HARVARD UNIVERSITY.
IvIBRARY
OF THE
MUSEUM OF COMPARATIVE ZOOLOGY.
ix) 0:XAccm.a„jL
U)JOylv^lio ,1%^
, ,r 16 1891
BULLETINS
DE
L'ACADÉMIE ROYALE
DES
SCIENCES, DES LETTRES ET DES BEAUX-ARTS
DE BELGIQUE.
gQme ANNÉE, 5™« SÉRIE, T. XIX.
1890.
^«S^'^^M
BRUXELLES,
F. HAYEZ, IMPRIMEUR UE l'aCAUÉMIE ROYALE DES SCIENCES,
DES LETTRES ET DES BEAUX-ARTS DE BELGIQUE,
rue de Louvain, 108.
MDCCCXC.
BULLETINS
L'ACADÉMIE ROYALE DES SCIENCES
DES
LETTRES ET DES BEAIX-ARTS DE BELGIQUE.
BULLETINS
DE
L'ACADÉMIE ROYALE
DES
SCIENCES, DES LETTRES ET DES BEAUX-ARTS
DE BELGIQUE.
SOIXANTIÈME ANNÉE. — S"* SÉRIE, T. 19.
m
a
- BRUXELLES,
F. HAYEZ, IMPRIMEUR DE l'aCADÉMIE ROYALE DES SCIENCES,
DES LETTRES ET DES BEAUX-ARTS DE BELGIQUE,
rue de Louvain, 108.
\S90
\3^
BULLETIN
DE
L'ACADÉMIE ROYALE DES SCIENCES,
DES
LKTTRES ET DES BEAUX-ARTS DE BELGIQUE.
1890. — NM.
CLASSE DES SCIElliCES.
Séance du 4 janvier 1890.
M. Briart, directeur pour 1889, occupe le fauteuiL
M. LiAGRE, secrétaire perpétueL
Sont présents : MM. P.-J. Van Beneden, le baron
Edra. de Selys Longchamps, E. Candèze, Brialmont,
Éd. Van Beneden, C. Malaise, F. Folie, F. Plateau,
Fr. Crépin, Éd. Mailly, J. De Tilly, Ch. Van Bambeke,
G. Van der Mensbrugghe, W. Spring, Louis Henry,
M. Mourlon, P. Mansion, J. Delbœuf, P. De Heen, membres;
E. Catalan, Ch. de la Vallée Poussin, associés; C. Le Paige,
Ch. Lagrange, L. Errera et F. Terby, correspondants.
5""^ SÉRIE, TOiME XIX. i
(2 )
M. Slas écrit pour exprimer ses regrets de ce que son
état (le santé l'empêche d'assister à la séance. Sur la pro-
position du directeur, M. le Secrétaire perpétuel écrira à
M. Stas, pour lui témoigner le vif intérêt que ses confrères
prennent à sa santé.
CORRESPONDANCE.
MM. Hermile, Berlhelot, Gaudry et du Bois-Reymond,
élus associés, et M. F. Terby, élu correspondant, remer-
cient pour leur élection.
— M. le Ministre de l'iulérieur et de l'Instruction
publique envoie, pour la bibliothèque de l'Académie, les
livraisons 285 et 286 de la Flora balava. — Remer-
ciements.
— La Classe accepte le dépôt, dans les archives, d'un
pli cacheté adressé par M. le capitaine commandant Émi-
lien-Julien Verstraele, à Bruxelles, sous la date du
25 décembre 1889, et d'un pli cacheté, adressé de Paris,
en décembre 1889, par M. Achille Brachet.
— Elle renvoie à l'examen de MM. Le Paige, Mansion
et De Tilly deux notes de M. Cl. Servais, répétiteur à l'Uni-
versité de Gand : 1" Quelques propriétés des coniques;
2" Sur les centres de courbure, etc.
M. Van der Mensbrugghe se charge d'examiner une
lettre de M. Achille Brachet sur un appareil d'optique
pour détruire les spectres secondaires.
(5)
— Hommages d'ouvrages :
1° P.-J. Van Beneden, Histoire naturelle des Cétacés des
mers d'Europe;
2° Sur la distinction microchimique des alcaloïdes et
des matières prutéiques ; par L. Errera.
5° A propos de C unification des heures; par Ernest
Pasquier. — Remerciements.
ELECTIONS.
La Classe procède à l'élection de son directeur pour 1 89 1 .
Les suffrages se portent sur M. F. Plateau.
M. Briarl, au moment de quitter le fauteuil, témoigne
ses regrets de ce que l'absence de M. Stas, directeur pour
l'année actuelle, l'empêche de remettre à celui-ci la direc-
tion des travaux de la Classe; il exprime l'espoir, tant en
son nom qu'en celui de ses confrères, de voir au plus tôt
son éminent successeur prendre possession de ses fonc-
tions présidentielles.
Il remercie en même temps la Classe pour le concours
si sympathique et si bienveillant qu'il a rencontré pendant
la durée de son mandat et qui lui a facilité la tâche qu'il
avait à remplir.
]1 installe ensuite au bureau M. Plateau, lequel exprime
ses remerciements pour la marque d'estime et de sympa-
thie dont il vient d'être l'objet.
(4)
RAPPORTS.
11 est donné lecture des rapports suivants :
i" De MM. Van Beneden, père et (ils, et Plateau, sur les
demandes adressées à M. le Ministre de l'Intérieur par
MM. Willem, Gilson et Cerfontaine, à l'effet de pouvoir
occuper la table belge du laboratoire de physiologie du
D"" Dohrn, à Naples. — Ces rapports, accompagnés de l'avis
de la Classe, seront communiqués au haut fonctionnaire
précité;
2° De MM. Le Paige, Mansion et Catalan, sur la revision
faite par M. J. Neuberg de son mémoire déjà adopté pour
l'impression : Sur les projections et contre-projections d'un
triangle fixe. — Remerciements et félicitations à l'auteur
au sujet des améliorations apportées à son travail.
COMMUNICATIONS ET LECTURES.
Sur un nouveau Ziphius qui vient d'échouer dans la
Méditerranée; par P.-J. Van Beneden, membre de
l'Académie.
Dans le courant du mois d'août dernier on lisait dans
un journal français : Un pêcheur à ta ligne se trouvait sur
les rochers des Bancals, situés à l'ouest de l'île Saint-Hono-
rat, près de Cannes, lorsque tout à coup il vit sauter, à
50 mètres de lui, un énorme poi-ison, de forme extraor-
( Si)
dinaire, qui vint s'échouer dans l'une des nombreuses
criques qui entourent l'île (le 2 août 1889).
Ce poisson, ou plutôt ce monstre marin, mesure 5'°,50
de long. Il possède un bec semblable à celui des perroquets;
sur le front sont placées deux défenses.
Des marins, qui ont fait autrefois la pêche de la Baleine,
affirment n'avoir jamais rencontré un poisson semblable.
Le syndic des gens de mer à Cannes répondit à une
lettre du capitaine Jouan, de Cherbourg, qui s'intéressait
à cette capture : // est vrai qu'un gros poisson s'est échoué
à l'île Saint-Honorat {île de Lerins) mesurant les dimen-
sions indiquées; c'est un Ce face désigné sous le nom de
Narval; et il ajoute : Je n'ai jamais vu de Célacé de cette
forme, ayant un museau pointu, les yeux à 0™75 de
l'extrémité du museau. L'échouement de ce poisson coïncide
avec l'arrivée à Cannes d'un trois-mâts autrichien, venant
de la Baltique. D'après renseignements, les Narvals habi-
teraient les mers du Nord. Aurait-il suivi ce navire?
Il ne nous a pas été difficile de reconnaître que le gros
poisson des îles de Lerins, comme le dit le syndic, est
un Cétacé, et non un Narval, comme il le suppose ; le
Narval est un animal essentiellement polaire et qu'on n'a
jamais vu que très accidentellement passer le 65* ou
66* degré de latitude. Sa frontière méridionale, sur la
côte du Groenland, est la baie de Disco, qu'il visite en
décembre.
La connaissance des Cétacés dans les mers d'Europe a
fait de grands progrès dans ces derniers temps, et les
moindres indications de taille ou de couleur suffiront pour
reconnaître tout Cétacé qui, dorénavant, viendra échouer
sur une côte quelconque des mers d'Europe.
(6)
Nous comptons en loul vingt à vingt-trois espèces (1)
dans nos mers, en y comprenant même trois qui sont
propres au Groenland et au Spitzberg, le Mysticelus, le
Béluga et le Narval, qui ne quittent pas les glaces polaires;
quatorze d'entre elles pénètrent dans la Méditerranée et
autant dans la Baltique.
Il est à remarquer qu'aucune de ces espèces n'appartient
à ces mers intérieures , et qu'il en est de même des trois
seules Delphinides qui habitent la mer Noire : le Mar-
souin, le Tursiops et le Dauphin ordinaire.
Il n'en a pas toujours été ainsi dans la mer Noire; à la
fin de l'époque miocène, lorsque le Pont-Euxin et la mer
Caspienne ne formaient qu'une seule mer avec le lac
d'Aral, les Cétacés que ces eaux nourrissaient communi-
quaient librement avec la mer Arctique; des Baleines de
petite taille, avec un nombre considérable de Dauphins, se
propageaient dans cet océan, qui s'étendait dans la vallée
du Danube et jusqu'au lac de Constance.
Dans le bassin de Vienne on a trouvé les restes d'une
riche faune de Cétacés marins, qui n'ont rien de commun
avec les espèces de nos mers actuelles.
Quel est le nom du Célacé qui vient de se perdre sur les
rochers des Bancals?
Des douze ou treize Cétacés quij visitent la Méditerranée,
trois appartiennent aux Balénides; ce sont la Balenop-
tera musculus et rostrata avec la Megoptera boops. Les
Ziphioïdes ne comprennent que le Ziphius cavirostris et
l'Hyperoodon ; et parmi les Delphinides, il n'y a que l'Orque
(i) Six Balénides, cinq Ziphioïdes et douze Delphinides : voir
P.-J. Van Bencden, Histoire naturelle des Cétacés d'Europe, vol. in-S».
Bruxelles, 1889.
(7)
et le Globiceps, qui alleignent la taille de celui qui vient
d'échouer.
Le monstre marin est sans doute le Ziphius cavîrostris,
puisque l'Hyperoodon, que l'on capture périodiquement
sur les côtes des Féroë, ne visite guère les régions méri-
dionales. On ne connaît qu'un seul exemple d'un Hyperoo-
don capturé dans la Méditerranée.
Il est vrai, si on tient compte de la taille, que le monstre
de Saint-Honorat pourrait être un Orque, mais les fortes
dents de l'Orque et la coloration toute particulière de la
peau auraient sans doute attiré l'attention des pêcheurs
qui l'ont vu échouer. Du reste, nous avons aujourd'hui nos
apaisements au sujet de cette détermination; le Musée
royal de Belgique a fait l'acquisition du squelette qui
comble une lacune importante dans la collection des
Cétacés vivants, et nous y trouvons tous les caractères de
ce curieux Cétacé.
Le squelette a été préparé par les soins de M. Exibard,
de Nice, qui nous a informé qu'il provient d'une femelle,
A propos de la découverte de la rolalion de Mercure;
note par F. Terby, correspondant de l'Académie.
J'ai cru devoir entretenir pendant quelques instants
l'Académie d'un événement astronomique delà plus grande
importance qui vient de s'accomplir et qui signalera le
commencement de cette année 1890 : notre savant et
illustre associé, M. Schiaparelli, vient enfin de faire con-
naître le résultat de ses observations sur l'aspect physique
et sur le mode de rotation de la planète Mercure. Ce
résultat étonnant, que l'auteur nous avait laissé entrevoir
(8)
depuis la fin de l'année 1882, a élé obtenu, tout entier,
à l'aide de l'excellent réfracteur de 8 pouces de Merz; le
réfracteur de 18 pouces, installé depuis, n'a fait que le
confirmer.
Par l'observation des taches, dont M. Schiaparelli publie
un planisphère détaillé, l'astronome de Milan a reconnu
les faits suivants :
1° L'axe de rotation de Mercure est exactement, ou à
très peu près, perpendiculaire au plan de l'orbite de celte
planète;
2° Comme la lune se comporte à l'égard de la terre, la
planète Mercure exécute son mouvement de rotation d'une
manière uniforme et dans le même temps qu'elle accomplit
sa révolution sidérale autour du soleil, c'est-à-dire en
87 jours, 9693;
5" Cette rotation uniforme, combinée avec la grande
excentricité de l'orbite, donne lieu, à l'égard du rayon vec-
teur, à une énorfiie libration en longitude, qui n'atteint
pas moins de 47"2r;
4° Trois points remarquables de l'équateur de Mercure
sont à signaler dans le planisphère de l'auteur : le point
central du planisphère, qui a le soleil à son zénith aux
instants du périhélie et de l'aphélie; et à l'est et à l'ouest
de celui-ci, à une distance de 23-41', les points A et B,
qui ont le soleil à leur zénith aux moments de plus grande
équation du centre, soit positive, soit négative.
Tous les points de la surface de la planète accessibles
au soleil voient donc cet astre osciller le long d'un arc de
l'équateur, d'une amplitude de 47°21', employant 51 jours,
19, pour aller de A en B, et 36 jours, 78, pour revenir de
B en A. Cette oscillation est éternelle.
(9)
CLASSE «ES LETTRES.
Séance du 6 janvier 1890.
M. PoTViN, directeur pour 1889, occupe le fauteuil.
M. LiAGRE, secrétaire perpétuel.
Sont présents: MM. J. Stecher, directeur pour 1890;
P. De Decker, Ch. Faider, Al pli. Wauters, Ém. de Laveleye,
A. Wagener, P. Willems, S. Bormans, Ch. Piot, T.-J. Lamy,
Aug. Scheler, P. Henrard, J. Ganlrelle, Ch. Loomans,
G. Tiberghien, L. Vanderkindere, Al. Henné, G. Frédérix,
membres; Alph. Rivier, associé; le comte Eug. Goblet
d'Alviella, A. Van Wedàlngen, correspondants.
CORRESPONDANCE.
M. le Ministre de l'Intérieur et de l'Instruction publique
adresse une ampliation de l'arrêté royal du S décembre
dernier, nommant président de l'Académie pour 1890
M. Stas, directeur de la Classe des sciences pendant la
même année.
— Le même haut fonctionnaire envoie pour la biblio-
thèque de l'Académie le quinzième rapport triennal sur la
situation de l'enseignement primaire {1885-1887.) —
Remerciements.
( 10)
— Le comité pour le monument à élever à François
Carrara, ancien associé de la Classe, annonce que l'inau-
guration aura lieu à Pise, le 12 janvier courant.
— \1"* Octavie Boigelot, à Namur, adresse une pièce
manuscrite de vers portant pour titre : Jubilé du Roi, 1890.
— Commissaire : M. Potvin.
— M. le secrétaire perpétuel dépose sur le bureau les
trente-quatre ouvrages imprimés et manuscrits reçus pour
la deuxième période du cinquième concours des prix
De Keyn (enseignement moyen et art industriel), dont le
délai pour la remise des travaux expirait le 31 décembre
dernier.
— Hommages d'ouvrages :
i. L'architecture romane dans ses diverses transfor-
mations; par Alphonse Waulers, avec une note qui figure
ci-après;
2. Les premières populations de l'Europe ; par le mar-
quis de Nadaillac, associé;
3. Histoire moderne, 1860 à 1880, tome III; par le
baron Charles de Blanckart;
4. L'architecture du temple de Salomon et le Cantique
des cantiques, réfutation de M. Renan; par le vicomte
de Salignac-Fénelon;
5. Le Siao-Hio ou morale de la Jeunesse, avec le
commentaire de Tchen-Siuen, traduite dû chinois par
C. de Harlez; avec une note de M. Willems qui figure
ci-après;
6. La vie et l'œuvre de Jean Bellegambe; par C. Dehaisnes;
avec une note de M. Piot qui figure ci-après;
( H )
7. Quarante- quatrième rapport sur les travaux de
l'Académie royale des beaux-arts de Bruxelles ; par
Alexandre Henné;
8. Le opère di Dante Allighieri corne li vede Paolo
Rlolteni, libro I : La Commedia; libro II : // convito ;
9. Les communes luxembourgeoises ; par Emile Tandel.
Tome I" : Partie générale; lome II : L'arrondissement
d'Arlon. — Remerciements.
NOTES BIBLIOGRAPHIQUES.
Le livre dont j'ai l'honneur de présenter, au nom de.
noire savant confrère, M^"" de Harlez, une traduction
commentée, est, à certains égards, l'ouvrage le plus impor-
tant de la littérature chinoise. C'est lui, en effet, qui sert
à former tonte la nation chinoise, son caractère et ses
idées.
Manuel classique de morale, depuis 800 ans, il doit être
étudié par tous les Chinois quelque peu lettrés; tous
doivent l'avoir constamment sous les yeux et mettre ses
préceptes en pratique jusqu'à leurs derniers jours.
Son nom Siao-Hio veut dire Petit enseignement, opposé
à la Ta-Hio ou Grand enseignement, qui comprend la phi-
losophie et la politique. H est formé de deux livres distincts,
l'un tout de préceptes, l'autre, d'exemples de vertu emprun-
tés à l'histoire.
L'un et l'autre sont d'une morale 1res pure et ne pèchent
en général que par des minuties de détails qui, pour nous,
frisent la puérilité.
L'auteur a joint à une traduction complète, la première
(12)
qui existe, celle du commentaire le plus autorisé, de nom-
breuses notes explicatives et un appendice contenant,
outre des caries géographiques, divers aperçus relatifs à
l'histoire de la Chine et aux mœurs de ses habitants :
mariage, habillements, cérémonie funèbre, culte, enseigne-
ment, danses, etc., aperçus qui rendent la lecture du livre
plus facile et plus agréable. P. Willems.
Dans le travail que j'ai l'honneur de présenter à l'Aca-
démie et qui est intitulé : VArchilecture romane dans ses
diverses transformations^ je me suis attaché à tracer le
tableau de l'histoire de l'art roman. Comme je l'ai montré,
ce dernier doit se diviser en deux branches. D'abord se
développe l'art roman primitif, art simple, dont l'origine
se retrouve dans l'art romain de la décadenee; son point de
départ est Ravenne, et non Constantinople. Plus tard, au
XI" siècle, surgit l'art roman orné, qui doit porter le nom
d'art lombard, comme le roman primitif pourrait être qua-
lifier de gothique, car les constructions exécutées du temps
des rois ostrogoths et visigolhs en Italie et en Espagne ont
eu une grande influence dans les pays voisins, où on les a
imitées.
Quant au nom de byzantin, que l'on donne d'ordinaire
au style roman orné, il semble injustifiable, car l'art de
Byzance ou art grec ne peut citer, pour le haut moyen âge,
des productions comparables à celles dont l'Occident se
glorifie. Non seulement les édifices de premier ordre sont
beaucoup plus nombreux à l'ouest de l'Europe qu'à l'est,
mais les objets qui s'y trouvent: tombeaux, sculptures, etc.,
attestent une culture plus variée et plus perfectionnée. La
même supériorité se remarque dans les manuscrits, les
( i3 )
monnaies, etc., où la différence d'exécution est entière-
ment en faveur de l'Occident. Il est donc peu probable
que nos contrées aient suivi, à une époque où l'art s'y
montrait vivace, l'influence de pays où tout restait station-
naire. Alph. Wauters.
J'ai l'honneur de présenter à la Classe, au nom de
M^"" le chanoine Dehaisnes, sa publication la plus récente :
La vie et Vœuvre de Jean Bellegambe.
L'auteur est connu depuis longtemps par des travaux
consacrés aux archives et spécialement au mouvement
artistique dans une partie des Pays-Bas. Son Histoire de
l'art dans la Flandre, l'Artois et le Hainaut avant le
XV^ siècle, a eu un grand retentissement en Belgique
comme en France.
Le livre sur Bellegambe, dont j'entretiens la Classe, est
une belle page détachée de l'ouvrage complémentaire que
M^' Dehaisnes prépare sur l'histoire de l'art et les artistes
dans les Pays-Bas au XV^ siècle et au suivant. C'est une
étude à la fois biographique, généalogique et artistique, où
l'auteur nous donne le résultat de vingt-cinq années
d'investigations intelligentes et consciencieuses. Son expé-
rience, son flair d'archiviste, si je puis m'exprimer ainsi,
l'ont bien servi. Avec un soin qui ne néglige aucun détail
utile, une clarté remarquable, une méthode qui met tout à
sa place, il nous retrace la vie du peintre de Douai, l'état
civil de ses ascendants et descendants. Il décrit, analyse,
commente et juge son œuvre, du moins ce qui nous en
est resté, car une partie a été perdue, une autre partie a
été détruite.
( ii)
M^' Dehaisnes élablit que Bellegambe naquit à Douai
vers 1470 et mourut probablement en 1554.
De son vivant, comme longtemps après sa mort, l'artiste
jouit (l'une réputation attestée en 1566 par Guichardin,
qui l'appelait, d'après les traditions, a le maître des cou-
leurs, le peintre excellent. » Vasari, eu 1568, et dom
François de Bar, en 1600, le citent sous le même nom.
Dans quel atelier apprit- il son art? M^' Dehaisnes n'a
rien pu découvrir de positif à ce sujet. L'auteur émet des
conjectures plus ou moins vraisemblables et révélant une
critique d'art très judicieuse.
Après avoir raconté comment furent retrouvés les
tableaux attribués au peintre douaisien, l'auteur discute
avec un grand sens artistique la valeur de ces attributions.
Ainsi il restitue à Bellegambe la paternité du (ryptique
d'Anchin. Sous ce rapport, il est d'accord avec notre
savant confrère M. Waulers. Pour les autres attributions,
elles sont fondées sur des raisons techniques, des argu-
ments empruntés à la manière habituelle de peindre du
maître douaisien.
Qu'on aille voir à l'église de Douai le rétable polyptyque
de la Trinité, dit d'Anchin; au Musée de Douai, les pan-
neaux de l'Immaculée conception; au Musée de Lille, le
tryptique de la Trinité, dit de Marchienne, et le Bain
mystique, provenant également de l'abbaye d'Anchin; à la
cathédrale d'Arras, l'Adoration des mages et le Christ
entre les mains des bourreaux; au Musée de Bruxelles la
Vierge avec l'enfant Jésus; au Musée de Berlin le Jugement
dernier, on retrouvera partout les mêmes procédés de
composition, de dessin, de coloris.
Bellegambe n'appartenait ni à l'école française, ni à
l'école flamande. Il a subi l'influence des maîtres de l'une
etl'aulre; il était de l'école de la Flandre wallonne où,
comme le dit l'auteur, il reçut une double impulsion, celle
de la Flandre septentrionale et du Brabant et celle de
Paris, des villes de la Picardie et du Vermandois. On y
trouve des rapports avec les peintures d'Amiens et des
maîtres de Bruges et d'Anvers.
Dans la caractéristique générale de l'œuvre du maître
des couleurs, M^' Dehaisnes dit que cet artiste tient à la
fois de l'école primitive et de la renaissance. A notre sens,
il appartient à l'école primitive de la renaissance, celle qui
se fit jour au commencement du XVP siècle seulement.
Bellegambe est un peintre de grand talent, mais il n'a pas
le génie des frères Van Eyck, ni d'Hemling, ni de Vander
Weyden, ni de Thierry Bouts, pas même de Van Orley ni
de Quentin Metsys. C'est un artiste de l'école de Marmion,
de Clouet et de Jean Prévost; c'est un Belge wallon avant
tout. Les planches reproduites au moyen de l'héliographie
sont des plus remarquables. Elles donnent une excellente
idée des compositions du maître.
Ch. PlOT.
PRIX CASTIAU.
Troisième période (1887-1889).
La Classe prend notification de la réception d'un travail
manuscrit portant pour devise : Amor prima virtus !
expédié de Turin, pour la troisième période du prix fondé
par Adelson Castiau, ayant pour objet l'amélioration, la
condition morale, intellectuelle et physique des classes
laborieuses et pauvres.
( i6)
RAPPORT.
Un fragment de Foiicon de Candie; par M. WilraoUe.
ttappofi de M. A. Schelef,
« Ail point de vue tanl philologique que paléographique,
le travail présenté par M. Wil motte sous le litre : Un
fragment de Foiicon de Candie me paraît tout à l'ail digne
d'intéresser la science et, par conséquent, d'un bon accueil
de la pari de la Classe. »
La Classe a adopté ces conclusions, auxquelles se sont
ralliés MM. Stecheret Bormans.
ÉLECTIONS.
La Classe procède à l'élection de son directeur pour
l'année 1891. M. Ang. Scheler, sur qui s'est portée l'una-
nimité des suffrages, remercie ses confrères pour cette
marque d'estime et de sympathie, mais regrette de ne
pouvoir accepter ces fonctions à cause de son état de
santé.
Un second vote réunit aussi l'unanimité des voix sur
M. G. Tiberghien.
M. Potvin, directeur sortant, remercie pour le concours
qu'il a rencontré pendant la durée de son mandat. Il
installe au fauteuil M. Slecher, lequel propose de voter des
félicitations à M. Potvin pour la manière dont il a rempli
ses fonctions. — Adopté.
( 17 )
M. Tiberghien, invité à prendre place au bureau,
remercie la Classe pour son élection.
— La Classe procède à l'élection du jury de sept mem-
bres, chargé de juger les travaux soumis pour les prix
De Keyn à décerner cette année (cinquième période,
deuxième concours : enseignement moyen et art indus-
triel, \SSS-\SS9).
Les suffrages se portent sur MM. Candèze, Catalan,
Errera, Potvin, Roersch, Stecher et Wagener.
— La Classe désigne ensuite MM. de Laveleye, Rolin-
Jaequemyns et De Decker pour juger les cinq mémoires
soumis au concours pour la troisième période du prix
Castiau.
COMMUNICATIONS ET LECTURES.
Un fragment de FoucoN de Ca]N'die; par M. Wilmolte.
Le principal intérêt de ce fragment, qui appartient au
dépôt des archives provinciales du Limbourg hollandais,
à Maeslricht, réside dans une particularité dont je ne
connais pas de second exemple. Il est l'unique feuillet
conservé d'un manuscrit de Foiicon de Candie et il
coïncide précisément en partie avec un autre fragment du
même poème, que M. Bormans, membre de la Classe des
lettres de l'Académie, a publié en 1878 dans le Bibliophile
belge (I). Nous avons donc la preuve qu'il a existé deux
(1) T. XIII, 26:>.
S""^ SÉUIE, TOilE XIX.
(18)
manuscrits, aujourd'hui disparus, de Foucon de Candie et
que ces manuscrits avaient trouvé possesseur dans nos
contrées (1). Le hasard a voulu, de plus, que le même
(1) Reste à savoir s'ils y ont été copiés; j'ai exposé dans la Borna-
nia (XVII, S44) les raisons qui rendent improbable l'altribution
du ms. de Namur à un scribe wallon; on verra par le tableau des
principales formes de notre fragment qu'il est dans le même cas :
1" il confond e et le (a + j et ë latins), ex. : vaingcj 28, fraiiujej 32,
trainchej 57, saichcj 39, etc. abalej 38 = abatic, r/eio 1 19 =a gie (1);
fcj't 52 et 122, qucrent 59, peut-être ert 89. — 2» ain atone = en
-♦- cons. Ex. : vaingej 28, fraingej 32, tramchej 37. — 5° é (c, ï)
entrave est représenté par ci : toleil 23, valeil 91, bascit. 175. —
4.» è (ê) -♦- j x" <?'» du moins à l'atone : neiez 159, prêter 192. Cf.
encore esuz loi, 148. 5» I est tombée ou vocalisée devant une con-
sonne, non seulement dans les cas ordinaires (cotel 64 ; otre 151,1 56,
185 (ulre) ; mot 145, 150, 155), mais encore dans des combinaisons
plus hardies de la liquide, par ex.: co (e le) 69, mcodre 105, quia
monosyllabique (quil) 108, geiolciig dissyllabique (gie le t.) 119; do
(del) 123, 148, 171, 205, no (ne le) 182, 184. — 6» s = ss: gueii-
chisez 117, esii: 154, 148. Je signale encore les formes plus isolées:
de? 21, 46; dauant 51, 105, 108, 122; Gillermcs 115. — Aucun
de ces phénomènes n'est propre au wallon et il ne connaît pas deux
des plus importants (1" et 2°). La confusion de e(tj et ie est surtout
fréquente dans l'ouest; voyez Gôrlich, Die nordwcsllichcn Dialektc
der Langue d'oïl, p. 15 et le même, Die sûdwestlichen D. d. l. d'oïl,
pp. 24 et 47; ain (Tn) est méridional, mais caractérise plutôt la
région bourguignonne (Gôrlich, Der burgundische Dialekt im XI U
u. XIV Jhdl., p. 66). C'est aussi dans l'Est, du pays de Liège jusqu'à
la Côte-d'Or, que l'on constate le plus usuellement la présence de Vi
parasite, dont les exemples abondent dans notre fragment; dans
l'Ouest ci = a tonique latin est exceptionnel ; l'Est et le Sud possèdent
également et" = c -♦- j; ej = ï entravé et s = ss sont partout; reste
le n» 5, qui renferme quelques formes plus rares, l vocalisé en o.
Bien que je n'aie pas de donnée précise sur ces bizarres graphies : co,
( 19)
débris de l'un el de l'aulre nous fùl parliellemenl conservé.
geio{teng), je crois pouvoir les rattacher à la région poitevine. Déjà
M. Paris a constaté que o z= lo n'avait été a relevé jusqu'ici... que
dans des textes du Sud-Ouest » (Rnmania, X, il 5). Dans des chartes
de cette région je relève les formes do = del, on = in Tllo, o = le
(pronominal); cf. Gôrlich, D. sûdwcsll. Dial. pp. 103-7. J'en rappro-
cherais no =:ne le, eo = e (t) le, meodre (mc'lj(ojrem) etgcio (teng). Je
n'insiste pas sur Gillermes qui est dans des pièces wallonnes et qui
n'est pas plus surprenant que le Bertremicu général dans l'Est (pour
la Bourgogne, v. l'étude de Gôrlich, déjà citée, p. 105), ni sur davant
que possèdent déjà le Jonas et la Passion {davan) et qu'on a dans
l'Ouest (Gôrlich, N.-West. D. p. 77 et Sudw. D., p. 115) aussi bien
qu'au Nord-Est {Remania, XIX, 79) et en Bourgogne (Gôrlich,
D. burg. DiaL, p. 151). Même observation pour dolez 162, delez
dans les vers qui précèdent notre fragment; v. infra. Il semble résul-
ter de celte enquête, bien sommaire il est vrai, que notre fragment a
été copié dans l'Est sur un texte du Sud-Ouest. L'inverse me parait
difficilement soutenable : 1° parce que certaines formes du manuscrit
ne peuvent alors se justifier. De mddre (melj(o)rem) on a pu passer
meodre, sans diphtongaison de la tonique, ce qui est caractéristique
de la région occidentale; tandis que mieldrc, mieoldre aurait conduit à
mioldre, miotidre par réduction normale de la triphtongue; S" parce
que notre manuscrit présente plusieurs traits graphiques ou phoné-
tiques qui se retrouvent dans le texte publié de Foucon et qui y
semblent assurés par l'assonance ; c'est le cas pour ain : ein (voyez
Foucon, éd. Tarbé, pp. H, 59, etc.J. En revanche pas de o/ = X
entravé, mais ei qui peut-être l'a précédé dans la graphie ; oi est
assuré par la versification du poème et on est d'accord pour y voir
un trait du patois berrichon; cf. Remania, VII, 125 et Gôrlich, Die
nordw. Dial., p. il. Autant qu'une telle conclusion est probante en
l'absence d'une édition critique de Foucon, j'y verrais donc une
œuvre composée dans la région qui s'étend de Bourges à Poitiers,
et je ferais de cette même région le berceau du prototype de noire
manuscrit fragmentaire.
(20)
La popularilé de Foucon fut grande au moyen âge {!),
et il est piquant do constater que l'un des témoignages les
plus expressifs nous vient de Wallonie, de Liège même, si
l'auteur du Poème Moral est liégeois, comme je me suis
efforcé de le démontrer ailleurs (2); il met en garde ses
lecteurs contre la séduction des poètes profanes et dit :
Laissiez altrui oïr les bcaz vers de Fulcoii (3).
Nous avons, par les deux fragments retrouvés, une
preuve de plus que son avertissement était fondé.
Les particularités linguistiques de notre feuillet offrent
plus d'intérêt que ses caractères littéraires; il n'est pas
douteux qu'il appartienne au poème déjà mentionné; bien
que l'édition, d'ailleurs partielle, de M. Tarbé ne renferme
pas les vers correspondants, on lit dans sa longue analyse
(préface, p. xxii) de ce poème : « ... Ici se trouve une inter-
» minable narration de combat sur le Rbône (4). Foulque
» monte sur un cheval nommé Rufin (3) et porte un écu
» blanc avec un lyoncel bis. Et pour relier le roman à
» toute l'épopée carlovingienne, Anfélise, qui assiste au
» combat (6), apprend que Beuves de Commercy (7) est le
» fils d'Aymery de Narbonne... » Ces indications rendent
l'identification certaine; elle l'était déjà par la coïncidence
(1) Voyez Gaston Paris dans la Romarùa, VU, 437, au bas de la
page, et P. Meyer, ibid., XVI, 66, note 4.
(2) liomunia, XVI, 1 24.
(3) 578<=.
(4) Voyez vers 82, 83 du fragment.
(5) Vers 10 i, 131, 194, 2U6.
(G) Vers 137, ss. ; cf. 168, ss.
(7) Vers 87.
( 21 )
partielle de notre fragment avec celui publié par M. Bor-
mans(i).
Il nous reste à décrire le manuscrit et à indiquer d'après
quels principes nous l'avons publié.
Le fragment de Maestricht consiste en un feuillet de
parchemin à deux colonnes, entre lesquelles règne un
espace blanc variant de 6 à 8 centimètres. La hauteur du
feuillet est de 0.56 et sa largeur de 0.22, l'écriture est du
XIII'' siècle et plutôt de la seconde moitié que de la
première. Une des colonnes est intacte, l'autre endom-
magée, surtout au recto. Toutefois, il manque deux vers
au haut de chacune d'elles. Le nombre des lignes conser-
vées étant de cinquante, le manuscrit en portait cinquante-
deux. C'était donc un codex de grandes dimensions. Chaque
colonne est complète au bas, comme l'atteste un blanc
régulier du parchemin. Pas de miniatures. Une majuscule
(rouge ou bleue) au début de chaque laisse. C'est la colonne
intérieure qui a souffert, ce qu'attesterait déjà, à défaut de
toute comparaison avec d'autres manuscrits, la continuité
de l'assonance, qui est la même pour les derniers vers
du r° (2) et les premiers du v» (I). Je publie le fragment
tel que je l'ai copié à Maestricht, complétant seulement les
vers défectueux ou indéchiffrables à l'aide du manuscrit
f. fr. 2ooi8 de la Bibliothèque nationale de Paris, dont les
leçons complémentaires sont données entre crochets et
dont les variantes de texte, pour les parties conservées ici,
sont rejetées au bas de la page. Je fais de la parenthèse
l'usage ordinaire. M. Doutrepont, mon ancien élève à
l'école normale des humanités, actuellement lecteur de
(1) Voyez Romania, Vlil, 501.
(22)
langue et littérature française à l'Université de Halle, a
bien voulu, pendant son séjour à Paris, se charger de la
collation, et il m'a fourni plusieurs renseignements sur les
autres manuscrits de Foiicon conservés à la Bibliothèque
nationale; j'ai eu moi-même sous les yeux les n°^ 774 et
778 du même fonds de cette bibliothèque, qui renferment
également le poème français (1); mais ma préférence
pour le manuscrit 25S18 était tout indiquée; c'est lui qui
offre le meilleur texte et, en outre, il se rapproche le plus
de la version publiée ici. P désigne, dans les notes et
variantes, le manuscrit 2551 8 de la Bibliothèque nationale,
à Paris, f° 53, v"; B = le fragment publié par JM. B[or-
mans]. Les autres manuscrits sont désignés par leur cote
au fonds français de la Bibliothèque nationale. Je néglige
les variantes orthographiques, à moins qu'elles n'offrent
un intérêt phonétique (2). J'ai introduit, la ponctuation et
résolu en lettres italiques les abréviations du manuscrit,
qui n'offraient pas de diflicultés. Devant une consonne
labiale je figure la nasale, indiquée par le trait au-dessus de
la voyelle précédente, par un n, non un m, me conformant
à l'usage constant du copiste (cf. vv. 9, 24, 67, 71, 81,
95, 110, 111, 143, 151, 169). Je tiens, en terminant cet
avant-propos, à exprimer ma gratitude à M. le profes-
seur Roersch, recteur de l'Université de Liège, qui a eu
(i) Sur les autres manuscrits, voyez la bibliographie dans L. Gau-
tier, Épopées françaises, IV^, p. 22.
(2) Voici les vers qui précèdent le premier vers de notre fragment :
Si com la rote enchauce des armez
De eels de France, des uallez adurez,
Gui il ateigneni, si est arreisonez,
Féru de lance o d'espee delez.
( 23 )
l'aimable pensée de me révéler l'existence du fragment
de Maestricht, et à M. le sous-archiviste Flament, qui, en
l'absence de M. Habels, s'est mis à ma disposition et m'a
facilité, avec une ingénieuse complaisance, le déchiffrement
parfois malaisé de ces deux cents vers.
r» {{) [Ja puis nen iert ostages (leman]dez,
[Gages saisiz, ne prisons rct]ornez ;
[Qui ainz i vient tost s'en est djeliurcz.
[Mauduiz de Raimcs i est pjreniiers iostez,
5 [il et sa gcnz nés unt [m]ie esparnez,
[Si i ferircnt qu'il le]s unt arestcz.
[Iluequcs fu mainz] cscuz eslroez,
[Guischart i fu abatu]z et nafrez,
[Ses chcvax morz de] treis darz enpenez.
10 [Casselx s'areste sor] lui toz afeltrez,
[A l'oriflambe a. c.] Turs recourez;
[F. lo ficrt, ai]nc qu'il seit regardez,
[Amont el helnie,] qui fut a or gemez;
[Trcsqu'cl menton] li est H branz colez.
i 5 [L'enseigne uerse,] li gloz est deuiez.
[Païen s'en tornent] e li liuz est levez.
[Or set cliascuns] qu(e) a folie est alezj
[Qui cliaùz est n]'ert par eois releuez.
[Girart et Guj truejuent Guichart a piej.
20 [Lo sanc connurcn]t parmi lo brant maillej :
[<i Sainte Marie, ci a] del enforcei i
2 B Destrier. — 3 B i moert. — 5 B La sue gent nés ont pas redotez. P u. s. p.
redolez. — 6 B ainz les f. — 7 B sunt m. EîUre 1 eC 8 P eC D intej-calent un
vers : Tant blans haubers (B ousbercs) rompuz et desaffrez. — 8 Guischart est
la leçon de B, confirmée par le v. J9 de notre fragment. P a Girarz. Ce n'est
pas le seul exemple de la parenté de B et de M[aestricht] Voyez v. o3. —
9 P. iii d. emp. — iO P afeutrez — il B a s'o. — 12 P. soit esg. — -13 B sor
l'eaume — 14 B. Gesk. — 16 P. Et 1. huiz — 17 B. Lors s. B, P e. lornez —
18 B Par eous n'e. r. — 19 J'ai adopté la leçon de B. P a : Guischarz e Gui t.
Girart a p. — 20 B parmi l'osberc m. P par l'auberc m. — 21 B doel et duel —
( 2i )
[Ahi! Orcngcs, tant n]iis aureiz blccoj,
[Nostrc lignage toljcit c abaisscj ! « —
[F. dcscent, s'a] sun unclc enbraciej :
25 [o Garroiz vos sire? Trop] nos somes tarzej. »
[« Si [ajbeax nies, ia me] uerreiz hatiej;
[Bailliez me ça ce ch]eual gaigncj,
[V'oslre merci, molt m'auez tost] uaingcj. » —
[Li cuens i monte, sc]s amis tint s'estrej;
ôO [Tous. iiij. cnchajuccnt tote la rote irej :
[Jal comparront li] Sarrazin lurquej.
[Et Mauduiz porte] un pcnuncel fraingcj ;
[Lance Icuee, de cojraigc aficliej,
[Ne s'en vait mie a] le[i] d'orne esmaicj ;
55 [Voit un François] venir tôt eslaissej,
[Ficrt lo sor dest]re, pas ne l'a esparniej,
[Parmi les armc]s li a le cucr Irainchej;
[Celui a mort, u]n autre en abatcj ;
[Sa lance brise, si] a le brant saicliej ;
AO [S'aler en pue]t, mot a bien cspletiej.
[Vait s'en Mau]duiz, mort i laisse Quasscl
[Et tcx. C. Tur]s, don point ne li fut bel.
[L'espce ot trai]te, tint l'cscu en cliantel;
[Molt s'en vait g]cnt airreres su?i Iropel,
-iS [Dciostc lui] sen dru Sariterel;
[De . ii. des nozji firent del nouci,
[L'un de Linant et l'autre de Rabel.
r» (2) Lors csperonnent li. iiii. damoisel :]
22 B auez — 23 B tolu — 24 B faaisie — 25 P t. uos s. B nos uos auons —
26 B Oïl b. n. P haitie - 27 B P gaaignie — 28 P, B. vengie. — 29 B, P l'est. —
!W B Tuit quatre vont tote 1. r. P n'a pas le vers; il est donné ici d'après 778
— 3t B, P turchie — 32 B frengie, P frangie — 34 778 a esragie — 36 B le vers d.
37 P c. percie — 39 B sa 1. b. — 40 B espleie. — 41 P Classel — 42 B treis
c. T. d pas — 43 B Espee traite et l'escu e. c. — 44 B deriere s. t. P deuant son
tropeel — 45 manque da7i.i B — P son d. salatiel. — 46 B. doel — 47 ct48Hîrtw-
quent en tête de r" (2), de même 100 et 101, 154 et 155 en tête des coll.
( 25 }
Premiers uait Foiques c porte un pennnccl
50 K'ot recoure a la ioste Marlcl;
Dauant ataint la rôle en un uaucel,
Fert Lustal)et, un neuo CaricI,
Qui fut armez d'un [clajisin a clauel.
Ne li uaut mie ucrs la lance un mantcl
f)8 [Que ne li past lo fer ucrs le forccl.]
Plaine sa liawste l'abat lez un ruissel,
Puis la recoure, si joste a Salubel.
Il point le bai et li paicns Sorel,
Ireemenl se querent li donzcl.
60 Mauduiz gucnchist e li fiz Canuel
E tel uintTur, n'i a cel n'ait cliastel.
A la rescoise uint Guicliarz sur Sorel,
Giralz, c Guiz, e Poinz de Mundoblel :
.la i bcuront de lur branz li cotcl.
05 Si fcrit Penfes le Sarrazin fehin
K(c) eskuz ne broine ne li uaut un bolun.
Parmi le cors li met un gunfenon,
Que d'allre part en perenl li pcnon.
Lui co chenal a si mis an sablun
70 Kc de la sele froissent li dui arcun.
Apres lui iostentsi quatre conpagnun;
N'i a celui qui n'abatc le sun.
Mauduiz de Raimes nus i ocist Droun
E Escorfax Aicrci de Diiun ;
75 En la grant presse rabalirent Guiun
de V — 49 B si P se — M B, P Deuant — 52 P Fiert L. B Lunbel - 53. La faute
est commune aux deux fragments. B clasain — 54 B valut 56 B lance l'a —
57 P Lesse corre, se j. a Lucafel. 57-59 manquent dans B, qui les remplace par :
De gentpaieneli uindrent un tropel — 59 P s'encontrent — 60 B Guinant —
6i B teus. Entre 61 et 62 B intercale : Iriement le quierent et isgnel —
62 B Fauvel — 63 B Droon de Mont Doblel — 65 B F ouke feui un Sar. —
67 B son g. — 69 B Ot le ch. le met si en s. — 70 B bruisent — 7t P peignent
B li q. c. — 72 P que n'abatist. — 73 B a ocis — 74 B Escolfas. Digonn -
( 26 )
Et fut nafrez d'un dart soz le mentun
Pour aueit de mort c do piisun
Kant Bertrant uint, qui securt le barun,
E la grant rote enchauce a bandun.
80 Nel poent mie sofrir li Esclauun,
Le chanp gucrpisscnt chascu?i por garisun.
Des or comence i'auenture Foleun
(Si com il passe le punt a esperun,
Tlicbaut nafra, si iur ocist Corbun,
85 Un Sarrazin qui fut reis d'Arragun)
Et d'Anfclise, qui parla (a. bandun) a Bouun
Do Commarcis e enquist, par raisun,
S'il ert de France, do norriment Charlun.
E il li dist dum ert c com ot nun ;
90 Elc en suspire queemcnt, a larrun.
Au ualeit pense, don li cuers li semon;
A cort terme ert de s'araur a bandon,
Paien s'enfuient, la bataille est vencue.
Fuit Thcobauz c tient s'espee nue,
9b Sa targe cnporte cslroee e fendue,
De Sun obcrt mainte maille esle/idue;
En plusors lous csleit sa char ru?ipue.
Do sanc de lui pcrt en l'afeltrcure,
E sis destre[r]s a l'alaine perdue;
i 00 [Grief fu naurct d'une grant lance ague.
Encontre lui est une gcnz ucnue]
76 P, B soz. — 77 P paor. — 78 B Quant vint Boeves — 79 B, P En la gr. presse
(B rote) enchaucent — 81 B, P guerpist ch. B por sa raison — 83 B passent
— 8i N. T. dans B, P — 83 B nez d'A. — 86 P Et a. B Frère Amf. — 88 I' si e.
del parente — 89-90 P. 11 11 demande : pucele, c. as n. Ele susp. cointement
(B aussi). C'est noire Jragment qui a la bonne leçon. — 91. B Deu v. p. por
oui est en friçon. P d. au cue[r] a le non — 92 B Par tens aura de s'amistié le
don. — 94 B, P Vait sen T. si t. (B se). // faut probablement lire Fuit
s'en T. — 96 P. hauberc m. m. rompue — 97 B, P lieus (P leus) sa blanche
cil. r. — 98 manque dans B; P a : Del sanc del roi fu la sele uestue.
— 99 B a /a bonne leçon : a la leure p. — 100 est emprunté à B, dOl à P.
Les deux vers sont indispensables, car il faut en suppléer deux au haut
( 27 )
v» (1) E Cofinels uns Turs de Mo[ntarsue]
Davant les guie, s'ot sa broine uestue,
Sist sur Rufin, qui fut cel de V^alrue :
10b Une nieodre beste de lui nefutveùe;
Des que le coite, ilant fort s'esuerlue,
Ne l'ataindreit arundelc nieùe.
Le ior Tôt Foiques quio prist dauant sa drue;
Cheualcrie fut par lui maintenue
1 JO Et la granz terre d'Espaigne esconbatue.
Li reis de Cordes c sa ienz confundue
E Anfelise portée e retenue;
Par celui ot Gillernies tel aiue
Com uus orreiz ainz qî/(e)ele scit rendue.
H5 fjuant 11 paiens ucit Tebaut s(i)'ot dolor,
Lez lui s'acoste, si li dit par amor :
« Guenchisez, sire, alum ioster as Ior. »
Li reis s'en uait, qui de mort a peor.
Li bris remaint, mais gcio teng a folor.
420 Tant i estut q'un fiz de uauasor
Guiz de Doai (fos demande meillor)
Fert davant lui un fil de sa seror;
Soz les genoilz do désirer coreor
L'abali mort a sun brant de color.
l!2t) Veit le li gluz, si fut en tel error
Con cers de lande, qui muet par ucneor;
Guerpist l'ensaigne qui fut a l'aumaçor.
Il uient au Rone, n'i cercha naigeor,
Ne punt, ne planche, ne nef a pescheor.
130 A esperun se fiert en sa greignur.
du vo (1) — 102 B C'est Cof. P C'est un t. Pinel — 403 B sa b. — 404 P
fu co d. B a deux mauvaises leçons : rossin et nez d. V. — iOS P ainz (B aine)
m. b. ne fut par ielz v. (mes d'oilz v.) — 106 B Tresq. P. Des c'oni 1. c. B il tant f.
{[ci s'arrête B. Toutes les leçons citées ensuite appartiennent à P, sauf indi-
cation spéciale) — dOT menue — -108 quil. — diO manque — dd6 p. docor. —
dl8 ot paor. — dd9 jel tien. — d2d fox. Le sens m'est obscur. — d!2!2 lo f. —
d23 Deuant les piez de! — d24 li abat — d2o s'en f. — d26 por — d28 vint a. R.
(28)
Tost l'en porte otre Rufins par grant uigor :
Dex, quel destrer por garir sun scgnor !
Ne fut si bons puis le tens al alçor,
Ij'aiue fut granz, li païens est esuz,
135 De l'autre part est an pre descenduz;
Uns fiz de rei i est poignanz uenuz
E Anfelise e uns nies Maiaguz.
Ele fut graile, bien fut sis cors ucstuz
D'un uert bliaut de seie estreit cosuz.
140 Ja estera li païens irascuz
[Et de paroles rampognez et paûz.]
« Amis, fait ele, auez Franceis ucuz ?
Mot uus î estes a cest brant conbatuz.
Venez au punt o Mahons fait uertuz.
145 Telx trente mile i a des noz uenuz ;
Li plus senez i est si esperduz,
[Toi de son gre est cl Rosne feruz.]
Qi que remaigne, do Rone estes esuz.
Par mei uus mande uotre amie saluz.
150 Mot est dolente quant coarz est sis druz.
Ja en sa chanbre ne sereiz mais veuz.
Gardez sa manche e sis ganz seit rewduz. « —
Cil l'entendi, mot en fut irascuz.
[L'espee a traite, el destrier estsailluz,
155 Miex uuelt morir que n'en seit cox feruz.]
V (2) liors rest Thebauz ot[re le pont passez,]
Mauduiz de Raimes e [des autres assez,]
Telx trente mile de Sa[rrazins armez]
Qui sunt neiez e an Rone [esfundrez.]
160 Kant li paicns [lor] est encontre [alez,]
De Folqun est premcrains en[contrez].
L'enfes le fert de l'espee dolez
n. trova n. — iM par tel vigor. — 133 buens des lo t. a laittor. 778 iiurlc du t,
anciennor. — 134 De la grant eve est li p. iss. — 133 el pre — 138 sis —
143 chier venduz — 148 qui qui r. uos en est. — 1S2 G. l'enseigne e li g. —
156 Li rois T. iert[ja] le p. p. — 159 et el R. — 161 fu — 162 déliez. —
{ 29 )
Amunt sur l'elmc qui fut a or gcm[ez.]
Les os li cope, li gloz est estonez,
165 [Li pic uuidcrent des estriers adobez,]
L'elme s'en part, il est ius reuersez.
Prent le chcual, si s'en est retornez.
Dit la pueele as enfanz : » Regardez!
No[s]tre conpaiiiz s'est trop abandonez.
170 II est feriiz, car clieuz est pasincz,
E sis dcstrcrs est as noz escliapez.
Cil qui l'en maine n'est mie espoenlcz. « —
Lors dist baseit, s(i) a dous sopirs gitez :
« C'est do lignaige qu'a Dex enluminez.
175 De sur toz homes est creuz c montez.
Sainte Marie, tel conseil li donez
K'il seit ancore mis druz e mis pr/uez ! »
Or s'en uait Folques, s(i) em maine le dest[rier];
[Molt par est buens, assez fait a prisier]
180 Por fais sofrir d'un arme cheualicr,
Ke q//ant lui coite o fuir o cliacer,
No sentira por un ior estancher,
Mais qu'il le sace a mesure gaitcr ;
S'il nient a aiuc no conuient csmai[cr,]
185 Tost l'en porte utre, si li turnc a me[stier.]
Le puni li passe, ne l'i uoldra laisser.
En mi la porte a encontre Renier :
Nez fut de Termes, de la serur Gaute[r]
Porte une ensaigne, qui ia fut Desier,
l'JO Inde uermeille d'un cendal par q«rtr[tier.]
Il ii demande, por sa ient ralicr.
Cil la li baille, point ne se fait preier.
Ist de la rote, si descent pur l'estrcr.
Monte en Rufin, or le uolt cssaicr,
195 E le sen baille sun ami Desier;
164 trenche — d66 L'arme s. p. et li gloz est u. 774 : L'âme s'en p. et li cors
estfinez (778 uersez; — 468 esg. — 170 (lue. — 171 El les d. des n. remuez
_ 172 pas esp. — 17o basset ii s. — 174 del 1. que d. a 1. — 178 Or s. —
182 Nel sentiroit — 184 v. a gue ne l'estuet — ISo Molt t. 1' e. se il en a m. —
187 rote. — 190 de c. — 192 Cil 1. 1. b. pas s'en f. — 193 b. celui qui tint
(30)
Le puni repasse por sun unclc ue?jger,
Met sei au renc, tôt le fait formier;
Lance baissée plus tost uait d'un Ieur[ier].
Ocist un rei e lui e sun destrer;
200 Si laidement l'abat sur le grauer,
Quel [coing del helme] fait an sablun fich[er],
[Par le cameis le fraisne peçoier.]
[Otre l'en poinst], saicha le brant d'acier.
Ja la era a lei de cheualier;
205 Trop a aie, Dex pent do repairer!
dire le punt sist Folqwcs sur Rufin.
Bien fut armez a lei de palazin.
a chier (774 tant a c.) — 197 el r. fremoier — 204 Ja s'aidera. — 205 penst.
Notes du texte. 15 helme; mais elme (163, IGQ) est une forme
méridionale, ainsi que turzej 25, obert 96j B a o{u)sberc entre
7 et 8 et v. ôO, ce qui confirme la parenté graphique des 2 frag-
ments. — 16 huz.. levez. C'est l'expression ordinaire. Cf. Godefroy
s. V. hu et Ans. Metz {Romania, XIV, p. 430); lever est associé aussi
à cri, brai et îioise {Girb. Metz dans Rom. SlucL, 1,525, 6.) —
18 Eols se retrouve dans le manuscrit Cotton. Vesp. B. X. de Bran-
dan (Rom. Stud., I, 567, vers 70). Eous est dans les chartes et dans les
documents littéraires du Poitou la forme usuelle; l'Anjou, laTourai-
ne et le Berry la possèdent également. V. Gôrlich, Die nordw. Dial.,
p. 71. — 25, Pour d'autres exemples de toleit cf. Zs.f. Rom. PhiloL,
111, 105. — 45 Sur chanlel voir la note de M. Bormans, Bibliophile
belge, XIII, p. 277. — 55 Clanain obtenu dans B. par correction est
dans le fragment de Syracon [Rom. Stud., I ) v. 44, dans A liscans 1 693.
Godefroy s. v. cite d'autres exemples. Il ignore une acception diffé-
rente de ce mot, qui a été relevée par l'éditeur A'Aymeri de Narbonne
(vers 272), celle de « verrou » . Ne s'agit-il pas plutôt de la barre trans-
(31 )
versale qui fermait solidement une porte? Godefroi a chnvier (clavier)
au sens de« pieu » dans des textes liégeois; mais je n'ose songer à une
parenté d'acception. — 64 Voyez la note de M. Paris sur colel {Roma-
nia, VIII, 502). — 79 cnchaucc rend le vers boiteux. P. é faut-il lire
enchaucent avec B ; à cette date enchaucc(t) ne semble plus admissible.
— Notre fragment a seul conservé, vers 89, la bonne leçon. L'expres-
sion queement (coiement) à larron est dans Gaufrcy 8572, lien. nov.
5112, etc. — 9-4 Je lis Fuit s'eti. Theobauz pour T(h)ebaut (Tibaxit)
qu'on a ailleurs (vv. Si, 115) ne peut avoir que deux syllabes. —
98 a été altéré dans d'autres manuscrits. B n'a pas ce vers. De lui pour
le pronom possessif conjoint est fréquent en a. fr. Cf. Rolant 5047
et Floovant, p. 15 (Dolanz fut Fernaguz, quant de lui vit le sanc);
afeltreûre n'a plus été compris, scmble-t-ii, d'où la leçon de P.
C'est le bourrage (de feutre) dont on garnissait l'espace vide formé
par les saillies de l'armure. — 99 La correction destre\r\s m'a été
suggérée par l'existence de la même forme au v. 171. — 121 fox dans
P. ne m'éclaire pas le sens de ce passage; faut-il le considérer comme
une parenthèse? — 155 a? alçor. Un autre manuscrit a du lens ancien-
nor; peut-être alçor (s. ent. rei) désigne Jésus-Christ. En tous cas on lit
dans Gir. BossilL p. 507 (Godefroy s. v.) : Gc me fi tant en Deu, le rei
auçor. — 148 qui qne= qui qui est d'usage courant au moyen âge;
voyez i?o^ani 5564, Cligès '2'2o, ss.,Yvain 675, 695, etc. — 152 La leçon
du fragment est préférable à celle de P; cf. v. 127. L'usage courtois
de porter une manche brodée de la main de sa dame est attesté par
maints textes; voyez Er. Enide 2150, /)oonjYa«<.(/?owmnia,X 111,25),
vers 177, Perceval 6797, etc. D'un passage d'Yvain (5425, cf. la
note de M. Fôrster) il ressort que les manches n'adhéraient pas au
corps du vêtement de dessous. On lit encore dans le texte imprimé
de Foucon (Tarbé, p. li) : Je dis por droit et oiant toz me vant
Que [s']entrerai dcdens cest pont fuiant. Ne dois porter manche
d'amor ne gant, passage dont le rapport avec celui-ci est assez clair.
— 167. Le sujet est Folques — 178 P. a la bonne leçon. — 181 coi-
tier signifie » presser, aiguillonner » et a les deux infinitifs pour
sujets.
(3-2)
CLASSE DES BEAUX-ARTS.
Séance du 9 janvier 1890.
M. Gevaert, directeur de la Classe el président de
l'Académie pour 1889, occupe le fauteuil.
M. LiAGKE, secrétaire perpétuel.
Sont présents : MM. J. Schadde, directeur pour 4890 ;
A. Fraikin, Alph, Balat, Ern. Slingeneyer, Al. Robert,
Ad. Samuel, Ad. Pauli, Th. Radoux, Jos. Jaquet, Jos.
Demannez, P.-J. Clays, G™' De Groot, H. Hymans, Edm.
Marchai, Jos. Slallaert, H. Beyaert, J. Rousseau, Alex.
Markelbach, Max. Rooses, membres; F. Laureys, Aug.
Tiu^oni^ correspondants.
M. Alex. Henné, membre de la Classe des lettres, assiste
à la séance.
M. Biot écrit que son état de santé l'empêche d'assister
à la séance.
CORRESPONDANCE.
La Classe apprend avec un profond sentiment de regret
la perte qu'elle a faite en la personne de M. le chevalier
Léon de Burbure de Wesembeek, doyen de la section de
musique, décédé à Anvers le 8 décembre dernier à l'âge
de 78 ans révolus.
( 53 )
M. Gevaert, après avoir rappelé en quelques mots les
services rendus tant à l'archéologie qu'à l'arl musical
proprement dit, par l'éminenl défunt, entre autres, la
détermination de l'origine anversoise du père de l'illustre
musicien von Beethoven, promet d'écrire pour VAnnuaire
la notice de M. de Burhure.
Une lettre de condoléance sera adressée à la famille.
— M. le iMinistre de l'Intérieur et de l'Instruction
publique adresse une ampliation de l'arrêté royal du
5 décembre dernier, nommant président de l'Académie
pour 1890, M. Stas, directeur de la Classe des sciences
pendant ladite année.
— Le même Ministre demande l'avis de la Classe :
\° sur le premier rapport semestriel de M. Jules Lagae,
lauréat du grand concours de sculpture de 1888; 2° sur le
second envoi original de M. Anthone, lauréat du grand
concours de sculpture de 1885. — Renvoi à la section de
sculpture.
— M. Charles Meerens adresse une nouvelle lettre sur
la gamme mineure. — Commissaire : M. Gevaert.
— M. Paul Braecke, lauréat du dernier concours d'art
appliqué de la Classe, envoie la reproduction photogra-
phique de son bas-relief couronné.
— M. Alex. Henné offre son quarante-quatrième rapport
sur les travaux de l'Académie royale des beaux-arts de
Bruxelles pendant l'année 1888-1889. — Remerciements.
3°* SÉRIE, TOME XIX.
( 34 )
RAPPORTS.
Il esl donné lecture des rapports suivants :
1° De la Commission pour la revision du règlement du
prix de Rome, sur une dépêche ministérielle demandant à
la Classe les mesures qu'elle compte prendre pour assurer
la tâche qui lui est confiée, en ce qui concerne la direction
et le contrôle des travaux des pensionnaires du Gouver-
nement;
2" De la même Commission sur une requête de M. Van
der Veeken, lauréat du grand concours de gravure en 1886,
se rattachant à ses obligations réglementaires.
Les propositions de la Commission seront communiquées
au Gouvernement.
ÉLECTIONS.
La Classe procède aux élections pour les places vacantes.
Sont élus dans la section de peinture :
Correspondant : M. Jean Robie, peintre de fleurs, à
Rruxelles.
Associé : M. William-Adolphe Bouguereau, peintre
d'histoire et membre de l'Institut de France, à Paris.
Dans la section des sciences et des lettres dans leurs
rapports avec les beaux-arts :
Correspondant : M. Charles Tardieu, critique d'art, à
Bruxelles.
— La Classe s'occupe de l'élection de son directeur
pour l'année 1891. Les sufl'rages se portent sur M. Henri
Hymans.
( 3S)
M. Gevaert, en cédant le fauteuil à son successeur,
M. Schadde, remercie ses confrères pour leur concours si
sympathique pendant la durée de son mandat; il ajoute
qu'il conservera le meilleur souvenir de l'honneur qui lui
a été dévolu de remplir les fonctions de président de
l'Académie en même temps que celles de directeur de la
Classe.
M. Schadde propose de voler des remerciements à
M. Gevaert. — Acclamations.
Il installe ensuite au bureau M. Hymans, qui remercie
ses confrères de leurs si sympathiques suffrages.
PROGRAMME DE CONCOURS POUR L'ANNÉE 1891,
PARTIE EiITTCRA^IRE.
PREMIÈRE QUESTION.
Faire l'hisluire de l'architecture qui florismit en Belgique
pendant le cours du A'P siècle et au commencement du
XVI^, architecture qui a donné naissance à tant d'édifices
civils remarquables, tels que halles, hôtels de ville, beffrois,
sièges de corporations, de justices, etc.
Décrire le caractère et l'origine de l'architecture de cette
période, avec dessins et croquis à l'appui.
DEUXIÈME QUESTION.
Apprécier le rôle de la gravure au XIX" siècle. Déter-
miner, spécialement en ce qui concerne la gravure au burin,
ravenir réservé à cet art parmi les procédés de reproduction
graphique.
(56)
TROISIÈME QUESTION.
Quel est le rôle réservé à la peinture dans son association
avec l'architecture et la sculpture comme éléments de la
décoration des édifices ?
Déterminer l'influence de cette association sur le dévelop-
pement général des arts plastiques.
QUATRIÈME QUESTION.
Faire l'histoire de la musique dans l'ancien comté de
Flandre jusqu'à la fin du XVl^ siècle, et particulièrement
des institutions musicales religieuses et civiles {chapelles et
musiques particulières, princières, maîtrises, confréries, etc.).
La valeur des médailles d'or présentées comme prix
sera de mille francs pour la première question, de huit
cents francs pour la troisième et pour la quatrième, et de
six cents francs pour la deuxième question.
Les mémoires envoyés en réponse à ces questions
doivent être lisiblement écrits, et peuvent être rédigés en
français, en flamand ou en latin. Ils devrontêtre adressés,
francs de port, avant le i" juin i89l, à M. J. Liagre,
secrétaire perpétuel, au palais des Académies.
ART APPLIQUÉ.
Musique.
On demande la composition d'une sxjmphonie à grand
orchestre.
(Le concours est limité aux Belges.)
Prix : mille francs.
Les partitions devront être remises au secrétariat de
l'Académie avant le 1" septembre 1891.
( 37 )
Architecture.
On demande le projet d'une colonne ou d'un obélisque à
ériger en commémoration d'uîi Règne de Paix.
Le monument, placé sur un soubassement important,
sera élevé au centre d'une place publiqne située au bout
d'une avenue.
Le monument, y compris le soubassement, aura une
hauteur de 50 mètres.
Les plan, coupe et élévation, seront à l'échelle de 0'",01.
(Le concours est limité aux Belges.)
Prix : six cents francs.
Les projets devront être remis au secrétariat de l'Aca-
démie avant le l'^'" octobre 1891.
L'Académie n'accepte que des travaux complètement
terminés ; les partitions et les projets devront être soigneu-
sement achevés.
L'auteur couronné du projet d'architecture est tenu de
donner une reproduction photographique de son œuvre,
pour être conservée dans les archives de l'Académie.
Les concurrents (partie littéraire et art appliqué) ne
mettront point leur nom à leur travail; ils n'y inscriront
qu'une devise, qu'ils reproduiront dans un billet cacheté
renfermant leur nom et leur adresse. Faute, par eux, de
satisfaire à cette formalité, le prix ne pourra leur être
accordé.
Les travaux remis après le terme prescrit, ou ceux dont
les auteurs se feront connaître, de quelque manière (|ue ce
soit, seront exclus du concours.
(38)
OUVRAGES PRESENTES.
BeneJen {P.-J. Van). — Histoire naturelle des Cétacés des
mers d'Europe. Bruxelles, 1889; vol. in-8°.
