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Full text of "Bulletins de l'Académie royale des sciences, des lettres et des beaux-arts de Belgique"

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A5 

,389 



BULLETINS 



DE 



L'ACADÉMIE ROYALE DES SCIENCES, 



DES 



LETTRES BT DES BBAUX-ABT8 DE BELGIQUE. 



BULLETINS 



DE 



L'ACAT>ÉMIE ROYALE 



DES 



SCIENCES, DES LETTRES ET DES BEAUX-ARTS 



DE BELGIQUE. 



GIIIQOâMTE-SKPTIÈME année. — â-< SERIE, T. 14. 




BRUXELLES, 

F. HAYKZ, IMPRlHHrn DE l'aCADÉMIE ROYALE DE BELGIQUE, 

rue de Lourain, 108. 



4887 



BULLETIN 



DE 



l'âgâdémie royale des sciences, 



DES 



LETTRES RT DBS BEAOX-ARTS DE BELGIQUE. 



4887. — No 7. 



CLASSE DES SCIEUCES. 



Séance du 2 juillet 1887. 

M. De Tillt, directeur, président de rAcadémie. 
M. LiAGRE, secrétaire perpétuel. 

Sont présents : MM. Fr. Crépin, vice^irecteur; J.-S. Stas, 
P.-J. Van Beneden, le baron Edm. de Selys Longchamps, 
Gloge, J. C. Houzeau, G. Dewalque, H. Maus, E. Candèze, 
Cb. Montigoy, Ëd. Van Beneden, C. Malaise, F. Folie, 
Briart, Ëd. Mailly, Ch. Van Bambeke, G. Van der Mens- 
broche, W. Spring, Lûllîs Henry, M. Mourlon,m6m6res; 
£. Catalan, Cb. de la Vallée Poussin, associés; L. Fredericq, 
Paol Mansion, P. De Heen et C. Le Paige, correspon- 
dants. 

5"* SÉRIE, TOUS XI Y. 1 



( 2 ) 



CORRESPONDANCE. 



M. le Ministre de l'Agriculture, de Tlndustrie et des 
Travaux publics envoie, pour la bibliothèque de TAca- 
déœie, Touvrage du lieuteuant Jérôme Becker, intitulé : 
La vie en Afrique, avec prélace du comte Goblet d'Alviella. 
— Remerciements. 

— M. le maréchal des logis d'artillerie en retraite 
Delaey, à Roulers, adresse des communications se rappor- 
tant à divers sujets. — Dépôt dans les archives. 

— M. F. Terby, docteur en sciences, à Louvain, demande 
le dépôt dans les archives d'un billet cacheté daté du 
50 juin 1887. — Accepté. 

— Le Musée royal d'histoire naturelle de Bruxelles 
envoie le tome XIII (avec planches) de la Description des 
ossements fossiles des environs d'Anvers^ par P.-J. Yan 
Beneden. — Remerciements. 

— Hommages d'ouvrages : 

i* Travaux du laboratoire de Léon Fredericg, à C Institut 
de physiologie de l'Université de Liège, tome 1*% 1885-86; 

2^ a) Note sur l'hypnoscope et sur les phénomènes de 
transfert par les aimants ; b) La matière brute et la 
matière vivante ; par J. Delbœuf; 



(3) 

3* Sur Us tempêtes^ théories et diseussions nouvelles; par 
H. Paye, associé de la Classe, à Paris ; 

4* Der jetzige Stand der morphologischen Disciplinen 
nix Besug aufallgemeine Fragen. Discours par A. von 
Kôlliker, associé, à Wurtzboarg; 

5* a) Sur les causes des variations diurnes du magnétisme 
terresie et sur la loi qui règle la position du courant per- 
turbateur principal; b) Variations diurnes inler tropicales 
el iMirta/fOfi« annuelles du magnétisme terrestre; par 
Ch. Lagrange (présenté par M. Folie, qui < estime que cet 
» ouvrage semble avoir fait Taire un grand pas à la tbéorie 
da magnétisme terrestre) > ; 

8^ Fauna und Flora des Golfes von Neapel : Polygor- 
dnù; par J. Fraipont (présenté par M. Ëd. Van Beneden); 
7* a) Notes de technique microscopique; b) Résumé d'une 
conférence sur la microphotographie^ appliquée à l'histo- 
iogie^ l*anatomie comparée et l'embryologie; par P. Fran- 
ootte (présentés par M. Éd. Van Beneden). — Remer* 
ciements. 

— Les travaux manuscrits suivants sont renvoyés à 
Teiamen de commissaires : 

1* Note sur les oscillations d'un pendule produites par le 
déplacement de Caxe de suspension ; par Ë. Ronkar. — 
Commissaire : M. Folie; 

2* Description de quelques cucurbitacées nouvelles ; par 
A. Cogniaui. — Commissaire : M. Crépin ; 

3* Sur le sulfure de cadmium colloïdal ; par Eug. Prost. 
— Commissaires : MM. Stas et Spring. 



(4) 



RAPPORTS. 



Développement sur la théorie des formes binaires; 

par J. Deruyts. 

€ Les fonctions învarîantives d'un système de formes 
algébriques satisfont, comme on le sait, à deux équations 
aux dérivées partielles qui suffisent pour les définir. 

On s'est occupé, depuis longtemps, des fonctions des 
coefficients seuls qui satisfont à l'une de ces deux équa- 
tions, et qui, pour cette raison, ont été appelées semi- 
invariants. H. Deruyts a obtenu de très intéressantes 
propriétés de ces fonctions et les a communiquées récem- 
ment à l'Académie. 

Dans le travail actuel, il se propose une question ana- 
logue : celle de déterminer les fonctions des coefficients et 
des variables qui satisfont à une seule des équations diffé- 
rentielles que nous venons de mentionner ; il appelle semi- 
covqriants ces expressions nouvelles. 

La nature du travail de notre jeune collègue de Liège 
ne nous permet pas d'entrer dans de longs développe*- 
ments : nous nous bornerons à signaler quelques-uns des 
théorèmes énoncés. 

L'auteur rencontre d'abord cette propriété fondamen- 
tale : Dans un semi-covarianl, le coefficien t de la plus 
haute puissance de x^ est un semi-invariant. 

Lorsque la fonction satisfait à la seconde équation aux 
dérivées partielles, ce coefficient suffit pour déterminer, 



(8) 
d'ooe maoiëre unique, tous les autres coefiBcients, c'est-à- 
dire le oova riant. Il n*en est naturellement plus de même 
dans le cas actuel. Hais, grâce à l'opération •—> définie 
dans on travail précédent de Fauteur, celui-ci parvient à 
montrer la liaison entre les coefficients du semi-co variant 
et celai de son premier terme. 

Il arrive ainsi à cette propriété : 

Tout semi-covariant est une somme de produits de puis* 
umces de x^ par des expressions de la forme 

[w\ 1 i/Ao . i d'"ko 

k^ (tant un semi^invariant. 

H. Deruyts établit ensuite un autre mode de formation 
des fonctions qu'il étudie. 

Comme nous l'avons dit, il nous est impossible de 
reprendre un à un les nombreux théorèmes énoncés par 
rauleor : ce serait simplement reproduire son travail en 
sapprimant les démonstrations. 

Noos signalerons cependant la liaison intéressante que 
H. Deruyts établit entre les semi-covariants et la théorie 
des fractions continues, et le procédé ingénieux qu'il en 
dédoit pour retrouver le canonizant de Sylvester, ainsi 
que les remarques auxquelles il est conduit sur l'addition 
de certains déterminants. 

En résumé, nous pensons que le nouveau travail de 
M. Deroyts est très digne d'être approuvé par la Classe, et 
iM)os en proposons bien vivement l'impression dans un des 
Recoeils in-S"* de l'Académie. » 

b Classe a adopté ces conclusions, auxquelles M, Man- 
ûon, second commissaire, s'est rallié. 



(«) 



Application de la photographie à Cétude de réleclrolonus 

des nerfs; par M. Henrijean. 

c Les mélhodes lespliis ingénieuses de rélectro^phjîsiolo- 
gieontété utilisées pour l'élude des courants électroioniques 
des nerrs. Malheureusement ces méthodes sont extrême- 
ment compliquées, el ne permettent d'arriver à reconsti- 
tuer la courbe qui représente les différentes phases de 
réleclrotonus, qu'en combinant les résultats fournis par 
un grand nombre d'expériences successives. Il faut bien 
se résigner à faire abstraction de l'influence de la fatigue 
du nerf, et des autres modifications qui peuvent se pro* 
duiredans sa substance, au cours d'une série d'expériences. 

Bernstein, l'un des physiologistes allemands qui s'est 
occupé avec le plus de succès de ce sujet difficile, émet- 
tait récemment le vœu de voir répéler ces expériences, en 
les disposant de manière à n'avoir à soumettre le nerf qu'à 
une seule action de polarisation , — ce qui s'obtiendrait 
le mieux, dit-il, au moyen de réiectromètre capillaire, dont 
on photographierait les excursions. 

Ce vœu exprimé par Bernstein, M. Henrijean est par- 
venu à le réaliser II a pu, au moyen de la photographie, 
recueillir, en une seule expérience, la courbe complète du 
courant électroionique. Hâtons-nous de dire que son tra- 
vail confirme, en grande partie, les résultats obtenus par 
d'autres expérimentateurs; son intérêt réside donc moins 
dans la découverte de faits nouveaux que dans la sub- 
stitution d'une méthode directe, simple et facile, aux pro- 
cédés compliqués et laborieux utilisés jusqu'à présent. 



(7) 

NoBS TOUS propo60D8 : 

i* De voter Timpression de la notice de M. Henrijean» 
avec la planche qui raccompagne, dans le Bulletin de 
^Académie ; 

2* D'adresser des remerciements à Taoteur, en l'enga- 
geant à poorsQÎvre ses recherches et notamment à étendre 
i rétode de quelques autres problèmes de l'électro-physio* 
logie la oiéthode qui lui a si bien réussi dans celle de 
réiectrotoDas. » 

La Classe a adopté ces conclusions, auxquelles s*esl 
rallié M. Van Bambeke, second commissaire. 



Sur la circulation du sang dans le cercle artériel de Williê, 

par M. G. Corin. 



c Quatre gros vaisseaux, les deux carotides et les deux 
vertébrales, amènent au cerveau le sang artériel qui doit le 
nourrir. Ces vaisseaux s'anastomosent largement à la base 
do crftne, de manière à former une espèce de polygone 
vasculaire, connu sous le nom de cercle artériel de Willis. 

C'est grâce à l'existence de ces anastomoses que le cer- 
veau et le cervelet peu vent supporter l'oblitération d'une ou 
de plusieurs artères nourricières, les canaux qui restent 
sufllsantà la nutrition. 

M. Corin a cherché à déterminer dans quelle mesure se 
fait cette suppléance. Il a constaté que, chez le chien, la 
ligature de deux et même de trois des grosses artères. 



(8) 
n'exerce que fort peu dMnflueoce sur la pressiou du sang 
dans le cercle artériel de Willis, et par conséquent sur les 
conditions de la circulation cérébrale. Dans la plupart des 
cas, la ligature des quatre vaisseaux afférents n'amène pas 
non plus de troubles graves : le cerveau reçoit alors son 
sang par des voies détournées, notamment par les anasto- 
moses avec les vaisseaux spinaux. 

Il n'y a donc pas lieu, selon M. Corin, de s'étonner du 
peu d'influence que la ligature des carotides ou des verté- 
brales exerce sur le rythme respiratoire, et l'on n'est plus 
en droit d'invoquer ces faits contre la théorie respiratoire 
de Rosenthal. 

On sait que, d'après ce physiologiste, le rythme respira- 
toire est réglé, en grande partie, par la qualité (composition 
des gaz) du sang qui circule dans la léte, notamment par les 
conditions de Tirrigation sanguine de la moelle allongée. 

M. Gorin termine son travail en déterminant la vitesse 
de propagation des ondes pu Isa ti les à travers le cercle de 
Willis. Cette vitesse est notablement plus faible que dans 
les gros troncs artériels voisins du cœur. 

La notice dé M. Corin contient plusieurs fait nouveaux 
et intéressants. 

Nous vous proposons : 

1"* D'insérer son travail dans le Bulletin de l'Académie; 

S* De voter des remerciements à son auteur, i 

La Classe a adopté ces conclusions, auxquelles s'est 
rallié M. Van Bambeke, second commissaire. 



(9.) 



Nouvelles recherches sur le spectre du carbone; 

par M. Ch. Fievez. 



€ Dans son travail, M. Fievez expose brièvement Pétat 
de DOS coQDaissaDces sur le spectre du carbone, qui a déjà 
iaii de sa part l'objet de longues et délicates recherches. 
Des speclroscopistes attribuent au carbone un spectre 
différent de celui de ses composés hydrogénés; d'autres 
spectroscopistes considèrent le spectre des composés hydro- 
génés da carbone comme le spectre propre de cet élément. 

Des expériences nouvelles, consignées dans la notice 
présentée à F Académie, M. Fievez conclut que c dans 
Tétai actuel de nos connaissances, le carbone n'a pas de 
spectre différent de celui de ses composés hydrogénés ». 

L'Académie sait qu'il y a plusieurs années déjà j'ai fait 
des recherches sur le spectre du carbone et le spectre de 
rhvdrogène, en soumettant à l'analyse prismatique succes- 
sivement : l"" la flamme du gaz d'éclairage et des 
vapeurs hydrocarbonées alimentée par l'air ou par l'oxy- 
gèoe; 2* la flamme de Thydrogène pur dans l'air et dans 
Toxygène; y le gaz de Téciairage contenu dans des tubes 
de Geissier à la pression de 20 millimètres et rendu lumi- 
neux par le passage d'un courant électrique. 

 loccasion d*un rapport que j'ai eu l'honneur de 
faire â l'Académie sur un Mémoire de M. von Konkoly, 
j'ai communiqué à la Classe l'introduction d'un travail 
inédit sur des recherches chimiques et spectroscopiques, 
dans lequel j'expose mes investigations sur le spectre de 



( 10) 

flamme de Phydrogèoe alimentée par Tair ou par l'oxygène, 
et le spectre de flamme du gaz d'éclairage alimentée par 
l'air ou par l'oxygène. 

Depuis la présentation de la notice de M. Fievez, j'ai eu 
soin de soumettre à un nouveau contrôle mes observations, 
en priant mon savant ami et collègue, M. Depaire, profes- 
seur à l'Université de Bruxelles, de me prêter son concours 
actif et éclairé en même temps que sa remarquable et si 
parfaite installation spectroscopique. 

Il résulte de mes anciennes et nouvelles observations 
que: 

1"* Le spectre de flamme du gaz d'éclairage et des 
vapeurs des hydrocarbures liquides, alimentée à l'oxygène, 
brûlant à la température de la fusion de l'iridium, se com- 
pose des raies et des bandes décrites dans l'introduction 
déposée sur le bureau de l'Académie et paraphée à cette 
époque par M. le Directeur et M. le Secrétaire perpétuel. 
Les raies C. F. G. de Frauenhofer, caractéristiques de la 
présence de l'hydrogène, font absolument défaut dans ce 
spectre. 

On constate l'absence des raies de l'hydrogène, lors 
même qu'on fait passer une étincelle ou une décharge à 
l'aide de cônes de charbon ou de sphères de platine au 
travers de la partie de la flamme hydrocarbonée considérée. 
Quelles que soient les dispositions que M Depaire et moi 
nous ayons prises pour la position des cônes ou des sphères 
dans la flamme, notre impuissance à faire apparaître les 
raies G. F. G., et même la raie G qui se présente toujours 
dans le spectre de l'étincelle jaillissante à la surface d'une 
solution saline aqueuse, notre impuissance, dis-je, a été 
absolue; 

^ Le spectre électrique du gaz de Péclairage et des 



( *i ) 

tapeors bydroearbonées, observé à la teosion de 20 inilli- 
nèCresdans la partie rétrécie des tubes de Geissler, se 
eonpose des raies et des bandes du spectre de flamme de 
ces mêmes gaz et vapeurs, auxquelles viennent s'ajouter, 
soivant Tintensité du courant, soit la raie C. soit les raies 
C. et F., soit les raies C. F. et G. de Frauenhofer, caracté- 
ristiques de rhydrogëne ; 

3* Le spectre de flamme de l'hydrogène pur, suivant que 
la flamme est o6<€ure et incolore ou portée à Vincandencence 
et colorée dans ce cas en bleu d'azur^ est représenté par 
on espace spectral totalement obscur ou par un espace 
spectral illuminé^ formé d'un spectre continu présentant 
un facie9 propre, distinct absolument du fades du spectre 
continu qo'oD observe par l'analyse prismatique des radia- 
tions lumineuses émises par les solides opaques et fixes, 
tels que le platine, Tiridiom, le carbone, portés à la plus 
vive incandescence. 

Quelles que soient les dispositions prises pour la com- 
bustion de l'hydrogène dans l'oxygène, quels que soient la 
partie de la flamme analysée et les spectroscopes employés, 
il est impossible de constater, à la vue, dans le spectre 
continu, faiblement ou intensément illuminé, la présence 
d'une raie de l'hydrogène. D'après mon expérience, suffi- 
samment contrôlée, je me crois en droit d'affirmer que le 
spectre de flamme de l'hydrogène pur est dépourvu de 
raies brillantes ou noires proprement dites; 

4* Le spectre électrique de l'hydrogène pur observé dans 
des tubes de Geissier est caractérisé par les raies parfaite- 
ment connues C. F. et G. de Frauenhofer. Je dis observé 
dons des tubes de Geisbler, car j'ai des doutes sur la possi- 
bilité de constater l'apparition des raies de Frauenhofer 
dans le spectre de l'urc électrique, produit dans l'hydro- 



( 12) 

gène. A mon avis, rapparition ou la non apparition des 
raies C. F. et G. de Frauenhofer, dans ie courant, i*élincelle, 
la décharge ou Tare électriques, eiige des recherches 
nouvelles. 

Des faits qui précèdent, je me crois autorisé à dire que 
la conclusion que M. Fievez déduit de ses recherches et 
dont j'admets, sans réserves aucunes, la parfaite exacti- 
tude, n*est pas absolument adéquate à ces faits. Elle ne 
s'adapte qu'an spectre du carbone de I arc électrique et 
qu'au spectre de flamme des hydrocarbures. Elle ne 
s'applique pas au spectre électrique des hydrocarbures 
observé dans les tubes de Geissier. Ce spectre électrique 
n'est pas le même que celui du spectre de flamme; il est 
représenté par la somme du spectre de l'arc du carbone 
et du spectre électrique de l'hydrogène. 

L'énoncé des expériences exposées ci-dessus dit suflQ- 
samment pourquoi le spectre de flamme des hydrocar- 
bures n'est pas le même que le spectre électrique des 
mêmes hydrocarbures, et pourquoi ces difl*érences existent 
et doivent exister; mais je ne veux pas insister davantage. 

Quoi qu'il en soit, je partage l'opinion de M. Fievez que le 
spectre de flamme des hydrocarbures représente ie spectre 
vrai du carbone, spectre identique à celui observé à l'aide 
du carbone dans l'arc électrique fonctionnant dans le vide. 
En conséquence, j'ai l'honneur de proposer à l'Académie 
d'ordonner l'impression du travail de M. Fievez dans le 
Bulletin de la séance, de lui voter des remerciements pour 
sa communication,el de l'engager à continuer lesrecherches 
qu'il annonce avoir entreprises sur le spectre des différents 
composés carlionés. » 

— Adopté. 



( «5 ) 



COMMCNICATIONS ET LECTURES. 



Swr une rdalion entre rélasticité optique et raclivité chi' 
mique dans un cristal de Spath d'Islande; par Walibère 
SprÎDg, membre de TAcadémie. 

y ai eu rhonneur de communiquer à la Classe des 
sciences de TAcadémie, dans la séance du mois de mars 
deroier, les résultats de rechercbes que j'avais entreprises 
en Toe de connaître comment variait, avec la température, 
la vitesse de réaction des acides minéraux sur le marbre. 

J'étais arrivé à un résultat très simple, car la vitesse 
de la réaction s'est montrée indépendante de la nature 
chimique des acides, et variable avec la température sui- 
vant une exponentielle dont le module est 2 : toutes autres 
GoodilioDs (étendue de la surface du marbre, concentra- 
Uoo des acides, etc.) restant les mêmes, bien entendu. 

Le marbre n'étant pas un corps identique à lui-même, 
soas ie rapport physique, dans toutes ses parties, puisqu'il 
o^est pas rare de rencontrer des régions plus ou moins 
dores, j'ai tenu à vérifier le résultat trouvé d'abord en 
faisant usage, cette fois, d'un corps cristallisé : le spath 
d'Islande. 



( U) 

J*ai examiné la vitesse de dissolution d'un cristal de 
celte espèce minérale^ dans ses diverses directions prin- 
cipales. Je prie l'Académie de vouloir bien accueillir la 
relation des résultats obtenus afin de me permettre de 
prendre date pour quelques faits qui me paraissent assez 
curieux. 

l"* Toutes les faces du solide de clivage se dissolvent 
avec la même vitesse dans les acides minéraux, toutes 
conditions étant égales d'ailleurs. 

2^ Les sections obtenues en taillant un cristal perpen- 
diculairement à Taxe optique, ou parallèlement à celui-ci, 
se dissolvent inégalement vite. 

La section qui se dissout le plus rapidement est aussi 
celle pour laquelle l'indice de réfraction d'un rayon lumi- 
neux est le plus grand. Si Ton détermine le rapport des 
vitesses de réaction des deux sections mentionnées, on 
trouve, en moyenne, qu'elles sont entre elles comme 
1 : 1,14; d'autre part, les indices de réfraction correspon- 
dants sont entre eux comme 1 : 1,12. 

Il n'y a pas identité entre ces rapports; mais la diffé- 
rence ne comporte que 2 ""1. de la valeur totale, de sorte 
que Ton est fondé à conclure, me semble-t-il, que l'élasti- 
cité optique dans une direction donnée d'un cristal n'est 
pas sans influence sur l'activité chimique. Peut-être bien 
y a-t-il là la trace de connexion entre les phénomènes 
chimiques en général et les mouvements ondulatoires que 
Ton a nommé lumière. 

J'aurai bientôt l'honneur de présenter à l'Académie le 
comi>lénient de cette note. 



(15) 



Sur une nouvelle interprétation de quelques dépôts ter- 
tiaires ; par M. Mourloo, membre de TAcadémie. 

M. Ém. Vincent vient de publier une intéressante Note 
sar trois coopes de dépôts tertiaires relevées à Nossegem, 
Sierrebeek et Ophem,sur le territoire de la Plancbettede 
Saventbem (1). 

Cette Note remet en question rinlerprétalion d*nne 
partie de ces dépôts telle qu'elle se trouve consignée dans 
la légende de la carte géologique à Técbelle de Vsoooo ^^ 
aboutit à des conclusions qui laissent entrevoir dlmpor- 
tants résultats. 

Pour le moment» M. Vincent se borne à Teiamen minu- 
tieui des deux groupes de couches sableuses qui^ dans la 
région dont il s'agit, s'observent entre les sables laeke- 
DÎens de l'Éocène moyen et l'argile glauconifère que 
Duroont range dans son Tongrien. 

Le plus inférieur de ces groupes de couches, séparé des 
sables laekeniens par un gravier à Nummuliies variolaria, 
est considéré comme étant la base de l'étage wemmelien, 
mais il parait bien plutôt devoir constituer un étage spécial. 
1^ groupe de couches supérieur, au contraire, renferme Ja 
faone-type des sables de Wemmel proprement dits, et 
c*est par erreur qu'il a été, en de certains points comme 
à N4issegem, rapporté à un nouveau système de couches 



(I) Procès-Terbnl de la séance du 2 avril 1887 de la Société royale 
WÊmimeotogkifte^ p. xlvii. 



( 16} 
auquel MM. Rutot et Van den Broeck ont dooné le nom 
d^asschien* 

Sans vouloir me prononcer pour le moment sur la 
valeur de ce nouveau système qui me parait tout au moins 
sujette à discussion, je crois pouvoir conclure de mes pro- 
pres observations sur les dépôts en question que le nou- 
veau classement proposé par M. Vincent est celui qui, 
dans l'état actuel de nos connaissances, répond le mieux à 
la réalité des faits. 

Le tableau suivant permettra de bien apprécier en quoi 
ce nouveau classement diffère de l'ancien : 



Ancien 
classement. 



Série des dépôts tertiaires, inférieurs 

à l*argile glaaconifëre, 

sur la planchette de Saventheou 



Nouveau 
classement. 



Argile glauconifère (Tongrien de 
Dumont). 



Asschien . . 

Wemmeiien . 

Laekenien . 
Brnxellien . 



i 



Sable fin , 



) 



î Gravier à N. wemmelensis i 



Sable ferrugineux. . . 
Gravier à iV. variolaria 



Wemmeiien. 



Ledien. 



) 



Sable blanchâtre calcarifère . 



( Gravier à iV. lœvigata rouléet 
Sables siliceux et calcarifëres 



' I Laekenien. 
» • • ' 

Bnixellien. 



J'ajouterai qu'un nouvel examen des échantillons de 
roches et de fossiles déposés au Musée de Bruxelles et se 
rapportant aux nombreuses coupes dont plusieures ne 
sont plus guère visibles aujourd'hui et qu'il m'a été donné 
de relever dans les différentes parties du bassin franco- 



(17) 

belge, semble devoir confirmer en tous points la nouvelle 
ioterprétation qui faitrobjel de cette communication. 

Les sables à A', variolaria présentent un faciès faunique 
difleraot de celui des sables de Wemmel proprement dits, 
notamment à Lede et à Moorsei près d'Alost, à Forest et 
à Melsbroeck près de Bruxelles, à Baeleghem près de Gand, 
à Cassel en France, etc. C'est cette considération qui, 
jointe à celle des caractères minéralogiques et stratigra- 
phiques des sables en question, me fait proposer, d*accord 
avec H. Vincent, de les considérer comme formant un 
étage spécial, et de désigner ce dernier sous le nom d'étage 
Mien comme le renseigne le tableau ci-dessus. 

Déjà, en 1873 (1), j'avais proposé de désigner les sables 
à A\ variolaria sous le nom de < sables de Lede », mais 
le degré d'avancement des études de nos dépôts tertiaires 
o'aotorisait pas à celte époque de les séparer nettement 
des sables de Laeken et de Wemmel, comme les nom- 
breux et remarquables travaux effectués depuis, per- 
mettent aujourd'hui de le réaliser. 

Ne voalant pas anticiper sur les résultats des recherches 
qui ne peuvent manquer de se produire à bref clëlai sur 
les autres dépôts composant le système asschien, je me 
bornerai à faire remarquer que, partout où il m'a été donné 
d'observer le contact des sables lediens à iV. variolaria^ soit 
avec les sables wemmeliens qui les surmontent, soit avec 
les sables laekeniens qu'ils recouvrent, ils m'ont paru avoir 
une épaisseur et un développement beaucoup plus consi- 
dérables qne ces deux autres dépôts sableux. 

Cest ainsi que, dans la coupe de Baeleghem (Géologie 



(«) Pairia belgieaj 1 1, p. 191. 

3^ SÉRIE, TOMB XIT. 2 



( i8; 

de la Belgique, 1. 1, fig. 43, pu 259), les sables et grès n""' 7 à 
11, que je rapporte au nouvel étage ledien, sont beaucoup 
plus épais que les sables wemmeliens réduits à la couche 
II'' 5. Ces derniers sont séparés des sables lediens par le 
banc de grès coquiller n*" 6, constituant un gravier de base 
à peine visible, et sur lequel l'attention n'avait pas encore 
été appelée lorsque je relevai cette coupe en 1873. Il 
paratt en être de même du banc de grès avec sable blanc 
légèrement glauconifère et graveleux qui, dans ma coupe 
du Mont des Récollets (Ibid., p. 243), sépare les sables 
wemmeliens n^ 3 des sables lediens n"" 4. 

Cest le banc de grès le plus inférieur de la première 
zone à iV. variolaria de la coupe de MM Orllieb et Chel- 
lonneix (1). 

Quaut aux sables laekeniens, ils ne sont représentés 
dans ces deux coupes que par un faible dépôt de sable 
graveleux à N. lœvigata roulées avec blocs de grès perforés. 

Il est à remarquer à ce sujet qu'en de certains points 
des environs de Bruxelles, notamment à Boitsfort et à 
Watermael, ces mêmes sables laekeniens semblent faire 
complètement défaut, et Ton voit le gravier ledien reposer 
directement sur les sables et grès ferrugineux bruxelliens. - 

Qu'il me soit permis, en terminant, de faire remarquer 
que, tout en adoptant le nouveau classement proposé par 
M. Vincent et dont je viens de montrer l'application en 
des points assez éloignés de ceux qu'il a plus particuliè- 
rement étudiés, je crois devoir insister sur l'intérêt qu'il 
y aurait à faire connaître la répartition des nombreuses 



(1) Études des collines tertiaires du département du Nord, p. 62, 
fig.9. 



( 19) 
espèces fossiles recueillies dans les dépôts qui font Pobjet 
dadit classement. 

Pour effectuer cet important travail, M. Ém. Vincent 
troovera dans la personne de son père, M. G. Vincent, un 
collaborateur d*autant plus autorisé que, par ses habiles et 
persévérantes recherches, il a conlribué pour une très large 
part aux progrès si marquants réalisés depuis quelques 
aouées dans la connaissance de nos terrains tertiaires. 



Les genres Egteinasgidia Herd. Rhopalea Phil. et Slui- 
TERiA (nov. gen.). — Noie pour servir à la dassifica' 
tion des Tuniciers; par Edouard Van Beneden, membre 
de TAcadémie. 

Nos connaissances relatives au groupe des Tuniciers se 
soDl considérablement accrues dans ces dernières années, 
elcela à un double point de vue. Plusieurs travaux récents, 
traitant soit de Fanalomie soit du développement des 
Urochordes,onl largement conlribué à élucider les diverses 
questions relatives à la morphologie de ces animaux; 
dautre part, un grand nombre de formes inconnues jus- 
qolciont été décrites et figurées; les caractères distinctifs 
des familles ont été mieux définis. Il y a cinq ans Ton con- 
naissait à peine quelques espèces exotiques; aujourd'hui, 
grâce surtout aux travaux de Herdman, qui a fait connaitre 
les Ascidies simples et les Synascidies recueillies pendant 
l'expédition du Challenger y grâce aux mémoires deSluiter 
sor les Tuniciers de la Malaisie, de von Drasche et de 
Traustedt, qui ont décrit un grand nombre de formes nou- 
velles provenant de diverses parties du globe, particuliè- 



(20) 

rement du Pacifique, la liste des Ascidies simples et com- 
posées, décrites et figurées, a plus que doublé. 

L'ensemble de ces recherches fait pressentir une réforme 
de la classification des Tunicier$,et diverses tentatives ont 
été faites déjà en vue d'établir la systématique sur des 
bases nouvelles. 

Je me propose de publier prochainement la critique de 
ces essais et de faire connaître les résultats auxquels j'ai 
été moi-même conduit, en ce qui concerne la classification 
des Urochordes. La présente note, préliminaire à ce travail, 
a pour objet l'étude critique du genre Ecteinascidia établi 
par Herdman (1). Il comprend cinq espèces, dont trois ont 
été décrites par Herdman lui-même, sous les noms de 
Ecteinascidia crassa, Ecteinascidia fusca et Ecteinascidia 
turbinata, deux découvertes par Sluiter (2) et désignées 
par lui sous les noms de Ecteinascidia diaphanis et 
Ecteinascidia rubricollis. Quatre de ces espèces se multi- 
plient à la fois par voie sexuelle et par bourgeonnement 
stolonial, à la façon des Clavelines et des Pérophores; la 
cinquième est probablement une Ascidie simple. Le genre 
Ecteinascidia que Milne-Edwards eut certainement rangé 
à côté des genres Clavelina et Perophora^ dans son groupe 
des Ascidies sociales, est placé par Herdman à côté de ces 



(1) Hebdman, W.-A., Preliminary Report on Tunicata of thc 
Challenger Expédition, Part. II. Edimb. Roy. Soc. Proc. Session 
I879.i880. 

Report tho upon the Tunicata coUected during the voyage of 
H. M. S, Challenger during the years i873-1876. Zool. Ghal. Exp. 
Vol. VI, part. XVII, 296 pages et S7 planches. 

(2) Sluitbr, Ueber einige einfachen Ascidien v. d. Insel BiUiton, 
NatQurkund. Tijdsch. v. Nederl. Indie. Bd. XIV, p. 460. 



n 



(24) 

genres, daoâ la famille des Claveiinides» parmi les Ascidies 
simples. 

L'organisation des différentes espèces de ce genre et les 
aiDÎcés qu'elles manifestent les unes avec des Ascidies 
simples, les autres avec des Synascidies, démontrent avec 
évidence qu'il faut renoncer à chercber dans les modes 
de reproduction un principe de classification. A ce point 
de vue, aucun groupe d'espèces de la classe des Tuniciers 
n'est plus instructif. Des cinq espèces réunies dans le 
genre Ecteinascidiay deux doivent prendre place dans le 
genre Rhopatœa Phil., deux peuvent être conservées dans 
le genre Ecteinascidia; la cinquième constitue un type 
générique distinct, que je propose de désigner sous le 
nom de Sluileria, 

Rhopalgea Phil. 

Quand, en i879-1880, Herdman créa le genre Eclein- 
asddia^ l'on ne connaissait que par la description qu'en 
avait donnée Philippi (1), la forme si particulière que ce 
uatnraliste avait découverte, en 1842, dans le golfe de 
Naples, et qu'il avait baptisée du nom de Rhopalœa neapo- 
litana. 

Jusqu'en iSSI, personne ne réussit a retrouver cet Asci- 
dien, ou tout au moins, si des exemplaires sont tombés 
entre les mains de naturalistes, n'ont-ils pas été reconnus 
eomme appartenant au type découvert par Pbilippi. En 
visitant l'an dernier les collections zoologiques de l'Uni- 
versité de Leipzig, je fus surpris de trouver, parmi les 



(I) Pbilippi, Ein tieues gentud. einf, Ascidien. MûIIer*s Archiv, 
«843, p. 45. 



( 22 ) 

Ascidiens, un bel exemplaire de Rhopalœa neapolitana 
sous le nom de Phallusia mentula, 

Traustedi (1), que la direction de la Station zoologique 
de Naples a chargé, en 1882, de la publication des Asci- 
dies simples du golfe, ne fait pas même mention du genre 
Rhophalœa, 

En i884, Roule (2) annonçait à l'Académie des sciences 
de Paris la découverte qu*il venait de faire d*une station de 
Rhopalœa sur les côtes de Marseilles, dans les fonds du 
pourtour des Zostères, dans les sables vaseux charriés 
par les courants, par 25 à 60 mètres Je proTondeur. Il 
donna d*abord quelques renseignements sommaires sur 
Torganisalion de ce Tunicier; il en a publié depuis, dans 
le Journal de Fol (3), une description anatomique accom- 
pagnée de fort beaux dessins. 

Pendant mon séjour à Naples en 1881, j'avais réussi à 
retrouver le Rhopalœa neapolitana de Philippi; j*en ai 
rapporté cinq exemplaires. M. Roule a bien voulu m*en 
envoyer quelques autres recueillis par lui à Marseille, et 
j*ai pu ainsi non pas seulement m'assurer de fidentité de 
la forme des côtes de Provence avec l'espèce napolitaine, 
mais aussi étudier par moi-même l'organisation de cette 
forme intéressante. 

Roule avait reconnu que la description de Philippi, très 
exacte d'ailleurs pour la plupart des détails d'organisation 
qu'il signale, devait être rectifiée sur un point important. 
Philippi avait cru reconnaître que les barres longitudinales 



(i) Traustedt, Die eiufachen Afcidien (Âscidiœ simplîces) des 
Golfes von Neapel, Mitth. a. d. Zool. Stut. zu Neapel. 4885. Heft. IV. 

(â) Roule, Sur le genre Rhopalcha. Comptes rendus du i 9 mai \ 88i. 

(3) Roule, Revision des espèces de P/uillusiadés des côtes de Pro- 
vence. Rcc. Zool. Suisse, t. III. 



(Î23) 

du sac branchial portent des papilles comme on en observe 
chez la plupart des Ascidiadés. C'est là une erreur; ces 
papilles n*existent pas. Ace point de vue, les Rhopalœa ne 
diffèrent en rien des trois espèces du genre Ecteinascidia 
décrites par Herdman. Or, si Herdman s'est décidé à créer, 
pcMir désigner ces trois formes, un nom générique nouveau, 
c'est en se fondant principalement sur la présence supposée 
de papilles chez les Rhopatcsa, et sur Tabsence totale de ces 
organes dans les trois formes ramenées par le Challenger. 
Faut-il en conclure à la suppression du genre créé par 
Herdman ? 

Si Ton étudie avec soin les caractères des trois espèces 
désignées par Tascidiologue anglais sous les noms de 
Ecteinascidia crassa^ E. fusca et E. turbinata, on con- 
state entre elles des différences considérables, touchant à 
des points dWganisation fort importants. Dans deux d*en(re 
elles, £. crassa et E. fusca, la masse viscérale se trouve 
placce en arrière du sac branchial, de façon à constituer un 
véritable abdomen séparé du thorax par un étranglement 
qui, pour être moins apparenta Textérieur dans E. crassa 
que dans E. fusca^ n'en est pas moins réel : c The alimen- 
tary and génital visccra, ainsi s'exprime Herdman en 
décrivant £. crassaj extend in this species for a considé- 
rable distance beyond the branchial sac, so as to form a 
distinct abdomen, which is almost as large as the thorax, 
and is connected with it by a narrow pedicle traversed by 
the œsophagus, the intestine and the génital ducts >. — 
Chez Ecteinascidia fusca, le caractère est plus apparent 
encore, et extérieurement déjà on reconnaît que le corps est 
divisé en deux portions renQées séparées l'une de l'autre 
par un étranglement, et reliées entre elles par un pédi- 
cule, comme dans les genres Rhopalœa et Diazona. 

Cette division du corps en un thorax comprenant le sac 



(24) 

branchial et un abdomen composé de la plus grande partie 
du canal alimentaire, des organes génitaux et du cœur, ces 
deux portions se trouvant séparées par un étranglement 
médian traversé par roesophage, le rectum, les conduits 
génitaux et l'épicarde, constituent le caractère le plus sail- 
lant de l'organisation du Rhopalœa. 

Ce n*est pas là le seul caractère qui rapproche du Rho^ 
palœa ntapolitana les espèces Ecteinascidia crassa et 
E. fusca. 

Dans ces deux formes» rapportées par Herdman au genre 
Ecteinascidia, E. crassa et E. fusca, comme dans le AAo- 
palœa neapolitana, le test est résistant et de consistance 
cartilagineuse; en outre, il est épais, moins cependant 
autour du thorax que dans la région abdominale et autour 
du pédicule qui relie Tune à l'autre les deux portions du 
corps. Les trois espèces se fixent par l'extrémité posté- 
rieure de leur abdomen au moyen d'une surface irrégulière 
et inégale moulée sur les corps étrangers qui les portent. 
Les bandes musculaires longitudinales de la tunique interne 
sont très développées; le sac branchial est pourvu de barres 
longitudinales fixées à des prolongements triangulaires 
dépendant des côtes transversales. Il n'existe pas de 
papilles le long des barres longitudinales. 

On ne peut distinguer, pas plus chez les Rophalœa que 
chez les £. crassa et £. fusca divers ordres de côtes trans- 
versales. Toutes se rapportent à une seule et même 
catégorie, et les différences que Roule signale, entre ce 
qu'il appelle les sinus transversaux de premier et de second 
ordre, sont si peu marquées et si peu constantes, qu'elles 
méritent à peine d'être signalées : elles sont plus appa* 
rentes que réelles et dépendent des ondulations de la paroi 
du sac branchial. Roule reconnaît lui-même combien peu 



(28) 

les deux ordres de côtes qu'il dislingue diffèrent enlre 
eux quand il dil : < Toutes les descriptions qui précèdent 
sofit faites d'après Texamen de la branchie par sa face 
externe; il n'en est plus tout à fait ainsi lorsqu^on regarde 
la face interne du tnème organe. Les calibres des sinus ne 
sont pins très différents, et comme leurs rapports avec les 
sioQS longitudinaux sont semblables» on ne peut distinguer 
qu'avec difficulté les deux ordres l'un de Vautre. > J*ai 
examiné avec grand soin la branchie des Rhopalœa et je 
dois déclarer que si, en certains points de la branchie, là 
oà les ondulations de la paroi sont bien marquées, on 
peot reconnaître une alternance plus ou moins régulière 
de vaisseaux an peu plus et un peu moins volumineux, en 
d*aotres points, où les ondulations sont moins apparentes, 
il est absolnment impossible de distinguer des vaisseaux 
de premier et de second ordre. De plus, et ce point est 
essentiel, toutes les côtes affectent les mêmes rapports 
avec les barres longitudinales, toutes fournissent des 
insertions à ces derniers organes. 

Il n'existe donc, chez Rhopalœa comme chez Ë. crassa 
tlE.fusca, qu'un seul ordre de vaisseaux transversaux 
(côtes transversales ou sinus transversaux). 

Dans les trois formes, les stigmates di posés en séries 
transversales régulières présentent les mêmes caractères : 
cesont des boutonnières à direction longitudinale, de forme 
ovalaire allongée. 

Dans les trois formes, il existe, le long de la ligne médio- 
dorsale, une série de languettes indépendantes les unes des 
autres, insérées aux points où les côtes transversales 
croisent le raphé dorsal. 

Il n'existe donc aucun caractère dans l'organisation qui 
permette de séparer génériquement le Hhopœala neapo^ 



(26) 

li(ana des espèces Ecteinascidia crussa et Ecleinascidia 
fusca. Aussi je pense qu'il faut les réunir en un seul et 
même genre, pour lequel le nom de Rhopalœa doit être 
conservé (1). Ce genre comprendrait donc actuellement 
trois espèces : 

Rhopalœa neapoUtana, Philippi; 

Rhopalœa crassa, Herdman; 

Rhopalœa fusca, Herdman. 

Roule,auquel les analogies entre les genres Ecteinascidia 
et Rhopalœa n*ont pas plus échappé qu'à Herdman lui- 
même, quoique ni l'un ni l'autre de ces auteurs n'ait appelé 
l'attention sur la distinction qu'il y a lieu de faire à cet 
égard entre Ecteinascidia crassa et Ecteinascidia fusca^ 
d'une part, Ecteina^^cidia turbinata^ de Taulre, Roule croit 
trouver la justificalion de la séparation des deux genres 
dans le fait que Rhopalœa neapolitana serait un organisme 
monozoïque, tandis que les £c/et/ia5ctrfta seraient polyzoï- 
ques. Il attache une grande imporlance à l'absence de la 
faculté de bourgeonner chez les Rhopalœa. 

A supposer que réellement les Rhopalœa ne puissent pas 
se multiplier par gemmation, ce qui ne me parait pas encore 
absolument établi, il n'en faudrait pas encore conclure, à 
mon avis, à l'obligation de séparer génériquement Rhopalœa 
neapolitana de Rhopalœa crassa et fusca. 



(i) Je ne vois pas qu il y ait lieu de substituer, comme Roule eu 
fait la proposition, le mot Rhopahna au mot Rhopalœa, S'il fallait 
corriger les écarts commis aux lois qui régissent la confection des mots 
scientifiques créés au moyen de racines grecques ou latines, on en 
arriverait à transformer une bonne partie de la nomenclature. Ce 
serait certes avantageux au point de vue de la correction du langage, 
mais il en résulterait un grave inconvénient, celui de compliquer 
davantage encore la synonymie. 



(27) 

Il 7 a lieu de faire observer que, eu ce qui concerne 
Rkopaltea crasga, il n'est nullement prouvé que cette espèce 
se moltiplie par bourgeonnement. Herdman n'a eu entre 
lesinaios que deux exemplaires de cette espèce trouvés sur 
ooeépooge Hexactinellide. Il ne dit pas s'il existait ou non 
des coDoexions organiques entre les deux individus. 

D*antre part, en ce qui concerne Rhopalœa neapolitana^ 
nous ne pouvons faire abstraction de l'observation de Phi- 
lippi,qui a représenté un exemplaire de son espèce pourvu 
de deux excroissances quil dit être des bourgeons. Il est 
(lilBeile d'admettre qu'un observateur aussi consciencieux 
eAl pris pour des bourgeons d'autres Ascidies accidentel- 
lemeot fixés sur le Rhopalœa. Tout récemment, M. Lahille, 
daos une note sur le système vasculaire colonial des Tuni- 
ciers, exprime l'opinion que les formes isolées de Rhopalœa 
soot produites aux dépens de colonies, par suite de l'alro- 
pbie des stolons qui les réunissaient entre elles (1). 

Mais à supposer même que réellement Rhopalœa soit 
(Dooczoîque et qu'il en soit de même de Rhopalœa crassa, 
alors que nous savons positivement que Rhopalœ.a fusca 
»( one forme polyzoïque, en résulterait-il qu'il faille 
sé|)arer génériquement cette dernière espèce des deux 
aotres? Je ne le pense pas. On peut citer dans le groupe 
des Zoophytes plusieurs exemples de genres renfermant, à 
c6lé d'espèces se multipliant par bourgeonnemant, des 
espèces à peine di^érentes, dépourvues de cette faculté, 
sans que l'on ait songé à se fonder sur cette diflérence 



(I) Labille, Sur le iystème vasculaire colonial de» Tuniciers, 
Coaptes rendus du 24 janvier 1887. 



(28) 

pour les ranger dans des genres disUncts. UActinia mesem* 
bryanthemum se mulliplie par bourgeonnement, alors 
qu'une foule d'espèces voisines sont dépourvues de cette 
faculté. Des faits du même genre ont été révélés chez tes 
Fungies et les Flabetlum. 

Et à supposer qu'une Hydre ou une Claveline> sons Tin- 
Quence de conditions particulières, contrariant sa multipli- 
cation par bourgeonnement, en fut réduite à ne se repro- 
duire plus que par voie sexuelle, cesserait-elle pour ce 
motif d'être une Hydre ou une Claveline? En quoi l'organi- 
sation de ces êtres s'en trouverait-elle modifiée ? 



EcTEiNAScmiA. Herd. 

Si les ressemblances remarquables que j'ai fait ressortir 
entre les deux premières espèces du genre Ecteinascidia et 
Rhopalœa neapolitana justifient pleinement, à mon avis, 
l'idenliflcation générique de ces formes, il me parait évi- 
dent, d'autre part, que V Ecteinascidia turbinata représente 
un type générique fort différent. Et tout d'abord la division 
du corps en un thorax et un abdomen n'existe pas chez 
V Ecteinascidia turbinata. il ressort en effet aussi bien de la 
description que des figures produites par Herdman que, 
chez cette espèce, le sac branchial s'étend jusque près de 
l'extrémité inférieure du corps, et que la masse viscérale 
siège en grande partie, non plus en arrière du thorax, mais 
sur la face gauche du sac branchial. Ce fait à lui seul 
éloigne V Ecteinascidia turbinata du type Rhopalœa et rap- 
proche cette forme des Ascidiadés proprement dits. 

De plus, le test est mince et membraneux, non de con- 
sistance cartilagineuse, comme c'est le cas chez Rhopalœa. 



r 



Ao lien de s*iosérer par one large surface répondant à 
reitréoDÎté postérieure de l'abdomen, le corps s'effile en 
arrière pour se continuer dans le stolon par un pédicule. 

Les supports des barres longitudinales n'ont pas la forme 
de languettes triangulaires, insérées par leurs bases aux 
côtes transversales, pour se terminer en pointes au niveau 
des barres; ils s'élargissent au contraire à partir de leur 
insertion, poar atteindre leur maximum de largeur au 
niveao des barres. Les stigmates sont des fentes allon- 
gées et étroites, non des boutonnières ovalaires. 

Les languettes insérées le long du raphé dorsal sont 
disUDles et ont l'apparence de tentacules, non de lamelles 
triangulaires. 

La composition et le trajet du tube intestinal diffèrent 
ootiblement de ce que l'on observe chez Rhopalœa neapo- 
likma, R, cras^a et jR. fusea. L'œsophage est court; il se 
dirige en arrière et à gauche pour aboutir à l'estomac, situé, 
ao moins en partie, sur la face gauche du sac branchial. L'in- 
testin est placé dans toute sa longueur sur la face gauche 
do sac braochial, le long duquel il remonte d'arrière en 
avant pour atteindre le cloaque. 

Les organes génitaux sont placés dans la concavité de 
Panse que forme le canal alimentaire. 

Herdman ne décrit pas la musculature; mais il est pro- 
bable, à en juger par ce qui existe dans une espèce décrite 
parSIoiter, Ecteinascidia diaphanis, très voisine de Ectein- 
aseidia turbinala, que les faisceaux longitudinaux sont très 
réduits, tandis que les faisceaux à direction transversale 
sont relativement très développés. 

Ces caractères, et avant tout celui qui résulte de l'ab- 
senee de tonte division en un thorax et un abdomen, me 



(30) 

paraissent justifier pleinement la séparation de VEclein^ 
ascidia turbinata du genre Rhopalœa. Je pense donc qu'il 
y a lieu de conserver le nom générique crée par Herd- 
man pour désigner génériquement Tespèce turbinata. 

Sluiter a décrit, postérieuremenl aux travaux de Herd- 
man, deux formes nouvelles recueillies par lui à Tlle 
Billiton; il a cru devoir les rapporter au genre Ectein- 
ascidia. Il les a appelées £c/&tna«ctrfta diaphanis et Ectein- 
ascidia rubricollis. Je dois à Tobligeance du D' Sluiter, 
qui a bien voulu m'envoyer quelques exemplaires de ces 
deux espèces, d'avoir pu les étudier par moi-même. 

Les caractères extérieurs de la première, E. diaphanis^ 
dont si semblables à ceux de E. turbinata de Herdman, 
que Ton pourrait hésiter, et que Sluiter lui-même a hésité, 
à distinguer spécifiquement la forme recueillie à Billiton de 
l'espèce des Bermudes. Cependant l'étude de l'organisation 
a permis de constater quelques difiérences qui justifient 
bien l'établissement d'un nom spécifique distinct. En effet, 
l'espèce de Billiton est incolore; son test est absolument 
transparent et fort délicat. La lamelle dorsale est repré- 
sentée par une série de languettes dont la forme diffère 
assez notablement de celle des languettes dorsales de 
E. turbinata. 

Le nombre des tentacules est de quarante, moitié moin- 
dre à peu près que chez E. turbinata. 

Les organes génitaux, disposés dans l'anse unique formée 
par le canal alimentaire, semblent différer assez notable- 
ment de ceux de £. turbinata. Chez E. diaphanis Tovaire 
occupe le centre d'un cercle formé par les lobules testi- 
culaires, et les canaux excréteurs desorganessexuels, acco- 



(31 ) 

lés Ton à l'autre, d'abord assez écartés de l'intestin, s'en 
rapprochent ensuite et s'accolent à lui mais ne le croisent 
jamais. 

D*après Herdman la position relative des testicules et de 
refaire serait inverse chez £. turbinata, et chez cette espèce 
le canal déférent croiserait le rectum avant de s'ouvrir 
dans le cloaque. Il y a lieu de douter de la réalité de ces 
deux particularités signalées par Herdman. Elles éloigne- 
raient !'£. turbinaia non seulement de £. diaphanis, de 
laquelle elle est si voisine par tous les autres caractères, 
maisaussî de Clavelina, Perophora, Ciona, et de la plupart 
des Ascidies. Dans toutes ces formes les lobules testi- 
colaires entourent l'ovaire, et chez aucune déciles le canal 
déférent ne croise le rectum. 

Quoi qu'il en soit, il ne peut y avoir le moindre doute 
sur le bien fondé du rapprochement établi par Sluiter 
entre son E. diaphanis et E. turbinaia. 

Legenre Ec^etna^ctdtapeu t être caractérisé corn me il suit: 

Le corps de forme allongée, nettement cylindroïde, se 
rétrécit assez brusquement en arrière pour se fixer au 
stolon par un pédicule grêle et court. Il est tronqué en 
avant. Les orifices buccal et cloacal, assez rapprochés Tun 
de Pautre, répondent à la troncature antérieure. L'un et 
l'autre sont sessiles. Surface du corps lisse. 

Dans les deux espèces actuellement connues, de nom- 
breux individus sont réunis en colonie par un stolon 
rampant. 

Test mince, délicat, diaphane, peu consistant, dépourvu 
de tubes slotoniaux stériles; tunique interne mince et déli- 
cate pourvue seulement de faisceaux musculaires à direction 
transversale, sauf au niveau du siphon buccal et du siphon 



C32) 

cloacal. Les muscles longitudinaux des siphons ne dépassent 
pas les bases de ces organes. Au contraire, les muscles à 
direction transversale sont répandus dans toute l'étendue 
de la tunique interne, sauf au niveau de la gouttière hypo- 
branchiale et de la masse viscérale. En ces points, la tunique 
interne est tolalementdépourvue de muscles (1). Le système 
musculaire éloigne considérablement le genre Ectein- 
ascidia du genre ClavelinOy aussi bien que des Rhopalœa 
et des Ciona. Chez les Clavelines, si Ton excepte les siphons, 
il n'existe dans la tunique interne que des muscles longi- 
tudinaux. Par les caractères du système musculaire les 
Ecteinascidia se rapprochent au contraire des Pérophores, 
chez lesquels les faisceaux musculaires longitudinaux se 
trouvent aussi considérablement réduits, quoique à un 
moindre degré et des Âscidiacés en général. 

Sac branchial à côtes transversales toutes semblables. 
Barres longitudinales grêles, dépourvues de papilles, 
fixées par des pédicules assez longs s'insérant sur les barres 
par une base élargie. Pas de membranes le long des côtes 
transversales. 

Lamelle dorsale représentée par une série de languettes 
tenlaculiformes, distantes les unes des autres, peu nom- 
breuses et non réunies entre elles par une membrane lon- 
gitudinale. 

Tentacules coronaux simples et nombreux. 

Orifice de la glande sub-ganglionnaire de forme ovalaire 
allongée dans le sens transversal, et de petite dimension. 

Le tube alimentaire forme une anse unique sur le côté 



(i) Ces caractères tirés de la mosculatore résultent de Tétude que 
j*ai faite de V Ecteinascidia diaphani$ de Sluiter. 



(33) 

(iiicbe do sac branchial, Pestoniac dépassant sculemem 
«0 partie rexlrémilé postérieure du ^t En partant de 
roconac, Tintestin se dirige en avant et en haut pour se 
mnilre directement au cloaque* 

Lés organes génitaux occupent la concavité de F'anse 
oiiiqoe formée par le canal alimentaire. 



Genre Sluitebia, nov. gen. 

Sluitera décrit, sous le nom de Ecteinascidia rubricollis, 
une antre forme qu'il a rencontrée également à Billiton. 
Tout en reconnaissant qu'elle diffère de Ecleinascidia itir- 
binaia beaucoup plus que Tespèce qu'il décrit sous le nom 
de Ecleinascidia diaphanis, il a cru devoir la faire rentrer 
dans le même genre. Je pense que ce rapprochement ne 
se justifie guère et que Ecleinascidia rubricoUii constitue 
un type générique différent. 

I^ forme générale de Ecleinascidia rubricollis rappelle 
celle des Péropbores« Les deux oriflces ne sont point ter- 
minaoXyComme chez Ecleinascidia turbinala et diaphanis: 
ils sont fort distants Tun de l'autre. L'orifice buccal répond 
i la petite extrémité du corps ovoïde et est exactement 
terminai ; l'orifice cloacal est placé du côté du dos, à une 
distance de la bouche équivalent au tiers environ de la 
longueur du corps. Les deux orifices sont portés à l'extré- 
mité de siphons allongés, incomplètement rétractiles. 
Chacun d*eux est pourvu de sept festons, tandis que chez 
les Esieinascidia les orifices sont dépourvus de festons ou 
à peine lobules. 

Le test est notablement plus épais, plus résistant et 
moins vitreux que chez les Ecleinascidia. De plus, il n'est 

3"* SÉRIF, TOME XIV. 5 



(34) 

pas lisse, mais présente çà et là des prolongements papiU 
laires, conoïdes, dans lesquels se terminent des tubes stoto- 
niaux qui cheminent et se divisent dans l'épaisseur de la 
tunique externe. Des grains de sable, des fragments de 
coquilles ou de polypiers» des squelettes de foraminifères 
adhèrent à la surface du test. 

La tunique interne, assez épaisse, est riche en faisceaux 
musculaires à direction transversale; on ne trouve de mus- 
cles longitudinaux que dans les sîphons. 

Le sac branchial est pourvu de barres longitudinales 
supportées, suivant les côtes transversales, toutes de mêmes 
dimensions, par de longs pédicules. Les barres portent des 
papilles qui, pour être peu développées et réduites à de 
simples tubercules, n'en sont pasmoinsdistinctes.Les pédi- 
cules, qui supportent les barres, naissent par une base 
élargie de petits replis intersériaux, régnant le long des 
côtes transversales. Ils sont rétrécis au milieu et s'élar- 
gissent de nouveau au voisinage des barres. 

Le long du raphé dorsal règne une lame dorsale continue 
très élevée, s'étendant jusqu'à l'entrée de l'œsophage. Cette 
lame membraneuse se termine suivant son bord libre par 
un feston au niveau de chaque côte intersériale. Les replis 
membraneux transversaux, qui régnent le long de ces 
côtes, se prolongent sur les deux faces de la lame, de façon 
à lui constituer des bourrelets ou des crêtes; ces côtes se 
poursuivent jusqu'aux sommets des festons. Elles sont au 
nombre de quatorze; elles sont dirigées, non pas perpen- 
diculairement au raphé dorsal, mais très obliquement 
d'avant en arrière. La lame dorsale est incurvée et en 
quelque sorte enroulée; la convexité de la surface cylin- 
drique qu'elle décrit regarde à gauche, la concavité à 
droite; à cause de l'obliquité des côtes qu'elle supporte et 



(35) 

qm paraissent la consolider, il semble qu^un dessin spira- 
kmle r^e dans tonte la longueur de la membrane , 
enroolée en qd cylindre creux incomplètement Terme; 
eo effet, l'extrémité libre de chaque c6te se projette à peu 
ftèi sor la base de la côte suivante. La première côte 
fépood à la côte transversale interposée entre la deuxième 
et la troisième série de stigmates. La neuvième siège au 
oireaQ de Tanus; les cinq dernières répondent au rectum. 
Dans la partie antérieure de la lame dorsale se voit une 
gODttière épibrancbiale qui se termine en pointe en arrière, 
ao niveau de l'extrémité postérieure du cerveau. 

La lame dorsale est constituée de la même manière dans 
Boe foule d'Ascidies simples. Herdman a donné, pi. XXIX, 
iig. 7, et pi. XXXI, fig. 7 des dessins d'une portion de cette 
lame chez deux Ascidies appartenant la première au genre 
PackycUcBna, l'autre au genre Ascidia (1). Ces dessins 
lappelleraient fort bien la lame médio-dorsale de Ectein" 
asctdia rubricollis^ n'était que, chez cette dernière espèce, 
les côtes, au lieu d'être perpendiculaires au raphé dorsal, 
sooi au contraire très obliques, et que, en outre, elles sont 
beancoop moins nombreuses et moins rapprochées les 
Qoes des autres. 

La description que je viens de faire de la lame dorsale 
de Ecieinascidia rubricollis repose sur l'examen de trois 
individus chez lesquels elle présentait identiquement les 
mêmes caractères. 

Sloiter n'a pas bien décrit cet organe quand il dit : c Die 
Dorsalfalte besteht aus ziemlich breiten Zûngelchen, welche 



(t) HnDMAN, Report on the scientifie retults of the exploring 
«tyo^e ofH, M, S. Challenger, vol. XIV. Tanicata. 



(36) 

mitlelst éinéf schmaten MeoDibran fnîteinander verbuoden 
siod B. D'après sa description et ses 6gures, on pourrait 
croire que Ecteifuueidia rubricollis porte, le long dû raphé 
dorsal, des languettes assez semblables à celles qui existent 
chez EcteinaMcidia diapkanis, à part qu*elles seraient 
réunies entre elles par une membrane étroite. Il n*en n*est 
pas ainsi : il n'existe pas ici de languettes comme chez 
Clavelina^ Perophara^ Ecteina$cidiaf RhepaliBa, Ciona et 
quelques autres Ascidies, mais bien une membrane con- 
tinue, très élevée, terminée par un bord festonné, pourvue 
de côtes obliques et contournée en cylindre, comme chez 
la plupart des Ascidies proprement dites. Ces caractères 
de la lame dorsale éloignent complètement Ecteinascidia 
rubricollis des genres susmentionnés et la rapprochent au 
contraire des vraies Ascidies. 

Sluiter décrit Torifice de la grande subneurale comme 
étant circulaire; il me parait plutôt qu'il a la forme d'un 
ovale allongé dans le sens transversal, et dont le grand axe 
serait légèrement incurvé : la lèvre antérieure de Torifice 
est semi-circulaire; la postérieure est au contraire faible- 
ment convexe. Quoique j'aie trouvé la même forme à cet 
orifice dans les trois individus que j'ai désséqués, il est pro- 
bable qu'ici comme dans d'autres espèces il se présente 
des variations individuelles. Si j'ai cru devoir indiquer les 
particularités que j'ai constatées, en ce qui concerne la 
forme de cet orifice, c'est que cette forme parait intermé- 
diaire -entre l'orifice en fer à cheval de la plupart des 
Ascidies et la forme circulaire de l'orifice dans les genres 
Clavelina^ Perophoraei autres. 

Le sac branchial est très étendu, de sorte qu'une 
petite partie seulement de l'estomac dépasse en arrière le 
bord postérieur du sac. La masse viscérale est appliquée 



(37) 

eoDtre la face latérale gauche du sac branchial. La courbe 
iolesliiiale est presque identique à celle que Ton trouve 
chez Perophùra. 

Les organes génitaux occupent la concavité de Fanse, à 
peu près complètement fermée, que forment ensemble 
Tœsophage, festomac et la première partie de l'intestin. 

L'ovaire est au milieu, les vésicules testiculairesà la péri- 
phérie, ao Yoisinage de l'intestin. L'oviducte et le canal 
déférait, intimement accolés Tun à Tautre, accompagnent 
le rectum et s'ouvrent dans le cloaque un peu en avant de 
Tanus. 

Tentacules simples, au nombre de quarante-huit, de 
trois longueurs et disposés en cercles concentriques de 
diamètres différents. 

Les caractères par lesquels Ecieinascidia rubricollis 
s'éloigne du genre Ecieinascidia sont donc : 

). Le test pourvu de papilles conoides et traversé par 
des tnbes stoloniaux (vaisseaux de la tunique), comme il en 
existe chez la plupart des Ascidies. 

2. Siphons bien développés; orifices très écartés l'un de 
lautre, la bouche étant terminale, l'orifice cloacal sur le 
dos. Lèvres buccales et cloacales décomposées en sept 
festons. 

3. Barres pourvues de papilles rudimentaires. Lame 
donale formée par une membrane continue très développée^ 
renforcée par quatorze côtes obliques. 

4. Le tube alimentaire forme une première anse à peu 
près fermée, logeant les organes sexuels; la direction du 
rectum forme un angle droit avec la première portion de 
rinlestin. — Chez les Ecieinascidia, le tube alimentaire 
décrit, au contraire, une courbe ayant la fbrme d'un ^ 
renversé :^, le rectum formant avec la première portion 
de rintestin un angle très obtus, peu accusé. 



(38) 

L'espèce Ecteinascidia rubricMû ne peut être rangée 
dans aucun genre connu. Je propose de créer pour cette 
espèce un nom générique nouveau et de rappeler désor* 
mais, en la dédiant à Téaiinent observateur de Batavia, à 
qui nous sommes redevables de sa découverte, Sluiteria 
rubrieollis. 

Des cinq espèces rapportées au genre Ecteinascidia, 
Herdm., deux rentrent donc dans le genre Rhopalœa^ Pbil., 
sous les noms de Rhopalœa crassa, et Rhopalœa fusca; 
une constitue un genre nouveau et sera appelée Sluiteria 
rubricollië; deux restent dans le genre primitif et cou* 
servent leurs noms : Ecleinascidia turbinata, Herdm., 
et Ecteinascidia diaphanis^ Sluit. 

Voici les caractères distinctifs des trois genres : 



G. Rhopalœa. Philippi. 

Ascidies simples ou sociales. 

Corps allongé, fixé par son extrémité postérieure, divisé 
en un tborax et un abdomen, séparés Tun de Tautre par 
un étranglement tra\ersé par Tœsophage et le rectum, les 
conduits génitaux et Tépicarde. 

Orifices du corps sessiles, placés près du bord antérieur 
tronqué de l'animal. 

Test à surface inégale à l'extrémité inférieure de Tabdo- 
men, translucide, de consistance cartilagineuse, aminci 
autour du thorax. 

Sac branchial à côtes transversales d'un seul ordre, 
c'est-à-dire toutes semblables entre elles, à barres longi- 
tudinales dépourvues de papilles; stigmates ovalaires allon- 
gés; replis membraneux plus ou moins développés^découpés 



(39) 

eo fesfODs Je long des côtes transversales; les barres sont 
liées aux extrémités des festons faisant fonction de 
pédicules. 

An Iteo d'one lame médio-dorsale membraneuse, une 
rangée unique de languettes, très nombrenses, triangn- 
iaires, indépendantes les unes des autres et aplaties d'avant 
en arrière. 

Tentacules simples, filiformes. 

Organes génitaux remplissant la cavité de Panse intesti- 
nale et s*étcndant autour de Tintestin; très richement 
lobules. 

Cœur et péricarde repliés sur eux-mêmes de façon à 
former un U, dont la convexité serait dirigée en arrière 
comme dans le genre Diazona et chez les Polyclinides. 
Il occupe la même {losition et affecte les mêmes rapports 
avec les viscères que chez Diazona^ 

Chjoint quelques croquis représentant une série de coupes 
transversales de Forgane cardiaque de Rhopalœa neapoli" 
lana; ces ligures montrent les rapports du cœur avec le tube 
épicardiaque. La figure 1, faite en avant du cœur propre- 
ment dit, montre quici, comme dans le Polyclinien^ étudié 
par Gi. Maurice, le péricarde se prolonge en avant en deux 
culs-de-sac tubulaires, CPe. La figure 2 montre une coupe 
jiassant par les orifices cardiaques. Ce. La figure 3, faite 
plus en arrière, montre les deux cornes péricardiques 
accolées Tune à Tautre comme dans les figures précédentes. 
11 semble, à ne voir que cette coupe, qui! existe deux 
cavités péricardiques et deux tubes cardiaques. La figure 4 
montre la cavité péricardique unique, C.Pe; Tépicarde C.Ep. 
recouvre le raphé cardiaque. 1^ figure 5 passe p(ès de 
l'extrémité |K>stérieure de rorgane,au niveau de la convexité 
de ru. On y voit le tube cardiaque unique Ce. inscrit dans 



(*0) 
la cavité péricardiqne indivise CPe. Dans toule^ Ips figures 
la cavité épicardique est dé^gnée par CEp. La portion 
supérieure de l'épicarde n'est pas (igurée. Il y a lieu de 
supposer que le cceur présente les mé.nes caractères cliez 
Rhopatma crassa et Rhapalœa fiuca. 

Fig. 1. 



Le cœur de Rhopalœa neapoUtana diffère donc Dolable- 
ment de celui de toutes les Asciilies simples, des Clavelînes 



et des Péropbores; il esl constitué, au contraire, comme 
chez les Diazona el les PolyclinieDS. 

Fig. 5. 



I.'eslomac et la première portion de l'intestin forment 
avec les organes génitaux, le tube épicardique et le cœur, 
la masse viscérale ou l'abdomen. 

Trois espèces connues : 

Rhopalaa n'apotilana Philippi, de la Méditerranée; fait 
piirlie de la faune littorale; mooozoïque? 

Rhopaiœa cratta. Éd. V. Ben. => Ecteimucidia cratsa, 
Herdman, de Ki Island, Malaisie. 129 brasses. Monozoïque? 

Rhopaiœa fusca, Êà. V. Ben. ■= Ecleinaicidia fuica, 
Herdman. Banda, Iles Moloques. Faune littorale (17 bras- 
ses). Polyzoïque. 




(45) 



Genre Sluiteria. Ëd. Van Beneden. 

Ascidies sociales. 

ÛM|n oToide, fixé par od pédicule court, répondant à la 
extrémité de Tovoïde ; non divisé en thorax et 

(0. 

du corps portés sur des siphons bien dévelop* 

iiieomplètement rétractiles. Bouche terminale; orifice 

cbiqae dorsal, placé à assez grande distance de la 



tnnsincide, pourvu de prolongements papillaires 
\, rares, délicats, adhésifs, dans lesquels se termi* 
des tubes stoloniaux peu nombreux, se divisant par 
dichotomique dans Tépaisseur du test. 

Imuchial à côtes transversales d'un seul ordre 
ites semblables entre elles), à barres longitudinales 
poonrues de papilles rudimentaires ; pas de replis mem* 
tiraneiix aux côtes transversales. Les barres sont suppor- 
tées par des pédicules étranglés àleur tnilieu. — Stigmates 
alloogés, disposés en séries transversales bien régulières. 
Lame médio-dorsale consistant en une membrane con- 
tÎDiie très développée, pourvue de côtes fortement inclinées 
en arrière; le bord de la membrane est festonné, un feston 
correspondant à chaque côte. 

Tentacules simples, filiformes, insérés suivant deux ou 
trois cercles concentriques. 
Masse viscérale au côté gauche du sac branchial. 
L*e8tomac forme avec l'intestin une anse fermée dans 
laquelle siègent les oi^anes génitaux. L,e rectum suit une 
direction formant avec la première partie de Tintestin un 
angle droit ou même un peu aigu. 



(44) 

Organes génitaux rappelant ceux de la Péropliore par 
leur siège, leur composition et leurs rapports. Lobules tes- 
ticulaires disposés en cercle , beaucoup plus nombreux 
que chez la Pérophore; entourent Tovaire. 

Le cœur droit croise obliquement le fond du sac bran- 
chial. Il est adjacent à Testomac. 

Le genre Sluiteria est le seul genre où Ton ait constaté 
jusqu'ici la coexistence de tubes stoloniaux fertiles, sup- 
portant des Âscidiozoîdes multiples, nés de ces stolons 
par bourgeonnement, et des tubes stoloniaux stériles, logés 
dans répaisseur du test des Ascidiozoîdes. Les uns et les 
autres sont constitués de la même manière et proviennent 
d'un même tronc traversant le pédicule des individus 
associés en colonie. 

Une seule espèce connue : Sluiteria rubricoUis^ Éd. Van 
Ben. «a Ecteinascida rubricollisj Sluiter, lie Billiton. 
Faune littorale. — Espèce polyzoïque. 



Genre EcTBiNAScmiA, Herdman. 

• 

Ascidies sociales. 

Corps cylindroïde tronqué en avant, se rétrécissant 
progressivement en arrière pour se fixer par un pédicule 
court sur le stolon colonial; non divisé en thorax et 
abdomen. 

Orifices sessiles, voisins, siégeant le long du bord anté- 
rieur. Festons des orifices peu accusés. 

Test très délicat, tout à fait vitreux, lisse, peu résistant, 
dépourvu de tubes stoloniaux. 

Sac branchial à côtes transversales d'un seul ordre 
(toutes semblables entre elles), à barres longitudinales 



( 48) 

dépourrues de papilles. Pas de replis membraneux aux 
c6ies transversales. Barres supportées par des pédicules 
ré(féds à iear base. Stigmates allongés, en séries transver^ 
aies régolières. Le long du rapbé dorsal la première barre 
longitudinale est remplacée par une série de papilles en T. 

Lame dorsale absente, remplacée par une série unique 
de languettes, en forme de tentacules, indépendantes les 
Does des autres. 

Tentacules coronaux simples, filiformes. 

Masse yiscérale au c6té gaucbe du sac branchial. 

Tout le tnbe intestinal forme une anse intestinale unique 
commençant par Poesophage et se terminant par le rec- 
tom. Cette anse est largement ouverte en haut et en avant. 
Le rectum se trouve dans la même direction à peu près 
que la première portion de Tintestin : à peine les deux 
portions de Fintestin forment-elles ensemble un angle. 
Les organes génitaux sont logés dans la concavité de Tanse 
intestinale. 

Cœur reclîligne, court parallèlement à Testomac sur le 
eèté droit de cet oi^ane. 

Deux espèces : 

Ecteinascidia turbinata^ Herdman. Bermudes. Faune 
littorale. Espèce polyzoïque. 

Ecteinascidia diaphanis^ Sluiter. Billiton. Faune litto- 
rale. Espèce polyzoïque. 

Il me resterait à discuter la question des affinités de ces 
genres entre eux et avec les autres groupes de Tordre des 
Asddiens. Je réserve celte discussion pour le travail qui 
paraîtra prochainement sur la classification des Uro- 
chordes. 



(«) 



Détermination de la loi théorique qui régit la compreesi" 
bilité des gaz ; par P. De Heen, correspondant de TÂca» 
démie. 

On désigne sous le nom de gaz parfait un gaz idéal con- 
stitué par des molécules infiniments petites, n'exerçant 
aucune action les unes sur les autres. 

A moins d'adopter l'hypothèse d'une matière continue, 
hypothèse dont le résultat serait de revêtir d'une appa- 
rence paradoxale tous les phénomènes qui dépendent de 
la nature intime de la matière, il faut admettre, non à titre 
d'hypothèse mais à titre de fait établi, que les molécules 
qui constituent les gaz sont animées de mouvements de 
translation. Ceci nous est démontré par le phénomène de 
la diffusion. 

Pour un gaz idéal, constitué tel que nous venons de le 
définir, la loi de Mariotte se vérifierait d'une manière abso- 
lument rigoureuse ; les volumes occupés par ces corps 
seraient toujours inversement proportionnels aux pres- 
sions, quelle que fût du reste l'intensité de celles-ci. 

Mais si Ton attribue un certain volume aux molécules, 
il faut considérer dans l'expression de celte loi, non pas le 
volume total du gaz, mais bien le volume intermoléculaire, 
ainsi que M. Hirn l'a fait remarquer (*). 

Cette proposition est conforme à la théorie cinétique; 
en effet, si la pression exercée par un gaz est représentée 
par le nombre de chocs d'une molécule sur la paroi d'un 
vase pendant Tunilé de temps, ce nombre sera inverse- 
ment proportionnel au volume intermoléculaire. 



(*) Théorie mécanique de la chaleur, t. II, p. 207, 1876. 



(47) 

Si Ton désigne par P la pression exercée sur un gaz, 
par V le ?olnme de ce gaz et par v le volume occupé par 
les molécoles elles-mêmes, nous écrirons à litre de pre- 
mière approximation : 

P(V — r) 

Po^t \q représentant la pression et le volume pris pour 
origine. Comme on peut attribuer à ces grandeurs des 
valeurs telles que le gaz puisse être considéré comme un 
gaz idéal et poser, lorsque cette condition est satisfaite, 
Po=l, V0<=3i, nous écrirons plus simplement: 

P(V— 1?) = 1 (2) 

Cette relation permet déjà de nous faire un idée appro- 
chée de la valeur de v^ laquelle nous est donnée par Tex- 
pressioD : 

PV — 1 

P 

On doit à M. Natterer (') un travail remarquable tou- 
chant les variations de volume que les gaz éprouvent 
lorsqu'ils sont soumis à des pressions variant entre des 
limites très étendues. Ce physicien trouve, par exemple, 
que Pazote soumis à une pression égale à 2750 atmosphères 
occupe un volume égal à '/yoo ^^ volume qu'il occupe sous 
la pression normale. 

En introduisant dans l'expression (S) les plus grandes 
valeurs oWrvées de P, on trouve : 



Annotes de Poggendorff, t. LXII, p. i59 et t. XCIV, p. 430. 



(48) 

Pour Tazote: 

3,908 — i 

^'=^ \»ur. =0,004057, 
2750 ' 

Pour rhydrogène : 

t;= -4—-— « 0,0006S3. 
2790 ' 

Pour Toxygène : 

2,06i — 4 
v = -^— -— = 0,000785. 

Les observations de M. Caillelet et de M. Amagat sur 
Toxygène et sur l'azote établissent que, pour des pressions 
relativement faibles, on a PV< 4, ou, en d'autres termes, 
que V est négatif. Ce résultat paradoxal nous montre qu*il 
ne s'agit ici que d'une première et assez grossière approxi- 
mation, même si Ton considère des pressions élevées. (1 y 
a lieu d'admettre avec M. Hirn qu'il faut ajouter à la 
pression extérieure P une pression n correspondant aux 
attractions que les molécules exercent les unes sur les 
autres. 

La loi de Mariette entièrement corrigée doit donc se 
mettre sous la forme : 

(P + n)(V-t;)=4 (4) 

Le travail actuel a pour objet la détermination des 
valeurs de II et de v, détermination qui nous permettra 
de calculer la pression correspondant à un volume donné. 

Voici la métbode que nous avons suivie et qui nous 
parait être la plus commode. 



r 



(49) 

L'éqoatioD (4) nous donne : 

n-i^:-^ m 

fotrodaisons dans celte équation la valeur de v qui nous 
éuit doDuée à titre de première approximation par Téqua- 
tion (3), et calculons la valeur de n correspondant à des 
nleors connues de P et de Y, différentes de celles qui 
oot servi au calcol de v. 

Cela étant, supposons que l'attraction réciproque des 
moléciiles s'exerce en raison inverse d'une puissance égale 
à » de la distance, ou égaie à | = m du volume, et calcu- 
loDs la valeur de II correspondant à un autre volume V (de 
préféreoce au volume qui a servi au premier calcul de v) en 
aUribaant à n une valeur que Ton se donne. 

Noos aurons la relation : 



".-"(;) 



m 



(6) 



n, désignant les valeurs de n calculées à l'aide de cette 
expression. 
Si l'on résout Téqualion (4) par rapport à v, on trouve : 

PV + nv-1 ,„ 

" pTn— <^ 

Introduisons dans cette équation une valeur de n^ cal- 
colée et les valeurs de V et de P correspondantes. Nous 
obtenons ainsi une nouvelle valeur de t; que nous intro- 
doisoos dans l'équation (5) à titre de deuxième approxi- 
mation. 

En répétant ces opérations, on obtient des valeurs de n 
et de (correspondant à une valeur déterminée de n) aussi 
approchées qu'on le juge convenable. 

3"* SÉRIE, TOME XIV. i 



(50) 
Enfin l'équation (4) résolue par rapport à P nous donne 

i_n(v — v) 



p= 



V — V 



(8) 



Celte équation nous permettra de calculer la valeur de P 
correspondant à une troisième valeur de V, après avoir 
déterminé la valeur de II, donnée par la relation (6). 

Le résultat correspondra à une valeur observée de P, si 
nous avons attribué à n une valeur convenable. 

Les observations que nous possédons actuellement nous 
portent à croire qu'il faut admettre pour les gaz nés 5 ou 
m = 1,666... 

Voici les résultats que nous avons obtenus en utilisant 
les observations de M. Natterer. 



Oxygène 
t; = 0,OOiOl 



Volume. 


Vialeur 

de?r 

eo atnstphères. 


Valeur, de P 


Valeur de PV 


calculée. 


observée. 


calculée. 


observée. 


1,000 


0,01319 


0,988 n 


» 


0,988 




0,01 


28,33 


83,0 




0,830 




0,00666 


55,65 


121,7 




0,810 




0,00500 


S9,9 


163,9 




0,819 




0,00333 


176,5 


236,4 




0,854 




0,00250 


385,3 


388,0 




0,957 




0,00300 


371,4 


648,9 


650 


1,298 


1,300 


0,00i808 


484,2 


785,0 


795 


1,419 


4,437 


0,00154 


640,5 


1290,0 


1300 


1,984 


2,000 


(*) On peut remarquer que 


\ les écarts que l'on consl 


aie entre les valeurs de 


P calculées et observées son 


t en réalité très faibles, 


car la moindre erreur 


commise dans la délerminali 


on du volume donne lieu 


à une variation consi- 


dérable de la ] 


tression. 











(51) 



Azote 
= 0,001105, 



▼OiXVE. 


Valeur 


Valeur de P 


Valeur de PV 


ei alBMphifts. 


calculée. 


observée. 


calculée. 


observée. 


1,000 


0,006411 


0,905 


» 


0,995 


» 


0^ 


4,i36 


48,76 


» 


0,975 


> 


0/H4» 


7^ 


.68,68 


» 


0,981 


• 


Û,(MOO 


43.13 


99,30 


100 


0,993 


1,00 


(MW333 


83,75 


366,00 


338 


1,218 


1,125 


(MWSOO 


191,70 


914,00 


912 


1,828 


1,824 


Q.00ieii6 


9S&JS0 


1446,00 


1562 


2,409 


2,602 


0,0014^ 


335,80 


2730,00 


2750 


3,898 


3,908 



Il est înotile de dire que les données expérimentales que 
0008 possédons actnellement sont encore insuffisantes 
poor fixer, d'une manière définitive et rigoureuse, les con- 
stantes o et m de notre équation. Notre intention en 
publiant cette note est seulement de poser un premier 
jalon. 

Les observations de M. Natterer semblent douées d'un 
degré de précision toiérabie pour les pressions élevées, 
mais elles semblent par contre peu rigoureuses pour les 
pressions relativement faibles. Je suis même assez porté à 
croire que ce physicien s*est laissé guider par cette idée, 
préconçue et erronée, que la compressibilité d'un gaz doit 
nécessairement diminuer avec la pression. S'il n'en avait 
été ainsi, il est probable que M. Natterer aurait constaté le 
maximum de compressibilité de l'oxygène ; il a sans doute 
pris cette anomalie pour une erreur d'observation. Ce 
maximum correspondrait, d'après les observations de 



( S2 ) 

H. Amagat et d'après notre calcul, à une pression voisine 
de 130 atmosphères. L'azote présente également un maxi- 
mum de compressibilitéy mais il est moins accentué que 
celui de l'oxygène. 

Pour ce qui concerne l'hydrogène, qui ne présente pasde 
maximum de compressibilité au-dessus de 1 atmosphère, 
les observations de M. Natterer concordent sensiblement 
avec celles de M. Cailletet. On sait que ce gaz se comprime 
de moins en moins à mesure que la pression s'élève. Cette 
circonstance est due à ce que la valeur de n est toujours 
extrêmement faible. Les observations que nous possédons 
ne nous permettent pas de nous faire une idée approxima- 
tive de cette grandeur, car les valeurs de v que l'on obtient 
en supposant n =0 sont sensiblement concordantes, alors 
que l'on considère des pressions très différentes. 

C'est ainsi que Ton trouve : 



Valeur de P. 


Valeur de V. 


Valeur de v. 


400 

940 

S690 


0,00S5 

0,001666 

0,00i000 


0,000656 
0,000602 
0,000628 


Moy. 0,000628 



Il est seulement permis de dire que, pour Thydrogène, 
la valeur de n est inférieure à 0,000638 atmosphères sous 
la pression normale. C'est là la pression interne qui devrait 
être introduite dans notre équation, si l'on avait rt^oureu- 
sement pour une pression de 1 atmosphère PV »» 1 (on 
sait qu'il n*en est pas même ainsi). 




(53) 
Dans cette hypothèse, TéquatioD (8) noos donne en effet 

i —11(4—0,000628) 
"" i — 0,000628 

Soit sensiMement n =» 0,000628. 



Développements sur la théorie des formes binaires; 
par Jacques Deruyts, chargé de cours à TUniversité 
de Liège. 

Soit il: une fonction entière, homogène et isobarique des 
variables xi.x^ et des coefficients de formes binaires. 

Noos supposerons que la fonction k est égale à sa 
transformée K par la substitution : a;^ «» X^ + ^X^, 
xj = X) : nous dirons, pour abréger, que la fonction A: 
est on semi'covariant. 

I. — Soit un semi-covariant. 

fc = 4^r -♦- (7)*»^r-'x, -♦- (2)ft.x7-V, H- ... -4- A;«x?; (i) 

diaprés la défmition précédente. A: satisfait à Tune des équa- 
tions des co variants : 

dk dk .^. 

T,-'^d^r ^'^ 

la signification de la dérivée symbolique J^ est donnée par 
la formule 

d y.[ d d . d 1 

oÇ ^\_ dat dat da^ J 

dans laquelle a, désigne, pour une forme binaire, le coeffi- 
cient de x^, abstraction faite du nombre binomial corres* 
pondant; du reste, le signe sommatoire se rapporte aux 



(54) 

différentes formes, dont les coefficients entrent dans 
l'expression soumise à l'opération p. 
Les équations (1) et (2) donnent immédiatement : 



et en général, 



^=« (') 

rf/t, 

~Tr — ^ j (^) 

— — 2«i , (5) 



Ces formules montrent que, dans un semi-comriant^ le 
coefficient de la plus haute puissance de Xf est un serai- 
invariant. 
II. — Nous ferons usage de la formule 

d dT d dT 

dont nous avons développé récemment plusieurs appli- 
cations ('). 
Dans la relation (Â), les notations sont les suivantes : 
T est une fonction homogène, du degré total T^, par 
rapport à des séries de quantités, analogues à 

flo, ^1, df, ... dj, Of^i» . ., 

et formant un système c; 



{*) Sur quetquei propriétés des semi-invariatUs. (bulletins de 
rAeadémîc royale de Belgique, mars 1687). 



(S5 ) 
b dérivée symbolique-^ est définie par 






"*^'rf^. •*■-]' 



le signe sommatoire se rapportant au système a. 

Soit dans la formule (A), T = A:o; désignons par h la 
valeor de T^ dans ce cas particulier; nous aurons, à cause 
de réquation (5), 

Sê-*M-) (7) 

D*aprës ce résultat, et d'après la formule (4), nous 
aurons : 

1 dko 



(T) '- (7) KÊ * ^' 



i^ désignant un semi-invariant de même poids et des 
mêmes degrés d'homogénéité que ^. 
Soit encore dans la formule (A) : 

m{m — i) \ dko m — I ^ t. 
et par suite, T^ =» A. 



(*) A FoccasioD de ceUc formule, nous signalerons une Note très 
intéressante de M. Perrin, Sur les péninvariants de formes binaires 
(Comptes rendus, 18 avril 4887). Dans cette Note, se trouve 
démontrée la relation 

dans le cas d'an semi-invariant A'., d^unc seule forme. 



! 



(S6) 

En tenaot compte de la condition -^s» o, nous aurons 



d rm(m — i)i(Pko m — ii d^l 
dil Ta l^d^'^ ~ï hd^\ 

d r m(m — 1) i d dkol m(m--\)i 






D'après Téquation (7), la relation précédente devient 

d rm{fw — \)\^ m — \ y dlir\ 

Si Ton tient compte de ce résultat, on a par la for- 
mule (5) : 

lm\ (m\id'k, /m— IHdfc; ... 

k'^ étant un semi-invariant de même poids et des mêmes 
degrés d'homogénéité que^. 
En continuant de même, on trouverait : 

(m\ __ /mx i d'/fo /*»— 1\ * <^*i /m— 2\t dk; 



si Ton représente par k'ô' un semi-invariant de même poids 

et des mêmes degrés que j^^. 

La formation des coeiBcients de A: est facile à suivre, et 
on en déduit que tout semi-covariant est une somme de 



r 



(S7 ) 



( 57 ; 

produits de puit$ancea de «j par des expressions de la 
firme : 

(m\\ dk, _ /''»\ < <^*o . , , < d"*o . -„, 

1q éfani lin senit-tnvartanf. 

III. — On peut établir ud autre système de formation 
des semi-covariaDts : nous l'indiquerons succinctement, en 
DOQS servant de la formule 

ddT d dl ^ ^, ■ „, 

Ti -r^^'^-TO, . . . . (B) 

aÇ Gif dti aÇ 

donnée par M. Cayley. Dans cette formule, la dérivée 
symbolique j-> analogue à la dérivée symbolique ^» est 
définie par 

d -, ( d , ^ d d ) 

— = > wfl, — + (n — la,-— -♦- ... -♦- an- , 

dn ^{ dao dui rfa«-i) 

si Ton désigne par n Tordre de la forme, qui a pour coeffi- 
cients 00 a^ a^...; T est une fonction homogène et isoba- 
rique des coefficients analogues à a,; t est un facteur 
numérique égal à 

Wjr, -♦- Tî^rj -♦-••• — 2p, (9) 

si ^t ^Sf— désignent les degrés d*bomogénéité de T, par 
rapport à des formes d'ordre 9)^, nj,..- ; enfin, p représente 
le poids de T. 



(*) Voir notre travail cité plus haut. 



(58 ) 

En employant la formule (B), de la même manière que 
nous avons employé la formule (Â), on trouve que tout 
semi'covariant est une somme de produits de puissances 
de \f par des expressions de la forme : 

, midko , m(m — i) i cPAo . • ,.^. 

fci dif fjL{fjL — !)1.2aif' 

(|x désigne la valeur de t (9), quand on prend pour T le 
semi-invariant k^. 

Remarque. — Dans le cas particulier de «n = p, l'ex- 
pression E est, d'après le théorème de M. Roberts, le 
covariant Cqui a pour source Aq. 

On trouve sans difficulté que le covariant dont il s*agit 
peut s'écrire 

si Ton prend 

(/H dif dx^ 

IV. — Les coeflicients p^, pi d'un semi-covariant 
linéaire poXf h- p^x^, se transforment de la même manière 
que ^2 et — x^, par la substitution 

X| = X| -♦- ^X), Xf «=• X|. 

On voit par là qu'en remplaçant X|, or, par — Pi«Pot 
on déduira du semi-covariant i, un semi-invariant. 
Plus généralement, les produits (— iyxT^'x^ se trans- 



(89) 

fonneot, par la sabsiiiation x^ =» X^ -4- >Xs, x^ »= X^» de 
b même manière qae les coefficients de x|x7~'' dans un 
saDÎ-eo?ariaot d*ordre m (abstraction faite des coeffi- 
denCs binomianx). On obtiendra donc un semi-invariant, 
en remplaçant dans k les produits ( — iY"'*xî'% par les 
coefficients de x!x?~' dans un semi-covariant de même 
ordre. 

Remarquons encore que, pour le cas actuel, les coeffi- 
cients de x{x!;'' dans un semi-covariant» se transforment, 

comme les dérivées ^i^^^-i f d'un semi-covariant quel- 
conque /. On déduira donc du semi-covariant A, un autre 
semi-covariant A:\en y rempIaçantiesproduits( — l)*~'arr"'xî 

par les dérivées ^i^-, ; ces résultats sont tout à fait ana- 
logues i ceux qui ont été donnés pour les covariants. 

Exemple. — Soient les semi-co variants 

{ s3 6oXÎ -♦- 36|X|Xi -♦- 56iX|x2 -f- ôjxî. 
Remplaçons dans k, successivement x], — X| x,, xi par 

(PI (PI (PI 

•— = 6(6^:, -♦- 6sx,), , , = 6(64X1 + fcjXj)» j-, « 6(6oX, -♦- 6,x,) . 

Cq aXiOXf aX| 

Nous obtenons le semi-covariant 

*' = 6 {ajbi — 2oj6| -♦- aj)^) X| -♦- 6 (ao6j — 2(ii6, -♦- a,6,) Xt. 

V. — La proposition suivante nous permettra d'établir 
plusieurs propriétés des semi-co variants : 



( 60 ) 

Si l'expression du semi'Covariant 

k «= k^x"^ -*- r^\ kixT'^Xi -♦-.•.-♦- Ar.xJ, 
se change en 

fc = K« Koxr + M K,xr -% + ... + k^x?, 

par la transformation ar^ = X^ + iX„ x^ = X^, la suite 
* peut s'écrire 

^r.K.Ï;-.(ï:)-.K.(î;)'-...^_.,K.(|)-.(J,)n. 

En eifet, de l'égalité 

2 (;j)a,(x. ^ ix,r-'x?= 2 (pJMr-x? . 

on déduit, par rideutification des coefficients de X| : 

(")-^=2,(;)(::zî)v"....(o^|l,), 

OU bien. 



(*) La notation izz^j représente, suivant l'usage, une suite de 



termes en 

1 1 1 



x«+î^ x;"^'' x^-^ 



, PtC... 



r 



(61 ) 

D'autre part, on a, en remplaçant x^, Xj par leurs 
laleors X| + XX^, X9 : 



-sj-'i-Min-^è 



-(F+O 



le eoefficient de [|^|''^* dans cette expression est 

c'est le résultat annoncé. 
VI. — Réciproquemenl, si l'on a 

...i|_,(|)'.....,_.,„.(i;)-%(_l,). 

ta quantité 

kfflCi -♦- (^jÉjxr-'xj -4- ••• -♦- k^xj 

es< ^afe à «a transformée par la substitution 

X| s= X| -4- iXs, Xs = X2. 

Pour le vérifier, il suffit de reprendre exactement, en 
sens inverse, la démonstration précédente. 



n Nous désignons par (~7lj) le coefficient de afl-^ dans le 
déreloppcment de (i -t- «)' <'"*■ *K 



(6Î) 

Comme application de cette propriété réciproque, nous 
pouvons énoncer la proposition suivante : 
<St l'expression 

f^oxT -«- ('5*j*ia?~*x, -f- ... -^ É^xy 

est un semi-covariantf tien est de mime de 

*oxr- ^ {^ 7 *J fcixr'-*x, -♦- ... + t,.,x?-', 

i étant un nombre inférieur à m. 

Cette propriété pourrait du reste se déduire de la for- 
mule (6). 

Exemple. — Pour une forme a^x* -f- (i")0|x; ' *x^ ■+■ ... 
on a le semi-co variant 

(oja 3 -4- 2aî — ^Goa^Of) x] * ^ (a\a^ -¥■ aoa^(h — Sa^aî) xjxj 

-*■ 3(î2aîa8 — Oiol — aoa,as)x4XÎ+ (5a,a,as— aocj— 2aî)xî. 

On en déduit le semi-covariant 

(ajos -*- Î2aî — 3agaici,)xî -♦- 2(oîa, -♦- OoOjaj — î2a„a J)X|Xj 
-*- (âaîas — aïOÎ — aoasOsjxl. 

vn. — Pour abréger, nous dirons que la suite 

est une suite invariantive d'ordre m, quand sa trans- 
formée r, par la substitution x^ = X^ + ÀXj, x^ = X^* 
peut s'écrire 



^ = ^-^(xî?^J' 



( 65) 

da resie, les quantités ^q, k^, k^^ ••• seront supposées fonc- 
(ioos entières et homogènes des coefficients de formes 
binaires, les poids de ces différentes fonctions formant 
ooe progression arithmétique de raison 1. 
PIos généralement, nous dirons qu'une suite y de la 

forme ii;o^ — *i (i*)* ^" •— ^^^ "°^ suite invariantive 
(Tordre m, quand ses m •+- 1 premiers termes forment une 
suite invariantive d*ordre m. 

Il existe des suites invariantives d'ordre infini : en effet, 
soit ip un semi-invariant; on obtiendra, par la formule (8), 
Pexpression d'un semi-covariant,et l'on pourra fairecroltre 
m indéfiniment. 

Si y est une suite invariantive d'ordre m, et si k' est un 
umi-covariant d'ordre m' inférieur à m + 1, /a partie 
entière du produit yk' est un semi^covariant : de plusj la 
purtie fractionnaire du même produit est une suite inva^ 
riontive d'ardre m — m'. 

Soit le semi-covariant 

qui se change en 

k = R = K^Xj^ "*" l 4 1 '^i^î' ~ "* «4- ••• -I- Kf^/^!* » 
par la transformation 

Xi = X| -♦- 3iXs) Xs = Xj. 

Soit d'autre part, la suite invariantive d'ordre m : 

,^|_K,©-.....H.rK.(r'*(^)- 



(64) 

Nous aurons : 

_[K.Ï;....,_,rK.(|f.(J^)][Mr*.....^xr] 

Dans les deux membres de cette égalité, les parties 
entières sont égales entre elles : de plus, elles s'expriment 
de la même manière au moyen des quantités k, k\ X|, x^ 
et K, K', Xo Xa, si Ton suppose m! "^ m. 

On en déduit facilement que, pour ce cas, la partie 
entière de yk' est un semi-co variant. 

Pour démontrer la seconde partie du théorème énoncé, 
observons que, dans les deux membres de l'égalité (11), 
les parties fractionnaires sont égales; dans ces parties 
fractionnaires, la somme des m — m'-^i premiers termes 
s'exprime de la même manière, au moyen des quantités 
k, k\ Xf , X) et des quantités K, K', X^, Xj. De plus, la dif- 
férence de ces expressions peut se mettre sous la forme 
1 ^».- m'^-t ) : la proposition énoncée résulte de là. 

Corollaire. — Dans toute suite invariantive, le coeffi- 
cient du premier terme est un semi-invariant. Le coeffi- 
cient de^dans le produit yk' est donc un semi-invariant, 
et nous pouvons énoncer cette propriété : 

Si 



0^ 



m 



I 



k' = kjtr * {^ k\xr-'x, + - + *:.xr', 



r 



(65) 

sont deux semi'COvariantSj la quantité 

es/ iffi temi'invariantj dans le cas de m"^ m. 

Applications I. — Diaprés la formule (8), on peut 

prendre 

id% \ d'k' 



"• "" 77X7 ' '^« — 17 



si Ton emploie h^ et ^, comme notations analogues à A 
et^(§ 2). Dans le cas actuel, la restriction de m' inférieur 
i m + 1 est inutile, car dans la formule (8) on peut 
supposer m aussi grand que l'on veut. Diaprés le corollaire 
précédent, nous voyons que si k^ et Are sont des semi- 
iovariants, il en est de même de l'expression 

\ i% fr\ t dk^ d'-'k, lr\ i d^kodr-% 
hCÏ^, \\ Ihr'hdcj^ d«-* "*" lâj ArW t/4 d«;;' "* ^ ^ 

Si Ton suppose plus particulièrement que les semi- 
ÎDvariants fco, ko dépendent d'une seule forme, on retrouve 
au théorème démontré récemment par M. Perrin [Comptes 
rendus : 18 avril 1887). 

H. — D*après la formule (10), on peut prendre 

^._ 1 d% 

à u' représente la valeur fx correspondant au semi- 
invariant ko . 



(*] Nous remplaçons m' par r, pour simplifier récrilurc. 
5"' SÉRIE, TOME XIV. 5 



Prenons encore 



(66 ) 



« d% 

k —— — _— — • 



nous aurons, par la formule (12), le semi-invariant : 

On voit racilementque Ton pourrait encore déduire de la 
formule (12) d*au(res suites de semi-invariants. 

VIII. — Soienl I un semi^covariant d'ordre r, k' tin 
semi^covariani d ordre r -4- i ; t7 existe une suite invarian' 
tive y d'ordre r -+- i — i telle que Iko xî est la partie entière 
du produit yk\ 
Soient 

Par la condition 



•^ •• • 



r*' = //t 



r4.| • / i \ 



on peut déterminer une expression 



^-•©'-'•ëj 



dont les coefficients sont des fonctions entières des 
coefficients de k' et de /. 



(*) Ce résultat est élabli, pour le cas de r s= i, à la page 8 de 
notre travail déjà cite. 



I 



1 



f 67) 

Eo effet, OD a les équations suivantes, pour déterminer 
les coefficients k : 






Par la transformation des variables X|, rr, en X| + ^X2, X,; 
k\ i^, /, 7 se changent en K\ Ko, L, T et l'on a : 

Or, on a 

K =», Ko = aq, L = cj 

soit 7, rexpression de f, quand on y remplace X|, X2 par 
leurs valeurs X| — ^2* ^2; on aura : 



,*'=/*'/*'xiH-(i). 



Cette équation, comparée à la formule (fS), démontre la 
relation 



-^'-{^) 



Si Ton observe que les coefficients de y sont homogènes 
et de poids convenables (VII), on voit que 7 est une suite 
iovariantive d'ordre r h- 1 — 1 . 



(68) 

Exemple. — Soîenl 

/ = /oXi -♦- /|Xj, k' = ^o^î -♦- %k[XiXi -¥- k'^\ : 

on trouve la suite invarianlive du premier ordre : 

IX. — Soit C tin semi-covariant^ contenant les coefficients 
d'une suite invariantive y ; on obtiendra un semi'Covariani 
C|, en remplaçant dans C les coefficients de y par les 
coefficients analogues d'une suite invariantive y^ d'ordre 
égal ou supérieur f). 

En effet, il résulte des propriétés indiquées ci-dessus 
(V et VI) que Texpression de €« se déduit de C, en substi- 
tuant aux coeflScienls d'un semi-covariant k, les coefficients 
d*un semi-covariant k' de même ordre. D*aulre part, C| 
sera un semi-covariant, puisque les coefficients de X: et de A' 
se transforment de la même manière par la substitution 
X| c= X^ •+• /X21 X2 = Xj. 

Applications I. — Supposons que la suite invariantive 

Xi /^«\* 

r = *'o *i — -^ •'• 

Xi \x,/ 

est d'ordre infini : la suite 

n 



ri 






(*) Cette propriété se rapporte de même aux semi-invariants, qui 
sont des semi-covariants d'ordre zéro. 
(**) p est un nombre entier. 



r 



(69) 

est évidemment une suite invariantive d'ordre iuGni. 
Donc : si le semi^covariant C contient les coefficients de y, 
on obtiendra un semi^covariant Cj, en remplaçant ces 
ioefficients par les coefficients correspondants de /. 
Soit par exemple : 

C = (ijk, — *î)xî -4- (ktks — A|^i)x,X2 -¥■ 7 ( A-ttt^ — kl)x\; 

4 

h soppositioD de p-=2f donne 

r' « «^ - 2U, §- + (2A„)t, ^ Aï) ^ - etc. : 
00 obtient le semi-co varia ni 

eo remplaçant successivement Aq* ^i> ^'s* ^3 P^i* 

Pios généralement, si y\ y", y"\ ... sont des suites inva- 
rantives d'ordre infini, on obtiendra, au moyen de C, un 
semi-covariant, en remplaçant les coefficients de y par les 
ooelBcients correspondants du produit y'y'y'"-', qui est 
aussi une suite invariantive d'ordre inOni. 

II. — L'opération X2^ appliquée à une suite invarian- 
tive y d'ordre m Tournit une suite invariantive d'ordre 
m + 1. 

En effet, de la formule. 

Xi XXj/ \Xi, 



(70) 
on déduit : 



'•i-i^(?)'-«'©'--<-'«"-'Mr'i 



HP 

De même, Topération xf — , appliquée à 7, fournit la 
suite invariantive d'ordre m + p : 

rp = 2(- ^l'^'C' -^ ^X' ■*■ '^) - "■ + vH-] ' 

dont les p premiers termes sont nuls. 

D'après le théorème énoncé ci-dessus, on obtient un 
semi-covarianty en remplaçant dans C les coeiBcients de y 
par ceuiL de y^ ; on a donc cette propriété : 

Si C désigne un semi-'COvariantf on obtiendra un semi^ 
covariant en remplaçant dans C, k| par zéro ou par 
i(i — 1) ••• (i — p -H l)k,_p, suivant que Vindice i est infé^ 
rieur ou non au nombre p. 

X. — Considérons le développement en fraction continue 
d'une suite invariantive d'ordre m. 

Le numérateur et le dénominateur d'une réduite, sont 
des semi'COvariantSy quand cette réduite ne contient pas de 
puissance des variables supérieure à —g- . 

(Cet énoncé suppose le numérateur et le dénominateur 
écrits sous la forme entière la plus simple, pour laquelle 
les coefficients arithmétiques sont entiers). 

Soit 

._,5_,(5)'.....,_,,..gp'. 



( 71 ) 

Qoesaite invariaotive d'ordre m. Soit ^ la réduite d*ordre 
n^fn^^^y-i], dans le développement" de y en fraction 

cootioue. 
Od a, par la propriété caracléristique des réduites : 

Désignons par P„, F, les transformées de p„, f„ correspon- 
dant au changement de variables :r4 = X| + ^^Xj, x^^Xo. 
Nous aurons, en conservant les notations précédentes : 

rp. = F„ . ( J^; 

Dans cette relation, remplaçons les quantités K, Xj, X2 
eo fonction de k^ or,, 2*2 : soient p^, f[, les expressions 
de P., F.,; nous aurons, par la propriété fondamentale 
des suites invariantives (V) : 

et par conséquent. 



V*{^)Y-'-*^'. 



En supposant n-^ ^^^ , on pourra écrire 



rK=/:-(,-^} 



'^ 



(74) 

La fraction ^ est, diaprés cette relation, une réduite du 
développement en fraction continue de 7. On a donc 
0^ = =^, ou bien : 

P n Pn 

Pn = «P„ , fn = af„ 

si Ton désigne par a un coefficient de proportionnalité. 
Les égalités précédentes peuvent encore s'écrire 

Le coefficient a est égal à l'unité : en effet, P^, et F„ sont 
formés de la même manière que p„ et /*« et n'ont aucun 
facteur commun; de là, p„ = P„. Le dénominateur p» de 
la réduite ^ est donc un semi-covariant; le numérateur /L 

Pn lin 

est de même un semi-covariant; du reste, il suffit d'obser- 
ver que/), est la partie entière du produit ypn (§ Vit). 
XL — Cherchons l'expression 

du dénominateur p„ de la réduite ^, dans le développement 
en fraction continue de 

r = *o-— A-, M) -*- •••; 
X, \x,/ 

pour plus de simplicité, nous supposerons que cette suite 
invariantive est d'ordre inGni. 
Les coefficients a doivent satisfaire aux conditions 

a>o — a»-|A:i -^ «„. t*i -+- (— iY^iJ^n = ^^ 



^>».| — «n-ikn -*- ««-*A\^, -+- (— l)"«o^-l = 0; 



(73) 

ees cooditioDs expriment que le produit yp„ ne contient 
pas de terme en 



1 1 



ji • • • î 



Qo déduit de là ; 



P. 



x; — xj-'x, xr'xî ... (— 4)"xï 

*« i»! fCi • • • »»,, 

*| *t ^'s ••• ^«-i-t 



*»-l ^/ 



«•4- 



^î»-l 



Le ooméraleur de la réduite i^ s'obtiendra en remplaçant 
siice$sivemenl dans p^ , les quantités 



X|, X| Xt, Xj Xf..., 



par les parties entières des produits 



»»-5«.« 



rxj, rJrî"*Xî, r^r'^5» .... 

Le semi-covariant p„ est le canonizant de M. Sjlvester, 
quand 

*.ïf-'-^(^''~']*.x'--'x,H.(2Y']MÎ--VÎH-...+Af,,..xî-S 

représente une forme binaire ('). 
On peut établir directement une liaison entre la théorie 



{') On a rtmarkable dùeovery in the theory of canonical forma and 
9f hgperdetenmnants. (Philosophicai Magazine. 185i, 11, p. 354). 



(74) 

des fractions continues, et la réduction d*une forme binaire 
d'ordre 2n — là la somme des puissances (2» — 1)""^ 
de n fonctions linéaires 
Considérons la forme binaire 



et la suite invariantive d'ordre 2n -^ 1 : 

X, ix^y /x,\» /x,\'- 

Soit ^~ la réduite d'ordre n dans le développement de y en 
fraction continue; soient 0|, B^y ..., 0» les valeurs de^ 
pour lesquelles on a p„ == : soit encore e le coefficient 
de xî dans p„. 
Nous avons 

r û^ = f-LV 

f (x, — MO(j^i — ^i^î) •• • l-Ti — ô„Xj) \x»,-*-7 

Dans le second membre de cette égalité, les coefficients de 

1 i i 






sont nuls : il en est donc de même dans le premier 
membre, et l'on a : 






en général , 



(- ^y«. = 2-S^'' (» = 0,l,2....2n-l): (U) 



1 



(75) 

dans ces fomiHleSy iioas représentons par ^(0) et par p'^ (0) 
les faleors de fn et de 7^p„, pour x^ = 9, X2 ==» 1 . 
Les reiaUOQS (14) montrent que Ton a : 

^= A,(x, — e.x^)'-' + A,(x. - â^^r-"* -^ - • -+- A„(x, — d^x,)'- *, 

si Ton prend 

XII. — Les résultats obtenus ci-dessus sont susceptibles 
de généralisation. 

Soient *', *" ..., k^\ fx semi-covariants d'ordre m', 
m", . . . m^^^ analogues à 

Soient /,/', ..., /^Mes suites invariantives correspondantes, 
analogues à y. Déterminons une quantité 

q = Œj^ij* -f- a,x{*"*Xi -+- ajjcj'~'xî -*-•«•-♦- a^xj*, 

de telle façon qne les parties Tractionnaires de y'ç, y"q^ 
If"^^ ""> /^'9 commencent par des termes d'un certain 
ordre en ^ : 

1 1 1 



X, 



1 • • • 



X 



:j.^« ' a;j.-^« xf '^^^ ' 



le nombre des conditions équivalentes étant égal à u. 
Poar définir complètement la fonction q, nous Tassujet* 
tirons aux conditions suivantes : 

1* de s'exprimer sous forme entière au moyen des 
coefficients de y\ y" ... y^\ les coefficients arithmétiques 
étant des nombres entiers. 



(76) 

â"" de oe contenir aucun diviseur satisfaisant aux 
conditions précédentes. 

Cela posé, si le nombre |x — iest inférieur aux nombres 

m'--rt, m"'^r^y .., mf^ — r^^, 

la quantité q est un semi^covariant. 

En effet, nous devons avoir fx relations de la forme 



rq 



='*(if^)' <*«) 



e désignant la partie entière du produit 79. 

Soient respectivement r et Q, les expressions qui 
remplacent y et 9, après la transformation 

Xj =^ ^1 "l- AÀj 9 JT] =^ \f • 

nous aurons les relations 



FQ 



= ="(xp)' 



analogues aux équations (1S), E désignant un polynôme 
en X|, X2. Soient 9, et e^ les valeurs de Q et de E 
exprimées au moyen des variables x^, x^ et des coeffi- 
cients de /, /' ...; nous aurons par la formule 



=''-^(^')' 



en supposant p — 2 < m — r : 



rq 



'=""(^! 



Cette relation, de même que la relation (15), tient lieu de (i 






(77) 

rehtioiis analogues : il en résulte, d*aprë8 les suppositions 
établies ci-dessus, que la fonction q ne peut différer de q^ 
c'est-Jklire de Q; cette fonction est d'ailleurs isot)arique 
et homogène : elle est par suite un semi-covariant. 

Exemple. — Soient fjt = 3, n = 1, Tj = 2, rj = : 
prenoos pour y\ -/' les suites invariantives d'ordre infini : 









-'•{jj^'-ij}'- 



La fonction 



q = a,prî -+- «iXÎXs ■+■ 0LqX^xl -4- a^x] , 



defra satisfaire aux conditions 



On trouve 






..,-.. (1), 



9 = 



^. 


— xjj, 


itjarî 


-xî 


a» 


«1 


«t 


«3 


b» 


fc. 


6. 


6, 


b, 


6, 


6, 


6. 



. (16) 



Remarfue. — Pour le scmi-covariant 



q •= «o3f|* -♦- «iXf *Xj -♦-... -4- a^xi* , 



(78) 
on a, d'après la formule (6), 

— «(m — p-*-1)«,-i, ou --^ = (p^ 1)a^t-,-|. 

Les coefficients a^_,, ^/i-p-a sonl, dans le cas actuel, des 
déterminants d*ordre u, dont les rangées sont respective- 
ment de la forme 

les coefficients X; se rapportant à Tun ou à Tautre des semi- 
covariants k'y k" ... Les coefficients kj sont les coefficients 
de xi dans des semi-co variants (abstraction faite des nom- 
bres binomiaux) : on a 

^*> ^ -^ 

Il résulte de là que ^^ " sera la somme des déterminants 
obtenus en remplaçant successivement Tune des rangées 
de a^.,, telle que 

par la suite d*éléments 

(t -♦- p -4- 1 )*:.+p, . . . , (î -^ fi)ki+fj,^i ' 

La somme des déterminants ainsi obtenus est égale à 
(p -H l)a^-,.i : si Ton observe que a^_,^i est aussi un 



» 1 



(79) 
détermiDant, on iroit que les fx égalités 






= (P-*- 1)ayx_p_i, 



doDoeol aotaot de théorèmes sur Taddition des détermî- 
naots. Ne pouvant actuellement développer ces considé- 
rations, nous nous bornerons à un exemple. 

Considérons le semi-covariant de la formule (16); nous 
atons 



«0 = 



«0 


0| 


«t 






b. 


b, 


6, 


•) 


«1 =» 


6. 


b. 


6, 







b relation 



donne 






Qq tti Qz 

60 fr| 63 

61 6« 64 



a^ ôOf 
K 6| 6, 
6| 6s ^« 



=sû 



a» Oi As 

6b 36, 

6, 6, 64 

«• Oi «1 

60 6| 6t 

6, 64 65 



Oo tti as 
60 6, 63 
60 26, 463 



Liège, le 28 avril 1887. 



(80) 



Application de la photographie à Vétude de Vélectrotonus 

« 

des nerfs (communication préliminaire) ; par F. Henri- 
Jean, assistant à l'Université de Liège. 

(Travail da laboratoire de physiologie.) 



§1. 

Lorsque Ton fait passer un courant constant (courant 
dit polarisant) à travers une portion de nerf, il se produit, 
dans tonte la longueur de ce dernier, des modiûcations 
extrêmement remarquables de l'état électrique. 

Ces phénomènes, découverts par du Bois-Reymond, ont 
reçu le nom d'éleclrotoous. Ce savant chercha à déterminer 
exactement les différentes phases du développement des 
courants électrotoniques des nerfs, en reliant deux points 
de la partie extra-polaire au circuit de la boussole de Wiede- 
mann et en observant, d'une manière continue, la dévia- 
tion de Taiguille aimantée. — Les valeurs trouvées de 
cette façon lui permirent de construire la courbe des cou- 
rants électrotoniques. 

Malheureusement, la boussole de Wiedemann est un 
instrument paresseux qui n'est pas susceptible de suivre 
et d'indiquer les variations rapides qui peuvent se pré- 
senter dans l'intensité d'un courant électrique. Ce défaut 
est surtout sensible au début de l'observation, au moment 
où l'aimant, primitivement au repos, est brusquement mis 
en mouvement sous l'influence du passage d'un courant 
électrique. Il faut plusieurs secondes avant que l'aimant 




( 81 ) 

apériodiqne prenne sa noavelle position d*éqailibre. Avec 
nue boossole non apériodiqne, comme celle qui servit aux 
premières recherches de do Bois-Reymond, le reproche 
est encore plus grave. — Aussi, rilluslre physiogiste de 
Berlin dut-il laisser en blanc la partie des courbes repré- 
5«Dtant ie début de réleclrotonHs(l). 

Les méthodes les plus ingénieuses et les plus compli- 
quées de réiectrophysiologie furent utilisées pour combler 
cette lacune. 

Melmhoitz (2) chercha à déterminer l'intervalle de temps 
après lequel le début des phénomènes électrotoniques se 
manifeste et se propage dans le nerf, en se servant de la 
secousse secondaire de la patte galvanoscopique comme 
signal de Tarrivée du courant électroionique en un point 
déterminé du tronc nerveux. Supposons un nerf de gre- 
nouille AB; faisons passer un courant constant à travers 
une portion de nerf voisine de A ; pour déterminer le 
moment où le courant d*électrotonus se manifeste en B, 
appliquons sur cette extrémité le nerf d'une patte galva- 
noscopique (3). Celle-ci sera disposée de façon à inscrire 
ses secousses sur un cylindre enregistreur. On inscrira, en 



(1) De Bois Rsvmond. Ueber die eleklromolorisehe Kraft d. Nerven 
H MtttkelH. Arcii. f. Âoal. u Physiologie, 1 867, p. 417. — Et Gesam- 
meUe Jbhandlungen, II, p. 232. 

(2) UiufHOLTZ. Ueber die Geschwindigkeit einiger Vorgdnge in 
Miukeln u Nerven. Bericht. Âkadem. d. Wiss. z. Berlin, p. 328. 

(3) Les eourants éiectrotoniqoes peuvent exciter un second nerf 
placé snr le premier. Le nerf d*une patte galvanoscopique, dans ces 
cwiditions, se trouve excité à chaque ouverture et à chaque fermeture 
àa ooorant polarisant, et il en résulte une contraction des muscles : 
Contraction paradoxale, 

3"* SÉRIE, TOME XIV. 6 



(82) 

regard, le début du courant polarisant sous Finfluence 
duquel s'est développé le courant électrotonique. L'expé- 
rience montre que le retard de la secousse, sur le début du 
courant de polarisation, est fort petit. Par conséquent, 
les courants électroioniques se propagent avec une très 
grande vitesse. Celle-ci, d'après Helmhoitz, serait très 
analogue à celle avec laquelle Texcitation elie-mênoe se 
propage dans les nerfs; c'est-à-dire de 27 mètres à la 
seconde, comme l'a démontré le même auteur. 

Tschirjew (i) s'est également efforcé de mesurer la 
vitesse de propagation des courants d'électrotonus, c'est- 
à-dire de déterminer le retard de l'apparition du début du 
courant éleclrotonique en un point de la partie extra- 
polaire du nerf, retard compté à partir du début du cou- 
rant de polarisation. 

Dans les expériences de cet auteur, la partie extra- 
polaire d'un nerf de grenouille est reliée soit à la i)Oussole, 
soit à l'électromètre capillaire, et le courant propre du nerf 
est exactement compensé de façon à ramener au zéro 
l'instrument qui sert de galvanoscope. 

Dans une série d'expériences successives, il cherche à 
rompre le circuit galvanoscopique 1, 2, 3, 4, etc., 10 mil- 
lièmes de seconde après le début, c'est-à-dire après la 
fermeture du courant polarisant. Si la rupture du courant 
galvanoscopique se fait avant que le courant d'électrotonus 
ait atteint la partie extra-polaire du nerf comprise dans 
ce circuit, l'instrument reste au zéro, et il n'v a de 



(i) s. TscBiBJBW. Ueber die Forlpflanzungsgeschwindigkeit d. e2ec- 
trolonùchen Vorgânge inâ Nerven. — Du Bois-Rbtmond. Archiv. f. 
Physiologie, 4879, pp. 524, »5S, t. VIII, fig. 8. 




( 83) 

«léTiitiûn ni de raimaDt, ni de la colonne mercurielle. — Si, 
aoeontraire, la rupture du conduit galvanométrique a lien 
après Tarrivée du courant de polarisation, celui-ci aura le 
lemps d*agir snr Tinstrument, ce qui se manifestera par 
on commencement de déviation de Taimant ou de la 
colonne de mercure de Télectromètre. C'est par tâtonne- 
ments qoe cet intervalle de temps se détermine. 

Tschirjew a employé le mouvement de la plaque du 
myographe pour fermer automatiquement le cx)urant de 
polarisation, et pour ouvrir le circuit galvanométrique à 
(les intervalles de temps très petits, variables et exactement 
inesarables. Il trouva, comme Helmhoitz, que la vitesse de 
propagation du début du courant d*électrotonus est très 
considérable, mais qu*elle est, cependant, en général infé- 
rieure à la vitesse de propagation du processus d'excitation. 
lies valeurs qu'il indique varient entre 13,4 et 22,2 mètres 
i la seconde. 

Plus récemment, J. Bernstein (1) est parvenu non seu- 
lement à déterminer le moment de début des courants 
d*électrotonus, mais encore à construire la courbe qui 
représente les phases successives par lesquelles passe la 
valeur de ces courants. L'une des extrémités du nerf étant 
soumise à l'action d'un courant constant, l'autre extrémité 
est introduite dans le circuit de la boussole, au moyen du 
rhéotoroe de Bernstein, pendant un temps très court et 
après un intervalle de temps variable, compté à partir du 
moment de la fermeture du courant de polarisation. On 



^ 



(I) J. BitNSTEiN. Ueber das EnMte/icn u Versthwinden der elekiro- 
Imùeken Sirôme ins A'erven u die damit verbundenen Erregungs- 
Kkwanhtnyen, d, Nervensirùtnes. — Du Bois Reyhond. Archiv, f. 
Pksiioiogie, 1886, pp. 197-250, t IX cl X. 



(84) 

répète TexpérieDce an grand nombre de fois, en augmen- 
tant graduellement cet intervalle. A chaque expérience» 
la déviation observée sert de mesure au courant électro- 
tonique au moment de l'observation. Chaque observation 
fournit donc un point de la courbe à construire. 

Bernstein est arrivé à des résultats analogues à ceux 
de ses devanciers. La méthode du professeur de Halle, 
bien que fort compliquée, est des plus élégantes. Le 
principal reproche que l'on puisse y faire, c'est que 
la construction de la courbe n'est possible que par le 
groupement de valeurs obtenues dans un grand nombre 
d'expériences exécutées successivement sur un même 
nerf. Or, les résultats des dernières expériences ne sont 
pas rigoureusement comparables à ceux des premières, à 
cause de la fatigue du nerf et des autres modiGcalions qui 
peuvent se produire dans sa substance au cours d'une série 
de recherches. Ce défaut n'a d'ailleurs pas échappé à 
Bernstein lui-même; aussi exprime-t-il le désir de voir se 
répéter ces expériences en les disposant de manière à 
n'avoir à soumettre le nerf qu'à une seule action de pola- 
risation, ce qui s'obtiendrait le mieux, dit-il, au moyen de 
rélectromètre capillaire dont on photographierait les 
excursions (1 ). 



(4) Auch wSre erwûnsch fûr diesen Fall, den Verlauf der ganzen 
Curve bei einmalîger Polarisatioa aufzanehmea , um Ermûdang 
za yermeiden, und dies wûrde sich vielleicht am bcstcn mit Hûlfe 
des Capillarelcktrometers ausfûhrea lassen, weoa mann dessen Aus- 
schlige pholographisch aufzeichoete (^}, pages 208 et 213 : « Ein 
einzelne Gorve aufzunebmen wûrde ebenfalls eine dankbare mit 
dem CapiUarelektromcter auszufûbrende Aufgabe seio. >• 

(>) BUHDON Samderson. Journal of Physiology, t. lY, p. 9S7. 



r 



(83) 



§ II. 

Ce Yœo exprimé par Bernsleio, je suis parvenu à le 
réaliser, c'est-à-dire que j*ai pu photographier les excur- 
sions de la colonne de mercure de réiectromètre capillaire 
relié à une portion de nerf soumise à Téleclrotonus. J*ai 
po recueillir, de cette façon, en une seule expérience, la 
courbe complète du courant électrotonique. Ces courbes 
sont très analogues à celles construites par Bernstein. 

Le présent travail confirme donc en grande partie les 
résultais obtenus par d'autres expérimentateurs; son inté- 
rêt réside moins dans la découverte de faits nouveaux que 
dans la substitution d*une méthode directe, simple et facile, 
aux procédés compliqués, laborieux et indirects utilisés 
par Tscbirjew et Bernstein. 

Toutes mes expériences ont été faites sur des nerfs de 
lapins, de chiens et de grenouilles. Les nerfs pneumogas- 
triques, sciatiques, etc., des mammifères se prêtent tout 
aussi bien que le sciatique de la grenouille aux expériences 
d'éleetropbysiologie, ainsi que Ta démontré Léon Frede- 
ricq (1); de plus, ils ont l'avantage d'être beaucoup plus 
longs et plus faciles à manier. 

L'expérience est disposée de la manière suivante: le 
nerf est tendu horizontalement au-dessus d'une plaque de 
liège, au moyen de deux stylets de verre faisant office 
d'épingles. Les deux extrémités du nerf sont fortement 
serrées au moyen de fil de lin imprégné d'une solution de 



(i) L. Fredericq. Ueberdie elektromotorische Kraft, d, Warmbiûi' 
Archiv. f. Physiologie. 



(86 ) 
chlorure sodïque (solotion physiologique). Ces ligatures 
sont placées en dedaDs des aiguilles de verre; elles repré- 
sentent des sections transversales du nerf, de telle façon 
que, pour meure celles^:! en rapport avec les électrodes, 
il suffit d'enrouler le fil imprégné de la solution de sel 
marin sur les extrémités de cts derniers. — Chaque extré- 
mité du nerf est reliée avec une paire d'électrodes impo- 
larisables de du Bois-Reymond, dont l'un est en rapport 
avec le fil qui correspond à la coupe transversale, l'autre 
avec la surface longitudinale. (AB el ab, fignre 1 .) Le cou- 
rant polarisant est fourni par un élément de Danlell D, 
figure i. Ce circuit contient, outre reitrémité ABdu nerf. 
une clef C< qui permet d'ouvrir ou de fermer le courant 
et un commutateur de PohI qui permet de changer su 
direction. L'extrémité ab du nerf qui sert à l'étude de 
l'éleclronus est reliée à l'électromèlrc capillaire par l'inler- 
médiaire d'une clefC. 

Fig. I. 



L'image du capillaire, vivement éclairé à la lumière 



(87) 

électrique, est projetée, au moyen de la lanterne Duboscq, 
à lr»Ters la fente d'une chambre obscure, sur le cylindrt^ 
eoregûitreor recouvert de papier au gélatino-bromure 
d'argent (Hutinet). 

L*ombre de la colonne de mercure mettant le papier 
sensible à Tabri des rayons lumineux, Timage que Ton 
obtient est négative. Grâce à cette ^disposition, tes moindres 
mouvements de la colonne mercurielle se traduisent par 
des déplacements de la limite entre Tombre et la lumière. 
La partie de la fente qui permet le passage des rayons 
lumineux est en partie employée pour inscrire le temps et 
le passage du courant de polarisation. Le temps est inscrit 
en disposant une horloge à seconde de telle façon que le 
balancier interrompe et permette alternativement le pas- 
sage des rayons lumineux. L'horloge dont nous nous 
sommes servi produisait deux interruptions à la seconde. 
Pour inscrire le début et le passage du courant de polari- 
sation, un second circuit électrique, provenant d'une pile 
Je Grenet, est relié à un signal électro-magnétique dont 
la plume projette sou ombre sur la partie du papier sen- 
sible non protégée par Hmage de la colonne de mercure. 
Ce courant est fermé par la clef C^ dont les mouvements 
sont solidaires de ceux de la clef qui sert à ouvrir et à fer- 
mer le courant de polarisation, c'est-à-dire que le signal S 
indique exactement les phases de ce dernier. 

Les graphiques obtenus de cette façon présentent donc 
en regard : la courbe du courant électrotonique, le tracé 
de la durée du courant polarisant et celui du temps. 

Les tigures 1, â, 3 de la planche I représentent trois de 
ces graphiques. Les échancrures de la partie inférieure de 
chaque ligure correspondent à des demi-secOndes. Le trait 
blanc représente l'ombre du style du signal électro-magné- 



(88) 

tique Dans les figures A et B, le signal présentait le défaut 
de vibrer quand le courant cessait de passer, d'où est 
résulté le vague dans le trait blanc à ce moment; dans la 
figure Cy nous avons remédié à cet inconvénient, le trait 
est aussi net à la fermeture qu'à Touverture du courant. 
Ajoutons que, dans les figures A et B, le style du signal 
se rapproche de Finscription du temps quand le cou- 
rant de polarisation passe, de sorte que, pendant toute la 
durée de celui-ci, le trait formé par le signal électrique se 
trouve au-dessous de celui qu'il donne au repos. Dans la 
figure C, le passuge du courant polarisant est, au contraire, 
indiqué par le fait que le trait blanc se rapproche de la 
courbe de Télectrotonus. 

Le graphique n"" 1 représente la courbe de Vanéleclro' 
tonus et les n*' Set 3 celle du katélectrotonus. Dans le pre- 
mier cas, le mercure rentrait dans le capillaire, de sorte 
que la lumière venait influencer une plus grande partie du 
papier sens^ible. C'est donc la limite entre la partie noircie 
qui s'élève ao-dessus du niveau ordinaire qu'il faut lire, 
tandis que pour le katélectrotonus la colonne de mercure 
étant projetée en avant, c'est la partie du graphique qui 
se trouve enfoncée dans la partie noire qu'il faut étudier. 

Dans la figure 1, nous voyons que le courant électroto- 
nique s'établit rapidement; il atteint presque son maximum 
en moins d'un quart de seconde. La courbe qui représente 
le passage au maximum forme presque un angle droit. Le 
courant s'établit immédiatement, ainsi que l'indique l'as- 
cension brusque de la courbe à la fermeture. Cependant, 
il serait possible de calculer le temps perdu et, par 
suite, la vitesse de propagation de l'électrolonus, en 
employant des nerfs très longs et eu faisant tourner plus 
rapidement le cylindre qui porte le papier sensible. Dans 



(89) 

ia figure 3, par exemple, la vitesse est déjà notablement 
plos grande que dans la figure 1, et sur le trait S qui 
indique le passage du courant polarisant, on peut élever, 
an moyen d'une équerre, au point qui correspond à la fer- 
metore du courant polarisant, une droite représentant 
eiactement la fente par laquelle la lumière passe. Cette 
droite tombe au point P. On voit que le courant nes'éta* 
Mil qtt*un peu vers la droite de celle-ci. il n'est pas très 
facile de mesurer une aussi petite portion du graphique, 
parce que la limite entre la lumière et l'ombre n'est pas 
absolument nette; mais, on pourrait considérablement 
agrandir cet espace en se servant de plaques sensibles se 
mouvant très rapidement. J'évalue l'espace à droite de P 
à environ 74 de n^'llîinè^re. La vitesse du cylindre étant 
de 45 millimètres à la seconde et la longueur du nerf à 
parcourir dans le cas représenté figure C étant 7,5 centi- 
mètres, la vitesse de propagation serait de IS"*, 5 à la 
seconde, ce qui correspond exactement au chiffre le plus 
faible donné par Tschirjew. La disparition du courant 
électrotonique paraît se faire immédiatement sur les 
courbes des figures S et 5, mais sur la figure 1 il persiste 
encore pendant Vis ^^ s>econde. 

Pour apprécier exactement les phénomènes du début et 
delà fin de l'électrotonus, il faudrait employer des plaques 
rapides se mouvant extrêmement vite. 

Il faudrait, également, répéter les expériences en 
employant des vitesses très faibles, afin de déterminer la 
marche delà diminution du courant électrotonique signalée 
par du Bois-Reymond. C'est ce que nous faisons en ce 
moment. Nous n'avons pas constaté l'existence de la varia- 
tion négative signalée par plusieurs auteurs. 



(90) 



EXPLICATION DES FIGURES. 

Les tracés se lisent dans les directions des flèches. La ligne infé- 
rieure H représente le temps en demi-secondes. La ligne supérieure 
correspond à Textréroité de la colonne de mercure de rélectromètrc. 
— La ligne blanche S représente Taiguille du signal électro-magné- 
tique indiquant le passage du courant polarisant. 

Fig. i4. C. P ss courant propre du nerf. 
Pm. = anélectrotonus. 

ab. passage du courant polarisant. 

Fig. B, mêmes lettres qu'à la Bgurc précédente. P. M. 0. katélec- 
trotonus. 

Fig. C. P anélectrotonus. — Mêmes lettres qu'aux figures précé- 
dentes. Vitesse du cylindre plus grande. 



Sur la circulation du sang dans le cercle artériel de 
Willis; par G. Corin, préparateur de physiologie à 
rUoiversité de Liège. 

Les conditions de la circulation du sang dans le cercle 
artériel de Willis n'ont jamais fait l'objet d'une élude spé- 
ciale. 

Un seul auteur, à notre connaissance, Steiner(l), ren- 
seigne une valeur absolue de pression prise dans le i)out 
périphérique de la carotide. 

Quant aux modiflcalions que cette pression subit sous 
rinfluence d'oblitérations plus ou moins étendues des 
artères afférentes du cercle de Willis, quant au retard que 
peut subir la propagation de l'onde pulsatîle dans le canal 



(1) Steinee. Grundrùê der Physiologie des Mensoften; zweiie 
Jufiage. Leipzig, 1885. 






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% / 




• • 



Fic,.2. 




W 



Fia 3. 



hiscnptwn phot(xjmphi(fnc de l'ELedfvtouus. 



(91) 

irrégulier coDSlitué par les carotides el le cercle artériel, 
nous n'avoos trouvé à ce sujet aucun renseignement. 

La question a cependant de Timportance, puisque la 
laieor des expériences de Schiff, de Kussmaul et Tenner 
sur raoéaiic expérimentale du cerveau, la théorie ciii- 
nique de la respiration émise par Rosenthai et admise 
aDJourd*huî par la plupart des physiologistes, ont été 
reiii»es en question de différents côtés dans ces derniers 
temps (Mosso, Hoppe Seyler, Herter, Marckwald) (1). 

Labsence de modifications du rhylhme respiratoire à la 
suite de la ligature d'une ou de deux carotides a été 
invoquée contre la théorie de Rosenthai, qui admet une 
corrélation étroite entre le fonctionnement des centres 
respiratoires et les conditions de la circulation encépha- 
lique. On admettait a priori que la ligature des carotides 
devait amener une baisse considérable de pression dans le 
cercle artériel de Willis. 

Nos expériences ont eu principalement pour but de 
vérifier l'exactitude de cette assertion. 

Steiner attribue à la pression artérielle dans le cercle de 
Willis du chien une valeur beaucoup plus élevée (156 mil- 
limètres de mercure) que celle trouvée par nous. Nous 
avons vu, il est vrai, cette valeur atteindre quelquefois 
130 millimètres; mais dans la grande majorité des cas, elle 
o*est que de 80 à 90 millimètres, quelquefois même de 
60 millimètres, alors que la pression dans le bout central 
de la carotide oscille entre 120 et 180 millimètres de mer- 
aire. La valeur de la pression dans le bout périphérique 
renseignée par Steiner serait donc égale à la moyenne de 



(I) Die aihembewegungen und deren innervation beim Kaninchen. 
ZeiUdirin fur Biologie, Bd. XXIII, N. F, Bd. V, 1886. 



(92) 

la pression que nous avons trouvée dans le bout central de 
la carotide. 

La déperdition de pression causée par le maintien de 
l'ouverture des branches externes de la carotide est d'ail- 
leurs très faible. Sous Tinfluence de leur fermeture, la 
pression n*augrrenie que 5 à 7 millimètres de mercure. 

Los branches afférentes du cercle de Willis sont les deux 
carotides internes et les deux vertébrales. La fermeture 
de Tune d'elles doit avoir a priori pour effet de faire 
baisser la pression dans le cercle de Willis et la fermeture 
de (rois d'entre elles; la quatrième, une des carotides, par 
exemple, étant reliée au manomètre, doit amener la pres- 
sion au zéro, à moins qu'il n'existe des branches collaté- 
rales autres que les vertébrales et les carotides. 

Ces branches collatérales supplémentaires existent très 
certainement chez tous les animaux de laboratoire, car 
jamais la pression dans le cercle de Willis n'arrive au zéro 
sous l'influence de la fermeture des quatre branches affé- 
rentes principales. 

Mais leur développement n'est pas le même chez tous 
les animaux, et cela explique pourquoi l'expérience de 
Kussmaul et Tenner, qui consiste à provoquer l'asphyxie 
chez le lapin par la fermeture des vertébrales et des caro- 
tides, ne réussit pas dans tous les cas, et pourquoi elle ne 
réussit qu'exceptionnellement chez le chien. 

Tout au moins devrait-il se produire chez ce dernier 
une dyspnée plus ou moins accentuée sous l'influence de 
cette occlusion. C'est ce qui arrive à la vérité dans quel- 
ques cas, mais cette dyspnée est passagère, et dans la 
grande majorité des cas elle n'existe pas du tout. 

Dans la théorie de Rosenthal, cette anomalie apparente 
devrait être évidemment justifiée par un maintien de la 
pression à son niveau primitif. C'est ce que nous avons 
cherché à vérifier. 



Si chez un chien on isole soigneusement les deux caro- 
tides et les deux vertébrales^ si on ligature les branches 
eilenies d*une des carotides et qu*on mette le bout péri- 
phérique de Tartère ainsi préparée en rapport avec un 
naocmètre à mesurci on obtient la pression dans le cercle 
deWillis. Si maintenant Ton comprime successivement ou 
sinoltanémenl les trois autres branches afférentes acces- 
sibles, on 8*altend à voir la pression diminuer d'une cer- 
taine quantité. 

MaiSy chose remarquable, cette baisse de pression dans 
la plupart des cas n'est que momentanée; bientôt la pres- 
sion se relève jusqu*à revenir à peu près à son niveau pri- 
mitif. 

Cette régulation est d'autant plus parfaite et d'autant 
Hqs rapide que Panimal a été soumis un plus grand nombre 
lie fois à la même expérience, d'autant plus aussi qu'on a 
laissé plus de branches afférentes un peu considérables 
libres de compression. 

Il arrive même que la pression devient plus grande 
après qu'avant là fermeture de l'une des branches affé- 
rentes, et dans certains cas nous avons vu cette pression 
augmenter immédiatement après la fermeture^ de façon à 
dépasser d^emblée et de beaucoup le niveau primitif. 

Ne pouvant consigner ici graphiquement nos résultats, 
nous allons résumer quatre expériences qui peuvent servir 
«le types. 

Noos écarterons dès l'abord les expériences où nous 
avoos obtenu une baisse de pression durable par la ferme- 
tore d'un ou de plusieurs canaux afférents du cercle de 
Willis, les animaux de ce genre rentrant en somme dans 
la catégorie de ceux chez qui réussit l'expérience de 
Kossmaul et Tenner. Nous n'avons d'ailleurs obtenu ce 
résultat qu'une fois dans quinze expériences. 



(.94) 

Type I. — 54 mars 4887. 

Chien ro&le n* VIII; 40 centigrammes de morphine, chloroforme. 

Les branches externes de la carotide droite sont liées, et un mano^ 
mètre introduit dans le bout périphérique. 

Pression : 60 millimètres de mercure. 

On comprime la carotide gauche; la pression baisse de 3 centi- 
mètres, puis remonte légèrement (0>",005 en 50 secondes). On corn- 
prfme la vertébrale gauche ; la pression n^est pas modifiée; on 
comprime la vertébrale droite ; la pression baisse de 4 centimètre, 
puis tend à remonter. On ouvre la carotide droite, la pression 
remonte brusquement a la normale. On ouvre les vertébrales, la 
pression n'est pas modifiée. 

La compression des vertébrales seules ne produit pas d'effet Cette 
compression persistant, si Ton ferme la carotide gauche, la pression 
baisse du coup de 3 centimètres et n'a que peu de tendance à 
remonter. 

Pression dans le bout central de la carotide : 430 millimètres de 
mercure. 

Type II. — 4i avril 4887. 

