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Full text of "Bulletin mensuel de la société polymathique du Morbihan, Vannes"

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Di,ilizMb,GOOglc 



BULLETIN 

DI L4 

SOCIÉTÉ POLTHATHiaUE 

DB MORBIHAN. 



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MbiGooglc- 



BULLETIN 



SOCIÉTÉ POLMTHIOVÉ 



sxx Q3 sa SB 12 CD <£:^ sa- <i 



PREMIER SEMESTRE. 



-«SB* ANNÉE 1866.' tiP- 



VANNES 

niîRlMEBTE DE L. GALLES, BLE LE LA PRÉFECTOKE. 



DigilizBdbjGOOglc 



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•7 

SOCIÉTÉ POLÏKATHIQUE DU MORBIHAN. 



PROCËS-YERBAIIX DES SËANCES. 



150* SÉANCE. 

30 Jant?ïER 1866, 
PRÉSIDENCE DE H. G. DE CLOSHADEDC. 



Installation du Président, 

En cédant le fauteuil de la Présidence à son successear, M. Ârrondeau 
se félicite de la situation prospère dans laquelle il cède la direction de 
la Société , et la remercie du concours qu'elle lui a prêté pendant 
ranoée. 

M. de Closmadeuc exprime ensuite à la compagnie ses sentiments de 
gratitude pour la position qu'elle lui a faite par son vote du 26 dé- 
cembre, i au moment où la Société, vivant d'une viequiluiest propre, 
» n'a jamais été si prospère , moment où elle tient une place considé- 

> rable dans le concert des Sociétés européennes , et où sa renommée 
y s'ufflrme par ses travaux, parses découvertes et les preuves les moins 

> douteuses de son dévouement à la science. ■ M. le Président, s'ar- 
rétant à cette considération , expose ensuite la marcbe suivie avec per- 
sévérance par la Société : les travaux d'exploration qu'elle a dirigés et 
exécutés dans le département, et les heureux résultats qui eu ont été la 
conséquence. 

La Société remercie M. de Closmadeuc de son allocution et décide 
qu'elle era insérée au Bulletin du 1*' semestre. 

Admiision de nouveaux Membres. 



M. le P. Delineau est admis en qualité de membre titulaire. 
H. Uoriëre , professeur de faculté & Caen , comme membre corres- 
pondant. 



DigitizcdbyGOOgle 



Dépôt pour la Bibliothèque, 

U. le Président dépose pour la Bibliothèque : 

La revue des Sociétés savantes. — Septembre et Octobre 1865, 

Bulletin (iMiifiineDtal. ^ M> de GaitiaoBt. 

BuBeân û$ la Sadété d'agricultm-e, ^cieDces et arts de Heaax. 

Annales de la Société d'agriculture , sciences et arts du Pay. 

Hémoires de la Société académique d'arcbéolof^ie , sciences et arts 
As é ép a rtement de l'Oise. 

Bulletin de la Société du Venddmois. 

Principes d'agriculture rationnelle de H. Crnssard. 

Journal des Saiants. — Décembre 1865, 

M. Taslé dépose, en spv pom^ pom* la BibUotbèone, divers ouvrages 
de condiiflîologie. 

As nom de U. Bohard , lieutenant de vaisseau à Lonent et membre 
de la SQfliétt 1 Ui 6o^ d^se pour les Uaséss de lamhrcos échan- 
tillons de minéraux provenant presque tous d'Espagne et quelques 
fossiles recueillis sur la côte des Basques k Biarritz ; d'autres fossiles 
trouvés aux environs de la Flèche (Sarthe); diverses pièces de mon- 
naies romaines, françaises et chinoises ; deux fragments de stalactites 
pris par te donateur dans la grotte du Port-de-France (Nouvelle-Calé- 
doiMe)i edSii une hacbç et un fragment de hache ué^-ealédo^^ne, et 
00 uQrceati dn couteau de même (irigine- Ces haolies et cç couteau d« 
la Nouvelle-Calédonie soQt d'une forme «t d'unç matière analt^ae mx 
haches celtiques. Le donateur explique dans sa lettre d'envoi le procéda 
employé par les in$ulaire& pour fixer ce« «utils à ttn manche eu bois à 
l'f^de de flls de Coco et à donner k l'i&struineQt complet la forme 4'ang 
herminette. Ils s'en servaient pour çrenaer (eurs canots après eo avoir 
carbonisé Iq bois è, l'aide du feu,. 

D4n; sûu ouvrage, p«ge 43, U. ViUbé H^hé parle d» œs muva^tit» 
çn ifôagâ à U NauveDe-Zélaude, à O-^Taïti, etc. -^ Im Fflnse^Daiaeute 
de M. Bol^ard viennent coofirm^ l'exactitwdu des reaseijnwBeela oon- 
sjgaés dwis VEtm sur les AtUiquifis à^ Morbikgn, 

La SiQfù^ T9t» dfs reœen^ineRlj} k tous, ces donateors. 

H. de Olosmadettc met sons les yeux de h Société : 

1° Divers fragments de poteries provenant du dohnen dç Kou^rin en 
firech. Ces polenee paraissent «voir été confectionaées au tour ; 

2° D'autres fragments de poteries recueillis sous le dolmen de Manné- 
Becker-Noz en Quihé; oa^ un da cb& &ragmuits présente, comme orne- 
mentation ,, va $!^tèiac d9 U^ea pQintilléfis par»lléle« , ful T^pftellent 
iftS pfllçrifïs de l^cadu e» Cajra»4 et 4q ^f-^ii «b AwadM. 



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Tombelle de Kervian. _ , 

3<> Un .certain nombre d'objets troarés en fouitlaDt nne tomtieUe à 
Kervian en Carnac , dans la propriété de M. Guyot , notaire à Auraj. 
La tombelle , sitnée sur une éminence , en rue de la rivière de Crach , 
ajantune base circulaire de 14"° de diamètre sur 1",'50 de hauteur, se 
composait exclusivement de pierres amoncelées (galgals). En la démo- 
lissant , les ouvriers ont rencontré parmi les pierres quelques gros 
fragments de mortiers en granit , analogues à ceux de Crubelz (Musée) 
et deux têtes de lances en bronze, à douille d'une longueur de 0",16. 

La tombelle recouvrait une construction circulaire de 5" de diamètre, 
formée de 9 supports en granit dressés verticalement; et, inscrite dans 
ce cercle, une galerie formée de 6 autres supports orientés au S.-E. , 
le monument représentant ainsi, dans son ensemble, une allée centrale 
et deux chambres closes latérales, auxquelles il manquait les tables 
pour coostitoer un dolmen complet. On a trouvé les trois chambres du 
dolmen remplies de terre noirâtre parsemée de charbons et d'une 
quantité considérable de poteries de toutes sortes, dont quelques-unes 
sont rouges , et ornementées à leur surface ; de nombreuses esquilles 
en siJes pyromaque ; an fragment de grain de collier en terre cuite , et 
une quantité énorme de gros galets aplatis , de granit et de quartz , 
circulaires ou ellipsoïdes, et formant le pavage des trois compartiments 
du dolmen. 

Météorologie. 

M. Arrondeau, président de la conmiission départementale de mé- 
téorologie , rend compte des opérations dont la Société lui a cbn^é le 
soin sur la demande de M. le Préfet. — La commission a pris connais- 
sance des documents mis â sa disposition. L'orage qui a éclate à Vannes, 
dans la nuit du 8 au 9 Janvier, a donné l'idée de faire à cet égar.d uD 
premier essai. Des bulletins adressés dansla journée aux maires de 19 
chefs-lieuK de canton, et qui ont été retournés avec une grande exac- 
tita^^ ont fourni des indications à l'aide desquelles il a été possible de 
tracer un croquis de la marche d'un second orage qui a éclaté dans la 
soirée du 9. — Cepreiuier essai est d'un bon angure pour L'avenir. 

Lettre d'un soldat de 1682. 

M. Rosenzweig donne lecture d'une lettre qu'il a trouvée récemment 
dansles archives de l'hôpital de Ploërmel. Écrite en 1682, elle porte 
pour suscriplion le nom de M. des Clozeaux-Berthelot , procureur au 
siège- royal de Ploërmel", mais, dit l'auteur, elle est en réalité adressée 
à sa mère par un jeune soldat , Julien Brnnel , du régiment de Nor- 
mandie, tenant alors garnison dans le pays de Uége, aux Pays-Bas, Ce 



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qitt frappe le plni & la lectare de cette pièce , c'est l'étroite parenté da 
soldat de 1682 avec le militaire français de notre époque. Mais un poiat 
sur lequel Julien Brune! est bien de son pays , c'est son faible pour Ja 
particule; il s'appelle de son autorité privée M. de Champ-Fleury, et il 
vent que, dans sou acte de naissance qu'il demande, son père soit qua- 
lifié de Noble homme et sa mère de Demoiiellt au lieu de hmoraJtle 
femme. 

annales torîentahes. 

Le Secrétaire cotamence ensuite la lecture d'un nouveau travail de 
H. Jégou intitulé : Annales Lorientaises , faisant suite à un travail déjà 
publié sous le titre du Faouëdic-Lisivy. 

Le 1" chapitre de cette 2= partie concerne l'Ile de Saint-Michel, 
assise au milieu de la rade de Lorient. Àujourd'hai domaine de l'État, 
déptjt de poudre et de munitions , cette lie n'est plus" qu'un désert , si 
l'on ne tient compte du poste â''une dixaine d'hommes commandés par 
un officier d'artillerie ; c'est là en effet toute sa population. — Elle fut 
constituée de nos jours, sous le règne de Charles X, en un Lazaret. 
Antérieurement aux temps les plus reculés de notre histoire, elle porta 
le nom de TanQuelhen : on y remarque un tumulus sur lequel a été 
élevé une chapelle dédié à Saint-Michel. Au xi« siècle , l'Ile comme la 
contrée environnante était comprise dans un grand canton féodal 
nommé Kemmenet-heboe et Guémeni, Teboy o\x Treboy. — Le pins 
ancien titre qui fasse mention de cet Îlot est de 1037 (D. Monce, etc.) 

Budget de 1866- 

La Société, appelée à régler son budget, décide qu'un crédit de 75 fr- 
sera inscrit pour prix à distribuer, s'il y a lieu, aux jeunes gens qui se 
seront faits remarquer par leurs progrès et leur assiduité aux cours 
professionnels ouverts sous son patronaj;e. — Des remerdments sont 
votés à M. Peyron, trésorier de la Société. 

La séance est levée à deux heures et demie. 

, Le Secrétaire, A. CUT*T'JeilABD, 



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151' SÉANCE. 

2T FÉVBÏEB 1866, 
PRÏSIDENCE DE H. 0. DE CLOSHASEUG. 



PROCÈS-VERBAL LU ET ADOPTÉ. 

. Dieis de deux membru. — A l'onverture de la séance M. le Président 
s'exprime ea ces termes : 

( Messieurs, j*ai le regret de voas annoncer la mort de deux de nos 
collègues : l'nn , membre honoraire , avait été un des premiers membres 
delà Société naissante en 1826, M. le docteur Prosper Claret, décédé S 
Saint-Germain-en-Laye , dans sa 79* année; le second, H. J. de 
Frân'cheville, mort à l'Sge de 52 ans. 

■ Tous ceux qui ont connu ces deux collègues que nous venons de 
perdre, tous ceux qui ont été à même d'apprécier leur intelligence et 
leur honnête caractère , se joindront à nous pour rendre hommage à 
leur mémoire. 

> Eu nous associant au deuil de deux familles, et en consignant 
dans le procËs-verbal de la séance l'expression de nos regrets, nous 
remplirons un devoir de convenance et de bonne confraternité. » 

La Société adopte avec une sympathique unanimité la motion de 
son Président. 

M. le Président dépose 1» pour la Bibliothèque : 

Recueil des sipes sculptés sur les monuments mégalithiques du 
Morbihan, par M. de Cussé, membre de la Société, 

Se quelques fossiles de l'âge miocène , découverts près de Toulouse, 
par M. le docteur Noulet, membre de la Société. 

Fossiles et cailloux travaillés des dépOts quaternaires de Clermont et 
de Venerque (Haute-Garonne), par le même- 

Étude sur les fossiles du terrain eocène supérieur du bassin de 
l'Agout (TarnJ, par le môme. 

Mémoires sur les coquilles fossiles des terrains d'eau douce du Sud- 
Ouest de la France , par le même. 



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— ^ — 

De.]a répartkioa stratjgrapbiqae d«s corps orga^fi46 fossiles dans le 
lerraiD tertiaire moyen ou miocène d'eau douce du SudrK)aest de la 
France, par le même- 

Mémoires de la Société impériale d'agriculture, sciences et arts 

d'Aogers. 

Revue des Sociétés savantes. Novembre et Décembre 1865. 

Hémoires de la Société dunkerquoise. 

Bulletin monumental de M. de Gaumont. 

Monographie topograpbique, historique et statistique de Thoré 
(Loir-et-Cher), par M. le comte de Rochambeau, memb. de la.Soc. 

Une carte météorologique, donnée par M. le Préfet du Morbihan, 
membre de la Société. 

2« Pour le Musée : 
- H. Duportal, inspecteur des coDtribotionB directes en retraite, fait 
don 1» d'un échantillon de plomb argentifère de la mine de Pontpéan ; 
â° de deux échantillons de diorite de la même mine ; 3° d'un nouveau 
carbonate de fer de même provenance; i" de deas échantillons de 
sfibistes herborises de la baie de Saiot^Brieuc. 

M. de Cussé dépose le fac simile du bracelet en or trouvé dans la 
tourbière de la Grande-Briëre, au village de la Ménagerais , en Bssné, 
prés Pont-Château (Loire-lDf'«). (Acheté par le musée de St-Germain.) 

M. G. D'Ault-Dumesnil dépose deux petits cells en bronze trouvés 
aux envkons de Dinan. 

M., le docteur Fouquet remet, par l'entremise de M. G, d'Ault- 
Dumesnil, des échantillons d'une roche granitique dans laquelle le 
feldspath est remplacé par du soufre. Ces échantillons ont été pris par 
M. Fouquet dans une anse située sur la côte de Plœmeur, entre Lomener 
et la pointe du Talnt. Tous les rochers de celte petite baie ont la même 
composition et présentent, dans leur épaisseur qui est considérable, 
des veines de quaitz et des veines de feldspath. 

La Société vote des remercîments à ces donateurs. 

Le même membre lit la note suivante : 

« Dans la commune de PÎeucadeuc, au dessus de la Morinaisetde 
la Ville-Bil;, se dressent, sur un sommet de la lande de Laovaux, 
trois grandes -pierres à bassins autour-desqueites ont été élevés, an 
temps des Celtes indépendants, de nombreux menhirs groupés dans le 
même ordre qu'ils le sont au Brétin , qne de ce tien on aperçoit distinc- 
tement dans rOuesl. 

Là ont certainement vécu quelques-uns de nos vieux, ancêtres, et, 
je vous en apporte pour preuve, un fragment de cett en grès, bien 
pôii, trouvé sous des débris, entre les menhirs et la Ville-ilily ; mais 
là aussi ont vécu des hommes d'autre race, car on y a mis au jour, 
en creusant des fossés,' noo-sealemeot des restes de constructions 
romaines, mais encore des accumulations de cendres et de charbons 



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— «r — 

démweonén ti ifouH, tt J àiïfteliïtiesatiiiées, !l téSiWn'nO.eBftMWJr, 
an btiTi d%&e voie t-offialne et près d'ntie borne vuttre portant; le ndu 
de Viclorinaa. 

Les toiles à rebords et le fraient de tettm qaé Je dépose pMt tibtte 
Musée, établissent le mélange des denx races au mâtne lien oa ati 
Aàins leur établissèmeirt saccessif an même point, t 

Lu Pbinlé-des-Èmigrét. — M. Taslé père croit devoir signaler S la 
Société ûtie erreur historique qui tend à se propager dajis tiotre vltle 
deVannesetque semblent autoriser des actes émanas det^aaminislration. 
Sans des affiches offlciellcs placardées sur nos murs pour annoncer 
l'ouveriure d'une enquête sur le projet de relier par Un cbémin dé 
halage le Pont-Vert à la pointe de ConleaUi on (tit tpie «eU»^ |ierte le 
nom de Poinle-des- Émigrés. 

( J'ai déjà en t*Dceasion, dit M. Taâlë, de protester une première fois 
contre cette fausse dénomination lorsqu'elle se produisit dans une 
pétition du tribunal de commerce communiquée an conseil municipal. 

> Il existe en effet sur la rive droite de la petite baie de Larmor, à la 
sortie du port de Vannes » et à 340 mètres enfiron en aval du Pont-Vert, 
une langue de sable où l'on fusilla bon nombre des prisonniers faits à 
l'aMre de Qnibéron,en 1795. Cette langue de sable, située au-dessous 
et à VEit de la propriété de i'Hermitage , est conligue aux parcelles de 
terre qui portent, àla section Edo plan cadastral, les n°* 2&, 29 et 30; 
Elle avait alors une plus grande étendue qu^aujnnrd'htti. 

> En souvenir des terribles scènes de sang qui s'y étaient accomplies, 
elle reçut dans la population vannetaise le nom sinistre de Pointe-de»~ 
émigrés. 

> Aucune exécution d'émigrés n'a eu lieu â la pointe de Cooleau. 

> En 1S14 on 1815, les ossements des prisonniers fusillés aiHlesions 
de l'Hermitage furent exhumés et déposés à la cathédrale dans le caveau 
de la chapelle Saint-Louiè oii l'on transporta également les restes de 
ceux qui tombèrent sur la place de la Garenne ou au bord de la mètae 
baie de Larmor , au-dessous du village d'Arcal. Ces éXhlimatlODâ Ont 
dû être constatées par un procès-verbal administratif. 

> Un épisode de ces drames de lugubre mémoire, qui coQtèrent la vie 
â tant de victimes, impressionna vivement nos concitoyens. L'un des 
condamnés conduits à la Pointe-des-émigrés (H. Du NédO, ]e crois) 
subit avec ses compagnons le feu des troupes chargées de Vexécuiion, 
et il tomba avec eux, mais sans avoir été atteint. Malheureusement 
pour lui, dans sa précipitation à fuit*, Il se releva sans attendre le 
départ du di^tachement , et voulut gagner la rive opposée ; mais la mer 
était basse, et le malheureux s'engagea jusqu'aux genouJi dans des 
vases qui paralysèrent ses mouvements. Le tambour de la troupe 
rapet-çnt et saisiâsaut un fusil qui était resté cbargé , Il le traversa 
d'une balle et retendit mort. > 



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Lectnre est contînoêe des Annales Lorientaises. Dans le chapitre 
■ intitulé : Seigneurs d'Bennebont, l'auteur expose les longs procès qni 
divisèrent les moines de Sainte-Croix et les seigneurs d'Heonebont, 
c'est-à-dire da grand fief de Keœmenet-Heboé, au sujet de la pro- 
priété du Prieuré de l'Ile Saint-Michel. 

Le chapitre V fait connaître l'importance féodale de cet îlot. De 
temps immémorial certains droits féodaux y étaient attachés; droits 
d'ancrage, de passage, impôt snr les mesures de vin vendu oa 
consommé au port de Blavet, etc. 

Le chapitre VI traite de l'Ile de Groix et de Saint-Gurthiern qui y 
était établi du temps de Grallon, roi on comte de Cornonaille. 

La séance est levée à trois heures et demie. 

U Secrétaire, A. CtUYOT-^OHABO. 



15'r SÉANCE. 

27 Mars 1866. 
presidence de. h. g. de closhadeuc. 

PROCÈS-VERBAL LU ET ADOPTÉ. 

M. le Président dépose pour la Bibliothèque : 

Annales de la Société d'horticulture et de botanique de l'Hérault, — 
Tomes IV et V. 

Mémoires lus à la Sorbonne en 1865. (Histoire, etc.) 

Revue des Sociétés savantes. — - Tome III, janvier 1866. 

Bulletin de la Société archéologique de Nantes. — Tome V. 

Mémoires et documents publiés par la Société savoisienne d'histoire 
et d'archéologie. — Tome IX. 

Mémoires de la Société impériale d'archéologie du midi de la France. 

Bulletin de la Société académique de Brest. 

Promenades de la Société linnéenne de Normandie. 

Excursions entre la Hotiblonniëre et Lizieux, et à Arromanches. 

Note sur deux espèces nouvelles de mylilidées fossiles, trouvées dans 
le Calvados, par M. Morière (membre de la Société polymathique). 

Note sur un dépdt de grès dans la commune de Sainte-Opportane 
(Orne). — • Par le môme. 



Digitizcdby Google 



— R — 

Note sur plosieors cas târatolt^qaes oDerts parle colza. — Parle 
môme. 

Transformations des étamines eo carpelles dans plnsieurs espèces de 
pavot. — Par le même. 

Quelques observations critiques sur les espèces du genre monotropa L, 

Note sur quelques herborisations faites en i860. —Par le mémo. 

Compte-rendu de l'excursion de la Société linnéenne de Normandie, 
à Trouville-snr-mer. 

De l'industrie fromagère dans le Calvados. 

Note sur le grès de Saiute-Opportune et sur la formation liasique 
dans l'Orne. — Par le même. 

Note sur les crustacés fossiles des terrains jurassiques (Calvados). 

Notes géologiques eimioéralogiques recueillies en Normandie. 

Note sur une fraxinelle monstrueuse. — Par le même. 

Essai sur l'étal de l'agriculture dans la Seine-Intérieure. 

Inauguration de la nouvelle galerie du jardin des plantes de Caen. 
— Par le même. 

Résumé des conférences agricoles : 

i" Sur la conservation du cidre ; 

2" Sur la culture, le rouissage et le teillage du lin; 

3» Sur l'industrie beurrière ; 

4" Sur le semis ou la plantation du blé en lignes; 

5" Sur les fumiers; 

Discours prononcé à la séance solennelle de rentrée des facultés de 
Caen. — Par le môme. 

Journal des Savants. {Février 1866.) 

M. Taslé fait don de divers volumes traitant de l'ornithologie. 

M. le Président annonce à la Société que M, le Préfet met à sa dispo- 
sition, sur le crédit de 2000 fr. dont il dispose, une somme de 800 fr. 
pour être employée intégralement à des recherches et à des fouilles de 
monuments. Si les dépenses pour la conservation des monuments 
historiques ne prennent qu'une partie de la somme de 1200 fr. encore 
disponible, M. le Préfet se fera un plaisir de donner l'excédant à la 
Société polymathiqne pour la même destination. La Société vote des 
remerciemenls à M. le Préfet et aux donateurs mentionnés ci-dessus. 

Monnaies trouvées à Quinipily, 

H. Arrondeaa offre à la Société, au nom de H. Jouanno , l'un de ses 
membres, un lot de monnaies romaines trouvées à Quinipily, près Baud. 
Ce lot comprend six monnaies impériales d'argent de billon et douze de 
bronze, sans compter neuf petits bronzes plus ou moins trustes. 

Parmi les dix-huit pièces' de module moyen, dont les tjpes elles 
revers sont en général assez bien conservés, il y en a un à l'effigie de 
l'empereur Valérien , deux de Pempereur Gallien , son fils, nn de Salo- 



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Bfn6, femaié dâ GBllîefi, ètnx à l'^fSgle 4e Glatlâe l« Gdftit(itié et 
UD de Quintille, son frère, qui ne régaa qae quelques jours. 

hes autres moanaiet se rapportent aux usurpateurs qtLÎ revêtirent la 
pourpre dans les Gaules, sous les règnes des emiiereiira prêtâtes. 
Ainsi nous en aroQs cinq de Postamas (dont quatre en billon), deux 
de Victorintiâ, trois deTétricns, un de Tétricus le jeune, associé à 
l'Empire par son père. Tontes ces monnaies appartiennent ainsi à la 
fin du m* siècle de l'ère chrétienne, de l'an 253, époque de raTëli«-> 
ment de l'empereur Valérien, à l'an 273, où Tétriôns quitta le pouvoir, 
efi ee Ufranl lai-môme k l'empereur Aurëlien. 

Les renseignements fournis sur la provenance de ces pièces, qdi 
feraient partie, paraK-it, d'une tronraille assez imporlâiité, oe 
permettent paâ de prèjager si elles proviennent d'un tfésof enfoui à 
dessein, ou si elles se trouvent dispersées sons les débfie d'un édifice 
ruiné. Quoiqil'il en soit, d'après leur date j il estperiâis, ce semble, 
de conjeeturer que leur possesseur aurait péri lers des iovasiQue des 
barbares du Nord qui furent battus et chassés par l'empôreut Pfobus , 
peu d'années après l'époque à laquelle furent frappées les mo&Dàies 
dont 11 s'agit. 

H. Tasié, en qualité d'ancien conservateur du Husée archéologique, 
demande ensuite la parole pour donner des explications sur un jeloa 
en or qui , inscrit au catalogue , ne se trouve plus au musée. M. Taslé 
expose que ce jeton a été échangé contre trois monnaies en or de ducs 
de Bretagne que la collection ne possédait pas. L'échange a eu liea 
avec l'assentiment des conservateurs-adjoints. — La Société approuve 
ce qui a été fait en cette circonstance et saisit cette occasion pour 
réitérer à M. Taslé l'expression de sa gratitude pour les soins qu'il a 
prodigués aux collections archéologiques du Musée pendant tout le 
temps qu'il y a rempli les fonctions de conservateur. 

Lecture est continuée des Annalti lorientaUes, 

Le Chapitre VH traite de la Terre noble dei Montagneti Elle donnait 
ebn nom au prieuré de Saint-Mlobel et formait la plus grande partie e^ 
8ob domaifie , car elle se composait au xi" siède de huit village de la 
paroisse de Plœiaeur. En 1750 les dépendances de ce domaine com- 
prenaient seize villages répartis en deux groupes, qui s'étendaient l'un 
vers la rade de Lorient, de la Perrière à la maison du Prieur, l'autre 
âepuisKernereljnsqu'èLomeuer, parallèlement, à la mer. Â ces posses- 
sions s'ajoutaient des dîmes sur la moitié de Guidel et en Flœmeur sur 
dix-sept villages. C'état donc un grand et Hche prieuré que celui de 
Saint-Michel des Montagnes. Aussi, lorsqu'au xVi" siècle, l'abbaye dâ 
Sainte-Croix de QuiiAperlé en fut dépouillée, on priva d'un seul Cdup 
8oiI trésor d'un revenu annuel d'environ 3TO0 livres; somme énortné 
pour cette époque. 



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— M — 

Le Chapitre Vin a pour titre : N.-I>, ie Lturmort SiÎHle JVmnoc , la 
Madeleine. Au moyen-âge , la Bretagne se couvrit, pour ainsi dire, 
d'une fpiantité innombrable d'églises, couvents, chapelles on oratoires; 
mais nulle part, peut-être, cet état de choses ne fut aussi frappant que 
anr le littoral de l'Évfiché de Vannes , principalement sur la paroisse 
de Ploemeur et dans l'Ile de Groix. Celle-ci comptait àatrefois, dans 
ses huit frairies , douze chapelles , l'église paroissiale non compris^. Gn 
Plœmenr, il existait, sur ses quinze frairies, vingt-sept chapelles dont 
les principales sont celles que nous avons citées et dont l'auteur fait 
cûDDattre rorigine, l'imporlance et la ruine. Fresque toutes loe Autres 
ont disparu 

La séance est levée à trois heures et demie. 

Le Secrétaire, A. «IJY0T-40MABD. 



153' SÉANCE. 

24 Avril 1866. 
PRESIDENCE DE H. G. DE CLOSMADEDG. 

ÉTAIENT présents: 

UH. Fonquet, Taslé, de Cussé, Ârrondeau, Damonr, Lallematid» 
Hauricet, l'abbé Lomenech, le P. Delineau, Juhel, de La HitoUe, 
Pavot, Rosenzweig, Hauricet fils, Délivré, de BrenilpoQt , de Limar, 
Grandpair, E. de Lamarielle, L. Galles, Salmoa, Salmon-Laaboorgëre, 
de Séciilon, Peyron, Vibert et Guyot. 

PROCÈS-VERBAL LU ET ADOPTÉ. 

M. le Président informe la Société que M. Damour, membre de 
l'institut, assiste à la séanre. Lecture est immédiatement donnée d'une 
lettre de M. le surintendant des Beaux-Arts, comte de Nieuwerkerke, 
qui donne missiou à M. Damour de visiter les collections du Musiie de 
Vanaes, et de demander à la Société polymathique la permission de 
prendre des fac-timile de quelques objets choisis sous nos vitrines. 

Cette lettre est ainsi congue : 



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f H. le Président, 

> H. Damonr a bien touIq se charger, comme membre de la com- 
mission d'organisation du Musée de Saint-Germain , de tous prier de 
nous confier les originaux da Musée de Vannes qu'il choisira afin d'en 
faire le moulage , et de compléter ainsi la collection des différents types 
des instruments de l'âge de pierre du Morbihan. 

i'ie TOUS prie de remercier, en mon nom, la Société polymatbique 
de Vannes du concours qu'elle a déjà bien Toulu nous prêter, 

> Veuillez agréer, etc. 

Le Sénaleur, Surintendant des Beaux-Arlt , 
Comte DE NiEUWERKERKE. > 

M. Damour expose en effet que sa mission n'a pas d'autre but , et 
que ces fac-similé sont destinés au Musée impérial de Saint-Germain. 
Il a Tisité en détail le Musée archéologique, et il est heureux de féliciter 
la Société de ses inestimables richesses; nulle part on ne trouverait une - 
collection si variée et si brillanle d'antiquités celtiques. La Société, 
conformément du reste à une précédente délibération portant sur te 
même objet, renouTelle l'autorisation demandée, et décide qu'elle 
remet à H. Damoar et au conservateur du Musée le soin de faire le 
choix des objets. 

M. de Glosmadeuc soumet à l'examen de la Société : 

i° Un fragment de celtse , remarquable au triple point de vue de sa 
proTenance, de sa forme et de ses dimensions. Il a été récemment' 
découTert dans t'tle de Gavr'inis ; il se rapporte, quant à la forme , à 
ce genre de cellEe relativement rare, dont l'extrémité opposée au 
tranchant, est conoïde; en troisième lieu , il appartient à un celtœ de 
dimension colossale, tellement colossale que notre Musée n'a pas son 
pareil. 

2* Un très beau celtae de couleur Tert-noire, admirablement poli, et 
ayant ses arêtes latérales remplacées par une surface longitudinale, 
limitée elle-même par deux arêtes secondaires, et s'étendant presque 
de la pointe au tranchant. 

M. Damour, auquel on fait passer les objets, reconnaît que la compo- 
Ntion minérale du premier cellœ est une diorite. Quant au second , 
c'est une substance minérale, excessivement rare, variété de jadéite 
que M. Damour a désigné sous le nom de ckloromélanite et dont le 
gisement n'est pas encore connu. 

M. le Président remercie M. Damour de ces renseignements et le 
félicite de nouveau, au nom de la Société , des résultats si intéressants 
qu'il a obtenus, en analysant plusieurs objets de notre Musée, résultats 
consignés dans son mémoire adressé à l'Institut. 



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H. le Président dépose ensuite pour la Bibliothèque : 

Le bolletiD de la SociéLé archéologique et historique du Limousin. 

La revue des Sociétés savantes, — Février 1866. 

Les mémoires de laSociétéacadémique de Maine-et-Loire, XVII» et 
AVllI" volumes. 

Le buLletia de la Société de statistiques, sciences et arts du dépar- 
tement des Deux-Sèvres. 

L'annuaire statistique, historique et administratif du Morbihan. — 
Far M. Lallemand. 

Le journal des savants. — 'Mars 1866. 

Congrès scientifique de France (Amiens). — 1866. 

Études sur les eaux minérales de Vais (Ardôche). 

M. Damonr donne dix exemplaires de son travail sur la composition 
des haches en pierre trouvées dans les monuments celtiques et chez les 
tribus sauvages. 

M. Délivré fait don d'une ammonite fossile trouvée dans des matériaux 
de coostructions provenant des environs de Saumur. 

La Société vote des remerctments aux donateurs. 

Sont admis en qualité de membres titulaires de la Société : 
HH. Perrin, pharmacien à Vannes ; Vibert, employé des contributions 
indirectes; Garoier, propriétaire à Sarzean. 
H. Fouquet donne lecture de la note suivante : 
< Tout ce qui relait n'est pas or, et tout ce qui est jaune n'est pas 
soufre.... n parait, d'après nos géologues, que j'ai pris le talc d'noe 
protogyne pour du soufre dans un granité, soit, et j'admets une 
rectification à ma communication de l'avant-derniëre séance, je la 
réclame même. Hais pour être beaucoup moins curieux, les échan- 
tillons que j'ai remis à la Société n'en offrent pas moins un certain 
intérêt, puisqu'ils démontrent que le département possède, à la câte 
de Plœmenr, nne protogyne dont le talc est d'un jaune de soufre à 
tromper l'œil. Je n'avais pas encore observé de talc de cette couleur. > 

MoRumenls Galh-Bomalju. 

t Comme il est utile, je crois, défaire connaître à la Société tous les 
points où les Romains ont eu des établissements dans notre département, 
je viens vons en signaler deux qui montrent encore des restes de leu 
occupation. 

> Au nord du village de La Bréhiat, enMarzaQ, â 3 kilomètres 1/2 de 
La Boche-Bernard, près la route de La Boche à Mnzillac, s'élèvent, sur 
la hauteur de Kemcboux, deux moulins connus dans la localité sous 
le nom de moulins de Marzan. Le sommet de cette butte isolée est pour 
ainsi dire pavée de débris de briques à crochets et sans crochels. 



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mais tous de la iiério⣠8<>U(>-^9a)âiCLe, |te ca soatuwt on -déwvTrs on 
vaste et remarquable horizon. 

> Près et au sud de la petite Tille de La Rochç-Bemard, dans un très 
grand champ en face du village de La Grée, et sur le bord de l'ancieu 
ehemin de La Roche à Férel, on trouve, ici et là, des débris de briques 
et de poteries anciennes. (Un fragment mis squs les yeux de la Société 
a dû appartenir à une vaste amphore.) 

> J'ai donné, dans le temps, connaissance à la Société d'une décou- 
verié faite h Kerhom, en,PIœineHr, de six esltœ, de deux fragoients de 
celtœ, de débris de poteries, de charbons et de granités brûlés, sous 
Une accumulation de caillon^E de quarti roulés. Je dépose aujourd'hui 
un fragment de poterie recueilli sur ce point, te lendemain de la 
découverte. Cet échantiUona beaucoup de rapport avec celui que j'ai 
obtenu dans la fouille que j'ai faite au pied du menhir du Talot , en 
PhMieur. > 

Lecture est continuée des Annales lorientaises. 

Incorporé à l'abbaye de Sainte^Croix de Quûnperlé, Saiol-Jficheln^t 
pas d'histoire particulière et ce n'est qu'au xvie siècle qu'on trouve , 
dans, les annales de cette abbaye, un fait qui intéresse le prieuré. 
Ce fait est le décès de Guy Quirisec, archidiacre de Vannes, que 
Dom Placide Le Duc qualifie de prieur commendalaire du prieuré de 
Saint-Michel, i La commende s'était donc déjà fourrée dans tes 
prieurés dépendants devant que de saisir l'abbaye » 

L'auteur expose ensuite les effets désastreux de ce régime des com- 
mandes sur la plupart des établissements ecclésiastiques. 

Au chapitre X- l'auteur rappelle comment les religieux de Sainte^ 
Croix consentirent à l'union du prieuré de Saintr-Michel au collège des 
Prêtres de l'oratoire de Nantes, et en prend occasion pour donner 
quelques détails sur la célèbre congrégation des pères de l'oratoire de 
Jésus. Cette union eutlieu en 1613, et à partir de ce moment jusqu'en 
1790," les oraloriens, comme les bénédictins de Quimperlé, firent 
administrer le spirituel et le temporel de leur prieuré par des fermiers, 
des chapelains et des vicaires perpétuels, etc. 

La séance est levée  trois heures et detnie. 

.Le Secrétaire, A. «UTOT-drOHABD. 



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154' SÉANCE. 

29 Mai im- 

PRÉSIDENCE DS H- G. DÇ CI,OSMADEDC. 
ÉTA1ER7 PRÉSENTS : 

VU. Taslé, ie Cassé, Uanricet père, ÂrroadeaB, Latlemand, d'Autt 
IH)iaes[)il(K.)r ^^ Brenilpont, Salmon-Lanboai^ère , Jubel , d'Aull* 
PomeËQiUG.), S^mon, de Limur, Jao deLagillardaie, Nanricetfils, 
Ë. de'LanamUfi, Gilles, Tesaier, Peyron et Gujot. 

PROCÈS-VERBAL LU ET ADOPTÉ. 

H. le Président dépose pour la bitJiothèqae : 

La Revue arcbéologiqne du Midi de I9 France. 

Les Hémaires de la Société liitéraire de LyoQ. 

Annales de U Société historique et itraliéolqgique de Cb^teau- 
Thierry (Aisne). 

De l'armemeot des Romains et des Celtes à l'époque de la guerre 
des Gaules, par Léon Fallue. 

Mémoires lus à la Sorbonne en avril 1865. 

Rapport verbal fait à la Société française d'archéologie sur diveia 
monuments, par H. de Caumout. 

Histoire de la ville et du port de Brest, par M. Levot. — (Souscrip- 
tion de la Société.) 

Coap-d'œil sur quelques points de l'histoire générale des peuples 
slaves et de leurs voisins les Turcs et les Finnois, par M. Auguste 
Viquesnel. 

Revue des Sociétés savantes des départements. — Mars 1866. 

M. de Closmadenc, en présentant à la Société deux paniers remplis 
de débris de poteries anciennes , expose qu'ils viennent d'être décou- 
verts au milieu des ruines d'une construction gallo-romaine, élevée 
sur pilotis dans un jardinet situé xlerrière la minoterie Droual„ & 
Vannes, sur le cours d'eau qui descend de l'étang du Duc à la Garenne. 

Sous les décombres et enfouis profondément dans la vase, on a re- 
çuejlU ; l" ttne ciuantité considérable» de tuiles romaÏBes à çrw;^^ «t 



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de tessons de poteries diverses , tels que goidots et anses d'amphores ; 

2" une quantité non moins considérable de poteries fines, de couleur 
rouge, en terre samienne, décorées extérieurement de dessins en 
relief, représentant des sujets variés, mythologiques ou autres. — 
Deux ou trois fonds de ces Tases de luxe portent l'estampille de fa- 
brique en lettres romaines. 

Est admis comme membre titulaire de la Société M. Ch. de Kerret , 
propriétait-e à Braspartz (Finistère). 

Une souscription nationale est ouverte A Rouen pour le rachat de la 
tour du Donjon, dite de Jeanne Darc. Répondant à l'invitation qui lui 
a été adressée parle comité central, la Société décide à l'unanimité 
qu'elle souscrira pour une somme de 50 francs. 

H.' ArroDdeaa donne lecture d'une lettre par laquelle M, Constantin, 
proviseur, chargé de la direction du collège de Lorient, rend compte 
d'une excursion qu'il a faite à Croix : l'Ile est grande, dit-il, et les 
indicalions qu'on y peut obtenir sont rares et sans précision ; aussi 
a-t-il tiré grand parti du Guide des touristes et du Catalogue des mo- 
numents historiques du département. Jusqu'à ce jour aucune explora- 
tion n'a été tentée. Les monnaies envoyées à la Société, en 1864, ont 
été trouvées dans le Porl-Tudy, sur la grève. Aucun dolmen ne paraît 
avoir été fouillé, protégé sans doute par une habitude invétérée. 
Nulle part l'auteur n'a pu constater l'existence de tumulus; mais la 
base des dolmens est généralement enfouie dans un monticule ou 
exhaussement formé par l'accumulation des pierrailles, mauvaises 
herbes, etc., rejetées des champs voisins au moment des travaux agri- 
coles. En terminant son intéressante communication, l'auteur promet 
de retourner bientôt dans cette lie et d'y essayer quelques recherches 
bien circonscrites. La Société ne peut qu'encourager M. Constantin 
dans l'exécution de ce projet, et décide qu'elle mettra à sa disposition 
l'allocatioD nécessaire pour les recherches qu'il croira devoir entre- 
prendre. 

M. d'Ault-Dumesnil donne lecture d'un travail intitulé : Recherches 
mr la provenance des granits qui ont servi d élever les monuments dits 
celtique». 

Dans l'impossibilité d'analyser cet intéressant mémoire , nous devons 
Dous borner à citer la conclusion : 

« 1° Les pierres qui ont servi à l'usage indiqué ont été trouvées à la 
surface du sol et n'ont pu être extraites des carrières et encore moins 
6tre apportées de loin (sauf quelques exceptions), puisqu'elles re- 
posent, dans la plupart des cas, sur un sol formé de roches entière- 
ment semblables. 

1 2° La présence de ces pierres sur le sol est due à un phénomène de 
désagrégatioD; eUes formaient des noyaux pltts durs dans la m&sse 



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— sya — 

granitique, dont les parties les moins tenaces se sont désagrégées et se 
désagrègent tous les jours sons do» yeux. 

> Z" Toute explication du pUénomèoe, fondée sur un transport dilu- 
vien et glaciaire, est erronée. 

> 4» Les pierres branlantes doivent leur origine â nue superpositition; 
ce sont des noyaux dont la base s'est exfoliée et les a ainsi laissées en 
équilibre. 

> 5" Donc rosciltalion peut être an fait purement naturel, et coomie 
on ne peut prouver l'intervention de ta main de l'homme dans sa mise 
en action ,. il faut admettre l'explication la plus probable , c'est-à-dire 
la cause naturelle. 

>0"^iifin,il est rationnel de penser, comme le dit M. Cb.Desmoultns, 
que les Celtes ont profité du phénomène naturel et se sont servis des 
pierres branlantes comme des autres monuments. Ces pierres appar- 
tiennent donc à la géologie par leur origine et peut-être à l'archéologie 
par leur usage. > 

Lecture est donnée par H. Lallemand d'un rapport de H. Fouqnet, 
relatif à une exploration qu'il a faite à La Grée-Hahé , en Plnherlin , 
avec le concours de H!l. Jutiet et Ernest de Lamarzelle. Le lieu cité se 
Uvuve non loin d'une voie romaine secondaire qui, traversant le bourg 
communal, aboutit à l'Ardoise, sur la grande voie de Vannes à Rieux. 
Il est i peu pr^s an centre d'une contrée où les Romains ont laissé des 
traces d'un long séjour et d'une sérieuse occupation , et qui est com- 
prise entre Molac et Limerze!, Questembert et Rochefort. Les explo- 
rateurs ont d'abord visité deux chambres, l'une de 3% 70 sur 9, l'autre 
de S'OjlO aussi sur fi^jôG ; on y a trouvé seulement des débris de po- 
teries grossières , les uns de couleur noirâtre , les autres d'un jaune 
roux ; mais à l'i°> vers l'ouest se présente ( un singulier édifice qui 

> mérite une attention toute particulière et une description minutieuse, 

> parce qu'il n'existe pas dans tout le Morbihan un seul monument qui 
» s'en approche. 

I C'est un octogone régulier dans nn octogone parfaitement régulier 
aussi. L'octogone intérieur mesure de dedans en dedans et d'un angle 
à l'angle opposé 6'>>,76. Chacun des huit cAtés a 2'°,60 de longueur. 
L'épaisseur des murs, tous en petit appareil, est de û'Ogëi. 

> L'octogone extérieur , qui est partont à une distance de 3'|,26 de 
l'octogone intérieur, et forme avec lui une espèce de vestibule ou cor- 
ridor , a des murs de même épaissen** , et chacun de ses côtés mesure 
5°,92 de longueur. D'un angle extérieur à l'angle extérieur opposé on 
compte 16i°,66 , et c'est la plus grande étendue de ce monument qui 
enceiol ainsi un terrain de moins de 200 mètres de surface. Quelle a 
pu être la destination de ce double octogone ? Il ne reste pour nous , 
dit l'auteur, d'autre Idée admissible que celle de l'existence à La Grée- 
Mabé d'un petit temple rwnain. » 



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— XVU! — 

M. de Closmadenc continue la lecture de son travail historique sur 
la Chirurgie et la Barberie eo Bretagne avant la RéToltjtion. 

Lorsque l'édit de Louis XIV , da S2 février 1692, vint créer des 
chaînes ie.midtcim conseillers du Roy et de chirurgient jurés aux 
rapports, la communauté ùas maîtres chirurgiens-barbiers de Vannes 
se trouyait déjà organisée et fonctionnait depuis_ longtemps à l'ombre 
de ses franchises. Les maîtres étaient nombreux , parmi lesquels le 
premier chirurgien du Roi , Félix , eut à choisir deux chirurgiem jurés 
aux rapport* qu'il destinait à la ville de Vannes. 

Le 7 du mois de septembre, une réunion extraordinaire eut lieu. 
Tous les maîtres chirurgiens-barbiers de Vannes furent convoqués à 
cette réunioc que présidait le sieur Lemier des Places , docteur eu 
médecine, conseiller du Roy. Il s'agissait de voter les nouveaux siatuit 
que la Compagnie avait rédigés dans une séance précédente (là août 
1694). 

Le corps des chirurgiens de Vannes ne fut pas unanime. Trois oppo- 
sitions se firent joor, et les statuts furent arrêtés en 15 articles. M. de 
Closmadeuc donne le texte de ces curieux statuts, extrait du registre 
de la communauté des maîtres chirurgiens-barbiers de Vannes. Les 
statuts furent approuvés par H. le sénéchal de Vannes qui ne biffa 
qu'un seul paragraphe : celui par lequel les barbiers avaient la' pré- 
tention d'exclure les bâtards de la maîtrise en chirurgie. 

La séance est levée à trois heures et demie. 

Lê Secrétaire , A. ttUVOT-JOHABD. 



155^ SÉANCE. 

36 Juin 1866. 
PKtSISBHCE DB H. 0. DE CL08HA0BUC. 

PROCÉS-TERBAL LU Et ADOPTÉ. 

M. le Pré^dent déposeponr la biMiotfièque : 

Les aAoale» de la Société impériale d^agriculture, industrie, sciences, 
arts et belles-lettres du département de la Loire (Saint-Étienne). 

Hémoires de la Société, idipéritle (l'agriculture , sciences et arts 
d'ArgerB. . 

Études aas les caiUoox ronlés.idelaDerdogne, par M. Ch. Des- 
moulios. ' ' « 

Joorail des Savants^ — Mai 1866. 



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— XIJE — 

Est admis en qaatité de membre titnlaire delà Société H. le colonel 
Filbol de Camas, résidant à Vannes. 

Leclare est donni^e d'un arrêté, en date du 14 jaio 1866, aux termes 
dii([nel M. le Préfet du Morbihan autorise la Société polymathicpie di 
Morbihan à faire des fouilles dans les dunes domaniales de QuibéroD. 

La Société vote des remerciements à M- le Préfet. 

Dans une tournée qu'il vient de faire, M. le docteur Fouquet a eu 
occasion de recueillir quelques objets qui lui paraissent assez intéres- 
sants pour être offerts à la Société, et de relever quelques observations 
qu'il lient à lui communiquer. 

« Je dépose d'abord, dit l'anteur, pour les collections géologiques et 
minéralogiques, un schiste talquenx, avec modules de màcles, que j'ai 
trouvé et pris à Baud, arrondissement de Napoléouville, puis un schiste 
argileux mâclé ramassé par moi à l'établissement romain de La Grée- 
Mahé, en Pluherlin, arrondissemeot de Vannes. 

> Après les fouilles que nous avons faites en ce lieu, il a été trouvé, 
au-dessous de l'are» de l'octogone, que je crois avoir été un temple 
romain, un vase contenant, dit-on, des cendres et des fragment^ d'os 
calcinés. Cette découverte récente ne change rien à mon opinion sur la 
destination du monument que nous avons étudié ; car, avant l'établisse- 
ment de ce temple, un mort a pu être brûlé, et ses os placés là, quand 
il n'y avait encore qu'un camp romain à La Grée-Mahé, ou les édifica- 
teurs de ce temple ont tenu à déposer les restes consumés d'un mort 
vénéré, là même où ils voulaient fonder un édifice religieux. 

> Maintenant, Messieurs, je vous remets, pour les collections archéo- 
logiques, une cuillère en buis, dont le pied sculpté représente soit ou 
évêque, soit un abbé crosse et raltré. Je penche pour l'abbé, par cette 
raison que la cuillère a été trouvée, avec un titre du xvii" siècle, dans 
le mur d'une vieille maison qu'on vient de démolir au bourg de Saint- 
Congard, et qui portait, je ne sais pourquoi, le nom de l'HOpital. Vous 
savez que le couvent des Camaldules de Roga a été fondé , en Saint- 
Congard , en 1673, par Henri de Guénégaud , marquis de Plancy , et, 
peut-être, un habitant de Saint-Congard aurait-il pris plaisir à sculpter, 
sur buis, un supérieur de cette maison ? 

> Enfin , je dépose , pour être placée dans votre bibliothèque , une 
carte cochinchinoise trouvée dans un fort de Saigon , lors de la prise 
dece-fort par les Français. Je tiens ceUe carte de H. J. J. Daigre, ca- 
pitaine au loDg'Cours, que vous connaissez tous ,. et je m'empresse de 
vous la remettre en son nom. ». 

La Société vote des remerciementâ sa donateur. 

H. Fouquet, dans sa tournée, a revu, et toujours avec qq vif latérêt, 
le délicieux bijou de granit nommé la Chapelle de Kemasdeden. Cette 
admirable chapelle,laplas belle iDconteatablement de tout le MorbibaD.a 



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été,snrnosdemandesréitérées, classée parmilesmoQumeQtshistoriqnes; 
l'aiitenr regrette que cette protection de l'État ne semble pas eu assorer 
la coQservalioû. L'épais badigeon et les moisissures vertes qui re- 
Goorrent ses élégantes nervures et ses sculptures si délicates, n'ont pas 
disparu; ses belles fresques altérées, ses nombreux clochetoDs mutilés 

ne sont pas restaurés Kernascteden est un lieu perdu où réside un 

seul vicaire , et c'est pour cela, sans doute, qu'on néglige, non-seule- 
ment la. restauration, mais encore la conservation de sa chapelle. L'aa- 
teur estime qu'il appartient à la Société d'élever la voix en faveur d'un 
mooument si remarquable, et de le recommander, avec instance, ,à 
l'attention de H. le Préfet, et, aussi, à l'intérêt puissant de U. le mi- 
nistre des cultes et de M. le ministre des beaus-arts. 

Lecture est continuée des Annales lorientaises. Apres avoir exposé, 
dads le chapitre XI, un aperçu des crimes et dévnstaiiom dont le 
prieuré de Saint-Michel fut le théâtre pendant la première moitié du 
XVn« siècle, l'auteur traite, au X1I'=, de l'établissement de la Compagnie 
des Indes orientales, t A l'époque où l'important procès du prieuré 
contre Nicolas Riou , sieur du Roz, nous a conduits (1671), un fait 
considérable venait de se passer dans le pays. La Compagnie des Indes 
orientales avait obtenu, en 166i, le Port-Louis pour siège de l'arme- 
ment de ses flottes, et, deux années après, elle établissait ses magasins 
et ses chantiers de constructions navales à l'embouchure du Scorff, sur 
la lande du Faouëdic, en la commune dé Plœmeur. 

> Dans rorigioe , cet établissement , appelé L'orient on l'Enclos de 
L'orient, dépendaitdu Port-Louis, on, si l'on vent, Lorienl était une 
annexe du Port-Louis, principal siège de la Compagnie et demeure de 
ses principaux agents.'La disposition des lieux devait avoir pour con- 
séquence de multiplier considérablement les passages d'une rive à 
l'autre. Mais, on l'a vu, le droit de passage appartenait au prieuré de 
Saint-Michel. Aussi vit-il grossir rapidement le produit qu'il retirait de 
la location de ce droitde passage. En 1677, ]e Trépas de Sainte-Catherine, 
comme on l'appelait, "se loue déjà 50 livres par an, et, il obtient- 150 
livres en 1702 : c'était tripler en 25 ans. Toutefois, ce droit féodal ne 
tarda pas à se voir battre en brèche. Les progrès de Lorient ne s'arré- 
tant pas, des bateliers de la ville naissante s'avisèrent de louer leurs 
embarcations, de temps à autre, pour le trajet direct de cette ville à 
Port-Louis. Les premières réclamations ne furent pas écoutées, puis , 
lorsque lesOratoriensse décidèrent â intervenir sérieusement, en 1710, 
ils trouvèrent un service de batellerie régulièrement organisé entre 
Lorient et Port-Louis , et tous leurs efforts échouèrent contre cette 
usurpation. 

» Lorient, qui avait débuté en 1666, grandissait peu à peu avec des 
intermittences provenant de la situation politique du royaume. En 1719, 
cette ville Gommeaça à secouer la torpeur où, pendant dix années, Ta- 



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— XÏI — 

vaient fait sonvent retomber les vicissilndes des affaires pnbliqaes. La 
grande Compagnie des Indes, qai venail de se former avec On privilège 
de 50 années, vint lui apporter cette activité, ce développement qai en 
firent bientôt nn objet d'admiration pour la France, et de jalousie pour 
ses ennemis. » 

L'aateur entre ensuite dans quelques détails snr les diters agrandis- 
sements de la cité et l'estension continae de la célèbre Compagnie. 

le Secrétaire, A, eUTOV-«OHABD. 



156* SÉANCE. 

3i JtnLLET 1866. 
PRËSIDENCE DE U. DE CLOSHADEDC. 

éTaieht présents : 

HU. Fouquet, Taslé, de Cussé, Peyron, Hauricet, père, l'abbé 
Lomenech, L. Galles, E. de Lamarzelte, Arrondeao, Rosenzwelg, 
l'abbé Piéderriëre, Salmou, Salmon-Laaboui^ère, Tessiet, Juhel, 
Mauricet, fits, etGuyot. 

PROCÈS-VEBBAL LU ET ADOPTÉ. 

M. le Président dépose pour la bibliolhëqne : 

Les mémoires de la Société académique d'agriculture, des sciences, 
arts et belles^lettres de l'Aube, â Troyes. 

Bulletin de la Société arcbéologique de Naqtes. 

Mémoires de la Société de slatislique des Deux-Sèvres., à Niort. 

Choix de pièces lues aux séances de l'académie de La Rochelle. 

Le Moniteur de l'archéologie, par H. Coustou, à Montauban. 

Hémoires de la Société d'émulation du Doubs. 

Journal des Savants. Juin 1S66^ 

■ M. L. Galles dépose pour le musée Une carte très nettement dressée 
des monuments celtiques dii canton d'Auray. 

La Société vote des remerciements au dona^eur. 

H. de Cussé donne lecture d'un rapport concernant les fouillas faites 
dans la comipune de la Trinité-sur-mer, au Cumulus appelé, eut)retoi9, 
iiVfloKrick et io Ftyie, enfrançais.,,. 



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La forme ivimitire de ce monament devait mesnrei 50 nètrea en 
longueur snr 30 de largeor. < Dès les premiers travaux, dit l'auteur , 
il nous a été donné de reconnaître que nous avions bous les yeux un 
moDument d'une coDstitation particulière. Le sol naturel était recou- 
vert d'une couche de sable épaisse de Oi" 30 à O-a 40 dans lequel étaient 
implantées verticalement ou obliquement et sans ordre ni distances 
régulières, d'énormes pierres plates on dalles, variant de dimensions . 
depais un mètre jusqu'à li"70 de hauteur, dans les vides desquelles, 
et les recouvrant, se trouvait uu galgal, en tout semblable à celui 
de Mané-er-H'roëk. > Une seconde tranchée, ouverte à angle droit 
sur la première, n'a servi qn'à faire découvrir d'autres pierres plates 
du même genre et dans un désordre tel qu'il a été impossible de leur 
trouver une disposition soit eu cercle, soit en étoile, en parallé- 
logramme on en alignement. En résumé, la nature de ce monument n'a 
pa être expliquée , et les objets trouvés sont rares et sans importance. 

H. l'abbé Piéderrière donne lecture d'an travail relatif i la seigneurie 
de Largoaët, en Elven, dont le centre était le château d'Elveo. 11 a 
pu en examiner les archives, dont les premiers titres manuscrits 
remontent à 1470. 

c Quelques savants ont voulu tirer le nom de Largouet des deux 
mots bretons ar et coët, qui signifient paya sur boit on au milieu 
de» boit; suivant d'autres, il viendrait d'an antre mot breton qui 
exprime sang, apanage du sang. 

■ Cette dernière étymologie semblerait plus probable, puisqu'une 
charte du cartulaire de Redon nous montre, au commencement du . 
X" siècle, un prince du sang ducal possesseur de Largouet : Derrien, 
fils d'Alain-le^Grand, comte de Vannes, roi de Bretagne. > . 

L'anteur après avoir exposé la longue filiation des nombreux 
seigneurs de ce comté, jusqu'à l'année 1793, entre dans quelques 
détails sur la seigneurie elle-même. 

< L'étendue de cette seigneurie peut être fixée comme il suit, 
d'après les aveux. Elle 'partageait avec Rochefort les paroisses de 
Snlniac,LarréetHolac. Elle comprenait les paroisses d'Elven, Treffléao, 
Saint-NolF, Saint-Avé, Plaudreo et Monterblanc sa trêve, Grand-Champ, 
Plnmergat en partie, Pluneret en partie, Plœren, Plougoumelen , 
Baden presque en entier, Arradon et l'Ile-aux-Moines sa trêve, les 
paroisses de Saint-Pierre et Saint-Patern, en partie (Vannes); enân 
elle avait quelques pièces en Pluherlin et en Saint-Jean-Brévelay. 

Elle avait deux sièges de juridiction, l'an à Vannes, dans la maison 
de ville, ancienne chambre des comptes des ducs de Bretagne, et un 
autre à Auray, dans l'auditoire royal. » 

H. l'abbé Piéderrière dépose pour les archives de la Société la copie 
d^e diane da duc Go&an IH, en faveur des ïep^riieFSj 1160. 



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— XXHI — 

c Grâce ans bienreillantea commanieatioDs de M. dn Perron de l« 
Ferronais et du Oningo, H. l'abbé a rencODlré ce document dans les 
archives du château du Ferron, en Hauron. Julien-François Placide 
du Ferron possédait l'original de ladonation de Conan aux Templiers 
comme titre de famille; craignant de le perdre et roulant en faire 
profiler le public, il le remit, le li avril 1785, aux archltes de la 
Tille de Rennes, et s'en fit délivrer une copie authantique. ■ 

C'est cette copie qui est tombée entre les mains de H. l'abbé 
Piéderrière. Elle est parfaitement écrite sur velin et d'une lecture 
facile pour tous. Cet acte, rédigé à Kemper-Corentin, coostate que dès 
1160,c'est-à-dire peu d*années après la fondation de cet ordre fameui, 
Conan, duc de Bretagne, comte de Richmond, donne à la maison 
des Hospitaliers de Jérusalem (domui iherosolimilane hotpitalitatis] i 
libres et exemptes de toutes charges (ab omnibus consuetudinibut) en 
tous lieux et en toutes leurs parties, des aamUneries {eUmoiine) att 
nombre de plus de 60, situées dans les diverses parties de la Bretagne. 

H. de Closmadenc lit le rapport concernant les fonitles faites par la 
Société dans les communes de Carnac et de Ploaharnel. 

Ces fouilles ont porté sur huit dolmens et un tamulus, dont Toici 
les noms : 

10 Dolmen de Kroch. 

2o Dolmen de Rnnesto. 

3" Dolmen de Mané-klud-er-iér. 

4" Dolmen d'en Autérien. 

h^k, B, C, D. — Qaatre dolmens de Kiaval. 

6° Tumulus de Rumentur. 

Ces fouilles ont amené la découverte d'une foule d'objets, qui 
doivent enrichir le mnsée : d'innombrables poteries celtiques, des silex 
taillés, des celtse, des grains en terre cnite et en callais, quelques 
ossements. Un des dolmens de Kiaval a présenté ceci de particulier , 
que huit pierres de ses parois sont sculptées, et présentent des orne- 
mentations et des signes gravés du genre de ceux de Gavrinis, et du 
Mané-Lud. 

H. Louis'Galles donne lecture d'un rapport sur les tonilles opérées 
sons les nombreux dolmens de la Trinité-sur-mer. Neuf tombeaux ont 
été explorés ; les principaux sont : le Mein-er-Roh , dont la chambre 
a 3 mètres de longaenr sur 1™ 90 de largeur et i" 80 de hauteur; les 
objets trouvés consistent en un couteau de silex pjromaqne et force 
débris de vases de formes variées. 

Ër Roh, â l'ouest de Kmarker. Ce dolmen se compose d'une allée, 
d'une chambre et d'un cabinet; les supports sont au nombre de qninze. 
La longueur du ibonnment est de 5 mètres. On ; a trouvé une pointe 
de flèche à: ailerons en silex, de 0,030 sur 0,023 de largeur; tout prj^ 



.dbyGoôsle 



- SïIV — 



Tin petit silex taijlé aoalogDe aux plus petits conleanx des cavernes de 
la Dordogae , de nombreux fragments de poteries dont l'ornemeDlatioD 
apportera de nonvean éléments à la connaissance de la céramiqae des 



Deux antres monuments du même genre snr nn monticule an nord 
de ta rivière, de Cracti et à Test de l^vilor. Ils sont séparés l'un de 
l'autre par nn espace de 3» 50 seulement. Le plus au nord, formé 
d'une chambre et d'an corridor, a les dimensions suivaDtes : 

Longueur de la chambre 2» 70 

Largeur 2 70 

Longueur de l'allée 3 50 

Laideur , 65 

Celles du second sont : 

Chambre.... ! ^ <0 de longueur. 

( 3 90 de largeur. 
ABée : longueur 4 30 



On a trouvé dans ces dolmens des couteaux en silex, des hacbes 
en diorite et des fragments de poteries en terre jaunâtre. 
La séance est levée à trois heures et demie. 

Le Secrétaire, A. «IIT0T-40HABD. 



15T SÉANCE. 

28 AOVT 1866. 
PRSSI9ENGB DE H. 6. DE CLOSH&DEVC. 

ÉTAIENT PRÉSENTS; - < 

HH. Fonqnet, Taslé, de Çnssé, Arfondeau, Lailemand, Jan de 
Lagillardaie, Grandpair, Tessier, de Limnr, Salmon, de Camas, Perrib, 
Hauricet fils,. de Sécillon, Chaufâer, Délivré, de Breuilpont et Gujot. 

PROCÈS-VERBAL LU ET ADOPTÉ. 

Note sar une lame de silex trouvée à Venerqne (Haute-Garonne). 

Recherches chimiques sUr l'essence et l'buile fine contenues dans les 
Scojts de la Criste marine , par M. Hérouard , pharmacien à Belle-lte , 
menibre correspoudant de la Société. 



ûigitizodbyGOOgle 



— ÏXT — 

Spartacns, tragédte-monologDeeDTiD acte et eo vers, par M. Alfred 
Saurel, membre delà Société. 

Note sur deux végétaux fossiles trouvés dans le département An 
Calvados, par H. Moriëre, professeur à la faculté des sciences dé'Caeo, 
membre de la Société. - 

Note sur la lettre de M. Alph. de Ratisbonne relative aux plaotes im- 
portées par H. Ch. Desmonlius , sous -directeur de Vlostitut des 
provinces. 

Distribution des récompenses accordées aux Sociétés savantes le 
7 avril 1866. 

Journal des Savants. — Juillet 1866. 

H. Jan de Lagillardaie dépose pour )a Bibliotbëqne, au nom .de 
H. DangiD , receveur, de l'enregistrement à Huzillac, un volume manus- 
crit, io-folio, des États de Bretagne assemblés à Rennes en Tannée 1776. 

La Société vote des remerciements à ces divers donateurs. 

H. le Président donne lecture de la lettre suivante qu'il â reçue de 
Son Esc. M. le Ministre de rinstructioD publique: 

Paris, H Août 1866. 

H. le Président, j'ai rhonneur de vous informer que, par arrêté du 
13 août dernier, j'ai attribué une allocation de 400 fr. à la Société 
polymathique de Vannes. J'ai été heureux 'd'encourager ainsi les tra- 
vaux de cette Compagnie et de lui donner un nouveau témoignage de 
mon intérêt. 

Recevez, etc. 

La Société décide qu'une lettre de reflierciement sera adressée en 
son nom à H. le Ministre de l'iastruction publique. 

Sont nommés membres titulaires de la Société : HH. Vagnair, agrégé 
de l'Université, professeur île seconde au lycée impérial d'Amiens, et 
H. l'abbé GniUotin., vicaire à Noé-Blandie, canton .de Bain-de-Bretape 
(Ille-et-Vilaine). ■ 

Lecture est donnée du XUI< Chapitre des .Annales lorientaises, inti- 
tulé : Le père Fouché. 

€ Au mois d'août 1769 expiraient les cinquante ans de privilège 
accordés, en 1719, à la Compagnie des Indes orientales pour la navi- 
gation et le commerce au-delà du Cap de Bonne-Espérance, dans les 
mers de l'Inde et de la Chine. A cette époque où toutes les Idées libé- 
rales étaient en fermentation , les privilèges dont la Compagnie sollici- 
tait la prorogation furent l'objet de nombreuses et vives publications 
coubBdictoires.... Le Ooaveroement se montra favorable aux. idées 



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nonreUes; il suspendit les privilèges de la Compagnie des Indes.... 
Cette décision cansa une grande émotion parmi les actionnaires de la 
célèbre compagnie, qui décidèrent de faire offrir à l'État la cession 
pleine et eutière de leurs établissements, vaisseaux et matériel, tant 
en France que dans l'Inde, moyenDaDl une indemnité de 30 millions. 
Louis XV accepta la proposition , et, le 7 avril 1770, le domaine de 
l'État prit possession de toutes les propriétés de la Compagnie des 
Indes, parmi lesquelles était compris le magnifique arsenal de Lorient 
avec ses dépendances. Dans le nombre se trouvait nie Saiot-Michel; 
mais Louis XY dut la recueillir avec les charges du contrat de 1726, 
c'est-à-dire à titre d'afféagiste seulement et moyennant le paiement 
d'une rente annuelle de 290 livres aux Oraloriens de Nantes. Cette 
situation se continua jusqn'à la Révolution, dont le sonHle ât dispa- 
raître les Oratoriens. L'un des derniers prienrs de Saint-Michel devint 
l'une des célébrités réTolntionnaires, le père Foacbé, qui n'est autre 
que le duc d'Otraote, le ministre de la pohce de Napoléon I". et 
de Louis XVIII tt l'homme dont l'histoire s'est vengée d'un seul mot: 
celui de traitre. • 

H. de Closmadeuc lit un rapport concernant les fouilles faites dans 
les dolmens de ^a\i et dé Park-er-Guérëu : 

Le dolmen de ^m, ta Crach, se- compose d'nne chambre et d'une 
galerie. 

La chambre, à peu près régulièrement circulaire, ayant 2 mètres de 
rajon, est formée par neuf supports en granit et un seul fragment de 
table. — Hauteur du dallage à la table : l'°,10. 

La galerie, longue de 3",20 sur l^jaû de large, est limitée par 
cinq menhirs, sans table de recouvrement. ' — Chambre et galerie 
étaient littéralement comblées de terre et de pierres. 

On a rencontré dans la chambre : 

- 1° Une très grande quantité de poteries et de charbons; quelques- 
unes de ces poteries sont ornementées à l'extérieur; 

2° Des silex ouvrés, parmi lesquels on remarque des lames prisma- 
tiques et triangulaires, et une très belle tête de flèche à ailerons, 
en silex ; 

3"Ud cell», en grès; 

i-" Un cellae, en agate , de couleur de corne rosée, transparent dans 
tonte sa longueur et d'un fini achevé ; 

5° Deux fragments de mortiers en granit, analogues à ceux de 
Crnbelz. 

Les fouilles du second dolmen (Park-er-Guérèo) n'ont donné, comme 
résultat, que de nombreuses poteries, presque toutes en pâte rouge et 
avec des dessins. 

USecrétairt, A. «Uirev-dOMABD, 



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158' SÉANCE. 

. 35 Septembre 1866. 

PRfiSIDENCE DE H. FOOQUET. 

% 

âTAIENT PHÉSEHTS : 
HH. Taslé, de Cussé, L. Galles, Jan de LagiUardaie, E. de 
Laii)ar2elle, Délivré, l'abbé Lomenech, de Ltâiur, Hauricei fils, Peyroo, 
le P. Delineau, Tessier et Guyot. 

PROCÈS-VERBAL LD ET ADOPTÉ. 

H. le Président dépose pour la Bibliothèque : 

Revae des Sociétés savaules. — Juin 1866. 

Bulletin de la Société médicale d'émulation de Paris. 

Annales de la Société linnéenne du département de Haine-et-Loire. 

Congrès scientifique de France (Aix en Provence). — 1866. 

Moniteur de l'archéologie, — Août 1866. — H. Couston. 

Journal des savants. — Août 1 866. 

H. le Président donne lecture d'anelettreparlaqnelle H. René Galles 
inrorme la Société qu'appelé par une décision récente à remplir les fonc- 
tions de son nouveau grade à la division d'Alger , il se sépare avec un 
vif regret de la Société polymaihique du Morbihan dont il désire néan- 
moins rester membre. 

La Société, qui ne saurait oublier les précieux services que lui a ren- 
dus l'active et savante coopération de U. René Galles, le remercie des 
sentiments sympathiques exprimés dans sa lettre, et désireuse de lui 
donner un témoignage de gratitude, inscrit, à rnnanimité, M- Galles an 
nombre de ses membres honoraires. 

Le R. P. Delineau annonce également que, rappelé à Paris, il cesse 
avec regret de faire partie de la Société polymatbique. 

Lecture est donnée d'une lettre par laquelle M. Jégou, membre rési- 
dant à Lorient, informe qu'il a reçu avis d'une découverte intéressante 
récemment faite dans le canton de Baod, en la commune de Pluméliau. 

