de cartes imparfaites à portraits d'Espagne. Pierre Sigogne, 
marchand de toutes sortes de cartes, annonçait dans son 
prospectus qu'il tenait article de cartes espagnoles. Dans une 
collection de Paris, on pouvait voir un jeu de tarots daté de 
1780. Le deux d'épées, vulgairement appelé deux d'écrits, 
portait la mention : « Fechas en Nantes» ^. 

VI. Toiles. — La fabrication de la toile s'est développée 



1. Travers, op. cit., t. III. 

a. riar/e est un mot que l'on trouve dans les comptes d'André Ruys. Le savant 
archiviste municipal de Nantes, M. Blanchard, a identifié ce mot qui est synonyme 
de papiers en provenance de Thiers. 

3. Arch. mun. de Nantes, CG. 17. 

4. Ibid., GC. 18 et note. 



NotËs sth i-ES RArPOUTs Dt NA^tES AVEC l'espagne igo 

dans les campagnes bretonnes dès le xv^ siècle. Cette industrie 
était par excellence une industrie domestique '. Dans tout le 
duché on tissait le fil, mais chaque région avait sa spécialité. 
A Rennes on fabriquait les toiles (( noyales n pour les voiles 
de grande dimension ; à Vitré, se confectionnaient les « vitrées » 
pour les petites voiles. Morlaix produisait des toiles grossières, 
à Pontivy, au contraire, des toiles très fines étaient tissées. 
A Quimper, Lokronan, Quintin, on fabriquait également des 
articles estimés. Chaque année des acheteurs anglais et espa- 
gnols parcouraient le pays, effectuaient des achats et ils 
dirigeaient les fardeaux sur Saint-Malo et sur Nantes. C'était 
principalement par celte dernière ville qu'étaient exportées les 
toiles bretonnes, car les droits qui les frappaient à Bilbao 
étaient presque nuls quand elles parvenaient par Nantes. 
Quelques chiffres donneront une idée de l'importance du 
commerce des toiles en Bretagne. De 1070 à 1675, la moyenne 
annuelle d'exportation des vilréennes fut de 723,662 aunes. 
De 1575 à 1080, le chiffre monta à i,i52,88o aunes. La 
seule exportation vitréenne se chiffra, en i586, par plus de 
un million et demi, soit environ 7 millions de nos jours 2. 
Au xvii" siècle la fabrication de la toile fut moins soignée. Les 
acheteurs espagnols ralentirent leurs achats. En 1661, on dut 
faire une enquête pour connaître les causes de la crise qui 
sévissait sur l'industrie de la toile et l'on constata, à Morlaix 
tout au moins, que les toiles n'avaient pas les largeurs régle- 
mentaires. Des fabriques concurrentes de celles de Bretagne 
s'établirent en Silésie, en Irlande et dans d'autres pays au 
xvni" siècle, et le commerce des toiles, qui avait été particu- 
lièrement prospère en Bretagne, diminua sensiblement. 

VII. Laines. — Les Espagnols eurent pendant plusieurs 
siècles le secret de la fabrication des laines et des draps fins. 
Ceux-ci surtout étaient superbes en raison de la qualité de 



I. Sur le commerce des toiles en Bretagne, cf. Sée, Essai sur les classes rurales en 
Bretagne. — Bourde de la Rogerie, Inventaire des archives du Finistère, série B. 

j. Frain de la Gaulayric, Les Vitréens el le commerce international (Revue hist. de 
l'Ouest, i8r)3). 



lf}6 BLII.LETIN HISPANIQUE 

la laine mérinos dont les habitants de la Péninsule eurent 
longtemps le monopole. Les Bretons ne produisaient guère 
que des tissus grossiers et c'est d'Espagne, de Hollande ensuite 
qu'ils firent venir les laines et les draps dont ils avaient 
besoin. Dès le milieu du xv*" siècle les Espagnols importaient 
de fortes quantités de laines par le port de Nantes. En i463, 
Yvonnet Gareau et Jean Toublanc, fermiers du denier pour 
livre, demandent à être déchargés de leur ferme et ils écrivent : 
« pour bien remontrer la raison de la doléance que vous font 
les ditz fermiers il est ainsi que la plus grande part et presque 
toute la marchandise qui se fait en ceste ville et faulxbourgs 
est par ceux de la dite nation [d'Espagne] ». Ils estimaient 
que les Espagnols introduisaient à Nantes seize charges de 
laine par semaine, chaque charge pouvant valoir loo livres'- 
Au xv" siècle, les Espagnols auraient importé, dit Verger, 
cinq à six mille balles de laine par an. D'après un document 
aujourd'hui perdu, ce même auteur ajoute : « avaient fait les 
dits espaigneuls ordonnances de tenir leur estappe des dites 
laynes en ceste ville et de non les mener ailleurs. » 

L'existence de deux marchands de laines fixés à Nantes 
au xv* siècle nous est révélée par plusieurs quittances et 
accords. Martinez et Ryaga, entrepositaires pour le compte de 
négociants de Bilbao, perdirent en 1487, au cours du siège 
de Nantes, quarante-deux balles de laines qui avaient été 
employées à abriter les assiégés contre les attaques des Français. 
Ces quarante-deux balles de laines leur furent remboursées 
700 livres 2. 

Lors du siège de Blain, les habitants firent venir d'Espagne 
des balles de laines destinées à garnir les fortifications. André 
Ruys et Ballhazar Aregnana les leur procurèrent 3. 

VIII. Marchandises diverses. — Les Espagnols apportaient 
à Nantes des armes, des soies plates, de la cire, du maroquin. 
Ils avaient la spécialité des gants longs. Le bureau de la ville 

1. Verger, Arch. curieuses de Nantes, t. III, p. 4i. 
3. Arch. mun. de Nantes, EE. 189, CC. 102. 
3. Ibid., CC. îog. 



NOTES SI h l,i:S KAl>IH)KTS hl'] INÀINÏÉS AVEC i/es1'AG>'E I()7 

en faisait acheter pour les grands personnages de passage 
à Nantes. Jacques Grandamy tenait boutique de gants d'Espa- 
gne parfumés d'ambre gris. C'était chez lui qu'on se fournissait 
de préférence'. 

Les éleveurs de chevaux de la région nantaise qui confine 
à la Vendée faisaient venir des chevaux d'Espagne et les 
élevaient dans leurs haras. Lorsque le roi Henri IV dut entrer 
à Nantes, le bureau de la ville décida de lui ofl'rir un cheval. 
Stoffe de Quarare, gentilhomme écuyer, reçut trois écus pour 
frais de voyage à Machecoul où il s'était rendu pour examiner 
un cheval d'Espagne qu'on avait résolu de donner au roi 2. 

Viau, éleveur de la Ghevrollière, avait fait venir, en lySo, 
un étalon d'Espagne pour faire le service dans son canton^. 

Au xvni" siècle, Nantes exportait sur Bilbao de grandes 
quantités de sirops de sucre, des cacaos et des étoffes des 
Indes, notamment des satins à fleurs dits culgas''. 



II. Difficultés du commerce provenant des actes de piraterie. 

Le commerce de la Bretagne avec les pays étrangers fut 
bien souvent rendu difficile par suite de la présence des 
écumeurs de mer qui croisaient sur les côtes de la province. 
Pirates anglais, italiens, espagnols et bretons se donnaient 
rendez-vous sur les côtes bretonnes pour attaquer les navires 
passant de la Manche dans l'Océan Atlantique. En dehors des 
pirates, les capitaines de navires marchands avaient encore 
à redouter, aux époques de guerre, les corsaires régulièrement 
armés et munis de lettres de marque. 

Les commerçants nantais eurent particulièrement à souffrir 
des corsaires et des pirates. Dès le xiv'' siècle, la piraterie était 
pour ainsi dire permanente sur les rivages voisins de lembou 
chure de la Loire. Bretons, Espagnols, Anglais s'attaquaient 



I. Arch. mun. de Nantes, CC. 3/|6. 
■2. Ibid., ce, 3i6. 

3. Travers, op. cit., t. III. 

4. Arch. muD. de Nantes, HH. 269. 

Bull, hispan. 'i 



198 hULLETIN HISPANIQUE 

à l'envi. Les pirates de Biscaye étaient les ennemis les plus 
hardis et les plus redoutables du commerce maritime'. 

Les souverains bretons essayèrent maintes fois de remédier 
aux excès et aux déprédations des pirates, mais ils ne réussirent 
jamais à pallier les maux que ceux-ci causaient aux navires 
bretons ou étrangers. L'un des premiers qui prit une utile 
mesure fut le duc Jean IV. Au mois de juillet 1872 il rendait 
une ordonnance par laquelle il organisait le convoi. 

« Jehan ... faisons scavoir à tous que pour le désir que nous 
avons de guarder nos subgiez et especialement les marchanz 
maréanz sur mer qui ont souffert moult de pertes et granz 
domages de lours marchandies et aultreinent sur mer par 
plusieurs de diverses nacions nous aions ordené à tenir barges 
et autres vesseaux armez sur les portz de nostre duché pour 
la deffenze de noz ditz subgez marchanz. » Ce convoi était 
composé de deux escadres qui accompagnaient les navires de 
commerce jusqu'aux ports de destination et les protégeaient 
contre les attaques des pirates étrangers. Mais ce convoi ne se 
formait que deux fois par année et entre temps les navires 
sortant des ports bretons étaient fréquemment attaqués. 

Dix ans ne s'étaient pas écoulés depuis le moment où Jean IV 
et les villes de Biscaye avaient signé ensemble un traité de 
commerce et pris des mesures pour enrayer la piraterie que 
l'on vit entrer en Loire dix-neuf galères espagnoles et deux 
bâtiments légers qui répandirent la terreur à l'embouchure du 
lleuve. Aidé des Guérandais, Guillaume du Chastel défit les 
forbans espagnols et ceux-ci s'enfuirent vers la presqu'île de 
Ruys. 

En i4o5, Jean V résolut d'améliorer l'institution du convoi. 
Il décida d'imposer des devoirs sur les entrées et sorties de 
marchandises et de consacrer ces ressources à la construction 
de navires nouveaux. Quelques années plus tard, le roi de 
Castille et lui s'engagaient à supprimer les lettres de marque 
et de représailles délivrées aux capitaines des navires armés en 
course. Mais, malgré ces mesures, les écumeurs de mer espa- 

I. E. de la Nicollière-Teijeiro, La course et les corsaires du port de Nantes, 
Paris, 1896. 



Notes sur les rapI'Okts de nanies avec i/espagne 199 

gnols commettaient maintes déprédations au détriment des 
marchands bretons. II est juste dajouter que les pirates 
bretons rendaient coup pour coup, abordage pour abordage et 
pilleries pour pilleries. Si un navire venait à se perdre sur les 
cotes bretonnes, les marchandises appartenant au duc en vertu 
du droit de bris étaient pillées bien avant que fût ouverte 
l'enquête sur les causes du naufrage du bâtiment. Lopez de 
Saint-Victor', ayant fait naufrage près de l'île de Sein, le duc 
Jean V, par mandement de 1/176, ordonna qu'on lui restituât 
les cinq sixièmes de la cargaison du navire estimée 60.000 écus, 
le reste lui étant acquis en vertu de ses droits, mais toutes les 
marchandises avaient déjà disparu. 

Parfois, pour se venger des pirates espagnols qui assaillaient 
les navires, les ducs de Bretagne faisaient mettre l'embargo 
sur les bâtiments stationnés dans les ports; ils saisissaient les 
marchandises appartenant aux étrangers de la nationalité des 
pirates ou même ils s'emparaient de ceux-ci et les emprison- 
naient. Quelques exemples de ces représailles nous sont parve- 
nus. En 1/167, ordre fut donné par le duc François II de mettre 
l'embargo sur les navires espagnols amarrés dans les ports de 
Bretagne 2 en garantie des pillages commis par des marins de 
ce pays. Les Bretons ayant été dédommagés, mainlevée fut 
donnée de cette saisie de navires. La même année, François II 
fit saisir sur les marchands d'Espagne fréquentant la Fosse de 
Nantes pour So.ooo écus de marchandises en garantie des 
prises faites à Saint-Nazaire par des Espagnols qui avaient 
assailli des navires anglais 3. Les négociants espagnols de 
Nantes ne trouvèrent pas ce procédé à leur goût et ils s'effor- 
cèrent d'obtenir du duc des lettres de sauvegarde. Sur les 
instances du roi de Castille, celles-ci leur furent accordées 
en i/i68. 

Les documents d'archives relatent de si nombreux actes de 
piraterie qu'il serait fastidieux de les énumérer, même partiel- 
lement. 

1. Bourde de la Rogerie, Introduction à l'inventaire de la Série B. des archives du 
Finistère, p. cxx. 

2. Arch. de la Loire Inférieure, B5, fo 69. 

3. Ibid., B5, f° ,46. 



•iOO BULLETIIN HISPANIQUE 

L'abondance des enquêtes concernant les pilleries de navires 
témoigne des difficultés du commerce maritime au cours des 
siècles passés. En 1476, le Saint-Thomas, de Morlaix, venant de 
hi Rochelle est pillé par un navire espagnol '; une caravelle de 
vingt-huit tonneaux allant de Rouen à Quimper est assaillie 
la même année par des forbans espagnols 2. En i48o, la pira- 
terie espagnole prend sur les côtes bretonnes une telle exten- 
sion que le duc de Bretagne est obligé de recourir à des mesures 
nouvelles. A quelques années de là, François II dut indemniser 
un armateur espagnol dont le navire avait été saccagé par des 
Bretons. Il lui versa 10.800 livres en 1487 3. Les Coetlanlem 
s'acharnèrent avec tant d'âpreté sur les navires espagnols 
qu'en i/i86, le duc François II saisit leurs biens pour indem- 
niser les négociants^. 

Mais qu'on interdît aux marins étrangers de descendre à 
terre avec des armes afin d'éviter les rixes et les collisions qui 
se produisaient ; que l'on armât pour protéger les navires de 
commerce des vaisseaux tels que le Grant-Léon, le Peiil-Léon, 
la Bonne-Aventure ; que les souverains signassent pactes, traités 
et conventions, toutes ces mesures étaient illusoires. Les pirates 
ne désarmaient pas. Les Biscayens croisaient sur les côtes de 
Bretagne, ils s'installaient dans la petite île du Pilier et de là 
ils surveillaient l'embouchure de la Loire et s'attaquaient à des 
navires plus importants que les leurs. Parfois même, ils remon- 
taient le fleuve, venaient jusqu'à Nantes et jetaient le trouble 
et la consternation parmi les commerçants de la ville. 

Les actes de piraterie commis par les Espagnols sur les 
navires bretons étaient une cause de dommages importants 
pour les négociants; en revanche, les pilleries des Bretons sur 
les navires étrangers coûtaient des sommes importantes au 
trésor ducal. Le droit de bris, nous Pavons vu plus haut, ne 
pouvait pas toujours s'exercer; le duc était obligé d'indemniser 
les propriétaires de navires soit en leur versant immédiatement 



I. Arch. de la Loire-Inférieure: E. îo3. P. V. d'enquêtes. 

a. Ibid., E. 2o3. 

3. Ibid., B. 5i. 

4. Sur les Coetlanlem. Cf. Bull, de la Société aead. de Brest, 1878. 



NOIES SUR r.KS KAI'PORTS DK >'ANTES \ VEC \. ESl'AC.NE 30I 

des dommages-intérêts, soit en leur assignant une rente sur 
leurs revenus. Sous la date du 28 août i5i8, nous trouvons 
une procuration donnée par Éléonore Mascaron d'Avignon et 
son fils à Lopez de Burgos, négociant à la Fosse de Nantes, 
afin de réclamer à François I" et à la reine Claude, héritière 
de François II, la somme que ce dernier avait assignée à son 
mari sur la prévôté de Nantes pour l'indemniser d'un navire 
qui lui avait été pris". 

A dater de la réunion de la Bretagne à la France, le com- 
merce maritime de la province eut à supporter non seulement 
les maux que lui causaient les pirates, mais encore ceux que 
lui infligèrent les corsaires. 

Dès le mois de juin de l'année i5o2, Louis XII ayant eu des 
difficultés avec ses alliés de la veille, la guerre éclata entre la 
France et l'Espagne. Les marins bretons reçurent des lettres 
de marque pour courir sus aux navires du roi d'Espagne\ 
De part et d'autre on échangea de bons coups ; les navires 
espagnols n'abordèrent plus à Nantes et la corporation des 
casseurs d'acier ayant manqué de matières premières, on 
autorisa la saisie des fers entreposés chez le comte Salvador, 
sujet espagnol. Les lettres de marque délivrées aux marins 
bretons ne leur furent retirées qu'au cours de l'année 16093. 

Durant les luttes de François P' avec l'Espagne, les Nantais 
vivaient toujours dans l'inquiétude des corsaires espagnols. 
Dans les comptes du miseur de i525 on trouve une dépense 
qui indique leurs préoccupations; il fut payé 16 s. <( à un qui- 
dam qui fut envoyé au Croisic par l'avis de MM. les capitaine, 
sénéchal et bourgeois de cette ville avertir ceux du dit lieu que 
s'il entrait espagnols en rivière, incontinent le fissent savoir 
en cette ville ^. « 

Durant tout le cours du xvi" siècle, pirates et corsaires 
bretons ou espagnols sont toujours en lutte les uns contre 
les autres. De tous cotés, les plaintes des commerçants par- 



1. Arch. (le la Loirc-Inf., K. 200. 

2. lbid.,B. 18, f 19. 

3. Ihid., B. 18, f 72. 

4. Arch. miin. de Nantes, CG. kjî. 



302 BULLETIN HISPANIQUE 

viennent au pouvoir royal. Les négociants nantais mêlent 
leurs doléances à ceux des armateurs des autres ports. Il est 
difficile de prendre des mesures actives, car, sauf à de rares 
moments, la marine française n'est pas en mesure de secourir 
efficacement les navires de commerce. Mais, à tout le moins, 
on constitue des commissions chargées de faire des enquêtes 
sur les maux dont se plaignent les négociants des ports et sur 
les remèdes propres à les soulager. En 1671, l'amiral de 
Goligny, par lettre du 7 novembre, demande aux juges, consuls 
et négociants de Nantes un mémoire détaillé afin d'aviser aux 
moyens de rendre le trafic et commerce qui se fait par mer 
libre et assuré et empêcher les pirateries et larcins qui se 
commettent contre les sujets du roi'. Cette enquête demeure 
sans suite, et les pirates continuent à sévir à l'embouchure de 
la Loire. Les Nantais s'agitent et protestent contre la faiblesse 
du pouvoir royal. En 1675, ils écrivent : « Le trafic de la mar- 
chandise n'a plus cours. » Leurs doléances ne visent pas 
seulement les pillards étrangers, mais encore les marins des 
galères royales. A celte époque, la marine française était 
tombée si bas que les équipages des deux galères du Ponant 
qui restaient de la flotte d'Henri II étaient « des gens 
d'abjecte condition, des avariés qui infestaient le pays nantais 
de maladies contagieuses ))2. 

Étant donnée l'absence de toute protection accordée à la 
marine marchande, celle-ci déclinait considérablement. Les 
Biscaycns, les Italiens, les Turcs même avaient beau jeu à 
s'attaquer aux navires qui sortaient de la Loire. Aux environs 
de l'année i58o, la situation des armateurs nantais devint 
intenable. Deux galères italiennes étaient embusquées à 
l'entrée de la Loire et rançonnaient tous les capitaines de 
navires. Sur les instances de la municipalité, le gouverneur de 
Bretagne, le maréchal de Retz, envoya en Loire la Réale, avec 
mission de pourchasser les pirates. Les frais de ces expé- 
ditions restaient généralement à la charge des villes. A ce 
moment, la municipalité de Nantes, n'ayant pas les fonds 

1. Arch. tniin. de Nantes, EK. 2 17. 

3. De la Roncièrc, Histoire delà marinr française, t. IV, pp. ')j el i5(). 



NOTES SUR TES RAPPOHTS DE NANTES AA^EC i/eSPAGNE 2o3 

disponibles pour solder la solde des équipages, dut recourir à 
l'obligeance dWndré Ruys, qui avança 200 écus pour payer 
les marins de la galère royale. 

Cette expédition ne mit pas fin aux angoisses des expor- 
tateurs nantais. Les pirates italiens furent remplacés par 
d'autres forbans. Toutes les plaintes sur le manque de sécu- 
rité de la Loire demeuraient sans suite, la marine loyale étant 
dans le désarroi le plus absolu. Toutefois, en i586, les 
négociants de la place eurent un moment d'espoir quand le 
duc de Mercœur leur annonça que le roi avait décidé d'armer 
quelques vaisseaux destinés à protéger les navires marchands. 
Cet espoir ne fut pas de longue durée. Les temps étaient 
troublés par les guerres de religion, mais à la mort de 
Charles IX ils allaient encore devenir plus sombres pour les 
Bretons. Au moment de l'alliance de Philippe II et du duc de 
Mercœur, les Espagnols rançonnèrent la Bretagne et le comté 
nantais. Les soldats de l'armée de secours qui s'étaient réfugiés 
à Saint-Nazaire, à Ancenis et à Nantes, se livraient à toutes les 
exactions. Don Diego Broschero, commandant des galères 
espagnoles, croisait sur les côtes de Bretagne, et sous le 
fallacieux prétexte de s'assurer que les navires qu'il ren- 
contrait appartenaient à ÏUnion, tous étaient visités et ils 
étaient le plus souvent pillés par les marins de Philippe IL 
Ceux-ci n'étaient pas rémunérés et ils se payaient eux-mêmes 
en effectuant des prises '. 

A cette époque, les réclamations des Nantais furent plus 
nombreuses que jamais. Le duc de Mercœur en était assailli 
et sa correspondance avec Philippe II témoigne du souci 
quelles lui donnaient. Au cours de l'année iSgi, les saisies de 
navires s'étant multipliées, Mercœur réunit à Vannes les Etats 
de Bretagne le 22 mars 1692. A son instigation, ils décré- 
tèrent la liberté du commerce de la Bretagne avec toutes 
les puissances étrangères. Un religieux, Marcelin Cordet, fut 
même envoyé à Valladolid auprès du roi Philippe II pour lui 
transmettre cette décision des États, lui demander de la 

I. De Carné, Correspondance de Mercœur, etc., passim. 



204 BULLETIN lUSPAMQl'E 

respecter el de donner des ordres à don Diego Broschero. 
Mais cette décision resta lettre morte pour le commandant des 
galères. Au mois de mai 1592, Saint-Andes de Loredo saisissait 
un navire nantais chargé de marchandises à destination des 
Flandres ; en septembre de la même année, Jacques Langloys, 
qui transportait à Nantes des denrées en provenance d'Olonne, 
fut arrêté par les Espagnols ; un navire allemand chargé de 
chevaux et qui faisait voiles pour Nantes fut pillé sur les côtes 
de Bretagne par les marins du roi d'Espagne. Bien qu'ils 
fussent munis de congés réguliers, les capitaines des navires 
marchands qui sortaient de la Loire étaient quotidiennement 
inquiétés sous le prétexte religieux. 

L'ordre finit par se rétablir après le départ des troupes 
espagnoles. Ce ne fut cependant pas pour de longues années. 
Les guerres européennes se multiplièrent sous les règnes de 
Louis XllI et de ses successeurs. La France et l'Espagne 
furent continuellement en lutte. Dans les deux pays, les 
corsaires échangèrent de rudes attaques. L'ère des glorieux 
combats maritimes s'ouvrit pour les corsaires de Nantes. 
Ceux-ci ont trouvé, en la personne de la NicoUière-Teijeiro, un 
historien des mieux informés et des plus attachants. Pour ne 
pas sortir du cadre de ces notes sur les rapports économiques 
de l'Espagne et de la ville de Nantes, nous mentionnerons 
seulement quelques faits ayant trait directement au sujet qui 
nous occupe. Quelques-uns sont connus, les autres au contraire 
sont encore ignorés. 

Le 12 mai i635, les négociants de Nantes étaient informés 
que tout commerce avec les États du roi catholique était 
prohibé et qu'aucun navire ne devait sortir du port sans être 
armé. Aussitôt, on vit apparaître en Loire les corsaires 
espagnols qui enlevèrent les bateaux caboteurs. Durant toute 
la guerre de trente ans, ce fut entre Espagnols et Nantais 
une longue suite de prises, de luttes et d'abordages. Les 
corsaires et les pirates des autres pays se mêlaient souvenl à 
ces luttes. Quand on parcourt les documents qui relatent tous 
ces faits de guerre, on demeure surpris que des armaleiirs 
aient eu l'audace de continuer l'exercice d'un commerce qui 



NOTES SUH r.KS RM'I'OKIS 1)K \' WTKS AVKC I, KSI'Ar.NI-, 3O0 

offrait tant de périls et de dangers. Tantôt c'est Renier qui, 
en i6/i2, s'empare d'une pinasse espagnole montée par vingt- 
huit hommes que l'on enferme au Sanitat, tantôt c'est un 
l'acteur espagnol naturalisé français, Domingo d'Urquixo. dont 
le navire l'Hevciile, chargé à Bilhao, est pillé par les Anglais 
avant de parvenir à Nantes. A d'autres moments, les Nantais 
vont pirater sur les côtes espagnoles. Gauwain, armateur 
nantais, est jugé à Bayonne ' par les officiers de l'Amirauté. 
Mais quelles que soient les déprédations qu'il ait commises 
el qui amenèrent le Conseil d'Etat à donner l'ordre de le juger, 
ses méfaits ne sont pas comparables à ceux que les Biscayens 
ont exercés à l'égard des armateurs du port de Nantes. Cachés 
dans leurs repaires de l'île d'Yeu, de Noirmoutiers et du Pilier. 
ces bandits ne cessent d'assaillir les navires sortant de la Loire. 
En 16G7, leurs exactions dépassent toutes les limites et la 
municipalité de Nantes avise Golbert du Perron, intendant 
de la marine, de toutes les déprédations commises par les 
Biscayens. Elle le prie de « moyenner une expédition de 
quelques frégates armées en guerre pour chasser lesdits 
Biscayens et protéger la côte et l'embouchure de la Loire». 
M. de Beaumont, de 1691 à 1694, entreprend de véritables 
chasses pour déloger des îles les forbans qui y séjournent. 
Il y parvient en 1694". Aussitôt le Pilier est fortifié et un 
système de signaux organisé entre Noirmoutiers, Saint-Gildas 
et Paimbœuf pour avertir les capitaines sortant de la Loire de 
la présence des corsaires ou des pirates. 

Durant les guerres de la ligue d'Augsbourg et de la 
succession d'Espagne, de nombreux armateurs nantais 
armèrent en course, et s'il faut en croire des Caseaux, ils 
réalisèrent de grosses fortunes dans ce genre d'armement. 
En ir)92, V Aigle de Nantes reprenait aux Espagnols le Pritice- 
de-Galles, qui était tombé entre leurs mains. La même année, 
ce navire s'emparait du vaisseau espagnol i\.-D.-d('-r Assomption. 
Sur les côtes d'Espagne, le César effectuait de riches captures. 
Mais en face des fortunes réalisées et des prises heureuses, il 

I. Diicore, Hisluire maritime de Bayonne, p. r|'i. 
■j. Gaborit, Le commerce de A'anies, p. io8. 



20fi BUr-LETIN HlSPAlNIQtlTÎ 

convient de faire ressortir les ruines qu'occasionnaient aux 
armateurs de Nantes les corsaires étrangers. Du 3 janvier 1702 
au 12 septembre 1708, vingt-trois navires sur cent vingt et un 
sortis du port tombèrent aux mains des ennemis. De 1754 
à 1756, les Nantais perdirent cent un navires; de 1762 à 1763, 
soixante et un bateaux leur furent ravis, et en 1778, trente-neuf 
leur furent enlevés. Combien de ces prises enrichirent-elles 
les corsaires espagnols!' Rien ne permet de le savoir. Au 
demeurant, le fait importe peu, car nous avons voulu essayer 
de montrer par ces quelques lignes que si le commerce 
hispano-nantais a été florissant durant plusieurs siècles, les 
pirates ou corsaires espagnols et bretons, sans parler de ceux 
des autres pays, ont souvent entravé le libre « entrecours » des 
produits et des marchandises. A certaines époques même, le 
mouvement commercial entre la Bretagne et la Péninsule 
ibérique a failli complètement sombrer, tant étaient grandes 
les difficultés que rencontrait le commerce maritime. 

Jules MATHOREZ. 



L'ESPAGNOL LANGUE UNIVERSELLE 



Il ne s'agit pas de la diffusion de l'espagnol dans le langage 
de la conversation mondaine ou dans celui de la littérature au 
xvr siècle, que l'on constate en Italie et en France et qui a 
déjà attiré l'attention de maint érudit; il s'agit de la première 
apparition et affirmation de l'espagnol dans le langage de la 
politique à l'étranger, qui eut pour témoin la plus imposante 
des assistances. L'événement eut lieu à Rome le lundi de Pâques 
17 avril i536,dansla salle des par«mer<//, en présence de Paul III, 
des ambassadeurs de France et de Venise, de cardinaux, de 
prélats de la cour pontificale, de puissants seigneurs, etc., et 
celui qui prit la parole alors ne fut rien moins que l'em- 
pereur Charles-Quint, tout paré de la gloire que lui avait 
value sa récente victoire sur l'Infidèle à Tunis. D'une part 
l'excitation produite chez le souverain par la pompe de son 
entrée à Rome, ses promenades triomphales à travers la ville 
éternelle, les offices de la semaine sainte où il assista revêtu 
des ornements impériaux, et d'autre part l'irritation qu'il 
ressentit de la conduite do François 1" à son égard, comme 
des réclamations incessantes de l'ambassadeur Dodieu de Vély 
au sujet de la cession de Milan au duc d'Orléans, l'incitèrent à 
se livrer à une bruyante manifestation de ses griefs anciens et 
nouveaux, de sa force et de ses intentions prochaines : le tout 
dans la forme d'une longue harangue, qu'il médita seul, sans 
en parler ù ses ministres ni au pape, et qu'il prononça avec 
une superbe assurance;, au grand ctonnement de tous les 
assistants, qui cependant ne la comprirent guère, car — et 
c'est là le point important — le discours de l'empereur fut 
prononcé en espagnol. Il est probable que jamais auparavant 
cette langue n'avait retenti sous les voûtes du Vatican, au 
moins dans un discours d'apparat, les « orateurs » de l'époque 



308 lUJM.F.TIN IIISPAMOUE 

parlant latin et aucun autre souverain espagnol n'ayant eu 
l'occasion de haranguer en ce lieu un pape. 

De l'improvisation de Charles nous ne possédons pas de 
texte authentique, vu qu'il ne jugea pas à propos de faire 
publier toutes les vivacités de langage qu'il se permit alors, ni 
le défi à l'adresse du roi de France, se réservant le moyen 
de démentir ce qu'on pourrait lui imputer de trop injurieux 
ou de trop compromettant. Après avoir le lendemain sponta- 
nément atténué, dans une conversation qu'il eut avec les 
ambassadeurs de France, quelques passages du discours qui 
avaient éclaté comme des coups de tonnerre, il se contenta 
d'en envoyer à son ambassadeur près François 1" un résumé 
mitigé et d'en faire exécuter par des secrétaires d'autres som- 
maires, destinés soit à son frère Ferdinand, soit au corps 
diplomatique accrédité à Rome, soit enfin à ses compatriotes'. 
En ce qui concerne Ferdinand, nous sommes exactement 
informés sur ce qu'on lui envoya par une lettre de D. Martin 
de Salinas au roi des Romains datée de Rome, 22 avril i536, 
où se lisent les lignes suivantes qui rendent compte et des 
circonstances de la manifestation du 17 et de la publicité 
restreinte qu'on décida dans l'entourage de l'empereur d'en 
donner. 

Yo escribo al secretario de la manera que S. M. se vistiô y oyô la 
misa del Papa cl primer dia de Pascua. y lo que el lunes siguiente 
hizo fuc: que S. M. mandô juntar en la sala del Papa ;'i les Cardenales 
y Embaxadores de Francia y les otros que aquf estaban, y les senores 
ansi desta Corte como de Nâpoles, y asimismo al Comendador mayor 
y Granvela ; y despues que todos fueron en presencia de su Santidad 
y Magestad, el Emperador se levante en pié y quitô su bonete, y el 
Papa se levantô y, cubierto, S. M. hizo una habla en alla voz, la cual 
contenia lo que V. M. verâ en escriplo que se envia â mes. de Prat y 
Mayordomo mayor para que â V. M se muestre. Y para con V. M., 

1. La lettre française à Jean Hannart, ambassadeur impérial en France, des 
17 el 18 avril i536 se lit chez Lanz, Correspondenz des Kaisers Karl V, t. I, p. 228. Un 
texte espagnol de la même lettre se trouve aux Archives Nationales, K 1484, n° 58, 
avec la copie d'une autre lettre complémentaire, datée d'Acquapendente, 21 avril iâ3(). 
Rnfin, une circulaire destinée aux vice-rois d'Arag-on, de Catalogne et de Navarre et 
il l'ambassadeur espagnol en Portugal, du 18 avril, et également rédigée en espagnol, 
est conser\ée aux Archives des AfTairos étrangères, Mémoires et Documents, Espagne, 

vol. 2'>2, fol. lor). 



L ESPAGNOL LA.XGLli UNIVERSELLE 20() 

ella no va Lan larga como S. M. la refiriô, porque asi conviene para 
se poder mostrar y, si fuere menester, imprimir; y en ella no hace 
inencion de las palabras que S. M. dixo en forma de desafio ; que 
lueron que S. M. holgaria que, para evitar las muertes de tantas gentes, 
séria niejor de librarlo de pcrsona â persona con espadas, capas 
y puiîales. La habla tue muy larga, porque en ella se enarrô desde el 
tiempo que las guerras fueron criadas en Italia hasta la hora présente, 
justificando nueslra partida y narrando les excesos liechos por el Rey 
de Francia. De esta habla no fueron sabidores el Comendador niayor 
ni Granvela, y de su propio rnolu la hizo S. M. Yo creo que fuera mâs 
. limitada, si dello fueran sabidores, ô â lo menos las palabras de desafio 
se escusaran. El Papa y Cardenales y caballeros y todo el reslo que- 
daron muy espantados de como S. M. la dixo, y â lodos ha parecido 
muy bien, porque lo tienen ser asi verdad '. 

Le résumé le plus complet el le plus exact du fameux 
discours doit être la lettre collective des deux ambassadeurs 
de France près l'empereur et le pape. Claude Dodieu de Vély 
et Charles Hémard de Dénonville, évêque de Mâcon, lettre qui 
fut écrite en deux fois les 17 et 18 avril et ne fut expédiée que 
le 192. Plus que qui ce fût, ces deux ambassadeurs avaient 
intérêt à reproduire, avec autant d'exactitude que possible, les 
paroles prononcées par l'empereur, et lun d'eux au moins 
semble avoir été en état de suivre l'exposé de Charles et d'en 
saisir l'essentiel^. Lorsque l'impérial orateur eut fini, et que le 
pape eut aussi terminé sa réponse où il essaya d'apaiser 
Charles, l'évêque de Mâcon s'avança : « Moy, de Mascon, 
m'excusant de non povoir respondre, pour n'avoir entendu 
le langaige dudict empereur qui est en espaignol, et protestant 

1. El Emperador Carlos \' y su corte, segiin las carias de Don Martin de Salinas, 
embajador del infante Don Fernando (1532-1539), con introducciôn, notas é indices, por 
Antonio Rodrigue: Villa, Madrid, igoS-ô, p. 712. 

2. Publiée, d'après un déchiffrement du ms. Dupuy 2G5, iï. 55 et suiv., par 
E. Charrière, IS'égocialions de la France dans le Levant, t. l'% p. 296, puis par Gachard, 
La Bibliothèque Nationale à Paris, t. II, p. 77. Gachard dit à tort que la lettre fut 
commencée le 18; les ambassadeurs en parlant de choses qui se sont passées le 16 
disent « hier». 

3. Une preuve de l'exactitude du rapport des ambassadeurs nous est fournie par 
le passage du discours où Charles parle de la guerre qui éclata en Navarre au début 
de son règne : « qui fut au temps que les luthériens commençaient à pulluUer et que 
en Espaigne les villains s'estoient soublevez en son absence». Or, ce passage se 
retrouve presque à la lettre dans le texte portugais des Mémoires de l'empereur : 
«neste tempo começaram â puUular as heregias de Luthero en Alemanha, e as 
Gommunidades en Espanha » (p. 190 de mon édition, fasc. 202 de la Bibliothèque de 
l'École des Hautes Études). 



2lO BULLETIN «iSfANlQtJË 

de n'actemper chose qu'il eusl dicte, nous demandyons que 
moy, de Velly, fusse oy sur les choses dessusdictes : ce qu'il 
nous fut refluzé. ¥A se levèieut et séparèrent nostre dict sainct- 
père et l'empereur d'ensemble. » Quelques instants plus tard, 
le S^ de Vély put aborder l'empereur et lui demander une 
copie du discours, « lequel respondist qu'il le me feroit 
bailler ». Ce jour-là les ambassadeurs ne virent plus l'em- 
pereur, ils s'entretinrent seulement avec Granvelle et Los 
Gobos, qui leur dirent v qu'ilz ne s'actendoyent pas que leur 
maistre deust faire ung tel sermon ». Une relation italienne» 
ajoute un détail non mentionné dans la lettre des ambas- 
sadeurs. Après avoir résumé en quelques lignes la réponse du 
pape, celte relation continue : k Alonsig^' di Maçon, ambascia- 
tore di Francia qui résidente, con licenza del Papa si fece 
avanti e disse à S. M^" che quanlo alla pace se trovaria sempre 
che il suo Ré ci saria inclinatissimo, che quanto al resto che 
toccava al detto suo Ré, non intendendo bene la liiigua 
spagnuola, desideraria meglio intenderla da S. M''^ per poterlo 
scrivere et giustificare. » A celte demande l'empereur aurait 
répondu : <( Che haveva fatto quel parlamento per dar conto 
di se et de suoi giustificationi à S. S"* et à tutto il mondo acciô 
che in ogni tempo potessero fare tra se et il suo Ré quel retto 
giuditio che si convenisse, et che perô non accadeva darne 
conto ad esso,. ma che se voleva pur intendere, che lo inten- 
derla fînalmente^ dall" Ambasciatore che apresso di se risie- 
deva, il quale bene intendeva la spagnuola come piu volte gli 
haveva detto ». Puis, ayant fait appeler M. de Vélv, il se serait 
adressé aux deux ambassadeurs et leur aurait exposé « in 
Italiano buonissimo » qu'il ne voyait que trois manières de 
trancher le différend : ou une guerre, ou un combat singulier, 
ou une paix, mais tout autrement garantie que celles qui 
avaient été conclues antérieurement. 

Le lendemain i8 avril, les deux ambassadeurs de France 

1. Bibliothèque Nationale, ms. Italien 728, fol. 83 et suiv. Des extraits de cette 
relation ont été publiés par Gachard, La Bibliothèque nationale à Paris, t. I, p. 474, et 
par L. Gardauns, Qucllen and Forschungen aus italienisclien Archiven und Bibliotheken, 
t. XI, p. 211. Cf. L. von Pastor, Geschichle der Pàpste, t. V, p. 176. 

2. Ou /acj7men<e, d'après d'autres copies. 



L ESPAGNOL LANGUE UNIVERSELLE 31 i 

eurent encore, en présence du pape, un entretien avec Charles- 
Quint, peu d'instants avant son départ de Rome, qui porta sur 
divers points, notamment les questions du défi et de la cession 
du Milanais au duc d'Orléans, et dans cet entretien, au dire 
des ambassadeurs, Charles se serait servi du u langaige 
italien ». 

Avant de rechercher à quels sentiments obéit Tempereur en 
prononçant d'abord son discours en espagnol, puis en le 
commentant en italien, il convient encore de parler d'un 
autre témoignage concernant la scène du lundi de Pâques 
i536, qui nous a été depuis peii rendu accessible. M. W, Frie- 
densburg a trouvé dans le manuscrit /169 de la bibliothèque 
Gorsini et a publié' un résumé du discours, qui offre ceci 
d'intéressant qu'il est en langue espagnole et que l'empereur 
y parle à la première personne : l'éditeur en a conclu que ce 
morceau nous représente un compte rendu officiel émané de 
la chancellerie impériale. Un détail toutefois du texte soulève 
à cet égard quelques objections. Parlant des victoires rem- 
portées sur François P' en diverses occurrences, l'empereur est 
censé avoir dit : coino fue en la tal y lai. M. Friedensburg 
explique cela en disant que le copiste de la pièce aura 
remplacé par cette expression vague des indications plus 
précises qui lui étaient demeurées inintelligibles. Il semble 
plus logique d'attribuer ce lai y lai au rédacteur même du 
compte rendu qui, pour aller plus vite et parce qu'il n'ajoutait 
pas d'importance à la chose, s'est contenté de cette abréviation. 
Ainsi, il s'agirait ici, non pas d'un compte rendu officiel de la 
chancellerie, mais d'un résumé fait de mémoire, immédia- 
tement après la scène, par un des assistants espagnols. De 
toutes façons, ce précis du discours, qui conserve mieux le ton 
de la parole impériale que les autres, mérite d'être pris en 
considération. Il a paru utile de le reproduire, d'autant plus 
qu'il a été publié assez incorrectement — suivant l'habitude 
des historiens allemands quand ils ont affaire à des textes 
espagnols — et qu'il renferme des passages à redresser ou à 

I. Quellen and Forscluaujen, t.\l, [>. 365. 



3ia BULLETIN lllSPA>'lQLli; 

commenter. J'avertis que je ne maltachc pas à la ponctuation 
parfois défectueuse de l'édilcur, que je supprime certains 
mots par des parenthèses et que j'en restitue d'autres entre 
crochets. 



Lo QUE EL EMPERADOR HABLO EN RoMA DELANTE PAPA Y CARDENALES 



Beatissime pater, muy R''" y sacre colegio, 111''* [y] mag''*^ cavalleros 
que présentes estais, bien crée que asi a V. S"^ como a todos los 
demas sea manifiesto quanto, asi por nos como por nuestros 
antecesores, desde grandes tiempos pasados como i los que présente 
tenemos, de continuo la paz y sosiego de la christiaudad se aya 
procurado, deseando siempre orguUosamente emplear todo el poder 
y grandeça que Dios nos dioa contra los paganos e infieles, enemigos 
de nuestra santtaS fee catholica. Y asi mesmo a V. S'' y a todos 
vosotros os sera nottorio quanto por parte del rey de Francia de 
continuo los taies eflettos se ayan eslorvado, digo de la paz de la 
Christiandad y de la guerra que con ella a los enemigos de Dios y 
nuestros se pudiera baver hecho. Y que esto sea verdad, claramente 
por lo pasado lo niuestran las pruevas tanto del savio emperador 
Maximiliano, quanto de el catholico rey Fernando, nuestros gloriosos 
aguelos, cuya memoria bien se que en las vuestras estarâ tan fresca 
que bien creo os acordareis, asi del estorvo que el rey de Francia hizo 
al glorioso proposilo que el rey don Fernando ténia de con tan 
poderoso exercito pasar en allende, como de las palabras que el 
emperador Maximiliano dixo la postrera'' vez que con el rey de 
Francia hizo paz, que fueron estas : « Esta es la oncena vez que con el 
rey de Francia hago, asi como las otras vezes, la paz, por el deseo 
que tengo de la paz de la Christiandad, y no porque^ no sepa que la 
ha de romper el rey de Francia, asi esta como todas las otras que ha 
hecho. » Porque las cosas que en nueslro tiempo han pasado, V. S*^ y 
todos son buenos testigos si de ellas yo he sido causa, para lo quai no 
querais mas prueva y testimonio de las grandes vitlorias, que Dios de 
continuo nos ha dado y muchas vezes con tanta desygualdad de genlc 
como fue en la tal y tal, de las quales quasi todas mas han seydo en 

I. Corrigez hasla. 

■>. Éd. die. 

3. Le double i de santla, notlurio, ejJcUos, etc., indique que le morceau a été 
transcrit dans le ms. Corsini par un Italien. Un autre Irait italien est l'orthographe 
sijuela, spada, ducato. 

i. Éd. postiera. 

5. Éd. porque sepa que no. 



I.'i;Sl'AGNOl. lANGUE tMVERSELLE •2\'6 

nuestros senorios que de nueslros enemigos '. De lo quai, aunquc otra 
cosa no fuese, cada uno podria colegir [aver sido] las dichas cosas 
hechas por nuestra paile mas por necesidad de defender lo nuestro 
que por|que] el deseo de adquirir lo ageno nos moviese. 

A lo quai si el rey de Francia dize que lo haze por tomar lo suyo, 
porque prétende haver no se que cosas de las nueslras? A eslo digo 
yo que, pues agora se a de hazer concilio, que yo remito en él todas 
estas cosas (y), sonietiendome a lodo lo que en el dicho concilio se 
disputiere, y csto y muclio mas haré por la paz de la Christiandad y 
porque no tenga el rey de Francia ocasion, si por olra cosa no lo haze, 
de hazer concierto y ligas con el ïuroo y con los infieles, de lo quai 
eilos serian los que gozarian. Si Dios por nuestros pecados [no] nos 
dexase un poco olvidar, (porque) bien sabe V. S'' y a todos es mani- 
fiesto los conciertos y concordias que havia entre el rey de Francia 
y el Turco al tiempo quepasamos a Ungria, donde nuestro senor nos 
hizo tan senalada merced de darnos tan gran vittoria, como fue, sin 
calçar spuela ni dar golpe de spada, hazer retirar al Turco con un tan 
poderoso e mémorable exercito como ténia. A donde embiamos a 
rogar que nos favoreciese e ayudase en la tal empresa, y nos respondio 
que, por estar muy fatigado y por no poder ayudarnos, que no partia, 
y embiamosle a rrogar de nuevo, y como nuestro embaxador le 
supplice que por lo que cumplia a la Christiandad tomase él la 
empresa de Coron, (y) a esto respondiole [lo] de arriva, que tan presto 
no se podia hazer una tal armada. Savido por nos su voluntad, 
hezimos la armada por mar que a V. S'^ y a todos es nottorio, y 
sabemos que el Turco con avisos del dicho rey se retiré sin dar vatalla. 

Tambien creo que V. S^ savrâ, y, si no, sepaloa, que al tiempo que 
quisimos partir a hazer la empresa de Tunez, le embiamos a rogar 
para solo este effetto nos prestase sus galeras. A lo quai respondio que 
no lo podia hazer por quanto Barvar[r]oja hera su amigo, y no 
solamente esto, mas yo proprio con mis manos tome en la Goleta estas 
cartas que tengo en la mano3, que las embiava a Barvarroja en una 
fragata el rey de Francia, en las quales ay palabras de tan familiar 
amistad quanto en ellas podrâ b[i]en veer quien veer lo quisiere. 

Por lo quai digo que, si el rey de Francia lo ha por querer el 
ducado de Milan, que yo me profiero y contento de darlo a su hijo 

1. Éd. de las quales quasi todas y la mas lian seydo en nuestros senorios o de nuestros 
enemigos. Telle quelle cette phrase est inintelligible : j'ai corrigé pour faire dire 
à l'empereur, ce qui paraît avoir été sa pensée, que la guerre a eu plutôt lieu sur 
son territoire que sur celui de son ennemi, d'où ressort qu'il a pris les armes pour 
se défendre et non pour s'agrandir. 

2. Éd. se palo. 

3. La missive des ambassadeurs dit aussi que l'empereur a lisoit en ung billet qu'il 
avoit à la main ». Quant au fait même de la saisie de lettres adressées à Barbe- 
rousse, cf. Sandoval, Carlos Quinto, livre X\I1, s y. 

Bail, hispan. '^ 



3 1 À ÈULt.ETiN HISPAMQUË 

tercero ' con las condicioncs que antes de agora lengo dichas ; y si lo 
quiercn para este hijo segundo», yome contento tambiende darselo"*, 
con lai que sea con (tal) condicion y seguridad que este no présuma 
en Italia de mover guerra, diziendo que por parte de su muger 
pretenda a Florencia o al ducato de Urbino. Y esto, si algunos piensan 
que yo lo hago por tcnior, estan muy errados, porque yo lengo laies 
vasallos y que lam bien me han servido y ayudado que, si el rey de 
Francia los luviese, a mi me séria forçado venir con las manos atadas 
a lo que él quisiese''. Y que estoiJ sea verdad^ nos da[n] leslimonio 
las obras que de sus manos han salido. 

Y algunos dizen que yo quiero ser monarchaS del mundo y mi 
pensauiiento y obras (lo) muestran que es lo contrario, porque el 
ducato de Milan yo le tube antes de agora y lo di a cuyo era y agora 
digo que lo daré, pero quierolo dar de manera que la Christiandad 
esté segura de guerra. 

Y porque V. S'' sepa mi intencion y el pensamiento del rey de 
Francia, yo lengo letras suyas que, si le queria dar el ducato de 
Milan, que él me ayudaria y haria seilor del reslo de Italia : y a su 
embaxador, que esta présente, doy por testigo, que sabe lo que sobre 
ello me ha hablado y lo que yo le he respondido que no lo quiero 
hazer, porque mi intencion no es de hazer guerra con los Christianos, 
sino contra? los infieles, y que la Italia y la Christiandad esté en 
paz y que posea cada uno lo suyo, y que nos conlentemos y hagamos 
una confederacion contra los infieles, como ha seydo y es siempre mi 
intencion de hazerla, donde avrâ mucha y mucha tierra (para) que 
podamos 8 partir sin pensar a lo de aca. 

Y si el rey de Francia haze lo que haze por odio y por enemislad 
que a mi persona tenga, a esto digo que ninguna razon tiene, porque 
yo, siempre que él de mi lo quisiere, le terne el amor y volunlad que 
a mi hermano devo tener; mas si no basta esto para él(lo), no se para 
que es querer tantos derramamientos de sangre y tantas mueries de 
Christianos, donde redundarâ tanto dano a la Christiandad que a los 

1. Charles, duc d'Angoulême. 

2. Henri, alors duc d'Orléans et qui devint dauphin après la mort de son frère 
François à Chinon, le 12 août i53C. 

3. Éd. darse. 

i. « Gertilicando... che non dimandava esso questa pace per diffidanza alcuna di 
sue forze et giustilia nelli vassali suoi, piu disposli et uniti a morire per la sua 
difensione che haveva al présente, ma solamente per divertire la publica rovina, 
corne liavea gia dette. Afiirmando ancora che se il Re Francesco havesse gli vassalli 
délia qualità ch'erano i suoi, ch'egli non solo non aspettaria la guerra, ma con le 
mani gionte et ligate andaria ad esso Hé in Francia a preghare quelle conditioni di 
pace ch' egli volesse dare. » (Kelation italienne.) 

5. Éd. esta. 

6. Éd. monarcho. 

7. Éd. contre. 

8. Éd. podiamos. 



I. ESPAGNOL LANGUE LMVEKSELLE 310 

que qiledarân les sera forçado venir a ser esclaves de sus esclaves niis- 
mos. Y por tanto yo prometo a V. S\ delante deslc ' sacro coUegio y 
de lodos estos cavalières, que présentes estan, si el rey de Francia se 
quisiere conduzir conmigo en campo de su persona a la mia, de condu- 
zirme con él armado o desarmado en camisa, con una spada y un puîial, 
en ticrra o en mar, o en una puente o en isla, o en campo cerrado 
o delante de nueslros exercilos o do ^ quiera (y como quiera) que él 
querra y justo sea. Y con tanto no digo mas, sino que yo le 3 doy 
veynte dias de plazo para que se resuelva en tomar la paz y èstar en 
aquella verdad y liierça que la verdad contiene, y no con seguridad y 
fuerça de palabras ni scripturas, las quales no creo que nadie nos 
culparâ si yo no les diere fee, por el poco efTelto que délias tantas 
veces ha salido, sino con seguridad de poner en trocados y rrehenes 
sus hijos y los mios, en la quai seguridad sola me parece que 
podia estar segura, o con tomar la guerra en la manera que 
tengo dicho. 

Donde si ninguna délias quisiere, yo tomo a Dios y a V. S', como 
su vicario en la lierra, por juez para que, si yo no tengo razon, V. S** 
me castigue, y si la tengo, V. S' me ayude y favoresca contra los 
que^ no la tuvieren. Y con esto yo me parlo manana para la Lom- 
bardia, donde nos toparemos para rompernos tambien las cabeças. 
Espero en Dios que sera para el rey de Francia pejora prioribus, y 
con esto acabo diziendo una vez y très : que quiero paz, que quiero 
paz, que quiero pazâ. 

Pour nous rendre compte maintenant de la raison qui porta 
l'empereur à discourir ainsi en espagnol, en pleine cour ponti- 
licale, et de leflet que ce coup de théâtre produisit dans le 
monde, il faut interroger des écrivains contemporains ou peu 
postérieurs. Comme il était à supposer, Tincident n'échappa 
pas à Paul Jove, présent alors à Rome et très occupé de se faire 
bien voir du puissant empereur. Il démêla tout de suite ce que 

I. Éd. deslo. 

■2. Éd. do[nde]. Correction inutile: do est très bon. 

o. Éd. lo. 

'\. Éd. qua. 

5. Les deux dernières phrases du morceau sont d'un style a raiment bien familier 
et qu'il semble difflcile d'attribuer à l'empereur. L'expression aussi pejora prioribus 
ne répond pas aux habitudes de Charles qui ne citait guère de latin, et pour cause. 
D'autre part, en ce qui concerne la triple exclamation de la dernière phrase, il ressort 
de la relation italienne que Charles à en eflet dû alfirmer à plusieurs reprises consé- 
cutives son désir de maintenir la paix: « che il dimandava la pace et la richiedeva 
d'avanli a Dio, d'avanti a S. S'* et d'avanti al Gollegio de Cardinali et avanti a tutto 
il moiido, et protestava che la voleva, pregava, supplicava et dcsidera\a sopra 
ogn' altra cosa», etc. 



iilG hULLETlN HISPANIQUE 

cette attitude avait eu de nouveau et d'un peu insolite, et ne 
manqua pas d'en consigner le souvenir dans ses Historiae, au 
lieu que Sepùlveda, récemment nommé chroniste de Charles- 
Quint et présent à Rome lui aussi, se contente de donner une 
analyse succincte du discours sans en noter la particularité 
la plus intéressante'. Le premier saisit l'actualité et le côté 
piquant des choses, en journaliste; l'autre, honnête histo- 
riographe et esprit rassis, s'attache au fond. Bref, Jove expédie 
en quelques lignes le discours, puis il ajoute : « Tum vero 
Pontifex clementiora ominatus, Caesaremque complexus, obse- 
cravit, ne vel non iniquae iracundiae impensius quam pietati 
indulgere mallet, Gallosque oratores Maconium et Velleium 
quaedam respondere paratos diremit, nam hi ab initio 
concionis a Caesare frustra postularunt, ut Gallica lingua uti 
vellet. Sed Caesar se ideo Hispanice loquuturum dixit, ut a 
pluribus id idioma Romano eloquio proximum acciperetur^ » 
Nous apprenons là deux choses : que les ambassadeurs français 
auraient demandé à l'empereur, mais en vain, dès les premiers 
mots de son discours^ de parler leur langue, et, secondement, 
que la préférence quil accorda à l'espagnol résulta de ce qu'il 
choisit l'idiome le plus proche de l'italien afin d'être compris 
du plus grand nombre des assistants. Ces deux assertions sem 
blent l'une et l'autre assez contestables. Comment admettre que 
les ambassadeurs aient arrêté l'empereur au commencement 
de sa harangue pour lui demander de parler français, et, s'ils le 
firent, comment ne subsiste-t-il aucune trace de cette inter- 
vention dans leur lettre? Quant au choix de l'espagnol pour se 
mieux faire entendre de l'assistance, en majeure partie italienne, 
cela encore est bien douteux : de l'espagnol prononcé par 
Charles-Quint ne devait pas être accessible à beaucoup 
doreilles d'Italiens 3. Un autre auteur, plus récent que Jove, 
nous donne une explication de ce choix qu'on estimera sans 



1. De Hebus gestis Caroli Quinli,\i\. XIV, § 20, éd. de Madrid, 1780. 

2. Historiae sui temporis, lib. XXXV, éd. de Bâle, i56i, t. Il, p. 857. 

3. Pour diverses raisons, mais surtout à cause de la conformation de la mâchoire 
impériale : « ha... la mascella inferiore lunga e larga, onde avviene ch' ella non puô 
congiungere li denti, e nel finire le parole non è ben intesa >> (Relation de Federico 
Badoero dans le recueil d'Albéri, t. III, p. 222). 



I, r:sr>Af;\()t- r.woi e l'N[vehsklt,k 



doute préférable. Au cours de ses Rodomontades espaignoles, 
Brantôme a eu Toccasion de parler des langues, de l'utilité 
qu'il y a pour les annbassadeurs à parler et à comprendre 
celle du pays où ils résident, ce qui le conduit aussi à montrer 
que la langue est le signe le plus distinctif de la nationalité et 
qu'il peut se produire des circonstances où le premier devoir 
d'un prince consiste à s'alfumer en parlant sa langue propre. 
Et il en vient alors précisément à notre cas qui lui sert 
d'exemple' : u L'empereur en monstra un très bel exemple en 
cela, lorsqu'il fut à Rome, et parla devant le pape, les cardi- 
naux, les ambassadeurs, et qu'il brava tant, par trop enor- 
gueily de sa victoire de Thunis et de la Collette. Il y eut les 
deux ambassadeurs de nostre roy, l'un vers Sa Saincteté, l'autre 
vers Sa Cesarée Majesté, qui luy remonstrerent de ne parler 
poinct espaignol, mais autre langue plus intelligible. U 
respondit à M. Tevesque de Maçon, comme au principal, à 
cause du rang qu'il tenoit vers Sa Saincteté, et marchoit 
devant M. de Velly, qui estoit près de Sa Majesté, et ce 
avecques un certain dédain : « Monsieur l'évêque, entendez- 
» moy si vous voulez^ et n'attendez point de moy d'autres paroles 
» que de ma langue espaignole, qui est si noble et si belle 
» qu'elle mérite d'être sue et entendue de toute la chrétienté. » 
Conformément à ses habitudes, Brantôme donne le texte 
espagnol de sa citation : (( Senor obispo, entiéndame si quiere; 
y no espère de mi otras palabras que de mi lengua espanola, 
la quai es tan noble que merece ser sabida y entendida de toda 
la gente christiana. » Après quoi Brantôme se met à discourir 
en ces termes : o II y eut bien là de la natreté (malice) à 
l'empereur; car s'il eust voulu, il eust fort bien parlé françois 
ou italien au pays et au lieu où il estoit, voire allemand et 
flamand, son pays natal, s'il eust fallu; et il les eust bien 
rendus à quia, car il sçavoit toutes ces langues; mais il ne 
voulut parler que l'autre, possible . pour faire despit à ces 
messieurs les ambassadeurs et à aucuns cardinaux françois et 
autres partisans du roy. Ou bien le fit il par un desdain 
et bravade et ostentation, pour honorer mieux sa langue et 

I. Œuvres complètes de Brantkôme, éd. de la Bibliothèque EUéoirienne, l. IX, p. 7g. 



ai 8 BULLETIN HISPANIQUE 

aussy (ainsi que j'ay dict) que cesto langue est fort bravasche 
et fort propre pour menaces. » Brantôme commence par 
broder sur Paul Jove, semble-t-il, puis il s'en écarte et propose 
son explication, vaille que vaille. Charles a voulu, ou bien 
jouer un tour aux Français en les obligeant à écouter un 
discours qu'ils n'ont pas pu comprendre, ou bien il a eu 
l'intention de magnifier sa langue au centre même de la 
chrétienté, et même, si l'on tient compte de la riposte que lui 
prête l'auteur des Rodomontades, les deux intentions se seraient 
mêlées dans son esprit. A coup sûr on ne saurait garantir les 
termes mêmes de cette riposte, et avec un écrivain comme 
Brantôme il faut se tenir sur ses gardes; mais le sens général 
reste vrai. Oui, Charles-Quint a certainement pris plaisir 
à débiter son réquisitoire en espagnol, la langue du pays dont 
le prestige allait chaque jour grandissant et qu'exaltait encore 
une récente et brillante victoire. M'entende qui pourra, mais 
je parlerai la langue de mes compagnons d'armes, de ceux qui 
me suivront dans ma lutte contre le roi de France, si elle doit 
recommencer; c'est ce qu'il s'est dit ou quelque chose 
d'approchant. Au surplus, il n'avait pas le choix. Décidé 
à parler lui-même, au lieu de charger quelqu'un de ses minis- 
tres d'écrire pour lui et de lire un discours latin, de quelle 
autre langue se serait-il servi? Sa langue maternelle, le 
français, il s'en interdisait l'usage et nous venons de voir 
pourquoi. Restait l'italien, qu'il eût été courtois d'employer 
en présence du pape et des cardinaux, mais jamais Charles 
n'aurait pu parler une heure et demie italien. La lettre des 
ambassadeurs de France et la relation italienne s'accordent 
bien à dire que l'empereur répondit en italien à la demande 
de l'évêque de Mâcon ; la relation ajoute même « in italiano 
buonissimo ». Or, c'est là une exagération manifeste. Tout 
au plus a-L-il conversé pendant quelques instants et, sans 
aucun doute, en fort mauvais italien. A Rome naturellement 
il ne pouvait être question ni d'allemand ni de flamand, et 
d'ailleurs, quoi qu'en dise Brantôme, l'empereur ne possédait 
pas ces langues'. Donc Charles-Quint parla espagnol à Rome 

I. Le seul auteur qui nous ait conservé quelques phrases authentiques de 



F. ESPAr.NOÎ, LANGUE I'MVERSEI,LE SÎQ 

le lundi de Piiques i536, parce qu'il voulut faire un esclandre 
et aussi parce qu'il... ne pouvait pas faire autrement. Mais le 
fait lui-même marque une date dans les destinées de la langue 
espagnole : pour la première fois cette langue s'est affirmée 
sur un théâtre grandiose et a acquis par là une faveur qu'elle 
ne possédait pas auparavant. A la vérité, ce triomphe n'eut pas 
de lendemain, et l'empereur ne se livra plus dans le reste de 
son existence à d'autres manifestations de ce genre. Qui sait 
cependant si l'espagnol n'aurait pas gardé son crédit et sa 
valeur comme langue politique, si l'empire, au lieu de passer 
à la hranche cadette de la maison d'Autriche, avait passé à la 
branche ahiée, si Philippe 11, comme c'était l'intention de 
son père, avait recueilli la succession impériale, au détriment 
de Ferdinand:' Mais la séparation définitive de l'Empire et de 
l'Espagne eut pour conséquence de ramener l'espagnol en 
Espagne. Au xvi" siècle du reste, aucune langue vulgaire 
d'origine latine ne pouvait avoir la prétention d'évincer 
complètement les autres pour les transactions politiques et les 
négociations diplomatiques, le français moins que les autres, 
car il était encore assez barbare. Seul l'italien aurait eu 
quelques titres à devenir « mondial », à cause de la supériorité 
reconnue des hommes d'État et des diplomates italiens, du 
grand renom de la cour pontificale et du gouvernement de la 
Seigneurie. En fait, la prédominance de l'une de ces langues 
vulgaires sur les autres et son adoption par les chancelleries 
d'Europe comme langue diplomatique, qui se réalisèrent au 
xvn*^ siècle, tinrent en premier lieu à la décadence du latin. 
Quand les diplomates, les « orateurs » ne furent plus capables 
de parler ou d'écrire en latin, qu'il n'y eut plus que des 
sous ordres et des commis aptes à rédiger une instruction, un 
discours d'apparat ou un traité en latin, il fallut bien avoir 
recours à une autre langue. Si le français fut choisi, cela 
dépendit moins sans doute de ses .qualités de clarté et de 
précision que du prestige de la monarchie de Louis XIV, qui 

l'allemand parlé par Charles-Quint est Barthélémy Sastrow, dans ses mémoires. Or, 
ces phrases sont une sorte de jargon mi-haut allemand, mi-flamand, qui montre que 
l'empereur ne savait en réalité ni l'une ni l'autre langue. 



30 BUIXETIN HISPAMQl'K 

imposa la connaissance de notre langue et de notre littérature 
à l'Europe. Le français étant devenu partout la langue de la 
société polie, il devint par là même aussi la langue politique 
par excellence. 

Le discours impérial de i536, comme il était à prévoir, 
ne fut pas connu seulement des hommes politiques et des 
historiens; des versions en circulèrent qu'on ne tarda pas à 
recueillir en Espagne, car le morceau avait certes de quoi 
chatouiller au point le plus sensible la fibre patriotique. 
Je présume qu'il ne serait pas très difficile de le retrouver, 
sous une forme ou une autre, dans quelques anthologies, 
mais n'ayant pas entrepris de recherches à ce sujet, je me 
bornerai à emprunter une version assez curieuse du discours 
à la Recopilacion de parlamentos sabios y razonamientos discretos, 
manuscrit exécuté dans le cours du xvn" siècle par Fr. Ignacio 
de Pina, prior de Ghiapa au Mexique'. Lauteur indique 
comme source: «El Abad de San Frontes, lib. 6, cap. 27, 
parrafo 3 ». Quel est ce personnage.^ Il s'agit bien dun Espa- 
gnol, car Fr. Ignacio au fol. 5 de son manuscrit le qualifie 
de «Abad de San Frontes de Espana ». On connaît un San 
Frontis, arrahal de la province et du district judiciaire de 
Zamora, mais cette localité a-t-elle été le siège d'une abbaye? 
Ce serait à rechercher : pour le moment contentons-nous de 
reproduire ce que nous livre dans son manuscrit Fray Ignacio : 

Parlamenio que hizo el inviclissimo cmperador Carlos maximo al 
somo pontlfice Paulo terçero, eslando los cardenales lodos con él y el 
senado romano y otros machos principes, capilanes y embaxadores de 
dioersas partes del mundo, y endereçando el invictissimo Çesar las 
palabras al santo Papa hablô con él y con todos desla manera : 

«Padre santo y révérendes padres, principes y capitanes y grandes 
liombres que estais présentes. A Dios todo poderoso poiigo por testigo 
de lo que pienso hazer en este aiuntamienlo y al mesmo senor Dios 
siiplico dé a mi lengiia suave eloquençia para lo que ha de dezir 
y ponga en vuestros coraçones congrua alencion para me a ver de 
escuchar, porque gracia y facundia para deçir los que hablan y 
benevolençia por dejarsse persuadir los que escuchan son dones que 

I. Bibl. Nat , ms. Espagnol 187, fol, 0; à -o. 



L ESPAGiNOL I.ANC.l F, TNIVERSELLE 321 

muchos los desean y son mui pocos los que los alcançan, porque 
es la inclinacion de los hombres en gênerai tan superba y en 
universal tan sagaz la maliçia humana que no ay ninguno que se 
tenga por tan simple que no piensse saber mas de lo que otro sabc, 
y por csso me parece a mi que el poder solo uno a muchos persuadir 
es don que solamente Dios nos lo puede dar. 

Mui sabida cosa es, Padre santo, y no ay persona que lo ignore 
de las que algo saben en el mundo, las causas de la competencia que 
ha tenido siempre la casa de Francia con las nobillissimas y anliquis- 
simas casas de Hespana, Austria y Borgoiia, y assi no averâ para que 
tocar aora a tan antigua llaga, siquiera para no renovar la herida, 
y tambien es mui notorio que el rey Francisco ni ninguno otro ante- 
cessor suio ayan jamas seguridad guardado ni palabra cumplido ni 
que tampoco ayan dejado de romper treguas ni quebrantar pazes que 
ayan hechocon mis mayores los principes y espaiioles reyes y augustos 
emperadores. 

Y assi si de todo lo que en razon desto el rey Francisco ha usado 
conmigo, haviendole yo como emperador clémente libertado con mui 
franca y libéral mano, si de todo teneis noticia los que aqui estais, 
no dudo que os espanteis, pero aun estoy cierto que os escandali- 
zareis. Lo primero, el rey Francisco me tiene usurpadas muchas 
tierras en Borgona y esto sin ningun color de razon ni de justicia. 
Lo segundo, en dos o très casamientos que teniamos fenecidos con 
mui poca chrisliandad la fee y palabra ha quebrantado, a mi, a mi 
padre y a mi abuelo, que no son obras de poco ingratitud, haviendo 
usado con él de tan grande liberalidad. Lo tercero, ninguna cosa de 
las que en recompensa de su libertad ha prometido, havemos visto 
que aya efïectuadO;, porque ha quebrantado todo quanto dévia 
guardar, y no ha guardado nada de quanto prometio cumplir. 

Lo quarto, y lo que peor es, que como hombre cruel (y) ha nos 
desagradescido, fementido a Dios y al mundo, quebrantô el sagrado 
juramento que avia hecho en deshonor y desacato del inefable nombre 
de Dios todo poderoso y a yncitado contra nosotros y contra nuestra 
corona a todo el mundo hasta llegar al gran Turco a pedir socorro 
con harto mal exemplo y aun escandalo, por ser enemigo gênerai del 
christiano pueblo, y todo esto no masque porsatisfaçer a su insaciable 
cobdiçia y ensanchar mas los terminos de Francia, por hazerse senor 
de Milan y de todo su estado y por poner en los confines de Italia los 
aledanos de su reino. Y digo mas, y me afirmo en ello, que ni Milan 
ni su estado es del rey Francisco ni puede él pretenderle con legitimo 
derecho, antes con titulo mui justificado, como sabe todo el mundo, 
y como feudo del pueblo romano es derechamente nuestro. \ porque 
las razones que ay para esto son muchas y mui nolorias no ay para 
que cansarnos en referirlas. Dejado a parte que siendo nos el Empe- 



232 RUI-T,ETT"V HISPAMQUE 

rador aiigusto, legitimamente electo y juiidicamente confirmado 
y coronado, no devemos dejar desniembrar este estado de las otras 
tierras del imperio, pues esta es la llave y el medio por donde lo 
tenemos de andar y visitar todo^ y es el passo por donde de neçessidad 
avemos de passar a los impériales estados, cada y quando que convi- 
niere veiios o proveerlos en los casos necessarios y forçosos, pues 
como a buen Enriperador y padre de la patria nos toca conservarlos en 
paz, deffenderlos en la guerra y mantenerlos en justicia. 

Dexando pues^ como digo, esto a parte, bien sabeis vostros todos 
quan indécente cosa séria que el augusto Emperador de Roma, que 
cada el dia ténia neçesidad de pasar de Flandes a Italia y de Italia 
a Espana y de Espaiïa a Alemania, aya siempre de pedir passo seguro 
al rey de Francia ni a otro rey alguno menor ni maior de la tierra, 
de suerle que la monarchia del imperio romano y governacion del 
mundo venga a depender del arbilrio del otio désignai y inferior suie 
y no de la voluntad del Augusto emperador que lo ha de governar. 