Chien m&le n<»XII; 40 centigrammes de morphine, chloroforme. 

Les branches externes de la carotide gauche sont fermées. Mano- 
mètre dans le bout périphérique. 

Pression : iiO millimètres de mercure. 

On comprime la carotide dioite; la pression baisse de 40 milli- 
mètres ; puis, en 50 secondes, remonte de façon à n'être plus qu'à 
1 centimètre sous la normale. On ferme alors la vertébrale gauche, 
puis la droite, sans que la pression soit modifiée. On ouvre la caro- 
tide droite et le niveau redevient normal. 

Il n'est plus influencé par l'ouverture des vertébrales. 

1^ fermeture des vertébrales, la carotide droite restant ouverte, 
n'influence en rien la pression. La fermeture des carotides, les verté- 
brales étant comprimées, produit une baisse de pression de i centi- 
mètres; puis la pression tend à se relever légèrement. 

Pression dans le bout central : 180 millimètres de mercure. 



r 



(95) 



Type 111. — 22 mars 1887. 

Chien mâle n* Il ; 40 ccnlîgramoies de morphine, chloroforme. 

La jiressîon dans le eercle de WîUis, prise par la carotide gauche, 
est de 80 millimètres de mercure. 

Oo ferme la earotide droite; ia pression baisse de iO millimètres, 
fms rcmonle et, an bout de 25 secondes, est revenue à la normale. 
Od oaTre; pas de modifîca lions. On ferme la carotide, la pression 
ittîaaede 5 millimètres, puis remonte et, au bout de 12 secondes, 
dépasse la normale de 5 roillimèlres et se maintient à ce niveau. On 
leme la vertébrale gauche, la pression baisse de iO millimètres, puis 
remonte à la normale en 20 secondes. On ferme alors la vertébrale 
droite, la pression baisse de 25 millimètres et, pendant 90 secondes 
environ, ne parvient à remonter que de iO millimètres. 

Pression dans le bout périphérique : i 60 millimètres de mercure. 

Koos n^aYons pas la prétention d'établir ici trois types 
iovariables. 

Il existe, comme on peut le voir, des transitions d'un 
type i Tautre, et, d'ailleurs, tel chien qui, au début d'une 
expérience, ne possédait qu'une régulation imparfaite 
comme le type I, montrait à Ja fin une régulation tout 
aossi parfaite que le type III. Il est donc vraisemblable 
que cette régulation dépend, au moins en partie, du cali- 
bre des voies collatérales, el que celui-ci devient assez 
grand au bout de quelques expériences, sous l'influence 
de l'augmentation de pression centrale qui résulte de la 
fermeture d'une des branches afl'érentes, pour permettre 
à ia pression de se relever dans le cercle de Willis. C'est 
par des transitions également que l'on arrive au type de 
relation que nous allons décrire. 



(96) 



Type IV. — 28 mars 4887. 

Chien mftie n« V; 40 centigrammes de morphine, chloroforme. 

Pression dans le bout périphérique de la carotide gauche : 90 mil- 
limètres; après fermeture des branches externes de la carotide : 
97 milimctros. 

On ferme la carotide droite; la pression baisse de 35 millimètres, 
puis remonte rapidement vers la normale; après 39 secondes, elle 
n*en est plus éloignée que de tt millimètres. 

On ouvre la carotide droite; la pression remonte de 7 millimètres, 
puis baisse et revient à la normale. Nous répétons la même expé- 
rience avec les mêmes résultats, plus accentués L*animal est laissé 
tranquille pendant 5 minutes; puis nous fermons la carotide droite. 
La pression augmente rapidement et, au bout de iO secondes, est à 
20 millimètres au-dessus de la normale. Nous ouvrons alors la carotide 
droite ; la pression baisse graduellement et revient à la normale en 
30 secondes. Une nouvelle tentative donne le même résultat; une 
troisième aussi; seulement, la baisse de pression que nous avions 
constatée à Touverturc est précédée d'une légère ascension et, d'une 
façon générale, se fait beaucoup plus rapidement. 

Cette régulation paradoxale s'accentue de plus en plus et, au bout 
de â m'uutes, rocclusion de la carotide droite produit dans le cercle 
de Wlllis une augmentation de pression de 40 millimètres, 

La carotide droite étant ouverte, Tocclusion des vertébrales donne 
une légère baisse de pression (iO millimètres) et, cette occlusion se 
maintenant, si nous comprimons la carotide droite, Taugmentation de 
pression ne se produit plus, mais est au contraire remplacée par une 
baisse de 20 millimètres. La pression tend cependant à remonter et, 
après 20 secondes, elle Ta fait de 40 millimètres. Nous ouvrons alors 
les vertébrales ; la pression monte de 25 millimètres ; nous ouvrons 
la carotide droite ; la pression baisse rapidement et, en iO secondes, 
est arrivée à 20 millimètres au-dessous du niveau qu'elle occupait 
avant l'ouverture, puis elle remonte un peu pendant une minute. 

Nous fermons la carotide droite et la pression remonte de 30 mil- 
limètre et se maintient à ce niveau. 

Pression dans le bout central : 14 millimètres de mercure. 



r 



( 97 ) 

Noos n'avons pu obtenir ce singulier phénomène dans 
loole sa pureté que chez deux chiens intacts; nous voyons 
d*ailleon$ que celle régulalion paradoxale nVst que l'exa- 
gération de celle que nous avons conslatée à la fin chez 
le$ trois premiers types, et qui s'est montrée au début chez 
le type IV. 

A quoi tient cette régulation? Nous devons dire tout 
d'abord que chez des chiens à pneumogastriques coupés, 
qai oe présentaient avant celte opération qu'une régulation 
imparfaite comme celle du type I, nous avons observé une 
fois la régulation du type 1(1, une autre fois celle de type IV. 

Chez tous les chiens, d'ailleurs, le manomètre introduit 
daDS le bout central de la carotide montre que, sous Tin- 
floence de rocclusion d'une branche considérable telle que 
la carotide de l'autre côté, la pression augmente considé- 
rablement (40 millimètres), que les vertébrales soient liées 
OD non. Cette augmentation est tout aussi durable que celle 
que Ton obtient dans les mêmes conditions si l'on explore 
la pression dans le cercle de Willis des chiens du type IV. 
La fermeture de branches moins déjreloppées, celle des 
vertébrales, par exemple, n'a que peu ou point d'influence 
»ar la pression dans le bout central de la carotide. 

En même temps que cette augmentation de pression, on 
obsene une accélération, assez faible, il est vrai, des batte- 

» 

ments cardiaques (117 pulsations à la minute au lieu de 
105). 

La régulation de la pression dans le cercle de Willis 
dépend donc bien certainement de l'augmentation de 
pression qui se produit en amont du point observé du 
vaisseau afférent. 

Si ce vaisseau est la carotide, cette augmentation est 
considérable et peut dans certains cas dépasser la quantité 

3** SÉRIE, TOME XIV. 7 






(98) 

exigée par une compensation parraite; si c'est la vertébrale, 
elle est faible ou nulle. 

Si les voies collatérales restées perméables sont assez 
larges, la pression dans le cercle de Willis pourra, soit res- 
ter la même, soit devenir plus forle qu'auparavant. Si ces 
voies ne sont pas suffisamment étendues, la pression bais- 
sera dans le cercle de Willis. Mais dans la grande majorité 
des cas, la dilatation qui se produit dans les voies collaté- 
rales par la répétition ou la prolongation de Texpérience, 
sera grande assez pour que la pression ne baisse plus 
dans la suite sous l'influence de la fermeture de la caro- 
tide. 

Quand l'augmentation de pression dans le bout central 
de la carotide est plus forte que ne le ferait supposer la 
fermeture de la carotide du côté opposé, et que cette 
augmentation se maintient quelques secondes après la 
réouverture de cette même carotide, on observe, préala- 
blement à la chute de la pression dans le cercle de Willis, 
une augmentation passagère. 

Nous ignorons encore à quoi peut être due l'augmen- 
tation de pression si considérable dans la régulation para- 
doxale du lY. Peut-être faut-il la rattacher à la légère 
augmentation du nombre des pulsations que nous avons 
constatée sous l'influence de la fermeture de la carotide. 

Ces résultats expliquent évidemment pourquoi, en admet- 
tant la théorie de Rosenlhal, l'expérience de Kussmaul et 
Tenner ne réussit le plus souvent pas chez le chien. 

La vitesse de la propagation de Tonde pulsatile doit 
être beaucoup moindre dans le canal irrégulier formé par 
la carotide d'un côté, le cercle de Willis et la carotide de 
Tautre côté, que dans les autres artères du corps où le 
calibre va en diminuant régulièrement. Chez les grands 



r 



(99) 

chiens qui nous servent au laboratoire, la circonférence 
moyenne intérieure des carotides à la région cervicale est 
de 1 centimètre, celle des communicantes antérieures du 
cercle de Wiliis de 3 millimètres, celle des fémorales de 
<5 millimètres. 

Liotercalation entre deux artères aussi volumineuses 
qoe les carotides d'un canal aussi étroit que le cercle de 
Wiliis, doit augmenter considérablement les résistances. 
Le fait seul qu'il est pour ainsi dire impossible d'obtenir 
QD tracé sphygmographique du bout périphérique de la 
carotide, montrant nettement le dicrotisme, suffirait déjà à 
le démontrer. 

Le tracé ci-joint montre que le retard éprouvé par l'on- 
dée sangnine pour se propager de l'aorte à travers le 
eeftie de Wiliis, est égal à celui qu'elle éprouve pour arri- 
ver à la fémorale. 

Chez le chien sur lequel ce graphique a été obtenu, la 
distance de la fémorale à la crosse aortique était de 
S5 centimètres; celle de la crosse au bout central de la 
carotide de 15 centimètres ; celle de la crosse à la base 
do crine de 30 centimètres ; de la base du crâne au cercle 
de Wiliis, de 25 centimètres; entre les deux carotides dans 
le cercle de Wiliis, 1 centimètre; de la base du crâne au 
iMHit périphérique de la carotide, 6 centimètres. Il en 
résulte que la distance â parcourir par l'ondée sanguine 
poor arriver aux sphygmoscopes pisrcés dans le bout péri- 
phérique de la carotide et le bout central de la fémorale, 
était respectivement de 29 et de 40 centimètres plus 
grande que celle qu'elle devait parcourir pour arriver au 
sphjgmoscope placé dans le bout central de la carotide. 
Pour parcourir ces distances, elle a mis de 4 à 5 cen- 
tièmes de seconde. 
La vitesse était donc : 



( «00 ) 

De la crosse à la fémorale 

40 X iOO 



4.5 



= 8»88. 



De la crosse au bout périphérique de la carotide par le 
cercle de Willis 

29 X 100 



4.5 



= 6"»44. 



Nouvelles recherches sur le spectre du carbone; par 

Charles Fievez. 

Quoique le spectre du carbone se trouve parmi les 
spectres les plus étudiés par les chimistes et les pbysi- 
ciensy les opinions sont encore divisées sur sa nature, les 
uns attribuant au carbone un spectre spécial^ différent de 
celui de ses composés hydrogénés, et les autres considérant 
le spectre des composés hydrogénés du carbone comme 
celui de cet élément. 

Il en résulte que le spectre des comètes (identique au 
spectre des flammes bydrocarbonées) et les spectres de cer- 
taines (1) étoiles, peuvent être considérés comme indiquant 
la présence soit du carbone seul, soit des composés hydro- 
génés de cet élément. 

Bien que les expériences citées par les observateurs à 
l'appui de leurs conclusions semblent à Tabri de toute 
critique, la divergence de ces conclusions permet cepen- 
dant de croire que certains faits ont été mal interprétés. 

Aussi nos recherches ont-elles été entreprises, non pour 

(I) DÛNBR, Sur les étoiles à spectres de la troisième classe, p. 122; 
1884. Académie des sciences de Suède. 



.•• • •• * . » 



k k 



( 101 ) 

vérifier celles des savants qui se sont occupés de la ques- 
tion, mais plutôt pour examiner la valeur des conclusions 
tirées des Taits observés. 
Elles ont porté sur trois points controversés, savoir : 

a) Le carbone a-t-il un spectre différent de celui de ses 
composés hydrogénés? 

b) Ijes composés hydrogénés du carbone ont-ils un 
spectre spécial, différent de celui du carbone pur? 

c) Le carbone possède-t-il plusieurs spectres distincts? 
D'après AngstrSiH (1) et Huggins (2), le carbone exige 

one décharge électrique disruptive pour amener la produc- 
tion de son spectre réel, presque semblable à celui de 
l'hydrogène, et caractérisé par la présence d*une forte raie 
ronge un peu moins réfrangible que la raie C. 

L'arc Tollaïque ne donne pas, selon Ângstrôm, le spectre 
propre du carbone, mais. seulement ceux des carbures 
dliydrogène et du cyanogène. 

Les ex|)ériences de Piazzi Smyth (3) confirment celles 
iTAngstrôm et de Huggins. Un spectre, consistant princi- 
palement en une double raie rouge située près de la raie 
C de rhydrogène, a été observé par ce savant en faisant 
éclater une étincelle condensée entre deux électrodes de 
carbone. 

Cette expérience peut être aisément répétée en observant 



(1) AliasTftÔM. Recherches sur le spectre solaire, p. 58, 1868. — 
Beekerckes sur les spectres des métallMes, Nova Âcta Upsaliensis, 
IS75. 

(i) RuociHS. On the spectrn ofsotne of the stars and nebulae. Philo- 
sopfaical Transactions, vol. tK8, p. 1555. 

(3) PiAZZi Smtth. Carbon and carbohydrogcn fpectra, Philosoph. 
Magazine, 5* série, vol. 8, p. 1 17. 



< 102 ) 

dans Tair le spectre cfune forle étincelle électrique (i) 
éclatant entre deux électrodes de charbon (tels que ceux 
employés pour la lumière électrique) de 3 millimètres de 
diamètre, terminées en pointe et distantes l'une de Tautre 
de 3 à 4 millimètres. 

Le spectre, observé avec un spectroscope d*une disper- 
sion équivalente à six prismes de flint, est alors constitué 
par deux raies rouges très brillantes, très voisines Tune de 
Tautre et très proches de la raie C, deux raies brillantes 
dans Torangé, et un grand nombre de raies dans le vert. 

Si Ton dispose Texpérience de manière à faire passer 
rétincelle entre les électrodes de carbone placées dans 
rhydrogène, à la pression de 700 à 1000 millimètres, on 
remarque, avec Huggins, qu'une seule des deux raies 
rouges est visible, les autres raies ayant disparu. 

On constate encore qu'une seule des deux raies rouges 
est visible, en plaçant les deux électrodes de carbone dans 
une flamme d*bydrogène brûlant à l'air libre (on observe 
de plus l'apparition des bandes carbonées). Mais,en plaçant 
les deux électrodes dans l'air très raréfié (pression 40 mil- 
limètres) et desséché, on observe, par contre, la disparition 
totale des deux raies rouges, quelle que soit C énergie de 
rétincelle électrique, ce qui semble indiquer qu'aucune de 
ces deux raies n'appartient au spectre du carbone. 

Remplaçant alors les électrodes de carbone par des fils 
d'aluminium et opérant à Taîr libre, on reconnaît que le 
s|)ectre, observé dans ces conditions, est absolument sem- 
blable, sauf une raie rouge, au spectre de rétincelle éclatant 
entre les deux électrodes de carbone, c'est-à-dire constitué 
par une raie rouge très brillante, deux raies dans l'orangé 
et un grand nombre de raies dans le vert. £n superposant 

(I) Produite par une bubine munie d*un grand condensateur. 




( «03) 

le spectre solaire, on 8*assore que la raie rouge coïncide 
fxaclement avec la raie C de Thydrogèoe. 

Cette expérioDce démontre que toutes les raies, sauf 
aoe, du spectre présumé du carbone, sont étrangères au 
spectre réel de cet élément. 

Il s'agit maintenant de déterminer l'origine de la seconde 
raie rouge. 

A celte fin, on observe le spectre de rétincelle éclatant 
i Pair libre entre deux électrodes de carbone de 1 milli- 
mètre de dhmèire^ en ëuperposani ce spectre sur te spectre 
solaire^ et on constate que Tespace obscur séparant les 
deux nies rouges coïncide exactement avec la raie noire C 
do spectre solaire. 

Et, par un examen attentif, on acquiert la certitude que 
les deux raies rouges, séparées par un espace obscur, con- 
stituent dans leur ensemble le renversement de la raie 
rouge de Thydrogèue, renversement formé par une raie 
Doire au milieu d'une raie brillante très élargie, c*est-à- 
dire présentant la même apparence que deux raies bril- 
hntes très proches séparées par un espace noir. 

Cette dernière expérience n*est pas sans présenter 
quelques difficultés d*observation, à cause des change- 
ments de rérrangibilité qui se produisent sous Tinfluence 
de rétincelle d'induction. 

Aussi, pour toute certitude, j'ai employé successivement 
des spectroscopes de construction difléren te, notamment 
le spectroscope à demi-prismes de Christie et le speclro- 
8C0|je i réversion de Young, en disposant les électrodes de 
carbone tantôt suivant la longueur de la fente des spec- 
troscopes, tantôt transversalement à cette longueur, en 
employant la méthode de projection, c'est-à-dire en pro- 
jetant sur la fente du spectroscope, au moyen d'un objec- 
tif, une image des électrodes et de l'étincelle. 



( 104 ) 

Je crois donc pouvoir conclure que le spectre spécial 
attribué au carbone n'appartient pas à cet élément chimique. 

Examinons maintenant les raisons qui s'opposent à 
considérer le spectre des composés hydrogénés du carbone 
comme le spectre du carbone pur. 

Swan (i), en 1856, avait déjà remarqué que les raies 
brillantes du spectre d'un hydrocarbure sont identiques 
aux raies similaires du spectre d*un oxycarbure, Féclat 
des raies variant avec la proportion de carbone brûlé, et le 
nombrpdes raies avec l'intensité lumineuse. 

Ensuite, Allfield (2) avait conclu que ce spectre est 
celui du carbone, puisqu'il peut être observé dans tous les 
composés du carbone, quelles que soient les forces élec- 
triques ou chimiques qui en déterminent Tincandescence. 

c Si c'est bien la vapeur du carbone qui est en jeu, dit 
Morren, on doit toujours rencontrer le même spectre 
lorsqu'on rend libre le carbone par la décomposition d'un 
composé où il entre comme élément, quel que soit d'ailleurs 
le corps auquel il est uni (3). » 

Dibbits (4), Lielcgg (5), Lockyer (6), partagent aussi 



(I) Swan. On Ihe prismatic spectra ofiheflame of compaundt of 
Carbon and hydrogen, Edinburgh Philos. Trans., t. XXI, p. 411. 

(3) Attfield. On Ihe spectrum of carbon. Philos. Traos., vol. 1S3, 
p. 2ât. 

(5) MoRKBN. De la flamme de quelques gaz carbures Annales de 
chimie et de physique, 1865, p. 305. 

(i) Dibbits. Ueber die Spectra der Flammen einiger Gaz. Poggen- 
dorfs Annalen, tome CXXII, p. 497. 

(5) LifiLEGG. Contributions to Ihe knowledge, etc. Philos. Magazine, 
4« série, l. XXXVII. p. 308. 

(6) Loc&TBR. ^lote on the spectrum of carbon, Proceedings Roy. 
Soc., vol. 30, p. 335. 



r 



( *os ) 

oeUe opioion, en $*appuyan( sur Téclal avec lequel ce 
spectre se développe lorsque le cyanogèoe est brûlé dans 
foijgèoe, et lorsque Félincelle électrique passe dans le 
CTaoogène» le tétrachloride de carbone, Toxyde carbonique 
i haute pression, tous ces gaz étant desséchés avec le plus 
gnnd soin. 

Mais d'autre part, Plûcker (I) aiSrme que les conoposés 
do carbone peuvent donner naissance à des spectres appar- 
leoaut à quatre types différents; Angstiôra et Thalèn (2) 
M>oliennent que le spectre des oxycarbures est différent de 
eelui des hydrocarbures et que le spectre à bandes, tel 
i)Q*îl est observé dans Tare vollaïque, appartient aux car- 
bures d'hydrogène et au cyanogène; Hasselberg (3) con- 
dot que le spectre de tous les composés bydrocarbonés se 
rapporte avec une grande probabilité à celui de Tacétylène. 

Eolin Liveîng, Dewaar (4) et Piazzi Smylh (5), arrivent 
aux conclusions d'Angslrôni en s'appuyant sur le Tait que 
le spectre à bandes est toujours bien développé dans les 
circonstances où Ion sait qu(; les hydrocarbures sont pré- 
scDtSy et sur Timpossibililé d'exclure toute trace d^hnmidité, 
par conséquent toute trace d'hydrogène, dans les autres 
cas. 

Oo voit par cet exposé que la raison principale qui 



[i) Plôckib. On the spectra of igniled gazes. Pbilosoph. Trans.» 
I86S, Tol. 455, p. t. 
(3) Amgstbôii. ReeftercheM sur le spectre solaire, 1 808. 

(3) H ASSELMERG. Uebtr die spectra der Cornet en, 1880. 

(4) LiTimo et Dbwaak. On the spectra ofthe compounds of carbon. 
Proeeedings Roy. Soc., vol. 30, p. i5â. 

(5) Puni Smttb. âticrometrical measwes of gascons spectra. Tran- 
sactions. Aoy. Edinborgh Soc, vol. 53. 



( i06 ) 

s'oppose à considérer le spectre des composés bydro* 
gênés du carbone comme étant celui du carbone pur, 
consiste dans Timpossibilité d'éliminer toute trace d'hy- 
drogène des corps et des appareils employés dans les 
recherches. 

Je crois cependant qu'il est un appareil qui, plus que 
tout autre, par les nécessités de son emploi, satisfait en 
partie à cette condition : c'est la lampe à incandescence à 
lilament de charbon, car les gaz occlus dans ce filaqient 
sont éliminés en portant celui-ci à l'incandescence, pendant 
qu'un vide aussi parfait que possible est déterminé dans 
l'appareil. 

Pour étudier le spectre du carbone dans des lampes 
ainsi construites, il faut pouvoir observer VignUion instan- 
tanée du filament [lorsqu'il est traversé par un courant 
électrique d'intensité croissante] au moyen d'un spec- 
troscope de faible dispersion et de préférence à vision 
directe. 

Au moment de Tignition, une vive lumière illumine 
soudainement le champ du spectroscope, et le carbone vola- 
tilisé se dépose sur les parois intérieures de la lampe; ce 
n'est qu'après quelques essais infructueux qu'on parvient 
à observer le spectre du carbone et à constater qu'il est 
absolument semblable au spectre des flammes hydrocarbo- 
nées et au spectre des comètes, observés avec le même 
spectroscope. 

Lorsque les lampes à incandescence sont ainsi brûlées, 
il arrive fréquemment qu'une petite portion du fliament 
est seule détruite, de manière que les deux extrémités 
restantes peuvent alors être employées comme électrode.^. 

En faisant passer entre ces deux électrodes une faible 
étincelle d'induction, on vérifie l'expérience précédente 



( 107) 
dans de meilleares conditions d'observation, et on s'assure 
eocore que le spectre est bien identique à celui des hydro- 
carbures. 

Je considère néanmoins cette expérience comme moins 
probante que la précédente, car en admettant qu'une faible 
trace d'hydrogène soit encore présente dans l'appareil^ cette 
faible trace serait insuffisante pour produire, lors de Vigni-- 
liondn filament de charbon, un spectre d*bydrocarbure d'un 
éclat suffisant pour être visible, tandis qu'un pareil spectre 
iiourraii être produit avec Tétincelle éclatant entre les 
deux portions du filament. Cependant Téclat du spectre 
observé, dans la seconde expérience, est tel qu'il ne permet 
pas de l'attribuer à la présence de faibles traces d'hydro- 
carbures. 

fie Tensemble de ces ex|)ériencc$, je crois pouvoir con- 
dare, avec une grande probabilité, que : 

Ooiis rélat actuel de nos connaissances ^ le carbone na 
pas de spectre différent de celui de ses composés hydro- 
génés. 

Mais il ne s'ensuit pas que toutes les raies ou bandes 
visibles dans les spectres des principaux composés car- 
booés, autres que les hydrocarbures, appartiennent au 
spectre du carbone, car il faudrait pouvoir établir que le 
spectre de cet élément, dans les conditions où je Tai étudié, 
est constitué par une partie ou par toutes les bandes 
signalées dans les spectres de ces composés. J'espère pou- 
voir disposer bientôt des moyens suffisants pour entre- 
prendre ce travail. 



(108) 



GL/iSSE DES LETTRES. 



Séance du 4 juillet 4881. 

M. B0RMAN8, vice-directeur, occupe le fauteuil. 
M. L1A6RE, secrétaire perpétuel. 

Sont présents: MM. Cb. Faider, le baron Kervyu de 
Lellenhove, Tb. Juste, Alph. Waulers, Alpb. Le Roy, 
P. Willems, G. Rolin-Jaequemyos, Cb. Piot, Cb. Potvin, 
J. Stecber, T.-J. Lamy, Aug. Scbeler, J.Gantrelle, Cb. Loo- 
mans, Tibergbien, L. Roersch, membres; J. Noietde Brau- 
were van Steeland, Alpb. Rivier, M. Pbilippson, associés ; 
A. Henné, A. Van Weddingen et le comte Goblet d'AI- 
viella, correspondants. 



CORRESPONDANCE. 



La Classe apprend, avec un vif sentiment de regret, la 
perte qu'elle vient de faire en la personne de Tun de ses 
associés, M. Ludolpbe Slepbani, conseiller impérial de 
Russie, décédé récemment à Kurziicb. 

— S. A. R. Mgr. le duc d'Aumale accuse réception de 
son diplôme d'associé. 



r 



( 109 ) 

— Sor llnvitation de la Société d'Émulation de Bruges, 
li Classe délègue un de ses membres, M. Piot, pour la 
représenter au Congrès de la Fédération historique et 
archéologique de Belgique, dont la session s'ouvrira dans 
la même ville, le S2 du mois d'aoûtprochain. 

— M. le Ministre de TAgriculture, de l'Industrie et des 
Traiaoi publics envoie, pour là bibliothèque de TAcadé- 
mie, les ouvrages suivants : 

1* L'amiral Georges van Spilbergen et son temps, par 
Alphonse de Decker; 

2" LÉgtise et Vordre social chrétien^ par Pierre De 
Deeker; 

5* La principauté d'Archaîe et de M orée (1204*1430), 
parCh.-A. Beving; 

4* Bibliotheca Belgica, publiée par F. Vander Haeghen, 
livraisons 73 à 78 ; 

5* Middelnederlands Woordenboek, van E. Verwijs en 
J. Verdam, 2* deel, 9**' en 10* aflevering (Gebuur-Gelove.) 
— Remerciements. 

— A la demande du même haut fonctionnaire précité, 
la Classe émet un avis favorable sur le buste en marbre de 
M. L-P. Gachard, que M. Fraikin vient d'exécuter pour la 
galerie des bustes des académiciens décédés qui ont rendu 
d'importants services au pays. 

— Hommages reçus : 

1* Géographie et histoire des communes belges : canton 
de Léauy par Alph. Wauters (avec une note qui figure 
ci-après); 



(HO) 

3® L'agnosticisme contemporain dans ses rapports avec 
la science et avec la religion^ par Tiberghieo ; 

3* Épislémonomie ou tables générales d'indications des 
connaissances humaineSy par feu Ph. Vandermaelen. Pré- 
senté par M. Wauters avec une note qui figure à la p. 120; 

4® a) Sulla topografia antica di Palermo dal secolo 
X* al XV"; b) Saggi di critica religiosa e filosofica^ par 
V. di Giovanni, associé à Palerme. Présentés par M. Le 
Roy avec une note qui iigure ci-après. 

5"* Principes de la politique, par Franz de HoItzendorfT; 
traduit de l'allemand par M. Ernest Lehr. Présenté par 
M. Rivier avec une note qui figure ci-après. — R^niercie- 
ments. 



NOTES BIBLIOGRAPHIQUES. 

Notre savant et Técond associé sicilien, M. Vincenzo di 
Giovanni, ne laisse pas sVcouler une année sans nous 
donner plusieurs fois signe de vie. Il nous présente aujour- 
d'hui deux nouveaux opuscules qui se recomnriandent à 
des titres bien différents. Je ne les analyserai pas; je me 
contenterai d'en signaler l'intérêt. 

En voici les intitulés : 

Sulla topografia antica di Palermo del Secolo oc"* al 
xt?"". — Saggi di critica religiosa e filosofica. 

L'attrait du premier est avant tout local. L'auteur y 
poursuit ses curieuses études sur la topographie du vieux 
Palerme, avec ce soin de l'exactitude et ce souci des 
moindres détails dont les patients fouilleurs d'archives 
connaissent seuls tout le prix. Les recherches de M. Gio- 



( 1*1 ) 

vdiiiii foni pcDser à celles des géologues, qui relrouvont 
dans les stratifications du fous-sol les éléments de This' 
Koirede notre planète. Peu de villes ont été, autant que la 
capitale de la Sicile, successivement habitées, colonisées 
00 conquises par des populations appartenant aux races 
les plus diverses : les Phéniciens, les Grecs et les Romains 
ont passé par là, et après eux les Arabes, les Normands, 
les Italiens, les Espagnols, les Slaves, que sais-je? chaque 
flot laissant, en se retirant, des épaves, chaque domination 
nouvelle marquant ses reconstructions du sceau de sa 
religion et de ses mœurs, rebâtissant sur des ruines une 
dtc splendide, elle-même destinée à ne rester debout que 
dans quelques vieilles murailles, témoins muets d'une civi- 
lisation disparue. M. di Giovanni ne s'est pas seulement 
occupé des monuments : il n'a visé à rien de moins, dans 
le mémoire que nous avons sous les yeux, qu'à ressusciter 
tous les quartiers et jusqu'aux rues et aux boulevards du 
Palerroe du moyen âge, depuis le XH'' jusqu'au XV"* siècle, 
d'a|irës des documents manuscrits authentiques, publics 
oii privés, qu'il résume méthodiquement, par un travail 
minutieux qui rappelle les procédés de notre honorable 
confrère M. Alph. Wauters. On a beaucoup écrit sur 
l'histoire des villes italiennes; néanmoins il est à constater 
que le plan adopté par M. di Giovanni est une innovation 
dans son pays. L'auteur se promet bien de ne pas s'en 
tenir là : j'apprends qu'il prépare un travail spécial sur les 
Palermitains eux-mêmes, aux différentes périodes de leurs 
annales. Cette fois nous aurons plus qu'une étude locale : 
noQs aurons une contribution iniportante à l'histoire des 
peuples méditerranéens. Maintenant le théâtre est décrit : 
les acteurs vont entrer en scène. 
Le second ouvrage dont je viens de dire un mot atteste 



( <«2J 

que, pour s*éirc Tait archéologue par patriotisme, M. di 
Giovanui n*a pas cessé de se tenir au courant du mou- 
vement religieux et philosophique si accentué de nos 
jours, depuis que le génie de la critique a tout ébranlé, 
tout remis en question. Le professeur sicilien vient de 
réunir en un volume une série dressais, qui ont vu le jour 
pour la première fois dans la Rassegna nationale, de 
Florence. Uhistoire des religions^ qui commence à être 
partout à Tordre du jour, y tient une plus grande place 
que la métaphysique, objet principal, jusqu'ici, des médi- 
tations de réminent disciple de Miceli. Je signalerai 
d'abord quelques pages sur des lectures faites à Oxford 
et à Londres par un savant hollandais, M. A. Ruenen, el 
répandues en France par la traduction par M. Maurice 
Vernes. Il s'agit de l'élément d'universalité qui se révèle 
dans les grandes religions à côté de leur caractère national^ 
et qui a finalement atteint dans le christianisme sa plus 
complète expansion. C'est à ce point de vue que l'auteur se 
place pour faire ressortir, en remontant jusqu'à Abraham, 
les points de contact de Tlslam, du Jahvisme et de la pré- 
dication du Christ. Si le livre de M. Kuenen était animé 
d'un souffle de foi, M. di Giovanni y verrait une sorte de 
Préparation évangélique au sens d'Eusèbe. Le Bouddhisme 
est touché en passant ; contrairement à Tavis de certains 
critiques, M. Kuenen estime que ses origines n'ont rien 
de commun avec celles du christianisme. 

Dans les autres essais, consacrés aux derniers travaux 
de MM. Ad. Franck, L. Ferri (ici la métaphysique reprend 
ses droits), Ernest Havet, Ernest Renan, La Banca et 
Albert Réville, les grandes controverses modernes sont 
exposées avec une bonne foi qui témoigne chez Tauteur 
de l'amour le plus sincère de la vérité, ce qui ne Tempèche 
pas de laisser transparaître ses fortes convictions person- 



(H3) 

Belles, notamment quand il prend à partie le professeur 
de Rome, M. La Banca. Encore une fois, je ne puis entrer 
dans des détails : un seul mot résumera tout Touvrage. La 
préoecopation dominante de M. di Giovanni est de pré- 
mollir le public contre Tabus de la critique, laquelle, selon 
loi, en est venue à dogmatiser en se permettant des néga- 
tions à priori, et s*est trop souvent laissé envahir par l'es- 
prit de système, sans souci des données positives de 
lliistoire. âlph. Le Roy. 



Le volume que j'ai l'honneur de présenter à la Classe 
(Belgique ancienne et modemcj arrondissement de Lou^ 
taîHy 5* livraison) contient la description du canton de 
liau, l'une des parties de Brabant dont l'histoire est la 
plos intéressante. On y trouve, en effet, à côté des localités 
dont le passé féodal est des plus curieux, comme Rummen 
61 Donnaei, an bourg qui a jadis été une commune 
remuante, one forteresse entourée de puissants remparts, 
00 centre de commerce très actif, et qui, aujourd'hui 
eocore, attire le voyageur par la profusion des richesses 
archéologiques de son église paroissiale, devant laquelle 
s'élève un gracieux hôtel de ville en style renaissance. 

J*ai déjà eu l'occasion, il y a dix-neuf ans, de vous faire 
conoaltre le nom de l'artiste auquel on doit le célèbre 
tabernacle de Léau, ce triomphe delà renaissance flamande, 
ce joyau que l'on avait trouvé trop beau pour être d'un 
Belge. Le travail que je vous offre aujourd'hui établit, 
d'ooe manière positive, deux circonstances de la plus haute 
importance pour Phistoire de Léau, c'est que son origine 
remonte ^u moins à l'époque romaine, et que sa prospérité, 
ao moyen âge, eut pour principaux aliments : d'une part, 
le commerce par eau qui s'y faisait avec les villes de la 

3"* SÉKIE, TOME XIV. 8 



(114) 

vallée du Démer et de la vallée de TEscaul et, d'autre 
part, le commerce par terre qui répandait dans le pays de 
Liège les marchandises arrivant par eau de Pavai. Pour 
ceux qui sont habitués à contempler dans la rade et les 
bassins d'Anvers de gigantesques steamers el de magni- 
fiques trois-màls, la navigation s*opérant dans d'étroites 
rivières pourra paraître pins que modeste; il ne faut pas 
s'arrêter à cette idée. Si cette navigation était moins 
importante, elle était cependant très active et elle enri- 
chissait la contrée voisine du Démer. A en juger par les 
chiffres que j'ai recueillis et qui concordent entre eux d'une 
manière parfaite, quoique puisés à des sources différentes, 
les petites villes el les villages situés près des rivières 
citées plus haut, en aval de Léau, nourrissaient une popu- 
lation très dense et se trouvaient en général dans une 
situation très favorable. 

Pour ce qui est de Tanliquité de Léau, elle avait déjà 
été soupçonnée, et il se rattachait, aux commencements de 
cette ville, des traditions, je n'ai pas besoin de dire qu'elles 
sont fabuleuses, dont on trouve un écho dans Tœuvre de 
Jean d'Outre-Mense. Elles se rattachent à une colline, 
située à une demi-lieuc environ au N -N.-E. de Léau et 
connue encore sous le nom de Casteelbergh (la Montagne 
du château). Il n'y a eu là ni un poste fortifié, ni une 
habitation féodale, mais simplement des ruines dont les 
derniers vestiges ont disparu au commencement de ce 
siècle, et dont une partie a été remblayée il y a environ 
160 ans, pour que les malfaiteurs et les vagabonds n'y 
trouvent plus un asile. Ces constructions inconnues à l'his- 
toire remontent évidemment très haut; elles sont, selon 
toute apparence, un souvenir de plus de l'existence sur 
notre sol du peuple-roi. Alphojnse Wauters. 



( *<5) 

Les études de M. le baron de Holtzendorff sur les Pm- 
cipi$ de la politique ont paru, en première édition, en i 869; 
la traduction dont notre savant confrère fait honimage à 
PAcadémie, et qui est due à la plume très habile de 
M. Ernest Lehr, forme en réalité une édition nouvelle, qui 
est la troisième. Ce succès d'un livre de théorie, sur une 
matière que Ton n'est point habitué à voir traitée scienti- 
fiquement, est pleinement justifié; M. de Holtzendorff y 
déploie la richesse d'idées, la hauteur de vues, l'esprit large 
et lumineux que nous lui connaissons depuis longtemps; 
et si la lecture n'en est pas toujours facile, personne ne 
regrettera de l'avoir entreprise; on la poursuivra jusqu'au 
bout, la plume à la main, et on en tirera grand profil. 

L'auteur étudie d'abord l'objet de la politique, envisagée 
comme science du gouvernement et comme art de gou- 
verner; puis le principe juridique et moral de la politique ; 
enfin la mission de l'État, considérée comnie principe de 
la politique. Il passe en revue, en les soumettant à une cri- 
tique approfondie, les diverses missions idéales que l'on a 
voulu assigner à TËtat : la réalisation du bien public au 
moyen d*une tutelle générale exercée par le gouvernement 
sur les citoyens, vieille et énervante doctrine dont les effets 
subsistent dans quantité de nos institutions; la mission ilc 
la garantie des droits individuels, théorie moins arbitraire 
que la précédente, mais tout aussi erronée dans son exa- 
gération, d'après laquelle € le centre de tous les intérêts 
publics, le but et la fin de toute activité gouvernementale, 
est la liberté de l'individu, que l'État est impuissant à 
rendre heureux d'autorité, et qui doit être reconnu maître 
de son sort »; la réalisation de la loi morale, mission 
moralisatrice qui est ou bien rationaliste ou bien ecclé- 



(H6) 

siaslique et théocra tique. Cet examen aboutit à constater 
que c toutes ces conceptions du rôle de TÉtat, de sa mis- 
sion, de son but, manquent de précision », que, c nées de 
réflexions abstraites sur i*État, elles ne s'adaptent que 
médiocrement aux phases du développement politique de 
notre époque et aux États actuellement existants. > 

Aux missions idéales, M. de Hoitzendorff oppose la mis- 
sion réelle : € Il est clair que le but matériel de l'activité 
de rÉtatdoit être indiqué par les sentiments intimes delà 
nation tout entière, et non pas seulement d'après les 
données théoriques d*un idéal de l'État ou les exigences 
égoïstes des partis. La politique n'a à prendre en considé- 
ration comme situation donnée, comme fait acquis, que les 
idées qu'en réalité le peuple se fait de la mission de 
l'État. > Considérant les nations, de civilisations en somme 
assez égales, qui forment le domaine du droit des gens dit 
européen, M. de Holtzendorfl* constate que, chez elles, la 
mission réelle de l'État porte sur les trois objets suivants : 
organisation de la puissance nationale, garantie des droits 
individuels, perfectionnement social. 

C'est bien ce que la constitution de 1871 indique comme 
triple but de l'empire allemand : protection du territoire 
national, protection du droit en vigueur sur ce territoire, 
développement de la prospérité publique en Allemagne. 
C'est aussi ce qu'exprime la constitution actuelle de la 
Confédération suisse, en déclarant que la Confédération 
a pour but d'assurer l'indépendance de la patrie contre 
l'étranger, de maintenir la tranquillité et les droits des 
Confédérés et d'accroître leur prospérité commune. 

Les Principes devraient être lus et médités par toute 
personne qui s'occupe de près ou de loin du maniement 
de la chose publique, et c'est fort justement que l'auteur 



r 



les caractérise, dans un sous-titre, comme Introduction à 
rétude du droit public contemporain. Malheureusement 
cette science (le la politique, si délicate et si difficile, 
est, seule peut-être dans notre siècle de division du tra- 
vail, considérée communément comme susceptible d*étre 
acquise et appliquée sans aucune préparation spéciale, et 
par le premier venu. Alph. Riyier. 



PROGRAMME DE CONCOURS POUR 1889. 



Première question. 

Faire Chistoire des relations politiques du pays de Liége^ 
au XYlf et au XYllP siècle^ avec la France^ les Pays-Bas 
espagnols et les Pays-Bas autrichiens. 

Deuxième question. 

Quelle a été en Flandre, avant l'avènement de Gui de 
Dampierre, [influence politique des grandes villes^ et de 
([Utile manière s'est^elle exercée ? 

Troisième question. 

Faire Ckisloire de la littérature française, dans les livres 
el dans les publications périodiques belges, de 4801 à 1S50. 

Quatrième question. 

On demande une étude sur Jean Van Boendale au point 
de tjue de Cétat social du Brabant à son époque. 



(m) 

Cinquième question. 

Quel est l'effet des impôts de consommation sur la 
valeur vénale des produits taxés? En d'autres termes, 
dans quelle mesure cet impôt pèse-t-il sur le consomma- 
teur ? 

Exposer et discuter^ à l'aide de documents statistiques^ 
les résultats des expériences récemment faites à cet égard 
dans les divers pays, et plus spécialement en Belgique. 

Sixième question. 

Faire, éCaprès les auteurs et les inscriptions, une étude 
historique sur l'organisation, les droits^ les devoirs et fm- 
fluence des corporations d'ouvriers et d'artistes chez les 
Romains. 

La valeur des médailles attribnéps comme prix à la 
solution de ces questions sera de huit cents francs pour 
chacune d'elles. 

Les mémoires pourront être rédigés en français, en 
flamand ou en latin. Ils devront être écrits lisiblement 
et adressés, francs de port, avant le 1" février 1889, à 
M. J. Liagre, secrétaire perpétuel, au palais des Académies. 

Conditions réglementaires des concours anntiels, 

L'Académie exige la plus grande exactitude dans les 
citations et demande, à cet effet, que les auteurs indiquent 
les éditions et les pages des livres qu'ils citent. 

Les auteurs ne mellronl point leur nom à leur ouvrage ; 
ils y inscriront seulement une devise, qu'ils reproduiront 



( 1*9 ) 

dans un biliel cacheté renfermant leur nom el leur adresse. 
Faole par eux de satisfaire à cette formalité, le prix ne 
poom leur être accordé. 

Les ouvrages remis après le temps prescrit, ou ceu> 
(loBt les auteurs se feront connaître, de quelque manière 
que ce soit, seront exclus du concours. 

L'Académie croit devoir rappeler aux concurrents que, 
dès que les mémoires ont été soumis à son jugement, ils 
sont et restent déposés dans ses archives. Toutefois les 
auteurs peuvent en faire prendre des copies à leurs frais 
eD8*adre$saiit, à cet effet, au secrétaire perpétue!. 



PRim PERPBTCEIiS 

PRIX lOSEPH DE &EYN. 
Quatrième concours : deuxième période (1880-1887). 

Enseignement moyen. 

U Classe des lettres rappelle que la a deuxième période 
du quatrième concours annuel » pour les prix Joseph D<: 
KejD sera close le 31 décembre 1887. Tout ce qui a 
rapport à ce concours doit être adressé, avant cette date, 
à II. le secrétaire perpétuel (au palais des Académies). 

Cette période, consacrée à l'enseignement du second 
degré, comprend les ouvrages d'instruction ou d'éducation 
oioTeone, y compris l'art industriel. 

Peuvent prendre part au concours : les œuvres iné- 
diles, aussi bien que les ouvrages de classe ou de lecture 
qui auront été publiés du 1^' janvier 1886 au 31 décem- 
bre 1887. 

Conformément à la volonté du fondateur, ne seront 
admis au concours que des écrivains belges el des ouvrages 



( 120 ) 

conçus dans un esprit exclusivement laïque et étrangers» 
aux matières religieuses. 

Les ouvrages pourront être écrits en français ou en 
flamand, imprimés ou manuscrits. Les imprimés seront 
admis quel que soit le pays où ils auront paru. Les manu- 
scrits pourront être envoyés signés ou anonymes : dans ce 
dernier cas, ils seront accompagnés d'un pli cacheté con- 
tenant le nom de Tauteur et son domicile. 

Un premier prix de 2,000 Trancs, un second prix de 
1,000 francs et un troisième de 500 francs^ pourront être 
décernés. 

Les travaux manuscrits qui sont soumis à ce concours 
demeurent la propriété de TAcadémie, mais les auteurs 
peuvent en faire prendre copie à leurs frais. 

Tout ouvrage manuscrit qui sera couronné devra être 
imprimé pendant Tannée courante, et le prix ne sera 
délivré à Tauteur qu'après la publication de son ouvrage. 

La Classe des lettres jugera le concours sur le rapport 
d*un jury de sept membres, élu par elle, dans sa séance 
du mois de janvier de Tannée 1888. 



PRIX GASTIAD. 

(Troisième période, 18S7-t889.) 

La Classe rappelle que la c troisième période > du prix 
Adelson Castiau sera close le 5i décembre 1889. 

Ce prix, d'une valeur de mille francs, sera décerné à 
Tauteurdu meilleur travail belge, imprimé ou manuscrit : 

€ Sur les moyens d'améliorer la condition morale, intel" 
lectuelle et physique des classes laborieuses et des classes 
pauvres. > 



{m) 



RèglemenL 

Abt. W. Ne seront admis au concours Castiau que des 
écrivaiDs belges. 

Abt. 2. Seront seuls examinés les ouvrages soumis 
directement par les auteurs au jugement de TAcadémie. 

Abt. 3. Ces ouvrages pourront être rédigés en français 
00 eu flamand. Les manuscrits seront reçus comme les 
imprimés. S'ils sont anonymes, ils porteront une devise 
qoi sera répétée sur un billet cacbeté contenant le nom et 
le domicile de l'auteur. 

Abt. 4. Le jury &e composera de trois commissaires 
délégués par la Classe des lettres de l'Académie. Il n'y 
aora qu'un seul prix. 

Abt. s. Si le concours demeure sans résultai, la somme 
restée disponible s'ajoutera au capital primitif. 

Abt. 6. Le nom du lauréat sera proclamé dans la 
séance publique de la Classe des lettres. 

Abt. 7. Tout ce qui concerne le concours devra être 
adressé à M. le secrétaire perpétuel de l'Académie, avant 
le 31 décembre 1889. 

Abt. 8. Si l'ouvrage couronné est inédit, il devra être 
imprimé dans l'année. 

Le prix ne sera délivré au lauréat qu'après la publica- 
tion de son travail. 

Abt. 9. Les manuscrits envoyés au concours de vien- 
nent la propriété de l'Académie (art. 24 du règlement 
général). 



( m ) 



PRIX DE STASSART POUR UNE NOTICE SUR UN BELGE CÉLÈBRE. 

(Cinquième période prorogée : 1875-1880.) 

Conformément à la volonté du donateur et à ses géné- 
reuses dispositions, la Classe des lettres offre, pour la 
S"" période prorogée (1875-1880) de ce concours, un prix 
de mille francs à Tauteur de la meilleure notice, écrite 
en français, en flamand ou en latin, consacrée à la vie 
et aux travaux de David Teniers (né en 1610, mort 
vers 1690). 

Le délai pour la remise des manuscrits expirera le 
!•' février 1888. 

Les concurrents se conformeront aux conditions régle- 
mentaires, données ci-dessus, des concours annuels de 
TAcadémie. 



GRAND PRIX DE STASSART POUR UNE QUESTION d'hISTOIRE 

NATIONALE. 

(Quatrième période prorogée : 1877-1883.) 

Conformément à la volonté du fondateur et à ses géné- 
reuses dispositions, la Classe des lettres offre, pour la 
4* période prorogée (1877-1882) de ce concours, un prix 
de trois mille francs à fauteur du meilleur travail, rédigé 
en français, en flamand ou en latin, en réponse à la ques- 
tion suivante : 

< Tracer, sur la carte de la Belgique et des départe^ 
ments français limitrophes, une ligne de démarcation 
indiquant la séparation actuelle des pays de langue romane 
et des pays de langue germanique. Consulter les anciens 
documents contenant des noms de localités, de lieux- 



(125; 

dits, eic.^ et constater si cette ligne idéale est restée la 
mime depuis des siècles^ ou siy par exemple, telle corn- 
mume wallone est devenue flamande, et vice versa. 
Dresser des cartes historiques indiquant ces flucluations 
pour des périodes dont on laisse aux concurrents le soin de 
déterminer l'étendue; enfin^ rechercher les causes de 
Cinstabitilé ou de l*immobilité signalées. » 

Le délai pour la remise des manuscrits expirera le 
1" février 1888. 

Les concurrents devront se conformer aux conditions 
réglementaires, données ci-dessus, des concours de TAca- 
déoiie. 



raiX DE SAINT-GENOIS POUR UNE QUESTION D HISTOIRE 
OU DE LITTÉRATURE EN LANGUE FLAMANDE. 

(Première période prorogée : 1868-1877.) 

Conformément à la volonté du fondateur et à ses géné- 
reuses dispositions, la Classe des lettres offre, pour la 
i'* période prorogée (1868-1877), un prix de mille francs 
i Tauteur du meilleur travail, rédigé en flamand, en 
réponse i la question suivante : 

< Letterkundige en wijsgeerige beschouwing van Coorn- 
l^l'swerken. » 

(Élude littéraire et philosophique des œuvres de 
^.oornhert.) 

Le délai pour la remise des manuscrits expirera le 
!•* février 4888. 

Les concurrents devront se conformer aux conditions 
réglementaires, données ci-dessus, des concours annuels 
de TAcadémic. 



.J 









( 124 ) 



PRIX TEIRLINGK POUR UNE QUESTION DE LITTÉRATURE 

FLAMANDE. 

(Première période prorogée : 4877-1881.) 

La Classe des lettres proroge jusqu'au l** février 1888 
le délai pour la remise des manuscrits en réponse à la 
question suivante, mise au concours pour la première 
période quinquennale du prix fondé par feu Auguste Teir- 
linck, greffier de la justice de paix du canton de Cruys- 
hautem (Flandre orientale). 

« Faire l'histoire de la prose néerlandaise avant Mamix 
de Sainte- Aldegonde. > 

Un prix de mille francs sera décerné à l'auteur du 
mémoire couronné. 

Les concurrents devront se conformer aux conditions 
réglementaires, données ci-dessus, des concours de TAca- 
démic. 



RAPPORTS. 



Alexandre d'Abonotighos : Un épisode de l'histoire du 
paganisme au //• siècle de notre ère; par Frantz 
Cumont. 

< Le travail de M. Cumont peut être considéré comme 
une dissertation historique sur le traité de Lucien intitulé : 
Alexandre ou le faux prophète. Si incroyable que paraisse. 



( «s ) 

i première vue, Télrange récit du sophiste de Samosate, on 
a le droit d'affirmer qu'il est de tout point conforme à la 
réalité. Voici, en très peu de mots, de quoi il s'agit. L'ac- 
tion se passe vers le milieu du II* siècle de'^notre ère. Un 
oertaîo Alexandre, né en Paphiagonie de parents obscurs, 
a|»rès s'être signalé dans sa jeunesse par des désordres 
scandaleux» parvient, vers l'âge de quarante ans, à se faire 
prendre au sérieux comme prophète à Abonolichos, petite 
fille de rAsîe-Minenre, située sur les bords du Pont-Euxin. 
Il réussit à y faire établir un sanctuaire en l'honneur du 
dieu Escnlape, dont il devint immédiatement le grand 
prêtre. Ayant fait l'acquisition d'un serpent familier, auquel 
il adapte une espèce de tête humaine, fabriquée en toile, 
il fait accroire à des milliers de personnes que ce serpent, 
oommé par lui Glycon, est l'épiphanie, l'incarnation du 
dieo de la médecine. Lui-même se fait passer pour fils de 
Podalire et descendant de Persée. Il déclare que sa fille a 
poor mère la déesse de la Lune, Séléné, et il réussit, chose 
i peine croyable, à lui faire épouser un des plus grands 
personnages de Rome, Publius Hummius Sisenna Rulil- 
lianus, fils de consulaire, consulaire lui-même, chargé plus 
tard du proconsulat de l'Asie, c'est-à-dire de la plus haute 
dignité qui pût échoir en partage à un sénateur. Fort de 
cette illustre alliance, il se rend redoutable à ses ennemis 
et continue à émetttre d'innombrables prophéties, soit en 
faisant, à l'aide d'un porte-voix, parler le serpent lui-même 
(genre de miracle jusqu'alors inédit), soit en donnant des 
réponses en vers, d'une obscurité calculée, à des lettres 
cachetées dont il est censé ignorer le contenu. Non seule- 
ment il prodigue ses conseils aux malades, mais il se trans- 
forme en oracle universel, à l'instar de celui de Delphes, 
dont l'importance, on le sait, avait notablement baissé à 



4 

I 



f 



i 



f 



i 

t 



( 126 ) 

celle époque. De ions les côlés de Pempire, de la capifale 
aussi bien que des provinces, on vient le consulter. L'em- 
pereur Marc-Aurèle lui-même ne dédaigne pas de deman- 
der son avis au sujet des mesures à prendre contre les 
Marcomans et les Quade?, qui menaçaient Tempire d'unn 
guerre terrible. Il est vrai que les conseils donnés par 
Alexandre aboutirent à une épouvantable catasirophe. 
Mais son crédit n'en fut pas ébranlé : le culte du serpent 
Glycon se répandit de plus en plus, et nous en trouvons 
encore des traces environ un siècle après la mort du misé- 
rable imposteur qui l'inventa. 

Les traits principaux de l'épisode que nous venons de 
résumer ont été empruntés à Lucien. Mais H. Cumont, 
pour le mettre pleinement en lumière, a dû le placer dans 
son cadre naturel, en nous faisant connaître une foule de 
détails curieux, qui étaient familiers aux contemporains 
du spirituel auteur des Dialogues des morts^ mais qui ne 
le sont nullement à ses lecteurs du XIX' siècle. Il s'est servi 
à cette tin de toutes les ressources que pouvait lui fournir 
l'érudition de nos jours. 

Toutefois il ne s'est pas borné à tirer parti des auteurs 
modernes qui se sont occupés des croyances répandues 
dans le monde romain au II" siècle de notre ère. Il est allé 
puiser directement aux sources, notamment à cette source 
inépuisable de documents authentiques qu'on appelle les 
Inscriptions. Il a emprunté en outre des indications pré- 
cieuses à la numismatique. 

Le mémoire de M. Cumont est divisé en trois parties 
principales, précédées d'une assez longue introduction. 
Dans celle-^ci, après avoir jeté un coup d'œil d'ensemble 
sur la nature des croyances qui avaient cours dans l'em- 
pire romain, notamment en Asie, au premier et au 



( <27 ) 

fleuxiènie ^îècle de noire ère, il montre qu'il ne faut voir 
rien île bien extraordinaire dans les Taux miracles du pro- 
phète Alexandre, succédant à ceux d'Apollonius de Tyane, 
de Néryllinus, de Pérègrinus et d'autres. Il n'y a donc 
sacoD motir, d'après lui, pour mettre en doute la véracité 
do récit de Lucien, si sarcastique qu'il soit, d'autant plus 
i|ae ce récit a été composé à la demande expresse d'un 
homme considérable, portant le nom de Ceisus, qu'âssu- 
réroeot Lucien n'aurait pas voulu mystifier. Quel était ce 
Cfisus? Ëiait-ce le même que celui qui combattit les chré- 
tiens et composa contre eux « Le discours véritable », 
conservé par Origène dans la réfutation qu'il en a faite. 
La discussion à laquelle se livre à se sujet M. Cumont, 
pour prouver Tidentité des deux Celse, ne nous parait pas 
avoir abouti à des résultats concluants. 

Le corps du travail soumis à notre appréciation com- 
preod, nous l'avons dit, trois parties principales : la pre- 
mière contient le récit de la vie d'Alexandre; la seconde 
esl consacrée à l'exposé du culte qu'il fonda; dans la troi- 
sième, l'auteur a tâché de montrer comment ce culte se 
propagea et quelle influence il exerça. 

Pour compléter ce qu'il dit au sujet de l'adoption du 
colle de Glycon par les Gnosliques, nous croyons devoir 
loi signaler que le cabinet des médailles de Paris vient 
toot récemment de faire Tacquisition d'une pierre gnostique, 
portant le nom et l'image du dieu-serpent Glycon. Voir : 
Berve critique d'hisL et de liU.^ 1887, 15 juin, p. 480. 

Dans un appendice, M. Cumont s'est efforcé d'établir, 
d'une manière aussi rigoureuse que le permettent les docu- 
ments doni nous disposons, la chronologie de la vie 
d'Alexandre. 




I 

I 






i 128 ) 

La dissertation dont nous venons de présenter Fanalyse 
nous parait pleinement satisfaisante dans son ensemble. 
/ Elle dénote non seulement une érudition de bon aloi, 

mais aussi un véritable esprit critique. Le sujet dont elle 
s'occupe n*avaît pas encore, que nous sachions, été traité 
ex professa. Les détails fournis par Lucien y ont été coo)- 
/^ piétés d'une manière fort heureuse. Après avoir lu le 

mémoire de M. Cumoni, on se rend parfaitement compte 
de la surprenante carrière d'Alexandre le Paphiagonien, et 
de l'importance de Toracle créé par lui. Ce travail est donc 
une contribution utile à l'histoire, hélas éternelle, de l'in- 
sondable crédulité humaine. 

J'ai en conséquence l'honneur de proposer à la Classe 
d'ordonner l'impression de l'étude de M. Cumont dans son 
Recueil des Mémoires in-8^ » 



M. Willems, deuxième commisssaire, déclare se rallier 
volontiers aux conclusions du rapport de son savant con- 
frère M. Wagener. 



€ Cofx>me mes savants confrères, je suis d'avis que ce 
Mémoire mérite un accueil favorable dans les publications 
académiques. Je m'associe pleinement aux éloges que lui a 
décernés M. Wagener. Je prierai seulement l'auteur de voir 
s*il n'a pas été trop affirmatif en déclarant qu'Alexandre 
n'a pu naître à Abonotichos, pour la raison qu'il était 
Paphiagonien et que cette ville, au point de vue admi- 
nistratif, était détachée de la Paphiagonie depuis l'époque 
de Pompée. Qu'il considère que Strabon, comme plus tard 



( 129 ) 

Hierocles et les Novelles de Justinien, 29, c. 1, continuenl 
de nommer AboDOlichos une cité paphlagonienne, et que 
Locien dit expressément (c. 12) qu'Alexandre, arrivant 
dàùs la ville, rentra dans sa patrie. 

Je conseillerai aussi à M. Cumont de eollationner encore 
ooe fois son Mémoire avec le texte de Lucien. En certains 
IMÎDts, il m*a paru s*en écarter sans motif, par exemple 
dans des détails rapportés aux chapitres 11, 13, 15> 22, 26, 
47,48 el 54. EnGn, Torthographe de quelques noms propres 
devrait être revue : il faut écrire : Cocconas et non Cocon- 
nos, Rutilianus (conformément aux inscriptions et comme 
le réclame le primitif Rutilius) et non Rutillïanus. » 

La Classe, adoptant les conclusions des rapports de ses 
commissaires, décide l'impression du travail de M. Cumont 
dans le recueil des Mémoires in-8®. 



COMMUNICATIONS ET LECTURES. 



Sur rÉPiSTÉMONOMiE de feu Philippe Vander Maelen, 
ancien membre de l'Académie; par M. Alphonse 
Wanters, membre de l'Académie. 

Dans une brochure récemment publiée sous le titre de 
Notice sur les catalogues des bibliothèques publiques 
(Bruxelles, Vanbuggenhout, 1887, in-8'' de 24* pages), on 
insiste fortement sur la nécessité d'établir dans les grandes 
bibliothèques, à côté et indépendamment des catalogues 
douvrages, un dépouillement méthodique des matières 

5"* SÉRIE, TOME XIY. 9 



( 150 ) 

qui sont traitées dans les volumes, de manière à faciliter, 
autant que possible, la tâche au chercheur et de mettre à sa 
disposition le plus d'éléments possible. 

Qui ne sait, en eiïel, que les livres, les recueils, les 
journaux,contiennentd*excellentesdonnées que, plus tard, 
faute de tables ou de toute autre indication suffisante, on 
ne retrouve plus qu'au prix d'efforts considérables, au 
prix d'une énorme perte de temps? L'idée est donc excel- 
lente, et Ton ne peut que féliciter l'auteur de la bro- 
chure citée plus haut de s'en être servi pour rendre plus 
accessible les trésors de tout genre de notre Bibliothèque 
royale. 

J'aurais désiré que, en énumérant les avantages résul- 
tant de celte méthode, l'auteur eût rappelé l'application qui 
en a été faite, il y a longtemps déjà, par un homme que 
la plupart d'entre nous ont connu, et que Ton peut citer au 
premier rang de ceux qui ont contribué en Belgique à la 
vulgarisation des connaissances scientifiques. Je veux parler 
de feu notre confrère Philippe Vander Maelen, fondateur 
de rÉtablissement géographique de Bruxelles. Il est inutile 
de rappeler les services éminents de ce citoyen ; ils ont été 
savamment exposés dans ri4nf7natre de l'Académie, par la 
plume exercée et compétente de M. Houzeau. 

Je veux me borner à dire aujourd'hui que, pendant près 
d'un demi-siècle, M. Vander Maelen avait fait dépouiller, 
jour par jour, les nombreux ouvrages, journaux, revues, 
brochures, qui venaient enrichir ses précieuses collections. 
En 1840, longtemps avant sa mort, il avait déjà recueilli 
plus de trois millions de notes, qu*il classait lui-même 
avec le plus grand soin. 

Ces notes, il ne les réservait pas pour lui seul, car Van- 



( 131 ) 
der Maeleo était à la fois la modestie et la complaisance 
iDcaraées. Ses notes, sa bibliothèque, ses collections, étaient 
oovertes, avec la plus grande libéralité, au public, et 
surtout aux travailleurs, qu'il avait en haute estime. Son 
plus grand plaisir était d'étaler à tout venant ses richesses, 
et autant il faisait peu parler de lui, autant il agissait sans 
reiâcbe pour propager tout ce qui concernait les sciences, 
eteo particulier la géographie. C'est lui, on peut le dire, 
qui, en Belgique, Ta fait sortir de la torpeur dans laquelle 
elle était plongée. 

Il existe des notes de M. Yander Maelen un témoignage 
vîvanL C'est la brochure intitulée : Êpistémonomie ou 
Tables générales d'indications des connaissances humaines^ 
par Ph. Vander Maelen et le docteur Meisser. (Prospectus. 
Bruxelles, 1840, in-S" de 16 colonnes; il y a des exem- 
plaires ayant 72 colonnes). Je prie la Classe d'accepter le 
don de cette brochure, où l'on verra quelles étaient les 
idées des auteurs. On y a réuni, sous la rubrique Chemins 
de fer, une foule d'indications de tous genres, à l'aide 
desquelles on pourrait, sans peine, écrire un très bon livre 
sur les premières années de l'établissemenl des chemins 
de fer. MM. Vander Maelen et Meisser auraient voulu 
publier, c'est à-dire mettre à la portée de tous, les innom- 
brables notes de l'Établissement géographique. Inutile de 
dire que cette pensée féconde resta sans suite, faute d'en- 
couragements; elle mérite d'être rappelée et sauvée de 
roubii. 



( 132 ) 



Barthélémy Latomus, le premier professeur (Véloquence 
latine au Collège royal de France; par L. Roerscli, 
membre de PAcadémie. 

Le Collège de France, à Paris, doit, comme on sait, son 
origine au Collège Royal fondé par François I'' à l'instar du 
Collège des Trois Langues de notre ancienne Université de 
Louvain. D'abord le roi n^avait voulu y établir que des 
cours de grec et d'hébreu, mais bientôt il compléta son 
œuvre par l'institution d*une chaire d'éloquence latine, et y 
lit monter TArlonais Barthélémy Steinmetz ou Masson, 
plus connu sous le nom de Latomus. Pendant huit ans, 
Latomus enseigna avec assez d'éclat, puis, se lançant dans 
une nouvelle carrière, il exerça des fonctions politiques 
dans le pays de Trêves, comme conseiller de l'Ëlecteur, et 
joua un rôle d'une certaine importance dans les querelles 
religieuses de l'Allemagne. Ces faits ont appelé sur notre 
compatriote l'attention des annalistes de Trêves aussi 
bien que celle des historiens du Collège de France. Les 
écrivains belges n'ont pas manqué non plus de noter les 
détails de sa vie et de dresser le catalogue de ses ouvrages. 
Mais ils n'ont pas toujours vu eux-mêmes les livres dont 
ils donnent les titres, ou ne paraissent en avoir fait qu'un 
examen superficiel. De là, des erreurs constamment répé- 
tées par les écrivains postérieurs, qui ont cru pouvoir 
ajouter foi à leurs assertions sans recourir aux sources. 

En nous adressant à diverses bibliothèques du pays et 
de l'étranger, nous sommes parvenu à lire la plupart des 
écrits de Latomus ; il nous a été ainsi possible de compléter 
et de rectifier les notices qui lui ont été consacrées 



( 133) 

jufqu'ici (!) et dlndiquer en même temps, sinon la valeur 
réelle de ses ouvrages, du moins les circonstances dans 
lesquelles ils ont vu le jour. Cest ce que nous avons tenté 
de faire dans le présent travail. 

Barlholomaeus Henrici, ou Barthélémy, fils de Henri, . 
devait à la profession de son père le nom additionnel de 
Steinmelz ou le Masson (= maçon). Selon l'usage des 
humanistes, il traduisit ce dernier en grec et s'appela 
Rarth. Laiomus (2). Il naquit à Ârlon, vers la fin du 



(1) Les principales sont : Gesoer, Bibliotheca tmiversalis (Zurich, 
1545), fol. 133; Simlcr, Bibl. collecta a Gcsnero in Epitomen redacta 
fi aucia (Zurich, 1574); Henri Panlaleon, Prosopographia illustrium 
tmrum totius Germaniae (Basiieae, 1566), t. III, p. 229; Valérc 
Aodre, BibL Belgicoy p. 106 ; Goujel, Mémoire histor, et littér. sur le 
CoUège Boyal de France, t. Il, p. H8 ; D. Calmet, Bibliothèque 
lorraime (Nancy, i75l), p. 561; Nicéron, Mémoires, etc., t. XLII, 
p. 14; Paqnot, Mémoires pour servir à l'hist, lit 1er, des Pays-Bas, 
éd. io-fol., 1. 1, p. 136; W. Wiithcim, Disquisitio autiquit, luxemb.. 
Il c., il, § 9 (Bibl. roy. de Bruxelles, sect. des manuscr., n« 7146); 
— Chr. Brower, Annales Trevirenses, t. Il, pp. 327, 358, 365, 368, 
370, 373; Hontheim, Histor. Trevir, diplomatica, t. II, pp. 554 
et 699. Ces deux auteurs ont servi de source à J. Marx, Geschichte des 
Erzslifts Trier, t llf, p. 499, d'où est extraite la notice dcF.-H. Kraus 
dans V JUgemeine Deutsche Biographie, t. XVI H, p. ^4; — A. Ncyen, 
Biographie luxembourgeoise, p. 309 ; Douret, Notice sur les ouvrctges 
composés par les écrivains luxembourgeois dans Vfnst. archéol, de la 
proc. de Lux., t. VI, p. 175. 

(2) Son inscription comme bachelier au registre de la Faculté des 
Arts de Fribourg est conçue en ces termes : Barlholomaeus Uenrici 
lapieidae Ârlunensis. L'année suivante il était inscrit, en qualité de 
magistcr, sous les noms de Bartholomacus Latomus Arlunensis, 
V. H. Scbreibcr, Geschichte der Albert- Ludwig s Universitât zu Frei- 
ffurg im Breisgau (Fribourg, 1857), t. Il, p. 195. 



( 15^) 

XV^ siècle et mourut à Coblence, le 5 janvier 1570. L'an- 
née de sa naissance ne peut élre exactement établie. La 
biographie insérée dans la Prosopographta de Henri 
Pantaléon la place vers 1485; Valère André la suit, mais 
en supprimant la particule vers, Marx, Thisiorien de Trêves, 
croit plus probable qu'il vit le jour vers 1498. Il y a bien 
certains faits qui militent en faveur de cette opinion : le 
mot d Wo/escen/ta, appliqué par Latomusà Tépoquedesa vie 
antérieure à 1528 (Advers, Buccerum altéra defensio ij)y 
le terme iuvenis, par lequel Érasme le désigne en 1521 
{EpisioL 650); mais d*un autre côté Dathenus, en 1558, 
parle de lui comme d*un vieillard ayant un pied dans la 
tombe, langage qui cadre mieux avec soixante-treize ans 
qu'avec soixante, et dans Touvrage de Pantaléon imprimé 
en 1556 il est dit encore vivant à Coblence, déjà octogé- 
naire. 

Latomus fit ses premières études dans sa ville natale. 
Dans la dédicace de son édition du discours pro Caecina 
(1559), il rappelle à Matthias Held, vice-chancelier de 
l'Empire, les années qu'ils avaient passées ensemble à 
l'école d'Arlon (1). Le jeune Held le conduisait souvent 
dans la maison de son oncle paternel, excellent juriscon- 
sulte, possesseur d'une riche bibliothèque, dont la vue le 
remplissait d'admiration et le stimulait au travail (2). 



(1) La date de la naissance de Latomus pourrai t-étre approxima- 
tivement établie par ceUe de Held, mais cette dernière est également 
inconnue. C*est par erreur que la Biographie nationale, t. VIU, p. 889, 
fait naître Held en IKOO. Voir la notice plus complète de la AUge- 
meine Deutsche Biographie, 

(2) Bibliothecam illius vidi puer uoa cum essemus, non solum 
assiduitatc ludi iilterarii, sed ctiam amore coniuncti. 



r 



( 138) 

Noos afons lieu de croire qu'il continua ses éludes à 
Trêves, il se trouvait dans cette ville lejourde Pâques 1512, 
lorsqo*en présence de l'empereur Maximilien, la relique 
de la Sainte Robe fut noontrée pour la première fois au 
people (1). ËtailHl déjà à cette époque professeur de latin 
à Trêves? Goujet prétend qu'il y enseigna tout d^abord, 
mais Latomus lui-même désigne Fribourg comme le pre- 
mier siège de son professorat (2). Il est du reste peu pro* 
bable qo1l ait enseigné dès 1512, car dans un écrit 
de 1559, il dit s'être livré à renseignement depuis qua- 
rante ans, ce qui nous amène à 1519 (3). 

Eo 1514 ou 1515, il alla suivre les cours de la Faculté 
des Artsà rUniversité de Fribourg. Le 28 t^eptembre 1516 
il subit avec succès Texamen de hacbelier devant six 
magislri ou docteurs appartenant^ comme c'était Tusage à 
Fribourg, pour une moitié à la tendance des réalistes et 
pour l'autre à celle des nominalistes (A), A la fin de l'année 
suivante il surmonta brillamment les épreuves de magister 
en obtenant la première place parmi dix candidats. Aussi, 
le 13 janvier 1518, il fut admis dans le corps des maîtres 
de la Faculté et autorisé en cette qualité à ouvrir des cours 



(1) Maxim, defuneius b. ij : Ipse aderam, sacrum celebrabant 
tempon pascha et dabat aetbereas mystica luensa dapes. 

(2) Advrrs^is Buecerum defensio altéra : cursum iactationemque 
adolescentiac meae, quam primum Friburgi, deinde Treviris, postea 
Coloniae io Gymnasiis egi. 

(3) De docia simpHciiate H. 2. : Qaadraginta plas minus annis 
stodiis operam dedi, exeeptîs paucis quibus nunc Reipublicae milito. 

(4) Les examinateurs furent : NominalUtes, Mag. Matbieu Zell, 
M. Henri Klamcr et M. Melchior Fatlin ; Réalùles^ M. Albert Krauss, 
M. Job. Caesar, et un troisième pris en dehors du conseil de la Faculté. 
Voir Scbreiber o. c. 



( <36 ) 
à rUniversité (1). Le 26 décembre 1519 il devint membre 
du Conseil de la Faculté (2), et il fut élu, Tannée suivante, 
comme régent ou convenior d'une bourse (3). On donnait 
ce nom aux collèges ou pensionnats dans lesquels les 
étudiants de Fribourg étaient logés et nourris soit à leurs 
frais, soit avec les produits d'une fondation (4). Latomus 
exerçait encore cet emploi, quand Érasme, qu'il connaissait 
depuis 1515 (5), traversa en 1521 l'Alsace pour se rendre 
à Bâie. Il l'accompagna de Strasbourg à Schlelstadt, et 
Érasme, racontant plus tard ce fait au chanoine Marc 
Laurin de Bruges, fait Téloge de son esprit et de son 
affabilité : singulari morum et ingenii dexferitale iuve- 
nis (6). 

Les maîtres de la Faculté des Arts étaient, comme nous 
l'avons dit, divisés selon les tendances ou les voies, viae^ 



(1) Convocatis Magistris de Consilio 13 die Jan. i518 scquentos 
Baccalaurei ad Kegcntiam seu consortium Magistrorum assumtisunt ; 
Barlh. Latomus, Thcobald. Bapst, etc. (Extrait des Protocoles de la 
Foc. des Arts, dans Sclireiber o. c). 

(2) 26 Dec. 1919. Concludebatur : M. Tbeobaldum et M. Latomum 
assumendos esse in Gonsilium Facultatis. Ibidem. 

(5) Mag. Latomus an. 1920 conventorem bursae, uti vocarunt, egit. 
Note de J.'A. Ricgger, dans Udalrici Zasii Epistolae ad viros aetalis 
suae doctissimos (Ulm, 1774, p. 912). 

(4) Voir Schreiber o. c, t. I, pp. 36, 44. 

(9) Lettre de Lat. à Érasme, Ep. 1283, datée de Paris le 29 juin 
1939 : lam vigcsimus annus est, opiner, et amplius ex quo primum 
mihi cognitus fuisti. 

(6) Epist. 690 du 1^' février 1 923 : Inde (Argentorato) SIetstadium 
me confère comitantibus aliquot, inter quos erat Bartholomaeus 
Latomus Trevir, singulari morum et ingenii dexterilate juvenis, qui 
Friburgi moderabatur collegium philosophicum. 



\ 



( 137) 

eD DcmiDalistes et en réalistes. Latomus se trouvait dans 
la seconde (1). Mais si ces dénominations rappelaient les 
disputes de récole,rhumanisme n'en dominait pas moins à 
Friboorg, et Ton y accordait une large place aux études 
littéraires, aux exercices poétiques et oratoires, à Tinter- 
prélation des auteurs latins et grecs. Latomus fit dans ce 
sens des cours privés ou extraordinaires, s*attirant parfois 
le reproche d'occuper les heures des cours publics ordi- 
naires (2), comme aussi on le blâmait de ne pas observer 
strictement la tenue prescrite par les règlements (5). Les 
maîtres es arts étant obligés de fréquenter certains cours 
des autres Facultés (4), il assista à ceux du célèbre juris* 
consulte Zasius (5). Enfin il s'exerça beaucoup à la poésie 
htine, fort en honneur à Fribourg, où elle avait même un 
professeur public spécial (6). Le fruit de ces exercices 
forent les premiers ouvrages de Latomus. 
En 1519 parut de lui : Imp. Caesar, D, Maximilianus 



(t) Elecli examina tores die 20 Febr. IS2i : In via Realium: Doclor 
Caspar. NeU, Mag. Job. Cacsar. Slag. Barlhoiomaeus Latomus Arlu- 
ocnsis. Prof. Facull., dans Schrciber, t. Il, p. l!29. 

(i) Sô Aug. i524. « Barlh. Latomum Art. Mag. placuit vocarî ad 
UnÎTersitalem co quod boram non mularct ad conclusa Unîversîtatis, 
ordioariis lectionibus praciudicantcm. • Prot. Univ., dans Schreibcr, 
t. Il, p. 195. 

(3) 24 Jan. 1521. « Oietum fuit quod Mag. Barlh. Latomus et 
Mag. Gregorius Frauenfeid, studentium praesides et instilutores, 
Byrreta gestant Galeris similia. Placuit quod cis dlcaturperpedeUum, 
Qtislis Byrretis abstineant similiter et longioribus iliis gladiis quibus 
ctogantur. • ProL Univ., dans Scbrcibcr, t. Il, p. 85. 

(i) Schreibcr, t. II, p. 167. 

(5) Dans la lettre qui a été publiée par Riegger {Epist. Zasii, 
p. (09), il le désigne comme amicus et praeceptor colendissimus, 

(6) Schrciber, t. I, p. 69. 



( 138; 

defunclus Bart/iolomaeo Latomo Arlunen. Germano aulore 
(Âuguslae Vindelicoruin 27 oct. 1S19, 17 feuillets non 
chiffrés iii-4'* {^). C'est une élégie de trois cent soixante- 
treize distiques célébrant les vertus et les exploits de 
Maximilien décédé; le style est coulant et prend une cou- 
leur vraiment poétique, quand Tauteur décrit les derniers 
moments de Tempereur. L'auteur la fait précéder d'une 
épttre dédicatoire aux princes Charles et Ferdinand, datée 
de Fribourg, le 8 mai 1 51 9 (2). 

C'est aussi de Fribourg, ex Academia nostra, que le 
premier janvier 1 520 il dédia à sou ancien élève Jean Louis 
de Hagen et à Godfroid d'Ëitz, chanoines de Téglise de 
Trêves, une lettre en vers, que TAutriche personnifiée est 
supposée adresser à Charles V, pour le prier de se rendre 
sans retard dans le pays de ses pères : Epistola Austriae 
ad Carolum Imp. ficlilia Barptolomaeo Latomo Arlu^ 
nense (3) aulhore. Argentinae, Jean Knobloch, novembre 
1521 (4), 12 feuillets in-8'. En décrivant Tâge d'or que 



(i) Réimprimé dans Schardius, Orationum ac elegiarum in funcrc 
iUustriss. principum Germaniac, 1. 1, pp. 59-72. 

(â) Latomus étant encore un inconnu, son ouvrage est introduit 
par une lettre de Jacques Spiegel J.-C. au conseiller Jérôme Prunner, 
écrite à Augsbourg le i 5 octobre. Spiegel y déclare avoir fait imprimer 
cette poésie à cause du sujet traité et de Télégance des vers. 

(5) L'exemplaire de la bibliothèque de TUniversité de Liège porte, 
par buîte d'une faute d'impression, ar fierue, 

(i) Simicr, dans son résumé complété de la Bibliothèque de 
C. Gesner (Zurich 157i), donne par erreur la date de 4527 et fait 
un léger changement au titre : Epistola Elegiaeo carminé Auslriae 
nomine ad Carolum K, hnp. Le faux millésime se retrouve dans 
Valère André, avec un tilrc complètement altéré : Elegia de Auslriae 
nomine. Cette double erreur a été reproduite par tous les biblio- 
graphes. 



-1 

I 



(159) 

(en naflre en Allemagne le séjour du nouvel empereur, 
Ulomas s'élève assez vivement contre le luxe de la Cour 
de Rome et le commerce des indulgences. Une tirade sem- 
blable se rencontre aussi dans le Maximilianusdefunctus(l), 
mais ces attaques paraissent plus étonnantes dans une 
fpitre adressée directement à Charles V et dédiée à deux 
chaDoioes, dont Tun occupa plus tard le siège épiscopal de 
Trêves et se montra un ardent défenseur de la cause catho- 
lique (2). Cependant il ne faut pas oublier que les plaintes 
doot Latomus se fait ici Técho, formaient un lieu com- 



(I) biiij aa verso : Rhoma fîdem loties (veniam da Petre) fefellit 

Qaasquc dcdit populas pro crucc caepit opes. 
Et malc divitias rebas cessisse prophanis 
fnque ferunt usus sacra abiissc levés. 

(2) F. iO : Tanc solium Pétri nuilis violabilc stabat 

Artîbus, exteruas ni! cupiebat opes. 
Régna levi sumptu Papam moderata fcrcbant, 

Pompae aberant, aberat luxuriosa domus. 
Non famuios totidem Scribasque fovebat inertes 

Rhoma, le vis yitiis fabula facta suis. 
Non tibi bis ccntum tua limina, Petre, tenebant 

Hclvctii, pacis tu tibi tutus cras. 
Non tibi régales cura ostenlarc paratus, 

Tune sua pontificum gloria Christus erat. — 
.... Prô, perhibent Rboiuam vénales tradere coelos 

Vertereque arbitrio limina celsa suo. 
Quum volet haec precio claudct, rursumque recludet. 

Quum volet haec vacuus Juppitcr exul eris. 
Juppitcr exul eris, nisi sit tibi Juppiier aurum. 

Si venias, ibis tu quoquc Christe foras. 
Paupcr cras, paupcr gcnitor, tibi paupera mater 

Discipulique inopes, i quoque Christe foras. 



( 140 ) 

muD dans les écrits des humanistes de celte époque, et 
que les partisans de Luther n*étaient pas seuls à les faire 
entendre. 

Peu après il fut appelé à Trêves II y était en septembre 
1522, lorsque Frans de Sickingen leva, avec les chevaliers, 
l'étendard de la révolte et tenta un coup de main contre 
la ville. Notre professeur prit lui-même les armes en cette 
circonstance (1) et fut ainsi témoin oculaire des faits qo*il 
exposa, Tannée suivante, dans un récit poétique de 
i 089 hexamètres : Faclio memorabilis Francisci ab Siccin- 
gen cum Trevirorum obsidione, tum exitus eiusdem : Barpto- 
lemaeo Latomo Arlunen autore. (Apud sanctam Ubiorum 
Aggrippinam, in aedibus Eucharii Cervicorni, 1523, 20 ff. 
non chiffrés, petit in-4'' (2). Brower en donne de nombreux 
extraits dans les Annales Trevirenses. Il décrit en style 
pompeux, avec nombreuses réminiscences de Virgile, les 
forces de l'ennemi, les préparatifs de la défense, le bom- 
bardement, l'arrivée des secours, la fuite de Sickingen, la 
prise de son château et sa mort. La liberté de langage que 
nousavonssignalée dans les précédentes poésies se retrouve 
encore dans celle-ci. La cause de la sédition est à son avis 
la haine du peuple contre le clergé (Invidia populi erga 



(1) fpse ego qui placidis fueram sacer ante camoenis 

Tranquillac pacis, studiorum cultor et oci, 
Non ulla expertus bella aut Mavortia régna, 
Exceptis vatum ingcniis clarisque loqucntum 
Librorum pugnis, horrendo corpora ferro 
Accingor... 

{t) Réimprime dans Schardius, Scriplores rerum Cvrmanicttrum^ 
t. Il, pp. 1019-1050. 



( 441 ) 

c/fmm), baioe provoquée par le fasle et l'orgueil dont 
Rome avait doDoé Texemple (1) : 

Caelen pars sequitar reliquum dispersa per orbem, 
Exemplamqne ducîs proeeres tarbaeque minores 
Arripiant : leges et mercenarla iura 
Cooduntar, premitur popalas, fît iniqua tyraniiis 
Relligîo et loto pietas vilescit in orbe. 

Lliistoire du siège est suivie d'une poésie de quarante et 
on vers intitulée Bombarda, et dédiée à Jean-Louisde Hagen. 
Llostroment de destruction y décrit lui-même ses ravages : 

En ego tarlareis Bombarda reperta sub umbris 
Vukani et duras Telluris fîlia, flammas 
Ore gerens, fcrro ant duro cavus œre Cbylindrus 
Deîeîo terras, celsas demolior arces, etc. 

Après avoir enseigné quelque temps à Trêves, Latomus 
se rendit à Cologne. Il y composa plusieurs manuels de 
logiqae et de rhétorique, et l'on peut en conclure qu'il fut 
professeur de ces arts. Le 30 septembre 1527 il dédia In 
Coloniensi Academia^ à 3ean-Louisde Hagen et au frère de 
celui-€i,un résumé de la dialectique et de la rhétorique réu- 
oiesdaosun même traité;il lesregardait comme constituant 
ensemble l'art du discours, dont le but est docere^ movere, 
deUctare: Sutnma lotius rationis disserendi, uno eodemque 
corpore et Dialeclices et Rhetorices partes complectens^ 
Bartholomaeo Latomo Arlunensi authore. Coloniae. excu- 
debat Joannes Gymnicus, 1 527 (2). Il composa aussi des noies 



(1) Latomus pensait surtout à la cour d*Aibert de Mayencc, sur 
hqueUe oo peut voir Touvrage de J. Janssen, Geschichic des deutschen 
Fottet seU demAuigang des MUlelallers^ t II, pp. 60 et 339. 

(2) Une réimpression datant de 4544 a il2 feuillets non chiffrés, 
io^. 



( U2 ) 

sur la logique de Georges de Trébizonde, qui étail généra- 
lement employée dans les écoles. Jean de Nimègue avait 
fait paraître à Cologne une édition corrigée de celte logique 
avec un commentaire. On y ajouta plus lard les notes de 
Latomus : elles sont courtes, ne remplissent que dix pages 
et demie, mais claires et bien appropriées à la matière : 
Georgii Trapezunlii de re diateclica libelluSj ab innu- 
merisy quitus hacienns scaluil mendis repurgatus una 
cum scholiis Joannis Noviomagi et Bartholom. Latomi 
illustratm. Coloniae, Martin. Gymnicus, lo44y1549. 126 
feuillets, petit in-8'' non chiffrés (ajssi Lyon 1545 in-4''). 

Un autre traité de dialectique fort estimé était celui de 
Rodolphe Âgricola. Latomus en fit un résumé qu'il dédia 
le 5 mars 1530 au jurisconsulte Henri Olioslager, et qui 
parut chez Gymnicus en 1552: Epilome commentario- 
rum Dialecticae invenUonh Rodolphi Agricolae. Per 
Bartholomaeum Lalomnm Arlunensem, (1S7 p. in-S"*. 
Réimprimé en 1534.) Il est divisé en trois livres : de locis, 
de usu locorum, de movendi et delectandi ratione. 

Le professeur appliqua les préceptes de la rhétorique à 
l'interprétation des œuvres oratoires, dans les ouvrages 
suivants : Oratio Ciceronis pro MUone^ expositions 
arlificio et annotaiionibus illustrata. Coloniae, 15S8;et 
Artificium Dialecticum et Rhetoricum in quatuor prae- 
clarissimas orationes ex T. Ltvio et Cicérone. Coloniae, 
J. Gymnicus^ 1532, in•8^ 

Nous ne savons si c'est à Cologne ou à Fribourg que 
Latomus écrivit les notes sur Térence qui furent jointes à 
l'édition de ce poète publiée en 1552, à Paris, chez Jean de 
Roigny, in-folio. Ces notes donnent un court argument de 
chaque scène, exposent la suite des idées ainsi que les 
intentions du poète et les artifices du style. Quelques 



r 



( 1*3 ) 

mots difficiles y sont traduits en allemand (1), d*où Pon 
pettC conclure que le coromenlaire n'a pas été fait pour 
d«s auditeurs ou des lecteurs français. Plusieurs de ces 
notes se retrouvent dans l'édition variorum de Corn. 
Schrefelins, Leyde, 1651. 

Cest aussi en Allemagne que furent rédigées les notes 
snr les Paradoxes de Cicéron, qui parurent à Cologne 
en 1532 (2) et furent souvent réimprimées (3) Dans une 
édilioo du traité de Officiis et des autres petits écrits 
moraux, de 1559, ces notes occupent huit pages et demie 
io-S*. Elles se bornent en générai à indiquer les noms 
techniques des arguments et des figures. 

Nous trouvons mentionnée dans G. Lizel, Historia poe^ 
tarnm graecorum Germaniae (Francf. et Lipsiae, 1750), 
page 32, une poésie greco-latine composée par notre 
Latomos m orationem Christi passionalem et imprimée, 
après sa mort, à Rostoch, en 1593. Il est à supposer qu'elle 
a été écrite en Allemagne, mais nous ne l'avons pas vue 
et ne saurions en indiquer l'époque. 



(1) EuD. IV, 4, 46 varia veste, i. e.gedeylt ; v. 22 colore mustelino^ 
fliTo, hUychge^ ad eolorem mustelae. Adelph. V, 9, 29 prae manu^ 
ivA^uffdiehani, 

(2) Paradoxa cum annolationibus D, Erasmi, addilis in tnargine 
HhoHit B. Latomo autore, Coloniae J. Gymnicus. 

(3) Entre autres k Cologne, 4534, 4539; à Paris, 4544, 4543, 
4545, 4556; à Bâle, 4547. On les trouve aussi dans M. T. C. Para- 
i^aad M, BnUum Audomari Tolaei commentario explicata, Lutetlae, 
CSlephani, 4554, in-4<>. Puis avec le traité de Officiis, Lyon, 4535; 
Paris, 4538, 4544, 4545, 4546, 4550; Francfort, 4545; s. 1. (Stras- 
hwf) 456ft 



( 444 ) 

De Cologne, Latomus partit pour Louvain (1). Melchior 
Adam {Vitae Germanorum phiiosophorum, page 158), 
raconte qu'il y fut le condisciple de Jean Sturn), avec 
lequel il se lia d'amitié. Or, Sturm demeura à Louvain 
pendant cinq à six ans, de 1524 à 1529, trois ans comme 
élève, et deux comme professeur. Nous savons que 
Latomus était à Cologne le 30 septembre 1527 et le 
3 mars 1530; si l'assertion de M. Adam est vraie, son 
séjour dans TUniversité brabançonne doit être placé entre 
ces deux dates ou vers 1525. Mais nous n'avons trouvé 
aucune trace du séjour de Latomus à Louvain à cette 
époque. Il est établi au contraire qu'il s'y Gt inscrire 
le 31 juillet 1530 sous le rectorat de Pierre Curtius (2). 
il y demeura peu de temps; après avoir suivi quelques 
cours, il se rendit à Trêves, où il semble avoir été appelé 
pour enseigner les lettres à l'Université, mais dans des 
conditions peu avantageuses. 

Un certain découragement s'était emparé de lui^ mais 
soutenu par Zasius, son ancien maître de Fribourg, il se 
remit avec zèle à l'étude. Nous le voyons par une lettre écrite 
de Trèv(>s à Zasius en 1530 le jour des Innocents, c'est-à- 
dire le 28 décembre (3). En janvier 1551, Ferdinand fut 

(i) Àdv, Bucc, ait. def. ij : cursum iactationcmque adolescentiae 
mcae, quam primum Friburgi, dciiide Treviris, postca Coloniae in 
Gymnasiis egi, doncc robustior factus cvolavi Lovanium^ mox in 
Galliam atque Italiara. 

(2) II est mentionne comme il suit dans les matricules de TUni- 
versilc: 4530. <* Pridie Augusti Barlholomacus Latomus, Arlonensis, 
clericus Trcvirensis. « Nous ignorons dans quel sens est pris ici le 
terme de clericus, 

(3) Elle a clé publiée par Riegger, Ud. Zasii EpitL, p, 509. 
L'année n'est pas indiquée, mais peul être facilement fixée. Zasius 



( U5 ) 

coarooné comme roi des Romains. Latomus célébra aussitôt 
cetévénemenl par un poème,compreDaDt, d'après CGesner, 
une feuille et demie : Gralulatio in Coronationem Régis 
Romanùrum ad Carolum V Caesarem et Ferdinandum 
regem^fratres Augustos(l). Mais il ne devait pas longtemps 
professer à Trêves. Le 13 mars 1551 mourut Tarchevéque 
Richard de Greiffenklau, parent de Louis de Hagen, le 
protecteur de Latomus. Un personnage influent auprès du 
Douvean prélat, Jean de Metzenhauzen, élu le 27 mars, 
éuit mal disposé pour l'humaniste ; il critiqua vivement 
te système qu'il avait inauguré pour les études latines et 
rendit fort difficile sa position à l'Université. Latomus se 
décida donc à prendre le chemin de l'étranger, mais avant 
de partir, il voulut laisser un souvenir de reconnaissance 
envers Tévéque décédé, et pour avoir l'occasion de louer 
ses mérites, il écrivit un discours funèbre, qu'il supposa 
avoir prononcé lui-même au dôme, le jour des funérailles. 
Il le fit paraître après son départ et signa ex ilinere in 
Gttlliam, le 28 juin 1531, la préface à Louis de Hagen, où 



y est dit avoir sous presse la Douvelie édition de ses Singulares 

nUeUeetus, qui parut à Fribourg en 1532. La lettre a donc dû être 

écrite en 1530 ou en 153i; mais en décembre 193i Latomus, 

comme nous verrons, n*était plus à Trêves. Notre humaniste y déplore 

le dédain qu'on a maintenant pour les études : « dolenda profecto 

muera et depioranda studlorum conditio, quae eo nunc redacta est, 

ut iotra vilissimârum etiam artium sordes habeatur. » Aussi se 

&erait-il repenti de sa vie passée, si les exhortations de Zasius ne 

lui araient donné du courage. « In quo functus es cum praeceptoris 

tam amici officio, et tua adhortatione ita me obfirmasti ut ab honcsto 

institato numqnam defecturus sim. » 

(1) il nous a été impossible de voir cette pièce. 

3"* SÉRIE, TOME XIT. 10 



( 146 ) 

il se plaint de la conduite tenue à son égard (1) : Decla-- 
maiio funebris in obitum magnanimi et excellentissifnt 
Prmcipis Richardi, Archiepiscopi Treverensis^ Bartholo- 
maeo Latomo Arlunensi aulore, Coloniae, apud Joannem 
Gymnicum. 1531, 12 feuillets in-16'' non chiffrés. Le 
Père Brower en donne de nonnbreux extraits ; il croit à 
tort que le discours a été tenu réellement. 

Le départ de Latomus devait avoir pour lui les plus 
heureux résultats. Arrivé à Paris, il entra d'ahord en rela- 
tion avec les savants allemands qui y étaient étahlis,enlre 
autres avec Jean Sturm. Puis il ne tarda pas à se faire 
apprécier des lettrés français ; il possédait en effet à un 
haut degré l'art du style latin, auquel on attachait une si 
grande importance; il parlait correctement, écrivait en 
vers et en prose avec une rare élégance, savait à fond la 
logique et la rhétorique et pouvait non seulement enseigner 
la théorie oratoire, mais reconnaître mieux que personne 
la nature des arguments, des figures et artifices employés 
par les écrivains classiques. C'était en un mot un parfait 
humaniste. Le 15 septembre 1533 nous le voyons installé 
au Collège S'^'-Barbe, dirigé par André Goveau, qui était 

(i) Gratiam habeo vobis et tibi imprimis, pro sîngulari tua in me 
liberalitate ac bcneficentia. Deinde caeteris Trevoris meis, qui me 
omni ofilcio et bcnignitate prosecuti sunt. Um'us hominis Invidiam ac 
malcvolcntiam in me singuiarem dissimularenonpossum...Detraham 
illi falsam personam, sub qua iatuit, et re ipsa comraonstrabo noa 
eura esse qui (ut videri affecta vit) sanis studiis ac literis meliorîbus 
consultum velit : scd qui omni conatu et libidine obiecerit se meis 
commodis, ex quibus solis in deplorato Gymnasio spes aliqua futura 
erat : tum qui omni contentione et accrbitate studia mca ita impugna- 
verit, ut ea caiumniari non sit vcritus, quae ab optimo et doctissimo 
quoquc tamquam electa et frugifera ad primac aetatis institutionem 
uno ore confirmantur. 



( 147 ) 

lion rectearde rUoiversité. Il lui dédia, à cette date, une 
édilioo corrigée de son résumé de la dialectique de 
Rodolphe Agricoia. Elle parut à Paris, chez Pr. Gryphius» 
eo 1534, et fut souvent réimprimée, entre autres à Bàle, 
eo 1536, à Paris, chez Nie. Buffet, en 1542 (93 feuillets 
ooB chiffrés, îd-8''), à Cologne, chez Cholin, en 1561 
(110 pages io-4''). 

Une plus brillante destinée attendait notre compatriote. 
François I*' avait résolu, au commencement de 1534, de 
fonder à côté des chaires de grec et d'hébreu du Collège 
Royal, une chaire d'éloquence latine. Budée, tout puissant 
aoprès du Roi pour les questions scientifiques, avait cru 
recoonailre en I^tomus l'homme le plus capable pour 
inaugurer ce nouvel enseignement; il le recommanda 
doDC au souverain, et l'humaniste arlonais devint le pre- 
nier professeur de latin au Collège de France. Sa nomi- 
nation ne se fit cependant pas sans obstacle; beaucoup de 
gens criaient au scandale de voir un Allemand appelé à 
cette chaire, au moment où l'Allemagne était infestée par 
rbérésie; plusieurs directeurs de collèges étaient hostiles à 
Finslilution même, ils croyaient inutile de créer une chaire 
publique pour l'éloquence latine, enseignée déjà dans leurs 
établissements, et craignaient même d'être désertés par 
leurs élèves (Bulaeus, Historia Universilalis ParisiensiSf 
t VI, p. 244). L'animosité ne fut cependant pas de longue 
durée et Latomus put enseigner paisiblement pendant huit 
ans, devant un grand concours de jeunes gens de diverses 
nations (1). Il fut seulement inquiété sur la fin de Tannée 

(1) Smpta duo advenaria : publiée docui per norem annos in 
GymnasioParisiensi, maltos studiosos et atteotos aaditores ex diversis 
Dationibiis habui. — Des neaf années indignées ici, il faut retrancher 
on an poor le voyage d*Italie. 



( 448 ) 

1534. Les prolestanls ou sacramentaires, comme on les 
appelait alors, ayant placardé des affiches injurieuses pour 
le roi et les catholiques, le peuple se souleva contre les 
Allemands de Paris et plusieurs faillirent élre tués, mais 
uneenquéte prouva que les coupables étaient des Français, 
et plus de vingt-quatre furent punis du dernier sup- 
plice (1). 

En prenant possession de sa chaire, il prononça, sur 
rétude des lettres, un discours qui fut imprimé la même 
année chez Fr. Gryphe {Oratio de studiis humanilalis. 
Paris, 1534, in-4*). < Il y exposa avec éloquence, dît 
Goujet, les avantages que l'étude des lettres procure à nu 
royaume, il y entra dans le détail de ceux qu'en avaient 
retirés les Grecs, les Romains et d'autres nations, décrivit 
les effets pernicieux de l'ignorance, peignit la barbarie des 
derniers siècles et finit par un bel éloge de François P' et 
du savant Budée. > La correspondance d'Érasme contient, 
aq sujet de ce discours, une lettre de Latomus lui-même; 
il lui écrit qu'ayant été nommé professeur d'éloquence 
latine par la recommandation de Budée, il a publié sa 
harangue pour lui témoigner publiquement sa reconnais- 
sance. 

Le Collège Royal n'ayant pas encore de local spécial, 
les cours devaient se faire dans d'autres établissements de 
l'Université. C'est ainsi qu'en 1534 Latomus inaugura son 
enseignement au Collège de S'^'-Barbe, par l'interpréutioo 
des Satires et de l'Art poétique d'Horace. Les notes dictées 
à ce cours nous ont été conservées; un cahier qui les con- 
tient était venu en la possession de Joseph Scaliger et 



(i) Lettre à Erasme, Ep. 1283. 



\ 



( ^^9 ) 

passa après sa mort dans la bibliolbèque de FUniversité de 
Uyde. il y Torme le n"" 75 des manuscrits de Scatiger et 
porte pour titre : Annolationes in Sermones Horadi et 
eiusdem de arte poetica^ anno 1554^ Parrhisiis, calamo 
neerptae Barptolomœo Latomo Trevirensi in Collegio 
Barbarae ibidem publiée legente (67 feuillets petit in-S""). 
Le savant bibliothécaire de Leyde, M. le D' du Rieu, a 
bieo voulu mettre ce manuscrit à notre disposition. 

Les remarques sur les Satires sont loin de constituer 
QD commentaire continu. Latomus les distribue un peu au 
ba!»ard; dans la satire, par exemple, qui raconte le voyage 
de Brindes, les deux premières notes se rapportent aux 
vers li et 12, la troisième au vers 32, alors que les 
autres vers présentent bien des difficultés. La plupart des 
remarques qui paraissent propres à Latomus sont du 
genre des notes sur Térence. 

L'Art poétique a été l'objet d*une explication suivie; le 
professeur s*y est efforcé de ne rien passer qui pût avoir 
besoin d'éclaircissement. Il s'attache à bien établir la 
oatnredes préceptes donnés par Horace, montre la suite 
des idées, rend compte des expressions et des figures, et 
fournit les explications historiques nécessaires, sans se 
litrerà des digressions inutiles. Mais la critique du texte 
fait entièrement défaut, l'auteur ne cite pas la moindre 
variante; les notes grammaticales sont rares et insigni- 
fiantes; plusieurs interprétations sont empreintes d'une 
grande naïveté; la signification des mots est donnée par 
des périphrases manquant souvent de précision ou d'exac- 
titude; enfin, le commentateur est plus d'une fois à côté 
du sens ou se trompe dans des détails d'histoire ou d'anti- 
quités. Au lieu (le citer des exemples, nous préférons 
donner en appendice le commentaire des quatre-vingts 



( 150 ) 

premiers vers. On pourra se faire ainsi une idée complète 
de ce qu'élait le premier enseignemenl du latin au Collée 
de France. 

L'année suivante, il ouvrit ses leçons par un discours à la 
louange de l'éloquence et de Cicéron (Oratio Bartholomaei 
Lalomi, professoris regii, Luteliaey de laudibus eloquentiae 
et Ciceronis dicta in Avditorio, cum enarrationem Aclio^ 
num in Verrem auspicaretur, Paris, Gryphius, 1535, in-4^). 
c L'orateur, dit Goujet, y monlre Tort bien le pouvoir que 
l'éloquence a sur touslesesprilsetsa nécessité dans toutes 
les professions où il est question d'arts, de sciences et ric 
littérature, combien celle de Cicéron était vive, pressante, 
supérieure à tous les obstacles, quand il voulait vaincre, et 
persuasive quand il ne voulait que persuader. » Le dis- 
cours eut un certain retentissement. Quand Jean Oporinus 
fit paraître à Rftle,en 1553, son édition avec commentaires 
de tontes les œuvres oratoires de Cicéron, il imprima en 
tète cette introduction de Latomus. Elle est écrite en effet 
en beau latin et peut rivaliser, au point de vue du style, 
avec les meilleures productions de l'époque. 

Comme on le voit par le titre du discours, Latomus avait 
résolu d'enseigner l'éloquence en expliquant Cicéron. Nous 
pouvons juger de la nature de ses explications par les notes 
qui ont été publiées. Il s'attachait avant tout à faire saisir 
les particularités du style oratoire, les figures du langage 
ou de la pensée, la disposition des parties, la nature des 
arguments. Aujourd'hui, qu'on étudie moins les anciens 
pour se faire un style que pour pénétrer au fond de leurs 
pensées, les notes de Latomus paraissent avoir peu de 
valeur, et l'on comprend que Halm ait pu dire en parlant 
de son commentaire sur le discours in Vatinium : « Nihil 
frugi invenimus in hac editione. {Cicer. orai, in Valin. 



superiorum commentariis suisque annolationibus explana- 
âtCaroluê Halm. Lipsiae, 1845, p. 33.) Mais les contem- 
porains en jugeaient autrement; ils avaient ces notes en 
grande estime et plusieurs éditeurs s'empressèrent de les 
publier» soit seules, soit avec les scolies d'autres comnienta- 
leors. Ainsi François Gryphe fit paraître avec arguments et 
notes marginales de Latomus : en 1534 pro Archia; en 1 535 
pro MUone; en 1536, les discours pro Deiotaro, pro Liga- 
rîo, pro Marcello^ pro Roscio Amerxno, pro lege Manilia; 
en 1538, pro Cœlio, pro Murena. Michel Vascosan édita en 
iSSè^pro Plancio, en 1540, orationes très ante exilium et 
post reditum ; eï\ 1543 pro QuintiOy en 1544 les Philip^ 
pîfiie5. François Gryphe ajouta, en 1545, à l'édition des 
Verrines, une analyse ou partitio faite par Latomus pour 
chaque discours (1). En 1539, parut à Strasbourg, chez 
Craton Mylius: if. T. Ciceronis Oratio pro A. Cecinna cum 
enarrationibus Bartholomaei Lalomi nunc primum aeditis^ 
atque iterum ab ipso autore recogniiis et gcnuino candori 
restituiis (Petit in-S", 232 pages. Bibl. Nat. de Paris), avec 
une dédicace intéressante pour l'histoire intellectuelle d*Âr- 
loD, datée de Paris, le 1*' mai 1539^ et adressée, comme 
nous l'avons déjà dit, an vice-chancelier de l'empire Mathias 
Held. Plus d'une fois ces notes furent réimprimées, par 
eiemple, à Paris, chez Fr. Gryphe pro ^4 rcAta, 1536, 1538; 
pro lege Maniliay 1539; pro MUone, 1557, 1539; pro Ros- 
cio Amerino, 1537; in Verrem, 1538; chez M. Vasco- 
san, pro CoWio, 1544; pro D«o/aro, 1547; pro Ligario, 



(i) Ces éditions sont citées dans VOnomasticum Tullianum d'Orelli, 
p. 45. Nons n*avons pu les iroir. 



( <S2 ) 

1 539 (1 ), 1 542 ; pro lege Manilia, 1 541 ; pro Marcello, 1 556 ; 
pro MUonCy 1537, 1539,1 541; pro Roscio Amerino, 1541 , 
1544; in Vatiniutn, 1560; in Verrem, 153^ (2); — chez 
J. L. Tilelan, pro Marcello, 1539; pro Milone, 1539; pro 
Mnrena, 1545; in Verrem, 1545; — chez Calvarin, en 
\S50, pro Ligario, lege Manilia, Marcello ^ Roscio Ame^ 
rino; — chez Malhieu David, en 1553, pro Marcello (3); 
chez Th. Richard, en 1549, pro Roscio Amerino; en 15S8 
pro Archia el pro lege Manilia; en 1560, pro Ligario (4) ; 
en 1563 pro Cecina; en 1564, in Vatinium; — chez 
Th. Brumerius, pro Milone, 1547, pro Murena, 1579; — 
à Cologne, chez Gymnicns, pro Ligario, 1555, 1579; pro 
Milone, 1544, 1545, 1563; pro Murena, 1540, 1545, 
1563, etc. Enfin, le grand recueil de comnoentaires sur les 
discours de Cicéron, qu'Oporinus fit paraltreà Bàle en 1553 
(à Lyon 1574), renferme toutes les explications citées. A 



(1) 3/. Tul. Ciceronis orationes très ad C. Caesarem pro M. Mar- 
ceUOf pro Q, Ligario, pro Deiolaro Rege, Eruditissimis lucubrationibus 
Francisci Sylvii, Bartholomaei Latomi, PhUippi Melanchthonis cl 
Antonii Luschi illustrât ae, Parisiis, ex officina Michaelis Vaicosani, 
1539, 67 feuillets in-4«. 

(2) if. T. Ciceronis Àctionum in Verrem libri quatuor priores, 
Q. yisconii Paediani et Francisci Sylvii commentariis, Christophori 
Hegendorphini artificio et bartholomaei Latomi Partitionibus explicatif 
Parisiis, apud Michaclem Vascosaiium. 1559, in-i^ 528 pages. 

(5) AI, T. Ciceronis pro Marcello oratio Fr. Sylvii commentariis, 
argumcnlis et aunolationibus Bart. Latomi etc. illustrata, Parisiis ex 
typ. Mallhat'i Davidis, 1555, in-4^ 

(4) — pro Archia Fr. Sylvii comm. Barth, Latomi annotatiuncults.,, 
illustrata — pro lege Manilia F, Syhii, Jac, Omphalii, Ant, Luschi 
comment, et Barpt. Latomi artificio Rhetorico illustrata, — pro Ligario 
F, Sylvii comm, et Barpt. Latomi artificio Rhetorico explicata. 



{m) 

rexceptîoo des notes sur les discours pro Cecinay pro 
Pfajicio et sur la seconde Pbilippique, qui ont plus d*éten- 
doe, elles se l>ornent pour la plupart à indiquer ce que 
Ton appelait Variificium rhetoricum, ou sont de courts 
arguments marginaux. 

Parfois Latomus prenait pour texte de ses leçons une 
ceoTre de rhétorique de Porateur romain. Ainsi, pendant 
rhiver de 1537, il expliqua les Topiques. Le 1" juin 1358, 
il dédia ses notes sur ce traité à Jean Morin, président 
du Collège de Navarre, et les flt imprimer à Strasbourg 
chez Craton Mylius, où elles parurent au mois de mars 
1359 (127 pages petit in-8°). Elles obtinrent un grand 
succès, comme le prouvent les nombreuses réimpressions; 
oous trouvons mentionnées les suivantes dans divers cata- 
logues : Paris, Fr. Grypbe, 1539 et 1540, in-4% Bâie 1541 ; 
avec d'autres commentaires: Paris, Tiletan 1543, 1546, 
104% Palierins, 1542, in.4% Richard, 1549, 1554, 1557, 
1561,in-4% Vascosan, 1554, in-4^ 

L'année suivante, il avait préparé et en partie copié pour 
rîmpression ilesEnarraliones in Ciceronis Parlitiones ora- 
lorîoj, lorsqu'il entreprit le voyage d'Italie. Pierre Galand, 
désigné pour le remplacer pendant son atjsence, se cbargea 
i sa demande de la revision de l'œuvre et en surveilla la 
poUication. Elle parut à Paris cbez Fr. Gryphius en 1539, 
in-4^fut réimprimée en 1543, ainsi que chez Tiletan en 
1545, chez Richard en 1549, 1555 et 1558, à Lyon en 
1541 et 1545, à Cologne en 1547 et 1558. Latomus y 
expliquait le texte par de nombreux exemples choisis 
d'ordinaire dans les discours mêmes de l'auteur, et parfois 
aessi dans Virgile ou Horace, il a fréquemment recours 
aux autres écrits de Cicéron, ainsi qu'à Aristote, à Quin- 
tilieu età Agricola. En un endroit, il corrige avec bonheur 




( tu ) 

la leçon reçue. Les notes, d'abord assez étendues, dimi- 
nuent vers la fin. 

On le voit, Tactivité littéraire à Paris du professeur 
belge fut assez considérable. Il ne négligea pas non plus 
de cultiver la poésie et de faire sa cour en vers aux grands 
personnages. A la fin de 1556, il composa un poème sur 
un sujet qui avait déjà exercé sa verve et renvoya comme 
étrenne au roi François P^ dans un magnifique exemplaire 
sur vélin, qui se trouve actuellement à la Bibliothèque de 
TArsenal (1). Elle a pour titre : Ad Chris tianissimum 
Galliarum regem Franciscum Bartholomaei Latomi pro» 
fessons eius in bonis lilteris Luletiae Bombarda, Franc • 
Gryphius excudebat ann. M.D.XXXVI Mense Decembri^ 
Luletiae (11 feuillets). II y rappelle qu'il a vu lui-même à 
Trêves les effets terribles de la bombarde, en décrit la 
puissance, trace le tableau des victoires de François l""" 
et termine par le vœu patriotique de voir le roi, récon- 
cilié avec Tempereur, s'unir avec lui pour combattre les 
Turcs (2). La guerre aux Turcs était encore un lieu corn- 



(1) Nous devons à Tobligeance de M. Parmentier, professeur 
agrégé et ancien élève de Técole normale des humanités, la description 
de cette pièce et plusieurs autres détails bibliographiques sur les 
ouvrages de Latomus qui se trouvent a Paris. — Nous ne savons si 
c*est le même exemplaire qui est mentionné dans Brunet, Manuel du 
libraire f%, III. 

(2) Ât vos, Superi, tantos averti te luctus, 
Praecipitesque inhibite minas, miserescite gentis 
Christicolae 

Sit salis immanem multo vis robore Turcam 
Quod ferimus, nostrisque minantem arcemus ab oris. 



( 185 ) 
mao des hamanistes de ce temps; mais il est assez piquant 
de la voir eoDseiller au roi au moment même où il était 
leor secret allié. 

On eiemplaire sur papier du même poème à la Biblio- 
tbèqae Nationale annonce de plus sur la feuille du titre 
eiasdem ad Cardinaletn Bellaium episc. Parisiensem Ele^ 
giacon; mais cette dernière poésie n*est pas dans le volume. 
Elle j manquait proltablement déjà en 1750, comme semble 
rindiqner la mention de pièce dans le catalogue de la 
BiU. du Roi, 1. 1, p. 369, n^ 2353. 

Enfin Latomus ne négligea pas sans doute de recom- 
mander en vers, selon Tusage, les nouveaux livres de ses 
amis. Groter, dans les Deliciae poet. Belgicorumy 1. 111, 
p. 57, insère Téloge poétique qu'il iii des hymnes de Sal- 
mooios Macrinus, qui parurent à Paris en 1537. Ce sont 
les seuls vers de notre écrivain q le Gruter ait admis dans 
son recueil; il aurait pu se montrer plus généreux. 

En 1539, Latomus obtint un congé et peut-être aussi 
un subside pour aller visiter Tltalie. En décembre, il était 
à Venise et peu après à Bologne. Il s'arrêta quelque temps 
dans cette dernière ville, pour faire des études de droit 
civil, et c'est là probablement qu'il reçut le grade de legum 
dmor, dont nous le voyons orné dans la suite. C'est de 
Bologne aussi que, le 2 février 1540, il adressa à son ami 
Jean Sturm, alors directeur du gymnase de Strasbourg, 
Qoe longue lettre sur les dissensions en Allemagne et la 
nécessité de maintenir la paix pour lutter contre les Turcs. 
One guerre civile entre les deux partis aurait les consé- 
quences les plus funestes : si le parti évangélique triomphe, 
il est bien à craindre que tout ne soit pas réglé conformé- 
ment à l'Évangile; si la victoire appartient en ce moment 



( 156 ) 

aux catholiques, tout espoir de réforme est perdu, et il 
aurait mieux valu ne pas commencer le mouvement que 
de le voir arrêté avant qu'un sage et libre concile ait pu 
décider de la querelle (1). Sturm répondit longuement 
à cette lettre le 51 mai, en exposant les griefs des réfor- 
més et en protestant de leur amour pour la paix. Puis 
jugeant la publication des deux écrits utile à sa cause, 
il les 6t imprimer encore la même année sous ce titre : 
Epistolae duorum amicorum Barlholomaei Latomi et 
Joannis Slurmii de dissidio periculoque Germaniae et per 
quos 8(a( qnominus concordiae ratio inter partez inea" 
tur. Strasbourg, 1540; seconde édition en 1567. La lettre 
de Latomus comprend quinze pages, celle de Sturm» 
vingt et une. 

A son retour d'Italie, Latomus s'arrêta quelque temps à 
Strasbourg, fêté par les humanistes de l'endroit et fréquen- 
tant familièrement aussi les professeurs du séminaire pro- 
testant,Capilon, Hédion etBucer(2).ll semble s'être trouvé 
dans la ville alsacienne dès le commencement de juillet, 
car il accompagna les Strasbourgeois à la conférence de 
Hagenau, comme il parait résulter d'un écrit du chanoine 
Grôpper, à Cologne (1545), invoquant le témoignage de 



(1) Quis fînis omnino futurus est cum in hanc vel illam partem 
fortuna inclina veril? Vicerint Evangelici, metuo tamen ne non omnia 
protinus cvangclica futura sint. Ecclesiastici vicerint: hic vero quan- 
tum spei occiderit, ut mihi satius milHes videatur> nuUam unqoam 
querelam motam fuisse, quam abrupta iam infractaqae animonim 
intentione, causam tantam... aut indecisam reiici, aut non liberrimo 
sapienlissimoque concilio dcfiniri. 

(2) Sçripta duo adversaria. 



( 157 ) 
LâtoiDosaa sajel d'an entrelien qu*il y eut avec Bucer et 
aoqoeUi le dit, avoir assisté (1). 

Revenu à Paris, il y prononça, au mois d'octobre 1340, 
uD discours dans lequel il fit la relation de son 'voyage 
(Otb/îo Lutetiae in audUorio regio dicta mense octobri 1540^ 
qua peregrinalionem suam per Italiam describiL Paris, 
ap. Fr. Gryphinm» in-4'*. Nous avons cherché en vain à 
Doos le procurer). Il continua ensuite son enseignement et 
rendit en même temps des services de secrétaire auprès du 
cardinal de Bellay, lorsque son ancien protecteur Louis de 
Hagra Tut appelé à Tarchevéché de Trêves et fit des offres 
à Latomus pour l'attacher à sa personne. 

Ayant accepté la proposition de Tévéque, il fut nommé 
son conseiller, au commencement de 1542 (2), s'éta- 
Uit à Coblence, et s'y maria, peu après, avec Anna Zie- 
glios^). Dans une lettre adressée le jour de TÂscension 
H 18 mai) 1542, au cardinal de Bellay, il annonce son 
mariage comme ayant eu lieu peu auparavant, s*excuse de 
oe pouvoir revenir en France et recommande Pierre 
Galand pour le remplacer auprès du prélat (4). C'est à tort 
que Brower place le retour de Latomus à Trêves en 1540 



(!) Voir le passage dans D' Pastor, Die Kirchlichen Revisionsbc' 
tirtintngen wâhrend der Reyierung Karels V. Freiburg, 1879, p. 238. 

(3) Gesta Treviroram, dans de Hontheim, Prodromus historiae 
Trerirensb, 1. 1, p. 866. 

(3) Diplôme du 17 avril i5ii, dans de Hontheim, Historia Trevi- 
raists diplomatica, t. Il, p. 694. 

(4; Biblioth. Nation, de Paris, sect. des manuscr., Fonds latin, 
n* 1587, f* 67 : (Jxorem duxi his proximis dicbus Conflucntiac, et 
oooceo loco sum ut videar non posse redire in Galliam. 



(188) 

el qu'il le fait assister, à la fin de cette année, au premier 
colloque de Worms» en confondant ce colloque avec la 
conférence de 1557 (1). 

Les historiens de Trêves louent le zèle et la capacité 
déployés par Lalomus dans ses nouvelles fonctions, et 
affirment qu*il rendit au prince les services les plus signa- 
lés. Dans les querelles religieuses qui agitaient l'Allemagne, 
il prit, comme son maître, résolument le parti des catho- 
liques et mit en œuvre pour le défendre tout son talent 
d'écrivain (2). Il n'intervint cependant pas spontanément 
dans les disputes théologiques; il y fut en quelque sorte 
provoqué et s'y trouva engagé malgré lui par la force des 
circonstances. Les réformateurs le croyaient d'abord favo- 
rable à leur cause. Il était lié d'amitié avec plusieurs 
d'entre eux et avait attaqué plus d'un abus dans ses écrits. 
Peut-être même avaient-ils espéré de le voir déterminer 
l'Électeur de Trêves à suivre l'exemple de Herman von 
Wied, qui avait résolu d'introduire la réforme dans son 
diocèse de Cologne et appelé dans ce but Bucer de Stras- 
bourg. Mais leur espoir fut bientôt déçu. Le conseiller de 



(4) Annales Treviretues, t. Il, p. 365. — Voir plus loin les détails 
sur le dernier colloque de Worms. 

(5) Brow. Ann, 7>ev., t. Il, p. 327 : manus Scnatoris constantis et 
catholici magna pariter et integritatis et eruditionîs laude dum 
vixit in hac Dioeccsi implevit; ibid. 363 : Magna sane et cxioiia 
Job. Ludov. bunc cooptando virum in Ecclesiam suam ornamenta 
contulit, cuius doctrinae singularis facundiaeque presidio, per id tcm- 
pus admirandae, res catholica, qaae tum a vicinis hostibus acerrime 
oppugnabatur, fortiter, strenueque multos annos defensa stetit. Voir 
aussi Marx, o. c. 



r 



( iS9) 

Jeao-Louis manifesta des idées bien différentes et blâma 
ouvertement les innovations de Tarchevéque de Cologne. 
Boeer l'apprit pendant qu'il prêchait à Bonn et lui exprima 
sa sorpriseet son mécontentement dans une longue lettre 
dai^ de celle ville^ le 15 juin 1543. La lettre était accom- 
pagnée d'an écrit de Melanchlhon sur les questions en 
litige. Bucer invitait son ami à le lire et à lui écrire ce qu'il 
trouverait à y répondre. Ainsi mis en demeure, Latomus 
motiva ses opinions dans une épttre détaillée, datée de 
Coblence le 12 juillet 1543; après s'être excusé d'aborder, 
lui simple laïque, une discussion théologique, il soutient la 
doetrinecatholiquesur la communion sous lesdeux espèces, 
rinvocation des saints, le célibat des prêtres, l'autorité de 
rÉcriture et celle de l'Église. Une copie de sa lettre circula 
qaelqae temps parmi les partisans de la foi ancienne et 
fut imprimée à son insu à Cologne. Bucer entreprit alors 
de la réfuter en détail et fit paraître sa réponse, avec la 
lettre de Latomus, à la fin de mars de l'année suivante, 
daos : Scripla duo adversaria D. Bartholomaei Laiomi 
kgum doctoris et Martini Buceri theologi.,. Ârgentorati, 
Wendelin Rihel, 1544, 262 pages in-4'. L'écrit de Lato- 
mus y occupe les pages neuf à vingt-huit; celui de Bucer 
remplit le reste du volume. L*élendue de ce dernier 
ouvrage, la quantité de faits qui y étaient allégués, ren- 
daient une réplique nécessaire. Latomus demanda et obtint 
UD coDgé pour s'y livrer à loisir. Le 7 septembre elle était 
terminée et elle parut sous ce titre, avec une dédicace à 
PËlecteur : Bartholomaei Latomi adversus Martinum Buc- 
cerum de controversiis quibusdam ad religionem pertinent 
tîbus altéra plenaque defensio, Coloniae, Melchior Neus, 
1545, 144 feuillets non chifTrés, in-4''. Cet ouvrage se 



( *60 ) 

distingue par Télégance du style et la force de Targumen- 
talion. Il s*y trouve un passage important pour Thistoire 
de récrivain ij. 

I/atlitude prise par Latomus dans cette discussion le 
confirma dans les bonnes grâces de l'évéque. Celui-ci lui 
montra sa satisfaction en accordant, par diplôme du 7 
avril 1544 (1), comme demeure viagère à lui et à sa femme, 
la Cour électorale à Coblence, dans le voisinage de l'église 
de S^-Florent, maison que de Hontheim dit avoir occupée 
comme officiai à partir de 1738, et qui sert maintenant de 
presbytère au curé de Notre-Dame (2). Latomus y avait 
déjà demeuré antérieurement et y avait fait des répara- 
tions (3). 

il accompagna l'archevêque en 1544 et en 1545 aux 
diètes de Spire et de Worms, et fut envoyé, comme audi- 
teur catholique, au colloque sur les affaires religieuses 
tenu au commencement de 1546 à Ralisbonne. Les théo- 
logiens protestants ayant quitté brusquement la conférence 
le 20 mars, il en résulta une polémique entre les deux 
partis sur les causes de leur départ. Latomus rédigea une 
relation allemande de tout ce qui s'était passé, et la fit 
paraître peu après, mais sans y mettre son nom : Hand- 



(i) Le texte du diplôme se trouve dans Hontheim, Hùt, dipU^ i. Il, 
p. 694. Latomus y est qualifié comme hochgelehrler, uruer Raih und 
liehe getrcuwe Doctor. 

(2) Voir Marx, o. c. 

(3) La cession est faite en partie pour le dédommager des frais, et 
en partie par considération pour le service utile et agréable qu'il a 
rendu à TÉlecteur. 



(161 ) 

lungm des Colloquiums zu Regenspurg (1). Le Codex 
mùcellaneus 17437-50 de la Bibliolhèque royale de 
Bnixelles, section des manuscrîtSy contient un résumé de 
b lettre que Lalomus écrivit sur ces faits à ses amis» à 
la date du 2 avril. 

Le 23 mars 1547 il eut la douleur de perdre son ancien 
protecteur, Jean -Louis de Hagen. Mais cet événement 
o'amena aucun changement dans son existence; les élec- 
teore suivants lui continuèrent leur conflance. S'il faut 
ajouter foi à Paquot, Charles V, à la recommandation de 
Yiglios, lui donna, en 1548, le rang de conseiller à la 
Chambre impériale de Spire. Pendant les années qui 
suivent, on n'entend plus parler de lui, mais au mois de 
septembre 1557, il reparait au dernier colloque religieux 
de Worms. Cette conférence échoua, comme on sait, grâce 
i la désunion qui régnait dans le camp des protestants (2). 
La discussion devait avoir lieu entre les catholiques et les 
partisans de la confession d'Augsbourg, mais les réformés 
ne parvenaient pas à s'entendre sur l'étendue de cette 
confession. 

Les théologiens luthériens du duché de Saxe et de 
fininswick prétendirent en exclure les adhérents de Calvin, 
d^Osiander et d'autres dissidents; ils partirent quand ils ne 
pnreot faire prévaloir leur opinion. Les interlocuteurs 
eatholiques refusèrent dès lors de continuer la discussion, 
ignorant, disaient-ils, quels étaient les vrais partisans de la 



(i) L. Pastor o. c, p. 52K, note 3. 

()) Ranke, Zar Dcutschen Gescliiclitc vom Religionsfrîeden bis 
zam dreissigjâbrigen Krieg. OEuvres comptètcs, t. VIÎ, p. IH^. 

3"' SÉRIE, TOSIB XIV. 11 



(162) 

confession et ne sachant plus avec qui ils avaient à traiter. 
La conférence fut ainsi levée, mais avant de quitter Worms, 
les calvinistes y firent paraître un écrit oà ils accusèrent les 
catholiques d'avoir amené la rupture des négociations, et 
soutenaient que leurs doctrines étaient comprises dans la 
confession d'Âugsbourg. Latomus rétablit les faits dans un 
opuscule allemand, rédigé sous forme de dialogue, dans 
un style clair et incisif. Il est intitulé : Spaliung der 
Auspurgischen Confession durch die newen und streitigen 
Theologen mit kurtzer Widerlegung der unbeslendigen 
Mire derselben.., Auch vcelche Parthey die Trennung des 
angestelten Colloquii zu Wormbs verursacht habe, 1557. 
40 feuillets non chiffrés in-4'', sans nom d'imprimeur 
(Bibliothèque royale de Munich). 

La question était de la plus haute importance pour les 
calvinistes flamands réfugiés alors en Allemagne et peu 
certains d'y trouver un asile. C'est pourquoi Dathenus, 
lors du congrès des princes à Francfort, se décida à ébran- 
ler l'effet de la dialectique de Latomus et le combattit 
dans une brochure latine : Ad Bartholomaei Latomi rheto- 
ris ealumnias responsio. Ce titre seul montre le ton dans 
lequel l'opuscule était écrit; le conseiller de Trêves y est 
apostrophé comme calomniateur, menteur, impie, rhé- 
teur, etc. Il répondit avec non moins de vivacité : Respon^ 
sio Barlholomaei Latomi ad impudentissima convilia et 
ealumnias Pétri Dathaeni. Scripta Franckfordiae in Con^- 
ventu Caesaris et Principiim Eleclorum Imperiiy Mense 
Mariis anno 1558, 11 feuillets in-4% non chiffrés (Biblio- 
thèque royale de Munich). 

L'année suivante il crut devoir rompre une lance avec 
un nouvel adversaire. Une discussion s'était élevée entre 



r 



C 165) 
Jean Brenlz et Mathias Bredenbach, recteur du gymnase, 
alors très florissant, d'Emmericb. Le débat portait sur la 
messe et la communion, la question brûlante du jour. 
Jaques Andreae, pasteur protestant de Gôppingen, vini au 
secoarsde Brentz dans un Hyperaspisles; il s'y éleva vive- 
Dieot contre on passage de la réponse de Latomus à Bucer, 
oà Tancien professeur de Paris avait employé le mot rudis 
pour caractériser la simplicité des institutions primitives 
de rËglise. Andreae qualifiait cette expression de blas- 
phème et appliquait au docteur Latomus le dicton ijuristen 
base Christen. Ainsi pris à partie, Latomus intervint dans 
le débat par Topnscule intitulé : De docta simpliciiaie pri- 
mae Ecclesiae et de u$u calicis in Synaxi et de Eucharis- 
îico iocrificiOj adversus petulanlem insultaiionem Jacobi 
Andreae^ pastoris GoppingensiSy Barth. Latomi responsio. 
Coloniae, apud Maternum Cbolinum, 1559, 55 feuillets 
ooD chiffrés. Un curieux passage de cet écrit est celui où 
le grave conseiller reproche à son adversaire d'avoir prêché 
i Worms, lors de la conférence de 1557, en habit de cour, 
le couteau de chasse au côté. Brower l'a reproduit dans 
ses Annales. 

Peu après parut la réplique de Dathenus à la réponse 
qu'il avait reçue deux ans auparavant : Ad Bartholomaei 
Laiomi calumnias responsio altéra. Latomus y reçoit les 
épithètes d'idolâtre, flatteur et parasite; mais il n'était pas 
homme à se taire. Il reprend donc la plume, oppose aux 
accusations de son adversaire un tableau de sa vie passée, et 
combat les idées de Dathenus sur l'autorité de l'Écriture 
et le caractère de l'Église : Ad furiosas Pétri Datheni cri-' 
minationes falsasque et absurdas eiutdem de Verbo Dei^ et 
Scriptura^ item de Ecclesia Catholica eiusdemque commu'- 



( 164 ) 

nione senlentias, interiectis intérim et aliis controversae 
Religionis locis Barth. Latomi altéra refponsio. Coloniae, 
apud Malernum Cholinum, 1560, 88 feuillets in-8'' non 
chiffrés (Bibliothèque royale de Munich). Dathenus avait 
raillé la vieillesse du conseiller, qui avait déjà, selon son 
expression, un pied dans la fosse. Latomus se déclare prêt 
pourtant à recommencer la dispute, quand son antagoniste 
le désirera : nunc si quid amplius delectat te, fac pericu^ 
luniy efficiam quantum potero ne cum fungo tibi aui 
êtipile negotium fuisse videatur. Mais la querelle en resta 
là, et Latomus put passer dans le repos le reste de ses 
jours. 

Lorsqu'on 1569 févéque Jacques d'EItz réforma sa cour 
de justice, Latomus obtint, malgré son grand âge, le pre- 
mier rang après le chancelier Wimpheling et fut même 
placé au-dessus des conseillers de Tordre équestre (1). 
Il ne jouit pas longtemps de ce nouvel honneur et mourut 
à Coblence, le 3 janvier 1570 (2). 

Le personnage dont nous venons d*esquisser la vie et 
es travaux passait de son vivant pour un des hommes les 
plus savants de Tépoque (3). Cependant il n*a guère laissé 
de traces; ses écrits sont aujourd'hui rares et oubliés, 
quelques-uns semblent même avoir complètement dispru. 



(i) Honth. HUt. Tr. dipU, t. Il, p. 554. 

(3) Ibid. 

(3) On lit dans la Prosopographia do Pantaléon : magnum tibi 
nomen comparavit et talis evasit ut inter virot doctitsimot recefue^ 
retur. Guicciardin (Description des Pay$-Ba$. Anvers, 4583, p. 457), 
dit en parlant d*Arlon : « De ce lieu fut natif Barthélémy Latomus 
ou le maçon) bien versé en toutes sciences et qui a escrit beaucoup 
d'œuvres excellentes. • 



( 163 ) 

Dans le domaine de la philologie, qu'il a particulièrement 
coltifé, il a été bientôt dépassé. Le cours sur TArt poétique 
professé par le Hollandais Nannius au Collège des Trois 
Laognes de Louvain, peu de temps après que Thumaniste 
d'Arloo interprétait le même ouvrage an Collège Sainte- 
Barbe, a été publié par Valère André (1), d'après un cahier 
d*élève qu'il tenait d'André Schott. Si Ton compare les 
deux cours, on reconnaît dans le second une exactitude 
bien plus grande, une connaissance plus profonde de la 
laogne et de l'antiquité, et surtout l'esprit scientifique qui 
marquera les œuvres de la génération suivante et qui a 
fait dire à Juste Lipse que Nannius avait le premier allumé 
le feo sacré à Louvain : Petrus Nannius qui primus ibi 
hùnestum ignem accenderat (2). Le progrès est encore plus 
sensible dans le commentaire à moitié critique de Lambin, 
qni occupa, une vingtaine d'années plus tard, la chaire 
d'éloquence latine inaugurée par Latomus. Mais si notre 
humaniste ne fut pas un initiateur, sa place n'en est pas 
moins marquée dans Fhistoire littéraire de la première 
moitié du XVP siècle, et au moment où la Biographie 
nationale va l'accueillir, il nous a paru utile de le faire 
connaître avec plus de détails que ne le comportent les 
notices nécessairement restreintes de ce recueil. 



(I) Derrière l*Horace de Torrentius, Anvers, 4608. Nannius 
enseigna le latin, au Collège des Trois Langues, de iK39 à 1547. Il 
prit possession de sa chaire le i*' février 1539 par un discours sur 
TArt poétique d'Horace. Il expliqua donc cet ouvrage dès la première 
aimée de son professorat. Voir F. Né va. Mémoire historique et litté- 
raire sur le Collège des Trois^Langues, p. 1 50. 

(9) Epût. MiseelU, c. III, 87. 



( 166 ) 



APPENDICE. 

Annotationes Bartolomaei Laiomi in Horaiii Artem poeticam, 

vs. 1-82. 

ARGUMENTUM. 

Florente imperio Populi Romani sub Augusto principe, cum 
simul fiorerent ingénia, honosque esscl poelis, multi poemata 
scribebant non tam quod possent scribere, quam ut se ostcn- 
tarent, itaque adductus Horatius vel sponte sua, vel ut gratifi- 
caretur Pisonibus, scripsit hune libellum de Arte poetica, in 
quo docet quid observandum sit in condendo pocinate, et unde 
oiateria pelenda, tuui quae adhibenda cura et diligentia : 
reprehendens intérim vitia et ineptam ostentationem suas 
œtatis multorum, qui nuUis ingeniis, nullaque arte freli, rem 
paucis concessam indigne tractabant. Primum igitur de corpore 
tolius poemalis prascipit, et de verbis in universum. Deindc 
subtexitparlicularia pr8ecepta,el digerit in varias officii partes. 



HUMANO GAPITI. PRIMUM PR^CEPTUM. DB CONVENIBNTIA TOTIUS 

OPERIS ET PARTIUM INTBR SE. 

Humano capiti. 

Monstro simile erit poema quod non omnibus partibus et 
inter se et cum tolo conveniet,ut unum quodammodo effîciat 
corpus. Hœc est summa totius buius opusculi. Primum autem 
prœcipere videtur de disposilione et convenientia et dxokou^içf. 
poematis et carminis. Humano. A similitudine incipit, qua rem 



(167) 

déclarât amici admissi apectatum, scilicet in iheatrum ad 
speclandaro, ut spectetis. Est supinum. TeneatiSf possîtis 
ffoere. CoUatis, aliunde sumptis, ut conferre sepem, i. e. 
somere undiqoe. Desinat in piscem^ u e. in monstrum : hoc 
«alem cum dîcit, respicit ad Sirènes. Cermcenij collum. Tem- 
porîbus Ciceronis in singulari erat inaudilum, dicebantque 
cnrices, quia duo semper sunt colla. Hortensius autem primus 
Ifgit cemcem, ut notant Quintilianus et Aulus Gellius. VariaSy 
dirersi coloris avium plumas. Undiqtie, u e. aliunde ex variis 
animalibos sumptis. 

Pi%onts. Ad Pîsones, patrem et filios, scribit, dootos ea 
elale homines et poeticœ studlosos, ex gente Calphurnia, quœ 
fuit nobilissioia apud Romanos. 

Crédite. Accoromodatio similitudinis ad proposilum. Tabulœ^ 
i. e. piclune. Fore librum, i. e. poema. Vanœ, ineptœ. 

Ve{iif œgrL JEgr'is variœ occurrunt speCies propter valetu- 
dinis perturba tionem. Est igitur apta compara tio. Fingentttr, 
se apoeta. Vanœ^ i.e. non cohœrentes, more somniorum œgri, 
qiix non cobœrent inter se. Uni formas, i. e. ccrtœ speciei. 

Pieloribys. Occurrit obiectioni et concedit fictis eatenus 
Qtendom esse in poemate, quatenus congruant intcr se et a 
somma totius non abhorreant. Eadem praecipiunt rbetores 
debcri fieri in narratione, ut ostcndit Rodolphus in 2** libro. 
Pictoribus atquCy subaudiatur dicat aliquis. 

Sdmus etc. Rcspondet Horatius. Veniam, i. e. licentiam 
fin|;eodi quœvis, modo sint apta. Petimusqve^ snb. tanquam 
nos edaro poêlas. Damusque, se. tanquam censores et critici 
aliorum pocmatum. Sed non, se. coneedimus. 

Xon ul serpentes. Ffœc allegoricos dlcuntur et intelligenda 
de pariibus pocmatis. Tigrihus, i. c. animalibus efferalissimis. 
Agni^ se. qui sunt mansuetissimi. 



( 168 ) 



INCBPTIS GRAVIBUS. SBCONDUH PRACEPTUH. DB DIGRBSSIONIBOS 

FACIBNDIS IN ALIQUO OPBAE. 

Inceplis gravibus. 

Vetat ab extraneis rébus ornatum intempestivum petendum 
esse, ne alio évadât oralio quam instituturn sit. InceptiSy i. e. 
operibus et cxordiis operum, quœ prœ se ferunt magni 
aliquid. Magna professis^ i. e. prse se fereotibus et poUieitan- 
tibus. Assuilury i. e. attexitur, se. a vitiosis poetis. Allegoricos 
autem hase dicuntur. PannuSy est fragmentum. Purpureus 
pannus, u e. purpura quœ multum splendet. Lucus, sylva 
sacra. Pluvius arcus, i. e. Iris, cum describitur pcr digressio- 
nem, sed parum aptam et iniempestivam, et per quam recc- 
dunt plerumque ab inslituto, eîus obliti instituti. Sed nunCy i. 
e. in hoc opère quod inslituis. 