Il s'agit d'un très grand nombre de monnaiesromaines trouvées au 
village de Kerézent par des paysans occupés à défoncer nue pièce de 
terre. Comme toujours, ces monnaies étaient contenues dans un vase qui 
a été brisé. Il a été constaté qu'elles appartiennent toutes'à ta deuxième 
moitié da ni" siècle. On a découvert dans le même endroit difiërents 
autres objets plus on moins entiers. — La Société remercie H. Jégou 
de sa commonicatioD. 



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— xxvin — 
M. Peyron, grâce à nne communication qui lai a çté faile, doDoe lec- 
ture d'un récit de l'enlèvement de TAv de Pancemont, raconté par 
Ini-mfime. Ce document n'est qu'une partie de la lettre de Mef de Pan- 
cemont à S. Exe. le ministre des cultes, à la date du 27 Août 1806. — 
Le récit complet sera iœpiimé ultérieurement. 

Le Secrétaire, «. «ÙvoT-d 



159' SÉANCE. 

30 Octobre i866. 
pbSsioence de h. g. de closkadedc. 

ÉTAIENT présents: 

HU. Taslé, deCussé, Hauricet përe, Ârrondeau, de Limnr, 
Rosenzveig, Hauricet fils, Chauffier, l'abbé Lomenech, Juhet, 
E. d'Ault-Dumesnil, de Lamarzelle, P. Kerviler, Lallemand, Perrin, 
Tessier et Guyot. 

PROCÈS-VERBAL LU ET ADOPTÉ. 
' H. le Président dépose pour la bibliolhëque de la Société : 

Bictionoaire archéologique de la Gaule, l"> livraison. 

Revue archéologique du midi de la France. 

Annales de la Société historique et archéologique de Cbâteaa-Thierry. 

Aperçu général sur la numismatique gauloise. 

Bulletin de la Société des sciences historiques et naturelles de 
l'Yonne, 1864, 1865. 1866. 

Notes sur les dents de Ptérodoa-DasyurOîdea , de Chceropotamw 
parietuù et de Dichobune leporinum, retirées du calcaire lacustre du 
Has-Saintes-Puelles [Aude), par le docteur J.-B..Noulet, de la Société. 

M, le Président dépose, comme don fait au musée par H. Martine, 
jeune , un vase gallo-romain trouvé dans un terrain servant de chantier 
entre la place. Ca6«/{o et la rue du Roulage. Ce vase, qui a la forme 
d'une carafe munie d'une anee, esi entier et semble tout neuf; il était 
enfoui au milieu de nombreux débris du même genre et de la môme 
époque. 

M. P. Kerviler fait don d'un fragment de fort vitrifié d'Ecosse. 

La Société vote des remerciements aux donateurs. 

H. Laltemïutd annonce son intention d'ouvrir cet hiver un coairs 
public sons le patronage de la Société. 



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— XXIX — 

Notre confrère se propose de Irailer des sources et des origines de 
l'histoire de Bretagne. 

La Société remercie M. Lallemand de cette détermination qui ne 
peut que tourner au profil de la science historique de notre province. 
H- Arrondeau, président de la commission départementale de météo- 
rologie , donne lecture d'un travail ayant pour titre : Statistique- des 
Grêles conatatées dans te département du Morbihan, de 1822 fi AS^i^ 
soit pendant une période de 43 ans. L'auteur a utilisé pour l'étude 
des orages anciens les documents conservés aux archives départe- 
mentales concernant les pertes occasionnées par les grêles dans les 
différentes communes du département. H ne saurait avoir la prétention , 
de donner par ce moyen tine statistique complète des orages à grêle 
qui ont éclaté dans le département pendant la période indiquée; 
toutefois les faits recueiUis sont assez nombreux pour que des omissions 
partielles n'aient pas d'influence sur les conséquences générales à 
déduire des faits constatés. La plus remarquable de ces conséquences, 
celle qui frappe immédiatement les yeus à la vue de la carte présentée 
par l'auteur, c'est l'inégale répartition des grêles sur les différents 
points de notre territoire. Tandis, en effet, que les grôles sont très 
rares dans les cantons du littoral et de l'ouest , elles s'accamnlent au 
contraire sur les cantons du centre et surtout du nord-est. S'il est 
prématuré de Vouloir assigner les causes de ces remarquables diffé- 
rences, il est difficile , toulefois, de ne pas penser que la constitution 
du sol y entre pour quelque chose, si l'on remarque que ta grêle 
semble affectionner les terrains granitiques. La rareté relative des 
grêles sur le littoral pourrait aussi conduire à attribuer an voisinage 
de la mer une inQuence préservatrice dont la cause nous échappe. Ce 
curieux travail sera inséré au prochain bulletin. 

Lecture est continuée des annales lorientaises. Le chapitre XIV a 
pour titre le Lazaret. A la révolution , l'Ile Saint-Michel, devenue 
propriété nationale, fut mise à la disposition du ministère de la marine 
qui y plaça un gardien pour veiller à ta conservation des bâtiments 
existants. L'administration de la marine ne tarda pas à reconnaître 
à l'ile Saint-Hichel un genre d'utilité précieux pour le service 
sanitaire des bâtiments de la flotte. Plusieurs fois, sous la République 
et sous l'Empire , des équipages des bâtiments de guerre atteints 
dn scorbut et de la dysenterie y furent soignés ; ces équipages y cam- 
paient sous la lente, et ceux des malades qui succombèrent furent 
inhumés dans l'Ile. Car l'État ne flt aucune dépense d'installation pour 
cet objet; bientôt môme Saint-Michel fut abandonné pour l'ancien 
couvent de Sainte-Catherine, où de vastes bâtiments permettaient d'y 
traiterles maladies et tes affections contagieuses. Cet abandon, toutefois, 
ne dura pas longtemps; l'idée d'utihser 111e Saint-Michel pour le trai- 
temeot des maladies contagieuses ou considérées comme telles, prit 



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nue sérieuse coosistance. L'anteur expose en détail la longue et labo- 
rieuse organisatiOD de cet éiablissement sous la Restauration. — Après 
la RévolulioD de lS30,qui renouvela presque toutes les administrations, 
rameablement du Lazaret risquait fort de rester dans l'oubli, lors- 
qu'un événement imprévu se chargea d'y pourvoir. Pendant rautonine 
de l'année lS30,le choléra désolait le nord de l'Europe. Le ministre de 
l'iatérietir éveilla l'attention de l'intendance sanitaire de Lorient sur 
l'apparition de l'épidémie et lui recommanda la plus grande surveillance 
sur les bâtiments qui arriveraient du nord. 

Le Laiaret fut alors complété : né pour ainsi dire de la fièvre jaune 
d'Amérique, il dût son adièvement au choléra asiatique. — Chose sin- 
gulière, à partir de ce moment, le Lazaret diminue d'intérêt; les quaran- 
taines d'abord assez fréquentes deviennent de plus en plus rares; puis 
arrive l'an 1850 on un décret du président de la République le 
supprima aiosi que ceux du Boacaad, près Rayonne, et du Hoc, près du 

Havre. Antre temps Rentrée en possession de Saint-Michel, 

l'administration dé la marine en a transformé les vastes bâtiments en 
magasinsâe pondre Et projectiles, protégés par des paratonnerres. 
Le Secrétaire , A. «UVOT-JOHABD. 



160" iSÉANCE. 

27 Novembre: 1866. 
pbëbidelfce de k. 6. de closhadeuc. 



: ÉTAIENT PRÉSENTS : 
UU. Fonqoet, Taslé père, PeyroD , de Cussé, Manricet père, 
de Qnéral, Lallemand, Rosenzweig, de Limur, L. Galles, Jan de la 
Gillardaie, Caradee'(Amb.), Délivré, Manricet fils, Pavot, Salmon- 
LauboDrgère, de Sédition-, Saumon, 'Taslé Sis, de Camas, E. de 
Lanurzelle' et Gujot. ' 

nOCÎS-ÏKRB'U 10 kl ADOPTÉ. 

H. le Fnésident défkose pour la Ribliothèque de la Société : 

La Revue des Bociétéa suvantes.-t- 3i trimestre 1866. 

MémoireB de TAcadémie du Gard.— 186^-1864. 

Annales de la Société d'horticulture et de botanique de l'Hérault. 
— T. 6. . • .- - ., - - ■■' ■ 

Journal, des Savants. —Octobre 1866, 

Bulletin de la Société .archéologique de Nantes. 

Statistiqae historique et monumentale du canton de Baifl> armidis- 
sèment de Redon. 



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— XXXI i- 

II est fait don aa Hasée, par HM. de Cnssé et L. Galles, de fragments de 
briques vernissées , ornementées, provenant de ruines existant dans 
llledeConlo. 

M. le Président expose qu'il a eu l'honneur d'un entretien avec M. le 
Préfet, au sujet de la Société polymatiiique. M. le Préfel lui a déclaré 
qu'il n'a jamais cessé d'être animé' des meilleures intentions pour la 
Société, dont il s'honore de faire partie ; et que, s'il a supprimé dans le 
budget départemental l'article relatif à la bibliothèque , il l'a fait dans 
l'iniérôt seul de la Société et pour lui offrir des facilités et des compen- 
sations qu'elle n'avait pas sous les administrations précédentes. H. le 
Préfet tenant à dissiper tous les doutes , et voulant couper court aux 
interprétatioits contraires , a également déclaré à M. le Président qu'il 
désavoue tout autre rOle que celui de protecteur désintéressé de la So- 
ciété. Il reconnaît qu'elle est Je-meilleur juge et doit rester seule ap- 
préciatrice de ses besoins. Il lui laisse toute latitude et toute initiative 
à cet égard. H n'est jamais entré dans l'esprit de M. te Préfet d'exiger 
d'elle qu'elle demande des subventions pour telle ou telle destination 
spéciale de préférence à telle autre. Sa volonté formelle a toujours été, 
au contraire, et sera toujours de laisser la Société parfaitement libre, et 
de ne faire droit qu'aux demandes délibérées et exprimées par la 
Société, avec laquelle du reste il n'entend jamais entrer en communica- 
tion que par l'intermédiaire de son président , qui seul a mission et 
autorité de la représenter. 

M. le Président donne lecture de deux lettres de M. le Préfet qui ap- 
prouvent ces déclarations faites en son nom et les confirment. Dans la 
seconde lettre, H. le Préfet, joignant la preuve à sa déclaration, informe 
la Société que, sur le crédit de 1866, il lui reste une somme de 300 à 
400 fr. et la prie de désigner l'emploi qu'elle désire en faire. 

La Société accueille ces communications avec un vif sentiment de sa- 
tisfaction et vote des remerciements à M. le Préfet pour ses déclarations 
aussi nettes que libérales. 

La Société décide en ontre , conformément. à l'avis unanime du bu- 
reau , qu'elle adressera à M. le Préfet une demande de subvention de 
400 fr. décomposée ainsi qu'il suit : 200 fr. pour couvrir une partie 
des frais de publication de la Flore départementale , et 200 fr. destinés 
à l'achat de montres ou vitrines pour le Musée archéologique. 

Sur la proposition de M. Mauricel, la Société décide que tes pièces 
qui viennent d'établir les rapports à venir de M . le Pr^et avec la So- 
ciété, seront conservées aux archivas et transcrites sur le registre des 
procès-verbaux. 

ÂPcccaslonde ces communications, M. le président Caradec fait 
connaître qu'au conseil général , dans sa dernière session , il a appelé 
d'une manière toute spéciale la bienveillance de M. le Préfet sur la So- 
ciété potyioaUiiqae. Il le félicite de voir que M. le Préfet lui témoigne 



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— xxxn — 

unintérêttoujonrs croissant: Du reste, plusieurs membres do conseil 
géoéral, et principalement M. le général Trochu, ont vivement exprimé 
leur admiration pour les richesses archéologiques recueillies et con- 
servées dans le Musée. 

M. L. Galles a remarqué, lors des fouilles faîtes récemment pour la 
conduite du gaz, que le mur gallo-romain, faisant la continuation de 
celui qui se trouve derrière les maisons Le Joubious et Daigre, près le 
Marché-au-Seigle , coupe la rue Saint-Salomon à angle droit entre la 
maison Daigre et la suivante. La partie qui a été vue à découvert of- 
frait tous les caractères de la construction gallo-romaine. On y a re- 
marqué quelques fragments de brique provenant probablement des 
cordons qui coupaient le mur à différentes hauteurs et qui présentent 
le même caractère que celles des murailles près de l'ancienne préfec- 
ture. Il serait curieux de découvrir la suite .de ces substructions , qui 
devraient se rencontrer dans les fondations du mur d'enceinte , vers le 
jardin de M. Mauricet. 

M. Guyot expose ensuite que, grâce à l'obligeance de M»' Bécel , il a 
pu prendre sur le registre des correspondances de l'évéché le récit 
complet de l'enlèvement de Vif de Pancemout dont M. Peyron a com- 
muniqué la première partie à la Société. Ce document n'est autre , en 
effet, que la lettre même par laquelle Mr^ Tévéque informe S-. Exe. le 
ministre des cultes , à la date du 27 août 1806 , de révènemeut dont il 
a pensé être victime le 23 de ce mois. 

Arrêté à quelques kilomètres de Vaunes. en allant donner )a conlir- 
matioD ans fidèles de Monterblanc , par cinq individus armés de ^utes 
pièces. M»' l'évoque ne fut relâché qu'après s'éire engagé à fournir uile 
somme de 24,000 fr. outre la mise en liberté de deux réfraciaires pris 
la veille aux environs de Sulniac. 

Instruit de cet acte audacieux , l'empereor Napoléon I" exprime son 
vif mécontentement de la conduite tenue en cette circonstance , et par 
l'Évéque et par le Préfet de Vannes, dans deux lettres insérées au tome 
13 de sa correspondance, n'>M07'l2 et 10713. Quand, quelques mois 
plustatd, ^. M. apprit le décès du vénérable prélat, Elle ne se rappela 
plusqne les services rendus par Me' de Pancemont, et voulut que sa 
statue en marbre fCil placée dans la cathédrale de Vannes. Cette volonté 
impériale n'a pas eu de suite. 

Mais les.individns qui avaient opéré l'acte coupable furent arrêtés les 
armes à la main aux environs de Vannes, jugés dans la salle de la 
mairie de .cette ville et condamnés à la peine de mort. . 

Copie du jugement rendu par la commission militaire spéciale établie 
à Vannes est lue et mise sous les yeux de la Société. 

La séance est levée à trois heures. 

Le Secrétaire, A. euY<nr-«eiiABD. 



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ALLOCUTION DE H. DE GLOSHADEIIG 

EN PRENANT LE FAUTEUIL DE Li PRiSlDEHCB- 

Hbssiedrs et CHEBS COLLËGTIES, 

Je De sais Traiment en qnels teroaes vods remercier de la position 
qac vous m'avez faite par le Tote da 26 décembre. 

Comment mes premières paroles ne seraient-elles pas des paroles de 
gratitude? à quel moment me conâes-voas le -soin de marcher à la 
tâte de la Société polymalhiqae du Morbihan ? 

An moment où la Société , vivant d'une vie qui lui est propre, n'a 
jamais été si prospère ; au moment où elle tient une place con- 
sidérable dans le concert des Sociétés européennes, et où sa re- 
nommée s'affirme avec éclat par ses travaux continus, ses utiles 
découvertes et les preuves les moins douteoses de sod dévonement 
à la science. 

En remettant entre mes mains cet insigne honneur de la présidence 
dans Un tel moment, vous n'avez choisi, je le sais, ni le plus digne, 
ni le plus capable d'accomplir une tâche de cette importance. Si je 
l'oubliais, il me sucrait, pour m'en faire souvenir, de jeter les yeux 
sur ceux qni m'ont précédé dans es fauteuil; 

Mais an moins. Messieurs, vous me faisseres cette douce illusion de 
croire qu'en me nommant, vous avee ora accorder vos sn&t'Qges à un 
de vos collègues les plus zélés et les plus désireux de bien faire, 
et, avant tout , à un des plus soucieux des succès de la Société et de 
son indépendance. 

Cette hante et honorable position qni voils appartient, comme 
Société savante, est votre ouvrage. 

C'est pour cela que vous ne devez compte à personne des félicitations 
qui vous sont adressées ici par la voix de votre ancien et de votre 
nouveau président. Réjouissons-nous en famille. Rien de plus légitime. 
Car c'est quelque chose, par le temps qui coiirt, pour une modeste 
Société de province, de sortir de la foule et d'apporter sa pierre k l'é- 
diSce que la science élève à la gloire du XDC* siècle ; et c'est 
quelque chose aussi de pouvoir se dire qu'on n'a rien à eovier aux 
Sociétés qui poursuivent le même but. 

En effet. Messieurs, tout d'abord, pour satisfaire ce besoin qui est 
en nous de glorifier le pa;s natal, et pour rendre bommage aa 



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sentiment patriotique qui nalle part ne s'éveille avec aatant de viTadtd ' 
que dans les cœurs bretoos, combien y a-t-il de Sociétés littéraires et 
archéologiques en France, qui jouissent, au même degré que nous, des 
avantages dus à une position géographique- exceptionnelle? 

La Société du Morbihan est née et a grandi au sein même de cette 
belle province de Bretagne, qui nous est chère, et vers laquelle les 
étrangers sont poussés par un irrésistible attrait, comme autrefois les 
lettrés du temps de. Cicéron étaient attirés vers la Grèce . 

Terre privilégiée s'il en Tut, qui conserve sa physionomie originale, 
riche en paysages, riche en monuments, riche en souvenirs, et qui 
porte sur ses flancs de granit, comme de nobles cicatrices, tant de raines 
respectables et dignes d'admirationt 

N'est-ce pas sur nos cAtes morbihannaises et dans nos forêts que 
se dressent, comme des dé&s éternels à la curiosité, ces merveilleuses 
constructions de l'âge de pierre, si nombreuses et si imposantes 
qu'aucun pays ne peut en montrer qui les surpassent? 

Carnac, Locmariaker, GavrinisfH trois noms qui nous sont 
familiers, et qui ne cessent de résonner d'une façon étrange à l'oreille 
des archéologues et des touristes du monde entier. 

Détournez le regard de ces grands monuments dont l'origine est à 
peine entrevue à l'aube de la nationalité armoricaine, et saisissez 
enfin le flambeau vacillant de l'histoire : que voyez vous? 

Vous êtes en présence de la plus puissante conftidération maritime 
de la Gaule: La république des Venètes, sujet d'inquiétude et 
d'envie pour les Romains dont les ancêtres avaient vaincu Carthage, 
Le pavillon vénétique flotte en souverain sur TOcéan. De nombreux et 
solides navires entretiennent un commerce inouï. 

Un jour vint où la fortune leur fui contraire. Les Commentairet de 
César è. la main, TOU8*retrouvez ici les mêmes rivages découpés eu 
anses et en promontoires que le flu^ et le reflux couvre et découvre 
alternativement. Vous retrouvez la mer ouverte et orageuse 
[mare apertum) où fut livré le dernier combat. Ses flots ont englouti, 
avant le coucher du soleil, la prospérité commerciale et l'indépendance 
de l'Armorique. 

Désorm^ùs la Vénétie est tributaire de Rome. Les légions plantent 
leurs tentes sur le sol. Le génie latin s'empare de l'Armorique et la 
façonne à son gré; ici, traçant des routes, là, fondant des camps, des 
forteresses et des villes qui deviendront florissantes. Les riantes 
collines qui entourent le golfe du Morbihan voient s'élever de 
charmantes villas. Sons leurs mines, hier encore, la Société allait 
chercher les traces des conquérants et de nombreux témoignages de 
leur vie domestique. 

Les monuments de l'époque gallo-romaine devront chanceler & leur 
tour, st s'écrouler sous les pas de nouveaux envahisseurs; races du 
Nord, oa races germaaiqiies qui, avec ces débris, élèveront des 



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-3 — 

châleaas-forts et des chapelles chrétiennes. Ruines sar raines, de telle 
manière que preaqae partout vous pouvez séparer les trois couches : 
la pierre blanche de granit de l'époque armoricaine primitive, la 
brique rouge à crochet, importation romaine, et l'ardoise bleue déta- 
chée du dopjoD féodal. 

Dans quelques localités les vieux monaments sont seuls restés 
debout. A Locmariaker, par exemple, les ruines romaines étouffent 
dans une épaisse ceinture de hauts tumulus et de dolmens; et à 
Vannes, le manoir épicopal, où fut signé l'acte de réunion de la 
Bretagne à la France, est en poussière; tandis qu'à deux pas, la 
puissance romaine se révèle par des pans de murs entiers, reconnais- 
sablés à leurs cordons de briques. 

Quel champ varié d'observations et d'études I 

N'est-ce pas autour de nous que se parle la langue bretonne que 
l'érudition moderne aime à considérer comme la langue des peuples 
celtiques ? N'est-ce pas dans nos campagnes que bourdonnent les 
chansons inédites où se reflète la poésie populaire, et ces naïves 
légendes que des mains amies sont allées cueillir sous le manteau des 
vieilles cheminées I Chansons et légendes écloses à l'ombre des 
hêtres m au bord des claires fontaines, sans date et sans noms 
d'auteur , dont il faut tenir grand compte cependant, parce qu'à défaut 
d'autres documents, elles sont les seuls témoignages de la vitalité 
des nations disparues, et de leur passage sur la voie de l'humanité. 

J'avais donc raison, Messieurs, de vous dire en commençant que 
DOBs étions favorisés, et que jamais pays ne fut plus propre à faire 
germer et fleurir au soleil les produits d'une Sodété avide de 
littérature, d'histoire, ou d'archéologie. 

« Vaut avez des tréiors autour de vow, Ton ne saurait tr<^ eom 
encouragtr d tn faire profiter le mmtde gavant. ■ Voilà ce que m'écri- 
vait, il ; a quelques mois, une des illustrations db l'archéologie. 

Oui, la Société poiymatiqae du Morbihan cultive un terrain 
éminemment fertile. Gardienne et patronne de tout ce qui reste d'ua 
passé qui n'est pas sans grandeur; fid^e à sa devise: utile dulei, elle 
a te mérite de n'avoir d'autre ambition que de servir la science, en 
procurant à ses membres de nobles sQjets d'étude et de ilonces 
récréations. 
Voyons les résultats. 

Il vous a sufS de quelques années ponr amasser une abondante 
récolte de faits, d'observationset de découvertes sur les points les plus 
intéressants de l'histoire locale et de l'archéologie nationale. La S ociéié 
du Morbihan n'a pas tardé & prendre rang parmi les premières 
Sociétés de France; de telle sort« que, suivant l'aveu qui m*était 
récenupent fait par t'iUastre U. de Gaumont, c'est d'elle qu'on attend, 
désormais nn pen de lumière pour éclairer les grandes questions de 
l'origine ou des migrations des peuples occidentatix. 



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En même temps qae vons-vous engagiez résolameot dans cette voie, 
votre premier soin était de rassembler, dans nn musée, les matériaax 
et les pièces justificatives de vos efforts. 

Dans cette vieille tour du Connétable, si délabrée , mais qui 
cependant parait bâtie d'hier quand ou compare sou âge k celui des 
antiquités qu'elle renferme, vous avez peu à peu, avec une patience 
iuouie , accumaté des trésors arcbéologiques sans pareils : une admi- 
rable collection de sépultures primitives arrachées aux grands tumutus 
et aux dolmens, et une rariété étonnante d'ornements et d'attributs 
lunéraires, qui rendent témoignage de l'industrie et des coutumes 
religieuses des premières peuplades qui ont foulé le sol de la Vénétie 
armoricaine. 

Honneur aux Àrehiologuet du MorbihanI s^écriait UQ visileur de 
notre Musée , et il consignait l'expression de son enthousiasme sur le 
registre, où vous pouvez lire sa signature. 

Acceptons reloge, Messieurs. La renommée de Husée archéolo- 
giques de Vannes est européenne, et il a cela de vraiment précieux qne, , 
pour le former, la Société n'a eu qu'A fouiller le sol du Morbihan; 
tandis qu'il n'est pas jusqu'aux premiers musées de France et de 
l'étranger, qui n'aient mis de l'empressement k parer leurs vitrines 
d'objets appartenant & la Bretagne. 

La plus belle ha(^e celtique en pierre noire (ehlorométanile) 
que possède le musée de Clony, provient du Morbihan. C'est un 
présent d'un de nos collègues. 

Le musée impérial de Saint-Germain a une place spéciale pour le 
cadeau que la Société polymathique a fait à l'Empereur, d'un 
magnifique celtaa en jade et de perles vertes exhumés du tnmulus du 
mont Sainl-Michel de Carnac. 

Tout récemment. S- H. achetait an prix de 2500 fr. pour le même 
musée,un riche bracelet celtique en or massif, trouvé dans la tourbe de 
la Grande-Briëre. Et c'est la Société polymathique du Morbihan qui 
a eu la primeur de la découverte, puisque les premiers vous avez vu 
l'objet exposé sur cette table, et que vous en avez garanti l'antheuticité 
par l'insertion du rapport dans vos Bulletins. 

Avant peu, le même musée de Saint-Germain étalera dans ses galeries 
une série de fac-similé de nos principaux tnmulus et dolmens, ainsi 
que des objets que vous avez sous vos vitrines, et, j'ose le dire, aucun 
musée de France ne sera plus avantageusement représenté. 

Jusqu'au musée d'anthropologie de Paris qui vous doit la pièce la 
plus curieuse de sa collection : ce crâne extraordinairement dolichocé- 
phale du Manné-Beker-Noz , en Quibérou, qui a fait le sujet d'une si 
remarquable étude de H. le D' Broca. 

Presque toutes les Sociétés de France et de l'étranger sont eu 
' relation avec nous. Le gouvernement s'est intéressé k nos travaux, en 



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— 5 — 

nous accordant, à différentes reprises, des sobyentions importantes. 
De tontes parts nous viennent des encouragements et des félicilations. 

Des notabilités considérables ont tenu à honneur d'entrer en 
communication ou de s'a^ilier à notre Compagnie. 

A notre appel, des savants de premier ordre sont devenus nos 
collaborateurs : 

M. Malaguti, doyen de la Faculté des sciences de Bennes, le cé- 
lèbre chimiste auquel nous devons les premières analyses d'ossements 
et de terres sépulcrales de Tumiac et du mont Saint-Michel ; 

Deux autres chimistes de l'école des mines, MU. Delvaax et Rigout ; 

M. le docteur Broca, secrétaire-général de la Société d'anthro- 
pologie, dont le savant rapport est inséré in extenso dans notre 
Bulletin ; 

H. Samael Ferguson, membre de l'Académie de Dublin, qui a 
inauguré une série de recherches relatives au\ sculptures lapidaires 
de nos dolmens, recherches du plus haut intérêt, reprises et 
continuées avec soin par notre nouveau conservateur; 

M. Damour, de l'Institut, qui nous a fourni des résultats si cnrieux 
sur la nature et le gisement des pierres de couleur dont sont 
fabriqués la plupart de nos celt» funéraires et les grains de nos 
colliers. 

Lorsque le Ministre de riostruction publique a fait appel autSociétés 
de France pour composer le répertoire archéologique de chaque 
département, celui de notre habile archiviste a été prêt un des 
premiers et a obtenu au concours une mention honorable. 

Quand M. de Caumout, Président de la Société française d'archéologie 
a voulu connallre l'opinion des Sociétés provinciales sur quelques 
points concernant la classification des trois âges de pierre , de bronze 
et de fer, il n'a pas manqué de s'adresser à vous; et la valeur qu'il 
attachait à votre réponse est attestée par ses remerclments et par l'in- 
sertion textuelle de vos observations dans le Bulhiia monumental. 

Quand le Comité de topographie des Gaules, institué sous les 
auspices du Moniteur de l'Instruction publique, a invité chaque Société 
départementale de France à lui composer an tableau synoptique des 
monuments dits celtiques, votre travail, élaboré par une commission y 
s'est trouvé achevé en peu de jours. Le Comité supérieur vous eu a re- 
mercié, en accompagnant ses remerclmeuts d'éloges flatteurs dont 
vous n'avez pas oublié les termes. 

Ajouterais-je qu'il n'est pas un journal scientifique, pas une revue 
dont les colonnes ne vous soient ouvertes; pas un compte-rendu de 
Société où votre nom, ou celui de quelques-uns de vos membres ne 
soient cités; pas une solennité annuelle de la Sorboone où vous n'ayez 
été représentés par plusieurs de vos dignitaires et collègues; pas un 
Bulletin des séances où vos fouilles ne soient mentionnées, vos 



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-6 - 

déeonTertes accoeillies arec borthenr, et vos opÏDioDs prises e& 
CDDsidératîoD. 

Vous avez eu voire part, et une large part dans la distribution des 
récompenses; médailles d'honnçar et mentions boaorables aa concoors 
des Sociétés savantes et à rinstilat. 

Tels sopt les étals de service de la Société polymathique da 
Morbihan; voiKi ses ricbesses, son tribnt à la sdence, et ses titres k 
la reconnaissance du monde savant. 

Et si je me complais, Messieurs, à étaler devant yods, comme 
Président, ces titres de noblesse, c'est que vons pouvez dire d'eux ce 
que Cornelia disait de ses fils : Yailà met iréaon. 

Soyons donc Sers de cette haute ethonorableposition que la Société a 
sa conquérir. MaintenoDs-noas au rang que les derniers concoars nous 
ont assigné. Redoublons d'efforts. Ils'eu faut que la mine soit épuisée; 
il s'en faut que nos archives aient livré tous leurs secrets, et il s'en faut 
beaucoup aussi que la vérité sur les monuments que nous explorons 
soit connue toule entière. Que nos travaux à venir ne démentent pas 
l'opinion qu'on a de nous. Que chaque membre s'attache à servir les 
intérêts et à rehausser la considération de la Société à laquelle il 
appartient, et nous aurons ainsi la satisfaction de voir nos travaux se 
lier intimement au progrès de la science, et en particulier à l'histoire 
de L'Archéologie nationale. 

En terminant, Messieurs, je ne puis m'empôcher d? reporter mes 
regards en arrière pour y fixer une date qui marque l'origine de 
notre Société. 

n y a quarante ans de cela, en l'année i826, ils étaient quinze 
concitoyens de Tannes, animés de l'esprit d'étude et de recherche, 
quinze amis qui fondèrent la Société polymathique du Morbihan. 

De ces quinze membres fondateurs , il en restait encore quatre 
parmi nous au commencement de l'année 1865. — La mort vient de 
nous ravir l'un d'eux : un homme honorable entre tous, un lettré de 
bon aloi, un savant d'une loyauté scientifique proverbiale, celui qui 
connaissait le mieux la minéralogie de notre département. — J'ai 
nommé M. Galles , père. 

Son souvenir, Messieurs, nous est cher ù plus d'un litre. — Il fut, 
je l'ai dit, un des fondateurs de la Société et un de ses présidents les 
les plus appréciés. C'est lui qui, dans une réunion préparatoire, 
le 26 mai 1826, prononça un discours dans lequel il traça admirable- 
ment le plan d'une Société départementale , qui allait devenir la 
Société polymathique du Morbihan. 

En commençant cette nouvelle année, Messieurs, c'est donc un 
devoir pour nous de déposer l'expression unanime de nos regrets sur 
la tombe de notre excellent et vénéré collègue, qui fut un savant aussi 
instruit que modeste et un homme de bien. 



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LE PASSAGE SUR LA VILAINE 

DE LA VOIE ANTIQUE DE PORTDS-NAMSETTJM A DARTORITUM. 
SITÏÏATIOir DE DDBETIE. 

(Pir H, G. ie Cloniudene.) 

Lorsque panit, en 186i, te Riiumê du travail dt la Ctmmitiiùn de 
topographie des Gaulet sur les voies romaines, je m'occupais très acti- 
vemeot de recherches historrqaes sar La Boche-Bernard, et j'en étais 
arrivé à acqaérir la prcnve que l'origine de la petite ville où je suis né 
ne remontait pas an-delà da xi* siècle. J'avais ponr garant de mon 
opinion l'ananimité des âocoments historiquee et DOe connaissance 
parfaite des lienx. 

Ma curiosité fut donc mise en éveil quand je 1ns (page 8 da 
Résumé) [i) que la voie romaine de Portiu-Narmutum à Dartoritum 
passait à La Roche-Bernard, et que de pins Cétttit là qu'on devait 
fixer Duretie ie la table de Feulioger. 

Cette année (1865), la carte topographique ùe la Gaule « tu le Jour, 
travail recommandable auquel on n'a sans doute adressé tant de cri- 
tiques amëres que parce qu'on n'a pas assez tenu compte des difficultés 
de l'entreprise, et aussi parce qu'on oublie on peu, en le critiquant, 
que le caractère de ce travail est essentiellement préparatoire. Ces 
lignes d'étade n'auraient-elles d'antre mérite que celni d'appeler loya- 
lement les éclaircissements et le contrôle des savants qui s'oecupent 
d'archéologie locale, qu'il faudrait encore, ce me semble, en avoir de 
la reconnaissance aux aliteurs. 

Sur cette carte topograpbique je retroave le tracé de la voie antique 
indiqué comme traversant la Tilaine à La Roche-Bernard , et ta station 
de Bnretie marquée dans ce Heu sans un point d'interrogation. 

Le désir d'élre utile â la science, en répondant à l'appel de la 
Commietion dt topographie de» Gaules, m'oblige à protester contre ces 
deux erreurs. Ma conviction est arrêtée; je n'ai rien négligé pour la 
fonder sur des raisons solides, et j'ai tout récemment encore visité les 
lieux qui me sont familiers depuis mon enfance. 

Au surplus, la question se débat sur nn terrain singulièrenient 
limité, et j'espère ne pas en dépasser les limites. 

(1) Les Voiee romaine» en Gaule, etc. par Alei. Bortrand, itU. — Carie topoirrapti. 



UlymzodbyGOOglC 



— 8 — 

Uq Tasie réseaa de routes construites par les Bomains a couvert 
rÂrmoriqae ; les unes de premier ordre et comme de première néces- 
sité, destinées à faciliter le transport des légions, à relier les grandes 
cités capitales entre elles, à favoriser le mouvement commercial, et, 
en définitive, à affermir la conquête en ouvrant de larges débouchés 
au Qot de la civilisation gréco-latine; les autres secondaires, sous 
forme d'embranchements variés, di^gées de mettre en rapport des 
centres de population moins considérables, des forteresses ou des cam- 
pements, ou même de simples villas de plaisance du genre de celles 
que la Société polymatbique du Morbihan a fouillées sur la câte 
armoricaine d'Arradon. 

Toutes ces voies antiques ont été tracées, achevées, entretenues 
avec un soin extrâme, multipliées et perfectionnées suivant les cir- 
constances, pendant une période de temps qui n'a pas duré moins de 
quatre siècles. Malgré les immenses désastres qui ont suivi, et Tabandon 
presque complet dans lequel les routes romaines ont été laissées du- 
rant tout le moyen-âge, il a été néanmoins possible, de nos jours, d'en 
réunir les tronçons enfouis sous les bruyères ou égarés au milieu des 
ruines, de façon  en reconstituer le plan dans son merveilleux 



Certes les débris que nous recueillons dans ta poussière des vieilles 
voies et sous les décombres d'établissements gallo-romains en Bre- 
tagne ne sauraient être comparés, pour la profusion et la richesse, aux 
antiquités splendides qui fourmillent dans la péninsnle ilahque, ni 
même à celles que le midi de la France montre avec orgueil ; mais ce- 
pendant, ici comme là-bas, le pied des vainqueurs du monde a laissé 
son empreinte sur le sol, et, par un contraste étrange, nul pays, aussi 
bien que l'ancien territoire des Yenètes, n'a eu le privilège de con- 
server, à cftté de ses ruines romaines, les grandioses monuments des 
âges antérieurs. 



Il est constant qu'au ni" siècle de notre ère, une grande voie partait 
de Parlui Namnetum (Nantes) et poussait jusqu'à l'extrémité occiden- 
tale de la péninsule armoricaine {Gesocribate), traversant successive- 
ment le territoire des Namnètes, celui des Yenètes et le pays des 
Ossismiens [Namnetet — Feneli' — Oasùmii, de César). 

Or^ sur quel point du parcours de la Vilaine se trouve le passage ds 
cette grande voie qui conduisait de Forlus-Namnetum à Dartoritum, 
c'est-à-dire de la capitale des Namnètes à celle des Yenètes? A quel 
endroit de cette voie correspond la station de Duretie ? Voilà mon sujet. 
Tout restreint que soit le cadre dans lequel s'agite la question, on 
verra que les difScnltés ne manquent pas. 



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Les documents écrits qne l'histoire nous a laissés, qai ont trait ài- 
Tâctement à la question, peuvent se réduire à un seul : La Carte de 
Peutinger. C'est elle, ea effet, et elle seule, qui nous atteste qu'entre 
la capitale des Veuèles et celle des Namnëles, les Romains avaieot 
tracé ane grande voie destinée à relier le^ deux peuples et les deux 
cités. 

La carte de Peutinger atteste en outre qu'une station intermédiaire 
existait, et que cette station avait nom Duretit, 

Toujours, suivant cette carte, Duretie est à XX lieues gauloises de 
Dartorilum et à XXIX lieues de Portut-Namnttum; c'est-à-dire que la 
station est plus rapprochée de quelques lieues (IX) de VaoDes que de 
Nantes. 

Relatireraent à la première question : Où est le passage de la voie 
sur la Vilaine? Les témoignages historiques et géographiques de l'anti- 
quité sont muets. César, qui a traversé celte rivière pour aborder le 
territoire des Venëtes, ne la nomme même pas, laissant ainsi le champ 
libre aui commentateurs qui ne se sont pas fait faute de parler pour 
lui. On sait seulement que la rivière est désignée par Ptolémée sous le 
nom de : ««ra^x h^»( {fluvitu Heriut), et qne, plus tard, pendant le 
moyen-âge, les chartes latines l'appellent : Visnonia, Vicinona, Vice- 
nona, Yindania, Vigelaaia. Aodré Thevet la nomme Vigelame (Cosmog. 
univers. 1515). 

Quant à la table de Peutinger, elle ne mentionne même pas le cours 
de la Vilaine, et l'auteur place sans scrupule Dartoritum et Duretie au 
sud du fleuve Liger, par conséquent sur la rive gauche de la Loire. 
Oa n'est pas plus ignorant en géographie. 

Une seule ressource restait donc : prendre le bâton du touriste et 
s'en aller sur les lieux mêmes retrouver le tracé des vieilles voies, 
quitte à s'efforcer ensuite de mettre les résultats obtenus par l'explo- 
ration directe d'accord avec les données de ta carte de Peutinger ou 
autres documents anciens suspects d'inexactitude, et (ont prêt à faire 
peu de cas de ceux-ci, chaque fois qu'ils sont démentis par l'obser- 
vation. 

Dans la discussion qui va suivre, on ne me reprochera pas d'avoir 
dévié de cette lipe. 



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I« PARTIE. 

Fassage de In TOatne. 

Un fait semble désormais avoir été mis hors de doute par les (ravaux 
des exploralenrs bretons qni se soDt occnpés des voies romames dans 
notre pays, c'est que la Vilaine est réellement trarersée, entre son 
embouchure et la ville de Bedon, par deux anciennes voies. 

La première voie, décrite avec un soin minutieux par M. Bizeul (1), 
passe à Mieux (Morbihan) et met 5?am' {Loire-Inférieure) en communi- 
cation avep Vannes. Elle a été tant de fois signalée depuis M. de Robien 
et Ogée (t), et tant de fois parcourue par nos compaliiotes et collègues 
qui ont traité le sujet, que nous n'avons eu aucune peine à la recon- 
naître nods-mëme, quand nous avons, à différentes reprises, visité 
les lieux. 

La deuxième grande voie, non moins authentique, et, suivant nous, 
beaucoup plus importante, mentionnée par U. de Robien [3), admise 
par Cayot-Délandre (4), par M. de Courson (5) et tout récemment par 
la Commission de topographie des Gaules (6), passe la Vilaine beaucoup 
pins près de sou embouchure. Cette deuxième voie est indubitablement 
la grande artère qni reliait les deux cités armoricaines Vannes et 
Nantes. Nous l'avons suivie et étudiée avec le plus grand soin, dans 
ses deux tronçons qui aboutissent à la rivière de Vilaine, et nous 
espérons bien démontrer, à propos du point précis du passage de la 
voie , que ce passage est à environ cinq kilomètres en av^l de La 
Roche-Bernard. 

Donc, pour nous pas de doute possible, deux grandes voies armori- 
caines mettent en communication le territoire des Ramnètes et celui 
des Venètes : la première va de Vannes à Blain, la seconde de Vannes 
à Nantes. A laquelle dé ces deux voies romaines s'applique le tracé 
ronge de la carte de Peutingerî et accessoirement où est Duretie? 
Toute la question est là. 

Le système de Blaiu, capitale des Namnëtes, édifié par M. Bizeul, 
est connu de tout le monde. Pour lui, la vraie voie, la voie principale 
qui traverse la Vilaine, c'est celle de Rieux. A ce propos M. Bizeul a 
résumé, en les complétant, les opinions émises par Samson, Danville, 

(1) Des VoUt romaitKs de fa Brelagae. — Annuaire du.UarLitiaa, 1611. 
(3) Dict. d'Ogée. — Art. Rieui. 

(3>i/ontMm( de M. de Robien (BiMiolhèque de Remua), xviii* siÉcle. 
\i) Le Morbihan, par Cayot-Délandre. — 1841. 

(5) CoTlulaire de l'abbaye de Redon. — 1663. 

(6) Oavr. m. 



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— 11 _ 

rabbé Gallet, Ogëe et âatres. Les preaves en faveOr de la thèse ne 
sonl ps toutes également bonnes, et nous verrons pins loin, en re- 
cherchant Daretie, que des objectisos considérables nons donnent le 
droit de rejeter le système de H. Bizeul soBtenn arec taat d'ardenr 
de sa part. 

La Commission de topographie des Ganies , chargée d'ane lâche, 
considérable, parait avoir travaillé principalement sur les documents 
historiques anciens : les Commentaires de César, les Géographies de 
Strabon et de Plolémée, la Table de Peutlnger et l'ilinéraire d'Antonin. 
Elle a dû voir au premier coup-d'œil le côté faible du système de 
M. Bizeul. Aussi s'est-elle gardée de faire passer la vole à Rieux. 
Préoccupée avant tout des chiures romains qui marquent les distances 
snr la Carte de Peutinger et s'appuyaol avec raison sur des considéra- 
tions politiques et militaires qui out leur importance, la Commission 
des Gaules a redressé la courbe que M. Bizeul faisait suivre à la voie, 
et du même coup elle a fixé le passage de celte vote et la situation de 
Daretie à La Roche-Bernard I 

Malheureusement, en ce qai concerne La Roche-Bernard, cette 
décision de la Commission topograpbique des, Gaules ne saurait' être 
acceptée. Nous la repoussons avec force, parce que la petite ville de 
La Roche-Bernard est une création du moyen-âge, et que les titres du 
Gartulaire de Redon nous font assister à sa fondation au xi^ siècle (1) ; 
parce que jamais personne n'y a signalé, et que nous-môme, enfant 
du pays, nous n'y avons jamais rien découvert qui ait le cachet gallo- 
romain : ni roule, ni substruclioDs, ni chaussée, ni débris de pont, 
ni briques à crochet, ni monnaies impériales, ni antiquités d'aucune 
sorte remontant au-delà du moyen-Sge; enfin, parce que la tradition 
locale, d'accord avec l'histoire et l'observation, raconte qu'ancienne- 
ment le grand passage de la Vilaine n'était pas à La Roche-Bernard , 
mais au-dessous, entre la commune de Férel et celle de Marzan, là 
oïl elle passe réellement, là oii nous l'avons constaté nous-môme après 
tant d'autres. 

Cette grande voie, H. de Robien la connaissait et Ta décrite. C'est la 
voie ancienne de Nantes à Vannes, passant à quelques kilomètres en 
aval de La Roche-Bernard, et dont M. Bizeul n'a tenté de diminuer 
l'importance, en l'appelant : Voie de Blain à Port-Navalo, que parce 
qu'il tenait à la voie de Rieax comme entrant dans son système de 
Blain, capitale des Namnèles. 

La voie romaine, sur laquelle nousappelons l'attention, pari de Nantes 
et se confond à peu près partout jusqu'à Pont-Château avec la route 

(I) Voir U mtg A i U ao de cet article. 



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-^12 -^ 

impériale actnelle. On a fait observer pins d'une fois que les ingénieurs 
de H, le duc d'Aiguilloo avaient établi la route moderne sur le tracé de 
l'ancienne. Les vestiges de celle-ci ont donc pu être effacés an 
xvni* siècle, presque complètement jusqu'à Pont-Château. Ainsi donc, 
pour me servir des expressions de Cayot-Délandre ■ en admettant 
même que les recherches infructueusement faites par H. Eizeul entre 
Nantes el Ponl-Châleau doivent enlever tout espoir de retrouver les 
traces d'une voie romaine dans ce trajet, il ne faut pas en conclure 
comme lui que cette voie n'a jamais existé. ■ 

Environ à moitié chemin de Pont-Château à La Roche-Bernard^ à 
Toucst du château de La Bretiebe, et à la hauteur de l'auberge, de 
Bellevue, la voie romaine se sépare de la roule moderne, en déviant 
i gauche. Dès-lors elle reprend tous ses caractères, et on peut la 
suivre, comme nous PavoRs fait, à travers les communes d'Herbignac 
et de Férel jusqu'à la rivière de Vilaine. 

Nous avons marqué par une ligne rouge, sur noire carte, le tracé 
de la voie : de Bellevue, elle passe par l'ancien manoir du Boù- 
Marqui, puis à l'est de la VUle-Henor (ou ville au nord) , puis fîte 
entre la maison de Kerrohert et la gentilhommière de Kerio, qu'elle 
laisse sur la droite, et les moulins à vent du Fozeau el du grand 
Trigut, qu'elle laisse à environ 100 mèlres à gauche. De là, la voie se 
dirige vers le pays de Vhte en Férel, jusqu'à la rivière. 

Dans ce trajet, la voie conpe successivement la route de La Roche- 
Bernard à Herbignac, et celle de La Roche-Bernard à Péneslin, en 
passant tout à cdté de la ferme appelée le Pontù ou la Cour du 
Ponlis. 

Sur la grande lande du Fozeau, entre la roule d'Herbignac et celle 
de Péneslin, entre les villages de I^ahé et de Htalet, c'est-à-dire 
particulièrement dans la 3» et la 4' subdivision du cadastre de Férel, le 
tracé de la voie est admirablement conservé sur un long parcours. La 
chaussée se distingue par son exhaussement el sa surface bombée an 
milieu de ces grandes landes. Elle n'a pas moins de 10 à 15 mètres 
de large. Dans les points où le caillontage supérieur a disparu par 
l'usage, les assises des grandes pierres bien unies s'aperçoivent par- 
faitement dans toute la largeur de La voie- Dans un partage fait récem- 
ment des landes communales, la vieille voie a servi de limite, et, sur 
plusieurs points, les paysans, en creusant leurs douves de clAtnre, ont 
coupé le bord de la voie, dont ils ont enlevé les larges dalles de pare- 
ment pour la confection des fossés. 

En regardant le long de ces coupures, ou distingue très bien la 
traînée non interrompue des grosses pierres plates formant le stra- 
tumen du chemin et recouvertes d'un lit de cailloux et de terre 
végétale. 

Je ferai remarquer, en passant, que ces énormes matériaux agencés 



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— 13" 

par couches régulières snr toute la ligue proVienDent nécessairement 
de carrières de granit éloignées, aucune carrière n'existant dans le 
voisinage immédiat de la Toie, ce qui témoigne de l'importance du 
travail. 

A partir de la croix de Kertaîet , un peu avant d'atteindre la rive 
gauche de la Vilaine, la voie se rétrécit et perd ses caractères en dégé- 
nérant en un petit chemin vicinal, lequel gagne le grand village de 
risle. Cet effacemeot de la voie arrive presque toujours , pour les 
chemins antiques, lorsque des villages plus modernes se sont élevés 
sur leur trajet ou au voisinage. La ligne routière se rétrécit et se 
creuse par le fait des empiétements de terrains, et, dans quelques cas, 
se dérobe complètemeut sous les clôtures nouvelles qni lui empruntent 
leurs matériaux. Veut-on reconnaître infailUblement une ancienne 
voie, il faut s'éloigner des lieux habités, et en chercher la trace snr 
les landes incultes ou dans les forêts; c'est là qu'elle apparaîtra avec 
ses caractères originels. 

Ici, la voie abordait sans doute le village de l'Isle en Férel, après 
avoir légèrement contourné le coteau sur lequel il est bâti. De là elle 
descendait au lieu dit le Passage, juste en face du château de VIsIe 
situé sur la rive opposée {en Marzan). 

Dans les anciens titres de la baronuie, la voie que nous décrivons 
s'appelle partout oâ elle est apparente : te Chemin pavé, le vieux 
Chemin. Plus d'un aveu que nous avons vu porte qu'une propriété du 
voisinage est bornée au nord ou au sud par le Chemin pavé. Les 
paysans de Férel et d'Herbigaac ne le nomment pas autrement que 
te Chemin pavé, te Chemin ferré, tes hautei Routes, et quelquefois ta 
Voie de la Ducketse ou la Voie des Romains. 

Le cadastre la désigne sous le nom de : ancien Chemin de Nantes â 
Vannes. Il n'est pas jusqu'à des dénominations portées au plan cadastral 
dans la section de l'Isle en Férel qui n'aieot leur intérêt, puisqu'elles 
s'appliquent à des parcelles voisines de la voie : le Champ du grand 
Chemin; le Champ des Courses; le Clos du Soudard, et le nom singu- 
lier de Cetardes donné à un grand nombre de pièces. Puis, aux 
abords de la Vilaine, c'est le Chemin et le Champ du Passage; les 
Bauches du Passage et le Passage lui-même , lien d'embarquement. 

La curieuse légende de la Princesse et de la Pie morte, s'appliquant 
à plusieurs voies romaines de Bretagne , nous a été contée par 
M. Btzeut à propos de la voie de Rieux. La même légende est ré- 
pandue, dans la commuée de Férel, sur le Chemin pavé de l'Isle, et 
voici en quels termes un de nos parents nous l'a transmise, comme 
la tenant de la bouche d'un vieux paysan : 

< Le château de llsle, ou du Gué de Vlsle , était autrefois un beau 
et fort château habité par des princes puissants. Ils gardaient tout le 
pays et la navigation de la Vilaine, aa travers de laquelle on jetait, 



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" 14 — 
chaque soir, une grande chaîne de fer, qui allait d'un bord à l'autre. 
La dacbcsse Anne s'y plaisait et souvent y rerenàit. Mais comme ses 
affaires la demaDdaient parfois ailleurs, et que , faute de chemins, les 
voyages étaient longs et fatigants, elle résolut d'en faire un de son 
château à sa bonne ville de Nantes. Elle St venir des ouvriers et 
réunit tous ses vassaux, qui commencèrent un grand travail qu'elle 
avait tant à cœur d'achever qu'elle y pensait jour et nuit. Mais les 
travaux allaient lentement à cause de la sécheresse et des rochers du 
sol. Un matin que la duchesse visitait l'ouvrage, elle vit quelque 
chose de noir sur la terre fraichemeot remuée, et manda à un ouvrier 
de voir ce que c'était : ■ C'est, rëpondit-il. Madame; une taupe qui 
faisait, elle aussi, sa route, quand lamort l'a prise. ■ -^ Ces paroles 
donnèrent â penser à la duchesse qui fit tristement cette réQexioa : 
A quoi bon tant de desseins et de labeQrs pour en arriver où est celte 
béte ! Peu de temps après elle ordonna d'abandoouer les travaux (1). > 



Les ingénieurs romains ont préféré gagner la contrée de VIsU en 
Férel, et non La Roche-Bernard. Pour ceux qui connaissent les lieux , 
cette préférence est justiSée par des raisons lopographiques. 

Un tracé allant directement de Pont-Château à La Rocbe-Bernard 
trouvait des obstacles considérables. Avant d'atteindre la crête escarpée 
sur laquelle est bâtie la ville, il faut traverser l'étang et le ruisseau du 
Rodoir encaissé dans une vallée profonde , et par conséquent il eût 
fallu jeter sur ce ruisseau un pont et une chaussée. La pente qui 
descend de la ville à la rive est extrêmement raide et représentée par 
des roches à pic. La rivière est très large et très profonde dans cet 
endroit. De plus, un énorme récif, nommé la Truie, fait saillie hors 
de reau, an milieu de la rivière, en face de La Uoche-Bernard. Or, la 
présence de cet écueil sous-marin, en divisant le courant, ai^:mente 
les dangers du passage qui ne pouvait s'effectuer qu'en bateau. Toutes 
ces difficultés, que des travaux modernes cent fois repris et cent fois 
modifiés sont parvenus à tourner (la chaussée du Rodoir, la chaussée 
du passage, le pont suspendu), se sont présentées aux ingénieurs ro- 
mains; et ils ont préféré diriger leur voie vers l'isle, à environ i ou 
5 kilomètres au-dessous de La Roche-Bernard, parce que de Bellevue 
â ce point le terrain est assez égal, qu'on évite la profonde coulée du 
Sodoir, et que la descente vers la rivière est lufloiment moins 
escarpée. 

Nons pensons, comme H. de Robieu, qu'oo passait la Vilaine dans 
no bac, et, dans les grandes occaùons, sur qb pont de bateaux. 

(1) IfUre ds M. G. de Cm. — l» Novembre 1865. 



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— 15 — 

Aucune trace de pont ne se remarque sor les iWFds. L^eodrolt du 
passage, sur la rive opposée, porie de temps immémorial le nom de 
Gui de Ville. 

Cette déDomination étonnera ceux qui sont habitués à considérer le 
mot gué comme esprimant ordinairement un point de rivière qu'on - 
peat passer à pied', sans le secours de bateau. Ici la rivière est très 
profonde etTaseuse sur ses bords. Jamais elle n'a été guéable dans cet 
endroit. Dans la langue du pays, le Gué de Phle est simplement 
synonyme de : Passage de llsle. C'est le vadum latin dans son accep- 
tion la plus générale , c'est-à-dire celle qui dérive du verte vadere 
aller. Les faits couârment cette explication. Ainsi, un peu plus haut 
sur la Vilaine, en face La Roche-Bernard, le village qui touche le 
patiage s'appelle : Guédac, mot qui signi&e simplement : Le village où 
il y a UQ passage. Car, pas plus à La Roche-Bernarâ qu'à l'Isle , la 
rivière n'est guéable. 

Donc, le Gui de Plsle ne signifie pas autre cbose que le passage de 
risle. C'est dans ce point que se remarque nne sorte de langue de 
terre à base tle rocher, au sommet de laquelle s'élevait le manoir 
ducal de l'Isle [Mantrium de In$ula propè Racham Bemardi. — Dom 
Horice, p. 41 . — Preuves) où sont morts Jean I" et Arthur II (1286- 
1312). 

Avant d'être un château dncal, le manoir de risie était sans doute 
us eattillum romain, destiné à surveiller la voie et à protéger le pas- 
sage de la Vilaine. C'est t'opinion -émise par tous les écrivains qui ont 
décriât les lieux (Ogée, Cayot-Délandre, Bizeul, Piéderrière). C*est 
aassi la nâtre (1). 

Au-delà de l'isthme, sur lequel on décourre encore les ruines du 
obâtean, la voie commence par une longue chaussée empierrée jetée 
sur la coulée et le ruisseau de l'Isle; cette chaussée, solidement cons- 
truite et bien conservée, se termine par un lieux pont k une seule arche 
en plein-cintre, tout-^fait analogue aux ponceaax en pierre établis 
par les Romains sur les ruisseaux des marais. 

De l le sillon de la voie, à peine apparent sous la bruyère, montait 
obliquement par une pente très rapide jusqu'au sommet du cAieaa sur 
lequel est bili le rillage de Bellian {Beleyen. — Ville des Prêtres). 

Du village de Belliany la voie se dirige au nord-ouest jusqu'à la 
linoitc des commanes d'Arzal et de Harzan, s'avance au nord dans la 
grande lande d'Arzal, en laissant sur la gauche le bourg d'Arzal et le 
viUage de lantitrn (à 600 mètres environ], et aboutit à la route 
impériale actuelle de la Roche^Beroard à Vannes au niveau du cabaret 
appelé Croiz-duSerf. ~~JiAB8 la lande d'Arzal particulièrement, le 
trajet de la voie ancienne est très reconnaissable. Elle s'y montre avec 

{]) Voir la note B i U fiQ de est irlicle. 



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les dimenùons et les caractères que nons loi avoDs déjà reconaas 
sar la me gaache de la Vilaine dans les commanes de Férel et 
d'HerbigDac. 



En avant da village de SelUan, le plaleaa gui domine i'ia fois le 
passage et les ruines da diâiean de r/i(«, est coavert de débris 
romains sur une grande étendue ; ce sont d'innombrables briques à 
rebord, des tessons de vases, des matériaux de petit appareil dispersés 
çà et là sur le sot. On reconnaît même sous les touffes de lande et de 
fougère des sabstroc^ons régulières maçonnées. Les fossés et les talas 
du village sont semés de tuiles à crochet. Lors de ma dernière 
excursion , j'ai' rapporté un grand nombre de ces tailes , et des 
fragments de grandes amphores, tout^à-fait semblables à celles que 
possède le musée de Vannes, salle gallo-romaine. 

Il y a quelques années/ le hasard mit à découvert une fontaine 
pavée, qui existe encore. En creusant, pour des besoins agricoles, 
la noë ou prairie basse qui la suit, les paysans retirèrent des tuyaux en 
brique rouge et dure, sur une longueur de plusieurs mètres. La 
direction des tuyaux était telle qu'ils semblaient partir de la fontaine 
de Betlian et se rendre an château de l'Isle. 

Si je ne me trompe, je suis le premier i signaler l'existence de ces 
mines romaines sur le plateau de Belléan, et je m'en étonne, car tous 
ces débris sautent aux yeux. Ils prouvent que la situation de Belléaa 
et de l'Isle eu Marzau a été occupée longtemps avant la construction 
féodale da duc Jean le Roux. Ils tendent à prouver en outre que le 
château dit de Tlsle a remplacé un castetlum élevé par les Romains. 

L'établissement romain de l'Isle et de Belléan dominait le débarcadère 
et faisait tête à la voie. 

En arrière de Belléan, on remarque, dans la lande, un large et 
profond fossé, avec talus, qui descend en droite ligne jusqu'au bas 
du ravin où. coulent le ruisseau et l'étang de l'Isle. Deux hauts mon- 
ticnles en forme de bastions s'élèvent de chaque côté du ruisseau^ en 
rapport avec le fossé précédent, ils semblent compléter le système de 
défense de ce celé. Un peu t droite, et sur la colline, est le village da 
Château-Gaillard, où' les briques romaines se retrouvent encore. 

Du reste, il faut bien le dire , il n'est pas besoin de chercher beau- 
coup ponr découvrir des tuiles romaines dans toute cette région qui 
entoure le passage de l'Isle. J'ai marqué en rouge, sur ma carte, les 
lieux où on en rencontre; par exemple, au village du Verfin et de la 
Fontaine-Vertin y sur la rive droite de la rivière, et, sur la rive 
gauche, au village de l'Isle, à la fontaine Morveo, etc., toutes cir- 
constances qui concourent à établir l'importance de la circonscription 
pendant la domination romaine. 



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— n — 

M. de Robien, qui a été dans notre pays le premier explorateur des' 
voies antiques, et parait les avoir décrites de visu, n'a pas manqué de 
signaler celle qui nous occupe. Il lui fait traverser la Vilaine, un peu 
plus bas que le gué de Tlste, à la hauteur du manoir de Noy en Arzal. 
Je cite le passage : 

■ Il (le t\i%m\a) passe dans la paroisse d'Herhignac entre les maisons 

de Kerobert et Kerlo à dnicte et les moulins à vent du Fozeau et du grand 
Tregu à gauche; entuyte il se rend en droicture à la rivière de filayne, 

dans le seul endrotct propre à former une descente aisée La rive opposée, 

dans la paroisse d'Anal, est aussy d'une pente facile, et sur le fond mesme 
du chemin est bâtie la maison noble de NoS. De là le chemin quitte le bourg 
^ Arzal , le laissant à gauche de mesme que le village de Lantiern , et tra- 
verse le chemin de liantes à Fannes à un cabaret nommé la Croix du 
Cet/...., • (HaDuscrit de H. de Robien.) 

Nous avons visité tons les Ueax, et anjourd'hui encore, malgré la 
préférence que nous sommes teulé d'accorder- au tracé par Tlsle, 
après examen, nous n'csons docner tort à M. de Robien, qui a peut- 
.élre constaté ce qui n'existe plus maintenant, c'est-A-dire des û*aces 
réelles du passage de la voie eor les rives de la Vilaine qui corres- 
pondent à Noy. D'un autre côté, la tradition, que j'ai recueillie dans le 
pays, rapporte que le passage de Ifoy est effectivement plus ancien 
que celui de V/sk. Des paysans m'ont afûrmé tenir de leurs ancêtres 
qu'avant de passer à l'isie ou passait à Noy — La ligne ponctuée en 
rouge de notre carte représente le trajet de la voie indiquée par 
H. de Robien. 

Mon observation personnelle ne me donnaut que des résultats néga- 
tifs, j'ai voulu interroger un de mes honorables collègues, très 
compétent, et qui habite la commuoe d'Arzal, M. Lorois, de Broel. 
Je lui ai demaodé si, plus heureux que moi, il avait retrouvé des 
traces non douteuses de la voie romaine sur le point précis indiqué 
par la tradition à Noy. Voici la réponse : 

■ La tradition sigQde ce tracé, et, d'après la disposition des lieux , 
il est difficile qu'elle n'ait pas raison. De la Croix de Kertalet (Férel), 
c'est le tracé le plus naturel et le plus facile pour atteindre la rivière. 

> La direction parfaitement droite suivie par la voie jusqu'à la Croix 
de Kertalet est déjà une grande probabilité que la voie continuait en 
droite ligne par le chemin encore existant jusqu'au point nommé le 
Maguéro (1), et que de là elle descendait le long d'un vallon mainte- 
nant couvert de prés jusqu'au bord de la Vilaine, au coin nord-est du 

. (1) H' 'le La Uonneraje a ÎAi remarqner quelque part que.» mot de Maguiro ou 
Mi^hero se renconlre ordinairement éws l» io\siaite des voies romunei. — Moglier, en 
bretOQ , signifie : munille , enceiale , forlerease , elc. 

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-— 18 - 
palus de llsle , juste en face de Noj. A ce coin nord-est da pains, U 
existe beaucoup de pierres pUtes rapportées. Peut-être proviennent- 
elles de la chaussée détruite. 

. • Sur Ij rive droite les restes de la voie aux abords de la rivière 
sont inieuxj:onservéB que sur la rive gauche. Entre la maison de Noy 
et la rivière , il n'y a pins qu'un pré parfaitement nivelé , mais dont la 
pente douce offre un emplacement admirable, presque unique sur 
toute la cAte, pour établir une route jusqu'aubord de l'eau. En arrière 
de la maison de Noy, et dans une direction perpendiculaire à la 
rivière, l'avenue a dû être établie sur la voie romaine. La forme de 
l'avenne, la nature de l'empierrement confirment ici la tradition. Au 
baut de l'avenue, la voie incline un peu à droite vers le nord eLse 
perd dans un chemin étroit et dans des terres cultivées. Mais quelques 
cents mètres plus loin, quand on rejoint la lande au sud-est d'Arzal, 
on retroQve la voie dans un état parfait de conservation. 

I C'est de ce point surtout, quand on examine la direction de la 
ronte depuis la Grois-du-Serf , la petite courbe indiquée entre la lande 
et les clos de Noy, qu^il est impossible de douter que la voie ne des- 
cendit à Noy même. Une fois dans la lande, vous savez que la voie se 
continue parfaitement reconnaissable jusqu'à la Crpïx-âa-Serf. * 
(LeUre de H. Lorois, 23 octobre 1865.) 

J'ai cité ce long extrait de lettre, parce qa'il émane d'un homme 
qui connaît parfaitement les lieax, et parce qu'il est d'une clarté et 
d'une exactitude remarquables. Il confirme ce fait qui résultait déjà 
de mes observations, à savoir : qu'à partir de la Croix de Kertalet en 
Férel d'une part, jnsqn'à la lande d'Arzal d'autre part, le tracé de la 
voie antique est indécis. En d'autres termes, ses deux tronçons qui 
aboutissent, l'un i la rive gauche l'autre à la rive droite de la Vilaine, 
sont aujourd'hui à peu près complètement effacés, de même que les 
chaussées d'attérage. A I4oy en Arzal, aussi bien qu'en face de Noy en 
Férel, les vestiges de construction romaine, s'il y en a en, ont dis- 
paru. A peine rencontre-t-oo çà et li, dans les fossés Aa palu» de 
î'Isle et de l'étier du Drézet, quelques briques à rebords dont la pro- 
venance est douteuse, et dont la signification est d'un intérêt secon- 
daire, puisqu'elles entrent dans la composition des clôtures modernes , 
et puisque personne ne nie que toute celte région , voisine â'nae 
grande voie, ait été fréquentée et occupée pendant l'époque gallo- - 
romaine. 

Ce qu'il est bon de faire ressortir , c'est que la situation exception- 
nelle de I'Isle en Harzan n'a pas échappé aux Romains, qui semblent 
l'avoir choisie de préférence pour y établir une situation fortifiée dont 
les ruines existent. Ce qui n'est pas moins certain, c'est que dans 
aucun litre ancien il n'est fait allusion au passage par Noy, tandis 
qu'on passe au Guè-âe-Plsk de temps immémorial. Aa commencemeat 



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— 19 — 
da iT» aiède, le passage de l'isle dessert le chemin de Nmtet à 
Vennet: et sud importance est telle qae les moines de Prières 7 mettent 
opposition, prétendant qu'il est dans les limites de celui de La Rocbe- 
Bernard qui lenr appartient. Il fallut qu'en 1421 le duc de Bretagne 
confirmât le passage de l'Isle en en assurant les revenus à l'abbaye. 
Dès-lors , le passage de l'Isle f nt exploité par les Religieux de Prières 
jusqu'à la Sévolntion (1). 

Oq aurait tort néanmoins de rejeter absoloment la tradition locale 
qui, comme je l'ai dit plus haut, s'exprime par le dicton suivant: 
Stvant de potier à La Roche, on paaiail d Piste, et avant de paêter d 
Ville, on pwfott d Nay. 

D'autre part, on doit tenir un grand compte de l'opinion de M. de 
Robien , qui explorait les lieux il y a plus d'un siècle , et qui a pu voir, 
i cette époque, des débris de chaussée qui ont disparu depuis. Il faut 
reconnaître que le trajet par l'Isle présente certaines difficultés de 
terrain qai ne se rencontrent pas à Noy. Par Noy, la route est plus 
directe et aborde la rivière par une pente plus aisée qu'à l'Isle. 

£d l'absence de preuves matérielles, et dans l'embarras qui résulte 
de notions aussi vagues , la lice est ouverte anx conjectures. La voie 
a-t-elle , dès le principe, passé du palus de l'Isle à Noy, et, plus lard, 
)es ingénieurs romains, préoccupés avant tout de la position inex- 
pugnable de l'Isle , et voulant l'utiliser au point de vue stratégique , se 
sont-ils décidés à faire une légère modification au tracé primitif eu 
transportant le passage à quelques cents mètres en amont, c'est-à-dire 
au Gué-de-risie, au pied du Caitetlum et de la station de Belléan? 
C'est là une hypothèse que nous émettons sous toutes réserves, parce 
qu'il lui manque la preuve directe. 

Quoiqu'il en soit, pour ceux qui ont va les lieux, il est de toute évi- 
dence que le passage de la Vilaine, pour être en correspondance avec 
la voie romaine qu'on suit jusqu'à la Croix-de-Kertalet, ne pouvait 
avoir lieu qu'à Noy ou à l'Isle, les points intermédiaires de la cdte 
étant absolument inabordables par suite de la présence d'une chaîne 
de rochers taillés à pic. 

Ad surplus, qu'on place le passage de la Vilaine au Gué-de-l'Isle ou 
à Noy, cela ne change rien à la direction générale de la voie. En 
Jetant les yeux sur la carte , on se rendra mieux compte de la 
différence médiocre qui existe entre le tracé de H. de Robien, que 
je ne rejette pas, et celui de l'Isle, pour lequel j'incline. On s'as- 

(I) tlae uUstropbebarriUe eut lieu, le mardi de la PentecAle, ea 1709. Les chalands 
do passage de llsle, sutcha^ës de monde, sombrèrent au milieu de la Vilaine. Qnatre- 
viogt-dii personnes, presque tous paroissiens de Uariaii, lUreal noffea. Les registres de 
d^cjs de la commune rendent téaioigaage de ce sinistre. — Suivant une piè«e que nous 
posuédoo*. s^née du subdflégué de l'intendance de La Roche- Bernard, le passage de l'Isle, 
CD 1771 , donnait encore à l'abbaje de Piîérps ua leTenn de JtOO Imei, , 



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— 30 — 
snrera en outre que les denx lignes ponctuées en rouge divet^entes 
ee rejoignent des deux côtés, à fort peu de distance du rivage. 

J'ai dit qae, dans la grande lande d'Ârzal , la voie romaine était très 
reconnaissal>le. Elle croise la route impériale à ta Croix-du-Serf, passe 
à droite de la maison de Kerven et de la chapelle Notre-Dame de Grâce, 
puis laisse à gauche les moulins et la maison de Lineae, gagne l'étang 
de Petimur, près Muzillac, remonle par une pente douce an cAté occi- 
dental de l'étang, traverse le village de Brehoity , file à gauche de la 
chapelle de Saint-Gourlay , traverse une seconde fois la route im- 
périale, et entre dans la commune d'Ambou. La même voie se poursuit 
dans la commune de Surzar, gagne Nojalo, et, iDclioant adroite, 
pousse vers Vannes. 