Y mas creo que sabeis tambien como el rey de Francia, ya que 
no ha podido ni le a sucedido tambien en lo de Milan y su conquista, 
por no averle ayudado a ello su potencia, ha buelto su sana y rabia 
contra el innocente principe de Saboya, pervirliendo las leyes de la 
misma naturaleza, usando con su mesmo lio, a quien dévia el honor 
y respecte que a su padre proprio, del hecho mas cruel y mas tirano 
que jamas se ha oydo de rey ninguno ni aun esperado de algun 
principe barbaro ni lutherano, y todo ello endereçado al fin de alle- 
garsse çerca de Milan para que a tuerto o a derecho, como dicen, lo 
pueda usurpar mas a su salvo, como lo suelen siem])re hazer los del 
reino de Francia, aunque por la bondad de Dios, que nunca quiere 
que se cumpla la intencion mala, suelen por la mayor parte Uevar en la 
cabeça y bolversse descalabrados a su casa. » 

Prosigue y feneçe el invictissimo Emperador Augusto Carlos Maximo 
su elegantissimo parlamento, y encendido en saâa y en enojo desafia 
y repta al rey Francisco delante de todo aquel audilorio y aun de todo 
el mundo, si alli estoviera junto, aunque el Pontifice abraçandole le 
rogô se aplacasse y se le quitasse el enojo. 

« Padre santo y Reverendos Padres, amigos y capilanes que estais 
présentes, oydme una palabra y encomendalda mucho a la memoria, 
y no os maravilleis en oyrla de mi voca, ni os espanleis saïga 
embuelta en ira y sana, porque los principes ayrados con la lengua 
satisfaçen a sus reinos y a sus vasallos, y con la lança se satisfacen 
de sus enemigos. Gué maldad es y que desverguença que digan los 
ministros del rey de Francia y aun diga el mesmo rei que le aya dado 
palabra el Emperador de conçederle a él y a sus hijos el estado de 
Milan? Y que anden imponiendonos por los cantones y infamandonos 
en los publicos lugares de lo que no solamente no havemos dicho, 



i/espagnot. langue I NIVERSELLE 233 

pero ni aun por el penssamienlo nos hapassado? Ha sido porventura 
el emperador de Roma prissionero del rey de Francia como el rey de 
Francia ha sido aprisionado del emperador de Roma, si no es que 
esta ya olvidado de lo que al rey de Navarra y al de Francia le sucçcdio 
en Pavia y del buen tratamiento que sele liizo en Espaùa? 

Soy yo por ventura el emperador Justino que perdio el jui/io y ubo 
de governar otro las tierras del imperio? Soy yo acaso el emperador 
Galieno que por no ser para conservar los reinos del imperio romano 
consintiô que el rey de Palmira Odenato y aun su muger Zenobia 
y otros muchos tiranos ocupassen muchas tierras y senorios? Soy yo 
el tirano Macrino que partia el imperio de buena gana con Helio- 
gabalo? Soy yo por ventura tan insensato que tengo de dar a ningun 
estraîîo lo que es mio por tan justo titulo? Y lo que por mui justas 
causas me esta tan a cuenta? Séria bueno que yo dejasse a mis hijos 
pobres y diesse yo al rey Francisco con que hiçiesse a sus hijos ricos! 
Harto es que un principe como yo aya sido hasta agora libéral en 
dar a los estranos, sin que me obligen dende adelantea ser prodigo de 
lo que debo guardar para mis proprios hijos. 

El rey Francisco queria dejar iguales a sus hijos todos en princi- 
pados y senorios y aun si pudiesse en reynos. Al mayor queria dar el 
reyno de Francia y dé Bretaiïa, al otro el estado de (Drliens y al otro el 
ducado de Milan. Esto es lo que queria el rey Francisco. Donosa cosa 
por cierto que quiera el rey de Francia con mi hazienda engrandeçer 
a sus hijos? Y que quiera con lo que es ageno liazer mercedes a los 
suios? Y que le pesse guarde yo lo que es mio proprio para hazer 
bien a los mios!* 

Pues sepa el rey Francisco y sabed todos los que estais en este 
ajuntamiento y sepa lodo el mundo que no estan obligados las manos 
libérales, francas y cuerdas a dar aquello que piden las lenguas 
ambiçiossas y insensatas, porque assi como yo por ningun aconteci- 
miento tengo de tomar lo' ageno, tampoco quiero que se entienda que 
tengo de dar a nadie lo que es mio. Yo no tengo de ensuziar mis 
manos en tomar lo de los estranos ni tengo de limpiar las agenas 
en dar lo de mis mesmos hijos, y advierto mas que quiero que 
sepa el rey de Francia que tengo de vengar las injurias bêchas al 
duque de Saboya, y sepan y entiendan todos mi inlento y propo- 
sito, y no diga despues el rey Francisco que le cojo por engano o le 
acometo de sobresalto, por tanto le doy bien claro y l)ien manifiesto 
aviso. 

Yo me yre de aqui con el favor de Dios a Lombardia y juntaré alli 
el mayor exercito que fnere possible a mi potencia y entrare con él 
por el reyno de Francia, procurando como buen cavallero por las 
armas tomar vengahza de las injurias, y vcngare los agravios que se 
ubieren hecho a los mios v tomare emienda de los desacatos que se 



2'j/i IU:[.r,F,TIN HISPANfOUK 

ubieren comelido contra mis rcynos y estado y senorios, como lo han 
tenido siempre de costumbre los emperadores romanos. 

Aunque lo mejor de todo fuera excusar los grandes maies que se 
suelen seguir de la guerra, adonde ordinariamente padescen aquellos 
que no tienen culpa, porque aunque las guerras sean mui justificadas, 
ordinariamente sucçeden en ellas mil injusticias, y asi ayamoslo los 
dos de bueno a bueno y libremos en las armas nuestro negoçio, y de 
su persona a la mia haga el rey Francisco conmigo campo^ que dende 
agora le provoco, repto y desafio, y prometo con él matarme como 
y quando y adonde y de la manera que quisiere y le pareçiere. 

Porque yo estoy cierto que, siendo la culpa suia y su ambicion la 
levadura de la guerra, que le sobrarân demeritos para série des- 
faborable la fortuna, y segun que es la empressa mia tan justa y tan 
justificada mi causa, tengo en mi Dios mui granda fiducia que como 
hasta oy siempre me ha hecho victorioso contra el rey de Francia 
y contra los enemigos de su santo nombre y los de mi corona y 
monarchia, que me ayudarâ tambien aora en la batalla y me pondra 
en las manos la Victoria. 

Malgré un peu de délayage et quelques moralités oiseuses, 
cette version rend avec une exactitude suffisante et un mou- 
vement assez heureux la célèbre harangue. Que faut -il 
conclure de sa présence dans la Recopilaciôn de Fr. Ignacio 
de Piîia.^ Que même dans les contrées espagnoles bien 
éloignées de la métropole le morceau plaisait encore et 
flattait la vanité nationale. Au xvii' siècle, à vrai dire, on avait 
perdu de vue ce qui lui donna, originairement, un relief 
particulier : la langue dans laquelle il avait été prononcé. 
A cette époque tardive, le rêve qu'avaient pu former les 
Espagnols sous le grand empereur de voir leur idiome se 
répandre dans tout le monde civilisé s'était hélas ! dissipé. 
Toutefois bien des esprits s'en nourrirent encore assez long- 
temps. Qu'on se remémore, par exemple, la fin du manifeste 
de Francisco de Médina en l'honneur du castillan, qui sert de 
frontispice au Garcilaso commenté par Herrera et publié à 
Séville en i58o, manifeste qui est le pendant de la Déffense el 
Illustralion de notre Du Bellay. En terminant, Médina compare 
la langue espagnole à une Hélène au pouvoir des barbares; les 
princes grecs, c'est-à-dire les bons écrivains, iront ravir cette 
pudique matrone à ceux qui voudraient en faire une vile 



L ESPAG.NOL LA.NGIK IMVKKSEKLE 



courtisane. Mais il faut laisser dans l'original cette péroraison 
qui se déroule majestueusement et finit sur une note héroïque 
et guerrière : « Se començarà a descubrir mas clara la gran 
belleza i esplendor de nuestra lengua; i todos encencidos en 
sus amores la sacarémos, como hizieron los principes Griegos 
a Elena, del poder de los barbaros. Encogerase ya de oi mas 
Tarrogancia i presuncion de los vulgares, que enganados con 
falsa presuncion de su aviso, osavan requestar atrevidamente 
esta matrona onestissima; esperando rendilla a los primeros 
encuentros, como si fuera alguna vil ramera i desvergonçada. 
Incitarânse luego los buenos ingénies a esta competencia de 
gloria ; l veremos estenderse la magestad del lenguage Espanol, 
adornada de nueva i admirable pompa, hasla las uliimas pro- 
vincias, donde viloriosamente penetraron las vanderas de niieslros 
exercitos. » Gela s'écrivait huit ans avant l'Invincible Armada. 
Même quarante ans plus tard, l'historien de Philippe II, Luis 
Gabrera de Gordoba, nous représente encore son héros confiant 
aux soldats d'Espagne la mission de répandre la langue espa- 
gnole sur une surface douze fois plus étendue que celle où 
régnèrent les langues grecque et latine : « haciendo la [lengua] 
castellana gênerai y conocida en todo lo que alumbra el sol, 
Uevada por las banderas espanolas vencedoras con envidia de 
la griega y latina, que no se extendieron tanto con doce 
partes ' . « 

A. MOREL-FATIO. 

I. Filipe segundo rey de Espaha, Madrid, 1619, Lib. I, Cap. I. 



UNIVERSITÉS ET ENSEIGNEMENT 



Mémoires pour le Diplôme d'Études Supérieures 
(Toulouse, Bordeaux). 

Nous avons à signaler la soutenance de quelques mémoires pour le 
Diplôme d'études supérieures d'espagnol. On sait que la préparation 
et la soutenance publique de ces petites tiièses constituent, en quelque 
sorte, la préface obligatoire ou la première des épreuves d'agrégation. 

M"° V. Paraire, professeur au collège de jeunes filles de Per- 
pignan, avait pris pour sujet l'étude des Quatre nouvelles de Lope de 
Vega. Elle prétend établir que ces quatre nouvelles ont été écrites 
uniquement pour l'amusement de D" Leonarda Marcia, sans souci des 
règles du genre, sans autre préoccupation que celle de plaire par la 
variété du ton. Les nombreuses digressions humoristiques suffiraient 
à prouver que l'auteur n'attache pas grande importance à la fable en 
elle-même, et qu'il n'a eu nulle intention de rivaliser sur le terrain 
psychologique ou littéraire avec l'auteur des Aovelas Ejemplares. 
L'intention satirique est, çà et là, évidente, et l'on pourrait parfois 
songera une parodie. L'auteur du mémoire n'insiste pas autant qu'on 
l'aurait souhaité sur la langue, la grammaire ou le vocabulaire de ces 
nouvelles. Ce sont cependant des remarques de ce genre qui pour- 
raient surtout rendre utiles et profitables ces sortes de travaux. 

M. Espesset, professeur au collège de Villefranche-de-Rouergue, a 
également présenté à la Faculté des Lettres de Toulouse et dans la 
même session de novembre, un mémoire sur le Personnel des romans 
picarestjues, d'après les documents historiques contemporains. Il 
s'efforce d'y démontrer que les historiens, les moralistes, les écono- 
mistes, etc., confirment et, au besoin, éclairent les témoignages 
fournis par les romanciers sur les diverses classes de la société et sur 
la moralité publique, au xvi° et au xvii' siècle. On s'en doutait bien; 
mais l'auteur, s'il n'avait plus à faire preuve d'originalité sur un sujet 
qui commence à s'user, a tenu du moins à réunir et à mettre en ordre 
tous les témoignages allégués çà et là avant lui ; et il a fait preuve du 
moins de patience et de méthode. Peut-être eût-il été bon tout d'abord 
de se demander quelle est la valeur exacte de la déposition apportée 
contre la moralité de la société espagnole par les Picaresques, et s'il 
ne convient pas de voir, chez beaucoup d'entre eux, moins les résul- 
tats d'une enquête consciencieuse sur les mœurs du temps, que 



UNIVERSITES ET ENSEIGNEMENT 327 

le simple désir de se conformer à un type littéraire fixé une ibis pour 
toutes et indéfiniment reproduit. Les clichés abondent dans cette 
littérature. 

M. Agoslino, professeur au collège de Blaye, a présenté à la faculté 
des Lettres de Bordeaux, et soutenu le 29 novembre, un mémoire 
contenant un Vucabulaire des termes de jeux de cartes employés dans 
la littérature au temps de Philippe 111 et de Philippe IV. Celte 
recherche pouvait être fort utile aux lecteurs des classiques espagnols, 
car ils sont souvent arrêtés par des termes de jeux assez obscurs, et 
ces jeux eux-mêmes ont introduit dans la langue courante une foule 
d'expressions et de métaphores qui ont besoin d'explications, mais 
que les éditeurs s'abstiennent le plus souvent de donner. C'est ainsi 
que M. Agostino explique facilement par une suerte de naipes, dite le 
mazo, qui valait 55 points, un passage du Buscôn, de Quevedo (11, 
VIII) qui a dérouté les anciens comme les nouveaux commentateurs 
de ce dernier, M. Fernândez Guerra aussi bien que M. Castro (edad de 
marzo, cincuenta y cinco). — La forme du dictionnaire alphabétique 
est évidemment la plus commode pour la consultation, mais l'auteur 
(sans prétendre composer une histoire complète des jeux de cartes en 
Espagne) aurait eu intérêt à réunir dans une introduction nécessaire 
un certain nombre de renseignements généraux ou de données indis- 
pensables, qui se trouvent éparpillées en partie sous des mots où l'on 
ne songerait pas toujours à aller les chercher. Ajoutons que les dates 
entre lesquelles il prétend enfermer ces recherches ont paru arbi- 
traires : ce serait se priver des moyens d'informations les plus riches 
parfois et les plus précis que de s'abstenir de remonter au delà de 
Philippe III. Malgré ces lacunes ou ces faiblesses du plan, un tel 
mémoire, plein de renseignements qu'on ne trouverait que bien diffi- 
cilement et épars dans une foule d'ouvrages, est évidemment un 
travail des plus utiles, que l'auteur pourra aisément compléter et qui 
sera alors d'un grand secours à tous ceux qui ont à s'occuper de la 
littérature picaresque en particulier ou du théâtre populaire». 

E. M. 



Institut Français en Espagne. 
(Union des Étudiants français et espagnols.) 

Les cours, français et espagnols, qui avaient lieu les années précé- 
dentes à l'Université de Madrid, se feront cette année à l'Institut 
français nouvellement construit dans la rue del Marqués de la Ense- 

I. Les jurys étaient, composés : à Toulouse de MM. Aiiglade, Martinciiclie et 
Mérimée; à Bordeaux, de MM. Bourciez, Cirot et Mérimée. 



r^aS lîULLETIA IIISPAMQI E 

nada, 10. Ils commenceront le 27 mars et dureront jusqu'à la fin 
d'avril. 

Voici le programme sommaire des cours français : 

M. Bougie, chargé de cours à la Sorbonne : La Sociologie française 
au xi.V siècle. 

M. Dumas, doyen de la Faculté des Lettres de Toulouse : Les préli- 
minaires de la Révolution française. 

M. Le Breton, professeur à l'Université de Bordeaux : Études d'histoire 
littéraire française. 

M. Mérimée, professeur à l'Université de Toulouse : Études pratiques 
de langue et de littérature françaises . 

M. P. Sabatier, doyen de la Faculté des Sciences de Toulouse : La 
Catalyse. 

M. M, Wilmotte, professeur à l'Université de Liège: Histoire de la 
langue française. 

(Le programme détaillé des cours sera publié en temps utile.) 

Les conférences de langue et de littérature espagnoles pour les 
étudiants français seront faites tous les jours, à partir du 27 mars, 
à l'Institut. Elles seront dirigées par MM. Menéndez Pidal, professeur 
à l'Université centrale, M. Américo Castro et AngelVegue, professeurs 
et docteurs en philosophie et lettres de l'Université de Madrid. 

Tous les cours et conférences sont gratuits. S'adresser pour les 
renseignements à M. le professeur E. Mérimée, Université de Toulouse. 



Inauguration de l'Institut français à Madrid. 

La cérémonie d'inauguration des deux sections (École française de 
Hautes Études hispaniques, fondée par l'Université de Bordeaux, et 
Union des Étudiants français et espagnols, fondée par l'Université de 
Toulouse) qui constituent l'Institut Jrançais de Madrid, aura lieu le 
26 mars, sous la présidence de M. Steeg, ministre de l'Instruction 
publique. 



BIBLIOGRAPHIE 



Amédée Pages. Auzios Mardi et ses prédécesseurs. — Étude sur 
la poésie amoureuse et philosophique en Catalogne aux xiv^ et 
xV siècles. Paris, Champion, 1912, xix-469 pages. 

L'ouvrage dont le titre précède est la contribution la plus riche et la 
plus précise qui ait été apportée jusqu'ici à la connaissance d'une 
époque littéraire et d'un poète qu'il est impossible de bien goûter sans 
une initiation spéciale. M. A. Pages, bien préparé par ses origines 
catalanes, ses travaux antérieurs et aussi par ses études philoso- 
phiques (fort utiles en pareil sujet), nous offre, en même temps 
qu'une édition cri tique de la première partie des poésies d'AuziasMarch '- 
(que nous laissons à de plus compétents le soin d'apprécier), une 
étude biographique, philosophique et littéraire que nous voudrions 
rapidement analyser. Cette étude, présentée à la Sorbonne comme 
thèse de doctorat, y a été « très honorablement » accueillie, et elle le 
méritait de tous points. 

La partie la plus nouvelle de cette étude est sans doute celle con- 
sacrée à la biographie d'Auzias March (p. i à i25), si mal connue 
malgré les notices de Figuères, Roca, Fuentes au xvi' siècle, de 
Mayans, Ortiz, Borrull au xviii"; et, plus près de nous, de Quadrado 
ou Milâ. M. Pages a notablement enrichi cette biographie et celle des 
ascendants du poète par la découverte d'une foule de documents 
d'archives. Grâce à ce labeur méritoire, nous distinguons mieux les 
cinq Père March, dont le dernier fut le père du poète, et Jacme 
March II, qui fut son oncle, tous deux chevaliers et poètes. 

De tous les détails sur les ascendants d'Auzias, ce que nous rete- 
nons, c'est que le culte de la poésie était depuis longtemps en honneur 
dans cette famille. Mais en laissant à l'atavisme la part qui lui revient, 
c'est dans la vie intime et amoureuse du poète que nous aimerions 
à surprendre la source de son inspiration, puisqu'il fut répuié comme 
l'un des chantres de la passion et que, d'autre part, le critique pré- 
tend c( étudier l'œuvre à la lumière de la biographie et la biographie 
à la lumière de l'œuvre » ; ce qui n'est guère possible qu'à la condi- 
tion que les documents soient suffisamment nombreux et significatifs, 
et que la chronologie des poésies permette de replacer dans leur ordre 
les confus incidents de cette psychologie compliquée. A cette dernière 
étude, M. Pages avait consacré une étude préliminaire dans la Ronia- 

I. Les Obres d'Auzias Mardi, ediciô crilica, pcr Amadeu Pages, Voluni 1, introducciô, 
lexl critic de les poésies I d LXXIV. — Ouvrage publié par l'Institut d'Esludis catalans, 
de Barcelone. L'édition comprendra trois volumes. 

Bull, hispan. 16 



23o BULLETIN HISPANIQUE 

nia, en 1907. C'est maintenant à la connaissance de l'homme et de 
l'amoureux qu'il s'applique dans les premiers chapitres de l'ouvrage 
(chap. IV à VIII). 

La date exacte de sa naissance reste inconnue. M. Paz y Melia la 
place en i38i ; M. Pages la recule jusque « vers 1897 ». Il est probable, 
mais non certain, qu'il vit le jour à Gandia. Le prénom assez rare 
d'Auzias ne serait qu'une forme valencienne de celui d'Elzéar, porté 
par le Provençal Elzéar de Sabran, canonisé en iSGg, et qui fut l'un 
des héros du pur amour. Admis dans l'ordre de la chevalerie en ilxiH 
ou ^19, après des études sur lesquelles nous manquons de rensei- 
gnements, Auzias suivit Alphonse V dans les expéditions de Sardaigne 
et de Corse en 1^20, et prit part à celle de 1424 contre les barbares- 
ques de Tunis. Grand fauconnier du roi dans la région, particulière- 
ment giboyeuse, de l'Albufera, il se consacra désormais à l'adminis- 
tration de ses biens et au culte des lettres. Des documents produits, il 
résulte que March fut un propriétaire avisé et un seigneur très attaché 
à ses prérogatives. Ses procès fournissent des détails intéressants sur 
la vie valencienne au xV siècle. Malheureusement, sa vie sentimentale, 
pendant son adolescence et sa jeunesse, ne peut guère être devinée 
que par son œuvre. Marié en 1437 (il avait alors plus de quarante 
ans), avec Isabel de Martorell (7 1439), il épouse en secondes noces, 
quatre ans plus tard, Johana Scorna, que nous avons le regret d'ailleurs 
de ne connaître, de même qu'lsabel, que par des actes notariés. 
Johana mourut à son tour en i454. March, s'il n'eut point d'héritier 
légitime, laissa du moins plusieurs bâtards, trois fils et une fille, à 
notre connaissance. Ses goûts, quelque peu vulgaires, ses «liaisons 
ancillaires », ses « caprices orientaux » forment un commentaire 
plutôt fâcheux aux poésies qui « exaltent les beautés de l'amour pur», 
et justifient amplement ses remords et ses lamentations. Il a donc 
connu par des expériences personnelles et, je le crains bien, conco- 
mitantes, les trois catégories d'amour superposées qui formaient 
l'existence sentimentale des hommes de l'époque, à commencer 
par le marquis de Santillane, le prince Charles de Viane, le roi 
Alphonse V lui-même, et nous leur joindrons sans scrupule le génial 
archiprêtre de Hita : c'est à savoir l'amour raffiné, quintessencié, dont 
ils nous entretiendront avec tant de complaisance, l'amour conjugal, 
qui évidemment les inspire beaucoup moins, et l'amour déréglé^ le 
fol amour, auquel ils cèdent toujours en gémissant. 

Autre contradiction, et très humaine aussi : ce pliilosophe, qui fait 
en vers si bon marché des biens d'ici-bas, paraît avoir été, comme il a 
été déjà dit, un homme d'affaires des plus retors et des mieux rentes. 
M. Pages estime à io5,ooo sous (ce qui, à i5 sous le florin, représen- 
tait alors une somme des plus rondelettes) les biens dotaux à lui 
apportes par ses deux femmes. Joignons-y l'usufruit de leurs biens 



BIBLIOGRAPHIE 



281 



immobiliers et sa fortune personnelle (5o,ooo sous), avec les seigneu- 
ries de Beniarjô, de Pardines et de Verniça, au territoire de Gandia. 
Et ce n'est pas tout. 

Il avait encore la maison de Gandia, le palais de Beniarjô, la confor- 
table demeure de Valence (actuellement rue de Cabilleros, 7), dont 
M. Pages nous fait si minutieusement les honneurs, et où le poète 
meurt en mars 1469. Il avait en somme, comme Sénèquc,tout ce qu'il 
faut pour célébrer la pauvreté. 

La deuxième partie du livre (p. laS-igS) est consacrée aux antécé- 
dents et au milieu littéraires où se forma et se développa le talent 
d'Auzias March. En deux chapitres substantiels est condensée l'histoire 
de la poésie catalane, d'abord du début du xiV siècle à la fondation 
de l'Académie de Barcelone en iSgS, puis de iSgS à i43o, époque où 
notre poète commence à écrire. Pendant cette période l'imitation des 
Provençaux et des Français est encore prépondérante, mais elle est 
fortement battue en brèche par celle du grand triumvirat italien, 
Dante, Pétrarque et Boccace. La culture gréco-romaine, restaurée par la 
Renaissance, se mêle à la scolaslique et au thomisme qui tente la con- 
ciliation du dogme et d'Aristote, Toute la famille des March et surtout 
Jacme, Père et Arnau, prirent une part active à cette rénovation des 
lettres: ce fut dans ce milieu et sous ces diverses influences, nationales 
ou étrangères, antiques ou modernes, que mûrit le talent d'Auzias. 

Nous arrivons ainsi à l'étude capitale (3° partie, p. 198-423), celle 
de ses œuvres. Ces dernières comprennent 138 pièces, que M. Pages 
divise en quatre catégories, selon qu'elles chantent l'Amour, la Mort, 
la Morale, la Religion, division qui n'est peut-être pas à l'abri de 
toute critique, mais qui a du moins le mérite d'être claire et commode. 
Les poésies amoureuses sont de beaucoup les plus nombreuses; la 
reconstitution, forcément arbitraire sur certains points, du roman 
d'amour que l'on devine, laisse une impression assez confuse, et il 
était difficile sans doute d'établir une suite rigoureusement logique 
et une succession chronologique certaine entre des inspirations où le 
caprice du ïnoment a dû entrer pour une forte part, et dont la mono- 
tonie est plutôt soulignée par cette classification méthodique. Faut-il 
s'étonner, au demeurant, que le portrait de la Dame, qu'elle se nomme 
BeU'ab bon Seny, Lir entre caris, ou tout simplement Thérèse, manque 
de traits précis et reste un peu « Hou » ') Le contraire nous surprendrait, 
car je crois bien, avec M. Pages, qu'il n'y a là « qu'un idéal de conven- 
tion, le type de la Femme consacré par le Moyen-Age ». Ses pcrfec tions 
sont d'ordre intellectuel, philosophique et ses attraits, immatériels. 
C'est « la femme blanche, délicate et sans poitrine », à laquelle iNlarch, 
pour rétablir l'équilibre, oppose, en manière de repoussoir, et peut- 
être sans plus de vérité réelle, l'horrible Na Monbohi, qui me fait 
songer à la Serrana, « à la gran yegua cavallar » de Juan Ruiz. Et, à ce 



332 BULLETIN HISPANIQUE 

sujet, la riche galerie de femmes de l'ardent archiprêtre nous mon- 
trerait au besoin la différence entre une peinture symbolique et un 
portrait réaliste. En somme, il est aventureux de dire quelle est la 
part de vérité, d'expérience personnelle enfermée par March dans ses 
poésies amoureuses. Si « ses amours poétiques ne furent pas une 
simple fiction » comme l'assure son biographe, il a du moins soigneu- 
sement dissimulé et comme noyé la précision de ses souvenirs sous la 
vague phraséologie à la mode et sous les formules traditionnelles 
chères aux troubadours. 

Car c'est à ces derniers, quoi que l'on en ait dit, que March se 
rattache directement. M. Pages s'applique à en multiplier les preuves 
et à démontrer que l'on a exagéré l'influence de Pétrarque, à peu près 
nulle en réalité. 11 a contre lui, il est vrai, la plupart des critiques 
antérieurs, Quadrado, Milâ, Amador de los Rios, J. Rubiô y Ors et 
même Menéndez y Pelayo, qui tous, plus ou moins, voient dans la 
métaphysique amoureuse de Pétrarque la source principale de l'inspi- 
ration du poète catalan. M. Pages énumère tous les emprunts faits 
par Auzias aux poètes d'oc et d'oil. Ces emprunts sant nombreux, 
souvent significatifs, et ils portent tout aussi bien sur les thèmes 
ordinaires et les lieux communs de l'amour courtois que sur la forme 
poétique codifiée dans les Leys d'amors par l'Ecole toulousaine. March 
a est un troubadour attardé ». 

Cette démonstration est capitale. Pétrarque et March se ressemblent 
uniquement parce qu'ils ont emprunté aux mêmes sources pro- 
vençales. Mais les analogies s'arrêtent là. Au fond, Pétrarque est un 
homme de la Renaissance, March se rattache au Moyen-âge, et c'est 
là que sont ses véritables inspirations. Sa philosophie (et il en a mis 
beaucoup dans sa poésie), il l'a empruntée à la Somme de saint 
Thomas eikV Ethique à Nicomnque d'Aristote. Après avoir lu le chapitre 
où ces origines sont exposées, il est difficile de ne pas admettre qu'en 
effet sur les rapports de l'âme et du corps, sur les trois facultés 
(entendement, volonté, mémoire), sur les passions concupiscibles et 
les irascibles, etc., March n'avait guère d'autre science que celle puisée 
dans ces deux autorités alors souveraines. 

Ce qui le séduit surtout, c'est la théorie de l'amitié, telle qu'elle est 
exposée dans la Morale à Nicomaqae, théorie qui renforce la conception 
de l'amour chevaleresque ou courtois, et se confond avec elle dès 
le xii" siècle. Amour pur, amour mixte, amour bestial correspondent 
assez exactement aux trois formes de l'amitié aristotélicienne, et se 
retrouvent aussi bien chez saint Thomas que dans le Trésor de 
Brunetto Latino et, peut-on dire, dans tout h Moyen-Age : 

Très amors son per on amadors amen: 

l'a es honest e l'allr'es delitable ; 

del terç me call qu'es lo profil amable. 



BIBLIOGRAPHIE 233 

Cette philosophie amoureuse est subtile en ses principes, délicate 
en ses applications et la méthode en est purement scolastique. On se 
demande avec quelque inquiétude ce que devient la poésie dans 
ces analyses compliquées et ces raisonnements en forme. Et l'on 
en arrive volontiers aux conclusions du critique: « Amoureux intellec- 
tuel, il raisonne ses émotions plus qu'il ne les sent, les transforme en 
idées, et ces idées sont celles de l'Ecole... Le voile du Irobar dus rend 
cette psychologie subtile plus inaccessible encore. » Certes! 

Oii donc, puisqu'elle n'est pas dans les chansons d'Amour, oîi donc 
trouverons-nous une inspiration vraiment personnelle, qui ne devra 
rien, ou, si c'est trop demander, qui ne devra pas tout aux philosophes 
et aux théologiens? Sera-ce dans les chansons de Mort, qui pleurent 
la Dame disparue? Mais ici encore, sans compter (jue March suit 
toujours ses modèles, ((l'esprit lient plus de place que le cœur». 
Nous sommes loin de Dante, de Pétrarque... et de Lamartine. La 
(( douceur des larmes », dont il parle si volontiers, son désespoir qui 
attend très patiemment, avant de prendre une décision suprême, des 
nouvelles de l'autre monde, lesquelles ne viennent naturellement 
point, sa résolution finale de « conserver la vie par crainte de l'enfer » 
ne vont pas sans quelque danger de ridicule. Dans tous les cas « sa 
douleur nous laisse froids «k Fâcheuse conclusion pour un poète du 
sentiment! 

Il serait surprenant que cette poésie, absente jusqu'ici, se trouvât 
dans les pièces morales et religieuses, et, en fait, l'érudition et la 
scolastique se donnent trop libre carrière dans les dix-sept œuvres 
morales (sirventes du début, poésies philosophiques postérieures) 
qui composent cette catégorie. Le lieu commun y triomphe avec 
ampleur. Et cependant c'est là que, pour notre part, nous découvrons 
quelques-uns des vers les plus fermes, les plus vrais, les plus émus 
du poète. La pièce Pays que sens tu..., qui est une prière à l'heure de 
la mort, couronne dignement toute l'œuvre; l'on y sent un accent, 
une émotion trop rares ailleurs. « C'est là seulement qu'il est vraiment 
poète et manifeste quelque personnalité. » Est-ce donc tout? 

Car nous voici aux deux chapitres de conclusion, qui nous 
permettront enfin, en connaissance de cause^ de mesurer l'influence 
exercée par le poète, et de l'apprécier à sa vraie valeur, qui jusqu'ici 
n'apparaît guère. 

Naturellement, l'influence de March s'exerça tout d'abord sur ses 
compatriotes de langue limousine. De cette action, M. Pages relève avec 
soin tous les témoignages dans la littérature du xvi° siècle, ainsi que 
les emprunts que lui font, sans toujours le citer, Catalans et Valenciens. 
Mais, en vérité, cette imitation n'a rien produit qui s'impose par des 
mérites éminents. Ni Père Torroella, ni Romeu Lull, ni, plus tard, 
Juan Fernândez de Heredia, Père Serafi ou Joan Pujol ne font grand 



aS/i BUL[,EÏIN HISrANlQUE 

honneur à leur modèle. Ce sont, en réalité, les poètes de langue 
castillane qui, à la suite de Boscân, remettent Auzias March à la mode. 
De 1539 à i56o se réimpriment et se traduisent ses poésies; éditions 
et versions paraissent avoir été bien connues des écrivains de cette 
époque. Milâ et Menéndez Pelayo avaient montré déjà en quelques 
pages excellentes ce que Boscân lui devait personnellement. M. Pages 
pousse plus loin cet inventaire et, chemin faisant, rectifie certains 
détails. Que doivent exactement à March Garcilaso, Mendoza, Getina, 
Léon, Herrera ? Quelques citations, quelques vers, quelques expressions 
assurément, peu de chose en réalité. Mais du moins le souvenir plus 
ou moins précis du poète catalan, son n/uerte y sabroso y dulce 
llanlo », comme disait Boscân, paraît être resté dans les mémoires. 
Baltasar de Romani' en lôSg, Juan de Resa en i555, Jorge de 
Montemayor en i56o, le traduisent en prose ou en vers; l'évêque 
d'Osma, Honorato Juan, le commente, comme on devait commenter 
Garcilaso, Herrera ou Gôngora. Mais commentaires et vocabulaires 
montrent qu'on ne le comprend plus bien, et les causes de l'oubli 
qui gagne (discrédit de la littérature chevaleresque, décadence de la 
scolastique, désuétude du catalan et du limousin) sont fort justement 
énumérées par M. Pages. Le romantisme du xix" siècle, la Renaissance 
catalane, les travaux des érudits, les études comme celle que nous 
analysons, les éditions nouvelles de l Institut d'Estudis Catalans, sulïi- 
ront-ils à restaurer la gloire trop oubliée du vieux poète valencien ? 

Il n'est pas inutile, même après la consciencieuse et pénétrante 
étude que nous nous efforçons de résumer, de montrer pourquoi et 
dans quelle mesure cette restauration est vraiment méritée. Ce n'est 
])as seulement, croyons-nous, parce que March fut le premier 
(( troubadour catalan » qui nationalisa la langue poétique. Ce mérite 
touchera surtout les érudits et les grammairiens. C'est encore et 
surtout pour ses mérites propres et originaux. On n'accusera pas, je 
pense, M. Pages d'avoir exagéré ces derniers, ni d'avoir surfait son héros. 
On serait plutôt tenté parfois de penser qu'il pousse l'impartialité 
jusqu'à la sévérité, ou, si l'on veut, qu'il a mieux réussi à montrer 
ses défauts que ses qualités. Manque de spontanéité, obscurité, lieux 
communs, sécheresse poétique, prosaïsme, absence d'originalité et 
d'imagination créatrice, tous ces défauts ne sont que difficilement 
compensés par son mérite comme philosophe ou comme théologien, 
car, comme le dit fort justement M. Pages, u en transportant la phi- 
losophie dans la chanson provençale, il est arrivé à superposer les 
subtilités de la scolastique aux raffinements élégants de l'amour 
courtois. C'est le trobar dus plus compliqué, la poésie fermée à 
double tour ». 

Tout cela est juste. Et cependant, sans nier ces imperfections et ces 
insuffisances, quiconque, même sans une connaissance bien appro- 



BIBLIOGRAPHiÈ 235 

fondie de la langue, a parcouru l'œuvre du vieux poète, reconnaîtra 
qu'à nous en tenir là, notre jugement resterait incomplet, parce qu'il 
ne tient pas compte des sérieuses beautés de cet art subtil, souvent 
pénible, mais pénétrant, vigoureux et viril. Sans doute, ce qui lui 
manque de charme, d'imagination plastique et pittoresque, de ten- 
dresse émue, apparaît aussitôt qu'on le rapproche de Pétrarque, mais 
quelques-unes de ses poésies tout au moins expriment avec force des 
sentiments douloureux ou mélancoliques, rares jusqu'alors dans la 
lyrique : « C'est un poète incomplet, disait Milâ, mais c'est un grand 
poète ; il en est peu dont on pourrait citer tant de beaux fragments 
ou de pensées mémorables, n Et c'est encore ce qu'a mis en lumière 
Menéndez y Pela\o dans les pages qu'il lui a consacrées à propos de 
Boscâu'. Peut-être est-ce quelque peu confondre les époques que de 
voir en lui « un lyrique pleinement romantique, qui avait deviné le 
romantisme dans ce qu'il a de plus intime et de plus douloureux », 
et d'apercevoir « dans son pessimisme comme des éclairs de la poésie 
byronienne ». Mais il est certain que la personnification de la Mort 

Ploranl sos iills per sobres de gran (joig, 

et berçant la douleur humaine de sa voix mélodieuse, fait songer à 
Espronceda et soutient la comparaison avec les plus beaux vers du 
prologue du Diablo Miindo. 

Des beautés de ce genre suffiraient à faire oublier bien des faiblesses. 
Que le nouveau critique les ait goûtées comme elles le méritent, il 
n'est point douteux^, car, sans cela, une étude, faite évidemment avec 
amour, et une édition aussi monumentale ne s'imposaient point. Mais 
après avoir fourni au lecteur, au prix des recherches les plus patientes, 
tout ce qui était nécessaire à ce dernier pour pénétrer dans la parfaite 
connaissance de l'époque et du poète, peut-être, par crainte d'une 
vaine rhétorique, a-t-il trop compté que ce lecteur se formerait 
lui-même un jugement sur la valeur de l'inspiration ou sur le mérite 
de la forme. 

Quoi qu'il en soit, la présente étude fait grand honneur à l'érudition 
et au goût de l'auteur, et il faut nous féliciter de trouver en France 
(laquelle, ne l'oublions pas, est directement intéressée aux études 
catalanes) un juge dont la compétence est reconnue par les savants 
catalans eux-mêmes. Et à ce sujet, me sera-t-il permis d'exprimer 
un regret? N'est-il point fâcheux qu'à une époque où l'enseignement 
de nos Universités se développe en tous sens avec tant d'ampleur, il 
n'existe nulle part chez elles le moindre enseignement de langue ou 
de littérature catalanes et que nos jeunes Français, dont une partie 
parle catalan, soient obligés de l'aller chercher... en Allemagne? 

E. MÉRIMÉE. 

1. Antologia de poetas liricos rasleilanos, tomo XIII (igo8), p. aSg-SoCii 



CHRONIQUE 



— La Bibliothèque de l'École des Hautes-Études s'est augmentée 
d'un 202' fascicule, l'Historiographie de Charles-Quint, première partie 
suivie des Mémoires de Charles - Quint, texte portugais et traduction 
française, par Alfred Morel-Fatio (Paris, Champion, 1918, 869 pages 
'in-8"). 

— Notre collaborateur M. J. Mathorez a publié dans le Bulletin 
du Bibliophile un article sur Le poète Olényx du Mont-Sacré, bibliothé- 
caire du duc de Mercœur (I561-16I0), de son vrai nom Nicolas de 
Monlreux, imitateur de Jorge de Montemayor et auteur d'une épopée 
intitulée L'Espagne conquise par Clutrles le Grand. Tiré à part, 19 12. 

— M. Paul LafFargue, ancien membre de l'École française de 
Madrid, professeur au Lycée de Bordeaux, fait cette année, à la 
Faculté des Lettres de Bordeaux, un cours libre sur Velâzquez. 

— Une / mise à la place d'une / en fin de ligne (p. 110, avant- 
dernière ligne, de notre dernier fascicule) a transformé le mot vij en 
vil : ce menu accident, survenu au moment de la mise sous presse, 
n'aura pu, nous l'espérons, inquiéter l'écrivain sympathique dont il 
était question. G. C. 

— La librairie Auguste Picard (rue Bonaparte, 82, à Paris) vient 
de publier dans sa belle série de Manuels un nouveau volume qui 
intéresse beaucoup l'Espagne et ses anciennes colonies. 11 s'agit du 
Manuel d'archéologie américaine, par M. H. Beuchat (lxi et 778 pages 
in-8°). On y trouve, outre une bibliographie très complète de l'amé- 
ricanisme et un historique de la découverte et de la colonisation du 
continent américain, les données les plus précises sur l'Amérique 
préhistorique et les anciennes civilisations du Mexique, de l'Amé- 
rique centrale, du Pérou, etc. Une illustration fort bien choisie 
accompagne le texte. Cet ouvrage atteste une véritable renaissance 
de l'américanisme dans notre pays et montre que la France occupe 
une place très honorable dans ce genre d'études, qu'ont illustré les 
Longpérier, les Siméon, les Boban, les Hamy et que continuent 
aujourd'hui le titulaire actuel de la chaire du Collège de France, le 
D' Capitan, le vaillant explorateur le D' Rivet, M. Raynaud à l'École 
des Hautes-Études, et d'autres. 

io mars 1913. 

LA RÉDACTION : E. MERIMEE, A. MOREL PATIO, P. PARIb. 

G. CARO't , secrétaire ; G . KkHET, directeur-gérant. 

Bordeaux. — Imprimeries GouROirLHOi , rue Guiraudc, 9-1 1. 



^1 

Vol. XV. Juillet-Septembre 1913 N» 3. 



LES DÉCLAMATEURS ESPAGNOLS 

AU TEMPS D'AUGUSTE ET DE TIBÈRE 

{Snile ' ) 



VII 

Le déclamateur M. Porcius Latro. — Vie et caractère de Latron. 

— Son école et son enseignement. — Ses principaux « audi- 
tores )). — Mauvais succès de Latron quand il plaide en Espagne. 

— Son manque de tact quand il déclame une controverse en 
présence d'Auguste, d' Agrippa et de Mécène. — Le suicide de 
Latron. 

Compatriote et ami de Sénèque dès l'enfance, Latron naquit 
comme lui à Cordoue, entre 691-63 et 695-69, et vint avec lui 
à Rome en 712-^2, pour fréquenter l'école de MaruUus, où il 
fut un élève brillant et irrespectueux. On a vu qu'il déclamait 
en 737-17 devant Auguste, Mécène et Agrippa, et qu'il se tua 
en 760-4 ou en 761-3 pour se délivrer des souffrances d'une 
mauvaise fièvre 2. 

Sénèque se plaît à insister sur la première controverse qu'il 
se souvenait d'avoir entendu développer à l'école de MaruUus 
par son cher Latron 3. On sait que l'élève des déclamateurs ne 
débutait pas par les controversiae ; il ne les abordait qu'après 
s'être exercé un certain temps aux suasoriae. Latron était 
encore tout jeune (admodum Juvenis) , mais il en avait fini avec 
les suasoriae, il occupait déjà le premier rang dans sa classe 
quand il eut l'honneur de déclamer en public^. Tacite dit de 



1. Voirie Bull, hisp., t. XII, igio, p. i ; t. XIV, igia, p. ii, aag, 34i; t. XV, igiS, 
p. i54. 

3. Voirlefîuii. hisp., t. XII, 1910, n* i, p. i, 10; t. XIV, 1912, n' i, p. la, i3, i4. 
3. Voir le Bull, hisp., t. XII, 1910, n« i, p. 21. 
i. Sénèque, Controv., l,Prae/at., 24. 

AFB. IV SÉRIE. — Bull, hispan., XV, igiS, 3. 17 



aSS fitLLETlN ttlSt»A?(IQtJË 

Domitien, âgé de dix-huit ans, qu'il est admodum juvenis ' ; 
Velleius Paterculus désigne par la même expression l'âge de 
Jules César quand il est pris par les pirates à vingt-trois ans, 
et l'âge de Marcellus quand il meurt à dix-sept ans 2. On peut 
admettre que l'écolier de Gordoue, doué d'heureuses disposi- 
tions oratoires, mit peu de temps pour passer des suasoriae 
aux controversiae et pour se placer à la tête de la classe de 
Marullus. C'est vers 7i4-4o, âgé d'une vingtaine d'années, que 
M. Porcius Latro développa, avec le succès que son ami est 
heureux de constater, la controverse sur le cas du jeune homme 
que son père avait chassé et que son oncle, qui l'avait recueilli, 
chassait à son tour parce que ce jeune homme donnait des 
secours au père qui l'avait banni de sa maison. 

Sénèque ne nous dit pas à quelle date l'élève de Marullus 
ouvrit son école. Il donne à entendre qu'en 737-17 cette école 
était une des plus célèbres de Rome, puisque l'empereur 
Auguste venait, avec Mécène et Agrippa, en suivre les 
exercices. Avant 737-17, l'enseignement de Latron jouissait 
déjà d'une grande réputation parmi les étudiants, meilleurs 
juges peut-être qu'Auguste, Agrippa et Mécène de la valeur 
respective des maîtres de déclamation. Les élèves des autres 
rhéteurs, même des plus illustres, désertaient parfois leurs 
propres classes pour aller entendre Latron. 

Parmi les admirateurs du maître, Sénèque cite Ovide, qui 
était cependant l'élève d'Arellius Fuscus, l'un des déclamateurs 
que le rédacteur des Controversiae place avec Latron dans 
le primum teiradeum^. Assidu aux séances de déclamation du 
rival de son professeur, le futur poète prenait, sans doute, des 
notes et, en tout cas, retenait fidèlement les passages brillants 
de Latron, qui, plus tard, devaient trouver une place dans ses 
propres poésies. 

Sénèque nous donne des renseignements curieux sur un 
certain nombre de traits recueillis par Ovide dans les contro- 
versiae qu'il entendait déclamer par Latron : « Il était l'admi- 



I. Tacite, Agricola, vu. 

s. Velleius Paterculus, II, ilii, i ; xcin, i. 

3. Sénèque, Controv.^ X, Praefat., i3. — Voir le Bull, hisp., t. XV, igiS, n' a, p. 169. 



Les déclamateurs espagnols aâg 

rateur de Latron ; il l'écouta avec une telle attention qu'il 
transporta plusieurs traits du rhéteur dans ses propres vers. 
Dans le Jugement des armes, Latron avait dit: «Jetons ces 
armes dans les rangs ennemis et allons les reprendre » (miltamus 
arma in hostes et petamus). Ovide a dit à son tour : Faites jeter 
au milieu des ennemis les armes du héros et ordonnez-nous 
d'aller les reprendre '. » 

La controverse déclamée par Latron ne doit pas avoir fourni 
seulement aux deux discours d'Ajax et d'Ulysse qui occupent 
près d'un tiers du XIIP livre des Métamorphoses^, l'unique 
sententia citée par Sénèque. On Ta dit fort justement: « Ovide 
a fait deux très bons devoirs de rhétorique... L'exorde, la 
narration, l'argumentation, la péroraison et jusqu'à l'attitude 
des personnages, tout a été conçu et exécuté selon les règles 
de la plus minutieuse rhétorique ^. » Ces deux devoirs, grâce 
apparemment à l'excellente mémoire du poète, et peut-être 
aussi à ses vieux cahiers d'élève, nous font leffet de la contro- 
versia elle-même de Latron, qui ne nous est pas parvenue^, 
mise par un auditeur ingénieux en vers faciles et abondants. 

Sénèque rapporte un autre trait emprunté par Ovide aux 
déclamateurs ; il donne ainsi un exemple du procédé que le 
poète employait pour prendre son bien où il le trouvait: « Je 
me souviens que dans un de ses préambules^, Latron avait dit: 
Ne voyez-vous pas comme les feux de la torche deviennent 
languissants si vous la maintenez immobile, comme ils se 
raniment si vous l'agitez? L'oisiveté amollit les hommes; le 
fer oisif se ternit^ se couvre de rouille; à trop se reposer, on 



1. Sénèque, Controv., II, ii, 8. — Ovide, Met., XIII, v. 121 : 

Arma viri fortis medios mittantur in hostes: 
Inde jabete petl, et referentem ornate relatis. 

2. Ovide, Met., XIII, v. 5-132, v. i28-38i. 

3. E. Nageotte, Ovide, sa vie et ses œuvres, Paris, 1872, p. 175. 

4. Sénèque n'a pas placé dans son recueil de Controversiae le développement de 
Latron sur le Jugement des armes, admirable sujet de déclamation emprunté aux 
légendes homériques {Odyssée, XI, v. 543-555, v'. 56i-564), qui était entré dans les 
exercices de l'école depuis le rhéteur philosophe Antisthène, élève de Socrate et ami 
de Xénophon. Les deux plaidoyers contradictoires d'Ajax et d'Ulysse, composés par 
Antisthène, nous sont parvenus, et M. A. Croiset (Histoire de la littérature grecque, 
t. IV, Paris, 1895, p. 348), en admet l'authenticité. 

5. In praefatione quadam... — La praefatio était une sorte de discours préliminaire 
où le maître donnait des conseils à ses disciples. 



3^0 BULLETIN HISPANIQUE 

désapprend... Ovide a dit : J'ai vu grandir les flammes agitées 
d'une torche que l'on mettait en mouvement; je les ai vues 
qui mouraient quand le mouvement cessait '. » Ces vers 
d'Ovide se trouvent dans une pièce des Amours, véritable 
suasoria où le poète développe ce lieu commun d'école : « Il 
faut céder à l'Amour; en supportant son joug avec soumission, 
on a moins à souffrir du dieu. » Quant à la sententia de Latron, 
Sénèque n'en cite lemploi que dans cette élégie ; mais Ovide 
en a usé à satiété dans ses divers ouvrages. Qu'il suffise de 
rappeler qu'à la fin de sa vie, quand il composait ses poèmes 
de l'exil, quarante ans après avoir entendu la praefatio de 
Latron, il se complaisait encore à de spirituelles variations 
sur le thème indiqué par le célèbre déclamateur^. 

On sait qu'Ovide, né à Sulmone le 20 mars 711-43, entra à 
l'école de déclamation vers 727-27 et en sortit en 729-253. 
M. Porcins Latro était donc, dès 727-27, un maître très réputé, 
puisque, dès cette date, les élèves de ses collègues les plus 
fameux se faisaient les auditeurs de ses déclamations, qui exer- 
çaient sur leur développement oratoire une si notable influence. 

L'école du rhéteur de Cordoue avait, d'ailleurs, un caractère 
particulier. Du temps qu'il était élève, s'il jugeait médiocres 
les développements de Marullus, Latron lui coupait la parole 
pour traiter à sa manière la controverse''. Devenu maître, il 
empêchait ses élèves de parler, car il parlait toujours. Il ne 
pouvait se résignera écouter leurs déclamations: seul, il avait 
le droit de déclamer dans son école. 

Il prétendait qu'il n'était pas un professeur qui enseigne, 
mais un modèle qu'on imite ; il consentait à faire trafic de son 
éloquence, mais non de sa patience^. Cette éloquence, il n'en 
tenait pas boutique à la manière d'un commerçant qui reste 
toute la journée derrière son comptoir. Il ne déclamait qu'à 

I. Sénèque, Controv., II, ii, 8. — Ovide, Ain., I, ii, v. ii-ia : 
Vidi ego jactatas motaface crescere Jlammas 
Et rursus nuUa eoncutiente mori. 
■>.. Voir, par exemple, Trist., V, xii, v. 2i-3o ; Pont., I, i, v. 67-74 ; v, v. 5-6. 

3. Voir mon ouvrage, La jeunesse d'Ovide, pp. 21, 64, igS. 

4. Voir le Bull, hisp., t. XII, 1910, n" i, p. 10. 

5. Sénèque, Controv., IX, n, aS : Declamabat ipse lanlum et aiebat se non esse 
magistrum, sed exemplum. 



LES DÉCLAMATEURS ESPAGNOLS 24 1 

ses heures, et il ne lui plaisait pas de déclamer ailleurs que 
dans son école. Convaincu de la dignité de son art, Latron ne 
consentait pas à l'abaisser, comme faisaient certains de ses 
collègues, en déclamant dans les festins pour l'amusement des 
convives'. 

Véritable paysan espagnol, impuissant à se débarrasser de 
l'accent et des habitudes rudes et agrestes de sa patrie % doué 
de toute l'éloquence brutale de notre légendaire Paysan du 
Danube, sa mémoire était admirable et sa finesse d'esprit très 
vive. Il avait une constitution vigoureuse ; sa poitrine était 
excellente, mais il en abusa et sa voix puissante se brisa « dans 
les cris de l'école ». Son ardeur au travail était extraordinaire; 
il ne savait pas se ménager; il se surmenait par des mois 
d'étude et de déclamation. Puis, sans transition, c'étaient de 
longues périodes de vacances où le repos intellectuel absolu 
s'aggravait de prodigieuses fatigues physiques. Il allait à la 
chasse: rien de la méthode toute littéraire de chasser dont se 
vante Pline le Jeune, qui, assis auprès de ses filets, le stylet et 
les tablettes de cire à la main, attend en méditant et en 
écrivant, que les sangliers veuillent bien venir se faire prendre 
au piège 3. Tout au contraire, Latron s'enfonce dans les forêts; 
il marche jour et nuit, sans se reposer, sans se nourrir, sans 
dormir ; son endurance de montagnard des sierras espagnoles 
harasse les rudes paysans qui l'accompagnent. Puis, quand la 
chasse l'ennuie, il rentre à Rome ; et le travail ininterrompu 
de l'école de déclamation le ressaisit. Il écrit aussitôt après les 
repas, ce qui lui abîme l'estomac ; il passe la nuit à préparer 
ses controverses, ce qui lui fait perdre à peu près la vue; il 
déclame à jeun dès le matin, il hurle ses déclamations, ce 
qui lui brise la voix. Sa vigoureuse constitution se ruine ; il 
devient blême et fiévreux. 



1. Sénèque, Controv., X, Praefat., i5 : Latro nunquam solebat disputarc in convivio 
aut alio quam quo declamare poterat tempore. — M. Bornecque n'admet pas dans son 
édition cette phrase, qui lui paraît être une glose. Voir H. Bornecque, Le texte de 
Sénèque le père (Revue de philologie, t. XXVI, 1902, p. 378). 

2. Sénèque, Controv., I, Praejat., 16: Jllum Jortemet agrestem et Hispanae eonsue- 
tudinis morem non paierai dediscere. — Voir le portrait de Latron, Controv., I, 
Praefat., i3-24. 

3. Pline le Jeune, Lettres, 1, vi. 



242 BULLETIN HISPANIQUE 

Ce maître étrange était, de la part de ses élèves, dont il ne 
daignait ni entendre ni corriger les compositions, l'objet d'un 
culte qui allait jusqu'à la puérilité; heureux d'écouter Latron, 
ils ne désiraient pas être écoutés par lui. Les élèves des autres 
écoles se moquaient d'eux, disant que chez Latron il n'y avait 
pas, comme ailleurs, des disciples, mais simplement des 
auditeurs^. Insensibles à ces moqueries, les auditeurs muets 
s'efforçaient de ressembler à celui qui prétendait ne pas être 
leur professeur, mais leur modèle: la pâleur de Latron, dit 
Pline l'Ancien 2, était un objet d'émulation de la part de son 
cortège de fidèles (asseciaiores), qui absorbaient des infusions 
de cumin pour devenir aussi pâles que lui, — ce qui était 
plus facile que de devenir aussi éloquents que leur modèle. Il 
semble qu'Horace, qui était très malveillant pour les Espa- 
gnols 3 et qui aimait peu les gens d'école dont il dédaignait 
de quêter les suffrages^, s'amuse à choisir l'exemple ridicule 
donné par les écoliers du déclamateur originaire de Cordoue, 
quand il dit, à propos de la servilité du troupeau des imita- 
teurs : « Si, par hasard, je devenais pâle, ils se mettraient à 
boire le cumin qui décolore le teint 5. » 

L'admiration perpétuelle abolissait tout esprit critique chez 
ces auditeurs passifs, qui apprenaient par cœur les paroles de 
leur maître comme autant de formules religieuses'^, qui, à la 
grande indignation du probe orateur Gassius Severus, plaçaient 
leur maître au-dessus de G. Asinius PoUio et de M. Valerius 
Messalla Corvinus eux-mêmes '7. 



1. Sénèque, Controv., IX, ii, 28 : Contumeliae causa a deridentibus discipuli Latronis 
auditores vocabantur. 

2. Pline l'Ancien, N. H., XX, xiv, 169. 

3. Voir le Bail, hisp., t. XIV, 1912, p. Sltlt et suiv. 

4. Horace, Épîtr., I, xix, v. 89 : 

Non ego. . . 

Grammaticas ambire tribus et palpita dignor. 

5. Horace, Épîtr., I, xix, v. 17 : 

... Quod si 
Pallerem casu, biberent exsangue cuminum. 
O imitatoreSjServum pecus... 
UÉpître XIX du livre I a été écrite vers 73i-a3 ; l'école de Latron, qu'Ovide avait 
fréquentée entre 727-27 et 729-25, était alors dans tout son éclat. 

6. Sénèque, Controv., II, 11, 8 : Quod scholastici quasi carmen didicerant. 

7. Sénèque, Controv., III, Praefat., l!^. 



LES DÉCLAMATEURS ESPAGISOLS a43 

Latron méprisait les Grecs et alïectait d'ignorer leurs œuvres ' ; 
il manifestait le même dédain que Sénèque pour tout ce qui 
venait de Grèce 2. Peut-être les deux condisciples avaient-ils 
été nourris dans ces idées par leur maître, Espagnol comme 
eux. Quoi qu'il en soit, c'est Latron, le seul des deux anciens 
élèves de Marullus qui ait tenu une école, qui répandit dans 
le monde des étudiants ces théories nouvelles. « Il est, dit 
M. Froment', le chef de cette école à laquelle appartiennent 
Sénèque [le philosophe], Lucain et Juvénal, qui proteste 
contre l'influence grecque, contre l'imitation grecque, contre 
la domination exclusive qu'exerce la Grèce sur les mœurs et la 
littérature romaine, depuis Gicéron et Atticus, depuis Catulle, 
Horace et Virgile. » Cette doctrine originale, qu'on n'entendait 
pas professer dans les autres écoles, excitait apparemment 
l'admiration des auditeurs de Latron ; ils s'enthousiasmaient 
quand leur maître, emporté par une véhémence qui contrastait 
avec la froide sobriété des Attiques, déclamait de son rude 
accent espagnol des phrases passionnées qui tenaient l'audi- 
toire immobile d'étonnement ^, ou qui lui arrachaient des 
acclamations frénétiques s. Cette docile admiration lassait 
parfois le maître. Un jour, il termina un développement dont 
les phrases se succédaient, pleines de force et d'éclat, par ce 
trait où il jouait sur le double sens du mot monumentum, qui 
signifie à la fois « monument » et « souvenir « : Inter sepulcra 
monumenta sunt. Ce qui voulait dire aussi bien « parmi les 
sépulcres, il en est qui sont des monuments » ou « parmi les 
sépulcres, il y a des souvenirs». Les écoliers manifestaient 
leur admiration par de grands cris : il s'emporta, les accabla 
d'invectives, de telle sorte que depuis lors, par crainte que 
leur maître leur tendît quelque piège, ils se montraient lents 
à approuver, même ce qui était bien dit^^. 

Latron ne ménageait pas plus ses collègues que ses auditeurs; 

I. sénèque, Controv.,^, iv, 21. 

3. Voir le Bail, hisp., t. XIV, 191a, n* i, p. aS. 

3. Th. Froment, Porcins Latro et la déclamation sous Auguste (Annales de la Faculté 
des Lettres de Bordeaux, t. IV, 1882, p. SSg). 

4. Sénèque, Controv., I, vu, 16. 

5. Sénèque, Controv., VII, 11, 9. 

6. Sénèque, Controv., VII, iv, 10. 



3^4 BULLETIN HISPANIQUE 

il ne pouvait critiquer les déclamations de ses élèves, puisqu'il 
leur était interdit de déclamer dans sa classe. Mais il ne se 
gênait point pour blâmer durement ce qu'il trouvait mauvais 
dans les déclamations des maîtres de rhétorique. Il reprochait 
son manque de précision et de justesse au rhéteur Buteon, qui 
dirigeait une école célèbre dans les premières années du 
principal d'Auguste '. 11 taxait de puérilité Rubellius Blandus% 
le premier déclamateur de rang équestre qui ait professé à 
Rome^. Il rappelait sévèrement au respect de la vraisemblance 
Pompeius Silo^, qui était, d'après Cassius Severus, un décla- 
mateur ordinaire, mais un avocat de premier ordre ^. Pompeius 
Silo osait discuter avec Latron, dont il n'acceptait pas toutes 
les critiques. Nombreux sont les anonymes sans importance 
— quidam, dit Sénèque^ — dont Latron blâmait à l'occasion 
la médiocrité. D'ailleurs, il n'hésitait pas à s'attaquer aux plus 
illustres des Grecs et des Romains, Arellius Fuscus, qui fut 
le maître d'Ovide et que Sénèque place dans le primum tetra- 
deam'^, et le célèbre rhéteur grec Nicétès, qui était venu à 
Rome pour y consacrer sa réputation et qui était avec lui le 
seul maître dont les disciples, réduits au silence par l'admi- 
ration, devaient se contenter du simple rôle d'auditeurs s. Il 
reprochait à Fuscus d'user d'une argumentation contraire à 
l'esprit de la controverse^, et il jugeait détestable une couleur 
employée par Nicétès 'o. 

La critique semble avoir en général épargné ce sévère 
censeur qui n'épargnait personne. Sans doute, quand il 



1. Sénèque, Controv., l,i, 20 ; vi, 10. 

2. Sénèque, Controv., I, vu, 10. — D'après M. Bornecque ('Les déclamations, p. 194), 
« Blandus semble avoir eu pour maître Latron, le seul qui lui fasse des observations. » 
Mais, s'il critiquait les déclamations de ses collègues, Latron ne faisait jamais 
d'observations à ses élèves, puisqu'il ne leur permettait pas de déclamer devant lui. 

3. Sénèque, Controv., Il, Praefat., 5. 

4. Sénèque, Controv., Il, vi, 10 ; VII, vin, 10 ; IX, v, 10. — D'après M. Bornecque, 
(Les déclamations, p. 187), « Pompeius Silo semble avoir été l'élève de Latron », pour 
les mêmes raisons que Rubellius Blandus. 

5. Sénèque, Controv., III, Praefat., 11. 

6. Sénèque, Controv., I, viii, i4. 

7. Sénèque, Controv., II, 11, 8, 9; X, Praefat,, i3. 

8. Sénèque, Controv., IX, 11, a3. 

9. Sénèque, Controv., II, m, 11, 
10. Sénèque, Controv., I, viii, i3. 



LES DÉCLAMATEURS ESPAGNOLS ^45 

blTimait les plans trop compliqués', on lui reprochait bien à 
tort, selon Sénèque, comme un manque d'habileté, la compo- 
sition de ses propres déclamations qu'il voulait très simple-'. 
Mais l'orateur Passienus, qui, au dire de Sénèque, son ami ^, 
était l'homme le plus éloquent et le meilleur orateur de son 
temps, approuvait la méthode d'argumentation employée par 
Latron^. L. Munatius Plancus, qui fut consul en 712-/12 et 
censeur en 782-22, et qui avait intimement connu Gicéron, à 
qui il adressait des lettres fort bien écrites, aimait particuliè- 
rement le talent de Latron^. Le Gaulois de Narbonne Yotienus 
Montanus, qu'on appelait «l'Ovide des orateurs»'^, estimait 
que Latron était le modèle unique des qualités du déclama- 
teur". On attribuait généralement à Latron les traits ou les 
déclamations mêmes que l'on jugeait remarquables et dont on 
ignorait l'auteur 8. Sénèque ne cite qu'une seule controverse 
où son ami reçut un blâme judicieusement motivé '^ du difficile 
PoUion, dont les critiques acerbes n'épargnaient aucun 
orateur, aucun écrivain 'o. Pollion disait que Latron voulait 
avoir l'air de plaider comme un orateur au forum en suppri- 
mant les quaestiones^^ inutiles et que ce souci même montrait 
en lui l'orateur d'école '=». Gette critique, au demeurant, n'était 
pas pour déplaire à un rhéteur pour qui la déclamation 
scolaire était presque le tout de l'éloquence. Dans une autre 
occasion, Pollion blâmait l'ordre suivi par Latron dans la 
discussion des qaaestiones '3. Mais le critique qui reprochait à 
Tite-Live sa patavinité^^ ne relevait aucune hispanité chez 

1. Sénèque, Controv., II, v, i4-i5. 

2. Sénèque, Controv., I, Praefat., a 1-2 a. 
5. Sénèque, Controv., III, Praefat., 10. 
'4. Sénèque, Controv., II, v, 17. 

5. Sénèque, Controv., l, viii, i5. 

6. Sénèque, Controv., IX, v, 17. 

7. Sénèque, Controv., IX, Praefat., 3 : Latronem Porcium, declamatoriae virtutis 
unicum exemplum. 

8. Sénèque, Controv., IX, 11, 28 ; X, Praefat., 12, 

9. Sénèque, Controv., IV, vi, 3. 

10. Sénèque, Controv., IV, Praefat., 3. 

11. V. Quaestio», le point de discussion qui naît de l'opposition entre la cause 
soutenue par l'accusation (intentio) et la thèse de la défense fdepu/s/oj. (Emile Thomas, 
Morceaux choisis tirés des traités de rhétorique de Cicéron, Paris, 1897, p. 37^.) 

12. Sénèque, Controv., II, m, i3. 
i3. Sénèque, Controv., II, v, 10-12. 

14. Quintilien, Inslit. Orat., I, v, 56 ; VIII, i, 3, 



346 BULLETIN HISPANIQUE 

Latron. C'est le sévère Messalla qui blâmait sa manière de 
parler : il enveloppait le blâme dans un éloge magnifique, 
puisqu'il lui reconnaissait du génie; mais, soucieux à l'extrême 
de la pure latinité, il disait, après avoir entendu une décla- 
mation du rhéteur de Gordoue, dans laquelle il relevait, sans 
doute, des expressions et des tournures espagnoles : « Latron 
est éloquent dans sa langue. » Latron voulait bien tenir compte 
des observations que Pollion lui avait faites à propos de 
l'emploi des quaestion.es, et dans la controverse sur le père et 
le fils qui se livrent à la débauche, il consentait à user d'un de 
ces thèmes vulgaires de discussion dont il dédaignait d'ordi- 
naire la banalité'. Mais l'orgueilleux Espagnol ne pouvait 
tolérer la critique de Messalla, qui lui semblait un outrage. 
Pour se venger, il lut à ses élèves un plaidoyer très éloquent 
de son censeur; et trois jours après, afin de leur permettre la 
comparaison, une suasoria qu'il avait composée lui-même sur 
la cause du client réellement défendu par Messalla 2. On ne 
peut douter que cette suasoria n'ait été accueillie par de grands 
applaudissements et que les élèves n'aient mis depuis lors 
leur maître au-dessus de Messalla, comme ils le mettaient 
au-dessus de Pollion. 

Ces élèves de Latron imitaient de leur mieux le maître qu'ils 
écoutaient dans un religieux silence. Si les infusions de cumin 
qu'ils absorbaient leur permettaient de se faire un teint aussi 
blême que celui de l'illustre déclamateur, il semble qu'ils ne 
s'assimilaient que ce qu'il y avait de plus contestable et de 
plus artificiel dans son talent. 

Sénèque a entendu l'un d'eux, Florus, déclamer — ailleurs, 
il va sans dire, qu'à l'école de Latron où cet élève était un 
simple auditeur^ — la controverse sur l'exécution d'un con- 
damné ordonnée par le proconsul Flamininus pendant un 
festin à la demande d'une courtisane. Florus disait: « Le tran- 
chant de la hache publique a brillé au milieu de l'argenterie 



1. Sénèque, Controv., II, vi, 5. 

2. Sénèque, Controv., II, iv, 8. 

3. Sénèque, Controv., IX, ii, aS : Audivi Florum quemdam, auditorem Latronis, 
dicentem non apud Latronem. 



LES DÉCLAMATEURS ESPAGNOLS 2^7 

d'un festin privé. Avec tout ce qui est rejeté par l'ivresse, une 
tête humaine est balayée. » On attribuait ce trait à Latron. 
Sénèque s'en indigne: jamais, dit-il, Latron n'aurait fait cette 
antithèse entre la hache publique et le festin privé; jamais il 
n'aurait prononcé cette phrase vide et sonore'. Mais l'antithèse 
et la phrase étaient apparemment dans la manière du maître, 
puisque l'on pouvait prendre cette copie maladroite pour un 
original. 

Le rhéteur Capiton, dont Sénèque fait l'éloge et cite quelques 
développements 2 sortait probablement de l'école de Latron, 
puisqu'une déclamation sur Popillius, meurtrier de Cicéron, 
qu'il avait publiée était attribuée par l'opinion générale au 
maître 3, 

Sénèque cite comme auditeur de Latron le poète Arborius 
Silo, qui, à l'exemple d'Ovide, mais nous ignorons avec quel 
succès, mettait en vers les senientiae du déclamateur''. Il cite 
surtout un autre ancien auditeur de Latron, Fulvius Sparsus, 
qui, lui, ne devint pas poète, mais s'associa pour fonder une 
école avec un autre rhéteur. Fulvius Sparsus, qui était cepen- 
dant, au dire de Sénèque, « un esprit sage parmi les maîtres 
de rhétorique et un maître de rhétorique parmi les esprits 
sages^, » imitait Latron à l'excès, lui empruntait ses traits, 
mais les exprimait dans son propre style et ne parvenait à 
ressembler à son modèle que lorsqu'il répétait en propres 
termes, ou en modifiant tout au plus quelques mots, ce qu'il lui 
avait entendu déclamer devant son auditoires. Tous les anciens 
élèves de Latron n'avaient pas la merveilleuse habileté du 
poète Ovide qui savait dans ses vers ingénieux exécuter à 
l'infini des variations sur le thème fourni par le maître. Dans 
les passages de Sparsus cités par Sénèque, les antithèses 
abondent, les mots à effet sont nombreux, les phrases se 
balancent avec un cliquetis d'expressions qui ne dissimule pas 



1. Sénèque, Controv., IX, ii, a3-24. 

2. Sénèque, Controv., VII, ii, 5-7; IX, 11, 9-10. 

3. Sénèque, Controv., X, Praefat,, 12. 

4. Sénèque, Suasor., 11, 19. 

5. Sénèque, Controv., I, vu, i5. 

6. Sénèque, Controv., X, Praefat., n ; v, 26. 



248 BULLETIN HISPANIQUE 

le vide des idées'. On relève de pures inepties; à propos de la 
vestale, qui, précipitée de la roche Tarpéienne, a survécu à sa 
chute, parce qu'elle avait invoqué Vesta, il dit : « Lancée par 
les dieux d'en haut, rejetée par les dieux d'en bas, il faudra, 
pour qu'elle subisse sa peine, construire un rocher spécial^, » 
Il fait dire à la courtisane qui demande au proconsul l'exécu- 
tion du condamné au milieu du festin: « Je n'ai jamais vu 
tuer un homme. » Et il lui répond : « Flamininus t'a-t-il donc 
fait voir tout le reste 3 p » Dans la controverse sur le cas de 
l'homme qui estropie les enfants abandonnés pour les faire 
mendier à son profit, il disait à cet homme : « A toi seul, tu as 
plus de membres que tu n'en a laissé à ces malheureux. » Et 
il disait de ces malheureux : « On voit s'avancer plus de men- 
diants que de membres^. » A propos de la controverse où il 
s'agissait d'accuser et de défendre Parrhasius, coupable d'avoir 
fait mettre à la torture un prisonnier de guerre qui devait lui 
servir de modèle pour peindre Prométhée, Fulvius Sparsus 
disait dans sa description du tableau : « Toutes les fois qu'il lui 
faut du sang, c'est le sang humain que Parrhasius emploie^. » 
Ces auditeurs, qui n'interrompaient le maître que pour 
l'applaudir, qui ne voyaient dans ses controverses que des 
traits brillants, des couleurs ingénieuses à imiter pour l'orne- 
ment de leurs propres controverses, gâtaient le talent du 
déclamateur et le rendaient incapable d'aborder l'éloquence 
judiciaire, de plaider devant un public disposé à la critique, 
en face d'un adversaire prompt à la riposte. Cette incapacité 
oratoire du déclamateur est déjà signalée par un contemporain 
de Sénèque, Votienus Montanus, qui adresse à l'école les 
mêmes critiques qui lui seront adressées dans le Satiricon de 
Pétrone, au temps de Néron, et dans le Dialogue des Orateurs, 
dont l'action est censée se passer la sixième année du prin- 
cipat de Vespasien^. Et Sénèque, qui, malgré son culte pour 

1. Voir surtout Controv., X, iv, 8-io et v, 8-io. Cf. I, ii, a; m, 7; iv, 3; II, v, 10; 
VII, II, 3; IV, 1,2; VI, 3; IX, i, 7; m, 4; iv, 3; v, 4 ; vi, 1 ; X, i, 5 ; 11, 4; m, 3. 