Scis simulare. Facit eiusmodi poetam imperito pictorî 
similem, qui nihil prœter cupressum pingere novernt.Âd hune 
igitur cum aliquando naufragus vcnisset et petissct ut casura 
suum exprimeret, interrogavit ille, num et de cupresso aliquid 
addi vellet: quse res postea in iocum et proverbium abiit, cum 
rem iniempestivam et ineptam significare vellet. Scis simu- 
lare, î. e. pingere et nil aliud; id est quœris Iocum amœniorem 
qui nil faciat ad propositum tuum, in quem per digressionem 
cas. Enatat, u e. evadit, emergit. Exspes, i. e. sine aliqua spe. 
JSre datOy î. e. pretio. Amphora cœpiL Loquitur àXkriyopixîùç 
de poeta, ducta similitudine a figuHs, qui in rota fingunt vasa 
currente. Sensus est : cum a magnis incipias, turpe est te 
desinere in minima. 

Denique sit* Vetat ne diversœ misceantur res in poemate, 
sed unius argumenti tractatîone unum tanquam corpus effî- 
ciatur : nam vitiosum erit, si, cum de Oreste fabulam instî- 
tueris, ad Iphigeniam sororem eius dilabaris. Possunt tamcn 



r 



(169) 

duo négocia simul tractari, si non misceantur in ter se, sed 
perspicao ordine alterum separatim ab altero per vices 
describator, ut in Andrîa et Adelphis Terentii, quœ sunt 
doplicis ai^menli. Denique sit quodvis, se. poema. Simptex, 
L e. 000 pannosum et citra ineptas digressiones in locos com- 
mones : nec ita desinas et perficias luam composilionem 
bumilîter, com in propositione magna pollicilus sis. Hactenus 
preeepît de iaconveDÎcnlia, iam dégénère clocutionis. 

liXlHA PARS YATCH. TERTIUM PRiECBPTUH. DE BLOCUTIONB. 

Maxima. 

Genos elocutionis aptam adhibendum est, ut neque brevitas 
ofascoritateni pariât, neque efîusa explanatio languorem, neque 
tomorem magnitude, neque faslidium bu mi 11 las, neque afiec- 
lalavarietas absurditalem Cum enim hœc vilia propinqua sint 
Tirtoiibus, facile in bis aberrant imperili, et culpam vilanles 
in eaodem incidunt. Alloquitur autem Pisones. Specie, i. e. 
imagine, bec est, fallîmur recto iudicio, non possumus rectum 
iodicare in poemate : non possumus iustam formam consti- 
lucre in poemate aliquo, ut simus aul brèves, aut prolixi. 

Brevis esse, se. in explanando poemate. Obscurus fio, i. e. 
milita omitto et non intelligor. JVervi deficiunU i. e. vires et 
animi, spiritus. Alludît ad currentes, qui amitlunt spiritum. 
Utidyi. e. Gopîosa, effusa et prolixitatem. Turget, i. e. inflatur, 
at fit in tragœdîis. 

Serpiî humù Alludit ad navigantes, qui tempestatem 
metuentes terram prémuni. Tulus, cautus. Timidus procellœ, 
i< e. qui limet ne fiât turgidus. 

Qui variare. Sicut pictura coloribus, ita poema verborum et 
senteniiarum figuris varîandum est, in quo cavendum est ne 
id affeetatc et praeler décorum faciamus, alîoqui absurdi et 
iaepli crimus : nam id est delphinum sylvis et fluctibus 
apnim appingcre. Variare. rem unam, aliquam, ornare, 



( 170) 

expolire : quod solet fierî apud oratores expolitionc. Prodi- 
gialiter, i. c. mirabilitcr, se ut videatur mira illi inesse elo- 
quentia. Appingit^ sub. tanquam pictor ineptus. Dicitur 
autem (iXkriyopf,xCî^ pro eo quod est, facit orationem absurdani 
et prodigiosam. In viiium, se. conlrarium. 'EiciftovT^iAaxix^ç 
hoc subiungitur. 

JSniilium circa. Non satis est poema una atque altéra parte 
elaboratum esse per elocutionem eleganteni, sed oportet vir- 
tutibus elocutionis tolum œquabiliter esse perfectum, quod 
déclarât per similitudincm iXh\yopi7^ nam loquitur de fabro 
œrario, intelligens poetam. 

Jmu8, i. e. in ima parte eius loci habitans circa Lucium 
iEmilium gladialorem (I). Apparet autem in eo loco multos 
habitasse fabros, quia dicit imus. Non est autem proprium 
nomen viri, ut quidam putant. Ungues^ statuarum. CapilloSj 
comam. Imilabitur^ i. e. exculpet. Ponere, exprimcre et absol- 
vere totum.opus. Infelix, se. hic faber. Summa^ i. e. perfec- 
tione, i. e. quantum attinet ad summam. Curent, vclim. Quid, 
aliquod poema reule componere. Hune, i. e. talem imperitum. 
ViverCy i. c. esse. Pravo^ distorto, et quamvis tamcn habeam 
pulciiros oculos et crines. Spectandum, laudandum, dignum 
spectatu, form({sum. 



SUBIITE BUTERIAM. QUÂRTUM PRiECEPTUV. ELIGENDA VATERIA. 

Sumite, 

Materia non supra vires tentanda est, sed apte eligenda, ita 
et caetera facilius constabunt de quibus diclurus est. Itaque 
videmus alios in aliis gencribus excellere, quia aptam mate- 
rîam sibi quisque eiigit et sumit. 



(i) L'erreur commise ici disparaîtrait, si on lisait : càrca ludum 
A emilii gladiatorium. 



(171 ) 

Et versate diu, Ailtidil ad baiulos, qui diu tentant num 
homeris onus ferre possînt. Versate^ i. e. perpendîte. Récusent^ 
Mgent, non possînt. Viribus, se. érudition is. Res^ i. e. mate- 
ria scribenda. Potenter, apte, née supra vires et quam reete 
traclare possis. Lecta, electa. Facundia^ i e. virtus elocutionis. 
Ordo luàdus^ i. e. dispositio apta Aptum epithetum, quia 
ordo locidam reddit orationem. 



010151$ B£C. QUINTUM PR^CBPTUH. DE ORDINB MATERIiE. 

Ordinis hœc. 

Gimmode subncctit ordinem raateriae, quia dispositio est 
in rébus. Vide Rodolphum lib*. S*", de dispositione. Venus, 
Le. gratia. Aut ego fatlor, i. e. si reete dico : modeste loquitur. 
Jam nunc, se. quœ debent dici hoc loco. Pltraque différât, et 
dicai alio loco, quanivis ordo rerum gestarum tamen hoc non 
paiiatur. Ct Virgilius ineipit n septimo aiino, tanquam a média 
Tty missis quœ illis rdiquis annis gesta erant et translatis in 
secundum et tertium librum. Hoc amet, se. in dispositione et 
ordine rerum« 

Ur TBIB^S ETIAH. SBXTUM PnifiCBPTUBI. OB VBRBIS NOVANDIS 
TEL COMPOSITIONE, VBL FICTIONE. 

In verbîs. 

De Terbis singulis praecipil, quœ vel compositione vel fic- 
tionenovari soient: nam in bis scile et pradentcr agendum est, 
si res vel utilitas poslulorit. Componanlur vcrba ut supertec- 
tunij supereminere, subclnmare, item expedorare, eliminare, 
purpurare (1), et velivolum mare^ et ignivomvs soly quœ poe- 

(4) Il est probable que le professeur avait donné un mot composé 
tomme purifieare,pessumdarey procroêtinare. 



( ^72 } 

tica suQt et omnia ex notis verbis significandî causa compo- 
nontur, vel gralia necessitatîs. Ficla autem sunt et derivata 
(um ex latina, tum ex graeca origine parceque ad latinitatem 
detorla, ut raliocinatio, veriloquxum^ bealitas. Item syllo- 
gismus, erts (i) essentia, tum fframmatica, rhetorica, musiea 
etalia multa, quœ partim ex latinis, partim ex grœcis formata 
et deducta temporibus Giceronis nova fuerunU De quibus 
vide Fabium lib. 8, Erasmum de copia (2). Nova hodie sunt ut 
bombarda et eampana et alia pleraquc, quœ in consuetudine 
eruditorum observare licet. 

Quia locutus est de elocutione, nunc de verbis agit quibus 
constat eloculio. Tenuis, i. e. parcus, se. si fueris. Notum, se. 
extra composilionem et novum per compositionem. Junciuraj 
i e. compositio callida, apta et prudenter facta. Indiens recen- 
tibus, i. e. novis vocabulis. Abdita, i.e. latentes significationes. 
Exaudita, se. \ocfihu\si, Ce/Ae^ts^i.e.veteribus Romanis; posiiît 
enim partem pro tolo, se familiam Gethegorum pro omnibus 
priscis Romanis. 

CethegL Cethegi ex gente Gornelia fuerunt, quos cinctutos 
pro cinetos vocat, metri causa, vel expeditos et bellicosos : 
significans ab habitu militari, vel ad morem et habitum genti- 
litium spectans : quo dextro humero exerto Gethegi in bello 
prodibant, subter brachia cincti, Gabino, ut opinor, ritu : nam 
is cinclus ita erat, ut altéra lacinia, i. e. ora vestis, reducta 
super dextrum brachium, per sinistrum humcrum in tergura 
reiiceretur. De Gethegis apud Silium Italicum (3) est : Ipse 
humero exerlus gentili more parentum, difficili gaudebat 
equo, et apud Lucanum (4): exertique manu saga CethegL 



(1) Voir Acron. 

(2) Fabius Quintilianus VIII, 3, 30. Erasm. de duplici copia 
verborum. 

(5) Sil. It. Vin, 587. 

(4) Luc. Il, 545. On y lit : exsertique manus vesana Cethegi, 



( 173) 

Dixii «uiem einctutis pro cinctis per speciem pleonasroi ut 
ûAiperator. Unde incincti, i. c. imbelles et mulierosi. Habe^ 
Imnt fidem, i.e. probabuntur. FiclOy formata, ut iriclinivm 
— a Tptç" el x)w{vT^, lectus — et calix. 

Quidautem. Exemplo Plautl et Caecilii, vult cœterU etiam 
poetis novationem verborum concedendam esse. Plauto^ 
CoidliOj i. e. Teteribus comicis. Virgilio VartoquCy se. novis 
poetis et proînde Horaiio, qui florebat eorum tempore : nam 
poslea de se loquitur. Acquirere, i. e. nova facere et fingere. 
Jwiieor. Passive usurpât secutus naturam verbi : nam invi- 
dere est nimium iotueri alienam felicitatem : unde et Actius 
in Melanippa accusativo non dativo iunzit : floretn quis 
incidit meiim. Hune versum citât Gicero in TuscuL quœsL 
(Tertio llbro) et banc novationem laudat in poeta, etsi contra 
coDsuetudinem erat. Mire autem cum de novis verbis praecipit, 
ipse novitalem usurpât. Invideor, i. e. cur mibi invidelur. 
Acquirere, i. e. adiicere pauca nova verba linguœ Latinae. 

Clan lingua. Profert exempla quœ vim habent a minori. 
Si £nnius, velus ille scriptor et borridus, potuit fingere nova, 
qaidni et ego, qui elegantiori utor slilo et novus sum. Enni, 
pro Enniù 

UeuîL Claudit sententiam é7ri^o)V7^|ji(mx(0(;. Signatum. 
Metaphoram facît a moneta, quae certa nota signa tur, atque 
iU dcmum proba est et in usu babetur. Idem in vocabulis 
iacieodum est liotOy i. e. autoritate alicuius aulhoris boni, ut 
mooeta ab autoritate principis et nota eius valet. Producere, 
proferre. 

Vt iilvœ foliis. Similitudine monet prisca nomina interire et 
nova saccedere. Pronos, i. e. volventes, ut dizit Yirgilius (i), 
et transeuotes, per metonymiam, quod quae prona sint facilius 
volvantur. Aetas, i. e. usus. Prima, se. folia, i.e. votera qu» 
prima faerunt. 

(I) Volventibus annis, A en, I, 25i. 



( 174 ) 

Debemur morti, Argumentatur ex maiori : homînes et 
cuncta hnmana opéra interire, qualîacunque sint; ergo et 
vocabuia interirc. Jam exeropla humanorum operum suinit : 
Lucrînum lacum, in quem immisso mari Augiistus portnm 
Baianum effecerat; item Ponlinam paludem, quam siccaverat, 
ut ager aropliaretur : Tybrim autem crebroinundantem alveo 
purgato et pcr vicina directo represserat Agrippa. Nostraque, 
î.e. oninia liumana opéra. NeplunuSy i. e. mare [JLeT(i)vu|i.ixc5c. 
RecepluHy î.e. immissas in Lucrinum lacum. Arcet Aquilonibus, 
i.e. prohibet a ventis, per synecdochen. Est autem ùicaXXocyi^ 
pro arcet Aquilones a classibus; nam in tuto sunt naves^ cum 
sunt in portu, quem ibi feccrat Augustus et appellabat portum 
Baianum. 

Régis opus. Regem Augustum vocat (ivT0V0[jLa<mx(o^, pro 
magnifico ac potente. Sic alibi in Epistolis : rex eris, ctc (1). 
Palus, se. Pontina in Campania. Apla remis, i. e. navigabilis. 
Grave arairum, i. e. laboriosum. Amnis, Tybris. Iniqvum, i. e. 
daronosum proptcr fréquentes inundationes. Cursum, alveum. 
Doctus, i. e. directus. Est autem audax metaphora, cum dicîl 
amnem doctum, quem docuit Agrippa recta fluere nec amplius 
inundari. Honos, usus. Vivax, i.e. durabilis. Sermonum, 
vocabulorum. Cecidere, exoluere et antiquata sunt. MuUa 
renascentur, sub. nova vocabuia. 

Si volet usvs. Ostendit magnum momentum esse in consue- 
tudine et docet nos debcre sempcr sequi usum et consue- 
lodinem. 

« 

RBS GBSTiE. 8EPT1IIDM PRiBCBPTUBI. DE GENERE HETRl. 

Bes geMœ. 

De génère metri, nam alise materiœ ulio gcncre tractandœ 
sunt, et bcxametro res gestœ scribentur, ut apud Homerum 
et Virgilium, ctegiaco res tristes et flebiles, ut apud Ovidîum 

(1) I. I, 89. 



(175) 

de Ponto et TrisUbns. Soient ctiam lœta et prospéra elegiaco 
TCfso scribî, Qt Amores Ovidil, Tibulli, Propertii. Jambicum 
ameo, qaod Tanam est, cofnœdiis et tragœdiis accommo- 
datom, lyrieum deorum et heroum laudibus : item materiis 
ioeondioribus, ut amoribas et conviviis : unie et quondain in 
cooTiTiis adbibebatur. Numéro ^ i.e. versu. 

Tertibut impariter, se. carminé elegiaco. Quaerimonia^ i. e. 
ealMBÎtates sunt inelusœ. Sententia voti eompos, i. c. rcs lœtœ 
et prospene. Fuerit auclor. Alii tradunl Elheoclem (l)Naxium, 
•lîi Arcbilochum, alii Calinorum (2). Exiguos, i. c. humiles et 
dcmissos, qui grandibus rébus apli non sunt, scd semper biuis 
fcrsîbos absolvunt sentenliam : quod in ampla raateria iieri 
non potest. Dîcti autem ab éXeeco, quod est misereor. 

Arcbilochus, poeta Lacedœmonius (5), cum in Lycambem 
socerum, qui desponsatam sibi filiam Neobulcm dencgaverat, 
stilum stringere vellet, exeogitavit iambum pcdcm, cuius 
aaimonia nîmirum ita insectatus est, ut ad laqueum redegerit. 
Coostat Jambus brevi et longa syllaba imitansictumpugnantis, 
qoi celeriter veniens hœret in corpore. Rabies, i. e. ira. Jambo 
ftvprio, quem ipse primus invcnit^ ut ulcisccretur Lycamben, 
a que fuerat iniuria affectus. Socci\ i. e. comœdia, ab habitu, 
quodsoccus esset habitus comicorum. Cothurni, i. e. tragœdia. 
ÂUemis sermonibus, i. e. dialogis, dramatico génère, ut in 
comœdiis Terentii. 

Populares sirepitus, i. e. populi turbam et clamores in 
tbeatro. Natum, i. e. aplum. Rébus agendis, i. e. dramatico 
génère : nam est narrativum, activum et {jiéat)y. 



(i) Tbeoelem. Voir Etymologicum magnum, p. 527. 
(2) Cailinoum (dans Terentianus de Metris, y. I72â). 
(5) Ces deux mots sont écrits au-dessus de la ligne. L'erreur qu'ils 
contiennent derra probablement être mise sur le compte de Téiève. 



C 476) 

Fidibus, i. e. lyrico versu, quia hoc genus metrî ad lyram 
cantabatur, ut suiit Odœ Horatii et Pindari carmina apud Grae- 
cos, quœ deorum laudes et Olympîacas, i. e. sacrorum cerlami- 
num victorias(l), ut Castorem Pollucemque et casteros heroas 
célébrant. Pugilem victorem^ sub. PoUucem. Et equum, i. e. 
cquitem Castorem, synecdochicos, genus prospecte. Curas, î. e. 
aniores. Divos, u e. eorum laudes. JReferre, i. e. celebrare. 
Vina libéra, i, e. libéras comessationes, quia liberius faciunt 
vina homines loqui, ut Ânacreon. 

Fac-similé des dernières lignes de la lettre de B. Lato- 
mus à Ulrich Zasius, publiée par Riegger (voir note 3, 
p. 144). 

Vale et Magiitrum Johannem Cœsarem unicum parentem meum 
plurimum salutcL. Dates Trwiri die InnœetUunu 
Titus ex animo Latomus Trevirensis, 

Voi^^U ^^5Vrvv X^ht^^r^<^ Cotfd^nZ VvJ^ 





({) Le professeur a dit sans doute : Olympionicas, t. e. sacrorum 
eertaminum victores. 



(177) 



CLASSE DES BEADX-ARTS. 



Séance du 7 juillet 1887. 

M. C-A. Fraikin, directeur. 
M. LuGRE, secrétaire perpéiuel. 

Soot présents : MM. Robert, vice^directeur ; le chevalier 
LéoD de Borbure, Ern. SlingCDeyer, Ad. Samuel, Ad* 
Paali, Jos. Scbadde, Josepb Jaquet, J. Demannez, Charles 
Yerlat, G. De Groot, Gustave Biot, H. Hymans, Vinçotte 
et le chevalier Edm. Marchai, membres; Joseph Stallaert 
et Mai. Rooses, correspoudanls. 



CORRESPOiNDANCE. 



M. le Ministre de TAgriculture, de Plndustrie et des 
Tnvaui publics Tait savoir que, courormément au désir 
qui loi a été exprimé par la Classe des beaux «arts, il vient 
<le commander à M. Thomas Vinçotte le Iniste en marbre 
de fea Louis Alvin. 

La Classe prend, en même temps, notification d'une 
lettre de remerciements de la Tamille Alvin, pour Thom- 
mage que FAcadéroie a rendu à Louis Alvin lors de ses 
ronérailles. 

3** SÉRIE, TOME XI Y. là 



( 178 ) 

— M. le Ministre de TAgricullure demande que la 
Classe veuille bien lui faire connaître son avis sur les 
hustes en marbre de Louis-Prosper Gachard, ancien 
membre de la Classe des lettres, et de Louis Melsens, 
ancien membre de la Classe des sciences. Le premier de 
ces bustes a été exécuté par M. C.-A. Fraikin, le second 
par M. Charles Brunin. — L*avis favorable de la Classe, 
émis séance tenante, sera communiqué au Gouvernement. 

— Le même Ministre rappelle que, aux termes de 
Tarticle 5 de Tarrété royal du 5 mars 1849, relatif aux 
grands (concours de composition musicale, la Classe doit 
désigner trois de ses membres pour faire partie du jury du 
concours, qui s'ouvrira le 20 juillet prochain. — Ont été 
élus : MM. Gevaerty Samuel et Radoux. 



ÉLECTION. 



La Classe avait à pourvoir au remplacement de Louis 
Alvin comme délégué auprès de la commission adminis- 
trative pendant Tannée 18871888: M. Éd. Fétis a été 
élu. 

RAPPORTS. 

II est donné lecture du rapport de M. Éd. Pétis, auquel 
ont souscrit MM. Slingcneyer, Robert et Verlal, sur le 
6' rapport semestriel de M. Emile Verbrugge, prix de 
Rome pour la peinture en 1883. 

Ce rapport sera envoyé à M. le Ministre de TAgricul* 
ture, de Tlndustrie et des Travaux publics. 



im ) 



OUVRAGES PRÉSENTÉS. 



De Deektr (P.), — L'Église cl Tordre social chrétien. Lou- 
rain,Piri9, 1887; vol. in-8« (404 pages). 
Mbieuf(J.\, — La matière brute et la matière vivante. 

Pana, 1887; vol. In-1 2 (184 p.). 

— Noie sur rhypnoscope et sur les phénomènes de trans- 
fert par les aiisanls. Paris, 1887; ex tr. in-8« (3 p.). 

Fndericq (Léon), — Travaux du laboratoire de Tinslitul de 
pliTsiologie à l'Université de Liège, tome V, 1885-86. Gand, 
1886; vol in^*. 

Tiberghien (G.). — L'agnosticisme contemporain dans ses 
np|iorts avec la science et avec la religion. Bruxelles, 1887; 
«ïr. iii.8*(32p.). 

WoMters (it/pA.). — La Belgique ancienne et moderne. Géo- 
graphie et histoire des communes belges : canton de Léaii. 
Bruxelles, 4887; exlr. în-8*. 

Vander Maden{Ph.) et Meiser. — Épistémonomie, ou tables 
générales d'indications des connaissances humaines. Bruxelles. 

i«40;broch. in-8*(l6p.). 

Beving (Ch.'A.). — La principauté d*Achaîe et de Morée 
(fi04-143O). Bruxelles, 1879; in-8« (100 p.). 

La9rttnge{Chy — Sur les causes des variations diurnes du 
magnétisme terrestre, et sur la loi qui règle la position du cou- 
rant perturbateur principal. Paris, 1887; extr. in-4''(4 p.). 

— Variations diurnes et variations annuelles du magné- 
tisme terrestre. Paris, 1887; extr. in-4* (4 p.). 

Francotte (P,). — Résumé d'une conférence sur la micro- 
photographie appliquée à Thistologie, l'anatomie comparée et 
rembr)ologic. Bruxelles, 1887; extr. in-8« (34 p., pi.}. 



( 180) 

Francotte (P.). — Notes de technique microscopîqoe. 
Bruxelles, 1887; extr. in-8'' ^20 p., 1 pi.). 

Vander ffaeghen (F.). — Bibliotheca Belgica, livraison 73-78. 
Gand, 1887; in-12. 

Becker {Jérôme). — La vie en Afrique, ou trois ans dans 
TAfrique centrale, avec préface du comte Goblet d*Alviella, 
2"* édit., 1. 1 et 11. Paris, Bruxelles, 4887; 2 vol. in-S*" avec pi. 

Delvaux (£*.). — Visite aux gites fossilifères d'Aeltre, et 
exploration des travaux en cours d'exécution & la colline de 
Saint- Pierre a Gand. Bruxelles, 1887; br. in-8*(â7 p.). 

Swûen {A.). — Études sur le développement de la torpille, 
V partie. Gand, 4886; extr. in-8« (50 p., 5 pi ). 

(ijfon (Clément). — L'inventeur du gaz d'éclairage en Franre 
[artide de journal]. 

IHêtilut archéologique liégeois. — Bulletin, t. XX, f livr. 
Liège; in-8^ 

Willems' Fonds. — Uitgave nMi5 : De hollandsclic schil- 
dcrkunst (Henry Havard). Gand, 1887; in-8% 

Société de tnédecine d'Anvers. — Livre jubilaire du cinquan- 
tième anniversaire de la fondation. Anvers, 1887; vo!. in-8*. 



Allemagne et Autbichb-Hongrib. 

Kôlliker (A , von). — Der jetzige Stand der morpliologischen 
Disciplinen mit Bezug auf allgeineine Fragen, Rede. léna, 
1887;in-8*{26p.). 

ffoltzendorff (Franz de). — Principes de la politique. Intro- 
duction k rétude du droit public contemporain. Ouvrage tra- 
duit par Ernest Lehr. Hambourg, 1887; vol. in-8«. 

Frûipont(Jul.). — Fauna und Flora des Golfes von Neapel, 
XIV. Monographie : Polygordius Berlin, 1887; vol. in-4«. 



(^8^ ) 

PhysikaL-medic. GeselUcha/t zu Wiirzbvrg, — Vcrhand- 
Juogeo, XX. Band, 1886; în-8^ 

Zoolog.'boian. GeselUchap^ Wien. — Verhandiuiigcn, Band 
XXXVII, f an d. In-8*. 

Catopiê^., malemaîiky a fysiky, XVI. Prague, 4886; vol. 
in*. 

WelUrauische GeselUfchaft fur die gesammte IVaturkvnde, 
-Benrhl, 1885-87. Hanau, i887; in-8^ 

Geodàlisches Iristituly Berlin, — Astronomisch-geodatischc 
Arfoeiten, I. Ordnang. — Jahresberîcht, i 886-87; in-4^ 

GettlUehaft fur Natur-und ffeilkunde y J^resdcn. — Jah- 
rrsberichl, 1886-87. In-8*. 

Naiurwisuen^chaftlicher Verein in Uugdeburg. — Jahrcs - 
bericbt, 1886. In-8V 

Physikalische GeselUehaft, Berlin. — Die Forlschritle dcr 
Physik im jahre 1881, 1.-5. Ablheilung. — Vcrliandluiigcn. 
5. Jihrgang. 

yatvrfargeliende GescUschaft in Danzig, — Schriften, nciic 
Kolge, VI. Bd 4. Iii-8». 

VereiJi fur vaterlàndische Nulurkunde in IVurUemherg. 

— Jahreshcfle, 43. Jahrgang. Stuttgart, 1887; in-8^ 

Verein fur Erdkunde,- DarmstadL — Notizblatt, IV, 7. 

Gesellêchafi der WissenBchaflenj Gôttingen. — Abhandlun- 
$^, Baiid 55. Nachrichten und Anzeigen fiir 1886; în-8^ 

Umversitaei Heidelberg. — Die altdeulschen Handscbriftcn 
(Karl BartFch). Heiiclberg, 1887; vol. in-4^ 

Verein fur Geschichteund AUerlhuni Schtesiens^t Breslau. — 
Codex diplomaticus Silesiae, Bd. XII. — Zeitschrift, Bd. XXI; 
in-8*. 

GeselUchaft fur ScMesMoig-Holsiein. .. Geschichte, Kiel. 

— Regesten und Urkunden I, 5; II, 2-4. Zeitschrift, XVI. Bd.; 
in-8». 



( 182 ) 



Amérique. 

» 

Manierola {Ramon). — £nsayo sobre una clasificacioii de 
las ciencÎHS. Mexico, 4884; vol. pet. in-8*. 

Lockwood (Samuel). — Raîsing diatoms in the laboratory. 
New-York, iSM; exlr. in-8* (i 4 p.). 

Peabodi/ Inslitute. — Annual report, 1887; Baltimore; 

Geological ami natural hisiory Survey of Minnesota. — 
Report for 1884 and 4885. Sl-Paul, i 885-86; 2 vol. in-8«. 

New-York Academy of sciences. — Transactions, 4885-80, 
vol. V, n" 7 and 8. — Annals, vol. III, n" 44 and 12. New- 
York; 2 cah. in-8*. 

Hisiorical Society of Pennsylvania. — The pcnnsylvaiiia 
Magazine, vol. X, n<>* I, 3 and 4. 

Blue Hill meteorological Observatory. — Resulls of obser- 
vations, 4886. Boston, 4887; in-4^ 

Smithsonian Institution, Washington. — Fourlli animal 
report of the Bureau of ethnoiogy, 4, 1882-85. — Miscelln- 
neous Collections, vol. XXVIIl-XXX; in-8^ 

Chief signal office. — Annual report, 4885, parts 1 and 2. 
Washington; 2 vol. in-8*. 

— Sumniary and review of international meteorological 
observations, 4883; 4885 : july-decemher. In 4^ 

— Montlily weather Review, 4880; july-december. In-4'. 
Department of the Interior : U. States geological Survey. 

— Minerai resources, 4885. Washington; in-8«. 

Oficina meteorologica Argentina — .\nales, tomo V. 
Bucnos-Alrcs, 1887; vol. in-4". 



( *83) 



France. 

Fojff [tierce). — Sur les tempêtes : théories et diseussions 
DOOTclles. Paris, 1887; in-8'' (75 p.). 

Institut de France : Académie des sciences. — Mémoires par 
dÎTers savants, l. XXIX. — Mémoires relatifs au passage do 
Vénus sur Je soleil, t. III, 2' partie, texte et allas. 

Académie des inscriptions. — Mémoires, t. XXXII, V* partie 
•\ec allas. — Notices et extraits, l, XXVII, l** partie, i" fasc. 
(avee pi.): XXXI, 2* partie; XXXII, V* partie. -~ Histoire litté- 
raire de la France, t. XXIX. — Recueil des historiens des 
Croisades: historiens orientaux, t. II, i*^ partie; historiens 
occidentaux t. IV et V, 1'* partie. — Corpus inscriptionum 
Seoiticarum, etc., pars prima, t. I, fasc. 3 et 4. — OEuvres de 
Borghesi, U IX, V et V parties. Paris, 1885-87. 

Académie de législation de Toulouse. — Fête de Cujas : 
scaorr publique du 27 mars 1887. ln•8^ 



GlANDC- BaiTAGIf E, IRLANDE ET Coi.OlflBS BRITANNIQUES. 

Royal Society of South Australia, Adélaïde. — Transactions 
and proeeedingiB, vol. IX, 1885-86. ln-8^ 

Gexdogical Survey of Canada. — Rapport annuel, 188?i, 
vol, I. Ottawa ; 2 vol. in- 8*. 

British Association for the advaneement of science. — 
Report for ihe 55*^ and 56*" meeting (Abcrdcen, 1885, and Bir- 
mingham, 1886). Londres; S vol. in-8^ 

Baddiff Observatoryy Oxford. — Resulls of observations, 
mZ; in-8^ 

lÂnnean Society of New South Wales. — The proccedings, 
vol. 1. Sydney, 1886; vol. in-8\ 



( 184 ) 



Italie. 

Giovanni (V. di), — Sulla topografia antica di Palerino da] 
secolo XaIXV. Palcrme, 1887; vol. in-8*. 

— Saggi di crîtîca rclîgîosa e filosofica. Florence, 1887; 
iri-8*»(188 p.). 

Luvini (GiovJ). — Perliirbazione eleltrica foriera del terre- 
iiiolo. Florence, 1887; exlr. in-8* (5 p.). 

Scuola normale superiore di Pisa, — Annali, se. fis. e 
malem., vol. IV. ïn-8*. 



Pays divers. 

Academiade cienciai morales y poliiicas, Madrid, — El cre- 
dilo agricola. In-8\ 

Société helvétique des sciences naturelles. — Actes et comptes- 
rendus des travaux de la 69^ session, réunie à Genève en 1886. 
2 br. in-8*. 

Naturforschende Gesellscliaft in Bern, — Miltheihingen, 
1886. ln-8*. 

Naturforscher-Gesellschafty Dorpat, — Silzungsberichte, 
fiand VHI,1, 1886. — Archiv, erste Série, ÏX, 4. 

GesellschafC fur Literatur und Kunst, — Sitzungs-Berichte, 
1886. Mitau, 1887; in-8*. 

NordhavS'Expedition. — XVIII'****: Ihc nortli Océan 
(II. Mohn). Christiania, 1887; â vol. in-4*. 

Association géodésique internationale. — Comptes rendus 
de la 8* conférence réunie à Berlin en 1886. Berlin 1887; vol. 
in-4*. 



BULLETIN 



DE 



L ACADÉMIE ROYALE DES SCIENCES, 



DES 



LETTRES BT DES BEADX-ARTS DE BELGIQUE. 

1887. — N« 8. 



CJLASSe D£8 SCIENCES. 



Séance du 6 août 1887. 

H. Fr. Crépin, vice^irecteur, occupe le fauteuil. 
M. LiAGRE, secrétaire perpétuel. 

Sont présents : MM. J.-S. Stas, P.-J. Vao Beoeden, le 
laroD Edm. de Selys Loogchamps, Gluge, J. G. Houzeau, 
G. Dewalqae, Ch. Mootigny, Ëd. Vao BeDeden, G. Malaise, 
F. Folie, Alph. Brîart, F. Plateau, Ëd. Mailly, Gb. Van 
Bambeke, G. Vao der Mensbrugghe, Louis Heory et 
M. MoQflon, membres; Gb. de la Vallée Poussin, associé; 
hul HansioD, P. De Heen et G. Le Paige, correspond 
dents. 

H. J. De Tilly, directeur, devant se rendre à Tétranger 
poar affaire de service, s'est fait excuser de ne pouvoir 
présider la séance. 

3*" SÉRIE, TOME XIV. 15 



( 186 ) 



CORRESPONDANCE. 



La Classe apprend avec un profond sentimenl de regret 
la perte qu'elle a faite en la personne de M. Laurent- 
Guillaume de Koninck, membre de la section des sciences 
mathématiques et physiques, décédé à Liège, le 15 juillet 
dernier, dans sa septante-neuvième année. 

Elle vote des remerciements à son directeur, qui a bien 
voulu se charger d'être son organe aux funérailles da 
défunt. 

Le discours de M. De Tilly paraîtra dans le Bulletin. 

Une lettre de condoléance sera écrite à la famille de 
M: de Koninck. 

— M. le Ministre de l'Agriculture, de l'Industrie et des 
Travaux publics communique le rapport qui lui a été 
adressé par M. Paul Pelseneer, sur les résultats de sa 
mission à la station zoologique de Naples. — Commis- 
saires : MM. Van Beneden, père et flis, et Plateau. 

— M. Van der Mensbrugghe présente, pour le procbaîo 
Annuaire^ la notice biographique de M. François Duprez, 
ancien membre de la section des sciences physiques et 
mathématiques. — Remerciements. 

— M. Malaise demande le dépôt dans les archives de 
l'Académie d'un billet cacheté portant pour suscription : 
Silurien S. Jf . — Accepté. 



( <87 ) 

— L'Académie des letlres, sciences^ aiis et agriculture 
de Metz adresse son programme de concours pour Tanoée 
7-1888. 



— L'Académie de Stanislas» à Nancy, adresse le pro- 
gramme du prix de chimie appliquée, de 500 francs (fon- 
dation Paul Bonfiis), à décerner au mémoire qui lui paraî- 
tra le plus recommandable, soit sous le rapport des faits 
oottveauK qu'il contiendra, soit sous le rapport des progrès 
qQ*il peut être appelé à faire faire à la chimie appliquée. 

Délai pour la remise des travaux : 31 janvier 1888. 

— La Classe vote des remerciements aux auteurs des 
ouvrages suivants, dont il lui est fait hommage : 

i* a. Déiermination d'une relation empirique entre le 
coefficient de frottement intérieur des liquides et les varia" 
tions que celui-ci éprouve avec la température; b. Déter^ 
mination, à F aide d'un appareil nouveau, du coefficient de 
diffusion des sels en solution, etc.; c. Détermination des 
rarialions que le coefficient de frottement intérieur des 
liquides éprouve avec la température; trois extraits par 
P. De Heen ; 

2* A. De Làsaulx : Précis de pétrographie, traduit de 
rallemaod par H. Forir; 

3* La poterie en Belgique à l'âge du Mammouth 
(quaternaire inférieur), première partie. La poterie de la 
grotte d'Engis; deuxième partie. La poterie de la grotte de 
Spy, par Julien Fraipont; ext. in-S""; 

4* a. De la réhabilitation de la saignée, etc.; b. Rapport 
de la commission qui a examiné le travail de Af . le docteur 
Moin, à Chambéry, intitulé : Les applications des pro" 
priétés antiseptiques du borax et de F acide borique, deux 
brochures io-8% par le D'Borlée; 



( 188 ) 

5** € Les trous > au mauvais air de Nivezé (Spa). Notice 
sur les sources naturelles d*acide carbonique, par le D' Ach. 
Poskin. Bruxelles, 1887; brochure in-8% présentée par 
M. G. Dewalque. 

— La Classe renvoie à Texamen de MM. Houzeau et 
Folie le travail suivant de M. L. de Bail, préparateur des 
cours d'astronomie et de géodésie à TUniversité de Liège: 
Masse de la planète Saturne déduite des observations des 
satellites Japhet et Titan, faites en 1885 et en 1886 
à l'Institut astronomique de Liège, 

MM. Éd. Yan Beneden et Yan Bambeke examineronl 
une note, avec planche, intitulée : Contributions à l'étude 
du développement de Cœil pineal (Épiphyse) chez les rep- 
tiles, par Francotte. 



RÉSULTATS DU CONCOURS DE LA CLASSE 

POUR 1887. 



Un mémoire portant pour devise : Numeri regunt 
mundumy a été reçu en réponse à la question suivante de 
la partie du programme de concours se rapportant aux 
sciences mathématiques et physiques : 

On demande des recherches nouvelles sur Vécoulement 
linéaire des liquides chimiquement définis par des tubes 
capillaires, en vue de déterminer si l'on peut appliquer 
aux liquides l'hypothèse des molécules, telle que Vétude des 
gaz nous Va fait connaître. 



( 189 ) 

Od se placera au point de vue des trois hypothèses 
priocipales admises aujourd'hui pour rendre compte de la 
coDstilution intime des gaz. 

Commissaires: MM. Spring, Van der Mensbrugghe et 
Stas. 

— Un mémoire portant pour devise : Trado quœ poiui, 
a été reçu en réponse à la question suivante de la partie 
du programme se rapportant aux sciences naturelles : 

On demande des recherches sur le développement 
embryonnaire d'un mammifère appartenant à un ordre 
dont Fembryogénie n*a pas ou n^a guère été étudiée 
JMsquici. 

Ce mémoire porte pour titre : Onderzoekingen over de 
ontwikketings geschiedenis van den Egel (Erinaceus eurO' 
p(uu$). 

Commissaires : MM. Van Bambeke, Éd. Van Beneden 
et Plateau. 



Discours prononcé aux funérailles de M. de Koninck, 
par M. De Tilly, directeur de la Classe, 

Messieurs, 

L'Académie traverse une période fatale. En six mois, 
nous avons perdu autant de confrères que pendant les 
deux années précédentes réunies. Après Cornet, Laurent, 
Alvin, Tielemans» De Man,c*est aujourd'hui notre respec- 
table et affectionné confrère de Koninck à qui nous devons 
dire adieu. En entrant dans cette maison mortuaire, j'ai 
appris la triste nouvelle du décès d'un septième membre. 



(190) 

EDlré à rAcadémie eo 1836, à Tftge de S7 ans, comme 
correspoodant, après avoir produit plusieurs travaux de 
chimie, dont trois avaieot été insérés dans les Bulletins, 
de Koninck fut élu membre titulaire en 1842. Depuis sa 
participation, toujours active, aux travaux de la Classe des 
sciences, dont il fut directeur en 1862, ses efforts se 
tournèrent principalement vers la paléontologie, science 
qui a pris en Belgique un développement si considérable. 

Il était aussi membre de l'Académie de médecine, et 
avait obtenu de nombreuses distinctions regnicoles et 
étrangères; mais je ne dois parler que comme représentant 
de l'Académie des sciences. 

Le moment n'est pas venu d'énumérer et d'analyser les 
œuvres de notre confrère; toutefois, ce ne sera pas déro- 
ger aux usages que de rappeler ici, rapidement, celles qui 
lui valurent le plus de succès. 

La Société géologique de Londres, qui lui avait déjà 
accordé un prix dès 1853, lui décerna en 1875 la médaille 
de Wollaston pour ses travaux sur le terrain carbonifère. 

En 1882, il obtint en Belgique le prix quinquennal des 
sciences naturelles (période de 1877-1881), pour lequel il 
avait déjà été désigné en 1852 et en 1857, mais en partage 
avec d'autres personnes. C'est un fait peut-être unique que 
ce prix ait été obtenu par un membre de la section des 
sciences mathématiques et physiques. De Koninck appar- 
tenait, en effet, à cette dernière section et présida même 
en 1884 le jury qui décerna le prix des sciences mathé- 
matiques. J*ai déjà fait observer que, dans sa jeunesse, il 
s'était adonné surtout à la chimie et que l'ardeur pour les 
sciences naturelles ne lui vint que plus tard. 

Pour apprécier complètement les travaux auxquels le 



( 191 ) 

jory de i8S2 décerna le prix quinquennal, il faudrait 
lire (oot le rapport de ce jury. Je ne puis y emprunter que 
quelques mots. 

cNoQs nous trouvons >, dit le rapporteur, € en présence 
des (Buvres sur le choix desquelles le jury a longuement 
liésité dans Paccom plissement de son mandat. Dues à 
MM. P.-J. Van Beneden et L.-G. de Koninck, elles reste- 
ront certainement au nombre des travaux les plus considé- 
rables que le pays ait produits. C'est avec admiration que 
nous voyons deux vétérans de la science belge, illustres à 
plus d*un titre, entreprendre, à un âge qui commande 
d'ordinaire le repos, d'aussi vastes ouvrages, avec une 
énergie et un élan qui n'ont d'égale que leur puissante 
expérience. » 

Entre ces deux noms illustres, c'est pour de Koninck 
que le jury se prononça à l'unanimité. 

L'ensemble de ses travaux couronnés peut se résumer 
ainsi : classement des terrains par la paléontologie, étude 
zoologique des faunes primaires, particulièrement de la 
faune carbonifère belge, recherches sur les faunes simi- 
laires du globe et notamment de l'Australie. 

Par cette œuvre considérable, de Koninck affirmait en 
Belgique les principes de l'école paléontologique, qui voit 
dans la connaissance des fossiles Pauxiliaire indispensable 
do stratigraphe, pour le classement et le raccordement des 
cooches. 

Mille à douze cents fossiles de diverses localités de la 
NoQveile^allesduSud, résultat des explorations prolongées 
do révérend Glarke, avaient été remis aux mains de 
de Koninck pour être décrits. 

Cette large immixtion dans la palépntologie de l'Austra- 



( 192 ) 

lie obtint une autre récompense, décernée par les savants 
de ce pays même. En 1886, la Société royale de la 
Nouvelle-Galles du Sud décernait la médaille fondée eo 
mémoire de Clarke, à L.-G. de Koninck, comme témoi«* 
gnage d'admiration pour ses nombreux et importants tra- 
vaux paléontologiques, et particulièrement en reconnais- 
sance de sa publication relative aux fossiles paléozoïques 
de la Nouvelle-Galles du Sud. 

Le directeur de la Classe des sciences, en portant cette 
distinction à la connaissance de ses confrères, rappelait les 
récompenses de même nature récemment obtenues par 
M. Stas à la Société royale de Londres, et par M. P.-J. Van 
Beneden à l'Académie des sciences de Paris. < La Classe 
peut être fière », ajoutait-il, < des honneurs rendus à ses 
trois plus anciens membres, dans les pays étrangers et 
jusque chez nos antipodes ». 

Peut-être, en m'arrétant ainsi aux travaux que j'ai consi- 
dérés comme principaux, d'après les éloges qui leur ont été 
oflBciellement décernés, n'ai-je pas eu la bonne fortune de 
mettre réellement en relief les parties les plus importantes 
de l'œuvre considérable du regretté défunt. Les idées que 
les contemporains apprécient et récompensent ne sont pas 
toujours celles que sanctionnera l'avenir. Si j'ai péché sous 
ce rapport, il faut l'attribuer, d'abord à la hâte extrême 
avec laquelle ces lignes ont dû être écrites en quelques 
heures, ensuite et surtout à mon incompétence personnelle. 
Mais je n'ai pas voulu m'appuyer sur celte dernière consi- 
dération pour décliner le pénible devoir que je viens 
remplir. 

Les hommes qui s'adonnent à une science quelconque 
n'ont pas le droit de se dire étrangers aux autres sciences, 



( i93) 
JB5qu*ao point cl*igDorer les noms et les œuvres principales 
de lears compatriotes illustres. 

On a pu constater, à diverses reprises, que des savants 
belges, jouissant à Tétranger d'une célébrité éclatante, sont 
i peine connus dans leur pays, lorsque leur science ne 
fooroit point dVguments à la politique. Sans tomber 
dans Texagération contraire, qui serait encore plus 
ficbeose, il est de notre devoir de protester et de réagir 
contre les indifférences injustes. 

Cher et vénéré confrère, il ne sera point dit que les 
travaux, admirés par le monde entier et récemment accla- 
més jusqu'aux antipodes, sont oubliés dans ton pays, ou 
D'y sont connus que dans les étroites limites de ta spécia- 
lité. C'est au nom de toutes les sections de la Classe que je 
viens rendre hommage à ta renommée, et exprimer en 
même temps les regrets que nous cause à tous la perte 
d'ijD confrère si bon, si dévoué, si affable, si attentif à 
faire oublier sa supériorité. 

Que ces regrets, et ceux de sa respectable famille, dont 
on membre suit noblement les traces de son père, soient 
tempérés en ce jour par la conviction que celui qu'elle 
pleure jouit déjà de la récompense méritée par une vie 
entièrement consacrée au culte de la science, de la vérité 
et de la justice. 

Adieu! cher confrère I au nom de l'Académie, au nom 
de tous ceux qui ont pu apprécier tes brillantes qualités, 
adieu! 



i 



\ ( 194 ) 



RAPPORTS. 



La Classe décide le dépôt aux archives : 

1* D'uoe lettre de M. le maréchal des logis d*artillerie 
en retraite, J. Delaey; 

^ D'une lettre de M. Nie. Daniel, de Mal-Mets, R 9/2 
(Asie-Mineure), se rapportant au mouvement perpétuel. 

Elle ratifie l'avis favorable exprimé par MM. Yan Beneden» 
père et fils, et Van Bambeke, sur la demande d'un subside 
adressée au Département de TAgriculture par M. Cb. Julin, 
à l'effet de pouvoir participer au congrès organisé, cette 
année, à Manchester, par l'Association britannique pour 
l'avancement des sciences. 

La Classe vote Timpression au Bulletin des communi- 
cations suivantes : 

1** Des variétés dans l'espèce Mustela putohius, par 
Adolphe Drion, fils; examinée par MM. P. Van Beneden 
61 de Selys Longcbamps; 

â* Note sur quelques espèces rares de la faune des ver^ 
tébrés de la Belgique observées dans le Limbonrg belge 
par le D*^ Bamps; examinée par M. de Selys Longcbamps. 



n 



(495) 



Kote sur les oscillatiani (Tun penduh produites par le 
déplacement de Faxe de suspension; par E. Ronkar. 



ÊS mmmm w^ «Ve M, rmSâm, 



c M. Ronkar a eo l'idée du présent travail en recher- 
dttot quel serait le procédé expérimental le plus propre à 
■anifesler les petites irrégularités que je viens de signaler 
dans le mouvement de l'écorce solide du globe. 

Il s'est demandé si un pendule en repos, librement sus- 
pendu, ne pourrait pas prendre un mouvement oscillatoire 
dans le cas où son point de suspension éprouverait un 
Miivement de même nature. 

Voici quelles sont les conclusions qu'il tire de l'analyse 
élégante à laquelle il a soumis la question proposée. 

Lorsque Taxe d'un pendule au repos reçoit un certain 
tooibre d'inupnlsions ondulatoires simples horizontales, 
le pendule peut conserver un certain mouvement oscilla- 
toîrey ou ne le peut pas, suivant les cas. 

Lorsque la durée d*oscillation du pendule est la même 
que celle de Taxe, le pendule conserve un mouvement dont 
ramplitode est proportionnelle au nombre d'impulsions 
reçues par Taxe. 

En dehors de ce cas, le pendule peut ne conserver 
aucune trace d'oscillation, même si les périodes ci-dessus 
sont dans un rapport très simple, tandis qu'il peut prendre 
on mouvement sensible dans le cas contraire. Ce mouve- 
inenl dépend de l'amplitude, du nombre et de la durée des 
impulsions ainsi que de la phase. 



\ 



s 

t 
t 

\ 



\ 



« 
V 






W 









y 



( <96) 

\ Ces résultats ne sont pas entièrement conformes à Tas- 

serlion de Rossi relativement aux pendules employés 
dans les observations sismiques, quand il dit que des pen- 
dules, qui reçoivent quelques impulsions conformes au 
rythme, sont naturellement fortement agités, et qu'au con- 
traire, avec des impulsions qui se succèdent suivant un 
rythme différent, ils ne bougeront pas. 

Quand on considère l'action d'une onde simple de 
longue durée, on peut assimiler, pendant son action, le 
mouvement du pendule à un mouvement oscillatoire, de la 
période propre au pendule, autour d'une certaine position 
moyenne qui est elle-même assujettie à un mouvement 
pendulaire dont la durée d'oscillation est celle de l'onde 
simple considérée. 

L'amplitude de ces deux mouvements est inversement 
proportionnelle à l'intensité de la pesanteur pour le cas de 
longues périodes, et on conclut de là un procédé d'expéri- 
mentation pour la recherche d'irrégularités périodiques 
dans le mouvement de rotation diurne ; ces irrégularités, 
très faibles, peuvent être rendues plus sensibles en dimi- 
nuant l'action de la pesanteur. 

J'espère que nous arriverons prochainement, M. Ronkar 
et moi, à réaliser dans de bonnes conditions cette expé- 
rience, qui serait fondamentale pour l'astronomie. 

Je propose à la Classe d'ordonner l'impression du tra- 
vail de M. Ronkar au Bulletin et de voter des remercie- 
ments à Tauteur. > — 4dopté. 









(<97) 



Sur le iulfure de cadmium colloïdal; par M. Eug. Prost. 



«le JV. 9Uu, 



c Les solotioDS des substances cristallioes se diffuseDt 
avec la plos grande facilité. Celle propriété Tait à peu près 
compiëlemenl défaut aux solutions des substances que 
Graham a désigné sous le nom de corps colloïdes. Dans 
cesileroiers temps, Tattention des chimistes a été portée 
«ir ce sujet : aux solutions colloïdales des hydrates sili- 
ciqae, aiuminique et ferrique, primitivement découvertes, 
soot venues se joindre les solutions colloïdales des sulfures 
anéoieox, anlimonieux et stannique, et des oxydes anti- 
Donieux, manganique et stannique. Dans le travail qu'il 
présente à TAcadémie, M. Prost ajoute à cette liste, 
longue déjà, le sulfure de cadmium, qui jusqu'ici n'était 
cooou qu'à rétat insoluble. Il obtient une solution colloï- 
dale de ce composé en faisant passer de l'acide sulfhydrique 
ao travers de l'eau tenant en suspension du sulfure cad- 
mique récemment précipité, et en éliminant ensuite par 
l'action de la chaleur l'acide sulfhydrique dissous dans le 
liquide, devenu limpide et coloré en jaune. M. Prost a étu- 
dié avec soin les propriétés de la solution; il a reconnu 
par l'examen spectroscopique du liquide que le sulfure 
admique est réellement à l'état dissous, et que la solution 
présente les caractères constatés jusqu'ici à tous les corps 
colloïdaux dissous, c'est-à-dire, la faculté de se coaguler 
spontanément par le temps, souvent fort court, et par 
Taddition de substances étrangères. 



(198) 

Soo travail renferme à ce sujel des détails très précis et 
ioléressants^ qui concordent du reste avec les faits observés 
sur les solutions des sulfures eolloidaux d*arsenic et d'an- 
timoine. 

Le travail de M. Prost est incontestablement bien exé- 
cuté. Je rengage à compléter son élude en recherchant 
si le sulfure cadmique colloïdal devenu spontanément 
insoluble, et le sulfure colloïdal coagulé par Faddition à sa 
solution de substances étrangères, et enGn le sulfure cad- 
mique précipité, chauffé de manière à faire cesser son état 
pulvérulent et soumis en présence de Teau à un courant 
d'acide sulfhydrique, peuvent passer de nouveau à Tétat de 
solution colloïdale. 

J'ai Thonneur de proposer à l'Académie d'ordonner 
rimpression du travail de M. Prost dans le Bulletin de la 
séance et de voter des remerciements à l'auteur pour sa 
communication. > 

M. Spring, second commissaire, se rallie à la proposition 
de M. Stas, qui est adoptée par la Classe. 



Descriptions de quelques Cucurbitacées nouvelles; par 

M. Alfred Gogniaux. 

€ La notice que M. Gogniaux a soumise au jugement de 
l'Académie comprend les descriptions de quatorze espèces 
et de plusieurs variétés inédites appartenant à la famille 
des Cucurbitacées. 



(m) 

Ces descriplions consliloent uoe addition assez impor- 
laole à la monographie générale de cette famille, qae 
Fâoteor a publiée dans les Monographiœ phanerogamum 
de M. Alphonse de Candolle. 

Noos avons Tbonneur de proposer Timpression de ce 
travail dans le Bulletin et de voter des remerciements 
i Taotear. » — Adopté. 



Sur la représentation des involutians unicursales; par 

Fr. Deroyts. 

< Dans nn mémoire présenté à l'Académie, il y a près 
de dix ans, j'ai signalé le parti que Ton pourrait tirer des 
espaces à un nombre quelconque de dimensions pour la 
représentation des in volu tiens 

Cest cette même idée qui sert de point de départ au 
travail de M. Fr. Deruyts (*). 

L'auteur se sert de la définition ordinaire de l'involu- 
tion I; par l'équation 



(*) U avait été devancé dans cette voie par un jeune géomètre 
Italien fort distingué, M. G. Gastelnuovo, mais je crois pouvoir ajouter 
que e*est moi qui ai signalé à M. Deruyts Texistence de ce travail 
antérieur, aiors qu*il m'avait déjà communiqué les principaux résul- 
tits de son étude. 



( 200 ) 

fi représentant un polynâme du degré n. A l'une de ces 
formes 

il fait correspondre la forme linéaire 

F« = a/ z, -♦- ai z, -f^ ..« -f^ ai^ «,+,. 

Maintenant, on peut imaginer un espace à n dimensions, 
dans lequel l'équation 

F, = 0, 

représentera un espace E»_|. 

Si l'on suppose en particulier k'^^n — 1, l'ensemble 
des n équations 

Ft = Ot F, = 0,... F, = 0, 

déterminera un espace Eq ou point; c'est ce point qui 
représentera l'involution i;;^. 

Mais en cherchant à quelle condition doit satisfaire le 
point Eq pour que l'involution l;;.| soit décomposable en 
un élément fixe et une involution Ij^i, il trouve que ce 
point doit se trouver sur une courbe d'ordre n, C«,qui est 
précisément la courbe normale de l'espace E«. 

C'est l'inverse de la voie que M. Gastelnuovo et moi- 
même avions suivie, et je pense que la méthode de 
M. Deruyts l'emporte en élégance, car elle indique en 
quelque façon l'origine de cette courbe C». 

Si, au lieu de l'égalité 



( 20i ) 
00 pari d*uDe relation restreinte 



à-hl 



isst 

00 a une Ir et Ton obtient un système d'équations linéaires 
en nombre it+1, dont chacune définit un espace E._o et 
doDl Tensemble caractérise un espace £»_4_« que Tauteur 
appelle, avec M. Castelnuovo, l'espace central de l'involu- 
tioD l;. 

Si maintenant on considère la courbe normale G«, les 
espaces E._iqui passent par E^^., rencontrent cette courbe 
et des groupes de n points, dont les paramètres, sur ia 
courbe C., sont liés par l'équation 

I 

A côté de la représentation par des formes binaires, 
00 rencontre une représentation des involutions par des 
formes plurilinéaires. 

Cette double représentation a l'avantage de faire cor- 
respondre, à l'aide des mêmes formes algébriques, deux 
involutions conjuguées. 

En se servant de cette seconde méthode, M. Deruyts 
est amené à regarder l'espace central d'une I" non plus 
comme l'intersection de /? + 1 espaces E».|, mais comme 
la jonction de n — A: espaces Eq. 

Je ne suivrai pas l'auteur dans tous les développements 
de ces principes : je signalerai seulement la manière ingé- 

3"* SÉRIE, TOME ilV. 14 



( 202 ) 

Dieuse donl il établit Téquation de l'espace £«.« détermioé 
par k points de la courbe C«. 

M. Deruyts applique ensuite la méthode de représen- 
tation à quelques-unes des questions les plus intéressantes 
de la théorie des involutions : détermination des éléments 
neutres, qui lui servent à établir, comme corollaire, une 
forme canonique élégante; et détermination des groupes 
singuliers composés d'éléments multiples. 

Nous nedoutons pas que le jeune auteur ne communique 
bientôt à la Classe d'autres conséquences des principes 
qu'il établit dans le présent travail : ces principes sont, en 
eflét, d'une grande fécondité et permettent de présenter^ 
d'une manière qui fait image, des résultats souvent fort 
compliqués. 

Nous espérons que la Classe voudra bien accueillir favo- 
rablement la proposition que nous faisons d'imprimer la 
notice de M. Deruyts dans le Bulletin de la séance. » 
— Adopté. 



COMMUNICATIONS ET LECTURES- 



M. Folie présente la troisième et dernière partie de sa 
Théorie des mouvements diurne^ annuel et séculaire de 
l'aoce du monde. 

La Classe décide l'impression de cette nouvelle commu- 
nication dans le Recueil des Mémoires in-4^ 



f^ 



( 203 ) 

M. Folie a lu Id note saivanle au sujet de son travail 
précité : 

Le livre III traite des variations séculaires. 

J';ai ajouté en appendice les formules qui expriment 
Tenâernble des variations en obliquité et en longitude, telles 
qu'elles rét^ultent de ma théorie et de l'adoption des con- 
stantes de StfQve et Peters pour la précession et la nuta- 
tioD, de l^everrier et Oppoizer pour la variation séculaire 
de récliptique. 

On verra que mes formules relatives à l'obliquité con- 
cordent mieux qu'aucune des précédentes avec les obser- 
tioos. Il se manifeste encore, toutefois, lorsqu'on les 
applique aux observations les pins anciennes, des écarts 
qui restent à expliquer. Ils proviennent peut-être de ce 
que l'obliquité a été considérée comme constante dans 
Hotégralion. 

Dans une Aildition au Livre I, j'ai fait voir que l'exis- 
tence de la Dutation diurne a pour conséquence indiscu- 
table une irrégularité dans le mouvement de rotation xie 
récorce solide dn globe. Cette irrégularité, qui consiste en 
00 balancement semi-diurne de la croûte autour de son 
axe de rotation, est une véritable nutation; et comme elle 
n'affecteqoe l'heure, on pourrait l'appeler nutation horaire. 
Son maximum peut s'élever à 0',06, et se produit au bout 
de 6 heures, c'est-à-dire qu'une pendule dont la marche 
serait parfaite accuserait, comparativement au mouvement 
dinrne dn ciel, une avance ou un retard de 0*,06 après 
6 heures. Cette quantité n'est plus négligeable aujourd'hui 
en astronomie. Dans les mêmes conditions, le déplacement 
linéaire d'un point de la croûte terrestre serait, sous la 



( 204 ) 

latitude de 45% de 20 mèlres environ plus grand ou plus 
petit que le chemin qu'il parcourrait dans le cas d'un 
mouvement de rotation uniforme de la croûte. Ce déplace- 
ment est peut-être assez sensible pour pouvoir être accusé 
par un flotteur qu'on maintiendrait bien immobile pen- 
dant quelques heures dans un liquide en repos, et qu'on 
abandonnerait ensuite à son inertie. Si, comme j'ai lieu de 
le penser, la résistance du liquide n'est pas suffisante pour 
vaincre cette inertie, on verra le flotteur se déplacer vers 
l'E. ou vers l'W., selon que le mouvement de l'écorce ter- 
restre sera accéléré ou retardé. 

J'ai installé à Cointe un appareil destiné à des observa- 
tions de l'espèce; la condition essentielle d'un semblable 
appareil est une grande stabilité que je ne saurais obte- 
nir à Bruxelles. IVaulres expériences très intéressantes 
peuvent être faites dans le même ordre de recherches. A 
ce dernier également se rapporte ta note que M. Ronkar a 
communiquée par mon intermédiaire à l'Académie dans sa 
dernière séance, et dont il a eu l'idée en recherchant le 
moyen le plus propre à mettre en évidence l'irrégularité, 
théoriquement démontrée, du mouvement de rotation de 
l'écorce terrestre. 

J'ai cru utile de signaler aux physiciens une expérience 
du plus grand intérêt, qui n'est nullement dispendieuse, 
mais qui exige une installation d'une stabilité absolue, 
dans un milieu de température bien uniforme. 



( 203 ) 



Petite expérience relative à l'influence de l'huile sur une 
masse liquide en mouvement; par G. Vai) der Mens- 
bnigghe, membre de l*Académie. 

Récemmeot,M. le vice-amiral Cloué a rappelé Tauenlion 
da moDde savant et du public, sur refficacité d'une très 
mÎDce couche d'huile pour calmer les vagues de la mer (1); 
le travail du savant français fait ressortir pleinement, par 
les conclusions de plus de deux cents rapports, dont cent 
et quatre-vingts faits à bord de navires de long cours, l'uti- 
lité de remploi de Thuile débitée par très minces fliets ou 
même par gouttes, non seulement pour calmer les vagues 
en pleine mer, mais encore pour rendre accessibles les 
vaisseaux en détresse ou les côtes rendues inabordables 
par les brisants, et pour combattre les effets désastreux 
desoiarées. On se rappelle qu'en 1882, j'ai proposé une 
théorie rationnelle de cette efficacité si mystérieuse, théorie 
foodée sur les variations d'énergie potentielle des surfaces 
liquides : je faisais alors, comme l'a fait maintenant M. le 
vice-aiDiral Cloué, le vœu consistant à voir obliger tout 
capitaine de navire d'être muni non seulement d'une 
boussole destinée à guider sa route à travers l'océan, mais 
encore d'une provision de pétrole ou d'huile de baleine, 
^t l'emploi judicieux protégerait contre les tempêtes ses 
passagers, son équipage et sa cargaison. 

Cest avec la plus grande satisraction que j'ai appris les 



(1) Sur le filage de l'huile, Paris, librairie L. Baudoin, 1887. 
(â) Sur les moyen» propoiés pour calmer les vagues de la mer. (Bull. 
dePAcad. roy. de Belg., 1882, 3-« série, t IV, p. 176.) 



( 206 ) 

efforts tentés dans ce but aux États-Unis, en Angleterre et 
tout récemment en France. 

A ce propos, qu'il me soit permis de décrire une petite 
expérience de cours, qui me paratt bien propre à rendre 
manifeste l'influence d'une quantité minime d'huile sur le 
mouvement d'une masse d'eau animée d'une grande force 
vive. 

I. — On fixe sur un support un entonnoir parfaitement 
débarrassé de toute trace graisseuse, et ayant, par exemple, 
25 centimètres de largeur au bord supérieur, IS millimètres 
de largeur à l'orifice et une hauteur totale de 52 centi- 
mètres ; après qu'on a fermé l'orifice au moyen d'un bou- 
chon, et rendu vertical l'axe de l'entonnoir, on remplit 
l'appareil d'eau distillée, puis, à l'aide d'une lame de bois 
ou de verre bien nettoyée (1), on imprime au liquide un 
mouvement de rotation autour d'un axe aussi rapproché 
que possible de la verticale. On débouche ensuite rorifice, 
et l'on constate les effets suivants, dont plusieurs ont été 
signalés depuis des années, mais interprétés d'une façon 
différente. 

1** Le liquide se creuse graduellement vers le milieu de 
la surface libre; cela doit être, car, à cause de la force 
centrifuge, l'eau qui s'écoule par l'orifice est surtout four- 
nie par les portions voisines de l'axe, où cette force est le 
moins sensible. 

Les portions superficielles descendent-elles aussi facile- 
ment que les particules inférieures? Nullement; en effet. 



(1) La lame de bois dont j*ai fait usage avait â6 millimètres de 
largeur; je tournais pendnnt une minute, et je faisais effectuer 
cinquante tours à la lame solide. 




( 207 ) 

aQ for elà mesure que le creux se proDOoce davantage, la 
surface libre doit augmenter : or, dans les portions supé- 
rieures m^m! (fig. ci-contre), 
le liquide tend à obéira la for- 
ce centrifuge, tandis que le 
sommet concave o du creux 
a une grande tendance à des- 
cendre; par conséquent, il 
doit se produire constam- 
ment des surfaces fraîches 
dans les parties intermédiai- 
res p, p' ; mais» diaprés un principe que j'ai avancé depuis 
longtemps, on pareil accroissement de surface doit donner 
lieo à une résistance d'autant plus grande que l'énergie 
potentielle de la couche superficielle du liquide employé 
est plus forte. 

S* Lorsque l'écoulement se prolonge encore, la portion 
centrale descend de plus en plus, jusqu'à former une 
figure creuse dont la longueur dépasse notablement le 
diamètre; mais alors cette figure liquide est instable, et, 
d'après un principe démontré par Joseph Plateau, elle doit 
se transformer en bulles séparées les unes des autres : 
c'est précisément ce que l'expérience confirme parfois, du 
moins dans les premiers moments, car bientôt la force 
centrifuge rend cette transformation impossible. 

3^ L'écoulement continuant toujours, la force centrifuge 
imprime à une même masse liquide voisine du bord de 
PcDlonnoir une vitesse angulaire croissante : en eflet, si 
l'on applique le principe des aires à l'unité de masse en 
mouvement, arrivée successivement à deux distances r 
et r' de l'axe, les deux vitesses angulaires correspondantes 
a et «* seront liées entre elles par la relation oli^ = aLr^\ 



T* 



donc * <=»pî» c'est-à-dire que la vitesse angulaire irait en 



( 208 ) 

croissant en raison inverse du carré de la dislance à Taxe. 
Bien que celle solulion ne soit qu'approchée, il est certain 
que la vitesse croit rapidement quand r diminue : voilà 
pourquoi le tube central d*air peut s'allonger jusqu'à 
dépasser l'orifice, sans donner lieu à la transformation en 
bulles isolées : toutefois, on voit, le long de la figure tubu- 
laire, une suite de renflements et d'étranglements qui 
rendent manifeste la tendance à la transformation. 

4"* Pour savoir quelle forme la masse liquide doit 
affecter aussitôt après sa sortie de forifice, il faut remarquer 
que la force centrifuge animant le liquide ne se trouvera 
plus gênée alors par la paroi solide de l'entonnoir, et agira 
immédiatement pour élargir la masse tubulaire; c'est effec- 
tivement ce qui a lieu; mais, en raison de cet élargissement, 
il se produit, d'une part, une augmentation de distance à 
l'axe pour chaque particule, ce qui entraine une diminu- 
tion rapide de vitesse angulaire; et d'autre part un amin- 
cissement de la lame liquide, d'où résulte une perte 
notable de force vive; c'est pourquoi la pesanteur agit plus 
librement, et la largeur de la masse tubulaire atteint bien- 
tôt son maximum; si, à partir de ce moment, le régime 
était établi, c'est-à-dire si le mouvement pouvait continuer 
dans les mêmes conditions, les pressions normales exercées 
sur les deux faces de la lame auraient pour effet de rappro- 
cher de nouveau celle-ci de la verticale, ce qui amènerait 
à la fois une augmentation de la vitesse angulaire et un 
accroissement de force vive; pour ce motif, la lame ne 
pourrait atteindre l'axe; elle s'en rapprocherait jusqu'à 
une distance minimum à partir de laquelle la figure s'élargi- 
rait encore une fois, et ainsi de suite. En réalité, les con- 
ditions du mouvement sont tellement variables, qu'on ne 
constate généralement qu'un renflement et un étrangle- 
ment, après quoi la lame s'éparpille en gouttelettes. 



i 



( 209 ) 

IL — Tous ces phénomènes sont prolondéinent modifiés, 
kHsqoe, avant récoulemeot, on a soin de verser à la sur- 
hod de Peau distillée une très mince couche d'essence de 
térébenthine, ayant, par exemple, O,^'""' à OfS*""" d'épaisseur; 
poison met le liquide en rotation en faisant effectuer à la 
lame de bois le même nombre de tours pendant le même 
temps que dans Texpérience précédente, et Ton débouche 
l'oriBee de Tentonnoir : on voit alors le liquide se creuser 
plus rapidement et la flgure lubulaire se former plus 
proraplement que dans le premier cas; ce qui s'explique 
par la diminution de la tension de la couche superficielle 
do liquide (la tension 7,5 milligrammes de l'eau distillée 
est remplacée ici par la force contractile 4,2 milligrammes 
eeviron de la couche comprenant la surface libre de 
Fessence de térébenthine et la surface commune à ce 
liqoide et à Teau distillée). 

En second lieu, la figure tubulaire a un plus faible dia- 
mètre et offre des renflements et des étranglements moins 
marqués à rînlérieur de la masse liquide : ce résultat est 
ddà ce que les pressions normales dues à la tension sont 
devenues plus faibles que dans le cas de Teau distillée, et 
offrent ainsi des différences de valeur moins sensibles aux 
divers points de la ligne méridienne de la figure. 

En troisième lieu, la figure se renfle davantage après la 
sortie de Foritice, ce qu'il fallait prévoir, attendu que 
raecroissement de surface libre du à l'action de la force 
centrifuge se trouve maintenant contrarié par une résis- 
tance notablement moindre, puisque l'énergie potentielle 
7i5de Teau distillée est remplacée par la valeur 4,2 envi- 
ron : le renflement qui, dans le premier cas, avait 5 à 
6 ceotifflèlres de largeur, peut en avoir actuellement 7 
â 8 et même davantage, si Ton a réussi à faire tourner la 



( 210 ) 

masse liquide autour d'un axe dirigé à fort peu près sui- 
vant la verticale. Comme on le comprend aisément, le 
renflement atteint les dimensions les plus fortes, lorsque, 
avant de verser Teau distillée dans Tentonuoir, on mouille 
parfaitement d^essence de térébenthine toute la paroi inté- 
rieure de Tentonnoir et celle du bec; on ferme alors l'orî*- 
fice, on remplit à peu près Tentonnoir d*eau distillée et Ton 
y verse la mince couche d*essence. Dans ces conditions, 
l'écoulement du liquide tournant donnera nécessairement 
lieu à une figure liquide creuse, dont la surface extérieure, 
aussi bien que Tintérieure, aura partout une tensîoo 
moindre que celle de IVau. Cest en opérant ainsi que j*ai 
obtenu une figure liquide creuse qui allait en s'élargissani 
à partir de Torifice et, après avoir atteint une largear 
maxima dVnviroii 8 centimères,se prolongeait suivant une 
lame cylindrique ayant près de 20 centimètres de longueur, 
pour se résoudre ensuite en une infinité de gouttelettes. 

Ainsi se trouve démontrée, d'une façon bien simple, 
l'influence exercée par une mince couche d'huile sur une 
masse d'eau relativement grande, animée d'une notable 
quantité de mouvement. 

ill. — Dans les expériences précédentes, on imprime 
un mouvement de rotation à la masse liquide, après avoir 
fixé l'entonnoir à un support convenable; mais les résul- 
tats seraient du même genre, si, sans faire tourner le 
liquide, on imprimait au contraire un mouvement de rota- 
tion à l'entonnoir. Une vérification curieuse de celle propo- 
sition se réalise dans l'expérience classique du tourniquet 
hydraulique, quoique le vase supérieur où l'on verse le 
liquide n'ait pas la forme d'un entonnoir. Après que, par 
le jeu des pressions latérales, l'appareil a été mis en rota- 
tion, on voit aussi se creuser graduellement la masse 



(2H ) 

iiqoide fers Taxe da système, et finir par atteindre le tube 
fertical de Terre fixé au-dessous du vase; bientôt après, le 
tube eesse d*étre rempli entièrement de liquide, et, à partir 
de ee moment, Tappareil tourne de moins en moins vite, bien 
qo^l y ait encore du liquide dans le vase supérieur. On 
eoiçait que cet effet serait obtenu beaucoup plus rapide- 
ment si le vase du tourniquet hydraulique avait la forme 
d'an entonnoir suflBsamment évasé. 

IV. — 11 n'est pas même nécessaire d'imprimer un 
mouvement de rotation à l'eau contenue dans un entonnoir 
nilEsamment grand et convenablement fixé, pour voir se 
produire des phénomènes analogues à ceux que j'ai décrits 
plus haut; mais alors il sont beaucoup plus lents à se 
manifester et, de plus, beaucoup moins prononcés. C'est ce 
que bien des personnes ont pu constater en transvasant 
de grandes quantités de liquide à Taide d'un entonnoir. 



Sur les élémenîs neutres des involutions; par C. Le Paige, 

correspondant de l'Académie. 

Les géomètres qui ont traité des involutions supérieures 
se sont occupés des éléments singuliers appelés neutres, 
mais ils se sont bornés, au moins autant que nous sachions, 
aux groupes neutres de première espèce, c'est-à-dire que 
dans une 1?, ils ont considéré seulement les groupes de k 
points tels qu'il leur corresponde oo' groupes de (n — k) 
points, au lieu de déterminer un groupe unique. 

Les propriétés de ces groupes se résument dans les trois 
propositions suivantes, démontrées, par exemple, dans la 
Note de M. Deruyts : 



( 212 ) 

I. Les groupes de {n — 1) points neutres d'une ll^ for-' 
ment une lHlJ. 

II. Une involution I; possède - — 1,^ couples neutres. 

III. k — 2 éléments arbitraires d^une II entrent 
dans ^° 'î2^°~ groupes de k éléments neutres. 

Nous avons déjà signalé, dans un Iravail antérieur (*), 
la possibilité d'une indétermination plus générale. 
Considérons, par exemple, une I"_i. 
Elle sera définie par une équation telle que 

a, dy Qg a^ .. Of s= 0. 

Cette équation peut s'écrire 

Xi. a^ Oy a^ a« ... Ot + Xf. a^ a^ a, a^ ... a, = 0. 

L'élément X sera indéterminé si nous avons simultané- 
ment, 

tti ffy a, a^ ... Of s=3 0, 
0) ffy a, a« ... Of «= 0. 

Chacune de ces équations définissant une l;|iî, l'ensemble 
caractérise une ]lzi C'est le théorème I rappelé plus haut. 
La même équation pourra aussi s'écrire : 

Les éléments X et Y seront indéterminés si l'on a simul- 
tanément : 

Ou a, a. ... Oi ^ Of 

Oit a^ A» •*• A|= ^9 
a^agU^,.. 01 = 0; 

équations qui définissent une ^ij. 

(*) J ornai de iciencias cutronomicas e matematicas de Cotmbre, t. V. 



( 213 ) 

Par saîte, dans une Iâ.19 les groupes doublement neutres 
constituent une \ll\. 

Eo géoéral, les groupes qui laissent k éléments indéter^ 
minés forment une lâltt-i* 

Ces propriétés permettent d'étudier, dans un espace 
quelconque, des courbes rationnelles différentes de la 
ooDrbe normale. 

Ainsi supposons qu'il s'agisse de notre espace Ë5. 

LInTolution II permet, comme on sait» d'établir toute la 
(héorie des cubiques gauches. 

Considérons, dans ce même espace, une courbe ration- 
nelle C4. 

Tous les plans de l'espace marquent sur G4 une Ij. Les 
éléflients neutres déterminent sur cette courbe une If. ]ls 
soDl évidemment formés de groupes de trois points en 
ligne droite. Il existe donc une infinité de trisécantes de C4. 

Si, d'un autre côté, nous considérons une droite quel- 
conque l de l'espace, les plans du faisceau / marquent sur 
C4 une 1}. l\ et l\ ont, d'après un théorème connu, six 
couples communs. Or, chaque trisécante de C4 donne trois 
cooples communs II en résulte que / est rencontrée par 
deox trisécantes do C4 : le lieu de ces trisécantes est donc 
on des systèmes de génératrices d'une surface du second 
ordre. 

Si, au contraire, nous prenons un point G, les plans de 
cette gerbe marquent sur C4 une II 
Les deux involutions lî, U ont trois ternes communs. 
Donc par un point G, on peut mener trois trisécantes 
de la courbe C4. 

De même, si nous considérons, dans l'espace E4, une 
coarbe rationnelle G», les E3 de E4 marquent sur G5 une \\. 
Les groupes de quatre points neutres forment une li. 



( 2U ) 

Si nous coDsidéroDS successivement les espaces £5 pas-^ 
sant par un Eq» un Eo ou un Ej» nous obtenons des 
involutions lU lî, l\* 

Ces involutions ont en commun avec l\ respectivement 

1^0 quaterne. 

2* trois ternes. 

S"" douze couples. 

Il n'est pas difficile d'interpréter géométriquement ces 
résultats. Prenons encore une lH.,; on peut la regarder 
comme définie par les deux équations 

Qg Qg a, a^ ... Qg =ss 0, 
bg &y 6^ 6m ••• b, = 0. 

Par suite, pour qu*un élément X soit indéterminé, il 
faudra que Ton ait simultanément 

Oi Oy Gg ... Of =B 0; Us Oy a, ••• Og «s 0, 
bg 6y bg ••• 6/ «a 0; 6| 6, 6« ... bg = 0. 

Les groupes de n — 1 éléments neutres forment ainsi 
une \m. 

En général les groupes de n — k points laissant k points 
indéterminés forment une IJUL-s* 

Ainsi, si nous considérons une I^ il existe une 1^, c'est- 
à-dire un groupe de six points tels que les deux autres 
points sont indéterminés. 

Nous ne pousserons pas plus loin cette élude, que nous 
espérons compléter par l'exposé des conséquences géomé- 
triques qu'on en peut déduire. 



215 ) 



Noutellet recherches sur la fécondation et la division 
mitosique chez l'Ascaride mégalocéphale. — Commu- 
okalioD prélîmiDaire ; par Edouard Van Beneden et 
Adolphe Neyt. 



INTRODUCTION. 

Onand, après deux années de recherches consacrées en 
grande partie à Tétude des phénomènes de la fécondation 
et de la division cellalaire chez TAscaride mégalocéphale, 
je me sois décidé à livrer à la publicité les résultats de ces 
étodes, je ne me suis fait illusion ni sur le nombre ni sur 
rimportaoce des lacunes démon travail. Les œufs qui m'ont 
KrTÎ à rechercher la genèse des pronucléus et la division 
des premiers blastoroères avaient été tixés par l'alcool et 
colorés an carmin boracique. Je me suis rendu compte de 
la nécessité de contr6ler les résultats obtenus au moyen de 
raleool par l'emploi d'autres réactifs. Il importait de trouver 
ooe méthode qui permit de durcir rapidement le corps 
ovolaire, d'arrêter le développement à volonté et d'obtenir, 
sur on même porte-objet, un grand nombre d'œufs mon- 
trant tous un seul et même stade évolutif. La présence, 
autoor du corps ovulaire, de couches périvitellines épaisses, 
qui opposent une résistance vraiment prodigieuse à la 
pénétration de la plupart des liquides, tels que Tacide 
chroiniqne, les bichromates, l'acide picrosnifurique, l'acide 
«mique, le sublimé, constitue une source de difficultés 



( 216 , 

doul il n*a pas été facile de triompher. Ce D'esl qu'après 
de nombreuses tentatives et des essais infructueux que j'ai 
réussi à trouver une méthode qui permet de fixer en 
quelques minutes, de colorer sur porte-objets et de mon- 
ter en préparations permanentes, sans qu'aucune défor- 
mation se produise, les stades relatifs à la fécondation 
proprement dite et à la division des premiers blaslo- 
mères. Il y a maintenant plus de deux ans que ce résultat 
a été obtenu, et je n'ai guère discontinué, depuis cette 
époque, à poursuivre l'élude des préparations exécutées 
suivant ce procédé, que je ferai connaître plus loin. J'ai 
démontré à Berlin, au dernier Congrès des naturalistes, en 
septembre 1886, dans le laboratoire particulier de Prings- 
heim et à l'Institut zoologique dirigé par F. E. Schnlze, 
quelques-unes de ces préparations, et je me suis fait un 
devoir de faire connaître aux naturalistes présents à ces 
séances la méthode employée pour fixer, colorer et monter 
les œufs en préparations permanentes. Vers la fin de 
septembre de la même année, M. le D' 0. Zacharias de 
Hirchberg m'écrivit pour me demander de vouloir bien 
lui communiquer quelques-unes de mes préparations. Je 
n'hésitai pas à lui envoyer les mêmes préparations que 
j'avais démontrées à Berlin, et qui y furent examinées par 
un grand nombre de naturalistes, parmi lesquels je citerai 
Pringsheim,Slrasburgcr,R.Hertvi^ig,F. E.SchuIze, Henseo, 
Selenka, Reinke et Pfefier. 

Depuis un an environ, M. Âd. Neyt, dont le nom est 
lié à rhisloirc des applications de la photographie à la 
microscopie et à l'astronomie, a bien voulu s'associer à 
moi pour l'élude des diverses questions qui se rattachent 
à la fécondation et à la division cellulaire chez l'Ascaride 
mégalocéphale. Il s'est consacré en outre à reproduire 



( 217 ) 

par la photographie tous les détails relatifs à la pénélra- 
tioD da zoosperme, à la formation des globules polaires, 
i la genèse des pronucléus et à la karyokinèse. Il a si 
complètement réussi à photographier, non seulement les 
éléments chromatiques des pronucléus et des noyaux, à 
tOBS les stades de la division, mais même les figures achro- 
matiques, les sphères attractives avec leurs corpuscules 
polaires, les fuseaux nucléaires et les radiations protoplas- 
ffliqoes des asters, que nous serons en mesure de publier 
i bref délai, avec planches photographiques à l'appui, les 
résultats de nos études communes. Le nombre des clichés 
attoellement exécutés est de 1200 environ. Chaque cliché 
représente un œuf unique grossi de 750 à 780 fois (7^6*' 
de pouce Imm. Eau Powell et Lealand) et mesurant en 
photographie un diamètre moyen de 5 à 6 centimètres. 

Les recherches nouvelles que nous avons faites contir- 
meot pleinement, sauf sur quelques points de détail, qui 
seront relevés ci-dessous, les résultats que j*ai fait 
connaître précédemment. Nous avons réussi en outre à 
combler plusieurs lacunes, à trancher différents points 
restés douteux et à découvrir, notamment en ce qui con- 
cerne la karyokinèse, des faits nouveaux auxquels nous 
croyons devoir attacher une grande importance et une 
hante signiGcation. 

Quoique peu partisan, en général, des communications 
préliminaires, j'ai proposé à M. Neyt de publier dès à pré- 
sent, sous une forme sommaire, les faits nouveaux que nous 
avons constatés et de faire connaître la méthode qui permet 
de les contrôler. J'ai déjà exposé, dans une conférence que 
fai faite aux membres de la Société royale de microscopie 
de Bruxelles, au mois de février dernier, quelques-uns de 
ces résultats, notamment la division dos sphères nlirac- 

S"* SÉRIE, TOME XIV. lo 



( 218 ) 

(ives, précédée par celle des corpuscules polaires. Nous 
joindrons à cette note quatre planches photographiques 
destinées à montrer qu'il est possible de rendre par la 
photographie bien des détails relatifs aux plus délicates 
particularités de structure des éléments anatomiques. 

Edouard Van Beneden. 



Méthode de préparation. 

Les œufs du vagin et des portions a voisinantes des 
utérus sont pourvus de deux éléments nucléaires, qui 
apparaissent, dans les œufs vivants, sous la forme de deux 
taches claires dans le fond granuleux du vitellus. 

Si, après avoir fixé un Ascaris vivant dans un baquet au 
moyen de deux épingles placées l'une près de l'extrémité 
antérieure, l'autre près de l'extrémité postérieure du corps, 
on incise la paroi musculo-cutanée, ce qui peut se faire en 
un instant et d'un seul coup de ciseaux, les deux utérus 
étant mis à nu, on peut en quelques minutes avoir déposé 
sur une série de porle-objets de petits amas d'œufs retirés 
de l'appareil sexuel en des points de plus en plus éloignés 
du vagin, et distants les uns des autres d'un quart de cen- 
timètre environ. Ces œufs sont traités sur porte-objet, 
soit par de l'acide acétique glacial, soit par un mélange à 
parties égales d'acide acétique cristallisable et d'alcool 
absolu. En suivant au microscope l'action du réactif, on 
constate qu'au bout de cinq minutes quelques œufs se font 
remarquer par leur transparence : de granuleux et à peine 
translucide qu'il était, le vitellus est devenu transparent. 
Ce changement d'aspect du vitellus se fait brusquement 
et pour ainsi dire instantanément* Au fur et à mesure que 



( 219 ) 

le réactif agit plus longtemps, un plus grand nombre 
«Toeafe subissent cette transformation; au bout de vingt 
mioates on ne trouve plus guère d'œufs restés granuleux; 
tous ont été frappés de mort: Pacide a passé à travers les 
enveloppes périvitellines, est ai rivé au contact du proto- 
plasme et a déterminé les modifications que nous venons 
de signaler. Au moment choisi, soit quand quelques œufs 
seulement ont été tués, soit après que tous ont été fixés, 
00 remplace l'acide par de la glycérine au tiers additionnée 
d*DDe solution aqueuse de vert de malachite, de vésuvine, 
00, ce qui vaut mieux , des deux matières colorantes à la 
fois. Il est à peu pi es indi&érent que la glycérine soit plus 
00 moins chargée de matière colorante. Moins d'une heure 
après, les éléments nucléaires apparaissent distinctement, 
plos ou moins énergiquement colorés, dans le fond clair 
et uniforme du vitellus. La coloration s'accentue avec le 
temps; on peut sans inconvénient laisser les œufs pendant 
plusieurs jours, voire même pendant des semaines ou des 
mois dans la glycérine colorée. S'il s'est produit un excès 
de coloration, on décolorera soit par l'eau pure, soit par 
Peau acidulée d'acide acétique, soit par la glycérine au tiers 
00 même plus fortement étendue d'eau et très légèrement 
acidulée d'acide acétique. 

Un point intéressant à noter c'est que, si l'on substitue la 
glycérine à l'acide acétique pur ou au mélange à parties 
égales d'acide et d'alcool, au bout de cinq à dix minutes, 
alors qu'un nombre plus ou moins considérable d'œuis 
ooot pas encore été tués, ces œufs, quoique placés dans la 
glycérine colorée, voire même dans des préparations for- 
mées à la paraffine, se développent, se segmentent régu- 
lièrement, donnent parfois même naissance, après dos 
semaines ou des mois, à des embryons normaux, absolu- 
ojenl comme si rien ne s'était produit. 



( 220 ) 

Ail moment où Ton verse sur les œufs l'acide pur ou 
mélangé à Talcool, Tamas se gonfle considérablement. 
Ce phénomène dépend exclusivement du gonflement de 
la couche de substance qui, dans Tutérus, se dépose à 
l'extérieur de chacun des œufs et qui, sur le frai, se 
montre composée de bâtonnets juxtaposés les uns aux 
autres. L'œuf lui-même conserve exactement son volume 
primitif. La substance gonflée par Tacide est visqueuse, 
molle, parfaitement transparente et homogène en appa- 
rence. Elle fait adhérer les œufs au porte-objet et permet 
d'exercer sans aucun inconvénient une pression suffisante 
sur le cover pour étendre l'amas d'œufs, traités par le 
réactif, en une seule assise d'ovules. 

Quand l'acide a traversé la première couche périvitel- 
line et qu'il commence à imprégner la seconde couche, 
celle-ci perd l'apparence ribrillaire,si marquée sur le vivant, 
de sa couche corticale. 

La subslilution de la glycérine à l'acide n'amène pas la 
moindre déformation de l'œuf, ni rétraction des mem- 
branes, ni altération de la forme du corps vitellin. 

Que l'on ait employé l'acide pur ou le mélange d'acide 
et d'alcool, on distinguera avec la plus grande netteté, 
moins d'une heure après que l'on aura commencé l'opé- 
ration, deux éléments nucléaires sphériques dans l'im- 
mense majorité des œufs. Si l'on a aflaire à des œufs 
rétirés du vagin ou du quart inférieur de l'utérus d'un 
ascaris vivant, chacun des éléments nucléaires montre une 
structure réticulée très délicate, et les éléments chroma- 
tiques des pronucléus, aussi bien que ceux des globules 
polaires, apparaissent vivement colorés en vert ou en brun, 
suivant les matières colorantes employées. Comme nous 
l'avons dit plus haut, !a présence de deux éléments nuclé- 



( 221 ) 

aires, daos l'immense majorité des œufs retirés soil du 
«agio, soit du quart inférieur de l'utérus, peut cire d*ail^ 
leurs constatée sur le vivant : ces noyaux apparaissent 
alors comme des taches claires dans le fond granuleux 
du viiellas (1 ). Mais il est impossible, par Texamen des 
(Bofs vivants, de se rendre compte de la structure de ces 
éléments, et ce n'est guère que quand on a reconnu, par 
remploi des réactifs, la présence dans le vitellus de deux 
beaux novaox sphériques, bien délimités et plus ou moins 
diargés de chromatine, que Ton acquiert la certitude que 
les deux taches claires, qui se voient sur le vivant, sont bien 
déterminées par ta présence de deux éléments nucléaires. 

Pour étudier la genèse du pronucléus femelle aux dépens 
de la seconde figure pseudo-karyokinélique, du pronucléus 
mâle aux dépens du spermatozoïde, il faut examiner des 
séries de préparations d'œufs rétirés de l'utérus, en des 
points suffisamment éloignés du vagin. La méthode à 
Tacide acétique et la coloration au moyen de la glycérine 
additionnée de vert de malachite et de vésuvine, permet de 
constater avec la plus parfaite évidence deux faits impor- 
taots : 1* le moment où le pronucléus mâle se consti- 
tue aux dépens du petit noyau chromatique du zoosperme 
eoiocide exactement avec celui où le pronucléus femelle 
se forme aux dépens de deux éléments chromatiques, en 
forme de bâtonnets, qui proviennent de la seconde figure 
pseudo-karyokinétique (2); 2*" au moment où il prend 



(1) Edouard Van Bbnbdbn, Recherches sur la maturation de VoBuf^ 
ta fécondation et la division cellulaire, planche XIX, fig. iO. 

(3) Ibidem, planche XiX, fig. i, 5, 6, 7 et 8. Planche XVII|>>>V 
fig. 3, i, 5 et 6. 



( 222 j 

naissance le pronucléus mâle est enveloppé par le résidu 
dégénéré du corps proloplasmique du zoosperme; celui-ci 
ne se confond pas avec le protoplasme ovulaire : il consti- 
tue autour du noyau du spermatozoïde une couche parfai- 
tement délimitée, qui ne se sépare du pronucléus mâle 
qu'après que celui-ci s'est constitué en une vésicule. 
Jusqu'à ce moment le résidu du protoplasme spermalique 
enveloppe partiellement le pronucléus et affecte la forme 
d'une calolte à surface irrégulière (1). Cette calolte, après 
s'être éloignée du pronucléus, se ramasse sur elle-même; 
elle diminue rapidement de volume, au point de n'être 
bientôt plus qu'un globule, puis un granule à peine per- 
ceptible; enfin toute trace du corps dégénéré du zoosperme 
disparait complètement. Le résidu du protoplasme sper- 
malique se dissout dans le vilellus, probablement par une 
sorte de digestion. 

Ce qui rend particulièrement facile l'observation de ces 
faits, que l'un de nous avait observés, décrits et figurés 
d'après des préparations à l'alcool, colorées au carmin 
boracique, c'est que si l'on traite par la glycérine addi- 
tionnée de vert de malachite et de vésuvine les œufs 
fixés par l'acide acétique, le corps proloplasmique dégé^ 
néré du zoosperme se colore vivement en brun, tandis 
que les éléments chromatiques nucléaires prennent une 
coloration verte, le vitellus restant à peu près incolore. 
Impossible de ne pas distinguer à première vue, dans ces 
préparations, les deux pronucléus d'une part, le résidu 
du corps protoplasmique du zoosperme de l'autre. Rien de 
plus facile à constater que ce fait capital que, au moment 



{{) Loe. cit., planches XYlil'*'* et XIX. 



( S23 ) 

(A il se constitue en un noyau vésiculeux et réticulé, au 
voisinage du centre du vitellus^ le pronucléus mâle est 
encore enveloppé en tout ou en partie par le résidu du corps 
protoplasmique du zoosperme. Il atteint des dimensions 
considérables et affecte une forme spbérique régulière, 
afaot de sortir de la concavité de la calotte fortement 
colorée en brun que, dans des œufs plus rapprocbés du 
vagio, on trouve recroquevillée et séparée du pronucléus. 
(H. I, fig. 1 à 3.) 

Avant que le pronucléus mâle se soit dégagé de son 
manteau de protoplasme dégénéré, le pronucléus femelle 
s*est constitué en un noyau réticulé au voisinage du second 
globule polaire. 

Dans celte genèse des pronucléus, la chromaline, jusque- 
là homogène, se résout en un réticulum formé de granules 
chromatiques reliés entre eux par des filaments; de la péri- 
phérie des deux bàtonnels ponctués partent de petites traî- 
nées de grains achromatiques, réunis en filaments; les 
bAtonnets siègent à ce moment dans un espace clair; ils 
augmentent rapidement de volume, au point d*envahir 
bientôt tout cet espace, dont les limites deviendront celles 
des pronucléus. On ne peut mieux comparer Taspecl du 
phénomène qu'au gonflement d'une éponge comprimée 
d'abord, au moment où elle s'imbibe de liquide. 

La même miéthode, traitement par l'acide acétique cris- 
tallisable pur ou mêlé à parties égales avec de l'alcool 
absolu, coloration par la glycérine additionnée de vert de 
malachite et de vésuvine et remplacement après deux ou 
trois jours de la glycérine colorée par de la glycérine au 
tiers non colorée, cette méthode donne des résultats 



( an ) 

superbes pour l'élude de la karyokinèse dans les blaslo- 
mères de l'Ascaris. Pour faire apparaître les éléments 
chromatiques il est indifférent que Ton emploie Tacide 
seul ou Tacide additionné d'alcool. Mais les fibrilles achro- 
matiques des fuseaux et des asters se conservent beau- 
coup mieux dans le mélange d'alcool et d'acide. Quant 
aux sphères attractives avec leurs corpuscules polaires, 
elles apparaissent très distinctement aussi dans les prépa- 
rations colorées après l'action de l'acide pur; mais elles 
présentent un autre aspect dans les deux catégories de 
préparations, ce qui dépend de ce que les fibrilles achroma- 
tiques ne résistent guère à l'action de l'acide seul, tandis 
qu'elles se conservent bien par le mélange d'acide et d'al- 
cool. L'acide fait gonfler les granules puncliformes des 
fibrilles et parait résoudre celles-ci en granulations. L'alcool 
empêche l'acide de produire ce résultat. 

Pour étudier la métamorphose des pronucléus, voir uo 
cordon chromatique d'abord très ténu, puis de plus en plus 
épais, se constituer aux dépens du réseau nucléaire dans 
chacun des pronucléus, pour observer les phases succes- 
sives de la karyokinèse pendant la segmentation, voici 
comment il faut procéder. Les œufs retirés du vagin et du 
quart inférieur des utérus d'un Ascaris vivant sont mis en 
culture dans un verre de montre ou sur des fèces de che- 
val. La rapidité du développement est fonction de la tempé- 
rature. Lés œufs retirés de l'utérus ou du vagin placés 
dans un verre de montre, sans addition d'aucun liquide et 
maintenus dans un milieu humide à une température de 
25 degrés environ, sont déjà segmentés en deux, douze 
heures et même moins de douze heures après avoir été 
mis en culture. Ils se segmentent moins vite si, au lieu de 



( 22S ) 

les i06((re en contact avec l'air atmosphérique, on les 
maiotient plongés dans un liquide, eau, sérum ou glyeé- 
rioe. Hais pour être un peu plus lent, le développement 
n'en marche pas moins régulièrement dans ces conditions. 
Des températures plus basses ralentissent le développe- 
meo(; mais elles u*araènent, pas plus que l'immersion, 
ancoD phénomène anormal ou pathologique. On peut, 
comme Ta montré Hallez, arrêter à volonté le développe- 
ment pendant un temps plus ou moins long, soit en abais- 
sant suffisamment la température, soit en empêchant 
l'accès de l'oxygène, sans que le développement normal 
de l'embryon en soit affecté d'aucune manière. Quelles 
que soient les conditions dans lesquelles les œufs retirés du 
vagin et du quart inférieur de l'utérus se trouvent placés, 
qu'ils soient immergés dans l'eau ou maintenus dans un 
verre de montre sans addition de liquide, que l'on prenne 
la précaution de les placer dans une chambre humide ou 
qo'on les laisse se dessécher, qu'on les conserve à une tem« 
pératore constante ou qu'on les soumette pendant l'hiver 
à toutes les variations journalières de chaud et de froid, 
on est certain, en examinant les œufs après un laps de 
temps variant de six semaines à trois mois, de trouver un 
embryon complètement développé et parfaitement vivant 
dans chaque œuf. 

Les œufs de l'Ascaris du cheval, admirablement pro* 
tégés par les enveloppes périvitellines, si peu perméables 
qu'elles s'opposent à la pénétration de la plupart des 
réactifs, tant que l'œuf est vivant, présentent donc une 
résistance merveilleuse, et l'on chercherait en vain, dans 
o*imporle quelle classe du règne animal, des œufs mieux 
abrités contre l'action des causes extérieures. 



L'hypothèse purement gratuite diaprés laquelle les œufs« 
chez lesquels la conjugaison des pronucléus n'a pas lieu, 
seraient des œufs pathologiques, peut être écartée à priori. 
Les expériences de contrôle sont d'ailleurs des plus simples 
et des plus faciles à faire. Elles ont été répétées un grand 
nombre de fois. Des œufs sont mis en culture dans un 
verre de montre. De demi-heure en demi-heure on en fait 
deux ou trois préparations. Au début, on trouve deux pro- 
nucléus dans chaque œuf; puis on voit un cordon chro- 
matique se constituer dans chaque pronucléus et deux 
anses chromatiques primaires se former aux dépens do 
chacun d'eux; puis le vitellus se divise et les préparations 
donnent successivement tous les stades de la karyokinèse. 
Sur le même porte-objet les œufs se trouvent à peu 
près tous an même stade du développement. On varie la 
durée de Taction de l'acide dans les trois préparations 
faites au même moment, de façon à tuer dans chacune 
d'elles un nombre plus ou moins considérable d'œufs, ou 
bien à les tuer tous. Dans ce dernier cas encore, les œufs 
présentent tous indistinctement les mêmes particularités. 
Dans les préparations où Taciion de Tacide a été moins 
prolongée, un certain nombre d'œufs ont échappé à la 
mort. Si l'on prend la précaution d*enlever le couvre-objet, 
ou même sans prendre cette précaution, ces œufs conti- 
nuent leur évolution normale et, après quelques semaines, 
on y trouve des embryons complètement développés, par- 
faitement vivants et se contournant en tous sens. Les œufs 
mis en culture ne sont pas tous employés. Après quelques 
semaines, on trouve un embryon vivant dans chacun des 
œufs conservés dans le verre de montre. 

Il faut bien admettre que ces œufs n'étaient point palho- 



( 227 ) 

logiqoes, et si ceux qui sont restés en culture et qui ont 
po se développer complètement étaient des œufs normaux, 
capables d'un développement normal, dira-t-on que ceux 
qui ont été tués par l'acide et chez lesquels deux anses 
chromatiques se sont constituées aux dépens de chacun 
des pronucléus, sans aucune conjugaison préalable, étaient 
des œufs pathologiques? 

Soutiendra- t-on que Tacide acétique les a rendus 
malades avant de les tuer? Comment se fait-il alors que 
eeox qui ont été plongés dans l'acide pendant plusieurs 
miontes^maîs qui ontnéanmoins échappé à la mort, à raison 
de Faction trop peu prolongée du réactif,donnent naissance 
à des embryons parfaitement vivants? Il faut n'avoir jamais 
observé Tinstantanéité avec laquelle Taspect du vitellus 
cbange, au moment où Tacide, après avoir traversé les 
enveloppes, arrive au contact du globe vitellin, pour expri- 
mer semblable opinion. 

Si Ton plonge les œufs dans de l'alcool faible, ils ne 
sont tués qu'après une immersion prolongée. On pourrait 
croire que, dans ces conditions, les œufs avant de mourir 
ont pu pendant quelque temps évoluer anormalement. 
Ici, l'objection pourra paraître fondée; et cependant elle 
ne l'est pas; nous n'avons rencontré dans les œufs traités 
de cette manière que des stades normaux, montrant les 
mêmes phénomènes que Ton constate en traitant par l'acide 
acétique et dont on peut contrôler le caractère normal, 
tout au moins en ce qui concerne les phénomènes exlé- 
rkun de la segmentation, en comparant avec le vivant. 
Quant au traitement par Tacide acétique ou par un mélange 
d'acide et d'alcool absolu, l'objection tombe d'elle-même 
eo présence de ce fait que les œufs sont tués en quelques 



( 2!28 : 

minutes. Il serait plus exact de dire qu'il suffit de quelques 
minutes pour que le réactif traverse les couches périvi- 
tellines et arrive au contact du vitellus. Dès le moment 
où Tacide atteint le globe vitellio, il est ins(anlanément 
tué et fixé dans sa forme, comme le serait un œuf nu ou 
entouré de membranes n'opposant aucun obstacle à la 
pénétration des liquides. 

La méthode à Tacide acétique, qui donne des résultats si 
favorables pour Tétude de la formation des pronucléus et 
de la segmentation» ne convient pas pour l'analyse des 
figures qui se rattachent à la formation des globules 
polaires. La cause en est dans la composition du vitellus, 
toute différente pcLdant la période de maturation de l'œuf 
et après la maturation. Il existe piobablement dans le 
protoplasme ovulaire, préalablement à l'expulsion du 
second globule polaire, des substances qui gonflent au con- 
tact de l'acide. Ce gonflement détermine des altérations 
profondes du corps cellulaire H des figures pseudo- 
karyokinétiqufs. 

Nous n'avons pas réussi à trouver, pour l'étude de la 
formation des globules polaires, de méthodes plus favo- 
rables que celles qui ont donné à l'un de nous les résultats 
qu'il a fait connaître. La valeur de ces méthodes a été 
critiquée et l'on a révoqué en doute le bien-fondé des con- 
clusions tirées de l'étude de ces préparations, quant à la 
signification des globules polaires. La plupart des au- 
teurs continuent à penser que les globules polaires sont 
essentiellement des cellules, et que les phénomènes préa- 
lables à l'expulsion de ces éléments sont assimilables à 
ceux qui caractérisent essentiellement la karyokinèse. 



V 229 ) 

Noas réservons pour plus tard la discussion des objoc- 
tioDS qni ont été faîtes à Tinterprétation des figures 
décrites et flgurées dans le mémoire sur la maturation de 
Toeof et la fécondation chez TAscaris. Nous nous bornons 
à déclarer que nous maintenons absolument Topinion 
émise par l'un de nous quant à la nature des globules 
polaires. Sans entrer dans le détail des phénomènes qui 
prélodenl à la formation de ces éléments, nous appelle- 
rons l'atlention sur le fait suivant qui, à notre avis, résoud 
la question. Chaque fois qu'une cellule de l'Ascaris se 
divise, on constate dans la plaque équatoriale de la figure 
dicentrique l'existence de quatre anses chromatiques, et 
les Doyaui dérivés se constituent aux dépens de quatre 
anses secondaires. La division karyokînétique n'a donc pas 
poar effet de réduire le nombre des éléments chroma- 
tiques du nojau, mais seulement de dédoubler ces élé- 
ments. Au contraire, la genèse des globules polaires a pour 
résultat de réduire de moitié le nombre des éléments chro- 
matiques du noyau ovulaire. Dans les œufs primordiaux 
et les spermatomères en voie de division, comme dans les 
cellules des tissus et les blastomères en cinèse, la plaque 
éqnatoriale se constitue de quatre anses chromatiques. La 
cbromatine de Tœuf ovarien, condensée dans le corpuscule 
germioatif, procède de quatre anses chromatiques. Tout 
au contraire, le pronucléus femelle se constitue aux dépens 
de deux bâtonnets chromatiques et il ne fournit que deux 
anses chromatiques à la première figure dicentrique : il 
n'est donc, au point de vue de la quantité de cbromatine 
qu'il renferme, qu'un demi noyau. Pendant la genèse des 
globules polaires, le noyau ovulaire a donc subi une réduc- 
tion nucléaire. Le noyau ovulaire, après le rejet des 
globules polaires, n'est plus qu'un demi noyau. 



230 ) 

Ce fait capital, établi pour la première fois dans le 
mémoire sur la maluratioo de Tœuf et la fécondation chez 
^ l'Ascaris, montre à l'évidence qu'il existe une différence 

' radicale entre une division cellulaire et la formation des 

globules polaires. 

Dans son mémoire sur la spermatogenèse chez l'Ascaris, 
publié en collaboration avec Cb. Julin, l'un de nous a 
montré qu'il en est de même lors de la formation des sper- 
matozoïdes. Tandis que, dans les spermalomères en cînèse, 
la plaque équatoriale se constitue de quatre anses cbro- 
maliquesy identiques à celles que Ton observe dans ud 
blastomère en voie de division, dans les spermatogonies 
l'on ne trouve plus, au stade de la métapbase, que deux élé- 
ments chromatiques primaires, et il en est de même dans 
les spermatocytes et par conséquent dans les spermato- 
zoïdes. 

Donc, tandis que les noyaux de toutes les cellules de 
TAscaris sont caractérisés en ce qu'ils renferment l'équi- 
valent de quatre anses chromatiques, l'œuf, après avoir subi 
les phénomènes de la maturation, les spermatogonies, les 
spermatocytes et les spermatozoïdes, ne renferment plus 
chacun qu'un demi-noyau. Alors que, dans toute division 
mitosique, il s'opère un dédoublement des éléments chro- 
matiques, jamais de réduction, la formation des globules 
polaires et la genèse des spermatozoïdes sont caractérisés 
par une réduction de moitié des éléments chromatiques 
de la cellule. Tandis que, dans toute cellule de l'Ascaris, 
existe l'équivalent de quatre anses chromatiques, dont la 
présence caractérise un noyau complet, il n'existe dans 
l'œuf mûr et dans le spermatozoïde que l'équivalent de 
deux anses chromatiques. 



( 23i ) 



RÉSULTATS. 

§ I. — Formation des pronucléus. 

L'ooe des conclusions fondamentales que Tun de nous 
a formulées dans le mémoire qui fut livré à la publicité au 
eommencement d'avril 1884, c'est que l'un des deux élé- 
ments nucléaires, que l'on trouve dans les œufs vaginaux 
et utérins (quart inférieur de l'utérus) de l'Ascaris, se 
développe tout entier et exclusivement aux dépens du 
loosperme, tandis que le second procède d'un reste de la 
vésicule germinative, concurremment avec le second glo- 
bole polaire. Seul le noyau du spermatozoïde intervient 
daos la formation du pronucléus mâle : le protoplasme du 
zoosperme subit, pendant la maturation de l'œuf, une 
dégénérescence progressive, qui s'accuse notamment en 
œ qu'il acquiert une grande avidité pour les matières colo- 
rantes. Au moment où le petit noyau chromatique du 
zoosperme se transforme en un noyau vésiculeux, sphé- 
riqoe et à structure réticulée, le résidu dégénéré du pro- 
toplasme spermatique entoure ce noyau, en tout ou en 
partie, et lui constitue un revêtement à surface irrégulière, 
qui se colore énergiquement en brun par la vésuvine. 
(PI. I, tig. i.) Quand le pronucléus a atteint un certain 
volume, il quitte la concavité de la calotte que lui formait 
le résidu du protoplasme spermatique, et l'on trouve alors 
le résidu de ce dernier dans le vitellus, à côté du pronu- 
cléus. (PI. I, fig. 2 et 3. Voir aussi pi. XYIIP", fig. 3, 5 et 



( 23i ) 

6, pi. XIX, fig. 4, 5, 6, 7, 8 du mémoire cité). La calotle 
recroquevillée, réduite à un amas irrégulier de substance 
assez réfringente, nettement circonscrite et se colorant 
vivement en brun par la vésuvine, est alors progressive- 
ment résorbée (pi. I, fig. 4); elle finit par disparaître 
complètement. Pendant ce temps, le pronucléus m&le con- 
tinue à s'accroître. 

En même temps que se forme le pronucléus m&le, aux 
dépens du noyau du zoosperme, le pronucléus femelle 
prend naissance à la périphérie du vitellus, au voisinage 
du second globule polaire. (Voir pour les détails du phé- 
nomène, pi. XVIIP-, fig. 3, 4, 5 et 6, pi. XIX"', fig. i, % 
3, 4, 5 et 6 du mémoire cité.) 

Les préparations faites au moyen de la méthode à Tacide 
acétique et coloration par les matières d'aniline ont si 
complètement confirmé ces résultats, que nous n'avons rien 
à ajouter, rien à retrancher de la description que l'un de 
nous à faite précédemment de cette période du développe- 
ment. 

§ IL — Prophases cinétiques. 

Un autre résultat du même travail, c'est que, dans l'im- 
mense majorité des œufs, il ne se produit pas, chez l'Ascaris 
du cheval, de conjugaison des pronucléus. Dès que les élé- 
ments nucléaires ont atteint leur complet développement, 
il se constitue dans chacun d'eux, aux dépens du reticulum 
nucléaire, un cordon chromatique. Les préparations à 
l'acide acétique nous ont permis d'étudier de plus près la 
genèse de ce cordon. Il se forme exclusivement à la péri- 
phérie du pronucléus, et siège, tout au moins en grande 



( 233 ) 

partie, dans i'épaisseor do la membrane oacléaire (1 ). Il se 
présente, ao début, sous la forme d*on cordon extrême- 
ment fin, très sinueux, contourné et pelotonné. Il est diifi* 
ctle de dire si, à ce stade, où chacun des pronucléus pré-* 
sente exactement l'aspect que Plemming a si bien figuré 
pour les noyaux de la salamandre au début de la cinèse 
{Beitr. zmt Kenntn. derZelle. Arch. f. Mikr. Anat. Bd. 16, 
pi. XVII, (ig. 3), le cordon est continu ou discontinu. A 
mesure que le développement progresse, le cordon s'épais- 
sit et se raccourcit; son trajet devient moins flexueux, 
et bientôt il devient facile de constater que, dans chacun 
des pronucléus, il n'existe qu'un cordon unique et continu, 
formant dans la plupart, sinon dans tous les cas, une 
courbe fermée. A un moment donné, on distingue nette- 
ment, dans chaque pronucléus, un champ polaire répondant 
à la zone que RabI a décrite sous ce nom dans les noyaux 
de la salamandre. Le cordon décrit à la surface de chaque 
pronucléus un certain nombre de lignes méridiennes qui, 
â des distances variables du champ polaire, se réunissent en 
anses deux à deux. Ces méridiens, flexueux à des stades 
plus jeunes, se régularisent progressivement; leurs termi- 
naisons en anses s'éloignent progressivement du champ 
polaire et aussi du pôle du noyau opposé à ce champ. 
Il arrive un moment où le cordon chromatique ne forme 
pins qu'un anneau sinueux, à mi-distance entre les deux 
pèles du noyau. Puis une moitié de l'anneau est refoulée 
dans l'autre : le cordon chromatique de chaque pronucléus 
forme une figure analogue à celle que l'on produirait au 
inoyen d'un anneau élastique, en le pliant suivant un de 



(i) Loc, cit., |Mige 53â. 

3** SÉRIE, TOME XIV. 16 



( 234 ) 

ses diamètre^ de façon à eo faire deux demi-^Dneaux saper* 
posés. Chaque demi-anneau n*est pas cependant régulière- 
ment semi-circuiaire; il décrit encore des sinuosités plus 
ou moins marquées. Après ce stade, le cordon chromatique 
subit généralement une rétraction ; il quitte en partie la 
surface des pronucléus et se pelotonne plus ou moins vers 
rintérieur^ de sorte que, dans beaucoup d^œufs, il devient 
difficile d^analyser le cordon. 

Le plus souvent avant, parfois seulement après cette 
rétraction, qui est du reste plus ou moins accusée et présente 
des aspects variables d*un œuf à Tautre, le cordon subit la 
segmentation transversale. Il résulte de cette segmentation 
que, dans chacun des pronucléus, le cordon chromatique 
se résout en deux anses chromatiques primaires, phis on 
moins parallèles entre elles, parfois emboîtées Tune dans 
Taulre; parfois les deux anses, encore réunies entre elles 
par une de leurs extrémités, forment ensemble une sorte de 
W. Le plus souvent Tune des anses est un peu plus courte 
que Tautre. A ce moment les pronucléus, dont les contours 
sont devenus fort indislincls, se regardent l'un l'autre par 
leurs faces laférales, les champs polaires étant dirigés d'un 
mémecàtéy vers les sphères attractives adjacentes entre elles» 
Les anses primaires ont leurs extrémités divergentes et 
elles dirigent toutes, vers le centre de la figure, la con* 
vexiié de la courbe qu'elles décrivent. Leur position relative 
se modifie peu à peu : au moment où elles viennent de se 
constituer, les quatre anses forment encore deux groupes 
composés chacun des deux éléments dérivés d*un même 
pronucléus. Souvent les deux anses d*un même groupe 
sont au début plus ou moins parallèles entre elles; elles 
décrivent la môme courbe, et Tune se trou\e logée dans la 
concavité de lautre. Plus tard les anses d'un même groupe 



r 



( 235 ) 
s'écarleol i'one de Taatre et en vieonent à se placer Tune 
à ctté de Taotre. A ce moment il devient impossible de 
dtsiin^er les anses paternelles des anses maternelles : les 
quatre anses forment ensemble une étoile composée d'élé- 
ments semblables juxtaposés entre eux. Les membranes des 
prooocléns n existent déjà plus depuis longtemps et il peut 
sembler, si l'on n*y regarde pas de très près, que les anses 
chromatiques sont librement suspendues dans le proto- 
plasme ovulaire. Alors s'accomplit la division longitudinale 
00 le dédoublement des anses primaires en anses secon- 
daires: rétoile chromatique primaire se divise, suivant le 
pian équatorial de la figure, en deux étoiles chromatiques 
seooodaireSy identiques entre elles; adjacentes Tuneà Tautre 
a« moment où elles prennent naissance, elles s'écartent 
progressivement l'une de l'autre, gagnent peu à peu les 
pôles de la figure dicentrique et constituent les ébauches 
des noyaux des cellules filles. Cette découverte du chemi- 
oemeot vers les pôles opposés de la figure des anses 
jomdies, nées du dédoublement d'une anse primaire, fut 
faite eo même temps par l'un de nous chez l'Ascaris (1), 



(1) Le premier exemplaire de mon mémoire fut remis à Dubois- 
Riymond, lors de son passage à Liège, le 4 avril 4884. Le trayait 
de Heoser parut dans le courant de mars (884. Il résulte de ces dates 
qae cette découverte à été faite et publiée à peu près simultanément 
par Heuser dans des cellules végétales et par moi dans des cellules 
•nimales. Le mémoire de RabI, sur la karyokinèse chez la salamandre, 
parut plusieurs mois plus tard. C'est donc tout à fait à tort que 
Waldeyer, dans nn éeril récent, attribue à Heuser et à Rabl la décou- 
verte dont il s*agît. Je tiens à en revendiquer la priorité pour Heuser 
et pour moi-même. Nos travaux ont paru à moins d*un mois d*inter- 
Tille. De même que Heuser à découvert ce fait important chez les 
T^élanx, sans eonoaitre les résultats de mes recherches chez TAscaris, 



( 236 ) 
par Heuser dans les cellales végétales et, bientôt après, elle 
Tut conlirmée par Rabl dans les cellules des tissns de la 
salamandre. Elle donne la clef de Tinterprétation des phé- 
nomènes si compliqués, jusque*là incompréhensibles, de la 
karyokinèse. 

En ce qui concerne la division du premier blastomère de 
r Ascaris y cette découverte a permis de reconnaître que la 
chromatine des noyaux des deux premiers blastomères 
dérive, par moitiés, du pronucléus mâle et du pronucléus 
femelle, sans qu*à aucun moment il y ait eu ni fusion, 
ni mélange, moins encore d'imprégnation (Durchdringen 
Hertwig) des chromatines paternelle et maternelle. Si Ton 
rapproche Tun de Fautre ces trois faits : l"" le fait bien 
connu que le descendant hérite, à égalité de titres et par 
parts égales, des caractères paternels et des caractères 
maternels, qu'il lient également du père et de la mère; 
â"* le fait, résultant avec une absolue certitude de Tétude du 
développement de TAscaris, que le corps protoplasmique du 
spermatozoïde dégénère et n'intervient pas dans l'édification 
do corps protoplasmique de la première cellule embryon- 
naire, que le noyau du zoosperme est le seul élément 
paternel fourni à l'œuf fécondé; 3** que les noyaux des deux 



de même je n*ayais et je ne pouvais ayoir aueune connaUsaDce de 
ses travaux, quand j'ai reconnu, dans les blastomères de rAscarts, 
la raison de la division longitudinale des anses primaires. Je pense 
aussi que la constatation des mêmes faits par Rabl, dans les cellules 
de la salamandre, a élc tout à fait indépendante. Cependant le 
mémoire de Rabl parut assez longtemps après les recherches de 
Heuser et après mon travail, pour avoir permis à cet auteur de 
citer nos ouvrages. Quelques-uns des résultats consignés dans mes 
« Recherchée • sont cités par Rabl à la page 348, dernier alinéa, de 
son mémoire. Édouabd Van Benedbn. 



" 



( 237 ) 

premiers blaslomères et Ions les noyaux subséquents se 
coostitoeotaux dépens de quatre anses chromatiques sem- 
blables entre elles, dont deux paternelles et deux maler- 
Delles, on en arrive à cette double conclusion : 1* que le 
DOTaoest le support exclusif des propriétés héréditaires et 
rofgane directeur du développement, de la forme et de 
b foDCtion; et ^ que Thérédité se conçoit chez les êtres les 
plus compliqués, au même titre et de la même manière 
que chez les Protozoaires qui se multiplient par division, 
U première de ces conclusions a été surtout mise en 
lamiëre, après la publication de nos recherches sur la 
fécondation chez PAscaris, par Strasburger, par 0. Hert- 
wîg, par Weissmann et par Kôlliker. 



§ m. — Théorie de ta fécondation. 

Les observations que nous venons de rappeler, pleine- 
ment conflrmées par Tétude des préparations faites au 
moyen de l'acide acétique, ont conduit fun de nous à 
formoler une théorie de la fécondation toute différente de 
celle de Hertwig, généralement acceptée aujourd'hui en 
Allemagne. 

Pour 0. Hertwig, comme pour Strasburger et beaucoup 
d'autres auteurs, la fécondation consiste essentiellement 
dans la conjugaison du noyau spermatique avec le noyau 
OTolaire. Pour ces auteurs il n'y a pas de différence entre 
ks éléments nucléaires que l'un de nous a le premier 
appelés prontic/éuj, afin de bien les distinguer des noyaux 
complets, et des noyaux de cellules ordinaires. La forma- 
lion des globules polaires consisterait, d'après eux, en une 
division cellulaire ne différant en rien d'essentiel de toute 



( 238 ) 

autre karyokinèse; elle ne se rattacbcrail pas à la féconda- 
tion, et il faut attribuer aux globules polaires une signifl- 
cation non pas physiologique mais morphologique. Le sens 
qu'il faut attribuer au mot conjugaison, les frères Hert- 
wig Tout bien précisé dans leur dernier travail, quand ils 
ont cherché à montrer que la fécondation n'est accomplie, 
qu'un développement normal de l'œuf n'a lieu, qu'à la 
condition que le noyau spermatique et le noyau ovulaire 
se soient non seulement soudés entre eux, mais qu'ils 
se soient intimement confondus [Durchdringt) : < nur 
dann, wenn die Substanzen von Ei- und Spermarkern sich 
ganz durchdringen, entstehen Kerne, welche mit allen fur 
die weitere Entv^icklung nôtigen Lebenseigenschaften 
ausgerusiet sind (1) ». 

La théorie qui a été formulée précédemment par Tun 
de nous, fondée sur les phénomènes observés chez l'Ascaris, 
voit dans la conjugaison des pronucléus un phénomène 
tout accessoire et en quelque sorte accidentel. La fécon- 
dation et la maturation de l'œuf sont des phénomènes 
inséparables, en ce sens que le second est nécessairement 
préalable au premier : la fécondation consiste essentiel- 
lement dans un remplacement, dans la substitution d'un 
demi-noyau fourni par le mâle et introduit par le sperma- 
tozoïde, à un demi-noyau éliminé par l'œuf sous forme de 
globules polaires. I^a cellule-œuf, réduite après la matura- 
tion à un gonocyte femelle, à un organisme élémentaire 
pourvu d'un demi-noyau, et pour ce motif incapable de 
multiplication, se complète et devient la première cellule 



(I) 0. et R. Hbbtwig. Uher den Be/ruchtungê-und Teilungi-Vor- 
gang det thieriêehm Etes, unter dem Ein/luu aûêêerer Agenlien. 



( 239 ) 

de renbryoQ, quand uo demi-ooyau d*origioe mâle ou 
palerneile 8'est constitué, dans le vitellus, aux dépens de 
réiément nucléaire du zoosperme. La fécondation, de 
Déme que la nalrition, se constitue de deux ordres de 
(èénomènes opposés : élimination et remplacement d^une 
part, décomposition et recomposition de l'autre : dans Tun 
eomme dans Tantre cas une réduction s'accomplit d'abord, 
Boe reconstitution ou une substitution ensuite. Cette corn* 
paraison n'a d'ailleurs que la valeur d'une image destinée 
i Aire comprendre la pensée; car dans la nutrition il 
s'agit d'un phénomène chimique, dans la fécondation d'un 
phénomène morphologique. 

Mais dès que ces deux demi-noyaux existent dans le 
corps protoplasmique de l'œuf, la fécondation est accom- 
plie et il est absolument indifférent, pour la suite du déve- 
loppement, que les demi-noyaux que nous avons appelés 
des pronucléus se confondent en un noyau unique ou qu'ils 
restent séparés et écartés l'un de l'autre. Dans l'immense 
majorité des œufs d'Ascaris, ils restent séparés l'un de 
l'aotre et ils se comportent, dans TédiGcation de la première 
figure karyokioétique, absolument comme s'ils nu formaient 
ensemble qu'un noyau unique. Les éléments qui, dans une 
mitose ordinaire, procèdent du noyau, sont fournis ici, par 
moitiés égales, par chacun des pronucléus. 

Cette théorie repose sur les faits suivants : 

1* La genèse des pronucléus coïncide exactement avec 
l'élimination du second globule polaire, c'esl-à-dire avec 
le moment où Tœuf a achevé sa maturation ; 

2* Dans fimmense majorité des cas, il ne se produit pas 
même d'accolement entre les pronucléus; 

3* Les changements préalables à la constitution de la 
figure dicentrique s'accomplissent simultanément dans les 



( 24») 

deux pronucléiiSy qui, quoique écarlés Tun de l'autre, se 
comportent exactement comme slls ne formaient qu'un 
noyau unique ; 

4"* Deux éléments nucléaires, l'équivalent de deux anses 
chromatiques, sont éliminés par l'œuf, lors de la formation 
des globules polaires, de (elle sorte que le pronucléus 
femelle diffère des noyaux des cellules des tissus de l'As- 
caris, en ce qu'il ne renTerme plus que deux anses chroma- 
tiques au lieu de quatre. 

5^ Le noyau du zoosperme ne renferme lui non plus que 
deux éléments chromatiques au lieu des quatre anses que 
Ton observe constamment dans les spermatomères en voie 
de division. L'élément nucléaire du zoosperme, aussi bien 
que l'ébauche du pronucléus femelle, ne sont donc, en se 
fondant sur le nombre des éléments chromatiques qu'ils 
représentent, que des demi-noyaux. 

6** Dès le moment où les pronucléus se sont constitués 
à rétat de corps nucléaires sphériques et réticulés, dès le 
moment où ils ont atteint leur complet développement, la 
cinèse commence. La première cellule embryonnaire, 
capable de division et représentant virtuellement l'individu 
futur, est donc constituée dès le moment où, aux dépens 
du reste de la chromatine ovulaire d'une part, de la chro- 
matine du spermatozoïde de l'autre, se sont formés deux 
éléments nucléaires réticulés. 

Les deux éléments représentent ensemble un noyau 
complet, et il est absolument indifférent qu'ils s'accolent 
et se fondent ou non l'un avec Tautre puisque, chez l'As- 
caris, cette fusion n'a pas lieu dans l'immense majorité des 
œufs. 

Quelques-uns des faits qui servent de base à notre 
théorie ont été récemment contestés par deux auteurs. 



N. le chanoine Carnoy, professeur à TUniversité de Lou- 
îaîo (1), et M. le D'O. Zaeharias, de Hirchberg. 



(I) Il ne peut me convenir ni de discuter avec M. le chanoine 
Canioy, ni de répondre aux critiques dirigées contre mes travaux 
dans ses ouvrages» dans les conférences qu'il a faites, notamment 
à la Société de roicroscopie de Bruxelles, dans des journaux poli- 
ttqoes belges, tels que le Patriote et le Bien public, et dans la 
Bevme iâentifipie. Les motifs les voici : M. Carnoy a£Brme, dans le 
prospeetus de sa Biologie cellulaire, qu'il fit paraître en juin 4883, 
que les globules polaires se forment, chez les Nématodes, au sein 
du eorpt ovulairel Dans un œuf que Tautcur représente cinq fois, et 
qu'il dit avoir suivi durant 3 '/, heures, un globule polaire est repré- 
senté en voie de formation, aux dépens d'un noyau ovulaire sphérique, 
AC SC15 va coaps protoplasmiqub, puis arrivé plus près de la surface, 
pais enfin éliminé (fîg. 211 et S là, 6, c, d, /*, g) ! M. Carnoy figure le 
SKiHATozoÎDB dc rAscaHs niégalocépbale, entouré d'un magnifique 
aster, sa comjcgaison avec un noyau femelle consistant en quelques 
Sraoulations entourées d'un autre aster (fig. 317) ! II figure sous 
k nom de cellule mère des spermatoblastes, un spermatozoïde 
(fig. iOO B)î Alors que les travaux de Munk ont établi depuis trente 
ans qu'il ne se forme jamais, chez les Nématodes, que quatre sperma- 
tozoïdes aux dépens d'une spermatogonie, non par bourgeonnement 
nais par division, M. Carnoy représente jusqu'à (5 spermatozoïdes 
se formant par bourgeonnement aux dépens d'un spermatoblaste ! 
(Fig. SOI.) Ces spermatoblastes n'existent pas. M. Carnoy ignore qu'il 
se forme successivement deux globules polaires chez l'Ascaris; il n'a 
pas la moindre notion des pronucléus : il fait conjuguer le spermato- 
zeidt avec le noyau ovulaire l Ces faits donnent la mesure des apti- 
tadcs de H. Carnoy en matière d'observation, en même temps qu'ils 
montrent l'étendue dc son savoir. 

Le même auteur qui, en juin (885, s'imaginait que les globules 
polaires siègent, chez les Nématodes, au sein du corps ovulaire, qui 
Ifs représente tout formés, blottis (sic) dans le protoplasme, qui igno- 
fiit Pcxistenec de deux globules polaires chez ces animaux, qui repré- 
sentait la conjugaison entre le spermatozoïde et le noyau ovulaire, a 



( 242 ) 

Nous ne savons quelle mélhode M. e D' Zacharias a 
employée pour obtenir les préparations qui lui ont fait 
voir les images extraordinaires qu'il a représentées pi. IX, 
(ig. i2 à 17« de son mémoire. Cette méthode, il n'a pas cru 
devoir la faire connaître. M. le D' Zacharias n'a pas vu 
qu'au moment de la formation du second globule polaire, 
le spermatozoïde existe encore au centre du vitellus; que 
son corps protoplasmique dégénéré entoure encore le 
noyau spermatique; que c'est entouré par ce résidu que 
le pronncléus mâle se constitue à l'état de noyau vésiculeiix 
et réticulé; que le pronucléus ne se débarasse de ce rêvé* 
tement que quand il a atteint des dimensions déjà consi- 
dérables; que le pronucléus femelle se forme à la périphé- 
rie de l'œuf, aux dépens de deux bâtonnets chromatiques 
qui, d'abord homogènes en apparence, plus foncés et plus 



publié en 4886, deux ans après Tapparition de mon Mémoire, deux 
irayaux dont les résultats et les figures rappellent d'autant plus ceux 
que j'avais fait connaître, qu'ils s'éloignent davantage des résultats et 
des figures consignés dans le prospectus de la Biologie cellulaire. 

Cependant M. Camoy ne cite mon nom que quand il croit devoir 
me combattre, et pour en avoir de plus fréquentes occasions, il relate 
mes observations d'une manière erronée; il tronque les citations et 
m'attribue des opinions que je n'ai jamais exprimées. C'est du reste 
une habitude, peut-être même un principe, chez lui, de ne citer les 
auteurs que pour relever les erreurs qu'il leur attribue. 

La conclusion des œuvres de H. Carnoy, c*est qu'aucune loi ne se 
dégage de l'étude des phénomènes de la karyokinèse et de la fécoo- 
datiou : qu'aucun phénomène n'est essentiel, que tous sont variables ! 
Cette thèse H. Carnoy s*est efforcé de l'établir; je ne sais s'il s'imagine 
avoir réussi à le faire. Mais je pense qu'il a surtout réussi k démontrer 
qu'il n'est pas donné au premier venu de contribuer efficacement aux 
progrès de la science, ^on cuivis homini contingit adiré Coritilhum. 

ËDOUABD Van Benbosn. 



(245) 

réfriogents à leurs extrémités qu*à leur milieu, prennent 
peoipen une apparence ponctuée ;qu*en même temps qu'ils 
te rfsokent eo granulations chromatiques, reliées entre 
elles par de fins filaments, ils augmentent de volume, et 
que, de leur périphérie, partent de 0ns filaments traver- 
sant l'espace clair qu'ils occupent; qu*au moment où ils 
secoDsiituent à Tétat de noyaux vésiculeux et réticulés les 
deux éléments nucléaires se trouvent presque toujours fort 
écartés Tuo de l'autre, lo pronucléus mftie occupant dans 
rimuiense majorité des cas le centre du vitellus, tandis 
que le pronucléus femelle siège à la périphérie, au voisi- 
nage do second globule polaire; que Ton trouve pendant 
longtemps, à côté du pronucléus mâle exclusivement formé 
anxdépensdu zoosperme, le résidu du corps proloplasmique 
dn spermatozoïde. M. le D' 0. Zacharias n'a constaté aucun 
de ces faits, que chacun pourra contrôler, non seulement 
en employant Tacide acétique pur ou le mélange d'acide et 
d'alcool, mais même en examinant des œufs non segmentés 
Sxfe au moyen de l'alcool et colorés par le carmin bora- 
ciqoe. Nous nous offrons à envoyer nos préparations, 
démontrant la genèse des pronucléus, à tout histologiste, à 
tout embryologiste compétent, qui nous en exprimera le 
désir. Nous affirmons de la façon la plus catégorique que 
jaouiis,dans aucun œuf, il ne se fait aucune union en(re les 
éléments chromatiques mâles et femelles, comme ceux que 
H. Zacharias a cru observer et qu'il a figurés planche IX, 
figures 13 et 14 de son mémoire; que jamais, dans aucun 
mrf, tes deux éléments nucléaires que renferment les œufs 
iutaginetdu quart inférieur de Culérus n'ont la significa- 
tion que Jf. Zacharias a cru devoir leur attribuer. L'un de 
ces éléments nucléaires dérive toujours et exclusivement 
dn zoosperme, l'autre toujours et exclusivement de l'œuf. 
Autant M. le D' Zacharias se trompe quand il décrit et 



( 244 ) 

figure une conjugaison entre chroroaiines mâle et femelle 
d*où résulterait la formation de deux noyaux conjugués, 
autant il a raison quand il affirme que, dans certains œui's, 
les pronucléus s*accolent Tun à Tautre, pour donner nais- 
sance à un noyau unique. Tandis que» dans la plupart des 
femelles, il est difficile, parfois même impossible de trou- 
ver un seul œuf montrant les pronucléus soudés entre 
eux, dans d*autres» ces cas ne sont pas extrêmement rares, 
tout en restant toujours exceptionnels. C'est ce que M. le 
D' 0. Zacharias pourra lire à la page 525 de notre premier 
mémoire. Il y est dit : 

c On rencontre dans un certain nombre d'œufs un 
véritable accotement des deux pronucléus qui se défor- 
ment et s'aplatissent suivant la portion de leur surface par 
laquelle ils se touchent. Il s'agit toujours alors de pronucléus 
arrivés à maturité et présentant la constitution que j'ai 
décrite et représentée planche XIX^", figure 8. Ces élé- 
ments se moulent partiellement Tun sur l'autre, mais sans 
jamais se confondre en un noyau unique et indivis. Ces 
cas d'accolement sont relativement rares : sur une cen- 
taine d œufs montrant les pronucléus complètement sépa- 
rés, on en trouve deux ou trois à peine dans lesquels 
Taccolement s'est produit. Dans l'immense majorité des 
cas, les deux pronucléus restent distincts et indépendants 
l'un de l'autre, et toute la série des changements que je 
vais décrire, qui préludent à la division cellulaire et con- 
stituent les premières phases de ce phénomène, s'accom- 
plissent dans les pronucléus-encore écartés l'un de l'autre. 
Ces mêmes changements peuvent se produire après acco- 
lement préalable; mais il est certain que cette union est 
accidentelle : elle n'entraine pas une fusion: on ne peut 
donc lui accorder aucune valeur principieUe : les deux 
pronucléus ne se confondent jamais. » 



( 245 ) 

Qu'esl-ce à dire, si ce n*est que dans des cas exception- 
nels les cordons chromatiques procédant Tun du père» 
Tantrede la mère» peuvent se constituer aux dépens des pro- 
nncléos unis en un noyau unique en apparence, tandis que 
dans rimmense majorité des œufs ces cordons se forment 
«lorsque les pronucléus sont encore séparés et écartés Tun 
dePaotrc? M. Zacharias croit-il qu'il serait logique d'ad- 
mettre que, si dans quatre-vingt-dix-sept œufs sur cent, 
deux des anses chromatiques primaires dérivent incon- 
testablement et exclusivement du pronucléus mâle, deux 
autres du pronucléus femelle, les quatre anses chromati- 
ques auraient une autre signification dans les cas où, au 
lieu de rester séparés Fun de Fautre, ces pronucléus s'ac- 
coleot entre eux? 

Nous avons estimé à 2 ou 3 p. ^U la proportion des 
œofs chez lesquels on constate une union des pronucléus 
préalablement à la formation de cordons pelotonnés dans 
cbaeon d'eux. Nous avons fait le dénombrement des œufs 
de cinq préparations faites au moyen d'œufs vaginaux ou 
otérios de cinq femelles différentes. Voici les résultats de 
l'analyse de ces préparations : 



Piipira&M. 


Nombre total 
des œufs. 


Nombre des œufs 
montrant les pro- 
nucléas séparés. 


Nombre des œufs 
montrant les pro- 
nucléus réunis en 
un noyau unique. 


1 


347 


345 


S 


S 


3» 


305 


47 


3 


iM 


454 





4 


340 


St6 


4 


5 
Totaux. 


MS 


503 


9 


4^5 


4,543 


32 



( 246 ) 

l.a moyenne est donc de deux et une Traction p. ""/o. Que 
conclure de là, si ce n'est (|ne la conjugaison, Paccolement 
et la fusion apparente des pronucléus constituent un phé- 
nomène accidentel, indifférent et sans aucune importance. 
A supposer même que la fusion, au lieu de se présenter 
exceptionnellement, se produise dans Timmense majo- 
rité des œufs, mais que le développement s'accomplisse 
normalement et amène la formation d'une larve normale, 
dans quelques rares œufs où la conjugaison des pronu- 
cléus n*aurait pas eu lieu, qu'il résulterait encore avec 
évidence de Texistence de ces faits exceptionnels que la 
conjugaison n'est pas essentielle à la fécondation. 

La conjugaison des pronucléus a été observée chez plu- 
sieurs espèces animales et végétales. Nous n'avons jamais 
songé à contester l'exactitude des observations faites chez 
ces espèces, nous n'avons pas pensé qu'elles pussent être 
invoquées comme objection contre notre théorie de la 
fécondation. Le fait qu'il est établi pour une espèce ani- 
male, l'Ascaride mégalocéphale, que le développement 
normal et complet de l'embryon s'accomplit sans qu'il y ait 
eu au préalable conjugaison de pronucléus, non pas dans 
tous les œufs, mais dans l'immense majorité des œufs 
(97 7o du moins), ce fait prouve inéluctablement que 
l'essence de la fécondation ne réside pas dans une union des 
pronucléus. 

La circonstance que chez l'Ascaris la conjugaison peut 
indifféremment se produire ou ne pas se produire, sans 
qu'il en résulte aucune conséquence pour la suite du 
développement, ne prouve-t-elle pas à elle seule tout le 
bien fondé de la conclusion ? Et comme les phénomènes 
qui s'accomplissent dans chacun des pronucléus sont de 
tous points identiques à ceux qui, dans le noyau unique 



( 247 ) 

ifaoe cellule ordinaire, se passent préalablement à la con- 
slîlotion de la figure karyokinétique, que les pronucléus se 
coodoiseot exactement comme s'ils ne formaient ensemble 
qu'on noyau unique, il est de tonte évidence que la première 
cdlole embryonnaire se trouve constituée, que par consé<- 
qoenl la fécondation est accomplie dès le moment où les 
pronucléus ont atteint leur complet développement. 

L'étude des préparations à Tacide acétique ou à Talcool 
acétique ne nous ont rien appris à cet égard que ne nous 
aient montré les préparations d'œofs fixés par Talcool. 
Dans les unes comme dans les autres on trouve exception- 
nellement çà et là, au milieu de centaines d*œufs, montrant 
les pronucléub bien distincts et plus ou moins écartés Tun 
de l'autre, quelques rares œufs où les pronucléus se 
trouvent accolés et soudés entre eux. 