Errera [L.]. — Sur la distinction microchimique des alca-
loïdes et des matières protéiques. Bruxelles, 1889; in-8"
(46 p.).
Henné [Alex). — Rapport sur les travaux de l'Académie
royale des beaux-arts de Bruxelles pendant l'année 1 888-1889.
Bruxelles, 1889; in-8'' (7 p.).
Waiiters [Aiph.). — L'architecture romane dans ses diverses
transformations ; conférence à l'hôtel de ville de Bruxelles le
12 avril 1889. Bruxelles, 1889; in-8° (111 p.).
Gilson (G.). — Étude comparée de la spermatogenèse chez
les arthropodes, en 3 parties. Louvain, 1886-1887; 5 cahiers
in-4".
— Les glandes odorifères du Blaps Mortisaga et de quelques
autres espèces. Louvain, 1888; in-4" (20 p., pi.).
— The spermatogenesis of the Acarians and the laws of
spermatogenesis in gênerai. Londres, 1887; extr. in-8'' (2 p.).
Blanckarl [baron Ch. île). — Histoire moderne, 1860 à 1880,
t. IH. Liège, 1889; vol. in-8°.
Bamps (D'' C). — Petite chronique inédite concernant les
principaux événements qui se produisirent à Hasselt pendant
les années 1797 et 1798. Hasselt, 1889; in-S" (8 p.).
— Faune des insectes de l'ordre des orthoptères de la
province de Limbourg. Hasselt, 1889; in-8° (56 p.).
— Recherches sur le Mey-Liedje (chant de mai), hymne
populaire hasseltois attribué au XVII' siècle. Hasselt, 1889;
in-8» (8 p.).
— Le Limbourg primitif, ou aperçu sur les découvertes
d'antiquités antérieures à la domination romaine, 2''' partie.
Hasselt, 1889; in-8'' (66 p.).
( 39 )
Barnps {D'' C). — Noies historiques sur Hasselt, bonne
ville de l'ancienne Principauté de Liège, d'après des documents
originaux inédits (U74-1580). Hasselt, 1889; in-S" (72 p.).
Goelsbloets [Maria). — Note sur le Ledum Palustre L.,
plante signalée autrefois dans la Carapine limbourgeoise. Gand,
4889; exlr. in-S" (5 p.).
Pasquier [Ernest). — A propos de l'unification des heures.
Bruxelles, 4889; in-S" (7 p.).
Tandel [Emile). — Les communes luxembourgeoises, t. 1*'
et IL Arlon, 4889; 2 vol. in-8».
Ministère de l'Intérieur et de l'Instruction publique. —
Rapport triennal sur la situation de l'instruction primaire en
Belgique, 4 885-4 887. Bruxelles. 4 889; vol. in-4°.
Université catholique de Louvain. — Annuaire pour 4890.
In-46.
Société historique et littéraire de Tournai. — Bulletins,
t. XXIL In-4°.
Bulletin du comité consultatif pour les affaires relatives aux
épizooties et à la police sanitaire des animaux domestiques,
vol. VU, 4" fascicule, 4888. Bruxelles, 4889; in-8°.
Club Alpin belge. — Bulletins, n" 4 5. Bruxelles, 4889;in-8°.
Pays divers.
Mathematische Gesellschaft in Hambiirg. — Fcstschrift
anlasslich ihres 200 jâhrigen Jubelfestes 4890, erster Teil.
Leipzig, 4890; \n-^°.
Institut Ossolinski. — Rapport annuel, 4889. Lemberg;
in-8».
Se7ickenbergische nalurforschende Gesellschaft in Frank furt
am Main. — Bcricht, 4 889. In-8°.
Zool.-botanische Gesellschaft in Wien. — Verhandlungen,
4889, 3 und 4. In-8».
Burmeister [D' German). — LosCaballos fosilesde la Pampa
argentina : supleraento. Buenos-Ayres, 4889; in-folio.
C «» )
Repiiblica Argenlina. — Cciisu {igricolo-peciiario de In
province de Buenos-Aires (oclubre i 888). Buenos-Ayrcs, 1889;
vol. in-8".
Nadaillac {le marquis de). — Les premières populations de
l'Europe. Paris, 1889; exlr. in-8'' (7! p.).
Salignac Fénelon {le vicomle François de). — L'arclii(eclure
du temple de Salomon et la cantique des cantiques : réfuta-
tion de M. Renan. Paris, 1889; in-8» (71 p.).
Henry {James). — Acncidea, or crilical remarks on ihe
Aencis,vol. IV. Dublin, 1889; vol. 10-8°.
Ulrich (E.-O.). — Contributions lo llie micro-palaeonlology
of tbe eambro-silurian rocks of Canada, pari 2. Montréal, 1889;
in-8'' (57 p., pi.).
Cogidan {T.- A.). The weallh and progress of New Soulh
Wales, 1888-1889. Sydney, 1889; vol. in -8°.
Royal physical Society. — Proccedings, session 1888-1889.
Edimbourg; in-8».
ERRATA.
Sur la demande de M. Ronkar, sa note Sur l'entraînement mutuel
de Cécorce et du noyau terrestres, qui a paru dans le Bulletin de
décembre 1889, doit encore subir les corrections suivantes :
Page 800; ligne 13; au lieu de : du rayon, lisez : de rayon.
Page 801; l'ormuie (2), au lieu de :
A^=M-i-Ma il faut: A — = M — M^.
dt dt
Même page; 2"= ligne, bas : au lieu de : du rayon, il faut : de rayon.
Page 803; ligne 6 :
il faut : ' „
= I [f -\- x*)d-^.
Page S04; ligne 11 ; l'exposant de e est
\A A'/
Page 809 ; ligne 1 1 ; au lieu de : noyau réciproquement, il faut : noyau et
réciproquement.
Page 5/0; ligne 11; au lieu de : 107, lisez : 10'.
BULLETIN
DE
L'ACADÉMIE ROYALE DES SCIENCES,
DES
LETTRES ET DES BEAUX-ARTS DE BELGIQUE.
1890. — N« 2.
CLASSE DES SCIEl^CES.
Séance du 1" février 1890.
M. Stas, direcleur, présidenl de l'Académie.
M. LiAGRE, secrétaire perpétuel.
Sont présents : MM. F. Plateau, vice-directeur; P.-J.
Van Beneden, le baron Edra. de Selys Longchamps,
G. Dewalque > E. Candèze, Brialmont, Éd. Dupont,
Éd. Van Beneden, G. Malaise, F. Folie, Fr. Grépin,
Éd. Mailly, J. De Tilly, Gh. Van Bambeke, Alf. Gilkinet,
G. Van der Mensbrugghe', VV. Spring, Louis Hepry,
M. Mourlon, P. Mansion, J. Delbœuf, P. De Heen, membres;
E. Gatalan, Gh. de la Vallée Poussin, associés; A. Renard,
G. Le Paige et L. Errera, correspondants.
3""* SÉRIE, TOME XIX. 4
( 42 )
M. Stas, en prenant possession du fauteuil présidentiel,
remercie la Classe pour l'honneur d'avoir été appelé au
bureau, pour la quatrième fois, ainsi que pour la lettre si
affectueuse qui lui a été adressée, au nom de ses confrères,
par M. le secrétaire perpétuel au sujet de l'accident qui l'a
tenu éloigné des séances pendant deux mois. Il compte,
ajoute-t-il, pour l'aider à remplir la tâche qui lui incombe
de nouveau sur )e bienveillant concours de tous les mem-
bres, en raison des sentiments d'amitié dont il s'honore
d'être l'objet depuis son entrée à l'Académie, il y a plus
de cinquante ans.
Il regrette que son absence à la dernière réunion l'ait
empêché d'exprimer de vive voix, à son honorable prédé-
cesseur, les remerciements de l'Académie pour la manière
dont il a dirigé les travaux pendant l'année écoulée; il
propose de voler des remerciements à M. Briart, — Applau-
dissements.
CORRESPONDANCE.
La Classe apprend avec un profond sentiment de regret
la perte qu'elle a faite en la personne de l'un de ses plus
éminents associés, M. Gustave-Adolphe Hirn, décédé à
Colmar le 14 janvier dernier, à l'àge de 74 ans et 5 mois.
Une lettre de condoléance sera adressée à madame
veuve Hirn.
— M\L Marcelin Berlhelot, Charles Hermite, Albert
I
(43)
Gaudry et Em. du Bois-Reymond remercient pour leurs
diplômes d'associé.
— La Société mathématique de Hambourg annonce la
célébration, le 15 février 1890, de son deux centième
anniversaire de fondation.
Une lettre de félicitation sera adressée à cette Asso-
ciation.
— M. Arnould, directeur général des mines et prési-
dent de la Commission géologique de Belgique, adresse un
exemplaire des arrêtés royaux du 31 décembre 1889 et du
3 janvier 1890 concernant la réorganisation du service de
la carte géologique du pays.
D'après l'article 2 du premier de ces arrêtés, « les tra-
vaux seront exécutés par les soins d'une commission com-
posée d'un conseil de direction et d'un nombre indéter-
miné de géologues admis àcollaborer aux levés de la carte. »
Les demandes de participation devront être adressées
au président de la Commission, rue Latérale, n° 1, à
Bruxelles.
— Sur sa demande, M. Van der Mensbrugghe est remis
en possession d'un billet cachelé dont il avait demandé le
dépôtdanslesarchivesde l'Académie le 14 décembre 1888,
et portant en suscriplion : Sur la consercatîon de la vapeur
d'eau dans les espaces capillaires. Voir « Communications
et lectures ».
— La Classe autorise le dépôt dans les mêmes archives
de l'Académie, sur la demande de M. Van der Mensbrugghe,
(U )
et avec l'assentiment de la faniille du défunt, des papiers
de M. Duprez, ancien membre de la Classe, qui ont servi
pour la rédaction de sa notice biographique parue dans
V Annuaire pour 1888.
— Les travaux manuscrits suivants sont renvoyés à
l'examen :
Mémoire sur la rigueur mathématique et les avantages
pratiques de la méthode de Coriolis ; par Eug. Ferron. —
Commissaires : MM. Lagrange, De Tilly et Folie;
Sur les fonctions semi-invariantes; par Jacques Deruyts.
— Commissaires : MM. Le Paige, De Tilly et Mansion;
Sur l'entraînement mutuel du noyau et de Cécorce ter-
restres en vertu du frottement intérieur (2" note) ; par
E. Ronkar. — Commissaires : MM. De Tilly et Lagrange.
— Hommages d'ouvrages :
1. Report on the petrology of oceanic islands , by profr.
A. Renard (The physics and chemistry of the voyage of
H. M. S. Challenger). Part VIL Vol. in-4% 180 pages;
2. A) Annuaire de l'Observatoire royal de Bruxelles
pour iS90; par F. Folie; B) Preuve inattendue de la
nutation diurne; par le même. N° 2948 des « Astr.
Nachrichten ». Avec une note de M. Folie qui figure ci-
après;
3. Discours prononcés à l'inauguration de la nouvelle
Sorbonne, le 5 août 1889, et à la séance publique de
l'Académie des sciences de Paris, le 30 décembre 1889;
par Ch. Hermite, associé de la Classe;
4. Records of observations on sir William Mac Gregor^s,
Highland- plants from New Guinea; par le baron von
Mueller;
(4S)
5. Heinrich ron Dechen, ein Lebensbild ; par H. Las-
pe} res ;
6. A) La slructitre du carlilage arliculaire des oiseaux;
B) Recherches sur la slrucliire du cartilage diarlhrodial
des oiseaux; par le D"" 0. Van der Stricht. Deux brochures
présentées par iM. Van Bambeke.
PROGRAMME DE CONCOURS POUR d891.
SCIENCES !U.%THE»iATI9i;ES ET PBTSIQUES.
PREMIÈRE QUESTION.
Déterminer la somme de la série de Lambert :
X
1 X i X" 1 — x"
ou, si celle somme n'est pas exprimable sous forme finie,
trouver l'équation différentielle dont elle dépend.
DEUXIÈME QUESTION.
Apporter une contribution importante à l'étude des
systèmes de droites [complexes ou congruences).
TROISIÈME QUESTION.
Faire connaître et compléter l'état de nos connaissances
sur la variation, dans divers dissolvants, de la conducti-
bilité électrique des sels, avec la concentration.
^ 46)
SCIENCES IVATUREEEES.
PREMIÈRE QUESTION.
On demande des recherches sur la réduction du nombre
des anses nucléaires mâles et femelles avant la fécondation
chez les végétaux.
DEUXIÈME QUESTION.
On demande de nouvelles recherches sur notre flore
quaternaire et, en particulier, sur la flore des tourbières
de cette époque.
TROISIÈME QUESTION.
On demande des recherches nouvelles en vue de faire
connaître les Annélides de notre littoral.
La valeur des médailles d'or, décernées comme prix,
sera de huit cents francs pour la troisième question des
sciences matiiémaliques et physiques, ainsi que pour la
troisième question des sciences naturelles; elle sera de
six cents francs pour les autres questions.
Les mémoires devront être écrits lisiblement et pourront
être rédigés en français, en flamand ou en latin. Ils devront
être adressés, francs de port, à M. Liagre, secrétaire per-
pétuel, au Palais des Académies, avant le 1" août 1891.
L'Académie exige la plus grande exactitude dans les
citations; les auteurs auront soin, par conséquent, d'indi-
quer les éditions et les pages des ouvrages cités. On
n'admettra que des planches manuscrites.
Les auteurs ne mettront point leur nom à leur ouvrage;
( 47 )
ils y inscriront seulement une devise, qu'ils reproduiront
dans un billet cacheté renfermant leur nom et leur adresse;
faute, par eux, de satisfaire à cette formalité, le prix ne
pourra leur être accordé. '
Les mémoires remis après le terme prescrit ou ceux
dont les auteurs se feront connaître, de quelque manière
que ce soit, seront exclus du concours.
L'Académie croit devoir rappeler aux concurrents que,
dès que les mémoires ont été soumis à son jugement, ils
sont et restent déposés dans ses archives. Toutefois, les
auteurs peuvent en faire prendre des copies à leurs frais,
en s'adressant, à cet effet, au secrétaire perpétuel.
NOTE BIBLIOGRAPHIQUE.
J'ai l'honneur de faire hommage à l'Académie de
VAnnuaire de l'Observatoire roijal de Bruxelles pour
i890.
Indépendamment des matières ordinaires, ce volume
renferme quelques notices sur lesquelles je me permets
d'attirer l'allention de la Classe.
La première est consacrée à la biographie de notre
regretté confrère Houzeau; elle est accompagnée d'un
portrait fort ressemblant, phototypie de celui que pos-
sède l'Observatoire.
La seconde relate sommairement les séances tenues par
la Société astronomique à Bruxelles, du 10 au 12 sep-
tembre 1889, et les visites de cette association au nouvel
Observatoire à Uccle, ainsi qu'à l'Institut astronomique
de Cointe.
Dans la troisième, j'ai exposé les résultats déduits par
M. Nieslen de mes observations de Cointe, quant aux con-
(48)
slantes de la nutalion diurne, et par M. Byl des observa-
lions des circompolairesà Pouikova, quant aux constantes
de la nutation initiale, au moyen de formules implici-
tement contenues dans celles de Laplace; aucun astro-
nome n'avait encore songé à utiliser celles-ci dans des
observations faites à 12 heures sidérales d'intervalle.
La constante de cette nutation est tellement faible, du
reste, comme l'avait déjà affirmé Laplace, que l'on peut
en faire abstraction complète dans les réductions de
presque toutes les observations. C'est ce qu'a fait
M. Nieslen dans ses calculs, dont les résultats ne pour-
ront donc guère être modifiés par l'introduction de la
nutation initiale.
Ces résultats sont :
Constantede la nutation diurneO"i654.dbO" ,0026.
Longitude du premier méridien 7''49"'4o'±45^E. de
Paris.
La faiblesse des erreurs probables est une preuve con-
vaincante de la réalité de ce petit mouvement de l'axe de
la croûte terrestre, et, par suite, de la fluidité au moins
superficielle du noyau intérieur du globe.
Qu'il me soit permis de rappeler ici, pour établir d'une
manière incontestable le caractère diurne de ce mouve-
ment de l'axe de la croûte terrestre, les résultats déduits,
il y a un an, par M. Nieslen, de mes premières observa-
lions de Cointe : la troisième et la quatrième colonne
donnent la constantede la nutation diurne et la longitude
du premier méridien déduites des observations inscrites
sur la même ligne horizontale.
2 observations de t et Q, 26 septembre 1888 0.19 9''43n>
4 observations de P 12 décembre 1888 0.4o 11,26
2 observations de P et Q, 4 décembre 1888 0.46 8,23
2 observations de P et Q, 7 décembre 1888 0.20 10,37
(49)
Une autre preuve, peut-être plus frappante, dont j'ai
déjà eu l'honneur d'entretenir l'Académie, est celle que
j'ai tirée des azimuts de la méridienne de Strasbourg, On
n'a pas tenu compte, dans leur détermination, de la nuta-
tion diurne. En admettant que la lunette était exactement
installée dans le méridien, et que les azimuts déterminés
proviennent simplement de la négligence de la nulation
diurne dans la réduction des observations, j'ai pu déter-
miner les constantes de celte nutation, et j'ai trouvé :
N, = 0,099" L=125"55',5 à l'E. de Strasbourg,
valeurs qui s'écartent peu de celles qu'à trouvées M. Nies-
ten.
J'ai résumé déjà les notices de MM. Niesten et Byl.
Celles de M. Lancasler sur la climatologie, et de M. l'abbé
Spée sur les taches du soleil, sont la continuation pério-
dique de leurs travaux sur le même sujet.
Une notice sur un sujet nouveau est celle de M. J. Vin-
cent, relative à la détermination de la température clima-
tologique.
Je signalerai, enfin, un travail de M. Moreau sur le
mouvement d'un solide autour d'un point fixe.
J'ai l'honneur de faire hommage en même temps à la
Classe d'un exemplaire de ma note intitulée : Preuve
inattendue de la nutation diurne, et insérée dans les
« Astronomische Nachrichten, » n° 2948.
F. Folie.
( ^0)
RAPPORTS.
La noie de M. Brachet sur un appareil d'optique
destiné, selon l'auteur, a détruire les spectres secondaires
dans les lentilles imparfaitement achromatiques, sera
déposée dans les archives, sur la proposition de M. Van
der Mensbrugghe.
Catalogue de 382 étoiles faibles de la zone D. M. ■+- 2° ;
par L. de Bail.
Rappui't de M . Folie, pt'etnivf conttnissaife.
« En 188G, M. le D*" L. de Bail avait entrepris de contri-
buer aux observations par zones qui se poursuivaient dans
un grand nombre d'Observatoires en vue de la révision des
étoiles de la Durchmusterung d'Argelander. Plusieurs cir-
constances, et, particulièrement, l'application très prochaine
de la photographie à la détermination des positions d'étoiles,
l'ont décidée abandonner ces recherches, el à publier les
résultats qu'il a obtenus de 1886 à 1889 dans la zone
Son travail commence par une description très détaillée
de l'instrument méridien de Cointe, au sujet de laquelle je
ferai observer seulement que c'est en raison des défectuo-
sités signalées par M. de Bail dans la division du cercle,
el, après avoir pris son avis, que je l'ai renvoyé à Cooke
pour qu'il le divise à nouveau.
( 8t )
Les erreurs de division ont élé étudiées avec un très
grand soin par M. de Bail, et il a conclu d'un très grand
nombre de comparaisons une table de corrections du point
équatorial du cercle pour une étoile de déclinaison déter-
minée, tombant entre les limites dans lesquelles sont ren-
fermées ses observations.
Il a de même déterminé une table de réduction pour les
corrections de la pendule, et a conclu, avec raison peut-
être, de la similitude d'allures de cette table avec la précé-
dente, à une irrégularité de forme des tourillons.
La plupart des étoiles ont élé observées 4 ou 5 fois. Les
écarts de chaque observation d'avec la moyenne s'éloigne
rarement à O'I en M; elles atteignent quelquefois 2" en
déclinaison; il est vrai que ces différences extrêmes sont
fréquemment diminuées par la table de correction. Je dois
remarquer que, dans la comparaison que fait M. de Bail de
ses po.^itions avec celles du catalogue d'Albany, les correc-
tions qu'il a l'ailes augmentent plus généralement l'écart
qu'elles ne le diminuent; sans correction, la moyenne des
écarts est, en effet, inférieure à 0"9; avec les corrections
elle est de 1"0, avec une erreur probable de dt 0"H.
Toutefois l'nreur probable des différences est diminuée
par l'applicaiion des corrections, et, fait qui témoigne en
leur laveur, la seule différence négative constatée — 1,4
est réduite par elles à — 0,4.
Entre les positions d'Albany et celles de Berlin, l'écart
est de même signe, mais plus faible, la moyenne en est
0"5 àz 0"08. La moyenne des écarts en déclinaison,
signalés par M. de Bail, est, comme on le voit, un peu
forte. Ce fait s'explique par l'imperfection des divisions du
cercle, el ne doit nullement être attribué à l'inhabileté de
l'observateur.
( S2)
Mais ce qu'il y a de plus remarquable, c'est que la diffé-
rence des i4R Albany-Coinle et Albany-Berlin est exacte-
ment la même : -i- 0'07.
J'ai recherché si l'application de la nutation diurne
pourrait corriger les différences observées en .4R. La cor-
rection est plus sensible pour Albany-Berlin que pour
Albany-Coinle. La faible déclinaison des étoiles ne per-
met pas, du reste, à la nutation diurne d'exercer des effets
s'élevant, en moyenne, à 0'07. Et c'est dans une autre
circonstance qu'il faudra rechercher l'origine de ces diffé-
rences systématiques qui sont, à très peu d'exceptions près,
toutes positives, tant entre Berlin et Albany qu'entre
Cointe et ce dernier Observatoire.
Le travail de M. de Bail est celui d'un astronome com-
pétent et d'un bon observateur. Si l'Institut de Cointe
avait des fonds à sa disposition pour l'impression, il publie-
rait des Annales dans lesquelles ce catalogue figurerait très
honorablement.
Il n'en est malheureusement pas ainsi, et c'est pourquoi
l'auteur l'a adressé à l'Académie.
J'ai l'honneur de proposer à la Classe d'en ordonner
l'impression dans ses Mémoires in-4° et de voter des
remerciements à l'auteur. »
Ka/ipot'l fie M. Liagre, aecond comtniaaair"»,
a Je partage l'opinion du premier commissaire, relati-
vement au mérite du travail présenté par M. de Bail. C'est
l'œuvre d'un astronome imbu des bonnes méthodes et ami
de la vérité. L'étude soigneuse et con)plète à laquelle
l'auteur s'est livré, pour obvier, dans la mesure du pos-
( 33)
sible, aux défectuosités de l'instrument mis à sa disposi-
tion, révèle un observateur aussi sagace que consciencieux.
Je désire donc bien sincèrement que le catalogue de
M. de Bail soit livré à la publicité; mais un scrupule
m'arrête, relativement à la nature des travaux destinés à
figurer dans le recueil de nos Mémoires : un catalogue
d'étoiles y serait-il à sa place? Celui que nous présente
M. de Bail n'est-il pas appelé tout naturellement à figurer
à la suite de ceux de Houzeau et d'E. Quetelet, dans les
Annales de notre Observatoire? Les établissements de
Bruxelles et de Cointe sont placés sous la même direction,
et si une autorisation spéciale était nécessaire pour per-
mettre de publier dans les Annales du premier de ces
établissements des observations faites dans le second, je
ne doule pas que le Gouvernement ne s'empressât de
l'accorder.
Telle est la solution que j'ai l'honneur de proposer à la
Classe, à moins que le premier commissaire, en sa qualité
de directeur de l'Observatoire de Bruxelles, n'ait des raisons
budgétaires à opposer à ma proposition. »
Sur les conclusions très favorables des commissaires, la
classe a jugé que ce catalogue flgurerait avantageusement
dans les annales astronomiques de l'Observatoire royal de
Bruxelles.
M. le Ministre de l'Intérieur et de l'Instruction publique
sera prié de bien vouloir autoriser le directeur de cet
établissement à le faire imprimer comme annexe à ce
recueil.
( S4)
COMMUNICATIONS ET LECTURES.
Quelques mots a propos de la notice de M. E. Roxkar :
Sur l'entraînement mutuel de l'écorce et du noyau ter-
restres, en vertu du frottement intérieur, par J. Liagre,
membre de l'Académie.
(I)
Notre Bulletin du mois de décembre dernier renferme
un travail de M. E. Ronkar, intitulé : Sur Ventraînement
mutuel de l'écorce et du noyau terrestres, en vertu du
frottement intérieur. Présenté dans la séance du 16 décem-
bre par notre confrère M. Folie, avec demande d'insertion
immédiate au Bulletin, ce travail a été admis séance
tenante pour l'impression. C'est donc aujourd'hui seule-
ment que je puis faire connaître quelques-unes des
réflexions que sa lecture m'a suggérées. Je regretterais que
l'absence de toute observation de la part de la Classe, au
sujet de ce travail, pût être interprétée comme une appro-
bation unanime des idées qui y sont exposées.
Le but de l'auteur est d'apporter de nouvelles considé-
rations théoriques à l'appui de l'existence de la nutation
diurne, ce microbe astronomique que le directeur de notre
Observatoire royal poursuit depuis huit ans, dont il croit
(S5)
avoir constaté les effets en mainte occasion, mais qu'il n'a
pas encore réussi à placer, vivant, sous les yeux des
astronomes.
Malheureusement, les calculs de M.Ronkar sont brodés
sur un canevas tellement fragile, que leurs résultais ne
paraissent pas devoir inspirer grande confiance.
(")
Pour ne pas débuter par une pétition de principe, l'au-
teur aurait dû commencer par prouver, d'une manière
directe, qu'il existe réellement, à l'intérieur de la terre,
une nappe fluide, continue^ sur laquelle repose et peut se
mouvoir Yécorce solide. Cette preuve, qui était la base de
tout son travail, il n'essaye même pas de la donner; voici
son exorde :
« L'existence de la nulation diurne ne peut guère
» s'expliquer qu'en admettant que le sphéroïde terrestre est
» formé de deux parties, savoir : l'écorce et le noyau, ce
» dernier étant liquide au moins superficiellement. Cette
» hypothèse permet d'expliquer, etc. »
C'est donc sur l'existence hypothétique d'une écorce
glissant sur un noyau, que repose toute la série des calculs
de M. Ronkar; et les personnes qui seraient tentées
d'invoquer son travail, comme fournissant une preuve
quelconque en laveur de l'existence réelle d'une nutalion
diurne, tourneraient dans un cercle vicieux.
L'auteur se pose la question dans les termes suivants :
« Quel est l'ordre de grandeur qu'il faut attribuer aux
» coeflicients de frottement intérieur pour que, d'une part,
(56)
» dans la nutation diurne, l'écorce se meuve à fort peu
» près comme si elle était indépendante du noyau, tandis
» que, d'autre part, dans la nutation annuelle et la pré-
» cession, les deux parties du globe terrestre se meuvent
i) solidairement? »
Effectivement, c'est là tout le problème. Il s'agit pour
l'auteur de recourir à la théorie du frottement, pour tâcher
de concilier deux phénomènes en apparence contra-
dictoires.
Mais lorsqu'on invoque les effets du frottement, pour
trancher par le calcul la question de l'entraînement mutuel
de l'écorce et du noyau terrestres, la première condition
est de respecter les lois du frottement, telles qu'elles
ont été établies par l'expérience. Rappelons-les d'après
Morin.
Le frottement est :
i° Indépendant de l'étendue des surfaces frottantes;
2° Indépendant de la vitesse de leur mouvement.
Ces lois sont celles que l'on applique en mécanique dans
tous les cas généraux. L'auteur se croit en droit de les
remplacer par d'autres; mais il aurait dû, pour le moins,
exposer les motifs qui l'ont engagé, dans le cas actuel, à
s'affranchir des lois ordinaires. 11 ne le fait pas, et se con-
tente de déclarer, en commençant ses calculs, qu'il suppo-
sera que le frottement est, en chaque point :
i" « Proportionnel à la grandeur de l'élément rfw con-
» sidéré sur la surface sphérique suivant laquelle s'opère
» le contact du noyau et de l'écorce;
2° » Proportionnel à la vitesse relative du point où se
» trouve cet élément sur le noyau, par rapport au même
s> point considéré sur l'écorce. »
1
\
( 57 )
Quelle confiance peut-on accorder aux résultais que
l'auteur va déduire de ces deux suppositions nullement
justifiées? Son second postulatum, notamment, est digne
d'attention, car on pourrait en déduire immédiatement le
le théorème suivant :
r> On peut toujours attribuer aux coefficients de frotte-
B ment intérieur un ordre de grandeur tel que, d'une part,
» dans les mouvements lents, l'écorce se meuve à fort peu
» près comme si elle était indépendante du noyau ; tandis
» que, d'autre part, dans les mouvements rapides, les
» deux parties du globe terrestre ne tardent pas à se
» mouvoir solidairement. »
Il est curieux, d'ailleurs, de voir avec quelle aisance
l'auteur, dans tout le cours de ses calculs, introduit à
chaque pas de nouvelles hypothèses.
Il suppose, par exemple, que le noyau et l'écorce sont
formés de couches sphériques, dont la densité procède
suivant une certaine loi empirique;
Il considère l'épaisseur moyenne de l'écorce, comme ne
devant pas dépasser '/'oo du rayon terrestre;
Il suppose que le frottement entre le noyau et l'écorce
s'exerce par l'intermédiaire d'une couche liquide qui les
sépare;
Il fait sur l'épaisseur de cette couche des suppositions
variant de 1 mètre à 1 kilomètre, el, sur le coefficient de
frottement du liquide qui la compose, des hypothèses
variant entre des limites encore beaucoup plus larges.
Enfin, le caractère conjectural que conserve le sujet,
même dans l'esprit de l'auteur, se trahit à chaque instant
dans son langage : a s'il est peu probable, dit-il, que
» l'épaisseur de la couche liquide soit de 1 mètre, il est
3"** SÉRIE, TOME XIX. 5
( S8)
» aussi fort peu probable que la viscosité moyenne de celle
» couche soit celle de l'eau; car on doit probablement
» rencontrer, dans la couche intermédiaire, toute la suc-
» cession des états compris entre l'état liquide et l'état
» solide. »
Lorsqu'on se meut dans un aussi vaste champ d'hypo-
thèses et de probabilités, tous les phénomènes sont rendus
possibles, mais aucun n'est prouvé.
(III).
Traitons, pour terminer, un point qui nous paraît décisif.
Le travail de M. Ronkar repose tout entier sur la consi-
dération d'une enveloppe sphérique, glissant à frottement
sur un noyau sphérique concentrique. Il suppose donc
que l'écorce solide de notre globe, laquelle présente à
sa surface extérieure des rides si caractérisées, n'en ofîre
pas, ou du moins n'en offre que d'insensibles à sa surface
intérieure.
Or, tel n'est pas le cas, tant s'en faut. Cette surface
intérieure, bien loin d'être lisse, est au contraire hérissée
de rugosités considérables.
Cette particularité, on peut la prouver en invoquant un
fait rapporté par M. Folie dans VAnnuaire de l'Obser-
vatoire pour 1888, et signalé par lui comme étant une
confirmation éclatante de la position que sa théorie de la
nutalion diurne assigne au premier méridien de l'écorce
terrestre.
« L'écorce solide du globe, dit le savant astronome, doit
» être plus épaisse sous les mers que sous les continents. »
( 59 )
Paye avait déjà émis en 1886 cette importante propo-
sition, et elle est aujourd'hui incontestablement prouvée
par les observations du pendule et par les déviations de la
verticale, a La dépression du bassin des mers, dit le savant
» français, est contrebalancée par l'épaisseur plus grande
» de la croûte solide sous-jacente; tandis que l'émersion
D d'un continent est compensée par la minceur relative de
B la croûte correspondante. » {A un. du Btir. des longit.,
1889.)
La conséquence ressort d'elle-même. Si l'écorce solide
était partout d'épaisseur t/nî'/brwe, elle offrirait évidemment
par-dessous les mêmes rugosités que par-dessus. Mais
puisqu'elle est plus épaisse sous le bassin des mers, moins
épaisse, au contraire, sous le relief des montagnes, il en
résulte à toute évidence que la surface intérieure de la
croûte terrestre offre des saillants et des rentrants plus
prononcés que ceux dont est hérissée la surface de notre
globe.
Or, certains massifs de montagnes s'élèvent à plus de
huitkilomètresau-dessusdu niveau de la mer; tandisqu'en
quelques-uns de ses points, l'Océan atteint des profondeurs
de plus de huit kilomètres, il s'ensuit que tantôt le noyau
tluide, sous la pression de l'écorce, s'élève à une dizaine
de kilomètres dans l'épaisseur de celle-ci; que tantôt, au
contraire, c'est l'écorce qui s'enfonce à une dizaine de
kilomètres dans la pâte du noyau.
Dans les idées de l'auteur, qui sont également celles de
M. Folie, l'épaisseur de la croûte ne doit guère dépasser
65 kilomètres {'/loo du rayon de la terre) ; les aspérités
du dessous de cette croûte s'élèvent donc à près du sixième
de son épaisseur moyenne, ce qui constitue un état d'en-
grenage fort respectable. Les saillants de l'écorce solide
1
(60)
sont emprisonnés dans la pâle du noyau ; ses rentrants
sont remplis par cette même pâle, et tout glissement
devient impossible. L'écorce elle noyau forment système;
ils sont adhérents l'un à l'autre', suivant l'expression de
La place.
On objectera peut-être, avec quelque apparence de
raison, que sous l'action lente d'une force agissant dans
le même sens pendant une longue période, les rugosités
de la croûte peuvent déplacer peu à peu la substance
visqueuse qui les entoure, et imprimer ainsi à l'écorce un
léger mouvement par rapport au noyau; tandis que sous
l'action de la même force, agissant alternativement, à
quelques heures seulement d'intervalle, dans des sens
opposés, comme cela aurait lieu dans le cas d'une nutation
diurne, aucun mouvement appréciable n'a le temps de se
produire.
Mais alors, ce serait dans les mouvements à longue
période que l'écorce et le noyau pourraient se mouvoir
indépendamment l'un de l'autre; tandis que dans les mou-
vements à courte période, ils se mouvraient comme
formant une masse solidaire. Or, l'analyse de M. Ronkar
conduit à une conclusion précisément inverse.
C'est que cette analyse, quel que puisse être son mérite
au point de vue théorique, a pris pour point de départ une
conception purement idéale, au sujet de la structure inté-
rieure de notre globe, et qu'elle est basée sur des données
d'observation tout à fait insuffisantes.
— M. Folie réplique par quelques mots, en ajoutant qu'il
abandonne à M. Ronkar le soin de répondre, s'il le juge
bon, à la note du général Liagre.
( 61 )
Recherches sur la cfRCULATiON et la respiration. —
Sur le pouls veineux physiologique ; par Léon Fredericq,
correspondanl de l'Académie.
BIBLIOGRAPHIE.
Wedemever. Unlersucliungen ûber den KreisJmif des Blutes, etc.
Hannover, 1828.
Weyrich. Décorais aspiratione experimenln. Dorpati, i855.
N. FuiEDREicii. Ueber den Venenpuls. Deutches Archiv fiir kli-
nische Medicin. I, 1865, p. 2H.
PoTAi.N. Recherches sur les mouvements et les bruits qui se passent
dans les veines jugulaires. Mémoires de la Société médicale des hôpi-
taux, 1868, t. IV. (Cité d'après Marey et François Franck.)
Mosso. Sul polso negativo. Arch. p. I. Scicnze Mcdiche, t. II, fasc.
Torino, 1878. — Die Diagnostik des Puises. Leipzig, 1879. (Cité
d'après Riegel, Gottwalt, Fr. Franck.)
Marey. La circulation du sang à l'état physiologique et dans les
maladies, 1881, p. 419, fig. 2 17.
Franz Riegel. Aus der medicinischeii Klinik in Giessen. Ueber den
normalen und patJiologischen Venenpuls. Deutsches Archiv fiir kli-
nische Medicin, XXXI, 188-2, p. 1. — Experimentelle Untersuchungen
ûber den normalen Venenpuls und ûber das Verhaltcn des Venen-
systetns bei Pcricardialergûssen. Aus dem Laboratorium der med.
Klinik in Giesseîi. Deutsches Archiv fur klinische Medicin, XXXI,
1882, p. 470.
Eduard Gottwalt. Der normale Venenpuls. {Aus dem pliysiolo-
gischen Institut der Universildt Strassburg). Archiv fur diegesammtc
Physiologie, XXV, 1881, p. 1.
François Franck. Mouvements des veines du cou en rapport avec
l'action de la respiration et du cœur. Étude critique et expérimentale.
Extrait de la Gazette hebdomadaire de médecine et de chirurgie,
raars-avril 1882. — Nouvelles recherches sur un cas d'ectopie car-
diaque {ectocardie) pour servir à l'étude du pouls jugulaire normal et
d'une variété de bruit de galop. Archives de physiologie, I, p. 70, 1889.
(62 )
§ I. — Historique.
Il faut distinguer soigneusement le pouls veineux véri-
table, dépendant directement de la pulsalion du cœur
droit, du pouls veineux que l'on pourrait appeler accidentel
et qui résulte de la propagation des pulsations artérielles.
Dans l'expérience de l'éleclrisation de la corde du tym-
pan, les vaisseaux artériels et capillaires de la glande sous-
maxillaire se dilatent suffisamment pour que les pulsations
artérielles se propagent jusque dans les veines. Les jugu-
laires peuvent présenter des battements de même nature
à la suite de la section du cordon cervical du grand sym-
pathique.
Une deuxième espèce de pouls veineux accidentel nous
est offerte par les veines situées dans le voisinage immé-
diat d'artères volumineuses. L'ébranlement pulsatile de la
veine est négatif dans ce cas, c'est-à-dire inverse de celui
de l'artère : la veine est déprimée au moment où l'artère
présente le maximum de l'expansion.
Enfin une troisième variété de pouls veineux accidentel
par communication des pulsations artérielles, se rencontre
dans les veines qui sortent de cavités closes, présentant
des parois résistantes et inextensibles, comme c'est le cas
pour les veines du globe de l'œil et pour celles qui sortent
de la cavité crânienne. L'ondée sanguine artérielle ne peut
pénétrer dans une cavité à parois rigides et remplie de lis-
sus et de liquides incompressibles, qu'en poussanlen dehors
de la cavité, par les veines émergentes, une ondée veineuse
équivalente.
C'est sans doute par un mécanisme analogue qu'il faut
(63)
expliquer les pulsations des veines de l'avant-bras el du pli
du coude, qui ont été fréquemment signalées au cours de
la saignée. La ligature que l'on place au-dessus du pli du
coude a pour effet d'accumuler le sang dans Tavant-bras.
Le membre gonfle, ce qui produit une forte tension de la
peau. Les téguments jouent alors, vis-à-vis des tissus sous-
jacents, le rôle de la capsule inextensible, qui n'admet le
sang artériel dans son intérieur que pour autant que les
veines dégorgent une ondée sanguine équivalente.
Le phénomène auquel il convient de réserver le nom de
pouls veineux normal et dont je vais aborder l'étude, est
d'une autre nature. Il est sous la dépendance immédiate
des pulsations du cœur droit et a surtout été observé sur
la jugulaire externe.
Wedemeyer (1828) signala le premier l'existence du
pouls jugulaire normal chez l'animal sain. Il répéta sur le
cheval l'expérience déjà exécutée par Barry, et qui consiste
à mettre l'intérieur de la jugulaire en rapport avec un long
tube de verre, plongeant dans un vase rempli d'eau colo-
rée. Il vit, à chaque pulsation cardiaque, le liquide monter
par aspiration, dans le tube, à une hauteur d'un ou de plu-
sieurs pouces.
Weyrich (1853) observa le pouls veineux de la veine
cave, mais en contesta l'extension aux jugulaires.
Bamberger (1856), Geigel et plusieurs autres cliniciens
n'admirent, sous le nom de pouls veineux, que le phénomène
pathologique du soulèvement de la jugulaire coïncidant
avec la systole venlriculaire (et non avec la systole auricu-
laire}. On ne l'observerait que dans les cas d'insuffisance
iricîispide, el il serait provoqué par un véritable mouve-
ment de reflux du sang veineux à travers les valvules
auriculo-ventriculaires.
( 64)
Au contraire, Friedreich (1865), Polain (1868), Mosso
(1878), Riegel (1881), François Franck (1882), démon-
trèrent chez l'homme l'existence constante, ou tout au
moins fréquente, du pouls veineux jugulaire, en dehors de
toute lésion cardiaque ou vasculaire. Marey (1881), Riegel
(1881), GottwaIt(1881)et François Franck (1882), étu-
dièrent le pouls veineux chez le chien et le lapin. Nous
allons passer en revue ces différents travaux.
Le pouls veineux observé par Friedreich présente une
ligne d'ascension graduelle dicrole (pouls anadicrote), à
laquelle fait suite une brusque descente simple (pouls cata-
monocrote), comme le montre la figure 1.
FiG. d. Pouls de la jugulaire, recueilli sur une femme de ;-î8 ans.
(Fig. 26 du mémoire de Friedreich.)
L'ondulation positive dicrote de la ligne d'ascension cor-
respond, d'après Friedreich, à la systole de l'oreillette. L'on-
dulation suivante, qui coïncide avec le début de la systole
ventriculaire, ne devrait pas son origine à une action
directe de celte systole : Friedreich est tenté de l'attribuer
à la pulsation artérielle de l'aorte ascendante, qui ébranle-
rait à son passage la veine cave située dans son voisinage
immédiat. De la veine cave, l'ébranlement se propagerait
aux jugulaires.
Polain, étudiant dans les hôpitaux le pouls veineux nor-
mal, inscrivit simultanément les pulsations veineuses,
celles du cœur et celles des artères. 11 vit qu'au moment
de la systole de l'oreillette, un grand soulèvement se pro-
(63 )
(luit dans le pouls des jugulaires, et qu'à ce soulèvement
succède un affaissement correspondant à la diastole de
l'oreillette dans laquelle les veines se vident brusquement.
Plus tard, arrive un second affaissement que Potain attri-
bue à la diastole du ventricule, dans lequel les oreillettes cl
les veines se vident de proche en proche.
Les expériences de Marey, faites sur les animaux, confir-
mèrent cette manière de voir, du moins en ce qui concerne
le premier soulèvement veineux, auquel fait suite un
affaissement profond. La figure 217 de Marey est obtenue
sur un chien dont on explore la pression latérale dans la
jugulaire, à la base du cou, en même temps que la pulsa-
tion du ventricule droit.
FiG. 2. Pouls delà jugulaire (Igné supérieure et pulsation du ventricule droit
(ligne inférieure), recueillis sur le chien (Reproduciion de la fig. "211, p. 419
de la circulation du sang de Marey. Les lettres a, b, c, d, e, f, ont été ajoutées.)
4 Cette figure, dit Marey, montre une parfaite coïnci-
dence du principal soulèvement veineux avec la systole de
l'oreillette {ab), tandis que l'affaissement veineux coïn-
cidant avec la systole ventriculaire ne peut s'expliquer
que par la diastole de l'oreillette. t> [Circulation du sang,
1881, p. 420.)
( 66 )
Mosso avait été principalement frappé de ce fait, que le
phénomène le plus saillant de la pulsation de la jugulaire
est un brusque affaissement du vaisseau correspondant à
la systole ventriculaire. Le pouls négatif de la jugulaire
coïncide avec le pouls positif de la carotide; il est dû uni-
quement, pour Mosso, à l'augmentation du vide thoracique
qui accompagne la déplétion du ventricule gauche. Le sang
veineux doit, en effet, être aspiré avec plus de force dans la
cavité close de la poitrine, au moment où le départ de
l'ondée sanguine artérielle y crée un vide relatif. Mosso
attribue donc le pouls négatif de la jugulaire à la même
cause qui produit le mouvement dit cardio-pneumatique.
Comme nous allons le voir à l'instant, les recherches de
Riegel, de Gottwall, de François Franck, ont démontré
l'inexactitude de cette explication exclusive. En effet, le
pouls veineux se montre encore après l'ouverture de la
poitrine qui supprime le vide thoracique, et toute variation
de ce vide. En outre, le phénomène est plus complexe que
ne le croyait Mosso. A chaque systole cardiaque, on observe
plusieurs soulèvements et affaissements successifs de la
jugulaire.
Riegel observa le pouls veineux chez de nombreuses
personnes ne présentant aucune affection cardiaque. Il
s'attacha à établir la coïncidence exacte des différents
détails de ce pouls avec les phases de la pulsation car-
diaque, en inscrivant simultanément le pouls de la caro-
tide d'un côté et celui de la jugulaire de l'autre côté. Il
lépéla ces expériences d'inscriplion sur des chiens
curarisés.
La description générale qu'il donne du pouls veineux se
rapproche de celle de Friedreich, et peut également s'appli-
quer à la figure de Marey reproduite plus haut.
(67)
Comme on le voit dans les figures suivantes, emprun-
tées aux deux mémoires de Riegel, le tracé veineux est
anadicrole, c'est-à-dire présentant une ondulation dicrote
dans sa ligne d'ascension et catamonocrote, c'est-à-dire à
ligne de descente simple.
R^i^<-^eX Tl^.Tou ,-, ..-.cL
/£V i\ lAr
FiG. 3. Pouls veineux (ligne pleine) et pouls carotidien (ligne pointillée),
recueillis chez l'homme. (Fig. \a, p 33 du mémoire de Riegel.)
FiG. 4. Pouls veineux (ligne pleine) et pouls carotidien (ligne pointillée), recueillis
chez le chien curarisé. (Fig. 2, p. 274 du mémoire de Riegel )
La ligne de descente cd correspond, pour Riegel, à la
systole venlriculaire; la ligne ascendante ahc correspond,
dans sa seconde moitié bc, à la systole auriculaire. Nous
avons vu que Friedreich considérait au contraire la saillie a6
comme représentant la systole auriculaire.
Gottvvalt obtint chez le chien et le lapin, au moyen d'un
explorateur veineux construit par Ewald, des tracés du
pouls jugulaire notablement différents de ceux de Riegel,
( 68 J
de Marey et de Friedreich. A chaque ballement du cœur
correspond, pour GotUvalt, une pulsation veineuse positive
forle, B, à laquelle fait suite une série de trois petites
pulsations positives, D, F, H, comme le montre le schéma
suivant qui reproduit la figure V du travail de Gottwalt.
FiG. 6. Schéma du jjou's veineux chez le chien (d'après Gottwalt, fig. V).
Gottwalt admet que la pulsation ABC correspond à la
systole de l'oreillelle, la portion BCD à la systole du ven-
tricule, et la portion DFHA' à la pause cardiaque. Cette
coïncidence admise par Gottwalt est purement hypothé-
tique, et est basée uniquement sur le fait que Gottwalt
entend le second bruit du cœur au moment de l'inscription
du point D de la courbe. Or, on sait à combien d'erreurs
on est exposé, lorsqu'on cherche à établir la coïncidence
entre les moments où se produisent les bruits du cœur, et
ceux où s'inscrivent les différentes inflexions des tracés
cardiographiques. Chaque expérimentateur arrive à un
résultat personnel différent. Gottwalt aurait dû enregistrer,
simultanément avec le pouls veineux, soit le tracé du cœur,
soit celui de l'artère.
La coïncidence admise par Gottwalt entre les inflexions
de ses tracés veineux et les phases d'une révolution car-
(69)
diaque, manque de base expérimentale. Aussi ne le suivrai-
je pas dans les hypothèses qu'il émet pour expliquer les
quatre ondulations B, D, F, H.
François Franck a étudié le pouls veineux chez l'homme
et a eu fréquemment recours aux expériences sur les
animaux, pour contrôler et vérifier l'interprétation qu'il
propose. Je reproduis ici le schéma qu'il a donné des
rapports du pouls jugulaire normal avec les différents
actes d'une révolution cardiaque. François Franck admet
dans le graphique de la pulsation jugulaire les détails
suivants :
FiG. 6. Schéma des rapports du pouls jugulaire normal (P. J.) avec les différents
actes d'une révolution cardiaque complète. — En même temps que la systole
de l'oreillette G, un premier soulèvement se produit. Le premier affaissement
commence avec la, diastole de l'oreillette et dure de A en A', sauf une légère
interruption. Un second soulèvement A' survient à la fin de la systole ventri-
culaire S V. et est suivi d'un second affaisssement BB', en rapport avec le
début de la diastole ventriculaire D. V. (D'après Fr. Franck, fig. 3.;
(70)
\° Le pouls veineux jugulaire normal présente un sou-
lèvement et un affaissement brusques au début de la
courbe totale; ces deux accidents initiaux sont en rapport
avec la systole et la diastole de l'oreillette droite. Pendant
la systole de l'oreillette, le sang contenu dans cette cavité
est projeté dans le ventricule d'une part, et produit,
d'autre part, un léger reflux dans les gros troncs veineux
situés dans le voisinage immédiat de l'oreillette. Ce reflux
ne se propage pas dans les veines jugulaires, mais il suffit
à y arrêter ou tout au moins à y ralentir brusquement le
cours du sang, d'où le soulèvement des parois de la veine.
2° A la suite de ce premier soulèvement, les jugulaires
présentent un affaissement brusque (A); c'est le pouls
négatif qui coïncide avec la diastole auriculaire (Weyricb,
Potain). Les parois de l'oreillette, après s'être resserrées
et avoir expulsé la plus grande partie du sang de la cavité
auriculaire, se relâchent brusquement et permettent ainsi
l'afflux rapide d'une nouvelle quantité de sang; ce liquide,
maintenu aux abords de l'oreillette pendant la systole
auriculaire précédente, s'étant accumulé dans les réservoirs
veineux voisins où il a acquis une certaine pression, ne
peut, en effet, que se précipiter dans la cavité à parois
flasques qui s'ouvre devant lui. L'affaissement des veines
du cou résulte donc de la rapidité avec laquelle tout le
système se décharge dans l'oreillette, une dépression se
trouvant créée par le fait du déversement brusque du sang
dans l'oreillette.
5° La systole ventriculaire qui survient immédiatement
après celle de l'oreillette, a pour effet de lancer hors de la
poitrine une ondée artérielle d'un volume notable, d'où
augmentation de l'aspiration thoracique (tant que la poi-
trine est close). Ceci nous explique l'affaissement progressif
( 71 )
des jugulaires qui se montre pendant toute la durée de la
systole (de A en A').
4" Au début de la contraction du ventricule, il y a
cependant un soulèvement peu marqué de la veine. Il
correspond sans doute à l'ébranlement dû à la fermeture
des valvules atrio-venlriculaires droites.
5° Un troisième soulèvement survient à la fin de la
systole ventriculaire. François Franck l'attribue à l'ébran-
lement provenant du déplacement brusque de la base du
cœur (qui s'affaisse et retombe pour ainsi dire par son
poids [?]), et en partie aussi de la clôture des valvules
sigmoïdes.
6° Immédiatement après ce petit soulèvement, se pro-
duit une nouvelle dépression du tracé veineux, coïncidant
avecle relâchement du ventricule droit, et la chute brusque
dans ce ventricule du sang qui s'est accumulé dans les
voies afférentes pendant les périodes précédentes (flot de
l'oreillette de Chauveau et Marey), de B en B'.
7" Celte deuxième dépression des veines du cou ne dure
qu'un temps assez court, du reste, ce qui s'explique aisé-
ment par le fait de la réplélion croissante de tout le
système : pendant la diastole ventriculaire, en effet, le
sang veineux continue à allluer vers le cœur; mais il
trouve de moins en moins à se loger dans les cavités ven-
triculaire, auriculaire et veineuse. La réplélion graduelle
(le ces oiganes s'accuse sur les jugulaires par le soulève-
ment progressif, qui marque la fin de la pulsation veineuse
du cou.
Tout s'enchaîne avec une logique admirable dans cette des-
cription du tracé veineux el dans l'interprétation des détails
de ce tracé. Malheureusement les tracés et les expériences
de François Franck ne correspondent pas entièrement au
(72)
schéma. Je reproduis ici, à titre d'exemple, la flgure 7.
FiG. 7, reproduisant la figure 7 de Fr. Franck, sauf les lettres a, b, c, d, e, f,
qui ont été ajoutées.
L'oreillette étant passivement distendue (inertie passagère à la suite d'une
compression exercée à sa base), le pouls jugulaire P. J. est nul. Quand
l'oreillette reprend ses battements, le pouls jugulaire reparait : on retrouve
dans les courbes de pulsations ventriculaires P. V., la trace des systoles
auriculaires o qui faisait défaut dans la période précédente.
Il est facile de constater sur la partie droite de la figure,
en utilisant les repères des deux tracés, que le début c de
la pulsation négative (A du schéma, fig. 6) de la veine
coïncide, non avec le relâchement auriculaire, comme le
veut la théorie de François Franck, mais tombe en pleine
systole venlriculaire, alors que les oreillettes sont relâchées
depuis plusieurs centièmes de seconde et que les ventri-
cules ont déjà atteint leur maximum de pression.
La partie gauche de la figure nous montre la suppression
de tous les détails du pouls veineux dès que l'on provoque
l'inertie des oreillettes, les ventricules continuant à battre.
Or, d'après la théorie de François Franck, nous aurions
dû nous attendre ici à la suppression pure et simple de la
pulsation veineuse (A du schéma), due à la systole de
l'oreillette; les dépressions et les deux saillies qui dépen-
dent des pulsations du ventricule devraient continuer à se
produire. Si le tracé gauche de la figure 7 devait être
pris en considération, il faudrait admettre que toutes les
( 73 )
inflexions du pouls veineux dépendent de la systole et de
la diastole de l'oreillette, et que les mouvements du ventri-
cule ne l'influencent en aucune façon — conclusion con-
traire aux faits et contraire à la théorie de François Franck.
Tous ceux qui ont cherché à inscrire le tracé du pouls
veineux chez le chien ont eu à lutter contre des diflicullés
techniques provenant du peu de force de la pulsation
veineuse. Sur beaucoup d'animaux on n'obtient de tracés
convenables qu'à la phase d'expiration, le pouls disparais-
sant ou ne s'inscrivant pas à la phase d'inspiration. Le
tracé ventriculaire de la ligure 7 de François Franck
montre clairement que la partie droite de la figure a été
prise à la phase d'expiration (pulsations espacées), et la
moitié gauche à la phase d'inspiration, ou tout au moins à
un moment où les pulsations étaient accélérées. La sup-
pression du pouls veineux dans la moitié gauche de la
figure est due probablement à l'accélération des battements
du cœur et aux diflicullés de l'inscription, et ne saurait
être attribuée à la cessation des pulsations auriculaires —
en vertu même de la théorie de F'rançois Franck. La
coïncidence est ici fortuite, et ne correspond nullement à
une relation de cause à etïet.
Comme on l'a vu par l'exposé historique qui précède, les
quelques auteurs qui se sont occupés du pouls veineux sont
en désaccord :
i" Sur la description du tracé de la pulsation jugulaire.
Ce tracé ne comprend, pour Mosso, qu'une pulsation
négative; Polain, Friedreich, Riegel, Marey, admettent une
pulsation négative profonde alternant avec deux pulsations
S™" SÉRIE, TOME XIX. 6
( 74)
positives; pour François Francii, il y a une forle pulsation
positive suivie d'un affaissement interrompu par deux
petits soulèvements; enfin Gottwalt décrit quatre ondula-
tions positives, une forte et trois petites.
2° Sur la coïncidence des principaux accidents du pouls
jugulaire avec les phases de la pulsation cardiaque.
Ainsi le pouls négatif, correspondant à la principale
dépression du tracé jugulaire qui se retrouve sur la plu-
part des tracés publiés, coïncide, pour Potain, Marey,
François Franck, Gottwalt, avec le relâchement de l'oreil-
lette, tandis que pour Friedreich et Mosso il tombe en
pleine systole ventriculaire. La saillie du tracé qui précède
cette dépression correspond, pour les uns, au début de la
systole ventriculaire, pour les autres, à la systole de
l'oreillette.
3° Sur l'interprélalion à donner à ces tracés. Chez la
plupart des auteurs l'interprétation est incomplète. Le
seul qui ait donné du pouls veineux une explication com-
plète et logique, François Franck, est malheureusement
en contradiction avec certains graphiques de ses propres
expériences.
Il était donc intéressant de reprendre cette étude.
§ H. — Technique.
Mes expériences ont été faites sur de grands chiens
anesthésiés par le chloroforme et la morphine, couchés
sur le dos ou sur le côté dans la gouttière d'opération.
La veine jugulaire externe droite était mise à nu à
la région inférieure du cou et isolée jusqu'à l'entrée de
la poitrine, à l'endroit où elle se réunit à la veine axil-
laire. A cet effet, il est ulile de diviser en travers, au
moyen du thermocautère, la partie antérieure des muscles
( 7S)
pectoraux. Les pulsations de la jugulaire, ou celles du
tronc veineux résultant de l'union de la jugulaire avec
l'axillaire, recueillies au moyen d'un explorateur Verdin,
sont transmises à un petit tambour à levier très sen-
sible (modèle Rolhe de Prague), qui écrit avec un mini-
mum de frottement sur le papier légèrement enfumé
du grand kymographe de Hering. En regard du pouls
veineux, on inscrit simultanément le tracé du pouls caro-
lidien recueilli au moyen d'un sphygmoscope de Marey, ou
celui du choc extérieur du cœur au moyen de l'explo-
rateur (cardiographe) de Marey. La vitesse de l'appareil est
contrôlée au moyen d'une horloge inscrivant les secondes.
On arrête fréquemment la marche du papier enfumé, de
manière à permettre aux différentes plumes d'inscrire des
lignes de repère. Pendant ces arrêts, le mouvement pro-
pulseur continue à marcher et conserve toute sa vitesse.
Immédiatement après l'arrêt, le papier repart avec la même
vitesse uniforme.
L'explorateur Verdin présente une plaque métallique
que l'on glisse sous la veine. La plaque porte, à sa face
supérieure, une demi-gouttière fixe sur laquelle se place la
veine. Une demi-gouttière mobile vient recouvrir la veine
et communiquer ses battements, par l'intermédiaire d'une
petite tige verticale, à la membrane en caoutchouc mince
d'un petit tambour à air très sensible. Le tambour à air
peut être fixé à la hauteur voulue au-dessus de la veine;
il est mobile le long d'une petite tige métallique fixée
perpendiculairement à la plaque métallique : le tambour à
air est relié à un tambour à levier.
Le sphygmoscope dont je me sers, et dont la figure 8
représente un croquis en demi-grandeur naturelle, rappelle
l'instrument imaginé par Marey. La modification consiste
dans l'adjonction d'un tube de lavage t, et dans l'emploi
( 76)
d'une canule artérielle en forme de -h. Le tube tel les
branches latérales de la canule en croix sont fernnces au
moyen de tubes de caoutchouc et de pinces à pression (ou,
pendant les expériences, de baguettes de verre). Elles per-
mettent l'enlèvement des caillots sanguins qui se forment
presque toujours au cours d'une opération prolongée, et
facilitent le lavage de l'intérieur de l'appareil.
FiG. 8. Modèle de manomètre élastique (sphygmoscope de Macey) employé à
l'Institut de physiologie de l'Uuiversilé de Liège.
V, tube de verre communiquant par sa partie inférieure, effilée, avec un
tambour à levier; */, doigt de gant en caoutchouc; B, bouchon de caoutchouc,
percé de deux trous, pour le passage de la canule artérielle, c (canule en -+-)
et du tube de lavage, t.
Enfin, en ce qui concerne l'inscription^du choc du cœur,
il suffit en général d'incliner l'animal et la gouttière qui le
supporte, du côté gauche (de l'animal) pour amener un
contact intime entre la surface antérieure du cœur et la
paroi thoracique. On cherche l'endroit oîi l'ébranlement
( 77 )
de celle paroi est le plus marqué, el on y applique exacle-
inenl le boulou du cardiographe.
II est nécessaire d'étudier les modifications que peut
faire subir au pouls veineux l'opération de l'ouverlure de
la poitrine, de manière à faire la part du mouvement
cardio-pneumatique. Si l'on veut simplement faire commu-
niquer la poitrine avec l'extérieur, on pratiquera l'ouver-
ture du côté du diaphragme. On divise au moyen du
thermocautère les téguments abdominaux sur la ligne
blanche à partir de l'appendice xyphoïde, de manière
à ouvrir largement le ventre. On écarte le foie, l'estomac
et les intestins. On met ainsi à nu la face inférieure du
diaphragme, que l'on déchire largement au moyen des
doigts. La plaie est maintenue béante par un aide. On doil
dans ce cas entretenir la respiration artificielle au moyen
d'un appareil approprié (soufflet mû par un moteur à eau)
et d'une canule fixée dans la trachée.
Enfin, il peut être intéressant de recueillir le pouls des
veines inlra-thoraciques, notamment de la veine cave supé-
rieure, et d'étudier l'influence que la suppression des
battements de l'oreillette exerce sur les pulsations des
jugulaires ou de la veine cave, il est nécessaire alors d'ou-
vrir la poitrine par sa face sternale ou coslo-slernale. Je
me suis servi pour cette opération tantôt du procédé que
j'ai décrit (thilletins AcacL, 5'' série, t. IX, p. III, 1885 et
Trav. /ai., I, p.So, 188o-86),et qui consiste à réséquer une
partie du plastron slernal, y compris deux paires de côtes
sternales, tantôt du procédé de Baxt. Dans le procédé de
Baxl, le sternum est fendu en long exactement sur la ligne
médiane, les côtes restant intactes. Les deux moitiés du
sternum sont fortement écartées par un aide: l'intervalle
qu'elles laissent entre elles permet d'atteindre le cœur et
les gros vaisseaux qui en partent. L'explorateur veineux
(78)
est appliqué sur la veine cave supérieure ou sur un autre
vaisseau ; et l'on peut à volonté arrêter les baltenoents de
Toreilletle au moyen du courant électrique. (Chocs d'in-
duclion fournis par la bobine secondaire du chariot de du
Bois-Reymond.)
§ m. — Idenlilé du pouls de la jugulaire et du pouls
de roreilletle droite.
Les veines qui aboutissent à l'oreilielte droite sont des
tubes élastiques inertes, incapables d'intervenir activement
dans les pulsations qui leur sont transmises par l'oreillette
droite. De plus, elles sont en communication large et per-
manente avec celte oreillette pendant toutes les phases de
la pulsation du cœur, tandis que les artères ne commu-
niquent avec les ventricules que pendant une partie de la
systole ventriculaire. A pnon,on doit s'attendre à retrouver
sur le tracé de la pulsation veineuse, le reflet des moindres
variations de pression intra-auriculaire révélées par le tracé
cardiographique de l'oreillette. L'expérience a pleinement
confirmé ces vues théoriques. Les tracés de pulsation de
la veine cave supérieure, ceux de la jugulaire que j'ai
recueillis, sont la reproduction exacte des tracés auricu-
laires et doivent être interprétés comme ces derniers.
J'ai montré dans un travail précédent {La pulsation du
cœur chez le c/i/en. Travaux du laboratoire, vol. H, p. 113,
1887-88) que la pulsation auriculaire avait été incomplè-
tement étudiée par la plupart des physiologistes, qui n'ont
tenu compte que du soulèvement initial du tracé auricu-
laire, soulèvement coïncidant avec la systole de l'oreillette.
Les autres inflexions du tracé auriculaire ont, malgré leur
importance, passé inaperçues. Seuls Chauveau et son élève
Lefèvre en avaient donné une description exacte et com-
plète.
( 79)
Je suis bien obligé, au risque de me répéter, de repro-
duire ici les graphiques de pulsations auriculaires recueillis
par moi chez le chien, et d'indiquer sommairement l'in-
terprétation à laquelle je me suis arrêté après de nom-
breuses expériences. Les tracés 9-13 représentent les
variations de pression recueilliessimultanément au moyen
de deux sphygmoscopes dans les oreillettes droite el
gauche et dans une artère, alors que les battements de
l'oreillette s'effectuaient normalement. Les figures 14 et 15
correspondent à des expériences où l'influence des batte-
ments de l'oreillette a été éliminée (inertie de l'oreillette
provoquée par excitation électrique de leur paroi).
P WJy ^phu^orvO^^P^^
(80)
FiG. 9. -10, 11 et 12. Tracés de la pression pris simultanément dans l'oreillette
droite (ligne supérieure 0. D.) et dans la carotide (ligne inférieure Car.), au
moyen de deux sphygmoscopes, chez des chiens morphines à poitrine ouverte.
ab, systole de l'oreillette; bc, début de la systole ventricuhiire; c, pénétra-
tion du sang dans le système artériel; de s en s, tracé de l'horloge à secondes.
FiG. 13. Tracés de la pression pris simultanément dans l'oreillette gauche (0. G.)
et dans le tronc commun brachio-céphalique (Tr. Br.), au moyen de deux
sphygmoscopes, chez un chien morphine à poitrine ouverte.
ab, systole de l'oreillette;
bc, début de la systole du ventricule.
( 81 )
FiG. 14. Tracés de la pression pris simultanément dans le ventricule droit [\. D.),
et dans l'oreilleite gauche (0 G.), au moyen de deux sphygmoscopes.
Délire passager des oreillettes.
bcdef, systole du ventricule.. ■is horloge à secondes.
J.
'M4 XAVli
^ e /' D
1
FiG. 15. Tracés delà pression pris simultanément dans le ventricule gauche (V.G.)
et dans l'oreillette droite (0. D.), au moyen de deux sphygmoscopes.
Délire passager des oreillettes.
bcdef, systole du ventricule.