2. Sénèque, Controv., I, m, 3. 

3. Sénèque, Controv., IX, ii, 5. 

4. Sénèque, Controv,, X, iv, ai. 

5. Sénèque, Controv., X, v, a3. 

6. Voir le Bull, hisp., t. XIL 1910, n* i, p. 18-19. 



LES DÉCLAMATEURS ESPAGîfOLS 3^9 

la déclamation, reconnaît loyalement tout ce qu'il y a de vain 
et d'artificiel dans les exercices de l'école', ne craint pas de se 
faire rappeler par Volienus Monlanus — ce Gaulois de Nar- 
bonne, qui était peut-être jaloux des Espagnols de Cordoue, 
et qui, loin de déclamer pour se faire valoir, n'admettait 
même pas la déclamation comme exercice utile — une aven- 
ture qui n'est pas à la gloire de Latron : « L'histoire que l'on 
raconte est-elle exacte? Tu peux le savoir mieux que moi. Un 
jour, dit-on, que Porcins Latro, ce modèle unique de toutes 
les qualités du déclamateur, plaidait en Espagne pour la 
défense de Porcins Rusticus, son parent% il commença par un 
solécisme. Comme il lui fallait pour parler se trouver renfermé 
sous un toit, entre quatre murs, il ne put recouvrer sa présence 
d'esprit qu'après avoir obtenu que l'on transportât l'audience 
du plein air du forum dans Tenceinte close d'une basilique^. » 
Nous ignorons à quelle date de la vie de Latron se place 
cette histoire qui, d'après M. Froment^, aurait forcé le décla- 
mateur à renoncer définitivement aux plaidoyers. Mais il est 
impossible d'admettre avec Amiel que c'est dans la première 
jeunesse de Latron que ce début malheureux au barreau lui 
aurait fait abandonner la carrière d'avocat pour se consacrer 
tout entier à la profession de déclamateur^. Quintilien dit 
qu'au moment de cet échec Latron jouissait d'une très grande 
réputation dans les écoles*^, et toutes les réflexions de Votienus 
Montanus sur le trouble des déclamateurs qui, passant de 
l'école au forum, se trouvent déconcertés par une situation 
nouvelle et extraordinaire", s'appliquent bien au cas d'un 
maître de rhétorique qui, habitué à pérorer au milieu des 

1. Voir le Bull, hisp., t. XIV, 1912, n* i, p. 27, 

2. G. Lindner (De M. Poreio Latrone, Breslau, i855, p. 6) admet que le cognomen 
Latro de la branche de la famille Porcia à laquelle le déclamateur appartient vient du 
verbe grec Xaips-jw et fait allusion aux services militaires des ancêtres de Latron ; le 
cognomen Rusticus aurait été, d'autre part, attribué à une branche de la famille Porcia 
qui, occupée à cultiver les champs, n'aurait pris aucune part aux guerres d'Espagne. 

3. Sénèque, Controv., IX, Praefat., 3. Cf. Quintilien, Instit. Oral., X, v, 18. — On 
entend par basilica « un édifice public destiné à servir de tribunal, de bourse et de 
lieu de réunion abrité » (R. Gagnât, Lexique des Antiquités romaines, Paris, 1896, p. 32). 

4. Th. Froment, Porcius Latro..., p. 8^2: « De ce moment il se consacra tout entier 
à la déclamation. » 

5. Amiel, L'éloquence sous les Césars, p. 147. 

6. QmniiYien, Instit. Orat.,\, y, iS: [LatroniJ sumniam in scholis opinionem obiinenti. 

7. Sénèque, Controv., IX, Praefat., 5. 



3Ô0 filJLLEttN ttiSPÀNIQÙÈ 

applaudissements de ses élèves, est ébloui par le grand jour 
de la place publique et privé de ses moyens par le bruit de la 
foule. Sénèque assistait au plaidoyer de Porcins Latro pour 
Porcins Rusticus : nous savons que Sénèque a fait postérieure- 
ment à l'an 737-17 un assez long séjour en Espagne». C'est 
pendant ce séjour que Latron, dont la gloire de déclamateur 
était alors à son plus haut période, vint dans son pays natal 
pour éprouver ce pénible échec au forum de Gordoue. 

L'ombre même de l'école et le silence des auditeurs attentifs 
ne préservaient pas de tout désagrément le déclamateur habi- 
tué à disserter sur des sujets imaginaires et à ne se soucier en 
rien des réalités. Latron était pompéien, comme on l'était en 
général à Gordoue; cette fidélité à la mémoire de Pompée 
n'était pas une cause de défaveur auprès d'Auguste 2. Latron 
pouvait s'écrier : « J'ai vu le chef d'une grande armée fuir 
seul, sans compagnon; j'ai vu abandonné par la foule obsé- 
quieuse des clients le seuil de ce palais mis en vente par son 
nouveau possesseur, cet adjudicataire des biens des proscrits ^I » 
L'entourage d'Auguste n'avait aucune raison de s'offusquer de 
cette allusion à Antoine, qui s'était seul présenté pour se faire 
adjuger les biens de Pompée et qui les avait ensuite cédés aux 
gens de la pire espèce; on se rappelait en quels termes indignés 
Gicéron avait flétri la conduite ignoble du protégé de Gésar^. 

Mais on avait le droit de trouver mauvais que le déclamateur 
se permît de blâmer les actes de l'empereur en sa présence. 
Et la maladresse de Latron put le faire suspecter d'avoir voulu 
critiquer sans ménagement un projet d'Auguste qui était 
l'auditeur de sa déclamation passionnée. 

Dans la controverse sur le cas du jeune homme pauvre qui, 
malgré la volonté de son père, refuse de se laisser adopter par 
un homme riche qui a chassé ses trois fils, le rhéteur de Gor- 
doue avait développé le lieu commun sur l'adoption qui fait 
entrer des gens sans naissance dans les plus illustres familles 

1. Voir le Bull, hisp., t. XIV, 191a, n° I, p. i3. 

2. Voir le Bull, hisp., t. XIV, 1912, n° I, p. 2I1. 

3. Sénèque, Controv., II, 1, i. — Latron amplifie ces invectives contre Antoine, 
Saasor., vi, 3. 

4- Gicéron, Philipp., Il, ixvi-xivn, 



LES DÊCLAMATEURS ESPAGNOLS 35 1 

patriciennes'. Il avait crié son mépris pour la richesse toute- 
puissante à Rome: «C'est le cens qui élève à la dignité de 
sénateur; c'est le cens qui sépare le chevalier romain de la 
plèbe, le cens qui fait monter en grade dans le camp, le cens 
qui choisit les magistrats, juges au forum. » Et Ovide avait 
pris en note cette tirade pour écrire plus tard dans ses Amours: 
« Le sénat se ferme pour les pauvres; c'est le cens qui donne 
les honneurs; c'est le cens qui fait le juge austère et le sévère 
chevalier^. » Le maître avait raillé l'abus de l'adoption: « Les 
images des Metellus ont ouvert une place aux Cornélius. 
Les Fabius, les Aemilius, les Scipions ont mêlé leurs familles 
par l'adoption. C'est ainsi que cette noblesse patricienne a pu 
se perpétuer depuis la fondation de Rome jusqu'à nos jours. 
L'adoption, voilà le remède qui guérit les erreurs de la for- 
tune!» Et l'admiration des auditeurs s'était manifestée en cris 
d'enthousiasme et en applaudissements. 

Mais l'école recevait parfois des visiteurs plus exigeants que 
les élèves et beaucoup moins disposés à tout approuver de 
confiance. A Tarragone, Auguste charmait les ennuis de sa 
convalescence en fréquentant les salles où les rhéteurs d'Espa- 
gne déclamaient^. A Rome, dit Suétone^, il suivait les recita- 
tiones, écoutant avec une bienveillante patience tout ce qu'on 
lisait en prose et en vers, poèmes ou morceaux historiques, 
dialogues et discours; il se refusait seulement à entendre son 
propre éloge, à moins que le panégyrique fût l'œuvre sérieuse 
de quelqu'un des auteurs les plus notables. Il visitait l'école de 
Craton, rhéteur grec à l'esprit indépendant et à la parole très 
libre, chez qui il ne risquait pas d'entendre son éloge. Gomme 
il n'était assidu aux séances de Craton que pendant l'hiver, le 
rhéteur prenait la liberté de lui demander : « Te sers-tu de 
moi comme d'un fourneau qui réchauffe^? » Sénèque ne nous 
dit pas en quelle saison de l'année l'empereur fréquentait 
l'école de Latron; mais il est probable qu'il s'abstint d'y 

t. Sénèque, Controv., II, i, 17. 

2. Ovide, Am., III, vm, v. 55-56. 

3. \oir le Bull, hisp., t. XV, igiS, n's, p.i54. 

4. Suétoue, Auguste, lïixix. 

5. Sénèque, Controv., X, v, 21. 



25a BULLETIN HISPANIQUE 

revenir après une séance où le rude dëclamateur espagnol 
s'était, sans peut-être s'en rendre compte, conformé beaucoup 
plus strictement que les simples convenances ne le deman- 
daient aux intentions de l'empereur qui n'aimait pas entendre 
son propre éloge. 

Auguste était venu à l'école du déclamateur en compagnie 
de ses deux familiers. Agrippa et Mécène. C'est apparemment 
Mécène, le protecteur attitré des gens de lettres, qui avait 
conduit le prince chez le rhéteur à la mode. M. Vipsanius 
Agrippa, qui possédait une forte culture oratoire, qui avait 
prononcé des discours admirés et qui critiquait durement les 
œuvres littéraires, mais avec une grande justesse d'apprécia- 
tion», ne pouvait se désintéresser des exercices de l'école. 
Contemporain et ami de jeunesse d'Octave, il s'était attaché à 
la fortune du futur empereur qui l'avait récompensé par la 
préture en 714/405 P^r Is consulat en 717-37. Auguste lui avait 
fait épouser, d'abord sa nièce Marcella, sœur du Marcellus 
dont VÉnéide déplore éloquemment la mort, et ensuite sa 
propre fille Julie, veuve de Marcellus. De son mariage avec 
Julie, Agrippa avait eu deux fils C. Caesar et L. Caesar qui, 
dit Sénèque^, devaient, selon toute apparence, être prochaine- 
ment adoptés par l'empereur quand Auguste et ses familiers visi- 
tèrent l'école de Latron. Comme Caius et Lucius furent adoptés 
en 787-17, c'est un peu avant cette date que se place cette visite. 

Le déclamateur traitait la controverse où il est question du 
grand-père qui adopte l'enfant né de son fils qu'il a chassé et 
d'une courtisane qui l'a recueilli: le vieillard est accusé de 
folie par son second fils. A l'appui des arguments du jeune 
homme qui regarde cette adoption comme un acte de folie, 
Latron reprenait tout le lieu commun qu'il avait développé 
sur les méfaits de l'adoption, et, entre autres traits du même 
goût, il lançait cette apostrophe : « Le voici, cet enfant, le 
voici, qui, sorti du rang le plus bas, s'introduit, une fois 
adopté, dans la noblesse! » Pendant cette tirade. Mécène 
n'épargnait pas les «psitt! psitt! ». Les malveillants préten- 

I. Pline, Af.^., XXXV, iv, a6. 

s. Sénèque, Controv., II, iv, la. 



LES DÉCLAMATEURS ESPAGNOLS a53 

daient que c'était pour attirer l'attention d'Auguste sur les 
propos déplacés du déclamateur. Mais on sait que « Mécénas 
fut un galant homme » ' ; il le prouva dans cette scène pénible, 
puisque, dit Sénèque, il tâchait d'indiquer à Latron que, 
l'empereur étant pressé, il convenait de mettre fin à la décla- 
mation. Latron, en effet, n'avait qu'à se taire; il lui était 
impossible de se rattraper. Sénèque juge avec raison très digne 
de pitié son ami qui ne pouvait pas même s'excuser; car, 
ajoule-t-il, rien n'est plus cruel que de faire une offense telle 
qu'on l'aggrave encore si on l'explique 2. 

On a prétendu que ce manque de tact eut des conséquences 
funestes pour Latron. H. Tivier suppose, et M. Froment admet 
encore comme une hypothèse très vraisemblable que le 
déclamateur aurait cherché dans la mort un refuge contre la 
colère d'Auguste 3. Mais l'empereur permettait une très grande 
liberté de parole ; il ne prit jamais le moindre souci de 
réprimer la licence des propos diffamatoires qu'on dirigeait 
contre lui''. A la vérité, Agrippa pouvait être piqué au vif par 
l'allusion involontaire que le déclamateur avait faite à l'obscu- 
rité de sa naissance, car il avait honte de l'humble gens 
Vipsania à laquelle il appartenait. Il supprimait son nomen, 
Vipsanius, et, ne conservant que son praenomen et son 
cognomen, il se faisait appeler M. Agrippa. Sénèque cite les 
mordantes plaisanteries qui s'exerçaient sur le ridicule de 
cette vanité et qu'Auguste laissait impunies. Il se peut bien 
qu'Agrippa ait gardé rancune à Latron, mais il semble exagéré 
de répéter avec Amiel, après Egger, que « l'audacieux rhéteur 
expia dans une longue disgrâce le malheur d'avoir blessé 
l'illustre héritier du nom obscur de Vipsanius » ^, ou de 
supposer, comme Lindner, que les persécutions d'Agrippa 
abrégèrent sa vie ^. On ne voit pas de quelle disgrâce les 

1. La Fontaine, Fables, I, xvi, La mort et le malheureux. 

2. Sénèque, Controv., II, iv, i3. 

3. H. Tivier, De arte dedamandi et de Romanis declamatoribus, Paris, 1868, p. a5. — 
Th. Froment, Porcias Latro..., p. 36a. 

4. Suétone, Auguste, liv. 

5. Amiel, L'Éloquence sous les Césars, p. i53. — Cf. Egger, Examen critique des 
historiens anciens de la vie et du règne d'Auguste, Paris, i844, ch. ii. 

6. G. Lindner, De M. Porcio Latrone, p. sa. 

Bull, hispan. i8 



aÔ4 ëuLlétin hispanique 

pouvoirs publics auraient pu accabler un déclamatcur qui se 
tenait loin de la carrière des honneurs, enfermé dans la gloire 
de sou école; d'autre part, Agrippa mourut au retour d'une 
expédition contre les Pannoniens, en 742-12; Latron devait 
lui survivre près de dix ans. 

C'est, en effet, la première ou la seconde année de la 
194" olympiade, c'est-à-dire l'an 760-4 ou l'an 75i-3, que la 
Chronique de Saint-Jérôme place, probablement d'après le De 
Rheloribus de Suétone, la mort de Latron, qui se tua parce 
qu'il ne pouvait se résigner aux fatigues d'une fièvre double 
quarte qui le consumait'. 

Ce suicide ne saurait nous surprendre : c'est la fin normale 
d'une vie factice, toute d'agitation stérile, que Latron termine 
brusquement avant la soixantième année. La maladie incurable, 
suite fatale de ses excès de fatigue intellectuelle et physique 
empêche le maître de déclamer. Ne pouvant plus déclamer, 
il se débarrasse de la vie désormais pour lui sans but et sans 
intérêt. La déclamation était le tout des hommes de la trempe 
de M. Porcins Latro. 



VIII 



Le déclamateur L. Junius Gallio. — Vie et caractère de Gallion. — 
Conjectures sur la date et sur le lieu de sa naissance. — Son 
intimité avec Sénèque et avec Ovide. — Ses relations avec 
Mécène, avec Messalla, avec Auguste et Tibère. — Gallion n'a 
été ni déclamateur de profession ni avocat. — Rapports de 
Gallion avec les déclaraateurs ses contemporains. — Carrière 
politique de Gallion; son exil sous le principat de Tibère. — 
Adoption par Gallion de Novatus, fils aîné de Sénèque. 

Dans son ouvrage oii il veut fournir à ses fils des indications 
sur les déclamateurs ses contemporains qu'ils n'ont pu 
connaître eux-mêmes 2, Sénèque donne un certain nombre de 

I. Voir le Bull, hisp., t. XIV, 1912, n* I, p. i4. — C. Fr. Hermann, Disputatio de 
scriptoribus..., p. 36, n° 67. — Suétone, édit. G.-L. Roth, Leipzig, i858, p. 272, n* 8: 
M. Porcins Latro [Latinus dedamator, taedio duplicis quartanae semel ipsiim interfecit.] 

a. Sénèque, Controv., 1, Praefat,, i. — Voir le Bail, hisp., t. XIV, 1912, n° 1, p. 19. 



LES DÉCLAMATEURS ESPAGNOLS a55 

détails biographiques sur son ami Latron, qui était mort avant 
la naissance de Novatus, de Seneca et de Mêla». Mais il parle 
très peu de la vie de son autre ami Gallion, qu'il place à côté 
de Latron dans le premier quadrige des déclamateurs. On 
comprend facilement les motifs de ce silence : dans son recueil 
de Controversiae et de Suasoriae, Sénèque se montre très sobre 
de renseignements sur sa propre vie, parce qu'elle est bien 
connue des destinataires du livre 2; il n'a pas à s'occuper 
davantage de la biographie de Gallion, qui est vivant, qui est. 
son familier, qui est l'ami de ses enfants dont il adoptera 
l'aîné, Novatus, — notre Gallion, voire Gallion^, comme il 
l'appelle à peu près chaque fois qu'il cite son nom. Beaucoup 
plus jeune que Sénèque, Gallion semble avoir été considéré 
par les fils de son ami comme un frère aîné; ils ont avec lui la 
même intimité qu'avec leur mère que son âge rapprochait 
beaucoup plus de ses propres enfants que de son vieux mari ^. 
Sénèque parle de Gallion comme d'un tout jeune homme dont 
il a suivi avec intérêt les brillants débuts dans la carrière de 
l'éloquence, alors qu'il était lui-même depuis longtemps un 
habitué des séances de l'école; il constate avec quel tact, avec 
quelle convenance, qualités rares à un âge si tendre, Gallion 
déclamait déjà alors qu'il était adolescent 5. 

Le jeune ami de Sénèque était le familier 6, peut-être le 
condisciple d'Ovide ; ces liens d'affection ne devaient pas être 
brisés par l'exil du poète en Scythie : l'élégie xi du livre IV 
des Pontiques est adressée à Gallion. .Les trois premiers livres 
des Pontiques ont été écrits dans le printemps et l'été de l'an 
766-12 et envoyés à Rome pour être publiés par Brutus dans 
les premiers mois de l'an 766-18; le quatrième livre ne fut 
édité qu'après la mort d'Ovide, c'est-à-dire après l'an 770-17'. 

I. Voir le Bull, hisp., t. XIV, 1913, n° i, p. li. 
a. Voir le Bail, hisp., t. XIV, igia, n" i, p. 12. 

3. Sénèque, Controv., II, i, 33; v, 11, i3; III, Praefat., 2; Suasor., m, 6 : Gallio 
noster. — Controv., VII, Praefat., 5 : Gallione nostro. — Controv., X, Praejat., 8: 
Gallione vestro. 

4. Voir le Bull, hisp., t. XIV, 1913, n* i, p. ao. 

5. Sénèque, Controv., VII, Praefat., 6: Jam adalescenlulus cum declamaret... tenera 
aetas... 

6. Sénèque, Suasor., m, 7 : Gallio Nasoni suo... 

7. F, Plessii, La Poésie latine, Paris, 1909, p. 427. 



256 BULLETIN HISPANIQUE 

Les élégies de ce quatrième livre ont été écrites probablement 
en 766-13 ou en 767-1^. Lindner remarque avec raison que 
dans l'élégie xi Ovide parle à Gallion comme à un ami de son 
âge: nous ne trouvons, en effet, dans cette pièce, ni les 
marques de déférence que l'on doit à un vieillard, ni le ton de 
condescendance dont on use avec un jeune homme '. Le poète 
commence par s'excuser de ne pas avoir encore écrit à un ami 
qui a pris une telle part à son malheur: « Gallion, puis-je 
me faire pardonner de ne pas avoir cité ton nom dans mes 
vers? Car, je ne l'ai point oublié, quand je fus frappé d'un 
trait lancé par la main d'un dieu, tes larmes furent un soula- 
gement à ma blessure 2. » C'est maintenant le tour de Gallion 
d'être malheureux : les dieux n'ont pas craint de lui ravir sa 
chaste épouse. Ovide a lu en pleurant la lettre qui lui annonçait 
ce malheur ; mais il ne croit pas utile de répondre en envoyant 
ses condoléances : le savant Gallion connaît mieux que lui les 
consolations qui peuvent être apportées par la philosophie. 
D'ailleurs, une longue année doit s'écouler entre le moment 
où la lettre de deuil est partie et le moment où la réponse 
envoyée de Tomes parviendra à Rome. Le temps, qui apaise la 
douleur, aura fait son œuvre, — et Ovide termine bizarrement 
sa lettre en exprimant l'espoir que Gallion est déjà remarié : 
(' Gomme les jours qui se suivent calment la blessure du cœur, 
celui-là peut la réveiller qui la touche mal à propos. Et puis 
— fasse le ciel que je sois un devin véridique ! — déjà tu 
goûtes peut-être le bonheur d'un nouveau mariage 3, » 

On a pensé que les termes de cette lettre ne dénotaient 
qu'une banale amitié entre Gallion et Ovide qui s'acquittait 
d'un simple devoir de politesse en répondant froidement à une 
lettre de faire-part'*. Mais il n'y a, semble-t-il, à relever dans 
cette réponse qu'une des nombreuses preuves de manque de 
tact dont le spirituel poète était coutumier. Gallion avait 
déploré la disgrâce de son ami Ovide : Ovide déplore le malheur 
de son ami Gallion. Mais, comme il s'est lui-même marié 

1. G. Lindner, De Janio GalUone commentatio, Hirschberg, 18G8, p. 6. 

2. Ovide, Pont.., IV, xi, v. i-4. 

3. Ovide, Pont., IV, xi, v. 19-22. 

4. M. Roch, Prosopographiae Ovidianae elementa, Breslau, i865i p. 3o. 



LES DÉCLAMATEURS ESPAGNOLS 267 

trois fois, il suppose que le veuf à qui il écrit a pu déjà se 
consoler par un second mariage. Nous ne savons rien de la 
chaste épouse, — piidica conjux, dit Ovide, — que Gallion 
avait perdue vers 765-12 ou 766-13. Il était encore en âge de 
se remarier : il n'était donc pas plus âgé qu'Ovide qui, né 
en 7ii-/i3, avait environ cinquante-cinq ans au moment où il 
espérait que son ami avait fait choix d'une nouvelle épouse. 
Lindner suppose que Gallion est né en 710 44 '• Schmidt, qui 
juge qu'un homme de cinquante-cinq ans est trop vieux pour 
se remarier, a essayé de le rajeunir. Il doit admettre que 
les relations d'amitié que Gallion entretint avec Mécène, mort 
en 746-8% et que les luttes d'éloquence qu'il soutint contre 
Latron, mort en 760-4 ou "jbi-S^, empêchent de placer sa 
naissance après l'année 719-85; Gallion serait né en 719-85, 
huit ans après Ovide ^. M. Bornecque se fonde sur les conseils 
matrimoniaux qu'Ovide adresse à son ami pour conjecturer 
que Gallion, qui était en âge de se remarier vers 766-18, devait 
être né vers 724*805, treize ans après Ovide, 

Nous ignorons le lieu comme la date de la naissance de 
Gallion, Mais on admet généralement et avec vraisemblance 
que ce lieu de naissance est l'Espagne. Schmidt fait observer 
que le cognomen Gallio, inusité à Rome, se trouve dans des 
inscriptions d'Espagne 6, Le nom complet de Gallion est 
L. Junius Gallio, et le genlllic'mm Junius est très fréquent en 
Espagne. César parle d'un Espagnol, Q. Junius, qui servait 
dans son armée en Gaule, et qui fut envoyé comme parlemen- 
taire auprès d'Ambiorix', Il est question, dans le De Bello 
Hispaniensi d'un Espagnol, très connu dans sa province, 
L. Junius Paciaecus, que César chargea d'aller, à la tête d'une 
armée, secourir la ville d'Ulia, en Bétique, assiégée par le 
jeune Cn. Pompée s. 

1. G. Lindner, De Junio GalUone, p. 6. 

2. Sénèque, Controv., X, Praejat.,8. 

3. Sénèque, Controv., X, Praefat., i3, 

4. B. Schmidt, De L. Junio GalUone rhetore, Marburg, i866, p. 5. 

5. Bornecque, Les déclamations..., p. 173-174. 

6. Schmidt, De L. Janio GalUone, p. 5. 

7. César, De Bello Gallico, V, xxvii : Q. Junius ex Hispania quidam, 

8. De Bello Hisp., m : Hominem ejus provinciae notum, L, Junium Paciaecwn. — Se 
fondant sur un passage de Plutarque (Crassus, iv) où il est question d'un Espagnol, 



a 58 BULLETIN HISPANIQUE 

Les Junius d'Espagne devaient leur nom au consul de l'an 
6i6-i38, D. Junius Brutus, l'un des plus illustres conquérants 
de la péninsule, qui avait combattu avec succès dans le pays 
des Callaeci (la Galice), sur les bords de l'Atlantique, et fondé 
la ville de Valence'. Les victoires de ce summus imperator^ lui 
avaient valu le cognomen de Callaecus^, et le produit du butin 
recueilli en Galice lui avait permis d'élever à Rome des monu- 
ments et des temples dont Cicéron parle dans le Fro Archia. 
Florus fait le plus magnifique éloge de ce Brutus, qui, poussant 
ses conquêtes jusqu'aux extrêmes limites de l'Espagne, avait 
dompté les Celtes, les Lusitaniens, tous les peuples de la 
Galice, franchi le fleuve de l'Oubli^, si redouté des soldats, 
parcouru en vainqueur les rivages de l'Océan et n'avait 
ramené ses légions qu'après avoir vu, avec la crainte religieuse 
d'assister à un spectacle interdit aux mortels, le soleil se 
plonger dans la mer et ensevelir ses feux sous les eaux 5. 

Les ancêtres de Gallion étaient apparemment au nombre des 
chefs des illustres familles espagnoles qui avaient reçu de 
Brutus le droit de cité et le nomen de Junius. La famille de 
Gallion était probablement, comme celle de Sénèque, origi- 
naire de la Bétique. Dans son poème sur le jour de naissance 
de Lucain (Genethliacon Lucani), Stace s'écrie: «0 Bétique, tu 
peux compter Lucain parmi ceux qui sont nés sur ton terri- 
toire ; c'est un plus beau titre de gloire que d'avoir donné 
Sénèque au monde; c'est un plus beau titre de gloire que 
d'être la patrie de Gallion l'orateur aux accents pathétiques 
(dulcem Gallionem) ^. )> Le dulcis Gallio de Stace doit être plutôt 
le déclamateur Gallion lui-même que son fils adoptif, le frère 
de Sénèque le Philosophe et l'oncle de Lucain. Sénèque le père 

Oùtptoç naxxtaxô;, qui secourut Crassus fugitif en Espagne au temps des proscriptions 
de Marius, Kraner, dans son édition du De Bello Hispaniensi, écrit L. Vibium 
Paciaecum. 

I. Epitome de Tite-Live, lv-lvi ; Appien, Guerres d'Espagne, lxxi-lxxiii. 

a. Cicéron, Pro Archia, xi, 37. — Cf. Valère-Maxime, VIII, xiv, 2. 

3. Velleius Paterculus, II, v, i. 

U. Flamen Oblivionis. — Cf. Pomponius Mêla, III, i, 10 ...cui Oblivionis cognomen est 
Limia. Ce cours d'eau, qui a gardé le nom de Limia, sort d'un lac de la province 
d'Orense, en Espagne, et se jette dans l'Océan, près de Vianna do Castello, en 
Portugal. 

5. Florus, I, xxxiii, la. 

6. Stace, Silv., II, vu, v. So-Sa. 



LES DÉCLAMATÉURS ESPAGNOLS 269 

se plaint que de ses trois fils le seul Mêla, qui devait être le 
père de Lucain, s'occupe avec goût de déclamation'. Aucun 
document ne prouve que le fils adoptif de Gallion ait été un 
orateur aux accents pathétiques ; le déclamateur, au contraire, 
se complaît à des descriptions de supplices dont l'outrance, 
dans le goût espagnol % devait exciter l'émotion. Il fait dire à 
un tyran qui presse le bourreau: «Torture cette femme... 
Voici une partie de son corps qui peut encore souffrir. Appro- 
che les feux. Ici, le sang est déjà desséché. Coupe, frappe, 
déchire cette femme sur le chevalet. Fais en sorte qu'elle 
n'inspire désormais à son mari aucun désir de la rendre 
mère 3. » 

On peut conjecturer que Sénèque accueillit à Rome et guida 
son jeune compatriote dans l'étude de l'éloquence; mais on 
ignore à l'école de quel maître Gallion, après avoir terminé 
sans doute ses études de grammaire à Cordoue, comme Sénèque 
et Latron avaient fait avant lui, vint acquérir ou perfectionner 
ces qualités d'à-propos, de convenance et de tact dans le style 
qui distinguaient les déclamations de son adolescence '*. Si 
l'on admet qu'il a été le condisciple de son ami Ovide, il a dû 
suivre les leçons d'Arellius Fuscus dont Sénèque constate 
d'ailleurs qu'il a subi l'influence &. 

On ne connaît le nom d'aucun élève de Gallion ; il est 
probable qu'il n'a jamais exercé la profession de rhéteur où 
Latron excellait. Dans Vindex du De claris Rhetoribus de 
Suétone, on ne trouve, à côté des noms de L. Gestius Pius et 
de M. Porcins Latro^, ni le nom de Sénèque, ni le nom de 
Gallion. M. A. Macé', qui croit que « Sénèque vint sans doute 
à Rome avec son condisciple Porcins Latro, pour y ouvrir 
comme lui une école », doit constater que « cependant Sénèque 
le Rhéteur n'est pas mentionné dans le De Grammaticis et 
Rhetoribus, pas même à Vindex, bien que Porcius Latro, son 

1. Voir le Bull, hisp., t. XIV, 1912, n° i, p. 25-27. 

2. Voir le Bull, hisp., t. XV, igiS, n° 2, p. i64. 

3. Sénèque, Controv., II, v, 6. 

4. Sénèque, Controv., VII, Praefat., 6. 

5. Sénèque, Suasor., m, 6. 

6. Suétone, édit. Roth, p. 272. 

7. A. Macé, Essai sur Suétone, Paris, 1900, p. 872 et 268. 



36o BULLETIN HISPANIQUE 

condisciple, soit nommé, au moins dans cet index ». L'absence 
des deux noms de Gallion et de Sénèque prouve que ni l'un ni 
l'autre ne dirigea, comme Latron, une école de déclamation. 
Sénèque sortait d'une famille de chevaliers de Gordoue ' ; 
Gallion devait, lui aussi, appartenir à l'ordre équestre et 
Sénèque cite comme une innovation qu'un chevalier, Rubellius 
Blandus, ait enseigné la rhétoriques 

Gallion n'a pas enseigné; il ne semble pas non plus qu'il 
ait plaidé. H. Meyer, qui le met au nombre des orateurs, lui 
attribue un plaidoyer pour Bathylle^. Mais ce prétendu 
plaidoyer n'est qu'une déclamation d'école. « Je vous montrerai 
— dit Sénèque à ses fils'» — un petit livre plein d'esprit que 
vous pourrez réclamer à votre ami Gallion ; il l'avait écrit 
pour répondre aux attaques de Labienus contre le Bathylle de 
Mécène; il lut cette réponse en public et vous y admirerez 
le courage d'un jeune homme qui provoque les dents de 
Labienus, ces dents si promptes à mordre. » Labienus était un 
déclamateur méprisé et redouté ; la violence rageuse de ses 
invectives l'avait fait surnommer Rabienus. Ce déclamateur 
était aussi un avocat. On citait un plaidoyer qu'il avait prononcé 
au tribunal des centumvirs dans la cause célèbre des héritiers 
d'Urbinia; il soutenait les prétentions d'un certain Figulus, 
qui se disait fils d'Urbinia et qui revendiquait l'héritage de sa 
mère. Il avait pour adversaire Pollion, qui s'efforçait de 
démontrer que Figulus était tout simplement un esclave 
nommé Sosipater^. On a voulu que Gallion ait plaidé contre 
Labienus, comme Labienus avait plaidé contre Pollion. 
« Labienus — dit M. Gucheval^ — prononça contre le 
Bathylle de Mécène un plaidoyer qui est perdu. Junius Gallio, 
ami de Sénèque, était son adversaire dans ce procès. La 
réponse de Gallion ne nous est pas non plus parvenue. » Le 

I. Voir le Bail, hisp., t. XII, 1910, n° 1, p. 4. 
5. Sénèque, Controv., Il, Praefat., 5. 

3. H. Meyer, Oratorum Homanorum fragmenta, édit. F, Dûbner, Paris, 1837, 
p. 363. 

4. Sénèque, Controv., X, Praefat., 8. 

5. Dialogue des Orateurs, mwiii ; Quintilien, Instit.Orat.,\,\,S ; lV,i, n ; IX,iu, i3. 

6. Gucheval, Histoire de l'éloquence romaine..., t. 1, p. i8a. — Schmidt (De L. Junio 
Gallione rhetore, p. 8) et Lindner {De Junio Gallione, p. 7), pensaient aussi qu'il 
s'agissait d'un procès véritable où Gallion avait plaidé. 



LES DÉCLAMATEURS ESPAGNOLS 36 1 

mime Bathylle était un affranchi de Mécène qui l'aimait 
passionnément'. Il est probable que Labienus, qui était un 
pompéien intransigeant, n'avait pas attaqué Bathylle en justice, 
mais qu'il avait composé contre le favori de Mécène un pam- 
phlet où sa haine du régime impérial se donnait libre carrière ; 
ce pamphlet pouvait être au nombre des ouvrages que les 
ennemis de Labienus réussirent à faire condamner par le 
Sénat au supplice du feu 2, A supposer même que le discours 
contre Bathylle ait été prononcé devant les tribunaux, la 
réponse de Gallion en faveur de Bathylle ne peut être regardée 
comme un plaidoyer: Sénèque, en effet, dit de cette réponse, 
rescriptum recitavit; c'est le même mot qu'il emploie pour 
désigner les déclamations que le rhéteur Gestius composait 
pour répondre à des discours réellement prononcés jadis par 
Cicéron, rescripsit^. 

Gallion publia sa réponse au pamphlet qui attaquait Bathylle 
sans se soucier des représailles dont pouvait user Labienus, 
si prompt à déchirer ceux qui l'avaient offensé. Cette publi- 
cation devait lui attirer ou lui assurer, s'il la possédait déjà, la 
faveur de Mécène, protecteur précieux pour un jeune homme 
à ses débuts dans le monde. 

L'intrépide défenseur de Bathylle semble ne pas avoir 
manqué de patrons dans la haute société littéraire et aristocra- 
tique de Rome. Une des rares anecdotes où Sénèque raconte à 
ses fils des traits de la vie de son ami qui pouvaient leur être 
inconnus^ montre Gallion en relations familières avec Mes- 
salla, si sévère pour les hispanismes de Latron^, avec Auguste 
et Tibère eux-mêmes. Arellius Fuscus, admirateur déclaré de 
Virgile, prétendait emprunter le thème de ses plus brillants 
développements à quelque expression de son poète favori. 
Pour un lieu commun sur le délire prophétique d'un devin, il 
disait s'être inspiré d'un mot bien connu de Virgile, plena deo. 

1. Tacite, Annal., I, liv: Maecenati... effuso in amorem Bathylli. 

2. Sénèque, Controv., X, Praefat., 5-6. 

3. Sénèque, Controv., III, Praefat., i5. — Quintilien (Instit. Orat., X, v, 20) 
emploie le même mot dans le même sens : Beseribere veteribus orationibus ut fecit 
Cestius contra Cieeronis actionem. 

k. Sénèque, Suasor., m, 5-7. 
5, Voir plus haut, p, 34G. 



202 BULLETIN HISPANIQUE 

Cette expression, qui se trouvait peut-être dans une première 
rédaction de l'épisode de la Sibylle ', a disparu du texte de 
VÉnéide que nous possédons. Mais, grâce à Arellius Fuscus, 
elle avait fait fortune : Gallion rapporte que son ami Ovide en 
avait usé dans sa tragédie de Médée, et nous la voyons reprise 
ensuite ou imitée par Lucain, par Stace, par Silius Italiens, 
par Valerius Flaccus». Gallion lui-même, qui était probable- 
ment comme Ovide élève d'Arellius Fuscus, s'était approprié 
l'expression virgilienne qu'il entendait vanter sans cesse par le 
maître; il la citait à tout propos et souvent hors de propos; 
elle lui échappait malgré lui. 

En sortant d'une séance où il était allé avec Sénèque assister 
à une déclamation de Nicétès, ce rhéteur grec qui réduisait 
comme Latron ses élèves au silence et que Latron critiquait 
sans ménagement 3, les deux amis se rendent chez Messalla qui 
demande à Gallion comment il a trouvé l'éloquence de Nicétès : 
Plena deo, répond Gallion ironiquement. Chaque fois qu'il 
avait entendu un de ces déclamateurs que l'on appelle « pleins 
de feu » (caldi), dans le monde des écoles, il exprimait son 
jugement par sa formule ordinaire, plena deo. Messalla, qui 
flattait la manie de son jeune protégé, ne manquait jamais, 
lorsqu'il le questionnait sur quelque orateur que Gallion venait 
d'entendre pour la première fois, de lui demander: « Cet 
homme, lui aussi, est-il plena deo? » Un jour, comme on 
parlait devant l'empereur^ du talent d'Haterius, improvisateur 

1. Virgile, En., VI, v. 78: 

Bacchatur vates, magnum si pectore possit 
Excussisse deum. 
La Sibylle est pleine du dieu dont elle veut se délivrer. 

2. Lucain, IX, v. 564 : 

nie deo plenui, 
Stace, Theb., X, v. 624: 

M ox plénum Phoebo vatem. 
Silius Italicus, III, v. 678: 

Tum loca plena deo. 
v, V. 80: 

Plenus et ipse deum. 
Valerius Flaccus, I, v, aSo : 

... plenus fatis Phoeboqae quieto. 

3. Voir plus haut, p. a44. 

4. M. Bornecque (Controverses et Suasoires, t. I, p. 33G, note 7) admet avec Lindner 
(De Junio Gallione, p. 7) que Caesar désigne ici Tibère. Je crois comme Schmidt (De 
Junio Gallione rhetore, p. n) qu'il s'agissait d'Auguste qui, n'aimant pas Haterius, 



LES DÉCLAMATEURS ESPAGNOLS 263 

pathétique dont, au dire du divin Auguste, la course impé- 
tueuse réclamait un sabot à enrayer', emporté par l'habitude, 
il s'écrie: « Encore un qui e&l plena deo! « On lui demande ce 
qu'il veut dire : il cite le vers de Virgile et raconte comment 
il l'a une fois appliqué à Nicétès en présence de Messalla ; depuis 
lors, il ne peut s'empêcher de le redire à l'occasion. Tibère 
était présent à cette scène ; disciple de Théodore, il aimait peu 
la manière de Nicétès, qui était le rival de son maître. Aussi 
trouvait-il excellente l'histoire de Gallion ; et Auguste ne 
devait pas trouver moins bonne la critique dirigée contre 
Haterius, qui lui déplaisait comme Nicétès déplaisait à Tibère. 

Gallion était un homme du monde qui savait faire sa cour à 
Auguste et à Tibère en se moquant devant eux des rhéteurs 
dont ils critiquaient le talent. Il raillait finement Haterius et 
Nicétès, mais il se gardait des blâmes brutaux dont Latron 
accablait ses collègues et ses rivaux. 

Un homme de naissance obscure, qui avait commencé par 
tenir une école élémentaire et que la faveur toute-puissante de 
Séjan devait faire arriver au Sénat, puis à la préture, en 
776-22, Junius Otho2, excellait à traiter comme professeur de 
déclamation les sujets où l'on peut tout dire sans apporter 
aucune preuve précise dans l'argumentation ; il s'était fait une 
spécialité des couleurs. Quand il ne trouvait aucune excuse 
sérieuse à apporter en faveur de l'accusé, il imaginait que son 
client avait agi sous l'influence d'un présage, d'une prédiction 
ou d'un rêve : toutes les fois, dit Sénèque, que les couleurs 
faisaient défaut à Junius Otho, il racontait un songe 3. Ce 
somniaior ayant publié un ouvrage en quatre livres sur les 
couleurs, Gallion ne manquait pas d'appeler cet ouvrage plein 
de songes « les livres d'Antiphon » ^, parce que l'auteur grec 
Antiphon, souvent cité par Cicéron dans le De Divinatione, 
avait composé un traité sur l'interprétation des songes. 



trouve le mot de Gallion très spirituel. D'autre part, Tibère qui n'aime pas Nicétès, 
goûte fort le même mot de Gallion appliqué à ce rhéteur grec. 

1. Sénèque, Controv., IV, Praefat., 7. 

2. Tacite, Annal., III, lxvi. 

3. Sénèque, Controv., VU, vu, i5. 

4. Sénèque, Controv., II, i, 33. 



a64 BULLETIN HISPANIQUE 

Si les plaisanteries de Gallion sur les ridicules de ses rivaux 
en déclamation sont spirituelles sans méchanceté, ses appré- 
ciations sur ceux-là mêmes qui n'avaient ni ses goûts ni ses 
opinions semblent d'une impartialité qui va jusqu'à la bien- 
veillance. L'éloquent et mordant orateur Cassius Severus 
déclamait rarement et professait un profond mépris pour la 
déclamation et pour les déclamateurs ; il composait contre les 
hommes et contre les femmes de l'aristocratie des libelles 
diffamatoires qui furent brûlés par ordre de l'empereur et qui 
firent reléguer leur auteur d'abord en Crète, puis dans l'île de 
Sériphos, où il mourut après un exil de vingt-cinq ans • . Gallion, 
qui était un des plus illustres déclamateurs de son temps et 
qui vivait dans l'intimité des plus nobles personnages de 
Rome, porte sur l'éloquence de Cassius Severus, qu'il admire 
sincèrement, un jugement très favorable que Sénèque considère 
comme définitif: « Dès que Cassius Severus prenait la parole, 
il devenait le maître absolu de ses auditeurs qui le suivaient 
où il voulait; si tel était son bon plaisir, il déchaînait leur 
fureur. Quand on l'écoutait, on n'avait qu'une seule crainte, 
c'était de le voir finir =*. » 

Un homme qui apprécie tout le monde avec un esprit juste 
et indulgent ne peut se faire d'ennemis. Sénèque, qui parle des 
attaques dont Latron fut l'objet de la part de Messalla et de 
Pollion^ ne cite aucune critique adressée à son ami Gallion. 
Il rappelle les luttes d'éloquence où Latron et Gallion faisaient 
assaut de talent et d'habileté^, mais il ne dit rien des relations 
d'amitié qui pouvaient unir les deux rivaux. 

Nous ignorons quelle fut la carrière politique de cet homme 
du monde habile et bienveillant ; elle lui était rendue facile 
par les illustres amitiés dont il s'honorait. Sénèque n'avait 
rien à apprendre à ses fils des fonctions que leur ami avait 
pu remplir; il ne fait même aucune allusion à la disgrâce qui 
frappa Gallion quelques années avant la composition du recueil 



1. Tacite, Annal., I, lxxii ; IV, xxi. 

2. Sénèque, Conlrov., III, Praefat., 2, 
5. Voir plus haut, p. a45-246. 

4. Sénèque, Controv., X, Praefat., i3. 



LES DÉCLAMATEURS ESPAGNOLS 365 

des Conlroverslae et des Suasoriae. C'est Tacite et Dion Cassius 
qui nous apprennent que Gallion, qui faisait partie du Sénat, 
en fut chassé par Tibère, l'an 786-32, à la suite d'une flatterie 
laborieusement méditée dont la maladresse avait indisposé 
l'empereur' : l'habitude de la déclamation n'avait pas mieux 
enseigné la convenance et la mesure à Gallion qui était un 
amateur, qu'à Latron qui était un professionnel. S'il était 
habile de railler par un mot ingénieux le rhéteur Nicétès qui 
déplaisait à Tibère, il était maladroit de prétendre par excès de 
zèle empiéter sur les droits de l'empereur en proposant pour 
des hommes qui ne dépendaient que de lui des faveurs qu'il 
se réservait de leur octroyer de lui-même, si tel était son bon 
plaisir. Malgré toute son expérience de courtisan, Gallion ne 
s'était pas rendu compte qu'il est dangereux de parler dans un 
discours au Sénat comme dans une déclamation développée à 
l'école. 

Le malencontreux sénateur espérait se faire bien venir du 
maître en demandant pour les prétoriens, après leur libération 
du service, le privilège de prendre place au théâtre sur les 
quatorze gradins qui, depuis la loi du tribun Roscius, étaient 
réservés à l'ordre équestre derrière les rangs du Sénat. 
En 786-32, Tibère n'assistait plus depuis longtemps aux 
délibérations des sénateurs ; on lui envoyait les procès-verbaux 
des séances et il retournait ses observations par lettre. La 
critique qu'il fit de la proposition de Gallion était rédigée en 
termes violents : De quoi ce personnage se mêlait-il ? A quel 
litre s'occupait-il des prétoriens qui ne dépendaient que de 
l'empereur et qui n'avaient à attendre de récompenses que de 
lui? Gallion, en véritable satellite de Séjan, — a satellite 
Sejani, — ne cherchait qu'à corrompre la discipline militaire 
et à fomenter des troubles... Le déclamateur fut exclu du Sénat 
et chassé de l'Italie. Il se retira à Lesbos ; comme son exil 

I. Tacite, Annal., VI, m; Dion Cassius, LVIII, xviii. — Les anciens éditeurs de 
Tacite (Naudet, édit. Lemaire, vol. I, p. 525; Dureau de la Malle, traduct. Nisard, 
p. 507, etc.) répètent que ce Gallion est le frère de Sénèque le philosophe. D'après 
Amiel (L'éloquence sous les Césars, p. 3/i8), « déjà sous Tibère, l'aîné des fils de 
Sénèque, fils adoptif de Gallion, siège au Sénat; il parle; il émet des avis ». Sous 
Tibère, le fils aîné de Sénèque n'avait pas encore été adopté par Gallion; il s'appelait 
Novatus et ne siégeait pas au Sénat. 



306 filJLLËTIN tilSPANtQÙË 

semblait trop doux dans cette île au séjour agréable, on le fit 
revenir à Rome où il fut emprisonné dans la maison d'un 
magistrat qui répondait de sa personne. Il est probable que la 
maladroite proposition concernant les prétoriens ne fut que le 
prétexte des rigueurs impériales. Mais Gallion était l'ami de 
Séjan, le favori de Tibère, comme il avait été l'ami de Mécène, 
le favori d'Auguste. Depuis la disgrâce de Séjan, ses anciens 
familiers étaient regardés comme les satellites d'un conspira- 
teur. Dans la même lettre où il ordonnait l'exil de Gallion, 
Tibère demandait la condamnation d'un ancien préteur qu'il 
accusait d'avoir donné son concours aux projets criminels de 
Séjan. 

Nous ignorons si la disgrâce de Gallion dura jusqu'à la fin 
du principat de Tibère, qui mourut dans les derniers jours de 
mars 790-37. C'est après la mort de Tibère que Gallion adopta 
Novatus. Sénèque, qui survécut à l'empereur», donne toujours 
à son fils le nom de Novatus. Sénèque le philosophe donne 
aussi à son frère aîné le nom de Novatus, quand il lui dédie 
les trois livres de son traité De Ira, écrit l'an 79/1-41, après la 
mort de Caligula^ ; il lui donne le nom de Gallion quand il lui 
dédie le traité De Vila beata, écrit en 8ii-583. En 794-4i^ 
Novatus avait au moins quarante ans. En 796-/12 ou en 796-43, 
il perdait sa femme qui lui laissait une fille, Novatilla, en âge 
de donner bientôt des arrière-petits-enfants à sa grand'mère 
Helvia^. En 791-41, Gallion avait plus de quatre-vingts ans, 
si, comme son ami Ovide, il était né en 7ii-43; il avait au 
moins soixante-dix ans, puisqu'il avait été l'ami de Mécène, 
mort en 746-8. Un vieillard de soixante-dix à quatre-vingts 
ans qui pense à adopter un homme âgé de plus de quarante 
ans ne saurait différer Texécution de son projet; il est donc 
probable que c'est peu de temps après la dédicace du De Ira 

1. Voir le Buli. hisp., t. XIV, 1912, p. iS-ig. 

2. A. Marfens, De L. Annaei Senecae vita et de tempore quo scripta ejus philosophica 
quae supersunt composita sint. Altona, 1871. — Cf. De Ira, 1, xx, 8, 9; H, xxxiii, 3-6; 
III, xYiii, 3 ; XXI, 5. 

3. Voir A. Marlens, p. 37-38. 

4. Sénèque le philosophe, Ad Helviam matrem, ivm, 7. — C'est en 795-42 ou 
en 796-43, dans les premiers temps de son exil, que Sénèque adressait à sa mère son 
traité De Consolatione. Voir A. Martens, p. ag. 



LES DÉCLAMATEURS ESPAGNOLS 267 

que le frère aîné de Sénèque le philosophe prit le nom de 
Gallion. 

On ignore la date de la mort du vieux déclamateur. Quant 
à son fils adoptif, Sénèque nous apprend qu'il avança par son 
mérite dans la carrière des honneurs ' et qu'il fut envoyé en 
Achaïe^. C'est devant le tribunal de Gallion, proconsul 
d'Â.chaïe, qui se déclara incompétent, que les Juifs traduisirent 
saint Paul accusé d'exciter ses coreligionnaires à rendre à Dieu 
un culte contraire à la loi 3. On sait par Tacite et par Dion 
Gassius qu'après la mort de Sénèque Néron fit tuer Gallion 
malgré ses supplications ^. D'après saint Jérôme, qui le qualifie 
de declamalor egregi'us, il se tua de sa propre main l'an 8i8-65 &. 
Mais Gallion ne mérite en rien le nom de déclamateur excellent, 
puisque Sénèque le père se plaignait que, seul de ses fils. Mêla 
consentit à s'appliquer à la déclamation. Saint Jérôme, qui 
sait qu'un Gallion s'illustra comme déclamateur et qui n'a pas 
trouvé le nom de ce Gallion dans le catalogue des Rhetores de 
Suétone, confond le père et le fils adoptif^ : c'est par suite 
de la même confusion que l'on a attribué à Novatus, qui ne 
s'appelait pas encore Gallion en 785-82, la flatterie maladroite 
qui fit chasser du Sénat et exiler L. Junius Gallio, l'un des 
déclamateurs du premier quadrige. 

H. DE LA VILLE DE MIRMONT. 
(A suivre.) 

1. Sénèque le philosophe, Ad Hehnam matrem, iviii, 2. 

2. Sénèque le philosophe, Epist., civ, i. 

3. Actes des Apôtres, xviii, i2-iG. 

4 Tacite, Annal., XV, lxxiii; Dion Cassius, LXII, xxv. 

5. C. Fr. Hermann, Disputatio de scriptoribus..., p. 34, n° 89. 

0. C'est apparemment au fils adoptif du déclamateur que saint Jérôme attribuait 
les concinnae dedamationes Gallionis dont il fait l'éloge dans la Préface de ses Commen- 
tarii in Esaiam. 



CHRONIQUE LATINE DES ROIS DE CASTILLE 

JUSQU'EN 1236 

(Suite*) 



III. — C. — Synchronismes de 1224 à 1230. — Ferdinand III roi 

de Léon (1230). 

5i. [I]N anno quo dfis noster rex mouit guerram contra sarracenos 
et quesadam destruxit. Lodouicus rex francorum coUecto exercitu multo 
et forti descendit in pictauiam et cepit castrum nobile quod dicitur niort 
cuillamquedicitur.Sanctusioliannesdeanglino.Tandemobsedituillam 
famosam que dicitur rochela. et post longam obsidionem reddita fuit 
ipsii. Lodouicus siquidem predictus rex successerat in regnum patri 
suo. Régi philipo qui mortuus fuerat sub. Era. M. GC. LXL Memo- 
ratus autem lodouicus rex in estate illa in qua dfïs noster rex obsedit 
et per uirtutem dni nostri ih'u. x\ cepit castrum quod dicitur capella 2 
uenit in partes prouincie 3 contra hereticos et defensores eorum 
de consilio et auctoritate legati romane (foL 11 3) ecclesie qui tune 
uices pape gerebat in partibus francorum. Venit autem in manu forti 
et brachio extento cum exercitu grandi et forti nimis cum multis 
machinis bellicis obsedit ciuitatcm famosam. Auinionem que post lon- 
gam obsedionem reddita est dicto régi et legato supradicto ''. Subiu- 
gata uero fere tota terra illa prêter tolosam et alla castra pauca dum 
reuerteretur in terram suam mortuus est in alùma^S. Multi et magni 
uiri et nobiles multi médiocres multi et de minoribus mortui sunt in 
obsidione predicta : — 

52. [CJOmes tolosanus et fauctores ipsius audita morte dni lodouici 
illustris régis francorum repleti gaudio magno ualde parauerunt se 
ad reuellandum * contra ecclesiam et gentem francorum sperantes 

a) Aluernia (Auvergne). — b) Sic. 

* Voir Bull, hisp., t. XIV, p. 3o, 109, 244 et 353; t. XV, p. 18, 170. 

5i. I. Niort, Saint- Jean-d'Angély et La Rochelle furent pris, en effet, en 1224. 
Cf. S 44. 

5i. 2. 1226 (cf. S 49-50). 

5i. 3. La Provence. 

5i. 4. Le siège d'Avignon par Louis VIII eut lieu, on effet, en 1226. La ville fut 
prise le 13 septembre. 

5i. 5. A Montpensier, en Auvergne, le 8 novembre laaô. 



CHRONIQUE LATINE DES ROIS DE CASTILLE 269 

régis puericiam et sexum femineum nil magnum aggredi posse. 
Siquidem dicto lodouico régi successit filius lodouicus puer tenellus 
forme. XII. annorum cuius pueri. et regni mater regina. s. diïa 
blanca gloriosi dni aldefonsi régis castelle filia curam suscepit et 
tamquam prudcns femina regnum francorum diu tenuit atque rexit. 
Habito igitur diligenci" tractatu cum legalo ecclesie romane qui tune 
erat in francia et cum archiepiscopis et episcopis ceterisque prelalis 
ecclesiarum et cum baronibus regni mictunt contra comitem tolo- 
sanum et fauctores eius uiros nobiles strenuos et prudentes cum 
magna multitudine militum et seruientium qui tanquam milites xpi 
et inuicti bellatores. non dantes requiem tolosanis totam terram illam 
dei auxilio destitutam ecclesie romaniâe'' mediante rege francorum 
subdiderunt. Sepedictus siquidem cornes tolosanus uidens quod 
rebellare non posset supposuit se uoluntati legati. et régis francorum 
et in francia reconciliatus est ecclesie. recepta prius ab eodem 
cautione sufficienti. s. iuramenlo prestito quod per omnia pareret 
mandatis. ecclesie. nec de francia recederet antequam omnes condi- 
tiones que tune impleri potcrant implevisset. Vnica filia quam habe- 
bat idem comes de cuius matrimonio cum fratre régis francie 
tractabatur deducta fuit ad reginam francie consobrinam suani'. 
Eodem comité moram in francia protrahente. Anno ab incarnalione 
dni. M" GG" XXIX. mûri tolose funditus subuersi sunt et fossata 
plena superfîciei campi sunt adequata omnesque municiones circum 
adiacentes dextructe sunt paucis exceptis quas in manu sua reti- 
nuit I rex francorum. Sic ergo x'. diîs saluator noster destruxit 
omnem munitionem aduersum se extollentem. Heretica prauitas que 
quasi nidum suum locauerat in terra illa pro magna parte destructa 
est multis hereticis igni traditis aliisque fugatis atque dispersis. 

a) Sic. — b) romane. 

33. I. Sa fille Jeanne épousa en effet, en 1387, Alphonse, futur comte de Poitou, 
frère de Louis IX ; et c'est ainsi que, faute d'héritiers, les États de Raymond VIT 
furent plus lard (iSOi) réunis à la couronne de France. Le cousinage entre Jeanne 
de Toulouse et Blanche de Castille est assez éloigné : 

Alphonse Vil épouse Berenguela puis Rica 

I I 

Sancho Sancha 

I épouse 

Alfonso VIII Alfonso II de 
I Aragon 

Blanche de Castille | 

( Sancha épouse 

I ' Raymond VII 

I I 

Alphonse de Poitiers épouse Jeanne 
Cf. s lô, note 2. La parenté de Jeanne avec son futur mari n'en était pas moins 
dirimante, se trouvant du quatrième et troisième degré : pourquoi notre auteur ne 
parle-t-il pas ici d'obstacle (cf. § 82 note 3)? 

Bull, hispan. 19 



370 JBULLETIN HISPANIQUE 

quorum dispersio prouidebat altissimus, ne sit qccasio subuersionîs 
multorum. Siluit igitur terra illa redita" sibi pace. cuius expers 
fuerat temporibus. 

53. Post captionem castri quod dicitur capella' rex yspalen qui tune 
gerebat se pro almiramorrielin cepit tractare de treuga cum drio nos- 
tro rege promictens multam pecuniam. cuius partem soluit. partem 
uero residuam futuro tempore soluere tenebatur. Ea uero tempestate 
surrexit in regno murcie quidam almogara. Plebeyus sicut dicebant 
strenuus tum in armis nomine abenhut. qui pugnauit contra mur- 
cianos et eis deuictis regem eorum cepit et in uinculis posuit. et 

ciuitatem et regnum obtinuû'' usus consilio cuiusdam consilio [ j*^ 

mauri potentis et prudentis quem postmodum idem abenhuc inter- 
fecit[.] hodio'' inexorabili persequebatur/ Amohades^^ predicans 
publiée non esse obediendum illis tamquam scismaticis in lege sua. 
quia non obediunt diîo de baldac. qui est de génère mahometis. 
Propter quam causam mezquitas suas dicebat purgandas esse tam- 
quam pollutas almohadum superstitione. Dicebat eosdem almohades 
oppressores populi et uiolentos exactores. se uero asserebat libera- 
torem populi de handaluçia sic enim uocatur scismarina terra 
maurorum. Vnde et populi handaluzes uocantur quos quidam credunt 
uandalos esse, handaluzes autem credentes uirtutem diuinam in 
eodem operari qui mos est populo illi. leui persuasione noua sequi 
recedentes a dïïo almohadum secuti sunt predictum. Auehut quasi 
regem et dnm. qui ut placeret eis et inimicicias capitales firmaret 
inter almohades et handaluzes atrocissime decrassatus' est in eosdem. 
Almohades uiros capitando. iugulando. diuersis pénis interimendo 

a) Sic. — b) ohtinuit. — c) Sic; un blanc (manque le nom). — d) Sic. — ej Supprimer 
ce point. — f) Sic. — g) degrassatus, cf. § 4. 

53. I. Cf. § 5o. Suite du texte d'Ocampo (fol. ccccvii") : « Quando fueroa aiidados 
seys aâos del su reynado deste rey don Fernando de Castella, saco su hueste e fuese 
para la frontera s quando llego a Andujar fallo y a don Aluar Ferez que estaua doliëte 
E poso el rey fuera a oriella d' Guadalqueuir. z eslàdo y llego un moro que dezic 
Albucaçin cô mâdado de Abullale (ms. 8817 : abotazl) rey d' Seuilla (omis dans 8817) 
quel darie treziêtas vezes mil marauedis d' prata por tregua de un afio z ql non 
liziesse mal en su tierra, s el rey touol por bien z resçibiol el auer ». Le membre de 
phrase relatif à Alvar Pérez manque dans le ms. de l'Acad. de Lisbonne, mais non 
dans le ms. 8817. Le roi de Séville, Abou-1-Ala, se fit proclamer à la place de son 
frère le i5 septembre 1227 et mourut en octobre 1232. (Cf. § 45, n. 4; Chronique des 
Almohades, trad. Fagnan, p. 29 et 269; Ibn-Khaldoun, t. II, p. a33, 237; Roudh-el- 
Kartas, p. 363.) 

53. 2. Un almogàvar? Sur les sons qu'on a donnés à différentes époques à ce mot, 
voir le Glosario d'Eguilaz, le Tesoro de Cobarruvias, l'article Almogaïuar dans 
l'Encyclopédie de l'Islam de Houtsma et Basset (en cours de publication, Paris, Picard; 
Leyde, Brill). Le mot serait ici employé dans son sens primitif. 

53. 3. Voir au S 6 ce que notre auteur dit de l'établissement de ces mêmes 
Almohades. Cf. dans l'Encyclopédie de l'Islam les articles Abd-al-Mamin et Almohades. 
La dynastie abbaside qui régnait à Bagdad allait elle-même disparaître en 12C8 (cf. 
t6., art. Abbasides et Baghdad). 



GHRÔNIQUÉ latine t)ES ROIS DE CAStiLLÉ h'JÏ 

mulieribus mamillas amputando puerorum uitam morte miserabili 
extinguendo. Audiens autem rex yspalen quod murcia cum auehut 
rebellauerat contra eum moû" exercituin et ueniens ad partes illas 
murciam obsedit sed uoto frustratus yspalensim* reuersus est. Licet 
autem murciani multa mala sustinuissent in obsidione predicla 
firmiter tamen adheserunt dicto auenhuc. quorum consilio et auxilio 
in(fol. ii/i)fra breue tempus fere totam andaluziam auehut acqui- 
siuit. Sponte siquidem andaluces subdebant se ipsi recedentes a 
dominio almohadum quod sibi graue et inlolerabile uidebatur. Rex 
autem yspalen uidens sibi periculum imminere. ffmgens causam 
recesus quod uellet mare transire petiturus auxilium contra eos qui 
rebellabant[.] filio loco sui. Apud<^ yspalim dimisso ceptam'' adiit[.] 
yspalen uero filium eius receperunt et in uinculis posuerunt signifi- 
cantes auehut. ut ueniret ad eos. recepturus ab eis seruicium et 
obedienciam sicut. s.'' rex. Qui misit ad eos fratrem suum quem loco 
ipsius honorifice receperunt. homines de granada et de iaên et 
corduben et omnes allie uille circumadiacentes receperunt eundem 
auenhut in diïm et in regem. Amohades autem qui tenebant muni- 
cionem de iaen rediderunt ei seruata sibi uita et filiis et uxoribus 
suis^[.] contra regem ualencie qui erat de génère alraofadum rebella- 
bit^ nepos régis lupi. quod uidens idem rex ualencie transtulit 
se ad dnm nostrum regem castelle implorans eius auxilium aduersus 
rebelles. Sicque dictus auehut in breui tempore fere totam andaluciam 
habuit prêter ualenciam in qua dictus maurus rebellaûS. 

a/ mouit. — b) Sic. — c) Faire abstraction du point et de la majuscule. — d) Ceutam. — > 
ej suus. — f) Sic, 

53. 4- Rodrigue (IX, i3) résume tous ces faits, tout en ajoutant quelques détails : 
qu'Abenhut commença sa révolte «in castro Uechoc in territorio Murtiensi » ; qu'il 
se fit faire des armes noires et qu'il descendait du roi de SaragosseAbohaget; qu'enfin 
il fut tué traîtreusement par un des siens, nommé Abenroman et remplacé par un 
laboureur, Mahoma Abenalaginar [(Beale : Allcnalaginar ; Lorenzana : Auenalaginar) , 
Tout cela se retrouve dans la Chr. générale, texte de Pidal, § 1087, en partie seule- 
ment dans le texte d'Ocampo, fol. ccccvii'. 