Quand les pronucléus ont perdu leur contour et qu'un 
gros cordon chromatique se trouve constitué dans chacun 
d'eux, il n'est pas toujours possible de décider s'il existe 
un cordon unique et commun aux deux éléments ou deux 
cordons distincts. Il suffira que les deux pronucléus soient 
voisins l'un de l'autre ou qu'ils se projettent légèrement 
l'un sur l'autre, pour qu'il soit impossible de trancher la 
question de savoir s'il y a ou non continuité entre les cor- 
dons chromatiques des deux pronucléus. A plus forte 
raison, s'il y a eu soudure au stade réticulé entre les deux 
prooocléus, sera-t-il bien diflicile de dire s'il s'est constitué, 
dans le noyau de segmentation, un cordon chromatique 
unique ou deux cordons distincts. Mais tous ceux qui vou- 
dront prendre la peine d'étudier les objets dont il s'agit 
reconnaîtront que l'on ne peut absolument rien conclure 
de ces cas douteux, alors que l'immense majorité des œufs 
démontrent de la façon la plus évidente la formation d*un 



( 248 ) 

cordon distincl et de deux anses chroroatiqnes primaires 
dans chaque pronucléus. Si même dans tous les œufs qui 
se prêtent mal à Tobservation, et où la solution de la 
question est douteuse, il n'exislait réellement qu'un cordon 
unique, en serait-il moins vrai que dans la grande majo- 
rité des œufs le développement s*accomplit sans fusion 
préalable des pronucléus? Mais hàtons-nous d*ajooter 
que nous n'avons jamais eu sous les yeux un seul œuf qui 
nous ait montré avec certitude un cordon chromatique 
unique et commun pour les deux pronucléus; nous n'avons 
jamais vu des images comme celles que M. 0. Zacharias a 
représentées planche X, figures 21 , 22, 23, 24 de son mé- 
moire. Ce jeune auteur invoque volontiers à l'appui de ses 
affirmations l'autorité de Flemming, sans indiquer de 
quels points particuliers Flemming est disposé à se porter 
garant. Il serait intéressant de savoir si les œufs repré- 
sentés planche X, figures 21, 22, 23, 24 du mémoire de 
M. le D' 0. Zacharias ont été mis sous les yeux de 
Flemming, et si Téminent cytologue de Kiel est disposé à 
certifier l'exactitude de ces images. Consentirait-il à affir- 
mer, après l'examen des préparations de M. Zacharias, 
que les éléments qui sont pour nous l'un un pronucléus 
roâle> l'autre un pronucléus femelle, et cela dans tous les 
cas, sans aucune exception, sont, au contraire, à ses yeux 
des noyaux conjugués? Â-t-il constaté par Texamen des 
préparations de M. Zacharias qu'il ne se forme qu'un cor- 
don chromatique unique dans le noyau de segmentation, 
dans les cas exceptionnels où un semblable noyau prend 
naissance ? 

La tentative faite par M. Zacharias de représenter les 
phénomènes que l'on constate chez l'Ascaris mégalocéphale» 
comme corroborant la théorie de Hertwig, est donc, 



( 249 ) 

d'après nous, tout à fait malheureuse. On comprendra 
qoe nous ayons quelque peine à nous incliner devant Pau- 
torité de ce jeune auteur, quand il proclame la supériorité 
des recherches de MM. Mussbaum et de A. Schneider. 
Nous attendons de Tavenir un jugement basé sur des 
observations moins superficielles et moins rapides. 



S IV. — Métaphase et anaphase. 

Le dédoublement des anses chromatiques primaires 
pr^Dte fréquemment, dans les œufs de TAscaris, une 
particularité intéressante, dont la constatation a permis de 
rattacher à la karyokinèse ordinaire les phénomènes que 
Flemming avait observés, en étudiant la cinèse des sper- 
matocytes de la Salamandre, et qui lui avait fait admettre 
Pexistence d'un type aberrant, s'écartant assez notable- 
ment de la mitose normale. Voici en quoi consiste cette 
particularité. Dans les blastomères de TAscaris, les anses 
joDielles ou secondaires restent parfois unies entre elles 
i leurs extrémités, alors qu'elles sont déjà notablement 
écartées Tune de l'autre dans la plus grande partie de leur 
longueur. Leur écartement est alors maximum vers leur 
milieu et décroît vers leurs extrémités. Quand cette union 
terminale se maintient pendant longtemps, l'ensemble de 
la Ggure chromatique prend l'aspect d'un tonneau, carac- 
téristique de la ligure doliforme de Flemming. 

Flemming, à la suite de nouvelles études faites par lui 
sur la spermatogenèse chez la Salamandre (1), a reconnu 

(i) N. Flemminq, Nette Beitràge zwr Kenntniss der Zelle, 4887, 
Arebiy for Mikr. Ânat Bd. 29. . 

3** SÉRIE, TOME XIV. 17 



( 250) 

que la division loDgitudinale des cordons chromaliques 
ne fait pas défaut dans les cas où elle lui avait échappé lors 
de ses premières recherches, et il se rallie pleinement à 
rinterprétaiion que nous avons donnée des images qu*il 
avait produites dans son précédent travail. Ses nouvelles 
éludes Font conduit d'autre part à admettre trois moda- 
lités dans la karyokinèse: deux d*entre elles, la forme 
hétérotypique et la forme homéotypique, se rencontrent 
dans la division des spermatocytes <le la Salamandre; 
il existe dans ce cas un vrai dimorphisme dans la 
mitose. La première multiplication cellulaire des éléments 
épithéliaux se fait suivant la forme homéoty pique. Les 
spermatocytes de la première génération, qui mesurent en 
moyenne 28 à 30 p, se multiplient presque exclusivement 
suivant la forme hétérotypique. Lors de la division des 
spermatocytes de la seconde génération (18 à 20fA) la 
forme hétérotypique est encore prédominante; mais on 
trouve cependant de nombreux cas de division homéoty- 
pique. Le nombre des cellules en division se rattachant 
à chacun des types est approximativement le même dans la 
multiplication des spermatocytes de troisième génération 
(14àl5fx). 

Ce qui caractérise principalement la forme hétéroty- 
pique, c'est Texistence de la figure doliforme, à la suite du 
maintien prolongé d'une union entre les extrémités des 
anses secondaires dans le plan équatorial. Dans la forme 
homéotypique, au contraire, la séparation complète des 
anses secondaires se fait très tôt. Cependant le stade de la 
métakinèse est prolongé, en ce sens que les anses secon- 
daires restent longtemps au voisinage de Féquateur avant 
de se disposer régulièrement en deux groupes étoiles, carac- 
téristiques de la phase dyaster. 



( 251 ) 

^ùûs avons reconnu que, à tous les stades de la segmen* 
lalioo, il se présente, chez PAscariSy des variations indivi- 
duelles d'un œuf à Tautre, qui font qu'à un même stade de 
la segmentation, tantôt la mitose s'accomplit suivant le 
ivpe ordinaire, tantôt suivant la forme hélérotypique. Dans 
certains œufs, la division longitudinale des anses se fait 
simultanément dans toute la longueur de ces éléments, et 
les étoiles secondaires, résultant du dédoublement de 
rétoile primaire, s'écartent l'une de l'autre tout d'une 
pièce; c'est à peine si, au moment où elles commencent à 
s éloigner l'une de l'autre, pour se rapprocher des pôles, et 
même au stade dyaster, les extrémités des anses s'inclinent 
légèrement vers l'équateur: les étoiles secondaires siègent 
tout entières dans deux plans parallèles entre eux et per- 
peodiculaîres à Taxe de la figure dicentrique. (PI. IV, iig. 2.) 
Dans d'autres œufs l'union des anses secondaires, à leurs 
eitrémités, se maintient encore dans le plan équatorial, 
alors que Tes convexités des anses se trouvent déjà fort 
écartées du plan équatorial et fort rapprochées des pôles. 
Oo rencontre alors de belles figures doliformes, comme 
celle que nous avons représentée planche IV, figure 3. On 
trouve toutes les transitions possibles entre ces formes 
extrêmes. L'existence de ces formes de transition et le fait 
que l'on rencontre, à un même stade de la segmentation, 
<le grandes variations d'un œuf à l'autre, en ce qui concerne 
la roétakinèse, prouvent que ces variations n'ont qu'une 
importance très secondaire. Nous dirons plus loin à quelle 
cause nous croyons devoir les attribuer. 

II. Un fait que l'on constate constamment dans la forme 
hétérotypique, chez l'Ascaris, c'est que jamais les extrémi- 
tés incurvées des ans' s secondaires ne sont dirigées direc- 
tement vers les pôles de la figure dicentrique, comme le 



( 252 ) 

représente Flemming dans la figure 4, planche XXX ( de son 
dernier mémoire. Sans vouloir émettre le moindre doute 
sur la réalité, chez la Salamandre, de la disposition figurée 
par Flemming, nous pouvons affirmer que généralement, 
peut-être même toujours, chez TAscaris, les parties des 
anses secondaires qui avoisinent le point de rebroussement 
des courbes se trouvent dans un seul et même plan, per- 
pendiculaire à Taxe de la figure, leurs extrémités seules 
étant obliquement dirigées vers le plan équatorial. Cette dis- 
position se maintient au stade dyaster, c*est-à-dire après 
l'écartement des anses jumelles du plan équatorial. Il en 
résulte que, dans la figure dolilbrme, une portion des anses 
secondaires répond aux fonds du tonneau, les méridiens 
étant constitués, non par les anses complètes, comme dans 
la figure de Flemming, mais seulement par les portions 
terminales de ces éléments. Ceci revient à dire que, à 
la fin de la métakinèse et, plus tard, au stade dyasler, 
chacune des branches de chaque anse secondaire décrit 
une ligne brisée. (PI. VI, fig. H et 12.) On peut se repré- 
senter la figure réelle en s*imaginant le trajet que sui- 
vraient des méridiens tracés à la surface d*une sphère 
molle, après qu'elle aurait été aplatie à ses deux pôles, 
de façon à former une sphère doublement tronquée ou un 
tonneau. 

Ce fait est intéressant, voici à quel point de vue. Nous 
avons observé que, dans une même préparation, on trouve 
des variations considérables d*un œuf à Tautre, en ce qui 
concerne la netteté des limites du fuseau achromatique. 
Dans certains œufs les filaments du fuseau achromatique 
se distinguent nettement des autres rayons de Taster, en 
ce qu'ils sont formés par des fibrilles beaucoup plus volu- 
mineuses et partant beaucoup plus apparentes que celles 



r" 



( 283 ) 

qui consticuenl les autres radiations de Téloile achroma- 
liqoe. Dans ce cas on peut voir que les grosses iibrilles 
qoi marquent les limites du fuseau s'insèrent aux anses 
chromatiques primaires vers le milieu de la longueur des 
branches divergentes de ces dernières, et que la portion 
des aoses avoisinaut leur point de rebrousement se trouve 
en dedans, tandis que les extrémités dis branches diver- 
gentes des anses se trouvent en dehors du fuseau. (PI. YK 
fig. 7 et 9.) Dans les figures doliformes, comme au stade 
d}aster, on voit que les points des anses où s'insèrent les 
fibrilles génératrices des cônes achromatiques répondent 
exactement aux points où les anses secondaires changent 
brusquement de direction en formant un angle. (PI. VI, 
fig. 10,11,12.) 

Ce fait nous parait établir clairement la contractilité des 
fibrilles constitutives du fuseau achromatique. Nous éta- 
blirons plus loin que ces fibrilles ne sont en définitive, 
comme toutes les autres radiations des asters, que des 
éléments différenciés du treillis protoplasmique. Nous 
avons déjà donné ailleurs d'autres preuves de la conlrac* 
tililéde ces fibrilles, et nous avons montré que la structure 
do treillis protoplasmique est fondamentalement la même 
que celle de la substance musculaire striée (1). 

On est antorisé à admettre, pensons-nous, que plus ces 
fibrilles sont volumineuses, plus leur énergie est consi- 



(4) Édocaed Van Bixbdbn, Recherches sur la maturation de l'œuf, 
Ia fécondation et la division cellulaire, pages 546 et suivantes, pages 572 
etfaifaotes. Voir aassi planche XL figures i à 51, particulièrement 
tt* 30 et 31, et planche XV, fig. 3, qui montre que le spermatozoïde 
^ooe lieu à' la formation d*une saillie partout où s'insèrent des 
fibrilles du treillis protoplasmique. 



( 254 ) 

dérable. Si les fibrilles des asters, et parliculièremenl 
celles du fuseau achromatique, sont les agents actifs de 
récartement des anses secondaires et de leur cheminement 
vers les pôles, la traction exercée par elles, aux points des 
anses où elles s'insèrent, étant d'autant plus intense que les 
fibrilles insérées en ces points seront plus volumineuses, 
qu'elles constitueront, si Ton veut, des muscles plus puis- 
sants, il est clair que si les anses secondaires adhèrent entre 
elles par leurs extrémités et que d'autre part les fibrilles du 
fuseau achromatique s'insèrent vers le milieu de la longueur 
des branches divergentes des anses, il en résultera néces- 
sairement des figures comme celles que Ton observe en 
réalité (pi. VI, fig. 10, 11, 12). Dans certains cas, nous 
avons constaté des saillies en forme de crochets aux points 
des anses chromatiques qui donnent insertion aux fibrilles 
achromatiques du fuseau. 

A côté des œufs montrant très distinctement le fuseau 
achromatique, il en est d'autres où ses limites sont si peu 
marquées qu'il se confond avec Taster, dont il constitue 
un secteur. Cela dépend probablement de ce que les 
fibrilles du fuseau différent plus ou moins, suivant les cas, 
des autres radiations des asters. Dans les œufs où le fuseau 
est peu apparent, comme dans ceux où il est bien visible, 
des fibrilles s'insèrent aux anses chromatiques dans tous les 
points de la longueur de ces dernières, suivant leurs faces 
dirigées vers les pôles. On conçoit que si ces fibrilles 
sont toutes à peu près de mêmes dimensions et partant 
possèdent la même énergie, les anses secondaires unifor* 
mément sollicitées vers les pôles en tous les points de leur 
longueur resteront parallèles entre elles, après leurécarte- 
ment, dès le moment où leur adhérence est partout la 



( 235 ) 

même : les étoiles secondaires siégeront alors tout entières 
dans deax plans parallèles entre eux et perpendiculaires & 
Taxe do fuseau. 

Quand, au contraire, des fibrilles plus fortes slnsèrent 
an mflieu des branches divei^entes, et que d'ailleurs 
radbérence entre les anses secondaires est maximum à 
ieiin extrémités, il devra se produire nécessairement une 
figure doliforme avec fonds et méridiens. Nous pensons 
qoe les variations que Ton observe dans Taspect de la 
méiakinëse dépendent, d*une part, de la constitution des 
asters et, d*autre part, de différences individuelles dans 
rîDteDsité de Tunion des anses jumelles aux bouts libres 
des anses primaires. 

Nous avons vu très distinctement, dans un assez grand 
nombre d*œufs, que les anses chromatiques primaires et 
secondaires se trouvent rattachées les unes aux autres 
par des fibrilles achromatiques interposées entre elles 
(iig.6et 8, pi. I). La présence de ces fibrilles, probablement 
contractiles, comme tous les éléments constitutifs du treil- 
lis protoplasmique, explique le déplacement relatif des 
anses primaires, préalablement à la formation de Tétoile 
chromatique de la plaque équatoriale. 

in. Réédification des noyaux dérivés aux dépens des 
dyasters. — Flemming a admis qu*avant que le noyau 
d*une cellule fille se reconstitue aux dépens d'un dyaster, 
les anses secondaires se pelotonnent et que ce stade de pelo- 
toonenient, quil appelle dispirem, répond au stade de 
pelotonnementde la prophase (spirem)^ ce qui Ta amené h 
représenter par un U le schéma de la karyokinèse. f/uno 
des extrémités des branches de TU représente le stade 



( 256 ) 

ÎDilial, Tautre le stade final de la division; Tune des bran- 
ches de ru représente la succession des prophases, Tau ire, 
parallèle à la première, la succession des anaphases, la 
convexité de TU répondant à la métakinèseou métapbase. 
La plupart des cytologues admettent en outre que deux 
éléments interviennent dans la réédificalion des noyaux : 
d'une part, les anses chromatiques des dyasters, d'autre 
part) la portion du corps protoplasniique de la cellule inter- 
posée entre ces cordons ou délimitée par les branches diver- 
gentes des dyasters. 

Les choses ne se passent pas de cette manière dans les 
blastomères de TÂscaris. Il est bien vrai que les anses 
secondaires groupées en une étoile décrivent à un moment 
donné des sinuosités (pi. VI, fig. 10); mais il y a lieu de 
distinguer, à ce point de vue, deux portions dans le dyaster 
modifié : une portion centrale, de l'orme circulaire, formée 
par cette partie des anses qui avoisine leur point de 
rebroussement, et une portion marginale formée par les 
bouts libres des anses. Tantôt ceux-ci se trouvent dans le 
même plan que la portion centrale de Tétoile, tantôt, au 
contraire, ils sont dirigés obliquement vers Téquateur de 
Tancienne ligure dicentrique, la portion centrale de réloile 
siégeant au contraire dans un plan perpendiculaire à Taxe 
de la ligure. Cette différence dépend du caractère de la 
métapbase, tantôt typique, tantôt hétérolypique. 

Seule la portion des anses secondaires qui répond à la 
portion centrale de Tétoile devient flexueuse, et il en 
résulte des images très élégantes, quand on examine une 
de ces figures stellaires i^uivant Taxe de Tancienne figure 
dicentrique. (PI. V(, fig. 19.) Souvent on observe que les 
anses sont étranglées à la limite entre la portion centrale 



' 



: 2S7 ) 

de I eloiie e( les tiouls libres marginaux. Ln longueur de 
ees boute est du reste très variable dans une naéme étoile, 
nriable d'un œuf à Tautre, variable aussi suivant Page 
de rétoile. La portion des anses qui siège dans la région 
eeotnile circulaire de Tétoile s'allonge aux dépens des 
bouis marginaux, au fur et à mesure que les Qexuosités 
B*aecusenl d'avantage. Souvent, peut-être même toujours, 
quelques-uns des bouts marginaux rentrent complètement 
daos la portion centrale, de telle sorte que le nombre des 
bouts libres n'est plus de huit, mais de sept, de six ou 
même moins. Parfois même tous les bouts libres sont 
employés à Tédification de la portion centrale de Tétoile, 
el il se forme alors un noyau arrondi, dépourvu de 
lobes. H est très difficile de dire si, dans ces cas, les 
extrémités rentrées des anses ne se juxtaposent pas bout 
4 bout, de façon à reconstituer un cordon pelotonné; mais 
si, dans certains cas, il n'est pas possible d'affirmer que ce 
phénomène n*a pas lieu, dans d'autres il est absolument 
certain qu'il ne se produit pas, et qu'il ne se constitue pas, 
aux dé|iens des anses secondaires, un cordon chromatique 
pelotonné par apposition des extrémités libres des anses. 
Dans l'immense majorité des noyaux des blastomères en 
voie de reconstitution, les deux bouts d'une même anse 
sont d'inégale longueur, el la plus longue des deux bran- 
ches oe rentre jamais dans la portion centrale de l'étoile, 
aux dépens de laquelle va se former la plus grande partie 
do ooyau. Elle se transforme au contraire en un lobe 
oneléaire qui persiste pendant tout le stade de repos. (PI. I, 
ig. 9 et iO; pi. VI, fig. i3, U et 21.) 

Les cordons chromatiques, moniliformes, homogènes au 
début, au moins en apparence, prennent peu à peu un aspect 



( 288 ) 

ponctué; ils se résolvent en fins granules reliés entre eux 
par des rilamenls; ils prennent une structure spongieuse. 
Parfois cette transformation est précédée par une division 
longitudinale des anses secondaires; elle peut déjà se pro- 
duire à la fin de la métakinèse. Dans un grand nombre de 
cas, au moment où se produit la transformation de la sub- 
stance chromatique réfringente en une substance ponc^ 
tuée, les cordons présentent une striation transversale très 
nette, surtout marquée dans les bouts libres. (PI. I, fig. 8.) 
Bientôt, à ta place de quatre cordons chromatiques réfrin- 
gents et homogènes en apparence, le noyau en voie de 
reconstitution montre huit boyaux ponctués, contournés 
dans la partie centrale de Tétoile, étranglés à la limite de 
sa partie marginale et renflés à leurs bouts. (PI. V(, fig. 20.) 
Les granules chromatiques siègent principalement, sinon 
exclusivement, à la périphérie de ces boyaux, dans lesquels 
la structure réticulée est d'ordinaire très manifeste. 

Les boyaux, en gonflant, finissent par se toucher, dans 
la portion centrale d** Tétoile; ils se soudent entre eux 
ou, tout au moins, leurs limites disparaissent. Le noyau a 
pris alors sa forme définitive et sa structure caractéristique 
du stade de repos. (PI. VI, lig. 21.) Il se constitue d*one 
portion centrale discoîdale ou ovoïde, formée aux dépens 
de la portion centrale de Téloile, et d'un certain nombre 
de lobes marginaux, qui proviennent de la transformation 
des bouts libres des anses secondaires. (PI. I, fi^. 9 et 10.) 
La forme des novaux des blastomères est éminemment 
variable, suivant que les bouts libres des anses secondaires 
sont restés plus ou moins séparés de la portion centrale 
de rétoile, et aussi suivant le nombre de ces bouts libres, 
d'où dépend le nombre des lobes marginaux du noyau. 



( 259 ) 

Quoi qa*il eo soit de ces variations individuelles, il est 
eertain que le noyau reconstitué présente une structure 
déferminée par la forme de l'aster dont il procède, et qqe 
les extrémités des lobes marginaux de ces boyaux répon- 
dent aux extrémités des anses secondaires du dyaster. Il 
est également certain que le noyau se reconstitue exclusi- 
vement aux dépens des éléments chromatiques du dyaster, 
qui slmbihenl à la façon d'une éponge; aucune por- 
tion du corps protoplasmique de la cellule n'intervient 
directement dans la réédification du noyau. Certes les 
liquides dont s'imbibent les cordons chromatiques sont 
soutirés au protoplasme cellulaire; mais le noyau se recon- 
stitue exclusivement aux dépens des cordons chromatiques 
gonflés, qui finissent par se toucher entre eux, de façon à 
donner naissance à une masse réticulée, unique en appa- 
feoce, mais en réalité constituée de quatre parties distinc- 
tes, juxtaposées entre elles, et organiquement liées en un 
tout unique en apparence qui est le noyau au repos. 

Ce mode de formation du reticnlum nucléaire aux dépens 
des anses chromatiques du dyaster diffère complètement 
de la formation du cordon pelotonné aux dépens du reti- 
culum au début de la cinèse. Ce dernier phénomène résulte 
de la confluence des granules chromatiques répandus dans 
certaines parties du reticulum, particulièrement à sa péri- 
phérie, en un cordon d'abord très fin et excessivement 
long, dont les flexuosités courent en partie transversale- 
Dent, par rapport à la longueur de l'anse chromatique 
transformée. (PI. I, fig. 11.) 

Quand, en eflet, au moment ofi une nouvelle division va 
se produire, un cordon chromatique se reconstitue dans le 
ooyau lobule d'un blastomère d'Ascaris, on voit, dans 



( 260 ) 

chacun des lobes, la chromaline se concentrer dans un 
filament; celui-ci décrit à la surface de toutes les parties da 
noyau et de chaque lobe en particulier, de nombreuses 
sinuosités. La direction moyenne de ces flexuosités est 
transversale. Quand le trajet de ce cordon se simplifie et 
qu'en même temps il devient plus épais, ce qui permet 
de suivre son trajet, on peut s*assurer de ce fait que le 
cordon ne se termine pas par un bout libre, à reitrémilé 
du lobe nucléaire aux dépens duquel il s'est formé, mais 
qu'arrivé au bout du lobe, il rebrousse chemin, remoote 
vers la racine du lobe et se continue dans le corps nucléaire. 
(PL I, fig. 11; pi. VI, fig. 15, 11.) La segmentation trans- 
versale de ce cordon s'accomplit à l'extrémité des lobes 
marginaux transformés. (PI. VI, ûg. 23.) Il en résulte 
qu'aux dépens d'une anse chromatique originelle se for* 
ment ou bien des portions de deux anses différentes, ou les 
deux extrémités d'une même anse. En d'autres termes, il 
résulte clairement de nos observations que les anses chro- 
matiques aux dépens desquelles s'édiûe un noyau, ne se 
retrouvent pas comme telles dans les anses chromatiques, 
qui se formeront, ûu moment de la division subséquente, 
aux dépens de ce noyau. 

Nous n'avons jamais constaté, au stade dit spirem d'un 
noyau de blastomère, en voie de division, un cordon pelo- 
tonné unique, mais toujours deux; chacun d'eux fournit à 
la plaque équatoriale deux anses primaires par division 
transversale. II est donc probable, quoique nous n'ayons 
pas réussi à le constater par l'observation, que des quatre 
anses, aux dépens desquelles se reconstitue un noyau, 
deux se juxtaposent bout à bout par une de leurs extré* 
mités, qu'elles restent, au contraire, distinctes par les 



V 261 ) 

aoires extrémités, et que les deux groupes, comprenant 
deux anses chacun, restent indépendants l'un de l'autre, 
dans le noyau au repos. (PI. VI, fig. 22 el 23.) 

Si nous désignons par a, ^^ c, a les quatre anses 
d'un djaster, comme celui que nous avons représenté, 
plaocbe VI, figure 19, le noyau au repos, formé aux 
dépens de ces anses, peut être représenté par la formule 

a/ cet Si nous appelons ^n, 4%,^, ^ les anses 
diromatiques qui se formeront aux dépens de ce noyau 
(pl.VlI,fig.23et24),au moment de la division subséquente, 

m D'estpaségalà a, ^à^^àeret^à^ 

mais 99% «= «/, fl^ ^ = ^2 ^'^ /^ = Va ^^ 

^ = «/j ce/. C'est ce qui ressort avec évidence de la 
série des figures demi-schématiques » qui ont été repré«> 
seolées. (PL VI, fig. 19 a 24.) 
Il n'est malheureusement pas possible de décider si les 

groupes a^, ^procèdent, le premier, des anses pater- 
nelles, le second, des anses maternelles, ou si les anses 

paternelles répondent aux éléments a, ^ les anses 

maternelles aux groupes ^, <4 / si, en d'autres termes, 
les éléments patcinels et maternels restent séparés dans 
la série des générations cellulaires successives, ou si, au 
contraire, il s'opère des unions bout à bout d'un élément 
paternel et d'un élément maternel. La première hypothèse 
parait plus probable, si l'on se rappelle que, dans la pre- 
mière cellule de Tembryon, où le noyau est représenté par 
deox pronucléus séparés, il ne s'opère aucune apposition 
boni à bout des éléments chromatiques paternels et 
maternels.il est difficile d'admettre que la première cellule 
defembryon diffère beaucoup des cellules qu'elle engendre. 



V 26-2 ) 



§111. — Origine des sphères attractives, des asters 
et du fuseau achromatique. 

Cest au stade équatorial que les sphères allractives, les 
corpuscules polaires logés à leur centre, les radiations des 
asters et les fibrilles du fuseau achromatique, présentent la 
plus grande netteté. Si, après avoir tué par un mélange à 
parties égales d*alcool et diacide acétique un amas d'œufs 
montrant le stade équatorial dans le premier blàstomère 
en voie de division, on colore les œufs par de la glycérine 
additionnée de vert de malachite et de vésuvine, tous les 
éléments achromatiques de la figure dicentrique appa- 
raissent distinctement. En examinant une de ces figures 
de profil, l'axe du fuseau étant dirigé perpendiculai- 
rement à Taxe du microscope, on voit le fuseau achroma- 
tique coupé à son milieu par la plaque équatoriale compo- 
sée de ses quatre anses chromatiques, et Ton constate 
tout d'abord que la portion convexe de chacune des anses 
se trouve en dedans du fuseau, tandis que leurs extré- 
mités libres siègent en dehors. Ceci revient à dire que 
rétendue occupée par les quatre anses réunies est beau- 
coup plus considérable que la section transversale du fuseau, 
pratiquée à mi-distance entre ses deux extrémités. Il est 
facile de voir aussi qu'un corpuscule teinté en vert clair 
siège à chacune des extrémités du fuseau; c'est le corpus- 
cule polaire que Tun de nous a le premier signalé dans les 
cellules en voie de division mitosique(t). Ce corpuscule est 

(I) Edouard Van Bbnbdbn, Recherches sur tes Dicyémides, Bull. 
Acad. roy. Belg., 1874. 



C 263 ) 

formé ici par un amas do granuiationb. Il occupe le centre 
(Taoe figure radiaire bien circonscrite et à contour circa- 
laire; dans les limites de cette région, circulaire en coupe 
optique, spbéroidale en réalité, on distingue des fibrilles très 
apparentes, dirigées radiaireaienl; ces fibrilles aboutissent 
i la sorface des sphères et y présentent d'habitude des 
reoflements. Cependant elles ne s'arrêtent pas en ces 
points : elles se prolongent dans le vitellus et on peut 
les poursuivre jusqu'à la surface de ce dernier. Au delà 
de la surface des sphères, elles sont beaucoup plus 
flaÎDces que dans les limites de ces dernières. Si l'on 
donne à l'ensemble des figures stellaires le nom A'asters^ 
il 7 a lieu de distinguer dans ces derniers une portion cen- 
(raie, de forme sphéroïdale, bien circonscrite, se teignant 
en vert clair, comme le corpuscule polaire qui occupe leur 
centre; ce sont ces portions centrales des asters que nous 
avons désignées sous le nom de sphères attractives; elles 
se détachent en vert dans le fond faiblement coloré du 
lilellusysi Ton examine Tœuf à un faible grossissement. 

Les extrémités du fuseau achromatique font partie des 
s|riiéres attractives. Les portions terminales du fuseau sont 
formées, en effet, par des fibrilles plus épaisses que celles 
qui sont adjacentes à la plaque équatoriale et souvent il 
existe, sur le trajet de chaque fibrille achromatique, un 
renflement, oaarquant la limite entre les deux portions du 
foseao. H est souvent difficile d'ailleurs de voir nettement 
la limite entre le fuseau et les fibrilles radiantes des asters: 
comme nous le montrerons plus loin, le fuseau n'est qu'une 
portion différenciée des asters, dans les limites de laquelle 
les fibrilles se font remarquer par une plus grande épais- 
seur. Et de même que l'aster se constitue d'une portion 
centrale, la sphère attractive, et d'une portion corticale 



( 264 ) 

répondant au vitellus, de même chaque demi -fuseau 
comprend deux portions, Tune polaire, qui fait partie de la 
sphère attractive, Tautre équatoriale, qui se rattache à la 
portion périphérique des asters. Il n'y a pas que les fibrilles 
du fuseau qui s'insèrent aux anses chromatiques primaires: 
les rayons des asters qui avoisinent le fuseau proprement 
dit peuvent être poursuivis jusque dans le plan équatorial, 
et Ion peut en voir ça et là s*y terminer en s*insérant 
aux cordons chromatiques. 

Si Ton examine de plus près la constitution des sphères 
attractives, on remarque qu'il existe, immédiatement 
autour des corpuscules polaires , qu'il vaudrait mieux 
appeler corpuscules centraux, une zone circulaire plus 
claire, dans les limites de laquelle les radiations sont peu 
marquées et peu nombreuses. Elle est délimitée par un 
cercle de granulations assez volumineuses. Des fibrilles 
réunissent ces granulations aux corpuscules centraux. 
Nous donnerons à ces zones centrales des sphères le nom 
de zones médullaires, en réservant le nom de zones 
corticales à leur couche périphérique. Les fibrilles de 
la couche corticale ne convergent pas toutes exactement 
vers le centre des sphères; on voit fréquemment deux 
ou plusieurs fibrilles partir de l'une des granulations plus 
volumineuses qui siègent à la limite entre la couche 
médullaire et la couche corticale. Ceci s'observe aussi dans 
le fuseau achromatique, et il en résulte que, dans beaucoup 
d'œufs, il semble que les pôles du fuseau ne répondent 
pas aux corpuscules centraux, mais bien à la limite entre la 
zone médullaire et la zone corticale des sphères. Le même 
fait se constate à la limite entre la sphère attractive et le 
vitellus ambiant: là aussi l'on voit, si l'on suit les fibrilles 
rndiairesde la périphérie vers le centre, deux ou plusieurs 



(265) 

fibrilles coQliguës aboutir à un des granules qui siègent à 
la sorface limite des sphères attractives. Il ressort de là 
qoe les radiations des asters et les fibrilles du fuseau achro- 
matique De constituent pas des filaments simples, mais 
qo'elies se résolvent en pinceaux en certains points; ces 
points sont, d'une part, la limite entre la zone médullaire 
et la zone corticale des sphères attractives, d'autre part, 
la limite entre les sphères attractives ot le reste du corps 
cellolaire. 

Toutes les fibrilles des asters ne sont pas également 
épaisses; de la même façon qu*il existe deux cônes différen- 
ciés dirigés vers Téquateur qui forment ensemble le fuseau 
acbromatique, et que nous appelons cônes principaux^ 
chaque cône principal répondant à un demi fuseau, de 
même il existe des cônes antipodes dont les centres répon- 
dent aux corpuscules centraux, tandis que leurs bases sont 
dirigées vers les pôles de la cellule en voie de division. 
Les fibrilles qui constituent autant de génératrices de ces 
surfaces coniques sont plus épaisses que celles qui sont 
plus voisines de Taxe de la figure, et aussi que celles qui 
sont situées plus en dehors. Toutes ces génératrices 8*in- 
sèrent à la surface de la cellule suivant une circonférence 
coDceutrique au pôle, et l'on distingue, suivant cette cir- 
conférence, un faible sillon que l'un de nous a figuré, sans 
en connaître la signification. Nous désignerons sous le nom 
de cercle polaire la portion légèrement saillante de la sur- 
face de la cellule délimitée par cette circonférence. Ces 
cercles superficiels se voient très distinctement, si Ton suit 
an microscope les phases successives de la segmentation, 
dans un œuf vivant. Ils se conservent même parfois dans 
les œafs fixés par les réactifs. 

Les radiations des asters dirigées vers le plan équatorial 

5"* SÉRIE, TOME IIV. 18 



( 266 ) 

n'atteignent pas toutes l'équateur : elles s'arrêtent suivant 
deux lignes divergentes à partir des extrémités de la 
plaque équatoriale de la figure dicentrique. Ces lignes 
divergentes marquent les limites des asters. Elles aboutis- 
sent à la surface de Tœuf suivant deux lignes circulaires 
parallèles aux cercles polaires, plus rapprochées Tune de 
l'autre d'un côté de la cellule que de l'autre. Elles délimitenl 
un anneau superficiel constituant, an début de la division, 
un bourrelet équatorial que Fun de nous a déjà figuré 
planche XIX^'% figure 5. La portion du corps cellulaire, 
correspondant à cet anneau, présente en coupe la forme 
d'un triangle à base dirigée en dehors, et dont le sommet 
répond à la plaque équatoriale chromatique. (PL VI, fig. 2.) 
Nous ne savons si les fibrilles des asters se prolongent 
dans cet anneau; en tous cas, s'il en est ainsi, elles y sont 
plus ténues que dans toutes les autres régions du corps 
cellulaire. 

Pour rendre compréhensible la description qui précède, 
nous avons figuré dans un schéma que l'on trouvera plus 
loin (pi. VI, fig. 2) les diflérentes particularités que nous 
venons de décrire. 

Il est facile de voir que les fibrilles achromatiques 
sont moniliformes, qu'elles sont formées de microsomes 
réunis entre eux par des interfils. On peut voir aussi çà 
et là que les microsomes de fibrilles voisines sont réunis 
entre eux transversalement, de telle sorte que les fibrilles 
ne sont très probablement que des parties plus apparentes, 
à cause d'une plus grande épaisseur, du treillis proto- 
plasmique. 

Les diverses particularités du treillis protoplasraique, 
constitué en asters, que nous venons de décrire, ne se 
voient pas également bien dans tous les œufs. Les fibrilles 






( 267 ) 
sont plos 00 moins complètement conservées par l'agent 
fixatenr. Les préparations par un mélange à parties égales 
(Taeide acétique et d'alcool absolu montrent, en général, 
fort bien les fibrilles achromatiques et les détails des 
asters. Cependant, les meilleurs objets que nous ayons 
oblenos ont été rencontrés dans des préparations faites à 
facide par. Parmi les œufs restés vivants, au moment 
où on substitue à Tacide la glycérine colorée, il en est 
qoi meurent plusieurs jours après et qui sont lente- 
ment saisis par le reste d'acide retenu par la glycérine. 
C'est dans ces œufs que les détails achromatiques se 
montrent avec la plus grande netteté. Malheureusement, il 
se développe en même temps dans le vitellus de ces œufs 
des globules arrondis, de dimensions diverses, parfois 
coDsidérables, qui se colorent en brpn par la vésuvine. 
Leur présence rend la photographie de ces œufs difficile. 

Les œufs tués brusquement par l'acide acétique pur 
conservent fort incomplètement les détails de structure 
da protoplasme. Néanmoins ils se prêtent fort bien à 
rétode, non de la constitution, mais de l'histoire des 
sphères attractives; en voici la raison : 

L*acide paraît gonfler les microsomes et résoudre les 
fibrilles en granulations qui, n'étant plus reliées entre 
elles, ne permettent plus de reconnaître les fibrilles dont 
elles proviennent. Tandis que le corpuscule central des 
sphères attractives reste parfaitement distinct, les rayons 
qai en partent deviennent indistincts. A la place de la 
sphère attractive à structure rayonnée, se voit alors une 
masse uniformément granuleuse, entourant le corpuscule 
central. Cette masse, grâce à cet aspect uniformément gra- 
nuleux, se détache nettement au milieu du protoplasme 
vitellin, qui présente un tout autre aspect. En outre, tan- 



I 



f 



( 268 ) 

dis que le reste da corps cellulaire se teinte à peine, la 
masse granuleuse qui répond à la sphère attractive prend 
une belle teinte vert clair; la chromatine nucléaire se 
colore en vert foncé ou en brun, suivant les conditions 
dans lesquelles s'est effectuée la coloration. Le corpuscule 
central, qui siège au milieu de la sphère attractive, se colore 
en vert plus fortement que le reste de la sphère. Les élé- 
ments constitutifs des sphères attractives ne Oxent jamais 
la vésuvine, tandis que le reste du corps vitellin se teinte 
volontiers en brun pâle. Si donc on examine, à un faible 
grossissement, un œuf brusquement tué par Pacide pur et 
convenablement coloré, les sphères attractives se recon- 
naissent immédiatement, en ce qu'elles apparaissent 
comme des taches vert clair, au milieu de chacune des- 
quelles siège un corpuscule plus vivement coloré de la 
même teinte. Les meilleures images s'obtiennent en colo- 
rant énei^iquement les œufs et en les soumettant ensuite, 
pendant deux ou trois jours, à une décoloration progressive. 
Quand la décoloration est suffisante, on monte de nouveau 
dans la glycérine au tiers. 

Des préparations faites suivant cette méthode permettent 
de décider quand apparaissent les sphères attractives et de 
voir ce qu'elles deviennent. 

Origine des sphères attractives. — L'un de nous, dans 
son mémoire précédent, disait : 

c Je n'ai jamais vu apparaître, pendant la série des 
stades que je viens de décrire (formation des cordons chro- 
matiques dans les pronucléus), aucune trace ni de fuseau 
achromatique ni de pôles d'attraction. Pour autant que Ton 
puisse se fonder sur des résultats négatifs, je crois pouvoir 
exprimer l'opinion que les pôles ne s'accusent qu'au stade 
suivant, répondant à la phase étoilée de Flemming. » 



( 269 ) 

L'étude des préparations à Facide acétique nous permet 
de rectifier et de compléter sur ce point nos précédeutes 
recherches. 

i) Les sphères attractives existent déjà dans Tœuf, non 
seulement pendant les stades de pelotonnement, mais 
Diane plus tôt, alors que les pronucléus sont encore réti- 
culés et Tort écartés Tun de l'autre. 

i) Les deux sphères apparaissent simultanément. Si 
parfois on croit n'en voir qu'une, cela dépend de la posi- 
tion relative des deux organes relativement à l'observa- 
teor. 

3) Elles sont peu écartées Tune de l'autre au début et 
parfois, sinon toujours, des Gbrilles réunissent l'un à l'autre 
leurs corpuscules centraux (préparations au mélange d'acide 
et d'alcool). 

4) Leur position relativement aux pronucléus varie 
beaucoup d'un oeuf à l'autre, au moins en apparence. Nous 
disons en apparence, parce que ces différences peuvent 
dépendre de la position de l'œuf relativement à l'observa- 
teur; elles dépendent certainement aussi en partie du stade 
de développement que l'on a sous les yeux. Les deux sphères 
contiguës se voient parfois fort écartées des deux pronu- 
cléus, ou de l'un seulement d'entre eux. Elles se projettent 
parfois entre les deux pronucléus ;!e plussouvent on les voit 
d'uo même côté des élémentsnucléaires, également éloignés 
de l'un et de Tautre, ou plus voisins de l'un d'eux. Quand les 
pronucléus, munis chacun d'un gros cordon chromatique 
pelotonné, se rapprochent Tun de l'autre, la figure dicen- 
trique se dessine : les deux sphères prennent alors une posi- 
tion déterminée vis-à-vis des pronucléus. Elles se trouvent 
alors au contact immédiat de ces éléments, dans Técarte- 
ment qu*ils laissent entre eux. La droite réunissant les 



( 270 ) 

corpuscules centraux croise perpendiculairement celle par 
laquelle on peut réunir les centres des pronucléus. Cepen- 
dant ces deux droites ne se trouvent jamais, à aucun stade 
du développement, dans un seul et même plan. Cela dépend 
probablement de ce que les sphères attractives sont reliées 
Tune à Fautre et d'abord placées d*un même côté des pro- 
nucléus. C*est ce qui fait aussi que Taxe de la figure dicen- 
trique, ou, ce qui revient au même, la droile réunissant 
entre eux les corpuscules centraux des asters, ne répond 
pas davantage à un diamètre du globe vitellin, et qu'elle ne 
passe jamais par le centre de Tétoile chromatique. Les cer- 
cles polaires de la cellule et, par conséquent, leurs centres, 
ne répondent jamais aux extrémités d*un diamètre du globe 
vitellin. L*anneau équatorial est plus large d'un cAté que 
de Tautre, et le sillon qui amène la division de la cellule 
en deux moitiés commence toujours d*un côlé, là où Tan- 
neau équatorial est le plus étroit. Les centres des cercles 
polaires, les corpuscules centraux des sphères attractives 
et le centre de 6gure du globe vitellin, se trouvent sur le 
trajet d'une ligne courbe tournant sa convexité du côté où 
Tanneau équatorial est le plus large. (PI. VI, flg. 2.) Tout 
cela dépend de la position primordiale des sphères attrac- 
tives, reliées entre elles, vis-à-vis des pronucléus. (PL Vf, 
fig. 1.) Le plan médian de Tœur passe par la courbe qui 
réunit entre eux les centres des cercles polaires, les cor- 
puscules centraux des sphères attractives et le centre de 
l'œuf. Ce plan passe entre les deux pronucléus: un pronu- 
cléus se trouve dans chaque moitié de l'œuf, et ces deux 
éléments nucléaires sont symétriquement placés relative- 
ment au plan médian (pi. VI, fig. i ). 

Comme l'un des pronucléus dérive du père, l'autre de 
la mère, l'un du mâle, l'autre de la femelle, il n'y a pas 



(271 ) 

identité eoire les deux moitiés droite et gauche de la cel- 
lole, quoiqu'il soit iaipossible de distinguer les uns des 
autres les pronucléus et les anses chromatiques qui en 
dérivent. 

Le premier plan de division est perpendiculaire à celui 
que nous considérons comme étant le plan de symétrie. 
On ne peut considérer le plan suivant lequel se fait la 
division, comme plan de symétrie, parce que les deux pôles 
delà cellule ne sont pas identiques entre eux : 

A Tun des pôles siège une saillie polaire beaucoup plus 
marquée et formée par une accumulation de protoplasme 
hyalin plus considérable qu'à Tautre; les deux premiers 
Uastomères diffèrent entre eux par leurs dimensions; Tun 
est notablement plus granuleux que Taulre; l'un est exclu- 
^vement ectodermique, l'autre renferme l'ébauche de 
rendoderme. Nous étions arrivés, en ce qui concerne la 
valeur des deux premiers blastomères, aux mêmes conclu- 
sions que Hallez. Le premier plan de division ne devient 
pas, chez l'Ascaris, le plan médian de l'animal, contraire- 
ment à ce qui a été établi pour la grenouille et pour la 
daveline. 

Le premier plan de division ne présente donc pas, chez 
tous les animaux, le même rapport avec le plan médian de 
Tadalte, et l'exemple de l'Ascaris prouve que le plan de sy- 
métrie du premier blastomère n*est pas le plan de sépara- 
tion, mais bien un plan passant par les pôles organiques de 
la cellule, fort rapprochés l'un de l'aulre au début. (PI. VI, 

5) Les sphères attractives sont d'autant plus apparentes 
et d'autant plus étendues que les pronucléus sont plus 
avancés dans leur développement. Nous ne les avons pas 
observées au moment de la formation du second globule 
poUire. Nons ne pouvons rien dire de certain quant à leur 



( 272 ) 

origine. Nous inclinoDS à croire cependant, en nous fon- 
dant sur certaines images où les sphères paraissaient 
exister au voisinage du pronucléus Temelie, encore peu 
éloigné du second globule polaire, qu'elles dérivent de la 
seconde Hgure pseudokaryokinétique, 

6) H est absolument certain que le fuseau achroma- 
tique dérive en partie des sphères attractives. Alors que 
les contours des pronucléus existent encore, on voit ceux 
des rayons des sphères qui sont dirigés vers les pro- 
nucléus devenir plus apparents que tous les autres rayons 
des asters. Souvent ils convergent, non vers les centres 
des sphères attractives, mais vers un globule situé à 
la limite entre la zone médullaire et la zone corticale 
des sphères. Il semble alors qu'il existe deux centres 
stellaires, l'un pour le fuseau, l'autre pour l'aster. Â ce 
moment les pronucléus se moulent véritablement sur les 
sphères. 



Destinée des sphères attractives. — Dédoublement par 
division des corpuscules centraux et des sphères altraC" 
tives. — Les sphères attractives constituent des organes 
permanents de la cellule. — Elles président à la division 
de la cellule. 

L'un de nous a reconnu précédemment que les sphères 
attractives n'interviennent en rien dans l'édiflcation des 
noyaux des cellules tilles, qu'on les retrouve, quoique 
réduites, à côté des noyaux reconstitués. Disparaissent-elles 
plus tard? Les préparations à l'alcool n'ont pas permis de 
résoudre cette question. L'étude des préparations à l'acide 
acétique et au mélange d'acide et d'alcool absolu, colorées 



(273) 

par la glycérioe addilioonée de vert de malachite et de 
vésovioe, nous a montré qu'elles ne disparaissent pas, 
qo'elles persistent à côté des noyaux, en tant que portions 
différeneiées du corps cellulaire, avec leurs corpuscules 
ceotraoi, à tous les momenis de la vie cellulaire. 

Il j a lieu de faire observer ici que Ton ne peut con- 
fondre les sphères attractives avec les asters. La structure 
radiaire du protoplasme cellulaire, d'où résulte l'image 
désignée sous le nom d'aster, est caractéristique de certains 
stades déterminés de la vie cellulaire. C'est pendant la 
doèse que les asters apparaissent nettement ; ils attei- 
gnent leur maximum de netteté et d'étendue au stade 
éqoatorial. A ce moment le fuseau achromatique est aussi 
distinct que possible; il se constitue de deux cônes fibril- 
laires adjacents base à base, la plaque équatoriale, formée 
parles anses chromatiques primaires, étant interposée entre 
les bases des deux demi-fuseaux. 

La plupart des fibrilles des cônes s'insèrent aux anses 
chromatiques, et il est impossible de les poursuivre à 
travers le plan équatorial de la figure dicentrique. On 
observe souvent de légères saillies aux points où les anses 
chromatiques donnent insertion aux fibrilles achroma- 
tiques. Cependant toutes les fibrilles ne s'insèrent pas aux 
anses chromatiques: un certain nombre de ces éléments 
relient entre eux les deux centres de la figure dicentrique. 
Ad début de la mitose, alors que les deux sphères attrac- 
tives se trouvent d'un même côté du noyau, au voisinage 
l'ene de l'autre, les centres des sphères sont manifestement 
reliés entre eux par des fibrilles. Cependant la plus grande 
partie du fuseau se constitue, non pas aux dépens de ces 
filaments, mais aux dépens de deux secteurs des sphères 
dont les rayons sont dirigés vers le noyau en voie de 
cioèse. 



( 274 ) 

Au stade équatorial, les rayons des asters intéressent 
la plus grande partie du corps cellulaire, sinon le corps 
cellulaire tout entier. Non seulement la couche périphé- 
rique du corps cellulaire, mais aussi la sphère attractive 
présentent, à ce moment, une structure nettement radiée. 

Les radiations de l'aster, quoique déjà plus faiblement 
accusées, sont encore très nettes au stade de la division 
caractérisé par le dyaster, et même encore au moment où 
les noyaux des cellules filles se reconstituent en noyaux 
vésiculeux à structure réticulée. Seulement les radiations 
deviennent de moins en moins apparentes, et quand 
les noyaux ont revêtu les caractères de noyaux au repos, 
Taster est devenu tout à fait indistinct. 

Il n'en est pas de même des sphères attractives : celles-ci 
persistent; la limite qui les séparait du reste du corps 
cellulaire ne disparaît pas, et la portion du corps proto- 
plasmique de la cellule, circonscrite par cette limite, con- 
serve des caractères spéciaux qui permettent de la recon- 
naître : elle montre dans les préparations à Tacide 
acétique l'apparence uniformément granulée qui contraste 
avec l'aspect du reste du corps cellulaire; elle conserve 
cette affinité spéciale pour le vert de malachite, qui la 
fait apparaître comme une tache colorée, dans le fond 
beaucoup clair du protoplasme. Au milieu de la tache 
se voit toujours le corpuscule polaire simple ou dédoublé, 
reconnaissable à sa coloration d'un vert plus vif que celui 
de la sphère elle-même. 

Au moment où les noyaux dérivés se reconstituent aux 
dépens des éléments chromatiques du noyau maternel, les 
sphères s'aplatissent et s'allongent dans une direction 
perpendiculaire à Taxe de l'ancienne figure dicenlrique. 
(PI. VJ, fig. 3 et 4 ) Au lieu d'un corpuscule central arrondi 



( 278 ) 

00 UtNive au miiiea de la sphère, modifiée dans sa forme, 
Boe tîgelle à direction transversale, renflée aux doux bouts 
et ressemblant à une haltère. (PI. J, fig. 7 et 8.) Puis les 
renflements terminaux s'accusent davantage, tandis que le 
lien qui les réunissait entre eux devient plus grêle. A des 
stades plus avancés, au lieu d*un corpuscule central, on 
en voit deux, de sorte que la tache foncée, interposée entre 
le noyau et la surface de la cellule, présente alors deux 
centres. Le corpuscule central s'est dédoublé. 

Pendant que ces changements s'accomplissent, le noyau 
reconstitué s'est approché de la surface de la cellule 
et« i on moment donné, il n'en est guère séparé que par 
la sphère attractive. Puis il s'écarte de nouveau de la 
sarrace; il atteint sou plus grand volume et présente la 
structure caractéristique du noyau au repos. La sphère 
attractive déjà dédoublée ne suit pas exactement ces 
changements de position : elle reste au voisinage de la 
surface et se trouve, pendant quelque temps, distante du 
Boyau. Elle est si apparente que, dans les préparations bien 
colorées, elle se reconnaît aussi facilement que le noyau 
lui-même. 

An moment où le noyau se prépare à une nouvelle 
dnèse et que les cordons chromatiques s'y constituent, la 
sphère attractive a subi une modification importante: elle 
s*est complètement dédoublée en deux sphères conliguês, 
ayant respectivement pour centres les corpuscules résul- 
tant de la division du corpuscule central de la sphère 
malernelle. (PI. I, fig. 9, iO et 1i.) 

Celte division de la sphère, qui débute par le dédou- 
blement du corpuscule central, précède donc la division 
do noyau : il y a plus, elle débute avant l'achèvement de 
la division cellulaire antérieure : avant même que le noyau 



( 276 ) 

cellulaire soil complèlement reconstitué, souvent même 
déjà au stade dyaster, la sphère attractive est pourvue de 
deux centres^ et Ton peut dire qu'elle est virtuellemenl 
divisée. La sphère attractive, ainsi pourvue de deux corpus- 
cules centraux, occupe, dans la cellule reconstituée, la région 
avoisinant le cercle polaire, il est clair que la cellule pré- 
sente à ce moment une symétrie bilatérale manifeste. L'axe 
passant par le centre du cercle polaire, le milieu de la 
sphère attractive, à mi-distance entre les deux corpus- 
cules centraux et le milieu du novau, vient aboulir au 
milieu de la face cellulaire répondant au plan de sépa- 
ration entre les deux cellules filles nées du premier blas- 
tomère. Il est bien évident que les deux extrémités de cet 
axe ont une tout autre valeur. La sphère attractive siège 
entre le noyau et Tune des extrémités de cet axe; de 
l'autre côté du noyau, il n'y a rien de comparable à celle 
sphère. Par contre, de ce côté se trouvent les restes des 
filaments de réunion qui, jusqu'au moment de la division 
complète, réunissaient l'un à l'autre les noyaux des deux 
cellules filles. L'axe a donc deux pôles d'inégale valeur, 
tout comme l'axe d'un œuf de poule ou de grenouille. 
N'était que la sphère attractive a maintenant deux 
corpuscules centraux, n'étaient la position du cercle 
polaire et la direction du cercle subéquatorial, tout plan 
passant par l'axe cellulaire diviserait celui-ci en deux 
moitiés semblables. Mais, en raison de la présence, dans 
la sphère attractive, de deux centres d'attraction, en raison 
aussi des autres particularités que nous venons d'indiquer 
et dont il sera question plus loin, il n'y a qu'un plan qui 
puisse diviser la cellule en deux moitiés semblables, c'est 
un plan passant à la fois par l'axe de la cellule et par la 
ligne réunissant entre eux les deux corpuscules centraux. 



( 277 ) 

Us premiers blastomères ont, comme Tœuf fécondé, 
BOQ seolement ane symétrie monaxone, mais une struc- 
lare bilatérale. Il est probable que c'est là un caractère 
oommaa à toute cellule et l'on doit concevoir un orga- 
DÎsaie cellulaire, non comme formé de couches concen- 
triques, mais comme présentant essentiellement un axe 
i extrémités différentes et un plan unique de symétrie. 
Cette symétrie bilatérale de la cellule est probablement 
la cause de la symétrie bilatérale des organismes plus 
oamplexes, des animaux en particulier. Il est bien prouvé 
maintenant que la symétrie bilatérale est primordiale 
chez les Radiaires, les Echinodermes et les Zoophytes, 
comme chez les Mollusques, les Vers, les Arthropodes et 
les Chordés : la symétrie radiée n'apparaît que secondai- 
rement chez les Echinodermes et les Cœlentérés. Nous 
pensons que la même démonstration sera faite un jour 
pour les protozoaires et pour les végétaux. 

Après la division de la sphère attractive en deux sphères 
filles, dans chacune desquelles les radiations stellaires ne 
lardent pas à apparaître, celles-ci restent adjacentes à la 
sorlaee de la cellule; elles déterminent une dépression de 
celte surface aux points où elles adhèrent. Entre les deux 
dépressions, la snrrace cellulaire forme, au contraire, une 
saillie. Ces dépressions répondent aux cercles polaires et 
sabéquatoriaux des cellules filles en voie de formation, et 
la saillie interposée entre elles est le premier indice de la 
portion rétrécie du bourrelet équatorial de ta cellule en 
voie de division. (PI. VI, fig. 5.) 

Les deux sphères attractives, quoique séparées l'une de 
l'autre, se trouvent encore du même côté du noyau, au 
ftade de pelotonnement (spirem). (PI. I, fig. 11.) Leurs 
corpuscules centraux sont reliés entre eux par des fila- 



( 278 } 

ments, qui consliluent avec les fibrilles dirigées vers le 
Doyau UD fuseau achromatique de très petites dimensions. 

Bientôt les sphères s*écartenl davantage de la surface 
de la cellule, mais elles restent unies à cette surface par des 
filaments; en même temps qu'elles s'éloignent Tune de 
Tautre, elles s'agrandissent et elles en arrivent à toucher 
le noyau dans lequel des cordons chromatiques de plus en 
plus épais se sont constitués. Des filaments radiés de 
chacune des sphères s'insèrent manifestement à la surface 
du noyau. 

Peu à peu les sphères filles en arrivent à gagner deux 
extrémités opposées du noyau en voie de division (pi. I, 
fig. 12); à ce moment quatre anses primaires se sont for- 
mées aux dépens des cordons chromatiques du noyau 
maternel; ces anses se disposent dans un plan perpendi- 
culaire à la droite réunissant entre eux le$ centres des 
sphères. Néanmoins la position primitivement latérale du 
fuseau achromatique est toujours bien reconnaissabie : la 
droite réunissant les centres attractifs ne passe pas par le 
centre de l'étoile chromatique. (PI. I, fig. i S, à gauche.) 
Celle-ci se trouve presque tout entière d*un même côté 
de cette droite. L'axe de la figure dicentrique est une 
ligne courbe et les pôles organiques de la cellule en voie 
de division, marqués par les cercles polaires, ne répondent 
pas aux pôles géométriques de la cellule. Le sillon qui 
amène la division de la cellule apparaît d'abord au point 
correspondant au cercle polaire, maintenant effacé, de la 
cellule maternelle. 

La figure dicentrique se trouve reconstituée. Une nou- 
velle division est imminente. H en résultera la formation 
de quatre blastomères. 

La série des phénomènes se reproduit identique quand 



( :279 ) 

les qoatre premiers biastomères se divisent à leur tour. 
Nous sommes donc autorisés à penser que la sphère 
attraetife avec son corpuscule central constitue un organe 
permaoeot, non seulement pour les premiers biastomères, 
mab pour toute cellule; qu'elle constitue un organe de 
la cellule au même titre que le noyau lui'^même; que tout 
corpuscule central dérive d'un corpuscule antérieur; que 
toute sphère procède d'une sphère antérieure, et que la 
division de la sphère précède celle du noyau cellulaire. 

Quelle est la fonction de cet organe? 

La division de la cellule est activement déterminée par 
les fibrilles moniliformes des asters et du fuseau achroma- 
tique. Leur structure est comparable à celle des fibrilles 
musculaires striées (1). Plusieurs faits établissent que les 
fibrilles du treillis protoplasmique sont les agents de la 
contractilité du protoplasme; nous avons fait connaître 
plus haut, en parlant des figures chromatiques, de nou- 
veaux faits qui établissent en particulier la contractilité 
des fibrilles du fuseau. Si la division de la sphère attrac- 
tive est déji en partie effectuée dans la cellule au repos, 
si tout au moins le corpuscule central s'y trouve déjà 
dédoublé, il est clair que la cause immédiate de la division 
cellulaire ne réside pas dans le noyau, mais bien en dehors 
du Doyau, et spécialement dans le corpuscule central des 
sphères. Il est probable que les filaments des cônes prin- 
cipaux déterminent en se contractant, sinon le dédouble- 
ment des anses chromatiques primaires, tout au moins 
récartement et le cheminement des anses chromatiques 
secondaires vers les pôles de la figure dieentrique; que les 
filaments qui, partant de ce même corpuscule central, soit 

(i) Édocabd Vam Bbmbdbn, 2oe. ctï. 



( 280 ) 

directement, soit indirectement, se fixent à la surface de 
la celluhs plus particulièrement suivant les surfaces 
coniques du cône antipode, retiennent le corpuscule cen- 
tral et, en l*empéchant d*étre attiré vers le plan équatorial 
par Taction des fibrilles du fuseau, font de lui un point 
d*appui permettant l'écartement des anses chromatiques 
secondaires. 

Dans notre opinion, tous les mouvements internes qui 
accompagnent la division cellulaire ont leur cause immé- 
diate dans la contractilité des fibrilles du protoplasme cel- 
lulaire et dans leur arrangement en une sorte de syslènoe 
musculaire radiaire, composé de groupes antagonistes; le 
corpuscule central joue dans le système le rôle d'un organe 
d'insertion. Des divers organes de la cellule c'est lui qui 
se divise en premier lieu, et son dédoublement amène le 
groupement des éléments contractils de la cellule en deux 
systèmes ayant chacun leur centre. La présence de ces 
deux systèmes entraine la division cellulaire et détermine 
activement le cheminement des étoiles chromatiques 
secondaires dans des directions opposées. Une partie 
importante des phénomènes qui constituent la cinèse a 
donc sa cause efficiente, non dans le noyau, mais dans le 
corps protoplasmique de la cellule. D*où vient Timpulsion 
qui détermine le dédoublement des corpuscules centraux, 
la formation des cordons pelotonnés et la division longi- 
tudinale des anses? Réside-t-elle dans le noyau, ou dans 
le corps cellulaire? Aucune donnée positive ne permet de 
résoudre cette question. Nous n'avons réussi à établir que 
deux choses: c'est l'existence dans la cellule d'un appareil 
ou d'un mécanisme qui préside à la division cellulaire, 
comme notre système musculaire à la locomotion, et le 
dédoublement de ce mécanisme préalablement à la division 
nucléaire. 



k 



( 284 ) 



{ 4. — Quelques faite relatifs à la forme et à la itructure 
du corps cellulaire pendant la mitose. 

La forme du globe vitellinn'esl jamais, pendant la cinèse, 
ni celle d'one sphère, ni celle d'un ovoïde régulier. Les 
£uU qui ont été signalés à cet égard et les particularités 
qni ont été figurées (pi. XIX"", fig. S, 4, 5, 6, 7, 8, 9, 10, 
il et 12 (1)) peuvent être constatés, non seulement sur 
des œufs fixés par les réactifs, mais aussi sur le vivant. 

Il existe constamment, au moment de la métaphase, 
en deux points opposés de la cellule, deux saillies siégeant 
ooD pas aux deux extrémités du grand axe de Tovoïde 
vitellin, mais en des points voisins de ces extrémités, d*un 
même c6té de cet axe. (PI. VI, Gg. 2.) Les deux saillies, 
répondant à ce que nous avons appelé plus haut les zones 
polaires, sont très apparentes sur le vivant; elles sont 
inégalement développées, Tune étant plus marquée que 
l'aatre et formée par une accumulation plus considérable 
de protoplasme hyalin. Elles sont délimitées par une ligne 
circulaire suivant laquelle règne souvent un léger sillon, 
le cercle polaire. 

Suivant Téquateur de l'œuf règne un bourrelet équato- 
rial, plus large d'un côté, plus étroit de Tautre. Il est limité 
par deux cercles subéquatoriaux, concentriques aux cercles 
polaires. 



(4) Édovakd Van Bbnbdbn, Recherches sur la maturation de Vœuf, 
fa fécondation et la dhison cellulaire. 

3"* SÉRIE, TOME XIV. 19 



r 



( 282 ) 

L'étude des œufs que l'on a fixés au moyeu d*un 
mélange à parties égales d'acide acétique et d'alcool absola 
permet de reconnaître : 

1* Que les cercles subéquatoriaux marquent, à la surface 
de la cellule, les limites des portions du corps cellulaire 
qui sont envahies par les radiations des asters : qu'au 
stade de la métakinèse, le corps cellulaire se constitue de 
trois parties. (Pi. VI Gg. 2.) Il comprend a) deux régions 
astéroïdes, de forme arrondie, à structure radiaire, ayant 
pour centres les corpuscules centraux des sphères attrac- 
tives et séparées Pune de l'autre, au milieu du corps cellu- 
laire, par la plaque équatoriale chromatique; et b) un anneau 
marginal, déterminant la formation superficielle que nous 
avons appelée le bourrelet équatorial. En coupe optique, 
cet anneau a une section triangulaire, la base du triangle 
dirigée en dehors, répondant au bourrelet équatorial, son 
sommet dirigé en dedans à la plaque chromatique. L'an- 
neau équatorial a la forme d'un prisme triangulaire, 
contourné sur lui-même en un anneau. Des trois faces du 
prisme, deux, adjacentes aux régions astéroïdes, sont 
concaves; la troisième, convexe, regarde en dehors. Cette 
subdivision du corps cellulaire dépend de ce que les deux 
asters, ovoïdes l'un et l'autre, séparés entre eux par la pla- 
que équatoriale chromatique, n'envahissent pas tout le 
corps cellulaire. 

2* Les cercles et les saillies polaires dépendent de la 
présence des cônes antipodes, c*est-à-dire de cônes fibril- 
laires suivant lesquels les radiations des asters sont parti- 
culièrement volumineuses et par là plus actives. Les saillies 
polaires sont probablement sous la dépendance des con- 
tractions des fibrilles des cônes anti[)odes. 
On constate, pendant la division des spermatogonies, 



r 

( 285 ) 

f des particularilés rappelant singulièrement celles que je 
I Mens de signaler au 1* (voir pi. XIX'*% fig. 16 et 17 (1)); 
<les cercles polaires et subéquatoriaux se montrent très 
iipiteoeoty pendant la segmentation, chez la Claveline et 
aossi ebez le Lapin. 

Ilja donc tout lieu de supposer que ces particularités 
(le forme qui, comme nous venons de le voir, sont sous la 
«lépendance de la structure^ ne sont nullement accidentelles, 
mais bien au contraire caractéristiques de toute divisioû 
cellolaire. L'un de nous avait constaté que, dans les blas- 
lomères de la Claveline, deux systèmes de cercles concen- 
(riqaes superficiels, d*abord très voisins Tun de Tautre au 
liébot de la cînèse, s'écartent rapidement l'un de l'autre, 
(le façon à gagner peu à peu deux points opposés de la 
œllule, au moment de la métakinèse. Il en est de même 
chez TAscaris (pi. VI, fig. 1 et 5), et l'écartement des sys- 
lèfoes concentriques superficiels marche parallèlement 
avec récarîement progressif des sphères attractives pen- 
dant les prophases. 

Au for et à mesure que la cinèse progresse et que les 
étoiles secondaires s'écartent Tune de Tautre, les régions 
astéroïdes (asters) diminuent d'étendue, et, au contraire, 
l'anneau équatorial s'élargit. Il gagne exactement en épais- 
seur ce dont les étoiles chromatiques 6*écartent l'une de 
l'autre, cVst-à-dire que ces étoiles répondent aux surfaces 
qui terminent les asters du côté équatorial. (PI. VI, fig. % 
5, 4.) 
L^anneau équatorial proprement dit, qui se terminait 



(i) ÉoocABD Van Benbdbn, Recherches sur la maturation de l'ceiéf, 
ie. fécondation et la division eéUtUaire, 



( 284 ) 

en dedans par un bord, au stade de la mélakinèse (pi. VI, 
fig. 2), se complète, pendant la période de la métapbase, 
vers Taxe de la cellule, par la substance protoplasnii(|ue 
qui s'accumule entre les étoiles chromatiques secondaires. 
L'anneau devient ainsi un disque séparant entre elles les 
deux régions astéroïdes réduites. (PI. VI, fig. 3 et 4.) Ce 
disque a la forme d'une lentille biconcave. En même temps, 
les deux cercles snbéquatoriaux superficiels se rapprochent 
des pôles (voir pi. XIX'-' fig- 9 et 10 (1)). 

La réduction des régions astéroïdes et l'accroissement 
progressif du disque interposé s'accusent de plus en plus. 
Au stade dyaster, le disque se subdivise en deux portions, 
au moment où la division cellulaire s'accomplit. 

Chaque cellule-fille se constitue alors d'une région asté- 
roïde réduite, ayant pour centre le corpuscule central, et 
d'un demi-disque très épais, plan d'un côté, concave de 
l'autre; par sa concavité il se moule sur la région asté- 
roïde et le noyau, en voie de réédification, siège à la limite 
entre les deux. Un cercle marque à la surface la limite 
entre les deux portions: c'est le cercle subéquatorial. Un 
sillon plus ou moins accusé règne suivant ce cercle. 
(PI. Yl, fig. 6.) Dans le demi-disque qui se moule sur la 
région astéroïde par une surface concave, le noyau se 
trouvant entre les deux, il y a lieu de distinguer, au 
point de vue de leur origine, trois régions distinctes. 
Au moment de la première métakinèse, on ne voit plus 
nettement les contours des pronucléus; la masse achro- 
matique des pronucléus s'est confondue avec le proto- 
plasme cellulaire. Cependant l'espace qu'occupaient les 



( I ) Edouard Van Bbnbdbn, loc. cit. 



( ^285 ) 

proQudéus pi'éseule eucore un aspect pailiculier, ce qui 
permel de distinguer encore vaguement la limite des corps 
QQcléaires(voir pi. XIX*", Hg. 6 et suivantes (1)). L'espace 
nucléaire s'étend très rapidement, au point d'envahir une 
partie de plus en plus considérable du corps cellulaire. 
Qoaod, d^autre part, les étoiles chromatiques secondaires 
s'écartent Tune de Tautre, l'espace interposé entre ces 
étoiles se remplit d'une substance claire, et cet espace est 
bien délimité par les Glaments de réunion, qui relient les 
ODS aux autres les éléments chromatiques des deux étoiles. 
Quand donc la cellule se divise, chaque demi-disque se 
coostitoe de trois régions concentriques : une région mar- 
ginale provenant du corps cellulaire de la cellule mater- 
nelle, et pins particulièrement de l'anneau équatorial; une 
i^;ioD intermédiaire provenant de la portion achromatique 
des pronacléus; une portion médiane provenant de la sub- 
stance accumulée entre les étoiles chromatiques secon- 
daires, pendant Técartement de ces dernières. Les fila- 
ments de réunion les plus externes marquent la limite 
entre les deux dernières portions du demi-disque. 

Et puisque nous parlons des filaments de réunion, nous 
mentionnerons ici un fait intéressant, c'est que le faisceau 
Ghrillaire, formé par l'ensemble des filaments de réunion, 
présente des variations remarquables dans le cours de la 
cinèse. Jusqu'au moment où le sillon qui amène la division 
de la cellule commence à se former, l'ensemble du faisceau 
présente, vu en coupe optique, la forme d'une bande 
fibrillaire, à bords parallèles, interposée entre les étoiles 
chromatiques secondaires. Pendant la formation du sillon 



(l) Ibidem. 



( 286 ) 

et immédiatemenl après, la baDde fibrillaire s^élrangle à son 
milieu (pi. I, tig. 8), les filamenls de réunion cessent d*élre 
parallèles entre eux et reciilignes; la section du Taisceau 
au niveau du plan équatorial est plus petite qu'au niveau 
des étoiles chromatiques. En partant de ces dernières, 
les filaments de réunion s'inclinent en dedans, de façon à 
former ensemble deux cônes tronqués, un pour chaque 
cellule fille, les bases des cônes répondant aux étoiles 
chromatiques secondaires. La séparation des deux cellules 
illles se fait en dernier lieu suivant la troncature des 
cônes, au niveau du plan équatorial. Immédiatemen après, 
le cône de réunion de chacune des cellules filles gonfle; 
les fibrilles, de reciilignes qu'elles étaient, deviennent 
incurvées, leur convexité étant dirigée en dedans. Le cône 
augmente très rapidement de volume; sa troncature s^étend 
rapidement dans tous les sens, au point de remporter 
bientôt en étendue sur la base du cône répondant à Tétoîle 
chromatique. Les filaments de réunion divergents devien- 
nent de moins en moins nets, et il est difficile, parfois 
même impossible, de les distinguer encore, quand le noyau 
est complètement reconstitué. 

L'étranglement que subit la bande fibrillaire que forment 
ensemble les filaments de réunion, au moment où s'opère 
la séparation des deux cellules, prouve que la formation du 
sillon de séparation s'accompagne d'une contraction cir- 
culaire du bourrelet équatorial à mi-distance entre les 
cercles subéquatoriaux. Cette contraction est plus forte 
du côté où le sillon apparaît en premier lieu ; car les axes 
des cônes de réunion résultant de la transformation de la 
bande fibrillaire ne se trouvent pas dans une même direc- 
tion; ils forment ensemble un angle ouvert du côté où le 



( 287 ) 

bourrelet équatorial est le plus étroit, c'est-à-dire du côté 
oà k Sillon apparaît en premier lieu. 

Revenons à la constitution du demi-disque équatorial, 
au moment où les cellules viennent de se séparer. Nous 
avons vu qu'il se constitue de trois parties : un cône de 
réunion, une portion provenant de la substance achroma- 
tique des pronucléus, enfin d'un demi-anneau équatorial. 
Il présente la même constitution dans les blastomères 
subséquents, avec cette différence toutefois que la partie 
qui, dans les deux premiers blastomères, provient des 
pronucléus, dérive, dans les blastomères subséquents, de 
h substance achromatique du noyau maternel. 

Le corps cellulaire des cellules filles se constitue donc 
de diverses portions : une de ses moitiés procède de Pasler 
réduit et, par conséquent, dn corps cellulaire de la cellule 
maternelle; l'autre moitié résulte de la transformation de 
la substance achromatique du noyau maternel, y compris 
un cône de réunion; entre les deux règne une bande 
circulaire qui dérive, elle aussi, du corps cellulaire, et n'est 
qu'une moitié de l'anneau équatorial de la cellule mère. 
Dans la portion astéroïde du corps de la cellule fille siège 
la sphère attractive; le noyau se trouve à Ia limite entre la 
région astéroïde et la région d'origine nucléaire. 

La structure du protoplasme est différente dans la 
portion d'origine cellulaire et dans la portion d'origine 
nucléaire de la cellule fille : le protoplasme est plus dense, 
plus finement granuleux et moins transparent dans la 
portion d'origine cellulaire; il est plutôt vacuoleux, plus 
clair, moins apte à fixer les matières colorantes dans la 
portion d'origine nucléaire. 

Dans les premiers blastomères, au stade II, plus encore 



( 288 ) 

au stade IV et au stade VIll, la forme des blastoroères aa 
repos est tout à fait caractéristique : les portions astéroïdes 
des cellules forment une saillie hémisphérique très mar- 
quée, séparée par un sillon circulaire du reste du corps 
cellulaire. Il en résulte des images très particulières. 
(PI.VI,lig.6) 

Comme le bourrelet équatorial de la cellule mère est 
beaucoup plus large d'un côté, plus rétréci de l'autre, il 
en résulte que les moitiés de cet anneau sont aussi plus 
larges d*un côté que de Tautre dans les cellules filles. La 
symétrie bilatérale de ces cellules en ressort avec évidence. 

Les faits qui précèdent ont déjà été signalés en partie 
dans les travaux de l'un de nous. Ils n'ont guère attiré 
l'attention jusqu'ici, et M. Zacharias, qui s'est spécialement 
occupé du développement de l'Ascaris, ne les a pas 
remarqués. Il donne à tous les blastomères une forme 
qu'ils ne présentent jamais. 

Nous pensons que ces faits méritent d'être étudiés; ils 
montrent que les formes cellulaires sont en rapport avec 
leur structure complexe; ils établissent la symétrie hilaté- 
raie de la cellule et se lient intimement aux phénomènes 
de la cinèse. 

Poil'-scriptum. — La communication qui précède a été 
déposée à la Classe des sciences de l'Académie royale de 
Belgique à sa séance du 7 août 1887. Un exposé verbal 
en a été fait par l'un de nous, et les planches ont été mises 
sous les yeux des membres de la Classe. 

Au commencement de février de cette année, l'un de 
nous a rendu compte, dans une conférence qu'il a faite à 
la Société royale de microscopie de Bruxelles, des princi- 



( 289 ) 

paui résiuUais de nos recherches ; il a projeté une série de 
positifs sor verre montrant la division des sphères attrac- 
tives et des corpuscules centraux, et il a mis sous les yeux 
des membres de la Société une série de préparations rela- 
tive à Porigine et à la multiplication des organes attrac- 
tifs des blastomères, et à la reconstitution des noyaux 
aox dépens des éléments chromatiques du dyaster. La 
découverte de la division des sphères attractives et des 
corpuscules centraux a été communiquée à Flemming 
dans une lettre que Tun de nous lui a adressée en 
1885; à Weissmann, lors de son voyage en Belgique en 
aoAt 1885, à RabI, dans une conversation, au banquet 
d'inauguration du congrès des naturalistes, à Berlin, en 
septembre 1886. 

Le 14 août dernier, huit jours après la communication 
à TAcadémie dn présent manuscrit, Tun de nous a reçu de 
H. le ly Boveri, de Munich, une note intitulée : Ueber die 
Befiruehtung der Eier von Ascaris megalocephala. Celte 
brochure relate une communication faite par cet auteur à 
la Société de morphologie et de physiologie de Munich le 
3 mai 1887. 

Les ot^servations du D' Boveri confirment pleinement 
les résultats fondamentaux consignés dans les Recherches 
sur la maturité de l'œufy la fécondation et la division cellU" 
taire. A part l'interprétation donnée aux globules polaires, 
que Fauteur, contrairement à notre opinion, considère 
comme des cellules, ses conclusions sont entièrement 
conformes aux nôtres en ce qui concerne la genèse du 
proDucléus, la signification de ces éléments nucléaires, 
Tabseocede conjugaison dans l'immense majorité des œufs, 
la formation de la première figure karyokinétique, la 



( 290 ) 

transmission à chacun des noyaux des deux premiers blas- 
tomères de deux anses chromatiques mâles et de deux 
anses femelles, après la division longitudinale des anses 
chromatiques primaires. Il pense comme nous que les 
quatre anses aux dépens desquelles se reconstitue un 
noyau, restent distinctes dans ce noyau et que les éléments 
mâles et femelles se maintiennent séparés dans la série 
des générations cellulaires successives. Il adopte entière- 
ment notre manière de voir sur la constitution du fuseau 
achromatique : il a vu également que les fibrilles du 
fuseau s*insèrent aux anses chromatiques; il pense comme 
nous que Técartement des anses secondaires est dû k Tac- 
tivilé contraclile des fibrilles du fuseau. Comme nous il :i 
reconnu lorigine protoplasmique d'une partie, sinon <le 
tout le fuseau. 

De plus, plusieurs des faits relatés ci-dessus, en ce qui 
concerne Torigine, la destinée des sphères attractives, cl 
notamment la division des corpuscules centraux, ont été 
observés par M. le D' Boveri. C'est une grande satisfac- 
tion pour nous de constater que cette découverte a été 
faite en même temps que par nous-mêmes, par un observa- 
teur travaillant d'une manière tout à fait indépendante, et 
c'est avec une vive impatience que nous attendons la 
publication de l'ouvrage in extenso et des planches que 
M. le D' Boveri nous fait espérer et dont il annonce l'ap- 
parition prochaine. 

Liège, le !25 août 1887. 



\ 



( 291 ) 



EXPLICATION DES PLANCHES. 



Planche I. 

Fî|. I. Œuf utérin montrant le pronucléus mâle entouré par le 
résida du corps protoplasmique du zoosperme. Les deux sphères 
attractÎTes se trouvent au voisinage du pronucléus femelle en voie 
de formation aux dépens de deux bâtonnnets chromatiques, et 
encore relié au second globule polaire. 

Fig. S. Les sphères attractives adjacentes entre elles se projettent 
entre les pronucléus. Le résidu du corps protoplasmique du 
xoospcrme est encore accolé au pronucléus mâle. 

Fig. S. Un eordon pelotonné est déjà constitué dans chacun des pro- 
sueléos. On voit le résidu du corps protoplasmique du zoosperme 
dans le vitellus. 

Fig. 4. Il existe un gros cordon chromatique dans chaque pronu- 
cléus. Les sphères attractives se trouvent encore du même côté 
des pronucléus. 

Fig. 5. La figure dicentriquc apparaît. Les pronucléus ont encore 
ron et Tautre un contour bien apparent. Un cordon chromatique 
tonnant une courbe fermée dans chaque pronucléus. Champs 
polaires des pronucléus dirigés en dehors. 

F%. 6. Les quatre anses chromatiques primaires. Striation transver- 
sale. Filaments achromatiques reliant les anses entre elles. 

Fig. 7. Stade dyaster. Les corpuscules centraux sont allongés de 
fiçoo à constituer des bâtonnets renflés à leurs bouts. Les régions 
utéroldes se voient au voisinage des pôles de la cellule en voie 
de division. Les sphères attractives sont aplaties et allongées 
transversalement 



( 292 ) 

Fig. 8. Stade voisin du précédent. Les anses chromatiques du dyaster 
montrent une striation transversale très nette. Ces stries sont for- 
mées par des rangées transversales de granules très avides de 
matières colorantes. 

Fig. 9. Sphères attractives divisées. Noyaux lobules* 

Fig. 40. Les sphères attractives sont plus écartées Tune de Tautre. 

Fig. \ i. Stade plus avancé. 

Fig. 4â. Les sphères attractives plus écartées tendent à gagner deux 
points opposés des noyaux, aux dépens desquels se sont formés 
quatre anses chromatiques primaires. La position latérale des 
sphères est encore très évidente dans le blastomère gauche. 



Planche IL 

Fig. 1. Le spermatozoïde vient de se fixer. La partie de son corps 
protoplasmique, engagée dans le vitellus, est vivement colorée en 
rouge, tandis que la partie restée en dehors est à peine colorée. 
Son petit noyau chromatique est formé de deux bâtonnets chro- 
matiques; il est entouré d'un espace clair. La vésicule germioative 
n'était pas au foyer. 

Fig. 'i. Le spermatozoïde, complètement entré, est vivement coloré en 
rouge. Figure Ypsiliforme. 

Fig. 3. La même, plus rapprochée de la surface. Le spermatozoïde 
qui a gagné le centre du vitellus n*est pas au foyer. 

Fig. 4. Le premier globule polaire au moment de sa formation. Le 
spermatozoïde n'est pas au foyer. 

Fig. 5. Cordon chromatique, très long et fin, fortement pelotonoé 
dans chacun des pronucléus. 

Fig. 6. Stade plus avancé. Dans Tun des pronucléus, la segmenta- 
tion transversale en ses deux parties a déjà eu lieu. 



( 293 ) 



Plancbb III. 

Fi§. 1. La segmentation transversale des cordons, dans chaeun des 
pMNicléas, a amène la formation, dans chacun d*eQX, de deux 
éléments chromatiques. 

Fig. S. Les anses chromatiques sont encore groupées en deux 
groupes. Les bouts libres sont dirigés en dehors, les convexités 
des anses en dedans. A gauche les deux anses sont encore réunies 
en an cordon unique par Tun de leurs bouts. L'ensemble de la 
figure rappelle un W. 

Fig. 3. L'étoile chromatique primaire vue par Tun des pôles. 

Fig. 4. Les deux pronucléus encore bien délimités, renfermant 
chéeon an cordon, et les deux sphères attractives avec leurs cor- 
pmcales centraux. La figure dicentrique se dessine. 

Fig. 5. La figure dicentrique au stade de la métaphase,vue de profil. 
Le foseaa achromatique est bien délimité. 

Fig. 6. Idem. Les fibrilles du fuseau ne sont guère distinctes des 
autres radiations des asters. On distingue assez bien les limites 
des régions astéroïdes et le bourrelet équatorial interposé entre 
ciles. En haut, les limites de la sphère attractive sont assez bien 
nnrquées. La ligne transversale brisée qui coupe en deux la sphère 
résulte de la présence de fibrilles radiaires plus considérables dans 
la direction suivant laquelle va se faire la division du corpuscule 
polaire. La plaque équatoriale chromatique sépare entre elles les 
deux régions astéroïdes. 



Plancbb IV. 

Fig. 1. Division longitudinale des anses chromatiques primaires. 

Les deux étoiles chromatiques secondaires, encore très voisines 

Fane de Tautre, sont vues de profil. Les deux sphères attractives 

et leurs corpuscules polaires sont visibles. 
Fig. 2. Les étoiles secondaires sont un peu plus écartées Tune de 

Tautrc. 
Fig. 3. Figure doliforme. Forme hétérotypique de la karyokinèse. 



,29i) 

Fig. i. La division cellulaire va se produire; un sillon se montre 
déjà d*un côté. 

Fig. tt La division vient de s*accomplir. Les deux blastomères sont 
inégaux. Deux corpuscules centraux dans la sphère attractive do 
plus petit blastomère. Dans les noyaux, vus par le pôle, on voit 
encore distinctement les quatre anses chromatiques du dy aster. 
Elles sontflexueusei, 

Fig. 6. Le noyau en voie de reconstitution. Les branches divergentes 
du dyaster se résolvent en granulations chromatiques. 



Planche. V. 

Fig. 4. Noyaux lobules. 

Fig. % 3, i et tt. Les sphères attractives divisées, situées d'un même 
côté des noyaux. 

Fig. 6. La division se fait suivant deux plans perpendiculaires entre 
eux, dans les deux blastomères arrivés Tun et Tautre au stade de 
la métaphase. Dans Tun des deux la division est cependant un 
peu plus avancée que dans Tautre, ce qui est constant. Apres leur 
séparation, les deux premiers blastomères pivotent Tun autour de 
Tautre d'un angle de 90«, de telle façon que leurs pians de symé- 
trie, qui se confondaient au moment de la séparation, en viennent 
à former entre eux un angle droit. 



Planche VI. 
Figures demi-9ehétnatiques, 

Fig. 1. Les sphères attractives voisines de la surface sont situées d*UD 
même côté des pronucléus. La droite qui unit leurs centres est 
perpendiculaire à celle qui réunit entre eux les centres des pronu- 
cléus; mais ces droites se trouvent dans des plans différents paral- 
lèles entre eux. Un seul pronucléus a été représenté; Tautre se 
trouve derrière celui qui a été figuré, c. p. cercles polaires; 
c. 8 e. cercles subéquatorlaux. L'œuf est vu de profil. 






"i"^, 
^ 



c 












\#âS 



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FIJI 



PIJI 



I 



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t^:i,lfUr,„IHa!/,/,Jirl,j.->-'Ser: 



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• •' ■;■■ 










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yt^ ./, 


li 


§^ 


^ ^ 



295 ) 

Fi^l Sudcdela métakinèso. c. p., c. t, e. comme cî-dcssiis. (/œuf 

est TU de profil. 
Fi^ 3. Stade dyaster. Les corpuscules centraux des sphères attrac- 

tires sont di?isés. L'œuf est vu de face* 
Fig. 4. IVoyaux divisés eu voie de reconstitution. Les corpuscules 
polaires divisés déterminent la subdivision des sphères atlrac- 
tires. c f. e. cercles subéqualoriauz. 
Fij^ 5. Les cellules filles se préparent à se diviser à leur tour. Les 
deux sphères sont nettement séparées Tune de Pautre, mais elles 
fiègent encore du même côté du noyau. Les cercles subéquato- 
riauz des cellules de seconde génération ont apparu. 
ffî^ 6. Division en quatre pour montrer la saillie bien marquée, 
dâiioitée par un sillon profond, que forment les régions asté- 
roïdes de chaque cellule. Les sphères attractives sont déjà 
dÎTÎsées. Préparation à Talcool. 
Fig. 7 à 14. Phases successives de la cinèse, à partir du stade équa- 
lorial; 8 et 10, cinèse typique; 0, il, 12, i3, cinèse hétéro- 
typique. Fig. 44. Les noyaux divisés, arrivés au stade de repos, 
présentent une forme lobulée. Fig. iS. Deux cordons chromati- 
qoes formés aux dépens d'un de ces noyaux. (Non schématique.) 
Les figures 7 à i 5 représentent des vues de profil. 
Fig. 16 à 24. Vues polaires. 
Fig. 16. Étoile chromatique primaire. 
Fig. 17 et 18. Division longitudinale des anses primaires. Fig. i7. 

Cinèse typique. Fig. i 8. Cinèse hctérotypique. 
Fig. i9. Un des dyaslers vu du pôle. Portions centrales et bouts mar- 
ginaux de rétoile bien distincts. (Figure réelle.) 
Fig. 20. Reconstitution du noyau aux dépens des quatre anses secon- 
daires. (Schématique.) 
Fig. il. Noyau au repos. Vue polaire. 
Fig. 22. Deux cordons chromatiques reconstitués dans un de ces 

noyaux. Image polaire non schématisée. 
Fig. 23. Segmentation transversale de ces cordons. Image réelle. 
Fig. 24. Les quatre anses chromatiques primaires formées aux 
dépens des quatre cordons de la figure précédente. Vue réelle. 



( 296 ) 



Noie sur les oscillations cTun pendule produites par te 
déplacement de Vaxe de suspension; par E. Ronkar, 
chargé de cours à rUniversilé de Liège. 

CoDsidéroDS ud pendule au repos et supposons qu*à un 
iostaut donné, Taxe de suspension  vienne à éprouver ao 
certain mouvement dans une direction déterminée du plan 
d*osciilation; recherchons le mouvement que prendra le 
pendule autour de Taxe de suspension. Prenons le plan 
d'oscillation pour plan des xj/, Taxe des y étant vertical et 
dirigé vers le bas. Soit G le centre de gravité du pendule; 
imaginons par le point A deux axes mobiles, k\\ AT% 
parallèles aux premiers. La position du pendule sera déter- 
minée par Tangle a que fait la ligne AG avec Taxe AT\ 
cet angle étant considéré comme positif du côté de AY' où 
se trouvent les x positifs 



*«., 



"-^. 




r 

[ ( 297 ) 

[ te principe de d'Alembert nous donne l'équation géné- 
nie connue : 

dm (z, y) étant un élément du corps, et les dx, dy étant 
compatibles avec les liaisons du système. 

Soient i, jj les coordonnées du point A; soit p la distance 
de réiément dm à Taxe A et 6 l'angle de p et de AG; nous 
itoQs : 

X Œs ç -4- p sin (6 -»- a) 
y = V H- p COS (6 -♦- a). 

Considérant p et 8 comme constants, les équations de 
li»8on seront satisfaites^ $i nous prenons :. . 

âx = ^ -¥• p COS (B -¥- a) (fa = Jf -•- {y — jf)<Ja 

^ = 3if — p sin (d + a) (fa ■= (ft/ — (x — Ç)^a. ; > 

Pour chaque élément dm du pendule, on a en outre : 

Si nous désignons par Xq, Yq les composantes de la 
force agissant. sur Taxe A, nous aurons Téquation : 

XM^rA+fdm L.^((îç+(y-i,)(r«)H- ( j- ^) ((fV-(aî-«K«)l« 0. 

(■ ■ 

? Cette équation se décompose en trois autres : . " ■ ^ 

3"* SÉRIE, TOME XIV. 20 



*.f 




( 298 ) 

Les (leuK premières de ces équations peuvent servir à la 
détermination de la force (Xq, Yq), lorsqu'on connatl le 
mouvement oscillatoire du pendule et le mouvement du 
point de suspension; la dernière nous permettra de déter- 
miner le mouvement oscillatoire, connaissant le mouve- 
ment du point de suspension. 

Nous ne nous occuperons que de celle-ci. 

Pour cela, remplaçons ^ e^ ^ P^r '^tirs valeurs en 
fonction de £, 17 et a. 

Nous avons d*abord : 



dx d^ , da dÇ ^da 

dy dn da Al da 



ensuite : 






^«_^.(y_,)__(x-ç)^-). 



cPy dhi 



Si nous substituons dans l'équation précitée, nous aurons: 



et en développant, il vient : 



£ï 
de 






r 

(299) 

I Posons AG => po« appelons M la masse du pendule, et I 
MO momeol d'ioeriie par rapport à l'axe A, nous aurons: 

(P. r/ A\ . «PI 1 

PosoDS eDcore : |^ ^» Pi> et supposons que les oscilla- 
tions coDsidérées soient assez petites pour que I'od puisse 
prendre: 

sin a = a ; cos a =^ i ; 

il viendra alors simplement : 

d'à I fPA rf'f 

Le mouvement du point de suspension du pendule 
étant connu, il s^agira d*iDtégrer cette équation. 

Supposons, par exemple, que le point de suspension 
vienne à prendre un mouvement vibratoire de direction 
boriiOQtale, et posons : 

ç s= ao + cTi sin . 

T 

Nous aurons ainsi : 



ii 2«- as- (( -^ X) 

T" = <'i "=r eos — ;= M 

dl T T 

rixV . î2îr (r H- X) , . 2r (r -♦- X) 

siii = — . A sm — 






ï 



( 300 ) 
en posant : 



-t) 



Nous obtenons aingi l'équation : 

cPa ^ . 2y(t-4-A) 

ù^ -— r -♦- O a == A Sin _ 

Cette équation admet une solution particulière de la 
forme Aq sin ^^^^; la constante Âo est déterminée par 
Téquation : 



(^ -<"(¥)) 



» A- 

\' \ 1 / / 

d'où 

A 



-P. (y) 



L'intégrale générale de l'équation proposée est donc de 
la forme : 

\ /T \ /T . . sr (f -I- A) 

««CiSinV ^(H-CcosV ^t -4- A.sm — ^— . 

Le pendule a été supposé au repos au temps r=>o; 
nous avons ainsi les deux conditions : 



«0=0, (J)^o. 



f 

pour déterminer les constantes arbitraires C| et Cj et nous 



(301) 
obtenons : 

C, = — Aosin_-, 



C,=-Aoy ^-^cos 



2tA 

ces 

9 T 
Si nous posons: 

/J 2: 
Pi 



y Pi T 



^représentera la dorée de roscillation complète du pendule, 
dans le cas où Taxe de suspension reste fixe; nous aurons 
alors: 

A ! r 2«-((-4-A) 2tA 2rï t 2t A IVH 

««-. --— |sin sin — =r-cos =rCOS-— -sin . 

9 . /^yL T T T T T T J 



Celte équation donne la solution de la question. 

Considérons maintenant le mouvement pendulaire 
après on intervalle de temps équivalent à n périodes du 
moQvement oscillatoire du point de suspension; en Taisant 
<«nT, nous avons: 



■«1= 

9 



-ri sm--— -M — cosSrn— — —cos sin 2t n— . 

Ty[ T \ t/ T T rj 



Recherchons également l'expression de la vitesse angu- 
laire à cet instant; on a, en général : 



* A 2w n 27r((-l-A) 1 . 2jrA . ^rt i 2tr A 2W\1 

^- ml;::eos 1 — sin—— -sm rrcos-— —cos — I . 

9. /ryLT T T T T T T r/J 



( 302 ) 
et par suite : 



— -*- -sin----8in 2im— 



dx\ A 2t ri 27rX/ T\ 4 . 

hr =" 7-r:h;:cos--- 1 — cosâjrn— U--si 

W«/.T »^ /jVLT TV r/ r 



Si, à cet instant f^anT, le mouvement du point de 
suspension vient à cesser, le pendule continuera à osciller, 
et son mouvement satisfera à Téquation : 







fit* 


9 

«. 

Pi 




D'où l'on tire : 












a 


— osin 


2r(l + 


dï 



L*amplitude du mouvement oscillatoire sera Sa. 

Il faut déterminer les constantes a et |x par les coodi'- 
tions initiales du mouvement; si nous comptons mainte- 
nant le temps à partir de Tinstant nT que nous avons 
considéré plus haut, nous pouvons prendre pour ce 
second mouvement du pendule : 



«0 = «iiT 



Nous obtenons ainsi : 



^^(Sr(S.; 



, ^itfjL r. 2«A/ ^ T\ r 2yA. ^ T"| 

m = Ao sin i — cosâïrn— 1 — —-cos ---smïîm— 

T L T \ r/ T T tJ 

nfi ^ [r 2rX/ ^ T\ . 2rA . _ T"| 

-i.=r Ao -cos M — cos 2irn — -4-sm -— -sm 2irn — | 

r "[t T \ t/ t tJ 



29rfft 
a cos 



( 303 ) 
Paîsaol la somme des carrés, il vient en réduisant 



A' 



2jrX/ 



TV 



«n" ^ ^* — «®s 2y w-j ^ - cos' 



â^A 



r' .2jrA 

--COS*-- 

T* T 



(l — cos2jrn— j -♦-sin^ 



T 

2rX 



sin*2Tn- 

T 



T 
sin' 2jr« — 



4 A| sîn'jr/i— 1 sin* 

rL T 



r' ,2trAl 

— cos' ; 

V T J* 



SA i 



smrn 



'-h 



V.i 



2;rX 



2tA 



'ir--^^C08«— . 



On peut lirer de cette formule plusieurs conséquences 
importantes : 

!• Supposons d'abord que la durée d'oscillation du 
point de suspension soit égale à celle du pendule; nous 
aurons t = T; et la formule précédente se réduira 
fabord à : 

assit: -. sin rn — . 

T» 

Si'nous faisons |i »» 1, cette formule prend d'abord la 
forme indéterminée; mais en appliquant la méthode géné<- 
raie relative à ce cas, nous aurons : 



T 

_. TTlI.COStrn — 

2A T 



(;! 



• T 



A 

9 



( 304 ) 



SA 



L^mplitude du mouTemeot pendulaire sera donc == nn^ 
e*e8t*à-djre qu'elle sera proportioDoelle au nombre d*iin- 
pulsions qu*a subi r4ixe de suspension du pendule; 
. 2* Supposons que la durée d'oscillalion du poinl de 
suspension diffère de la durée d'oscillation du pendule. 

Pour si mplifier, remarquons que nT est la durée de 
Taction exercée sur Taxe de suspension, et soit nT = T', 
il vient : 



o = d= a ' — r*sinr— V sm'-— --4- — ces* 

^ ^ rV r V T \T/ T 

T' 

On voit d'abord que si ~ est un nombre entier, 00 
a aB= 0. 

Ainsi, lorsque la durée de l'action exercée sur Taxe de 
suspension est un multiple entier de la durée de l'oscilla- 
tion du pendule, celui-ci ne conserve aucune trace do 
mouvement qui a affecté l'axe. Comme il est entendu que 
T' comprend un nombre entier de périodes T, la condition 
précédente sera toujours satisfaite, lorsque la période T 
sera un multiple entier de la période t. 

Le rapport - peut d'ailleurs encore être entier alors 
même que la durée de l'oscillation du pendule est un 
multiple entier de la durée de l'oscillation de l'axe; mais 
alors il est nécessaire que le nombre d*impulsîons imprif» 
mées à Taxe soit plus grand que l'unité; cette condition 
étant satisfaite, le rapport ^ peut encore être un nombre 
entier, et alors le pendule ne conservera aucune trace du 
mouvement de l'axe. 

Au contraire, il peut se faire que le pendule conserve 



( 305 ) 

m assez fort mouvement oscillatoire, bien qu'il n'existé 
pas de rapport immédiat entre T et t. Par exemple, 
«opposons que le rapport -soit très grand; si sin -^ 
D*est pas très petit, nous aurons approximativement: 

2A «T . 2îrx 

tt = dh — sin JT — sin -— -. 
9 - T 

La valeur maximum que peut prendre celte expression 

est: 

2A 



L'amplitude correspondante sera j; et l'on voit que 
cette quantité est comparable à la valeur ^ nn qui est 
relative au cas où T=aT, surtout si n nest pas très 

Noos supposons naturellement dans cette comparaison 
qoe A a une valeur constante; cette quantité A n*est d'ail- 
lesrs pas autre chose que la moitié de la variation totale 
qa'éprouve l'accélération de Taxe de suspension dans une 
période T. Ainsi, si nous considérons cette amplitude de 
variation de l'accélération comme constante, il résulte de 
ce qui précède : 

1"* Qoe si T =T, le pendule conserve un mouvement 
oscillatoire dont Tamplitude'est proportionnelle au nombre 
d*06cillations de Paxe; 

2* Que si T ^T, le pendule peut ne conserver aucune 
trace du mouvement qui a affecté Taxe; ce cas se présente 
iHMammentsi T est un multiple entier de t, et peut se 
présenter aussi quand t est un multiple entier de T; d'autre 
part, le pendule peul conserver un mouvement oscillatoire 



C 306 ) 

assez fort» alors même qu'il n'existe pas de rapport simple 
entre T et t. 
Si maintenant nous nous reportons à la formule initiale 

ç = 0o-^ flism , 

nous voyons que l'amplitude du mouvement oscillatoire 
de Taxe de suspension est âa^ et nous avons posé : 



"[tJ- 



Ainsi, pour une même valeur de ai, Â est inversement 
proportionnel au carré de la durée de foscillation de Taxe. 

Si nous remplaçons A par sa valeur dans a, noas 
aurons : 



— ttâ ■ ^ sin ir» — V/ sur 1 cos' 

^ *T* — T* T V T T* T 



Nous pouvons maintenant discuter cette formule eo 
attribuant à ai une valeur constante. La discussion conduit 
à des résultats analogues à ceux de la discussion précédente. 

Ainsi, pour T <=» t, il vient : 

47r'a, 

a == db — n ; 

g T« 

ce résultat correspond à celui qui a déjà été obtenu précé- 
demment. 

Sans entrer dans une plus longue discussion, on voit tout 
de suite que le mouvement oscillatoire qui subsiste dans le 



( 307 ) 

pendole, après un certain nombre d^impulsions communi- 
quées au point de suspension, varie beaucoup suivant les cir- 
eoostanees: Taroplitude du mouvement, le nombre d'impul- 
skMUs la durée d'oscillation, la phase ). En ce qui concerne 
la dorée d'oscillation, l'influence varie beaucoup suivant la 
valeur du rapport des périodes d*oscillation du pendule et 
de Taie. Même dans le cas où ce rapport est simple, soit 
qu'il s'exprime par un nombre entier ou l'inverse d'un tel 
nombre, i] se peut que le pendule ne conserve aucune 
trace de l'agitation de l'axe, tandis qu'il peut conserver 
des traces sensibles de cette agitation, alors qu'il n'existe 
entre T et t aucun rapport simple. 

Ces résultats ne nous paraissent pas entièrement con- 
formes à l'assertion suivante de M. S. Rossi (1), au sujet 
des pendules employés dans les observations sismiques : 
c Chaque pendule, d'après sa longueur, oscille en un temps 
déterminé; celui de près de 25 centimètres fait 2 oscilla- 
tions i la seconde. Si ces pendules reçoivent quelques 
impulsions conformes à ce rythme, ils seront naturelle- 
ment fortement agités. Au contraire, avec des impulsions 
qui se succèdent suivant un rythme différent, ils ne bou- 
geront pas. » 

Nous venons de voir, en effet, qu'il peut se faire que le 
pendule prenne un certain mouvement, alors même que 
l'ue reçoit des impulsions qui ne sont pas conformes à 
son rythme et que, réciproquement, le pendule peut ne 
conserver aucune trace d'un mouvement vibratoire dont 
le rythme serait dans un rapport simple avec le sien. 



(I) V. s. Rossi. Programma deW Osservatorio ed archiva geodi" 
namkOfprtMMo il R, Comitato Geologico d'Itàlia. Rome, 1883, p. 61. 



; ( 308 ) 

Les résultats précédents se compliqaent naturellemeot 
encore davantage si, à Tinstant initial» le pendule n*est pas 
au repos. 

Nous avons jusqu'ici supposé que le mouvement vibra- 
toire de Taxe était un mouvement pendulaire simple. 
Généralement, on peut considérer une onde quelconque 
comme résultant de la superposition d'une série d'ondes 
simples. 

Il faudrait donc, dans ce cas général, poser : 

Les coefficients A, et \ sont généralement déterminés 
par les circonstances qui accompagnent Tébranlement ini- 
tial considéré. L'analyse précédente peut être Tacilemeot 
étendue à ce cas, et nous ne nous y arrêterons pas davan- 
tage. 

Revenons au cas d'une onde simple, et examinons le 
cas où T est assez grand relativement à t. Pendant l'ébran- 
lement, le mouvement du pendule est déterminé par 
l'équation : 

A 1 r t> «-(«-♦- A) . 2tX 2îrt T î2îrX . StH 

«= sm sm cos — «-"-cos--— -sm — |« 

^ T*[ T T T T T T J 



Dans le cas actuel, nous pouvons considérer la quantité 
sin ^^Y^ comme constante pendant une période t. 

Le mouvement du pendule sera donc à très peu près 
un mouvement pendulaire simple autour de la position 



( 309 ) 
oojeone : 



A i . 2T(e4-A) 



« = ;S1D 

9 ^ 

V 



L'amplitude Skf de ce mouvement sera déterminée par 
réqoatîon : 



a-* 



oa: 






t i-^_J__% / . . 2tx ? li^ 



w 



~p,(y) 

Si, par suite, T est grand et que pi ne soit pas considé- 
rable, on aura simplement : ^ 






Supposons, par exemple, que pour / = 0, on ait : 

ç==0 cl -r = 0; 

dt 

il Tiendra X b= ^ et 
«t il reste : 



a' = 



a'=-^- 



A 

7 



(310) 

L*amplitude du mouvemeDl pendulaire à un moment 
donné est donc en raison inverse de gr. Il s*ensuit que si le 
pendule était suspendu en partie dans un liquide au repos« 
ce qui reviendrait à diminuer 9, la grandeur des oscilla-- 
tions tendrait à s*accrottre; mais il est probable que, dans 
ce cas, ces oscillations seraient fortement amorties par la 
résistance du liquide, qui tendrait de son côié à prendre 
un certain mouvement vibratoire. 

Il n'en résulte pas moins que le mouvement du point 
de suspension n'étant pas uniformément accéléré, Tincli- 
naison moyenne du pendule varie avec le temps. 

En effet, nous venons de voir qu'à un instant quel- 
conque, le pendule oscille autour de la position mayenne: 

A . ((-^ A) 
smâîr — 



9 



- P. (y) 



L'amplitude du mouvement oscillatoire de cette posi- 
tion est : 



2a" = 



y-p^{YÏ 



On pourrait peut-être utiliser ce résultat pour rechercher 
s'il existe des inégalités périodiques dans le mouvement 
de rotation de la terre autour de son axe. Dans ce cas, si 
nous prenions T «» 12*" »> 43.200*, on verrait tout de suite 
que le terme p^ ÇyY est négligeable vis-à-vis de g, et 00 
pourrait prendre : 

9 



(3!1 ) 

Supposons, pour fixer les idées, que l'amplitude du 
Boatement oscillatoire, dont \% durée est iâ heures, soit 

 réqaateiir, nous aurons : 



40.000.000 
ia,« 0,1. 



D'OÙ 



et 



40.000.000 (Îtt)* 
86.400 (43.200)* ' ' 



ia" = - • 2A =* — - — , environ, 

g 10.01 6 400' 



c'est-Mire O",0206 en arc. Si g était réduit au Vtooo d^ 
sa îaleor, on aurait ainsi une déviation de â0",6 environ. 
Il ne Êiot cependant pas perdre de vue que, dans ce 
cas, d'antres influences, telles que l'action du soleil ou de 
la looe, etc.9 pourraient altérer la position d'équilibre du 
pendule; mais, par un certain ensemble d'observations, 
9û pourrait peut-être isoler les effets de ces différentes 
caoses; par exemple, on pourrait faire varier la direction 
do plan d'oscillation; il ne faudrait pas toutefois négliger 
Haflueoce de la variation de la force centrifuge résultant 
de la variation de la vitesse angulaire. 




(312) 



Sur le sulfure de cadmium colloïdal ; par Eug. ProsC , 
assistant de chimie générale à l'Université de Liège. 

Longtemps on a cru que la solubilité appartenait en 
propre à certains composés minéraux, tandis que cetle 
propriété faisait complètement défaut aux autres. 

Graham» le premier, montra ce qu'il y avait d*arbitraire 
dans cette division, en mettant en solution certaines sub- 
stances absolument insolubles dans les conditions ordi- 
naires. Ce savant réussit, entre autres, à préparer des 
solutions d'hydrate ferrique, d'hydrate d'aluminium et 
d'acide silicique, en se basant sur le pouvoir diffusif des 
corps cristallisés qu'il appela c cristalloides », et sur l'ab- 
sence de cette propriété chez les corps amorphes ou « col- 
loïdes ». Cet état particulier de solution fut désigné sous 
le nom d'état colloïdal. 

Depuis Graham, le nombre des corps colloïdaux s'est 
notablement accru. 

En 1882, Hans Schuize (1) obtint le sulfure arsénieux 
en solution aqueuse, en traitant l'anhydride arsénieux par 
l'acide sulfliydrique, et éliminant ensuite l'excès de ce der- 
nier gaz par un courant d'anhydride carbonique. 

L'année suivante, le même chimisteporta ses recherches 
sur le sulfure d'antimoine (2). Presque en même temps, 
M. le professeur W. Spring prépara des solutions colloï- 
dales de sulfure de cuivre, de sulfure slannique, de per- 



(i) Journal fur prak, Chemie^ 1882, p. ^^31. 
(2) fd., 1885. p. 520 



( 313) 

oiîde de mangaDèse» d*osyde stannique et d'oxyde antimo- 
Dieux (i ). 

Tootes les solutions des substances que je vteus d'éuu- 
iDérer daos cet aperçu rapide offrent ce caractère commun 
de paraître troubles ou limpides, suivant qu'on les examine 
par réflexion oii par transmission. En outre, leur conser- 
vation est subordonnée à de nombreuses conditions ; la 
températurey la concentration, le temps, sont autant de 
facteurs qui influent notablement sur Tétat colloïdal. Dans 
la plupart des cas, l'addition à une solution colloïdale d'une 
qoaotité même très faible de matière étrangère détermine 
la coagulation du corps dissous. 

D'autre part, l'examen optique et microscopique a tou- 
jours montré qu'on avait bien affaire à de véritables disso- 
lotioDs. J'ai pu observer ces différents faits en étudiant 
le sulfure de cadmium colloïdal dont il est question dans 
ce travail. 

Eo les combinant, on est amené à voir, dans l'étal col- 
loïdal, une phase de transition entre l'état insoluble et 
l'état de solution parfaite, une sorte d'équilibre instable, 
suffisant, toutefois, pour nous montrer qu'il n'y a pas de 
limite tranchée entre les corps solubles et les corps inso- 
lubles, et pour nous autoriser à penser que la solubilité est 
une des propriétés générales de la matière. 

J'ai obtenu le sulfure de cadmium à l'état colloïdal, en 
traitant une solution ammoniacale de sulfate de cad- 
mino) par l'acide sulfhydrique jusqu'à précipitation com- 
plète de tout le métal ; le sulfure précipité, après avoir été 
lavé à fond par décantation avec de l'eau distillée, a été 



<1) Ber, der (ieutichen Chetn. Ces,, 4883, p. H 42., 

3"* SÉRIE, TOME XIV« .,.21 



( 214 ) 
mis en suspension dans Peau» puis traité par un couraot 
lent d*acide sulfhydrique. Pendant cette opération, on con- 
state que le sulfure, d*abord floconneux, devient de plus 
en plus laiteux, pour finir bientôt par disparaître. Il ne 
reste plus alors qu*à faire bouillir le liquide, jusqu^à ce 
que les vapeurs dégagées ne noircissent plus un morceaa 
de papier imprégné d*acétate de plomb. 

La solution de sulfure de cadmium est d*un beau jaune 
d*or lorsqu*on la regarde par transparence. La teinte est 
naturellement d'autant plus foncée que la concentration 
est plus forte ; vue par réflexion, la solution paraît fluo- 
rescente. 

A la filtration, le liquide passe sans laisser le moindre 
dépôt sur le filtre. 

Deux analyses faites sur un volume mesuré de solution 
ont conduit au rapport atomique CdS. Il est donc hors de 
doute que la substance dissoute est bien du sulfure de 
cadmium. A Tévaporation au bain-marie, on obtient avec 
les solutions diluées un enduit jaune d*or; si le dépôt est 
suffisamment abondant, il se fragmente par une dessica- 
tion prolongée en de nombreuses particules rougeâtres et 
translucides. 

Au point de vue de la stabilité, on peut dire qu'en géné- 
ral les solutions les plus diluées se conservent le plus 
longtemps intactes. Un liquide renfermant environ quatre 
grammes de sulfure par litre s*est maintenu limpide pen- 
dant plusieurs jours. 

Pour une concentration de il grammes par litre, la 
coagulation était complète après 24 heures. Il semble 
cependant que d'autres facteurs interviennent au moins 
aussi énergiquement que la concentration. A titre de 
simple coïncidence, je ferai remarquer à ce sujet que, 
pendâât une couple de jours où le temps était orageux, il 



(318) 

m\ été impossible de conserver intactes des solutions, 
même très diluées, pendant plus de quelques heures. 

Bien que, d*après Taspect de sa solution et la nature du 
résidu de Tévaporation au bain-naarie, le sulfure de cad- 
mioDiiuait pani réellement dissous, j*ai tenu à m'assurer 
directement du fait en examinant le liquide au spectros- 
cope. La solution de sulfure étudiée contenait par litre 
l''J46 CdS. En l'observant sous une faible épaisseur, 
(2 i 3 millimètres), j*ai constaté la production dans le 
qieelre d'une bande commençant dans le vert près de la 
nie F de Frauenhofer et s'étendant sur la totalité du bleu 
et do \iolet. Le restant du vertJVangé et le rouge, étaient 
parbitement nets. 

Dans un second essai, la solution de sulfure a été exa- 
oÛDéesous une épaisseur de 26 millimètres. Le résultat a 
été le même que dans Pexpérience précédente; seulement, 
la partie éteinte du vert était un peu plus grande. En 
somme, Texamen spectral permet d'admettreque le liquide 
est réellemen t une dissolution de sulfure de cadmium. 

Jai rappelé précédemment qu'un des principaux carac- 
tères des solutions colloïdales est de se coaguler sous Tac- 
lioo de quantités même très faibles de substances étran- 
gères. On constate à cet égard des différences très grandes 
daos ce qu'on pourrait appeler le pouvoir coagulant des 
corps. Dans des travaux antérieurs, H. Schuize a tiré de 
Tétode de la coagulation des sulfures d*arsenic et d'anti- 
inoine des conclusions intéressantes. Je me suis proposé 
de rechercher jusqu'à quel point les faits observés par 
Scbolze s'appliquaient au sulfure de cadmium. Dans ce 
but, j'ai fait agir sur la solution colloïdale un certain 
nombre d'acides et de sels minéraux et organiques. Les 
essaisont été faits de la manière suivante: on introduisait 
dans un tube à réaction bien sec 10 c. c. du réactif à étu- 



(316) 

dier, dont on connaissait la concentration; à Taide d'un 
compte-gouttes, on versait ensuite dans le tube cinq 
gouttes de la solution de sulfure de cadmium; on agitait, 
puis on observait Taspect du liquide par transparence ; s*il 
restait limpide, on recommençait rexpérience avec une 
concentration plus grande ; s'il se troublait, on mesurait 
dans un autre tube 5 c. c. de réactif, on complétait avec 
de Teau distillée le volume de iO c. c, puis, après avoir 
agité pour rendre le liquide homogène, on ajoutait les 
cinq gouttes de sulfure de cadmium. S*il se produisait 
encore un louche, on renouvelait Tessai en prenant moins 
de réactif et de Peau distillée en quantité suffisante pour 
parfaire le volume de 10 c. c. Si, après quelques tâlonoe- 
ments, on reconnaissait que le réactif était trop concentré, 
on en prélevait un certain nombre de centimètres cubes 
que Ton diluait à un volume déterminé, puis, avec cette 
nouvelle solution, on recommençait une série d'essais. Il 
est clair qu'avec un peu d'exercice on arrivait à recon- 
naître facilement quelle était la concentration à donner au 
réactif avant de faire les essais. Un exemple pris au 
hasard fera comprendre aisément la manière d'opérer. Je 
suppose qu'il s'agisse de déterminer quelle est la concen- 
tration minimum pour laquelle l'iodure potassique coagule 
encore le sulfure de cadmium. On constate par un essai 
préliminaire que 10 ce. d'une solution d'iodure à 5 % 
coagulent instantanément cin.] gouttes de sulfure ; on 
observe d'autre part qu'un mélange de 3 c. c. de réactif et 
de 7 c. c. d'eau distillée ne coagule plus; on essaie avec 
5 c. c. Kl et S c. c. d'eau ; il se produit un trouble. La 
limite est donc comprise entre les dilutions suivantes: 

3 c. c. Kl H- 7 c. c. H»0 Cl 5 c. c. Kl -4- 5 c. c HH). 

En faisant varier les proportions du mélange de réactif 



(317) 

et d'eau entœ ces timiies, on constate que 3,5 c. c. Kl + 
6^c. c. H^O coagulent instantanément le sulfure, tandis 
qoe le mélange 3,4 c. c. Kl -f- 6,6 c. c. H^O n'agit qu'après 
quelques instants. Le pouvoir coagulant de Tiodure de 
potassium est donc représenté par la quantité de ce sel 
diffîoute dans 3,5 c. c. d'une solution à 5 7o* après dilution 
de ces 3^5 c. c. au volume de 10 c. c. Or, cette quantité 
est de 0«%175. Pour présenter les résultats sous une forme 
comparable, on a rapporté la dilution à i gramme de sel. 
Dans le cas qui nous occupe, 0,175 Kl étant contenu dans 
iOc. c. de liquide, 1 gramme est contenu dans 57 c. c. La 
eoDceotration minima pour laquelle l'iodure de potassium 
coagule le sulfure de cadmium est donc exprimée par une 
partie Kl pour 57 parties H'O. 

Dans le tableau suivant, les résultats sont calculés en 
disant abstraction de l'eau de cristallisation que certains 
sels renferment. De plus, on ne doit accorder aux nombres 
qui s'y trouvent transcrits qu'une valeur comparative. 
Dans tous les essais j'ai pris, pour établir la limite,la coagu- 
lation instantanée^ du sulfure de cadmium. Voici les résul- 
tats auxquels je suis arrivé en opérant avec une solution 
renfermant 3^',62 de sulfure par litre. 



Chlorure de potassium 

Bromure de potassium 

lodure de potassium 

Cyanure de potassium . . .... 

Chlorate de potassium 

Nitrate de potassium 

Dithionate de potassium 

Sulfate de potassium 

Tetrathionate de potassium 

Ferrieyanure de potassium 

Ferrocyaunre de potassium < 



1615 

7-27 

57 

466 

1666 

iOOO 

5000 

1666 

853 

166 

100 



( 548 ) 



Chromatc de polassium . . 
Bichromate de potassiam . 
Chlorure de sodium . . . 
Hyposulfite de sodium . . 
Carbonate acide de sodium. 
Carbonate neutre de sodium 
Phosphate secondaire de sodium 
Acétate de sodium . 
Beuzoate de sodium . 
Oxalalc d'ammonium 
Chlorure de baryum. 
Nitrate de baryum . 
Dithionate de baryum 
Sulfate de magnésium 
Sulfate manganeux 
Sulfate de cadmium 
Nitrate de cadmium 
Chlorate de plomb 
Acétate de plomba. . 
Cyanure mercurique 
Sulfate d'aluminium 
Alun ammoniacal . 
Alun de chrome . 
Acide chlorhydrique 
Acide sulfurique . 
Acide acétique. . 
Acide oxalique. . 
Acide succinique . 
Acide tartrique . 
Acide citnque. . . 



< 



< 



iOO 

357 i 

2666 

98 

353 

466 

20!2 

10000 

388 

11764 

8032 

3617 

41666 

22232 

230000 

285714 

209 

147038 

20 

232338 

192377 

42333 

4807 

8000 

13 

23233 

100 

333 

266 



L'examen des nombres coDsignés dans le tableau précé* 
dent permet de tirer plusieurs conclusions. On voit d'abord 
que les sels aJcalins, c'est-à-dire les sels à métaux mono- 
valents, sont ceux dont l'énergie de précipitation est la 
plus faible. Presque tous sont sans action sur le sulfure de 




( 319 ) 

cadmium colloïdal pour une concentration inrérieure à 
ViMo- Lisais à métaux bivalents agissent à une dilution 
beaacoop plus considérable. Ainsi, tandis que le chlorure 
de potassium à moins de Vieis Q^ précipite plus, nous 
toyons que le chlorure de baryum est encore actif à la con- 
centration de Vii764- De même, la limite pour le sulfate 
de potassium est exprimée par Vieee* tandis que pour le 
solfate de magnésium elle atteint Viieee* H convient cepen- 
dant de mentionner récart que montrent à ce point de vue 
le cfaorate de plomb et le cyanure mercurique. Ces deux 
sels se comportent comme les sels alcalins. Le sulfate et le 
nitrate de cadmium sont, de tous les corps avec lesquels 
j'ai expérimenté, ceux dont le pouvoir coagulant est le plus 
éaergique; peut-étre ce fait tient-il à Panalogie de compo- 
sition qui existe entre eux et le sulfure de cadmium. Les 
sels dans lesquels entrent des métaux trivalents sont doués 
d'une énergie de précipitation beaucoup plus grande que 
les sels à métaux bi- ou monovalents. C'est ainsi que le 
sulfate d'aluminium est encore actif à l'énorme dilution 
de 7i32S5s- D^D^ l^s aluns, qui sont en somme des sels 
doubles, le pouvoir coagulant paraît être déterminé par le 
solfate à métal trivaleni qui y entre, et non par le sulfate 
alcalin. On constate, en effet, que les dilutions extrêmes 
observées pour Talun ammoniacal et l'alun de chrome sont 
respectivement V192377 ^^ V42kb3* L'action du sulfate alca- 
lin semble cependant se manifester en ce sens que, bien 
qoe très élevé, le pouvoir coagulant des aluns est inférieur 
à celui du sulfate d'aluminium. Ce fait contribue aussi à 
montrer qu'il n'existe pas de relation entre le poids molé- 
culaire d*nn sel et son énergie de précipitation. Les nombres 
fournis par le ferrocyanure et le ferricyanure de potassium 
sont intéressants. Ces deux corps ont un pouvoir coagulant 
très faible etanalogue à celui des sels alcalins. H. Schuize. 



( 320 3 

dan$ son (ravail sur le sulfure d'arsenic colloïdal, avait 
déjà mentionné ce fait et en avait conclu qu*on ne peut 
assimiler ces composés aux sels doubles. 

En général, il ressort des nombres obtenus que la nature 
de l'acide qui intervient dans la constitution d'un sel est 
sans action sur la manière dont le sel se comporte à Tégard 
de la solution colloïdale. On ne peut toutefois méconnaître 
que les différences que Ton constate entre le chlorure, le 
bromure et l'iodure de potassium, ne dépendent que des 
éléments acides, chlore, brome et iode. De même, le chro- 
mate et le bichromate de potassium, le carbonate neutre 
et le carbonate acide de sodium, montrent que le rapport 
de l'acide au métal n'est pas sans influence. Les nombres 
fournis par ces sels semblent indiquer que les sels acides 
ont un pouvoir coagulant supérieur à celui des sels nor- 
maux. 

En ce qui concerne les acides, les résultats obtenus 
indiquent qu'en général les acides minéraux agissent 
comme précipitants à des dilutions beaucoup plus grandes 
que les acides organiques. 

En somme, les faits acquis par l'étude de la coagulatîoa 
du sulfure de cadmium peuvent se résumer dans les quel- 
ques points suivants : 

V II n'existe pas de relation entre le poids moléculaire 
des acides et des sels et leur énergie de précipitation; 

2" Le pouvoir coagulant des sels est déterminé par le 
métal qui y entre : les sels des métaux monovalents sont 
les moins actifs; ceux des métaux trivalents ont la plus 
grande énergie; enûn, les sels des métaux bivalents 
tiennent le milieu entre les deux catégories précédentes» 

En général, l'influence de l'acide n'est pas appréciable. 

S"* D^ins les aluns, l'influence du sulfate à métal triva- 
lent l'emporte sur celle du sulfate alcalin; 



( 321 ) 

4* Le pouvoir coagulant des sels acides parait être 
sopérieur à celui des sels normaux; 

5* Les sels de cadmium ont une énergie de précipitation 
très grande à Tégard du sulfure de cadmium. 

La plupart des faits que je viens de signaler concordent 
avec ceux que H. Schuize mentionne dans ses recherches 
wr les sulfures d'arsenic et d'antimoine à l'état colloïdal. 

Il est donc probable que la coagulation des substances 
colloïdales est soumise à de véritables lois» dont la cause 
nous échappe encore. Peut-être» lorsque la découverte de 
ooivelles matières colloïdales aura permis d'augmenter le 
nombre des observations, arrivera-l-on par la comparaison 
des bits à connaître la raison de ces singulières propriétés 
qoe présentent les corps colloïdaux. 

Od entrevoit dès à présent que la solution du problème 
ptKirraît contribuer à étendre notablement nos connais- 
sances actuelles sur la structure moléculaire des substances 
minérales. 

En terminant, je mentionnerai que j'ai fait une série 
(fessais de coagulation avec une solution de sulfure de 
eadmiom renfermant 20 7o CdS de plus que celle dont je 
m'étais servi d'abord. Mon but était de voir si la concen- 
tration du sulfure influerait sur le mode d'action des sub-; 
stances précipitantes. Les nombres auxquels je suis arrivé 
étant tous du même ordre que ceux qui Ggurent dans le 
tabieaa précédent, il me parait inutile de les reproduire 
ici. Je crois pouvoir en conclure que la concentration du 
iolfnre de cadmium colloïdal est sans action sur la façon 
dont il se coagule. 



Université de Liège. Laboratoire de chimie générale 
de la faculté des sciences. Juin 4887. 



( 322 ) 



Sur la représenlaHon des involutions unicursales; par 
François Deruyts, docteur en sciences physiques et 
mathématiques de TUniversité de Liège. 

Dans son mémoire c Sur quelques applications de la 
théorie des formes algébriques à la géométrie » (*), M. Le 
Paige a signalé l'emploi de la géométrie des espaces 
supérieurs comme moyen d'investigation dans la théorie 
de rinvolution. Plus tard, il a appliqué ce procédé à la 
recherche des groupes communs à certaines classes d*in- 
volutions (**). Pour cela, il prend comme support des 
involutions d'ordre n, la courbe normale C. de l'espace 
à n dimensions, et il recherche la classe du lieu, enveloppé 
par les espaces plans à k dimensions, déterminés par k-hi 
points d'une involution i;. 

Plus récemment, M, Castelnuoyo (**') a retrouvé les 
principales propriétés des involutions unicursales, en 
partant de la définition suivante : 

« Soient donnés dans un espace à n dimensions E^, une 
courbe normale C„, et un espace E„_k_4 à n — k — 1 
dimensions; les oo^ espaces an — 1 dimensions, E..4, 



(*) Mémoires couronnés et mémoires des savants étrangers de FAea" 
déH^ie de Belgique, tome XLIII, 4871». 

("*) Bulletins de l'académie de Belgique, tome XI, 5« série, 4886. 

(***) Jtli dcl R. Istitulo venelo di scienzi, lettere ed arti, tome IV, 
4* série, 4886: 

Studio delt involazione sulle curoe rmzionali mediante la loro eurve 
normale dello »pasio a n dimensioni. 



f — TW" 



( 523 ./) 

passani par E^^^i marquent sur C., oe^ groupes de n 
points qui constituent une involuiion df ordre d et de 
rangk^ V ». 

H. Castblrtoyo appelle £.^^.4, espace central de Vin^ 
vûlution. 

Noos DOQS proposons d*étudîer la représentatioa des 
ÎDTolations anicursales, en partant de la définition analy- 
tique qa'on leur donne ordinairement; nous arriverons 
ainsi à retrouver, comme une propriété de ces involutions, 
ce que M. Castelndoto en prend comme la définition. 

I. — L'involution la plus générale d'ordre n et de rang 
n— 1, placée sur un support unicursal, peut se définir 
analytîqaement de deux façons (') : soit, par une forme 
n — linéaire symétrique égalée a zéro, 



aja^ttg • . . a. = , 



avec les conditions 



soit, par une équation de la forme, 

^9 ^« ••• ^9 étant des paramètres arbitraires, les fonc- 
tions a|^^* des formes binaires d'ordre n, que nous suppo- 
serons avoir pour expressions effectives 



i^*)- = ai*>xî -♦- cii*»x^r 



•-1 



<*>a:î-*x, -♦- a\tU^,. 



(') Voir, ptr exemple, les Essai* de tjéùmélrie supérienre du troi- 
sième ordre de Ai. Le Paige, 



( 324 ) 

Nous partiroDs de cette seconde déÛDition. 
CoDsidérons les n équations linéaires, 

AC) s ai*)x. H- a?)x, + ... ^ ai*>x. + aïi.x,^. = 0, 
A^«> = ai'^x, -f- ai*'x, -+- ... -f- aS?'x, -+- oiS.|X^ = 0. 

A<"^ ^ ai*^X| -♦- ai*^Xi -♦- — -♦- a^^x, -f- oi.'îJ.iX. j^ = 0; 

Tensemble de ces équations peut être regardé coaiaie 
représentant un point de Tespace E» (*); nous dirons que 
ce point correspond à Tinvolution, définie par 

/'=0. 

Nous allons voir comment, dans ce mode de représen** 
tation, nous pouvons déterminer les images des différents 
groupes de Tinvolution. Supposons que celle-ci soit décom- 
posable, l'équation qui la caractérise devient : 

f = «.(A,aL*^- -f. x^a'y^ H- ... -I- a,ar-') = 0. 
Les équations du point correspondant sont alors : 

BW=al*)«,x, + («^«1+ «S%)x, -.- ... -*. (al^, -*- aL« i«,)J:, -Haj?)«^^,=0, 
B<»>sal"^«,x, -h (a;")a,-h ai->a,)xj -+-... h- (oï^aj -HaïL,«,)x.-+-aï>a^«+, =0. 



(*) Pour abréger le langage, nous désignerons par espace E«, Tespace 

* 

a k dimensions et du premier ordre. 



I 



( 328 ) 

11 est facile de déduire de là pour les coordonnées de ce 
point : 



•— **» • *.*-•-.• • . . • -T- *.»—**. • 



Xi:x,:jr,: — :x,:XiH-i=«t • — «î «i: «! «;: — ripa, a,: ±a" 

(le signe d: selon que n est pair ou impair). 
Si nous posons ^ <=> — \ nous aurons : 

X, : X,: Xs: ••• :x,: x,^i «= X" : X""*; .•• : x: i...; 

ce qui est Téquation, sous forme normale, de la courbe 
caracléristique, C., de l'espace E.. 

Nous en déduisons ce théorème : 

Le lieu des points qui représentent les involutions d'ordre 
net de rang n — 1 décomposables, est la courbe normale de 
f espace à n dimensions. 

Tout espace EL.i, passant par le point correspondant 
i Qne involution l;|_i, définie par 

peot se représenter par Téq nation 

Cet espace coupera la courbe C» en des groupes de 
points dont les paramètres sont les racines de l'équation 









(•-IL 






0. 



Ainsif ces groupes de points forment une involution 
l!^, et la relation qui la caractérise est précisément celle 
dont le point en question est le correspondant. Ces groupes 
de points sont donc les images des groupes de Finvolution. 



( 326 ) 
II — Une involution d'ordre n et de rang A;, F;, est définie 

1 

par la relation, 

» 

, é 

Les i+l éqiialîoii8:linéaive3^ 

AW = ai*>x, ^ a?>x, -h •• -f- o^x, + a2Uac-*i = <>. 
A'H-i) = aj*+i)^^ -+- ai*^>x, HÎ^ •.- H- air*)x, -+- <i*>x,H^ « 0, 

représentent dans Tespace E« on espace E»_t_i : c'est 
Vespace central de Tinvolotion; nous dirons que cet espace 
correspond à l'involution. 

Si riûYolution est décomposable en un point Bxe et en 
une involution Ip', auquel cas son équation est 

son espace centrai sera représenté par 

B<*+^)=al*+'>a,X4+(ai*+*^-*-ai*^*»a,)x,-^...+(aL*^>a,H^^^ 

Ces équations sont vériflées identiquement si l'on sup- 
pose 



» . -."—**, • . . • -w ^•— I. 



X, rx,: .-. :x,: x,^^ ««;: — o;~"a|: — : qp «;-'«,: ±aî. 



( 327 ) 

Donc : Fespace central de toute involution (Tordre n et 
de rang k, qui possède un dément fixe^ renœntre la courbe 
Mormale de l'espace à n dimensions. 

Oo démontrerait de même que, si Pinvolotion estdécom- 
posaUe eo k' éléments fixes et en une involution i;'', son 
espace ceotral rencontre la courbe normale en k! points. 

Tout espace E..i, passant par l'espace central d^une 
iovolution lî, peut se représenter par 

Cet espace coupera la courbe C, en des groupes de 
points dont les paramètres satisfont à la relation, 

c'est-à-dire, à la même relation que Tinvolution I; pro- 

WKKKm 

III. — Si nous prenons la seconde délinilion de Pinvo- 
lolion, une IT sera représentée par n — h formes algé- 
briques n^linéaires^ égalées à zéro, 

/; = a?> <) ai*' .. oî;> =0, 
/; = «?) a?> a?^ ...a? =0, 

■ • ••• •••■• 

f,_, = air*w,-*>a;"-*^ . . <-*> = 0. 

Avec les conditions 

(p=i,2,...,n — fc). 
Pour simplifier la notation, nous représenterons les 



( 328 ; 

coefficieols de ces formes par les lettres a^\ affectées des 
indices ioférieurs, 1, S,... n-i-l. 

Nous pouvons considérer les paramètres de chacune de 
ces formes comme représentant les coordonnées d'un point 
dans Tespace E,. L'ensemble de ces points représentera 
un espace E._kh • c'est Vespace central de l'involutioo. 
Il est aisé de s'assurer que cet espace a pour équations, 



a 



(t) 



a 



(«) 



ai" 



^3 

a?» 



"■-4 «i.-4+rf 



a^-k) fj^n-k) ^n^L) ^in.L) ^^n-k^ 



= 0, 



t variant de 1 à A; -4-1. 

En partant de la, nous arriverions aux mêmes théorèmes 
que plus haut; nous ne croyons pas utile de reprendre la 
suite de leur démonstration. 

Nous pouvons, d'ailleurs, passer d'un mode de repré- 
sentation de l'involution à l'autre de la manière la plus 
simple, ainsi qu'il suit : si l'involution est définie par n — k 
formes n-linéaires égalées à zéro, on en déduit immédia- 
tement qu'elle peut se représenter par la seule relation. 



2 



t=3l 



•A I JljJl| jl^Xf ..•%A'| Xj Jl I «â I 



o'," 



a 



1») 



ai" 
a?' 



« 



(-') a'" ') 



ai" 



fj'H-k} 



a 






«l'I. 






.,(1) 
"n-k-hi 

a':ik^i 



^u~k-t- 



=0. 




( 329 ) 
Cda résalle de 4:e que nous venon» de voir. 
Supposons maiotenant qu'âne iovolution I; soit définie 
par la relation 

>.a, • -f. A^, ■ + ... -H a^+iO, " = G; 

son espace central est représenté alors par les A + l équa- 
tions 

<x, -». aï>xj-^ ... -f- a^xj^, -*- aU^^, ^ ... + a2ViX^ = 0, 

(f = 'l,2,...,)fc-*.i). 

Si nous désignons par a^, a^^^ ... a,^, n — /r paramètres, 
nu point quelconque de cet espace a pour coordonnées, 
par exemple, 

2 *^'«i+,K^,oi%...,aiV;*)) 2"*«*.,Ai^> 



*l — 


(«l^a?),..,al*+/)) - 


B^. • 


I' 




. • • 


S" 

f 


1 


• • . a 


•M-l 


(ai", «!?>,..., aiï;") 


B*+i 


*»«= «*+i 


9 




'»H — «■+« 


• 




3"* SÉRIE , 


TOME XIV. 


22 




( 330 ) 

Ce point définit dans l'espace E. une involution i;.,, qui 
a pour équation, 

j«^,A<." + a.^l« ^ ... + «^Ai"-" j PW 
H- j«^,Ai»' + «^AP> -- ... + «^.Ai-*)| P!.-«» -H ... 
■*■ i«.+.A<Ji, + a^\<S^ ^ ... ^ «^Ai55»'jPi.-'» 
- «»+.B^.P2-*-" - «»+.B„^P|r-»-«) «mhB*wP?' = o. 

en désignant par Pi*> la somme des combinaisons des n 
variables 



X, 


yi 


«1 


W| 


X, 




9 


f 

Ut 



prises A: à A:. 
Nous pouvons écrire Téqualion précédente sous la forme, 

-+- «.+1 1 Ai"-*'PÏ^-*. Ai-'>Pi-*>^... -^ Al!p,*)Pir-*)~ B^^Pl?» j =0. 

Si nous considérons tous les points de Tespace central, il 
leur correspondera un faisceau d'ordre n — k — 1 d'involu- 
lions l;;.|. Les groupes de base de ce faisceau sont précisé- 
ment les groupes de l'involution proposée; cette involution 
pourra donc se représenter par les n — A: équations 

Ai*>Pi-' -♦- Ai*)pir ') + ... -+- Ai^ps;-*) — B,+,Pir-*-'> = 0, 

A(-*)pf;) ^ Ai" - *'P>-*) + .. . + AiV/^PlT"'^ — B,+,P!?> = 0, 

c'est-à-dire, par n — k formes n-linéaires symétriques, 
égalées à zéro. 




f 331) 

D'après ce que nous venons de voir, nous pouvons 
r^rder l'espace central d'une involution I; comme étanl, 
oa bien rinterseclion de A; + 1 espaces E,..i, ou bien la 
JMicUon de n — k points de l'espace E,. C'est à ce dernier 
point de vae que nous envisagerons l'espace central dans 
la suite de ce travail. 

IV. — Lemme. Si nous prenons sur la courbe normale 
de Tespace E., n points de paramètres 



11 



^» •••» ^«j 



Fespace E._o déterminé par ces points a pour équation : 



A = 



«• 


Xt 


Zz ... Z^^i 


*î 


xr* 


>?-*... i 


>i 


iï-' 


A A * A 


K 


xr* 


• • • • 

a:* ... \ 



= 0, 



00 en développant : 

A ^ z* - ^,Pi"> H- «3Pi-^ db z,+,Pi:) = 0, 

(le signe ± selon que n est pair ou impair). 

Nous désignons par la notation Pi'^ la somme de toutes 
les combinaisons des q lettres \, X„ ..., \^ prises A: à A:. 
11 est visible que l'on peut écrire, 

^^r\z^'' z,Pi*>+z,Pi*> - ... ±z,^zm - ... 



Pour plus de facilité , nous mettrons cette formule » en 



( 332 ) 
faisant les coDventioDs nécessaires, sous la. forme, 

Il en résulte immédiatement que l'espace E^.i, déter- 
miné par k points de la courbe normale de l'espace E., 
peut se représenter dans cet espace par les n — k-hi 

équations 

Ko ==0, 

K. «0, 

• • • • 

Si l'espace E^i était osculateur à la courbe au point de 
paramètre ^, il suffirait de faire 

Nous en déduisons encore que Tespace Ea.o qui unit 
les p espaces, 

osculateurs à la courbe normale aux points, 

^1» ^> •*.» ^p» 
quand on a la condition. 



i(r, + 1) = fc, 



est représenté par n — k -hi équations 

Ko =^ U, Kj s^ Oj ,,,j K^ s^ {) „,j Kn-Jk s^ vF, 

les K, étant des fonctions non homogènes du degré kk p 
variables \, Cette fonction est du degré r(+ 1, par rapport 
à la variable \. 