C'est SQr le bord de la voie , en Surzur , qu'un paysao de Lescomo 
découvrit, en 1835, une pierre monnmeatale haute d'un mètre, de 
forme cylindrique , qui est actuellement au musée de Vauoes , où nous 
l'avons dessinée. — Elle porte gravée en creox l'iascription suivaate , 
sur cinq lignes : 

IHP . CAES . 

PIAVONIO 

VICTORINO 

PIO . FELICI 
AUG. 

c'est-à-dire : Imperalori Ctesari Piavonio Viclorino pio felici Auguste. 
Le texte de l'inscription suffit pour établir la date de l'érection de la 
colonne votive. C'est l'année 268 de notre ère. (Voir le dessin, pi. it.) 

Cayot-Délandre remarque avec raison que celte colonne est d'antant 
plus curieuse que l'auteur de V Iconographie romaine prétend qu'il 
n'existe -d'autres témoignages historiques de la souveraineté de 
Posthumus et de ses successeurs dans les Gaules que des médailles et 
quelques camées (1). 

Dans l'endroit où la découverte en a été faite (à an kilomètre à l'est 
du bourg de Surzur), on peut encore aujourd'hui constater les traces 



Toiei le icxte , d'ipris H. Kzeal : LtcEare de H. Rerer: 

IM PCAES IMPCAESKPI 

VICTORIN AVOMIOVIC 

PE CPP TORINO PEVC 

OS ce PSG COR 

LEVC LEVC 
PSQOR. 



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— 21 — 
d'oD ancien campement. C'est an milieu de débris de tuiles à crochet ^ 
de leasoDs de poteries, de cendres et de charbons répandus sur une 
grande surface que la pierre votive a été trouvée. 



11 résulte des détails qui précèdent , et rien n*est mieux proavé 
pour nous , que la rivière de Vilaine, entre son embouchure et Redon, 
.est traversée par deux voies romaines. 

L'une de ces voies passe à Bieux. C'est la voie si bien décrite et 
étudiée par H. Bizeul, sous le nom de Vannes à Angers, par Blain. 

L'autre passé à 4 ou 5 kilomètres en aval de la Roche-Bernard , au 
Gui-de-riite, ou d Noy. C'est la voie principale et directe de Portui- 
Namnetum k Barioritum [de Nantes à Vannes) , reconnue par U. de 
Robien, mentionnée par Cayot-Délandre,.et admise en principe par M. 
de Courson , dans la carte annexée au Cartulaire de Redon, et par la 
commission de topographie des Gaules. 

La Commission de topographie des Gaules , en faisant passer la voie 
à La Roche-Bernard même, et en la confondant avec la route impériale 
actuelle, a commis une erreur, que rien ne justifie. 



Entre Porttti-Namnetum (Nantes) et Dartorilum (Vannes) la table 
théodosienne ou de Pentinger indique une station intermédiaire : 
Durelie. Qu'est-ce que Duretie ? Ce mot s'applique-il à une ville ou 
simplement â une station ? Cette station était^lle dans les terres , ou 
sur la Vilaine ? Sur quel point du parcours de celle-ci î Était-ce sur la 
rive gauche, on sur la rive droite ? On peut poser toutes ces questions, 
en présence de la table de Pentinger, échantillon vraiment naïf de la 
science cartographique an m« siècle (1). 

Loin de moi la pensée de profiter des obscurités qui planent sur le 
sujet, pour faire de Durelie nu champ de bataille où viendraient lutter 
les tenans acharnés d'un tournoi archéologique. Deux provinces ne 
sont pas en jeu , comme à Aiise. Je veux écarter toute discussion oi- 
seuse, et traiter la question simplement. 

Une première remarque. Le mot Duretie, écrit en toutes lettres dans 
la carte de Peutinger, offre ceci de vraiment singulier qu'il est le seul 

(1) Celte date attribuée il la Carte de Peutinger ne peut Stre qu'une conjectore ; car nmu 
n'ignorons pu ï combien de discussions l'origine de ce docymeat géographique i donné lieu. 



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sabstantif ayant cette déùneoce tM parmi les cinq cents et qnelqaes 
noms de la Table théodosteane et de lltiaéraire d'Aotonin. Aussi , 
quelques historiens modernes écrivent : Daretia, mot qui a ses congé- 
nëres dans Lutttia, YaUntia, Deeilia, etc. , etc. 

H. Alfred Haury, de riusiiiut, qui a refait une édition de la Carie de 
Peutinger , d'après le manuscrit de Tienne, a copié : Burette ou même 
Burette , et non Durelia. Il est donc permis de supposer que la termi- 
naison du mot Daretie n'est pas authentique et que. le premier copiste 
du manuscrit a mal lu la carte originale qu'il avait sous les yeux. Riea 
ne s'oppose du reste à ce qu'on admette que la faute consiste unique- 
ment i avoir substitué le mot Duretie au mot Duretia. 

Le manuscrit de Vienne (d'après la copie de M. Haary] porte réelle- 
ment Buretie, de même que Barloritum. Ce dernier nom s'appliquant 
bien évidemment au Dariorigum [A-fKfiyn) de Ptolémée, on est jusqu'à 
un certain point autorisé à conserver Darloritum et Durttie, dénomi- 
nations adoptées par la majorité des commentateurs. 

Or, quelle est l'élymologie de Dwtiia 7 

Nous admettons d'abord comme très rationnel cette thèse : que, la 
plupart du temps , les peuples conquérants se sont approprié les 
expressions du pays qu'ils occupaient; par conséquent, que beaucoup 
de noms propres inscrits dans les géograpbies antiques, notamment 
dans la Carte de Peutinger, sont empruntiës à la langue usuelle des 
populations gauloises. 

n est donc possible et même infiniment probable que le mot Daretie 
n'est qu'une corruption d'un mot celtique primitif ou l'association de 
plasieurs noms exprimant un sens, comme le plus grand nombre des 
noms propres bretons. 

Dans cette supposition , si rapportant le mot Duretie à la langue 
bretonne, nous tentons d'en extraire les radicaux, nous pouvons sans 
effort le décomposer en deux mots : Deur-ret, qui signifie littérale- 
ment l'eau qui coule précipitamment, c'est-à-dire rivière au courant 
rapide. Si vous latinisez le mot, vous obtenez : Deur-ret-ia , lieu où 
il y a une rivière rapide. Entre i>eur-retia et Duretie de la Carte de 
Peatinger la ressemblance est presque parfaite. 

Ainsi donc, pour nous, sous toutes réserves et en partant de ce fait 
probable que Duretie correspond à une dénomination celtiqae, la 
Carte de Peatinger indiquerait uniquement : qu'entre Dartoritum et 
Portus-Namaetum il y a une rivière, et que dans le point où la voie 
passe la rivière il y a une station , une étape : Duretie. 

La carte ne dit que cela, et comme c'est le seul document qui 
nomme Duretie, l'obscurité ne peut être attribuée au conflit des 
textes. 

D'Anville , le premier, a imaginé qu'il fallait lire Darerie au lieu de 



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— 23 - 

DareUe (i). Celle varianle ne change rien aa sens , puisque le mot 
fcerr en breton signifie ; impétuosité, et que Durerie'OQ Deur-berrie 
yoadrait dire ainsi : la rivière impétueuse. Mais cette lecture (Durerie) 
a un autre avantage , celui de fournir l'expliL-ation du nom de 
«vTi/iK H^tc {fluvitti Berius), donné par Ptolémée à la rivière de 
Vilaine. L'espression Durerie de la Carte de Peatinger signifierait de 
cette façon : une station sur la rivière Herius (Qeur-Herr). 

D'un autre cOté, si on préfère la lecture de M. Manry ; Baretie , od 
pourra, si l'on veut, en combinant cette lecture avec celle de d'Ân- 
TÎlle (Burerie), trouver les deux mots bretons : Broa-Berr, paya de la 
rivière Herius. 

Bien entendu que je n'ai pas la prétention d'énumérer ici tontes les 
explications plus ou moins fondées auxquelles on peut âtre conduit en 
torturant le texte, c'est-à-dire en déplaçant ou eu remplaçant une ou 
plusieurs lettres du mot Duretie. Par exemple : Deûr-eiih, rivière du 
blé; deâr-ii, rivière basse; deûr-iskû, rivière sale, etc. etc. Le lilde 
Procuste est familier aux chercbeurs d'étymologie. 

En s'en tenant à la première épreuve étymologique, Deur-nt-ia, 
lieu où il y a uùe rivière, il est évident que l'explication s'adaptera 
également à Rieux, à La Roche-Bernard, à l'Isle, et à tout autre point 
situé sur les bords de la Vilaine. 

Nous avons dit pourquoi Duretie ce pent ôtre recherchée à La 
Bocbe-Bemard, où il n'y a pas trace de voie ni d'antiquités romaines. 
Nous écartons donc comme inadmissible l'opinion de la CommissioD 
de topographie des Gaules, 

Restent Rieux et l'Isle : deux points sur la Vilaine , l'un à 30 kilom. 
aa-dessus, l'autre à 4 kilom. au-dessous de La Rocbe-Benianl , là o& 
passent deux grandes voies de communication auxquelles nous recon- 
naissons, avec ceux qui les ont explorées , tous les caractères de voies 
romaines. 

DHvetle il BlenxV 

La thèse de la situation topographique de Duretie à Rieux est moins 
ancienne qu'on ne le suppose. Elle ne remonte qu'au xvir' siècle. Le 
géographe Sanson, imité en cela par l'abbé Gallet, en trouve la preuve 
dans le mot Duretie qu'il décompose en dottr-eaa et Retie', qui, sui- 
vant lui, veut dire Rieox (2). 

Sanson et Tabhé Gallet n'oublient qu'une chose , c'est de nous 
apporter la preuve que Rieux a été appelée autrefois Retie. L'hypothèse 
est formellement contredite par les documents historiqaes. Le pins 

(1) Noàee itt Coutet, p. 317. — D'AsTille. 

(2) Carte gtograph. de U. Sanwa, 1651, la-P>. — Histaiie de Brelagaa de Dom Horice, 
p. 856, lome i. 



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— 24- 

ancien titre que nons connaissions est une charte de l'année 888, dans 
laquelle on nomme le duc de Bretagne Alaa , qui habite en paix sod 
chftteau de Rens ■ In castello Beua quietisiime kabitani. ■ Une antre 
charte, datée de 895, mentionne également le Casullitm Rnu (1). 

D'AoTille, nons l'avons vu, corrige Durerie, et traduit hardiment 
Durerie par passage de l'Herius, ce qui, soit dit en passant, D'avance 
pas la question relativement à Rieux. • 

U. de RobieD s'exprime ainsi : * Il y a beaucoup d'apparence qut 
Rieua! était raneienife Duretia, ou Duretie, marquée dans CItinéraite 
^Antoràn • It Ici, M. de Robien confond la Carte de Peutinger avec 
l'Itinéraire d'Ântonin, qui ne nomme même pas Duretie. 

On en était là, lorsqu'il y a une trentaine d'années, les antiquaires 
bretons reprirent l'étude des voies romaines dans ta Bretagne : 
MM. Gaillard, Croîzer, Cayot-Délaodre, Le Déan, de La Monneraye, 
Fouquet, Housset, et à leur léte le respectable M. Bizeul, celui qui a 
le plus largement contribué à la découverte et à l'élude du réseau . 
breton. 

M. Bizeul, quoique très disposé à recueillir des ai^ments en faveur 
de la voie de Rieux, avoue que toutes ces explications étymologiques 
invoquées par Sanson et D'Anville sontbien peu conclantes. (Ouv. cités.) 

Dans son ouvrage sur le Morbihan , Cayot-Délandre revient snr ce 
chapitre, et, sans repousser l'opinion de Duretie placée à Rieux, il ne 
se dissimule pas les objections. Ainsi il fait la remarque, déjà con- 
signée par M. Bizeul, que l'emplacement actuel de Rieux, ce que les 
gens du pays appellent encore la ville de Rieux, n'offre pas trace de 
débris romains. Il observe en outre que le pont qui existait ancienne- 
ment à Rieux, et dont on découvre encore quelques pieux à marée 
basse, n'est pas en correspondance de direction avec la voie romaine 
qui aboutit de l'autre côté de la rivière, et partant, que ce pont n'était 
sans doute pas romain. Si on vent rencontrer des tuiles romaines, il 
faut passer sur la rive gauche et gagner les villages d'Enrienx et de 
La Rochelle. 

Une sentence de la cour de Ploêrmel , au xin« siècle , mentionnée 
par M. de Courson dans son édition du Cartulaire de Redon, semble 
assez bien venir à l'appui de l'assertion de Cayot-Délandre et établir 
que le pont de Rieux n'était qu'une constmctioii contemporaine du 
i^âteau féodal, et adaptée à son usage : 

La Cour décide c... Que les dicta a6é et hourgeois de Rodon sont 

tenus d moitié au reparement de une porte assise au pont de Reux , 
laquelle est appelée communément la porte Rodontnse.... • et de plus 
à toutes les autres réparations nécessaires telles que cordages pour 
lever et baisser < lepont-levis d laisser passer les vaisseaux.» — (Aude 
grâce 1288, Sent, du Présid. de PIoérmeL] 

(S) Cartul. de Redoo, p. 313 et 816. 



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— 25 — 

Comme on le voit, si les découvertes et les trayaux modernes tendent 
à mettre hors de donte qu'une voie romaine trayersait la Vilaine à 
Rieux; si uu grand nombre deTuines échelonnées le long de celte 
TOie sont incontestablement d'origine romaine, il s^cn faut de beau~ 
coup qa'on ait avancé dans la démonstration de la thèse qui consiste à 
accepter, avec Nicolas Sanson , que Durelie était à Rieux. 

La comparaison des noms ne fournit ancune donnée certaine, et 
l'exploratioD impartiale des lieux mène à ce résultat négatif : qu'aucune 
ruine, qu'aucun débris" romain n'a été jusqu'ici rencontré sur l'empla- 
cement de Rieux actuel. Les débris romains se rencontrent de l'autre 
côté de la rivière, au village d'Enrieux (kent-Rieux, chemin de Rieux), 
et au village de La Rochelle. Dira-t-on que là était Durelie? M- Bizeul 
ne Ta pas osé. Il se contente de citer la tradition du pays qui raconte 
qu'il a existé un établissetuent romain dans ce lieu, ce qui n'est pas 
ijiable, et que cet établissement se nommait la ville de Brou t 

Mais voici bien une autre objection. Celle-là s'adresse directement 
au système de M. Bizeul. La station de Durelie n'est désignée que sur 
la Carte dite de Peutinger. Or, il suffit de jeter les yeux sur cette carte 
pour s'assurer que, dans l'intention de son anteur, Duretie est fixée 
sur la ligne droite , et à peu près parallèle au littoral, qui relie Portus- 
Xamnetum et Dartoritum (Nantes et Vannes). Donc, Duretie ne peut 
être à Rieux, puisque, suivant M. Bizeul, la voie de Rieux est celle qui 
va de Dartoritum (Vannes) à Jw/iomajM* (Angers) en passant par Blain, 
et qu'en admettant un tronçon de, roule de Blain à Nantes, la voie 
représenterait une ligne doublement brisée , ayant son milieu très 
éloignée de l'Océan. 

Une objection plus grave se tire de la comparaison des dislances 
chiffrées de la Table de Peutinger. Il faut bien reconnaître que dans 
cette ébauche puérile de carte géographique , composée primitivement 
peut-être par quelque sous-otflcier des cohortes impériales chargé 
des étapes, la seule chose vraiment précieuse , ce sont les chiffres qui 
spécifient les distances de chaque station. Ici , je suis de l'avis de la 
Commission de topographie des Gaules, tout en tenant compte des 
critiques restrictives de M. Quicherat, les chiffres de la Table de 
Peutinger sont généralement exacts. C'est en cela surtout que le do- 
cument antique a une grande valeur. 

D'après des calculs qu'on peut considérer comme aussi rapprochés 
que possible de la vérité, la lieue gauloise équivaut à 2,221 mètres. 

La distance de Dartoritum à Portus-Namnetum étant représentés 
dans la Carte de Peutinger par les chiffres XX + XXIX (c'est-à-dire par 
49 lieues gauloises), il en résulte que cette distance mesure 108^,829. 

Si maintenant, sur une carte moderne , nous mesurons à vol d*oiseau~ 
la distance qui sépare Nantes de Vannes , nous comptoits environ 
104 kiloiQ., de manière que le chiffre de la ligne itinéraire moderne se 



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— 26 — 
rapproche tellement da chiffre noté daes la Carie de PenUnger 
(101 : 108) qae de toute nécessité la voie romaine doit le pins pos- 
sible affecter ane direction rectiligne , sons peiee de voir son parcoars 
dépasser le chiffre de 108 kilom. ou 49 lieues gauloises. 

On voit distiDctement ici la pensée dominante qui présidait à la 
confection des routes romaines, dont le tracé suit ordinairement des 
lij^nes droites c excepté, dit H. de Caumont, lorsque des obstades 
naturels, tels que des montagnes, des ravins profonds, des ma- 
rais, etc., s*opposeDt à cette direction. > {Cours d?ant\q, II« partie. 
Ère gallo-romaine.) 

La ligne qui représente la voie de Nantes à Vannes, en passant par 
Blain etparRieux, est une ligne brisée, formant deux coudes qui 
augmentent nécessairement les distances. 

Or, cette ligne brisée, mesurée au compas sur la carte, ne donne 
pas un parcours moindre de 115 kilomètres. En évaluant à 4 et môme 
8 kilomètres en sus l'augmentation de distance due aux pentes inévi- 
tables etaux inflexions intermédiaires de la route, on arrive à un 
chiffre de 123 kilomètres, ce qui fait un peu plus de 51 lieues gau- 
loises. 

D'un autre côté, la Carte de Peutinger marque rinterralle qui 
sépare Bartoriluùi (Vannes) de Duretie par le cbiftre XX (20 lieues 
gauloises , c'est-à-4ire 41>',120). 

Or, la distance à vol d'oiseau de Vannes à Rient est de 50 kilomèt., 
et le parcours réel n'atteint pas moins de 58 kilomètres. 

Donc, la distance de Vannes à Rieux dépasse 25 lieues gauloises. 

Pour la distance de Rieux à Nantes , comparée à celle de Daretie de 
la Carte théodosienne, môme divergence de chiffres. 

La Carte de Pentinger marque XXIX (29 lieues gauloises = 61"' ,409) , 
et le tracé de la route de Rieux à Nantes par Blain mesure an moins 
72 kilomètres, soit plus de 32 lieues gauloises. 

En face de pareils écarts dans les chiffres , il faut donc , ponr 
esquiver la difficulté, ou admettre que les indications numériques de 
la Table de Peutinger sont fausses , tout en retenant le nom de Duretie , 
ou déclarer franchement que la voie qui passe  Rieux n'est pas celle 
de la Carie de Peutinger, et parlant que la station dû Duretie doit être i 
recherchée ailleurs qu'à Rieux. 

DMTéUe à l'Ialet 

Ce sont sans doute des considérations de cette nature qui ont déter- 
miné les auteurs de la nouvelle carte des Gaules à placer Duretie à La 
RQj:he-6ernard, confondant ainsi à dessein le trajet de la voie romaine 
avec celai de la route impériale moderne. 

Quant à nous, nous n'hésitons pas plus qu'eux à refuser à la voie de 



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— 27-^ 
Rienx tonte assiaulation avec la grande voie aTmoricaine de Portup- 
Namutum à Dartorilum, désignée dans la Carte dile de Pentinger; et 
cela par une raison bien simple, c'est qne la voie romaine qui passe 
la Vilaine à l'Isle en Férel, aa-dessous de La Boche-Bernard , et que 
noos avons décrite plus haut, est au moins aussi bien sinon mieux 
démontrée que celle de Rieux, et que, beaucoup mieux qu'elle, elle 
remplit les conditions du problème : voie'aussi directe qne possible de 
la capitale des Namnëtes à celle des Yenëtes, ayant une direction sen- 
siblement parallèle au littoral, à peu de distance de t'emboucbure de 
la Vilaine et des cOtes de l'Océan, ayant conservé jusqu'à nos jours 
tons ses caractères distinctifs, et présentant sur différents points de 
son parcours des traces évidentes d'établissements ou de campements 
romains, particulièremeot au Gué de fiait, sur le plateau de Belléait, 
et au village de Letcomo en Surzur, où a été découverte la colonne 
votive dédiée à Piatoniut Victorinw tmperator. 

Enfin, cette voie par Tlsle parcourt exactement la même distance 
qui est indiquée par la Table de Peutinger, c'est-à-dire que la distance 
da Vannes à Nantes, en ligne droite, et en passant par l'Isle, mesure 
49 lieues gauloises, environ 108 kilomètres. 

Bien plus , les 20 lieaes gauloises de la Carte antique (entre Darto- 
rilum et Duretie) s'appliquent à merveille à la distance actuelle de 
Vannes à la Vilaine , ati niveau de l'Isle , en suivant le tracé de la 
voie romaine qui traverse les communes de Nojalo, Surzur, Muzillac, 
Arzal et Marzao. (Voir la carte.) 

Donc, si la ligne rouge de la Carte de Peutinger signifie quelque 
chose, et si les distances chiffrées ea lettres romaines correspondent 
réellement à ce tracé, il n*y a pas à hésiter; 11 faut conclure que la 
voie de Porttu-Ifamtuttim à Dartoritum est bien celle que nous avons 
décrite, celle qui passe la Vilaine à 4 ou 5 kilomètres en aval de La 
Roche-Bernard. 

Et, d'un antre c6té,.si le mot Baretù, déAguré ou non par le 
copiste, n'est pas une chimère , et si effeaivement il exprime l'idée 
d'une station sur la rivière de ta Vilaine, cette station, à tout prendre, 
est mieux placée à l'Isle en Marzan qu'à Rienx. 



Un jour que je songeais an moyen de mettre d'accord les deux 
mots : Duretie et Gui-de-VltU , je rencontrai an de mes amis auquel 
je contai mon embarras. Voyons, me dit-il, cet endroit que vous 
appelez Gué-de-riile en Harzan est situé aux abords d'une rivière? 

— Sur la rivière même de Vilaine, et dans te point oii se dégorge le 
ruisseau de l'étang de l'Isle , répondis-je. 

— Est-ce que ce pays appartient à la Bretagne bretonnante? 

— Plus mainteDant , repris-je, mais dans l'ancien temps on y parlait 



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la langue celtique; la preuve en est que lou9 les noms de lieux envi- 
roudanls sont restés bretons , et je liii citai de mémoire : 

1° Dans la commune de Harzan : Coet-Redaret , Kerjantil, Ker- 
touart, Kerhouarn, Kerbarh,Kersouiarch, K»rbataitle,Tretner, Ptnhap, 
Le Gairic, Kertbesche, etc.; 

3° Dans la commune d'Arzal : Kerun, Lantiem, Kerùel, Broutl, 
Bourgerel, Trinehué , Ktrgouh; 

3» Et dans la commune de Férel : Kerlalet, Kergamel, Roeker, 
■ Ktrmahè, Treguet , Tremorel, Kernoil, etc. 

— Eh bien, reprit mon ami, dans les vieux parchemins, comment 
désigoait-on le Gué de Vlile, le Château de Vlslel 

— Yadum de Insuld, Castellum de Intuld, répliqnai-je. 

— Allons plus haut que ce lalin suspect des Cartulaires, et remon- 
tons au-delà du moyen-âge, au temps où ce nom de l'isle {Insula) 
était représenté par une dénomination celtique. Comment dit-on Isle 
{Ineula) en breton ? 

— Jtiit ou Enie, répartis-je. 

— Alors, riposta mon ami, j'ai le droit de supposer que Deur-Enii 
était le nom de cette station de risle , expression composée qui peut 
signifier riïière dé Tlle (detir-eau — «n^s-Ile), ou même passage de 
l'Ile, si on tient compte, avec M. de Caumont, de cette remarque que 
le mot durus ou ditrum (dérivant du celtique (four-eau), signifie 
toujours, dans les noms propres de Tancienne Gaule, une station sur 
un cours d'eau , un paieage, de même que le mot dun ou dunum im- 
plique an contraire l'idée de hauteur. 

Si maintenant vons latinisez le mot Deur-Enes, vous avez : Dur' 
enetia. Serrez le mot, en supprimant la syllabe intermédiaire 
(Dur\en\elia), reste Durelia. C'est le même procédé qui de Aouxoruxia 
^Lucoutia) de Ptolémée, a fait T.uieiia, et de Metiotedum (Helun) 
de César, le lUeekdum de riUnéraire d'Antonin. 

U n'y a plus de difficulté , reprit mon ' ami ; tous pouvez admettre 
avec moi que Darelia est une altération du mot Durenetia, qui lui- 
même dérive de Deur-Enez, qui signifie quelque chose comme YaduM 
de Intulâ, passage ou gué de l'isle , c'est-à-dire le nom actuel. 

— Vous ne m'avez pas convaincu, répliqnai-je. 

— Alors, repartit mon spirituel ami, vous n'entendez rien aux 
mystères de l'étymologie. Vous nierez que de Guenet les Romains ont 
fait Yeneli et les modernes Vannes. Vous nierez que du celtique pri- 
mitif Roïko, on ait fait Rothonum, Regidtmum et Redon, et vous 
resterez confondu des transformations suivantes des noms de la rivière 
de Vilaine : Vicenona, Ticenova, Visnonia, Vindania, Vigelania, 
Vigelaine, Vilaine. — Sur ce, nous nous séparâmes, mon ami se 
souciant fort peu de continuer l'argument, et moi me rappelant la 



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réflexion d'un ancien : En fait d'éiymologie , les mots sont comme les 
cloches , auxquelles ou fait dire ce qu'on veut. 



3e citerai seulement pour mémoire, parce qu'elle a suscité une cor- 
respondance entre la Commission de topographie des Gaaies et la 
Société polymathique du Morbihan, l'opinion de M. Ramé, qui ne 
désespère pas, paratt-il, de trouver un rapport d'étymologie entre le 
village du Drezet en Férelelle nooide Durétie. Nous observerons à 
H. Bamé que Le ûrezet, ou Drezec, Drezeuc, des aociens titres ne 
signifie pas autre chose que le village des ronces (^reû-Ronces) ; de 
même que Radeuec signifie village des fougères; Drennec, le village 
des épines; Banalec, le viUage des genéis; Quistinic, le village des 
châtaignes, etc. 

Au surplus, le village de Drezec en Férel, situé sur une colline à 
une assez grande distance de la Vilaine , est séparé de la voie romaine 
par une profonde vallée. Nous n'y avons jamais rencontré, sauf 
quelques briques éparses; de vestiges de voie, ni d'établissement 
gallo-romain d'une certaine importance. 

Il est permis maintenant de se demander comment .ce nom de 
Durétie, inscrit en toutes lettres sur la ligne rouge de la Carte théodo- 
sienne, ne reparait plus dans la suite, même modifié et altéré par la 
tradition séculaire. Nous avons cherché avec ardeur sur les lieux 
mêmes, aux abords de la voie, une dénomination ayant un rapport 
étymologique ou synonymique quelconque avec Durétie.' Nos recherches 
ont été vaines. Nous le regrettons; mais nous n'en sommes pas surpris. 
On ne doit pas perdre de vue que bien d'autres noms cités sur la 
Carte de Pentinger sont dans le môme cas. Le mot Dartoritum appli- 
qué à la capitale des Venètes (civitas Fenetum) n'a laissé aucune trace 
dans la tradition du pays, pas plus que les mots Condate et Vorganium 
désignant des localités bien reconnues : Rennes et Carhaix. Vingt peuples, 
et des peuples conquérants, se sont succédé depuis dix-huit siècles 
sur le sol de l'Armorique; chacun d'eux a disposé à son gré des 
appellations topographiques en leur faisant subir des transformations 
de tonle nature, ou même en les supprimant pour les remplacer par 
d'autres. Dans cet immense naufrage où se sont heurtés tant de noms 
propres appartenant à des peuples et à des idiomes divers, si quelques- 
uns ont été sauvés, un grand nombre n'ont laissé d'eux que des 
épaves, et un bien plus grand nombre ont été engloutis, avant d'ar- 
river jusqu'à nous. Le nom de Durétie a disparu avec tant d'autres. 
Pourquoi s'eaélonner? Le rdie de l'archéologue est de méditer sur 
des ruines : 

• Campoi ubi Tnya fuit ! p 



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La discQSsioD étant épuisée, je me résume: 

I. 

Deax voies antiques, romaioes d'origine, traversent la Vilaine: 
l'une à Rieux, c'est la voie de Vanaes à Angers, passant par Blain ; 
l'autre au-dessous de La Roche-Bernard, à i ou 5 kilomètres environ , 
à risie ou à noy. Celte dernière est la grande voie armoricaine que la 
Carte de Peutinger indique cooune la vote directe de Porliu-Nomn»' 
tum à Dartoritum. 

II. 

La station de Durétie, que plusieurs antiquaires se sont efforcés de 
placer k Rieux, est iûcertaine, et semble même beaucoup mieux 
s'adapter à rétablissement romain de l'Isle (en Harzan). 

III. 

En faisant passer la Toie romaine à La Rocbe-Beroard et en y fixant 
l'emplacement de Durétie, la Commission de topographie des Gaules a 
commis une double erreur , qui sera infailliblement rectifiée à la 
deuxième édition de son travail. 



s:? CD "^ip ;:& S3<: 



A. 

La Roclie-Beniard. 

La petite ville de La Rocbe-Bemard , située sur la rive gauche de la Vilaine , 
aujourd'hui cheMieu de canton diidépaTiementduïIortiihan, Taisait partie du 
diocèse de Nantes avant la Révolulion. 

Bâtie et en quelque sorle perchée sur la crête d'une haute colline qui domine 
le cours de la Vilaine et l'étier auquel aboutit le courant du Hodoir, elle est 
environnëe de chaque côté d'une ceinture de ravins profonds et de montagnes 
très accidentées. L'extrémilé de la colline atteint la rivière sous forme d'un gros 
rocher à pic que baignent le flux et le retlus de la marée. Le rocher a nom : Le 
Rocher-Bernard (rupes ou roca BernardtJ. Jamais position ne fut mieux choisie 
pour asBoir un de ces chftteaux-forts féodaus, du genre de cens qui servaient en 
ei grand nombre de refuge aux barons du moyen-j^e. 



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- 31 — 

On sut combien nos cAtes et dot riiières de Bretagne eurent i souffrir des 
excursions des Kormands, surloui depuis le vtir siècle. Des uuées de pirates 
inondaient annuellement la contrée. Plus d'une fois leurs barques remontèrent 
la Vilaine , et la descendirent , cbargés de bulin. De temps & autre un cbefde 
bande attardé fixait sa résidence sur le bord du fleuve , dans quelque lieu 
inaccessible , véritable repaire , d'rà le nouveau seigneur s'imposait au pays au 
trais-quarls dépeuplé, et s'en adjugeait au loin la possession par droit de 
conquête. Villages , avec leurs babilsns et leurs bestiaux , terres , vignes , 
moulins, écluses, chaussées, passages, tout devenait matière â exploiter , et 
allait être la source d'une multitude de droits seigneuriaux. 

Les cartulaires de nos abbayes nous laissent assez entrevoir sous de sombres 
couleurs la figure de ces étranges conquérants, qui pour la plupart , venus du 
Nord , s'étaient échoués volontairement sur la plage armoricaine , particulière- 
ment sur les cAleaux de la Vilaine. — Uais la fin du monde approche avec l'an 
mille. Tous ces hommes de guerre , souillés de meurtres , dont la vie n'a été 
qu'un long brigandage, ne voient pas sans efTroi les ruines qu'ils ont accumulées 
autour d'eux. Ceat un sauve-qui-peut général. Avant de mourir, chacun s'ero- 
presse de racbeter ses crimes ; et nous les voyons remettre en tremblant aux 
moines du voisinage , ce qu'ils n'ont acquis qua par la violence et les exactions. 
Celui-ci fait don , & de pieux solitaires , d'un terrain où s'élèvera l'abbaye de 
Redon (Cart. de Redon. Chart. i , ii , m , iv. — Ann. 833). Celui-là, espérant 
dans la miséricorde divine , leur donne en présent un village qu'il tient de son 
père ; sa maison , ses Termes oii demeurent ses paysans , fonds et édilîces , les 
prés, les pâturages, les eaux et cours d'eaux, meublés et immeubles, les cultures 
et les triches et toutes leurs dépendances (Chart. t. — 833j. 

Un autre est malade et se sentant mourir , il offre aux mêmes religieux sa 

lésidence avec ses habitations et ses babitans , et trois hommes (Chart. vu. 833.) 

Cet autre , à titre de restitution , fait un cadeau analogue , à la conditon qu'on 

chantera cent psaumes et trois cents messes pour le repos de son âme [Cartul. 

de Redon. Ann. 868. Chart. xxi). 

Cet autre fait amende honorable pour avoir maltraité des hommes au service 
du couvent, enlevé des porcs, des vaches, un cheval, et fouetté les colons 
(Chart. xxxii. Ann. 868). 

TJn autre , sur ses vieux jours se fait raser et prend l'habit , dans l'abbaye de 
Saint-Gildas-des-Bois (Dom Horice. Preuves. Tgm. i , p. 493). 

■ Mundi termina adpropinquante , — Tuinis crebracentitms. — Considé- 
rant grtwitudinem peccatorum meorum. — Si aliquid de rébus nostris locts 
tanctorum vel sitbstantiie pattpertim con/erimut , hoc nobit procul dubto in 
mtemam beatitudiaem retribtiere confldimus, — Dierum meorum adeue 

finem cognoicens » Telles sont les formules de cent Chartes, qui nous 

sont parvenues , et qui consacrent des donations biles aux abbayes de Redon et 
de Saint- G ildas-d es-Bois. 

Le premier qui prit terre sur le rocher oii devait s'élever la petite ville de La 
Roche-Bernard , fut un homme de cette trempe: d'origine leutonique, il se 
nommait Bembart. Les Chartes latines du xi* siècle le désignent sous le nom 
de : Bemardut de rupe , Bernard de la Roche. Plus lard sa résidence s'appel- 
lera : Rupet Semardi, ou Roca Bernardi , Roche-Bernard. 
Au commeacement du xi> siècle , Siraon , fils de Bernard , du haut de ion 



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— 82- 

rocher , est seigneur du pays. C'est lui qui foDde l'abbaye de Saint-Gildas-dea- 
Bois , en 1026. Son chàleau ou camp de la Etocbe [cattellum vet caslmm de 
/iupe) dépeud de ia paroisse de Niviitnc. Aussi , l'acte de donaiioa fait bd 1063 
par Bernard ii, est signé devant l'église de Nivillac [ante ectesiam sanctl 
Pétri in Niuillac) Cartul. de Redon. Charte ccc\[. 

La fille de La Rocbe-Bernard n'est pas née. La preuve , c'est que trente-deux 
ans plus lard (eo 1095) les fils de Simon de la Hocbe (nobUissimi milites 
ejusdetn castrivicariijare heredilario) font, par acte authentique, don aus 
Bénédictins de Bedon d'un emplacement près du château pour bâtir une église , 
et de trois arpens de terre poùrjaire un bourg {cum tribus jugeribus terrx 
ad burgvm faciendum. [Cbarte ccr.Lxiu. Cartul. Bedon). La Cbarte est datée tn 
castello de Rupe. 

Ud peu plus tard , par une autre cbarte , du commencement du xii" siècle , 
c'est encore Bernard de la Bocbe qui , sur ses vieux jours , se réfugie au couvent 
de Saiot-Cildas-des-Ëois , et se fait moine. Il est tellement infirme , dit la Charte, 
qu'incapable de faire proression de ses propres mains, ses fils furent obligés de 
s'avancer à l'autel, en son lieu ^l place. Il donne un emplacement de cimetière 
près d'une croix, pour y bâtir une église (Dom Morice. Preuves , 1. 1 , p. i93). 
En vertu du même pacte , Bernard 11 donne au couvent la moitié de son passage 
de la Hocbe , et la dime du vin de tous les navires qui vont et viennent par eau, 
La bourgade s'élève au m* siècle. La seigneurie de La Bocbe-Bernard fait 
souche. Au XV' «iècle , la petite l)ourgade possède plusieurs chapelles de 
médiocre importance , celle de Saint-Jacques ou Saint-James entre autres , 
dépendant d'un prieuré ; celle de Noire-Dame , qui existe encore ; et enfin la 
chapelle de l'Hospital, cMe dertûhn tlleoaolhuue maladrerie, que la tradition 
rapporte aux Templiers. 

Toutefois La Roche -Bernard, siège de la baronnie, n'a pas d'église paroissiale. 
Ce n'est qu'une trêve de Nivillac , et elle le sera jusqu'à la Révolution. 

A partir du xvt* siècle, la ville que Philippe Lenoir, dans son précieux manuscrit 
(Hisioire de la réformation en Bretagne) appelle encore un gros bourg , va 
prendre une importance considérable. Le vieux Castetlum de Rupe n'existe 
plus. Le château de la baronnie est à deux lieues de là , ù La Bretëcbe. La 
seigneurie de la Bocbe-Bernard est passée dans les mains de Dandelot de Coligny, 
par son mariage avec Claude de Rieux. 

Dandelot se pose en apôtre de la réforme en Bretagne. Il fait une tournée dans 
ses terres, accompagné de deux ministres-, bientôt l'église calviniste est constituée. 
La Roche-Bernard demande ua pasteur. C'est Louveau qui arrive de.Beaugency, 
Le lOjuillet 1561 , le premier prêche authentique a lieu ù son de cloche , dans 
la chapelle de Notre-Dame , en présence d'un immense concours de gentils- 
hommes et de peuple. La première église calviniste en Bretagne est fondée. Sous 
la protection de leur seigneur, les religionnaires affluent dans la petite ville, dont 
la population s'accroît. Dans les temps difficiles, ce sera un refuge. Les exercices 
religieux se font dans un temple , le dôme de l'bôpital , ou la nohie femme de 
Dandelot , Claude de Bieux sera inhumée. Puis l'heure des épreuves arrive pour 
le troupeau. La Ligue le disperse. Néanmoins le Calvininisme se traîne encore à 
la Bocbe-Bernard jusqu'à la fin du xvii' siècle , et expire à la révocation de l'édit 
de Nantes, l'ne autre fws , nous espérons raconter , dans une monographie 



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-39- 
spéciale, toutes les circonslances de l'histoire du Calvinisme à La Roche- 
Beroard (1). Il EufHt à notre sujet d'avoir établi que l'origine de la petite ville ne 
remoDle pas au-delà du xi° siècle , et d'afiirmer , au nom de l'expérience , que 
l'inspectiiHi Atteutive des liaux mène t des rfeultats uëgalift, en tout point 
conforoies aux notions historiques. 



B. 

L'auteur des brutales brioch. nous apprend que le manoir ducal de l'Isle, 
en Marzan , a été fondé par Jean le Roux , au xiii° siècle , par conséquent , vers 
la môme époque que le château de Sucini», près Sarzeau. — Ce qui est cerlain, 
c'est que Jean le Houx , qui venait de fond» l'abbaye de Prières, mourut au 
château de risie en 1386. 

En 1487, François H concède le diàteau et la seigneurie de l'tsle aux moines 
de Prières , pour se libérer de cerlaines redevances. — Le prisagc ne fut terminé 
qu'en 149*. 

En 1489 , la duchesse Anne couHrma la cession ; puis on la voit , l'année sui- 
vante , 15 décembre 1490 , faire don du château et de la seigneurie au maréchal 
de Bieux. De 11 , des difTicultés sans nombre se terminant par un accord entre 
l'abbaye et le maréchal, qui reçoit en dédommagement quatre tenues au Bois- 
de-Roz. 

Le château avait sans doute été démantelé et en partie démoli pendant les 
guerres du xy siècle. Le 2 janvier 1498, Charles Vlll accorde aux religieux de 
Prières les impôts de billot et autres en Harzan et Arzai pendant dix ans , à U 
coadilion qu'ils restaureront et rebâtiront le chftteau de l'Isle. 

Dne hôtellerie s'était établie près du passage, en 1489. La duchesse Anne 
l'exempta de l'impôt de fouage et biUot , 1489 , et l'anoUit. 

D'après une pièce authentique datée de i777 , les droits du péage dn passage 
de risIe étaient p^çus comme il suit : 

Par homm« , .par obérai , mule , bœuf et vache 1 sol. 

Par chèvre, veau et mouton 3 deniers. 

Par poic i sol. 

Par chaise de toute espèce 12 sols. 

Par litière 8 sols. 

Par carrosse ou berline , , 30 sols. 

Ptr charrette chargée 12 sols. 



(1) La Rqehti'Bemard tt son hàfoiTC. — Ouvrage iilédit. 



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FOUILLBS K IK GRËE-HAHË. EN PLUHERLIN. 

(U. la D> Fmqaet.) 
HSSSIBDSS , 

Avant de vous donner le détail des foailles arcbéolog^qnes qae noas 
venons de faire à La Grée-Mahé , MH. Jahel, de Lamarzelle et moi , 
souffrez que je vops entretienne nn instant du pays dans leqnel nous 
avons établi nos recherches. Ce que j'ai à vous en dire ne peut être 
étranger aux questions dont je vais avoir forcément à m'occuper devan 

TOUS. 

Depuis longtemps je connaissais la Grée-Mahé et les ruines romaines 
qu'on y observe; plusieurs fois déjà j'avais suivi avec qnelqne soin, 
et toujours avec intérêt , la voie romaine secondaire qui 7 passe. 

Cette voie, après avoir franchi l'Ârs au Pont-de-l'Ëglise, se dirige an 
sud-est pour gravir obliquement nn bant et raide soulèvement schis- 
teux , jusqu'à nn point culminant (A) où l'on observe encore de nos 
jours un terrain fouUlé et des briques romaines. De ce point élevé , la 
voie descend droit an sud et se divise, près d'une ancienne croix de 
granit, en deux branches dont l'une marche vers l'est et passe devant 
le Pont-au-Roux, tandis que l'autre , teudanl toujours au sud , longe 
le cdté est des étabUssements romains de La Grée-Mahé et de Carno- 
guen ,~ traverse 'le boarg de Plnherlin , cdtoie à Touest les ruines 
romaines du Bézy pour aller, à travers un pays très accidenté, tomber 
à l'Ardoise, sur la grande voie de Vannes i Rieux. Celte voie du Pont- 
de-l'Eglise à l'Ardoise est indiquée de nos jours, comme beaucoup 
d'autres, du reste , par un grand nombre de vieilles croix qu'ont éta- . 
blies, sur son trajet, les populations qui, au moyen-âge, usaient encore 
de ces voies sans les entretenir, ce qui les rend souvent difficiles à 
reconnaître. 

La voie dont je viens de vous donner le parcours , dans la commune 
de PluherUn , devait relier les deux rives de l'Ars et desservir tous les 
établissements romains dont on a déjà constaté l'existence h Ker- 
bricon, à Coëdigo, au Quinquizto en Molac, à Talhoët, à La Grée-Mahé, 
à Camoguen , au Moténo , à Caréven et à la ville-Julo en Plnherlin. Je 
ne connais pas, dans le Morbihan, de contrée où les romains ont laissé 
plus de traces d'un long séjour et d'une sérieuse occupation , que celle 
qui est comprise entre Molac et Limerzel , entre Rochefort et Questem- 
bert. Or, La Grée-Mahé se trouvant être le point à peu près central de 



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Di,ilizMt,.GOQg|c , 



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. aniroRRcnutiJ AtB (imtttUioiu. 



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cette coDtrée ainsi limitée, toqs comprenez, tout d'abord, l'importance 
que ce lieu a dA avoir aux yeax de dominateurs qui , de là , surveil- 
laient le- cours de l'Ârs et leurs nombreux établissements. 

Maintenant, Messieurs , je me place au point culminant (A) que la 
voie romaine atteint après son passage de l'Ars. 

Sur ce point, le sol a été tourmenté par le pic et la bfiche ; les débris 
de brïqaes s'y montrent avec assez d'abondance , mais fragmentés en 
très petits morceaux. Le propriétaire de La Grée-Mahé (M. Lamary) , 
secondé par l'ancien cnré de Rochefort (H. Marot), a fait là des 
foailles , Ù y a quelques années , et 7 a déterré une médaille antique 
tellement fruste, qu'on n'a pu la déterminer sllrement, bien que 
H. Marot , à qui elle est restée , la croit être de Tibère. 

Eb ce point , on jouit d'une vue cbarmante et Ton domine au nord 
la profonde vallée où l'Ars serpente , et au sud nu léger vallon oà 
coule le ruisseau qui sépare Carnoguen de La Grée-Mabé. 

En descendant directement au sud on ?tncontre , à mi-pente , un 
énorme rejet de terre (B) qui règne de l'est à l'ouest dans une éten- 
due de 58 mètres , et forme , à ses deux extrémités , des courbes dans 
lesquelles on a fait des tranchées récentes qui démontrent que ce rejet 
n'est composé que de terre et de pierrailles schisteuses propres an sol 
qui est tout scbisteus lui-môme. En partant de la courbe qui est à 
Test, et en marchantvers le sud, on retrouve, au-dessus d'un chemin 
creux qui n'est qu'un fossé, le gros rejet de terre (C) qui s'étend 
jusqu'à la hauteur du village de Carnoguen où il tourne vers l'onest , 
et se marque, en large saillie, dans le milieu d'un pré (F). A ce village 
de Carnoguen on découvre de tous les cdtés des débris de briques 
romaines. Si l'on remonte et qu'on se place à la courbe ouest , en 
jettant les yeux dans le sud-ouest , on distingue facilement une lai^e 
saillie en dos d'âne sous les sillons cultivés d'un champ , et (Ktte 
saillie se dirige encore de La Grée-MaL^ sur Carnoguen. Le terrain 
compris entre ces différents rejets de terre et les saillies du sol cultivé 
peut être évalué à 4 hectares. Dans le milieu de ce terrain à double 
pente coule un petit ruisseau , et au côté ouest ou trouve une source 
vive très abondante. 

Si de la courbe ouest on marche droit à l'ouest pendant 75 mètres, 
on rencontre un petit édifice en carré long (D) dont les murs ruinés 
montrent encore le petit appareil romain en granit à grains fins. Ces 
murs, mis à nu par des fouilles antérieures aux nôtres, n'ont pas au- 
jourd'hui plus de 30 centimètres de hauteur au-dessus de leur base , 
si ce n'est au côté nord où ils ont près d'un mètre, et forment talus 
entre crnyère et chemin. Cette petite pièce mesure 2 mètres 90 centi- 
mètres en largeur et 5 mètres 90 centimètres en longueur du nord au 
sud. Une fouille dans le sol intérieur ^e ce petit édifice nous a donné 
de nombreux débris de poteries grossières, les ans de cooleor noirâtre 
et les autres d'an jaune roux. 



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 12 mètres de cette petite chambre oq en relève deax antres 
attenantes {Ë), plus vastes et disposées obliquement et en ligne brisée 
du sud au nord. La plus méridionale mesure en dedans de ses murs 
3 mètres 10 centimètres en largeur et 9 mètres en longueur. La plus 
septentrionale compte 3 mètres 70 centimètres sur 6 mètres 60 centi- 
mètres de dedans en dedans aussi. Les murs dégagés par d'autres 
fouillears que nous n'ont plus que 20 centimètres au-dessus de leur 
base et sont arasés au sol. La première chambre ne laisse voii; à l'ouest 
que la moitié de son mur de ce cûté , et le mur de ce même côté 
manque complètement à la seconde chambre , ainsi que la moitié da 
mur dans la partie nord. La destruction a fait là largement son oeuvre. 
Une particularité singnUère est à noter ici : c'est que de l'angle nord- 
est de celte dernière chambre part obliquement un mur qui va se 
perdre à nn petit ch^nin de desservance qui longe tout ce que nous 
venons de décrire , et disparait complètement sans donner trace au- 
delà de ce chemin. Ce mur faisait-il partie d'une quatrième pièce ou se 
rendait-il à la première petite chambre décrite, pour former ainsi une 
cour intérieure utile au service des diverses parties de l'habitation?,.. 

Quelques coups de pioche dans l'intérieur des deux dernières 
chambres n'ont rien pu produire , parce qu'on ne trouvait là que le sol 
naturel et des racines d'arbres. 

Enfin , à H mètres de la double chambre et toujours directement à 

l'ouest se trouve un singulier édifice qui mérite une attention toute 

particulière et une description minutieuse , parce qu'il n'existe pas , 

. dans tout le Morbihan j un seul monument qui s'en rapproche. C'est 

an octogone régulier dans un octogone parfaitement régulier aussi (0). 

Bien certainement cet édifice a été plusieurs fois fouillé et refouillé, 
et, à ma connaissance , MM. Lamary et Marot y ont fait des recherches 
fructueuses. J'ai vu, entre les mains de M. Marot, des clous et des 
pattes-fiches de grande dimension en fer , des plaques de marbre 
blanc teinté et veiné de rouge , des tuiles à rebords et des tuiles plates 
fort épaisses et entières, des blocages en ciment, des débris de poteries 
et un fragment de verre fin. Tous ces objets provenaient de l'édifice 
octogone où chaque curieus qui. a passé a cru devoir faire quelques 
trous et quelques dégradations. On a même pratiqué une brèche au 
côté sud de l'octogone intérieur, et deux eûtes de l'octogone extérieur 
faisant angle aussi au sud ont disparu complètement sous nu chemin de 
desservance de la ferme. 

L'octogone intérieur mesure de dedans en dedans et d'un angle à 
l'angle opposé 6 mètres 70 centimètres. Chacun de ses huit côtés a 2 
mètres 60 centimètres de longueur. L'épaisseur de ses murs , tous en 
petit appareil régulier et en granit à grains fins , est de 64 centimètres. 

L'octogone extérieur qui est partout à une distance de 3 mètres 26 
cealimëtres de l'octogone intérieur et forme, avec lui, une espèce de 



DigitizcdbyGOOgle 



Testibnle on coiridor , a des murs de môme épaisseur , et chacun de 
ses côtés mesure 5 mètres 92 centimètres en longueur. D'un angle 
extérieur à l'angle extérieur opposé on compte 16 mètres 66 centi- 
mères, et c'est la plus grande étendue de ce monument qui enceint 
ainsi un terrain de moins de 200 mètres de surface. 

Nos fouilles ont mis à nu un area ou plancher intérieur formé d'une 
couche de chaux et sable de 25 centimètres d'épaisseur. Un area 
exactement semblable et placé à la môme hauteur régnait dans tout 
le corridor , et ce qu'il y a de plus particulier, c'est qu'un area,âK 
même construction , de même épaisseur et élevé à la même hauteur , 
régnait au pourtour extérieur de tout l'édifice. 

Les murs intérieurs et extérieurs formant les deux octogones 
prennent tous leur base au sol naturel et sur dalles de schiste à un 
mètre 10 centimètres au-dessous de Varea. Ils diffèrent un peu d'eux- 
mêmes en dessus et en dessous de ce point; ainsi, en dessous, les 
angles sont saillants à l'extérieur et les murs sont plus épais. Au 
niveau de l'areail y a retrait, et les angles des deux octogones jusque 
là aigus et saillants sont coupés carrément et forment des espèces de 
pilastres dont les angles latéraux font saillie sur les deux' côtés des 
deux octogones qui les touchent. 

En dehors du mur d'enceinte de l'octogone intérieur, nous avons 
observé, au côté ouest, un épais crépissage à chaux et à sable, recou- 
vert d'un stuc se nivelant à la saillie du mur de fondation et à la 
saillie des pilastres. Le stuc était partout colorié ; d'abord en gris dans 
sa partie inférieure , puis en rouge au-dessus , et cette large bande 
rouge était surmontée et bordée d'un lizeré jaune de la largeur d'un 
centimètre. Ce lizeré en ligne droite formait , de distance en dislance , 
alternant tantôt en haut et tantôt en bas , des expensions de même lar- 
geur qu'elle et aussi de même couleur qui ne dépassaient pas un 
centimètre.' Au-dessus de cette ligne le crépissage au stuc paraissait 
prendre une teinte verdâtre. 

L'octogone extérieur présentait directement à l'est, et sous un fossé 
qu'il a fallu entamer, une disposition toute particulière. On trouvait là, 
à 2 mètres 80 centimètres l'une de l'autre, deux maçonneries régu- 
lières de 52 centimètres d'épaisseur sur une longueur de 1 mètre 05 ; 
elles étaient accolées à la partie intérieure du mur, sans en faire 
partie. En face de ces deux maçonneries et du côté opposé du même 
mur existaient aussi deux maçonneries de môme longueur et de môme 
épaisseur, mais avec les angles extérieurs arrondis. Ces maçonneries 
différaient de toutes les autres parce qu'elles étaient constituées en 
pierres plates , en moellon de granit et non plus en pierres réguli^e- 
ment cubiques de granit. Nous avons dû supposer, (ne trouvant nulle 
autre part traces d'ouvertures), qu'une porte large de 2 mètres 80cen- 
.timèlres devait se trouver entre ces maçonneries accessoires, ou que ces 



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— M— - 

DH^nneries fi*éta1ent~ elIes-iiiSmes i^nè iti pas de portes de 4 mètre 
05 centimètres d^ourertar^'. GËtte â6niiëre supposition prend qaelqne 
consïBtaùce par la découverte , près de la maçonnerie intérieure de 
droite , d'âne dalle de grès , marbrée do flttrations ferruginenses , 
épaisse de pins de 6 centimètres , polie snt* nne de ses faces , et asée 
légèrement snr celte face par des ft-ottements qni pourraient bien avoir 
été des frottements de pieds. Quoi qa'il en soit de nos suppositions, 
nous avons trouvé, en ce point du vestibule, des traces évidentes d'un 
feu fort vif ; car il' y avait là des charbons , des scories de fer et des 
vitrifications. , ' 

Toutes les pierres des mars , à l'ititérieur du petit octogone , étaient 
rejointoyées au ciment et avec un soin qui ne permet pas de penser 
qu'elles aient été jamais recouvertes d^un crépissage quelconque. Ces 
joints avaient été lissés aii fer. 

Nous avons recueilli dans nos fouilles un fragment de marbre blanc 
teintéet veiné de rouge; trois fragments d'un vase en terre, épais et 
grossier, d'dti brun roux ; une anse de vase antique â saillies longitu- 
dinales tordues ; des fragments de tuf ; tioe fibule en bronze à ressort 
en boudin , mais brisée au ressOrt'rnéiUë ; lib 'fragment de verre fin 
ornementé, ' sur Vne face de lignes' droites, fines et circulaires; des 
stucs elitrépissages diversement coloriés^ bedncoup de clous et de 
pattes-fiébesen fet-, de grandes dimensions; un' 'petit disque en terre 
cuite letTotrge'pertfé d'iin trou rond au centré ; \itt carreau en grès poli 
et 'une énorme quantite'de pierres cubiques , de tulles à rebords et de 
tuiles de recouvrement ; enfin (et ceci prouve la visite en ce lieu de 
fouineurs et de'curlenxjî nous avo'ns Ihiuv^, à une grande profondeur 
en terre, ubsoudeLùuis'XVI;'' ■ "■ ' 

Il Dotts reste , M^siëUrs, après ces desbriptidtis minutieuses, à vous 
donner nos' impressions , hoâ idées et ffûs' suppositions , sur toutes les 
choses d6nt nous Venoné' de Vous ciilrètenîr. '' 

La vahe enceinte à gtos'i'eifets dé teWè a'dft' être un camp militaire 
qile nOuS croyons art)ir été pet'niaTlent , etâ'ÉauSe de l'importance du 
lieu , el pour lir protection des «ombreuses babliations qui l'entourent , 
depfèfeottdeloinV^ii nord, à l'ouê*Cet ad sud.' l-es débris de briques 
e( la médaille romain», au sommet de U erée4fthé, marquent quHly 
a eu là un poste de surveillance pour éclairer la voie, le campet les 
habitations; - ■ ■' ■-■■"'' ■'■ '- - "'i ■ 

Mais ,qbe^c était U< destination dti' doublé octogone ? ' 

Certes ,■ ilinetoffibe' pa^ dans t'idé« qae'tîet édifice si singulier ait été 
dti^tiaé à' des mages dotoestiqses. Une) esdlepièlée 'entourée d'un cor- 
ridor bien'^lM vaste ^R'elle n'a'guÈ»E pu ôtre habitable et n'a pas dû 
êtrehBbiliô#.< "■ •' ^^ ■■■ " ■ y—^'--^ ■"■ ^ ■ ■ 

Ce n'est pas non plus une touP'tid''<KleBSe ,' car ou ne s'avise pas 
d'orner de marbres et de stucs coloriés un édifice purement militaire .- 



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autour â'nn poste de fiu^rrs, e^.sjurtoiHiPPjdonBe aa;(,niarg de c^.paste 
plus 64 centiiaètres d'^paM^W- Vne tpur militaire doit; être sur,iBftnt^ 
d'une plais-fonne,etnou8B'avoii*p»s trouvé trace4'uD,^calwr d'accès.. 
Au contraire, nous avons, trouvérdf"^ 1^^ '^i'*'''S' de Xédiace^ des 
iodices qui doue poj'tgiit it.peqssr.qV-il ^^'^ surmonté d'u# ^tme. 
Ainsi, BOUS arons retexé ,u(ie,'gfaqdsi briiiaÇià rel)ord^, ddi^ plate, 
coDWQDous les voyons. tAu^oii^t, majs, avGC|la. cambxuxe n^ç^aire, 
poar recouvrir une yoi)f,6 ,à^mvRitc\>i^iTe,. . IjEous. avons .dé^err^ des 
débris de ces briques , les unes encore adhérentes à d'épais tilocafies , , 
^ les autre» portant encore en plaç^ 4ç granfl^ çlons ^ur, les cOté» let 
à leur angle coupé. ,. ,,, , 

Il ne reste, pour no.Tjs,,d'aiilrç idé^admîssible ,,fli}e ceijle ^ei'exisr 
tence, à La Grée-Mahé, d'un petit temple romain- Ce temple, entouré de 
son corridor intécieiir, çt , î'un parvis, extérieur nivelé à chaux et à 
sable, a dû servir au\$acfiâces. religieux d'une contrés dans laquelle 
je vous ai eité un très,, ^a^d .nombre d'habitations rpmaines. Je 
pourrais encore enncpir rja nomenclature que je vous ei) ai fajte ,. çn y 
ajoataotKreob, IePeLit^9jflc,i^^r^is,,Bpjyiignac,etc.^etc> .., ,. .. 

On coonajU des teo»ples. roinajns,, circulaires et., aussi .des i^gjfileg 
octogones.. J'ai.trquvé.dftne MooU^acoii,.(, %, pl.,xi^iii, un templç dont 
le plan^IH-ésentEt un 9ct«gon^,p(iif)p|j,(^é ,dansuq;.octQggn&cPçjpliqué 
aus&i. et;qnLqB diSëreiidut^EnpIeii^^a dGéerMàM.que par.^es.compli- 
cations^uiiii&sDntqu^ ^s eI)j(:|lixep;)e^^•saln£limp9rlance au. point, de 
vue de.ladestination. . .(.n,,... . ,. ■ ■., ■ ■<■ ,.■ ■ 

Sans doute le tempV^d^^^^'^^il^bé^slde.U'ès. petite dimension, 
mais dans le culte polythéiste ces monun^;i^s.,.LQiD. des, grands centfQS 
de population» étaient 4fiP^u4'^^'}4vQ) p^ifce, qpg.ctiaçuQ y allait à son 
heure ,r prier et sacrififir,, ^pJtJ^lémeD.tj ^o.it aYÇC.Les, .^çjils.n)pmbre3 
de sa famille. Une pariicular^é Que.i'ai nptée. nijÇ.por^Ç;^„çi;qir^ ;à,de^ 
sacri8ii)e»,saflgUQt^,auitçq)plp dç.J<? Qrê,e-Hah^.;,<;.'ftst,V|^finfÉideMucs 
en dedans dâl'oct()gan^i.yi^rieiir,,,oA rl.ûS; pit^n^gs, .étaient ^ujie^eDt 
rejointo^ées au cii»ent^ itfl^^euL .powf„Qji nous,ayon!L Vp^yé d9f jtrace» 
de l'aetiondu. feu poiirraiit'ieu.ôlr,e„celui,oAii;qn brûlait, «ertaipes 
paitiesdefi v;iolimes.({i£cie^piire'^qppsËiiion pu^qu'>l yifi.fu, avoir 
làincen^.) ■■■ ■■ -■■■,.!.■. -.■■n.; ... ;■.•■!.■ ■■> .', - 

Si nous n'avons pas trouvé de dallage en place, c'est que la .destrucr 
tion a sévi là brutalement «ti^ttCi.leS'fpoJllfiur^ tqui lont ptoct)é. avant 
nous 'OntMilevéle pet'âe4allA«<flui^panvai«ntefister enc«i]e. J'aiim 
entrelosmaioideH. Mjir|0t,dâ<graadeataile6 cw^es^fort Caisses, et 
onié«g, sun une face, de: oerelQftjCoiK«ntriquet ,al^erDant régJ^lièrement 
en sailUes et en crenx> et M. Lamary, comme H. Harot, aCSnoantles 
aviur renieillifts en place su Poreadu temple.. 



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MÉMOIRES 

DTffl DÉPUTÉ DE U NOBLESSE ADÎ ÉTATS DE BBSTAfiNE 

«e IVt* * ITM. 

(Pu H. G. de Clonudcuc.) 

Les mémoires anxqnels j*empninte anjonrd'bai no sujet de lecinre 
sont inédits. Livrés par les hasards d'une enchère anx mains d'un 
débitaot de tabac, c'est à la prévoyance d'an de nos collègues, M. le 
D' Juhel, qu'ils doivent d'avoir échappé à la destrnctioo. 

La coQvertare et le titre du mauuscrit avaient déjà dispara avec qd 
certain nombre de feuillets; mais ce qui en reste est encore considé- 
rable, et j'espère qa'avant pea j'anraila bonne fortune de publier en 
entier ces précieux, documents. 

L'auteur des mémoires , dont je me réserve de dire plus tard le 
nom, était député de la noblesse aux États de Bretagne, sous la 
Régence. Il a été à la fois acteur et témoin des événements qui ont 
remué la province, de 1715 à 1725. — Son récit, très circonstancié, 
est adressé à son lils sons forme de journal confidentiel. 

Loyal et franc gentilhomme, d'une instruction solide, lettré à la 
manière du duc de Saint-Simon , notre historien breton esl avant tout 
dévoué corps et âme aux intérêts de son pays. Son cœur se serre au 
spectacle des abus qui débordent, et les empiétements du pouvoir 
royal ne sont à ses yeux qu'autant d'attentats aux privilèges et à l'in- 
dépendance de la Bretagne. 

Mûri par une expérience des hommes et des choses qui lui donne le 
droit de les juger sévèrement, rien ne l'arrête, lorsqu'il s'agît de la 
vérité. Son récit, chargé de faits, est émaillé de portraits crayonnés 
de main de maître et de réflexions qui dénotent une probité rare et le 
patriotisme le plus pur. 

Dtt fond de sa solitude , l'auteur compose ses mémoires sur des notes 
prises jour par jour ans séances des Étals, et c'est merveille de le 
suivre, car il se révèle à nous non-seulement comme observateur mais 
encore comme écrivain. 

Sa critique, souvent acerbe, est mitigée par la plus entière bonne 
foi et une loyauté qui charme. Il dévoile hardiment les trames odieuses 
et les intrigues de HM. les Commissaires royaux, qui tour à tour s'en- 
tendent pour exploiter la malheureuse province, de concert avec les 



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— Jl — 

k^iUBts. En «laaiité de gentilhâmme , il D*a que pea d'estimé fdtà le 
tiers-état qui, à cette époque, ne se compose guères que de fonctiOD- 
naires gagnés aus gens da roi. Mais l'esprit de caste ne l'aveagle pas, 
et il juge vertement la turbulence frivole du corps de la noblesse à ces 
tenues d'États qui ont suivi le triste dénouement de la conspiration de' 
Pontcallec. Il ne ménage pas non plus son mépris pour l'ordre da 
clergé dont it tlétrit TambitioD et l'égoïsme servile. 

Décidément, le vieux gentilhomme fait bande à part avec quelques 
puritains comme lui , fourvoyés dans le tourbillon des assemblées déli- 
bérantes. Il jette sur tout cela un regard de dédain mêlé de regrets et 
d'épouvante. Comme autrefois Snlly à la cour de Louis XIII, il hausse 
les épaules en passant à côté des jeunes hobereaux galonnés d'or et 
des abbés fardés qui ne voyant que plaisirs à ces tenues d'États, se 
plongent dans des fêles somptueuses et se soucient davantage des 
dames d'atour de M"^« la maréchale d'Estrées que des affaires de' la 
Bretagne. Pourquoi ne pas le dire? Dans ces pages autographes , 
écrites de la main d'un père pour Téducalion pohtique de son fils, on 
sent, à chaque pas, comme un souffle avant-coureur des grandes ré- 
formes qui pointent à l'horizon du xviri» siècle. — Soit qu'il nous 
retrace tous les détails de la conspiration de Pontcallec, soit qu'il 
' nous introduise aux assemblées tumultueuses des États , où s'agitaient 
trop souvent des débats stériles, l'auteur s'arrête de'temps en temps 
et jette le cri d'alarme. Où va le Gouvernement avec son système de 
despotisme et d'accaparement des libertés publiques? Où vont les 
peuples accablés de vexations et d'impôts qui les réduisent au déses- 
poir? Où va la malheureuse province de Bretagne, traitée par le pou- 
voir en pays conquis, indignement ruinée par la cupidité de ceux 
qui ont la confiance du Roi? — Le députe aux États de Bretagne, 
soixante ans avant la révolution, crie a la décadence et appelle, sans 
s'en douter, avec une éloquence farouche, la tempête de 89. 

Si j'en juge par les extraits qui ont été pubhés du journal de M. de 
Bobien, dont le manuscrit est déposé à la bibliothèque de Rennes, les 
Mémoires que je possède sont incomparablement plus intéressants. ' — 
Plus âgé que M. de Robien, notre auteur est un témoin oculaire; il a 
même joué un rôle dans les événements qui ont préparé la conspi- 
ration des quatre gentilshommes' décapités à Nantes. Il parle de visu, 
tandis que M. de Robien n'a écrit son journal que sur des documents 
fournis longtemps après. 

En outre, je trouve , dans mon auteur, ce que je ne trouve pas au 
môme degré chez M. de Robien : une Spreté de sentiments honnêtes, 
nne bauteur de vue, une indépendance et, par-dessus tout, un dévoue- 
meat sans égal aux libertés et aux franchises de la Bretagne, son 
pays. 



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-ai H- 

d'j^Rcécntqrd ti*^ .Sacrée, i-^fl^l^remièrf pp^tie et la ^os importante 
est cpii^rée^aarépit^^^rënements ppUtùjtio? auxquels l'ai^teur a été 
mété. La dp)i;ii^e parité reoferm^ ^B& uwUitiide de lûècés détachées, 
en prose qu en vers,, sur les> sujets les .plas variés , copiées à l'avea- 
tore etsuiraob l'Io^iralioD in moment. 

JLa.partiç tûstoriqne s& &oiopose-.de pcès 4^300 pages ia-f», dans 
l'orijtp 8uii;aiit : - ,. .. , , y., , . 

: !• ïln méMoîre (qai nVst sdtis douté $fl'UDe copie) sar les teoues 
dilata de Sahit-'Brreucfl715)'etDiiîaù (i 717)1' avec des notes critiques 
marginales ' écrites de la màitl de l'auteuh'— Ce mémoie, auquel 
manqueiït les premiers' feriilleis', comprend H'5 pages in-f», 

2° La nah'aUon conâdentieHe de la Cod^piratiân de Pontcallec. — 
29 pages in-P; ' ' ' > . . 

îf" La tenue des États d'Ancenis (1720). — 57 pages in-P. 

■«•'Lliticéndie dé Rennes (1720];'— 4 pa^esin-f". 

'&• La teftffe des États de Nâïites (1722)', -^41 pages in-f". 

B-La teiiue des Ét&ts de Satnt-iBHeu'ts (1724). — 13 pages in-K 

,..-, , > M. ,1^,. .. Lui.. : ui-ii Un- -l.'i'.l ^■■■' ■ ■-.- _J' '■• 

■Je publie anjOardîbiii'le-G^pitr&^i Qil<irelatifaui ÉtatefâeSaJat- 
Briew (172A).,y6ns jpg^ree voufrtnénie^de'la vitleor dePcenvre par 
ceti'écbantilloQ., <et>vous acfpervezj'commel mai, la«oQTiclJoo;qa6 
la piyiliaaUoQ.ds ces mâw>ir«s>'^rft un -MDvice oonsid^able rendu à 
rbiatoinedeBpetâgnc-. ri, ■■ . ■■■.■-*,.•■)■-. -..n- 

^ ■■''lai'sepienibfe'ift^. '■ ''■■■''' ■■'■■■'<'•■ ■' ■'' ■". ■ ■■■ 



cJeneim'ati^Ddoisp&st.mfin'Qlev'âjwiaiS'décrire aacnBe4enne des 
Eetatsplusi préjudiciable aux. droits- ebjux., privilèges de ISiproviBce 
que eelles.dsDJHanetde Naeiesi Hâis^eHesm'ont été l'une iSt l'autre 
queJçs, ^étoiùtaires Cmie < liberté ..loAitrabl^^ On y gBFdoit eacore 
qntiqa*«it^f do<ineE|ife''¥ovs iBUezi'Toir' daasœlie .deisiËstats de 
Saint-Brieuc (1724) y porter des coups mortels, dont je ne ju«a pas qne 
laprovBjce.afefelfcHi.jaBHiis,'. u--,,,-,-. i,»..-' o 

iCe n'est pluaà râKaod^dit doa.gratmtqueiron exige une: soumission 
aveugle. iI/dqi met pow. feBdematkt qus les Estais De>s(wiroieat agir, 
ordonner n; prendre aucun arraB^emeBtbmeEateen ae-qni toui^e 
l'entérieur de leurs affaires qne du consentement de HH. les Commis- 
saires de S. H., qui en même temps prétMdeot disposer sonverat- 



DisitizcdbyGodglc 



-i 43 -- 

nement de tons les fonds, en^îre la destination sàns'qae tes ^tats 
s'y paissent opposer n; par leurs ordonnances ny par lenrs retnon- 
trancea ; et pour le proaier invinciblement ils se servent de Tauthoritê 
absolne et arbitraire pour entrer dans l'assemblée ; ils y font enregis- 
trer un arrest dn conseil qui casse une délibération qui ne regardoit 
qoe le boa ordre qui se devoit garder et conserver dans les Ëstats, et 
delenr propre mouvement, sff sentant sontenns de ce même pouvoir 
arbitraire, sans y être en aucune sorte aatorisés par S. H.^'ils biffent,' 
en présence d'un corps pour lequel ils dévoient avoir nn peu plus 
d'égards et d'attention , une de leurs ordonnances,, la pkns judicieuse et . 
lapins sage, ordonnance qui ne regardoit et ne touchoit ea rien les . 
in^réls du Roy, et ea substitnejit une autre en sa place : violeace diHit ■ 
il n'y avait encor jamais eu d'exemple; qui sa{ipe par le fondement 
jusqu'à l'ombre de la liberté, et qui rend inutile et mesme à charge 
l'assemblée des Estais. 