53. 5. Rodrigue dit aussi qu'Abenhut « obtinuit Vandaliam Hispanorum, prœter 
Valentiam & confinia, in quibus Zaen de génère regio rebellauit » (IX, i3), 
ce que transforme le texte d'Ocampo : « gano toda el andaluzia c lue ende senor, 
fuera Ualencia c su tierra ql anparara Zahel q era del abolorio de reyes, E este 
Abêfuc era del linage de Abenalfâge... » Cf. ms. Lisb. : «mas nô pode guaanhar 
uallença nem aterra q Ihe pteecia por que Iha defendeu cahen q era do linhagemde 
benalfaras s dos Reys de Ualença » (fol. ccccvin). Le ms. 8817 ne commet pas 
l'erreur non plus : « b foy ende senor fora Valença e sua t'ra por qa amparou cahê 
q era do linagem dos reys Abelanfâge ». Après quoi le texte d'Ocampo, au lieu de 
continuer, comme celui de Pidal (p. 721', 1. 4o) le ms. 8817 et le ms. de Lisbonne, 
l'histoire d'Abenfuc, revient aux expéditions de Ferdinand III: « ...E por su 
csfuerço c por su bôdad (Abenfuc) valio mucho c fue muy buô rey esforçado e 
iusticiero c uerdadero ademas. E en aquella sazon el rey Abulalle de Seuilla 
dio al rey don Fernando (ms. 8817, au lieu de « c verdadero,.. Fernando » : 
e aaçima convidoo Mû seu vassalo en Almaria q auya nume yhuda rromâ n cortoulle 
acabeça et en pos elle leuàtousse out'^ mouro q diziâ yhuda rrama homad'ymar q pouco 



27a BULLETIN HISPANIQUE 

54. Dictus autem rex ualencie calidus" etastutus presencies'' popu- 
lum sibi subiectum pare se ad rebellandum.'" Videns et tantam 
dissensionem in toto regno marroquitano ultra cismarino. significaû 
dno pape secreto si regorio '^ nono. quod uellet fieri xpianus et 
regnum suum subicere ecclesie romane, supplicans ut dignaretur 
mitlere legatum pro hac causa, uirum prouidum et discretum et 
literatum. que causa potissima fuit quare dictus ppe^ tune 
miserit in yspanias legatum uirum prouidum et discretum et 
literatum. Magistrum iohannem de abbisuilla sabinensem episcopum. 
Sicut idem nobis retulit uiua uocei. Intrauit igitur dictus legatus in 

a) Sic. — b) Sic — c) Supprimer ce point. — d) Sic l'sciUcet gregorio). — e) Sic fpapaj. 

tempo auya ont q rrey nasse, andaiia arando con os boyf. Elfoy rey de iheem ^' ariona e de 
g'^nad[a t] de out"s lugares tnuytos c desq el morreu partiusse p muytos senorios. Et esto 
aiudou muyto a goanar aterra aos xpâos. Mays agora leixa a estoria a falar desto c tornarem' 
al rey dô f conio el rey dô fernâdo ç'cou Jaem. conta a estoria q estando el rey dô f en 
andaiar enbioulle et rey d' Seuilla) trezientas vezes mill marauedis por tregua. 
E dierâse ya a Abëfuc (ms. 8817: a6u/ia6os) Granada z Murçia 5 Almeria e toda esa 
tierra. ^El rey don Ferrâdo mouio de Andujar c fue côtra Jahê, z passo a Guadal- 
bullô, s derribo todas las lorres c los molinos : s corto las huertas e parrales fasta 
otermar que ya eran cresçidas en pues que las el cortara otra vegada e aslrago 
quâto auie en Moxacar (ms. 8817: mentixar), z catiuarô muchos moros, z quebran- 
taron toda esa trrâ fasta en Granada : desy torno para Toledo. ^ El anô siguiéte 
quando fueron andados siete anôs del reynado del rey don Ferrâdo de Castiella, el 
saco su hueste z fue sobre Ubeda z cortol los panes z las huertas c gano sauiot c cortol 
otrosi los panes c las huertas z las uiilas z todo lo al a Aznaltoraf, z gano a garçies 
z a Xodar (ms. 8817 omet « toda lo al... Xodar»), z d'rribo muchas torres. Estonçes 
Abenfuc (ms. 8817: Rey mouros) assono toda su tierra z uino con muy gran poder 
çerca de la hueste de los cristianos : z cuydaron q les querie dar batalla, mas nô 
oso : e fue para Merida c lidio con el rey dô Alfonso Fernandez de Léon, padre del 
rey dû Fernando de Castiella que era y z fue Abenfuc vençido z desbaratado (cf. § 56). 
• Estando asi el rey don Fernando de Castiella faziendo guerra enla frontera embiol 
el rey de Seuilla otras trezientas vezes mill marauedis por tregua d'vn otro afio, 
desi el rey tornose para Castiella : k dexo corta z astragada Jahê z Ubeda z toda esta 
tierra. » 

54. I. Rodrigue mentionne bien le séjour de Jean d'Abbeville en Espagne comme 
légat du pape, et il note que ce séjour fut marqué par la réunion de nombreux 
conciles (IX, 12); mais il ne dit rien de la raison attribuée par notre auteur à ce 
séjour. Luc (p. 116, 1. iG), pas davantage. Zurita (Anales, 111, 2), écrit ceci: « Hallo 
en las chronicas que compuso en latin un obispo de Burgos, que traslado la historia 
gênerai de Castilla, y fue en tiempo del rey don Alonso el decimo, que la principal 
causa porque Zeyt Abuzeyt fue echado del reyno, era porque embio muy secreta- 
mente sus embaxadores al Papa y al rey de Aragon, a offrecer que se queria boluer 
christiano..., y que con esta ocasion se apodero de la mayor parte del reyno un moro 
muy principal que se dezia Zaen. » Ce n'est évidemment pas notre chronique que 
Zurita veut désigner, puisque, d'après elle, si le roi de Valence simule des velléités 
de conversion, c'est quand il se voit sur le point d'être chassé, et ensuite puisque le 
nom de Zaen n'y figure pas. L'assertion à laquelle se réfère Zurita se trouve dans une 
longue note marginale du ms. j-P-io (ou P-j-io) de l'Escorial, sur lequel j'aurai à 
revenir, et qui porte au folio initial du texte (après ceux de l'index) deux mentions 
contradictoires ajoutées l'une comme l'autre, me semble-til (c'est aussi l'opinion du 
P. Antolin, bibliothécaire du monastère), de la main même de Zurita, mais à un 
assez long intervalle de temps sans doute : « Gundisaluus eps burgen. tprc Alfonsi X. 
régis Castelle qui ad eccliam Toletanam fuit translaliis » — « Sed auctor huius operis 
uidetur esse Gundisaluus sedg (secundus), cognomento de Finojosa qui prefuit eccl'e 



CHRONIQUE LATINE DES ROIS DE CASTILLE 378 

ispaniam circa festum assumptionis. Anno ab incarnatione domini. 
burgê. tprc régis Alfonsi XI.» Ces deux notes ont été suggérées par Vincipit même 






.. <^-«u,. „ ;:;;,;, rs'S; «;'Sïx "/n"- ^4. «tX, 




-•< •■ .,, ... ,■ VU;); 
" »fl) i'/lV MllWf «Wccf 
.1 Ifli... .?• .-r.î!,-,. , 

«»HI ! 

v/lA <:..:.,.. „„,,,.,.,.,, 

. Ms. Escorial j-P-4 fol. 1 

^^■^•e tuj-itî fiiitâ»c4ai (en rouge) : « Incipiût cronice ab origine mûdi édite 

n*u" ài^tUf frtwwmj.asï a. G. burgen epo. » La note marginale en question est 

f^^tf. ifiit».<e%f> .r.(M*j.ir au folio cclxxxxmi', recto et verso, et la phrase qui 

i\ ifcjtiihti n^-c i'\fim,<^ nous y intéresse est celle-ci : 

•iKv «3î> "'«S^'ii-î ilû* « Eo tune tempore iacobus rex aragonie regnum 

w.-i fxtrafm ç <^ ■.•iJi ru ualencie sancti uicinti abstulit sarracenis. Rex siqui- 

.4.13 .« nitutr i'V '"'.J dem sarracenus tune ilii erat qui fidem uoluit recipere 

(ijnna}»; }>îipfvfc^ rj;rn.A christianam e hoc régi aragonie t etiam summo pon- 

tv^pna jftiTH'i a'^iiiit^-ur tifici per secretos nuncios intimauit. per quod factum 

tr i(»? i»otf"«^i<» '^'^•••c sarraceni percipientes ipsuni a regno protinus expu- 

f «n { iir j.Riiirt '■ï.tiv'f lerunt. Sed ipse ad christianos confugiens fidem prout 

■\itfiA è'.i^-f .^'''ti^'- promiserat recepit et in ea cum filio fideliter per- 

fwn f u f, ;.. ^,.,.. j.^^-'t- seuerauit usque ad exitum uite sue. Seruiuit etiam 

< . "^ '..- ,• régi iacobo fideliter in acquisitione regni predicti in 

-•/• -t ti ^-..,^1- quo remanserimt sui fihi et nepotes milites siquidem 

*— aV < (••-..,• nobiles et potentes. negnis uero istis sarracenorum 

^w, 5k -iiv "«ia trjriin breui tempore acquisitis adeo remansit eorum potencia 

,« --1111 «ij .■HMjVitt-aw coarlata quod solum rex granatensis in montibus et 

t">«aUt est- jwciti«a»»r>ï\ rupibus et castris fortissimis ibidem constitutis usque 

r« M- <;iiii;4^«'"V ft ad nostra tempora se défendit partim propter muni- 

'»Hs»'u«x-««j<îx!S«f^:^. cionum fortiludinem partim propter magnam auri 

itîtK'j. ilfiv. liH^wm^ Bi'.^i subuencionem quam ei habundanter mitunt tam regcs 

:>f ..'ru !yi) t . «ArStr quam ceteri populi affricani. » 

f <■' i^«- A-.T-i.v>...v.-JAi..'.";% La note débute ainsi (fol. cclxxxxtii'), en regard du 

chapitre de infante Fernando...: a [pjost tps acteng ad 

nolalû facta sarracenoQ,' in ispania z occidëtali e affrica 

^-i •■ *^'-' '-i* i<çj4,-A tal'r pcesserû t. Et ut plenius gesta ipo2r clarescat 

i t'^**' "■ •'^'v^^ ^ incipiemg lacta ipo2.' altius exordiri. potestas siq'dë 

Ms Escorial j-P-i fol. 297' sarracenoQ.' ut siip" scripsimç) incepit in supiori egipto 

u' pseudo ppheta macometg...» Cette note paraît donc 

être de l'auteur lui-même qui se réfère à son chapitre intitulé Verior e plenior 



a 74 BULLETIN HISPANIQUE 

M°. CC°. XXVIIP. currusque" per prouinciam conuocauit signodos'' 
quedam noua constituens iuxta sapîam sibi a deo datam ad 
honorem dei et honestatem cleri et regimen ecclesiarum. Quum uero 
contra concubinarios cleros et sobolem eorum nascituram de concu- 
binis quedam constituit tanta sedicîo inter episcopos et clerum exorta 
est quanta uisa non fuit a temporibus retroactisa. Gum autem dictus 
legatus speraret et expeclaret conuersionem régis ualencie memorati 
nunciis quibusdam inter regem et legatum discurrentibus idem rex 
expulsus de regno sicut supra tetigimus ad diim nostrum regem 
accessit, et in regno nostro coUoquium habuit | cum legato. Spe 
concepta de conuersione dicti régis frustratus dns legatus post 
festum pasche. Anno ab incarnatione dni. M°. CC". XXIX. apud 
tirasonam sententiam diuorcii tulit inter regem aragon dnm iacobum 
et reginam dnam alionor. propter inceslum notorium utpote cum sibi 
actinerent in tercio gradu consanguinitatis^. Eisdem diebus rex légion 

a) currensque. — bj Sic. 

estoria machometi in ystoria q° 'i; dû regû ajfrice (fol. clxxxi verso-cLXXxiii >'ecto). — 
La version donnée par cette note marginale pour ce qui concerne le roi de Valence 
est en contradiction avec notre texte; mais celui-ci est contemporain des événements: 
l'auteur a pu ignorer que, se tournant vers le roi d'Aragon, Abou-Zeid ait fini plus 
tard par devenir chrétien. En tout cas, on a vu aux §§ 1x6 et 48 que le roi de ^'alence 
avait rompu son pacte avec Ferdinand. La comédie jouée par lui alors rappelle 
celle qu'avait jouée Abou-Abdoullah après sa reddition à Alcacer (1217); cf. Hercu- 
lano, t. II, p. 2ig. Mais celui-ci n'avait pas fait déranger un légat ! 

54. 2. Rodrigue ne souffle mot de cette campagne contre le concubinat des ecclé- 
siastiques ni de l'opposition qu'elle rencontra. Ces quelques lignes en disent long 
sur les mœurs sacerdotales du temps. Il résulte en tous cas, de notre texte, que les 
évèques soutenaient le légat. 

54. 3. Ce concile eut lieu à Tarazona, et non à Tarragone, comme le veulent 
certains recueils de conciles {Dicc. porlatil de los concilias, por D. Fr. Perez Pastor, 
Madrid, 1771, t. II, p. 98). Cf. Summa conciLiorum Hispaniae de F. Mafias de Villanino, 
t. 111, p. 4i-45; Zurita, Anales, lil, 3, qui donne la liste des évèques qui y assistèrent, 
et attribue la venue du légat non aux démonstrations du roi de Valence, mais au désir 
qu'avait le roi d'Aragon, Jayme el Conquistador, de rompre son mariage avec Leonor, 
« y segun se escriue en la misma historia del Obispo de Burgos fue por gran discordia 
que vuo entre ellos : y como eran parientes... » 11 n'est pas question non plus de cette 
discorde des époux dans notre chronique, qui ne met en avant que l'inceste résultant 
du degré de parenté. — Jaime et sa femme avaient pour bisaïeul Alphonse VII 
l'empereur : 

Alfonso VII 

I 

I I 

I Sancha, 

Sancho III de Castilla ép. Alfonso II de Aragon 



Alfonso VIII Pedro II 

I . I 

Leonor épouse Jaime 1 

Dans ses Indices reram ab Aragoniœ Regibus geslarum (p. 107), Zurita donne le texte 
de la déclaration par laquelle le roy Jayme affirme malgré tout la légitimité de son 
Qls Alphonse, 



CHRONIQUE LATINE DES ROIS DE CASTIILE 276 

cepit castrum famosum quod est cauzres'». dictus igitur legatus 
functus offîcio suo pata" legatione in fine mensis agusti egressus 
est de castella lomam unde uenerat reuersurus^. 

55. [MjEmoratns autem rex aragoTï primordia iuuentutis sue uolens 
dno consecrare. Congregaû exercitum de cathalonia nobiles et 
populos et quosdam prelatos ecclesiarum circa festum nativitatis 
béate marie, nauigio insuie que maiorca dicitur aplicaû'. Exeun- 
tibus vero de nauibus obuiauerunt sibi mauri maioricen cum 
quibus congressi sunt. et uirtute diuina mauri prima die cesserunt 
x'anis Sequenti uero die cum guillelmus de moncada uir strenuus et 
prudens cum parentela sua rege* aragonum uersus maioricam prece- 
deret inciderunt in insidias maurorum et tune occubuit et multi 
nobiles de catalonia cum eodema. Rex autem et qui cum eo erant licet 
a longe sequerentur audientes strepitum armorum et confligencium 
lumultum festinantes peruenerunt ad locum et inuenientes predic- 
tum nobilem cum multis aliis interfectum congressi sunt cum mauris 
de quibus multos cum dei adiutorio interfecerunt. Alios vero fugantes 
in ciuitate maiorica concluserunt. Obsidione vero firmata post 
innumeros labores et intollerabiles angustias defectus uictualium et 
asperitatis yemis que plus solito iorruerat'' dictam ciuitatem cum 
rege proprio et rege almarie. qui casu superuenerat et cum omni 
populo suo captiuauerunt. Interfectis in ipso ingressu multis millibus 
maurorum 3. Laudetur deus excelsus cui eque facile est in paucis 

a) peracta. — b) regem. — cj Sic iinhnrruerat). 

54. li. Luc (p. ni, 1. 19) rattache la prise de Câceres à l'intervention du légat, qui 
excita les rois de Castille et de Léon à combattre les Sarrasins, si bien qu'Alphonse, 
avec son armée et un renfort fourni par son fils, alla assiéger cette ville. Les An- 
Toled. II mettent un autre siège par le roi de Léon en 1222, et les An. Toled. I, un 
siège antérieur encore, en 12 18. Toutefois, il y a dans les deux passages Cancies et 
non Caceres. En tout cas, Luc (p. 1 13, 1. 54), signale sans la dater, une incursion de 
ce roi aux alentours de cette ville bien avant le siège définitif. 

54. 5. Venu vers le i5 août 1228, et reparti à la fin d'août 1239, il ne serait donc 
resté qu'un an en Espagne, et non trois, comme dit Rodrigue. Herculano pourtant 
cite (t. II, p. 5i/i) des documents qui prouvent sa présence en Portugal dès le début 
de 1228. D'après lui, c'est par le Portugal que la tournée aurait commencé, et d'autre 
part, le principal objet de la venue de ce légat de marque aurait été la situation de 
l'Église en Portugal à cette époque (ib. et p. .^10). Quoi qu'il en soit, le fait est que 
le prélat trouva un peu partout de l'occupation. Voir Rades (Sanctiago, p. 27), sur un 
arbitrage qu'il eut à exercer entre les clercs et les chevaliers de Santiago. 

55. I. Cette expédition est longuement racontée par Bernât Desclot, aux ch. i4-48 
de sa Cronica del rey En Père e dels $eus anteçesors, publiée par Buchon (Chroniques 
étrangères relatives aux expéditions françaises pendant le A7/« siècle, Paris, i84o, 1860 et 
1875; cf. mes Histoires générales d'Espagne, p. 28, et lire à la note 3 «traduit du 
catalan par Raphaël Cervera»); par Ramon Mun-taner, aux ch. 7-8 de sa Chronica o 
descripcio dels fets e hazanyes del inclyl rey Don Jaume primer Rey Darago... e de molts 
de sos descendents (cf. mes Hist. génér. d'Esp., p. 26; trad. franc, dans Buchon, lac, 
cit.). Voir Zurita (Anales, 111, 4-io), qui les suit tous deux et appelle Desclot Aclot. 

55. 2. Cf. Desclot, ch. 30 ; Chron. de San Juan de la Pefia, p. i5i. 
55. 3. Vingt mille, suivant Zurita, III, 8. Je ne vois pas qu'il soit question 
ailleurs du roi d'.\lmeria fait prisonnier dans ces conditions. 



276 BULLETIN HISPANIQUE 

uincere ut in multis. Sicut enim ex litteris illustris régis predicti 
cognouimus''. Vix erant cum eo quando capta fuit septingenti milites 
nobiles et XIII milia peditum pugnatorum. Capta fuit igitur predicta 
ciuitas ultima die mensis decembris. Anno ab incarnatione dni. 
M°. CC°. XXIX 5. Rex inaiorice post paucos dies mortuus est decapitato 
filio eius quem tenerrime diligebat. Vnde pre dolore nimio creditur 
expirasse 6 : — 

56. [S]Ubacta est ergo tota insula [ ]" régi dicta ad honorem et 

gloriam dni nostri ih'u xpi. prêter (fol. ii5) quodam castrum 
fortissimum ï. Rex légion circa quadragessimam instanteiii cum parte 
milicie sue non multa cum quibusdam et contiliis'' intrauit in terram 
maurorum et obsede*^ ciuitatem antiquam famosam que tune redacta 
ë ad instar oppidi parui. s. emeritam metropolim cuius dignitas 
translata fuit ad ecclesiam compostellanam. Vnde et archiepiscopo 
compostelleno '' subdicti sunt episcopi qui antiquitus suberant emeri- 
teïT archiepiscopo. qui spectabant ad prouinciam lusitaniea. Dum 
autem rex moram traheret in obsidione. fratres quidam milicie 
sancti iacobi cum paucis aliis furati sunt castrum de montanges-^. 
Régi autem predicta ciuitas redita est. s. emerita''. Memoratus 
autem auenhut agens in partibus cordube congregata multitudine 
militum et peditum cum proposito pugnandi. Venit ad q°dam 
castrum iuxta emeritam. Audiens autem rex legiofï quod predictus 
auehut ' ueniret pugnaturus cum eo egressus emeritam castra 
metatus est ultra fluuium qui dicitur alla. Mane igitur sequenti 
utreque acies prodierunt in campum et per auxilium dni nostri i. \''. 

a) Le reste de la ligne en blanc ; mais il semble que rien ne manque. — b) conciliis. — 

c) Sic (obseditj. — d) Sic. — e) Sic. 

55. 4. Ne faut-il pas voir dans cette lettre de Jacques I une de ces meinorias que 
José Villarroya (Colecciôn décantas histôrico-crlticas... Valencia, 1800) supposait avoir 
dû être écrites par ce roi et avoir servi de base à la Chronica o commentari del glorio- 
sissim e invictissim rey En Jaume... qui lui est attribuée et qui parut en i557? — 
Cf. sur cette attribution mes Histoires générales d'Espagne, p. 25-26, et ajouter aux 
références : Serrano y Sanz, Autobiografias y memorias (Bibl. nueva de Aut. esp., i9o5), 
p. v; A. Rubio y Lluch, Comentaris a uns documents sobre la Crônica de Jaume I, dans 
Empori, n° i (1907). Voir la traduction castillane de M. Flotats et A. de BofaruU, i8/!|8. 

55. 5. Date marquée dans Desclot, ch. /I7. 

55. 6. Ni Desclot ni Muntaner ne disent rien de semblable, non plus que Zurita, 
d'après lequel un fils du roi de Majorque, âgé de treize ans, fut baptisé et devint 
seigneur de Gotor. 

56. I. Celui d'Oloron, c'est-à-dire Alaro? (Zurita, III, g), 

56. 2. C'est en 11 20 que les prérogatives de Mérida comme siège métropolitain 
furent transférées à Compostelle (cf. Flôrez, Esp. sagr., t. XX, p. 292). 

56. 3. « El Rey de Léon priso Merida, e Montanches, Era MGCLXVII1 1> (An. 
Toled. II). Cf. Flôrez, Esp. sagr., t. XIII, p. 256 (n* 22). Notre texte reporte sur les 
chevaliers de Saint-Jacques l'honneur de la prise de Montânchez. 

56. 4- «... per manum Infantis Domni Pctri filii Régis Domni Sancii primi Porlu- 
galis &. Reginae Dnae Dulciae » {Chr. Conimbr. III, Era MCCXXVIII, à corriger en 
MCCLXVÏIl). 



CHRONIQUE LATINE DES ROIS DE CASTILLE 277 

licet pauci essent qui erant cum rege légion respectu multiludinis 
maurorum obtinuerunt contra eos et multis ex eis interfectis ipse 
auenhut fugit et euasit confusus^ : — 

57. [Hjabitatores ielues audito quod auehut. et qui cum eo erant 
sucubuerant" in prelio relicto predicto castro noctu fugerunt[.] Reii- 
tes'' autem fratres quidam portugalefi de bello in quo fuerant cum 
rege legioïi portas predicte uille inuenerunt apertas et intrantes 
et neminem inuenientes retinuerunt ipsum castrum id ipsum régi 
portugalie significantes. Quo audito misit milites suos et alios 
armatos ad retencionem sepe dicti castri. sique' predictum castrum 
famosum in partibus illis acquisitum est per gratiam saluatoris 
nomini xpiano i. 

58. Eodem tempore quo agebantur predicta hoc est anno ab 
incarnatione dni. M". CC°. XXYIII. fredericus romanorum impe- 
rator filius imperatcris henrici fîlii primi frederici imperatoris ' cum 
longo tempore crucem portasset sed non post ihm uotumque quod 
in susceptione crucis émiserai implere nullatenus uellet querens occa- 
siones friuolas ad remanendum in cicilia et in apulia. quibus tam- 
quam rex dominabatur tandem excomunicatus a dno papa Gregorio IX 
Coactus et retinens' absolutioe n obtente' nec et prout decebat 
petita. circa festum exaltationis sancte crucis 2 trafTretaii^ cum paucis 
militibus et ueniens in terram sanctam cui tanquam rex preerat 
ratione filii quem susceperat de filia régis iherosolimitani iohannis ^ 

aj Sic. — b) Sic (Reuertentes). — c) sicque. — d) renitens.— e) obtenta. — fj trmis- 
fretauit. 

5C. 5. Cf. S 53, note5. Luc (p. ii4, 1. 27) parle aussi de la prise de Mérida et de la 
victoire d'Alphonse de Léon sur Abenfut (sic.) Il nomme le château près duquel 
celui-ci avait établi son camp, et que notre auteur ne nomme pas: c'est Alhange, 
au sud-est de Mérida, et de l'autre côté du Guadiana. On voit qu'Alphonse traversa le 
neuve pour lui livrer bataille. Luc ajoute qu'il y eut tant de morts du côté des Sar- 
rasins, que beaucoup de leurs villes restèrent sans habitants. Gil de Zamora raconte à 
ce propos une anecdote (Biogr. de Alfonso LY, § 8; voir ma note i au § 11). Cf. le texte 
d'Ocampo (note 5 du § 53) et du manuscrit i347 (^ l'appendice). 

57. I. Luc (p. ii4, 1. 39) parle bien de l'abandon d'Elvas par les Sarrasins, et des 
chrétiens qui s'y installèrent; mais il ne dit pas que ceux-ci étaient des Portugais, 
ni que le roi de Portugal y envoya des troupes (cL § 5o, note 4). H ajoute qu'à son 
retour Alfonse de Léon prit Badajoz après un siège de quelques jours, ce dont notre 
auteur ne dit rien. Cf. Ann. Compost. .• « Era MCCLWIll. Aldefonsus Rex Legionis 
cepit in eodem anno Meridam, Badajoz & Yelves. » Le Chr. Conimbr. III (Era 
MCCXXVIII, lire MCCLXVIII) est peu claire « Ipso die fuit Elves k Surmenia de 
christianis & ad festum Sancti Spirilus reddita fuit Badaloz Rex Alfonsus Legio- 
nensis » (je corrige les noms d'Elvos et Surmma, que donne Flôrez, d'après Hercuiano, 
t, II, p. Sig, qui interprèle ipso die « le même jour que Mérida »). D'après notre 
auteur, la prise d'Elvas serait donc à mettre au compte du roi de Portugal. C'est 
aussi ce que dit Rodrigue: « Huius (sancii) temporibus Heluis, lurmenia, Serpia 
& multa alia castra Maurorum, Christianorum victoriis accesserunt » (VII, 6). 

58. I. Frédéric II était fils de Henri VI et petit-fils de Frédéric 1. 
58. 2. i4 septembre 1228. Il avait été excommunié en 1227. 

58. 3. 11 avait épousé Yolande, fille de Jean de Brienne. 



378 BULLETIN HISPANIQUE 

cui filie regnum ipsum | ex parte malris hereditario iure debebatur. 
Moram traxit in eandem terram per totam yemem nil magnum 
aggrediens ut decet imperatoriam magestatem sed in astucia sua 
confisus hoc egit cum soldano babilonie per internuncios ut idem 
soldanus imperatori tanquam amico non sicut hostili relinqueret 
ciuitatem ihrl'm cuius mûri diruti fuerant tempore quo xpiani 
acquisierant damiatam. Retinuit ergo sibi dictus soldanus muni- 
tionem templi et potestatem seu iurisdictionem. in sarracenis ibidem 
commorantibus[.] residuam uero partem ciuitatis quam xpiani non 
possent defendere contra mauros quandocumque uellent eam ïpu- 
gnare reliquit imperatori a quo multa exenia" preciosa reciperat''. 
59. Sicque firmata tregua cum eodem soldano usque ad decem annos 
sub conditionibus mif'irimis'' et horrendis. Euacuata terra militibus 
ballistariis et armis reuersus est in apuliam ocasione uastationis quam 
regno apulie populis exercitus exercebat[.]in quo exercitu erat. Rex 
iohannes et comes tomasius > et legati ecclesie romane, s. magis- 
ter pelagii'' yspanus. tune episcopus alban. quondam electus 
légion 2, et dônus iohannes de columba^. Siquidem tempore quo 
imperator predictus trafTeu'rat*^ ducem quëdam qui cognominabatur 
dux uallispoleti ^ uicarium suum constituit in regno apulie. qui 
collecta multitudine x'anorum et maurorum de mandato imperatoris 
sicut dicebatur intraû in patrimonium beati patri terram uastans 
castra occupans cèdes multas exercens atrociter per ministerium 
maurorum sicque pervenit usque prope perusium uir f. papa, cum 
cardinalibus suis morabatur ea tempestate. Gemens igitur et dolens. 
papa, gregorius. nonus. et qui cum eo erant de nefanda cède xpiano- 
rum et miserabili uastatione terrarum timens et sibi et suis, accito 
rege iohanne quem uicarium suum constituerat in ciuitatibus et 
castellis suis, uocatis et lombardis qui tinebant* ad societatem 
mediolanen in auxilium ecclesie romane misit exercitum suum 

a) « Cadeaux ». — b) Sic. — c) miserrimis. — d) Felagius. — e) Sic ( transfretauerat? ) 
— f) ubi. — g) Sic. 

59. I. Le roi Jean de Brienne et le comte Thomas 1 de Savoie (1189- 1233), vicaire 
impérial en Italie en 1226. 

59. 2. Pelayo Galvâo de Guimaraes, évêque d'Albano en 1212. Luc (p. ii3, 1. 46) 
parle de ce «Cardinalis Pelagius, Episcopus Albanensis Hispanus natione », qui 
envoyé parle pape, avait pris Damiette à la tête des croisés (en 12 19). Risco {Hist. de 
Léon, p. 71, et £sp. sagr., t. XXXV, p. 289) le fait léonais, parce que l'obituaire de 
Léon le mentionne parmi les bienfaiteurs de l'église. Mais il ignorait que ce Pelayo 
avait été évèque élu de Léon, qualité qui explique sufQsamment pareille mention. 
Il n*a pas eu l'idée d'identifier le cardinal avec le Pelayo, évoque élu de Léon dont il 
trouvait la trace en 1208 (Esp. sagr., t. XXXV, p. 281). Notre texte impose l'identifi- 
cation. Pourtant Risco semble avoir raison de ne pas admettre la date de 12^0 pour 
la mort de ce prélat, et de préférer celle que marque ledit obituaire, 29 février, Era 
1268 (1280), ce qui concorde tout à fait avec ce que dit plus loin notre auteur. 

59. 3. Le cardinal Jean Colonna (f 1245). 

5g. 4- Le duc de Spolèle. 



CHRONIQUE LATINE DES ROIS DE GASTILLE 279 

contra predictum ducem. quo fugalo et expulso de patrimonio beati 
pétri papalis exercitus intrauit in apuliam et ciuitates et castra 
quedam ui occupau quedani sponte se reddiderunt dno. pape. 
Anno igitur ab incarnatione dnj. M°. GG°. XXIX. dictus imperator 
circa principium iunii reuersus est in apuliam moramque fens" 
ibidem cum non haberet exercitum sufïîcientem ad resistendum uel ad 
expugnanduni contra papalem exercitum tanquam uir astutus sustinuit 
donec stipendia que dabantur exercitui papali ceperunt de(fol. ii6)- 
ficere sicque idem exercitus diminunutus* cepit referre pedem. 
et imperator resumptis uiribus castra quedam et ciuitates quasdam 
quas amiserat recuperauit. Quedam uero retinuit dns papa, per 
homines suos. Veniens autem imperator ad sanctum germanum cum 
exercitus' suo supradictum albanen episcopum obsède'', in Castro 
montis casini. Tandem treugua firmata inter papam et imperatorem 
ad tempus non longumS. dictus episcopus rediens ad curiam infirmi- 
tate graui correptus uitam finium*^ et apud perusium sepultus est ad 
pedes dTïi pape. Innocencii. III. Prorogata treuga predicta tractatum 
est de pace et concordià inter imperatorem et ecclesiam et per dei 
gratiam in principio mensis septembris sub anno. M°. CC°. XXX. impe- 
rator venit anagniam uir^^ erat papa ad pedes ipsius et reconciliati sunt 
sibi pace firmata sub certis condicionibus quas longum esset 
scribere6. 

60. (E)odem anno circa festum natiuitatis sancti iohannis bb'e. Rex 
noster dônus ferrandus obsedit munitissimam ciuitatem. laen cui 
multa mala mala intulit. sed tandem circa festum sancti michaelis 
uidens quod non proiicent" tum propter multitudinem defensorum 
qui intus erant tum propter fortitudinem loci ab ossidione recessit". 

a) Irahens. — b) Sic. — c) Sic. — d) Sic (obsedit). — e) finiuit. — f) ubi. — g) Sic 
Cproficeretj. 

59. 5. Cf. Die Vorverhandlungen zum Frieden von San Germano (1229-1'2S0), par 
Cari Rodenberg, dans Neues Archiv, t. XVIII (i8g3), p. 179-205; il y est question du 
cardinal Pelayo et des pourparlers engagés avec l'empereur par le cardinal Thomas 
de Capoue. 

59. 6. Paix de San Germano (laSo). L'auteur reprend, au S 68, la suite des évé- 
nements qui agitèrent l'Italie sous Grégoire IX. 

60. I. Cf. Rodrigue, IX, 1 4. Cette date de la Saint-Michel était l'échéance redoutée 
à laquelle il fallait avoir fini la campagne quelle que fût l'issue. Une expédition 
entreprise comme celle de Cordoue pendant l'hiver, ou précisément à la Saint-Michel 
comme celle de 1324 (§ 44), était tout à fait exceptionnelle. Il est vrai que le roi et les 
nobles (magnâtes et milites) avaient la ressource de rester en campagne (§ 47 et 64) ou 
de partir en toute saison. C'était l'armée active dé ces temps- là. Les réserves (les 
milices) ne marchaient qu'à leur heure. 

La Chronique générale (texte de Pidal, § io38) est d'accord avec notre texte pour 
reconnaître que Ferdinand dut, cette fois encore, abandonner le siège de Jaen. Le 
texte d'Ocampo arrange les choses autrement (fol. ccccviii) : « El rey don Fernando 
auie tan a coraçon fazer mal a los moros que non se d'touo alla mucho, e luego el 
aiîo siguiëte que fue ochauo d' su reynado saco su hueste para la frôlera : e çerco 
St Jahen quel auie grand sabor a tomar, e posol sus engeiios enderredor que tirauâ 



a8o BULLETIN HISPANIQUE 

Tune paucis diebus ante festum sancti michaelis. Rex légion dônus 
alfonsus pater régis nostri in uilla noua iuxta sarriam in gallecia» 
migrauit a seculo felici fine sicut creditur concludus ° uitam suam 
zelo iusticie raptores et alios malefîcos uiriliter persequens et pru- 
denter. Audita morte patris filie ipsius licet non multum distarent a 
loco ubi pater obiit cum multa festinancia redeuntes uenerunt astori- 
cam nec fuerunt recepte sicut ipse uolebant. Inde recedentes cum 
indignatione uenerunt legionem uir'' similiter non fuerunt recepte sicut 
uolebant. Nam responsio populi et episcoporum erat quodps*^ ipsarum 
reciperent et eis libenter seruirent. sed non reciperent milites earum uel 
armatos [.] uenerunt beneuentum ubi simile receperunt responsumS. 
Ultimo uenerunt zamoram cum matre sua regina dnatheresa^. que 
ipsas semper comitabatur. et ibi recepte fuerunt. fauebant autem ipsis 

a) Abella : « forte concludens » .— h) ubi. — c) personas ? 

muchas piedras. E estando y e teniêdo çercada Jahê llegol mandado coino era fînado 
su padre el rey dô Alfonso d' Leô. Jantamiêto de los reynos de Castiella z de Léon enel 
santo rey don Fernando. Luego como el rey don Alfonso d' Leô murio la reyna dona 
Berenguella de Castiella enbio dezir al rey don Ferrâdo su hijo q se viniese e nô 
fiziesse ende al, t q se fuese côtra el reyno de Léon... » 

60. 2. Rodrigue : a in villa noua de Sarria » (IX, i4). Luc: «... cum causa ora- 
lionis ad Ecclesiam S. lacobi apostoli properaret, in Galecia in loco, qui dicilur Villa 
noua de Zemos (ms. 2-c-5 : Lemos) grauiter aegrotauit ... Obiit era millesima ducen- 
lesima sexagesima octaua, octauo kalendas Octobris » (p. ii4, 1. /19). Ces trois mots 
manquent dans les manuscrits Hh 98 de la Bibl. Nac. et 2-C-5 de la Bibl. Real ; mais 
le quantième qu'ils indiquent (24 septembre 1280) est bien conforme à ce que marque 
notre auteur. Ni Madoz, ni Coello (Lugo) ne signalent de localité ayant nom Villa- 
nuevaprèsde Sarria, à moins qu'il ne s'agisse de la ville basse, par opposition au castro. 
Peut-être faut-il comprendre qu'il s'agit de Samos, alors ville nouvelle (.^), non loin 
de Sarria. Cela concilierait Rodrigue et Luc, qui semble bien vouloir dire Samos. — 
Lafuente accentue Sarria; Coello, Sarria. L'accent porte sur le premier a. 

60. 3. Rodrigue ne donne pas ces détails intéressants. D'après le texte d'Ocampo, 
qui ne parle même pas des sœurs de Ferdinand, c'est l'intrusion de son autre fils, 
Alfonso (de Molina), que craignait Bérengère : «... ca los Leoneses z Gallegos que- 
rien alçar a su hermano el infante dô Alfonso. e por verdad asi era, mas el nol quiso 
ser, ... z touo por bien de fazer lo quel su madré embiaua mâdar. e enfonces el rey 
lizo traer sus engefios a Martos. z vienose pa Castiella : z viose con su madré » 
(fol. ccccvni). On ne trouve d'ailleurs dans le texte d'Ocampo rien de ce que contien- 
nent les S io38-io44 de Pidal. Le manuscrit 8817 (fol. 229) traduit le passage qui vient 
d'être cité : « Et... el Rey (contresens, car le sujet est Alphonse) teue por bem de faz' 
oqlli sua madré enviaua diz'. Et fezo trager os engenos a marcos s veeousse pacastella 
E vyusse con sua madré », puis quelques mots sur une ligne grattée : « z desy foyse 
pa leon z fillorono(.') por Rey » ; le restant de la page et le verso (229') sont grattés, 
et ce qui était écrit paraît à peine; j'y distingue : « Casou con don" uiolante Alla del 
Rey... Jaymes daragon c delà... fillos o infante don fernâ.... el Rey don S... de caslela 
■c de leon t al Infante don pedro z al infante don iohan c el infante don ....s z ouue 
fillas dona biriguela q nô foy casada e otra q casou cono marqs de monf... r. a dona 
uiolâte q foy casada con don diago de vizcaya z enuiou o pp de roma por... ey don 
afofi por le fa... enperador de alemâna... » Aux fol. 23o-233', on trouve les S io4o-io/|5 
de Pidal; le reste du fol. 233" est en blanc, et au fol. 234 on reprend avec les § io46 
et suivants avec les mêmes titres de chapitre jusqu'à la fin; le manuscrit s'arrête 
exactement comme dans Pidal. 

60. 4. Cf. S 1 1, note 2. 



CHRONIQUE LATINE DES ROIS DE CASTILLE 201 

nobil's" dnabus de terra de leon. s. roy fernandez cognominato '' el 
feo filii comilis froyle et alii multi^. Rex autem nosler audita morte 
patris anlequam intrarent' toletum 6. ubi erat mater sua et uxor habito 
consilio cum matre archiepiscopo et magnatibus qui tune aderant 
transiuit festinanter serramv et per abulam transitum faciès'' uenit 
medinam. Venerunt autem tune ad | eum quidam de thoro et de qui- 
busdam aliis uillis regni legioiî et invenerunt eum apud medinam. 
Ipse uero rex contemptis uanis quibusdam que sibi proposita fuerant 
pertransilo dorio uenit ad uiilalal. et homines ipsius uille statim 
receperunt eum. Sequenti die uenit ad sanctum ciprianum de mozotS. 
uir* similiter receptus fuit[.] Sequenti die. scilicet in festo sancti luche 
receptus fuit in choro/^ et fecerunt ei omagiumo. Tercia die post 
exiens inde uenit ad uillampando quam tenebat regina dna. bereïî. et 
inuadens maioricam receptus est ibi cum gaudio magno et honore. 
Deinde transitum faciens per mansiela »o uenit legionem. ab episcopo 

a) nobilibus ?. — b) Sic. — c) intraret. — d) Sic (facienS/. — e) iibi. — fj Thoro. 

60. 5. Fils de Fernân Rodn'guez de Cabrera (cf. S i5, noie 5), Ruy Fernandez el Feo 
épousa Maria Froilaz, fille dvi comte Froila Vermuiz de Trastamara, et sœur de 
Rodrigo Froilaz, qui dans la suite fut un des plus dévoués serviteurs de Ferdinand III. 
Cf. le Livra das Linhagens do conde D. Pedro (p. 282 et 287), qui, en fait de fils du 
comte Froila Vermuiz, ne nomme que ce Rodrigo. Je pense donc que, pdiC filii comitis 
Froile, il faut entendre Ramiro et Rodrigo Froilaz, dont il est question au § 74. Parmi 
les nmlli qui favorisèrent les filles d'Alphonse IX, notre auteur sous-entend sans doute 
le maestre de Santiago, don Pedro Gonzalez Mengo et ses chevaliers, sur lesquels 
cf. note I du § 61. 

60. 6. « Cum Abdaralfertiam peruenisset » (Rodrigue, IX, li). La reine-mère vint 
au-devant de son fils à Orgaz (ibid.). La Chronique générale rend Abdaralfertiam par 
Guadaljaiara{p. 722, 1. 3). Gil de Zamora {Biogr. de San Fernando, S 9), en fait Darar- 
felciam. Lorenzana mentionne la lecture Daralfeciani et Daral Fertiam. — Rodrigue 
nomme, parmi les personnages qui se trouvaient alors avec le roi : Rodrigue lui- 
même, Lope Diaz (de Haro), Alvaz Pérez (de Castro), Gonzalo Ruiz (Girûn), Garcia 
Fernandez (cf. S 74), Alfonso Téllez, Guillén Gonzalez et Diego Martinez. 

60. 7. Toujours la sierra de Guadarrama. 

60. 8. D'après Rodrigue (IX, i4), qui fit partie de l'expédition, les étapes furent : 
1° Agger Sellarum, que la Crôn. de Esp. (p. 602) traduit par Campo Salado (?) et la 
Chr. gén. (p. 722, 1. 35) par Oler de Siellas, = Tordesillas (comme Tardajos = Oter- 
dajos, rendu par Aqger Alliorum, cf. S 38, note i ; Tordehunios, par Agger famorum, 
cf. § Sg, note i) ;-2° Castrum Sancti Cypriani de Mozoth = San Cebrian de Mazote, au 
nord de Tordesillas; 3° Villa Laid (Chr. gén., p. 722, 1. 4o : Villa Allai) = Villalar, 
à l'ouest de Tordesillas. Il est notable que l'ordre indiqué jour par jour ne soit pas 
le même de part et d'autre. 

60. 9. 18 octobre i23o. Cette date n'est pas dans Rodrigue. 

60. 10. De ces trois étapes de Villalpando, Mayorga et Mansilla (de las Mulas), 
Rodrigue ne mentionne que les deux dernières, et ajoute que lorsque le roi y arriva 
les évèques d'Oviedo (Juan), d'Astorga (Muno), de Léon (Rodrigo), de Lugo (Miguel), 
de Salamanque (Martin), de Mondofiedo (Martin),' de Ciudad Rodrigo (Miguel), de 
Coria (Sancho), se déclarèrent pour lui. Il est étonnant que notre auteur ne signale 
pas un fait si important. L'évêque d'Astorga fut récompensé par le don de la ville de 
Santa Marina « quœ iacet supra pontem de Orbego»( i«' janvier i23i, Mem. para la 
Vida del Santo Rey D. Fernando, p. 376). Quels que fussent les sentiments de la popu- 
lation léonaise, Ferdinand avait pour lui le haut clergé, qu'on avait dû préparer et 
travailler à l'avance, mais qui aussi devait se méfier du parti noble et tenir compte 



382 BtlLLETIN HISPANIQUE 

et clero et ab omnibus habitatoribus loci qui multa mala sustinuerunt 
propter ipsum ". Turres autem eiusdem ciuitatis tenebat garsias roderici 
cariota merinus maior n. Cum autem rex noster moram protraheret in 
eadem ciuitate nolens inde recedere priusquam turres haberet. Regina 
therasi uenit cum filiabus suis et fauctoribus ad Villa lobosja et insi- 
nuauit regine dne beren rogans ut dignaretur uenire Valenciami3 et 
ipsa ueniret ad eam ad eadem* uillam quod et factum est. 

61 . Tractatum est igitur in eadem uilla per reginas de pace et concor- 
dia inter regem et sorores. ffîrmata est autem pax et concordia inter 
eos. apud beneuientum' presentibus in eadem uilla duabus reginis 
supradictis. et rege et sororibus et archiepiscopis. ïoletân et 
compostellano et baronibus multis et consiliis. fforma uero composi- 
tionis hec erat. Quod rex assignauit duabus sorroribus suis in 
locis certis. XXX. M. ïnr''. anuatim q^diu uiuerent ipse perci- 
piendorum. Adiectis multis conditionibus que in carlis de hoc 
confectis continentur. Ipse uero sorores renunciauerunt iuri si quod 
habebant in regno. et carias paternas super successionem uel de 
donatione sibi concessas regni destruxerunt. Mandauerunt preterea 
castra seu munitiones quascunque sui tenebant nomine ipsarum 
restitui régi nostro. exceplis quibusdam castris que debent tenere 
fidèles quidam pro conseruatione compositionis » . His ita dispositis rex 

a) Manque le verbe ou le participe. — b) Sic. — c)Sic. — d) morabetinorum. 

de la reconnaissance implicite du roi de Gastille par Alphonse IX comme héritier 
de la couronne de Léon, reconnaissance confirmée en 1218 par Honorius III (Flôrez, 
Reynas, t. I, p. 378). 

60. II. Rodrigue, qui parle aussi de l'accueil fait par l'évèque et les habitants 
(IX, i5), ne dit rien de la résistance de ces tours (les mêmes où Urraca avait été 
assiégé par son fils Alphonse VII, cf. la note 4 du S 4), non plus que de leurs défenseurs^ 
le merino mayor Garcia Rodriguez Cariota (ou Carnota) dont le nom figure à la fin de 
la Memoria del Repartimiento de Cordova reproduite par Salazar dans ses Pruebas 
(t. II, p. 626). Luc ne donne aucun des détails qui précèdent et raconte à la place 
l'histoire d'un rebelle Diego, « miles nobilissimus », qui s'empara de la tour et de 
l'église de San Isidro, tandis que l'évèque Rodrigue, partisan de Ferdinand, remplis- 
sait d'hommes et de munitions la cathédrale; or, Diego devint à moitié fou; les yeux 
lui sortaient de la tête, et il criait que saint Isidore voulait le tuer; sa mère, la 
comtesse Sancha, l'amena heureusement à résipiscence, et Diego, -ayant restitué au 
couvent de San Isidro la tour et l'église, fut guéri et sortit de la ville. Risco (Hist. de 
Leôn, p. 384) traduit tout ce morceau sans le commenter. On voit que notre auteur 
ne dit mot de cette histoire, mais les muUa mala dont il parle y font peut-ètreallusion. 
Le départ de Diego n'avait pas aplani toutes les difficultés, puisque le merino mayor 
tenait encore les tours de la ville. 

60. 12. Viilalobos, entre Benavente et Villalpando. 

60. i3. Valencia del Miîlo selon Flôrez, qui hésite d'ailleurs {Reynas, i. I, p. 346 
et 46G), et Herculano, qui n'hésite pas (t. II, p. 324). Évidemment non. C'est Valencia 
de Don Juan, à mi-chemin de Viilalobos et de Léon, où étaient Bérengère et 
Ferdinand. 

61. 1. Tout cela est exposé à peu près de même dans Rodrigue (IX, i5), qui 
ajoute une réflexion admirative, bien méritée, touchant l'habileté'de Bérengère. Luc 
(p. II 5, 1. 25) ne donne aucun détail sur ces arrangements et se contente de marquer 
le chiffre de la pension accordée par le roi à ses sœurs (triginta millia aureorum). 



CHRO-MQUE LATINE DES ROIS DE GASTILLE 2^3 

noster ueniens zemoram receptus est honorifice. Deinde inlraû extre- 
maduram. uir^ab omnibus receptus est cum gaudio et honore 2. Sic 
igitur in breui tempore disponente deo in cuius manu regnum homi- 
num est. Rex noster regnum paternum in pace habuit prêter galleciam 
ad quam non potuit statim ire et in qua (fol. 1 17) non modica turbatio 
a morte patris orta perdurabat-^. Vnita sunt ergo duo régna in persona 
régis nostri que in morte imperatoris fuerant separata : — 

(A suivre.) Georges CIROT. 

a) ubi. 

Pour le récit de tous ces événements, la Chronique générale, texte de Pidal 
(§ io38-io3g), suit Rodrigue; mais le texte d'Ocampo n'y consacre qu'un chapitre de 
quelques lignes : « s cobro el reyno d' Leô quel pertenesçie con poco trabajo » 
(fol. ccccviii). Le manuscrit iS/jy n'a pas cette phrase et continue avec le texte de 
Pidal (cf. l'appendice). Sur l'accord de Ferdinand avec Sanche de Portugal, cf. Her- 
culano, t. II, p. 325. Rades (Sanctiago,iol. 28) explique que les sœurs de Ferdinand 11 
gardèrent Castrotoraf, où le grand- maître et les chevaliers de Santiago les avaient 
proclamées, et que ceux-ci occupaient comme feudataires du pape, à qui Ferdinand 11 
l'avait donné. Legrand-maitrefutexcommunié, puis tout s'arrangea : «Todolodicho 
consta por escrituras de Vcles muy autenticas », ajoute Rades. 

Gi. 2. Outre Zamora, Rodrigue énumère les villes visitées : Salamanque, Ledesma, 
Ciudadrodrigo, Alba (de Tormes). On voit encore ici que V Extremadara commençait 
auDuero. Avant ce voyage, la Chronique générale (p. 724, 1. i5) mentionne une 
entrevue de Ferdinand avec le roi de Portugal, à Sabucal (= Sabugal, au sud-est de 
Guarda, et non loin de la frontière espagnole). — C'est au moment où Ferdinand 
était à Zamora, d'après la Chronique générale (S ioko-iohh), qu'il envoya son fils 
Alphonse avec Alvar Pérez contre Abenhut, qui fut vaincu par eux à Jerez. Ce récit 
est passé dans la Cronica del sanclo rey don Fernando (cf. note * du S 33), et de là dans 
les Acta de Papebrock (caput Vil) ; mais, d'après ces deux textes^ au lieu de son fils 
Alphonse (alors âgé de neuf ans), c'est son frère Alphonse (de Molina) que Ferdinand 
aurait ainsi envoyé. D'autre part, dans ces trois textes, on voit le roi de Baeza inter- 
venir comme allié de Ferdinand; or, d'après noire auteur, ce roi avait été tué avant 
la prise de Capilla (1226). Il y a une erreur d'un côté ou de l'autre, probablement 
dans la Chronique générale et ses dérivés, où la légende se donne visiblement carrière. 
En tout cas, c'est aussi après l'occupation du royaume de Léon et vers le temps de la 
prise d'Ubeda que Luc (p. ii5, 1. 82) place cette expédition (conduite par Alphonse, 
frère du roi, et Alvar Pérez), dont notre chronique ne parle pas. Celle-ci pourtant 
signale d'autres campagnes d'Alvar Pérez (s 47, note 2, et § 67, note i). Le Livra das 
Linhagens do conde D. Pedro (p. 266), d'après lequel c'est son fils que Ferdinand aurait 
envoyé, nous montre le rôle d'Alvar Pérez : « Este dom Aluar Pirez foi com ho iffante 
dom Affonso que depois foi rrey de Castella, em tempo de elrrey dom Fernando, em 
Eixarez de Sadornim hu lidou com elrrey Abeuchqni e com outros rrex... Este dom 
Aluar Pirez era tam gramde e tam gordo que nom pôde teer en aquella lide senom 
huuma falifa delgada et huuma vara na mâo, mais tantos exempros boos deu aos 
sens e tamanho esforço disse que Ihes fez cobrar os coraçôoes porque ouuerom a ser 
os mouros vençidos. » Cf. même Livro, p. 384, et§ 74, note i. 

61.3. Rodrigue et Luc sont muets là-dessus. 



LOS ENDECASILABOS DE ALFONSO X 



El présente articulo tiene por base una reproduccion foto- 
grâfica del manuscrito j, b. 2 de la Biblioteca del Escurial. 
Este codice contiene las Cantigas de Santa Maria de Don 
Alfonso el Sabio, que se hallan en la edicion de la Real Aca- 
demia Espanola, Volumen I, pags. 3-2 1 4 y Volumen II, pdgs. 
21 5-563, y ademâs las Cantigas de las Fiestas de Santa Maria, 
que se leen en el Volumen II, pags 567-586. Designo con M. 
las Cantigas de Santa Maria y con F. M. las Cantigas de las 
Fiestas de Santa Maria. 

Constan de endecasilabos graves las Cantigas M. Sg. bh. 62. 
69. 129.211. 367. Tienen endecasilabos agudos el Prologo de las 
Cantigas de Santa Maria y M. 22. /i/i. 58. 118. 122. i26.i3o.i33.id2. 
i4d. 170. 2/io. 259. 261 . 290. 326. 339. 402, F. M. 5. Se mezclan 
endecasilabos graves y agudos en M. 17. io5. 180. 299. En el 
estribillo de M. 180, se emplean endecasilabos divididos por 
rima interna. Estân mezclados los endecasilabos con otros 
métros en M. 10. 26. 3o. 32. 38. Ai. 52. 57. 97. 109. 139. i43. 
i5o. 162. 192 (= 397). 255. 279. 390. 

Las melodias de las Cantigas distinguen entre notas largas 
y brèves, las que expreso por - y v. Tanto la larga como 
la brève se pueden subdividir en dos, très y aun mas notas. 
En tal caso, no se puede ver si las ligaturas equivalen a una 
larga 6 una brève. Senalo todas las notas fraccionadas por el 
signo o, sin reparar en su indole especial. Imprimo el texto 
de las Cantigas con los acentos ritmicos, y para dar lugar a 
éstos, suprimo a veces el tilde que se usa para designar las 
vocales nasales. Doy como modelo el Prologo de las Fiestas 



LOS ENDECASILABOS DE ALFONSO X 285 

de Santa Maria, cuva medicla'cs yiimbica, y principio por dcs- 
cribir el ritmo: 



V-,V-,V-,V- 

v-,v-,v-,v- 
v-,v-,v-,v- 
v-,v-,v-,v- 
v-,v-,v-,v- 
v-,v-,v-,v- 

Sigue el texto : 

Quein Santa Maria serufr, 
non pôde nô seu bén falîr. 
E porque eu gran sdbor éy 
de â seruir, seruilaéy, 
e quânto pôdei' piinnaréy 
dos séus minigres déscobrfr. 

Cuando las notas fraccionadas se indican por o, el ritmo de 
la melodia se présenta en la siguiente forma : 

VO,VO,VO,0- 
V0,OO,O0,O- 

v-,vo,v-,o- 
v-,vo,v-,o- 

V-,Y0,V0,0- 

vo, 00,00, o- 

Àgrego otra transcripcion, en la cual se expresa el niimero 
de notas parciales que encierran las ligaturas : 

v3,v3,v2,3- 
va,23,44,4- 
v-,v3,v-,3- 
\-,v3,v-,3- 
v-,v3,v2,3- 
V2, 23, 44,4- 

Se hallan los facsimiles de M. 69 (Escurialense T. j. i) y 
M. i3o (Escurialense j. b. 2) en la edicion de la Academia. El 
Bulletin Hispanique XIII, nùm. 3 trae las fotografias de algunas 
melodias. Ahi se encuentra la primera parte de M. 10 (PI. VIII, 
del Escurialense j. b. 2), la segunda parte de M. 3g (PI. IX, del 
Escurialense j. b. 2) y toda la Cantiga M. 38 (PI. XIV, del 
Escurialense T. j. i). Aubry, Iter Hispanicum, pâgs. f\-] y 48, 
publica reproducciones tipograficas de M. 10 y M. 32. 

Bull, hispan. 20 



aOD BULLETIN HISPANIQUE 

Los endecasilabos presenlan, en su gran mayorîa, el ritmô 
dactilico. Excepcionalmente se halla el ritmo yâmbico, La 
melodîa de M. 4o2 no esta anotada. 

Principio por los versos yambicos y doy como modelo 
M. 290. Expreso en primer lugar el ritmo tal como es a mi 
modo de ver, después doy el texto, y al ûltimo el ritmo que 
présenta el manuscrito con indicacion de las ligaturas. 

V-,V-,V-,V-,V- 

v-,v-,v-,v-,v- 
v-,v-,v-,v-,v- 
v-,v-,v-,v-,v- 
v-,v-,v-,v-,v- 
v-,v-,v-,v-,v- 

Maldito séia quén non lôarâ 

a que en si todâs bondâdes à. 

Maldito séia 6 que non loâr 

a que de bôndadés non ôuve par 

nen âuerâ mentr' 6 mundô durâr ; 

ca Déus non féz outra nen tâl faià. 

v-,vo,v-,v-,o- 
v-,vo,v-,vo,o- 
v-,vo,v-,vo,o- 
v-,vo,v-,vo,o- 
v-,vo,v-,v-,o- 
v-,vo,v-,vo,o- 

También M. 118 consta de endecasilabos agudos de ritmo 
yâmbico. En F. M. 4, se mezclan endecasilabos agudos y 
graves. En M. 62, los endecasilabos se combinan con otros 
versos, que tienen dos silabas mas : 

v-,v-,v-,v-,v-,v- 

v-,v-,v-,v-,v-,v- 

v-,v-,v-,v-,v- 

v-,v-,v-,v-,v- 

v-,v-,v-,v-,v-,v- 

v-,v-,v-,v-,v- 

Mui grân deréit' e dâs bestiâs obédecér 
a Santa Maria de que Deus quîs nacér. 
E d'est un miragré, se Déus m'anpâr, 
mui frémosô uos quér' ora contâr 
que quiso mûi grand' a Groriosà mostràr : 
oidemio, se ôuçadés prazér. 



LOS ENDECASILABOS DE A,LFONSO X 287 



v-,vo,v-,vo,oo,v- 

v-,oo,v-,v-,oo,v- 

v-,oo,v-,oo,v- 

v-,oo,v-,oo,v- 

v-,vo,v-,vo,oo,v- 

v-,oo,v-,vo,v- 



En su mayoria, los endecasilabos son dactflicos. Doy como 
modelo M. SSg ; 

-vv,-w,-vv,- 
-w,-vv,-vv,- 
-vv,-vv,-vv,- 

-vv,-vv,-vv,- 
-vv,-vv,-w,- 

-VV,-VV,-YV,- 

En quantas guîsas os séus acorrér 
sâb' a Uirgén, non se pode dizér. 
Câ acorré en coit' é en pesâr 
et en doôr a quen â uai chamâr, 
et acorré nas torméntas do mar : 
ônd' un mirâgre quero retraér. 

-vv,-vv,-vv,o 
ovv,-vv,-oo,- 
-w,-vv,-vv,- 
-vv,-vv,-vv,- 

-VV,-VV,-VV,0 

ovv,-vv,-oo,- 

La prâctica de la época franconiana (véase Riemann, Musik- 
geschichte I, 2,201) convierte el dâctilo (2/8+1/8+1/8) en 
3/8+ 1/8 + 2/8, sustituyendo de esta manera el ritmo binario 
por el ternario. Este grupo se escribe en las melodias mensu- 
radas de aquella época en forma de dâctilo (-vv) ; pero las 
Cantigas de Santa Maria se apartan de esta prâctica y emplean 
ordinariamente -v-. Los senores Collet y Villalba (Bulletin 
Hispanique XIII) atribuyen à la combinaciôn -v- el valor de 
5/8 y comparan el zortzico de los vascos y las ruedas de los 
castellanos (pâgs. 276 y 27g), teoria que a mi ver es erronea. 

Doy como modelo M. 279. Esta poesia consta de endecasi- 
labos mezclados con versos quebrados de cuatro silabas ; 

-VV,-W,-VV,- 



a88 BULLETIN HISPANIQUE 

-W,- 

-vv,-vv,-vv,- 

-vv,-vv,-vv,- 

-w,-vv,-vv,- 

-vv,- 

Sânta Maria, ualéd' jai Sennor! 
et acorréd' a uossô trobadôr 
que malle uâi. 
Atan gran mal e atân gran doôr 
cômo soffr' este uosso loadôr ; 
et sâe iii, se uos en prazer for, 
dô que diz « Ai I » 

-v-,-v-,ov-,- 
-vo,-v-,-v-,- 

-V-,0 

-v-,-v-,ov-,- 
-v-,-v-,ov-,- 
-vo,-v-,-v-,- 

-V-,0 

En algunas poesîas, alternan las dos formas del dàctilo. 
Véase M. 126. El primer pie tiene cuatro veces -vv y dos veces 
-V-, el segundo tiene -v- y el tercero -vv. 

-vv,-vv,-vv,- 
-vv,-vv,-vv,- 
-vv,-vv,-vv,- 
-vv,-vv,-vv,- 
-vv,-vv,-vv,- 
-vv,-vv,-vv,- 

Dé toda châga ben pôde guarir 
et de doôr a Uirgén sen fali'r. 
Cômo sâôu en Elché hùa uéz 
Sânta Maria, a sénnor de préz, 
a un omé de chagâ que lie féz 
hùa saét', onde cuidou fîi'r. 

-v-,ov-,ooo,- 
-vv,-vo,ovv,- 
-vv,-v-,ovv,- 
-vv,-v-,ovv,- 
-v-,ov-,ooo,- 

-VV,-VO,OVV,- 

Al principio del verso, la larga puede ser sustituida por la 



LOS E5DECASILABOS DE ALFONSO X 289 

brève. Por este motivo, se escribe a veces vvv en lugar del 

dâctilo inicial. Véanse los ultimos versos de la estrofa de 

M. 07 : 

-vv,-v 

-vv,-vv,-vv,v- 

ét dales sisso 

et paraiso con tôd' alegria. 

vvv,-o 

vvv,ovo,ov-,o- 

El verso final tiene rima interna. El yambo que lo termina 
debe de llevar el acenlo en la brève. 

Muy amenudo se emplea un anapesto en lugar del ductilo. 
Ilay que suponer que los taies anapestos Ucven el acento 
ri'tmico en la brève inicial. Véase M. 2bg : 

Arv-,-vv,-vv,- 
vv-,-vv,-vv,- 
vv-,-vv,-vv,- 
vv-,-vv,-vv,- 

vv-,-vv,-vv,- 
vv-,-vv,-vv,- 

Sânta Maria punnâ d'auîir 

6s seus, por se d'eles méllor seruir. 

D'est un miràgre grande foi fazér 

â l irgen que uos querô retraér 

dé dous iograres que féz ben querér; 

mis o demô prouou dé os partir. 

vv-,ovv,-vv,o 
vv-,ovv,ooo,- 
vv-,ovv,ooo,- 
vv-,ovv,ooo,- 
vv-,ovv,-vv,o 
vv-,ovv,ooo,- 

Acabamos de ver que la larga inicial puede ser reemplazada 
por la brève. Por este motivo, los aparentes anapestos podrîan 
ser en realidad dûctilos (-v-). Pero el anapesto se encuentra 
también en m^dio del verso. Véase M. 89 : 

vv-,-vv,vv-, 

vv-,-vv,vv- 

vv-,-vv,-vv, 

vv-,-vv,vv- 

vv-,-w,vv- 

vv-,-vv,vv-, 



2Q0 BULLETIN HISPANIQUE 

Torto séria grand' é desmesûra 
dé prender mal da Uirgén ssa figura. 
Ond' avèô en San Miguel de Tomba, 
lin môestéiro que iâz sobre lômba 
d'ùa gran péna que id quant' e cômba, 
en que corisco feriu noit' escùra. 

vv-,-v-,vo-,o- 
ooo,-o-,vv-,oo 
ooo,-ov,-v-,oo 
voo,-o-,vv-,oo 
vv-,-v-,vo-,o- 
ooo,-o-,vv-,oo 

En M. 067, el primer pie es -vv, el segundo -v- y el 
tercero vv- : 

-w,-vv,vv-, — 
-vv,-vv,vv-, — 
-vv,-vv,w-, — 
-w,-vv,vv-, — 
-vv,-w,w-, — 
-vv,-vv,vv-, — 

Grandes mirâgres faz Santa Maria 
é fremosôs, a quem s'en ela fia. 
Câ en aquéle que s'a ela chama 
et a seru' é a loâ et a âma, 
mâcar iaçâ en leitô ou en câma 
côn gran doôr, sàaô todauia. 

-vv,-v-,vvo,o- 
-vv,-v-,voo,o- 
-vv,-v-,vvo,o- 
-w,-v-,vvo,o- 
-vv,-v-,vvo,o- 
-vv,-v-,voo,o- 

Ademâs, es muy frecuente el uso de la variante v-v, y 
también aqui hay que suponer que el acento ritmico cargase 
en la brève inicial. Véase M. i33 : 

w-,-vv,vv-,- 
v-v,-vv,vv-,- 
vv-,-vv,vv-,- 
w-,-vv,vv-,- 
w-,-vv,w-,- 



LOS ENDECASILABOS DE ALKONSO X 29 1 

Résurgir pôde et fâzelos séus 
uiuela Uirgen de que naceu Déus. 
D'est un mirdgre muy grande mostrôu 
en Elch' a màdre do que nos conprôu 
polo seu sângne et que se leixôu 
méter na crûz per mâos de judéus. 

vvo,ovo,wo,o 
v-v,ov-,voo,- 
vvo,ov-,voo,- 
vvo,ov-,voo,- 

YV0,0V0,VV0,0 
Y-V,OV-,VOO,- 

El valor rîtmico de v-v debe de haber sido i/8 + 3/8 -h 2/8; 
porque se podia escribir también v — . Véase M. 211 : 

V-V,V-V,V-V, — 

v-v,v-v,v-v,-- 
-w,v-v,v-v, — 
-vv,v-v,v-v, — 
v-v,v-v,v-v,— 
v-v,v-v,v-v,~ 

Apostos miragres fâz todauia 
pôr nos et frémosos San ta Maria. 
Fâzlos muit' âpostos pôrque aiâmos 
sâbor de sâbelos et os creàmos 
et fazlos frémosos pôrque queramos 
côbijçar d'âuer a ssâ compania. 

vov,o-v,o — ,0- 
vov,o-v,o — ,0- 
vvv,vov,v-o, — 

VVV,V-0,Y-0 O- 
V0V,0-V,0 — ,0- 

vov,o-v,o — ,0- 

El uso de las variantes vv — y v — v en lugar de — vv es 
un fenomeno muy conocido; compérese Barbieri, Cancionero 
Musical, nùm. 12^ : 

w-,v-v, — 

Lasso me, ché son ferito. 

Los endecasilabos de M, iSg contienen la combinacion v\v 



p,y3 BULLETIN HISPANIQUE 

(sesto modo) en lugar del dâctilo (Beck, Melodien der ïrouva- 

dours i5i) : 

vvv,vvv,vvv,-v 

vvv,vvv,vvv,- 

É d'est un miragre uôs contar quéro 

que en Fraudés aquestâ Uirgen féz. 

vvv,vvv,ovv,ov 

VVV,VVV,OYO,0 

Los très primeros versos del estribillo de M. i5o presentan 
contraposicion de los acentos rîtmico y gramatical en la rima : 

-vv,v-v,v-v,- 
-vv,v-v,v-v,- 

-YV,\-V,V-V,- 

-vv,-vv,-vv,v- 
■\r\-,-vv,-vv,v- 
vv-,-vv,-vv,v- 
-vv,-vv,-vv,v- 
-w,-vv,-vv,v- 

A que Deus âma, amâr deuemos; 

â que Deus préça, et nos precemos; 

â que Deus ônrra, nos niiiit' oniremos : 

esta e sa madré Santa Maria. 

Non ouu' a outra tal âmor mosti-âdo 

com' a esta, pois el quis ensserrâdo 

séer en éla et orne formâdo. 

et fez madré da fillâ que auîa. 

-vv,v-v,v-v,- 

-\v,v-o,vov,- 

-vv,v-o,v-v,- 

-v-,-v-,-vv,v- 

vv-,-vv,-v-,v- 

vv-,-vv,-v-,v- 

-vv,-vv,ov-,v- 

-v-,-v-,-vv,v- 

Presento también la Cantiga M. 69, porque su melodfa se 
halla en el facsimile que trae la edicion de la Academia : 

vv-,-vv,vv-, — 
vv-,-vv,v-v, — 
vv-,-vv,v-v, — 
vv-,-vv,v-v, — 
w-,-vv,yv-, — 



LOS ENDECASILABOS DE ALFOÎfSO X 298 

Santa Maria os énfermos sâa 

é os sâos tira dé uia uâa. 

D'est un mirâgre querô contar'ôra, 

que dos outrés non deué seer fora, 

que Santa Maria, que por nos 6ra. 

grande fez nâ cidadé toledâa'. 

vvo,-oo,vvo,o- 
vvo,ov-,vov,oo 
vv-,ov-,vov,o- 
vv-,ov-,vov,oo 
vvo,-oo,vvo,o- 
vvo,ov-,vov,oo 

Agrego cuatro Cantigas que traen endecasîlabos combinados 
con versos quebrados. La Cantiga M. lo se halla en el lier 
Hispanicum de Aubry, pâg. 47. 

-vv,-v I /\,-yy,y- 
-w,-v I v,-w,v- 
-vv,-vv,-w,- 
-vv,-vv,-w,- 
-vv,-vv,-vv,- 

-VV,-VV,->'V,V- 

Rôsa das résas | et fror das frôres, 
dôna das dônas, | sennôr das sennôres. 
Rôsa de béldad e dé parecér, 
et fror d'alégria et de prazér, 
dôna en miii piadôsa seér, 
sénnor en tôlier coitâs etdoôres. 

-v-,00 ,-v-,v- 

-v-,oo-,-v-,v- 

-vv,ovo,-vo,- 

-v-,ovo,-vo,- 

-v-,-v-,ovo,- 

-v-,oo-,-v-,v- 

El manuscrite de Aubry (T. j. i) tieneal principio del tercer 



1. En esta Cantiga, corresponden de vez en cuando dos signes musicales â una 
sola si'laba. Asi, ai final del segundo verso, la pahabra uùa tiene en la primera silaba 
dos signes (de très y dos notas parciales) y en la segunda un signe (de dos notas 
parciales). Podn'a ser que tal notaciôn significase prolongaciôn ritmica. Sin 
embargo, he preferide conservar, en la transcripciôn, el valor fundamental de las 
silabas, porque se encuentran también dos signos sobre una sola silaba en condi- 
ciones en las cuales la prolongaciôn es imposible. Tienen, por ejemplo, dos signos 
las silabas Ma y mos del primer verso. 



304 BULLETIN HISPANIQUE 

verso -V-. En M, i/i3, el endecasilabo se combina con versos 
quebrados de ocho sllabas : 

VV-,V-V,V-Y,- 

vv-,v-v,v- 

vv-,v-v,v-v,- 

vv-,v-v,v- 

Arv-,v-v,v-v,- 

w-,v-v,v-v,- 

vv-,v-v,v-v,- 

vv-,v-v,v- 

Quén algùâ cousa quiser pedîr 

â Deus por Santa Maria, 

se de seus pécados se repentir, 

âueloâ todauia. 

Péren uos quéro contâr sen mentir 

cômo Santa Maria quis oir 

lin poblo que se lie foi offerir 

p6r chuuia que lie pedia. 

w-,o-v,v-o,- 

vv-,o-o,o- 

vv-,o-v,v-o,- 

YV-,0-0,0- 

vv-,o-v,v-o,- 
vv-,o-v,v-o,- 
w-,o-v,v-o,- 
vv-,o-o,o- 

A la penùltima silaba de las palabras Maria, todauia, pedia 
corresponden dos signos musicales (de dos y très notas 
parciales). Puede ser que en el canto se prolongasen, y que el 
valor ritmico de los quebrados fuese igual con él de los demâs 
versos. Compârese, sin embargo, la nota que he agregado 
âM. 69. 

En M. 4i, se hallan endecasîlabos y quebrados de siete 
Sllabas. Al final de los quebrados, hay discrepancia entre los 
acentos gramatical y ritmico. 

-w,-w,-w,- 

-w,-w,- 

-w,-w,-vv,- 

-w,-w,- 

-w,-w,-vv,- 

'Wj-VY.-YY,' 



LOS ENDECASILABOS DE ALFONSO X agS 

-VV,-VV,-W,- 
-VV,-VV,- 
-YV,-VV,-VV,- 
-VV,-VV,- 

p 

A Uirgen madre do nôstro Sennôr 

bén pode dar seu sisô 

âo sandéu, pois aô pecadôr 

féz auer pâraysô. 

En Seixons féz a Garin cambiador, 

que tant' ouué de o tirar sabor 

do poder dô démo, câ de pauôr 

d'él perderâ o sisô; 

mâs ela tôlleull' aquésta doôr, 

et deulle pâraysô. 

-V-,-YO,-VV,- 

-vo,-vo,- 
-v-,ovo,ovo,- 
. -v-,-oo,- 
-v-,-vo,ow,- 
-v-,-vo,ov-,- 
-vv,-oo,ow,- 
-vo,-vo,- 
-v-,ovo,ovo,- 
-v-,voo,- 

Parece que en el ûltimo verso el copista escribio equivoca- 
damenle una brève en lugar de una larga; pero también puede 
ser que la que parece brève en la fotografia, en verdad sea 
larga. 

En M. 57, alternan los endecasilabos con versos quebrados 
de siete y cinco silabas, Los quebrados de siete tienen discre- 
pancia de los acentos en la rima. Los endecasilabos estân 
divididos por rima interna. 

v-v,-vv,- 

v-v,-w,- 

v-v,-vv,- 

v-v,-vv,- 

-vv,-v 

-w,-vv,-vv,v- 

w-,-w,- 

v-v,-vv,- 

w-,-w,- 

v-v,-w,- 

-vv,-w,- 

v-v,-w,- 



296 BULLETIN HISPANIQUE 

V-V,-VV,- 
V-V,-W,- 
-VV,-V 
-VV,-VV,-VV,V- 

Mûi grandes noit' e dit» 

déuemos dâr porendé 

nos a Santa Maria 

grâças, porqué défende 

os seus de dâno 

et sen engâno en sâluo os guîa. 

E d'aquestô queremôs 

un miragré preçadô 

dizer, porqué sabemôs 

que sera àscuitadô 

dos que a Uirgen santà 

aman porqué quebrantd 

sémpr' aos soberuiosos 

é os bôôs auantâ 

et dates siso 

é paraiso con tôd' alegrfa. 

o-v,-vo,- 

o-v,-w,- 

o-v,-ov,- 

o-v,-vv,- 

vvv,-o 

vvv,ovo,ov-,v- 

vv-,ovv,- 

v-v,ovv,- 

vv-,ow,- 

Y-V,OVV,- 

vvv,-vo,- 
o-v,-vo,- 
o-v,-ov,- 
o-v,-vv,- 

VVY,-0 

vvv,ovo,ov-,v- 

El endecasîlabo dactilico terminado en rima aguda se halla 
en los himnos de la iglesia cristiana y lleva ahi el nombre de 
decasilabo dactilico. Véase Analecla Hymnicall, i/ji (pâg. 100): 

-w,-vv,-vv,- 

Martyris ecce dies Agathae 
virginis emicat eximiae, 
qua sibi Ghristus eam sociat 
et diadema duplex décorât. 