( 353 ) 

Y. — De notre procédé de représentation, il résulte 
qoe, pour étudier les propriétés des groupes d'éléments de 
HoTolution unicursale la plus générale, il suffit d'étudier 
les propriétés des groupes de poiuts donnés par Tinter- 
section d*an faisceau, d*ordre k, d'espaces an — 1 dimen- 
sions» avec la courbe normale de l'espace à n dimensions. 
Noos a?ons vu aussi que l'on pouvait représenter une 
inTolution d'ordre m dans un espace E, (n> m); cette 
remarque est mile pour la recherche des groupes com- 
muns à certaines involutions. 

Comme application, recherchons le nombre des points 
oeotres d'une I;. Si nous prenons k points sur le support 
C^ d'une I; représentée dans l'espace E, par son espace 
eeniral E._j|.|, l'espace E,.i, passant par ces k points et 
par E,»^_|, est complètement déterminé. Cependant il peut 
arrriver que, par un choix convenable des k points du sup- 
port, on ait non un espace E,.| mais un faisceau d'espaces 
E^i. Dans ce cas, il est évident que les points, ainsi choisis, 
sont soumis à une loi que nous allons rechercher. 

Soient, 

^i> *t» • •• **> 

les paramètres de k points de C.. L'espace central de 
Hovolution I; peut être défini parn — k points de E., 



, «>, ••• A) ••• «* 9 



le point !^^ ayant pour coordonnées, 

af\ af\ ..., air>, oi'|,. 

L'espace E^.!» déterminé par les k points \ a pour 

équations, 

Ko=.0, K,=0, ... K.-*-=0. 



( 334 ) 

L'espace E„_o passaot par E^t et l'espace central, est 
représenté par 



Ko -*- ajK| 



-^«»-4K,.^=0, 



les n — k coefficients a étant déterminés par les n — k 
conditions 



Kî 



:-*) 



«iKl' 



— *) 



«._*Ki:.v»=o. 



en désignant par Kj,*^ ce que devient K,, quand on y rem- 
place les coordonnées courantes parcelles du point 2^*^ 

En général, les équations précédentes permettent de 
déterminer d'une façon unique les coefficients a, sauf les 
cas ou l'on aurait 



Ki«> K?> K?^ 
K?> KP K?) 



KiJL* 



Ki"-*>Kl-*)Ki-*)... KÎU*> 



= 0. 



Alors l'espace E»_i, passant par £«_« et E..^i, est indé- 
terminé du premier ordre. Pour résoudre le problème que 
nous nous sommes posé, il suffira donc de rechercher 
combien il existe de systèmes de valeurs des A: paramètres 
l qui satisfont, par exemple, aux deux conditions, 



A s (Kf ), K?\ . . , KirJi.V>, KL-Ji*!.) = 
Bs(K?), KP, . ., KSL-/r,'>, Kir:/)) =0 



. . (0 



Il est visible, tout d'abord, qu'il existe oo*~' tels 




( 335 ) 

groupes. Donnons ai — 2 de ces paramètres \ par 
exemple à )^, ^4» ... A^, des valeurs déterminées; nous dési- 
gnerons par (KJ*') ce que devient K]^^ dans celte hypothèse. 
On a, lésa, p, y, étant des facteurs constants, 

Le système (1) se transforme en 

(A) = ((Kf >) , (KP), . . , {KirË.,))=0 

(B) s((Kl?>), (K?)), ...,(Kt/»)j = 



• . 



(2) 



Recherchons combien il existe de systèmes de valeurs de 
\ et de)^ qui satisfont à (2). Remarquons que ces valeurs 
doivent dépendre de tous les points de l'espace central, et 
aniqaement de ceux-ci. Nous devons donc rejeter tout 
système qui ne satisferait pas à celte condition. Cela posé, 
1KHI8 pouvons considérer ^ + >tt et ^ \, comme définis- 
sant les coordonnées non homogènes d'un point de l'espace 
E|. Il nous suflBra donc, d'après cette remarque, de recher- 
cher le nombre X des points d'intersection des deux 
eoorbes représentées par (2). Ces deux courbes se coupent 
en (n — Ar)* points, mais le système (2) est vérifié identi- 
quement si Ton a 

(AO=((Ki^(Kn...(KL-.V-V>))-0 ) 

. . (5) 
(B.) = ((K?\ (K?)) ... (Kt/.-/>)) = ) 

Parmi les points d'intersection des deux courbes, repré- 
sentées par ces équations, il en est qui ne dépendent que 
de n— k — 1 points de l'espace central : représentons 
leur nombre par Xi; il en est d'autres, en nombre X*, qui 
ne dépendent que de n — k — 2 points de cet espace; en 



( 336 ) 
effet, (es équations (3) sont vérifiée» si Ton a 

■ (A,) s ((Ki", (Ki* ) ... (Kiziz^>)) = l 

(B.) s ((Ki'>, (KH . ~ (K':.-/_v>)) = ! ■ 

En continuant de la sorte, on arriverait à la suite 

X =. (n - fc)' - X, 
X,=(n-it— I)' — X, 



(*) 



d'où 

X=(„_jfc)«_(n_it_|)« -K (n-fc-2)*... ±1= iîî=M!L±±l . 

Nous en déduisons les résultats suivants : 

V k — â éléments arbritr aires d'une involution If 
entrent dans ("'i'^') groupes de k éléments neutres. 

^ Les groupes de n — 1 points neutres d^une involu^ 
tton Ill^i forment une involution imJ. 

3* Une involution If possède C'^') couples neutres. 

Remarque. En général, une involution 1" ne peut posséder 
d'élément neutre. Cela résulte ioiniédiatementdeséquatioDS 
précédentes. En effet, le paramètre d'un élément neutre 
doit satisfaire aux conditions 

(KT, KP ... Ki,-_.«>) « 0, 
(K^ Kf) ... Kta -= 0. 

les fonctions Kj,^^ étant linéaires par rapport à h Ces 
équations ne peuvent, évidemment, être vérifiées par mue 
même valeur de X que dans des cas très particuliers, 
l^s théorèmes que nous venons d*énoncer ont été 



( 337 ) 

dooDés par M. En. Wetr f ). Us permettent de mettre 
réqoalion d'ime involution sous une forme assez simple. 
PreooDs d'abord le cas particulier de n= 3 et de k=% 
Une involution I' peut se représenter par les points oti 
les pians d'une gerbe rencontrant une cubique gauche. Le 
roupie neutre de cette involution est marqué par les points 
où la bisécante, menée du centre de la gerbe à la cubique 
gaoche, rencontre cette courbe. 

Si donc, nous désignons par 7 ^^ 4- l^s paramètres 
de ces points, les coordonnées du centre de la gerbe pour- 
root s'exprimer par 

Xj = a|0| -♦- a^Of, 

L'équation de l'involution pourra donc s'écrire : 

OQ bien, 

M. Le Paige a trouvé celte remarquable expression 
canooique, en se servant de ses recherches sur les formes 
algébriques plurilinéaires (**). 

Daos le cas général, une involution 1;; est définie par son 
espace central; celui-ci peut être considéré comme la 
jooction de n — k points de l'espace E., 

AO AW A<"-*» 

D Ud>er involutionen n^ grades und A*" êhtfê, Sitgungsberichtê 
^Kaù. Àkademiein Wien, 4879). 

(*') MH âeW Àecademia Pontifica de' Nuwi Lineei, juin 4881, et 
CempUe rendus, mai 1881. 



( 338 ) 

D'un autre côté, si nous prenons un groupe de k points 
neutres de Tinvolution, représentée sur la courbe C., ils 
déterminent un espace E^.! qui rencontre l*espace central 
de Tinvolulion. Nous pouvons donc prendre, par exemple, 
au lieu du point Â^*^ le point B^'^ d'intersection de E^^t et 
de E..,.,. 

Si nous représentons par ^ot m^ -" J^^ '^^ paramètres 
des k points neutres et par a/', o^\ ... a!i\ des constantes, 
ce point aura pour coordonnées, 

X, = «ï'ï -f- 4*» -f. ... -♦- «l^ 



Si donc nous considérons (n — k) groupes de A: éléments 
neutres, et si nous prenons sur chacun des espaces 
correspondants un point B^'^, au lieu de regarder l'espace 
central de l'involution comme formé de n — k points A^'^ 
nous pourrons le regarder comme formé de n — k points 
B^'^. Alors, il est visible que les équations de l'involution 
sont : 

/;=2*ï^ (x, 4. (rjf>x.) (y,-*-<rjj)^,)(2r.+^îJ)^j ...(ii,-Hcr<;>ii,) =0 



/;=2«J? (xiH-J^'^x,) (t/.-H(rj?y,) (^.^(^iP-y,) ...(w, +<?{?«,) =0 






( 339 ) 

D*aprè6 ce qae doqs avons vu, cette transformation peut 
fi'effeetoer de oo*~' manières. 

VL — Une des questions les plus intéressantes de la 
théorie de Tinvolution est la recherche des éléments mul- 
tiples associés. Le problème à résoudre est le suivant : 

Combien existe-UU de groupée de n élémenls d^une invo* 
lulion Ify tels que dans ces groupes figurent p points tnul" 
Hfies f ordres respectifs 

r, -♦- 1, r, -t- 1,..., rp -+- 1, 

«9«c les conditions f 

r, -+- Tt -♦-•••-•- Tp = Ar, k -^ pS n. 

H. LsRCH (*) a trouvé que le nombre N de ces groupes 
est donné par la formule 



N«p!('*7*)n(r,^ 1). 



Noos avons retrouvé cette formule par une voie diffé- 
rente de celle qui est employée par M. Lerch; il nous 
semble intéressant de la reproduire, au moins pour le cas 
particulier de p «» S. 

Soit donc une involulion I;, représentée par son espace 
œDtral £..«_!, et la courbe normale, C.. Les équations de 
fespace à Ti + r, h- i dimensions, qui unit les deux 
espaces E^, et E,,, osculateurs à la courbe normale C., aux 



(') SUzungsberiehte des Kônigl, bôhm. GeicUschaft der Wittetuchaf' 
taiy novembre 4885. 



( 340 ) 
points de paramètres A, et A,, sont : 

K, =0, 
K, =0, 



Les K, sont des fonctions du degré ib+âà deux variables 
non homogènes \ et \, du degré r, + 1 par rapport à X., 
et du degré r, -i- 1 par rapport à )^. 

L'espace E,., qui joint l'espace, dont nous venons 
d'écrire les équations, et l'espace centrai, quand cela est 
possible, est représenté par 



Kg + 0C| K| -4- O] Kt 



-♦- «Il *-.» K,.i,,— «0, 



les paramètres a étant assujettis aux conditions : 



Ki" 
KJ" 



«.Kl" 
«.Kl»' 



«,Ki'> 
«.Ki» 



-.-«..t.,KL'l*,=0, 
+ «.-*_, K<?i* , = 0, 



(A) 



Ki-*' + «,KM + «,Ki-*>-t- ... + «.-*-,KL"-il,=0; 



nous désignons, comme plus haut, par Kj,*' ce que devient 
K^ quand on y remplace les coordonnées courantes, 
z„z„...z,^,, par les coordonnées du point A.'* 'de l'espace 
central. 

Pour que ces équations (A) soient compatibles, il fant 
que l'on ait : 

KO Kl" K?» Ki'l»., KL".»_, 

K?' Kl" K?> Kl'it., K!«». 



Ki" *-«)Kj.-»-<)K("-*-') Ki".V.V' K!r.-/r," 

Ki-*> Ki-" Ri" *' Kïr/', K!r--»1, 



0, 



( 3*4 ) 
00, ee qai revient aa même, il faut que les paramètres 
\tl\ satisrassent, par exemple, aux deux relations. 



A. 
B. 



.*-.'>^ = 



E(Ki^K?',...,KL■•..il^Kw.-.•') 

i(Ki",KJ'>,.,.,K<'_V.-,%K<:.-.^., ) 



0,1 
0.( 



Remarquons que les valeurs des paramètres, qui 
répoDdenl au problème, doivent dépendre de tous les 
points qui définissent Tespace central et uniquement de 
ceax-ci. 

Cela posé, nous pouvons considérer les deux équations 
préoédentes comme reprësentant, en coordonnées non 
bomogènes» deux espaces à une dimension et de Tordre 
(it+ 2y (n — A: — 1), ces deux espaces étant situés dans 
an même espace E,. On peut s'assurer Tacilement qu'ils 
ont en commun les éléments suivants, étrangers à la 
qoesUon : 

1* Deux espaces nuls d'ordres (r^ + 1) (n — k — 1) et 
(r, + l) (n — k — 1), situés sur Tespace Et à Tinfini de E,. 

2* L'intersection des deux espaces à une dimension dont 
les équations sont : 

B. = (Ki% Kl%...Ki:r/r/>, Ktit?') = 0; ) 

parmi les points d'intersection de ces espaces, il en est qui 
dépendent, en effet, uniquement des coordonnées de 
n — k — 2 points de l'espace central; soit N, le nombre 
de eenx-ci et d'autres en nombre N, qui dépendent de 
n-^k — Z points de l'espace central, nous aurons : 



N. = 2(n -H i)(r, + i)(fi - *-«)« — N„ 




( 342 ) 
de même 

N, =2(r,-Hl)(r,-^ \)(n — k^^f — N^ 
de sorte que, 

N«!2(r,+ l)(r,-Hi)|(n — i-l)«-(n-*— 2)'-H...=fcl(, 

OU 

tn — k){n — k — i) 
iN = 2(n -^ i)(r. + 1)^ ^^-^ î, 

ce qui est bien la formule de M. Lergh. 

Dans le cas général, les calculs devenant assez compli- 
qués, nous nous bornerons à indiquer la marche de la 
démonstration. 

On écrira les équations de l'espace E^^p^,, formé par la 
jonction des p espaces, 

osculateurs à la courbe normale aux points de paramètres 

On en déduira l'équation de l'espace E._,, passant par 
Ei+p^t et par l'espace central de Tin volu lion, en fonction 
de n — k — p paramètres non homogènes qui doivent satis- 
faire k n — k équations linéaires. Pour que celles-ci soient 
compatibles, il faut qu'un déterminant multiple, formé de 
n — k — p + 1 colonnes et de n — A rangées, soit nul. Le 
probème revient donc à chercher combien il existe de sys- 
tèmes de valeurs des paramètres X qui annulent ce déter- 
minant multiple. Or, celui-ci peut être considéré comme 
représentant, en coordonnées non homogènes, dans l'espace 
Ep, l'intersection des p 4- 1 espaces, E{r_\, à p — 1 dimen- 
sions et d'ordres P'=={n — k — p -h 1) (* -h p). 



( 343 ) 

Oo remarquera que ces espaces oui en commun les 
éléments suivants : 
1* p espaces Ep_«, multiples d'ordres respectifs 

{n-k — p^\)(r,-^i\ 
(n — * — /)+ i)(r, -H i), 



ces éléments sont situés dans l'espace Ep_i à l'infini de 
l'espace Ep. 

2* La partie d'un espace à p — 2 dimensions et dont 
l'équation s'obtient en retranchant du déterminant mul- 
tiple primitif p — 2 rangées; cette partie ne dépend que 
de n — k — 2 points de l'espace central. 

On cherchera l'intersection des p espaces E^ii, en faisant 
abstraction des points, situés sur les éléments que nous 
Tenons d'énumérer, et on retrouvera la formule de M. Lerch. 
Noos pouvons donc énoncer les théorèmes suivants : 

i* Les espace an — 1 dimensions^ qui passent par les 
espaces à k dimensions, osculateurs à la courbe normale de 
tespace à n dimensions, enveloppent un espace an — k 
dimensions et déclasse (n — k) (k + 1). 

Nous entendons par classe d'un espace an — p dimen- 
sions, enveloppé par des espaces plans E..|, le nombre de 
ces espaces E..i, qui passent par un espace plan E..^_,. 

2* Les espaces an — 1 dimensions qui passent par les p 
espaces E^ à Ti dimensions, 

(i = i, 2, .. . /»; 2 ('•. -*- i) = * -*- p), 

(^culateurs à la courbe normale de l'espace à n dimensions, 
enveloppent un espace an — k dimensions et de la classe 



.■("7')n(n*'). 



( 344 ) 

VH. — Si nous considérons la courbe normale de 
l'espace E., par un point extérieur P, nous pourrons lai 
mener n espaces E._, osculateurs. L'espace an — 1 
dimensions, qui joint les points de contact, s*appelle espace 
polaire du point P. 

Réciproquement, si Ton considère les n espaces E..,, 
osculateurs aux points où un espace E'..i rencontre la 
courbe C., Tintersection de ces espaces est le pôle de 
l'espace £',.4. 

Recherchons l'équation de l'espace polaire d'un point 
de coordonnées 

Oi, Of, ... fl„ 0«-|-|. 

Les points de contact des espaces osculateurs, issus de 
ce point, sont donnés par les racines'de l'équation, 

«1 — UJ iOi-^ (2) ^^"^ ^ u) ^"^«+« = ^' 

(le signe ± selon que n est pair ou impair). 

L'équation de Tespace E,^, passant par ces points est 

z, — z, pf^ -+. z, pf ) - . . . =fc i,^.. Pir> = 0, 

or, 

(ï) "- (2)^"-' 

donc l'équation de Pespace polaire est 

a.+, s,, j^j o, Zi-h f ^ j a^_i Zz ± f "j a, z^j » 0. 



( 3^5 ) 
Réciproquement, les équations du pôle d'un plan de 
l'espace E., 



(ont 



6, «I -♦- 6a zj -h ••• -4- 6,+4 jj,^4 = 0, 



^» . ««+1 



i:) C) (?) (:;) 

Nous pouvons en déduire ce (héorème : 

L'espace polaire d^un point (Vun espace à n dimensions 
posée par ce points et le pâle d\in espace au — 1 dimen^ 
siens est situé dans cet espace quand n est impair. 

Ou, ce qui revient au même: 

Les points multiples d^ordre n d'une involution l^.i 
forment un groupe de cette involution^ quand n est impair. 

Ce théorème est dû à M. Lk Paige. 

En parlant de là, on en déduirait des théorèmes i>ur les 
involutioos conjugées et par suite des théorèmes sur les 
courbes normales, analogues à ceux que M. Appell (') a 
donnés pour les cubiques gauches, notamment sur les 
espaces axiaux et diamétraux de ces courbes. On en tirerait 
encore des propriétés analogues à celles des complexes 
linéaires de droites de Tespace E,. Nous espérons pouvoir 
revenir sur ce sujet. 

(*) Appell. Sur le» propriélés des cubiques gauches et le mouvement 
kélieoidal d'un corps solide, (Annales de TÉcole normale supérieure, 
8* série, tome V.) 

3"* SÉRIE, TOME XIV. 23 



( 34G ) 



Descriptions de quelques Cucurbitacées nouvelles ; par 
Alfred Gogoiaux, professeur à TÉcole normale de l'État 
à Verviers, et vice-consul de TEmpire du Brésil. 

Depuis la publication de notre Monographie générale 
des Cucurbitacées dans les Monographiœ Phanerogama^ 
rum de M. de Candolle, en 1881, nous n'avons cessé de 
rassembler des matériaux pour compléter ce travail. Nous 
avons déjà publié quelques-uns de ces matériaux antérieu- 
rement ; aujourd'hui, nous décrivons quatorze espèces et 
plusieurs variétés inédites, provenant de diverses régions 
d'Amérique, d'Afrique et d'Océanie. 

Dans le but de faciliter les comparaisons, nous avons 
eu soin de rédiger nos diagnoses et nos descriptions exac- 
tement sur le même plan que celles des espèces du même 
genre dans notre Monographie générale. En outre, nous 
avons indiqué, autant que possible, la place que chaque 
espèce nouvelle doit occuper dans l'ordre systématique, et 
nous avons signalé les principales différences qui la 
séparent des espèces affines. 

Nous espérons être parvenu ainsi à caractériser nette- 
ment ces diverses espèces, afin qu'aucune d'elles ne reste 
obscure. 

f • Tricliosantlies Huelieri Cogn. sp. nov.; foliis ambitu ova- 
tis, supra punctato-scabris, subtus glabris laevibusque, usque 
ultra médium 3-sub-5-Iobatis, lobis oblongo-Ianceolalis, acutis- 
simis, margine remolissîme minuteque denticulatis ; floribus 



( 3-^7 ) 

ffloooicis, brevissiroe raccmosis subfasciculalis, longe pedicel- 
htis, ebractealis ; seminibus valde turgidis, longitudinaliler 
zooa crassissime circumvallatis, unilocularibus. 

Rami gracilJimi, ramalosi, sulcati, glaberrimi, lacvcs. Petio- 
las graeillimus, striât us, glaber vel sparissîme brevitcrquc 
asperus, 5-4 cm. longus. Folia tenuîter membranacea, supra 
beleTiridia et albo-punctatajsubtus paulo pallidiora, i 1-15 cm. 
looga, 8-iO cm. lata, lobo iotermedio longîore, adbasim levî- 
trr coDstrîclo ; sinus înter lobi angusti, obtusi, basilaris 
sobrectangulariSy i Vs~^ Vs ^^' profondus. Cirrhi salis gra- 
ciles, eloDgati, angulato-sulcati, glaberrimi, bifidi. Pedunculus 
commanis masculus multifiorus, i-4 mm. longus; pedicellli 
patnii, capillares, glabri, i-i '/g cm. longi. Flores perfecii 
ijpsoti. Fructus subscssilis, pallidus, ovoidcus, teres, basi 
sttbtruncatus, apice oblusus, 5 cm. longus, 1 ^j^-jt cm. crassus. 
Semina sordide cincrea, vix rugulosa, basi obtuse attcnuata, 
7 mm. longa, 4 mm. la la, 5 mm. crassa. 

HabitatinQuesIandAustralia (coU.Palmer et co mm. Cl. baron 
F. TOD Mueller). 

Cette espèce fait partie de la curieuse section du genre 
à graines presque en forme de marteau, dont Gaerlner 
avait d^abord formé le genre Cucumeroïdes ^ nom que 
H. Naudin a changé beaucoup plus tard en Platygonia. 
Elle est assez voisine du T. Himalensis G. B. Clarke, qui 
s*eD dislingue nettement par la villosité recouvrant pres^ 
que tous ses organes^ et par ses fleurs mâles munies de 
bractées. Toutes les autres espèces de la même section 
diflerenl des deux précédentes par leurs graines pourvues 
de deux grandes loges latérales vides. 

Nous dédions cette espèce au célèbre explorateur de 
l'Australie, M. le baron von Mueller, de Melbourne, de qui 
nous Tavons reçue en 1886. 



( 348 ) 

9. Eureiandra Balfourii Cogn. sp. nov. caule glabro; pctîolo 
brevissime sparscque puberulo demum glabro; foliis ulrinque 
brcviter sparseque asperis demum albo-callosis, plerumque 
Icviter 5-5-lobatis, lobis saepius triangularibus, apice sub- 
acutis; floribus pro génère parvis, masculis brevissime racemc- 
sjs subfasciculatis; calycis tubo late infundibuliformi subcam- 
panulato ; staminum filamentis glabris; ovario oblongo; fructu 
ovoideo-subfusiformi, apice longiuscule acutequc rostrato. 

Caulis graciliSy angulato-sulcatus, lacvis, cinereus. Petiolus 
satis gracilis, striatus, laevis vel demum interdum levîter 
rugosus, 2-6 cm. longus. Folia tcnuiter membranacea, ambîtu 
ovata, supra laete viridia, subtus paulo palHdiora, 8-15 cm. 
longa et fere totidem lata, rariu&fere usque ad médium lobata, 
]obis margine undulato-crenulatis, mediano paulo longîore, ad 
basim non constricto;sinus basilaris subrectangularis, 1 ^i-^ cm. 
profundus latusque. Cirrbi graciles, elongati, teretcs, glabri. 
Pedunculus communis masculus gracilis, sulcntus, leviter 
puberuhis, mulliflorus, ^If5 cm. longus; pedicclii filiformes, 
recti, puberuli, i 7t~^ ^^' longi. Calycis tubus puberulus, Ion- 
giludinalitcr tenuissime nervosus, superne satis dilatatus« 
inferue longiuscule attenuatus, 5-6 mm. longus et apice toti- 
dem latus; segmenta lincarin, 6-7 mm. longa, i Vt '^^^' ^^^^' 
Corolla subglabra,segmenlisovato-oblongis, aeutis,d-5-nerviis, 
margine brevissime ciliatis, i </, cm. longis. Staminum fila- 
menta ad basim non dilatata, "2-0 mm. longa; antberae bilocu- 
lares leviter lobatae, 4 mm. longac, 5 mm. latae. — Flores 
feminei solitarii vel rarius geminati. Staminodia lanceolata, 
puberula, i '/, mm. longa. Stylus subfiliformis, 5 mm. longus. 
Pedunculus fructiferus satis gracilis, Icvitor flcxuosus, i-5 cm. 
longus. Fructus glaber, leviter verrucosus, inferne leviter 
atlenuatus obtusus(|ue, 5 cm. longus, '2 cm. crassus. Scmîiia 
(immatura) ovoidea, Icviler compressa, distincte marginata, 






( 349 ) 

atrioqae laevia, basî minute bidcnticulata, 7 mm. longa, 
4-5 mm. lata. 

Habitat in însula Socotra ad altit. âOO-700 m. ubi dicitur 
c Dachschana > vel « Dichschani > (B. Balfour, n. 181; Scbwein- 
furth^expcd. Riebeck, ann. 1881, n. 502, 541, 640 et 747). 

En 1882, nous avons reçu de M. le professeur Bayley 
Balfour, de Glascow, tous les exemplaires que nous citons 
id de cette espèce; comme nous les lui avons retournés 
après avoir rédigé la description ci-dessus, nous ne pour- 
rions citer avec certitude quelles sont les collections 
pobliqoes où elle se trouve aujourd'hui. 

Il est facile de distinguer TE. Balfourii des deux autres 
espèces du genre. Voir Monogr. Phaner., III, pp. 415-416. 

t. C^iavxia ampla Cogn. sp. nov. foliis amplis, ovato- 
cordalis, apîce acutisstme et breviuscule acuminatis, margine 
vil undulatis, utrinque tenuissime valde rcticulatis et ad ner- 
Tos brcvissime puberulis caeteris glaberrimis ; racemis mascu- 
lin folio brevîoribus, pedicellis apice vel subapicc bracteatis; 
olyceleviier furfuraceo praecipue ad apicem. 

Peiiolus robustus, striatus, dcnsiuscule furfuracco-puberu- 
lus,4-6 cm. longus. Folia membranacca, supra intense viridia, 
sublos paulo pallidiora, S4-30 cm. longa, 18-21 cm. lata; sinus 
basilaris anguste subrotundatus, 6-8 cm. profundus, â-4 cm. 
ialus; nervi latérales imum sinum marginantfs. Pcdunculus 
oommonis masculus robustus, profunde striatus, subglaber, 
^operne tanlum floriferus, 14-16 cm. longus ; pcdicelli crecto- 
patoli, robustiusculi, brevissime puberuli, 5-8 mm. longi. 
Braeieae Hnearcs, flexuosae, rigîdiusculae, dense furfuracco- 
paberolae, 8*14 mm. longae, sacpius vix 1 mm. latae. Caljxis 
Uibos ieviter 10-costatus, ad basim paulo inflatus, apîce satis 
dilatatas, fere 1 cm longus, inferne 5 mm. ad médium 






1 



i */2-2 mm. apice 7-8 mm. latus; ]imbus remolissime minute 
acutcque dentîcu latus. Pelala ut videtur flava, late obovala » 
satis asjmmetrica, plus minusve inaequalia, tenuiter mem- 
branacca, grosse T-O-iiervin, inlus glnbra, exlus tenuîssime 
sparsequc punctato-furfuracea, apice subtruncata el longîus- 
culc arislato-apiculata, 5-4 cm. longa, 2-3 cm. lata. Slamîna 
ori calycis inserta, filamentis brevîssimis; antherae liberac, 
bilocularcs 7-8 mm. longne, b mm. latac. Pislillodium nullum. 
Rami cirrlii flores feminei et fructus îgnoti. 

Habitat in Gabonia 20 sept. i884 (D' R. Bûttner, n. 20 in 
herb. Bcrol.). 

4. Cogniauxia coniîfolia Gogn. sp. nov. foliis pro génère 
parvis, ovato- corda lis, apice acuiis, margiiie undulato-suberc- 
nulatis, utrinque tenuissime valde reliculatis, supra ad nervos 
vîx puberulis caeteris glabris, subtus brevissime et densiuscule 
puberulis; cirrhis bifidis; racemis masculis folio multo longio- 
ribus, pedicellis sub apice bracteatis; caJyce dense furfumceo- 
puberulo. 

Rami satis graciles, sulcati, leviier furfuraceo-pubcruli. 
Petiolus satis gracilis, obscure angulatus, brevissime denseque 
puberulus, 2-3 cm. longiis. Folia rigidiuscula, supra laete viri- 
dia,subtus cinerea, 9-11 cm. longa, 6 Vt-9 cm. lata; sinus basi- 
laris auguste subrectangularis, 2-3 cm. profondus, */|-2 cm. 
latus; nervi latérales imum sinum marginantes. Girrhi robus- 
tiusculi, elongati, sulcati, leviter, furfuraceo-puberuli. Pedtin- 
culus communis masculus robustiusculus, profundus cule stria, 
tus, brevissime puberulus, fere usque ad médium floriferus, 
I </s-2dm. longus; pedicelli erecto-patuli, satis graciles, leviter 
puberuli, 10-14 mm. longi. Bracteae lineares, arcuatae, rigt- 
diusculae, dense furfuraceo-puberulae, 6-8 mm. longae, vîx 
1 mm. latac. Galycis tubus obscure 10-costatus, infernc vix 
incrassatus, apice abrupte dilatatus, 1 f*ltcm. longus, ad medum 



( 351 ) 

1 7< ^t ad apîcem 4-5 mm. latus. Pctala lutea, obovala, sati^ 
asjmroetrica, paulo inaequalia, tenuiter membranacea, grosse 
3-5-neryia, intus glabra, extus deosiuscule punctato-furfuracea, 
apîce sobacula et longiuscule apiculata, â cm. longa, 11-14 mm. 
bu. Slamina ut in C, ampla. Flores feminei et fnictns ignoti. 

Htbitat in Gabonîa, 11 august. 1885 (D^ R. Biittner, n. 19 in 
herb. Berol.). ' 

Le genre Cogniauxia^ décrit par M. le professeur Bâil- 
lon en 1884 (in Bull. Soc. Lin. de Paris, n« 53, p. 423; 
BisLdes PL, VllI, pp. 409 et 446), vient se ranger natu- 
rellement à la suite des Eureiandra. L'espèce décrite som* 
mairement par M. Bâillon, le C. podolaena, originaire 
également du Gabon où elle a été découverte par le 
P. Duparquet en 1863, diffère des deux espèces que nous 
veooDS de décrire par ses feuilles cordées^haslées et par 
ses bractées se détachant du milieu du pédicelle et non du 
sommet. En outre, elle se distingue du C. atnpla par ses 
grappes florales plus longues que les feuilles, et du C. cor^ 
difolia par ses vrilles simples. 

On sait que le. pollen est loin d'élre de structure uni- 
forme chez les Cucurbitacées; dans ce genre, il est relati- 
îement assez gros, globuleux, lisse, à peine marqué de 
trois sillons obscurs, et à déhiscence poricide. 



&• GteciBia Buttaeriana Cogn. foliis breviter pctiolatis, ova- 
tis, basi profunde emarginato-cordiformibus, apice longiuscule 
aeuteque acuminatis, marginc levlter angulato-sublobulatis et 
Kmotissime minuteque denticulatis, utrinque glabris laevi- 
busqae et sub lente tenoissime punctulatis; cirrhis simplici- 
bus; raceniis masculis apice 8-25-floris, petiolo paulo longio- 
ribus; calycc glabro, dcnlibiis ovatis, erectis. 



( 352 ) 

Gaulis gracillimus, sulcatus,glaberrifnus,1aevis,leviter ramo- 
8U8. Petiolus gracilis, aogulato-striatus, glaber, 1-2 cm. longus. 
Folia membranacea, supra laele viridia, sublus paulo palli- 
dîora, basi trincrvia, 7s'^ ^^- longa, 5-6 cm. lala; sinus basi- 
laris angustus, imum obtusus, 1-1 7* cm. profoodus; nervi 
latérales bifidi, imum sinum marginantes. Cirrhi filiformes, 
elongati, obscure angulati, glabrl. Pedunculus communis mas- 
culus gracilis, leviter slriatus, glaber, 1-4 cm. longus; pedi- 
celli ercclo-paluli, sulcati, capillares, glabri, 1-1 '/t cm. longi. 
Calycis tubus subpateriformis, 4-9 mm. latus; dentés aeutius- 
culi, 1 7s-2 mm. longi, basi 1-1 '/t ^^' l&ti. Corolla 6-8 mm. 
longa,ulrinque tenuisslme furfuraceaysegmenlis ovato-oblongis, 
5 nerviis, acutis, non ciIialis.Slaminum filamentn in oolumnam 
coalila, ù mm. longa ; capitulum antberarum snbglobosum, 
2 mm. crassum. Flores feminei et fructus ignoli. 

Habitat in Gabonia, seplemb. 1884 (D' R. Butiner, n. 18 ia 
berb. Berol.). 

Cette espèce doit se placer à côté du C. jalrophaefolia 
Cogn. (Monogr. Phan., III, p. 558), originaire d*Abyssinie, 
qui en diffère beaucoup par ses feuilles divisées presque 
jusqu'à la base en cinq lobes très étroits, et par plusieurs 
autres caractères. 



•• Apodanthera crispa Cogn. monoica; foliis mediocribus, 
breviter petiolalis, lalioribus quam longis, ferc usque ad 
médium 3-S-lobatis, supra brcvissime subsparseque piloso- 
scabris, subtus densiusculc breviterque villoso-birtellis; cirrbîs 
ad basim trifidis; racemis masculis 4-8-floris; calyce -densius- 
cule breviterque villoso-birlello, tubo subcylindrico, ad basim 
subtruncato non dilatato, dentibus tubo dimido brevioribus. 

Radix carnosa, ut videtur 3-5 cm. crassa. Rami salis 



( 553 ) 

robasti, sulcati, brcviicr sparseque pilosi. Petiolus robustus, 
m striatus, densiuscule breviterque vîlloso-birlellus. 2-3 cm. 
kmgus. Folia rigidhiscula , 'margine plus minusve crispa la, 
^oprayiridi-cînerea, subtus canescenti-cinerea, 2-5 cm. longa, 
3-6 cm. lata, lobis uodulato-crenulatis; nervi robusti, subtus 
leriter prominentes ; sinus basilaris latissimus, parum pro- 
fondus Cirrhi graciles, brevissimi, compressi, subsparse 
pilosi. Pedunculus communis masculus salis robustus, striatus, 
densiuscule breviterque pilosus, 2-4 cm. longus; pedicelli 
erecto-palnli, %-{ 7» cm. longi. Bracteolae subulatae, ereclo- 
palulae, Iiirtellae, 3-5 mm. longae. Calyx cinerco-fuscus; tubus 
sd apicem leviter dilatatus, 8-9 mm. longus, ad médium 3 et 
adapicem 5-6 mm. latus; dentés lincari-subulati, erectî, basi 
Talde remoti, 4-5 mm. longi Petnla ovato-oblonga, aculîuscula, 
sabenervin, brevissimc denseque pubcrula, 1 '/a cm. longa. 
Pedunculus femîneus 3-4 cm. longus, robustus, levîter striatus. 
Ovarium obiongum , breviuscule denseque villoso-birtellum, 
i cm. longum. Fructus (immaturus) obovoideus, carnosus, 
4 cm. longus, 2 Va cm. crsssus. Semina pcrfecla ignol». 

Habitat in Mexico ad San Luis Potosi, ann. 1879 (SclinfTner, 
n- 587 in herb. Bcrol.). 

L'.4. crispa a Taspect des A. undulala A. Gray et 
A.Buraeavi Cogn., entre lesquels il doit se placer. Il se 
distingue sans difficultés de ces deux espèces : VA.undulata 
a les feuilles beaucoup plus grandes et presque entières, 
le calice légèrement dilaté à la base, à dents 5-4 fois plus 
tartes que le tube; VA, Buraeavi a les feuilles aussi longues 
que larges, W.s vrilles bifides, le calice tomenteux^ insensi'^ 
blemeièt nlfénué en pêdicelle A In base. 



( 3o4 ) 

9. Wilbrandia GlazioTÎi Gogo, dioica?; foliis ]ongiuscuIe 
petiolalis, ambitu laie suborbicularîbus, supra brevissime sub- 
sparscquc piloso-scabriusculis, subtus brevissime denseque 
pubescentibus, plus miousve lobatis vel subintegrîs; florîbus 
masculis parvis, in spicas densiusculas brevissimas ad apicem 
pedunculi coramunis foliis paulo brevioris dispositis; bracteîs 
nullis ; calyce leviter pubescente, dendbus erecto-patulis, 
anguste ovato-triangularibus, lubo 2-5-pIo brevioribus. 

Caulis robustusy leviter sulcatus, subglaber. Petiolus brevis- 
sime puberulus, slriatus, 3-6 cm longus. Folia tenuiter mem- 
branacea, 10-14 cm. longa, 12-16 cm. lala, supra laete viridîa, 
subtus viridi-cinerea, margine minute remoteque spinuloso- 
denticulata ; sinus basilaris subrectangularis, 2-3 cm. latus, 
1 7s-S cni- profondus ; nervi latérales bi-trifidi, imum sinum 
marginantes. Cirrhi robusli, longissimi, basi leviter incrassatî, 
striati,subglabri Pedunculus communis masculus10-15-florus, 
gracilis, striatus, glaber, 7s*^ <1™- longus, ab 1-3 cm. florife- 
rus. Calycis tubus anguste obconicus, 4-5 mm. longus, apice 
â-27î mm. latus ; dentés pallidi, 1 Vf^ ™na- longi, 1 mm. lati. 
Petala imperfecte evoluta extus brevissime puberula. Flores 
feminei et fructus ignoti. 

Var. a, subintegri folia. 

Folia 5-aiigulata vcl leviter trilobata. 

Var. p, lobata, 

Folia usque ad médium 5-lobata, lobis acutissimis vel suba- 
cuminatis, mediano oblongo, lateralibus anguste triangula- 
ribus. 

Habitat var. a, in littore maris ad Gavia prov. Rio de Janeiro, 
decembr. 1878 (Glaziou in herb. Warming). — Var. p. in prov. 
Rio de Janeiro (Glaziou, n. 1:2109, in licrb. Eiclilor et War- 
ming). 



( 355 ) 

CelCe espèce n'a de rapports qu'avec le W. ebracteata 
Cogn., qui s*en dislingue facilement par ses feuilles pres^ 
que glabres en dessous et par les dents du calice élalées, 
lûncéolées^lin éaires. 



%. Helotliria (Eumelothria) Papnana Cogn. foliis brevius- 
cule pefiolalis,integris,ovato-oblongis, ufrinque glabris, supra 
ininutlssime sparseque punctatis, subtus laevibus, basi rotun- 
dalis vel subtruncatis, apice breviuscule acuminatis, margine 
subÎQlegerrimis vel inferne minute remote acuteqne denticii- 
laiis ; florîbus feniineis longissime pedunculatis ; fruetu 
oblongo, basi rotundato^ apice acutiuscule breviterque apicu - 
lato; seminibus obscure mai^inatis, utrinque tenuissime scro- 
biculaiis. 

CauHs gracilis, angulato-ramosus, glaber, laevis. Peliolus 
sabfiliformis, glaber vel vix puberulus, striaius, 1-2 cm. lon- 
gas. Folia membranacea^ tenuiter 5-nervia, supra laete viri- 
dia, subtus satis pallîdiora, 6-10 cm. longa, 4-5 cm. lata. 
Cirrhi graciles, brcviuseuli, obscure angulati, glabri. Flores 
masculi ignoti. Flores fcminei solilarii; pedunculus filiformis, 
glaber, angiilato-sulcatus, 6-10 cm. longus. Cnlyx supra ova- 
rium laie cupuliformis, tenuissime furfuraceo-puberulus ; 
dentés lineari-subulatî,2 mm. longi. Corolla brevissîme villosa, 
segmeotis erecto-patulis, triangulari-lanceointis, acutis, 5-ner- 
vits,cireiler i cm. longis. Ovarium auguste oblongum, superne 
loogiuseulc attenuatum, vix furfuraceum. Fruclus 2 V« ^™« 
loogus, \ cra. crassus. Semina canescentia, 5 mm. longn, 
4 mm. lala, 1 */< mm. crassa. 

Habitat îu ^ova-Guinea ad Strickland River (coll. Bauerlen 
et eomm. Cl. baron F. von Mueller). 



,350, 

Quoique nous n'ayons pas vu les fleurs m&Ies de cette 
espèce, nous croyons pouvoir parliculièremenl la rappro* 
cher des M. Grayana Cogn. et Jlf. Peneyana Cogn. 
{Monogr. Phan.^ III, pp. 591 -592) ; mais tous les deux ont 
les fleurs femelles brièvement pédonculées et les graines 
lisses. De plus, le M. Grayana, qui eu a presque le pori, 
s'en dislingue encore par ses feuilles assez profondément 
échancrées à la base et son fruit obtus aux deux extrémités^ 
et le M. Peneyana, par ses feuilles cordées^eltoîdes. 



tr. Helothria (Eumelothria) sulipelliicida Cogn. foliis tenui- 
ter mcmbranaceîs subpellucîdis, laie ovalo-subcordiformibus 
▼el înlerdum subdelloideis, levîter 3-sub-5-Iobali$, basi levi- 
ter latissîme emarginalis, supra vix pilosulis su blaevi busqué, 
subtus ad nervos brevissimehirtelliscaeterissparsepunctulato- 
scabriusculis; racemis masculis paucifloris, petiolo longiori- 
bus; calyce campanulato, denlibus minulis, basi rcmotis, 
linean-stibiilalis. 

Caulis siibGlîforrais, angulato-sulcatus, pallîde vîrîdis, vix 
brevissîme puberulus. Peliolus gracilis, striatus, leviler pube- 
rulus, 3-4 cm. longus. Folia supra saturate yiridia, subtus laete 
viridia, margine minutissime remoteque subulato-denticulata^ 
5>8 cm. longa, 6-9 cm. lata, lobis aculissimis; sinus basilarîs 
lato subrolundatus, vix i cm. profundus, 3-4 cm. latus. Cîrrhi 
filiformes, elongati, sulcati, vix puberuli. Pedunculus commu- 
nis masculus filiformis, sulcatus, puberulus, 3-6 cm. longus, 
apice 8-15-florus; pedicelH patuli, capillares, leviter flexuosî, 
sub lente pilis bre\issimisramosi$ densiusculeveslîiî,i-i'/scm. 
longi. Calyx siccilate fulvus, leviler puberulus, basi obtusus, 
1 Va mm. longus latusque. Corolla subglabra, ut videtur 
3 mm. InlA. Flores fcminci et fructus ignoti. 

Habitat in Aiistralia ad Endeavour River (coll. Perseih et 
comm. Cl. baron F. von Muellcr). 



( 357 ) 
Nous sotipçoDDons que cette espèce pourrait bien venir 
se ranger dans le voisinage du M. marginala Cogn. 
{Monogr. Phan.^ III, p. 593) ; mais en l'absence des fleurs 
Temelles, du fruit et des graines, nous ne pouvons rien 
d&rmer. 



. M. Mflotkria celebiea Cogn, io Monogr, Phaner,^ III, 
I>.6i5. 

Var. p, villosior. 

Caolis breviter denseque villoso-hirlellus. Folia utrinque 
cancseentia vel canescenti^cinerea et densissime breviuscu- 
leque Tilloso-subtomentosa praecipue subtus. Cirrhi longius- 
culi, breviter denseque viiloso-birtclli. 

Habitat in Âustralin ad sinura Carpenlaria (F. von Mueller). 

L'exemplaire que nous possédons de cette plante, reçu 
Taonée dernière de M. le baron F. von Mueller, est assez 
iDcomplet; il est accompagné de frugments de fruit et de 
graines qui paraissent identiques à ceux du M. Celebiea, 
mais il ne porte pas de fleurs bien développées. Nous 
sommes assez porté à croire que lorsqu'on pourra en étu- 
dier des exemplaires suffisamment complets, il faudra 
rélever au rang d'espèce distincte. 

11. KcdrostîsBofhmiiCogn. foliis longe petiolatis, utrinque 
subtilissime puberulis praecipue subtus, ambitu suborbieula- 
ribos^asque ad médium trilobatis, basi profunde emarginatis, 
apiceobtusis et longiuscule mucronatis, margine minutissime 
remotequesubulato-denticulalis; racemis masculis petiolo vix 
longioribus; calyce densiuscule brevilcrque villoso-hirtello, 
deotibos oblongis, tubum aequanlibus; fructu sessili, ovoideo, 



( 338 ) 

parvo, Jonge roslrato, brevissime et densiuscule puberulo, 
oligospermo. 

Gaulis gracilis, leviter ramosus, angulato-sulcalus, levissime 
villoso-hirlellus, clongatus. Petiolus gracilis, strîalus, Tix 
puberulus, 3-5 cm. loogus. Folia tenuiter membraoacea, 
ulrinque laete viridia, 7-11 cm. longa, 8-iâ cm. lata, lobis 
ovatis, basi plus minusve constrictis ; sinus intcr lobos sae- 
pius angusti, oblusi, basilaris subrotundatus, 1-2 cm. profun- 
dus. Cirrhi graciles, elongati, sulcati, brevissime leviterque 
puberuli. Peduncuhis commuais masculus subfiliformiSy sul- 
catus, subrectus, puberulus, 5-6 cm. longus, apice 5-8-florÎ8; 
pedicelli capillares, patuli, recti, 1-5 mm. longi, ebracteolatL 
Calycis tubuscampanulato-ovoideus, basi subtruncatus,superne 
salis conslriclus, 1 '/a >nin. longns, 1 mm. Inius; dénies erecii, 
1-1 '/s ^^' longî- Flores feminei solilarii veJ rarius gcminati. 
Fructus densiuscule breviterque puberulus, 5-8 mm. longus, 
4-5 mm. crassus; rostrum rectum , anguslissinium, 4 mm. 
longum. 

Habitat in Africa oricntaii ad Kakoma, 27 januar. 1881 
(R. Bôhm, n. 5 a in herb. Berol.). 

Celte espèce doit être rangée à la suite du K. roslrala 
Cogn. (Monogr. Phaner., III, p. 656), plante indienne qui 
en diffère par ses feuilles brièvement pétiolées, entières, 
arrondies au sommet, les dents du calice subulées^ quatre 
fois plus courtes que le tube, etc. 

19. Cayaponia (Eucayaponia) ilmeldeana Sald. et Cogn. 
foliis supra densiuscule brevissimeque hirtellis et longiuscule 
sparscquc setulosis, subtus breviuscule denseque hirtellis 
praecipue ad nervos, ambitu ovatis, fere usquc ad médium 
trilobatis, basi profundc nngusteque emarginalis; cirrhis 



( 3o9 ) 

34-fidi$; ealyee breviter dcnseque villoso-tomentoso, segnien- 
tb ereclis, coooiveniibus, lioeari-lanceolatis, loDge acumioalis, 
cofolla loDgioribus. 

Rami graciles, profunde sulcali, subsparse longeque villoso- 
hirtelli. Peliolus robuslus, leviicr slrintus, longe denseque 
TÛlosns, 4-6 cm. longus. Folia membranacca, supra saturate 
Tiridîa, subtus Yiridi-cinerca et leviler reticulata, 1 ^3-^ <!>"• 
longs, 14-18 cm. lata ; lobi ovato-triangulares, margine leviter 
andulati et minute rcmotequc subulato-denticulati, latérales 
aeati Tel acutiusculi, termînalis major, breviuscule acumina- 
tus; ner?i salis graciles, subtus paulo prominentes, duo laté- 
rales bi-trifurcati,imum sinum marginantes; sinus inter lobos 
sutncuti, basîlaris obtusus, 4-5 cm. profundus; lobi basilares 
valde approximatî, nonnunquam superpositi. Cirrhi satis gra- 
cies, longiusculi, sulcati, densiuscule breviterque vilIosQ- 
fairtelli. Flores masculi magni, solitarii vel rarius gemiriatî. 
Peduncolus gracilis, dense longeque villosus praecipue ad 
apieem, Vr^ cm. longus. Calyx viridi-cinereus, tubo late cam- 
panulalo, 4-5 mm. longo, apice 7-8 mm. lato, segmentis 
obscure 5-nerviis, 2t-24 mm. longis, basi 4-5 mm. latis. 
Coroila (imperfecte evoluta) utrinque brevissimc denseque 
tomentosa. Flores fcminei ignoti. Fructus pedunculo erassius- 
colostriato dense villoso-hirsuto 1 cm. longo instruo.tus, oblon- 
gu.% basi rotundatus, superne satis attenuatus acutusque, 5 cm. 
loogus, 12-13 mm. crassus. Semina perfecta ignota. 

Habitat in prov. Rio de Janeiro ad Laranjeiras, ubi dicitur 
Abobra danta, 22 octobr. 1886 (Glaziou,n. 16.079 in herb. 
meo). 

Notre collègue et ami, M. le consul général J. deSal- 
danba da Gama, a bien voulu s'associer à nous pour étu- 
dier et nommer cette intéressante espèce, qui est dédiée à 
son ami de jeunesse, M. le conseiller Thomas Coeibo 



~. i 



( 5t)0 ) 

d'Almeidây député et ex -ministre de Tagriculture du 
Brésil. 

Le C. Almeideana doit se placer entre les C. F/uitii* 
nensis Cogn. et C. hirstita Cogn. (Monogr. Phaner.j 111, 
pp. 745 et 744), dont il diffère par ses feuilles beaucoup 
plus grandes, à sinus basilaire profond el étroit. En outre, 
lé C. Fluminensis a les feuilles tomenteuses en dessous^ la 
corolle plus longue que les lobes du calice^ le fruit ovoïdCj 
arrondi aux deux bouts; le C hirsuia a les feuilles à peine 
lobées^ le fruil peu atténué au sommet, etc. 



18. Cajaponia (Euoayaponia) retîculata Cogn. foliis brcvi- 
ter petiolatis, trifoliolalis ; foliolis subsessilibus, coriaceis, 
utrinque glaberrirais lacvibusque, subtus Talde nervuloso- 
retîculatis, margine intcgerrimis vel vix undulatis; cirrhis tri- 
fidis ; calycc glaberrimo, tubo campanulato, segrneniis linea- 
ribus, tubum aequantibus. 

Dioica, Rami robustiusculi, profunde suicati, glabeiTimi, 
laeves, elongati. Pctiolus robusliùscuius, slrialus, glaberri- 
mus, 1-2 Vs ^^' longus. Foliota oblonga yel ianceolata, basi 
levitcr attenuata, apicc acuta vel oblusiuscula, utrinque laetc 
vel pallide viridia, 5-13 cm. longa, 2-4 cm. lata, lateralia paulo 
asymractrica ; nervi robustiusculi, sublus nervulique valdc 
prominenlcs. Cirrhi satis graciles, elongali, sulcaii, glabrî, 
superiores inlcrdum bifidi. Flores masculi majuscuii, in pani- 
culas terminales longiusculas angustasquc dispositi. Peduncu- 
lus communîs 1-2 dm. longus, salis gracilis, sulcatus, usque 
ad basim leviter ramosus; pedicelli graciles, glabri, bracteo- 
lali, 3-6 mm. longî; bracteolae subulatae, 5-8 mm. longae. 
Calyx siccilate nigricans, tubo basi subrotundato, 8-9 mm. 
longo, apicc 9-iO mm. lato, segmentis basi rcmolissimis, levi- 
ter floxiiosis, 7-9 mm. longis, i 7^ mm. latis. Corolla utrinque 



( 361 ) 

vîx forfuracea, 1 cm. longa, usqiie ultra médium divisa, seg- 
mentis erectis, ovato-triangularibus, S-nerviis, apice acutîus- 
colis. Stamina (ubo calycis inserta ; filamenta inferne satis 
dilalata et dense villosa ; antherac in capitulum 4 mm. longum, 
3 mm. crassum cohaerentes. Flores feminei in racemos pie- 
rumque axillares paucifloros dispositi. Pedunculus communis 
pato]Qs,salis gracilis,4-6 cm. longus; pedicelli basi bracteoiati, 
iS mm. longi. Staminodia minuta, subulata, basi dense vil- 
losa. Ovarium sphaericum, glabcrrimum, 4 mm. crassum ; Sty- 
lus fiiiformis, Icvîter flexuosus, glaber, 8-9 mm. longus; stig- 
mala palula, satis dilatala. Fructus ul videtur olivaceus, sphae- 
ricus, laevis, nitidus, 7-8-spermus, 2 Vs cm. crassus. Semina 
fosceâcentia, valdc compressa, ovata, t cm. longa, 7-8 mm. 
iata. 2-2 */§ nmi> crassa. 

Habitat in Brasiliae prov. Rio de Janeiro (Glaziou, n. 13908 
et 13909 in herb. Eichler); ad Petropolin loco dicto Jaco (Gla- 
xioa, D. 8998 in herb. Eicbler et Warming). 

Celte espèce n'a d'affinité bien étroite avec aucune autre 
espèee do genre ; cependant, nous pensons qu*il faudrait 
la placer au voisinage du C. coriacea Cogn. (Monogr, Pha- 
wr., III, p. 761). Les caractères : feuilles très glabres sur 
les deux faces; segments du calice égalant le tube, suffisent 
pour la distinguer nettement des sept autres espèces de 
la section Eucayaponia, qui ont les feuilles divisées en 
folioles distinctes. 

Des trois numéros distribués par M. Glaziou, le n"* 8998 
<^t en beaux fruits mûrs, le n"" 13908 est femelle, et le 
0* 13909 mâle. 

i4. Cajapoyia (Trianosperma ?) Saldanhaei Cogn. foliis 
longioseole petiolatis, ambitu suborbicularibus, utrinque gla- 
bris et punctato-scabris, basi leviter lateque emarginalis et ad 

3** SÉRIE, TOME XIV. 24 



( 362 ) 

petiolum non decurrenlîbus, usque ad mediam vel paulo 
ultra 5-5-Iobatls; cirrhis trîfidis; floribus roasculîs parvis, ia 
axillis foliorum geminatis ternisve, brevissîme pedîcellatis , 
pedicellis bracteolatis; calyce glabro vcl vix furfuraceo, seg- 
mentis erccto-patulis, triangulari-lanceolatis, basi conniven- 
tîbus, apice longîuscule acuininatis,interduin leWter puberulis, 
tubo â-3-plo longioribus. 

Rami graciles, sulcati, glabri, laeves, paulo ramulosî. Petiolus 
satis gracilîs, strîatus, glaber, scabriusculus, 3-5 cm. longus. 
Folia submembranacea, supra laete vîridia, subtus pallide 
viridia, 10-12 cm. longa et fere totidem lata, superiora satis 
minora, lobis ovatis vel oblongis, apice saepius obtusis, mar- 
gioe undulatis et remotissime minuteque subulato-denticulalis, 
termioali majore; nervi crassîusculi, subtus leviter promi- 
nentes, duo latérales basilares bifurcati imum sinum leviter 
marginantes ; sinus inter lobos angusti, obiusi, basilaris 
1-1 '/, cm. profondus, 2-3 cm. latus. Cirrhi satis graciles, bre- 
viusculi, profunde sulcati, glabri. Pedicelli masculi graciles, 
leviter puberuli, 1-3 mm. longi ; bracteolae lineares, cîrciter 
*/s cm. longae. Calyx pallide viridis, tubo late campanulato- 
obconico, tereliusculo, basi acutiusculo, 2-2 ^t ^^' longo, 
apice 5-4 mm. lato, segmentis leviter flexuosis, tenuiter triuer- 
viis, 6-7 mm. longis, basi 2 Vt mm. latis. Petala (imperfecte 
evoluta) extus brevissime denseque villosa. Flores feminei et 
fructus ignoti. 

Habitat in Brasiliae prov. Rio de Janeiro (Glazîou, n. 13904 
in herb. Eichler). 

Nous dédions cette espèce à M. le consul général 
J. de Saldanba da Gama. Cest par analogie de port que 
nous la rapportons à la section Trianosperma^ car ea Tab- 
sence de fleurs femelles et de fruits, on ne peut rien affir- 



( 363 } 

mer sur ce point. Dans cette section, elle doit venir se 
placer à cAté da C. trilobala Cogn. (Monogr. Phaner.^ III, 
p. 780); mais elle en diffère énormément, car celui-ci a 
les feoilles densément velues-hérissées en dessous^ à sinus 
baiilttire très étroit^ les vrilles bifides^ les fleurs mâles 
grandes, en grappes^ le calice velu, à segments plus courts 
fti le tube. 



th. AlMDitra Hnelleri Cogn. foliis breviuscule pétiolatis, 
trifoliolatis ; foliolis breviter petiolutatis» eglandulosis, mem- 
bnoaceis, anguste ovatis, basi subrotundalls, apîce acutissi- 
mis subacominatisque, iniegerrimis , utrinque glabcrrimis 
lacvibasqoc, penninerviîs; cirrhis longiuscule bifidis. 

Rami graciles, tereles, lenuiter strîati, glabri. Petîolus gra- 
cilis,leviter strîatus, glaber, i-2 em. longus; petioluli glabri, 
3-9 mm. longî. FoHola utrinque laete viridia, subtus tenuis- 
siflie reticulata, 5-11 cm. longa, 2 */t-6 cm. lata, lateralia vix 
asjminetrica ; nervi subtus leviter prominentes Cirrhi satis 
gnôles, longîssimi, profunde sulcati, glabri. Paniculae mascu- 
be sttis ramosae, multiflorae, interdum foliatae. Pedunculus 
coflimonis gracilis, subrectus, glaber vel supernevix puberulus, 
eloQgatos; rami divaricati, elongati; pedicelli capiliares, glabri 
vel iafeme vix puberuli, saepius fasciculati, basi bracteolati, 
4*6 mm. longi ; bracteolae subulatae, leviter puberulae, vix 
i mm. longae. Calyx leviter puberulus, segmentis lanceolato- 
linearibus, apice acuniinatis, I '/t ^^> longis. CoroIIa vix pube- 
rabpraecipueextus^albescens, segmentis ovato-triangularibuSy 
Irioerviis, apice acutiusculis, 5 mm. longis. Staminum fila- 
menu ^, mm. longa. Flores feminei et fructus ignoti. 

Habitat < Islands near S.-E. coast of N. Guinea, 1884 > 
(coll. Armit et comm. Cl. baron F. von Mueller). 



C 364 ) 

L'affinité de celte espèce avec l'A. Beccariana Cogn. 
(Monogr. Phan., III, p. 952) est évidente. Cependant, dans 
Tétai où ces deux plantes sont connues actuellement, il est 
assez difficile de les comparer, par la raison que pour 
Tune, celle que nous venons d'établir, on connaît ses fleurs 
màleSy mais on n'en a encore récollé ni les fleurs femelles, 
ni les fruits; tandis que l'autre a été décrite sur un exem- 
plaire de l'herbier du Musée de Florence présentant des 
fruits et des graines en bon état, mais absolument 
dépourvu de fleurs. La comparaison ne pourrait donc 
porter que sur les rameaux, les feuilles et les vrilles. Or, 
dans ce genre, des espèces très distinctes ont parfois les 
organes de végétation presque identiques. 

Voici, pour ces organes, en quoi VA. Beccariana diffère 
de l'espèce précédente : ses rameaux sont distincteaient 
sillonnés; ses folioles sont presque de moitié plus petites, 
plus largement ovales, moins aiguës, les latérales asymé- 
triques et notablement plus petites que la médiane; ses 
vrilles sont seulement bifides au sommet. 

!•• Feuillea albiflora Cogn., var. p. Glaziovii^ var. nov. 

Calyx pilis brevissimis leviter flexuosis densiuscule ves- 
tilus. 

Habitat in prov. Rio de Janeiro (Glaziou, n. 15906 in herb. 
Eichler). 

Le type de cette espèce, observé dans les provinces de 
Bahia et de Minas Geraes, a le calice glabre. 



( 365 ) 



Des races et des variétés dans V espèce Mustelà putorics; 

par Adolphe Drion, fils. 



Il existe en Belgique deux races de pulois : 

1* La race jaune; 

^ La race noire. 

Lt putois jaune a le corps plutôt court; il est haut sur 
jambes; ses ongles sont effilés et droits; le dessous du 
corps, les cuisses et les pattes sont d'un poil très foncé; 
les flancs sont couleur jaune d'or; le contour des yeux et 
du museau est marqué de teintes jaunâtres, tirant sur le 
gris; la queue est brune et fournie, surtout chez les sujets 
lieux. 

Le putois jaune habite ordinairement les endroits 
bumides et le bord des ruisseaux ; accidentellement les 
lieux secs et le voisinage des habitations. 

Rebelle à toute éducation, il devient craintif et timide 
en captivité. 

Le putois noir est de forme plus allongée; il est moins 
bautsur pattes que son congénère; ses ongles sont plus 
courts et plus recourbés; les oreilles, le contour des yeux 
et du museau sont d'un blanc pur qui tranche vivement 
sur le poil foncé; la robe est noire; cependant les côtes 
présentent une teinte jaunâtre, mais effacée. 

Il se plall ordinairement dans les lieux secs et le voisi- 
nage des maisons habitées; accidentellement dans les berges 
des rivières et les marais. 



( 366 ) 

Ëa captivité il est indomptable; non seulement il se 
montre, comme le putois jaune , rebelle à toute espèce 
d'éducation, mais il est bardi et sanguinaire, au point de 
se jeler furieux sur la main qui le nourrit. 

En dehors de ces deux races caractérisées par une 
différence appréciable dans la structure du corps, la con- 
formation particulière des ongles, la couleur de la robe et 
par les mœurs, il existe des nuances mélangées qui résul- 
tent des croisements. 

Ce sont : 

1^ Le putois brun-jaune (issu d*un croisement entre 
jaune pur et noir pur; conformation demi-allongée; ongles 
moyens); 

S* Le jaune d*or bronzé; 

3* Le jaune citron ; 

i* Le gris mêlé de jaune terne; 

S"" Le putois à plastron (variété accidentelle). 

Les putois aux nuances jaune d'or bronzé, jaune-citrou 
et à plastron sont des fils du putois brun-jaune croisé 
avec le jaune pur ou le noir. 

Le gris, mêlé de jaune terne, diffère complètement des 
autres par sa robe; celle-ci est d'une teinte beaucoup plus 
uniforme sur toutes les parties du corps. 

Je n'ai pu former mon opinion sur ce point : à savoir s*il 
constitue une race distincte des deux précédentes, s*il 
résulte d'un croisement, ou enfin s'il n'est pas tout simple- 
ment c le furet » échappé. Cette dernière appréciation 
parait assez vraisemblable, car le furet-putois est beaucoup 
moins frileux que le furet albinos et par conséquent beau- 
coup moins exposé à mourir de froid, à l'état de liberté. 

Il existe au Musée d'histoire naturelle de Bruxelles un 



( 367 ) 

jeooe patois noir el ud jeone putois gris; celui-ci est men- 
lionné comme c jeune i sans commentaires; la différence 
de teinte qui existe entre ces deux animaux empaillés est 
frappante. 

Le putois gris ressemblant beaucoup au furet métis, il 
pourrait se faire que ce fût un produit du mélange d*un 
patois nuancé avec un putois albinos (pour autant que ce 
dernier existe...). 

Le putois ^ plastron est remarquable par une tache 
blanche ou jaune, sous la gorge. 

Je possède un sujet gris à plastron blanc el un sujet 
noir à plastron également blanc; et il m'a été donné d'en 
voir de noirs qui avaient le plastron jaune. 

Les putois c brun-jaune > sont les plus communs; les 
jaunes et les noirs sont assez rares; ces deux derniers 
constituent les sujets de race pure. 

Les putois gris et ceux à plastron se rencontrent très 
mremeiity 

Mes observations portent sur 200 individus de toutes 
noances dont 108 capturés par moi-même et 92 qui me 
furent apportés par des gardes-chasse. 

On a cru longtemps que les différences de couleur entre 
le putois jaune et le putois noir n'étaient que le résultat 
dmQuences locales, accidentelles, climatériques, d*âge ou 
de sexe. 

Je puis affirmer le contraire, parce que j'ai pris des 
patois jaunes, mâles ou femelles, jeunes ou vieux, qui por- 
taient les signes distinclifs de leur race en toute saison; 
j'en ai pris de noirs, jeunes ou vieux, mâles ou femelles, 
depuis le commencement de l'année jusqu'à la fin. 

De plus, j'ai fait une expérience sérieuse qui confirme 
ma manière de voir : 



( 368 ) 

Je me suis procuré, au mois de septembre 1885, deux 
jeuues putois mâles, Tun jaune et Tautre noir; je les ai 
conservés dans des cages séparées, jusqu'en septembre 
1886. Or, pendant ces trois années ils n*ont absolument 
pas changé de couleur, ni de conformation : le jaune est 
toujours resté jaune, en été, aux saisons de mue et en 
hiver; le noir a toujours conservé sa même robe noire; j*ai 
remarqué que le noir était plus féroce et plus hardi ; il était 
aussi plus agile et grimpait ordinairement au haut de sa 
cabane quand on Tinquiétait; le jaune était craintif, timide 
et moins léger dans ses mouvements; il avait pour hahi« 
tude d*arracher le pavement de sa cage et voulait chercher 
une retraite en se creusant un terrier. 

Dans les couleurs intermédiaires, les ongles des indivi- 
dus dont le pelage se rapproche du jaune, sont plus tins, 
moins recourbés que les ongles des putois à la robe foncée. 

Pour bien reconnaître la différence des griffes, il faut 
donc posséder des sujets de race pure. 

Les tout jeunes putois des deux variétés, âgés à peine 
de quelques mois, sont noirs; il est donc diflicile de déter- 
miner, dans le premier âge, s*ils appartiennent à la race 
jaune ou à la race noire. 

Les riches fourrures sont celles des putois jaune pur, 
des jaune-bronzé et des jaune-citron. Les peaux des putois 
noirs ne plaisent pas à la vue et sont rarement employées 
dans le commerce. 

Enfin, dans toute l'espèce, le mâle adulte est toujours 
d*un bon tiers plus gros et plus grand que la femelle. 



( 569 ) 



Note sur quelques espèces rares de la faune des vertébrés 
de la Belgique, observées dans le Limbourg belge^ par le 
docteur C. Bamps. 

OISEAUX. 

Odamoherpe aqualica Lath. — Acrocephalus aquaiicus 
Hewt. ex Gm. — Dans sa faune des vertébrés, en voie de 
publication, M. Âlph. Dubois considère cet oiseau comme 
très rare en Belgique. D*autre part, dans une brochure 
plos récente (1), le même auteur le cite comme rare et de 
passage irrégulier en été, ajoutant : c il parait qu'on le voit 
chaque année aux environs de Hasselt >. Déjà en 1883, 
dans un petit travail publié dans les Bulletins de la section 
scieotiflque de la Société des mélophiles de Hasselt (2), je 
cite, parmi mes observations ornilhologiques, à la date du 
6 octobre, le départ de la rousserolle aquatique. Plusieurs 
savants m'écrivirent à ce sujet, pour attirer tout spécia- 
lement mon attention sur cet oiseau et pour m'engager à 
vérifier avec le plus grand soin la date des captures éven- 
toelles de cette rare espèce. 

Dans un nouvel article publié en 1886, aux bulletins 
de la même Société (5), je signalai aux dates du S août, 
do// et du /4 septembre 1884 et du â/ septembre 1885, 
des observations concernant cet oiseau, faites dans les 
marais de Stockroye, à une lieue nord-ouest de Hasselt, 



(i) Voir : Bévue des oiseaux observés en Belgique, dans le Bulletin 
doMosée royal d'histoire naturelle de Belgique, tome IV. 

(S) Voir : Les oieectux des environs de Hasselt et letvrs phénomènes 
périedkfues, dans les Bulletins de la section scientifique et littéraire de 
la Société des mélophiles de Hasselt, tome XIX. 

(S) Tome XXII. 



( 370 ) 

par M. Edgard Claes, avocat. Malheureusement cet oiseau 
n'a jamais été rencontré au printemps par M. Claes qui 
suppose qu*il passe après la fermeture de la chasse (1). Je 
suis plus porté à croire qu*il s'agit ici d*un oiseau d*été qui 
vient régulièrement nicher près de nos marais, et que c'est 
même la rousserolle qui nous quitte la dernière. Les inté- 
ressantes observations de M. Fontaine de Papignies (2) 
semblent conflrmer entièrement ces suppositions. 

0(ocorys alpeslris, L 

Cette espèce^ qui est aussi considérée comme très rare 
en Belgique où elle n'arriverait qu'irrégulièrement, d'après 
M. Dubois, est prise régulièrement depuis six ans au moins, 
avec Valauda arvensisy à la tenderie de l'arrière^aison, aux 
environs de Hasselt. Comme je le fais remarquer dans un 
de mes articles cités ci-dessus, cette espèce est bien connue 
des amateurs d'oiseaux de la ville de Hasselt, et plusieurs 
en conservent continuellement dans leurs volières. On en 
rencontre chaque année, parmi les alouettes ordinaires, 
chez les marchands de volaille de Hasselt, provenant des 
alentours de cette ville, particulièrement de Schuelen. 

S'agirail-il ici d'un passage localisé en Belgique? Comme 
cette espèce boréale affectionne les lieux marécageux, il 
n'y a rien d'étonnant à la voir paraître régulièrement en 
automne aux environs de Hasselt, si remarquables par leurs 
nombreux marais, de même que M. Albarda l'a constaté 
pour la province de la Gueidre en Hollande (3). 

(i) Voir : Compte rendu de$ observaliant omUhologique» faiteê em 
Belgique pendant Vannée 4885, dans le Bulletin du Musée royal 
d'histoire naturelle de Belgique, tome IV. 

(3) \oir idem. 

(3) Voir : Ornithologischer Jahreiberie/U (1885) nus BoUand, rwk 
Herman Albarda in Leeuwarden. 



(371 ) 

REPTILES. 
Lacerta agilis, L. — Lacerta stirpium Daud. 

Daosia liste des reptiles de la Belgique, publiée dans la 
Patria Belgica en 1875, M. le baron de Selys-Longcbamps 
dit que ce lézard — le plus grand de ceux qu*on rencontre 
tn Belgique, si, comme il est probable, le Lacer/n viridis n*y 
existe pas — parait n'habiter que la Lorraine luxembour- 
geoise. L*an dernier, au mois de septembre, un étudiant 
deHasselt, M. Constant Stellingwerff m'apporta un magni- 
fique exemplaire de cette espèce, lequel mesurait 16 à 
i7 centimètres de longueur et 6 '/^ centimètres de pour- 
tour à la région abdominale. II venait de le capturer à 
LancUaer dans une vaste sapinière. Cette espèce dont les 
localités sont si restreintes en Belgique, parait être assez 
abondante là où elle existe, car depuis cette époque et sur 
mes indications, mon ami le baron Paul de Chestret en a 
trouvé plusieurs exemplaires près du château de Hochl à 
Pietersheiin, dans des bois montueux qui forment la con- 
tinuation de la chaîne de collines boisées, allant de Neeroe- 
teren à Lanaeken et qui traverse Lancklaer en longeant, 
parallèlement à la Meuse, la lisière orientale de la province 
du Limbourg. 

Cette découverte me parait offrir de l'intérêt, parce 
qu'elle permet d'élargir notablement l'aire de dispersion 
de cette espèce, connue dans notre pays, et qu'elle tend 
à prouver que, malgré de grandes différences de sol et 
d'altitude, la Campine limbourgeoise, dans certaines de 
ses parties, offre non seulement par sa flore, mais encore 
par sa faune, de frappantes analogies avec les Àrdennes 
et le bas Luxembourg. 



( 372 ) 



POISSONS. 

Leucaspius delineatus. Siebold. 

A la suite d'une note de M. Gens, parue dans le Bulletin 
de l'Académie des sciences (1) et de renvoi gracieux que 
l'auteur me fit d'un échantillon de Leucaspius delineatus^ 
découvert par lui dans les eaux du fortin n® 4 de l'ancienne 
enceinte des fortifications d'Anvers, je fis de nombreuses 
recherches dans les étangs, les mares et les ruisselets pré- 
levés sur les cours d'eau pour l'irrigation des prairies dans 
les environs de Hasselt. Mes recherches furent couronnées 
de succès, car, au printemps de Tannée 1886, je découvris 
Tespèce en question en grande abondance dans une mare 
plusieurs fois séculaire, appelée < Begyne poel i, mare 
des béguines (2) située aux portes de la ville de Hasselt. 

Cet étang bourbeux, qui n'est alimenté que par les eaux 
pluviales et qui déverse son trop plein dans les égouts de 
la ville, ne nourrit, outre ce rare poisson, que quelques 
carpes et quelques tanches minuscules. Je pus récolter, 
sans crainte de détruire l'espèce, plusieurs centaines 
d'exemplaires du Leucaspius. 



(1) Voir : Note sur un poisson d'eau douce, nouveau pour la faune 
belge, dans les Bulletins de rAcadémîe royale de Belgique, troisième 
série, tome XI, 1886. 

(3) Cette irare est déjà citée dans des actes da XVI* siècle repo- 
sant aux archives de la ville de Hasselt. Le béguinage qui existait 
anciennement à cet endroit et qui remontait au Xlh siècle a été 
détruit lors du bombardement de la ville de Hasselt, en i567, par le 
prince-évéque de Liège Gérard de Groisbeek, 



(373) 

L'absence complète de communication de cette mare 
avec des rivières ou des ruisseaux nourrissant des brochets 
00 d'antres poissons carnassiers, jointe à sa proximité d'un 
centre habité qui éloigne les oiseaux piscivores, nous 
explique sans doute l'existence en quantité considérable de 
ce petit cyprinoïde en cet endroit, où il n'a guère à craindre 
que le filet du collectionneur. 

La rareté relative des mares où les poissons sont placés 
ainsi à l'abri des causes de destruction naturelle, est pro- 
bablement la cause du nombre si réduit d'habitations 
renseignées de cette espèce, non seulement dans notre 
pays, mais encore dans les contrées limitrophes. 

En effet, M. Gens nous apprend qu'elle est inconnue en 
France et en Hollande et rare en Allemagne. 

Notons toutefois que cette espèce est facile à confondre 
avec le fretin des différents leuciscus qui habitent nos 
eaux, et qu'il faut un filet à mailles fort étroites pour 
pouvoir le capturer. 

Comme M. Gens, je serais tenté d'expliquer la présence 
de ce poisson dans la mare isolée, dite des béguines, par 
un transport accidentel d'œufs de poissons, effectué par 
des oiseaux aquatiques voyageurs, si je n'avais des rai- 
sons de croire que cette mare a fait partie autrefois du 
système de défense des fossés de la ville de Hasselt, les- 
quels étaient alimentés par le Démer. L'origine de cette 
espèce dans le Begyne poel reste donc bien obscure. 



>ft80 ^' 



(374 ) 



CLASSE DES LETTRES. 



Séance du ^^ août 1887* 

M. BoRMANS, vice-directeur, occupe le fauteuil. 
M. LiAGREf secrétaire perpétuel. 

Sont présents : MM. P. De Decker, le baron J. de Wille, 
R. Chaloo, Th. Juste, Alph. Wauters, Emile de Laveleye, 
Alph. Le Roy, A. Wagener, P. Willems, G. Rolin-Jaeque- 
myns, Cb. Piot, Cb. Potvin, J. Stecber, Aug. Scbeler, 
P. Henrard, J. Gantrelle, G. Tibergbien et L. Roersch, 
membres ; J. Noiel de Brauwere van Steeland et 
Alpb. Rivier, associés; G. de Harlez et A. Van Weddingeo» 
correspondants. 

M. Éd. Mailly, membre de la Classe des sciences, assiste 
à la séance. 

En ouvrant la séance, M. Bormans, vice^irecteur, 
rappelle que les vœux qu'il avait exprimés de ne pas être 
appelé une seule fois à occuper cette année le fauteuil de la 
présidence, ne se sont malbeureusement pas réalisés : 
M. Tielemans est mort. Appelé à lui succéder, M. Bormans 
ne se dissimule pas les difficultés de la tàcbe et fait appel 
à l'indulgence de ses confrères. 



( 375 ) 



CORRESPONDANCE. 



La Classe apprend, avec un profond senliment de regret 
— par Qoe lettre de M"* Z. Poncelet-Tielemans — la perte 
qa*elle a faite en la personne de son directeur, M. J.-Fran- 
çoisTielemans, ancien premier président de la Cour d'appel 
de BroxelleSy décédé à Ixelles, le 5 juillet dernier. 

Uoe lettre de condoléance sera adressée à la famille du 
défunt. 

Des remerciements sont votés à M. Bormans pour les 
paroles qu*il a prononcées, au nom de la Cla^^se, à la céré- 
mooie des funérailles. 

Son discours sera inséré au Bulletin. 

H. Paider est désigné pour retracer la vie du défunt. Sa 
notice paraîtra dans un prochain Annuaire. 

— H. Piot remet, pour TAnnuaire de 1888, le manuscrit 
de sa notice sur Louis-Prosper Gachard. — Remercie- 
oeots. 

— M. Emile de Laveleye remercie par écrit ses confrères 
poor les félicitations qu'ils lui ont fait parvenir à l'occasion 
de sa nomination de membre du sénat académique de 
rOoiversiié de Saint-Pétersbourg. 

— Sur la demande exprimée par M. le Ministre de 
l'Agriculture, de Tlndustrie et des Travaux publics, le 
4 juillet dernier, une liste complémentaire de noms lui a 
été adressée, en vue de la formation du jury pour le prix 
Goinard. 



(376) 

— Le même haut fonctionnaire envoie pour la Biblio- 
thèque : 

1® Un Rapport sur la situation des Sociétés de secours 
mutuels pendant les années 1S85, 1884 et 1885; 

2" Fleurs d'Ardenne. Poésies par Arthur Drumaux. 
Bruxelles, 1887; in-18; 

3** Éludes morales et littéraires. Épopées et romans 
chevaleresques par Léon de Monge. Vol. in-18; 

4® Bulletin de la section scientifique et littéraire de la 
Société des Mélophiles de Hasselt; 23** volume, in-8*, 

— M. le Minisire adresse également, pour être distribués 
aux membres de la Classe des lettres, des exemplaires da 
rapport du jury qui a jugé la première période du concours 
quinquennal des sciences sociales. 

— Des remerciements sont votés aux auteurs des 
ouvrages suivants, dont il est fait hommage : 

1® Correspondance du cardinal de Granvelle^ tome VI, 
publié par Ch. Piot (avec note bibliographique insérée 
ci-après) ; 

^ Canakya, Recension de cinq recueils de stances morales^ 
par Eugène Monseur (présenté par Ch. de Harlez avec une 
note bibliographique insérée ci-après); 

3® Religion ou irréligion de l'avenir, par le comte 
Gobletd'Alviella; 

4® Message de Dieu aux hommes de mon temps et à 
ceux de l'avenir, ou Dieu et P enfant, par Joseph 0* Dru de 
Revel. 

M. H. Pascaud, conseiller à la cour d*appel de Chambéry, 
adresse une collection de ses travaux, dont les titres paraî- 
tront au Bulletin de la séance. 



(377) 

— L'Académie de Stanislas, à Nancy, envoie le pro- 
gramme du Prix Herpin, à décerner en 1889. 

Ce prix de 1,000 francs sera attribué, s'il y a lieu, au 
mémoire jugé le meilleur sur le sujet suivant : 

Recherches sur les temps préromains^ en Lorraine 
(archéologie, linguistique, anthropologie, etc.). 



Discours prononcé aux funérailles de M. Tielemans^ direc- 
teur de la Classe des lettres^ par M. Bormans, membre 
de l'Académie. 

Messieurs, 

^Académie royale de Belgique tient à faire entendre 
sa voix au milieu du concert d'éloges et de regrets qui 
soivent, au bord de sa tombe, le vénérable M. Tielemans. 

Elle est fière d'avoir compté au nombre de ses membres 
ce grand citoyen qui , après avoir fourni dans la politique 
et dans la magistrature la plus brillante carrière, est venu 
tranquillement prendre part aux travaux de la Classe des 
lettres. 

Sa place y était depuis longtemps marquée. Comme 
rédacteur d'arrêts, il avait fait preuve d'une science juri- 
dique profonde en même temps que d'une grande fermeté 
d'appréciation; comme écrivain, et notamment comme 
moteur du Répertoire du droit administratifs il s'était fait 
remarquer par sa méthode d'exposition, par la clarté et 
l'élégance de son style. 

3"* SÉRIE, TOME XIY. 25 



( 578 ) 

Malgré ses litres, ce ne fut que bien tard que M. Tiele- 
mans occupa un siège parmi nous. Entraîné par le tour- 
billon des affaires, cet homme d'élite, revêtu successivement 
des plus hautes dignités, qui avait été tour à tour profes- 
seur et recteur d^université, conseiller et premier président 
de cour d'appel, membre de la Chambre, deux fois gou- 
verneur de province, ministre du Roi, n'avait pas eu le 
temps de songer aux lauriers académiques. 

Il nous consacra les dernières années de sa vie ; et si la 
plume, à l'âge de 74 ans, était devenue entre ses mains 
un instrument rebelle, il sut, pour nous aider de ses con- 
seils, retrouver en plus d'une occasion l'énergie de Tâge 
mûr et la verdeur de la jeunesse. 

Appelé au commencement de cette année même à rhon- 
neur de diriger les travaux de la Classe, vous savez avec 
quel zèle, avec quelle dignité il sut accomplir sa mission. 

Cher et vénéré confrère I La place que j'occupais auprès 
de vous au bureau m'imposait le devoir de prendre la 
parole en cette circonstance. Tout autre se serait acquitté 
mieux que moi de cette tâche douloureuse. Mais cette 
situation me permet de rappeler la bienveillance louchante 
de vos rapports avec tous vos confrères et en particulier 
avec celui qui vous adresse aujourd'hui un suprême adieu; 
bienveillance qui nous faisait oublier à tous deux et la 
différence d'âge et la divergence de nos directions d'esprit. 
J'en garderai précieusement le souvenir. 

Au nom de l'Académie, cher et excellent confrère, je 
vous dis adieu! 



( 379 ) 



NOTES BIBLIOGRAPHIQUES. 

J'ai rbooneur de faire hoinoiage à la Classe d'un exem- 
plaire do tome VI de la Correspondance de Granvelle. 

Ce volume renferme les lettres adressées au cardinal 
00 écrites par lui de 1576 à 1577. 

Les plus anciennes se rapportent au décès de Requesens, 
gOQverneor général des Pays-Bas. Cet homme d'État 
expira au moment où il était, pour ainsi dire, abandonné 
de son souverain, harcelé par ses amis aulant que par ses 
eooemis, sans argent, sans ressources, vivant enfin au 
milieu d*une soldatesque effrénée, presque toujours muti- 
oee. 

Philippe n'avait pas pourvu au remplacement de son 
lieutenant général. Le conseil d'État, en attendant la 
nomination d'un nouveau gouverneur général , dirigea 
lootes les affaires du pays, jusqu'au jour où les insurgés 
s'emparèrent des membres de ce corps politique. Le désar- 
roi était grand. Partout les soldats espagnols pillaient, 
détruisaient, assassinaient, dans les villes, dans les cam- 
pagnes. 

Pendant ce temps-là que faisait le roi? Il délibérait. Il 
délibérait sur le parti à prendre pour la nomination d'un 
gooverneur général en remplacement de Requesens. 

Dès 1573 il avait été question de nommer à ce poste 
don Juan, le vainqueur de Lépante, le frère naturel de 
Philippe. Mais le caractère chevaleresque de ce prince, son 
ambition favorisée par ses secrétaires, n'inspiraient pas de 
cooGance au monarque. Don Juan déplaisait également à 
Graovelle. Ses imprudences, l'impétuosité de sa nature, ne 
permettaient pas de faire le moindre fonds sur lui. Était-il 
capable de rétablir la paix, l'union entre le souverain et 



( 380 ) 

son peuple? Avait-il assez d'expérience pour négocier ce 
rapprochement? Philippe, qui commençait à comprendre 
Pimpossibilitè de réduire les révoltés par la force et la 
compression, n'avait pas plus de foi dans les aptitudes de 
son frère. 

D'autre part les provinces des Pays-Bas réclamaient un 
gouverneur de sang royal et déclaraient hautement ne plus 
vouloir d^Espagnol. La situation était critique. A quelle 
combinaison s*arréter? Le roi hésitait. Granvelle lui sug- 
géra l'idée de rappeler Marguerite de Parme. Cette prin- 
cesse était adroite, intelligente ; elle abhorrait la violence; 
elle était aimée et respectée de ses compatriotes. 

La proposition de Granvelle allait être adoptée, lorsque 
tout à coup Philippe, cédant aux suggestions de conseil- 
lers imprudents, résolut d'envoyer son frère aux Pays- 
Bas. 

Pressentant combien cette résolution serait nuisible à la 
cause qu'il défendait, Granvelle écrivit au roi, à don Juan, 
pour les conjurer d'arranger les choses à l'aaiiable. C'étail 
tout ce que le cardinal pouvait encore tenter. Il prévit et 
prédit le fatal dénouement des affaires. Bientôt le conflit 
entre don Juan et les Ëtats, excités par le prince d'Orange, 
amena la guerre ouverte. 

Dans cette correspondance, Granvelle n'apparait pas tel 
qu'on se Test trop souvent ûguré, comme un despote, qd 
séide aveugle de Philippe IL Au contraire, le cardinal veut 
l'apaisement, la réconciliation. Il condamne remploi de la 
force, répudie les soudards espagnols et blâme leur féro- 
cité ; il se montre enfin un véritable et sincère patriote. II 
eut même le courage d'écrire au roi : < Je crains que la 
colère soulevée par les Espagnols n'ait plus de puissance 
que jamais pour aliéner les cœurs. > Ch. Piot. 



r 



(381 ) 



Càaakya. — ReceDsion de cinq recueils de stances 
morales, par E. Monseur, docteur en philosophie et lettres, 
avocat à la Cour d'appel de Liège. Paris. E. Leroux, 1887, 
grand in-8% pp. xx, 76. 

J'ai rhonneur de présenter à la Classe des lettres Tou- 
îrage d'un jeune avocat belge, qui a uni aux études juri- 
diques celles de la littérature sanscrite, et qui à ce double 
titre mérite une attention spéciale de la part de l'Académie 
royale de Belgique. Trop souvent, nos jeunes compatriotes, 
entraînés par la nécessité de la vie et les habitudes 
régnantes, ne visent qu'au pratique et à l'utilité matérielle. 
Il est du devoir du premier corps savant du pays d'encou- 
rager, par une attention bienveillante, ceux qui savent 
s'élever au-dessus des basses régions de l'utilitarisme. 
H. Monseur, avocat près la Cour d'appel de Liège, est nn 
de ceux qui ont obéi à des sentiments plus élevés et s'est 
adonné aux études orientales, qui ne rapportent guère 
aujourd'hui que de l'honneur, même aux plus brillants 
succès. 

Le désir de tout sanscritiste sérieux est d'arriver à 
enrichir le trésor des textes connus, à publier un manuscrit 
inédit. C'est par là que M. Monseur a voulu faire son 
entrée dans le monde savant. Ce n'est point naturellement 
en s'attaquant à une œuvre considérable que l'on fait ses 
premières armes en ces régions d'abord difficiles; les com- 
mencements ne peuvent être que modestes; l'important 
est de choisir un texte qui présente à la fois de l'intérêt 
par son contenu et une matière suffisante au travail per- 
sonnel pour qu'on puisse en faire l'objet d'une œuvre origi- 
oale.Le temps m'a man:jné pour donner à cette appréciation 
le caractère que j'eusse désiré, mais j'ai pu cependant 



( 382 ) 

m'assurer que, 80us ces différents rapports, M. Mooseur 
paraît avoir réussi. Le texte, ou plutôt les textes, qu'il 
s*esl décidé à éditer, forment de ces pages où Ton étudie 
avec utilité et satisfaction les manifestations originales de 
Pesprit humain, et en même temps lui ont fourni ample 
matière au travail de lecture, de collation, de correction, 
qui constitue le mérite d'un éditeur de texte. Cesl là 
surtout qu^» nous devons chercher le mérite de l'œuvre, 
bien que le premier point de vue ne soit pas à dédaigner. 

Depuis longtemps, les indianistes, et spécialement le 
savant professeur de lena, D' Otto Bôhtiingk, se sont 
appliqués à recueillir les Indische Sprûche, ou proverbes, 
maximes indoues. La collection est déjà énorme, mais n*est 
pas complète. M. Monseur a voulu y ajouter quelques 
pages et s'est appliqué pour cela à l'étude de cinq recueils 
inédits, qui portent le nom de Cânakya. 

Ce personnage était un brahmane contemporain 
d'Alexandre le Grand; Cànakya joua un rôle politique 
considérable dans le Magadha, renversa la dynastie 
régnante des Nanda, pour porter sur le trône Chandra- 
Gupta (i) qui, à l'aide de hordes de mercenaires, chassa 
les Grecs de l'Inde et lui rendit son indépendance. Le 
célèbre ministre du grand roi est appelé le Machiavel de 
l'Inde; il y est resté célèbre et y a même été pris comme 
héros de drame. On possède un recueil de sentences qui 
lui est attribué et d'autres qui portent son nom, soit parce 
qu'on a puisé dans le premier pour les composer, soit que 



(I ) De même, semble-t-il, que les Sandracottos ou Sandrogi/ptos 
d'Arrien, et d'autres historiens grecs, cette identification a été con> 
testée, mais sans succès, à mon avis. 



( 383 ) 

son nom soit devenu générique, comme les Buffon, les 
Pénelon, etc. 

M. Mooseur a recueilli, étudié cinq de ces recueils, dont 
il Doos expose la nature. Il a réuni de nombreux manu- 
scrits, comme on peut le voir dans son introduction ; il les a 
comparés, soit entre eux, soit avec les recueils de sentences 
déjà publiés, pour en extraire ce qu'il pouvait y avoir 
dioédit et publier le résultat de ses recbercbes. Son intro- 
duction esta ce point de vue un apparalus complet et très 
remarquable. L'auteur a encore dû faire davantage. En 
possession de matériaux très imparfaits, il a dû en cor- 
riger les défauts, rechercher les fautes des copistes, en 
découvrir la nature et la correction la meilleure, et son 
(Bovre témoigne, sous ce nouveau rapport, d*une étude 
smeuse et d*une érudition de bon aloi. impossible d'en 
donner un résumé ou un aperçu; il faut tout lire, pour 
s'en faire une idée exacte et juste. M. Monseur s'est trouvé 
devant de grandes diflicnllés, vu l'état de délabrement de 
ses manuscrits et leur imperfection, dont on se fera aisé- 
ment une idée quand on saura que plusieurs ont été copiés 
par des écoliers. 

Les restitutions et corrections sont le plus souvent 
heureuses et méritent, si pas une adhésion complète et 
constante, une attention sérieuse. 

De fes considérations sur la nature des recueils étudiés, 
M. Monseur tire deux conclusions qui ne peuvent être 
qu'approuvées et qui lui sont propres. La première est que 
ces recueils ont été faits ou tout au moins utilisés pour 
servir aux leçons des écoles; la seconde qu'ils portent le 
ooiD de Cânakya, parce que le premier de l'espèce avait 
été extrait d'un livre attribué pour de justes raisons au 
célèbre ministre. Nous nous rangeons entièrement à cet 



( 384 ) • 

avisy y ajoulanl qu'il se pourrait que le recueil originaire 
eût été publié sous le nom de Cânakya el comme venant de 
lui, bien qu'il n*en fût rien, et selon Tusage indien d*après 
lequel les hommes illustres donnaient leur nom à des 
publications qu*un autre avait composés pour eux. 

Le texte publié par M. Monseur contient 218 stances 
nouvelles ou 436 vers, dont 196 complètement restituées 
et 22 plus ou moins désespérées. Mais là encore les con- 
jectures de M. Monseur ne sont pas sans mériter l'atten- 
tion, sinon l'adhésion complète. Ce texte est accompagné 
d'une traduction généralement exacte et qui ne manque 
pas d'élégance. 

Une dernière partie, non sans importance, nous donne 
tout ce que M. Monseur a recueilli de variantes relative- 
ment aux sentences recueillies et publiées par M. Bôht- 
lingk; elles remplissent 24 pages et pourront fournir 
matière en quelques endroits à une revision du texte 
connu. 

Quelques pages d'addenda, en améliorant certaines 
parties du livre, nous montrent tout le soin que l'auteur 
a pris pour mener son livre à bonne et savante tin. 

Cette œuvre étant devant nous uniquement pour Tap- 
précier en gros et non pour l'améliorer, s'il y avait lieu, 
je me borne à en donner les caractères généraux, sans 
entrer dans aucun détail ni indiquer aucun changement on 
correction désirable ou possible. M. Monseur a été à bonne 
école; les maîtres qui l'ont aidé dans son travail et dont il 
cite les noms avec le sentiment d'une juste reconnaissance, 
nous sont garants de la valeur de ses études. 

Qu'il me soit permis, en terminant, d'ajouter, pour ceux 
de mes savants auditeurs qui désireraient avoir une idée 
de ces textes, quelque spécimen où se reflète l'esprit 
indou. 



( 385 ) 

Ed voici trois prises au hasard : 

2. La divinité des brahmanes est dans les feux sacrés; 
celle des hommes éclairés, dans le cœur; celle des esprits 
étroits, dans les images ; celle des gens qui connaissent 
rAlinao, partout. 

i3. Le grand voyage (la mort) est inévitable; les provi- 
sions sont très utiles, fais-les avec tout effort; la mort est 
chose certaine. 

i04. Toutes les divinités sont invisibles; le roi est une 
divinité visible. On voit les conséquences de sa faveur et 
de sa colère. C. de Harlez. 



RAPPORTS. 



La Classe entend la lecture des rapports de MM. Tiber- 
ghieo et Alpb. Le Roy, sur le mémoire de M. A. Van 
Weddingen, intitulé : Les tendances sponfanéeSy dans leurs 
rapports avec l'objectivité et la certitude des connaissances 
rationnelles. 

Conformément aux conclusions de ces rapports, la Classe 
vote l'impression du travail dans les Mémoires in-S"*. 



^ 



( 386 ) 



CLASSE DES BEA^VX-ARTS. 



Séance du 4 août 18S7. 

M. C.-A. Fraikin, directeur. 
M. LuGRE, secrétaire perpétuel. 

Sont présents : MM. Robert, vice-directeur; Éd. Fétis, 
le chevalier Léon de Burbure, Ern. Slingeneyer, Ad. Pauli, 
God. Guffens, Jos. Scbadde, Tb. Radoux, Joseph Jaqoet, 
J. Demannez, G. De Groot, Gustave Biot, H. Hymans, le 
chevalier Ëdm. Marchai et Th. Vinçotte, membres; 
J.-B. Meunier, Max. Rooses et J. Rousseau, correspondants. 



CORRESPONDANCE. 



La Classe apprend avec un profond sentiment de regret 
la perte qu'elle vient de faire en la personne de deux de ses 
membres titulaires : 

M. Nicaise de Keyser, de la section de peinture, né à 
Sanlvliet, le 26 août 1813, décédé à Anvers, le 16 juillet 



(387) 

dernier, et M. Gustave De Man, de la section d*arcbilecturey 
né à Braxelles, le SO mai 1805, décédé à helles, le 10 
jaillet 1887. 

D*après les dernières volontés de M. De Keyser, aucun 
discours n*a été |)rononcé à ses funérailles. 

Eo remplacement de M. Fraikin, empêché, M. Robert, 
tiee-directeur, délégué de TÂcadémie, a tenu l'un des coins 
da poêle. 

Lors des funérailles de De Man, M. Fraikin a prononcé 
réloge du défunt. 

La Classe, après un dernier hommage rendu par 
M. le directeur à la mémoire des regrettés défunts, décide 
qu'une lettre de condoléance sera écrite à leurs familles 
respectives. 

M. Ad. Siret sera prié de faire la notice biographique 
de M. De Keyser, et M. Rousseau accepte de fliire celle de 
M. De Man. 

— M. le Ministre de l'Agriculture, de l'Industrie et des 
Travaux publics transmet : 

Mine copie du procès-verbal du jury chargé de juger 
le grand concours d'architecture de cette année, d'où il 
résulte que le grand prix a été décerné à M. Ch. De Wuif, 
de Bruges, élève de l'Académie royale des beaux-arts de 
Broxelles, et le second prix, en partage, à MM. Michel De 
Braey et Ferdinand Truyman, tous deux élèves de TAca- 
défliie royale des beaux*arts d'Anvers; une mention hono- 
rable a été accordée à M. Philippe Van Boxmeer, de 
Malines, également élève de l'Académie d'Anvers; 

2* Une expédition de son arrêté conférant à M. Montald, 
prix de Rome pour la peinture en 1886, la pension de 



( 388 ) 

5,000 francs, instituée en vue d'aider les lauréats à per- 
fectionner leurs études à Tétranger; 

S"* Le troisième rapport semestriel de M. J. Anthooe, 
lauréat du grand concours de sculpture de 1885. — Renvoi 
à la section de sculpture et à M. Marchai, rapporteur. 



Discours prononcé aux funérailles de M. Auguste De Manj 
membre de la section d'architecture; par M. C.-A. Fraî- 
kin, directeur de la Classe des beaux-arts. 

Dans la mission si complexe de l'État, les arts occupent 
une des premières places; leur développement marche eo 
première ligne dans la culture de Tintelligence. 

Tous les Gouvernements ont toujours été soucieux 
d'aider les jeunes artistes qui se sont distingués dans des 
concours à se perfectionner dans le goât du beau. Celle 
noble mission part du sentiment que l'art fait partie da 
domaine direct de la société. 

L'un des premiers soucis des Gouvernements qui ont 
présidé aux premiers temps de notre nationalité fol 
d^étendre aux différentes branches artistiques l'institution 
des grands concours de peinture et de sculpture, créée par 
le Roi Guillaume, institution qui avait pour but d'aider 
par une bourse de voyage l'artiste qui se serait distingué 
dans une de ces branches, à se perfectionner en allant 
s'inspirer des immortels chefs-d'œuvre que possèdent les 
pays étrangers, notamment l'Italie. 



( 389 ) 

Gostave De Han fut le lauréat du premier grand coo- 
coors d*architeclure qui eut lieu en 1834. 

Notre confrère avait alors 29 ans. Il était arrivé à la 
pléoilude de la jeunesse, c*est-à-dire à Tépoque où les 
organisations bien douées sont 1. s plus aptes à s'assimiler 
le sentiment du beau. 

Peu d'années après son retour en Belgique, en 1841, le 
Gouvernement attacha De Man au Ministère des Travaux 
publics en qualité d'ingénieur pour la construction des 
bâtiments des chemins de fer. Le nouveau système de 
relations de ville à ville, de contrée à contrée, exigeait 
des dispositions et une architecture toutes spéciales pour 
les édifices destinés à ce service. 

Oo cite de De Man, entre autres, ses bâtiments de la 
balte de Cureghem, de Koekelberg, de TOuest, élevés de 
1870 à 1872, constructions on ne peut plus heureusement 
appropriées à leur service et dont le caractère arcbitecto- 
niqoe se distingue autant par Télégance que par de bonnes 
proportions. 

Dix années après l'entrée de De Man au Ministère 
des Travaux publics (1830), le Département de l'intérieur 
le chargea de l'inspection des bâtiments et du mobilier des 
atbénées et des écoles moyennes de TÉtat, lourde tâche, 
dans laquelle notre confrère put surtout faire ressortir 
l'esprit pratique qu'il avait recueilli pendant ses voyages 
i rétranger. Il dut bien s'acquitter de sa mission, car de 
ISSl â 1871 le même Département lui confia Texamen 
de tous les projets de construction de maisons d'école, 
et ils étaient déjà nombreux à cette époque, à en juger par 
les soios que les pouvoirs qui se sont succédé ont mis à 
développer Tinstruction dans tout le pays. 



( 390 ) 

C'est pendanl celte longue période que De Man s'occupa 
à dresser des plans et à élever des édiOces pour le Départe- 
ment de rinlérieur; que De Mao construisit les élégantes 
tribunes de fancienne plaine des Manœuvres, au Quartier 
Léopold. en 1845; les bâtiments de la grande Exposition 
agricole de 1848; et d'autres constructions du même genre 
que le Gouvernement lui confia ensuite : constructions 
éphémères, mais qui ne réclamaient pas moins tontes les 
qualités sérieuses que comporte l'art architectural. Son 
hospice des enfants rachitiqnes, à Ixelles (1853), date 
encore de cette période. 

Le sentiment architectonique tout particulier qui prési- 
dait à ses conceptions, les heureuses dispositions et les 
agencements de ses constructions valurent à De Man la 
faveur de nombreuses constructions d'hôtels privés et de 
châteaux. 

A farchitecture civile ne se borna pas le talent de 
De Man. Il s'acquitta avec un goût heureux de la con- 
struction, à Bruxelles, de la sacristie de l'église de N.-D. 
des Victoires, au Sablon, 1846, et de la chapelle évangélique 
rue Belliard, 1850; des églises de Sugny, 1851 ; de Rou- 
vroy, 1856; de Maçon, près de Chimay, 1859; de Couvin, 
1863; d'Ethe, 1864, et de Lacuisine, 1869. 

Ce n'est que depuis peu d'années que Bruxelles possède 
un Palais des arts, grâce au talent d'un des nôtres. Avant 
cette époque, les solennités avaient lieu soit au temple 
des Augustins, soit dans l'ancien Palais ducal. En 1855, 
De Man appropria; à la demande du Gouvernement, le 
premier de ces édifices pour les concerts du Conserva- 
toire, et en général pour les grandes solennités publiques. 
En 1860, il appropria le second pour la même destina- 
tion. 



(391 ) 

Il avail espéré pouvoir attacher encore son nom à une 
œavre importante : On lui avait confié en 1863 les plans 
do Palais du Roi à Ostende. Cet édifice, dont on n*a jeté 
que les fondements, resta inachevé. 

Ostende doit an regretté défunt son débarcadère des 
baiteaux à vapeur, dont la construction remonte à i869. 

En raison de sa notoriété artistique, la place de De Man 
était naturellement indiquée dans la Commission royale 
des monuments; sa nomination date de 1859. 

Quelques années après (1865), il remplaça Roelandt 
comme membre titulaire de TAcadémie. Plus d*une fois 
la Classe des beaux-arts recourut à son judicieux juge- 
ment; notre confrère prouva qu'il avait aussi quelque 
habileté à manier la plume. 

De Man avait été nommé professeur de T Académie des 
beaax-arts de Bruxelles en 1863. Nous n'avons pas à 
parler ici de son professorat. 

Le Gouvernement l'avait nommé à la même époque 
chevalier de Tordre de Léopold. 

Telles ont été la carrière et l'œuvre de celui dont nous 
entourons en ce moment la dépouille mortelle. Rappeler 
ce qu'il a fait est le plus bel éloge que nous puissions faire 
de lui. 

Adieu, cher et affectionné confrère, au nom de la Classe 
des beaux-arts, toi dont l'existence a été si dignement et 
si Boblement remplie par le travail. 



( 392 ) 

COMMUNICATIONS ET LECTURES. 

La Classe, après avoir reçu communication d'une dépêche 
ministérielle transmissive d'une lettre de l'Académie royale 
des beaux-arts d'Anvers, relative à un envoi réglementaire 
de M. Yerbrugge, prix de Rome pour la peinture, décide 
le renvoi de ces pièces, pour rapport, à une commission 
composée de MM. Fétis, Slingeneyer, Robert, Guflens et 
Ver la t. 



OUVRAGES PRÉSENTÉS. 

Gobtet (FAlviella (Le comte E.). — Religion ou irréligion de 
l'avenir. Bruxelles, 1887; exlr. in-8* (50 p.). 

De Heen (P.). — Détermination d'une relation empirique 
entre le coeilicient de frottement intérieur des liquides et les 
variations que celui-ci éprouve avec la température. Bruxelles, 
1884; extr. in-8*(5 p.). 

— Détermination, à l'aide d'un appareil nouveau, du coeffi- 
cient de diffusion des sels en solution et des variations que 
cette quantité éprouve avec la température. Bruxelles, 1884; 
exlr. in-8^ (20 p.). 

— Détermination des variations que le coefficient de frotte- 
ment intérieur des liquides éprouve avec la température. 
Bruxelles, 1886; extr. in-8^(16 p., 1 pi.). 

Borlée. — De la réhabilitation de la saignée et des émissions 
sanguines dans les congestions et les inflammations, etc. 
Bruxelles, 1884; extr. in-S"* (16 p.). 

— Rapport sur un travail intitulé : « Les applications des 
propriétés antiseptiques du borax et de l'acide borique. » 
Bruxelles, 1887; extr. in-8^(7 p.). 



( 393 ) 

Burggraeve (D'). — Conroiirs Guiiianl pour ramëlioratioii 
de la position matdrieile et inleileelucilc du la classe ouvrière 
en gênerai, etc., 3- éd., Garni, 1887; vol. pel. in- 16. 

^Vizel (F.). — Notice sur les calnlogucs de bihliolhèques 
publiques, 2* éd. firuxelles, 1887; br. in.8%50 p ). 

Blanckarl [Charles de). — Histoire njoderne (1860-80), 
tomes I et II. Bruxelles, 1885-86 ; 2 vol. in 8". 

Druniaux (Arthur), — Fleurs d'Ardcnne. Bruxelles, 1887; 
vol. in-i2. 

Poskin (Ac/i.). — c Les Trous • au mauvais air, de Nivezc 
(Spa) Notice sur les sources d'acide carbonique. Bruxelles, 
I887;in-8»(42p). 

Ministère de l^Agriculture^etc. — Rapport sur la situation 
des sociétés de secours mutuels pendant les années 1885-85. 
Bruxelles, 1887! gr. in-8«. 

— Bullrlin de la fédération des sociétés d agriculture de 
Belgique, 1885-85. Bruxelles, 1887 ; vol. in•8^ 

Société chorale et littéraire des Mélophiles de Hasselt, — 
Bulletin de la section scientifique et littéraire, ^5"* volume. 
Hasselt, 1886; in-8'*. 

Société des sciences, des arts et des lettres du ffainatit. — 
Mémoires, 4* série, tome IX. Mons, 1887 ; vol. in-8». 



AtLEVAGiNE. 

Kôlliker{A. von). — Die Untersuchungen von Golgi ucbcr 
lien feineren Ban des zentralen Nervensystems. léna, 1887; 
cxir. in-»*» (7 p.). 

Verein fur Geschirhte der Mark Urandeburg ~ Mârkischc 
Forsfhungen, Band XX. Berlin, 1887; vol. in-8«. 

Gesellschaft « Philomathie », in IVeisse. — !2I", 22" und 
î3*Bericht, 1879-86; in-8». 



5"* SÉKIE, TOME XIV. 26 



( 394 ) 



Amérique. 

Pickering (Edw -C). — Observations of variable stars in 
1886. Boston, 1887; exlr. În-8*(I6 p.) 

Langley, Young et Pickering, — Pritchard's wedge Photo- 
meter. Boston, 1887; exlr. in-4* (22 p.). 

Burmeister (Gennan). — Allas de la description physique 
de la République argentine, î2* section : Mammifères, 3* liv. 
Bnenos-Ayres, 1886; cah. in-folio. 

Academia national de cieneias en Cordoba. — Boletin, 1 886, 

1* v2Mn-8«. 



France. 

Institut de France. — Annuaires pour 1880 et 1887. Prix «le 
vertu : discours prononcé le 25 novembre 1886. 

Gosseiet {/.)•— Note sur quelques Rhynchonelles du terrain 
dévoniquc supérieur. Lille, 1887 ; exir. in-8^(52 p , 3 pi). 

— Note sur le Famennien. Lille, 1887; exlr. in-K» (!6 p.). 

LasaulxiA. de), — Précis de pétrographie. Introduction à 
réluilc «les ror.lies, tradiiil de l'allemand par IL Forir. Paris, 
1887; pet. in.8". 

O'Dru de Revel (Joseph). — Messnge de Dieu aux hommes 
lie mon temps et à ceux de l'avenir, ou Dieu et Tcnfant, 2* éd. 
Grenoble; vol. pet. in-8'. 

Fraipont [Julien). — La poterie en Belgique à l'âge du 
Mammouth : l'* partie, la poterie de la grotte d'Engis. Paris, 
1887; extr. in-8* (20 p.). 

Monseur (Eug,). — Cànakya. Reeension de cinq recueils de 
stances morales. Paris, 1887; jçr. in-8"(xix-70 p.). 



( 393 ) 

Paseaiid (Henri). — Science économique, lëgislalion et 
jurisprudence (articles divers dans V Économiste français^ la 
Gazette des Tribunaux^ et la Hevue critique de législation). 
Paris, 1875-86; 21 br. in-8» et 9 journaux. 

— Des actions en détaxe contre les compagnies de cliemins 
de fer. Paris, 1883; exlr. in-8» (G |).). 

— Delà responsabilité du colocataire chez lequel l'incendie 
a pris naissance. Pari», 1884; exlr. in-8® (10 p.), 

— De Tabrogation de Texception de jeu dans les opérations 
(Je bourse et les spéculalions cominrrcinJes. Paris, 1877; extr. 
in 8' (15 p.). 

— La lettre de change et les modifications qu'elle comporte. 
Paris, 1883; extr. in -8" (18 p.). 

— Du recours de l'ouvrier contre le patron on cas d'aeci- 
Jent. Paris, 1885; extr. in-8» (7 p.). 

— De la plainte de la partie civile devant le juge d'instruc- 
tion. Paris, 1884 ; extr. in-8'» (22 p.). 

— Un projet de réforme communale. Paris, 1883; extr. 
in-8'{l5p.)L 

— La puissance paternelle et ses déchéances nécessaires. 
Paris, 1881; exlr. in-8» (8 p.). 

— I^a séparation des pouvoirs et les conflits d'attributions. 
Paris, 1878; in^» (54 p.). 

— La police des mœurs. Paris, 1878; exlr. în-8* (20 p.). 

— De l'organisation communale et municipale en Europe, 
anx États-Unis et en France. Paris, 1877; vol. in-8<* (288 p.). 

— Étude historique et critique des différents systèmes 
(l'organisation du suffrage politique. Paris, 1875; in-8* (83 p ). 

Comité international des poids et mesures, — Procès-ver- 
baux des séances de 1886. Paris, 1887; vol in-8^ 



( 396 ) 



Italie. 

Gnccia(G.'B.). — Sui sislcini iineari di superficie algebrielie 
dointi di singolarita base qiialimques. Palerme, i%S7; 10-8*" 

(12 p.). 
Accademia agraria di Pesaro» — Primo congrcsso degli 

agncoltori inarcliî^îani, i885 : Resocoiilo. Pesaro, 1887; in-8". 

Osservatorio délia regia Universita di Torino. — BolletlÎDO, 

1887. In-4'. 



Pays divers. 

Reuler (F.). — Observations météorologiques faites h 
Luxembourg, ô' et 4* volumes. Luxembourg, 1887; ï vol. în-8**. 

Sleen{Aksel-SX — Hie internationale Polar forsehung, 1882- 
83. Beobacblungs-Ergebnisse der norwegiscben Polarstation 
Bos^ekop in Alten, L Tlieil. Christiania, 1887; voL in-4^ 

Warfvinge (F.-W.). — Arsberaltelse fran Sabbatsbergs 
Sjukbiisi Stockholm, 188(). Stockholm, 1887; in-8°. 



BULLETIN 



DB 



L'ACADÉMIE ROYALE DES SCIENCES, 

DES 

LCTTRES ET DES BKADX-ARTS DE BELGIQUE. 

4887. — No- 9-40. 



CLASSE MES SCEEKCIIS. 



Séance du 8 octobre 1887. 

M. J. De Tilly, directeur, président de l'Académie. 
M. LiAGRE, secrétaire perpétuel. 

Sont présents : MM. Fr. Crépin, vice-directeur; J.-S. 
Sias, P.-J. Van Beneden, le baron Edm. de Selys Long- 
champs, Gluge, J. G. Houzeau, G. Oewalque, H. Maus, 

E. Caudèze, Gh. Montigny, Éd. Van Beneden, G. Malaise, 

F, Folie, Alph. Briart, F. Plateau, Éd. Mailly, Gh. Van 
Bambeke, Alf. Gilkinet, G. Van der Mensbrugghe, 
W. Spring, Louis Henry, M. Mourlon, membres; E. Gatalan, 
associé; A. Renard, P. De Heen et G. Le Paige, corres" 
pondants. 

M. Slcrry Hnnt, géologue, membre de la Société royale 
dn Canada, assiste à ta séance. 

5"* SÉRIE, TOME XIV. 27 



( 398 ) 



CORRESPONDANCE. 



M. le Ministre de TÂgricullure, de rinduslrie et des 
Travaux publics demande que la Classe des sciences pro- 
cède, conjointement avecla Classe des lettres, à la forma- 
tion de la liste double des candidats pour le choix du jury 
qui jugera la première période du concours décennal des 
sciences philosophiques (1878-1887). 

— Le même Ministre transmet une ampliation de Tarrété 
royal du 30 juillet dernier, nommant membres du jury 
chargé de juger le quatrième concours pour la collation 
du prix Guinard : MM. P.-J. Van Beneden et Briart, 
proposés par la Classe des sciences, et Ém. de Laveleye, 
Liagre et Rivier, proposés par la Classe des lettres. 

— M. le Ministre de TAgriculture, de Tlndustrie et des 
Travaux publics envoie, pour la bibliothèque de TAcadémie, 
un exemplaire : 

1** Des exposés f avec annexes, de la situation adminis" 
trative des provinces pour 4886; 

^ De Touvrage de MM. Corneli et Mussely : Anvers et 
f Exposition universelle de 4885 ; 

3° Du Mémoire de zoologie présenté au concours univer- 
sitaire de 1886, pour la collation des bourses de voyage, 
par M. Oscar Terpve, docteur en sciences naturelles de 
l'Université de Liège. — Remerciements. 

— La Société des sciences naturelles de Hambourg fait 
savoir qu'elle célébrera, le 18 novembre prochain, le 
cinquantième anniversaire de sa fondation. 




( 399 ) 

— Le comité coDstitné en Hollande pour la célébration 
da soixante-dixième anniversaire de M. Donders, pro- 
fessenr à l'Université dUtrecbt et associé de l'Académie, 
soamet une liste de souscription à l'effet de fonder, à cette 
occasion, une institution scientifique qui portera le nom 
do jubilaire. 

— La Classe accepte le dépôt dans les arcbives de deux 
plis cachetés adressés, l'un par M. le D' De Keersm^ecker, 
de Bruxelles, l'autre par M. le lieutenant-colonel d'artille- 
rie Léopold Yerstraete. 

Elle autorise la restitution à M. Emile Laurent, profes- 
seur à l'École d'horticulture de Vilvorde, du pli déposé par 
loi dans la séance du 1'''' août 1885. 

— M. Delaey, à Roulers, adresse de nouvelles commu- 
nications se rapportant à divers sujets scientifiques. — 
Dépôt aux archives. 

— Les travaux manuscrits suivants sont renvoyés à 
Texameo de commissaires : 

1** Action gustalive des acides; par Joseph Corin. — 
Commissaires : MM. L. Fredericq et Jos. Deibœuf; 

2* Sur la théorie de l'Involution; par Fr. Deruyts. — 
Commissaires : MM. Le Paige et Mansion; 

3* Observations physiques sur SaturnCy faites en 1887; 
par Paul Stroobant. — Commissaires : MM. Polie et 
Bouzeau. 

— Hommages d'ouvrages : 

1* Odonates de l*Asie mineure et revision de ceux des 
autres parties de la faune paléarctique ; par le baron de 
Seiys Longcbamps; 

2* Observations sur une grande scolopendre vivante; par 
F. Plateau ; 



l 400 ) 

3° Résumé du cours d'analyse iufinUésimale de l'Uni'' 
versiléde Gand; par P. Mansion; 

A^ Théorie mécanique de la chaleur, par R. Clausius, 
2* édition traduite sur la 5^ édition de l'original allemand, 
lome I"; par F. Folie el E. Ronkar; 

5^ a) Construction et emploi du métronome en musique; 
I)) Théorie et application du pendule à deux branches; 
c) La thermodynamique et Vélude du travail chez les êtres 
vivants; par G.- A. Hirn; 

6® Recherches sur la structure de la substance fondamen^ 
taie du tissu osseux; par 0. Van dcr Strichl; 

7* Trajectoire d'un corps assujetti à se mouvoir sur ta 
surface de la terre sous l'influence de la rotation terrestre; 
par L. Lindelôf, de Heisîngrors. (Présenté par M. Van der 
Mensbrugghe avec une note qui figure ci-après); 

8** Méthode pour la détermination des parallaxes par 
des observations continues ; par Ci). Lagrange. 

9'' Propositions relatives aux bases à employer dans le 
calcul des tarifs de la Caisse de retraite, réduits à 3 ^U. 
Premier rapport; par le capitaine Mahillon (avec deux 
aulres rapports). — Remerciements. 



NOTE BIBLIOGRAPHIQUE. 

J'ai riionneur de présenter à rÂcadémie un Mémoire 
très intéressant de M. L. Lindelôf, conseiller d'État, chef 
de l'administration supérieure des Écoles en Finlande, 
bien connu par ses travaux d'analyse et notamment par 
son calcul des variations, rédigé en collaboration avec 
l'abbé Moigno. 

Le Mémoire actuel a pour titre : Trajectoire d'un corps 
assujetti à se mouvoir sur la surface de la terre sous /*!«- 
fl tence de la rotation terrestre. 



( 401 ) 

L'anteur rectifie les notions peu exactes qui on t cours dans 
des traités populaires et même dans des publications scien- 
tifiques sérieuses, quant à Tinfluence exercée par la rotation 
de la Terre sur le mouvement des corps à sa surface. S*agit*il, 
par exemple, d'expliquer la déviation d*un courant atmo- 
sphérique vers rO. ou vers TE. suivant qu'il s'approche 
ou qu'il s'éloigne de l'équateur, on attribue ce phénomène 
simplement à la variation de la vitesse linéaire de la rota- 
tion terrestre aux différentes latitudes, variation à laquelle 
le courant ne participerait pas. Mais, suivant M. Lindelôf, 
celte explication est loin d'être suffisante,et poursuivie par 
l'analyse, elle donnerait une idée fort inexacte du chemin 
da courant ou d'un corps en mouvement. Ainsi, d'après 
cette explication, il n'y aurait pas de déviation pour un 
eonrant allant vers l'E. ou vers l'O., tandis que, en réalité, 
la déviation, ou pour mieux dire, la courbure horizontale 
en uo point donné de la trajectoire est exactement la 
même pour tous les azimuts et ne dépend que de la 
vitesse et de la latitude. 

Deroande-t-on pourquoi les grands fleuves de l'Asie et de 
l'Amérique qui suivent la direction d*un méridien tendent 
i roDger leur rive droite, tandis qu'une pareille tendance 
n'aurait pas lieu pour les cours d'eau «Hrigés vers l'E. ou vers 
rO., la réponse donnée vulgairement est aussi erronée que 
la précédente : il n'y a pas de raison, dit l'auteur, pour que 
l'effet ci-dessus ne se produise pas dans tous les cas. 

U Mémoire de M. Lindelôf est divisé en quatre parties: 
dans la première, l'auteur établit les é(|uations différen- 
tielles du mouvement, et en tire immédiatement quelques 
propriétés essentielles de la trajectoire; la seconde ren- 
ferme la discussion des diverses formes possibles de la 
trajectoire, quand on fait varier de toutes les manières les 
données du problème; la troisième est consacrée à Tinté- 



( *02 ) 

gration des équalions du mouvement; enfin dans la qua- 
trième, l'auteur applique sa théorie à l'étude de la roule 
de l'onde atmosphérique observée à la suite de la mémo- 
rable éruption volcanique de Krakatoa en 1883. 

Je n*ai pas encore eu le temps d'étudier le beau travail 
de M. Lindelof avec toute Tattention qu'il mérite; il m'aura 
suffi, je pense, de faire connaître l'objet de chacune de ses 
parties pour montrer tout l'intérêt qui s'attache aux der- 
nières recherches du savant géomètre de Helsingfors. 

G. Van der Mensbrugghe. 



CONCOURS EXTRAORDINAIRE POUR 1887. 

M. le secrétaire perpétuel dépose sur le bureau deux 
mémoires reçus pour le concours extraordinaire se rap- 
portant à r assainisse ment des rivières, la vie et la repro^ 
duction des poissons. 

Le premier, écrit en français, porte la devise : Travail 
et persévérance. 

Le second, écrit en allemand, porle la devise : Truila. 

Commissaires : MM. P.-J. Van Beneden, Spring el de 
Selys Longchamps. 

RAPPORTS. 

Il est donné lecture du rapport de MM. Van Bcneden, 
père et (ils, et P. Plateau sur la mission dont M. P. PeJse- 
deer a été chargé à la Station zoologique du D' Dohrn, à 
Naples. — Ce rapport sera coinniuniqué à M. le Ministre de 
J'Agriculture, de l'Industrie et des Travaux publies. 



( 403 ) 

Sur un mode de préparation de la phénylehydrazine; 

par A. Reychler. 

c M. Reychler, docteur en sciences, m'a prié de pré- 
senter à la Classe une courte note relative à un mode de 
préparation de la phénylehydrazine. Ce travail est bien 
conçu et bien exécuté; le doute n'est pas possible ni sur 
la nature du produit, ni sur le rendement considérable 
obtenu. J'ai l'honneur de proposer à l'Académie d'or- 
donner l'insertion de la note de M. Reychler dans le 
Bulletin de la séance. » 

La Classe a adopté ces conclusions, auxquelles a souscrit 
H. Spring. 



Sur la masse de la planète Saturne; par L. de Bail. 

C J'ai rhonneur de rendre compte à la Classe d'un 
mémoire de M. L. de Bail, de l'Observatoire de Cointe, 
déjà connu de l'Académie par plusieurs travaux exacts 
d'astronomie. 

Dans la présente communication, M. L. de Bail discute, 
pour en déduire la masse de Saturne, une partie des obser- 
vations qu'il a faites des satellites de cette planète, dans 
l'hiver de i885 à 1886. Il a réuni alors, en se servant du 
réfracteur de Cointe de O'^,^ d'ouverture, cent cinquante- 
sept mesures portant sur les cinq anciens satellites de 
Saturne. Dans ces dernières années, les observateurs ont 



( 404 ) 

trouvéqull était plus sûr de comparer eotre eux les satel- 
lites, qui sont de. petits points brillants, plutôt que rappor- 
ter ces satellites au globe de Saturne. C'est aussi la méthode 
que fauteur a employée. Quarante-trois des mesures qu*il 
a réunies sont des positions relatives de Titan et de JapeC, 
savoir : vingt-cinq différences d'ascension droite et de 
déclinaison, et dix-huit angles de position avec distances.. 
Le mémoire actuel est consacré au calcul de ces mesures^ 
pour en déduire la correction des éléments des satellites 
employés, ainsi que la masse de Saturne. 

Il n'y a rien de particulier à signaler dans la marche 
des calculs. L'auteur suit la méthode de correction de 
Bessel. Il y a apporte d'ailleurs l'ordre et le soin auxquels 
il nous a accoutumés dans ses précédents travaux. 
' On voit par ses résultats à quel degré d'approximation 
les astronomes sont arrivés dans la connaissance du sys- 
tème de Saturne. Les corrections des éléments de Titan 
et de ceux de Japet de M. L. de Bail sont fort petites. La 
plus importante est celle du périsalurne de Japet, qui 
diffère d'un peu plus de 2® de la longitude déterminée par 
A. Hall, d'après ses observations de 1875-77. Mais comme 
l'excentricité de l'orbite de ce satellite est peu considérable, 
le périsaturne est nécessairement assez indécis. Une 
seconde correction d'une certaine importance est celle de 
près de l"" sur l'inclinaison de l'orbite de Titan. Les 
observations que l'on possédait jusqu'ici s'accordaient 
cependant à donner à ce satellite une inclinaison un peu 
moindre que celle du mémoire, et les mesures de W.Meyer 
tendaient à diminuer encore les nombres de Bessel et de 
Jacob. 

Le résultat principal de ces calculs est toutefois la 
détermination de la masse de Saturne, d'après les élonga- 
tions. Chaque stallite fournit une valeur. La différence 



( 405 ) 

enire les deux chiffres est on peu supérieure à la somme 
ies erreurs moyennes des deux résultats, circonstaoce qui 
prouve une fois de plus qu*on ne peut pas regarder les 
écarts des observations comme uniquement accidentels, et 
réglés par la seule loi de possibilité. 

Le résultat général [masse de Saturne =a^jj^ de la 
masse do soleil], est un peu plus faible que les valeurs 
obtenues par les derniers observateurs, W. Meyer, A. Hall 
et H. Struve. Mais cette différence est de Tordre de celles 
qai se rencontrent dans les déterminations astronomiques; 
CD la notant, je n*ai pas pour but de diminuer le mérite du 
travail de M. L. de Bail, lequel me paraît digne de figurer 
dans le recueil de nos Mémoires couronnés. Le format 
iD-4* serait évidemment c( lui qui conviendrait le mieux à 
l'impression des tableaux de calculs. 

J'ai donc Thonneur de proposer à la Classe de voter 
celte impression, et d*adresser des remerciements au labo- 
rieux auteur du mémoire. » 



< Je me rallie entièrement au rapport de mon savant 
confrère; je n'ai à y ajouter qu'une remarque, destinée 
i préciser un peu davantage la dernière observation pré- 
scDtée dans ce rapporL 

Le résultat moyen de M. de Bail s^ôits» 4"' provient 
de la combinaison des deux résultats partiels jjfnô ^^ 
uij:^, est, à la vérité, plus faible que ceux de W. Meyer, 
A. Hall et H. Struve; ces derniers sont, en effet, 54^,75 
(Meyer, 1884), yj^ (1882) et ^^^ (1883) (A. Hall), 
nrô4Japel)F4TO»(Titan)et3-j^(Titan)3j^.-8(R^ 
(H. Struve). Mais on voit que la seconde détermination de 



( 406 ) 

M. H. Struve se rapproche cependant beaucoup de celle de 

M. de Ball,el W semble que la masse attribuée par A. Hall 

à Saturne soit en effet trop considérable. 

Déjày comme le fait remarquer M. de Bail, Hill a déclaré 

que ses recherches sur les perturbations mutuelles de 

Jupiter et de Saturne ne lui permettent pas d'admetlre, 

pour la masse attribuée à ce dernier par Bessel, ^i^rTé 

(1834), une correction telle qu'elle résulterait de la déter-^ 

mination de Hall. 

J'ajouterai que Le Verrier a donné (1876) le chiffre 
1 



5599.6* 

Il faut reconnaître toutefois que les observations sont 
trop peu nombreuses, vu surtout le grand nombre des 
équations à résoudre, pour pouvoir en tirer une conclusion 
un peu déûnitive. 

Heureusement ce ne sont pas les seules que M. de Bail 
ait faites. Outre Japet et Titan, dont les observations, au 
nombre de 43, font l'objet du travail actuel, il a fait éga- 
lement 36 observations de Titan et Rhéa, 27de Rhéa et 
Télh ys, 29 de Rhéa et Dione, 22 de Dione et Téthys. 

Nous ne pouvons qu'engager M. de Bail à nous donner 
la suite de ce travail, qui sera certainement de nature à 
jeter quelque lumière sur la question encore assez indécise 
de la masse de Saturne. » 

La Classe adopte les conclusions de ces deux rapports; 
elle décide l'impression du travail de M. de Bail dans le 
recueil in-4" des Mémoires des savants étrangers. 

Des remerciements ont élé votés à Tauleur. 



. 407 ; 



COMMUNICATIONS ET LECTURES. 



Recherches expérimentales sur la vision chez les Arlhro^ 
podes (première parlie). — a. Résumé des travaux 
effectués jusqu'en 1887 sur la structure et le fonction^ 
nement des yeux simples, b. Fiston chez les Myriapodes ; 
par Félix Plateau» membre de l'Académie rayale de 
Belgique, professeur à TUniversilé de Gand, etc. 

Avant-propos. 

J*ai Tait paraître dans le Bulletin de 1885, sous le titre : 
Recherches expérimentales sur la vision chez les Insectes; 
Us Insectes distinguent-ils la forme des objets {1)1 une notice 
préliminaire dont la publication avait surtout pour but de 
prendre date au sujet de quelques procédés. 

La façon dont ce petit travail fut accueilli et les critiques 
da reste bienveillantes dont il fut lobjet de la part de 
MM. WesthofTet Aug. Forel (2) m'engagèrent à poursuivre ce 
genre d'études, et même à étendre mes investigations bien 
an delà de la question spéciale dont je m'étais d'abord pro- 
posé la solution. 



(1) BuU. de t'/iead. roy. de Belgique, 5* série, t. X, n<» 8; i88S. 

(2) J*ai tenu largement compte des objections formulées; elles 
seront exposées ultéricu renient dans la 4* partie. 



( 408 ) 

Depuis deux ans, j'ai cherché toutes les occasions de 
m'éclairer, j'ai multiplié les observations sur les animaux 
en liberté, et j'ai effectué sur la vision des Myriopodes, des 
Arachnides et des Insectes un nombre considérable d'expé- 
riences variées, dont les résultats m'ont parfois permis de 
remplacer par des données positives les hypothèses basées 
sur Tanatomie seule. 

Malgré mes efforts, je ne puis cependant me flatter 
d'avoir épuisé le sujet; travaifieur isolé, j'ai certainement 
laissé échapper des détails qui frapperont d'autres obser- 
vateurs et j'ai dû, faute de temps, réserver pour plus tard 
des questions importantes, telles que celle de la visibilité 
des couleurs déjà abordée par des chercheurs éminents, et 
celle de la vision chez les Crustacés. 

Le Mémoire actuel est divisé en cinq parties qui seront 
publiées successivement et qui traitent des matières sui- 
vantes : 

Première partie : a. Résumé des travaux effectués 
jusqu'en 1881 sur la structure et le fonctionnement des 
yeux simples, b. Vision chez les Myriopodes, 

Deuxième partie : Vision chez les Arachnides. 

Troisième partie : a. Vision chez les Chenilles, b. Rate 
des ocelles frontaux chez les insectes parfaits. 

Quatrième partie : Fi^ion à Caide des yeux composés. 
Résumé anatomO'physiologique et expériences sur les 
Insectes. 

Cinquième partie : Perception des mouvements et con' 
dus ions générales» 



( 409 ) 

En terminant cet avant-propos, j'exprime le désir légi- 
time que les spécialistes se donnent ta peine de répéter 
qaelques-unes de mes expériences. Si j'ai bien vu, de 
nouvelles confirmations transformeront les résultats que 
j'énooce en faits définitivement acquis; si j'ai peut-être 
mal interprété, les objections que Ton formulera auront 
une tout autre valeur que des critiques théoriques. 



PREMIÈRE PARTIE. 



Chapitre I. 



Icnné des Iravaux efi'eclués jusqu'en 1887 sur la structure 
et le fonctionneiiieut des yeui simples. 

§ 1. — Résumé analomique. 

La bibliographie de ta structure des yeux simples des 
Aribropodes, quoique moins étendue que celle qui con- 
eeroe les yeux composés, est encore considérable. Ayant 
lu el analysé à peu près tout ce qui a été publié sur cette 
matière, je pourrais faire montre d'érudition et remplir 
plusieurs pages par une longue liste de travaux rangés 
cbrooologiquement depuis P. Lyonel (1762) jusqu'à l'année 
actuelle. Celte façon de procéder offre de l'utilité dans un 
traité, mais elle n'est pas de mise dans un Mémoire où 
ToD se propose, avant tout, de faire connaître les résultats 
d'expériences physiologiques. 

Je me bornerai donc, dans les lignes ci-dessous, à 



( 440 ) 

résumer aussi simplemienl que possible Télat actuel de la 
question, en utilisant les données fournies par les recher- 
ches importantes de H. Grenacher (1), V. Graber (2), 
E. Ray Lankester et A. G. Bourne (5), Ph. Bertkau (4), 
W. Pallen (5), W. A. Locy (6) et E. L. Mark (7). 



(1) Grenacher, (Intersuchungen ûber das Schorgan der Arthro^ 
poden, GôUingcn, 1879. 

Ueber die Àugen einiger Myriapoden (Archiv fur mikroskopîscbe 
Anatomie, Band XVIII, Bonn, 4880). 

(â) Graber, Uebcr das unicomeale Trachcaten-und gpedell das 
Arachnoideen-und Myriopoden- .4uge (Archiv fur mikroskopische 
Anatomie, Band XVII, Bonn, i880). 

(3) Ray-Lankbster and Bourne, The minule Structure ofthe latéral 
and the central Eyes ofScorpio and Limulus (Quarterly Journal of 
microscopical Science, New séries, n« 89. January, 1883). 

(i) Bertkau, Beitràge zur Kenntniss der Sinnesorgane der Spinnen 
(Archiv fur mikroskopische Anatomie, Band XXVII, 4886). 

(9) Pattgn, Eyes of Molluscs and Arthropods (Mittheilungen aus 
der zoologischen Station zu Neapel. Sechster Band, IV Hcfl. Berlin, 
1886). Le Mémoire de Patten a élc vivement critiqué par Ray- 
Lankestcr (Quaterly Journal of microscopical Science. Oclober 1886, 
pp. 285 et suiv.) Patten a répondu dans Zoologischer Anzeiger, 
n* 251, 20 mai 1887, p. 256. Je dois naturellement me borner à 
signaler cette polémique. 

(6) LocY, Observalions on the Development of /igelena neevia 
(Bullet. of the Muséum of comparative Zoology at Harvard Collège, 
vol. XII, n« 3, Cambridge, 1886). 

(7) Mark, Simple Eyes in Arthropods (même recueil, vol. XIII, n^ 3. 
Cambridge, 1887). L'auteur discute avec beaucoup de talent les tra- 
vaux de ses prédécesseurs (celui de Patten excepté). Le naturaliste 
qui désire approfondir ce sujet ne peut se dispenser de lire attentive- 
ment rétude du savant américain. Cette lecture lui évitera bien des 
erreurs d'interprétation. 



-^ 



( 4-14 ). 
Je réclame rindiilgence du lecteur, car, en présence de 
divergences d'opinions parfois noultiples, un pareil résumé 
esl fort difficile à rédiger d'une manière salisfaisanle. 

Je laisse naturellement de côté les yeux de Peripaius 
el de Limulus sur les fonctions desquels je n'ai pu faire 
d'expériences. Les yeux des chenilles, qui offrent une 
structure spéciale, doivent aussi être écartés pour le 
moment : j*en parlerai dans la S"" partie. Ce qui suit con- 
ceroe donc les ocelles des Insectes, des Myriopodes et des 
Arachnides (1). 

L'œil simple d'Arthropode est le résultat d'une invagi- 
Dation locale de l'bypoderme. La partie la plus profonde 
de cet hypoderme invaginé donne lieu à une vésicule 
opiiqve plus ou moins sphérique, tandis que la portion 
ToisÎDe de la surface redevient généralement continue pour 
former, devant la vésicule, une couche cellulaire, consti- 
tuant le prolongement de l'hypoderme général du corps. 
De même que sur toute la surface de l'individu, la cou- 
che hypodermique externe sécrète une cuticule chitineuse 
superficielle. Seulement, cette cuticule acquiert ici une 
grande épaisseur et devient^ dans ta plupart des cas, une 
volumineuse lentille transparente, la lentille culiciilaire 
ou le cristallin des descripteurs anciens (pi. I, ff. 1 el 5, /.). 
La lentille est presque toujours fortement biconvexe, 
la convexité de sa face profonde étant tantôt moindre, 
tantôt plus forte que celle de sa face externe. 



(1) Je passe intcnlionnellement sous silence une série de détails 
tels que le tapis, certains groupes de fibres musculaires, les noyaux 
des cellules et leur position, etc. Les uns n*ont qu^unc valeur histo- 
logique, et la connaissance des autres ne peut fournir aucun élément 
Doavcau pour la théorie de la vision. 



(412) 

Les valeurs suivantes en fractions de millimèlres, 
empruntées à Graber, peuvent donner une idée approxi^ 
mative de la convexité de Forgane : 



Scorpio (Buthun) eiiropœus, yeu\ latéraux. 
Duthux {Heieromelrui) afer, yeux médians. 
Epeira Schreibersii, yeux antérieurs. . . 

Julus sabulotus 

Scolopetidra cinyuiatj 

LUhob'tU% forficaïus 




' Dans la lentille, les.couches superposées qui caractéri- 
sent la cuticule desÂrthropodes sont devenues plus épaisses, 
leur densité, leur réfringence et leur courbure varient de 
Tune à Tautrc (1). Enfin, si Ion fait attention aux bonnes 
figures publiées par les auteurs, on voit que les couches 
sont enchâssées les unes dans les autres à la façon de ces 
vases de verre mince pour laboratoires de chimie que le 
commerce livre par piles emboîtées (2). S. Exner a con- 



({) Dl'jardin, Sur les peux simples ou stemmales des animaux 
articulés (Comptes rendus, Acad. se. de Paris,!. XXV, p. 7H, 4847.) 

(2) Voyez Grexacher, Untersuchungcn, etc. op cit., pi. I à V. 
Graber, op. eil., pi. VI, fig. 22. Gre.nacher, Uebcr die Augen einiger 
Alyriapoden^ op. cit., pi. XXI, fig. 41, etc. 



( *i3 ) 
sUlé à peu près la même chose dans les cornées des yeux 
i racetles de THydrophilc, et a trouvé, en oulre^ que les 
couches centrales réfractent plus fortement la lumière 
que les couches périphériques (1). 

Suivant lopinion généralement admise et que le beau 
Mémoire de Locy sur le développement embryonjiaire de 
VAgelena nœoia me semble confirmer absolument, la 
couche hypodermique continue qui sécrète la lentille 
culiculaire constitue ce que Ton appelle le corps vitré ou 
la couche vitrée de Toeil simple. Interposée entre la lentille 
et les éléments rétiniens, presque toujours limitée du côté 
profood par une fine membrane basale (membrane préré- 
liniennede Graber), cette zone cellulaire transparente peut 
être ou assez épaisse (Larves de Dyliscides, Puce, Diptères 
muscides,œil des Hyménoptères en voie de développement, 
la plu|)art des yeux d'Arachnides) ou fort mince (ocelle 
Je Ve$pa complètement développé, Grenacher. Yeux de 
iljriopodes, Graber); mais, malgré certaines assertions qui 
demandent confirmation, ii est probable qu'elle existe 
loujours l2) (pi. U fig. i et fig. 3 c v). 