Car s'il est sans réplique et s^ns discussion que: ce qui est eï:priiQé 
dans les instructions que le Roy donne i ses commissaires soit.exécuté 
de point en point, soit pourTimposiMon, soit pour la.façpn d'imposer, 
soit pour la distribution des fonds, soit pour l'employ qui doit en être 
fait, je demandé à tout bomme srasé ee que c'est qbe l'assemblée àhs 
Estats, qai ne laissent pas de cosster beaucoup à ia province. NonS' 
exemptent-ils de quelque levée extraordisaire : la eapitalionj les coo- 
trêles, le tabac, les franiv'fiefs, le papier tùobrâ, le clnqnffntiesme, - 
le pied fourché, la ceinture de la Reyne , le joyeux avioement, lama^- 
gistrature, les arts et métiers? tout n'est-il pas taxé et levé dans cette 
province avec mille fois plus de dureté et .{ffttaclian qu'ailleurs ? 
N'y a-tr-il pas un intendant qui y tranche du souverain , et qui n'est 
point longtemps sans se corrompre, quelque réputation qu'il ait ene 
partout ailleurs, par la licence qu'on lui donne de ne rendre nul 
compte ny à la cour ny à la province de son adoiinistration au sujet 
de la finance, doât-it ordondèHa'pércépUon ■loht'sealj'ésueil dange- 
reux où SB brise le plus souvent la vertu la plus austère ? 

A quoy servent donc lesBtats, je le répète encore? Aregorfer de 
biens dix ou douze personnes unies les unes ^vec les BUlres'poar la ' 
destruction du pays, à satisfaire U' ci^idtté, Tavarieeetl'brgilMl de 
gens ambitieux qui s'imagloent faire leur cour en fonlnftavx pieds 
l'honneur et la probité, en s&erifiaDt de'pa'àvrespeoples à leurs avan*- 
céments et i leur fortune. ■' ■ '■, •'■■' 

C'est de la sorte que se sont comportéa HK. les CommissaireB et 
ceux qui maniaient les affaires aux derniers Estais de SatoC^Btieuc, et 
l'on doit à rimhécillité du chef etil'iat^rest comme i la dàrettdes 
autres les malheurs que je vais décrire. 



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— 44 — 

H. la duc d'Orléans, qni rassembloit en sa pnwmae le pins de taleat 
et de perfection avec )e pins de dérauts et de faiblesse, étoit mort eu- 
bitement à Versailles, ainsy qu'il l'aToît désiré. Son âls, qui eslott 
à l'Opéra à Paris , ne pot être adverty assez à temps poar obtenir 
la place de i" ministre qu'on avait cra Jusqu'alors indigne d'an prince 
du sang. H. Ic'Dac, se troarant à Versailles aa moment de celte mort, 
profita de l'occasion Carorablé et l'alla sur le champ demander an Roy, 
qui la Iny accorda sans hésiter pour avoir l'approbation facile de 
l'ancien érêqne de Fréjus, son précepteur, et dans le mesme moment 
on presta le serment de fidélité entre les mains de Sa Majesté. 

C'esloit donc H. le diic (de Bourbon) qui tenoit les resnes de l'Estal 
sous un jeune Roy qui n'aimoit que son plaisir et la chasse, et qui ne 
Toaloit entendre parler d'aucune affaire. 

Je ne scay par quel malheur pour la province S. A. et M. le maré- 
chal d'Estrées ne prirent pas bien ensemble. Il y a apparence que 
H. Dodun, qui du plus bas étage s'étoit élevé jnsqu'ù la diarge de 
contrôleur général, et qui sceut s'attirer, prêt à tomber, la bien- 
veillance de ce prince , n'y contribua pas peu. 

Le Maréchal, ans Estais de Nantes, n'avoit point voulu recevoir par 
son canal aucun ordre de la conr ; il t'avoit traité publiquement avec 
un mépris qu'un homme ée peu souffre avec plus d'impatience qs'un 
anU-e ; il avoit attaqué sa probité et assearé que c'étoit un homme 
sans foy ny loy qui auroit immolé Dieu et l'Estat pour se •maintenir 
dans sa chaîne et acquérir des richesses. Dodun avoit été adverty et 
instruit de tout. Il est aisé de juger de la haine qu'il portoit à ce 
maréchal. Cependant ce fut luy que M. le Duc choisit pour négocier 
avec le maréchal d'Estrées, et pour scavoir s'il n'étoit pas dans le 
dessein d'aller tenir les Estais de Bretagne. Il scavoit que personne 
n'estoit plus propre à faire exécuter les volontés du Roy sans com- 
mettre son autorité, qu'il avoit trouvé le moyen de parvenir à tout ce 
qu'il désiroit, en faisant toujours croire aux Estais qu'il ne vouloit que 
ce qui estoit da leur utilité et de leur bien. L'on n'avoit encor point 
veu en Bretagne île commandant si honorable ny si bonneste et sy poly 
sans rien perdre de la majesté et de la grandeur. M»^ la Maréchale le 
surpassoit en<:ore en ce point, et l'on peut dire qu'ils estoient tous 
deux devenus l'idole des Bretons. 

H. le Duc soubaitoit donc que le Maréchal eût encor tenu à Saint- 
Brieuc les Estais. Mais il jugeoil que cette place méritoit bien la peine 
de Iny estre demandée, et qu'il eût regardé son choix comme une 
grâce. Au contraire le Maréchal se croyant avec raison nécessaire, et 
ayant juré qu'il ne viendroit point en Bretagne si le Prince ne luy en 
parloit et l'assuroit qu'il y estoit utile pour le service du Roy, on noircit 
auprès du prince cette démarche hautaine qui luy envoya Dodun pour 
scavoir sa dernière 'résolution, qui fut qu'il iroit sous trois jours à 



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^45^ 

Versailles, qa'il se préBenteroiideyant S. A., qne, si ielle Iny comman- 
doit quelque chose du Roy, il obéiroit, slDon qu'il demeareroit à 
Paris. Il ; alla se présenter trois fois devaat lay; il oe Ini paria de ries. 
Le Maré<Âal s'eo re?int à Paris, résolu de n'en pas faire davantage. 

S. Â. insinua dans le monde qu'il a'aroit pu convenir avec luy de 
prix, ce qui terairoit biea toutes ses autres grandes qnalitiis, si cela 
estoit vray. 

Sons le règne de Louis XIV où tous les fonds de l'Bslat se dissipoient 
avec'tant de profusion, jamais commandant ne s'estoit ayisé d'exiger 
de l'argent pour venir remplir la place du Roy. L'on estoit assez 
content de l'honneur qn'iL y avoit d'estre choisy pour commander à 
une des plus grandes et des plus belles provinces da royaume , et d'en 
toucher les justes appointements. Ce ne fut que pendant la régence du 
duc d'Orléans, qui donnoit à toutes mains, qae ce détestable abus 
s'introduisit, abus d'autant plus pernicieux que celuy qu'on nomme à 
cette honorable place ne la regarde plus qne comme un employ merce- 
naire par lequel il lui est permis de prendre per fas et nefaa et de 
s'enrichir ou restablir ses affaires aux dépens de tout ce qui en peut 
arriver. 

Effectivement, à la façon dont, depuis plusieurs années, on traite 
cette province, qui ne diroit qu'elle vient d'estre subjuguée sar les 
ennemyg du Roy, tant elle est abandonnée â l'avidité de ceux qui la 
gouvernent, et qu'elle ne fasse plus une des meilleures portions de 
l'Estat I 

Le maréchal d'Estrées répandit dans le monde de son costé que, s'il 
avoit refusé de venir tenir les Estats, c'est qu'on ne luy avoit pas voulu 
donner carte blancbe comme aux précédentes tenues, où il y avoit 
mille fois plus de difScultés à surmonter qu'à ceux-ci, et qu'il n'estoit 
point fait pour exécuter les volontés violentes de Dodun, ny pour ne 
pouvoir agir ny prendre aucun party saos ses ordres; que c'estoit ce-' 
pendant à quoy ou avoit voulu l'assujétir. Comme touie cette négocia- 
tion ne se passoit qu'entre le contrôleur général et luy, ne s'en estant 
jamais expliqué avec M. le Duc , le premier fit entendre que ces airs 
de hauteur blessoient l'autorité suprême dont il estoit revêtu, et en- 
gagea S. A. à nommer pour aller tenir les Estats le maréchal d'Âlègre 
dont il estoit sûr de disposer à sa guise. On Iny assigna 200,000 liv. 
ponr sa dépense. Ce maréchal estoit sans contredit d'une des meilleures 
maisons de France. Il avoit serry le Roy dans ses armées avec distinc- 
tion. Il n'avoit point obtenu le bâton de maréchal par la brigue ny par 
la faveur, mais se l'esloit acquis par ses services.- C'estoit d'ailleurs un 
bon^ gentilhomme, honoeste et civil, qui auroit esté ravy de faire 
plaisir, s'il s'en estoit réservé le pouvoir, mais si peu capable de 
l'employ oà on le destinoit par la médiocrité de son génie et par le peu 
d'expérience qu'il avoit de la façon dont on doit traiter les affaires. 



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qu'il cQDTenoit'liip-ineBme ^B^ltelloil bien qu'il s'en rapportât h ceux 

,qnile»awoteDt.eïHÏBf>aBtmaBi6ei, et qa'it n'aToît regarde cette place 
queconine iiDe'réwHpeiMe et an secours pour restablir ses affaires 
délabrées; que sur «e i)ied4à il s'estait engagé i faire exécuter tout ce 

Hm estait, coiiteDu ^tis ses iuBtruetiens de poiut eu point, mais qu'il 
.n'r seiKMt pas replis, et qce-la deuxième f<Hs il demanderoit permission 
âe poaWir négocier arâc tes Estats sur certains articles qui lui pa- 
raissaient aussy bien qa'à eux forthijuBtes; mais que pour cette tenae 

■iLbUoitEObâir sans disfHwaMi. 

GeLareu parut ci naturel et û«iiicère eASi fort de la portée de son 
génie qu'^n ne se prK point à lu5 ny qu'on ' ne luy imputa point toutes 

.les dénarcbee e^trafiràissires qu'il fit dans cette assemblée, et jjucles 
iiiipiitati«i& tombèrent toutes, comme elles le dévoient, sur ceux qui, 
scachant qu'il n'estdit capable- de rien, l'avoient choisy pour se rendre 
maîtres des affiiras. Ca-îti alors que les yeux s'ouvrirent et que l'on 
rit quo U haiueiqae l'on avoitconçue contre te maréchal de Mon- 
teaqiûoi , qui ne poussa jamais les choses à l'excès de cetuy-cy, ne 
dardât pas seule retomber sur luy. 

.. Le.baQtiomnte d'Allègre renoit d'eipouser en seconde noce, à l'âge 
()e.?2:ans, une jeune debioiselle qili aroit passé toute sa vie m coa- 
^ept. et qHiseuremeot en avoit bien coinservé les manières. Elle 
n^avoU ny esprit^r ni beauté, ny ancuife sorte de grâce. Ce qui la 
rendmt.plus, souffrable, c'est qu'eHe ne diSoit pas on mat, et qu'elle 
avoit toiJQars de<grraâs yeux ouverts et une gueule béante pour estre 
attentive iitoutce que l'on disoit auquel «Ile ne comprenoitrien. Elle 
a pâmé' trois mois en Bretagne , sans avoir pu retenir le bom d'aucun 
Itonuae.eit dlauGune-lemnas; Tout ce qn'onluy entendit Jamais pro- 
nppc^^ caifo^ ; *. Ban)eur H'-eb M>«, donuËz-moy viste un écu pour 
UfietcoGoamnauté laquelle je'mMDtéresee; elle est panvre cbmme Job 
BUT lie fw^ier, et Dien TouS'en récompensera.» Ce qu'ilyadepis 
^'estjqqe cette .cbauBoa qu'elle «voit été 45 jours è estudier et à 
apprendre.,. dora pentUnt tous des Estais,' «t qu'elle se faseholt quand 
oH'S'ennuyoitide.luy.doÉner. Si jamais le bonbomme et elle font des 
entants, spirituels., il faudra convenir que le sens commun haltère et se 
répare sans qu'on tienne de ceux qui tous ont donné la vie. 

Cette médiocrité d'esprit et cetle-âgsre disgracieuse déplaisoient fort 
à nos petits maîtres de cour, qui cent fois plus imbécilles s'imaginent 
:gueitâat;le mérite cootiste dauscinq oû sir mauvais dictons qui, répétés 
cent fois le Jaur-, deviennent lesc^ide fondement de leurs conversations. 
Avec ce.bel étalage, ils regardoient ceux qui' composoient les provinces 
conmie des sauvages- que la moindre fumée éblouit comme eux, ce qui 
les fit juger finement que H">« la maréchale d'Ëstrées avoit réussy par 
ses manières gracieuses et polies â s'attirer restime et l'amitié de la 
noblesse k m PQ>M qu'eUe les diqxMoit à suivre presque tonjoui-s ses 



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seatimen»» golU estait ^xff-^i^ititfeâg^&wmieâtiiùiiï^'psjibàr- 
tme mille fois plna de nrédjii.aar les ««prite>qa9 tesihoiiiiiieB, qa^l 
eslovt par. coas^^ofnt d'qna néo^uté > abselœ é'^ea- chercher me qô) lia 
copiaât. 0^ jeiièreot les jenti, sao la.ail9idtiHaréclial,-Mr de'B«p(fr- 
Inonde,.IaqaelLeavoitl'ta9naea1^â'âtre:amieâ»'Jl<»°'de'Prie,'maUI<âfie 
de. S..^, le Duc, et ponvoitt pu* Ijt .les iftrrir dans Isotb 1m)s»(iib. Elle 
estoittrè^riche,.etiouojt,aaiiea époit?aatabla, ce qai'ne lanse pas 
d'^eater. Quoiqu'elle ifil(^B,,«U&awteticar dsBSs aade&»-agré- 
meos qu'elle savoit mettre à profit ea^lemps et lien; son grantf fils 
Iç plqs débanché des joav^S'iiena'^ââ E^ria.'SQiTyd'sq sgréablË et 
complfisiint cortège deïiiCJotiX'sexeiSi'les nos payés, («swttres âlLss 
suivante^ et biQaraisaate&, amussroifint.lai ieuneesa qni-est toajoors le 
plus à. craindre aui EstaUjifitjDy douAWoienl desoGOOpktiOQs plâs 
sérieusçsqpecellesd'alIt^^aDDerses.vaisidaiislasénali. ■■>■ 

C'est ainsï que raisoQiwent lfipiarqDis41IerjQaalt(DodHii) et celtty 
(riDtendsptJ qui sous Im] déviait, ioats le plus grand rOle atix Estatâ. 
Hais ils^ trompèrent r^iii fit l'autre dftD» leurs oonjeetares. Ces pro- 
Tinciaux de Bretons qui à leur aTis-ealoient sots comme desidindons', 
tenuQ alors à ]a mode>ei,â>,r4pétitiQBi, trouvèrent qus' la copte' ne 
ressembloit pas à rorigiqBk|,>qu'eU0 (U*>t'âe<Ril{)ennoDde)in'aYOit-ny Ëe 
fonds d'e^p^t nj oetiâ p<Âit^sse m61iâ>d« ^^odeor qui en. même téâips 
jaisojt aimer, ^ respecter M<¥P.ila Hri'dlfiatrdes; que' ses boanétet^s 
. estoient .fa(lgs^ saps «oât, oy 3ans eHoaii^oD des petsoimes ,- oe i (jai''B0Ul 
l£s reAd^sé^ai^les et.fiattsjtKsâ.d'fKUâurs' presque uDlqueiBeDt'0>cttit^ 
du jeu qule^t S(i;pa&sioQ <bHnûianlâ,ifsGl. înt^eMée',- te-qa! bien loin 
de, l^eog^gfir .d'aWcir ifi <Uai4écbal' quand 'loi' deux' antres commis- 
saires l'i^rpient mis en fnneiv, et.deiJus fûre connoltpe<qli'it'se'âéMd- 
Jioroit ep ^pplaudissADt- AiRP^Tii do»9)asgidl)S' estraQgôres'.'êlIe' l'&riimdit 
encQE.d'iïvanlâji^ dans U prainteh<jyile^£stat8*estoi«nt'librH,'âe'a'e 
paspbt^if dJ^ ^Ue liy^ss.^u'sUe .préleadoitletn^'cxtonfaerëi Son 
père. .en ^venoiHe^ tjnvi.'.Àu:Ueii de âUpsû»nrdaD$ïeS'e9prit^''paT 
desmaqi^ï^ gracieu*es,]'£llsiim£ba(}OititouioQM dei'la''eolèré"deisoa 
père, que, j&voJW conseiller diiaitnelte, deAécbir^ temie trep-hautbki 
qui De ÇQpvâDoit point à laplop^de eaux t qoi elle tdnojt ce^iiâtMAfS, 
et qui tout au plus De poaKQit'arairid''âfEetqu'aaprôsdetrois>onqnatt'é 
jeunes gens qui, âiEoient*Us,< en avotent 6iit U cobqHeste plus par va- 
nité que par goût. . . ;. ^c il-. '■■■. 1 ■■ ''■■ ■ ■'■ •'■ '' 

Un s^ifl nommé H.. le>Gi Ae'la^'ttinàre' eD"esWit"réritaMemé(it 
amoureux, mais comote tliavoit anbsjf l'Aoe-beHe et bien placée', 'Il se 
pariageoit. et estoJt aassyJ^oBiiûtoïendaDs Paeieoiblée 'qde' tendre 
lorsqu'il embra^soit les g(iDpuxid& t&:beUe suDtDoée. ' '- ■'' 

Il eût été heureux que «etteipasfion Bt MQe de l'intérAt-eassant laissé 
aussy libre M. de Brilhq3i^SI).i°' -canunissaire après- le Maréchal et 
U. de Brou;t «anmissair^^ iOiLMBWil; iom les deuji^ ajaitt esté oou- 



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— -» — 

imta» que le Haréchil estoit un homme incapaUe d'agir par )of- 
meBDie dj de prendre aacoa party, et qa'ils n'avûrat poiot esté 
b-ompés daBs le cbok qa'its en aroient fait de eoncert avec Dodaa , 
s'onireot pour la 2* fois de leur vie , ponr le goareraer k lesr mode , 
en se cédaat matuellement ce qu'ils avoient le plas à oœor de faire 
réussir, en sorte que ce pauvre Maréchal ne fat que l'exécuteur de 
l£urs odieuses entreprises. 

Ils ne luy donnèrent pas même la pennissioQ d'énoncer leors vo- 
lontés suprêmes. 

J'ai déjà dit que le 1" président estoit un bcmime entreprenant, 
partial et intéressé, toujours remply d'idées fastes dans lesquelles il 
éctiouoit le plus souvent, mais, qui ne se rebutant point par la honte 
qui cnrejaillisaoit sur luy, estoit prêt le lendemain de former un autre 
projet auss; chimérique qu'il poussoit avec la même ardeur, quelque 
peu d'apparence qu'il y eût de réussir. C'estoit assez d'être dans les 
affaires pour avoir chez luy un libre aller, et le Ubre aller ne se 
donooit pas pour rien. 11 estoit ud; par le sang à un des fermiers gé- 
néraux de la province, et par une amitié achetée avec toutes les 
autres , les fermiers avoient gagné dans les précédents baux des 
sommes immenses et avoient fait valoir un urgent imaginaire à M" la 
i* présidente. Ils en estoieut regorgés mais non pas rasasiés. Ainsy il 
fallûit, pour que les fermiers fussent continués, estre maître de l'adju- 
dication, en éloignant toutes les autres compagnies qui se formoient en 
grand nombre et ne laisser ny pouvoir ny autorité aux Estais. C'est de 
quoy il convint avec l'intendant. 

Cetuy-ci, sans avoir un grand génie, avait seeu tromper depuis 
8 années une des meilleures parties des personnes de la province, et 
comme je l'ay dit s'estoit soutenu dans la réputation d'un homme de 
probiLâ et sans tache, à l'abry de la haine que l'on avoit concene pour 
le M>i de HoDtesquiou, et du bon gouvernement du M*) d'Estrées où il 
ne luy avoit donné aucune part. Il se développa tout eatier à ces 
Estais, dès qu'il se vit en estât de tailler eu plein drap, par l'igno- 
rance et le pouvoir que luy en donna le maréchal d'AÏëgre. Ce ne fat 
plus cet homme qui, après avoir ménagé les intérêts du Roy, ne s'oc^ 
cnpoit, disoit-oD , que du soin de soulager les peuples. Ce n'estoit plus 
cet homme qui escoutoit sans prévention et avec patience le pauvre 
également que le riche , et qui leur rendoit une exacte justice. Ce 
n'estoit plus l'enoemy des gens d'affaires qui réprimoit sévèrement leur 
licence et leurs exactions, qai vouloit tout voir par luy-mesme et ne 
s'en jamais âer à des secrétaires infidèles et intéressés ; ce n'estoit 
plus cet homme facile à aborder, prompt à expédier et d'an travail 
infatigable; sa femme estoit morte; sa famille, qui estoit nombreuse, 
n'avoit plus de raisûD de publier partout ses louanges et ses vertus et 
de loettrç ua voile sur les délaats qui estolent tels que je nepuis cont- 



DigitizcdbyjGOOgle 



-■49 — 

prendre colnnie on a pa en estre si longtemps la dope.' F^rsoDite n^ 
porta si loin Torgnail et ta dareté da cœur et de l'esprit. SitAt qu'il 
domine, il faut que tout fléchisse sons Iny; une juste résistance à ses 
volontés l'irrite et le met en foreur; il rebute ceux qai veulent la; par- 
1er raison, avec un mépris qui perce jusqu'au fond de l'âme. Le crime 
ne Iny coaste rien; il ne se donne même pas la peine de le colorer. 
Il n'y a qui que ce soit ny plus mou ny plus efféminé ny plus adonné â 
ses plaisirs, et à ces sortes de plaisirs honteux qu'on ne pardonne pas 
aux plus jeunes gens. Le travail luy est dur et insupportable. Âuss; 
ses secrétaires disposent de toutes les affaires, et pillent de tous costés, 
car on asseure qu'il ne prend point personnellement. Toute conversa- 
tion charmante ou spirituelle l'embarrasse et l'ennaye. Il hait à la 
mort tout ce qui s'appelle honnête homme et homme fait, et n'a pour 
amys que i ou 5 jeunes gens corrompus k qui seul il sacrifie, et qui 
du matin jusqu'au soir le louent et l'applaudissent, parce qu'ils scavent 
qu'il avale la louange, comme des barbades; il n'y a 
presque de repas chez Iny, de parties de campagne que pour eux et 
pour les maltresses de ce voluptueux intendant. C'est là qu'on pousse 
toute sorte de débauche à son dernier période, que la religion et 
l'honneur sont foulés aux pieds, et oà le seul épicurianisme est 
vénéré; car ils se vantent tous d'être philosophes du 1"' rang, qui 
suivent ce que leur inspire la nature, et gui se mettent an-dessus de 
tout le reste. C'est de la^ sorte que se gouverna ce grand homme pen- 
dant la tenue des Estats, sans que souvent on pût se l'imaginer ny 
le croire, tant les yeux avoient esté longtemps fermés sur son chapitre. 
Ce qui acheva de les faire ouvrir k tout le monde, ce fut l'amour 
violent et peu ménagé qn'il eut pour la femme de Hichans, séneschal de 
Reoneâ, qui sccat dans un âge avancé Iny inspirer des sentiments si 
vifs et si emportés qu'il ne les poavoit contenir un moment. Ce fut 
dans cette -boutique que l'on connolt assez pour avoir fourny tous les 
moyens propres à ruiner cette malheureuse province, qu'il conclut le 
desselo de l'accabler entièrement, et qu'il fut enhardy â 

H est vray que presque tous concoururent k sa perte , les présidents 
des ordres, les procureurs généraux scindics, le trésorier, le corps de 
l'Église, grande partie de la noblesse, le tiers et les officiers servant le 
Roy, ne donnèrent pas moins d'atteinte aux droits et aux privilèges de 
la province que les Commissaires de S. H. 

Il n'y eut donc que vingt ou trente anciens gentilhommes, quelque- 
fois soutenus de la jeunesse qui n'estoit point corrompue par la crainte 
du par les promesses, gui pendant tous ces Estais soutinrent avec une 
fermeté inviolable les restes d'une liberté agonisante, et qui pour cela 
essuyèrent même de lenr corps tous les dégoûts que l'on puisse ima- 
giner, et qui n'en remportèrent que la douleur de voir tons leurs 
efforts inutiles poar le soulagement des peuples, le plus grand nombre 

i 



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esMfDf ^i^ OUI Qir des intérêts particnliflra ou iatimiâéii par lei mer 
jDf^ 4^ G«iuQÎie«rd& QUi osoieot dire -piibltaiienieDt que tt. le Dac 
esioU DQ biMQae entier et violent, gai ne Tooloit entencb-e parler 
(l*A|içw privilège dès qu'ils De s'accordoient pas aux volontés dn Roy, 
et flu'ila leqr Aroient décltiFé poaitiTement que si quelqu'un estoit assez 
osé po^r s résister sur quçlque article que ce Ait, qu'il ne s'agissoit 
plus à^^fdi]&, mais de prisons, de pacbots et de roues. On oe pat s'em- . 
pècl\er de répondre ^ ces Messieurs qu'au ne croyoit pas que S. A. 
applaudi^ au portrait qu'ils en faisoient; que la France estoit nn pays 
trop policé pour ; pouroir exercer un si cruel traitemeat, et dans le 
fond de son cœur l'on pensa que ceux qui te dépeignoient de U sorte 
méri^isnt mieui les cachpts que ceux qu'ils eu menaçoient. 

Cependant, tout considéré, les menaces firent plus d'effet que les 
cliarfiQes de H*"' de Rupermonde. Cbacua se disoit : Pourquoi nous 
commettre et nous roidir mal  propos et sans espérance do réussir 
coDtre des f ioleuces que nous ne sommes point en estât d'empêcher ; 
nos privilèges sont certains, il est vrsy; toute la justice est de notre 
costé ; mais tout le pouvoû* est de l'autre; et pour qui aous comi^et- 
tons-uoiM? pour des infrals qui ne nous savent aucun gré de notre 
sacrifice, et qui ont mojfis d'égards pour ceux qui Tont fait que pour 
les autres- I^s exemples sopt récents. Qu'a-tnin fait, quelle marque 
^ recoKoaissance a-lron donnée k ceux. qui ont est^ exilés pour le 
mesmie sujet? Oa les a hués aussy sauvent que les autres qui ont sa- 
crifi.é la province k leur fortune. On s'en est mocqné, et accusé de 
TOQtoJLT par U s'élever aa-4essus des autres. Voilà comme cbascun rai- 
SjpnuoH; ce qui estant apprécié et exagéré par les émissaires de MK. les 
Commissaires fut un des prijicipaux motifs de la mollesse avec la- 
quelle le corps de la i;u>bleâse agit dans toute cette tenue d'Ëstats. 

Outre cela, que pouvoit-ou attendre de Guillaume, évesqae de 
S*-Brieuc, président de L'Église ; il avoit obtenu cet évesché par la 
fraude, et tous ses autre& bénéfices par simonie, et pour les services 
honteux qu'il avoit tendus à Tévesque de Nantes, Pisan, qui par re- 
conuaissance lay fit tomber cet érescbé qui estoit donné à son neveu , 
k ce.qu,'U m'a dit lay-mesme, eo substituant s(U(iu»adç baptême e« 
la place de celuy de ce malheureux neveu. 

Pendant qu'il avoit e^é aux Ësiats en qualité d'abbé, il en avoH 
toujours esté l'ennemy et l'espion, et riea Q'estoit si extraordinaire que 
de voir présider à cette asseçpjalée un bomme qu'on ne vouloit pas, aux 
Estais de S^-Srieuc (1115), souffrir porter l'avis de si, chambre aux 
autres chambres, tant on estoit asseuré qa'il estoit mauvais, dès qu'il 
en estoU cbargé. Les boaneurs ne changèrent point ses mœurs. Il D'en 
-devint que plus iasoleut et plus hardi, et ne se démentit point de la 
nianvaise opinion que Ton avoit concene de luy. 

j;^ ni^$°^ d'Ancenjs, ^ estoit ^Teun ^c de Bé^iwe i P^«id?lt 



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eoeore la noble^e , qBok[a*iI ett cent fois jard et pnitis Mi Estate de 
Nantes de ne jamais occuper cette place, qui loy estoit trop honortibfe 
pour en parler de la sorte. 100,000 livres qui lay furent comptées Itiy 
firent oublier ses sermens. Il eut si grand peur, pendant toute la 
teoQe, de les dissiper ea eutier, qu'il ne put souffrir qu*OD discutât les 
affaires les plus de conséquence et les pins essentielles. Il les roaioit 
toutes brûler et toujours selon son avis qui assurément n'estoit pas le 
meilleur; et sitAt qu'on s'y vooloit opposer, il sortoit de ses gonds, 
accabloit â^Djures atroces ceux qui avoient droit de le faire, énonçolt 
hardiment contre l'avis de son ordre, ou y tronquoit et y cbangeoit ce 
qui ne luy estoit pas agréable; et si l'on s'en plaignoit, il entrait dans 
des emporiemens si bai et si indignes qn'il fit perdre bientAt le reste 
de l'estime et de l'amour que Ton avoit conceu pour luy aux Estais 
d'ÂDcenys. Il brusquoit souvent les personnes avant qu'elles eussent 
parlé on lorsqn'eltes oommençoient à le faire ; par les préventions qn'il 
se forgeoit qu'ils n'estoient pas de son sentiment, il disoit hautement 
que les Estais ressmibloient aux halles de Paris, tenue injurieux qu'on 
ne lui panJoonwa jamais; qn'il esLoit bien fou, luy quioccupoit une 
des plus belles places du royaume, qui pouvoît se vanter d'avoir la fa- 
veur de son Roy et tous les phii grands et les plus agréables élablisse- 
mens, de tes quitter pour venir présider à une multitude de brouillons 
qui pour l'ordinaire ne scavoient ce qu'ils disoient ny ce qu'ils vou- 
ioient; mais aossy qu'on Iny ponrroit couper le cou sur le throne du 
commandant, si jamais ilyrevenoit On peut juger si des discours 
aussi peu convenables luy attirèrent l'amitié et la conBance de la 
noblesse , et combien une telle désunion du chef avec les membres fut 
préjudiciable à ta province. 

L'ordre de l'Eglise suivit sa route ordinaire, soutenu de l'exemple 
de ses fn^dents. Il regarda les plus solides intérêts de l'assemblée 
comme chose étrangère et indifférenle, oà n'ayant aucune part, ils 
poavoient avoir tonte la complaisance qu'exigent d^eux MM. les Com- 
missaires. Cette voie pouvoit leur procurer quelque avantage ou da 
moins beaucoup d'agréments, et l'autre (voie) de faire le bien ne leur 
paroisBoit d'aucune utilité. De plus la noblesse voulut s'ingérer de 
marcher de pair et d'avoir mesme séance qu'eux, c'est-à-dire les 
évesqnes, audace téméraire qui les outra et qui les fit jurer qu'ils ne 
seroient jamais de leurs amys pendant tonte la tenue, motif humble et 
généreux pour abandonner ce qu'ils dévoient à leurs troupeaux. Sacri- 
fier tout an peuple est bien digne des ministres des autels. 

L'ordre de la noblesse, quoique plus nombresx et plus épuré ren- 
, fèrmoit anoore dans son sein ane infinité de membres verreux et gan- 
grené», et pour le malheur de la ' prorince la plupart de ceux qui - 
composoieid ce corps si agité de différentes passions oà il s'estoit laissé 
enualDer par 1» quantité de bi^es que les dficiers des Estate avoient 



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— 59 — 
Sonaéts, qu'il ns composa qu'un chaos de mille idées extraordinaires 
et confQses qu'il fat impossible de rëanir. L'un estoit venu k la. teste 
de 20 de ses amis pour soutenir le président de Bedée dans sa charge 
dont mal à propos on le vonloit destituer et ne conooissoit point 
d'autre affaire que celle-là. L'autre au contraire s'estoit rendu à 
St-Brienc à la leste de 20 autres pour le faire destituer comme traître 
à sa patrie, après avoir sans le consentement des Estais et du Par- 
lement poursuivy la réunion des deux semestres du Parlement. 
Ceux-là cbantoient les touauges du trésorier Bouexière, la délicatesse 
de sa table, sa libéralité, sa propreté, ses agréments, sa manière par- 
ticulière de s'ajuster et la préférence qu'on luy devoit sur un genre 
de genlilhomme tel que le sieur S<-Luc, qui n'avoit jamais été que 
commis. Ceux-ci publioient hautement qu'il falloit que les Estais 
fussent fous pour laisser un pareil petit-maître et ud aussi grand dissi- 
pateur disposer à son gré de rous les fonds de la province, sans aucune 
caution, sans solvabilité, ny sans avoir exécuté aucune des conditions 
qu'on luj avoit imposées en luy donnant sa charge, et qu'il ne falloit 
point douter qu'il ne fit infaitllblemènt le second tâme de M. 
d'Harrouy , et comme ils n'avoient les uns et les antres d'autre 
point de vue que ce qui les avoit engagés à sortir de chez eux, s'il 
s'agissoit de donner leur avis sur quelque affaire sérieuse, qui ne re- 
gardoit que les peuples, vous entendiez une inanité de voix confuses 
s'élever et crier : Je suis d'avis de continuer le beau Bouexière tréso- 
rier; non, disoient les autres, nous voulons M. de St-Luc. C'est un 
traître, répondoient d'autres faussets; il n'y a digne de l'être que le 
chevalier de Cicé, ou Bourneuf. Eu vain s'égosilloit-on pour leur faire 
entendre qu'il n'estoit point question de ces Messieurs, mais des 
fouages, et qu'on les prioit de dire leur avis : C'est de continuer H. de 
La Bouexière, disoitl'un, et moy délire le chevalier de Cicé, disoit 
l'autre. Il estoit impossible d'en tirer davantage. Je pense que ny les 
uns ny les autres n'en estoient les maîtres. Les officiers en charge 
avoientbien pris leurs mesures du cosié de la Cour; mais les Commis- 
saires s'apercevant que toutes ces inutiles brigues mettroient sûrement 
la dissension parmy la noblesse, et qui avoieot pour point fixe de 
l'affaiblir, et de les accabler et assujétir les uns par les autres, n'é- 
pargnèrent rien pour les entretenir dans leurs idées. 

Ceux qui s'aperçurent de ces mouvements irréguliers, et qui n'es- 
toient qu'en trop petit nombre, firent de vains efforts poar faire 
entendre aux uns et aux autres que toutes ces prédilections mal réglées 
alloient porter le coup mortel i la province, et que si on ne se réanis- 
soit pour faire le bien sans acceptation, l'on alloit tomber dans le 
précipice d'oà l'on ne sortiroit jamais. Si quelqu'un se sentoit émen de 
ce discours sensé, il trouvoit forcément auprès de luy quelque complai- 
sant ou espion des Commissaires ou du Président qui luy disoit : Ne 



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— 53- 
Toyez-voug pas que cenx qui tous oni parlé de la sorte soiit des gens 
qai, sons prétexte de bîea public, roudroient se rendre recommandables 
et Dous dominer tons; ils croient, quand ils parlent, que ce sont des 
oracles et qu'il n'y a de bon sens que dans leur leste; si l'on n'est pas 
de leur avis, on est des traîtres et des perfides. Ils poussent tout à 
l'extrémité et veulent qu'on les suive aveuglement. Cela pourroit être 
bon si nous avions une armée de 200,000 hommes sur nos frontières; 
mais à présent. Monsieur, croyez-moy, il faut obéir purement et sim- 
plement sans raisonner. Les loix, les privilèges, les contrats passés 
avec S. M., les droits les plus authentiques ne sont regardés à la Cour 
que comme des cblmères dont elle laisse les peuples et mesme les 
nobles se repaître , à condition de décider souverainement de tout, 
sans y avoir nul égard, n'estant que des termes dont on se servoit 
autrefois , dont elle veult bien encor user , quoiqu'ils ne soient plus à 
la mode. Tous ces Messieurs qui font les zélés et qui voudroient 
brouiller la carie ne cherchent qu'à se faire craindre pour attraper 
quelque chose; s'ils avoieot la moindre authorité, nous serions cent 
fois plus malheureux que nous ne sommes. Ne voyons-nous pas déjà 
comme Du Cloerquer fait l'important avec son habit de peau de lapin ? 
Ne s'imagine-t-il pas être le plus bel esprit du monde parce qu'il parle 
haut et toujours sans scavoir ce qu'il dit? Croyez-moy, Monsieur, 
tenons-nous toujours au tronc de l'arbre; c'est de là d'où coulent les 
grâces et les récompenses; les peuples ne méritent pas qu'on fasse rien 
pour eux; ce sont des ingrats incapables de reconnoissance; c'est à la 
Cour qu'il faut s'attacher, b Néron, à Héliogabale, s'ils poavoient 
redevenir nos maîtres, renoncer à cette vertu farouche qu'on admire 
si vous voulez dans les espaces imaginaires, mais que peu de gens 
veulent suivre, parce qu'il fault trop prendre sur ses passions et sur 
son penchant naturel. 

Ce discours n'est point inventé. Je Vay entendu répéter souvent mot 
pour mot et toujours produire son effet, car il y avoit cette différence 
eolre ces Estats cy et ceux de S'-Brienc (illS), que c'estoit assez de 
vouloir soutenir avec force les droits de la province pourestre hué 
de tons les costés. On avait changé de mœurs et de maximes. Il faut 
aussy être sincère et convenir qu'il y avoit bon nombre de gentilshommes 
qui vouloient primer et faire les importants, et qui par jalousie se dé- 
chiroient les uns les autres du malin au soir. D'autres vouloient qu'on 
les crût bien auprès des puissances, et pour le faire présumer leur 
faîsoient mille bassesses. Ceux qui en rioient vouloient faire tourner 
sur eux l'encens et le parfum. Les gentilshommes équivoques n'épar- 
poient ny flatterie ny présent ny mesme leur honneur auprès du 
Président pour l'engager à les nommer de toutes tes commissions, 
croyant avec raison que cela les honoreroit dans les siècles à venir. 
Ceux qui les frondoient crevaient de dépit dans le fond de leurs cœurs 



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da U {nréférenee qu'on km donnoit. Eafla je d'stoîs point rea, à 
aacBoe tenoe, tiQt da âUcordance dans I0 corps ds la noblesse n; le 
rendre sy i^n de justice. 

Les officiers de S. H. qnl k ces Estats Tinr^t en plis grand nombre 
parce qu'il n'y aroit point de gnerre, et parée que la plupart avoient 
reçu des lettres de convocation du R07, contre la règle et l'ordre ordi- 
ùaire, ne donnant pas mesme lear voix sons le règne de Louis XIV, 
et cet abna ne s'eslant glissé que pendant la régence du duc d'Orléans. 
Mais ce qui les atliroit le pins, c'est que les fonds excédant de beau- 
coup les dépenses, ils espéroient tons se faire donner de grosses 
gratifications; pour cela ils sToient besoin du consentement des Com- 
missaires, sur le principe qn'ils ont estably que les Kstats ne peuvent 
disposer de rien sans leur approbation autborisée d'arrêt du conseil, 
ce qui les leur rendit si dévoués et si soumis qu'ils oublièrent ce qu'ils 
dévoient à leur patrie, en contrebalançant toujours l'avis de. la no- 
blesse, lorsqu'ils ne poavoient la séduire. Ils allèrent jusqu'à la 
menacer qu'ils viendroient aux prochains Estats en si grand nombre 
qu'elle ne pourroit plus leur faire la loi; et lorsqu'on leur reprocboît 
cette manière d'agir, ils répondoient que dès qu'ils estoieat an service, 
ils n'estoient plus d'aucun pays , qu'ils estoient au Roy et tenus d'exé- 
cuter et de faire exécuter ses ordres jusqu'au point d'aller brûler les 
maisons de leurs pères, de leurs frères et de leurs amys, si 00 le leur 
commandoit; qu'ils ne dévoient avoir en vue que leur fortune et leur 
avancement ; qu'ils perdroient l'an et l'autre en ne consentant pas 
aveuglement à ce que MH. les Commissaires demandoient à la pro- 
vince ; que l'ambition estoit leur partage; que les Estais n'estoient point 
en eslat de les récompenser des peines et des travaux qu'ils avoiënt à 
souffrir dans le métier de la guerre. 

Après ce récit s'étonnera-t-on encor de tout ce qui s'est fait dans 
cette assemblée? Se vit-il jamais une telle désunion ? 

A l'égard du tiers, l'intendant prétendit en estre le souverain, 
parce qu'il préside aux communautés et qu'ils ne peuvent disposer de 
leurs fonds qu'eïi vertu de ses ordounances, que c'est devant ses com- 
missaires que se tiennent leurs comptes , et qae ceux que les commu- 
nautés députent aux Estats luy doivent aussy estre soumis. Il ne dit 
pas que tous ces droits qu'il s'arroge sont des retractions aux an- 
ciennes lotx établies, et qu'ils détruisent et anéantissent entièrement 
Tordre da tiers , qui estoit eelny qui autrefois prraoit les plus 
sages elles plus fermes délibératktns, et qui pour ainsy dire servoit 
de boussole à toute l'assemblée. Cependant l'intendant, pour affermir 
son antborité sur ce corps, fit venir un arrêt du conseil qui cassoit eue 
délibération des Estate qui donnoit la préséance au séaécbal de Nantes 
sur le dépuU de sa cmuauDauté. Cette délibératimi estoit fondée sur 
ce qse le sàid de Nantes, e» cas tf absence éa président ea de 



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^àraité, ^réMdoh dié drofi M Uëirb^ et ni» rtfigi'dDIt que lIntëHear itëi 
Estât». Il &i efitter le litaréchal pour crdotmer l'enreglstreHieiil de cet 
arrêt. Il 3 exerça bien d'astres vioieDces, coniile on le ?errs daas la 
suite. Se plast Micbaiix, s^ëchal, étoit à la teste de cet ordre. 
Michaux prétendoit s'estre acquis le droit de oomoier aux commissiotis, 
mctif paissant d'estre de soU avis gui ue tetlddit jadldis qu'à la destrno- 
tiOQ des privilèges. Pour la plupart de ceu^ que l'on députe â présent, 
quoique , pctlr en dire la vérité , il y eût i ces Estais dans ce corps des 
gens de distinction et de mérite , qui souvent prirent de très salutaires 
partis, mais qui menacés danS les tertties les plus durs parl'ibtendantj 
et voyant qu'on n'agissoit que par^vioience et pat- la force, y cédéreilt 
et ne Toolureut pas se perdre. 

Les deux procureurs généraux sciUdies , le trésorier et tous les 
autres offiders des Estats, loin d'en soutenir lés intérêts eonttne H 
estoit do devoir de lear charge, né travaiUSrétit qu'à l&s réddire dahs 
la dépendance. Ils esUiienl les plus fidèles ministres des Commissait'es, 
et ils y estoient engagés par plasiears motifs de crainte et d'intér£l. 

Par les conditions auxquelles ils avoienl été esllis aux Estais d'Ao^ 
cenys et auxquelles ils s'estoient soumis, ils estoient dépossédés de 
droit i, ceux-cy et ne pouvoient plus exercer que par une nouvelle 
élection. Il estoit très problématique, quelqae brigué qu'ils eussent 
fait, qu'ils eussent été continués, surtout le procureur de Bedée et le 
trésorier, parce qu'il y en avoit deux fortes contre eux, si les ÉstatB 
eussent esté les maîtres do ces élections. Il avoil donc fallu, pour de- 
meurer dans ces postes lucratifs, s'adresser h ta Gour^ et par 1& se dé- 
vouer entièrement aux Commissaires. 

Le P. de Bedée avoit déplu et aux Ëstats et au Parlement, en 
sollicitant sans en avoir conféré ny aux uns ny aux autres le Parlement 
ordinaire de semestre qu'il estoit. Il avoit réussy^ et le changement 
déploisoit fort à tous les ordres. Les seuls P. à mortieret le procureur 
général qui avoient agi de concert avec le P. de Bedée avoieot lien 
d'estre contents. Le 1*^ Président , qui n'aVoit point esté consulté dans 
cette affaire en estoit outré ; et comme il estoit t'eunemy juré de Bedée 
pour ce sujet et pour bien d'autres, il fit rejaillir sur Iny toute la peine 
quechàcDÎ) ressentoit de cette mutation. Ilavoitoutrecelaea des tracas- 
series et des discussions arec l'évesque de Nantes , Pisan , qui les avoit 
fait mettre tous deux dans te régiment de ta calotte, rÊgitaeot élably 
à la Cour en faveur des mauvaises testes, et le sujet fut que, lorsqu'ils 
allèrent présenter au Roy les cahiers de remontrance, cér^onie assez 
grave pour y faire quelqae attention, et que le Roy leur dit de re- 
mettre leara cahiers entre les mains du Secrétaire d'Estat , ils ne les 
trouvèrent point. L'évesque de Nantes en attribuoit la faute k Bedée, 
disant qu'il estoit de son devoir et de ea charge de tes porter; l'autre 
assurolt qu'il n'en avoit jamais été chargé, «t qu'il D'ettoit pas casse 



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— 56 — 

qae l'éresqae de Nantes les eût oabtiés sar sa table. Cette âispnte fit 
be^aconp rire le Roy et toate la Cotir, et HH. les depuis et sdcdics 
des Eslat£ furent le si^et de toutes les [riaisauteries du jour. 

Tout ce que je viens de dire n'estoit que le prétexte de la baine que 
Ton avoit pour Bedée. Son air impérieux et décisif eu estoit la véritable 
cause. Personne ne )e ponvoit endurer patiemment. Hais ce qu'il 
avoit plus à craindre et dont il ne se déâoit point, c'estoit les coups 
fourés de son confière Coëtlogon, bomme insatiable et avide d'hon- 
neur. 11 Bcavoit que le caractère peu souple de Bedée n'avoit pas esté 
agréable à la Cour; il voyoit nue brigue formée contre Inj dans la 
province; il crut qu'il avoit trouvé le moment de devenir seul sciodic 
et il travailla par sous main plus que personne à le déposséder. Hais il 
ignoroit que te Président estoit sûr des Commissaires, auxquels il n'eût 
pas été si obéissant si toutes ces raisons ne l'y avotent contraint, 
puisqu'avec beaucoup d'esprit, de mémoire et d'éloquence, on peut 
dire qu'il a un fond de droicture qui n'est pas dans le sang des Coët- 
logon, qui regorgent de bien et d'honneurs qu'ils ont reçus de la pro- 
vince, se sont toujours unis avec tous ceux qui ont esté ses plus mortels 
ennemjs et qui ont le plus travaillé à sa destruction. On dit que 
U de cette maison est celuy qui le premier enhardit le mi- 

nistre à n'avoir aucun égard i nos loixet à nos privilèges, et qu'à 
l'abry de cet advertissement, il pilla et tira des sommes exorbitantes 
des Estais. 

Une antre raison aussy pressante et anssy intéressante rendoit le 
P. de Bédée complice de toutes ces indignes manoeavres des Commis- 
saires, n avoit veu les Estats de Nantes combler, sans scavoir pourquoy, 
scm collègue de biens, et les Commissaires approuver des dons exces- 
sifs qui eussent, sans cela, esté inutiles, et luy avoit eu la douleur 
d'être refusé d'une bien moindre somme, parce qu'il n'avoit point 
esté assez ranpant; car c'est de caractère que tous les bienfaits dé- 
pendent dans cette vie , et parmy les hommes avec lesquels nous 
vivons. Comment réparer cette brèche t Ce ne peut estre qu'au dépens 
de la liberté de la province, et en se servant du mesme prétexte que 
Coëtlogon, qu'il avoit beaucoup dépensé dans son voyage de Paris, et 
auquel on avoit donné 12000 livres de gratification, quoiqu'il n'ait 
que 7,500 livres de gage. Il falloit aussy les obtenir, puisqu'il passe 
en coutume que lorsque vous avez une fois fait une gratidcation aux 
Estais, elle devient comme une dette que voue estes obligés de payer à 
cbaqse tenue. Ceseroit déshonorer, dit-on, le P. de Bedée que de ne 
luy pas donner la mesme somme qu'on a accordée à son collègue, 
abus qui devroit bien corriger de faire des dons excessifs, souvent 
sans autre sujet ny raison, ce qui est bien à notre honte, qae ceux 
d'un bon on mauvais dîner, qui oblige cependant ces Messieurs d'avoir 
une table qui l«ur cQoste, qu'ils ne tiendront pas à leur dépens, et 



DigitizcdbyGoOglc 



— 57- 

qtt'il est'jagte qae les e^ts' payent, pntsgo'ils l'exigent Aqnôy sertT 
cette table? A cotroii^re, à distraire Les officiers de leurs devoirs et 
de leurs affaires. Et de qneUe ressource pent-elle eatre, s'il est vray 
qa'à peine chaque particiûier y peut manger nne fois? C'est par là que 
nans nous forgeons des liens , et que nous donnons sans règle ni me- 
sura des sommes qui, pour estre approuvées des Commissaires, en- 
gagent ceux qui devroient soutenir les loix et les privilèges à les 
abandonner et à les' enfreindre. 

Le trésorier avoit anssy des inquiétudes qui n'estoient pas mal fon- 
dées. Il avoit pris à la sollicitation de la noblesse le S' S^Luc, 
gentilbomme très bien aparenté d'auprès de S'-Brieuc pour !>' commis ; 
ne s'en trouvant pas content ou en voulant mettre un antre -'à sa 
place, il l'avoit congédié , ce qui avait si fort piqué S'-Luc qa'il 
résolut anssy de le supplanter. Ce n'estoit pas une médiocre entre- ' 
prise, n avoit à faire au petit mallre du 1" rang , qui ne sachant 
que faire, comme il l'a avoué luy-mesme, des sommes immenses 
qu'onluyavoit données aux Estais de Nantes, sans qu'il les eût de- 
mandées ni osé espérer , les dissipoit avec la mesme facilité qu'il avoit 
en à les obtenir. 11 faisoit la chère la plus délicate de Paris, et 
avec ce qu'il y avoit de plus à la mode et de plus grand à la Cour. Il 
eu estoit même aux parties unes avec les ministres et les maîtresses 
de Qos dieux. De là il est aisé de juger que le pauvre St-Luc avec 
UB long mémoire très vray mais qui trahissoit le secret d'un bomme 
qui l'avoit employé, à quoy je ne puis a^ilaudir, fut bien receu à Fon- 
tainebleau oà il l'alla » 

Ici s'arrête te récit, plusieurs pages ayant été détachées da ma- 
nuscrit et ayant disparu. 



LETTRE D'UN SOLDAT BRETON A SA MÈRE (i68S). 

(Par U. L. Rosenzvnig.) 

En fouillant récemment dans les archives de l'bApital de Ploërmel , 
j'y rencontrai un petit document qui, sans être d'une haute in^rtance^ 
me parut cependant de nature à intéresser, ne ffU-ce qu'an instant, 
mes confrères de la Société polymaUiique pour lesquels j'eapris dès- 
lors une copie. C'est une lettre non datée, mais annexée à une autre 
pièce gui en fixe la rédaction au mois de novembre 1682 ; bien que la 
snscnption porte le nom de Motuimr 9et Clostawx~BerlhtU>t , pro- 
cureur nu siège royal de Ploiirmtl , elle est, en réaUié,. adressée par 



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an enfant âe la Bi^^« A sa mère, par nti jenne solfliit 36 rë^meiit 
de Normandie lenant alors ganiisoB dans le pays de Liège , snx Pdi^s- 
8as. Malgré qnelques irrégularités d'orlhographe et certaines tonrnurès 
de phrases qui rappellent assez le style épistolaife du conscrit mo- 
derne, julien Brnnel (si toutefois il est l'auteur de [jette lettre qui ne 
porte pas de signature) est éridemmeâtlettt^} D'éËt'il pas, d'ailleurs, 
le neveu de M. le procnrenr Des Clozeaux ? 

Ce qui m'a le plus frappé en lisant cette pièce, t'est l'étrnte pareiité 
dn soldat de 1682 arec le militaire français de notre époque. Batailleur 
et vantard comme lui , bavard an point d'étouSer soiis iôs trois pages 
toutes noircies de sa missive dont il remplit entiOre les bords, les rares 
alinéas restés libres et jusqu'au côté de l'adresse j Juliea Bronel nota 
donne, sans le savoir, dans un récit où les faits sont exposés de la ma- 
Bière la plus rapide et la plus décoitsne , une esquisse assez enacle de 
cette époque de notre histoire, dont la gloire a été depuis égalée tnals 
non surpassée, où le poète s'écriait ; 

« Grand Roi, cesse de vaincre ou je cesse d'écrire. ■ 

Pois, au milieu des mouvements de troupes et des péripéties de la 
goerre^ se réveille à chaque ibstant le souveoir dn sol natal , si vif 
surtout dans nefs campagnes. Tous les payt sont passés saccessivement 
en revue ; il y a un mot pour celui-ci, un mot pour celui-là ; on prenâ 
plaisir à les Bommer l'uti après l'antre, sans oublier, sotivenir plus 
intime sans doute, certaine p(iv"> ■ la dernière personne à qtti on a 
parlé à Ploërmel. > 

La bière de Liège n'a pas fait non plus trop de tort an cidre de la 
Bretagtie: • 5t Jtfortjfeur JV*", dit Branel, veut m'entoyer wt àhmriot 
plein de pommes, je te lui renverrai plein de tabac. ■ 

En même temps il adresse au pays des nouvelles de ceux de ses 
compatriotes giTlt a retrouvés au service , et il nous fournit, en pas- 
sant, l'occasion de constater que le paysan breton n'a pas , sous cer- 
tains rapports, beaucoup appris depuis deux cents ans. 

Il est un point sur lequel notre jeune soldat est bien de son époque , 
(car le xvu« et le xviii" siècles n'ont rien à envier au xix» à cet égard,) 
il a un faible pour la particule. Le fils d& maître-peintre Gilles Brunel 
et de Jacquette Bigneîot s'appelle, de son autorité privée, Monsieur Du 
Ckampfleiiry ; il rotigit même de son prénom de Julisn qu'il biffe aus- 
Bltdi après t'ivoir écrit par inadvertance, et il insiste toat particulière- 
ment sar lé manière dont il faudra formater l'adresse de la réponse 
qu'il attïmdj Le papier va lai manquer qu'il revient encore sur ce 
chapitre^ ée peor qu'on n'ait |)as bien cotnpris ses intentions; il vest 
^e ton oncle Des Gloseaax, aneien commis-grefSerj lai envoie une 
copie dé son a«te de naissance dans laquelle le mailre^peintre soit 
qaalMè de fio&ft AMune^ et où les lùote honorable femme, accolés as 



■DisitizcdbyGOOglc 



— 89 — 

aem de sa mère, fasswt place à eelni de demoUèlU.' flhis ttoâ, It eu 
fera sans doute une dame. La mère Bninel, qui ne sait al Un ai 
écrire , doit être, en vérité, bien Qëre de son gars. 

Hais où noaa retronvons tout entier le soldat de dos jours, cVst 
dans la façon pins ou moins habile avec laquelle (permettez-moi l'ex- 
pression consacrée en pareil cas) Monsieur du Cbampfleur; ftre tM« 
carotte à sa famille pour en obtenir de l'argent. Quoiqu'il n'ait pas 
encore 25 ans (s'il les avait, son patrimoine verrait beau jeu), il a 
déjà plus d'une fois, paralt-il, eu recours k la bourse du fo^er do- 
mestique; peulr-étre est-il & craindre qu'elle ne lui soit enân fermée. 
Aussi comme il appelle à son aide tons les artifices I II a compris que 
tonte réflexion, toute hésitation lai serait funeste; il annonce que le 
régiment va partir on ne sait pour quel pays. Clomme il.esploite la 
sensibilité maternelle t 11 a commis une faute grave que les règlements 
punissent d'un châtiment terrib.e, la mort; il va être passé par les 
armes, et il s'étend avec une certaine complaisance sur les détails de 
l'exécution. Un peu d'argent pourrait le saaver, mais il n'ose plus 
espérer d'en recevoir, ce qui ub l'empécbe pas d'indiquer un peu plus 
loin le plus sûr moyen de lui en faire parvenir. Puis au speetacle de 
sa mort il joint l'énumératioa de ses fatigues journalières, des dan- 
gers qu'il court en ces temps de guerre, de ses privations de tontes 
sortes, dont l'une des plus grandes est de ne pouvoir écrire plus sou- 
vent au pays , parce qu'il n'a pas l'argent suffisant pour retirer les 
réponses de la ooste. 

Tout cela ne l'empécbe pas d'avoir de temps en temps, coame doqs 
l'avons vu, le petit mot pour rire; mais l'ensemble du tableau est véri- 
tablem^it effrayant ; aucune mère n'ettt pu le regarder sans frémir, et 
madame Brunel n'était pas plus dure que les antres. Peul-dlre s'écria- 
t-eUe à plusieurs reprises, comme Géronte : t Que diable allait-il faire 
dans cette galéret > mais, comme lui, elle paya; et, pour payer, il lui 
fallut emprunter; c'est son billet qui est joint à la lettre en question. 

Son fils lui demandait ia livres, elle lui en envoya douze; il va sans 
dire que c'était pour la dernière fois. Quant aux prétentions nobi- 
liaires, BOUS ignorons ce qu'il en advint; peut-être tes CbampOeury 
d'aojoard'bm pourrkient-ils nous l'apprendre. 



TEXTE DE LA LETTRE. 

• Ma ttii chère mère , la présante est pour tous faire sçavoir de mes 
DOBvelles et le lieu où je suis qui est à Philipeville au pays de Liège , 
où je suis arrivé dès le 9* octobre dernier, et ce qnim'a empesché de 
TOUS Mcrire plot tost, c'est que je croions en sortir de jour h antres, 
, comme je n'en suis pas encore bien assuré ; mais mon capitainne m'a 
assuré que se ne seroit que vers le mois de jaimer on feavrier; c'est 



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— flO — 
poarqnO^T) ma- chère mère, je tous snplie de me faire sçavoir de vos 
noarelles et l'eslat de vostresaoté et de celles de mon cousin et coa- 
siane Des Oozeanx et de toottela maisODiiée; pourmoy, je tous direz 
que la mienne est bonne, Dien mercy, pour à présant; et me faire la 
grâce que de me mander aussi si tous avez recen la lettre que j'écrivit 
de Nantes, arec mon petit livre de marque, et comme tous en avé 
accordé. Je tous direz aussi, mais avec regret de le tous faire sçavoir, 
c'est que Irois jours après eslre arrivé icy, et ayant rencontré quelques 
coDuoissance, nous fument assembles dans un cabaret pour boire 
bouteille, à la sortie duquel il survist querelle, tellement qu'il en de- 
meura un sur la place, et un camarade à moy et moy qui fume blessé, 
sçavoir moy 'au bras gauche, dont je m'en suis faict b'aicté et ay esté 
goéry dans trois sepmainnes, sans que rien en ayt en ta connoissance 
que le chirugien qili m'a traicté, pour quoy il me demande deux 
bagouères (1) qui font sept livres 10 s. de France, et dont je luy 
promet payer, l'assurant d'en recevoir de jour à autres, et le priant 
de n'en rien dire, ce qu'il me promet; car, s'iLToudroit, il nous des- 
couvrïroit très bien , et ne faudroit point d'autres thesmoins pour dous 
faire patser, mon camarade et moy, par les armes, ne chercbant pas 
tant de forme de justice icy comme l'on faict cheix nous, n'ayant ni 
juge, ni -procureur advocat, ni notaires; il n'i a rien que le conseil de 
guerre qui tient tous les mois, où il est bien faict mourir des soldatz, 
sçavoir ceux qui sont descouverlz d'avoir mis la main à l'espée (9) et 
qui ont tuez, et ceux qui ont désertés et qui ont esté prlns; depuis que 
je suis arrivé, j'en ai desjà vea passer dix par les armes où nous 
asistons pins de trois mil soldatz armez, avec trante ou quarante tam- 
bours et aultant de trompettes. Et, comme je né le moyen de satisfaire 
ce chirugien et cellni qni me sauve la vie, c'est à vous, ma très chère 
et honnorée mère, que je m'adresse pour obtenir cette grâce que de 
m'envoyer an moins une pistolle (3) pour rachepter vostre pauTre Sis 
de te dangé, quoyque pour cella je ne crois pas avoir ce bonheure 
que de TOUS pouvoir jamais voir ni vous remercier de ce, et vous de- 
uunder pardon , une foy avant que de mourir, des peinnes et travaux 
que je TOUS ay donné; mais je le vous demande par la présante, les 
larmes anx yeux et le regret au coeur de vous avoir ainsi laissée et 
abandonnée pour jamais , pour prandre une telle fatigue que celle que 
je pris; de trois nuictz il m'en faut couché une au Tant, à la nege 
jusque â mi-jambe, en santinelle sur des bastions à tour et rang, 
sçavoir deux hœures de suiltes, estant tout prouche de l'ennemy 

(t) HooaaU des Psjs-Bas. 

(3) Va» ordonnança de Louii XIV venait de confirmer lout récemniBBt (1679) les édiH 
sévêrei de Henri IV et de Louis SOI sut lo duel. - 
(3) La idstole valait 10 livres. 



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— 6* - 

comme nous sommes, n'estant esloigné que de i petHes lieaes, oà 
bien souvant il nous prennent quand on rat an bois, et nons qni pre- 
nons des leurs aussi quant on est les plus fortz, et dont on rand les 
nns pour les autres. C'est tout ce que je vous puis mander poar & 
présant, ma très cbère mère, sinon que de tous suplier de recheiT de 
me faire ceste grâce encore nne foy en vostre vie; se sera peat-esire 
tout le partage que j'espère en voslre bien et au mieb pareillement, 
si ce n'est en deus ou trois ans d'ic; que j'espère obtenir un billet de 
mon capitainne pour 2 ou 3 mois, pour aller faire quelques affaires 
que je pouréz Iny faire acroire, et, s'il ne veult, je apris icy qu'il ne 
faudroit que m'adresser à Monsieur le Commissaire-général (1) de 
Dostre régimant, quand il nous passeroit en rereue, qu'il me le feroit 
bien donner, si pour lors il n'i a point de guerre quel a à présant. Il 
court bruict que l'enemy, qui est l'Espaignol^ (2), vent entrer en son 
pajs de Liège, qui est le pays où nous sommes et 6 ou 7 antres villes 
où il y a aussi garnison comme icy ; mais cella estonne (3) fort pea le 
Roy de France ; on faict pas moins travailler aux fortifications d'icelles 
et on ce mocque de Iny en avansant plus avant. Scaché d'avec mon 
oncle Des Clozeaux. si pour lors que j'auré mon Âge de 35 ans, Iny 
envoiaol un pouvoir, ou bien à vous , de vendre mon logis de la Porte- 
d'en-Hant (4), passé par-devant notaires royaux, quand je seré à une 
vUle où il y en aura, s'il serait bon, pour vous en faire bi^ sur le 
dernier de vos jours et m'en envoyer quelque pistoUe, si je suis encore 
vivant et en lieu de tes recevoir; et attendant de vous cette responce 
qnl sera incontinant la présanle receue , car le capitainne mesme n'est 
pas .bien sûre de rester tant icy, n'attandant que l'ordre du Roy de 
jour à autres pour aller en Gascoigne ou en Almaigne, on bien en 
Flandre, n'estant pas assuré auquel de ces trois lieues. Je demeure, 
ma très chère mère, vostre très humble serviteur et flls : Du Champ- 
Qeury Bmnel. Vous metterez, s'il vous plaist, l'adresse comme ensoilt; 
A Monsieur da CbampQeury, soldat en la compaignye de Monsieur 
Deslandes , capitainne au bataillon de Monsieur de Beaulien, du régi- 
mant de Normandie, proche la porte de Réaumnr, à Phitipville^ pays 
de Liège. Ne payé point le port , et chargeré la lettre à la poste, si il y 
a de l'argeant. Je ne vous escriré pas souvent, tant que je seré en gar- 
nison, car il me fauderoiU jûoer 8 jour pour retirer la réponce. Faietos 
mes baises-mains à mon cousin et cousinne Des Clozeaux et à toutte la 
maisonnée, à monsieur Dufresne et à Coudray, et à la Dufresne, la 
dernière personne à quijé parléà Ploërmel, à Gouvello et à Ghantrel , 

(1) Sorte d'intcDdaat militaire. 

{i\ Après l'iDiasIon de h Hollande et la conquâle de la Fraaclie-Gomlé, Loais 3CIV élût 
entré en ilsace et dans les Pa^is-Bas espagnols où Yaubaa maltipliait les fortifications. 
{3} C'est-à-dire ; inquiète. 
(i) Quartier de Floanoel. 



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et mon^eor de lia VUIe-Hollftt (I) et à tontte sa maisonnée, et enfin, 
poar avoir plus tost faict, à toas mes bons amis, sans oublier monsienr 
Dn Vallain, et Iny dite que, s'il Teolt m'envoier an chariot plaio de 
pomme, je le lay renvoiré plain de tabac, estant à bon marché comme 
Ûest. Le pain est chère, le vin 50 s. le pot; laiviande, le bœnre, 
en&n tOQt (^ëre icy, sinon ce tabac, et la bierre qui nevauU qae 
i liardz de Liège ; c'est pourquoy tons les soldatz prye Dien que nons 
sortions bieotost d'icy, et moyanssi, mais qae ce soit après avoir 
receu de vos aonvelles et de celles de mon coasin et cousinne Des 
Clozeaux, lesquels sont saplié de s'enquérir de leurs tante Berthelot , 
de la veave ou enffans de François Robert, qai est la nonce de Joseph 
Berthelot son â)a, du bourg de Glac (2) , et les assurer de ta santé de 
Gaillaume Bobert fils de ladite veuve , qni est aussi le frère de let de 
Joseph Berthelot, lequel auptie sa mère on ses frères de lay faire 
Bçavoir de leurs nouvelles par la mesme responce que j'erre rece- 
voir, qsi est un aoldalï au régimant de la marinne royalle et men amy, 
qui me preste quelquefoys de l'argeant, quand il en a, et moy pareille- 
ment. Je né autres nouvelles à vous mander pour & présant, sinon 
qu'il passe ioumeUement des cavalliers jusqu'au nombre de 1000 
depuis pn mois, et bien aultant d'iffenterye, qui vont en Flandre , et 
le mémoire des provinces que je passé de Bretaigne en Geauvais-sur- 
mere (3), les Sables-d'Auloigne, le Ponéton, la France (4), la Beaosse, 
la GauUe (&), la Bris, la Fieardye , la Tirache, les Ardainnes et Liège , 
et passé par la ville de Tours et par Orléaud oii je oéjoarné. Mes 
baises-mains à mademoiselle de Prétannei et à toutte sa maisonnée. 
Vous AivÉi au père et à la ntère de Douté que leurs ûls est cassé , 
estant trop jeune, mais le affttainne le retient pour de l'argeant qu'U 
luydoibtponr son engagement, pour des soalliers, poar an habit et 
pour une peracque qu'il porte à présant, ayant esté razé à cause qa'il 
ne se peignoit point. Mes baises-mains à la veuve Banneville et à 
toutte sa maisonnée, à cause que je faict ma dêpance cbeix une veuve 
qni s'apelLe aussi BaneviUe, qailui faict aussi ses baisemains à caase 
de moy, et qui a aussi trois filles et deux garçons comme elle. Envoie 
moy, s'il voas plaist, un aultant de mon âge (6) qui est dans le bault 
de la p^te armoire en un petit carreau de papier commun, signé de 
mon oncle Des Clozeaun qui le poura bien faire, ayant esté commis 
an greffe cheU Pontminière, qui change naUrt en luble homnu et 
demoÏMife Jacquette. a 

(1) Alors tpidic de PloBrnwl. 

(1) Aujourd'hai GuiUae daiiï le Uortnhon, 

(3) Lùei Beauvoir-mr-Uer ea Vendée. 

(1} C'cst-à-^^e 1« P«ïS qui s'étend sur la nie dnûle de b Loire. 

(5) Sans doute l'aDcieDDe province d'Qe-de-Fijnce. 

(6) C'ett-i-^re : me copie de mon acte de n 



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ANIfALES LOItlEHTAISES. 

L'île SAÏNT-MICHEL. — prieuré, ^ UzARET, 

(Paru. J^a.) 

Sar les cAles de Bretagne qui sont si piuoresqaes, il est cependant 
rare de reacootrer on ensemble de paysages, ausai variés, asssi 
cbarmaats, que ceux qai s'of^ent de tous eûtes aux regards de l'artiste 
cootemplaot la rade de Loriest, à rtiénre de la pleiae-mer. 