LOS ENDECASILABOS DE ALFONSO X 297 

En este caso, la misma prosodia indica el ritmo. Pero existen 
también poesîas que van acompanadas de melodias mensu- 
radas. Véanse los siguientes versos tomados del Roman de 
Fauvel (Aubry, Iter Hispanicum, pàg. i6) : 

-VV,-VV,-VV,- 

Provideas subitum exitum 
et caveas vetitum reditum. 

Es idéntico con eldecasilabo prosodico el decasîlabo ri'tmico, 
que no distingue entre largas y brèves. Véase Analecta Hym- 
nica XXI, 2/^2 : 

Pâter sancté, dictus Lôthariûs, 
quia lotus baptismi gratiâ, 
âpellan's nunc Innôcentiûs 
nômen habéns ab innôcenliâ, 
dîvinitûs vocaris tertiùs, 
térnarif signant mysteriâ, 
trinitatis quod sis vicariûs. 

Wilhelm Meyer, Der Ludus de Antichristo, pag. i58,rechaza 
la identidad de los decasilabos prosodico y ritmico y crée que 
el verso ritmico (4 + 6) es imitacion de otros métros parecidos 
(4 -h 7 y 5 -f 6). Esa conjetura la he refutadoen Verhandlungen 
des Deutschen VVissenschaftlichen Vereins in Santiago IV, 
pâgs. 345-42/j. En Gesammelte Abhandlungen zur mittelalter- 
lichen Rhythmik, pag. 3di, nota i, el mismo Meyer revoca su 
dictamen. 

No faltan melodias mensuradas que comprueban la verda- 
dera indole del decasîlabo ritmico. Véase el siguiente ejemplo 
tomado de Coussemaker, Art Harmonique, niim. XVIII (Beck, 
Melodien der Troubadours und Trouvères, pdg. i/ig): 

-VV,-VV,-VV,- 

Psâllat chorus in novo carminé, 
Organicô cum modiilaminé : 
éximié pater égregié, 
réctor pie, doctor égregié, etc. 

El decasiTabo latino es idéntico con el decasîlabo francés y 
con el endecasilabo de Alfonso X. Gonoclan su carâcter 



3q8 bulletin HISPANtQUfe 

dactflico los Minnesiinger alemanes, que imitaban a los pro- 
venzales.VéaseWeissenfels,Der daklylische Rhythmus bei den 
Minnesângern, Halle 1886. Greo que no es correcte lo que dice 
sobre esta materia Saran, Der Rhythmus des franzosischen 
Verses, pâg. i3/i. Compârense los siguientes versos de Hartmann 
von Ouwe : 

-vv,-w,-vv,-v 

Ich muoz von réhte den tac iemer minnen 
dé ich die wérden von érste erkânde, 
in sûezer zûhte, mit wiplichen sinnen : 
woi mich daz ich den muot ie dar bewânde 1 

Contra la interpretacion dactîlica del decasilabo se dirigen 
Riemann, Sammelbande XI, pâg. 669, y Schlâger, Grôbers 
Zeitschrift XXXY, pâg. 364- Me parece que los doctos inves- 
tigadores luchan inùtilmente contre ideas que en poco tiempo 
mâs han de ser del dominio comùn de todos los romanistas. 

Sin embargo, no debemos olvidar que las Cantigas de Santa 
Maria confirman un hecho notable : al lado del endecasilabo 
dactflico existio también el endecasilabo yâmbico. El deca- 
silabo épico de los franceses podia ser dactilico, porque la 
notacion musical del Audigier (Suchier, Geschichte der franzo- 
sischen Litteratur, pâg. 22) para mi no admite otra interpreta- 
cion. Pero tenemos que contar con la posibilidad de que el 
ritmo en algunas epopeyas francesas fuese yâmbico, aunque 
creo que tal conjetura no tiene mâs que remota verisimilitud. 

He hablado sobre el ritmo de los endecasîlabos de Alfonso X, 
en Metrische Studien zu Alfonso und Berceo, Verhandlungen 
des Deutschen Wissenschaftlichen Vereinsin Santiago, Band V. 
Greia entonces que la notacion musical no nos subminis- 
traba indicaciones sobre el ritmo de las Cantigas, error segu- 
ramente perdonable â causa del escaso material que proporcio- 
naban los facsimiles de la edicion y en vista de las dificultades 
que présenta su interpretacion. Hoy en dia, estando en mi 
poder todas las melodias de las Cantigas, mis investigaciones 
descansan sobre una base mâs solida; pero la idéa gênerai que 
me habîa forraado del ritmo de las Cantigas fué correcta, y 



LOS ENbECASILAHOS DE ALFONSO X 399 

también en los detalles acerté muchas veces a la verdad. 
En cuanto al endecasilabo, llegué a la conclusion de que la 
distribuciôn de los acentos gramaticales indicaba el carâcler 
dactilico del verso y di como modelo la Gantiga M. 17. La 
notacion musical comprueba mi conjetura : 

-VV,-VV,-W, — 

-vv,-vv,-vv, — 
-w,-vv,-w,- 
-w,-vv,-vv,- 
-w,-vv,-vv,- 

-vv,-vv,-vv, — 

Sémpre seiâ bèeitâ et loâda 

Santa Maria, a nôss' auogada. 

Mârauillôso mirâgre d'oir 

uôs quer eu ôra contâr sen menifr, 

dé como féz o diâbro fogir 

dé Roma a Uirgen dé Deus ainâda. 

-v-,-vv,-o-,oo 

-v-,ov-,ov-,o- 

-v-,-v-,-v-,o 

-v->-v-,-v-,o 

-v-,-v-,-o-,o 

-v-,ov-,ov-,o- 

Federico HANSSEN. 



NUE vos DATOS 
ACERCA DEL HISTRIONISMO ESPANOL 

EN LOS SIGLOS XVI Y XVII 

{Segunda série ' ) 

Siglo XVII 
(Suite.) 



1651 

487. — Obligaciôn de Sébastian de Prado y su mujer Bernarda 
Hamirez, de asistir en la compania de Antonio Garcia de Prado hasta 
Garnestolendas de 1662, Sébastian para representar lo que se le 
ordenare y Bernarda para hacer la tercera parte de las comedias y la 
primera de los tonos, ganando 5o reaies de parte para ambos. 
Testigos : D. Juan de Zabaleta y Antonio de Rueda. Madrid, 
aS Enero i65i. 

(Juan Antonio de Sandoval, i65o â 62, f° 28.) 

488. — Conciertos de Diego Osorio con los de su compania para el 
caso de que baya licencia para representar. 

José Antonio de Quevedo, représentante, tendra i5 reaies de parte. 

Antonio Mejia, primer galân, ganarâ 27 reaies de parte. 

Juan Francisco de Aroche, cobrador j tendrân 27 reaies de 

Bernarda Manuela, su mujer, segunda dama ( parte. 

Juan Pérez de Tapia harâ los papeles que liasta hoy ha hecho en 
dicha compania Sébastian de Prado, y en las comedias que fueren 
estudiando, los terceros papeles, cobrando Sa reaies de parte para él 
y para su mujer Maria de Olmedo. 

Tomâs de Nâjera, représentante y miisico, tendra 16 reaies de parte. 

Mateo de Godoy, barba, tendra 16 reaies de parte. Madrid, 
25 Enero i65i. 

(Juan Antonio de Sandoval, i65o â 62.) 

489. — Poder de Juana de Cisneros, representanta, â su madré 
Maria de Montemayor, résidente en Toledo, para concerlar fîestas en 
su nombre. Madrid, 2 Febrero i65i. 

(Juan Antonio de Sandoval, i65o â 62, f° 42.) 

I. Voir le Bull, hispan., 190C, p. 71, i48, 363; 1907, p. 3Go; 1908, p. j43; 1910, 
p.3o3; 1911, p. 47, 3o6; 1913, p. 3oo, 4o8. 



NUE vos DATOS ACEKCA DEL IlISTaiONISMO ESPAÎÏOL 3oI 

490. — Escrituras para formar una compania de partes bajo la 
diiecciôn de Toribio de la Vega para representar hasta Carnestolendas 
de i652, ganando cada uno lo que se le seîialare. 

Toribio de la Vega, autor, primer galân. 

Ana Maria de Rojas, su mujer, para cantar y representar. 

Antonio de Villalva, segundo galân. 

Juan Lôpez, primer barba, 

Pedro de Contreras, tercer galân. 

Pedro de Cifuenles, représentante. 

Teresa de Briones, su mujer, tercera dama. 

Juan Bezôn, gracioso. 

Francisca Maria, su hija, primera y segunda dama. 

Josefa Maria, primera y segunda dama. 

Francisco de San Miguel, mûsico y représentante. 

Luis de Mendoza, tercer galân. 

Alonso Ortiz, apuntador y représentante. 

Luisa de Ribera, viuda, para cantar y representar. 

Antonio de Vrosa, cobrador. 

La compania tendra su caja y esta llevarâ de parte lo que el primer 
galân. Madrid, 12 Febrero i65i. 

(Juan Antonio de Sandoval, i65o â Sa, f° 47-) 

491. — Obligacion de Bartolomé Romero de ir â Morata y que repre- 
sentarân sus hijas Luisa y Mariana Romero dos autos y dos comedias 
en la vispera y dia del Corpus proximo. Madrid, i5 Febrero i65i. 

(Juan Antonio de Sandoval, i65o â 02, f° 5o.) 

492. — Obligacion de Antonio Garcia de Prado, autor de comedias, 
de ir con su conipaiïia â Valdemoro para los dias 11 y 12 de Junio 
del présente afio y representar un auto y très comedias en precio de 
4,200 reaies, mâs traida y llevada la compafiia en 8 carros, 5 de elles 
cubiertos. Madrid, 8 Marzo i65i. 

(Juan Antonio de Sandoval, i65o â 52, f° 66.) 

493. — Compromise para formar una compaiîia de partes bajo la 
direccion de Francisco Garcia Sevillano que ha de durar hasta Carnes- 
tolendas de i652. 

Francisco Garcia, autor. 

Nicolas de Zabala, primer galân. 

Pedro Gonzalez, gracioso. 

Pedro Conde, tercer galân. 

Sabina Abarca, su mujer, tercera dama. 

Luis Diaz, para cantar y bailar. 

Juan Fajardo, barba. 

Francisco Garcia, para cobrar y representar. 

Manuel Garcia, su hijo, harâ los segundos galanes. 

Micaela Ortiz^ harâ la mitad de las primeras damas. 

Bull, hispan. ai 



3oa BULLETIN HtSPANlQUfe 

Manuela Trivifio, harâ la otra mitad. 
Maria de Salazar, segunda dama. 

Cada companero ganarû en dinero la parte que se le senale. Madrid, 
8 Marzo i65i . 
(Juan Antonio de Sandoval, i65o â 62, f° 70.) 

494. — Auto para traer de la villa de Ocana â Agustin de Villarroel 
y â Antonio de Villalba, de la cqmpania de Toribio de la Vega, para 
que trabajen en Madrid en la compania de Antonio de Prado, el pri- 
mero come apuntador y el 2° como barba (vinieron presos). Madrid, 
24 Marzo i65i. 

(Arch. mun., clase i6-3-470-23.) 

495. — Obligaciôn de Sébastian Garcia de Prado, su mujer Bernarda 
Ramirez, Ambrosio Duarte y Maria de Prado, su mujer, Juana de Cis- 
neros, Antonio de Escamilla y su hija Maria de Escamilla, Isabel de 
Espinosa por su hija Luciana de Espinosa, Juan de la Galle, Francisco 
Garcia (pupilo), Juan Vivas, Gaspar de Valdés, Antonio de Villalva, 
Agustin Diez de Villarroel, Francisco Ortiz y Juan de Ayora, repré- 
sentantes que fueron de la compania de Antonio Garcia de Prado, de 
continuar en la misma compafiia, dando amplios poderes â Francisco 
Garcia para que los administre y dirija. Madrid, 18 Abril i65i. 

(Juan Antonio de Sandoval, i65o à i652, f" 91.) 

496. — Comunicaciôn del Duque de Nâjera al grefier de la Reina. 

« Su Magestad, Dios le guarde, por su orden escrita en Aranjuez 
en respuesta a carta mia de 24 de este, es servido de hacer merced 
â Juan Rana de una racionordinariaque ha de gozar por la casa de la 
Reina, nuestra seiiora, en consideracion de lo que la hace reir, y en 
esta conformidad se le apuntarâ en los libros para que se le acuda 
con ella desde la fecha de esta. En el Real sitio del Buen Retiro 
a 26 de Abril de i65i. 

(Al pie.) Simon de Alcântara, grefier de la Reina nuestra senora.» 

(Arch. del Palacio — Letra R-7.) 

497. — Obligaciôn de Diego Osorio, autor de comedias, de ir 
â la ciudad de Sigiienza para el 18 de Julio y harâ en este dia y el 
siguiente dos representaciones de dos comedias, y « ansimismo harâ 
dos saraos dentro de la iglesia mayor, uno vispera de Santa Librada 
y el otro al dia siguiente; y se obliga â hacer con dicha compania 
doce representaciones de doce comedias diferentes en la casa de 
comedias de dicha ciudad cobrando â la puerta lo que se estila en 
ella. » Se le darân 5,3oo reaies y ademâs 100 reaies de ayuda de costa 
por cada representaciôn. Madrid, 24 Mayo i65i. 

(Juan Antonio de Sandoval, i65o à i652, f" io3.) 

498. — Revocaciôn, que Sébastian Garcia de Prado y su mujer 
Bernarda Ramirez hacen del poder que dieron en 18 de Abril 
anterior â Francisco Garcia para concertar fiestas y companeros, 



ktUÉVOS DATOS ACERCA DEL lilSTRlONISMO ESPANOL 3o3 

aunque dejando al dicho Francisco Garcia en buena fama y opinion. 
Madrid, 25 Mayo i65i. 
(Juan Antonio de Sandoval, i65o à 1602, f* 107.) 

499. — Obligaciôn de D. Francisco Griado, vecino de Trujeque, de 
pagar â Maria de Cordova, viuda de Andrés de la Vega, 45o reaies 
u y un pernil de tocino » por el alquiler de los vestidos y demis cosas 
que le ha dado para la Resta del Corpus en dicha villa. Madrid, 
37 Mayo i65i. 

(Juan Antonio de Sandoval, i65o à i652, f" loo.) 

500. — Poder de Sébastian Garcia de Prado, como testamentario 
de Antonio Garcia de Prado y Péri, su padre, â Juan Rodriguez, 
agente de negocios, para hacer inventario de los bienes que quedaron 
de dicho su padre y defender los derechos del otorgante con motivo 
de esta herencia. Madrid, 27 Mayo i65i. 

(Juan Antonio de Sandoval, i65o à 1602, f" 108.) 

501. — Obligaciôn de Francisco Garcia, autor de comedias, de ir 
con su compania' â la ciudad de ïoledo para el 2/+ del présente 
y hacer 20 representaciones consecutivas cobrando la ayuda de costa 
acostumbrada ù otra igual â la mayor que en dicha ciudad se hubiere 
pagado, y ademâs el viaje desde Navalcarnero â ïoledo y desde 
Toledo â Madrid. Madrid, i* Junio i65i. 

(Juan Antonio de Sandoval, i65o à 1662, f° 109.) 

502. — Poder para testar otorgado por Isabel de Guevara en favor 
de su marido Diego Osorio, autor de comedias, advirtiendo que 
quiere sea sepultado su cuerpo en la capilla de la Soledad del con- 
vento de la Vitoria de Madrid. Madrid, 3 Junio i65i. 

(Juan Antonio de Sandoval, i65o â 52, f" 1 16.) 

503. — Obligaciôn de Luis Lôpez Sustaete, autor de comedias, de 
estar en Madrid para el i5 de Septiembre de este ano, para repre- 
sentar, haciendo en todo lo que le ordenare D. Lorenzo Ramîrez de 
Prado, protector de comedias. Madrid, 12 Junio i65i. 

(Juan Garcia de Albertos, i65x, f" 3o.) 

1. Francisco Garcia, autor. 

Sébastian de Prado. 

Bernarda Ramfrez, su mujer. 

Ambrosio Duarte. 

Maria de Prado, su mujer. 

Juana de Gisneros. 

Isabel de Espinosa. 

Antonio de Escamilla. 

Juan de la Galle. 

Gaspar de Valdés. 

Juan Vivas. 

Antonio de Villalba. 

Agustin de Villarroel. 

Francisco Ortiz. 

Juan de Ayora. 



3o4 BULLETIN HISPANIQUE 

504. — Partida de defunciôn de Isabel de Guevara. 

« Isabel de Guevara casada con Diego Osorio calle de Cantarranas 
en la esquina de la calle del Nifio mutio en veinte de Junio de i65i 
anos, recibio los santos sacramenlos dio poder para testar al dicho su 
marido ante Juan Antonio de Sandoval en très de dicho mes, testa- 
mcntario in solidum el dicho su marido, enterrose en la Vitoria, dio 
de fabrica diez y seis reaies. » 

(S. Sébastian.) 

505. — Obligaciôn de Francisco Garcia, companero y parte primera 
de la compaiiia que quedô de Antonio de Prado, autor de comedias, 
de ir a Barajas con la companîa para el dia 9 de Octubre y hacer 
3 comedias de las que tiene puestas, pagândole la misma cantidad 
que en el ano anterior se diô â Diego Osorio, autor de comedias. 
Madrid, 12 Agosto i65i. 

(Juan Garcia de Albertos, i65i, f° 48.) 

506. — Obligaciôn de Sébastian de Prado, companero de la companîa 
que quedô de Antonio de Prado, autor de comedias, su padre, de ir 
con la companîa dicha â Fuenlabrada para el dia 8 de Septiembre y 
hacer dos comedias de las que tiene puestas, pagândole 1,000 reaies, 
mas camas y posadas y 8 carruajes para traer y llevar desde Madrid 
toda la compaiiia. Madrid, i3 Agosto i65i. 

(Juan Garcia de Albertos, i65i, f° 5o.) 

507. — Obligaciôn y concierto de Damiân Ruiz, con poder de 
Jacinto Riquelme, autor de comedias, de que dicho autor ira con su 
companîa desde Salamanca â Sevilla, donde estarâ para Navidad de 
este aîio y representarâ en la Monteria desde entonces hasta el martes 
de Carnestolendas del aiïo prôximo todas los comedias que tuviere, 
mâs las que le diere Juan Baltanas arrendador de dicho coliseo. 

Juan Nùnez de Prado se obliga, en nombre de Baltanas, de poner 
en la ciudad de Salamanca, donde ahora esta Riquelme, 6,000 reaies 
para los gastos del viaje, y al Uegar à Sevilla Baltanas ha de dar â 
Riquelme lo que mâs necesitare, para desquitar ambas cantidades de 
las ayudas de costa, y estas serân de 2 54 reaies por cada represen- 
taciôn. Es condiciôn que Baltanas ha de dar al autor seis camas, la 
mitad del gasto de las apariencias y pagarle el alguacil y ministros 
que asisten â la puerta â la cobranza. Madrid, 17 Octubre i65i. 

(Juan Garcia de Albertos, i65i, f" 76.) 

508. — ïestamento de Isabel de Guevara otorgado por su viudo 
Diego Osorio, autor de comedias, en virtud del poder que le habia 
dado. 

Eue su voluntad que se le enterrara en la capilla de la Soledad del 
convento de S. Francisco de Paula de Madrid, y que fuese llevado su 
cuerpo en hombros de los Terceros de S. Francisco por ser hermana 
de la Tercera Orden. 



NUEVOS DATOS ACERCA DEL HISTRIONISMO ESPANOL 3o5 

Que dicho su niarido fuera albacea y linico heredero de sus bienes. 
Madrid, i3 Diciembre iGdi. 

(Juan Antonio de Sandoval, iG5o â 52, f" iil\.) 

509. — Comedias y otras fiestas que se hacen en el salon de Palacio 
y el lugar que cada une de los que tienen entrada en ella les toca. 

(Libro de étiquetas de Palacio, Salazar, K iol\, f" aôa.) 



1652 



510. — Obligaciôn de D. Francisco de Villanueva, caballero de San- 
tiago, de pagar â los arrendadores de los corrales de comedias de 
Madrid lo ducados en cada un ano del arrendamiento del taburete 
qiiinto de ambos corrales, Principe y de la Cruz que ha tomado por 
tiempo de 4 anos para ver en ellos las comedias niievas jamds vislas 
ni represenladas y entradas de aalores. 

En el caso de que S. M. mandase quitar las comedias pagarâ sola- 
mente el tiempo que estuvieren abiertos los teatros. Madrid, 12 Enero 
i652. 

(Juan Garcia de Albertos, 1662, f" 10.) 

511. — Asiento de compania de représentantes para el ano de 1662 
â 53, de Garnestolendas â Carnestolendas. 

Maria de Quifiones, primera dama, tendra 3o reaies de parte. 

Juan Ferez harâ los terceros papeles. 

Maria de Olmedo, su mujer, para los cuartos papeles: ambos gana- 
rân Sa reaies de parte. 

Jerônimo de Morales, segundos papeles con 21 reaies de parte. 

Mateo de Godoy, barba, 16 reaies. 

Tomâs de Nâjera, mûsico, [6 reaies. 

Jerônima de Omeno, viuda de Alonso de Olmedo Tofino, en nombre 
de Alonso de Olmedo y Jerônima de Olmedo, sus hijos, que el r harâ 
lo que se le ordene y la 2" harâ las terceras damas, tendra por el tra- 
bajo de ambos sus hijos 33 reaies. 

Juan de Castro y Juana Caro, su mujer, representarân, ganando 
20 reaies de parte. 

José Antonio de Quevedo, mûsico, ganarâ i5 reaies, Madrid, i5 de 
Febrero de 1662. 

(Juan Garcia de Albertos, i652, f° 44-) 

512. — Obligaciôn de los cofrades del Santisimo Sacramento de la 
villa de Zillo de pagar â Maria de Côrdova, viuda de Andrés de la Vega, 
autor de comedias, 5oo reaies por el alquiler de los vestidos y adorno 
que les liene alquilados para la fiesta del Corpus. Madrid, 29 Febreio 
i652. 

(Juan Garcia de Albertos, i652, f° 55.) 



3o6 BULLETIN HISPANIQUE 

513. — Escriturd para formar una compania de parles bajo la 
direcciôn de Mariana Vaca, viuda de Antonio Garcia de Prado. 

Mariana Vaca, autora, harâ las primeras damas, y llevarâ 3o reaies 
de parte y k caballen'as. 

José de Prado, su hijo, harâ los cuarlos papeles, ganando 12 reaies, 

Alonso de Olmedo, tercer galân, ^ tendrân 3o reaies de parte y 

y su mujer Maria de Leôn, 2" dama, f cinco caballerias. 

Juliana Candau, tercera dama, tendra i3 reaies de parte y 3 caba- 
llerias. 

Bartolomé Romero, représentante, y | tendrân 24 reaies y 3 caba- 

Mariana de Borja, su mujer, V dama ' Uerias. 

Cristôbal de ïorres, représentante ( » , < , o 1 n - 

_, ., ^ tendrân 20 reaies y 3 caballerias. 

y Juana Lscnbano, su muger, ' 

Juan Navarro Oliver, primer galân, 28 reaies de parte y 4 caba- 
llerias. 

Miguel Fernândez, gracioso, 23 reaies y 4 caballerias. 
Matias de Castro, segundo gracioso, i4 reaies y 3 caballerias. 
Luis Diaz, mûsico, i3 reaies y i caballeria. 
Jerônimo de Médina, cobrador, 8 reaies y i caballeria. 
Tomâs de San Juan, barba, tendra i5 reaies de parte. Madrid, 
12 Marzo 1662. 
(Juan Garcia de Alberlos, i652, f° 77.) 

514. — Gonciertos de Juan Vivas y Gaspar de Valdés con los repré- 
sentantes que han de asistir en la compania que estân formando. 

Ambrosio Duarte y Maria de Prado, su mujer, asistirân durante las 
fiestas, de este ano, Duarte para cantar, poner la mùsica y hacer los 
vejetes, y su mujer para represenlar las segundas damas y bailar, y 
ganarân 35 reaies de parte. 

Antonio de Escamilla, harâ los segundos graciosos y barbas, y su 
hija Maria de Escamilla las cuartas damas, y ambos tendra 32 reaies 
de parte. 

Francisco Garcia asistirâ hasta Carnestolendas de i653 para hacer 
los primeros galanes y tendra 28 reaies de parte. 

Pedro de Agramonte durante el mismo tiempo harâ los terceros 
galanes y ganarâ 1 7 reaies de parte. 

Juana de Cisneros, primera dama, ganarâ 3o reaies de parte. 
Antonio de Villalba, harâ los cuartos papeles, y los barbas, ganando 
i4 reaies de parte, Madrid, i3 Marzo i652. 
(Juan Garcia de Albertos, i652.) 

515. — Asiento de varios représentantes con Cristôbal de Villarroel, 
autor de comedias, para asistir en Ja compania de partes que esta 
formando y que durarâ hasta Carnestolendas de i653. 
Diego de Santa Maria, para cantar y tocar el arpa. 
Bernarda Eugenia, su mujer, para hacer las cuartas damas y cantar, 



NUEVOS DATOS ACERCA DEL HISTRIONISMO ESPANOL 307 

Pedro de Usor para hacer los segundos barbas. 
Juana Banuelos, su mujer, para las terceras damas. 
Juan Fajardo, para hacer los segundos graciosos y vejetes. Madrid, 
i5 Marzo i653.) 
(Juan Garcia de Albertos, 1662, f" loi.) 

516. — Codicilo de Juan Nùilez de Prado. 

Dice que tiene otorgado testamento ante Beltrân de Olarte, escribano 
de S. M. en i5 de este présente mes. 

Que no se tome cuenta a Damiana, su criada, y si quisiere continuar 
en el servicio de sus hijos, lo haga, y si nô, haga su voluntad. 

(Juan Garcia de Albertos, 1662, f° io3.) 

517. — Poder de Crislôbal de Villarroel, autor de comedias, â su 
mujer Isabel de Qucsada para concertar en su nombre fiestas y com- 
paneros. Madrid, 28 Marzo 1662. 

(Juan Garcia de Albertos, i652, f° io5.) 

51g, — Obligaciôn de Mariana Yaca, autora de comedias, de ir con 
su compania â Valladolid y representar desde el 12 de Abril hasta el 
dia del Corpus en la casa de comedias de dicha ciudad, sin salir 
de ella mâs de 12 dias, dândole pagada la mitad de las apariencias y 
5,000 reaies adelantados. 

En dicha compania van : 

Mariana Vaca, autora. 

José de Prado, su hijo. 

Juan Navarro Olivar. 

Alonso de Olmedo ïofiîio. 

Maria de Leôn, su mujer. 

Tomâs de San Juan. 

Miguel Fernândez. 

Bartolomé Romero. 

Mariana de Borja, su mujer. 

Juan Francisco. 

Matias de Castro. 

Luis Diaz. 

Juliana Candau, viuda. Madrid, 26 Marzo i652. 

(Juan Garcia de Albertos, 1662, f° 107.) 

519. — Asiento de Diego Lôpez de asistir en la compaîïia de 
Francisco Garcia (Sevillano), autor de comedias, desde hoy hasta 
Carnestolendas de 1698, para representar los terceros galanes, y Maria 
de Santiago, su mujer, para hacer las segundas damas, ganando la 
parte que se les seûalare segùn la costumbre admitida en companias 
de partes. Madrid, 2 Abril i652. 

(Juan Garcia de Albertos, 1662, fo ii5,) 

520. — Poder de Mariana Vaca, viuda de Antonio de Prado, autor 
de comedias, à Juan Père?, représentante de la compania de Diego 



3o8 BULLETIN HISPANIQUE 

Osorio, para cobrar looo reaies, que S. M. le hi/o merced por una vez 
y nde ayuda de costapara mi cornpania y ansimismo reciba y cobre los 
200 reaies de la paga ordinaria de la representaciôn parlicular que mi 
compaiiia hizo en la fiesla de los anos de S. M.» Madrid, i/» Abri! i652. 
(Juan Garcia de Albertos, 1662, f" i36.) 

521. — Obligaciôn de Diego Osorio, autor de comedias, de ir con 
su cornpania â Valladolid para el 24 de Octubre y representar en el 
patio y casa de comedias de la cofradia de S. José y Nifios Expositos 
las comedias que tiene puestas este ano, cobrando 55 reaies de ayuda 
de Costa porcada representaciôn^ y le prestarân lo que importe el viaje 
de la compafiîa desde Salamanca â Valladolid. Madrid, 3o Abril i652. 

(Juan Garcia de Albertos, 1602, f° i47-) 

522. — Poder de D. Bernardo de Villavelarde, â cuyo cargo esta el 
arrendamiento de las casas de comedias de esta corte, â Baltasar Luis 
para pagar en su nombre los gastos y ayudas de costa que necesiten 
las compaîiiasde Luis Lôpez Sustaete y Adriân Lôpez que han de tra- 
bajar en Madrid. Madrid, 16 Julio i652. 

(Juan Garcia de Albertos, i652, f" 177.) 

523. — Poder de Damiana Pérez, viuda de Francisco Lôpez, autor 
que fue de comedias, â très procuradores para pedir que D. Jerônimo 
de la Torre, secretario de Estado, le dé y entregue una colgadura de 
brocatel y damasco, y otra de damasco carmesi y otra de tafetân 
listado que Maria Manuela Lôpez. su hija, mandô se entregaran â la 
otorgante hasta que Sébastian Gonzalez, su hijo y heredero, se hiciese 
cargo de dichas très colgaduras, segùn clâusula del testamento 
que otorgô en Granada â 21 de Enero de este ano ante Francisco de 
Hinojosa. Madrid, 8 Noviembre i653. 

(Se le entregaron el dia 18 del mismo mes y ano.) 
(Juan Garcia de Albertos, i652, f° 280.) 

524. — Obligaciôn de Simon Aguado, de asistir en la compafiia 
de Adriân Lôpez, autor de comedias, hasta Carnestoiendas de i653 
para desempeîïar la parte de la graciosidad ganando 26 reaies de par- 
tido; 10 de raciôn y 16 por representaciôn. Madrid, 9 Noviembre i652. 

(Juan Garcia de Albertos, x652, f° 23i.) 



1653 

525. — Concierto de Manuela Mazana, viuda de Lorenzo de Prado 
(fiador Sébastian de Prado), de ir à la villa de Sonseca y ayudar como 
primera dama en très representaciones que se han de hacer el dia del 
Corpus y siguiente cobrando i , 100 reaies y los gastos de viaje pagados, 
Madrid, 8 Febrero i653. 

(Juan Garcia de Albertos, i653, f" 16.) 



NUEVOS DATOS ACERCA DEL HISTRIOHISMO ESPANOL SoQ 

526. — Conciertos de Diego Osorio, autor de comedias, con los 
représentantes que han de trabajar en su compania hasta Carnes- 
tolendas de i65A. 

Mariana de Borja, viuda de Bartolomé Romeo, representanta y 
arpista, cobrarâ i4 « reaies de parte que se le pagaran del util de las 
representaciones que se hicieren segun y de la manera que se pagan y 
es costumbreen companias de partes». Madrid, 5 Marzo i653. 

Sébastian de Prado y Bernarda Ramirez, su mujer (que harâ los 
terceros papeles), ganarân 55 reaies de parte, y ademâs les darân 
prestados 6,ooo reaies '. 

Gerôninno de Morales harâ los segundos papeles, como los ha hecho 
antes, ganando 35 reaies de parte mas dos caballerfas para los viajes. 

José Antonio de Quevedo representari y pondra la mûsica, ganando 
r6 reaies de parte. 

• Juan de Castro y Juana Caro, su mujer, para representar, cantar y 
bailar, ganarân 21 reaies de parte. 

Antonio Messia harâ los primeros papeles en las comedias y ayudarâ 
en los entremeses, ganando 29 reaies de parte y 4 caballerfas para los 
viajes. 

Ambrosio Duarte, miïsico y représentante, y Maria de Prado, su 
mujer, segunda dama, ganarân 87 reaies de parte, y para los viajes 
/i caballerfas y llevado su hato. 

(Juan Garcia de Albertos, i653, f" 28 y sig\) 

527. — Conciertos de Adriân Lôpez, autor de comedias, con los 
représentantes que han de trabajar en su compafîfa liaste Carnes- 
tolendas de i654. 

Blas Martfnez harâ los papeles de barba, ganando 20 reaies de parte. 

Juan Bezôn, segundo gracioso, y Francisca Bezôn, que dijo ser su 
hija, para hacer las terceras damas y cantar y bailar y de la mûsica 
la primera parte de bailes y entremeses, ganarân 53 reaies de parte y 
en los viajes tcndrân 4 caballerfas. 

Simon Aguado harâ la segunda parte de graciosidad, ganando 
26 reaies de parte. 

Gregorio de la Rosa, mùsico y représentante, ganarâ 17 reaies de 
parte. Madrid, i5 Marzo i653. 

(Juan Garcfa de Albertos, i653, f° Sg.) 

528. — Obligaciôn de Manuela ïrivino de asistir en la compania de 
Pedro de la Rosa, autor de comedias, para representar los cuartos 
papeles. partiendo de la corte inmediatamente para Sevilla donde esta 
la compafïia, ganando i/| reaies de partido, 6 de raciôn y 8 de cada 
representaciôn, 3oo, mâs dos caballerfas para la fiesta del Corpus y se 
le pagarâ el gasto del viaje de aquf â Sevilla. Madrid, 17 Marzo i653. 

(Juan Garcfa de Albertos, i653, i" 55.) 

I. Los pagaron en 10 de Julio de este aûo. 



3rO BULLETIN HISPANIQUE 

529. — Asiento y obligaciôn entre Antonio de Rueda, arrendador de 
los corrales de comedlas de esta cor te, y Jerônima de Yargas, viuda, 
como madie de Bernarda Manuela, representanta, que esta en el 
convento de Bernardas de esta corte de orden del senor Présidente de 
Castilla, sobre que la dicha (( Jerônima de Vargas se ohliga a que 
precedida licencia de su lllustrissima para que la dicha su hija saïga 
del dicho convento, la dicha Jerônima de Vargas la ternd en su 
compania y de manifiesto en esta corte para que pueda representar en 
ella en las Jiestas del Corpus ù otras qualesquiera del servicio de Su 
Mageslad, 6 para entrar en las companias de représentantes que por 
el dicho arrendamiento se conduxeren d esta corte, y que en este 
ministerio se ocupard todo el aho présente hasla el martes de carnes- 
tolendas del aho que vie ne de 165^ », representando los papeles que se 
la repartieren, y no saliendo de la corte. 

Antonio de Rueda se obliga â ocuparla en las companias que dicho 
arrendamiento trajere â la corte, y pagarle 27 reaies de parte 6 
12 reaies de raciôn y i5 por representaciôn, y ademâs le asegura 
12 reaies de raciôn hasta que venga la compaîîia â que ha de ser 
agregada. Madrid, 19 Marzo i653. 

Testigo : D. Juan de Zabaleta. 

(Juan Garcia de Albertos, i653, f* 69.) 

530. — Obligaciôn de Ana Maria, viuda del Valenciano, y su hija 
Antonia Manuela de asistir en la compania que formare Antonio de 
la Bella, haciendo Ana Maria los primeros papeles y su hija lo que se le 
ordenare, cobrando la parte que se les senalare en dicha compaîîia, 
que sera de partes. Madrid, 21 Marzo i653. 

(Juan Garcia de Albertos, i653, f° 61.) 

531 . — Obligaciôn de Antonio de la Bellay Alejandro de la Bella, Miguel 
Sânchez Garrillo, Juan Francisco Garcia, Francisco Gonzalez, Nicolas 
de Zabala, Ana Maria, viuda del Valenciano, y Antonia Manuela, su 
hija, de hacer en Paracuellos la fiesta del Corpus de este ano en 
precio de 3,4oo reaies. Madrid, 21 Marzo i653. 

(Juan Garcia de Albertos, i653, f° 63.) 

532. — Obligaciôn de Juan Vivas y Catalina Vivas, su mujer, Gaspar 
de Segovia, Lorenzo de Castro y Maria de Segura su mujer, Vicente 
Vivas y su mujer Isabel Vivas, Cristôbal de Torres y su mujer 
Juana Escribano, Diego de Santa Maria y su mujer Bernarda 
Eugenia, Francisco Garcia, Manuel Garcia Sevillano, Isabel de 
Gôngora y Manuela Carriôn, todos représentantes, de hacer en la villa 
de Talavera la fiesta del Corpus de este aîlo en precio de 6,000 reaies. 
Madrid, 26 Marzo i653. 

(Juan de Garcia de Albertos, i653, f" 68.) 

533. — Concierto de Diego Osorio, autor de comedias, con el conde 
de Grajal sobre ir con su compania â la ciudad de Salamanca y hacer 



NUEVOS DATOS A.CERCA DEL HISTRIONISMO ESPAKOL 3ri 

Ao representaciones, comenzando el di'a 8 de Septiembre y poniendo 
las comedias que tiene puestas este aâo, mâs las nuevas que tuviere, 
recibiendo en Madrid los 200 ducados de ayuda de costa que ha de 
dar el dicho conde de Grajal. Madrid, l\ Abril i653. 
(Juan Garcia de Albertos, i653, f" 85.) 

534. — Partida de defunciôn de Jusepa Vaca. 

« Jusepa Vaca, viuda de Juan de Morales, calle de Santa Maria 
casas Alonso deValcazar, murio en once de Julio de i653 anos recibio 
los santos sacramentos testé ante Francisco Castellanos que asiste en 
la calle de Francos en veinte y cinco de Noviembre de i65o anos hizo 
codicilo ante el dicho en cinco de Julio de i653 dexô quatrocientas 
misas, testamentarios Mariana de Morales, su hija, comedianta, 
y a su hermana Jacinta de Morales, calle de las Guertas junto a las 
casas del D' Rayado enterrose en Anton Martin dio de fabrica diez 
y seys reaies. » 

(S. Sébastian.) 

535. — Consentimiento del arrendador de las casas de comedias de 
Madrid en que Diego Osorio, autor de comedias, vaya â representar 
con su companîa â Salamanca â condiciôn de que ha de estar en 
Madrid para el 1 1 de Noviembre de este ano y representar con su 
compafiia en la corte desde dicho dia en adelante. Madrid, l\ Septiem- 
bre i653. 

(Juan Garcia de Albertos, i653, f° 1/17.) 

536. — Poder de Adriân Lôpez, autor de comedias, â Francisco de 
Villegas para que parezca ante el Consejo Real y pida se enmiende y 
recoja el libro Errores celebrados de D. Juan de Zabaleta, en cuyo cap. 
18 se habla con descredito de los représentantes y su ejercicio. 
Madrid i3 Septiembre i653. 

(Juan Garcia de Albertos, i653, f" 166.) 

537. — Escritura de formaciôn de compafiia de partes bajo la direc- 
ciôn de Juan Bezon hasta Garnestolendas de i654. 

Juan Bezôn. 

Alejandro de la Bella. 

Antonia-Manuela, su mujer. 

Pedro Gonzalez. 

Micaela Ortiz, su mujer. 

Luis de Guevara. 

Ana Coronel, su mujer. 

Sébastian de Alarcôn. 

Nicolas de Zabala. 

Jerônimo de Médina, cobrador. Madrid, 9 Octubre i653. 

(Juan Garcia de Albertos, i653, f° 174.) 

538. — Obhgaciôn de Jerônimo de Médina, de pagar â la cofradia 
de Niiestra Seûora de la Novena 5oo reaies, los cuales se han de cobrar 



3ia BULLETIN HISPANIQUE 

de los bienes que dejare â su fallecimiento y no anles. Madrid, al\ 
octubre i653. 

(Juan Garcia de Albertos, i653, f" i83.) 

539. — « Su Magestad (que Dios guarde) en consulta suia del i8 del 
corriente se ha servido hacer merced â Cosme Ferez, alias Juan Rana, 
del paso de una racion ordinaria que goza por la despensa de la casa 
de la Reyna nuestra senora, para una hija suya con calidad que sea 
desde luego y que la susodicha no la pueda gozar si hubiese de andar 
en la farsa, en cuya conformidad ordeno al grefier le haga el asiento 
en sus libros y se le den las certifîcaciones necesarias. Madrid, 22 de 
Noviembre i653 anos. 

» El Conde de Altamira. » 
(Al pie :) D. Pedro de Villarreal, grefier de la Reina nuestra senora. 
(Arch. del Palacio, letra P., leg. 2/4.) 

540. — Asiento de Francisco Martînez, représentante, y Domingo 
Garcia, miisico, de asistir en la compania que hiciere Luis Lôpez Sus- 
taete, autor de comedias, como no sean para las tablas de Madrid, 
oorque no han de representar en ellas. 

Durarâ el contra to hasta Carnestolendas de i655 y se les pagarâ la 
parte que se les senalare. Madrid, 29 Diciembre i653). 
(Juan Garcia de Albertos, i653, f° 196.) 

1654 

541. — Obligaciôn de Adriân Lôpez, autor de comedias, de ir con 
su compania â Valladolid y representar desde 9 de Enero hasta el 
martes de Carnestolendas todos los dias menos los sâbados, cobrando 
1,800 reaies dados graciosamente, los aprovechamientos de cos- 
tumbre y 6,000 reaies prestados, de los cuales ha de dar prendas. 
Madrid, r Enero i654. 

(Juan Garcia de Albertos, i65/i, f° i.) 

542. — Obligaciôn de Adriân Lôpez, autor de comedias, de pagar 
â Antonio de Rueda y demâs arrendadores de los corrales de comedias 
de Madrid, 2,773 reaies en que ha sido alcanzado de todas las cuentas 
que con los dichos ha tenido « desde que sali de Granada para esta 
corte hasta el dia de hoy ». Madrid, 4 Enero i654. 

(Juan Garcia de Albertos, i65/i, f° 7.) 

543 — Obligaciôn de Juan de Ayora de cobrar para Adriân Lôpez, 
autor de comedias las libranzas de los particulares que ha hecho d Su 
Magestad con su compania de représentantes, que importun cinco mil 
reaies. Madrid, 4 Enero i654. 

(Juan Garcia de Albertos, i654, f° 10.) 

544. — Obligaciôn de Francisco de Morales, maestro de volalines y 
màquina real, de trabajar durante la cuaresma de este ano en los 



NUEVOS DATOS AGERCA DEL HISTRIONISMO ESPANOL 3l3 

corrales de comedias de Madrid, cobrando 3o reaies por cada dia que 
trabajase, y si no los saca en la puerta, Antonio de Rueda, parte del 
arrendamiento de dichos corrales, se obliga â completar dicha canli- 
dad. Madrid, i6 Enero i65Z|. 

(Juan Garcia de Albcrtos, i654, f" i3.) 

545. — Conciertos de Pedro de la Rosa con los que han de asistir en 
su compaîiîa hasta Carnestolendas de i655. 

Gaspar Diago, mùsico, ganarâ i6 reaies de partido, de raciôn, 
lo por cada rcpresentaciôn, 3oo por la fies ta del Corpus y dos 
caballerlas. 

Antonio de Escamilla, gracioso, y su hija, Manuela de Escamilla, 
que ha de hacer las terceras partes, ganarân lA reaies de raciôn, 28 de 
rcpresentaciôn, 60 ducados y 4 caballerlas para el Corpus, y de préstamo 
looducados. Madrid, 3i Enero i654. 

(Juan Garcia de Albertos, i65A, f" 21.) 

546. — Asiento de représentantes para asistir en la companîa que 
estân formando Juan de la Calle y Antonio Meji'a, y que ha de durar 
hasta Carnestolendas de i655. 

Antonio de Villalba, représentante, ganarû i5 reaies de parte. 

Juan Bezôn, gracioso, y su hija Francisca Maria, que ha de hacer 
las segundas damas, y primera parte de bailes y entremeses, tendrân 
5o reaies de parte. 

Tomâs de Nâjera , mùsico, tendra 16 reaies de parte y una 
caballeria para los viajes. 

Francisco de San Miguel, mùsico, tendra 17 reaies de parte y très 
caballerias. Madrid, 4 Febrero i654. 

(En 10 del mismo mes dieron por nulas estas escrituras.) 

(Juan Garcia de Albertos, i654, f" 27.) 

547. — Concierto de Juan de la Calle y Antonio Mejia para formar 
una compania de rcpresentaciôn que ha de durar hasta Carnestolendas 
de i655 siendo los gastos comunes y lo mismo las pérdidas y ganan- 
cias. Se senalan de parte Antonio Mejia 29 reaies y ha de hacer los pri- 
meros galanes, y Juan de la Calle 26 haciendo los segundos galanes. 
Madrid, 24 de Febrero de i654. 

(Juan Garcia Albertos, i654, f" 32.) 

548. — Escritura de formaciôn de una compania de partes hasta 
Carnestolendas de i655 : 

Antonio de la Bella, autor. 

Maria de Salazar, su mujer. 

Luis de Guevara. 

Ana Coronel, su mujer. 

Pedro de Usor. 

Juana Baiiuelos, su mujer. 

Francisco Rodriguez. 



5i4 BULLETIN Hispanique 

Bernarda Maria, su mujer. 

Pedro Garcia. 

Micaela Ortiz, su mujer. 

Luis Antonio de Molina. 

Luis de Torres. 

Manuel Garcia. Madrid, 4 Marzo i654- 

(Juan Garcia de Albertos, i654, f" 87.) 

549. — Conciertos de Diego Osorio, autor de comedias, con los repré- 
sentantes que han de asistir en su compania hasta Garnestolendas 
de i655. 

Alonso de Orozco y Guevara, harâ los quartos papeles, ganando 
i4 reaies de parte. 

Mariana de Borja, viuda de Bartolomé Romero, para represenlar 
y tocar el arpa, ganando i5 reaies y dos caballerias para los viajes, 

Juan de la Galle, para los segundos papeles con a5 reaies de parte. 

José Antonio de Quevedo, mùsico y représentante, ganarâ 16 reaies 
de parte. 

Francisco de San Miguel, mûsico, ganarâ 17 reaies. 

Jerônima de Olmedo, para segundas 6 terceras damas, tendra 
20 reaies y 4 caballerias. 

Tomâs de Nâjera, para cantar, tendra 16 reaies de parte y una 
caballeria. Madrid, 9 Marzo i654. 

(Juan Garcia de Albertos, i654, f" 48.) 

550. — Asientos de représentantes que han de asistir en la com- 
pania de Esteban de Almendros, autor de comedias, hasta Garnesto- 
lendas de i655. 

Maximiliano de Morales, harâ primerosy segundos galanes à partir 
con Diego Vivas. 

Valerio Enriquez, représentante. 

Juan Lôpez, cobrador, y Ana de Barrios, su mujer, représentante. 

Maria de la Paz, mujer del autor. 

Diego Vivas. 

Vicente Vivas, é Isabel de Vivas, su mujer. 

Matias de Castro. 

José Jiménez. 

Jerônimo Mufioz. 

Simon Martinez. 

Manuel Garcia. 

Antonia Bernarda, hija de D* Juana Paniagua, primera dama. 

Gada uno cobrarâ la parte que se le seiîalare. Madrid, 9 Marzo i654. 

(Juan Garcia de Albertos, i654, f" 49.) 

551. — Obligaciôn de Gaspar de Segovia y Francisco Gutiérrez, 
autores de comedias, de ir con su compania a la ciudad de Segovia 
diez dias antes del Corpus para hacer dos Autos sacraraentales con 



iitJEVOS bATOS AGERCA OEL HtSTRlONISMO ESPANOL 3l5 

SUS loas y sainetes, cobrando 6,800 reaies. Madrid, 11 Marzo i65/j. 
(Juan Garda de Albertos, i65/i, f" 58.) 

552. — Obligaciôn de Francisco Narvaez, companero y cohrador de 
la compania de Toribio de la Vega, autor de comedias, de que dicho 
autor con su compania ira â la villa de Mondéjar para el miércoies 
infraoctava del Corpus y harâ dos comedias en precio de i,4oo rcales. 
Madrid, 12 Marzo i(J5/|. 

(Juan Garcia de Albertos, i65/i, f" 72.) 

553. — Formaciôn de una compania de partes que bajo la direc- 
ciôn de Gaspar de Segovia y Francisco Gutiérrez ha de trabajar 
hasta Carnestolendas de i655. 

Gaspar de Segovia, autor. 

Francisca Lopez, su mujer. 

Francisco Gutiérrez, autor. 

Luis Gutiérrez, su hijo. 

Antonio Vêlez de Guevara. 

José Garcerân. 

Gabriela de Figueroa, su mujer. 

Vicente Domingo. 

Luisa Lopez, su mujer. 

Andrés de Gordoba, 

Juan Lopez. 

Ana de la Paz, su mujer. 

Francisco Bermûdez. Madrid, 12 Marzo i654, 

(Juan Garcia de Albertos, i654, f", 67.) 

554. — Obligaciôn de Antonio de Escamilla, représentante de la 
compania de Pedro de la Rosa, y Francisca Diaz, su mujer, de pagar 
â Damiana Arias y Penafiel, viuda de Gaspar Fernândez de V'aldés, 
autor que fue de comedias, 5oo reaies que le quedan debiendo de 
todas sus cuentas, dares y tomares. Madrid, 8 Abril i65/j. 

(Juan Garcia de Albertos, i654, f° gS.) 

555. — Obligaciôn de Antonio de Escamilla, représentante, de 
pagar para fin de Octubre de este afio â los mayordomos de la cofra- 
dia de Nuestra Seilora de la Novena 862 reaies que debe « por otros 
tantos que ha recibido de limosnas para la Virgen y dellos por esta 
razon le soy deudor dellos al dicho mayordomo». Madrid, 18 Julio i65o. 

(Juan Garcia de Albertos, i654, f° iSg.) 

556. — Obligaciôn de Pedro de la Rosa, autor de comedias, de ir â 
la ciudad de Salamanca con su compania y representar desde el 8 al 
27 de Septiembre 20 comedias cobrando 100 ducados de ayuda de 
Costa y 200 reaies prestados. Madrid, 21 Julio i654. 

(Juan Garcia de Albertos, i654, f° i4i-) 

CRISTOBAL FEREZ PASTOR. 

(Continuard.) 



i\OTKS SIR L'IIISTOIIIE DE LA COLONIE PORTUGAISE 

DE NANTES 



I 



Les ports de Bretagne ont entretenu des relations commer- 
ciales avec les havres portugais dès le milieu du xii* siècle. 
Bien souvent celles-ci furent troublées par des actes de pira- 
terie qui suscitèrent de la part des habitants des deux pays de 
nombreuses réclamations sur l'histoire desquelles il n'y a pas 
lieu de s'étendre, car à ces époques de luttes continuelles les 
récits de ces faits de guerre sont toujours les mêmes. 

En iSôg, des marchands bretons trafiquaient avec le Portu- 
gal ; l'un d'eux établi à Lisbonne dut se rendre auprès du roi 
Henrique pour se plaindre de ses sujets qui avaient pillé un 
navire lui appartenant. A quelques années de là, le duc Jean V 
ayant été saisi de diverses réclamations de la part de mar- 
chands bretons, délivra des lettres de marque à ses sujets 
désireux de courir sus aux PortugalloysK Ses successeurs 
essayèrent de mettre ordre à toutes les pilleries et roberies qui 
se commettaient sur mer. Ils n'y réussirent pas toujours. 

Une série de documents attestent les efforts des souverains 
bretons et portugais pour instaurer un régime commercial 
régulier^. En i449, les habitants de l'Armorique furent invi- 
tés à venir librement trafiquer en Portugal. On leur promettait 
la sécurité. Dix ans plus tard, Alphonse Y et le duc François II 
signèrent un traité d'alliance et de commerce, et en 1^69 ils 
prorogèrent pour une nouvelle période de dix ans les clauses 

I. Blanchard, Lettres et mandements de Jean V, acte XC. 
3. Arch.de la Loire-Inférieure, E. lao, lalx, i35, ao2. 



NOTES SUR l'histoire DE L\ COLONIE PORTUGAISE DE NANTES Si"] 

de leurs conventions. Tandis que le chancelier Rodrigucz 
accordait des garanties aux Bretons négociant en Portugal, le 
duc François II octroyait aux Portugais venant dans le duché 
des lettres de sauf-conduit et il recommandait à ses sénéchaux 
de les publier par toutes les foires. 

Nonobstant ces pactes et ces conventions, les Bretons eurent 
souvent maille à partir avec les Portugais; il y a tout lieu de 
supposer que ces derniers commirent à leur endroit des 
méfaits sérieux, puisque le roi de Portugal dut envoyer deux 
ambassadeurs, Pierre de Souza et Alvar Lopez, pour présenter 
ses excuses au duc de Bretagne et lui proposer de contracter 
un nouveau traité d'alliance et de commerce". 

Les conventions relatives à la liberté du commerce ne furent 
pas plus respectées sous le règne des rois de France que sous 
celui des souverains bretons. Le 28 octobre 1008, Christophe 
Enhars fut obligé, son navire ayant été pillé, de recourir à la 
justice royale. Il obtint la satisfaction, toute morale d'ailleurs, 
de faire saisir les marchandises et les biens appartenant aux 
négociants de Portugal 2. 

Malgré les difficultés sans cesse renaissantes, les habitants de 
Nantes entretinrent avec ceux de Lisbonne et des autres villes de 
la côte portugaise un commerce actif et qui dura pendant près 
de trois cents ans. La Bretagne envoyait en Portugal des toiles 
et des vins, elle en recevait des fruits et des denrées analogues 
à celles que lui adressait l'Espagne. Nantes appréciait les 
confitures faites en Portugal. Lorsque Trivulse accompagna 
Louis XII et Anne de Bretagne, en déplacement à Nantes à la 
fin de l'année i5oo, le miseur de la ville reçut l'ordre de se 
munir de vins à offrir au maréchal de France et il lui fut 
enjoint d'avoir à se munir de « quelques potées de confitures 
nouvellement arrivées de Portugal »3. 

Le Portugal paraît avoir eu la spécialité de fournir la France 
de quelques plantes médicinales aux remarquables propriétés. 
Jean Nicot, en 1060, expédiait à Nantes, pour Catherine de 

1. Arch. de la Loire-Inférieure, E 214. 

2. Ibid., B. 17, f i5i. 

3. Arch. mun. de Nantes; Comptes des miseurs de l'année lôoo. 

Bull, hispan. as 



3l8 BULLETIN HISPANIQUE 

Médicis, des orangers, des citronniers, des figuiers et une cer- 
taine herbe merveilleuse pour la guérison de la fistule'. 

Tout d'abord, il semble que ce furent des facteurs espagnols 
qui centralisèrent dans leurs magasins de la Fosse les mar- 
chandises destinées au Portugal ou celles qui en provenaient. 
Au commencement du xvi" siècle, les facteurs portugais furent 
relativement peu nombreux à Nantes. Ce n'est guère que sous 
le règne de Henri II que l'on voit se former l'embryon de la 
colonie portugaise de cette ville. 

Plusieurs causes ont influé sur le développement de cette 
colonie ; aussi, avant d'entrer dans le récit de l'histoire du 
groupement portugais de Nantes, convient-il de les rappeler 
brièvement. 

Au xvi'' siècle, les marranes ou nouveaux chrétiens furent 
malmenés par les souverains du Portugal qui, jusqu'au règne 
du roi Emmanuel, avaient cependant toléré et même protégé 
les juifs. A la suite des vexations dont ils étaient l'objet, des 
marranes passèrent en France et vinrent trouver Henri II, qui 
les accueillit et les prit sous sa protection. Par lettres patentes 
signées à Saint-Germain-en-Laye au mois d'août i55o, le roi 
accordait aux Portugais « appelés nouveaux chrétiens qui par 
gens exprès sont venus demander de trafiquer librement en 
France » le droit de commercer, d'acquérir et de tester. 
Ces lettres patentes furent confirmées par Henri III en ib'jli^. 

Sollicité par d'autres soucis, son prédécesseur, Charles IX, 
s'était peu occupé du sort des Portugais qui venaient dans son 
royaume. II en est un cependant qui mourut à Nantes et qui 
avait abandonné son pays pour servir la France. Je veux 
parler de Bartholomeo Velho^. Cosmographe distingué, celui- 
ci, à l'instigation des frères d'Albaigne et notamment d'André 
del Bagno, avait quitté Lisbonne pour proposer au roi de loin- 
taines expéditions profitables au pays. Le cardinal de Portugal 

I. Documents inédits de l'kistoire de France. Lettres de Catherine de Médicis, t. I, 
p. aïo. 

s. Th. Reinach, Histoire des /sraéittes, passim. Archives de la Chambre de Com- 
merce de Nantes. C. 753. — Isambert, Recueil des anciennes lois françaises. 

3. Bartholomeo Velho. Cf. D' Hamy, Bulletin de géographie historique, iSyS; et 
Sousa Viterbo : Trabalhos naulicos dos Portuguezes nos seculos xvr et xvii', Lisbonne, 
1895. 



NOTÉS SUR l'histoire DE LA COLONIE PORTUGAISE DE NANTES SlQ 

avait mcme été si marri de son départ qu'il réussit à faire 
arrêter à Séville André d'Albaigne, le promoteur du départ de 
Bartliolomeo Velho'. Charles IX se montra peu enthousiaste 
des propositions que lui firent les frères d'Albaigne et leur 
associé, >Bartholomeo. A la suite du rejet de ses projets, ce der- 
nier se retira à Nantes où il obtint l'estime et la considération 
de tous. Il y mourut le 22 février i568. L'épitaphe placée à la 
fin de son livre Les vrais principes de la cosmographie prouve 
qu'il avait su gagner l'amitié de Jacques de Bongy, président 
du Parlement de Bretagne et celle de Philippe du Bec, évêque 
de Nantes. Cette épitaphe, composée en vers hexamètres, se 
termine en effet par les mots suivants : 

Jac. Bongius, senalus Armorici proeses 
Philippo de Becco, nannetensi episcopo cultiss. ac humaniss. viro 
rogante atque adnionente posait. 
Cal. aprilis MDLXVIII. 

Après la conquête du Portugal par Philippe II, en i58o, 
l'Inquisition subit dans ce pays une recrudescence de sévérité. 
On vit naître cette Inquisition « qui furette tout, s'alarme de 
tout, sévit sur tout avec la dernière attention et cruauté... qui 
veut dominer et régner sans mesure encore moins sans contra- 
diction et sans même de plaintes «s. 

L'immigration des Portugais, catholiques ou marranes, 
s'accentua à la suite des mesures que les inquisiteurs prenaient 
contre tous ceux qui ne partageaient pas l'opinion régnante. 
Nombreux furent alors les sujets de Philippe II qui abordèrent 
à Nantes. Depuis plusieurs années, il s'était formé dans cette 
ville cosmopolite un groupement de quelques familles portu- 
gaises que l'importance commerciale de la place avait 
attirées. Les nouveaux venus accrurent cette colonie primitive. 
Parmi eux, il y eut des immigrants appartenant à la religion 
catholique (ce furent les plus nombreux) et d'autres qui 
professaient le culte Israélite. 



1. Fourquevaux, ambassadeur de Charles IX. en Espagne de i565 à 1073 ; lettre 
du 3o septembre 1667, citée par le D' Hamy dans son étude sur les frères d'Albaigne. 

2. Saint-Simon, Mémoires. Cité par Morel-Fatio, Études sur l'Espagne, tome I", 

p. DQ. 



SaO BULLETIN HISPANIQUE 

Les juifs déclarés ne séjournèrent pas longtemps à Nantes. 
L'esprit de la ville était ultramontain et, quand il fut encore 
excité par les prédications des farouches ligueurs, la situation 
de ces juifs aurait été analogue à celle qui leur était faite 
en Portugal. 

C'est du reste ce que comprit parfaitement la famille d'Espi- 
noza. Abraham d'Espinoza, le grand-père du philosophe 
Baruch Spinoza, avait émigré à Nantes avec quelques membres 
de sa famille, Sarah et Isaac d'Espinoza. Après un court 
séjour sur les rives de la Loire il crut prudent de se retirer 
en Hollande'. 

Le duc de Mercœur ne fut pas hostile aux étrangers; lors- 
qu'il se fut érigé à Nantes en maître souverain, il leur accorda 
de son propre chef des lettres de naturalité. Mais pour les obte- 
nir, il est à supposer que les impétrants étaient tenus de faire 
une profession de foi catholique. Les clauses finales des lettres 
de naturalisation délivrées au nom de Mercœur constatent 
généralement que les nouveaux Français sont dévoués aux 
intérêts de la Sainte Union. Aussi, dans ces conditions, n'y a-t-il 
pas lieu de s'étonner que les juifs portugais n'aient pu pren- 
dre pied à Nantes. Si, pour des raisons de politique intérieure 
et par tempérament, le chef de la Ligue en Bretagne a quelque 
peu troublé l'installation des juifs portugais dans sa capitale, 
il est également possible qu'il ait été amené à se conduire de 
la sorte à l'instigation de son puissant ami, Philippe IL Avant 
de devenir l'allié du roi d'Espagne, Philippe de Lorraine fut 
toujours en coquetterie avec lui. Au moment de la conquête 
du Portugal, le duc de Mercœur n'avait-il pas déjà donné des 
gages au souverain espagnol? 

Quelques mois avant la conquête définitive du Portugal par 
Philippe II, Antonio de Grato, prétendant au trône laissé 
vacant par la mort du cardinal-roi Henri, était passé en France 

I. Da Costa, Israël en den Volken, place l'arrivée des d'Espinoza à Nantes vers i5g3. 
Aucun document ne permet d'infirmer son assertion. Il est certain que les d'Espinoza 
passèrent à Nantes à la fin du xvi* siècle. Le livre des enterrements juifs, sous la date 
du 9 avril 1627, relate le décès survenu à Amsterdam, d'Jsaac d'Espinoza « qui vint de 
Nantes à Rotterdam ». Dans les archives de la communauté juive d'Amsterdam, on 
lit que les députés se réunirent dans la maison de M. Abraham d'Espinoza, de Nantes. 
Cette réunion eut lieu le 8 octobre i6a8. 



NOTES SUR l'histoire OK I, V COLONIE PORTUGAISE DE NANTES 32 1 

pour y chercher des appuis. Après les aventures les plus 
diverses, Antonio s'était retiré au château d'Hennehont que 
Catherine de Médicis avait mis à sa disposition. PhiHppe II 
avait essayé de faire assassiner le prétendant qui s'était alors 
réfugié à Beauvoir-sur-Mer dans le château de M""' de la Gar- 
nache. Un ami du duc de Mercœur, Jean de Hérédia, neveu 
du marquis de Santa Cruz, voulut s'emparer d'Antonio et, 
comme Mercœur avait favorisé ses desseins, M'"* de la Garna- 
che se plaignit à Henri III de la conduite de son beau-frère'. 
Mercœur ne tint guère compte des observations de son sou- 
verain. 

A Nantes, des réunions dans lesquelles se fomentaient des 
complots contre Grato et ses partisans se tenaient chez un 
chapelier nommé Valladolid. Le gouverneur de la Bretagne 
n'ignorait pas ce qui se passait chez Valladolid et il en infor- 
mait son futur allié. Bien que le prétendant Antonio de Grato 
n'ait pas vécu à Nantes, il est possible que certains des parti- 
sans qui l'avaienl suivi lors de ses voyages s'y soient fixés au 
moment de son séjour en Bretagne. Après l'avoir servi, un 
de ses compagnons les plus dévoués, Antonio de Senna, vint 
s'établir dans cette ville. Il y mourut le i" février i584 et fut 
inhumé dans le couvent des Garnies 2. 

La protection que les rois Henri II et Henri III accordèrent 
aux Portugais, la politique suivie en Portugal par les souve- 
rains de ce pays, la recrudescence de la sévérité de l'Inquisi- 
tion au milieu du xvi^ siècle, le départ d'Antonio de Grato, la 
conquête du royaume par le fanatique Philippe II furent pour 
les Portugais de suffisantes raisons pour abandonner un pays 
dans lequel l'existence n'était pas sûre. Beaucoup vinrent 
chercher fortune en France. Si les villes du Midi, Bayonne et 
Bordeaux, retinrent les Israélites qui se constituèrent en 
colonie indépendante, les Portugais catholiques abordèrent 
à TS'antes en grand nombre. Au xvi'' siècle, les juifs ne firent 

1. Bourel de la Roncière, Histoire de la Marine Française, t. IV, p. 167. — Vicomte 
de Faria, Documents relatifs à Antonio de Crato, Livourne, 1909. — Francisque Michel, 
Les Portugais en France. 

2. Bibliotheca Lusitana, t. I", p. 384. Biographie d'Antonio de Senna et bibliographie 
de ses œuvres. 



32 2 BULLETIN HISPANIQUE 

qu'y passer; un peu plus tard, il en vint quelques-uns, mais 
ils furent toujours trop peu nombreux pour s'organiser comme 
le firent leurs coreligionnaires de Bordeaux'. A Nantes, il 
importe de ne pas se laisser abuser par les noms portés 
par certains Portugais. Les Vaz, les Mendez, les Rodriguez, 
par exemple, furent nettement catholiques. Ils accom- 
plirent tous les rites de la religion; ce ne fut pas pour 
eux de simples formalités administratives quand ils se mariè- 
rent à l'église, quand ils firent baptiser leurs enfants, quand 
ils se firent inhumer religieusement; en effet on retrouve des 
Vaz, des Mendez et des Rodriguez parmi les membres du 
clergé 2, Si plusieurs familles ont été d'origine marrane, elles 
ont, en tout cas, rapidement abandonné leurs croyances 
anciennes. 



Il 



Les premières lettres de naturalisation visant des Portugais 
furent enregistrées en i56i à la Chambre des Comptes de 
Bretagne. Elles furent octroyées à Agnès de Cardozo^. 
Peu après cette époque, Francisco de Cardozo était également 
naturalisé. Mais ce n'est guère avant le dernier quart du 
XVI' siècle que se multiplièrent les naturalisations de Portugais. 
Du petit nombre de documents de ce genre rencontrés avant 
i58o, il ne faudrait pas inférer que ces étrangers n'eussent 
pas déjà fondé à Nantes des maisons de commerce importantes 
et prospères. Diago Gomez tenait comptoir de soieries^; 
lorsque la famille Lopez Netto débarqua à Nantes, elle fut 
accueillie par un grand concours d'amis portugais. Tous, 
avaient été attirés par l'importance commerciale de la place. 
Ils s'y étaient établis pour profiter d'avantages analogues 

1 . Girot, Recherches sur les juifs espagnols et portugais à Bordeaux (Bulletin hispani- 
que, t. VIII-IX, 190G-1908). Tiré à part, Bordeaux, Feret. 

2. Arch. mun. de Nantes. Jérôme Mendez, prêtre, est parrain le 29 août 161 5. 
GG. 299. 

3. Arch. de la Loire-Inférieure. Mandements, vol. i#. 

4. Arch. mun. de Nantes, G G. laS. Quittance de 53 écus pour huit livres de soiç 
plate, 



NOTES SUR l'histoire DE LA COLONIE PORTUGAISE DE NANTES SîS 

à ceux que les Espagnols avaient tirés de leur négoce avec la 
Péninsule. 

Nantes était, au xvi* siècle, le principal port d'embarquement 
des produits à destination de l'Espagne et du Portugal. Durant 
deux siècles, cette ville a joui d'un véritable monopole à ce 
point de vue. Comme de nos jours les Français exportaient peu 
de marchandises lourdes et il était nécessaire de grouper les 
exportations. Ce groupage se faisait principalement dans ce 
port. Au xviir siècle", un ambassadeur français écrivait: «Un 
des plus grands inconvénients de notre commerce avec le Por- 
tugal est de manquer de débouchés. Nantes et le Havre sont 
les seuls ports qui expédient pour Lisbonne et on ne peut 
en être étonné quand on considère le peu de volume des 
articles qu'on exporte et qui ont besoin d'être rassemblés pour 
faire un chargement... les chargements de Nantes sont com- 
posés de peaux de veau corroyées tant de la fabrique de cette 
ville que de celles de Tours et divers autres lieux du bord de la 
Loire, des toiles de Bretagne, des laines et des livres. » 

Ce qui était exact au xyiii*^ siècle était aussi vrai cent vingt 
ans auparavant, à cette différence près que le commerce 
français, à cette époque de guerres et de troubles, avait été 
accaparé par les étrangers. 

Tous les courtiers, changeurs et armateurs venus de loin 
ne laissaient aux Français que de minces bénéfices à réaliser 
dans Ventre-cours des marchandises; les habitants des ports 
gémissaient de voir les étrangers s'installer à Rouen, à 
Bordeaux, à la Rochelle et à Saint-Malo. Ils réclamaient aide 
et protection, mais le pouvoir central n'était pas à même 
de les soutenir. 

A Nantes, durant tout le xvi'' siècle, les Espagnols avaient 
accaparé les meilleures affaires. Les Portugais leur avaient bien 
fait quelque concurrence, mais leur nombre n'avait jamais été 
assez élevé pour donner de l'inquiétude. A dater de l'année 
i58o, il n'en fut plus de même. Les Portugais, à la recherche 
d'un refuge, estimèrent qu'ils pourraient aussi bien réussir 

I. Arch. du Ministère des Affaires étrangères. Correspondance du Portugal, 
vol. XCIV. 



324 BULLETIN HISPANIQUE 

à Nantes que les Espagnols et ils commencèrent à afïluer vers 
ce port. Les premiers venus les avaient sans doute attirés. 

Entre les années 1675 et 1600 furent naturalisés plus de 
cent familles arrivant des côtes et de l'intérieur du Portugal. 
Pierre Rodriguez, Bastien Gardozo, Francisque Lopez, Agnès 
Lopez, Gabriel Rodriguez, Léonore Lopez, Emmanuel et Béatrix 
Rodriguez d'Espinoza, Guyomar Rodriguez, Antonio Pinther- 
miero, Fernando Lopez, et sa femme Marguerite Lopez, reçurent 
leurs lettres de naturalisation avant lôgg. Emmanuel Mendez 
Gosta, Gilles Mandeu, sa femme, Edouard Daranio, Francisco 
d'Almeyda de Lisbonne, Jérôme de la Torre, Martin Gomez 
dit Loys, sa femme et d'autres obtinrent également leurs 
lettres de naturalité, soit de Mercœur, soit de Henri IV après 
son succès définitif. G'est à dessein que je n'ai pas cité parmi 
tous ces Portugais les noms des Vaz et des Mello auxquels 
je consacre plus loin quelques lignes. 