La xésicule optique dont il nous reste à esquisser la 
structure comprend deux catégories de cellules, des cellules 
ptgmentaires dont je me contenterai de signaler Texistence 



tt) Sig. ExNER, Ein Mikrorefractometer (Archiv. fur mikrosko- 
pisehc Analomie, Band XXV, I. Hcft, p. 110. Bonn, 1885). 

(i) Sans cnlrcr dans les discussions que soulève ce point, it est 
Qtîle de remarquer que les quelques recherches faites sur le déve- 
ioppenieat de i'œil simple montrent que la couche vitrée n'a pas la 
Béaie importance à tous les stades, et que, parfois très épaisse dans 
ioeiljeane, elle peut être réduite à une zone excessivement mince dans 
lœilenlit'rcmcnt formé. 

5"' SÊKIE, TOME XIV. 28 



( Mi ) 

afin de ne pas surcharger la description de détails sans 
utilité immédiate et des cellules rétiniennes, les rétino^ 
phores de Patten. 

Les rétinophores, ainsi nommées (1) parce qu'elles 
servent de support aux éléments nerveux récepteurs, 
généralement très allongées, insérées à peu près norma- 
lement sur la paroi de la vésicule optique, convergent 
plus ou moins vers l'axe de Tœil, c'est-à-dire que leurs 
directions prolongées viendraient, dans beaucoup de cas» 
s'entre-croiser approximativement au milieu de la len- 
tille. 

Pendant longtemps on a considéré ces cellules comme 
répondant au type classique des cellules neuro-épithéliales^ 
chacune d'elles effilée à son extrémité profonde semblant 
continuer une des fibres du nerf optique. De là, le terme 
de nerve-end^cells employé par Ray-Lankester et Bourne 
dans leur description des yeux des Scorpions. Mais diaprés 
le remarquable travail de Patten, qui a fait faire incontesta- 
blement d'immenses progrès à nos connaissances sur la 
structure des organes visuels des Articulés, les terminai- 
sons nerveuses excitables par la lumière auraient une 
disposition plus complexe. 

On sait que chaque cellule rétinienne ou rétinophore 
produit un bâtonnet transparent. Ce bâtonnet, de nature 
cuticulaire pour la grande majorité des auteurs, de nature 
protoplasmique pour Bertkau (2), est tantôt terminal, 
c'est-à-dire situé à l'extrémité de la cellule dirigée vers la 

(4) J*ai mis au féminin plusieurs des termes nouveaux proposés 
par Patten; s'ils deviennent classiques, Tusage leur attribuera bientôt 
un genre déterminé. 

(2) Op. cit., pp. 598, 599. 



( ^'5 ) 

limuére, comme dans les ocelles des Insectes, dans les 
jeax médians antérieurs des Araignées, et probablement 
aussi dans les yeux des Myriopodes, tanlôt laléral, occu- 
pant alors une des longues faces de la rélinophore, modi- 
fication qui s'observe dans les yeux des Scorpions, ainsi que 
dans les yeux postérieurs et latéraux des Araignées. 

S'il s'agit d'ocelles peu complexes, les rétinopbores plus 
00 moins fusionnées sont associées deux à deux; dans les 
;eox des Phalangiuniy elles paraissent associées trois à 
trois (1); enfin, dans les yeux centraux des Scorpions elles 
9001 associées cinq à cinq. Chacun des petits groupes dis- 
tincts ainsi formés est une Ommalidie (2) (pi. I, ff. 1 et 3 o). 

Lorsque les bâtonnets sont terminaux, l'ommalidie est 
surmontée d'un corps bacillaire double (parfois triple); 
lorsque, au contraire, les bâtonnets sont latéraux, Pomma- 
tidie enveloppe un faisceau central de deux ou de cinq 
bâtonnets (pi. I, fig. 2 et 4). 

Ceci posé, les fibres provenant de la subdivision du 
nerf optique, au lieu d*aboutir simplement â l'extrémité 
profonde effilée des cellules de la zone rétinienne, se 
grouperaient en petits faisceaux qui occuperaient chacun 
l'axe d'une ommatidie. De sorte qu'il y aurait non pas 
autant de fibres séparées qu'il existe de cellules, mais 
seulement autant de faisceaux ou nerfs axiles (axial nerve, 
Patteo) qu*il y a de groupes ommalidiens (pi. f, ff. 1 et 3 n). 

Arrivé â la hauteur des corps bacillaires, le faisceau 



(t) A en juger au moins par la disposition des corps bacillaires ou 
Mloonets figurés par Grenacher {Unlersuchungen, etc., op. cit., pi. If, 
Ï|.I7) 

(S) 0'(t|u(T<Siov, petit œil. 



( 416 ) 

axile pénétrerait dans ces derniers, puisse résoudrait dans 
répaisseur et dans toute la hauteur des bâtonnets en un 
réseau de fines fibrilles nerveuses transversales, le retint'- 
dium (Patlen) (pi. I, ff. 1 et 3 r). 

Les rétinidies des bâtonnets seraient, par conséquent, 
les véritables éléments récepleui:s. 



§ 2. — Résumé physiologique. 

Réservant pour les chapitres suivants Tanalyse des expé- 
riences faites antérieurement aux miennes et les concep- 
tions théoriques relatives à des cas spéciaux, j^examinerai 
seulement ici quelles sont les hypothèses qui ont été 
émises sur le fonctionnement des yeux simples, considérés 
d'une façon générale. 

La plupart des auteurs, frappés de Tanalogie qui existe 
entre beaucoup d*yeux simples et les yeux des Vertébrés, 
ont admis la possibilité de la production d'une image ren- 
versée des objets extérieurs. Cependant, préoccupés 
surtout de la grande convexité de la lentille, ils ont 
presque toujours ajouté que la distance de vision distincte 
I devait être très petite; les yeux simples étant, suivant eux, 

exclusivement conformés pour la vision des corps rappro- 
I chés. 

Cette façon de raisonner suppose deux conditions qui 
n'existent pas : Thomogénéité de la lentille et la situation 
des éléments récepteurs au fond de la vésicule optique, 
comme chez les Vertébrés. 

J'ai déjà dit que la lentille cuticulaire n'est pas homo- 
gène, qu elle se compose de couches emboîtées de cour- 
bures et de réfringences différentes. 



(417 ) 

F. DojardÎD (1), considérant que les zones concentriques 
de la lentille sont d'autant plus courbes» c'est-à-dire ont 
des rayons de courbure d'autant plus courts qu'elles sont 
plus voisines de la surface (pi. I, (ig. 1, 1), en déduisit 
qae, quelle que soit la distance d*un objet extérieur, les 
rayons qui en émanent rencontrent une zone susceptible 
de les réfracter de manière à donner encore lieu à une 
image située dans Toeil à une profondeur telle qu'elle puisse 
être perçue. 

En d'autres termes» grâce à la structure spéciale du 
corps réfringent, un objet serait représenté derrière cette 
lentille par autant d'images successives qu'il existe de 
zones» ou, si l'on veut» il y aurait une image coïncidant 
aTec les extrémités réceptrices rétiniennes pour autant de 
distances différentes de Tobjet que la lentille compte de 
couches (3). 

Joignant l'expérience à la théorie» Dujardin montra à 
FAcadémie des sciences de Paris une lunette dont l'objectif 
était composé de plusieurs zones et qui, Foculaire restant à 
la même place, donnait quatre images distinctes pour 
autant de distances de l'objet visé. Enfin, employant des 
lentilles d'yeux simples d'Arachnides et d'fnsectes» il crut 
constater que l'image reste en réalité distincte pour des 



(I) DujARDiif, Sur lûM yeux simples ou sUmtnates, etc., op. cit., 
p. 7 1 5, et Annales des scienees naturelles. Zoologie, S* série, t. VII; 
^ 107, 1867. 

(S) s. Pappenhiiii, Le problème de M, Dujardin relativement aux 
ftftxdes Insectes (Comptes rendus de l'Acad. des se. de Paris, t. XXV, 
p. 809, 1847), a critiqué le travail de Dujardin, mais pour d*autres 
points dont nous ne nous occuperons pas ici. 



( 418 ) 

distances variables de l'objel t sans toutefois avoir le 
brillant de celle que donne une lentille à foyer unique ». 

J*ai rappelé aussi, plus haut, qu*Exner avait observé 
dans les cornéules des jeux composés que Tindice de 
réfraction des couches successives croissait des couches 
superQcielles vers les couches centrales. Nous ignorons, 
i)ien que la chose soit probable, si ce fait est vrai pour les 
yeux simples; cependant on commettrait une imprudence 
en raisonnant à la légère comme si la lentille était homo- 
gène. 

Quant à la situation des éléments récepteurs, oo sait 
(pi. I, fig. 3, rr) que ceux-ci ne sont pas placés à la péri- 
phérie de la sphère optique, mais qu'ils sont, au contraire, 
groupés de façon à former une surface concave générale* 
ment voisine de la lentille cuticulaire, et même si rappro* 
cbée de celle-ci dans les yeux antérieurs des Araignées, 
les yeux des Faucheurs et les yeux simples des Vespides 
que, quelle que soit la grande convexité du corps réfrin- 
gent et la brièveté de sa distance focale, on peut conce- 
voir Texistence d'une image perçue pour des objets assez 
éloignés. 

Reste, enfin, la question de raccommoda tion. En suppo- 
sant qu'il ne se forme qu'une seule image et non plusieurs, 
comme le voulait Dujardin, il est encore possible que la 
vision puisse avoir lieu d'une façon satisfaisante pour des 
distances variables : Grenacher(t) a fait remarquer le pre- 
ifnier que l'absence d'appareil spécial d'accommodation est 
peut-être compensée, dans l'œil simple,^ par la longueur des 



(i) Grenacbbr, Unlertuchungen ûber das Sehorgan, etc., op. cit., 
p. 444 



(419) 

bàloDoels; les rayons provenant d'un objet éloigné agissant 
SÛT rexlrémité antérieure de ces éléments, et ceux qui 
émanent d'un objet rapproché produisant leur effet à une 
profondeur plus ou moins grande, voisine de l'extrémité 
postérieure des corps bacillaires (1). Puis, plus récemment, 
sont venues les observations de Patten, d'après lesquelles 
toute la hauteur des bâtonnets se trouve occupée par un 
réseau au relinidium de fines terminaisons nerveuses 
transversales. Patten ne s'est pas occupé de la vision à 
l'aide des yeux simples; cependant si l'on applique à ceux-ci 
ce qu'il dit des yeux composés, aucune accommodation ne 
serait nécessaire, l'image rencontrant, pour des distances 
très diverses, des terminaisons réceptrices en nombre 
suffisant pour être perçue (2). 

Il résulte de l'exposé qui précède qu'il n'est pas du tout 
certain que les Arthropodes ne possédant que des yeux 
simples soient nécessairement myopes, et qu'il n'y aurait 
rien de surprenant à ce que leur vue fût bonne dans des 
limites assez étendues. Mais comme toutes ces considéra- 
lioDS sont théoriques et que rien ne vaut l'expérimentation 
00 l'observation directe des mœurs, je n'insisterai pas 
davantage sur ce sujet, pour le moment. Des conclusions 
positives et d'une bien autre valeur découleront tout natu- 
rellement de l'ensemble des recherches expérimentales de 
mes devanciers et des miennes propres. 



(i) Grenacher, dans le même passage de sa page li4, émet des 
doutes sur la possibilité du phénomène; la gaine de pigment qui 
enveloppe les bâtonnets jusque près de leur extrémité antérieure 
constituant, pour lui, le principal obstacle a Tcxistcnce d'une image 
ciblée un peu profondément. 

(i) Je combattrai ce deniier point à propos des yeux composés 
(quatrième partie). 



(420) 



CHAPITRE II. 
Vision cbez les Hyriopodes. 

§ 3. — Cotisidéraiions générales. 

Ma notice intitulée : Recherches sur la perception de la 
lumière par les Myriopodes aveugles (i) qui, malgré son 
titre, contient la relation d'un certain nomt)re d'expériences 
effectuées sur le Lilhobius forficalus, dans le double but 
de prouver que cet animal est excessivement lucifuge et 
d'apprécier sa sensibiliié pour la lumière, est, je crois, 
jusqu'à présent, le seul travail expérimental à citer. En 
effet, les recherches de Gervais (2), Sograff (3), Graber (4), 
Patten (5), le livre de Carrière (6), sont purement anato- 



(1) Journal de VÂnatomie et de la Physiologie normales et patho* 
logiques, t. XXil. Septembre-octobre. Paris, 1886. 

(9) Gervais, Études pour servir à l'histoire des Myriapodes (Annales 
des sciences naturelles, série II, t. VI, p. 57. Paris^ 1857). 

(3) SooRàPF, Vorlaûfige Mittheilungen ûber die Organisation der 
Myriapoden (Zoologischer Ânzeigcr. II Jahrgang, p. 17, 1879). 

Id., Anatotnie du Lithobius forficatus, pi. III, fig. 14, Moscou, 1880 
(en russe). 

(4) Geabbb, £/e6fr das unicorneale, etc., op. cit. 

(5) Patten, Eyes of MoUuscs and Arthropods, etc., op. cit. 

(6) Carriârb, Die Sehorgane der Thiere, pp. 1 17 et suiv. (Mûncbeo 
und Leipzig, 1885). 



{ 421 ) 

miques, el les théories émises par J. Mûller (1) et Gre- 
oacher (S) ne reposent que sur des hypothèses. 

Le Mémoire de Grenacher étant de beaucoup le plus 
important, je m*y arrêterai quelque peu, prévenant toute- 
fois le lecteur qu'il ne peut être question ici ni des yeux tout 
i fait spéciaux des Scviigera (3), ni de ceux d'un certain 
nombre de formes exotiques. 

D'une façon générale, les yeux simples des Scolopendta^ 
LithobiuSy Juins et Glomeris ont une structure analogue 
i celle des organes visuels des Araignées, avec cette diffé- 
rence capitale, cependant, que, sauf chez les Lithobies, 
In bàlonnetê terminaux et nombreux occuperaient, dC après 
Grenacher, une position entièrement transversale par rap* 
port à Vaxe de l'œil. 

Patten, s'appuyant probablement sur la composition 
de Torgane chez le Lilhobins où l'on observe, au-dessus 
de bâtonnets tournés vers la lumière et, par conséquent, 
entre ces bâtonnets et la lentille, une couche épaisse Gne- 
nement striée en travers, comme si elle était formée de 
la juxtaposition de poils réfringents horizontaux, admit, 
chez tous les MyriopodeSj des bâtonnets à situation nor^ 
maie surmontés d'un corps vitré volumineux sécrété par 
des cellules spéciales. Cette manière de voir, â propos de 
laqnelle il donne une flgure schématique, expliquerait tout, 
puisque, dans cette façon d'interpréter, les bâtonnets trans- 



(t) J. HÛLLiR, FortgcMttzte anatomische Untersuchungen ûber den 
BwitrAugen heiden Insecten und Criutaceen (Meckel Arcliiv., p. 43, 
Jabrg. i8i9). 

(2) GtiNACHiR, Ueberdie Àugen einiger Myriapoden,j op. cit. 

(d) Je n*ai pas eu Toccasîon d'observer des SctUigera vivantes. 



I 



( 422 ^ 

versaux, qui ont tant embarrassé Grenadier, ne seraient 
pas les corps bacillaires véritables, mais une apparence 
résultant de la texture fibrillaire du corps vitré. 

Grcnacher, qui regardait naturellement ses observations 
bistologiques personnelles comme exactes, a émis, en 
substance, les considérations théoriques suivantes : à sup- 
poser qu'une petite image renversée soit produite par l'in- 
termédiaire de la lentille culiculaire (1), celle-ci ne saurait 
être perçue en tant que représentation des objets exté- 
rieurs, l"" parce que la lumière ne tombe pas sur l'extré- 
mité des bâtonnets, mais sur la totalité de la longueur de 
ces corps bacillaires transversaux ; 2"" parce que tous ces 
bâtonnets, qui sont traversés par les rayons lumineux, avant 
comme après Tentre-croisement de ceux-ci, sont nécessai- 
rement influencés en bloc (2). Chacun des yeux, considérés 
à part, ne pourrait servir qu'à distinguer la lumière de 
Tobscurité. Enfin, comme ces yeux sont groupésen nombre 
plus ou moins considérable chez les Lithobius, Jtilus et 
Glomeris, il en résulte, peut-être, une vision mosaïque 
analogue à celle que J. Muller a admise pour les yeux 
composés des Insectes. 

Telles sont, dégagées des détails, les seules données 
que nous possédions, données vagues, incomplètes, ne 
pouvant satisfaire personne. On comprend, après cela, 
combien des expériences suivies étaient nécessaires et 
avec quoi intérêt j'attendais leurs résultats. 



(1) Il fait ses réserves pour les Julus, dont la leulillc lui semble 
avoir une forme telle que la production d'une iuia<;c est impossible. 

(2) Si Ton admet provisoirement la structure attribuée par Gre- 
nadier aux yeux des Lithobies, ce raisounenient ne leur est pas 
applicable. 



( *23 ) 



CHILOPODES. 
S 4. — Expériences sur le Lithobius forficatus. Linn. 

La Liihobie à tenailles élant excessivenienl commane 
dans mon jardin, j'ai pu, à loisir, multiplier mes observa- 
tions sur celte forme. 

L'animal quieslfortagile possèded'assezionguesanlennes 
de 36 à 48 articles et offre, de chaque côté de la tête, un 
groupe de 26 yeux simples, dont 25 arrondis de petit dia- 
mètre et un plus gros elliptique (pi. I, fig. 8). Suivant 
Lndwig Roch (1 ), le nombre d'organes visuels varie, du 
reste, dans certaines limites, d'un individu à l'autre et 
D*est même pas toujours égal à droite et à gauche. 

J'ai montré ailleurs (2) que la Liihobie est lucifuge et 
très sensible à la lumière. Comme ce fait a ici une impor- 
tance spéciale et que j'aurai, à propos d'autres animaux, à 
parler de propriétés analogues, on me permettra de redé- 
crire le procédé employé et de résumer les résultats. 

Imitant la méthode de V. Graber (3), j'ai fait usage 
d'une boite en verre de 60 centimètres de longueur. 



(t) Roch, Die Myriapodengailung Lilhobius, p. 40, pi. I, fig. 9. 
Nvrnberg, 1862, 

(9) Recherches sur la perception de la lumière par les Myriapodes 
aveugles, op. cit, fig. 5, pp. AA6 et suiv. 

(3) Graber, fundamentalversuche ûber die HelUgheits und Farben 
emppndlichkeit augenloser wtd geblëndeler Thiere (Sitzungsbcrichte 
Nalh. Naturwiss. Cl. d. k. Âkadcmic, Band LXXXVIl, 1 Abtheil. 
Wieo. 1883). 



( 424 ) 

6ceDiiiiiètres de largeur el 8 7s ^^ hauteur. Le couvercle 
est en carton el à rebords (pi. I, fig. 5). 

Une seule des longues faces, celle qu'on tourne vers la 
lumière, est transparente; toutes les autres sont recou- 
vertes extérieurement de papier noir épais. Enfin, le sol 
ou plancher de la boite est revêtu à Tintérieur d'une 
couche de papier à filtrer blanc maintenu humide. 

À Taide de trois rectangles de papier noir double, on a 
divisé la face transparente en six parties égales, dont troi? 
laissent pénétrer le jour et alternent avec trois parties 
opaques. 

Lorsque la boite fermée est placée devant une fenêtre 
donnant sur un espace largement découvert, Tintérienr 
comprend naturellement trois régions éclairées et trois 
régions relativement obscures. 

Les divers essais ont été faits à la lumière diffuse pour 
éviter les différences de température. 

J*ai mis dans Tappareil douze Lilhobies et, au moyen 
des barbes d'une plume d'oie, je les ai distribuées à peu 
près uniformément partout. Toutes les dix minutes, j'ai 
noté combien d'individus se trouvaient placés dans les 
régions éclairées el combien il y en avait dans les 
régions obscures de la botte. Puis, après chaque constata- 
tion, j'ai redistribué uniformément les animaux suivant la 
longueur de l'instrument, afin de les forcer à manifester 
nettement leurs préférences. 

Dans douze essais successifs, les Lithcbies ont été trou- 
vées cantonnées de la manière suivante: 

Titiii. 
Dans les régions obscures li, 13, ii, i% i% i% i% i% i% H, il, 13 440 

Dans les régions éclairées i, 0, i, 0, 0^ 0^ 0, 0, 0, i» i, 4 

t . . Régions obscures 440 „„ ^ 

Le rapport est : ^. — -— j = 85,0. 

Régions éclairées 4 



( 425 ) 

Cest-à-iiire qu*il s'est trouvé Ireote-cinq fois plus d'iDdi- 
vidus à Tombre que dans les espaces clairs. 

La sensibilité des Lithobies pour la lumière et leur 
désir d*éviter Féclat du jour sont, du reste, assez intenses 
pour amener ces ^nimau:L à aller se pelotonner en quel- 
ques instants dans le recoin le plus obscur de la boite. 

Les Lithobies distinguent donc la lumière de l'obscurité 
et il semble naturel d'attribuer cette faculté à leurs yeux 
seuls. On commettrait cependant une grossière erreur en 
raisonnant de cette façon, car il faut tenir compte, en 
même temps, de la perception dermatoptique ou percep- 
tion de la lumière par les centres nerveux au travers de 
Tensemble des téguments (1). 

Eo effet, en répétant les mêmes expériences sur des 
Myriopodes à organisation voisine, mais normalement 
aveugles, dix-sept Geophilus longicornis et deux Crypiops 
punctalusy j'ai obtenu chaque fois, dans douze essais suc- 
cessifs, les distributions ci-dessous : 



1® Geophilus. 

, Tolaai. 
Dans les rgions obscures i3, i3, 4o, 46, 1-2, 46, 44, 43, 8. 43, 44, 45 463 

D»s les régions éclairées 2, 4, 2, % 5, 4, 3, 4, 9, 4, 3, 2 44 

„ Régions obscures 463 „,»--, v / 

^^"^ -■ Région, éclairées 4 1 = **•"'' '^" * P*^" P"*^ *• 



(t) V. Graber, dans ses Fundamentalversuche déjà citées, ensuite 
<Uos Grundlinien sur Erforschung des HcUigheits-und Farbeminnes 
der TMerc. Prag und Leipzig, 488^, a démontré Pexistence des per- 
ceplious dermatoplîques cHez le ver de terre, puis chez le TrUon 
cnstttlus cl la Blatta germanica aveuglés. Graber et moi, de mon 
côlé, avons public d'assez longues listes d'observations qui semblent 



^ 



( 426 ) 



2*» Crypiaps. 

Dans les régious obscures %%%%%%%%%%3t,^ 
Dans les régions éclairées 0, 0, 0, 0, 0, 0, 0, 0, 0, 0, Q» (1). 

Comme je le disais dans mon travoil antérieur, ces expé« 
rienees démontrent le fait curieux que < la sensibilité des 

> Myriopodes aveugles pour la lumière est assez grande et 
» n'est pas beaucoup inférieure à celle des Myriopodes 

> munis d'yeux (2). » 

Ainsi, en délSnitive, si les Litholiies offrent une sensi- 



prouver que le phénomène est plus répandu qu'on ne le croirait au 
premier abord. Enfin, en 1887, A. Forel a fait paraître (Expériences 
et remarques critiques sur les sensations des Insectes, Deuxième partie) 
le résultat de ses recherches sur les sensations dermalopliques chez 
les Fourmis. 

(1) Étonné de Tuniformité des résultats, j*ai changé àdeux reprises, 
pendant Texpérience, la direction de la boite, de façon à modifier les 
formes et jusqu'à un certain point retendue relative des surfaces 
éclairées et ombrées; mais rien n'y fit, toujours les deux Cryptops 
allèrent se blottir à peu de distance l'un de Tautre dans Textrémité 
la plus obscure de la boite. 

(2) Celle phrase se rapporte aux Myriopodes aveugles de la section 
des Chilopodes. Dans une petite notice que je viens de publier sous 
le titre : Observations sur les mœurs du Blaniulus gutlulatus et expé- 
rienees sur la perception de la lumière par ce Myriopode aveugle 
(Société entomologiqae de Belgique. Comptes rendus du 1" octobre 
i 887) j*ai montré que les perceptions dermatoptiques des Blaniules 
sont plus faibles que celles des Géophiles. 



bililé excessive vis-à-vis des rayons lumineux, ce n'est pas 
à lenrs yeux seuls qu'ils la doivent. Il se pourrait même 
fort bien que leurs organes visuels ne fussent pas plus faci- 
lement excitables que ceux de la plupart des autres ani- 
maux. 

J'aborde maintenant les expériences nouvelles. 

Afin de déterminer jusqu'à quel point les Lithobies dis- 
tioguent les objets, j'ai employé le dispositif suivant, que je 
désignerai dorénavant par te nom un peu prétentieux, 
mais que je crois bien appliqué, de labyrinthe (pi. I, fig. 6). 

Une feuille de papier d'emballage brun foncé (couleur 
neutre de terre), un peu rugueuse, de 68 centimètres de 
longueur et de 50 centimètres de large est appliquée sur 
une table bien horizontale placée en pleine lumière diffuse 
devant une fenêtre. 

Au milieu de la feuille de papier qui constitue le sol sur 
lequel les Arthropodes doivent circuler, est ménagée une 
zone à peu près elliptique de 18 centimètres de long sur 
15 de large. Puis, tout autour, suivant six ellipses concen- 
triques, on a collé sur le papier, comme l'indi^que la figure, 
des obstacles divers d*un centimètre de hauteur représentés 
par des bandes de carton blanc, des bandes de carton noir, 
des lames de liège et des fragments d*écorce couverts de 
mousse. 

Ces objets forment ainsi des enceintes interrompues de 
distance en distance et sont en général placés de façon 
que ceux d'une des enceintes soient situés vis-à-vis des 
solutions de continuité de l'autre. 

I.es obstacles étant blancs, noirs, couleur de bois ou 
couleur d'écorce, n'offrant donc rien de particulièrement 
étrange^ il est évident qu'un animal doué d'une bonne vue 



( 428 ) 

circulera dans le labyrinthe en conlournanl toutes ces 
petites barrières et arrivera à la limite extérieure après 
avoir décrit un trajet sinueux. Tandis qu*un animal qui 
voit mal ou qui ne voit pas, se heurtera d'abord à un pre- 
mier obstacle, tâtonnera, longera Tobjet, ira se heurter à 
Tobstacle de Tenceinte suivante et ainsi de suite, n*abou- 
tissiint enfin au bord de la feuille de papier qu'après une 
série de chocs et de crochets. 

Voici coque j'ai observé dans des expériences multiples 
sur des séries d'individus : 

1*" Lilhobies inlacles. — Les Lilhobies intactes, déposées 
au centre du labyrinthe, marchent la plupart du temps 
droit sur les obstacles, quel que soit leur aspect, les ren- 
contrent par ^intermédiaire de leurs antennes que ces 
Myriopodes utilisent constamment comme organes explo- 
rateurs, les contournent, par conséquent, à la distance de 
la longueur de ces antennes, puis vont aborder de la 
même façon une nouvelle barrière et ainsi de suite. 

Il en résulte que la sortie du labyrinthe s'effectue avec 
une lenteur relative, malgré la vivacité d*allures des Myrio- 
podes en (|ue$tion. Ainsi, ayant compté, dans douze expé- 
riences, pondant lesquelles on a opéré sur trois individus, 
le nombre de secondes employé pour arriver au bord exté- 
rieur de l'instrument, le trajet effectué étant mesuré en 
ligne droite, à vol d'oiseau, du centre au point périphé- 
rique atteint, je trouve que les Lilhobies n'ont parcouru en 
moyenne que 2,4 centimètres par seconde. Ce chiffre pris 
seul a peu de valeur; il en acquiert, comme nous le verrons, 
lors(|u'on le compare à ceux donnés |)ar les autres séries 
suivantes; 

2" Lilhobies à antennes^ mais dont les yeux sont couverts 



( 429 ) 

de couleur à Phuile noire (1). — Je fais vingt essais SQC- 
eessîfs en utilisant trois individus. De temps en temps je 
remets sur les yeux une nouvelle couche de couleur. La 
température est assez élevée, -«- 27"^ c. 

Les allures des animaux semblent identiques à celles des 
Litbobies intactes. Les barrières sont abordées perpendi- 
calairement et sont reconnues à Taide des antennes. 

Les Myriopodes aveuglés, qui, malgré les obstacles, 
soiient un trajet bien déterminé, parallèle à la fenêtre, par 
exemple, parcourent en moyenne 2,7 centimètres par 
seconde. La chaleur qui excite, comme on sait, les Articulés, 
suffit pour rendre raison d'un léger accroissement de 
vitesse; 

3" Lilhobies dont les yeux sont intacts, mais dont on a 
coupé les antennes. — Désirant supprimer le rôle des 
antennes et voulant obliger les animaux à se servir de leurs 
yeux seuls, j'ai coupé les appendices antennaires à trois 
individus que j*ai laissés se reposer, en les nourrissant, 
pendant dix jours. Les 0(>érés étaient fort vifs et ont vécu 
encore durant des mois. 

Douze expériences conduisent à un chiffre très voisin du 
précédent : les Litbobies sans antennes parcourent en 
moyenne %d centimètres par seconde. 

Quant aux allures, elles sont nettement différentes; de 
même que les Lilhobies intactes ou aveuglées, les individus 
privés d'antennes marchant presque toujours droit sur les 



(1) Je montrerai dans la troisième partie qu'un Arthropode dont 
OD a recouvert les yeux de couleur à Ptiuile noire perçoit encore un 
peu de lumière par les organes msuels. La suppression est cependant 
plus que suffisante pour rendre des expcriencôs du genre de celles 
qui sont décrites ici tout à fait démonstratives. ) 

5*' SÉRIE, TOME XIV. 29 



( 430 ) 

barrières, mais n'étant plus avertis à temps par leurs 
appendices, ils viennent littéralement se cogner. Ils se 
détournent alors d'autant plus vile pour longer Tobstacle 
ou parfois pour le franchir, et c'est ce qui explique, peut- 
être, la rapidité un peu plus grande de la progression; 

• 

A"" Cryptops punctalus intact. — A titre de comparaison, 
je mets dans le labyrinthe un Cryptops ponctué, Myriopode 
peu différent des Lithobies, mais normalement aveugle. 

Sept expériences montrent que, malgré des allures 
encore plus vives, la rapidité de translation dans l'appareil 
est beaucoup moindre. Le Cryptops ne parcourt en 
moyenne que 1,9 centimètre par seconde. Cela tient à ce 
que le Cryptops palpe encore plus activement avec ses 
antennes que la Lithobie; il longe les obstacles dans toute 
leur étendue, puis vient butter contre d'autres qu'il longe 
encore, etc. 

Tandis que les Lithobies, même sans antennes, suivent 
ordinairement, malgré les heurts et les détours, une direc- 
tion générale déterminée, parallèle ou perpendiculaire à la 
fenêtre, par exemple, les Cryptops se jettent à droite, à 
gauche, et font trois ou quatre fois le chemin nécessaire; 

5^ Cryptops punctalus privé d'antennes depuis sept 
jours; très vif. 

La moyenne de douze expériences montre que l'animal 
met un temps encore plus considérable à arrivera la péri- 
phérie; il ne parcourt plus que 1 centimètre par seconde. 

Cette fois, le Cryptops décrit presque des cercles, 
cognant tout. Il n*a plus manifestement pour se guider un 
peu que le sens tactile très délicat qui réside dans ses 
pattes. Marchant la tête en avant et balançant celte tête de 
droite et de gauche, il se heurte brutalement à chaque 



r 



( 451 ) 

ioslant^ hésite, se détouroe, se heurte encore, etc. fl n*arrive 
donc à reitériear que par hasard et y met parfois 
50 secondes; 

6** Lilhobie sans antennes depuis dix-sept jours et dont 
mœuvre les yeux de couleur à Chuile noire. — La Litho- 
bie se Iroave ainsi placée à peu près dans les mêmes con- 
ditions que le Cryplops privé d'antennes. Durant les dix 
expériences effectuées, on renouvelle de temps à autre 
Tenduit qui recouvre les yeux. 

Fait intéressant, bien qu'on pût le prévoir, la Lithobie 
sans antennes et aveuglée se comporte exactement comme 
leCryptops auquel on la compare. Ce sont les mêmes chocs 
contre tous les obstacles, les mêmes courses en zigzag ou 
en cercle, sans qu'il y ait la moindre direction générale 
dans la marche. Enfin le temps employé à arriver au bord 
do labyrinthe est aussi très long; l'Arthropode n'a plus 
fait, en moyenne que 1,7 centimètre par seconde. 

Lâché sur le sol de la chambre, il se heurte à tout obsta- 
cle,quelque petit qu'il soit, par exemple la tige d'un crayon 
00 le doigt que l'on place verticalement sur son trajet. 

Si nous récapitulons les résultats obtenus jusqu'ici, 
ooas constatons que, dans le labyrinthe : 

La Liibobie intacte. . . Heurte les obsta- Conserve une di- Parcourt par 

clés de front, reciion générale, seconde %\ cent. 

La Lilhobie aTeuglée, avec 
antennes Id. Id. 2,7 cent. 

La litbobie munie d'yeux, 
•ans antennes ... Id. Id. 3,9 cent. 

La Lithobie aveuglée, sans 
anicones ..... IdL- Ne conserve au- 

cune direction 

déterminée. . d, 7 cent. 
LeCrjptops (aveugle) in- 
tact Id. Id. 4,9 cent. 

LeCr7pcops(avengle) sans 
uitennes Id. Id. 4,0 cent. 



L 



( 432 ) 

De quelque façon que Ton envisage ce qui précède, la 
conclusion qui s'impose est que la vision proprement dite 
doit être à peu près nulle; 

« 

T* Lithobies intactes libres et obstacles mobiles. — Pour 
déterminer jusqu*à quel point les yeux sont utilisés» je 
faisse des Lithobies en liberté sur le parquet de sapin bien 
éclairé d'une assez grande chambre recevant le jour par 
deux fenêtres situées d'un même côté (1). 

Au bout d'une canne légère j'ai flxé, dans un plan ver- 
tical, une lame de liège rectangulaire des dimensions d*une 
carte de visite. On peut ainsi, en circulant dans la chambre 
et en restant debout, maintenir la lame de liège vertica- 
lement sur le sol, en un point quelconque, de façon à 
créer un obstacle là où on le juge convenable. 

En outre, comme il est facile d'attacher sur la lame, à 
l'aide de deux épingles, des rectangles de même dimen- 
sion en papier blanc, noir ou de couleurs vives, il y a 
moyen de faire des expériences, non sur la visibilité des 
couleurs, ce qui n'a pas été dans mes intentions, mais sur 
les influences de Téclat offert par la surface de l'obstacle 
et du contraste existant entre la teinte de cet obstacle et 
celle du parquet. 

Les Lithobies libres marchent en général en ligne droite 



(i) La chambre est au second étage de ma demeure, les fenêtres, 
qui sont larges, donnent sur des jardins et des prairies, le plafond 
complètement uni, sans moulures, est blanc, enOn le papier de 
tenture des murailles est d'un gris clair, de sorte que les conditions 
d'éclairage sont fort bonnes. 



( ^3 ) 

ioit vers les fenêtres, soit parallèlemeot à ces ouvertures, 
soit vers le fond de la chambre. 

A. Lame de liège seule. — Je place de tefDps en temps 
la lame de liège transversalement sur le trajet du Myrio^ 
pode, à 5, à 10 et même à 20 centimètres en avant de 
eelai-ci. 

Toujours et cent fois de suite, si l'on veut, la Lithobie 
vient se heurter perpendiculairement à Tobstacle et ne se 
détourne à droite ou à gauche qu'après le contact brusque 
de ses antennes avec l'objet rencontré. 

B. Lame de carton blanc. — Le liège ayant une teinte 
braoâtre neutre peu difTérente de celle du parquet, on le 
recouvre d'une lame de carton bristol blanc. 

Dans ces conditions, chaque fois que la position de cette 
plaque est telle qu'elle se présente à contre-jour ou seule- 
ment obliquement, de façon à être obscure ou à offrir une 
teinte neutre, le Myriopode la heurte comme il se heurtait 
à la lame de liège. Si, au contraire, la lame est éclairée en 
plein, de manière à trancher par son éclat d'un blanc pur 
sur la surface brunâtre du sot, Tanimal aperçoit Tobstacle 
et change de direction pour passer à c6(é. 

La distance où se manifeste cette perception oscille entre 
10 et 15 centimètres. Un grand nombre d'essais sur divers 
individus me conduisent à admettre 10 centimètres comme 
étant la distance la plus fréquente. 

C. Essai alternatif de la lame de liège et de la plaque 
UaïuAe. — La lame n'étant couverte Je carton blanc que 
sur une face, il suffit de l'aire tourner la canne entre les 
doigts pour présenter le liège aux Ljthobies. 



C 434 ) 

Ed pleine lumière, la lame de liège reste presque tou- 
jours inaperçue et est rencontrée perpendiculairement. Si 
on présente la face blanche, Tobstacle est vu dans la grande 
majorité des cas. L*expérience qu'on peut répéter à satiété 
est excessiveinent démonstrative. 

Les petits individus paraissent ne percevoir la présence 
de la lame blanche éclairée qu'à une distance moindre que 
les individus ordinaires. Une petite Lithobie d'un centi- 
mètre et demi de longueur ne se détournait qu'à 7 centi- 
niètres de la plaque. 

D. Emploi alternait' f (lu blanc et du jaune vif. — L'une 
des faces de la lame de liège est revêtue de carton blanc, 
l'autre de papier jaune (1). 

Autant qu'il est possible d'en juger, l'effet du jaune est 
à peu près le môme que celui du blanc, avec un léger désa- 
vantage cependant. 

E Lame d'un vert cru (vert-de-gris pur) (2). — Résultat 
beaucoup moins net que pour le blanc. Le Myriopode ne 
se détourne plus chaque fois et, loisqu'il le fait, ce n'est 
qu'à 6 ou 7 centimètres du carton verl. 

F. Lame d'un bleu franc (voisin du bleu du spectre). — 
Résultat imparfait analogue. Quand la Lithobie manifeste 
de la perception, c'est à 10 centimètres de l'obstacle. 

G. Lame d'un beau rouge (rouge cerise) (5). Chose 



(1) Jaune de chrome clair des peintres. 

{'!) Vert de Paris dans le commerce des papiers dcslincs aux car- 
tonnages de luxe. 

(3) liouge de Perse, id. (c'est le plus beau rouge que Ton paisse 
trouver dans le commerce). 



'I 



( *36 ) 

curieuse, le rouge agit comme une teinte neutre, oaéme 
dans des cas où, sortant des conditions habituelles J'ai fait 
en sorte que la plaque fût éclairée par le soleil; le Myrio- 
pode va s*y cogner en plein à peu près à coup sûr. 

H. Essai alternatif du rouge et du blanc. — La lanne de 
liège porte sur une Tace une plaque rouge et sur l'autre 
une plaque blanche. 

Sauf de petites indécisions inévitables dans ce genre 
d'eipériences, la plaque rouge bien éclairée n'est jamais 
voe, tandis que la plaque blanche Test toujours et amène 
tooslamment le Myriopode à changer de direction. 

Cette invisibilité du rouge n'a rien qui doive beaucoup 
éloQoer si Ton songe qu*il résulte des expériences de 
V. Graber qu'un grand nombre d*animaux lucifuges, soit 
munis d'yeux, soit aveuglés et qui, dans une botte à com-* 
partiments clairs et obscurs, manifestent leur préférence 
pour les régions sombres, soumis à des lumières colorées 
l'oue bleue et l'autre rouge, fuient la zone bleue pour se 
porter dans la zone rouge, cette dernière leur produisant 
la sensation générale d'une zone obscure (1). 

Donc, en résumé, lorsque Tobstacle est à contre-jour, 
lorsqu'il réfléchit peu de lumière ou lorsqu'il offre une 
couleur telle qu'il agit sur Tanimal comme un corps obscur, 
le Myriopode ne le voit pas. Si, au contraire, l'objet réfléchit 
beaucoup de lumière blanche ou réfléchit une lumière 



(i) Graber, Gruudlinien zur Erforschwng des Helhykeits-und 
Farbmtinnes der Thiere, op. cit. Pour ne citer que des Arthropodes, 
Graber a observé la préférence des animaux lucifugcs pour la lumière 
rouge chez la Blatte germanique aveuglée, puis chez une dizaine de 
ffomies intactes, larves, insectes parfaits et arachnides. 



( 436 ) 

appartenant à la région la plus rérrangible du spectre, ce 
qui pour les Arthropodes lucifuges semble être à peu près 
la même chose, le Myriopode s'aperçoit de sa présence à 
une distance approximative de 10 centimètres. 

Il y a loin de là à la vision proprement dite; la distinc- 
tion entre la lumière et Tobscurité pouvant toujours, pour 
les Lithobies» ne Poublions pas, s'expliquer en partie par 
des perceptions dermatoptiques. 

Quant à la vision de la forme des objets , celle-ci n'existe 
évidemment pas; une dernière expérience le prouve une 
fois de plus. 

Une Lithobie en captivité depuis deux mois au moins el 
nourrie à l'aide de mouches est déposée dans un grand 
cristallisoir de 20 centimètres de diamètre dont le fond est 
garni d'une couche de sable fin humide. Plusieurs jours 
se sont écoulés depuis le dernier repas, l'animal a faim. 
La chambre n'est éclairée que par de la lumière diffuse (1). 

Ces conditions établies, on place dans le cristallisoir et, 
à peu près suivant le trajet circulaire que décrit le Myrio- 
pode, (rois mouches vivantes privées d'ailes. Or la Lithobie 
passe un grand nombre de fois à 2 et même à i centimètre 
des mouches sans les voir. Il faut que ses antennes explo- 
ratrices écartées rencontrent par hasard un des Diptères 
pour qu'elle attaque rinsecleel le mange. 



(i) Je préviens le lecteur qu'il est inutile d'essayer cette expé- 
rience avec des Lîthobies que l'on vient de capturer et dans uoc 
chambre vivement éclairée. Les animaux affolés courront autour 
du vase en culbutant les Diptères comme si ceux-ci nVxistaient pas. 
Il est indispensable d'employer des Myrîopodes habitués à la captivité 
et d'éviter un éclairage intense. 



( ^37 ) 



§ 5. — Expériences sitr la Scolopendra stibspinipes 

Kohlrauêch (1). 

Grâce à l'obligeance d*iin membre distingué de la Société 
eolomologîque de Belgique, M. J. Puis, en relations con- 
stantes avec les horticulteurs gantois, j'ai eu à ma dispo- 
sition un magnifique exemplaire vivant de Scolopendra 
subipinipes Kobl., arrivé de Bornéo avec des Orchidées (2). 

L'animal avait 14 centimètres de longueur et, durant 
les premières semaines de captivité, offrit les allures d'un 
Hyriopode bien portant. 

On sait que les Scolopendra proprement dites n'ont de 
chaque côté de la tête que quatre yeux simples assez dis- 
tants. Les antennes sont médiocrement longues; celles de 
l'individu observé étaient de 18 articles (pi. I, fig. 9). 

Comme toutes ses congénères, la Se. subspinipes s'est 
montrée très luciTuge; pendant le jour elle se tenait con- 
stamment cachée sous les débris d'écorce humide qui gar- 



(t) Scolopendra giganlea, C. L. Koch. (Die Myriapoden gctreu nach 
der Naiur abgebildet'Und beschrieben^ Il Bçind, p, 0, fig, i35. Halle, 
t865). L*anima1 a porlc une foule de noms, comme le prouve le 
remarquable travail deFr. Meinert : Myriapoda Musci Cantabrigensis 
(Âmeric philos. Sociely, Oclobcr 2, 4885), que Ton ne saurait trop 
recommander aux naturalistes qui désirent déterminer avec exactitude 
les Cliilopodes exotiques. 

(3) D'après le même Mémoire de Meinert, celle espèce figure dans 
les musées comme reçue de toutes les régions tropicales. 



( 438 ) 

nissaieiit le fond du vase où elle élail renfermée. Déposée 
dans la boite à compartiments alternativement clairs et 
obscurs décrite plus haut(§ 4, pi. I, fig. 5), elle se réfugiait 
toujours au bout de fort peu de temps dans une région 
sombre. Entin, placée sur le parquet de la chambre, elle 
s'éloignait généralement des fenêtres. 
Voici le résumé de quelques expériences : 

A. Emploi d'obstacles fixes. — (Lumière diffuse vive, 
température de Tappartement -h i&* c.) 

Je mets la Scolopendre au milieu d'un labyrinthe impro- 
visé composé de quatre grandes enceintes concentriques 
placées à 10 ou 12 centimètres Tune de l'autre, et formées 
de blocs de bois blanc et de gros livres in-S"" à reliures d'un 
vert obscur ou d'un brun foncé posés à plat. Ces obstacles 
sont séparés par des intervalles d'au moins 10 centimètres. 
L'aire centrale a 80 centimètres de diamètre (1). 

La progression est beaucoup plus lente que celle des 
Lithobies, mais l'ensemble des allures est identique. Coaime 
les Lithobies intactes, la Scolopendre vient rencontrer les 
barrières perpendiculairement, les explore activement à 
l'aide de ses antennes et les longe avant de les contourner. 

J'ai noté, dans six des essais, l'ordre dans lequel ont eu 
lieu les arrêts contre les obstacles. Le signe -^ représente 



(I) Afin d'évilcr d^elTraycr le Myriopode, qui était excessivement 
craintif et irascible, je ne Tai jamais pris avec des pinces. A la fîn de 
chaque essai, je mettais simplement, sur le trnjet de l'animal, une 
boite de carton couchée sur le côté et ouverte ; il y entrait infaillible- 
ment et c*est cette boite que je retournais doucement lorsqu'il s'agis- 
sait de placer de nouveau la Scolopendre au milieu du labyrinthe. 



( 439 ) 

BQ arréi, le signe — signifie que le Myriopode passe entre 
deux objets : 



Premier essai 

Deuxième 

Troisième 

Qaairième 

Cinquième 

Sixième 


Première 
enceinte 


Deuxième 
enceinte. 


Troisième 
enceinte. 


Quatrième 
enceinte. 


-4- 


4- 

H- 
H- 


■4- 

4- 


-+- 

-4- 
-*- 



La seule inspection de ce petit tableau montre combien 
les arrêts contre les obstacles ont été fréquents. 

B. Emploi d'obstacles mobiles (lumière diffuse vive. 
Température de l'appartement +21''c). 

Ainsi que dans une partie des expériences sur les Litho- 
bies (§ 4), lobstacle mobile est une plaque de liège fixée 
au bout d'une canne. L'une des faces de cette plaque est 
re\èlue de carton blanc, de sorte que Tobservateur peut, 
à xolonlé, présenter à l'Arthropode, soit la face liège, soit 
la face blanche. 

On se rappelle que, dans ces conditions, les Lithobies 
viennent rencontrer la plaque de liège placée en pleine 
lumière, mais qu'elles voient, au contraire, presque tou- 
jours la plaque blanche éclairée et qu elles changent alors 
de direction à une distance de 10 centimètres environ. 

La Scolopendre a la vue encore plus mauvaise, car elle 
iieurle la plupart du temps l'obstacle présenté» que celui-ci 



( 440) 

soit d'un blanc éclatant ou de teinte neutre. Lorsqu'elle se 
détourne, c^ qui est relativement rare» c'est aussi à peu 
près à 10 centimètres de Tobjet. 

Certaines précautions sont indispensables pour ne pas 
fausser les résultats et pour ne pas en déduire, par con- 
séquent, des conclusions erronées: la Scolopendre, comme 
presque tous les Arthropodes munis d'yeux, perçoit les 
grands mouvements; ainsi, si on déplace un peu vite l'ob- 
stacle à droite ou à gauche, une incurvation brusque de 
la partie antérieure du corps du Myriopode montre que 
celui-ci a acquis la notion de l'existence d'un objet mobile 
à droite ou à gauche de sa tète. Il faut donc éviter les 
mouvements trop brusques et poser la plaque à 20 ou 
30 centimètres en avaut de l'animal (1). 



CHILOGNATHES. 

§ 6. — Expériences sur CIulus londinensis Leach. 

Les Iules ont des antennes assez courtes, coudées vers 
le bas, de huit articles, les trois derniers formant une petite 
massue. Derrière chaque antenne existe un groupe d'yeux 
simples, serrés les uns contre les autres, constitué par cinq 
séries verticales d'au moins dix yeux chacune (pi. I, 
fig. 10). 



(\) On trouvera dans une petite note que j'ai publiée sous le titre : 
Observations sur une grande Scolopendre vivante (Comptes rendus de 
la Société entomologique de Belgique, 6 août 1887), la description 
de quelques autres faits concernant Texcmplaire dont il est quesiioo 
dans ce paragraphe. 




( ^1 ) 

La slaiion babitaelle de ces animaux, sous les pierres» 
entre les racines des plantes, sous les écorces, etc., per- 
mettait de supposer qu'ils se montreraient très lucifuges. 
L'expérience suivante, effectuée sur viùgt-deux individus 
déposés dans la botte à compartiments éclairés et obscurs 
(pi. I,fig. 5) et examinés toutes les cinq minutes, a donné 
le résultat ci -dessous : 

TttiDI. 

Dans les régions obscures SI, 32, âO, 32, i9, 21 125 
Dans les régions éclairées 1, 0, 2, 0, 3, i 7 

^ Régions obscures 125 ._„ 

Rapport : ^. —pr-î z = 47,8 

"^ Régions éclairées 7 

Les Iules distinguent donc nettement la lumière de 
l'obscurité, faculté qui, comme pour les autres Myrio- 
podes, peut tenir, en partie, à des perceptions dermatop- 
tiques (1). 



{{] Dans ma notice : Obtervations sur les mœurs du Blaniulus 
fuitulùtus Base et expérienees sur la perception de la lumière par ce 
Mffriopode aoeugle (Comptes rendus de la Société entomologique de 
Belgique, 1" octobre 1887), j'ai publié le résultat suivant obtenu à 
Taide d'un Chilognathe voisin des Iules, mais dépourvu d*ycux 
(20 individus) : 

Tttinx. 
Dans les régions obscures 14, 16, 14, 15, 12, 14, 11, 12, 13, 16 137 

Dans les régions écUirées tf, 4, 6, 5, 8, 6, 9, 8, 7, 4 63 

' R'égîons obâcures 137 
^*PP^ '-' Réglons éclairées 63 " ^^^' 
• • • 

qni démontre Tezistence de perceptions dermatoptiques incontes- 
tables, mais assez faibles. 



(442) 

Lorsque ces Arthropodes circulent sur une surface, il» 
palpent constamment le sol à Taide de leurs deux antenqes, 
dont ils touchent le terrain de mouvements alternatifs. 
Sauf la lenteur des déplacements, on dirait quMIs jouent 
du tambour. 

Déposés dans le labyrinthe à barrières d'un centimètre 
de hauteur (voyez § 4, pi. I, fig. 6), les Iules n'évitent 
aucun obstacle; ils les abordent perpendiculairement, 
absolument comme s*ils ne les voyaient pas, les tàtent 
de leurs antennes, les longent sans cesser de palper, 
puis vont rencontrer les obstacles de l'enceinte sui- 
vante, etc. 

Les obstacles blancs bien éclairés d'un centimètre de 
hauteur ne sont pas mieux vus que ceux de teinte neutre 
ou de couleur foncée, mais les Myriopodes en question se 
détournent et changent de direction lorsqu'on leur pré- 
sente, en pleine lumière diffuse, un rectangle blanc d'une 
surface un peu considérable. 

Désirant mesurer jusqu'à un certain point la valeur de 
cette perception, j'ai fait des expériences répétées en met- 
tant sur la route d'un Iule circulant sur une table en bois 
foncé presque noir, des rectangles verticaux de carton 
blanc de plus en plus petits, et en notant la distance 
moyenne où l'animal déviait de la ligne droite, distance 
que l'on peut considérer comme étant celle où a lieu la 
perception. J'ai obtenu ce qui suit : 

Rectangle de : L'Iule se détourne 

6 cent. sur 40 = 60 ce*, toujours ... à iO cent. en moy. 

6 cent. sur o»30 ce*. id. • • . i iO eent. en moy. 

5 cent, sur 3 = i5 ce*. Id. ... à 3 cent, en moy. 

2,0 cent, sur 3» 7,5 c c*. parfois et sealement à i cent, en moy. 




C 443 ; 

La perception est ctoDC encore netle lorsque le rectangle 
a une surface de 15 centimètres carrés (quart d'une carte 
de Tisite ordinaire); pour 7,5 cenlimèlres carrés (huitième 
d'une carte de visite), elle devient fort douteuse. Il est, par 
conséquent, évident qu'il ne s*agit pas là de la perception 
de la forme des objets, mais simplement de la perception 
de la lumière blanche réfléchie. Lorsque la surface réflé- 
chissante est un peu grande. Pluie a la notion vague d'une 
zone lumineuse et, comme il est lucifuge, il cherche natu- 
rellement à passer dans une zone obscure. 

Enfin j*ai employé un procédé fort simple qui m'a 
doooé avec les Chenilles des résultats assez nets. L'Iule 
est placé sur une petite baguette horizontale de 20 centi- 
oièlres de long portée par un . fil métallique vertical 
implanté au milieu de sa longueur. Le tout a donc la 
forme de la lettre T (pi. I, fig. 7). L'animal circule 
librement sur la barre horizontale du T, mais ne peut en 
descendre à cause du faible diamètre et du poli du fil 
mélallique. 

Dans cette situation, le Myriopode s'arrête de temps à 
autre, comme les Chenilles, pour balancer dans divers 
sens la moitié ou le tiers antérieur de son corps à la 
recherche d'un nouveau point d'appui qui lui permette de 
qoiuer son support. On saisit ces instants pour présenter 
à riule, à des distances variables, une deuxième baguette 
verticale du diamètre d'un crayon. 

Or, si on fait bien attention de ne pas confondre les 
incurvations exécutées au hasard y avec des mouvements 
effectués dans le but de saisir un objet vu, si l'on met, par 
exemple, la baguette à droite de la tète pendant que 
ranimai se courbe lentement vers la gauche, on peut 



( 444 ) 

s'assurer que les yeux ne sont d*aucun secours; Tliile 
semble ne voir, même à un centimètre, ni une baguette 
couverte d'écorce, par conséquent de couleur terne, ni un 
cylindre de papier blanc de même diamètre; mais dès 
qu'on agit de façon qu'une antenne frôle l'objet, la pré- 
sence de celui-ci est reconnue et le Myriopode s'y attache 
d'un mouvement vif. 

Le rôle prépondérant des antennes, dont la sensibilité 
tactile supplée à rinsuffisance ou à l'absence de la vision, 
peut encore être nettement démontré en plaçant vertica- 
lement devant un Iule qui marche une petite baguette 
plus étroite que la distance qui sépare les extrémités des 
antennes écartées. Si l'obstacle est touché par un des 
appendices antennaires, le Myriopode s'arrête à temps, 
pal|)e et se détourne; mais si l'objet est bien situé dans 
l'ouverture de l'angle formé par les antennes qui, prolon- 
gées, viendraient donc se placer à sa droite et à sa 
gauche, tiule se heurte brutalement, absolument comme 
un aveugle marchant les bras étendus et un peu écartés 
peut aller se meurtrir le visage contre un tronc d'arbre. 



§7. — Expériences »ur la Glomeris marginata Villers 

(G. limbata^ Olio.). . 

Ces petits Myriopodes oniscidiformes ont, de chaque 
côté de la tête, huit yeux simples, disposés suivant une 
ligne à peu près verticale. Les antennes de sept articles 
sont analogues à celles des Iules (pi. I, fig. 11). 
' J.-F. Brandt, dans ses Observations sur le genre de vie 



( 448 ) 

€lla physiologie des espèces du genre Glomeris [\\ a bien 
déerif, dès 1841, la manière dont les animaux en question 
progressent en tâtant constamment le sol à l'aide des 
extrémités de leurs antennes. Le rôle de ces appendices 
eomme organes d'exploration lui a paru très important, 
tandis que celui des yeux, dont il jugeait par les mouive- 
meots des Glomeris, lui a semblé fort réduit. 

Voici ce que j'ai pu constater de mon côté : les Glomeris 
distinguent la lumière de Tobscurité et sont lucifuges. 
Placées dans la botte à compartiments éclairés et obscurs 
{pi. I, Gg. 5), elles vont toujours, après un temps dont }a 
durée assez considérable tient à la lenteur de (eur 
marcfae, se réfugier dans une zone sombre. 

Sur une table située devant une fenêtre, elles se diri- 
gent plus ou moins obliquement vers l'intérieur de l'ap* 
parlement. 

Enfin, mises dans le labyrinthe à barrières de I centi- 
Diètre de hauteur, elles n'évitent aucun obstacle; ellesles 
abordent directement, les talent à l'aide des antennes, les 
longent entièrement, puis vont se comporter de même 
vis-à*vis des obstacles situés plus loin. 

Bien que l'excessive lenteur des mouvements rende 
l'interprétation de ceux-ci difficile, j'estime que la vision 
proprement dite est à peu près nulle. 



(1) Brandt, dans : Recueil de Mémoires relatifs à l'ordre dèis 
itueetes Myriapodes (BuUetfn scientifiqae de l^Àcadémie des sciences 
et $«-Petersbourg, pp. i6â et 167, 4841). 



3"* SÉRIE, TOME XIV. 30 



( 446 ) 



§8. — Résumé des résultats fournis par les Myriapodes. 

De ce qui précède on doil, je pense, tirer les conclu* 
sions suivantes : 

i"" Les Myriopodes distinguent la lumière de robscurité; 

2^ Cette propriété existant aussi chez les Myriopodes 
normalement aveugles, la perception de la lumière peat, 
chez les formes munies d*yeux, s'expliquer partiellement 
par des sensations dermatoptiques; 

3" Les Myriopodes voient très mal et suppléent à Pio- 
suflBsance de la vue par le toucher, principalement localisé 
dans les antennes; 

4*" Les espèces possédant des yeux ne sont guère mieux 
partagées à cet égard que celles qui sont aveugles; 

S"" Les Myriopodes munis d*organes visuels ne per* 
çoivent, à dislance, Texistence d'un obstacle placé sur leur 
route que si celui-ci réfléchit beaucoup de lumière blanche, 
ou une lumière appartenant à la région la plus réfrangible 
du spectre. Cette perception est probablement en partie 
dermatoptique; 

6* Les Myriopodes ne distinguent pas la forme des 
objets ; 

V Certains d'entre eux semblent percevoir les grands 
mouvements. 

Les idées théoriques de Grenacher (voir § 5) qui, en se 
basant sur la structure seule, émit l'opinion que dans Tœtf 
simple des Myriopodes il ne se produit pas d'image et 
que ces animaux ne sauraient avoir d'autres notions que 



( 447 ) 

celles de lumière et d^obscurilé, étaienl donc exactes sur ce 
poiDi (i). 

Ajoutons, enfin, que Timperfeclion des sensations 
Tisuetles chez les uns, l'absence totale d*yeux chez d'au- 
tres, sont parfaitement en accord avec le genre de vie de 
œs Arthropodes qui, habitant dans l'intérieur du sol, 
80QS les pierres et sous les écorces, passent tous leur 
existence, comme les animaux des cavernes, dans des 
milieux sombres où le sens de la vision n'a pu se déve- 
lopper. 



EXPLICATION DE LA PLANCHE I. 

Fig. r Figure schématique d'un œil postérieur d'Âraignce (com- 
binaison d*une figure de Grenacber et d'un schéma 
dePalten). 
l. Lentille eutieulaire avec ses couches emboîtées. 
h. ffypoderme, 
e, V. Corps vitré (modification de rhypodermc). 
m. Membrane btuale ou prérétinienne, 
6. Corps baeiUaires doubles formés de deux bâtonnets 

accolés, 
o. Ommalidie constituée par deux relinophores (cellules 
rétiniennes) accolées et plus ou moins complètement 
fusionnées. 

(1) La coïncidence entre une hypothèse de Grenacber et les résul- 
tats de rexpérience ne signifie pas le moins du monde que Tlnterpré- 
tition faite par le savant bistologiste de la structure des yeux des 
Hyriopodes soîl la bonne. Le désaccord entre ses vues et celles d'au- 
tres auteurs sérieux est tel, que la question mérite d'être reprise 
cntièrenient, en évitant les productions artificielles résultant de 
remploi de certains réactifs. 



( 448 ) 

p. Prolongement effilé d'une ommafîdie, pris par presque 
tous les auteurs pour un filament nerveux, 
r. r. Rélinidies (réseaux nerveux) dans les corps bacillaires. 
«. n. Ncrft axiles. 

On a fait abstraction des cellules pigmenlaires. Les 
nerfs axiles et les rélinidies ne sont intentionnelle* 
ment représentés que sur la moitié droite de la figure, 
afin de faire saisir la différence entre les interpréta- 
tions récentes (à droite) et les anciennes (à gauche). 

Fig. 2. Figure schématique montrant comment, dans Tocil d'Arai- 
gnée, Tommatidie résulte de raccolement et de la 
fusion de deux rétinophorcs ou cellules rétinienaes 
munies, chacune, de son bâtonnet bilatéral. 

Fig. S. Figure schématique d'œil simple dlnseclc (combinaison 

d'une figure de Grenachcr et d'un schéma de Patteo). 
Les lettres ont la même signification que dans la fig. i. 
Les ommalidies sont encore constituées chacune par 
deux cellules, mais dont les noyaux sont, cette fois, 
à des hauteurs différentes. Les corps bacillaires et, 
par conséquent, les rélinidies, sont terminaux. 

Fig. ^. Figure schématique d'une ommatidic d'œil d'Insecte (en 
grande partie d'après Palten). 

Fig. 5. Boite de verre recouverte extérieurement de papier noir, 

pour les expériences sur les perceptions dermatopti- 
ques. La face tournée vers la lumière comprend trois 
portions transparentes et trois portions opaques. 

Fig. 6. Labyrinthe avec obstacles d'un centimètre de hauteur. La 

hauteur des obstacles a été un peu exagérée sur le 
dessin, afin de rendre ce dernier plus clair. 

Fig. 7, Baguette horizontale portée par une tige métallique et 

servant aux expériences sur la vision des Iules on 
des Chenilles. 

Fig. 8. Tête de Lilhobiiu forficatus montrant la disposition des 

yeux. Grossissement 7. 

Fig. 9. Tête de Scolopendra iubfpinipes, id. Grossissement A. 

Fig. 10. Tète dWului londinewfiSy id. Grossissement 7. 

Fig. il. Tète de Glomeris mor^ma/a, id. Grossissement IS. 



.ï'Sèivr. ! 







Rf/O. 



( **9 ) 

Remarques au sujet de Véclipse totale de soleil, du 49 août 
4887 ; par L. Niesten, astronome à l'Observatoire royal 
de Bruxelles. 

(CommaDiqué par M, Folie, directeur de cet élablissement.) 

Mu examen sommaire des photographies prises pendant 
la durée de la dernière éclipse totale nous donne Tespoir de 
pouvoir, en agrandissant les images, étudier en détail la 
structure de la couronne; leur comparaison avec les résul- 
tats obtenus des éclipses précédentes nous permettra 
d'ajouter quelques données relatives à la configuration 
extérieure de Tenveloppe solaire. 

Une série de photographies du soleil, que le directeur 
de rObservatoire se propose de prendre dans certaines 
conditions d'exposition, viendra aider à prouvrer ce qui 
appartient réellement au soleil dans les appendices lumi- 
neux et de structure si variée que montrent les dessins et 
les photographies autour de la chromosphère. 

Noos pouvons déjà établir les deux points suivants, 
d'après la comparaison de nos photographies avec celles 
obtenues par M. Karelin, de Nijni-Novgorod, qui opérait, 
comme nous, à Jurjewetz : 

i"* Avec les plaques sensibles de Van Monckhoven, 
des objectifs photographiques < portrait-lenses i d'un dia- 
mètre de 12 centimètres donnent presque instantanément 
(Vbo i Veo de seconde) une image, non seulement des 
protubérances^ mais aussi de la couronne. On ])ourra donc, 
dans les observations (féclipse, se dispenser, pour photo- 
graphier le phénomène, d'emporter avec soi des instruments 
disposés sur des montures parallactiques, qui sont toujours 
d'un transport difficile et coûteux ; 

S* Des temps de pose de 30 secondes ne donnent pas 



( ^so ) 

des images plas détaillées de la coaroDDe qae celles qae 
Ton obtient ao boat de 8 secondes; il en résolterait qoe 
ce qui forme réellement la couronne solaire doit se montrer 
an bont d'un temps de pose très conrt. Si, dans les photo- 
graphies de la couronne obtenues après une durée d'expo- 
sition de plus d'une minute, on obtient des auréoles éten- 
dues et des appendices lumineux, ne devrait-on pas les 
attribuer à des phénomènes physiques dus aux conditions 
atmosphériques, ou à des effets de lumière produits dans 
Tappareil photographique lui-même, effets d*aulant plus 
sensibles que le temps d'exposition des plaques photogra* 
phiques est pins long? 

A ce sujet, nous croyons intéressant de mentionner que, 
parmi les photographies de Jupiter que nous avons prises 
à rObservaloire de Bruxelles, les images obtenues après 
un temps de pose de 2 secondes étaient parfaitement nettes 
et définies, tandis que celles exposées pendant 30 secondes 
montraient une auréole autour de la planète. 



Sur un mode de préparation de la phénylhydrazine ; par 
A. Reychler, docteur en sciences, à TUniversité de 
Bruxelles. 

J'ai obtenu de la phénylhydrazine d'après un procédé 
qui n'est point sans présenter quelque analogie avec celui 
de Fischer. Les matériaux employés sont les mêmes, mais 
ils entrent en réaction dans un ordre inverse. 

Une solution d'une demi-molécule de carbonate de 
potassium, tenant en suspension une molécule d'aniline, 
est traitée par un courant d'anhydride sulfureux jusqu'à 
^lissolution complète de la base or^^anique. Dans celte satu- 



(4SI ) 

ralîon, qai va jusqu'à donner des bisuIGles, on évite avec 
soin Taddilion d'un trop grand excès de gaz suirureux. 

La liqueur obtenue est ensuite versée lentement dans 
une solution aqueuse d'azolite de potassinm, que Ton a eu 
soin de neutraliser au préalable par quelques gouttes 
d'acide acétique. 

La réaction donne lieu à un dégagement de chaleur 
peu considérable, ne nuisant pas au rendement si les 
liquides à mélanger ont été quelque peu refroidis. 

On obtient alors, sans aucun dégagement gazeux, une 
solution jaune et un abondant précipité de la même cou- 
leur. Celui-ci consiste en diazobenzolsulfonate de potas- 
sium, sans doute déjà mélangé d'une faible proportion 
d'bydrazine sulfonate. 

Un repos d'une couple d'heures est alors nécessaire, 
pendant lequel on voit le précipité pâlir en nuance, à 
mesure que le diazobenzolsulfonate subit rinflueuce 
réductrice du milieu sulfureux. En même temps la réac- 
tion du mélange devient nettement alcaline. 

Il ne s'agit plus alors que d'achever la réduction déjà 
commencée. A cet effet, on chauffe le tout au bain-marie 
jusqu'à produire une solution claire, on rend la réaction 
acide par l'addition d'un léger excès d'acide acétique, puis 
on ajoute prudemment du zinc en poudre et de l'acide 
cblorhydrique étendu jusqu'à réduction, c'est-à-dire déco- 
loration, complète. 

La solution filtrée, additionnée d'un peu d'acide chlor- 
bydrique, est alors concentrée à feu nu. Si l'on a poussé 
l'évaporation suffisamment loin, Taddition d'une quantité 
peu considérable d'acide cblorhydrique concentré suffit 
pour faire naître un abondant précipité de chlorhydrate 
de phényihydrazine. 

Le rendement en chlorhydrate brut est assez variable : il 



C 482 ) 

se rapproche le plus souvent de 85 ''/o de la quantité théo- 
rique. Le rendement en produit vrai (déduit du dosage de 
l'azote dans le produit brut) n*cst guère que de 60 à 70 ^'/o* 

Le reste de la phénylhydrazine a été en partie détruit 
lors de Tévaporation, laquelle donne lieu à un faible déga- 
gement de produits hydrocarbonés (?). En majeure partie 
il se trouve dans les eaux-mères du chlorhydrate : forte 
réaction par la liqueur eupropotassique. 

L'extraction de la base libre se fait d'après le procédé de 
Fischer. Elle présente absolument les caractères de la phé- 
nylhydrazine. Par son aspect, elle ressemble beaucoup ao 
phénol. Elle est solide à la température ordinaire, bout vers 
236% réduit à froid la liqueur eupropotassique et donne avec 
l'acide pyruvique le produit de condensation caractéristique. 

Dans mes essais j'ai employé le plus souvent : 

s/io de poids moléculaire =» 26 à SO grammes d'azotite de potassium. 

'/fo de poids moléculaire &= 28 grammes d'aniline. 

s/^ de poids moléculaire =» SI grammes de carbonate de potassium. 

Pour une opération, il fallait environ 500 c. c. d'eau» 
dont 300 c. c. pour la dissolution des bisullites. 

Le mélange des deux solutions prenait à peine cinq à 
dix minutes. 

La quantité totale d'acide chlorhydrique à employer 
était de 80 à 100 ce. 

L'interprétation théorique de la réaction me parait 
devoir se rattacher aux travaux de Raschig sur les acides 
sulfazolés (1). Une molécule d'azotite alcalin et une mole- 

(i) Berichte der deutschen chemiscfien GeseUschaft, t XX, pp. K8i 
et it58. 

Mon étude a été faite antérieurement à ces publications et allait 
donner lieu à des recherches sur les acides sulfazotés, quand parut 
dans les Berichte le communiqué de Raschig. 



(453) 

eole d*acide sulfureux teudent à former comme premier 
produit de condensation une molécule de dibydroxylamine 
sulfonate de potassium : 

KO NO -I- HSOjH = N (OH), SO5K 

lequel, trouvant une molécule d'aniline à sa disposition, 
forme le prodnil diazolé C6H5N = N — SO3K. 

La réduction ultérieure en dérivé d*hydrazine est opérée 
par la molécule additionnelle de bisulGte et par Tbydro- 
gène naissant (Zn h- 2HC/). 

La méthylaniline ne se prête point à la même transfor- 
mation. La réaction du mélange devient ici fortement 
alcaline, et la base organique se trouve précipitée. Dans 
ces conditions il se forme probablement de Thydroxyla- 
mine disulfonate de potassium. 

Pour Qnir, je ferai remarquer que l'opération inverse de 
celle qui a été décrite (verser l'azotiie dans la solution des 
bisullites) conduit à un tout autre résultat. Les produits 
de cette réaction n'ont pas été étudiés. Ils forment proba- 
blement un mélange variable de dérivés diazotés et diazo- 
amidés, mêlés à leurs produits de décomposition. 



La Classe se constitue en comité secret pour prendre 
connaissance de l£t liste des candidats présentés par les 
sections pour les places vacantes. 



( AU ) 



CDiSSK DES LETTRES 



Séance du 10 octobre i887, 

M. P. De Dbgkbr, doyen d*àge, occupe le fauteuil. 
M. LiAGRE, secrétaire perpétuel. 

Sont présents : MM. le baron J. de Witte, Ch. Faider, 
le baron Kervyn de Lettenhove, R. Ghalon, Thonissen, 
Th. Juste, Âlph. Wauters, Alph. Le Roy, A. Wagener, 
P. Willems, G. Rolin-Jaequemyns, Ch. Plot, Ch. Potvin, 
Aug. Scheler, P. Henrard, J. Gantrelle, L. Roersch, membres; 
H. Philippson, associé; Alex. Henné et A. Van Weddingen, 
correspondants. 

M. Bormans, vice-directeur, écrit qu'il est empêché 
d'assister à la séance. 



CORRESPONDANCE. 



M. le Ministre de TAgriculture, de Tlndustrie et des Tra- 
vaux publics demande que la Classe des lettres procède, 
conjointement avec la Classe des sciences, à la formation 
de la liste double des candidats pour le choix du jury 
chargé de juger la première période du concours décennal 
des sciences philosophiques (1878-1887). 



( *ss ) 

— Le même Ministre demande une liste double des can- 
didats pour le choix des jurys chaînés de juger : 

1"* La 8* période du concours quinquennal de littérature 
française (i8S5ASSl); 

2"* La 10*" période du concours triennal de littérature 
dramatique en langue française (i885-i887). 

Ces élections auront lieu dans la séance du mois de 
novembre. 

Le même Ministre envoie : 

A, Une copie de l'arrêté royal du 30 juillet dernier nom- 
mant MM. P.-J. Yan Beneden et Briart, proposés par la 
Classe des sciences, et MM. de Laveleye, Liagre et Rivier, 
proposés par la Classe des lettres, comme membres du 
jury chargé de juger le quatrième concours pour la collation 
du prix fondé par le docteur Guinard; 

B. Les ouvrages suivants destinés à la bibliothèque de 
TAcadémie : 

V Catalogue descriptif et critique des manuscrits d^Am^ 
phonius se trouvant dans la Bibliothèque royale d^Erfurt, 
une des collections les plus riches et les plus recherchées de 
l'Europe, en ce qui concerne la littérature scolaslique. (En 
allemand.) — Don du Gouvernement impérial allemand; 

2" La Flandre orientale et ses anciennes archives^ manuel 
de renseignements, publié par Félix d'Hoop; 

3' Sur la liberté de réunion j mémoire présenté au con- 
cours universitaire de 1886 pour la collation des bourses 
de voypge, par L. Dupriez; 

4^ Les mauvaises langues^ par Jules De Soignie ; 

5* Bulletin de la Société d'art et d'archéologie du diocèse 
de Liège. Tomes I" à IV; 

6"* Histoire de la discipline parlementaire, par Auguste 
Reynaert. — Remerciements. 



( 456 ) 

— Hommages d*ouvrages : 

V Le texte originaire du Yih'King^ sa nature et son 
interprétation^ par C. de Harlez. (Présenlé par M. P. Wil- 
lems avec une note qui figure ci-après); 

2^ a) / documenti del archivio di Barcelona, e il ribella" 
mento di SicAlia contro ReCarlo^nel 128S; b) L'apologetica 
cattolica e gli studi etnografici, storici archeologici cotUem" 
poraneiy par Vinceozo di Giovanni (Présentés par M. Âlph. 
Le Roy); 

5*" Le mien et le tien, causerie populaire^ traduite de 
l'italien par Camille Wiliquet. (Présenté par M. Alph. 
Le Roy avec une note qui figure ci-après.) — Remer- 
ciements. 

— M. Alex. Henné écrira pour VAnnuaire prochain 
la notice nécrologique sur Alphonse Vandenpeereboom, 
ancien membre de la Classe des lettres. — Remercie- 
ments. 



NOTES BIBLIOGRAPHIQUES. 

J'ai rhonneur dWrir à la Classe, de la part de notre con- 
frère, M'' de Harlez, un exemplaire d'une étude intitulée : 
Le texte ordinaire du Yih-Kingy sa nature et son interpré- 
tation. 

Les Chinois possèdent un livre qui remonte à une haute 
antiquité et dans lequel ils ont prétendu trouver tous les 
principes et les mystères de toutes les sciences philoso- 
phiques, morales, politiques, naturelles, etc. Aucune 
découverte européenne qui ne soit prévue par ce livre. Il 
s'appelle Yih'King ou livres des changements. Ce n'est 
en soncme que l'explication de 64 groupes formés chacun 



( ^^7 ) 

de six lignes droites, horizootales et parallèles, dont les 
unes sont pleines, les autres coupées par le milieu. Celte 
explication tout entière consiste dans des pronostics à 
tirer de cette figure et de chaque ligne. II y a 64 sections 
dont chacune a une figure hexagramme, un caractère chi- 
nois qui en est le non), et une double interprétation. Tune 
de la figure entière, Tautre de chaque ligne. C'est un vrai 
livre (le bonne aventure. 

Tout cela est si obscur, que le livre a été l'objet de plus 
de naille commentaires sans qu'on y ait vu plus clair. En 
outre il est si bizarre qu'on a pu dire qu'aucun livre au 
monde n^est si absurde que celui-là. 

Tous les interprètes et traducteurs chinois ou euro- 
péens ont admis tout cela sans chercher plus loin, et ils 
ont travaillé là-dessus avec un courage digne d'une meil- 
leure réussite. 

Enhardi par les doutes émis par un savant sinologue de 
Londres, M. de Lacouperie, M. de Harlez s'est demandé s'il 
n'y avait pas autre chose à trouver dans le fonds originaire 
du Yih'King. Après une étude approfondie, il a constaté 
que primitivement ce n'était nullement un livre de bonne 
aventure ridicule, mais un recueil de réflexions philoso- 
phiques tout à fait dans le goût des meilleurs philosophes 
chinois, et, dans la seconde partie ou commenta ire, une 
série d'explications lexicologiques,des exemples d*appli- 
cation du sens des mots et autres choses semblables, le 
tout selon le système des dictionnaires chinois. 

Pour arriver à ce résultat inattendu et si intéressant, il 
ne lui a fallu que traduire naturellement tous les mots 
du texte, en rendant aux premiers caractères chinois leur 
rôle naturel d'interprétation des figures, au lieu d'y voir 
de simples sons/et ed écartant lès termes d^ugùreéx de 
nécromancien qui sont vends interpoler et dé{ig^rer un 



( 458 ) 

texte des plus rationnels, sans forcer le sens en aacun 
point. On pourra comparer les deux résultats et interpré- 
tations. 

La nouvelle interprétation est certainement, autant que 
nous pouvons en juger, rationnelle et concordante, et 
remet le vieux livre chinois parmi les œuvres sensées et 
dignes d'attention. Aussi interprétation de M. de Harlez 
a-t-elle déjà reçu Tapprobation des sinologues les plus en 
renom. P. Willrms. 



J'ai Fhonneur d'offrir à la Classe des lettres un ouvrage 
intitulé : Le mien et le tien, causerie populaire, traduite de 
Titalien, par Camille Wiliquet. 

M. Tavocat Wiliquet nous offre aujourd'hui une nou- 
velle traduction de Titalien. Son choix n'a pas été moins 
heureux que d'habitude. Il s'agit d'un simple opuscule de 
moins de cent pages, mais qui en dit plus que maint gros 
livre, du moins pour la classe de lecteurs à laquelle il 
s'adresse. L'auteur est M. Aristide Gabelli, député au par- 
lement d'Italie, et le titre est suffisamment significatif: Le 
mien et le tien. Rien de neuf dans ce cadre, on a soin de 
le déclarer tout d'abord ; des vérités aussi vieilles que la 
société humaine elle-même, mais des vérités qu'il est plus 
que jamais utile de rappeler au peuple, en ce temps où 
les sophistes l'égarent à plaisir et où c les révolutionnaires 
sans le savoir » sont de plus en plus nombreux. Le danger 
est imminent, surtout dans les pays à gouvernement popu- 
laire, livrés aux fluctuations de l'opinion, préoccupés de 
compter les suffrages au lieu de les peser. 

L'absurdité des théories égalitalres qui, si elles étaient 
lin instant réalisables, n'aboutiraient qu'à l'égalité de la 



( 439 ) 

misère; le salul et la prospérité de Touvrier dépendant de 
son esprit de conduite; la propriété reconnue comme le 
fondement de la vie civile : ce sont là autant de thèses tri- 
viales, pour ainsi dire, mais sur lesquelles on est bien forcé 
de revenir sans cesse,en présence des convoitises malsaines 
et de Taveuglement des passions. Cependant les plus élo- 
quents plaidoyers n'y font rien : le grand point, c'est de 
parvenir à faire écouter les leçons du bon sens dans la 
mansarde ou la chaumière. M. Gabelli a compté, pour 
arriver à ce résultat, sur Tinfluence des exemples. Il met 
en scène des personnages, raconte tout bonnement leur 
vie, et finit sur leur céder la parole, attentif à leurs objec- 
tions et y répondant par des faits précis et par des chif- 
fres. Tout y passe, depuis la réforme des impôts jusqu'à la 
réforme des salaires, jusqu'aux illusions de l'école qui ne 
compte que sur Te gouvernement. L'auteur ne croit pas 
aux panacées, mais il croit au progrès et apprécie haute- 
ment les institutions modernes, basées sur le respect de la 
justice. Il montre de la manière la plus pertinente que 
ceux qui en méconnaissent le bienfait sont en définitive 
les ennemis de ceux qu'ils tentent de séduire : les oisifs 
des grandes villes et les dépensiers qui ont contracté des 
besoins factices. Un discours magistral, prêté à un vieux 
général américain, présente en un résumé clair les conclu- 
sions échelonnées dans tout l'ouvrage, dans un langage 
k la fois consolateur et fait pour fortifier les âmes. 

Ce petit volume sans prétention, mais dont chaque page 
contient une leçon pratique et s'inspire d'idées élevées, 
serait avantageusement, ce me semble, introduit dans nos 
écoles, et je serais surtout heureux de le voir pénétrer au 
foyer de famille de ceux pour qui il a été écrit. La Bel- 
gique peut en faire son profit, comme l'Italie. L'honorable 
traducteur l'a pensé sans doute; mais ici je me permets de 



( 460 ) 

loi adresser une observation. C'était le cas, ou jamais, non 
de procéder à une version lillérale, mais à ce qu'on est 
convenu d'appeler une adaptation. Si M. Wiliquet se déci- 
dait à entreprendre ce travail, Il pourrait rendre un véri- 
table service à nos classes laborieuses, mises directement 
en cause et ainsi plus vivement intéressées. 

Alph. Le Rot. 



COMMUNICATIONS ET LECTURES. 



Vondel et la Belgique; par J. Stecher, 
membre de l'Académie. 

Le 17 novembre prochain, Cologne fêtera le troisième 
centenaire du poète Vondel, de Agrippijnsche Zwaan (le 
Cygne agrippinien de Colonia agrippina Ubiorum). On s'y 
propose de jouer sa tragédie Jeplita, où il a voulu repro- 
duire la régularité classique. A Amsterdam, dès septembre, 
à 1 occasion du grand congrès littéraire hollando'belge, le 
VondelS'park a vu des fêtes magnifiques en l'honneur du 
plus brillant génie poétique de la Néerlande (1). Anvers, à 
son tour, a eu son comité institué en vue de cette comme- 
thoration, et pour que tout fût bien national, il se compo- 
sait fraternellement de libéraux et de catholiques. Ils ont 



(1) Voudbl, The great idéal poet of ihe Nelkerlandi. Saturday- 
Review du â8 août 1886. 



■»^**v 



( 464 ) 

fait représenter les Leeuwendalers, l'idylle patrioliqae par 
excellence. Le conseil communal avait chargé M. Robert 
Fabri de sculpter un buste du po^te destiné à Tune des 
salles du théâtre flamand, Nederlandsch Schouwburg. Dans 
les écoles, on s'attachait avec une sorte de fièvre à faire 
connaître à la jeunesse la vie et les œuvres de ce Flamand 
que la Belgique donna à la Hollande*(i). A Bruxelles, 
VUnion littéraire annonçait quelle se ferait représenter 
aux fêtes d'Anvers. Enfin on vient d'inaugurer le 2 octobre 
le grand théâtre flamand de la capitale par la représen- 
tation de Vondel, le drame du docteur Van Peene. 



I 

On conçoit l'enthousiasme de Cologne, où Vondel est 
né, et celui d'Amsterdam, où il a composé tous ses chefs- 
d'œuvre. Mais en Belgique, ne faut-il pas se résigner à 
dire : c Par la fatalité de nos guerres religieuses, nous 
avons perdu ce grand coloriste flamand, comme nous 
avons failli en perdre un plus grand encore, Rubens, né â 
Siegen? » 

Quelques traits pris dans la vie et surtout dans l'œuvre 
de Vondel montreront aisément que notre pays peut 
revendiquer quelque part de cette gloire. C'est bien un fils 
de parents belges dont on a voulu célébrer la mémoire. 

Joost Vondel (ou Van den Vondel) (2) est né à Cologne, 

(1) Cf. Notre Histoire de la UttércUure néerlandaise en Belgique, 
page 235. 

(2) Un nom tout à fait brabançon : vondel signifie planche ou pont 
sur un fossé. 

3*"' SÉRIE, TOME XIV. 51 



( 462 ) 

le 17 novembre 1S87. Son grand-père, Peter Kranen, élait 
uo de ces rhéloriciens anversois qui de la Renaissance 
avaient glissé jusqu'à la Réforme, allant plus loin que 
Houwaerl ou que Van Ghistele, fakleur de la Goudbloem. 
Il s'était fait mennonile, doopsgezindy c'est-à-dire non 
pas anabaptiste (comme on traduit quelquefois), mais, tout 
au contraire, une sorte de quaker mitigé par les prédica- 
tions de Menno Simonis, ancien curé catholique. Poursuivi 
par les sbires du markgraaf, sans doute pour quelque satire 
trop hardie, Peter Kranen eut le temps de se sauver à 
Cologne avec ses enfants. Sa femme, près d'accoucher, fut 
enfermée au Steen; mais un cousin, Hans Michiels, se 
portant caution, obtint sa liberté jusqu'après ses couches. 
Ramenée à la prison par Hans Michieis lui-même, la 
pauvre femme apprit bientôt qu'elle allait être condamnée 
au bûcher. On ne lui accorda sa grâce qu'à la condition de 
faire baptiser un de ses enfants qu'il fallut faire revenir 
de Cologne. C'était la petite Sarah, qui devait être la mère 
du poète et lui préparer, de loin et comme par influence 
poéli(]ue, sa conversion au catholicisme. 

A Cologne, refuge d'un grand nombre de Flamands, les 
Anversois mennonitcs formaient une sorte de colonie fer- 
mée. On ne se mariait qu'entre coreligionnaires (1). Ce fut 
ainsi que Joosl Vondel, un chapelier [hoedsloffeerder)^ 
épousa la tille de Peter Kranen, qui, baptisée par force, 



({) On a remarqué partout cette intime solidarité des proscrits 
flamands. V. Alph. Willcms, Les Elzeviers, p. clxvii. — Nous venons 
de lire dans le Gidt de décembre i887, p. 549 : a L'histoire de 
nos Réfugiés, de ces énergiques Flamands qui ont fait la grandeur 
d*Âmsterdam, demeure inconnue maigre le concours institué par la 
Provincictal Utrechtsch Genootschap, » 



( 463 ) 

était bientôt ramcDée à la douce religion mennonite de sa 
famille. Bientôt le nord des Pays-Bas s'affranchit, et les 
protestants purent obtenir la liberté de leur culte. Pour 
des Flamands, rentrer en Hollande, c*était alors, gr&ce à 
ridenlité d'idiome, revenir de Texil. Le chapelier Joost y 
songea comme tant d'autres; mais des intérêts de commerce 
le forcèrent d*abord à résider à Francfort et à Brème. 
Enfin, en 1598, il put s'établir à Utrecht, où le futur poète 
commença son éducation. En 1600, son père est marchand 
de bas et de chaussons dans la célèbre Warmoessiraat 
d'Amsterdam. Dans cette ville, où se concentrait alors 
rénergie néerlandaise, deux Sociétés de rhétorique fla- 
mande, épaves de la catastrophe d'Anvers de 1585, avaient 
la vogue. Elles attiraient, à leurs représentations de Zin- 
nespelen ou moralités allégoriques, non seulement les 
réfugiés de Belgique, mais le peuple d'Amsterdam, dont 
le langage ne différait guère du brabançon que par un peu 
moins de mots français. 

Le jeune Vondel, on l'a généralement remarqué, fut pro- 
fondément impressionné par ces jeux de scène où, avec 
une naïveté digne du moyen âge, on cherchait avant tout à 
édifier un public facilement enthousiaste. M. J. te Winkel(l) 
a parfaitement dégagé ces traces curieuses de l'influence 
rhétoricale. A dix-sept ans, en 1605, un épilhalame 
pour le mariage de Clara van Tongerloo, montre le poète 
déjà tout formé par ce style flamand mêlé de réminis- 
cences évangéliques et de bizarreries dérivées du mauvais 



(1) Vondel aU treurspeldiehier (Haarlem, 1881). — Dans le pre- 
mier volume de sa Geschiedenis der Nederlandtehe leiterkunde, qui 
Tient de parailre, le D' Te Winkcl s'attache à faire ressortir Timpor- 
tance de Félément flamand dans la littérature néerlandaise. 



( 464 ) 

goût des ailleurs de la période bourgaignonne. Ce Schrif- 
tuerlyck Bruyloftsreffereyn esl une de ces ballades pom- 
peuses doDl le refrain ou stock-regel ne manque pas d'af- 
félerie. 

L*an d*aprèsy au concours dramatique {land-juweet) de 
H.'iarlera, un lied encore assez rbétorical esl adressé 9ux 
deux chambres de rbélorique brabançonnes qu'on venait 
d'applaudir. Mais déjà le grand écrivain Hooft, le Richelieu 
et le Malherbe de la nouvelle renaissance, signalait le fils 
du boutiquier anversois comme un des rimeurs qui don- 
naient les plus hautes espérances. 

En 1609, le doux mennonite, convaincu que la guerre, 
même défensive, ne peuls*inspirerd*aucun versetdu sermon 
de la Montagne, célèbre avec amour la Trêve de douze ans 
obtenue par le tolérant Oiden Barneveldt, en dépit do trop 
belliqueux prince Maurice, il espère que cette trêve pourra 
bientôt amener une paix définitive, que d'avance il se glo- 
rifie de chanter : 

Op hope of met* er tydt ccn vrede-zon misschien 
Den Nederlanden mocbt gheduuriglijck bestralen. 

Mais quoi! le fanatisme se réveille : Henri IV esl assas- 
siné, et cette victime de Ravaillac, populaire aux Pays-Bas 
comme en France, inspire à Vondel, dans un style déjà 
renouvelé, une poésie à détails réalistes comme les aimait 
la peinture flamande (1). Le Wtvaerl en treur-dichi déplore 



(1) Simon Gobtbr, dans ses Letterkundige studien (2« édition, 
Amsterdam, i884) et principalement à propos de Bilderdijk • qui 
osait se placer au-dessus de Vondel, » analyse finement le réalisme 
du génie anversois. -> Il faut pourtant reconnaître que Bilderdijk, 
dans la préface de son Willem van Holland, se montre plus enthou- 
siaste que Jonckbloet pour la tragédie de Vondel. 



( 468 ) 

la mort « du défenseur du saint Évangile » et salue naïve- 
ment Louis XII i comme le protecteur de la république 
des Provinces-Unies. 

Celte même année (1610), Yondel épouse Maaiken 
(Mariette) de Wolf. dont le père, qui était un passementier 
anversois, avait autrefois dû profiter du refuge de Cologne 
à cause de son mennonisme. La jeune femme se met bra- 
vement à la tête de la boutique de la Warmoesslraai et 
permet ainsi à son mari, d*un an moins âgé qu'elle, de se 
livrer plus librement aux aspirations de la poésie. 

Aussi, dès 1612, voyons-nous Yondel aborder le théâtre 
pour son propre compte. Rien de plus curieux pour nous 
que ce début dans un genre longtemps convoité par l'admi- 
rateur des Flamands. La chambre brabançonne Lavendel^ 
bloem s*était naturellement chargée de la représentation. 
Het Passcha était une tragédie, ou plutôt, comme dit Van 
Lennep(l), un mystère sur la sortie d'Egypte. Avec une 
orthographe essentiellement brabançonne, la pièce s'an- 
nonçait comme donnant une leçon édifiante au peuple, 
trage comedischer wijze^ ce qui signifiait, comme pour 
Corneille, un dénouement heureux. Il s'agissait, en effet, 
de la délivrance des Israélites; mais Jéhovab, qui y figure 
comme protagoni$te,y semble bien promettre une autre déli- 
vrance, celle des Pays-Bas opprimés par Philippe II, auquel 
Pharaon fait sans cesse penser. Dans une « Ëpistre à mon- 
seigneur Jean-Michiels van Vaerelaer, mon singulier ami » 
(les seuls vers français que l'on connaisse de Yondel), il 



(i) Avons-nous besoin de faire remarquer que la plupart des 
faits cites dans cet article sont empruntés à la grande édition de 
Vondcl par Van Lennep (iS vol. gr. in-8«. Amsterdam, i8B5-1869.)? 



( 466 ) 

copie la langue de ce Dubarlas de la Pléiade, si souvent 
traduit en flamand (i). A son mécène, un marchand bra- 
bançon enrichi, il vanle toujours la paix : 

Durant Paage doré que nos premiers ancestrcs 
Faisoicnt profession des ouvrages cbampestres, 
Astréc florissoit, et la terre à cbascun 
Estoit avec ses fruicts en partage commun. 
Les fifres ni tambours n'csveilièrent Torage 
D^un sanglant eschaffaut 

Malgré certains mots et certains détails qui se ressentent 
de la trivialité des rhétoriciens ses premiers maîtres, Von- 
del rappelle souvent l'élévation de Calderon, qui, lui aussi, 
n'a fait que transformer des mystères du moyen âge. Puis, 
quelle intensité de vie à travers cette diction parfois mys- 
tique! C'est, en vérité, la sensation des choses comme on 
l'a dans Rubcns, jusque dans ses allégories. L'inspiration 
esl à la fois patriotique et biblique, et cependant plus d'une 
tirade, d'une audacieuse familiarité, a les tournures les 
plus brabançonnes, les plus naturelles pour exprimer des 
idées transcendantes. On pourrait aisément se moquer de 
Pharaon qui maudit Jupyn et les Furies, tout comme un 
fakieur de Belgique; on se lasserait vite de compter les 
burgondismes de ce que les Brabançons appelaient « lan- 
gage de cour, » par exemple, parwyck van Phebus^ eene 
tombe, een aster, etc.; mais que nous importe, dès que la 
Fama ou Renommée raconte le passage de la mer Rouge 
comme si elle traduisait le fameux Cantiqtie,en y ajoutant 
l'ampleur de l'épopée? Que nous fait ce reste de fldélité à 



(I) Par exemple, par le graveur- poète anversois, Zacharias Heyns. 



( 467 ) 

la rhétorique, si tout à coup, dans les chœurs ou Ryen, on 
s'aperçoil que le vieux flamand, dégagé de son bariolage 
bourguignon, retrouve la simplicité, la netteté de Ruus- 
broec et de Maerlanl pour monter jusqu'au sublime? Si la 
Passcha garde encore çà et là l'attirail des Brabandsche 
KamerSf du moins y trouve-t-on un esprit nouveau, jusque 
dans le rythme et la cadence. On dirait que la liberté, par 
ses épreuves, a retrempé ce vieux langage d'antan. 



IF 

De jour en jour, Vondel s'associait mieux aux destinées 
de la patrie. Pendant plus de soixante ans, il devait en 
célébrer les moindres aventures. Le catalogue de ses vers 
correspond de point en point aux annales de la Néerlande. 
A peine a-t-il achevé sa tragédie qu'il entreprend une 
autre œuvre tout aussi nationale. C'est l'hymne à la marine 
des Provinces-Unies : bondigh Nederland! forte 
république! que vous voilà vengée de Philippe 11! Mais 
que de ruines en ces quarante années de guerre, jusqu'à 
ce que TEspagne nous octroie le chapeau de la liberté! Et 
alors, avec une netteté de pinceau vraiment flamand, il 
retrace la perte de TArmada, la bataille de iNieuport, les 
lointains voyages, les audacieuses découvertes. Nova- 
Zembla, Heemskerk, Nassau, sont chantés d'une façon 
triomphale. Après le triomphe, la prière pour que Dieu 
préserve ce peuple des ivresses de la victoire et pour que 
le brillant Maurice se résigne à la paix. Qui croirait que 
l'auteur de ces vers magnifiques composait encore, quatre 
ans plus tard (1616), un chant de Pentecôte (Pinxter 
Zangh), signé d*une anagramme à la mode rhétoricale! 

On pouvait craindre que cette naïveté à la fois si ger- 



( 468 ) 

manique et si chrétienne ne se perdit par les nouvelles 
éludes entreprises par Vondel. Pour mieux se mettre à la 
hauteur du cercle des Roemer Visscher, des Hooft et d'au- 
tres nombreux amis littéraires, il s*élait mis à apprendre 
le latin ; il se préoccupait surtout des écrits du Gantois 
Daniel Heinsius et de TAnversois Barlœus sur l'esprit de 
la littérature ancienne. Mais il lui arriva comme à Cor- 
neille, auquel son génie nous ramène quelquefois ; il main- 
tint la liberté de ses allures malgré toute la vénération 
qui rinclinait devant le moindre poète ou critique de 
l'antiquité. 

Celle préférence pour Térudition se concilie sans effort 
avec la bonhomie toute flamande et le charmant naturel 
qui désormais se montrent dans tous ses écrits. En 1615, 
un libraire lui demande de commenter les gravures du 
Gulden Winckel, dédié à son beau-frère Abraham de Wolf; 
il combine la mythologie grecque et la simplicité évangé- 
lique, sans qu'on s'aperçoive de la combinaison, de la 
soudure. Un autre libraire invoque sa plume pour refaire 
le fablier du Brugeois De Deene et rehausser d'autant les 
spirituelles gravures d'un autre Brugeois, Markus Gee- 
raerts. Aussitôt la Warande der dieren apparaît avec un 
trésor de vieux dictons, pratiques comme dans Cals, 
mais d'une tournure plus vive et même fringante. Pour- 
tant, on y rencontre maint adage destiné à des héros de 
Teniers : 

Lett vooral op de spreuck : AIst bier is in de man 
Dan is al zijn verstant en wijsheid in de kan (4). 



(4) Prends garde avant tout au dicton : « Quand la bière est dans 
rbomme, dès lors toute sa sagesse, tout son esprit est dans le pot. » 



( 469 ) 

Lorsque, vers la fin de 1617, pour lutter contre les 
buveurs, les kanne-kykers des rhétoriques décadentes, le 
D' Samuel de Coster reconstitua la vieille chambre, de 
oude kamer^ Vondel fut un des premiers à slnscrire. 11 
aimait d'ailleurs ce spirituel descendant des gueux de mer, 
qui savait le guérir de sa mélancolie. Chose curieuse, en 
effet, ce génie si anversois de raillerie cordiale (voir son 
portrait en tête de l'édition Van Lennep) était parfois 
rêveur et concentré. Le docteur, an surplus, lui plaisait, 
parce que son protestantisme était tolérant, humaniste, à 
la façon des anciens « politiques >. Quand il finit par 
transformer les rhétoriques en académie et par obtenir un 
théâtre permanent, ce fut à la grande joie de Vondel, 
redoublée encore par la colère de quelques prédicants 
fanatiques etgomariens (sectateurs du BrugeoisGoemare). 

A ce théâtre régénéré, Vondel fit représenter sa seconde 
tragédie : La Destruction de Jérusalem. Il était alors diacre 
chez les Mennoniles, section des Waterlanders, et Ton 
pouvait croire qu'il avait mystiquement renoncé au drame 
et à ses pompes. Mais celle pièce sans action, sans véri- 
table mouvement scénique, éiait en quelque sorte une 
élégie religieuse, où la gravilé de la pensée était relevée 
par une noble simplicité de style. 

Si mystique qu'il se montrât par moments, depuis sa 
maladie de 1620, il demeurait fidèle â sa prédilection pour 
les humanistes. C'est ce qui l'inspira à propos d'Ërasme, 
qui, sous le nom de libertyn (libre-penseur), était violem- 
ment attaqué par les calvinistes de Rotterdam, ennemis 
des politiques. Un sonnet contre l'abus des condamnations 
ecclésiastiques est contemporain d'une ode sur sainte 
Agnès faite à propos d'un livre de Slalpaert van der Wiele, 



( 470 ) 

archiprêtre de DelOand et grand ami de ces deux filles de 
Roemer Yisscher qu'on a pu surnommer les demoiselles 
Rambouillet de la Hollande. Elles figuraient au cercle lit- 
téraire de Muiden sous la présidence de Hooft. C'était le 
vrai foyer de la tolérance, si difficile à réaliser dans une 
époque de luttes. 

Pour un des plus brillants familiers du cercle, Laurens 
Reaely ancien gouverneur des Moluques, Vondel composa 
VÉloge de la navigation, où se remarque encore une fois 
cette vivacité de coloris, cette exactitude de termes tech- 
niques, qu'on doit d^autant plus admirer dans une œuvre 
largement épique et de la part d'un auteur qui n'avait pas 
encore expérimenté la vie maritime (1). Ce don de la 
description vivante et poétique le rendait naturellement 
enthousiaste de Dubartas et de ses traducteurs. On n'a 
qu'à lire les vers qu'il adressa au poète-graveur et impri- 
meur Zacharias Heyns, d'Anvers, membre de la Bra^ 
bandsche Kamer. Un autre traducteur eut part à ces éloges 
sincères, c'est le baron d'Asperen, gendre de Marnix, en 
même temps que le célèbre imprimeur Balthasar Moretus 
(Moerentorf). 

En 1625, à la mort de Maurice, Vondel salua, dans des 
vers encore admirés de nos jours, le nouveau capitaine- 
général, Frédéric-Henri, qu'il croyait modéré en religion 



(1) Vondel ctaît un voyant, à l'imagination nette, vive et péné- 
trante. « Quand il compose son Rhijrdied, dit Simon Gorter, il a 
nettement dans l'esprit toutes les villes, tous les paysages que par- 
court le grand fleuve depuis les Alpes jusqu'à Katwijck. • Aussi, 
ajoute l'auteur du Beeldspraak, son plus grand charme encore c'est 
d'être vrai. 



C47i ) 

et grand ami de la paix. Cétail comme un rêve d*idylle. 
Avec plus d'énergie el même avec une certaine virtuosité 
dramatique, il composa alors Palamedesy une tragédie 
grecque dont le sous-titre, c Tinnocence égorgée >, indi- 
quait une pensée vengeresse à tous les amis du malheureux 
pensionnaire des États de Hollande, Olden Barneveldt. 
Les intentions allusives sont transparentes, grâce à une 
foule de détails nettement caractéristiques des lieux et 
des personnes que Ton visait. Ce fut un acte de courage. 
De tous côtés pleuvaient les pamphlets et les pasquins 
scandaleux. Le fanatisme parvint même à exciter le zèle 
du Schoui, chef du tribunal des échevins d'Amsterdam; 
mais tel était déjà l'ascendant du grand poète, qu'il ne fut 
condamné qu'à une amende de 500 florins, qu'un ami paya 
pour lui. La guerre aux juges iniques du tolérant Barne- 
veldt (1) semblait au moins exiger un long et dur empri- 
sonnement. Pro libertale, ainsi signait-il ses ripostes, et il 
en avait bien le droit. 



III 

Jamais poète n'a fait plus longtemps (de 1610 à 1672) 
un nombre incalculable de pièces de circonstance, et tou- 
jours avec une verve rajeunie. Lui, si modeste et si peu 
flagorneur, dès qu'il s'a\ise d'un fait ou d'un homme 



(I) On sait que le grand pensionnaire de HoUande, après avoir 
été un vaillant soldat dans les guerres de F Indépendance, se montra, 
comme Vondel, ami de la paix et de la mansuétude chrétienne. Le 
parti des fanatiques le fît condamner h mort en 1617. 



( 472 ) 

qni peut intéresser Amsterdam, aussitôt, comme pour 
Bérauger : 

Son cœur est un luth suspendu : 
Sitôt qu*on le touche il résonne. 

Voyez ses consola tioDs à Hooft, puis son poème (car c'est 
bien cela) sur la naissance du futur Guillaume II, ses com- 
pliments tournés en frais tableaux dMdylle néerlandaise, 
(Ailes boier en melky tout est beurre et lait), et surtout son 
May-Lted en l'honneur d'Orange. Voyez aussi ses épttres 
satiriques aux bourreaux des consciences, ses adjurations à 
des mennoniles qui veulent pousser jusqu'à Tanabaptisme, 
sa piquante raillerie Rommelpot à côté du splendide poème 
sur la prise de Grol. Et quelle variété de cadres rehaussée 
encore par la prodigalité de détails topiques? Si Hooft 
se remarie à Heleonora Hellemans, (ille d*un marchand, 
colonel de la garde bourgeoise à Anvers, vite un tafelzpely 
un épithalame dialogué comme on en faisait chez les 
anciens rederijkers, Frédéric-Henri arrive-t-il à Amster- 
dam pour apaiser Témeute des orthodoxes, Vondel trouve 
des accents trop agressifs, trop francs, et que le prince 
n*ose pas récompenser, à cause de la fureur des Arminiens. 
Une créance importante le poussa jusquVn Danemark, 
en même temps son ami Reael est nommé amiral à propos 
des menaces de Wallenstein : quelle meilleure occasion 
pour des pièces nouvelles, soit intimes, soit publiques, 
d'autant qu'en ces parages il a rencontré plus d'une 
colonie hollandaise! Chemin faisant, lui qui incline déjà 
au calholicisme, ne craint pas pourtant de prophétiser 
les victoires de Gustave-Adolphe, le héros des ennemis 
de Rome. 



( 473 ) 

En 1630, ce fils d*Anversois est mêlé à une lulle 
curieuse. C'est Tacadémie de Samuel de Coster que les 
calvinistes et les rbétoriciens brabançons attaquent avec 
fureur. Cats même ici ne joue pas un rôle bien honorable. 
Vondel, ennemi des cafards, kerkuylefiy adresse son Ros^ 
kam (rélrille) au spirituel et libérai Hooft. Ce qui ne Tem- 
pêcbe pas de célébrer, presque en même temps, le triomphe 
de Gustave-Adolphe à Leipzig, et de supplier le vainqueur 
d*épargner Cologne, sa ville natale. 

Il pense en vers aussi facilement que Voltaire pensait 
en prose : il a toujours la plume à la main. Voici son ami 
Barlœus dont il faut chanter le professorat à l'Athenœum 
illustre; voici encore Grotius, le philosophe tolérant, qui 
revient d*exil. Puis c'est Maestricht pris par Frédéric- 
Henri; c'est Rubens, ambassadeur pacifique; c'est Tinfante 
Isabelle qui meurt, dit le poète, après avoir tout fait pour 
la paix, la bienheureuse paix. Après une touchante prière 
pour l'installation de l'orphelinat wallon, c'est une aimable 
boutade en l'honneur de Gillis van Vinckeroy, bourgmestre 
de Hasselt et empereur c de la noble arbalète >. Il chante 
avec strophes, antistrophes et épodes, tout comme Pindare 
ou... Ronsard, le Démer aux cent moulins (1) et la joie de 
Saint-Quentin, patron de la ville, au milieu de ces joutes 
qui jadis étaient pratiquées par les comtes de Flandre. C'est 
le Hollandais Van Lennepqui aime à signaler par le menu 
ces moindres témoignages de l'amour que Vondel portail à 
tout ce qui était belge. Nous aurions mauvaise grâce à ne 
pas souligner de telles attestations. 



(1) Nu giet de molenrijcke Demer, 

Door Hasselt, sijn verheugde stée. 



(474 ) 



IV 

L'esprit belge de Vondel se remarque partout, dès qn*on 
y veut faire attention. En 1638, à Tinauguralion du grand 
théâtre d'Amsterdam (1), Vondel fit représenter un chef- 
d'œuvre resté jusqu'à nos jours au répertoire néerlandais. 
Gysbrecht van Amstel est une tragédie qui se rapporte à un 
épisode du quatorzième siècle. Or, si l'on a pu constater 
dans ces vers la fidélité de la couleur locale, devançant 
Walter Scott (comme dit J. de Meyer), nous ne devons pas 
moins reconnaître dans plus d*un trait une sorte d'atavisme 
flamand. On songe aux vieux trouvères thiois quand Bade- 
loch, la femme de Gysbrecht, développe dans des vers 
limpides et qui semblent appartenir à un de nos dialectes 
cristallisés, la théorie germanique de l'héroïsme conjugal : 

Met smarte baerde ick't kind, en droegh het onder 't hart; 
Mijn man is 't harte self; 'k heb son der hem gcen leven (2). 

Hou en trou, fidèle et loyale, telle doit être réponse, 



(1) Cf. N. Wyhranàs, Het Amsterdamsche tooneel (Virechi, 1873). 

(2) « Avec douleur je portais mon enfant sous le cœur; le cœur 
même, c*cst mon époux; sans lui, je ne vis plus! » — D' Jan Ten 
Brink a pu dire, au dernier congres hollando -belge d'Amsterdam : 
« Au treizième siècle, Thistoire de la littérature néerlandaise est un 
chapitre de Thistoire du moyen ftge français. • Mais, par exemple 
pour le roman de la Eote, combien ces imitateurs néerlandais ont 
toujours soin d'écarter tout ce qui semble poétiser Tadultère ! Même 



( 4-75 ) 

chantent les burg-meten, les vassaux du bourg, clans un 
chœur (Reij van Eldeiingen) qu'on peut comparer à Pun des 
plus beaux de Sophocle. La dignité d'une belle tendresse 
conjugale, faite d'estime, de confiance et de respect mutuel, 
toute celte poésie domestique se retrouve dans nos vieux 
poètes, qui n'ont pas, eux, comme les trouvères français, 
organisé et perpétué la conspiration contre le mariage. Le 
Rei van Klarissen a un Kersllied qui rappelle nos vieux 
Doëls flamands. 

Dans des vers adressés au D' Plemp, le père d'un pro- 
fesseur de Louvain, nous rencontrons également des sen- 
timents familiers à nos rimeurs belges. Le catholicisme 
qu'il avoue franchement en 1640 est celui de la tolérante 
Tesseischa, qu'il appelait Eusebia la Pieuse. Est-ce par 
affection pour cette femme si distinguée, si lettrée et si 
peu pédante? Non; Van Lennep, qui n'est guère suspect 
à cet endroit, nous donne les raisons véritables. Sa nature 
d'artiste finit par se déplaire aux temples trop nus, aux 
cérémonies trop sommaires des mennonites. Beaucoup de 
ses amis de Belgique et de Hollande étaient catholiques. 



le Spreker Willem yod Hildegaertsberge, aussi bohème que Rutebeuf, 
célèbre le mariage en des termes aussi respectueux que ceux du 
Mvinen-locp. — Dans un mémoire couronne par TAcadémie de Bel- 
gique {Lof van Vondel door D' de Jager) (MI^moires couronnés, in-8% 
48()5), où Ton étudie surtout les types féminins du poète anversoîs, 
Badeloch, Théroîne conjugale, occupe la place d^honneur. — Récem- 
ment, H. de Veer dans son Trou'ringh voor 'tjonge Holland (5* édlt., 
Leyde, 1876), s'inspire à merveille de ce noble esprit vondélien qui 
trouve la plus réelle poésie dans les plus humbles devoirs de la vie 
domestique. 



( 476 ) 

Ceux qui ne Tétaient pas détestaient comme lui les que- 
relles théologiques, répétant avec Ovide : Molesta omnis 
argunientalio, et, à tout prendre, s'inspiraient plutôt de 
Pesprit moderne renouvelé par la Renaissance. Puis, dans 
son intérieur, Vondel aimait à suivre les conseils de sa 
fille Anna, qui, après la mort de sa mère, s'était chargée de 
la conduite du ménage et des affaires. Or, elle avait été, on 
ne sait pourquoi ni comment, élevée à Cologne dans le 
catholicisme, et elle finit par se faire religieuse. 

Vondel avait le caractère trop aimable, et ses amis du 
cercle de Muiden étaient trop peu fanatiques, pour que le 
changement de religion amenât autre chose qu'un peu plus 
de réberve. Grâce à beaucoup de délicatesse en ces matières 
délicates de la conscience, les relations se maintinrent 
jusque dans leur cordialité, en dépit de tout changement 
de culte. On ne s'étonnera donc pas de rencontrer â cette 
date (1642) des vers charmants adressés â un protestant 
belge, Constantin Sohier, d'origine montoise,etâ sa femme, 
Anna Saye, de Tournai. On dirait que le poète aime les 
Belges uniquement parce qu'il regrette de les voir séparés 
de la Hollande. Il n'eût voulu de guerre que contre les 
Turcs, comme il le dit dans son poème sur le mariage de 
Guillaume H avec Marie Sluart, la sœur de Charles II 
d'Angleterre. Peut-être alla-l-il trop loin dans ses invec- 
tives contre les puritains d'Ecosse, qu'il appelait sabba- 
tistes. Du moins les chefs de la régence d'Amsterdam lui 
en témoignèrent leur mécontentement. Le naïf poète con- 
trariait leur politique, comme l'auteur du Cid celle de 
Richelieu, sans y songer. 

En 1645, il dédie â l'archevêque de Malines, Jean Boo- 
nen, une de ses conceptions les plus grandioses : Altaer 



( 477 ) 

Gehefmnissen (les mystères de l'autel). Ce primat de la 
Néerlande, qui fut depuis condamné comme janséniste, ne 
pouvait pas être un Tervent admirateur des lettres ni des 
arts. On cite de lui ce compliment à Vondel : c C'est fort 
bien ceci, sinjenr Vondel; mais vous n'êtes pas encore un 
Cats, à beaucoup près {op verre nae). » Brandt, dans sa 
naïve biographie de Vondel, raconte que l'archevêque crut 
le récompenser suffisamment en lui donnant un tableau 
religieux de valeur médiocre. Étant à Malines, le poète alla 
visiter l'atelier du jésuite peintre Daniel Seghers; l'affinité 
des goûts dut rendre l'entretien assez intime. II est pro- 
bable que les deux artistes flamands ont échangé leurs 
regrets sur la durée de ia guerre fratricide qui ravageait 
le nord et le sud de la Néerlande. 



EnBn, la guerre de Quatre-vingts ans allait avoir son 
terme. Vondel s'adressa tour à tour au prince Frédéric- 
Henri et aux vrede vaders (pères de la paix), les quatre 
bourgmestres d'Amsterdam. La paix de Munster (1648), 
tant souhaitée, pourrait bientôt être consacrée par le 
beau tableau de Barthélémy Vander Heist, l'ami de notre 
poète. 

Lui-même, au comble de ses vœux, célébrait le grand 
événement par une œuvre originale : les Leeuwendalers. 
A une lecture fugitive, on est tenté de n'y voir qu'une 
imitation de YAminta du Tasse, et surtout du Paslor fido 
de Guarini. On s'imagine un échange d'élégantes fadeurs, 
de gracieux compliments, de banalités bien sonores, bien 
cadencées. 

5""* SÉRIE, TOME XIV. 32 



C 478 ) 

Hais ÂlberdiDgk-Thijm (dans le Gids de 1879) noas 
averlil tout d'abord que c'est le style essenlieilement fla- 
mand de Floris et Blanchefleur, le joli roman de Diederik 
van Assencde, du XIII* siècle. Les scènes d'amour entre 
Hageroos (qui symbolise la Hollande) et Adelaert élevé par 
Lantskroon, c'est-à-dire la Belgique espagnole, sont ravis- 
santes de fraîcheur et de vérité. Ni mièvreries, comme 
dans la pastorale italienne, ni paroles quiutessenciées, 
comme on pouvait le craindre d'une pièce allégorique et 
même officielle. Non, Vondel obéit ici mieux que nulle 
part ailleurs à sa pensée favorite, au sentiment qui domine 
toute sa vie. D'abord, comme chrétien, il voudrait effacer 
toute trace de guerre : 

Het zaet van tweedraght teelt zoo wraDge en bittere vruchten (I). 

Puis, comme Néerlandais, fils d'Anversois, il voudrait 
que le Sud (Warandier^ le pays des parcs et des bois) 
et le Nord [Duynrijcky le pays des dunes), gardant leur 
autonomie, s'unissent pour se compléter à jamais. Cest 
presque la grande idée du congrès de Vienne, si mal com- 
prise en 1815 et si lamentablement compromise en 1830. 
En Hollande même, plus d*un critique a trouvé que Vondel, 
dans cette idylle où il épanche tout son cœur aimant, 
donne le plus beau rôle à la Belgique. Il ne songeait pas, 
sans doute, dans cette œuvre de circonstance, à blesser 
les sentiments du public entassé au Schouwburg d'Amster* 



(4) La semence de discorde doDoe des fruits si acres, si amers! 
— M. Alberdingk-Thijm vient de commencer une très savante édition 
des œuvres de Vondel. 



(479) 

dam. Le créalear du Déerlandais littéraire, le doux poète 
8» fiûement flamand et si ingénument pittoresque» n'a pour 
muse, en ce moment, que la muse de Virgile, dont il tra- 
duit la première églogue en télé de sa pièce. Comme le 
chantre de Manloue, il a horreur de la guerre civile, il en 
a subi les angoisses, et puisque le Sud veut la paix, c'est 
le Sud qu'il exalte. 

Cette véritable passion pour la paix,qu*il célèbre encore 
dans la dédicace adressée au graveur Michiel Leblon, agent 
de la reine Christine, a donné à tous ses vers une suavité 
pénétrante, une ardeur communicalive. Que nous sommes 
loin des raffinements disparates de Granida, la pastorale 
de HooftI N'est-ce pas plutôt, par endroits, une éclatante 
Kermesse où vibre la couleur de Rubens Tunique? Que 
toutes ces bergeries sont vraies, palpitantes de vérité, et 
comme on sent que les moindres personnages de la pièce, 
Wouter, le messager, Warner et Govert, les paysans que- 
relleurs de la frontière, Kommerijn, la nourrice, et même 
les personnages du chœur, sont peints d'après naturel II y 
a là ce coloris gai et clair, ce réalisme de la chair vivante 
et frémissante qu'on admire dans Rubens (1). Là comme 
ici, ce qui triomphe, c'est un art sâr de lui-même, fidèle 
aussi jusqu'au bout à la pensée qu'il a mission de traduire. 
Un souffle lyrique traverse cette molle idylle où plus d'un 



{{) Quand on oppose Rembrandt le Hollandais à Rubens le Belge, 
ne faut- il pas aussi songer qu*à tout le moins Vondel a le coloris 
belge dans son néerlandais classique? — Pour mieux admirer ce 
réalisme obstine jusque dans Tallégorie, voyez ce qu'il y a de 
vague dans rallcgorie : Flamands et Wallons, jouée à Bruxelles au 
VUuunsche Schonwburg, le 22 octobre dernier. 



( 480 ) 

détail semble bien rustique; mais ce qui eunoblit cette car- 
nation rutilante, c*est la pensée si chrétienne de la con- 
corde. 

Pais en vré^ paii et concorde, c'est la conclusion des 
Leeuwendalers. Le chœur termine par ces paroles : c Nord 
et Sud sont enfin réunis. La Discorde est en fuite; l'union 
est indissoluble; la prospérité est inépuisable (1). > C'est 
pour ces strophes que Brandt a pu dire que son vénérable 
ami savait unir la douceur et le grandiose : Zoetvloeijent" 
heit met hooghdraventheiL Quant aux Belges qui n'ont 
pas oublié l'une de nos deux langues nationales, avec quel 
ravissement ils retrouvent ici, sous des termes familiers à 
nos patois, un sentiment généreux, une haute pensée! 
Deux ans plus lard, Vondel a lui-même donné la théorie du 
style grand à force d'être simple, éloquent par la précision 
même technique, dans son aimable et paternel traité : 
Aenleidinge ter nederduitsche dichtkunste (Introduction à 
la poésie néerlandaise (1650). 

Il recommande d'abandonner l'afféterie rhétoricale et 
de remonter jusqu'à la vieille langue, si libre, si coulante 
et si facile en son (our : natuerlijcke vrijpostigheity vloient- 
heit en bevalijcken zwier. Avec quel tact il prémunit contre 
la manie des composés et des dérivés, dont la fausse richesse 
abuse aujourd'hui tant de jeunes écrivains! Avec quelle 
bonhomie spirituelle, pour recommander Télude et la 



(1) « De Koeicn gcven meick en room : 

Het is ai boter tôt den boom. » 

— Cela sent, dit Hofdijk, Taubépine, les fleurs de prairie, le tilleul 
et le saule. 



( 481 ) 

patience, il donne Texemple des poules mettant la tête en 
Pair pour humer et savourer {met smaeck en nastnaeck 
drincken) et des moutons bien portants qui remàcbenl et 
ruminent Therbe! En tout ce qu'il dit^ en tout ce qu'il fait, 
on voit prévaloir la simplicité, la franchise de nos vieux 
peintres. En vérité, quand il semble s'abaisser ainsi, il n'en 
montre que plus de souplesse pour se redresser jusqu'à 
l'idéal. Même quand l'oiseau marche, on sent qu'il a des 
ailes. 

Ce 4 faire flamand > a plus de charme encore quand il 
l'applique à ses études de Virgile et d'autres poètes de l'an- 
tiquité, ou bien encore quand, au paroxysme de son élan 
lyrique, comme dans son beau mystère de Lucifer (1), 
digne d'inspirer Mil ton, il dit des choses pindariques ou 
escbyléennes dans un flamand qu'on dirait l'anversois 
d'aujourd'hui. 

Soit qu'il fêfe le sacre de l'évêque de Bruges (Karel van 
den Bosch, de Bruxelles), ou Anvers, la ville de ses pères, 
ou les triomphes de l'amiral Tromp, ou les écrits de Karel 
van Mander (de Meulebeke), ou les acteurs de l'archiduc 
Léopold, gouverneur des Pays-Bas, ou le prieur Karel 
Couvrechef, d'Anvers, ou notre Rubens, ou notre Arthur 
Quellijn, ou notre Roland de Lattre, quelque sujet qu^l 
aborde, il le maîtrise sans eflbrt, ne s'inspirant que de son 
cœur aimant, ne forçant rien de sa langue plébéienne. Aussi 
coloré, aussi original, aussi mouvementé en prose qu'en 
vers, il offre partout des modèles. On peut glaner dans ses 



(1) ffoUdndischen jEtekylut, dit D* \ào\{ Glazer, de Brunswick 
(Herrig*s Archiv., t. XXFI). 



( 482 ) 

moindres bluetles. Cest l'accord d'une belle àme et d'un 
beau langage. A 92 ans, il ne sent pas encore la plume 
trembler entre ses doigts, c C'est Vondel, dit un autre 
roatlre, Nicolas Beets, qui nous révèle le mieux toutes les 
ressources de notre idiome; c'est lui qui a créé un néer- 
landais pur, lumineux, transparent et sonore; c'est lui qui 
doit être le guide de tous nos écrivains. » 

Lorsque, en 1654, les peintres de la gilde Saint-Luc 
lui offraient solennellement la couronne de laurier, après 
avoir bien souvent cherché à reproduire sur toile les traits 
si honnêtes et si doux du Vader Hooftpoeet (père et chef 
des poètes), ils reconnaissaient la solidarité de la Peinture 
et de la Poésie. N'était-ce pas le propre de Vondel de tout 
peindre à la pensée, de même que Rubens, qu'il appelait 
le phénix, excellait à faire paraître aux yeux les allégories 
et les conventions les plus subtiles? 

Au génie pictural de sa race, Vondel sut associer quel- 
quefois une noblesse singulièrement sculpturale dans ses 
tragédies, qu'il ne Tant juger ni d^après nos classiques, ni 
d'après nos romantiques. Or, le style est si bien l'homme, 
que si, comme on l'a vu, l'écrivain unit la familiarité au 
sublime, on en peut dire autant de ce boutiquier employé 
par miséricorde au Mont-de-Piété d'Amsterdam et gar- 
dant sa sérénité chrétienne, sa majesté poétique, dans des 
embarras qui semblaient faits pour humilier et démo- 
raliser. 

Iji vie de Vondel (mort le 8 février 1679, presque cen- 
tenaire) apparaît comme un triomphe de la vertu et du 
génie, à travers beaucoup d'épreuves et beaucoup de mau- 
vais exemples. N'a-t-il pas résisté à ceux de ses amis bra- 
bançons de la Lavendelbloem, Heyns, Van Mander, De 



( 483 ) 

Koningb, Serwouters, Jan Kolm et bien d*autres? Ferme 
eD ses desseins, tenax propositi^ comme dit un des poètes 
qu'il admirait, il a réalisé pour son compte ce que ses 
contemporains ne cherchaient pas, et ce qu'aujourd'hui 
même Ton ne trouve pas communément : la conciliation 
du grand et du vrai. 

Et pour ce qui concerne particulièrement la Belgique, 
ne paye-t-elle pas un peu la rançon de sa décadence espa- 
gnole, puisque, comme l'honnête Boonen, archevêque de 
Malines, elle Tait encore toujours penser au proverbe : 
Cals wordt gelezen en Vondel geprezen (on lit Cats, et Ton 
se borne à louer Vondel)? 

H faudra pourtant que, dans le peuple flamand , on 
s'accoutume enfin à reconnaître le véritable interprète de 
la race. 

Mais cela soit dit, comme le voulait Vondel lui-même, 
zonder gai, zonder ergwaen, sans Gel, sans amertume. 
Est-ce que la fête que l'on a célébrée à Anvers n'est pas 
de bon augure? Est-ce que ce seul projet ne prouve pas 
combien nous voulons nous affranchir de nos vieux pré- 
jugés? Puissions-nous aussi, en relisant ou en revoyant 
ces Leeuwendalers, hymne triomphal à la paix, pénétrer 
jusqu'à la source sacrée de l'inspiration du poète qui, dans 
le Belgium fœderatnm de 1579, aimait à rêver l'alliance 
de la Belgique et de la Hollande! 



( 484 ) 



DES BEAVX-ARTS. 



Séance du 6 octobre 1887, 

M. C.-A. Fraikin, directeur. 
M. LuGRE, secrétaire perpétuel. 

Sont présents : MM. Alex. Robert, vice -- directeur ; 
Éd. Fétis, Ern. Slingeneyer, F.-A. Gevaert, Ad. Samuel, 
Godf'r. Guffens, Jos. Schadde, Th. Radoux, Joseph Jaquet, 
J. Demannez, Ch. Verial, G. De Groot, Gustave Biol, 
H. Hymans, le chevalier Edm. Marchai, membres; Joseph 
Slallaert et J.-B. Meunier, correspondants. 

M. Mailly, membre de la Classe des sciences, assiste à la 
séance. 



CORRESPONDANCE. 



M. le Ministre de TAgriculture, de l'Industrie et des 
Travaux publics transmet une copie du procès-verbal de 
la séance tenue par le jury pour le jugement du grand con- 
cours de composition musicale. 



( 485 ) 

— Le premier prix a élé décerné à M. Pierre Heckers, 
de Gand. 

Un second prix a été voté, en partage, à M. Paul Lebrun, 
de Gand, et à M. Edmond Lapon, d'Ostende. 

— Le même haut fonctionnaire donne connaissance des 
résolutions du jury chargé de juger le double concours 
des cantates devant servir de thème aux concurrents pour 
le grand prix décomposition musicale. 

Le prix des cantates françaises a été décerné à M. Louis 
de Casembroot, secrétaire-adjoint et bibliothécaire du Con- 
servatoire royal de Bruxelles, pour son poème intitulé : 
Les Suppliantes. 

Le prix des cantates flamandes a été décerné à M. J. Van 
Droogenbroeck, chef de bureau à la Direction des lettres, 
des sciences et des arts du Ministère de l'Agriculture, de 
rindustrie et des Travaux publics, pour son poème intitulé : 
De Morgen. 

— M. H. Hymans remet pour le prochain Annuaire sa 
notice biographique sur Joseph Franck, ancien membre de 
la section de gravure. — Remerciements. 



( 486 ) 



JUGEMENT DU CONCOURS ANNUEL (1887). 



ART Am^ifiué. 

Peinture. 

Neuf carions ont été reçus pour une frise décorative à 
placer à 5 mètres d'élévation : 

Les nations du globe apportant à la Belgique les produits 
de leurs sciences^ de leurs arts et de leur industrie. 

Un prix de mille francs était attribué à ce concours 
national. 

Les cartons portaient pour devises ou marques distinc- 
tives : 

N*' 1 . Peindre au dessiner toujours ; 

S. Bramo assaiy poco spero; 

5. Sapientia; 

4. Voorwaarts; 

5. La lettre A dans un triangle ; 

6. Vn double cercle guilloché; 

7. Belgique; 

8. Une croix et une ancre; 

9. Pour l'art. 

La Classe, ratifiant la proposition unanime de la section 
de peinture, a décerné le prix à M. Joseph Middeleer, à 
Bruxelles, Tauteur du n*" 4 : Voorwaarts. 



(487) 



Gravure en médailles. 

Lai Classe des beaux-arts avait proposé comme sujet le 
< médailloo préalable à une médaille destinée aux lauréats 
des concours ouverts par l'Académie >. 

Aucun projet n'a été reçu. 



COMMUNICATIONS ET LECTURES. 



M. Slallaert donne lecture d'une note qui se rapporte 
aux modifications réglementaires des grands concours, 
question dont la Classe est saisie depuis quelque temps. 

— M. Hymans fait part, au nom de M. A. BertoloUî, 
conservateur des Archives de TËtat, à Mantoue (Italie), des 
démarches faites par ce savant auprès de la municipalité 
romaine, en vue de faire donner le nom de Rubens à Tune 
des rues de la capitale. M. Bertolotti propose la via délia 
Croce, qui fut habitée par Rubens durant son séjour à 
Rome. 

Les journaux italiens ont fait le meilleur accueil à la 
proposition. 



( 488 ) 



DES BEAVX-ARTS. 



Séance du 27 octobre 4881. 

M. C.-A. Fraikin, directeur. 
M. LiAGRE, secrétaire perpétuel. 

Sont présents : MM. Alex. Robert, vice "directeur; 
Éd. FétiS) le chevalier Léon de Burbure, Ern. Slingeneyer, 
F.-A. Gevaerl, Ad. Samuel, Ad. Pauli, Godfr. Guflens, 
Jos. Scbadde, Joseph Jaquet, J. Demannez, P.-J. Clays, 
Charles Yerlat, Gustave Biol, H. Hymans, le chevalier 
Edm. Marchai, membres; Alex. Markelbach et Jos. Du Caju, 
correspondants. 

M. le directeur annonce que M. Ëm. Wauters, membre 
de la Classe, vient d'être élu correspondant de l'Académie 
des beaux^arts de l'Institut de France. 

Il fait savoir aussi que le Musée des Offices, à Flo- 
rence, a demandé à quatre membres de notre Académie, 
MM. Slingeneyer, Guffens, Yerlat et Ém. Wauters, de lui 
envoyer leurs portraits, qui seront placés dans la galerie 
des peintres célèbres. — Applaudissements. 



(489) 



CORRESPONDANCE. 



Par une lettre du Palais, LL. MM. le Roi et la Reine 
font exprimer leurs regrets de ne pouvoir assister à la 
séance publique de la Classe. 

LL. AA. RR. le Comte et la Comtesse de Flandre font 
exprimer des regrets semblables. 

MM. les Ministres de Tlntérieur, de PAgriculture, de 
rindustrie et des Travaux publics, des Affaires étrangères, 
des Chemins de fer, Postes et Télégraphes, écrivent égale- 
ment qu'ils regrettent de ne pouvoir assister à la séance. 

M. le Ministre de la Guerre fait savoir qu'il aura le 
plaisir d*y assister. 

— M. le Ministre de TAgriculture, de Tlndustrie et des 
Travaux publics transmet, comme suite à la demande 
de la commission de publication des œuvres des grands 
musiciens, une première série des Bulletins formant le 
résultat des recherches que M. Edmond Yander Straeten 
a faites au Musée de Leyde et à la Ribliothèque royale de 
Munich. — Renvoi à la commission précitée. 

— M. Joseph Middeleer remercie la Classe pour le 
prix accordé à son carton du concours d*arl appliqué. 

— M. Marchai présente pour VAnnuaire sa notice 
biographique sur Joseph Geefs. — Remerciements. 



( 490) 



RAPPORTS. 



M. Joseph Martin, de Visé, soumet une note manu* 
scrite intitulée : Proposition (Tune base harmonique. — 
Renvoi à la section de musique» qui fait, séance tenante^ 
un rapport concluant au dépôt dans les archives. 



PRÉPARATIFS DE LA SÉANCE PUBLIQUE. 

Conformément à Tarticle 15 du règlement de la Classe^ 
M. Fraikin donne lecture du discours qu*il se propose de 
prononcer, en sa qualité de directeur, dans la séance 
publique annuelle fixée au dimanche 30 octobre, à 1 heure 
et demie. 



•^<i 



( ^9i ) 



CLASSE DES BEAUX-ARTS. 



Séance publique du dimanche 50 octobre 1887. 

M. LiAGRE, secrétaire perpétuel. 
M. Fraikin, directeur de la Classe. 

Prennent également place au bureau : M. Robert, vice- 
directeur de la Classe; M. J. De Tilly, directeur de la 
Classe des sciences^ président de l'Académie. 

Sont présents : MM. Éd. Félis, Ernest Slîngeneyer, 
F.-A. Gevaert, Ad. Samuel, God. Guflens, Th. Radoux, 
Jo8. Jaquet, Jos. Demannez, P.-J. Clays, G. De Groot, 
Gustave Btot, H. Hymans, le chevalier Edm. Marchai, 
membres; Joseph Slallaerl, correspondant. 

Assistent à la séance : 

Classe des sciences. — MM. Fr. Crépin, vice^irecteur; 
Gluge, J. C. Houzeau, G. Malaise, F. Folie, Éd. Mailly, 
G. Van der Mensbrugghe, membres; Ch. de la Vallée- 
Poussin, associé; A. Renard, correspondant. 

Classe des lettres. — MM. P. De Decker, Ch. Faider, 
Th. Juste, Alph. Wauters, Ch. Piot, membres; A. Rîvier, 
associé. 



( 492 ) 



Les prix de Rome^.leur institution et leur but; discours 
par C.-A. Fraikin, directeur de la Classe des beaux- 
arts. 

Mesdames, Messieurs, 

La solennité à laquelle nous vous avons conviés com- 
porte un double caractère : elle est, tout à la fois, la fête 
des récompenses et la fête de Tintelligence. 

En ma qualité de directeur de la Classe des beaux-arts, 
la tâche m'incombe de prononcer une allocution. 

Les collègues qui m'ont précédé au fauteuil vous ont 
entretenus du sujet favori de leurs études ou de leurs 
travaux. Ils vous ont exprimé le mouvement et les progrès 
des branches des arts qui sont Tobjet de leurs préoccupa- 
tions constantes, et, qui, par leur coordination, forment le 
domaine intellectuel de la Classe dont j'ai Thonneurde 
présider les travaux cette année. 

Ma mission serait donc de vous parler de la sculpture, 
l'aspiration et le but suprême de toute mon existence. 
Mais une étude pareille exige beaucoup d'érudition et 
rentre plutôt dans le domaine du livre que dans celui du 
discours. Je n'entends pas, au surplus, abuser de vos 
moments, car notre ordre du jour comporte une partie 
musicale que la plupart d'entre vous attendent avec une 
légitime impatience. 

C'est aux jeunes lauréats, qui ont si vaillamment conq uis 
les couronnes et les palmes que nous allons leur décerner. 



( 493) 

que je désire donner quelques conseils, qui, je Tespère, 
pourront avoir une certaine influence sur leur carrière au 
moment où ils vont faire leur entrée dans le monde des 
artistes. Je me bornerai , à ce sujet, à quelques réflexions 
sur les grands concours de peinture, de sculpture, d*archi- 
tecture et de gravure. 

A en juger par certaines œuvres soumises à l'Acadé- 
mie depuis peu d'années, à litre d'envois réglementaires 
par des lauréats des grands concours, il semble que ces 
pensionnaires du Gouvernement méconnaissenl ou, tout av 
moins, perdent de vue le but de l'institution des bourses 
de voyage. 

Il est utile, toul d'abord, de faire remarquer que ces 
bourses sont plus qu'une récompense, puisqu'elles compor- 
tent, outre la distinction honorifique qui y est attachée, 
des moyens pécuniaires qui doivent être considérés comme 
une bonne fortune dans la vie de l'artiste. Elles ont donc 
été créées en vue d'aider les lauréats à se perfectionner 
dans leurs études, en les mettant à même d'aller visiter 
les grands musées de l'Europe, notamment ceux de l'Ita- 
lie, cette contrée classique des chefs-d'œuvre de l'anti- 
quité et de la Renaissance. 

Comme vous le savez, grâce à la libéralité du Gouver- 
nement, les lauréats des prix de Rome jouissent, pendant 
quatre années, d'une pension qui s'élève de 4,000 à 
5,000 francs. Aux termes du règlement, ils ne sont tenus 
lie voyager que durant trois années; pendant la quatrième 
année, le montant de leur bourse d'étude leur est concédé, 
à titre de libéralité, sans qu'ils soient astreints à d'autres 
obligations. 
• Les lauréats des prix de Rome semblent croire actuelle- 
ment que, dès qu'ils ont pu satisfaire ^ Texamen sommaire 

3** SÉRIE, TOUR XIV. 3«3 



( 494 ) 

sur les branches lilléraires et historiques indispensables à 
leur art — examen qui leur esl imposé avant rentrée en 
jouissance de leur pension — ils sont dégagés de toute autre 
obligation que celles prescrites par le règlement. Or, 
celles-ci se bornent à six rapports semestriels, dans lesquels 
les pensionnaires consignent les réflexions esthétiques qui 
leur ont été suggérées pendant leurs voyages, et à un ou 
deux envois réglementaires ou envois-copies, que l'État 
rétribue largement lorsque ces œuvres en sont jugées 
dignes. 

Rien n'est plus erroné que cette manière de voir. 

Les grands prix de peinture, de sculpture, d architecture 
et de gravure, constituent la plus haute récompense à 
laquelle puissent aspirer les jeunes artistes. C'est, en 
quelque sorte, une récompense nationale, car ce sont les 
deniers de l'Ëtat qui servent à la payer : c'est le pays tout 
entier qui contribue à la former. Donc, si le Gouvernemeoi 
distrait, chaque année, du budget de l'État, la somme 
nécessaire pour aider les lauréats à parfaire leur éduca- 
tion artistique, le pays est en droit d'exiger que ce ne soit 
pas en pure perte. 

C'est donc en vue de perfectionner leur talent dans ses 
dernières limites, c'est-à-dire en leur assurant les moyens 
de se former, par l'appréciation des chefs-d'œuvre tant 
aflcieiis que modernes, une synthèse d'idées ou un senti-^ 
ment personnel, autant sous le rapport de l'interprétation . 
de la nature dans son sens réel que pour la composition 
artistique, que les prix de Rome ont été créés. 