Dans es brillant panorama, le site qui attire le plus Tattention, s'il 
n'est pas celui qui flatte le plus le sentiment artistique, c'est, sans 
contredit, celui de la petite lie Salnt-Hichel, assise au milieu de la 
rade, ^ peu près à égale distance de Lorient et de Port-Louis, anssl 
près de la câte de Riantec que de celle de Plœmeur, et qui semble 
si heureuse d'étaler, aux yeux des Lorieutais, de riantes maisons et de 
frais boaqaets d'arbres. 

Hais malheureusement, ici, comme dans une salle de spectacle,» 
qui enchante n'est qu'apparent, et l'œil subît le cbarme d'une illusion. 

En effet, descendons la rade; approchons-nous de Saint-Michel, et 
le tableau, que tout à l'heure on admirait, ne présentera plus qu'une 
monotone et froide symétrie. A cet assemblage de maisons on sent 
qu'il nianque quelque chose : la vie t.... Au milieu de ces cours, sons 
ces arbres , sur cette plage , c'est à peine si l'œil remarque de temps 
en temps, de loin en loin, un habitant. Bientâton di^inifue sur les 
édilices de nombreux paratonnerres; on découvre des piles de bmilets 
de tout calibre; puis des batteries de canons, raogées par étages, diri- 
geant leurs gueules menaçantes vers l'entrée de la rade. 

Cet Ilot, de loin et à l'instaet si gai , si attrayant, tu de l'embarc»- 
dëre et des quais de Lorient, tous doDpe froid maintenant. C'est un 
désert; c'est un sol qui vous semble abandonné tout fraîchement par 
ses habitants I 

L'tle Saint-Hicbel est en effet à pea ^% inhabitée , ou du moins 
elle n'a que quelques gardiens, semblable à une propriété priuàère 
dont les maîtres sont absents. Domaine de TËtat, dép6t de poudres et 
de munitions de la marine impériale, aujourd'hui Saint-Hidiel est 
occupé par un poste d'une dizaine d'hommes, commandé par an offir 
cier d'artillerie : c'est là toute sa population. 

Cependant le touriste, observateur de sa nature, remarque la ^v^ 
positic^i à^ batûtaMons^^Q Ttte; pour liU> ellea ne seioblent pas ayoir 



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w-64 _ 

été constniiteg pour on simple dépAt de poudres ; ce De sont pas là des 
magasios, et, d'ailleurs, Q apprend que cette occupation militaire ne 
date que d'une quinzaine d'années. Qu'était donc , demaode-t-il , 
qu'était Saint-Michel avant sa destination actuelle ? 

— Antérieurement à la destination présente, cette lie constituait un 
établissement que l'on nomme Lazaret, -c'est-à-dire un Ijeu spédal et 
isolé, od Ton met en quarantaine les marchandises et les personnes 
Tenant d'un pays où règne une maladie contagieuse. Toutes les habi- 
tations que l'on remarque au nord de la muraille qui partage Saint- 
Hichel en deux parties ont été construites et disposées pour ce lasaret, 
dont la création date du régne de Charles X. 

~ Bien, mais avant Charles X; avant le lazaret, que faisait-on en 
cette lie? qu'y voyait-on? 

Telles sont les questions que l'on entend fréquemment formuler sur 
le pont du petit steamer qui sillonne la rade, vingt fois par jour, de 
lorient à Port-Louis et de Port-Louis à Lorienl. Le touriste qui pose 
ces questions reste la plupart du temps sans obtenir de réponse. 

Nous allons essayer, dans cette notice, de satisfaire à sa légitime 
curiosité, s'il consent à nous suivre à travers les ténèbres du passé, à 
la lueur pour ainsi dire intermittente de quelques documents authen- 
tiques, luenr que nous avons essayé de fortifier par de consciencieuses 
recherches. 

I 



« Aux temps les plus reculés de notre histoire, l'Ile Saint^-Hichel 

> porta le nom de Tanguetken. 

» De l'union de cette lie avec un fief, ou terre noble, de la paroisse 
I dePlœmeur, nommé les Montagnes, et avec certains domaines de 
» l'Ile de Croix, se forma, au onzième siècle de notre ère, un élablis- 

> sèment religieux nommé Prieuré, dont l'Ue Saint-Mictiel était le 

> siège et portait le titre, sous le nom de Prieuré de Saint-Michet-dei- 
1 Montagne», ou de Saint-Michel et des Montagnes. 

» Ce prieuré dépendait primitivement du couvent ou abbaye de 
» Saiote-Crois~de-Quimperlé , de l'ordre de ClleauK ; plus tard il 

> passa aux mains des Pères de l'Oratoire de Jésus, du collège de 
1 Nantes, qui le conservèrent jusqu'à la révolution de 1789..,. » 

Tel est, pour les temps qui s'arrêtent à la Révolution française, le 
résumé que l'on peut faire de l'histoire de l'iie Saiat-Hichel ; nous 
nous proposons particulièrement de le développer. 

Quand on remarque l'admirable disposition de nos c6tes pour une 
population maritime, la situation de cet Ilot, faisant en quelque sorte 
la porte d'entrée des deux rivières du BUvel et daScorffj on s'étonne, 



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— 65 — 
toalgré soi, de ne décoaTrir dans tonte l'histoire de Saint-Michel qne . 
le froc da moine ou la robe du prôtre : les Béoédictins de Quimperlé 

on les Oratoriens de Nantesl.... C'est presque une déception. 

L'imagination, se reportant vers ces époques barbares où la force 
faisait loi , était disposée d'avance à découvrir sur les quatre hectares 
qui forment toute la superficie de cet Itot quelque rôle féodal im- 
portant. 

S'il avait été possible de remonter plus avant dans notre histoire 
locale, notre curiosité eût peut-être rencontré des éléments plus dignes 
d'intérôt, c'est-à-dire s'accordant davantage avec nos premières im- 
pressions. C'est qu'en effet l'Ile Tanguethen, par-delà les temps histo- 
riques, doit avoir joué un certain rôle. Ce qui tend à le démontrer, 
c'est ce monticule placé à son centre, et sur lequel on aperçoit 'un 
pavillon carré que couvrent les couleurs nationales. 

Ce monticule est ce que les archéologues nomment un tumultu , 
c'est-à-dire un amoncellement de pierres recouvrant un ou plusieurs 
cercueils : c'est un tombeau gigantesque, peut-être celui d'un Celte 
puissant, d'un valeureux Venète (1) I 

Sur cette éminence, élevée par les mains des anciens peuples ré- 
pandus sur nos rivages , existait autrefois (peut-fitre des vestiges en 
existent-ils encore) une chapelle dédiée à l'archange saint Michel, 
comme sur cet autre monticule de Carubc, antique monument devenu 
plus célèbre depuis les fouilles récentes pratiquées par la Société poly- 
mathique du Morbihan. 

C'est sans doule à cette chapelle, placée sous le vocable de saint 
Michel, 'jue l'Ile Tanguethen a dû de changer son nom. 

Mais si les tumuius, ainsi que les menhirs , les dolmens et les antres 
monuments de pierre des mfimes temps qui couvraient naguères les 
côtes du Morbihan, et qui disparaissent si rapidement depuis quelques 
années fous la pioche du cultivateur, la masse du cantonnier et aussi, 
il faut le reconnaître, par l'effet des fouilles de l'archéologue; si ces 
Ténérables contemporains des âges reculés peuvent être invoqués 
comme un témoignage de l'antique importance de cette contrée et de 
la puissance de ses peuples, ce sont là toujours, malheureusement, 
des monuments muets qui ne nous ont encore rien révélé deThistoire 
des hommes qui les élevèrent. Ils excitent la surprise, l'étonnement 
dn touriste et du savant, sans jamais satisfaire complètement leur 
curiosité. 

Ces monuments sont des livres de pierre, impénétrables sinon pour 



(1) I Halgrd la petitesse de l'isle de Saint-Hichel, isie qui gtl dans la baie de Lorïeat , 
> les Venètes ne l'ont pas négligée, et ils y ont élabli un Montisgtl pour conserver le SOU-' 

■ venir de quelqu'un de leurs héros: Car des tombeaux ai gigantesques n'étaient pas paur 

■ des liommes d'un niérile vuliaice. ■ — VéïM Mah£. 

6 



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um, «B wm vov t« lAm «rw^ ■Qi)d)pe. iPea Hchestts tnMol»t 
eHÉOM «OQt fi(|f(wifii i»ni ce tasaulQ» ite l'l!« Tan^vellieo, oqihm 
dans celui de C«r«»a. n'ea d^otons pas. Uijs, qu'elles i liennrept 
r^^çtéee. PiMirquoi le? pn arr.a*^er? Pourquoi rectierûb«f , paut- les 
livrer ap^ aBalïses 4ft Gbiinieta on du n^i^raltilo < voattite s'il B'^agoeait 
4eiu«(odoate«ûoà'iobtïfWHure3, tes récites )i«iB«iRt abrités mob e^i 
monticules de pierres? Pourquoi troubler les ceudres, toujoura Tinéi- 
r^i, dea géaat* qui ï r^Kneut? I<ef «testes, en s'acoumulul mr qd 
wmbeàa, lui ealèreraient-iU doD« wq earat^Q uoré, inviol^tfif 
P'aiUeuTs, ces joyau aiHiqa«f que l\m admire »aas les Titrïnes Ai 
ICuaée ffiorbibaoniaie, ces analsses si^eiuifigiiM ooti» «M-iU rien ré^lé 
des &e(rete du pissé? Hétai uool eoyons bieii eertaîDi que ce serait 
^opt avssi vainemeQt que Voq tspteraH de pénétrer le rajatére <lo ce 
tamolus de Saint-Hicbel ('). 

A une autre éfioqae plqs Fai^recfaée de )a nétre, a> tenp» de roc- 
cupalùm râmaiae, qaiapesépeadantqnaU'^ «iè^teB stirnotr6p3]«,ne 
iUJâeâot après eUe de U cirilisatipu armoricaine qu'elle avait détmtte 
que sesmonnmeots sacrés; à cette époque, dispp^-wiBS, ilsembleniLit 
qoe llle Saiot-Hicbel tarmix cosine la trait d'union d(s dsai rites de 
la rade. Sur sa s^ucbei en eSet, au yillage de Swte-Catberiae et 
daos la haie de Kerzo, «n découTr« encore de nos jours des d^Mis de 
^^iq^es et des vesti^ de constructions reiDÙDçs. Et. me sa droite , 
c'est oa «omea pu^poir ^i porte le qou de Kee-Simvi, tradactiof 
bïetonne du latin YiÙa-Romana. 

Hais n'iasiatotis pas sur ces énigmeB; çoBteatoos-sofis d'en poser les 
termes, pour signaler W^ vçbéolog^es les rtÀsons qui tendraient i 
faire admettra potir QQtre Hé çoe in^i-ta9(¥ iac9U«e duts as fasse 
8î\ns bo^iiei (IJ. 

II 



Ail onzième siftcle , 'éptrçne'oà remontent dans l'histoire de Bretagqe 
4e& pramJèrfts mentieiiis de Tlle Tan^etheti, le pa^ dans lequel noua 
!ttoHs trouTons étaA compris dans '^n grand cantpn féodal nomma 
^en^en«t-Bebo€ oti Thebot, ^ ^Ouénuni-Teba^ et Tr«b<^ Aan^ dçs 
actes du xvïftMde. 

Le Kemmenet-HeboË était situé à rexlréniité occidentale de Téyè&ié 

('} La SodJÙ poljmatbjqiu tais» 1 l'aDtenr li respoDsabDiU de son opioioB. 

\l) An Md-CHiest Se V\h, S existe notwx oœ viqiUç croix de granit, wm bffidit , i'ar 
pièi une tradklioa, repgieraieat les restes huoiaûis d'ua coloofi aillais. Nom n'^oqs liw 
lUceoTeA qui iosGBit ceitt alt^atioa qui s'a çepeDdant tiaa dlnvuseoUatila. 



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— IM — 

Aï Tannas â»t ii ffiisait pvHe, aar les ceDâoa ée NrAcbé de iC«v 
npawUcE. Il avait poarfîëgeseigneerial an chftteaDrfoft, Gitaésurla 
rive droite du Blavet, sur U partie de la fille d'Heaneboot appelle 
la Vieille- yiitt. Ses limites étaient à l'oaest la LaUa etl'Ëllé, depuis 
la am: jusqa'i le paroiase de Priziac; an nord, Priaiae, Saint-C^adâc- 
Trégone), Lignol et PeraqneQ qui dépendaient d'an anire Kemmenet, 
le KemmenÊt-Guinganip ou Guémené-Gnégant, aujourd'hui Guémené- 
sar-Sccrff; à l'est, les paroisses de Guère et de iielrand; la riviÈre da 
filaret et l'Océan au sud : l'Ile de Groix en faisait partie. 

Ouïe le principe nous STions été disposé à éloigner davantage à l'est 
fit.aa sad les limites territoriales du KeBuacnet-Heboë, en les étendant 
jusqu'aux paroisses de Baud , Camors , Pbivigner, Landaul et Landé« 
vaut, où il aurait confiné à l'ancieniie baronnie de Lanvans, et jnsqn'ji 
la rivière d'Étel, limite d'un grand &ef appelé Kaër. Hais les maîtres 
de la science ont-prononcé; ils ont dédaré nettement que jamais le 
Keauuenel-Heboë n'occupa la rive gauche du Btavet ; nous avons ddi 
respecter leur sentiment , fondé d'ailleurs sur des documents plus 
«oKiiets que ceux qu'il nous a été donné de consulter. 

Quoi qu'il fin soit, l'ile Tanguetàen, ou Saint-Michel , ainsi qae lllot 
Toisic placé à enviroo cent mètres de la rive ganche du Blavet, l'Ilot de 
Sainte-Catherine dont nous aurons occasion de parler dans le coues 
de cette notice, firent positivement partie du Kemmenet-Heboë. - 

Le plus ancien seigneur connu de ce pays se nommait Béranger. U 
vivait au commeocemeot du onzième siècle. Son fils, Hugolin, on 
Huélin, lui succéda : on le voit figurer, avec le titre de seigneur 
d'Btnnthont, au nombre des témoins d'une donation faite, en 1027, à 
l'abbaye de Redon, et, deux années après, il comparait çncore, à 
l'occasion de la fondation de l'abbaye de Sainte-Croix de Quimperïé 
par Allain Gaignart, comte de Cornouailles, dont il étail.le beau-frère, 
pour avoir épousé la sœar da comte , qui se nommait ^van ou 
Bavmst. 

Huélin s'intéressa personnellement, à ce qu'il eemèle, à l'établisse- 
ment religieux fondé par son beau-frère dans le voisinage du Kemme- 
net-Heboë. En 1037, participant à soa tour à cette œuvre pieuse, il 
fit donation aux moines de Quimperïé de IHle de Tanguethen et dis 
églises de Saint-Gurthiern et de Sainl-Méioir et leurs territoire», 
églises situées dans Vile de Graix : cet acte fut passé en présence de 
plusieurs seigneurs de Kemmenet-Hehot, {et plures alii de Kemvienet- 
Beboe.) 

€ Cette donation , ajoute Dom Placide Le Duc, en la rapportant dans 
71 sa chronique de l'abbaye de Sainte-Croix, a aidé à fonder un prieuré 
» qui s'appelle Saint-Michel-des-Montagnes, qui est proche le Port- 
ï Louis, a 

Cet acte de 1037, coutena dans le recueil lûstoriqaé de Dom Morice, 



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— $8 — 

est le plas ancien titre qni fasse mentioa de llle TangnèÛien. On ne 
saurait affirmer si cette tle et les églises de Saint-Garlhieni et de 
Saint-Uéloir , de tlle de Groix , formèreat dans l'origiae toQt le 
prieuré de Saint-Hitdiel-des-HontagDes , on si l'abbaye de Sainte- 
Croix, possédant déjà des terres dans la partie orientale de la pa< 
roisse de Plœmenr , la pins voisioe de Tangnethen , la terre des 
Montagnes, constitaée dès-lors en prieuré, si cette abbaye n'a pas 
réuni, après la donation de 1037, celle possession de terre ferme anx 
deux lies qui faisaient l'objet de la libéralité de Huélin. Ce qu'il y a de 
certain , c'est que l'on voit notre prieuré désigné constamment sous le 
titre de Saint-Michel-des-Montagnes, avec l'Ile Tangnethen (que nous 
nommerons désormais Saiut-Mictiel) pour siège, quoique Ja terre des 
Montagnes en Plcemeur, dont le nom entrait dans le titre de ce do- 
maine religieux, ne fût pas comprise dans l'acte de 1037. En d'autres 
termes, on ne sait ni quand ni comment la réunion de Tanguethen et 
des égUses de Groix se fit à la terre des Montagnes, pour en former 
notre prieuré. 

Toici donc un nouvel anneau ajouté à cette longue chaîne de terres 
monacales qui bordèrent, an moyen-âge, sans solution de continuité , 
toutes les cAtes de révâctié de Tannes, depuis la Laita jusqu'à la 
Vilaine : 

L'abbaye de Saint-Maurice ; 

Le Prieuré de Lanenec; 

— de Saint-Hi^el-des-MoDtagnes; 

— de Gâvre ; 

— de Saint-Cado ; 

— de Quibéron ; 

— de La Trinité; 

— de Locmaria-Kaër ; 

— de l'Ile d'Arz ; 
L'abbaye de Rtinys ; 

Le prieuré de Saiot-Cyr ; 

Et ea&a l'abbaye de Prises. 

C'était là ane fatale organisation qui , tenant du reste au système 
féodal , ne pouvait manquer d'arrêter tout réfeii, de comprimer pour 
longtemps tout essor des populations de ces eûtes vers les entreprises 
maritimes qui firent la gloire de leurs ancêtres , ces anciens Venètes 
que rhistoire a justement nommés tta Carthaginoit du Nord! 



DigitizcdbyGOOgle . 



Cette lie Tangaethen, qa'était-elle au momeot de son UDion & 
l'abbaye de Sainte-Croix ? 

Était-ce nae terre laïque ? N'était-ce pas une terre ecclésiastique 
entre les mains des seigneurs d'Hennebont, comme cela se rencontrait 
assez fréquemment à cette époque malgré les excommunications des 
Papes(l)? Ne formait-elle .pas déjà un de ces établissements religieux 
qui se multiplièrent sur les câtes et dans les lies arinoricaines , à partir 
du cinquième siècle,, et qui furent pour la plupart ruinés ou détruits 
par les invasions des Normands? N'aTait-elle pas du moins dépendu 
jadis d'un de ces établissements? 

L'acte de 1037, déjà cité, ne donne aucun détail à ce sujet; maïs 
un passage du Cartulaire de l'abbaye de Quimperlé permet une inter- 
prétation. 

Dom Le Duc, rhistorien de cette abbaye, dont il fut l'un des reli- 
gieux, dans le releré des différentes donations qui lui furent faites à la 
fin du xi> siècle, mentionne une de ces libéralités accordée au monat- 
tire de Saint-Michel, ce qui marqucy ajoute-t-il, qu'il y avait quelque 
eonventualité. 

Qu'on le remarque bien ici, l'emploi du mot monoflère, dont la 
signification est prise habituellement pour /t>« habité par dex moines, 
par une congrégation religieuse, Ûxe l'attention de Dom Le Duc. 

C'est que, sur ces propriétés monacales unies à des abbaye, ils 
n'existait ordinairement qu'un seul religieux^ portant le titre de prieur, 
-qui était chargé pour le compte de l'abbaye de TadministratiOD du 
spirituel et du temporel. 

Le prieuré de Saint-Michel a-t-il-fait, dans le principe, une déroga- 
tion à cette règle ? L'abbaye de Sainte-Croix, qui ne pouvait *tre en- 
core bien riche, étant si près de ses commencements, alirait-elle, 
aussitôt la donation de Uuélin et dés la formation du nouveau prieuré , 
établi sur Tanguethen un monastère pour y placer un certain nombre 
de religieux , au lieu de débuter par un établissement plu$ modeste et 
moins codtenx â l'usage d'un seul religieux , d'an prieur ? 

Cela n'est pas vraisemblable. 

Toutefois, si le mot monastère du Cartulaire de Quimperlé a été 
écrit avec intention et avec la signification que bous lui donopos, il 
serait possible d'en expliquer l'emploi de la manière suivante : 

C'est qu'il existait, au moment de la donation du seigneur d'Henne- 
bont et antérieurement à la formatioD d'un prieuré de Saint-Hichel- 

(1) Vojra la S<C0Ddle de Ulnn (1139). 



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des-Montagnes , un convent sur llle Tanguethem, en sorte que 
l'ensemble des possessions accordées à l'abbaje de Sainte-Croix était 
formé de terres ecclésiastiques. 

Cet état de choses a fort bien pu se continuer entre les mains de? 
nouveaux possesseurs, jusqu'au moment d'une Douvelle organisation 
par la formation d'un prieuré dans lequel entra la terre des Mon- 
tagnes. 

DomLe Duc, parlant de la donation de 1037, dit, on ne l'a pas 
oublié : a Cette donation a aidé & fonder ua prieuré qui s'appelle 

> Saint-Michel-des-Montagnes » ; mais il ne dit pas à quelle époque 
cette fondation a eu lieu. 

D'o& la conséquence : que la donation de Uuélin se composait, sons 
le répétons, de terres ecclésiastiques : un couvent et deux églises ; que 
le convent s'est maintenu jusqu'à la fin du si» siècle, toutefois sous la 
dépendance de Sainte-Croix, et que le prieuré de Saint-Michel-des- 
Hontapes est postérieur à cette époque. 

Fait singulier, il est vrai, que celui d'un laïque, d'un seigneur dis- 
posant- d'un monastère au xi« siècle, mais possible après tout de la 
part du seigneur d'Hennebonl qui disposait par le même acte des 
églises de Saint-Curtbiern et àa Saint-Héioir de l'Ile de Groix : ee qui 
n'est pas contesté. 

IV 

Selgnenra d'Beun«I>ont> 

Qui possède procède, dit le proverbe. 

Hélast les procès, cette plaie de la propriété, pouvaient atteindre 
les moines comme les laïques, et l'Ile Saint-Michel, ou, pour parler 
' plus exactement, le prieuré de Saint-Hichel-des-Montagnes, en fournit 
bientôt aux moines de Sainte-Groix la racheuse occasion. 

Guillaume , seigneur d'Hennebont , c'est-ii-dire du grand fief de 
Kemmenet-Heboë dont nous avons parlé, revendiqua certains droits 
seigneuriaux on féodaux que les moines de Qnimpcrlé prétendaient 
appartenir, au contraire, à leur prieuré de Saint-Michel-des-Mon- 
tagnes. Guillaume vivait au commencement du xip siècle et était , 
selon toute apparence, le petit-flls de Huélin. « Guillaume estant de- 
» venu le seigneur de Hennebond après la mort de son père Tanpy, 

> nous vexoit avec bien de l'injuslice pour les terres du prieuré de 
» Saint-Michel-des-Monlagnes, faisant enlever par force tons les re- 

> venus que nous avions droit de retirer » 

Ainsi s'exprime l'historien de Sainte-Croix, chez lequel nous puisons 
une grande partie des détails de cette notice. 

Ces mots : enlever par force, semblent indiquer de la part des 
moines une certaine résistance aux prétentions ée leur hôitt ëI poissant 



DigitizridbyGOOglc 



««THsflfrfl. Da vmé, m<Miii-\0i le» lamn de 0«h^ei4é éUMnt 
tsnaiies; Ils ae eSdaiem pas faclletnent, noria le verroBâ bientôt; et, 
dans d'astres cantostatiofls qui ont acquis plus de célébrité que celle 
dont itods BOBS occupons, ih en âonoèrebt des prearea éclatantes; 
soflB Tonlsds parler des ddmèlés des deux abbayeâ de Aedob ëI dB 
QuiropeHé as si^ei de la pesseesion de Belle-Ile, démêlés dâtis teequeld 
OD vit plusieurs fois les deux adversaires , pour souWiûr iéUti prétfid-^ 
tioDs, rsoourlt- h l'ai^i&eut de la force armée. 

Haia l'affaire ia prl&aré d9 SainUUlehel a'alta pas â de telles èKlré- 
vkës; elle m termina pacltlquemeat â la gt-iade satisfaeUoa de l'abbé 
de QHitbpeiié dans uâ« réonlon acrfennelle, &t il iraiia de {tair &TM le 
uignear Gaillaaitie. 

■ Pour mettre Sn an différend, continue notre bénéâiotto, QulllBom* 
» d'Heuneboiid eoa»«btlt â s'cq rapporter m témoignage de let gens 
» et des nfiU'es, et profit que , si leur rapport aots estait farot-alflej 
» il n'entreprendroit plus sur dos biens 

> Tout «e meode eitant dobc assemblé en présenee audit OiiIIIàiime, 
» en son cbasteaa de Uennebond , l'on praoédx au téntoi^uige, qui se 
X Sst E30S doute avec sermeitt. Us (tes témoins) asaenrërent donc ^nc 
» les religiesi ne payoient rien an seigneur du pà^, ny aucune lerée , 

> nj rente, nj taille, n j aucune charge onéraire ; mais que ne bien do> 
i meuroit stable et aBseuré à l'abbé et aus r^igieuK de Sainte-Croix, 
» estant eiempt et déchargé de toste redevance, et que tous les offi- 
1 ciers dévoient en ëlre retirés , i cela; près qus l'abbé ou Le religieux 

> qui admintstroit le prieuré avoit voulu choisir pour In; faire bCQce. 
» Ils acijoustèrent de plus que le neigneur mesme du pays et ceux de 
» sa suite, quand ils passaient à l'isle de Gronais, dévoient preodre 

> chez le prieur un' disné on soupe une fois seulement, et cela encore 

> de bonne volonté. De plus, s'il estoit averti de se trouver à Farmée 
» dd Duc, tl devait recevoir de la part dp religieux administrateur la 
• cbai^ d'an cheval de pain, ayant fait envoyer par sou écujer le 
« cheval jusqu'au bourg ou village de KeranGroës(KergrMxJ, et la 

> somme devoit estre rendue Jusqu'à ce lieu » 

Ceci , nous le répétons, se passait vers le commencemôul da doo- 
Kiëme sifrcls. 

A peu près vers la m£me époque, Rivalten, frère cadet de Suilladme, 
dane Iniuel nous croyons reconnaître le plus ancien seigneur de Tré- 
faven, château féodal ptaoé à l'embouchure du Scorff, dont la juridic- 
tion s*étMd3it sor une partie des paroisses de iesbin , Quéven , 
Pkemeuretsur^rtiederUedeGroix, Rivallon tenait à l'égard t^s 
moines ds SaiDtfr-Croix une oonduile différente de celle de son frère 
aîné : il aceiHilait au prieur ds Saint-Hicbel une redevanee ^twi mine 
de froment à prendre eur le village de Treisfaven pour les âmes de la 
vicomtette Hoditrn et de ton (ils Baudoin. 



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— "72 — 

En H6*,Soliman) chevalier, seigneur de Hennebont, flls oupetit- 

âls de Gnillaume, renouvela les mômes prétentions que ce dernier sur 

le prieuré de Saint-Michel. Cette deuxième contestation se termina à 

peu près de la même manière que l'autre; mais le détail de ce qui se 

passa à cette occasion, conservé par l'abbé de Quimperlé qui en fut le 

contemporain, contient une peinture des mœurs du temps qui mérite 

d'être remarquée. 

Voici la traduction qu'en donne la chronique de Quimperlé : 

< Parce que les vérités sont affoiblies auprès des enfants des hommes, 

» s'exprime l'abbé de Sainte-Croix, Rivallon I«', nous avons cru devoir 

D mettre par écrit cemment de grands différends entre Dom Rivallon, 

> nouvellement abbé, et Soliman, aussi nouveau seigneur de Hepne- 

> bond, ont été terminés. 

» Us convinrent donc entre eux du lieu et du temps où et quand ils 

> se dévoient trouver pour vuider celte affaire , savoir : à Pontscorft, 

> la veille de Sainl^Matbieu. 

» L'abbé s'y trouva avec ses moines estant bien garni de ses papiers 

> et de ses témoignages, et Soliman s'y trouva aussi avec ses cheva- 

> liers et les gentilshommes de Kemenet-Heboë. Od produisit et leut 
» la déposition que les témoins rendirent en prt^sence de Guillaume, 
» fils de Tanguy, autrefois de Henpont, et qui fut reçue et confirmée 

> de sa part, où l'on trouva écrit que le seigneur de Henpont n'a rien 

> du tout en la terre de Saint-Michel et qu'il ne doit lever aucun droit, 
I sinon un disné.ou soupe, une fois seulemenl quand il passe dans 

> risle de Grouais, et une somme de pain quand il se rend à l'armée 

> à la suite du Suc. Et pour ce qui est des enfants de Dougaallon qui 

> soustcnoient que la prévosté leur appartenoit dans la terre de Saint- 
» Michel, l'on vit bien que leur prétention estoit très fausse, et qu'il 
ï ne doit point y avoir d'autres officiers, sinon ceux que le moine ad- 
» œinistrateur du prieuré y voudra mettre. Ce qui ayant esté leu et 

> exposé aux chevaliers et gentilshommes du pays deKemenet, ils 
ï élevèrent la voix en mesrae temps en disant : Ce témoignage est vé~ 
B ritable , et nous asseurons que nos pères ont esté véritables et justes 
■ en ce point » 

Voili donc encore une fois l'indépendance du prieuré de Saint- 
Michel-des-Moutagnes solennellement reconnue, et désormais les 
moines de Quimperlé en jouiront sans autre charge que celle du dîner 
ou du souper à servir au seigneur d'Hennebont ou peut-êlre de Tré- 
faven (le seigneur mesmc du pays), lorsqu'il se rendait en l'Ile de 
Groix, une fois seulement, c'est-à-dire à chaque mutation de seigneur, 
et une somme de pain , faisant la charge d'un cheval, lorsque ce 
seigneur partait pour l'ost du Duc : marques bien légères de vassalité. 



DigitizcdbyGOOglc 



Si le revenu de l'Ile Saint-Michel n'avait consisté que dans le produit 
de son sol, la générosité du seipeur Huélin, en ce qui concernait 
cette lie, eût été assurément d'un très mince avantage pour les moines 
de Sainte-Croix. Mais l'importance de notre lie, au moyen-âge, ne 
consistait pas seulement dans le produit de ses quatre hectares de 
superficie. 

De temps immémorial, certains droits seigneuriaux y étaient atta- 
chés. Les possesseurs de cet Ilot prélevaient des impdts sur les navires 
qui jetaient l'ancre dans le havre de Blavet, ou qui remontaient les 
rivières du Blavet et du ScorfE ; les marchandises de ces navires étaient 
frappées de redevances à leur profit; le droit de tripaj, c'est-à-dire de 
passage, entre les paroisses de Plœmeur et de Rianlec, étahli sur la 
rade entre la pointe de Bec-er-Groix (La Perrière à Colin) et Sainte- 
Catherine , leur apparteDait. Et enfin, un impôt plus surprenant, celai 
des mesures du vin vendu ou consommé au port de Blavet, était encore 
dans les attributions des propriétaires de Saint-Michel : voilà pour les 
revenus de cette Ile. 

Mais ce n'est pas tout. Saint-Michel jouissait d'une prérogative d'un 
ordre plus élevé : du droit de juridiction sur le port et havre de Blavet, 
et de celai d'appréhender et punir tes contrevenants au paiement des 
redevancesobîigatoirespour les navires, les marchandises et les me- 
sures à vin (1). 

Ces diverses attributions d'origine et de nature toutes féodales nous 
ramènent naturellement à la première idée que l'heureuse position de 
Saint-Michel avait fait naître dans notre esprit, c'est-à-dire qu'autre^ 
fois un pouvoir militaire ou féodal quelconque avait dû y être exercé : 
ces redevances , cette juridiction n'en seraient-elles pas les signes 
certains? 

Nous pouvons entrevoir maintenant le véritahle but des contestations 
faites aux moines de Quimperlé par les descendants de Huélin , 
Guillaume et Sohman, et les enfants de Douguallon , leur sergent 
féodé. Possesseurs par le grand fief de Kemmeoet-Heboë de tout le 
cours navigable dn Blavet et du Scorff, les seigneurs d'Heonebont 
durent naturellement conserver à des vassaux la possession ou le par- 
tage d'an droit quelconque sur la navigation et la pohce de ces deux 
rivières et sur les impôts qui en étaient l'a 



(1) Ce dioit anden de juridiction et de perceplioa d'impSts an poit et hlire de BlaTCl , 
c'est-è-dire sur la riïe gaucb) de la rivière de Blavet, ne semble-t-il pas ioiliqDer que pri- 
mititement le Kemmenet-Heboë eût d'autres limites méridionales que celles qui lui sont gé- 
uâralemeut recunnues ? 



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= M = 

Hais Haélin, seigncnr à moitié moine, avait-il songé h toat? ATait-il 
fait une réserve quelconque en coocédant Itle Tangaelhen ans moines 
de Sainte-Croix, ses frères, comme il les nommait? 

• Non, affirmaient leurs abbés, bien garnis de leur» papiers. En nous 
» donnant Tanguethen , le seigoear Huélio , de défote mémiûrf , nous 
> a tout doonë, sans exeaptioa ni réserve. Nous poesddona Taogiielbeii 

• comme il le possédait, au même titre que lui , comme propnétaires 

• et comm« seigaears. Â nous seuls et à nos moiiea appartient le droit 
2 d^établir sur le prieuré de Salnt-Hidiel-des-MootQgnes des ofSciers 
» justiciers et des collecteurs de nos revenus , comme le pratiquait 
1 avast nous le seigneur Huélio» notre bienfaiteurt i qui nous sa de- 
» vions rien -, escepté l'hommasie. > 

Remarquons} en effet, que les légères marques de raasalité, oonais- 
taut dans les obligations An dintf et de h lommt de jicfn dont il a 
été question , semblent particulièrement oonceroer la terre dea Hoa- 
tagnes, en Plœmeur, une des parties du prieuré, que l'Ile Tanguethen 
et rUe de Groix, et que les droits et privilèges importants, qui devaient 
surtout offusquer les seigneurs d'Hennebont, dépeodaieat de Saist- 
Hichel (1), Cependant il faut reiionnaltre que, lors des deux oontesta- 
. tiens relatives au prieuré, i) ne fut fait aucune distinction dans le sens 
que nous indiquons ; qu'il y est question de tout le prieuré et bob de 
tel ou tel membre de cet établissement. 

Il serait difficile d'admettre que Tinstitution des droits sur les navires 
et les marchandises, etc., de ceux de juridiction dépendant de TUe 
Saint-Michel soit postérieure à la donation de 1037. Ces droits, ces 
privilèges devaient être aussi anciens que le grand GùmmandemetU 
féodal nommé Kemmenet-Heboê, en admettant que la formation de cet 
important caoton maritinie ne date que de la féodalité. Elle était dose 
bien ancienne cette juridiction maritime de l'Ile Saint-Hichel, cette 
sorte A'' Amirauté; car ce droit de justice, sur le port et bâvre dâ Blavet, 
des navires et marchandises n'était pas antre chose I 

Exercés au nom des moines de Quimperlé par l'ofScier institoé par 
eux ou par le moine administrateur du prieuré de Saiol-Uicbel, ces 
droits féodaux , cette juridiction maritime furent revendiqués plus tard 
par les Pères de l'Oratoire da coUége de Nantes. Hais ce fut en vain. 

I>âurs prétentions rejetées une première fois , le 14 août 1636 ^ par 



[l] tfads le djnombrement des Taisaui reodsnl l'hommage au vicomte de Rnban, aetgoeur 
de tout U Keûicnenet-Keboê en 1396 , on reitisiS]ue >eS nom* de GuiHo de» Monlaignei et 
de Guillo le priovr : ces deux noms se snÎTent dans le pmcis-ferbal de dénombremènl. 
Nans y iDjoni na seni individu rendant deoi bommsgies dlsCiacbi : l'un en qualiU de pricnr 
de SeJDt-Hlehei-des-Honlagnes , £'est-t-dire jioiir lITe qui farmaH h titre et le aiége du 
pHeeré, M l'ialre pour ta terre des Uantagnes, désighfe connne («rre hotte dans Afiamils 



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laChârmbfé des comptes (levantes, le forent eoéôréj le âfijsitîer 
1682, par les commissaires réformateurs du domaioe d'ilènnebont, 
faute de pièces justifîcatiTes. Ces ecclésiastiques ne se préseotèreot 
pas, à ce qu'il parait, deraut les commissaires du Roi, comme les 
moines de Quimperlé devant les seigneurs d'Hennebont, c'est-à-dire 
t bien garnis de leurs papiers et de leurs témoignages. » 

Plus tard, nous aurons occasion de voir les Pères de l'Oratoire j 
moins heureux quoique aussi intéressés que les Âbbés de Sainte-Groijc, 
fie Conserver des prérogatives, des diverses sources de puissance et 
de richesses qui avaient dépendu de temps immémorial de l'île Saiilt- 
Michel (d), que le droit de trépas de Bec-er^roix, et encore le léuf 
verrons-nous bientiitt virement disputé. 

L1I« d« Srolx. 

Les églises de Saint-Gurthiern et de Saint-MélOir ont-elles partagé 
primitivement l'Ile de Groix en deux paroisses, ou Saînt-Gurtliiern 
a-t-il été un prieuré et Saint-Méloir le siège principal de l'Ile? Ce Sont 
là des questions que nous nous contenterons de poser sans chercher à 
les résoudre : nous avons pour principe, pour habitude, de ne baser 
nos opiûions que sur des faits précis et des documents authentiques, 
et ici les uns et les autres nous font défaut. Toujours est-il qu'après 
là donation de 1037, Groix, entre les mains des moines de Quimperlé, 
ne forma qu'une seule paroisse, administrée par un vîcaire perpétuel 
qui relevait directement du prieur de Saiot-Michel-des-Montagnes : ce 
dernier portait le titre de recteur primitif de l'île de Groix (S). 

(1) Du il mars 1686 , miau et dérKiinbrtnenl présentés en la Chambre dei camplts de 
Nantes, par les Pères rie l'Oratoire de ceUe ville, du prieuré ai Saint-Mi cbel-^s-HontagnM, 
Arr£t rendu sur net aven, te 11 août gnivant , portant que i les droits de jusliw du port et 
hSvre de Bbvet, des quatre pote de via d'entrée sur chaque vaisseau ou charte portant neuf 
pipes de vin, déctaai^É aux ports de Henoebont et Poolscorff ou ailleurs en ladite rivière; 
d'un minos de sel ; et garde du Jaiiloa (sic) des mesures de vin ; des visites sur lesdjtes me- 
sures 1 et d'appréliender et punir 1rs coDlrevenaols , • seraient rayés de cet aveu , faute de 
jiKtiScition, — Du S8 janvier 1 68% , arrêt des commissaires de h rérormalion du domaine 
d'Hennehunt , qui maintient les radiations de l'arrflt rie la Chambre des comptes de iG36 . — 
(Eitrait d'une lole des archives de la «énéchaussée d'Heanebonl. — Il serait iohfressaot de 
recourir aux aveux de 1636 et 1633 et aux arrêts qui les concernent; nous reconnaissons 
que ces pièces auraient été ponr nous d'un grand necours pour celle nnlir>e , oraiB il n'est pis 
dMBé & tmil le orande de péûArw dans les archives de la Chambre de» comptes de Nantes). 

(3) te 2t juin , a lien , aux environs de Lorient , la binédklion des Couraux , Rie qni 
àdire , chaque année , beaucoup d'étranjers. Le clei^é do Pliemeur, i la tjte d'une proces- 
sloti, quitte Lai^Dt in bateaux et se dhrige, an milieu des Couraux, i la rencontre d'uile 
semblable ptocession partie de 111e de Orrlii. Une fois i^itniâ, les dem dtt^ éntamiBnt Sts 



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— 76 — 

La pins antique des deux églises, le temple chrétien le pins ancien 
de rile de Grois était probablement Saint-Gurthiern, qai devait son 
origine à un saint personDage que Ton punirait peut-être considérer 
comme l'un des apôtres do celle partie de l'Armorique. Voici ce que 
nous en apprennent les légendes : 

Gurthiern (OU , suivant les dialectes , Gunthiern, Guzierne, Gozierne 
on Gohieme) était un petit roi de Cambrie. Voulant se détacher du 
monde ponr se vouer entièrement au service du Dieu des Chrétiens, 
Gurttiieru abandonne son royaume et se retire en l'Ile de Groix pour y 
mener l'existence d'un pieux anachorète. Pendant longtemps ses vertus 
n'eurent pour témoins que les pêcheurs de l'île; mais enfin sa réputa- 
tion de sainteté, s'étant répandue sur la cèle voisine, parvint jusqu'aux 
seigneurs de la contrée, les seigneurs de Kemmenet-Heboë , puis 
jusqu'aux comtes de Vannes et de Cornonailies. 

Grallon , roi ou comte de Cornouailies , fit don au saint ermite d'une 
partie de terrain au confluent des rivières l'Isole et l'Ellé, à l'endroit 
même où fut bâti, quelques siècles plus tard, le monastère de Sainte- 
Croix de Quimperlé : ce tien se nommait alors Anaurot. Grallon fit des 
efforts pour déterminer Gurthiern à quitter sa retraite de l'Ile de Groix 
et à se fiser dans ses domaines. 

Bientôt le comte de Vannes, à son tour, lui donna des marques de 
libéralité. Saint Gurthiern ayant par des prodiges préservé de la fa- 
mine le territoire du comte, ce seigneur recçnnaissant lui donna une 
terre, nommée Vegnac, sur la rivière de Blavet, terre qui dans la 
suite s'est appelée Ker-vignac et est devenue paroisse. Chacun la 
connaît. Saint Gurthiern y moumt au commencement du vi« siècle. 

Voilà ce que racontent les légendes. 

Ce qu'd y a de certain, c'est que le culte de saint Gurthiern était 
anciennement en très grande faveur dans toute celte contrée ; Groix et 
la cête voisine. Outre l'église de Groix que nous connaissons , la cha- 
pelle du petit prieuré de Douélan , non loin de l'embouchure de la 
Laita, en fac« de Groix, lui était dédiée; les moines de Qnimperlé Ini 
élevèrent un oratoire dans leur enclos dès le xi" siècle, el les paroisses 
de Saint-Caradec-lès-Hennchont et de Kervignac, de chaque cûté du 
Blavet, eurent chacune leur chapelle de Saint-Gurthiern. Aujourd'hui 
Kervignac seul possède encore les ruines de la sienne; mais le nom de 
Locohierne (Loc-Cohiern «u Gohiern , altération de Gurthiern) , con- 
servé par des villages ou des manoirs, rappelle encore, de nos jours, 

hymnes et procèdent 1 11 béDédiclioa de II mer, des 6lets et des nombreui bileSDi At pé- 
cheurs présenU à celte cârdmoDÏe. An momenl de la rencontre des deai paroisses àe Plœineat 
el de Groii *n mllien de la mer, chacun peul remarquer que la croit de Groix silue celle de 
Plcernenr, en s'abaissanl devant elle. Il nons semble que ce fait est une marque IradlUon- 
nello de ranciea état de choses, c'est-â-dil'e qa'il rappelle l'étal d'infériorilé dans lequel se 
trouTail aatretois le Vicaire perpHuel de Groix via-à-Tis du Reefeur de PltemeDr. 



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— n — 

sur les deux rives daBIavet, l'antique réputation de ce pieax solitaire, 
contemporain de saintç Ninnoc et de ses compagnons, autres apûtres 
daKemmenet-Heboë, dont nous aurons occasion de parler dans le 
cours de cette notice. 

Groix, sous les moines de Qnimperlé, forma, avons-nous dit, nné 
seule paroisse desservie par un vicaire perpétuel. Celui-ci était ina- 
movible. Présenté par l'abbé de Sainte-Croix , il était institué par 
révéque de Vannes. Cet ecclésiastique ne jouissait d'aucun des revenus 
ordinaires des paroisses , revenus désignés sous le nom de canaux ou 
rectoriaux, qui consistaient dans le produit des terres appartenant à 
l'église, les dîmes, les oblations, etc. A Groix, ces produits étaient 
perçus pour le compte des moines de Quimperlé , comme les autres re- 
venus du prieuré de Saint-Micbel. Ce délégué du prieur était à ce que 
l'on appelait la poriion congrue, c'est-à-dire qu'il touchait des appoin- 
tements fixes , auxquels il ajoutait le béné&ce de ses quêtes. Hais â 
Croix, pays alors très pauvre, souvent ravagé par l'ennemi et les pi- 
rates, et dont la principale industrie était la pèche, bien loin d'être 
aussi lucrative alors que maintenant, les quêtes ne pouvaient grossir 
beaucoup l'escarcelle du pauvre vicaire. Aussi arriva-t-il plusieurs fois 
que, pour suppléer à la sordidité d'un traitement qui n'était que de 
150 livres à la fin du xvu» siècle , des vicaires perpétuels de Groix se 
chargèrent à forfait de la recette des revenus des moines de Quimperlé, 
dans leur lie, pour réaliser les profits habituels que procurait alors 
ce que l'on appelait les fermes ecclésiastiques. 

L'Eglise de Saint-Méloir parait avoir été anciennement la paroisse de 
Groix; mais depuis longtemps ce titre appartient à l'église de Saint- 
Tndy : nous ignorons à quelle époque ce changement a pu se faire. 

Sainl^GurtMern, ou Loguthiern, fat toujours désigné sous le nom 
de prieuré, peut-être en souvenir de l'ermite qui y avait habité, à 
moins cependant que ce ne soit par la raison^que les prieurs de Saint- 
Michel y avaient une habitation pour séjourner dans l'Ile k Toc- 
casioD (1), 

Quant aux possessions territoriales qui pouvaient dépendre de Saînt- 
Méloir et de Saint-Gurtlnern , faute d'un document précis, nous ne 
pouvons en donner le détail. Les quelques renseignements contenus 
sur ce sujet dans la chronique de Sainte-Croix sont des plus obscurs, 
cependant ils sont dignes d'attention. 

n s'agit encore de ce procès entre Guillaume d'Hennebont et l'abbaye 
de Quimperlé, que nous avons eu occasion de rappeler. Continuant la 

(1) Quelques caleadriera bretoDS domuienl aDcieniiemeat le titre i'Abbé à saint Gurthiem. 
— Les terres da piienrë de ce uoin d»; !11e de Graii furent à pei près les premières pos- 
sessions ecclésiastiques vendues dans la Uorbiban par suite de la loi de 1790. Une dame 
Proleau , de Groix , les sdieta poiu 27,S0O livres devant le directoire du dittiict d'Beuiie- 
UHitt le ie iémùnt 1700. 



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trjtdodion âa ^ocnmeiit qiû «opcerae ce procè»* dscuwot 4<wt dabs 
rei^ettçDs Tiremeot de d« pas po^éder ^ texte , le b^é4i(iti8 
Dom Le Dac ajonte : 

( Et pour ce que nous devons recevoir sur l'Ile de Grouais, ledit 
■» GaiUapme , seigneur de Henseboot , en reodit téonoigQagti de sa 
1 propre bouche : Id est epUeopum. [Je laisse à deviner, c'est Dom Le 

> Duc qst parie , s'il veut dire qae l'Evesque y a ses droits épiscopaHx, 

> ou biea ù , suivant le privilège de la fondalioa qui donne droit épi^ 
k copal au monastère sur les terres acquises ou à acquérir, le monas- 
» tère 5 avait le droit de TEvesque), et Preibyterium (ce sont les 

> ikoits rectoriaax] ; enfin Ton y avait toutes les dismes de l'isle [1), et 
» cinq villages qui soDt : Locgulhiern, Locmariaker, Haelrecb, Loc- 

> qielaer, Kerbrankeo, exempts de toutes redevaaces. > 

VII 

1« Tenw de» HMttofBM. 

La Terre nohie des ISontagnes, pour nous servir de l'expression 
d'anciens titres de la principauté de Guémeoé, cette terre qui donnait 
son nom au prieuré de Saint-Michel et formait la plus grande partie de 
son domaine, se composait au xi» siècle de huit villages de la paroisse 
dePlcemenr, nommés, selon le Cartulaire de Sainte-Croix : Keran- 
tto^ , KerrigualiM , Kerhaiiion , Kerguenmunnuc , KerconHouarn , 
Kercruth, Eercttelen, Anutthorhic, noms peut-être mal rendus dans 
les anciens titres, mais que 'l'on retrouve cependant encore aujour- 
d^i, pour la plupart, avec plus ou moins d'altération, dans les noms 
de lieux actuels de la paroisse de Plœmeçr. 

13ne note des archives de la principauté de Guémené , de 1750, nous 
fournit l'état delà terre des Montagnes à cette époque; la voici tex- 
toeSement : 

« Le village de Kerdiret, contenant trois tenues ; 

» Le village de Kerrivalan ; 

> Le «Hage de Kersottay ou KeroUay ; 

> Le village de Kergroix , de 35 journaux, dont la moitié engagée 
« lors des aliénations ecclésiastiques .et sur laquelle il ne se paye que 
* la dcune ; 

» Le village de Kersilliou, ou Keriliou , de 80 journaux ; 

» Beax pièces de terre chaude au village de Kerambrey, à domaine 



5 Le village du Bourhic ; 

I Une piècie de terre piToche le village de K^idlea oa Kergnelleo ; 



. DigitizcdbyGOOgle 



i» fce ïiBwt 4e «WWHftr, de 100 j(mHii»iB ( 

» t-s village de KerblaUy, io 30 jQufoau^t ( 

) Le village de Kerveunannec, de 60 joomïmi} 

>La maison de Kermelo et le village en dépendant, aliénés à 
» M. Pierre Rioa, ea 1511, avec plusieurs cbîfsrenies dnejj sur ledit 
> village de Kermélo, vendus k la charge de raqnis; 

» A.U village de Quilisoye, ^ll^ piËoe de teire 4« HjJQQimainiifiin- 
1 HiéePeiiâstèFp, à domaine congéabl^j 

> Inédit viUage de QoiUsoye, de 70 jourxtauxj 
1 Le TilUge Ae KerLedern^ ; 

> Le village de Lomenair; 

> Lç village de Kerlaret. i 

Au XI" siècle, avoDs-Qous dit, il y avait huit villages sar 1* terre des 
Montagqes; eu 1750, les dépeodaiices de ce village comprenaient 
seize villages. Cette différence peut, jusga'à un certain point, s'explir 
quer par un accroissement de population et une eittenSiiaQ de cultures 
sur les dépeMances des villages primitifs ; mais il serait possible aussi 
d'attribuer une partie de cet état de choses à de nonvelteiS âc^ui^itioD? 
ou à de nnurellês donations. 

Quoiqu'il «n soit, aux deux époques extrfioies, eu examiofintLficart^ 
de PkBpjËur, on remarque 4]ae la lerre des Montagnes et ses dép^- 
dapoes fa>rmaient natnreUemeot deux groupes de villages biçn distindfu 

Le premiçr groupe formait une sorte de presqu'île boraée au wiAi 
et à l'ouest par la rivière du Ter, à l'est par la rade de Lwïe^t et a|i 
Bord par l'étang et le ruisseau du Faouédic. Il s'élendalt de l'est k 
rouest, depuis la pointe de Bee-er-Groii (la Perrière) jusqu'au-delà 
de la maison du Prieur, sur une longueur de près de quatre mille 
niètres- Cette surlace renfermait primitivement les villages de Ker^n» 
u-o^s, Kerri£ual(ui, Kerbaelioa et Kergueomunouc, outre la Uaiu^ 
des Montagnes, et, en 1750, on y voyait les village deKerjgroix., 
Kerrivalan, KeroUé, Kervennannec, Kermélo, Kerdiret, Quilisoye et 
Kerderne : nous ne nous occupons, bien entendu, que des dépen- 
dances du prieuré. 

Le deuxième groupe, situé à près d'une lieue au sud du premier, 
s'étendait dans la partie méridionale de Plœmeur, parallèlement à la 
mer, depuis Kernével jusqu'à Lomener. Il renfermait, au xi" siècle, 
les villages de Kerconbouarn , Kercruth, Kercuelen et Auanborhic, 
et, en 1750, ceux de Lomener, Le Bourhic, Kerlaret, Kergaellen, 
Keriliou et Kerblaisy. 

^itt»Bt«Hc viUages^e Kerambrey (eu Kerambleyî) et de Ker^uller, 
cités dapsl? note de 1750, ilnonsaétéùipoasMed'eQreoeaiBaltreet 
même d'en âoupçonaer la situatios. 

Outte cee deux eante&s oonsidérables qui conSlKuaient la terre dçs 
Montagnes, le prieuré ^vait encore d'astres droits dans la paroisse de 



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Plœmear, qni coosistaient dans l'impAt ecclésiastiqae appelé la dtme , 
c'est-à-dire le droit de prélever une certaine portion des fruits de la 
terre sur leurs propriétaires. 

« Des dlsmes nous avons la moitié de Gaidel, et en Plœmeur la 
> disme de dis -sept villages. > 

Il est Traisemblable que le Cartulaire de Qaimperlé confond les 
dîmes du prieuré de Lanneoec avec celles du prieuré de Saiot-rMichel. 
Le premier avait effeclivemeoL la majeure partie de ses revenus ecclé- 
siastiques dans la paroisse de Guidet^ tandis que jusqu'à présent nous 
n'y avons rien déconveri; qui dépendit de Saint-Hichei. 

Nous ignorons quels étaient les dix-sept villages dont il est question 
à propos des dîmes de Saint-Michel dans la paroisse de Plœmeur. La 
chronique de Quimperlé ne les nomme pas ; mais , ce qu'il y a de cer- 
tain, c'est que celte prérogative fructueuse s'exerçait, au nom du 
prieur de Saint-Michel, sur plus du quart de cette paroisse. 

En effet, sur les quinze frairics qui fraclionnaient Plœmcur, les 
quatre que nous considérons comme étant les plus riches, autrefois 
comme aujourd'hui, relevaient dn prieuré pour l'impôt 'des dîmes. 
C'étaient les frairies de Locunolay, de Sainl-Phelan, du Damany et de 
Kerguelen, Les trois premières comprenaient tout le terrain qui s'étend 
depuis la rivière du Ter jusqu'aux confins de la paroisse de Quéven ; 
quant à la frairie de Kerguenel, elle se trouvait entre Larmor et 
Lomener(l). 

D'après ce que nous venons de voir, c'était donc un grand et riche 
prieuré que celui de Saint-Michel-des-Montagnes avec toutes ses terres 
et ses révenus ecclésiastiques et féodaux. Aussi, lorsqu'au xvi' siècle 
l'abbaye de Sainte-Croix en fut dépouillée , on priva d'un seul coup 
son trésor d'un revenu annuel d'environ deux mille livres, c'est Dom 
Le Duc qui le reconnaît : somme énorme pour cette époque t 



{1)tes aalres frairies de Plcemeor étaient : Le liourg. Sainl-Liurenl , Kertafsm , 

Larmor, KerrueBr, Kerveneus, Keréren, Travalaën, Lanneoec, B«usem, Ponnonen. 

Greii éiail divisée en buti frairies : Loetudy , Le Mené , Lomaria , LoguelUs , Lomelaêr , 
Saiat-Laar«Dl , Saint-Jeaa , Stiiiile>Brigitle. 



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^y «T\ T"»^ r> ^~p^ ip H i rw^ 

DU TUMULUS NOHHË EK HOURICH. OU U VIGIE, 

mi PUS u comm N u nnni-sn^B, 

Exécutée au frai* du départonust par Wf . <• Caaié «t IL. (UUh. 



n existe, enclavés dans les dernières maisons qui coaronneot la 
colline snr les flancs de laquelle s'élève le bonrg de La Trinité-sar- 
Mer, les restes d''un tnisnlus conna dans le pays sons le nom de Tigie 
{Er HoarickJ. Sa forme primitive, qui était ellipsoïde, autant qa'oa 
peut en juger, devait mesurer cinquante mètres de longueur sur 
trente de largeur. Par suite des emprunts qui lui ont été faits pour les 
constructions environnantes, sa hauteur moyenne est réduite à environ 
deux mètres au-dessus du sot naturel, sauf en up point correspondant 
au centre, doD( l'élévation a été augmentée pour former ud monticule 
de siK mètres de haut, terminé par une plate-forme serrant de vigie, 
d'où lui est venu son nom. 

C'est au travers de cette élévation que nous avons on devoir onrrlr 
une tranchée de l'est à l'ouest, pensant que, suivant les observations 
faites lors des fouilles du tumnlus de Tumiac et de celui de HaDé-«r- -■ 
Hroèg, avec lesquels notre tamulus avait similitucte d'a^iect, nous 
devions nous trouver plus particolièrementxlaus la direction de rentrée 
da dolmen que nous cherchions. 

Dès les premiers travaux, il nous a été donné de reconnaître que 
nous avions sons les yeux un monument d'une constitution particnliëre. 
Le sol naturel était recouvert d'une couche de sable de mer épaisse de 
trente à quarante centimètres , dans lequel étaient implantées vertica- 
lement ou obliquement, et sans ordre ni distances régulières, d'énormes 
pierres plates ou dalles, variant de dimension depuis un mètre jusqu'à 
un mètre soixante-dix de hauteur, dans les vides desquelles et les 
recouvrant se trouvait un galgal en tout semblable à celui du Hané- 
er-Hroèg. Ne pouvant nous rendre compte de ce genre de construction, 
et pensant que ces pierres, qui se montraient plus nombreuses et plus 
volumineuses dans ta paroi nord de la tranchée, annonçaient que le 
dolmen était de ce côté, ne voulant d'ailleurs laisser aucune partie 

6 



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inexplorée, nous flmes ooTrir ana traacbée se dirigeant da«ad-aa 
nord et conpant, par conséquent, la première tranctiée à -angle droit. 
Comme précédemment, nous n'avons rien trouvé de ce que nous 
cherchions; les pieùes plates se tout montËées Scbées dans le sable, 
aussi nombreuses, aussi volumineuses, et dans un désordre tel qu'il 
nous a été impossible de leur trouver une disposition soit si cercle, 
soit en étoile, en parallélogramme ou en alignement. 

H. René Galles, dont Texpérience vous est connue, Messieurs, a 
visité nos travaux, et, comme nous, n'a pu expliquer la nature du 
monument qui nous occupe. 

Dans la tranchée aboutissant à l'ouest, enfouie dans le galgal à une 
profondeur de cinq métrés, nous avons trouvé la moitié, snr la hauteur, 
d'an tronc de pyramide quadrandnlaire en pierre calcaire, percé en 
son centre d'un trou grossièrement fait par percussion avec un instru- 
mèot pointu , et devant vraiseniblablemeat avoir servi de base à un 
objet maintenu perpendiculaire. 

A environ un mètre plus bas, enfouie dans^Ie sable qui recouvre le 
sol naturel, une fusaïole, ou grain en terre cuite percé, mesurant: 
diam. Ô'",OiO; épaiss. Oj^OSS; de gros morceauK de charbon, un éclat 
de silex, deux petits fragments d'une poterie brune faite à la main et 
trois ou quatre morceaux de.granit fortement pénétrés d'une substance 
bitumineuse, noire, brûlant avec flamme en répandant unelorte odeur 
de résine. 

Dans la tranchée aboutissant au n(H^, également enfoui dans le 
sable, un couteau en silex, brisé aux deux extrémités, ajantO™,100de 
loDgaeur sur (H ,035 de largeur. 

Tous ces objets étaient placés dans bd sol non remanié depuis la 
construction du tnmnlus. 

Comme vous le voyez, Messieurs, la fouille dont voOs. avez bien 
voulu nous charger n'a pas été très fructueuse pour votre masée; mais 
elle aura eu pour résultat de faire connaître un monument nouveau, au 
moins dans notre département. 

Espérons que d'autres explorateurs, plus heureux ou plus savants, 
pourront nous donner une explication satisfaisante sut l'usage d'un 
monument qui ne nous semble pas avoir pu servir de sépaltare. 



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LES DOLHENS DE LA TRIHITÊ-SBE-MER. 

(Pur HH. L d« Cossé etL. GiOei.) 



Chargés par la Société polymathiqne de faire faire des foaiUes an 
tumalus de la Vigie, noas n'avons pas cru mieux utiliser les longs 
instauts de loisir qui nous restaient qu'en opérant qaelqaes recherches 
sons les dolmens si nombreux de cette petite commune. Cesrecherdies 
nous ont été singulièrement facilitées par le bon vouloir des habitants 
qui nous oot donné toutes les permissions nécessaires; nous devons 
mentionner' en parttcnlier l'excellent accneil de M. te maire de La 
Trinité, qui a compris que de semblables recherches devaient plus 
tard attirer les voyageurs et augmenter le bien-être de la commnne. 

Nous venons vous donner. Messieurs , nn rapport succinct mais exact 
de ces fouilles, eo faisant abstraction surtout de tonte hypothèse, 
quelque basée qu'elle nons paraisse, persuadés que nous sommes 
qu'en matière de monuments mègalitiques il faut s'en abstenir absolu- 
ment. Ce que nous allons vous lire est donc an simple exposé, comme 
an journal de nos opérations. 

Le numéro de i^acun des dolmens dont la desraiption va suivre 
correqwnd à ceux du plan que nous plaçons soos vos yeux. 

Dolmen^ nompté Heu-br-Roh . à l'ouest de la Vigie. 

Ce4olmea, ouvert an sud, se compose d'une chambre carrée an 
fond, qui se termine probablement en allée. Nous disons probable- 
ment, parce qu'un mur de clôture ayant été construit sur cette allée 
perpendiculairement à l'axe du dolmen, nous n'avons pu poursuivre 
les fouilles de ce cAté. La table qui recouvre la chambre a été exhaussée 
vers le nord-onest au moyen d'un pilier de pierre qui porte sur le sol, 
et vers l'angle sud-ouest par deux pierres posées entre la table et le 
support de ce cété. La présence du pilier dont nous venons de parler 
n'a pas permis de fouiller l'angle nord-ouest de la chambre, car son 
ébranlement eût pu déterminer la chute de la table et la mine du mo- 
nument. (PLI, fig. 1.) 

La chambre a 3 mètres de longueur sur 1«,90 de largeur aa nord 
et l^gOO au sud; la hauteur intérieure est d'environ i^tSO; huit sup- 
ports soDt apparents, abstraction faite da pilier. 



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— w — 

Nons arons tronré dans ce momunent, à la hantem* du dernier 
support du cOté de l'Est, un couteau en silex pyromaque de O^jOÎK) 
de long; à l'angle sad-ouest, un morceau de résine couleur chocolat, 
paraissant avoir été coulé, qui brttle avec facilité, en répandant une 
fumée noire et intense dont l'odeur est analogue à celte de l'encens ou 
du benjoin. 

Touchant le troisième support à l'Est , nous avons rencontré debout 
sur le dallage les débris notables d'un vase brun-rougeâtre à fond 
plat, allant en s'élargiesant jusqu'à une certaine hauteur, puis se rélré- 
«issanl pour former le bord. Sa partie supérieure , faiblement érasée , 
est ornée en quatre endroits de trois moulures verticales rapprochées 
qui, parlant du bord, viennent se terminer à la panse par un bouton. 
— Bimenâons : hauteur 0o,19; diamètre à la base 0~,100, à la 
panse 0«,2iO, au bord 0"','id5. 

Tout près se trouvaient les fragments d'an vase en terre bmn- 
Tonge, forme bol, à fond bombé, orné sur sa panse de bossettes allon- 
gées, placées horizontalement au hant de la panse, — Hauteur 0",080; 
diamètre 0-,143. 

Enfin, contre la paroi ouest, était nn troisième vase fragmenté et 
renversé sur te dallage, l'ouverlore en bas. Ce vase , en terre brune, de 
même forme et portant la même ornementaUon que le premier décrit , 
a 0",135 de hauteur, 0",090 de diamètre à la base, et 0»,175 de dia- 
mètre à Touvenure. Sous ce vase, qui a^té enlevé avec le plas grand 
soin, nous en avons trouvé un second, qui avait été introduit dans le 
premier et renversé avec lui, l'orifice sur le dallage. Nous avons pu 
l'extraire presque intact ; il est en terre rougeâtre , à fond légèrement 
bombé; sa partie supérieure, faiblement évasée,. présente, en quatre 
points,. une ornementation analogue à celle que nous venons de dé- 
crire , sauf le bouton terminal qui fait défaut; il a O'BjOSS de hauteur 
et 0iv,145 de diamètre. Noos avons minutieusement examiné la terre 
qiill contenait, et nous n'y avons trouvé qu'un éclat de silex et deux 
petits galets, l'un en schiste, l'autre en quartz blanc. 

Plusieurs éclats de silex ont été recueillis parmi les terres du dohnen, 
ainsi qu'une assez grande quantité de tessons. 

Le dallage, composé de pieires plates, était bien conservé et repo- 
sait snr une couche de terre battue. 

N" 9. 

Ce dolmen, ruiné et bouleversé, est situé â l'Est de la caserne de 
^dual; on n'en voit plus que quelques supports qui semblent former 
un cabinet attenant à une chambre. (PI. I, fig. 2.) 



DigitizcdbyGOOglc 



No 5. 

Ces restes de dolmeo , sitaés aa sud-ouest du mur d'endos du châ- 
teau du Laz, De consistent qu^endeux grands supports plantés à angle 
droit. 

N» 4. 
Dolmen nommé Eft Roh, à l'ouest de IÇmarker. 

Ce dolmen , situé sur un monticule , se compose d'nne allée ouvrant 
à TEst, d'une chambre et d'un cabinet an sud de la chambre. La table 
qui recouvrait une partie de cette chambre a été défdacée, et un de 
ses angles est tombé sur le sol intérieur, ce qui n'a pas permis de le 
fouiller vers le nord-ouest. La communication entre ta chambre et ie 
cahinel est très étroite; les supports sont au nombre de quinze; la 
longueur du monument est de 5 mètres environ. (Pl^Iifig. i.) 

Sur le dallage, qui était assez bien consBrvér'€ous~avons trouvé 
un grain de collier en agalmatohte, de forme irrégulière , ayant 0>° ,037 
de long sur O^jOSO de diamètre moyen et percé de part en part. 

Au même point, une pointe de flëctie à ailerons, en silex ; cet objet, 
«st intact et mesure 0°',030 de longueur sur 0<°,023 de largeur. Tout 
près, nons avons rencontré ap petit silex taillé analogue aux plus 
petits couteaux des cavernes de la Dordogne ; il a 0°>,033 de long sur 
O-.OOT de large. 

An cAté nord, se trouvait un petit fragment de fer oligiste, usé irré- 
gulièrement sur toutes ses faces et paraissant avoir servi de polissoir, 

Enfin, à la jonction de l'allée et de la chambre, nous avons ren- 
contré un objet en or pur, formé de deus calottes sphériques soudées 
ensemble. L'ornementation de la face supérieure consiste en un 
bouton rapporté et sondé, formant le centre de quatre cercles con- 
centriques faits au repoussé; l'autre face, percée d'un trou central 
communiquant avec l'intérieur, porte soudées les restes d'une lame 
d'or qui a été brisée; à la jonction des deux calottes se trouvent deux 
petites gorges ornées de cannelures perpendiculaires. Le diamètre de 
cet objet est de 0" ,032, son épaisseur de û^jOlG. (') 

Parmi les terres du dolmen se trouvait un fragment de bracelet en 
bois, analogue à celui qui a été découvert au tumulus de Saint-Galles, 
en Arradon. Ce fragment a O^jOS de long et une épaisseur de 0'",611 
sur O^.OOS. 

Sous le dallage de ce dolmen existait une forte couche de galets en 
quartz blanc. 

Gst objet, qiN nout crojoas d'une épuqae postérieure aux mires objett Irouiés dans 



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— 88 — 

NoQS avons recaeilli avec le pins grand soin de nombrenx fragments 
de poteries dont les ornements vont apporter de nouveaux éléments à 
la connaissance de la céramique des dolmens. Noas avons pn reconsti- 
tner des portions notables de vases dont noos coyoDS devoir donner 
nne description aussi exacte que possible. 

1° Des fragments d'au moins deux vases en terre ronge ornés de 
bandes horizontales et alternées; les unes unies et divisées en trois 
par deux traits au pointillé, les antres couvertes de lignes diagonales 
aussi an pointillé. 

2> Fragments d'un vase en' terre brun-rongeâtre , forme tulipe, 
orné de bandes horizontales alterneiives : Tune unie et séparée en trois 
par deux traits au pointillé, l'autre couverte de lozanges formés par 
des lignes diagonales au pointillé. ' 

3" Fragments d'un antre vase en terre bmn-rongeâtre i bords 
droits, légèrement évasés, se rattachant an tond par une arête mousse 
qni forme panse. Le fond parait aller en diminuant pour se terminer 
par une base aplatie. Son ornementation, analogue à celle du précé- 
dent, consiste en bandes alternatives, l'une formée de lozanges, . 
Tantre unie , divisée en trois par deux traits an pointillé. 

4° Fragments d'dn grand vase en terre rongedtre ; ce vase devait 
avoir le fond bombé, et sa panse se rétrécissait à quelque distance du 
bord qui montait droit et se terminait saus évasement. Il est orné de 
bandes horizontales offrant tantôt des dents de scie, tantôt de simples 
lignes diagonales au pointillé, et de deux bandes unies ornées d'une 
ligne de gros points en creux. 

5° Un vase presque entier, en terre brune, forme tulipe, à fond 
rentrant. Ce vase est orné, dans presque toute sa hauteur , de lignes 
horizontales tracées à la pointe. Ces lignes, d'un parallélisme qni laisse 
beauconp à désirer, accnsent un ouvrier peu habile, quoique la fac- 
ture du vase soit assez bonne. — Haut. 0",130; diam. 0"',145. 

6" Fragment d'un vase en terre noire , forme bol. Cette terre est 
mieux cuite que la plupart de celles qui forment les poteries des 
dohnens. 

T" Fragments de vase en terre rougeâtre orné de petites lignes en 
creux assez régulièrement espacées, semblables à celles que pourrait 
produire un ongle. 

8° Quelques fragments d'un vase en terre brune, orné de bandes 
horizontales alternativement unies et couvertes de hgnes diagonales 
au pointillé. 

Enfin , beaucoup d'antres fragments de poterie plus conunnne mêlés 
à des écUt$ de silex. 