En dehors de ces noms qui figurent sur les registres des 
mandements de la Chambre des Gomptes, je relève sur un rôle 
d'impositions, dressé en iSga, les deux Portugais suivants : 
Antoine Diez et Francisco Hanry». L'année précédente, l'Uni- 
versité de Nantes avait accordé le titre de docteur en droit 
canon à un licencié portugais, Emmanuel Lobo Dandrado. 
Pour que ce nouveau docteur pût exercer dans la province 
les fonctions compatibles avec son grade, il avait été natu- 
ralisé français 2. 

Le mouvement d'immigration des Portugais se continua 
jusqu'au milieu du xvii^ siècle. Il s'accentua surtout sous 
le règne de Henri IV, car ce roi protégea ces étrangers. 

En 1695, quand les néo-chrétiens virent que le roi était venu 
à bout de la Ligue, ils lui firent demander l'autorisation de 
s'établir dans le royaume. Le roi, qui avait des obligations 
d'argent à certains marchands portugais et notamment à 
Duarte Fernandez, leur accorda la permission sollicitée. 

A dater de cette époque les colonies portugaises de Bordeaux 
et de Nantes prirent une extension rapide. En effet, à partir 

1. Arch. mun. de Nantes, GG. 86. 

2. Travers, Histoire du Comté de Nantes, t. III. 



NOTES SUR l'histoire DE LA COLONIi: PORTUGAISE DE NANTES 826 

de l'année lôgS, après la pacification définitive de la Bretagne, 
les Portugais, forts de l'appui royal, immigrèrent à Nantes 
par centaines. Ils y vinrent même si nombreux que, au cours 
de l'année i6o3, on résolut de chasser tous ces nouveaux 
venus. On les trouvait envahissants. Les Nantais et les 
Espagnols, craignant de voir le commerce de la Péninsule 
passer exclusivement entre leurs mains, s'avisèrent de mêler 
la question religieuse aux difficultés pendantes, de manière 
à surexciter l'opinion contre ces étrangers. 11 se trouvait parmi 
eux quelques familles juives : il ne fut pas malaisé de les 
accuser des maux que la ville endurait, entre autres d'une 
maladie contagieuse qui avait fait à Nantes des ravages 
terribles'. 

Les registres des délibérations de la ville qui relataient ces 
événements sont aujourd'hui perdus, mais l'abbé Travers, qui 
avait pu les consulter, rapporte les faits 2. 

Le bureau de la ville ayant appris que plus de cinq cents 
Portugais, tant hommes que femmes et enfants, étaient arrivés 
à Nantes et que d'autres étaient encore attendus, résolut de se 
transporter auprès du sénéchal pour lui présenter (( la remons- 
trance faite par le procureur syndic tendant à ce que les dicts 
étrangers s'éloignent et retirent de la ville pour esviter à tous 
les inconvéniens et y apporter les défenses requises pour le 
service du roy et de ladite ville. » 

On ignore quelle réponse fut faite par le sénéchal. Le 
20 novembre i6o3, le maire déposa sur le bureau de la ville 
une lettre de l'avocat général près le Parlement de Rennes 
demandant quelles mesures avaient été prises au sujet des 
Portugais. Le bureau délibéra et décida qu'on ferait sortir 
de Nantes tous ces étrangers. Le 7 décembre, le bureau de la 
ville portait sa délibération à M. de Montbazon et lui demandait 
d'expulser les Portugais, mais ce seigneur répondit qu'il avait 
des ordres du roi pour maintenir à Nantes les nouveaux venus; 
il ajoutait que si les habitants avaient des représentations à 



1. Brunschvigg, Les Juifs de JSantes et du pays nantais. Extrait du Bulletin de la 
Société des Études juives. 1890. 

2. Travers, op. cit., tome III. pp. i/iO et suivantes. 



Sa 6 BULLETIN HISPANIQUE 

faire au roi à ce sujet, il les transmettrait à Paris. Les Portugais 
continuèrent à vivre à Nantes sous la protection d'Henri IV. 

Malgré ces incidents, ou peut-être à cause d'eux, de nom- 
breux Portugais sollicitèrent leur naturalisation. Henri IV, lors 
de son séjour à Nantes, avait déjà confirmé les lettres de natu- 
ralité accordées par le duc de Mercœur, il en octroya de 
multiples après les événements de i6o3. Costa, Balthazar 
Rodriguez, André Mendix, André Botello, Diego Lopez, Jean 
et Louis Rodriguez, Gaspard Vaz, Simon Suronnet, François 
Vaz-Nogeira, Alvaro Nogeira, Bianca Cardozo, Pierre Dominguez 
pâtissier, Bertha, Aliénor, Violante Gomez, Pierre Faris,Gratia 
Mendez, Marguerite da Fonseca, Simon Mahode se virent 
attribuer la qualité de Français'. 

Nous ne possédons pas sur les occupations de ces Portugais 
des détails aussi circonstanciés que ceux qu'il nous a été 
loisible de donner sur les Espagnols qui vécurent à Nantes. 
Jamais ils n'ont rempli de charges municipales et ils n'ont 
presque jamais été propriétaires dans le comté nantais. 
A l'exception de quelques médecins et de quelques membres 
du clergé, tous les portugais s'adonnèrent aux affaires. Les 
actes de la vie civile qui les concernent — et ils sont nombreux 
— ne fournissent à leur sujet que peu de renseignements 
intéressants. Il est à noter que la majeure partie des Portugais 
s'unirent entre eux et vécurent en un clan assez fermé. Naît-il 
un enfant dans une famille, parrain et marraine sont le 
plus souvent choisis parmi les membres de la colonie portu- 
gaise 2. Toutefois, deux familles originaires de Portugal firent 
exception à cette règle, au moins à dater du milieu du 
XVII* siècle. Ces deux familles, celle des Vaz et celle des Mello, 

1. Arch. de la Loire-Inférieure. Livre des Mandements, volumes 7 et suivants. 

2. Arch. municipales de Nantes. GG. 180. Agnès, fille de Gaspard Vaz et de 
Bastienne de Matos; parrain : Jacques Loppez, marraine : Antoinette Brandoa, 
femme de Lopez Siegal. — GG. 178; Jeanne fille de Manuel Rodriguez d'Espinoza; 
et de Béatrix Rodriguez; parain : Pierre Rodriguez, marraine: BastidienneCardoza.— 
GG. 179. Manuel, fils d'Antonio Pinto et d'Agnès de Mello, parrain Manuel de Mello, 
marraine: Éléonoro de Mello. — GG. 190. Isabelle, fille d'Emmanuel Vaz-Nunez et 
de Beatrix d'Alfonseca, parrain: Jean Alvarez; marraine, Isabelle Vaz, fille d'Alvaro 
Vaz-Nogeira. — GG 176. Ysabeau, fille d'Antoine Gomez marraines: Agnès Cardozo 
veuve Hanry et Marie d'Alfonseca, femme d'Alfonso Rodriguez (des tous du pays de 
Portugal, à prèsens paroissiens de Saint-Nicolas. ». Il est inutile de multiplier les 
exemples de ce genre; ceux-ci suffisent à prouver la véracité des faits que j'avance. 



NOTES SUR l'histoire DE LA COLONIE PORTUGAISE DE NANTES 827 

ont joué à Nantes un rôle important et méritent qu'on leur 
consacre quelques notes spéciales. LesVaz ont fondé à Nantes 
une véritable dynastie; on rencontre dans les actes des Vaz, 
desYaz Nunez,desVazde Mello, desA'az Nogeira; les uns exercè- 
rentl'artdela médecine, les autres furent commerçants, un seul 
entra dans les fonctions publiques et fut garde-robier du roi. 

Le chef de la branche nantaise des Vaz paraît avoir été 
Simon. Un registre de la paroisse Saint-Saturnin mentionne 
sous la date du 3i janvier i54o ((Simon Vaz, portugalensis, 
compater ». Ce Simon fut sans doute l'aïeul d'André Vaz, 
médecin à Nantes. Avant d'avoir été naturalisé, André avait 
épousé à Saint-Nicolas, le 20 janvier lôgS, Agnès Cardozo'; au 
mois d'octobre suivant, il leur naquit un fils qui fut tenu sur 
lesfonts par le médecin Louis Vincent etGuyomard Rodrigueza, 
épouse de François Cardozo. André Vaz fut naturalisé en iSgô; 
comme médecin, il jouissait d'une haute réputation, il possédait 
le titre de docteur régent à la Faculté de médecine de Nantes. 
C'est ainsi qu'il se qualifie dans un rapport par lui adressé, 
en 1602, à la municipalité de Nantes et dans lequel il étudiait 
quelques cas de purpure, de charbon et de bubons qu'il avait 
observés dans les faubourgs de la ville 3, 

En 1601 '', je rencontre André Vaz comme parrain d'un sien 
neveu, Consallo, fils de Jean Lopez Netto et de Guyomar 
d'Almeyras. Lopez Netto et sa femme étaient venus s'établir 
à Nantes pour y faire le commerce. Ils eurent au moins 
cinq enfants, deux garçons et trois filles. Gonsalez, l'aîné, fut 
médecin, Béatrix entra en religion et Consallo, le filleul d'André 
Vaz, devint missionnaire^. Il avait modifié son nom en celui 
de Vazenet, alliant ensemble les noms de son père et de son 
parrain. En religion, il fut connu sous le nom de Père Cassien. 
Il fut, en i638, massacré en Ethiopie en compagnie du 
P. Agathange de Vendôme. 



I. Arch. mun. de Nantes. Registres de la paroisse Saint-\ic(>las. 
3. Ibid., GG. 177. 
3. Ibid., GG. 370. 
li. Ibid., GG. 334. 

5. Abrégé de la Vie et du Martyre du P. Cassien et d' Agathange de Vandosme, chez 
Julien Vatar. Rennes. lySG. 



3a8 BULLETIN HISPANIQUE 

11 est probable qu'André Vaz mourut en 1617 et fut inhumé 
aux Cordeliers'. Avec lui ne disparut pas la lignée des méde- 
cins de ce nom. En 1629, Ignace Vaz, docteur en médecine, 
épousa Isabelle Vaz 2. Dans les actes des paroisses de iNantes, je 
note encore Emmanuel Vaz, docteur, époux d'Agnès Vaz^. Tous 
les deux figurent dans Tacte de baptême du fils d'Emmanuel 
Vaz Nogeira et de Béatrix d'Alfonseca. 

Au cours du xvir siçcle, j'ai rencontré maint autre Vaz. 
Jacques Vaz est qualifié de marchand à la Fosse'*; Louis Vaz, 
fils d'André et d'Isabelle Rodriguez^; Ysabelle, fille d'Anne et 
d'Alphonse de MelloS; Antoine Vaz^; Gaspard, époux de Sébas- 
tienne du BoisS; Aliénor, leur fille 9. François Vaz-Nogeira fut 
naturalisé en 1 62/i en même temps qu'Alvarez Vaz-Nogeira, époux 
de Blanche Cardozo'o; au baptême de leur fils Jacques figure 
comme marraine Isabelle Vaz, femme Fernandezu. Enfin, en 
i65i, André Vaz, sieur de la Boulletière est mentionné comme 
portemanteau ordinaire du roi '2. 

N'ayant pas entrepris de rechercher la généalogie de tous 
les Vaz qui ont vécu à Nantes, je ne m'étendrai pas sur les 
divers membres de cette nombreuse famille. Il me suffît 
d'indiquer son extrême développement. 

Adonnés au commerce et à la médecine, les Vaz paraissent 
s'être toujours tenus à l'écart des fonctions publiques. On ne 
les rencontre pas au Parlement de Bretagne. Aucun d'eux ne 
figure sur les listes des gens des Comptes et le Livre doré de 
l'ancien hôtel de ville de Nantes ne mentionne aucun Vaz parmi 
les échevins de la cité. Au xvni^ siècle, les Vaz de Mello étaient 



1. Arch. mun. de Nantes, GG. 3o4. Le 7 juin 1C17, procession aux Cordeliers à 
l'enterrement du sieur Vaz, médecin. 

2. Ibid., GG. 196. 

3. Ibid., GG. 190. 
II. Ibid., GG. i54. 
5. Ibid., GG. 3o2. 
G. Ibid., GG. 190. 

7. Ibid., GG. 2o3. Inhumé à cymetière Anthoine Vaz, natif de Portugal et fut faict 
procession. 36 janvier 1G08. 

8. Ibid., GG. 182. 

9. Ibid., GG. 184. 

10. Ibid., GG. 184, 

11. Ibid., GG.' 184. 

12. Ibid., GG. 340, 



NOTES SUR l'histoire DE LA GOLOME PORTUGAISE DE NAUTES 829 

propriétaires des seigneuries de la Métairie et de Barat, en 
Vendée'. Alexandre Vaz de la Métairie épousa, le ilx novem- 
bre 1760, Marie Charette de la Verrière. Ses deux fils furent 
tués, l'un à Quiberon, Tautre en Hollande, et ses quatre filles 
furent décapitées, le i.") août 1793, sur la place du Bouffay, 
à Nantes 2. 

Aussi considérable que la famille des Vaz, celle des Mello 
a joui à Nantes d'une haute considération au xvii" siècle. Les 
Mello comptèrent des négociants, des médecinsetdes prêtres. Ils 
s'allièrent à la famille des Vaz, et cest par suite de ces alliances 
que Tune des branches de la famille Vaz adopta le nom de 
Vaz de Mello. 

Le premier document sur lequel j'ai rencontré le nom de 
Mello est un rôle de 1692, concernant la paroisse Saint- 
Nicolas. Emmanuel de Mello y est mentionné comme médecin 
et cotisé pour six livres^. S'il faut en croire les détails con- 
tenus dans les lettres de naturalité qui lui furent octroyées 
en iSgS par le duc de Mercœur, Mello serait arrivé à Nantes 
vers l'année iSgi, et c'est dans cette ville qu'il aurait achevé 
ses études médicales'''. 

Les lettres de naturalisation disent : « Emmanuel de Mello, 
docteur-médecin de l'Université de Nantes, natif de Villevi- 
cose, au royaume de Portugal, et sa femme Ambryse Oyez, 
native de Goïmbre..., retirez il y a deux ans à Nantes, nouz 
ayant supplié de leur octroyer [la qualité de français]... en 
attendant la présence d'un roy recogneu catholique... a ces 
causes, désiranz leur subvenir à cause de la bonne affection 
qu'ils portent au bien de la Saincte Unyon des catholiques... 
leur avons accordé la grâce qu'ils sollicitent. » 

Ainsi que beaucoup d'autres étrangers qui tenaient de Mer- 
cœur leurs lettres de naturalité, la famille de Mello crut pru- 
dent, après la réconciliation du roi et de Philippe de Lorraine, 
de demander la confirmation de son nouveau statut per- 



1. La Métairie et Barat, paroisse du Poiré, près la Roche-siir-Yon. 

2. Lallié, Le Tribunal révolutionnaire à Nantes. 

3. Arch. mun. de Nantes, GG. 8G. 

/j. Arch. dép. de la Loire-lnf. Livre des Mandements, année i5g3. 



33o BULLETIN HISPANIQUE 

sonnel. Au cours de l'année iBgS, furent de nouveau natura- 
lisés : Emmanuel de Mello, Anne de Mello, veuve d'Alphonse 
Mendez, Simon de Mello, Edouard de Mello, Léonor Mendez, 
Marie Mendez. Tous sont désignés comme enfants de Manuel 
de Mello et d'Anne, veuve Mendez. Leur ville d'origine était 
Villevicose '. 

Les documents sont assez peu explicites sur les occupations 
de tous ces Mello. En 1602, Manuel de Mello est parrain de 
Manuel, fils d'Agnès de Mello et d'Antoine Pinto^. Dans le 
même acte figure comme marraine Eléonore de Mello, non 
mariée. En 1607, je rencontre un Manuel de Mello qualifié de 
chanoine de la cathédrale de Nantes 3. 

Le plus connu de tous les Mello qui ont vécu dans cette 
ville au xvii^ siècle est Henri de Mello ^. Comme médecin de 
la ville, il occupa une situation suffisamment en vue pour lui 
créer des amitiés et des jalousies. Par deux fois au moins il fut 
le parrain des enfants de ses confrères. En 1628 5, il tint sur 
les fonts le fils du chirurgien Fleurance Martelière et en 1687 
il donna son nom à l'enfant d'un autre médecin, Mathurin de 
Navières, sieur de Bouez-Gentil^. 

Henri de Mello avait, en 1626, passé un contrat avec la 
municipalité de Nantes et les administrateurs du bureau de 
bienfaisance". Aux termes de ce traité, Mello devait recevoir 
3oo livres du miseur de la ville et 100 livres du trésorier de 
l'hôpital, à charge « que le dit Mello demeurera continuellement 
à Nantes sans pouvoir s absenter ny esloigner plus de vingt trois 
heures sans substituer autre médecin à sa place, visiter les malades 
du dict hôpital et y faire une visite de toutes qualitez de ceste ville 
et mesmes assister celui des sieurs échevins qui fera la visite durant 
les maladies contagieuses et qui pourront arriver cy-après. 

Malgré le dévouement dont fit preuve Henri de Mello au 

1. Arch. de la Loire-Inférieure. Livre des Mandements. Vol. XIV, p. 398. 

2. Arch. de Nantes, GG. 179. 

3. Ibid., GG. 334- Le même est encore parrain en i6i3 de Blanche, fille d'André 
Vaz-Nunez et de Louise Rodriguez. 

4. Ibid., GG. 179. 

5. /6id.,GG. 336. 

6. Ibid., GG. 3oi. 

7. Ibid., GG. 161. Ce contrat figure dans les comptes du miseur Jean Fachu. 



>iOTES SUR l'histoire DE L\ COLOME PORTUGAISE DE NANTES 33 1 

cours de diverses épidémies, bien qu'il eût spécialement 
étudié les phénomènes de la peste et qu'il eût publié sur cette 
maladie un traité fort apprécié à l'époque, les médecins de 
Nantes ne voulurent pas reconnaître sa supériorité. Avant 
même l'expiration du traité passé entre la municipalité et 
Henri de Mello, ses confrères proposèrent d'assurer au rabais 
un service analogue au sien. Sept ou huit médecins, jaloux de 
Tavantage de Mello, offrirent de servir alternativement pour 
deux cents livres par an; ils y furent admis, par délibération 
du 22 décembre 1689, à commencer de l'année où finirait le 
traité de Mello. Celui-ci se pourvut devant le juge prévôt pour 
faire exécuter son traité. Le prévôt renvoya l'affaire au juge- 
ment de la ville et il fut stipulé que Mello ne recevrait que 
i5o livres les années où il n'y aurait pas de maladies conta- 
gieuses et 3oo lorsqu'il se serait déclaré une épidémie'. 

Parmi les autres membres de la famille Mello qui ont laissé 
un nom à Nantes, il convient de citer encore Guillaume de 
Mello, prêtre, conseiller, aumônier et prédicateur ordinaire du 
roi, chanoine de la cathédrale de Nantes. 11 est l'auteur de 
divers traités théologiques. On connaît de lui: Les Élévations 
de l'âme à Dieu par les degrés des créatures^ tirées de l'Êminen- 
iissime cardinal de Bellarmin et réduites en forme de paraphrases. 
Cet ouvrage fut imprimé à Nantes en 16662. Il fut dédié à 
Louise de Balzac, comtesse d'Avaugour. Guillaume de Mello 
publia encore à Paris, en 1673, un autre ouvrage d'allure mys- 
tique, offert à M""" de Ba ville : Les divines opérations de Jésus 
dans le cœur dune âme fidèle^. 

Les deux familles des Vaz et des Mello contractèrent 
ensemble des unions; Alphonse de Mello épousa Anne Vaz et 
leur fille Isabelle figure dans un acte de baptême de l'année 
i633. Il semble, d'ailleurs, que c'est à dater de cette époque que 
l'une des branches de la famille Vaz adopta la qualification de 
Vaz de Mello. 



1. Travers, Histoire de Mantes, tome III, p. 3o3. 

2. Levot Biographies bretonnes. 

3. Les divines opérations de Jésus dans le cœur d'une âme (îdèle. A Paris, chez Jacques 
Van-Merle, 1673. Illustrations d'A. Wierx. 



332 BULLETIN IIISI'ArSIQLIE 

C'est SOUS celle dénominalion que l'on retrouve des descen- 
dants (le celte famille mentionnés dans un acte de baptênne de 
l'année 1717, rédigé par le recteur de la paroisse de Vieille- 
vigne. André Vaz de Mello, écuyer, seigneur de la Métairie, 
figure dans cet acte comme parrain de Honorée de la Ferté; 
il avait déjà été témoin au mariage de son père, Jean de la 
Ferté, son cousin germain'. C'est également sous le nom de 
Vaz de Mello que sont connues les victimes de Carrier dont 
j'ai parlé plus haut. 

Si les Vaz et les Mello avaient acquis droit de cité à Nantes, 
tous leurs compatriotes n'étaient pas considérés avec sym- 
pathie. Lors des événements de i6o3, le bureau de la ville 
n'avait pu obtenir gain de cause contre les Portugais soutenus 
par Henri IV. Ceux-ci, fiers, sans doute, de cet appui tout- 
puissant, durent se livrer à des actes peu amicaux. En outre 
ils eurent le tort de réussir et les Nantais, pas plus que les 
Espagnols du reste, ne leur pardonnèrent leur succès. On les 
toléra tout d'abord, puis, quand ils furent arrivés à la fortune, 
on commença à les trouver envahissants; on leur chercha 
noise. 

En 1623, les membres de la Contractation se réunirent 
et défendirent aux Portugais de charger leurs marchandises 
sur les navires appartenant à celte société. Ils espéraient ainsi 
entraver le commerce des Portugais 2. 

Si l'année même où les négociants nantais et espagnols 
prenaient celle décision, la municipalité accordait à Manuel 
de Souza un secours de 9 livres 12 sous pour l'aider à rentrer 
dans son pays, elle était plutôt mal disposée à l'égard des 
protégés du feu roi 3. La population, d'ailleurs, ressentait 
toujours à l'égard des Portugais une certaine animosité et elle 
n'attendait qu'un prétexte pour se débarrasser d'eux. 

1. Marquis de Granges de Surgères. Noies d'Etat civil... Vannes, igoS. Les familles 
portugaises sont toujours quelque peu difficiles à identifier, car « les mariages entre 
portugais et étrangers sont rares et les familles portugaises s'alliant souvent entre 
elles; il en résulte forcément une répétition de noms patronymiques». (Vicomte de 
Faria: La descendance de Don Antonio de Crato, p. VIII.) 

2. Arch. mun. de Nantes. Registres des délibérations de la Contractation. — Sur 
la Contractation, cf. Les Espagnols à Nantes (Bulletin hispanique, 1912J. 

3. Arch. mun. de Nantes, GG. 160. 



NOTES SUR l'histoire DE LA COLONIE l'ORTUGAlSE DE NANTES 333 

Un marchand de cette nation commettait-il quelque infrac- 
tion aux règlements, immédiatement il était condamné avec 
sévérité. Le i8 septembre i635, Antonio Mathe Sampayo, 
s'étant permis de trafiquer avec un marchand du Poitou sans 
avoir été naturalisé, les magistrats de la ville le condamnèrent 
à une amende de 72 livres. Cette pénalité était considérable. 

L'incident de Sampayo ne fut qu'un des traits de la haine 
qui entraîna les Nantais à fomenter des émeutes contre les 
Portugais. Nous ne possédons sur les troubles qui marquèrent 
la fin de l'année i636 qu'un petit nombre de documents, car 
les registres des audiences de police de la ville ont été perdus. 
Mais si l'on ne peut exactement connaître la nature des 
émeutes qui furent dirigées contre les Portugais, il est cepen- 
dant possible d'en déterminer les causes. Un mouvement de 
protectionnisme et de nationalisme se dessinait à ce moment 
contre les étrangers de tous les pays qui venaient faire fortune 
à Nantes. Ce courant d'idées devait, à quelques années de là, 
aboutir à la rédaction d'un factum célèbre : Le commerce lioiio- 
rable'^ dont l'auteur s'élevait avec violence contre la présence 
des étrangers en France. Les théories que le moine Jean Eon 
devait exposer dans son libelle avaient déjà cours et les habi- 
tants des grands ports supportaient mal l'intrusion des 
étrangers. Ils étaient surtout jaloux de ces fortunes rapidement 
faites et que leurs auteurs devaient principalement à leur 
hardiesse et à leur initiative. 

Au cours de l'année i636, les commerçants nantais étaient 
arrivés à persuader aux échevins qu'il serait bon de chasser 
les Portugais. Les magistrats municipaux partagèrent les idées 
de leurs administrés et des désordres éclatèrent. Sans doute 
pilla-t-on quelques magasins; toujours est-il que le procureur 
du roi% Blanchard, écrivit à M, de la Bédoyère, procureur 
général à Rennes et le mit au courant des événements. Parlant 
des Portugais établis à Nantes depuis trente ou quarante ans, 
régnicoles, naturalisés ou même nés dans le royaume, il 
disait : « On les maltraite journellement et on les injurie, 

1. Jean Eon, Le Commerce honorable. Nantes, i6i6. 

2. Arch. d'IUe-et-Vilaine. Fonds de la Grand'Chambre. 

Bull, hispan. a3 



334 BULLETIN HISPANlQUte 

récemment lors d'une revue des habitants on a refusé de les 
admettre. On tient mille discours extravagants contre leur 
magistrat... il n'y a cependant aucun sujet légitime de plainte 
contre eux. » 

Le magistrat dont il est question dans cette lettre doit 
être le consul portugais. Il avait sans doute favorisé ses natio- 
naux; on utilisa contre lui les mêmes arguments que l'on 
avait employés contre le consul d'Espagne soixante ans 
auparavant. A la suite des émeutes qui avaient été dirigées 
contre eux, les Portugais s'étaient adressés au Parlement de 
Bretagne et, le 23 novembre, l'avocat général, Robert de Monti- 
gny, dévoilait les motifs exacts de la haine de certains Nantais 
à leur égard. Il affirmait que seule la jalousie des fortunes 
réalisées par ces étrangers avait poussé les habitants de la ville 
à piller leurs maisons. Le 24 novembre, la Cour rendit un 
arrêt par lequel elle mettait les Portugais sous la protection 
du roi et du Parlement de Bretagne. Elle interdisait de les 
exclure des fonctions publiques et prescrivait de les traiter 
comme les autres habitants sous peine de la vie'. 

Cet arrêt devait être publié à son de trompe dans les rues 
de Nantes. Cette formalité fut probablement accomplie, mais 
le texte de la délibération de la Cour resta lettre morte. En 
effet, le mois de janvier 1687 ne se passa pas sans qu'une autre 
émeute vînt troubler la quiétude des Portugais. Les auteurs de 
ces désordres ne furent pas punis, mais, après une enquête 
faite par ordre du roi, les magistrats de Nantes qui avaient 
fait montre de faiblesse furent destitués au mois de décem- 
bre 16372. 

Au cours de toutes ces émeutes les échevins de la ville 
paraissent s'être conduits d'une manière faible et maladroite. 
Ils ne favorisèrent sans doute pas les fauteurs du désordre, 
mais ils les laissèrent agir. En tout cas, dès le mois de décem- 
bre i636, ils leur avaient donné un motif plausible de faire 
éclater leur animadversion contre les Portugais. 

La France et l'Espagne étaient alors en guerre; or, à 

1. Arch. d'Ille-et-Vilaine. Fonds de la Grand'Chambre. 
a. Livre doré de l'hôtel de ville de Nantes, t. 1", p. 354. 



?iOTES SUR l'histoire DÈ LA COLONIE PORTUGAISE DE NANTES 335 

Bayonne, un certain nombre de juifs portugais avaient été 
chassés du faubourg de Saint-Esprit « attendu leurs relations 
continuelles avec les Espagnols ». De Bayonne ils étaient 
venus se réfugier à Nantes et leur arrivée avait provoqué une 
émotion telle que le bureau de la ville avait immédiatement 
réuni en une assemblée extraordinaire la municipalité et les 
anciens maires, sous-maires et échevins. Cette réunion eut 
lieu le 24 novembre i636. Des mesures de sévérité furent 
prises contre les Portugais « sur l'advis donné que journelle- 
ment les Portugais qu'on dict avoir été chassés de Bayonne se 
retirent en ceste ville»'. Le populaire, englobant dans une 
même animosité les riches marchands à la Fosse et les nou- 
veaux venus, fut probablement trop heureux de faire payer 
aux premiers les méfaits que l'on prêtait aux seconds. 

En dehors de l'incident que les médecins de Nantes provo- 
quèrent contre Henri de Mello, les documents ne signalent 
plus d'actes d'hostilité contre les Portugais au cours du 
XVII* siècle. 

Toutefois, les actes d'inimitié des habitants de Nantes les 
détournèrent de cette ville. A dater de l'année 1687, les regis- 
tres de la Chambre des Comptes ne relatent plus de naturali- 
sations de gens de cette nation ; les commerçants déjà établis 
ne paraissent pas cependant avoir déserté le port de Nantes. 

Si nous ouvrons les registres des paroisses de la ville, nous 
constatons toujours la présence de multiples familles portu- 
gaises. 

En i6/io, Urbanne, fille de Louis Rodriguez et de Perrine 
Diaz Hanriquez, épouse un Rodriguez 2. Le duc de Retz est 
parrain et Charlotte de Cornulier est marraine de l'un de leurs 
enfants, né en iQli^^. 

En 1644, Beatrix Manoel'* est marraine de Louis, fils d'André 
Vaz et d'Isabelle Rodriguez ; Pierre Fariez et Marie Lopez 
tiennent sur les fonts Pierre, fils de Mathieu Diaz et Beatrix 

1. Léon Brunschvigg, Les Juifs de Nantes et du pays nantais, 1890. Extrait du Bulle- 
tin de la Société des Études juives. 

2. Arch. mun. de Nantes, GG. i85. 

3. Ibid., GG. 186. 

4. Arch. muQ. de Nantes. Actes de la paroisse Saint-Nicolas. 



336 BULLETIN HISPANIQUE 

Pina, enfant né en lô/jy. Je noie encore en i664 le mariage 
d'Antoine Rodriguez, marchand tanneur^ avec une Nantaise, 
Louise Suchet et le mariage de Rodriguez avec Catherine 
Augereau^. Les Vaz et les Mello n'avaient pas quitté Nantes au 
xviii" siècle. Les Gardozo subsistaient toujours, ils ont du reste 
fait souche dans le comté nantais. Les Lopez, les Dacunha^ 
sont fréquemment cités dans les actes de baptême et de 
mariage. Il en est de même des Alvarez et des Matos. 

Au siècle suivant, les documents concernant les familles por- 
tugaises établies à Nantes se raréfient et, dans les actes des 
paroisses que j'ai examinés, je n'ai guère rencontré de noms 
nouveaux. Le 3o avril 1778 fut cependant célébré à Saint- 
Nicolas le mariage d'Antoine, contremaître de navires, fils de 
Joseph Alie, natif de Portugal, avec Marguerite Abraham, fille 
de deux Israélites convertis^. En 1787, E. de Souza, fils de Jean 
de Souza et de Marie da Silva, natif de Rarcellos (sic), épousait 
à Nantes la demoiselle Anne Laigneau^. 

La disparition progressive des Portugais au xviii" siècle n'a 
pas lieu de surprendre. Malgré les avantages économiques que 
les souverains de France et d'Espagne s'étaient accordés réci- 
proquement, il n'y avait plus entre Nantes et la Péninsule la 
même activité commerciale que jadis. Au début du siècle, le 
commerce français était dans le marasme et faillit tomber 
entièrement entre les mains des étrangers; mais ceux-ci ne 
venaient plus du midi de l'Europe. 

Les Hollandais qui avaient quitté Nantes après la révocation 
de l'Édit étaient revenus plus nombreux que par le passé; les 
Irlandais s'étaient rués sur la Bretagne et en particulier sur 
Nantes à la fin du xvii^ siècle, ils y avaient fondé des comp- 
toirs importants et avaient dépossédé les Espagnols et les Por- 
tugais de leur suprématie. Lorsque la crise commerciale fut 
passée, le négoce nantais se réveilla subitement; on vit alors 

1. Arch. mun. de Nantes. GG. 3o2. 

2. Ibid., GG. 3o/i. 

3. Ibid., GG. 3oi, GG. 42 3, GG. 421. En 1711, on trouve un Lopez du Rocher sur le 
rôle de la taxe des aisés, GG. 210. 

4. Ibid., GG. 284. Il est probable qu'il faut lire Allez. Les Allez ont fait souche à 
Nantes. 

5. Ibid., GG. 4i. 



NOTES SUR l'histoire DE LA COLOME PORTUGAISE DE NANTES 337 

surgir ces maisons d'armement qui firent des affaires considé- 
rables dans le monde entier et furent surtout en relations avec 
la Hollande. Tandis que Nantes passait au premier rang des 
grands ports français, les ports de la Péninsule ibérique tom- 
baient en pleine décadence, les habitants de l'Espagne et du 
Portugal s'appauvrissaient et leurs négociants n'avaient plus 
les mêmes éléments de fortune que par le passé. Le commerce 
de ces pays avec la Bretagne décroissait continuellement. En 
1735, nos exportations sur le Portugal dépassaient de beaucoup 
les importations de ce pays'. Nantes y expédiait des toiles, des 
sirops, du blé, du café, de la mercerie, de la quincaillerie, de 
l'indigo, des eaux-de-vie et du sucre. En revanche, le Portugal 
n'importait que des cauris, du bois de campéche et les tar- 
tanes arrivant de Lisbonne étaient principalement chargées 
d'oranges. 

Le commerce des oranges n'alla pas toujours sans diffi- 
cultés. Au début du xviii' siècle, le capitaine du château de 
Nantes avait émis la prétention de prélever sur les arrivages 
deux cents fruits qu'il affirmait lui être dus en raison de sa 
charge. Cette prétention donna lieu à toute une correspon- 
dance diplomatiques Par ailleurs il existait à Nantes une cou- 
tume fort préjudiciable aux négociants en oranges. Les maîtres 
des bateaux arrivant du Portugal étaient tenus, durant trois 
jours, de vendre au détail et à prix fixé les fruits qu'ils appor- 
taient sous le prétexte de fournitures aux malades. Les éche- 
vins profitaient de cette circonstance pour s'approvisionner à 
prix modique et faire des présents à leurs amis. Après ce délai, 
la vente en gros était autorisée. Cette habitude provoqua fré- 
quemment des réclamations de la part des maîtres de navires 
portugais^. 

Si le commerce de la Bretagne et du Portugal faiblit au xviii' 
siècle, le motif tiré des circonstances politiques et économiques 
n'est pas le seul que l'on puisse invoquer. Les procédés des 



1. Bœuf, Du commerce de i\antes, p. 167. 

2. Francisque Michel, Les Portugais en France. Correspondance du Portugal, 
année 1701 (Arch. des Affaires étrangères). 

3. Arch. mun. de Nantes, série HH. Commerce avec le Portugal. 



338 BULLETIN HISPANIQUE 

Bretons furent également cause de cette décadence; les Espa- 
gnols et les Portugais étaient les meilleurs clients des fabri- 
cants de toile de Bretagne et ceux-là ne leur donnaient pas 
toujours satisfaction. Les fabricants s'obstinaient à fabriquer 
des toiles qui n'étaient pas de l'aunage désiré par les Portu- 
gais. Aussi bien, avaient-ils abandonné les fabriques bre- 
tonnes pour aller s'approvisionner à Hambourg. En 17^1, les 
industriels de cette ville n'avaient pu confectionner toutes 
les toiles dont ils avaient besoin et l'intendant du commerce 
écrivait aux députés bretons : « Hambourg n'expédiera pas 
cette année le quart des toiles habituelles, c'est une excellente 
occasion pour le commerce breton de se ressaisir'. » 

A cette invitation du gouvernement royal les Bretons 
répondirent qu'ils ne voulaient plus trafiquer avec les Portu- 
gais, étant donnée leur mauvaise foi. Au vrai, cette réponse 
était une mauvaise défaite, car on répondit judicieusement de 
Paris que l'on ne comprenait pas que les Anglais et les Hollan- 
dais qui trafiquaient avec les Porlugais d'une manière avanta- 
geuse n'invoquassent pas les mêmes raisons que les Bretons. 
Le rapport consulaire du i3 mars 1743 donne le véritable 
motif de cet abandon des fabriques bretonnes. Les Allemands 
se pliaient aux goûts de leurs acheteurs, ils tissaient les toiles 
de cinq aunes que les Portugais désiraient; à lire ce rapport, 
on croit lire une note actuelle rédigée par un consul se plai- 
gnant de ce que les industriels français veulent imposer leur 
manière de voir aux consommateurs étrangers et refusent de 
leur faire des crédits à longues échéances. 

En 176/i, le commerce de Nantes avec le Portugal était 
réduit à néant. 11 n'était pas sorti du port un seul navire à 
destination de ce pays et six seulement en avaient apporté des 
cargaisons sans valeur 2. 

L'histoire de la colonie portugaise de Nantes ne présente pas 
un intérêt aussi vif que l'histoire du groupement portugais de 
Bordeaux. Celui-ci, en effet, a vécu de sa vie propre et a 



I. Arch. de la Chambre de commerce de Nantes, Lettres reçues; années 17U1 à 
17à5. 

3. Bœuf, Du commerce de Nantes, 



NOTES SUR l'histoire DE LA COLONIE PORTUGAISE DE NANTES SSq 

possédé ses institutions, qui lui ont donné un caractère tout à 
fait spécial'. Celui-là, au contraire, n'a jamais eu une organi- 
sation particulière. Les Portugais qui se sont établis à Nantes 
ont principalement cherché à faire fortune dans le commerce, 
ils ont vécu de la vie normale de la cité. Le plus souvent, ils 
ont réussi dans leurs entreprises et. par là même, ont excité des 
jalousies; au moment où ils pouvaient craindre de voir péri- 
cliter leur commerce, ils ont trouvé des protecteurs puissants 
qui leur sont venus en aide et les ont soutenus. 

Parmi ceux qui firent fortune à Nantes, beaucoup de Portu- 
gais ont essaimé en Bretagne ou dans les autres parties de la 
France, d'autres sont demeurés fidèles à leur ville d'élection 
et y ont fondé leur famille. Rien ne permet de préciser dans 
quelle proportion ces étrangers ont contribué à peupler la ville, 
mais il est à présumer, étant donné le nombre considérable de 
Portugais qui ont débarqué à la Fosse, que mainte famille nan- 
taise actuellement existante pourrait retrouver la trace de 
l'histoire de ses ancêtres dans les archives de Goïmbre ou de 
Lisbonne. 

J. MATHOREZ. 

I. Cirot, Recherches sur les juifs espagnols el portugais à Bordeaux. 



UNIVERSITRS ET ENSEIGNEMENT 



Inauguration de l'Institut français de Madrid. 

Ainsi que nous l'annoncions dans notre dernier numéro, l'inaugu- 
ration de l'Institut français de Madrid a eu lieu le 26 mars dernier 
sous la présidence de M. Steeg, que le gouvernement français avait 
délégué à cet effet. L'Institut de France s'était fait représenter par 
M. Collignon, qui fut jadis professeur à la Faculté des Lettres de Bor- 
deaux. Le Ministère de l'Instruction publique avait envoyé MM. Bayet, 
directeur de l'Enseignement supérieur, et Coulet, directeur de l'Office 
national des Universités et écoles françaises. Les recteurs de Bordeaux 
et de Toulouse étaient entourés de nombreux universitaires français, 
qui eurent le plaisir de féliciter M. le recteur Conde y Luque, 
MM, Altamira, R. Menéndez Pidal, Mélida, Rodrigo de Sébastian, 
promus ou nommés dans l'ordre de la Légion d'honneur. 

Un compte rendu détaillé de la cérémonie et le texte des discours pro- 
noncés seront publiés prochainement par les soins des deux Universités 
de Bordeaux et de Toulouse. On en trouvera du reste un aperçu dans 
le numéro d'avril-mai du Bulletin de la Société d'éludés des professeurs 
de langues méridionales . Nous croyons donc inutile d'en faire ici un 
historique forcément incomplet. Disons seulement que la présence du 
président du Conseil, comte de Romanones, du ministre des Affaires 
étrangères, M. Navarro Reverler, du ministre de l'Instruction publique, 
M. Lôpez Muîïoz, rehaussait singulièrement l'éclat et l'importance de 
cette manifestation. Les discours faits à deux reprises par M. Lopez 
Muiîoz, exprimant dans un français aussi pur qu'éloquent des senti- 
ments indubitablement sincères, ont été comme la préface des discours 
échangés deux mois plus tard à Paris entre les deux chefs d'État. Une 
excursion organisée à Tolède par le Gouvernement espagnol a été une 
surprise absolument merveilleuse, réservée à tous les invités des deux 
Universités françaises, dont plusieurs étaient venus de Barcelone, 
AUcante, Pefiarroya, où ils travaillent à maintenir le prestige de notre 
langue et de notre réputation. Ce fut pour ceux-ci, plus peut-être 
encore que pour les Français venus de France, une satisfaction pro- 
fonde que de voir la part prise par l'Académie militaire, espoir et 
avenir de l'armée espagnole, à la réception qui nous attendait dans la 
Cité impériale, dans la ville d'où partirent les armées qui devaient 
triompher à Las Navas et où pour la première fois se reconstitua, 
contre l'ennemi commun, l'unité morale de l'Espagne tout entière. 



UNIVERSITÉS ET F.NSEIGNEMENT 34 1 

Il y avait là un hommage éloquent à notre pays, la présentation des 
armes, cette belle et fière marque de respect. Aucun des Fiançais qui 
étaient là n'oubliera cette impressionnante vision, parmi l'historique 
et merveilleux décor que domine l'Alcâzar. Le clergé fit les honneurs 
de la cathédrale aux excursionnistes, que l'évêque coadjuleur était 
venu recevoir, lui aussi, à la descente du train. 

Une excursion libre à l'Escorial compléta le programme. Les Pères 
Augustins se multiplièrent pour rendre possible en quelques heures la 
visite de l'église et de la Bibliothèque, où tous purent admirer les 
manuscrits les plus remarquables parmi ceux qui y sont exposés, ainsi 
que le palais, où l'intendant lui-même se fit guide et cicérone. 

L'inauguration d'une œuvre française ne pouvait se faire dans de 

plus excellentes conditions. C'est au Gouvernement espagnol que nous 

devons en savoir gré. 

G. C. 



Les cours de Pâques de l'Institut français en Espagne. 

Dès le surlendemain de l'inauguration solennelle de l'Institut 
français de Madrid, commençaient les cours publics et les conférences 
organisés par l'Université de Toulouse, lesquels, après avoir reçu, pen- 
dant plusieurs années, l'hospitalité à l'Université centrale, s'installaient 
définitivement dans le nouveau local de la rue del Marqués de la Ense- 
nada. A cette occasion, il n'est pas sans intérêt de constater le déve- 
loppement que prennent d'année en année les modestes cours fondes, 
non sans quelque audace, il y a six ans : ils constituent déjà comme 
une petite Université, où nos professeurs des divers ordres font con- 
naître au public espagnol, en une série de leçons suivies, en même 
temps que notre langue et notre littérature, qui doivent rester, comme 
par le passé, les fondements de notre enseignement à l'étranger, 
quelques-uns des résultats de leurs travaux particuliers. 

C'est ainsi que cette année M. Sabatier, doyen de la Faculté des 
Sciences de Toulouse, a su intéresser un auditoire, qui n'était point 
cependant entièrement composé de spécialistes, aux mystères et aux 
merveilles de la Méthode catalytique, dont l'invention venait de lui 
obtenir l'un des prix Nobel. Grâce à l'extrême obligeance de quelques 
professeurs madrilènes, qui ont généreusement fourni les appareils et 
les matières nécessaires, toutes les expériences essentielles ont pu être 
reproduites par l'habile préparateur que M. Sabatier a associé à ses 
travaux. Le succès de M. Sabatier a été grand auprès de tous ceux qui 
sont en état d'apprécier ses travaux : l'Académie des Sciences, la 
Société de Physique et de Chimie, dans des séances particulières, ont 
tenu à lui témoigner pubhquement leur haute estime. 



3/ia BULLETIN HISPANIQUE 

En même temps commençait un cours qui attirait dans notre aula, 
malheureusement trop petite déjà, un public assez différent, M. C. 
Bougie, qui appartient à la Sorbonne, mais qui reste encore titulaire 
à l'Université de Toulouse, résumait, en une série de leçons vigou- 
reuses et éloquentes, toute l'histoire de la Sociologie en France pendant 
le dix-neuvième siècle. Nous avons eu la satisfaction de voir se presser 
autour de sa chaire, à côté d'hommes qui comptent dans la politique 
espagnole, une jeunesse que l'étude des grandes questions contempo- 
raines ne laisse plus indifférente. 

Il avait paru intéressant de charger un étranger du soin de retracer 
l'histoire sommaire de la langue française, et ce dernier a pu, en 
effet, sans crainte d'encourir le reproche de partialité, en montrer les 
glorieuses destinées. Il est vrai que cet étranger était M. Maurice 
Wilmotte, professeur à l'Université de Liège, qui, profitant d'un séjour 
d'études à Madrid, avait gracieusement offert sa collaboration. Nul 
assurément, par ses travaux antérieurs, par le rôle qu'il joue dans la 
grande lutte des langues en Belgique, comme aussi par l'élégance de 
sa parole, n'était mieux désigné pour un enseignement de ce genre. 

L'histoire de France, à son tour, a fourni la matière d'un cours, qui 
était également une nouveauté à Madrid. M. F. Dumas, doyen de la 
Faculté des Lettres de Toulouse, a exposé, avec une clarté de langage 
et une précision d'informations qui ont été fort goûtées, les prélimi- 
naires de la Révolution française, et il a présenté de l'ancienne société 
française, à la veille de la convocation des États généraux, un tableau 
saisissant. La grandeur des événements et leur répercussion au delà 
de nos frontières leur donne une importance vraiment européenne, et 
les rend intéressants pour nos voisins presque autant que pour nous- 
mêmes. Il nous a été facile de nous en convaincre. 

Enfin, M. André Le Breton, professeur à l'Université de Bordeaux, 
a charmé ses auditeurs en consacrant six leçons à quelques chapitres 
détachés de l'histoire des lettres françaises : Le château et le parc 
de Versailles; Saint-Simon, ambassadeur de France en Espagne; Le 
poème du foyer dans la littérature française ; V amour des pauvres 
gens chez Victor-Hugo ; L'œuvre d Edmond Rostand. 

En dehors de la série des cours, M. M. Reymond, le dévoué 
président du Comité de patronage des étudiants étrangers de 
Grenoble, a entretenu son auditoire des Monuments et paysages de la 
vallée du Rhône, et il a fait défiler sous ses yeux une longue suite 
d'admirables projections, commentées avec beaucoup de bonne grâce 
et d'érudition. 

Pour mieux mettre en évidence l'union que l'on voudrait établir 
entre les maîtres comme entre les étudiants des deux pays, l'on avait 
eu l'idée de convier quelques-unes des personnes les plus qualifiées 
par leurs travaux à présider la première conférence de chacun de nos 



UNIVERSITÉS ET ENSEIGNEMENT 343 

professeurs. M. José Carracido, professeur de chimie et doyen de la 
Faculté de Pharmacie, l'un des savants qui ont le plus d'action sur la 
jeunesse universitaire, avait tenu à honneur de présenter M. Sabatier 
au public espagnol : il l'a fait avec son éloquence accoutumée. 
M. Gumersindo de Azcârate, le chef unanimement respecté du parti 
républicain et l'un des bons orateurs du parlement, montra sans peine 
que l'intérêt des questions sociologiques traitées par M. Bougie n'était 
pas moindre pour les Espagnols que pour les Français. De son côté, 
M. Eduardo de Hinojosa, professeur à l'Université centrale, dont le 
nom fait autorité parmi les historiens, fit une démonstration analogue 
en ce qui concerne les préliminaires de la Révolution française, 
résumés par M, Dumas. M. Wilmotte fut présenté au public par 
M. Ramôn Menéndez Pidal, qui est, à l'heure actuelle, l'un des 
romanistes le plus en vue du monde entier. Enfin, M'"' la comtesse 
de Pardo Bazân, l'illustre auteur de tant de romans célèbres, 
l'infatigable polygraphe si richement informée de notre littérature, 
et qui possède sur Victor Hugo, sur Emile Zola, sur les frères 
de Concourt, de si [liquants souvenirs personnels, inaugura brillam- 
ment par une conférence, à laquelle on ne reprocha que d'être trop 
courte, les leçons du professeur Le Breton. 

Cette collaboration des maîtres espagnols et des professeurs français, 
assis côte à côte à la même chaire et s'adressant tour à tour au même 
public, n'est-ce point déjà une suggestive réalisation d'une union 
intellectuelle plus intime, fondée sur une connaissance réciproque 
plus complète, et également profitable aux deux pays? Et si l'Uni- 
versité de Toulouse, associée à celle de Bordeaux pour cette tâche 
particulière dans l'œuvre commune, réussit à donner une forme 
définitive et de jour en jour mieux assurée à une entreprise que 
quelques esprits jugeaient téméraire, n'aura-t-elle pas travaillé 
utilement à la défense de notre influence trop menacée? 

Cependant, tout le travail d'enseignement de l'Institut ne se faisait 
point uniquement dans ces grandes conférences publiques que nous 
venons de rappeler. D'autres, plus modestes, plus familières et plus 
techniques, mais non moins profitables, avaient lieu quatre fois par 
semaine : l'on y lisait et l'on y commentait en commun quelques 
textes de nos auteurs classiques. A ces conférences, ou, comme l'on 
dit là bas, à ces clases prdclicas, dont s'étaient chargés MM. Le Breton, 
Dumas et E. Mérimée, se sont inscrits deux cent trente auditeurs. 
Ce sont elles qui fourniront les premiers éléments des cours plus 
méthodiques, plus complets, et d'une plus longue durée, que l'Uni- 
versité de Toulouse a l'ambition d'organiser dès la prochaine rentrée, 
œuvre délicate mais utile, pour la réalisation de laquelle elle compte 
sur les bienveillantes sympathies qui l'ont soutenue jusqu'ici. 

M. 



344 BULLETIN HISPANIQUE 

Junta para ampliaciôn de estudios e învestigaciones cîentificas 
(Cours de vacances, Madrid, 1913). 

Le deuxième cours de vacances pour étrangers, organisé par le 
Comité des hautes éludes et recherches scientifiques, aura lieu à Madrid 
du 25 juin au 5 août igiS, sous la direction de M. le Prof. Ramôn 
Menéndez Pidal. 

Ces cours ont pour but principal d'offrir aux étrangers qui se 
consacrent à l'enseignement de l'espagnol ou désirent se familiariser 
avec cette langue l'occasion d'entendre des conférences et de faire 
des exercices pratiques sur les chefs-d'œuvre les plus intéressants 
de la littérature. Ils ont également pour objet de leur faciliter la 
connaissance du pays au moyen de leçons, d'excursions et de 
visites aux Musées et aux Collections artistiques. 

Les droits d'inscription sont fixés à 5o pesetas, payables au reçu de 
la carte d'inscription. 

Les excursions seront organisées ultérieurement après entente avec 
les élèves. 

La Residencia de Estudiantes pourra admettre un certain nombre 
d'étrangers inscrits, pension complète, à des prix qui varieront entre 
5 et 8 pesetas suivant les chambres. 11 y trouveront une petite biblio- 
thèque et auront l'occasion de converser et de se mettre en rapport 
avec des instituteurs et des étudiants espagnols. Prière d'adresser 
une demande à M. Alberto Jiménez Fraud, président de la Residencia, 
21, rue Forluny, Madrid. — Les dames pourront être admises comme 
pensionnaires à « l'Institut International de Demoiselles » situé non 
loin de la Résidence. Elles sont priées de s'adresser au Secrétariat de 
l'Institut, ilx, rue Fortuny, Madrid. 

Adresser la correspondance relative aux Cours de vacances, ainsi que 
les demandes d'informations sur les hôtels, maisons d'hôtes et pen- 
sions de famille, voyages, etc., à M. le Secrétaire de la Junta para 
ampliaciôn de estudios, 6, plaza de Bilbao, Madrid. 

Programme du cours. — A. Littérature. — El Cid en la Hisioria 
y en la leyenda : une conférence par M. Federico de Onis. — Juan 
Ruiz : une conférence par M. Américo Castro. — Cervantes y la épica: 
une conférence par M. Ramôn Menéndez Pidal. — Cervantes (2° partie 
du Quijote) : une conférence par M. José Ortega Gasset. — Injluencia del 
Arioslo en Cervantes: une conférence par M. C. Ortega Mayor. — 
Et Teatro espanol del siglo XVII: une conférence par M. Jacinto 
Benavente. — El alcalie de Zalamea, Garcia del Castanar, Las moce- 
dades del Cid: trois conférences par M. Victor Said Armesto. — 
Saavedra Fajardo : une conférence par M. Américo Castro. — 
Cronistas de Indias : trois conférences par M. Pedro Gonzalez Magro. 



UNIVERSITÉS ET ENSEIGNEMENT 345 

— Las novelas espailolas contempordneas de Pérez Galdôs, Azorin, 
Baroja ; Ullimas novelas de la Condesa de Pardo Bazdn ; La lileratara 
periodistica conlemporânea : cinq conférences par M. Ramon Maria 
Tenreiro. — Geografia de Espana y sa relaciôn con la literatiira : une 
conférence par M. Manuel B. Cossio. ^ Arle mélrlca espanola: cinq 
conférences par M. Enrique Diez Canedo. 

B. Grammaire. — Leçons de MM. Ramôn Menéndez Pidal, Vicenle 
Garcia de Diego. Federico de Onis et Américo Castro: La lengua y el 
eslilo en el siglo ^F7; quatre leçons. — Comenlario gramatical de 
textos del siglo AT/; six leçons. - Cardcter, vocabiilario y eslilo de 
la lengua del siglo XVll : deux' leçons. — Comenlario gramatical de 
lexlos del siglo XVll : trois leçons. — Cardcter y eslilo de la lengua 
del siglo XLX : deux leçons. — Comenlario gramatical de textos del 
siglo XLX : six leçons. 

C. Histoire. — Hisloria del arle espariol : six conférences par 
MM. Manuel B. Cossio et Manuel Gomez Moreno. — La colonizaciôn 
espanola en America : une conférence par M. Rafaël Altamira. 

Exercices pratiques et classes de composition et de conversation. 

— r Exercices pratiques sur les textes qui serviront de thème aux 
conférences historiques-littéraires. Lectures de textes choisis et com- 
mentaires sous la direction des professeurs; travaux écrits. — 2" Exer- 
cices de phonétique pour les élèves qui en manifesteraient le désir. — 
3° Quelques classes de conversation sur l'Espagne contemporaine. — 
4° Visites aux différents Musées dart et aux Collections particulières. 

Excursions. — Excursions à Tolède, l'Escurial, Ségovie, Avila, 
Aranjuez et La Granja, sous la conduite de MM. Cossio, Gômez 
Moreno et autres personnes compétentes. 

Nota. — Les personnes qui assisteront aux leçons et aux conférences 
seront censées connaître les principaux textes qu'on expliquera. 
Quelques fragments de ceux-ci seront distribués gratuitement pour 
les exercices pratiques. Des certificats d'aptitude et d'assiduité seront 
délivrés sur demande à tous ceux qui prendront part au cours de 
vacances. 



Institut Français en Espagne 

Union des Étudiants français et espagnols de l'Université 

de Toulouse (6^ année) 

Cours de Vacances à Burgos en 1913. 

Les cours de vacances d'espagnol et dé français auront lieu à Bur- 
gos, à VInslituto (lycée), du Jeudi 1 août au lundi 15 septembre 1913. 

Les Cours d'espagnol ont pour but de permettre à tous de se perfec- 
tionner dans la connaissance pratique du castillan et de faciliter aux 
intéressés, en ce qui concerne cette langue, la préparation aux divers 



346 BULLETIN HISPANIQUE 

examens et concours {agrégation, licence, certificats d'aptitude secon- 
daire et primaire, baccalauréat). 

Les Cours de français sont le complément des cours municipaux éta- 
blis à Burgos. Chacun des deux cours (français et espagnol) est subdi- 
visé en deux sections : élémentaire et supérieure. Chaque section a une 
classe par jour, sauf le jeudi, réservé aux excursions organisées en com- 
mun {La Chartreuse de Miraflores, San Pedro de Cardena, Fresdelval, 
San Quirce, la grotte d' Atapuerca, Santo Domingo de Silos, etc.). 

Tous les cours sont faits par des professeurs diplômés de l'ensei- 
gnement' officiel de France et d'Espagne. Ils sont gratuits pour les 
Français et pour les Espagnols: il sera seulement perçu, à Burgos, 
par personne inscrite, une somme de 2 pesetas pour frais d'adminis- 
tration et d'organisation. L'immatriculation pour les étrangers (non 
Français ou Espagnols) est de 50 pesetas pour les deux séries (fran- 
çaise et espagnole) : des réductions seront consenties en faveur des 
membres de l'Enseignement. 

En dehors des cours normaux qui précèdent, d'autres cours acces- 
soires (préparation spéciale au Certificat d'aptitude primaire, prépara- 
tion au Baccalauréat pour les autres matières que l'espagnol) 
pourront être organisés, sur la demande des intéressés, moyennant 
une rétribution fixée d'après le nombre des inscrits et qui restera aussi 
modique que possible. 

Le programme détaillé des cours et la liste des ouvrages à expliquer 
(choisis, autant que possible, dans les divers programmes) sera envoyé 
à toute personne inscrite. 

A la fin des cours, il sera délivré des diplômes, après examen écrit 
et oral, et des certificats d'assiduité. 

Tout assistant au cours qui désire s'assurer une pension de famille 
{casa de huéspedes ; prix variant entre 3 et 6 pesetas, trois repas, vin 
et logement compris), ou obtenir à l'avance des renseignements sur 
les logements et la vie matérielle, peut écrire à M. Guillermo Roca, 
professeur à VInstituto et secrétaire de l'Union des Étudiants. — La 
ville de Burgos a été choisie à cause de l'agrément de son climat pen- 
dant l'été (près de 900 mètres d'altitude), de l'excellence du castillan 
que l'on y parle, de l'intérêt artistique et historique qu'elle présente, 
et enfin de la proximité de la frontière française (prix d'irun à Burgos : 
33 fr. 5o; 25 fr. i5; i5 fr. 10, selon la classe). 

Pour les inscriptions, s'adresser à M. le professeur E. Mérimée, rue 
des Chalets, 54, ou à M. G. Roca, Instituto de Burgos. 

Deux professeurs conduiront de Toulouse et de Bayonne à Burgos 
ceux qui en exprimeront le désir par lettre adressée au Directeur de 
rUnion. L'horaire leur sera indiqué par circulaire. 

Le Directeur de l'Union, E. MÉRIMÉE, 
Professeur à l'Université de Toulouse. 



UNIVERSITÉS ET ENSEIGNEMENT 347 



Diplômes d'études supérieures. 

j 

M. E. Martinenche veut bien nous communiquer quelques notes 
sur les mémoires présentés par ses étudiants à la Sorbonne en 1912, 
en vue de l'obtention du diplôme d'études supérieures d'espagnol. 

M. Bouchon: u La syntaxe de Montemayor dans le livre III delà 
Diana ». Travail restreint, mais sérieux et quelquefois assez pénétrant. 
Les textes qui servent de points de comparaison sont en nombre 
insuffisant. L'étude de la syntaxe portugaise n'a pas été poussée assez 
loin pour que M. Bouchon ait pu en tirer des observations justifiées. 
Mais, en ce qui concerne le troisième livre de la Diana, rien d'essentiel 
n'a été oublié. Certains chapitres, par exemple celui qui traite des 
propositions infinitives, révèlent un sens grammatical assez délicat. 
L'auteur se rend bien compte des caractères généraux de la syntaxe 
de Montemayor, de la manière dont elle s'organise en préférant, selon 
les tendances du génie espagnol, la subordination à la coordination. 
Cette étude demande à être élargie. Telle qu'elle est, elle offre une 
contribution utile. 

M. Camp: « Les Alivios de Casandra d'AIonso Castillo Solôrzano, et 
leur influence dans la littérature française du xvif siècle » . L'étude directe 
des Alivios de Casandra et des imitations françaises a été faite avec soin ; 
mais elle n'aboutit pas aux conclusions qu'on attendait sur la méthode 
d'adaptation qu'employait Scarron ainsi que ceux qui empruntaient à 
l'Espagne. Les imitations déjà signalées ailleurs sont précisées. Un 
chapitre spécial serait nécessaire pour étudier l'influence de la langue 
espagnole sur le style des adaptateurs français de ce livre. 

M Delpy : « Essai d'édition critique de deux saynètes de Ramôn de 
la Cruz, La Plaza Mayor por Navidad (1765) et El Regimiento de la 
Locura( 1774, inédit)». Indications généralement justes et quelquefois 
assez pénétrantes sur le texte, les sources, la langue et la versification. 
L'édition n'est pourtant qu'incomplètement critique, les variantes 
n'étant guère discutées. L'étude des sources pourrait être poussée 
davantage. La langue des manolos mériterait mieux que quelques 
réflexions isolées, et pouvait fournir un chapitre utile. Les notes sur 
la syntaxe constatent plutôt qu'elles n'expliquent. En somme, travail 
sérieux, qui sur plus d'un point apporte des résultats nouveaux et 
intéressants. 



3^|8 BUI.LKTIN HISPANIQUE 

Les professeurs d'Oviedo à Bordeaux. 

L'échange de conférences continue d'une façon particulièrement 
active entre l'Université d'Oviedo et celle de Bordeaux. 

Le 27 mai dernier, M. Radet, doyen de la Faculté des Lettres de 
Bordeaux, avait à nouveau le plaisir de constater la vitalité de ces 
relations, à l'établissement desquelles il a tant contribué pour sa part. 
En présentant aux auditeurs réunis dans le grand amphithéâtre de la 
Faculté des Lettres M. Federico de Onis, il s'est plu à faire l'historique 
de cette institution qu'en franco-espagnol on est convenu d'appeler 
V Intercambio , et dont l'idée, lancée en 1908, a été d'abord accueillie 
et réalisée par l'Université d'Oviedo. 

Celle-ci s'était fait représenter cette fois par M. Federico de Onis, 
professeur de langue et littérature espagnoles, et M. Arias de Velasco, 
professeur de droit administratif. 

M. Federico de Onis, élève de M. Menéndez Pidal, s'est révélé lui- 
même un maître dans la conférence qu'il a faite, avec une facilité 
d'exposition et une clarté remarquables, sur la géographie linguistique 
de l'Espagne. Il a montré comment, sur la masse dialectale qui se 
nuançait de l'est à l'ouest de la péninsule, s'est détachée, pour s'étendre 
de plus en plus, grâce à son importance littéraire et aux circonstances 
historiques, le dialecte castillan, qui présente des caractères tranchés 
en face des dialectes aragonais et léonais, si bien que ceux-ci, malgré 
leur séparation géographique actuelle, forment groupe à certains 
égards vis-à-vis de lui. Il a rappelé les travaux de MM. Menéndez 
Pidal, Leite de Vasconcellos, Morel-Fatio et Saroïhandy. La grande 
connaissance pratique qu'il a de ces questions lui a permis d'en indi- 
quer l'état, les difficultés et les solutions. Lui-même s'occupe de 
dresser un atlas linguistique pour le léonais oriental, central et occi- 
dental, tandis que M. Navarro Tomâs prépare celui de l'aragonais 
ancien et moderne. Cette œuvre importante et indispensable sera 
complétée par une chrestomathie des textes anciens, à laquelle travaille 
tout spécialement M. Américo Castro. Toute cette activité a pour foyer 
le Centra de estudios histôricos dirigé par M. Ramon Menéndez Pidal. 
C'est donc un peu celui-ci que nous avons eu le plaisir d'applaudir en 
la personne de M. Onis, qui a su brillamment montrer à quelle école 
il s'était formé. 

La seconde des conférences annoncées a eu lieu à la Faculté de Droit 
le lendemain 28 mai. Comme la précédente elle avait attiré un public 
nombreux, et les professeurs de la Faculté de Droit, auxquels s'étaient 
joints leurs collègues de la Faculté des Lettres remplissaient l'estrade 
du grand amphithéâtre. 

Avec le charme qu'il sait mettre dans toutes ses causeries, et 



UNIVERSITÉS ET ENSEIGNEMENT 3^9 

l'enthousiasme tout particulier qui l'anime chaque fois qu'il s'agit de 
l'Espagne et de sa littérature, M. le doyen Monnier a présenté le 
conférencier, M. Arias de Velasco, qui a complété sa formation en 
France même, à Toulouse, où il a suivi pendant un an le cours de 
M. Hauriou, et qui est un ami sincère de notre pays, un partisan 
convaincu de la nécessité des échanges universitaires entre son pays 
et le nôtre. 

M. Arias de Velasco a ensuite développé le sujet de sa conférence, 
la Constitution de 1812. Il l'a fait avec le talent d'un orateur et la 
précision d'un historien. Il nous est impossible de relever toutes les 
choses extrêmement intéressantes qu'il a dites, mais il en est une qui 
a particulièrement frappé, c'est que la constitution de 1812, d'où déri- 
vent les constitutions proclamées postérieurement en Espagne, et 
lancée au moment où le pays se reprenait définitivement contre l'inva- 
sion napoléonienne, a été l'œuvre d'une minorité d'intellectuels, qui 
ont cru ou prétendu rétablir l'état de choses antérieur au régime 
d'absolutisme de la Maison d'Autriche, alors qu'ils s'inspiraient 
surtout de ce qui avait été fait ou écrit en France, et en particulier de 
l'Esprit des Lois de Montesquieu. Elle proclamait la souveraineté 
de la nation, et les cortes de Cadix avaient interdit à quiconque de 
reconnaître Ferdinand Vil tant qu'il n'aurait pas prêté serment. Cela 
n'empêcha pas l'armée et le peuple de l'acclamer sans s'inquiéter 
de semblables interdictions. 

L'exposé plein de perspicacité de M. Arias de Velasco a été plus 
d'une fois interrompu par les applaudissements, et comptera avec 
celui de M. Federico de Onis parmi les meilleurs qu'il nous a été 
donné d'entendre depuis l'établissement des relations interuniversi- 
taires franco-espagnoles. 

Le soir, les deux professeurs d'Oviedo, que leurs collègues bordelais 
avaient reçus avec la cordialité qu'ils trouvent eux-mêmes au delà des 
Pyrénées, étaient les hôtes du Conseil de l'Université. 

Un nom est revenu souvent au cours de ces conférences et de ces 
agapes, c'est celui de M. le recteur Canella, qui a été pour nous un 
ami fidèle, et qui, au moment où les difficultés de l'accord franco- 
espagnol énervaient le plus la presse des deux pays, nous écrivait : 
(( Plus que jamais, c'est le moment de venir à Oviedo! » Aussi est-ce 
avec une joie toute particulière que l'Université de Bordeaux a appris 
que le Gouvernement français l'avait fait officier de la Légion d'honneur. 
Profitons de l'occasion pour le rappeler et l'en féliciter à nouveau. 

G. G. 



Bull, hispan. 34 



BIBLIOGRAPHIE 



Historiographie de Charles -Quint. Première partie suivie des 
Mémoires de Charles-Quint, texte portugais et traduction fran- 
çaise, par Alfred Morel-Fatio, Paris, Champion, 191 3, 
369 pages in-8° (CGIP fascicule de la Bibliothèque de l'École 
des Hautes Études). 

Dans une courte introduction, l'auteur de ce livre indique l'insuffi- 
sance documentaire de presque tout ce qui a été publié sur le règne 
de Charles-Quint. A part ce qui concerne la Belgique, où les matériaux 
étaient préparés, à part aussi ce qui concerne les démêlés de l'empe- 
reur avec les protestants, quel que soit le mérite d'un Baumgarten, 
il y a beaucoup à faire encore avant qu'une synthèse puisse être 
tentée. Et c'est surtout pour ce qui touche à l'Espagne qu'on est loin 
de pouvoir entreprendre autre chose qu'un résumé dans le genre de 
celui d'Haebler. Ni Hôfler ni surtout Danvila ne nous offrent d'assez 
sérieuses garanties. Ce qu'ils ont fait peut servir, à condition d'être 
revu de près, et ils ont laissé beaucoup à faire. 

C'est pour combler en partie cette immense lacune de la documen- 
tation et aussi pour entamer la critique des sources, fort négligée 
jusqu'à présent, que M. Morel-Fatio s'est proposé de publier une 
série de volumes consacrés à l'historiographie de Charles-Quint. Dans 
celui qu'il nous offre aujourd'hui il étudie les historiographes, officiels 
ou non, espagnols ou itaUens, qui ont écrit du vivant de l'empereur 
ou au lendemain de sa mort; il a joint la traduction portugaise inédite 
des Mémoires de Charles-Quint, intitulée Hisforia do inviciissimo 
emperador Carlos Quinto rey de Hespanha composta por sua Mag. 
Cesarea... Iraduzida da lingoa franccsa e do proprio original. Em 
Madrid anno 1620; et il a mis en regard une nouvelle traduction 
française, qui remplacera celle qu'a donnée en 1862, de cette même 
version portugaise, découverte par lui à la Bibliothèque nationale de 
Paris, le baron Kervyn de Lettenhove. 

Un deuxième fascicule sera consacré à l'étude critique de la Vida y 
hecfios de Carlos V de Sandoval, avec un appendice formé par les 
Mémoires de Sancho Cota, secrétaire de la reine Éléonore. Un troi- 
sième comprendra les historiadores de sucesos particulares avec une 



BIBLIOGRAPHIE 35 1 

édition critique et annotée de la Chronique scandaleuse de D. Fran- 
cesillo de Zùniga, sur laquelle M. Morel-Fatio a déjà écrit, en collabo- 
ration avec le regretté Léonardon, un article paru dans le Bull, hisp., 
t. XI, p. 370-396. La moisson annoncée paraît devoir être abondante. 
M. Morel-Fatio en avait déjà donné une première gerbe dans Une 
histoire inédite de Charles-Quint par un fourrier de sa cour (cf. Bull, 
hisp., t. XIV, p. 227). L'histoire de cette époque l'occupe depuis long- 
temps, à preuve les nombreux articles qu'il y a consacrés dans cette 
revue, à commencer par L'instruction de Charles-Quint à son fils 
Philippe II (l. I, 1899, p. i35). 