De toutes les carrières, aucune ne se prête moins à 
se former, au point de vue méthodique, que celle de 
l'ariisie. La culture de Tart, en son essence, procède d'un 
itUinct ou d'une disposition propre à certaines organisa- 



( ^^3 ) 

lions, c'est-à-dire : la vocalion. Mais il ne suffit pas, pour 
se diriger dans cette carrière, de se livrer seulement 
aux inspirations naturelles et de se borner aux principes 
méthodiques puisés sur les bancs de Técolc; il faut encore 
enrichir suffisamment son imagination par tous les élé- 
ments de nature à susciter et à réaliser les grandes 
pensées. 

La peinture, la sculpture, farchitecture, ne sauraient 
subsister s*ils n'étaient inspirées par des sujets d'ordre 
moral ou matériel, auxquels concourt ce riche ensemble 
d'idées que Ton appelle l'imagination ou la pensée humaine. 
La perfectibilité de chacune de ces manifestations de l'art 
a toujours marché conjointement avec le mouvement pro- 
gressif de l'intelligence. Chacune de ces branches répond, 
non seulement à un besoin, mais aussi à une nécessité 
d'ordre social; autrement dit, fart a sa place marquée 
dan^ la marche de la civilisation. Il en a même été tou- 
jours un des plus puissants éléments moralisateurs, car 
rimage, reproduite par la pierre, le marbre ou le pinceau, 
a dû devancer lexpression de la pensée par récriture. Aussi, 
n'est-ce pas sans raison que la sculpture, entre autres, 
aux temps reculés, était appelée : l'image ou le miroir de 
l'univers. 

Hais l'étude seule de la nature ne suffit pas à la réali- 
sation de ces manifestations. Il faut encore que l'artiste 
sache créer des sujets, coordonner des faits ou des idées 
pour en composer une synthèse. Il doit pouvoir réaliser sur 
la toile ou par le marbre ce que la plume rend dans le 
domaine de l'histoire et de la littérature. 

£n s'abslenani, comme elle Ta fait jusqu'ici,de prescrire 
aux candidats pour les prix de Rome un examen, même 
des plus sommaires, sur les connaissances historiques et 



( 496 ) 

liltéraircs, TAcadémie a fait chose sage et prudente. En 
élevant cette barrière, que tous les jeunes artistes ne sont 
pas toujours à même de franchir, elle aurait pu empêcher, 
peut-être, Téclosion d'organisations heureusement douées 
uniquement au point de vue de Part, mais qui, par des 
circonstances indépendantes de leur volonté, n'auraient 
pu être à même de se mettre au courant des études clas- 
siques. C'est pour cette raison que le règlement ne prescrit 
d'examen que lorsque le lauréat est prêt à entrer en jouis- 
sance de sa bourse de voyage. 

Mais l'obtention du prix de Rome constitue une sorte 
de maîtrise, une consécration artistique, et, dès lors, le 
lauréat doit être à la hauteur de ce que le pays, la société, 
est, en droit de réclamer de lui. 

S'il fallait s'en rapporter à un certain courant d'idées 
qui s'est produit de nos jours en fait d'art, il semblerait 
que la grande peinture, que la grande sculpture, que l'art 
monumental proprement dit, enfln, ne seraient plus de 
notre temps. Le grand art ne meurt jamais : il est de toutes 
les époques; mais si ses manifestations, si ses tendances 
subissent les fluctuations de tout ce qui est subordonné 
à la marche des idées, son côté moral et humanitaire, 
son côté sublime reste éternellement debout, comme la 
Vérité. 

S'il faut une justification à Tappui du sentiment que 
j'e;Eprime au sujet du courant actuel des idées, on la trou- 
vera dans les motifs émis à propos de la création d'un 
Institut pour le haut enseignement artistique en Belgique» 
que renferme le dernier rapport annuel sur les travaux de 
l'Académie royale des beaux-arts d'Anvers : 

c Dans ces derniers temps — dit ce rapport — le 
> respect des principes qni concourent au maintien de 



( 497 ) 

Tunilé enire les clifférenles branches de Tart o( à leur 
véritable élévation, s*était considérablement amoindri : 
la virtuosité dans la pratique semblait être le dernier 
mot du but à atteindre; de là, dans tous les genres, cette 
éclosion dev productions faciles, sans vie, sans expression 
ni pensée. 

> Jamais Tart — comme le fait encore si judicieusement 
remarquer ce môme document — n'atteignit des som- 
mets plus hauts qu'à l'époque glorieuse de notre histoire 
où la peinture, la sculpture, Tarchitecture, étroitement 
unies à la science, concouraient toutes à la fois à la 
grandeur de l'œuvre. » 
Si la marche constante des faits sociaux nous éloigne à 
grands pas des époques qui ont servi d'inspiration à tant 
de grandes pages historiques ou religieuses, formanl la 
richesse artistique du pays, Tétat actuel de la société nous 
offre d'autres sujets mémorables tout aussi dignes d'être 
l'objet des pensées des jeunes artistes. 

N'oublions pas que c'est aux grandes écoles qui ont 
brillé en Belgique que celle-ci doit sa gloire la plus pure 
et la plus enviable; c'est aux maitres de ces écoles qu'elle 
est redevable de son droit de cité artistique parmi les 
principales nations européennes. 

Nous vivons à une époque où, d'un côté — selon l'essor 
que certaines écoles, si funestes aux jeunes artistes, veulent 
imprimer à l'art — la toile hâtivement brossée, Tébauche 
sculpturale à peine modelée, la conception architecturale 
sans caractère propre au point de vue des styles définis, 
sont exallées comme étant la vraie expression de l'art; 
d'un autre côté, d'après les mêmes novateurs, le sujet 
d'un lableau ou d'un groupe, sous le rapport de l'idée ou 
de la conception, est laissé complètement de côté» pour 



( 498 ) 

être remplacé par des compositions le plus souvent d*une 
pauvreté absolue d'idées. Il semblerait donc que tout ce qui 
a été exécuté jusqu'ici, en fait de chefs-d'œuvre, à toutes les 
époques, que tout ce qui a été écrit pour le développement 
du sentiment du beau, n'a plus de raison d*étre pour Tédu- 
cation des jeunes artistes! 

Que serait devenu Tari, lors de ce retour passionné 
à Tanlique qui a si brillamment inauguré les temps 
modernes, si les artistes du commencement du XVI' siècle 
avaient pensé de la même manière que les novateurs 
actuels? Nous n'aurions eu, peut-être, ni Rubens, ni 
Collyns, ni Jean Bologne, ni François Du Quesnoy, ni tant 
de célèbres maîtres flamands qui s'inspirèrent si longue- 
ment en Italie des œuvres de leurs illustres devanciers! 
Ces maîtres ne se contentaient pas de peindre ou de 
sculpter, l'érudition marchait de pair chez eux avec la 
pratique de leur art. 

La virtuosité qui sacrifie l'art au procédé technique, et 
auquel tend la jeunesse artistique, ne peut donc qu'être 
néfaste non seulement au but que celle-ci veut atteindre, si 
elle est sincère dans ses intentions d'aider au progrès des 
arts, mais encore au but réel de l'art. Si, parfois, les 
anciens ont péché par un excès de maniérisme ou par l'abus 
des principes conventionnels classiques, dans la recherche 
du beau, certains de nos modernes sont tombés dans l'excès 
contraire dont ils voudraient faire la règle. Les réalistes, 
en ne choisissant que les côtés matériels de la nature, ne 
sauront jamais arriver à un niveau plus élevé que la banalité 
ou la vulgarité dans le langage. 

Chaque jour ces adeptes mettent, autant dans le choix 
de leurs sujets que dans leur sentiment de la couleur, des 
effets que l'on rechercherait vainement. Aussi, sons le pré- 



C ^99 ) 

texte d'établir la vérité dans l'art, ils sont tombés dans la 
même licence que certaine littérature où Ton ne s'occupe 
que des sens, au lieu des sentiments qui ennoblissent, et 
que réprouvent les organisations ayant le souci de leur 
dignité morale. Que les lauréats des prix de Rome se garent 
donc de celte voie funeste, qui ne peut que farre tache 
dans notre histoire artistique. 

La virtuosité actuelle, ou cette manière de sacrifier tout 
à l'effet à produire, dérive malheureusement d'une absence 
complète de sentiment personnel de l'observation; elle 
découle également autant de l'étude imparfaite des œuvres 
des grands maîtres que de celle de la nature prise dans 
son sens réel; elle est le résultat, enfin, pour certains 
lauréats, du manque de connaissances historiques et litté- 
raires sufiisantes pour connaître le passé de Tart et ses 
utiles enseignements. 

Les leçons du passé forment un héritage que nous ne 
saurions non seulement assez honorer, mais dont nous ne 
pouvons assez nous rendre dignes. Pour l'artiste donc, 
comme pour tous ceux qui concourent au développement 
intellectuel, le passé oblige. 

Si les sentiments que je viens d'exprimer sont empreints 
de quelque sévérité, que les lauréats des prix de Rome 
qui m'écoutent n'y voient que des conseils et des encourage- 
ments à mieux faire que certains de leurs devanciers. Nous 
ne saurions assez les engager à s'inspirer sufiisammenl 
des œuvres les plus remarquables des principaux musées : 
le marbre et le bronze, les grandes peintures historiques 
et religieuses forment, surtout pour eux, un ensemble de 
productions sublimes auquel tant de générations artisti- 
ques ont travaillé, et que le Gouvernement leur offre si 
libéralement d'aller admirer dans les palais, dans les monu- 
ments, dans tous les sanctuaires de l'art. 



( 500 ) 

Je leur rappellerai, entre autres, à ce sujet, que Michel- 
Ange ne se lassait pas d'admirer le célèbre Torse du 
Belvédère, cette merveille de l'art grec au Vatican. II 
se gloriGait, disait-il, de s'être inspiré de celte œuvre 
sublime I 

Il est de notre devoir aussi d'appeler l'attention des 
lauréats des prix de Rome sur le développement du sens 
critique^ qui fait généralement défaut dans leurs rapports 
semestriels. Par une application de leurs idées à l'observa- 
tion, ils saisiront non seulement le caractère synthétique 
de la composition, mais ils se formeront un jugement sain 
et correct. En apprenant à connaître, de celte manière, les 
productions des grands maîtres, tout en combinant avec 
celle élude leur manière personnelle de voir la nature, ils 
finiront par acquérir dans son sens réel le senliment du 
beau. D'autre part, qu'ils s'eiTorcenl aussi de fortifier leur 
éducation artistique par Tétudc de Thistoire et par celle de 
la littérature sérieuse, enfin, par la lecture des classiques, 
ces sources toujours si pures et si vivaces accumulées 
depuis tant de siècles. Au surplus, celte lecture des grands 
penseurs, à commencer par celle d'Homère, est devenue 
plutôt un délassement inlellocluel qu'une fatigue, en raison 
des soins constants apportés à en élaguer tout ce qui 
s'y trouvait d'aride ou d'absirait, et à en faire valoir les 
beautés. Ils trouveront dans le livre la même jouissance 
qu'ils auront ressentie en admirant les chefs-d'œuvre de 
l'art. 

Quel plus noble souci pour l'artiste d'orner son intelli- 
gence et de puiser ses inspirations dans les beautés litté- 
raires de l'antiquité, que l'exemple que nous révèle notre 
confrère Henri Hymans dans une de ses intéressantes 
dissertations académiques : Rnbens, entouré de ses élèves 



( 501 ) 

dàos son atelier, diclant uoe lettre tout en se faisant lire 
Tacite dans celte si belle et si harmonieuse langue latine; 
Tacite qui est considéré comme le plus correct et le plus 
difficile des historiens romains ! 

Il est dans la vie des jeunes artistes, comme dans toutes 
les organisations où le travail intellectuel prédomine, des 
moments d^irrésolution ou de lassitude morale pendant 
lesquels le besoin d*une direction ou d'un guide se fait 
sentir. 

Livrés à eux-mêmes pendant trois années, il n*a appar- 
tenu qu'aux organisations spécialement douées parmi les 
lauréats des prix de Rome de se soutenir assez fortement 
dans leurs études |)0ur arriver au résultat désiré. Mais à 
tous n*est pas accordée cette force morale. Nous comprenons 
donc les faiblesses qui se sont trahies récemment, et c'est 
à nous de rechercher les moyens d'empêcher qu'elles ne se 
renouvellent. 

Chaque fois que Toccasion s'est présentée, nous avons 
cru devoir faire ressortir la sollicitude dont le Gouverne- 
ment n'a cessé d'entourer l'institution des grands concours. 

Il y a peu d'années encore, par suite de l'élévation pro- 
gressive du prix des besoins matériels de la vie à Rome, 
les jeunes peintres et les jeunes sculpteurs y ont été 
pourvus, aux frais du pays, d'ateliers confortables daus 
lesquels ces pensionnaires de l'État peuvent se livrer à 
leur art tout en poursuivant leurs éludes esthétiques. 

Il resterait une dernière mesure, hautement désirable, 
à prendre en faveur de nos jeunes compatriotes : ce serait 
de pouvoir les entourer, durant leur séjour dans la ville 
éternelle, d'une haute surveillance artistique, aOn d'impri- 
mer à leurs travaux la direction voulue pour qu'ils en 
recueillent immédiatement le fruit. 



Noos ne doutons pas que l'appel que nous faisons 
actoelleraent à ce sujet au Gouvernement ne soit écouté 
avec bienveiMance par le Ministre qui a les beaux-arts dans 
ses attributions. Nous connaissons suffisamment ses vues 
éclairées et sa sollicitude en tout ce qui touche au domaine 
de rintelligence, pour oser espérer de voir ce vœu se réa- 
liser dans un avenir prochain. 

L'institution des prix de Rome restera incomplète tant 
qu'elle n'aura pas cette direction artistique indispensable 
à la jeunesse, et qui suscitera chez nos lauréats l'ému- 
lation nécessaire au travail : elle les réconfortera aussi 
aux moments de découragement ou d'indécision inhérents 
à ceux qui sont livrés à leurs seuls sentiments. 

Nous pourrons espérer alors voir se relever le niveau 
des études de nos pensionnaires, et voir dorénavant leurs 
productions se placer au même degré que celles de leurs 
brillants devanciers. 



— M. le secrétaire perpétuel proclame de la manière 
suivante le résultat des concours : 



JUGEMENT DU CONCOURS ANNUEL (1887). 



PARTIE lilTTÉRAIRE* 

Quatre questions avaient été inscrites au programme de 
concours de la Classe pour l'année 1887. Elles avaient pour 
objet des sujets se rapportant à l'architecture, à la gravure 
en médailles, à la peinture et à la musique. 

L'Académie n'a reçu aucun mémoire en réponse à ces 
questions. 



( 8Ô3 ) 



Peinture. 

Neuf cartons ont été reçus pour une frise décorative à 
placer à S mètres d'élévation : 

Les nations du globe apportant à la Belgique les produits 
de leurs scienceSy de leurs arts et de leur industrie. 

Un prix de mille francs était attribué à ce concours 
national. 

Les cartons portaient pour devises ou marques distinc-* 
tives : 

N** i. Peindre ou dessiner toujours; 

2. Bramo assai^ poco spero; 

3. Sapientia; 
-4. Voorwaarts; 

5. La lettre A dans un triangle; 

6. Un double cercle guilloché; 

7. Belgique; 

8. Une croix et une ancre, 

9. Pour l'art. 

La Classe, ralinanlla proposition unanime de la section 
de peinturera décerné le prix à M. Joseph Middeleer, à 
Bruxelles, l'auteur du n^ A: Voorwaarts. 

Gravure en médailles. 

La Classe des beaux-arts avait proposé comme sujet le 
c médaillon préalable à une médaille destinée aux lauréats 
des concours ouverts par PAcadémie ». 

Aucun projet n'a été reçu. 



( 504 ) 



PRIX DE ROME« 

Grand concours d'architecture de 1887. 

Comme suite aux résolutions du jury chargé déjuger le 
grand concours d'architecture de 1887, le grand prix a été 
décerné, à Tunanimité des voix, à M. Charles De Wuif, de 
Bruges, élève de TÂcadémie royale des beaux-arts de 
Bruxelles. Q 

Un second prix, en partage, a été voté, également à 
Tunanimité, à MM. Michel De Braey et Ferdinand Truy- 
man, tous deux élèves de l'Académie royale des beaux-arts 
d'Anvers. 

Une mention honorable a été votée à M. Philippe Van 
Boxmeer, de Malines, également élève de l'Académie 
d'Anvers. 



Concours des Cantates. 

Comme suite aux propositions du jury qui a jugé le 
double concours des cantates devant servir de thème aux 
concurrents pour le grand prix de composition musicale de 
1887, le prix des cantates françaises a été décerné à M. de 
Casembroot, secrétaire adjoint et bibliothécaire du Conser- 
vatoire royal de Bruxelles, pour son poème intitulé : Les 
Suppliantes. 

Le prix des cantates flamandes a été décerné à M. J. Van 
DroogenbroeckyChefde bureau à la Direction des sciences, 
des lettres et des beaux-arts du Ministère de l'Agriculture, 
pour son poème intitulé : De Morgen. 



( 50» ) 



Gband concours de composition musicalb de 1887. 

Comme suite aux résolutions du jury qui a jugé le grand 
eoDCOurs de composition musicale de 1887, le premier prix 
a été décerné à M. Pierre Heckers, élève du Conservatoire 
royal de Gand. 

Un second prix a été voté, eu partage, à M. Paul Lebrun, 
élève du même Ëiablissement, ei à M. Edmond Lapon, 
d'Ostende, élève du Conservatoire royal de Bruxelles. 



La séance a été terminée par l'exécution de la cantate: 
Les Suppliantes^ poème couronné de M. Louis de Casem- 
broot, musique (sur la traduction flamande dé M. Emma- 
nuel HicI) par M. Pierre Heckers, de Gand, premier prix 
du grand concours de composition musicale de 1887. 

Voici les noms des solistes : 

M"* Clémence Van de Weghe {Ëvadné] ; 

M"* Irma De Jaeger (Ëlhra); 

H"* Horteuse De Crozièrcs {Une Argiennè); 

H. Paul Van Hende (Thésée) ; 

M. Charles Wayenbcrghe (Adrasle). 

Les chœurs ont été chantés par les élèves du cours 
d'ensemble vocal du Conservatoire royal de Gand et les 
membres de la section chorale du Van Crombrugghe's 
Genootschapf de la même vUle. 



( S06 ) 



UBS SVPPIilAIVTES 



(d'après Euripide) ; par L. de Casembroot, secrétaire adjoint 
et bibliothécaire du Conservatoire royal de Bruxelles. 



PREMIÈRE PARTIE. 



(Lm «cène ai à Életuù, dans le temple de Cérèê,) 



Adraate. 

Prête roreille à nos prières, 
Toi qui viens implorer la divine Cérès, 
Dans ce temple debout au milieu des clairières 
On les premiers épis dorèrent les guérets. 



ClicDar des mères argiennes. 

Auguste Élhra» mère du grand Thésée, 
Par les rameaux fleuris que vers toi nous levons 
Sois de toute part enlacée t 

Auguste Éthra, mère du grand Thésée, 
Abaisse tes regards vers nos tristes haillons! 



±ÎM 



Ma pitié s'est émue 
A voir couler vos pleurs ; 
Apprenes*moi qui cause vos malheurs 
Et ^pia votre vieillesse ici soit bienvenue ! 



( 807. 



Sous les murs de C&dmus nos fils sont tombés morts. 
Dans le combat qu*hier j'ai livré contre Tbèbes ; 
Argos pleure vaincue, et aes plus beaux épbèbes. 
Sur le champ de bataille où se pressent leurs corps. 

Gisent sans sépulture! 
Gréon, roi des Thébains, au mépris de nos lois. 
Nous défend d*enlevcr leurs restes, en pâture 
Aux hôtes farouches des bois. 



Le eliCDar. 

Auguste Éthra, mère du grand Thésée, 
Abaisse tes regards vtra nos tristes haillons ! 



Adraate. 

Auguste Éthra, j'invoque ta clémence ! 
Fléchis ton fils au nom de la souffrance. 

Et que la terre des tombeaux 
S'amasse enfin sar ceux dont les corps enlurahcaux 

Saignent abandonnés, héroïque pléiade. 

Sous le ciel bleu de notre Hellade ! 



Le ehCDBr. 

Auguste Éthra, mère du grand Thésée, 
Abaisse tes regards vers nos tristes haiUons ! 



(arrivant avec sa suite). 

Pourquoi ees femmes étrangère^ 
Par leurs gémissements oni>elks dispersé 
Le sacrifice à peine ooawMOQà? 



( 508 ) 

Mon fils, ce sont les mères 
Des guerriers argicns tues par les Tbcbains; 
Elles tendent vers nous leurs suppliantes mains. 

Tiié«ée (à Adraste qui s*est mis à récarl). 



Quel est ton nom à toi qui voiles ton visage? 
Suspends tes pleurs; reprends courage. 



^ 

D^Athènes contre les Tbcbaiiis 



Dis-moi ce que tu réclames. 

Adraate. 

Je suis Adraste, roi des Argicns ; j'accours, 
Thésée, .implorer ton puissant secours^ 
Des enfants et des femmes 
M^accompagnent de leurs clameurs! 
Thésée, 6 le plus grand des Grecs, ô chef d'Atbène, 

Rends les derniers honneurs 
A nos guerriers tombés sur les bords de Flsmène ! 
Que leurs mânes délaisses 
Par tes soins soient apaisés! 

Thésée. 

Ton orgueil t*a perdu I Le poids de la détresse 
Est lourd au front de ceux 
Que punissent les dieux, 
Et Némésis vengeresse 
Mit au bras de Créon le cliAliment d*Argos. 
A tes morts, je ne puis élever des tombeaux : 

Dans la plaine, c^est Zens lui-même 
Qui coucha tes guerriers, ainsi que des roseaux. 



( S09 ) 



Adra«ie 

Se venais implorer une faveur suprême 

Au milieu de nos tourments; 
Je ne t^ai pas choisi pour juge de mes fautes, 
Et si je fus coupable il est des mains plus hautes 
Qui préparent pour moi de justes ehâtiments. 



lie ehoDor. 
Pitié, pitié de nos lourdes épreuves ! 



i%dra«(e. 

Cessez vos pleurs; femmes, eouri>ez le front; 

Caehcz votre chagrin profond! 
Pauvres mères, tristes veuves. 

Éloignez -vous! Luisisez sur cet autel 
Les rameaux verts qu'ont humectes vos larmes; 

Et prenez à témoins et la terre et le ciel 

Et les flambeaux du temple et le droit éternel 
Qu*Athcnes n'a pas eu pitié de vos alarmes ! 



Bihra. 

Mon fils, j'embrasse tes genoux; 
A mon tour je te conjure. 
Ton refus et ton courroux 
Aux dieux sembleront un parjure! 

S'^* SÉRIE, TOME XIY. 34 



( sio ) 



Thésée. 

Ma mère, cesse de pleurer; 
Lève ta tète blanche; 
Ta pilic qui s'épanche 
Sur ceux qu'abrite ce foyer 
A fléchi ma colère impie. 
Adraste, mon passé de victoire me lie 
A la cause des malheureux : 
Puisque au mépris du droit consacré par les dieux, 
Thèbes voudrait priver tes morts de sépulture; 
Puisque ma mère même, oubliant le danger. 
Fait taire dans son cœur la voix de la nature. 
Et m'exhorte au combat, et supplie et conjure, 
Adraste, je veux te venger! 



ChiDor des mères arg^iennes et ces soldats de Thésée. 

Honneur & toi, soutien de la détresse, 

Héros rempli de majesté! 
A jamais ton nom, par toute la Grèce, 
Sera béni, sera chanté! 
Argos, 6 féconde patrie, 
toi que les malheurs font cncor plus chérie. 

Espère, oublie! 
Les rameaux d'olivier cueillis dans les chemins 

Qui des bords de l'Ismène 

Ont conduit \ pas vers Athèoe 
( vos ' 

N'ont pas en vain frissonné dans < mains! 
^ ( vos 



( su ) 



DEUXIÈME PARTIE. 

(Les êoidai$ de Thésée rapportent, en cortège, les corps des principaux 
guerriers d'Ârgos; on dreste les hùeherèJ) 



Le ehiDor des mères. 

I. 

Voici que les bûchers s'allument; 

Les corps sanglants 

De nos enfants 
Parmi les flammes se consument. 

Cruel, cruel malheur! 
Enfants chéris, objets de ma douleur! 

n. 

Élevez-vous, triste harmonie 

Du chant des morts ; 

Vibrez, plaintifs accords 

Des lyres d^onie. 

Cruel, cruel malheur! 
Enfants chéris, objets de ma douleur ! 

m. 

Les feux de la prochaîne Aurore 
Ne sécheront pas les pleurs de nos yeux. 

Et, dans ces lieux. 
Nous trouveront encore. 
Cruel, cruel malheur! 
Enfants chéris, objets de ma douleur! 



( S12'; 



Thésée. 

N'approchez pas, femmes infortunées; 
N*empli$scz point vos yeux d'un spectacle d*borreur; 
Les paupières des morts, par Thèbcs profanées. 

Les mains de mes soldats les ont fermées. 



Le ehoBiir* 



Cruel, cruel malheur ! 
EnCints chéris, objets de ma douleur! 



Adraate. 



Au nom d*Argos qu'écrase la défaite 
Et qui mit son espoir aux mains de Tétranger, 
Au nom de la patrie où souffle la tempête. 
Sois salué, toi qui sus nous venger! 



Le ehiDar. 



Au nom de la patrie où souffle la tempête. 
Sois salué, toi qui sus nous venger ! 

{La cérémonie fttnèbre est interrompue par l'apparition tTÉtfodné. ) 



Le eliiMir. 

Qui surgit là, sur la colline? 
ciel, c'est Evadné!... Voyez, elle s*incline 
Sur la flumme du bûcher... 
Evadné, pourquoi t*approcber! 
Nous frémissons d'épouvante. 



( S13 ; 

iSTAdné (les yeux perdus dans Pexlase). 

Pourquoi dans les cieux ctlicrcs, 
Pboebé, répandais-tu la lumière mouvante, 
Quand la Tille d'Argos, en des chants inspirés, 
Célébrait Thymcnéc 
Qui m^unissait au héros Ca panée? 
Pourquoi, chastes nymphes des bois, 
En cadence, joignant vos voix. 

Dans la nuit illuminée. 
Autour de moi, vous mélicz-vous? 
Femmes, demain, avec des gestes doux, 
Jetez des fleurs nouvelles 
Sur ce bûcher a Taube éteint. 
Ne pleurez pas! Puissent vos cœurs fidèles 

Garder mon nom! Femmes, demain 
Cueillez pour moi dos fleurs nouvelles! 
Chantez Thcurcux destin 
Qui me rend au héros que j'aime. 
Adieu, pure lumière! rayonnant soleil. 
Toi qui va l'abaisser sur Phorizon vermeil. 
Reçois mes derniers vœux et mon souffle supréikic! 

Fille d*Iphis, écoute-nous! 

Évadaé. 
O mort, étends sur moi tes ailes de ténèbres! 

Le eliiDar. 

Renonce à les projets funèbres' 



(se précipitant daos le bûcher qui consume le corps de Capanée^ 
Viens me rejoindre à mon époux ! 



C ^^^ ) 



lie ehcDnr (épouvaDlé du spectacle qui s^offlre à sa vue). 

Horreur! Plus d*cspcrancc! 
Horreur! La voilà qui s'clancc 
Du haut du rocher! 



Iphl« (survenant). 

Femmes, je vous implore! 
Mon Évadné, la fille que j'adore, 
Est-elle auprès du bûcher?... 
Vous vous taisez?... O cruelle souffrance! 
Ah! Je succombe à mon malheur immense! 
mon enfant! Chère Évadnc ! 
Hélas! Infortune! 



Le elioBor. 



Que je te plains, ô père! 
Profonde est ta misère ! 



■phiM. 



toi qui m'entourais de tes bras caressants, 
La dernière de mes enfants! 
Serait-il vrai? Je t'ai perdue. 
Toi qui baisais mes blancs cheveux. 
Enfant à qui paraissait due 
La tâche de fermer mes yeux! 

I«e elioBBr. 

Que je te plains, ô père ! 
Profonde est ta misère ! . . . 



(515) 



Puissance aveugle qui me laisse 
La solitude et la douleur. 
Ah! que je te hais, ô vieillesse. 
Plus forte encor que le malheur! 

Thcaée. 

Mettez an terme h vos crncnes peines; ^ 
Âdraslc et vous, 6 femmes argienncs, 

Recevez de mes mains 
Les cendres de vos fils, viclimes des Thébains; 
Conservez- les en souvenir d*Âlhènes ! 

Adraiice. 

Ârgos n*oublicra pas ton secours généreux. 

Sois aimé par les dieux ! 
Que pour toi Ta venir soit riche en jours heureux ! 

Chœur gCBCral. 

Argos, ô féconde patrie, 
toi que les malheurs font encor plus chérie. 

Espère, oublie! 
Les rameaux d^olivicr cueillis dans les chemins 

Qui des bords de flsmène 

Ont conduit < pas vers Athène 
/ vos . 

( nos 
N*ont pas en vain frissonné dans < mains! 

I vos 



(816) 



BB SMEEKEIYDEM. 



(EURIPIDBS gcvolgd.) 



(Vertaald door Emmanuel HIEL.) 
EERSTE TAFEREEL. 

Sehouwplaalê EleuêU, tempel van Demeter. 

Adramos. 

Hoort, hoort aandachtig naar ons bidden, 

Gij, die Demeter smcckt, H gcmocd met hoop venruld. 
Hier rijst haar tempel in hct middcn 
Van H veld, waar eerst hct graan bccft dorren grond vergald. 

Rel der Argîviscbe inoeders. 

Doorlachtigc Actbra, gij, Thcscus moeder, 

Bij *t gcarig ycldgcbloemt gcstokcn naar u heen, 

0, wecs ons, armen, Ibans te goeder ! 
Doorlucbtige Acthra, gij, Tbcscus mocder, 
Bezie meewarig ons en hoor naar ons geween. 

AeChra. 

*k Zie nwc tranen slroomcn : 

Mijn hert is aangcdaan... 
Wie tegcn u bccft al dit kwaad begaan? 
grijsbeid, sprcckt, gij zijt blcr welgekomen! 



«7 ) 



Bij Kadmos murcn Ticlcn onze zoncn dood; 
En gislren, io dcn slag gcicvcrd legcn Thcben, 

Verloor, ach, Argos! Zij, die dapper stredcn. 
De schoonc jongcns, liggen lijf aan lijf, gansch bloot, 
Op H slagvcld zonder gruf!... 
En Kreon, Thcbcns koniiig, bij, die onze wct yersmaadt, 
Verbicdt ons de ovcrblîjfsc'Is te bcgravcn : achi en staat 
AU prooi aan *t wild gcdicri ben af. 



Bel. 

Doorlucbtige Aolbra, gij, Thcs5u5 moeder, 
Bezie meewarig ons, en boor naar ons geween. 



Doorluehtigo Aelhra, wces nu gocderticrcn, 
Vermnrf aw^ zoon, bct mcriij moet hem stieren, 
Hij schenk* de lijkcn eouwgc rust. 
De beldcnlijkcn, die, door H zwaard lerdood geknst, 
Verlaten liggen in hun bloed vcrsroacht, 
Hier, ondcr Hellas blauwe hernelprachl. 

Rel. 

Doorlucbtige Aetbra, gij Thcscus moeder, 
Bezie meewarig ons en boor ons smeekgeween. 



ThcsëoM (komt op met z'Jo gevolg . 

Waarom, die vrccmdc yrouwen, 
Verwarren zij door bun gcjammcr, droefonlzind, 
Den oiTerdienst, die pas begint? 



(818) 



Aetkra. 



soon, 't zîjn mocdcrs, vol vcrtroiiwen, 
Der Argivischc krijgcrs, vcrslagcn door Thcbarien ! 
Zij smeeken u, en storten biUrc trancn. 



rhefliëiM tôt AdraatOM, die 1er zijde gewekeo is. 

Hoe is uw naam, gij die uw aangezicht bedekt? 
Staak dit gclraan, wccs opgcwckt ! 
Wat eischt Athcnc tlians van Theben? 



Adraiiio«. 

Adrastos ben ik, Koning dcr Argivcrs, *k loop 
Tôt u, TIjcscus, 'k vraag uw liulp vol boop, 
En kindren, mocdcrs, moegclcdcn, 
Verzellcn mij met huii gckerm. 
Thesêus, macbtigste aller Grieken, V^orst van *t scboone Atbeae, 

Ach, onlfcrm, onlferm 
U, ovei* onze heiden, liggond aan de zoomen der Ismene, 

Bewijs bun' scliimmcn cer. 
De laatsle, gccf ze vrcde weer ! 



Ylieiiëus. 



Uw trots was uw verlîes! H gewicht van nood 

Drokt zwaar als lood 
Dp 't boofd der mcnsrhen, door der Godcn wraak 
Vervolgd. . . zij schonk aan Kresus arm de straf 
Van Argos; o verzaak 
l Thans uwc dooden . . . Ik stichl hen geen graf 

1^ H naakte vcld. H Is Zcus zclf die liet 
Uw krijgers vellen als hct zwakke riet. 



(819) 



Ik smeek om eenc booge gunste van uw edel herte, 

In H bittcrstc diizcr sn^crtc ! .. . 
*k Hcb o, a nict gekozco nls rcchtcr mijncr schulden: 
Indien ik plichlig bcn, de Godcn, die gccn misslag dulden, 
Bcreidcn dan voor mij de wciverdiende slraf. 



Bel. 

(vena! gcna! ons Iced is zwaar, laat af! 



Staakt smartgcwcen... gij, vrouwen, buigt uw boofd I 

Uw dicp verdrict Ihans uitgcdoord... 
arme mocdcrs, wi-cuwcn, gaal nu hcncn; 
Vcrwijdcrt u! on leg op *l oulcr necr 
De groeno iwijgen, nal door hoopvol weenen... 
Neemt aardc en hemcl toi gctuigcn, ja, nog meer, 
De fakkels van dcn tempcl, H ccuwig recbt, der schimmeneer 
Atbcne beeft gccn meelij met uw lecd. 



Aethra. 



Alijn zoon, o wccs nict wreed, 
Ik zwciT Uf wcif^er nid... 
Uw gramscliap schijnt den Goden 
Meinccd! nicinced! mcinced! 



( 520 



Thesëns. 

O Mocder, die zoo rein deedt, 
H Gcwccn is u vcrbodcn... 
Bcur H grijzc hoofd, 
Uw mcclîj zij gcloofd! 
Het straalt zich uit, door u gcbeilîgd, 
Op hcn, door dczcn liaord bcvciligd; 
H Bcdaart mijn helsclic wocde; 
Adrastos, mijn berocmd vcricdcn, bindt mij blij te moede 

Aan H lut der lijdcrs : 
Daar, ondanks *t rccht, door Godcn bicr gewijd, 
Tbans Tbcben *t graf wil wcigrcn aan gcvallcn strijders, 
Daar gij, o Mocdcriicf, nict baoge zijt» 
En in nw bcrt de stem der Horde stil versmacht, 
Mij smeckt, bezwccrt en aandrijft lot den strijd, 
Adrastos, *k wil uw wraak! 



Bel der moeders en der Argivers. 

Eer, ecr aan u, gij stcun der diepbedrakten, 
Gij, hcld vol majesteit! 
Het Griekscbe volk verukt en 
Verheugd, bczingt uw naam in eeuwigheid. 

Argos, vrucblbaar vaderland... 
Gijf gij, ons lie ver nog door al uw lecd, 
Iioop, vcrgccl! 
De olijven geplukt, ter boordcn der Ismene... 
Aïs vredes onderpand ! 

ionze 
stappen voerden naar Athene, 
Qwe ^'^ 

Zij bebbcn nict vergeefs gesidderd in \ band! 



( S21 ) 

TWEEDE TAFEREEL. 

(Kfiiffen «on Thesêus dragen in stœi de Ujken der bijsmuUriU 
êtrijdcrs van Argos en richten brandstapeU op.) 

Bel der moeders. 

De slopcls vlammcn, 
Hct vuur vcrsiiiidt 
Het blocdîg lîjk van kiiid op kind... 
GccD fci vcrgramrocn 
suit tlians de smcrt, 
kindren licf, van H mocdcrhert. 



* • 



Klinkt, trcurgczangcn, 
Klinkt cindloos voort... 
Gîj, klagcnd Jonlscb luilaccoord 
suit gccn Tcriangcn 
Der wrccdc smcrt, 
kindren lief, van H mocdcrbertl 



* » 



De zonncstralcn 
Zc droogcn nict 
De trancii van ons zicisvcrdrict, 
We blijvcn dwalen 
Hier met ons smcrt, 
kindren licf, in *t mocdcrhert. 

Thecëuii. 

Âchy nadert niet, rampzaaige vrouwen, 
Vcrvult Qw blikkcn niet met U becld van angst en smcrt. 
Door onze krijgers werdcn de oogen tocgcvouwen 
Der heldenschaar, die bier door Tlicben snood ontheiligd werd. 

Boi. 

ramp, hoe wrced, hoe wrced! 
Gij kindren licf, gij oorzaak van ons leed! 



( 522 ) 



In naam des yadcrlands, waar wocdcn oaweérsvlagep. 
Gij, die ons wrccktct, wecs gcgroet ! 

( De begrafenisplcchtigheid wordt onderbroken door 
de veneliijning van Ëvadnee.) 

Bel. 

Wîe rijst daar op dcn hcuTcltop? 
God, *t is Evadnce— ze wcnilt den kop 

Ten stapcl, naar de vlam... 
Ach, Eyadnce, ncen, nadcr niet... o grani! 

We siddren, scbrik, schrik slaat ook lam. 



■ • i. 



lee (de blikken verloreD io geesivervperihg). 

Waarom, in *t blauwe van den bemel; 
Pbebos straalt ge uw lichtgcwemel, 
Wanneer iiî Argos stede licfdczangcn 
Luid loofdcn H hyinencus, 
Dat mij met eencn bcld vcrbond, met Kapenëus?... 
Waarom, gij ninifcn van bel boscb, 
Sprongt gij vol zwicrige dansmaat loa 
In de nacbt, glinstrcnd zacbt, 
Rond mij, vol licfdcpracbt? 
morgen, vrouwen, wcrpt met tecdre band, 

Ten stapcl, frisschc bloemeii... 
Ten stapel, met den ucbtcnd uitgcbrand. 



Acb, weëht niet, laat uw trouwe roemen; 
Bcwaart mijn naam; o vrouwen, morgen 
Piukt, plukt voor mij «dan frisscbe bloemen ! 
Zingt *t beiilot, dat voor mij wil zor^cn, 
Dat mij besobîkte ccn bcld, door mij faomind.v; 



( 823 ) 



Vaarwd, rein licht, o glanzcnd licht, dat mij rerblindt; 
Gîj, die nu slapcn gaat in U rozig bcd van vrée. 
O neem mijn laatslcn wil, mijn laatsten adem mée. 

Bel. 

O Iphîs docbtcr, wce ! *t gevaar is groot ! 

.. ' ■ . 

Bvadnee. 

Delf m*in nw duisternis, o dood! o dood! 

Bel. 

Laal, laat uw onUverp dwaas en snood ! 

Kvadnee (stort zich in den brandstapeJ, die bel lijk van Kapanéus 

versïlindl). 

Heil ! *k Tind u wcdcr, lieve cebtgenoot ! 

Bel (vei'scbrilci duor bet scbouwspel). 

ramp! gecii bope mcer! 

ramp ! daar slort ze neer 

In dcn glocd ... 

Iphlii (vorschijnt). 

O yrouwcn, nioedcrs, ^k smeek u, 

Mijn Edvancc onlwcck a: 
Waar ^cbuilt mijn kind, mijn dierbaar bloed? 

Gij zwijgt ... o bitlcr lijden !••• 

Gijzwijgt ... o wroed kaslijden!... 
O kind ... G(j sparlcli in den gloed .. . 
H'slcrven waar uiij zoet! 



1 



( 524 ) 



Kel. 

vadcr, laat ons dicp iiw lot bcklagen, 
Uw Iccd is nicl te dragon. 



IphU. 

Gij, die mot uw strcclcndc armen, 
Gij, laatste kind, mijn hoczcm wist te warmeii, 
Zou *t waar zijn? ccuwig zijl gc hccn ? 
Gij, die door kussen slildc mijn gewccn, 
Zult mij nîct de oogen sliiilcn? Nccn! 
Wcc! wcet Toor eeuwîg zijt gij hcen. 



Mrl. 

O'vadcr, laat ons dîcp uw lot bcklagen, 
Uw Iced is niet le dragen. 



I pilla. 

blinde macht, o domme kracht, 
'k Blijf droef allecn van mijn geslacht... 
grijslicid, 'k haat u met mccr gloed 
Dan mijncn hclschen tcgcnspoed. 



Thesëns. 

Bekampt en sliU uw smartlijk rouwen, 
Adrastos; ook gij, Argivischc vrouwen, 
Ontvangt uit mij ne band 
Thans de assche van de zoons, gedooddoor die vanThcben... 

En ncemt ze aïs pand, 
Gcdenknis van Athcnc mede ! Zij hebben kioek gestrcden ! 



( 825 ) 

Neen, Argos, nccn, vergeet Dooit de edeldaad, 
Dat nooit der Goden zegen u vcrlaat ! 

Bel. 

Argos, vruchtbaar vaderland, 
Gij, gij, ons liever nog door al uw leed, 
Och hoop, vergeet ! 
De olijven, geplukt ter boorden der Ismene, 

Als vredesonderpand, 
Die onze slappen voerden naar Atbene, 
Zij hebben niet vergeefs gesidderd in ons hand. 

Aanmerking, — Men moet de tijdroaat der Griekscbc namcn 
uilspreken op de volgende wijze : 



Acthra. 




Hella. 


V — V 

Thesëus. 




— \y — \/ 

Argiviscbe. 


Vf — Vr 

Adrastos. 




vr — vr 

Atbene. 


— V — 

Evadnee. 




vr — \y 

Argivers. 


Ipbis. 




X/ — \/ 

Ismene. 


■V — vr 

Demcter. 




— \/ 
Zeus. 


Kadmos. 




Jonîscb. 


Theben. 




— \/ 
Pbebos. 


— v 

Argos. 




— \/ - V 

Hymenëas. 


Kreon. 




— Vf — vr 

Rapanëus. 




- beteekent : 


lang. 




\^ beteekent : 


: kort. 



3** SÉRIE, TOME XIT. 



35 



( 826 ) 



OUVRAGES PRÉSENTÉS. 



Mariez (Ch. de), — Le texte originaire du Yih-King, sa 
nature et son intcrprëtalion. Paris, 4887; in-8*(35 p.). 

Clausius (A.). — Thëorie mécanique de la chaleur, 2"* édi- 
tion traduite sur la S*" édition de l'original allemand, par F. Folie 
et E. Ronkar, tome P'. Mons, 4887; vol. in-S*. 

Aiansion (P.). — Résumé du cours d'analyse infinitésimale 
de l'Université de Gand : calcul différentiel et calcul intégrai. 
Paris, 4887; in-8« (500 p). 

Plateau (F.). — Observations sur une grande Scolopendre 
vivante. Bruxelles, 4886; exlr. in-S"* (4 p.). 

Selys Longchamps (de). — Odonates de l'Asie-Mineure et 
revision de ceux des autres parties de la faune paléarclique 
(dite européenne). Bruxelles, 4887; extr. in-S"" (87 p.). 

Errera (Léo), — Pourquoi dormons-nous? Bruxelles, 4887; 
extr. in-8''(31 p.). 

De Coninck'De Windt (C). — Le houblon. Alost, 4887; 
vol. în-8'. 

Delvaux (£.). — Documents stratigraphiques et paléonlo- 
logiques pour l'étude monographique de l'étage ypresien. 
Liège, 4887 ; in-8« (20 p. et i pi). 

— Les aneiens dépôts de transport de la Meuse appartenant 
à l'assise moséenne. Liège, 4887; extr. in-8* (24 p.). 

^- Description sommaire des blocs colossaux de grès blanc 
cristallin. Liège, 4887; extr. in-8''(t8 p.). 

Feys {E.) et H^elis (A.). — Les cartulaires de la prévôté de 
Saint-Martin h Ypres précédés d'une esquisse historique sur 
la prévôté, tome II, Glossaire. Bruges, 4887; in -4*. 



( î^27 ) 

Wiliquet (Camille), — Le mien et le tien, causerie popu- 
laire traduite de ritalien d'Aristide Gabelli. Mons, i887; in-8® 
(95 p.). 

Van der Stricht (0.). — Recherches sur la structure de la 
substance fondamentale du tissu osseux. Gand, 1887; e%tr. 
in.8* (7 p.). 

Terby (F.). — Sur une observation de Saturne faite à Lou- 
vain,a Taide de Tëquatorialde huit pouces deGrubb. Bruxelles, 
1887; extr. in-8* (4 p.). 

— Phénomènes observés sur Saturne. Bruxelles, 1887; extr. 
in -8'» (8 p. et! pi.). 

Toussaint (Le chan,). — Histoire civile et religieuse de Wal- 
court. Namur, 1887; vol. in-18. 

— Martyre de saint Lambert, évéque de Macstricht, drame 
en 5 actes avec chœurs. Namur, 1887; in-i2 (S6 p.). 

Forir. — Contributions ft l'étude du système crétacé de la 
Belgique, I : Sur quelques poissons et crustacés nouveaux ou 
peu connus. Liège, 1887; extr. in-8* (34 p. et 3 pi.). 

Houzé {Le D' E.). — Comparaison des indices ccphalomé- 
trique et craniométrique. Bruxelles, 1887; extr. in-B"" (11 p.). 

— Description d'un squelette d'Hindou. Bruxelles, 1887; 
extr. in-8*'(16p.). 

Corneli (René) et Mussely (Pierre). — La galerie des 
machines, la galerie internationale du travail, rélcctricité et 
le concours international de la traction mécanique h rExposi-* 
tion universelle d'Anvers, 1885. Bruxelles, 1887; vol. in-folio 
(no pages, illustré). 

Terfve (Oscar). — Recherches sur la spermatogénèse chez 
Asellus Aquaticus. Bru.\elles, 1887; in-8'' (26 p. et 3 pi.). 

Dupriez (Léon). — La liberté de réunion. Bruxelles, 1887; 
vol. in-8®. 

Ronkar (E,). — Note sur les oscillations d'un pendule pro- 
duites par le déplacement de l'axe de suspension. Bruxelles, 
1887;in-8*(18p.). 



( 528 ) 

D'Hoop [Henri). — La Flandre orientale et ses anciennes 
archives. Alost, 1886; vol. in-S"" (236 p.). 

Soignie {Jules de). — Les mauvaises langues. Braine-le> 
Corale, 1887; vol. in-8«. 

Lagrange (CA.). — Méthode pour la détermination des paral- 
laxes par des observations continues. Bruxelles, 1887; extr. 
in-4» (85 p.). 

Heymans {J.-F,). — Études expérimentales sur le curare et 
le manganèse. Bruxelles, 1886; extr. in-8* (42 p.)* 

Burggraeve (Le D'). — Concours Guinard, 4"« ëdilion. Gand, 
1888;in-12(490p.). 

Fraipont (Jules) et Lohest (Max.), — La race humaine de 
Néanderthal ou de Canstadt en Belgique : Recherches ethno- 
graphiques sur les ossements humains découverts dans les 
dépôts quaternaires d'une grotte de Spy, et détermination de 
leur âge géologique. Gand, 1886; extr. in-8'' (170 p.).- 

Caisse générale d^épargne et de retraite. — Premier rap- 
port : propositions relatives aux bases k employer dans le 
calcul des tarifs (Mahillon). — Tarifs de la Caisse de retraite 
(Maurice Ânspach). — Nouveaux tarifs des rentes viagères 
(Mans et Mahillon). Bruxelles, [1887]; 3eah. pet. in-folio. 

Société d'art et d'histoire du diocèse de Liège. — Bulletin, 
tomes MV. Liège, 1881-86; 4 vol. in-8". 

Conseils provinciaux, — Procès-verbaux des séances de 
Tannée 1886. 9 vol. in-8«. 

Cercle archéologique d'Enghien. — Annales, t. III, 1"livr 
Braine-lc-Comte, 1887; in-8». 



. I 



( 529 ) 



Al.LEHÂGNB ET AUTRICHE- HONGRIE. 

Winkler (Clemens). — Mittheilungen ûber das Germanium. 
Leipzig, 4887; extr. in-8»(32 p.). 

Schum (Wilhelm), — Beschreibendes Verzeichniss der 
amplonianischen Handschriften-Sammlung zu Erfurt. Berlin, 
1887; vol. in-8»(H0p. et 2 pi.). 

Schlesische Gesellschaft fur vaierlàndische Cultur. — 
64. Jahres-Bericht. Breslau; in-8^ 

— Zacharins Allerts Tagebucb aus dcm Jabre 1627. 
Breslau, 1887; in-8*. 

Senckenbergtsche naîvrforschende Gesellschafi, — Bericht, 
4887. Francforl-s/M.; in-8^ 

Sternwarte zu Prag. — Beobacblungen im Jabre 1886. 
In-4*. 

Verein der pretissischen Rheinlande, Bonn. — Verliand- 
lungen, 24. Jabrgang, 1. ln-8^ 

Université de Tubingen. — Tbèses et dissertations, 1886- 
1887. 39 br. in-8« et in-4'. 

Université de Giessen. — Tbèses et dissertations, i 886-87. 
29 br. in-8» et in-4^ 

Phjjsikalischer Verein zu Frank fur i am Main. — Jabres- 
bericiit, 1885-86. In-8^ 

Historischer Verein fur Sleiermark. — Beitrage 22. Jabr- 
gang. — Mittbeilungen, 35. Heft. Gralz, 1887; in-8^ 

Akademie der Wissenschaflen, Wien. — Pbilos.-bistor, 
Classe : a) Sitzungsber., Bd. CXII, CXill, CXIV, \ . b) Denk- 
scbriften, Register zu dcm Bânden XV-XXXV. — Matbem.- 
naturw. Classe : a) Sitzungsber., I. Ablb., 1886, 4-10; II' Abtb.. 
1886, 5-10; 1887, 1, 2; IH- Ablb., 1886, MO. 6) Denkscbrif- 
ten, Bd. 51 und 52. — Arcbiv fur Kunde, Bd. 68, 2; 69 
und 70. 



( 830 ) 



France. 

Rei/naert [Aug,), — Histoire de la discipline parlementaire : 
règles et usages des assemblées politiques des deux mondes, etc., 
tomes I et II. Paris, 4884; 2 vol. in-8*. 

ffirn (6.-i4.). -^ La thermodynamique et Tétude du travail 
chez les êtres vivants. Paris, 1887; extr. in-4* (30 p.). 

— Construction et emploi du métronome en musique. Paris, 
i887; exlr. in- 4* (8 p.). 

— Théorie et application du pendule h deux branches. 
Paris, 1887; extr. in-4« (16 p.). 

Dargel {L,). — Des cubes solides, de leurs arêtes et de leurs 
racines numéraires. En outre, procédés pour la destruction du 
phylloxéra. Enfin, soins hygiéniques à donner au besoin k sa 
santé. Auch, 1887; in-4° (20 p.). 

Les fêtes jubilaires de Tabhaye de Saint-Pierre de Solesmes, 
9, 10 et 1 1 juillet 1887. Solesmes, 1887; in-S*" (GO p.). 



Grande-Bretagne et Colonies britanniques. 

Royal Society of Edinburgh. — Transactions, vol. XXX, 4, 
1882-85. ln-4'. 

Meteorological Service of Canada. — Report, 1884. Ottawa, 
1887; in.8«. 

Slatistical office, Sydney. — Handbook to the statistical 
rcgister of New South Wales, 1886. Sydney, 1887; vol. in-8*. 

Churchill (John Francis). — First and second report.... frcc 
Dispensary for consumpiion. Londres, 1886-87; 2 br. in-8^ 

Mueller (Baron von). — Eucalyptographia, décade 8-10. — 
Iconography of australian specics of acacia, décade 1-4. Mel- 
bourne; 5 cah. in-4^ 



(831 ) 

— Key to ihe System of Victorian plants, H. Melbourne, 
4885; vol. in-18 (60 p. et i52 fig.). 

Royal Society of Canada. — Procecdings and transactions, 
1886, vol. IV. Montréal, i887; vol. in-4». 

Transit of Venus, i88S : Report of the Commiitee appoin- 
(ed by the Brilish Government. Londres, [4887]; pet. in-folio 
(88 p.). 



Italie. 

Giovauni ( V. di), — I documenti dcli' arcliivio di Barceiiona 
c il ribcllaraenlo di Sicilia conlro Rc Carlo, nel i282. Bologne, 
i887;in-8«(16p). 

— L'apologetica cattolica c gli studii elnografici, storici, 
archcologiri contcmporanel. Païenne, 4887; in-8® (80 p.). 

Osservalorio di Brera in Milano. — Pubblieazioni, n"" 32. 
Triangolazionc di Milano. In•4^ ' 

Comilaio geologico d'Italia. — Bolleltino, 1886. Rome; 
in-8°. 

Società reale di NapolL — Rendiconto... scienze fisiche e 
matematiche, XXV, n»' 4-iO, 4885-86; in-4^ 

Accademia di scienze.,, Modena. — Memorie, tomo XX, 5; 
série 2, tomo IV. 2 vol. in-4". 



Pays-Bas et Luxembourg. 

Ferron {Eug,). — Étude sur la catastrophe de Hugsstclten, 
survenue h un train de plaisir de Fribourg k Golmar, le 3 sep- 
tembre 1882. Luxembourg, 4883; extr. in-8° (46 p.). 

— Mémoire sur le calcul et la construction des polygones 
réguliers. S. 1. ni d.; extr. in-8^ (22 p., 4 pi.). 



( 532 ) 



Pays divers. 

Kammerinann {A.). — Résumé météorologique de raniiée 
1886 pour Genève et le Grand Saiat-Bernard. Genève, 4887; 
in-8*. 

Lindelôf{L,). — Trajectoire d'un corps assujetti h se mou- 
voir sur la surface de la terre sous Finfluence de la rotation 
terrestre. Helsingfors, 1887; in-i" (60 p., \ pi), 

Turrettini {Th.). — Prix courant de la Société pour la con- 
struction d'instruments de physique. Genève, 4887; in-8^ 

Société khédivale de géographie. — Bulletin, 2"* série, 
n" 10 et 41. Le Caire, 4887; in-8^ 

Société d'histoire de la Suisse romande. — Mémoires et 
documents, seconde série, tome I. Lausanne, 4887; vol. 
in-8'. 

Tifliser Observatorium. — Magnctische beobaclitungen, 
4884-85. In^8°. 



liULLETlN 



OiC 



L'ACADÉMIE ROYALE DES SCIENCES, 

DES 

LtTTRËS ET DES BEAUX-ARTS DE BELGIQUE. 

1887. — NMl. 



CLASSE DES SGIEKGLS. 



Séance du 5 novembre 1887. 

M. J. De Tjlly, directeur, président de l'Académie. 
M. LiAGRE, secrétaire perpétuel. 

Sont présents : MM. Fr. Crépin, vice-directeur; J.-S. 
Stas, P.-J. Van Beneden, le baron Edm. de Selys Long- 
cbanips, J. C. flouzeau, G. Dewalque, H. Maus, E. Cau- 
dèze, Ch. Montigny, A. Brialmoiit, Ëd. Van Beneden, 
C. Malaise, F. Folie, Alph. Briart, F. Plateau, Éd. Mailly, 
Ch. Van Bambeke, Alf. Gilkinet, G. Van dcr Mensbrugghe, 
W. Spring, Louis Henry, M. Mourlon, membres; E. Catalan, 
Ch. de la Vallée Poussin, associés; J. Delbœuf, L. Fredericij, 
J.-B. Masius, Paul Mansion, A. Renard, P. De Heen cl 
C. Le Paige, correspondants. 

5"* SÉRIE, TOME XIV. 56 



( S3^ ) 



CORRESPONDANCE. 



La Classe prend notification de la mort : 

1^ de Gustave Kirchhoff, l'un de ses associés de la sec- 
lion des sciences mathénaatiques et physiques, décédé à 
Berlin le 17 octobre dernier, à Page de 63 ans; 

2^ de Spencer Fullerton Baird, secrétaire de ta Smilhso' 
nian institution de Washington, décède à Woods Holl (M^^*), 
le 19 août dernier; 

S"" du conseiller Antonio-Auguslo d'Aguiar, président 
de la Société de géographie de Lisbonne, décédé le 4 sep- 
tembre dernier, à Tâge de 49 ans. 

— M. le Ministre de FAgriculture, de Tlndustrie et des 
Travaux publics demande l'avis de la Classe sur la requête 
de M. Pergens qui sollicite de pouvoir occuper, pendant 
Tannée 1888, la table de la Station zoologique, à Naples, 
affectée aux Belges. — Renvoi à MM. Van Beneden, père 
et fils, et Plateau. 

— Le même Ministre adresse, pour la Bibliothèque de 
l'Académie, le tome VU des Annales du Cercle hutois des 
sciences et des beaux-arts. — Remerciements. 

— M. le général Ibanez, associé de la Classe et président 
de l'Institut géographique et statistique de Madrid, offre 
plusieurs livraisons de la Carte topographique de l'Espagne 
au l/50.000\ 

M. le lieutenant-colonel Hennequin, directeur de l'in- 
stitut cartographique militaire belge, adresse, au nom de 
M. le Ministre de la Guerre, deux exemplaires du premier 



fascicule dn tome VI de la Triangulation du rotjauuie de 
Belgique. 

Ce fascicule se rapporte aux observations astronomiques 
faites à Hamipré, en 1884, par M. le capitaine adjoint 
d'élal-major Delporte. — Remerciements. 

— M. E. Ducretel, à Paris, adresse une note manuscrite 
sur un Enregistreur mécanique et automatique de$ signaux 
transmis par les télégraphes et par les projecteurs optiques, 
— Dépôt aux archives, le règlement s'opposanl à ce qu'il 
soit émis un avis sur des travaux déjà communiqués à 
d'autres corps savants. 

— L'auteur du mémoire portant la devise : Numeri 
regunt mundtim, envoyé en réponse à la question du con- 
cours de Tannée actuelle se rapportant à Vécoulement 
linéaire des liquides, demande à rentrer en possession de 
son manuscrit. — La Classe prononce Tordre du jour sur 
cette demande, qui est contraire au règlement. 

— Les travaux manuscrits suivants sont renvoyés à 
Texamcn de commissaires : 

1** Études sur l'aspect physique de Jupiter (2® partie). 
Observations faites à Louvain, à la lunette de Secrétan, de 
488S à 1885, par F. Terby (avec 5 planches). — Commis- 
saires : MM. Houzeau, Polie et Liagre; 

2" Les plans planétaires et Véqualeur solaire; par 
L. Nieslen. — Commissaires : MM. Folie et Liagre; 

3* On Forecasting the weather; par B.-J. Jenkins, 
(avec 1 planche). — Commissaire : M. Houzeau; 

4" Sur la nature minérale des silex de la craie de 
Nouvelles, et contribution à l'étude de leur formation; 
par A. Renard et C. Klément. — Commissaires : MM. de 
la Vallée Poussin et Briart. 



( 836 ) 

— Hommages d*ouYrages : 

1* Observations sur les mœurs du Claniulus Guttl- 
LATUS Bosc; par P. Plateau; 

2* L'apophyse slyloïde du troisième métacarpien chez 
l'homme; par H. Lehoucq; 

3° Théorie analytique des mouvements des satellites de 
Jupiter {^^ partie); par L. Souillarl. — Remerciemenls. 

— La Classe donne mission à MM. P.-J. Van Beneden, 
Folie et Fredericq de la représenter à la célébration dn 
soixante-dixième anniversaire du D' Donders, associé de 
TÂcadémie, qui aura lieu à Utrecht le 27 mai 1888. 

— Sur la demande de M. Van der Mensbrugghe, pre- 
mier rapporteur, M. Ferron sera remis en possession de 
son travail intitulé : Sur rinsvffisance du système suivi 
par Cauchy (théorie de la lumière), etc., afin que Pauteur 
puisse le modifier s*il le juge nécessaire. 



RAPPORTS. 



Action des acides sur le goût; par J. Corin. 

< Après avoir fait cette remarque générale que les acides 
ont tous le goût acide, M. Corin s'est appliqué à rechercher 
quelle relation il pouvait bien y a\oir entre ce goût et la 
composition chimique. Il est arrivé à ce résultat curieux, 
que l'acidité sensible croîtrait avec la quantité d'hydrogène 
basique renfermé dans la molécule acide, et décroîtrait 
avec le poids même de la molécule. 



(557) 

Il D'élablil d'ailleurs — et c'est avec raison — aucune 
relation numérique précise entre les deux termes com- 
parés. 

Rien de plus délicat que les problèmes qui se rattachent à 
la mesure des sensations. On peut s'en convaincre en lisant 
les innombrables travaux, souvenf contradictoires, sur 
la mesure des sensations lumineuses, qui sont, sans con- 
tredit, les plus favorables à l'expérimentation. Mais, de tous 
les sens, le goût est, avec l'odorat, celui qui lui offre le 
moins de prise, et les tentatives faites jusque dans ces der- 
niers temps pour l'en rendre justiciable, sont loin d'être 
pleinement satisfaisantes. 

Le travail de M. Corin constilue un essai heureux et ori- 
ginal, qui, perfectionné, pourra fournir des résultats plus 
précis. 

L'auteur a saisi d'emblée les difficultés de la question, 
et son travail commence par le détail des précautions à 
prendre pour expérimenter avec toule la rigueur possible. 
Seulement il ne nous dit pas qu'il a été seul à faire ses 
dégustations, et c'est là un point important à signaler. Il 
est donc possible qu'un autre, en appliquant la même 
méthode, arrive à une autre classification des acides au 
point de vue de l'acidité. Qui sait? en matière de goût, il 
se révélerait peut-être des différences personnelles, comme 
en fait de couleurs. 

Provisoirement donc, les résultats que M. Corin nous 
livre ne sont garantis que par lui, et celui qui voudrait les 
contrôler devrait commencer par faire sa propre éducation, 
comme lui l'a faite. Il me parait nécessaire que le mémoire 
instruise le lecteur de cette circonstance. 

M. Corin désigne les degrés d'acidité par des termes assez 
vagues en eux-mêmes : très acide, acide, assez acide, peu 



( 338 ) 

aci(Jc, limonade, douteux, faible, nul. Il devrait et pourrait 
arriver à une terminologie plus précise. Pour apprécier le 
degré d*acidilé de ses différentes solutions, il les goûtait 
l'une après Tautre, et les rangeait dans Tordre du plus ou 
moins. Mais ceci n'est pas dit dans le mémoire, et il faut 
le deviner. Il se servait donc de la méthode des différences 
finies. S*il nous donnait un seul tableau des essais aux- 
quels il s'est livré pour arriver à obtenir sa classification, 
nous pourrions nous faire une idée claire de ce que peut 
être une échelle d'acidité. Il parait qu'il s'était exercé au 
point de ranger toujours dans le même ordre les solutions 
qu'il éprouvait. Ce qui semble indiquer que les différences 
étaient suffisamment sensibles. 

Partant de là, on conçoit qu'il y aurait peut-être moyen 
de classer les différents acides au point de vue de l'acidité, 
en les rapportant à des dilutions déterminées d'un même 
acide type. C'est ainsi que les essayeurs de matières d'or 
et d'argent apprécient les alliages. 

Il est vrai que, d*après M. Corin, il serait plus difficile 
de juger d'une équivalence que d*une différence. Cependant 
l'essai dont il nous donne un spécimen devrait, ce semble, 
l'encourager dans cette voie. Ayant par deux fois obtenu 
des solutions d'acide chlorbydrique et d'acide sulfurique, 
sensiblement les mêmes an goût, et les ayant neutralisées 
par de la soude, il est arrivé les deux fois au même rap- 
port ^7» soit exactement "/es cl ^^^U\o pour les quantités 
<le soude respectivement employées. 

Ce serait le cas de recourir à la méthode connue en 
psychophysique sous le nom de méthode des erreurs 
moyennes. Ce pourra être là matière à recherches ulté- 
rieures. 

En somme, travail intéressant. 



( 539 ) 

Je propose donc l'^dlnsérer le travail dans le Bulletin de 
l'Académie^ après que l'auteur Taura complété dans le sens 
des observations précédentes, et en aura fait disparaître 
des négligences de rédaction qu'on y rencontre» surtout 
dans l'énoncé des théorèmes; 

^ De voter des remerciements à l'auteur, en llnvitant 
à continuer ses recherches. » 



c Pour aucune catégorie de substances sapides, les 
relations qui peuvent exister entre le goût et la fonction 
chimique ne paraissent aussi évidentes que pour les acides. 
Tous les corps, acides au point de vue gustatif, le sont 
aussi au point de vue chimique; comme si certaines ter- 
minaisons nerveuses de la langue étaient le siège d'une 
affinité spéciale pour les acides. 

Ainsi que le fait remarquer l'auteur du travail que 
nous analysons, le bout de la langue peut remplacer le 
tournesol quand il s'agit de décider si la molécule d'un 
composé soluble contient de l'hydrogène basique, c'est- 
à-dire remplaçable par un métal; mais il est incapable de 
discerner à quelle espèce d'acide appartient cet hydro- 
gène. En effet, la plupart des acides ont identiquement le 
même goût : l'intensité seule de la saveur varie. 

Jusqu'où va cette relation entre l'action gustalive et la 
fonction chimique? L'une peut-elle servir de mesure à 
l'autre? En d'autres termes, l'intensité de la saveur des 
différents acides est-elle en rapport avec le poids de 
l'hydrogène basique qu'ils contiennent, ou, ce qui revient 



( 840 ) 

au même pour la plupart d'entre eux, avec la quaulilé 
absolue de soude qu*ils sont capables de neutraliser? 
Telle est la question que M. Corin a cherché à résoudre. 

Il a Composé, avec les acides chlorhydrique, nitrique, 
formique, acétique, etc., des limonades contenant la même 
quantité d*hydrogène basique et il est arrivé^ en les goû- 
tant) à un résultat tout à fait inattendu : ces solutions, 
équivalentes au point de vue chimique, ne le sont pas au 
point de vue du goût. Une molécule d'acide chlorhydrique 
(c'est-à-dire une quantité d'acide chlorhydrique propor- 
tionnelle au poids moléculaire) exerce sur ta langue une 
action plus forte qu'une molécule d'acide nitrique; celle-ci 
à son tour est plus acide au goût qu'une molécule d'acide 
formique ou d'acide lactique, etc. 

En classant les acides de même basicité d'après l'inten- 
sité de la saveur acide de leur molécule, M. Corin est 
arrivé à ce second résultat curieux, que la saveur d'une 
molécule d'acide est d'autant plus forte que cette molé- 
cule est plus légère. L'action qu'un atome d'hydrogène 
basique exerce sur la langue est donc d'autant plus . 
marquée que la molécule dont il fait partie a un poids plus 
faible. 

Si cette proportionnalité était rigoureuse (point que 
M. Corin n'a pas résolu), il en résulterait celte consé- 
quence curieuse que, pour composer des limonades éga- 
lement acides au goût, en partant de solutions d*HCI, 
HNO3, H2CO3, etc., équivalentes comme acidité au point 
de vue chimique, il faudrait prendre de chacune de ces 
dernières solutions une quantité proportionnelle au poids 
moléculaire de l'acide considéré, et diluer chaque fois 
au même volume d'eau. Si l'on partait de poids absolus de 
HCI, HNOs, H2CO5, il faudrait prendre de chacun de ces 



. 541 ; 

acides un nombre de grammes ou de centigrammes pro- 
portionnel au carré du poids moléculaire et dissoudre 
dans le même volume d'eau, pour avoir des limonados 
équivalentes au goût. 

Je me h&te d'ajouter que les tableaux d'expériences de 
M. Corin ne concordent pas bien avec la loi de propor- 
tionnalité rigoureuse, telle que je l'ai supposée un instant. 

D'autres facteurs que le poids moléculaire interviennent 
sans doute pour déterminer l'intensité de la saveur aigre- 
lette d'un atome d'hydrogène basique. 

J'ai l'honneur de me rallier aux conclusions formulées 
par mon savant confrère, M. Del bœuf. » 

Les conclusions de ces deux rapports ont été adoptées 
par ta Classe. 



Observations physiques de Saturne faites en 1887; 

par Paul Stroobant. 

Hmppowt dm Jf. V. Foiim, 

A M. P. Stroobant, astronome amateur très zélé, connu 
par plusieurs publications intéressantes insérées au Bu/- 
letin^ a fait avec soin, du il janvier au 20 avril, des obser- 
vations physiques de Saturne et de son anneau. Elles sont 
résumées dans le travail que l'auteur soumet à l'Académie, 
et dont le texte sort d'éclaircissement à la planche qui 
l'accompagne. 

Les faits les plus intéressants signalés par M. Stroobant 
sont les suivants. Les fameuses divisions d'Encke et de 
Stuve paraissent sujettes à de très grands changements 
quant à la netteté avec laqurllo on les aperçoit et quant à 



( 542 ) 

la position qu'elles occupent. C'est ainsi que le 9 et le 
42 février, la séparation d*Encke semble diviser en parties 
égales l'anneau extérieur A, alors que le 4 avril, Tobser- 
vaieur la voit tout près de la division Gassinienne. Même 
remarque quant à la division de Slruve; celle-ci est beau- 
coup plus rarement visible, et, lorsqu'on l'aperçoit, c'est 
souvent sur une anse seulement. D'ailleurs, jusqu'ici aucun 
observateur n'a pu la voir distinctement sur toute la por- 
tion visible de l'anneau C\ Les dentelures que M. Stroo- 
bant nous montre à différentes reprises, empiétant sur 
l'anneau A comme des éclaboussures parlant de la division 
CassiniennCj méritent de fixer l'attention, ainsi que les 
changements dans l'allure de l'ombre du disque sur l'an- 
neau et les modifications profondes des bandes qui recou- 
vrent la surface. 

L'ensemble des descriptions et des dessins de M. Stroo- 
bant nous montre que nous sommes bien loin d'une 
explication complète du brillant phénomène admiré dans 
Saturne. Assurément l'état de l'atmosphère joue un grand 
rôle dans les résultats observés, la limpidité et le calme de 
l'air, le voisinage de la Lune doivent exercer de l'influence. 
Nous savons aujourd'hui que, sous un ciel très pur, les 
raies de la chromosphère apparaissent brillantes en dehors 
de toute éruption, mais le caractère des variations signa- 
lées, par exemple, l'extinction de la division d'£ncAe, 
alors que la division de Slruve était apparente, établissent 
l'existence d'autres causes. Il faut remercier et encourager 
ceux qui, possédant un bon crayon comme M. Stroobani, 
ont la patience de dessiner fidèlement les changements 
d'état que Saturne et son anneau présentent dans un bon 
télescope. Us contribuent ainsi non seulement à étendre le 
champ de nos connaissances relativement à cette planète, 



( 3^3 ) 
mais à faire avancer la solution du problème cosmique et 
mécanique de Panneau. 

Je propose donc bien volontiers à la Classe l'insertion 
du travail de M. Slroobanl ainsi que de ta planche qui y 
est annexée, dans le Bulletin de la séance. » 

M. Houzeauy second commissaire, ayant adhéré aux 
conclusions qui précèdent, elles sont mises aux voix et 
adoptées par la Classe. 



Sur la théorie de l'involution; par François Deruyts. 

A<tf»|iorl dm Jf« C, Mj9 Ê^aigm. 

< Le travail dont j'ai l'honneur de présenter l'analyse à 
la Classe est la suite naturelle de celui que M. Deruyts a 
présentée l'Académie dans la séance du 6 août dernier. 

Après avoir rappelé la méthode dont il fait usage pour 
représenter les involutions unicursates dans un espace E, 
à H dimensions, l'auteur fait observer que le point de cet 
espace qui représente une involution l"_| peut aussi être 
considéré comme l'image d'une forme algébrique. 

La courbe normale devient alors le lieu des points qui 
représentent des formes binaires, puissances exactes. 

Lorsqu'il s'agit d^une forme d'ordre inférieur à n, n — p, 
par exemple, la même représentation a lieu, et il corres- 
pond, <^ la forme donnée, un espace E^. 

L'interprétation dont il fait usage permet à l'auteur 
d'énoncer et de démontrer simplement des théorèmes dus 
à M. Rosanes. 



( 544 ) 

Reprenant les résultais de son étude antérieure, le jeune 
docteur obtient certaines propriétés des éléments neutres 
d*involutions supérieures; nous pourrons faire observer, 
en passant, qinl retrouve, par une méthode différente, un 
des théorèmes que nous avons énoncés dans une récente 
communication. Je me hâte d'ajouter que IM. Deruyts 
n*avait pas connaissance de ma petite note et que d'ail- 
leurs, tout en généralisant et complétant mes résultats, il 
énonce d'autres propriétés qui découlent immédiatement 
de ses procédés. 

Au surplus, il fait usage de ces propriétés pour établir 
l'existence de formes canoniques simples pour l'équation 
des involutions supérieures, et pour démontrer certains 
théorèmes généraux de réduction à des formes normales 
d'un système de formes algébriques binaires. 

Ces théorèmes comprennent, comme cas fort particu- 
lier, les résultats sur la réduction d'une forme binaire à 
une somme de puissances n obtenus par M. de Paolis. 

0»tte courte analyse permettra, je pense, d'apprécier 
rinlérêt que présentent les recherches de M. Fr. Deruyts, 
et justifiera Je l'espère, la proposition que je fais à la Classe 
d'ordonner l'insertion de son mémoire dans le Bulletin de 
la séance. > 

Ces conclusions, appuyées par M.Mansion, second com- 
missaire, sont mises aux voix et adoptées par la Classe. 



( 548 ) 



COMMUNICATIONS ET LECTURES. 



Recherches expérimentales sur la vision chez les Arthro- 
podes (deuxième partie). — Vision chez les Arachnides; 
par Félix Plateau, membre de TAcadémie royale de 
Belgique, professeur à TUniversilé de Gand, etc. 

Avant-propos. 

La première partie de ces recherches (1), consacrée à la 
vision chez les Myriopodes, concernait des êtres d'un type 
très primitif, lucifnges, comparables, pour les habitudes, 
aux Articulés cavernicoles et fort inférieurs, par le déve- 
loppement incomplet des facultés instinctives ainsi que par 
l'absence totale d'industrie, à un grand nombre d'Arthro- 
podes mieux doués. 

Dans la deuxième partie actuelle, qui traite des Arach- 
nides, il s'agit aussi d'animaux voisins, par l'organisation, 
des Arthropodes anciens, mais dont les mœurs sont loin 
d'être restées uniformes : les uns, comme les Scorpio- 



(i) Bull, de VAcad, roy. de Belgique, 3« sér., t XIV, n»» 9-iO, 
p. 407, 1887. 



( S46 ) 

aides, vivent encore à l'abri du jour et, ainsi que nous le 
verrons, doivent compter surtout sur le hasard pour se 
procurer de la nourriture; d'autres, conome la plupart des 
Aranéides, tendent des pièges aux Insectes; enfin, dans ce 
dernier ordre, les représentants de fanoille entières recher- 
chent la lumière et se livrent à de véritables chasses; ce 
sont naturellement ceux dont les instincts et les percep- 
tions visuelles ont atteint le développement le plus élevé 
qu'ils pouvaient acquérir dans cette catégorie d'Articulés. 

Les expériences sur la vision devaient donc donner et 
donnent, en effet, des résultats un peu différents suivant 
les types étudiés. C'est pour ce motif, qu'au lieu d'essayer 
de formuler des conclusions générales à la (in de cette 
étude, j'ai préféré rédiger des conclusions spéciales pour 
les trois groupes distincts des Âranéides, des Scorpionides 
et des Phalangides. 

Les figures 1 et S de la planche I (première partie) 
représentant la structure d'un d'œil postérieur d'Araignée, 
et les figures 3 et 4 de la même planche, quoique se rap- 
portant à l'ocelle des Insectes, permettant de comprendre 
aisément l'organisation des yeux simples à bâtonnets ter- 
minaux, je prie le lecteur d'y jeter un coup d'œil avant 
d'aborder l'examen du présent travail. 

Enfin, celui-ci étant une suite, les numéros des cha- 
pitres et des paragraphes continuent les séries com- 
mencées dans la première partie. 



(547) 



Chapitre III. 



Aranéidcs. 



§ 9. — Considérations générales. 

J. M&lier (1) attribue aux Araignées une vue nette à 
courte distance, et Lacordaire (2), qui emprunte peut-être 
ses renseignements au précédent, dit la même chose pour 
l'ensemble des Arachnides. 

Dugès (5) fait probablement allusion à la Mygale 
maçonne (Cleniza cœmentaria) qu'il connaissait bien, 
lorsqu'il s*exprime ainsi : < Si une Araignée rentre dans 
» son trou à l'approche de l'homme, même quand il est 
9 encore éloigné de près d'une toise (environ deux 
» mètres), il n'est pas besoin, pour expliquer ce fait, de 
» lui supposer une vision distincte jusqu'à cette distance, 
p mais seulement la perception des masses » (4). 

Rappelons, en outre, que c'est Grenacher (5) qui 



(i) MÛLLER. Zur vergleichenden Physiologie des Gesichtsinnes des 
Menschen und der Thiere, p. 353, Leipzig, i 8^6. 

(2) Lacordaire. Introduction à V entomologie , t. H, p. 241, Paris, 
1838. 

(3) DiGÉs. Traité de physiologie comparée de l'homme et des 
animaux, t. I, p. 322, Paris, i 838. 

(4) Nous dirions aujourd'hui la perception des mouvements. 

(5) Grbnachbr. Untersuchungen iiber das Schorgan der A rthropoden. 
Gôttingen, 1879. 



( S*8 ) 
découvrit le curieux dimorphisme des yeux des Ara- 
néides : les b&lonnels étant situés aux extrémités des 
ommatidies dans les uns (yeux médians antérieurs 
d'Epeiray par exemple) et plus profondément dans 
d'autres (yeux médians postérieurs d^Epeira^ etc.); les 
éléments rétiniens étant aussi plus petits et plus serrés 
dans les yeux à bâtonnets terminaux, plus larges et 
moins nombreux dans les yeux à corps bacillaires pro- 
fonds. 

Sans admettre immédiatement avec Grenadier (1) que 
la vision doit nécessairement être plus nette avec les yeux 
de la première catégorie, ce qui serait,- du reste, presque 
impossible à constater, nous pouvons raisonnablement 
supposer que les deux formes d*organes ont des rôles 
légèrement différents. 

Là se réduisent à peu près les hypothèses générales sur 
la fonction visuelle des Araignées. Les observations spé- 
ciales sont consignées ci-iessous. 



§ 10. — Atlides. 
(Genres : SaUicus, Epiblemum, Aitus^ etc.) 

Ce groupe, très remarquable par ses mœurs, se com- 
pose de petites Araignées chasseuses se promenant le 
jour sur les murailles, la surface des rochers, le tronc des 
arbres, à la recherche des Insectes et fondant sur leur 
victime en exécutant un bond. 

Nous sommes obligés d'y ranger les Aranéides indéler- 



(I) Gre.N4cii£R. Unleriuchtingcn, clc, op. cit., p. 14G. 



(549) 

mioées, dont les auteurs parlent en employant la dénomi- 
nalion d'Araignées sauteuses. 

Toutes ont les yeux médians antérieurs plus grands 
que les autres, parfois énormes (pi. H« Gg. 1); leurs allures 
curieuses ont attiré l'attention dès longtemps (1). 

Treviranus (2), puis des naturalistes plus modernes (3), 
ont doué les Attides d'une adresse et d'une précision dans 
la capture des Insectes que l'observation attentive ne con- 
firme guère. Dugès (i) est à peu près exact lorsqu'il dit 
que les Saltiques c ne poursuivent leur proie qu'à la dis- 
» tance de quelques pouces », et E. Simon (5) rend bien 
certaines attitudes dans la phrase suivante : c l'Atte reste 
» souvent à la même place pendant des heures entières, 
» tournant de temps en temps sur elle-même et sou- 

> levant son grand corselet pour agrandir son horizon 

> visuel » ; mais c'est à Fr. Dahl, à Aug. Forel, à 
C.-B. Lyster et à H.-F. Hutchinson, que l'on doit les 
renseignements les plus précis. 

D'après Dabi (6), l'Atlus arcuaius. Cl. constate la pré- 
sence d'une petite mouche (Homalomyia canicularis) 



(1) Voyez, par exemple, Clekck, A ranei suecici, p. 1 15, Stockholm, 
«757. 

(2) Treviranus. Biologie odcr Philosophie der lebenden Nalwr, 
Bd VI, p. 4U, Gôttingen, i822. 

(3) Lisez à cet égard : Brkhm. Le» Insectes, traduction de Kûnckel 
d'Herculais, t. Il, p. 751, Paris, 1882. 

(4) DuGÉs. Traité de physiologie, etc., op. cit., p. 322. 

(5) Simon. Histoire naturelle des Araignées, p. 318, Paris, ISG^i. 

(6) Dahl. Versitch einer Darstellung der psychischen Vorgàtige in 
den Spinnen (Virteljahrscbrift f. Wisscnschafll. Philosophie, pp. 94, 
95, IX, I, I88i). 

3"** SrtRIK, TOME XIV. 37 



( 850 ) 

à 20 centimèires (I); cependant la dislance doit être 
réduite à 1 7^ ^^ même à 1 7^ centimètre pour que 
TAraignée bondisse sur sa proie. L'ingénieux auteur, 
désirant déterminer la limite de vision distincte de TAra- 
néide en question, lui présenta un petit Hyménoptère 
{Hylœus morio) différant peu en forme et en volume du 
Diptère précédent. L'Atte s'approcha jusqu'à 2 centi- 
mèlresy puis recula aussitôt. 

Même résultat avec un Diptère byménoptériforme, la 
Cheilosia prœcox, puis avec une boulette de papier de la 
grosseur d'une mouche, suspendue et déplacée à Taide 
d'un fil fin. L'Araignée recula chaque fois lorsqu'elle ne 
fut plus qu'à 2 centimètres environ de l'objet. 

Dabi cite aussi le cas d'un Epiblemum scenicum qui 
semblait remarquer les déplacements de l'observateur 
à 50 centimètres de distance. Il ne s'agit évidemment ici 
que de la perception des mouvements et non de la vision 
distincte d'un objet déterminé. 

J'arrive aux faits constatés par Forel (2) : < Lorsqu'on 
» observe, dit-il, une petite Araignée sauteuse faisant la 
» chasse aux mouches sur une fenêtre, on est étonné de 



(1) Il est possible que Dabi ait bien mesuré; cependant cette 
distance de 20 centimètres comparée à ce que j'ai pu constater 
moi-même chez VEptbleinum scenicum, me semble énorme. Il faut, ou 
bien être très exercé, ou bien porter sur soi une règle divisée pour 
ne pas commettre d'erreurs. 

(2) Forel. Heitrag zur Kenntniss der Sinncsempfindungen dcr 
Insekten, (Mittheilungcn d. Mûnchcncr entom. Vereins, p. 13, i878.) 

FoRBL. Expériences et remarques critiques sur les sensations des 
Insectes. Première partie. (Recueil zoologiquc suisse, t. IV, n^* 1, 
p. 18, Genève, 4886.} 



( «SI ) 

> voir combien sa vue est mauvaise; elle n'aperçoit la 

> proie qui se promène tranquillement devant elle qn*à 

> deux ou trois pouces (5 '/^ à 8 centimètres), la cherche 
» dans une fausse direction dès qu'elle s'éloigne un peu 
» plus. Et, lorsque la mouche se tient tranquille, cette 

> petite Araignée qui ne possède que des ocelles peut 

> passer encore bien plus près d'elle sans la voir. Si les 
» mouches n'étaient pas si stupides et si imprudentes, 
» elles ne seraient jamais prises. » 

Forel (1) ajoute plus loin, à propos des Âttides : c Quant 
» aux Araignées sauteuses, il m'a paru qu'elles ne voient 
» leur proie que lorsqu'elle se meut à peu de distance 
» d'elles. Alors elles se tournent dans sa direction et 
» sautent de^sus. Comme elles ont quelqut's groupes 
» d'ocelles, on peut facilement se représenter qu*ils 
» doivent suffire pour leur indiquer la direction du 
» mouvement perçu, ce qui leur permet d'atteindre l'objet 
» par un saut qui rase terre. Du resie^ elles manquent 
» cinquante mouches pour une qu'elles atteignent (2). » 

C.-B. Lyster, décrivant récemment dans Nature (3) les 
allures d'une Atiide qu'il désigne par l'expression vague de 
c petite Araignée chasseuse commune sur la côte occiden- 
» taie d'Afrique », évalue à 5 centimètres la distance à 
laquelle l'Aranéide se trouvait de sa proie lorsqu'elle fixa 
son fll et à 2 V^ centimètres l'espace qu*elle franchit en 
sautant. 

L'observation de Lysler, qui concorde fort bien avec 



(i) FoBiL. Ihid., pp. 40-ii. 

(3) Les passages en italique sont en caractères ordinaires dans le 
texte original de Forel. 

(5) Ltstbr. à spider allowing for ihe Force af Gravitation. (Nature, 
Tol. XXXVi, n« 929, page 566, 18 août 1887.) 



( 5S-2 ) 

les autres, a d*autant plus de valeur à mes yeux qu'elle est 
indépendante de toute idée préconçue, ayant été efiecluée 
par un naturaliste qui ignorait l'existence de recherches 
sur la vision des Arachnides. 

Enfin, on doit rappeler encore le fait curieux rapporté 
par H.-F. Hutchinson (1) d'un Epiblemum scenicum pour- 
suivant sa propre inoage sur un miroir. Il serait, je crois, 
difficile d'imaginer une expérience qui démontre mieux 
que TAranéide distingue très mal la forme des corps, et 
qu'elle voit surtout les mouvements. 

Ces citations un peu longues étaient nécessaires pour 
pouvoir comparer les faits déjà observés aux résultats de 
mes recherches personnelles. 

§11. — Observations et expériences sur V Epiblemum 
scenicum Clerck. [Salticus scenicus Blackw,) 

A. Individus en liberté, -^ Deux Epiblemum circulent 
sur un mur exposé au midi. Comme la muraille supporte 
un poirier en espalier, les Arachnides errent tantôt sur 
les pierres, tantôt .*^ur les branches de l'arbre. 

Je promène dans leur voisinage une mouche vivante 
placée à l'extrémité d'une longue épingle à insectes 
implantée elle-même dans le bout d'une mince baguette : 
à 10 et à 13 centimètres de distance, l'attention des Ara- 
néides est évidemment attirée par les déplacements de la 
mouche; elles se tournent à droite lorsqu'on transporte la 

(1) Hutchinson. The Hunting Spider. (Nature, vol. XX, p. 581, 
1879.) 

G. J. Romanes. {L'intelligence des animaux, traduction française, 
t. I, p. 201, Paris, 4887;, reproduit Tobscrvation de Hutchinson. 



( 853 ) 

proie vers la droite, à gauche lorsqu'on la déplace de ce 
c6té. Pour une dislance plus grande, 20 centimètres, par 
exemple, les résultats sont si douteux que je n'oserais 
rien affirmer. 

Si la mouche n'est plus qu'à 5 centimètres, VEpible^ 
mum observé s'approche et, en usant de quelques précau- 
tions, on peut l'amener à suivre sa proie le long des 
branches du poirier, la distance restant à peu près 5 cen- 
timètres. 

Tout ceci ne signiGe encore que perception des mouve- 
ments et non perception de la forme, car ce n'est qu'à une 
distance notablement plus petite, à peu près exactement à 
2 centimètres, que VEpiblemum voit assez nettement sa 
victime pour se décider à la capturer. 

On s'en assure aisément en approchant lentement la 
mouche au lieu de l'éloigner. L'Araignée se ramasse gra- 
duellement sur elle-même et, au moment seulement où la 
distance n'est plus approximativement que 2 centimèires, 
ses pattes se détendent et elle saute. 

Il faut remarquer à ce sujet : l"" que celte distance de 
2 centimètres n'est pas choisie parce qu'elle représente la 
limite du saut, les Epibiemum pouvant franchir d'un bond 
un espace presque double; 2° que l'attention que l'Arach- 
nide prête aux mouvements de la mouche ne provient 
aucunement des bruits que pourrait produire le Diptère 
par le frémissement de ses ailes ou autrement, puisque 
l'expérience susdite réussit aussi bien avec une mouche 
morte. 

D'autres faits prouvent encore qu*à plus de 2 centi- 
mètres il n'y a que perception des mouvements : un Epi- 
biemum circulant sur la muraille passe et repasse à 
4 centimètres d'une mouche vivante posée, immobile, et 
ne la voit pas; mes individus suivent à 5, à 4 et même à 



( 884 ) 

3 cenlimèlres de distance une simple bouleile de cire 
noircie que Ton traîne devant eux (pi. II, fig. 2). 

Dans ce dernier cas encore, les Araignées doivent être 
très près du simulacre pour reconnaître leur erreur; à 
i Va ^^ P'us exactement, je crois, à i centimètre seule- 
ment, l'animal s^aperçoit qu'il est dupe d'une illusion. Si 
alors on approche la boulette de cire, VEpiblemum recule 
craintif. 

B. Individus captifs. — Je transporte un Epiblemum 
dans la chambre d'observations et, afin de pouvoir opérer 
sans Teffrayer, tout en lui laissant une liberté relative, je 
le place dans un cristallisoir de 20 centimètres de dia- 
mètre flottant sur Teag d'un assez grand aquarium. 

Après avoir constaté que là, comme sur la muraille, 
l'Arachnide apercevait les déplacements d'une mouche à 
5 et à 7 centimètres de distance, je lui ai Tait suivre une 
boulette de cire noircie, puis j'ai observé de nouveau 
qu'elle reconnaissait la nature artificielle de c^tte bou- 
lette lorsque celle-ci n'était plus qu'à i centimètre. 

Mais de nouvelles surprises m'attendaient : l'essai à 
l'aide de la boulette de cire ayant été répété coup sur coup, 
il arriva un instant où il me fut impossible d'attirer l'at- 
tention de ma prisonnière avec une mouche véritable, et 
si j'approchais l'Insecte, VEpiblemum^ au lieu de chercher 
à le saisir, reculait. 

De plus, chose à peine croyable et que je n'écrirais pas 
si je n'en avais été nettement témoin, l'Araignée, qui avait 
fini par comprendre que la boulette de cire mobile n'était 
pas une mouche, agit ensuite comme si elle avait eflectué 
un raisonnement bien autrement compliqué. Placée sur 
le bord du cristallisoir, elle ne recule plus lorsque j'ap- 



( 855 ) 

proche lentement la boulette, mais, étendant ses pattes 
antérieures, elle attend que Tobjet soit à sa portée, monte 
délibérément dessus et cherche ainsi à s'échapper de sa 
prison flottante en essayant de grimper le long de Pépingle 
et de la baguette. Il n'y a ici ni hasard, ni accident; j'ai 
pu, dans l'espace d'un quart d'heure, voir l'Arachnide 
répéter trois fois la même tentative. 

On peut donc conclure provisoirement de ces observa- 
tions que la distance de vision distincte est petite et que, 
certainement, à 1 centimètre, YEpiblemum scenicum voit 
dans le sens strict du mot. 



§ iâ. — Observations sur la Marpessa muscosa Q Clerck 
(AUus tardigradus Walck.) (pi. Il, ûg. i). 

Les mouvements de cette Âtte sont très lents et elle 
mérite bien son nom de tardigrade, particularité qui faci- 
lite les observations et qui augmente la netteté des 
résultats. 

 i centimètres, la Marpessa aperçoit les mouvements 
d'une mouche que l'on promène au bout d'un fil fin; mais 
il s'agit des mouvements seuls, car à cette distance, et même 
à 5 centimètres, elle semble perdre la proie de vue et 
retombe dans l'indifliérence la plus complète si la mouche 
reste absolument immobile. 

A 2 centimètres, la vision est meilleure, l'Araignée 
continue à voir une proie qui ne bouge plus. Elle s'approche 
alors graduellement en se tournant de temps à autre de 
façon à regarder la mouche à l'aide des yeux latéraux 
d'un seul côté. Elle avance ainsi jusqu'à 1 centimètre, 
puis, seulement au lioutd'un temps appréciable, probable- 



( 5S6 ) 

ment nécessaire poar la rassurer enlièrcment, elle étend 
ses pattes antérieures et capture le Diptère. 

J*ai pu lui faire suivre successivement deux grossiers 
simulacres attachés à des bouts de fli; un fragment de 
plume grise de Nandou et une boulette de papier noire et 
blanche obtenue en chiffonnant un morceau de journal. 
L'Atte marche comme pour capturer Tinsecte artiâciel 
auquel on imprime de petits mouvements, s'arrête encore 
une fois à i centimètre de distance atin de le considérer 
avec ses yeux latéraux, puis, constatant enfin son erreur, 
recule ou se détourne. 

La distance de vision distincte serait donc de i centi- 
mètre. Cependant à cette distance si faible, la vue doit 
encore être très imparfaite; en effet, en employant comme 
appât une boulette de cire noircie irainée à l'extrémité 
d'un fil, j'ai réussi deux fois de suite à amener la Mar^ 
pessa à saisir la boulette qu'elle a parfaitement prise pour 
un Insecte véritable. 



§ 13. — Thomisides. 

Les Thomisides ont des mœurs qui ressemblent quelque 
peu à celles des Attides. La forme de leurs pattes, dont les 
deux paires antérieures sont beaucoup plus fortes que 
les paires postérieures, et leur démarche souvent latérale 
les ont fait comparera des Crabes. 

Observalions sur leXysticus cristatus Clerck {Thomisus 
cristatus Blackw). 

Le Xystique est captif dans un bocal contenant quel- 
ques rameaux de bruyère, la lumière est diffuse, mais vive. 

A 2 72 centimètres il aperçoit une mouche que Ton 



( 557 ) 

fail mouvoir au bout d'un fil, se tourne dans la direction 
de rinsecte et écarle forlemenl ses pattes antérieures afin 
de saisir la proie lorsqu'elle passera à sa portée. 

Dans ces conditions, si la mouche est promenée le long 
des rameaux, TArachnide la suit, pourvu que le mouve- 
ment continue ou que la dislance n'augmente pas trop 
rapidement. Ainsi, à 3 centimètres, le Xyslique ne voit 
plus la mouche lorsque celle-ci reste immobilie; à i cen- 
timètres il ne la voit pas non plus, même lorsqu'on imprime 
à celle-ci des mouvements divers. 

Le même individu se laisse entièrement duper par une 
boulette de cire noircie qui sautille au bout d'un fil; non 
seulement il la suit à la dislance où il suivait une mouche, 
mais si on le laisse gagner de vitesse il la capture comme 
une véritable proie, et s'y cramponne de telle façon qu'on 
peut enlever l'Araignée avec l'appât. 

Les conclusions sont donc à peu près celles auxquelles 
conduisent les observations sur les Atlides : visibilité des 
mouvements, vue mauvaise, distance de vibion très courte. 



§ 14. — Lycosides. 

(Genres : Lycosa, Dolomedes, etc.) 

Rappelons que les Lycosides sont des Araignées chas- 
seuses, vagabondes, courant partout avec plus on moins 
d'agilité, soit sur les terrains secs, soit dans le voisinage 
des cours d'eau ou même à la surface des plantes aqua- 
tiques. Les Lycoses femelles traînent avec elles le petit 
cocon qui renferme leurs œul's. Les \eux de la rangée 



( S58 ) 

anlérienre sont petits; les quatre yeux postérieurs sont 
plus volumineux. 

Je n'ai rencontré, jusqu'à présent, que trois indications 
touchant la vision des Aranéides de ce groupe. D'après le 
passage ci-dessous de Simon (1), la vue serait nette à une 
assez grande distance : < lorsque cette araignée (Lycose) 
> s empare d'une proie, c'est toujours par bonds; si c'est 
» un Insecte ailé, elle s'élance sur lui de fort loin... » 
D'un autre côté, suivant une observation plus précise de 
Forel (2), la vue serait au contraire fort mauvaise : c qu'on 
» enlève soigneusement, dit Forel, à certaine Araignée 
» qui court par terre son gros sac blanc rempli d*œufs... 
» et qu'on le dépose à deux ou trois pouces (5 '/i ^ ^ cen- 
9 limètres) d'elle; aussitôt elle se mettra à le chercher 
» partout et l'on verra quelle peine elle aura d'ordinaire 
» à le retrouver. » 

Ajoutons enfin que V. Graber (3) a constaté par la 
méthode photokinétique que la Lycosa {Trochosa) ruricola 
De Geer préfère la lumière k l'obscurité [i). 

En présence des deux opinions différentes de Simon et 
de Forel, il devenait absolument nécessaire d'effectuer des 
expériences nouvelles. Voici celles que j'ai eu l'occasion 
de faire. 



(4) Simon. Oisloire tuilurelle des Araignées, op. cit., p. 56i. 

(2) FoBEL. Expériences et remarques critiques, op. cit., p. 19. 

(3) (jRABBR. Grundlinien zur Erforschnng des Heltigkeits und 
Farbensinnes der Thiere, p. S 17. Prag und Leipzig, 4884. 

(i) Je passe sous silence les expériences faites par Graber sur la 
visibilité des couleurs, ce sujet étant étranger au travail actuel. 



( 359 ) 



§15. — Observations sur le Dolomedes fimbriatus CL 

(q non complètement adulte). 

Le Dolomède voit mal, car ii s'est laissé prendre facile- 
ment. Afin de le placer autant que possible dans son 
milieu naturel, je le mets dans un large vase contenant 
de Teau, des algues fraîches et d'autres plantes aquatiques. 

Après vingt-quatre heures, temps parfaitement suffisant 
pour habituer l'Araignée à sa nouvelle demeure, on s'as- 
sure par des essais répétés : 

i'* Que les mouches promenées au bout d'un fil, soit 
sur l'eau, soit sur les plantes, soit sur la paroi du vase, 
ne sont point vues à une distance de 4 centimètres; 

^ Que pour exciter l'attention du Dolomède, il faut 
une distance beaucoup moindre, 2 centimètres au maxi- 
mum; 

Z"" Que l'Araignée ne se décide à capturer la proie que 
lorsque celle-ci n'est plus qu'à 1 centimètre; 

A"" Qu'à cette faible distance d'un centimètre, elle se 
laissa encore tromper à peu près à coup sûr par une bou- 
lette de cire noircie de la grosseur du corps d'une mouche 
domestique. Ce n'est qu'après avoir louché l'objet à l'aide 
de ses pattes antérieures qu'elle reconnaît sa nature arti- 
ficielle et qu'elle recule. 

La vue est par conséquent très mauvaise. 



( 860 ) 



§ 16. — Observations et expériences sur la Lycosa amentala 

Clerck (Lycosa saccata Ltnn.). 

A. Individus en liberté, — Les Lycoses circulent sur 
le sol et à la surface du mur de mon jardin. Elles ont, 
comme la plupart des Arthropodes, la perception des 
grands mouvements effectués par les corps volumineux ; 
ainsi elles fuient lorsque j'approche avec brusquerie, mais 
elles ne s'aperçoivent pas du tout de ma présence si je 
m'installe doucement dans leur voisinage. 

Je promène devant elles une mouche piquée au bout 
d'une Une épingle implantée dans l'extrémité d'une 
baguette. Tandis que les Epiblemum (§ 11), habitant la 
même muraille, manifestent leur attention en se tour- 
nant dans divers sens dès que l'appât est à 10 centimètres 
de leurs jeux, les Lycoses ne voient rien, ni à cette dis- 
tance, ni à des distances notablement moindres; je suis 
obligé, ainsi que je l'ai constaté nombre de fois, d'appro- 
cher la mouche jusqu'à S cenlimètres pour attirer mes 
Araignées. En(in, ce n'est très certainement qu'à 1 centi- 
mètre qu'elles se décident à s'élancer vers leur victime. 
Elles la saisissent alors avec tant d'énergie qu'on a peine 
à leur faire lâcher prise. 

La vision manque cependant encore de netteté à 1 cen- 
timètre, car il est aisé de tromper les Lycoses à l'aide 
d'une boulette de cire noircie (pi. H, iig. 2); elles sautent 
sur ce grossier simulacre, comme sur une mouche vivante, 
lorsque la boulette, animée de mouvements, arrive à 1 cen- 
timètre de leur tête. J'ai dupé trois fois de suite de cette 
manière le même individu mâle, et ce n'est qu'au quatrième 
essai qu'il ne s'est plus laissé prendre. 



( »6< ) 

B. Individus captifs. — Il serait, la plupart du temps, 
parfaitement inutile de tenter des expériences sur une 
Lycose qui vient d*étre capturée. Dépaysée et continuelle- 
ment effrayée, elle fuirait de tous côtés sans faire la 
moindre attention aux proies qu'on lui offrirait. 

Les individus doivent être placés isolément dans de 
grands cristallisoirs dont le frad est garni d'une couche 
de sable fm, un peu humide. Au bout d'un jour, ils sont 
calmés, accoutumés à leur prison et dans de bonnes con- 
ditions pour fournir des résultats nets. 

J'ai d'abord répété sur une Lycose femelle l'expérience 
deForel en la modifiant comme il suit: j'ai préparé d'avance 
quatre boulettes de mie de pain colorées ayant grossière- 
ment la forme et presque la teinte du sac à œufs de 
l'Araignée. Je dépose ces boulettes vers la périphérie du 
cristallisoir, puis j'enlève à TArachnide son sac véritable, 
que je place à peu près au milieu. 

La Lycose erre en cherchant, passe plusieurs fois non 
loin de sou sac et même à 1 centimètre de celui-ci sans le 
voir. Rencontrant une des imitations en mie de pain, elle 
se pose dessus, ainsi que j'ai constaté plus tard qu'elle le 
faisait pour le vrai sac; l'erreur est bien vite reconnue au 
toucher et l'Araignée s'éloigne. Quelques minutes après, 
elle commet la même faute, puis, à partir de ce moment, 
devient si méfiante qu'elle passe sans y faire attention^ 
non seulement sur les boulettes de mie de pain, mais 
aussi sur sa poche à œufs, que j'ai fini par mêler aux imi- 
tations vers le pourtour du vase. 

Ce n'est qu'au bout d'une heure, lorsque le hasard d'une 
marche plus lente l'amène sur le sac cherché depuis si 
longtemps, que [a Lycose saisit enfin celui-ci, le trans- 



( 562 ) 

porte quelque temps sous le céphalotorax à Taide des 
palpes, puis finaleoient rattache à sesûlières. 

La vue doit être bien mauvaise, car cette longue 
recherche a eu lieu sur un terrain restreint n'ayant que 
20 centimètres de diamètre. 

Les essais, en employant des mouches comme appâts, 
confirment ce qui précède : une Lycose femelle dans le 
cristallisoir à fond de sable ne voit pas une mouche sus- 
pendue à un fil et que Ton promène à 5 centimètres de 
distance. Il faut que le Diptère ne soit qu'à 1 72« même 
à 1 centimètre de l'Araignée pour que celle-ci saute 
dessus. 

Je dépose sur le sable blanc, où elle se distingue nette- 
ment par sa teinte noirâtre, une mouche vivante libre dont 
les ailes sont coupées. Or, la Lycose n'a aucunement l'air 
de voir la mouche qui circule devant elle à des distances 
variant entre 5 et 3 centimètres ; l'Araignée ne fait aucun 
mouvement qui puisse laisser soupçonner la moindre atten- 
tion spéciale. Enfin, après divers crochets, la mouche stu- 
pide arrive à 1 centimètre des pattes antérieures de la 
Lycose, qui l'aperçoit, s'élance et la saisit. 



§ 1 7. — Observations sur la Lycosa paludicola ç Clerck. 

La Lycose est, comme la précédente, dans un cristal- 
lisoir de 20 centimètres de diamètre, garni d'une couche 
de sable. . 

Je lui enlève son cocon et je dépose celui-ci à une \ 

petite distance. L'Araignée cherche en décrivant des cer- 
cles et passe à 2 centimètres du sac sans le reconnaître. 
Une chance heureuse l'ayant amenée à 1 centimètre seu- 
lement, elle s'assure de la nature de l'objet en le tàtant 






( 863 ) 

rapidement, non à Taide de ses pal|)es, mais à Paide de 
ses pattes antérieures. Rassurée, elle monte sur le cocon, 
puis remporte. 

Je lui reprends de nouveau le sac à œufs que je place 
un peu plus loin, et je mets en même temps dans le cris- 
tallisoir une boulette de cire hianche de même grosseur 
et de même forme. La Lycose, passant à i centimètre du 
simulacre, se trompe, monte dessus, puis Tabandonne. 
Une deuxième fois, à quelque temps de là, elle se trompe 
encore, et cette fois s'efforce d'emporter le faux cocon ; elle 
ne reconnaît probablement son erreur qu'à la différence 
de poids. 

La même Lycosa paludicola fait ensuite une tentative 
analogue pour un débris de cadavre de mouche qui était 
bien, par sa couleur noire et par sa forme, le dernier objet 
auquel un animal voyant convenablement eût fait atten- 
tion. Quant au cocon véritable, j'ai dû le poser sur le trajet 
de TAraignée pour qu'elle finisse par le reprendre. 

La vue des Lycosides est par conséquent courte et mau- 
vaise. L'opinion de Simon, d'après laquelle ces Arachnides 
s'élanceraient sur leur proie de fort loin, doit donc reposer 
sur des observations très supcrflcielles. 

§ 18. — Agalénides. 

Genres: Agalena, Tegenaria^ Argyronela, etc. 

Sauf les Argyronètes, dont les mœurs aquatiques sont 
spéciales, les Agalénides habitent de grandes toiles en 
nappe plus ou moins horizontale, terminées par un tube 
au fond duquel elles attendent les Insectes. Les yeux des 
différentes paires ont à peu près le même volume. 



( 564 ) 

V. Graber (1) a soumis la Tegenaria domestica à la 
méthode photokinétique et a trouvé, ce qui était du reste 
à prévoir pour la Terme en question, que cette Araignée 
est luciTuge. 



§ 19. — Observations sur les Tegenaria domestica Clerck 

et Tegenaria civilis Walck. 

Je promène une boulette de cire noire de la grosseur 
d'une mouche sur la toile d'une Tégénaire domestique. 
L'animal, averti par les vibrations du réseau, s'élance du 
fond de sa retraite, mais à 2 centimètres au plus de la 
fausse proie, il semble s'apercevoir de son erreur et rentre 
dans son entonnoir. 

Quelques semaines plus tard, résultat analogue avec 
une jeune Tégénaire civile 9. L'Arachnide s'est approché 
à peu près jusqu'à 1 centimètre avant de fuir. 

Il est très probable que, dans ces deux cas, les Araignées 
ont été effrayées soit par l'ombre que je projetais, soit par 
les mouvements de mon bras. Les observations suivantes 
prouvent du reste la chose d'une façon presque évidente : 

Je capture la jeune Tégénaire civile dont il vient d'être 
question et je l'installe dans un grand bocal garni de quel- 
ques rameaux. Ainsi conflnés, les animaux ne s'aperçoi- 



(1) Gbabbr. Grundlinien, etc., op. cit., p. 217. Après avoir rappelé 
encore une fois que je ne puis m'occuper ici des autres recherches de 
l'auteur sur la perception des couleurs, je signalerai au lecteur une 
erreur d'impression que présente le résultat donne par Graber; les 
totaux "id et 5 doivent être évidemment remplacés par 37 et S9. 



( 865 ) 

vent que de ce qui se passe dans leur prison de verre eiy 
sauf dans les moments où Ton imprime des ébranlements 
i la table, ou bien lorsque des ombres s'interposent rapi- 
dement entre le bocal et le jour, ils n'ont aucune notiiHi 
de ce qui a lieu au dehors. Or, au bout de quarante-huit 
heures, i*Àraignée, parfaitement calmée» s'élance trois et 
quatre fois de suite sur une boulette de cire noircie sus- 
pendue à un fil. Lors des trois premières attaques, elle 
touche la boulette de ses pattes antérieures; la quatrième 
fois, elle va jusqu'à saisir l'appât et ne recule qu'après 
avoir reconnu sa méprise par le tact. 

Enfin, fait plus démonstratif encore, je parviens à 
amener la Tégénaire à se précipitera deux reprises sur un 
petit bouquet constitué par quelques délicats épillets verts 
de graminée noués ensemble et rognés aux ciseaux. Per- 
sonne n'admettra qu*un animal distinguant les formes 
d'une façon passable puisse faire pareille erreur. 

J*introduis dans la toile d'une Tégénaire civile adulte, en 
liberté, un grossier simulacre de mouche, formé par un 
petit fragment de plume d'un gris foncé noué à l'extrémité 
d'un fil (pi. Il, Hg. 3). La torsion répétée de l'autre extré- 
mité du fil, entre le pouce et l'index, imprime au morceau 
de plume de petits mouvements ayant une certaine ana- 
logie avec ceux d'une mouche qui se débat. 

L*Araignée arrive, capture cette proie singulière et la 
perce de ses crochets, mais la mouche artificielle conti- 
nuant à s'agiter, elle répète ses morsures. J'en compte 
jusque 20, séparées par de courts temps d'arrêt, pendant 
lesquels la Tégénaire recule pour s'élancer de nouveau. 
Je tire le fil à moi, TArachnide suit son faux gibier jusqu'à 
l'extrême limite de la toile. A ce moment, une secousse 

3""* SÉRIE, TOME X!V. 38 



(566 ) 

an peu trop forte Teffraie et elle retourne rapidemeot au 
fond de sou tube. 

L'expérience a réussi d*une façon complète, parce que, 
vu la direction de la lumière Je ne projetais aucune ombre 
et aussi parce que la longueur du fil ne permettait pas à 
i*animal de soupçonner ma présence. 

La vue des Tégénaires est donc très mauvaise, et il est 
presque évident qu'elles ne reconnaissent pas les Insectes 
à leur forme. 



§ 20. — Observations sur VAgalena labyrinthica ç Clerck. 

A. Individu captif. — L'Agalène est prisonnière depuis 
trois jours; elle a tissé une (oile bien fournie entre les 
rameaux quigarnissenl Tintérieur du bocal. 

L'animal distingue d'une façon étonnanleentre les vibra- 
tions imprimées à cette toile par un Insecte véritable el 
celles que Ton produit à l'aide dinsecles artificiels ou à 
Paide d autres corps. Ainsi je promène inutilement une 
boulette de cire noircie sur la périphérie du réseau, l'Aga- 
lène n'y fait aucune attention; je projette ensuite une 
mouche vivante dans la même direction, c'est-à-dire à 
3 V2 ou à 4 centimètres de l'Araignée; celle-ci s'en aperçoit 
immédiatement et vient s'emparer de la proie. 

Quelques jours après, TAgalène ayant, ainsi que toutes 
celles que Ton élève en captivité, compliqué sa toile d'une 
manière extraordinaire, de façon à la composer de plusieurs 
plans fort épais situés dans des directions diverses, j'essaie 
vainement de l'attirer avec une mouche artificielle en 
plume suspendue à l'extrémité d'un fil. Ceci constaté, je 
jette une mouche vivante sur le bord de la toile; aussitôt 



( 567 ) 

TAraignée, qui ne peut rien votr, séparée qu'elle est de 
rinsecte par une distance de 6 centimètres et par des 
couches superposées, denses de tissu serré, se met cepen-^ 
dant en route pour capturer le Diptère. La mouche 
s'échappe ; j'en proGte pour y substituer immédiatement la 
mouche artificielle; peine perdue, TArachnide ne bouge 
plus. 

Je jette sur la toile une mouche vivante, et, à 5 centi- 
mètres de là, je fais sautiller une mouche artificielle en 
plume espérant que TAraignée se trompera; maiscelle«ci 
discerne parfaitement la différence qui existe entre les 
deux formes de secousses et se précipite sur Tlnsecte véri- 
table sans hésitation. 

B. Individu en liberté. — Bien des fois, dans des 
excursions à la campagne, j'avais essayé d'attirer des 
Agalènes à l'aide de boulettes de cire ou d'autres petits 
corps suspendus à des fils. Les Araignées restaient obsti- 
nément au fond de leur tube, ou, si elles en étaient sorties, 
elles y rentraient au moindre mouvement de mon bras. 

Persuadé, malgré cela, qu'il s'agissait du phénomène 
ordinaire de la perception des déplacements des objets 
volumineux et que les Agalènes ne voient pas mieux que 
les autres Aranéides, je choisis soigneusement les circon- 
stances les plus favorables : je me rendis le long d'une 
haie habitée par des centaines d'Agalènes labyrinthiques 
à l'heure où, vu la position du soleil, je ne pouvais porter 
ombre, et je répétai mes essais de toile en toile. 

Après quelques insuccès dus soit à la forme des réseaux, 
soit à des fils qui en empêchaient l'accès, je réussis enfin 
complètement : une Agaiène femelle attirée par un simu- 
lacre de mouche en plume sortit de son entonnoir, se jeta 



( 568 ) 

sur Tappât et, au premier contact, recula étoooée; maU la 
moucbe artificielle sautillant toujours, TAraignée revînt à 
la charge, mordit, puis recula de nouveau. J*eus ainsi la 
satisfaction de compter huit attaques successives et huit 
morsures. 

Les Agalènes ne font donc pas exception, et leur vue 
e^t aussi mauvaise que celle des Tégénaires. 



§ SI. — Amaurobiïdfs. 

Je n'ai rencontré, dans les auteurs, aucune indication 
louchant la vision des Aranéides de cette famille. Ce sont 
des Araignées à habitudes nocturnes, vivant dans les 
caves, dans les trous des vieux murs et sous les grosses 
pierres. La toile lâche, irrégulière, peu étendue, entoure 
ToriOce d'un tube qui aboutit à la retraite dans laquelle 
ranimai se tient presque constamment caché. 

Observations sur l' Amaurobius ferox Q Walck, — 
L'Amaurobie captive habite un bocal garni de fragments 
d^écorce sous lesquels elle a construit sa de^neure. En 
plein jour, et alors que la chambre est assez vivemeni 
éclairée, il est impossible de l'attirer hors de sa cachette, 
soit en employant des simulacres, soit en faisant usage de 
mouches fixées à des lK)uts de fil. 

Les choses se passent tout autrement et les expériences 
réussissent asspz bien si Ton produit une obscurité arti- 
ficielle relative ou si Ton aitend le soir. 

Ain.^i, après avoir dressé une grande plaque de carton 
entre le bocal et la fenêtre, je puis, au bout de quelques 
instants, faire sortir TAmaurobio à peu près à coup sûr en 



j 



( 869 ) 

faisant sautiller sur les fils <le la toile une mouche arti- 
ficielle en plume (pi. Il, fig. 3). L'Arachnide s'en approche 
jusqu'à 1 centimètre environ. Une seule fois, elle touche la 
fausse proie de ses pattes antérieures, puis, reconnaissant 
son erreur, elle retourne précipitamment à son trou. 

Le soir, au crépuscule, TAmaurobie circule. Bien qu'elle 
soit très méfiante et qu*elle fuie pour le moindre ébran- 
lement du bocal, je parviens, à deux reprises, à lui faire 
suivre e/ca/)/urer la même grossière imitation en plume déjà 
employée. Effrayée au contact de cet objet étrange, l'Arai- 
gnée recule et s'enfuit rapidement. 

Les circonstances dans lesquelles ces résultats, du même 
ordre que les précédents, ont été obtenus, montrent com- 
bien il faut de précautions diverses pour éviter les erreurs 
d'interprétation. ' 

§ 22. — Êpéirides. 

Genres : Meta, Zilla, Epeira^ etc. 

Tout le monde connaît les Épéires; il est à peine 
besoin de rappeler qu'elles construisent de grandes toiles 
orbiculaires verticales ou inclinées, dans lesquelles les 
Insectes viennent s'engluer. Leurs yeux sont peu inégaux 
quant au volume. 

Dabi a fait sur ces animaux des observations que je vais 
résumer: la Zilla-x^notata 67. semble ne reconnaître la 
présence d'un Insecte et la position de celui-ci sur la toile 
qu'à l'ébranlement du réseau et à la tension du fil auquel 
la proie est fixée. Ainsi Dabi (1) jette une mouche dans la 

(1) Dahl. VersHch einer Darsteltung der psychisehen Vorgdngc in 
den Spinnen, op. cit., pp. 05-06. 



( 870 ) 

toile d*uDe Zilla et, avant qae le Diptère soit complè- 
tement tué, il en jette un deuxième à 2 centimètres du 
premier ; or, TÀraignée, bien que s*é(ant aperçue tout de 
suite de la chute d'une nouvelle mouche, ne courut pas 
directement à celle-ci, mais se rendit d'abord au centre du 
filet, et ce n*est que là, après avoir appuyé par hasard sur 
le rayon convenable, qu'elle sut constater la véritable 
direction qu'elle devait suivre. 

Le même observateur lance dans la toile d'une jeune 
Zilla un Chironomus beaucoup plus gros qu'elle. Le 
Diptère ayant été un peu serré entre les doigts ne bougeait 
plus lorsque TAraignée arriva au centre de son réseau. 
Cette absence de mouvements suffit pour que la Zi7/a, qui 
n'était cependant qu'à 2 centimètres à peine du C/iiVo- 
nomus^ ne sût plus découvrir celui-ci et se mit à tirailler 
un tout autre fil que celui qui pouvait la guider. 

Dabi jette une abeille sur la toile d'une Epeira sclope- 
taria Cl. L'Arachnide ne reconnut l'Hyménoptère que 
lorsqu'il en fui à 1 centimètre. L'auteur ayant ensuite 
lancé sur la même toile un Diptère plus ou moins api- 
forme, un Helophilus pendulus^ l'Épéire se trompa de 
nouveau et prit le Diptère pour une abeille (1). 

Enfin, A. Forel (2) dit aussi qu'il suffit d'observer un 
peu attentivement pour s'assurer que < les Araignées qui 
» se filent une toile reconnaissent leur proie à l'ébran- 
» lement de cette toile au moyen du toucher. » 

Comme le prouveront les paragraphes suivants, Dabi et 

(1) Les autres expériences de Dabi concernent la visibilité des 
couleurs. Quoique très intéressantes, elles ne doivent pas trouver 
place ici. 

(2) Forel. Expériences et remarquée criliquei, etc., op. cit , p. 40. 



( 871 ) 

Fonl oDt interprété les phénomènes très exactement : les 
Aranéides tendant des toiles ont une vue détestable et 
règlent leurs actes d*après la nature des secousses ou des 
vibrations imprimées aax 61s de leur piège. Cette particu- 
larité curieuse explique fort bien les faits dont C. V. 
Boys (1) a été témoin en touchant avec un diapason la 
toile d*une Ëpéire-diadème : TAraignée tâtait les fils pour 
déterminer celui qui vibrait; elle courait ensuite du côté 
du diapason et cherchait à le saisir en l'entourant de ses 
pattes. En utilisant les vibrations de son instrument, 
Tauteur cité a même pu amener PÉpéire à se jeter plu- 
sieurs fois de suite sur une mouche imbibée de pétrole (2); 
< chaque fois, écrit-il, que TAraignée, ne trouvant pas le 
> morceau de son goût,s*en éloignait, je la faisais revenir 
» en touchant la mouche de nouveau avec lediapason (3). » 
Voici maintenant mes expériences personnelles. 

§ 23. — Observations sur la Meta segmentata Clerck, 

Une mouche artificielle en plume fixée au bout d*un fil 
fin (pi. Il, fig. 3) et que Ton jette dans la toile d*une Mêla 
segmentata attire presque toujours Tattention de TArai- 
gnée, pourvu qu*on torde fextrémilé libre du fil de façon 
à provoquer de la part du simulacre de mouche des mou- 



(1) Bots. Tht influence of a Tuning-fork on the Gardeti spider, 
(Nature, yol.XXIlI, pp. 149.150, 1880-1881.) 

(3) La mouche était sur la toile. 

( 3) G. J. Romanes, qui reproduit i^artieie de Boys dans LUnlelligence 
des animaux (trad. fraoç , U 1, p. 195), fait remarquer de son côté 
que cette expérience permet peut-être d*explîquer des obserrations 
citées çà et là et d*après lesquelles des Araignées auraient été attirées 
par les sons de certains instruments de musique. 



(878) 

vcmenls aoalogaes à ceux que détermine lui lusecle. Si 
Ton 8*y prend bien, TAraignée fond sur cette fausse proie, 
la saisit et y enfonce ses cbélicères. 

On a vu plus haut (§ 90) que VAgalena labynnlhica, 
lorsqu'il y a à la fois sur sa toile un Insecte véritable 
vivant et un Insecte artificiel auquel on imprime des 
vibrations, distingue la différence existant entre les deux 
genres de mouvements. AOn de décider si la vision ne 
joue aucun rôle dans le choix de TArachnide, j'ai disposé 
les choses de façon que Tlnsecte jeté dans le réseau déter- 
minât lui-même les déplacements du simulacre. 

A cet effet, une mouche vivante est attachée par un 
bout de ûl de 2 centimètres de longueur à uneociouche 
artificielle en plume offrant des dimensions analogues 
(pi. Il, fig.4). Lorsqu'un pareil système adhère à une toile 
d'Araignée, tous les mouvements généraux de la mouche 
vraie sont répétés avec la même amplitude par la mouche 
fausse. 

Les essais ont dû être répétés nombre de fois, parce 
qu'il suffit que Tlnsecte vivant soit placé de telle sorte 
que TAraignée, en se précipitant, le rencontre en premier 
lieu pour que Texpérience n'ait plus de signification. Enfin, 
après une série de tentatives avortées, j*ai eu le plaisir de 
voir une Meia se tromper complètement, se précipiter sur 
la mouche artificielle, l'attaquer en plein, puis s'arrêter 
étonnée. 

La proie vivante n'étant distante que de S centimètres, 
pareille erreur n'aurait jamais lieu si la vue des Meta était 
bonne et si elles l'utilisaient lorsqu'elles se dirigent vers le 
gibier. 

Moins curieuses et plus faciles à répéter, les expériences 
suivantes montrent aussi combien les Meta voient mal. 

Je jette dans la toile d'un individu habitant mon jardin 



( 573 ) 

une petite boulette de papier noir et blanc obtenue en 
chiffonnant un fragment de calendrier à effeuiller. Les 
dimensions et la couleur de la boulette sont à peu près 
celles d*une mouche domestique, mais, en somme, la res- 
remblance avec un Diptère est si faible qu*à i mètre de 
distance un enfant ne s'y tromperait pas. 

Néanmoins, dès que la boulette de papier a touché la 
toile, la Meta se précipite dessus. L'illusion pour TAraignée 
semble complète, car elle saisit Tobjet, le manipule et ne 
le rejette hors de sa toile qu'après un examen d'une durée 
appréciable. 

Une deuxième, puis une troisième boulette semblable 
provoquent le même manège; seulement l'Arachnide les 
laisse suspendues à son réseau. Une quatrième boulette est 
rejetée. Ce n'est qu'au cinquième essai que la Meta finit 
par comprendre que ce ne sont que des corps étrangers 
qui tombent dans 3a toile. A partir de ce moment, il n'est 
plus possible de la tromper. 

J'approche ensuite graduellement des yeux do l'Arai- 
gnée la surface métallique brillante d'un manche de canif 
en métal blanc; à S, à 1, à 72 centimètre l'animal ne 
bouge pas ; Je dois le toucher pour qu'il s'aperçoive de la 
présence d'un objet. L'expérience réussit en employant un 
corps quelconque et presque autant de fois que l'on 
veut(l). 

D*autres Meta segmentata soumises en pleine campagne 
à l'épreuve des boulettes de papier se laissent duper abso- 
lument comme la précédente. 

La vue e^it évidemment détestable à toutes les distances. 



(t) Il est bien entendu que j'ai glissé la main derrière la toile et 
que je n*ai pas pris le côte ventral pour le côté dorsal. 



( S74 ) 

§ 24. — Observations sur VEpeira diademata Clerck, 

Une jeune Épéire-diadènle ne semble voir aiicun des 
corps que Ton promène devant ses yeux à des distances 
variables même très faibles (1). Elle ne devient attentive 
que si Ton tiraille un des fils de sa toile. Ainsi, elle 
s'élance vivement vers une boulette de cire noircie piquée 
an bout d'une épingle et promenée légèrement à la péri- 
phérie du réseau. 

J'ai induit plusieurs fois des Ëpéires en erreur à l'aide 
d'une mouche artificielle en plume; elles se précipitaient 
dessus, puis, reconnaissant au toucher qu'il ne s'agissait 
pas d'une proie bonne à sucer, elles entortillaient le petit 
pinceau dans un paquet de fils et le faisaient tomber hors 
de la toile. 

Enfin, j'ai été témoin d'un fait qui prouve une fois de 
plus combien les yeux des Épeires sont inutiles et à quel 
degré les sensations tactiles remplacent pour elles les 
sensations visuelles : je suivais des yeux le vol d'une 
femelle de Bourdon des jardins (Bombus hortorum), 
lorsqu'à mon grand étonnemenl je vis le gros Hyménop- 
tère empêtré dans une toile d'Épéire; je me précipitai 
pour assister à ce qui allait se passer. L'Araignée, qui était 
demi-adulte et par conséquent bien petite par rapport à 
rinsecte, sortit vivement de dessous une feuille et courut 
droit au Bourdon qu'elle toucha presque. Elle ne parut 
effrayée par les dimensions du monstre et ne recula vers 
sa retraite que lorsque la distance entre ses yeux et 
PHyménoptère se trouva réduite à \ ^2 centimètre 
environ. 



(i) Même observation que dans la noie précédente. 



t S78 ) 
Mais la scène n*élait pas terminée; le Bourdon conti- 
nuant à se déballre, rÉpéire, encore une fois victime de 
la même illusion, retraversa âa toile, pour fuir de nouveau 
lorsqu'elle eut à peu près touché l'animal dont elle avait 
eu si peur quelques instants auparavant. Ce manège 
aurait peut-être recommencé si le Bourdon n'avait Gni 
par se dégager complètement. 

§ 25. — Observaiions sur l'Epeira cornuta Ç Clerck 

(E. apoclisa Walck.). 

L'Épéire cornue habite ordinairement une loge de tissu 
assez serré Gxée à un épi de graminée courbé d'une façon 
caractéristique. L'animal y attend que des secousses 
l'avertissent qu'un Insecte est pris entre les fils de sa 
toile, tendue sous la loge dans un plan h peu près ver- 
tical. 

Comme je l'avais déjà fait pour la Meta segmentnta 
(§ 23), je jette dans le réseau d'une Epeira cornuta un 
petit système double constitué par une mouche vivante 
reliée par un bout de fil de 1 72 centimètre de longueur 
à une mouche artificielle formée d'un petit morceau de 
plume d'un gris foncé (pi. II, fig. 4). 

Le hasard me sert à souhait; le système double tombe 
sur le centre de la toile dans une position horizontale ; 
l'Araignée sort de sa loge et se précipite d'abord sur la 
mouche artificielle en plume qu'elle touche ou peu s'en 
faut, puis, seulement après avoir reconnu son erreur, elle 
se déplace sur le côté pour s'attaquer à la mouche vivante. 

Il serait difficile, ce me semble, de trouver une meilleure 
preuve de l'insuffisance de la vision et de fa prépondé- 
rance du sens tactile. 



(57«) 



S 26. — - Réiumé de$ résuUats fournis par les Aranéides. 

En réunissant les résultats obtenus par les auteurs qui 
m'ont précédé et ceux de mes expériences personnelles, 
on peut dresser le petit tableau ci-dessous : 



ÀUutarcuatuê • . . 


Obierrateirt. 


Dislaireenceiti- 
nèlrnilifiellf 
rAraigaée Ttit 
lei ■••Ttaeili 

Ict^tilsibjets. 


l^ittaaceêBttiU- 
■èlres •! la 
TJtiM «t issa 
iMiie ptnr qae 
rinigiétniiie 
4a caftircr la 
frtie. 


OBSERVATIONS. 


Dabi. 


90 


iikii 


• 


Araignée sauteuse . . 


ForeL 


5^è8 


V^ 




Araignée sauteuse . . 


Lyster, 


5 


«,» 




Epiblemum scenicum . 


Plateau. 


iO à \^ 


\ èS 




Marpetsa muscosa . . 


Id. 


4 


i \ 


# 


Xyaiicui eristatut . . 


Id. 


2,» 




Aranéides se lais- 


Dolomedei fimbriatua . 
Lycosa amentata. . . 


Id. 
Id. 


S 
S 


i 
i 


sant tromper par 
des imitations gros- 
sières. 


Lycoxa paludicola . . 


Id. 




i 




Tegenaria civtlîs. . . 


Id. 








Tegenaria domestica . 


Id. 








Àgalena labyrinthica . 
Àmaurobius ferox , . 
Zilla-x^noiaia . . . 
Metasegmentaia, . • 
Epeira tclopetaria . . 


Id. 

Id. 

Dabi. 

Plateau. 

Dahl. 






Aranéides ne re- 
connaissant guère 
l'existence d'une 
proie qu'aux Tibra- 
tionsdelatoileetse 
laissantaussi trom- 
per par des imita- 
tions grossières. 


Epdra diademata . • 


Plateau. 








Epeira eomuta . • . 


Id. 









( »77 ) 

De ce tableau et des détails donnés à propos de chaque 
forme, je crois pouvoir conclure que : 

1^ Les AranéideSy en général, perçoivent à dislance les 
déplacements des corps volumineux; 

S** Les Araignées chasseuses (Attides, Lycosides) sont 
probablement les seules qui voient les mouvements des 
petits objelsj 

3° Elles perçoivent ces mouvemenls à une distance qui 
oscille, d'après les observateurs et suivant les espèces, entre 
S et 30 centimètres (1); 

4^ La dislance à laquelle la proie est vue assez bien pour 
que la capture en soit tentée, n'est que de 1 à 2 centi- 
mètres; 

5* Même à cette faible distance, la vision n*est pas 
nette, puisque les Araignées chasseuses commettent de 
nombreuses erreurs ; 

ô*" Les Araignées tendant des toiles ont une vue détes- 
table à toutes les distances; elles ne constatent la présence 
et la direction de la proie qu'aux vibrations de leur (ilel, et 
cherchent à prendre de petits objets tout autres que des 
Insectes, dès que la présence de ces objets détermine 
dans le réseau des secousses analogues à celles que pro- 
duiraient les mouvemenls d'Arthropodes ailés. 



(1) Je crois qu'il serait plus prudent d'admettre que cette distance 
oscille entre .2 et 42 centimètres. J'ai déjà fait remarquer dans une 
note du § 10 que les âO centimètres indiqués par Dabi pour VÀUns 
arcuaius résultent, peut-être, d'une erreur de mesure. 



( S78 ) 



Chapitre IV. 
Seorpionides. 

§ 27. — Historique. 

Bien que les mœurs des Scorpions aient élé fréquem- 
ment décrites, les observations sur la vision sont rares; 

» 

Emile Blanchard et Ray Lankester paraissent être les 
seuls auteurs qui se soient sérieusement occupés de ce 
point spécial. 

Voici, du reste, ce que Ton peut citer : < Un Insecte, 
9 écrit Blanchard (1 ), vient-il à passer plus ou moins près 
9 d*un Scorpion, celui-ci se dirige vers sa proie et ne lui 
» porte des coups d'aiguillon qu^au moment où il en est 
9 suffisamment rapproché pour l'atteindre, » 

Le même ajoute plus loin ; < ... d*après les observations 
* faites sur les individus vivants, on peut dire que les 

> Scorpions voient à une distance médiocre^ mais cepen- 
» dant assez variable, les objets placés au-devant ou au- 

> dessus d'eux (2). > 

Jousset de Bellesme (3), parlant de la façon dont le 
Scorpion se sert de son appareil venimeux, dit : < Toute 



(i ) Blanchard. L'organisation du règne animal ; Arachnides, p. 57, 
Paris, i851-»9. 

(2) Les passages en italique sont en caractères ordinaires dans le 
texte original. 

(3) Jousset db Bbllbshb. Essai sur le venin du Scorpion. (Annales 
des sciences naturelles, 5* sér., Zoologie, t. XIX, p. 13, 1874.) 



( 879 ) 

» proie saisie par les pinces est ramenée devant les yeux; 
» il en approche alors son aiguillon et pique avec discer- 
» nemeol... » 

L*atiilude que prend ainsi le Scorpion lorsqu'il main- 
tient rinsecte au-devant des organes visuels pour piquer 
a été bien représentée par Joyeux LafTuie (1) d'après le 
Buihus eurapœuSy puis par Ray Lankester (2) d'après 
VEuscorpius italiens. 

Le savant naturaliste anglais, qui a étudié en même 
temps les mœurs de VAndroctonus funestus^ Hempr. et 
Ehrenb. (Buihus australis, Linn.) (5), a pu constater les 
particularités intéressantes ci-dessous : l'animal, très lucî- 
Tuge, se tient, pendant le jour, soit dans des excavations 
creusées dans le sable, soit sous les objets déposés sur le 
-fond du vase qu'il habite; extrait de ces retraites, il donne 
peu de signes de vision proprement dite (very Utile evi^ 
dence ofsight) et cherche immédiatement à se cacher de 
nouveau. 

Il ne prend de nourriture que la nuit. Les observations 
faites à l'aide d'une lampe semblent indiquer que le Scor- 
pion en question ne poursuit pas sa proie, mais qu'il 
Tattend en quelque sorte. Ainsi les Blattes, se promenant 
dans le récipient, approchent sans aucnne crainte de 
TArachnide, puis, tout à coup^ celui-ci saisit un des 
Insectes de la pince gauche et le pique. 



(i ) Joyeux Làffuië. Appareil vetiimeux et venin du Scorpion, (Thèse 
pour le doctorat en médecine, Paris, 1883, et Archives de zoologie 
expérimentale, 2« sér., vol. I, fig. I de la planche. 4884.) 

(!2) Ray Lamkbstbr, Noies on some IJabils of Ihe Scorpions. (Journal 
of the Linnean Society. Zoology, vol. XVI, p. 455, fig. 2, London, 
1883.) 

(3) Ray Lanxbstbb. Op. cit., pp. 456-457, 



( 580 ) 

Même absence de poursuite de la part de VEuscorpius 
ilalicus (1)»qui ne se donne pas de peine pour courir après 
les Calliphores dont on le nourrit. La capture de la proie 
n*est due, en aucun façon, à Tagilité du Scorpion, mais à 
la stupidité des mouches qui vont, en fait, se promener 
jusqu'entre les pinces de leur ennemi. C'est le moment 
que celui-ci parait attendre, encore une fois, pour prendre 
le Diptère, pour le porter devant les yeux et pour le piquer 
à la tète. 

On peut déjà déduire des extraits ci-dessus : 1* que les 
Scorpions soal lucifuges et ont des habitudes nocturnes; 
ce que Ton savait depuis longtemps (S); 

2** Que leur distance de vision distincte est probable» 
meut courte. 

Cependant ces données ne suflBsent point, et des obser- 
vations méthodiques nouvelles étaient nécessaires pour 
arriver à des conclusions nettes. 

§ 28. — Observations sur le Buthus europœus Linn, 
{Androctonus occilanus Amoreux) (3). 

M. Jules Chalande de Toulouse, naturaliste bien connu 
par des travaux intéressants tels que ses curieuses Recher^ 
ches sur le mécanisme de la respiration chez les MyriO' 
podes, etc., et qui m'avait déjà procuré des Scorpions à 
deux reprises différentes, ayant eu Textréme obligeance 

(1) Rày Lànkbsteb. Op. cit., p. i60. 

(2) Voyez : Auorbux. Notice des Insectes de la France réputés 
venimeux, p. 47, Paris, i 789. 

(5) Voyez, pour la synonymie et les caractères : E. Simon Les 
Arachnides de France, t. VII, p. 96, Paris, 4879. 



(581 ) 

de me faire un nouvel envoi, j*ai eu, à ma disposilion, dès 
les premiers jours de juin 1887, cinq Buthus europœus en 
parfait étal (i ). 

Je n'insisterai plus sur les mœurs; fétude des allures 
des derniers individus et de ceux que j'avais élevés en 
captivité en 1885 (2) n'ayant fait que me prouver l'exac- 
titude des descriptions de Ray I.ankester; j'indiquerai 
seulement ce fait, que les Bulhus europœus entrent en 
activité avant le coucher du soleil ou vers cet instant de 
la journée, ce qui permet d'effectuer les observations à la 
lumière naturelle. 

Tous les essais ont été répétés à satiété sur les divers 
exemplaires; je puis donc énoncer, sans hésitation, les 
propositions suivantes: 

h Pour toute distance supérieure à \ centimètre, le 
Scorpion ne voit pas un corps de faible surface (tel que 
Textrémité d'une règle, le bout d'une baguette, le manche 
ou la lame d'un scalpel, une grosse mouche suspendue à 
un fli, etc ), immobile ou animé de mouvements lents et 
placé verticalement au-dessus des yeux médians. 

^ Pi \ cenumètre des yeux médians, la présence de 
l'objet est perçue et Tatlitude du Scorpion devient mena- 
çante; 

S"* Comme Ray Lankester l'a fort bien constaté, les 
Scorpions ne voient pas les proies (ici des Calliphores, des 



(1) Au moment où j^écris ces lignes (23 octobre) les animaux 
vivent encore, mais ne prennent plus de nourriture à cause de 
rabaissement de la température. 

(2) Voyez ma notice : De Vabsence de mouvetneuU respiratoires 
perceptibles chez les Arachnides, (Arcbives de biologie, t. VU, p. 337, 
1886.) 

S""* SÉKIE, TOME XIV. 59 



[ 



II 
i 



C 582 ) 

iDOucbes domestiques, des araignées, etc.) qui circulent 
dans leur bocal à une distance de quelques centimètres: 

it"" Les proies libres, les mouches vivantes suspendues 
à des bouts de flls, enfin les simulacres de moncbes qui se 
meuvent ou que Ton fait sautiller devant le Scorpion, ne 
sont point vus par celui-ci, si la distance horizontale est 
de 5 centimètres ou davantage. A 2 centimètres (peut-être 
parfois à 2 H^ centimètres) seulement des yeux latéraux, 
CQs objets sont vus tout à coup, comme s*ils sortaient d*un 
brouillard; 

5"" Il résulte des faits ci-dessus que, vers le soir, lorsque 
les Scorpions ont faim et sont en pleine activité, ils ne 
chassent pas, dans le sens exact du mot, mais marchent à 
l'aventure. Des Calliphores et des mouches privées d'ailes 
peuvent impunément circuler à 3 cenlimètres des Buihns, 
sans que ces derniers s'aperçoivent de leur existence. 