Malgré leur diversité apparente, ces tracés se ramènent
tous à un type commun, dans lequel on distingue les détails
suivants :
1° Une ondulation positive ab, correspondant à la sys-
tole des oreillettes, et disparaissant quand on supprime
cette dernière (en produisant le délire des oreillettes).
Comparer les fig. 9-15 avec les fig. 14-15;
( 82 )
" Une ondulation positive 6c, correspondant au début
de la systole ventricuiaire et à la projection brusque du
côté de l'oreillette, des valvules auriculo-ventriculaires. Cette
ondulation ainsi que les suivantes se montrent encore
après suppression de la systole auriculaire. Elles dépendent
donc de phénomènes autres que la systole auriculaire.
L'ondulation ab peut être séparée par un léger creux de
l'ondulation 6c; d'autres fois ces deux saillies se confon-
dent, l'une passant insensiblement à l'autre;
5° Une onde négative très marquée cde, représentant un
vrai pouls négatif et correspondant au reste du temps de la
systole ventricuiaire, c'est-à-dire à la projection de l'ondée
ventricuiaire dans l'aorte et dans l'artère pulmonaire. Cette
onde négative est due à l'agrandissement brusque de
l'oreillette et à l'abaissement de la cloison auriculo-ventri-
culaire qui se montre au moment où les ventricules se
contractent et déchargent leur contenu dans les grosses
artères (recul balistique des ventricules); elle conserve ses
caractères après l'ouverture de la poitrine. Enûn, elle peut
présenter des dentelures correspondant aux saccades de la
systole ventricuiaire,
La cloison auriculo-ventriculaire, qui s'était brusque-
ment abaissée pendant la systole ventricuiaire, remonte
immédiatement après cette systole, d'où diminution de
volume de l'oreillette et relèvement vers /"de la ligne de
pression intra-auriculaire;
4° Une onde négative séparée de l'onde cde par la
portion convexe /"dont il vient d'être question. Cette onde
négative est due à la propagation à l'oreillette du vide
ventricuiaire post-systolique, et à la déplétion auriculaire
qui en est la conséquence (flot de l'oreillette de Marey).
KiG. 46. Tracé du choc du cœur (choc) et pouls veineux (veine), recueillis simul-
tanément sur un grand chien morphine. Horloge à secondes. Les repères à la
fin du tracé, à droite, sont pris en arrêtant l'appareil enregistreur.
aè, systole auriculaire; bc, début de la systole ventricuiaire et projection
vers l'oreillette des valvules auriculo-ventriculaires; cde, pénétration du sang
dans l'aorte et dans l'artère pulmonaire ; /, fin de la systole ventricuiaire.
FiG. 17. Choc du cœur et pouls veineux de la jugulaire. Même explication
des lettres qu'à la figure 16.
FiG. 18, A et B. Deux formes assez fréquentes de pouls de la jugulaire chez le
chien.
Même explication des lettres qu'à la figure 16.
(84)
FiG. 19. Pouls carotidieu [Car.) et pouls de la veine jugulaire (Y. J.) recueillis
chez le chien; S, secondes.
FiG. 20. Pouls carotidien (Car.) et pouls de la veine (V), recueillis chez le chien;
horloge à secondes.
Les repères sont, comme pour les autres figures, pris en arrêtant momenta-
nément la marche du papier de l'appareil enregistreur, le mouvement propul-
seur conservant sa vitesse uniforme (appareil de Hering).
FiG. 2i. Pouls de la jugulaire iJtig.) et pouls carotidien [Car.),
recueillis simultanément chez le chien (expiration).
Nous retrouvons dans les tracés de la veine jugulaire
(voir fig. 16 à 21), mais surtout dans ceux de la veine
(83)
cave supérieure, les mêmes inflexions que présentent les
tracés auriculaires. Nous y distinguons pareillement :
i° Une ondulation positive ab, correspondant 5 la sys-
tole des oreillettes, et disparaissant quand on supprime
cette dernière;
2° Une ondulation positive bc, correspondant au début
de la systole ventriculaire et due à la projection brusque
du côté de l'oreillelle des valvules auriculo-ventriculaires.
Ce mouvement de projection est réel, et peut être constaté
directement par le doigt introduit par l'auricule droite
jusque dans l'oreillette (grand chien à poitrine ouverte).
L'importance relative de ces deux ondulations positives
est des plus variables. Elles sont souvent séparées par un
petit creux négatif; d'autres fois, elles se confondent en
une seule ondulation positive élargie supérieurement;
5" Une onde négative très marquée cde, représentant
un vrai pouls négatif et coïncidant avec la projection de
l'ondée ventriculaire dans l'aorte. La portion descendante
- de celle onde s'inscrit au moment où le sphygmoscope
carotidien trace la ligne ascendante de la pulsation arté-
rielle principale. Elle coïncide à l'origine du système
veineux avec la pénétration du sang dans les artères pul-
monaire et aorte (1).
(1) Le pouls veineux semble se propager avec une vitesse un peu
plus faible que le pouls artériel. Mais comme, dans mes expériences,
Texploraleur veineux est placé plus près du cœur que le sphyg-
moscope artériel, et que d'ailleurs, dans les deux inscriptions, la dis-
tance entre le cœur et les instruments explorateurs est assez petite,
on peut admettre que le retard de la pulsation artérielle et celui de
la pulsation vemcuse sur la pulsation du cœur, sont approximative-
ment les mêmes et présentent une durée très faible (I à :2 centièmes
de seconde).
(86)
L'explication est la même que pour l'onde négative de
l'oreillette (abaissement de la cloison auriculo-ventriculaire
et recul balistique du cœur). Ici aussi l'onde négative peut
montrer de petites dentelures correspondant aux saccades
de la systole venlriculaire. Le mouvement cardio-pneuma-
tique doit théoriquement concourir à la production de
l'onde négative cde : cependant, son importance doit être
faible, puisque l'ouverture du thorax n'influe guère sur la
forme du pouls veineux.
4° Dès que le ventricule a cessé de se contracter, la cloi-
son auriculo-ventriculaire se relève, l'oreillette diminue
brusquement de volume, d'où augmentation de pression
dans son intérieur et inscription de la saillie f;
5° Mais celle augmentation de pression est des plus
fugitives. En elTet, dès que le ventricule s'est relâché, il
s'y développe une pression négative (vide posl-systolique)
qui a pour effet d'aspirer le sang de l'oreillelte vers le
ventricule, d'où l'onde négative qui suit la saillie f sur le
tracé de l'oreilletle et de la veine.
Ces différentes inflexions ne s'observent complèlemenl
qu'à la phase d'expiration, alors que les pulsations car-
diaques sont suffisamment lentes pour ne pas empiéter les
unes sur les autres. Si les pulsations sont rapides, elles se
suivent sans intervalle, l'oreilletle se contractant presque
en même temps que le ventricule se relâche. Il peut en
résulter une simplification du tracé de l'oreillette et de la
veine. En effet, alors la saillie /"correspondant au relâche-
ment venlriculaire d'une pulsation se confond plus ou
moins avec la saillie ab correspondant au début, c'est-à-
dire à la systole auriculaire, de la pulsation suivante. Le
tracé prend alors l'aspect du pouls veineux décrit par
Friedreich et Riegel.
(87 )
Procédé de conservation de Voxyhémoglobine ; Note par
Léon Fredericq, correspondant de l'Académie.
Je conserve depuis plus d'un mois, au contact de l'air
et dans un appartement chauffé pendant le jour, des
échantillons d'oxyhémoglohine de chien, tant en solution
qu'à l'état de cristaux. Il est facile de constater spectro-
scopiqucment l'intégrité de la matière colorante rouge.
Je m'explique cette conservation d'une substance con-
sidérée comme éminemment altérable au contact de l'air
(dès que la température dépasse 0"), par le mode de pré-
paration de la solution et des cristaux. Le sang a été
recueilli directement de l'artère dans des vases stérilisés
au préalable. L'opération ainsi que toutes les manipula-
tions ultérieures ont été exécutées en observant les pré-
cautions minutieuses, qui permettent d'exclure les germes
atmosphériques (1).
J'ai constaté aussi qu'il était possible de conserver des
solutions aseptiques d'oxyhémoglobine à l'abri de l'air
extérieur (vases scellés), sans que l'oxyhémoglobine subisse
le phénomène ordinaire de la réduction à l'état d'hémo-
globine. Il faut cependant fournir au sang, au début de
l'expérience, une petite quantité d'oxygène, afin d'oxyder
et de mettre hors de cause les substances réductrices qui
{{) L'hémoglobine peut cependant se transformer en méthcmo-
globine, en dehors de toute intervention microbienne, notamment
par l'action de l'ozone, de l'eau oxygénée, etc. Cette transformation
en méthémogloblne m'a paru s'effectuer au contact de l'ouate
stérilisée.
(88)
existent toujours dans ce liquide. Il est bon d'enfermer le
sang aseptique dans les tubes scellés, en laissant une
chambre d'air, si l'on veut être sûr de conserver la matière
rouge à l'état d'oxyhémoglobine.
Au contraire, le sang non stérilisé peut être scellé
avec vingt, cinquante, etc. fois son volume d'air. L'oxygène
finit toujours pardisi)araître dans ce cas, et l'hémoglobine
se réduit entièrement.
L'épreuve de la réduction spontanée constitue un excel-
lent moyen de reconnaître si la stérilisation du sang a
réussi ou non.
Notice sut- les cristaux de Phillipsite des sédiments du
centre de Vocèan Pacifique. Première partie, par A.-F.
Renard, correspondant de l'Académie.
Les résultats généraux de ce travail ont été publiés il y
a quelques années déjà (1); depuis, nous avons soumis à
l'étude de nouveaux matériaux et contrôlé nos premières
(I) La première communication relative à ces cristaux zéolilliiques
a paru dans le Report oftfie Kritisli Association for l lie A avancement
of Science, session de Sheffîeld 1877; d'un autre côté nous avons
décrit sonmiairemcnt ces zcolithes dans le travail publié en collabo-
ration avec M. Murray dans les Proc. Roy. Soc. of Edinhurg 1884,
On Oie Nomcnclalure, Origin and Dislritmlion of Deep-sea Deposils.
— Cette notice préliminaire est destinée à paraître avec des dévelop-
pements dans le mémoire, sur les sédinicnls océaniques que je publie
avec M. Murray. Je liens à dire que c'est mon collaborateur qui, le
premier, a découvert ces cristaux microscopiques, dont il m'a confié
la détermination et la description.
(89)
recherches par des mélhodes d'observation phis exactes
qui ont confirmé les conclusions que nous avions annon-
cées. Nous croyons pouvoir pubh'er aujourd'hui une notice
plus détaillée sur un des phénomènes remarquables de la
période géologique actuelle : nous voulons parler de le sédi-
mentation qui s'opère dans l'océan Pacifique, de matières
argileuses caractérisées par la présence, en nombre
immense, de silicates hydratés, cristallisés en place dans
les vases sous-marines. On peut évaluer que ce dépôt
s'étale au fond des mers, sur une aire à peu près aussi
étendue que celle de la moitié du continent européen. Ce
n'est pas seulement cette grande extension du dépôt et
l'uniformité frappante que prêtent ces petits cristaux aux
sédiments du centre du Pacifique, qui doivent attirer
notre attention; mais la présence, dans cette vase, de
minéraux zéolithiques formés à l'état libre et nettement
cristallisés, présente un des faits les plus instructifs pour
l'élude des réactions chimiques qui se passent sur le fond
des grands océans. Ces réactions se traduisent, dans le
cas dont nous allons nous occuper, par la formation, au
sein des matières argileuses, de cristaux de phillipsite de
dimensions microscopiques. Ces cristaux constituent une
partie considérable de la vase, à tel point que pour cer-
tains sondages on peut évaluer qu'ils s'élèvent de 20 à
50 7o du sédiment. Un fait intéressant et qui prouve
combien ces zéolithes sont nombreuses dans la vase, c'est
que les foraminifères arénacés, que la drague rapporte de
CCS profondeurs, ont leurs enveloppes presque entièrement
constituées par ces microlithes.
C'est toujours de profondeurs qui dépassent des milliers
de mètres et de points situés à de très grandes distances
de côtes continentales, que la drague ou la sonde ramènent
3""* SÉRIE, TOME XIX. 7
( 90)
ces vases à zéolilhes qui constituent la formation la plus
caractéristique des grands bassins marins. Elle n'avait pas
été signalée avant qu'on soumît à l'élude les sédiments
dragués dans le Paciûque par l'expédition du « Challen-
ger ». Plus récemment, des recherches faites sur des
sédiments de l'océan Indien recueillis par les navires de
l'amirauté anglaise, ont démontré que des dépôts analogues
se forment aussi dans les régions profondes de cet océan (1 ).
La cristallisation de ces zéolithes dans les matières argi-
leuses des fonds marins se rattache intimement, comme
nous le ferons voir, aux phénomènes d'altération des
matières volcaniques de nature basique étalées sur le lit
des grandes mers actuelles, et qui se traduisent par la for-
mation de l'argile rouge et des nodules manganésifères et
ferrifères, toujours présents quand on observe des zéolithes
libres dans les sédiments.
Ce qui frappe aussi dans l'élude de ces cristaux formés
dans les argiles marines, c'est la manière d'être toute spé-
ciale qu'ils y affectent. Nous connaissions ces minéraux, et
la phillipsile en particulier, dans les boursouflures, les
fissures et les vides de certaines masses cristallines ou tuf-
facces; on les avait même signalés exceptionnellement
dans quelques roches sédimentaires, et l'on sait qu'une
des plus brillantes découvertes de Daubrée a été de
montrer des zéolilhes en voie de formation dans les briques
et le béton romain des sources de Plombières, et aux abords
d'autres sources thermales. Mais on ne les avait jamais
(I) Voir .1. MuRRAY, On marine DcposUs in (lie Indinn, Southern,
and Antarclic Océans. Scotlish Geographical Magazine, août, 1889,
p. t 1.
( 91 )
trouvées, peut-on dire, à l'état isolé, en cristaux simples ou
macléset en agrégats radiés libres; on ne les avait jamais
constatées avec une telle abondance dans un dépôt marin
que dans les sédiments du Pacifique. Nous dirons plus :
ces sédimentsàzéolithes se présentent ici avec un ensemble
de phénomènes qui paraîtraient ne s'être jamais réalisés,
sur la même échelle, dans les formations sédimentaires
des périodes géologiques, à moins d'admettre que leur
trace ait été entièrement effacée par des actions posté-
rieures au dépôt.
Nous aurons à nous occuper plus loin de la distribution
géographique et bathymétrique des sédiments à zéolithes
et des conditions spéciales de leur gisement. Bornons-
nous ici à indiquer qu'on les a découverts dans les pro-
duits de tous les sondages, depuis les îles Hawaï jusqu'au
sud des îles Basses. Les cristaux de phillipsite y sont can-
tonnés dans les argiles rouges, plus rarement dans les
vases à radiolaires, et plus rarement encore dans les vases
à globigérines ; dès qu'on s'approche des côtes continen-
tales, les zéolithes n'apparaissent plus dans les sédiments.
Lorsqu'on soumet aux forts grossissements du micro-
scope les sédiments dragués sur la ligne qui unit les îles
Sandwich à l'archipel des îles Basses dans la région à zéo-
lithes, on voit, au milieu des matières minérales argileuses
et des débris de nature volcanique, une infinité de petits
prismes de forme nette, revêtus généralement d'un
enduit jaunâtre. Ces microlithes apparaissent aussi nom-
breux que les petits cristaux de rutile dans certains
phyllades. Ces cristaux zéolithiques sont généralement
simples et isolés; d'autres, qui doivent se rapporter à la
même espèce, diffèrent surtout des plus petits parce qu'ils
( 9^ )
forment souvent des agrégats ou qu'ils sont maclés; enfin,
on observe aussi des groupements sphérolilhiques où plu-
sieurs de ces cristaux de zéolilhes viennent s'enchevêtrer
pour former des globules cristallins que nous décrirons
plus loin. Ces globules sont assez grands pour qu'on les
distingue à fœil nu; par leur présence, ils donnent un
caractère légèrement arénacé au sédiment.
Faisons connaître d'abord l'aspect sous lequel se mon-
trent les cristaux isolés de très petites dimensions qui
abondent et llotlent dans le liquide, lorsqu'on décante
les matières argileuses du sédiment. Ces microlithes sont
enduits d'une couche très mince d'hydrate de manganèse
et de fer qui les colore en brun ou en jaune. Pour mieux
observer leur forme et leurs caractères propres, on peut
les traiter avec un acide fortement étendu. On les débar-
rasse ainsi plus ou moins parfaitement des substances
qui les recouvrent. Lorsqu'ils sont décapés, les plus petits
de ces cristaux apparaissent incolores, légèrement opalins
ou laiteux. Ils ont une forme prismatique très prononcée.
Un grand nombre de mesures micromélriques leur assigne
en moyenne 0'"'",025 de longueur sur O'^^'.OOo de largeur.
Ces cristaux apparaissent avec des formes très simples.
Les faces allongées, qu'on pourrait prendre pour des faces
de la zone prismatique, font entre elles un angle droit; on
les dirait terminées aux deux extrémités par deux faces
simulant un dôme et inclinées l'une sur l'autre sous un
angle très voisin de 120°. Il est assez difficile de bien
discerner les faces qui terminent ces pçtits cristaux. On
observe avec certitude celles qu'on vient d'indiquer, mais
il se peut aussi que les plus petits microlithes de phillipsite
soient, au moins pour certains d'entre eux, terminés par
quatre faces au lieu de deux à chaque extrémité. On voit,
( 93 )
en effel, aux deux bouts du cristal, qui paraissent comme
estompés, des traces de deux autres laces, mais trop peu
définies pour pouvoir constater nettement leur existence.
Toutefois, ces quatre faces existent en fait sur des indivi-
dus plus grands, comme nous le dirons tout à l'heure. Si,
comme l'ensemble des caractères physiques et les résultats
des analyses nous l'indiquent, ces microlilhes doivent se
rapporter à la pbillipsite, voici comment on doit consi-
dérer leur l'orme : ce seraient des cristaux simples du
système monoclinique présentant les faces (001 )(c) (010)(6)
(HO) (?n), allongés suivant l'arête cjb, allongement qui
détermine la l'orme prismatique du cristal; les faces
qui ont l'apparence de former un dôme sont celles du
prisme (»/) vertical. L'angle de 120° que font entre elles
les deux faces mjm répond, à quelques minutes près, à
l'angle des mêmes faces pour la phillipsite. Nous aurions
donc ici les formes principales de ce minéral, et nous
aurions affaire, au moins pour les plus petits de ces micro-
lilhes, à des cristaux non maclés. Ces cristaux simples n'ont
pas encore été signalés aux échantillons de cette espèce,
tels qu'on les trouve dans les géodes ou les tissures dcs^
roches volcaniques. Malgré leur extrême ténuité, on peut
faire miroiter les faces b et c; ceci montre que ces cris-
taux ne sont pas lamellaires, comme on pourrait le penser
à première vue, mais qu'ils offrent un développement
presque égal pour 6 et pour c. Les essais qui ont été
tentés pour étudier leurs propriétés optiques, qu'il est
d'ail leurs bien difficile d'établir même sur de plus grands cris-
taux, n'ont pas donné de résultats certains. On sait que les
constantes optiques pour la phillipsite sont assez variables
et que, comme pour la plupart des minéraux du groupe
des zéolithes, les teintes de polarisation chromatique sont
( U )
d'ordre peu élevé. Ce qui, dans noire cas, rend celle
délerminalion parliculièrement difïicile, c'esl Tabsorplion
de la lumière par les appareils optiques, lorsqu'on doit
observer entre niçois avec de forts grossissements; enfin,
l'angle d'extinction de la phillipsite est relativement petit
et l'on n'a pas de point de repère assuré sur une arête
mesurant à peine quelques centièmes de millimètre.
Lorsque les dimensions des cristaux augmentent, on
peut constater quelquefois qu'ils offrent aux deux extré-
mités un pointement formé par quatre faces en losange,
reposant sur l'arête c/b. Ils se montrent alors avec le faciès
de prismes orthorliombiques terminés par les faces d'une
pyramide. En tenant compte de ce que nous avons dit
plus haut de la détermination des faces, nous avons affaire,
dans ce cas, à l'une des macles croisées de la phillipsite, le
plan d'hémitropie étant la face c. Nous devons ajouter que
cette forme maclée n'a pas été jusqu'ici signalée à l'état
isolé, sauf dans le cas des petits cristaux de phillipsite du
célèbre gisement de Plombières, où M. Des Cloizeaux a
décrit des formes identiques à celles que nous indiquons.
On voit ces cristaux de petites dimensions passer par
toutes les transitions de grandeur à des individus plus
volumineux, simples ou maclés comme les premiers, et qui
montrent une tendance à se grouper irrégulièrement, ou
d'après une loi crislallographique. Déjà sur les plus petits
microlithes dont nous avons parlé jusqu'ici et qui passent
avec les premiers produits de la décantation des argiles,
on peut constater qu'ils se superposent, s'accollent, s'en-
chevêtrent et s'entre-croisent. Dans certains cas, ces grou-
pements sont réguliers; ce sont des macles en croix rap-
pelant parfaitement la macle bien connue de l'harmotorae,
commune à ce minéral et à la phillipsite. Celte macle en
( 98 )
croix, qui se répèle avec tant de fréquence, est si carac-
térislique qu'elle pourrait, presque à elle seule, servir à
déterminer ces petits cristaux, comme appartenant à l'une
ou à l'autre de ces deux espèces zéoliihiques.
Quoique les cristaux maclés ne soient pas rares, il
est cependant plus fréquent de les observer formant des
groupes irréguliers; la figure 1 nous montre ces cristaux
enchevêtrés, tels qu'ils apparaissent lorsqu'on les isole
de la vase par décantation. Ces microlithes groupés pro-
viennent de la Station du \6 septembre 1875, n° 276,
lai. IS-SS' S.; long. 149"30'W.; profondeur 2,350 brasses;
température du fond \°C.
Ils sont revêtus d'un enduit de manganèse et de fer qui
se concrétionne souvent au centre du groupe. On ne voit
dans cette figure qu'une seule macle en croix ; les autres
groupes de cristaux sont formés tantôt par deux micro-
lithes qui s'entre-croisent sous des angles variables ou qui
se juxtaposent, tantôt par trois ou quatre petits cristaux
qui se superposent. Mais on observe déjà, dans certains
groupes, une tendance cà affecter une disposition sphéroli-
ihique ou radiée autour d'un centre. Dans d'autres cas,
la structure sphérolilhique est plus parfaite, comme nous
allons le montrer en décrivant des globules zéoliihiques
formés par des cristaux radiés de phillipsite. Ces globules
sont très abondants dans les vases sous-marines que nous
éludions.
Rappelons que celte disposition globulaire ou sphéroli-
lhique est en quelque sorte le propre de plusieurs espèces
appartenant au groupe des zéolilhes; il suffit de mention-
ner les bourrelets zéoliihiques cristallins, plus ou moins
sphériques, qui tapissent les creux de certaines roches
volcaniques altérées. Si, dans ces cas, la structure sphéro-
( 96 1
lilhique n'est jamais parfaitement réalisée, c'est que ces
cristaux se forment appuyés sur la roche. Dans notre cas,
au contraire, la structure globulaire est fréquente : c'est
que ces petits groupes de cristaux radiés se sont développés
à l'état libre dans la vase.
Les sphérules dont nous allons parler sont de la même
nature minérale que les microlilhes isolés, maclés ou
groupés, dont il vient d'être question; mais leur taille est
plus grande; elle permet de les distinguer à l'œil nu ou
à la loupe. Lorsqu'on a séparé par décantation ou à l'aide
des liqueurs denses, comme le borotungstate de cadmium,
les divers éléments de la vase, on observe, parmi les parti-
cules les plus volumineuses, des grains ressemblant à ceux
d'un sable ferrugineux. On peut voir qu'ils sont souvent
sphériques, et, à l'aide d'une bonne loupe,on constate qu'ils
sont terminés à la surface par des facettes cristallines
légèrement miroitantes. Ils sont toujours souillés par la
vase argileuse et enduits de manganèse et de fer. Le dia-
mètre moyen de ces sphérolitbes est environ de 0,5 milli-
mètre ; il peut atteindre dans quelques cas 1 millimètre
(voir lig. 2).
Au microscope, en lumière réfléchie, on constate que les
faces qui miroitent à la surface des globules sont celles
répondant à deux faces prismatiques m d'individus simples
simulant un dôme, ou à quatre faces de deux individus
maclés suivant la loi que nous avons rappelée, et qui
viennent apparaître à la surface du sphérolitho simulant
quatre faces de pyramide surmontant un cristal prisma-
tique.
En cimentant ces sphérules à l'aide de baume du
Canada, on peut les polir jusqu'à ce qu'ils deviennent
sufljsamment minces pour les soumettre à l'examen
(97)
microscopique en lumière transmise. Cet examen nous
montre des détails qui compièlent ce que nous venons
de dire de la structure de ces sphérules, et qui prouvent
qu'on doit les considérer comme étant formées de petits
microlilhes de phillipsile à structure radiée. La figure 5
représente un spliérule de la Station n" 275, sectionné
approximativement par le centre; elle nous permet de voir
parfaitement la disposition interne de ces boules zéoli-
thiques. Les cristaux qui les composent s'amincissent vers
le centre du globule, s'y terminent en coins, allongés sui-
vant l'arèie cjb; ils s'avancent plus ou moins régulièrement
suivant les rayons, en s'élargissant graduellement à mesure
qu'ils s'approchent de la périphérie. Cependant celte struc-
ture n'est pas tout à lait celle dite fibro-radiée; chacun
des cristaux a son individualité trop bien marquée : c'est,
à proprement parler, une structure radiée que nous consta-
tons. Dans la ligure, quel(|ues-uns des cristaux sont sec-
tionnés plus ou moins parallèlement à l'axe d'allongement;
on voit alors que Texlréniité est terminée par les faces
mlin. On observe aussi sur ces microlithes des zones de
croissance indiquées par des inclusions de la vase limoni-
teuse ou manganésilère; souvent ces zones ne présentent
pas de direction bien nette; mais, dans certains cas, les
inclusions sont orientées et ollVenl une disposition en
chevron, qui paraît répondi-e à l'orientation des lamelles
hémitropes qu'on observe sur la face 6 des cristaux maclés
de philli|isite. Il est très didicile, même sur les cristaux
assez grands des sphérolilhes, de juger de leurs propriétés
optiques; celte dilïicullé augmente surtout en raison de
la forme en coin qu'aflecte chacun des individus. On sait
d'ailleurs que, dans les sphérolilhes, les propriétés optiques
des cristaux individuels, de même que les macles, perdent
toute régularité.
(98)
La figure 4 nous montre un de ces spbérules taillés
plus près de la surface; la section entame les cristaux
radiés vers leur extrémité extérieure. Suivant qu'ils sont
taillés plus ou moins normalement à l'arête c/6, la forme
des sections est tantôt un parallélogramme plus ou moins
allongé, ou elle se rapproche d'un carré ; ce sont les formes
(]ue doivent donner, en effet, ces cristaux de phillipsite.
Quelquefois on observe aussi des sections à angles ren-
irants : ce sont alors des traces de macles cruciformes.
C'est le cas en particulier pour deux ou trois sections vers
le haut de la figure, à droite.
Nous venons d'envisager les caractères physiques de ces
cristaux, et tout nous porte à conclure qu'au point de vue
de la forme, on peut les rattacher à l'espèce minérale à
laquelle nous les avons rapportés. Cette détermination
est confirmée d'ailleurs par les analyses auxquelles ces
substances furent soumises.
Trois analyses des cristaux zéolithi(]ues de la Station
n" 27S ont été faites sur des matières choisies, aussi pures
qu'on pouvait les ohtenir par décantation ou par sépa-
ration à l'aide des liqueurs de haute densité, sans recourir
à un décapage par les acides. L'analyse que nous publions
a été faite par nous ; les deux autres sont de M. le docteur
L. Sipôcz, chimiste de la ville de Carlsbad, qui a bien
voulu se charger de faire ces recherches sur des matériaux
identiques à ceux qui ont servi à faire la nôtre. Les ana-
lyses de M. Sipôcz concordent avec celle dont les résultats
suivent; elles paraîtront dans le mémoire où seront déve-
loppés les faits que nous indiquons dans celle notice pré-
liminaire. Les cristaux zéolilhiques analysés proviennent
du sondage n" 275, 16 septembre 1875, profondeur 2550
brasses.
( 99)
I. 0s%"228 de substance soumise pendant quinze heures à
une tcrapcralure de {^^"C. perdit 0s^0575 d'eau; la perle au
feu fut de 0P^0C85. En fusionnant par les carbonates de soude
et de potasse, on obtint 0s'-,5o20 de silice, 06'",0t4G de peroxyde
de fer, Oe^iSTl d'alumine, 0^^0125 de chaux, O^SOSOS de
phosphate de magnésie répondant à OK^OOTi de magnésie.
II. 0s%7548 de substance traitée par l'acide flnorhydrique
et l'acide sulfurique donna 0e^lll2 de chlorures de potas-
sium et de sodium, Oe"",! 879 de chloroplatinate dépotasse,
répondant à Oer^ODÔS de potasse; par différence on a Os'",028ô
de soude.
SiOo 48.70
Fe.Ôs 6,1"
AUOs ■1",38
MnO forte trace
r.iiO -ijo
McO i-Oi
kIo 4,83
NaoO 3.7o
F.auà 12o» C. (loh.) 7,9o
Perte au feu 9,iT
101,17
La présence du fer ainsi que du manganèse, qu'allestent
les trois analyses, doit être mise sur le compte de l'enduit qui
recouvre ces cristaux, el des inclusions qu'ils renferment.
A part ces matières étrangères, la composition exprimée
])ar l'analyse est bien celle qui rend la moyenne de la
composition de la phillipsile, sauf la teneur en alumine,
qui est un peu faible; mais les écarts peuvent s'interpréter,
étant donnée la nécessité où nous nous trouvions de nous
servir, pour ces essais, d'une matière peu homogène et
dont la finesse du grain rendait impossible un triage
parfait, même sous Tobjeclif du microscope. Ajoutons que,
comme les zéolithes, ces cristaux sont attaquables par
( iOO )
l'acide chlorhydrique et qu'ils laissent après ce traitement
un squelette de silice.
Nous pouvons donc conclure de tout ce qui précède que
ces cristaux doivent être rapportés à l'espèce phillipsite.
Dans une communication suivante, nous montrerons les
conditions balhymétriques et les associations minéralo-
giques de ces cristaux de zéolilhes; nous indiquerons quelle
doit être l'interprétation à donner pour expliquer leur for-
mation, dans les vases sous-marines. Celte espèce minérale,
qui n'était connue jusqu'ici que dans de rares gisements,
devient, après les recherches dont cette notice lait l'objet,
l'une des espèces cristallisées les plus répandues de la
nature, et celle qui, dans les formations de nos océans, joue
le rôle le plus considérable, tant au point de vue du nombre
des individus cristallisés que de la surface qu'occupe leur
dépôt.
EXPLICATION DE LA PLANCHE.
Tous les cristaux et les sphérolithes figurés sur cette planche
proviennent de la Station n" 276 (voir page 95).
FiG. l. Cristaux de phillipsite isolés et groupés tels qu'ils se
montrent lorsqu'on les a séparés, par décantation, de la masse argi-
leuse. Les parties opaques fixées aux groupes de cristaux sont
de petites concrétions d'oxyde hydraté de manganèse et de fer
(voir page 9b) ''^/, lum. ord.
FiG. 52. Globule sphérolilhique formé de cristaux radiés de
phillipsite; lumière réfléchie (voir page 90) '^/j.
FiG. 5. Globule sphérolilhique de phillipsite taillé approxima-
tivement par le centre et montrant sa structure interne (voir p. 97)
-"/i lum. ord.
FiG. A. Globule sphérolithique de phillipsite taillé près de la
surface, plus ou moins normalement à l'arête cjb (voir p. 98) ^ji lum.
ord.
BiM de l Acad Boy aie' .
Fiq. l
Fu,.2.
'ièM
a^^^h'--'
Fui'+
Zuh. G Seoerojns . BriuieUes
.( ^01 )
Sur la condensation de la vapeur d'eau dans les espaces
capillaires; par G. Van der Mensbrugghe, membre de
l'Académie.
1. On sait que les substances végétales ou animales,
telles que le coton, le chanvre, la soie, la laine, absorbent
aisément l'humidité répandue dans l'air, même alors que
la température est supérieure au point de rosée, ou, en
d'autres termes, que la vapeur n'est pas encore à l'état de
saturation; Sir William Thomson est le premier, je pense,
qui ail attribué ce fait curieux à ce que la condensation
de la vapeur d'eau s'opère plus aisément sur les corps
présentant à la surface une infinité d'espaces capillaires
concaves que sur les corps dont la surface est lisse ou d'une
courbure négligeable. En effet, l'illustre physicien anglais
est arrivé à une formule d'après laquelle la tension
maxima de la vapeur, à une température donnée, est
moindre pour une surface concave que pour une surface
plane, et que la différence est de plus en plus marquée à
mesure que la courbure de la surface concave devient
plus forte (I).
L'idée de Sir William Thomson m'a paru digne d'une
recherche expérimentale directe; car, sans l'appui de
l'observation, la déduction pouvait paraître fort judicieuse
(i) On the equilibrium of vapour nt a curvcd surface of liquid
(Philos. Magaz., t. XLIl, 1871, p. 448).
( i0"2 )
assurément, mais elle demeurait dépourvue d'une vérifica-
tion précise et conséquemment sujette à contradiction.
2. C'est ce qui m'a engagé à réunir des faits suffisam-
ment nombreux, mais encore peu ou point expliqués, et
auxquels je crois pouvoir appliquer la théorie de Sir
William Thomson; j'ai imaginé, en outre, une série
d'expériences où celte théorie est soumise à un contrôle
direct, et dont les résultats me fourniront, tout me le fait
espérer, une confirmation complète des vues de notre
célèbre associé.
Dans la Note actuelle, constituant la première partie de
mon travail, je passerai en revue les principaux faits qui
m'ont paru devoir leur origine à la condensation de la
vapeur d'eau dans les espaces capillaires ; dans la seconde
partie, je m'occuperai de la description et des résultats
des expériences faites, à ma prière, par mon ancien élève
M. Leconle.
PREMIÈRE PARTIE.
Exemples de condensation de la vapeur d'eau dans des
espaces capillaires concaves.
3. En premier lieu, si l'on examine attentivement les
substances hygroscopiques, il n'est pas difficile de s'assurer
combien la structure de ces corps est conforme à la con-
dition théorique qui favorise la condensation de la vapeur
d'eau, abstraction faite, bien entendu, de toute action chi-
mique. Ainsi, par exemple, les cordes ordinaires présentent
une infinité de brins laissant entre eux des canaux très
capillaires; on peut en dire autant des copeaux, d'un
( f03)
grand nombre de poudres fines, des cheveux, des fanons
de baleine, d'un luyau de plume, des barbes tordues de
certaines plantes, de l'ivoire, de la corne, de la soie, des
poils des animaux, des flocons de laine, d'un épi de blé,
de la gélatine, de la baudruche, du parchemin, des peaux
préparées, des étoffes de laine, de coton, etc.; toutes
ces substances examinées au microscope présentent une
multitude de petits intervalles capillaires où la condensa-
tion de la vapeur d'eau doit se faire plus aisément que
sur des faces planes; comme les surfaces qui limitent ces
intervalles sont susceptibles d'être mouillées, le liquide
déjà condensé pénètre à l'intérieur et facilite ainsi la
condensation d'une nouvelle quantité de vapeur.
A cet égard, il paraît y avoir une différence très notable
entre les feuillets d'un papier rugueux et ceux d'un papier
glacé; il s'ensuit que l'altération du papier ne dépend pas
seulement de sa composition, mais encore de la forme des
surfaces libres.
4. Tout le monde connaît les flgures parfois bizarres
dessinées par le dépôt d'humidité congelée sur les carreaux
de vitre de nos appartements; d'où provient le défaut
d'uniformité de ce dépôt, et par conséquent la formation
même des figures auxquelles il donne lieu? Tout me porte
à croire que le phénomène est dû, au moins en partie, à ce
que certaines portions de la surface des carreaux sont
couvertes de poussières de toute espèce, tandis que sur
d'autres il s'en trouve fort peu ou même pas du tout :
dans ces conditions, la vapeur doit se déposer le plus
facilement sur les corpuscules offrant des espaces très
capillaires, et les petits cristaux de glace ainsi formés
doivent nécessairement provoquer ensuite la condensation
de nouvelles quantités de vapeur; de cette manière, la
( d04 )
différence entre les parties couvertes et les parties libres
ne fait que s'accentuer davantage. Je ne manquerai pas de
soumettre celte explication à un contrôle direct.
5. Avant de citer de nouveaux faits à l'appui de
l'influence des espaces capillaires sur la condensation de
la vapeur d'eau, je rappellerai qu'en 1876 j'ai obtenu
un résultat théorique (1) d'après lequel tout corps, à
l'instant où il est mouillé, devient le siège d'un courant
thermo-électrique. Il n'est pas difïicile de déduire de là que
si le corps mouillé a très peu de volume relativement à la
surface susceptible d'arriver en contact avec le liquide, le
courant thermo-électrique peut devenir assez intense pour
j)roduire des altérations dans la matière de ce corps.
Comme curieux exemple d'une altération de ce genre,
je puis signaler d'abord l'effet de l'humidité sur le tulle,
substance qui, en raison de sa texture en réseau, de son
extrême finesse et de sa grande légèreté, se prêle admira-
blement à la condensation de la vapeur d'eau dans un
milieu qui n'est pourtant pas encore saturé; ce tissu, main-
tenu pendant plusieurs années dans un lieu où l'on ne fait
jamais de feu, perd toute cohésion et se déchire à la
moindre traction; cela résulte, à mon avis, de ce que les
espaces très capillaires produisent un fréquent dépôt
d'humidité qui, lui-même, détermine un courant thermo-
électrique d'autant plus efficace que la masse du tissu est
plus faible en comparaison de l'étendue de la surface de
tous les filaments constitutifs.
(1) ÀppJicalion de la thermodynamique à l'étude des variations
d'énergie potentielle des surfaces liquides, \" partie. (Bull, de TAcad.
ro) . de Belg., 1876, 2' série, t. XLI, p. 769.)
Comme autre exemple analogue, je citerai l'alléralion
produite à la longue dans les rideaux qui, en raison de
leur texture, sont également sujets à s'imprégner d'humi-
dité, surtout en hiver, où l'air est souvent près d'être saturé
de vapeur; quand les rayons solaires viennent ensuite
frapper ces rideaux, les courants thermo-électriques qui y
circulent deviennent assez intenses pour produire une
altération qui, souvent répétée, linit par mettre les rideaux
hors de service.
6. Dans le même ordre d'idées, je rappellerai que les
toiles peintes se détériorent bien plus sur la face posté-
rieure formée par un tissu offrant mille et mille espaces
capillaires, que sur la face peinte et recouverte d'un vernis.
La théorie indique qu'avant d'exposer des tableaux dans
des musées, dans des églises, etc., il faudrait prendre des
précautions qu'on néglige généralement. Pour empêcher
l'altération très lente, mais continue, que produit l'humidité
dans le tissu des toiles peintes, il serait extrêmement utile
de vernir la face postérieure, préalablement séchée, et de
remplir ainsi tous les petits intervalles de la matière
textile. Si l'on ne peut vernir la face postérieure sans
modifier les teintes du tableau, il faut au moins recouvrir
cette face d'un autre tissu rendu imperméable. Je n'hésite
pas à conclure que cette précaution permettrait de main-
tenir pendant très longtemps les toiles peintes en bon état
de conservation.
7. Ce qui confirme pleinement, selon moi, la justesse
de cette conclusion, c'est que, parmi les tissus qui ont
résisté le mieux aux injures du temps, on peut citer les
minces bandelettes qui entourent la tête des momies
égyptiennes embaumées et qui offrent encore de la cohé-
sion après que les cadavres exposés à l'air sont tombés en
S"' SÉRIE, TOME XIX. 8
( 406 )
poussière. Ces bandelettes sont imprégnées, en effet, d'une
espèce de résine que les anciens Égyptiens désignaient
sous le nom de Commi. Un ingénieur français, M. Piron,
en a déduit cette conséquence très logique que, pour
préserver pendant longtemps les tissus du règne végétal,
il faut recourir à un produit végétal lui-même, de préfé-
rence à celui qu'on extrait de l'écorce de bouleau dont on
se sert pour parfumer les cuirs de Russie. Non seulement
cette substance résineuse remplit les vaisseaux capillaires,
mais encore elle les recouvre à l'extérieur d'un vernis très
élastique, inaltérable au\ acides, insensible à l'action de
l'eau de mer ou à l'attaque des microbes, et supportant de
notables changements de température. En faut-il davan-
tage pour engager toutes les personnes qui ont de l'intérêt
à bien conserver un tissu organique quelconque, et tout
spécialement les toiles peintes, à appliquer également un
procédé aussi excellent, et qui a déjà fait ses preuves dans
la pratique (1)?
8. Abordons maintenant les cas où un tissu filamen-
teux est en contact avec un corps susceptible lui-même
d'éprouver des altérations. A cet égard, je citerai d'abord
un fait qui m'a vivement frappé et qui a sans doute déjà
été observé par beaucoup de personnes : j'avais piqué une
aiguille dans une pelote formée par une étoffe bourrée de
son, et lorsque, bien des mois après, je voulus retirer
l'aiguille, celle-ci m'opposa une résistance assez vive; je
( I ) Ue grandes quaiitilés de toiles préparées de cette façon ont été
expédiées au Brésil; ce sont également les seules qui aient été jugées
convenables à la confection des bâches des chemins de fer aux Indes
néerlandaises. (Voir le Journal Lu Nature, n» du 11 janvier 1890).
( 107 )
la relirai alors de force, el je pus voir que presque loule la
partie engagée d'abord dans la pelote présentait des traces
très nombreuses de rouille, tandis que la portion libre-
ment exposée à l'action de l'air n'en offrait presque pas.
9. A l'époque où j'ai fait cette observation pour la
première fois, je ne savais comment expliquer une diffé-
rence aussi bizarre entre les deux parties de l'aiguille, qui
portait une profonde altération seulement là où elle sem-
blait le mieux protégée. Aujourd'hui, je regarde cette
anomalie apparente comme une conséquence naturelle de
la théorie de Sir William Thomson. En effet, la vapeur
d'eau contenue dans l'air ambiant doit se condenser dans
les intervalles capillaires concaves de l'étoffe avant que le
point de rosée soil atteint sur la portion lisse et libre de
l'aiguille; la vapeur d'eau peut ainsi, après sa condensa-
tion, s'introduire à l'état liquide dans l'intérieur de la
pelote, où se trouvent d'ailleurs aussi une multitude
d'espaces ultra-capillaires entre les parties constitutives
du son; l'humidité, jointe à la présence de l'air, doit donc
favoriser la formation de la rouille à la surface de la
portion cachée de l'aiguille, tandis que pareille oxydation
demeure difficile, sinon impossible, à la surface de la
portion libre, précisément parce que la présence de l'étoffe
empêche l'air voisin de l'aiguille d'être saturé de vapeur.
iO. Un autre fait que j'ai pu observer plus d'une fois,
sans savoir à quelle cause l'attribuer, consiste dans l'alté-
ration subie par un ruban de soie servant à attacher un
cadre à un crochet de fer ûxé dans un mur; au bout d'un
an, le ruban était rongé précisément aux points de con-
tact avec le fer, tandis que le reste de la surface métal-
lique, pourtant librement exposé à l'air, ne portait pas de
traces de rouille. Pour empêcher l'altération du ruban
( 108 )
dans la porlion de contact avec le fer, j'ai eu l'idée
d'enrouler un grand nombre de fois une ficelle de chanvre
autour du crochet et puis de faire reposer le ruban sur les
spires mêmes de la ficelle. J'ai pu constater ainsi que le
ruban se conservait bien plus longtemps. Mais du moment
où mon opinion a été fixée sur la cause probable de
l'altération primitive, j'ai voulu examiner l'état de la ficelle
enroulée depuis plusieurs années autour du crochet. Et
qu'est-ce que j"ai pu constater? Une diflicullé de plus en
plus grande à dérouler la ficelle, à mesure que j'approchai
de la surface du métal; quand j'arrivai aux derniers tours,
|a ficelle était pour ainsi dire incrustée dans la rouille, de
sorte qu'il fallut rompre les dernières spires pour être en
étal de les détacher du fer, tant l'action de l'humidité avait
été profonde.
\\. Cet exemple fait aisément comprendre les accidents
qui surviennent avec le temps, quand on a accroché des
cadres au moyen de cordelettes à des crampons de fer fixés
dans un mur. Un jour arrive où la cordelette est usée aux
points de contact avec le fer, et où, par conséquent, le cadre
se détache sanscauseapparenle. Rien de plus aisé qued'évi-
ter de pareils mécomptes : il suffit pour cela de proscrire
avec soin tout contact de la cordelette avec le métal.
12. Les faits que j'ai rapportés jusqu'à présent suffisent,
je pense, pour comprendre une foule de phénomènes du
même genre; telles sont les productions de rouille obser-
vées au bout d'un certain temps à la surface d'un clou
enfoncé partiellement dans un mur, dans du bois, du car-
ton, etc., ou bien sur une lame de canif recouverte en
partie par un morceau de papier, ou encore sur un objet
quelconque en fer ou en acier non recouvert d'une couche
( 109 )
d'huile ou de graisse el conservé dans une enveloppe de
colon, de soie, de laine, etc. (1).
13. Citons acluellemenl, à l'appui de mon explication
tirée de la théorie de Sir William Thomson, l'un des faits
les plus importants dans l'économie de la nature, je veux
parler de la formation des hrouillards et des nuages dans
l'atmosphère. On connaît, à cet égard, les belles recherches
de M. Aitken : ce physicien a prouvé, par des expériences
variées et décisives, que la vapeur d'eau ne se condense
dans l'air qu'en présence de corpuscules solides destinés à
former les noyaux autour desquels la vapeur invisible
devient liquide; mais si les expériences de M. Aitken ont
pleinement établi le mode et les conditions de formation
des brouillards el des nuages, elles ne jettent que peu de
lumière sur la cause même de ce phénomène. Si j'ai bien
compris la théorie du savant anglais, celui-ci attribue la
condensation de la vapeur à la nature de la surface des
particules, surface qu'il appelle libre [free), mais il n'in-
voque nullement la forme de cette surface; or, j'estime que
c'est précisément à celle forme irrégulière, dentelée,
offrant des espaces ultra-capillaires, qu'est due la conden-
sation si bien démontrée par l'expérience; dans quelles
substances, en effet, serait-il possible de trouver de plus
petits espaces capillaires, si ce n'est dans les myriades de
poussières, de germes et de corpuscules de toute nature
(1) On sait depuis longtemps que les objets en acier poli se cou-
vrent de rouille bien moins sur les parties lisses que sur les parties
présentant de petites cavités j c'est que dans celles-ci les poussières
peuvent séjourner le plus longtemps sans être enlevées; elles déter-
minent par elles seules la condensation de la vapeur, et, comme
conséquence naturelle, Toxydation du métal.
(HO)
flotlanl partout et toujours dans les couches inférieures de
l'atmosphère ?
S'il en est réellement ainsi, le fait de la condensation
de la vapeur autour de ces corpuscules comme noyaux
découle immédiatement du principe si simple de Sir Wil-
liam Thomson, et en constitue, je pense, la plus belle et
la plus importante de toutes les applications dans le vaste
laboratoire de la nature.
14. Comme vérification assez curieuse, je crois pouvoir
citer la production des pluies torrentielles survenant après
les grandes éruptions volcaniques; en effet, les volcans
lancent parfois dans l'atmosphère des quantités prodi-
gieuses de cendres et de corpuscules emportés au loin
et propres à devenir des noyaux de condensation; c'est à
la même cause qu'il faut attribuer, selon moi, les brouil-
lards si persistants observés à d'immenses distances du
lieu de l'éruption et dont on a pu constater de frappants
exemples dans plusieurs parties du monde, après la ter-
rible éruption volcanique de Krakatoa, en 1883.
15. Tels sont les faits que j'ai cru pouvoir utilement
rassembler dès maintenant à l'appui de la théorie de Sir
William Thomson, en attendant que je puisse apporter
des preuves directes et décisives en sa faveur.
( in )
CLASSE DES LETTRES.
Séance du 5 février 1890.
M. Stecher, directeur.
M. LiAGRE, secrélaire perpétuel.
Sont présents: MM. Tïberghien, vice-direclettr; P. De
Decker, Ch. Faider, Alph. Wauters, Ém. de Laveleye,
A. Wagener, P. Willems, G. Rolin-Jaequemyns, S. Bor-
mans, Ch. Piot, Ch. Polvin, P. Henrard, J. Gantrelle,
Ch. Loomans, L. Roersch, L. Vanderkindere, Al. Henné,
G. Frédérix, membres; Alph. Rivier, M. Philippson, asso-
ciés; A. Van Weddingen, le comte Goblet d'Aiviella,
F. Vander Haeghen et P. de Monge, correspondants.
CORRESPONDANCE.
La Classe apprend, avec un vif sentiment de regret, la
perte qu'elle a faite en la personne de l'un de ses associés,
M. Ignace von Dollinger, de Munich, décédé dans le cou-
rant du mois de janvier dernier.
(H2)
— M. le duc (l'Aumale écrit qu'il s'était proposé d'aller
assister à la séance. Jl n'a pu donner suite à son intenlion,
étant à peine remis d'une alteinle â'influcnza.
Il prie la Classe de bien vouloir accepter l'hommage d'un
exemplaire de la Lutte entre Turenne et Condé, fragment
du tome VI de l'histoire des princes de Condé, qui vient
d'être publié dans la Reoue des deux mondes. — Remer-
ciements.
— M. le Ministre de l'Intérieur et de l'Instruction
publique envoie, pour la bibliothèque de l'Académie, un
exemplaire de V Annuaire statistique de la Belgique pour
4889. — Remerciements.
M. le Ministre de la Justice adresse, également pour la
bibliothèque, deux exemplaires des Coutumes du duché
de Limbourg et du pays d'Outre-Meuse, publiées par
MM. Crahay et Casier dans le recueil in 4° de la Commis-
sion royale des anciennes lois et ordonnances de la Bel-
gique. — Remerciements.
— Hommages d'ouvrages :
1° Table chronologique des chartes et diplômes impri-
més concernant l'histoire de la Belgique, 2* partie du
tome VII; par Alph. Wauters, avec une note qui figure
ci-après;
2° Chronique du droit international (1885-1886),
6° fascicule; par G. Rolin-Jaequemyns;
3° La topogra/ia antica di Palermo, vol. i en; par V. di
Giovanni, associé de la Classe;
4° Johann-Baptista vori Taxis; par le D** Joseph
Riibsam;
5° L'archipel Indien; par Louis De Backer;
I
( H3)
6° Les monuments de Samarcande ; par Jules Leclercq;
1° A. Monnaies franques découvertes dans les cimetières
francs d'Êprave; B. Projet de médaille pour récompenser
de leurs services les représentants de Malines pendant
l'occupation française de 1792 à 1793; par Georges
Ciimonl;
8" Les Enfantines liégeoises; par Joseph Defrecheiix;
9° L'elemento psicfiico e l'elemento fisico nel diritto; par
Vincenzo Lilla; présenté par M. Loornans, avec une note
qui figure ci-après;
10° Hel bargoensch van Roeselare; par H. De Seyn-
Verhougstraele; présenté par M. Slecher, avec une note
qui (igure ci-après;
11° A. Du régime des travaux publics en Angleterre,
2^ édition, tomes 1-IV; B. Le gouvernement et le parle-
ment britanniques, tomes l-lll ; par le comte Ch. de Fran-
queviile; présentés par M. de Laveleye, avec une note qui
figure ci-après. — Remerciements.
NOTES BIBLIOGRAPHIQUES.
La seconde partie du tome VII de la Table chronolo-
gique des chartes et diplômes imprimés concernant l'his-
toire de la Belgique, que j'ai l'honneur de présenter à
l'Académie, et dont on peut dire avec vérité : rudis et
indigesta moles, clôture enfin la première série de cette
publication. Comme vous ne l'ignorez pas, celle-ci,
d'après le programme arrêté, ne doit se terminer qu'en
l'année 1500 ou plutôt en 1506, date de la mort du roi
Philippe le Beau.
(H4)
Je ne reviendrai pas aujourd'hui sur les diflicultés que
j'ai rencontrées pour opérer ma lâche, on les devine
facilement; je n'insisterai pas sur l'importance et l'intérêt
que la publication peut offrir; je me suis déjà efforcé de
les faire ressortir. Mais je ne puis m'empêcher de citer
deux points capitaux qui distinguent mon travail et à
l'aide desquels j'ai essayé d'y introduire plus d'ordre et plus
de précision.
A côté des chartes qui sont datées de l'année, du mois
et du jour, ou simplement de l'année et du jour, il y en a
beaucoup, surtout au XIF siècle, qui ne portent que l'in-
dication de l'année. Pour retrouver et vérifier les bulletins
qui en contenaient l'analyse,il fallait les grouper d'après les
personnages de qui elles émanaient. Après les avoir distri-
bués en deux séries, d'après les laïques et les ecclésias-
tiques dont les noms se trouvent en tète des chartes, j'ai
placé successivement : d'abord les empereurs, les rois, les
ducs, les comtes, les seigneurs, les villes ou autres
localités, puis les papes, les archevêques, les évêques, les
dignitaires du clergé séculier et ceux du clergé régulier,
en observant toujours, pour les états, seigneuries, loca-
lités ou institutions, l'ordre alphabétique. Ainsi l'arche-
vêque de Cologne vient avant celui de Reims, l'empereur
d'Allemagne avant celui de Constantinople.
Cette disposition n'a pas toujours suQi, car certains
princes ont scellé, la même année et en les datant tous de
même, un grand nombre de diplômes. En l'année 1176,
par exemple, il y en a dix-huit du comte de Flandre
Philippe d'Alsace. On se retrouve pourtant, dans la Table,
avec la plus grande facilité, parce que les localités ou les
institutions qui bénéficièrent des chartes sont disposées
de la manière indiquée plus haut : les villes et villages
( HS )
d'abord, puis les chapitres, simples églises et monas-
tères.
Une autre précaution que j'ai prise constamment, c'est
de ne donner aux personnages que les noms dont ils se
servaient eux-mêmes et les titres dont ils se qualitiaient.
En têle de mes analyses ne figurent ni Charlemagne, ni
Louis le Débonnaire ou le Pieux, ni Charles le Chauve ou
le Simple, etc.; je ne connais qu'un roi Charles ou un roi
Louis, et, lorsqu'il a ceint la couronne impériale, un empe-
reur Charles, un empereur Louis, etc. Souvent on donne
h des souverains de la Germanie le titre d'empereur; c'est
une erreur : ils n'ont jamais été que rois. C'est le cas pour
Henri dit l'Oiseleur, Philippe de Souabe, Guillaume de
Hollande, Piichard de Cornouaiiles, Rodolphe de Habsbourg,
Adolphe de Nassau, Albert d'Autriche.
Je n'ai pas observé cette règle, bien entendu, lorsque,
dans une autre partie de mon ouvrage, en particulier dans
l'introduction ou dans des notes, il a été question des
personnages précités; là je me suis conformé, comme de
raison, à l'usage ordinaire.
Pour les noms des pays et des seigneuries, j'ai pris
grand soin de refléter avec exactitude les mœurs de
l'époque. Je ne connais que peu le titre de roi de France,
je qualifie toujours les monarques de la Neustrie de roi
des Français, Francorum rex, comme ils l'ont fait eux-
mêmes jusqu'au XHP ou XIV siècle. On ne doit pas croire
que le roi Louis-Philippe, en se titrant de a roi des
Français », a posé un acte sans précédent; il n'a fait, au
contraire, que ressusciter un ancien usage. Cette pratique
était générale, et l'on disait souvent: le comte des Fla-
mands, des Hennuyers, l'évêque des Cambrésieus, des
Tournaisiens, des Trajectins, etc.
( ^^6 )
On peut quelquefois, en ayant égard à cet usage, recti-
fier des allégations qui viennent on ne sait d'où et qui se
répètent de livre en livre, sans avoir aucun fondement.
Dans un acte de l'an 1089, Baudouin, le fils de la comtesse
Richilde de Hainaul, s'intitule : comte des Hennuyers, des
Valenciennois, des Douaisiens et des Ostrevantins {Hai-
naucensiuni et Valentianensium, nec non et Duacensium
et Austrovanlensium conies Miraeus et Foppens, Opéra
diplomatka, t. I, p. 517. Voir Table chronologique, t. I,
p. 571). Ce prince a donc possédé Douai. L'historiette sui-
vante, rapportée par Jacques de Guyse, est donc tout aussi
fausse qu'une foule d'autres anecdotes inventées ou com-
posées par cet annaliste, dont le jugement était si facile-
ment mis en défaut :
« Ne négligeant aucun moyen d'assurer la stabilité de
» sa puissance tout en l'augmentant, dit Edward le Glay,
» d'a|)rès Jacques (Histoire des comtes de Flandre, t. f,
» p. 210), Robert (le Frison) négocia le mariage d'une de
» ses filles avec le jeune comte de Hainaut. Baudouin et
» sa mère, qui n'avaient jamais vu la fille du Frison, s'en-
» gagèrent par traité à conclure cette union et donnèrent
» comme garantie de leur parole le château de Douai qui,
» depuis longtemps, appartenait au comté de Hainaut.
j» Quand Bauduin fut mis en présence de sa cousine, il la
» trouva tellement difforme et éprouva pour elle tant de
» répugnance, qu'il aima mieux retirer sa parole et renon-
» cer à la ville de Douai que de conclure ce mariage. »
Profitons de l'occasion pour signaler le tissu d'erreurs
dont ce passage est composé. D'abord la ville de Douai,
avant l'époque du jeune Baudouin, n'avait jamais fait partie
du Hainaut; elle a toujours dépendu de la Flandre ou de
I
(117)
la France. Seulement, comme je l'ai prouvé plus haut, le
comte Baudouin en resta le maitre après le soulèvement
des Flamands contre sa mère Richilde, et la transmit à
son fils. Mais, pendant les guerres entre les empereurs
d'Allemagne, Henri IV et Henri V, et Robert de Jérusalem,
fils de Robert le Frison, la ville de Douai fut prise par les
Flamands, assiégée et reprise par les Allemands, et enfin
la possession en fut de nouveau assurée à la Flandre lors
de la paix conclue le 25 décembre 1108. Cette cession ne
se fit pas du gré des Hennuyers et de leur comte car, dans
la grande charte octroyée aux habitants de Valenciennes
en m 4, on accorde une sécurité entière à tous ceux qui
viendront au marché de cette ville, sauf à ceux de Douai,
exceplis lanlummodo illis de villa Duacoisi [Xvnlz, Gisle-
berli chronicon Hanoniense, p. 502). Il y a là l'écho d'une
rancune provenant saris doute de ce que les Douaisiens
avaient accueilli avec plaisir la réunion de leur ville à la
Flandre.
On voit qu'il y a tout profit à contrôler les assertions
des anciens chroniqueurs par l'examen attentif du texte
des documents. C'est un fait sur lequel j'ai déjà insisté et
sur lequel il ne sera plus, je crois, nécessaire de revenir.
Alphonse Wauters.
J'ai l'honneur d'offrir à la Classe, au nom de M. Joseph
Defrecheux, aide-bibliothécaire à l'Université de Liège,
son recueil des Enfantines liégeoises. Comme le constate
le jury wallon qui l'a couronné, l'auteur n'a rien omis dans
cette nouvelle catégorie de documents vraiment popu-
laires. Avec l'exactitude exigée aujourd'hui de nos Folk-
( 1^8 )
loristes, il note soigneusement les traditions de fêtes, le
calendrier du premier âge, les formuleltes de jeu, la
mélodie même des rimetles enfantines, les calembours,
les amuselles et les pratiques bizarres des bébés et des
écoliers. Qu'on ne s'étonne pas de ces minuties : plus
d'une survivance notée là dans ses détails souvent baroques
paraît pourtant bien faite pour mettre sur la trace d'idées
très anciennes, indigènes ou transmises. Telle chanson de
quête pour le jour des Rois fait penser à la chanson que
jadis les enfants de Samos allaient réciter de porte en
porte et que le pseudo-Hérodote ose même attribuer à
Homère.
Un savant siȎcialiste, M. Henry Carnoy, directeur de
la Tradition, revue [)arisienne, rend hommage au zèle
consciencieux de ces recherches. « Il n'est pas, dit-il, un
ouvrage renfermant des notes tradilionnisles que M. Defre-
cheux ne connaisse. Cette érudition est mise à profit pour
Villustralion des documents populaires apportés, et donne
une ample moisson de renseignements que l'on aurait bien
de la peine à rechercher soi-même. »
Mais, indépendamment du but historique poursuivi par
le vaillant secrétaire de la Société liégeoise du Folklore
wallon, on dirait qu'il s'est inspiré de la mémoire de son
père, le charmant poète liégeois. Le populaire Nicolas
Defrecheux,qui fut d'abord boulanger, comme Jean Reboul
de Nîmes, aimait encore plus que lui les sujets simples et
modestes. Ils lui ont porté bonheur : gracieux dans ses
idylles comme en ses élégies, il redoublait de grâce et de
limpide facilité quand il chantait les enfants.
J. Stecher.
(U9)
M. H. De Seyn-Verhougstraete, éditeur à Roulers, me
prie de présenter à la Classe son élude sur l'argot de
Roulers, Het bargoensck van Roeselare. C'est un supplé-
ment au glossaire de M. Is. Teirlinck, dont nous avons
déjà eu occasion de parler ici même. L'auteur croit n'avor
omis aucun vocable propre à ce parler de Roulers. Il vou-
drait que pareilles recherches fussent entreprises dans les
autres régions flamandes où l'on emploie cet argot ou
jargon.
On sait que le nom de gargoensch se rencontre déjà
dans le Bere Wisselau, poème flamand du douzième
siècle. Il ne peut donc pas être question de songer à Vâd-
jeclU bourguignon, SI près debargoensch (1). Néanmoins, il
est intéressant de remarquer que beaucoup de vocables
cités par M. De Seyn-Verhougstraele sont empruntés au
français. Tels sont, par exemple, balleren, avooi, grandig,
grandigst, chanter, prêter, rue, vile, mal, peur, etc.
Un groupe très curieux, très pittoresque et très abon-
dant est fourni par des mots qui se terminent en rik :
luchterik (quinquel), mechanterik (méchant), tikkerik
(toquante, montre), granderik (commissaire de police),
fumerik (tabac), fonkerik (poêle), bidderik (chapelet), dck-
kerik (chapeau). Cela rappelle certaines séries contenues
dans la 9° édition des Excentricités du langage de Lorédan
Larchey. J. Stecher.
(t) A moins de penser à baragouin; mais ce terme ne se rapporte
qu'à ceux qui articulent mal une langue qui ne leur est pas assez
familière.
{ i20 )
J'ai l'honneur d'offrir à la Classe, au nom de l'auteur,
M. le comte de Franqueville, membre de l'Institut de
France, deux ouvrages considérables et du plus haut
intérêt : 1° du Régime des travaux publics en Angleterre,
4 vol. in-8% 2^ édition, et 2° le Gouvernement et le Parle-
ment britanniques, 3 vol. in-8°.
Le premier de ces livres nous fait connaître comment
s'exécutent les grands travaux d'intérêt général en Angle-
terre et le contraste que présente ce régime avec celui qui
est pratiqué en France et sur le continent. Cette étude,
poursuivie jusque dans les moindres détails, est pleine
d'enseignements, non seulement pour l'ingénieur, mais
aussi pour l'homme d'État.
M. de Franqueville a été amené ainsi à aborder l'examen
des institutions politiques et du Gouvernement de l'An-
gleterre, et il y a consacré vingt-cinq années de sa vie, et
plus de vingt séjours, dont plusieurs très longs, chez nos
voisins d'Outre-Manche.
Il analyse de près et avec le plus grand soin les divers
rouages du Gouvernement anglais, les coutumes constitu-
tionnelles qui leur servent de base, les droits du souverain,
ceux des deux Chambres et du Cabinet et, ce qui offre
peut-être l'intérêt le plus actuel, la façon dont fonctionne
ce mécanisme si compliqué. Cette admirable étude n'est
pas seulement théorique; sans cesse elle s'appuie sur l'his-
toire et sur les faits. Pour bien faire saisir le caractère des
institutions britanniques, l'auteur remonte aux origines,
et il nous montre comment elles se sont modifiées pen-
dant le cours des siècles. La difficulté d'un pareil travail
est considérable, car, comme on le sait, l'Angleterre n'a
pas de constitution écrite, et il n'y a point de lois qui
( 121 )
délerminent nellemeiU les attributions des différents pou-
voirs. Il est facile de s'égarer en un pareil sujet. Aussi
notre auteur n'avance-t-il rien sans citer les écrivains, les
documents officiels et les faits historiques qui justitient
ses affirmations. Je ne pense pas qu'il existe, même en
anglais, d'ouvrage plus complet et surtout plus méthodique
sur cet important sujet. C'est un grand service rendu à la
science politique. Aujourd'hui, presque tous les peuples du
continent, et la Belgique notamment, vivent et se déve-
loppent sous des constitutions dont les principes essen-
tiels sont empruntés aux libres institutions anglaises.
Même le régime républicain, tel du moins que nous le
voyons pratiquer en Amérique et en France, ne diffère
guère, au fond, du régime constitutionnel de l'Angleterre.