DigitizcdbyGOOglc 



Ce dolmeo^, sitné an nord de l^vilor et oavert à l'Bst, ne présente 
pins qae six supports formant une chaoïbre à pea près carrée et le 
conuneDcement d'une allée. (PI. I, fig. 5.) 

H» 6. 

Ces deax dolmens se trooTent sur une éleratiou de terrain dans une 
lande au nord de l^marker. Ils sont ouverts à l'Est. La fouille qae 
nous y avons faite ne nous a donné que de faibles résultats consistant 
en quelques fragments de poteries. 

Le plus au nord, à chambre carrée, a son entrée plus près delà 
paroi sud de la chambre qui mesure 2'°,70 en carré. La longueur dé 
l'allée est d'environ i^iOO, et sa largeur varie entre i'OjOO et I^ÎO; la 
table de la chambre est déplacée et repose sur ie sol intérieur ; on 
compte en tout onze supports. 

L'autre dolmen est plus petit, et nous n'avons pu le fouiller en entier 
â cause du déplacement de ses tables. La chambre parait être ovale et 
assez basse. Noos avons rencontré dans l'allée quelques fragments de 
poterie faisant partie du même vase. (PI. I, fig. 6.) 

N" 7. 

Ce dolmen,, situé à l'Est de Penber, oe présente plas que deux ou 
trois supports. 

N« 8. 

Ces dolmens sont situés sur nn petit monticule au bord de la rivière 
de Crach et à l'Est de Kvilor. On avait commencé à les iouiller, il y a 
deux ans, mais cette première fouille n'avait produit que quelques 
fragments de poterie. 

. Les deux dolmens sont séparés l'un de l'autre par un espace de 
3»,50. Le plus au nord, formé d'une chambre et d'un corridor, a lès 
dimensions suivantes : 

Longneur de la chambre 2","I0 

Largeur. 2 70 

Longueur de l'allée 3 50 

. Largeur 65 

Les tables manquent, excepté un fragment de l'une d'elles qui sub- 
siste encore à. la jonction de l'aQée avec la chambre; les supports sont 
an nombre de dix-huit. 

Le dolmen du sud n'a pas non plus de tables, à l'exception d'une de 



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celln qni recooTraient le corridor; U u compose de quatorze sni^rte. 
Teid ses dimeDsions : 

Longueur de la chuabre 3^,10 

Lai^ear 2 90 

Longneor de l'allée 4, 30 

Largeur 80 

Dans ces deux dolmens, la chambre a Vone de ses parois latérales 
droite et formant na angle droit avec celle dn tond , tandis qae Taotre 
paroi latérale décrit une courbe pour aboutir à I''allée. [PI. I, Sg. 8.) 

Dans les déblais rejetés aocienoemeiit de ce dolmen , doqs avons 
trouvé iin couteau en silex de 0»,075 , deux éclats de silex, quelques 
fragments de poterie et m grain de tollier en callaïs, de forme k peu 
près triangulaire, mesurant 0",018 sur 0»,015 avec une épaisseur 
de 0-,004. 

La fouille que nous avons faite dans l'autre dobuen nous a procuré 
les objets suivants : 

Ua couteau en silex extrêmement pointu, de 0<°,0g4 de longueur; 
deux autres couteaux de fonne ordinaire , ayant Ton 0^,087 et l'autre 
0°,116 de longueur; une hache eu diorite, brisée à la pointe et 
mesurant O^jOeo de long sur 0»,040 de large ; une autre bâche en 
diorite, brisée à la pointe, ayant O^jOB? de longueur sur une largeur 
de 0<°,048 ; une pendeloque en ardoise, de forme trapézoïdale, percée 
au milieu , longue de 0i>,Û31 et large de 0-,0a3 ; cinq édaU de silex ; 
à l'entrée de la chambre , des fragments de poteries en terre jaunâtre : 
nous en avons pu former la plus grande partie d'un vase en forme 
de bombe, et à anses horizontales. 

Dans ce dolmen , ainsi que dans les autres que nous avons fouillés , 
la plupart des objets recueillis par nous étaient en place, et quoique 
les moQomeats fussent en partie ruinés , au moins dénudés presque 
entièrement de leurs lumulus, noiis ne craignons pas d'affirmer qu'au- 
cunes fouilles antérieures aux nôtres ne sont venues changer les dis- 
positions de ces sépultures. . 

■ N" 9. 

Ces deux dolmens , situés k l'ouest de Btisper , ont été presque tota- 
lement minés par la constmctiou d'un mur eu pierres sèches qui les 
cadieméme en partie. Ils étaient ouverte au sud et placés sur une 
ligne nord'Sod au lieu d'être parallèles comme d'habitude. (PI- I, 
flg.9.) 



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SOIE SDR DES FOUILLES 

opârAbs BH ISU 
DANS LES DOLMENS DE ¥^SV , A PARK-ER-GUËRËN 

(Pir H. le Di A. de CkMinidBtK,; 

Le dobnen qae j'ai fooillé avec le concours de M. Alphonse HartiD , 
-est placé à la partie culminante d'un bois , dit Coët-1^0. 

Ce bois, situé dans la commune de Cracb, à l'ouest du bourg, dont 
il est distant de cinq cents mètres environ , dépend de la terre de 
^gnrioné. 

Si Ton prend la ronte qui mène de Cracb au passage du Laz , on 
rencontre au sortir du bourg, à gauche, dans le Park-er-Roh, près le 
Peadrëg , un magnifique dolmen ruiné , mentionné dans notre cata- 
logue. Ua peu plus loin , à droite , on voit le bois de ^sù. Et , si avant 
d'arriver an village de Loufang, on se dirige encore à droite, à travers 
un bois de sapin, en vue de la chapelle de Saint-Jean, on aperçoit une 
petite colline , sur laquelle sont assis deux beaux dolmens encore rai- 
nés; c'est le Park-er-Guérën. Je signale ces deux dolmens, car notre 
catalogue les passe sous silence. 

La fouille de l'un de ces dolmens a été pratiquée presque sans ré- 
aulUt. 

Le dohnen de l^sû , plus intéressaut , est orienté au sad-est ; il a une 
chambre et une galerie. 

La galerie , longue de 3 mètres 20 centimètres , sur 1 mètre 20 cen- 
timètres de large, est constituée par trois supports ou menhirs à 
gauche et par deux seulement, adroite, le support intermédiaire de 
ce cAté ayant disparu. Dallage grossier. Hauteur des menhirs : 1 mètre 
et pas de table. 

La chambre, à peu près régulièrement çircalaire, ayant deux mètres 
de rayon, est limitée par- neuf pierres debout. Les deux menhirs qui font 
face à l'entrée de la chambre , supportent encore une table qui nous 
donne 1 mètre 60 centimètres de longueur, sur une laideur de 1 mètre 
SO centimètres. Hauteur du dallage à la table : f mètre 10 centimètres. 
(PL H, figure 7.) 

Lorsque noas avons commencé notre travail, la galerie et la chambre 
étaient littéralenïeut comblées de pierres et de terre. On apercevait, i 
peine, rextrémité de quelques-uns des menhirs, et, aa miliea de la 



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cbambre , il nons a falla abattre on gros sapin , xiià ; avait pris racins 
depuis nne cinquantaine d'anoées. 

En dégageant la galerie, noas ne rencontrons que des tessons de po- 
teries celtiques. Nous en recueillons également dans \i chambre : les 
uns eu pâte relativement fioe, avec des dessins ; d'autres, au contraire, 
sont très grossiers, et recouverls d'une croûte épaisse de charbon. 
Avec de la patience, il nous a été possible d'arriver à reconstituer Tou- . 
vertare presque toute entière d'une urne très grossière dont le rebord 
épais présente un dessin composé de lignes parallèles entrecoupées de 
façon à former des losanges. Celte ouverture devait avoir, à l'état com- 
plet, 20 centimètres de diamètre. 

En entrant dans la chambre, à droite, sur le dallage , la pioche de 
l'ouvrier rencontre et brise en deux fragments un Beau cetleB, Restauré, 
il est long de il centimètres sur 4 centimètres à sa partie tranchante. 
Ce ceitœ, couleur de corne légèrement rosée , est d'une transparence 
parfaite, et d'un âni achevé. 11 parait èire en quartz-agate. Plus loin, 
nons trouvons une tète de flèche à ailerons, en silex bleuâtre, à bords 
finement dentelés en scie. Elle est intacte, et analogue, pour la perfec- 
tion de la taille, à celle que nous avons , mon frère et moi , déposée au 
Musée archéologique de la Société , après nos recherches de Crnhelz 
(1864). En avançant, nous reneillons encore nn.celtœen grès, très gros- 
sier, offrant cependant un caractère particulier qui mérite une mention 
spéciale. Ici] l'extrémité inférieure, au lieu d'avoir un bord trancbaut, 
' est taillée à pan émonssé ; deux lames en «Hex , du genre de celles 
qu'on désigne improprement sous le nom de couteaux en.sileXf sont 
mises de cAté. Nous ramassons, en même temps, de nombreux silex, 
des cailloux roulés et des fragments de charbon. 

La chambre , ainsi que la galerie , avait un dallage grossier , géné- 
ralement constitué par des pierres plates de dimensions variées , repo- 
sant sur une couche de terte grise, parsemée de fragments de charbon. 
Nous récoltons dans cette terre de nombreux tessons de poterie. Disons 
toutefois, qu'au-dessous de la table unique, les pierres de dallage spnt 
plus larges , plus polies , et semblent avoir été usées. 'C'est là que nous 
trouvons une pierre de 30 centimètres de long, sur 25 de large , en 
granit , offrant sur une de ses faces i nne cavité assez régulièrement 
circulaire , très polie , figurant un véritable mortier. Nous mentionne- 
nn deuxième fragment de granit , moins grand que le précédent , 
creusé et poli de la même manière , et ayant dû servir aux mêmes 
usages. 

Le second dolmen que nous avons fouillé , [graissait devoir nous 
donner de meilleurs résultats que le précédent. Au Park*-er-Guérèn', 
où le monument était miedx conservé , nous n'avons rencontré que des 
fragments de poterie, mais ici, ils sont tons avec des dessins. Il nous a 
été possible de refaire, d'une part, denxfonds d,'ume, et de l'autre , le 



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— «.— 

tiers, à pea près, d'ooe troisi&me-en poterie ronge, beanconp plas fine 
et beaucoup pins dore, tnatile d'ajouter que de oombreux silex, de noio- 
breax cailloux roulés, et des fragments de charbon , ont été extraits 
de cette terre ooire et onctueuse qui recouvre souvent les dalles de 
nos dolmens bonlversés. 

Le dolmen de Park-er-Guérën présente uae particularité que je tiens 
à noter avant de terminer sa courte bistoire . Dirigée de t'est à l'ouest, 
l'entrée, au lieu d'être ouverte, est fermée par une énorme pierre de- 
bout, dépassant de chaque cAté les menhirs latéraux. Ceux-ci sont au 
nombre de quatre , denx de chaque cAté. L'espace étroit compris entre 
ces cinq pierres est fermé vers la chambre par une nouvelle pierre 
debout, qui intercepte tonte communication avec la seconde partie du 
tombeau. La chambre , de forme irrégulièrement carrée , est close en 
avant par deux pierres debout se réunissant à angle obtus. Snr les 
cdtés également par deux pierres ; une seule fait la paroi du fond. 
Relativement, ce dolmen est petit. Galerie : 1 mètre 60 centimètres de 
long sur 70 centimètres de large, et 1 mètre de haut. Chambre : 1 mètre 
70 centimètres de longueur, sur 1 mètre 50 centimètres de largeur, et 
1 mètre de hauteur. Il existe encore une table à la jonction de la 
chambre avec )a galerie. Pour fouiller celte dernière, il nous a fallu en 
extraire deux, qui.la comblaient dans tonte sa longueur. La galerie nous 
a donné l'urne en terre ronge ; la chambre, les deux autres fonds noirs, 
à dessin pointillé. 

A côté, se trouve un grand dolmen qui a été fouillé depuis longtemps 
et dont il ne reste qu'une grande table, celle de l'entrée. Je me con- 
tente de le signaler. 



RAPPORT 

EUS 

M FOUILLES FAITES PAR LA SOCIÉTÉ FOLTMATHIQUE 

Soita la dirsGtioB de Hlf . René Gallea , Greuy et da Clo«iiad«i(C. 

(U. G. de Closmadenc, rapporlear.) 



Le Comité des fouilles nous ayant confié la mission de diriger des 
recherches dans les monuments dits celtiques des communes de Carnac 
et de Ploahamel , nous venons vous rendre compte de nos opérations 
et de leurs résultats. 



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— w - 

Les fouilles ont pcurté particaUërement sur. hait dolmens el no 
tamalug. 

Noos DO citerons, bien entendu , que pour mémoire, un monticule 
élevé sur la falaise de Quibéron qai , par sa forme , ses dimensions et 
ses caractères extérieurs, nous avail laissé supposer qu'il pouvait ren- 
fermer UD mopument [uoéraire. Après deux journées de travail , nous 
nous sommes assurés que nous n'avions affaire qu'à une butte de 
sable , et nous avons arrêté les fouilles de ce côté. 

Avant d'aller plus loin , nous tenons à remercier publiquement les 
propriétaires des terrains sur lesquels ont été pratiquées nos fouilles. 
Aucun d'eux n'y a mis d'entraves , et quelques-uns nous ont accordé 
l'aulonsation dans les termes les plus courlois et sans condition. Nous 
nous plaisons à rendre particulièrement ce témoignage à H. Jégo, maire 
de Plouha^-nel; à M. Le Toullec, inspecteur d'enregistrement à Vannes; 
à M"" Henrieue de Gouvello , el à M. C" de Gouvello. 

1* DOLHEN DE ftROH (PLOinuniiEL). 

Le premier dolmen touillé est celui de H<'ob. Situé à quelque distance 
au sud de Ploubarnel, ii se compose d'une seule table posée sur trois ou 
quatre supports. Orienté à l'est, il était enfoui jusqu'à la table. Nous 
l'avons déblayé complètement. On a trouvé , sur le roc qui servait de 
plancher â la cham^ire, une grande quantité de terre noirâtre, du char- 
bon el des poteries brisées. Un des fragments présente, sur une surface 
brune et comme lustrée, un genre d'oruementalion, d'une très grande 
' élégance. Si Ton en croit les bruits de la conirée , le dolmen de tçtoh 
aurait déjà été fouillé, il ; a une trentaine d'années ; on y aurait trouvé 
plusieurs cellœ en pierre, et des poteries. 

s» DOLHEN DE RUNESTO. — (PLOimuiiiEt.) 

Le village de Runesto est situé à droite de la route, avant d'arriver à 
Plonharnel. 

Le' dolmen , situé dans un cbamp , n'a qu'une seule cbambre circu- 
laire constituée par huit supports et une table ; orienté à l'est; enfoui 
jusqu'à la table. iPl. li, flg. S). 

Le déblaiement de la crypte nous a donné : du terreau, des char- 
bons, de rares poteries et un silex taillé. 

M. Louis Galles possède le croquis de trois celtse eo jadéite , qui ont 
été trouvés autrefois sous ce dolmen. 

3* DOLMEN DU HANË-KLUD-ER-IÉR (Butte du PERCUOtR des Poules.)— (Carn*(4. 

Ce dolmen , situé à droite de la route d'Âuray à Plouharnel , avant 
d'arriver à la hauteur du village de ^iavat, est remarquable, bien que 
ses tables aient disparu. 



DigitizcdbyGOOgle 



Représentez-Tons tine longue galerie de 10 mitres de longaenr , sar 
i mètre de large, orieotée à l'est , avec trois cabinets latéraux ^an aa 
sud et deux an nord). Chaque cabinet a en moyenne S mètres, dans les 
deux sens , et communique avec la galerie. Le plan du monument est 
arrêté par trente menhirs debout, on supports ; pour plancher, le roc. 
{PL n, fig. 3t. 

On a extrait, tant de la galerie que des cabinets, une grande qnantité 
de terre, de charbons, de poteries, un gros grain en terre cuite percé, 
quinze silex pyromaqaes diversemeot taillés et tin fragment qui parait 
avoir appartenu à un celts. 

(< DOLMEN EK AUT^UEU (lis AorcLS.) — (Cuiiuc,) 

Le dolmen d'en Âatérieu est situé au-dessous du village du même 
nom, à quelque distance à gauche de la route de Plouharnel. Il se 
compose d'une longue et étroite galerie tarminée par une chambre 
incomplète : dix-neuf supports et trois tables. La longueur totale du 
monument intérieur est de ^<^ 70. La galerie est foil étroite : elle n'a 
qu'an mètre de largeur , et dans le point de jonctioQ de Vallée et de la 
galerie, il n'y a que 65 centimètres de largeur. Orientation : sud-est. 
(PI. II, fig. i.) La chambre et l'allée étaient complètemeoL eacombrées, 
et enterrées jusqu'aux tables. 

On a trouvé , profondément : de la terre noirâtre, parsemée de char- 
bons; une quanlité énorme de poteries, parmi lesquelles un vase en 
forme de grossier creuset, presque entier; un fragment de quartz; on 
couteau en silex ; treize silex taillés dont an , long de 7 centimètres , 
. est lancéolé, et des fragments de tube en fer. 

5« LES DOLMENS DE IQWAL. — (Cahnu.) 

Les dolmens de l^aval sont au nombre de quatre (trois & droite, et 
un à gauche de la route d'Âuray à Plouharnel). Nous les désigoerons 
parles lettres A, B, G, D. (PI. H, fig. 5). 

l" Solmom A, B, C, adroite de la route. 

Les trois dobnens A, B , C forment un groupe de dolmens construits 
sur un tertre naturel , appelé Hané Gréonëg (butte de la frênaie) , au 
bord de la route, à environ quatre kilomètres de Plouharnel. Avant les 
' fouilles, les trois dolmens étaient à peu près complètement enfoais 
jusqu'aux tables. • 

Dolmen À. — Ce dolmen se compose d'une chambre spacieuse et 
d'une longue galerie , dont l'entrée est orientée an sud. La longueur 
totale du monument, dans œuvre, est de 8" 50; la chambre carrée a 
une largeur de 2<* 30 , et mesure en hauteur du sol au plafond 3" ; la 
galerie d'accès, longue de ^as de 6», a «ne largeur moyenne de 1» 6^ 



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Lemonament, dans son ensambleiest formé de treize menhirs on 
supports plantés Terticalentent, elde quatre tables de recoarrepient , 
en granit. 

Les foailles du âohnen  ont mis à décoavert na grossier dallage de 
pierres plates posées sur le roc, eotre le roc et le» dalles, nn très 
grand nombre de cailloux roalés, provenant sans doate de la plage 
voisine ;sar les, dalles,. une conche épaisse de terre et de terreau noi- 
Tâtie [épandns en abondance dans la chambre et l'allée , et mélangés 
avec une grande quantité de charbons ; une masse considérable, de po- 
teries, la plupartbrisées, aussi remarquables par la diversité des formes 
que par la variété des décorations extérieures dont quelques-unes sont 
revêtues. 

A.|*entrée de la chambre , et sur un m£me point, on a recueilli : un 
petit ceitte en fibrolite, long de 0^,037 ; cinq silex taillée, à bords cou- 
paots ou à pointes aiguës ; une tête 4e Sèche en silex ; un fragment' de 
quartz transparent; deux grains en terre cuite, aplatis, percés d'un 
trou, du genre de ceux qu'on a désignés improprement sons le nom 
de pesons de fuseaux ; nne pierre calcaire , d'une forme particulière , 
se rapprochant de celle d'un celtœ, incrustée de coquillages fossiles. 

Dolmen B. — Ce dolmen, parallèle au précédent, dont il n'est séparé 
que par un espace de quelques mètres, a des dimensions plus considé- 
rables, orientation également au sud, riogtrqnatre menhirs ou supports, 
et quatre tables. La longueur totale, dans œuvre, (chambre et galerie) 
est de 1 mètres. La cbambre, à elle seule, mesure 3o,35 en tous sens; 
hauteur du sol au plafond : 2 mètres. 

Ce dolmen à galerie, fort remarquable par ses proportions colossales, 
l'est surtout par les sculptures que présentent un certain nombre de 
supports de la chambre et de la galerie. On compte jusqu'à huit pierres 
des parois , dpot les larges surfaces intérieures sont sillonnées d'orne- 
mentations ou de signes gravés. Après le monument de Gavrinis, qui 
l'emporte sur tous les autres, le dolmen B, de l^iaval, notis offre le plus 
curieux échantillon de la sculpture lapidaire caractéristique des tom- 
beaux armoricains, saqs en excepter les cryptes du Mané-Lud et du 
Petit-Mont. La chambre était aii irois-quarls comblée, la galerie l'était 
complètement. Commè^ dans le dolmen précédent , le sol était recou- 
vert d'un lit de cailloux roulés, sur lequel portait un dallage de pierres 
plates iriréguhères. 

On a trouvé une quantité considérable de terre et de terreau noirâtre 
et de charbns, ainsi qu'un assortiment noodjreux de poteries brisées, 
dont la plupart sont déjà recollées par les soins et la patience de notre 
conservateur, H. de Cussé, et orseot, les vitrines du Musée de Yannes. 
On a recueilli en outre, sur le plancher 4e la chambre, deux fragments 
osseux, dont un appartenant, bien évidemment , à la- dlapbyse d'un os 
long: na buméms , par exemple; un grain eo teire cuite , percé, de 



UigitizodbyGOOgle 



Di,ilizMb,G00glc 



— 95 — 
coulear ro^eâtre ; no antre grain en terre caite,j)las deose, QoirAtre, 
commf lastré extérienreiheDt, et. d'une forme spéciale ; un r-ogoon de 
quartz rouge. 

Dolmen C. — Placé entre les deux dolmens précédents,' à'ia hauteur 
des chambres^ iliéar est perpeadicnlaire, sans communiquer atec eux. 
Orlenlatioo à l'est ; Ignguear , dans œuvre , 6 mètres ; largeur, 2» ,20 ; 
hanteufi 10 centimètres. Composition : 9 menhirs oa supports, et trois 
tables. Le plancher de la crypte est représenté par n'ois dalies larges 
et épaisses, allant d'un saison à l'autre. 

La caTité funéraire était remplie de pierres et de terre. On y a re- 
cueilli, au milieu da terreau, et profondément, quelques rares poteries, 
et un couteaa en silex, loôg de Op,075. 

> Dolmen D , de Éeriaral . ■ . 

Le dolmen D est'silué en vue des dolmens précédents, mais à gauche 
de la route, au milieu d'une lande sur laquelle on voit dispersés un cer- 
tain nombre de meQhirs.Il est remarquable. par les dimensions énormes 
des matériaux qui le composent. Vingt-deux supports et trois tables de 
recouvrement ; une longue galerie de 9 mètres de longueur) orientée à 
l'est, avec trois cabinets latéraux, dont deux au nord, et un au sud.' ' 

Le déblaiement des crypte's a donné une grande quantité de ter- 
reau noirâtre et de charbons ; d'innombrables poteries brisées, aussi 
variées de forme que d'ornementation ; dans la galerie principale. Vers 
le miheu, deux gros grains en terre cuite, ronds , percés d'un trou , 
couleur rougeâlre; deux rondelles aplaties et percées, dé couleur 
terte , en turquoise (callaïs de M; Damour) , analogues aux' grains de 
collifir de Tamlac et du ment Saint-Micbel ; deuit couteaux en silex ; 
an fragment de quartz hyalin. 

fl* TUHULUS DU HANÉ-RUUENTUa (prts dif nUige de KreUD.),— (CaBIUcJ 

Situé sur le sommet d'une colline; tombelle en forme de <^ue très 
diéprimé; base circulaire d'un diamètre de 22 mètres environ et d'une 
hauteur. a'enTiron 3'",60; composé en. presque totalité de terre, avec 
un noyau central de. pierres (galgal) de 61" ,40 de diamètre et 1>>,10 
de hauteur. Dans le galgal, est ménagée une chambre longuedeS^^SO, 
dont il ne reste plus que la paroi ouest (?}, la paroi opposée ayant 
disparu par suite de ïouillee anciennes. 

Les parois de cette .crypte ont ceci de remarquable qu'elles sont 
«miposées d'uu mur de pierres sèches comme à Crubelz. 

Crypte remplie de terre ; une couche de sable de mer un , répandu 
sur le sol. _ , 

On a troaré dans la chambre, appuyée contre la paroi, une unie en 
terre cuite, à quatre anses, entière, bau(e de d«,155, et quelques 
fragments de poteries et de. charbons; un p^let en tarte coite,- Doe 
petite boule 'en terre cuite, deux silex-tailléâ'. 

Sam le tomolas : ou fragment insigniâaiit de bronze. 



wbyGoosIe 



Après ce compt^-reodn, aussi exact mais aasstsacdDCt que possible, 
des recherches qne noas venons de faire an nom de la Société on sons 
ses auspices, il n'est pas sans intérêt d'en envisager les résultats d'nne 
façon générale. 

Noas avoDs mis & décoarert hd certain nombre de dolmens, dont 
la plupart étaient antitrois-qnarts enfouis et inaccessibles à l'intérieur. 
Le trarail de déblaiement aura en pour premier effet, en les rendant 
abordables, de permettre de les mieux étudier et d'appeler sur eux 
l'attention des visiteurs. 

Eq même temps, nous arons en la bonne tortano de recueillir sous 
les tables une foule d'objets curieux destinés i accroître les richesses 
denotre-Husée, déjà si riche en antiquités du même genre. Tontefois, 
nous nous empressons de reconnaître que, si ces fouilles oot donné 
des résultats matériels qui se traduisent par une augmentation notable 
de nos trésors archéologiques, aucun de ces résultats n'est de nature 
à contredire ni même à modifier sensiblement ' les notions donti la 
science est redevable aux explorations et aux recherches antérieures 
de la Société. 

Les monuments sur lesquels ont porté nos fouilles, et qui appar- 
tiennent aux contrées privilégiées de Carnac et de Plouliaroel, étaient 
en majorité signalés ou connus, quoiqu'ils fussent presque tous plus 
ou motos enterrés dans les restes de leurs tombelles primitives, et 
quoique leurs galeries funéraires fussent encombrées jusqu'aux tables. 
Aussi, bien qu'aucun d'eux ne nous ait offert de traces de fouilles ré- 
centes, du moment qae le dolmen se trouvait en quelque sorte décoo* 
ronné'de son tumulos, il nous était ccHumandé de ne conclure qu'avec 
circonspection et d'être sobre de commentaires. 

td, comme partout, nous avons retrouvé la tradition populaire 
muette sur la vraie destination des dolmens, mais unanime pour attester 
l'existence merveilleuse de trésors cachés dans leur sein. Pas un qui 
n'ait sa légende, et cette opinion invétérée, en laissant supposer qne 
la cupidité a tenté plus d'un fouilleur dans les temps anciens comme de 
nos joUrs, explique en partie au ntoios les innombrables ruines dont le 
sol armoricain est parsemé. 

Heiativement à la tombelle de Rumentur, oâ nous avons découvert 
une urne entière , un vieux paysan nous racontait que jadis un prêtre 
s'avisa, pendant la nuit, de commencer des foifilles en ce lien. Grâce 
& une étude spécifde du sujet, od peu de magie s'; mâlaid sans doute, 



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il 8a¥ait que le travail devait , poar réossir, être opéré Â jeàn et dans 
le plus profond silence. 

Les ouvriers en étaient informés solenoellement. Gependant, qnand 
la trouée pénétra dans la chambre mystérieuse , un monceau d'or et de 
diamants apparut et produisit un tel éclat qu'un des traraiileurs laissa 
tomber sa pioche et poussa une csdamation. Soudain, le trésor t'évï- 
Douit comme l'ombre d'Ëur>dice, et le vieux prêtre s'en retourna an 
presbytère découragé. - ' 

Au village d'en Autérien, on voit encore un colossal dolmen engagé 
sous les fondations mêmes d'une chaumière. Ce nom d'en Ântérteu, 
signifiant (le village) des autels, a dû lui être donné à une époque oit 
la tradition vraie était déjà perdue sur la destinatloo enclosivement 
funéraire des dolmeos. . 

Comme monuments , tous ces dolmens se rattachent par de& carac- 
tères communs : situation sur des sommets, et, la plupart du tentps, 
dans des terrains rocailleux et iocuites; plan et mode .de' constructicm 
uniformes, constitués par des blocs de pierre dont les dimensions ^co- 
lossales étonnent, juxtaposés ou superposés sans trace de ma^noerie 
nî de ciment; constructions qu'on peut ramener au tjpe primitif, 
lequel est ordinairement représenté par un certain nombre de menhirs 
debout et alignés, couverts d'une ou plusieurs tables, le tout arrangé 
de (açon à limiter des cavités intérieures : chambres ou galeries. 

L'orientation de tous ces dolmeas est sensiblement la même,. variant 
de l'Est au Sud , sauf de rares exceptions; t'est là la loi qui préside 
à l'orientation de tous nos monuments dits celtiques. 

Si nous pénétrons dans les détails, en ne raisonoant toutefois que 
sur les dolmens que nous venons d'explorer, nous voyons que taotêt 
le monument est un simple dolmen, c'est-à-dire des piliers bruts sur- 
montés d'une table et formant une chambre unique comme à l^roh et 
à Runesto; tantôt il est accompagné d'une longue galerie (Bi.iaTal, 
enAulérieu, Hané-Klud-er-iér); tantôt le dolmen, avec ou sans ga- 
lerie, est isolé; tantôt plusieurs dolmens sont groupés sur le même 
lieu et en quelque sorte associés, ex. : les trois allées couvertes du 
Hané-Gréonëg (î^iaval). Ailleurs, à la galerie principale, sontannexés 
des cabinets latéraux, en nombre impair (dalmens D de lUaval et 
dolmen de Klud-er-iér). 

. Riçn de fixe relativement à la forme des chambres et à leurs dimen- 
sions (longueur,, largeur et hauteur). Le. plus ordinairement, la 
chambre est irrégnlièrement carrée. Cependant nous avons vii la 
chambre affecter la forme parfaitement circulaire comme dans le 
dofmen de Koët-l^su. Le nombre des blocs qui servent de supports et 
des tables qui les recouvrent est également variable. 

On peut s'assurer de même .qu'il n'y a aucune règle «onstante au 
sDjet des plancbers des cryptes. Ici, c'est le roc & peiné égalisé qui 

1 



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(orme le plancher (dolmen âeEroh); là, le sol est recouvert d'an lit de 
cailloux maritimes surmonté d'an dallage de pierres plates de moyenne 
grandeur (dolmens A et B de Kiaval); ailleurs, te plancher de la 
crjpte est constitué par des dalles énormes de granit, allant d'un 
support i l'autre (dolmen C de I^iaval). 

. Un. seul de ces dolmens à galerie nous a présenté sur ses parois des 
décorations ou inscriptions lapidaires (le dolmen B de ^iaval). On 
compte jusqu'à huit pierres de supports sculptées, tant dans la chambre 
que dans Tallée. Nous ne croyons pas nous tromper en disant que le 
dolmen B de I^iaval nous offre, après le monument de Gavrinis, le 
plus remarquable échantillon du genre sculptural appliqué aux dol- 
mens, et qu'il sera visité avec intérêt par les archéologues. 

Nous avons à peine besoin d'ajouter que,'dans aucun de ces dolmens, 
nous n'avons observé de rigoles et de bassins destinés à faciliter 
l'écoulement du sang des victimes, suivant l'expression complaisante 
et sempiternelle de quelques touristes à imagination vive. Un de ces 
dolmens (celui d'en Autérieu, je crois.) présente à la surface supérieure 
de ses tables des rainures plus ou moins profondes et régulières; mais 
îî suffit d'y jeter les yeui pour s'assurer que ces empreintes sont le 
résultat de tentatives faites pour diviser le bloc et l'exploiter pour des 
usages relativement modernes. 

Les objets découverts par nos fouilles ne diffèrent pas des objets 
qu'on rencontre habituellement dans les chambres funéraires des mo- 
numents dits celtiques du Morbihan. 

En général, les chambres ou galeries intérieures sont plus on moins 
complètement enfouies et comblées. Il n'est pas rare de constater, aux 
premiers coups de pioche, un péle-méle de matériaux et d'objets qui 
appartiennent ostensiblement k des époques différentes. Ainsi, sous 
certains dolmens de Locmariaquer que nous pourrions citer , sans 
. parler d'objets plus modernes, on a plus d'une fois rencontré, même 
à une assez grande profondeur, des briques à rebords, des monnaies 
impériales, des fibules en bronze, des poteries et des statuettes en 
terre blanche, ne remontant pas au-delà de l'époque gallo-romaine. 

Ici, c'est-à-dire sous les dolmens de Carnac et de Plouharne! que 
nous venons de fouiller et de décrire, ce mélange n'a pas été remar- 
qué. Aucun objet caractéristique de la civilisation gréco-latine n'a été 
été découvert. 

Il faut noter, toutefois , sans y attacher une importance bien dé0nie 
et sans en tirer aucune conséquence, la rencontre de longs morceaux 
de fer très oxydés, à 0<°,75 sous les tables d'un des dohnens de liiiaval 
et sons le dolmen d'en Autérieu, et d'un fragment de bronze à. fiu- 
mentpr (lances en bronze à l^vian). 

A mesure que les fouilles dégagent les galeries et pénètrent plus 
profondément, c'est-à-dire en approchant du sol, les traces de boule- 



>dby Google 



Tersement deviennent p}us' douteuses, tandis que les preuves maté- 
rielles autbeDtiques de la sépulture primitive sous tes dolmens se 
révèlent. 

Partout, surleplaocherdes cryptes, nous avons rencontré, etsou-r 
vent en quantité considérable , ce terreau particulier, noirâtre et 
onctueux, que nous mettons sous les yeux de la Société, et qu'on a 
comparé avec raison à la terre des tombes. 

Partout des charbons disséminés çà et là, en très grand nombre , 
indice de cérémonies on de coutumes dans lesqueUes le feu jouait un 
rôle. 

Le nombre de cailloux roulés (qnartz on granits), déposés dans les 
cryptes, est quelquefois considérable, comme à ^iaval. Ces cailloux 
roulés sont analogues à ceux qui jonchent la plage de Quibéron, Dé- 
posés dans les tombeaux armoricains, ils avaient sans doute une signi- 
fication religieuse qui échappe. 

Dans une seule crypte (6 de I^iaval), il nous a été douné de recueillir 
des fragments de squelette, peu volumineux mais caractéristiques, 
soit qu'ailleurs les ossements aient été soustraits et dispersés par l'effet 
de dévastations anciennes, soit que, dans la plupart de ces tombeaux 
antiques, les siècles, dont personne ne connaît le nombre, se soient 
chargés de faire disparaître à la longue, et par une lente décomposi- 
tion , toute trace du tissu osseux. 

Les poteries que nous avons extraites de nos dolmens de £amac 
sont en nombre considérable. Presque toutes sont brisées. Rien u'fst 
plus varié que ces échantillons de céramique primitive, sous le rapport 
des dimensions, de la forme, de la couleur, de la pâte employée, et 
même des ornementations. C'est une confusion étrange, dont on ne 
peut se faire une idée que quand on a assisté à des fouilles semblables. 
Sous le même dolmen on rencontre à la fois des poteries d'une grossiè- 
reté inouïe à côté de fragments de vases très soignés et dénotant une 
certaine recherche. Ainsi, les fragments d'ornes caliciformes, sans 
anse . brunes ou rouges , à décorations gravées extérieurement, 
touchent des fessons de pots noirStres , poreux, épais comme le doigt, 
mal cuits et criblés de grains quartzeux. 

Les fouilles des dolmens d'er Roh (Arradon), Rcado (Carnac) , Rhéno 
(Baden) , I^vihan (Carnac], jcc, /ce, iic, nous avaient déjà fourni beau- 
coup de spécimens de vases à dessins. 

Nos fouilles dernières viennent d'augmenter encore notre collection. 
Quelques-uns de ces dessins sont nouveaux pour nous. 11 faut citer 
entre autres un fragment trëis remarquable extrait du dolmen de I^roh 
et plusieurs autres provenant des allées couvertes de Kiaval. 

Sous tobs ces dolmens nous avons recueilli des silex ouvrés , en 
nombre variable. Les uns sont des lames de silex pyromaque, plus ou 
moins longues, aplaties, affectant ordinairement la forme prismatique 



DigmzcdbyO'aOgle 



-400 — 
-triSDgvlaire ooquadraiignlaire, qu'on désigne vnlgairement sons le 
nom impropre de coateani en silex. Les antres reasembleot à de 
petites lances on & des léles de flëcbe , à des grattoirs ; le plus grand 
nombre ne sont qae des esquilles en silex à bords coupants on à 
sn^et aigus. 

Sans entrer dans les généralilés, il est impossible de ne pa$ 6tre 
frappé du rapport intime qui existe entre ces silex diversement taillés 
déposés sons nos dolmens et les instruments également en silex décon- 
verta jonntellement dans les cavernes ossifëres et dans les ruines des 
babitatioDs lacustres. Même composition minérale, mémo industrie. 

La récolle de celtœ n'a pas été abondante. Un seul celt» a été dé- 
couvert (sons la galerie A de Hiaval). Il est en fibrolite et remarquable 
par sa petite dimension. 

Les gro6 grains en terre cuite, ronds ou aplatis, percés d'un trou , 
se montrent fréqnemmentsous les dolmens. Nos fouilles nous en ont 
donné sept. H. Hortïllet, avec les archéologues italiens, désigne ces 
objets BOUS le nom de fusaiohs. Celte dénomination est d'autant plus 
impropre que jamais ces grains légers en terre poreuse n'ont été des 
pesons de fuseau. Nous- préférons, quant à nous, les considérer sim- 
plement comme des grains de collier ou des amulettes portatives. 

Les deux grains en pierre verte, percés, 'trouvés sous le dolmen sud 
de l^iaval, sont les analogues des graine en pierre de couleur qui com- 
posent les superbes colliers de Tamiac et du mont Saint-Michel. Us 
■fUt en callaïs, sorte de turquoise, dont M. Bamour nous a fait coa- 
uattre l'analjse dans an mémoire lu à l'Institut et inséré dans la Revue 
archéologique. 



Sous le rapport de la construction, le tumulns de Rumentur, au 
centre duquel a été découverte une urne entière, ne saurait être mis 
à cMé des dolmens que nons avons, fouillés en même temps. Le monu- 
ment dont il parait se rapprocher le plus est celui de Crubelz. A 
Rumentur comme à Crubelz, les parois de la crypte étaient constitués 
par des murs en pierres sèches, et si, dans la première crypte, nous 
D'avoQS pas trouvé les tables formant le plafond de la chambre, on 
peut jusqu'à un certain point supposer qu'elles ont été enlevées après 
les premières fouilles, dont nous avons reconnu les traces. 



Et maintenant. Messieurs, en terminant, si on nous demande ce 
que ces dernières fouilles noua ont révélé sur le peuple qui a élevé ces 
tombeaux et sar sa place dans la chronologie humaine, nous sera-t-il 
permis, saDs être taxé de paradoxe; de répondre qu'elles ne nous ont 
rida appris, et qu'il doos faut à regret laisser la page blanche sur 



>dbyG005jle 



— 101 ^ 

laquelle l'archéologie écrira pent-étre un jotir le nom et la date de 
ces premiers habitants de l'Atmorique, dont les cendres reposeiit 
sous ies doimeas. 

Modestes pionniers d'une scenoe née d'hier, ne nous laasoM pas 
d'observer; multiplions les faits, accamulons les découvertes. Appelons 
de tous nos vœux la lumière sur ces grandes questions qui touchent à 
l'origine el^ à la migration des FTces; mais gardons-nous, par trop de 
précipitation, de prendre pour les rayons de la vérité scientiflqne les 
lueurs incertaines que projette l'hypothèse qai s'égare dam les ié~ 
nèbres. Mieux qu'aucune autre , la Société polymathique da Morbihan 
est en position d'afficher cette réserve et de s'en tenir à la recoramaa- 
dation du sage : Potim eitlere quam frogrtdi fer temtbrai. 



PHÉNOMÈNE DE DÉNUDATION ET DE 9ÉSAfiB£fiA.7I0N. 



RECHERCHES 

SUR LA PROVENANCE DES GHAHITS QUI ONT SERTI A ÉLÉVBR (£5 
MONUMENTS BITS CELTIQUES. 

(Par M. Gtoltioj d'AnlI-DamMidl. J 

L'origine de ces immenses blocs de granit qui ont servi à élever les 
monuments dits celtiques a, de tout temps, attiré rattantion des ar- 
chéologues et des géologues. Mille explications, plus ou moins ingé- 
Diense , ont été invoquées pour expliquer leur provenance. Les ans , 
emportés par leur imagination et enthousiasmés par ta grandeur de ces 
monuments, les ont fait venir de distances considérables , de plusieurs 
kilomètres, quelquefois même de centames de kilomètres , leur faisant 
ainsi traverser, sansaucuneespècededifâculté,lesruisseaus,)esriyières, 
les vallées, les marais , les collines et les coteaux ; rien pour eax n'a 
pu arrêter la puissance des Celtes. Les autres, au contraire, s'ont voulu 
voir qu'un phénomène purement naturel ; ils ont attribué la préseoce 
de tous ces blocs à une action diluvienne, et les ont qualifiés de blocs 
erratiques ; séduits par l'aspect du terrain , ils snt ainsi . tranché la 
qaesiioQ de visu sans remonter aux causes, sans examiner d'où, ces 
blocs avaient pu être entraînés , et sans rechercher les traces qu'ils 
avaient dû laisser dans leur parcours sur les autres parties du sol. 

Entourés de toutes parts de ces gigantesiiiues débris ., sur un '.terrais 
classique comme celui du Morbihan , nous avons pa les étudier dans 
toutes les positions; r^etaut toute espèce d'opinion {irécaai;u£, ants 



>dby Google 



-> 102 — 
allons examiner les faits et en tirer les conclnsioDs qai nons paraîtront 
les plus rationnelles. 

Quelques persoDne& prétendent que les Celtes avaient tout simple- 
ment esploité les carrières dont les pierres paraissaient les plus 
aptes à leurs constructions. Cette opinion ne nous parait pas très fon- 
dée, car, si ces peuples avaient eu des moyens assez puissants pour ex- 
h^ire'de pareils blocs, ils auraient pu aussi les tailler, leur donner une 
(orme régulière, symétrique, et, au lieu de ces monuments grossiers, ne 
portant aucune trace de taille , nous Terrions des monuments artiste- 
ment travaillés ; les pierres en seraient également disposées , puisqu'ils 
pourraient les choisir; nous ne rencontrerions pas dos constructions 
faites de matériaux aussi dissemblables. Mais, nous dira-t-on, les Celtes 
n'araient aucune idée de l'art, ils ne cherchaient nullement la régula- 
rité^ Cette objection' n'est pas sérieuse ; la construction de nos monu- 
ments démontre assez clairement le contraire : aussitôt qu'il dépendait 
d'eux, ils les ornaient selon leurs moyens, ces grossières sculptures que 
nous retrouvons partout en sont les témoins. Il n'est pas inutile de faire 
remarquer , avec M. de Cussé , qu'ils choisissaient les pierres les plus 
tendres, par conséquent les plus faciles à tailler , pour exécuter leurs 
dessins, ce qui prouve le peu de perfection de leurs outils, 

Les découvertes faites dans tons nos dolmens prouvent suffisamment 
la véracité de cette hypothèse; nulle part d'instruments en métal, tous 
les outils trouvés sont en pierre , en pierre dure il est vrai,jad«(e , 
jade, fibrolite et silex, mais ne pouvant servir en aucune manière à des 
travaux de taille de pierre ; nous n'entendons pas par là dire qu'ils 
n'ont pu sculpter avec eux ces signes que nous voyons , c'est , au con- 
traire , une opinion qui nous parait presque prouvée ; mais seulement 
qu'ils n'ont pu donner une forme à ces immenses blocs. On n'aura pas 
la prétention dte dire que ces peuples ont pu extraire des pierres de 
cette importance avec ces faibles haches. On ne peut non plus invoquer 
chez nous l'usage de métal, nous en aurions évidemment trouvé 
quelque trace. 

Pour nous, il nous parait impossible que les Celtes aient pu extraire 
leurs pierres des carrières : ils les ont trouvées à la surface du sol ; ils 
n'ont pu encore moins les transporter â de grandes dislances, puisqu'à 
très peu d'exceptions près, tous nos monuments sont élevés sur ud sol 
de granit semblable à celui qui les compose. On a longtemps prétendu 
que le granit des monuments de Carnac était inconnu dans le pays et 
avait dû être apporté de très loin ; l'examen a depuis prouvé que c'était 
une grave erreur , et que le granit sous-jacent et celui de toute la 
contrée était bien de rafime nature que celui des menhirs. Parmi tous 
les monuments que nous avons visités, Locmariaquer ferait seul excep- 
tion ; nous recherchons en ^ce moment l'origtoe de ces granits, et nous 
verrons , dans un prochain mémoire , à quelle cause il faut remonter 
pour expliquer leur présence sur un sol étranger. 



UiaitizodbyGOOgIc 



Convaincns que les Celtes n'ont pu élever leurs monranenls qu'avec 

des roches isolées du sol et prise sur les lieux mêmes ou à de faibles 
distances , nous allons rechercher si nous ne pourrions pas expliquer , 
par un phénomène naturel, la présence de ces blocs à la surface du sol. 
Nous terrons , en outre, que quelques-uns de ces monuments sont un 
pur jeu de la nature, et que la main de l'homme n'a en rien contriboé 
à leur éléTatioD. 

Les granits du Morbihan présentent des variétés assez nombreuses , 
on doit surtout en distinguer deux , dont les caractères extérieurs sont 
nettement tranchés et qui jouent , dans la constitution géologique de la 
contrée , ainsi que dans la nature du sol , des rôles différents. Le pre- 
mier, à petits grains, est composé de feldspath hlanc, de quartz gris et 
de mica noir ; il est généralement associé au gneiss. La seconde variété 
est le granit à gros grains, roche qui domine dans la contrée occupée 
par les monuments dits celtiques. Lorsque te granit à gros grains est 
en contact avec le granit à petits grains , il présente des passages 
presque insensibles de Tnn à l'autre, de sorte qu'on pourrait croire que 
ces deux variétés sont contemporaines ; mais , quand on les considère 
dans leur ensemble , le granit à gros grains est visiblement pos- 
térieur. 

Les montagnes formées de granit à gros grains sont constamment 
arrondies, et, selon la facilité de désagrégation de la roche, leur surface 
est couverte de blocs de rochers. 

Les granits à petits grains ne se décomposent que lentement, tandis 
qne le granit à gros grains se décompose avec la plus grande facilité , 
il a une grande tendance à s'exfolier concenlriquement , c'est-à-dire 
par couches sphéroïdales ; tous les pays granitiques nous en offrent des 
exemples. Cetle désagrégation donne à nos copeaux une physioncHnie 
arrondie, leurs surfaces sont couvertes de blocs et de sable incohérent. 
L'altération journalière des granits est surtout visible sur les croies , 
elles sont parsemées d'éhormes blocs , tantôt épars, tantôt accumulés , 
figurant assez bien l'image d'un chaos. C'est là qu'il faut aller chercher 
tes véritables carrières des Celtes , là est l'origine de ces immenses 
blocs qui ont servi à élever leurs monuments ; ils n'ont fait qu'utiliser , 
les matérieux que la nature leur avait préparés. 

Tous nos terrains sont couverts de gros blocs, tantôt disséminés dans 
DOS landes , à demi enfoncés dans le sable, tantdt gisant encore sur les 
rochers d'où ils ont été détachés. Ils ressemblent tont~à-fait aux blocs er- 
ratiques que l'on trouve dans les autres pays ; mais ici , on ne peut les 
regarder comme tels, car la constitution des roches sous-jacentes est de 
même nature que les blocs. 

11 est , du reste , facile de constater et d'expliquer la désagrégation. 
Plusieurs phénomènes y concourent, les intempéries des saisoDsycon- 
tribuent pour leur part; l'eau, en effet, décompose facilement le 



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-10*- 

tftldqiath du granit, qai est un silicate d'alnmineet de potasse. La 
gelée, a eocore noe bien grande inOnence , car l'eau pénètre dans les 
petites fentes de. la roche , et , au moment où elle se congèle , elle dé- 
termine nne rnplure par suite de la dilatation. Nous avons pu, bien des 
fois, constater cet effet sur le granit à gros grains ; on le voit se diviser 
en plaques qui se séparent parallèlement à la surface extérieure de la 
roche. Cette action agit bien plus lentement sur le granit à petits grains 
dont le feldspath est beaucoop moins gros , et offre, par conséquent, 
moins de fentes par où l'eau pourrait pénétrer. 

Je pourrais approuver mon opinion d'une foule d'exemples pris sur 
notre sol. En e^t , quoi.de plus concluant que cette longue crâte gra- 
nitique dénudée qui s^éteod de la commune de Houstoir-ac vers celle 
de Plumeltn : là ce sont d'immenses blocs, épars ou accumulés de mille 
façons différentes ; ici , ce sont des rochers entassés les uns sur les 
autres et figurant assez exactement un dolmen , un menhir ,. une pierre 
ébranlante; ne dirait-on pas un véritable atelier de monuments, celtiques? 

Ces vastes débris sont le résultat d'une décomposition lentement 
opérée par la suite des âges. Il est facile de reconnaître cette cause de 
désagrégation dans la forme arrondie des bloc dont la base s'exfolie et 
s'enlève par couches. La décomposition est quelquefois complète , et 
alors les blocs devîeuneut libres , roulent ou glissent capricieusement 
les ans sur les autres , selon la déclivité du terrain , et de ces entasse- 
ments naissent toutes espaces de formes, parmi lesquelles nous avons 
remarqué les pierres branlantes, qui ont particulièrement frappé notre 
attention par leur position bizarre , mais qui ne sont par le fait qu'an 
par jeu de la nature. 

La pierre du bourg de Brecb , près Aura; , est le seul exemple bien 
caractérisé que nous ayons dans le Morbihan. Celte pierre se trouve 
placée au sommet d'une pyramide de roches granitiques de dix mètres 
de hauteur ; elle semble glisser et prête i se précipiter dans le ruisseau 
qui borde ses flancs. Malgré nos efforts, nous -ne pûmes réussir à l'é- 
branler, Cayot-Délandre af&rme , dans son histoire des monuments du 
Morbihan , que cette pierre se laisse ébranler au moindre choc ; notre 
savant auteur ajoute ensuite que c'est une grave erreur de regarder 
cette pierre comme un monument celtique , et qu'elle doit la hardiesse 
de sa pose à quelque convulsion du sol qui l'a ainsi suspendue par un 
de ces hasards d'équilibre dont elle n'est pas le seul exemple. Il est 
évident, d'après la position occupée par cette pierre, qu'il n'est pas 
possible de lui attribuer nne autre cause qu'un phénonjène naturel. 

Tels sont les faits : il ne peut donc être question d'un transport dilu- 
vien, comme quelques géologues ont voulu le prétendre : lamajorité de 
blocs est en place ; enlln , leur superposition peut s'être effectuée en 
place même par la désagrégation des roches sous-jacentes , on s'être 
faite par entraînement, c'esl^à-dire que des blocs désagrégés sur une 
pente ont été précipités et amoncelés sur ta base de la colline. 



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- 105 — 

La position des blocs ainsi jetés dans tons les sens, selon- le hasard 
de la désagrégation , donne à ces terrains une physionomie que je ne 
puis mieux qualifier, avec M. Charles Desmoulins, que par l'expression 
de pseudo erratique, si remarquable au premier aspect. La théorie des 
blocs erratiques a, du reste, été.invoquée par plusieurs géologues pour 
expliquer la présence de tous ces blocs sar notre sol. 

En effet, si un géologue parcourt rapidement nos vastes landes, son 
attention sera nécessairement attirée par nn nombre plus ou moins 
considérable de blocs de granit, libres, plus ou moins saillants, quel- 
(fuefois rares et clair-semés ; ailleurs, en quantités innombrables. 
Presque toujours ils offrent une forme sphérique , et leurs angles sont 
émoussés. Notre observateur, qui.ne voit nulle part de roche en place , 
nulle part d'arêtes vives, croira d'abord qu'il est sur un terrain de , 
transport et que ces blocs sont roulés, erratiques. 

Si l'impression première fait place à la réflexion, des circonstances 
embaixassantes naîtront alors dans son esprit. 

Comment concilier l'idée d'un transport dilnvien avec des blocs sur 
perposés deux à deux , trois à trois , sur une surface unie , sur un mji- 
melon, sur le penchant d'un coteau. 

Ici celte superposition sera due à la rupture d'un seul bloc, en detix 
ou trois, la cassare en est quelquefois encore fraîche , d'autres fois, 
enfin, les arêtes, se sont successivement arrondies. 

Ailleurs, et c'est ce qui prouve surtout la marche du phénomène, les 
blocs affectent une forme spérique et montrent des traces d'undélite- 
ment concentrique ; on voit encore auprès deux des écailles qui s'en 
détachent journellement. 

Concluons maintenant, en résumant les faits. 

lo Les pierres qui ont servi à élever nos monuments dits celtiques 
ont été trouvées à la surface du sol, et n'ont pu être extraites des car- 
rières, et encore moins être apportées de loin (sauf quelques excep- 
tions) puisqu'elles reposent , dans la plupart des cas , sur un sol formé 
de roche entièrement semblable. 

3" La présence de ees pierres sur le sot est due à un phénomène de 
désagrégation, elles formaient des noyaux plus durs dans la masse gra- 
nitique dont les parties les moins tenaces se sont désagrégées et se 
désagrègent tous les jours sous nos yeux. 

3" Tonte explication du phénomène, fondée sur un transport dilaviea 
et glaciaire, est erronée. 

4' Les pierres branlantes doivent leur origine à mae superposition , 
ce sont des noyaux dont la base s'est exfoliée et les a ainsi laissées en 
équilibre. 

5* Donc roecillation peut être tin fait purement naturel, et, comme 
oD ne peut prouver l'intervealion de la main de L'houHue dans sa mise 



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— 106 — 

en action, il faat admettre l'explication la plus probable, c'est-à-dire la 
cause oatarelle. 

6° Enfin, il est rationnel de penser, comme le dit H. Ch. Desmonlins, 
qne les Celtes ont profité du phénomène naturel et se sont servi des 
pierres branlantes comme des antres monuments. 

Ces pierres appartiennent donc à la géologie par leur origine et pent- 
être i l'archéologie par leur usage. ' ' 



8'VA.vxeix'Kovm 

DES 

GRÊLES CONSTATÉES BANS lE DÉPARTEMENT DU MORBIH0 , 
de 1822 & 18«i. 

(Par H. Arrondeau.) 

Messieurs , 

Conformément aux instructions de l'Observatoire impérial , nous 
avons utilisé, pour l'étude des orages anciens, les documents conservés 
aux archives départementales concernant les pertes occasionnées par 
la grêle dans les diSérentes communes du département. Les états de 
pertes que nous avons ainsi pu relever s'appliquent à une période 
de 43 ans, de iSi'i à 186:1. Sans doute, on ne saurait se flatter d'avoir 
par ce moyen une statistique complète àei orages à grêle qui ont 
éclaté sur le département pendant la période indiquée. Il î a proba- 
blement des lacunes dans la série des documents que nous avons dé- 
pouillés : les administrations locales ont pu mettre plus ou moins 
d'exactitude à dresser leurs étals de pertes ; des grêles tombées sur 
des terrains non cultivés ou dépouillés de leurs récoltes n'ont pas été 
signalées, comme n'ayant occasionné aucun dégât. 

Quoiqu'il en soit, la période considérée est assez longue, les faits re- 
cueillis assez nombreux, pour que ces omissions partielles n'aient pas 
d'influence sur les conséquences générales que nous voulons déduire 
des Faits constatés. La plus remarquable de ces conséquences, celle qui 
frappe immédiatement les yeux à la vue de la carte que j'ai L'bonnenr 
de présenter à la Société, c'est l'inégale répartition des grêles sur les 
différents points de notre territoire. Tandis que les cantons du littoral 
et de l'ouest restent à peu près vierges , les puints noirs qui indiquent 
les grêles s'accumulent au contraire sur les cantons dn centre et sur- 
tout du nord-est. Le canton de Malestroit, en particulier, jouit à cet 
égard d'un triste privilège , puisqu'on y constate 39 grêles , tandis 
qne la moyenne n'est qne de 7 par canton. 



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Toici , en effet , comment se classent les 37 cantons du département 
dans l'ordre croissant du nombre des grêles qui y sont signalées : 





NOMBRE 




NOUBRE 


CANTONS. 


des 


CANTONS. 


àti 




CnËLES EN 13 ANS. 




GRÊLES EN 43 «NB. 


- 
Lorieot, ^ 


Tannes (Est) 




Plœmeur , 





La Roche-Bernard, 


7 


Quibéron, 




La Gacilly, 




Sarzeau, 




Baud, 




Pontscorffj 
Port-Louis, 


, 


Guémené , 
NapoléoDville, 


8 


Huzillac, 




Guer, 








Qnestembert, 


9 


Auray, 


! i 


AUaire , 


Palais, 


1 ' 


Locminé, 




Vannes (Ouest), 




La Trinité, J '" 


Grand-Champ , 


3 


Josselin, 


a 


EWeo , 
Belz, 




Rochefort, ■> .„ 
Plouay, 1 ^^ 


Heonebont, 


^ 


Rohan , 


14 


Faonët, 
Gourin , 


! ^ 


Ploërmel, » .o 
S-Jean-Brévelay, ( ^'^ 


Cléguérec, 


1 » 


Mauron , 


20 


Pluvigner, 


Malestroit, 


39 



On TOit que les cantons de Malestroit, Uauron, Ploërmel et Saint- 
Jean-Brévelay sont à beaucoup près ceux où les grêles sont les plus " 
fréquentes. Les communes particulièrement frappées sont Le Roc- 
Saiût-André qui a été grêlé hait fois; Missiriac, Néant et Ploërmel, 
six fois; Mauron, La Chapelle, Rufflac, Campénéac, Sérent,Caro, 
cinq fois chacune, Dans les autres cantons, nous trouvons seulement 
une commune, Bubry, qui a été grêlée six fois, et une autre, Crédin, 
qui l'a été cinq fois. Nous comptons, au contraire, i02 communes sur 
lesquelles aucune grêle n'a été signalée. 

Il serait sans doute prématuré de Tonloir assigner les causes de ces 
remarquables différences. 11 est difficile toutefois de ne pas penser que 
la constitution du sol y entre pour quelque chose, si l'on remarque, en 
comparant là carte ci-joinle â la carte géologique du département, que 
la grêle semble affectionner les terrains schisteux, et qu'elle épargne 



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— 108 — 
généralement, au contrairCi ]es terrains granitiqaes (1). C'est pour 
mettre ce fait en évidence que nous avons indiqué sur la carte la dis- 
tribution générale du territoire entre ces deux sortes de terrains. Sans 
prétendre trouver la cause du phénomène dans la composition minera- 
logique du sol, ne pourrait-on pas attribuer une inQueuce marquée à 
la structure et au reliet du terrain f En efiFet, tandis que le sol grapi- 
liqne présente généralement des surfaces aplanies et des sommets 
arrondis, les couches redressées des schisles offrent des crêtes den- 
telées, des arêtes aiguës, très favorables â l'accumulation du fluide 
électrique et propres ainsi à provoquer l'action réciproque du sol et 
des nuages orageux qui planent à sa surface. 

La rareté relative des grêles sur le littoral pourrait aussi nous con- 
duire à attribuer au voisinage de la mer une influence préservatrice 
dont la cause nous écLappe. Ce serait à cette influence que notre dé- 
partement devrait le petit nombre des grêles qui ravagent son terri- 
toire, comparativement à ce que l'ou observe pour des départements 
placés dans des conditions différentes. Il suffit, par exemple, de com- 
parer notre carie à celle de la Cête-d'Or qui nous a été envoyée 
comme spécimen; quoiqu'elle s'applique à un laps de temps moins 
long que la. nôtre , cette dernière est beaucoup plus chargée. Pour une 
période de 28 ans,, la COte-d'Or offre plus de 800 grêles, tandis que 
les 43 années que nous avons relevées pour notre département ne nous 
en ont donné que 281 (2]. 11 est vrai que, pour ne se faire aucune 
illnsion à cet égard, il faudrait tenir compte de la nature des cultures. 
Dans un pays vignoble comme la Côte-d'Or, les récoltes sont exposées 
Sus ravages de la grêle depuis la floraison de la vigne jusqu'à l'époque 
des vendanges, c'est-à-dire pendant toute la saison des orages. Chez 
nous, au contraire, les pertes, ne pouvant guère affecter que la ré- 
colte des céréales, seraient presque nulles pendant les derniers mois 
de l'été. A ce point de vue, on pourrait admettre que la culture du 
sarrazin, plus répandue dans Tarronclissenient de Ploërraet, contribue 
à accroître l'étendue des pertes constatées dans ses cantons.' 

Quoiqu'il en soit, si l'on veut parvenir à apprécier les circonstances 
locales qui influent sur la formation et la fréquence des grêles^ il parait 
constant qu'il n'y a pas d'autre voie à suivre que de comparer les 
i^sultats bien constatés pour des départements placés dans des condi- 
tions analogues ou différentes , en tenant compte de la nature et du 
relief du sol, de la présence des cours d'eau, du voisinage de la mer 
ou des montagnes et de la nature des cultures (3). C'est à ce titre et 
comme élément d'information que nos recherches nous semblent avoir 
quelque iutérêl, et c'est ce qni nous fait espérer que la Société voudra 
bien leur donner la publicité de son bulletin. 



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— 109 — 
Note 1. La commnaeile Bubrj, dont le sol est grinilique et snr le lerribiire da- laquelle 
sii'grélflS ont été néaamoiDS coasUt^es', prÉseaie i cet égard une exception remarquable, 
11 ferait iutéressaot de rechercher si quelque circooslajice locale peut donner l'eipUcation de 
celle anomalie. En tout cas, cette exception sufDt pour nous avertir de la réserve que nous 
devons apporter dans nos conclusions. 

2, Il n'est pas sans intéril de comparer entre elles le; di^érentes années de la périude 
qn'embrasseol nos recherches. Ntnis en trouvons sefit pendant lesquelles- aucune perte par la 
grêle n'a été signalée dans le département. Ce sont les années 1833, il, 18, 5i, 56, 63 , 
et 63. Les années les plus désastreuses sont, ait contraire, les année; 

1836 et 1837 pendant lesquelles 10 coinn.unes ont été ravager; par la grSle; 
1846 el 1859 — 11 [dem 

18S0 — 18 Idem 

184îet,1861 — 13 Idem 

1835 — U Idem . . 

. 1839 — 15. Idem 

18îa ~ 16 Idem 

1852 — , as Idtm 

si 1859 — 27 /rfent 

Dans cette dernière année , SO conlaïunes étaient atteintes le même jour, 9 août. 

Parmi les grêles qui présentent des circonstances exceptionnelles de violence , nous dte- 

rons celle du 1. juin 1832 i Inguiniel. D'après le rapport du maire, les grains étaient delà 

grosseur d'un poids dé plomb d'unt demi-livre; les vitres de l'église furent brisées et les 

récottes hachées sur une étendue d'une demi-heue carrée autour du bou[j, 

A Brech , le 19 mai 1829 , on signalait des grjlons gros comme des halles de fosil. 

3. On allribue oi;4'''^'''e n'eut au voisinage des forêts une action marquée sur la fréquence 
des grEles. Rien dans les faits qui concernent ooire département ne semble justifier cette 
opinion. Car, si nous trouvons quatre grêles i| Tréhorenleuc sur la lisière de la foret de 
de Paimpont, nous n'en voyons constater qu'une seule i Camors, et on n'en signale même 
aucune à Ljnouée, quoique ces deux communes comprenneut les forêts les plus étendues' 



NOTICE 

SDH 

MONSEIGNEUR AMELOT, ÉVÊQUE DE VANNES EN 1790; 
, (Note de .M. Carado, recleur de BrandiTy.) 

Les bons habitants des environs de Vaanes, pleins de respect et 
d'amoar pour leur premier pasteur , le voyant garder à vue , dans son 
palais (!'piscopaI, par les patriotes de Vannes , formèrent le généreux 
projet (le le délivrer de cette espèce de captivité , et se réunirent à cet 
effet le 7 février 1791, au lieu dit Le Bondon. Là, il fut résolu que l'on 
s'armerait pour aller demander compte au Directoire de cette ix)ndaite 



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— HP — 
envers le premier pastenr da département. Le treize da même mois , 
ces conrageax pajsans se présentèrent en armes devant Vannes. Deux 
jqnrg avant de se porter à ces extrémités , ils avaient adressé an 
Directoire de cette ville une délibération rédigée au Bondon même, 
dans laquelle ils prévenaient le Directoire qu'ils viendraient en 
chercher la réponse, et l'on tint parole. Ils furent traités comme des 
révoltés. La garde nationale, accusée par eux d'en vouloir à la vie de 
leur évéque , prit tes armes , et , secondée des dragons de Lorient , 
des jeunes gens de celte ville, ainsi que du régiment de Walhs, qui 
avait été appelé par le district de Vannes et qui formaient , réunis , un 
corps de! 500 hommes, elle attaqua les paysans sur la roule de Rennes, 
en blessa onze ou douze , et Hl trente el un prisonniers , y compris les 
blessés. Les Lorientais se portèrent alors à l'évôché , dans le dessin de 
forcer M. Araelot à faire le serment, mais le vénérable prélat s'enfuit 
par une porte de son jardin qui donnait sur le séminaire, et alla se ca- 
cher dans un grenier, chez le nommé Léonard, dil Champagne. Le len- 
demain, il sortil de cette retraite et se dirigea, à travers la campagne , 
vers I^ango; situé dans la commune de Plescop, et maison de campagne 
des évéques de Vannes. 

Ne se trouvant pas en sûreté dans cet endroit, il se rendit au presby- 
tère de Plumergat , et voulant y entrer incognito , il allait escalader les 
murs du jai-din, lorsqu'il y aperçut la sœur du recteur qui y était entrée 
par hasard. Celte fille, étonnée de s'entendre appeler par son nom, re- 
garde au haut du mur , voit un individu qui s'y tenait cramponné par 
les mains, et qui lui demandait s'il n'y avait pas une porte pour entrer. 
Cette dernière lui ayant répondu qu'il y en avait une , la lui ouvrit , el 
fut fort surprise de reconnaître son évéque. Ce fut là qu'il demeura ca- 
ché, el habillé en simple prélre, depuis le 14 jusqu'au 32. Pendant ce 
temps, les prêtres des environs s'y rendaient pour )e consulter, et 
allaient prendre leurs récréations au Reslogoro où demeurait le vicaire, ■ 
et là, ils jouaient à la houle el s'amusaient à d'autres petits jeux. 'Après 
ces divers amusements, les paysans du même village les priaient de 
manger du lait de caillebottes. Les bons campagnards, qui n'avaient 
d'autres couverts à leur offrir que des cuillers en bois , dont la plupart 
étaient encore grossièrement travaillées, s'aperçurent que l'un de la 
compagnie n'avait jamais mangé avec une pareille cuiller, tant il s'en 
servait maladroitement. Alors l'un d'entre eux , s'adressant à son rec- 
teur, lui dit dans sa simplicité ; mais, M. le recteur, quel est ce prélre, 
il D'est pas Breton, il ne sait pas manger avec une cuiller en bois. 

Pendant ce temps là, un détachement de Bleus qui parcourait la 
campagne passa par le hourg de Plumergat , et M. Quéric, craignant 
qu'une fouille domicUiaire ne fit découvrir la retraite de l'évoque , fit 
jeter sa ceinture, ses souliers el autres insignes dans les lieux d'aisance. 

Cependant , le sapérieur du séminaire et le principal du collège qui 



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— m — 

était président do département, et d'autres ecclésiastiqnes avaient prêté 
le serment après la fuite de leur évoque. GËoés par leur conscience, et 
ne sachant ce qu^était devenu M. Amelol, ils faisaient tout ce qui dé- 
pendait d'eux pour découvrir sa retraite. Le supérieur ayant ouï dire 
qu'il était à Pluvigner, prit un cheval et s'y rendit en toute hâte, M. 
Pasco , recteur de cette paroisse , lui assura qu'il n'était pas chez lui , 
mais qu'il avait eu vent qu'il était au presbytère de Plumergat. M. Le 
Gai se rendit aussitôt dans ce dernier bourg, et, entré chez le recteur, 
il dit ces paroles qui marquaient assez son repentir -; Voulez-vous rece- 
voir un transfuge , vous avez Monseigneur ici, je désirerais lui parler. 
M. Amelot, voyant que sa retraite était connue , lui donna audience et 
se décida à revenir à Vannes, Il s'y rendit le 22 et décida le supérieur, 
le principal. M, Bonnel et leurs complices à rétracter le serment qu'ils 
avaient eu la faiblesse de prêter le 15. 

Le 28 du même mois, il fut arrêté et conduit à Paris le 1" mars, par 
deux gardes-nationaux de Lorient, comme un criminel. M. Grioe , 
prêtre et sons-principal du collège voulut l'accompagner et ne pat ob- 
tenir la permission. Le 5 mars, on annonça à l'Assemblée national^ 
l'arrivée de l'évêque de Vannes dans la capitale, mais on ne voilpas 
qu'il ait été mandé à la barre. Dans le mois d'octobre suivant, il quitta 
Paris où il avait été retenu jusque alors et se retira en pays étranger. 

Parti de Vannes sans pouvoir rien emporter avec lui, M, Amelot se 
trouva bientôt en pays étranger , dépourvu de tout moyen d'existence. 
Alors , il écrivit à M. Le Pricl , prêtre et régent de mathématiques au 
collège de Vanues,' de lui faire passer ses couverts d'argent qu'il lui 
avait confiés avant son arrestation , et qui étaient déposés diez M. Le 
Priol père, au village du Raouët, près le bourg de Baud. M. Le Priol ne 
trouvant pas sage de lui faire passer de pareils objets, préféra les 
vendre à M. l'abbé Guillo, et lai en fit passer le pris. Une partie de ces 
couverts se trouve actuellement entre mes mains : l'autre partie, qui 
était entrfi les mains de M. Quéric, mort recteur de Pluvigner , fut ven- 
due lors da décès de ce dernier. Ce même curé, pendant une mission 
qu'il faisait faire dans sa paroisse , reçut de M, Amelot, alors à Paris, 
plusieurs bouteilles de vin, en reconnaissance de la bonne hospitalité 
qu'il en avait reçu lors de sa laite de Vannes. 