Pour constater la façon dont les Scorpions prennent et 
piquent leur proie, j'étais obligé de procéder à une véri- 
table distribution de vivres; après avoir enlevé à des Calli- 
phores, à des mouches et à des Syrphes les ailes et les 
extrémités des tarses, je les mettais directement entre les 
pinces des Buthux. Si Ton no prend pas ces précautions, 
il arrive que les Scorpions errent toute la nuit sans rien 
capturer (1); 
6** Le Ituthus enropœus est assez maladroit et manque 



(1) II ne fuut pas oublier que les Scorpions retires sous des pierres 
ou sous d'autres corps reposant sur le sol, profitent très probablement 
de Tarrivée des Insectes qui, par instinct, cherchent des retraites 
analogues. C'est ainsi qu'en soulevant une pierre plate sous laquelle 
se trouvait un Buthui élevé en captivité, j'ai trouvé le Scorpion 
occupé à manger une Forficule qui s'était glissée sous le même abri. 



J 



( S83 ) 

(le temps en temps l'Insecte placé à sa portée. Celte mala- 
dresse indique aussi une mauvaise vue; 

7^ Le Scorpion auquel on a offert une mouche et qui 
Ta manquée, se montre excité; il marche les pinces éten- 
dues et ouvertes, tantôt au hasard, quand le Diptère s*est 
rapidement éloigné, tantôt dans une direclion bien déter- 
minée, si la mouche chemine à une distance qui ne dépasse 
pas 2 V2 centimètres. Le Buthus perçoit alors très proba- 
blement les mouvements, mais non la forme, car il s'arrête 
si la mouche ne bouge plus, se remet en marche lorsque 
la mouche chemine de nouveau, la progression ayant lieu 
ainsi par saccades. 

Toutes les fois que la proie a une vitesse telle qu'elle 
parvient à s'éloigner au moins à 5 centimètres, elle cesse 
d*étre vue et la poursuite ne continue pas; 

8** Le Scorpion ne capture pas une Calliphore ou une 
mouche domestique placée. entre ses pinces et qui reste 
immobile; 

9" Lorsqu'on met deux Scorpions dans le même vase, 
ils ne se voient pas mutuellement et, bien qu'ils craignent 
beaucoup les individus de leur espèce, ils ne fuient effrayés 
que lorsque le hasard les fait se heurter; 

10** Une Blatte (Pleriplaneta on'enlalis) est parfaite- 
ment en sûreté dans un bocal renfermant un grand 
Buthus eiiropœiis, car ce dernier en a peur. Malgré cette 
frayeur, le Scorpion ne s'aperçoit jamais de la présence 
de rOrthoptère que lorsqu'il le touche. 

iV Mis dans le labyrinthe à obstacles d'un centimètre 
de hauteur (première partie, § 4, pi. I, (ig. 6), un ButhttH 
y circule les pinces portées en avant. Ne contournant 
aucune barrière, il les aborde perpendiculairement et fran- 
chit les unes après les autres celles qui sont dans une 



( 584 ) 

d^recUon déterminée. Ses pinces, qui remplissent ici à peu 
près les mêmes fondions que les antennes drs Myriopodes, 
semblent seules Tavertir de la présence d*objets placés 
en travers de sa route. 

Afin de rendre les expériences de ce genre plus démon- 
stratives, j*ai employé ensuite un labyrinthe de dimensions 
considérables. Les enceintes concentriques au nombre de 
cinq se composent de lames verticales de carton hautes de 
3 centimètres et longues de douze. Les passages ou solu- 
tions de continuité des enceintes ont, en général, au moins 
7 centimètres. b]nfin chacune des enceintes comprend des 
barrières noires, blanches et brunes, de façon que Tanimal 
circulant dans une direction quelconque doive nécessaire- 
ment rencontrer des obstacles d'aspects très divers. 

Les essais ont été effectués au commencement d*août, 
vers 7 ^2 heures du soir, au moment du coucher du soleil 
et par un temps beau et chaud, par conséquent dans les 
circonstances les plus favorables, les Scorpions se mon- 
trant excités et Téclairage étant presque aussi intense 
qu*au milieu du jour. 

Lrs BuihuR déposés au centre du labyrinthe marchent 
vers le fond de la chambre, c'est-à-dire en fuyant la 
lumière; les obstacles qui se dressent devant eux sont 
donc, pour la plupart, éclairés. Malgré cela, les Scorpions, 
qui circulent les pinces étendues devant eux, vont donner 
en plein sur les barrières noires ou brunes comme si 
celles-ci n'existaient pas. 

La même chose se passe presque toujours pour les bar- 
rières bliinches, et le noud)re de fois où les Arachnides ont 
paru se détourner afin de passer à côié est si restreint, 
qif il est impossible d*en déduire que les animaux aient 
vu les obstacles. 



( 885 ) 

L'expérience ci-dessous semble, du reste, prouver que 
la vision n*est pour rien dans les rares exceptions con- 
statées; 

12** J*ai fait usage d'un procédé déjà employé pour les 
Myriopodes (première partie, § 4). Je veux parler d*iine 
carte blanche des dimensions d'une carte de visite fixée à 
l'extrémité inférieure d'une canne et que l'on place verti- 
calement sur le trajet de l'animal circulant à la surface 
d'un parquet bien éclairé (1). 

Or, la plaque blanche réfléchissant la lumière qui vient 
des fenêtres et tranchant, par conséquent, par son éclat, 
sur la teinte neutre du sol est, presque sans exct'ption, 
heurtée en plein par le Scorpion, pourvu qu'on la mette à 
10 centimètres en avant de l'Arachnide. 

Pour des distances supérieures, le Scorpion passe de 
temps à autre à côté de l'obstaclt*; fait qui tient unique- 
ment à Tincertitude naturelle de la marche; le Bulhus 
progressant rarement en ligne absolument droite sur une 
longueur de plus de 10 à 15 centimètres; 

15° Les allures du Scorpion qui rencontre un obstacle, 
puis qui le longe, montrent déjà nettement le rôle d'or- 
ganes explorateurs joué par les pinces; mais on peut 
mettre encore mieux ce rôle en évidence en couchant un 
vase ouvert ou une botte ouverte sur le chemin d*un 
Bulhus eu marche. Chaque fois que l'extrémité des pinces 
s'engage sous le bord du récipient, TArachnide fait tous 
ses efforts pour s*insinuer entre celui-ci et le sol; chaque 
fois que les pinces se sont placées au contraire, par hasard, 
au-dessus de ce bord, le Scorpion entre dans le vase ou 
dans la boite sans hésiter; 

(i) Il est entendu que ces essais ont eu lieu dans les mêmes 
conditions d'heure et de lumière que ceux du n" H précédent. 



( 586 ) 

ii"* Ln plupart des auteurs paraissent croire que le 
Scorpion maintient sa proie au-devant des yeux, au 
moment de la piquer, pour mieux voir la place exacte où 
il enfoncera Taiguilion. L'observation minutieuse des faits 
prouve cependant que la vue n'intervient guère et que le 
sens tactile a une influence prépondérante. En effet : 

A. — L'Arachnide ne porte pas sa victime au-dessus 
des yeux médians, mais à Va centimètre en avant de la 
tête, là où il ne peut l'entrevoir et même mal qu'avec les 
petits yeux latéraux (1). 

B. — L'acte de piquer se Aiit avec une rapidité telle 
que si l'animal se laissait en réalité guider exclusivement 
par ses impressions visuelles, la vue devrait être très 
bonne; hypothèse qui n'a pour elle aucune preuve, et dont 
les diverses expériences que je viens de décrire semblent 
démontrer la fausseté. 

C. — Si Ton approche jusqu'à 2 centimètres d'un 
Buthus une mouche artificielle en cire ou en plume sus- 
pendue au bout d'un tll, il saisit le petit objet de la pince 
gauche (2), puis le rejette de côté. Jamais il ne l'approche 
des yeux. Toute fausse proie est ainsi reconnue au tou- 
cher et dédaigneusement repoussée^ sans que la vision 
paraisse utilisée d*une façon spéciale. 



(1) La position que le Scorpion donne h la proie est scrupuleu- 
«ement reproduite sur la planche qui accompagne le mémoire de 
If. Joyeux Laffnie ; jéppareil venimeux et vefiin du Scorpion, op. cit. 

(2) J*ai vu, mais rarement, le Scorpion saisir une proie vivante de 
la pince droite. L'animal nVmpIoie donc pas toujours la gauche, ainsi 
que des naturalistes ont cru le constater. 



( 587 ) 

U. — J'offre à un Scorpion une Callipbore véritable 
suspendue à un fil Hn; il la saisit et cherche à piquer. 
L*animal donne deux coups d*aiguillon, mais chaque fois 
le dard rencontre le (il, de sorte que la mouche reste 
intacte. Non seulement le Scorpion n'a point vu qu*il n'a 
pas piqué Pinsecte, mais persuadé, à la suite de la résis- 
tance rencontrée, que Taiguilion avait réellement fait son 
œuvre, il dévore le Diptère encore bourdonnant et dont 
les pattes s'agitent convulsivement. 

§ 29. — Résumé des résultats fournis par les Scorpions. 

Les observations de Ray Lankester sur VAndroclonus 
funestus et YEuscorpius italicus^ ainsi que les miennes 
sur le Buthus europœus, permettent de considérer comme 
définitivement acquis : que la vue des Scorpions est très 
mauvaise; que la distance de vision distincte ne dépasse 
pas 1 centimètre pour les yeux médians et 2 7^ centi- 
mètres pour les yeux latéraux du Buthus europœus; que 
ces animaux ne chassent pas, mais, ou bien qu'ils errent 
au hasard jusqu'à ce qu'une proie soit à leur portée, ou 
bien qu'ils attendent dans leur retraite les Articulés 
imprudents qui s'y glissent; que ce sont leurs pinces et 
non leurs yeux qui les avertissent de l'existence d'obstacles 
placés sur leur route; enfin que, lorsqu'ils ont capturé un 
Insecte, c'est surtout par le toucher qu'ils jugent de 
l'endroit où doit être enfoncé l'aiguillon (1). 



(I) u n'y a là rien que de parfaitement naturel. Les pages 6H, 459, 
160 et 220 des intéressants Souvenirs entomoloffiques de J. H. Fabrt 
(Paris 1 879) nous apprennent en effet que les Hyménoptères tels que 
les Cerceris, les Sphex et les /immùphiles qui engourdissent des 



( 888 ) 



Chapitre V 
PbalangideB (OpilioDes) 

§ 50. — Considérations générales. 

Les Arachnides de Tordre des Phalangides offrent, 
comme chacun le sait, des pattes grêles d'une grande 
longueur et ne possèdent que deux yeux simples situés 
sur les faces latérales d'une éminence occupant la partie 
supérieure du céphalothorax. 

La position des yeux et la direction de leurs axes sont 
telles qu'il semble impossible que Tanimal puisse voir un 
objet placé devant lui sur le sol. Enfin la structure des 
organes visuels étudiée par Grenacher (2) parait très voi- 
sine de celle des yeux antérieurs des Aranéides; la seule 



Insectes dans le bat de les offrir en pâture à leurs larves et qui 
piquent, à cet effet, certains ganglions bien détermines de la chaîne 
nerveuse, n'utilisent en aucune façon leurs yeux dans cette opération 
délicate. Placés au-dessus de la victime, ils recourbent leur abdomen 
80ÎU le corps du Charançon, de TÉphippigère ou de la Chenille, et vont 
précisément perforer la face de Tlnsecte qu'ils ne peuvent voir. Les 
sensations tactiles seules les guident, et cependant ils opèrent avee 
une précision et une sûreté remarquables. 

On peut soi-même, sans le secours de la vue, effectuer des actes 
aussi nets que ceux dont le Scorpion nous rend témoins. Fermez les 
yeux et, tenant entre le pouce et Tindex de la main gauche un petit 
objet quelconque, vous serez étonné de constater, quelle que soit la 
position du bras, avee quelle précision vous irez, d'un mouvement 
assez rapide, toucher Tobjet de l'Index de la main droite. 

(2) GaBMACHza. Untersuehungen ûber das Sehorgan der A rthropoden, 
pi. Il, fig. 16 (Phalangium opillo), GSttingeo, 1879. 



( 589 ) 

différence un peu importante consiste dans la présence de 
trois bâtonnets terminaux au lieu de deux, au sommet 
des ommatidies (1). 

Aucune recherche n'avait été effectuée, jusqu'à présent, 
sur la vision des Phalangides. 



§31. — Observations eï expériences sur les Phalangium 
parielinum de Geer et Phalangium opilio Linn. 

Toutes les observations ont été faites soit sur des ani- 
maux en liberté dans mon jardin, soit sur des individus 
transportés direetemenl de l'extérieur dans la chambre à 
expériences. 

J'ai cru longtemps les Phalangides Incifuges; cependant, 
en soumettant six Ph. parielinum à la méthode pholoki- 
nétique, c'est-à-dire en les introduisant dans la boîte à 
compartiments éclairés et obscurs (première partie, § 4, 
pi. I, fig. 5) et en répétant les essais dix fois de suite, 
à 10 on 15 minutes d'intervalle, j'obtins les distributions 
ci-dessous (2) : 

Tflaai. 
Dans les régions éclairées 6, 4, 3, 5, 5, 8, 5, 3» 5, $ 46 

Dans les régions obscures 0, 3, 3, i, i, 1, i, 3, i, i U 

Régions éclairées 46 «.^ 

Rapport : •^. r n « 3,2. 

Régions obscures 14 



(i) Voir pour la signification de ce terme : Première partie, § I. 

(!2) Le fond de la boite était garni de papier à filtrer humide, 
condition indispensable, les Phalangides souffrant beaucoup dans 
Pair sec. 



.( 590 ) 

C*esl-à-(lire que, malgré une lumière diiïuse vive, il 
s*est trouvé trois fois plus d'individus dans les parties 
claires que dans les portions ombrées. 

L'examen de ce qui se passait dans la boite chaque fois 
que les animaux avaient été dérangés pour les amener i 
se distribuer de nouveau, permettait de voir les Phalan* 
gium se repousser mutuellement pour occuper plus vite 
une place dans un segment éclairé (1). 

Les Phalangides du geore type Phalangium préfèrent 
donc la lumière du jour à l'obscurité; mais, malgré l'évi- 
dence du fait, nous ne sommes en droit de formuler 
aucune conclusion quant à la vision proprement dite, 
puisque, dans certains cas, des perceptions dermatoptiques 
vives peuvent déterminer des actes qu'un observateur 
superficiel attribuerait facilement à l'influence de percep- 
tions visuelles (2). J'arrive, du reste, à ces dernières qai, 
ainsi que le lecteur en jugera, doivent être d'une bien 
faible utilité aux Arachnides dont il est question dans ce 
chapitre. 

Posé sur le sol, sur une muraille ou sur une feuille, le 



(I) A la vérité, beaucoup d*entre eux finissaient par s^appliqucr 
au plafond de rinstnimcnt, parce que ce plafond en carton leur offrait 
plus de prise que les autres parois qui sont en verre. C'^pcndant, cela 
D*altère guère les résultats, puisque le plancher étant blanc réfléchissait 
beaucoup de lumière vers le haut, et que certainement des Arthropodes 
lucifuges auraient choisi, de préférence, les parties du plafond situées 
dans les compartiments sombres; fait qui n'avait lieu ici que pour la 
minorité. 

(^) Voyez k ce sujet, dans la première partie, le § 4, où il est 
question de» Myriopodes aveugles, et le § 6 traitant de In vision chez 
les Iules. 



( 391 > 

Faucheur ne voit évidemmenl aucun des corps que Ton 
approche de ses yeox. J'ai employé à cet effet le doigt» 
un rame.iu, une petite sphère de verre, un nianche de coq- 
leau garni de métal blanc brillant, une petite mouche sus- 
pendue à un (il, un simulacre de mouche en plume, etc. 
L'objet peut être approché horizontalement ou verticale- 
ment, très lentement ou assez vite (pourvu qu'on ne pro- 
voque pas de courant d*air). L'expérimentateur peut 
l'avancer en ligne droite ou lui imprimer des oscillations, 
jamais \e Phalangium ne manifeste rien, tant qu il n'y a 
point contact soit avec son corps, soit avec ses pattes» 

Les Faucheurs ne perçoivent pas davantage les dépla»- 
cements des objets volumineux, à la condition que ces 
déplacements n'amènent ni niouvement d'air considé- 
rable, ni trépidation du support sur lequel les individus 
sont placés. Ainsi on circulera tout près de ces animaux, 
on agitera même avec une vitesse modérée et à 10 centi- 
mètres au plus de distance, la main, une plaque de 
carton, etc., sans les faire sortir de leur immobilité. 

Ces faits qui expliquent pourquoi les Phalangium se 
laissent facilement capturer soulèvent une question plus 
importante : comment, avec une aussi mauvaise vue, les 
Faucheurs parviennent-ils à se diriger et comment 
arrivent-ils jamais à .«^aisir une proie quelconque? (1) 



(i) J*ai montré aiUcurs : Note sur hs phénomènes de la digestion 
et sur la structure de V appareil digestif chez les Phalangides (Bull, de 
l*Âcad. roy. de Belgique, 2* scr., t. XLII, novembre 4876), qu^on 
trouve dans le tube digestif des Faucheurs des débris d'Insectes, 
et E. Simon (les Arachnides de France, t. Vil, p. 132, Paris, 4879) 
dit avoir vu ces animaux dévorer des Fourmis, des Lithobies, des 
Larves et des Cloportes. 



( 592 ; 

En remontant au 6"* du § â6, le lecteur y trouvera que 
les Araignées tendant des toiles voient aussi mal et 
qu'elles suppléent à TinsuflEsance de la vision par le sens du 
toucher. L'observation montre que, chez les Phalangides, 
ce sont aussi les pattes, appendices tactiles d'une sensibilité 
extrême, qui servent d*organes avertisseurs et explora- 
teurs. 

Au repos et entouré de ses huit pattes grêles disposées 
en étoile, le Faucheur est au centre d*un cercle qui peut 
parfois atteindre 6 centimètres de rayon. Indifférent à 
tout ce qui pourrait émouvoir un animal doué de bons 
yeux, il perçoit, au contraire, immédiatement le plus léger 
contact d*uu corps étranger avec chacun de ses membres. 

Grâce aux dimensions considérables de ses appendices 
locomoteurs et à leur disposition rayonnante, il est averti 
à temps du voisinage d*un ennemi ou du gibier, que ceux-ci 
soient devant lui, derrière lui ou sur le côté. J'approche, 
par exemple, des yeux d'un Phalanghim pariednnm un 
fragment de plume d'un demi-centimètre de longueur, sus- 
pendu à un Gl; l'Arachnide ne bouge pas; mais je touche 
la patte droite de première paire à l'aide de ce corps doux 
et léger; le Faucheur lève aussitôt la patte frôlée et la 
maintient levée; je touche ensuite la patte gauche; même 
gesle; enfm, j'amène le petit morceau de plume en con-, 
tact avec les chélicères, l'animal recule de quelques pas. 

Lorsque le Phalangium circule, ce sont les pattes de la 
seconde paire, les plus longues de toutes, qui lui donnent 
des indications sur la nature des obstacles. Courant sur les 
pattes des paires 1 , 3 et 4, il tient les extrémités des mem- 
bres de deuxième paire, qui dépassent les autres comme 
de longues antennes, légèrement relevées, et il s'en sert 
pour palper constamment d'un mouvement rapide les divers 
objets qu'elles rencontrenl. 



( 593 ) 

On constate déjà facilement ce rôle des secondes pattes 
en mettant un Phalangium dans un grand bocal conte- 
nant quelques rameaux. L'Arachnide ne circule qu'à tâtons 
el ne s'aventure sur une branche ou sur une feuille qu'après 
avoir palpé la surface. 

Cependant, l'absence de vision distincte el son rempla- 
cement partiel par le loucher deviennent surtout évidents 
si Ton place un Faucheur dans le grand labyrinthe à obsta- 
cles de 3 centimètres de hauteur (voir § 28). L'animal ne 
se détourne jamais pour passer à côté des lames verticales 
de carton noires, blanches ou brunes; il marche directe- 
ment vers elles sans les voir, s'arrête un instant dès que 
les extrémités de ses pattes exploratrices de deuxième 
paire rencontrent une barrière, palpe celle-ci, puis passe 
au-dessus pour effectuer le même manège à l'obstacle sui- 
vant, etc. 

La façon de procéder de l'Arachnide est identiquement 
la même lorsque, comme pour les Scorpions el les Myrio- 
podes, on met^ en travers du trajet d'un Faucheur circulanl 
librement sur le parquet, une plaque verticale de carton 
blanc, (ixée au bout d'une canne (voir l'"* partie, § 4, et, 
dans la partie actuelle, § 28). Que la plaque soit éclairée 
ou qu'elle soit à contre-jour, l'individu en expérience la 
rencontre toujours eu plein à l'aide de ses pattes de deu- 
xième paire, el ne se détourne ou ne monte sur l'obstacle 
qu'après une exploration rapide de la surface. 

Enfm, dernière preuve,encore plus convaincante que les 
précédentes : les Phalangium parielinum ou les Ph. opilio^ 
dont on abolit à peu près entièrement les perceptions 
visuelles en leur couvrant les yeux d'une couche de couleur 
à l'huile noire, et les PU, oplio, complètement aveuglés par 



( ^9i ) 

la seclion des nerfs opliqiies (1), circulent nn peu moins 
vile dans le premier ers, d*une façon un peu plus saccadée 
dans le second, mais se comportent vis-à-vis des obstacles 
absolument de la même manière que les individus jouis- 
sant de la totalité de leurs organes des sens. Ils tàtenl les 
barrières du labyrinthe de leurs membres de seconde paire, 
franchissent les lames de carton ou les contournent pour 
rencontrer celles qui sont situées au delà, etc., avec des 
allures si normales qu*un observateur non prévenu serait 
persuadé que les animaux qui évoluent devant lui sont par- 
faitement intacts. 



§ 32. — Résumé des résultats obtenus par les Phalangides. 

Les expéi^iences et les observations sur les Phalangides 
conduisent, en somme, à des résultats analogues à ceux 
que nous ont donnés les Aranéides tissant des toiles. 

La vue est fort mauvaise, et il semble n'y avoir de vision 
distincte à aucune dislance. 

Ces Arthropodes compensent Tinsuffisance du sens visuel 
en utili^ant la sensibilité tactile exquise de leurs membres, 
et surtout en employant, comme organes explorateurs, les 
longues pattes de la seconde paire, qui jouent à peu près 
le rôle des antennes des Myriopodes. 



(I) Cette opération assez facile se pratique en enfonçant horizon- 
talement et de droite à gauche la lame bien aiguisée d'une aiguille 
à cataracte au travers de la base du tubercule qui porte les yeux. On 
sépare ainsi presque totalement le tubercule du reste des téguments 
dorsaux et, lorsqu'on retire Finstrument, Tanimal saigne fort peu. 



xUletins. 3 'Série Tome AW 



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( 595 ) 



EXPLICATION DE LA PLANCHE IL 

Fig 4. Céphalothorax d^une Attide, JUarpessa muscosa, vu de profil. 
Grossissement, 12. 
L^apparcil visuel est cnorinc et cependant la vue est mauvaise 
(consultez le § 42). 

Fig. 3. Boulette de cire noircie suspendue à rextrcmitc d'un fil 
(G. n). 

F'ig. 5. Mouche artificielle en plume (G. n). Remarquer combien ce 
simulacre ressemble peu à un Insecte véritable. 

Fig. 4. Système double jeté dans une toile d'Âraîgnce et composé 
d'une mouche vivante reliée par un fil de S centimètres 
de longueur h une mouche artificielle en plume (con- 
sultez les §§ 23 et 25). 



Simple observation au sujet d'un travail de M. W. Hal^ 
lock (i) intitulé : The Flow op Solios, etc.; par 
W. Springy membre de TÂcadémie. 

J*ai démontré, on se le rappelle, par de nombretises 
expériences, que les corps solides jouissaient, à des degrés 
divers, de la faculté de se souder, à froid, sous faction 
(fune pression suflisamment énergique. En comprimant 
des corps de nature chimique différente j'ai pu obtenir, à 
basse température, nombre de combinaisons qui ne se pro- 
duisent, généralement, qu*à Taide d*une température plus 
ou moins élevée. 

Ces recherches avaient été entreprises en vue de vérifier 

(i) Voir TU american Journal of Science, t. XXXIV, n» 202, 
4>ctobre 1887, p. 277. 



( 596 ) 

s'il est possible de retrouver , dans les corps à l'état 
solide, la Irace des proprfétés qui caractérisent surtout 
rélat liquide. J'ai été amené aussi, à la suite de mes 
expériences, à formuler en principe, dès 1880, que la 
madère prend, sous pression^ un état en relation avec le 
volume qu'elle est obligé d'occuper; mais cette condensa- 
tion n'est permanente que si la matière admet des états 
allotropiques différents. Depuis , des expériences nou- 
velles (1), en partie encore inédites, m'ont fait reconnaître 
rimporliiuce du rôle que joue un certain degré de tempé- 
rature dans ces phénomènes; de telle sorte que, pour 
rétai solide comme pour l'état liquide, on observerait 
une température critique, au-dessus ou au-dessous de 
laquelle les changements par simple pression ne seraient 
plus possibles. 

La conséquence de tout ceci est, par exemple, que les 
corps liquides doivent passer, sous pression, à l'état solide, 
en tenant ccmpte de la température critique, bien entendu, 
si leur volume spécifique est plus petit à Tétat solide qu'à 
l'état liquide, et réciproquement. 

Cette réciproque a été démontrée d'abord par Mouzon, 
puis, récemment, par moi-même en collaboration avec mon 
ami J.-H. van 't Hoff. 

Je me proposais de vérifier aussi la proposition pre- 
mière, mais j'ai été devancé, à ma grande satisfaction, 
par M. Amagat (S), qui vient de produire la solidification 
de plusieurs liquides par l'action de la pression. 

Voilà une vérification des résultats généiaux de mes 
expériences qui m'a fuit le plus grand plaisir; sa grande 
valeur n'échappera à personne. 

(1) ZuiUchrift f. phys. Chemie, 1, p. 227. 

(2) Comptes rendus, l. CV, p. 165; 1887. 



y 897 ) 

Ceci posé, j'arrive à Tariicle de M. Hallock. 

L'auteur m*atlribue l'absurde pensée que les corps 
solides se liquéfieraient tous sous l'action de la pression. 
Il s'imagine même que j'ai tiré cette conclusion de mes 
expériences! Pour appuyer son dire il altère des passages 
de mes travaux, en remplaçant partout le mot « soudure > 
dont je me suis servi, par le mot c fusion >, ou même en 
dénaturant complètement le texte* Qu'on en juge : 

M. Hallock me fait dire, par exemple (p. 281), < sulphur 
prismalic — 5,000 atm. fusion to the octahedral form. > 

il ajoute de son cru : c and so on throngh a long and 
varied list. > Or, j'ai dit, page 351 de mon Mémoire de 
1880 : c Du soufre prismatique transparent, fraîchement 
préparé, a été soumis à une pression de 5,000 atm. à la 
température de IS""; il s'est moulé en un bloc opaque beau- 
coup plus dur que ceux qu'on obtient par fusion I... » — 
Tout commentaire est superflu. 

Après avoir ainsi préparé le terrain, il fait l'exposé d'ex- 
périences nouvelles qui lui ont démontré, naturellement, 
que les corps solides ne fondaient pas sous pression ! 

Enfin, il achève de démontrer mon absurdité en m'op- 
posant les expériences d'Amagat, qui démontrent, ainsi que 
je viens de le rappeler, la solidification de certains liquides 
par la pression, ce qui exclut le contraire. 

Il est bien clair qu'il n'y a pas lieu de discuter avec 
M. Hallock, puisque son travail, qui s'appuie sur une chi- 
mère, est, pour moi, nul et non avenu. 

Mais je crois qu'il ne m'est pas permis de laisser passer 
son œuvre sans protestation, car il est de l'intérêt scienti- 
fique général de rappeler que si, à la vérité, les erreurs ne 

S"*' SÉRIE, TOME XIV. 40 



( 598 ) 

peuvent pas toujours être évitées, il n'en est pas de même 
de Tinattention. 

Je dois ajouter, cependant, à la décharge de M. Hallock, 
que son travail a été entrepris et dirigé par M. J.-W. 
Powell, de Washington. J'engage M. Hallock à choisir 
mieux, à Tavenir, ses conseillers. 



Sur les dépôts rappariés par Dumont à ses systèmes 
laekenien et tongrien, au S.-E, de Bruxelles; par 
Michel Mourlon, membre de TÂcadémie. 

Les grands travaux de terrassement effectués dans ces 
derniers temps, pour le prolongement de Tavenue du tram 
à vapeur d'Ixelles jusqu'à Thippodrome de Boitsfort, ainsi 
que les déblais occasionnés par la création de celle autre 
avenue dite c boulevard Militaire » qui relie la c Petite 
Suisse > aux nouvelles casernes d*Etterbeek, ont mis à 
découvert des coupes d*une grande importance pour 
rétude des dépôts tertiaires se rapportant aux systèmes 
laekenien et tongrien de Dumont. Cest ce qui m'a engagé 
de hâter la publication de ces coupes, aGn d'attirer 
l'attention des géologues sur les Taits intéressants qu'elles 
présentent pour la solution de certains points litigieux. 

Seulement, malgré tout l'intérêt qu'offrent ces coupes, 
aucune d'elles ne permettant d'observer la série complète 
des dépôts de la région, j'ai cherché à combler cette 
lacune en sollicitant de l'administration des chemins de 
fer l'autorisation, qu'elle a bien voulu m'accorder, d'uti- 
liser les profondes tranchées du chemin de fer au S.-E. 
de la Station d'Etterbeek et au N. de Watermael. 







I: 

S- 



' 



( 599 ) 

Avant de faire connaître le résultat des observations 
que m'ont permis d'effectuer les déblais que j'ai fait pra- 
tiquer dans ces tranchées, je commencerai par exposer 
les faits intéressants que présentent Pavenue de THip- 
podrome et le boulevard Militaire, ainsi que Pancienne 
chaussée de Boendael. 

Avenue de l'Hippodrome. — Au point culminant de 
cette avenue, qui est à la cote 105, on observe, dans la 
petite tranchée située un peu en contre-bas de la maison 
Capouillet, qui domine toute la région, un bel affleurement 
d'argile grise tachetée de jaunâtre et alternant avec de 
l'argile sableuse glauconifère. Ce dépôt argileux a une 
épaisseur de plus de 3 mètres sur le talus et représente 
le Tongrien de Dumont. 

En descendant l'avenue de l'Hippodrome, on ne voit 
plus d'afQeurement sur une assez grande longueur, mais 
près de la ferme de la Petite Suisse, au coin de l'avenue 
et du boulevard Militaire, une butte de sable présente la 
coupe que voici : 



Covpe d'une butte de sable près la ferme de la Petite Suisse 

(fig. 0- 

4|« Limon et cailloux roulés h la base, ravinant fortement les 
dépôts sous-jacents. 

T. Lits de graviers argileux séparés par O^^M de sable et 
recouverts de 0%40 de sable jaune également graveleux. 

^W* Sable blanc et jaune avec concrétions ferrugineuses à la 
partie supérieure, limité par un gravier de base sur- 



t 600 ) 

monte d'un lit ferrugineux dont il est quelquefois 
séparé par 0%i5 de sable graveleux • mètres. S,20 

li. Sable fin blanc et jaune, présentant deux niveaux de 
concrétions ferrugineuses : Finférieur continu et en 
contact avec le gravier de base, et le supérieur non 
continu, mais paraissant par places se confondre avec 
le premier, le sable qui les sépare se durcissant en 
prenant une teinte rouge brunâtre ferrugineuse. 
Entre ces deux niveaux ferrugineux, on observe parfois 
aussi un lit de gravier à 0"*,20 au-dessus du niveau 
inférieur i,50 

liK. Sable jaune verdâtre demi-fin, moucheté de noir, 

visible sur 0,50 

En continuant à descendre ravenne de rHippodrome, 
on observe sur le petit talus de celle-ci, vis-à-vis la 
maison portant le n"* 151, du sable graveleux lackenien 
pétri de Num. lœvigata roulées; et enfin, plus bas 
encore, dans un déblai pratiqué pour les fondations d'une 
maison en face du Pavillon du Tram, situé au coin de 
Tavcnue et de la rue du Bourgmestre, du sable bruxellien 
durci passant au grès ferrugineux brun rougeâtre, ayant 
jusqu'à 2'",50 à 3 mèlres d'épaisseur. 

Boulevard Militaire. — Celle nouvelle grande avenue 
présente, entre la rue du Cygne et le nouveau Pont du 
chemin de fer de la Station d'Etterbeek, une belle coupe 
sur le talus méridional de la tranchée. Elle commence à 
90 mèlres du Pont et s'étend à l'O.-S.-O. sur une longueur 
de 230 mètres, jusque près de la ? ue du Cygne. 



(601 ) 

Coupe prise au boulevard Militaire entre le nouveau Pont du 
chemin de fer et la rue du Cygne (fig. 2). 

9* Limon brun avec cailloux roulés à la base et limon sableux 
stratifié {q') entre deux niveaux de cailloux. 

^V. Sabie blanc glauconifère quartzeux, parfois très grossier 
et passant au gravier vers le bas. Il prend souvent une 
teinte jaunâtre et se présente k grains beaucoup plus 
fins à la partie supérieure; il devient brunâtre humecté 
sur O'^fiO vers le bas au contact du gravier, lequel est 
parfois associé h un petit lit argileux. Ce sable W. ren- 
ferme des lentilles presque continues, en de certains 
points, de concrétions sableuses ferrugineuses fossili* 
fères h Pecten corneus, etc., et de plaquettes de grès 
ferrugineux passant à la limonite et pétries de N^um. 
wemmelensis; il atteint ^'^fiO h 5 mètres d*épaisseur. 

li. Sable gris jaunâtre assez fin, légért^ment glauconifère, 
présentant, en quelques points, des concrétions ferru- 
gineuses friables presque au contact du gravier de base. 

liK. Sable jaune verdâtrc moucheté de noir légèrement glau-» 
conifère avec rares taches ferrugineuses. 

Sur le talus septentrional de la tranchée du boulevard 
Militaire, on n'observe, pour ainsi dire, que du limon 
quaternaire; mais un déblai pratiqué pour la construction 
de régout a mis à nu, sous S'^^SO de limon avec rares 
cailloux à la base : 

0'',80 de sables blanc et jaune séparé du sable sous- 
jacent par un gravier de O'^yOS, et correspondant aux 
couches L de la coupe précédente; 

3 mètres de sable jaune verdàtre, à peine visible sur 
Tautre talus de la tranchée (LK). 



( 602 ) 

Inlerprétalion. — Gomment faut-il interpréter les 
coupes qui précèdent? Celle de l'avenue de THippodrome 
montre bien neUement, au-dessus des sables laekeniens 
séparés dessables bruxelliens par le gravier à iVummu/i/M 
lœvigata roulées, une succession de trois dépôts sableux 
séparés par des graviers bien apparents (fig. 1). 

Toutefois, n^ayant pas rencontré de fossiles dans ces 
dépôts, il eût été diflicile de préciser leur âge géologique, 
si la coupe du boulevard Militaire n'avait présenté dans la 
couche W des concrétions de sable quartzeux durci ferru- 
gineux très fossilifères, renfermant la faune caractéristique 
des sables de Wemmel, que MM. Vincent ont eu la bonne 
fortune de découvrir en maints endroits à ce niveau. 

Dès lors, il devenait évident que le dépôt sableux qui 
sépare ces sables wemmeliens des sables laekeniens, 
représente le nouvel étage auquel nous avons proposé, 
M. Ë. Vincent et moi, de donner le nom d'étage ledien (1). 

On verra plus loin que la coupe de la tranchée au S.-O. 
de la Station d*Etterbeek confirme pleinement cette inter- 
prétation. 

Quant à la couche argilo-sableuse et graveleuse qui, 
dans la coupe de la ferme de la Petite Suisse^ surmonte 
les sables W., elle semble bien représenter la base des 
dépôts argileux tongriens de Dumont, qu'on a vus si bien 
caractérisés au point culminant de l'avenue de l'Hip* 
podrome, près de la maison Gapouillet. 

Avant la création de cette avenue, en ne connaissait. 



(1) Bull, de V/4cad, roy. de Belgique, ô* série, tome XIV, 1887, 
pp. 45-49. 



( 605 ) 

dans la région, de représenlant de ce dépôt argileux qu'en 
un seul point situé à peu de distance sur la chaussée de 
Boendael, vis-à-vis la ferme portant le n"" 267. 

On y observe, sur le talus de la chaussée, à environ 
300 mètres au S.-E. du boulevard Militaire, la coupe 
ci-dessous : 



Coupe relevée sur le talus de la chaussée de Boendael. 

9. a. Limon et cailloux roulés recouverts de terre 

vép;étale mètres. 0,50 

T. b. Argile sableuse grisâtre et jaunâtre .... 1,00 
c. Lit de concrétions ferrugineuses dans un sable 

jaune brunâtre 0,20 

(/. Sable argileux grisâtre bigarré de jaunâtre. . 0,50 

e. Sable blanc qnarlzeux avec grnins de glauconie. 0,20 

^vr/: Sable blanc et jaune 0,80 

Les couches argileuses 6-e de la coupe qui précède 
étant à la cote 99, on pouvait en conclure qu'elles sont 
inférieures à celles qu'on vient de voir près de la maison 
Capouillet; mais comme, entre ces derniers aiQeurements 
et ceux de la Petite Suisse et du boulevard Militaire, 
on n'en observe pas d'autres, il eût été impossible 
d'établir leurs relations stratigraphiques, sans les données 
si précieuses que m'ont fournies les tranchées du chemin 
de fer au S.-E. de la Station d'Etterbeek et au N. de 
WatermaeL 



(-.604 ) 

Tranchée du grand Pont au S.-E. de la Station 
d'Etterbeek. — Cette profonde tranchée, dont la hauteur 
n'atteint pas moins de 20 mètres au grand Pont, ayant ses 
talus recouverts de végétation et d*arbustes, il ne m'a été 
possible d'en relever la coupe qu'en pratiquant, de dis- 
tance en distance, une série de déblais en escalier, per- 
mettant de voir la roche en place du haut en bas. 

Déjà, en avril 1862, cette tranchée avait attiré l'attention 
du major Le Hon, qui en fit connaître la composition 
€ au grand Pont du chemin de fer du Luxembourg, près 
> de Watermael. > 

Voici le relevé qu'il en donne dans son intéressante 
Note sur les terrains tertiaires de Bruxelles (Bull. Soc. 
GÉOL. DE France, 2* série, t. XIX, p. 823) : 

Altitudes : 

iOâ mètres. Niveau du soi humus, limon hesbayen. 
100 — Argile verte un peu sableuse. 

99 — Sable verdâire, argileux, bigarré de fer. 

87 — Sable siliceux pur, gris, bleuâtre clair. 

85 — Sable gris, panaché de fer. 

82 — Sable ferrugineux (orangé foncé), devenant, en 
descendant, argileux et panaché de vert. 

74 — Couches mélangées de sables argileux tachés de 
rouge et de vert et de petites veines pures d'ar- 
gile verte, comme à Schaerbeek. 

70 — (Voie ferrée). 

69 — Surface du système bruxellien. 

Après avoir donné ce relevé des couches de la tranchée 



( 60S ) 

qu'il rapporte au système laekenien, Le Hou ajoute : 
€ On a trouvé, eu creusant cette vaste tranchée, des lits 
de pierres dont une partie contenait des fossiles laekeniens, 
mais il nous a été impossible, depuis tant d'années déjà, 
de découvrir le niveau du gisement de ces pierres. » 

En comparant la coupe de la tranchée telle que Ta 
décrite Le Hon, aussi complètement que le permettait 
rétat de la science à cette époque, avec celle qu'on trou- 
vera ci- après, on sera frappé de voir combien l'étude des 
terrains qui la composent a fait de sérieux progrès depuis 
vingt-cinq ans. 

Coupe relevée sur le talus oriental de la tranchée au Sud-Est 

de la Station d'Etterheék (fig. 3). 

Celte coupe n'ayant pu être levée qu'à l'aide des déblais 
pratiqués sur le talus oriental de la tranchée, j'ai cru bien faire 
de donner ici le relevé détaillé des couches rencontrées, de 
haut en bas, pour chacun de ces déblais : 

Déblai n® / (à i5 mètres du grand Ponl). 

9* a. Limon brun, terre à briques avec cailloux disséminés 

à la base mètres. i,25 

b. Limon jaunâtre pâle stratifié avec cailloux à la 

base 4,60 

T. c. Argile glauconifère d'un vert foncé .... 0,55 

d. Argile grise, nuancée de jaunâtre par places. i,00 

e. Sable argileux glauconifère, jaunâtre vers le 

haut et grisâtre vers le bas .... 2,50 

A reporter. . . 6,90 



( 606 ) 

ReporL . . 6,90 

f. Sable jaunâtre peu ou point glaucouîfère avec 

rares paillettes de mica et concrétions ferru- 
gineuses disséminées, devenant argileux vers 
le bas mètres. â,00 

g. Sable gris blanchâtre légèrement glauconifère 

semblable à t i,00 

h. Gravier peu apparent dans le sable grisâtre. 

^V. ». Sable quartzeux grisâtre et blanchâtre légè- 
rement glauconifère, parfois assez grossier, 
passant au gravier vers le bas et rappelant 
le sable W. avec plaquettes fossilifères de la 

coupe figure 2 3,iO 

j. Gravier dans un sable jaune glauconifère . . 0,05 

li. k. Sable fin gris blanchâtre présentant vers le bas, 
à O^ySO du gravier /, un lit argilo-ferrugi- 

neux rougeâtre [k') 3,^ 

L Gravier dans un sable jaune 0,05 

EiK. m. Sable jaune visible sur Z'^fiOy dont un mètre 

sous le niveau de la voie ferrée 3,80 



Total. . . 20,40 

Déblai n' 2 (î\ 50 mètres du grand Pont). 

9* a. Terre végétale iiiclres 0,70 

6. Sable calcarifère qui semble provenir d'une 
extraction par bure des niveaux laekcnien 

ou ledien i,30 

c. Limon sableux stratifié d'aspect remanié par 

places avec cailloux roulés à la base. . . 3,00 

A reporter. . . 5,00 



(607 ) 

Report. . . S,00 

T« d. Sable argileux gris verdalre et jaunâtre, pas* 
saiU à 1 argile grise, nuancée de jaunâtre, 
avec concrétions ferrugineuses, rares pail- 
lettes de mica ; ce sable présente un lit de 
concrétions limonitcuses rouge d*ocre {d\ 
à 0*,90 des cailloux 6, et un autre (d") 
à i ",40 du premier mètres. S,00 

e. Sable gris blanchâtre glauconifèrc semblable 

hg. . .' 0,25 

f. Gravier dans un sable jaune 0,05 

W* g. Sable blanc quartzeux glauconifèrc et jaune 

brunâtre au contact du gravier 2,10 

À. Gravier épais vcrdâtre 0,10 

li. ». Sable gris blanchâtre et jaunâtre ayant, sur- 
tout à la partie supérieure, un aspect mou- 
dieté tout particulier rappelant un peu celui 
de la peau de daim 5,!20 

j. Gravier peu apparent dans un sable jaune. 

k Sables et grès calcarifères blanchâtres et jau- 
nâtres très fossilifères avec abondantes 
petites Nummuliteit, 

Le premier banc de grès k' est séparé du 
gravier j par 0'",80 de sable ; le deuxième 
banc de grès k'' Test du précédent par 
1*^,60; le troisième banc k*'\ le plus épais, 
est distant du deuxième de 0",90 • • • . 4,70 

/. Gravier mince ^'annonçant par une mince ligne 
jaune brunâtre ondulée. 

A reporter. . . 17,40 



( 608 ) 

Report. . . 17,40 

liK. m. Sable et grès calcarifères présentant deux 
bancs de grès : le premier séparé de O^ylO 
du gravier f et de i mètre du second, au 
niveau de la voie mètres. 1,20 



Total. . . 48,60 



Déblai n? 3 {h 78 mètres du grand Pont). 

f|. a. Terre végétale mètres. 0,50 

b. Limon pâle avec cailloux disséminés à la 

base 4,00 

c. Limon stratifié avec une couche de cailloux 

serrés de 0'",1 G à la base 3,30 

^V. cf. Plaquettes de sable ferrugineux durci concré-* 
tionné passant à la liinonite, en contact avec 
les cailloux serrés de c, et séparées du gra- 
vier ê par 0%iO de sable blanc et jaunâtre 

glauconifère graveleux 0,i3 

e. Gravier bien apparent dans un sable jaune 

brunâtre 0,20 

li. f. Sable blanc calcarifère et fossilifère, et jaune 
plus ou moins graveleux par places, renfer- 
mant un lit de plaquettes ferrugineuses (/*) 
séparé par 0'°,40 des plaquettes (/.... 2,60 
£• Banc de grès calcarifère, légèrement grave- 
leux, très fossilifère, et pétri de petites Dfutn- 
mulites variolaria rappelant tout i fait cer- 
tain banc de Lcde et de Moorscl près d'Âlost. 0,10 

A reporter. . . 10,85 



( 609 ) 

Report. . . 40,85 

h. Sable blanc jauoâlre calcarifère, avec petites 
NutnmulileSy et graveleux surtout vers le 
bas (h') mètres. 0,90 

t. Sable calcarifère avec petites Nummuliles pré- 
sentant un banc de O'^yiO de grès calcari- 
fère {%') h i '"jTO de la couche graveleuse h' 
et à 1*,90 du gravicrj 3,70 

j. Gravier dans le sable calcarifère 0,05 

MjêL. k. Sable calcarifère avec un banc de grès {k') 
séparé par 0°^,50 du gravier j et du niveau 

de la voie ferrée 4,00 

L Banc de grès calcarifère séparé du niveau de 
la voie ferrée par O'^jSO de sable blanc calca- 
rifère. 

ToUl. . . 46,50 

Déblai n' 4 (à 100 mètres du grand Pont). 

f|. a. Terrain remanié, sable calcarifère et limon 

avec cailloux roulés à la base . . mètres. 4,00 
6. Sable argileux d*aspect remanié et limon au 

contact de la couche de cailloux de 0°^,25. . 2,65 

^¥, e. Gravier formant une épaisse couche de O'^y^O 
avec interposition de sable blanc et limité 
inférieurement par un lit ferrugineux . . 0,40 

l4. d. Sable fin blanc et jaune, parfois ferrugineux, 
présentant le plus souvent l'aspect moucheté 
de la peau de daim 5,70 



A reporter. . . iO,75 



( 610 ) 

Report . . iO,75 

e. Banc de grès calcarifère et fossilifère variant 
en épaisseur de 0",iO à 0"*,30, et séparé du 
lit graveleux /" par O", 1 de sable . mètres. 0,40 

/'. Lit de sabic jaune calcarifère graveleux. , . 0,05 

g. Sable blanc et jaune calcarifère présentant 
deux bancs de grès : le premier (g') de 0"*,20 
d'épaisseur séparé du gravier /"par l",50 et 
du second banc de grès {g") de 0",iO d'épais- 
seur par O^jQO 3,90 

h. Gravier bien apparent dans le sable calcarifère. 0,05 

liK. t. Sable et grès calcarifères blanc jaunâtre dont 
un banc se trouve juste au niveau de la voie 
ferrée i,iO 



Tolal. . . <6,M 



Déblai n° 5 (à iiO mètres du grand Pont). 

9» a. Limon et terre végétale mètres. 0,45 

6. Sable et grès calcarifères semblables aux 

roches 6 du déblai n** 2 0,80 

c. Limon jaunâtre devenant brun à la partie 

supérieure avec cailloux disséminés k la base. 2,70 

d. Limon stratifié présentant deux lits de caiU 

toux, le premier de O^jOS séparé des cailloux c 

par 1»,20 et du second de O^SO par 0",80. 2,50 

IV. e. Sable jaune et rougeâtre ferrugineux avec lit 
mince de sable concrétionné passant à la 
limonile 0,30 

A reporter. . . 6,55 



v6H ) 

Report. • . 6,55 

« 

f. Sable blanc et jaune quarUeux très grossier . 0,80 

g. Plaquettes de grès ferrugineux fossilifère i 

Nummulites wemmelensis . . . mètres. 0,15 
h. Sable quartzeux jaune brunâtre devenant de 
plus en plus graveleux vers le bas, où il 
présente une couche de gravier de 0'",10; 
ce sable est traverse par un lit de concré- 
tions ferrugineuses limoniteusesavec géodes 
renfermant du sable blanc 0,65 

li. t. Sable fin blanc et jaune devenant graveleux 

vers le bas 3,20 

j. Sable gris jaunâtre foncé, moucheté de noir. 4,50 

k. Gravier 0,05 

IjK. /. Sable fin blanc et jaune mis à nu sur \ mètre 
et présentant jusqu'au niveau de la voie 
ferrée une épaisseur de 0,40 



Total. . . i5,10 



Déblai n'* 6 (k \ 50 mclres du grand Pont). 

a. Limon avec rares cailloux à la base • mètres 4,60 

b. Limon sableux stratifié 1,15 

c. Cailloux roulés 0,25 

d. Sable jaune et gravier 0,50 

e. Sable blanc 0,60 

f. Cailloux roulés et gravier dans un sable 

humecté 0,10 

A reporter. . . 7fiO 



( 612 ) 

Report. . . 7,00 

li. g. Sable gris verdâtre graveleux vers le bas {g') . 3,00 
h. Sable et grès calcarifères plus ou moins grave- 
leux entre les deux bancs de grès, surtout 
sous le premier {h') qui est & 1",S5 du gra- 
vier 9'; le second est au niveau de la voie . 2,45 



Total. . . 12,42^ 

liK. t. Un sondage i la bêche a mis encore à nu, sous le 
niveau de la voie ferrée : â'jiS de sable et grès caN 
carifères renfermant des vertèbres de poissons; un 
premier banc de grès de 0^,10 se trouve à O^'ySS du 
niveau de la voie, puis des moellons de O'^jSO teintés 
en rouge h la surface s'observent à 0^,80 du pre- 
mier banc et i 0'",30 du dernier qui à O'^ylO est 
presque continu et séparé du gravier j par O^ySO 
de sable. 
j. Gravier épais avec grès perforés à Num, lœvigata 
roulées, O^SO. 

B. k. Sable quartzeux bruxeliicn. 

La tranchée se termine un peu au delà de ce déblai 
n® 6 qui se trouve près du bloc, à la bifurcation des deux 
lignes, puis la voie vers Âudergbein est en remblai et 
bientôt apparaît une nouvelle tranchée au N. de Water- 
mael. Un déblai pratiqué sur le talus septentrional de 
cette tranchée, à 700 mètres environ de la bifurcation et 
à 140 mètres h VO. du petit pont vers Auderghem, m*a 
permis de relever la coupe suivante : 



( 6»3; 



Coupe relevée dans la tranchée au Nord de WalermaeL 

9» a. Limon et cailloux mètres 0,50 

6. Sable jaune durci avec cailloux roulés dissé- 
minés 0,50 

1¥. c. Gravier wemmelien? peut-être quaternaire . . 0,05 

l4» d. Plaquettes de grès ferrugineux fossilifères (Tur- 
ritelles et Lamellibranches) formant de grandes 
géodes renfermant du sable blanc .... 0,35 

e. Sable jaune et blanchâtre à la partie supérieure. 1 ,50 

f. Lit ferrugineux de sable jaune rougeàtre, pré- 

sentant plus à r£st de grandes plaquettes 
limoniteuses correspondant sans doute à celles 
qui s'observent à l'entrée du premier chemin 
creux à TEst 0,20 

g. Sable lin jaune moucheté de blanc vers le haut 
et rappelant la peau de Daim, sur f'yâO; gris 
blanchâtre vers le bas, sur l%70 2,90 

A. Gravier reposant sur un lit de sable ferrugineux 

d^un rouge ocreux 0,iO 

liK. t. Sable jaunâtre graveleux vers le bas .... 4,20 
j. Gravier & Num. lœvigata roulées 0,10 

B. k. Sable blanc quartzeux bruxellîen. 

Résumé et conclusion. — En résumé, on constate dans 
les coupes qui précèdent, au-dessus des sables bruxelliens 
et du gravier laekenien à blocs de grès perforés et à Num. 
lœvigata roulées, des sables et grès calcarifères et fossili- 
fères, parfois décalcarisés, au milieu desquels s'observe un 

3"* SÉRIE, TOME XIV. 41 



( 614 ) 

gravier tantôt Tort apparent, comme entre les 3" et 
4" déblais de la coupe iig. 3, où je l'ai mis à découvert 
sur toute la longueur; tantôt, au contraire, à peine visible 
et s'annonçant par une mince ligne ondulée de sable jaune 
brunâtre foncé. Ce gravier représente la base du nouvel 
étage de TÉocène moyen auquel nous avons proposé, avec 
M. E. Vincent, de donner le nom d'étage ledien. 

Il dépasse 8 mètres d'épaisseur dans la tranchée du 
grand Pont, où il se montre formé de sables et grès calca- 
rifères, dont certains bancs, très fossilifères et pétris de 
petites Nummulites variolaria, rappellent entièrement les 
sables et grès de Lede et de Moorsel, près d'Alost. 

J'ai recueilli dans le banc de grès g du déblai n"" 3 un 
certain nombre de fossiles peu ou point déterminables, 
mais parmi lesquels M. G. Vincent a pu, néanmoins, 
reconnaître la présence des espèces suivantes : 

Turritella crenulala. Cylherea Uevigata. 

Pecten comeus, Cardium Honi, 

Tellina filosa. Cardium setni granulalum, 

— setilaroîdes, LunuHtes urceolata. 

Ces dépôts calcaires, plus ou moins graveleux, passent 
vers le haut à des sables fins blanc et jaune offrant fré- 
quemment, par leurs bigarrures mouchetées, l'aspect d'une 
peau de daim. Ils sont aussi parfois ferrugineux jaune 
brunâtre et rougeâtre et présentent, vers le milieu de la 
masse, un niveau de gravier qui paraît assez constant. 

Les sables lediens (Ëocène moyen) sont surmontés par 
un épais gravier que recouvrent des sables grossiers très 
quartzeux, renfermant des plaquettes de grès ferrugineux 
fossilifères à Num, wetnmetensis et autres fossiles caracté- 
ristiques des sables de Wemmel (Ëocène supérieur). 

Enfin un point important et qui n'a pas, semble-t-il. 



élé suffisamment mis en lumière jusqu'ici, c'est que les 
sables wemmeliens eux-mêmes sont surmontés par un 
gravier qui, dans la tranchée du grand Pont, les sépare 
des dépôts argileux rapportés par Dumont à son système 
tongrien. 

Ces dépôts, commençant ainsi par un gravier de base et 
formés de sables argileux glauconifères passant à l'argile 
grise, se terminent, au contact des cailloux diluviens, par 
une couche d'argile glauconifère d'un vert foncé, dans 
laquelle on serait tenté, à première vue, de voir le repré- 
sentant de la < bande noire »,si Ton ne savait que celle-ci 
se trouve à un niveau inférieur, entre le gravier et l'argile 
grise. C'est dans cette position que je l'ai observée, 
notamment dans une sablière d'Esschene, près d'Assche, 
que je visitai cette année en compagnie de M. G. Vincent. 

C'est aussi à celte occasion que je pus constater par un 
sondage à la bêche, que, sur le territoire d'Assche comme 
sur celui de Tervueren, l'argile grise, correspondant exacte- 
ment à celle de notre grande tranchée, passe insensible- 
ment aux sables qui les surmontent. Or, la faune de ces 
sables d'Assche, bien que très imparfaitement connue, com- 
prend des espèces caractéristiques du Tongrien, telles que 
VOstrea ventilabrum' ei la Terebratulina ornala. Dans ces 
conditions, on peut dire qu'il était au moins prématuré de 
renseigner dans la légende de la carte géologique au 
20,000*, les sables d'Assche et les dépôts argileux sous- 
jacents comme formant un nouvel étage de TÉocène 
supérieur. 

On a déjà vu que ce dernier, désigné sous le nom 
A^étage asschien^ comprend des dépôts comme ceux de 
Nosseghem qui, par leur faune, correspondent exactement 
aux sables types de Wemmel, alors que d'autres sables, 
qui leur sont immédiatement inférieurs et qui sont ren- 



C 616 ) 

seignés comme wemmelieus sur la nouvelle carie, consli- 
luenl, au contraire, le nouvel étage ledien dont le présent 
travail permet de bien apprécier l'importance. 

L'introduction de l'étage ledien dans la légende de la 
carie entraîne un nouveau levé pour les parties où affleu- 
rent les dépôts qui font l'objet de cette communication; 
seulement il importe de ne pas perdre de vueque, malgré 
les derniers résnllats acquis, ce serait s'exposer à préjuger 
une question qui reste encore pendante, que de vouloir 
fixer définitivement la position des dépôts argilo-sableux 
d'Assche dans la série tertiaire, sans avoir pu bien |)ré- 
ciser leurs relations stratigraphiques avec les dépôts ana- 
logues des environs de Louvain et du Limbourg. 

C'est ce travail auquel plusieurs géologues et moi-même 
travaillons depuis assez longtemps déjà, avec l'espoir de 
pouvoir le mener bientôt à bonne fin. 



Action des acides sur le goût; par Joseph Corio, prépa- 
rateur de physiologie à l'Université de Liège. 

Les physiologistes admettent généralement dans le sens 
du goût quatre énergies spécifiques, c'est-à-dire quatre 
espèces de sensations élémentaires, qui sont les sensations 
amère, sucrée^ salée^ acide (1). Quelque variées qu'elles 

(1) Zenneck et Valentin n'admettent que deux espèces de goût : 
amer et doux. 

Clericus, Schîff, Stich et Brûck admettent en outre une saveur 
acide. 

Voyez : Hbrhann, Handbuch der Physiologie der Sinnesorgane, 
zweiter Theil; Physiologie des Gesehtnaekssins und des Geruchssisms, 
par VON ViNTSCHGAu, pages 131 à 133. 



( 617 ) 

nous paraissent, toutes les sensations sapides pourraient 
être ramenées à des mélanges de ces quatre sensations 
simples, ou à des modifications de ces sensations simples 
par suite de leurs combinaisons avec des sensations tactiles 
ou olfactives. 

Les relations qui existent entre le goût des substances 
sucrées (glycols, glycoses, sucres, glycérine, saccha- 
rine, etc.), amères (sels de magnésium, acides biliaires, 
quinine et beaucoup d'autres alcaloïdes), ou salées (chlo- 
rure de sodium et quelques autres sels), et leur fonction 
chimique^ sont assez obscures. Pour les substances acides, 
au contraire, la fonction chimique et la saveur aigrelette 
sont si étroitement liées qu'on les désigne sous un seul 
et même mot, celui d'acide. Tous les corps acides au 
point de vue du goût le sont aussi au point de vue chi- 
mique. Le bout de la langue remplace parraitement le 
tournesol quand il s'agit de décider si une molécule d'un 
composé soluble contient de Thydrogène remplaçable par 
un métal. 

Jusqu'où va cette relation entre faction gustative et la 
fonction chimique? L'une peut-elle servir de mesure à 
l'autre? En d'autres termes, l'intensité de la saveur des 
différents acides est-elle en rapport avec la quantité de 
soude qu'ils sont capables de neutraliser? 

Telle est la question que j'ai cherché à élucider dans 
ce travail. 

I. — La plupart des acides présentent exactement le 
même goûty si l'expérimentateur se pince les narines ou 
dilue suffisamment ces acides pour éliminer Faction qu'ils 
peuvent exercer sur l'odorat. 



(618) 

Chacun sait, en effet, que la distinction des différentes 
substances sapides par le goût seul est limitée. Mais, 
Todorat aidant, nous reconnaissons facilement les unes 
des autres plusieurs substances présentant la même 
saveur, par exemple, plusieurs fruits également sucrés ou 
également aigres. De même, on distingue facilement 
d'ordinaire les acides acétique, chlorhydrique, nitrique et 
phosphoreux, tandis que si l'observateur se pince les 
narines, la distinction de ces substances devient impos- 
sible (1). 

Si donc on a soin de diminuer autant que possible ou 
d'empêcher Taclion de ces corps sur l'odorat, on pourra 
comparer l'intensité de leur saveur acide et arriver par là 
à résoudre la question que nous nous sommes posée. C'est 
ainsi que nous avons pu employer les douze acides sui- 
vants, dont le goût est presque exactement le même : 
chlorhydrique, nitrique, sulfurique, hypophosphoreux , 
phosphoreux, formique, acétique, oxalique, tartrique, 
citrique, maliqiie et lactique. 

II. — Avant d'aborder la question capitale, j'ai cherché 
quels étaient les meilleurs procédés à employer et les 
limites (ferreur possible. 

Remarquons d'abord que, par l'exercice, on arrive faci- 
lement à retrouver de faibles traces d'acides ajoutées à de 
l'eau distillée, ou à percevoir de faibles différences de 
saveur entre des liqueurs de concentrations voisines. 



(1) Les acides propionique, succinique et salicylique et plusieurs 
autres peuvent encore se distinguer par le simple goût, alors qu*on 
a pris toutes les précautions voulues pour empocher leur action sur 
Fodorat. 



{ 6i9 ) 

Nolons aussi qu'il faut prendre certaines précautions 
pour qu'un acide déterminé provoque toujours sur la 
laugue la même sensation. 

On sait que toute la surface de la langue n*est pas sen- 
sible aux corps sapides. 

Le sens du goût n'est établi d'une façon certaine que 
pour la base, la région située près des bords libres, et 
entres autres une surface placée immédiatement en arrière 
de la pointe de la langue. Cette dernière partie est la plus 
accessible et suffit généralement. Car la saveur d*une 
petite quantité de liquide placée sur la pointe de la langue 
se caractérise presque toujours aussi nettement qu'en 
absorbant une gorgée de ce liquide et en comprimant la 
langue contre le palais. Ce dernier procédé n'est employé 
et ne donne de meilleurs résultats qu'avec des liqueurs 
très étendues^ c'est-à-dire lorsque ces liqueurs ne donnent 
plus que des sensations difficilement appréciables en en 
goûtant de petites quantités placées sur la pointe de la 
langue. 

Il est bon de n'opérer que sur un certain nombre de 
corps par jour, de changer souvent Pordre dans lequel on 
les a pris successivement, et de s'arranger de telle sorte 
que, ne connaissant pas la substance que l'on veut goûter, 
on soit certain de ne pas établir de jugement a priori sur 
sa saveur. Pour cela, on doit mettre les différents liquides 
dans des flacons semblables, faire disposer ces flacons par 
une personne étrangère à l'expérience, et, après avoir 
noté les résultats, écrire en regard les noms et les con- 
centrations des liquides employés. 

Il faut de plus prendre des quantités d'acide toujours 
les mêmes et relativement faibles. A cet effet, je me suis 
servi d'un tube effilé et muni d'un index qui mesurait un 



( 620 ) 

volume rigoureusement exact de liquide (de 74 à V2 centi- 
mètre cube). Pour les acides très dilués, j'ai pris 2,5 centi* 
mètres cubes; mais alors, j*ai pris aussi 2,5 centimètres 
cubes des différents liquides que je voulais comparer dans 
une série d'expériences. Je laissais couler ces liquides sur 
la pointe de la langue, je les y conservais un laps de temps 
égal, 5 secondes, par exemple, je les crachais, et me 
rinçais la bouche avec le moins d'eau possible pour que 
l'eau conservée sur la langue ne vînt pas diluer une 
liqueur goûtée peu de lemps après. Pour les acides les 
moins concentrés, je me rinçais la bouche de préférence 
avec la salive, mais, naturellement, en opérant toujours 
de la même manière pour les différents essais à comparer 
entre eux. 

Il est bon aussi de n'opérer que lorsque la langue est 
parfaitement libre, qu'on n'y perçoit aucune saveur, que 
l'on n'a ni bn^ ni mangé, ni fumé depuis un certain temps. 

in. — J'ai cherché d'abord à établir pour chaque acide 
le maximum de dilution auquel on peut le ramener, avant 
que Von ne parvienne plus à le distinguer de l'eau pure. 

C'était là un point important, car si ce maximum est 
invariable, il suffit de le déterminer pour avoir en quelque 
sorte une mesure exacte de l'intensité de la saveur de 
chacun des acides employés. 

Malheureusement, et comme on pouvait le prévoir, ce 
maximum de dilution est un point variable, dépendant 
sans doute de l'état de l'expérimentateur. En effet, j'ai p» 
distinguer d'avec l'eau pure une solution d'acide sulfurique 
telle qu'un litre d'eau contînt 0,98 grammes de H^SO^ 
chimiquement pur, à peu de chose près, soit */iooo siq. 
Cet essai, répété plusieurs fois le même jour, et en pre- 



(621 ) 

nanl les précautions indiquées plus haut pour éviter les 
erreurs résultant d'une opinion établie a prioriy ne m'a 
pas laissé le moindre doute. Mais^ d'autres jours, j*ai pu 
percevoir l'acidité d'une liqueur contenant seulement 
0,3 grammes d'acide sulfurique par litre d'eau, soit Vioooo' 
tandis que d'autres fois je n'ai pu distinguer de l'eau pure 
une liqueur contenant moins de 2 pour 1000 d'acide; 
souvent même je n'ai pu conclure certainement que pour 
3,5 grammes de H^SO^ par litre d'eau. En résumé, les 
solutions acides les plus étendues que j*aie pu distinguer 
d'avec l'eau pure varient entre 'Vioooo ^^ '/«oooo* 

Le maximum de dilution auquel on puisse amener un 
acide avant de ne pouvoir plus le distinguer de l'eau pure 
n'est donc pas un point invariable; mais ce point dépen- 
dant de l'expérimentation, je pouvais tout au moins com- 
parer entre eux différents maxima observés à peu d'inter- 
valle pour des acides différents. 

Et ce dernier point m'a été d'un grand secours pour 
mes expériences ultérieures. 

Avant d'abandonner cette question, je vais indiquer les 
doses minima que j'ai pu percevoir d'ordinaire pour quel- 
ques acides (1): 



Acide citrique . . . 0,40 p. i,000 aq. 

Acide succinique . . 0,55 p. 1,000 aq. 

Acide oxalique . . . 0,^ p. i,O0O aq. 

Acide acétique . . . 0,35 p. 1,000 aq. 



Acide formique . . . 0,16 p. 1,000 aq. 

Acide tartrique . . . 0,60 p. 1,000 aq. 

Acide nitrique. . . • 0,40 p. 1,000 aq. 

Acide chlorhydrique 0,25 p. 1,000 aq. 



Pour les acides sur lesquels j'ai expérimenté, une con- 



{{) Valentin distingue ^/looooo d'acide sulfurique dans l'eau pure. 
Voyez : Hbrmann, Handbuch der Physiologie der Sinnesorgane, 
zwei^er T/iei/^ p. âli. 



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4 .* 



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( 622 ) 

centration de Viooo suffisait généralemeDt pour leur don* 
ner uoe saveur franchement acide. Notons encore qu'une 
liqueur très faiblement acidulée, et qui pourrait être prise 
pour de Teau pure» s'en distingue aisément si Ton a soin 
de goûter plusieurs fois cette liqueur et une même quan- 
tité d*eau distillée. (Le mieux est de prendre de Tune et de 
l'autre 2 à 5 centimètres cubes). 

Un dernier point important était de rechercher ju^fu'à 
quel point je pouvais établir une distinction entre deux 
solutions acides présentant des saveurs d'intensités diffé^ 
rentes . 

En opérant sur l'acide chlorhydrique dilué J*ai pu établir 
une distinction de saveur nettement tranchée entre deux 
liquides contenant respectivement 0,17 et 0,25 7« de HCI 
chimiquement pur. La différence était difficile à établir 
entre des solutions contenant 0,17 et 0,20 7o de HCI; de 
0,17 à 0,18 Vo là distinction est très difficile, et entin, de 
0,17 à 0,175 7o elle est impossible. 

En résumé, pour une concentration d*acide d'environ 
1,5 pour 1000 à 2,5 pour 1000, on peut établir une dis- 
tinction bien marquée entre des solutions différant au 

minimum de Vioooo* 

Lorsque la concentration n'est que de 3 pour 10000 à 
1,5 pour 1000, on perçoit encore une différence nette 
entre deux liquidés différant entre eux de YjQopo« c'est-à* 
dire, entre deux liquides concentrés respectivement à 3 
pour 10000 et à 6 pour 10000, par exemple; ce résultat 
n'est atteint qu'exceptionnellement. Pour des liquides plus 
dilués, il est assez rare que l'on puisse distinguer la 
liqueur acide de Peau pure. 

La marche à suivre pour rechercher ce qui fait varier 
l'intensité de la saveur d'un acide est donc à peu près 



i; 623 ) 

tracée : chercher pour les acides très dilués le degré de 
concentration nécessaire pour pouvoir les distinguer de 
feau pure, mais, dans ce dernier cas, ne comparer entre 
eux que les résultats obtenus dans des expériences faites à 
peu d'intervalle. 

Toutefois, notons encore qu'un autre procédé pouvait 
être suivi : c'était de préparer des liquides tels qu'ils eus- 
sent tous la même saveur, puis de les doser pour obtenir 
des données numériques. Mais j'ai dû l'abandonner. 

Car je me suis rapidement convaincu qu'il est souvent 
plus facile d'établir une différence qu'une égalité de saveur 
entre deux substances données; du reste, on conçoit faci- 
lement qu'en cherchant à savoir si deux saveurs acides 
sont également intenses, je ne puis accorder que peu de 
confiance à une égalité apparente, qui peut bien n'être 
qu'une différence trop faible pour être perceptible au goût, 
tandis que, par le premier procédé, je puis me prononcer 
catégoriquement même pour des différences assez faibles. 

Je citerai seulement deux expériences faites d'après ce 
procédé : 

Ayant une solutioh d'acide chlorbydrique modérément 
étendue, j'ai cherché à composer une solution d'acide sul- 
furique provoquant sur la langue la même sensation. Après 
bien des tâtonnements pour arriver à établir autant que 
possible une analogie à peu près complète entre les sen* 
sations produites, j'ai titré les deux liqueurs par une les- 
sive de soude contenant 6,3 grammes de NaOH pour 
1000 centimètres cubes d'eau. 

10 centimètres cubes de la solution de HCl ont été 
saturés par 9,8 centimètres cubes de liqueur alcaline; 
10 centimètres cubes de la solution de H'SO* par 6,3 cen- 
timètres cubes de cette même liqueur. 



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( 61>4 ) 

Dans un autre cas, 10 centimètres cubes d'une solution 
cblorhydrique ont demandé 15,8 centimètres cubes de les- 
sive alcaline; et 10 centimètres cubes d'une solution sul- 
furique, présentant la même saveur acide, ont été saturés 
par 21 centimètres cubes de cette lessive. 

Ces deux essais, auxquels je n'attribuai du reste aucune 
valeur sérieuse, me faisaient cependant douter que la 
saveur plus ou moins prononcée des acides fût due seule- 
ment à la quantité d'hydrogène basique y contenue. Car, 
dans ce cas, deux liqueurs présentant la même saveur 
devraient contenir la même quantité d'hydrogène acide, 
et par conséquent être saturées par le même volume de 
lessive alcaline. 

Ces deux essais ont été faits le même jour. Aussi m'ont- 
ils donné des résultats très rapprochés : le rapport entre 
les quantités de soude nécessaires pour neutraliser un 
même volume de la solution cblorhydrique et de la solution 
sulfurique est assez constant : 



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On voit donc que les appréciations émises le ménie jour 
sur la saveur des liqueurs ne diffèrent presque pas, et que 
l'on pourrait peut-être employer pour des recherches plus 
complètes cette méthode, qui est celle des erreurs moyennes. 
Toutefois, je n'ai pas cru devoir m'en servir ici, parce que 
ce procédé est très long, et que, du reste, dans beaucoup 
de cas, les appréciations émises sur les saveurs de diffé- 
rents liquides, d'après ce procédé, et même à peu d'inter- 
valle, étaient loin d'être aussi comparables. 

Je ferai encore remarquer que les différents essais dont 



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( 6!25 ) 

je publie ici les résultats ont été faits par moi seul, eu 
sorte qu'il est possible qu'un autre expérimentateur arrive 
à une autre classification des acides au point de vue du 
goût; du reste, ainsi que j*ai pu m'en convaincre en fai- 
sant ce travail, Pexercice m'avait rendu capable de distin- 
guer entre deux saveurs données une différence qu'un autre 
n'eût pu reconnaître sans avoir fait comme moi sa propre 
éducation. 

Pour désigner les différentes intensités des saveurs 
acides, j'ai dû me borner à me servir de termes assez 
vagues. J'aurais pu employer des longueurs ou des chiffres, 
plus maniables au point de vue de la variété des qualifi- 
catifs qu'ils auraient remplacés. Mais le lecteur est tou- 
jours porté à attribuer une valeur absolue aux longueurs 
ou aux chiffres» et à établir entre eux des comparaisons 
rigoureuses. 

Ce procédé pourrait à la rigueur être employé pour 
désigner des saveurs acides, que j'aurais classées en les 
comparant à des dilutions déterminées d'un même acide 
type; ce qui m'eût entraîné dans une nouvelle et longue 
série d'essais à pratiquer d'après la méthode des erreurs 
moyennes dont j'ai parlé plus haut. 

J'ai donc goûté les solutions acides de façon à pouvoir 
toujours ranger dans le même ordre les sensations que 
j'ai perçues^ et toujours, en effet, les résultats ont con- 
cordé. Ces résultats ne sont donc pas des moyennes; ils 
ont toujours été constants, ce qui montre que les diffé- 
rences perçues sont sufiisamment sensibles, et c'est pour 
ce motif que j'ai cru inutile de publier in extenso les diffé- 
rents tableaux représentant différentes séries d'essais qui 
donnaient des résultats identiques. 



( 626 ) 



§ II. — RÉSULTATS OBTENUS. 
Acides monobasiques. 

I. — L'intensité de la saveur n'est pas égale chez les 
différents acides monobasiques au même degré de dilution, 
(fest'à'dire contenant le même poids absolu d'acide dilué 
avec un égal volume d'eau. 

En effet, préparons différentes solutions d'acides avec 
la même quantité d'eau et des poids égaux (3 grammes) de 
différents acides monobasiques. Nous obtiendrons des 
saveurs d'intensilés nettement différentes. Nous pourrons 
les étendre successivement de la même quantité d*eau, 
le résultat ne changera pas. Je résume dans le tableau 
suivant n® 1 les résultats obtenus. Les solutions acides 
comparées dans chaque colonne verticale ont été compo- 
sées de façon à contenir 5 grammes d'acide (1) pour le 
volume d'eau indiqué en tête de chaque colonne. Dans la 
dernière colonne (liquides formés de 3 grammes d'acide 
pour 2,000 d'eau), les liqueurs étant trop étendues pour 
présenter des saveurs nettement acides ont été goûtées par 
gorgées de 2,5 centimètres cubes. 



(1) Ces quantités d'acide, comme toutes les autres renseignées 
dans cet ouvrage, ont été mesurées par des dosages faits avec une 
solution de NaOH à 6,5 pour 1,000. 



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II. — L'intensité de la saveur acide nest pas propor- 
tionnelle chez les différents acides aux quantités d'hydro* 
gène acide contenues dans les solutions^ ou^ ce qui revient 
au même, au nombre de molécules diacide. 

Ainsi, pour 200 gramoies d'eau, prenons 3,65 grammes 
d'acide chlorhydrique, 6,5 grammes d'acide nitrique, 
6,6 grammes d'acide hypophosphoreux , 4,6 grammes 
d'acide formique, 6 grammes d'acide acétique et 9 grammes 
d'acide lactique, c'est-à-dire des poids d'acide proportion- 
nels au poids moléculaire de chacun. Après avoir goûté ces 
liquides, nous les étendrons de la même quantité d'eau. 
Nous obtiendrons dans tous les cas des saveurs d'inten- 
sités sensiblement différentes. 

Je résume les résultats obtenus dans le tableau n^ 2 
construit sur le modèle du précédent. 

Si l'intensité de la saveur acide dépendait de la quan- 
tité d'hydrogène basique contenue dans la solution, tous 
les liquides indiqués dans ce tableau devraient présenter 
la même saveur, car, d'après leur composition, ils ren- 
ferment à volume égal le même nombre de molécules 
d'acides, et, puisqu'ils sont monobasiques, le même nombre 
d'atomes d'hydrogène acide. 

III. — La saveur acide de différentes solutions conte^ 
nant le même nombre de molécules d'acide^ en d'autres 
termes, la même quantité d'hydrogène basique^ est d'au- 
tant plus prononcée que le poids moléculaire de l'acide est 
plus faible. 

Une inspection attentive du tableau ci -après (n^ 2) 
suffit pour le démontrer. En effet, disposons les résultats 



( 629 ) 



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( 630 ) 

obtenus de manière que ]*acide dont la saveur est la plus 
prononcée soit en télé, et que celui dont le goût acide est 
le plus faible soit le dernier; nous verrons alors que ces 
acides, placi'S dans Tordre de la saveur la plus prononcée, 
sont aussi placés dans Tordre du poids moléculaire le plus 
faible; c'est-à-dire que leurs poids moléculaires augmentent 
en sens inverse de leur saveur. Ne voulant laisser aucun 
doute, j'ai préparé de nouvelles solutions avec les mêmes 
acides et dans les mêmes conditions qu'au tableau n"* S. Je 
les ai goûtés avec toutes les précautions indiquées, et les 
résultats ont encore été aussi concluants. Je les expose 
dans le tableau n^'S, construit diaprés le modèle précédent. 
Les acides ont été composés comme dans le tableau 
n** 2. Leurs poids moléculaires sont inscrits à côté de leurs 
noms. Les essais sur la langue ont été faits à deux reprises 
différentes. 



§ m. 

Acides polybasiques. 

I. — UintensUé de la saveur acide fCesl pas égale chez 
les différents acides polybasiques^ pris au même degré de 
dilution, c^est-à-dire contenant le même poids d'acide dilué 
avec le même volume d'eau. 

Il suffit, pour s'en convaincre, de lire le tableau n'' i. 
Les différents liquides ont tous été composés avec le 
même poids (3 grammes) des différents acides et les 
mêmes quantités d'eau (200, 500, 1,000, 1,500 et 2,000 
centimètres cubes d'eau). 



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( 633 ) 

IL — Uintensité de la saveur acide n'est pas propor- 
tionnelle chez les différents acides poly basiques aux quan- 
tités d'hydrogène acide contenues dans la solution. 

En d'autres termes, pour des acides de même basicité, 
l'intensité de la saveur acide n'est pas proportionnelle au 
nombre de molécules acides contenues dans la solution. 

Le tableau n"" 5 moutre les résultats obtenus par l'expé- 
rience. Les différents liquides ont été composés en ajou- 
tant les volumes d'eau inscrits en tète de chaque colonne 
à des poids d'acides proportionnels aux poids moléculaires 
de chaque acide. 

Par la composition de ces liquides, ils contiennent tous 
le même nombre de molécules par centimètre cube. Il 
s'ensuit que si, pour les acides de même basicité, l'intensité 
de la saveur acide était proportionnelle au nombre de 
molécules acides contenues dans la molécule, les acides 
bibasiques (les quatre premiers) devraient avoir la même 
saveur. 

III. — La saveur acide de différentes solutions con- 
tenant le même nombre de molécules d'acides de même 
basicité, est d'autant plus forte que le poids de la molécule 
est plus faible. 

Le goût acide d'une molécule d'acide d'une basicité 
donnée est donc d'autant plus prononcé que Phydrogène 
acide est fixé à une molécule plus petite. 

Ou bien, pour des solutions d'acides de bastcités 

DIFFÉRENTES CONTENANT LE MÊME NOMBRE DE MOLÉCULES 
DIACIDE, l'intensité DE LEUR SAVEUR ACIDE DÉPEND DE LA 
GRANDEUR DU RAPPORT DU POIDS d'hTDROGÈNE ACmE CONTENU 
DANS LA MOLÉCULE AU POIDS DE CETTE MOLÉCULE. 



( 634 ) 



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( 635 ) 

Le tableau n^ 6 contient les résultats obtenus dans une 
série d'expériences répétées avec des acides de basicités 
différentes. 

Les liquides ont été composés de telle sorte qu'à unité 
de volume ils contiennent le même nombre de molécules 
d'acides, c'est-à-dire avec des poids d'acides proportionnels 
aux poids moléculaires de chaque acide par une même 
quantité d'eau. 

Notons seulement que, pour les cinq premiers acides, 
dans la première colonne verticale (à 200 centimètres 
cubes d'eau), si je n'ai pu percevoir de différences de 
saveur entre eux, c'est que chacun de ces liquides m'a 
donné une sensation de brûlure tellement forte que j'ai dû 
attendre longtemps avant de recouvrer toute la délicatesse 
de goût nécessaire pour continuer mes essais. 

Le rapport du poids d'hydrogène acide contenu dans 
chaque molécule au poids de cette même molécule, qui, 
ainsi que le prouvent ces expériences, est la mesure de 
l'intensité de saveur acide, est indiqué dans la première 
colonne au-devant du nom de chaque acide. 



§ IV. — CONCLUSIONS. 
I. — Acides monobasiques. 

a) L'intensité de la saveur acide nest pas égale chez Us 
différents acides pris au même degré de dilution^ c'est- 
à-dire contenant le même poids absolu d'acide dilué avec le 
même volume d'eau. 

b) L'intensité de la saveur acide n'est pas proportion^ 
nelle chez les différents acides aux quantités d'hydrogène 
acide contenues dans la solution. 



( 656 ) 



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( 637 ) 

c) Vacidité de différentes solutions contenant le même 
nombre de molécules d'acides, ou, ce qui revient au même, 
la mime quantité d'hydrogène acide, est d'autant plus forte 
que le poids moléculaire est plus faible. Le goût acide 
d'une molécule d'acide monobasique est donc d'autant plus 
prononcé que l'hydrogène acide est fixé à une molécule 
plus petite. 



11. — AcMes poljlMisiques. 

a) L'intensité de la saveur acide des acides polyba- 
siques n'est pas la même chez ces différents acides pris au 
même degré de dilution. 

b) L'intensité de la saveur acide des acides polyba- 
siques n'est pas non plus proportionnelle à la quantité 
d'hydrogène acide contenue dans la solution. 

c) La saveur acide de différentes solutions d'acides de 
même basicité, conte^iant le même nombre de molécules 
d'atides, est d'autant plus forte que le poids de la molécule 
est plus faible. 

d) L'iMTENSiTÉ DE LA SAVEUR ACIDE D*DME MOLÉCULE D^UN 
ACIDE QUELCONQUE DÉPEND DU RAPPORT DU POIDS D*HYDRO- 
6ÈNE ACIDE CONTENU DANS LA MOLÉCULE AU POIDS DE CETTE 
MOLÉCULE. 



( 638 ) 



Observations physiques de Saturne faites en 4887 , à 
l'Observatoire royal de Bruxelles ; par Paul Stroobant. 

Ces observations ont été faites au grand équalorial 
(ouverture O'^^SS); les grossissements habituellement 
employés sont ceux de 360 et de 480. La dernière obser- 
vation seule (SO avril) a été faite à Téquatorial de PEst 
(ouverture 0",15). 

Nous avons, suivant Tusage, désigné les trois anneaux 
de Saturne respectivement l'extérieur par A, le moyen 
par B et rinlérieur par C. 

La forme de Tombre projetée par le globe sur les anneaux 
a particulièrement attiré notre attention. 

Ces observations pourront être comparées à celles de 
M. Terby [Bulletin de V Académie royale de Belgique; 
3^ bérie, tome XIII, n"" 5, mars, 1887), de M. Stuyvaert 
(loc. cit.) et de M. T.-G. Elger (Monthly Notices, vol. XLVII, 
p. 511). 



99 Janvier 18^9. 

1 1 heures. La partie plombée du disque parait un peu 
plus foncée que l'anneau extérieur. La calotte polaire et la 
portion du disque en contact avec la bande équatoriale 
brillante semblent plus grises que la zone intermédiaire. On 
soupçonne une trace de division dans l'anneau extérieur. 



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( 639 ) 

qai est moins brillant que Panneau moyen. La ligne de 
séparation entre l'anneau sombre intérieur et le fond du 
ciel est nettement dessinée. L'éclat de la bande équatoriale 
paraît égal à cetui de l'anneau moyen. 
Grossissement : 360. 



• février. 

10 h. 30 m. On soupçonne une trace de division dans 
Panse orientale de Panneau extérieur Â. La région polaire 
paraît remarquablement foncée. La bande grise et étroite, 
qui s'étend au Sud de la zone équatoriale brillante, semble 
très foncée. La partie moyenne du disque n'est pas d'une 
teinte uniforme (fig. 1). 

Grossissement : 360. 



tt février. 

10 h. 45 m. Sur Panse orientale de A on voit la divi- 
sion de Encke. Cet anneau se divise en deux zones concen- 
triques inégales en grandeur et en éclat, la zone intérieure 
étant plus brillante et plus étroite que la zone extérieure 
(fig. 2). On aperçoit deux dentelures sombres qui empiè- 
tent sur l'anneau A dans l'anse occidentale (fig. 3). 

L'ombre du globe sur Panneau moyen B parait assez 
fortement concave (fig. 4). 

La zone équatoriale brillante est séparée vers l'orient 
par une bande grisâtre et étroite qui s'élargit vers le limbe 
de Saturne (fig. 5). Conditions assez mauvaises. 



( 640 ) 



tS WèwTÎeTm 

9 b. 15 m. La bande grisâtre qui traverse la région 
équatoriale parait plus large et moins nette qu'bier. On 
voit assez bien la division de Encke. Les conditions 
d'observation sont assez bonnes. 



19 février. 



8 heures. La division de Encke est bien visible. La zone 
extérieure de l'anneau A parait plus brillante sur l'anse 
occidentale que sur l'anse orientale. 

L'ombre du globe sur l'anneau est représentée fig. 6. 



te février. 

10 h. 45 m. La division de Encke est plus rapprochée 
de celle de Cassini que du bord extérieur de l'anneau A; 
elle est mieux visible dans l'anse orientale (grossissement 
de 360). 

La figure 7 représente l'ombre du globe sur l'anneau, 
observée avec un grossissement de 480. 

Très bonnes conditions d'observation. 



t9 février. 

7 h. 40 m. On soupçonne la division de Struve dans 
l'anneau sombre C. 
Ombre du globe sur l'anneau (fig. 8). 
Grossissement : 480. Temps très beau. 



( 641 ) 



t8 lévrier. 

11 heures. Od aperçoit deux dentelures sur Panse occi< 
dentale de l'anneau A (fig. 9). 
L'ombre du globe sur Panneau est représentée fig. 10. 
Grossissement : 480. Les conditions sont bonnes. 



7 h. 30 m. On voit avec beaucoup de netteté la zone 
sombre intérieure de l'anneau moyen. La division de Encke 
est bien visible. L'espace obscur visible entre Panneau et 
le disque de Saturne a une largeur égale aux deux tiers 
environ de celle de Panneau sombre. La division de Struve 
est visible dans l'anse occidentale de l'anneau sombre. La 
limite intérieure de cet anneau ne parait pas régulière, 
surtout dans la partie australe des deux anses (tig. 1 1). 

L'ombre du globe sur l'anneau est représentée fig. 12; 

On voit quelques dentelures partant de la division de 
Cassini et pénétrant dans l'anse occidentale de l'anneau 
extérieur. Ces dentelures paraissent se prolonger à Pinte- 
rieur de Panneau A sous forme de stries (fig. 13). Grossis- 
sement : 480. 



s mars. 



7 b. 35 m. L'anneau sombre parait plus large dans 
Pansé occidentale que dans l'anse orientale. La division de 
Struve est visible dans les deux anses (fig. 14). 



( 642 ) 

La zone moyenne du globe de Saturne paraît un peu 
moutonnée. 
Ombre du globe sur Tannean (fig. 15). 
Grossissement : 360. 

5 mara. 

7. h. 15 m. L'ombre du globe sur Tanneau B parait à 
peu près rectiligne; on aperçoit à peine un petit crochet à 
la division de Cassini (Gg. 16). 

L'ombre du globe sur Panneau G est visible. 

Gomme le 3, l'anneau sombre parait plus large dans 
l'anse occidentale que dans Tanse orientale. 

Nous n'avons pas aperçu la division de Struve, ni la 
division de Encke. 

L'anneau sombre paraît particulièrement bien visible; 
on le voit avec beaucoup de netteté devant le disque de 
Saturne. 

Grossissement : 480. Les conditions sont bonnes, cepen- 
dant la lune est assez près de Saturne. 



8 heures. L'ombre a le même aspect qu'hier (grossis- 
sement : 360). Les conditions sont mauvaises, le ciel est 
nuageux. 



9 inara. 



9 h. 30 m. L'ombre du globe sur les anneaux a le même 
aspect que les jours précédents. Sur B, elle parait cepen- 
dant légèrement concave. On ne voit rien de remarquable 
ailleurs. 

Grossissement : 360. 



( 643.) 



tO mars. 

8 h. 4Sm. Sor Tanneau A Tombre est parallèle au globe; 
sur Tanneau moyen B, elle est rectiligne, puis se courbe 
en tournant sa convexité vers la division de Cassini. 
L'ombre paraît plus large à la hauteur de la division cas- 
sinienne (fig. 17). 

La division de Enckeest visible dans Tanse occidentale. 

L*anneau sombre est mieux visible dans l'anse orientale 
que dans l'anse occidentale. Dans la première, sa largeur 
est à peine la moitié de la distance de l'anneau B au globe; 
dans la seconde, au contraire, la largeur de l'anneau est 
plus grande que celte moitié. 

Dans l'anse occidentale, on soupçonne la division de 
Struve; la ligne de séparation de l'anneau sombre et du 
fond du ciel parait peu nette et peu régulière dans cette 
anse. 

Grossissement : 480. 



14 mars. 

9 h. à 10 h. 15 m. L'ombre du globe sur l'anneau a le 
même aspect que le 10. L'ombre est visible sur l'anneau 
sombre. 

On voit bien la division de Encke, surtout dans l'anse 
ocientale. Sa distance à la division cassinienne égale le 
tiers environ de la largeur de A (Og. 18). 

L'anneau B se partage en trois zones concentriques : 
la première très brillante voisine de la division Cassini, la 



(644) 

seconde un peu moins brillanle et beaucoup plus large, 
enfin une troisième intérieure et grisâtre, mais d'une teinte 
moins terne que A. Le bord extérieur de cette zone 
sombre est estompé et en festons. 

L*anneau C parait extrêmement bien visible, surtout 
dans Tanse orientale; sa largeur est à peine la moitié de 
rîntervalle qui sépare Tanneau B du globe. Malgré la 
netteté des images, nous n'avons pas vu la division de 
Struve. 

La bande brillante équaloriale sur le globe parait 
divisée en deux parties, la partie boréale étant moins 
brillante que la partie australe. 

Bonnes conditions d'observation. Grossissement : 480. 



7 h. 30 m. L'ombre a le même aspect que le 3; cepen- 
dant, au lieu d'être à peu près rectiligne sur A, elle est 
assez fortement convexe. 

L'anneau sombre est bien visible dans les deux anses. 

Le temps est assez beau. 



9 h. 45 m. L'ombre est convexe sur A et concave 
sur B, le crochet à la division de Cassini est très accentué» 

Mêmes remarques que le 10 mars relativement à la 
largeur de l'anneau sombre dans les deux anses. 

Images assez mauvaises. Grossissement : 360. 



( 645 ) 



8 b. à 9 h. 30 m. L'ombre du globe sur l'anneau A est 
convexe (parallèle au limbe de Saturne), sur l'anneau 
moyen elle est légèrement concave et se prolonge jusque 
sur C. 

On soupçonne la division de Encke. 

La zone sombre intérieure de l'anneau B s'étend 
presque jusqu'à la moitié de l'anneau. Il est difficile d'en 
saisir la limite exacte, elle va en diminuait d'éclat insen- 
siblement de l'intérieur vers l'extérieur. On aperçoit une 
zone d'un gris très clair s*étendant près de la division de 
Cassini. 

L'anneau sombre a dans l'anse orientale une largeur 
égale à peu près à la moitié de l'espace qui sépare le globe 
de l'anneau fi, c'est-à-dire un peu moins large que 
l'anneau extérieur. 

Dans cette anse, la limite intérieure de l'anneau sombre 
est nette. 

Dans l'anse occidentale cet anneau est un peu plus large 
et moins nettement terminé que dans l'anse orientale. 

Dans la partie Ouest de l'anneau sombre, on voit la 
division de Struve près du bord extérieur. Cet anneau 
parait moins large proportionnellement devant le globe de 
Saturne que dans les anses. 

Sur le globe on observe en allant du Nord vers le Sud: 

l"" La projection de l'anneau sombre; elle est plus 
foncée que A, mais bien moins sombre que C dans les 
anses; 

S"* SÉRIE, TOME XIV. 43 ' 



( 646 ) 

S° Une bande septentrionale grise qui dépasse un peu 
de l'anneau sombre; 

3"^ La grande bande équatoriale, dont la partie Nord 
moins brillante, surtout vers TEst, a une étendue un peu 
moindre que la moitié de la largeur totale de cette bande; 

4^ Une bande sombre et étroite plus foncée que la 
partie Nord de la zone équatoriale; 

5* La zone moyenne grisâtre et présentant deux ou 
trois rangs de taches plus claires; 

6"^ Une bande moins foncée, mais cependant bien moins 
brillante que la bande équatoriale; 

7^ Enfin la calotte polaire qui paraît être la partie la 
plus foncée de tout le globe. 

Bonnes images; vent fort. Grossissement : 480. L'aspect 
de Saturne est représenté Gg. 19. 



7 h. 30 m. L'ombre du globe est parallèle au limbe de 
la planète sur Panneau A. Sur l'anneau moyen elle pré* 
sente l'aspect d'une ligne droite brisée près de la division 
cassinienne. Sur l'anneau C l'ombre est légèrement con- 
cave (fig. 20). 

La zone brillante de A n'occupe guère que le quart de 
la largeur totale de cet anneau. La division de Encke est 
visible dans les deux anses comme un léger trait grisâtre* 

L'anneau A est d'un gris sale^ verdâtre. 

La division de Cassini parait bien nette et bien 
régulière. 

L'espace le plus brillant de B (proche de la division de 
Cassjnij occupe un quart de la largeur de l'anneau, tandis 



( 647 ) 

que la zooe foncée intérieure en occupe deux cinquième ^ 
environ. Quoique étant la partie la plus grise de Panneau B, 
elle est moins foncée que A. Cette troisième zone parait 
an peu moins large dans Pan^e occidentale. 

L'anneau sombre, qui est remarquablement bien visible, 
présente son aspect habituel ; moins large et plus régu- 
lier dans Panse orientale, plus large et plus diffus dans 
Poccidentale. 

Vers PEst la division de Struve est faiblement marquée 
et située près du bord de Panneau; vers POuest elle est au 
contraire très noire, et elle parait séparer fi de C. 

La couleur de Panneau est gris violacé. 

L'anneau parait tangent au globe; celui-ci nous semble 
cependant dépasser légèrement (fig. 21). 

Sur le disque nous observons en allant du Nord au Sud : 

1" La projection de Panneau sombre sur le globe; 

2^ Une bande grisâtre qui émerge derrière cet anneau; 

S"" La large zone équatoriale brillante séparée en deux 
parties à peu près égales par un iilet gris; la portion sep* 
tentrionale parait légèrement plus sombre; 

4** Une bande foncée; 

5"* Une bande plus claire; 

6® Une bande foncée et moutonnée ; 

7* Une seconde zone moutonnée dans laquelle les pelils 
nuages paraissent être disposés en files parallèlement à 
Péquateur; 

8*" Une bande relativement claire; 

9^ La calotte polaire. L'aspect de Saturne est repré- 
senté (fig. 22). 

Au commencement de l'observation il faisait encore un 
peu clair; le ciel était très pur. Grossissement : 480. 



( 648 ) 



8 avril. 

7 h. 15 m. à 8 h. 30 m. L'ombre a le même aspect que 
le 3 mars (flg. 15). Elle esl à peine visible sur Panneau C. 

Le bord intérieur de cet anneau est mal terminé, surtout 
dans Panse occidentale; dans cette anse la division de 
Struve est visible près du bord de Panneau. 

L'anneau A est d*un gris verdfttre, il paratt plus foncé 
sur Panse orientale. 

La première bande grise australe du globe esl très 
foncée, surtout vers POuest. 

On voit deux zones moutonnées, la plus rapprochée de 
Péquateur étant plus foncée que Pautre. 

La bande claire voisine de la calotte polaire parait unie 
et notablement moins brillante que la grande bande 
équatoriale (voir flg. 23). Grossissement : 480. 

• avril. 

7 h. 35 m. L'ombre est difficile à voir sur Panneau C. 
Cet anneau sombre se voit facilement dans Panse orien- 
tale, où il paratt un peu plus large que la moitié de l'inter- 
valle qui sépare le globe de Panneau B. Sa teinte n'est 
pas uniforme, il paratt plus foncé vers Pintérieur. 

Dans Panse occidentale il paratt étroit et diiTus, mal 
terminé, et un peu plus large dans la région australe a 
(fig 24). 

Dans cette anse la division de Struve est visible. 

La zone sombre de Panneau B paratt radiée dans la 
région Ouest. 

La division de Encke n'est visible que grâce à la zone 
claire qui avoisine la division de Cassini. 



( 649 ) 

Lauoeaii A parail vercl&tre et plus sombre dans Tanse 
orientale que dans roccidentale, où sa teinte est d'un jaune 
sale. 

La division de Cassini parait bien régulière. 

Les bandes grises voisines de Téquateur paraissent 
assez foncées. 

L'aspect moutonné est moins apparent que les jours 
précédents. 

La bande grise, adjacente à Tanneau sombre devant le 
globe, se voit difficilement. 

La calotte polaire parait foncée. Grossissement : 480. 



iO avril. 

7 h. 35 m. L'ombre du globe sur l'anneau B présente 
une partie concave et une partie convexe, le point 
d'inflexion étant à peu près au milieu de l'anneau. Sur C 
l'ombre est difficile à voir (fig. 25). 

La largeur de l'anneau C est moindre que la moitié de 
l'intervalle qui sépare le globe de l'anneau B, dans l'anse 
orientale. Dans l'autre anse, on soupçonne la division de 
Struve près du bord extérieur de l'anneau. 

Grossissement : 480. 



90 avril. 



9 h. 15 m. L'ombre du globe sur l'anneau est repré- 
sentée fig. 26. 

Les deux bandes grises de Phémisphère Sud paraissent 
très foncées. Grossissement : 360 (équatorial de TEst). 



( 680 ) 



Sur la théorie de Vinvolution; par François Deruyts, 
docteur en sciences physiques el mathématiques de 
rUniversité de Liège. 

Dans un précédent travail ('), nous avons montré qu'une 
involution d'ordre n et de rang n — 1, V~\ définie ana- 
lytiquement par une forme n — linéaire symétrique, égalée 
à zéro, peut être représentée par un point de Tespace à n 
dimensions E,, les coordonnées de ce point étant propor- 
tionnelles aux paramètres de la forme. Dans ce mode de 
représentation, le lieu des points de l'espace E., corres- 
pondant à des involutions décomposables, est la courbe 
normale, C„, de cet espace; de plus, les espaces an — 1 
dimensions, passant par le poinjt correspondant à une 
involution, marquent sur la courbe C. des groupes de 
points, qui sont les images des groupes d'éléments de 
l'involution. 

Si l'involution est de rang A, elle est définie par n — k 
formes symétriques égalées à zéro : dans notre système, 
cette involution est représentée par l'ensemble des n — k 
points, correspondant aux n — k formes : du reste, cet 
ensemble de n — k points détermine un espace an — k — 1 
dimensions, qui est Vespace central de l'involution. 

Nous nous proposons actuellement d'établir quelques 



(*) Bulletins de rAcadémie royale de Belgique, tome XIV, 5« série 
(août 1887), Sur la représentation des involutionn nnicursales. 



(651 ) 

théorèmes sur Texpression analytique des involutions, en 
nous servant des résultats, que nous venons de rappeler. 

I. — En modifiant quelque peu les considérations précé- 
dentes, on est amené à représenter une forme binaire 
d'ordre n, 

par le point de l'espace à h dimensions, E., dont les coor- 
données sont respectivement proportionnelles à 

«0» ûii o«> •••5 ^«-15 û„_i, a„. 

Nous dirons que ce point correspond à la forme f. 
Si la forme donnée est une puissance exacte, il existe 
entre ses coefficients les relations. 



^== — = ... = ?^c=a?îî:l— 1 

«1 <h û«-i a„ 



d'où l'on tire 



ao = A", 



^1 



* 5 



Nous en déduisons ce théorème : 

Le lieu des. points^ qui représentent des formes binaires^ 
puissances exactes^ est la cottrbe normale de l'espace^ dont 
le nombre de dimensions est égal au degré de la forme. 



(*) Il est entenda que di\,ns ce système le signe d^égalitë équivaut 
au signe de proportionnalité. 



( 652 ) 

Cela posé, par le poiol correspondant à une forme 
donnée, 

nous pouvons mener n espaces an — 1 dimensions, oscu- 
lateurs à la courbe normale de Tespace à n dimensions. 
Les paramètres des points de contact sont donnés par les 
racines de Téquation 

(le signe d= selon que n est pair ou impair) ; 
ou, en posant 

par les racines de 

Donc, les images des racines d'une forme d*ordre n^ 
égalée à zéro, sont les points de contact des espaces an — 1 
dimensions, osculateurs à la courbe normale de Vespace 
à n dimensions, menés par le point correspondant à la 
forme. 

On peut encore représenter, dans l'espace à n dimensions, 
une forme de degré m{m <c^ n), de la manière suivante : 

Soit une forme de degré n — p, 

yetr'^toxï-' + ('*7P)6ixî-'-*x, ^ ... -4- (Jzj)'^-f^î"'- 

Prenons une forme quelconque d'ordre p : 

«; = «a«t -*- (4) «ixr*a:i -4- — -4- In a^. 



( 683 ) 
A la forme d'ordre n 

correspond un point de coordonnées X, satisfaisant aux 
relations 

(r)M"T'')(JK(.t:î)(î)*-.*-(j)(jiîK. 

(»• — 0, i, 2, ...n), 
OU, par an changement de notation, 

(;)x^.=p.{''7'')*«-^p'(?rî)v.+--^p.(?zî)v,. 

Ce point se trouve dans Tespace à p dimensions, E^, qui 
unit les p H- 1 points de paramètres^ 

(?)xa-(r?)v.. 

r variant de o à p, et t de o à n. 

Nous dirons que cet espace E, correspond à la forme ^ . 
Il est visible d'ailleurs que par cet espace on peut mener 
n — p espaces an — 1 dimensions osculateurs; les para- 
mètres des points de contact sont précisément donnés par 
les racines de l'équation, 

Le rapprochement des modes de représentation indiqués 
ci-dessus pour les involutions et pour les formes binaires, 
nous permet d'envisager un point de l'espace à n dimensions, 
£., de deux manières différentes : 



( 654 ) 

1"^ Un point de Tespace E« caractérise une involulion 
d'ordre n et de rang n — 1 : les groupes de cette involution 
sont représentés par les points de rencontre de la courbe 
normale, C,, de Pespace E, et des espaces an — 1 dimen- 
sions, passant par le point considéré. 

2^ Le même point détermine une forme binaire d'ordre n; 
les images des racines de cette forme égalée à zéro sont 
représentées par les points de contact des espaces oscu- 
iateurs, menés à la courbe normale C,, par le point dont 
il s'agit. 

Tout point qui représente une involution lâ~^ représente 
à un autre point de vue la forme binaire, dont les racines 
sont les paramètres des éléments multiples de l'involution. 

* 

II. — Soient deux involutions l;;~\ définies par 

et 

f ^ bJ)J)g ... 6« = ; 

nous dirons que ces deux involutions sont associées, 
quand les deux formes ^ et (pi,dont les racines représentent 
les éléments multiples des involutions, sont conjuguées 
suivant la définition de M* Rosanes {*). 
On aura alors 

(a6)» = 0, 

si l'on écrit symboliquement 



(*) Journal de Crelle, tome LXXVl, Ueber Hn Prineip der Zuord- 
nung aigebraiseher Formen. 



( 6S5 ) 

: Nou8 pourroDS dire aussi, en nous servant d'une défi- 
nition donnée par M. Le Paige (*), que deux iuvolutions 
d'ordre n sont associées, quand leurs éléments multiples 
sont conjugués harmoniques d'ordre n. 

La liaison qui existe entre deux iuvolutions associées 
s'exprime facilement au moyen des points correspondant 
à ces involutions. 

L'espace an — 1 dimensions polaire du premier point, 
par exemple, est représenté par l'équation 

a^Xt — f Jja,_|X, -4- (2)o«-iX8 — — =h OoX^i « 0; 

la condition 

«n^o ~ (J)a.-i6| + (jja^A =fc ao6„ s (ab)r = 0, 

exprime que le second point se trouve dans cet espace, et 
réciproquement. ^ 

Nous pouvons donc énoncer ce théorème : 
Pour que deux involutions de rang n — 1 soient 
associées, il faut et il suffit que le point correspondant à 
Vune d'elles soit situé dans l'espace an — 1 ditnensions 
polaire du point qui représente l'autre involution. ' 

En d'autres termes, pour qu'une involution de rang 
n — 1 puisse s'exprimer par la relation 

n 



(*) Bulletins de rAeadémie royale de Belgique, 2« série, tome XLI V : 
Sur quelques propriétés de l'invariant qtiadratique simuUané de deux 
formes binaires. 



^ 656 ) 

c'est-à-dire pour que le poîol qui la représente ait pour 
coordonnées 

n 

Xrf+1^2"*^» (t=-0, i,...n), 

il faut et il suflSt que ce point soit situé dans Tespace 
polaire du point correspondant à la forme binaire, dont 
les racines sont 

Observons encore que la forme dont les racines repré- 
sentent les éléments multiples de Tinvolution, se trouve 
ramenée à l'expression 

Nous retrouvons ainsi ce théorème dû à M. Rosanes (*). 

Les groupes de n point s^ qui expriment une forme binaire 
de degré n comme la somme de n puissances n***"", consti" 
tuent une involution de rang n — 1 ; ces groupes sont 
conjugués harmoniques d'ordre n au groupe de n points, 
que représente la forme. 

De plus, le procédé que nous employons permet de 
trouver immédiatement l'équation de l'involution. 

Si la forme est 

f^a:. 



(*) Voir le mémoire de M. Rosanes indiqué plos haut. 



■ ( 657 ) 
réquation de rinvolutioo est 

f ^a^ya, ... o^hbO, 

ou bien, en employant une formule de transformation que 
nous avons fait connaître antérieurement (*), 



2^ 



xî arj-* xj 



= 0. 



III. — L'espace an — * — 1 dimensions E^4_o déter- 
miné par n — k points de la courbe C» de l'espace à n 
dimensions E., est représenté, comme nous le savons, 
par les A + 1 équations, 

K^^z, -^Pl-*) +z,Pr*^ -...dbz..*+*Pi:!:i?>c=.0, 



K*=«*+4-z*+,pi"-*>-4-z^Pir-*>--=fc«^ PSr:i*>-o, 

en représentant par Pjf^ la somme de toutes les combi- 
naisons des paramètres 

de 9 points de la courbe €„ » pris p à p. 

Si cet espace Ë,_*^ doit passer par un espace à ? — 1 
dimensions E^^i, déterminé par <p points, 

«^1» Af, A^f ••• Aa, 



(*) Voir notre trayail cité plas haut. 



, \ 



( 638 ) 
le point A, ayant pour coordonnées, 

il faut qoe l'on ait les conditions. 



Ki'»=0, K1*'=0,... Ki"=:0. 
Ki?>— 0, Ki*=0,...KP>=0, 

KiW = 0, Kl« = 0, . . . K?» = 0. 
Nons représentons par 

r 

ce (}ue devient K^, quand on y remplace les coordonnées 
couranies par les coordonnées du poinl A,. 

Nous en déduisons les résultats suivants : 

!• Quand A: < ^^, nous pouvons, par un espace à 9 — 1 
dimensions, Ey_, , faire passer 00""*^^+*^"^' espaces à n — * — 1 
dimensions, n — k fois sécants de la courbe G„ de Tespace 
à n dimensions* 

S° Quand X:=>~^, ce qui a lieu quand n h- 1 est un 
multiple de 9 -H 1 9 on ne peut faire passer par un espace 
à 9 — 1 dimensions qu*un seul espace à ^^^ dimensions, 
9 -^ fois sécant de la courbe normale de l'espace à n 
dimensions. 

3* Quand * > ^^, on ne peut mener par Tespace E^^ 
d'espace E._a.i, n — k fois sécant de la courbe normale, 
que lorsque les coordonnées des points qui composent 



( 659 ) 

l'espace E^.|, satisfont aox i(ç-f-l) — (n — <p) conditions, 
comprises dans le symbole 



ai;i*aiJ> ^. ... aL*> a{?> * ... a?) ... <??* ... aj?) 



0. 



Nous pouvons donc énoncer les théorèmes suivants : 

Une involution (Tordre n et de rang n — (f possède 
Qpi>-k(f+o-î' groupes neutres de n — k éléments, quand 
k < ^^-7; ces groupes forment une involution d'ordre n — k 
et de rang n — (1 -f- ?) k — ç. 

Une involution d'ordre n et de rang n — ç possède un 
seul groupe neutre de 9 ^—^ éléments^ quand n -f- 1 est 
un multiple de Ç -h 1 . 

D'un autre côté, soient les équations d'une involution 
d'ordre n et de rang n — <p : 

f, = ai*^Qir> + ûi'^QSrii + •••-*- ûi/iiQi"^ + flL*>Qlr» = o, 

/i = al?)Qi:> H- ai«Q22, + ... -4- a?i.Qi-> -h aS?>Qir> = 0, 



/•y=arQir)-f.aTO£>, 



aiaQi->-f-aif>Qi->-a 



Nous représentons par la notation Q|"^ la somme de 
toutes les combinaisons des n paramètres 



pris i à t. 






yt 



'I 



«I 



> > > ••• > 

a:, y, ^r^ ti, 



( 660 ; 

Vespace centrât de celle involulion, E^i, esl délerminé 
par les <p poinls 

A| 9 Af 9 • • • "f f • • • ^9 y 

correspoodant aux involulions de rang n — 1, représentées 
par cbacuoe des équalions précédeoles. 

Par l'espace E^.«, menons un des espaces an — k — 1 
dimensions» qui rencontrent la courbe normale C„ en n — k 
points; appelons 

1 ^ JL 

les paramètres de ces poinls. Il est visible que les coor- 
données des points A pourront se mettre sous la forme^ 

alf) = «it)<ÎJ -H alitai H- ... -»- «IVi-., 
a?» « «P(îî + af>(îj -*- ... -f- ogUC*, 



I variant de o à n. 
Dès lors, les équations de Tinvolution pourront s'écrire : 

IsK) 



A s 2 QirU«i"<Jï + «fdi + ... + «?v..o = 0, 



/•y s 2 Qf-^'W^'-n + 4"« + - + ««^<iu)=o. 



<aiO 



( 661 ) 
ou bien, 



ism-k 



fK^^ «J*%=2 «?*(*«-^<^'««Xy«-*-^*yî)(«i-*-<îi«0---(«'i-^*Wf)— 0, 






A ^2 **'^^' —2 «5^(^*-^<^.-^«)(yi-^-%i)(-i-^^i^)-.(<«i-^*t'f)=o, 



feal t==i 



isri».t 



/f=2 «i^*Vrf=2 «i^^(^i-^^**«)(yi-^-<^*«)(«i-^<^<««)---(wi-^-<^*«'i)« 



fel <=l 



Nous appellerons la quantité 

V,. « (ar, -4- ^,x,) (y, h- c^y,) («, -i- ^^z^) . . . (ii, -f- ^.t/,) , 

produit d'ordre n^ et di la racine de ce produit. 

Donc, dans le cas de k < ^^. 

Toute involulion d'ordre n et de rang n — 9 peut se 
définir analyliquement de oo^-^tt+fHf manières différentes ^ 
par l'égalité à zéro de 9 formes n linéaires symétriques; 
chacune d'elles étant la somme de n — k mêmes produits 
dCordre n, affectés de coefficients distincts. 

Les groupes de points, correspondant aux racines de ces 
produits, constituent à leur tour une involution d'ordre n—k 
et de rang n — (1 h- 9) )fc _ tp. 

Cette involution est représentée par les (f(k -i- i) équa- 
tions 

K?> = a{*> — a[*l^?^r'^ -H . .. ± ai/i^PLr/ï = 0, 
K?) ^ al» - alî,Pi-*) -*-••• ± ai?) ^Pîrr/> = 0, 



K}?) = aS?> — a}Ç,Pl-*> -H .. . ± aL?)^P!r/» = 0, 
î variant de à A:. 

3"* SÉRIE, TOME XIV. 44 



( 668 ) 

En faisant usage d'une formule, que nous avons rappelée 
plus haut (§ H), nous pouvons remplacer les équations 
précédentes par Tunique relation. 



T^ 



xt- 


- acî~'xi — 


q= xi"x: 


± 


jpj-r-<^r+i 


ai'> 


aj" ... 


o?» 






• • 


• • • 


• • 




• 


• • 


oif> ... 


% 9 


<e 


# 


4^ ... 


aiï. 


ai'nU. 



= 0. 



Dans cette relation, les lettres l désignent des paramètres 
quelconques, et nous avons posé pour abréger p^^^n — k^ 
r«.ç(k-hl) — 1. 

Nous pouvons encore observer que le système des formes 
binaires d'ordre n, dont les racines représentent les éléments 
multiples de chacune des involutions i;;~' définies par les 
équations 

/;=o, /;=o, ... /-y^o, 

se trouve ramené en même temps à un système de sommes 
de » — k puissances n**** : on a 



(0. 



t-k 






Considérons maintenant le cas de k 



n — f rr 



f -t-1 



. L'involution 



I 



( 665 ) 
peut s'exprimer, et d'une seule façon, sous la rorme 






Donc : Toute involution d'ordre n et de rang n — cp 
peut s'exprimer d'une seule façon par l'égalité à zéro 
de ç formes n — linéaires symétriques, chacune d'elles 
étant la somme de <p ^^ mêmes produits d'ordre n, 
lorsque n -^ l est un multiple de <p -f- 1. 

C'est la forme canonique de toule involution i;_ç,, qui 
satisfait à la condition que ses deux caractéristiques véri- 
fient la relation 



n -4- 1 



entier. 



En particulier, un système de 9 formes binaires d'ordre n 

**x » *«« j • • • f "a > 

peut s'exprimer d'une seule manière par un système de tp 
sommes de (p^±i = (x mêmes puissances n'*"". Il est 
facile de s'assurer que le canonizant de ce système est 



XJt — xf"*Xi ••• qp 



aî*> 




0. 



( 664 ) 

Ces résultats peuvent s'appliquer facilement au cas d'un 
système de formes de degrés différents, en faisant usage 
de la représentation des formes d'ordre n — p dans l'espace 
à n dimensions. 

Un cas particulier intéressant correspond à 9=a1; on 
arriverait, entre autres, à des théorèmes sur la réduction 
d'une forme plurilinéaire symétrique à la somme de produits 
d'ordre n, et sur la réduction des formes binaires à la 
somme de puissances d'ordre n; ces derniers théorèmes 
ont été donnés par M, De Paolis; nous ne croyons donc 
pas nécessaire de les reproduire à nouveau (*). 



— La Classe se constitue en comité secret pour discu- 
ter les titres des candidats présentés aux places vacantes. 



(*) Atti ddla R. Accademîa dei Lincei, tome XII, Z* série : SxUla 
espressUme di una forma binaria di grado n con una sùtnma di 
poleuze n*. 



( 66S ) 



CLilSSE DES LETTRES 



Séance du 7 novembre 1887. 

M. BoRMANs, vice-directeur, occupe le Tauteuil. 
M. LiAGRE, secrétaire perpétuel. 

Sont présents : MM. P. De Decker, Ch. Faider, le baron 
Kervyn de Lettenhove, R. Chalop, Tbonissen, Th. Juste, 
Alph. Wauters, Ém. de Laveleye, Alph. Le Roy, A. Wage- 
ner, P. Willems, G. Rolin-Jaequemyns, Ch. Piot, Ch. Pot- 
vin, J. Stecher, T.-J. Lamy, Aug. Scheler, P. Henrard, 
J. Gantrelle, Ch. Loomans, G. Tiberghien, L. Roersch, 
membres; Alph. Rivier, Philippson et Aug. Snieders, asso- 
ciés; Alex. Henné et A. Van Weddingen, correspondants. 

MM. Houzeau et Mailly, membres de la Classe des 
sciences, assistent à la séance. 



CORRESPONDANCE. 



M. le Ministre de l'Agriculture, de Tlndustrie et des 
Travaux publics adresse les ouvrages suivants : 

i"* La Uuérature française au XVII* siècle, par J.-B. 
Stiernet ; 

2^ Histoire populaire de Schaerbeek, par De Saegher et 
Bartholeyns. — Remerciements. 



( 666 ) 

— M. Loomans présente pour le prochain Annuaire 
sa notice biographique de G. Nypels» ancien membre de 
la Classe. — Remerciements. 

— M. Pasquet, ancien professeur à l'Athénée royal de 
Liège, soumet un travail intitulé : Sermons de carême 
en dialecte wallon. — Commissaires : MM. Scheler et 
Bormans. 

— Hommages d'ouvragés : 

l** Les origines de la métallurgie au pays d'Entre^ 
Sambre-el'Meuse; par Victor Tahon. (Présenté par M. Alph. 
Wauters avec une note qui (igure ci-après.) 

2** Études morales et lilféraires : Épopées et romans 
chevaleresques, l; par Léon de Monge. (Présenté par 
M. Ém. de Laveleye avec une note qui figure ci-après.) 

3* M. Tvlii Ciceronis pro M. Cnelio oratio ad ivdices; 
par L-C. Vollgraff. (Présenté par M. Philippson avec une 
note qui flgure ci-après.) — Remerciements. 



NOTES BIBLIOGRAPHIQUES. 

J'ai rhonneur d'offrir à la Classe des lettres, au nom de 
l'auteur, M. Victor Tahon, ingénieur, le travail intitulé : 
Les origines de la métallurgie au pays d'Entre-Sambre^t^ 
Meuse (Mons, Manceaux, in-S'^). 

M. Tahon s'attache à prouver que l'industrie du fer esl 
très ancienne dans le pays borné d'un côté par la Meuse 
^t de l'autre par son principal afiluent, la Sambre. Il rap- 



(667) 

pelle avec beaucoup dVpropos ce fait quMI y a une tren* 
taine d'années, alors que l'industrie ne s'en était pas encore 
servie pour les utiliser, il existait dans l'Entre-Sambre-et- 
Meuse des quantités énormes de scories, attestant une 
longue et considérable exploitation des couches de minerais 
de fer de cette contrée. On aura une idée de l'importance 
de ces dépôts en se rappelant qu'en vingt-cinq années les 
hauts fournaux du bassin de Charleroi en ont consommé 
la quantité prodigieuse d'un million de tonnes. Ces scories 
y sont connues sous le nom de Crayats de Sarrasins^ nom 
qu'il ne faut pas prendre à la lettre, mais envisager comme 
un reflet de l'opinion vulgaire, qui voit dans ces débris les 
traces d'un peuple disparu, d'une époque bien différente 
de la nôtre. 

L'auteur de notre brochure a réuni différents témoi- 
gnages sur les procédés qu'emploient encore des peuples de 
l'Asie et de l'Afrique pour se procurer du fer; il décrit les 
fourneaux de forme rudimen taire qu'ils emploient encore 
et les rapproche des vestiges de fourneaux, en forme de 
cuves, que l'on a signalés en plusieurs endroits et» en par- 
ticulier, à Vodecée, près de Philippeville. Il en conclut avec 
raison que les procédés dont ailleurs on se sert encore, ont 
probablement été d'un usage général dans le passé, et que 
l'on peut se représenter ce qu'étaient nos forgerons primi- 
tifs en étudiant les habitudes des forgerons de THindous- 
tan et de l'Afrique centrale. 

Sous la domination romaine, le travail du fer s'améliora 
et s'étendit. Les découvertes de poteries, faites dans les 
amas de scories, indiquent d'une manière incontestable 
l'époque où cette industrie se développa en Belgique. Afin 
d'expliquer comment elle envoyait au loin ses produits, 
M. Tahon a donné une idée des voies de communication 



( 668 ) 

qui traversaient TEntre-Sambre-et-IMeuse. Sa conciQsioD 
que < TEotre-Sambre-et- Meuse était sans conteste le 

> pays le plus industriel, au point de vue métallurgique, 

> du nord des Gaules et peut-être du monde romain > , 
pourrait être contestée, mais on s'accordera du moins à 
reconnaître que son travail constitue une page intéressante 
de l'histoire du pays, sous le rapport économique. 

Alph. Wauters. 



J*ai l'honneur d'offrir à la Classe, au nom de l'auteur, 
M. Léon de Monge, professeur de littérature à l'Université 
de Lpuvain, un livre intitulé : Études morales et litté- 
raires. — Épopées et romans chevaleresques. En parlant 
des Nibelungeriy M. de Monge montre bien comment nais- 
sent et se développent, d'une façon pour ainsi dire spon- 
tanée, les épopées nationales ou € naturelles > comme il 
les appelle. La comparaison qu'il fait entre les idées et les 
sentiments de la Chanson de Roland et du Romancero du 
Cid est un modèle d'analyse littéraire. Le style de l'ou- 
vrage est très élégant et d'une grande distinction, sans 
nulle recherche. Les réflexions ingénieuses et profondes 
abondent. Le culte du bien et du beau est la base de tous 
les jugements; partout règne un sentiment de haute mora- 
lité. On est heureux de lire ces pages d'une inspiration si 
élevée et si pure, alors que de toutes parts un souffle de 
bas matérialisme et de grossière sensualité envahit la lit- 
térature. Emile de Lavelete. 



( 669 ) 

J'ai l'honneur de présenter à la Classe, au nom de 
Taateur, Tédition du Pro CœliOy de Cicéron, publiée par 
M. J.-C. Vollgraff, mon collègue à TUniversité de Bruxelles. 
Le Pro CœliOy négligé pendant le moyen âge, parce que son 
contenu^ parfois assez scabreux, ne permettait guère de le 
placer entre les mains des élèves et surtout des jeunes pré- 
tresy ne nous a été conservé que dans un petit nombre de 
manuscrits, fort corrompus d'ailleurs, et se basant presque 
tous sur une copie unique, aujourd'hui perdue, et dont le 
plus ancien représentant est le Parisinus, n° 7794. M. VolU 
graff a coliationné attentivement les manuscrits les plus 
importants du Pro Cœlio; pour la première fois, il s'est 
servi, pour Témendation de ce discours, d'un codex de 
Salzbourg, actuellement à Munich, qui, à côté de bien des* 
fautes, offre cependant un grand nombre d'excellentes 
leçons, évidemment empruntées à un texte d'une plus 
grande valeur. Muni de connaissances profondes et solides 
dans la langue et la littérature latines, comme il convient 
à un des élèves favoris du grand Cobet, M. Vollgraff a tiré 
profit de tous ces matériaux pour établir le texte le plus 
digne de foi qu'il soit possible de restituer avec les res- 
sources dont dispose actuellement la science philologique. 
Un appendice critique, assez développé, qui termine le 
volume, met le lecteur à même d'apprécier le travail assidu 
et intelligent auquel l'éditeur s'est livré et, en même temps, 
de le contrôler. On y découvrira beaucoup de leçons nou- 
velles et apparemment justifiées, dues aux recherches cri- 
tiques de M. Vollgraff. Le docte éditeur cite avec un soin 
scrupuleux, dont bien des auteurs aiment maintement à 
s'affranchir, les travaux précédents qui se rapportent à 



1 . 



( 670 ) 
son sujet, et dont aucun, ce semble, n*a échappé à ses 
investigations. L'édition du Pro Cœlio que j'ai l'honneur 
de vous sounoettre. Messieurs, est donc un excellent 
spécimen de cette forte et bonne école philologique dont 
la Hollande se glorifie à juste titre. 

M. Philippson. 



ÉLECTIONS. 

La Classe procède ensuile à l'élection : 

1** de quatorze noms pour le choix du jury chargé de 
juger la huilièmo période du concours quinquennal de 
littérature française (1883-1887) ; 

2^ de dix noms pour le chuix du jury chargé de juger 
la dixième période du concours triennal de littérature 
dramatique en langue française (1885-1887). 

Ces noms seront transmis à M. le Ministre de l'Agri- 
culture, de l'Industrie et des Travaux publics. 



I 



(671 ) 



COMMUNICATIONS ET LECTURES. 



La dernière séance du Conseil avant le supplice (1); par 
le baron Kervyn de Lettenhove, membre de TAca- 
démie. 

(Diaprés des documents inédits.) 

Walsingham, saluaut avec joie le terme de sa dîsgràce, 
était reveuu de Barn-Elms à Londres, où il devait conférer 
avec le Secrétaire Davison et avec son beau-frère le clerc 
du Conseil, Robert Beale. 

Tous les trois comptaient parmi les chefs du parti 
puritain et attendaient avec la même impatience l'heure 
où ils pourraient verser le sang de la reine d*Ëcosse. 

Ce moment semblait venu. Le 11 février, Elisabeth, 
épouvantée par l'image des complots qu'on déroulait 
devant elle comme une perpétuelle menace pour sa vie, 
avait signé le warrant ou ordre d'exécution, et elle avait 
ajouté en le remettant à Davison : < Jamais un vilain 
» comme toi n'eut entre ses mains un semblable warrant!» 
Et toute troublée encore de ce qu'elle venait de faire, elle 
avait prononcé ces paroles, entrecoupées de profonds 



(I) Fragment d*unc histoire de la dernière période de la vie 
de Marie Stiiart. 



( 672 } 

soupirs : < Que personne ne sache que ce warrant est 
» signé! Qu'on ne m'en parle plus! Je verrai plus tard ce 
» que j*ai à faire. Les membres de TAssocialion ne sont- 

> ils pas tenus par leur serment de décharger ce fardeau 

> de mes épaules? » 

Ce que voulait Elisabeth, ce qu'elle insinuait par ces 
mots, c'était qu'un vulgaire assassin prtt la responsabilité 
d'un crime qui eût laissé une tache sanglante sur son 
manteau de reine. 

Le lendemain, Elisabeth avait fait rappeler Davison. 
Elle répéta ce qu'elle avait dit la veille : < Que tout reste 

> secret! Que l'on attende que j'aie fait connaître mon 
» bon plaisir! » Et insistant sur la pensée qui ne la quit- 
tait point : < Pourquoi, s'écria-t-elle, rejeter sur moi tout 

> ce fardeau? Que n'ai-je des conseillers comme Archi- 

> bald Douglas! » Archibald Douglas, soudoyé par Eli- 
sabeth, lui avait autrefois rendu le service d'assassiner 
Darniey. 

Davison reparaît chez Walsingham. Il lui raconte ce 
nouvel entretien; il lui montre la reine inquiète et hési- 
tante. Peut-être reprendra-t-elle de ses mains le warrant, 
depuis si longtemps préparé, et signé avec tant de diffi- 
cultés. C'est une heure d'anxiété, mais la résolution est 
bientôt prise. Le warrant est signé : il faut en faire usage, 
et sans délai, avant que la reine puisse le révoquer et 
l'anéantir. Rien ne sera plus aisé à justiCer; car, selon un 
avis adopté avec empressement par Davison, celui-là méri- 
terait d'être pendu, qui n'achèverait point, pour le repos 
de la reine et du royaume, une œuvre si bien commencée. 

Ce même jour, à onze heures du soir, Davison se pré- 
sente chez Robert Beale : celui-ci convoquera le Conseil à 
Greenwich, mais, avant de s'y rendre, il devra passer chez 
Walsingham : c'est là qu'on lui révélera la part impor- 



( 673 ) 

tante qu'il aura à remplir dans le drame sinistre qui se 
prépare. 

En effet, le Conseil se réunit à Greenwich le lendemain 
à onze heures du malin. Walsingham y assistait. Davison 
prit le premier la parole et fit connaître que la reine avait 
signé le warrant prescrivant l'exécution de la sentence 
prononcée contre la reine d'Ecosse. < Tel est-il bien le 
» plaisir de la reine? » interrompit Burleigh qui, avec son 
habileté accoutumée, ne songeait qu'à dégager sa respon- 
sabilité. < Oui, > répliqua Davison. 

Quelques conseillers, alléguant combien la matière était 
grave, demandaient qu'on consultât de nouveau Elisabeth. 
Walsingham et ses amis ne pouvaient se rallier à cette 
proposition qui eût tout compromis. Aussi, eurent-ils soin 
de faire remarquer que la reine elle-même avait défendu 
qu'on lui parl&t davantage de cette affaire; que l'on savait 
combien elle désirait que ce fardeau fût déchargé de ses 
épaules; que, par suite, rien ne lui serait plus agréable 
que de rester étrangère aux mesures relatives à l'exécu- 
tion du warrant. 

Voici ce que Davison écrira plus tard dans son Apo- 
logie : < Le Conseil avait à rechercher les moyens les 
» plus honorables et les plus convenables pour l'envoi 

> du warrant. Il considéra que Sa Majesté avait, en ce 

> qui la touchait, déjà fait tout ce que l'honneur, la loi et 
» la raison réclamaient d'elle; et il fut finalement résolu 
» qu'on enverrait le warrant sans troubler davantage 

> Sa Majesté. Vu la charge qui avait été donnée à 

> Davison, on jugea qu'il n'y avait pas lieu, puisqu'elle 
» avait fait, comme il a déjà été dit, tout ce qu'exigeaient 

> la loi et la raison, de l'en entretenir de nouveau jus- 

> qu'à ce que tout eût été achevé. On avait pesé les dan- 

> gereuses conséquences qui auraient pu se présenter si 



( 674 ) 

» Sa Majesté, à la suite d*une nouvelle démarche sans 
» résultats, était revenue à quelque intention d'inter- 
» rompre ou d'arrêter le cours de la justice. > 

Des lettres avaient été préparées pour les joindre au 
warrant; mais Christophe Hatton les trouva trop expli- 
cites. Au lieu de prescrire le supplice de Marie Stuart, il 
valait mieux, en termes généraux, s'en référer à la com- 
mission signée par la reine. Aux yeux de Christophe Hat- 
ton, c'était diminuer la grave responsabilité qu'assumaient 
les membres du Conseil. On jugea aussi qu'au lieu d'y 
maintenir le nom de cinq lords (craignait-on le refus de 
quelques-uns d'entre eux?) il suflBsait de les adresser aux 
comtes de Kent et de Shrewsbury. 

La séance avait été interrompue afln de mettre au net 
ce nouveau texte; elle fut reprise à deux heures, et la 
rédaction modifiée fut approuvée. Elle était ainsi conçue : 



€ Au comte de Kent, 

> Sa Majesté ayant adressé au comte de Shrewsbury, à 
Votre Seigneurie et à d'autres sa commission signée de 
sa main et revêtue du grand sceau d'Angleterre, pour 
son service spécial, afin d'assurer le salut de sa royale 
personne et le repos de tout le royaume, nous avons jugé 
convenable de vous faire parvenir la dite commission 
par le porteur de cette lettre, M. Robert Beale, homme 
digne de toute confiance et plein d'expérience, afin qu'il 
la remette d'abord à Votre Seigneurie et puis au comte 
de Shrewsbury; et vous apprendrez promptement par 
lui quand Sa Seigneurie et vous-mêtne vous pourrez 
vous réunir pour l'exécution de la dite commission. En 
attendant. Votre Seigneurie entendra par le porteur de 
cette lettre combien il est nécessaire que tout ce qui se 



( 675 ) 

> fera reste secret : tel est le motif pour lequel cette 
9 commission ne sera point remise aux autres lords qui y 
» sont nommés, p 

On lisait au bas de cette lettre les noms de lord Burleigh, 
du comte de Derby, du comte de Leicester, de lord Howard, 
de lord Hunsdon, de William Cobham, de Francis Knollis 
et de Christophe Hatton. Walsingham et Davison avaient 
signé les derniers. 

Une lettre conçue dans les mêmes termes fut adressée 
au comte de Shrewsbury. On y avait ajouté qu'elle avait 
été écrite à la hâte. 

Pour mieux cacher celte résolution et les mesures qui 
devaient en être la conséquence, on rédigea, en même 
temps, un warrant de hue and cry, qui prescrivait, au nom 
de la reine, la sévère répression des troubles qui avaient 
éclaté dans plusieurs parties du royaume, notamment dans 
les comtés d'Hertford et de Huntingdou. 

Dès que la délibération fut terminée, Robert Beale fut 
introduit. Burleigh lui déclara, au nom du Conseil, qu'on 
l'avait choisi pour faire exécuter le warrant, parce qu'on 
Je savait honnête, sage et digne de toute confiance; il 
ajouta que la matière réclamait une grande célérité et un 
grand secret; car, si le warrant était connu, la vie de la 
reine d'Angleterre serait en péril. Il lui recommandait 
donc d'annoncer que sa mission se rapportait unique- 
ment aux hues and cryes dans certains comtés; on le 
chargea eu même temps de choisir la salle pour le sup- 
plice et de veiller à ce que le corps fût embaumé; on lui 
indiqua même, à cet effet, le nom d'un chirurgien du pays. 

Un ordre spécial allait être adressé directement aq 
sheriff de Northamplon pour qu'il se trouvât à Folhe« 
ringay le 16 février; mais Beale, après avoir vu Powlet, 
devait remettre lui-même les lettres qui étaient destinées 



( 676 ; 

aux comtes de Kenl et de Shrewsbury. S'il rencontrait 
quelque scrupule chez eux, il pouvait leur déclarer qu'ils 
n'avaient rien à redouter. 

Beale, en ce moment suprême, ne put échapper à ces 
sentiments intimes de la conscience, que les passions et la 
haine elle-même ne peuvent étouffer. Quelle était donc 
la mission pour laquelle il était choisi entre tous comme le 
plus cruel et le plus impitoyable? Et cet échafaud même 
qu'il allait élever, ne transmettrait-il pas à la dernière 
postérité son nom couvert de honte à côté de celui de la 
victime? 

Burleigh s'efforça de rassurer Robert Beale ; mais Beale 
avait déjà repris son sang-froid. < Je ne crains rien >, fut 
sa seule réponse. < Que pourriez-vous avoir à craindre ? 
» interrompirent Walsingham et ses amis. Vous avez un 
» ordre de la reine; vous connaissez sa volonté : n*a-t-elle 
» pas déclaré à Bellièvre et à d'autres ambassadeurs 
» qu'elle ne pouvait point épargner la vie de la reine 
» d'Ecosse? > 

Sur ces paroles, le Conseil se sépara. 

Le lendemain, Davison étant arrivé à la cour, Elisabeth 
s'approcha de lui, le visage troublé des émotions de la 
nuit : < J'ai eu un songe affreux, lui dit-elle; j'ai rêvé 

> qu'on m'annonçait l'exécution de la reine d'Ecosse; et, 

> si en ce moment vous aviez été là, je vous aurais plongé 
» une épée dans le corps. » 

Davison se borna à quelques vaines paroles : le secret 
des délibérations du Conseil avait été fidèlement gardé. 

A l'heure où avait lieu cet entretien, deux personnages 
suivaient la route de Londres à Fotheringay. L'un se 
nommait Robert Beale; l'autre était le bourreau. 



)Q9^ 



(677 ) 



CLASSE DES BEA.VX-ARTS. 



■ 

Séance du 10 twvembre 48S^. 

M. khsx. RoBBRT, vice-directeur, occupe le faoteail. 
M. Lucre, secrétaire perpétuel. 

Sont présents : MM. Éd. Fétis, Alph. Balat, le chevalier 
Léon de Borbure, Ernest Slingeneyer, F.-Â. Gevaert, 
Âd. Samuel, Âd. Pauli, Godfr. Guffens, Jos. Schadde, 
Joseph Jaquet, J. Demannez, P.-J. Clays, G. De Groot, 
Gustave Biot, H. Hymans, le chevalier Edm. Marchai, 
membres; Joseph Stallaert, Max. Rooses et J. Rousseau, 
correspondants. 

M. Chalon, membre de la Classe des lettres, assiste à 
la séance. 

M. Yerlat fait savoir qu'une indisposition Tempéche 
d*y assister. 

A l'occasion de la lecture du procès-verbal de la séance 
du 27 octobre, M. le directeur fait savoir que le nom de 
M. P.-J. Clays doit être ajouté à ceux des quatre autres 
membres de la Classe auxquels le Musée des Offices, à 
Florence, a demandé de lui envoyer leurs portraits, pour 
être placés dans la galerie des peintres célèbres. 



3"* SÉRIE, TOME XIV. 45 



( 678 ) 



CORRESPONDANCE. 

M. le vicomte Henri Delaborde, associé de rAcadémie, 
adresse un exemplaire de la Notice iur la vie et les ouvragée 
de M. Théodore Ballu, architecte, qu'il a lue comme 
Secrétaire perpétuel de TÂcadémie des beaux-arts de 
riostitut de France, dans la séance publique annuelle du 
29 octobre 1887. — Remerciements. 

— M. Siret écrit qu'il regrette de ne |)ouvoir se charger 
d'écrire, vu son état de santé, la notice biographique de feu 
Nicaise De Keyser, membre de la section de peinture. 
— M. H. Hymans, sur la demande qui lui en est faite par 
la Classe» s'engage à faire cette notice. 



RAPPORTS. 
Jugement du concours annuel (1887). 

Peinture. 

On demande le carton d'une frise décorative, à placer à 
S mètres d'élévation, et représentant : 

Les nations du globe apportant à la Belgique les produits 
de leurs sciences, de leurs arts et de leur industrie. 

Les cartons (sur châssis) devront avoir 0"',7S( de haut 
sur S'',25 de développement. 
Prix : mille francs. 
(Ce concours sera national.) 



( <>79 ) 



La Classe des l)eaux-arts avait donné pour 1887, comme 
sujet de concours d'arl appliqué [peinture), une frise déco- 
rative, à placer à 5 mètres d'élévation et représentant : Les 
nations du globe apportant à la Belgique le