Quiconque veut s'occuper des affaires publiques doit
donc bien connaître cette forme de gouvernement, qui a
assuré à un grand peuple des siècles de liberté et de pros-
périté sans égale, et je crois pouvoir dire que, pour le
faire, il est difficile de trouver un meilleur guide que le
livre de M. de Franqueville.
Emile de Laveleye.
J'ai l'honneur d'offrir à la Classe, au nom de l'auteur et
à titre d'hommage, un exemplaire d'un mémoire intitulé :
L'elentento psichico e l'elemenlo fisico ciel diritlo, par
M. Lilla, professeur de philosophie du droit, de l'Univer-
sité de Messine (1).
(i) Il n'est pas sans intérêt de remarquer en ce moment, où la
question est discutée en Belgique, qu'en Italie comme dans tous les
pays du monde qui ont des chaires de droit nature! ou de philosophie
Z""" SÉRIE, TOME XIX. 9
( m )
Dans ce travail, l'auteur commence par constater le fait
que la force est inhérente au droit, et il cherche la
raison de ce fait qu'il qualifie de « synthèse organique et
primitive du droit et de la force ».
Il rejette avec raison l'opinion de Hobbes et de Spinoza
qui identifient le droit et la force. D'autre part, il n'admet
pas davantage les théories qui les séparent et conçoivent
le droit sans la force. Il va plus loin : parlant de Krause
et de Trendelenburg, il leur adresse le reproche de fonder
le droit sur une base morale, en le concevant comme
condition de développement libre, physique et moral (1).
Suivant M. Lilla, le droit comprend deux éléments
essentiels : l'un physique, l'autre psychique. « il est néces-
sairement une force physique et morale, » ou, suivant l'ex-
pression de Romagnosi, « il est la force réglée par la
raison. »
Je ne puis suivre le savant auteur dans les développe-
ments qu'il donne à sa thèse. Je me borne à remarquer
qu'il part de la notion de la personne qui est « l'essence
même du droit », qu'il définit la personne « la synthèse
harmonique de toutes les activités physiques et psychiques»
et qu'il retrouve dans la notion du droit les mêmes élé-
du droit, ces chaires appartiennent aux facultés de droit et non à
celles de philosophie. On a pensé, sans doute, que la philosophie du
droit positif suppose des connaissances de droit positif.
(1) La traduction italienne de la définition du droit naturel de
Trendelenburg n'est pas tout à fait exacte. Voici le texte allemand :
« Das Reeht ist der Inbegriff derjenigen allgcmeinen Bestimmungen
des Handclns, durci» welche es geschicht, dass das sittliche Ganze
und seine Gliederung sich crhallen und vveiter bilden kann «. Natur-
recht auf dem Grnnde des Ethik, § 46.
C 123 )
ments physiques et psychiques qui constituent la personne.
Je puis encore moins discuter ici les nombreuses ques-
tions psychologiques, morales et juridiques que ce travail
soulève. L'auteur y fait preuve d'un remarquable esprit de
recherche. Il a le mérite de penser par lui-même et de faire
penser le lecteur, en appelant son attention sur les
questions fondamentales; mais il n'a pu en quelques pages
approfondir l'idée de la personne humaine, ce qui la con-
stitue proprement et en quoi consiste son droit.
Quelle est « cette force physique et morale » ou « celte
force réglée par la raison » ? S'agil-il de l'énergie psychique
consciente d'elle-même, libre, but et non pas moyen, de sa
volonié et de sa force motrice s'exerçant dans le monde
extérieur et réglées par la raison pratique? Ou pourrait-il
être question un instant de forces physiques, aveugles et
fatales, qui, à quelque degré d'évolution qu'on les suppose,
sont incapables de se mouvoir librement et de se con-
former à la raison, la liberté de l'esprit ne pouvant être
le produit de la fatalité de la nature (1)?
Certes l'homme, outre qu'il est doué de la vie person-
nelle, possède la vie physique, les instincts de conservation
et de propagation ; mais ces instincts à eux seuls ne nous
donnent aucune idée du droit ni du devoir. Ils sont matière
de droit et de devoir et non pas raison du droit et du
devofr.
Ne faut-il pas distinguer en outre le droit lui-même,
(1) A maggior forza, ed a miglior naluia
Liberi soggiacete, c quella cria
La mcnle in voi, ch'l ciel non ha in sua cura.
Dante, Purg. C. XVI.
( 124 )
l'exercice du droit par les organes du mouvement et la
garantie du droit au moyen de la force. Le droit d'aller et
de venir ne meurt pas en cas d'arrestation arbitraire, bien
que celle-ci en empêche l'exercice, et l'État le garantit au
moyen de la contrainte légale. Il est immédiatement
évident, j'en conviens, qne si le droit ne s'exerçait pas dans
le monde physique, il ne pourrait être garanti par la force
physique, mais il n'est pas immédiatement évident, quoi
qu'en dise Kant, que la garantie par la force soit de
l'essence du droit; il l'est encore moins que tout droit soit
garanti actuellement par la force. En faisant ces distinc-
tions, on comprend comment Rosmini, en parlant des
protestations de la conscience indignée contre l'abus de la
force, a pu dire que le droit habile la région de l'esprit,
inaccessible à la force. Ch. Loomans.
RÉSULTATS DU CONCOURS ANNUEL DE LA CLASSE
(1890).
Trois mémoires ont été adressés en réponse à deux ques-
tions du programme de concours pour l'année actuelle.
Les deux premiers portent pour devise :
Le n" 1 : « On ne connaît pas l'ancien régime quand on
n'a pas suivi avec attention leurs agissements {sic) ».
(Poullet.)
Le n° 2 : « Labora et Spera ».
Ces travaux se rapportent à la première question ainsi
conçue :
Faire Vhisloire des origines, des développements et du
rôle des officiers fiscaux près les conseils de Justice, dans
( 1^8)
les anciens Pays-Bas, depuis le XV" siècle jusqu'à la fin
du XVIIP.
Commissaires : MM. Vanderkindere, Faider et Piot.
Le troisième mémoire, portant la devise : « Deus, ecce
Deus. » (Virgile, Enéide, liv. Vf, vers 4-6) se rapporte à la
quatrième question :
On demande une étude sur les mystiques des anciens
Pays-Bas (y compris la principauté de Liège), avant la
réforme religieuse du XV I"^ siècle; leur propagande, leurs
œuvres, leur influence sociale et politique.
Les concurrents accorderont une attention toute parti-
culière à Jean Ruysbroeck.
Commissaires : MM. Le Roy, Lamy et Tiberghien.
ELECTIONS.
MM. de Laveleye, Faider etThonissen sont élus membres
du comité chargé, conjointement avec les trois membres
du bureau de la Classe, de dresser la liste des candida-
tures pour les places vacantes.
RAPPORTS.
Sur l'avis de M. Potvin, une poésie de M"* Octavie Boi-
gelot, de Namur, intitulée : Jubilé du Boi, 1890, sera
déposée dans les archives.
( 126 )
Origine et premiers développements de la ville de Gand;
par Alph. De Vlaminck.
Ktappor't de .W. Il'ajretie**, iiÊ'etttiei' cotntni»»ai§'c
« L'auteur du mémoire soumis à notre appréciation
s'est déjà fait connaître par plusieurs publications impor-
tantes relatives aux premiers temps de notre histoire
nationale.
Son nouveau travail, qui comprend environ 80 pages
in-4.°, se divise en XI chapitres, dont les dix premiers
embrassent l'histoire du développement territorial de la
ville de Gand depuis les temps les plus anciens jusqu'à la
révolution française, tandis que le dernier forme une étude
critique et historique sur les châtelains de Gand.
Le sujet traité par l'auteur n'a pas assurément le
mérite de la nouveauté. Il a déjà fait l'objet de nombreuses
recherches; il a même donné lieu, dans les premières
années de ce siècle, à des débats parfois très irritants
entre le chevalier Diericx et le chanoine De Bast.
Malgré toutes ces discussions, il faut bien le reconnaître,
on n'a pas encore abouti à des résultats complets et défi-
nitifs : bien des points demeurent obscurs, bien des ques-
tions restent controversées.
Il n'est donc pas étonnant que M. De Vlaminck ait
essayé d'apporter à son tour un peu plus de lumière au
milieu de ces ténèbres. A-l-il pleinement réussi? Je n'ose-
rais pas le prétendre.
D'après l'opinion commune, la ville de Gand doit son
( 127 )
origine à deux célèbres abbayes, siluées l'une sur le moni
Blandin (abbaye de Saint-Pierre), l'autre au confluent de
l'Escaut et de la Lys (abbaye de Saint-Bavon). Ces deux
monastères ne lardèrent pas à être entourés de maisons,
et c'est grâce à l'extension progressive de cette double
agglomération que se peupla peu à peu l'espace, entouré
de tontes parts par l'Escaut et la Lys, qui est connu sous
le nom de Gand {portus Gandavensis).
M. De Vlaminck aboutit à de tout antres conclusions.
Prenant comme point de départ le fait qu'on a trouvé sur
le territoire de Gand un certain nombre de monnaies
romaines et de tessons de terre sigillée, que, de plus, Gand
a servi de centre à tout un réseau de voies antiques, il
affirme que les Romains se sont établis en cet endroit et
qu'ils y ont placé, sur la rive gauche de la Lys, un camp
retranché, de la catégorie de ceux qu'on appelait castra
staliva. Il estime que la rue du Vieux-Bourg présente un
dernier vestige de ce camp, qui, dit-il, se sera transformé
peu à peu en une petite ville, désignée tour à tour dans
les documents par les mots velus castrum, relus burgum
(n'est-ce pas \)\n{o\. burgu s qu'il aurait fallu dire?) eiurbs
comilis.
C'est à l'ombre de ce camp, dit l'auteur, que se forma
de bonne heure, bien certainement avant la fin de la
période romaine, une agglomération d'habitants qu'on ne
tarda pas à proléger contre les attaques venant du dehors,
en l'isolant complètement au moyen d'un canal de jonction
reliant l'Escaut à la Lys. Ce canal existe encore de nos
jours et longe le quai des Chaudronniers.
Cette agglomération, qui constitue le noyau de la ville
de Gand actuelle, est qualifiée tantôt de caslrum, tantôt
(l^oppidum, plus spécialement de portas ou de burgum^
(^28)
quelquefois de villa. Tous ces mois, à pari le dernier,
désigneiU, d'après l'auteur, une ville enlourée de rem-
parts et, par extension, l'ensemble de son territoire, donc
la ville intra et extra mnros. Partant de là, il estime avec
De Bast que le mot porius vient de porta.
Il y eut donc à Gand, telle est la conclusion de M. De
Vlaminck, deux castra bien distincts, dont l'un, le cas/n^m
primitif, reçut, à cause de son antériorité, l'épithète de
vêtus, tandis que l'autre constituait la ville proprement
dite.
Allant plus loin, l'auteur suppose, avec Diericx, que
les mots in qua'drivio praetorii, dont se sert la princesse
Malhilde dans une cbarte de 1192, pour désigner un
endroit situé non loin de l'église de Saint-Jean (aujour-
d'hui de Saint-Bavon) et oîi devaient se tenir les plaids et
se traiter les affaires de la commune, que ces mots, dis-je,
rappellent l'existence à Gand d'un prétoire romain.
Les idées que je viens de résumer ne sont en réalité
qu'un ensemble de conjectures, qui ne me semblent pas
résister à un examen approfondi.
Sans aborder la difficile question de savoir jusqu'à quel
point les Romains se sont établis sur le territoire de Gand,
je prétends que rien, absolument rien, ne prouve que cet
établissement, en supposant qu'il ait jamais existé, doive
être cherché dans le quartier du Vieux-Bourg. Des fouilles
vont être très prochainement faites dans les substructions
du château des Comtes, Y trouvera-t-on des vestiges de ces
castra stativa dont parle M. De Vlaminck?
Il eût été, ce me semble, en tout cas très prudent
d'attendre le résultat de ces fouilles, avant d'émettre une
opinion aussi hasardée.
Deux endroits, l'histoire le démontre, s'indiquent nalu-
( m )
rellemenl pour établir à Gand un château fort ou un camp
retranché : le mont Blandin et le confluent de l'Escaut et
de la Lys. Or, si l'on a, au IX" siècle, construit un donjon
sur l'emplacement du château des Comles, après y avoir
élevé à grands frais une hauteur artificielle de 10 mètres,
ce choix étrange ne semble pouvoir s'expliquer que par le
fait que les deux endroits indiqués ci-dessus étaient déjà
occupés par les deux célèbres abbayes.
En ce qui concerne le mot portus^ personne ne croira
plus, à l'heure qu'il est, qu'il puisse être dérivé de porta.
Ce n'est pas à coup sûr cette élymologie qui pourra être
invoquée pour prouver que dès le VIP siècle la ville de
Gand formait une enceinte fortifiée.
La première mention faite dans l'histoire d'une localité
appelée Gand est contenue, on le sait, dans la Vie de saint
Arnaud, par Baudemond, écrite probablement dans la
deuxième moitié du Vil'' siècle. D'après cet hagiographe,
Gand est un pagus situé sur l'Escaut. Peu de temps après,
le biographe de Saint- Bavon nous apprend que saint
Amand demeurait [morabatur] dans un castrum appelé
Gandavnm. Que faut-il entendre par là? Castrum veut-il
dire château fort ou ville fortifiée, ou la signification de ce
terme est-elle encore plus large? Voilà ce qu'il faudrait
tout d'abord établir d'une manière critique, en distinguant
soigneusement les temps et les lieux, et en tenant compte
des motifs qui, dans certaines circonstances, ont pu influer
sur les auteurs qui se sont servis de ce mot. Les louables
efl'orts faits par M. De Vlaminck pour déterminer la signi-
fication exacte de castrum au moyen âge me semblent
absolument insuflisanls.
Dans sa remarquable contribution à l'hagiographie de
( 150 )
l'abbaye de Saint-Bavon (1), M. Holder-Egger a fait voir
qu'au X*' et au Xl% peut-être même déjà au IX' siècle,
s'étaient élevées entre cette abbaye et celle de Saint-Pierre
des contestations de plus en plus âpres au sujet du sens
précis des moiscaslrnm Gandavum, la première s'eiTorçant
de restreindre, la seconde d'en étendre autant que possible
la portée.
Les moines de Saint-Bavon prétendaient que ces mots ne
pouvaient s'appliquer qu'à leur abbaye, et pour le prouver
ils interpolèrent la biographie de saint Bavon de la manière
suivante : in caslro cujus vocabuliim est Gandavum...
[quod videlicet castrum juxta Scaldim, ubi idem amnis
Scaldis Legiam fluinen recipil, silum est]. M. Holder-
Egger nous a appris (2) que les mots entre crochets ne se
trouvent dans aucun des manuscrits collationnés jusqu'à
présent pour les Monumenta Germaniae. Il est étonnant
que M. De Vlaminck, qui cependant connaît le travail de
M. Holder Egger, ne semble rien savoir de cette interpo-
lation, dont il aurait pu tirer parti en faveur de son sys-
tème.
A la fin du X' siècle, l'abbé Odwin, de Saint-Bavon, écrit
à son confrère de Blandigny (3) : nos nescimus neque inve-
nimus aliud castrum Gandavum, nisi super Scald fluvium,
ubi idem amnis Legiae conjungitur.
Les moines de Saml-Pierre prétendaient de leur côté que
}
(1) Zu den Heilif/engeschichlcn des Gcnler S'-Bavoklosters, von
Oswald Holder-Egger, dans le recueil de dissertations publiées en
l'honneur de Waitz, pp. 622 à 665.
(2) Ibid, p. 055.
(5) Voir Holder-Kgger, p, 637.
( 131 )
c'était l'abbaye du mont Blandin et nulle autre que visaient
les mots castrum Gandavum, employés par le biographe de
Saint-Bavon. Cela résulte, dit l'auteur anonyme (1) du
Libetlus de loco sepuUurae Florberti, écrit en 1079, de nos
archives et de nos anciens privilèges, ainsi que de la vie de
saint Amand écrite par Milon, lequel s'exprime en ces
termes :[Amandus] consiruxit moiiaslerium qiiod dicitiir
Blandinium iii. Castro Gandavo silum, ce qu'un moine de
Saint-Bavon n'a pas craint d'effacer {abrasif) et de rem-
placer par les mots suivants : Consiruxit monasterium in
castra Gandavo snper Scaldim et Leqiam.
Telle étant, dès le X* siècle, la disposition d'esprit des
moines de Saint-Pierre et de Saint-Bavon, quel argument
peut-on tirer de l'acte de 941 (2), où le comte Arnould le
Vieux déclare que le monastère établi par saint Amand
praeter fluenta Scaldis in Castro Gandavo avait reçu de son
fondateur le nom de Blandinium ? On sait, en effet, que
toutes les sympathies du comte Arnould étaient acquises
à l'abbaye du mont Blandin : « Blandinium, esi-il dit dans
la Vita Bertulfi (5), quod spéciale amoris ipsius [Arnulfi
I Comitis] meruit privilegium. Le même hagiographe dit
encore {A) : Hic [Ai'milfus] Blandinium, a beato olim
Amando in Castro Gandavo constructum , inlimoprae céleris
(1) Dans les M G SS, XV p. 641, ce libeUus est, d'après Vande-
pulte, attribué à Lantberlus^ mais cette erreur a été corrigée, Ibid.,
p. 1517.
(2) Non pas de 94:2, comme le dit 31. De Vlaminck, d'après Van
Lokeren Voir Holdcr-Eggcr, l. c, p. 637.
(5) 31 G SS, XV p. 657.
(4) Ibid., p. 655.
( i32 )
regni sui cœnohiis nffeclii complexes, studio qiianlo
maxitne potuit provexit, in tanlum ut tam suis quam apos-
tolicis regalibusque privilegiis roborarit.
Nous avons donc le droit tout au moins de supposer que
les mots in casiro Gandavo ne tigurent dans le diplôme
de 941 que pour donner raison aux prétentions des moines
de Saint-Pierre, sous l'inspiration desquels le diplôme aura
été probablement rédigé (1).
Je n'ai pas l'intention de rechercher ici la signification
exacte des mots castrnm Gaitdavum dans la biographie de
saint Bavon. J'ai tenu seulement à appeler l'attention de la
Classe sur la grande difficulté que, grâce à un concours de
circonstances tout à fait extraordinaires, présente cette
question, en apparence si simple.
Mais ce que personne ne voudra plus admettre à l'heure
qu'il est, c'est que l'expression in quadrivio prœlorii,
employée dans une charte de \\9% puisse être considérée
comme rappelant le souvenir d'un prœlorium romain,
c'est-à-dire de l'habitation d'un gouverneur de province
{legatus pro prœtore) qui aurait séjourné à Gand. Ce qu'on
n'admettra pas non plus sans preuves sérieuses c'est que le
creusement du canal de jonction de l'Escaut à la Lys ait
été effectué déjà à l'époque romaine.
Je ne suivrai pas M. De Vlaminck dans sa dissertation
sur la portée du mot pagus qui, d'après lui, lorsqu'il ne
désigne pas une région naturelle, comme la forêt des
(1) Dans le grand ouvrage de Hirsch [Jahrbûcher des deutsrhen
Reiclics imlcr Hcinrich II, Berlin 1862, I, p. 815), le diplôme de 941
est qualifié de hcsoiiders partciisch wid pluinp.
( 155 )
Ardennes, les plaines de la Hesbaie, etc., n'a d'aulre signi-
fication que celle d'environs et marque une simple relation
de voisinage par rapport à la ville dont le pagus exprime
le nom. Cette discussion, dans laquelle l'auteur combat
incidemment l'opinion émise à ce sujet par notre savant
confrère M. Piot,est trop complexe et s'écarte trop de mes
études habituelles pour que je me hasarde à y intervenir.
Elle mériterait cependant d'être élucidée à l'aide d'une
critique approfondie, ne fût-ce qu'au point de vue des
origines de la ville de Gand.
On sait, en effet, que dans un diplôme de Louis le
Débonnaire, daté de l'an 819, il est dit que le monastère
appelé Ganda est situé m pago Brachbanlensi {{). D'après
l'opinion généralement reçue, le pagus Brachbantensis
s'étend sur la rive droite de l'Escaut; or, l'abbaye de Saint-
Bavon, à laquelle sans aucun doute s'applique le diplôme
de 819,est située sur la rive gauche de ce fleuve. Comment
sortir de cette difficulté ? D'après Van Lokeren (2) et
Hirsch (5), \e pagus Brachbantensis se serait étendu quelque
(1) Ce diplôme a été publié par Serrure dans son Carlitlaire de
Saint-Bavon. Mais Serrure s'est abstenu, et pour cause, de publier
également les notes tironiennes qui figurent au bas de ce diplôme.
A la demande de M. le professeur Sickel, j'ai fait faire un calque de
ces notes, destinées à figurer dans son grand ouvrage sur les Carlo-
vingiens. Quelques jours après l'envoi de ce calque, M. Sickel m'en
envoya la transcription. Les notes en question ont pour objet de
garantir la conformité du diplôme avec la minute déposée à la chan-
cellerie.
(2) Histoire de l'abbaye de Saint-Bavon, p, 8.
(3) L. c., p. S16.
( 154 )
peu sur la rive gauche de l'Escaut. D'après M. De Vla-
minck, le scribe qui a rédigé l'acte de 819 s'est tout sim-
plement trompé, mais son erreur est excusable et s'explique
par la position que le monastère Ganda occupait à l'extré-
mité du pagiis Brachbaiilensis. Enfin, d'après M. Wau-
ters (I), l'abbaye de Saint-Bavon se serait trouvée primiti-
vement à droite de l'Escaut, dans le quartier dit Oterschelde.
M. De Vlaminck combat celte dernière hypothèse par des
arguments qui paraissent sérieux.
En parlant du château des Comtes, M. De Vlaminck a
été naturellement amené à discuter le point de savoir si,
indépendamment de ce manoir féodal, il y avait à Gand,
ainsi qu'on l'a prétendu, un château impérial dans le
voisinage de l'abbaye de Saint-Bavon. L'auteur nie abso-
lument l'existence de ce deuxième château, ainsi que celle
du fossé que, d'après Jean de Thiirode, l'empereur Othon
aurait fait creuser de Gand à la mer, pour délimiter
nettement la France et l'empire.
Je ne rechercherai pas en ce moment si M. De Vla-
minck, qui à cet égard est parfaitement d'accord avec
notre savant confrère M. Waulers, a raison ou tort, mais
je dois exprimer le regret qu'il n'ait pas connu le travail
extrêmement important consacré à l'étude de cette double
question par Hirsch, dans son beau livre sur l'empereur
Henri II (2). On ne peut pas, en effet, dans une histoire
(1) Le chai eau impérial de Gand et la fosse otiionienne. Bulletins de
rAcadémic royale de Belgique, 5"= série, t. XI, p. 188.
(2) L. c, Excurs X, Reichsflandern und die deutsche Burg von Gent,
pp. 507-S29.
( i3o )
critique des origines et des développements successifs de
la ville de Gand, ne point rencontrer les arguments, à
coup sûr très spécieux, invoqués par Hirsch à l'appui de
son opinion, qui n'est nullement conforme à celle de
MM. De Vlaminck et Wauters. C'est ce même auteur qui
aurait dû être consulté au sujet de l'organisation de la
Flandre impériale (chapitre VI).
Les chapitres VII à X, où l'auteur parle successive-
ment des églises de Gand, des privilèges accordés aux
Gantois el de leur participation au mouvement national
de 1126 à 1128, de quelques articles de la Heure de 1176
el des accroissements de la ville de Gand au Xlll" siècle,
ces chapitres n'ont pas donné lieu de ma part 5 des obser-
vations critiques. Aulant que j'ai pu en contrôler les
nombreux détails, ils me paraissent à la fois exacts et
pleins d'observations judicieuses. Ainsi, par exemple, dans
la manière dont l'auteur interprète celle fois le mot
caslrum, si souvent employé dans la Keure accordée aux
Gantois par Philippe d'Alsace, il me paraît très certaine-
ment avoir raison contre Diericx et Warnkônig.
Quant au chapitre XI, consacré aux châtelains de Gand
et à la châtellenie du Vieux-Bourg, je dois, celte fois encore,
déclarer que je n'ai pas consacré aux institutions politiques
du moyen âge une étude assez a[)profondie pour pouvoir,
avec compétence, me prononcer sur les questions difficiles
et obscures qui se rattachent à l'histoire de la châtellenie
de Gand. Je suis donc obligé de m'en rapporter, à cet
égard, au jugement des deux commissaires que la Classe
a chargés avec moi d'examiner le mémoire de M. De Vla-
minck.
Quelle que soil à ce sujet la manière de voir de mes
( 13() )
honorables confrères, je crois pouvoir dire, en résnmanl
mon opinion sur l'ensemble du mémoire, qu'il représente
une grande somme de travail utile, et qu'on y trouve,
rassemblés avec soin, groupés avec ordre et exposés
clairement, un nombre considérable de faits importants
concernant le développement proij;ressif de la ville de
Gand, qui sont aujourd'hui dispersés dans des ouvrages
de tout genre. J'estime donc qu'en réunissant ces faits, qui,
par leur rapprochement, s'éclairent les uns les autres, et
en en facilitant l'interprélalion au moyen d'un plan forl
bien fait du vieux Gand, l'auteur a fourni une contribution
digne d'éloges à l'histoire si hautement intéressante de la
ville de Gand au moyen âge.
Mais je crois, d'un autre côté, que le mémoire de
M. De Vlaminck, tel qu'il est, ne peut pas figurer dans
les mémoires de l'Académie. En effet, à plus d'un égard, il
n'est pas à la hauteur de la science actuelle. La plupart
des textes qu'il met en œuvre sont cités d'après d'an-
ciennes éditions, alors qu'il aurait fallu, toutes les fois que
la chose était possible, renvoyer aux Mo?iM/»en/aG^erwm»î?ae,
notamment aux volumes XV et XXV de cette publication
capitale, qui contiennent de nombreux documents relatifs
à l'histoire ancienne de Gand, remaniés et interprétés
d'après les principes perfectionnés de la critique moderne.
Il y a, d'autre part, plusieurs travaux importants, tels
que ceux de Hirsch, dont j'ai déjà parlé, de Schulze dans
les a Forschungen zur deutschen Geschichte » (XXV,
pp.238 et suiv.),de Holder-Egger dans le « Neues Archiv »
(X), dont il est hautement regrettable que M. De Vla-
minck n'ait pas eu connaissance.
Il cite, à la vérité, la dissertation de ce dernier savant
( 137 )
sur l'hagiographie de l'abbaye de Saint-Bavon, mais il est
visible qu'il n'en connaît que la traduction flamande, où
ne sont reproduites ni les nombreuses notes, ni les obser-
vations finales dont est enrichie cette remarquable publi-
cation.
M. De Vlaminck devrait absolument tenir compte de
ces différentes publications, ne fût-ce que pour en com-
battre éventuellement les conclusions. Il devrait aussi, ce
semble, remanier complètement ce qu'il dit du séjour des
Romains à Gand. Les idées qu'il émet à cet égard sont,
en effet, trop mal élayées pour qu'elles puissent être
maintenues sous cette forme dans une œuvre critique.
Je sais bien qu'il n'entre pas dans les attributions des
commissaires nommés par la Classe d'imposer leurs
opinions personnelles aux auteurs dont ils ont à apprécier
les travaux. D'ailleurs, la Classe n'assume nullement la
responsabilité des jugements énoncés dans les mémoires
dont elle ordonne l'impression.
Mais ce que ses commissaires ont le droit et le devoir
de lui signaler, ce sont les défauts que présentent, au
point de vue de la méthode, les ouvrages sur lesquels ils
ont à émettre un avis.
En somme, j'ai l'honneur de proposer à la Classe de
n'ordonner la publication dans ses mémoires de la disser-
tation de M. De Vlaminck que lorsque l'auteur l'aura
modifiée dans le sens des observations qui précèdent et de
celles qui seront éventuellement présentées par mes hono-
rables confrères, MM. Wauters et Vander Haeghen.
Dans mon opinion, ce travail, remanié, devrait être
soumis de nouveau à l'avis de vos commissaires. »
3"* SÉRIE, TOME XIX. 10
C 138)
Rapport de M. IFatt(e*<«; deuxième commiêsaifc
a Dans son travail, M. De Vlaminck a traité, avec beau-
coup d'érudition, la question de l'origine et des premiers
développements de la ville de Gand. Je ne puis que me
rallier aux conclusions de notre confrère M. Wagener,
lorsqu'il donne des éloges à la manière dont M. De Vlaminck
a traité son sujet; comme lui je voudrais que les citations
empruntées aux anciens textes fussent collalionnées avec
les éditions les plus nouvelles et les plus parfaites; mais je
ferai observer que, pour un travailleur vivant dans une
ville telle que Bruges, il n'est pas toujours possible de se
procurer les grandes publications historiques, ni les
ouvrages nouveaux dont il n'est pas facile chez nous de
suivre l'éclosion. Il serait peut-être excessif d'exiger de
M. De Vlaminck qu'il remanie son travail d'après nos obser-
vations; nous pourrions, ce me semble, nous bornera lui
demander de le revoir avec soin avant l'impression et d'y
faire les changements et les corrections qu'il jugera com-
patibles avec les idées principales qui en forment la base.
Comme je me suis occupé, dans nos Bulletins, de la
même question et qu'en plusieurs endroits M. De Vlaminck
combat mon opinion, j'aurai plus d'un fait et plus d'une
observation à relever et à rectifier. Mais ce serait s'enga-
ger dans une querelle de détails sans intérêt et qui, d'ail-
leurs, n'aboutirait à rien. Chacun prétendrait avoir raison
et resterait persuadé que sa conclusion est la meilleure. Je
me bornerai à faire remarquer qu'au fond un point impor-
tant est mis hors de doute : la fausseté des détails rappor-
tés par Jean de Thieirode sur la construction à Gand d'un
( 139 )
château impérial, fantôme historique sur lequel il a suffi
de jeter le regard pour en faire disparaître la moindre
trace. Publier la chronique de Jean de Thielrode, comme
l'a fait Van Lokeren, suffisait, aux yeux de tout critique
quelque peu sagace, pour en faire éclater les inconsé-
quences. 11 y a longtemps qu'elle aurait dû être mise au
rebut.
Gand a-t-il été un point occupé par les Romains et
gardé par eux avec soin? L'affirmative ne me paraît point
douteuse et je voudrais voir M. De Vlaminck entrer à ce
sujet dans plus de détails. Je rejette cependant, comme
M. Wagener, ce qu'il dit au sujet de l'origine de l'expres-
sion dont on se sert dans d'anciennes chartes, où on cite
le quadrivium prelorii.
11 me semble évident que Gand, comme localité impor-
tante, a existé avant les monastères de Saint-Pierre et de
Saint-Bavon, Lorsqu'ils furent fondés, il y avait déjà un
pngus portant le nom de Gandensis, et quand l'histoire
parle de la ville, c'est moins à propos de ces deux monas-
tères qu'au sujet de la flotte équipée dans l'Escaut pour
arrêter les incursions des Normands, et ensuite à l'occasion
de l'établissement de ces pirates au confluent du fleuve et
de la Lys. Gand, dès son origine, est donc un port, une
position à occuper. ^Sa situation, exceptionnellement favo-
rable, est la principale cause de son origine et de sa
prospérité. La ville a dû fleurir dès que la contrée envi-
ronnante a été peuplée et cultivée.
L'histoire du château ou des châteaux de Gand n'est
pas aisée à débrouiller, mais pourquoi? C'est parce qu'il y
a dans les anciens documents plus d'erreurs volontaires
qu'on ne l'a jamais supposé. Sans entrer à ce sujet dans
d'interminables détails, bornons-nous à signaler un fait. Il
( 140 )
y a eu certainement, à Gand, un vêtus castrum que l'on
doit opposer à la fois au château, castelliim, et à la ville
même. Le texte des chartes de H99 est formel. On y
exempte de l'obligation de payer le tonlieu, non seulement
tous les bourgeois habitant entre les quatre portes de
Gand, mais ceux qui demeurent dans le vieux castrum et
ceux qui peuplent les dépendances du château. Il y a une
opposition manifeste entre ce dernier et le vieux castrum,
dans lequel il est impossible de méconnaître ce qui s'est
appelé depuis l'Ouden bourg.
La difficulté consiste donc dans l'explication de ce der-
nier mot; mais, comme je l'ai dit en commençant, il fau-
drait tout un mémoire pour combattre certaines assertions
de M. De Vlaminck; comme on conseille à cet écrivain
de revoir son travail, il serait prématuré de s'engager à ce
sujet, alors que lui-même sera peut-être amené, par un
plus ample examen, à modifier quelques parties de son tra-
vail. Il vaut mieux, ce me semble, lui donner le temps de
présenter ses opinions dans une rédaction définitive. »
Miapitoft tie M. F^ Wamleê' Uueghen, It'oiniètne cotntnitantre.
« Comme mon honorable confrère M. Wauters, je com-
mencerai par adresser des éloges à M. De Vlaminck. Son
travail est sérieux; on y trouve plusieurs idées nouvelles;
l'ensemble de la matière est exposé avec clarté. L'auteur
était, d'ailleurs, bien préparé à cette étude par ses travaux
antérieurs, et on peut lui savoir gré d'avoir complété ses
recherches sur la Flandre primitive par un examen de la
question si complexe, et en même temps si intéressante, des
origines, insuffisamment déterminées encore, de la ville de
Gand.
( iA\ )
Je dois reconnaîlre néanmoins que les critiques faites
par M. Wagener sont fondées, parliciilièreinenl pour ce qui
concerne l'omission de certaines sources, ou leur étude
incomplète.
En lisant les nombreuses monographies publiées succes-
sivement sur la ville de Gand depuis Warnkônig, on se
demande toujours, dans un sujet qui touche par tant de
points à l'histoire de l'empire germanique, pourquoi nos
historiens ne se sont pas plus occupés des écrivains étran-
gers et notamment des historiens allemands. Si M. De Vla-
niinck avait étudié avec soin les notes si instructives et,
ajoulerai-je, si « suggestives », qui accompagnent le texte
original de la dissertation du D"" Holder-Egger, il aurait sans
doute été amené à nous éclairer sur plusieurs questions
soulevées incidemment par l'écrivain allemand et qui se
rapportent directement à l'histoire de l'origine et des
déxeloppements de la ville. Il aurait apparemment pu nous
dire son avis sur l'époque, au moins approximative, de la
fondation des deux abbayes par saint Amand. Et pourquoi
cette dualité d'établissements, pendant les premiers temps,
sous une direction abbatiale unique? L'une des abbayes
n'a-t-elle pas été à l'origine la succursale de l'autre? El,
dans ce cas, quelle a été la maison mère?
A propos du châtelain Wichman , M. De Vlaminck
renvoie à une note du baron L. Sloet (1872); pourquoi ne
pas signaler au même titre la note plus récente de Holder-
Egger, page 658, où l'on trouve des renseignements inté-
ressants sur ce personnage?
Contrairement à l'avis exprimé par M. Wauters, je crois
que, tout en habitant au fond d'une province, on peut
aujourd'hui, sans se donner trop de mal, consulter presque
toutes les grandes publications historiques. Les conserva-
teurs des bibliothèques des grandes villes ne sont-ils [pas
{ U2 )
là pour venir, au besoin, en aide aux travailleurs qui onl
recours à eux, fùl-ce par correspondance ?
Je suis persuadé qu'en suivant les conseils si judicieux
de M. Wagener, l'auteur augmenterait considérablement
l'intérêt de son élude. Avec M. Wauters, d'autre part, je
le verrais volontiers, si c'est possible, donner plus de
développement à ses idées sur le séjour des Romains à
Gand.
Je crois devoir ajouter encore quelques remarques
secondaires :
N'y a-l-il pas lieu d'être plus catégorique au sujet de la
bulle du pape Eugène I", qui est absolument fausse, et
non pas seulement d'une authenticité contestable? Il reste
assez d'autres documents au sujet desquels l'accord n'est
pas fait entre les savants.
Ce que M. De Vlaminck nous dit du Saiiders Walle
pourra être rectifié et complété par le cartulaire du cou-
vent Ten Walle, publié en 1888 par les Bibliophiles
flamands.
M. De Vlaminck renvoie au registre de la Btirggravie
conservé aux archives de la ville de Gand.
Ce registre du XV]'' siècle, qui porte inexactement le
titre de Leeuboek Burggt'avye, est une copie d'un registre
des fiefs du Vieux-Bourg. Mais il commence par le dénom-
brement du burggraviat.
L'auteur a joint à son mémoire un plan fort clair. Celte
carte, qui ne se rapporte pas à une époque très précise, est
intitulée : le vieux Gand. Elle a été évidemment dressée
sur un plan moderne. M. De Vlaminck aurait mieux fait, à
notre avis, de prendre pour guide un tracé plus ancien.
Le plan si détaillé du géomètre Horenbauld (1619) —
dont le graveur Allaerl a fait récemment un calque pour
l'administration communale — , combiné avec la vue à vol
( Uô )
d'oiseau de 1534, serait peul-êlre une bonne base pour la
reconslilulion de la carte du XIV* siècle que M. De Vla-
Hiinck semble avoir eue plus particulièrement en vue.
Sans entrer dans l'examen des détails du plan, on pour-
rait demander pour quels motifs on ne trouve pas trace
de cours d'eau entre les portes de Saint-Liévin et de
l'Empereur. L'auteur aurait bien fait de nous donner un
mot d'explication à ce sujet, dans le cbapitre où il s'occupe
des extensions de la ville de ce côté.
En résumé, le mémoire qui nous est soumis a des
mérites incontestables, mais il pourrait être plus complet
pour certaines parties, remanié pour d'autres. Les obser-
vations de M. Wagener sont justes et l'auteur devrait en
faire son prolit. j>
— En résumé les trois commissaires, toutens'accordant
sur le mérite de ce travail, proposent à la Classe, dans
l'intérêt de l'auteur, de prier celui-ci de remanier et de
compléter son œuvre dans le sens des observations consi-
gnées dans leurs rapports.
11 en sera fait ainsi, et la Classe se prononcera ensuite
sur la question de l'impression.
COMMUNICATIONS ET LECTURES.
M. A. Van Weddingen donne lecture d'un travail inti-
tulé : L'esprit de la psychologie d'Aristole. Étude critique
sur le traité de l'âme.
La Classe en décide l'impression dans le recueil des
Mémoires in-8°.
( 144 )
CLASSE DES BEAUX-ARTS.
Séance du 6 février 1890.
M. Jos. Schadde, directeur.
M. J. Liagre, secrétaire perpétuel.
Sont présents : MM. H. Hymans, vice-directeur;
C.-A. Fraikin, Éd. Fétis, Ern. Slingeneyer, Alex. Robert,
F.-A. Gevaert, Ad. Samuel, Th. Radoux, Jos. Jaquet,
J. Deraannez, P.-J. Clays, G""^ De Groot, G. Riot,
Edm. Marchai, Jos. Stallaerl, H. Reyaert, J. Rousseau,
Alex. Markelbach, M. Rooses, membres; J. Hennebicq,
le comte J. de Lalaing, J. Robie, Ch. Tardieu, corres-
pondants.
M. Alex. Henné, membre de la Classe des lettres, assiste
à la séance.
M. Schadde, en ouvrant la séance, adresse la bienvenue
d'usage aux nouveaux élus, MM. Robie et Tardieu.
M. Hymans appelle l'attention de la Classe sur la mani-
festation si flatteuse dont M. Schadde vient d'être l'objet
de la pari de la ville d'Anvers, qui lui a offert publiquement
une médaille au sujet de la haute récompense que l'hono-
rable directeur a remportée à l'Exposition universelle de
( 14d )
Paris. Il propose que la Classe lui adresse aussi des félici-
tations. — Applaudissements.
M. Schadde remercie ses confrères pour ce témoignage
de sympathie et il ajoute que leur approbation double la
valeur de la récompense qui lui a été décernée.
CORRESPONDANCE.
M. le Ministre de l'Intérieur et de l'Instruction publique
envoie :
i" Unenouvellesériede6M//e/msrelatifsaux recherches
de M. Edmond Vander Slraeten dans les bibliothèques de
Paris, d'Augsbourg, eîc. — Renvoi à la Commission pour
la publication des œuvres des grands musiciens du pays;
2° Cinquante exemplaires du rapport du jury qui a été
chargé de juger le concours de 1888 (arts plastiques) pour
le prix de 25,000 francs institué par le Roi. — Remer-
ciements.
— Le même haut fonctionnaire demande l'avis de la
Classe sur un buste en marbre de feu Eugène Simonis,
qu'il se propose d'acquérir pour l'Académie, et qui a été
exécuté par Simonis même.
Envoi pour rapport à la section de sculpture.
— MM. Jean Robie et Charles Tardieu, élus correspon-
dants, et William Bouguereau, élu associé, remercient
pour la distinction dont ils ont été l'objet.
( 146 )
RAPPORTS.
11 est donné lecture des appréciations suivantes de la
section de sculpture :
i° Sur le septième rapport semestriel de M. Anthone,
premier prix du grand concours de sculpture de 1885;
2° Sur le groupe intitulé : Jahel et Sisera, formant le
second envoi original du même lauréat;
3° Sur le premier rapport semestriel de M. Lagae,
premier prix du grand concours de sculpture de 1888;
4° Sur le troisième rapport semestriel de M. E. Rombaux,
I oursier, pour la sculpture, de la fondation Godecharle, en
1887.
Ces appréciations seront transmises à M. le Ministre
de l'Intérieur et de l'Instruction publique.
CAISSE CENTRALE DES ARTISTES.
Conformément à l'article 15 du règlement, MM. Hymans
et Marchai, respectivement secrétaire et trésorier, donnent
lecture de l'exposé administratif et financier de la Caisse
centrale des artistes pour l'année 1889.
Des remerciements sont votés pour leur gestion.
La Classe décide l'impression de ces documents dans
V Annuaire de l'Académie pour 1891.
(U7)
OUVRAGES PRÉSENTES.
Folie (F.). — Annuaire de l'Observatoire royal de Bruxelles,
4890. Bruxelles; in-J6.
— Preuve inattendue de la nutation diurne. Kiel, 1889;
extr. in- 4° (2 p.).
Harlez (C. de). — La Siao Hio ou morale de la jeunesse, avec
le commentaire de Ïchen-Siuen, traduite du chinois. Paris,
1889; extr. in-4° (568 p.).
l RoUn-Jaeqvemxjns (G.). — Chronique du droit interna-
tional (1885-1886), 6"« fascicule. Bruxelles, 1889; extr. in-8".
Wauters {Alph.). — Table chronologique des chartes et
diplômes imprimés concernant l'histoire de la Belgique,
tome VII, 2*^' partie. Bruxelles, 1889; vol. in-i".
Willem (Victoï-). — Note sur l'existence d'un gésier et sur
sa structure dans la famille des scolopendridcs. Bruxelles,
1889; extr. in-8".
Cuuiont {Georges). — Monnaies franques découvertes dans
les cimetières francs d'Éprave, Bruxelles, 1890; in-8'' (56 p.).
— Projet de médaille pour récompenser de leurs services
les représentants de Malines pendant l'occupation française
de 1792 à 1793. [Bruxelles, 1890]; extr. in-S" (8 p.).
Leclercq{Jules). — Les monuments deSamarcande. Bruxelles,
1890; extr. in-S" (24 p.).
Defrecheux [Joseph). — Les enfantines liégeoises. Liège,
1888; in-8°.
De Seijn-Verhougstraele {H.). — Het bargoensch van
Roeselare. Een bijvoegsel aan Is. Teirlinck's woordenboek.
Roulers, 1890;in-8° (18 p.).
( us )
Van der Stricht (0.). — Recherches sur la structure du
cartillage diarthrodial des oiseaux. léna, 1889; extr. in-8° (7 p.).
— La structure du cartillage articulaire des oiseaux. Gand,
1889; in-8»(l7 p.).
Vincent (J.). — La détermination de la température clima-
tologique. Bruxelles, 1890; extr. in-lS (22 p.).
Klement {€.). — Les puils artésiens de Willebroeck.
Bruxelles, 1889; extr. in-8" (12 p.).
Poncelel [Alb.]. — Vita sancli Gildardi, episcopi Rothoma-
gensis et ejusdem translalio suessioncs, anno 858-840 fada.
Bruxelles, 1888; in-8°(21 p ).
Jorissen [A.) et Henrard [J.). — Quelques observations sur
la recherche des graisses étrangères dans le beurre. Bruxelles,
1889; in-8°.
Tcrby (F.). — Sur une éclipse du satellite Japet dans
l'ombre du globe et de l'anneau de Saturne. Bruxelles, 1889;
extr. in-8° (1 p.).
— Sur la structure de la bande 3 III de Jupiter. Bruxelles,
1889; extr. in-8» (6 p.).
— Découverte de la véritable durée de rotation de la planète
Mercure, par M. Schiaparelli. Bruxelles, 1890; extr. in-8" (2 p.).
Ministère de Vlntérieur. — Annuaire statistique de la
Belgique, 1889. Bruxelles; vol. in-8".
Université de Liège : Société d'histoire et de géographie. —
Bulletin, 1890. Liège; in-8".
Société des bibliophiles de Belgique. — Publications, n°' 1
à 18. Bruxelles, 1807-1886; 18 vol, gr. in-8''.
— Relation de ce que s'est passé à l'entrée des ambassa-
deurs anglois es Pays-Bas (1C05), publiée par Alex. Pinchart.
Bruxelles, 1874; gr. in-8".
— Lettres inédiles du prince de Ligne, publiées par Jules
Petit. Bruxelles, 1878; gr. in-8".
— Les actes et dernier supplice de Nicolas le Borgne dist
Buz, traislre, publiés par F. V. H. Bruxelles, 1879; gr. in-8''.
( 149 )
Ministère de la Justice. — Coutumes du duché de Lirabourg.
et des pays d'Outre-Meuse, par C. Casier et L. Crahay.
Bruxelles, 1889; vol. in-4».
Allemagne et Autriche-Hongkie.
Laspeijres [H.]. — Heiririch von Dechen, ein Lebensbild.
Bonn, 1889; in-8"' (168 p. avec portrait).
Riibsam {D'' Joseph). — Johann Baptista von Taxis, ein
Staatsraann und 3Iilitar unter Philipp II und Phlilipp III,
1330-1610. Nebst eineni Exkurs : aus der Urzeit der taxischen
Posten 150a- 1520. Fribourg, 1889; vol. in-8».
lYaturwissenschafllicher Verein in Hamburg. — Abhand-
lungen, Band XI, 1. In-i".
Sternwarte zii Prag. — Astronomische Beobachtungen
in 1883, 1886 und 1887, enthaltend Originaizeichnungen des
3Iondes (L. Weinek). Prague, 1890; in-i».
Gesellschaft tiaturforschender Freunde, Berlin. — Sitzungs-
berichte, 1889. In-8°.
Botanisclie Gesellschaft. — Flora, 1889. Marbourg; vol.
in-S".
Phijsikalischcr Verein zu Frankfurt-am-Main. — Jahres-
bericht. 1887-1888. In-8°.
Institut d'Ossolinski à Lemberg. — Catalogus codicum
raanuscriptorum, t. III. Leopol, 1890; in 8°.
National-Muséum, Nûrnberg. — Anzeiger, Mittheilungen,
Kataloa: fur 1889. In-8».
( ^^0 )
AMÉRIQUE.
Benson [Lawrence Sluler). — A famous problem solved.
New-York, 1889; in-4° (1 p.).
Sinilhsonian Institution, Washington. — United States
National Muséum : Proceedings, vol, XII, n"' 761-771. In-8°.
Astronoinical Observalory of Yale University. — Transac-
tions, vol. I, part. 2. New-Havcn, 1889; in-4",
Wagnerfree institute of science, Philadelphia. — Transac-
tions, vol. 2. In-8°.
State Muséum of nalural history. — 42'' annual report.
Albany, 1889; in-8».
France.
Aumale {Le duc d'). — La lutte entre Turenne et Condé
(1 654-1 GS7) Paris, 1890; extr. in-8" (16 p.).
De Backer {Louis). — L'archipel indien. Paris, 1874; vol.
in-8'' (548 p.).
Drzewiecki{S.). — Les oiseaux considérés comme des aéro-
planes animés. Essai d'une nouvelle théorie du vol. Clermont,
1889; in-8»(56p.).
Hermite {Charles). — Discours prononcé à l'inauguration de
la nouvelle Sorbone, le 5 août 1889. Paris, 1889; in-4'' (29 p.).
— Discours lu dans la séance publique annuelle de l'Aca-
démie des sciences, le 50 décembre 1889. Paris, in-4'' (15 p.).
Dehaisnes (C). — La vie et l'œuvre de Jean Bellegambc.
Lille, 1890; in-4'' (245 p.).
Franqueville {Ch. de). — Du régime des travaux publics en
Angleterre, 2'"'' éd., tomes I-IV. Paris, 1875; 4 vol. in-8''.
— Le Gouvernement et le Parlement britanniques, tomes I
à IlL Paris, 1887; 5 vol. in-8''.
( «81 )
Grande-Biietagne et Colonies Britanniques.
Mueller {F. von). — Records of observations on Sir William
Mac Gregor's Highland plants fromNew-Guinea. [Melbourne],
1889; extr. in-4'' (45 p.).
Forbes {H.-O.) and Cuthberlson (W-R.). — Map of part of
southeast New-Guinea, embracing its northern and soulhern
waters. Feuille in-plano.
Royal collège of physicians, Edinburgh. — Reports from
the laboratory, vol. II, 1890; in-8».
Department of mines, New Soulh Wales. — Annual report,
1888. Sydney; gr. in-8°.
Italie.
Biliia {Lorenzo-Michelangelo). — Sull' oggettività del
diritto. Nota ad un articolo del chiarissimo Prof. Placido
Gariazzo. Turin, 1887; in-8<' (7 p.).
— Divagazione Dantesca. Turin, 1887; extr. in-S" (H p.).
— La storia délia filosofia insegnata nei licei. Turin, 1887;
in-8» (1 i p.).
— Saggio inlorno alla legge suprema dell' educazione. Studi
sul Rosmini e sul Rayneri. Turin, 1887; in-S" (86 p.).
— La filosofia christiana nel convito di Baldassare. Turin;
1888; in-8«(25p.).
— SuUe idée. Dialogo nuovissimo che non contiene nulla di
nuovo. Milan, 1889; in-8° (H p.).
Giovanni {Vincenzo di). — La topografia antica di Palermo
dal secolo X al XV, vol. I e II. Païenne, 1889-1890; 2 vol. in-8".
Lilla {Vincenzo). — L'elemento psichico e l'elemento fisico
nel dirilto. Naples, 1890; in-8» (27 p.).
( 152 )
Linneo [Carlo) — Leltere inédite di Carlo Linneo a Giovanni
Antonio Scopoli. Rovereto, 1889; in-8° (26 p.).
Piolti (Gins.). — Sulla cossaite del colle di Bousson (Alla
valle di Susa). Turin, 4888; extr. m-S" (6 p.).
— Gneiss tormalinifero di Villar Foccliiardo (Val di Susa).
Turin, 1889; exlr. in-8'' (7 p.).
Comitalo geologico d'ilalia. — Bollettino, 1889. Rome;
vol. in-8''.
Pays divers.
Veteiiskaps Akademien. — Handlingar, Bandet XX och XXI.
— Bihang, Bandet IX-XIII. — Ofversigt, 1884-1888. --
Meteorologiska Jakttagelser, 1880-1884. — Lefnadsteckningar,
11,5. — Forteckning. . Skrifter, 1826-1883. Stockholm.
Subbatsbergs sjukhus i Stockholm. — Arsberiitselse for 1888
(Warfvinge). In-8°.
Real Acadeiniade bellasartes de San Fernando. — Discursos,
1882-1889. Boletin, tomo 1-IX. Cuadros selectos. Madrid,
1882-1889; 1 vol. in-4'' et 10 vol. in-8°.
Plantamour [Ph.). — Des mouvements périodiques du sol,
II "'année. Genève, 1889; extr. in-8° (8 p., pi.).
Sociélé vaudoise des sciences nalurelles. — Bulletin, vol. XXV.
Lausanne; in-8''.
BULLETIN
DE
L'ACADÉMIE ROYALE DES SCIENCES,
DES
LETTRES ET DES BEAUX-ARTS DE BELGIQUE.
1890. — No 5.
CLASSE DES SCIENCES.
. . Séance du I" mars 1890.
M. Stas, directeur, président de l'Académie.
M. LiAGRE, secrétaire perpétuel.
Sont présents : MM, F. Plateau, vice-directeur; G. De-
walque, H. Maus, E. Candèze, Éd. Dupont, Éd. Van Bene-
den, C. Malaise, F. Folie, Fr. Crépin, Éd.;;Mailly, J. De
Tilly, Ch. Van Bambeke, G. Van der Mensbrugghe,
W. Spring, Louis Henry, M. Mourlon, P. Mansion, J. Del-
bœul, P. De Heen, membres; E. Catalan, Ch. de la Vallée
Poussin, associés; A. Renard, C. Le Paige, Ch. Lagrange,
L. Errera et F. Terby, correspondants.
M. P.-J. Van Beneden écrit que son état de santé l'em-
pêche d'assister à la séance.
3""^ SÉRIE, TOME XIX. 11
( iU )
CORRESPONDANCE.
La Classe a eu le regret de perdre l'un de ses corres-
pondants de la section des sciences malhématiques et
physiques, M. Charles Fievez, décédé le 2 février. M. Slas
adresse à M. Folie les remerciements de la Classe pour
les paroles qu'il a prononcées aux funérailles, au nom de
l'Académie.
La Classe a également perdu l'un des associés de la
section des sciences mathématiques et physiques :
M. Ch.-H.-D. Buys Ballot, directeur fondateur de l'Institut
royal néerlandais de météorologie, décédé à Ulrecht le
5 février.
Des lettres de condoléance seront adressées aux familles
des défunts.
— Le comité d'organisation de l'Exposition interna-
tionale du génie électrique, des inventions et des industries
générales, qui s'ouvrira à Edimbourg le l'^'" mai 1890,
envoie les circulaires relalives à celle solennité.
L'Académie royale de médecine de Belgique et la Société
industrielle d'Amiens adressent leurs programmes de con-
cours pour les années 1890 et 4891.
— M. le Ministre de l'Intérieur et de l'Instruction
publique adresse :
1° Cinquante exemplaires des rapports des jurys qui ont
jugé : a) le concours de 1889 pour le prix du Roi, sur
l'électricité; b) le huitième concours quinquennal des
sciences physiques et malhématiques;
2° Un exemplaire : a) des Archives de biologie, tome IX,
fascicules 3 et 4; 6) des Annales du cercle hutois des
( 15d )
sciences, tome VIII, fascicules i et 2; c) de la Flora
Balava, 287^ et 288* livraisons; cl) du Bulletin de la
Société belge de géologie, de paléontologie et d'hydrologie,
lome II;
5° Deux exemplaires de la Statistique médicale de
l'armée belge, année 1888. — Remerciements.
— Hommages d'ouvrages :
i° La formation houillère; par Alpli. Briarl;
2" Travaux du laboratoire de physiologie de l'Univer-
sité de Liège, tome II; par Léon Fredericq;
5° La perception des couleurs chez les peuples de l'ex-
trême Orient; par C. de Harlez, membre de la Classe des
lettres;
4" Magnétiseurs et médecins; par J. Deiboeuf;
5" Réminiscence of thc life ofG.-A. Hirn; par Dwels-
liauvers-Dery;
6" Discours prononcé par F. Folie aux funérailles de
€. Fievez;
7" L'aimant agit-il sur le noyau en division ? par Léo
Frrera;
8" S\ir V enlrainemenl mutuel de fécorce et du noyau
terrestres en vertu du frottement intérieur ; par E. Ronkar;
9" JXeuf brochures scientifiques, par H. Wilmeur, pro-
fesseur à l'Université de Bruxelles;
10° Essai sur la géométrie de la règle et de l'équerre;
par G. de Longchamps. (Présenté par M. De Tilly.) —
Remerciements.
— Les travaux manuscrits suivants sont renvoyés à
l'examen de commissaires :
1° Quelques formules relatives aux triangles reclilignes ;
par E.Catatan. — Commissaires: MM. Mansion et De Tilly;
1
( i56 )
2* A. Sur les points caraclérisliques de quelques droites
remarquables dans les coniques. B. Sur la courbure dans
les courbes du second degré; par Cl. Servais. — Commis-
saires : MiM. Le Paige, Mansion el De Tilly;
3° Sur quelques intégrales définies; par J. Beaupain.
— Commissaires : MM. Mansion, Catalan el De Tilly;
4° Projet d'expériences destinées à vérifier si la lumière
polarisée dont le plan de polarisation oscille, exerce une
influence sur un champ magnétique; par H. Schoentjes.
— Commissaires : MM. De Ileen, Van der Mensbrugglje
et Lagrange.
BâPPORTS.
Sur les conclusions d'nn rapport de M. Lagrange, la
Classe décide le dépôt dans les archives de trois notes de
M. Eug. Ferron relatives à la théorie des marées.
Sur la nature de la matière polarisante du marc de bette-
rave épuisé à l'alcool. — Pouvoir rotaloire de matières
pectiques; par L. Chevron et A. Droixhe.
Rappot't il» n. Bf. Spi-ing, pt'einici' coiitntissaire.
« On sait que les fruits doux, ainsi que les carottes,
betteraves et diverses racines, renferment des substances
donnant des matières gélatineuses, les unes solubles, les
autres insolubles dans l'eau.
Ces substances ont certaines propriétés analogues à
(187)
celles des hydrates de carbone, mais s'en distingueraient
par une proportion plus faible d'hydrogène relativement à
l'oxygène. Ce sont là les substances pectiques.
L'état de nos connaissances sur ces gélatines végétales,
si l'on peut ainsi dire, laisse encore beaucoup à désirer.
MM. Chevron et Droixhe ont soumis à une étude spéciale
la matière gélatineuse que l'on peut extraire du marc dos
betteraves. Ils établissent que celle matière est bien la
pectine telle que Fremy surtout l'a fait connaître, et en
outre, ils démontrent que les substances pectiques sont
douées d'un pouvoir rolaloire considérable, environ quatre
fois plus grand que celui du sucre saccharose.
L'intérêt que présente la première partie de leur travail
provient principalement des circonstances que voici :
La présence de matières pectiques avait été démontrée,
dans le temps, dans la betterave; mais Fremy ayant
annoncé, dans son travail sur ces corps en général, que
la pectine était inactive, on avait attribué une autre cause
au pouvoir polarisant de l'extrait aqueux du marc de
betterave.
Bien que M. Chevron eût reconnu, déjà, un pouvoir
rotatoire à la pectine qu'il avait retirée de la betterave,
MM. Wohl et Van Niessen, en Allemagne, ont émis l'opi-
nion que la matière gélatineuse polarisante du marc
devait être un mélange d'arabine et de galactane. Leur
opinion est basée sur le fait de la production d'arabinose
par la saccharilication de la matière gélatineuse au moyen
de l'acide sulfurique étendu. La galactane, qui s'extrait,
d'après Miinlz, des légumineuses, principalement de la
luzerne, donne facilement de la galactose dans les mômes
conditions. A la vérité, MM. Wohl et Van Niessen n'ont
pas observé la formation de galactose au moyen de la
gelée de marc, mais ils concluent cependant à la présence
( 1^8 )
de la galaclane, parce qu'ils ont pu obtenir de VacvJe
mucique par l'action de l'acide azotique.
Le travail de MM. Wohl et Van Niessen a donc rendu
nécessaire un nouvel examen de la matière gélatineuse du
marc de betterave.
MM. Chevron et Droixhe ont préparé cette substance
en traitant par l'eau le marc épuisé par l'alcool et en pré-
cipitant la solution obtenue, par l'alcool.
L'analyse du produit a fourni les nombres trouvés par
Fremy pour la pectine, nombres conduisant approximati-
vement à la formule C^^H^^O^'^.
Les auteurs se sont assurés ensuite que la substance
donne facilement, par son traitement par les bases alca-
lines, des pédales. Ils en ont préparé plusieurs : les pec-
tates de potassium, d'ammonium, de baryum et de plomb.
Ces sels ont été aussi analysés.
Ces faits rendaient déjà peu probable l'opinion de
MM. Wohl et Van Niessen. Néanmoins, pour trancher la
question, les auteurs ont vérifié, directement, en opérant
sur de l'arabine et sur de la galaclane préparées spéciale-
ment, que ces dernières substances ne fournissent pas
d'acide pectique, soit qu'on les traite isolément par des
bases, soit qu'on les mélange au préalable.
MM. Chevron et Droixhe concluent donc à l'existence
réelle de la pectine dans le marc de betterave. Ils font
observer aussi, en réponse à l'une des observations de
leurs honorables contradicteurs, que l'on a déjà vérifié la
formation de la galactose par l'action des acides étendus
sur les matières pectiques et qu'ensuite l'acide mucique,
mentionné plus haut, doit être regardé comme un produit
indirect de la pectine.
Les auteurs signalent encore certaines différences de
propriétés de la pectine de betterave et de la pectine de
( 159 )
carotte, par exemple celle-ci : la première est précipitée
complètement par l'acétate de plomb « au point que le
liquide ne polarise plus » tandis que le sel de plomb est
sans action sur la seconde. Ce fait a une importance
évidente pour la pratique de l'analyse des jus de betterave
au moyen du polariraètre.
Dans la seconde partie de leur travail, MM. Chevron
et Droixhe montrent que les substances pectiques, con-
trairement à ce que l'on a souvent dit, sont douées d'un
pouvoir rolatoire énergique.
Si l'on prend pour unité le pouvoir rotatoire de la
saccharose, on peut dresser le tableau suivant :
Pectine
Acide pectique . .
Acide parapectique.
Betteraves.
Carottes.
Poires.
Pommes
sèchées.
Groseilles
blanches.
3,7o
3,88
3,9i2
3,73
3,9û
3,80
3,54
3,82
3,63
3 ;?;
3,.3^2
3,70
3.40
Le travail de MM. Chevron et Droixhe a été fait avec
soin et rédigé avec les détails nécessaires pour permettre
le contrôle de ses résultats. Ces messieurs ont bien
voulu me faire parvenir des échantillons de leurs produits
afin de faciliter ma tâche; il me sera permis de leur
réitérer ici mes remerciements.
Je propose à la Classe d'ordonner l'insertion de ce
travail dans le Bulletin de la séance. »
MM. Stas et Louis Henry se sont ralliés aux conclusions
de ce rapport.
( i60 j
Quelques propriétés des coniques ; par Cl. Servais,
répéliteur à l'Université de Gand.
HnppoÊ'l de M. C. l.e Puige, pi-etniet' contnti»*aife.
« On sait que la langente et la normale en un point M
d'une conique S forment, avec les deux rayons qui
joignent M aux loyers F, F', un système harmonique. Il
en résulte que si l'on considère deux points M, M' de la
courbe, ces deux points, les deux foyers, le point d'inter-
section des tangentes en M, M', et celui des normales en
ces points, sont six points d'une conique.
Lorsque l'on l'ail tendre M vers M', la conique dont il
vient d'être question tend vers une conique ^i] qui passe
par le centre de courbure u. de S au point M.
M. Servais, après avoir établi les propriétés qui précèdent
et démontré fort simplement que le rayon de courbure de
^ en M est la moitié du rayon de courbure Mp- de S, en tire
parti pour démontrer, d'une façon élégante, de nombreuses
proprités de S.
Pour y arriver, l'auteur fait observer que si l'on trans-
forme lu au moyen d'une transformation birationnelle
quadratique convenablement choisie, cette conique se
transforme en une droite parallèle à la normale Mf/.;de
là découlent diverses remarques intéressantes.
M. Servais étudie ensuite le cas limite d'une autre
conique déterminée en chaque point M d'une conique S,
et ayant pour rayon de courbure la moitié de celui de la
courbe S en ce point M.
La méthode d'étude est identique à celle que nous
venons de rappeler, et l'auteur tire de sa méthode une
C \Q\ )
expression probablement nouvelle du rayon de courbure
d'une courbe de second ordre.
C'est encore une remarque analogue aux précédentes
qui fait l'objet du paragraphe III.
L'auteur, on le voit, à tiré habilement parti des pro-
priétés diverses démontrées par lui dans une élude anté-
rieure sur la IransCormalion birationnelle quadratique, et
il en a déduit, avec grande simplicité, quelques construc-
tions intéressantes, nouvelles ou établies par d'autres pro-
cédés.
C'est à celte dernière classe de propriétés qu'il faut
rattacher le paragraphe IV, et M. Servais établit, en
quelques lignes, un résultat dû à M. Mannheim.
Je propose bien volontiers à la Classe d'ordonner l'im-
pression du travail de M, Servais dans le Biillelin de la
séance, ainsi que des deux planches qui l'accompagnent. »
MM. Mansion et De Tilly se sont ralliés à ces conclu-
sions qui ont été adoptées par la Classe.
Sur les centres de courbure des lignes décrites pendant le
déplacement d'une figure plane dans son plan; par
CI. Servais, répétiteur à l'Université de Gand.
MSappoÈ'i de 9f. C. EiB M*aige, pi'etniBt' vottttttigsnifc
a La seconde Note de M. Servais s'appuie sur une
remarque intéressante et simple, relative aux centres
de courbure des trajectoires décrites par les points d'une
ponctuelle droite dans le mouvement épicycloïdal le plus
général.
( 162 )
L'auleur trouve le moyen d'appliquer aux propriétés
déduites de celle remarque les résultats de son élude
antérieure, déjà cilée dans mon rapport précédent.
Il retrouve aisément la règle de Savary ainsi qu'une
généralisation de celte règle.