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ENLEVEMENT 

DE 

MONSEIGNEUR DE PANGEMONT . ËVÊQUE DE VANNES. 

RACONTÉ PAR LUI-UÉME. (Anes, de L'ËTËSHi.) 

Jogemant des coupables. — Documents recueillis par le Secrétaire 
de la Société. 

A Son Exe. le Ministre des Cultes. — S7 Août i806. 

Je (lois à votre bienveillance constante pour ma personne le compte 
officiel d'un événement dont je pensai être la victime , samedi dernier, 
33 de ce mois. Depuis quatre années de paix et de tranquillité, il 
surprendra beaucoup sans doute Votre Ëxcelleuce, qui y prendra an 
vif intérêt; mais il lui fera admirer aussi )a Providence qui veille 
toujours sur ceux qui mettent leur confiance dans sa protection toute 
puissante. 

Le samedi, 33 août 1806, je partis de chez moi en voiture, 
accompagné de H. Allain , un de mes vicaires génératix, de mon 
secrétaire (1), et de mon domestique (2), pour aller donner la confirma- 
tion aux fidèles de Mouterblanc, éloigné de Vannes d'environ quatre 
lieues. J'arrivais à trois-quarts de lieue à peu près de cette destination, 
vers neuf heures du malin , quand tout-à-ctfup ma voiture est arrêtée 
sur une lande nue et découverte, et cernée par cinq individus armés 
de fusils simples, fusils à deux coups, une espingole, pistolets d'arçon 
et poignards sons la chemise. Leur chef se présente à la portière et me 
remet un billet non signé, portant en substance que, si les deux indi- 
vidus arrêtés dernièrement en Sulniac ne sont pas rendus sous hiiit 
heures au village de l'Ange eu Saint-Jean, on fusillera les personnes 
arrêtées, et qu'elles subiront le même sort si la gendarmerie se pré- 
sente pour marcher à leur défense. J'avais à peine lu ce laconique 
billet que, s'adressant à moi : Vous avez lu, Monsieur, me dit le chef, 
et bien, descendez. Je voulus en vain parler au milieu des jurements 
et des blasphèmes; je fus tiré violemment de ma voiture, et, le pistolet 

\\) H. l'ubM Jarr;. 

(2) Qui devint plus tard U. l'abbé Théliot, clianoine' de la Cithédrala de Vaones, décédé 



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- 113 - 

sur la poitrine, on me déponilla de mon cbapeao, de ma soutane : ils 
sont remplacés par des fêLemenlsde paysao, la capote de mon cocher ,- 
le gilet et le chapeau du maire de Monlerblanc, venu pour mlndiqner 
la route à travers la lande. Mon secrétaire reçoit aussi l'ordre de quitter 
sa soutane et de se rebâtir de l'tiabit de mon domestique. A peine ce 
travestissement est-il terminé, mon grand-vicaire est remis en voiture, 
et on lui dit : Si vous aimez votre évêque , allez trouver H. le préfet 
avec le billet que vous avez, crevez, à'il le faut, .cm deux rouet, et 
touvenex-vous que sous huit heures ceux-ci perdront la vie. J'étais 
alors avec mon secrétaire, puis on me place avec rudesse sur le cheval 
de mon domestique , et on nous pourchasse rapidement à travers la 
lande jusqu'à une demi-lieue environ du lien de mon arrestation; là, 
mes ravisseurs conçurent quelque inquiétude à la vue de mes bas 
violets; ils en firent prendre et payer une paire de'colon assez mat- 
propre dans une maison voisine, et se mirent en devoir de me les 
passer aux jambes; mais on renonça à cette précaution, mon sonlier 
devenanl trop étroit, et on continua la marche jusqu'à un chemin 
creux et couvert, où on nous fit faire une halte pour nous offrir 
quelque nourriture : nous étions à jeun l'un et l'autre. Comme on vit 
que nous n'étions pas habitués à l'eau-de-vie, le chef expédia un des 
siens pour chercher du vin dans quelque maison voisine; comme il ne 
revenaif pas de suite , un autre fut envoyé qui ne revint pas de suite 
non plus. Alors le chef, impatient de ces délais et jaloux de mettre sa 
proie en sûreté, donne l'ordre de repartir. On me Ql faire divers circuits 
dans une vaste lande, et lorsque je fus arrivé à une portfie de fusil d'un 
bois, on me sépara de mon secrétaire, et bientût nous fûmes réunis 
à l'aide du sifQet. On me Qt de suite un siège composé de branches 
d'arbre et couvert de genôt et fougère, et on me recommanda de parler 
très bas.... Dans cette situation, on ne pensa plus qu'à se féhciter dn 
succès de ce coup de main et à se livrer à la joie. On essuie les armes, 
on se sèche au soleil de la pluie de la nuit précédente , et on s'occupe 
du dîner : du beurre, des œufs durs, de l'eau-de-vie en faisaient tous 
les frais. J'avais à peine commencé ce repas que tout-à-coup des cris, 
des coups de fusil se font entendre et redoublent à mesure qu'on 
approche. A l'instant, ces ravisseurs sont répandus aux diverses extré- 
mités du taillis et reviennent en disant ; Ce tant les bleus. Tous 
sautent sur leurs armes qu'ils amorcent, bien résolus d'en faire usage 
s'ils sont atteints. Pendant ce préparalif extrêmement court, je leur 
adresse les paroles les plus dduces, et je leur offre de les couvrir de ma 
personne, je ne suispas entendu : on me saisit avec violence pour me 
mettre sur mon cheval, et, à pas précipités, je suis emporté à travers les 
branches, les ronces et les épines ; on me fait franchir un large fossé 
et, sans égard à l'accablement oii cette alerte m'avait jeté, on continue 
de pousser mon cheval au grand trot jnsqa'à un champ planté de gendts 



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— 114 — 

fort élevés, où j*arriTat aa boat de trois-qnarts d'henre environ, 
épuisé de fatigue. J'y restai jusque vers cinq heures du soir, atlendant 
ou l'arrivée des deux prisonniers réclamés ou la mort.... Ils arrivèrent 
enfin, et, après an conseil secret tenu à peu de distance de moi, on 
m'annonce que je vais partir pour Vannes. Je le crus, et déjà nous 
nous en félicitions, moi et mon secrétaire, qui s'attendait à être du 
retour. Hais quel fut mon étonnement, quand j'appris que tout n'était 
pas fini et que j'allais être renvoyé seul. «Vous allez ôtre reconduit. 
Monsieur, jusqu'à la grande route, me dit le chef, par un des miens 
que je vais désigner ; mais , avant de partir, vous allez me donner . 
votre parole qu'étant rendu à Vannes, vous me ferez tenir sûrement , 
demain avant l'heure de midi, à tel lieu qu'il vous plaira de désigner: 
1» le billet remis ce matin à votre grand-vicaire ; 2» votre anneau 
jaune servant à vos fonctions épiscopales; 3" votre crois de la Légion- 
d'honneur; 4° la somme de 24,000 livres en or, bien comptés. Quel 
est le lien, quel est celui de vos prêtres que vous choisissez pour 
votre dépositaire. > Âpres quelques moments de réflexion , je lui indi- 
quai M. le desservant de Saint-Avé. « Cela suffit, reprit ce chef auda- 
cieux; prenez ce petit morceau de bois; j'en garde un semblable, 
par-devers moi. Votre commissionnaire à Saint-Avé remettra celui que 
je vous présente à M. le desservant, en même temps que les obiets que 
j'exige, et celui que je garde lui sera remis aussi par celui que j'en- 
verrai. Il lui servira de quittance et de décharge à votre égard, 
gardez-vous de le perdre. Je retiens votre secrétaire pour otage, et 
souvenez-vous 'bien que si, demain à midi, ma demande n'est pas 
remplie, 11 sera fusillé. > 

U fallut bien consentir à ces dures conditions. Mon secrétaire les 
accepta avec transport, me voyant hors de danger, m'embrassa dans 
le plus délicieux seotiment, puisqu'il faisait son devoir, et nous nous 
séparâmes. Je fus alors livré entre les mains d'un de ceux remis le 
matin en Uberté. Il me reconduisit jusqu'à la grande route. Je lui 
parlai pendant trois-quarts d'heure en évëque et en père , et il m'é- 
couta avec un respectueux silence ; il me soutint tout ce temps sur mon 
cheval avec une extrême complaisance et voulut m'embrasser en me 
quittant, ainsi que je l'avais fait envers ses autres compagnons. Je ne 
fus au plus que dix minutes seul sur la grande route. La Providence 
m'offrit un des ecclésiastiques de Grand-Champ, M. Hharh, qui m'ac- 
compagna chez H. le desservant de Meucon. Je m'y reposai un instant 
le corps et l'esprit, et tous deux voulurent me suivre jusqu'à Vannes. 

A peine avais-je fait sur la route une centaine de pas que je trouvai 
àma rencontre hommes, femmes, enfants de tout âge, de toute con- 
dition, de tout sexe. Les cris de joie, les transports d'allégresse, des 
larmes d'attendrissement sur toutes les figures; enfin, tout ce que 
rame sensible de Votre Excellence sentira beaucoup mieux que je ne 



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.— 115 — 
puis l'exprimer, tel fut le spectacle que j'eus sous les yeux pendant 
une grande lieue de chemin. Ceux que les infirmilés et l'âge empê- 
chèrent de venir à ma rencontre étaient prosternés aux pieds des 
aulcls dans toutes les églises qui n'araient point été abaudounées 
depuis la nouvelle de mon enlèvement. 

j'arrivai enfin à Vannes au milieu de cette foule immense; mats 
l'émotion que me causa cet accueil fut si violente, et elle succédait si 
rapidement aus maux que je venais d'éprouver, que je ne pus la sou- 
■ tenir : je tombai évanoui à la barrière. Cette faibtes.'',e dura trois-qnarts 
d'heure, au bout desquels je vis que j'avais été accueilli par M. Keyser, 
respectable bourgeois de celte ville. Mon intention était d'aller droit  
la cathédrale pour remercier Dieu, et de là chez M. le Préfet, qui 
venait de me rendre et la liberté el la vie. Cette faiblesse y mit obstacle; 
je fns cependant chez M. le Préfet, où je fus à peine entré que j'en 
éprouvai une seconde pendant laquelle les docteurs me firent transpor- 
ter chez moi, au milieu des flambeaux multipliés placés sur toutes les 
fenêtres spontanément. Les eaux employées pour me rendre la con- 
naissance, et surtout le vinaigre qu'on me mil dans les yeux, m'ont 
■ laissé sur celte partie' un brouillard tel que jusqu'à ce jour on a été 
obligé de rae conduire la main pour donner ma signature. 

Votre Excellence croira sans peine qu'après une satisfaction si vive- 
ment marquée â mon retour, toutes les bourses me furent ouvertes. 
En effet, en moins d'une heure, le supérieur de mon séminaire, que 
j'avais chargé de la réception de ces fonds , se trouva avoir 12,000 liv. 
de plus qu'il ne fallait. Je fis de suite mes billets à chacun en particu- 
lier, et je me hâiai de l'envoyer au lieu convenu et à l'heure prescrite; 
elle ne tarda pas à être remise aux mains de mes ravisseurs qui, après 
l'avoir bien comptée, délivrèrent mon secrétaire, qui rentra à Vannes 
vers huit heures du soir, le diraancbe. 

La joie que rae causa celle de la ville de Vannes , le triomphe de ma 
rentrée dans ses murs est trop gravé dans mon cœur pour s'en efi'acer 
jamais. Faudra-t-il que la punition des coupables vienne l'empoisonnei". 
Abl Excellence, un évoque est un père; il est toujours à sa place 
quand il demande grâce : aidez-moi donc à l'obtenir de Sa Majesté, 
et mon bonheur sera complet. 

J'ai l'honneur, etc. 

Signé : t ANT.-XAV., iv, de Vannes, 



Exécuté à quelques kilomètres d'un chef-lieu de déparlement , à 
l'époque la plus glorieuse de l'Empire, cet acte audacieux affecta vive- 
ment l'Empereur, ainsi que l'attestent les deux lettres insérées dans 
sa correspondance et qu'on trouvera plus loin. 



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— «6 - 

Qnand, quelques mois jdas tard. Sa Majesté apprit le décès da véné- 
nble prélat, Elle ne se rappela plus que les services readas par 
Vf de PaDcemont, et transmit à son ministre des cultes ane lettre par 
' laquelle Napoléon I'' ordonnait qu'une statue de marbre ttt placée 
dans la cathédrale de Vannes à la mémoire de H«' de Paocemont. Ce 
document fut transmis à MM. les Vicaires généraux avec la lettre 
sniranle : 

Le liuslrt des Colles, Grud-OSder de la L^oD-d'l»DBeir, 

 MM. U$ Yicairti généraux et Àdminittrateuri du diocite de Fannttt 
SEDE VACANTE. 

MH. les Ticaipes généraux , j'ai l'honneur de tous transmettre copie 
d'une lettre de S. H. l'Empereur et Roi, datée du camp impérial de 
Finckestein (près de Dantzig), le 5 mai présent mois, et relative à 
feu M. l'Eféque de Vannes. 

n est beau de Toir l'Empereur, à la tôle d'une armée triomphante, 
au milieu d'innombrables trophées amoncelés par la victoire, enri- 
ranné de tout l'appareil de la puissance, décerner aui vertus modestes 
d'UD pasteur des âmes les honneurs d'une statue et déposer sur sa 
tdte le témoignage public de son estime et de ses regrets. 

Rien de ce qui est grand, rien de ce qui est utile n'échappe à 
Napoléon ; il protège tous les genres de bien , il récompense tous les 
genres de mérite. Hier, il ordonnait que le bronze destructeur, pris 
sur l'ennemi par nos braves, servit à ériger une statue à H. le sénateur 
général d'Hantpoul. Il fait élever aujourd'hui, sous les voâtes mêmes 
du temple où H. l'Evéque de Vannes exerçait son apostolat, un monu- 
ment à la mémoire de ce prélat. 

La religion a ses héros comme ta gloire , et nous recueillons aussi le 
fruit de leurs travaux. Quels immenses services ne rendent-ils pas au 
traîne, à l'humanité, à la patrie, ces pontifes vénérables dont le saint 
ministère est destiné à propager toutes les vérités et à inspirer toutes 
les vertus ! Il leur appartient de triompher de tous les amours-propres 
par leur douceur; de conjurer par la charité les orages suscités par 
les haines ; d'aller au-devaint de tous les maux avec une sollicitude 
acttve et tendre; d'adoucir les mœurs desbommes par leurs instruc- 
tions et leurs exemples; de faire germer dans les âmes toutes les 
vertus honnêtes ; de fortifier le lien des lois par celui de la conscience , 
et de placer en quelque sorte la société entière sons la puissante ga- 
rantie de l'Auteur même de la nature. Cette paix publique si précieuse 
à l'État, cette concorde des familles, cette fidéhté des serviteurs , ce 
zèle des citoyens, ce dévouement de la jeunesse au grand nom de 
Napoléon ; ces biens soDt soavent leur ouvrage. Les peuples en 



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-117 - 

joajssent, et ne remontent pas à leur &oarce. i<e Prince la .rannaU, et 
il s'applaudit chaque jour d'afoir rétabli la religion sur ses antiques 
bases , et d'avoir, pour ainsi dire , rendu la fie à ce clergé de France, 
.si distingué de tout temps dans l'Église universelle par ses lumières, 
ses talents et ses vertus. 

Vous avez été à portée. Messieurs, d'apprécier l'influence salutaire 
que peut exercer un bon évéque sur les esprits et sur les coeurs. On 
n'oubliera jamais dans l'ancienne Bretagne la déplorable situation où 
se trouvait le diocèse de Vannes , lorsque H. Meynaud-Pancemonl vint 
en prendre l'administration. Cette malheureuse contrée, dont les 
habitants se sont toujours signalés par leur cocstaot attachement à la 
religion de cos pères, était le théâtre des manœuvres perfides des 
Anglais. Le génie de l'Empereur avait mis un terme aux fureurs de la 
guerre civile; mais une fermentation sourde était adroitement entre- 
tenue par nos éternels ennemis. L'esprit de parti , ahmeoté par la 
corruption, défendait au présent d'effacer les souvenirs du passé, et 
empoisonnait dans leur germe les espérances de l'avenir. La diversité 
des opinions politiques favorisait le brigandage , et l'appât da brigan- 
. dage entretenait la diversité des opinions politiques. Les dissensiODs 
religieuses qui s'étaient élevées dans toutes les parties de l'Empire, 
avaient pris, dans le Morbihan, tons les caractères d'une guerre de 
religion, et avaient laissé dans ce département des traces profondes 
que le temps seul semblait pouvoir effacer. Une circonstance particu- 
lière aggravait le mal. Plusieurs évoques de l'ancienne Bretagne 
s'étaient retirés en Angleterre, et, au grand scandale de la religion et 
de la patrie, y étaient demeurés après le rétablissement des autels en 
France. Vainement le chef de l'Éghse et celui de l'Empire s'étaient 
unis pour les rappeler de cette terre étrangère, la plus constante et la 
plus cruelle ennemie du nom catholique , ils avaient méconnu la voix 
du père commun des fidèles, et ne s'étaieot-ils pas exposés à la mé- 
connaître, en s'abandbnnant aus suggestions insidieuses d'un gouver- 
nement qui regarde la reconnaissance de la suprématie spirituelle da 
Pape comme un délit, et la subversion de ta France comme un devoir. 
Du sein de cette terre de discorde , de ce pays dont la foi fondamen- 
tale est l'intolérance et ta persécution, aussi mauvais citoyens que 
mauvais prêtres, ils recevaient une impulsion fanatique et fermaient 
l'oreille à la voix de leur conscience et à celle de la patrie. Était-ce là 
le refuge qui convenait à des évéques? Élait-ce parmi les détracteurs 
de UËglise de saint Pierre , parmi les ennemis du culte dont ils avaient 
été les ministres, que des prélats cathohques et français devaient 
chercher des prolecteurs? Etait-ce par le sacrifice des prioçipes du 
catholicisme qu'ils devaient acheter cette protection? Par leur séjour 
et par leur conduite en Angleterre, ils manquaient à l'honneur et à la 
patrie, ils trahissaient leur foi. 



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— 118 — 

Ces hommes qui , pendant nos troubles civils et religieux, avaient 
exercé nne influence dangereuse, s'efforçaient de la conserver par la 
perfidie de leurs inspirations. Profitant des fautes commises par les 
autorités incertaines qui s'étaient rapidement succédé dans le cours 
de la Révolution, ils cherchaient par des machinations criminelles à 
égarer l'opinion des peuples sur les véritables intentions du héros qui 
a tout réparé. Le Concordat confondit l'imposture. On vit la justice 
et la paix s'embrasser dans ce traité solennel qui garantit à jamais 
l'union si précieuse du Sacerdoce et de l'Empire. Mp Meynaud-Pan- 
cemont, nommé à l'évécbé de Vannes , fit connaître à ses loyaux 
Bretons la loyauté des intentions et les grandes vues de notre auguste 
Souverain. Il sut inspirer à tous ses coopérateurs', à tout son clergé, 
celle charité évangéUque dont il offrit lui-même un si parfait modèle. 
Bientôt, les traces des anciennes dissensions religieuses disparurent. 
Les pasteurs et les fidèles furent ramenés à l'unité, les sujets au de- 
voir, presque toutes les âmes à la religion. Comme un ange de lu- 
mière et de pais, il était auprès de ses diocésains l'interprète des 
sentiments paternels du monarque, et reportait au monarque les 
témoignages touchants de leur 'fidélité et l'hommage respectueux de 
leur admiration et de leur reconnaissance. Il usa de toute l'influence 
de la religion pour cicatriser la plaie de l'État , et il procura à la reli- 
gion, dans son diocèse, tout l'éclat et tout l'accroissement qu'elle peut 
recevoir du concours de la puissance publique. 

Vous jugerez convenable, Messieurs,- de faire connaître aux peuples, 
par tous les moyens qui sont en votre pouvoir , la lettre de Sa Majesté; 
Ils n'entendront pas sans une douce émotion l'expression noble et 
touchante des sentiments do notre auguste Souverain et de sa conti- 
nuelle sollicitude pour leur bonheur et pour le bien de la religion. 

Us n'apprendront pas sans reconnaissance , et sans être saisis de cet 
enthousiasme d'amour si naturel aux cœurs vraiment français , que 
Sa Majesté regrette de n'avoir pu encore les visiter , et qu'elle se pro- 
pose d'aller voir par ses propres yeux celle partie si intéressante de ses 
peuples, toujours présente d sa pensée.... ^ « La gloire du Prince se 
communique à nous, et sa puissance nous soutient.. . Si le Prince 
savait, dit le peuple : ces paroles sont «ne espèce d'invocation et une 
preuve de la confiance qu'on a en lui. (Montesquieu, Esprit des lois.)* 
il ne restera donc plus rien à désirer aux peuples du Morbihan. Le 
Prince aaii déjà. Messieurs, et se propose d'aller tout voir par lui- 
même, et de réparer bientôt par sa présence tout ce qu'ils ont souffert 
des tnallieurs des temps passés. 

J'ai l'honneur d'êlt-e , Messieurs, avec une considération distinguée. 

PORTALIS. 



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COPIE DE U LETTRE DE S. M. L'EMPEREDR-M 

A ^m Ministre da Cultes sur la mort de Ui* HEiHKiD-pAHCBiioirT , 
' Évigue de F'annes. 

H. Portaltg, Doas arons appris avec une profonde doalenr la mort 
de notre bien-aimé évèqae de Vannes, Heynaud-Pancemont. A la 
lectnre de votre lettre, les vertus qui distingoaieot ce digne prélat, les 
services qu'il a rendus à notre sainte religion, à notre conronne, à 
DOS peuples; la situation des églises et des consciences dans le Mor- 
bihan, au moment où il arriva à l'épiscopal ; tout ce que nous devons 
à son zèle, à ses lumières, à cette charité évangéliqae qui dirigeait 
toutes ses actions ; tous ces souvenirs se sont présentés à la fois à 
notre esprit. Nous voulons que vous fassiez placer sa statue en marbre 
dans la cathédrale de Vannes. Elle excitera ses successeurs à suivre 
sOD exemple, à suivre le chemin qu'il'ieur a tracé; elle fera connaître 
tout le cas que nous faisons des vertus évangéliqnes d'un véritable 
évéque , et couvrira de confusion ces faux pasteurs qui ont vendu leur 
foi aux ennemis éternels de la France et de la religion catholique, 
apostolique et romaine, dont toutes les paroles appellent l'anarchie , 
la guerre, le désordre et la rébellion. Enfin, elle sera, pour nos 
peuples du Morbihan, une nouvelle prelive de l'intérêt que nous prer 
nons à leur bonheur. De toutes les parties de notre Empire , c'est tme 
de celles qui sont le plus souvent présentes à notre pensée, parce que 
c'est nne de celles qui ont le plus souffert des malheurs des temps 
passés. Nous regrettons de n'avoir pu encore la visiter ; mais un des 
premiers voyages que nous ferons, à notre retour dans nos États , ce 
sera de voir par nos' propres yeux cette partie si intéressante de nos 
penples. Cette lettre n'étant pas à autre fin, nous prions Dieu qu'il 
vous ait en sa sainte garde. 

De notre camp impérial de Finckesteia, le, 5 Mai 1801. 
Sipé : NAPOLÉON. 
Pour copie conforme : 

Le mnisire des Cultes, PORTUJS. 



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PIECES iCSTIFIUTlTES. 

CORRESPONDANCE DE L'EMPEREUR NAPOLÉON I". 
N" 10712. A M. Portais. 

SaiDt-Cloud , 31 Août 1806. 

J'ai la avec peine l'événement de Vannes. La conduile da Préfet 
dans cette circonstance est inconcevable. Quant à l'Éïèque, on me 
dit qu'il a renvoyé l'anoeau que je lui avais donné et la décoration de 
la Légion-d'honneur aux brigands qui l'ont arrêté; je ne puis croire 
une tell3 lâcheté. Toutefois, je désire que vous me fassiez un rapport 
là-dessus. L'Évêque, comme un autre homme, devait savoir mourir 
plutôt que de commettre une bassesse. J'attends le rapport que vous 
me ferez pour fixer mes idées. 

NAPOLÉON. 



N> 10713. A M. de Ckampa^y. 

Saint-Cloud, 31 Août 1806. 

Monsieur de Champagny, témoignez mon extrême mécontentement 
an Préfet da Morbihan de ce qu'il a compromis et déshonoré l'aatorité. 
n a donné là nn exemple funeste et dont d'autres individus seront les 
victimes. Je n'avais pas le droit d'attendre d'un homme qui a servi 
dans les armées avec distinction un pareil oubli de ses devoirs et du 
premier intérêt de l'ordre public. Bien loin de relâcher les brigands, 
il devait faire courir la gendarmerie et mettre tous les moyens en 
œuvre pour les arrêter par la force. Ce qui pouvait arriver ensuite ne 
pouvait être prévu par personne , et quelque précieuse que soit la vie 
d'un évêque, d'un citoyen, d'un magistrat, quand c'eût été le fonc- 
tionnaire le plus élevé en dignité et le plus pfécieux à l'État, il n'avait 
pas le droit de compromettre l'autorité et de déshonorer ainsi la loi. 

NAPOLÉON. 



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COHKISSION ULITÂlItB SPÉCULE fiTÂBLŒ A VANNES. 

JUGEMENT 

Qui condamne à 'o peine de trwrl les nommés Edouard Lahate de Saint- 
HiLAiBE et Jean Billi , convaincus d'avoir fait partie de la bande qui a 
arrêté M. l'Évéque de Cannes et M. l'abbé Jabrt , son Secrétaire ; d'avoir 
exigé d'eux une contribution de la somme de 24,600 livres; d'avoir fait 
feu sur la gendarmerie, et d'avoir tué le brigadier Jean Beaui, dit Thivier. 
Cejourd'bui, 6 octobre 1807, la Commission militaire spéciale établie 
par ordre de M. le général Paillardj l'un des commandants de la Légion- 
d'hooneur, commandant le département du Morbihan , en dale do pre- 
mier du même mois , composée , d'après la toi du 19 fructidor an 5, et 
conformément au décret impérial du 17 messidor an 12, de: 
MM. Corroller, chef d'escadroo de la gendarmerie impériale, présid.; 
Braungard, capitaine au 103» régiment , 
MuUer , capitaine au iT» régiment , 
Quesnel , idem 

Gamecin , idem 

Vandecotte , , tdei» 

Pierre-Antoine Gérard, capitaine, aide4e-camp, faisant les 
tondions de joge rapporteur ; 
Tous nommés par M. le général Paillard . en vertu des ordres à lui 
transmis par M. le sénateur Demont, grand-officier de la Légion- 
. d'honneur, et commandant provisoirement la 13» division militaire ; 

Assistés de H. Jean-Claude Conrtot, brigadier à pied de la gendar- 
merie, à la résidence de Vannes, greffier nommé par le rapporteur ; . 
Lesquels ne sont parents , ni alliés entre eux, ni des prévenus , au 
degré prohibé par les lois. 

La commission, convoquée par ordre de M. le général Paillard, s'est 
réunie dans la salle de la mairie de Vannes, à l'effet de juger les 
nommés 

Edouard Lahaye de Saint-Hilaire, natif de Saint-Hilaire-des-Landes 
■(lUe-et-Vilaine) , âgé de 30 ans ou environ , taille d'un mètre 625 rail- 
limètres , visage rond et plein , un peu marqué de petite vérole , teint 
beau, yeux bruns et vifs, sourcils très marqués, barbe noire , 

Et Jean Bitly, natif de Berric (Morbihan), âgé de 33 ans, taille d'un 
mètre 652 millimètres, cheveux, sourcils et barbe châtains, yeux gris, 
nez aquiltn, boncbe moyenne, menton fourchu, visage ovale : les deux 
dents incisives et celles correspondantes à la mâchoire inférieure lui 
manquent ; 



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— 122 — 
Prévenns , 

i' D'avoir porté les armes'conlre la France ; 

â° D'avoir fait partie des brigands qui infestaient le département da 
Morbihan ; 

B" D'avoir été pris, les armes à la main, faisant feu snr les personnes 
qni voulaient les arrfiter , et d'avoir tué le brave Jean Beaux , dit Tbi- 
vier, brigadier de la gendarmerie ; 

■i° D'être ceux qni , le 23 août 1806 , enlevèrent M. de Pancemont , 
évoque du Morbihan . et M. l'abbé Jarry, son secrétaire , qu'ils mirent 
à contribution d'nne somme de vingt-quatre mille francs. 

La séance ayant été ouverte , M. le président a demandé au rappor- 
teur la lectufc des pièces de la procédure ; cette lecture terminéf , le 
président a ordonné à la garde d'amener les accusés , lesquels ont été 
introduits, libres et sans fers, devant la Commission- 

Interrogés de leurs noms, prénoms, âges, professions, lieux de nais- 
sance et domicile; 

Le premier a répondu se nommer Edouard Lahayede Saint-Hilaire, 
natif de S.-Hilaire des Landes (Ille-et-Vilaine) , âgé de 30 ans on envi- 
ron, depuis longtemps sans domicile fixe, ayant eu pour dernier la 
commune de Saint-Hilaire. 

Le second a répondu se nommer Jean Billy, âgé de 33 ans, natif de 
Berne (Morbihan), apprenti maréchal. 

Après avoir fait prêter interrogatoire aux accusés, par l'organe du 
président, sur le contenu de l'accusation dirigée contre eux. 

Ouï le. rapporteur en son rapport, et les accusés dans leurs mojens 
de défense , tant par eux , que par leur défenseur officieux , M. IRialan 
fils, avocat à Vannes, le président a demandé anx membres de la Corn- , 
mission s'ils avaient quelques observations â faire ; sur leurs réponses 
négatives, et avant d'aller aux opinions, il a ordonné aux accusés de se 
retirer, et Us ont été reconduits à la prison, par leur escorte- 
La Commission délibérant à huis-clos, le président a posé les ques- 
tions ainsi qu'il suit ; 

1° Le nommé Edouard Lahaye de Saint-Hilaire , qualifié ci-dessus , 
accusé d'avoir porté les armes contre la France, est-il coupable ? 

2" D'avoir fait partie des brigands qui infestaient le département du 
Morbihan, est-il coupable? 

3" D'avoir été pris, les armes à la main, faisant feu sur les personnes 
qui voulaient l'arrêter, est-il coupable ? 

4" D'être celui qui , le 23 août 1806, présidait à l'enlèvement de M. 
l'évêque do Morbihan , et de M, Jarry , son secrétaire , qu'il mit àcon- 
tributioD d'une somme de vingt-quatre mille francs, est-il coupable ? 

Les voix recueillies séparément sur chacune des questions ci-dessus, 
en commençant par le moins ancien de grade, le président ayant émis 
son opinion le dernier, la Commission a déclaré, à l'unanimité , que 



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— i23 - 

. l'accnsé est coupable d'avoir porté les armes contre la France : qn*il est 

coupable d'avoir été pris les armes à la main ; qu'il est coupable d'avoir 

arrêté M- l'évéque du Morbihan , et M. Jarry, son secrétaire, et d'avoir 

exigé d'eux une contribution de la somme de vingt-quatre mille francs. 

1" Le nommé Jean Bitiy, prévenu d'avoir porté les armes contre la 
France, est-il coupable ? 

%" D'avoir fait partie des brigands qui infestaient le département du 
Morbihan, est-il coupable ? 

3» D'avoir été pris les armes à la main, est-il coupable ? 

i' D'avoir fait partie de la bande qui a enlevé M. l'évêque de Vannes, 
et M. l'abbé Jarry, et d'avoir exigé d'eux une contribution de la 
somme de vingt-quatre mille francs, est-il conpable f 

Les voix recueillies comme ci-dessus, le président ayant émis son 
opiniob le dernier, la Commission déclare, à l'unanimité, que le nommé 
yean fîi/Ztf, qualifié ci-dessus, est coupable d'avoir porté les armes 
contre la France ; qu'il est conpable d'avoir tait partie des brigands qui 
infestaient le département du Morbihan ; qu'il est coupable d'avoir été 
arrêté , les armes à la main, faisant feu; qu'il est coupable d'avoir 
arrêté M. l'évêque de Yannes et M. l'abbé Jarry , et d'avoir exigé d'eux 
une contribution de la somme de vingt-quatre mille francs. 

Sur ce , le président a posé les questions relatives à l'application de 
la peine. 

Les voix recueillies de nouveau, dans la forme indiquée ci-dessus, 
ta Commission condamne, à l'unanimité, à la peine de mort, les nommés 
Edouard Lnhaye de Saint-Hilnire , et Jean Billy , conformément aux 
articles 2 , 3 et 4 de la loi du 30 prairial an m de la République fran- 
çaise, ainsi conçus : 

Art. 2. * Les individus qui, contre leur serment de soumission aux 
» lois de la république, auront conspiré ou se seront armés contre elle, 
• seront punis comme rebelles. 

Art. 3. « Les chefs, commandants et capitaines, les embaucheurs et 
« les instigateurs de rassemblements armés, sans l'autorisation des au- 
B torités constituées, soit sous le nom de Chouans ou sous telle autre 
» dénomination , seront punis de la peine de mort. 

Art. 4. > Les hommes armés pris dans ces rassemblements, s'ils sont 
» déserteurs , ou étrangers au département où ils seront pris , seront 
i punis de la même peine. • 

Condamne en outre lesdits Sainl-Bilaire et Billy , aux dépens de la 
procédure et aux frais du présent jugement, qui sera imprimé au, 
nombre de deux mille exemplaires , pour être distribué et affiché ; et 
déclare leurs biens acquis et confisqués au profit du gouvernement ; 

Et attendu qu'il est constant que le nommé François Le Mars, a reçu 
chez lui lesdits Lakaye de Saint-Hilaire et Billy; qu'il ne l'a pas dé- 
claré d'abord à la gendarmerie ; et qu'il est cause , par son silence , de 



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-184 — 

la mort dn brave Beaux, dit Thivier, le .renvoie à la disposition de 
S. Exe. Mt' le, ministre de la poUce générale ; 

Enjoint an rapporlenr de lire de saite le présent jngemeift aox con- 
damnés ; 

Ordonne qu'il en sera envoyé, dansles délais prescrits par la loi, à la 
diligence du rapportenr, une expédition à LL. EE. les miDistres de 
)a guerre et de la police générale, au général-séoateur commandant 
la 13< division , et à H. le général Paillard , commandant le départe- 
ment du MorbitiaD ; 

Ordonne en outre que le présent jugement sera mis à exécution dans 
les vingt-quatre heures, à la diligence du rapporlear. 

Fait , clos et jugé , sans désemparer, en séance publique ; à Vannes , 
les jour, mois et an susdits. La minute nignéej. M. H. Corroller, prè- 
lideni ; Braangardi Huiler, Qnesnel, Gamecin, Vandecolte, capitaines ; 
Gérard, capitaine-rapporteur ; Courtot, greffier. 

Le 1 octobre 1807 , à dix heures du matio , nous Pierre-Antoine Gé- 
rard , aide-de-camp , capitaine-rapporteur de la Commission militaire , 
assisté de M. Jean-Claude Courtot , brigadier de la gendarmerie à la 
résidence de Vannes , greffier nommé par nous , eu vertu de la loi du 
17 messidor an xii, avons fait exécuter les nommés Lakaye de Samt- 
Hilaire et Jean Bitly, arrêtés les armes à la main, faisant feu, et ajant 
tué un brigadier de gendarmerie : ces deux individus condamnés à la 
peine de mort, par jngement d'hier, rendu par la Commission militaire 
assemblée en la mairie de cette ville , par ordre de M. le général Pail- 
lard, l'un des commandants de ta Légion-d'honoeur , commandant le 
déparlement du Morbihan. 

A Vannes, les jour, mois et an que dessus. 

Le Capitaine-rapporteur, GÉRARD. 

Courtot, Secrilaire-greffUr. 

Pour copie conforme : 

GERARD, Capitaine-rapporteur. 

Courtot, Greffier. 



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ANNALE LORIENTAISES. 

L'ILE SAINT-MICHEL. — Prieuré. — Lazaret. 

(Par M. JéEoa.) 

vra. 

Nalr^DMne d« Larmar. — SalnM<NinHoe. >- 1« Maf ddMa*. 

An moyen-âge, la Bretagne se couvrit, pour ainsi dire, d'aoe quantité 
innombrable d'églises, couvents, chapelles ou oratoires. Daos toute 
paroisse , outre l'église principale , chaque trêve , chaque frairie , avait 
généralement une, et quelquefois même plusieurs chapelles. Tout châ- 
teau, tout manoir de quelque importance, avait également son oratoire 
particulier, chacun sait cela; mais nulle part, croyons-nous, cet état 
de choses ne fut aussi frappaut que sur le littoral de l'évêché de Vannes, 
principalement sur la paroisse de Plœmeur et dans l'Ile de Groix. 

Celle-cicomptait autrefois, dans ses huit frairies, douze chapelles, 
Don compris l'église paroissiale. C'étaient celles de Saint-Tudy , Saiut- 
Gurthiern, Saint-Méloir, Saint-Jean, Saint-ûildas. Saiat-Hichel, Saint- 
Nicolas, Saint-Laurent, Sainte-Brigitte, La Trinité , Locmaria, et une 
autre encore dont le uom nous échappe. 

Sur la grande paroisse de Plœmeur, il existait an seizième siècle , 
outre l'église paroissiale dédiée à Saint-Pierre (comme la plupart des 
églises des paroisses dont le nom commence par la lettre P, selon ce 
que prétend le P. Albert le Grand), vingt-sept chapelles sur ses quinze 
frairies : Saint-Bieuzy , Saint-Quinlin , Saint-Thuriau, Saint-Léonard , 
Saint-Armel, Saint-Maudé, Saint-Mathurin, Saint-Tugdual, Saint-Simon 
et Saint-Jude, Saint-Germain, Saint-Antoine, Saint-Adrien, Saint- 
Christophe (des Montagnes), Saint-Christophe (de Scorff), Saint-Laurent, 
Saint-Michel, Saint-Gabriel, Saint-Nicolas, Keroman, Sainie-Ninnoc , 
Sainte-Anne, N.-D. de Plascaër, N.-D. deLarmor, Locmaria, La Made- 
leine, La Vraie-Croix et La Croix-Neuve. 

Plus ancienuement leslieux dits : Houstoir-Berhiet, Moustoir-Phelan, 
Saint-Déron, Saint-Uhel {i), Quéhello-Congard, Loc-Gueltas et Loo- 
Mener (pour Mêler, Méloir} , eurent sans doute des chapelles dédiées 

(1) S.iint-llbel , pour JudicaSl , formait autrefois une chapellenie dépendant du cliâl«3U 
uoisin di: Tréfaven ; on perd les traces de celle cbapellenie vers le xv siècle , époque à 
parUi de laquelle les seules diapelles priTalives da Trétiveu étaient celles de Saint-Ctiristopbt 
et de Salnl-Âimel. 



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— 126 - 
aux saints et saintes dont ils portaient les noms, et sar la frairie de 
Loc-Cunolé (pour Guénolé), un liea quelconque fut probablement 
autrefois consacré â Saint-Guéaolé. 

Ce nombre surprenant d'édifices religieux agglomérés sur cette partie 
extrême de l'évéché de Vannes, doit être considéré comme le signe 
certain d'une piété profonde; mais si l'on veut remarquer que la ma- 
jeure partie des saints patrons de' ces chapelles apparlienncnt au cata- 
logue des premiers propagateurs du Christianisme dansPArmorique, du 
111" au Vfi' siècle, n'y trouvera-t-on pas l'indice d'une populationconsi- 
dérable vers ces mômes temps, sur le territoire maritime qui nous oc- 
cupe, malgré certains documents qui nous le représentent comme à 
peu près désert , la légende de sainte Ninnoc enti-e autres? C'est da 
moins par une raison de même nature, que ronatirédel'accumulatioQ 
des monuments dits druidiques ou celtiques , sur te lilloral du même 
éTéché, la conséquence de la présence d'une grande agglomératioQ 
d'habitants. D'ailleurs , on n'ignore pas que le centre de la péninsule 
bretonne se trouvait autrefois couvert de bois, et que par conséquent, 
la masse de sa population devait en occuper le littoral. Cet état de 
choses a dû se modifier , surtout à partir du viii* siècle , par suite des 
invasions et des ravages périodiques des Normands , invasions dont le 
premier effet dut être , évidemment , de provoquer de la part de popu- 
lations énervées à la suite de quatre siècles de domination étrangère , 
un reflux vers l'intérieur de la presqu'île, vers les forêts. 

En ce qui concerne le prieuré de Saint-Michel, cinq ou sis de ces 
chapelles de Plœraeur lui appartenaient. Nous avons déjà nommé la 
chapelle de Saîot-Miebel , bâtie au centre de l'tle de ce nom , sur le 
sommet du Tumulus, selon l'usage constant d'élever -sur des hauteurs 
les temples dédiés à cet archange, en mémoire de sou apparition célèbre, 
au V" siècle, dans les montagnes de la Galabre fin monte Gargano). Sur 
la même lie, on voyait une antre chapelle, dédiée à N.-D. de Plascaër. 
Tout près de là, sur la pointe de Bec-er-Groix, dans un champ nommé 
er-Gorlannau, il y avait une chapelle Saint-Gabriel. La maison prieurale 
des Montagnes avait sa chapelle particulière, sous le vocable de Saint- 
Christophe. Dans le voisinage du village de Kervenannec, s'élevait une 
chapelle Saint-Nicolas; quelque part, non loin de Kermelo peut-être , 
le prieuré possédait encore une chapelle Saint-Antoine, sur laquelle 
nous n'avons trouvé que des mentions très vagues. 

Que dire aujourd'hui de ces nombreuses chapelles de Grqix et de 
Plœmeur, la plupart disparues? Que dire particulièrement des chapelles 
du prieuré , dont pas une pierre , pas un vestige peut-être n'existe au- 
jourd'hui î Cest vainement que l'on persisterait à en vouloir décrire 
l'importance et l'architecture : titres , traditions, matériaux, tout 
manque à ta fois : le temps, hélas t n'a rien épargné. 

Cependant, sous le rapport de l'architecture aussi bien que sous celui 



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— 127 — 
delà célébrité, on doit croire que la chapelle de N.-D. de Larmora dû, 
de tout temps, éclipser ses rivales. Il est du moins avéré qae la renom- 
mée de cette chapelle, quoique très grande encore aujourd'hui, parmi 
les marins particuliÈrement, s'étendait fort loin autrefois; à tel point, 
qu'il a fallu la vogue plus moderne d'un pèlerinage célèbre , celui de 
Sainte-Anne d'Auray, pour lui faire perdre son antique prestige. 

Nous en trouvons la preuve dans uno déclaration rendue au roi, le . 
19 avril 1640, par Pierre Le Chalton, procureur de la fabrique de Lar- 
mor, des biens immeubles et revenus temporels de cette chapelle. On 
y lit : « Le casuel du revenu de laquelle chapelle consistant à présent 
» ep fort peu d'oblatioQs , les dévotions étant diverties par l'église et 

> chapelle de Sainte-Anne, en la paro sse de Pluueret, près Auray; en 
» laquelle chapelle de Nostre-Dame de Larmor est requis de faire de 
" grandes réparations des ruines qui y arrivent journellement , étant 
s située sur le bord de la mer. ■* 

La chapelle de Larmor , qui présente un mélange fort peu remar- 
quable de divers genres d'architecture, mélange qu'expliquent parfai- 
tement les nombreuses réparations dont se plaignait Pierre Le Chatton, 
renfermait anciennement les tombeaujt d'un grand nombre de familles 
nobles du pays et même des environs i ceux, des seigneurs du Ter , 
Kermassonnet, Kerivilly, Chefdubois, Kervegan en Arzanno , La San- 
draye en Guidel, elc. Dans un aveu rendu au roi le 29 novembre 1519 
par Jean de la Saudraye, après la mort de Charles de la Saudraye son 
père, il est dit : c Pareillement â luy apartient et est en pocession d'avoir 

• une chapelle prohibitiB've à tous autres en l'esglise et chapelle de 

• Nostre-Dame de Larmor située en la paroisse de Plœmeur au costé 

> de i'épistre et ses armes en la vistre du pignon et en costé en plu- 
» sieurs endroicts de ladite chapelle, i Aujourd'hui, on peut encore voir 
dana le parvis de la chapelle , de ce même côté de l'épltre , deux 1res 
vieilles pierres tombales, décorées d'armoiries, mais à peu près 
frustes. 

A chacun de ces seigneurs, qui avaient droit de lombes, en/euf, banc 
et accoudouer, dans la chapelle de Larmor, et qui payaient au trésor de 
la chapelle certaines rentes , le trésorier était tenu de fournir deux 
cierges d'une livre de cire, le jour de la lète de la Chandeleur. Tous ces 
droits honoriSques étaient, nous le répétons, une source de revenus 
pour la chapelle, car alors, comme aujourd'hui, les honneurs se 
payaient. On a vu Pierre Le Chatton constater le tort considérable qu'é- 
prouvait Larmor , depuis la découverte miraculeuse faite par le bien- 
heareux Nicolazic, dans le champ dn Boceno (1625) ; les seigneurs de 
Plœmeur firent comme les pèlerins, ils cessèrent à leur tour de fré- 
quenter Larmor, désertèrent leurs bancs armoriés , délaissèrent leurs 
tombes et enfeus de familles et cessèrent de payer les rentes dues à cette 
chapelle. C'est ce que nous apprend une déclaralioià du 5 juillet 1689 : 



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— 128 - 
c n estoit dil, déclare le fabrique eo charge , quactilé d'aatres rentes 

> pour les tombes et bancs de la noblesse , mais qui ne se payent 
« plus;.... » LexviP siècle a été fatalà S,-D.deLarmort 

l4i plupart des chapelles de Groix et de Plœraieur, dont on a lu le dé- 
nombrement, ont disparu, avons-nous dit; en effet, il n'eiiste plus que 
l'église paroissiale de Saint-Tudy et les chapelles Saint-Jean et de La 
Trinité sur l'île de Groix. Et des Tingt-sept chapelles de Plœmeur.il 
ne reste plus que celtes de Saint^Bieuzy , Saint-Léonard, Saint-Haadé , 
Saml-Simon etSaint-Jude, Saint-Mathurin, Keromao, Saint-Christophe 
(de Scorff),Saint-Thuriau, Saint-Armel, Sainte-A.nDejiarmor et la 
■ Vraie-Croix. 

Mous le répétons, pas une des chapelles du prieuré de Saint-Michel- 
des-Hontagnes n'existe aujourd'hui, et, comme nous aurons occasion 
de le mentionner pour quelques-unes, leurs ruines elles-mêmes ne sont 
plus. La chapelle actuelle de Saint-Michel est moderne. 

Titres, traditions, tout manque, avons-nous dit, pour rechercher 
l'origine des chapelles de Plœmear et de Groix- Cependant, il faut en 
excepter Saint-Gurlhiern de Croix, dont nous avons, dit quelques mots; 
et Sainte-Ninnoc ouLannenec, et encore La Madeleine, deux chapelles 
dePlœmenr, dont nous ne pouvons omettre les intéressantes origines. 

Les actes de Bretagne rapportent que, vers le milieu du v siècle, 
une princesse de Cambrie (aujourd'hai la Cambrie est, en Angleterre, 
le pays de Galles), suivie d'un grand nombre de ses compatriotes des 
deux sexes, chrétiens comme elle, émigra pour venir débarquer sur un 
point de la côte armoricaine qui prit le nom de Pull-Ilfin, et se trouvait 
situé dans les environs de Plœmeur. 

Cette princesse , nommée Ninnoc Guengustle , aussitôt débarquée , 
députa quelques-uns des notables de la troupe vers le chef du pays , 
nommé Erech ou Guerech, et en obtint ooo-seulemeot la permission de 
s'établir sur ses domaines, mais encore la concession pour elle et 
pour les siens d'un vaste canton alors désert, situé dans le pays de 
Plœmeur, m plèbe quœ dicitur Pluemur, sur les bords de la mer, au 
sud des possessions d'Erech , ad auatralem plagam juxla mare : ce qui 
permet de supposer que le Pull-Ilfin de 4-50 pourrait fort bien être le 
Pouldu actuel, à l'embouchure de la rivière de Quimperlé. Dans le 
nombre de ces chrétiens gallois. les uns se dispersèrent par l'Armorique 
pour y prêcher l'évangile; 'd'autres plus nombreux demeurant sur les 
lieux concédés par Erech , élevèrent une chapelle et un monastère où 
Ninnoc se retira avec plusieurs bonnes filles , et ils se fixèrent aux en- 
virons de cette chapelle et de -ce monastère. Trente-huit ans après, 
cette princesse y mourut en odeur de sainteté , et le nom de Sainte- 
Ninnoc resta désormais aux établissements pieux qui lui devaient leur 
origine. 
Tel est le résumé de la vie de sainte Ninnoc, dégagé des amplifica- 



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— 129 — 
tioDs nébaleases de sa légende. Dans ce smiple récit, on peat tronver' 
non-sealemeDt l'origine de notre chapelle de Sainte-Nlnnoc on Lao^ 
nenec, mais encore un exemple de ces nombreuses émigrations des lies 
anglaises vers la petite Bretagne, émigrations signalées par l'histoire 
dans le courant du v* siècle , et y voir en outre l'origine de la paroisse 
de Plœmeur ; car il est permis de douter que cette contrée maritime , 
devenue déserte à la suite de la longue domination romaine, fût ché- 
tienne au moment de l'arrivée de la princesse cambrienne et de ses 
compagnons. 

Mais la légende de sainte Ninnoc présente encore une sorte d'intérêt; 
c'est que le monastère fondé par elle, en Plœmeur, est probablement 
l'exemple le plus antique , non-seulement d'an monastère de SUes dans 
les Gaules, mais encore d'un prieuré. Il est vrai que le document d'où 
se dégage ce fait remarquable laisse, par ses expressions mêmes, 
douter de son authenticité. Quoiqu'il en soit, la rareté du fait nous 
engage à extraire le passage qui s'y rapporte , du recueil de la Vie 
des Saints de Bretagne , du Père Albert-le-Grand. 

• Le susdict prince Erekh, estant un jour allé à la chasse, poursuivit 

■ si vivement un cerf es envipoos du monastère de saincte Ninnok, 

■ qu'il fut contraint de se sauver dans son église, et, entrant de course 

■ dans le chœur où elle assisloit au divin service, se jelta à ses pieds 
V demi-mort de lassitude : les chiens le suivoient de fort près, mais 

> estans arrivez à un petit ruisseau qui est au-devant de l'église de 

> saincte Ninook, ils s'arrestèrent tout court, sans passer plus avant; 

• le Comte y arrive incontinant, et, eslonné de voir sa meulte abboyer 

> extraordinaire ment et ne vouloir passer outre, descend de cheval, 

■ et, accompaigné de ses gens, entre dans l'église, où il trouva saincte 
« Neonok accompaignée de ses filles, et de l'autre costé du chœur 

> Gurlehentelius (son oncle et son parrain) et ses religieux qui dian- 
» toient l'Office divin; mais ce qui l'eatonna fut de voir le cerf qu'il 

> ponrsuivoit couché au:^ pieds de la Saincte, comme en un azile a»- 

> seuré. se mocquer des vains efforts des chasseurs et des chiens. D 

> la salua, et toute sa vénérable compaignie, et ayant congédié ses 

> domestiques, demeura huict jours entiers en ce lieu, conférant sou- 

> vent avec la saincte, à laquelle il donna plusieurs belles terres et 

> revenuz pour l'accomodation de son monastère , laquelle donaisoa 

> il fil ratifier par le Métropolitain et autres Evesques de Bretaigne, et 

> par ses frères Michel , comte de Rennes , et Budic , comte de Cor- 

• nouaille et autres seigneurs en une assemblée tenue à cet effet , de 

■ laquelle donaison il fit faire des lettres et Chartres authentiques , 

• lesquelles il mit sur l'autel avec un calice et patène d'or plein de Tin. 
a Voici l'acte de donaison, qui est daltéde l'an, 458. 

• Au nom de la Saincte et individuë Trinité , et de la très heureuse 

■ Vielle Uarie , et par la vertu de la Saincte Croix , je Guerek par la 

d 



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— 130 - 
t'_ grâce de Dieu, duc de la petite Bretaigoe, en présence des évesqnes, 

> comtes et principaux seigneurs de Bretaigoe, donne et ociroye de mon 

• propre béritaige à la Saincte Vierge et Servante de Dieu Nennûk et à 
■ ses successeurs, afin qu'elle aye mémoire de prier pour les âmes de 

> mes parens vivans et trespassez, et pour le salut de mon àme, et 

• de ceux de ma race qui doivent succéder et pour l'Estat de mon 
» Royaume, le lieu qui de son nom s'appelle Landt-Nennok, el toutes 
» la paroisse (totam pkbem) qui s'appelle Plouemeur , avec toutes ses 
» terres cultivées ou non cultivées » 

Comme notre intention n'est pas de faire ici l'histoire du prieuré de 
LanneDec et que nous n'avions pour but que d'indiquer l'origine de 
la chapelle de ce nom, enjambons les siècles pour nous occuper de 
la Hadeleioe. 

Ici, pas un document qui nous serve de guide; nous croyons qu'il en 
existe cependant ; mais pour le moment, la tradition verbale, la légende 
locale si i'on veut, fortifiée par des faits, formera la base de notre récit. 

Voici donc ce que l'on raconte au sujet de la chapelle de la Madeleine 
de la paroisse de Plœmeur. 

Vers le quinzième siècle , une horde de bohémiens , sortie on ne sait 
d'où, mais ayant vraisemblablement traversé l'Europe, se croyant sans 
doute parvenue à l'extrémité du monde, arrêta sa course vagabonde entre 
, le Scorff et l'Ellé , sur le territoire du Prince , ou plus exactement , du 
Sire de Guémené, puisque le grand fief de ce nom ne fut érigé en prin- 
cipauté qu'en 1571. 

Ces étranges voyageurs, que chacun fuyait avec effroi , et que les po- 
pulations anathématisaient en quelque sorte , en les classant avec les 
Lépreux, ces parias du moyen-âge, sous la dénomination commune de 
Cacoiu, sollicitèrent du Sire de Guémené, des terres pour y fixer définiti- 
vement leurs tentes, voulant demander au travail et à l'industrie , pour 
vivre.lesressources qu'ils n'avaient cherchées jusqu'alors, et de généra- 
tions en générations peut-être, qu'au moyen de jongleries, de rapines et 
pis encore souvent. Ce seigneur, pratiquant l'hospitalité comme autre- 
fois le comte Erech, accorda à ces bohémiens, non loin de Lannenec, 
une certaine portion de terres incultes, prise dans un vaste canton de 
terres vaines et vagues nommé Lande de Behoy, sur les confins des 
trois paroisses de Plœmeur, Lesbin et Guidel. Ces parias y fondèrent 
en effet un -village qui prit le iiom de PouUou-Riantec , lieu qui existe 
encore en la commune de Plœmeur sous le nom défiguré de Poultorio. 

Contraints de vivre entre eux, de se marier entre eux, comme les 
lépreax, ces nouveaux venus, dont tes descendants ont été pendant 
plusieurs siècles poursuivis dans le pays soos le nom injurieux de_ 
Cacous, qui n'y est peut-être pas encore complètement éteint, ces 
nouveaux venus, disons-nous, chrétiens ou du moins convertis bientôt 
au christianisme, ne pûuvantfréquenler les églises avec le commun des 



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— 131 — 
fidèles, se virent obligés d'élever à leurs frais un humble oratoire au mi- 
lien de leur village, oratoire qui fut placé sons la dédicace de sainte 
Madeleine, patrone ordinaire des léproseries. Cette chapelle a 
disparu, mais elle existait encore à la fin du xvii' siècle commele 
prouvent divers actes de la paroisse de Plœmenr; ainsi, à la date 
du 8 avril 1668, il est fait mention, sur les registres des décès de 
cette paroisse, de l'inhuaiation de Pierre Le Meur, cordier, dans Péglùe 
de la Magdeleine de Plœmeur. 

La chapelle de la Madeleine est tombée avec le préjugé qui l'avait fait 
élever; les anciens Cacous ayant réussi peuà peu à se faire admettre au 
milieu de la population environnante, à obtenir l'entrée des églises com- ' 
munes et à participer par des mandataires aux délibérations de ce que 
l'on appelait le Général de la paroisse, c'est-à-dire les représentants de 
la généralité des habitants, ne relevèrent pas les raines de leur chapelle 
particulière. Cet exemple fut suivi à peu près à la même époque par 
les habitants de l'antique léproserie de Kerroch, près Hennebont, qui 
possédaient aussi une chapelle de la Magdeleine (1). 

IX. 



On vient d'assister â la formatiou du prieuré de Saiut-Michel-des- 

Montagnes; on connaît sa situation, l'importance de ses droits, 
l'étendue et la variété de ses domaines. Incorporé à l'abbaye de 
Sainte-Croix de Quimperlé, Saint-Michel n'a pas d'histoire parti- 
cuhère, et il faut arriver au xvi' siècle pour découvrir dans les 
. annales de cette abbaye, un fait qui intéresse notre prieuré. 

(1] La léproserie de Kerroch, près Hennebont, était très ancienne, son origine reiDOutait 
an moins à la fin du x[i« siècle , si on lui applique ce passage de l'acte d'affrancblssemenl des 
terres du prieuré de Notre- Daaie-d Hennebont inséré au tome i" col, 783 des preuves de 
D. Horice : et mila in qua leprosi habitant. 

D'après un acte des notaires d'Hennebont, du 9 féirier 1733 , TOici quelle était la abla- 
tion de la chapelle de Kerrocb et ce qu'elle détint : 

t Elle était située à l'issue du village , au midi du grand chemin qui condnil d'Henntbont 
1 à PonlscarlT, et conduisant au levant à l'église paroissiale de Saint-Garadec et séparée 
• par les fossés des terres d'Arnanlc... dans laquelle chapelle la messe se disait pour lesdîts 
> habitants Gordieis dudit village.... ■ 

Depuis longlemps , cetle chapelle étant tombée en ruines • et étant devenue dangereuse 
par élre posée sur le grand chemin ■ les cordiers de Kerroch en avait cédé les matériaui 
qui entrèrent dans les réparations de l'église paroissiale de Sainl-Caradec ; eteniln, t'empli- 
cenent mente en fut vendn par cet acte de 1733 i un sieur MaïUn, d'HennelwiU, par les 
cordiers de Kerroch • descendants des fondateurs de cette chapelle. • 

Aujourd'hui il n'eiiste donc plus ni ruines , ni vestiges , ni souvenirs peut-jtre de cette 
chapelle de la Magdeleine ; cependant , dans l'humhle habitation d'une veuve Perroo , voisine 
de l'église de Saiot-t^radec , on peut encore voir la statue de 11 patrone des eordieis d> 
Keiroch. 



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— 182 — 

A Dette époipie , Ssinte-Croix ressentit les premiers symptdines de 
décadence, et ce fat, selon tonte apparence, le prienré de Saint- 
Michel qui ea fat l'occasioD. En relevaDt à )a date do ii mars 4514, 
Sot le nécrologe de l'abbaye, le décès dé Gay Qnirisec, archidiacre de 
Tannes , dom Placide Le Doc le qualifie de Prieur commendataire du 
prievri dé Saint-Michel ; pais il ajoute : f Je remarque cecy, pour 
* faire voir que la commande s'estoit déjà fourrée dans les prieurés 
ï dépendants, devant que de saisir l'abbaye. > 

Ce fait méritait en effet d'être signalé , d'abord parce qu'il était un 
des exemptes les plus anciens de l'introduction da régime des com- 
meodes; puis, parce que c'est à Èe système que l'abbaye de Sainte- 
Croix, de même que la plupart des établissemeoEs ecclésiastiques, 
pouvait attribuer, dès le xvif siècle, qu'on le remarque bien , une 
décadence soit réelle, soit inuDinente. 

Eu effet, étranger le plus souvent à l'ordre, à la congrégation relt- 
gleuse ou à rétablissement ecclésiastique qui possédait te béné&ce, 
l'abbé, le prieur, le recteur on le chapelain commendataire, lequel 
fort souvent n'était ni clerc ni moine , s'attribuait personnellement une 
large part du revenu de son bénéfice, sans souci de son administra- 
tion, de son entretien, ni de ses charges, du moins de ses charges 
extraordinaires. Simple usufruitier, le commendataire n'était nulle- 
ment intéressé à l'entretien et à la conservation d'une -chose dont i) 
n'avait qu'une jouissance précaire. Dès lors , monastères , chapelles et 
paroisses, n'ayant plus d'épargnes pour faire face aux dépenses ex- 
traordinaires , pour réparer les perles et efTacer les désastres des temps 
difficiles , durent végéter en attendant une ruine complète. 

Aussi, l'introducUon du système des conunendes donna-t-elle nais- 
sance à de fréquentes contestations entre les bénéhciers et leurs 
commettants. On vit bientAt tel couvent, jadis florissant, réduit an 
déaiiiUBnt le plus affligeant, et ses moines contraints de plaider pour 
obtenir contre leur abbé commendataire des sentences et des arrêts 
qui l'obligeassent à pourvoir è, leur entretien et à les retirer, eux et 
leur monastère, de l'état de misère où ils étaient abandonnés. 

Ce régime désastreux s'étendit bientôt jusqu'aux paroisses ; nous 
poarrions dire qu'elles farent aHligées de la même plaie. Le pasteur de 
Croix, dépendance du prieuré de Saint-Michel, celui de Saint-Gilles, 
d'Hennebont, dépendance de l'abbaye de La Joie , étaient vicaires 
perpétueft, relevant, le premier d'un priear et le deuxième d'une 
abbesse, d'une femme, qui étaient leurs recteurs primitifs. Mais les 
recteurs de Saint-Caradec-lès-Uennebont, de Caudan et de Plœmeur , 
qui étaient titulaires de leurs paroisses, n'avaient une position ni plus 
indépendante, ni beaucoup plus avantageuse. Les revenus rectoriaux 
de Saiut-Caradec appartenaient au chapitre de Vannes ; ceux de Caudan 
à l'archidiacre du même diocèse, et quant à PloBmear> prélèvement 



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-m- 

fatt ies dîmes de quatre frairies qui dépendaient du prieuré de Saint" 
Michel, ainsi que nous t'avons dit, les recteurs de cette paroisse 
veDaient en partage, pour le surplus de leurs revenus, avec le prieur 
de Lannensc, les ai}bés de Sainte-Croix et de Saint^Haurice , et encore 
le chapitre de Vannes. 

Il est vrai que, dans cette dernière paroisse, l'importance du casuel ve- 
nait réparer l'exiguilé du traitement de son recteur ; l'affluence des pèle- 
rins à la chapelle Notre-Dame de Larmor était la source de ses principales 
receltes qui baissèrent rapidement, on l'a vu, par suite de l'événement 
miraculeux de Sainte-Anne-d'Auray. Peu s'en fallut encore que cettQ 
précieuse ressource des oblations de Larmor n'échappât complètement . 
aux mains des recteurs de Plœmeur; voici comment. 

En 1613, un certain prêtre, du nom de Lucas Le Lesié, s'imagina 
de s'investir sans façon de ia chapellenie de Larmor et de s'en attri- 
buer le revenu et les oblations; il prétendit, mais sans pouvoir en 
exhiber les preuves , que la Cour de Rome lui en avait délivré le titre- 
De quel droit, c'est ce que messire Le Leslé se donnait fort peu la 
peine d'expliquer. C'était une grosse affaire pour le recteur de 
Plœmeur, nous en connaissons la raison; aussi, Henry Le Nenez (c'est 
le nom du recteur de Plœmeur sous lequel cet événement eut lieu) ne 
laissa-t-il pas longtemps l'intrus en repos. Traduit devant le prési- 
dial de Vannes, Lucas Le Leslé, ne pouvant justifier de ses droits, fut, 
par sentence du 30 août 1614, expulsé de la chapellenie de son inven- 
tion , et par la suite Henry Le Nenes et ses successeurs demeurèrent 
paisibles possesseurs des revenus et du casuel de Notre-Dame dç 
Larmor (1). 

Pour clore cet aperçu du désordre qui régnait, avant 1789, dans 
l'administration et la répartition du temporel des couvents et des 

(1) Les décimjleurs fLrangers réduisai«nl tellcmeat les revenus curiaDX de Pkemenr que 
le recteur de celte vaste paroisse avait son revenu annuel très inférieur i celui de la petite 
paroisce voisine de Ouéieo. dunt le recteur ne partageait avec personne. Voici, d'après nne 
déclaration laileen vertu d'un décret du 13 novembre 1190, déclaration émanée des recteurs 
de Plœmeur et de Ouéven, quels étaient 1 cette époque le revenu et les charges de ubacnne 
des paroisses : 

Plcemeur. — La dlme produisait BDouellemenl 19i5 livres qui , ajoutées i une rente de 
60 livret sur la paroisse de Lorient , faisaient un revenu brut de 1305 livres. Les chapes 
maniaient i 549 livres 14 sous : ce qui réduisait te revemi du recteur de Plœmenr i 
795 livres 6 sous. 

Quéven.— La dtme ï la 33' gerbe produisit, en 11S9, 361 minats de seigle , 49 minoU. 
de fioment et 40 misots d'avoina, le U>ut talanl, d'après l'apprécis d'HeuDebont, 3955 livres 
7 sous 3 denieis. Les cbaiges montaient en totalité i 491 livres, dont 350 an vicaire , 
166 livres pour décimes (?) et 75 livres pour l'entretien du presbjtére. 11 restait net au rec- 
teur de (Juéven 1564 livres 7 sous 3 deniers. 

Bien entendu qu'il n'est ici question que des revenus tppelés curiaui ou rectoriaui , c'esl- 
i-dlre des revenus foncier» ; car , bous le rapport du rmnel , du produit des odrandts , 
quêtes, messes, etc., Il paroisse de Quéven était bi» inHrieDre à ce|lB do PJœaear. 



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— 134 - 

églises, qni, certes, dans des conditions semblables, ne méritait pas le 
nom de patrimoine des pauvres, nous ajouterons que la mense de cer- 
taines abbayes a élé quelquefois unie à des paroisses. Ainsi, pendant 
plus de soixante ans, la mense abbatiale de Rillé, près Fougères,, a 
appartenu à la paroisse de Saint-Louis de Lorient, et formé ce que 
l'on pourrait appeler le traitement de son recteur. 

Mais ne nous éloignons pas davantage de notre sujet. 

Voilà donc le prieuré de Saint-Mi cliel-d es-Montagnes tombé en eom- 
meude. Désormais, il ne sera plus que nominativement sous la dépen- 
dance des abbés de Sainte-Croix, qui participeront bte'n encore, pendant 
.quelque temps, à son administration religieuse par l'institution des 
chapelains et celle des vicaires perpétuels , mais qui ne verront plus le 
trésor de l'abbaye encaisser son revenu de plus de deux mille Uvres. 

On a vu que le premier prieur commendataire de Saint-Michel se 
nommait Guy de Quirisec, qui mourut archidiacre de Vannes en i514. 
Ses successeurs nous sont inconnus jusqu'à Charles de Bourgneuf, 
évéque de Nantes, titulaire du même bénéfice en 1613 , an moment où 
l'abbaye de Sainte- Croix en supporta la perte définitive. 



Iic« Pères de l'OraUdre. 

Le XVI» siècle fut donc pour l'abbaye de Quimperlè , ainsi que ponr 
la plupart des monastères, le commencement d'une ère de déca- 
dence. Aux commendataires succédèrent bientôt de nouveaux fléaux. 
François I" entama le trésor des couvents pour le paiement de sa 
rançon; Charles IX et Henri III taillèrent dans le vif des possessions 
monastiques arrondies pendant les siècles du moyen-ûge; ils déta- 
chèrent une portion de ces propriétés au profit du domaine royal. 
L'abbaye de Sainte-Croix eut à subir, comme les autres , les effets de 
ces mesures spoliatrices, dictées et légitimées cependant par la néces- 
sité d'État. C'est ainsi que la terre de I^mélo et une partie du village 
de ïiigroix furent démembrés du prieuré de Saint-Michel : on a vu pré- 
cédemment Pierre Riou devenir acquéreur de Rmélo , en 1517. 

Les malheurs de Sainte-Croix ne devaient pas s'arrélerlà. 11 était 
dit que cette abbaye se verrait dépérir en détail jusqu'au jour où te flot 
de 17S9 viendrait l'atteindre et l'engloutir. 

En 1613, elle perdit définitivement le prieuré de Saint-Michel-des- 
Montagnes. 

t Le 9 décembre 1613, les rehgieux de Sainte-Croix consentirent à 

> l'union du prieuré de Saint-Michel-des-Montagnes au collège des 
» Prestres de l'Oratoire de Nantes, à la charge de payer cinquante Uvres 

> de pension au monastère à chaque feste de Nostre Seigneur Jésus- 
» Christ ea Janvier. • (D. Le Suc.) 



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— 135 — 

Cette fois , ce ne sont pas les télés couronnées qoi canseot l'affliction 
de l'abbaye, ce sont des ennemis qu'elle nourrit dans son propre sein; 
elle peut du moins le soupçonner. 

A cette époque (161 3), Sainte-Croix avait pour abbé commendataire 
l'évâque de Paris, François-Henri de Gondy (1), et le prieur commen- 
dataire de Sainl-Hichel-des~Moutagnes était Tévéque de Nantes, 
Charles de Bourgneuf : tous deux protégèrent la congrégation des 
Pères de l'Oratoire à sa naissance, et ce fut à l'instigation de Charles 
de Bourgneuf que ces ecclésiastiques fondèrent à Nantes un collège qui 
ne tarda pas à devenir célèbre. 