Dans le présent fascicule, il s'est attaché à faire connaître le rôle et 
l'œuvre des historiographes officiels, des « chronisles », comme il les 
appelle en francisant le nom de cronistas sous lequel on les désignait, 
lesquels, à partir du règne de Charles-Quint, sont considérés comme 
exerçant une fonction nationale, ainsi qu'en témoignent certains vœux 
exprimés par les cortes. 11 y eut alors, en Castille comme en Aragon, 
les chronistes du roi, et les chronistes du royaume (por el reino) ; et 
les seconds avaient surtout pour mission de refaire l'histoire du passé. 
En Aragon le cumul officiel des deux fonctions était admis, et en 
Castille le chroniste du roi ne s'interdisait pas le domaine de l'anti- 
quité, c'est le cas de Floriân de Ocampo. Qu'il s'agît, du reste, de 
l'antiquité ou du règne actuel, c'était toujours une crônica et l'auteur 
était un cronista. On disait d'ailleurs aussi dans les deux cas corônica 
et coronista. L'histoire générale d'Espagne dont Ocampo a publié seu- 
lement les cinq premiers livres est intitulée Cronica dans la première 
édition (i543) et Corônica dans celle de i553. Lui-même intitule la 
Chronique générale d'Alphonse X qu'il publie en i54i Cronica, mot 
transformé en Corônica dans l'édition de 1604. 

Un point important que M. Morel-Fatio a établi, c'est que la charge 
de chroniste pouvait être et fut effectivement donnée à plusieurs 
titulaires à la fois. Le traitement paraît avoir été régulièrement de 
80,000 maravédis : c'est un peu plus de six fois ce qu'on donnait à 
Tolède, en iSôg, à un autor de comedias pour deux danzas de villanos 
et une comedia (Bull, hisp., t. Vlll, p. 71). 

Sur le premier chroniste de Charles-Quint, don Fray Antonio de 
Guevara, on trouvera ci-après quelques pages de M. René Costes, qui 
prépare une thèse sur cet auteur, et je n'ajouterai rien. Les quitaciones 
de carte nous apprennent qu'il toucha son salaire de 80,000 maravédis 
de 1627 à i544, ce qui ne l'empêchait ni d'émarger encore pour 
60,000 comme prédicateur ni, sans nul doute, de percevoir les revenus 
de sa mense épiscopale. Il avait succédé comme chroniste à Pierre 
Martyr d'Anghiera, mort vers la fin de 1626, mais celui-ci était chro- 
niste des Indes, et Guevara eut à écrire l'histoire de l'empereur. Il ne 
semble rien avoir fait de sérieux. 11 n'a jamais été qu'un fantaisiste, 



352 BULLETIN HISPANIQUE 

pour ne pas dire plus; est-ce parce que Charles-Quint s'en aperçut, 
que dès i536 il lui donnait un collègue, autrement consciencieux, 
dans la personne de Juan Ginés de Sepûlveda? 

Bien que Sepiilveda ne se soit pas consacré exclusivement à sa 
tâche, et qu'il ait cumulé lui aussi (l'empereur l'ayant chargé d'ensei- 
gner le latin au futur Pilippe 11), et qu'il ait donné beaucoup de son 
temps à la polémique, et de bonnes journées aux occupations de pro- 
priétaire rural, il a laissé un travail qui compte, le De rébus geslis 
Caroli Quinti, en trente livres, publié malheureusement à une époque 
où il n'avait plus guère qu'un intérêt rétrospectif comme spécimen 
de l'historiographie humaniste en Espagne au xvr siècle, malgré de 
nombreux passages où le témoignage de l'auteur est réellement docu- 
mentaire. M. Morel-Fatio proclame que l'ouvrage, dans son ensemble, 
« tentative très honorable de résumer l'histoire d'un grand souverain 
et d'une grande époque, avec des moyens insutfisants sans doute, 
et dans une forme qui a depuis longtemps perdu son prestige, 
demeure néanmoins une œuvre qu'il serait très injuste de traiter avec 
dédain. » Le De rébus Hispanorum gestis ad Nouum Orbem (de 1492 à 
162 1) et le De rébus gestis Philippi II (de i556 à i564), publiés égale- 
ment en 1780 par l'Académie de l'Histoire, n'avaient pas à arrêter 
M. Morel-Fatio, mais ils prouvent l'activité de cet homme méritant 
qui eut la conscience, non seulement de préparer, ce qu'ont fait quel- 
ques autres, mais de rédiger, puis de corriger et de remettre au net 
(comme le prouvent les manuscrits conservés par l'Académie) trois 
œuvres de cette envergure, sachant bien qu'il ne les publierait pas, et 
les mettant au point simplement pour le cas où le monarque voudrait 
les utiliser. L'histoire de la découverte du Nouveau Monde, celle 
de Charles-Quint et celle des huit premières années de Philippe II, 
il y avait là de quoi remplir une vie d'octogénaire (né en 1^90, 
il ne mourut qu'en 1578) : les hommes de celte époque étaient 
trempés pour le travail. Mérite à part, il a eu sur d'autres chronistes 
l'avantage de connaître et de voir souvent les monarques dont il 
raconte l'histoire. Gela seul lui assure une sorte de prééminence, 
puisqu'au moins il nous donne sur leurs personnes des impressions 
de première main. Ce qui lui a peut-être le plus nui, c'est d'avoir écrit 
en latin. 

Ayant écrit en espagnol, son collègue Pedro Mexfa a obtenu plus 
de publicité. La collection Rivadeneyra contient en effet, au tome I 
des Hisloriadores de sucesos particulares, un des cinq livres qu'il 
a laissés, le second, consacré à l'histoire des Comunidades. Il paraît 
avoir eu comme Sepùlveda le souci d'aboutir, puisque, nommé 
chroniste le 8 juillet i5/i8 et mort le 7 janvier i55i, il avait déjà 
avancé à ce point son travail; il s'y était du reste préparé par avance, 
avant d'être pourvu de l'emploi (il le dit lui-même), ce qui prouve 



BIBLIOGRAPHIE 353 

chez lui une vraie vocation. Le vœu que formule M. Morel-Fatio 
de voir publier l'œuvre Lout entière sera rempli par M. René Costes, 
qui en éditera les deux premiers livres dans sa thèse secondaire, et le 
reste ensuite. 

Sur l'activité de Floriûn de Ocampo comme chroniste de l'empereur, 
M. Morel-Fatio n'a pu que donner des indications tirées d'une part 
des quitaciones de corte, qui lui ont révélé de quelle époque à quelle 
époque les 80,000 maravédis ont été versés audit Floriân, et d'autre 
part d'un catalogue manuscrit des manuscrits de l'Escorial (Bibl. Nat. 
de Paris, n' 4i4, décrit par lui au n" G35 de son Catalogue des 
manuscrils espagnols de la Bibl. Nat. de Paris), qui l'a mis sur la 
trace d'une correspondance reçue par -le même Floriân en vue de la 
documentation préalable à une rédaction probablement jamais exé- 
cutée, en tout cas disparue. Cette correspondance, j'ai eu l'occasion 
de l'examiner depuis la publication du livre de M. Morel-Fatio, et 
je donnerai dans un article à part le résultat de mon examen; je 
me contenterai de dire ici qu'il confirme la supposition de M, Morel- 
Fatio, à savoir que cet autre fantaisiste que fut Floriân de Ocampo, 
à qui Guevara peut donner la main, avait au moins songé à 
réunir des matériaux. Quel emploi en eût-il fait, c'est ce que nous ne 
saurons jamais, el c'est dommage, car le chroniste eût peut-être valu 
quelque indulgence au peu scrupuleux auteur de la Cronica gênerai 
de Espaiîa. 

J'avais des raisons de douter que les deux manuscrits de la Biblio- 
thèque Nationale de Madrid inscrits sous l'ancienne cote Ff 99 et 
Ff 100, ou du moins le second, qui contient les Noticias de lo sucedido 
por los ahos 1550 hasta el 1558, eussent été rédigés par Ocampo, 
puisque Paez de Castro annonçait la mort de celui-ci en i555 (voir 
mon livre Les Histoires générales d'Espagne entre Alphonse X et 
Philippe II, p. 100). Les preuves que M. Morel-Fatio donne de 
l'inexactitude de cette atTirmation de Paez, en particulier la mention 
faite, dans les quitaciones, des 80,000 maravédis versés à Ocampo 
jusqu'en i558, et aussi l'examen de ces deux manuscrits en rapport 
assez étroit avec la correspondance conservée à l'Escorial, m'ont 
convaincu que mon doute était mal fondé. Cesâreo Fernândez Duro 
(Colecciôn bibliogrdfico-biogrdfica de noticias referentes d la provincia 
de Zaniora 6 niateriales para su historia, Madrid, Tello, 1891, p. 379), 
citant à l'appui une respectable liste d'autorités qu'il faudrait peser et 
contrôler, prétend que Floriân ayant eu. des ennuis à Zamora parce 
qu'il soutenait (ce fait est exact) que Zamora n'était pas l'antique 
Numance, se serait fait transférer à Cordoue, et c'est là qu'il aurait été 
nommé cronisla de l'empereur, avec la mission d'écrire l'histoire 
générale d'Espagne; il serait mort seulement en 1590. La corres- 
pondance qu'il recevait bien après i539 à Zamora, comme je le 



35A BULLETIÎS HISPANIQUE 

montrerai, prouve tout au moins que le transfert à Cordoue serait 
bien postérieur à la nomination comme chroniste. 

Fernândez Duro ne cite d'ailleurs pas dans sa liste de références 
la préface que Benito Cano a mise en tète de sa réimpression de la 
Chronique d'Ocampo (1791); i^ y aurait vu les raisons pour lesquelles 
la date de i555 était proposée pour la mort de celui-ci. 11 pouvait 
en tout cas voir cette date dans l'article consacré à Ocampo par Josef 
de Rezabal y Ugarte, dans sa Blblioteca de los escriiores que han sido 
indiuiduos de los seis colegios majores de San lldefonso, qui ne fait 
du reste que résumer, pour la biographie d'Ocampo, ce qu'avait dit 
Cano, — ce qui n'empêche pas S. Pawlowski, dans la Grande Ency- 
clopédie (au mot Ocampo) de* dire que cette Blhlioieca contient la 
meilleure biographie d'Ocampo. 

La vérité, c'est qu'il n'existe pas de biographie d'Ocampo, ni bonne 
ni mauvaise. Un homme que les uns font mourir en lôgo et les autres 
en i555, alors qu'il a eu un rôle officiel comme celui d'historiographe 
royal ou impérial, et un rôle plus important encore comme historien 
de l'Espagne ancienne, dont il a falsifié à plaisir les origines et faussé 
pour longtemps l'historiographie, a encore vraiment besoin et mérite 
d'être étudié. Un point est acquis maintenant, c'est qu'il n'est pas 
mort avant i558. Un autre point est signalé par M. Morel-Fatio, c'est 
sa participation active aux troubles des Comunidades en qualité de 
secrétaire du fameux évêque de Zamora, D. Antonio de Acuna. Elle 
est attestée par Manuel Danvila dans son Hisioria critica y documen- 
tada de las Comunidades de Castilla, p. 670-678 du tome III (t. XXXVIl 
du Mémorial histôrico espanol), et repose sur les réponses faites par 
deux maestros et un clerc étudiant de l'Université d'Alcalâ à un 
interrogatoire concernant ce qui s'était passé alors dans cette ville. 
Le maestro Floriân de Ocampo, à la tête de plus de deux cents 
hommes, serait arrivé au collège et aurait provoqué l'arrestation de 
plus de quarante colegiales, maestros et étudiants ; après le désastre 
de Villalar, il aurait été envoyé par Acuna pour ramener du secours 
de Madrid et de Tolède; il aurait été parmi les plus ardents conseillers 
du recteur comunero Juan de Hontaûôn, jusqu'à la fin de la lutte. 
Non moins gran comunero aurait été le commandeur grec, Hernân 
Nùnez. Puisque tout cela ressort d'un interrogatoire où ceux qui 
répondent ont été témoins et victimes, il est difficile de ne pas 
l'admettre. Il faut croire pourtant que, en ce qui concerne Ocampo, 
l'éponge fut passée et tout oublié même en haut lieu, puisque 
dix-huit ans après le même Floriân de Ocampo était appointé comme 
chroniste de Sa Majesté, et que d'autre part son nom ne figure point 
sur une liste de deux cent cinquante-huit comuneros dressée par Paez 
sur un recueil conservé à l'Escorial (&-III-10) et que m'a montré le 
P. Miguélez; on comprend du reste que Paez n'ait pas inscrit sur une 



BIBLIOGRA,PHIE 355 

telle liste le nom de celui dont les papiers lui servirent à former en 
partie d'utiles collections. 

De Barnabe Busto, qui fut appointé en i546 et mourut en i557, 
il faudrait étudier, comme dit M. Morel-Fatio, VEmpresa y conquista 
Germanica del Emperador Carlos V, conservée à l'Escorial, et la 
comparer au Comenlario de la guerra de Alemania par Luis de Avila 
y Zûniga. 

Juan Paez de Castro n'est plus un inconnu en France depuis que 
Charles Graux, dans son Essai sur les origines du fonds grec de 
l'Escorial, a montré son rôle comme humaniste et son affection pour 
les manuscrits. Dans quelles conditions il fut nommé chroniste en 
i555, c'est ce qu'on n'a pas encore tiré au clair. Toujours est-il qu'il 
fut mis en possession, alors ou plus tard, des papiers d'Ocampo, 
et je tâcherai, dans l'article que j'annonçais plus haut, d'expliquer 
comment il s'en est servi. C'était un homme extrêmement minutieux, 
qui ne ménageait pas sa peine pour annoter et copier des documents; 
mais il se rendait compte, comme le fait ressortir M. Morel-Fatio, 
qu'on n'écrit pas l'histoire en se servant « de lettres de soldats ou de 
propos qui se tiennent sur les places publiques», et c'est en somme 
tout ce que les correspondants pouvaient fournir à l'historiographe 
d'une Majesté qui laissait ses chronistes se débrouiller avec leurs 
80,000 maravédis, sans presque jamais leur faire communiquer le 
moindre renseignement. On s'explique très bien que Paez n'ait pu 
aboutir dans ces conditions. Mais il avait des passions qui l'en eussent 
à elles seules empêché : l'amour des manuscrits, qui lui prenait bien 
du temps et de l'argent, et le goût pour l'étude de l'Écriture sainte, 
qui, au dire du ce notaire qui assista Ambrosio de Morales dans l'inven- 
taire de la bibliothèque de feu Paez de Castro » (Graux, p. 429), 
l'avait évidemment beaucoup plus occupé que la rédaction de la 
Chronique. En quinze ans, puisqu'il vécut jusqu'en 1670, il ne 
rédigea que son prologue, si toutefois ce que Morales a pris pour le 
prologue de la chronique projetée n'est pas la dissertation, écrite 
antérieurement, sur la méthode pour écrire l'histoire, dissertation 
dont M. Morel-Fatio donne une analyse et qui a été publiée dans les 
tomes XXYIII et XXIX de la Ciudad de Dios. Mais il a laissé trois 
collections de documents que signalent Graux et Catalina Garcia 
(Biblioieca de escriiores de la provincia de Guadalajara), une 
quatrième qu'ajoute M. Morel-Fatio d'après le catalogue manuscrit de 
l'Escorial déjà cité, et enfin trois autres, .qui sont celles-là mêmes que 
M. Morel-Fatio demandait qu'on examinât pour savoir quelle y était 
la part d'Ocampo et qui sont, à mon avis, des recueils formés par 
Paez à l'aide des documents d'Ocampo et d'autres documents aussi 
sans doute. Soit en tout sept collections, dont quatre à l'Escorial et 
trois à la Bibliothèque Nationale.de Madrid. 



356 BULLETIN HISPANIQUE 

Sur Lorenzo de Padilla je publierai prochainement un article où 
j'examine son œuvre comme historien de l'antiquité, et oii j'aurai 
l'occasion de parler des manuscrits de la Bibliothèque Nationale de 
Madrid qui contiennent sa Cronica de los Emperadores. 

Dans le second des deux volumes en question, du folio 307" au 
folio 34r et dernier, Padilla raconte année par année l'histoire de 
Charles-Quint, de 1617 à 1547. Lui-même déclare en i554 qu'il n'a 
jamais reçu ni subvention ni salaire, ainsi que le relève M. Morel- 
Fatio; c'est donc à titre bénévole, mais non sans espoir sans doute, 
qu'il avait ainsi couché par écrit, assez brièvement d'ailleurs, les faits 
et gestes de l'empereur. J'ajouterai qu'une note anonyme mise sur 
l'exemplaire unique de son Historia de Espana imprimée vers 1570, 
porte qu'il dut être nommé cronisla « por los anos de iS/lo». Cette 
supposition paraît, comme on voit par ce qui précède, assez mal 
fondée. 

Alonso de Santa Cruz ne fut chroniste que sous Philippe II, mais 
remplit les fonctions de cosmographe sous Charles-Quint; et peut- 
être cette fonction, qui lui donnait l'occasion d'approcher et même 
d'enseigner Sa Majesté, fut-elle aussi ce qui lui donna l'idée d'écrire 
une chronique de l'empereur dont Ranke a vu à Rome un manuscrit, 
et qu'il serait évidemment intéressant de connaître. 

Tels sont les huit chronistes espagnols plus ou moins officiels 
qui se sont occupés d'écrire l'histoire de Charles-Quint. J'ai insisté 
sur eux parce que la nécessité d'étudier leurs œuvres, en bonne partie 
terra incognita, est le programme que recommande M. Morel-Fatio 
lui-même dans la présente étude d'ensemble, la première qui ait paru 
sur l'historiographie de Charles-Quint. Plutôt que d'accumuler les 
épithètes laudatives, j'ai pensé bien faire en résumant l'état où se 
trouve placée la question désormais en ce qui concerne chacun de ces 
chronistes. 

Mais ce n'est là qu'une partie de l'exposé de M. Morel-Fatio, qui 
a consacré ses deux derniers chapitres aux historiographes italiens, 
Paul Jove, Girolamo Ruscelli, Lodovico Dolce, Francesco Sansovino, 
et à l'Espagnol italianisé Alfonso de UUoa, tous bénévoles, sinon 
désintéressés. Ici, je n'ai rien de mieux à faire qu'à admirer une 
érudition toujours agréable autant que sûre, et je recommande en 
particulier tout ce qui est dit du premier et du dernier de ces 
écrivains, qui méritaient dans cette galerie la place qu'ils y ont 
obtenue. La question des lettres de Guevara inventées par Ulloa n'est 
pas la moins curieuse, et si M. Morel-Fatio ne l'a pas poussée 
davantage, c'est qu'il veut en laisser le soin à M. Costes, qui a fait 
des découvertes là-dessus et nous en dira plus long dans le livre qu'il 
prépare sur Guevara. 

La version portugaise du texte français original disparu des Mémoires 



BIBLIOGRAPItTR 357 

de Charles-Quint et la nouvelle liaduclion française que M. Morel- 
Fatio nous donne de cette version occupent la seconde moitié de ce 
premier volume sur l'historiographie de Charles-Quint. La traduction 
française du baron Kervyn de Lellenhove n'était pas irréprochable, 
tant pour le français que pour le sens. D'autre part il était utile de 
donner enfin le texte portugais, qui a été traduit en 1620 du texte 
original français, en attendant que ce texte original dont Guillaume 
Van Maie, aide de chambre de l'empereur, reçut la dictée en i55o 
et devait élaborer une traduction en beau latin, soit à son tour 
retrouvé. M. Morel-Fatio se demande à qui il faut attribuer, à 
l'empereur (cela lui paraît peu probable), à son secrétaire ou au 
traducteur portugais, l'étrange manie d'employer deux mots pour un, 
comme abaixar e deminidr, damno e mal, effeito e execuçào, dont il 
relève une longue liste. Elle est due aux habitudes du temps. On 
pourrait en citer de nombreux exemples dans beaucoup d'auteurs 
du xvi" siècle et même du xv% non seulement dans Mariana et 
Luis de Leôn, qui visent au beau style, mais dans Garibay et Zurita, 
qui s'en soucient moins apparemment, dans Pérez de Guzmân, dans 
Lôpez de Ayala, voire dans la Chronique générale d'Alphonse X 
(cf. mon Mariana historien, p. 384-386). Rien d'impossible à ce que 
Charles-Quint, voulant écrire ses mémoires, ait employé, ou recom- 
mandé, ou tout au moins permis à son secrétaire un tel procédé, qui 
donne de l'ampleur à la phrase, s'il ne donne pas toujours plus de 
précision à la pensée. Je donne ma remarque pour ce quelle vaut. 

Dans quelle mesure l'impérial auteur a-t-il utilisé les « deux liasses 
de cahiers d'histoire par Floriân de Ocampo et d'autres» qui furent 
inventoriées parmi ses effets à Yuste au lendemain de sa mort, c'est 
ce qu'il serait intéressant de savoir. S'en est-il servi pour revoir son 
propre texte? Et de quelles liasses (embollorios con cuadernos de 
historia) s'agit-il exactement? De celles qui se trouvent aujourd'hui 
à la Bibliothèque Nationale de Madrid, sous les cotes Ff 99 et Ff 100? 
De celle de l'Escorial et de quelque autre disparue? Mais des trois 
recueils que nous connaissons pour contenir la documentation 
d'Ocampo, celui de l'Escorial est passé par les mains de Paez; ceux 
de Madrid sont une copie d'un recueil qui a également passé par ses 
mains. C'est du moins ce que je pense pouvoir établir. Au moment 
oii est mort l'empereur, il ne me semble pas probable que Paez eût 
déjà pu mettre en ordre et compléter ces collections, surtout s'il n'a 
eu les papiers d'Ocampo qu'après la vraie mort de celui ci, qui semble 
avoir précédé de peu celle de l'empereur. Ou bien il a eu les deux 
envoliorios seulement après la mort de Charles-Quint, ce qui me 
paraît douteux, ou bien il s'agit de collections différentes de celles 
que nous connaissons. C'est un sort: toutes les fois qu'on retrouve 
Ocampo, il y a du mystère. 



358 BULLETIN HISPANIQUE 

Bien entendu, M. Morel-Fatio a annoté les Mémoires, qui en avaient 
besoin. La peine qu'il a prise de les traduire lui en faisait mieux voir 
qu'à personne les difficultés et les obscurités. q cjrqT 

Les renseignements auxquels on doit avoir recours lorsqu'on veut 
tracer une biographie satisfaisante d'Antonio de Guevara sont de deux 
sortes : les uns émanent des informations que lui-même s'est plu 
à donner sur sa personne en maints passages de ses écrits ; les autres 
sont de simples documents d'ordre administratif. Des premiers, 
M. Morel-Fatio s'est méfié avec juste raison, et des seconds il a tiré, 
dans le deuxième chapitre de son ouvrage, plus que l'on n'en pouvait 
attendre. Seuls, en effet, ces derniers méritent entière créance, et ils 
doivent nous être d'autant plus précieux que, malgré leur sécheresse, 
il fournissent les premières données positives sur l'existence du fameux 
évêque. Les dates de sa naissance, de son arrivée à la cour, de son 
entrée au monastère, ne peuvent en somme être obtenues que par 
induction, et il faut arriver à l'année 1621, alors que Guevara a déjà 
quarante et un ans, pour avoir enfin une certitude absolue sur une 
circonstance de sa vie : elle nous est fournie par une dépêche royale 
conservée à Simancas qui l'appelait à prêcher dans la chapelle royale. 
Or, Charles-Quint était alors aux Pays-Bas, et Guevara devait être pour 
lui un parfait inconnu. Mais M. Morel-Fatio, rapprochant pour la 
première fois cette désignation de Guevara comme prédicateur du 
voyage de son frère aîné, le docteur D. Fernando, qui avait été chargé 
par le gouverneur Adrien d'Utrecht de tenir l'Empereur au courant de 
la révolte des comuneros, suppose avec beaucoup de vraisemblance 
que l'envoyé du cardinal profita de son séjour auprès de Charles pour 
« pousser son cadet». De toutes manières, fait remarquer M. Morel- 
Fatio, la dépêche de lôai n'était pas une nomination officielle; celle-ci 
ne vint qu'en iSaS, et Wadding nous en a rapporté les circonstances. 
La coexistence des deux documents ' permet donc de ne pas considérer 
comme erroné le texte de Wadding, ainsi que M. Juliàn de San Pelayo 
se trouvait amené à le faire pour ne pas accuser Guevara de mensonge. 
C'eût été, d'ailleurs, faire trop d'honneur à l'auteur du Marc-Aurèle 
que de sacrifier un texte précis aux indications chronologiques de ses 
lettres. M. Juliân de San Pelayo, qui le premier a eu le mérite de 
recourir à des pièces d'archives pour éclairer les renseignements 
autobiographiques fournis par les Épîtres, s'était cru tenu cependant, 
à en respecter les dates 2. Il nous paraît que ce serait désormais 



i. Le premier, ainsi que l'indique M. Morel-Fatio, avait été d'ailleurs déjà signalé 
par Danvila dans le Mtnioiial histôrico, t. XXXVllI, p. 628. 

2. Pour l'une d outre elles, dont la date est inacceptable, M. de San Pelayo préfère 
supposer que celle-ci a été rapportée inexactement depuis la i" édition (voir sa 
réimpr. du Menosprecio, p. cxli, n. i). 



BIBLIOGRAPHIE 359 

s'obstiner contre toute évidence et, tout en nous excusant de sortir un 
peu des limites d'un simple compte rendu, nous croyons qu'il ne sera 
pas inutile de nous arrêter un instant à le prouver : 

Si nous examinons d'abord les lettres VI et XI (éd. Ribadeneyra), 
nous relèverons des détails qui, à l'époque indiquée, ne concordent 
point avec ce que nous savons soit des séjours de Charles-Quint en 
Espagne, soit de la vie de Guevara lui-même : « 11 y a trente-huit 
années, dit-il dans la lettre au Connétable de Castille, que j'ai été 
amené à la cour de César... » Comme il y vint à l'âge de douze ans, 
et que la lettre est datée de i525, il serait donc né en 1^71, ce qui 
n'est pas exact. Au cours de sa lettre à Antonio de la Cueva (datée du 
3o juin i525), il raconte à son correspondant que le commandeur 
•luan de Torres n'a pas voulu le commandement d'Ocaila que lui 
donnaient les gouverneurs, disant qu'il méritait plus, et que le roi 
lui donnerait davantage lorsqu'il reviendrait de Flandre. Or, Charles- 
Quint était en Espagne à cette époque, et se trouvait même à Tolède 
durant le mois de juin. Telle lettre de i533 (Ép. XXXIII) à Gonzalo 
Gil doit être évidemment reportée à l'année 1620 ou i52i, car elle fut 
écrite en pleine guerre des comunidades, le roi étant encore hors 
d'Espagne, et telle autre (Ép. III) à x\ntonio de Zùniga doit, pour de 
semblables raisons, avoir été écrite avant i522. 

Le plus souvent l'inexactitude de la date ressort très clairement 
d'une allusion à un événement qui n'a pas encore eu lieu. C'est ainsi 
que les conseils adressés par Guevara au connétable de Castille 
(Ép. II) au moment 011 il dirige le siège de Fontarabie, durent être 
donnés en 1624 et non en i522, et que la lettre à Pierre Giron (Ép, V) 
faisant allusion à la découverte de Pizarro, qui ne s'embarqua qu'en 
i526, est forcément postérieure d'au moins trois ans à la date qui lui 
a été assignée. De même Tépître XI V^ (2° partie) (( à un ami secret », 
bien que portant au bas la date du 22 mai i524, fait allusion à la 
guerre de l'Espadan, et n'a pu par conséquent être écrite avant la fin 
(le l'année i526. 

Parfois la contradiction entre l'année que porte la lettre et celle de 
l'événement qui nous permet de la réfuter est d'une évidence 
déconcertante. C'est ainsi que Guevara, qui ne fut nommé évêque 
de Guadix qu'en 1529, fait allusion dans une lettre à D. Alonso 
de Albornoz (Ép. VIII) du 12 mars i523(!) au procès qu'il soutint 
lors de son premier épiscopat, contre l'archevêque de Tolède, et que 
le 3o mars i53/i, dans une lettre adres.sée à l'amiral D. Fadrique 
Enriquez (Ép. LXI), on est tout surpris de lire ces mots: « L'année 
passée, allant visiter mon évêché de Mondonedo... » Mais que penser 
encore de la lettre à Jeronimo Vique (Ép. XIX) où, au début d'avril, 
notre épistolier met sur le compte des chaleurs d'août un violent 
rhume dont était alors affligé son correspondant, et de l'épître au 



36o BULLETIN HISPANIQUE 

marquis de los Vêlez (Ép. XIII) où, en plein été, il se plaint des rigueurs 
de l'hiver? Et comment enfin celle au docteur Melgar (Ép. L) peut-elle 
être écrite en 1621, lorsqu'il nous apprend dans cette même lettre 
qu'à Burgos, en i52i, le.D' Soto le guérit des fièvres erratiques? 

Voilà donc une douzaine de lettres qui, de toute évidence, sont mal 
datées, et nous pourrions aisément en augmenter le nombre. Guevara 
a donc établi l'âge de ses lettres, on n'en peut douter, après coup, et 
même au petit bonheur, car, si pour quelques-unes d'entre elles 
certaines erreurs étaient possibles (du moins sans une lecture 
attentive), pour beaucoup d'autres il n'en était pas ainsi, et un rapide 
coup d'œil sur leur contenu eût suffi pour lui montrer la contradiction 
qu'il allait créer i. 

Aussi est-ce avec raison que M. Morel-Fatio n'accepte qu'avec 
méfiance les indications chronologiques des Épîtres pour fixer 
à présent la date de la nomination de Guevara au poste d'histo- 
riographe. Le premier document où il apparaît revêtu de cette charge 
est du 7 décembre 1626, et il semble difficile d'admettre, comme il a 
cherché à le faire croire, que lors de la guerre des comunidades, il en 
fût déjà pourvu. M. Morel-Fatio doute encore très fortement de l'in- 
tervention de Guevara dans cette guerre, et conteste toute réalité 
historique au raisonnement de Villabrâjima et aux lettres adressées 
aux différents chefs comuneros. Nulle part en effet, parmi les témoi- 
gnages contemporains (et nombreux sont les documents sur cette 
époque si troublée), on ne trouve trace de son rôle dans la guerre, et 
les historiens qui en ont relevé l'importance ne l'ont fait que d'après 
le témoignage des Épîtres, c'est-à-dire sur la foi de l'unique intéressé. 
Néanmoins, nous nous permettrons de faire remarquer que son 
influence, si elle existe réellement, dut être surtout secrète, et ses 
intrigues souterraines. 

D'autre part, il pouvait exagérer et inventer au besoin le caractère 
de ses rapports avec les chefs comuneros : les principaux étaient 
morts ; et en prêtant à Acuna, peut-être gratuitement, une vive colère 
pour ses agissements envers la Jiinta et ses heureuses tentatives de 
corruption, Guevara augmentait d'autant l'importance de sa personne 
aux yeux de César et aux yeux de la postérité. Mais il ne pouvait, 
semble-t-il, inventer entièrement ce rôle. Il n'eût pu, sans ridicule, 
s'attribuer indûment la conversion de Pedro Girôn et de toutes pièces 
se fabriquer de tels états de service dans des circonstances dont les 
principaux acteurs, dans le parti vainqueur, étaient encore vivants et 
capables de se souvenir. II reste pourtant l'éclat de Villabrâjima, 
dont on devrait retrouver l'écho autre part que dans les Épîtres, et nous 
croyons que, si l'intervention de Guevara dans la révolte de i52i n'est 

I. On peut alors se demander pourquoi il ne les a pas évitées; nous nous 
proposons de l'examiner dans un travail ultérieur. 



BIBLIOGRAPHIE 



36 1 



pas entièrement un mythe, cette intervention doit être ramenée à des 
proportions très réduites. Mais quand bien même le mensonge ne 
serait pas intégral et renfermerait une parcelle de vérité, on ne 
pourrait hésiter à conclure avec M. Morel-Fatio « qu'Antonio, qui 
cultiva avec succès la supercherie littéraire, qui trompa ses contempo- 
rains en inventant par exemple une correspondance de Marc-Aurèle 
avec des Romains fictifs, les trompa aussi sur son propre compte en 
jouant au personnage important, qui serait intervenu comme messager 
de paix et suprême réconciliateur entre les partis adverses ». 

Tout en examinant la valeur historique des Épîtres famihères, 
l'auteur de l'Historiographie de Charles Quint relève leur ton cavalier 
et les privautés que se permet l'écrivain avec ses correspondants, qui 
sont souvent de grands seigneurs : « Vraiment, écrit-il, on s'étonne 
quelquefois de ce langage, et l'on se demande comment il a pu être 
toléré par ces riches-hommes de Gastille, à peine sortis de la période 
féodale, et qui étaient à coup sûr d'assez puissants seigneurs. » Mais 
il l'explique aussitôt très clairement: d'abord, sous le froc de francis- 
cain, Guevara est en somme un des leurs, et en second lieu, il peut 
intervenir utilement auprès de l'Empereur dans la répartition des 
bénéfices i. 

La partie la plus intéressante du chapitre consacré à Guevara est 
certainement cc;lle où l'auteur examine son rôle d'historiographe. On 
sait qu'il n'est rien resté de sa chronique, à laquelle il est fait tant 
d'allusions dans les épîtres, et que d'autre part Guevara, obéissant 
évidemment à des scrupules religieux, a avoué dans son testament 
que, depuis l'année i530, il n'y avait plus travaillé, tout en continuant 
à toucher les émoluments affectés à sa charge. Restait à déterminer 
ce qu'il avait bien pu écrire avant cette date, et sur ce sujet l'on 
semblait condamné à tout jamais à de vagues suppositions. Mais 
M. Morel-Fatio, en utilisant certaines indications de Sandoval, qui eut 
entre les mains le brouillon de sa chronique, a pu obtenir des résultats 
tout nouveaux. Le premier, il a songé à examiner de près le style des 
lettres adressées par les villes de Gastille, qui se trouvent dans le 
Carlos Quinlo de Sandoval. Get examen lui a permis de les attribuer 
nettement à Guevara, et sa démonstration, qui eût été peut-être dou- 
teuse s'il se fût agi de tout autre écrivain, est dès à présent indiscu- 
table, le style de Guevara ne pouvant se confondre avec aucun autre. 

I. Remarquons en outre que les railleries trop risquées, les lettres où le corres- 
pondant est réellement tourné en ridicule, s'adressent le plus souvent à ceux dont la 
condition sociale est la plus modeste: regidores, alcaides...; Mosen Rubin, sa plus 
grande victime, n'est point un bien grand personnage, et si le Connétable de Gastille, 
tout en étant son ami, eût pu raisonnablement se fâcher de la publication des lettres 
où il est fait allusion à ses affaires de famille, il est à noter que celui-ci est mort 
lors de l'impression des Épîtres, de même que plusieurs des correspondants nobles 
de Guevara. 



36a BULLETIN HISPANIQUE 

D'autre part, la présence dans les Épîtres Familières de certains 
morceaux purement historiques (tout particulièrement sans doute 
ceux qui ont trait à l'institution de l'ordre de l'Echarpe et aux anciens 
privilèges de Badajoz) a pu amener M. Morel-Fatio à émettre une 
hypothèse toute nouvelle sur la composition des Épilres. Ayant 
toujours en vue la fameuse chronique, il écrit en effet : « Qui sait 
même si cette chronique, en fin de compte, n'a pas pris simplement 
la forme des Épîtres Familières, selon le modèle que lui fournissait 
l'œuvre posthume de son prédécesseur Pierre Martyr d'Anghiera ? » 
Et voici comment lechroniste de Charles-Quint, imitant l'exemple de 
l'auteur de ÏOpus Epistolarum aurait pu procéder : « Guevara aurait 
amassé des notes, se disant qu'il les utiliserait plus tard, puis, ayant 
décidé la publication de ses lettres, il y aurait introduit tout ce qui 
pouvait en faire l'équivalent du récit historique de toute une période. » 
— L'explication paraît légitime, et il devra désormais en être tenu le 
plus grand compte dans toute étude sur TÉpistolaire de Guevara. 

Mais, pour ne parler que de la partie historiographique, nous 
connaissons dès maintenant, grâce au présent ouvrage, les emprunts 
de l'historien Sandoval, et savons en outre en quoi durent consister 
ce que Guevara appelait « les Chroniques de César ». Certes, elles ne 
devaient pas valoir les 80.000 maravédis annuels de Charles-Quint, 
qui vraiment n'eut pas souvent bonne main dans le choix de ses 
historiographes. Est-ce à dire qu'on ne doive pas se lamenter de leur 
disparition ? Sans doute, constate M. Morel-Fatio, Guevara manquait 
totalement des qualités qui font le véritable historien, et sa Chronique 
n'eiit été qu'un tissu d'anecdotes et de fables. Il y a pourtant lieu, à 
son avis, d'en regretter la perte : « Celui qu'un fou de cour traitait de 
predicador parlerista é coronista de su Majestad in magnain quantUa- 
tem a dû y laisser beaucoup de bavardage, mais de ce bavardage 
amusant et instructif qui éclaire certains côtés de la vie d'autrefois et 
d'une société disparue que les historiens sérieux ne nous aident pas 
du tout à nous représenter. » 

Tel est, en définitive, le jugement que porte M. Morel-Fatio sur 
l'œuvre historique du premier chroniste de 'Charles-Quint, et ce 
chapitre, où elle se trouve étudiée pour la première fois, et où l'auteur 
aboutit cependant à des conclusions si précises, vient jeter un peu 
plus de clarté sur la figure si intéressante, — et à certains égards si 
énigmatique, — de l'évêque de Mondonedo. 

René COSTES. 



CHRONIOUE 



— Sur l'invitation du comité de l'Ateneo, M. Ernest Zyromski, 
professeur de littérature française à l'Université de Toulouse, est allé à 
Madrid pour faire une conférence qui a eu lieu le i8 mars dernier, et 
dont le sujet était « Le procès du romantisme ». Le public d'élite qui 
fréquente les conférences de l'Ateneo a beaucoup apprécié le talent 
original, la parole sincère et distinguée de notre sympathique etéminent 
collègue. 

— - M. Joseph Calmette a publié dans la Revue historique (1912) 
une étude sur La politique espagnole dans l'affaire des barons napoli- 
tains (iU85-l^493j; il y montre le rôle de Ferdinand le Catholique et 
celui du pape Innocent VIII, ainsi que les conséquences de la conju- 
ration, le tout avec documents inédits à l'appui. 

-— On lira avec intérêt dans le Bulletin italien (Annales de la 
Faculté des Lettres de Bordeaux), tome XII, 1912, n"" i, 2 et 3, une 
réimpression de la Cadata del conte d'Olivares du P. Ippolito Camillo 
Guidi, parue anonyme en i644, et dont il existe trois traductions espa- 
gnoles au moins : une a paru dans le Semanario erudito, une autre 
récemment dans le Bol. de la R. Acad. de la Hist. (cette seconde a 
été donnée comme inédite), une troisième, la meilleure, est naturelle- 
ment celle qui est restée inédite. L'édition qui nous est donnée cette 
fois du texte italien d'après celle de i644 avec les variantes de la 
dépêche originale, quelque peu différente et privée de deux passages 
intéressants, a des chances pour être définitive : elle est de M. Morel- 
Fatio, qui a utilisé les notes accompagnant la traduction manuscrite, 
et a joint une annotation qui éclaircit et au besoin rectifie le texte. 
Dans l'introduction, la négligence et l'ignorance de plus d'un éditeur 
ou historien sont déplorées comme il convient. 

"-- Dans la Romania (avril 19 12), M. G. Millardet apporte une 
nouvelle explication sur les différences du traitement de a -f yod en 
vieil espagnol, différences qui tiennent évidemment à ce que le yod se 
combine ou ne se combine pas avec Va qui précède; et il ne se combi- 
nerait pas quand l'a était suivi d'un yod -\- voyelle parce qu'alors 
l'yod ne passe pas à la syllabe précédente par métathèse {capiani^- 
quepa), et la division des syllabes s'opère ainsi: a \ yod + voyelle. 
De là maium >> mayo ; cadeo r> cayo ; stagnum > estano (ce dernier 
par suite de la réduction précoce de gn à h). M. Millardet étend la 
portée de cette conclusion et établit que « toutes les géminées se sont 
simplifiées en espagnol au cours de la période romane primitive... La 
coupe des syllabes est donc tombée immédiatement avant chaque 
consonne intervocalique [Ma \ yo). » 



3()/| lîULLETlN HISPANIQUE 

— I.c lonic \U de la (Jolecciôn de Documentos para el estudio de 
1(1 Uisloria de Aragon est constitué par La represenlaciôn aragonesa 
en la Junla Central Suprema (25 sept. ISOS-iSiO), recueil de docu- 
ments conservés à l'Archivo historico national (ceux qui se rapportent 
aux représentants aragonais dans la Junta Central Suprema) ou copiés 
dans les Actas de la Junta Super ior de Aragon, dont sept volumes sur 
neuf sont à l'Archivo de la Diputaciôn de Saragosse. Une étude préli- 
minaire et un Index permettront d'apprécier l'utilité de cette publica- 
tion, préparée en vue du Congrès de 1908, et dont il convient de 
savoir gré à l'auteur, un jeune et laborieux élève de M. Eduardo 
Ibarra, D. Pedro Longâs y Bartibâs. 

— Le Fonti spagnuole délia a Sloria delV Europa » del Giambul- 
larl, tel est l'objet d'un article de M. Eugenio Mêle dans le Giornale 
storico délia Letteratura italiana (1912, p. 359 et sq. ; tiré à part). Ces 
sources sont la Chronique générale (celle qu'a éditée Ocampo), les 
Commentarii urbani de Raffael MafTei da Volterra, VHispaniae De- 
scriptio de Mario Arezzo, Ainsi sont remises au point certaines asser- 
tions aventurées du professeur G. Kirner, qui évidemment ne s'était 
pas bien renseigné. 

— Pour faire suite aux Primeras Pinitos, premiers pas dans l'étude 
de l'espagnol, MM. Dibie et Fouret, tous deux professeurs agrégés, 
viennent de faire paraître Andando (Paris, Didier; Toulouse, Privât), 
un modèle d'ingéniosité pédagogique où l'élève de deuxième année 
apprendra (( en se promenant » à connaître l'espagnol et aussi 
l'Espagne. La fantaisie de l'illustration, due à M. Victor Ramond, 
contribuera au succès de ce petit volume de classe. Une carte 
d'Espagne, des spécimens d'affiches, de réclames, de factures et même 
de lettres de faire part de décès^ compléteront l'initiation de l'enfant 
aux choses du pays ; et, pour lui donner un avant-goût de ce que lui 
réserve la lecture des grands auleurs, on a complété par de petits 
morceaux tirés pour la plupart des écrivains contemporains. La gram- 
maire se trouve ainsi cachée, et les élèves l'avaleront sans s'en aper- 
cevoir: ainsi veulent les programmes. L'élégance de l'impression et 
même de la reliure mérite bien aussi un bon point. 

— Dans son article sur L'espagnol langue universelle, publié dans 
notre dernier fascicule (t. XV, p. 220), M. Morel-Fatio parle d'un 
« abad de San Frontes », qu'il a pu identifier depuis : c'est Gonzalo de 
lUescas, l'auteur de la Historia pontifical y catholica, qui était abad de 
Sant Frontes et beneficiado de Duenas. q q 

i 8 juin 1913. 

LA RÉDACTION : E. MÉRIMÉE, A. MOREL-FATIO, P. PARIS. 
G. CIROT, secrétaire; G. RADET, directeur-gérant. 

Bordeaux. — Imprimeries Gounouilhou, rue Guiraude, 9-11. 



Vol. XV. Octobre -Décembre 1913. N» 4. 



IIEH FOllLLES \ IIIAEE ET AIjTOIR DE 1M41E 

(1905-1912) 



Les luttes pour la liberté, celles de notre propre peuple et 
celles des peuples étrangers, beaucoup plus que d'autres événe- 
ments historiques, excitent notre intérêt. La foret de Teuloburg 
témoigne de la lutte victorieuse pour la liberté soutenue par 
des tribus germaniques contre Rome. Mais A.lcsia et Numance 
ont aussi une renommée éternelle comme les lieux où deux 
autres peuples valeureux de l'Occident, les Gaulois et les Celti- 
bères, dans une lutte héroïque, succombèrent devant la supé- 
riorité des forces romaines et des meilleurs généraux de leur 
temps, Scipion et César. 

Alésia et la dernière lutte des Gaulois sous Vercingétorix sont 
immortalisées par les Commentaires de César. De Numance et 
de la ruine des Celtibères un célèbre témoin oculaire, Polybe, 
l'ami de Scipion, avait aussi parlé dans ses écrits, mais son 
ouvrage sur la guerre numantine ne nous est point parvenu, 

Numance, la ville principale et le dernier boulevard des 
vaillantes tribus celtil)ères, habitantes des hauts plateaux 
inhospitaliers de la Vieille-Castille, alors que depuis longtemps 
tous les environs étaient soumis, résista pendant dix années 
(i43-i33av. J.-C.) à la supériorité des forces et de l'art de guerre 
de Rome, n'ayant que 8,000 combattants et même en dernier 
lieu 4,000 seulement. Chaque année, depuis ili3 av. J.-C, une 
armée consulaire de deux légions, formant avec les milices 
auxiliaires environ 3o,ooo hommes, se présenta devant ses 
murs; chaque année, elle fut honteusement mise en fuite. Les 
généraux romains n'osaient plus se hasarder devant cette 

AFB. IV' SÉRIE. — Bull, hispan., XV, 191 3, 4. 26 



366 BULLEtIN HISPANIQUE 

invincible ville de barbares, lorsqu'enfin Scipion, le destruc- 
teur de Carlhage, reprit la guerre avec 60,000 hommes, entoura 
Numance d'une circonvallation de neuf kilomètres de longueur 
protégée par sept camps, l'affama et la força de se rendre. Ce 
fut par ce même moyen que succomba plus tard Alésia, la 
compagne d'infortune de Numance. C'est avec horreur que 
par Appien, qui nous a conservé un extrait du récit de Polybe, 
nous apprenons les derniers jours des Numantins : comment 
leurs envoyés rentrant sans succès furent mis en pièces, 
comment ensuite, lorsque tout, même l'herbe et le cuir eurent 
été consommés, ils dévorèrent les morts, puis les malades, puis 
les hommes faibles, et enfin s'entre-tuèrent presque jusqu'au 
dernier. Les survivants, une centaine d'hommes, se rendirent 
à l'impitoyable vainqueur. Polybe a décrit avec un horrible 
réalisme l'exode des derniers défenseurs de Numance: comment 
ils sortirent chancelants, vêtus de guenilles, couverts d'ordu- 
res, avec les cheveux hirsutes, les ongles longs, les yeux égarés 
encore pleins d'une haine mortelle. Contre cette ville héroïque 
Scipion décréta le même châtiment qu'avait subi Carthage : 
la ville fut incendiée et son territoire partagé entre les voisins 
qui s'étaient soumis. 

Numance disparaît depuis lors des annales de l'histoire. 
Mais lorsque Auguste, le pacificateur, organisa la province 
d'Espagne subjuguée enfin après deux cents ans de luttes, cons- 
truisit des routes, fonda des villes, il fit également sortir de ses 
cendres Numance située sur la route stratégique qui menait 
au théâtre de la guerre cantabrico-asturienne. Modeste petite 
ville provinciale, cette seconde Numance subsista jusqu'à 
l'époque de l'invasion des Germains. Alors disparaît ce nom 
jadis si célèbre; il n'est cité ni dans les textes visigothiques, ni 
dans les textes arabes. Mais avec la Reconquête on voit renaître 
les souvenirs se rattachant à l'ancienne histoire du pays, et 
avec eux le nom de Numance. Lorsqu'au x" siècle fut fondé 
l'évêché de Zamora, son évêque se nommait « Episcopus 
Numantinus )). C'est pour cela que l'on chercha par erreur 
Numance à Zamora, située bien loin de l'emplacement réel. 
C'est seulement au xvi' siècle, lors de la renaissance de la 



MES FOUILLES A NtJMANCË ET AUTOUR DE NUMAÎJCE 367 

littérature classique, qu'on connut la description topographique 
de Numance que donnait Appien. On situa alors Numance à sa 
place exacte, au confluent du Duero et du Merdancho, près du 
village de Garray, sur une colline qui portait les restes d'une 
ancienne ville. Grâce aux anciens auteurs qui parlaient de 
Numance et de sa lutte héroïque, sa renommée s'étendit de 
nouveau dans toute l'Espagne, et derechef les poètes s'occu- 
pèrent d'élever sa valeur jusqu'aux cieux, tandis que les topo- 
graphes discutaient sur son emplacement terrestre. C'est alors 
que Cervantes, l'auteur immortel de Don Quichote, composa 
une tragédie Numancia, qui dans des scènes saisissantes, avec 
une éloquence enflammée, retrace les derniers jours de 
Numance. Comme la plupart, Cervantes cherche aussi la ville 
héroïque sur la colline de Garray, et sa poésie décèle une 
connaissance complète de la région. Mais la preuve que 
Numantia y aurait été réellement située n'existait pas encore. 
La description d'Appien n'était pas suffisante, et à côté de 
Garray, la ville voisine Soria, qui se nommait fièrement « la 
segunda Numancia >>, et Zamora élevèrent la prétention d'être 
Numance. 

C'est seulement dans la soixantième année du xix" siècle qu'on 
fit un pas en avant. C'est alors que l'ingénieur Eduardo Saavedra, 
qui dans la province de Soria s'occupait de la construction 
de nouvelles routes, examina la voie romaine qui, partant de 
la vallée de l'Èbre, menait aux plateaux celtibères', et sur 
laquelle, d'après les itinéraires romains, se trouvait Numance. 
Comme en outre la ville, d'après Appien, était située sur le 
Duero, il en résultait qu'elle ne devait être cherchée réellement 
que sur la colline de Garray, oii la voie romaine traversait le 
Duero. Autant que le permettait la tradition littéraire, l'identité 
de la colline de Garray avec Numance était prouvée. Mais il 
manquait la clé de voûte de la preuve, la découverte de la ville 
même. Ce qu'on voyait sur la hauteur de Garray, c'étaient 
seulement les restes d'une ville romaine. Saavedra entreprit 
alors de chercher la ville ibérique détruite par Scipion. Mais 

1 . VIA sur la petite carte adjointe. 



368 BULLETIN HISPANIQUE 

ses fouilles de trois mois, d'après le rapport officiel présenté à 
l'Â^cadémie de l'Histoire espagnole, n'avaient donné comme 
résultat que des vestiges d'une ville romaine, rien d'une ville 
plus ancienne, d'origine ibérique. Ce récit eut pour conséquence 
de donner un nouvel aliment au doute, et l'emplacement de 
Numance resta de nouveau incertain, comme celui de Troie qui 
avait été non moins vivement contesté. 



I. La ville ibérique. 

En l'année 1902, lors d'un voyage en Espagne, je visitai 
la colline de Garray et reconnus que la colline et ses environs 
répondaient si bien à la description d'Appien, que la ville, 
malgré les données négatives des fouilles espagnoles, ne 
pouvait être cherchée qu'ici. Avec cette première visite, en 
août 1902, commença mon entreprise numantique, qui aujour- 
d'hui, après dix années, est arrivée à son terme. Les trois années 
suivantes 1908-1905, je les consacrai à l'étude delà tradition 
historique et à celle du plan de la colline et des environs 
relevé en 1861, mais non publié, et qu'avec une libéralité 
vraiment espagnole M. Saavedra avait mis à ma disposition. 
Le fruit de ces travaux antérieurs est le livre publié en 1906 
dans les Abhandlungen der Gottinger Gesellschaft der Wis- 
senschaften : Numantla, eine topographische-hislorische iliiler- 
sachung. L'ouvrage se compose de deux parties : dans la 
première partie, d'après les descriptions d'Appien et les plans 
espagnols, j'examine la topographie de la ville et l'investisse- 
ment fait par Scipion ; dans la deuxième partie, je fournis la 
preuve que le récit d'Appien concernant la guerre numantique 
et sa description de la topographie de Numance remontent à 
Polybe, le compagnon de Scipion, le témoin oculaire et l'his- 
torien du siège de Numance. Grâce à cette preuve, la description 
d'Appien, jusqu'alors à peine considérée, acquit une grande 
importance. A la fin de cet ouvrage sont formulés les pro- 
blèmes archéologiques à résoudre à Numance et autour de 
Numance, à savoir qu'on devrait sous la ville romaine chercher 



MES FOUILLES A NUMANCE ET AUTOUR DE NUMANCE 869 

les ruines de la ville ibérique, et môme qu'on aurait des 
chances de trouver les ruines des camps de Scipion sur les 
hauteurs entourant Numance. Je prédisais en outre les résultats 
que donneraient la ville ibérique et les camps romains, celle-là 
en faveur de l'antiquité ibérique encore presque inconnue, 
ceux-ci pour l'histoire militaire de la Rome républicaine. 
Ces problèmes exposés en 1906 ont été résolus les années sui- 
vantes et chacune des prédictions s'est réalisée. Lorsque je 
publiai le premier ouvrage, j'attendais encore de la part des 
Espagnols l'accomplissement de ce devoir archéologi(|ue, et 
à la fin du livre, j'adressais un pressant appel au gouverne- 
ment et au peuple espagnols. Lorsque l'ouvrage arriva en 
Espagne, on parla il est vrai d'une traduction, mais l'appel 
du savant étranger ne fut pas écouté, bien que la colline de 
Numance fût monument national, et que l'on fût sur le point 
d'y ériger une stèle commémorative. Alors je me décidai à 
mettre moi-même la main à l'œuvre. La Société des Sciences 
de Gottingen m'accorda 1,000 marcs, et au début d'août igoô 
je me mis pour la deuxième fois en route pour Numance, 
accompagné de M. Constantin Koenen, celui qui avait décou- 
vert et exploré le camp de Novaesium, comme collaborateur 
archéologique. Le 1 1 août, nous arrivâmes à Soria, la modeste 
capitale de la province, et nous fûmes reçus avec grande cour- 
toisie par les autorités dont l'attention avait été éveillée par une 
recommandation de notre ministre des affaires étrangères. Dès 
le jour suivant, le 12 août, je commençai avec cinq ouvriers les 
fouilles sur la colline de Garray. On pratiqua quatre tranchées 
bien orientées qui, poussées jusqu'à la roche, devaient d'abord 
permettre de déterminer les couches existantes et l'étendue de 
l'ancienne ville. Pour la deuxième fois la pioche et la bêche com- 
mencèrent leur œuvre, mais cette fois avec un meilleur résultat 
que (|uaranle ans auparavant. Après quelques heures à peine 
se présentaient des choses étonnantes. Dès que les tranchées 
arrivèrent au-dessous du niveau de la ville romaine et devin- 
rent plus profondes, on heurta une couche rouge de décombres 
provenant de briques en argile brûlées, et, dans ces décombres 
gisaient des morceaux de ces vases ibériques peints que préci- 



370 BULLETIN HISPANIQUE 

sèment Pierre Paris venait de faire connaître. Il n'y avait point, 
de doute : au-dessous de la ville romaine était ensevelie une 
ville ibérique plus ancienne, détruite par le feu : JSumance était 
trouvée. Les fouilles s'étendant, et traversant bientôt toute la 
colline et ses pentes, présentèrent partout le même aspect. Par- 
tout se montra une couche rouge provenant de l'action intense 
du feu qui avait détruit et brûlé les briques rouges des murs. 
La nouvelle de la découverte de la célèbre ville cherchée vaine- 
ment quarante ans auparavant se répandit comme une traînée 
de feu dans le pays. De tous côtés affluèrent des curieux, et plus 
d'un emporta comme souvenir un fragment d'argile brûlée. 
Le 2^ août, lorsque les fouilles allemandes étaient déjà passa- 
blement avancées, en présence du roi Alfonse XIII, le sénateur 
Acena découvrit l'obélisque qu'il avait fait ériger sur la hauteur 
de Numance. Le jour suivant, je montrai au ministre de 
l'Instruction publique, qui accompagnait le roi^, les résultats 
obtenus jusqu'alors par mes fouilles, et nous fûmes invités au 
banquet offert au roi par le donateur du monument, dans 
la salle des États de Soria. Par suite de la coïncidence de la 
découverte de Numance avec la visite du roi, l'attention géné- 
rale fut dirigée sur Numance, presque oubliée et employée 
comme carrière par les paysans. On ressentit comme une 
honte de ce qu'un étranger eût retrouvé le lieu de l'Espagne 
le plus célèbre dans l'Antiquité, et on réclama en faveur de 
l'Espagne la continuation des fouilles. Des exaltés allèrent 
jusqu'à réclamer le renvoi immédiat des étrangers, et une feuille 
locale de Soria lança cette belle phrase: que les vagues du Duero 
devraient se teindre en noir, de honte de ce que des mains 
étrangères eussent remué les cendres des Numantins. C'est un 
honneur pour le gouvernement espagnol de n'avoir prêté 
aucune attention à de pareils cris et de n'avoir point retiré 
une autorisation une fois donnée, comme assez souvent la 
chose a été faite en pareil cas dans d'autres pays. Sans être 
inquiétés, aidés au contraire par les autorités et les particuliers, 
nous pûmes pendant quatre mois complets faire des fouilles 
et accomplir notre tâche d'exhumer une partie caractéristique 
de l'ancienne ville et de l'étudier de la façon la plus exacte. 



MES FOUILLES A NUMANCE ET AUTOUR DE NUMANCE 87! 

Dans soixante feuilles dessinées à la plus grande échelle 
(i mètre pour lo mètres), Koencn établit la succession des 
divers établissements qui couvrirent la colline. On avait mis 
à découvert assez des murs d'enceinte, des maisons, des rues 
pour obtenir une image de la ville. 

Quel aspect présentait donc l'ancienne Numantia? En haut, 
sur le petit plateau de la colline, n'ayant que 7 hectares de sur- 
face, entourée d'une puissante muraille large de 6 mètres, bâtie 
en grandes pierres dans le bas, en briques d'argile dans le haut, 
s'étend l'ancienne ville, tandis qu'un faubourg plus récent 
s'étend sur des terrasses JLisqu'à la plaine. Le plan de l'an- 
cienne ville présente plus d'art qu'on ne devait s'y attendre. 
Concentrique avec le rempart court autour de la ville une rue 
circulaire; entre le rempart et la rue circulaire se trouve un 
quartier circulaire composé d'habitations ayant 11 à 12 mètres 
de longueur, 2 à 3 mètres de largeur. L'intérieur de la ville 
est coupé par deux rues longitudinales (nord-sud), et par 
dix rues transversales (est-ouest) qui la divisent en un certain 
nombre de pâtés rectangulaires de maisons. Chaque pâté se 
compose de deux rangées de maisons qui se touchent entre 
elles par leur côté postérieur et qui, par le côté antérieur, 
touchent à la rue. La maison numantine a 11 à 12 mètres de 
longueur, 2 à 3 mètres de largeur et se compose de trois 
chambres : en avant, vers la rue, une chambre, avec cave 
à provisions en dessous; au milieu, la cuisine; derrière, la 
chambre à coucher. Tout comme le mur de la ville, les mai- 
sons ont aussi des murailles en argile avec cloisonnement de 
poutres, sur fondations en pierres grossières, tandis que les 
toits se composent de bois et d'argile. Ainsi que la ville pré- 
historique de Troie (Troie II), Numance était une ville en 
briques crues. La cave servait en même temps d'habitation 
d'hiver, en particulier, — comme le montrent de nombreux 
poids de tisserands et pesons de fus.eaux, — de chambre de 
fileuses, comme il en était aussi, suivant Tacite, chez les Ger- 
mains. Ainsi que la construction des maisons^ le mobilier était 
très primitif. L'ustensile de fer est rare, celui de bronze 
manque entièrement. Par contre, on voit une quantité éton- 



3-2 BULLETIN HISPANIQUE 

nante et très variée de vases d'argile, soit simples, soit riche- 
ment peints d'ornements géométriques de toutes sortes, qui 
montrent une certaine influence des prototypes grecs et 
semblent se rattacher à la civilisation méditerranéenne. Les 
dessins d'hommes et d'animaux sont aussi de style géomé- 
trique et leurs figures ont une rudesse enfantine. Les potiers 
numantins représentent particulièrement le cheval, évidem- 
ment un animal favori; on rencontre aussi le lapin, autre 
animal caractéristique des hauts plateaux celtibères, de la 
« cuniculosa Celtiberia » ; également des poissons et des 
oiseaux. Les figures humaines sont rares. Une fois, nous 
voyons le duel de deux guerriers portant des armes celtibères : 
un petit bouclier rond, une épée et plusieurs lances; une 
autre fois, c'est la capture et le dressage des chevaux sauvages 
du pays. Outre les vases, les Numantins confectionnèrent 
d'autres ustensiles de toutes sortes en argile. On est étonné 
de trouver des coffres en argile avec couvercle à charnières et 
même des cors en argile, qui jadis, peut-être, appelèrent les 
Numantins à la lutte'. On ne peut nier que ces rudes barbares 
possédaient une industrie de la poterie très variée, dépendant ^ 
à l'origine de modèles grecs, mais ensuite développée origina- 
lement. Ce qui reste du mobilier est pauvre et grossier. On 
trouve des meules à main et des pilons pour écraser le blé, 
des pesons de quenouilles et des fuseaux en argile, diverses 
poignées de couteaux et outils en corne de cerf, des couteaux 
en fer et autres objets pareils. Tous ces débris reposent sous 
la couche rouge de l'incendie, le suaire de la ville détruite. 
Dans cette couche furent aussi trouvés des restes d'ossements 
humains, entre autres des crânes d'adultes et d'enfants, qui 
provenaient probablement des horribles repas des derniers 
défenseurs. 

Sous la ville ibérique se trouvent deux stations préhisto- 
riques, l'une contenant des ustensiles néolithiques, l'autre des 
vases de l'époque de Hallstatt. Les uns pourraient être attri- 
bués aux Ligures, les habitants de l'Espagne les plus anciens 

1. Ces objets ont été trouvés dans les fouilles espagnoles. 



MES FOUILLES A NUMANCE ET ALTOUU DE ^'[:MANGE 



373 



que nous connaissions, les autres aux Celtes, qui, avant les 
Ibères, se fixèrent sur les hauts plateaux et d'après lesquels 
ceux-ci furent nommés c Celtibères ». 







SES ENVIUONS, AVEC L'EMPLACEMENT 
CAMPS ROMAINS. 



II. Les camps de Scipion. 



La ville ibérique était trouvée. Durant la première campagne, 
je commençai encore la recherche du deuxième objet de 
mes travaux : les camps de Scipion. De fait, sur plusieurs des 
hauteurs entourant Numance et qui étaient propices à l'instal- 
lation de la circonvallation, je réussis à trouver des traces des 
travaux de Scipion, non seulement de la poterie romaine, 
mais aussi des murs de ses camps. Lorsque je communiquai à 
la Société archéologique de Berlin cette si heureuse campagne, 



374 BULLETIN HISPANIQUE 

on ne put certainement, en présence des pièces trouvées, 
douter de la découverte de Numance; par contre, on eut de 
la peine à croire à l'existence des restes des camps de Scipion 
qu'on devait se iigurer comme des ouvrages en terre. Les 
« Camps de Scipion », cela ne ressemblait-il pas un peu au 
« Collier d'Hélène » et au « Trésor de Priam » ? Mais la preuve 
ne devait pas longtemps tarder à se produire. Après que, sur 
les instances de M. le professeur U. von Willamowilz-Moellen- 
dorlï, S. M. l'Empereur eut mis à ma disposition des subsides 
assez importants pour assurer la continuation des fouilles, je 
consacrai la seconde campagne, en 1906, à la recherche des 
camps de Scipion, pendant qu'une commission espagnole 
continuait de son côté les fouilles sur la colline de la ville. 
Sur la colline située au sud de Numance, la « Pefia Redonda », 
je mis réellement au jour et rapidement les lignes régulières 
des murailles de casernes appartenant à un camp qui recou- 
vrait toute la colline, et où l'on recueillit des monnaies 
romaines du temps de Scipion, des armes et autres objets de 
guerre, ainsi qu'une masse de débris d'amphores et d'autre 
poterie. Le premier camp de Scipion était découvert! De Pefia 
Redonda je me transportai sur les autres hauteurs qui enser- 
raient Numance, et à la fin de la deuxième campagne quatre 
des sept camps avaient été retrouvés. Ils donnèrent en même 
temps de nombreuses reliques de Tarmée romaine, parmi 
lesquelles de précieuses pièces telles qu'un exemplaire très 
bien conservé de pilum, la célèbre arme de jet des légions, un 
ceinturon militaire en bronze artistement orné, des lances et 
des pointes de traits des formes les plus diverses, des traits 
de catapulte et des boulets de baliste du poids de dix livres, de 
l'artillerie de Scipion, et une grande quantité de céramique 
de cette époque, qui ouvrait un nouveau chapitre dans l'his- 
toire de la poterie romaine. Ainsi donc les camps de Scipion 
existaient en réalité. Ils. ne se composaient point de terre et de 
bois, mais étaient de solides constructions en pierre comme 
les camps permanents de l'époque impériale. Deux des camps, 
« Pefia Redonda » et « Castillejo », laissaient nettement recon- 
naître les longues rangées de casernes de manipules d'une 



MES FOUILLES A NUMANCE ET AUTOUR DE NUMANCE 875 

légion avec les deux centuries séparées par une cour, ainsi 
que les maisons des tribuns correspondant à une habitation 
romaine et pourvues de triclinia, et enfin le praetorium, où 
habitait le général. Comme Scipion n'avait que deux légions 
et que l'une était commandée par lui et l'autre par son frère, 
Fabius Maximus, en raison de son emplacement important et 
de son praetorium plus grand je considérai le camp de Gastil- 
lejo comme le quartier général de Scipion ; l'autre, Pena 
Redonda, comme le camp que commandait son frère. Dans 
les deux campagnes suivantes, 1907 et 1908, on découvrit les 
trois autres camps et en outre une des deux redoutes par 
lesquelles, suivant Appien, Scipion barrait le Duero, ainsi que 
des portions considérables du mur de circonvallation qui 
reliait les sept camps, ayant quatre mètres de largeur et muni 
de tours servant à l'observation et au tir de l'artillerie. L'éten- 
due des lignes découvertes, neuf kilomètres, correspondait 
exactement à la mesure donnée par Appien. Des sept camps, 
deux, ceux des deux légions, étaient bien conservés; des deux 
autres il restait des ruines considérables, et il subsistait 
assez des trois autres pour qu'on ne pût douter de leur iden- 
tité. Les camps, à l'exception de celui qui barrait la plaine à 
l'est de Numance, le camp « Travesadas », sont tous situés 
sur des hauteurs en partie escarpées et ont un caractère exclu- 
sivement défensif. Ce fait est d'accord avec le récit d'Appien, 
d'après lequel Scipion, avec ses mauvaises troupes, se bornait 
entièrement à enserrer la ville et à défendre ses ouvrages 
contre les tentatives d'évasion des Numantins ; de la sorte, 
assiégeants et assiégés avaient échangé leurs rôles. On a aussi 
trouvé la place où, selon Appien, un petit lac traversait les 
lignes et nécessitait la construction d'une digue. De même 
existent encore les puissantes levées du pont que Scipion avait 
essayé de jeter sur le Duero. Comme dans les premières 
années la découverte de Numance, celle des camps de Scipion 
attira maintenant l'attention du monde savant. L'Institut 
archéologique envoya à Numance MM. le professeur Fabricius, 
directeur de la Commission du Limes, et Dragendorfl', le direc- 
teur de l'Institut archéologique. Dans leurs rapports, tous les 



876 BULLETIN HISPANIQUE 

deux firent ressortir l'importance de la découverte. M. Fabri- 
cius est resté depuis lors un fidèle protecteur de mon 
entreprise. 

Ainsi, la première campagne nous avait rendu la ville de 
Numance, les trois campagnes suivantes, de 1906 à 1908, les 
puissants travaux d'investissement de Scipion : un vivant 
commentaire d'Appien, et la confirmation de la preuve donnée 
dans mon premier ouvrage qu'Appien aurait utilisé le récit du 
témoin oculaire Polybe. J'ai fixé la topographie d'une ville 
célèbre et une page illustre de l'histoire romaine. La fin drama- 
tique de la lutte des Ibères pour la liberté s'offre à nos yeux 
avec une netteté saisissante. Quant aux détails, les fouilles de 
la capitale celtibère constituaient le premier examen scien- 
tifique d'une ville ibérique, celles des camps de Scipion un 
surprenant enrichissement de notre connaissance de l'art de 
la guerre au temps de la République romaine. Tandis que 
jusqu'à présent nous ne possédions que des camps de l'époque 
impériale, les camps trouvés à Numance datent de l'année i33 
av. J.-C, et de ce fait l'histoire du camp romain s'enrichit de 
données de cent cinquante à deux cents années plus anciennes. 
De plus les trouvailles, principalement les armes, étaient d'une 
importance particulière comme documents des guerres de la 
République romaine. 

Sur un point seulement les espérances ne furent point 
comblées. On avait espéré que les camps de Scipion concorde- 
raient avec le camp contemporain décrit par Polybe. Mais tel 
n'est pas le cas. En efî'et, l'étroitesse de la surface des camps 
et leur caractère défensif avaient eu pour conséquence de les 
rendre très différents du camp classique. Les années 1905 à 
1908 avaient donné tout ce que l'on attendait, excepté cela. 
Mais ma Fortuna Hispaniensis m'est restée fidèle, et ce que 
refusait ^umance m'a été accordé par « La Gran Atalaya », la 
colline de Renieblas : à savoir un camp complet d'après le 
schéma de Polybe. 