Je pense également qu'il y a lieu d'ordonner l'impres-
sion de cette Noie dans le Bulletin de la séance. »
MM. Mansion et De Tilly se sont ralliés à ces conclusions,
qui ont été adoptées par la Classe.
La Solanidine des jets de pommes de terre;
par A. Jorissen et L. Grosjean.
KattfiOfI de M. Sla», pfeutier" comntisaaii'c.
« Les jets frais de pommes de terre renferment un glu-
coside azoté, la Solanine, qui exerce une action nuisible
sur l'économie animale. Ce glucoside élant soumis à
l'action des acides dilués non oxydants, fournil un alcaloïde
connu sous le nom de Solanidine. MM. Jorissen et Gros-
jean, en laissant digérer les jets frais de pommes de terre
dans de l'élher aqueux, en ont extrait un alcaloïde iden-
tique à celui qu'on obtient à l'aide du dédoublement de la
solanine. La notice qu'ils présentent à l'Académie renfi-rme
l'exposé succinct des recherches qu'ils ont faites, tant pour
rextraction de la solanidine des jets de pommes de terre
frais que pour l'étude de cet alcaloïde; à l'aide du procédé
de préparation qu'ils décrivent, ils sont parvenus à retirer
jusqu'à 1,5 pour 1000 de solanidine de ces jets.
L'étude qu'ils ont faite de cet alcaloïde, dont ils joignent
( 163 )
un échantillon à leur notice, prouve l'identité de cette sola-
nidine avec celle du dédoublement de la solanine.
A mon avis, ces recherches ont été bien conçues et bien
exécutées.
Les auteurs ne sont pas parvenus à extraire de la sola-
nidine des jets de pommes de terre séchés; ils ne disent
pas si les jets séchés renferment encore de la solanine.
Ils profiteront du printemps prochain pour élucider ces
questions.
J'ai l'honneur de proposer à l'Académie d'ordonner
l'insertion dans le Bullelin de la séance de la Notice de
MM. Jorissen et Grosjean, de leur voler des remerciements
pour leurs communications et de les engager à continuer
leurs recherches. »
M. Spring, second commissaire, s'est rallié à ces con-
clusions, qui ont été adoptées par la Classe.
Expériences sur l'absence de bactéries dans les vaisseaux
des plantes; par Emile Laurent.
Rappofê <fe M, EfÈ'et'ay pfentier' contutiasair-v.
« Les germes des bactéries sont si répandus dans l'air,
dans l'eau, à la surface des récipients, qu'il est toujours
beaucoup plus facile de voir se développer des microbes
là où il ne devrait pas y en avoir, que de s'assurer d'une
manière certaine de leur absence. Pour arriver au pre-
mier résultat, il suffît d'un peu de négligence; pour
atteindre le second, il faut une méthode irréprochable et
une parfaite habileté d'expérimentateur.
( dG4 )
Dans la Noie soumise à la Classe, l'auteur rend compte
d'une série d'expériences qu'il a faites pour rechercher s'il
existe ou non des bactéries dans la sève de la Vigne. Le
résultat a été clairement négatif : sur onze tubes dans
lesquels la sève a été reçue avec les précautions voulues
et mélangée à des liquides nutritifs, dix sont demeurés
stériles; l'infection du onzième tube peut être attribuée
avec une grande probabilité à des germes de l'air. On
peut donc conclure à l'absence de bactéries dans les vais-
seaux de la plante, tout au moins à l'absence de bactéries
capables de se développer dans les trois liquides nutritifs
que l'auteur a employés et qui conviennent à l'immense
majorité des microbes ordinaires.
En terminant, l'auteur rappelle une observation de
M. Bécbamp, d'après laquelle des Cactus gelés auraient
leur tissu cellulaire rempli de bactéries. Le fait est exact;
mais il est à peine besoin d'ajouter que ces bactéries
ne dérivent pas des fameux microzijmas de M. Bécbamp.
Leur origine, comme M. Laurent l'a constaté, est beau-
coup plus naturelle : il s'agit de microbes originaires du
sol qui entament de proche en proche les tissus morts
du Cactus.
Le travail de M. Laurent, exécuté avec soin, me paraît
digne à tous égards d'être accueilli dans les Bulletins
de l'Académie, et j'ai l'honneur d'en proposer l'impres-
sion. »
M. Gilkinet, second commissaire, s'étant rallié à ces
conclusions, elles sont mises aux voix et adoptées.
( 165 )
Sur les fonctions semi-invariantes ; par J. Deruyls.
MtappoB't de JIM. V. ÏÏjC faige, /ti'etniei' coimnisaaife.
« Dans un grand nombre de travaux que l'Académie a
bien voulu accueillir dans ses publications, M. Deru}'ts a
lait connaître les lois générales de formation des fonctions
jouissant du caractère d'invariance : c'est une contribution
nouvelle à cette importante théorie que renferme le travail
soumis à la Classe.
Par sa nature, ce mémoire ne se prête guère à l'analyse :
c'est, en effet, un exposé succinct de nouvelles recherches
(|ui doivent servir, en partie, de point de départ à des
découvertes ultérieures dans le champ si heureusement
parcouru par l'auteur.
Après avoir rappelé les propriétés des fonctions qui
servent à construire les invariants, M. Deruyls fait con-
naître un nouveau type d'expressions qui peuvent donner
naissance à ces fonctions primordiales; il établit les carac-
tères fondamentaux de ces expressions nouvelles, leurs
propriétés essentielles et leur mode de formation, ainsi
que leurs expressions symboliques.
Enfin, dans les derniers paragraphes, il fait voir com-
ment l'une de ces fonctions, qu'il appelle semi-invariante,
peut donner naissance à d'autres fonctions du même
[I serait difficile d'en dire davantage sur le travail de
M. Deruyts sans entrer dans de fastidieux détails.
Je n'ai guère besoin d'ajouter que le mémoire de notre
( 466 )
jeune collègue esl à la hauteur de ses autres publications
cl qu'il laisse espérer des développements nouveaux et
importants.
Comme il s'agit ici d'une étude assez courte, destinée
à faire connaître des recherches dans une direction nou-
velle, je propose à la Classe d'ordonner l'impression du
présent mémoire dans les Bulletins et d'adresser des
remerciements à l'auteur pour cette intéressante commu-
nication. »
MM. De Tilly et Mansion, ayant adhéré aux conclusions
de ce rapport, elles sont adoptées par la Classe.
COMMUNICATIONS ET LECTURES.
Expériences faites par M. le comte C. d'Espiennes, à Scij
[Ciney), sur la circulation de l'air, pendant la nuit,
par les temps calmes et sereins, à la surface des sols
accidentés; note lue par F. Folie, membre de l'Aca-
démie.
Ceux qui s'intéressent à la climatologie de la Belgique
savent que le point où l'on observe le froid le plus vif esl,
non pas la Baraque Michel (675), mais bien plutôt Ville-
du-Bois, près Vielsalm (400), situé donc à une altitude
inférieure de 275 mètres à celle de la Baraque.
( 167)
L'explication suivante du phénomène paraît très ration-
nelle.
L'air refroidi sur les Hautes-Fagnes, et devenu plus
dense par ce fait même, descend la pente qui s'étend
de ces sommets à Ville-du-Bois, continue à rayonner
en descendant et arrive plus froid qu'à son point de
départ.
Toutefois, aucune expérience directe, que je sache,
n'était encore venue confirmer cette explication. Aussi
lira-t-on avec beaucoup d'intérêt celles qui ont été faites
sur ce point par M, le comte d'Espiennes, à Scy, près
Ciney, et qui se trouvent rapportées dans les lignes sui-
vantes :
« Observant la répartition des dégâts occasionnés par la
gelée sur les arbres, lors du terrible hiver 1879-1880, j'ai
été frappé de ce que presque tous les arbres détruits se
trouvaient dans le fond des vallées, tandis que ceux qui
étaient sur les pentes ou sur les sommets des collines
étaient épargnés. Pour en rechercher les causes, j'ai
entrepris simultanément des observations ihermomé-
iriques et anémomélriques sur les sommets des collines,
sur les pentes et dans les fonds des vallées adjacentes.
Ces recherches n'ayant lieu que par des temps calmes,
pour mieux apprécier la direction suivie par les courants
aériens, je me servais de petits morceaux de bougies allu-
més, placés sur le sol, et dont l'inclinaison de la flamme
me donnait d'une façon très précise la direction et l'in-
tensité du plus faible courant d'air.
On trouvera, à la page suivante, le détail de quelques-
unes de mes observations.
( \m )
^j
Ci
ci
s
3
+
ra — '
3 '3
tri
3
CO
•0
s
55
C/5
o
<
en
-a
"â
00
S
b
3
S
c;)
~
a
'S
o
03
S
O
o
co
S.O
+
3
3
tri
3
3
C3
à
ê
n
^
c^
5
■^
s
b
Q
a
<
c/;
S
o_
"g '^
3
'S
tu
C5
O
o
§1 "S
£
**
S
_•
ai
ce
+
.■3
3
!~
_«
05
S
>■
3
ci.
riO
3
«
S
tu
p
X
^
s
•5Ë ^
fc- 3
s g
•3
o
1 "D
2
— 5
O
E
3-0
_cï
«
3 =D
C3
K
o''
S S
'T3
T3
00
?5
3
c
"S
3
s
s
3
53
+
s 1=- =
3
S
i
.îi ce
p
O
c/D
<
(-H
lit
c -3 -
'q
s
s
_■
c3
S
oo
3
<2
"«
co
IC
^
s>
o
E
a
co
1
,^^
_a
O)
<D
s
•p
"3
T3
^
c.
>
'S;
^
_^
g
"3
'3
o
<
H
i^
p
00^
3
îb
cT
fc-
<
'ij
"^
te
Q>
■3
S
ô
c
« ^
^
■S
DO
Cl
5C
"3 OS
CO
■S
- i.
ce
o
CZ
1
a.
«fs
i^
<îi
CJ 4^
,3
CJ
.S
j5
^
3
3"
w; S
^ S
J
-" ,5
o
Ti
3
H
'■^'S.
s
3
s
'^_
o
o
ê
ê
3
5
p
£
:0
CO
T
î5
3
Q
3
H
C_)
"es
£
o
■^
z^
tri
.J2
t«
^
3
H
'-<
( 169 )
Il résiille de l'ensemble de celles-ci :
1° que pendant les nuits des temps calmes et sereins
(condition absolument nécessaire à la production du phéno-
mène) l'air, en se refroidissant, s'écoule, dès le coucher du
soleil, on sommet des collines vers le fond des vallées, et
qu'arrivé dans celles-ci, il en suit le cours plus ou moins
rapidement suivant l'inclinaison de la pente. Les sommets
deviennent alors le siège de véritables appels d'air dont
la température est relativement fort élevée par rapport à
celle des versants et des vallées;
2" Que la plus basse température minima dans un pays
accidenté aura toujours lieu (lors des situations atmosphé-
riques indiquées plus haut) dans les vallées, et principale-
ment dans celles dont la pente est faible ou presque nulle;
et, dans ce cas, si un obstacle quelconque vient encore à
barrer la vallée, tel qu'un bois, un remblai, etc., l'air froid
descendu des hauteurs avoisinantes, entravé dans sa cir-
culation, vient s'accumuler en amont de l'obstacle et y
former, si l'on peut ainsi dire, de véritables marais d'air,
qui peuvent atteindre, même en été, la température de 0°
et même moins, le rayonnement pendant la stagnation de
l'air continuant à en abaisser la température.
C'est en ces points oîi se forment, pendant les nuits
calmes et claires, ces brouillards intenses, en forme de
nappes blanchâtres de quelques mètres à peine d'épais-
seur, que, malgré la chaleur développée par la condensa-
tion des vapeurs et l'abri qu'elles apportent au rayonne-
ment, la gelée détruit presque chaque année, au printemps
ou même en été, les pommes de terre, le seigle en Heur,
h's jardins potagers el, lors des hivers exceptionnels, les
arbres fruitiers.
5™* SÉRIE, TOME XIX. 12
( 170)
Au point de vue agricole, on doit donc éloigner les
cultures délicates de ces emplacements, qui sont toujours
très nuisibles pour toute espèce de végétation, étant sou-
vent, pendant les journées d'été, de véritables fournaises,
et de véritables glacières les nuits suivantes. »
Sur certaines ùiterversions de température, et sur la gelée
du 16 septembre 1887 à Spa; par G. Dewalque, membre
de l'Académie.
La note de M. le comte d'Espiennes vient de reporter
mon esprit à plus d'un demi-siècle eu arrière.
On sait combien sont fréquents les feux allumés dans
nos campagnes pendant la belle saison, surtout en automne,
notamment ceux que font les enfanls occupés à la garde
du bétail. Ayant passé mon enfance dans la vallée de
l'Amblève, j'y ai constaté dès lors un fait trop remarquable
pour n'avoir pas attiré l'attention de beaucoup de personnes
dans l'Ârdenne et le Condroz. Après une belle journée, par
un temps calme et un ciel serein, on voit la fumée de ces
feux descendre en suivant la pente du terrain, de sorie
que les deux versants de la vallée montrent des courants
de directions opposées.
L'explication du phénomène est simple. Dans les con-
ditions indiquées, la surface du sol se refroidit par rayon-
nement; elle abaisse ainsi la température de la couche d'air
en contact avec elle, et bientôt la rosée se dépose, surtout
sur les plantes et autres menus objets; tout cela est
connu et enseigné depuis longtemps. Sur les terrains
en pente, le résultat ne se borne pas à cela. Le fluide
( ivi )
atmosphérique, devenu plus dense, s'écoule suivant In
pente et les dépressions du terrain, en se refroidissant
ainsi de plus en plus. Dans les parties élevées, d'autres
couches d'un air plus chaud remplacent l'air plus froid
qui s'est écoulé; rien de semhlahle ne peut se passer dans
les régions plus basses, où ce dernier est accumulé; aussi
le refroidissement peut s'accentuer au point d'arriver
au-dessous de zéro.
La surface du sol se refroidit davantage encore par son
rayonnement propre, et, avec elle, les plantes quelle
supporte, jusqu'à ce qu'elle ail alleint un état d'équilibre
de température tel qu'elle reçoive de l'air ambiant une
quantité de chaleur égale à celle qu'elle perd par rayon-
nement. Les plantes peuvent ainsi se trouver amenées à
une température inférieure de quelques degrés à celle de
l'air, qui peut être elle-même inférieure à zéro. Ainsi
s'expliquent les gelées prinlanières et automnales, dont
on noie presque chaque année les funestes elfets en bien
(les points.
J'ai eu l'occasion, depuis plusieurs années, d'exposer ces
considérations à plusieurs confrères, à mon ami M. Folie,
notamment. Je suis charmé de pouvoir ainsi confirmer les
observations de M. le comte d'Espiennes.
Ce n'est pas d'aujourd'hui que des interversions remar-
quables dans la température des diverses couches d'aironl
été signalées par les météorologistes, et ces interversions
peuvent atteindre une amplitude bien plus considérable
sur les pics isolés. Quant au phénomène que nous venons
d'examiner, je ne nie rappelle pas qu'il ait été exposé er»
détail par les auteurs, bien qu'on puisse affirmer qu'il ne
leur est pas inconnu.
Avant de terminer sur ce point, je crois devoir faire cer-
( 172)
laines réserves au sujet de ce qui vient d'être dit sur les
brouillards restreints. Il y a lieu, ce me semble, de tenir
compte de l'humidité naturelle du sol.
J'arrive maintenante l'exemple dont j'ai parlé.
La nuit du 15 au 16 septembre 1887 fut marquée par
un abaissement notable de la température, qui tomba à
zéro en beaucoup de points. A Spa, sous l'abri qui le pro-
tégeait contre le rayonnement nocturne, le thermomètre
descendit chez moi à — 2°,! ; un thermomètre non abrité
indiqua un minimum de — 4°,8; il était recouvert d'une
couche épaisse de givre. Aussi, les jardins du voisinage
(altitude 270 à 280 mètres) furent ravagés. Les haricots,
les capucines, les Dahlia, Pelargoniuni, Perilla nanki-
nensis, Bocconia cordata furent perdus, ainsi que deux
jeunes Hibiscus [H. speciosus et H. sijriacns] et un
Ginrjko, transplantés au printemps. Les héliotropes, les
grands soleils, les Pelnnia, Astilbe rivularis, Dimorphan-
thus manlscliuricus souffrirent aussi beaucoup. Cercis sili-
quaslrtfm, Amorpha frulicosa eurent presque toutes les
feuilles gelées. Les grands Phlox, Hydrangea paniculala
eurent le sommet de leurs panicules détruit; de même, les
Weinsd'' Anémone japoiiicael(\'Holetajaponica.Lesépa\sses
bordures de Lobelia erimis furent détruites vers la surface,
landis que leurs parties profondes, protégées, restaient
intactes, etc.
Quelques jours après, j'eus le plaisir d'accompagner avec
mon frère un archéologue luxembourgeois, M. Tandel,
commissaire d'arrondissement à Arlon, qui désirait voir le
prétendu dolmen de Soiwaster. Je fus fort surpris, en
arrivant dans ce hameau, situé à 100 mètres plus haut
que chez moi, de voir que la gelée ne s'y était pas fait
( 173 )
sentir. Les liaiicols s'élevaient intacts dans les jardins,
de même que, chez le curé, Dahlia, Tritoma, capu-
cines, etc. En revenant, je constatai les mêmes faits à
NiVezé (350 mètres). Bientôt, j'appris qu'il n'avait pas gelé
chez M. le chevalier Ch. de Thier, conseiller à la Cour
d'appel de Liège, près de l'hippodrome de la Sauvenière, à
l'altitude de 450 mètres. Chez lui, le thermomètre n'est
pas descendu au-dessous de 0°; le 16, à 6 heures du malin,
il marquait 2°; aussi son jardin était intact. M. de Thier
m'apprit, en outre, qu'il n'avait pas gelé à la Croix de
Malchamps, maison située sur la crête, à l'altitude de
570 mètres, et que, depuis douze ans qu'il passe ses
vacances à Spa, il a constaté des laits analogues presque
chaque année.
Voyons maintenant la disposition des lieux.
La ville de Spa est située, à l'altitude de 240 à
260 mètres environ, sur les bords du Wayai, ruisseau
qui vient de Sart et coule à peu près de l'E.-N.-E. à
rW.-S.-W. Au nord de ce ruisseau, des pentes très raides
limitent un plateau ondulé qui le sépare de la vallée où
coule la Hoegne, puis le ruisseau de Polleur, et qui atteint
bientôt 560 à 575 mètres. Vers le midi, le sol s'élève len-
tement jusqu'à la crête des Hautes-Pagnes, laquelle arrive
à 550 mètres au col de Hockay et atteint, non loin de là,
vers l'Ouest, 575, 562 et 550 mètres. Cette crête court
à peu près parallèlement au Wayai, dont elle est distante
d'environ 5 kilomètres.
C'est ce versant septentrional des Hautes-Fagnes qui,
refroidi par le rayonnement pendant les nuits calmes et
sereines, donne lieu à un courant d'air qui descend lente-
ment la pente et se refroidit à mesure qu'il avance, de
manière à pouvoir atteindre une température notablement
( 174 )
au-dessous de zéro vers le lond de la vallée, tandis que
les parties élevées sont préservées de la gelée. J'ai fré-
(lueiiiment observé, après le coucher du soleil, le renver-
sement de la girouette qui indiquait ce courant du Sud.
Je dois ajouter que mon habitation, située dans le petit
vallon qui descend de la Géronstère suivant la pente
générale du terrain, se trouve ainsi dans une situation
très défavorable, le courant froid s'y concentrant non
seulement du haut, mais encore des côtés.
Il faudra évidemment tenir comple de ces faits pour
apprécier la véritable signification des températures que
j'observe à Spa.
La même observation s'applique à d'autres localités, et
M. Folie vient de vous faire remarquer que les observa-
tions de la Ville-du-Bois, vers 400 mètres, indiquent habi-
tuellement un minimum plus bas que celui de la Baraque-
Michel, à 67o mètres d'aliiiude. C'est que ce dernier
point est sur le plus haut plateau de l'Ardenne, tandis que
le premier est situé au fond d'une large et profonde vallée.
L'endroit des observations me paraît vers la cote 595; le
ruisseau qui descend à Yicisalm se trouve à 575 mètres
ei se jette dans le Glain, à Vielsalm, vers 520 mètres. Au
sud de ce ruisseau, dirigé à peu près E.-N.-E., le Thier
des Ardoisières atteint 545 mètres près de Vielsalm et
565 mètres dans son prolongement au sud de Burton-
viiie, à 2 '/a ou 5 kilomètres du ruisseau. De l'autre côté
et à une distance de '/a l<ilonièlre, une autre crête s'étend
du nord de Vielsalm, où elle n'a que 450 mètres, pour
arriver à 570 mètres au nord de Petit-Thier.
Cette station peut donc être influencée par les courants
froids qui descendent des deux versants, ce qui n'est pas
Je cas pour Spa.
(175)
Gustave-Adolphe Hirn, associé de l'Académie^ né au Logel-
bach [Colmar], le 2i août 1815; décédé en la même loca-
lité le 14 janvier 1890 ; par F. Folie, membre de
l'Académie.
L'Académie a eu avec Hirn des relations irop intimes,
trop personnelles, pourrais-je dire, pour que la mort de cet
ominenl associé puisse passer inaperçue dans notre Bulletin.
Aussi ai-je cru devoir, exceptionnellement, y consacrer
quelques lignes à sa mémoire.
J'ai rencontré Hirn à la réunion de la Société astrono-
mique, à Strasbourg, en 1881. Tout son être portait
l'empreinte d'une âme cbaude, ardente, ayant soif d'idéal,
on serait presque tenté de dire illuminée. Ce n'est pas
sans une douce émotion que je me rappelle la sympathie
chaleureuse avec laquelle il vint à moi, sympathie provo-
quée sans doute en partie par la communauté des études,
plus peut-être encore par celle des convictions, non
seulement spirilualistes, mais chrétiennes chez l'un comme
chez l'autre.
On ne se tromperait guère, je pense, en affirmant même
que c'est son zèle pour les doctrines spiritualisles qui
l'excita surtout à combattre la théorie cinétique des gaz,
dans laquelle il craignait de voir comme une attaque
directe contre l'existence en soi de la force, et son Mémoire
sur ce sujet, que notre Académie a eu l'honneur de publier,
témoigne de celte préoccupation; la partie la plus impor-
tante de ce travail est, en effet, celle où sont exposées des
( 176)
considérations métaphysiques d'une portée très haute sur
l'essence de la matière et de la force.
L'histoire scientifique de Hirn est liée de la manière
la plus intime à celle de la théorie mécanique de la chaleur.
Cette théorie, qui devait opérer une véritable révolu-
lion dans les idées scientifiques aussi bien que dans les
applications industrielles, fut, comme on sait, combattue
avec véhémence à ses débuts, malgré les remarquables
confirmations qu'en avaient données son illustre auteur,
par la théorie, Joule, Colding, Deprez, par l'expérience.
Et l'opposition ne vint pas seulement d'hommes à demi
savants ou à demi compétents; elle compta pendant plu-
sieurs années dans ses rangs des hommes du plus haut
mérite, comme sir W. Thomson, Hirn et d'autres. C'est, du
reste, l'histoire commune de la plupart des découvertes;
bien heureux encore sont leurs inventeurs lorsqu'ils en
recueillent le fruit avant de mourir, et qu'ils ne sont pas
réduits à s'écrier, avec Kepler : Que m'importe si mes
découvertes ne sont appréciées que dans un siècle,
puisqu'il a bien plu au Créateur d'attendre pendant
6,000 ans un contemplateur de son œuvre tel que moi!
Hirn se rangea tout d'abord parmi les adversaires de la
théorie de R. Mayer; et ce furent les expériences mêmes,
qu'il institua dans l'intention de la renverser, qui le
convertirent et firent de lui l'un de ses plus fervents
adeptes.
Plus tard, il combattit également l'axiome de Clausius,
en vertu duquel la chaleur ne peut passer d'elle-même
d'un corps à un autre corps plus chaud; et l'expérience
sur laquelle est fondée son objection est si ingénieuse et
semble si bien corroborer celle-ci, que l'on conçoit qu'il
( 177 )
ait cru renverser complèlement l'axiome de Clausius.
Aussi celui-ci, dans sa réponse, péremploire du resle,
déclare-l-il que des objections présentées avec ce caractère
de netteté et de précision, loin d'enrayer le développement
de la science, ne (ont, au contraire, qu'y contribuer.
Il en est de même des expériences que Hirn imagina
pour combattre, longtemps après, la tbéorie cinétique des
gaz. Elles sont très ingénieuses, et, je pense, irrépro-
chables; et c'est seulement l'analyse mathématique au
moyen de laquelle il les interpréta que j'ai cru devoir
combattre (1), et que Clausius a combattue également (2)
avec beaucoup plus d'autorité.
Les travaux de Hirn sur la théorie mécanique de la
chaleur sont excessivement nombreux (5).
Mais là ne s'est pas bornée l'activité scientilique de cet
esprit vraiment supérieur.
Il avait, je l'ai dit, des vues qui portaient bien au delà
des idées concrètes, et plusieurs travaux importants lui
{i) Kull. de l'.4cad. roij. de Belgique, 3" série, t. XH, 1886.
(2) Bull, de l'Acad. roij. de Belgique, 5<^ série, t. XI, 1886.
(3) {" Bechcrchca sur l'équivalent mécanique de la chaleur, t8;J8.
2» Théorie mécanique de la chaleur, ô' cdil., 1875.
3» Mémoire sur la Ihcrniodynamique, 1807.
4° Bccherches expérimentales sur la relation qui existe entre la
résistance de l'air et sa température, 1882.
5" La cinétique moderne et le dynamisme de l'avenir, 1887.
6» Recherches expérimentales et analytiques sur les lois de
l'écoulement et du choc des gaz en fonction de la tempé-
rature, 1886.
A côté de ces travaux citons aussi :
7" Elude sur le métroscome, 1885.
( ^78 )
ont été dictés par ses convictions spiritualistes et par sa
conscience de croyant. Parmi ces travaux il fanl citer :
1° Conséquences philosophiques et métaphysiques de la
thermodijnamique. Analyse élémentaire de runivers,\S69.
2° Nouvelle réfutation générale des théories appelées
cinétiques, 1886.
5" L'avenir du dynamisme dans les sciences physiques^
1886.
4" La cinétique moderne et le dynamisme de l'avenir,
1887.
En même temps, et comme conséquence naturelle, il
étudiait les lois générales de l'univers; outre le travail qui
vient d'être cité sur ce sujet, on lui doit une élude remar-
(juable sur la constitution de l'espace céleste,, et même un
Mémoire sur les anneaux de Saturne.
Hirn était également un ingénieur très distingué.
La mécanique appliquée lui doit le pandynamomètre,
instrument qui remplace avantageusement, dans bien des
cas, le frein de Prony; avec son frère Ferdinand, il inventa
le câble télédynamique, dont il eût pu, sans nul doute,
retirer des avantages pécuniaires s'il l'avait l'ail breveter;
mais de semblables préoccupations étaient bien éloignées
(le sa pensée. Au contraire: il sacrifia beaucoup de temps
et d'argent à étudier expérimentalement la machine à
\npeur; et cerlaiuemenl, si l'on n'est pas d'accord sur
rexactitude de sa théorie, tout le monde doit reconnaître
que ses expériences, poursuivies pendant plusieurs années,
ont contribué à faire utiliser la vapeur d'une manière
beaucoup plus rationnelle, et à produire, par le fait même,
une économie notable de combuslible.
Cet industriel, cet ingénieur, ce physicien distingué.
( 179)
dont les travaux ont enrichi les autres, a terminé sa
carrière dans une noble médiocrité.
Lorsque des revers de fortune l'atteignirent, nul doute
qu'il n'eût pu obtenir on France une position honorable
et lucrative. Mais il était trop fortement attaché à son
Logelbach, oii il avait poursuivi, pendant une longue
série d'années, à côté de tous ses autres travaux, des
observations météorologiques sur le climat de l'Alsace, qui
ont fait l'objet de nombreuses publications, et auxquelles
on peut rattacher son Élude sur une classe particulière de
tourbillons, 1878.
Au bruit des malheurs de Hirn, les savants s'émurent,
et un appel fut adressé par eux au Gouvernement français
{(|uelques-uns d'entre nous s'en souviennent avec émotion)
pour qu'il assurât à cet illustre enfant de la France Volium
citm dignîlale.
Cette prière fut écoulée, et Hirn put continuer la série
de ses observations météorologiques à l'aide d'un sub>ide
annuel qui lui fut octroyé par le Gouvernement français.
Peu d'hommes ont fait sur moi une impression aussi
vive et aussi durable; on subissait à première vue, en sa
piésence, un ascendant particulier; non cet ascendant
banal qu'exerce sur ses disciples un savant qui manie
heureusement les formules ou les symboles, les appareils
ou les instruments d'observation, ni même encore cet
ascendant plus profond qu'impose un penseur, mais un
ascendant plus vif et |)lus intime, celui qu'une âme supé-
rieure imprime à une autre âme.
Car, bien au-dessus du savant, il y avait en Hirn
l'homme dans l'épanouissement complet de ses j)lus
nobles facultés, l'intelligence et l'âme.
(180)
Chr.-H. Buys Ballot, associé de r Académie, né à Kloe-
lingeii {Brab. sept.), le 40 octobre i8i7; décédé à
Utrecht, le 3 février 4890; par F. Folie, membre de
l'Académie.
Un autre associé de l'Académie, qui a également les
titres les plus grands à une mention spéciale dans le
Bulletin, est Buys Ballot, l'éminent météorologiste néer-
landais, l'un des pères de la météorologie moderne, dont
la mémoire sera perpétuée à jamais par la loi qui porte
son nom. C'est lui aussi qui installa le premier les signaux
avertisseurs de tempête, qui n'existent malheureusement
pas encore sur nos côtes belges.
J'ai eu le plaisir de le voir il y a une dizaine d'années à
Ulrecht. C'était un homme de complexion chélive et
d'un caractère tellement timide que Donders, qui m'avait
fait l'honneur de me conduire chez lui, crut nécessaire de
me prévenir de l'excessive modestie de son ami, de crainte
sans doute que son embarras très apparent ne me donnât
une opinion trop faible de son mérite.
Il y a quelques années, l'Université d'Utrecht célébrait
le quarantième anniversaire d'enseignement de l'illustre
professeur, et bien des Universités et des Observatoires
étrangers s'associèrent à cette manifestation vraiment
grandiose.
Un journal allemand, habituellement bien renseigné,
annonçait, en rendant compte de cette fête, que Buys
Ballot allait publier bientôt un traité de météorologie qui
eût été une véritable bonne fortune pour tous ceux qui
s'intéressent à cette science, longtemps trop négligée.
Jusqu'à présent, je n'ai eu aucune confirmation de cette
(181 )
nouvelle. L'une des dernières publications que j'ai reçues de
Buys Ballot se rapporte à la discussion des périodes
froides ou chaudes, sèches ou humides, d'après de nom-
breuses observations faites en Hollande.
A celte occasion, je lui ai demandé oii je pourrais trouver
les données sur lesquelles il s'appuyait, et il a poussé l'obli-
geance jusqu'à m'envoyer la copie des quantités d'eau
recueillies, mois par mois, depuis 1745 jusque 1841, à
Zwanenburg. Peu de jours devaient s'écouler avant que je
reçusse la nouvelle, pour moi inopinée, de sa mort, l'une
des plus grandes perles que pût faire la météorologie.
Les principaux travaux, 1res importants, de Buys Ballot
concernent l'influence du Soleil sur la température de
l'atmosphère, de la Lune sur le temps, les écarts des
éléments météorologiques d'avec leurs valeurs normales,
les oliservations synchroniques, la distribution des tempé-
ratures sur le globe.
Ses atlas des routes nautiques sont fort appréciés, et
la météorologie maritime lui doit de grands progrès.
Il fut un ardent promoteur des congrès météorolo-
giques, dont l'action a donné un si puissant élan aux
observations, et auxquels on semble ne plus songer
aujourd'hui. Le comité permanent des congrès météorolo-
giques, dont Buys Ballot fut le président, s'est même
dissous récemment.
On ne peut que regretter l'absence d'une association
météorologique internationale qui contribuerait beaucoup
à élucider bien des points obscurs, à unifier les méthodes
d'observation, à découvrir les lois encore peu connues de
la marche des dépressions, et à marcher vers la solution
du problème qui est l'objectif capital de la météorologie
pratique, celui la prévision du temps.
( 182 )
Notice sur les cristaux de p/iillipsite des sédiments du
centre de l'océan Pacifique, 2'' partie; par A. F. Renard,
correspondant de l'Académie.
Après avoir indiqué dans la première partie de cette
notice les caractères physiques et la composition des cris-
taux zéolilhiques des sédiments du Pacifique, nous avons
à montrer les conditions dans lesquelles on découvre la
pliillipsite et les matières minérales qui raccompagnent.
Nous pourrons ainsi aborder les questions qui se rat-
tachent au mode de formation de ces cristaux.
Comme nous l'avons dit, c'est dans la région du Paci-
fique comprise entre les îles Sandwich et les îles Basses
(jue s'étalent les sédiments zéolilhiques. Résumons en
quelques lignes les conditions balhymétriques du lit de
la mer pour chacun des sondages du « Challenger » entre
ces deux groupes d'îles. Depuis Hawaï jusqu'au sej)tième
parallèle nord, les profondeurs atteignent 2,6o0 à 3,000
brasses; les deux premiers sondages indiquent des boues
volcaniques ; le troisième sondage, à 5,000 brasses comme
le précédent, ramène Vargile roî^^e; les quatre sondages
suivants indiquent la vase à radiolaires et les restes de
ces organismes, ainsi que les frustules de diatomées,
deviennent plus nombreux à mesure qu'on s'éloigne
d'Hawaï. Trois autres sondages, entre le sixième paral-
lèle nord et le premier parallèle sud, ramènent la vase à
globi(jérines; enfin les trois sondages suivants, entre 5° et
8" lai. S., à des profondeurs de 2,o50 à 2,750 brasses,
indiquent des sédiments où l'on constate beaucoup de
( 183 )
diatomées et de radiolaires. Le sédiment recueilli par
H°20' S, ISO^ôO' W. (Greenw.), à 2,610 brasses, est une
argile rouge de couleur foncée. Aux deux stations sui-
vantes, on trouva celle même argile à des profondeurs de
2,350 et 2,325 brasses. Le fond se relève aux approch(S
de Tahiti et, à la dernière station avant d'arriver à celle
île, la sonde ramène de 1,523 brasses, une boue volca-
nique.
Les produits des sondages que nous venons d'énumérer
sont tous caractérisés par la présence de microlilhes de
phillipsile. On retrouve encore, à vrai dire, ces pelils
cristaux dans les sédiments recueillis entre Tahiti et
Valparaiso; mais ils y sont plus rares el ils ditiparaissenl
avant qu'on ait atteint les côtes de l'Amérique du Sud.
On peut dire que le centre de la région à zéolilhes est
silué entre Hawaï et Tahiti : c'est là que ces minéraux
sont incontestablement le plus abondants. Nous observons,
en outre, qu'ils sont surtout répandus dans {"argile rouge
el, ce qui n'est pas moins important au point de vue de
leur origine, qu'ils sont constamment associés dans tous
ces sédiments à des espèces minérales volcaniques, à l'étal
de fragments minuscules. On constate, en effet, dans ces
dépôts, des leldspaths à base de potasse et de soude, de la
magnélite, de l'augite, de la hornblende, du péridol, du
mica noir; parmi les éclats de roches les plus fréquents
sonl des lapilli de basalte, d'andésite, de limburgile, de
lachyiile, de palagonite, de ponce verdàlre; en un mol,
presque toutes les roches basiques de la série éruptive
récenle. Disons encore que les fragments des minéraux
et des roches qu'on vient d'énumérer sonl tous plus ou
moins profondément altérés.
C'est donc dans une région du lit de l'océan où abondent
( i84 )
(les produits volcaniques de la série basique, que se
sont développés les cristaux de phillipsitc. Peut-être sur
aucun point du globe ne retrouve-t-on ces fragnnenls de
roches éruplives répandus aussi nombreux et couvrant
d'aussi grandes surfaces. L'étude des sédiments de cha-
cune des stations du a Challenger », depuis les îles Sand-
wich jusqu'au sud de l'archipel des îles Basses, permet de
constater leur présence d'une manière constante. II est
important de faire ressortir que ces matières éruptives
sous-marines sont sous la forme de lapilli ou de parti-
cules microscopiques, telles que nous les connaissons pour
les cendres volcaniques. Si la sonde n'a pas démontré que
le bassin du Pacifique est revêtu en bien des points par
des coulées de lave, c'est que cet appareil, comme la
drague, ne peut pénétrer qu'à la surface des sédiments,
et que ces couches superficielles sont pres(|ue toujours
formées de matières vaseuses. Mais, étant donnée l'accu-
mulation de matières volcaniques meubles qu'on y con-
state, tout porte à faire admettre que, sous les dépôts de
vase, le sol doit être constitué, sur des espaces considé-
rables, par de véritables coulées volcaniques. Quoi qu'il
en soit de cette manière de voir, il est incontestable qu'en
ces points écartés des côtes continentales, situés en dehors
de l'action de transport des courants, des vagues, des
marées et des fleuves, l'élément le plus répandu dans les
sédiments océaniques est de nature volcanique ou qu'il
résulte, comme nous allons le montrer, de la décomposition
de produits éruplifs.
Demandons-nous d'abord quelles sont les roches sub-
aériennes où les zéolilhes sont en quelque sorte canton-
nées. On peut dire que ces roches sont de même nature
( 18S)
que celles dont nous observons des fragments sur le lit
du Pacifique, et que, partout où les zéolilhes se montrent,
on les trouve dans des conditions analogues à celles
où nous les découvrons dans les vases sous-marines. S'il
est un fait bien établi, c'est que, dans l'immense majo-
rité des cas, les zéolilhes ne se rencontrent jamais dans
des roches fraîches ou inaltérées; jamais non plus on ne
les observe comme produits directs d'une cristallisation
par voie ignée, ni comme produits de sublimation. C'est
dans les creux, les boursouflures, les fentes de certaines
masses éruptives anciennes ou récentes et dans leurs tufs,
qu'ils se sont particulièrement développés comme miné-
raux secondaires. Quelquefois aussi on les y voit se sub-
stituer par pseudomorphose à des silicates anhydres. Un
lien intime unit ces zéolilhes aux matières sur lesquelles
elles sont implantées, ou auxquelles elles sont associées :
ces silicates hydratés ne sont autre chose que des miné-
raux volcaniques transformés sous l'action de l'eau et en
quelque sorte régénérés. Dès que ces roches cristallines
ou leurs tufs sont exposés aux eaux qui les pénètrent, on
voit les pores se garnir de minéraux zéolithiques. Ce rem-
plissage est en rapport direct avec le degré d'altération
des masses éruptives. En somme, ces veines, ces fîlonnets,
ces géodes, ont été tapissés de minéraux zéolithiques par
une exsudation, si l'on peut s'exprimer ainsi, de la roche qui
les renferme. C'est surtout dans les géodes des basaltes,
des phonolithes, des diabases, ou dans les tufs respectifs de
ces masse séruptives, qu'on les constate. Or, les matières
volcaniques sous-marines de la région que nous envisa-
geons, sont précisément celles qu'on pourrait considérer
comme des tufs de roches basaltiques.
L'étude des cristaux ou des enduits zéolithiques qui
5°" SÉRIE, TOME XIX. 15
( 180 )
garnissent les produits éruplifs subaériens, indiquent net-
tement que ces minéraux secondaires ont été formés par
les eaux; celles-ci ont emprunté à la roche même qui
sert de gangue les éléments constitutifs des zéoliliies.
On peut souvent suivre, aux diverses zones des géodes, la
série graduelle des altérations que les roches ont subies
sous l'influence de l'eau qui s'y infiltrait, en déposant
dans les creux les matières dont elle s'était chargée durant
son passage à travers les canaux capillaires des masses
éruplives.
Les roches amygdaloïdes de la série basique de tous les
âges permettent d'observer les faits que nous rappelons;
on a même constaté des zéolithes dans des laves aussi
récentes que celles du Puy-de-Dôme et de Gravenoire. En
un mot, partout où apparaissent les roches volcaniques
basiques, on est sûr de voir apparaître aussi les minéraux
du groupe de zéolithes, toujours formés par l'action des
eaux agissant sur les masses volcaniques où ces minéraux
sont implantés : c'est le cas en Auvergne, en Bohême,
au Siebengebirge, en Islande, au Dekkan, aux roches des
environs d'Idar, aux masses éruplives du trias d'Ecosse, etc.
Dans certaines circonstances exceptionnelles seulement
on voit les zéolithes passer dans les couches stratifiées :
les solutions qui les déposèrent peuvent alors en avoir
puisé les éléments aux roches éruplives avoisinanles, ou
bien ces couches sédimentaires auront été, à l'origine, des
matières lufl"acées plus ou moins semblables à celles que
nous voyons se déposer sur le fond du Pacilique. C'est
très probablement dans ces conditions qu'on trouve des
zéolithes dans des schistes argileux à Andreasberg et à
Eule, dans des calcaires à Chappel, Fifeshire, où l'on
constate l'apophyllite avec opale remplissant des stro-
( 187)
phoDèmes, dans les grès du tertiaire supérieur à Creva-
cuore, dans les fiions du Lac Supérieur, où les zéolilhes
sont associés aux minerais de cuivre.
Mais dans tous les gisements où l'on constate leur
présence, et quelle que soit la nature de la roche qui leur
sert de gangue, toujours ces silicates se présentent avec
les caractères d'origine hydatogène. On peut avancer aussi
comme résultat certain d'un nombre considérable d'obser-
vations que les masses minérales, où elles sont comme
cantonnées, appartiennent surtout aux roches amygda-
loïdes de la série basique.
Un autre fait, qui nous paraît bien significatif, doit être
relevé ; c'est qu'autant nous voyons les zéolithes abonder
dans les roches volcaniques basiques, autant d'autres
roches cristallines ne se prêtent que peu ou point au déve-
loppement de ces minéraux. C'est ainsi que les pâtes des
granités et des porphyres, plus riches en acide silicique
que les roches mentionnées tout à l'heure, ne renferment
pas de zéolilhes; ces minéraux y sont remplacés par des
concrétions siliceuses : par du quartz, de la calcédoine,
de l'opale. Tout ceci démontre d'une manière évidente
que les eaux infiltrées dans les masses cristallines n'y
déposent d'autres matières que celles qu'elles ont puisé
dans ces mêmes roches; que ce sont les produits d'altéra-
tion de ces roches qui fournissent les éléments constitutifs
des zéolithes ou des concrétions siliceuses.
L'eau n'est donc que l'instrument de cette régénéra-
lion de minéraux. Au moment où elle s'infiltre, elle peut
n'être chargée d'aucun des éléments qui constituent les
produits secondaires qu'elle va déposer : ceux-ci se trou-
vent en réserve dans les masses éruptives d'où l'eau les
( ^88 )
enlève pour les abandonner bientôt à l'état de cristaux ou
d'enduits amorphes.
L'étude des phénomènes contemporains vient à son
tour appuyer les déductions précédentes tirées de l'obser-
vation des roches éruptives des périodes géologiques.
Par des recherches qui font date dans la science,
Daubrée à établi qu'à Plombières, une eau à peine minéra-
lisée, s'infiltrant dans le béton et dans la maçonnerie à
l'aide desquels les Romains avaient capté la source, déter-
mine la formation de zéolithes, parmi lesquels ce savant
a constaté la phillipsite cristallisée. Dans les boursouflures
des briques et dans le ciment se développent, sous
l'influence des eaux qui les pénètrent, des minéraux en
tous points identiques à ceux dont nous constatons la
présence dans les roches vésiculaires de la série basique.
A Plombières, mieux que partout ailleurs, on peut déter-
miner les conditions qui président à la formation des
zéolithes. On y trouve, en particulier, la démonstration
certaine que les eaux qui les déposent en prennent les
éléments au milieu ambiant.
Les eaux de Plombières, en effet, sont à peine minéra-
lisées, et, d'autre part, on ne trouve pas de traces de zéoli-
thes ni d'autres minéraux contemporains dans le gravier
sableux qu'elles traversent avant d'arriver au béton ou à
la maçonnerie; en outre, ces formations sont absentes
aussi dans le granité tout à fait friable qui s'est trouvé, à
Plombières, soumis à des conditions identiques à celles où
se trouvaient le ciment et les briques romaines. 11 faut
donc conclure de ces faits, et surtout de cette localisation,
que c'est la matière même dans laquelle les cristaux se
déposent qui fournit à l'eau les éléments constitutifs des
zéolithes. On voit donc ici d'une manière évidente que
( 180 )
c'est suivant la composition ou l'altérabilité des nriasses
minérales que l'eau traverse, que la substance zéolithique
est soustraite et mise en état de cristalliser. Le granité
et le gravier, plus riches en silice, résistent mieux à cette
action dissolvante; les eaux n'y peuvent rien puiser; elles
n'y déposent rien. Nous constatons ainsi dans ces phéno-
mènes modernes l'exacte répétition de ceux que l'étude
des roches cristallines des terrains géologiques a fait
découvrir.
Si nous nous sommes arrêté à faire ressortir quelques
détails des observations que Daubrée a conduites avec une
si remarquable sagacité à Plombières, et qu'il a trouvées
confirmées à plusieurs autres sources thermales, c'est que
non seulement ces phénomènes jettent une vive lumière
sur ceux du passé du globe, mais parce que nous y
trouverons des points de comparaison permettant d'établir,
avec une très grande probabilité, l'origine des zéolitbes
sous-marins.
En tenant compte de l'ensemble des faits que nous
fournit l'élude des roches zéolithiques et celle de la forma-
lion des zéolilhes contemporains, voici comment on peut
envisager l'origine des petits cristaux de phillipsile des
vases du Pacifique.
Les dragages et les sondages de la région à zéolilhes
nous y prouvent l'abondance exceptionnelle de fragments
ou de lapilli de basalte vésiculaire, souvent avec base
vitreuse très développée, d'andésite, de tachylite, de ponce
verdâlre riche en fer; toutes ces roches appartiennent à la
série basique, et parmi elles se trouvent les types de la
série éruptive les plus pauvres en silice.
A ces lapilli, que nous constatons toujours à un état
( 190)
d'hydralalion et de désagrégation plus ou moins avancé,
sont associés, avec une remarquable constance, des frag-
ments de palagonite représentant une des dernières phases
de l'hydratation des verres volcaniques basiques. Nous
constatons, en outre, dans la vase des particules micros-
copiques, qui doivent avoir été projetées comme cendres
volcaniques lors des éruptions subaériennes ou sous-
marines.
Ces cendres proviennent, suivant toute vraisemblance,
des éruptions qui ont semé sur le lit de la mer les lapilli
basiques éminemment altérables. Ces particules sont donc
aussi de nature basique, et leur état de division extrême
doit favoriser d'une manière exceptionnelle leur attaque
par les eaux.
Non seulement les roches qui viennent d'être énumérées
sont celles où, dans les terrains géologiques, les zéollthes
se sont développés avec une prédilection marquée, mais
elles sont surtout représentées par leurs variétés vitreuses.
Or, on sait par les observations sur le terrain et par les
expériences de laboratoire, que ces variétés vitreuses sont
précisément celles qui offrent le moins de résistance à
l'action des eaux, et que celles-ci les transforment facile-
ment, en partie du moins, en matières de nature zéoli-
thique.
Quel doit être le résultat de l'action de l'eau sur des
roches et des minéraux de la nature de ceux que nous
trouvons sur le lit du Pacifique? Évidemment le même, au
fond, que celui observé aux roches analogues dans les
affleurements subaériens où nous pouvons suivre les modi-
fications qui s'opèrent.
La suite des phénomènes qui accompagnent l'altération
de ces roches, a été retracée, il y a longtemps, par Ebel-
( 491 )
men, et toutes les recherches faites depuis tendent à con-
firmer celles que ce savant publiait dès 1845. Les miné-
raux qui constituent les basaltes et les roches basiques,
en général, subissent, sous l'influence des eaux qui
les attaquent, souvent à la faveur de l'acide carbonique
qu'elles renferment, une série de transformations qui se
reproduisent avec constance dans la nature et qu'on peut
résumer ainsi : durant la décomposition de ces roches, les
eaux enlèvent aux silicates alcalins presque tout ce qu'ils
renferment de potasse ou de soude, et, en même temps,
la silice est libérée. Pour les silicates à base de chaux et de
magnésie, de fer et de manganèse, la presque totalité de
la chaux et du fer se sépare avec une quantité très
notable de silice. Les eaux enlèvent ces divers éléments,
qui tendent à disparaître de la masse primitive; le fer et le
manganèse restent dans le résidu de cette décomposition à
un étal supérieur d'oxydation. Quant à l'alumine qui entre
dans la composition des silicates, une fraction en est élimi-
née; mais la majeure partie se concentre dans le résidu,
en retenant une certaine portion de silice et en lixant une
certaine quantité d'eau. Le produit final de ce résidu se
rapproche de plus en plus d'un silicate d'alumine hydraté,
qui constitue une masse argileuse renfermant toujours des
traces d'alcalis, surtout de potasse, et chargée de fer et de
manganèse. Les eaux entraînent les éléments qu'elles ont
ainsi enlevés aux roches, et peuvent les déposer aux abords
immédiats des points où elles les ont extraits, ou bien ces
substances sont emportées plus loin, suivant que le liquide
est lui-même plus ou moins rapidement entraîné.
Nous allons montrer que ces phénomènes se réalisent
d'une manière analogue sur le fond du Pacifique; les diffé-
rences qu'ils peuvent présenter ne sont pas essentielles
( 192 )
et s'expliquent quand on tient compte des conditions spé-
ciales du gisement.
Étant donnée la nature des roches dont nous constatons
la présence sur le lit de la mer, dans la région que nous
envisageons, la formation des zéolithes doit s'y produire
comme on vient de l'indiquer; mais ces minéraux s'y
présenteront avec un caractère propre au milieu où ils
se développent : ils seront en individus crislallographi-
quement définis ou en agrégals, mais toujours à l'état
libre, non implantés. Les eaux marines, agissant sur ces
matières volcaniques basiques, se chargent des éléments
qu'elles vont déposer comme zéolithes; le résidu se trans-
forme en masse argileuse, au sein de laquelle le manga-
nèse et le fer se concrélionnent en nodules de peroxyde
hydraté. C'est dans cette bouillie argileuse que les cris-
taux zéolilhiques doivent se déposer; étant donné le mou-
vement à peine sensible des eaux, les solutions ne peuvent
être entraînées bien loin, comme c'est quelquefois le cas
dans les matières qui proviennent de la décomposition
subaérienne des basaltes. Ces cristaux ne peuvent s'im-
planter sur celte vase sous-marine comme ils le font sur
les parois solides des roches cristallines : de là le caractère
spécial qu'ils affectent d'être terminés sur tout leur pour-
tour par des faces cristallines, ou de former des agrégats
ou globules sphérolithiqiies dont la surface est hérissée de
facettes. Ce sont bien là les traits propres de cristaux
formés dans des matières vaseuses et qu'on a reconnus
depuis longtemps aux hyacinthes de Compostelle, à des
cristaux de gypse, aux groupes radiés de sulfure de fer qui
ont cristallisé dans des conditions de milieu analogues
à celles où nous trouvons nos cristaux microscopiques de
|>hillipsite.
( 195 )
Ainsi la présence des matières éruplivesdont la décom-
position, sous l'action de l'eau, donne naissance aux
zéolithes, la coexistence de ceux-ci avec le résidu normal
de l'altération des roches basiques, l'argile et les concré-
tions fero-manganésifères, les caractères spéciaux de ces
microlithes de phillipsite; en un mot, l'ensemble des faits
que nous constatons sur le lit du Paciiique, vient appuyer
d'une manière bien significative l'interprétation que nous
proposons. Elle nous paraît donner une explication adé-
quate de l'origine des cristaux de phillipsite.
Cependant quelques points, sur lesquels nous n'avons
pas insisté, pourraient être soulevés contre cette manière de
voir. Nous allons examiner ces doutes, qui se présentent
assez naturellement d'ailleurs. On peut se demander tout
d'abord si les substances que l'eau de mer extrait des sili-
cates des roches volcaniques, ne doivent pas se répandre
par diffusion dans la masse océanique et se perdre en
quelque sorte dans cet immense réservoir. Pour lever ce
doute, il suffît de tenir compte, nous paraît-il, d'un fait que
les recherches océanographiques récentes semblent avoir
établi : c'est qu'aux grandes profondeurs les eaux ne
subissent plus d'une manière sensible l'influence des mou-
vements superficiels, les courants, les vagues et les marées.
On admet que les couches liquides du fond n'éprouvent
qu'un mouvement en masse d'une très grande lenteur et
qui contraste avec l'agitation des eaux de la surface. Or,
nous avons dit que, pour la formation des zéolithes, il
suffit d'une eau qui se renouvelle avec une grande len-
teur; nous avons donc au fond du Pacifique celte condi-
tion qu'on observe pour les eaux qui s'infiltrent dans les
roches subaériennes et y déposent ces silicates hydratés.
Grâce à la quasi-immobilité de l'eau en contact avec les
( 194 )
débris volcaniques et qui imbibe la bouillie sédimentaire,
la diffusion, pour n'être pas suspendue, ne doit s'opérer
dans les couches profondes de la mer qu'avec une lenteur
telle qu'elle permettra aux éléments dissous de se déposer,
au moins en partie, aux points où ils sont extraits. L'une
des conditions exigées pour la formation des zéolithes, le
renouvellement lent des eaux, est donc réalisée au fond
des mers.
Une autre objection tirée de la basse température des
eaux aux grandes profondeurs pourrait être soulevée. En
tenant compte de la température des couches inférieures
de l'océan, qui oscille entre 2° ou 5" au-dessus ou au-
dessous de zéro, on pourrait penser que ces conditions
thermiques sont incompatibles avec la cristallisation de
ces zéolithes. On a admis généralement que ces minéraux
réclamaient, pour leur formation, des eaux de température
élevée; mais qu'ils puissent se produire sans exiger une
grande chaleur, c'est ce que nous prouvent les zéolithes
de Plombières et d'ailleurs; nous avons vu qu'ils s'y
développent jusqu'à fleur de terre sous l'action d'eaux,
thermales à vrai dire, mais dont la température s'élève
à peine au-dessus de 40". On est loin, dans ce cas,
des hautes températures que l'on avait hypolhétiquement
invoquées pour expliquer le dépôt de toutes les matières
zéolithiques.
A en juger par les effets qui se sont produits à Plombières
avec des eaux si peu chaudes, durant l'espace relativement
court qui nous sépare de la période romaine, on peut
comprendre comment, à des températures même notable-
ment plus basses, des phénomènes analogues peuvent se
produire si l'on fait entrer en ligne de compte, comme
nous sommes d'ailleurs en droit de le faire, la grande
'
( 195 )
ahérabililé des silicates basiques et l'élat de division
extrême où nous les trouvons sur le fond du Pacifique.
Ce que des eaux à peine échauffées, comme celles des
sources, peuvent réaliser, les eaux marines le réaliseront
aussi dans une certaine mesure, surtout si l'on doit
accorder au temps d'agir comme facteur dans ces réactions
qui ne se traduisent, du reste, que par la formation de
cristaux minuscules dont la taille excède à peine quelques
fractions de millimètre.
Ajoutons qu'il serait facile de prouver que, dans la
décomposition d'un grand nombre de roches et le dépôt
des zéolilhes sous l'influence de l'eau, celle-ci n'a pu
agir qu'à une température relativement peu élevée. On
conçoit facilement que si une eau à peine minéralisée,
comme celle de Plombières, sufllt pour attaquer des sub-
stances comme la brique et le béton et pour y provoquer la
formation des zéolithes et d'autres espèces, la calcédoine,
l'opale, etc., Feau de mer peut exercer une action ana-
logue sur les silicates naturels qu'elle baigne. Si l'on doit
admettre que l'eau météorique suffit à décomposer les
roches, tout nous indique que l'eau de mer chargée de ses
sels doit attaquer les matières minérales qu'elle pénètre.
On sait que l'eau, en contact avec des silicates alcalins
finement pulvérisés, ne tarde pas à donner elle-même une
réaction alcaline, et que dès lors elle peut agir à la faveur
de l'alcali qu'elle renferme. A cette action des eaux peut
encore s'ajouter celle, bien plus énergique, quoique plus
localisée, des exhalaisons acides, qui forment le cortège
habituel des manifestations volcaniques dont les régions
sous-marines du Pacifique doivent avoir été bien souvent
le théâtre.
Peut-être le rôle considérable que jouent ces zéolithes
dans les sédiments océaniques, les grandes étendues recou-
( 196 )
verles par ces formations, pourraient-ils être regardés
comme inconciliables avecl'inlerprétation que nous avons
donnée.
Pour lever ce doute, rappelons ce que nous montre
l'exploration géologique du grand massif du Dekkan, où,
sur plus de500,000kilomètres carrés, s'étalent des couches
horizontales de roches basaltiques, dont la puissance totale
peut atteindre 500 mètres. Ces nappes de lave et ces tufs,
traversés par le chemin de fer de Bombay à Nagpour sur
plus de 800 kilomètres, se montrent partout pétris de
cristaux de zéolithes d'une dimension incomparablement
supérieure à tout ce qu'on connaît. Non seulement ces
minéraux associés à des produits de la famille des quartz
s'y montrent dans les géodes, mais les roches sont comme
traversées dans tous les sens par des tubulures longues,
cylindriques, verticales et remplies de zéolithes (1). Je
pourrais encore rappeler les zéolithes des massifs du
Groenland, du Lac Supérieur; mais ce que je viens de dire
suffit à montrer quelles vastes proportions peut prendre à
la surface du globe la formation de ces minéraux.
En résumé, nous aurions donc dans les sédiments du
Pacidque une répétition, sur une plus grande échelle, des
phénomènes que nous montrent les massifs volcaniques
subaériens; nous y constaterions les mêmes effets de
décomposition, qui se traduisent par la transformation d'un
silicate basique d'origine ignée en un silicate cristallisé
acide d'alumine, de chaux et d'alcali, et en un résidu plus
basique et insoluble, riche en oxyde de fer et de manganèse,
qui forme Vargile rouge et les nodules ferromanganésifères.
(t) Daubré, Les eaux souterraines aux époques anciennes, p. 16.
Paris, 1887,
( IS7 )
Détermination des variations que le coefficient de diffu-
sion éprouve avec la température pour des liquides
différents de l'eau; par P. De Heen, membre de l'Aca-
démie.
Nous avons étudié, dans un travail antérieur, les varia-
tions que le coefficient de diffusion éprouve avec la tem-
pérature lorsque l'on opère sur des solutions aqueuses (*).
Ces recherches nous ont permis d'établir, à titre de
loi-limite, que la variation du coefficient de diffusion avec
la température ne dépend pas de la nature du sel dissous,
mais dépend uniquement de la nature du liquide. Cette
loi ne doit évidemment être considérée que comme une
loi-limite susceptible de subir des écarts plus on moins
sensibles, lorsque la constitution de la solution saline varie
d'une manière plus ou moins appréciable par suite de
l'accroissement de température. Les écarts dus à cette
dissociation physique seront évidemment d'autant plus
considérables que l'on opérera à une température plus
élevée. De plus, cette loi implique l'emploi de solutions
inûniment diluées, condition dont on peut s'approcher
sans pouvoir la réaliser complètement.
On doit à M. Voigtiander ('*) un travail remarquable sur
le sujet qui nous occupe et qui vérifie pleinement la loi
que nous avions formulée. Ce physicien a déterminé le
(*) Bull, de VAcad. roxj. de Belgique, Z^ série, t. VIII, 1884.
('*) Zeilschrift fur Physifcalische Cliemic, p. 510., 1889.
( 198)
coeiricienl de variation a^, «g, lorsque les lempéralures
varient respectivement de 0" à 20° et de 20" à 40°.
Voici les résultats qu'il a obtenus :
SUBSTANCES EiN SOLUTION.
j:, .
■x^.
Acide formique
Acide acétique
Acide propionique
Acide butyrique
Acide oxalique
Acide sulfurique
Oxyde de potassium
Oxyde de sodium
Oxyde d'ammoniaque
0.\yde de lithium
Oxyde de baryum
Oxyde de strontium
Oxyde de calcium
Chlorure de calcium
Chlorure de sodium
Chlorure d'ammoniaque
Chlorure de magnésium
Chlorure de baryum
Chlorure de nickel
Chlorure de cobalt
0,0228
0,0243
0,0261
0,0256
0,0242
0,0236
0,0209
0,0195
0,023
0,0239
0,0224
0,0229
0,0237
0,0219
0,0243
0,0236
0,024
0,0232
0,0231
0,0232
0,0306
0,0326
0,0358
0,0383 '
0,0322
0.0330
0.026
0.024
0,0293
0,0291
0,0297
0,0280
0,0279
0,03-12
0,0314
0,0346
0,0306
0,0322
0,0304
Il résulte de ce tableau que le coefficient de variation
est sensiblement le même pour tous les corps dissous,
lorsque l'on opère à des températures peu élevées, de
manière à ne pas moditier sensiblement la constitution de
la solution.
( 199
En nous basant sur celle loi, nous nous sommes proposé
de déterminer le coefficient de variation qui caractérise des
liquides de diverses natures.
L'appareil dont nous avons fait usage se compose de la
cuvette plate A, que nous avons décrite antérieurement,
dans laquelle on introduit le liquide fortement coloré à
l'aide d'une substance convenable. Cette cuvette est sup-
portée par quatre crochets en verre soudés au tube /,
lequel est traversé sur toute sa longueur par un tube /'.
FiG. 1. Appareil au '/g de la grandeur d'exécution.
Celui-ci porte à sa partie inférieure une cloche c, à l'aide
de laquelle on peut recouvrir ou découvrir à volonté
l'orifice o.
( 200 )
L'appareil peut être disposé dans une étuve à eau dans
laquelle on peut réaliser une température constante au
moyen d'un régulateur d'écoulement du gaz. Deux glaces
convenablement disposées permettent d'observer la marche
de la ditfusion.
P
«t^;
FiG. 2. Colorimètre Vi de la grandeur d'exécution.
Afin d'expérimenter, la cuvette A, renfermant le liquide
coloré, est d'abord portée à la température à laquelle on
se propose d'opérer, en la plongeant jusqu'au niveau de
la tubulure dans un bain convenable. L'excès de liquide
s'écoule ou est enlevé avec du papier buvard.
La cuvette est ensuite suspendue aux crochets en verre,
l'oriflce est recouvert par la cloche c, et le tout est
introduit dans l'éprouvette renfermant le liquide pur.
Celle-ci est amenée à la température de l'opération et le
tout est disposé dans l'étuve E. On relève la cloche c et la
diffusion commence. Lorsque l'on reconnaît que le liquide
( 201 )
renfermé dans l'éprouvelle est suffisamment coloré, on
abaisse la cloche et on retire le liquide.
Afln de déduire de ces observations le rapport des
coefficients de diffusion pour diverses températures, on
compare les quantités de substances colorantes qui ont
passé de l'ampoule dans l'éprouvette. A cet effet, les
liquides à comparer sont introduits dans les tubes T, T',
gradués en millimètres. Ceux-ci sont déposés sur une
glace G, supportée par deux supports a, a', sous lesquels
on dispose une feuille de papier blanc convenablement
éclairée. Cela étant, les hauteurs h et h' des liquides à
comparer sont réglées de telle manière que le papier blanc
paraisse également coloré. Les rayons lumineux émanant
du papier auront donc rencontré un même nombre de
particules colorantes dans les deux tubes.
Si l'on représente par c et par c' les concentrations en
T et en T', c'est-à-dire les quantités de substances renfer-
mées dans l'unité de volume, nous pourrons écrire
c h'
Quant aux quantités de substance q et 7' qui auront
passé dans le liquide de l'éprouvette, elles seront propor-
tionnelles aux volumes V et V de liquide employés, et à la
concentration de ceux-ci.
Nous aurons :
cj c\ h' V
^'^ ^'^cT^/Tv''"
S"" SÉRIE, TOME XIX. 14
( 202 )
Cela étant, si nous représentons par A; et k les coeffi-
cients de diffusion, nous aurons :
k q t'
t et /' représentent les temps de l'opération ou encore
k h'Yt'
(2)
k' h\'t
On sait que, d'après la loi de Fick, les quantités de
substance qui passent sont proportionnelles à la diflërence
de concentration de part et d'autre de la couche à travers
laquelle se produit le phénomène, ou encore à la simple
concentration, ainsi que nous l'avons admis dans la for-
mule (1), si l'on considère la concentration du liquide
ambiant comme nulle ou négligeable.
Dans ce qui précède, nous avons supposé que la concen-
tration du liquide contenu en A est constante. Mais, en
réalité, il n'en est pas absolument ainsi, car, lorsque la
température s'élève, le liquide se dilate et par suite le
nombre de molécules colorantes renfermées dans l'unité
de volume diminue. Il résulte de celle considération que
le coefficient de diffusion croît plus rapidement avec la
température que la formule ne l'indique. Si nous repré-
sentons par Vj et v^, les volumes d'une masse donnée de
liquide aux températures T et T', la formule corrigée devra
s'écrire :
h'Yt'Vr
iÎt "T'
hX'tVj,
Voici les résultats que nous avons obtenus, en regard
desquels nous avons inscrit les valeurs de -, yi repré-
( 203 )
sentant le frottement intérieur du liquide, obtenu à l'aide
de la vitesse d'écoulement par des tubes capillaires.
Xylène.