Les moines de Quimperlé purent donc avoir quelques raisons d'at- 
tribuer à ces deux personnages, qui les touchaient de si près, une 
mesure qui favorisait les Oratoriens, mais qui entraînait pour les pre- 
■ miers la perte déflnitive du prieuré de Saint-Micbet. 

Avant de continuer notre sujet, an mot sur la congrégation des Péret 
de VOratoire de Jésus. 

C'était une association de prêtres, dont l'état était purement ecclé- 
siastique; ils ne prononçaient aucun vœu, ni simple, ni solennel, et 
leur mission principale était la prédication et l'enseignement de la jeu- 
nesse dans les collèges et les séminaires. 

Fondée à Paris , le 11 novembre 1611 , par Claude de Bérulle, qui 
plus tard devint cardinal; autorisée par lettres-patentes royales le 
2 janvier suivant, et approuvée par le Souverain Pontife en 1613, 
celte congrégation, honorée du titre de fondation royale, eut, dès son 
apparition , la faveur de la Cour et l'appui du clergé de Paris, qui avait 
à sa tête François-Henri de Gondy. A l'aide de ces puissantes protec- 
tions, Claude de Bérulle vit son œuvre s'étendre rapidement, tant en 
France qu'i l'étranger; mais on peut croire aussi qu'une grande part 
de ce succès était due, non-seulement au mérite et aux vertus du 
fondateur et à celles des premiers prêtres qui s'attachèrent à lui, mais 
encore à leurs statuts. 

En effet, les Pères de l'Oratoire de Jésus, communément appelés 
Oratoriens, se reconnaissaient et se plaçaient sous la dépendance im- 
médiate des évêques dans le diocèse desquels ils avaient leur établis- 
sement, «ne travaillant que par eux, que sous eux et pour eux. » 
Bien plus, dans les paroisses ils se soumettaient à l'autorité hiérar- 
chique des curés, < administrant les Sacrements par leur autorité 
B expresse et non autrement, comme les chapelains de leurs pa- 
• poisses. ■ 

(t) Paiïs ne fut érigé en archevêché qu'ea 1632, en titeat de ce mime FraDcais-Hergri 
de Gandy, qui mourut Tanaée suivaate. Sdu iiéveu, Jean-FcâDCois-Paul de Gondy, cardinal 
de R«lz, éplcmcnt archevêque de Paris et sbbé de Quimperlé, fut l'un des principaux agi- 
laleurs du royaume pendaûl les (roubles de la Fronde. 



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— 136 — 

Une telle règle, nne pareille sonmission, qai les distingaaieDt de la 
plupart des autres ordres religieus , ne pouvaient manquer de pro- 
curera ceux qui les pratiquaient l'accueil bienveillant du clergé sécu- 
lier : c'est ce qui arriva. De tous côtés, les Pères de rOratoir»fnreiit 
appelés, sollicités, et le nombre de leurs maisons s'accrut tellement 
que , moins d'un siècle après sa fondation , leur ordre comprit quatre- 
vingts succursales, dont soixante-deux en France (1). 

Voilà comment, le 9 décembre 1613 , le prieuré de Saint-Michel fut 
détacbé de Tabbaye de Sainte-Croix et uni au collège des Pères de 
l'Oratoire de Nantes : une rente de cinquante livres au profit du mo- 
nastère de Quimperlé fut le seul débris qui lai resta d'une possesson 
d'euvirOD six siècles. 

A partir de ce moment jusqu'en 1790, les Oratoriens, comme les 
Bénédictins de Quimperlé, firent administrer le spirituel et le temporel 
de leur prieuré par des fermiers, des chapelains et des vicaires per- 
pétuels. 

Le revenu de Saint-Michel était encore Important à cette époque , 
malgré le détachement de la terre de Hmélo et du village de l^groix; 
mais la maison prieurale et les chapelles, dont nous connaissons le 
nombre et la position,. se trouvaient dans le délabrement le plus dou- 
loureux. 

C'est que la guerre civile avait passé par là , depuis moins de vingt 
ans, pillant, brûlant, saccageant sur sa route les rives du Blavetet du 
Scorff. Plœmeur, Caudan , Ilcnnebont, Sainte-Catherine, Locmalo, 
Blavet (le Port-Louis} conserveront dans leur histoire locale des sou- 
venirs lamentables des temps désastreux de la Ligue, qui firent, pour 
ainsi dire, de notre pauvre Bretagne le funeste rendez-vous des haines 
religieuses, de l'ambition et du brigandage! Les églises, les chapelles, 
les croix, les emblèmes religieux de tout genre se ressentirent particu- 
lièrement du pillage et de la dévastation : triste effet des guerres de 
religion , où chaque parti , creyanl servir sa propre cause , s'en prend, 
dans sa fureur insensée et stapide , à tout ce qui appartient aux 
croyances de son adversaire, et s'en va dtSmolissant des temples, dé- 
capitant des croix , mutilant des statues, lacérant des tableaux. Le 
déchaînement de cette tempête humaine vint profaner la petite cha- 
pelle de Saint-Pierre de Blavet, ravager les autels du prieuré de 
Saint-Hichel , et renverser le beau calvaire qui s'élevait à l'endroit où 
l'on voit aujourd'hui un moulin à vent, sur la colline qui domine la 
maison des Montagnes , là où, cent cinq^uante plus tard, d'autres 
ennemis du sol breton vinrent dresser leurs tentes : les Anglais , com- 

(1) On <»Dfond quelquefois cette cuDgrégation avec nne autre du même nom roadée â 
Rome , en 1575 , par eaiiil Philippe de Mti , et qui compte l'illustre cardinal Baroolus au 
sombre de ses gfuéraux.-' Voyez Hertnast, Hùloîn (Us Ordres religieux. — Rouen, 1710. 



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— 137 — 
mandés par le général Synclair, se préparant à attaquer Lorieat, an 
mois d'octobre 1746. 

Les Oratoriens trouvèrent donc leur nouvean domaine dans le plos 
triste étal. Ils s'occupèrent immédiatement des réparations les plus 
urgentes; d'abord, de la maison, du prieur, et de la chapelle Saint- 
Michel, litre el siège du prieuré. Quant aux autres chapelles, ils re- 
mirent à d'autres temps le soin de les rétablir et de les rendre au culte. 
Nous verrons que leurs projets à cet égard ne se réalisèrent jamais. 

XI. 

(Moica et 4éT««tatlonB. 

L'un des premiers fermiers dii prieuré de Saint-Michel, sous les 
Oratoriens, fut noble homme Nicolas Riou, sieur du Roz, petit-fils 
Traisemblabiement de Pierre Riou , l'acquéreur de la terre de I^méto 
en 1577(1). 

Durant le bail du sieur du Roz, deux malheureux événements fon- 
dirent coup .sur coup sur le prieuré. Au mois de février 1638, un in- 
cendie dévore la maison des Montagnes, et, moins de trois ans après, 
le chapelain , dom Jacques Grandin, se rendant à la chapelle de l'Ile 
Saint-Michel, tombe dans le chemin, frappé d'un coup d'arquebuse. 
La rumeur publique signala deux actes de vengeance, el Nii:oIas Riou 
fut fortement soupçonné d'en ôtre l'auteur ; mais les recherches de la 
justice furent vaines; les preuves manquèrent pour conûrmer les' 
soupçons , et Riou cessa d'Être inquiété. 

Cependant ces catastrophes successives, attribuées à tort ou à raison 
à Nicolas Riou, le fait beaucoup moins contestable de la mésintelli- 
gence avec laquelle ce fermier du prieuré avait constamment vécu 
avec les chapelains qui habitaient la maison des Montagnes , dans les- 
quels il ne voyait peut-être que des surveillants incommodes de 
l'audacieuse exploitation de son bail; toutes ces circonstances contri- 
buèrent à laisser pendant quelques années l'infortuné Grandin sans 
successeurs. Ce lurent des vicairiis de la paroisse de Plœmeur qui 
desservirent les chapelles du prieuré. Mais cette vacance avait pour 

(1) Nicolas Riou, sieur du Roz, Guillaume Riou, sieur du Plessii, et Jérdme Riou, sieur 
de Launa; , fiaient eofanls de Jacques Riou, sieur de Lomaria , fermier du domaine du Roi 
dans la juridiction d'Henuebont , et de Marie de {fmoriai. Ils produisirent leurs titres i la 
rèforniation de la noblesse de Bretagne , en 1 669 , furent déboutés et condamnéa à 100 li'res 
d'amende. Mais leur mère appartenail à une famille noble du pays de Qulmper. une branche 
de la fimille de Ifmorial, Oiée à celle époque au iien noble du Hanvot. {Pour armes ; d'azur 
au gresliet d'argent accompagné de trois Heurs de Ijs de mSme.) — Le sieur de Lomaria 
aiait un frère, leaû Riou, ^leur de )£mëlo , tiiant en 16S5, dont la femme se nommait 
FraiMoise du Quermeor. 



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- 188 — 
graveîncoiiTénieiitrabandpn delà maison priearale; une pareille si- 
tuation ne pouvait se prolonger indéiiniment sans un pri^judice notable 
pour les Oratoriens. Aussi, pour sortir d'embarras, pour concilier, 
autant que faire se pouvait, leurs intérôlF avec le voisinage inquiétant, 
sinon dangereux, de leur fermier, ils lui vendirent les édifices du 
prieuré, et lui consentirent la haiUée de leurs droits fonciers; en un 
mot, ils convertirent le prieuré de Saint-Michel-des-Monlagnes en 
domaine congéable. Les actes sont du 27 septembre i6i9. 

Dans l'opinion des Pères de l'Oratoire, une paix durable, une paix 
avantageuse mCme, allait désormais régner sur leur prieuré : plus 
d'inquiétudes pour l'enlreiien elles réparations de leurs chapelles et 
de leur maison des Montagnes, Riou en étant chargé. Plus de chape- 
lains à entretenir, un prêtre de la paroisse se ciiargerait de desservir 
les deux chapelles de Saint-Christophe et de Saint-Michel, les seules 
qui restassent debout, et Riou venait de coniracter l'obligation de 
rétribuer cet ecclésiastique. Tout allait donc être pour le mieux , et 
pour le sieur du Roz et pour les Oratoriens. 

Mais ces derniers ne tardèrent pas ù s'apercevoir combien ils s'é- 
taient abusés ; bientôt ils eurent la preuve qu'ils avaient installé au 
cœur du prieuré son plus dangereux ennemi. 

En effet, à peine les actes de 16i9 sont-ils signés que Nicolas Riou, 
n'ayant plus d'entraves, plus de témoin qui le gène, s'abat sur le 
prieuré comme un vautour sur une proie. Avenues, bois de haute futaie et 
de décoration, tout est rasé, tout est vendu. Des pans de murailles des 
chapelles de Noire-Dame du Plascaër, Saint-Gabriel et Saint-Nicolas 
restaient encore debout, il les fait abattre. C'est un moulin , le moulin 
à vent des Montagnes, qu'il élève avec les ruines de Saint-Nicolas; 
quant à celles de Notre-Dame du Plascaër et de Saint-Gabriel, il les 
fait transporter par bateaux au manoir du Plessix, en Caudan, pour y 
construire des écuries. La chapelle Saint-Michel, dans laquelle on ne 
célébrait plus les offices depuisl6-i5, tant elle était délabrée, voit 
murer ses ouvertures en 1650, pour éviter les profanations intérieures, 
et quant à la maison du prieur, jardin , colombier , murs de clôtures , 
tout est abandonné, tout tombe en ruines ; le désordre et la dévasta- 
tion sont au comble t 

Les malheureux Pères de l'Oratoire sont prévenus de ce qui se 
passe, ils n'ignorent rien, et cependant ils hésitent à y mettre un 
terme. C'est que la famille Riou est puissante dans le pays par le 
nombre, les alliances et la fortune , et ils soupçonnent peut-être que, 
dans les procès, les influences comptent pour quelque chose ; ils ne 
peuvent ignorer, en effet, que de leur temps il arrivait à des juges de 
prendre en considération la qualité des plaideurs autant que le mérite 
de leur cause, pourprononcer leurs sentences. Mais, enfin, las des 
audacieuses déprédations de Riou, perdant patience, poussés à bout. 



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les Oratorieas formèrent conlre lui, devant la juridittion royale 
d'Henneboiit, une demande de résiliation des contrats de 1649 et de 
dix mille livres de dommages et intérêts pour le préjudice qui leur 
avait été causé. 

Commencé en 1652, le procès durait encore dix-huit ans après.Xe 
7 mars 1671 , on procédait à une enquête. De nombreux témoins pré- 
sentés par les Oratoriens viennent déposer; ils sont unanimes pour 
attester la vérité des faits reprochés à Riou. La déposition de l'un de 
ces témoins va nous donner une idée exacte de l'état dans lequel Riou 
avait rais le prieuré. 

■ Pierre Le 'Fichant, laboureur de terre, demeurant au village de 
n l^sallan, en la paroisse de Plœmeur, aagé de trente-sept ans ou 

• environ..,, depoze.... et dict : 

« ,\voir bonne coignoissance que vingt ans il y a , comme le père et 
ï la mère du depozani estoyent vassaux du sieur Duplessîx Riou, il 
» vist et ayda ensemble avecq Richard Le Fichant, son frère aisné , à 
■ l'aide du nommé Mathurin La Brosse maistre masson aussy homme 
et subject dudict sieur Duplessix, desmollir et prendre les pierres 
» de taille quy estoyent dans une ruine de chapelle en l'isle Saint-Mi- 

> chel despendant dudict prieuré, nommée Noatre-Dame du Plasquair, 
» et avoir aydé à porter au bord de la mer pour mettre dans une cha- 
B loupe quantitez de pierres de taille à la prière tit requeste du sieur 

^ ■ dn Roz et du sieur Duplessix son frère, à l'ayde et en présence de 
» leurs valletz et icelles pierres de taille tirées de ladicie chapelle 
a avoir rendu dans une chaloupe audict manoir du Plessix et disoit 
» estre lesdictes pierres pour la construction d'une escurie que ledict 
B sieur Duplessix faisoit faire dans sondict manoir. Dict aussy le de- 

> pozant que ta mesme sepmaine qu'il fust prendre lesdictes pierres 
» enladicte chapelle du Plasquair, comme il alloil, il et sondict frère, 
» coupper de la httière et mottes en une lande nommée Baic-er-Groix , 
» il vist le nommé Paul Le Faouëdic et un autre particulier nommé 
B Pierre Connan qny avoyent chacque sa barre de fer sur leurs 
» espaulles, ausqueiz ayant demandé où ilz alloyent avecq leurs dittes 
B barres de fer, ils firent reponce audict depozant quilz alloyeni 
» prendre touttes les pierres de tailles quilz auroyent pu trouver dans 

> la chapelle de Sainct Gabriel despendant dudict prieuré. Et inconti- 

• nant vict le tesmoign venir après eux ledit sieur du Roz les ayder à 
» tirer ladicie pierre de taille, laquelle ile firent transporter au bord 
B de la mer par la charrette de Catherine Adam, mère du depozant, 
B et ensuilte mettre dans deux chaloupes et rendre proche le manoir 
» du Plessix pour la construction de, ladicte escurye. Dict outre avoir 
veu les vestiges et antiens emplacement d'un moullin à vent des- 
B pandant dudict prieuré scittué proche ladicte chapelle de Sainct- 

• Gabriel dans un parc nommé er Gorlannau, lequel moullin estoit en 



BigitizcdbyGOOgle 



-140 — 

• meilleare sitnalioD et pins commode que n'est cellay qae ledict sienr, 

È du Roz a faict depuis conslruire où estoit scittuée la Croix da 

> Prieur (i). Dict aussy avoir veu la fuye despandante dudict prieuré 

• en bonne réparation et bien guarny de pigeons, mesme depuis 

> longtemps après que ledict sieur du Roz en a esté possesseur, mais 
» par deffaut de réparation estre tombée en ruine.... > 

Enfla, les faits dont se plaignaient les PËres de l'Oratoire de Nantes 
étant bien établis, bien constatés,' Riou fut condamné par sentence de 
la juridiction d'Hennebont , du 29 août 1671, à leur payer quatre mille 
livres de dommages et intérêts pour dégâts et dégradations commis sur 
le prieuré de Saint-MicheMes-Montagnes, et les malencontreux con- 
trats de 1649 furent résiliés. 

Les PÈres de l'Oratoire triomphaient; mais les vieilles chapelles de 
Saint-Nicolas, Saint-Gabriel , Notre-Dame du Plascaër, mais le beau 
calvaire du prieuré ne se relevèrent jamais de leurs ruines, et c'est 
vainement qu'on en chercherait aujourd'hui les vestiges : il n'en reste 
plus qu'un lointain , mais toujours intéressant souvenir (2). 



(1) I U croix de pierre d« laille , sppel<<e la Croii du Prieur , > dil on autre témoin , 
( qui avait sept 1 liuit marches eu carré, et le baston d'environ doute pieds de hauteur, 
■ laquelle croii avoil esté ruisnée pendant les guerres... ■ 

(3) Les Oratoriens n'abandonnèrent cependant jaiuais le projet de reconstroire la cbapelle 
Saint-Nicolas. En elfet, dans un bail do prieuré cooseali, le SB juin 1765, à Françuls-Clé- 
meiil Audouyn, aieur de Villéon, ou lit : • Enlreliendront lesdils sieur et dame preneurs la 
1 maisoD prinupate (des Uontagnes) et la chapelle y joignaate (chapelle Saint-CbristopbeJ et 
» ceite 4t Siûnt-NicoUu ionqu'tUe sera rebâtie. .. ■ 



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RAPPORT 

SUR LE 

MUSÉE D'fflSTOIRE' NATORELLE DE L\ SOCIÉTÉ POLTMATHIQOE. 

ANNÊSa 1S8B BT !•<•. 

(Par H. Tasié, père.) 

Messieurs , 

Des circonstances impérieuses ne m'ont pas permis de tous pré- 
senter, l'année dernière, l'état de situation de vos denx musées. Je le 
regrette d'autant plus que , cessant à cette époque mes fonctions de 
conservateur de vos collections archéologiques, j'aurais voulu qu'il me 
fût possible d'en constater l'importance au moment oil mou successeur 
en recevait le dépôt. Il aurait trouvé dans ce compte-rendu le point de 
départ du rapport qu'il va vous faire aujourd'hui. Mais je le répète, 
le temps m'a manqué; des travaux urgents et sérieux ne m'out pas 
laissé un seul instant de loisir. 

Ma tâche se borne désormais à vous entretenir des accroissements 
annuels de vos collections d'histoire naturelle, et à vous en soumettre 
un aperçu sommaire. Cette fois, mon exposé comprend les résultats 
obtenus eu 1865 et 1866. 

l'> Hanunifères. 

Les dispositions do local, les dimensions des armoires, les ressources 
bornées de vos budgets ne permettent pas de collectionner nos grands 
mammifères morbihannais, etj'ai dû me préoccuper exclusivement de 
recueillir les petites espèces indigènes dans notre département. 

Le genre Marte, dont vous ne possédiez auparavant qu'une espèce, 
la M. fouine, est représentée aujourd'hui par neuf sujets appartenant 
à six espèces (1). La marte-hermine y figure sous ses diverses livrées 
d'été , d'hiver et de passage. La collection s'est en outre accrue d'un 
blair-eau (2), d'un hérisson (3), d'une chauve-souris (4) et de sept ron- 
geurs (5), parmi lesquels je' citerai deux espèces intéressantes : le rat 
nain et le campagnol des ruisseaux. 

(1) Uuslcla martes Lin. — M. foiaa Briss. — H. vison Un. — H. pulorïas Un. — 
U. enainea Lin. — U. vulgaris Un. 

(3) Taïus europaeus Schreber, 

(3) Eiiiiai;en$ evropsns Sckftb. 

(1) VL'iperlilio noctub Un. 

(5) Uns sjlvïticus Un. — H. decumaaus HaU. — U. mnsculus Zi». — H. ratlus Un, 
— a. muiutus PaU. — Mjohis uitela Gm. — ArricoU glareoluï Sehreb, 



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— 142 — 

2' Oiseaux. 
Soixante-douze individus de tout sexe et de tout -âge, généralement 
préparés et montés avec soin, ont pris place dans vos armoires, lés 
uns pour combler les vides causés par le ravage des insectes, les autres 
pour faciliter l'étude en montrant chaque espèce sous ses différents 
plumages, selon le sexe, l'âge ou la s3ison> Enfin, quelques sujets 
appartenant à des espèces que vous n'aviez pas encore possédées sont 
venus accroître votre série d'oiseaux morbihannais dans laqnelle il 
n'existe plus que de rares lacunes (i). 

30 Reptiles. 
En 1865, notre collègue, M. l'abbé Bara, a fait don à la Société de 
32 flacons renfermant divers reptiles, les uns exotiques, les autres 
appartenant à la Faune morbitiannaise. 

40 Radiaiies échinodennsE. 

Je me suis appliqué, depuis deux ans, à réunir les animaux de cette 
classe. Nos vitrines en contiennent aujourd'hui quarante sujets environ 
pris surnos côtes, soit par M. de Gussé, soit par moi; mais la série des 
genres et des espèces est encore trop incomplète pour qu'il soit pQs- 
sible d'en opérer le classement. 

5° Crustacés. 

La collection des espèces indigènes s'est considérablement accrue. 
M. de Cussé l'a augmentée de 10 individus; j'en ai recueilli 39. Parmi 
ceux-ci se trouve le Corystes dmlatus de Latreille, qui vit sur le sable 
assez loin des côtes, et que l'on ne peut rencontrer que durant les plus 
basses mers d'équinoxe. Si, à l'époque d'une marée exceptionnelle, 
alors que lé flot laisse momentanément à sec des plages qui ne dé- 
couvrent presque jamais, vous voulez les parcourir et les explorer , 
vous serez d'abord attristé de la monotonie du sol que vous foulez aux 
pieds; vous cherchez en vain autour de vous quelque indice d'un ôtre 
animé. Le sable est uni comme une glace; la vie parait éteinte ou 
plutôt n'avoir jamais existé sur cette grève que vous regrettez d'avoir 
visitée. Mais prenez patience; le spectacle va bientôt changer, et vos 

(1) Les oiseaux nauteauiL sont les sulvaais : Rcgulus cristatus Brite. (M. el F.) — Antbus 
obscntus Penn. (M. el F.) — A. spinoleHa Degl. (M,) — Molacilla Rayl Degl. (M.) — 
CIdcIus aqualicus Bedist. — Saiicola œnaalhe Mey. (H. et F.) — Sylvia borleasis Mey. — 
Pliyllo pneus le trnchllus Ck. Bonap. — Hippolals poljglotUi de Sel. — Calamuherpe anio^ 
dinacea Soie. — Calamodsla aqualica Degl. — Columbu livia BrUs. (M. F, et jeune Sge.) 

— Charadrius mioor ifeg. — Numenius phœopus tin. — Tringa Teramlnckîi LeisI — 
Larus cauus lÀii. — L. fuscui Lin. — Tbalassidroua Leacliii Tetnm. — Anser brus Lin. 

— A. sjlïeïtria Lin. 



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— lis — 

déceptiûDS de naturaliste ne seront pas longues. Le flot monte enûn à 

riiorizou; aussitôt et avant que vous ayez pu vous apercevoir du renver- 
sement de la marée, la surface si polie de la plage se hérisse de toutes 
parts, comme ii un signal donné et habilement exécuté, de légers 
monticules coniques qui ne tardent pas à s'ouvrir pour donner passage 
à quelques coi-ystes et à des milliers de mollusques , et parmi ceux-ci 
h nos grosses espèces de bucardes, dont le pied long et rouge comme 
du sang ne suffit pas pour les soutenir en l'absence de l'élément où ils 
vivent. Privés du point d'appui que leur offre la mer, vous les voyez 
autour de vous rouler sur le sable comme s'ils éiaicnl ivres. Mais 
hfltcz-vous de jouir de cette scène qui vous captive et de faire votre 
récolte; le Hot monte toujours, d'autant plus rapide qu'il s'est éloigné 
davantage, et que la grève est plus plate. Il arrive enfin et recouvre 
tous ces êtres marins dont vous regretterez le plus souvent de n'avoir 
pas fait une sufûsante provision. 

6» Hollnsqnes. 

La collection coochyliologique du Morbihan qui, à la fin de l'année 
1864, contenait environ 350 espèces, en comprend en ce moment 425, 
savoir : 

Acéphales.... 156 

Céphalés 269 

425 

Le nombre des échantillons a été, en outre, plus que doublé, et il 
nous reste désormais bien peu de nouvelles découvertes à faire autour 
de nous dans cette branche de l'histoire naturelle. 

Mais, pour classer convenablement cette collection de plus eh plus 
nombreuse , il devenait urgent de lui consacrer l'une des vitrines déjà 
si remplies où sont déposées vos coquilles exotiques. ÂSn d'obtenir 
l'emplacement nécessaire, sans recourir à l'achat de nouveaux meubles, 
dépense essentiellement improductive et que ne permet pas l'état sou- 
vent pitj.;aire de nos finances, je vous avais proposé , il y a près d'un 
au , de réduire vos espèces étrangères à quelques types les plus inté- 
ressants et les mieux caractérisés de chaque genre, et à créer ainsi 
une sorte de Gênera qui me semblait devoir être étudié ou consulté 
avec fruit. La Société n'ayant pas paru approuver mon avis, comme 
elle est p'.-opriétaire de ses collections et qu'elle en a fait les frais, je 
me suis incliné, c'était mon devoir, devant sa décision, el je me suis 
borné à obtenir des vides en enlevant la majeure partie des échantillons 
qui m'appartenaient. Puis, j'ai fait un noilvel aménagement général, 
* opération minutieuse et de longue haleine, qui m'a permis de disposer 
d'une vitrine entière pour nos mollusques morbihannais. 



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— 144 — 
7° Géoloçrie. 
Mon coUaboraienr, M. G. d'Autt-Dumesnil qni, précédemment, 
STait complété et classé les minéraux du département, a commencé à 
réunir des échantillons de la géologie morbihannaiso. L'armoire des- 
tinée à cette collection en renferme déjà 88, et le nombre en serait 
bien plus considérable, si des devoirs de famille d'abord, et, plus tard, 
des raisons de santé ne l'avaient éloigné de Vannes pendant la majeure 
partie de l'année qui finit. Je vous remercie d'avoir de nouveau associé 
à la conservation du Musée d'histoire naturelle notre jeune et laborieux 
collègue, dont la modestie el l'urbanité égalent le mérite et le savoir. 



J'ai peut-être insisté outre mesure sur des détails qui n'offrent d'In- 
térêt qu'à un nombre restreint de mes collègues, et il vous tarde 
d'entendre le rapport qui va vous être présenté sur te cabinet d'archéo- 
logie. Et puis, une école nouvelle, qui a ses savants et ses disciples, 
traite de rêveries surannées, indignes de notre siècle, la croyance en 
un Dieu créateur, et jette au panier les œuvres immortelles de ces 
grands génies qui ont fondé la science de l'histoire naturelle sur le 
principe de rimmutabilité des espèces se perpétuant par une fécondité 
indéfinie. Elle ne veut voir dans la série des êtres, depuis l'aninaalcule , 
microscopique jusqu'à l'homme inclusivement, qu'un seul et unique 
germe ou point de départ, une cellule primitive autour de laquelle se 
sont groupées peu à peu de nouvelles cellules. Celles-ci se sont trans- 
formées insensiblemennt dans une suite incommensurable de siècles, 
car leur système n'admet ni commencement ni fin, et elles ont produit 
d'abord les animaux lés plus imparfaits; ces derniers, à leur tour, 
passant continuellement les uns dans les autres, et se perfectionnant 
de plus en plus par l'effet de nouvelles sélections naturelles, ont enfin 
créé le règne animal tel qu'il s'offre à nos yeux éblouis d'une si mer- 
veilleuse harmonie. A entendre les maîtres de cette école étrange , qui 
suppriment Dieu d'un trait de plume par la raison péremploire que 
dès lièvres mâles renfermés dans une cave avec des lapins femelles 
auraient donné naissance à des hybrides qui continueraient à être fé- 
conds dans leur descendance (c'est, en effet, le seul cas de transforma- 
tion invoqué par H. Cari Vogt à l'appui du système cellulaire, et 
encore est-il contesté), à les entendre, dis-je, l'homme lui-môme, si 
fier de son intelligence et de ce feu sacré qui l'anime et qu'il croyait 
une émanation de la divinité, n'est après tout qu'un singe plus ou 
moins perfectionné. Eve était une guenon ; Adam était un gorille , un . 
chimpanzé ou un orang-outan; M. Vogt incline pour le chimpanzé, 
en nous laissant néanmoins la liberté du choix ; la Rcience nouvelle ne * 
nous interdit pas la recherdie de la paternité du genre hantiain , Dieu 
cependant excepté. 



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— 445 — 

Il est QD point essentiel, selon moi, que ces sarantsme semblent 
laisser prudemment dans l'Ombre . et sur lequel pourtant une explica-' 
lion précise est nécessaire. La création, disent-ils, telle qu'elle existe 
actuellement, est le résultat de sélections naturelles inconscientes, 
c'est-â-dire du hasard agençant un plus ou moins grand nombre de 
cellules spcondaires autour d'une cellule unique etprimitiTe. De ces 
agglomérations accidentelles qui n'obéissaient â aucune loi sont issns 
les animaux et les plantes. Mais enfin cette cellule primitive , tont infi- , 
nimenl petite que vous la supposiez, ou plutôt la matière qui la consti- 
tuait, d'où venait-elle? qui l'avait créée, quelle force supérieure 
l'avait douée de cette prodigieuse faculté de reprodluction et de trans- 
formation? 

Janvier 1867. 



RAPPORT 

L»ÉTAT DU MUSÉE ARCHÉOLOGIQUE 

pendant l'année 1806. 

Messieurs, 

En acceptant les fondions de Conservateur gne tous m'avez fait 
l'honneur de me confier, j'ai accepté en même temps l'obligatioD de 
m'occuper sérieusement du Musée archéologique, qui tient une place 
si importante parmi les autres musées de l'Europe. 

Mes premiers soins se sont portés sur les curieux objets de l'époque 
préhistorique, comme formant la collection la plus remarquable de 
Votre musée , et étant celle qui attire plus particulièrement les regards 
des visiteurs. La place étant limitée, j'ai cru devoir adopter et faire 
construire des vitrines verticales, comme étaot celles qui renfermaient 
le plus d'objets , dans un espace restreint, tout en facilitant davantage 
l'étude. 

En adoptant ce nouveau mode, j'ai pu exposer, en deux vitrines, 
les objets si nombreux provenant des fouilles de Tumiac, I^cado, 
Moustoir-Camac, Mané-Beker-Noz , Hgonfals et Mont-Sainl-Michei. 

Les dons de quelques membres de la Société, ainsi que le produit 
des fouilles exécutées avec les fonds du département, ont augmenté 
vos richesses archéologiques dans une si grande proportion que, sans 

10 



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— »46- 

Tai^ient si gracieusemeot accordé par H. le Préfet ponr constmire de 
DonTelIes vitrines, ane grande partie des objets provenant des fonilies 
des dolmens de Plouharnel , Carnac et La Trinité fassent restés en- 
fermés dans leurs caisses. 

Si je me sais pins particaliërement occupé des objets de l'époque 
préhistorique , je n'ai pas négligé les objets gallo-romains et da 
mojen-âge. 

Les fouilles de ^an et Hané-Bonrgerel ont reçu une installaiion 
défiDitive. 

J'ai pu mettre en ordre et déterminer, avec l'aide de MM. L. Galles, 
René I^Tîleret Cbaufder, les médailles romaines, baroniales et bre- 
tonnes, ainsi que les empreintes de sceaax. 

Le catalogae descriptif des objets de l'âge de la pierre et du bronze 
est fait : je me réserve, à son égard , de tous faire ultérieurement une 
proposition pour sa publication. 

Messieurs , il r^te encore beaucoup à faire ; mais j'espère , avec 
votre bienveillant appui, mener à bien la tâche que vous m'avez con- 
fiée. Crojez bien que je saurai par mon zèle reconnaître l'honneur 
qae vous m'avez fait en me nommant votre Conservateur. 

Permettez-moi de terminer en remerciant HH. G. d'Âult-Dttmesnil, 
L. Galles, I^viler, Ghauffier et de Sécillon pour le concours obligeant 
qu'ils ont bien vonln me prêter pour l'arrangement de vos collections. 



DORS FAITS AD KDSÉE. 
HÉDULLES. 

H. Jonaono. — Dix-huit médailles romaines trouvées à Qoinipily, 
près Baod. Ce lot£St ainsi composé : 1 Valérieu, 2 Gallien, 1 Salouine, 
g Postume, 2 Victorin père, 2 Tétricus père, 2 Télricus fils, 
2 Claude n, dit le Gothique, et 1 Quintille. 

H. Boyer, commissaire de marine. — Sept médailles romaines trouvées 
à Port^Tudy, en Groix. Elles sont de Trajan , Hadrien , Marc-Àurèle , 
Faastine, Sévère-Alexandre , Postume et Trajan-Dèce. 

H. da LagilUrdaie. — Quelques médailles et monnaies françaises et 
étrangères. 

H. l'abbé Piéderrière. — Un gros et un demi^ros de François n, 
OD franc d'Henri m, uo blanc de Jean IV. Cette pièce , frappée à Gaé- 
Taude. pendant la période d'imitation, est copiée sur les pièces de 
Flandre ; elle semble très curieuse anx numismates et mérite d'être 
étudiée. — Ces monnaies ont été trouvées à Rufâac. 

La Société a acheté dix médailles espagnoles , dont neuf en argent et . 
vue eo bronze, tronvées à la gare du cheffliu de fer. 



-Digitizcdby Google 



. HDSÉE CELTIQUE. 

MM. de Closmadeuc. — Fragments de poteries et éclata de sUex pro- 
venant des dolmens de ^Tihaa en Carnac, ^oaarin ea Brech, et do 
tumulus de I^groix en Carnac. 

H. G. de Closmadeuc. — Un fragment de cellaa trouvé dans l'Ile de 
Gavrinis. 

M. Fouquet. — Un fragment de celtJB trouTé à la Ville-Bilj en 
Pleucadeuc; un fragment de celtae en grès trouvé sous un menhir à ta 
Moriaais en Pleucadeuc. 

M. E. de Lamarzelle. — Un celto en diorite (Pluherlin). 

M. G. d'Ault-Dumesnil. — Deux petites haches en bronze (enTirons 
de Dinan, Ille-et-Vilaine). 

M. de Cussé. — Fac-similé d'an bracelet en or trouTé dans la toar- 
biëre de la Graode-Briëre , près Pontchâteau (Loire-Inférieure). 

Les fouilles enécntées par HH. G. de Closmadeuc, R. Galles et Gressy 
dans les communes de Carnac, Plouharnel, ont produit deux vases en 
terre cuite, à peu près intacts, un grand nombre de fragments de 
poteries, dont quelques-uns sont ornés de dessins, des silex et un 
petit celtfe en agalmatolite. 

Les fouilles des dolmens de La Trinité-sur-Her , exécutées par HH. 
L. Galles et de Cussé , ont amené un résultat analogue. Dans le dolmen 
d'er Roh , situé près du village de Bfmarker , un objet en or d'usage et 
d'ane époque Idcoqdus a été trouvé. 

La nomenclature de tous les objets trouvés dans les fouilles des 
communes de La Trinité, Plouharnel et Carnac ne peut être faite ici 
à cause de l'espace restreint qui nous est réservé. 

ÉPOQUE GÂLLO-ROXÀIItB. 

Briques et poteries trouvées dans des raines à La Grée-Uahé, en 
Pluherlin. — M. le D' Fouquet. 

Fragment de vitri&catioD provenant d'un fort vitrifié eo Ecosse. — 
H.René Kviler. 

Fragments nombreux de poteries, dont quelques-uns ornés de dessins 
en relief. — Minoterie Droual , rue du Roulage. 

Un vase entier et un fragment de vase trouvés rue du Roulage , à 
Vannes. — Don de H. Martine, jeune. 

DËPOTS. 

Deux vases funéraires des anciens Péruviens. — M. René Galles. 

Poteries, celtœ et une pierre sculptée provenant du dolmen du 
Petit-Mont en Arzon. — MM. L. Galles et de Cussé. 

Poteries, deux celtœ, une perle en callaïs et plusieurs silex taillés 
provenant de» deux dolmens de ^vîlor, en La Trinité-sur-Mer. — 
HM. L. Galles, de Cassé etl^vUer. 



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ALLOGDTIOIII DE 1. G. DE CLOSIADEUC 

EM OmnART LE riUIEUlL DE U PRÉSIDENCE. 

aéANOB DU 29 JANVIBR 1 867. 



HSSSIEUBS BT TRÈS HONORES COLLÈGUES, 

Je ne masquerai pas à cette vieille coutume qui veut que tous les 
aas, eu iaMallaot sou nouveau bureau, cliaque Société, par l'organe 
da président sorlaut, consacre quelques moments au dénombrement 
de son personnel, et à rénumération de ses travaux. 

Il n'est pas sans intérêt d'envisager ainsi périodiquement l'espace 
parcoani pendant l'année qui s'est écoulée. Rien de plus juste aussi 
que de compter les collègues qui se sont ralliés en route, en même 
l«mps qu'os doitne une parole d'adieu ou de regret à ceux que les 
bazards de la vie ou la mort ont séparés de nous. 

Pieuse coutume, devoir même auquel se conforme le généra! 
d'armée, le soir d'une bataille, alors qu'avant de tirer vanité de sa 
victoire, il lui faut compter sesmortsj 

Pour one Société comme est la nOtre, Messieurs, U ne s'agit ni de 
bruyantes fanfares, ni de trophées sanglants, ni de hauts faits dont 
s'empare la reooramée aux cent bouches; 

Hais cependant, qui peut dire que nous ne représentons pas an 
petit corps d'armée, bien humble, bien modeste; et que, tout modeste 
qu'il soit, nous ne combattons pas aussi nous, dans une intention 
méritante et pour un noble but : la vérité et la liberté demi la icience'î 

C'est donc aujourd'hui le moment, Messieurs, de passer en revue 
notre jiersonael, et notre œuvre de l'année 1866. 

Au 1" janvier 1866, la Société poljmathique comprenait 123 membres 
titulaire*, et une cinquantaine de membres honoraires, correspondants 
00 associé». 

Nous avons perdu quatre membre* titulaires : la mort nous en a 
enlevé trois : U. de Francheville, H. de Lescouët, M. Lorans; le 
quatrième a donné sa démission pour cause de départ : c'est le père 
Delineau. 

Payons h U mémoire des trois pretoiers collègues no juste tribut de 
regret.... 



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_U9„ 

Onze noQveaax membres ont été reçqe ijans le cojirajit iJe rsQQ^fi 
échue. Ce sont MM. Noulet , Detineau, Perrin, Yiberl, Garnier, 
de Kerrel, de Camas , Wagnair , l'abbé Guillotin , Pironneaii et 
G. de Lamarzelle. Aujourd'hui mônxe trois nouvelles présentations 
seront faites. 

De telle sorte, vous le voyez, que le chiffre total des membre^ 
titulaires, qui l'année dernière, à pareille époque, était de 123 se 
trouve porté aujourd'hui au chiffre de 133 menibres. Différence 
en plus : 10. 

Le nom même de Société polymathique. Messieurs, indique que 
toutes les spécialités sont admises, et que nous assnrons notre marche, 
grâce au concours de tous les efforts. Conservons le nom, pour con- 
server la chose. C'est un bien. 

Cette anoée , en effet , nous avons vu se prodnire des travaax variés 
et des communications sur des sujets divers : Etudes historiques, pages 
extraites des archives locales ; observations snr les sciences physiques 
et naturelles ; notes relatives à l'archéologie, et rapports sur des fouilles. 

Chacun de ces travaux est mentionné ou inséré dans nos procès- 
verbaux, ou dans les bulletins semestriels que vous avez enire Içs 
mains. 

Les sciences proprement dites ont été représentées par an travail 
de M. G. D'aull-Dumesnil, sur 1° la provenance des granits ayant 
servi dans le Morbihan à l'érection des monuments dits celtiques; 2o deux 
communications sur la météorologie, particulièrement celle relative & 
ia statistique des grêles dans le Morbihan , par H. Arrondeau. 

Les principaux mémoires ou documents ayant trait à l'histoire sont 
compris sons les titres suivants : 

1" Lellre d'un toldal breton d sa mère, 1682. — Par M. Rosenzweig. 

i" Les Étala de Saint-Brieue . 1724 (extrait des mémoires inédits 
d'an dépoté de la noblesse] . — Par M. G. de Closmadeuc. 

3° tes Annales lorientatses, — Par M. Jégon. 

4" Vn travail sur la seigneurie de Largouët. — Par M. Tabbé 
Piéderrière. 

Je mentionnerai, en mdme temps, comme faites sous les anspices 
de la Société , les conférences publiques de notre laborieux collègue 
H. Lallemand , sur les origines historiques de la Bretagne. 

EnBn , le catalogue à% la Flore morbibannaise : un bon et utile 
travail dont sont chargés MM. Tasié et Arrondeau ; la première partie, 
la plus importante, est prête et doit être incessamment livrée 4 
l'impression . 

De son coté, l'archéologie a fourni, par ordre de date : 

1° Un rapport de M. le docteur Fouquet, sur les fouilles et la décou- 
verte d'un monament gallo-romain, à la Grée-Hahé, en Plubwlin. 



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— 150 — 

2* Une note de H. A. de Qasmadenc , d'Anraj , snr les toaiUes de 
deux dolmens, en Crach. 

3> Les rapports de MH. de Cnssé et L. Galles, snr les foailles de 
monnments dits celliqaes , dans la commune de la TriDÏté-sar-mer. 

4^ Un rapport de M. G. de Closmadenc , sur les fouilles de dolmens et 
de tnmnlus dans les communes de Carnac et de Plouharnel. — Une 
note de M. Constantin sur 111e de Groix. 

5> ËnSn nn grand nombre de communications relatives à des 
décoavertes d'antiquités faites sur diSérenls points du département, 
et- dont la mention existe aux procès-verbaux des séances. 

Les nombreuses fouilles opérées par la Société ont eu pour résultat 
matériel d'enrichir notre musée d'une foule d'objets antiques, appar- 
tenant, la plnpart, à ce qu'on est convenu d'appeler les temps 
primitifs. 



Cette année encore, Messieurs, comme les années précédentes, 
ai~je besoin de le faire remarquer , l'archéologie a tenu une grande 
place, la principale dans vos préoccupations et dans vos travaux. 
Ceet. dans cette voie que la Société s'est senti portée de préférence 
et que les plus notables sacrifices, de temps et d'argent, ont été faits. 
Le vent est à l'archéologie, dit-on, U n'est personne qui n'y applau- 
disse, puisque après tout il s'agit d'exploiter une mine fraîchement 
ouverte et de fournir des matériaux précieux à une science nouvelle, 
qui en a tant besoin. 

Ce serait nn mal si ces tendances, trop exclusives, devaient avoir 
pour résultat de faire oublier l'étude de sciences plus importantes, 
incomparablement plus utiles, et j'ose le dire, sans craindre la contra- 
diction, non moins attrayantes que l'archéologie. J'ai nommé, les 
sciences proprement dites, dont la nature fait tous les frais : la 
physique, la chimie, la botanique, la zoologie, la géologie, et toutes 
celles qui en émanent. Ah t si avec vous. Messieurs, je suis coupable 
d'avoir contribué pour ma petite part, à maintenir la Société dans le 
courant qui l'entraîne, qu'il me soit permis de rendre ici un 
hommage sincère à ces nobles sciences physiques et naturelles, qui 
ont guidé nos premiers pas dans la carrière médicale, et auxquelles, 
pour mon compte, je n'ai jamais voulu dire adieu. 

Certes, l'histoire des monuments antiques est digne d'appeler l'atten- 
tion d'une Société savante. L'étude de ces débris du passé, que nous 
foulons çons nos pieds, est pleine de séduction. 11 y a longtemps que 
Bernardin de Saint-Pierre, dans son poétique langage , a composé 
nn chapitre sur le charme des raines. 

Auquel de nous n'est-il pas arrivé, en gravissant les collines qui 



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— 151 — 

bordent le golfe du Morbihan, ^us un ciel d'avril on de mai, 
d'apercevoir au loin , parmi les bruyères , une sorte de table de pierre 
Mancbe, et de s'écrier; voilà un dolmen t Une émotion du même 
genre faisait tressaillir Jean-Jacques, au souvenir des Charmettes, 
lorsqn'en découvrant dans les buissons de Bellevne, une petite fleur 
bleue, il s'écriait : ah! voilà une pervenche I 

A Dieu ne plaise que je veuille ralentir l'ardeur de la Société pour 
les explorations d'archéologie ! tout nous y convie : l'heure et la saison ■ 
propices, la nouveauté du sujet, l'imprévu des découvertes, le plaisir 
d'errer hbrement â travers champs en compagnie d'amis de sont^oix, 
et ce je ne sais quoi qn'on respire toujours sur la terre natale, 
suivant la pensée du poêle : 

Nescio qtta natale solum dutcedine cunctos , 
Ducit... et immemores non sinit eue tui. 

Mais, remarquez le bien, cette archéologie qui fait nos délices ^ 
n'est digne de ce nom qu'à la condition de prendre pour guides 
les sciences positives. Elle n'a de chance de porter des fruits qu'à 
la condition d'employer les méthodes et les procédés' exclusivement 
scientifiques. 

Aussi voyez, sans aller bien loin, qnel appui les sciences dont j'ai 
cité les noms lui ont prêté déjà I quelles clartés soudaines elles ont 
répandues sur les ténèbres des monuments dits celtiques! que 
d'erreurs détruites ! de découvertes fécondées par une sage obser- 
vation 1 que de faits acquis, dignes de prendre rang dans Tbistoire de 
notre pauvre humanité, qui est si vieille qu'elle a oublié jusqu'au 
lien et à la date de sa naissance t 

Qui a dirigé les archélogues dans leurs recherches sur les procédés 
mécaniques à l'aide desquels tes peuples primitifs transportaient ces 
énornes blocs de granit et les posaient en équilibre? Qui a inspiré 
le roi Christian VII, quand il s'est essayé à résoudre le problème 
de la construction des allées-couvertes de la Scandinavie? n'est-ce pas 
la physique? 

Quelles sont les sciences qui nous ont révélé définitivement la vraie 
destination des dolmens? qui a reconnu, mesuré et analysé les 
ossements? n'est-ce pas l'anatoraie? n'est-ce pas la chimie? 

On n'ose plus parler des géants ensevelis sous les monuments dits 
celtiques du Morbihan, depuis que l'observation la plus rigoureuse 
a établi que les squelettes découverts appartiennent à un peuple 
dont la stature n'est pas sensiblement différente de celle des peuples 
modernes ; et si quelque certitude doit luire un jour sur l'histoire , 
muette encore, des races humaines endormies sous ces tombes de 
pierre , n'est-ce pas à l'anthropologie que nous le devrons ? 



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C'est la cbimie, grflce à ses roerreillenx instrnniBiits, qai nons a 
fixés Biir les différents modes funéraires usités dans les temps antiques : 
l'inhamation et rincinératioD. C'est elle qui doqs a démontré que ce 
qne, jusqu'à Cayot-Delandre , on avait, au Hané-Lud , pris pour les 
cendres de milliers de victimes humaines , n'était que de la vase 
desséchée : démonstration capitale, car elle vous âte le droit jusqu'à 
nouvel ordre de répéter à satiété que les premiers habitants de l'Armo- 
riqae égorgeaient leurs semblables dans la cérémonie des funérailles. 

C'est elle, la chimie, qui a analysé nos bronzes celtiques et ,da même 
coap, nous a permis d'apprécier le degré de perfection inouie de 
Tart métallurgique dans la Gaule , avant l'ère chrétienne- 

Et la géologie, cette science prodigieuse, dont Robert Peel disait : 
< Regardez à deui fois avant d'entrer en discussion avec les géologues, 
00 vous pourriez être vaincus. > N'est-ce pas elle qui nous a édifiés 
sur la nature minérale , et la provenance exotique de la plupart des 
objets funéraires enfouis sous nos dolmens ? 

Que savioDs-DOUs sur les haches de pierre et sur les magnifiques 
colliers de Tumiac et du Mont-Sainl-Michelî Par la voix de M. Damonr, 
membre de l'institut, la minéralogie nons a dit : ce ceitae de couleur 
verdâtre et translucide est en jadéite. La matière qui le compose pro- 
vient de l'Asie centrale et particulièrement de la Mongolie. Cet autre 
celtœ, de couleur vert-foncée, presque noir, est en chloromélanite. La 
provenance de ce minéral est inconnue, et son gisement est encore à 
découvrir. 

Les perles ou pendeloques vertes ou bleues dès colliers sont formées 
d'une espèce de turquoise, qui n'a son analogue qu'en Perse; pour 
ladésigherM.Damour emprunte un nom à Pline l'ancien rcoiloM^ Voici 
des fibrolites étrangères au département duMorbihan, et qui paraissent 
avoir été prises dans les départements de la Haute-Loire et du RhOne, 
tant elles ont de ressemblance avec les échantillons qu'on y recueille 
aujourd'hui. 

Tons ces silex pyromaqnes , et ils sont innombrables ceux qu'on 
rencontre sons les dolmens, — couteaux, têtes de flèche, esquilles, 
fluc/et, sont également d'ane substance étrangère au sol de la 
Bretagne. La minéralogie nous signale les terrains calcaires d'où 
ils ont pu être extraits, et nous montre les traces de l'exploitation 
dans les carrières du Grand-Pressigny et ailleurs. 

' Vous comprenez tout de suite , Messieurs , quels horizons ces décla- 
rations scientifiques ouvrent à l'histoire à peine ébauchée des nations 
armoricaines primitives, et quelles conjectures on peut en tirer sur 
leurs usages, leurs migrations ou leurs relations commerciales. 

C'est de même à la paléontologie et à l'anatomie comparée qne nous 
devons de pouvoir rapprocher les découvertes opérées sous nos 
dolmens , des découvertes ideatiques faites dans les cavernes ossifères. 



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-158 — 

daD8 le dilavinm , et même dans les terraiss tertiaires sapérieurs, où 
Dous trouvons des objets d'iDdostrie hsmaine associés pôle-niéte 
avec des squelettes d^animaux fossiles, dont l'espèce est éteinte. Ce 
qui a permis à l'archéologie de se poser, sans blasphème, car la 
recherche de la vérité n'est jamais un blasphônie , la question de savoir 
si rorigioe de l'humanité ne doit pas être reculée' bien an-^elâdes 
limites établies par des chronologies aussi insufflsantes qu'arbitraires. ■ 

Pour rentrer dans notre sujet, qui oserait prétendre aujourd'hui, 
avec certitude, que les peuples qui ont construit les dolmens sont ces 
mêmes Gaulois qui assiégèrent le Capitole ; et que les mômes mains-, 
qui ont consacré les celtsâ en jadéite, ont tenu la faucille d'or, qui 
devait couper le gay la sixième nuit de la nouvelle lune, suivant le 
rile de la rehgion des Druides ? 

Fouillons donc nos vieux monuments de pierre ; recueillons précieu- 
sement la poussière qui y est ensevelie. Après tout, quel que soit le 
nom qu'on leur donne et quel que soit leur âge, ce sont les cendres des 
ancêtres. 

Mais, je vous en supplie, Messieurs, ne perdez pas de vue les 
sciences merveilleuses, auxquelles l'étude de la nature est échue eu 
partage : les minéraux , les plantes, les animaux, toutes les choses et 
■ tous les êtres de la création , formés d'après des types immuables , 
et soumis, dans leur développement et leur durée à des lois éternelles, 
dont nous n'avons qu'à célébrer la piagique grandeur. Pourquoi ne 
le dirais-je pas? puis que cette pensée me vient sur les lèvres : il y 
a plus à apprendre, plus à admirer dans l'épillet d'nne graminée ou 
dans l'aile d'un lépidoptère que dans tous les dolmens et menhirs de 
la cête armoricaine; et j'ajoute que le jour où l'archéologie n'aura 
plus un celtae ni une brique à rebord à découvrir, le printemps, en 
ramenant chaque année les fleurs et les nids d'oiseaux, ne cessera de 
mettre sous les yeux du naturaliste , avec le spectacle admirable de la 
vie universelle , l'inépuisable sujet de ses études et ses méditations. 

Ainsi donc, tenons en grand honneur les sciences naturelles pour ce 
qu'elles valent, pour les services qu'elles rendent, et pour ce qu'elles 
donnent de joaissances pures à ceux qui les cultivent. Applaudissons 
de tout cœur à ceux de nos collègues qui y consacrent leurs loisirs. 

Il est bon que, chaque fois que l'ignorance ou le caprice lente 
d'introduire des erreurs sous le couvert de l'archéologie , les sciences, 
physiques et naturelles, semblables à des sentinelles vigilantes , jettent 
le cri d'alarme : « On ne passe past • 

Le mot a été prononcé souvent, Messieurs, depuis la naissance de 
l'archéologie et à son- sujet, et chaque fois la vérité en a tiré profit. 
Les observations fausses , les opinions chimériques , les systèmes 
absurdes ont dû rebronsser chemin, et retonrner au foyer des cer- 
veaux creox, d'où ils D'auraient jamais dû sortir. 



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— 154 — 

Je Toas demande pardon, Messieurs, de celle digression ; anssi bien je 
m'aperçois que la cause, dont je me fais l'hnmbie défenseur, est gagnée 
d'avance dans vos esprits. Je revendique pour les sciences, la place qui 
leur est due, dans toute Société savante; or, qu'avez-vous fait par votre 
vole- du 27 décembre dernier? quels sont ceux qui devront, cette 
année, marcher à la tête de la Société? je distingue précisément trois 
de nos coUègnes, dont l'autorité et le mérite nous sont connus, qui, toute 
leur vie , se sont adonnés avec amour à l'étude des sciences naturelles. 

A ce titre, Messieurs, sans qu'il soit besoin de les nommer, je les 
salue comme mes anciens et comme mes maîtres , et je remercie la 
Société d'avoir remis le dépôt de ses destinées annuelles entre leurs 
mains. 

Messieurs, je ne veux commettre ni un oubli, ni une injustice. Après 
cet éloge des sciences proprement dites, je tiens , en terminant, à faire 
ressortir devant la Société l'avantage et l'utilité des recherches his- 
torique. Félicitons de tout cœur ceux de nos collègues qui, par leur 
position officielle ou par la nature de leurs goiîts, sont à même de 
puiser chaque jour auxsonices vives de l'histoire, représentées par nos 
vieilles archives. 

Il faut bien qn'on sache que l'histoire véridique, complète et impar- 
tiale de la Bretagne est encore â faire; et si quelque bénédictin de 
l'école moderne se sent capable de l'entreprendre, et y réussit, il le 
devra , en grande partie , aux. efforts des travailleurs zélés qui s'ap- 
pliquent aujourd'hui à la découverte, à la mise en ordre et à l'étude des 
documents inédits. Notre département est plus riche qu'on ne le croit, 
en documents de ce genre. Le devoir de la Société polymatique est d'en 
accueilhr la communication avec reconnaissance, et d'en facililer la 
publication , par tous les moyens. Notre plus grand historien, Augustin 
Thierry, l'a dit , et c'est pgr là que je termine : • Vkisloire nationale 
est, four tous les hommes du même pays, une sorte de propriété 



LISTE DES SOCIÉTÉS SAYitiTES 

■v«e lesquelles 

LA SOCIÉTÉ POLTUATHIQUE EST EN RELATION. 



Académie des belles-lettres, sciences et arts de La Rochelle. 

Académie du Gard, à Nîmes. 

Commission départementale des antiquités de la Seine-Infértenre , 

à Rouen. 
Société d'agriculture, sciences, arts et belles-let^es de l'Aube, à Troyes. 



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-155 — 

Société archéologique de la province de Constantine (Algérie). 

— des sciences naturelles et archéologiques de la Creuse, à Guéret. 
, — archéologique du Midi de la France , à Toulouse. 

— académique de Brest. 

— ■ d'horticulture et de holanique de l'Hérault, à Montpellier. 

— archéologique d'Iile-et-Vilaine , à Rennes. 

— d'agriculture, sciences, arts et commerce du Pny (Haute-Loire). 

— archéologique de la Loire-Inférieùre, à Nantes. 

— d'agriculture , sciences et arts d'Angers. 

— linnéenne d'Angers. 

— académique d'Angers. 

— d'agriculture, commerce, sciences et arts de la Marne, à Châlons. 

— . dunkerquoise pour Tencouragement des sciences , arts , etc., à 

Dunkerque. 

— littéraire de Lyon. 

— d'histoire et d'archéologie de Châlons-sur-Saôoe. 

— des, sciences, belles-lettres et arts du départ' du Var, à Toulon. 

— d'émulation de la Vendée, à Napoléon-Vendée. 

— archéologique et historique du Limousin, à Limoges. 

— des sciences historiques et naturelles de l'Yonne, à Auserre. 

— des Antiquaires d'Ecosse , à Edimbourg. 

— des sciences de l'Ille-et- Vilaine, à Rennes. 

— archéologique du Vendômois, à VendOme. 

— d'agriculture, sciences et arls de Heaux. 

— littéraire et scientifique de Castres (Tarn). 

— cambrienne (The cambrian archaelogical association). 

— de statistique, sciences et 'arts des Deux-Sèvres, à Niort. 

— d'émulation de Dinan (Ciltes-du-Nord). 

— historique et archéologique à Château -Thierry (Aisne). 

— d'émulation, ù Besançon (Doubs). 

— impériale d'agriculture-induslrie, à Saint-Étienne, 

— académique d'archéologie, sciences et arts, à Beauvais (Oise). 

— savoisienne d'histoire et d'archéologie , à Chambéry. 

— d'archéologie, sciences, arts et belles-lettres de la Mayenne, 

à Mayenne. 

— des lettres et des sciences , à Redon (Ille-et-Vilaine). 



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MEMBRES 

DE LA SOCIÉTÉ POLYMATHIQUE DU MORBIHAN 

AU î" JAUVIBR 1867. 



BUREAU PENDANT L'ANNÉE 1866. 

HH. G. DE Closhadeuc , Président. 
FouQUET, Vice-Président. 
GuTOT -JoHARD , Secrétaire. 

Taslé père, Conservateur du Musée d'histoire Datnrelle. 
De CussÉ, ConserTatenr du Musée archéologique. 
Peïros, Trésorier. 
ÉON, Secrétaire-adjoint 

D'AULT-DUHESSIL, ( -, , .. . , 

r .^„ r'.^owi^-,,^ } Conservatenrs-adiomts. 
G. DE Closhadeuc, 1 ' 

L. G&LLBS , ) 



MEMBRES TITULAIRES (Rësidahts). 



MM. 



Reneufve , Préfet du UortnhaD. 

Mr Bécel, Érêque de Vannes. 

LiLLEHïNT , Maire de Vannes. 

AitRONDGAD, Inspecteur d'Académie. 

BiUDic, Avoué. 

BvBCADLT, Avoué. 

Cabadec (AmbroiseJ, Président du tri- 

liunal civil. 
Cabadec [Auguste), Propriétaire. 
Ca«LRiER, Architecte de )a ville et du 

diocèse. 
Cbauffier (Ixuis) , Élève de l'école de 

Chartres. 
G. DE Closhadeuc, Médecin. 
Conte de la MAisoNPonT, Trés.-payeur. 
De Cussë , Propriétaire. 
Dantu, Médecin. 



D'adlt-Duhesml (E.), Propriétaire. 
D'ault-Duheshil [G.), Propriétaire. 
DELi^DRE, Directeur des Douanes. 
D^UTHË, Inspecteur de l'instructioD 

primaire. 
DtiLAUBETJS DE LU Babbe, Propriétaire. 
ËON , premier Commis à la direction 

des Contribuiinns directes. 
Éparvieb, Sul>stitut du procureur imp. 
FiLnoL DE Cahas, Colonel, 
FoucHARD (l'abbé) , Vicaire général. 
FoDCËRE , Conseiller de préfecture. 
FouQUEi, Médecin. 
DeFrëminville, Ingénieur. 
De la Fbuglaie , Propriétaire. 
Galles (Louis). 
GlUNDPAIR, Juge. 



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GuTOT-IoHiBi>, es-Professeur, Commis 
de riDspectioD Bcadé:nique. 

HàRDT DE LA LkRGÈBB ,' Général de 
lirigade. 

UâWKE, Artbitecle du déparfemeol. 

JpLLiTET, Notaire. 

JotiBDAN fils , Avocat. 

Ds Keiser, Avoué. 

Lallehand , Juge de paix. 

Lallehent fils. Conseiller de préfecl. 

E, De Lamabielle, Agent-voyer. 

De Untivt , premier Commis à la di- 
reclioQ de l'EDregigtremeDt. 

De LiMOB, Membre du Conseil général. 

Madricet père, Médecin. {H. F.) * 

Mauricet filfi , Médecin. 

MoRio, Médecia. 

MOSTFOBT, Juge. 



DeMohtlaur, Propriétaire. 

Pavot, Chef de divisioD à la préfecture. 

PËHtEit DE LA HiTTOLLE , Directeur de 

la maison ceolrale. 
Pehrin , pharmacien. 
Peibon , Banquier. 
PocARD-^viLER, (René), Ingénieur des 

ponts et chaussées. 
De Québal , Médecin (M. F.) 
RosEwiwEiG , Archiviste du départera'. 
Saluck-Laubourgèbe, Juge. 
Salmon , Bibliothécaire de la Yille. 
De SiiciLLOM, Propriétaire.. 
Taslé père , ancien Notaire |M. F.) 
Taslë Bis , NoUire. 
Tessier , ancien Président du tribunal 



ViflEBT, Employé des Contribut. indir. 



Mp Gaiailhas, anc. ÉvêquedeVannes. 
Bellouabd , Médecin à Beignon, 
Bernard, Doct. -médecin à Carhaix. 
Bertrand, Capitaine Adjudant-major 
"u 74» de ligne, à Cbambéry. 



BouARD , Lieut. de vaisseau, à Lorient. 

BoMiEHANT , Propriétaire à Pluneret. 

Boulangé, Ingénieur en cbefàArras. 

Bourrais, Sous-Commissaire de ma- 
rioe, à Lorient. 

De la Bourdonnate , Membre du Con- 
seil général , à Grand-Champ, 

De Bbéhifr , Propriétaire à Josselin. 

De Bheuilfont, Propriélaire à Rennes. ' 

Cahescasse, Docteur -médecin à Elven. 

Caradec [Albert) , Avocat à Rennes. 

De Closmadeuc , Médecin i Auray. 

D&Closmadedc, Notaire à La Roche- 
Bernard. 

Constantin , Proviseur-administrateur 
du collège de Lorient, 

Corhili , Avocat i Lorient. 

GoLÉ (Léon), Propriélaire à Arradon. 

De Cran , Clerc de notaire au Croisic. 



Le vicomte de Das , Propriét. à Paris. 
Delaunaï, g reflier - comptable de la 

maison centrale, i Clermont (Oise). 
Desnoters, Bibliothécaire du Muséum 

d'histoire naturelle, k Paris. 
Dn Bodan, Conseiller à la Cour de 

Cassation , i. Paris. 



Mïf DuBRBUiL, Archevêque d'Avignon. 

DuHadt-Plessix, Ingénieur en chef, 
a Laon. 

Du Cbastelligr , Correspondant de 
riosiitut, à ^nuz [Finistère]. 

DvuoDLiN DE Paillard, Propriétaire â 
Sarzeau, 

Drd, Notaire à Ponlchâiteau. 

A. de Francseville , Membre du Con- 
seil général , à Sarïeau. 

It. Galles, I^ous-Id tendant militaire. 

Gabnier, Propriétaire à Sarzeau. 

Gaultier du Mottaï , Propriétaire à 
Pléria (Côtes-du-Nord). 

Graio de ^AVENANT, Notaire à Pëaule. 

Grato de iîAVENANT, Ëludiant, à Paris, 

Gresst , Médecin à Carnac. 



' U. F. décent les membres foodateurs de U Société en 1826. 



DigitizodbyGoOglc 



Gdillotin , Notaire à Caden. 
GuiLLOTiM ( l'abbé )j Vicaire à Noé- 

Blanche (IlIe-et-Vilaioe). 
GuiLLobi (l'abbé), Vicaire général de 

Me' l'Ëvèqiie de la Guadeloupe. 
Hallëguen , Médecin à Chàleaulin. 
J&N DE Li GiLL«LHDitiE , Contrôleur des 

^ODtribulioDS directes, à Paris. 
Jehan [de Saiot-Clavien) , Homme de 

lettres, à Tours. 
Jëgou , Greffier du tribunal, à Lorient. 
JootiCNo, Architecte à Napoléonville. 
JoaEL, Hédecin à Questembert, 
De Keridec, Propriétaire à Henoebont. 
De lUntiET , propriétaire à Braspariz 

(FinistèreJ. 
Le comte Li Caoïi de Rocbahbead, 

Propriétaire à Paris, rue Scribe, 7. 
Le Dibehder, Doct.-médeciD à Lorient. 
Le Febvre , Préfet d'Ille-et-Vilaiue, à 

Bennes. 
Le Mauff , Médecin & Sarzeïu. 
Le Tourneau , Médecin à Paris , 

Saint-Lazare, 119. 



Lomenech (l'abbé) , Curé-doyen à Plu- 

vigner. 
LoBois , Propriétaire & Arzal. 



MAetiËBo, Juge de paix à Queslembert. 
Hercadieb, Uédecin-roajor au 93* de 

ligne. 
Meunieb, Sous-lieutenant au 92° de 

ligne, à Oran (Afrique). 
Db la Uomnerate, Membre du Conseil 

général , à Caro. 
DuNoDAT, Propriétaire à JosselÎD. 
NouLET (le h'} , Professeur â l'école de 

médecine de Toulouse. 
pANCEOUCKE, Propriétaire à Arradon- 
Patot (Albert), Sous -lieu tenant au 17' 

chasseurs, i Toulouse, 
PinOKKEAu , Avocat à Rennes. 
ROPARTZ , Avocat à Guingamp. 
Rossignol, ancien Conservateur-adjoint 

des Musées impériaux, à Saint-Ger- 
main -en- Laye. 
Le comte de Saint-Llc , Propriétaire i 

Guelguiflin (Finistère). 
Saubel, Vérificateur des douanes, à 

Lorient. 
TnoHAs-KEitcii.DO , Député au Corps 

législatif. . 
Vaghaib, Professeur au Lycée impérial 

d'Amiens. 
Yebbieb, Professeur de mathématiques 

a(i Lycée impérial d'Agea. 



MEMBRES HONORAIRES, C0RREP0NDANT8 00 ASSOCIÉS. 



Aimé de Solahd, Président de la So- 
ciété linnéenne d'Angers. 

Augustin , Propriétaire à Quimper. 

Bara (l'abbé), Recleur à Saint-Brieuc- 
de-Mauron. 

BAUDoniN - Desvarattes , ancien Géo- 
mètre du cadastre, à Vannes. 

Dahour , Membre de l'Institut, à Paris. 

De Bonstetten , Chambellan honoraire 
de S. M. l'Empereur d'Autriche , à 
Thune {Suisse), 

De la Borderie, Directeur de [iRevue 
de Bretagne et f^endée, à Vitré 

DuvAL , ancien Professeur, à Quimper. 

Bbongniabt (Ad.), Professeur au Jardin 
des plantes, à Paris. 

Clabet aine, Conseiller honoraire de la 
cour de ReoDes, à Vannes. 



CouBTiLLiEB, Naturaliste, à Saumur. 
Delvaux, attaché à l'Ëcole impériale 

des Mines , à Paris. 
Élie be la Prihaudate, à Milltanab. 
Galles (Félix], Procureur général à 

Montpellier. 
Grégoire , Ingénieur à Paris. 
Gvillanton, Officier d'infanterie de 

marine. 
Hërocard , Pharmacien à Belle-Ile. 
Jaqueuet, Ingénieur en chef, àAgen. 
Julien , Receveur de l'Enregistremeot, 

à Étables (Câtes-du-Nord). 
De Keranflech , Propriétaire à Mûr 

(Câtes-du-Nord). 
Le Gal (Fulgence), Proviseur du Lycée, 

à Napoléonville. 
Le Gal, Percepteur à Plœmeur. 



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Le duc ne Lutkes , à Paris. 

Mauouan, Propriétaire a l.orieot. 

MiDiticE, Juge de paix à Marie-Galaatle. 

HoiGMo (l'abbé), Direcleur du journal 
tes Mondes, à Paris. 

UoBiËBK, Professeur A la Faculté des 
sciences , à Caen. 

PdfliEB , Professeur au Lycée de Na- 
poléon ville. 

Peslin, Professeur à la Faculté des 
s de Rennes. 



PociBD-ÇviLEB , Capitaine de frégate 
en retraite, à Vannes. 

pRADJEE (Ernest), Colonel d'inlïnterie 
de ligne. 

Pradier (Edmond), Capitaine de fré- 
gate, âLorieat. 

Pbadieb (César), Capitaine de frégate, 
à Lorient. 

RicoDT, Docteur-médecin, à Paris. 



Rio , Homme de lettres, à Paris. 
Power, JeanneKe, Membre de plu- 
sieurs Sociétés savantes, "à Paris. 



Trochu , Propriétaire A Betle-ile. 

ViEtsNKT , Memlire de l'Académie fran- 
çaise, à Paris. 

Lucas (l'abbé) , Vicaire à Caro. 

Nicolas (l'abbé). Recteur à Malguénac. 

Le Mauguen (l'abbéj. Curé à Gourin. 

DflÉASO (l'abbé), Recteur A Quistinic. 

Le Votée (l'abbé) , Recteur à La Croii- 
Heliéan. 



jîsiHO (l'abbé), Recteur i Locoal. 
Terpieh (l'abbé), Curé à Pontscorff. 
Le Flocb , Juge de paix à Pluvigner. 
De la Uittolle, Officier d'iafanterie , 
à Vannes. 



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