MES FOIILLES A NtJMA^GE ET AUTOUR DE NUMANCE 877 



111. Les cinq camps de Renieblas. 

Déjà pendant la première campagne, j'avais dans les environs 
de >umance cherché le camp de Nobilior, qui, d'après Appien, 
se trouvait à 2/i stades, soit à 4 kilomètres 1/2 de \umance. 
C'est de ce camp qu'il commença en l'année i53 la guerre 
celtibérique. Mon attention avait été alors attirée par la colline 
«La Gran Atalaya », près de Renieblas, à 6 kilomètres de 
Numance, où j'avais remarqué des murs antiques. A la fin de 
la campagne 190S, je pratiquai là une fouille d'essai. Elle donna 
des lignes régulières de murailles, des monnaies romaines, 
des armes, de la poterie, en un mot, des traces d'un camp 
romain qu'on ne pouvait méconnaître. En parcourant l'étendue 
de la colline, je vis que les murailles s'étendaient au loin et 
qu'ainsi j'étais en présence d'un établissement important. C'est 
ainsi que je me trouvais, juste au moment où j'en finissais 
avec Numance, en face d'une nouvelle et importante tâche à 
remplir. Mais sans argent pas de fouilles possibles. Les 
ressources dues à S. M. l'empereur étaient depuis longtemps 
épuisées et c'est seulement grâce aux subsides du ministre de 
l'Instruction publique prussien et de l'Institut archéologique 
que la dernière campagne à Numance avait pu être terminée. 
Bien décidé à entreprendre également à tout prix cette nouvelle 
recherche, je me vis contraint d'aborder avec mes propres 
moyens la cinquième fouille, la première de Renieblas, jus- 
qu'au moment où derechef me vint un secours, et cette 
fois d'un ami de l'Antiquité autrichien, M. L. Angerer. 
Pendant la cinquième campagne (1909), je déterminai deux 
camps qui s'enchevêtraient, par conséquent qui dataient 
d'époques différentes; pendant la sixième campagne, en 19 10, 
je déblayai encore trois autres carnps^ si bien que La Gran 
Atalaya ne portait pas moins de cinq camps romains ! Trois 
d'entre eux, très vastes, jusqu'à 60 hectares d'étendue, étaient 
de grands camps destinés à deux légions de l'armée consulaire; 
les deux autres pouvaient tout au plus contenir une légion. 



378 BULLETIN HISPANIQUE 

Maintenant, comment fut-il possible de venir à bout d'une 
pareille quantité de découvertes? Une circonstance heureuse 
a facilité le travail. Les murailles des cinq camps étaient en 
majeure partie encore reconnaissables sur le sol, si bien que 
beaucoup pouvaient être relevées sans aucune fouille. Sur le 
plateau dénudé, balayé par les vents, pendant les deux mille 
ans écoulés depuis la construction du camp, il ne s'était formé 
presque aucun humus. Dans les circonstances normales, 
couverte de terre, l'énorme masse de murailles n'aurait pu 
être ni découverte ni mise à nu. Mais ainsi il fut possible au 
commandant Lammerer, chef du bureau topographique bava- 
rois, de dresser un plan détaillé (i/rooo) des camps et de la 
colline, travail fort admiré dans les cercles archéologiques. 
Autant que le permirent l'argent et le temps, les parties les 
plus importantes des camps furent mises à découvert et rele- 
vées à une plus grande échelle (i/ioo ou 1/200) par l'architecte 
D' Pfretzschner. On dut pratiquer beaucoup de fouilles dans le 
cinquième camp, le plus récent, qui était en majeure partie 
situé dans la plaine au-dessous de La Gran Atalaya et qui 
était recouvert dune épaisse couche de terre. 

C'est ainsi qu'en quatre campagnes (1909-191 2) j'avais réussi 
à accomplir le travail nécessité par les cinq camps de Renieblas 
dont l'ensemble couvrait une surface de 2 kilomètres carrés. 
Mais c'est sous ces camps qu'existe réellement le camp espéré 
vainement à Numance, un camp d'après le schéma de Polybel 

Le troisième camp, le plus ancien des trois grands camps à 
deux légions, concorde dans tous les points essentiels avec le 
camp de campagne de Polybe d'une façon si complète, qu'il 
constitue un commentaire monumental de Polybe. On y trouve 
les six corps de troupes formant la légion : équités romani et 
triarii, principes et hastati, équités et pedites sociorum, en trois 
groupes situés les uns derrière les autres et chacune des 
troupes logée dans dix casernes situées les unes près des autres. 
On a trouvé ces rangées de dix casernes divisées en deux 
moitiés de cinq casernes par la Via quintana, la Via praetoria 
menant au praetorium et la Via principalis, la grande rue du 
camp. Gomme chez Polybe, les deux rangées de casernes appar- 



MES FOUlLtES A NUMANCE ET AUtOUh DE NUMANCE 379 

tenant à un des trois groupes se touchent par l'arrière et par 
leur front bordent la rue. Les casernes destinées aux manipules 
et à la turma, avec les deux ailes hébergeant les troupes et 
l'aile transversale qui les relie destinée aux bctes de somme, 
forment un fer à cheval. La première chambre des deux ailes 
habitée par le centurion, sous-chef, porte-étendard, se fait 
remarquer par sa grandeur, et elle est pourvue d'un corps de 
garde, d'où l'on pouvait surveiller tout ce qui entrait ou sortait. 
Les 120 hommes du manipule étaient divisés dans le camp 
comme dans le combat, en deux centuries de 60 hommes 
chacune, et les centuries campaient dans 10 chambres de 
6 hommes, qui dans le combat forment une section. En raison 
de cette concordance entre le dispositif de combat et le campe- 
ment, le manipule pouvait se former en un moment dans la 
cour de la caserne. Le schéma minutieusement étudié du camp 
républicain, le chef-d'œuvre de la République romaine, dont 
jusqu'à présent nous n'avons eu qu'une idée incomplète par la 
description de Polybe, se déroule devant nous. Avec la décou- 
verte du camp de Renieblas commence une nouvelle époque 
pour l'histoire du camp romain poursuivie aujourd'hui si 
activement, surtout en Allemagne. 

La valeur du IIL camp est augmentée par ce fait, que nous 
pouvions avec assez de certitude désigner le général qui l'a 
bâti et l'année de la construction. Suivant la donnée d'Appien 
le consul Nobilior en l'année i53, à ,'4 kilomètres 1/2 
de Numance, a construit un camp pour deux légions; or La 
Gran Atalaya se trouve à 6 kilomètres, ce qui est à peu près 
la distance donnée par Appien, et dans les environs de 
Numance il n'y a aucun autre camp; alors le camp de Nobilior 
doit être un des trois camps à deux légions. iMais d'autre part, 
comme le camp IV est un camp d'été, que le camp V en raison 
de sa situation exposée dans la plaine ne peut avoir été bâti 
qu'après la destruction de Numance, nous sommes forcément 
conduits à désigner le IIP camp comme le camp de Nobilior. 

La tradition manque pour les camps IV et V. Évidemment, 
tous les deux datent de la même époque et sont dus au même 
général. Ils ont la même grandeur et, à l'opposé du camp III, 



38o BULLETIN lltSPANfQUE 

tracé irrégulièrement en raison du terrain, ils ont une forme 
à angle droit. Le camp IV ne possède aucunes constructions 
intérieures, ainsi c'est un camp d'été, tandis que le camp V 
représente un camp d'hiver pourvu de bâtiments intérieurs. 
Ainsi le camp IV aurait pu être bâti en été, le camp V pendant 
l'hiver de la même campagne. Situés dans la plaine et exposés 
à toutes les attaques des Numantins, le camp V et, de ce fait, 
le camp IV également semblent n'avoir été construits qu'après 
la chute de Numance (i33 av. J.-C), c'est-à-dire pendant une 
guerre ultérieure. 

Le plan du camp V, entièrement diflerent du camp III, 
correspond à la réforme de l'armée par Marius. La céramique, 
qui semble plus jeune, confirme que les deux camps datent 
d'une époque très postérieure au camp de Nobilior(i53av. J,-C.) 
et à celui de Scipion (i33av. J.-C). Peut-être le camp V date-t-il 
des années 75-7-^ av. J.-C, lors des combats livrés entre Pompée 
et Sertorius autour de la ligne du Duero. 

Le camp V se fait remarquer par la plus belle régularité. 
On voit encore conservées des parties du praetorium, une 
grande construction se composant d'une cour ouverte et des 
chambres qui l'entourent, et la Via praetoria qui vient y 
déboucher. Des deux côtés du praetorium, le long de la Via 
principalis, s'est conservée la longue rangée de maisons 
destinées aux douze tribuns et aux douze préfets des deux 
légions. Ce sont des maisons d'habitation parfaites d'après le 
plan de la maison à péristyle grecque et pourvues de triclinia 
et autres conforts, documents importants pour l'histoire de 
l'habitation antique. Une semblable rangée d'habitations, dans 
lesquelles certainement habitait la suite du général, se trouve 
derrière les maisons des tribuns. C'est seulement après le tiers 
du camp occupé en entier par ces grandes constructions que 
viennent les casernes qui sont également d'une grandeur 
étonnante et d'une construction soignée. Leur disposition 
en 3o manipules = 10 cohortes, l'absence des socii italiens et 
de la cavalerie romaine s'expliqueraient par l'organisation de 
l'armée due à Marius et l'assimilation des socii en 89 av. J.-C. 
En plusieurs endroits du camp se voient des greniers avec des 



Mi:S l-'OUILLi:S a NUMANGE et ALTOUU de Nl!MA\CE 38 1 

murailles puissantes, renforcées de contreforts qui supportaient 
le plancher suspendu. Le camp V est le mieux bâti de tous 
les camps romains trouvés autour de Numance. Par le soin 
porté à l'exécution, il ressemble aux camps permanents de 
l'époque impériale, avec la seule différence que ses murailles 
ne sont point liées avec du moiticr, mais seulement avec de 
largile. Le camp est défendu par un rempart en pierre 
de quatre mètres d'épaisseur, bien pourvu de barbettes. 
La longueur du rempart Nord atteint presque un kilomètre. 
Avec ses 60 hectares, ce camp est de beaucoup le plus 
grand de tous les camps romains découverts jusqu'ici et il 
est de plus du double plus grand que ^ovaesium, Lambaesis, 
Garnunlum, les trois camps permanents les mieux connus de 
l'époque impériale. 

Comme les camps IV et V paraissent être sensiblement plus 
jeunes, de même les camps I et II paraissent être sensiblement 
plus anciens que le camp de iNobilior. Et s'ils sont plus anciens 
que celui-ci, qui en i53 ouvrit la guerre ccltibérique, comme 
précédemment, à ce qu'il paraît, une fois seulement en 195 
sous le consul Gaton, une armée romaine poussa devant 
Numance, on est en droit de présumer que seul le célèbre 
défenseur de la discipline et des mœurs sévères en fut le 
constructeur. A l'époque de Gaton correspond également, 
faite dans Tétendue du camp 1, la trouvaille de plus de 
cent monnaies d'argent (victoriats) frappées avant 217 av. J.-G. 
qui, en raison de leur excellente conservation, n'auraient pu 
circuler que peu de temps. 



IV. Les camps d'Almazan et d'Aguilar. 

En dehors des sept camps autour de Numance et des cinq 
de Renieblas, on a encore trouvé un treizième et un quator- 
zième camp. L'un, dont je dois la connaissance à M. Aurelio 
Gonzalez de Gregorio, est situé près d'Almazan, à 35 kilo- 
mètres de Numance, sur la rive gauche du Duero, sur une 
hauteur commandant au loin la région plate. Manquant de 

Bull, hispan. ■ a6 



382 BUtLETIN MISPAÎJIQUÈ 

constructions intérieures, c'est un camp d'été. II est situé 
sur la route stratégique romaine qui, partant de Medinaceli, 
l'ancienne Ocilis, sur le Jalon, la base d'opération des Romains 
pendant la guerre celtibère, passait à. Almazan et menait à 
Numance, exactement à mi-chemin entre Numance et Ocilis. 
Comme Nobilior en l'an i53 a pris cette route, lors même que 
ce camp ne proviendrait pas de lui, il a dû l'occuper. Un 
quatorzième camp, découvert par le marquis de Cerralbo et 
qui, certainement, aussi se rapporte aux guerres celtibères, 
se trouve sur une hauteur commandant la vallée du Tajuna, 
entre les villages d'Aguilar et d'Anguita, à 20 kilomètres à 
l'est de Siguenza. Il reste encore à trouver le grand camp de 
Medinaceli, le grand entrepôt des Romains. 

C'est ainsi que mon entreprise a toujours étendu son cercle. 
Partant de Numance, elle est allée en progressant aux camps 
de Scipion, de ceux-ci à Renieblas, puis à Almazan, Medinaceli 
et Siguenza. Autant a été heureuse cette constante faveur de 
la fortune, autant cependant il a été difficile de trouver les 
ressources nécessaires pour accomplir une aussi grande tâche. 
Si ces difficultés ont été surmontées, je le dois essentiellement 
à l'intérêt que l'entreprise a trouvé en Prusse. Piesque la 
moitié des 4o,ooo marcs dépensés en tout a été accordée par 
S. M. l'empereur Guillaume, et le reste a été en majeure partie 
mis à ma disposition par le ministre de l'Instruction publique, 
l'Institut archéologique et les Académies de Gottingen et de 
Berlin. 

Après huit campagnes (1900- 191 2), en l'année 1912 j'ai 
terminé mon entreprise numantique. J'ai retrouvé la ville 
détruite par Scipion, avec ses curieuses antiquités, et les 
sept camps de Scipion. De plus, la chance m'a donné les 
cinq camps de Renieblas et parmi eux un exemplaire complet 
du camp de Polybe. Des casernes des soldats et des loge- 
ments d'officiers j'ai retiré une précieuse collection d'armes 
romaines et autres articles de guerre, qui seront exposés dans 
une salle du musée de Mayence. L'histoire des camps et de 
l'art de la guerre de l'époque républicaine, pour lesquelles 
nous manquions jusqu'ici de monuments importants, est 



MES FOUILLES A NUMANCE ET AUTOUR DE NUMANGE 



383 



devenue beaucoup plus nette. On devra encore estimer plus 
haut le profit historique. La dernière et dramatique phase de 
la guerre celtibère, le siège et la conquête de Numance, nous 
l'avons sous les yeux dans les restes tragiques de la petite ville 
et dans les puissants travaux d'investissement des Romains. 
Dans le camp de Nobilior nous voyons au travail les légions 
qui en l'année i53 ouvrirent la guerre de vingt ans^ et les 
belles maisons des tribuns du camp V ont été peut-être 
habitées par les officiers de Pompée. Du désert des hauts 
plateaux castillans, on doit bien le dire, est sortie une page 
d'histoire^ et surtout un épisode de l'histoire romaine particu- 
lièrement intéressant, éclairé par les grands noms de Scipion 
et de Polybe. 

Adolphe SGHULTEN. 

Traduit de la Internationale Monalschrift fiir Wissenschaft, Kunst 
und Teknik, Jahrgang 7, n" 4, par le D' FLORANCE. 



LES DÉCLAMATEURS ESI'AGNOLS 

AU TEMPS D'AUGUSTE ET DE TIBERE 

{Suite et fin '.) 



IX 



Le style, la méthode et l'habileté oratoire de Latron et de Gallion. 
— Les senientiae, les divisiones et les colores dans les décla- 
mations de Latron et de Gallion. — Supériorité de Latron. — 
Latron continuateur des disciplines oratoires de Cicéron. — 
Son goût pour l'érudition historique. — Son influence sur 
Tite-Live. — Satire de la société romaine contemporaine dans 
les déclamations de Gallion et surtout dans celles de Latron. 

Dans son recueil de Controversiae et de Suasoriae, Sénèque 
parle abondamment des déclamations de ses deux amis Latron 
et Gallion, de celles du premier surtout. Il n'est pas une seule 
des trente-cinq Controversiae où l'on ne trouve des divisiones, 
des quaesiiones, des colores ou des sententiae de Latron. 
Gallion n'est pas cité dans la troisième et la quatrième 
controverse du livre I, dans la première, la quatrièine et 
la septième du livre II, dans la deuxième, la troisième, la 
quatrième et la cinquième du livre YII, dans la deuxième 
du livre IX et dans la sixième du livre X. Il n'est cité que 
dans la cinquième des Suasoriae; et Latron n'est cité que 
dans la première, la deuxième et la sixième; probablement, 
parce que la suasoria, considérée comme plus facile que la 
conlroversia, était l'exercice des élèves débutants. Un maître 
illustre comme Latron se donnait rarement la peine de 
développer dans son école le corrigé d'un travail fait par 

I. Voir le Bull hisp.^ t. XII, 1910, p. i ; t. XIV, igia, p. n, 229, Sln ; t. XV, igiS, 
p. ib!iy aSy. 



LES DÉCLAMATEURS ESPAGNOLS 385 

des ((nouveaux»; et un amateur distingué comme Gallion 
dédaignait de s'escrimer sur des sujets indignes de lui. 

Les abondants renseignements fournis par Sénèque nous 
permettent d'apprécier la valeur des éloges qu'il donne à la 
méthode et à l'art oratoire de ses amis. Mais il semble 
impossible de juger en connaissance de cause quel était 
le style de Latron et de Gallion, Messalla blâmait Latron 
d'avoir une langue à lui'; Sénèque ne nous dit pas qu'on ait 
fait des remarques désobligeantes sur la langue de Gallion, 
mais il ne nous donne pas les éléments nécessaires pour 
nous rendre compte de ce qu'étaient le vocabulaire, la 
syntaxe et le style des deux déclamateurs. Il reconnaît qu'à 
l'âge avancé où il rédige ses souvenirs d'autrefois, il doit 
se plier aux caprices de sa mémoire qui depuis longtemps 
ne lui concède plus qu'une obéissance précaire^; cette 
mémoire infidèle peut lui présenter le sens, mais non les 
termes mêmes des déclamations dont il entretient ses fils. 
Exception faite des sentenliae dont les mots à effet ont pu 
rester gravés dans le souvenir du rédacteur des Conlroversiae 
et des Suasoriae, il y a grande apparence que le style de 
l'ouvrage appartient en propre à Sénèque et non aux auteurs 
dont il cite les divisiones, les qiiaestiones et les colores. 

Lindner, qui a étudié le vocabulaire et la syntaxe de tous 
les passages de Latron et de Gallion dont, à mon avis, 
Sénèque reproduit le sens plutôt que le texte exact, reconnaît 
que les deux déclamateurs parlent, sinon comme Cicéron, 
du moins comme les plus classiques de leurs contempo- 
rains^. D'ailleurs, parmi les termes du vocabulaire de Gallion 
et de Latron que Lindner relève comme étrangers à l'usage 
de la bonne époque, il en est plusieurs qui se trouvent 
dans les comiques ^, dans Cicéron et les auteurs de son 

1. Voir le Bull, hisp., t. XV, igiS, n° 3, p. a46. 

2. Sénèque, Coittrov., I, Praefat., 5 : Necesse est ergo me ad delicias componam 
memoriae meae, quae miliijam olim precario paret. 

3. Lindner, De M. Porcio Latrone, p. 27-29; De Junio G(tUione, p. lo-n. 

4. Latro. — Controv., I, i, 2 : cellula (ïérence, Eun., II, m, v, ig). — Controv., I, 
V, A; VII, VI, 9: vitiare [virginem] (Térence, Eun,, IV, iv, v. 30; Ad., IV, v, 
V. 52, etc.). — Controv., II, vu, 9: delenimentam (Ribbeck, Comic. Latin. Beliquiae, 
Laberius, v. i34 ; Afranius, v. 379 et 383). — Controv., VII, m, 7 : infelicitas (Térence, 
Ad., IV, ji, V. 5). 



386 BULLETIN HISPANIQUE 

temps', dans Virgile et dans Tite-Live^ Les autres sont dun 
emploi ordinaire chez Velleius Paterculus, Sénèque le philo- 
sophe, Sénèque le tragique, Pline l'Ancien, Quintilien, Suétone^. 
Il n'y a guère que les mots viliator, employé par Latron et par 
Gallion'', et sollicitator, employé par Latron a, qui ne semblent 
se rencontrer que dans les passages des Controversiae où 
Sénèque cite les développements de ces deux déclamateurs. 

Lindner remarque que Latron n'emploie aucun mot grec : 
c'est, dit-il, à cause du mépris que le rhéteur professait pour 
l'hellénisme '5; mais Sénèque n'attribue aux controverses de 
Gallion que l'emploi d'un seul mot grec, myoparon, qui est 
déjà dans les Verrines'^. Si l'on trouve dans les sententiae et 
dans l'argumentation de Latron et de Gallion une subtilité 
et une exagération inconnues à Cicéron, leur langue et leur 
syntaxe sont parfaitement classiques. Le désarroi où Latron 
est mis par le solécisme qui lui échappe au début de sa 
malencontreuse plaidoirie prononcée en Espagne'^ prouve bien 
jusqu'à quel point il poussait le souci de la correction. 
Il est probable que Gallion ne se montrait pas moins correct 



1. Latro. — Controv., II, vu, 3: sahitator (Quinlus Gicero, Commentariolum, I\, 
35, 3C, etc.). 

Gallio. — Controv., I, vu, 12: excaecare (Cicéron, Acad. Prior., II, xxiii, 7^). 
— Controv., IX, iv, la : taxatio (Cicéron, Pro Tullio, m, 7). — Controv., II, v, 6 : 
matrix (Varron, De Re Bustica, II, v, 12). 

2. Latro. — Controv., I, iv, i : obluctari (Virgile, En., III, v. 38). — Controv., VII, 

I, 17 : derigere (Virgile, En., III, v. 260, v. 3o8; VII, v. l|[^'/)^, sublapsus (Virgile, En., 

II, V. 169; VII, V. 35i ; XII, v. 686; Géorg., I, v. 200). — Controv., X, i, 10 : inspoliatus 
(Virgile, En., XI, v. oy/i). — Controv., VII, 11, 8 : aggravari (Tite-Live, IV, xii, 7, et 
très souvent). 

3. Latro. — Controv., I, m, 8: adjutorium (Velleius Paterculus, II, cxii, 4; 
Sénèque, Epist., xxxi, 5; Quintilien, Instit. Orat., III, vi, 83). — Controv., I, vu, i; 
II, V, I, 12, i8 : lyrannicida, tyrannicidium (Sénèque, De Ira, II, xxiii, i ; Pline, A'. H., 
VII, XXIII, 87; XXXIV, IV, 17; VIII, 70, 72; Quintilien, Instil. Orat., V, x, 36, 69; 
VII, III, 7, 10; VII, 2, 5. — Controv., VII, vi, i3 : stuprator (Sénèque tr., Phèdre, 
V. 9o5; Suétone, Domitien, viii; Quintilien, Instit. Orat., IV, 11, 69; VII, iv, 42). 

Gallion. — Controv. j II, v, 6 : iancinare (Sénèque, De Ira, I, 11, 2; Pline, N. H., 
IX, VI, i3). — Controv., IX, m, 2: consummatio (Sénhtiue, De Brevitate vitae, 1, 3; 
Pline, TV. H., IV, xxiii, 121; Quintilien, Instit. Orat., IX, 11, io3). 
U. Sénèque, Controv., I, v, 6; VII, viii, 4. 

5. Sénèque, Controv., II, vu, 3, 4. — D'ailleurs, le mol sollicitator se retrouve, 
sinon chez les littérateurs, du moins chez les juristes. 

6. Voir le Bull, hisp., t. XV, 1913, n° 3, p. 243. 

7. Sénèque, Controv., I, 11, n. — Cicéron, In Verrein (II), I, xxxiv, 86; III, lxxx, 
186, etc. 

8. Voir le Bull, hisp., t. XV, 1913, n" 3, p. 249. 



LES DÉCLAMATEURS ESPAGNOLS 887 

dans l'emploi du style familier, qu'il maniait avec une maîtrise 
si vantée par Sénèque'. 

A défaut de précisions sur le style de Latron et de Gallion, 
le recueil de Controversiae et de Suasoriae, rédigé par leur ami 
et publié sous le titre de Oralorum senlenliae, divisiones, 
colores^, fournil du moins des documents abondants qui nous 
permettent de nous faire une idée très nette de ce quêtaient 
la méthode oratoire et la manière de ces deux déclamateurs. 

On a déjà vu que dans le vocabulaire des écoles le mot 
sentenlia a deux sens 3. L'auteur de la Rhélorique à Hérennius, 
qui écrivait avant l'époque de Gicéron, définissait la senteniia 
(( une maxime tirée de la pratique de la vie, présentant en un 
trait rapide une observation sur ce qui se fait ou sur ce qui 
doit se faire dans la vie»; il donnait entre autres exemples 
de senlenliae simples- et courtes ces maximes assez banales : 
« (^elui-là doit être regardé comme libre qui n'est l'esclave 
d'aucune passion honteuse... Ils sont également pauvres celui 
qui n'a pas de ressources suffisantes et celui à qui rien ne 
suffît. » Mais, tout en vantant le mérite de ces maximes qui 
charment par leur brève simplicité, l'auteur fait remarquer 
qu'il ne faut les employer qu'avec réserve, car l'orateur ne 
doit pas faire œuvre de précepteur moraliste^. Un siècle 
et demi après la Rhétorique à Hérennius, l'Institution oratoire 
cite un grand nombre de ces senlenliae, plus aiguisées que 
celles des anciens et dont les orateurs, à la fin du i" siècle 
de l'ère chrétienne, abusent sans goût et sans discrétion^; 
ce sont les luniina oralionis, qui sont comme les yeux de 
l'éloquence : mais Quintilien juge monstrueux un corps 
humain dont tous les membres seraient couverts d'yeux*^. 
Dans les écoles, le mot sentenlia a aussi un autre sens 
plus spécial : « Il indique l'opinion des déclamateurs sur- 
la culpabilité ou la non-culpabilité de l'accusé^, sur l'appli- 



1. Sénèque, Controv., VII, Praefat., 5. 

2. Voir le Bail, \iisp., t. XIV, 1912, q" i, p. 17. 

3. Voir le Bull, hisp., t. XII, 1910, n" i, p. 18. 
i. Rhet. ad Herenn., IV, xvii. 

5. Quintilien, Inslit. Oral., VIII, v, 1-8. 

6. Quintilien, Instit. Orat., VIII, v, 34- 



388 BULLETIN HISPANIQUE 

cation au cas proposé du texte de loi exprimé, lorsqu'il y en 
a un>. » 

Il semble inutile de rechercher ce que sont les sententiae de 
Latron et de Gallion en cette acception particulière : comme 
tous les déclamateurs, ils doivent successivement dans la 
même coniroversia établir avec plus ou moins de subtilité leur 
opinion sur la culpabilité et sur la non-culpabilité du même 
accusé. Quant aux textes de lois exprimés, on sait que ces lois 
sont le plus souvent imaginées pour servir de thèmes à des 
développements de casuistique compliquées On peut simple- 
ment noter qu'à l'encontre de la généralité de leurs confrères 
qui affectent de s'appuyer sur ces lois créées pour le besoin 
de la cause, les deux déclamateurs espagnols ont coutume 
de se fonder sur l'équité. A la manière de TAntigone de 
Sophocle, qui invoque les âysa—a Gecov viij.'.;j.a^, Gallion se réclame 
des Jura non scripta sed omnibus scrlptis certiora'^. Il comprend 
que ces lois qui ne sont pas écrites ont beaucoup plus de 
sûreté que les lois imaginées par le déclamateur en quête de 
thèmes à controverses, et que le droit commun à l'humanité 
tout entière (commune jus generis humant) est une base de dis- 
cussion beaucoup plus sérieuse cfue ce droit factice qui n'existe 
pas en dehors de l'école. Latron, lui aussi, sépare toujours le 
droit factice de l'équité, sur laquelle il préfère fonder sa 
sententia; il laisse même la jurisprudence complètement de 
côté pour ne considérer que l'obligation morale s. 

Pour ce qui est des sententiae au sens ordinaire de lumina 
orationis, Sénèque leur attribue une importance extrême et 
leur accorde toute son admiration, quand elles réussissent 
à exprimer des pensées ingénieuses d'une manière à la fois 
concise et brillante. Il promet l'immortalité à une sententia 
qu'il juge parfaite^. Cette sententia est due à un Gaulois de 
Narbonne, Votienus Montanus. Mais si les sententiae des décla- 

1. Bornecque, Les déclamations, p. 5i. 

2. Voir Bornecque, Les déclamations... Chap. 111. Le droit dans les Controverses, 
p. 59-74. 

3. Sophocle, Antigone, v. 454-455. 

4. Sénèque, Controv,, l, i, i4. 

5. Sénèque, Controv., I, i, i3; II, v, 12; VU, iv, 3, etc. 

6. Sénèque, Controv., iX, v, i5. 



LES DÉCLAMATEURS ESPAGNOLS 889 

mateurs grecs sont bien inférieures à celles des latins', les 
Espagnols, dignes émules des Romains, ont des sentenliae qui 
valent celle de Votienus Montanus : elles sont, en efTct, com- 
parables ou supérieures ù celles des maîtres les plus 
illustres^. 

Latron se distingue naturellement au premier rang des 
meilleurs auteurs de senlentiae. Déjà, alors qu'il était écolier, 
il coupait la parole à son maître, Marullus, pour lui indiquer 
tous les traits qui pouvaient prendre place dans la controverse 
péniblement développée par le déclamateur à court de sen- 
ientiae^. Quand il est lui-même maître d'une école de décla- 
mation, il sait éviter la mésaventure de Marullus : il s'est 
composé un assortiment de sentenliae — ce qu'il appelle un 
mobilier — sur la fortune, la cruauté, le siècle, les richesses^. 
Ses élèves ne peuvent le prendre au dépourvu; mais ils 
peuvent piller son assortiment. Les poètes Arbronius Silo et 
Ovide mettent en vers ses senlenliae"-^ : le seul de ces deux 
poètes que nous connaissions, Ovide, gâte même en y insis- 
tant les traits qu'il emprunte au célèbre déclamateur. C'était 
un défaut de Votienus Montanus, l'auteur de la senlentia des- 
tinée à durer autant que les siècles'''. Latron échappait à ce 
défaut : il possédait une provision assez abondante pour ne 
pas avoir besoin de revenir sur un trait heureux; il en produi- 
sait un si grand nombre que l'opinion lui attribuait tous ceux 
qui avaient du succès. On était tellement habitué à applaudir 
tous ceux que sa voix robuste imposait à l'admiration qu'il 
devait débiter parfois des senlentiae d'un goût douteux pour 
avoir le droit d'accabler d'invectives l'enthousiasme inop- 
portun de ses auditeurs", 

Sénèque cite un grand nombre des sentenliae de Latron et 

1. Voir le Buli. hisp., t. XIV, 1912, n° i, p. 28. 

2. Sénèque, Controv., X, Praefat., ii'i. 

3. Voir le Bull, hisp., t. XII, 1910, n° i, p. 10. 

/(, Sénèque, Controv., I, Praefat., 28 : Hoc genus sententiarum supellectilem vocabat. 
— Cf. Cicéron. DeOrat., I, xxxvi, i05 : In oratoris vero instrumento tam lautani supel- 
lectilem nunquam videram. 

5. Voir le Bull, hisp., t, XV, igiS, n° 3, p. 23g-2io, p. 247. — Lire : « Arbronius w, 
au lieu de: « Arborius», p. 2^7, ligne u't. 

6. Sénèque, Controv., IX, v, 17. 

7. Voir le Bull, hisp., t. XV, igiS, n" 3, p. 2^3, 245, 2^7. 



SgO BULLETIN HISPANIQUE 

de Gallion. Au témoignage de leur ami, les deux dt'clama- 
teurs espagnols seraient à peu près indemnes des défauts 
souvent reprochés avec sévérité à leurs confrères : dans la 
discussion d'une controverse, il arrive que quelques déclama- 
teurs, même que la plupart d'entre eux, ne trouvent à user 
que de senleiitiae plus ou moins déplacées'. Gomme la critique 
des contemporains 2, celle des lettrés du siècle suivant a 
épargné les seiilentiae de Latron. Par contre, dans le Dialogue 
des orateurs^, Messalla reproche à celles de Gallion le cliquetis 
de mots qui, d'après Quintilien, accuse chez l'orateur une 
certaine faiblesse plutôt que la surabondance de force''. Le 
reproche de Messalla est justifié : parmi les senienliae de Gallion 
que Sénèque cite sans les blâmer, il est facile d'en choisir, à 
titre d'exemples, quelques-unes où l'on voit combien l'abus des 
figures de rhétorique peut contribuer au cliquetis de mots : 

Controv., I, ii, ii : « Cette loi prescrit une enquête sur les 
ancêtres de la femme, sur son corps, sur sa vie... A quelles 
tentatives sur toi les pirates ont- ils été poussés par leur 
cruauté d'ennemis, leur férocité de barbares, leur toute- 
puissance de maîtres? » 

Controv.^ I, i, 4- Gallion fait dire au jeune homme chassé 
successivement par son père, puis par son oncle qui l'avait 
adopté 5: « Je ne m'étonne pas que l'on me reproche d'avoir 
été miséricordieux ; mais je m'étonne que ce reproche me soit 
fait par lui... Ma conduite fut telle que ce qu'on me reproche 
forme un lien entre mon père et mon père adoptif. Ils 
m'aiment tous les deux; tous les deux, dans l'indigence, ils me 
demandent des aliments, et, tous les deux, ils m'empêchent 
d'en donner. Tous les deux sont mon oncle, tous les deux 
sont mon père. » 

Controv., II, m, 6. Gallion fait dire au père inexorable du 
jeune séducteur^: « Quand tu m'auras dit que tu es en état de 



I. Sénèque, Controv., VII, v, 8. 

3. Voir le Bull. Idsp., t. XV, igiS, n° 3, p. aW. 

3. Dialogue des orateurs, xxvi : Tinnitus Gallionis. 

!). Quintilien, Inst. Or., II, m, g. 

5. Voir le Bull, kisp., t. XII, igio, n° i, p. la. 

0. Voir le Bull, hisi)., t. XII, igio, n" i, p. i5. 



LES UÉCLAMATEURS ESPAGNOLS 89! 

démence, j'en délibérerai avec mes amis, j'en délibérerai avec 
mes proches, j'en délibérerai avec la mère. » 

Dans une Suasoria, il prête aux Athéniens, qui ont à com- 
battre l'immense armée de Xerxès, cette senlenlia que Sénèque 
juge digne d'un vrai discours ou d'une œuvre historique ' : 
« Ils peuvent mourir plus longtemps que nous ne pouvons 
vaincre. » 

Sénèque juge très agréable ' cette senlenlia que Gallion prête 
à Veducaloi', l'homme bienfaisant qui a recueilli et élevé deux 
enfants exposés ; le vrai père réclame plus tard ses enfants et il 
refuse d'en laisser un au père adoptif qui les a élevés tous les 
deux. Celui-ci se plaint en ces termes: « Ainsi donc, me voilà 
puni maintenant pour avoir été miséricordieux ! » Dans cette 
controverse, Gallion abonde en traits subtils. Le vrai père 
explique pourquoi il a abandonné ses deux fils : « Si je les ai 
exposés tous les deux, c'est que je n'étais pas capable de choisir 
l'un d'eux. » Il dit aux juges : « Je cours le risque, moi qui suis 
arrivé au tribunal avec deux enfants, d'en revenir sans un seul, 
car je ne suis pas capable de choisir celui qu'il me faudra 
prendre. » L'ediicator, de son côté, dit aux juges: «Votre rôle 
est facile : vous pouvez nous renvoyer de votre tribunal père 
l'un et l'autre 3. » C'est-à-dire, vous pouvez nous renvoyer 
chacun avec un fils, si vous me laissez, comme je le réclame, 
l'un des enfants que j'ai recueillis et élevés. 

La senlenlia manque de clarté et demande une explication ; 
c'est le cas de beaucoup de ces sentenliae. Le souci d'exprimer 
par le moins de mots possible une idée à effet rend souvent le 
trait obscur. Tite-Live blâmait déjà les tendances des déclama- 
teurs à prendre l'obscurité de l'expression pour une sévère 
sobriété^; et Quintilien regrettera que* ses contemporains 
regardent ce défaut des sentenliae comme leur plus grand 
mérite 5. 

1. Séuèque, Suas., v, 8: Sentenliam d'ujnam qiiae vel in oratione vel in historia 
ponatur. 

2. Sénèque, Controv., IX, m, 10: Illam ainabilem sentenliam. 

3. Sénèque, Controv., IX, m, 2 ; : Utramque potestis ex hoc judicio patrem dimitlere. 

4. Sénèque, Controv., IX, 11, 2C : Livius de oratoribus qui... orationis obscuritatem 
severitatem putant. 

5. Quintilien, Insl. Oral., VII, i, 44; VIII, 11, 17. 



Sga BULLETIN HISPANIQUE 

On trouve chez les deux rhéteurs espagnols peu d'exemples 
de ces traits qui sont des énigmes. Latron dit bien, à propos 
de Gimon accusé pour avoir tué sa femme surprise en flagrant 
délit d'adultère: « Il m'implore pour une seule personne, mais 
il m'en arrache deux'. » Ce qui signifie que, pour être inno- 
cent aux yeux de la loi, l'époux outragé doit tuer les deux 
complices. Gallion fait bien dire à un vieillard: « J'ai eu une 
fille féconde, quoique cet homme n'ait qu'un fils vivant 2. » 
Cet homme est le gendre qui a eu de sa première femme, fille 
du vieillard, trois enfants dont deux ont élé empoisonnés par 
sa seconde femme. 

Mais ces senlentiae qu'il faut expliquer sont une exception 
chez Latron et chez Gallion. Les traits de ce dernier, pour être 
souvent d'une extrême subtilité, sont rarement inintelligibles. 
Gimon a volontairement remplacé en prison son père Miltiade 
condamné pour concussion; le riche Gallias a payé l'amende 
et délivré Gimon qu'il a marié à sa fille; surprise en flagrant 
délit d'adultère, la fille de Gallias a été tuée par son mari. Le 
gendre répond aux reproches de son beau-père qui l'accuse 
d'ingratitude: « Je n'ai reçu de toi aucun bienfait. La prison 
n'était pas pour moi un châtiment ; c'est ma propre volonté 
qui m'y avait fait entrer. Crois-tu donc que ma chambre 
à coucher m'ait été plus agréable que ma prison ^P » Dans la 
controverse où un père est accusé de folie pour avoir marié sa 
fille à un esclave fidèle^, le fils, qui est l'accusateur, accable 
l'esclave de ce trait méprisant où il lui donne un certificat de 
bon domestique : u On n'a à lui reprocher ni vol, ni délit^. » 
Un jeune homme a violé une jeune fille; il nie son crime, perd 
son procès, et, pour échapper au châtiment, demande à 
épouser sa victime": « C'est ton intérêt, lui dit-il, que je 
prenais : je ne voulais pas que l'on pût dire que tu étais 
devenue la femme de ton séducteur... Tu ne pourras jamais 
trouver un mari plus obéissant: il ne dira plus jamais non '^- » 

1. Sénèque, Controv., 1\, i, 7 : Pro una rogat; duos eripit. 

2. Sénèque, Controv., IX, v, i. 

3. Sénèqae, Controv., IX, i, 10. 

t^. Voir le Bull, hisp , t. XII, 1910, n° i, p. iG. 

5. Sénèque, Controv., VII, vi, 28. 

6, Sénèque, Controv., VII, viii, 4. 



LES DECLAMAtEUttS ESPAG:N0LS SgS 

Tout le développement où se trouve celte sentenlia fait penser 
au récit du viol de Pamphila dans les Adelphes^ Gomme 
Térence qu'il semble parfois imiter, Gallion est ami d'un 
langage pur (puvi sermonis amalorj; comme les auteurs comi- 
ques, il use volontiers du style de la conversation qu'il manie 
avec une délicatesse admirée par Sénèque-' et reconnue par 
Quinlilien qui constate que, suivant son tempérament, le 
déclamateur a volontiers une manière de parler douce et 
modérée 3. 

Latron se rapproche plutôt des poètes tragiques ; il ne craint 
pas de leur faire des emprunts; Sénèque rappelle qu'il excita 
les plus vives acclamations en plaçant dans une controverse 
ce vers d'un Thyesle dont nous ignorons l'auteur: « Pourquoi 
fuis-tu ton frère? Il le sait bien lui-même'' ! » Quintilien cite 
une autre senientia à forme tragique, prononcée dans la contro- 
verse au sujet du séducteur &, et que Sénèque ne mentionne 
pas: «Tu me feras donc mourir? — Si je le peux''. » Parmi 
les traits de Latron que nous connaissons par Sénèque, il en 
est beaucoup qui seraient à leur place dans une tragédie : 

Controv.., 1, i, 2. « Imiter la faute d'un autre, est-ce être 
innocent? » 

Controv., I, m, i. Contre la Vestale^ : « Elle a été condamnée 
parce qu'elle a été impudique ; elle a été précipitée parce 
qu'elle avait été condamnée; elle doit être reprise pour le 
châtiment parce qu'elle a été impudique, parce qu'elle a été 
condamnée, parce quelle a été précipitée... Elle croit se 
défendre en disant qu'elle n'a pas réussi à mourir. » 

Controv., I, iv, 10. Pour le brave qui a perdu les mains à 
la guerre 8 : « Combien alors me suis je plaint de mon sort! 
J'aurais dû perdre les yeux aussi!... Jeune homme, suis tes 
parents [sa mère adultère et le complice]. « 

1. Térence, Adelph., III, iv. 

2. Sénèque, Controv., VII, Praefat., 5-G. 

3. Quintilien, Inst. Or., IX, h, 91. 

4. Sénèque, Controv., I, i, 21. — Cf. Ribbeck, Trag. Rom. Fragm., Leipzig, 1897, 
p. Sog, Ex incertis incertorum fabulis, cxv. 

5. Voir le Bull, hisp., t. XII, 1910, n° 1, p. i5. 
G. Quintilien, Inst. Or., IX, 11, 91. 

7. Voir le Bull, hisp., t. XII, 1910, n° i, p. 12. 

8. Voir le Bull, hisp., t. XII, 1910, n* 1, p. i3. 



394 BULLETIN HISPANIQUE 

Conlrov., I, viii, i5: Pour le père du brave aux trois actions 
d'éclat': «Je l'ai chassé, mais je ne le laisserai pas partir; je 
mettrai la main sur lui et je le retiendrai de force; au moment 
où il sortira, j'étendrai mon cadavre devant le seuil. Pour aller 
à l'ennemi, foule aux pieds ton père! » 

Controv., II, m, i. Pour le père du séducteur^: « Je mourrai, 
dit mon fils, je mourrai. — Puisses-tu dire la vérité! Je ne 
pleurerai pas. » 

Conlrov., II, iv, 5. Contre le grand-père qui a adopté son 
petit-fils né de la courtisane^: «On ne connaît pas le père de 
cet enfant, mieux vaudrait pour lui qu'il en fût ainsi de sa 
mère! » 

Controv., VU, i, 8, 26. Un père a fait condamner pour parri- 
cide son fils accusé par sa belle-mère. Le fils s'échappe, devient 
chef de pirates et sauve son père qui a été pris par ses hoinmes. 
Le fils: « Tu aurais été tué, mon père, si tu n'étais tombé aux 
mains d'un parricide. » Le père: « Est-il père plus malheureux 
que moi ? Je dois la vie à un fils parricide ! » 

Controv., VII, m, 2. Pour le fils qui, après avoir été chassé 
trois fois par son père, est accusé de parricide, parce qu'on l'a 
surpris broyant du poison: «J'ai dû trois fois plaider ma 
cause; j'ai recherché du poison pour mon supplice; je l'ai en 
ma possession. Si cela n'est pas assez pour toi, je vivrai. » 

Controv., VII, v, 6. Pour le fils accusé d'avoir tué son père 
dont la seconde femme est l'amante de l'intendant: «Pourquoi 
apporter de la lumière? J'aurai plus de courage pour le parri- 
cide, si je n'ai pu voir mon père. Un fils serait-il capable de 
tuer son père avant sa marâtre et de ne pas tuer sa marâtre, 
même après son pèreP » 

Controv., VII, vi, 9. Contre le père qui a marié sa fille à 
l'esclave fidèle'': « Il appelle l'esclave et, parce que cet esclave 
n'a pas mérité d'être mis en croix, il lui ordonne un acte digne 
de ce supplice... L'esclave prétend qu'il a respecté ma sœur, 



1. Voir le Bull, hisp,, t. XII, 1910, n° i, p. i4. 

2. Voir le Bull, hisp., t. XII, 1910, n* 1, p. i5. 

3. Voir le Bull, hisp., t. XII, igio) n" i, p. 11. 

4. Voir le Bull, hisp,, t. XII, igiOj 11° 1, p. 16. 



LÈS DECLAMATEtRS ESPAGNOLS 3g^ 

alors que le tyran vivait: quel serait nolie bonheur s'il en 
était encore de même! » 

Conlrov., VII, vu, 8. Contre le père accusé d'avoir laissé 
mettre en croix par trahison son fils qui lui avait été préféré 
comme chef d'armée: «Rien ne manque à la dénonciation. 
Faites une enquête sur la trahison: le général vous i ensei- 
gnera; sur le traître: vos ambassadeurs. » 

Controv., VII, viii, 2. Pour le jeune homme qui demande à 
épouser la jeune fille qu'il a violée': « (Vesl donc un plus 
grand danger de nier le viol que de l'avoir commis... juges, 
on court moins de risques à vos yeux pour avoir commis une 
faute que pour en rougir! » 

Conlrov., IX, i, 6. Pour Cimon accusé par son beau-père 
Callias^: «J'ai pitié de mon accusateur, non parce qu'il a 
perdu sa fille, mais parce qu'il l'a eue. » 

Controv., IX, vi, 6. Pour la fille du second lil-^: «Elle est, 
dit-on, la fille d'une empoisonneuse. Si l'on examine ce que 
sont ses parents, pourquoi ne pas la croire semblable à son 
père qui la chérit plutôt qu'à sa mère qui la hait.^ » 

Siiasor., n, 4- Pour les Lacédémoniens aux Thermopyles'': 
« Nous avons été choisis (elecli) pour défendre les Thermo- 
pyles, nous n'y avons pas été abandonnés (relicti). » 

Controv., VII, 11, i. Contre PopilliusS; «Assurément, le 
futur meurtrier de Cicéron devait commencer par tuer son 
père... Antoine t'a ordonné le meurtre de Cicéion: ton général 
te savait capable de commettre un parricide, n 

Gallion devait reprendre ce trait dans la controverse sur le 
cas du fils qui, après avoir frappé son père par ordie du tyran, 
tue le tyran et est défendu par son père: « Mon père, dit-il, 
m'a ordonné ce meurtre: ainsi, non seulement le tyran mais 
ton père lui-même t'ont cru capable de commettre un parri- 
cide'"'!'» Gassius Sevejus comparait les déclamateurs qui 

1. Voir, plus haut, p. 892. 

2. Voir, plus haut, p. Sga. 

3. Voir le Bull, hisp., t. XII, 1910, n" 1, p. i(5. 

4. Voir le Bull, hisp., t. XV, igiS, n° 2, p. 161. 

5. Voir le Bull, hisp., t. XII, 1910, n° i, p. i5. 

6. Sénèque, Controv., IX, iv, i3. 



âgÔ BULLETIN HISPANIQUE 

empruntent une senlentia en la modifiant à peine aux voleurs 
qui changent les anses des coupes qu'ils ont dérobées'. Doit-on 
accuser Gallion davoir volé Latron? Mais on pourrait accuser 
Latron de semblables plagiats. Dans la controverse au sujet 
des mendiants estropiés % le déclamateur grec Artémon avait 
dit: «Nos estropiés, sans travailler, nourrissent l'homme 
valide. » Latron, à son tour, après avoir décrit tous ces 
malheureux qui se traînent à terre, s'écriait: « Dieux bons! 
Voilà ceux qui nourrissent un homme bien portant! ;) Sénèque 
juge la senlentia de Latron plus virile que celle d'Artémon et 
il affirme qu'on ne peut soupçonner de vol l'Espagnol, qui 
méprisait les Grecs et voulait les ignorer 3. Mais Latron ne 
méprisait pas les Latins et il ne pouvait ignorer cette senlentia 
que Q. Haterius avait placée dans la controverse sur la fille du 
pirate^: « Pourquoi frémir d'horreur, ô jeune homme? C'est 
ton beau-père qui vient d'arriver 3. » Et lui-même il dira dans 
la controverse sur le condamné exécuté au milieu d'un festin^: 
« Pourquoi frémir d'horreur, ô juges? Ce sont Jeux de courti- 
sanes'. » D'ailleurs, dit Sénèque, il fait suivre cette senlentia 
d'une autre senlentia moins connue, mais aussi bonne : « C'est 
contre un de nos alliés que le préteur du peuple romain sévit 
dans son domicile particulier, la nuit, devant un tribunal qu'il 
a réuni à la hâte. Le préteur est ivre, peut-être; il n'a pas 
même remis ses chaussures, à moins que, pour donner à la 
courtisane le spectacle complet d'un jugement, il n'ait minu- 
tieusement observé toutes les formes. » Il ne faut pas tenir 
rigueur à Latron et à Gallion pour ces sortes de plagiats, rares 
chez eux et d'ailleurs inévitables. On a vu que les mêmes 
sujets de déclamations sont perpétuellement traités dans les 
écoles^. Il est difficile de trouver des sententiae originales 
pour ces thèmes rebattus; et il n'est que trop facile à un 

». Sénèque, Conlrov., X, v, 20. 

2. Voirie Bull, hisp., t. XV, igiS, n" 3, p. 248. 

3. Sénèque, Conlrov., X, iv, 20-21. 

k. Voir le Bull, hisp., t. XV, i(ji3, n» 2, p. 1G8. 

5. Sénèque, Conlrov., I, vi, 12. 

6. Voir le Bull, hisp., t. XV, igiS, n" 2, p. i63. 

7. Sénèque, Conlrov., IX, 11, 24. 

8. Voir le Bull, hisp., t. XII, igio, n° i, p. 21-23. 



LES DECLAMATEURS ESPAGNOLS 897 

déclamateur dont la mémoire est encombrée de senlentiae déjà 
entendues d'en faire involontairement passer quelques-unes 
dans ses propres développements. 

Sénèquc constate que Latron n'emploie jamais de senlentiae 
ridicules et outrées • ; et, parmi toutes celles qu'il mentionne 
avec complaisance, on n'en trouve que quelques-unes où 
Latron ait réellement donné des preuves de mauvais goût, par 
exemple, quand il fait dire au père qui a perdu les mains à la 
guerre: « Vous vous trompez en croyant que je ne possède 
plus de mains: j'ai appelé mon fils '. » — Au jeune homme à 
qui les pirates veulent couper les mains ^ : « Que votre cruauté 
s'exerce sur n'importe quelle autre partie de mon corps. Tous 
mes membres sont à moi : mes mains appartiennent à l'Etat^. » 

Latron ne s'inquiète pas de chercher des senlentiae inutiles, 
uniquement pour le plaisir de briller. Il considère les traits 
non comme des ornements, mais comme des arguments subsi- 
diaires destinés à insinuer d'une manière détournée une idée 
qui, exprimée directement, pourrait blesser les oreilles^. Loin 
de délayer son argumentation pour y placer des phrases à 
effet, il la resserre en supprimant toutes les inutilités*^'. Mais, 
quand il se laisse entraîner par cette fougue qui tient son 
auditoire immobile de stupeur", les senlentiae convenables à 
la thèse qu'il défend sortent naturellement du magasin oii elles 
sont en si grand nombre. Il évite les traits blâmés par Sénèque, 
que l'on appelait senlentiae Publitianae, parce que tout leur 
esprit consistait dans des jeux de mots dignes des mimes de 
Publilius Syrus*^. Cependant, il ne craint pas le jeu de mots qui 
est un argument. Ainsi, il dira à l'exploiteur qui estropie les 
enfants pour les faire mendier à son profit : « Tu mendierais 
toi-même, si tu n'avais pas fait tant de mendiants^. » Il dira en 



1. Séncque, Conlrov., \\, 11, 24. 

2. Sénèque, Controv., I, iv, 10. 

3. Voir le Bull, hisp., i. \II, 1910, 11' i, p. i3, 

4. Sénèque, Controv., I, vu, i. 

5. Sénèque, Controu., 1, Praefal., 2^. 

6. Sénèque, Controv., VII, vu, 10. 

7. Sénèque, Controv., I, vu, iG. 

8. Sénèque, Controv., VII, m, 8; vu, i5. 

9. Sénèque, Controv., X, iv, i. 

Bull, hispan. 27 



SgS bULLETIN HISPANIQUE 

faveur d'un vieillard accusé de démence : « Vous ne pouvez 
faire condamner un père pour des paroles, que dis-je? pour 
une seule parole'. » La sententia qui sert d'argument à Latron 
sert à Gallion de transition pour passer de l'exorde à la narra- 
tion2. 

Les deux déclamateurs évitaient le mauvais goût de ceux 
de leurs confrères qui encombraient la sententia de mots 
inutiles dans l'espoir d'en rendre la cadence plus harmonieuse. 
Scnèque est très dur pour ces sententiae à trois membres qui, 
par leur emphase vide de sens, déshonorent les tribunaux 3. 
Il cite comme exemple à éviter le Incolon de Paullus Fabius 
Maximus dans la controverse sur le petit-fils né de la 
courtisane^: « Le grand-père est accusé à la fin de sa vie; 
le petit -fils, adopté au commencement de sa vie ; le fils, chassé 
au milieu de sa vie 5. » Il blâme aussi, comme n'ayant d'autre 
utilité que de donner une vaine harmonie à la phrase le 
quatrième membre du letracolon que Murredius plaçait dans 
la controverse sur le proconsul qui fait décapiter un condamné : 
(( Le forum était l'esclave de la chambre à coucher; le préteur, 
l'esclave de la courtisane; la prison, l'esclave du festin; le 
jour, l'esclave de la nuit''\ » Si Latron et Gallion savent 
échapper à ces excès ridicules, ils sont passés maîtres dans 
l'art de balancer habilement les mots qui s'opposent sans 
nuire à la force de la sententia. On peut citer de Gallion un 
tricolon fort bien venu : « Si j'ai engagé ce procès, c'est le fait 
delà loi; si je l'ai gagné, c'est le fait des juges; si j'ai combattu, 
c'est le fait de mon père'. » Et la seule sententia à six membres 
que Sénèque mentionne est de Latron : « Elle est belle : c'est 
la faute de la nature ; elle a été sans époux : c'est la faute de 
son mari; elle a été l'objet de propositions : c'est la faute d'un 
autre ; elle a repoussé ces propositions : c'est le fait de sa 



1. Sénèque, Controv., \, m, 7. — Voir, plus liant, p. 3;).'), clecti... relicti. 

2. Sénèque, Conlrov., I, i, 26. 

3. Sénèque, Controv., II, iv, 12 : Tricolon taie qualia sunt quac basilicam infectant. 

4. Voir le Bull, hisp., t. XII, 1910, n" 1, p. 11. 

5. Sénèque, Controv., II, iv, 12. 

G. Sénèque, Controv., IX, 11, 27. — Voir le Bull, hisp., t. XV, igiS, n° 3, p. iG3. 

7. Sénèque, Controv., X, 11, 2. 



LES nÉCLAMATEUtiS ESPAGNOLS 899 

vertu ; elle a été instituée héritière : c'est le fait de sa chance ; 
elle a accepté l'héritage : c'est le fait de sa prudence'. » 

Les sentenliae au sens de traits piquants se trouvent dans 
toutes les parties de la déclamation dont elles font l'ornement ; 
Tcxposé de la senlentia au sens d'opinion de l'orateur sur la 
culpal)ililé ou la non-culpabilité de l'accusé précède et prépare 
la divisio, qui est le plan de discussion choisi et développé par 
l'accusateur ou par le défenseur. Le plan d'une déclamation 
ne diffère pas sensiblement de celui d'un vrai discours pro- 
noncé par Cicéron au forum, encore moins d'un discours 
préparé à loisir, comme la rédaction que nous possédons 
du Pro Mllone, suivant les procédés de la rhétorique contem- 
poraine 3, Après Vexorde, qui établit la proposition (i-ii), vient 
une rcfulafion de quelques objections préjudicielles (in-vni), qui 
précède la narration (ix-x). Suit la très longue confirmation de 
la proposition (xi-xxvi), où, par l'examen des probabilités 
tirées des motifs et de la conduite des deux personnes en 
présence, l'orateur montre que Milon n'avait aucun intérêt 
à tuer Clodius et qu'il n'a fait que se défendre, que ClodiuSj 
au contraire, a essayé de tuer Milon dont il avait tout intérêt 
à se débarrasser. La confirmation se termine par une consécution, 
qui étudie la conduite de l'accusé après le meurtre (xxin), et 
par une approbation, qui réfute les bruits calomnieux répandus 
contre Milon (xxiv-xxvi). Après la confirmation et avant la 
péroraison (xxxiv-xxxviii) , se place une compensation ou 
tractalio extra causam qui démontre que Milon, eût-il tout fait 
pour amener la mort de Clodius, serait encore en droit de se 
glorifier de sa conduite. 

On peut considérer le Pro Milone, qui n'a pas été rédigé 
pour être prononcé au forum, comme une déclamation com- 
posée en 702-52. Une controverse scolaire, au v" siècle de l'ère 
chrétienne, comme au temps de Sénèque, comporte un cxorde, 
une proposition, une narration, une argumentation, une 
réfutation avec des digressions et des exemples^ une péroraison» 

1. Sénèque, Controv., II, vu, ii. 

2. Cf. Meusburger, Quatenus Cicero in oratione pro T. Annio Milone observaverit 
praecepta rhetorica, 1882. 



400 BULLETIN HISPAJJIQUE 

«Dans l'Anthologie latine de Riese (pièce 21), figure une 
controverse en vers avec le titre des parties. Ce sont : Exorde 
( Prooemium) , narration, digressions, preuve, exemple, réfu- 
tation, péroraison. Enfin, le plan suivi par Ennodius • au cours 
de sa Dictio xxi est le suivant : Préambule (PraefatioJ, exorde 
(principium), narration, objections, digressions, exemples, 
péroraisons. » 

Sénèque ne nous donne pas de déclamation complète ; dans 
la Conlroversia vu du livre Yll, qui rapporte à peu près 
entièrement la plaidoirie de Latron, il n'en indique pas les 
divisions de l'exorde à la péroraison. Ce que Sénèque entend 
par divisiones, ce ne sont pas les divisions d'un discours en ses 
parties essentielles, mais simplement le plan d'après lequel 
sont traitées les quaestiones^ et les traclationes. 

La quaestio, chez Latron^ établit ce qu'on a le droit de faire 
et la tractatio, ce qu'on a le devoir de faire suivant les consi- 
dérations d'équité. On sait que le déclamateur espagnol se 
fondait plus volontiers sur l'équité que sur le droit et que son 
mépris des quaestiones d'école lui valait le reproche de pré- 
tendre plaider comme un orateur du forum ^. Dédaigneux de 
la divisio, plus habile et plus compliquée, imaginée par les 
nouveaux déclamateurs, Latron reste fidèle à la méthode 
des anciens, qui n'admettaient dans leurs controverses qu'une 
divisio fort simple fondée sur l'opposition entre l'esprit de la 
loi (aequUas) et la lettre (jus\ opposition déjà établie, dans 
le De Oratore, par Cicéron, dont le déclamateur fait toujours 
profession d'être le disciple s. 11 blâme chez ses confrères la 
divisio trop compliquée et les quaestiones inutiles "j. Il diminue 
le nombre des quaestiones que l'on exagérait de son temps, 
supprime celles qui lui semblent oiseuses, resserre, pour y faire 
contenir davantage, celles qu'il conserve et qui sont souvent 
les plus banales (vulgares, calcatae quaestiones) ; il les méprise 

1. Voir le Bail, hisp,, t. XII, 1910, n° i, p. 20 

2. Bornecque, Les déclamations, p. 56. 

3. Voir le Bull, hisfj., t. XV, igiS, n° 3, p. 2'|5, note 11. 

!x. Voir plus haut, p. 388. — Cf. le Bull. hisp.. t. XV, iyi3, 11° 3, p. 2.'i5. 

5. Sénèque, Conlrov., I, i, i3; n, i3; vi, 8; II, m, 1 1 ; iv, 7; VII, i, 16, 17, etc. — 
Voir Cicéron, De Orat., I, xxxviii, 173; lvi, 2^0. 

6. .Sénèque, Conlrov., II, m, 11-12; II, v, 10, 12; IX, i, 9. 



LES DÉCLAMATEURS ESPAGNOLS AOI 

d'ailleurs lui-même et ne s'en sert que pour montrer le peu 
d'importance qu'il faut leur attribuer '. Dans son argumentation, 
la quaestio sur ce qu'on a le droit de faire (an licuerit) est cons- 
tamment subordonnée à ce qu'on a le devoir de faire suivant 
l'équité an oportuerii . Le souci de l'équité l'amène souvent à 
proposer l'admission des circonstances atténuantes auxquelles 
Quintilien fait allusion lorsqu'il cite, comme une divisio 
fréquente de son temps, la deprecatio : quand l'accusé serait 
coupable, il y aurait des raisons pour lui pardonner 2, Latron 
introduit souvent cette quaeslio : Si le jeune homme pauvre 
a eu le tort de ne pas se laisser adopter par le vieillard riche, 
comme c'est son alï'ection pour son père qui la fait agir, ne 
doit-on pas lui pardonner?... Si, pouvant et devant, en droit 
et en équité, tuer sa mère adultère et son complice, le fils 
ne l'a pas fait, ne doit-on pas lui pardonner, parce que sa piété 
filiale l'a empêché de frapper?... Alors même que le jeune 
homme qui a accompli des actions d'éclat s'est montré 
irrespectueux pour son père, ne doit-on pas lui pardonner, 
parce que l'amour de la gloire a entraîné trop loin sa jeunesse 3 ? » 

C'est cette habitude de simplifier les quaestiones en les 
subordonnant aux tvactationes et de négliger les arguties des 
textes de lois plus ou moins réelles dont on usait à l'école qui 
a fait reprocher à Latron de manquer de finesse (siibtililas). 
Sénèque dit qu'on trouvait plus de force que de finesse dans 
ses discours. Mais Passienus, le plus grand orateur de son 
temps, vengeait Latron de ce reproche en montrant combien 
la simplicité du déclamateur espagnol l'emportait sur la pré- 
tendue finesse de Buteon qu'on avait le tort de trop admirer''. 

Gallion mettait en pratique les mêmes théories que Latron 
sur la simplicité de la division. Dans la controverse sur le 
brave soldat qui a accompli trois actions d'éclat et que son 
père empêche de partir pour une quatrième campage, il divi- 
sait ainsi l'argumentation du père :. « Si je te retiens, c'est 

1. Sénèque, Controv., I, v, 9 ; II, m, i5 ; \i, 5 ; VII, vu, 10 ; IX, v, 8 ; X, iii, 7. 

2. Quintilien, Inst. Or., VII, iv, 19. 

3. Sénèque, Conlrov., II, i, 22; I, iv. G; X, 11, 9. — Voir le Bull, hisp., t. XV, 1918, 
n° 3, p. 25o-25i ; t. XII, 1910, n° 1, p. i3. 

4. Sénèque, Controv., I, Praefat., 20 ; II, v, 17. 



40a BULLETIN HISPANIQUE 

d'abord dans l'intérêt de l'État; puis, dans le tien; enfin, 
dans le mien', » Dans la controverse où il s'agit de l'orphelin 
pauvre qui s'obstine à suivre en habits de deuil le riche 
qu'il soupçonne d'avoir tué son propre père, Gallion divisait 
ainsi la défense du jeune orphelin : « On ne tombe pas sous 
le coup de la loi relative aux injures pour des actes permis à 
tout le monde; or, il est permis de pleurer; il est permis d'aller 
oii l'on veut; il est permis de s'habiller comme on veut 2. » 

Le plus souvent, Sénèque compare les divisions de Gallion 
à celles de Latron qui sont établies dans le même esprit. 
Gallion ajoute une quaeslio à celles qui ont été fixées par 
Latron, les dédouble ou les modifie 3, mais il reste le plus sou- 
vent fidèle à la divisio adoptée par Latron^. Il observe la même 
simplicité et mérite les mêmes éloges que Latron, Fuscus et 
Albucius, les autres déclamateurs du primum tetradeum, qui 
savent, comme lui, éviter les divisions subtiles et les questions 
inutiles 5. 

Les colores sont les procédés plus ou moins habiles pour 
colorer le récit d'un fait, de manière à le rendre criminel ou 
innocent, suivant qu'il s'agit de l'adversaire ou du client. 
L'ingéniosité subtile et le mauvais goût des déclamateurs se 
donnent libre carrière dans la recherche des colores les plus 
bizarres comme dans celle des senientiae les plus sonores. Si 
une heureuse senteiitia devait mériter l'immortalité à \ otienus 
Montanus, Junius Otho, de qui Gallion se moque <^, s'était 
acquis une célébrité plus contestable en composant un ouvrage 
spécial sur les colores; et Latron devait avoir un magasin de 
colores, comme il avait un magasin de senientiae. Mais les 
colores qui sortent en temps voulu de ce magasin sont généra- 
lement simples et vraisemblables et n'ont rien des artifices 
ordinaires aux déclamateurs qui s'efforcent d'étonner leur 
public par l'argumentation la plus inattendue. 



1. Sénèque, Controv., I, viii, g. — Voir le Bull, hisp., t. XII, 1910, n* i, p. 14. 

2. Sénèque, Controv., X, i, 9. 

3. Sénèque, Controv., I, i, jî; vu, 12 ; II, m, i4 ; IX, iv, i3 ; v, 8. 

4. Sénèque, Controv., X, iv, ii-i4; v, i3. 

5. Sénèque, Controv., X, Praefat., i3. 

G, Voir le Bull, hisp., t. XV, 1918, n" 3, p. 363, 



r.KS DKCLAMATEUnS ESPAGNOLS 



4o3 



Sénèque loue constamment la simplicité éloquente des cou- 
leurs de Latron qu'il oppose au mauvais goût prétentieux de 
celles dont usent ses rivaux'. Ainsi, d'après lui, le Jeune 
homme chassé par son oncle doit non se justifier, mais se 
glorifier d'avoir secouru son propre père'. Toute la défense 
du jeune homme accusé par sa marâtre de ne pas avoir tué son 
frère convaincu de parricide consiste dans cette couleur intro- 
duite par Latron dès la narration et reprise pendant tout le 
plaidoyer: « Je n'ai pas pu tuer mon frères » Dans la difficile 
défense de Popillius, meurtrier de Gicéron, Latron n'emploie 
que cette couleur simple (colorem siniplicem) : c'est la nécessité 
qui a fait agir le meurtrier ; et il renforce ce moyen de défense 
par cette sentenlia: « Peut-on s'étonner que Popillius ait été 
forcé de tuer, au moment où (licéron était forcé de mourir''?)) 
Le jeune homme, trois fois chassé par son père et accusé de 
parricide, parce qu'on l'a surpris broyant du poison, se défend 
simplement en disant que, las d'être toujours chassé, réduit 
au désespoir, il voulait s'empoisonner &. 

La simplicité et la vraisemblance des couleurs préférées par 
Latron viennent de ce qu'il a coutume de se fonder non sur la 
lettre de la loi, mais sur l'équité, et de prétendre, ce qui lui 
valait les reproches de Pollion, ne pas déclamer comme un 
rhéteur dans son école, mais plaider comme un avocat au 
forum 'J. M. Froment le dit fort justement, «plus moraliste 
que jurisconsulte, c'était surtout le cœur humain qu'étudiait 
et qu'analysait Porcins Latron»". Il fait volontiers valoir 
comme colores les arguments tirés de la passion qui excuse un 
acte jugé coupable. « Si j'ai mal agi — fait-il dire au jeune 
homme qui a fourni des aliments à son père — c'est que je 
me suis laissé emporter par ma sensibilité ''^. » Il admet comme 
excuse d'un crime que l'homme q'ui se trouve en danger ne 

1. Sénèque, Controv., I, vu, i6. 

2. Sénèque, Controv., I, i, i6. — Voir le Bull. Iiisp., t. XII, lyio, n° i, p. la. 

3. Sénèque, Controv., VII, i, 20. — Colorent rectum, dit Sénèque. 

!x. Sénèque, Controv., VII, n, to. — \ oir le BliU. hisp., t. XII, 1910, n" 1, p. 16. 

5. Sénèque, Controv., Vil, m, 7. 

6. Voir le Bull, hisp., l. XV, igiS, n» 3, p. 2[tb, 

7. Th. Froment, article cité, p. 355. 
è. Sénèque, Controv., I, i, i5, 



l^ol^ BULLETIN HISPANIQUE 

s'appartient plus», que Ihoinme emporté par la passion et la 
colère n'est plus maître de lui^ 11 invoque l'étal de stupeur 
causé par un spectacle inattendu-^, l'ébranlement de la raison 
par le malheur^, le trouble d'esprit ou l'état d'ivresse qui 
empêche le coupable d'avoir conscience de son acte 5. Il cher- 
che le mobile des crimes dans les sentiments exaltés de ceux 
qu'il défend, dans les souffrances qu'ils éprouvent o. Mais, s'il 
défend habilement ceux qui lui paraissent excusés par une folie 
momentanée, il repousse absolument ces vagues accusations 
de démence dont les déclamateurs abusaient contre ceux qu'ils 
attaquaient", et il blâme la couleur dun déclamateur qui excuse 
par une impulsion de folie maladive (morho) la conduite du 
jeune homme qui va à la guerre malgré son père 8. Il a, 
d'ailleurs, l'ambition de trouver des couleurs nouvelles ^'•. II 
prétend en emprunter à la médecine. Pour justifier le peintre 
Parrhasius qui avait torturé le prisonnier de guerre destiné 
à représenter Prométhée, il se fondait sur la liberté laissée aux 
médecins qui chaque jour dissèquent les membres des cada- 
vres afin de se rendre compte de la position des nerfs et 
des muscles '". 

Dans la même controverse, Gallion prétendait justifier le 
peintre en imaginant que le prisonnier mis à la toiture était 
un criminel de droit commun : couleur dont Sénèque juge la 
fantaisie insoutenable. Le plus souvent, cependant, les mêmes 
couleurs étalent adoptées par Latron et par Gallion; ou, tout 
au moins, les deux déclamateurs choisissaient le même genre 
de couleurs 'K Mais si Latron avait soin de repousser tout argu- 
ment qui ne convenait pas à l'esprit de la controverse, Gallion 
pensait faire preuve de subtile finesse en adaptant avec plus 

I. Sénèque, Controv., II, m, 20. 

3. Sénèque, Controv., IX, i, 9. • 

3. Sénèque, Controv., I, iv, 7 : Stuporem totius corporis. 

h- Sénèque, Controv,, I, vu, 16 : Mihi excussa mens est. 

5. Sénèque, Controv., \U, viii, 2 : In hanc perturbationem perductus erat; 10: Se 
ebriiim fuisse et ignorare quidfecerit. 

6. Sénèque, Controv., VII, iv, 3. 

7. Sénèque, Controv., H, vi, i. 

8. Sénèque, Controv., I, viii, i3. — Voir le Bail, hisp., t. XII, njio, n* i, p. i/|. 

9. Sénèque, Controv., X, i, 10. 

10. Sénèque, Controv., X, v, 17. — Voirie Bull. Iiisp., t. XV, uji'S, n' 3, p. 2/18, 

1 1. Sénèque, Controv., VII, i, 12 et ao ; IX, i, 12. 



LES DKCI-AMATEURS ESPAGNOLS /|05 

OU moins de bonheur l'argument à la c