SCBSTAXCES COLORANTES
employées.
TEMPÉRATURE.
VALEUR
du coefficient de
diffusion
k.
Orcanette
Orcanetle
Éosine et orcanette .
10
30
oO
"0
ilO
1,00
1,60
2,^20
2,8o
o,oO
enzine.
10
•1,00
;-io
1,65
KO
2,33
60
2,70
Alcool élhylique
10
30
50
70
1,00
1,90
2,90
4,10
1,000
1,132
1,243
1,366
1,457
1,000
1,160
1,323
1,400
1,000
1,348
1,652
2,043
(') Les observations effecluces à l'aide de l'orcanelte ne peuvent pas se
faire à des températures dépassant 40" à 50". Celte matière s'altère dan*
l'alcool à des températures supérieures.
( 204 )
SUBSTANCES COLORAMES
employées.
TEMPÉRATURE.
VALEUR
du coefficient de
diffusion
k.
VALEUR DE
1
Alcool amijlique.
1 -10
1,0
1,00
1 30
t>,9
1,83
Oi'canetie, éosine .
. . ( 50
j
5,g
2,93
1 ™
9,0
3,93
i 90
-13,9
0,26
Benzoate d'amtjle.
1 \o
d,00
1,00
l 30
2,34
1,66
Orcanette ....
. . / ëO
3,61
2,ol
j 70
3,04
3,77
[ 90
6,61
4,90
Sulfure de carbone.
dO
-1,00
1,000
Iode
30
40
2,03
2,62
1,084
1,121
(
Ces résultats nous permettent de conclure qu'on peut
atïirmer, d'une manière générale, que le coefficient de
diffusion varie le plus rapidement pour les liquides dont
le frottement intérieur éprouve également la variation la
plus rapide.
( 20a )
Cependant, il y a lieu de remarquer que le frottement
intérieur et le coefficient de diffusion ne varient pas de la
même manière pour ces liquides, ainsi que cela se passe
pour l'eau. Pour ce liquide, on peut poser sensible-
ment k = - el il était aisé de rendre compte de celte
relation en admettant que la vitesse des molécules U est
proportionnelle à la température absolue T, en raison
inverse du frottement intérieur /j et en raison inverse de
la surface que présente la molécule, ce dernier terme
n'ayant du reste qu'une importance secondaire, attendu
qu'il varie très lentement avec la température (*).
Les observations que nous venons d'effectuer ne nous
permettent plus d'admettre une relation aussi simple,
mais elles nous obligent d'écrire d'une manière beaucoup
plus générale
T
f {;/}) représentant une fonction du frottement intérieur.
Des expériences que nous avons entreprises en 1878 (*')
nous permettent de jeter un certain jour sur la nature
de cette fonction. Nous avions tenté à celte époque de
déterminer le frottement intérieur des liquides en compa-
rant les vitesses uniformes avec lesquelles de petites
sphères de verre se mouvaient dans divers liquides, sous
l'action de la pesanteur. Ces recherches nous avaient
(*) Recherches sur la physique comparée et la théorie des liquides,
Gauthier Villars, J888.
(") Bull, de l'Acad. roy. de Belgique, 'i' série, t. XLV, 1878.
( 20G )
montré que les vitesses de ces petits corps n'étaient pas
inversement proportionnelles au frottement intérieur du
liquide, mais que les quantités p inversement propor-
tionnelles à ces vitesses étaient également une fonction
complexe du frottement intérieur. De plus, lorsque l'on
passait d'un liquide à un autre, ou encore si l'on faisait
varier la température d'un même liquide, la variation dep
était d'autant plus rapide que les sphères employées avaient
des dimensions plus petites.
Si nous comparons les molécules qui se diffusent aux
petites sphères de verre que nous venons de considérer,
l'action de la pesanteur sera simplement remplacée par les
actions calorifiques, et la variation de la vitesse de ces
molécules avec la température ne dépendra pas seulement
du frottement intérieur, mais encore du volume des
molécules liquidogéniques qui constituent le liquide. De
plus, toutes choses étant égales, la variation du coefficient
de diffusion avec la température sera la plus rapide pour
les liquides dont les molécules liquidogéniques sont les
plus petites.
Il est probable qu'il faut attribuer à ce fait la variation
relativement rapide du coefficient de diffusion du sulfure
de carbone, alors même que son frottement intérieur
ne varie que très lentement. Au contraire, l'eau serait
composée de molécules liquidogéniques présentant un
volume très considérable, ainsi que cela est, en général,
admis par les chimistes et par les physiciens.
On peut espérer que ces considérations permettront un
jour d'établir les rapports qui existent entre les volumes
des molécules qui constituent les divers liquides.
^207)
Sur la nature de la matière polarisante du marc de
BETTERAVE ÉPUISÉ A l'alcool. — Pouvoiv Totaloire
des matières pectiques ; par L. Chevron el A. Droixhe,
à Gembloux.
On sait que lorsqu'on traite par l'eau chaude la râpure
de betteraves épuisée à l'alcool, on obtient un extrait qui
polarise. Quoique Frémy, dans son travail classique sur les
matières pectiques, ait écrit que celles-ci étaient sans
action sur la lumière polarisée, l'un de nous, dans une
série d'articles qui parurent dans la Sucrerie belge (1),
annonça que l'action polarisante de l'extrait aqueux du
marc de betterave était due à la pectine. Nous venons
apporter les preuves détaillées de cette affirmation.
Pour obtenir, en quantité suffisante pour les essais, celle
matière polarisante du marc, nous l'avons préparée de la
manière suivante :
De la râpure de betteraves a été pressée énergiquemenl
pour en extraire la majeure partie du jus. On a débarrassé
le marc du jus sucré que la pression n'a pu expulser, en le
faisant digérer avec de l'alcool dans une grande éprouvette
d'une contenance de 4 à o litres et munie d'une tubulure
inférieure pour le soutirage du liquide. L'alcool a été
renouvelé jusqu'à ce que le liquide soutiré ne polarisât
(i) i" septembre 1887, 1" mars 18S8, décembre i888.
( 208 )
plus. Ce résultai a été atteint après six ou sept opérations.
Le marc, après égouttage et évaporation de l'alcool à Pair
libre, a été traité par l'eau et la chaleur. Après un certain
temps d'ébullition, on a filtré et le liquide a été additionné
d'alcool à 94-95" G. L., qui y a déterminé un précipité
gélatineux. Ce précipité a été recueilli sur un filtre et lavé
à l'alcool à 80-80" G. L. Avant de soumettre cette matière
à l'analyse, nous l'avons redissoule dans l'eau, puis repré-
cipitée par l'alcool. Afin d'obtenir une pectine laissant
moins de cendres à l'incinération, nous avons, dans
quelques préparations, acidulé la solution aqueuse par
HCl avant de la précipiter par l'alcool. Voici les résultats
de l'analyse de trois échantillons séchés à 100°, provenant
de préparations dilîérentes :
I.
(Solulion aqueuse
non acidulée
avant précipitation.
II.
(Solution aqueuse
acidulée
avant précipitation.
m.
iSolulion aqueuse
acidulée
avant précipitation '
Matière . .
Obtenu :
Cendres. .
H-^O. . .
00^ . . .
0,573
0,0û9(a)
0,271
0,810
Matière .
Obtenu :
Cendres
H^O . .
CO-i . .
0,4805
0,0U8(a)
0,238
0,739
Matière .
Obtenu
Cendres.
H-!0 . .
co-^ . .
0.691
0,017 ;a)
0,3403
1.0623
(o) Les cendres donnaient les réactions du Fe — CaO — Pli-O^ — K-O.
( ^209 )
De là, la coraposilion cenlésimaie de la matière privée
(le cendres :
I.
II.
m.
H . .
. . . 0,86
H . .
. . . 0,60
H .
. 0,01
C . .
. . . 4^2,1)8
C . .
. . . i^do
c .
. 42,99
.
. . . ol.lti
. .
. . . ol.To
.
. 51,40
■1U0,(I0
100.00
100,00
L'analyse de deux échantillons de pectine de carotte,
que nous avons préparée suivant les indications de
Frémy (1), nous a donné sensiblement les mêmes
résultats :
Matière 0,671
Obtenu :
Cendres 0,012 (a)
H-^0 0,335
GO'^ 1,0215
Matière 0,656
Obtenu :
Cendres 0,0065 (a)
H-iQ 0,3185
C0-' 1,0075
[a] Les cendres contenaient Fe — CaO — Plr-O^ K-O.
(I) FiiÉMY. Chimie des vétjétaux (Encyclopédie de l'^rémy), p. 42.
( 210 )
La matière privée de cendres a donc la composition
1.
II.
H . .
. . 0,98
H . .
. . . 5,4o
C . .
. . . 42/28
C . .
. . . 42,31
. .
. . . 51,74
. .
. . . 52,24
100,01)
100,00
Toutes ces analyses ont été effectuées par la méthode de
Schloesing (1 ), avec cette différence, qu'au lieu de recueillir
CO'^ à l'étal gazeux, nous l'avons absorbé dans des tubes
à potasse.
On verra plus bas que la pectine de carotte a un pou-
voir rotatoire de 5,73, celui du saccharose étant 1. Nous
avons trouvé que la pectine du marc de betterave avait le
même pouvoir (3,75).
On sait que la pectine se transforme en acide peclique
au contact des bases. La formation de cet acide est carac-
téristique et dissipe tout doute sur la nature de la substance
qui le fournil. Celle propriété est présentée par la matière
gélatineuse du marc de betterave. Ajoutons à une solu-
tion de cette matière un peu de potasse, de soude ou
d'ammoniaque; acidulons ensuite par HCI, nous obtenons
un précipité gélatineux.
L'action de la potasse et de la soude est instantanée;
celle de l'ammoniaque exige quelques heures. Le lait de
(I) Décrite dans le Traité d'cmnlyse des matières agricoles; par
M. Grandeau, page 15, 2* édition, 1885.
( 2H )
chaux et l'eau de baryte, à la température ordinaire,
donnent lieu à un pectate insoluble d'où HCI isole l'acide
pectique. L'emploi de la baryte nous a paru particuliè-
rement commode pour exécuter celte transformation.
A la solution de la matière on ajoute un excès d'eau de
baryte, comme l'indique Frémy. Il se forme immédiate-
ment un volumineux précipité gélatineux. Pour éviter la
carbonation de l'eau de baryte en excès, nous faisons la
précipitation dans un bocal de collection qui est ensuite
bouché. Après quelques heures, le précipité est séparé et
lavé à l'eau. On le détache du filtre, le met en suspension
dans l'eau et le traite par HCI en excès, qui met en liberté
l'acide gélatineux. Celui-ci est jeté sur un filtre et lavé à
l'alcool à 40° G. L., jusqu'à disparition de la réaction du
chlore (1).
Le produit présente les réactions suivantes :
1" Soluble immédiatement et à froid dans quelques
gouttes de KHO ou NaHO, d'où HCI le précipite en gelée;
2° Se dissout immédiatement et à froid dans AzH^;
Cette solution donne :
a. Par HCI une gelée transparente.
b. Par l'eau de baryte ou BaCl- un sel de baryum géla-
tineux.
(1) Nous suivons la même marche pour doser l'acide pectique,
provenant d'un poids déterminé de pectine, avec cette différence que,
pour ne pas faire de pertes (l'enlèvement intégral du pectate de
baryum du filtre étant difficile et l'acide pectique n'étant pas com-
plètement insoluble dans l'eau), nous décomposons le pectate par HC!
dans le liquide même où il s'est précipité, et nous ajoutons un volume
d'alcool à 94» G. L. L'acide pectique ainsi séparé est jeté sur un filtre
taré, desséclié à 100» C, etc.
( 212 )
c. Par l'eau de chaux ou CaCI^ un sel de calcium géla-
tineux;
5° Se dissout facilement à froid dans l'oxalale d'ammo-
niaque (solution à o 7o); HCI ou l'alcool le précipite;
4° Se dissout dans le citrate d'ammoniaque; HCl ou
l'alcool le précipite.
Ce sont là les caractères bien connus de l'acide peclique.
Nous en avons trouvé un nouveau : un pouvoir rotaioire
énergique et égal à 3,88, celui du saccharose étant 1. On
verra plus bas que l'acide peclique polarise quelle que
soit son origine, et que son pouvoir roiatoire est très voi-
sin de ce chiffre. On a trouvé 5,95 pour l'acide pectique
de carotte et 3,82 pour celui de poire. Les différences
rentrent dans l'ordre des erreurs d'observation.
En outre, comme le montrent les essais suivants, la
capacité de saturation, pour le baryum et le plomb, de
l'acide gélatineux dérivé de la pectine de betterave, est la
même que celle de l'acide pectique dérivé de la pectine
de carotte.
Pédale de barijum préparé en traitant par BaCI-
le pédale cC ammoniaque .
Matière sèchée à dOO" . .
Carbonate de baryum obtenu
après incinération . . .
D'où BaO pour cent de
matière employée . . .
0,0085
0,^2113
2ti,9S
0,9^2G
27.;-!3
0,5303
0,183
26,79
0,1825
0,0645
27,39
( 213 )
Pectate de plomb préparé en précipitant, par l'acétate
neutre de plomb, une solution de pectate d'ammoniaque
qui avait été chauffée au bain-marie pour dissiper toute
odeur d'ammoniaque; cette solution rougissait légère-
ment le papier de tournesol.
Matière sêchée à 4Û0"
Sulfate de plomb obtenu après attaque
par SU^H- et la chaleur
D'où PbO pour cent de matière em-
ployée
De betterave.
De carotte.
0,4425
0,2415
40
0,3475
0,194
41
Les propriétés chimiques, le pouvoir rolatoire, la capa-
cité de saturation, établissent donc que l'acide gélatineux,
dérivé de la matière polarisante du marc de betterave, est
bien l'acide pectique. Il en résulte que la nature pectique
de cette matière polarisante est nettement démontrée. Il
nous paraît nécessaire de relever une erreur dans laquelle
sont tombées certaines personnes, relativement à l'expli-
cation de ce fait que l'ancienne méthode d'analyse de la
betterave (dosage du sucre dans le jus extrait par pression
et emploi du coefficient 0,95) fournit un résultat plus
élevé que la méthode directe à l'alcool. On a dit {\) que
(1) Notamment M. Petcrmann, dans les Bulletins de l'Académie
royale de Belgique, 3' série, t. XIII, n» 6, 1887, pages 81G-852-855.
( 214)
l'écart était dû à l'existence, dans le jus de pression, de
matières polarisantes autres que le saccharose, et l'on
offrait, comme preuve expérimentale, cette circonstance
que le marc de betterave, privé de sucre, cède à l'eau
chaude du non-sucre actif (on ne savait pas alors que ce
non-sucre était de la matière pectique). Celle théorie ne
résiste pas à l'examen. La matière pectique du marc ne
passe pas à froid dans l'eau, il faut le concours de la cha-
leur. 11 n'est donc pas admissible qu'elle passe dans le jus
exprimé à froid de la râpure. En fait, nous l'avons recher-
chée dans du jus filtré pour éloigner les pulpes folles, et
nous n'avons pas constaté sa présence. La pectine se
trouvât-elle même dans le jus de betterave, qu'elle en
serait complètement précipitée par le sous-acélale de
plomb, dont l'emploi est indispensable pour que le jus
puisse être polarisé. Il est donc incontestable que le non-
suci'e polarisant du marc n'a pas d'influence sur les résul-
tats de l'analyse.
La véritable cause de l'écarl entre les résultats de l'an-
cienne méthode d'analyse de la betterave et les méthodes
directes a été indiquée par nous il y a plus de deux ans (1) :
Quand on soumet de la ràpure de betteraves à la pression,
il s'écoule un jus qui est plus riche en sucre que le jus qui
reste dans la pulpe et qu'on ne peut extraire. Or, dans
l'ancienne méthode d'analyse, le chimiste, n'opérant que
sur le jus extrait, commet forcément une erreur en plus,
puisqu'il dose le sucre dans un jus plus riche que le jus
total contenu dans la racine.
Scheibler qui, le premier, a extrait du marc de betterave
(Ij Sucrerie belge, 13 février 1887.
( 2i5 )
le non-sucre polarisant, a enlrevu la nature chimique de
cette matière. Voici ce qu'il dit sur cette substance dans le
Neuezeitschrift, 1879, n° 24, dont nous avons eu connais-
sance alors que le présent travail était déjà très avancé :
<i La solution concentrée (il s'agit de la solution de ce
non-sucre) se comporte exactement comme la solution
gélatineuse de gomme arabique : elle est gluante, se laisse
difficilement filtrer, et je crus d'abord avoir devant moi la
modification à droite de l'acide arabique. Mais probable-
ment elle appartient à la classe des corps pectiques, si
l'existence de telle classe particulière est à accepter, ce qui
est encore une question ». Scheibler ne s'est par préoc-
cupé davantage de la nature de cette matière.
En parcourant le compte rendu (1) des débats de
l'assemblée générale des fabricants de sucre allemands,
qui s'est tenue à Leipzig, les 28 et 29 mai 1889, nous
constatons que la matière polarisante du marc de bette-
rave est encore l'objet des éludes des spécialistes de ce
pays. D'après MM. Wohl et Van Niessen (2), la matière
gélatineuse du marc doit être un mélange d'arabine et de
galactane. En saccharifiant celte matière par l'acide sulfu-
rique ils ont obtenu des cristaux d'arabinose, d'où la con-
clusion qu'elle contient de l'arabine.
Ils n'ont pas obtenu les cristaux de galactose que
M. le D"" Lippmann a retirés antérieurement des produits
du sucrage de la même matière, mais ils sont d'avis que le
galactose accompagne l'arabinose parce que le sirop, dans
(1) Inséré dans le Zeitschrift des Vereins fur die Rubenzucker-
Industrie des deulschen Reichs, juin 1889.
(2) Pages 656 à 659 du même recueil.
( 2i6 )
lequel l'arabinose a cristallisé, leur a fourni de l'acide
mucique par l'oxydation. L'obtention dn galactose, au
moyen de la matière gélatineuse, a porté M. Lippmann à
considérer celle-ci comme de la galactane.
Il nous est impossible d'admettre la manière de voir des
chimistes allemands.
On sait, depuis plusieurs années, que les matières pec-
liques, sous l'action des acides dilués, fournissent du
galactose (1).
Nous acceptons donc parfaitement l'assertion de
MM. Wohl et Van Niessen relativement à la présence du
galactose dans les produits de saccharification de la matière
du marc; nous devons cependant la considérer comme
n'étant pas absolument justifiée, puisque la formation
d'acide mucique n'est pas caractéristique pour le galactose.
En effet, M. Miinlz, en oxydant l'arabinose par l'acide
nitrique, a obtenu, comme avec le galactose, une produc-
tion abondante d'acide mucique (2).
Mais voici, contre la théorie de MM. Lippmann, Wohl
et Van Niessen, des arguments qui nous paraissent
décisifs.
Si la matière gélatineuse du marc est un mélange
d'arabine et de galactane, il faut que ces substances,
isolées ou en mélange, puissent fournir de l'acide pectique.
Nous affirmons que cette formation n'a pas lieu.
Nous avons préparé de l'arabine en traitant la gomme
arabique par les moyens ordinaires (addition de HCl à une
(i) Mi'isTZ. Comptes rendus de rAcadémie des sciences, i5 mars
1886. — Armand Gaitier. Cours de chimie organique, page 310.
(2) MiJNTZ. Comptes rendus de l'Académie des sciences, IS mars
1886.
( 217 )
solnlion de gomme, puis précipitation par l'alcool). Celte
arabine, traitée par les alcalis (potasse, soude, ammo-
niaque), n'a pas donné trace d'acide pectique; elle n'est
pas précipitée par la chaux el la baryte. Or, nous avons dit
que ces deux dernières bases précipitaient la pectine du
marc de betterave, et nous ajouterons que le liquide filtré
ne polarise plus.
La galaclane des chimistes allemands n'est autre chose
que la galactine que M. Miintz a fait connaître en 1882 (1).
Nous avons préparé cette substance par le procédé indiqué
par ce chimiste.
La galactane ou galactine, traitée comme l'arabine par
les bases alcalines et alcalino-terreuses, n'a pu fournir
d'acide pectique. L'eau de baryte la précipite complètement
et le liquide filtré ne polarise plus, mais le précipité n'est
pas du pectate de baryum, car il se dissout complètement
dans HCI, sans laisser trace d'acide gélatineux.
Un dernier caractère différencie la pectine du marc de
betterave (ou de carotte), de l'arabine et de la galactine
ou de leur mélange : l'acétate de plomb neutre précipite
complètement la première (au point que le liquide ne
polarise plus), et est sans action sur les deux autres
matières. Il existe donc des différences nombreuses et
radicales entre la pectine du marc de betterave el un
mélange d'arabine et de galactane, et il est surprenant
que l'on ait pu penser à l'identité de ces matières (2).
(1) Comptes rendus de rAcadémie des sciences, Ib février 1882.
(2) Dans le même compte rendu des séances de l'assemblée des
fabricants de sucre allemands, M. le D"" Wohl (page 656) nous attri-
bue une opinion diamétralement contraire à celle que nous avons
émise. D'après ce chimiste, nous verrions dans le fait que la matière
5"°' SÉRIE, TOME XIX. lo
( 218 )
Nous tenons à ajouter que, pour prévenir l'objection
que la matière pectique du marc de betterave, obtenue
comme nous l'avons indiqué, peut être un mélange, nous
en avons déterminé le rendement en acide pectique. Nous
avons obtenu 88 "/o d'acide. La pectine de carotte, traitée
de la même manière, nous a donné le même rendement :
88,88 7o- Nous pouvons donc conclure que la pectine du
marc était pure ou du moins tout aussi pure que celle de
carotte préparée selon Fréray.
Pouvoir rotatoire des matières pectiques.
Nous avons déterminé le pouvoir rotatoire de la pectine
de différentes origines et de deux de ses dérivés ; l'acide
pectique et l'acide parapectique.
La préparation de la pectine a légèrement varié d'après
la nature de la matière première.
Pour obtenir l'acide pectique, nous avons suivi le pro-
cédé à la barvle indiqué plus haut.
Quant à l'acide parapectique, on l'obtient facilement en
soumettant à la température de l'ébullilion, de l'acide
pectique tenu en suspension dans l'eau. L'acide pectique
se dissout peu à peu, passant à cette moditication soluble
que Frémy a désignée sous le nom d'acide parapectique.
pectique du marc de betterave se dissout dans l'eau chaude, un argu-
ment contre la méthode d'analyse de la betterave de M. Pellet. C'est
le contre-pied de ce que nous avons écrit dans la Sucrerie belge du
1" septembre 1887. Le premier, en Belgique, nous avons fait remar-
quer que la matière polarisante du marc ne pourrait influer sur la
polarisation du sucre contenu dans le jus obtenu à chaud, étant
précipitée par le sous-acétate de plomb employé à la clarification.
C.
( 219 )
Les instruments de polarisation dont nous avons fait
usage sont le saccharimètre français de Laurent et le
saccharimètre allemand de Schmidt et Haensch.
Le pouvoir rotatoire des matières pectiques a été évalué
en prenant comme unité celui du saccharose.
L'acide pectique étant insoluble dans l'eau pure, on a
dû le mettre en solution par quelques gouttes d'ammo-
niaque ou quelques centimètres cubes d'oxalate d'am-
moniaque à 5 %.
Pour déterminer la quantité de pectine ou d'acide
parapeclique dissoute dans la solution aqueuse qui avait
été polarisée, nous avons évaporé à sec 50 ou 100 centi-
mètres cubes de cette solution. Le résidu a été desséché à
100" C. jusqu'à poids constant, puis pesé. La pectine
résiste à 120° C. sans s'altérer, mais il n'en est pas de
même de l'acide parapectique, qui brunit et perd un peu
de son poids, comme nous nous en sommes assuré. C'est
pourquoi la température de dessiccation n'a pas dépassé
100° G.
Le poids d'acide pectique contenu dans la solution
soumise à la polarisation ne pouvait être déterminé,
comme pour la pectine et l'acide parapectique, par l'éva-
jjoration à sec d'un volume de liquide. On a mis en
solution, dans l'ammoniaque ou l'oxalate, un poids connu
d'acide gélatineux. D'autre part, on a desséché à 100° un
second échantillon du même acide pesé au même moment.
On pouvait donc calculer le poids de matière sèche con-
lenu dans le liquide destiné à être polarisé.
Les matières pectiques desséchées étant hygroscopiqucs,
on les a toujours pesées en vase clos. Pour cela, la solution
de pectine ou d'acide parapectique a été évaporée dans
une petite conserve en verre mince à large goulot, mesu-
rant environ 70 centimètres cubes. Le résidu sec étijit
( 220 )
pesé dans celte conserve munie de son bouchon. Il va sans
dire que l'acide pectique gélatineux a été desséché dans
une pareille conserve.
Les solutions pecliques (surtout celle de pectine), pour
pouvoir être polarisées, ont dû cire soigneusement filtrées
à travers un papier séné. Les observations se sont faites
au tube de 20 centimètres.
Produits pecliques de la betterave.
Pectine. Obtenue par le procédé renseigné plus haut :
action de l'eau chaude sur le marc, emploi ultérieur
d'alcool et d'un peu d'acide chloihydrique pour avoir un
produit contenant moins de cendres.
Une solution aqueuse de cette matière a polarisé :
( \\<>,1 d" observateur) )
Saccharimètre Laurent ... > l-l",2o moyenne.
( 11»,;-! (2e — ) )
Saccharimètre Schmidt et Haensch (1) 7»,0
50 c. c. de ce liquide ont laissé à l'évaporation :
Résidu (desséché à 100» G.) 0s'-,248S
Cendres O.OOoo
Pectine 0,2+3
On sait qu'une solution sucrée contenant par 100 c. c. :
1» 16s'",20 de saccharose, polarise 100» au saccharimètre Laurent.
2» 26g'',0i8 — — 100» — Schmidt et Haensch.
(1) Ce saccharimètre apparlicnt à la stalioii agronomique de Gcm-
bioux. Les observations ont clé faites par les chimistes de cet établis-
sement.
( 221 )
Sachant que le poids de 0s%245 de pectine dans 50 c. c.
(ou 0^',486 dans 100 c. c.) polarise respectivement H ",25
et 7" aux deux saccliarimètres employés, on trouve facile-
ment qu'aux poids normaux IG^\'20 et 26^'',048 correspond
une polarisation de :
375 (S. Laurent).
37o,2 (S. Schmidt et Haensch).
En représentant par \ le pouvoir rolatoire de saccharose,
celui de la pectine est donc 5.75.
Acide peclique. — A. Acide gélatineux, i0°',3l2.
On l'arrose de quelques gouttes d'ammoniaque. Volume
de la solution : 50 c. c.
Le liquide filtré polarise :
( 170,7 )
S. Laurent { \ 170,75 moyenne.
' 170,8 )
S. Schmidt et Haensch .... H",!
Un poids de 22^*^,0445 de la même matière a donné :
Résidu sec là 100») Os^SlS
Cendres 0,003
Acide peclique 0,810
Il en résulte que les 10e'",312 d'acide gélatineux mis en
solution ammoniacale contenaient 0"'",3789 d'acide pec-
lique.
Le calcul établi comme ci-dessus pour la pectine montre
que le pouvoir rolatoire comparé à celui du sucre est :
s. Laurent 3,80 )
) 3,805 moyenne.
S. Schmidt et Haensch . . 3,81 )
( 222 )
J5. Acide gélatineux, 9s^532 (contenant 0s^3502 d'acide
pectique sec).
Addition de 3 c. c. d'oxalale d'ammoniaque à 5 °l^.
Volume : 50 c. c.
Le liquide tillré polarise :
s. Laurent \ ] 47«,lo moyenne.
( 170.2 )
llo.l
170,2
S. Schmiclt et Haenscli .... lO-'J
De là le pouvoir rotatoire :
s. Laurent 3,966 )
. 3,98 moyenne.
S. Schmidt et Haensch . . 3,935 )
Le pouvoir rolaloire moyen résultant des essais A el B
serait donc :
3,805-4- 3,96 _^gg
2 '
Acide parapeclique. — Une solution polarise :
( 9".=^ )
S Laurent { \ 9o.2o moyenne.
S. Schmidt et Haensch 5o,8
50 c. c. contiennent :
Résidu sec (à 100°) 0g^^92o
Cendres 0.0005
Acide parapeclique. . . . 0,192
Pouvoir rotatoire calculé :
s. Laurent 3,903 ) ^^
> 3,92 movenne.
S. Schmidt et Haensch . . 3,934 .'
( 223 )
Produits pectiques de la carotte.
Pectine. Une solution de celte pectine a polarisé :
l 410,6 )
S. Laurent s M 1°.û<t moyenne.
( 41»,S )
S. Schmidt et Haensch .... 7»,2
50 c. c. contiennent :
Résidu sec (à iOO") 0s^2oo
Cendres 0,004
Pectine 0,231
Pouvoir rotatoire :
s. Laurent 3,727 \
J 3,73 moyenne.
S. Schmidt et Haensch . . 3,736 )
Acide pectique. — A. Acide gélatineux, O^^oôÔo.
Quelques gouttes d'ammoniaque. Volume : 50 c. c.
Polarisation :
( "^".s )
s. Laurent < \ l",! moyenne.
S. Schmidt et Haensch 40,8
Une autre prise d'essai de lôS^ôOSS de la même
matière a laissé :
Résidu sec (à -lOO») 0«'-,2275
Cendres O.OOlo
Acide pectique 0,226
Par suite, l'acide gélatineux mis en solution ammonia-
cale contient 0^\\AZ6 d'acide pur et sec.
( 224 )
De là, le pouvoir rotaloire :
s. Laurent 3,922 )
', 3,92 moyenne.
S. Schinidt et Haensch . . 3,931 )
B. Acidegélatineiix,8^',642 (contenant O^M 436 d'acide
pectique sec).
3 c. c. d'oxalate d'ammoniaque. Volume : 50 c. c.
Polarisation :
. '"fi )
s. Laurent J __ J 7o,l moyenne.
S. Schmidt et Haensch 4° ,4
Pouvoir rolatoire :
s. Laurent 4,00 )
} 3,995 moyenne.
S. Schmidt et Elaensch . . 3,99 )
D'après les essais A et B, le pouvoir rotatoire moyen
serait :
3,92-^3,995^
2
Acide parapeclique. — Une solution polarise :
( 8",8 )
S. Laurent { \ 8o,75 moyenne.
( 8»,7 )
S. Schmidt et Haensch o",5
50 c. c. contiennent :
Résidu sec 0s'-,i883
Cendres 0,0310
Acide parapectique. . . . 0,1875
Pouvoir rolatoire :
s. Laurent 3,78 )
t 3,80 moyenne.
S. Schmidt €t Haensch . . . 3,82 )
( 225 )
Produits pectîques de la poire.
Pectine. Il nous a été impossible d'extraire la pecline
(le poires mûres en suivant la méthode de Frémy (1) : le
jus exprimé de la râpure et traité comme le prescrit ce
chimiste se refusait à la filtralion.
Nous avons préparé la pecline par les deux procédés
suivants :
1° On a fait bouillir dans de l'eau légèrement acidulée
d'acide chlorhydrique des poires découpées en cosseltes
au moyen du couteau. Le liquide a été tiltré chaud, puis
additionné d'alcool. Le précipité de pectine, après lavage
à l'alcool, a été redissous dans l'eau acidulée, puis on a
effectué une nouvelle précipitation et un lavage à l'alcool
(à 40' G. L.), jusqu'à disparition de la réaction du chlore.
2" Les poires ont été râpées et pressées pour éliminer
le jus. On a extrait la pecline du marc en suivant la
méthode indiquée pour obtenir la pectine de carotte.
Une solution de pectine (1" procédé) a polarisé :
i 3o,2
s. Laurent {
' 30,2
S. Schmidt et Haenscli 20,0
iOO c. c. de cette solution ont donné :
Résidu sec 0e'-,146
Cendres 0,0015
Pectine. 0,1443
(1) Encyclopédie chimique, tome IX, Chimie des végétaux, page 27.
( 226 )
Pouvoir rotaloire :
s. Laurent 3,§S
} 3,S9 moyenne.
S. Schmidt et Haensch . . 3,600 '
Une solution de pectine (2^ procédé) a polarisé
S. Laurent \ ) 4o,9 moyenne.
( S»,0 j
S. Schmidt et Haensch 3'',0
100 c. c. de ce liquide contenaient :
Résidu sec OssaSOS
Cendres 0,004
Pectine 0,226o
Pouvoir rolatoire :
s. Laurent 3,o04 )
l 3,48 moyenne.
S. Schmidt et Haensch . . 3,43 )
La moyenne des deux essais est :
3,59-+- 3,48 ,„,
_ = X o4
2
Acide pectiqtie. — A. Acide gélatineux (provenant de
pectine 1" procédé), 4^%456.
Quelques gouttes d'amnaoniaque. Volume : 50 c. c.
Le liquide liltré polarise :
j 2» ,9
s. Laurent j^„
V 2o,9
S. Schmidt et Haensch. ... ... 1»,9
( 227 )
Un autre échantillon de 6s',lo7 de la même matière a
laissé :
Résidu sec Os^OSS
Cendres 0,001
Acide pectiqu'e sec. . . . 0,087
Le poids de 48',456 d'acide gélatineux mis en solution
correspond donc à 0^%063l d'acide sec, et le pouvoir
rotatoire est :
s. Laurent. 'S,T2d )
> 3,82 moyenne.
S. Schmidt et Haenscli , . 3,9l2'2 ;
B. Acide gélatineux (provenant de pectine, 2^ procédé),
5^%518 correspondant à O^^iSSl d'acide sec.
2 à 3 c. c. d'oxalate d'ammoniaque. Volume : 100 c. c.
Le liquide filtré polarise :
, 3'',4 I
S Laurent > > 30,3 moyenne.
30,4
3o,i2
S. Schmidt et Haensch !2o,0
Pouvoir rotatoire :
s. Laurent 3,87 )
} 3,82 moyenne.
S. Schmidt et Haensch . . . 3,77 )
Acide parapectique. — Une solution polarise :
( 90,9 )
s. Laurent ! } 9'',9o moyenne
( 10».0 *
90,9
10»,0 *
s. Schmidt et Haensch 60,3
50 c. c. de liquide ont fourni :
Résidu sec 0sf,2-26
Cendres 0,002
Acide parapectique. . . 0,224
( 228 )
Pouvoir rolaloire :
s. Laurent ■. 3,60
S. Schniidt et Haensch . . . 3,66
3,63 moyenne.
Produits pecliqites de pommes séchées.
Pecline. On a fait bouillir dans l'eau pure des tranches
de pommes séchées (|)roduit commercial dé>igné sous le
nom de pommes évaporées d'Amérique), divisées en frag-
ments menus. L'extrait aqueux, lillré, a été additionné
d'alcool. Le précipité gélatineux lavé a été redissous dans
l'eau et reprécipilé par l'alcool. Cette opération a été faite
deux fois. Malgré ce traitement, la solution aqueuse de
pectine de troisième précipitation n'était pas pure, de
sorte que le pouvoir rolatoire n'a été que 5 environ.
Les pouvoirs rotatoires des acides pecli(|Me et parapec-
tique ont été plus élevés, parce que, par les manipulations
que l'on a exécutées pour obtenir ces acides, le produit
peclique s'est purifié.
Acide pectique. — Acide gélatineux, 7^^47I5.
Quelques gouttes d'ammoniaque. Volume : 50 c. c.
Polarisation :
l 5",8 )
S. Laurent ' > 5",8o moyenne.
' S»,9 )
S Schmidt et Haensch 3",7
Un autre échantillon du même acide gélatineux a laissé :
Résidu sec 08',I72
Cendres 0,002
Acide peclique 0,170
( 229 )
L'acide gélatineux qui a servi à la polarisation contient
donc 0^^1459 d'acide sec.
Par suite, le pouvoir rotatoire est :
s. Laurent 3,30 \
s 3,32 moyenne.
S. Schmidl et Haensch. . . 3,33 t
Acide parapecliqiie. — Une solution polarise :
( 6»,8 i
S. Laurent < > 6<>,8o moyenne.
/ 60,9 I ^
S. Schmidt et Haensch 4o,2
100 c. c. de ce liquide contiennent :
Résidu sec Oï^SOlS
Cendres 0,003o
Acide parapectique. . . . 0,298
Pouvoir rotatoire :
s. Laurent 3,73
3,70 moyenne.
S Schmidt et Haensch. . . 3,67
Pectine de groseilles blanches.
Le jus de groseille extrait par pression a été additionné
d'alcool. Le précipité gélatineux, lavé à l'alcool à 40°, a été
redissous dans l'eau additionnée d'acide clilorhydrique,
puis reprécipité par l'alcool.
Une solution de cette pectine de seconde précipitation
a polarisé :
( 50,0 1
s. Laurent j ^- ■ ? ^°'^^ moyenne.
S. Schmidt et Haensch 3°,1
( 250 )
50 c. c. de liquide conlenaient :
Résidu sec Cs'-.ISIS
Cendres , • • 0,0025
Pectine 0,119
Pouvoir rolaloire :
s. Laurent 3,40 / .^ ,^
's 3,40 moyenne.
S. Schmidt et Haensch . . . 3,39 \
Groupons maintenant dans un tableau les chiffres pré-
cédemment obtenus :
Betteraves.
Carottes.
Poires.
Pommes
séciiées.
Groseilles
blanches.
Pectine ... . .
3,73
3,73
3,54
3(?)
3,40
Acide pectique ....
3,88
3.9o
3,82
3,32
»
Acide parapectique . . .
3,92
3,80
3,63
3.70
»
Les différences entre les pouvoirs rotatoires des pro-
duits pectiques de la betterave et de la carotte sont faibles
et, selon nous, rentrent dans les limites des erreurs d'ob-
servation. Nous sommes portés à croire que ces matières
pectiques ont un pouvoir rotatoire identique.
Nous ne présentons que comme provisoires les chiffres
relatifs aux pouvoirs rotatoires des matières pectiques
retirées des fruits, celles-ci étaient moins pures que les
produits correspondants de la betterave et de la carotte.
Elles avaient une teinte jaunâtre que les traitements à
Tacide chlorhydrique et à l'alcool n'ont pu faire dispa-
( 23i )
raître. En outre, nous avons dû, pour pouvoir polariser,
opérer sur des liquides dilués. Dans ces conditions, une
erreur de 1 à 2 dixièmes de degré au polarimètre affecte
à la première décimale le nombre représentant le pouvoir
rota toi re.
11 résulte de cette étude que, contrairement aux asser-
tions de Frémy (I), la pectine et ses dérivés exercent sur
la lumière polarisée une action énergique : le pouvoir
rotatoire de ces matières est trois à quatre fois plus con-
sidérable que celui du sucre saccharose. Il ne nous paraît
pas impossible qu'on puisse les doser, à la manière du
sucre, par voie optique. C'est une question que nous nous
proposons d'examiner.
Quelques propriétés des coniques; par M. Cl. Servais, répé-
titeur à l'Université de Gand.
Dans plusieurs notes antérieures, nous avons fait
connaître deux transformations spéciales, et leurs appli-
cations à la courbure dans les courbes et les surfaces du
second degré (2). Dans le présent travail, que nous avons
l'honneur de soumettre à l'Académie, nous exposons les
résultats nouveaux auxquels nous avons été conduits, en
appliquant l'une de ces transformations, non plus à la
conique elle-même, mais à une conique auxiliaire, dont la
courbure est double de celle de la première conique au
point que l'on considère.
(d) Encyclopédie chimique, tome IX, Chimie des végétaux, pages 28
et 45.
(2) Voir Malhesis, janvier, février, mai 1888, N. A. J;.,aoùt 1888,
B. A. R., 5« série, t. XVII, n» 3, 1889.
( 232 )
§ I.
On sait que la tangente et la normale en un point M
d'une conique S, forment un faisceau harmonique avec
les rayons vecteurs allant du point M aux foyers F et Fi.
Si Ton considère deux points infiniment voisins M et M'
de la courbe, les rayons homologues des deux faisceaux
correspondants se coupent en des points appartenant à
une conique 1. A la limite cette conique passe, par les
foyers, le centre de la courbure p de la conique S au point
M, et est tangente à celte conique au point M. On voit
aisément que le rayon de courbure de la conique 2 est
égal à la moitié du rayon Mp.. En effet, soit M" le point
de rencontre des tangentes aux points M et M', R le rayon
du cercle circonscrit au triangle MM'M"; on a
2RsinMM"M' = MM',
d'où
MM' AS ds
lira 2R = lim • = lira — = — •
siii31M"M Aa dx
On peut donc énoncer le théorème suivant : la conique
1 tangente en un point M d'une conique S, et passant pat-
tes foyers et le centre de courbure de celle-ci au point con-
sidéré, a pour rayon de courbure, en ce point, la moitié du
rayon correspondant de la conique S.
De ce théorème il résulte que la corde de courbure au
point ]M de la conique 2 se confond avec la normale. Soit
Q un point quelconque de 2, Q' son conjugué sur MQ,
( 233 )
par rapport au cercle de courbure de la conique S; le
lieu du point Q' ou la transformée birationnelle quadra-
tique de la conique 2, est une droiie parallèle à la normale
yiij.. On a donc la propriété suivante pour la conique S :
si sur les rayons vecteurs MF et iMFi d'un point quel-
conque M (Tune conique on détermine les conjugués F et
F'i des foyers F et ¥i, par rapport au cercle de courbure
de celte conique au point M, la droite F'Fj sera parallèle
à la normale à la courbe en ce point.
Celte propriété montre que les foyers sont séparés par
la corde du cercle de courbure, joignant les milieux des
cordes interceptées par ce cercle sur les rayons vecteurs.
Nous supposerons que M et F soient d'un même côlé de
cette corde.
La droite F'Fj étant parallèle à la normale, on a MF'
= MFi ; soit c la longueur des cordes interceptées par le
cercle de courbure, sur les rayons vecteurs MF et MF,;
on aura :
(I).
d'où
donc : si Fi est le symétrique du foyer Fj par rapport au
point M, F" un point de MF,, tel que MF" = MF, les
quatre points M, Fi, F", F',' forment une division harmo-
nique. Cette propriété donne une construction nouvelle du
centre de courbure.
Ajoutons les égalités (1), on obtient :
4 11
^'^ c""mf'^ ÂÎFi'
3™* SÉRIE, TOME XIX. i6
2
112 1 1
c
■~MF MF'' c MF, ' MF;
2 1 1 .
MF; MF MF,
( 234 )
donc : le conjugué harmonique du point M par rapport
aux deux points Fj et F" est le milieu G de la corde c.
Fie, \.
Appelons a le point où la normale rencontre l'axe FF^;
puisque Ma est la bissectrice de l'angle F"aF, Ga sera
perpendiculaire à la normale. On retrouve ainsi la con-
struction bien connue du centre de courbure.
L'égalité (2) donne aussi l'expression du rayon de cour-
bure
R
a cos (f
et elle montre que, dans le cas de la parabole, la corde
interceptée par le cercle de courbure sur le rayon vecteur
MF, est égale à quatre fois le rayon MF.
( 23o )
§ ".
Joignons un point M d'une conique S aux extrémités
A et Ai d'un diamètre; les droites MA et MA^ forment
avec la tangente à la conique au point M, et une parallèle
MO menée de ce point au diamètre conjugué de AA,, un
faisceau harmonique. Nous déduirons de là, comme précé-
demment, le théorème suivant : la conique 2 tangente en
un point M crime conique S, passant par les extrémités d'un
diamètre A A, de celle-ci, et ayant nne asymptote paral-
lèle au diamètre conjugué rfe AAj, a pour rayon de cour-
bure au point M, la moitié de celui de la conique S en ce
point.
La transformée birationnelle quadratique de la conique
1, sera donc une droite passant par le milieu de la corde
interceptée sur MQ, par le cercle de courbure de la coni-
que S.
On a donc la propriété : soit M un point d'une conique,
A ef A, les extrémités d\in diamètre; si sur MA et MA^ on
détermine les conjugués des points X et X^, par rapport au
cercle de courbure de la conique au point M, ces points
sont en ligne droite avec le milieu de la corde interceptée
par ce cercle, sur la parallèle menée par M au diamètre
conjugué de AAj.
SI la conique est une parabole, le conjugué du point A^
est le milieu de la corde interceptée par le cercle de cour-
bure sur le diamètre passant par M; donc: si par un
point M d'une parabole, on mène une parallèle à la tan-
gente en un point quelconque A de cette courbe, le milieu
de la corde interceptée sur cette droite par le cercle de
( 236 )
courbure en M, et le conjugué du point A sur MA par
rapport à ce cercle, sont alignés sur un point fixe.
FiG. 2.
Supposons que le diamètre AA^ soil conjugué à la nor-
male au point M; le centre de courbure est alors le milieu
de la corde interceptée, et on peut dire: si AAi est le dia-
mètre conjugué de la normale au point M, les conjugués
A' et A';| des points A et Ai, par rapport au cercle de cour-
bure de la conique au point M, sont en ligne droite avec le
centre de courbure.
Nous allons déduire de là une expression nouvelle du
rayon de courbure en un point d'une conique. Par le
centre de courbure, menons une perpendiculaire à la nor-
male, rencontrant les droites MA et MA, aux points R et
( 237 )
R^ ; on aura :
1 i f i
fiA' /xA',/ sin M^A' ^aR ^R, p Ug y tg^J
en représentant par ? et 4^ les angles A^Mpt, AM/x, et par
p le rayon de courbure.
Mais on a
nA\ sin M^A' = 3IA' sin ?,
^A' sin M/cA' = MA' sin '^ ;
donc
sin (y -H 1^) sin ^ sin y
A cause des égalités
— = 1 » Ma = 2o cos -i ,
Ma MA MA' > V'
2 1 1
= 1 j Mai = 2p cos ? ;
Ma, MA, ma; ^ ^'
a et a^ étant les points du cercle de courbure situés sur
MA et MAi, on a:
sin f -i- <P \ /sin </- sin -A sin <p sin f
p p Vcos -j cos i^y 3IAi ma
OU
i . , , . . [ i \ \ i
p \Ak A,R/ Sin MKA
K étant le point de rencontre de la normale avec le dia-
( 238 )
mètre AA». Celle dernière égalité peut se mettre sous la
forme
sin (f -+- i/-) 1 -I / '1
cos o cos 'f p MK \ig j> tg j//*
Si l'on représente par N la corde normale au point M de la
conique, MK = 4 î donc :
TT = Ig ? Ig ^
Dans une conique S, la corde de courbure et la tangente
sont également inclinées sur les axes; donc l'hyperbole
équilatère, tangente à la conique S au point M, passant par
le point caractéristique C de la corde de courbure en ce
point, et par les points situés à l'infini sur les axes de la
conique, a pour rayon de courbure au point M, la moitié de
celui de la conique S au même point. Celte hyperbole pas-
sera donc par le symétrique p' du centre de courbure par
rapport à M; car, dans une hyperbole équilatère, la corde
normale est égale au diamètre du cercle osculaleur. On a
donc le théorème : r hyperbole équilatère tangente en un
point M d^une conique S, et passant par le symétrique du
centre de courbure par rapport à M, et par le point carac-
téristique de la corde de courbure en ce points a ses asymp-
totes parallèles aux axes de la conique.
La transformée biralionnelle quadratique de celle
hyperbole, sera une droite passant par le milieu du rayon
( 259 )
de courbure Mfjt, et également inclinée avec la normale sur
les axes de la conique S; car celle droite est parallèle à la
corde de courbure de l'hyperbole, et on sait que, dans une
hyperbole équilalère, les asymptotes sont parallèles aux
bissectrices des angles de la normale et de la corde de cour-
bure. Celte droite sera donc perpendiculaire à la corde de
courbure de la conique S en un point C, tel que MC soit
le quart de la corde de courbure. Mais les deux points C
et C sont conjugués par rapport au cercle de courbure;
donc MC est égal à la moitié de la corde de courbure.
Par conséquent : le point caractéristique de la corde de
courbure en un point M d'une conique, est le symétrique
par rapport à M du milieu de cette corde.
SoitP le pôle de la transformée de l'hyperbole par rap-
port au cercle de courbure de la conique S. Ce cercle ayant
pour rayon le diamètre du cercle osculateur de l'hyper-
bole, la circonférence décrite sur PM comme diamètre,
passera par les extrémités p.' et K, de la normale et de la
corde de courbure de l'hyperbole {*). Mais le point K, est
situé sur la parallèle menée à la droite MC par le centre de
courbure p.; donc : en un point M d'une conique, les
parallèles menées à la corde de courbure et à la tangente,
respectivement par le centre de courbure et par son symé-
trique par rapport au point M, se coupent au pôle, par
rapport au cercle de courbure, de la perpendiculaire
abaissée du milieu du rayoyi de courbure sur la corde.
Considérons l'hyperbole équilalère tangente à la conique
S au poinl M, et passant par les points p et C ; MC sera la
(*) Voir th. III de ma note Sur la courbure dans les coniques.
N. A. M, août 1888.
( MO )
corde de courbure de celte hyperbole, dont les asymploles
seront parallèles aux bissectrices des angles CMpel C'Mp..
Mais si la conique S est aussi une hyperbole équilatère,
ses asymptotes seront parallèles aux mêmes bissectrices;
donc : si en un point d'une hyperbole équilatère S, u. et C
sont le centre de courbure et le point caractéristique de la
corde de courbure, lliyperbole équilatère tangente à la pre-
mière au point M, et passant par les points fx ef C, a ses
asymptotes parallèles à celles de l'hyperbole S.
§ IV.
La normale en un point d'une ellipse, est partagée par
la courbe et ses axes en parties proportionnelles. En con-
sidérant deux normales infiniment voisines, on obtient le
théorème suivant : la parabole inscrite dans le quadrila-
tère formé par les axes d'une ellipse, la tangente et la nor-
male en un point de cette courbe, touche la normale au
centre de courbure.
Soient (') a et 6, c et rf les points d'intersection de la nor-
male et de la tangente avec les axes, et Fg le point de ren-
contre des droites ad et bc ; la droite ad étant la troisième
hauteur du triangle bcd, le point Fo sera sur les cercles
circonscrits aux triangles doc et oab, o étant le centre de
l'ellipse. Ce point est donc le foyer de la parabole et le
point de contact de la normale, c'est-à-dire que le centre de
courbure sera sur la perpendiculaire élevée au point Fj sur
MFo. Cette construction du centre de courbure est conte-
nue dans le théorème suivant ; les circonférences décrites
(') Voir figure 1.
(241 )
sîir les segments interceplés par les axes d'une ellipse, sur
la tangente et la normale en un point de la courbe, se
coupent sur le cercle décrit sur le rayon de courbure en ce
point.
Abaissons du point pi une perpendiculaire sur OM; soil
e le pied, on aura Me = MFç,, donc le point <» se trouve sur
le cercle circonscrit au triangle oab, et la droite we passe
par le point de rencontre des perpendiculaires élevées
sur les axes, respectivement aux points a et 6. Nous retrou-
vons ainsi la construction du centre de courbure, donnée
par M. Mannheim dans son cours de géométrie descriptive,
pp. 173-174
Sur les centres de courbure des lignes décrites pendant te
déplacement d'une figure plane dans son plan; par
Cl. Servais, répétiteur à l'Université de Gand.
1. Le déplacement d'une figure plane dans son pian,
peut être obtenu en considérant sur le plan de la figure
mobile, une certaine courbe (Y) qui roule sans glisser sur
une courbe (X) du plan fixe. Appelons A le centre instan-
tané, G et les centres de courbure des deux courbes au
point A; le point est le centre de courbure de la trajec-
toire décrite par le point G de la figure mobile. En effet,
B et B' étant deux points infiniment voisins de A sur les
courbes (X) et (Y), B'C et BO sont normales respective-
ment à (Y) et à (X); elles coïncideront donc quand le
point B sera le centre instantané, et par conséquent,
sera le centre de courbure de la trajectoire décrite
par G.
., -I
( 242 )
2, Considérons une ponctuelle M, M^, Mg,...; le faisceau
(les normales A (M, M^, M,...) est perspectif au faisceau B'
(M,Mi, M,...); mais, après un déplacement infiniment petit,
ce dernier est le faisceau des normales relatif au centre
instantané B; donc : pour une position de la figure mobile,
les centres de courbure p., u-j,... des trajectoires décrites par
les points M, M^,... d'une ponctuelle, sont sur une conique
tangente à la courbe (X) au centre instantané. Si la ponc-
tuelle (M) est à l'infini, les deux faisceaux sont égaux, et
par conséquent, le lieu des centres de courbure des tra-
jectoires décrites par les points à l'infini, sont sur une
circonférence 1 tangente à la courbe (X). L'inverse du
diamètre de celte circonférence I est égal à A + 4^, car
l'angle formé par deux rayons correspondants des fais-
ceaux A et B, est égal à l'angle B'AB.
5. La ponctuelle n'ayant qu'un point à l'infini, la
conique ne rencontre le cercle I qu'en un seul point
( n5 )
autre que A; donc le cercle I est le cercle de courbure de
ta conique au point A.
Si l'on décrit un cercle J, langent à la courbe (X) au
point A, et ayant pour rayon le diamètre du cercle oscu-
lateur I, le lieu du conjugué M' du point p., par rapport à
ce cercle et pris sur Ay., sera une droite (M') parallèle à la
corde de courbure de la conique, et par conséquent paral-
lèle à (M). Les deux droites (M) et (M') étant parallèles,
on a
AM AM,
la valeur de k est indépendante de la position de la ponc-
tuelle, car une ponctuelle quelconque a un point commun
avec (M) ; mais le conjugué C du point 0, par rapport à la
circonférence J, est le symétrique du point C ; donc
AC
par conséquent : pour une position de la figure mobile,
les centres de courbure des trajectoires décrites par les
points d'une figure F, forment une figure F|, qui est la
transformée biralionnelle quadratique définie ci-dessus, de
la figure F' symétrique de la figure F, par rapport au
centre instantané.
4. Considérons le cercle I,, symétrique du cercle I par
rapport au centre instantané; un point R de ce cercle
sera un point d'inflexion sur la trajectoire qu'il décrit. En
effet, le symétrique R' sera sur la circonférence I, et le
centre de courbure correspondant sera à l'infini. Donc :
pour une position de la figure mobile, le lieu des points
( 24i )
d'inflexion est une circonférence symétrique de la circon-
férence I, par rapport an centre instantané. Celle circon-
férence est appelée en cinémaliqne, la circonférence des
inflexions.
5. Soienl y et v les points de la circonférence J, situés
respectivement sur AO et AM; les trois droites fxO, M'C,
yy passent par un même point, car
(Av^M') = (ArOC) = — 1.
Élevons au point A une perpendiculaire à MA ; elle sera
parallèle à yv, et coupera les droites fji.0 et M'C en deux
points D et E symétriques par rapport à A. La droite MC
passe donc par le point D, et l'on retrouve ainsi la règle
de Savary.
Notre démonstration s'appuie sur cette propriété du
point 0, d'être le centre de courbure de la trajectoire
décrite par le point C. Si l'on considérait un autre point B
de AC, et le centre de courbure (3 correspondant, ces deux
points pourraient remplacer les points C et dans la
construction; ce qui généralise la règle de Savary. Suppo-
sons le point B à l'inlini, nous aurons celte construction,
[eut-être nouvelle : la perpendiculaire élevée au point A
sur AM, rencontre la parallèle à AC menée par le point M,
au point F; la droite qui joint ce point au centre du
cercle J, rencontre la normale Ap. au centre de courbure.
6. On a
1 1
-2
1 1
2
-+- =
— 1
— ■+- —
—
AM A^
A^
AC AO
Ar
Av = Av cos
( 243 )
9 étant l'angle MAC; donc :
I I \ \ l
. , COS ? = H :
AM Afz/ ^ AC AO
OU
\AM p— AM/ '^ R K,
formule qui détermine le rayon de courbure des roulettes.
JNous ne nous étendrons pas plus longuement sur ce
sujet; il nous suffit d'avoir montré que la transformation
quadratique spéciale (") que nous avons étudiée antérieu-
rement, conduit géométriquement aux résultats les plus
intéressants de cette théorie.
La solanidine des jels de pommes de terre. — Prépara-
tion et propriétés; par A. Jorissen, agrégé à l'Université
de Liège et L. Grosjean, pharmacien.
Les divers chimistes qui se sont occupés jusqu'à présent
de l'étude des bases organiques existant dans les jets de
pommes de terre, n'ont retiré directement de ces organes
que des composés appartenant à la classe des glucosides, et
qui sont la solanine et la solanéine {"*),
(') M. Alansion a proposé d'appeler cette transformation quasi-
inversion linéaire. [MaUiesis, t. VII, p. 113.)
(d) Dans un mémoire récent (b'erichle der dcutschen chetn. Gesell-
schafl, XXII, p. C82, d'après Mo7iatsh. f. Cheniic, X,pp. o4-l à 5C0),
Firbas prétend que le produit auquel les chimistes ont donné le nom
de solanine est en réalité composé de deux substances, savoir : la sola-
nine et la solanéine. Ces deux substances seraient des glucosides
fournissant un sucre et de la solanidine sous l'influence des acides
( 246 )
Comme on le sail, ces glucosides, sous l'influence des
acides minéraux dilués, à l'ébullilion, se dédoublent de
façon à fournir un sucre el une base présenlant des carac-
tères bien distincts de ceux de la solanine et de la sola-
néine, base qui a reçu le nom de solanidine.
Il y a quelque temps déjà (1), l'un de nous, en traitant
directement les jets de pommes de terre frais par l'élher,
remarqua que le dissolvant enlevait à ceux-ci une sub-
stance cristallisant en aiguilles soyeuses et possédant
plusieurs des propriétés de la solanidine. La quantité de
substance isolée à celte époque ne permettait cependant
pas de faire l'étude complète de ce produit, et force fut
d'attendre la saison oîi l'on peut se procurer les jets en
abondance, pour reprendre le travail commencé.
Depuis lors, nous avons traité par Pélber une forte
partie de jets frais dont nous avons pu retirer plusieurs
grammes de la substance en question, el, comme on le
verra, il résulte des recherches que nous avons entreprises
sur cette substance, que celle-ci est bien réellement la
solanidine.
Donc, à moins d'admettre que, par l'action d'un dissol-
vant neutre, les glucosides des jets de pommes de terre
frais se dédoublent aisément, ce qui d'ailleurs serait une
observation nouvelle et non sans intérêt, nos expériences
montrent qu'il y a lieu d'ajouter à la lisle des principes
minéraux dilues à rébullilion. Il importe de noter que les conclusions
du travail deFirbas ne s'accordent guère avec les résultats dos recher-
clics de Zwenger et Kind et de Hilger sur la solanine et la solanidine.
{Annale7i der Chemie und Pharmacie, CXVIII, p, 129, et CVC,
p 523.)
(I) Les phénomènes diimiqiies de la germination, par A. Jorissen.
Mémoire couronné, 1886.
( 247 )
immédiats retirés des végétaux, la solanidine qui, jusqu'à
présent, n'a été obtenue dans les laboratoires que comme
produit de dédoublement de la solanine. Au surplus, que
la solanidine existe toute formée dans les jets ou qu'elle
prenne naissance par l'action de l'éther sur la solanine,
hypothèse peu vraisemblable, le procédé de préparation
que nous mdiquons est une opération tellement simple et
le rendement est si avantageux, que la préparation de la
solanidine au moyen des jets de pommes de terre frais,
nous paraît destinée à devenir un exercice d'une applica-
tion aussi courante dans les laboratoires de chimie végé-
tale, que celle de la caféine, par exemple.
Préparation de la solanidine.
Les jets de pommes de terre frais, tels qu'ils se déve-
loppent au printemps sur les tubercules conservés dans
les caves, sont introduits dans des récipients de grandes
dimensions; on les recouvre d'éther sulfurique officinal, on
bouche les récipients et l'on abandonne le tout pendant
quelques jours. Il se sépare bientôt à la partie inférieure
des flacons une couche aqueuse d'une faible épaisseur; on
décante l'éther, on le filtre et on le soumet à la distilla-
tion (1).
Il reste dans le ballon une masse blanchâtre mélangée
d'un peu de matières grasses. On reprend ce résidu par
(1) Quand on abandonne une certaine quantité de cet étlicr
à révaporation spontanée dans une capsule de verre, on remarque
que le dissolvant abandonne au fond et sur les parois de la capsule
de longues aiguilles soyeuses dont le groupement présente le plus
bel aspect. C'est l'observation de ce fait qui a été le point de départ
de nos recherches.
( 248 )
de l'alcool additionné d'une petite quantité de potasse
caustique (1), on chauffe pour saponifier les graisses, on
évapore l'alcool puis on reprend par l'eau.
Il suffit alors de séparer par filtralion la matière blanche
en suspension dans le liquide, de la laver à l'eau distillée,
puis de la dissoudre dans l'alcool bouillant, pour obtenir,
par le refroidissement de l'alcool, un abondant dépôt de
fines aiguilles soyeuses constituées par de la solanidine
déjà relativement pure. On purifie ce produit par des
cristallisations répétées au sein de l'alcool ou de l'éther.
Quand on dispose d'une quantité de matière tant soit
peu notable, il est plus avantageux de purifier le produit
en appliquant le procédé suivant.
Zwenger et Kind{!2),qui firent une étude approfondie de
la solanidine de dédoublement, avaient remarqué que cette
base possède la propriété de former des sels, comme le
chlorhydrate et le sulfate notamment, remarquablement
peu solubles dans les liqueurs renfermant un excès d'acide
minéral.
C'est de ce caractère que nous avons tiré parti pour
purifier la solanidine, et nous obtenons rapidement un
produit très pur en laissant d'abord pendant quelque
temps en contact avec de l'eau aiguisée d'acide chlorhy-
diique ou sulfurique, la solanidine brute provenant d'une
première cristallisation au sein de l'alcool, et finement
pulvérisée. Dans ces conditions, il ne se dissout que de
faibles quantités de matière; mais si l'on verse le tout sur
un filtre, puis qu'on lave à l'eau en faisant arriver le liquide
de lavage dans le vase où l'on a recueilli la liqueur acide,
(1) La potasse n'agit d'une manière sensible ni sur la solaninc, ni
sur la solanidine.
(2) Annalen der Cficmie und Pharmacie, CXVIII, p. 129,
( 249 )
on observe qu'au bout d'un" certain temps, lorsque la
matière solide est débarrassée de l'excès d'acide, chaque
goutte qui tombe dans le fillralum abandonne un préci-
pité cristallin.
A partir de ce moment, on change de récipient, on
arrose le produit sur le filtre d'eau distillée chaude, et l'on
obtient ainsi une solution incolore de chlorhydrate ou de
sulfate de solanidine. Ce dernier sel se dissolvant plus
aisément que le premier, il vaut mieux employer l'acide
sulfurique que l'acide chlorbydrique.
La solution est additionnée de soude caustique qui
provoque la formation d'un abondant précipité blanc; on
fait égoutter le précipité, on le lave à l'eau distillée pour
enlever l'alcali en excès et le sel alcalin formé, on dessèche
la masse et on fait cristalliser, soit dans l'alcool, soit dans
l'éther. On obtient ainsi de longues aiguilles soyeuses
rappelant assez bien par leur aspect le sulfate de quinine
des officines.
Avant d'aborder la question du rendement, nous tenons
à faire remarquer que les jets de pommes de terre dessé-
chés ne peuvent être employés pour l'extraction de la
solanidine, par le procédé décrit ci-dessus.
Nous avons, en effet, tenté à diverses reprises de traiter
des jets secs par l'éther, en vue de préparer notre produit,
sans parvenir jamais à isoler des quantités sensibles de
cette substance.
Bien que nous ayons cherché à déterminer la cause de
ce fait, nous ne sommes pas encore en mesure de l'expli-
quer, et nous attendrons, pour revenir sur ce sujet, qu'il
nous ait été possible de continuer nos expériences au
printemps prochain.
Quant au rendement en solanidine des jets de pommes
S"* SÉRIE, TOME XIX. 17
( 250 )
de lerre frais, il est relalivemenl considérable, car ces
organes qui, en moyenne, renfernient 90 7» d'eau, four-
nissent en général, par noire procédé, 1,5 "/oo de cet alca-
loïde.
Propriétés du produit isolé.
Le produit retiré des jets de pommes de terre frais par
la méthode indiquée, se présente sous l'aspect de fines
aiguilles soyeuses blanches, presque insolubles dans l'eau,
solubles dans l'alcool, surtout à chaud, et très solubles dans
l'élher. II est pour ainsi dire insipide, mais sa solution
alcoolique est amère et acre; il en est de même des solu-
tions obtenues au moyen de l'acide acétique dilué. Quand
on le chauffe progressivement, il fond vers 208° en bru-
nissant légèrement et se prend en une masse cristalline
par le refroidissement. Chauffé brusquement, il se sublime
aisément. Il ne dégage pas l'odeur de caramel quand on
l'expose à l'action d'une température élevée. Ce produit est
azoté (1) et, humecté d'alcool, il bleuit le papier de tourne-
sol rouge.
(1) Deux dosages d'azote, effectués au moyen de la substance en
question, par le procédé Will et Warrentrapp, nous ont fourni 3.55 et
5.29 "/o d'azote, chiffres se rapprochant beaucoup de ceux qu'indique
Hilger pour la solanidine de dédoublement. Comme nous ne nous
proposons pas de discuter ici la formule de la solanidine, nous
n'insisterons pas, pour lemoment,sur la question de la teneur en azote
de cet alcaloïde. Nous rappellerons seulement que les divers chimistes
qui se sont occupés du dosage de l'azote dans la solanidine ne sont
pas d'accord au sujet du chiffre à adopter. On sait que, pour ce qui
concerne la solanine même, Gmelin conclut de ses expériences que
( 2ol )
Il forme avec les acides de vérilahles sels : le chlorhy-
drate se disliiigue par sa faible solubilité dans l'eau; le
sulfate est plus soluble, mais les sels à acides minéraux de
celle base se caractérisent par leur faible solubilité dans les
liqueurs acides. On a vu que cette propriété peut être
utilisée avantageusement pour la préparation de cet alca-
loïde. Les solutions des sels formés par celte substance,
traitées par les alcalis, fournissent des précipités flocon-
neux qui, par dessiccation, deviennent friables; elles
donnent également naissance à des précipités par l'action
des réactifs généraux des alcaloïdes et spécialement en
présence de l'iodure potassique ioduré.
Ce produit ne réduit sensiblement à chaud ni les sels
d'or, ni les sels d'argent; par l'ébullition de ses solutions
additionnées d'acide sulfurique dilué, il ne se forme pas de
substance agissant sur la liqueur de Febling.
On obtient un chlorure double, insoluble dans l'eau.
ce produit ne renfermait pas d'azote. Zwenger et Kind, au contraire,
montrèrent que cette substance est un glucoside azoté. Ces deux chi-
mistes déterminèrent la teneur en azote de la solanidine de dédou-
blement, et obtinrent des résultats différant assez peu de ceini
auquel arriva Hilger plusieurs années après (5.7 "/o). Ce dernier
chimiste prétend qu'en réalité la solanidine de dédoublement doit
renfermer 5.5 "/o d'azote, tandis que Firbas a proposé récemment
pour cette substance, une formule d'après laquelle le chiffre de Hilger
serait notablement trop élevé.
Nous avons lieu de croire qu'il conviendrait de vérifier les résultats
fournis par la méthode de Will et Warrentrapp, en employant
d'autres procédés, et nous comptons reprendre cette élude pour ce
qui concerne à la fois la solanidine de dédoublement et la solanidine
extraite par notre procédé, dès que nous disposerons d'une quantité
suffisante de matière.
( 252 )
quand, après avoir dissous ce produit dans l'alcool acidulé
d'acide chlorhydriqne, on ajoute au liquide du chlorure
platinique, puis que l'on verse le mélange limpide dans
l'eau distillée.
L'acide sulfurique concentré colore cette substance en
rouge. La réaction colorée décrite par Zwenger et Kind (i),
à propos de la solanidine de dédoublement, s'obtient sur-
tout avec netteté quand on dissout une petite quantité de
la substance que nous avons isolée dans l'acide acétique
glacial, puis que l'on ajoute avec précaution l'acide sulfu-
rique concentré.
Si l'on traite ce produit à froid par l'acide nitrique con-
centré, il se forme des gouttelettes huileuses, et peu à peu
le liquide se colore en rouge.
Enfin, la solution de celte substance dans l'acide acé-
tique glacial, évaporée au bain-marie sur le couvercle
renversé d'un creuset de porcelaine, laisse un résidu qui,
humecté d'acide chlorhydrique concentré et coloré en
jaune par du chlorure ferrique, puis soumis de nouveau à
l'action de la chaleur jusqu'à dessiccation, se colore en
violet (réaction nouvelle).
Sauf pour ce qui concerne cette dernière réaction, que
l'on obtient du reste parfaitement, tant au moyen de la
solaninine de dédoublement, que de la solanine, toutes les
propriétés décrites ci-dessus à propos de la substance que
nous avons isolée appartiennent, suivant Zvvenger et
Kind, à la solanidine de dédoublement.
Quelques-uns de ces caractères, tels que la sublimation
facile, la faible solubilité des sels à acides minéraux dans
(1) Annalcti dcr Chcinie itnd Pharmacie, loc. cit.
( 253 )
les liqueurs acides, les réactions colorées, etc., suffiraient
à montrer que ce composé est identique à la solanidine de
dédoublement, si cette analogie ne ressortait à l'évidence
du dosage du carbone et de l'hydrogène dans le produit en
question.
S'il est vrai que les divers chimistes qui ont étudié la
solanidine ne sont pas d'accord au sujet de la formule par
laquelle cetlesubstance doit être représentée, tous indiquent
cependant des chiffres d'après lesquels il est aisé de recon-
naître que la solanidine de dédoublement se distingue pour
ainsi dire de tous les autres alcaloïdes par la forte pro-
portion de carbone et d'hydrogène qu'elle renferme à la
fois. Comme le montrent les résultats analytiques sui-
vants, l'alcaloïde en question se caractérise également par
cette particularité et présente une analogie de composi-
tion frappante avec la solanidine de dédoublement étudiée
par Hilger (1).
Trois analyses de ce produit, exécutées par le chimiste
allemand, ont fourni à ce dernier :
79,4 78,3 78,3 p. o/o de carbone.
■11,1 10,3 10,3 p. o/o d'hydrogène.
Soit en moyenne 78,8 p. o/o de carbone et 10,6 p. o/o d'hydrogène.
L'élude des dérivés acétylés de la solanidine a toutefois
amené Hilger à représenter cette substance par la formule
C2GH/.1N02, qui exige 78,22 7„ de carbone et 10,27 "L
d'hydrogène.
Nous avons soumis à l'analyse élémentaire un échan-
(1) Annulcn dvr Chemie tind Pharmacie, CVC, p. 525.
( "23 i )
lillon (rès pur de noire prodnil que nous avions préparé
d'après la méthode basée sur la faible solubilité des sels de
solanidine dans les liqueurs acides. Cet échantillon avait
été desséché à 100".
Voici quels ont été les résultats obtenus :
10 Ûg^l481 de substance ont fourni 0s^42T7 GO- et 0s'-,1342 H-0
2» ûe^loee de substance ont fourni Ûs'-.io-iO CU^ et 0s'-,1429 H^O
chiffres qui correspondent à la composition centésimale :
c
I.
II.
Quantités calculées
pour CJGH*ïNO^
d'après le mémoire
de Hilger.
78,73
10.06
78,67
10,08
78,22
-10,27
1
H
A l'analogie de propriétés physiques et chimiques
s'ajoute donc, peut-on dire, l'identité à peu près complète
de composition, et nous concluons que le produit retiré
directement par nous des jets de pommes de terre frais
par un dissolvant neutre est bien la même substance que
la solanidine de dédoublement étudiée par Zwenger, Kind
et Hilger, solanidine qui, jusqu'à présent, n'avait été obte-
nue dans les laboratoires que par l'action des acides miné-
raux dilués à l'ébuUition, sur la solanine.
( 2oo )
Sur les fonctions semi-invariantes ; par Jacques Deruyts,
chargé de cours à l'Université de Liège.
Dans de précédentes communications, nous avons mon-
tré que les fonctions invariantes se déduisent des cova-
rianls primaires; d'autre part, tout covarianl primaire est
complètement défini par un semi-invariant de première
espèce. Les fonctions, que nous nous proposons d'étudier,
déterminent d'une manière simple des semi-invariants. A
ce point de vue, elles se rattachent à la théorie générale des
formes à plusieurs séries de variables de même espèce (*).
Nous indiquerons dans cette Note les propriétés prin-
cipales et différents modes de formation des fonctions
semi-invariantes.
]. Définitions et formules préliminaires. Nous dési-
gnerons par (xi), (x2), ...; (|1), (|2)... des séries de
variables cogrédientes et de variables contragrédientes,
telles que (xli, ocl,, ... xi J, (|1,, |l2,...|l„). Soit ^ une
fonction entière et homogène des variables (x), (|) et des
coefficients de formes algébriques, telles que (")
(*) Nous espérons montrer prochainement que les fonctions semi-
invariantes se rattachent aussi à la théorie des formes à plusieurs
séries de variables d'espèces différentes.
(•') On a
j-^M, /3=S^,-,elc.. et Pa=( ^ V ^2=\ '^ ),elc...
( 256 )
Nous dirons que <^ est une fonction semi-invariante de
première espèce, si l'on a
M^ = ^«f.•ar^..«L^ (0
W étant la transformée de 4* correspondant à la substi-
tution
Xi = a,iXi -t- a,, i+,X,.+, H -t- ai„X„, (t = I, 2, 5 ... «). (S)
Nous emploierons la dénomination de semi-covariant,
pour désigner une fonction semi-invariante qui ne dépend
pas des variables (i) : nous appellerons semi-invariant, un
semi-covariant indépendant des variables [x).
2. Soit R un produit de coelFicients de formes algé-
briques et de variables (x), (^) : nous dirons que
i^ = n„ a,^,^. .,^. ^^,.,^^.^ n,x/f .x/^ .. . xit" ^.i\^ . . . ?6
a, pour l'indice i, le poîrfs
S„(«, + p, + ...) + 2. (^, -/'(), [i = I, 2, 5 ... n].
Nous appellerons fonction îsobarique, une fonction
exprimable, comme somme de produits R qui ont les
mêmes poids pour les indices I, % ... n.
Quand on effectue la transformation linéaire
X; = .\. + AX(, X, = X„ {k ^ j) , . . . (-2)
une fonction homogène et isobarique a pour transformée
A >* a'
( 257 )
on doit supposer :
Nous avons établi antérieurement ce résultat, dans le
cas de formes algébriques à une seule série de variables
(x) (') : la généralisation est immédiate, si l'on observe
que la fonction a pour expression symbolique une fonc-
tion r des coefficients de formes linéaires à une seule
série de variables (x) : en effet, de l'équation symbolique
Q ^r, on déduit : [ij] G ^ (//) r.
3. Propriétés des fonctions semi- invariantes. Une
fonction homogène et isobariqne est une fonction semi-
invarianle de première espèce, si elle satisfait aux n — 1
équations
(î + l.j) = 0, [i=i, % 3...n — 1].
Si pi , P2, ... Pn sont les poids d'une fonction semi-inva-
riante de première espèce (*'), on a
Pi—p^yo, P2— P5>0, ...pi— p.+i^O, ...p„_,— />„^0.
Une fonction semi-invariante qui a les mêmes poids
pour tous les indices, est une fonction invariante.
(*) Sur la llicorie des formes à un nombre quelconque de variables
(p. 8). Bull, de l'Acad. royale de Belg., 1888.
(**) D'après la formule (I), ^ a pour poids : p,, p,, ... p„, relative-
ment aux indices I, 2, 5, ... n.
( 258 )
La démonstration de ces théorèmes est en tous points
semblable à celle que nous avons indiquée dans le cas
des scmi- invariants (*) : nous nous dispenserons de
la reproduire, afin de ne pas étendre celte Note outre
mesure.
Au moyen du premier théorème énoncé ci-dessus, on
peut établir qu'une fonction entière et homogène a est une
fonction semi-invariante de première espèce, si elle se
reproduit multipliée par un fadeur numérique^ quand on
effectue la transformation (S).
Il est d'abord visible que o- est une fonction isobarique;
de plus, si on réduit la transformation (S) à
Xi = Xi -t- ^Xi+„ xt = Xi (fc ^ i),
la transformée de c- est
0- = (7 H (t -i- \ .l] a -\ (l -+- i a) 0- -+- ••• ;
1 1 . ti
c'est ce qui résulte des formules (2) et (3); d'après l'énoncé,
la quantité o-' doit être égale à o-, à part un facteur qui
dépend seulement de ^.
Si l'on se reporte à la formule (5), on voit que les fonc-
tions (7, [i H- \,i) (7, (ï -1- 1 . i)-(7, ... ont des poids diflerents
pour l'indice i; conséquemment, on a {i -h \.i)<j = 0,
pour i = i,% ...n — 1 ; et la fonction a est une fonction
(') Suj' la (jcnéralisaliou des semi-invariants. [Mém. couronnés et
Méin. des Savants étrangers, publiés par TAcad., t. Ll (in-4°)].
( 259 )
semi-invariante de première espèce, ainsi qu'il avait été
annoncé (*).
4. Soit G un groupe d'éléments comprenant certaines
séries de variables et de coefficients. Nous désignerons
par les lettre g, des fonctions qui dépendent seulement des
éléments du groupe G : nous représenterons par les lettres
r, (les quantités indépendantes de ces mômes éléments.
Écrivons une fonction semi-invariante sous la forme
i> = g^i\ -\- g.,r. h + g,r,; .... (4)
les quantités (g) et (r) sont nécessairement isobariques et
on peut supposer que le nombre s des termes est le plus
petit possible : ainsi, il n'existe aucune relation linéaire
entre g^, g.^, ... g,.
Soient ti, , t:^, ... t:,,, les poids d'une fonction g pour les
indices \ , % ... n : nous dirons que g est un terme principal
de ^ par rapport au groupe G, s'il n'existe dans la suite
Oii i/2> ••• 9s aucun terme de poids 7:„, t:,, ,, ... tt^.^,, ti^h-e,
(-: > 0), pour les indices n, n — 1 , ..., j -i- \,j [j y 2).
D'après la formule (4), nous avons
gi[i-i-\ .0r,-4-72(i+l.î>2H ^gÀ'-^i «>«
-+-r,(î-Hl.%i-+-r.2(î-4-l,i)(/2-t-...-t-r,(i-t-l.i)</,=0, {=I,2,3...?i— 1.
Les équations précédentes se partagent en équations
isobariques par rapport aux éléments du groupe G. Suppo-
(*) MM. Clebsch, Gram, Capelli, EllioU ont établi, de différentes
manières, une propriété analogue pour les covariants.
( 260 )
sons que g^ est un terme principal de ^, et considérons les
termes des mêmes poids tt, , TTg ... ;:„, pour G. L'opération
(^ -f- 1, i) diminue d'une unité le poids pour l'indice e-hl ;
par suite, on doit égaler à zéro la partie de l'expression
5f, (^■ -t- 1 .t) r, -f- g^ [i -t- 1 .^•) ra h y- g, {i -4- i .i) r,,
qui est de poids ;t, , tt, ... 7t„ par rapport au groupe G. D'un
autre côté, les quantités </i, j/2, ...g, ont été supposées
linéairement indépendantes; il en résulte que l'on doit
avoir
(t-f-'I.î)ri = 0, î = 1,2, 3...n — i.
Ainsi, ou déduit d'une fonction semi-invariante (/*, »/»e
fonction analogue, r^, en considérant le multiplicateur d'un
terme principal g|, par rapport à un groupe quelconque
d'éléments G.
En particulier, on déduit d'une fonction semi-invariante,
un semi-invariant de première espèce, en prenant pour G
un groupe contenant, parmi ses éléments, toutes les séries
de variables.
Comme nous l'avons rappelé au début de ce travail,
tout semi-invariant de première espèce déOnit complète-
ment un covariant primaire; par suite, tout procédé de
formation des fonctions semi-invariantes permet d'obtenir
des covariants primaires.
5. Les variables contragrédientes (?l), (^2) ... peuvent
être considérées comme des coefficients de formes linéaires ;
en conséquence, les fonctions que nous étudions se rédui-
sent aux semi-covarianls de première espèce. D'après le
système ordinaire de notations symboliques, un semi-
covariant ^ est représenté par un semi-covariant ^q de
(261 )
formes linéaires. En appliquant à ^q des opérations
polaires convenables, on obtiendra un semi-covariant o
linéaire, par rapport à des séries de variables cogrédienles
et par rapport aux coefficients de formes du premier
degré. De plus, la fonction cp est réductible à ^qi moyen-
nant l'identification de certaines séries de variables ou de
coefficients.
D'après ces considérations, l'expression symbolique des
senii-covariants ^ sera déterminée, quand on connaîtra la
forme caractéristique des fonctions o.
On peut encore observer que cp est une fonction isoba-
rique des mêmes poids que ^, par rapport aux indices
1, 2, o ... n.
6. Supposons que le semi-covariant o se rapporte à M
séries de variables {x\), (x2) ... et à N formes linéaires
a^, b^, ... /^ ... Nous représenterons par êi, 5,, ... <5„ les déter-
minants d'ordre i, % 3, ... n, formés au moyen des
1, 2, 3, ... n premières colonnes du tableau
«1 «2 • • • o„ ,
6i 62 ... 6„,
/, k .../„, etc.
De même, nous représenterons par les lettres :?ô,ai'--.ol-,
les déterminants d'ordre n, n — 1 , ... 2, i formés au moyen
des n, n — 1, ... 2.,i dernières colonnes du tableau
a:2, a:22..x2„,
( 262 )
Soient pi, p,» •••/>ni les poids de la fonction 9 pour les
indices 1, 2, ... w; nous démontrerons le théorème suivant :
la fonction cj> est exprimable comme somme de produits de
facteurs ^i, (^2, — <^n> "^o» <^i, — ^n-i ^i de formes linéaires
telles que a,t : chacun des produits contient p; — p;^, déter-
minants Jj ou d'i [i = 1, 2, 5, ... n — 1].
Cet énoncé se vérilie immédiatement pour N = i,
M=0, car le seul semi-invariant du premier degré,
pour la forme a^, est a, (ce qui est un déterminant d^).
Pour établir le théorème dans le cas général, nous le sup-
poserons exact pour N = v, M == p-, et nous le vérifierons
pour le cas de N = V -f- 1 , M = fji et de N=y, M = a -1- 1 .
Supposons que la fonction tp se rapporte à M = // séries
de variables et à N=v + 1 formes linéaires, comprenartl
la forme a^. Nous écrirons :
a,, est ainsi le terme principal de 9 par rapport au groupe G
des coefficients a^ , «2» ••• «»•
D'après ce qui précède (§ 4), Sq est un semi-covariant
analogue à 9, pour lequel on a M = p, N=v; la fonc-
tion So a pour les indices r et s [5 ^ r) les poids p^ — 1
et p,.
Dans notre supposition, le théorème énoncé ci-dessus
est applicable au semi-covariant Sq; par suite, So s'exprime
comme somme de produits de formes linéaires et de déter-
minants à, d'; en particulier, chacun des produits contient
comme facteurs p,_, — p, -h- i déterminants ^),_,,C; (si
l'on supposer >1.) Le nombre p,_, —p^-h\ est au moins
égal à l'unité, puisque l'on a /),_, — Pr^ (§ 5). On peut
( 263 )
donc écrire
So=2p
6, bi .. 6,_i
Cl C-2 ■ . Cr-l
(l (2 • • • V-1
2p'
x2„ a;2„_i . . . xS^
P, P' désignent des produits de formes linéaires et de
délerminanls ^„,àl, d^, d]{0 < i < n); dans ces produits,
le nombre des facteurs ^^ 5; ebt p, — p^^i — 1 ou Pi — p,+i,
suivant que l'on a i=r ou i ^ r.
Prenons
<^.=2(-^r*p
Oi a2...«r-I C^r
6, b<i...br_i br
l^ tj •• • 'r— 1 'r
2p'
xi„ xl,
..xl,
•+1
^2„ x2„_,...x2,+, a.
la fonction o-, est évidemment un semi-covariant (*); on
peut écrire, d'après la formule (5) :
Les considérations qui viennent d'être indiquées pour la
fonction 9 sont applicables à ç — o-^: il existe un semi-
covariant (7^_i, analogue à s-,., pour lequel on a
S (7^ (Jf-i = «r-îSo -4- 0,-381 H- • • • -4- OiSr-s-
(*) Dans le cas de r=l, on doit écrire Sq = S P, «J^, = Sfli P ; P
contient alors p^—p^ — 1 facteurs J„ J', et p,- — ju,+i facteurs <}■,■ S' i
( 264 )
En continuant de la même manière, on trouvera
9 — 0-, — <7,_, 0-1=0.
D'après les considérations précédentes , chacun des
semi-covariants o- est une somme de produits de formes
linéaires et de déterminants ô, d' ; les facteurs (î,, <5- sont
en nombre p, — p.^., (o < / < «) ; le semi-covariant 9 jouit
de la même propriété. Par suite, le théorème général que
nous avons énoncé ci-dessus se trouve vérifié pour M = p,
N = v-f-'l, quand on le suppose exact dans le cas de
M = f^., N = V ; on peut aussi le vérifier pour M = f^ -f- i ,
N = v, en suivant une méthode toute semblable à celle que
nous avons employée : il faut alors considérer, au lieu de
l'équation (5), le développement du semi-covariant 9, sui-
vant les variables [x] d'une même série.
D'après les résultats que nous venons d'indiquer, le
théorème général énoncé ci-dessus se trouve complètement
établi. Il en résulte que tout semi-covariant de première
espèce est représenté symboliquement par une somme de
produits de formes linéaires et de déterminants tels que
x\„ x\„_i ...xl,+i
a;2„ x%,_i . . . a;2,_i_j
ttl
«2-
. 0,
bi
6,,
.6,
,
h
/, .
./.
xn — i„ xn — î„_, . . . xn — li^^i
En particulier, on retrouve, pour les semi-invariants de
première espèce, l'expression symbolique que nous avons
obtenue antérieurement (*). Comme nous l'avons vu (§ 3),
un covariant est un semi-covariant de même poids pour
(*) Sur la généralisalioti des semi -invariants (loc. cit.).
( 265 )
les indices i, 2, ... n : par conséquent, on déduit de notre
théorème cette proposition bien connue : « tout covariant
est représenté symboliquement par une somme de pro-
duits dont les facteurs sont : des formes linéaires, des cova-
riants identiques et des déterminants d'ordre n, tels que
7 Procédés permettant d'obtenir des fonctions semi-
invariantes. Désignons par (m^, nu,...'ni^, (wj, m'^,...m'r-)...
des séries de fonctions entières et homogènes des variables
(x), (I) et des coefficients de formes algébriques. Soient
(M), (M')... les transformées des quantités (m), (m')... cor-
respondant à la transformation linéaire
Xi = a„X,- -+- a,i+,X,^, -f- • • • -t- a^„X„ , i = \, "2, ..,n. (S)
Nous admettrons que les fonctions M^, M2, ... M^ s'ex-
priment linéairement au moyen des quantités m^, nu, ...m,.
et que les fonctions {M') ... jouissent de la même propriété
par rapport aux quantités (m'),...
Soil ^ [m, ni',...), une fonction semi-invariante de pre-
mière espèce, exprimée en fonction entière des quantités
[m], (m'), ... . S'il existe entre les quantités {m), [rn') ... des
relations d'ordre p, nous supposerons que 4/ est d'ordre
inférieur à p, par rapport à (m), [m')....
D'après l'équation (1), nous avons
^ (M, M' . . .) = «f/a^;^ . . . «P-j .i (/«, m' ...)
et, dans les conditions actuelles, on peut vérifier cette
équation en faisant seulement usage des relations qui
existent entre les fonctions (M) et (m), (M') et [tn')... Par
suite, on aura
MQ, Q' •••)-= «^4i ••. «L" HV' 7' •• K
5""^ série, tome XIX. 18
( 266 )
s'il exisle entre les quantités (q) et (Q), {q') et (Q') ... les
mêmes relations qu'entre (m) et (M), (m') et (M')... .
Prenons pour {q), {q')... des fonctions entières et homo-
gènes des variables et des coefficients de formes algé-
briques; \p [q, q' ...) sera une fonction semi-invariante de
première espèce, si (Q), (Q') ... sont, à part des puissances
de «H , «aa»-- ««nj les transformées de {q), [q') ... par la sub-
stitution (S).
Les conditions qui viennent d'être indiquées, sont satis-
faites pour m = X (ou m = ç),
q = — ^ ou q =——
'Y étant une fonction semi-invariante de première espèce.
Il en est de même pour m = ««j^^^... «„; ,?, .../?„ ...,
dx I f V/j 1 ^ . . . f/x I ^ r/x2^ . . . r/x2;, « ...
quand on désigne par a^j... a„; .5, ...,3„,.. le coefficient de
ai"' ... 3cl"" x2f' ... a2f" ... dans une forme d'ordres a, [3 ...
en (xl), (x2)...
Si la fonction v/^ contient les variables [x\), (x2),... aux
degrés a, {3, ..., on peut encore prendre:
m = xir'...xl^x2f'...x2f"..., (Sa,.= a, i:;3, = p,...),
q = .
ou bien
1 dy
9 =
P^Pp... da^
,...a!„;p,...;3,. ...
( 267 )
ou encore
7
-(*);
0, . , représente alors le coeffîcient de 3c2f'a'2'f^..a2';". ..
daîis une forme d'ordres (3, ... par rapport aux séries de
variables (.x2), ...
ÎNous nous bornerons à indiquer une application.
Soit
^^ ai...cr.ntii...'^n ■• ^j ... 7„ » , ...r,, ... /
une fonction serni-invariante de première espèce: les lettres
a, s ... désignent des coefficients de formes algébriques.
Écrivons en expressions symboliques :
« , , =«if'...ai>2^...»t>:"...=Mf'...M^62r...^2,:" .,oic
.S- =slf'...sl,f"... = M^. .M,T". .. = ..-, etc..
La fonction ^ peut être représentée par une fonction
senii-invarianle
^1 =: i, (f/., />,, . . . S,-, /,-... X,-, ?,)•
Faisons correspondre aux symboles al, bl, ... a7, tl des
séries de variables yt, zl, ... ??/, il, ... cogrédientes aux
variables (x) : nous désignerons par A,, B, ... Y<, ... X^, Z,
f ) Par analogie, on est conduit à d'autres déterminations des
<]uantités (7), en considérant une sciic de coeflicients tels que
«=1 .. ^, — et plusieurs séries de variables contragrédientes.
( 268 )
les transformées des éléments a,, 6, ... î/, ... ar^, |., pour la
substitution (S). Nous aurons alors
^ (A.., B,. . . . X,S,) = «f/ . . . al: ^ (a., 6, . . . x.ë.). . ((])
Il existe les mêmes relations entre les quantités
(a„, A,-, cij) et (««_,+),„- r+i; i/«-.+i, Y„_y+,);
de même entre les quantités
(«,.,, X,, Xj) et (a„_,^,,„_^_,.,; f„_,4.,, S„-,-i-i); etc.. (*).
D'après cette comparaison, on déduit de la formule (6)
que
est une fonction semi-invariante de poids ( — p„) ,
( — Pn-i), ... ( — Jh) pour les indices 1 , 2, ... n.
La fonction ^o, est différente de zéro: nous obtiendrons
une nouvelle fonction semi-invariante en y remplaçant les
produits
zl^xl^...zi:"z2^...z2f"...,etc.,
par
i df
PaP(3 ...Ta 7^ o '
(') On a, par exemple,
( 269 )
(>i>' représente une fonction serai-invarianle de première
espèce). En même temps, nous pourrons remplacer dans
vi.2, les produits mIT' ... «l^"...,i/lf'...î;l^... par
1 (ly
Pa... ds^ ^ .
(T^...<T„; ...
<^" étant une fonction semi-invariante. Il est visible que
l'on peut introduire dans la fonction ^o des modifications
analogues, pour toutes les séries de variables cogrédientes.
Rapportons à la fonction symbolique v^^, puis à ^, le
résultat que nous venons d'indiquer pour la quantité ■4^.2'->
nous obtenons ce théorème :
D'une fonction semi-invariante v^, on déduit une fonc-
tion analogue, en remplaçant les variables xk^, ^k,
par |kn_i+i, xka_i4.j et en remplaçant, chaque série de coef-
ficients, tels que a», ... «„ , ^s» ... /2a ..., par des dérivées corres-
pondantes
{;//' est une fonction semi-invariante qui peut différer
d'une série de coefficients à l'autre).
Exemple. Dans le cas d'une forme cubique ternaire,
on peut prendre
on déduit de 4/ la fonction semi-invariante de première
espèce
da^oi dooii •> \da,.J
( 270 )
8. Soil cd une opération relative aux variables et aux
coeflicients de formes algébriques; soit Q l'opération ana-
logue, relative aux variables et aux coefficients transformés
par la substitution (S).
Nous supposerons que l'opération co, appliquée à une
fonction entière 9 homogène et isobarique des variables
et des coefficients, donne comme résultat une fonction
analogue oaQ. Nous dirons que co est une opération semi-
invariante, quand wO et 0,0 diffèrent seulement par des
puissances de a,,, a.^^,.--^,,,,- Dans ces conditions, une
opération semi-invariante transforme une fonction semi-
invariante de première espèce en une fonction analogue.
Les opérations polaires sont semi-invariantes : il en est
de même de leurs combinaisons avec des opérations telles
que
I d (l d \ l d d d
dr- — et
\ (/xli dx% dxij \ (/|l„ d'4'l„-i '/^<„-i+i/
i ayant les valeurs 1, 2, ... n.
9. Afin de pouvoir indiquer d'autres opérations semi-
invariantes, nous représenterons par les lettres a, 6,. ..a', 6'...
des coelficienls de formes algébriques aux séries de
variables (xl), (x2), ...; les indices correspondront aux
puissances de xl,, ... x\„, a;2i, ... x%, ... Pour la substitu-
tion (S), les quantités
rt et u , .
sont cogrédientes entre elles et contragrédientes aux
dérivées
d
du
J
( 27! )
Il résulte de là que
«, ...«„; ...
est une opération semi-invariante.
Dans les mêmes conditions, les produits
«,«2... a„ . . ff,ffj... «7„, .
et les déterminants
''aj+l.aj,. ..«„;... cr,, (T2+I,...(T„;... a,, «j+l,... «„;... Cj+I, (7j, ... (T„ ...
sont des quantités cogrédientes; d'autre part, les pro-
duits a«, ... X ba^.,. sont contragrédients des dérivées
(la db^
K, ... a...
Par suite.
".1+1,^2,. ..«„;... a^,cr,+l, ..<r„;.
"~-^^ — «' // U/« db„
est une opération semi-invariante.
Ou peut encore prendre
==y, -^ ^ I "'«t+i,«,...«„;;3j,i3,+i...3„...~"«.,«ï+i...«„;/3t+<,^,...^,
a,...«„;(3,.../3„;...
Exemple particulier. — La fonction 9 = «3000,20 — al, est
( 272 )
un semi-invariant de la forme ternaire du troisième ordre
aux variables (xl). D'après la dernière détermination de
l'opérateur co, on obtient l'e semi-invariant
^30o(C!220,010 f'l30,iOo) ■+" ^120 ('' 400,010 ^3IO,Ho) -^21o(03in,OlO (^^«Q.iOù) 1
relatif à deux formes ternaires, l'une d'ordre 3 aux
variables (xi), l'autre d'onJres 4, 1, pour les variables
[xi), (x2).
Remarque. — Des considérations analogues à celles que
nous avons indiquées ci-dessus, conduisent à des déter-
minations plus générales d'opérations semi-invariantes.
i^<
( 275 )
CLASSE DES LETTRES.
Séance du 3 mars 1890.
M. Stecher, directeur.
M. LiAGRE, secrélaire perpétuel.
Sont présents: MM. Tiberghien, vice-directeur; Ch. Fai-
der, Alph. Waulers, Ém. de Laveleye, A. Wageuer,
\\ Willems, G. Rolin-Jaequemyns, S. Bormans, Ch. Piot,
Ch. Polvin, Lamy, P. Henrard, L. Roersch, L. Vander-
kindere, Al. Henné, G. Frédérix, membres; Alph. Rivier,
M. Philippson, associés; A. Van Weddingen et le comte
Goblet d'Alviella, correspondants.
CORRESPONDANCE.
M. le Minisire de l'Intérieur et de l'Instruction publique
exprime le désir de connaître le sentiment de l'Académie
au sujet de la fondation, par une personne qui désire garder
l'anonyme jusqu'à sa mort, d'un prix biennal de philologie
classique. Le fondateur destine à celle œuvre une somme
de 45,000 francs.
( 274 )
La Classe désigne IMM. Faider, Wagener et Polvin pour
lui faire un rapport sur cette proposition, qui a été portée
à la connaissance du Gouvernement par une lettre de
de M. Auguste Wagener, membre de l'Académie.
En attendant que les remerciements officiels de l'Aca-
démie puissent être adressés au généreux donateur, la
Classe prie M. Wagener de bien vouloir être auprès de
celui-ci son organe officieux.
— M. le Ministre de l'Intérieur et de Tlnslruction
publique demande l'avis de l'Académie sur une lettre par
laquelle M. Vercruysse, président du Cercle archéologique
du pays de Waes, à Saint-Nicolas, demande que le Gou-
vernement veuille bien se charger de la reproduction de
deux caries de Mercator : i" carte des lies britanniques,
iSGd; 2° grande carte d'Europe, io54, qui viennent d'être
retrouvées dans la bibliothèque communale de Breslau.
iVI. le Ministre adresse en même temps un exemplaire
d'une notice du D"" J. Van Raemdonck sur ces cartes. —
Renvoi à MM. Wauters et Henrard.
— Le même Ministre envoie, pour la bibliothèque de
l'Académie :
i° Woordenboek der nederlandsc/ie taal, o**^ reeks,
15'''^ aflevering;
2° DU is die isiory van Troijen, deel I; deel IV, 1. —
Madelghys'kinlsheit. Ouvrages publiés par l'Académie fla-
mande de Gand. — Remerciements.
— Hommages d'ouvrages :
Zur Ethnographie des Peloponnes ; par Alfred Philipp-
son. Présenté par M. Martin Philippson, associé de la
Classe, avec une note qui (igure ci-après;
( 273 )
La foi, la force et la raison; par J. Putsage. — Remer-
ciements.
— Le comité exécutif du monument à élever à Virgile,
dans la ville de Mantoue, fait un nouvel appel pour réaliser
cette œuvre.
— La Classe renvoie à l'examen de MM. Le Roy et
Van Weddingen un mémoire de M. C. de Harlez, intitulé :
L'École philosophique moderne de la Chine ou système de
la nature Sing-Li.
note bibliographique.
Messieurs,
J'ai l'honneur de présenter à la Classe, au nom de
l'auteur, un travail Sur l'Ethnographie du Pétoponèse, de
M. Alfred Philippson (1). On sait combien de fois la ques-
tion de l'origine des Grecs modernes a été discutée, sur-
tout depuis que Fallmerayer, dans ses Essais sur l'Orient
et dans d'autres écrits, avait prétendu que l'ancienne
nation des Hellènes avait été entièrement détruite, et que
les Grecs actuels étaient tous des Slaves et des Albanais.
L'auteur de la dissertation que je prends la liberté de
soumettre à la Classe a tenu à trancher la question quant
au Péloponèse, qu'il a parcouru de tous les côtés pen-
(1) Zur El/inoijrapliic des Peloponncs. Von Dr. Alfred Philippsim
(Abdruck aus Pclcrmann's MilHicilunrjen, 1890, Heft I-II).
( 276)
fiant un voyage d'exploration géologique, qui n'a pas duré
moins de deux ans. Allant de ville en ville et de village en
village, il s'est efforcé de conslater de visu, pour chaque
localité, l'origine, la langue et les particularités physiques
des habitants. Il arrive ainsi à des résultats à peu près
indubitables qui rectifient les idées extrêmes des Philhel-
lènes d'un côté et des partisans de Fallmerayer de l'autre,
et qui, en même temps, démontrent le peu de confiance
que l'on peut accorder à la statistique oflTicielle de la Grèce,
Inquelle voudrait faire de la presque totalité des habitants
de ce royaume les vrais descendants des compatriotes de
Léonidas et de Périclès.
M. Philippson.
( 277 )
CLASSE DES BEAUX-ARTS.
Séance du 6 mars 1890.
M. Jos. ScHADDE, directeur.
M. J. LiAGKE, secrétaire perpétuel.
Sont présents : MM. H. Hymans, vice - directeur ;
C.-A. Fraikin, Éd. Félis, Ern. Slingeneyer, Alex. Robert,
F. -A. Gevaert, Ad. Samuel, G. Guffens, Th. Radcux,
Jos. Jaquet, J. Demannez, G™" De Groot, G. Biot,
Edm. Marchai, Jos. Slallaert, H. Beyaert, J. Rousseau,
Alex. Markelbach, Max. Rooses, membres; J.-B. Meunier,
A. Hennebicq, le comte J. de Lalaing, Félix Laureys,
Aug. Dupont et J. Robie, correspondants.
M. Alex. Henné, membre de la Classe des lettres, assiste
à la séance.
CORRESPONDANCE.
La Classe des beaux-arts vient de perdre le doyen des
associés de sa section de musique, M. Franz Lachner,
ancien directeur général de la musique du roi Louis de
Bavière, né à Rain sur le Danube, le 2 avril 1804, et
décédé récemment à Munich.
( 278 )
— M. William Bonguereau accuse réception de son
diplôme d'associé.
— M. le Ministre de l'Intérieur et de l'Instruction
publique adresse :
1° Le quatrième rapport semestriel de M. De WuH",
lauréat du grand concours d'architecture de 1887. —
Renvoi à la section d'architecture;
2° Le cinquième rapport semestriel de M. Montald,
lauréat du grand concours de peinture de 1886. — Renvoi
à MM. Fétis, Robert, Guffens et Slingeneyer;
3° Une requête de M. Vander Veeken, lauréat du
grand concours de gravure de 1886, demandant à pou-
voir graver un portrait de femme, par Van Dyck, au musée
(le Lille. — Renvoi à la section de gravure.
— Le même Ministre demande l'avis de la Classe sur
les envois réglementaires du môme lauréat : le Christ don-
nant les clefs à saint Pierre, d'après le Pérugin, et une
ligure académique d'après nature, qui ont été exposés
publiquement au Musée moderne, du 24 février au 2 mars.
— ■ Renvoi à la même section.
— M™" Simonis, conformément à l'invitation qui lui a
été faite par le Gouvernement, soumet à l'appréciation de
la Classe le buste en marbre de feu son mari, dont elle a
|)roposé l'acquisition pour la galerie des bustes des acadé-
miciens décédés. — Renvoi pour rapport à la section de
sculpture.
— M. Bertolotti, associé de la Classe, à Mantoue,
adresse, à titre d'hommage, les deux ouvrages suivants :
Architetti, ingegnei'i e malematici in relazione coi
Gonzaga, signori cli Mantova, nei secoli, XV, XVI e XVII.
( 279 )
FiguH, fonditori, e scullori in relazione cou la cor te di
Manlova nei secoli, XV, XVI e XVII. — Remerciements.
— M. Marchai présente, au nom de M. de Harlez,
membre de la Classe des lettres, une brochure intitulée :
La perception des couleurs chez les peuples de l'extrême
Orient et l'histoire du sens visuel. — Remerciements.
La note lue par M. Marchai au sujet de ce travail figure
ci-après.
NOTE BIBLIOGRAPHIQUE.
Les Grecs discernaient-ils toutes les couleurs; ont-ils
connu la série ou la gamme des tons dont la décomposition
du spectre solaire, par le prisme, nous offre les teintes
rudimentaires, ainsi que nous l'ont montré les remar-
quables recherches du chimiste Chevreul, publiées en 1864,
dans les Mémoires de l'Académie des sciences de Paris?
Telle est la question qui a été si vivement agitée et con-
troversée par les archéologues, et subsidiairement par les
peintres. Elle a été reprise avec succès par M. Edgar Baes
dans un travail paru en 1885 dans le Bulletin des Com-
missions royales d'art et d'archéologie.
Chevreul, comme on sait, avait entrepris son travail
en vue de donner une nouvelle impulsion au célèbre éta-
blissement des Gobelins, à la tète duquel il était placé;
son influence s'est profondément fait ressentir sur les pro-
ductions françaises en fait de tapisserie de haute lice.
Là, où l'aiguille savante égale les pinceaux,
comme l'a dit un jour le poète Lambert, dans son poème
Les Saisoîis.
( 280 )
Les peintures de Polygnole (416 ans avant J.-C), dans
la lesclié des Cnidiens, à Delphes, ne nous sont connues
que par la description de Pausanias. Charles l.enormant
a publié, dans le lome XXXIV^ des Mémoires de notre
Académie (1864), un superbe travail sur l'œuvre du fon-
dateur de la peinture hellénique (1). On assure qu'au temps
d'Homère on ne connaissait que les principales couleurs
que révèle le prisme; or, celles-ci ne sont que le bleu, le
jaune et le rouge, qui, avec l'indigo, le violet, l'orangé
cl le vert, forment le spectre. D'un autre côté, différents
peuples actuels, les Congolais, par exemple, et peut-être
d'autres encore, ne perçoivent aussi, ou plutôt n'ont le
sentiment que de quelques teintes en fait de coloration.
Un de nos confrères et ami, iM. de Harlez, membre de
la Classe des lettres, vient d'apporter, par la brochure
ci-jointe, une importante contribution à l'histoire du sens
visuel, dont l'élude offre tant d'intérêt pour les peintres.
Sa notice a pour objet la perception des couleurs chez les
peuples de Cextrème Orient.
(1) « Il faut restituer à Polygnole, dit Lenormant, p. 2G, la gloire
d'avoir le premier, et avant Phidias lui-même, déterminé l'impulsion
qui devait mettre fin à la longue enfance des arts du dessin chez les
Grecs. L'éloge que Lucien {Imag. 7) fait de la Cassandre que
Polygnote avait peinte à Delphes, l'expression sublime de la rougeur
et de la confusion, la correction et la légèreté des draperies,
n'excluent pas une certaine fidélité au style austère de l'époque
antérieure. On sait que Polyynole usait encore avec une certaine
sobriété des moyens de cotoration, et ce que les anciens (Pline, Hist.
nat.^ XXXV, 34) disent du genre de progrès que Cimon de Clcones
introduisit dans la peinture, nous porte à croire que Polygnote ne
hasardait pas encore les têtes de face ou de trois quarts, surtout
<]uand il fallait rester fidèle aux luis de la beauté. »
( 281 )
Chevreul est arrivé à déterminer soixante-douze tons
purs fornf)ant la série entière de dégradation des teintes du
spectre solaire, qui renferme en lui toutes les nuances des
trois grands types précités : bleu, jaune et rouge. H a
recherché tous les similaires de comparaison de ces teintes
dans les fleurs et dans la coloration du plumage des oiseaux
ou du pelage des autres animaux. M. de Harlez donne la
nomenclature de trente-deux nuances distinguées par les
Mandchoux, à une époque où la civilisation n'avait pu
encore développer le sentiment des couleurs en Europe.
C'est donc avec raison qu'il appelle l'attention sur ce fait
comme étant loin de l'imperfection native et nécessaire
des races primitives. Tandis que les colliers de verroterie
retrouvés à Gutorb, ville égyptienne découverte récem-
ment par W. M. Klinders Pétrie [Nature, 1890), et datant
de li^OO avant J.-C, n'offraient que la coloration bleue
ou violette, d'un autre côté, plus de dix siècles avant
l'époque chantée dans l'Iliade, les peuples de l'extrême
Client connaissaient déjà huit couleurs au moins, sans
compter, peut-être, fait remarquer le savant sinologue,
les teintes dont les historiens ne se sont point occupés.
Les Hindous distinguaient seize nuances.
Je crois en avoir dit assez sur la brochure de M. de
Harlez pour appeler sur elle l'attention des membres de la
Classe des beaux-arts.
Deux mots, pour finir, sur la question des couleurs
en fait de peinture : les Romains et les Égyptiens du
temps des Ptolémées avaient déjà des couleurs un senti-
ment très franc, mais ne connaissaient guère l'art de les
combiner. Les Byzantins, ou les Lombards, comme l'on
voudra, excellaient par leurs teintes plates et unies, mais
celles-ci étaient peu variées de tonalité. Les gothiques
3""' SÉRIE, TOME XIX. 19
( 282 )
flamands possédaient une parfaite entente de la diversité
des couleurs; leur palette, à en juger par les richesses de
nos nausées, produisait une admirable variété de tons. Avec
Bernard Van Orley, ce sentiment commence à se modifier :
l'influence italienne se fait déjà sentir aux Pays-Bas et
vient embrunir les tons en leur ôtant leur caractère de
netteté. Il semble qu'il n'y a réellement que trois peintres
des XVP et XVII'' siècles : Rubens, Van Dyck et Jordaens,
qui arrivent à une grande franchise comme coloristes;
Jordaens, dans son admirable tableau VAbondaîice, du
musée de Bruxelles, se fait surtout remarquer. Ces trois
maîtres peuvent donc être pris comme des modèles sous
le rapport du sentiment des teintes.
Edm. Marchal.
RAPPORTS.
Il est donné lecture des appréciations suivantes:
j" De la section d'architecture, sur le troisième rapport
semestriel de M. De Wulf, lauréat du grand concours
d'architecture en 1887;
2° De la section de gravure, sur le cinquième rapport
semestriel de M. G. Vander Veeken, lauréat du grand
concours de gravure en 1886;
5° De la section de sculpture, sur le buste en marbre
d'Eugène Simonis, dont l'acquisition a été proposée au
Gouvernement pour la galerie des bustes des académiciens
décédés.
Ces appréciations seront transmises à M. le Ministre de
l'Intérieur et de l'Instruction publique.
I
( 283 )
COMMUNICATIONS ET LECTURES.
Les paysages des tropiques; par Jean Robie, correspondant
de l'Académie.
Le peintre qui, pour la première fois, se trouve en pré-
sence de ces merveilleux paysages, ne peut se défendre
d'un mouvement de stupeur et d'admiration, tant ce monde
étrange est en désaccord avec ses idées reçues, avec ses
théories esthétiques.
Après une traversée monotone et interminable, où
rien n'a pu le préparer à ce nouveau spectacle, il se
demande si c'est bien là l'idéal rêvé, si le beau, en un
mot, consiste dans la profusion d'ornements dont la nature
est parée. Mais c'est en vain qu'il consulte sa conscience,
tout ce qui l'environne trouble son entendement et lui fait
oublier son art; les clartés triomphantes, invraisemblables,
répandues sur un fouillis de plantes bizarres au feuillage
lustré qui semble découpé à l'emporte-pièce, Téblouisàent
et l'efTaroucbent; ces cocotiers empanachés dominant les
masses verdoyantes, ces palétuviers enguirlandés de lianes
fleuries où tous les tons de la palette se heurtent et papil-
lotent sont tellement en dehors de son objectif habituel,
qu'il ne songe guère à s'écrier, comme le vaillant peintre
Courbet devant un site agreste : « // y a quelque chose à
faire ! ^ car ces splendeurs sont inexprimables en pein-
ture. L'imagination reste confondue à l'aspect de celte
végétation toute débordante de sève; c'est un décor
magique, un régal pour les yeux, mais rien autre : le cœur,
( i284- )
en somme, n'esl point touché. Bref, ce qui est prodigieux
ou phénoménal ne peut se réduire en art, pas plus qu'on
ne réduit la chaîne de l'Himalaya pour la reporter sur une
toile peinte.
D'autre part, au point de vue de la couleur et de la
fluidité de l'air ambiant, il n'y a pas le moindre rapport
entre la magnificence étourdissante de la nature tropicale
et la sérénité qui caractérise nos paysages vaporeux, si
religieusement inlerprélés par les Hobbema, les Rousseau,
les Corot et les Fourmois.
Si ces maîtres nous séduisent, nous transportent, c'est
qu'ils peignent d'une façon touchante les sentiments que
nous éprouvons dans nos campagnes et dans nos forêts
silencieuses. Ce sont de vieux amis qui nous dévoilent les
secrets de leur âme, leur manière de voir, de sentir. Émus,
subjugués, nous les suivons avec bonheur à travers champs,
à travers bois et bruyères, le long d'un ruisseau discret et
limpide, ou sous les chênes rustiques abritant de modestes
chaumes, dénués d'intérêt aux yeux du vulgaire, mais qui
leur suffisent pour enfanter des chefs-d'œuvre. D'une
sensibilité exquise, passionnément amoureux de leur pays,
ils n'allaient pas au loin, par delà les monts et les mers, à
la recherche de nouveautés tapageuses, estimant, avec
raison, que toute une existence de labeur suffit à peine à
l'artiste pour s'imprégner de l'air natal.
Les quelques pages dont je vais avoir l'honneur de vous
donner lecture sont prises dans mes « ISoles d'un Frileux »
se rapportant aux paysages des tropiques.
Il se peut que ce travail, d'un style familier, ne soit pas
tout à fait à sa place en séance académique, mais j'ai la
hardiesse de vous le soumettre tel quel, c'est-à-dire comme
une suite d'impressions de voyage annotées à la légère en
parcourant les pays du soleil.
( 285 )
Une symphonie.
C'était à Ceyian, l'île merveilleuse dont la brillante
vision illumine mes songes et vient raviver, de temps à
autre, les meilleurs souvenirs de mon voyage dans l'Inde.
Je n'étais pas seul; un jeune Malais, fort intelligent,
nommé Ali, m'accompagnait depuis mon débarquement à
Colombo après une traversée de vingt jours.
N'ayant pas alors la moindre idée du pays que j'allais
parcourir, et le besoin d'expansion me poussant, un guide,
et surtout un interprète, m'était de toute nécessité.
Ali me convenait sous tous les rapports : moyennant
une roupie par jour, plus ses frais de voyage, il me servait
de cicérone, de brosseur et de contîdent. Je l'avais choisi
parmi plusieurs postulants indigènes pour le plaisir de
cultiver un dialecte, très répandu à Ceyian, et qui, par un
heureux hasard, était enseveli depuis nombre d'années
dans l'arrière-boulique de ma mémoire, déjà fort encom-
brée.
Le cerveau est comme la cire molle du phonographe :
une foule de choses s'y impriment mécaniquement à notre
insu. Une fois l'appareil en mouvement, les mots les plus
bizarres, les locutions les plus expressives et les plus laco-
niques me revenaient comme par enchantement; au bout
de quelques jours de pratique, tout marchait à merveille.
Pour le moment, nous sommes à Kandy, l'ancienne
capitale de l'île. <r C'est ici que le fameux Arabi-Pacha est
interné pour services rendus au gouvernement anglais »,
me dit Ali avec une gravité comique.
Il serait dilTicile, en eifet, sinon impossible, de trouver
( 286 )
en ce monde un climal plus agréable, un sol plus fertile
que celui de l'antique Taprobane, où la légende arabe plaça,
à juste titre, le paradis terrestre.
De la véranda de son cottage, ce sinistre farceur d'Arabi
peut contempler les montagnes éthérées, resplendissantes,
couvertes de bois d'orangers, de massifs de bambous, de
tamarins et d'élégants cocotiers, se mirant dans le lac qui
étale ses eaux limpides et rafraîchissantes sur le plateau de
Kandy.
Rien non plus ne l'empêche de circuler librement sous
la feuillée ombreuse et embaumée dont les effluves odo-
rants se répandent au loin avec une telle intensité, que le
marin passant au large peut sentir les approches de l'île
fortunée à plus de 50 milles de la côte.
Tout s'accorde en ce lieu magique et séducteur, et l'on
peut se faire une idée de l'aspect que devait avoir le paysage
pendant la brillante période tertiaire, lorsque la nature
préparait le berceau de l'humanité sur la terre attiédie
magnifiquement parée.
Aujourd'hui encore, la faune et la flore, d'une richesse
prodigieuse, s'harmonisent avec la beauté plastique des
cinghalais et avec leur carnation, chaude et puissante,
portant l'empreinte du soleil des tropiques.
Kandy est la résidence du gouverneur général de l'île; il
est nommé directement par la reine d'Angleterre et ne
dépend, en aucune façon, du viceroi de l'Jnde britan-
nique.
La ville proprement dite se trouve à 500 mètres
au-dessus du niveau de la mer. Température moyenne :
22°8. Un rêve !
Le palais du gouverneur est situé sur le versant d'une
colline couverte d'une végétation splendide; au bas de la
( 287 )
côle, non loin du lac, s'élève une pagode bouddhiste assrz
pilloresque, vue à dislance en un cadre merveilleux, mais
n'offrant rien de remarquahie comme architecture.
A l'intérieur tout est peinturé d'une manière barbare;
des fresques aux tons criards, flamboyants, s'étalent sur
les parois d'une enfilade de réduits sombres et macabres.
Ces barbouillages grotesques représentent l'enfer béant
où des diables hideux, armés de fourches et de grapins,
embrochent les réprouvés et les précipitent dans les
flammes éternelles.
Ce temple est une véritable boîte à musique — et quelle
musique! — Du matin au soir, et du soir au matin, les
jours fériés, la trompe beugle ou mugit, le rebec miaule,
les hautbois nasillardent, tandis que les gongs, les tam-
tams, tonnent et détonnent en une cacophonie lamentable,
assourdissante.
Le boudhisme a perdu complètement son caractère de
simplicité : peinture et musique, tout semble combiné à
souhait pour abêtir les fidèles.
C'est jour de fête, à ce qu'il paraît; le tintamarre est à
son comble : « C'est le moment d'aller voir ça », me dit
Ali. « Adn bàgousse scali » (c'est très beau), je vous con-
duirai jusqu'à l'entrée du temple; c'est tout ce que je puis
faire. Comme la plupart des Malais, je suis mahométan, el
l'accès de ce lieu m'est interdit; mais ne craignez rien,
vous serez très bien reçu ».
Devant la porte, donnant sur une longue terrasse, un
groupe de bonzes, à faces glabres, vêtus de jaune et
drapés comme les anciens Romains, me souhaitèrent la
bienvenue. Il y en avait de tout âge : des grands, des
petits, des maigres, mais point de gros.
Ils ne se coiffent jamais; les plus jeunes de la bande
( 288 )
portaient les cheveux courts; les vieux, tout desséchés,
avaient la tête rase comme des noix de cocos.
Pendant les salamalecs d'usage, et tandis que je tour-
nais le dos : « Je vous recommande ce noble étranger »,
leur dit mon cicérone, un peu roublard de sa nature.
« Itou touhanne besaar nda soïa poiigna sôbalte » (ce
grand seigneur est mon ami), ajoula-t-il à mi-voix, en
manière de confidence.
Aussitôt le chef des bonzes suivi de ses acolytes, jaunes
comme des serins, m'introduisit dans la place et me fit
voir tous les bibelots et reliques que renferme la pagode :
ex-voto artislemenl ciselés, statue de Bouddha en argent,
colliers de perles fines, cloches en bronze, d'un beau
travail, et enfin, par grâce spéciale, il daigna découvrir la
châsse contenant la fameuse dent de Bouddha, qui me fit
tout l'effet d'une dent de ruminant. « Nous ne pouvons,
sous aucun prétexte, manier de l'argent », me dit-il en
malais tandis que son regard béat allait de la dent sacrée
à un énorme plateau rempli de monnaies de toutes sortes.
« Bai, saïa mcnqarli » (bien, je comprends) répliquai-
je avec un petit air naïf et gobeur que j'ai l'habitude de
tenir en réserve pour les circonstances solennelles. Mais,
craignant de nouveaux subterfuges plus ou moins ingé-
nieux, je me décidai à rompre les pièges du banhomme.
Puis, jetant une roupie dans le plateau, j'opérai ma retraite
vers la sortie de cette caverne rugissante où je retrouvai
mon guide au milieu d'une ribambelle de bonzes qui
m'offrirent des branches de jasmin, en me gratifiant de
leurs meilleurs souhaits. « Salâmat, djâlang cnne salâmat
Kotnbâli toiianne » (bon voyage et bon retour, mon-
sieur)...
( 589 )
Un peu de verdure.
Une ligne de chemin de fer, inaugurée jadis en présence
(le S. A. R. le duc de Brabant, lors de son voyage dans
rinde, relie la ville de Colombo à Kandy, située à cent
vingl-cinq kilomètres dans l'intérieur, au milieu de la
chaîne de montagnes qui occupe le centre de l'île.
A partir de Colombo, la route est plane jusqu'aux deux
tiers du trajet, puis la voie monte et s'engage dans un
immense ravin arrosé de nombreux cours d'eau qui tom-
bent en cascades et se perdent avec un sourd murmure
en des profondeurs vertigineuses. La nature, livrée à elle-
même, a fait de l'île de Ceyian le plus beau jardin du
monde, et l'on comprend sans peine pourquoi les brahmes,
dans leur langage poétique, lui donnèrent le nom de Lanka
(resplendissante).
Pas la moindre parcelle de terrain qui ne soit couverte
de plantes : orchidées, lycopodes, basilics, hibiscus et can-
neliers sauvages; pas un arbre, pas un buisson qui n'abrite
des nids d'oiseaux de toute espèce.
Sous la poussée des racines noueuses, les corniches
taillées à pic se fendent, se disloquent et donnent issue à
des sources limpides qui serpentent parmi les pierres
moussues; partout le cocotier, l'arbre à pain, le sagoutier,
le manguier, le goyavier, les flamboyants et les palmiers,
mêlent leurs feuillages glauques ou bronzés au milieu
desquels les dracénas à feuilles pourpres, les cicas, les
fougères arborescentes, se multiplient comme des herbes
folles.
Dans la moiteur chaude et fécondante de la vallée, la
( 290 )
végétation se développe avec une ardeur prodigieuse : aux
bords des torrents, dans les fourrés sombres, impéné-
trables, la sève éclate sans cesse en une frondaison capri-
cieuse, envabissanle, où toutes les essences s'élreignent,
se confondent en gerbes colossales, où chaque espèce,
toujours en lutte pour sa part de lumière, anéantit les
faibles, dont les dépouilles, sous forme d'humus, nourri-
ront des générations nouvelles. Point de non -valeurs
parmi les assaillants: les plus débiles en apparence sont
les plus actifs, les plus acharnés; partout des légions de
plantes parasites, gracieuses et aériennes, escaladent les
géants des forets, se suspendent en festons à leur ramure
échevelée, tandis que les lianes, avec des enlacements de
boas, étouffent peu à peu leurs victimes en les envelop-
pant d'un long réseau semé de fleurs...
L'île de Ceyian est diviséeen deux parties par une chaîne
de montagnes granitiques formant un massif très étendu,
couvert de verdure de la base au sonmiet. Les pics les plus
élevésse trouvent dans la région méridionale: le pic d'Adam
ou Hamazel (2,279 mètres) et le Pédrotallagalla (2,570 mè-
tres). La longueur de l'île, depuis la pointe de Pedro jus-
qu'à celle de Dundra, est d'environ 400 kilomètres; sa lar-
geur varie de SO à 250 kilomètres. « Si vous désirez faire
» une excursion dans les hauts parages de l'île, je pourrai
» vous servir de guide, » me dit Ali. « Je connais le pays :
» mes parenls habitent les environs du sanitarium de
» Nuera-Ellia. Nous pourrons, sans trop de fatigue, faire
» l'ascension du Pedrotallagallo, si le cœ:ir vous en dit. »
« Trima cassi » (merci), lui dis-jp; il en est <les monta-
gnes comme des tours : on les voit beaucoup mieux d'en
bas; mais rien ne nous empêche de |)Ousser une pointe de
ce côté, d'autant plus que cela me donnera l'occasion de
( 291 )
traverser les districts à café et d'examiner, en détail, les
plantations de tout genre qui s'étaient à mi-côte. »
Lesanitarium de Nuera-Ellia étant situé à quatre-vingts
kilomètres au sud de Kandy, nous avons à accomplir un
long trajet en chemin de fer avant d'atteindre Gampola,
le terminus de la ligne, où nous prendrons une voiture à
deux chevaux pour gagner Ramboda, sans trop nous pres-
ser. De là, jusqu'au pied du fameux pic qui est le but de
notre excursion, la route traverse la partie la plus pitto-
resque de cette île merveilleuse.
Gampola, 4 décembre 1880.
Le prix des hôtels s'élève à mesure que Ton monte,
mais nous ne fûmes pas trop écorchés dans le bunga-
low (I) de cette localité, grâce à l'intelligence de nrion
guide qui, au lieu de me présenter pompeusement comme
un grand seigneur, me lit passer pour un simple gentle-
man farmer en quête de terres. Car si d'ordinaire la consi-
dération ne ûgure pas en ligne de compte avec la bougie,
elle n'en fait pas moins enfler singulièrement la note des
hôteliers. Le rôle de planteur me donnait en outre toutes
les apparences d'un être raisonnable, personne ici ne pou-
vant s'imaginer que l'on fasse deux mille lieues pour voir
de la verdure.
Le lendemain matin, mon brave Ali, très au courant
des us et coutumes du pays, parvient à me procurer une
carriole fort rustique, attelée de deux petits chevaux
(1) Dans rindc, le nom de bungalow s'applique généralement aux
habitations des Européens. A Ccylan, on les nomme resl-liouse. On
donne aussi le nom de bungalow aux hôtels à l'usage exclusif des
étrangers, fonctionnaires anglais ou colons.
( 292 )
indigènes, dont nous pourrons disposer pendant trois
jours, moyennant un prix relativement modéré.
L'affaire conclue et les avances acceptées, un jeune
Cinghalais, très peu vêtu, aux formes un peu grêles, mais
beau comme un bronze antique, pousse les bêtes, et nous
liions à toute vitesse dans la direction de Ramboda, oti
nous complons arriver vers quatre heures du soir — à
celte époque de Tannée les jours sont, à peu de chose près,
égaux aux nuits: de six à six. —
Au sortir du rest-house, la roule passe sur un pont jeté
sur une belle rivière qui contourne les hauteurs avoisi-
nantes, dont les sommets empourprés se découpent sur le
ciel d'un bleu de saphir. Autour de nous le paysage, encore
noyé dans l'ombre crépusculaire, laisse entrevoir des
vallons et des coteaux ombragés de bois majestueux for-
mant des masses vigoureuses qui se déroulent en ondoyant
comme un immense lapis de velours.
Il est sept heures du malin, la température est déli-
cieuse; le thermomètre marque tout au plus vingt-quatre
degrés centigrades. Bienlôl, par une bonne voie empierrée,
nous entrons en pleine lorêl.
Déjà le soleil dore la cime des cocotiers dont les palmes
lustrées frissonnent sous la brise du matin. Partout la rosée
scintille — non pas une de ces petites rosées glaciales,
rappelant le givre, comme dans les contrées du nord —
ce sont des diamants, gros comme des œufs de fauvettes,
qui rayonnent dans les corolles des fleurs et ruissellent,
avec un bruit de grêlons, sur les feuilles des bananiers.
A la première montée, nous quittons notre équipage épi-
k'plique qui nous suit clopin-clopant, tandis que notre
jeune automédon entonne une mélopée d'un caractère
étrange, dont les notes aiguës et plaintives réveillent les
■v "^'àô )
vautours et les paons endormis, lout en haul, sur les
branches des noanguiers.
Il est des moments où l'on aime à fouler le sol pour
mieux se sentir vivre, pour aspirer à pleins poumons l'air
embaumé qui vous grise et vous transporte en un monde
primitif, plein d'harmonie. El l'on s'attarde par les chemins
ombreux, dans le silence des bois, pendant des heures
inoubliables, en se disant avec orgueil : « toutes les mer-
veilles de la création, depuis les fleurs les plus surpre-
nantes jusqu'aux arbres majestueux qui font songer aux
cathédrales gothiques, je puis les toucher, les contempler
à loisir; cet Éden m'appartient, car son image, si vive, si
absorbante, est tellement fixée dans ma mémoire, que rien
désormais ne pourra l'effacer... »
Ali est décidément un guide précieux; comme bon
nombre de gens de sa race, il connaît non seulement
toutes les plantes du pays, leurs propriétés curatives ou
vénéneuses, mais encore leur mode de culture.
Dans la zone intertropicale où l'enfant est parfois tenté
de cueillir des fruits ou des graines nuisibles, les principes
de botanique appliquée forment la base de son éducation.
« J'ai vingt-quatre ans, « me dit-il », mon fils en a sept, et
je puis vous assurer que, sous ce rapport, je n'ai plus rien
à lui apprendre... »
Par maliieur, d'année en année, ce splendide jardin se
dénude; des trouées énormes dénotent que la fièvre du
lucre n'épargne pas môme le paradis terrestre : les bûche-
rons défricheurs ne connaissent point d'obstacles, et l'on
éprouve un serrement de coeur à la vue de ces vastes
clairières où les plus beaux arbres, avec leurs palmes
sèches, jonchent le sol comme des rangées de colonnes
corinthiennes. Tout cela pour faire place à des arbrisseaux
( 294 )
de peu d'apparence, plantés symétriquemenl dans la forêt
dévastée, amoindrie : c'est à vous dégoûter du cale !
En ce moment toutelois, il y a un temps d'arrêt; les
terres sont à la baisse, une maladie contagieuse s'est
abattue sur les caféiers : c'est la ruine pour beaucoup de
planteurs et le triomphe prochain de la chicorée, qui déjà
se débile traîtreusement sous forme de grains de Moka,
grâce au progrès de la chimie et de la mécanique.
Depuis ce matin les monlées se succèdent; le paysage
prend un aspect des plus pittoresques. Une quantité de
chutes d'eau, étagées dans le ravin, mêlent leur gai
murmure au bruissement soyeux des palmiers, tandis que
le crincrin monotone des cigales retentit de toutes parts au
bord des talus surchauffés.
Nous sommes au milieu du jour; les rayons du soleil
tombent d'aplomb sur la route poudreuse et réverbérante.
C'est l'heure où la plupart des animaux se réfugient à
l'ombre, et, comme il serait imprudent de ne point j-e
conformer à cette règle salutaire, nous prenons le parti de
cheminer sous bois : le spectacle de la nature chez elle
vaut bien, ce me senjble, un surcroît de fatigue.
En présence de ces magnitiques solitudes où l'œil
n'aperçoit qu'un enchevêtrement de plantes aux formes
étranges, gracieuses, et délicates comme les végétations
sous-marines, où les teintes les plus riches, les plus
éclatantes : malachite, émeraude, pourpre et ors pâles se
fondent'et s'harmonisent dans la magie du clair-obscur;
en contemplant ces quantités d'animaux de toute espèce
vivant en parfait accord au milieu de cette végétation
merveilleuse, où les oiseaux mouches et les papillons aux
ailes diaprées des plus vives couleurs voltigent dans l'air
embaumé, on se croit transporté comme par enchantement
( 29d )
en un monde féerique tout palpitant de sève, où tout rit,
tout chanle dans l'éternel printemps.
De distance en distance, au milieu de la pénombre verte
rayée d'argent, les ruisseaux vagabonds forment des
bassins paisibles, cristallins, où les daims et les singes
viennent se désaltérer, pendant que les ibis, les flamants
roses et les grues antigones, au plumage d'azur, se livrent
à la pêche parmi les plantes aquatiques. Et tout en haut,
des essaims de brillantes perruches bavardent sous la
feuillée épaisse se développant en arc de cercle comme une
voûte étoilée.
Peu à peu, dans la pesanteur amollissante d'un niidi
tropical, la biise tombe, les oiseaux se taisent, puis, douce-
ment, sous le charme d'une ineffable volupté, la nature
s'assoupit... et s'endort.
Ces lieux agrestes, ce calme profond, inspirent un senti-
ment de pieux respect; on hésite tout d'abord à troubler
l'harmonie de la forêt immense et mystérieuse qui vous
fascine et vous anéantit. Mais, comme en un rêve extra-
vagant, une force invincible vous entraîne dans l'inconnu :
enfiévré, haletant, préoccupé de périls imaginaires, on
cherche à s'orienter et l'on s'égare avec une rapidité déses-
pérante. Aux clartés diffuses, tam.isées, épandues dans les
taillis, succèdent des ombres fantastiques où les arbres
tordus se massent et s'élreignent en un fouillis inextri-
cable, à l'aspect farouche; de temps à autre, le ravin dans
lequel nous cheminons se rétrécit et se divise en coulées
de fauves sillonnant les broussailles hérissées d'herbes
sèches; tout est vague, indécis, en ces labyrinthes obscurs
et tortueux qui semblent peuplés de bêtes monstreuses.
Par une aberration des sens, on prend des enroulements
de lianes pour des serpents entrelacés, les arbres renversés
( 296 )
et vermoulus se transformenl en hideux sauriens, et l'on
s'altend à se trouver tout à coup en présence de quelque
mammilëre gigantesque erranl, solitaire et impassible, dans
la quiétude des grands bois (1).
Allegro.
Vers six heures du soir, tandis que le jour décline à vue
d'œil, l'air saturé de parfums s'alourdit, puis, avec la
promptitude de l'éclair, le soleil disparaît dans un éblouis-
sement de pourpre et d'or.
Bien que le ciel soit resté pur, tout annonce l'approche
d'un cyclone : au loin, sur le flanc des montagnes, on voit
apparaître de longues traînées de vapeurs rougeâlres qui
passent, rapides, désordonnées, comme des vols d'oiseaux
fuyant la tempête, a C'est l'avant-garde », me dit mon
guide, « hâlons-nous, l'orage est en bas; nous n'avons que
le temps d'aller nous mettre à l'abri. Prenons ce sentier,
nous trouverons, ici près, une cabane abandonnée, où les
bûcherons se réfugiaient pendant le déboisement de celte
partie de la montagne. »
La marche est diflicile; on trébuche, on s'empêtre à
chaque pas : des milliers d'arbres de toute espèce jonchent
le terrain semé de liserons rampants et touffus, pleins de
reptiles qui sommeillent dans la moiture visqueuse des
feuilles mortes.
(t) L'île renferme encore, dit on, j)lus de vingt mille éléplianls
sauvages, qui constituent la réserve destinée à l'armée des Indes.
Dès qu'on s'aperçoit que le nombre de ces précieux animaux tend à
décroître, on suspend les chasses destructives pour plusieurs années.
( 297 )
Çà et là, d'énormes tas de bambous perforés par des
larves de bombyx ou rongés par des rats palmistes encom-
brent la clairière; on dirait des flûtes gigantesques ran-
gées sur le sol.
D'autres graminées du même genre, restées debout,
balancent tièrement leur cime empanachée, qui domine les
masses verdoyantes comme la folle avoine au milieu d'un
champ de trèfles : leur tronc lisse et doré mesure plus de
cinquante centimètres de circonférence à la base. Plusieurs
variétés, d'un ton gris, bleuâtre, s'élèvent parfois jusqu'à
quarante mètres de hauteur.
Ali avait raison : il était temps de nous mettre à l'abri :
la vallée, qui tout à l'heure encore se développait dans sa
magniflcence printanière,se décolore à vue d'œil : les eaux
des torrents ont pris une teinte morne, plombée, les mon-
tagnes s'efFacent peu à peu dans une nuée épaisse dont
l'ombre portée, mouvante, un jette voile obscur et uniforme
sur la forêt silencieuse.
Au loin seulement, en aval des gorges profondes, une
rumeur confuse et troublante monte, monte rapidement
avec un bruit de mascaret.
Soudain un éclair livide, aveuglant, sillonne l'espace;
sous la clarté fugitive, les moindres détails du paysage
s'illuminent et semblent se volatiliser. Puis aussitôt, dans
l'ombre grandissante, la foudre éclate en un coup sec,
terrifiant, qui se répercute de toutes parts avec des
secousses ondulatoires, comme si les montagnes désagré-
gées s'éboulaient violemment. Malgré soi on baisse la tête,
il semble que notre abri s efl'ondre.
A l'instant même, avec un bruissement de vagues
déchaînées, l'ouragan s'avance, mugit, tourbillonne, tandis
qu'une clameur lamentable, un appel infernal, désespéré,
éclate au fond des bois tumultueux.
3°** SÉRIE, TOME XIX. 20
( 298 )
Ce n'est plus comme au début le frémissement du feuil-
lage pareil au murmure de l'océan déferlant sur la grève;
c'est la voix du cyclone dans toute son horreur. En ce
concert immense, effroyable, les tiges des bambous,
comme de gigantesques tuyaux d'orgue, exhalent des
gammes chromatiques, pleines d'angoisse, qui montent,
descendent et renforcent les gémissements de la tempête.
Plus rien n'est stable, tout s'agite, ploie, se brise avec
fracas : sous le poids des cataractes diluviennes, la forêt
ondule comme un champ de blé; le moindre ruisseau se
transforme en torrent impétueux roulant des blocs de
pierres, des rameaux chargés de fruits et des lianes cou-
vertes de fleurs souillées.
Par endroits, l'eau bourbeuse, rougeâtre, pousse devant
elle des grappes de bêtes rampantes et visqueuses qui se
tordent et dégringolent pêle-mêle au milieu des ravins. Et
de temps à autre, dans l'intervalle des bordées fulgurantes,
les rugissements des fauves et l'appel retentissant de l'élé-
phant sauvage troublent les hauteurs enveloppées de
ténèbres...
Enfin, lentement, comme dans la symphonie pastorale,
l'orage se dissipe, le dernier râle du cyclone se traîne au
loin dans l'ombre, puis tout s'apaise; les cocotiers, les aré-
quiers, redressent leurs palmes alourdies perlées de gouttes
d'eau...
Nous quittons notre abri; il fait nuit, le ciel est com-
plètement lavé. Comme des paillettes d'or, des myriades
de mouches phosphorescentes emplissent l'atmosphère et
se confondent avec les étoiles éparpillées dans l'immen-
sité : on dirait que le firmament s'abaisse et vient effleurer
la terre.
Une buée tiède plane au-dessus des fourrés sombres
( 299 )
bordant la roule défoncée et couverte de débris. « La voi-
ture a passé de ce côté », me dit Ali, en me montrant des
traces de roues. « Nous la retrouverons là-bas; allons de
l'avant, nous y serons bientôt. »
Tout à coup, au détour du chemin, une odeur de cui-
sine, fort appétissante, vint chatouiller mes nerfs olfactifs
et gusiatifs, en me rappelant que nous n'avions rien pris
depuis notre départ, si ce n'est quelques bananes cueillies,
de ci de là, au bord du chemin.
<L Darie mâna itou »? (d'où cela vient-il) dis-je à mon
compagnon en humant l'air avec délices. « Darie bun-
galow di Raniboda, touanne. » Du bungalow de Ram-
boda, monsieur, répondit Ali en m'indiquant la direction
à suivre.
Quelques instants après, devant la porte du rest-house,
le voilurier vint à nous. « J'ai pris les devants, malgré la
pluie, pour commander le dîner, » dit notre homme — il
était si peu vêtu, qu'il en fut quitte pour une douche eu
arrosoir, tandis que nous étions trempés comme des
phoques. « Tout est prêt, ajouta-t-il, la table est mise, on
vous attend... »
Le repas se composait d'un haricot de mouton, autre-
ment dit « un navarin, » un peu épicé, et d'un énorme
plat de riz au Kerry : une perfection!
Ventre affamé n'a point d'oreilles, dit-on, mais l'estomac
se souvient. En effet, depuis lors, il me suffît de sentir
l'odeur du haricot de mouton, pour que mon imagination
me transporte aussitôt à travers l'espace sur les hauteurs
de Ceyian, et me rappelle, du même coup, la symphonie
fantastique dont je fus l'auditeur.
( 500 )
OUVRAGES PRESENTES.
Briarl {Alpli.). — La formation houillère. Bruxelles, 1889;
extr. in-S» (57 p.).
Fredericq {Léon). — Travaux du laboratoire de physiolo-
gie de l'Université de Liège, tome II, 1887-88. Liège, 1889;
vol. in-8».
Hurlez {C. de). — La perception des couleurs chez les peuples
de l'extrême orient, et l'histoire du sens visuel. Louvain, 1890;
br. in-8» (8 p.).
Delhœuf {J.). — Magnétiseurs et médecins. Paris, 1890;
in-8»(H8p.).
Errera [L.]. — L'aimant agit-il sur le noyau en division?
Bruxelles, 1890; extr. in-8° (8 p.).
Folie [F.]. — C. Fievez. Discours prononcé à ses funérailles.
Bruxelles, 1890; extr. in-8° (8 p.).
Pelermann [A). — Contribution à la question de l'azote,
1" note. Bruxelles, 1890; extr. {0-8° (23 p., 1 pi.).
Dwelshauwers-Dery. — Réminiscences of the life of
G.-A. Hirn. Londres, 1890; extr. in-folio.
Sluys [Alexis). — Les jardins d'enfants d'Anvers. Bruxelles,
1890; in-8<'(lG p.).
Witmeur {Henri). — Note sur les affaissements du sol pro-
duits par l'exploitation de la houille. S. 1. ni d.; extr. in-8»
(H p.).
— Des eaux, leur formation, leur répartition, leur distri-
bution à la surface et dans le sein de la terre. Bruxelles, 1879;
in-8»(l6 p.).
— Rapport sur les emplois du fer dans l'industrie minière,
Bruxelles, 1880; in-8'' (21 p.).
( 301 )
Witmeur (Henri). — Discours prononcé, le 25 août 4880,
au Congrès international de l'enseignement. Bruxelles, 1882;
in.8'' (8 p.).
— De la vitesse de l'air dans les ventilateurs à force cen-
trifuge. Liège, 1883 ; in-8» (15 p.).
— De l'emploi des fers d'angle dans la construction des
chaudières à vapeur. Liège, 1885; extr. in-8" (14 p., pi.).
— Des climats et des causes principales de leur diffé-
renciation. Liège, 1888; extr. in-8° (16 p., fîg.).
— Les origines de la terre. Bruxelles, 1890; in-8'' (20 p.).
Gernaert (Jules) et Witmeur (Henri). — Les travaux de
percement du tunnel des Alpes, entre Bardonnêche et Modane,
2« édition. Bruxelles, 1870; in-8'' (7G p., pi.).
Puisage (J.). — La foi, la force et la raison. Bruxelles, 1890 ;
in-S" (GO p.).
Ronkar (E.). — Sur l'entraînement mutuel de l'écorce et du
noyau terrestres en vertu du frottement intérieur. Bruxelles,
1889; extr. in-8°(18 p.).
Fredericq (Paul) et Vander Linden [Herman). — François
de la Kethulle, seigneur de Ryhove (1531-1585), et son fils
Louis (15G5-1631). Bruxelles, 1890; extr. in-8'' (20 p.).
Meijer [A.). — Luxemburgisclie Gedichte und Fabeln, nebst
einer Wôrtererklârung von Globen. Bruxelles [1845]; in-1
(200 p.).
Archives de biologie, tome IX, fasc. 3 et 4, 1889.
Slalislique médicale de V armée belge, année 1888. Bruxelles,
1889; in-8».
Cercle liutois des sciences et beaux-arts. — Annales, t. VIII,
1 et 2. In-8''.
Kon. vlaamsche Académie, Gent. — Madcighys' Kintsheit
(Nap. de Pauw). — Dit is die Istory van Troycn, 1"* en 4'>« deel
(Nap de Pauw en Edw. Gailliard). 1889 ; 2 vol. in-S".
Société archéologique de JVamur. — Bibliographie namu-
roise, 1" partie, tome II, l"livr.
( 302 )
Bibliothèque Gilon.
Ledercq {Emile). — Contes populaires, 2° édition.
[Potvin (Charles)]. — Les contes de Madame Rose.
Bruneel [Alfred). — Dans le Nord : Suède, Norwège et
Danemark.
Gens [Eugène). — Le taupin croisé et la comtesse d'Artois;
avec une préface, par Ch. Potvin.
Gravière [Caroline). — La servante : avec une préface, par
Camille Lemonnier.
Baritiq [W.-F.). — L'anglais chez lui : La vie mondaine.
Combes [Paul). — Le hanneton.
Juste [Théodore). — Charles Rogier, 1800-1885. — Danton,
Hannot [le major). — La photographie : exposé des opéra-
tions de cet art.
Leplat [le D' L.). — L'hygiène de l'œil.
Hagemans [G). — Vie domestique d'un seigneur châtelain
du moyen âge.
Descamps [Fréd.). — Le théâtre dans les petites villes.
Gilon [Ernest). — Channing.
Pergameni [H.). — La révolution française.
Barrai [Georges). — Claude Bernard.
Chalon (/.). — Le microscope, essai de vulgarisation.
Dwclshauwers [F.- V.). — R. Wagner : Étude analytique de
sa vie et de ses œuvres, contenant quelques remarques sur les
exécutions de lîayreulh.
Juste [Th.). — La grande Catherine.
Henrijuan (D"" F.). — Les microhes.
Flammarion [Camille). — Variétés astronomiques.
Allemagne et Autkiche-Honguie.
Philippson [Alfred). — Zur Ethnographie des Peloponnes.
. Gotha, 1890; extr. in-i" (20 p. et 1 pi.).
( 305 )
Jacobsthal (£".). — Rûckblicke auf die baukûnstlerischen
Prinzipicn Schinkels und Bôttichers, Rcde. Berlin, 1890;
gr, in-S" (;20 p.).
Deutsche Akademie der Nuturforscher. — Katalog der
Bibliothek,2. Licfcning, — Nova Acta, tonius LUI, flallc.
Akademie der Wissenschajlen, Wien. — Milthcilungen aus
dem valicanischon Archive, Band I. — Venelianische Depeschen
vom Kaiserliofe, Band I. In-8°.
Ferdinandeiiin fur Tirol nnd Vorarlberg. — Zeitschrift 55.
Heft. Innspruck, 4889; in-8°.
Gesellscliaft der Wissenscliaften, Gôttingen. — Abhand-
lungen, 55. Band. 1889 ; in-4".
Akademie der Wissenschafleîi, Mïmchen. — (D' Paul Groth).
Ueber die Molekularbeschafîenheit der Kryslalle, 1888. In-i".
— (Jiil.-Will. V. Planek). Ueber die bistorischc Melhode
auf dem Gebiet des deutschen Civilprozesrechls, 1889. In-4°.
— (Eug. l^ommel). Georg Simon Ohm's wissenschaftiiche
Leistungen, 1889. In-4°.
— (W V. Christ). Gedâchtnisrede auf Karl von PrantI,
1889. In -4°.
Université de Marbourg. — Thèses et dissertations, 1888-
89. 81 broch. in-8'' et in-4°.
Université de HeUhIberg. — Thèses et dissertations, 1888-
89. 27 br. in-8° et in-4°.
Université de Fribourg. — Thèses et dissertations, 1888-89.
121 br. in-8'' et in-4''.
Sternwarte zu Berlin. — Jahrbuch fur 1892. In-8''.
lYaturunssenschaflicher Verein in Magdeburg. — Jahres-
bericht und Abhandiungcn, 1888. In -8°.
Plii/sikulisclie Gesellscliaft zu Berlin. — Die Fortschritte
der Physik im Jahre 1885; 5 vol. in-S".
Geographisclie Gesellscliaft in Wien. — Mittheilungen, 1889;
in-8«.
( 304 )
France.
Longchatnps {G. de). — Essai sur la géométrie de la règle
et deléquerre. Paris, 1890; vol. in-8°(367 p.).
Pouy [F.). — Mémoire du baron Hogguer, financier-diplo-
mate, concernant la France et la Suède, 1700 à 17G7. Amiens,
1890; in-18 (43 p.).
Tellier [Ch.). — La conquête pacifique de l'Afrique occiden-
tale parle soleil. Paris, 1890; pet. in-8° (129 p.).
Pays divers.
Republica mexicana. — Memoria presentada al Congreso de
la Union por... Carlos Pacheco, tomo 1-V, lomo VI (atlas),
Mexico, 1887; 5 vol. in-i" et 1 vol. in-folio.
Kon. Bibliolheek, 'sGravenhage. — Verslag der aanwinsten
gedurende 1888. La Haye, 1888; in-8«'.
Tifliser physikalisches Observatonicm. — Meteorologische
Beobachlungen, 1887-88. In-8°.
Socictapro fauna et flora Fennica. — Meddelanden, 13 H.
1889. — Acta, V, 1. — Notae conspectus Florae Fennicae
(Hjalmar Hjelt). — Herbarium musei Fennici : l. Plalae vascu-
lares curanlibus (Saelan, Kihlraan, Hjelt). Helsingfors, 1888-89.
Naturforschende Gesellschaft in Basel. — Verhandlungen,
VIII, 5. In-8».
Société scientifique et littéraire de Jassy. — Archives,
1890, 4. Jassy, 1890; in-S".
Institut national genevois. — Mémoires, tome XVII, 1886-
1889. — Bulletin, tome XXIX.
BULLETIN
DE
L'ACADÉMIE ROYALE DES SCIENCES,
DES
LKTTRES ET DES BEA[IX-ARTS DE BELGIQUE.
' i890. — No 4
CLASSE DES SCIEÎICES.
Séance du 5 avril 1890.
M Stas, direcleur, président de l'Académie.
M. LiAGRE, secrétaire perpétuel.
Sont présents : MM. F. Plateau, vice-directeur; P.-J. Van
Beneden, le baron de Selys Longchamps, G. Dewalque,
H. Maus, E. Candèze, Brialmont, C. Malaise, F. Folie,
A. Briart, Fr. Crépin, Éd. Mailly, J. De Tilly, Ch. Van
Bambeke, G. Van der Mensbrugghe, VV. Spring, Louis
Henry, M. Mourlon, P. Mansion, J. Delbœuf, P. De Heen,
membres; E. Catalan, Ch, de la Vallée Poussin, associés;
A. Renard, C. Le Paige, Ch. Lagrang<î et F. Terby, cor-
respondants.
S""^ SÉRIE, TOME XIX. 21
( 306 )
CORRESPONDANCE.
La Classe apprend avec un profond sentiment de regret
la perte qu'elle vient de faire en la personne de l'un des
membres titulaires de la section des sciences mathéma-
tiques et physiques, Charles Montigny, né à Namur, le
8 janvier 1819, et décédé à Schaerbeek, le 16 mars der-
nier.
Des remerciements sont adressés à M. Van der Mens-
brugghe, qui a bien voulu se faire l'organe de l'Académie
lors des funérailles; son discours paraîtra au Bulletin.
Une lettre de condoléance sera écrite à la famille du
défunt.
M. Van der Mensbrugghe accepte de rédiger la notice
nécrologique de M. Montigny pour VAnnuaire de l'Aca-
démie.
— M. Charles Fievez, fils, au nom de sa famille, remercie
la Classe pour l'hommage rendu à son père, M. Charles
Fievez, ancien correspondant, lors de ses funérailles.
— La Société mathématique de Hambourg remercie
l'Académie pour les félicitations qui lui ont été adressées
à l'occasion de son deux centième anniversaire qui a eu
lieu le 8 mars dernier.
— M. le Ministre de l'Intérieur et de l'Instruction
publique demande l'avis de la Classe sur une seconde
requête de M. Gilson, professeur à l'Université de Lou-
vâin, relative au laboratoire de physiologie du D' Dohrn,
à Naples. — Voir ci-après.
( 307 )
— M. le marquis Anatole de Caligny, associé de la
Classe, adresse, de Versailles, une deuxième lellre sur son
système d'écluses à épargne d'eau. (Voir ci-après, p. 513.)
— Les travaux manuscrits suivants sont renvoyés à
l'examen de commissaires :
1" Su7' quelques formules d'analyse; par E. Catalan. —
Commissaires : MM. Mansion et De Tilly;
2° Sur Cenlrainement mutuel de l'écorce et du noyau
terrestres en vertu du frottement intérieur (réponse à
M. J. Liagre); par E. Ronkar. — Commissaires :
MM. Lagrange et De Tilly.
— Hommages d'ouvrages :
Comptes rendus de la première conférence générale des
poids et mesures réunie à Paris en 1889;
Recherche des animaux marins, progrès réalisés sur
« l'Hirondelle » dans l'outillage spécial ; par le prince
Albert de Monaco;
Remarques sur un rapport de M. Oltar relatif à la pèche
de la baleine de Biscaye dans le nord de l'Europe; par
Japetus Sleenslrup, associé de l'Académie; — publié en
danois;
Botanisch jaarboek uitgegeven door het kruidkundig
genootschap Dodonœa te Gent, 2*^^ jaargang, 1890;
Recherches sur le cartilage articulaire des oiseaux; par
le D' Orner Van der Stricht; — présenté par M. Van Bam-
beke ;
Ucber den feineren Bau des Riickenmarks; par A. Kôl-
liker, associé de la Classe;
a) Le premier établissement des Néerlandais à Maurice;
b) Le glacier de l'Aletsch et le lac de Màrjelen ; c) La
( 308 )
Laponie et la Corse, conférence; par le prince Roland
Bonaparte;
Etude de cinématique à deux et à trois dimensions ; par
A. Calinon; — présenté par M. Folie, avec une note qui
figure ci-après. — Remerciements.
Discours prononcé aux funérailles de Charles Montigny,
au nom de la Classe des sciences de V Académie royale
de Belgique; par G. Van der Mensbrugghe, membre de
l'Académie.
Au nom de l'Académie royale de Belgique, je viens
rendre un suprême et solennel hommage à l'un de ses
membres les plus distingués, à l'ingénieux physicien qui,
par ses longues et importantes recherches sur la scintilla-
tion, avait acquis une grande réputation dans le monde
savant, à l'homme de bien dont le caractère loyal et intègre
avait attiré sur lui la haute estime et l'affection sincère de
tous ses confrères.
Charles-Marie-Valentin Montigny naquit à Namur, le
8 janvier 1819; il fit de brillantes études et se distingua
à tel point que, dès l'âge de 22 ans, il lut nommé profes-
seur de physique et de mécanique à l'Athénée de sa ville
natale; en iSol, il obtint la chaire de physique, de chimie
et d'histoire naturelle à l'Athénée royal de Namur, et passa
avec le même litre à Anvers en 1856, à Bruxelles en 1868;
il conserva cette position jusqu'en 1882, époque où il
demanda sa retraite.
Malgré les nombreuses et absorbantes obligations qu'il
eut à remplir, Charles Montigny, poussé par l'amour de la
( 509 )
science, ne tarda pas à se faire connaître par des travaux
originaux. Ceux qui, comme lui, ont commencé leur car-
rière dans l'enseignement moyen peuvent seuls apprécier
ce mérite à sa juste valeur; car on ne l'acquiert que grâce
à une persévérance et à une force de volonté peu com-
munes.
Dès 1841, Monligny présenta à la Classe des sciences de
notre Académie une Note sur un phénomène d'électricité
atmosphérique; en 1848, il étudia les variations d'acuité
du son pour un observateur en mouvement; bientôt après,
il publia des recherches plus remarquables, oii éclatèrent
son talent d'observateur consciencieux et sa ténacité dans
la poursuite de ses expériences : ces travaux concernent
les phénomènes de persistance des impressions de la
lumière sur la rétine (1851) et la corrélation des hauteurs
du baromètre et de la pression du vent (1855).
C'est encore de l'année 1855 que date son important
Mémoire sur des effets de réfraction et de dispersion pro-
duits dans l'atmosphère; il observa le premier les étoiles
scintillantes à l'aide d'un spectroscope et détermina l'indice
de réfraction de chacune des couleurs principales séparées
par la dispersion atmosphérique.
On ne pouvait mieux débuter pour aborder avec fruit la
théorie de la scintillation des étoiles, mais il fallait s'élever
contre l'autorité d'Arago pour oser présenter une nouvelle
explication. Montigny n'hésita pas : selon lui, la scintilla-
tion est due à l'action combinée de la dispersion régulière
et de certaines réflexions totales des rayons dans leur pas-
sage à travers l'atmosphère.
Il établit le fait suivant, connu dans la science sous le
nom de principe Montigny :
Les rayons de couleurs différentes, originaires d'une
( 310 )
même étoile, qui se réunissent dans l'œil de l'observateur,
ont parcouru des régions différentes dans l'atmosphère.
C'est à la même époque que l'auteur décrivit son premier
scintillomètre, à lentille excentrique, qu'il devait remplacer
en d864 par un instrument à la fois plus commode et plus
précis; c'est ce dernier instrument qui lui a servi dans la
longue suite de ses observations ultérieures et qu'il est
parvenu à perfectionner jusqu'à la fin de sa vie; c'est
ce même instrument qui lui a fait sacrifier pendant plus
d'un quart de siècle, je ne dirai pas les plaisirs et les dis-
tractions, mais son repos et parfois même sa santé.
Mais aussi que d'influences mystérieuses ont été révélées
à l'inventeur par son ingénieux scintillomètre! Tantôt il
constate que la scintillation d'une étoile observée à la vue
simple n'est pas constamment la même pour deux obser-
vateurs placés diversement. Tantôt il prouve l'influence de
la largeur de l'objectif de la lunette. Plus tard, il découvre
que, pendant une aurore boréale, les étoiles scintillent
plus fortement qu'en temps ordinaire. Une autre fois, il
trouve une liaison entre la fréquence des variations de
couleur des étoiles et leur constitution assignée par l'ana-
lyse spectrale. Enfin, son instrument, pour ainsi dire
magique, lui permet d'annoncer une pluie prochaine : dès
que le bleu prédomine dans le trait circulaire observé, c'est
que la vapeur d'eau imprime cette couleur, visible par
transparence, à de grandes masses d'air dans lesquelles
cette vapeur est dissoute. Une bourrasque se rapproche-
t-elle de notre pays, le scintillomètre de Montigny peut
l'annoncer à l'avance, et avec d'autant plus de certitude
que la tempête sévit plus près de nous. I/année dernière,
l'ingénieux et patient observateur a fait connaître encore
un résultat fort curieux : c'est que jamais l'intensité de la
(3H )
scinlillalion n'est la même dans les différentes parties du
ciel, d'où il suit que la correction de la réfraction atmo-
sphérique est sans doute inégale dans les divers azimuts.
Ce rapide aperçu de l'œuvre de .Monligny montre assez,
je pense, qu'elle se distingue à la fois par son originalité
(car l'auteur a imaginé à la fois la théorie d'un beau phé-
nomène et l'instrument propre à la vérifier), par la grande
régularité et une persévérance étonnante (c'est par milliers
que se comptent les observations du soir ou du malin,
continuées pendant plus de vingt-cinq ans), enfin, par sa
fécondité (car elle sert, non seulement à la prévision du
temps, mais encore elle concourt aux progrès de la phy-
sique et de l'astronomie).
Comment signaler sans expritner notre profonde admi-
ration une œuvre aussi importante poursuivie pendant
plus d'un quart de siècle par le même observateur, avec un
désintéressement absolu et un rare dévouement? Quel plus
beau modèle à présenter, non seulement à tous les profes-
seurs de l'enseignement moyen, mais en général à tous les
jeunes travailleurs?
L'ardeur scientifique de Monligny ne tarda pas à être
récompensée : nommé correspondant de l'Académie dès le
16 décembre 1857, il fut élu membre en 1867 et présida
la Classe des sciences comme directeur en 1882. Personne
ne montra plus de dévouement que lui pour l'Académie,
ni plus de zèle pour contribuer à la renommée de ses
membres. N'est-ce pas Monligny qui fit la proposition
d'ouvrir une souscription publique pour l'érection d'un
monument à Adolphe Quetelet? N'est-ce pas à son initia-
tive que je dois d'avoir pu rendre, au mois de décembre
1884', un hommage public et solennel à la mémoire de
Joseph Plateau? N'est-ce pas encore Monligny qui, dans
( 312 )
son intéressant discours sur les grandes découvertes faites
en physique dans le siècle actuel, sut donner un éclatant
relief au mérite de plusieurs de nos confrères les plus
illustres?
Les nombreux services qu'il a rendus à la science et à
l'enseignement ne manquèrent pas non plus d'appeler sur
lui l'attention du Gouvernement : le Roi le nomma suc-
cessivement chevalier (4875), puis officier de son Ordre
(1884); les rapports que Montigny adressait journelle-
ment à l'Observatoire sur l'intensité de la scintillation lui
valurent le titre d'astronome correspondant de cet éta-
blissement.
Si Charles Montigny s'est acquis une juste réputation
par son activité scientilique, il n'a pas moins brillé par ses
belles qualités du cœur, par sa profonde modestie et par
sa courtoisie parfaiie dans tous ses actes; il éprouvait une
véritable satisfaction à obliger ses amis, ses confrères;
dans ses relations avec le monde, il se distinguait par une
délicatesse exquise qui devait lui gagner les sympathies
générales; ses anciens élèves d'il y a quarante ans, comme
ses amis d'aujourd'hui, tous à l'envi témoignent de l'excel-
lence de son caractère; aussi l'annonce de sa maladie si
cruelle a-t-elle provoqué de bien vifs regrets; puisse
l'expression de ces regrets apporter quelque consolation à
ses enfants et à ses proches!
Adieu, cher confrère et ami, vous avez noblement
accompli votre tâche comme savant et comme académi-
cien! Aussi votre nom occupera une place très distinguée
dans les annales de la science et sera inscrit avec honneur
dans les fastes de l'Académie. Au nom de tous vos con-
frères, qui appréciaient hautement votre grand mérite et
vos belles qualités, adieu, cher Montigny, adieu!
( 313 )
Versailles, le 2 avril! 890.
Monsieur le Secrétaire perpétuel.
Depuis que j'ai eu l'iionneurde vous présenter le résultai
importantoblenu surmons}'stèmed'écluses à épargne d'eau
en 1889(1), j'ai proposé à l'administration des ponts et
chaussées une modification dont il est peut-être intéressant
de signaler les principes, même avant qu'elle soit exécutée.
Dans le second volume de mon ouvrage intitulé
« Recherches théoriques et expérimentales sur les oscilla-
B lions de feau et les machines hydrauliques à colonnes
» liquides oscillantes », j'ai décrit (voir planche VIII,
figures 25 à 27) un moyen simple d'augmenter la hauteur
obtenue par l'eau élevée au moyen de mon appareil à tube
oscillant automatique, en y disposant une pièce fixe qui
permet de rétrécir la section sans rétrécir ce tube.
Pour obtenir la marche automatique de Tappareil, dans
les circonstances où, au contraire, on veut élever l'eau à
des hauteurs moindres que celle de la chute motrice, on
peut renverser la question, c'est-à-dire qu'au lieu de rétrécir
par cette pièce fixe le sommet du tube qui doit être alter-
nativement rempli,^ il convient de faire descendre cette
pièce fixe jusqu'au niveau du bief" inférieur, et de ne pas la
prolonger au-dessus du niveau du bief supérieur.
Le but de cette disposition est de faire en sorte que
l'oscillation en retour puisse descendre assez bas pour que
le tube mobile soit relevé par un balancier à contre-poids,
quand la colonne liquide est descendue, de manière à ne
plus s'y opposer par sa pression sur l'anneau inférieur du
lube mobile,
(i) Bulletins, 3" série, tome XVIII, page fi97.
( 3U )
Pour vider une écluse, la difficullé consiste, lorsqu'on
veut le faire avec une marche automatique en relevant
une partie de l'eau au bief supérieur, en ce que les pre-
mières périodes ne fout descendre le niveau de l'eau dans
récluse qu'à des profondeurs peu considérables.
Il faut disposer les choses de manière à tourner la
difficulté. On conçoit qu'en élargissant le sommet des tubes
mobiles on peut augmenter la profondeur nécessaire pour
obtenir l'effet dont il s'agit. Mais on peut aussi, pour éviter
de rien changer aux tubes mobiles déjà anciens, adopter
la disposition précitée pour la pièce fixe dont il s'agit.
On mellrail aussi dans le lube mobile, dit û'amo?it,
décrit sur la planche VI, une pièce fixe, se terminant à un
niveau à |)eu près le même que celui du sommet de la
pièce fixe du lube dit (ïaval. Elle aurait d'ailleurs d'autres
propriétés essentielles pour le remplissage du sas.
Quant à cette dernière opération, une oscillation en
retour fait alternativement remonter l'eau dans les deux
tubes, parce qu'on laisse redescendre, à chaque période, une
partie de l'eau rentrée dans le sas et qui agit sur le lube
(ïaval.
Or, il est utile que dès les premières périodes de rem-
plissage l'eau y monte le plus haut possible, de manière
que le lube d'amont se relève de lui-même en temps utile,
au moyen de son balancier à contre-poids; il est disposé de
façon à être pressé de bas en haut par la colonne remon-
tante, tandis qu'au contraire le tube d'aval est pressé de
haut en bas. Il est assez difficile de déterminer a priori la
quantité dont les pièces fixes précitées doivent diminuer
avec le plus d'avantage les sections de l'eau dans les tubes
mobiles. J'ai proposé de diminuer ces sections de moitié
environ, de sorte que la somme des sections de l'eau dans
( 5io )
ces deux tubes diffère peu de celle qui existerait dans l'un
d'eux, s'il n'avait pas de pièce fixe; une fraction assez
notable des sections transversales doit rester libre, pour
éviter des coups de bélier et des jaillissements aux sommets
des tubes.
J'ai commencé par expliquer ci-dessus le principe de
l'oscillation descendante d'une manière générale pour les
appareils destinés à élever l'eau à de petites hauteurs.
Mais, quanta la vidange de l'écluse, il faut tenir compte
de ce que le niveau sera baissé dans celle-ci quand l'oscil-
lation en retour devra commencer. Les sommets des pièces
fixes seront donc assez notablement mt-dessous du niveau
du bief supérieur, selon la période à laquelle on voudra
faire commencer la marche automatique de la vidange.
Les pièces fixes auront quelques avantages dans les
limites où leurs sections pourront être assez grandes sans
inconvénient sérieux. Les durées des oscillations en retour,
ascendantes pendant le remplissage de l'écluse et descen-
dantes pendant sa vidange, seront diminuées. Les quantités
d'eau qui devront remplir alternativement ces tubes seront
moindres. Il y aura moins de force vive perdue quand le
tube d'aval se lèvera pendant la vidange, et quand le tube
d'amont se lèvera pour le remplissage.
La marche automatique réalisée à l'écluse de l'aubois
ne repose pas sur le principe, objet spécial des considéra-
lions précédentes. Elle est décrite dans le second volume
de mon ouvrage précité, pages 941 et suivantes. Pour
conserver les choses dans l'état où elles étaient quand on
ne se préoccupait pas d'abord autant de la marche auto-
matique, on a tourné la difficulté quant aux conditions de
l'hydrostatique au moyen d'une pièce de bois posée verti-
calement dans le tube d'aval, auquel on l'a attachée.
( 516 )
Celte combinaison n'était pas sans quelque inconvénient.
Elle augmentait l'inertie, et il y avait une percussion de
bas en haut qui diminuait les effets de la succion à contre-
courant par laquelle le tube était ramené sur son siège.
Dans un modèle qui a ensuite fonctionné à Versailles, j'ai
supprimé cette pièce de bois, en donnant à la partie
inférieure du tube d'aval une section moindre qu'à sa partie
supérieure, et le modèle a très bien fonctionné automati-
quement.
J'avais d'abord eu la pensée de proposer pour le tube
d'aval de l'écluse de l'aubois une modification analogue.
Mais, abstraction faite de la difficiilié de modifier ce tube
déjà ancien, j'ai préféré, provisoirement du moins, conser-
ver ce tube avec son anneau inférieur, à cause d'une
propriété intéressante.
Quand l'eau monte dans son intérieur, elle presse de
haut en bas l'anneau qui est à son extrémité inférieure.
Or, il en résulte une force qui se joint à celle de la succion
de l'eau en mouvement pour le faire redescendre en temps
utile.
Les pièces fixes précitées diminuant les sections à
remplir dans les deux tubes verticaux, l'eau y montera
notablement plus vite. La pression de haut en bas, dont je
viens de parler, pourra donc, dans certaines limites,
augmenter la vitesse avec laquelle le tube d'aval redescen-
dra pendant le remplissage et la vidange de l'écluse, et
le tube d'amont fonctionnera plus vite pendant son rem-
plissage, ce qui sera un avantage, même pour le rende*
ment. Ces deux tubes pourront se lever plus haut.
Dans ce système de marche automatique et dans celui
qui a été exécuté, il faut tenir compte d'une petite diffi-
culté relativement aux contre -poids des balanciers.
( 317 )
Pendant la vidange, il n'est pas nécessaire que les contre-
poids du balancier du tube d'amont agissent. Il sera facile
de les soulever.
Pendant la vidange, les contre-poids du balancier du
tube d'aval étant d'ailleurs étages d'une manière analogue
à ceux du balancier du tube d'amont, il sera facile, pour
diminuer leur somme pendant le remplissage de l'écluse,
de soulever convenablement la partie inférieure de ce
qu'on peut appeler leur grappe, qu'on attachera à un point
fixe.
Sans entrer dans d'autres détails, il suffît de faire
concevoir comment un seul homme peut faire toutes
les manœuvres, le but spécial de ce qui précède étant
l'exposition succincte des moyens de perfectionner les
principes de la marche automatique en continuant à éviter
des coups de bélier, même dans des limites plus étendues
peut-être qui seront déterminées par l'expérience.
Veuillez agréer, Monsieur le Secrétaire perpétuel, l'hom-
mage de mes sentiments de haute considération.
Le marquis de Caligny.
NOTE BIBLIOGRAPHIQUE.
J'ai l'honneur d'offrir à l'Académie, au nom de l'auteur,
une étude de cinématique à deux et à (rois dimensions,
par M. A. Calinon, ancien élève de l'École polytechnique.
Dans celte étude, l'auteur, reprenant sous une forme
plus générale cette idée exprimée pour la première fois,
je pense, par Lagrange, que la mécanique est une géomé-
( 518 )
trie à quatre dimensions, a considéré le temps comme
déterminé par trois coordonnées.
La cinématique devient ainsi, entre ses mains, une
géométrie pure.
Et le développement de cette idée conduit, en efifet,
M. Calinon à une série de propositions géométriques très
remarquables. F. Folie.
ELECTION.
M. Van der Mensbrugghe est élu membre de la Com-
mission de la Biographie nationale en remplacement de
M. L.-G. de Koninck, décédé.
RAPPORTS.
Il est donné lecture des rapports suivants :
1° De MiM. Van Reneden, père et fils, et Plateau, sur une
nouvelle lettre de M. Gilson, professeur à l'Université de
Louvain, relative à la table belge du laboratoire de phy-
siologie du D' Dohrn, à Naples. — La Classe adopte les
conclusions de ces rapports, dont une copie sera commu-
niquée à M. le Ministre de l'Intérieur et de l'Instruction
publique;
2° De MM. Mansion et De Tilly, sur un mémoire de
M. Catalan intitulé : Quelques formules relatives aux
triangles reclilignes . — Impression dans les mémoires
in-S" et remerciements à l'auteur.
( 319 )
Projet d'expériences destinées à vérifier si la lumière pola-
risée dont le plan de polarisation oscille exerce une
influence sur un champ magnétique; par H. Schoenljes,
chargé de cours à l'Universilé de Gand.
ttapput't rf«? M. P. ne BMeen, pt'Btttiet' cotntuissait'e.
« La note que M. Schoenljes soumet à l'examen de l'Aca-
démie touche à l'une des questions qui ont le plus préoc-
cupé le monde savant dans ces derniers temps.
Tout le monde connaît aujourd'hui les faits de la plus
haute importance découverts par M. Hertz, faits qui ten-
draient à prouver qu'il faut attribuer une origine commune
aux phénomènes lumineux et aux phénomènes éleciriques.
M. Hertz démontre que l'électricité peut, dans certaines
conditions, déterminer dans l'élher des vibrations analo-
gues à celles qui produisent la sensation de la lumière. Les
ondes ainsi obtenues ne se distinguent des ondes lumi-
neuses que par leur longueur qui est incomparablement
plus grande.
M. Schoenljes pense que le phénomène que nous venons
de signaler est réversible ou, en d'autres termes, que la
lumière peut déterminer des phénomènes électriques.
Afin de reconnaître la réalité de son hypothèse,
M. Schoenljes propose une méthode qui repose sur ce
fait, qu'un corps transparent disposé dans un champ
magnétique jouit de la propriété de dévier le plan de la
lumière polarisée. Cela étant, l'auteur se demande si, réci-
proquement, une rotation du plan de polarisation d'un
rayon lumineux ne serait pas susceptible de modifier un
champ magnétique.
( 520 )
La possibilité de cette réversibilité est incontestable;
cependant on doit reconnaître que la chose est incertaine;
en effet, l'influence du nnagnélisme ne s'exerce probable-
ment pas directement sur le rayon lumineux lui-même,
mais détermine simplement une orientation particulière
des molécules, orientation qui déterminerait la rotation du
plan de polarisation. Dans cette hypothèse, si le phéno-
mène est réversible, il faut que l'oscillation du plan de
polarisation ait pour résultat de déterminer des déplace-
ments moléculaires, déplacements qui modifieraient le
champ magnétique.
Il résulte de celte considération que l'expérience de
M. Schoentjes ne démontrerait pas, à proprement parler, la
transformation de la lumière en électricité, mais démon-
trerait simplement que le premier de ces agents est sus-
ceptible de déterminer des déplacements moléculaires.
Alin de reconnaître si l'oscillation du plan de polarisa-
lion détermine une modification du champ magnétique
traversé par le rayon, M. Schoentjes propose diverses dis-
positions fort ingénieuses. La première partie de l'appa-
reil a pour objet de faire vibrer le plan de la lumière pola-
risée ou de détruire périodiquement la polarisation; dans
la deuxième partie de l'appareil, on produit le champ
magnétique que le rayon lumineux est appelé à modifier.
Les modifications de ce champ seraient perçues à l'aide
d'un téléphone.
L'auteur a incontestablement fait preuve d'une grande
sagacité en imaginant les procédés qu'il indique, et l'on
peut dire que le succès de ces expériences constituerait
une découverte du plus haut intérêt. Qu'il me suffise de
dire que celle-ci permettrait de déterminer l'équivalent
mécanique de la lumière. Car si une certaine quantité
( 521 )
d'énergie lumineuse est transformée en énergie électrique,
une partie du faisceau lumineux doit nécessairement dis-
paraître. J'ajouterai même qu'à première vue il me paraît
plus aisé (le constater la diminution d'intensité lumineuse
du rayon polarisé vibrant, que de constater les variations
extrêmement faibles du champ magnétique. De plus, ce
phénomène serait probablement accompagné de colora-
tions.
Je demanderai donc à la Classe de voter l'impression de
la note de M. Schoenfjesdans les Bulletins de l'Académie,
tout en priant l'auteur d'être aussi concis que possible
pour ce qui concerne les détails de ces expériences; on
sait, en effet, combien il est rare de voir le projet le mieux
combiné réussir du premier coup, le succès ne s'obtenant
en général qu'après une suite de modifications qu'il est
impossible de déterminer a priori. »
M. Van der Mensbrugghe, second commissaire, déclare
se rallier au rapport précédent.
Rap/ioft de M. E,agi'nngef Ifoisiénte commit saife .
« Je me joins bien volontiers à mes savants confrères
pour proposer à la Classe la publication du projet d'expé-
riences de M. Schoentjes. Je désire seulement présenter
quelques réflexions au sujet de l'idée théorique qu'elles
sont destinées à vérifier.
Ce serait, me semble-t-il, tirer une conséquence pré-
maturée que de considérer l'identité de la lumière et de
l'électricité comme prouvée, soit par les ondes électriques
3"" SÉRIE, TOME XIX. 22
( 522 )
(Je M, Herlz, qui se propagent d'après la même loi que
les ondes lumineuses, soit par les cffels électriques
ou magnétiques, dus au mouvement lumineux, dont
M. Schoenijes soupçonne l'existence. Je me propose de
faire voir brièvement que ni ces faits, ni la théorie électro-
magnétique de Maxwell, n'obligent à admettre cette con-
clusion, à abandonner la théorie classique de la lumière de
Cauchy, et que la combinaison de la notion de l'atome
matériel d'éther avec la loi de l'électro-dynamique paraît
suffire à la conciliation des deux théories.
Admettons la théorie classique del'élher lumineux. Pour
que la lumière produise une modification du champ magné-
tique, il faut qu'elle modifie, en un point au moins du
champ, les composantes du courant en ce point. Or, le
n]ouvement de l'électricité dû à la lumière ne se conçoit,
dans cette théorie, qu'en supposant éleclrisés les atomes
en mouvement, soit de l'élher, soit du milieu traversé, le
déplacement d'une charge électrostatique équivalant à un
courant, d'après l'expérience de Rowland. D'ailleurs,
regarder les atomes de l'élher lui-même comme électrisés,
ce n'est pas faire une hypothèse nouvelle, c'est appliquer
logiquement le fait d'expérience que toute matière inerte
peut être éleclrisée, quelle que soit d'ailleurs la nature de
l'électricité.
S'il en est ainsi, il est certain que, ainsi que le suppose
31. Schoenijes, le mouvement lumineux doit modifier le
champ électrique.
Or, cela esl d'autant plus vraisemblable que cette même
idée permet d'expliquer le fait inverse et constaté de
l'influence du champ sur le mouvement lumineux. Je n'ai
pas à m'inquiéter ici de la question du caractère immédiat
ou médiat (par l'intermédiaire du milieu traversé) de celle
influence; les atomes d'éther ne difl'èranl pas en nature,
( S23 )
dans noire hypothèse, des alomes de tous les corps, je n'ai
à m'altaeher qu'au principe mécanique de la modification
des mouvements d'un atome éleclrisé, oscillant autour
d'une position d'équilibre, sous l'action d'un champ magné-
tique.
Voici ce principe : Décomposons une oscillation recli-
ligne d'un atome éleclrisé, dans le sens des lignes de force,
et normalement. L'oscillation longitudinale ne sera pas
modifiée par le champ; il n'y a donc à considérer que l'oscil-
lation transversale de l'atome. Par l'action du champ, il
sera constamment dévié normalement à sa trajectoire
rectiligne, et dans un même sens par rapport à sa vitesse
réelle. La vraie trajectoire résultera donc de la superposi-
tion du mouvement d'oscillation rectiligne et d'une rotation
du plan de la ligne de force et de la ligne de l'oscillation
rectiligne.
Ce principe rend immédiatement compte du fait fonda-
mental de la rotation magnétique du plan de polarisation
de la lumière, phénomène qui n'a plus lieu quand le rayon
est normal à la ligne de force du champ.
Il explique aussi le fait fondamental du diamagnélisme,
c'est-à-dire la production, dans un milieu, d'un pôle de même
nom sous l'influence d'un pôle donné. Les atomes du
diamagnélique, comme les atomes de tous les corps,
oscillent autour de leurs positions d'équilibre. Or, quel que
soit le signe de leurs électricités propres, le mouvement
circulaire qui naît de l'action du champ sur eux, par l'inter-
médiaire de leurs mouvements rectilignes, est toujours
tel qu'il constitue un pôle de même nom que celui qui
correspond à la direction des lignes de force.
En rapprochant cette conséquence mécanique du fait de
la polarisation rotaloire magnétique, on arrive à la consé-
( 524 )
qiience inattendue que la polarisation rotatoire magné-
tique n'est que le diamagnétisme de l'élher. Il s'ensuit
qu'un rayon polarisé, en rotation autour de sa direction,
doit jouer le rôle d'un aimant longitudinal (1).
Une dernière remarque au sujet du principe de l'élher
électrisé, c'est qu'il contient comme conséquence le fait,
je pense encore non expliqué, de l'égalité entre la vitesse
de propagation des perturbations électro-magnétiques et
celle de la lumière.
Les équations du champ constituent des relations géné-
rales, expression des lois d'expérience, existant entre les
forces électro-magnétiques, électro-statiques, les intensités
des courants et les densités électriques dans les différents
points du champ.
Chaque point du champ est défini par trois coordonnées,
en général fonctions du temps, et il a ses coefficients pro-
pres de conductibilité, dCindiiclion et de perméabilité
magnétique.
A un instant donné, il y a en un point donné : 1' une
densité électrique déterminée; 2° un courant d'intensité
déterminée (c'est-à-dire une quantité d'électricité déter-
minée passant, dans l'unité de temps, à travers l'unité de
surface).
(1) Tout ceci n'est que le résumé très succinct d'idées qui
sont exposées dans un travail actuellement en cours de publication.
Quant au magnétisme permanent de l'acier, il se présente comme
une conséquence de l'existence de forces répulsives non égales et
de signes contraires entre des atomes différents ; il résulte d'un étal
d'équilibre dynamique remarquable entre ces forces et les forces
centrifuges des atomes des molécules, en rotation sous l'action même
des premières forces.
( 325 )
Donc il y a, en chaque instant, en tout point du champ :
1° une force éleclro-staliqiie} 2° une force électro-magné-
tique.
Donc il y a aussi, en chaque point, une force électro-
motrice qui est fonction à la fois de la force électro-sta-
tique et des variations instantanées de la force électro-
magnétique. Ces dernières variations dépendent tant des
déplacements instantanés des points du champ dans
l'espace, que des changements instantanés effectifs d'inten-
sité de la force.
Ayant établi l'expression de la force électro-motrice en
un point, on s'en sert pour établir ensuite celle de l'inten-
sité du courant en ce même point : si le point est conduc-
teur, par la loi d'Ohm; s'il est diélectrique, par la variation
instantanée du «déplacement» (celui-ci étant proportionnel
en chaque point à la force électro-motrice elle-même).
Ayant l'intensité du courant en un point quelconque, on
a, par cela même, la variation instantanée de la densité
électrique en ce point.
11 de reste plus qu'à joindre à ces relations celle qui
existe entre l'intensité du courant en un point et les
variations, par rapport aux coordonnées, de la force
magnétique en ce point.
Les équations différentielles que l'on obtient ainsi
constituent des conditions absolument générales, aux-
quelles satisfera toujours l'étal électrique du système,
quelles que soient les conditions particulières auxquelles
on pourra d'ailleurs l'assujettir, conditions qui s'introdui-
ront mathématiquement, soit immédiatement dans les
équations elles-mêmes, soit dans les formes particulières
que l'on assignera aux fonctions arbitraires résultant de
leur intégration.
( 3^26 )
Ainsi, par exemple, on peut supposer nuls lous les
coeffîcienls de conductibilité dans les équations générales ;
on obtient alors les conditions auxquelles sont soumises
les perturbations magnétiques et éleclriques d'un milieu
* diélectrique. La perturbalion magnéiiqiie en un point
consiste dans la loi des variations que subit la force
magnétique en ce point; la perturbation électrique, dans
celle de Vintensilé du courant en ce point. II est d'ailleurs
intéressant d'observer que c'est par l'introduction dans les
équations de la considération de Y induction magnétique,
que le temps s'introduit lui-même, et que s'introduit aussi,
par conséquent, la notion de la vitesse de propagation
d'une perturbation d'espèce donnée.
Tout ceci est connu, mais nécessaire à rappeler pour
notre objet actuel. En effet, nous avons à démontrer que,
d'après notre acception de l'élber électrisé ;
1° La vitesse de propagation des perturbations électro-
magnétiques;
2° La vitesse qui exprime le rapport des unités électro-
statique et électro-magnétique ;
3^ Enfin, la vitesse commune de deux molécules
électriques, pour laquelle leur répulsion électro-statique
est égale à leur attraction électro-dynamique, doivent
toutes les trois être des quantités égales à la vitesse de la
lumière.
Remarquons d'abord que les trois théorèmes constitués
par rénumération précédente se réduisent en réalité au
premier d'entre eux. Car, d'après la loi élémentaire de
l'électro-dynamique, la vitesse dont il est question dans
le théorème 3", est égale au rapport des unités du théo-
rème 2°; et, d'autre part, d'après les équations du champ,
ce dernier rapport exprime précisément la vitesse de pro-
( 327 )
pagation des perlurbalions éleclro-magiiétiques dans un
diélectrique.
Remarquons ensuite que, toujours d'après les équations
du champ, la vitesse de propagation de la perturbation
électrique est la même que celle de \ù perturbation électro-
magnétique, et que, par conséquent, tout revient à
démontrer que la première vitesse, celle de la perturba-
tion électri(|ue, est celle de la lumière.
Or, ceci est une conséiiuence évidente du principe que
nous examinons.
En elTet, si les atomes d'éther sont électrisés et leur
charge donnée, l'intensité du courant en un point du
milieu éthéré sera proportionnelle à la vitesse réelle de
l'atome; par conséquent, les trois composantes du cou-
rant, suivant les trois dimensions, seront proportionnelles
en chaque instant aux trois composantes de cette vitesse
réelle.
Si, par exemple, on considère une onde lumineuse
plane, la composante du courant sera nulle dans le sens
du rayon; mais, dans le plan de l'onde, les deux autres
composantes perpendiculaires entre elles seront propor-
tionnelles aux deux composantes de la vilesse réelle dans
le plan de l'onde.
Donc, puisijue les valeurs des trois composantes du cou-
rant définissent en chaque instant, en un point donné, la
perturbation électrique, et que ces valeurs sont propor-
tionnelles aux composantes de la vitesse réelle de l'atome
vibrant, il en résulte que la vitesse de propagation de la
perturbation électrique sera égale à celle de la transmis-
sion de l'ondulation lumineuse, c'est-à-dire à la vitesse de
la lumière.
Il doit dès lors, d'après ce qui a été dit, y avoir de même
égalité entre cette vitesse, le rapport des unités électro-
( 3-28 )
slaliqneset éleclrodynamiques, et la vilesse pour laquelle,
conformément au théorème 5°, il y a égalité entre les
forces électro-statique et électro-dynamique.
L'idée que l'éther, qui est formé de la même matière que
tous les corps, peut être électrisé, ce qui n'est pas, je
le répèle, une nouvelle hypothèse, mais une combinai-
son d'idées antérieurement acquises, explique donc de la
manière la plus simple la corrélation des propagations des
vibrations lumineuse et électrique. Il ne paraît donc nulle-
ment nécessaire d'abandonner l'élher lumineux de la
théorie habituelle de la lumière. Mais il faut s'attachera
l'étude de la combinaison des mouvements mécaniques de
cet élher avec les lois de l'éleclro-dynamique et de l'élec-
tro-statique.
Ces réllexions ne seront pas considérées, je pense,
comme hors de |)ropos. Elles concourent à démontrer
l'intérêt que présente la question soulevée par M. Schoentjes
dans son intéressant travail. »
Les conclusions des rapports de MM. De Heen et
Lagrange sont adoptées.
Sur ^épaisseur de l'écorce terrestre déduite de la nutation
diurne; par E. Ronkar.
Hnppoi'l de m, F. FoUb.
« Dans son travail, l'auteur s'est proposé de rechercher
l'importance relative des deux parties du globe, l'écorce
et le noyau, en partant des données fournies par l'obser-
vation sur la grandeur de la nutation diurne.
Sa recherche repose sur ce théorème, qu'il a établi dans
( 529 )
un mémoire précédenl, que, dans les mouvemenlsà courte
période, ce sont les moments d'inertie de l'écorce qui
interviennent principalement, auquel cas B diffère sensi-
blement de A, tandis que, dans les mouvements à longue
|)ériode, ce sont les moments d'inertie du sphéroïde
entier qui doivent être pris en considération, auquel cas
B ne diffère plus sensiblement de A, comme l'indique le
calcul des rapports? et ^, qu'on peut tirer des constantes
de la nulalion annuelle et de la précession.
Partant de la valeur 0"05 du coeÛicient de la nutation
diurne, valeur qu'il faut considérer comme un minimum,
on a, pour l'écorce,
B'
- = 1.0867,
A'
valeur qu'il faut interpréter.
Celte valeur peut ne pas être la valeur de |^ pour
l'écorce, par suite de l'influence des masses entraînées
fictivement; mais on ne sait pas tout d'abord si cette
influence tend à auginenter ce rapport ou à le diminuer.
Il vaut donc mieux considérer d'abord celte valeur comme
étant celle qui est relative à l'écorce, quitte à introduire
au besoin certains coefficients de réduction dont l'auteur
se propose de rechercher plus tard une valeur approchée.
Cela étant, l'auteur a recherché jusqu'à quel point les
inégalités de la surface du globe |)Ouvaient justifier cette
valeur de ^'. Pour cela, il a supposé l'écorce terrestre
formée de couches régulières dont la forme el la densité
varient suivant la loi proposée par Lipschitz; il a distribué
les terres el les mers, dans la proportion voulue, suivant
deux fuseaux situés le long de deux méridiens perpendi-
culaires entre eux, el il a calculé, pour diverses épaisseurs
B'
moyennes de la croule, le rapport p, en admettant que
( 330 )
la hauteur moyenne des continents est de T^^et !a pro-
fondeur moyenne des mers ^ho ^^ ce rayon.
Pour une épaisseur de 0.01 du rayon, il obtient
B'
- — 1 =0.01154.
A
Cette valeur est encore inférieure à celle donnée plus
haut; mais, en supposant même que celle-ci (0.0867) soit
environ huit fois trop forte, en raison de l'entraînement,
on voit que l'épaisseur de la croûte ne saurait dépasser ■—
du rayon, si l'on veut expliquer la valeur de^à l'aide des
inégalités superlicielles seules.
Incidemment se soulève dans ce calcul la question de
la valeur de j-, pour l'écorce, ou, en d'autres termes, la
question de savoir quel est l'ordre de succession des
grandeurs A', B', C, question que l'auteur examinera
dans un autre travail.
Dès à présent, je crois pouvoir affirmer que l'axe polaire
n'est pas, pour l'écorce, l'axe de son plus grand moment
d'inertie, et que ce dernier doit se trouver, au contraire,
dans le plan de l'équateur et passer par le centre de
gravité des grandes masses continentales.
La détermination de l'épaisseur de la croûte terrestre
devait naturellement être affraFichie de l'hypothèse toute
particulière, faite par l'auteur, que la diiTérence ^ — 1
était due aux inégalités superlicielles groupées comme
nous l'avons dit. C'est ce que l'auteur a fait. Considérant
d'abord que le noyau, en raison de son mode de formation
ou de son état d'agitation, doit être sensiblement de révo-
lution, il suppose que la plus grande partie des irrégula-
rités intérieures se trouvent dans l'écorce. Or, pour le
T>
sphéroïde entier, -r — \ doit être insensible; comme la loi
( 331 )
de Lipschitz, ou même celle de Laplace, donne des
valeurs approchées des rapports des moments d'inertie du
noyau et de l'écorce pour différentes valeurs de l'épais-
seur de celle-ci, il est facile de calculer la valeur de j
pour le sphéroïde entier, en attribuant à l'écorce la valeur
IJ^ci-dessus, etau noyau la valeur ^ = 1.
Or, en n'attribuant à l'écorce qu'une épaisseur de -^
du rayon, on obtient encore :
B
-==1.0025,
A
pour le sphéroïde entier.
Si l'on considère la valeur précédemment trouvée de
p — 1 = 1.0867 comme dix fois trop forte, il en résulte
encore
B
- = 1 .00023,
A
valeur qu'on pourrait admettre comme possible; mais on
voit encore, d'après cela, que l'épaisseur de 7^ doit être
considérée comme un maximum.
L'auteur aborde ensuite l'hypothèse, fort peu fondée,
de l'existence de grandes irrégularités dans le noyau, et
trouve que, même dans ce cas, on ne peut guère aller au
delà de -^ pour l'épaisseur de l'écorce.
Il faut donc, d'après cela, considérer l'épaisseur de 7^3
comme un maximum. La suite des calculs faits par l'au-
teur prouve que, dans ces conditions, les inégalités de
l'écorce terrestre ont une grande influence sur la position
de ses axes principaux d'inertie. L'auteur se demande s'il
ne serait pas possible d'expliquer par là, et en vertu du
glissement de l'écorce sur le noyau, le déplacement de
l'axe du monde à la surface du globe, déplacement que
( 332 )
semblent impliquer certains faits géologiques et paléonto-
logiques.
On voit par ce résumé quelle est l'importance des ques-
tions que la découverte de la nulalion diurne soulève,
plus encore peut-être dans le champ de l'histoire de la
Terre que dans celui de l'astronomie proprement dite. Et
il y a lieu de se féliciter de voir entreprendre ces vastes
éludes par un géomètre et un physicien aussi distingué
que l'est M. Ronkar.
Je n'aurais qu'une observation à présenter sur ses
calculs, c'est que je puis affirmer aujourd'hui que la con-
stante de la nutation diurne est environ trois plus forte
qu'il ne l'a admis.
Mais comme ce fait est de nature à renforcer plutôt ses
conclusions, je n'y insisterai pas.
Je propose à la Classe de voler l'insertion de la note de
M. Ronkar au Bulletin et de lui adresser des remercie-
ments pour cette très intéressante communication. »
Sur l'épaisseur de Cécorce terrestre déduite de la nutation
diurne.
Sur l'entraînement mutuel du noyau et de Vécorce ter-
restres en vertu du frottement intérieur {s,QQ,onée, note);
par E. Ronkar.
« L'appréciation du nouveau travail de M. Ronkar
présente une difficulté d'une nature particulière : il est
malaisé de définir géométriquement et mécaniquement une
partie des données sur lesquelles s'appuient ses raisonne-
ments. Telles sont, par exemple, les conditions du frot-
( 355 )
temenl qui s'exerce entre le noyau intérieur et l'éforce
supposée du globe. Ce caractère impose à l'énoncé de
plusieurs résultais une forme encore dubitative, que
l'auteur, esprit sérieux et consciencieux, ne cherche d'ail-
leurs nullement à dissimuler. Sans vouloir nier l'intérêt de
plusieurs propositions, présentées comme probables par
M. Ronkar et dont l'ensemble est exposé dans le savant
rapport du premier commissaire, voici, je pense, ce qui
résume en substance, en tant que résultat positif, les
recherches de l'auteur :
Elles constituent la première application d'une fort belle
idée émise par M. Folie; si l'on parvenait à démontrer par
l'observation que le coefficient de la nutalion diurne a une
valeur sensible et à le mesurer, on aurait par cela même, à
la fois la preuve de l'existence dans le globe d'une écorce
plus ou moins indépendante de sa masse interne, et le
moyen de déterminer l'épaisseur de celte écorce.
Dans un de ses derniers travaux, M. Folie avait trouvé
0"03 pour valeur minimum du coefficient de la nutation
diurne. Admettant ce résultat, M. Ronkar calcule dans
quelle mesure les inégalités superficielles de l'écorce,
ramenée d'abord à une forme géométrique admis-
sible, sont susceptibles de rendre compte de la différence
des deux plus petits moments d'inertie de la terre, qui
correspond à la valeur admise pour la nutalion, et il trouve
qu'avec une épaisseur égale à 7^7 du rayon, la différence
due aux inégalités serait huit fois moindre que celle
qu'exige la nutalion. D'où il résulte que si l'on attribuait la
nutation à l'existence de ces seules inégalités, il faudrait
admettre une épaisseur d'écorce inférieure à 7^^ du
rayon, c'est-à-dire à 64 kilomètres.
M. Ronkar s'appuie dans ce travail sur les résultats
d'un mémoire précédent, où il s'est proposé d'établir
( 534 )
les lois (lu mouvement relalif d'une écoice et d'un noyau,
supposés soumis à un frottement mutuel. Cette détermi-
nation est évidemment un point fondamental à élucider
complètement dans la question de la nutation diurne.
M. Ronkar en a donné, à la vérité, une solution dans le
mémoire que je viens de rappeler, mais en ramenant le
problème à celui des mouvements de points soumis à leurs
actions réciproques. Qu'il me permette de signaler de
nouveau à son attention, comme je l'ai fait déjà à l'occa-
sion de ce premier mémoire, l'intérêt qu'il y aurait à traiter
directement la question d'une couche et d'un noyau ayant
pour surface de contact et de frottement une surface
sphérique. Les équations du problème peuvent être rigou-
reusement posées, et l'on se trouverait dans des condi-
tions qui représentent beaucoup plus lidèlement la réalité
que ne le font celles dont s'est servi M. Ronkar.
Quoi qu'il en soit, je considère le travail actuel comme
un document intéressant pour l'étude d'une question d'une
grande portée, celle de l'existence de la nutation diurne et
des conséquences qu'on en déduirait relativement à la
constitution intérieure du globe. Je me joins donc à mon
savant confrère M. Folie pour proposer à la Classe de
l'insérer dans ses Bullelins.
Note additionnelle.
Depuis la rédaction de ce rapport, M. Ronkar a abordé,
dans le sens qui vient d'être rappelé, le problème des
mouvements d'une sphère et d'une enveloppe soumises à
leurs frottements mutuels et sollicitées par des forces
périodiques, et son analyse, plus complète, a confirmé ses
premiers résultats.
( 335 )
Celle manière de poser ie problème peut donner cepen-
dant lieu à l